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1740, 01-02
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MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
JANVIER.
1740 .
R.
COLLIGIT
SPARGITE
Chés
pillo
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER;
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XL.
Avec Aprobation & Privilege du Roy
CATALOGUE des Mercures de France,
depuis l'année 1721. jusqu'à présent.
J
Uin , Juillet , Août , Septembre, Octobre,
Novembre et Decembre de 1721.
Année 1722. les mois de Mars , May , Septembre
ct Novembre doubles ,
1723 le mois de Decembre double
1724. les mois de Juin et Dec. doubles ,
7. vol.
16. vol.
13. vol.
14. vol. 1725. les mois de Juin, Sept . et Dec.doubles , 15. vol .
1726. les mois de Juin et Dec. doubles , 14. Vol.
1727. les mois de Juin et Dec. doubles , 14. vol.
1728. les mois de Juin et Dec. doubles , 14. vol.
1729. les mois de Juin , Sept . et Dec. doubles, 15. vol.
1730. les mois de Juin et Dec, doubles , 14. vol.
1731. les mois d'Avril,Juin et Dec. doubles, 15. vol.
1732. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1733. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1734. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1735. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1736. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1737. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1738. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1739. les mois de Juin , Septembre et
Decembre doubles ,
14. vol.
14. vol.
14. vol.
14. vol ,
14. vol .
14. vol .
14. vol,
Jan vier 1740.
THE NEW YO
PUBLIC LIBRAR
636319
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1905 Rix XXX. SÓLS.
15. vol.
1. vol.
265, vol.
PRI***********************
PRIVILEGE DU ROT
LOUIS, 13Arnés & Feaux Confeillers, les& , par la grace de Dieu , Roy de France & de
tenant nos Cours de Parlement , Maîtres des Requêtes
ordinaires de nôtre Hôtel , Grand -Conſeil , Baillifs , Senéchaux
, leurs Lieutenans Civils , & autres nos Jufticiers
qu'il apartiendra : SALUT. Notre cher & bien améANTOINE
DE LA ROQUE , Ecuyer , ancien Gendarme dans la Compagnie
des Gendarmes de notre Garde ordinaire , &
Chevalier de notre Ordre Militaire de Saint Louis , nous
ayant fait remontrer que l'aplaudiffement que reçoit le
MERCURE DE FRANCE ,cy- devant apellé le Mercure Galant
compofé depuis l'année 1672. par le fieur de Vifé , & au
tres Auteurs , nous a fait croire que le fieur Dufresni ,
Titulaire du dernier Brevet , étant décedé , il ne convient
pas que le Public foit à l'avenir privé d'un Ouvra.
ge auffi utile qu'agréable , tant à nos Sujets qu'aux Erran.
gers : c'eft dans cette vûë que bien informé des talens
& de la fageffe du fieur de la Roque , nous l'avons choifi
pour compoſer à l'avenir , excluſivement à tous autres ,
ledit Ouvrage , fous le titre de MERCURE DE FRANCE , &
nous lui en avons à cet effet accordé notre Brevet le 17.
Octobre 1724 pour l'execution duquel il auroit obtenu
nos Lettres de Privilege , en date du 9. Novembre enfuivant
, qui fe trouvant expirées , nous a fair fuplier
de lui en accorder de nouvelles en forme de Brevet fur
ce néceffaires , offrant pour cet effet de le faire réimprimer
en bon papier & beaux caracteres , fuivant la feuille
imprimée & attachée pour modele fous le contrefcel des
Préfentes ; A CES CAUSES , voulant traiter favorablement
ledit fieur Expofant , & étant informé de fes affiduités ,
des foins & dépenfes qu'il fair pour la perfection dudic
Mercure de France , dont nous fommes contens , & dont
nous voulons lui donner des marques de notre entiere fa
tisfaction ; Nous lui avons permis & permettons par ces
Prefentes de compoſer & donner au Public à l'avenir tous
les mois , à lui feul exclufivement à tous autres , ledit
Mercure de France , qu'il poura faire imprimer en un ou
plufieurs volumes , conjointement ou feparement , & autant
de fois que bon lui femblera , chaque mois , & de le
faire vendre & débiter par tout nôtre Royaume , Pays,
A ij Terres
Terres & Seigneuries de notre obéiſſance , pendant Je
temps & efpace de douze années confecutives , à compter
du jour de la date defdites Prefentes ; a condition néanmoins
que chaque volume portera fon Aprobation expreſſe
de l'Examinateur , qui aura été com nis à cet effet , & en
Outre nous avons révoqué & révoquons tous autres Pri
vileges qui pourroient avoir été donnés cy - devant à d'autres
qu'audit fieur Expofant ; Faifons défenfes à toutes
fortes de perfonnes de quelque qualité & condition
qu'elles folent , d'en introduire d'impreffion ou gravúre
étrangere dans aucun Lieu de notre obéiſſance , comme
auffi à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs , Impri
meurs , Marchands en Tailles - douces & autres , d'imprimer,
faire imprimer , graver ou faire graver, vendre ,
faire
vendre , débiter ni contrefaire ledit Livre , ou Planches
, en tout, ni en partie, ni d'en faire aucuns Extraits,
fous quelque prétexte que ce foit , d'augmentations , corrections
, changement de titre, ou autrement , fans la permiffion
expreffe & par écrit dudit fieur Expofant , ou de
ceux qui auront droit de lui ; le tout à peine de confifcarion
, tant des Planches que des Exemplaires contrefaits ,
& des uftanciles qui auront fervi à ladite contrefaçon ,
que nous entendons être faifis en quelque lieu qu'ils folent
trouvés , de six mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel
Dieu de Paris , & l'autre tiers audit fieur Expofant , & de
tous depens , dommages & interefts ; à la charge que ces
Prefentes feront enregistrées tout au long fur le Registre
de la Communauté des Libraires & Imprimeurs de Paris,
dans trois mois de la date d'icelles ; que l'impreffion
de ce Livre fera faite dans notre Royaume , & non ailleurs,
& que l'Impétrant fe conformera en tout aux Re
glemens de la Librairie , & notamment à celui du 10 .
Avril 1725. &c. Donné à Verfailles le feptième jour de
Décembre , l'an de grace mil fept cent trente- x & de
notre Regne le vingt - deux . Par le Roy en fon Confeil
Signé SAINSON , avec grille & paraphe , &c.
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , &c.
A Toulouse , chez Forest , et Henault.
Bordeaux,chez Raymond Labottiere, et chez Chapuis
l'aîné , Place du Palais , à côté de la Bourse.
Nantes , chez Nicolas Verger.
Rennes , chez Joseph Vatar , Julien Vatar , Guil
laume Jouanet Vatar , et la veuve Audran.
Blois , chez Masson.
Tours , chez Gripon , et chez Bully.
Rouen , chez François- Eustache Herault.
Châlons-sur - Marne , chez Seneuze.
Amiens , chez la veuve François et chez Godard.
Arras , shez C. Duchamp , et chez Barbier,
Orleans , chez Rouzeaux.
Angers , chez Fourreau et à la Poste.
Chartres , chez Fetil , et chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil , et à la Poste
Versailles , chez Monnier .
Besançon , chez Briffaut , et à la Poste
Saint Germain , chez Chavepeyre.
Lyon , à la Poste.
Reims , chez De Saint.
Vitry- le-François , chez Vitalis.
Beauvais , chez De Saint .
Douay , chez Willerval.
Charleville , chez P. Thesin .
Moulins , chez Faure.
Mâcon , chez De Saint , fils ,
Mets , chez Barbier .
Boulogne- sur- Mer , chez Parassol , et chez Batut
Nancy , chez Nicolas.
Saint Omer , chez Jean Huguet.
A iij AVER
AVERTISSEMENT.
Oici le deux cent foixante- cinquième Vo-
ᏤVoici deuxcent que
lume du Mercure de France , que nous
avons l'honneur de présenter au Roy & d'offrir
an Public depuis le mois de Juin 1721. que
nous travaillons à cet Ouvrage , sans qu'il ait
souffert aucune interruption .
En remerciant nos Lecteurs du cas qu'ils
daignent faire de ce Livre , nous leur deman-
'dons toujours quelque indulgence pour les Endroits
qui leur paroîtront négligés. Le Lecteur
judicieuxfera , s'il lui plaît, reflexion que dans
un Ouvrage comme celui- ci , il est très-aisé de
manquer , même dans les choses les plus communes
, dont chacune en particulier est facile ,
mais qui , ramassées , font ensemble une multiplicité
si grande , qu'il est mal aisé de donner
à toutes la même attention , quelque soin qu'on
yaporte , sur tout quand une telle collection est
faite en si peu de temps : l'Auteur du Mercure ,
chargé du pénible & laborieux emploi de donner
chaque mois un volume au Public , ne peut
jamais avoir le temps de faire sur chaque Ar
sicle les reflexions qu'y feroit une Personne qui
;
n'anAVERTISSEMENT.
n'auroit que cet Article en tête, le seul auquel elle
s'interesseroit , & peut- être le seul qu'elle liroit.
Une chose qui paroît un peu injuste , c'est qu'on
nous reproche quelquefois des inattentions , &
qu'on ne nous sçait aucun gré des corrections
sans nombre qu'on fait & des fautes qu'on évite.
Nous faisons de la part du Public de nouvelles
instances aux Libraires qui envoyent
des Livres , ou des Listes pour les annoncer ,
d'en marquer le prix aujuste ; cela sert beau
coup , sur tout dans les Provinces , aux Personnes
qui se déterminent là- dessus à les acheter
, et qui ne sont pas sûres de l'exactitude des
Messagers et des autres Personnes qu'elles chargent
de leurs commissions , qui souvent lesfont
payer plus qu'ils ne coûtent. M. Moreau
pourra se charger defaire les Envois au prix
coûtant.
•
On invite aussi les Marchands et les Onvriers
qui ont quelques nouvelles Modes , soit
par des Etoffes nouvelles , Habits , Ajustemens
, Perruques , Coëffures , Ornemens de tête
et autres Parures , ainsi que de Meubles , Ca
rosses , Chaises et autres choses , sait pour l'utilité
, soit pour l'agrément , d'en donner quelques
Memoires pour en avertir le Public , ce qui
pourra faire plaisir à divers Particuliers et procurer
un débit avantageux aux Marchands et
aux Ouvriers.
A iiij Plufieurs
AVERTISSEMENT..
Plusieurs Pieces en Prose et en Vers , envoyées
pour le Mercure , sont souvent si mal
écrites, qu'on ne peut les déchiffrer, et pour cela
elles sont rejettées ; d'autres sont bonnes à quelques
égards et défectueuses à d'autres. Lorsqu'elles
peuvent en valoir la peine , nous les
retouchons avec foin ; mais comme nous ne prenons
ce parti qu'avec répugnance , nous prions
les Auteurs de ne le pas trouver mauvais , et de
travailler leurs Ouvrages avec le plus d'attention
qu'illeur sera possible ; sur tout , et nous ne
sçaurions trop le recommander , qu'on prenne
garde à la ponctuation.
On nous a envoyé plusieurs fois des Pieces
Latines , que nous avons omises , ne les croyane
pas tout à fait du ressort de ce Journal. Cependant
, par l'avis de quelques Personnes habiles
et de goût , nous avons cru n'en devoir pas exclure
la bonne Poësie Latine , pourvû que les
Pieces soient toujours bien et ingenieusement
composées, qu'elles ne soient pas trop longues, et
que les moeursy soient respectées. Les Dames
n'y perdront rien , si les bons Poëtes François
continuent de traduire celles qui leur plairont le
plus , et de nous faire part de leur travail ,
comme cela est déja arrivés à quoi nous les invitons.
Les Sçavans et les Curieux sont priés de
vouloir bien concourir à rendre ce Livrs
encore
AVERTISSEMENT.
encore plus utile , en nous communiquant les
Memoires et les Pieces en Prose et en Vers , qui
peuvent instruire et amuser. Aucun genre de
Litterature n'est exclus de ce Recueil , où l'on
tache de faire regner une agréable varieté :
Poësie , Eloquence , nouvelles Découvertes
و
>
dans les Arts et dans les Sciences , Morale
Antiquités , Histoire Sacrée et Profane , Voyages
, Historiettes , Mythologie , Physique et
Métaphysique , Pieces de Théatre , Jurispru
dence , Anatomie et Médecine , Botanique
Critique , Mathématiques , Mémoires , Projets
, Traductions , Grammaires , Pieces amusantes
et récréatives , & c. Quand les Morceauxd'une
certaine considération seront trop longs
onles placera dans un volume extraordinaire
et on fera ensorte qu'on puisse les en détacher
facilement , pour la satisfaction des Auteurs et .
des Personnes qui ne veulent avoir
nes Pieces.
que certai
A l'égard de la Furisprudence , nous continuërons
, autant que nous le pourrons , de faire
part au Public des Questions importantes , nouvelles
, ou singulieres, qui se présenteront et qui
seront discutées et jugées dans les differens Par
lemens et autres Cours Superieures du Royaume ,
en observant l'ordre et la méthode que nous
avons déja pratiqués en pareil cas , sur quoi:
nousprions Messieur les Avocats et les Parties:
As interest
AVERTISSEMENT.
interessées , de vouloir bien nous fournir les
Memoires nécessaires. Il n'est peut être point
d'Article dans ce Livre qui regarde plus direc
tement le Bien public , que celui- là , et qui soit
plus recherché de la plupart des Lecteurs.
Quelques Morceaux de Prose et de Vers , rejettés
pour bonnes raisons , ont souvent donné
lieu à des plaintes de la part des Personnes interessées
; mais on les prie de considerer que
c'est toujours malgré nous que certaines Pieces
sont rebulées ; nous ne nous en raportons pas
toujours à notre jugement seul, dans le choix que
nous faisons de celles qui méritent l'impression .
On nous reproche avec raison que nous n'avons
que trop de complaisance à cet égard.
Mais à l'égard des choses que quelques uns
trouvent superflues où inutiles , on n'a qu'à s'en
épargner la Lecture : rien n'est si aisé. Car
d'autres qui seront bien aises de les y trouver
auroient sans doute plus de fujet de se plaindre ,
s'ils ne les y trouvoient pas.
Quoiqu'on ait toujours la précaution de faire
mettre un Avis à la tête de chaque Mercure ,
pour avertir qu'on ne recevra point de Lettres
ni de Paquets parla Poste , dont le port ne soit
affranchi , il en vient cependant quelquefois
qu'on est obligé de rebuter. Ceux qui n'auront
pas pris cette précaution ne doivent pas êiresurpris
de ne pas voir paroître les Pieces
qu'ils
AVERTISSEMENT.
qu'ils ont envoyées , lesquelles sont d'ailleurs
perdues pour eux , s'ils n'en ont point gardé de
copie.
Les Personnes qui désireront avoir le Mercure
des premiers , soit dans les Provinces on
dans les Pays Etrangers , n'auront qu'à s'adresser
à M. Moreau , Commis au Mercure
vis - à-vis la Comédie Françoise , à Paris , qui
le leur envoyera par la voye la plus convenable
et avant qu'il soit en vente ; les Amis à qui on
s'adresse pour cela , ne sont pas toujours exacts ;
n'envoyentguére acheter ce Livre précisément
dans le temps qu'il paroît . Ils ne manquent pas
de le lire, souvent ils le prêtent et ne l'envoyent
enfin que fort tard , sous le prétexte spécieux
que le Mercure n'a pas pari plutôt. Ceux qui
desirent avoir des fuites Complettes du Mercure
, doivent aussi s'adresser à lui , pour
ils
› les avoir bien conditionnées et à meilleur
compte.
Nous renouvellons la priere que nous avons
déjafaite , quand on nous envoye des Pieces ,
soit en Vers , soit en Prose , de les faire transcrire
bien lisiblement , chaque Piece sur un
papier séparé et d'une grandeur raisonnable ,
avec des marges , pour y placer les additions on
corrections convenables ; que les noms propres ,
• sur tout soient exactement écrits , et que la ponc
\ tuation ( nous lerepons ) n'y soit pas négligée ,
A vj
comme
AVERTISSEMENT.
comme cela arrive presque toujours , ce qui
Bontribue à multiplier les fautes d'impreffion er
quelquefois à défigurer certains Ouvrages.
Nous aurons toujours les mêmes égards pour
les Auteurs qui ne veulent pas sefaire connoître.;
mais il seroit bon qu'ils donnassent une adresse ,
sur tout quand il s'agit de quelque Ouvrage qui
Reut demander des éclaircissemens, carfouvent ,
faute d'un tel secours , des Pieces nous restent
entre les mains , sans pouvoir les employer.
Nous prions ceux qui par le moyen de leurs:
correspondances , reçoivent des nouvelles d'Asie
, d'Afrique , du Levant , de Perse , dè
Tartarie , du Japon , de la Chine , des Indes
Orientales et Occidentales , et d'autres Pays et
Contrées éloignées , les Capitaines , Pilotes et
Officiers des Navires et les Voyageurs , dè
vouloir bien nousfaire part de leurs fournaux ,
al' Adressegenerale du Mercure . Ces Matieres:
peuvent rouler sur les Guerres présentes de ces
Etats et de leurs Voisins ; les Révolutions , les
Traités de Paix ou de Tréve , les occupations
des Souverains , la Religion des Peuples , leurs
Ceremonies , Loix , Coûtumes. et fages , les
Phénomenes et les productions de la Nature et
de l'Art , & c. comme Pierres précieuses , Pier
resfigurées, Marcassites rares , Pétrifications et
Crystallisations extraordinaires , Coquillages ,
Madrepores, Dendrides, & c. Edifices anciens"
ett
AVERTISSEMENT;
etmodernes , Ruines , Statues , Bas- Reliefs , Ins
criptions,Pierresgravées, Médailles,Tableaux,
c. Le Caractere de chaque Nation , son
Origine , son Gouvernement , ses bonnes et ses
mauvaises qualités , le climat et la nature du
Pays , ses principales richesses et son Commer
ce ; les Manufactures ; les Plantes , les Animaux
,. &c. Les Mours des Peuples , leur
maniere de se nourrir, de s'habiller et de s'ar
-mer ; ce que chaque Contrée produit pourfaire.
connoître les differens Climais ; et d'ajouter s'il
étoit possible des Desseins pour donner une
parfaite intelligence des chofes décrites.
Nous serons plus attentifs que jamais à apren
dre au Public la mort des Sçavans et de tous
ceux qui se sont distingués dans les Arts et
dans les Méchaniques ; on y joindra le détail .
de leurs principales occupations , de leurs Onurages
et des plus considerables actions de leur
vie. L'Histoire des Lettres et des Arts dois
cette marque de reconnoissance à la memoire de
ceux qui s'y sont rendus celebres , ou qui les ont
cultivés avec soin. Nous esperons que les Parens.
et les Amis de ces illustres Morts, seconderont volontiers
notre zele à leur rendre ce devoir , par
les instructions qu'ils voudront bien nous
fournir. Ce que nous venons de dire regarde
non seulement Paris , mais encore les Provinces
du Royaume et les Pays Etrangers
guzi
AVERTISSEMENT.
qui peuventfournir des Evenemens considera
bles , Morts , Mariages , Actes solemnels ,
Fêtes et autres Faits dignes d'être transmis à
la Posterité.
On a fait au Mercure , et même plus d'une
fois l'honneur de le critiquer ; c'est une gloire
qui manquoit à ce Livre . On a beau dire ; nous
ne changerons rien à notre methode , puisque
nos Lecteurs la trouvent passablement bonne.
On Ouvrage de la nature de celui ci , ne
sçauroit plaire également à tout le Monde , à
cause de la multiplicité et de la varieté des
matieres , dont quelques unes sont les par certains
Lecteurs avec plaisir et avidité , et par
d'autres avec des dispositions contraires . M.du
Fresni, avoit bien raison de dire que pour que
le Mercurefûtgénéralement aprouvé, ilfaudroit
que comme un autre Prothée , il pût prendre
entre les mains de chaque Lecteur une forme
convenable à l'idée qu'il s'en est faite.
Au reste les gens trop délicats & dont l'hu²
meur vaine & peu liante , ne trouve presque
jamais rien à son gré , moins encore ce qui
passe généralement pour bon aux yeux des autres,
ne doivent pas lire un Livre tel celuici
, dans lequel il est permis , à beaucoup d'égards
, d'être médiocre , & il le faut même ,
selon le genre & la matiere qu'on traite ; dans
un si prodigieux mêlange de genres & de caque
racteres
AVERTISSEMENT.
و
racteres , souvent oposés des choses trop træ³
vaillées , seroient moins goûtées & hors de leur
place. Le fublime , la grande érudition , peuvent
se trouver dans ce Livre , par la capacité
des Sçavans , qui veulent bien enrichir ce
Journal , mais on ne les exige point .
C'est assés pour ce Livre de contribuer tous
les mois en quelque chose à l'instruction & à
lamusement des Citoyens . Le Mercure ne doit
rien prétendre au- delà . Nous fçavons , il est
vrai , que la critique outrée , ou la médisance
plus ou moins malignement épicée , fut toujours
un mets délicieux pour beaucoup de Lecteurs ;
mais outre que nous n'y avons pas le moindre
penchant , nous renonçons & de très-bon
Goeur à la dangereuse gloire d'être lûs
aplaudis aux dépens de personne.
و
sur les
Nous serons encore plus retenus
louanges , que quelques Lecteurs n'ont pas géné
ralement aprouvées , et en effet nous nous som--
mes aperçus que nous n'y trouvions nul avantage
; au contraire , on s'est vû exposé à des·
especes de reproches , au lieu de témoignages
de reconnoissance , sur tout de la part des genss
à Talens ; car tel qu'on lone , ne doute nullement
que ce ne soit une chose qui lui est absolument
dûe, souvent même , il trouve qu'on ne
le loie pas assés , & ceux qu'on ne love point
ou qu'on lone moins sont très indispo J
·
ses
AVERTISSEMENT.
sés , &, prétendant qu'on loüe les autres à
leurs dépens , ils sont doublement fâchés.
""
Nous donnons ordinairement des Extraits
des Pieces nouvelles qui paroissent sur les
Théatres de Paris , & nous faisons quelques
Observations d'après le jugement du Public ,
sur les beautés & sur les défauts qu'on y trouve;
la crainte de blesser la délicatesse des Aiteurs
, nous retient quelquefois & nous empêche.
d'aller plus loin ; nous craignons d'ailleurs
si nous sommes plus sinceres , qu'on ne nous
accuse de partialité. Si les Auteurs eux-mêmes
vouloient bien prendre sur eux de faire un
Extrait on Memoire de leurs Ouvrages , sans
dissimuler les défauts qu'on y trouve , cela nous
donneroit la hardiesse d'être un peu plus séveres
, & le Lecteur leur en sçauroit gré ; ils
n'y perdroient rien par les remarques , à charge
& à décharge , que nous ne manquerions.
pas d'ajoûter , sans oublier de faire observer
l'extrême difficulté qu'il y a de plaire aujourd'hui
au Public , & le peril que courent tous
les Ouvrages d'esprit qu'on lui présente. Nous
faisons avec d'autant plus de confiance cette
Briere aux Auteurs -Dramatiques & à tous autres
, que certainement Corneille , Quinault
Moliere , Racine , &c . n'auroient pas rougi
d'avouer des défauts dans leurs Pieces..
Nous tacherons de soutenir le caractere de
moderation
AVERTISSEMENT.
1
modération , de sincerité et d'impartialité ,
qu'on nous a déja fait la justice de nous attri
buer. Les Pieces seront toujours placées , sans
préference de rang et sans distinction , pour le
mérite et la primauté. Les premieres reçûës
seront toujours les premieres employées , hors le
cas qu'un Ouvrage soit tellement du temps ,
qu'il merite , pour cela seulement , la préference,
Les honnêtes Gens nous sçavent gré d'avoir
garanti ce Livre depuis pris de 20. ans que
nousy travaillons , non - seulement de toute saty
re , mais même de portraits trop ironiques , trop
ressemblans et trop susceptibles d'aplications.
On aura toujours la même délicatesse pour tout
ce qui pourra blesser ou désobliger , mais nous
admettrons très- volontiers les Ouvrages dans
lesquels uneplume legère s'égayera, contre divers
caracteres bien incommodes et souvent trèsdangereux
dans la Societé , tels , par exem
ple , que les Nouvellistes outrés , partiaux et
trop crédules , les ennuyeux , les indiscrets , les
grandsparleurs , tyrans des Conversations , les
Opiniaires , Disputeurs et Clabandeurs éternels
, les Glorieux , qui vous disent d'un airimportant
les plus petites choses , les faux Connoisseurs
qui souvent ne se connoissent à rien ;
pas même au temps qu'il fait ; les Complaisans
etfades Louangeurs , les Envieux , &c. encore
faut-il mettre cette clause , que le Lecteur n'y
- puisse
AVERTISSEMENT.
puisse reconnoître aucune Personne en particulier
, mais que chacun se puisse reconnoître en
quelque chose dans la peinture generale des vices
et des Ridicules de son siecle.
Il nous reste à remercier au nom du Public >
plusieurs Sçavans du premier ordre , d'aimables
Muses , et quantité d'autres Personnes d'un'
grand mérite , dont les productions enrichissent
le Mercure et le font rechercher.
J
APROBATION.
' Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le Mercure de France du mois de Janvier , & j'ai
crû qu'on pouvoit en permettre l'impression . A
Paris , le premier Février 1740 .
HARDION
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
JANVIER
. 1740.
PIECES FUGITIVES;
en Vers et en Prose.
ETRENNES.
De l'Amour à Mad. la Marquise de la
Charce.
EP ITR E.
PHilis , je vous dois un présent ,
Car l'Amour est reconnoissant ;
Je sçais combien vos yeux consacrés à ma g
M'ont donné de fois la victoire ;
Je compte même assés souvent
Mes
MERCURE DE FRANCE
Mes Triomphes par vos Conquêtes ;
Pour vous tant d'Amoureux Mortels
D'offrandes couvrent mes Autels ;
Vous peuplez si bien mon Empire ,
Que je puis assûrer , sans crainte d'en trop dire ,
Que plus du tiers de mes Sujets
Porte votre livrée , & que ce sont vos traits ,
Qui m'ont fait l'aimable Recruë
Dont je viens de faire Revûë ,
Le jour ou l'an dernier touchoit à son couchant
Au bout de celui- ci j'espere en faire autant s
Quoique me promettent mes Armes ,
Je compte encor plus sur vos charmes.
Ma force s'augmente en vos yeux ,
Aussi vifs que ceux de ma Mere ;
Je les ai pris souvent pour eux
Et par une erreur fort legere ,
En croyant être à ses genoux ,
Je me suis trouvé près de vous ;
Par cet air enjoüé , ce regard vif & tendre ,
Philis , je m'étois laissé prendre ;
Le même geste', enfin le même ton de voix
Tout m'en imposoit à la fois.
Par cette heureuse ressemblance ,
Je prétends m'acquitter de ma reconnoissance.
N'avoir qu'à se montrer pour se gagner un coeur
Borter dans ses yeux la douceur ,
Avots
JANVIER. 1740. *
Avoir un esprit vif , un heureux caractere ,
C'est en bref le Tableau que l'on fait de ma Mere
Recevez , Philis , ce Portrait ,
Car c'est le vâtre , trait pour trait .
ENVO 1.
TRiste & rêveur dans le sacré Vallon
Je demandois des Vers au Dieu de l'Hélicon ,
Pour vous les offrir en Etrennes ;
Ce Dieu , peu sensible à mes peines ,
Rioit de mon zele indiscret ,
Lorsque l'Amour parut pour le même sujet ;
Muses , dit- il , que l'on s'empresse ,
Je veux des Vers dictés par la Tendresse ,
Qu je vous blesse de ces Traits ,
Sans espoir de guérir jamais .
A son air , à ce ton de Maître ,
L'Amour se fit bien- tôt connoître.
On suspend pour un temps le récit des Exploits
Des Dieux , des Héros & des Rois ,
Et tout à coup l'éclatante Trompette
Devient une tendre Musette ;
L'Amour bat la mesure , il y mêle sa voix ;
J'écoutois ce Concert à la faveur d'un Bois',
Qui me déroboit à leur vûë.
Ma Muse , sans être aperçuë ,
Ecriyant ce qu'elle entendoit
A
MERCURE DE FRANCE
A mesure que l'on chantoit ,
Se trouve un Compliment que le Dieu de Cythere
Avoit pris soin de faire faire.
Recevez - le, tant bien que mal ,
L'Amour doit vous offrir dans peu l'Original
Si quelqu'endroit peut vous déplaire ,
La faute vient du Secretaire.
Par l'Abbé Godard.
****************
>
EXTRAIT d'une Lettre écrite de la
Rochelle , le 11. Décembre 1739 .
sur l'Académie , &c.
E 26. Novembre , l'Académie des Bel
Lles-Lettres tint sa Séance publique dans
la Salle du Gouvernemement. M. Martin de
Chassiron , Directeur , en fit l'ouverture par
un Discours sur les Caracteres distinctifs de
la Tragédie Grecque & Françoise. Il parla
ainsi dans l'Exorde. De tous les Ouvrages
d'esprit , il n'en est point qui exigent plus d'étendue
de génie que le Poëme Dramatique ;
émouvoir assés fortement le coeur pour lui arracher
des larmes ; tourner toute sa sensibilité vers
un objet souvent étranger & quelquefois même
inconnus peindre cet objet avec des couleurs
qui lui soient propres , néanmoins assorties à
notre goût,malgréla difference des temps, & des
moeurs :
JAN VIE R. * 1740 5
nours ; inspirer également dans la Peinture des
caracteres les plus oposés , l'horreur du vice
l'amour de la vertu ; tels sont les devoirs
, tels sont les effets de la Tragédie ,
Lorsque le Poëte sçait rennir le vrai de la
Nature avec les agrémens & les préceptes de
l'Art , &c .
Au commencement de la premiere Partie ,
M.de Chassiron observa que dans le nombre
des passions , les Tragiques , de tous les siécles
, ont adopté la terreur & la pitié , com
me les plus propres à se communiquer dans un
Spectacle public ; mais que ces passions veulent
être traitées conformément à la forme du
gouvernement , aux moeurs & aux préjugés ;
de-là il dévelope , sur les traces du Pere Brumoi,
les vûës politiques des Tragiques Grecs
& la ressemblance du génie du Poëme avec
celui des Spectateurs; il parcourut ensuite légerement
les principaux moyens qui étoient
en droit de les affecter ; les prodiges opérés
par les Dieux , la foi aux Oracles 3 les
imprécations , les sermens , la flaterie
sonnelle , la critique des Etats voisins , &c.
L'Art de faire jouer tous ces ressorts , la régularité
& la simplicité de l'intrigue & des
caracteres, & l'exacte observation des unités,
terminent les refléxions de cette premiere
Partie.
per-
La seconde comprend le Théatre François ;
P'Auteur
MERCURE DE FRANCE
l'Auteur n'ose en parler qu'avec crainte , &
soumet avec plaisir ses Observations aux lumieres
des véritables Connoisseurs.
Le Théatre François , dit M. de Chassiron,
n'admet point nos moeurs & nos Coûtumes;
& nos Poëtes , réduits à nous instruire par
des exemples étrangers, sont en quelque sorte
forcés de se dépouiller de leur propre génie
pour revêtir celui des Heros de l'Antiquité.
Mais que leur situation est épineuse !
S'ils n'entrent pas assés dans les moeurs anciennes
, ils soulevent les Sçavans , & s'ils y
entrent trop , ils arment contre eux ces spirituels
Arbitres du goût, qui , raportant tout
au sentiment, veulent se retrouver dans tous
les temps & chés toutes les Nations .
Ainsi,l'Amour dominant toujours dans nos
Tragédies , l'Auteur n'aprouve point l'usage
trop étendu, trop frequent que nos Dramatiques
font de cette paffion dangereuse . Qu'elle
entre, dit- il , dans nos Poëmes comme ſimple
Epifode , mais qu'elle n'en conftituë pas le
fond ; qu'elle aide à donner plus de vivacité
à l'action , mais qu'elle n'en faffe point l'ame ;
qu'elle ferve à échauffer les efprits , mais qu'
elle ne les domine pas..
Les Anciens ont été plus fages que nous à
cet égard ; mais auffi leurs Heros ne font ils
point quelquefois groffiers , pour ne rien dire
de plus ? Qu'on accorde tant qu'on voudra
aux
JANVIER . 1740;
aux coûtumes & aux préjugés des Grecs ;
l'Achille d'Euripide eût dû au moins par générofité
s'opofer à l'affreux Sacrifice d'Iphigénie.
Dans l'idée d'Horace , ce Heros n'étoit
point affés dévot pour ſe foûmettre aveuglément
aux ordres ambigus d'un Oracle.
L'Achille François cft véritablement un peu
trop galand , mais d'ailleurs Racine rend parfaitement
tout fon caractere , & l'idée d'Horace
eft pliée à nos moeurs.
....
De cette difficulté de peindre dans le vrai
les Heros de l'Antiquité , & de n'employer
cependant que des couleurs affujetties à notre
goût , naît une gloire qui eft toute perſonnelle
à nos Poëtes , & à laquelle les Anciens
ne peuvent rien opofer ; leurs Heros ne leur
étoient point étrangers , c'étoient des Ayeux
& des Citoyens. Tous leurs caracteres ,
par cette raison , paroiffent presque jettés en
même moule....Les nôtres font extrémement
variés , d'où il fuit que letravail du Poëte, &
le plaifir du Spectateur font plus grands .....
Nous avons dû annoblir les moeurs ; Cofneille
l'a fait ; on distingue parfaitement dans
fes Poëmes les vices & les vertus. Chés les
Anciens , les crimes operés par les Dieux ,
perdoient leur atrocité , le refpect de la Divinité
en ôtoit l'horreur...
La vivacité Françoise a inventé les Episodes
, qui embarraſlent & noyent le sujet principal
! B
MERCURE DE FRANCE
cipal ; elle veut intrigue fur intrigue , Eve
nement fur Evenement ; pour captiver cette
multitude, indocile qui s'arroge le droit de
donner le ton , nos Poëtes hasardent des
beautés de mode , dont le succès s'évanouit
avec le caprice qui leur avoit donné l'être & c.
Voici quelques traits de la fin de ce Difcours.
» En examinant la Scéne Grecque du côté
» des Spectateurs , elle vous paroîtra beau-
» coup plus uniforme que la nôtre , puiſqu'-
» elle ne repréſente jamais que les moeurs
» d'un même Pays ; plus relative , parce
» qu'elle entre dans la Politique Républi-
» caine , dont chaque Citoyen étoit en droit
de se mêler ; plus imposante par l'intervention
des Divinités qui imprimoient un
» respect religieux à toutes leurs actions ;
» plus près enfin des mouvemens que caufe la
» terreur, que de ceux qu'inspire la pitié, & c .
ود
و ر
» Nos Tragiques ont trouvé plus de fa-
» çons d'être émûs , plus de manieres de
fentir , &c. ils n'empruntent point leur
» merveilleux de la présence d'une Divinité
, ils le tirent tout entier de leur propre
» fond , c'eſt -à- dire des sentimens du coeur,
» finement dévelopés , exprimés avec nobleffe
, & rendus avec énergie ..... Les
» Grecs ont été plus fimples que nous dans
» les fujets , & peut- être plus réguliers dans
la conduite les François font plus natur-
»
» rels
A
JANVIER. 1740 . 9
» rels à certains égards , plus décens & plus
" variés &c. M. de Chaffiron laiffe à fes
Auditeurs le foin de décider entre ces deux
Théatres rivaux , & c.
M. l'Abbé Briam termina la Séancé par un
Discours fur l'importance de bien connoître
le coeur humain & de le bien peindre , pour
réussir dans les Ouvrages d'Eloquence .
Il n'eft pas moins important ,
dit M.
Briam , pour l'Orateur habile , que pour l'excellent
Général , d'obferver les circonstances
de l'action & le caractere de l'ennemi : cette
conduite , qui réüffit aux fameufes Journées
de Salamine & de Pharfale eut , quoique
dans une espece differente , un égal succès
pour Démofthene & pour Ciceron.
Démofthene réüffit par l'étude profonde
qu'il fit du coeur Républicain, & du caractere
Athénien; c'eft à ce plan qu'il conforma toutes
les parties de son Art . L'Orateur Romain réüssit
par les même voyes ; il entre dans le carac
tere du Peuple , lorfqu'il traite la cause dé
Milon , en sa présence ; il change de conduite
& prend un ton plus élevé,lorfqu'il s'adreffe
au Senat & à l'ordre des Patriciens .
Mais fi la République difparoît , fi le Senat
n'est plus qu'une grande ombre , Pompée un
vain Nom , Rome une Cour , l'Univers une
conquête , en un mot, fi deformais tout eft César,
admirez les reffources d'un Orateur né Ré-
Bij publi
to MERCURE DE FRANCE
1
publicain , devenu malgré lui Courtisan , &
par la noble adreffe avec laquelle il fait plier
son art superbe , pour humaniser le Maître
du Monde , sentons de quelle importance il
eft pour réussir dans les Ouvrages d'Eloquende
bien faifir les difpofitions du coeur
que l'on veut vaincre.
ce ,
L'Auteur finit la premiere partie par un Extrait
du Telemaque & de l'Oraison funebre
du Grand Condé , qui lui donne lieu de
conclure que tous les prodiges que produit
l'Eloquence , ont leur source dans la con-
Moiffance du coeur humain , puifqu'au moyen
de cette connoiffance , il n'eft ni interêt public
, ni paffion particuliere , ni prétexte fpécieux
, ni feinte adroite , ni préjugés naturels
, ou fuggerés , ni incompatibilité de fenimens
, qui ne cedent à la douce violence
de l'Orateur , &c.
Dans la feconde partie , M. Briam prouve
que l'Orateur eft obligé par état , de peindre
les hommes , de les peindre d'après Nature
de les intereffer , de les ménager.... qu'il eft
fuposé réunir en lui feul prefque tous les autres
talens , & les poffeder au degré le plus
éminent.
Comme le Philosophe , il doit remonter
aux principes & s'attacher à la fimple raiſon;
mais au lieu que le Philosophe commande
imperieufement , l'Orateur n'obtient rjen
que
JANVIER . 1740%
que par les infinuations les plus douces.... !
Comme Hiftorien , l'Orateur doit être fi
dele , concis , élégant ; il doit repréſenter le
coeur dans toutes fes faces & dans tous fes
jours , il doit fçavoir produire toutes les Nations
comme témoins , & les faire dépofer
en faveur de la verité au tribunal du coeur ,
qu'il ébranle par le poids , qu'il accable
le nombre , qu'il convainc par la clarté des
Faits ....
par
Comme le Poëte , l'Orateur eft en poffeffion
de donner un tour figuré à fes expreffrons
; il peut , il doit même imiter à propos
le defordre des paffions , & fe livrer à l'enthoufiafme
; entrer en societé avec tous les
Etres , mais fans fortir jamais du caractere
de la nature , & fans facrifier le vrai , au brillant
, ni au merveilleux de la fiction....
Mais fi la Religion eft attaquée , continue
M. Briam , les Boffuets , les Bourdalouës , les
Maffillons , empruntent du grand art de déveloper
& de peindre les fentimens , la force
& la lumiere néceffaires pour diffiper l'erreur,'
confondre le libertinage , & démafquer l'hy
pocrifie.
Boffuet , par l'enchaînement néceffaire des
principes les plus lumineux & des consé
quences les plus frapantes , entraîne le so
phisme hors du cahos, où il flote comme dans
son élement propre ; cette hydre déconcertée
Biij par
Z MERCURE DE FRANCE
par la peinture qu'on lui fait de l'opofition
de fes propres mouvemens , héfite enfin , palpite
& expire aux termes de la verité , où une
force victorieufe l'a comme infenfiblement
réduite....
Bourdalouë perce la nuit du coeur , où ſe
réfugie le libertinage , il en bannit toutes.
Les paffions que ce coeur imposteur recele :
que le nombre en eft prodigieux ! Il n'en
échape cependant aucune aux recherches du
grand Orateur ; à mefure qu'il les produit , il
a foin de les fétrir du caractere odieux qui
leur convient ; fous une niain fi sûre & fi vive,
tout le coeur frémit & s'ébranle....
Maffillon , le flambeau de la Foi , & le fil
de la raison en main , entre dans un détail
pénible & immenfe , habile démêler & à
peindre les prétextes de l'hypocrifie , & ces
faux-fuyans prefqu'imperceptibles par où le
vice échape & fe joue fouvent de toute l'induftrie
des hommes , dans un labyrinte aum
composé que l'eſt celui du coeur....
m.
M. Briam finit par ce trait fur l'Eloquence
du Bareau. Ici , Meffieurs , quelle image ! on
me tranfporte cette Eloquence vive , fublime ,
paffionnée ? C'est au milieu du Senat François ,
où préside la Majefté de nos Rois.... Je resterois
ébloui de la pompe qui y regne , & de ces
marques auguftes de toutes les Dignités qui s'y
représentent sous l'hermine & la pourpre ; mais
un
JANVIER. 1740 13
un objet plus frapant m'occupe : Un Orateur
le genou en terre , les yeux tournés vers le Ciel
fait éclater d'une voix véhémente les plaintes
les regrets de la France , il la produit noyée
defes larmes...... La- France éplorée apelle
LOUIS par la voix de Talon.... A des accens
fi triftes & fi touchans , ô prodige ! le Ciel
s'ouvre , une lumiere fubite semble en defcendre
, la Difcorde en eft aveuglées par defefpoir
elle fe replonge dans ces gouffres profonds , où
fous le Regné du meilleur des Rois , la Sageffe
triomphante d'un Miniftre pacifique , papour
toujours.
roît l'avoir enchaînée
<
DISCOURS Moral &Critique fur la vanité
des chofes de la vie.
LA Brayere l'a dit , on peut fort bien l'en croire.
Combien de gens font morts fans honneur & fans
gloire,
Qui par d'heureux talens auroient bien mérité
Que leur nom fût connu de la pofterité ?
Combien vivent encor dans le fiécle où nous fome
mes ,
De fublimes Efprits , de ces excellens Hommes ,
Dont le rare mérite accablé par le fort ,
Paffera fans rénom de la vie à la mort !
Qu'ici bas la vertu n'ait pas fa récompenfe ,
B iiij
C'eft
MERCURE DE FRANCE
}
C'eft fans doute un malheur , mais moins gramd
qu'on ne penfe.
La mort qui tous les jours ravit les plus heureux *
Nous dédomage affés de n'être pas comme eux.
N'envions point des Grands l'éclat ni la richeffe ;
Vivons contens de peu , chériffons la Sageſſe .
Leur bonheur n'a qu'un temps , & dans leurs plus
beaux jours ,
La Parque affés fouvent en arrête le cours.
>
C'eft elle qui fait voir , en fermant leur paupiere ,
Que , malgré leur orgueil , leur corps n'eft que
pouffiere ;
Et que s'ils ont, vivant quelque dégré fur nous ,
La Mort en un inftant fçait nous égaler tous.
Ils laiffent , dites - vous , beaucoup de renommée ?
Peut-être . Mais enfin que fert cette fumée ?
Que produit à leurs corps pourris, mangés des vers ,
Que leurs noms après eux volent par l'Univers ?
Que leur fert ce Tombeau , qui , comme en une
Hiſtoire ,
De leurs Faits embellis retrace la mémoire ?
Et qu'un marbre gravé repréſente à la fois ,
Tous les Titres pompeux qu'ils eurent autrefois ?
Au lieu de ces grands Noms qu'en or on voit pa
raître ,
J'aimerois mieux y voir : Ci gît, qui, toujours maitre
Et de fes paffions & des grands biens qu'il eut
Jufqu'à fon dernierjour fit tout le bien qu'il put.
>
Non
JANVIER. 1740. If
Non. Non , encore un coup , je ne fçaurois le
taire ,
Dûffai-je des Puiffans m'attirer la colere ;
Je le dis hardiment , & c'eft la verité
Un fuperbe Tombeau n'eft rien que vanité.
Un homme humble , inconnu , qui , dans la folitude,
De plaire au Dieu vivant fait ſon unique étude ,
N'ambitionne point de fuperbe Tombeau ;
Mais il attend au Ciel un fort beaucoup plus beau.
Prêt de rendre l'efprit , tranquille & fans foibleffe,
Il fe fent tranfporté d'une fainte allégreffe ;
Et de fes propres dons Dieu le récompenfant ,
D'un bonheur éternelle fait participant.
La fortune des Grands feroit digne d'envie ,
Si la Mort, fans vieillir, n'attaquoit point leur vie
Mais dès qu'ils font fujets à ce commun malheur,
Leur bonheur paffager eft un foible bonheur.
Le préfent eft pour eux , on en convient fans peines .
Ils font Rois ici bas , ce ' Monde en eft la fcens
La Vertu pourroit bien dans un autre séjour,
Les voir humiliés & regner à fon tour.
Bv
FRE +
T MERCURE DE FRANCE
PREMIERE LETTRE contenant la
suite des abus introduits dans la Typographie,
& la snite des avis néceffaires pour s'enpré-
22 server.
,
3
Es Parens , & les Maîtres bien inten
tionnés , doivent être bien aises , Monfieur
, qu'on les avertiffe des abus introduitsdans
la Typographie , & qu'on leur donne
les avis nécessaires pour les éviter , à mesure
que l'occasion s'en présentera. En voici
quelques-uns.
1°. Il y a des Maîtres qui montrent aux Enfans
l'A. B. C. de fuite , au lieu d'obſerver
f'ordre marqué dans la Feüille élémentaire
& de faire passer les Enfans des lettres de
simple valeur aux lettres de double valeur ,
& aux sons simples , ou composés en latin
& en François. Ces Maîtres si esclaves des
usages , diroient-ils pourquoi les Hebreux
mirent le B. après l'A? & pourquoi la Méthode
vulgaire ne montre pas les voyelles
avant les consonnes ? Doit- on apeller Bon
Maitre celui dont l'unique réponse est de
dire : C'est ainsi qu'on me l'a apris ? Le raisonnement
n'est-il pas préférable à l'étude
des Langues ? Les Perroquets parlent toutes
ortes de Langues , d'où vient donc que les
Parens
JANVIER. 1740. *17
Parens en général cherchent moins un Précepteur
Philosophe qu'un Précepteur simple
Latiniste ? C'est là un des plus grands abus
dans l'éducation des Enfans.
2º . Peu de gens étudient la premiere enfance
: c'est le point essentiel pour en tirer le
meilleur parti depuis le commencement jusqu'à
la fin des études. Une Mere qui montre
les lettres à un enfant de deux ans , l'interroge
ensuite , & lui demande , Quelle lettre
est-ce la ? l'Enfant qui n'est encore qu'écho ,
répete , Quelle lettre est - ce là , ou l'équivalent
par la derniere syllabe . Il ne faut pas
tant de conversation ni de dialogue , il suffit
de montrer une lettre après l'autre , & de la
nommer , afin que l'Enfant la répete , & qu'à
force de voir , d'entendre et d'articuler , il
puisse parvenir à la connoissance des lettres ,
et des sons en latin et en françois. Cela paroît
simple et clair , cependant on n'y fait
assés d'attention , on cherche à badiner
et à s'amuser avec les Enfans , plûtôt que de
penser sérieusement à leur inftruction . Dès
qu'un Enfant est né , on forme de grands
projets d'éducation , on ne veut rien épargner.
L'Enfant grandit , on s'y accoûtume ,
et enfin on oublie , on néglige tous les projets.
Voilà l'Homme.
pas
.3 °. Comme la bonne dénomination des letfres
influe beaucoup dans la lecture , et que
B vj la
8 MERCURE DE FRANCE
ger
la méthode des sons de la langue rend plus
sensible l'art d'épeler, de sillaber, et de lire ;
il faut , à l'exemple des Musiciens qui font
solfier , n'articuler que les sons nécessaires
pour former la sillabe ou le mot que l'on
demande , et retrancher tout ce qui est étran
ger à la prononciation de cette sillabe , ou
ce mot. Par exemple , j'articule le mot
manchon , il faut accoûtumer l'Enfant à dire ,
me , an , ch , on et non pas , il faut un me ,
an an un ch , et un on ; cette maniere éloigne
trop les sons , qu'il faut raprocher pour
pouvoir rassembler d'oreille et de memoire ,
me , an , man , ch , on , manchon . Je supose
un Lecteur typographe , je ne serai peut- être
pas bien compris des autres.
>
>
,
4°. Les Maîtres se ressouvenant de la peine
qu'ils ont eûe dans leur enfance , pour
aprendre à connoître les lettres , ont de la
répugnance et de l'impatience quand il s'agit
de les montrer aux autres ; on a attaché une
idée de mépris à ce premier et important
exercice, à cause de la grande ignorance de la
plûpart de ceux qui , incapables d'autre chose,
se trouvent réduits à faire un métier qu'-
ils détestent dans le fonds du coeur. Cetresprit
porte les Maîtres à passer trop vîte les
exercices du Carton élementaire , ils ne doi
vent point le quitter , qu'ils n'ayent mis
Enfant en état de former sur ce Carton
touss
JANVIER. 1740% FS
Tous les mots qu'on voudra lui dicter , en
touchant avec la baguette tous les sons qui
les composent. L'exercice parfait du Carton
élémentaire demande quatre operations differentes.
La premiere , fait dire de fuite les
lettres , et les sons en latin et en françois ; la
seconde , les fait dire tantôt d'un côté , tan
tôt de l'autre , tantôt en haut , tantôt en bas,
et c'est toujours le Maître qui touche les ca
racteres ; la troisiéme est quand le Maître
nomme et articule la lettre ou le son que
P'Enfant doit aprendre à toucher : et enfin la
quatrième , est celle où le Maître dicte des
sillabes , des monosillabes , & des mots , es
où l'Enfant aprend à épeler , en nommant et
touchant lui-même les lettres et les sons nécessaires
pour la composition de ces sillabes
, de ces monosillabes , et de ces mots ,
& c .
,
5°. Les Enfans du Bureau typographique
aprennent d'eux- mêmes et si bien , le distinctif
des quatre lettres ressemblantes b , d ,.
P. , qu'ils corrigent les Maîtres peu attentifs
, forsqu'ils employent les unes pour les
autres , c'est- à- dire , lorsqu'ils confondent :
lebet le q , le d et le p , faute de sçavoir dis--
ringuer les têtes et les queues de ces lettres,
de quelque maniere que les Cartes soient
rangées. Il faut accoûtumer les Enfans à con
noître les lettres , et à lire les mots , de quel
que
20 MERCURE DE FRANCE
que sens qu'on leur montre les Cartes. Il y
a des Imprimeries où l'on n'abserve pas ce
distinctif ; il ne seroit pas aisé , par exemple,
de bien faire distinguer à l'Enfant les quatre
lettres b , d , p , q , de l'Imprimerie Royale
montrées à contre sens au milieu d'une
Carte.
6°. On s'étoit flaté qu'après avoir démontré
la double valeur , et la nécessité de la double
dénomination des lettres C, G, S, T, X, Y,
les Maîtres en feroient usage ; cependant il
y en a quelques-uns qui ne donnent au C
indéterminé , que la dénomination détermi
née Ke , et au G indéterminé , que la dénomination
déterminée ghe , en suposant que
le plus souvent ces lettres ont cette valeur ;
mais ils ne prennent pas garde en même
temps , qu'ils tombent dans le défaut de la
méthode vulgaire , et de la dénomination
équivoque , fausse et captieuse , quand il
faut la déterminer, et l'apliquer comme dans
les mots ceci , Gigès. Quoique de cinq voyel
les , il y en ait trois pour le Ke et le ghe ,
qu'il n'y en ait que deux pour le Ce et le ge,
il ne s'ensuit pas qu'on doive donner une dénomination
simple et fausse , pendant qu'il
la faut double et vraie ; c'est faute de bien
raisonner, qu'on a introduit cet abus, dont il
est bon d'avertir les Parens , afin de rendre
Jes Maîtres plus exacts , et plus conséquens
et´
dans
JANVIER. 1740. 21
dans les leçons qu'ils donnent aux En
fans.
•
7°. On doit toujours simplifier et perfectionner
la pratique du Bureau , et tâcher de
vaincre les obstacles que l'imperfection de
la Langue et de l'Ortographe a introduits
dans la maniere de montrer à lire. Les lettres
à double valeur étant équivoques et
captieuses par elles-mêmes , il ne faut pas
négliger l'usage des Cartes , qui donnent
tout d'un coup les ce , ci , ceu , ge , gì , gen;
les Cartes du i et du cti pour les sons ci et
xi. Ces Cartes étant toutes étiquetées de
leur vrai son , elles instruisent l'Enfant du
son qu'il doit employer , en composant son
Thême typographique ; en général les Maîtres
se dispensent trop facilement d'observer
des regles que les Enfans goûtent d'abord.
Je ne donne des exemples que dans certains
cas , où la chose paroît en avoir besoin , les
Maîtres Lecteurs y supléront ailleurs , et saisiront
l'esprit de la Méthode typographi-
"que.
8°. Plus on refléchit sur les principes de la
Typographie , et plus on s'aperçoit de son
atilité. L'usage des e fait la plus grande partie
de l'Ortographe , et même de la pronon
eiation de la Langue Françoise ; il est donc
important de ne pas confondre les signes ,
et les sons de cette lettre...
OF
2 MERCURE DE FRANCE
Or les Maîtres de la Méthode vulgaire
passant à celle du Bureau , sont surpris de
cette varieté d'e , et un peu confus de leur
ignorance sur la pratique de cette lettre . H
faut donc bien distinguer l'é fermé , l'è ouvert
, l'ê chevroné , l'e muet françois non
soutenu , et l'en, voyelle soutenue , soit que
leurs sons s'expriment par une , ou plusieurs
lettres avec l'accent , ou sans accent , comme
dans les mots bonté , procès , fête , juste ,
bal , feu , j'ai, mai , maître , &c.
9°.Quand on dicte à l'enfant du Bureau des
mots , qui ont un e muet à la fin , par exemple
juste , l'enfant d'abord compose just sans
, et si l'on apuye sur la dénomination de
Fe muet , l'enfant mettra justen , ou justh´,
et tout cela d'oreille , et par principe . Pour
rectifier la chose , il faut lui dire sur le mot
just , que l'e muet doit être exprimé , qu'il '
est simple, et non composé , ni aspiré , comme
celui de peu , heur , &c . et qu'il suffit de
mettre juste , &c.
10º. Les Maîtres asservis à l'ancienne Or
fographe , négligent l'usage des aigus , des
graves , des chevronés , et des y grecs
ponctués et accentués. On n'a introduit
cette pratique dans la Méthode du Bureau ,
que pour déterminer à l'enfant le vrai son
des voyelles composées de plusieurs lettres
et de diphtongues équivoques et captieuses ,
sang
JANVIE R. 23
"
1746.
sans ce suplément , comme dans les mots
j'ai , je ferais fait , mai , connoit , avoít, maî♣
tre , avoient ; mystere ; paijs , moíjen ; raíjon ;
abîjme , stijx ; bièn , vìn , sain , &c. Je me
sers ici des deux ij, voyelle et cosonne,parce
que les Imprimeurs n'ont pas des y grecs ac
centués comme le Bureau Typographique .
Il est inutile d'objecter , que la singularité
de ces lettres ainsi accentuées doit embarasser
les enfans , lorsque , lisant dans des Livres, ils
ne trouveront pas de tels caracteres. L'enfant
du Bureau aprenant par principes , s'acoûtume
peu à peu à toutes les ortographes des Livres
, et se trouve en état de raisonner làdessus
, mieux que les Maîtres de la Méthode
vulgaire .
11°. Il n'y a point de signe dont on fasse
ordinairement un si mauvais usage , que du
trema ; Fignorance des Imprimeurs , et de
la plupart des Auteurs , ne justifie point celle
des Maîtres de Typographie. Quand on
n'avoit qu'uni , et qu'un pour l'exprimer ;
et le distinguer , voyelle ou consonne , le
trema étoit d'un grand secours , par exem →
ple , dans verie , pour ne pas dire verve ,
mais aujourd'hui , on ne doit l'employer ;
que pour distinguer les syllabes , exemple ,
dans Moise , aiguë , &c. et jamais pour deux
», comme dans païs moïen , &c . au lieu de
pays , moyen, &c. par l'abus du trema , on
& c.
expose
24 MERCURE DE FRANCE
expose les enfans à lire païs , comme lais
et moien , au lieu de moi - ien. Voyez la Bibliotheque
des enfans , in-4°. dans l'article
de la lettre y.
12°. Quoique la dénomination je, ou ji soit
bonne et vraye pour la lettre vulgairement
apellée j consone , il est mieux cependant
de l'apeller ja , pour la distinguer du ge , gi
et la déterminer à l'oreille en dictant des
mots à l'enfant , comme dans les mots juge ,
jangeage , gigue , gigot . J'ai remarqué , sur
la dénomination de la lettre x , que la plûpart
des Maîtres la prononçoient mal , trop
vîte , et d'une maniere confuse , de même
que le cts pour lors l'oreille de l'enfant n'y
comprend rien , il faut donc bien articuler
les dénominations cse-gzes cte- csi , afin de
pouvoir ensuite les bien apliquer dans la
composition des mots , comme dans Xèr
xcès , éxiler , axe , stix ; pacte , action , &c.
13. On ne doit rien négliger de ce qui
peut servir à perfectionner l'art de montrer
à lire. Or , comme la garniture d'un Bureau
a des ch , gn en noir pour le François , et en
rouge pour le Latin, le Maître doit faire usage
des ch , gn rouges dans les mots François , où
ces signes se prononcent comme en Latin ,
exemple , dans les mots choeur , echo , inexpugnable
, gnomon , &c. qu'on écriroit
bour, echo , inexpugnable , gnomon ,
&c.
et
JANVIER. 1740. 25
et ainsi de tous les autres sons à double va
leur , comme gu,qn , &c. prononcés diffe
remment dans les mots garde , guarde , guadaloupe;
qualité , aquatique , &c. En voila
bien assés pour faire comprendre l'avis sur
ees sons distingués par les couleurs.
14°. Il n'y a presque pas de Maître de Typographie
, qui veuille s'asservir à toutes les
pratiques du Bureau. Il faut espérer , que
peu à peu ils s'y accoûtumeront. Ils sont
donc priés de ne pas confondre l'usage des
f initiales et médiales avec les s qui vont
partout ; l'usage des Livres est de ne mettre
jamais à la fin d'un mot , la lettre fayant la
tête haute ; c'est pourquoi il vaut mieux
épuiser la logette des fà tête haute , que la
logette des petites , qui vont bien partout.
J'en dis autant des é fermés , et des è ou
verts , qu'il faut employer tant qu'on peut
pour conserver la logette des e sans accent
qui autrement se trouve trop tôt épuisée.
D'ailleurs on ne sçauroit au commencement
avoir trop d'exactitude pour la pratique des
trois accents sur la lettre e. Les Livres mal
accentués ne peuvent pas servir de regle aux
enfans, c'est pourquoi on leur donne pendant
un long- temps des thêmes sur des cartes ,
où l'on met des accents sur toutes les voyelles
qui en ont besoin , pour indiquer leur
vraye prononciation , où l'ortographe de
Foreille
26 MERCURE DE FRANCE
Foreille ; celle des yeux ne devant
paroître
qu'après
que l'enfant
est ferme
sur celle de
Foreille
; ainsi l'on ne fera pas difficulté
d'employer
au commencement
les accents
sur les mots Jupitèr
, Calais , quèl , et ainsi
des autres
mots. J'ai l'honneur
d'être , &c.
LA FLUTE ET LE TAMBOURI
Q
FABLE.
Ue vous êtes bruyant ! que vous êtes terrible !
Dit un jour la Flute au Tambour :
Que ne m'imitez vous : le coeur devient sensible
Quand je veux exprimer l'Amour ,
Et je sçais peindre tour à tour"
Ou la fureur jalouse , ou le calme paisible ;"
Partout on me caresse , au Théatre , à la Cour ,
Mais pour vous, Frere ( il faut l'avouer sans détour
Tel , par votre fracas croit se rendre invincible ,
Et tout au plus il se rend sourd.
Ho , ho , ma Soeur la doucereuse
Répond l'Instrument Martial ,
Tu voudrois donc railler ? ma foi tu t'y prens mal',
De tes brillans écarts la fougue impétueuse
Te paroît donc bien merveilleuse a
Er
JANVIER 1740 27
Et ma Caisse n'est , selon toi ,
Qu'un Instrument de bas aloi ;
Mais ... monDieu point d'aigreur , chacun a sa manie,
Dit la Flute , d'un ton aprochant du faucet ,
Pour moi je n'y sçais qu'un secret ,
Et sans autre cérémonie ,
Qu'on juge entre nous par l'effet ;
Oui , pour sentir à fonds ma justesse infinie ;
Qu'on me place toujours sous les doigts de Blavet ,
Et je serai toujours Reine de l'harmonie.
Chansons , ( dit le Tambour d'un air un peu brutal)
Que Coigny , Belisle , on Noailles ,
Au Rustre qui me frape ordonnent le signal ,
Bien-tôt cet Instrument si borné , si fatal ,
Fixera sous leurs loix le destin des Batailles ;
Bien- tôt de fiers Guériers conduits d'un pas égal
Sçauront braver la mort , renverser les murailles ,
Et la peau d'un vil animal
Ann blira partout d'illustres funérailles .
Et fi donc , ma soeur , en deux mots
?
Exalter tes langueurs pour b'âmer ma rudesse ,
C'est donner morbleu dans le faux :
C'est confondre à plaisir la force avec l'adresse ,
La victoire avec la mollesse ,
C'est comparer mal à
propos
L'homme à talens , et le héros .
A ce discours , à cette andace ,
28 MERCURE DE FRANCE
La Flute répliqua par un prélude exquis ,
Qui devoit du Tambour assûrer la disgrace ,
Les plus sçavans accords , les tons les plus hardis ,
Aux accents les plus doux furent bien- tôt unis ;
Vain espoir ! vains efforts ! quand elle fut bien lasse
Chacun resta dans son avis :
Pour moi , je n'en suis point surpris ,
Sur Lully , sur Rameau , je vois ce qui se passe.
Pour Voltaire et Rousseau , je connois deux partis
Nulles distinctions , le préjugé les chasse ,
.Et de pareils débats sont toujours indécis :
La Fontaine l'eut dit avec bien plus de grace
Chaque chose ici - bas suivant nos apétits
Nous présente une double face :
L'amour propre d'abord fait son choix, met son pris,
Et ce raport secret qu'aucun pouvoir n'éface ,
Fixe nos sens assujettis' ,
Il nous cache le but , l'altere , ou le déplace ,
Par lui , les jugemens de nos meilleurs Esprits
Ne sont qu'un choix aveugle , où leur coeur est
soumis.
Or cet Apologue m'invite
A plus d'une moralité ,
Heureux si quelqu'un en profite.
Jugeons peu , mais jugeons avec maturité ,
Le premier mouvement à l'erreur nous excite è
N'aprouvons point les gens sur un récit ftaté
Ne
JANVIER.
27 1740
Ne les condamnons point sur leur rusticité.
C'est par ces faux dehors que notre ame séduite
Laisse éclipser la vérité ;
Augmentons les Beaux- Arts , étendons leur limite
Etonnons la Posterité ,
Mais , au beau feu qui nous agite
Joignons le charme respecté
D'une noble simplicité ;
Et quoiqu'Horace * nous débite ,
Puisqu'un Etre parfait n'est qu'un Etre inventé ;
( Du moins parmi l'humanité , )
Pour décider du vrai mérite ,
Ecartons l'agrément , cherchons l'utilité.
Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci.
Par Pouchot , Tambour Major de la Ville
Avignon.
Cette Fable , ou plutôt le titre de cette
Fable , a peut- être déja parû , & peut - être
même dans notre Journal ; cependant , en la
donnant au Public telle qu'elle est ici , nous
ne craignons nullement d'encourir le reproche
d'un double Emploi , auquel nous sommes
bien résolus de ne jamais nous prêter
( du moins de dessein prémédité , ) mais le
petit Ouvrage qu'on vient de lire , étant neuf
plus d'un égard , nous souhaitons seule,
9
ment
30 MERCURE DE FRANCE
ment qu'il puisse avoir le mérite de plaire ;
aussi sûrement, qu'il a celui de la nouveauté.
Nous ne pouvons aussi qu'aprouver la modestie
sincere avec laquelle l'Auteur se défiant
de sa propre force , semble apeller à
son secours le Génie & les Graces de la Fontaine
; quiconque écrira des Fables , ne sçauroit
jamais prendre un meilleur parti que
d'avouer cet inimitable Auteur pour son
Maître , heureux ceux , qui , par le choix
d'up Sujet simple & bien assorti , par une
Morale aprofondie , mais naturelle , & par
un tour d'expression varié mais toujours facile
, pourront mériter d'être avoüés dans le
petit nombre de ses vrais Eleves !
Au reste il nous a paru qu'il y avoit dans
cette Fable , sur tout vers la fin , quelques
opinions qui ont un peu l'air de Paradoxes
, & qui pourroient par conséquent faire
náître des idées nouvelles , & même des
Dissertations , en forme pour les adopter ou
pour les combattre.
Nous recevrons bien volontiers & ferons
usage avec grand plaisir de celles qui pourroient
s'offrir ; il n'est pas besoin d'ajoûter
que le Sujet en vaut la peine , il en est peu
de plus interessant dans tout l'Empire des
Belles- Lettres .
QUES
JANVIER. 1740 31
•
EP ITR E..
A M. G *** pour le premier jour de l'An.
LEE temps qui d'une aîle legere
Fuit & s'envole pour toujours ,
Par sa vitesse trop sévere ,
De l'an a terminé le cours ;
Et dans sa brillante carriere ,
Le Dieu qui porte la lumiere ,
Nous ramene de nouveaux jours.
Déja la nombreuse cohorte
De mille lâches Courtisans.
S'en va fraper de porte en porte,
Et par des souhaits complaisans ,
Mendier la faveur des Grands ;
Mais hélas ! autant en emporte
Le plus petit souffle des vents.
Déja la Troupe fantastique
De ces Petits -Maîtres , Porteurs
D'une figure archi- comique ,
De tous ces froids Adulateurs,
Toûjours ennuyeux Sectateurs
D'un style trop hyperbolique ,
Par son langage fanatique ,
I
Court
32 MERCURE DE FRANCE
Court accabler ses Auditeurs
Et dans un orgueil chimerique ,
Source d'éternelles fadeurs ,
Jouir du Privilege unique
De porter partout la langueur.
Déja , selon l'usage antique ,
Un ennuyeux Complimenteur ,
M'abordant d'un air emphatique ,
Dans une phrase pathétique ,
Que masque une feinte douceur ,
Vient m'étaler sa Kéthorique ,
Et sur un ton de voix flateur ,
Me fait un souhait magnifique ,
Dont il me prive au fond du coeur,
Ah ! loin de ce détour oblique ,
Que je déteste avec horreur ,
Loin du langage trop inique
D'un lâche & cruel imposteur ,
G *** , d'un ton véridique ,
A toi , dans ce jour je m'explique ;
De mes souhaits connois l'ardeur ;
Jouis toujours de la faveur
D'un sort tranquille & pacifique ;
Bannis tout soin mélancolique ;
Qu'à jamais la noire douleur
Ne puisse , par sa voix tragique ,
De ses beaux jours faner la fleur !
C
Puisse
JANVIER. 1740: 33
Puisses-tu brayer la fureur
Du Médisant , du Satyrique ,
Du mauvais Plaisant , du Caustique ;
De l'Envieux , du grand Parleur ,
Du Bigor & du Lunatique !
Eviter encor la clameur
De toute Nation Lubrique ;
Dont le Discours plus que cinique
Qutrage toujours la pudeur !'
Sans briguer la vaine grandeur ,
Dont se repaît la Gent publique j
Et que cherche le Politique ;"
Sans avoir le sort d'un Seigneur ,
Que tourmente dans sa splendeur
Une gêne diabolique ;
Jouis de ce Dieu * métallique ,
Que chacun cherche avec ferveur
Que l'Avare à pâle couleur ,
Enferme comme une Relique ,
Que prétend trouver l'Art Chimique
Par sa sçavante profondeur ,
Que cache en son sein l'Amérique
Et dont , pour son Panégyrique
L'Interêt est Prédicateur ;
Qu'à jamais la Muse Lirique
T'inspire le Chant Poëtique
* L'Or.
Qui
4 MERCURE DE FRANCE
Qui de mes sens fut le vainqueur !
Deviens le Médor enchanteur
De quelque nouvelle Angélique ,
Et jouis du parfait bonheur.
Par M. B * d Aix
QUESTION IMPORTANTE ,
·
S
!
Jugée au Parlement de Paris .
I le Docteur en Théologie , étant exclus
par l'ancien Gradué , le plus qualifié peut
empêcher l'effet de la préference accordée au
Professeur Septenaire sur l'ancien Gradué qui
a évincé le Docteur.
FAIT.
Le Sr Abbé de Majainville , Chanoine de
PEglise Collégiale de S. Honoré de Paris ,
déceda au mois de Janvier 1737. sa mort, arrivée
dans un des deux mois affectés aux
Gradués nommés , donna ouverture à plusieurs
réquisitions de son Canonicat.
Il fut requis par quatre anciens Gradués
nommés , par deux Docteurs en Théologie ,
& par le Sr Playne , qui professoit la Rhéthorique
au College de Lizieux depuis près
de 17. ans,
Ces
JANVIER: 1740. 33
Ces sept Contendans se trouverent néan
moins réduits à quatre ,, ppaarrccee qquuee d'un côté
le Sr Lucas , l'un des deux Docteurs , & le St
Domino , qui étoit le plus ancien des Gradués
nommés , n'obtinrent point de provisions
, & que d'autre part le Sr Guy , autre
Gradué , se tint pour rempli par la Cure de
Hoüille , dont il fut pourvû in vim Gradus ,
comme ayant vacqué au mois de Janvier
$738.
Les quatre véritables Contendans étoient
donc le Sr Paris , Gradué nommé dès le
9. Mars 1694; le Sr Rigoulet , autre Gradué,
dont la nomination n'étoit que du 18. Mars
1695 ; le Sr Dugard, Docteur en Théologie y
qui n'étoit Gradué nommé que du 22. Mars
1700 ; enfin le Sr Playne , Profeffeur septenaire
, dont les titres & capacités n'étoient
pas moins en regle que celles du Sr Rigoulet
, plus ancien Gradué que le Sr Dugard.
Le Sr Dugard , quoique déja poffeffeur
'de
quatre autres Benefices simples , fut le
plus diligent à prendre poffeffion réelle du
Canonicat de S. Honoré ; ensorte que ses
Contendans ne purent prendre que la posseffion
Civile & Canonique ; mais sur les
complaintes respectives , le Sr Dugard fue
évincé, auffi -bien que les Gradués , par Sen
tence rendue contradictoirement en la premiere
Chambre du Palais le 20. Mars 17382
C iij qui !
MERCURE DE FRANCE
qui , conformément aux Conclusions du Miniftere
public , maintint le Sr Playne , lequel
en vertu de cette Sentence , entra en joüissance
du Canonicat contentieux .
Le Sr Dugard ne se contenta pas d'interjet
ter apel de cette Sentence ; il engagea la Faculté
de Théologie à intervenir en sa faveur.
La Faculté des Arts intervint auffi , & se
joignit au Sr Playne.
Il y eut auffi apel de la part des Srs Paris
& Rigoulet , anciens Gradués.
Tel étoit l'état de la Cause, lorsqu'elle fut
portée en l'Audience de la Grand'- Chambre .
On disoit de la part du Sr Dugard , qu'il
falloit commencer par examiner le Privilege
du Profeffeur septenaire ; que le Privilege de
ce Profeffeur étoit d'exclure tous Gradués
qu'ainsi il étoit inutile de compter ceux avec
lesquels la Cause avoit été jugée , à moins
que ce ne fût pour les exclure en vertu du Privilege
du Profeffeur septenaire . On mettoit
ensuite le Sr Dugard sur les rangs , & l'on
disoit que le Bénefice lui apartenoit, comme
étant plus ancienGradué que le Profeffeur septenaire
, & en conséquence de son exception
du Privilege du Profeffeur auquel le Sr Dugard
oposoit ce Brocard de Droit , Si vinco
vincentem te , à fortiori vinco te.
De la part du Sr Playne , Régent septe
maire , on disoit au contraire que ce Brocard,
SA
JANVIER 1740: 37
Si vinco vincentem te , &c. n'étoit qu'un cer
cle vicieux , & l'on établiſſoit trois proposi
tions ; la premiere , que le Privilege du Profeffeur
n'étant qu'une exception au Droit
commun , il falloit examiner le droit com
mun , avant que de discuter le Privilege .
Suivant le droit commun entre Gradués
nommés , tels que les Parties qui avoient
toutes cette qualité , Qui prior est tempore ';
potior est jure , c'est la Doctrine du Concor
dat. 6. Statuimus. Tit . de Collat.
Le Concordat n'est pas le droit commun
des Docteurs seulement , il est auffi celui des
Gradués. Les questions qui les concernent,
y sont décidées.
Aux termes du Concordat , les Docteurs
n'ont aucune préference , Ratione Doctoratus,
sur les Gradués nommés ; quelque distin
gué que soit le Docteur , lorsqu'il remplit dignement
ses fonctions , un simple Gradué
nommé plus ancien , l'emporte sur lui en
matiere de Bénefices affectés à ces sortes de
Gradués. C'eft la priorité de la nomination
qui décide. Tel est le droit commun auquel
on doit d'abord s'arrêter.
Suivant la Déclaration du mois de Janvier
1676. les Docteurs en Théologie ne peuvent
empêcher la préference des Profeffeurs septenaires
sur les anciens Gradués , à moins
qu'ils ne soient les plus anciens des ayant
C iii droit
MERCURE DE FRANCE
'droit au Béncfice. Il faut donc commencer
par vérifier si le Sr Dugard eft le plus ancien
de ces ayant droit.
Tirer le Docteur du milieu des Contendans,
pour mettre d'abord le Bénefice en discuffion
entre les anciens Gradués & le Profeffeur ,
qui eft le dernier , ce seroit commencer par
où l'on doit finir. La regle est de sçavoir
lequel sera le premier,& se trouvera le mieux
qualifié , de le faire ensuite contefter avec le
Docteur , dont la nomination eft pofterieure
avant que le Vainqueur s'adreffe au Profeffeur
septenaire , qui eft le dernier , & avec lequel
par conséquent la dispute doit se terminer
par l'examen de son Privilege , comme n'étant
qu'une exception au droit commun.
Cet ordre de contention fut ainsi décidé
par Arrêt rendu au raport de M. Severt le
12. Décembre 1737. contre le Sr Lucas ,
Docteur en TThhééoollooggiiee , à l'occasion du Canonicat
de l'Eglise de Pafis , dont M. l'Abbé
de la Grange, Conseiller en la Cour, étoit
mort Titulaire au mois de Juillet 1733.
La seconde Proposition du Sr Playne, étoit
que le Gradué plus ancien , qui avoit évincé
Le Docteur , étoit lui - même ensuite évincé
par le Régent septenaire, en vertu du Privilege
que le Profeffeur a sur tous les Gradués , par
PArticle 54. des Statuts faits pour l'Universié
en 1598. qui eft conçû en ces termes : Ut
plures
JANVIER. 1743. 3.9
plures ad docendum incitentur , Magistri Ar
tium, qui per septennium continuum absque intermissione
& citra fraudem in celebri Collegia
publicè docuerint, preferantur omnibus Gradua
tis in jure nominationis , exceptis Doctoribus in
Sacra Theologia , tantum.
Depuis que le Roy a établi le gratis dans
P'Université en 1719 , les apointemens qu'il
donne aux Profeffeurs , leur tiennent lieu de
Phonoraire que leur payoient les Ecolièrs.
Ce n'est qu'un changement de rétribution ,
qui n'a rien changé aux Privileges des Profeffeurs
septenaires
.
Ce n'est même pas un droit
nouveau
in
troduit
par le Statut
, puisque
dès 1316.
cent
ans avant
le Concile
de Basle
, tenu
en 1432
,
on envoyoit
à Rome
le Rôle
des Gradués & sur ce Rôle
les Régens
étoient
préferés
.
Voyons
maintenant
, fi le Docteur
peut
se
relever
de fa défaite
à la faveur
de l'excep--
tion , qui eft la derniere
portion
du Statut
:
Exceptis
Doctoribus
in sacrâ
Theologia
, tan- tum.
Dans la difpofition du Statut , le combat
n'étoit qu'entre les Profeffeurs & les Gra
dués : dans l'exception , il n'eft plus qu'entre
les Docteurs & les Profeffeurs ; c'eſt - à- dire ,,
que, fi au lieu d'un ancien Gradué dûëment
qualifié , le Profeſſeur ſeptenaire a un Docteur
pour concurrent , le privilege du Pro-
C V felleun
40 MERCURE DE FRANCE
feffeur n'aura pas lieu contre le Docteur ; ils
font renvoyés entre eux au droit commun
des Gradués , à la priorité de leurs nominations
, lorfqu'ils font feuls contendans .
Alors , fi le Docteur eft le plus ancien in
jure nominationis , il sera préferé au Profeſſeur
feptenaire ; è converfo , fi le Profeſſeur eſt
le plus ancien , la préférence lui fera dûë fur
le Docteur : en un mot la queſtion fe décide
entre eux de même qu'entre deux Gradués
parce que vis -à- vis l'un de l'autre, on ne doit
point faire attention à leurs qualités de Docteur
& de Profeffeur,
Mais il n'en eft pas de même,lorfqu'ils ont
auffi pour concurrent un plus ancien Gradué
nommé ; en ce cas comme le Docteur eft
exclus par cet ancien Gradué , il devient fans
interêt , & par confequent fans droit , pour
difputer au Profeffeur feptenaire la préféren
ce qu'il a fur l'ancien Gradué.
Quand le Profeffeur n'auroit pas cette préference
, le Docteur ne l'auroit pas encore ;
la priorité de la nomination du Gradué excluroit
le Docteur , qui n'a point de privilege
fur les Gradués , car le Docteur étant
une fois exclus, ne peut plus rentrer en lice.
Si donc le Docteur a été excepté du privilege
du Profeffeur , ce ne peut être , que
lorfqu'il concourt avec un Profeffeur plus
jeune , ou tout au plus , lorfque le Docteur
cft
JANVIER. 1740. 41
eft le plus ancien des Gradués nommés, ayant
droit au Bénéfice . .
La troifiéme Propofition du Sieur Playne,
étoit que fuivant la Déclaration de 1676.
le Docteur doit être le plus ancien des
ayant droit au Bénéfice pour empêcher
l'effet de la préference du Profeffeur feptenaire
fur l'ancien Gradué,par qui le Docteur
a été exclus : & en effet ce font les propres
termes de la Déclaration de 1676. dont le
Sr Playne faisoit voir que l'esprit eft conforme
à la lettre.
De la part des Gradués on oposoit au St
Playne , que le Privilege du Docteur faifant
ceffer celui du Profeffeur septenaire , il
falloit revenir au droit commun , & décider
la cause par la priorité des Grades , mutuo
confenfu fe fe impe liunt.
La Réponse du Sr Playne , étoit que ce
Brocard ne s'aplique qu'à des Pourvûs de
même date en Cour de Rome , ce qui eft
bien different de l'espece où il ne s'agifloit
pas de prévention , mais de décider la préference
entre des contendans à differens
titres.
›
D'ailleurs avec qui les anciens Gradués
vouloient-ils faire concourir le Profeffeur ?
Avec un Docteur qu'ils ont eux - mêmes
évincé , comme plus anciens que lui : ensorte
que ce Docteur ne peut plus concourir,
C vj
Enfie
2 MERCURE DE FRANCE
,
Enfin l'exception faite pour les Docteurs
du Privilege des Profeffeurs n'eft autre
chose qu'une exemption de leur Privilege ;
exemption qui eft personnelle aux Docteurs
, & dont eux seuls peuvent faire usage
;
les anciens Gradués ne peuvent pas se
L'arroger.
La seconde objection des Gradués confiftoit
à dire , que la Déclaration de 1676. renvoye
à l'ancienneté des Grades.
Mais le Sr Playne répondoit que cette Loi
n'y renvoyoit que les Docteurs , qu'elle ne
change rien au Privilege des septenaires , &
qu'au contraire elle le confirme.
Ce renvoi des Docteurs à la priorité , eſt
une condition aposée à leur exemption du
Privilege des septenaires : ils en sont exempts,
s'ils sont les plus anciens des ayant droit au
Bénéfice ; mais s'ils ne le sont pas , le Privilege
des septenaires aura son cours sur les
anciens Gradués : la raison eft , qu'en ce cas
le Docteur eft sans interêt , étant exclus
d'abord par le plus ancien Gradué,plus ancien
que lui,après quoi le Gradué se trouvant visà
- vis du Septenaire,le Privilege de ce dernier
doit avoir son effet contre le Gradué , dans
toute son étenduë.
,
On faisoit encore une derniere objection
au Sr Playne , sur la notification de sa Lettre
de septennium.
JANVIER. 1740
Il avoit fait cette notification dans les termes
les plus énergiques , par un Acte dans
lequel il avoit donné copie à M. l'Archevê-.
que & notifié sa Lettre de Tonfure , celle de
Maître ès Arts , celle de quinquennium , &
celle de nomination ..
Mais sous prétexte que la notification de
sa Lettre de septennium avoit été faite comme
pofterieure par un Acte séparé , où il
n'étoit pas specifié qu'elle cût été montrée
& exhibée, mais qu'elle avoit été notifiée &
fignifiée à M. l'Archevêque , le Sr Rigoulet
prétendoit que cette notification étoit infuffifante
, & produifoit une nullité dans les
Capacités du Sr Playne ,, aux termes du § ..
Prafatique graduati & nominati du Concordat.
On répondoit de la part du Sr Playne , que
ces expreffions prouvent bien que ce Paragraphe
ne s'aplique qu'aux Gradués simples
& nommés.. Les formalités prescrites aux
Gradués par le Concordat , ne sont point à
la charge des Profeffeurs septenaires ; leur
Privilege n'a été établi que par le Statut
de 1598. il eft directement contraire au droit
commun du Concordat ; on ne peut donc
affujetir les Profeffeurs comme septenaires,
aux mêmes formalités que les Gradués , par
raport à leurs Lettres de septennium en parti
culier , de quo non eft cogitatum .
Le
44 MERCURE DE FRANCE
Le Sr Playne pouvoit même ne pas don
ner copie de la fienne à M. l'Archevêque , &
le Sr Dugard ne lui avoit pas notifié sa Lettre
de Docteur.
D'ailleurs,lorsqu'un Acte fait par deux No
taires , porte qu'un Titre a été notifié & fi
gnifié , ce sont deux operations qui rempliroient
au besoin la double formalité du
Concordat .
De ces differentes réflexions , le Sr Playne
concluoit , que de quelque côté que l'on envisageât
la conteftation , la maintenuë prononcée
en sa faveur étoit jufte & réguliere.
Par Arrêt rendu contradictoirement en
l'Audience de la Grand'- Chambre , le 19.
Mars 1739. conformément aux conclufions
de M. l'Avocat Général Dagueffeau , la Sentence
des Requêtes a été confirmée ; ensorte
que le Sr Playne , en qualité de Profeffeur
septenaire , a été maintenu en poffeffion du
Canonicat contentieux , par préference aux
Gradués nommés , quoique plus anciens , &
au Docteur en Theologic.
*
EPITRE
JANVIER. 1740 . 45
EP ITR E.
De M. L**** de Sepmanville à Mad. *****
au jour de l'an.
L'An paffé , fage & belle Irene ,
Je vous donnai pour votre Etrene
Des Vers qui vous plûrent beaucoup :
Je les faifois alors fans peine .
Mais fçavez - vous pourquoi ? c'eft que dans l'Hy
pocrêne
J'allois fouvent boire le petit coup ;
Mon efprit pour rimer n'étoit point à la gêne
Apollon échauffoit ma veine ,
Et j'étois même un de fes bons Amis,
Aujourd'hui quelle difference !
Depuis que pour fuivre Themir ,
Et qu'à fes volontés foûmis ,
Je lui donne la préference ,
De rimer , belle Irene , il ne m'eft plus permis
A la Raifon je l'ai même promis.
Cependant aujourd'hui vous voulez que je rime
Et pour vous obéir j'oublie en ce moment ›
Que de ne plus rimer j'avois fait le ferment.
La Raiſon , il eft vrai , ne m'en fait point un crime
Mais il faut ici convenir ,
Que
4 MERCURE DE FRANCE
Que la rime qui m'abandonne ,
Malgré moi m'oblige à finir :
La Raifon même me l'ordonne ;
Elle me fait refouvenir ,
Que foumis à fes Loix je lui dois obéir.
Je le fçais ; mais l'aimable Irene
Exige des Vers pour Etrene ; .
La refuser c'eft me trahir ,
Et la forcer à me hair.
Pour prévenir cette difgrace ,
Sans invoquer le Dieu qu'on révere au Parnaffe ;
Sans vouloir m'égarer dans le facré Valon ,
Pour Mufe , je choisis l'eftime ;
C'eft elle en ce moment qui m'inſpire & m'anime
Et mon coeur eft mon Apollon:
Dans ce beau jour , où l'an ſe renouvelle
Sur le toît d'un Ami fidele & généreux ,
J'allois faire pour vous des voeux ,
3
AK
Et vous donner des marques de mon zele ...
Mais que dis-je ? quels voeux peut- on faire pour
vous ?
D'Hebé vous avez la jeuneffe ,
De Venus les attraits , de Pallas la fageffe ,
Votre fort eft brillant & doux ;
Mais il vous faut , dit -on , des fruits de l'Hymenée
Veüille ce Dieu pour vous faire ſa cour ,
Vous étrenner dans la nouvelle année
D'un Fils auffi beau que l'Amour !-
JANVIER. 1740. 47
LETTRE sur l'amour & la connoiffance
des Beaux Arts , écrite de Paris
L
an mois d'Août 1739 .
>
,
E sujet sur lequel vous m'obligez ,
Monfieur à vous entretenir , feroit la
matiere d'un affés gros Livre ; fi j'avois affés
de loifir & les talens néceffaires , je l'entreprendrois
très- volontiers. Mais sans tant de
façon , ni un plus long préambule , je vais
tracer ici ce que j'ai pû me rapeller des divers
entretiens que nous avons eûs ensemble
fur cette matiere puisque vous croyez
qu'elle seroit agreable au Public , & même
utile à beaucoup de jeunes Gens , pour leus
former le goût , en leur, ouvrant une route
aisée , qui non seulement les amuseroit
mais encore piqueroit leur curiosité , & les
mettroit en état de goûter &.de juger ensuite
de ce qu'on entend dire frequemment sur
ces matieres, dans lesquelles des Gens d'Es
prit , & très polis d'ailleurs , n'osent hasar
der leur sentiment , crainte de se donner un
certain ridicule , ridicule qu'il n'eft pas toujours
aisé d'éviter , pour peu qu'on ait d'a
mour propre , & qu'on ne veuille pas paffer
pour n'avoir ni goût ni intelligence pour ce
qui fait l'empreffement & les délices de tant
d'hon
48 MERCURE DE FRANCE
d'honnêtes Gens , que la connoiffance &
l'amour des beaux Arts rend plus eftimables .
En effet il n'y a point de sujet de conversation
& d'entretien qui se présente , plus fréquemment
que celui- ci , car on ne sçauroit
entrer dans aucun apartement où il n'y ait au
moins des Tableaux ou Eftampes, sans parler
des Bronzes , Figures de marbre , Ornemens
de cheminées , Tapifferies , Plafonds , Frises,
&c. & ces sortes d'entretiens font d'autant
plus agreables , que les chofes dont on parle
font fous les yeux de l'Affemblée.
>
Il n'y a perfonne qui ne defire ardemment
d'acquerir du goût & de la connoiffance ,
mais peu de gens agiffent consequemment.
Les uns , par une modeftie mal entenduë
croyent de bonne foi n'en avoir point du
tout , & soit, manque de certaines lumieres,
parefle ou nonchalance ils desesperent
d'en pouvoir jamais acquerir. Les autres ,
remplis d'une trop bonne opinion d'eux-mêmes,
& hardis jufqu'à la témérité , croyent en
avoir beaucoup , & souvent n'en ont point
du tout. Ce sont deux sortes de Gens prefque
également déraisonnables , souvent même
impatientants. Les premiers,à qui on montre
un beau Tableau , vous disent froidement
Je ne m'y connois point , & détournent la
vûë. C'eft comme fi une perfonne à qui l'on
présenteroit une belle Fleur , répondoit , Je
n'ai
JANVIER: 1740 ; 49
n'ai point d'odorat. Le premier aveu n'eſt
pas fi humiliant , mais il n'eft pas plus sensé .
Cette absurdité paroîtra encore plus frapante
, fi on veut bien faire réflexion que la
Peinture n'eft autre chofe que l'imitation des
objets de la Nature , que nous avons continuellement
fous les yeux, && ddoonntt llaa comparaison
se fait bien aisément , même machinalement
, & fans une attention expreffe . Or
tous les hommes , généralement parlant ,
n'ont pas plûtôt les yeux ouverts , & le premier
ufage de la raifon , qu'ils aiment l'imi
tation. Cela n'a befoin ni de preuves , ni
d'un plus long raiſonnement. Or la choſe la
mieux imitée dans un Ouvrage de Peinture ,
de Sculpture , &c. eft toujours celle qui fait
le plus de plaifir au Sçavant comme au vulgaire
; & ce dégré de plaifir & d'interêt que
nous prenons en voyant un Ouvrage , eft la
mefure du dégré d'eftime que nous devons
avoir pour l'ouvrage même. Je parle ici
d'un galant Homme , d'un curieux , amateur
des belles chofes , & qui n'eft point, initié
dans les myfteres de l'Art , mais feulement
éclairé par les lumieres de fa raifon , pat
quelque jufteffe dans l'efprit & par fon goût,
fruits des diverses impreffions agreables que
fon ame a reçûës à la vûë des divers Ouvra
ges , & de réflexions qui les ont fuivies
d'où réfulte ce fentiment fin , délicat , & sûr,
;
par
Jo MERCURE DE FRANCE
par lequel on diftingue ensuite les excellens
Morceaux qu'on aprécie , des médiocres
& des mauvais ; ce discernement exquis
, & ces utiles obfervations par leſquelles
on fait remarquer ce qui manque , ou ce
qu'il faudroit changer our retrancher dans les
chefs-d'oeuvres de l'Art les plus parfaits ; car
il n'y en a point où il n'y ait quelque chose
à defirer pour les Efprits fublimes ; mais pour
le progrès & la perfection des Arts , if faudroit
indiquer par de folides raifons , les
tours ingénieux qu'on pourroit prendre pour
porter à un plus haut dégré de perfection un
Ouvrage qui auroit déja quelque mérite , car
on voit tous les jours des productions où il
n'y a , à la verité , rien de piquant ni de bien
élevé , mais où l'on trouve cependant une
pensée heureuse , un trait hardi & singulier ,
de l'invention , &c. Il n'y a point d'Ouvrage
fait avec amour & une bonne intention , où
F'on ne trouve quelque mérite.
Mais je fais reflexion , M. que je m'épuife ,
ici vainement en reflexions & en raifonnemens
, pour faire naître aux honnêtes Gens ,
qui voyent bonne Compagnie quelque
fenfibilité & quelque goût pour la Peinture,
la Sculpture , l'Architecture , les Eftampes
, les Tapifleries , & c. qui font l'entretien
plus ordinaire de tout le monde , par l'occafion
qu'on a tous les jours d'en voir dans
pes
les
JANVIER. 1740:
Sa
les Lieux publics , & chés prefque tous les
Particuliers,de les admirer, de les critiquer, &
d'en juger enfin, chacun felon fa portée & fon
inclination ; mais, encore une fois , je me donne
une peine inutile ; car les Gens intelligens
& amateurs , n'ont nul befoin de mes
foibles lumieres ; & les autres , que j'ai principalement
en vûë , font pour l'ordinaire des
génies fi bornés , qu'ils n'ont nul fentiment
& nulle lecture ; l'aspect d'un Livre les fait
bâiller. N'importe , vous pourrez m'en fçavoir
quelque gré , au moins fuis - je bien affûré
que vous ne me blâmerez point dans l'intention
que j'ai d'éclairer les jeunes Gens , &
de les aider , finon à leur donner beaucoup
de goût pour les Beaux Arts, du moins à les
engager à les aimer. J'en excepte cependant
un petit nombre de Gens bourrus , revêches
& extraordinairement groffiers ,
dont les organes mal difposés , n'ont jamais
porté dans l'ame aucune impreffion agreable
, abſolument infenfibles à ce qui peut
s'offrir de plus flateur pour l'oüie , la vûë ,
l'odorat , &c. il n'eft pourtant aucun de ces
Hommes , qui ne porte dans fon coeur au
moins le germe des plus belles connoiffan-
& même des talens les plus finguliers ;
mais il faut que quelque culture ou quelque
heureux hazard faffe éclore ce germe.
La proportion en général , met à portée de
ces ,
,
faifir
32 MERCURE DE FRANCE
faifir , même de retenir la pofition des ob
jets agreables , & , quand elle ſe joint à la
symetrie , c'eft une fource de divers agrémens
, des plus fecondes. La symetrie dans
les Ouvrages de l'Art, partage l'objet en deux
ou plufieurs parties égales , fi l'on veut , &
uniformes , mais fufceptibles de contrafte &
de varieté..
Ce qu'il y a d'heureux , M. c'eft que dans
les efpeces d'Inftructions que j'entreprens de
donner ici , pour pouvoir voyager agreablement
dans le Pays des Beaux Arts & avec fruit,
il ne faut qu'une aplication médiocre , &
feulement capable d'amuser.
Comme je ne vous ai pas promis de l'ordre
dans mes Lettres , vous vous contenterez
, s'il vous plaît , des chofes qu'elles contiennent
, fans élegance & fans arrangement
méthodique ; cela auroit trop l'air de précepres
en forme , & c.
Mais à propos d'air , je vais répondre en
pallant à votre question. En confiderant une
Figure peinte , fculptée , en ronde boffe ou
en bas relief , il faut observer un air noble ,
qui marque de l'élevation dans les fentimens,
bien different d'un air tendre , qui paroît être
un garant d'un fentiment de même efpece ,
& où la reconnoiffance & l'amitié peuvent
entrer pour quelque chofe ; d'un air fin , qui
annonce de l'efprit ; d'un air vif , petillant ,
qui
JANVIER . 1740; 58
qui caracterife le feu & la legereté de la jeuneffe.
Avec une médiocre attention , on s'apercevra
que les differens airs de têtes , font
paffer jufques dans l'ame du Spectateur , les
fentimens qu'ils expriment, Les Animaux à
qui l'on attribuë de la beauté , la doivent à
Féclat de leurs couleurs , aux graces de leurs
mouvemens , & aux fentimens qu'il semblent
exprimer par leur air & par leurs peti
tes façons.
A l'égard de l'effet du tout enſemble d'un
Tableau , il y faut apercevoir cet accord &
cette harmonie , qu'on doit à la théorie de
la Mufique , & dont les confonances font
an effet plus ou moins agreable , felon qu'el
les sont de nature à exercer plus ou moins
les fibres de l'ouie , sans les fatiguer. Or il
eft. raisonable de penser que cette loi influe
sur toutes les sensations. Il eft bien des coufeurs
dont l'affortiment plaît ou déplaît aux
yeux , selon la consonance , pour ainsi dire
qu'elles forment dans le fond de la rétine,
Je tâcherai d'être moins diffus dans ma se
conde Lettre. Je suis , Monsieur , &ca
ODE
'MERCURE DE FRANCE
ODE SUR LA CHICANE.
A Meffieurs du Conseil d'Artois.
Nourri sur l'Helicon dès ma tendre jeuneffe ,
Abreuvé de ces Eaux , dont s'enivroient fans ceffe
Les Grecs & les Romains ,
Je descendsjdans un Gouffre obscur, épouvantable ,
Où regne un fier Tiran, vieux Démon, redoutable
Aux malheureux humains.
*
Ghicane... de ton nom dois- je soüiller mes rimes ?..
Muse , lance tes traits , arrête de ſes crimes
Les progrès dangereux ;
Frape ces noirs Supôts , ces Démons fubalternes ,
Que je vois mugiffant , dans ces fombres cavernes
Porter leurs pas affreux.
*
Ici , c'est l'Avarice , harpie infatiable ,
Monftre chés les Mortels à jamais déteſtable ,
Mais trop peu détesté ;
Qui , par un long tiffa d'intrigues tortueuſes ;
Dépouille fes Voifins , victimes malheureuses
De fon avidité .
*
La
JANVIER. 1740
Là , c'eſt l'Ambition , dont la jalouse rage
D'un Rival innocent , mais qui lui fait ombrage ;
Cherche à sapper l'apui ;
Par de lâches détours , par de sourdes machines ;
Elle veut s'élever sur les triftes ruines
Et les cendres d'autrui,
*
Que vois-je ? quel objet ! quelles vives allarmes
Une Epouso éplorée , et noyant dans ses larmes
Ses vertueux apas !
Nuit & jour , isolée , en vain elle rapelle
Un Epoux moiffonné par la Parque cruelle
Et qui ne l'entendpas .
*
Ses enfans autour d'elle , infortunés pupilles ,
Confondent leurs fanglots & leurs cris inutiles
Dans les bras maternels ;
La perte d'un soûtten , subite , irréparable ,
Vous condamne aujourd'hui , Famille déplorable
A des pleurs éternels ,
*
Arrête , Monftre affreux , implacable Chicane ,
Arrête ; où portes-tu de ta fureur profane
Les excès abhorrés
La Veuve & l'Orphelin , au défaut de la Terre ;
D Peuvent
36 MERCURE
DE FRANCE
Peuvent , en leur faveur allumant le Tonnerre
Venger leurs droits sacrés.
*
Tremble ... Mais c'eſt en vain . Ainfi qu'un Loup
terrible ,
Qu'entraîne , que transporte une rage invincible
Au milieu des Troupeaux ;
On voit voler la mort fur fes traces sanglantes ,
Il déchire , il dévore & les Brebis tremblantes ,
Et les foibles Agneaux .
*
Plus acharnée encor , la Chicane homicide
Répand confusément
de sa noirceur perfide
Les tragiques effets.
Rien ne peut arrêter fes efforts indomptables
;
On la voit s'engraiffer du sang des misérables ,
Qu'elle boit à longs traits.
*
Je frémis ; jufte Ciel ! quel fpectacle difforme
De mille objets hideux , quel affemblage énorme
Epouvante ines yeux ?
Les Enfers en couroux , du fond de leurs abîmes ;
Pour former fon cortége , ont-ils yomi les crimes
Les plus contagieux
JANVIER.
"57 1740.
Je vois à fes côtés le Menfonge , l'Injure ,
Le Blasphême effaré , l'audacieux Parjure,
La Haine , la Fureur ;
Sur ses pas redoutés marchent les Brigandages
Le Vol , l'Exaction , les funeftes Ravages ,
Le Desespoir , l'Horreur.
*
Mégere impitoyable , elle envahit le Monde,
Dans presque tous les coeurs sa malice féconde
A fait paffer ses loix ;
Au Cloître , sous le Dais , partout elle se gliffe ,
Son Trône eft l'Univers , ses armes l'artifice ,
Les crimes ses exploits.
Souvent , parmi nos Rois , on vit plus d'un Aleide
Tenter d'exterminer l'infernale Euménide ,
Fatale à leurs Sujets ;
Mais mille coups portés la rendent plus puiffante ;
C'eſt une Hydre immortelle & toujours renaiſſante
Pour de nouveaux forfaits.
*
C'est à vous , Corps illuftre , * Arbitres respectables
Qui faites confifter à vous rendre équitables ,
Votre unique grandeur ,
* Le Conseil d'Artois,
Dij C'e
MERCURE DE FRANCE
C'eſt à vous de venger des attentats du Crime
La Vertu qui gémit & que la Fraude oprime
Sous les coups du Plaideur.
1
*
Pourfuivez . Que toujours votre zele intrépide
Impoſe à la fureur de la Chicane avide
Un redoutable frein ;
De l'austere Themis organes falutaires ,
Soyez & montrez- vous dignes dépofitaires
Du pouvoir fouverain .
Interprete des Loix , foûtien de la Juſtice ,
Le fage Palifot , comme un Aftre propice ;
Brille au milieu de vous.
Ciel conferve des jours fi chers à la Patrie ,
fa Clotho , prens fur nos ans pour augmenter la vie
Ce vol nous fera doux.
*
Puiffe-t'il de Neftor égalant les années ,
Couler dans les vertus fes nombreuſes journées
Sans trouble & fans ennui !
Quand il aura rempli cette heureuſe carriere ,
Nous verrons avec joye , à la place du Pere ,
<
Un Fils digne de lui .
* M. Palifot d'Incourt , Premier Préſident.
J. A, Mallon d'Arras,
PESCHES
JANVIER. 1740. 39
****************
PESCHES qui fe font dans le Bofphore
de Thrace , & fur les Côtes de Natolie
& de Romanie.
Es Mers étant fort abondantes en bon
Coillon,qui entre , ainsi que partout
ailleurs , dans la fubsistance du Peuple , & ,
qui contribue aussi à la délicateffe de la
table des Grands il y a beaucoup de gens
qui s'adonnent à la Pêche , & qui font le
métier de Pêcheurs : mais comme Conftan
tinople , où ils débitent principalement leur
Pêche , eft une Ville habitée par diverfes
sortes de Nations , dont quelques unes ne
mangent que du Poiffon dans de certains
temps de l'année , les Pêcheurs s'adonnent
plus particulierement à la Pêche dans ce
temps - là , fans considerer les Saifons , quoiqu'en
général il y en ait qui pêchent toute
l'année , parce , que les Turcs mangent prefque
régulierement à tous leurs repas , un
plat ou deux de Poiffon .
Les Grecs & les Armeniens ont divers
Carêmes , dans lefquels il ne leur eft pas
permis d'en manger , mais simplement des
Coquillages , ce qui fait que les Pêcheurs
dans ces temps - là , travaillent particulierement
à en chercher , deforte que le Poiffon
Diij
de30
MERCURE DE FRANCE
vient pour lors plus rare ; en général il n'y a
point de jour de l'année qu'il ne se trouve du
Poiffon & des Coquillages au Marché de
Conftantinople.
Les Pêcheurs qui le fourniffent , sont de
toutes les Nations qu'il y a à Conſtantinople
, c'est- à- dire , Turcs , Grecs , Arméniens
& Juifs , & s'affocient indifferemment
entre eux selon leur convenance , un Bateau
'étant quelquefois armé de Turcs, de Grecs &
d'Armeniens; car pour les Juifs ils ne se mê-
Tent guere avec les autres : ces Pêcheurs ne
s'étendent guere plus loin que dans le Port,
dans toute la longueur du Canal , quelques
lieues dans la Mer noire , autour des Ifles
des Princes , & jusqu'à Ponte Grande , dans
Ja Propontide.
Et comme ceux qui pêchent ne pourroient
pas sans se trop détourner , porter eux - mêmes
leur Poiffon à la Ville , il y a de petits
Bateaux,mais extrêmement forts de bois , armés
d'un ou deux hommes au plus , qui
vont au- devant d'eux pour prendre leur Poiffon
, & le porter au Marché.
Outre cette Pêche , qu'on peut apeller
journaliere, il y en a trois autres qui se font
dans des temps marqués , & pour les Salaisons
; fçavoir , celle des Sardines de la Pitchuda
, des Palamides , & des Scombres , à
quoi on peut joindre celle duPesche - Spada
quoiJANVIER
+ 1740.
quoiqu'elle ne soit ni si abondante , ni si
générale que les autres : de cette maniere on
peut diviser les Pêches qui fe font pour la
consommation de Conftantinople , en trois
especes ; en celle de toutes sortes de Poissons
pendant tout le cours de l'année , qu'on
peut apeller journaliere ; en celle des Coquillages
de toute espece , pour les Carêmes
des Grecs & des Armeniens , & en Pêche
pour la Salaison , qui fe fait à des temps
marqués.
,
Tous ceux qui s'adonnent à ces Pêches ,
dépendent d'un Officier inftitué par le G. S.
qui s'apelle Palouk Emini , qui prend un
huitième pour son Droit. Cet Officier a un
Kiosk sur la Marine , apuyé sur les murailles
du Serail , vis -à-vis de Calcedoine , &
qui eft comme la Douane du Poiffon ; &
comme il y a une Pêcherie vis - à - vis , il y a
fait conftruire ce Kiosk , afin que le G. S.
pût y venir prendre le plaifir de la Pêche ,
lorsqu'il en auroit envie.
Outre le Balouk Emini , dont on vient de
parler , il y a quatre Maîtres Pêcheurs Grecs,
qui sont indépendans, et dont lesCharges sont
ordinairement héréditaires ; on les appelle
Mouffellim , & ils font proprement les Pourvoyeurs
de Poiffon du Serail , faisant cette
fourniture aux conditions dont ils sont
Diiij сол
82 MERCURE DE FRANCE
convenus avec les Officiers du Grand Sei
gneur.
On trouve dans ces Mers à
peu près les
mêmes Poiffons que fur la Côte de Provence
; mais comme ils ont differens noms , on
pourra en donner une Lifte en Grec vulgaire
& en Italien. Les Coquillages sont auffi à
peu près les mêmes.
que
Les Turcs , les Grecs , les Armeniens & les
Juifs s'adonnent également à la Pêche ; mais
lesHabitans des Ifles des Princes , dans leGolfe
de Nicomedie , font prefque tous Pêcheurs ;
& comme ce sont eux qui vont dans la Mc
noire , & qui s'étendent le plus dans la Propontide
, ils ont des Bateaux plus forts
les autres , mais pour l'ordinaire armés feulement
de trois hommes , qui manient chacun
deux Rames . Ils en ont de plus forts
pour la Pêche des Sardines , ils apellent
ceux- ci Grippo , du nom des Filets ; on verra
la figure des uns & des autres , de même
que des Pêcheurs , dans les Tableaux qu'ont
fait faire.
Pour ce qui eft des Filets dont ils fe fervent ,
il y en a de differens,felon les differentes sortes
de Pêches: les plus ordinaires sont ceux qu'ils:
apellent Grippo , & Difena. Le tiflu de ce
dernier , a les mailles fort petites , & eft enyclopé
de côté & d'autre , d'un autre Filer ;
dont
JANVIER 1740. 73
+
dont les mailles sont extrémement larges &
d'un fil beaucoup plus gros ; il a trois pieds
de hauteur & environ quatre- vingt pieds
de long , chargé d'anneaux de plomb par le
bas , & soûtenu de liege ou de bois par le
haut. "
On se sert fort peu du Filet apellé Eper
vier, n'y ayant presque que les Gens qui ont
des Maisons fituées sur le bord du Canal, qui
en faffent usage , plûtôt pour le plaifir que
pour l'utilité , dans le tems du paffage des
Palamides & des Scombres. On dira enpaffant
, qu'il eft quelquefois fi abondant ,
que les Gens qui vont en Caïque sur le Canal
, en prennent beaucoup avec la main.
"
La Pêche des Sardines se fait pendant les
mois de Juin , Juillet & Août , toujours de
nuit , & dans le temps seulement que la
Lune ne paroît pas ; il s'en prend grande
quantité , que l'on fait saler , & qui se débite
tant dans le Pays , qu'au dehors , comme
dans l'Archipel , en Candie , en Morée , &
ailleurs.
Maniere de pêcher les Sardines .
Il se fait quantité d'armemens pour cette
Pêche , étant libre à chacun de l'entreprendre
avec la permiffion du Balouck Emini
& en lui payant son Droit.
›
Chaque armement eft composé de deux
D v Basi
4 MERCURE DE FRANCE
Bateaux , l'un plus grand , & armé de cinq
hommes , sur lequel on charge le Filet ; le
plus petit n'eft qu'à quatre hommes , celuii
eft chargé de bruyeres , & a à la poupe,
une grande grille de fer , large de deux pics,
& longue de quatre , laquelle on fait
brûler la bruyere quand il le faut : cette Barque
a douze Pics ( a ) de longueur sur trois
de largeur.
ily
Des cinq hommes du grand Bateau ,
en a quatre qui voguent , & un qui se tient
debout sur la poupe , pour avoir f'oeil au
paffage des Sardines , & jetter le Filet : ce
Filet qui eft très- fin , a cent pics de longueur
sur vingt de large , il eft chargé de
plomb par le bas , & par le haut il y a de
diſtance en diſtance de petits barils vuides
qui servent à le soûtenir,lorsque la Pêche cft
fort abondante.
Cet armement confifte donc en neuf hommes
, deux Barques & les Filets ; chaque
homme a une portion , chaque Barque de
même , & les Filets en ont quatre ; mais
auffi c'eſt le Maître des Filets qui se charge
de toutes les dépenses ; si la Pêche eft bonne
, il trouve suffisamment de quoi se dédommager
, mais fi elle ne l'eft pas , il
perd ses avances , & ses compagnons leur
travail.
(a) Le Pic eft un peu plus long qu'une demi- aune.
Ces
JANVIER 7740% 5
Ces Bateaux ainfi armés , les Pêcheurs se
fransportent de jour à portée des Endroits
connus pour être propres à cette Pêche ; &
la nuit venue, les deux Bateaux se mettent en
mouvement , le grand marchant le premier ,
& le second le suivant à une petite diftance.
Le Reis , ou Chef de la Barque , se
tient de bout à la proue , & de cinq en cinq
minutes , il frape du pied afin d'épou
vanter les Sardines & de leur faire faire
un mouvement pour reconnoître par le
bruit qu'elles font , s'il eft temps de lâcher
le Filet. Dès qu'il a pû reconnoître qu'elles.
vont en troupes , il jette son Filet à la Mer,
& pour lors le second Bateau allumant son
feu & l'entretenant soigneusement , se pro
mene doucement sur les Filets , afin que les
Sardines , attirées par cette clarté , y accourent
, & se prennent de quelque côté qu'elles
y viennent'; cela fait , on retire les Filets .
Si la Pêche a été bonne , ils vont à Constantinople
, chés le Balouk Emini pour la
vendre. Cette Pêche se fait aux environs de
cette Ville , & à la diftance seulement
de vingt ou trente mille , les Pêcheurs étant
obligés d'y aporter leur Poiffon pour le saler.
Pêche de la Pitchuda.
La Pitchuda eft un Poiffon plus grand
que la Palamide , & quasi de mêmè figure ;
D vj
MERCURE DE FRANCE
1
son paffage commence à peu près dans le
temps que celui des Sardines finit , c'eſt
à - dire vers le mois de Septembre ; il n'eft estimé
que pour les salaisons ; les plus gros
peuvent peser trente livres , & ainfi il faut
que les filets soient beaucoup plus forts &
plus longs que ceux dont on se sert pour les
Sardines ; ils ont communément trente pics
de hauteur , sur deux cent de longueur. Ce
Poiffon vient de la Mer Noire , & c'eſt à son
embouchure principalement & dans le cours
du Canal qu'on en fait la Pêche.
On y employe les mêmes Bateaux dont on
s'eft servi pour celle des Sardines , avec cette
difference , qu'au lieu de la Bruyere & de
la Grille dont on se sert dans celle - ci , pour
faire du feu , on n'employé dans la Pêche de
la Pitchuda qu'un pot de terre avec du bois
gras.
Les Bateaux étant préparés pour la Pêche ,
ils paffent une corde de l'un à l'autre , de la
longueur de trente pics , & voguent à distance
égale , le plus doucement qu'il leur eft
poffible , vers l'endroit où ils croyent rencontrer
du Poiffon ; plus la nuit eft obscure ,
plus il leur eft facile de le reconnoître . Ce
Poiffon , qui va en grandes bandes & aflés
lentement , faisant un mouvement & comme
une espece de sillage qui fait briller la
Mer. Auffi-tôt que les Pêcheurs sont à por
τές
JANVIER. 17407
tée du Poiffon , les Bateaux s'éloignent l'u
de l'autre , en laiffant tomber leurs filets en
demi cercle, de sorte que le Poiffon, se trou
vané au milieu , ne puiffe pas se débaraffer
jusques à ce que les Pêcheurs ayent rejoint
les deux bouts du filet , & enfermé entierement
le Poiffon . Cette Pêche demande une
grande promptitude & beaucoup de silence .
Quande Poiffon eft ainfi enfermé dans le
filet le second Bateau allume son feu ,
& commence à voguer deffus ; si ils se
trouvent affés près de terre , pour que le filet
puiffe toucher le fonds , ils jettent des
pierres au milieu du filet , battent la Mer
avec leurs perches & font grand bruit , afin
que le Poiffon , qui n'eft encore qu'envelopé
cherchant à s'enfuir de viteffe , s'embarraffe
& se prenne dans les filets .
Il faut remarquer que lorsque les filets ne
peuvent point atcindre jusques au fond , les
Pêcheurs ne font point d'abord de bruit , &
se contentent seulement d'allumer leur feu ,
pour attirer le Poiffon sur la superficie de
l'eau , mais aussi- tôt qu'ils l'aperçoivent ,
ils:
font un grand bruit , jettent des pierres &
battent la Mer , afin d'étourdir le Poiffon &
de l'obliger à se jetter dans les filets .
Comme ceux qui font cette Pêche, entrent ›
quelquefois dix ou douze lieues dans la Mer
Noire, & s'étendent jusques à Ponte - Gran
de à
88 MERCURE DE FRANCE
de , dans la Propontide , le Balouk Eminy
cinq ou six grandes Barques , armées de six
hommes chacune, & d'un Timonier pour les
suivre dans tous les endroits où ils vont ;
fous les matins, chaque Armement vient rendre
compte de sa Pêche à ceux qui commandent
ces Bateaux , & la leur consigne ;
ceux- ci la portent au Balouk Eminy , qui la
fait vendre à ceux qui salent ce Poon ; ce
sont , pour la plûpart , des Grecs & des Juifs.
Le partage pour cette Pêche eft le même que
pour celle des Sardines.
Pêche du Scombre.
A la Pêche des Sardines & de la Pitchuda
succede celle des Scombres, qu'on peut pres
que comparer pour l'abondance à celle des
Harangs , ce Poiffon sort régulierement de
la Mer Noire dans le temps que le froid y
commence , & paffant par le Canal , il se
jette du côté du Golfe de Nicomédie ; cette
Pêche dure jusques au mois d'Avril. Le
Poiffon qu'on prend dans les mois de Novembre
& de Décembre eft fort eftimé &
n'eft guere inférieur au Harang , sur tout
pout les gens qui aiment le Poiffonfumé.On
fait saller ou fumer tout celui qu'on prend
dans ces deux mois ; pour celui qu'on prend
ensuite dans les autres , comme ce Poitfon
eft maigre , on se contente de le faire secher
21
JANVIER. 1746: 61
Tu Soleil;le Peuple en consomme une grande
quantité & il s'en envoye aussi au - dehors . Ce
Poiffon se vend par millier ; dans le commencement
il se vend jusques à dix piaftres
le millier , & sur la fin il ne revient qu'à
vingt sols de France.
Les Armemens pour cette Pêche sont plus
forts que ceux des précedentes, elle se fait avec
des Barques qui ont six rames par bande , les
filets sont de l'espece qu'on apelle Grippo ,
mais beaucoup plus longs que ceux qu'on
employe dans les autres Pêches ; au reste ce
Poiffon paffe en si grande quantité , qu'il n'y
a pas un des Particuliers qui ont des maisons
sur le Canal , qui avec la ligne n'en
puiffe prendre beaucoup , il y a même des
Pêcheurs qui ont des Lignes à cent & deux
cent hameçons , qui ne font que les jetter à la
Mer & les retirent chargées de Poiffon. D'au
tres tendent une espece de filet à plat au bord
du rivage , dont les deux extremités sont
soûtenues par deux grandes perches qu'ils
tiennent ; un d'eux, qui eft debout, tient à la
main un de ces Oiseaux qu'on apelle Ames
damnées , en Turc , Deli-Couch , & en Grec ,
Lolo pouli, ce qui veut dire en ces deux Langues
Poissons fols ; & quand il voit que le
Poiffon paffe en abondance sur le filet , il
lance cet Oiseau au milieu , ce qui trouble
si fort le Poiffon , que voulant s'enfuir , il se
prend
78 MERCURE DE FRANCE
prend de tous côtés dans les filets , qu'on les
ve ensuite. Cette Pêche et l'amusement de
presque tous ceux qui ont des maisons sur
le Canal,
Pêche du Turbot:
Le Turbot , que les Turcs apellent Calkán
& les Grecs Siaki , est le Poiffon le plus es
timé par les Turcs ; ils ne le servent pas
comme nous entier & au courtboüillon , mais
le séparant aux noeuds de la grande épine !
& le partageant par morceaux en petites
rouelles longues, ils le font frire, et il est certainement
meilleur de cette maniere que de
toute autre. Outre les Turbot's qui se pren
nent quelquefois par les Pêcheurs qui cherchent
d'autres Poiffons , il y en a une Pêche
particuliere dans la Mer noire qui n'est permise
qu'aux Pourvoyeurs du Serail, apellés ,
comme j'ai dit ci -dessus Mouffellims ; cette
Pêche ne s'étend que dans un circuit d'environ
vingt milles hors de l'embouchure de
la Mer noire , les Mouffelims ont dans cet
espace , tant du côté d'Europe que d'Asie
des Talians out especes de Madragues, où ils
font cette Pêche depuis le mois de Mars
jusqu'au mois d'Avril ; il y a à chaque Ta-
Han quinze ou vingt personnes de differente
Nation , avec un Chef ou Reis qui les commande
; ils ont deux Barques , sçavoir , une
JANVIER 1740.
cing hommes par bande , et une autre petite
à trois Rameurs seulement , qui ne sert
qu'à transporter le Poisson à Constantinople
; les filets dont ils se servent sont de l'espece
apellée Tifana , mais beaucoup plus
longs , et apellés en Turc et en Grec Thonos,
c'est-à-dire , filet complet.
La maniere de proceder à cette Pêche est
d'embarquer deux ou trois de ces filets , er
de s'avancer en pleine Mer jusqu'à 30. ou
40. milles ; quand les Pêcheurs sont dans
l'endroit de la Pêche , ils jettent leur premier
filet en droite ligne et se retirant un
mille plus bas , its lâchent le second , et ainſi
du troisiéme , après quoi ils retournent
leur Talian , et ne reviennent que trois jours
après pour élever leurs filets ; fi la Pêche a
été bonne , ils les laiſſent au même endroit
encore pour quelques jours , finon ils cherchent
quelqu'autre endroit plus favorable ;
ón en prend quelquefois qui pesent jusqu'à
vingt livres , mais les ordinaires ne sont que de
sept à huit livres. C'est le Poisson le plus cher
et le plus estimé qu'il y ait à Constantinople.
Les hommes employés à cette Pêche ne
sont point à la part , mais payés à 25. ou 30.
piastres par tête pour toute la campagne ;
le Reis a le double , et ils sont tous nourris.
Il n'y a point de Pêche reglée pour les Soles ,
if s'en prend quelquefois dans les filets, mais
la
72 MERCURE DE FRANCE
la maniere la plus ordinaire de les prendre
est la nuit au trident.
Pêche du Poiffon Spada.
Cette Pêche ne se fait que dans le Canal
de la Mer noire, depuis son embouchure jusqu'au
Château ; elle commence dans le mois
de Septembre , et dure jusqu'à la fin d'Octobre
, on en prend quelquefois dans les au
tres mois de l'année , mais le paffage n'est
que dans ce temps-là.
Il y a deux Talians ou Madragues à Beikos
, Village fitué sur la Côte d'Afie ; les filets
y sont tendus comme dans les Madragues
ordinaires ; à la tête du filet il y a un
mât extrêmement élevé et planté dans le
Golfe même , sur le haut duquel un homme
seul peut se tenir ; on releve cet espece de
sentinelle de 4. en 4. heures , il y a des fignaux
pour avertir quand le Poiffon est entré
dans la Madrague , pour lors les Pêcheurs
accourent avec leurs bâteaux , et au moyen
de certaines maffuës ferrées ils l'affomment.
On en prend souvent jusquà trois cent à la
fois. Ces Talians apartiennent aux Mouffelims
, et aucun autre qu'eux n'en peut avoir.
Dans les autres endroits cette Pêche est libre
, mais elle se fait d'une autre maniere.
On a pour cette Pêche un filet extraordinaire
, haut de vingt brasses et long de
quinze
JANVIER 1740. 73
quinze , sans plomb au fond , mais seulement
vers le haut quelque morceau de liége
pour le soutenir , le fil de ces filets est de
la grosseur d'un demi doigt , cette Pêche se
fait pendant la nuit , et on n'y a pas besoin
de plus de deux hommes ; ils s'avancent au
tant qu'ils le jugent à propos vers l'embouchure
de la Mer noire , ensuite jettant leurs
filets à la Mer , ils les lient avec une corde à
leur bateau , et se laissent aller au gré dự
courant sans voguer jusqu'au premier Château
; comme toute cette étendue du Canal
est fort profonde ,leurs filets ne touchent nulle
part, et le Poiffon qui vient de la Mer noire
et qui va plus vite que le bateau s'y em
barrasse et s'y prend de lui-même , ce que
le Pêcheur remarque au mouvement de la
corde attachée à la poupe ; pour lors il leve
le filet et assomme le Poisson pour le retirer
dans le bateau , ils en prennent de cette maniere
jusqu'à trois et quatre à la fois et le
transportent ensuite à la Ville , où il se vend ,
partie pour être mangé frais , partie pour
être salé , selon que la Pêche est bonne ou
mauvaise : le prix de ce Poisson va de
tre à six paras l'ocque . L'ocque est de 42 .
onces.
qua-
Il se pourroit faire une Pêche assés considérable
de Thon dans le Canal de la Mer
poire , on en trouve toute l'année , et il y en
a
MERCURE DE FRANCE
a une espece de passage dans le temps de
celui des Scombres ; mais comme les Turcs,
lés Grecs et les Arméniens ne mangent pas
de ce Poisson , il ne s'en fait point de Pêche
particuliere , il s'en prend quelquefois dans
la Madrague des pêches . Spada , et fréquemment
avec les mêmes filets que l'on
prend les Scombres. Les Grecs les apellent
Orchionos ; comme ils sautent quelquefois .
Hors de l'eau à la maniere des Dauphins
et qu'ils cotoyent les maisons du Canal , les
Turcs se divertissent quelquefois à les tuer
à coups de lance.
Voilà à peu près ce qui se peut dire sur les
Pêches qui se font aux environs de Constantinople
; on trouveroit les mêmes Poissons ,
et peut-être avec plus d'abondance , tant
dans la Mer noire que dans le Bosphore ;
mais le défaut de consommation et la paresse
des gens du Pays empêchent les Habitans
de s'exercer à la Pêche.
L'AMOUR
JANVIER. 1740 75
*********** *********
L'AMOUR MEDECIN,
POEM E.
Sur la Convalescence de Mile de R..
ΑνU premier bruit de votre maladie
On vit le Dieu qu'adore l'Idalie ,
Triste , rêveur , & dédaignant l'encens .
Qu'à ses Autels vont offrir les Amans
Pour se liver à son inquietude ,
2
>
Loin des Humains chercher la solitude.
Là , du péril qui menace vos jours
Cachant l'état même aux jeunes Amours ,
Quoi se dit -il à lui- même , sans honte
Je laisserai de cet Astre nouveau ,
Qui doit un jour éclairer Amatonte ,
A son lever s'éclipser le flambeau !
Je verrai donc l'ornement de la France
Une Beauté , la plus grande esperance
De mon Empire , au sortir du berceau ,
Porter les ris & les jeux au Tombeau !
Et dans Paphos , de mon dépit extrême ;
A des regrets je bornerois l'effort !
Non , dit- il , non , j'en jure par moi - même ,
Par tous les Dieux , témoins de mon transport ;
Si
76 MERCURE DE FRANCE
Si je ne sauve une si belle vie ,
Ou de la mort sous sa faulx ennemie
Quoi qu'immortel, je subirai le sort
Ou de mes traits je percerai la mort.
Il dit , soudain prenant un vol rapide ,
Il fend des Airs la Campagne liquide ,
Atteint bien- tôt cette antique maison ,
Qui de nos Rois , amis de vos Ancêtres ,
Fit si long-temps les délices Champêtres ;
Licux oùjadis la belle M.
Par l'ascendant de ses graces fatales ,
Du fier Amour , vainqueur de la raison ,
Dans tant de coeurs versa le doux poison ,
Et fit au loin trembler tant de Rivales.
Là , dans les bras de vos tendres Parens ,
Dont tous les soins deviennent impuissants ,
Parmi l'horreur de cent crises soudaines ,
Sur une couche interdite au repos ,
Du feu mortel qui coule dans vos veines ,
Par vos soupirs vous exhaliez les flots ;
Et sous l'effort des Aammes meurtrieres ,
Que par accès, redoublant ses assauts
La fievre étend jusqu'au vif de vos os ,
Vous adressiez à la mort vos prieres ;
Quand tout- à-coup l'Enfant Dieu de Paphos
S'offre à vos yeux, pour soulager vos maux,
Heureusement nul supot d'Hypocrate
2.
De
JANVIER 1749 78
•
De ces cantons ne se trouva voisin ;
A leur défaut devenu Médecin ,
Sans Kinkina , sans Bols , sans Opiate ;
Ni tant d'aprêts de leur Art assassin ,
L'Amour aproche , examine , voit , tâte ,
Et connoissant la Maladie à fond ,
Veut vous guérir , l'entreprend , en répond
D'abord au lieu de Lancete ordinaire ,
De son Carquois il tire sans myftere
Le premier Trait qui tombe sous sa main ;
Puis , éclairé de son flambeay divin ,
Vous pique au bras , & du levain contraire
Qui du pur sang gâtoit la masse entiere
Par la saignée affoiblit le venin ,
Et vous rapelle enfin à la lumiere.
De son bandeau , qu'il a déja mis bas ,
Pour diriger à coup sûr la piquûre ,
Dans le moment il fait , sans embarras ,
Tout à la fois compresse & ligature ;
Et sans délai refermant l'ouverture ,
Au doux sommeil , qui vous prend dans ses bras
Il vous confie & ne vous quitte pas.
Considerant alors votre visage
Sous la pâleur languissant , abattu ,
Ainsi qu'un Lys , que l'orage a battu ;
Pour réparer un si sensible outrage ,
Le jeune Dieu rassemble les Zéphirs
Qui
178 MERCURE DE FRANCE
Qui folâtroient , épars dans un boccage ;
Ces Confidens des amoureux désirs ,
Jusques à lui s'étant fait un passage ,
A leur haleine il mêle ses soupirs ,
Et de leur souffle , en les frapant de l'aîle ,
Hâtant l'essort , réveillant leur lenteur ,
Il leur imprime un degré de fraîcheur ,
Qui , pénetrant vos sens , qu'il renouvelle
Jusques au fond de l'intime moielle ,
Va de la fiévre éteindre la fureur ,
Et tempérant ainsi l'ardeur maligne
Qui ravageoit vos membres entrepris ,
Au juste point d'une chaleur benigne
Réduit l'excès de ces feux ralentis ;
Et des Liqueurs dans leurs divers conduits ,
Refait si bien par degrés l'équilibre ,
Qu'après un somme égal , profond , rassis ,
Le calme enfin regnant dans vos esprits ,
yous vous trouvez au réveil saine & libre.
Au même instant l'heureux fils de Cypris ,
Des prompts effets du Remede surpris ,
Voit dans vos yeux reparoître les Graces ,
Les tendres Jeux , avec les Ris badins ,
Şur votre front se disputer leurs places
Et voltiger à l'envi , par essains ,
?
Au tour de vous mille Amours enfantins,
Tel un Muguet desseché par le hâle ,
Qu'en
JANVIER.
1740.
Qu'en son dépit l'Amante de Céphale ,
Au point du jour arrose de ses pleurs ,
Reprend bien- tôt sá force , ses couleurs ,
Au doux apas du parfum qu'il exhale ;
Déja l'Abeille y puise son Nectar ;
Déja vers lui fondent de toute part
Maints Papillons des mêmes feux complices ;
A ses faveurs en amour peu novices ,
Faisant semblant de ne point prendre part ,
Au tour de lui chacun erre au hazard ,
Er chacun vise à ravir les prémices.
Ainsi vous fut avec votre beauté ,
Restituée en trois jours la santé ,.
Ou bien plutôt en vous, toujours charmante ,
Ainsi se sont succedés dans trois jours ,
Et ces attraits d'une langueur touchante ;
Et ces traits vifs, d'une Beauté piquante ,
Qu'en elle seule à la fois & toujours
Peut réunir la Mere des Amours.
Vivez ; aimez ; ces jours qu'on vous conserve
( Vous dit alors l'Enfant aîlé , ) songez
Que c'est pour moi qu'ils vous sont prolongés i
Que cet avis pour l'avenir vous serve ;
Je vous les laisse , avec cette réserve ,
Et m'en frustrer , seroit me faire un vol.
Adieu , je pars, ravi de ma conquête
Aux bords de Gnide en ordonner la Fête ;
L K
30 MERCURE DE FRANCE
Il dit , trois fois s'agite & prend son vol.
Pour moi , qui dois mieux penser à mon âge,
Que cet Enfant, tout Dieu que l'on le fait ,
Je vous dirai : profitez du bienfait ,
Mais gardez-vous d'un conseil si peu sage ;
Du même trait dont il sçut vous guérir ,
Il peut, s'il veut , vous faire aussi périr ;
Souvenez -vous que cette fievre même ,
Dont vous avez si fort craint le retour
N'est rien au prix de celle que l'Amour
Fait tôt ou tard sentir à quiconque aime,
Pour être heureuse avec tous ces apas
Qu'on sçait chez vous être un bien de famille
De votre Mere il faut suivre les pas ;
Soyez comme elle ( en tout sa digne fille )
Aimable , belle , aimée , & n'aimez pas.
Par L. D. V
ง
JANVIER 1740: 8r
*********************
In risposta al Signor Voltaire , per quelle obbliganti
parole della Lettera da lui scritta a
un' Inviato d'Italia in Parigi li 18. Ottobre
1739. nella qual parlando di Giovan Fran
cesco Nenci , Tradutor dellafua Enriade,
così dice :
J'A
' Aveis peur , Monsieur , qu'il n'entrât
d'amour propre dans le plaisir que
trop
m'a fait la Traduction Italienne de la Hen
riade de M. Nenci ; mais puisque vous en
êtes content , je ne dois plus douter du juge
ment que j'en ai porté , & je n'ai qu'à ce
mercier l'Auteur qui m'a embelli , & c.
SONETTO.
Non io il vostro stil , voi'l mio illustrate,
Gran Poeta, co vostri alti pensieri ,
Co' begli accenti , aª quai non fia ch'i speri
Di giugner mai , che troppo alto poggiate.
Egli è ben ves , che le mie carté ornate
Son di be fiori di Parnaso veri ,
Onde fregi di Fama eterni , e alteri
Nel Mondo avrò : ma voi quelli mi date.
Portia me pur l'Entiade gran lode
MERCURE DE FRANCE
innalzi ' l nome mio fino alle ftelle ,
Vostra è la gloria ; e di ciò l'alma gode !
: Quella è solo una tela , in cui le belle
Idee vostre pinsi ; or saria frode
Prender l'onor , che a voi si dee per quelle.
Nenci:
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du premier Volume du mois de
Decembre , par Corps , Barbarina , & Spelunca.
On trouve dans le premier Logagryphe
, Arabia , Barbaria , Barbara , Arar
Rana ; & dans le second , Penus, Lucas
Pecus , Lacus , Luna , Acus , Lac , & Sal.
L'Enigme & les Logogryphes du second.
Volume de Decembre , ont été faits sur
Canada , Point, Coutelas , Benf, & Avis.
AAAAAAAAAAAAAAAAA4448
J
.
ENIG ME.
E suis ce qu'un Amant pour prix de sa tendreffe
Préfente , en certain temps , à fa chere Maitreffe :
Un Pere liberal me donne à son Enfant ;
L'Ami de fon Ami me reçoit très-fouvent ,
Mais
JANVIER 1740.
Mais fous le voile obfcur d'une amitié fincere ,
L'interêt plas fouvent entre dans mon myftere,
En diverfes façons je fçais me preſenter.
Par mon accueil poli j'ai l'art de contenter
L'homme le plus brutal , & le moins debonnaire.
Il en eft , qui, doüés d'un talent peu vulgaire ,
En moi fçavent répandre un plus noble agrément;
De leurs foins, de leurs voeux je fuis le truchements
J'exprime de leur coeur le fentiment fidele ;
Je fuis ainfi , Lecteur , plus fimple , mais plus belle
Par M. P. J.T.V. de Rouen.
J
LOGOGRYPHE.
E t'offre ici , Lecteur , l'objet de ton étude ¿
Consulte à ton loisir ma jufte exactitude';
Forme ton Plan sur un vafte Horison
Et m'examine avec combinaison .
De huit , affemble trois , je suis une étendue
Qu'on ne peut limiter, qu'autant qu'elle eft connue.
Cinq membres de mon tout ( fi tu calcules bien
Font le nom d'un Royaume ancien :
Cherche un Fleuve fameux , & pour la mélodie
Deux fons de cadence infinie ;
La nourriture aux bonnes gens ,
Qui par malheur n'ont plus de dents ;
E iij
Le
4 MERCURE DE FRANCE
Le titre que l'on donne
A celle dont le front eft ceint d'une Couronne.
Il faut t'embarraffer par quelque nouvean tour ;
Sçais- tu de qui tu tiens le jour
Quel mal fait un Fauffaire & quelle eft fa fotise
Quel eft l'impôt chéri des Gens d'Eglise
Que fait un homme defoeuvré ▸
C'eft affés , à mon gr邈
Te tracer le précis & te donner l'idée
D'un mot qui te viendra bientôt à la pensée.
AUTRE.
UN malin Afthme
Vin très -amer
Martin Luther ,
Jean Hus , Erafme ;
Maître Valet ,
Jeune Mulet ,
Rave mal faine ,
Livre Latin
Sur maint Lutrin
Sainte Semaine
Asne marin
Veine menuë
Ami trahi
Mari tranfi ,
Mere Eve émuë ,
Tamis use Riaute
JANVIER 1740,
Riante Mufe ,
Utile Ruse ,
Métier aisé
Vain Athéilme ;
Et , fale , temps ;
Se trouvent dans
L.
A. R. D. R. P.
LOGOGRYPHUS.
Mptor , Roma , Pater , Mater , Raptor , Mora §
Emptor ,Mitra,
Aër , Aper , Rapio , Pareo , Poría , Maro ;
Armor , Amor , Pario , Pia , cam Petrâ , Mare
Prora ,
Magnum conftituunt , Lector amice , Virum.
P
NOUVELLES LITTERAIRES ·
DES BEAUX ARTS , &c.
ANEGYRIQUES DES SAINTS , par le P.
de la Rue , de la Compagnie de Jesus ,
avec quelques autres Sermons du même
Auteur sur divers Sujets , 1740. 2. vol . in-
12. A Paris , chés Pierre Gissey , ruë de la
vieille Bouclerie , & Marc Bordelet , ruë
S. Jacques,
Ej TRAITB
17 MERCURE DE FRANCE
TRAITE ' des Monitoires , dans lequel on
raporte leur origine , leurs effets , les formalités
qui doivent y être observées , & les cas
dans lesquels on eft obligé ou exempt de
venir à revelation , par M. Rouault , Curé de
S. Pair. Un Volume in - 12. A Paris , chés les
mêmes , & chés Ganeau , même ruë.
LE JEU DE QUADRILLE , avec le Médiateur
& la Couleur favorite. Nouvelle Edition
augmentée du Médiateur Solitaire à
quatre & à trois ; & plusieurs nouvelles décisions.
A Paris , chés Théodore le Gras ,
Grand'-Salle du Palais ,à l'L. couronnée 1739%
in 12 , de 86. pages.
1
COMMENTAIRE LITTERAL sur la Sainte
Bible , contenant l'Ancien & le Nouveau
Teftament inseré dans là Traduction Françoise
, par le R. P. De Carrieres , Prêtre de
'Oratoire de Jesus , à Paris , chés Jean-
François Moreau , rue Galande , à la Toison
d'or ; in- 8°. 4. vol.
HISTOIRE du Christianisme d'Ethiopie
& d'Armenie , par M. Mathurin Veyffiere la
Croze , ancien Profeffeur en Philosophie
Bibliothecaire & Antiquaire du Roy de
Pruffe , à la Haye , chés la Veuve le Vier , &
Pierre Paupier , Libraires , 1739. in - 12 .
USAGES de l'Analyse de Descartes , pour
décou
JANVIER 11746.
découvrir sans le fecours du calcul differens
tiel , les proprietés ou affections principales
des lignes Géométriques de tous les ordres.
Par Jean-Paul de Gua de Malves , 1740.
in- 12 . A Paris , chés Ant. Cl . Briaffon , ruë
S. Jacques , & Piget , Quai des Auguftins.
TRAITE ou Differtations sur plusieurs
Matieres Feodales , tant pour le Pays Coû
tumier , que pour les Pays de Droit Ecrit
Seconde Partie , contenant 1 °. les Observations
sur la Prescription du Seigneur sur le
Vallal , vice versa , la Prescription de Sei
gneur contre Seigneur , & la Prescription.
du Cens dans les Coûtumes Allodiales , &
le Droit Ecrit. 2°. les Obfervations sur le
Droit de Relief , dans tout le Pays Coûtu
mier avec l'Explication de toutes les Coû
tumes , chacune en particulier , & les Droits
usités dans le Pays de Droit Ecrit, & dans les
Coûtumes qui fuivent enpartie le Droit Ecrit,
lesquels se levent sur les Rotures, & symboli
sent avec le Relief Feodal. Par Me Germain
Antoine Guyot, Avocat au Parlement. A Paris,
chés Sangrain , fils , Grand'- Salle du Palais,
à la Providence , 1739. vol . in- 4°. pag. 678%
Prix , 7. liv. 10. fols relié.
;
Nous avons donné l'Extrait de la premiere,
Partie de cet Ouvrage dans, le Mercure du
mois de Novembre dernier , page 2660. Les
Ev divers
8 MERCURE DE FRANCE
'divers Traités particuliers que ces deux Vos
lumes renferment , & ceux que l'Auteur
promet de donner dans la suite , doivent
embraffer toutes les differentes parties de la
matiere des Fiefs , & former un Traité géné-
'ral de cette Matiere dans lequel néan
moins il n'y a aucun ordre général observé
dans l'arrangement des differens Traités
mais seulement l'ordre qui convient dans
chaque Traité particulier.
,
La seconde Partie qui paroît depuis quel
ques mois , ne comprend que deux Traités
ou Differtations , la matiere s'étant trouvée
susceptible d'une affés grande discuffion .
و د
Le premier de ces deux Traités eft sur la
Prescription , considerée par raport aux
Fiefs , ce qui comprend la Preſcription du
Seigneur contre le Vaffal , vice versâ , it
établit entre autres chofes , contre l'opinion
commune , que le Seigneur & le Vaffal ne
peuvent jamais prescrire l'un contre l'autre
même par 30 ans , sans titre particulier de
proprieté. L'Auteur traite ensuite de la Pres
cription qui peut avoir lieu entre deux Seigneurs
indépendans l'un de l'autre , tant pour
acquerir la mouvance d'un Fief , que la directe
fur une Roture ; & enfin de la Prescription
du Cens dans les Pays de Coûtumes
Allodiales , & dans les Provinces qui suivent
le Droit Ecrit ; il raporte beaucoup
d'Arrêts intervenus
à ce sujet. Le
JANVIER: 3740 89
Le second Traité eft sur le Droit de Rathat
ou Relief , qui a lieu dans les Pays,
Čoûtumiers. M. Guyot fait voir qquuee dans
son origine , ce Droit a été subftitué à celui
de la Réversion des Fiefs , qui avoit lieu
au profit des Seigneurs , lorfque les Fiefs
n'étoient concedés qu'à vie , ou pour un
certain nombre de générations. Après avoir
parlé de ses differentes dénominations
il
explique dans quels cas ce Droit eft dû , &
parcourt à ce sujet tous les differens cas de
Succession directe & collaterale , celui de
la Démiffion , de la Donation , de la Renonciation
de l'Enfant , du Déguerpiffement &
de la Succeffion vacante ; de la Subftitution,
du Don mutuel , de la Diffolution de communauté
, des seconds , & autres Mariages ,
des Mutations de Bénéficiers , Résolutions
de Contrat , & autres Mutations qui peuvent
donner ou ne pas donner lieu au Relief.
On trouve dans le Chapitre XI. ce qui
concerne le Rachat abonné ou ameté , c'eſt-,
à- dire pour lequel le Seigneur , tant pour lui
que pour ses succeffeurs,même à titre ſinguher
, a quelque convention particuliere.
Dans le Chapitre XII , il eft parlé du Rachat
rencontré , qui est lorsque deux causes
de Rachat concourent en même temps .
Les Chapitres suivans expliquent quand
commence l'année du Relief , & ce qui en-
E vj
cre
30 MERCURE DE FRANCE
tre dans le Relief , quelles en sont les char
ges , & ce qu'il y a de particulier, par raport
au Relief dans chaque Coûtume .
L'Auteur finit ce Traité par l'explication
de quelques Droits qui ont affés de raport
au Relief , tels que le Plaid Seigneurial , qui
a lieu en Dauphiné , les Acaptes & arrieres
Acaptes , qui ont lieu en Guyenne & dans
le Languedoc ; les Droits de Milods , qui
ont lieu dans plusieurs Provinces de Droit
Ecrit , & le Droit de Marciage , qui eſt par→
ticulier à la Coûtume de Bourbonnois.
Quoique ce Volume ne contienne pas tant
de Traités que celui que l'Auteur donna
Pannée derniere , il n'eft pas moins curieux ,'
ni moins utile au Public.
Nous donnerons inceffamment un Extrait
des Notes que l'Auteur a données sur les
Coûtumes de Mantes & Meulan ,
JAC
MEMOIRES pour servir à l'Hiftoire des
Hommes illuftres dans la République des
Lettres , &c . Par feu le R. P. Niceron , Bar
nabite. Tome XL. in - 8 ° . A Paris, chés Briasson
à la Science . M. DCC . XXXIX.
J
Le R. P. Niceron , Auteur de cette grande
& utile Compilation , étant décédé au mois
de Juillet de l'année derniere , après la com→
pofition du Volume précédent , duquel nous
avons rendu compte , & ayant laiflé dans
ses
}
JANVIER 1946
Jes Papiers les materiaux néceffaires pour
l'impreffion de celui dont il s'agit ici , on ne
peut que fçavoir bon gré à ses Superieurs
qui ont pris des soins particuliers , non seulement
pour ne point fruftrer l'attente du
Public pour la suite de cet Ouvrage , mais
encore pour lui faire connoître particulie
rement le sçavant & laborieux Ecrivain à qui
il en eft redevable..
C'eft de quoi ils se sont dignement acqui
tés , quoique peut - être avec un peu trop de
modeftie ; nous ne pouvons donc mieux faire
que d'extraire de ce XL. Volume l'Article)
entier qui regarde le R. P. Niceron .
394
» Les Personnes qui ont vêcu avec le R. P.
Niceron , dit d'abord l'Auteur de cet Arti
»`cle , & qui l'aimoient , ont crû rendre
" service au Public de recueillir ce qu'ils ont,
pû sçavoir de sa vie ; c'eft par où nous ter-
» minerons ce Volume, trifte devoir de notre
" part. Mais nous pensons avec tous les Gens
de Lettres, que celui qui a employé ses rares
talens à honorer la Mémoire, des autres ,
» mérite bien d'occuper une des premieres
places parmi eux .
JEAN - PIERRE NICERON nâquit à Paris le
onzième jour de Mars de l'an 1685. Il étoit
d'une Famille honnête & ancienne , déja
connue & eftimée en 1540. aa
Celui dont nous parlons disoit quelquefois
2 MERCURE DE FRANCE
fois , que la probité des Ancêtres , & l'hon
neur qu'ils avoient mérité , étoient un alguillon
pour ceux qui en descendoient , &
que c'étoit peu même de les imiter , qu'il
falloit encore les furpaffer, s'il étoit possible.
Ses actions ont été conformes à ses sentimens.
Il fit ses premieres études à Paris dans
le College Mazarin , & les fit avec succès.
É ne réussit pas moins dans sa Réthorique aur
College du Plessis.Doté dès-lors de beaucoup'
de fageffe & de modeftie , & d'un esprit éclairé
sur les dangers du Monde , il résolut de lo
quitter , depeur que les avantages qu'il pouvoit
y trouver , ne lui en inspiraffent Pa
mour.
Il avoit un oncle dans la Congrégation
des Clercs Réguliers de S, Paul, plus connue
sous le nom de Barnabites. C'étoir un Prêe
vertueux , capable de donner de bons :
conseils. Le jeune Niceron le consulta , lui
déclara son penchant pour embraffer le même
Inftitur , & attendit en paix sa décision .
Après quelques Conférences fut ce deffein ,
FOncle crût reconnoître en son Neveu une
vocation confirmée , & il le présenta au
Noviciat établi au Prieuré de Saint Eloy ,
Paris , bù il fut reçû le 14. du mois d'Août
de l'an 1762 ; il y prit l'habit de Religieux
Je 18 , Janvier de l'année suivante , & y
prononça ses voeux le 20. Janvier 1704
-
âgé
JANVIER 1740
agé de 19. ans 10; mois & ro. jours. Le jeu→
ne Religieux ne consultant plus dès ce moment
, que ce qu'exigeoit de lui le sacrifice
qu'il venoit de faire , il- quitta Paris & sa Fa
mille fans regret , lors qu'aussitôt après sa
Profession on l'envoya à Montargis pour y
faire sa Philosophie & sa Théologie. Il a
avoić que la séchereffe & les épines de la
Scholaftique lui firent d'abord quelque peine
, mais il n'écouta point ses répugnances
& il acheva sa carriere , peut-être avec plus
de gloire & de succès,que ceux qui y font entrés
avec plus de goût & d'attrait.
Ses Superieurs qui avoient étudié fes dispofitions
& fes talens, l'envoyerent, au sortir
de fa Théologie , à Loches en Touraine ,
pour y profeffer les Humanités , & ensuite la
Réthorique. Cette occupation, loin de nuire
à fa piete , fembloit la nourrir & l'affermir.
Le jeune Profeffeur sçavoit tirer de tout des
Inftructions convenables , pour le reglement
des moeurs de ceux dont il tâchait de culti
ver & d'arner Fefprit. L'aplication continuelle
que son emploi demandoit , ne prenoit
rien fur fes devoirs de Religieux , & s'il
eroit le Maître des autres par fon Etat , il
cherchoit à en être le modele par fes vertus .
De si heureuses dispofitions le firent juger
digne du Sacerdoce. Il n'avoit pas l'âge requis
pour y être élevé. On obtint une dis
pense
24 MERCURE DE FRANCE
pense de Rome , & il reçût l'Ordre de Pré
trise à Poitiers le 2. Juin 1708. Le Colle
ge de Montargis l'ayant demandé quelque
temps après , il y fut envoyé , & il y profeffa
deux années la Réthorique , & la Philosophie
pendant quatre ans.
Quelque pénibles que fuffent ces occupations
, quelque temps qu'elles demandent
néceffairement , quand on veut s'en acquiter
avec honneur & avec utilité , elles ne fuffifoient
pas au żele du P. Niceron , ni à la vi
vacité de son génie. Il ne se refufoit prefque
jamais aux oeuvres de charité qui se présentoient
, & furtout à l'inftruction des Fidéles ,
qui eft une des principales obligations de la
Congrégation des Barnabites. On l'a enten
du avec empreffement dans les Chaires de
plufieurs Villes de Province , où fon amour
pour le prochain , & les ordres de ses Supé
rieurs l'avoient apellé ; & lorfqu'il eût fixé
son séjour à Paris , il continua encore pendant
plusieurs années le même Miniftere de
Prédication , dans l'exercice duquel il s'étoit
acquis de la réputation. Son ftyle étoit simple
, mais pur on remarquoit de la solidité
dans ses difcours : ils étoient peu ornés
mais on fentoit un Orateur Chrétien , qui
cherchoit plus à toucher le coeur , & à sonvaincre
, qu'à plaire à l'efprit. Il paroiffoit luimême
pénétré des vérités qu'il tâchoit de pershader&
de faire aimer. Ce
JANVIER 1740: 55
Ce fut en 1716. que ses Supérieurs le ra
pellerent à Paris , afin de lui donner plus de
facilité pour exécuter les differens projets
qu'il avoit conçûs , & dont l'exécution a été
& eft encore fi utile au Public , autant qu'-
elle a été glorieuse pour lui. Comme il étoit
infatigable à l'étude , il s'étoit formé une
grande habitude pour les Langues étrangeres
, & sçavoit , outre les Langues fçavantes
, prefque toutes celles qui font actuelle
ment en usage dans l'Europe . C'eft dans le
temps qu'il employoit à aprendre l'Anglois
qu'il donna au Public la Traduction de quel
ques Ouvrages qui en ont été fort bien re
çûs ; mais il n'avoit fait qu'effayer son ſtyle
dans ces petits Ouvrages ; il vouloit preffentit
le Public avant que de lui préfenter le plus .
cher objet de ses Etudes. Elles étoient dis
gées du côté de la Litterature , de l'Hiftoire :
Litteraire , & de la connoiffance des Livres ;
il ayoit fait dès - lors de très - grands progrès
dans cette fcience . Rien ne le fatisfaifoit tant
que lorsqu'il pouvoit faire quelques nouvel
les découvertes en ce genre. Et combien
n'en a-t-il point fait ? On peut en juger par fes
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire des Hommes
Illuftres dans la République des Lettres ;
Ouvrage d'une immense étendue , dont les
recherches , & les vaftes lectures qu'il a fallu
faire , pour l'executer , ne demandoient pas..
I
moins
38 MERCURE DE FRANCE
moins qu'un Ecrivain auffi laborieux.
Plusieurs avant lui avoient formé un pa
reil dessein, quelques- uns l'avoient ébauché
, mais les uns et les autres effrayés des
difficultés qu'il falloit surmonter pour fournir
une pareille carriere , ou n'ont osé y
mettre le pied , ou se sont retirés , après
avoir fait quelques pas. Il falloit , pour exécuter
une pareille entreprise , dépouiller un
nombre presqu'infini de Volumes , consulter
mille et mille Monumens, déterrer dans la
plupart des Bibliothèques quantité de Piéces,
souvent inconnues à ceux qui les possedent ,
et cependant très-utiles , pour bien réussir dans
Histoire Littéraire de la Vie des fçavans ; par
tourir au moins les Ouvrages de ceux dont
on veut donner l'Histoire , pour y décou
vrir les circonstances de leur vie , qui ne
sont souvent déposées que là. Tant de travaux
avoient fait tomber la plume des
mains de ceux qui avoient parû "d'abord la
prendre avec beaucoup de courage. Le P.
Niceron fut plus constant ; et depuis qu'il
cût donné son premier Volume en 1727.
les autres se succederent avec tant de rapidité
, qu'il en publia 39. en dix ans , et qu'il
avoit poussé cette Collection à plus de trois
Volumes au delà , qui se sont trouvés prêts
à imprimer après sa mort. Il a évité dans
Get Ouvrage l'espece de vanité des Allemands
JANVIER. 1740. 97
mands ; qui mettent un homme au nombre
des Hommes Illustres , dès qu'il a fait pro
fession de Science , qu'il a eu place dans
quelque College , ou qu'il a donné au Pu
blic une simple Brochure. Le P. Niceron
n'a parlé que de ceux qui en géneral méri →
toient d'être connus. Il s'est éloigné avec
autant de soin du défaut oposé des Italiens ,
dont les Bibliothèques seches et décharnées,
n'offrent le plus souvent qu'un Catalogue des
Ouvrages des Auteurs de certains Cantons ,
ou de certaines Villes , ne parlent des Auzeurs
même que d'une maniere vague et gé
nerale , et négligent entierement les dates
Il n'a pas crû cependant , qu'il dût imiter la
prolixité des Anglois , qui dans les Vies de
leurs Sçavans entrent dans un fi grand dé
tail , et font de fi longues analyses de leurs
Ouvrages , que chaque Vie forme souvent
plus d'un Volume . Le Pere Niceron a
gardé un juste milieu ; il a donné à la Vie
de chaque Auteur assés d'étendue pour le
faire suffisamment connoître , et pour don
ner quelques idées de ses Ouvrages. Il a
rassemblé avec beaucoup de peines et de
soins , tout ce qu'il a pû trouver dans un
grand nombre d'Auteurs , en y joignant tout
ce qu'il en sçavoit par lui-même. Les Jourmaux
et les Bibliothéques lui ont fourni une
partie des Matériaux qu'il a employés ; son
com
MERCURE DE FRANCE
commerce avec les Sçavans , et la vûë des
Ouvrages mênie dont il vouloit parler
lui ont fourni le reste . Cet Ouvrage a été
bien reçû chés toutes les Nations , parce que
chacune y a trouvé les Vies de ceux qui lui
ont fait honneur par leurs lumieres et par
leurs travaux , et que l'impartialité et le discernement
en caractérisent chaque article
A l'égard du style , il est simple , tel qu'il
convient à ces sortes d'Ouvrages , mais il est
clair , pur et exact.
Quelques éloges que je donne à cet Ou
vrage , & qu'on ne peut lui refuser en effet
on convient qu'il n'est pas sans fautes. Le
P. Niceron ne comptoit point qu'il ne pût
s'y trouver quelques inéxactitudes. Malgré
ses recherches & son attention , il n'a pû
tout voir , & il a pû se tromper. Mais ce qui
fait encore son Eloge , c'est qu'il s'eft corri
gé , dès qu'on lui a fait apercevoir quelque
erreur , qu'il s'eft toujours fait un devoir de
reconnoître ses fautes & de les réparer ; &
en stait que l'on ne pouvoit l'obliger d'une
maniere plus sensible que de lui communiquer
les Remarques que l'on avoit faites sur
son Livre , pourvû qu'il pût compter sur les
lumieres & le discernement de ceux qui les
lui donnoient. On en a des preuves certaines
dans son 10. Volume en deux Parties , &
dans le 20. & il en auroit donné de nouvelles
;
JANVIER:
99 17403
les , s'il eût pû terminer lui -même son Ou
vrage. Sa modeftie l'empêcha d'y mettre son
nom , mais il ne faisoit pas difficulté de s'en
avoüer l'Auteur , & il consentit enfin qu'on
Le nommât à la tête de son 30. Volume , ce
qui a été observé dans ceux qui ont suivi.
>
Quoique la composition de ses Mémoires
consommât la plus grande partie de son
temps , il sçut encore en trouver dans son
attention à le ménager , & dans son aplication
infatigable , pour donner quelques au
tres Ouvrages au Public . Il traduisit de l'Anglois
& publia à Paris en 1729. in - 8 °. chés
Briasson , la Conversion de l'Angleterre au
Christianisme , comparée avec sa prétendue
Réformation ; Ouvrage partagé en cinq Dia
logues, composé par un Catholique Anglois,
qui joint à beaucoup de lumieres & de zele
la solidité du raisonnement , & la force &
Fabondance des preuves . La Traduction du
P. Niceron a été fort bien reçûë , & elle eft
digne de l'accueil qu'on lui a fait.
M. Nogués , Docteur en Médecine , ayant
entrepris de traduire de l'Anglois en François
, la Géographie Physique , ou Effai de
L'Hiftoire Naturelle de la Terre , par M.
Wodward , le P. Niceron y joignit la Traduction
de quelques autres Ecrits du même
Auteur Anglois , sçavoir la Réponse aux Observations
de M. le Docteur Camerarius, plus
sieurs
8886193
100 MERCURE DE FRANCE
sieurs Lettres écrites sur la même matiere
& la diſtribution Méthodique des Fossiles .
Le tout parutin-4°. en 1735. à Paris , chés
Briasson,
ges
Les travaux de celui que nous regretons 1
ne se sont point encore bornés aux Ouvradont
on vient de parler. Depuis plusieurs
années il avoit conçû le dessein de donner
une Bibliothéque Françoise , c'est-à - dire , les
Vies de tous les Auteurs qui ont écrit en
François , avec un Catalogue raisonné de
leurs Ouvrages . Comme il avoit amassé sur
cette matiere un affés grand nombre de materiaux
en travaillant à ses Mémoires , il s'étoit
mis en état de commencer cet Ouvrage
quelque temps avant sa mort , & comptoir
que s'il vivoit encore dix ans, le Public auroit
pû jouir entierement de son travail. Il esperoit
Le lui communiquer par parties , & l'on n'auroit
pas long-temps attendu à en avoir quelques
- unes; mais Dieu en a disposé autrement.
Le premier Juillet 1738. le P. Niceron sen
tit vers la mâchoire quelque legere douleur
qu'il voulut se déguiser à lui- même, craignant
qu'en l'écoutant il ne fit tort à ses Etudes; la
douleur devint plus vive deux jours après ;
la partie affligée s'enfla ; ses Confreres & ses
amis en craignirent les suites. On l'obligea
de recourir aux remedes , il s'y soumit ; mais
ce qui ne paroissoit d'abord qu'une légere
incommodité ,
JANVIER: 1740. 101'
incommodité , devint rapidement une mala,
die sérieuse , qui resista à tous les remedes.
Le P. Niceron ne fut pas le dernier à le sen
tir , & il se prépara à offrir au Seigeur le Sacrifice
de sa vie . Il reçût les Sacremens de
l'Eglise avec les sentimens d'une Foy vive &
animée , en présence de ses Confreres , attendris
& pénetrés de la plus vive douleur de
la perte qu'ils alloient faire. Il mourut le Mar
di 8. Juillet sur le midi , âgé de 53. ans , 3 .
mois & 28. jours ; ayant beaucoup vécu , si
F'on fait attention à l'emploi utile qu'il avoit
fait de son temps , & trop peu , si l'on regar
de son âge , & ce que l'on devoit attendre
de ses travaux , s'il eût plû au Ciel de prod
longer ses jours.
Le P. Niceron étoit d'une taille au- deffus
de la médiocre. Ses yeux annonçoient un esz
prit vif, & un génie pénetrant. Sous un exterieur
simple & néglige , on trouvoit un
homme doux , poli , civil , mais sans affectas
tion & sans fauffe complaisance. Gai , sans la
plus légere ombre de diffipation , il étoit sé
rieux quand il devoit l'être , & il l'étoit toujours
sans trifteffe . Il parloit peu , mais bien,
& toujours à propos. Quandla conversation
étoit animée , il sçavoit y donner de nouveaux
agrémens par de certaines saillies pleis
nes d'esprit , toujours d'autant mieux reçûës,
qu'elles n'étoient jamais ni étudiées, ni affec
rées
102 MERCURE DE FRANCE
tées. Quoiqu'il eût l'oüie un peu dure , il ne
répondoit jamais le contraire de ce qu'il fal-
1oit répondre , parce qu'il écoutoit avec tranquillité
, & qu'il sçavoit étudier ses réponses
jusque dans les yeux & dans le maintien
de ceux avec qui il se trouvoit. Quoiqu'il
préferât les conversations des Gens de Lettres,
où il pouvoit s'inftruire , à celles qui ne l'intereffoient
point , il n'avoit jamais dans celles-
ci un air emprunté , & dans les premieres
il cherchoir plus à faire briller l'érudition
des autres , qu'à montrer celle qu'il pouvoit
avoir : avec les jeunes Gens surtout , il s'étudioit
à leur donner de l'esprit , et en géne
ral il sçavoit se proportionner avec tous ceux
( avec lesquels il conversoit. )
Si son ardent amour pour l'Etude faisoit
qu'il s'y trouvoit toûjours bien , la prudence
guidoit son travail , et il prévenoit l'épuisement
et le dégoût par des délassemens utiles ,
après lesquels il se remettoit à l'Etude avec
plus d'activité et de meilleures dispositions.
Ami sincere , il se plaisoit à rendre service
à tout le monde . Il suffisoit que l'on eût
besoin de lui , pour qu'il s'employât avec
affection à ce que l'on désiroit ; er sa compassion
, surtout pour les malheureux , ne
lui permettoit pas de donner des bornes à
son zéle . Cependant , quoique ses services
fussent toûjours desinteressés , il avoit l'ingraJANVIER.
1740
Iog
gratitude en horreur , plus encore quand les
autres en étoient l'objet , que lorsqu'elle ne
regardoit que lui . Car alors , s'il n'y étoit
pas insensible , au moins étoit- il assés reservé
pour ne s'en point plaindre. Il paroissoit
si indifferent pour tout ce qu'on apelle
Grandeurs humaines , que quoiqu'il ait vû
sa Famille illustrée par des Alliances honorables
, par des Charges et des Emplois.
de distinction , on ne lui en a presque jamais
entendu parler , et il n'a jamais été des
premiers à en féliciter ceux qui avoient acquis
ces honneurs et ces distinctions. Quand
on lui en parloit , ou il cherchoit adroitement
à détourner le discours , ou quand il
étoit forcé de répondre , c'étoit toûjours
avec une modestie , qui , sans avoir rien
d'affecté , laissoit cependant entrevoir qu'on
ne lui faisoit pas plaisir de l'entretenir de
ces sortes de choses.
On sçait que c'est plus encore par complaisance
, que parce que l'objet de ses Mémoires
le demandoir , qu'il a donné une
place dans cet Ouvrage au Sçavant Pere
Jean - François Niceron , Minime , un des
plus habiles Mathématiciens du dernier siécle
; et il n'en a dit que ce que le Public lui
auroit reproché de n'avoir point dit,
F CAE
104 MERCURE DE FRANCE
CATALOGUE de ses Ouvrages.
1. Le Grand Febrifuge , ou Discours où l'on
fait voir que l'Eau commune est le meilleur remede
pour les Fiévres , et vraisemblablement
pour la Peste. Traduit de l'Anglois du Sieur
Jean Hanckock , Cure ou Ministre de l'Eglise
de Sainte Marguerite à Londres , in- 12 .
Ce petit Traité parut avec quelques autres
Piéces relatives à cette matiere en 1724.
et eut un succès si avantageux , que le Libraire
a été obligé de le réïmprimer deux
fois ; la derniere Edition est de 1730. en
2. Vol. in 12. sous le titre de Traité de l'Eau
commune , chés Cavelier .
,
2. Les Voyages de Jean Ouvington à Sura
te et en divers autres Lieux de l'Asie et de
Afrique , avec l'Histoire de la Révolu
tion arrivée dans le Royaume de Golconde
et quelques Observations sur les Vers à Soye.
2. Vol. in- 12 . A Paris , chés Ganeau et Cavelier
, en 1725.
3 .
Mémoires pour servir à l'Histoire des
Hommes Illustres dans la République des Lettres
, avec un Catalogue raisonné de leurs Ou
vrages , in- 12 . A Paris , chés Briasson : le
premier Vol. en 1727. et les autres succes
sivement , jusqu'au 39. qui a paru en 1738.
Les trois premiers Volumes ont été réimprimés
en 1729. et le quatrième en 1737. sous
la
JANVIER. 1740 105
la date de la premiere Edition faite en 1728.
le 40. Volume a paru depuis sa mort en
1739. et la suite paroîtra successivement.
I
4. La Conversion de l'Angleterre au Christianisme
, comparée avec sa prétendue réformation
; ouvrage traduit de l'Anglois , in- 8 °.
A Paris , chés Briasson , 1729 .
5. Géographie Physique , on Histoire Naturelle
de la Terre , traduite de l'Anglois de
M.Wodward, par M. Nogués , Docteur en
Médecine. Avec la Réponse aux Objections
de M. le Docteur Camerarius ; plusieurs Lettres
écrites sur la même matiere , et la distribution
méthodique de Fossiles , traduites de
Anglois , par le P. NICERON. A Paris ,
chés Briasson , in-4° . 1735 .
Outre les Livres ci -dessus , le P. Niceron
a laissé plusieurs Manuscrits.
1 6. Une Table de tous les Journaux , en
plusieurs Volumes in-4°. qu'il avoit fait pour
son usage.
7. Des Mélanges Littéraires , en 2. gros
Vol . in-4°.
8. Bibliotheque volante , un gros Vol. in-4° .
9. La Bibliothèque Françoise , dont il avoit
fini les lettres A. B. C.
10. Plusieurs autres Tables Littéraires
à son usage.
fa 11. Quelques Sermons .
Les autres Sçavans , dont il est parlé dans
Fij
ce
o MERCURE DE FRANCE
>
ce même XL. Tome , sont , Pierre Arcu
dius , Isaac Barow , Jacques de Billy , Georges
Cassander , Jean de Chaumont , Paul-
Philippe de Chaumont , Jean Chenu , Jean
Clauberge , Jean Cloppenburg , Gabriel de
Collange , Noël Dargonne , Augustin Dati ,
Jason Denores , Paul Emile , Jean- Albert
Fabricius , Emmanuel Fremellius Jean
Garnier , Salomon Gesner , Jean - Pierre
Gibert , Louis Jacob , David le Clerc
Jean le Clerc , Marin Liberge , Antoine
Mizauld , Jean- Pierre Niceron , Jerôme
Nigrisoli , François - Marie Nigrisoli , Loüis
Novarrini , Adam Olearius , Petreius Theodore
André du Saussay Corneille
Schriver , Sixte de Sienne , et Thomas
Woolston .
< و
A la fin de cette Liste , on lit que les Vo
lumes suivans seront donnés au temps ordi
naire , c'est - à - dire , de six en six mois , l'Anteur
ayant laissé à sa mort de la matiere pour
plusieurs Volumes . Ceux qui auront des Additions
, des Corrections , ou quelques Vies à
"faire insérer dans la suite , s'adresseront an
Libraire,
JOURNAL des Fêtes que célebroient les
Romains , contenant leur origine et leurs
Cérémonies , avec plusieurs Fairs intéressans
de l'Hisoire Romaine, suivant les dates et les
jours
JANVIER 1746: 107
jours de leurs évenemens. Almanach nouveau
, de l'Imprimerie de J. B. C. Ballard ;
feul Imprimeur du Roy pour la Musique, & c.
A Paris , rue S. Jean de Beauvais , au Mont
Parnasse , 1740 .
ETRENNES Historiques , ou Mélange
curieux , pour l'année 1740. contenant plusieurs
Remarques de Chronologie et d'Histoire
, ensemble les Naissances et Morts des
Rois , Reines , Princes et Princesses de l'Europe
, accompagnées d'Epoques et de Remarques
que l'on ne trouve point dans les
autres Calendriers , avec un Recueil de diverses
Matieres variées , utiles , curieuses
et amusantes. A Paris , de l'Imprimerie de
Gissey , ruë de la vieille Boucleric , à l'Arbre
de Jessé , 1740.
>
ALMANACH GALANT dédié au Beau
Sexe , pour l'année Bissextille 1740. A Paris
, chés C. P. Gueffier , Parvis Notre- Dame
, à la Liberalité.
On a imprimé à Verone , in-folie , en 1738. les
Euvres poftumes de M. François Bianchini , Veronois
, en Italien , fous le titre , Del Palazzo de
Cefari.
On aprend de Pefaro , qu'il y paroît un Ouvrage
Latin, in folio , imprimé chés Nicol . Gavelli, 1738 .
fous le titre de Marbres de Pefaro , avec des Remar◄
ques . C'eft un Recueil d'Infcriptions antiques.
Fij Ол
o MERCURE DE FRANCE
On mande de Loraine , que dans le Village de
Neuviller , proche Bayon , une Vache étant pleine
& prête à mettre bas , en voulant fe relever , fe
caffa la jambe ; qu'on fut obligé de la tuer fur le
champ , & qu'on lui trouva deux Veaux bien formés
& fept autres petits comme de petits Chats.
On aprend de Vienne ; qu'on y avoit fait plu
fieurs épreuves d'une Machine d'une nouvelle invention
pour faire remonter un Bateau contre le courant
, & que dans la derniere épreuve un Bateau
chargé avoit été conduit en 14 minutes à 180 .
toiles du Lieu d'où il étoit parti ; que ces épreuves
avoient été faites en préſence de deux Commiffaires
nommés par l'Empereur , & que l'Inventeur de la
Machine fe propofoit de la mettre en état de remonter
les Bâtimens les plus pefans.
Morts de Personnes Illustres:
Le 14. Janvier 1740. mourut à Paris M. Pierre
Claixambault , Généalogifte des Ordres du Roy ,
Confeiller de Marine , & l'un des premiers Commis
de M. le Comte de Maurepas , Miniftre & Se
cretaire d'Etat dans la 89. année de fon âge , après
avoir employé 70. années de fa vie à raflembler ce
qu'il y a de plus curieux & de plus intereflant , tant
pour la Nobleffe du Royaume , & même pour une
partie de celle des Pays Etrangers , que pour l'Histoire
génerale & particuliere. Il venoit de finir ce
long & pénible travail par une Table Génerale de
fon Cabinet , pour en rendre l'ufage auffi facile
qu'utile. Son équité & fon defintereffement ne l'ont
pas moins rendu recommandable que fes Talens.
Son Cabinet & fa Charge , paffent à M. Clairambault
, fon Neveu , qui en a été pourvû en furviyance
dès l'année 1716.
T
On
JANVIER 1740 109
7
On écrit de Lisbonne , que le P. François de
Sainte Therefe , Chanoine Régulier de la Congrégation
de S. Jean , Profeffeur en Théologie , Recteur
du College de S. Jean, de la Ville de Coimbre ,
& Prédicateur de l'Hôpital Royal de la même Ville ,
y mourut le 17. Décembre dernier , âgé de 55. ans .
Il s'étoit acquis de la Réputation par plufieurs Ouvrages
, entre autres par un Livre fur les Rites obfervés
pour la célébration de la Meffe par les Prê
tres des differentes Communions .
L'Académie de Soiffons délivrera dans fon Assemblée
publique du Lundi 13. Juin 1740. le Prix
qu'elle avoit annoncé pour 1739 .
C'eft une Médaille d'or de la valeur de trois cent
livres , donnée par M. le Duc de Fitzjames , Evêque
de Soiffons .
Le Sujet eft le même que celui qui avoit été proposé
pour 1739. fçavoir, 1 °.Enquel temps le nom de France
fut-il donné à une partie des Gaules , & qu'elle
en étoit alors l'étenduë? 2 ° . Quelle étoit l'étenduë du
Royaume de Clovis lors de fa mort ? 39. Quel fut
le partage des Etats de Clovis entre fes Enfans ? Et
quels furent les motifs de la division , telle qu'elle
fut faite entre eux ?
Et pour donner plus de temps & de facilité aux
Auteurs , elle propose pour Sujet de la Differtation
'de 1741. 1 A la mort de Clovis , Clodomir
Childebert & Clotaire , gouvernerent - ils par eux
mêmes leurs Etats ; l'aîné de ces Princes ayant au
plus dix-fept ans ? Par qui fut gouverné le Royau
me d'Orleans depuis la mort de Clodomir jufqu'au
temps que fes Freres s'en faifirent ? Y avoit- il des
Loix ou un uſage fixe fur la tutelle des Princes mineurs
, fur la Régence de leur Royaume , & fur
l'âge de leur Majorité 3 v
Fij 2º.
-
Tre MERCURE DE FRANCE
1
2º.Les Rois , Freres de Clodomir , s'emparerentils
de fes Etats avant ou après le meurtre des Princes
, fes Fils ? En quelle année fut commife cette
déteftable action ? Le droit des Enfans des Rois de
fucceder à la Couronne de leur Pere , étoit- il alors
tellement établi , qu'il exclut à leur avantage les
Freres ou les autres Parens du Roy mort ?
Les vûes differentes de la Reine Clotilde , & des
Rois fes fils fur les Etats de Clodomir ; les efforts
de Childebert & Clotaire pour ſe faire reconnoître
par les Auftrafiens après la mort de Thiery , les
pretentions de Munderic & autres traits pareils de
notre Hiftoire ne donnent- ils pas lieu d'en doutes?
3º. Childebert & Clotaire ayant propofé de laisser
vivre leurs neveux en leur coupant leurs cheveux,
à quelle condition étoit réduit un Prince à qui on
les avoit coupés ? Qu'avoit de particulier la cheve-
Jure des Rois & Princes Francs ? Y avoit - il entre
les differens Sujets & les differens Ordres qui
compofoient la Monarchie, une façon differente de
porter les cheveux ?
L'Académie avertit qu'en 1741. elle reprendra
l'ordre qu'elle avoit tenu jufqu'ici , & diftribuera le
Prix dar's fon Affemblée publique du lendemain de
Quasimodo.
La Differtation fera d'une heure de lecture ou
d'une heure & demie.
Dans l'examen des Ouvrages , on aura égard non
feulement au nombre & à l'étendue des recherches,
mais encore à la pureté du ftile & la beauté du
langage.
Les Auteurs font avertis de mettre à la marge ou
à la fuite de leurs Ouvrages les preuves des faits
qu'ils auront avancés , & les fources où ils les auront
puifés.
On prie ceux qui envoyeront des Differtations
Latines ,
JANVIER
III
1740
Latines , de mettre auffi en marge les noms François
des Perfonnes ou des Lieux dont ils feront
mention .
On adreffera à M. de Beyne , Préfident au Préfidial
de Soiffons & Secretaire perpétuel de l'Académie,
les Ouvrages deſtinés au Concours ; on les envoyera,
port franc , & avant le 10. May 1740. pour
la préfente année , & pour la fuivante , avant le
premier Février, fans quoi ils ne feront point retirés.
Les Auteurs ne mettront point leurs noms au
bas de leurs Ouvrages , mais feulement une Sentence
, & en les envoyant ils indiqueront une Adreffe ,
à laquelle M. le Secretaire puiffe leur faire tenir fon
Récepiflé.
On les prie de prendre les mesures néceffaires
pour n'être point connus jufqu'au jour de la décifon
, de ne point figner les lettres qu'ils pourroient
écrire à M. le Secretaire , ou à tout autre de Mrs
les Académiciens , les avertiffant que s'ils sont
découverts par leur faute , ils feront exclus du
Concours.
Les Differtations qui avoient été envoyées dès
le mois de Décembre 1738. & avant le premier Fé
vrier 1739. concourreront avec celles qui seront
envoyées avant le 10. May 1740.
L'Auteur qui aura remporté le Prix , viendra le
recevoir dans la Séance publique de l'Académie le
13. Juin 1740 , finon , il envoyera à une Perſonne
connuë , fa Procuration , pour être remiſe à M. le
Secretaire , avec le Récepiffé de l'Ouvrage.
:
ESTAMPES NOUVELLES.
L'ALLIANCE DE BACCHUS ET DE VINUS , EStampe
en hauteur , nouvellement gravée par M. le
Bas, d'après une très-ingénieufe & riche compofi-
E T sion
112 MERCURE DE FRANCE
tion de feu M. N. N. Coypel . Elle fe vend ruë de la
Harpe, vis -à- vis la rue Percée, chés le Bas , & dansla
même ruë, vis- à - vis la Sorbonne , chés Ravenet.
On lit ces Vers au bas.
Joignez- vous à Bacchus , Déeffe de Cithere
Modérez fes excès par vos doux fentimens ;
Qu'il employe à son tour fon Nectar falutaire
A calmer l'ardeur des Amans .
Bien- tôt de l'âge d'or revivra l'innocence ;
On ne blâmera plus ni le vin ni vosfeux ,
Et l'on fera charmé de voir que de vous deux
Puiffe naître la temperance.
MARIE SALLE , la Terpficore de la France , célebre
Danfeufe de l'Académie Royale de Mufique
Portrait à demi córps ; coeffée en cheveux , tenant
une Colombe. La reffembance de la Perfonne &
fon caractere , font fort bien exprimés par le Burin
de M. Petit , d'après le Pinceau de M. Fenouil.
Cette Eftampe fe vend ruë S. Jacques ,près les Mathurins
, chés Petit . On lit ces Vers au bas.
Les Sentimens avec les Graces
Animent fon talent vainqueur .
Les Jeux voltigent fur fes traces ;
L'Amour eft dans fes yeux , la vertu dans fon coeur
La Suite des Portraits des Grands - Hommes &
des Ferfonnes Illuftres dans les Arts & dans les
Sciences , continue de paroître avec fuccès , chés
Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai de l'Ecole .
Il vient de mettre en vente , & toujours de la mê
me grandeur.
CHILETTONS
DE L'ANNEE 17
URGET
CERTA
II
PROLIS
AMOR
PARTIES CASUELLES
1740
IV
VIRTUTIS
VERA
AMANS
PACIS
IX
ORDINAIRE
DES GUERRES
1740
NEC
BELLA
TIMENS
ARTILLERIE
1740
PLACIDIS
IRATIS
GALERES
1740
CUSTOS
AURI
TRESOR ROYAL
1740
REX
XVRE
LUD
CIDAS
UT
SEGES
CHRISTI
ANISS
REVOCET
CIRCUM
SICUT
III
SUPER
ROS
CHAMBRE AUX
DENIESS
1740
CLAUSTRA
VII
BATIMENS DU ROY
I74 0.
VI
VIII
EXTRAORDINAIRE
DES GUERRES
1740
STARET
MARINE
1740
CIS
AMOR
QUE
FRUUNTUR
TOTO
SPARGET
IN
MAISONDE LA REINE
1740.
X
D. Song S
HERBAM
JANVIER. 1740 113
CHILDERIC II. XIV. Roy de France , mort près
de Rouen en 673. après 5 ans de Regne , deffiné
par A. Boizot , gravé par J. G. Will.
FRANÇOIS DE MALHERBE , Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roy , né à Caën , vers l'an
1555. mort à Paris en 1628. peint par Dumoutier
& gravé par C. F.
JEAN DE SAINT BONNET , Seigneur de Toiras ,
Maréchal de France , né à S Jean de Gardonnengue
, en Languedoc le premier Mars 1585. mort
dans le Milanez le 14. Juin 1637. peint par L. E. &
gravé par D. E.
MADAME CORNUEL, morte en 1693. âgée de 87 .
ans ,peinte par Ferdinand , & gravée par Feffard.
JETTONS frapés pour le premier jour de
Janvier M. DCC . XL avec l'explication des
Types , &c.
1. TRESOR ROYAL.
La Sybille qui préfente à Enée le Rameau d'or.
Auri certa seges..
1
II. PARTIES CASUELLE S.
Un Pélican qui nourrit fes petits de fa propre
fubftance. Urget prolis amor.
III. CHAMBRE AUX DENIERS.
Des Bourfes pleines d'argent, quelques- unes ouvertes
& répandues fur une Table. Sicut Ros fuper
herbam,
IV. ORDINAIRE DES GUERRE S.
Un Mars François , tenant d'une main fa Pique ,
& de l'autre un Bouclier aux Armes de France,
Vera virtutis Custos
F vj
V.
114 MERCURE DE FRANCE
V. EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
Eole, retenant avec peine les Vents dans leur Ang
tre. Circum Clauftra fremunt.
VI. BATIMENS DU ROY.
Minerve affife & quittant fon Egide , pour pren
dre un Compas , d'autres Inftrumens des Arts à fes
pieds. Placidas ut revocet Aries.
VII. ARTILLERIE.
> Un Cocq. Pacis amans nec Bella timens.
VIII. MARINE.
Le Char de Neptune , tout attelé , fon Trident
defus. Ni ftaret pacis amor.
IX. GALERES.
Des Tritons joüant fur les flots. Iratis placidisquefruuntur.
X. MAISON DE LA REINE.
L'Aurore fur fon Char , ouvrant la barriere da
jour , & répandant les fleurs fur la Terre. Toto
Sparget in orbe.
CARTE des Terres Auftrales , comprifes entre
le Tropique du Capricorne & le Pole Antarctique ,
où le voyent les nouvelles découvertes faites en
1739. au Sud du Cap de Bonne Efperance , par les
ordres de Mrs de la Compagnie des Indes , dreffee
fur les Mémoires & sur la Carte originale de M. de
Lozier Bouvet , chargé de cette Expedition , par
Philipe Buache , de l'Académie Royale des Sciences,
Gendre de feu M, Deliffe , Premier Géographe du
Roy,de la même Académie,
Extrait
JANVIER. 1740. 115
;
Extrait du Voyage aux Terres Australes.
Le 19. Juillet 1739. les deux Frégates l'Aigle &
la Marie , partent du Port de l'Orient ; le 8. Septembre
, paffent la Ligne le 11. Octobre , arr
vent à l'Ile Sainte Catherine , fur la Côte du Brefil
le 18. Novembre , font voile de cette lfle ,
pour aller chercher la Latitude 44° . env. par le
355. long. Le 26. Brume épaiffe à 35 ° . Lat. &c
344. Long. Souvent on ne pouvoit diftinguer les
objets à une portée de fufil. Elle a duré jusqu'au
20. Janvier.Le 3. Décembre on a commencé à voir
du Gouémon , de fort groffes Baleines , & des Oifeaux
particuliers . A 39 °. 20' . Lat . & 351. Long,
fe croyant près de quelque Terre , on a fondé , fans
trouver de fond à 18 ° , braffes . Le 7 , temps froid
quoique l'on fait alors dans l'Eté , & que le Soleil
fût proche du Solftice. Le 10. Lat. 44° . & fous le
premier Méridien . ( La Terre de vûë eft placée en
ce Lieu par quelques Géographes . ) On ne put découvrir
aucune Terre , foit qu'elle ait été mal placée,
ou qu'elle ne foit qu'une Ifle.Le 15.Lat. égale
à celle de Paris , Long . 7 °. l'air très- froid . Vu les
premieres glaces , qui ont fait foupçonner des Terres
voifines. Le 21 , Lat . 51º. 23 ' . Long. 15 °. 22'.
Variation obs. de 24. m . N E. & fo. m. NO. Les
Bouffoles donnoient des variations differentes ; irrégularité
que l'on a déja éprouvée en aprochant des
glaces dans la B. d'Hudſon & dans le Det. de Davis.
Premier Janvier 1739. vûë d'une Terre fort
haute à 54° . Lat . & à 28. 30.' Long. On l'a nommée
le Cap de la Circoncifion . Louvoyé 12. jours
fans y pouvoir abordes , à caufe des glaces , de la
brume , & des vents contraires. Du 12. au 15. on
a couru le 51 °. Lat . pendant 425. lieuës , voyant
toujours des Baleines & des Loups Marins , &c. Le
5. Février à 44°. 30º, Lat, & à 60° . Long. les Vaisseaus
116 MERCURE DE FRANCE
seaux fe font féparés. M. Bouvet a fait route au
Cap de Bonne Efperance , & M. Hay , à l'Iſle de
France. Le 4. Mars mouillage au C. de B. E. où
Pon reconnut que l'on avoit été porté à l'E . comme
les fortes variations l'avoient fait conjecturer
dès le 25. Janvier. Le 31. départ du Cap . Arrivée
en France le 4. Juin , fans perte d'aucun homme ,
malgré l'extrême fatigue du voyage.
Cette Carte fe vend chés Philipe Buache , à Paris ,
Quai de la Mégifferie, près le Pont- Neuf , au Saint
Esprit.
M.Corrette vient de donner une nouvelle Edition
de fon premier Livre de Sonates pour le Violon avec
Ja Baffe. Cette Edition eft augmentée de beaucoup .
Le prix eft de 6. livres . Il vient auffi de donner au
Public tróis Livres de Duo pour la Flute. Le prix
eft de 3. livres 12 fols piece .
M. Maffe , l'un des Vingt - quatre de la Mufique
de la Chambre du Roy , vient de donner au Public
an troifiéme Livre de Sonates à deux Violoncelles,
dans un genre tout different des deux premiers ; ils
fe vendent 6. livres aux Adreffes ordinaires ,
On vend chés Mad . Boivin , ruë S. Honoré , à la
Regle d'or , un Livre de Piéces choifies , pour l'Orgue
de feu M. Marchand. Le prix eft de 3:• livres
#2 . fols.
MAJANVIER.
117 1740.
MADRIGAL
. de M. de Voltaire.
DEE votre efprit la force eft fi puiffante
Que vous pourriez vous paffer de beauté ;
De vos attraits la grace eft fi piquante
Que fans efprit vous m'auriez enchanté.
Si votre coeur ne fçait pas comme on aime
Ces dons charmans vous feront fuperflus ;
Un fentiment eft cent fois au-deffus
Et de l'efprit & de la beauté même.
M. Bouvard vient de donner au Public un quatriéme
Recueil d'Airs sérieux & à boire , avec ac
compagnement de Violon , Flûte , & la Baffe continue
. Ce Recueil vaut trois livres , & se vend
chés l'Auteur , Cour du Dragon Sainte Marguerite ,
Fauxbourg S. Germain , chés la Veuve Boivin , ruë
S: Honoré , à la Regle d'or , & chés le Sr Le Clerc ,
rue du Roulle , à la Croix d'or. Il donnera inceffamment
l'Amour Champêtre , Cantate à voix feule,
avec accompagnement de Violon , Flûte , & la
Eaffe continue. Elle fe vendra aux mêmes adreffes.
SPEC
118 MERCURE DE FRANCE
*: *
SPECTACLES.
EXTRAIT de l'Ecole du Monde , Dialogue
en Vers , précedé du Prologue de l'Ombre
de Moliere , representé par les Comédiens
François le 14. Octobre dernier.
O
N ne peut trop louer la docilité de
l'Auteur anonyme de cette Comédie ;
à laquelle il a donné modestement le nom
de Dialogue. Nous ne pouvons en tracer
une plus juste idée , qu'en insérant ici ce
qu'il en dit lui - même dans une courte
Préface. Voici comment il s'explique :
J'ai voulu peindre une jeune Personne , que
Pâge et l'erreur tirent des bras de la vertu. Je
l'ai, pour ainfi dire , suivie par degrés ; l'aparence
séduit ; l'inclination se fait jour dans
son coeur ; le Monde l'emporte ; elle y trouve.
l'inégalité , qui lui peint tous les ridicules attachés
à la plupart de ce qu'on nomme , Folies
Femmes ; elle en connoît l'abus . Son Frere
que l'aparence avoit emmené , revient faire une
image du monde, plus vrai que vrayesemblable;
' ayant pu en tirer en si peu de temps une connoissance
parfaite , le malheur leur ouvre les
yeux i la vertu que je supose avoir pris le nom
n'
JANVIER 1740. Trg
4
et le déguisement de Sophie , pour accompagner,
Damon , et le préserver de tous les dangers du
monde , reparoît , et leur débite des maximes ,
qu'on auroit dû écouter avec plus d'attention :
ils retournent dans son temple , et renoncent
aux Hommes.
On ne peut disconvenir que cette idée
de Comédie ne soit susceptible d'une morale
très - instructive , mais on demande quel
que chose de plus réel dans les Piéces de
Théatre. Au reste , ce n'est pas ici la pre
miere Comédie à laquelle on pourroit donner
le titre modeste de Dialogue ; la plûpart
des Personnages qu'on voit aujourd'hui fur
La Scéne parlent beaucoup plus qu'ils n'agiffent
, et c'eft un abus dont on devroit bien
fe corriger ; mais par malheur les Auteurs
modernes abondent infiniment plus en ef
prit qu'en imagination . C'eft le jufte reproche
que l'Ombre de Moliere leur fait dans
l'aimable Prologue qui précede l'Ecole du
Monde. C'eſt par ce Prologue que nous allons
commencer notre Extrait.
Les Perfonnages de ce Prologue , qui vaut
bien une Piéce entiere , font l'Ombre de Mo
liere , la Poësie , et l'Esprit. L'Ombre de Mo
liere commence par expofer le fujet qui le
ramene fur la terre.
La Poëfie & l'Efprit viennent joindre cette
Ombre illuftre qu'ils ne reconnoiffent pas.
L'Es120
MERCURE DE FRANCE
L'Efprit étale tous fes défauts , dont il fait
vanité ; voici la critique ingénieufe & fenfée
que l'Ombre de Moliere en fait , en gardant
toujours l'incognito , & en s'adreſſant à
la Poëfie , gâtée par l'Efprit , avec qui elle
s'eft imprudemment liée.
Je voudrois que votre air fût simple et naturel ,
Par la moindre parure une Piéce est ternie.
Une mollesse aisée , une douce harmonie
Font éclore vos fleurs , les arrosant de miel :
Il faut attendrir son génie
Que son feu , que ses traits , que ses vivacités
Prennent des mains de l'Art les attraits de l'aisance
Et donnent à ses Vers , avec soin enfantés ,
Les graces de la négligence .
De ses propres talens chaque Auteur entêté
A corrompu cette simplicité ;
Én voulant vous orner , leurs mains vous obscur
cissent .
Ce sont des Guêpes qui flétrissent
Un Parterre naissant , où brillent cent couleurs .
Dès que les traits de l'Aurore vermeillè
Etalent les trésors qu'ont fait naître ses pleurs ,
L'essein des Mouches se réveille ;
Mais on voit cent Frelons , pour une seule Abeille ,
Qui profanent le suc tiré de tant de fleurs .
Peuti
JANVIER. 1740. T2Y
Peut- on faire une image plus fid : lle de
La plupart des productions dont le Théatre
eft inondé la Paige en eft fi perfuadée ,
qu'elle dit ingénument :
C'est ainsi que parloit la Natuře , ma Mere.
Il s'en faut bien que l'Efprit en convienne
il continue à vanter fes Ouvrages. L'Ombre
de Moliere fe fait enfin connoître , et finit
cet excellent Prologue par cette Tirade qui
vaut un Art poëtique , sorti de la meilleure
main.
Je revois la lumiere ,
Pour corriger tous vos défauts ,
Pour vous ôter une vaine parure ,
Et pour vous rendre à la nature.
Si vous voulez marcher d'un pas solide et sûr ,
Connoissez bien Thalie , et parcourez ses fastes ,
Vous y découvrirez le brillant des contrastes.
L'art d'amuser par un comique pur.
Parlez au coeur , sans être obscur ;
Soutenez tous vos caracteres ,
Que l'exposition se fasse avec clarté
Exprimez-vous avec noblesse ;
Plaisant sans être bas , et noble avec gayeté ;
Que l'aimable enjoâment orne la verité ;
Embarassez l'intrigue avec adresse .
Que
122 MERCURE DE FRANCE
Que le sujet soit un , clair , simple , distingué ;
Et suspendez l'esprit , sans qu'il soit fatigué.
L'Esprit trouve ce pet très- maussade
l'Ombre de Moliere se retire , pour aller
entendre , du milieu du Parterre , les trois
Piéces que l'Affiche du jour annonce , et
pour en juger plus fainement en fi bonne
compagnie. Nous avons parlé de ces trois
Piéces ; revenons à l'Ecole du Monde qui
est de ce nombre , et de l'Auteur du Prologue
, qu'on vient de voir..
Le plan que nous avons donné ci-deſſus
de la Piéce , tracé par l'Auteur même , nous
diſpenſe de fuivre méthodiquement ce qui fe
paffe dans le peu d'action théatrale qui lui a
d'abord donné le nom de Comédie , titre
dont l'Auteur ravisé , a juſtement dépouillé
une Piéce qui ne confifte qu'en Scenes bien
dialoguées. C'eft pourquoi nous ne ferons
que citer quelques fragmens de la morale ;
que ces êtres métaphyfiques débitent conformément
à leurs caracteres. Damon et Julie
, ennuyés des deux préceptes de la fageffe,
veulent l'abandonner , pour fe livrer tout entiers
à leur penchant ; voici ce que la Sageffe
leur dit , dans une Fable très - inftructive.
FABLE.
Un jour , on vit un Homme auprès d'une riviere ;
La Nature en ornoit differemment les bords ;
L'us
}
JANVIER. 1749 123
L'un étaloit des fleurs la fplendeur printaniere ;
L'autre des meilleurs fruits renfermoit les trésors ;
Sur le côteau fleuri , plus séduisant qu'utile ,
On trouvoit quantité d'Afpics et de Serpens.
Parmi tant de dangers , l'Homme reftoit tranquile ;
A ramaffer des fleurs , il employoit fon temps ,
Se mirant quelquefois dans le criftal liquide ,
Et méprifant les maux qui s'armoient contre lui.
Un Sage lui crioit : » Tremblez ; dès aujourd'hui
» Tirez - vous d'un Lieu fi perfide ;
» Ces Roſes et ces Lys bientôt fe faneront ;
» Les Monftres feuls vous environneront ;
» Paffez le Fleuve . Oh ! j'ai trop de prudence ,
Répondit cet Homme aveuglé ;
לכ
» Pour le paffer à fec avec plus d'affûrance ,
» J'attends qu'il ſe ſoit écoulé .
Mes Enfans , je vous vois dans un état ſemblable ;
Faites , fi vous pouvez , vos aplications ;
Mais le torrent des paſſions
A tout âge eft intariſſable .
La Sageffe fe retire après cette inftruction,
dont Damon et Julie ne connoiffent pas en
pás
core le prix. L'Aparence furvient pour ache,
yer de les séduire ; voici comment elle se
définit :
Je suis Souveraine du Monde
L'orne
124 MERCURE DE FRANCE
L'ornement des Efprits , l'envelope des coeurs ,
De l'art de déguiser protectrice féconde.
Sçavante, fans travail , cruelle , fans rigueurs ,
Mere de la foibleffe et de la bienséance ,
Belle par artifice , & vilaine fans fard ,
Rebut de la Nature , et chef- d'oeuvre de l'Art ;
En un mot , je fuis l'Aparence.
Après plufieurs leçons , toutes des plus'
pernicieuses , que cette chimerique Souveraine
du Monde donne à Damon et à Julie,
l'Inclination s'avance , et l'oblige à lui ceder
la place. Damon s'eft retiré , fans qu'on ait
pu fçavoir pourquoi . Voici fous quels traits
Inclination fe peint en parlant à Julie , qui
eft reftée feule.
Jeune Beauté , fans contredit ,
Je forme le bonheur , je diffipe les doutes ;
e fais fentir le coeur , je fais penfer l'efprit ;
Venez cueillir les fleurs, dont j'embellis mes routes.
Je
A l'inclination fuccede le Monde , qui eft
bientôt fuivi de l'Inégalité , autre Perfonnage
métaphifique. Damon revient enfin , après
avoir parcouru le Monde , dans le peu de
temps qui s'eft écoulé depuis fa difparition ;
il invite Julie à fuir ce Monde pervers ; Julie
eft ébranlée d'une remontrance que l'Expérience
foûtient , et la Sagefle vient achever
la conversion , Tous
·
JANVIER. 1740. 125
Tous ces differens Dialogues font pleins.
d'esprit , mais on a trouvé qu'il y regnoit
trop de métaphyfique, et c'eft ce qui a empêché
les Auditeurs d'y prêter toute l'attention
qu'ils méritent.
Le 22. Janvier les Comédiens François donne
rent une Tragédie nouvelle , intitulée Édouard III .
Roy d'Angleterre , dont on donnera l'Analyse le
mois prochain , la Piéce ayant été reçûë favorablement.
Le 24. l'Académie Royale de Mufique donna la
vingt- fixiéme repréfentation de la Tragédie de
Dardanus , dont on a donné l'Extrait dans le premier
Volume de Decembre , page 2890. & le 26.
elle remit au Théatre Pirame & Thisbé , dont les
paroles font de M. de la Serre , mifes en Mufique
par les Srs Rebel le fils , & Francoeur le cadet.
Cette Piéce fut donnée dans fa nouveauté le 17 .
Octobre 1726. avec un très-grand fuccès , ornée de
fuperbes décorations , & entre autres, celle du premier
Acte , qui représente le magnifique Palais de
Ninus , par le Chevalier Servandoni : on en peut
voir le Détail , & l'Extrait de la Piéce dans le Mercure
d'Octobre 1726. pag. 2329. Les trois principaux
Rôles , qui sont Ninus , Pirame & Zoroastre ,
étoient remplis alors par les Srs Muraire , Thevenard
& Chaffé , lefquels font remplacés aujourd'hui
par les Sieurs Jeliot , le Page & Albert , les Dlles
Antier & Peliffier , qui jouoient dans la nouveauté
les Rôles de Zoraide & de Thisbé , les représentent
encore à cette repriſe avec les mêmes aplaudissemens.
Le premier Janvier , les Comédiens Italiens donnerent
126 MERCURE DE FRANCE
nerent une Piéce Italienne en trois Actes , intitulée
Arlequin Amoureux par complaisance , dans
laquelle le nouvel Arlequin joua le principal & le
plus long Rôle de la Piéce. Le lendemain ils rejouerent
la même Piéce , qui avoit été réduite
en un Acte , fous le titre d'Arlequin Barbier Para,
litique.
Le 4. ils donnerent
une autre Piéce Italienne
en
trois Actes , qui a pour titre en François
l'Adultere
Innocente
, & en Italien , Innocente
venduta
è rivenduta
. Le nouvel
Arlequin
y jcüa le premier
Rôle
avec ap'audiffement
, prefque
tout le jeu de la Piéce
Toulant
fur lui. La même Comédie
avoit déja été
repréfentée
à l'Hôtel
de Bourgogne
le 18. Juillet
1716. & fur le Théatre
du Palais Royal le 3. Novembre
1723 Le fujet de cette Piéce eft tiré du
Décameron
de Bocace
, ou la Gageure
des deux
Marchands
, Novel 9. Gior. 2. Le dernier
Dominique,
Comédien
de la Troupe
Italienne
l'avoit mife
en Vers , longtemps
auparavant
qu'elle
fut jouée à
Paris, il l'avoit fait imprimer
dans la même Ville en
1712 dans fon nouveau
Théatre
Italien,fous le titre
la Femme Fidelle
, ou les Aparences
Trompeufes
.
Le 14. les mêmes Comédiens donnerent une
petite Piéce nouvelle d'un Acte en Vaudevilles , intitulée
Dardanus , Parodie de l'Opera , qui porte le
même titre ; on parlera plus au long de cette Parodie
que le Public a aplaudie. Elle fut précedée des
Talens à la Mode , Piéce en trois Actes de M. de
Boiffy, dont on a déja parlé , & qui ne fut interrompue
, après onze repréſentations , qu'à caufe
du départ des Comédiens pour Fontainebleau . Le
Public la revue avec le même plaifir que dans fa
nouveauté au mois de Septembre dernier,
NOUJANVIER.
1740. 127
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE.
Na apris de Conftantinople du 15. Novem
Obredernier ,que la Ratification du Traité de
Belgrade , fignée par l'Empereur , ayant été aportée
de Vienne au Marquis de Villeneuve par M. de
Montmartz , & que les Miniftres de la Porte étant
convenus avec le Marquis de Villeneuve , que l'échange
des Ratifications fe feroit à l'Arſenal dans l'apartement
qu'occupe le Capitan Pacha , le Marquis
de Villeneuve & le Grand Vifir s'y rendirent chacun
de leur côté le s . Novembre , jour fixé pour
cet échange. Le Grand Vifir pour y aller traversa le
Port , & le Marquis de Villeneuve s'y rendit en
droiture avec le même cortege dont il avoit été
accompagné dans les audiences qu'il avoit eûës du
Grand Seigneur & du Grand Vifir , à l'occafion de
son nouveau caractere d'Ambaffadeur Extraordinaire
de S. M. T. C.
On doit cependant observer qu'il y avoit un plus
grand nombre de Janiffaires & de Chatirs ou Valets
de pied de Sa Hauteffe ; que le Chiaoux Bachi , le
Vaivode de Galata , le Kapigilar Kiaffy , & le Kapigilar
Kialiby , allerent chercher l'Ambaffadeur
au Palais de France , & que le Chiaoux Bachi ne
fit aucune difficulté de marcher devant le Marquis
de Villeneuve , le précédant toujours de dix pas ,
ainfi que le Capigi Bachi.
L'Ambaffadeur , en arrivant à l'Arſenal , trouva
les Officiers de la Marine rangés en haye , & étant
defcendu de cheval au bas du Veſtibule , il fut con-
G duit
128 MERCURE DE FRANCE
duit dans une chambre où il se reposa quelque
temps , & ensuite dans une Salle où le Grand Vifir
entra en même temps que lui par une autre porte.
Le Grand Vifir prit fa place ordinaire , & le Marquis
de Villeneuve s'affit dans un fauteuil garni de
galons d'or. Après les complimens ordinaires , on
lui presenta , de même qu'au Grand Yifir , le caffé,
le forbet & le parfum , & on fervit le dîner . Outre
la table à laquelle l'Ambaffadeur étoit avec le
Grand Vifir & le Kaïmacan , il y en avoit fix au- ▸
tres , dont une étoit dans le même apartement que
celle du Grand Vifir,& qui fut occupée par le Capitan
Pacha , le Janiflaire Aga , le Kadilesker & le Fils du
Marquis de Villeneuve. Les autres tables étoient dans
des apartemens voifins , & le Grand Tefterdar , ou
Grand Treforier, le Chiaoux Bachi , le Kapigilar Kiassy,&
le Kapigilar Kialiby , en firent les honneurs, ces
Officiers s'étant partagés entre eux les principales
perfonnes de la suite de l'Ambaffadeur. Pendant le
repas , il y eut un concert de voix & d'inftrumens ,
qui executerent diverfes piéces de Mufique dans le
goût de la Nation . Lorfqu'on fut levé de table
tout le monde fe rendit dans la Sale où étoit le
-Grand Vifir , le Marquis de Villeneuve occupant
toujours fa place dans un fauteuil vis - à- vis de ce
Premier Miniftre , à côté duquel le Kaïmacan , le
Kadilesker , le Reys Effendi , le Capitan Pacha &
le Janiflaire Aga , étoient affis , le premier à droite
& les autres à gauche : les Miniftres de la Porte se
placerent au hasard , & demeurerent de bout .
2
La Mufique ayant ceffé , le Chiaoux Bachi tenant
à la main fon Bâton de cérémonie , & frapant
à terre avec ce Bâton suivant l'usage , aporta le
Sceau particulier avec lequel sont scellés les Actes
fignés de la main de sa Hauteffe . Dès que le
Chiaoux Bachi parut , les quatre Vifirs & le Kadilesker
JANVIER . 1740 . I29
Mesker se leverent , par respect pour le Sceau que le
Chiaoux Bachi tenoit de la main droite , élevé à
côté de fon oreille , & l'Ambassadeur se leva auſſi .
Le Chiaoux Bachi présenta le Sceau au Grand Viſir,
qui après l'avoir porté à son front & sur sa tête , le
remit au Reys Effendi , pour fceller la Ratification
du Traité de Belgrade , fignée par le Grand Seigneur.
Cette Ratification ayant été scellée , & le
Sceau ayant été rendu au Chiaoux Bachi par le
Reys Effendi , le premier reporta ce Sceau au Grand
Vilir , lequel le baisa de nouveau. Le Chiaoux Ba- .
chi porta ensuite le Sceau à son front & sur sa tête ,
& il le mit dans son sein , continuant de demeurer
debout. Le Grand Vifir ayant reçû des mains da
Reys Effendi la Ratification , fignée par Sa Hautesse
, il fit un pas vers le Marquis de Villeneuve ,
pendant que cet Ambassadeur en fit auffi un de son
côté , & ils fe remirent réciproquement les Ratifications
, fignées par l'Empereur & par le Grand
Seigneur , la premiere écrite en Latin , et la seconde
en Turc. Après cet échange , le Marquis de Vil-
Jeneuve & les quatre Vifirs reprirent leurs places ,
et s'étant félicités mutuellement sur la conclufion
de la paix entre les deux Empires , le Grand Vifir
fit revêtir l'Ambassadeur d'une Pelisse de Martre
Zibeline , dont le dessus étoit un tissu d'or & d'argent,
diſtinction qui n'a point encore eû d'exemple , cette
Pelisse étant pareille à celles que le Grand Seigneur
a coûtume de donner au Grand Vifir . Le Fils
du Marquis de Villeneuve fut revêtu d'une Pelisse
d'Hermine , et on diſtribua environ cent Caftans aux
perfonnes de la suite de cet Ambassadeur , dont la
plupart reçûrent auffi des mouchoirs brodés d'or.
Pendant cette diftribution , on fit une Salve des canons
des Galeres de l'Arsenal du Serail , et de Topkana.
Gij Lafe
#36 MERCURE DE FRANCE
Le Marquis, de Villeneuve ayant pris congé du
Grand Vifir , retourna au Palais de France avec le
même cortege et dans le même ordre , étant monté
sur un cheval magnifiquement harnaché , dont le
Grand Vifir lui avoit fait présent.
A peine l'Ambassadeur fut- il de retour chés lui ,
que les Officiers de l'Arsenal lui amenerent 32 .
Esclaves Allemands , qui étoient détenus dans le
Bagne , et qui furent mis en liberté par ordre dy
Grand Seigneur.
RUSSIE."
Ehemet Riza et Ali Teip , qui ont réfidé à
M Petersbourgpendant quelque temps en qua-
Hité d'Ambaffadeurs Extraordinaires de Thamas
Kouli Kan , ayant reçû leurs Lettres de rapel , ils
eurent le 25. Decembre dernier leur audience publique
de congé.
Le 27 , le Marquis de la Chetardie , Ambassadeur
Extraordinaire du Roy de France , arriva à
Petersbourg.
Les Knees Bafile et Michel Wolodimerowitz
Dolgoroucky , auxquels la Czarine a bien voulu
accorder la vie , ont été conduits à Nerva , où ils
ont été mis dans des prisons separées .
On mande de Kaminiek , que le Pacha Sary Achmet
s'étoit rendu à Choczin avec 400. Janiffaires ,
pour en reprendre poffeffion au nom du Grand Seigneur
, et que le Général Chruszow , qui y com
mandoit pour la Czarine , ayoit remis la Place à ce
Pacha.
ALLEMAGNE ,
Na apris que le Tefterdar ou Grand Tresorier
de l'Empire Ottoman , devoit se rendre à
Vienne en qualité d'Ambaffadeur Extraordinaire
dy
JANVIER . 1740 132
di Grand Seigneur , au mois de Mai prochain. I
fe nomme Zalibi Ali Effendi .
L'affaire du Comte de Sekendorff eft entierement
terminée on assûre qu'il a été remis en liberté
& qu'il eft parti de Gratz , mais on ne fçait pas encore
s'il retournera à Vienne , ou s'il fe rendra à
fon Gouvernement de Philisbourg.
Le Feldt Maréchal Comte de Wallis a obtenu la
permiffion de quitter Ziget & d'aller au Château de
Forchenftein , où il a été conduit fous la Garde de
40. Grenadiers .
Le Comte de Neuperg eft actuellement au Châ
teau de Halitz , qui apartient au Grand Duc de
Tofcane , & en paffant à Presbourg , il a dîné chés
le Feldt Maréchal Comte de Palfi .
Un Ecolier de l'Univerfité ayant été arrêté en
demandant l'aumône , la plupart des Etudians fe
font assemblés tumultueufement pour le tirer de
priſon , & l'on a été obligé de ſe faifir de quelques
uns , pour faire cesser le defordre .
Les avis reçus de Francfort fur l'Oder , portent
que neuf Soldats Anglois du Régiment du Général
Schwerin , qui y eft en garniſon , ayant formé le
complot de deferter , ils avoient forcé le fabre à la
main la garde de l'une des portes . Le Commandant
de la Place ne jugea pas à propos d'envoyer
un détachement à leur pourfuite , parce qu'il craignit
que les Soldats qu'il feroit marcher pour les
arrêter , ne fe laissassent perfuader par leurs camarades
de fuivre leur exemple , et il fe contenta de
faire monter deux Officiers à cheval , avec ordre
de ne rien négliger , pour tâcher de les ramener
par les voyes de la douceur. Ces Officiers firent
tant de diligence , qu'ils les joignirent à une petite
diſtance de Ville et ils employerent tous leurs
efforts pour les engager à retourner à la garnison ,
Giij mais
>
32 MERCURE DE FRANCE
mais ce fut inutilement , & les neuf deferteurs deelarerent
qu'ils étoient refolus de fe défendre jufqu'à
la derniere extremité , fi on entreprenoit d'ufer
de violence. Lorsque les Officiers virent que
c'étoit le feu moyen qui leur reftoit , ils firent
prendre les armes à plufieurs Payfans des Villages
voifins , & donnerent ordre qu'on fît main basse
far ces metins. Ceux - ci , loin d'être intimidés
attaquerent les Payfans , & en tuerent quelquesuns.
Enfin les Payfans ayant été joints par un renfort
, les deferteurs furent obligés de ceder au
grand nombre & de fe rendre , & ils furent ramenés
le même jour à Francfort fur l'Oder. Cinq
d'entre eux font morts des blessures qu'ils avoient
reçûës en ſe défendant , & les autres ont été arquebusés.
On écrit de Hanover , que le Roy de la Grande
Bretagne a confirmé la Sentence prononcée par le
Confeil de Guerre contre le Comte de Schulembourg
, par laquelle ce Comte a été privé de fes
Emplois militaires , pour s'être battu en duel avec
M. de Bullaw qu'il a tué. Les deux Officiers qui
leur ont fervi de feconds , ont été condamnés à fervir
pendant un mois , en qualité de simples Soldats,
ITALIE.
L fe tient toujours de frequentes Conferences au
Ifujet de toujours de Conferte to aut
avec celle de Turin , & l'on assûre que le Pape eft
convenu de déclarer le Roy de Sardaigne Vicaire
Général des Fiefs possedés par le S. Siege dans le
Piémont , à condition que ce Prince payera une
relevance annuelle de deux Calices d'or , chacun
de la valeur de mille écus Romains.
On a apris de Florence , que le Grand Duc de
TolJANVIER.
133
1740.
Tofcane avoit enfin accordé l'Exequatur , pour
permettre au fecond fils du Duc Corfini de prendre
poffeffion du Grand Prieuré de Pife , dont le
feu Grand Duc avoit donné la Coadjutorerie à ce
jeure Seigneur, & qui vacque par la mort du Grand
Prieur Del Bene.
Le 2. de ce mois le Cardinal Alberoni arriva de
Ravenne à Rome , où il paroît un nouvel Ecrit par
lequel ce Cardinal répond au dernier Mémoire
que quelques- uns des principaux Habitans de la
Ville de Saint Marin ont fait diftribuer au Sacré
College.
Ce Mémoire porte , que les principaux Habitans
de cette Ville representent que le Cardinal Alberoni
ne s'eft point conformé à l'ordre qu'il avoit
reçû de Sa Sainteté , de ne point entrer fur les
Terres de la République , avant que les plus confiderables
& les plus eftimés d'entre eux fe fussent
rendus auprès de lui , pour le fuplier de recevoir
leurs Compatriotes au nombre des Sujets immé
diats du Saint Siége . Ils accufent ce Cardinal dans
le même Ecrit , d'avoir voulu faire passer quatre
Paysans de Saravalle pour la plus faine & la plus
nombreuſe partie des Habitans de Saint Marin ;
d'avoir pris poffeflion de la Ville à main armée ,
comme d'une Ville conquife ; d'avoir fait emprifonner
plufieurs perfonnes , & d'avoir permis le
pillage de leurs maiſons.
L'intention du Pape ayant été de ne point forcer
P'inclination des Habitans de Saint Marin , on ne
doute point que fi les allegations contenues dans ce
Mémoire fe trouvent vraies , Sa Sainteté après avoir
pris les mesures convenables , pour que ceux qui
feront à la tête des affaires de la République , n'abufent
point de leur pouvoir , ne rende à cet Etat ,
fon ancienne forme de Gouvernement .
Giij.
ISLE
34 MERCURE DE FRANCE
L
ISLE DE CORSE.
>
E bruit qui avoit couru que le Baron de
Troft avoit été arrêté , ne s'eft pas confirmé ,
& l'on a apris que ce Baron avec quelques Ban
dits s'étoit aproché de Ziccaro dont il avoit
tâché d'exciter les Habitans à fe fouftraire encore
une fois à la Domination de la République
mais qu'un détachement des Troupes Françoifes
ayant marché , pour contenir dans le devoir
ceux qui feroient tentés de fe mutiner , il y avoit
aparence que le Baron de Troft , ne pouvant
teuffir dans fes deffeins , prendroit enfin le parti de
fortir de l'Ifle. On ne doute point que s'il s'embarque
dans les environs de Porto - Vecchio , fon
Bâtiment ne foit pris par la Gondole qui croiſe le
long de la Côte.
Le Marquis de Villemur qui commande les
Troupes Françoiſes dans la Province de la Balagna
, a travaillé avec fuccès à retablir l'union entre
plufieurs Familles de cette Province , & en
ayant fait assembler les Chefs , il les a pressés
si fortement d'oublier leurs haines , qu'ils ont
confenti de fe reconcilier , & qu'ils vivent actuel
lement en bonne intelligence. Cette démarche a
attiré à cet Officier l'eftime & l'affection de tous
les Habitans de la Province.
Le 25. Decembre dernier , on conduifit à la
Baftie fept prifonniers , parmi lesquels eft un
·Ecclefiaftique d'Ifolacci , chés qui l'on a trouvé des
armes à feu , contre la défenſe faite fous peine
de la vie d'en garder.
ESPAGNE.
JANVIER. X33
9 1740
O
ESPAGNE.
N aprend de Madrid ,. qu'on continuë de travailler
avec toute la diligence poffible aux préparatifs
de guerre , & qu'on a pris toutes les mefures
pour s'opofer aux entrepriſes que les Anglois
pourroient former fur les Etats de S. M. C. cn
Amérique .
COMPARAISON de la conduite de
S. M. C. avec celle du Roy de la Grande-
Bretagne , au sujet de ce qui s'est passé
avant la Convention du 14. Janvier de la
présente année 1739. jusqu'à la Publication
des Représailles , & à la Déclaration de la
Guerre. Traduite de l'Espagnol.
Qda 25. Août de la préfente année 1739. S.M.C.
Uoique dans la Déclaration des Repréfailles
ait fait voir avec fa modération naturelle & ordinaire
, la droiture de sa conduite , & le procedé indécent
& irrégulier des Anglois dans un pareil Acte ,
fait à Londres le 10-21 . Juillet ; aujourd'hui que
dans la Publication de Guerre du 19-30 . Octobre
dernier , S. M. C. fe voit de nouveau infultée par
leurs invectives , d'autant plus criantes qu'elles ont
moins de fondement ; elle croit neceffaire de decouvrir
à toute l'Europe , la difference qu'il y a entre
les raifons de l'une & de l'autre Couronne. Ces raifons
expofées au jugement impartial de ceux qui défirent
véritablement le repos public , empêcheront ,
fans doute , qu'on n'attribue aux Armes Eſpagnoles ,
ou par malice , ou par ignorance , l'origine de cette
rupture , & les funeftes & inévitables effets , qui par
une fauffe politique , menacent la Chrétienté.
GY La
36 MERCURE DE FRANCE
La premiere caufe à laquelle le Roy de la Grande
Bretagne s'arrête , & qu'il exagere pour déclarer la
guerre , fe réduit à une fupofition génerale dépour
vue de faits & de preuves détaillées contre les Garde-
Côtes Eſpagnols de l'Amérique , en leur attribuant
des prifes injuftes ; l'infraction des Traités , & du
Droit des Gens ;. des traitemens barbares & cruels
des infultes ignominieuſes au Pavillon Anglois ; &
contre S. M. C. en lui reprochant de n'avoir pas
écouté les repréfentations continuelles , ni fatisfait
en aucune façon à fes plaintes.
Ces cris du Monarque , foutenus d'injures atroces, ›
pour s'accommoder mieux à la hauteur & au mauvais
efprit de la populace Angloife , ne s'élevent
avec fi peu de mefure , que pour étouffer les plus
juftes gémiffemens des Efpagnols oprimés depuis
long- temps par de véritables pirateries , par des perfécutions
& des cruautés inouies ; mais il eft temps
de ne plus cacher ni diffimuler de pareilles indignités.
Entre tous les faits qui crient vengeance , &
que l'Eſpagne a foufferts , uniquement pour n'ens
pas venir aux extrémités d'une guerre , on en raportera
quelques-uns connus & avérés de tout le
monde.
Dans les années 1716. & 1717. Cuthber & Arsher
, tous deux Capitaines , l'un du Vaiffèau Pompey
Galley , & l'autre du Brigantin la Fortune , aurorifés
parle Roy de la Grande Bretagne , vinrent
fur la Côte de la Floride , pour ſe faifir des effets des
Gallions qui avoient péri dans ce parage , & fe joignirent
à ceux de leurs Compatriotes qui s'y étoient
déja rendus de la Jamaïque pour commettre une
femblable violence ; leur premiere hoftilité fut de
merre en fuite les Espagnols , qui , à l'ombre de las
paix , travailloient à retirer de la Mer ces effets fur
leigusis leur Souverain avoit un droit légitime ; ils*
débarque
JANVIER
1740 137
débarquerent enfuite avec fix cent hommes , & enleverent
près de quatre cent mille piaftres , après
avoir tué trente hommes de cent - vingt qui gardoient
ce qu'on avoit fauvé du naufrage . L'unique
motif de cette violence étoit leur avidité , qui , non
fatisfaite encore d'une capture fi exorbitante , fe fit
fentir de nouveau dans leur retour à la Jamaïque ,
par la priſe de deux Barques chargées de Cacao , de
Cochenille & d'argent , pour la valeur de plus de
trente mille piaftres ; comme s'il leur eût été permis
d'executer tout ce qui pouvoit leur venir en
fantaifie , & devoit leur être utile.
Ce qui arriva en l'année 1722 n'eft ni moins étrange,
ni moins violent. Les Anglois prirent une Barque
de Puerto Rico, munie d'une Patente du Gouverneur,
&l'ayant conduite à la Jamaïque, fans fupofer d'autre
faute que celle d'être Garde -Côte , ils firent pendre
par une réfolution inouie , quarante- trois hommesde
l'Equipage , publiant, pour autorifer cette dureté,
que le Gouverneur étoit auffi coupable qu'eux ; Loi
nouvelle, inventée par la mauvaife foi , pour pallierla
tyrannie. Loi , qui jufqu'à préfent , n'a jamais
été impofée par aucune Nation , de celles que nous
connoiffons fe conduire fuivant les regles de la Nature
& de l'équité .
Un Capitaine Anglois , de ceux qui rôdent fur
nos Côtes , & les infeftent autant par leur commer.
ee illicite , que par leurs cruautés , fuivit cet exemple
barbare, de traiter les Efpagnols pendant la Paix
avec plus d'inhumanité qu'on n'en auroit Four fes
plus déteftables ennemis. Sous prétexte de commerce
, il attira fur fon bord deux Efpagnols affés
diftingués , & s'imaginant qu'il tireroit plus de profit
de leurs perfonnes que de fon trafic , il leur propofa
de fe racheter ; pour les y contraindre , il les laiffa
deux jours fans nourriture ; mais voyant que ce
G vj. martyte
38 MERCURE DE FRANCE
martyre ne produifoit pas ce qu'il défiroit , il fie
couper à l'un d'eux le nés & les oreilles, & lui préfentant
le poignard , il le força de les manger :
cruauté dont le fouvenir feul fait horreur , & dont
le fimple récit excite l'indignation .
Un autre Anglois en l'année 1727. avant que la
guerre fût déclarée , pouffé , fans doute , par cer
efprit d'animofité & de haine , qui prédomine dans
la Nation Britannique contre l'Espagnole ,fur tout
dans l'Amérique , s'introduifit fur un Vaiffeau de
l'Affiento , à deffein de foulever les Negres de la Havanne,
& les porter à la plus terrible révolte . Il leur
offrit pour récompenfe la liberté, fi , unis enfemble
pour executer l'éxecrable perfidie qu'il leur confeilloit
, ils faccageoient cette Ville , & en égorgeoient
les Habitans. Un deffein fi criminel paroîtroit peu
vraisemblable , fi la notorieté & les témoignages
fur lefquels il eft fondé , n'en apuyoient la certitude.
Mais encore , les Anglois ont cherché d'autres
moyens plus condamnables pour intimider les Efpagnols
, afin qu'ils ne s'opofaffent point à la continuation
de leur commerce illicite , en les vendant
plufieurs fois pour esclaves , tantôt dans des Lieux
éloignés , dont la diſtance déroboit la connoiffance
de leur fort infortuné , & tantôt dans d'autres Pays ,
où les conduifoit peut être leur aveuglement , pour
que leur crime n'y fût pas ignoré , ce qui arriva
l'année 1725. dans l'Ife de Madere à huit malheureux
, dont le Conful d'Efpagne y réfidant , nous
donna avis , & dont notre Ambaffadeur à Lisbonne
demanda la liberté au Roy de Portugal.
Si les Anglois pouvoient alleguer les mêmes forfaits
, ou d'autres égaux à ceux qu'on obmet , il eft
certain qu'ils juftifieroient leur Déclaration de
Guerre ; mais ni les prifes faites fur ceux don le
commerce
JANVIER 17407 139
Commerce eft illicite ( vérité qualifiée par leurs Auteurs
même , qui marquent fix millions annuels de
gain dans ce trafic ) ni la force avec laquelle on repouffe
ceux qui tâchent d'apuyer par les Armes leurs
fraudes , ne méritent pas l'optobre dont on les couvre
, ni l'éclat avec lequel on les publie : L'Angleterre
elle-même devroit foûtenir , au contraire ces
procedés , étant obligée par l'Article VIII . du Trai
té d'Utrecht , de garantir les Loix fondamentales du
Royaume , qui défendent aux Etrangers l'entrée &
le trafic dans nos Mers, & dans les diftricts de l'Amé-
Fique. Les Anglois ont- ils donc quelque pacte à
alleguer, en vertu duquel les Efpagnols doivent leur
liver impunément les Côtes , & laiffer les Golfes
deferts , afin que l'effain de leurs Vaiſſeaux aille librement
& fans obftacle , fucer leurs mines ? If
n'y a aucun Traité qui le permette. Le Droit des
Gens, qu'ils veulent tant faire valoir, ne s'étend pas
jusque - là . Les Espagnols ont- ils par hazard , en
violant les immunités de la Paix , inquieté leurs
Colonies, inondé clandeftinement leurs plantations,
volé leurs fruits ou leurs biens ? Sur quoi donc font
fondées ces plaintes ? Non , on ne peut fans injuftice
, leur imputer cette tache , puifque toutes les
fois qu'on a reconnu dans les prifes faites par les
Garde - Côtes , le défaut de validité , on a ordonné
de les rendre à leurs Maîtres ; d'où il s'enfuit que
tout ce qui a été fait dans l'Amérique , provient du
déchaînement des Anglois , & non pas d'une offenfe
faite par les Espagnols .
Un autre motif que le Roy de la Grande - Bretagne
fait valoir dans fon Manifefte , & dans la Déclaration
de Guerre , se tire de l'abfolue & libret
Navigation dans les Mers de l'Amérique ; il fupofe
que les Espagnols ont été le premier mobile de cette
difpute , diffimulant que ce furent les Plénipotentiaires
1
40 MERCURE DE FRANCE
tentiaires Anglois qui commencerent à l'agiter dans
les Conférences tenues à Madrid , en conféquence
de la Convention du 14. Janvier de la préfente année.
Il ne convient pas de renouveller à préfent
cette queftion, pour éviter de faire de cet Ecrit une
procédure en forme ; mais on ne doit point non
plus obmettre de publier , pour détromper l'Europe,
que les prétentions de S. M. C. ne dérogent en au
cun point au fens littéral du Traité de 1670 , que le
Roy d'Angleterre annonce hautement avoir été enfreint
par cette Couronne ; & que , ou il en résulte
que la Navigation dans les Mers de l'Amérique , eft
avec très -peu de difference auffi libre que dans celles
de l'Europe , ou que la propofition faite par les
Plénipotentiaires Anglois dans la Conférence du
25. Juin , détruit l'idée & la tenear de ce Traité , &
l'Article VIII. de celui d'Utrecht , ci- deffus men-.
tionné. Pour que l'Univers en puiffe juger , tandis
que les Armes le décident : l'on raportera ici mot
a mot le fufdit Ecrit ; & ceux qui fans prévention
l'examineront & le compareront , reconnoîtront
qui eft celui qui a`demandé volontairement fans fe
propofer de bornes , & fans attention aux Traités
& aux offres , & celui qui a obfervé religieufement
l'un & l'autre .
le
En conféquence de la résolution prife par les Plénipotentiaires
refpectifs dans la Conférence qui s'eft tenuë
17. de ce mois , ceux de S. M. C. s'apliqueront
dans ce Memoire uniquement à l'Article de la Navigation
dans les Mers de l'Amérique. Et d'autant que
l'on a reconnu de l'une de l'autre part dans le préambule
de la Convention , que la vifite, fonde & prife
de Vaiffeaux , embargo , ou faifie d'Effets , &c. ont
donné lieu depuis quelques années , à de très-grandes
difputes entre les deux Couronnes de la Grande- Bre
tagne & de l'Espagne , & que par le premier Article
de
JANVIER 1740 14F
de la derniere Convention , il a étéftipulé que l'on
nommera des Plénipotentiaires de Pune & de l'autre
part , pour trouver le moyen de prévenir dorénavant
defembablesfujets de plaintes , & éloigner abfolument
pour toujours , tout ce qui pourra y donner occafion ;
les Plénipotentiaires de S. M. C. pour remplir autant
qu'il dépendra d'eux, les obligations dont ilsfont chargés
par le plein pouvoir qui leur a été confié , & pour
fe conformer aux intentions de leur Souverain ( c'cft
à fçavoir , d'entretenir l'ancienne amitié fi défirable
fi néceffaire pour l'interêt réciproque des deux Nations
, en prévenant une fois pour toutes , les vols injuftes
, les prijès , les embargos ou faifies des Vaiffeaux
des Effets des Sujets de S. M. C. en Amérique ,
comme auffi toutes les cruautés qui ont été commises
en leurs perfonnes :) Propofert que comme parPArticle
XV. du Traité de 1670. il a été ftipulé ce qui fuit :
Ce Traité ne dérogera pas aux prééminences , Droits
& Domaines que chacune des Parties Conféderées
ønt dans les Mers de l'Amérique , détroits & aucuns
parages. Bien au contraire , elles poffederont &
retiendront le tout avec la même étendue qui leur
apartient de droit ; mais que l'on entende toûjours
que la liberté de la Navigation ne devra être en aucune
maniere interrompue , pourvû que rien në
soit commis , ou fait contre le fens légitime de ces
Articles. Les fufdits Plénipotentiaires propofent , disje
, que dans le Traité qui doit fe faire , il foit déclaré
convenu , que pour expliquer plus clairement ledit
Article , & affurer encore mieux la liberté de la Na
vigation , qui y eft ftipulée , il a été convenu & décla–
ré , qu'il n'est pas & qu'il ne fera permis en aucune
forte , a aucun Vaisseau de Guerre , apartenant à l'une
ou à l'autre des deux Puiſſances , ou à aucun Arma
teur muni de pouvoirs ou commiffion de la part de l'un
on de l'autre des deux- Souverains Contractans ,
ou der
celle
142 MERCURE DE FRANCE
celle d'aucun Gouverneur , ou autre Officier auto
rifé de l'une ou de l'autre part , pour donner des
Commiffions , ou enfin à aucun Vaiſſeau ou Navire ,
apartenant à l'une ou à l'autre des deux Nations , de
détenir , faifir , arrêter , vifiter ou examiner en Mer
les Vaiffeaux ou Navires apartenant aux Sujets des
deux Nations refpectives dans les Mers de l'Amérique,
Sous quelque motif ou prétexte que ce puiffe être.
De plus , qu'il fait convenu , que s'il arrivoit , que
quelque l'aiffeau autorisé par l'une ou l'autre des deux
Couronnes, pour empêcher le Commerce illicite, ou employé
pour quelqu'autre motif que ce puiffe être , ou
autorisé par une Commiffion de quelque Gouverneur
foit Anglois , foit Espagnol , dans les Indes , vint à
arrêter , faifir , détenir , vifiter , ou examiner quelque
Vaiffeau ou Navire , apartenant aux Sujets de l'une
on de l'autre des deux Couronnes dans les Mers de
Amérique, on fera une reftitution entiere de ces
Vaiffeaux & de ces effets , comme auffi une ample réparation
de tous les dommages foufferts . Que le Capi
taine ou Commandant du Vaiffeau qui auroit commis
unefemblable violence , fera privé de fa Commiffion ,
nefera jamais employé dans le Service Maritime
de la Couronne dont il feroit Sujet . Et que s'il pa
roiffoit par des preuves autentiques qu'un Gouveneur ,
foit Anglois , foit Espagnol , dans l'Amérique , eût
accordé des pouvoirs on Commiffions à aucun Armateur
pour arrêter , faifir , détenir , vifiter , ou exami
ner en Mer les Navires de l'une ou de l'autre part , ce
Gouverneurfera privé de fon Emploi , & ne ſera ja -`
mais employé au Service de la Couronne dont il fera
Sujet.
Ces Propofitions font fi conformes à l'esprit & à la
lettre du Traité de 1670. reconnu par l'une & l'autre
partie , pour regle , fur laquelle on doit décider toutes
bes difputes qui regardent l'Amérique , qu'on nesçau
rois
JANVIER. 1740 143
roit douter , que Meffieurs les Plénipotentiaires de S.
M. C. ne foient convaincus , qu'il n'y a rien de plus
jufte , de plus raifonable , ni de plus propre pour prévenir
tous les inconvéniens dont ils fe font plaints
jufqu'ici , que ce que l'on vient de propoſer ſur la matiere
prefente. Fait à Madrid le 25. Juin 1739 .
Le Roy de la Grande Bretagne trouve une autre
caufe de Guerre dans l'augmentation des Droits
fur les Marchandifes de fes Sujets. Quoiqu'il ne
fûr pas neceffaire de toucher plus en détail cette
matiere , l'Angleterre même , ayant reconnu dans
fes Traités , & furtout dans celui de 1667. avec le
Roy de Dannemarck für les Daces du Sund , que
c'eft un Droit attaché à la Souveraineté ; on remettra
cependant aux Actes de fon Parlement la
confrontation de cette plainte , afin qu'en y voyant
les innovations faites en tous temps , on reconnoiffe
qu'il faut , ou que la correfpondance ceffe
entre les Rois , ou que ne ceffant point , ce prétexte
foit regardé comme infufifant & mandié , ou bien
enfin , que de la même maniere que l'Angleterre a
voulu quelquefois s'arroger la Souveraineté de la
Mer Britannique , uniquement à l'occafion du nom
qu'elle porte , elle prétende maintenant des prérogatives
& exemptions fur les Souverains par le feut
motifde fa hauteur & de fon caprice.
On n'exagere pas moins comme une caufe de
Guerre d'avoir publié les Reprefailles dans ces
Royaumes , & d'en être venu à l'exécution fans
affigner de temps ; mais comme il eſt notoire que la
Koy d'Angleterre les a publiées le premier le 10.-21.
Juillet , & qu'immédiatement après on s'eft faifi à
Londres de trois Vaiffeaux Bifcayens , nonobstant,
les clameurs des Intereffés , tandis que l'Amiral
Haddock,pofté aux Caps de Ste Marie & de S. Vineens
, tomboit fur plufieurs autres , on ne conçoir
poing
144 MERCURE DE FRANCE
point pourquoi S. M. C. auroit une obligation qui
ne lie pas également le Roy de la Grande Bretagne
, ni quel privilege rend licites à Londres des
reprefailles , dont on fait un crime à Madrid.
On fe récrie tant de fois dans la fufdite Publi
cation de Guerre contre les infractions des Traités
qu'il n'eft pas poffible de paffer fous filence le nombre
de celles que les Anglois ont commiſes avec fi
peu de raifon. Pour faire connoître que les plaintes
que forment les Efpagnols font mieux fondées ,
particulierement depuis le Traité d'Utrecht de 1713.
puifque les Anglois s'étant engagés par l'Art . XV.
de conferver l'indemnité des Droits , qui pour la
pêche de la Morue à Terreneuve , apartenoient aux
Bifcayens & autres Peuples de certe Couronne ;
& par l'Art. II . du Traité de 1721. à donner les
ordres que l'on demanderoit pour en effectuer l'ac
compliffement , cependant ils font encore aujour
d'hui dépouillés de ce qui leur eft fi légitimement
dú. Il en eft de même de l'Art. X. dudit Traité
d'Utrecht , par lequel l'Angleterre fe trouvant en
gagée à ne point donner d'afile ni d'entrée à Gibraltar
aux Vaiffeaux de Guerre des Maures , nonfeulement
on a pratiqué le contraire , au grand préjudice
de S. M. C. & de fes Sujets ; mais encore
étant pourfuivis par les Eſpagnols , ils ont trouvé
leur fûreté fous le Canon de cette Place , d'où ils
font venus plus aifément, à raifon de la proximité,
infulter les Côtes , & interrompre le Commerce.
On a manqué de même à cet Article qui limite
l'extenfiondu Terrain prétendu & même pratiqué
car cette. Place ayant été cedée fans aucune Jürifdiction
Territoriale , & fans aucune communication
ouverte avec la Région circonvoisine de la partie de
terre , ils prétendirent que fa Domination devoit
s'étendre jufqu'à la portée du Canon ; & quoiqu'il
alt
JANVIER. 1740 145
aît été convenu en l'année 1728. d'abandonner réeiproquement
les poftes fur lefquels la difpute a
été formée , dont ily en avoit un vis - à - vis la Tour
des Génois , un autre apuyé à la Montagne fous
le Paſtelillo , & un autre du côté du Levant , peu
éloigné de la Montagne , & à une petite distance
de la Tour du Diable , ils les ont occupés depuis
fans faire attention à l'accord , & fans confiderer
la lézion . Un Procedé de fi mauvaife foi n'eft pas
le feul que l'on ait éprouvé au fujet de cete Place ;
car le feu Roy d'Angleterre Georges I. en ayant of
fert la reftitution à S. M. C. par une Lettre du
12. Juin 1721. quoique cette promeffe fût un
moyen conditionel pour la conclufion du Traité
dont il s'agiffoit alors , & qui fut figné à Madrid le
13. du même mois , cependant on ne l'accomplit
point , comme la Juftice le demandoit , & ni les
inftances , ni les repreſentations faites à ce fujet ,
ne fervirent de rien. On raportera ici la traduction
de cette Lettre , afin de ne point laiffer le moindre
doute fur ce Fait.
Monsieur mon frere : J'ai apris avec une extrême
satisfaction par le moyen de mon Ambassadeur en votre
Cour , que V. M. est enfin dans la résolution de
lever les obstacles qui , pour quelque temps ont differé
l'entier accomplissement de notre union : et puisque
par la confiance dont V. M. me donne des marques ,
je puis compter sur le rétablissement des Traités qui
ont fait le sujet de nos disputes , et que par conséquent
on aura expedié les sûretés nécessaires pour le Commerce
de mes Sujets , rien ne m'empêche aujourd'hui
d'assûrer V. M. de ma promptitude à la satisfaire en
ee qui regarde la restitution de Gibraltar , lui pro→
mettant que je profiterai de la premiere occasion fa
vorable pour regler cet Article avec mon Parlement.
On a aussi éludé l'Art. VIII. du Traité d'U
trecht ,
146 MERCURE DE FRANCE
1
trecht , qui concerne les limites dans l'Amérique ,
nonobstant les ordres offerts dans le II . de celui de
l'année 1721. et même en 1724. après des instances
réïterées sur la démolition du Fort de la Tamaja
, bâti par les Anglois dans un Territoire
apartenant incontestablement à S. M. C. et après
tre convenu que les Gouverneurs de la Floride et
de la Caroline , se communiqueroient leurs ordres
pour regler cette dispute. Un Officier de la Floride
ayant été envoyé avec vingt-cinq hommes , et les
Copies des Ordres de l'Angleterre , ils furent dépouillés
de leurs armes , renfermés dans le Fort
et conduits au bout de trois jours à la Caroline , où
ils souffrirent une prison plus rigoureuse et plus
indécente . On usa de la même mauvaise foi en
l'année 1735. Le Ministere Britannique ayant as
sûré Don Thomas Geraldino , Ministre Plénipotentiaire
de S. M. C. à Londres , que Don Diego
Oglethorpe destiné pour la Caroline , étoit chargé
d'en regler les limites , conjointement et de concert
avec le Gouverneur de la Floride ; les Ordres qu'ikmontra
à son arrivée se trouvérent si differens
qu'ils contenoient qu'il eût à peupler tout ce qui ne
P'étoit pas , et pour l'exécution on en vint auffi-tôt
à des Actes d'hostilité , jusqu'à se présenter avec
des gens armés à la vue du Fort S. Augustin : Action
très-conforme à la Patente donnée par le Roy
de la G. Bretagne le 9. - 26. Juin 1732. dans laquelle
il dispose du Domaine de ce Continent , et même
de la Mer , accordant à la Compagnie formée pour
l'établissement de la Colonie de la Georgie , tout
ce qui n'auroit point été anterieurement occupé par
des Sujets de l'Angleterre : Cession diametralement
oposée à l'Art . VII. du Traité de 1670. qui l'exclut
de tout ce qu'il n'avoit point, et de ce qu'il ne pos
sedoit point de droit dans ce temps là. Mais on ne
doit
JANVIER. 1749. 147
doit pas s'étonner de ce despotisme , puisqu'entr'augres
usurpations , contre lesquelles l'Espagne a plus
d'une fois reclamé , celle de la Coupe du bois de
Campeche n'est pas mieux fondée , soutenue par la
force et non pas par la raison , jusqu'à en venir à
l'excès de ruiner par trois differens Siéges le malheureux
Peuple de Bacallar , parce qu'il défendoit
fidelement le bon droit de S. M. C. et arrêtoit la
continuation du crime.
Le Roy de la Grande Bretagne supose également
pour cause de la Guerre , que S. M. C. n'a pas payé
au terme préfix du 5. Juin les quatre- vingt quinze
mille livres sterlings stipulées , pour restant des
prétentions réciproques au sujet des prises , et d'avoir
aussi violé manifestement la Convention ; er
comme lorsque les Représailles ont été publiées en
Espagne , on a fait connoître les fortes raisons
qu'on avoit eues de ne point satisfaire à cet engagement
, le Roy d'Angleterre ajoûte , que ce n'est
qu'une couleur, et que des prétentions destituées de tout
fondement. Moyens aisés pour se tirer d'affaire sans
contestations ; mais qui ne diminuent rien de la
force et de la vigueur de ce qui a été declaré par
S. M. C. Ainsi l'Europe ne doutera point , si el'e
y fait refléxion , que l'on ait agi ici de bonne foi ,
et que si l'Angleterre avoit fait la même chose , on
auroit reglé et accompli le tout , suivant les regles
de la Convention . Le desarmement des Escadres ,
les ordres donnés pour la Caroline , et le soin d'ins
truire sans differer les Plenipotentiaires , aussi tôt
que ladite Convention fut ratifiée à Londres , découvrent
clairement la sincerité avec laquelle on
procedoit : ces Faits ne peuvent être niés, ni admettre
aucune interpretation . Que les Anglois disent ,
s'il est vrai - semblable , et si l'on peut attendre de la
politique la moins reservée , qu'on mette les armes
bas
148 MERCURE DE FRANCE
bas sur le point de terminer une dispute qui les avoit
fait prendre , au même temps que l'on songeoit à
la renouveller , suivant toutes les apparences ? Ils
n'y répondront jamais , ou ne sçauront qu'y répondre
; mais leurs operations , contraires aux precedentes
, nous aprendront , que jamais l'Angleterre
n'a pensé à accomplir sa promesse , et qu'elle s'enbarasse
pea de déguiser à present ses mauvaises entreprises.
La premiere chose qui découvre ses mauvaises intentions
, c'est l'obstination de PAmiral Haddock
à demeurer dans ces Mers , depuis la signature et
la ratification de la Convention ; car quoiqu'on n'y
ait pas inseré en termes exprès , qu'il retireroit ses
forces , ce n'est pas une marque de sincerité d'ame ,
d'entrer en amitié avec les mêmes préparatifs de
Guerre , dont le courroux fe servit pour l'annoncer ,
surtout quand le Ministere Anglois procede avec
tant de froid et de lenteur , à l'exécution de ce dont
on est convenu , que les Ordres concernant la Caroline
, n'avoient pas encore été expediés le 27.
Mars , comme il résulte d'un écrit du Duc de
Newcastle , de la même date.
L'intention simulée de l'Angleterre , se prouve
mieux par les trois Memoires que Don Benjamin
Keene son Ministre Pénipotentiaire en cette Cour ,
présenta le 17. Avril ; il répetoit dans l'un ce qu'il
avoit demandé dans un autre du 19. Fevrier : Sçavoir
, qu'on expediât des Ordres aux Garde- Côtes
de l'Amérique , pour qu'ils eussent à cesser les dépredations
et violences qu'ils commettoient durant
les Conferences ; et comme on fit réponse le 24,
du même mois de Fevrier : qu'on ne leur avoit
point ordonné de les exercer , même durant les dernieres
disputes , et qu'on n'avoit point obmis jusqu'alors
de les réprimer , lorsqu'elles avoient été averées ; et
qua
JANVIER. 1740. 149
que S. M. contribuëroit à entretenir la bonne harmonie
qui venoit de s'affermir entre les deux Nations
sans permettre que ses Sujets empiétassent sur ce qui
-étoitjuste . et convenable à la sûreté de ses Domaines
et de son Commerce. Ce Miniftre infiftoit au nom dụ
Roy son Maître , en ce que ces assurances pouvant
être interprétées , et par conséquentfournir aux Gouverneurs
, et autres Ministres des Indes , des moyens
de se disculper ; on envoyât d'abord des Ordres clairs
et précis , pour mettre fin entierement à toutes les violences
commises jusqu'alors , et pour que les Sujets de
l'Angleterre pussent jouir durant le temps des Conferences
, sans trouble ni empêchement , d'une navigation
libre dans les Mers de l'Amérique , suivant ce
qui leur est accordé par les Traités et par le Droit des
Gens. Cette repetition de Memoires , et les claufes
de celui du 17. Avril , que l'on vient de raporter ,
marquent fortement , que le Roy de la Grande Bre
tagne se doutant bien que ce seroit rifquer le coup
de main que l'on defiroit faire fur les Affogues ,
les Vaiffeaux de Buenos- Ayres , Gallions , ou Flotre
, en renvoyant aux Conferences les points disputés
; ou bien , que d'attendre qu'on recueillit tant
d'effets , ce feroit rendre fes propres idées plus difficiles
: il fit d'abord valoir les prétentions , pour
avoir , en cas que l'on les conteftât , un prétexte
de faire ce qu'il a executé depuis .
Cette penſée eft fortifiée par un autre des trois
Memoires du 17. Avril , qui n'eft qu'une repetition
de celui du 19. Fevrier , dans lequel on demandoit
la reftitution du Vaiffeau la Sarah , Capitaine Jafon
Vaughan , pris le 29. Janvier 1738. car quoiqu'on
affûrát dans la Réponse du 16. Mars , qu'auffi - tôr
que les Actes en feroient remis , on les communiqueroit
aux Plénipotentiaires , pour qu'en vertu de
se qui avoit été accordé en dernier lieu , ils les examix
150 MERCURE DE FRANCE
minaffent , et les décidaffent ; la Cour Britannique ,
fans faire attention à ce jufte procedé , ni au fecond
Article feparé de la Convention , dans lequel
en parlant des évenemens pofterieurs au 10 Decembre
1737. comme eft celui - ci , on dit ; que la décifion
da cas ou des cas qui peuvent survenir , sera
renvoyée aux Plénipotentiaires , pour qu'ils en ordonnent
felon les Traités , afin d'éviter tout fujet de difpute.
La Cour Britannique , dis - je , redemanda
avec de nouvelles inftances et de nouvelles clameurs
cette reftitution , pour s'attirer, par le mépris
des Conventions , une replique moins moderée que
la premiere , afin d'avoir lieu de colorer fes infultes
prémeditées .
Mais ce qui peut faire connoître encore mieux
la fourberie des Anglois , c'eft le dernier Memoire
du 17. Avril , dans lequel le Miniftre Britannique
renouvelle fes inftances pour l'éclairciffement des
Cédules accordées par S. M. C. à la Compagnie de
l'Affiento , pour la reftitution des effets pris par reprefailles
, et pour que l'on convienne d'une fomme
fixe , qu'elle fupofe lui être dûe pour ces mêmes
effets, avant que d'être obligée de payer les foixantehuit
mille livres fterlings qu'elle doit à S. M. C.
par un compte liquidé du Droit d'Efclaves , et des
profits du Vaiffeau la Royale Caroline : et comme
cette matiere demande un plus long examen , avant
que de tirer les conféquences du deffein caché que
l'on va faire paroître , c'eft une neceffité d'examiner
les circonstances qui ont precedé la Convention
le fufdit Memoire ne fait que réchauffer.
Pour l'entiere conviction que le refus fait à la
Compagnie au fujet des Reprefailles , ne peut juftifier
la conduite qu'a tenu à cette occafion le Miniftere
Britannique , il fuffit de réflechir fur la premiere
idée qu'offre le III . Article de la même Conet
que
venJANVIER.
ISI 1740.
vention , et de fe rapeller légerement ce qui le préceda.
Après être convenu d'une fomme que S. M.
C. devoit remettre pour le payement des dettes
que la Nation Angloife redemandoit à la Couronne
d'Espagne , fous titre de represailles , il prétendit
encore que l'on convint d'une fomme fixe , que
la Compagnie vouloit lui être dûë pour le même
fujet. S. M. C. y réfifta , ainfi qu'à ce que l'on
confondit , comme la Compagnie l'en follicitoit ,
fon prétendu fonds , avec la dette incontestable et
reconnue des foixante - huit mille livres fterlings.
Le Miniftere Britannique voyant la juftice de l'un
et de l'autre refus , figna fans infifter davantage la
Convention fur cette circonftance , qu'il abandonna
entierement , et il confentit à la Declaration fuivante
, comme à une condition effentielle de la
Convention , reconnoiffant le peu de fondement
qu'avoit la Compagnie dans fes prétentions,
Don Sebastien de la Quadra , Confeiller & premier
Sécretaire d'Etat de S. M. C. & fon Miniftre Plénipotentiaire
pour la Convention dont il s'agit avec le
Roy de la Grande Bretagne par ordre de fon Souverain
; & en conféquence des Memoires réiterés ,
des Conferences qu'on a tenues avec Don Benjamin
Keene , Miniftre Plénipotentiaire de S. M. B. de
Paccord réciproque dont on y eft convenu , à l'effet de
faire la prefente Declaration, comme un moyen effentiel
neceffaire pour terminer des diſputes fi long- temps
conteftées, pour pouvoir figner la fufdite Convention
: Déclare formellement que S. M. C. fe réſerve
le plein droit de pouvoir fufpendre l'Affiento des Negres
, & d'expedier les Ordres neceffaires à ce ſujet ,
en cas que la Compagnie ne fe foumette point à payer
dans un terme court , les foixante - huit mille livres
fterlings , dont elle a avoué être redevable pour le Droit
des Negres , fuivant le tarif de cinquante - deux pe-
H
nings
152 MERCURE DE FRANCE
nings pourpiaftres , & des profits du Vaiſſeau la Royale
Caroline : Il déclare auffi , que fous la validité ga
à la faveur de cette proteftation , & non pas autrement
, on procedera à figner la fufdite Convention ;
parce que S. M. C.y a acquiefcé dans cettefupofuion ,
qu'on ne pourra pas éluder fous quelque motifou prétexte
que ce puiffe être. Fait au Pardo le 10. Janvier
1739. Don Sebaftien de la Quadra.
C'eft maintenant qu'on pourra inférer quel deffein
portoit l'Angleterre à fufciter les difputes qu'elle
reconnut infoûtenables au temps de figner la Convention
; il fe fait encore inieux fentir dans un autre
Memoire du 4. Juin , dans lequel levant toutà
- fait le mafque , on refufa au Roy Catholique la
faculté de fufpendre l'Affiento ; ce qui fut la même
chofe que le jouer de la Declaration et de toutes
les Conventions , pour précipiter S. M. C. dans
ane rupture ouverte & pour couvrir fous le voile
aparent de la bonne foi , les détours obliques qu'ils
prenoient pour ſe la procurer .
Mais fi toutes ces preuves ne donnent point encore
affés d'idée des prétentions des Anglois , les
dépofitions des Mariniers de l'Efcadre de l'Amiral
Broun , pris aux environs de la Baye Honda , qui
nous ont été envoyées depuis peu de la Havanne ,
acheveront de les découvrir. Ils déclarent que le
30. ou 12. de Juillet , il arriva à la Jamaïque un
Paquebot qui portoit la nouvelle , que la Guerre
étoit déclarée , & des Ordres de traiter en enne .
mis les Espagnols en conféquence de quoi , les
Anglois fortirent le 21. pour les mettre en exécution
ayant pris auparavant & immédiatement
après l'arrivée du Paquebot , une Golette qui venoit
de Cuba , chargée de dix mille piaftres. A lạ
vûe de cet évenement , il femble qu'il ne doit refter
aucun doute fur tout ce qu'on vient de dire ;
•
:
Car
JANVIER
£749. iss
car les Reprefailles ne furent publiées à Londres
que le 21 Juillet : Or pour que le Paquebot foir
arrivé à la Jamaïque le 10. ou 12. du même mois ,
il est néceffaire qu'il foit parti d'Angleterre vers les
-derniers jours de May au plus tard , & que la réſolution
de l'envoyer , eût été anterieurement priſe :
Il est donc incontestable , que non-feulement la
Cour Britannique n'obferva pas la Loy portée par la
-Convention ,& même qu'elle n'eût pas l'intention de
l'obferver ; mais qu'elle fongea uniquement à en-
-dormir S. M. C. pour éclater dans une conjoncture
favorable à fa duplicité.
La maniere moderée avec laquelle on répondit
aux Memoires mentionnés , prouve que S. M. C.
-pénetra par avance les intentions des Anglois , &
qu'elle voulût les rendre inutiles en les diffimulant ,
& en témoignant feulement fon défir fincere de fe
regler fur ce qui avoit été arrêté ; c'eft ce que le
Marquis de Villarias , premier Secretaire d'Etat &
des Dépêches , fit entendre à Don Benjamin Keene
au mois d'Avril : On en fera encore mieux éclairci
par la Déclaration fuivante , que les Plénipotentiaires
Efpagnols donnerent aux Anglois dans la Conference
du 15. May , & qu'on avoit déja touchée
dans la publication des Reprefailles .
Le Roy notre Maître , nous ordonne de vous marquer
MM. qu'il eft étrange qu'aprés des Ordres donnés
à l'Amiral Haddock de revenir en Angleterre
auffi-tôr après la ratification de la Convention , ils
ayent été révoqués , & qu'on lui ait renouvellé ceux
de refter dans la Méditerranée , ce qui fait voir
S. M. B. a changé d'intention , & que fi les premiers
Ordres ont été de fuivre l'accord , il n'y a point de
difficulté à croire que les feconds y font oposés ; c'est
pourquoi S. M. regarde ces ordres comme pleinement
¿contraires à l'ancienne, amitié qui vient de fe renou-
Hij
que
vell
54 MERCURE DE FRANCE
veller entre les deux Couronnes ; & quoique S. M.
ajoûte foi à la Déclaration que vous avez faite , que
cet Amiral a des Ordres de ne point caufer le moindre
tort , ni caufer la moindre inquiétude à l'Espagne ;
l'univers qui juge feulement fur les aparences , ne pourra
pas s'en perfuader la verité : & quoique l'inutilité
de ces moyens foit bien prouvée par la conftance
inébranlable de S. M. à la vie des armemens de
l'Angleterre , la délicateffe de fon honneur ne qui permet
de regarder un plus long séjour de cette Escadre
dans la Méditerranée , que comme un obstacle à l'heureux
fuccès des Conferences , puifque par- là`on rend
impoffible la conclufion des affaires qui doivent y être
traitées.
Il n'eft pas moins étonnant qu'on ait ordonné d'équiper
trois Vaiffeaux pour groffir l'Escadre qui eft à
la Jamaïque ; car quoiqu'on prétexte que ce foin eft
uniquement pour qu'il ait affes de Vaiffeaux dans
cette Ifle , afin de pourvoir à la fûreté & au Convoi
des Vaiffeaux Marchands qui viennent en Europe ;
cela n'eft pas croyable ni vraisemblable , vû que fuivant
une Lettre du Duc de Newcastle du 27. Mars ,
on n'avoit point encore expedié les Ordres à la Caroline
, les ratifications étant échangées depuis le 4.
Fevrier. Et nonobftant le jufte motif qu'avoit S. M.
defufpendre les Conferences , néanmoins pour faire
connoître fon amour pour la Paix , & la bonne foi
avec laquelle Elle remplit les conditions , Elle confent
qu'on ne les differe pas , mais en même tems , Elle
ne peut se difpenfer de déclarer que l'Angleterre
ne devra point être furpriſe que lon traite les Articles
en queſtion avec la Juftice la plus fevere , fans
qu'on puiffe efperer de S. M. qu'elle condefcende à
Ja moindre grace , tandis que I'Efcadre de l'Amiral
Haddock fe tiendra dans la Méditerranée ; & qu'enfin
il eft conféquent que S. M. trouve des obstacles
trèsJANVIER.
1740 155
très puiffans qui l'empêchent d'acquiefcer entiere- .
ment aux Conventions , jufqu'à ce que cette Efcadre
fe retire en Angleterre , & que l'on ordonne la
même chose à celles qui an fujet des differends
paffés feroient encore dans l'Amérique ; parce que
les démonftrations de l'Angleterre étant fi éloignées
du repos déja concerté , S. M. ne pourra pas entretenir
la bonne foi avec laquelle Elle procede ,
à moins qu'Elle ne s'aperçoive du réciproque , &
qu'elle ne voye dépofer les armes , qui eft le fignal
le plus convainquant de la Paix .
Les Plénipotentiaires Anglois n'ont point demandé
copie de cette Piece, qui prouve fi parfaite
ment la droiture des intentions de S. M. C. Omif
fion furprenante , qu'on ne peut attribuer à leur né
gligence ; mais très - conforme à l'inſtruction dont
ils étoient munis & aux détours qu'ils employoient.
Et quoiqu'on s'aperçut bien dès lors de cette mauvaife
foi , S. M. C. attendit encore que la Cour
Britannique changeât de conduite,à la faveur des furetés
données & réiterées plufieurs fois à Don Benjamin
Keene par le Marquis de Villarias , que
pourvû que l'Efcadre de l'Amiral Haddock fe retirât
en Angleterre , on fongeroit fur le champ à
donner la fatisfaction pour les quatre- vingt- quinze
mille livres fterlings ; mais , voyant dans le fufdit
Memoire du 4. Juin , qu'on s'efforçoit de foûtenir
Pinjufte réfiftance qu'aportoit la Compagnie au
payement des foixante & huit mille livres ; l'’ECcadre
de Haddock à Gibraltar , les lenteurs affectées
des Plénipotentiaires Anglois à ouvrir les Conferences
, & après les avoir ouvertes, un déchaîne
ment abfolu , & le renversement du fens litteral
des Traités au fujet de leurs prétentions ; S. M. C.
ne put fe réfoudre à rembourfer les quatre vingtquinze
mille liv. fterlings ftipulées dans la Conven-
Hiij
tion ,
156 MERCURE DE FRANCE
tion tant parce qu'étant enfreinte par le Roy d'An
gleterre , S. M. C- ne s'y croyoit pas obligée , que
parce que ce feroit une condescendance blâmable
& indécente , de donner des armes à des ennemis
déja prefque déclarés, fans aucune efperance, autant
qu'on en pouvoit juger , de moderer par ce nouveau
trait de bonté leur infatiable ambition.
Au refte , S. M. C. ne prétend pas fe prévaloir
'de la multitude de ces Faits fi bien établis , &
des conféquences pressantes qui en réfultent ,
pour justifier ce qui s'est fait depuis par un enchaî
nement de conjonctures plus funestes les unes
que les autres ; puifqu'il est hors de doute , qu'Elle
n'a publié les reprefailles , & qu'Elle n'a déclaré
la Guerre , que fucceffivement & à l'exemple de
l'Angleterre. C'est auffi la raifon la plus forte
qu'ait la Cour d'Espagne , pour ne fe pas croire
refponfable devant Dieu , ni devant les Hommes
des funestes ravages que la Guerre entraîne après
foi ; car en faifant attention que les motifs qui
Pont allumée ont cessé d'être de veritables motifs
depuis qu'on est convenu de les terminer à
l'amiable ; dans certe fupofition , il est évident
que le Roy de la Grande Bretagne , qui employe
encore ces mêmes motifs pour la rupture , ne cherche
qu'à déguiser sous des titres colorés , la capricieufe
irrégularité de ses Sujets , & la néceffité
il s'est trouvé d'y condescendre au lieu que
S. M. C. en ne fe fervant du nombre , de l'évidence
, & de la force des raisons qui ont donné
lieu à fa derniere réfolution , que pour mettre la
verité dans tout son jour , fe propofe uniquement ,
par une conduite si pleine d'équité , de ne pas
tromper l'Europe à deffein de la troubler , ce qui
est le contraire de ce que l'Angleterre demande .
PORTUGAL
>
JANVIER. 1740. 157
PORTUGAL.
le'
7
És Lettres de Lisbonne portent , qu'un Vaiffeau
de
Efpagnol , revenant de la Havanne , mouilla
au commencement de Decembre dernier à Faro
& que l'équipage de ce Bâtiment a apris que
Gouverneur de Cuba ayant fçû que le Roy d'An
gleterre avoit déclaré la guerre à l'Espagne , &
qu'une Efcadre Angloife étoit arrivée dans la Baye
de Campêche , pour user de représailles contre les
Efpagnols , il avoit fait faifir un Vaiffeau de la Compagnie
de l'Affiento , et tous les effets qui s'étoient
trouvés dans le Comptoir & chés le Facteur de cette
Compagnie. L'équipage du même Bâtiment a
raporté que l'Efcadre Angloife , commandée par
l'Amiral Vernon , avoit paru à la hauteur de la
Havane le 8. Octobre dernier , & qu'un des Vaif
feaux de cette Efcadre s'étant aproché de cette
Place , le Commandant d'un des Forts , qui défendent
l'entrée du Port , lui avoit fait tifer' plufieurs
coups de canon , dont il avoit été tellement endom
magé , qu'il avoit été obligé de fe retirer après
avoir perdu fon mats de Mifene ; que cet Amiral
avoit croisé pendant quelques jours avec fon Efcadre
dans les environs de la Havanne , & que les
maladies lui ayant enlevé la plus grande partie de
fes Matelots , il étoit retourné à la Jamaïque . Avang
que de partir de cette Isle pour fe rendre devant la
Havanne , les équipages des Vaisseaux de fon Eſcadre
étoient déja fi fort affoiblis , qu'il s'étoit va
dans la néceffité de faire embarquer soo, Negres ,
les faire travailler à la manoeuvre .
pour
Le 8. du mois passé & les jours fuivans il y a eu
Lisbonne des tempêtes fi violentes , que plufieurs
Bâtimens ont peri dans la riviere & fur la Côt : : un
grand nombre d'arbres ont été déracinés dans la
Hij cam158
MERCURE DE FRANCE
campagne , & plusieurs maiſons ont été renversées.
L'Equipage d'un Bâtiment arrivé depuis peu de Cadix
à Genes, a confirmé qu'on y avoit reçû des Lettres
de la Nouvelle Efpagne, par lesquelles on avoit
été informé qu'on avoit déja transporté de Lima à
Panama dix millions & une partie des marchandifes
deftinées à compofer la charge des Gallions , &
qu'on y attendoit dans peu le refte de leur charge,
Jequel montoit à treize millions . Les mêmes Lettres
ajoûtent que le Commandant des Gallions
avoit donné ordre à ceux qui devoient s'embarquer
fur la Flotte , de fe tenir prêts à partir au commencement
du mois de Septembre dernier pour
Porto - Bello , afin qu'ils pûssent fe trouver à la
Foire qu'on devoit y tenir."
On aprend de Lisbonne que la Nation Genoife
célébra fur la fin du mois dernier avec beaucoup
de folemnité dans l'Eglife de la Mifericorde de la
Ville de Faro , la Fête de la Canonifation de Sainte
Catherine Fiefchi , d'une des Maifons les plus illustres
de l'Italie & dans laquelle on compte trois
Papes & trente- deux Cardinaux . L'Evêque de Faro
officia pontificalement à la Meffe qui fut chantée
à plufieurs choeurs de Musique , & le Panégyrique
de la Sainte fut prononcé par le Docteur Michel de
Ataide Corte- Real , Grand Penitencier de l'Eglise
Cathédrale.
L
GRANDE BRETAGNE.
E Duc de Cumberlan s'étant hasardé le 12. de
ce mois un peu trop avant sur la Tamise , la
glace rompit fous ce Prince , mais il fut secouru si
promptement , que cet accident n'a eû aucune faite
fâcheufe.
Le
-JANVIER. 1740 159
Le 16. pendant que la marée étoit basse , un
grand nombre de perfonnes traverserent cette Riviere
un peu au- deçà du Pont de Londres. Leur
exemple en ayant enhardi d'autres , la Tamiſe fut
en peu de temps couverte de monde , & le retour
du flux ayant fait rompre la glace en plufieurs endroits
, plus de quarante Perfonnes furent noyées.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E 8. Decembre 1739. Henri Frederic , Comte
Lde Friefen, et du 3. Empire , Chevalier de l'Or
dre de l'Aigle blanc de Pologne , Grand Fauconier
de l'Electorat de Saxe , Miniftre d'Etat , et du
Cabinet du Roy de Pologne , Electeur de Saxe ,
Colonel de fes Gardes , Général de fes Troupes Saxonnes
, Gouverneur de la Ville de Dresden , et de
toutes les Fortereffes de Saxe , mourut dans la 59 .
année de fon âge , à Montpellier , en Languedoc ,
où il s'étoit rendu, pour fe faire traiter d'une hydropifie
, dont il étoit attaqué ; fon mérite & fes grandes
qualités l'ont fait regretter en Saxe géneralement
de tout le monde. Le Roy de Pologne , Electeur
de Saxe , qui avoit beaucoup d'égard pour lui,
& qui avoit voulu que fon premier Chirurgien l'accompagnât
dans ce voyage , a paru extrêmement
touché de fa perte. Il avoit toujours été fort avant
dans les bonnes graces de feu Augufte II . Roy de
Pologne , Electeur de Saxe , dont il avoit été Grand
Chambellan ; mais il s'étoit démis volontairement
de cette Charge . Il avoit été marié le 3. Juin 1725 .
avec la Comteffe de Cofel , fille naturelle et légitimée
de feu Augufte II . Roy de Pologne , Electeur
Hy
da
ico MERCURE DE FRANCE
de Saxe. Elle mourut à Dresden , au mois de Fevrier
1728. Il en laisse un fils unique fort jeune , et heritier
de tous fes biens , qui l'avoit fuivi à Montpellier
, d'où il eft retourné en Allemagne après la ›
perte de fon Pere.
Le 5. de ce mois , D.... Caraccioli, Prince de la
Torella , Seigneur Napolitain , Grand d'Efpagne de
la premiere Classe , Chevalier de l'Ordre de Saint
Janvier , Gentilhomme ordinaire de la Chambre du
Roy des deux Siciles , Capitaine de la Compagnie
des Hallebardiers de fa Garde , & nouvellement
fon Ambassadeur Extraordinaire à la Cour d'Efpagne
, après l'avoir été à celle de France depuis
1735. mourut à Madrid , dans la 46. année de son
âger Il avoit reçû le 18. May de l'année derniere le
Cordon de l'Ordre de S. Janvier à Paris , dans l'Eglife
du Noviciat des Jefuites , par les mains de l'Evêque
de Metz , chargé des pouvoirs de S. M. Sicil .
à cet effet.
On mande de Lisbonne , que deux Laboureurs ,
âgés l'un de cent un an & l'autre de cent huit , moururent
il y a quelque temps à Macedo de Mato ,
près de Bragance , dans la Province de Tra- Los¬
Montes.
>
BOUTS
JANVIER. 1740. 161
BOUTS RIM E'S , ·
Proposés dans le premier Volume du Mercure
de Decembre 1739.
SONNET.
PLus prudent que l'Abeille au milieu de ſa Ruche,
Je fçais me défier de ces Peuples
Sournois ,
Minois ;
Chés qui tout eft fardé , le coeur & le
Pour s'y laisser tromper , il faudroit être Buche
Du choc, tant que l'on peut, on doit garder la Cruche;
Le Théatre du Monde eft femblable aux Tournois
Où le plus malheureux , y perdant fon "Harnois ,
Cede tout au Vainqueur , même jusqu'à la Huche.
Rien,
Là, pour de vains tas d'or,l'un pille comme un Chien,
Ici , les prodiguant , l'autre n'épargnant
Arrive , fans broncher , à l'Hôpital en
Tel fe dit votre ami , qui vous voyant
Fait rage contre vous , fans fouffrir de
Pofte
Crevé ,
Ripofle ,
avé.
Dans notre siecle , enfin , tout coeur eft dépr
Par M. P. J. T. Varin.
A Ronen ce 22. Janvier 1740.
H vj FRAN
162 MERCURE DE FRANCE
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , & C
E premier jour de l'an , les Princes &
Princesses du Sang , & les Seigneurs &
Dames de la Cour eurent l'honneur de
complimenter le Roy fur la nouvelle année .
Le Corps de Ville a rendu à cette occasion
ses respects à L. M. à Monfeigneur le
Dauphin & à Mefdames de France .
,
Les Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre du S. Esprit , s'étant assemblés
vers les dix heures du matin dans le
Cabinet du Roy , le Marquis de la Mina
'Ambassadeur du Roy d'Espagne , nommé
Chevalier le 17. du mois de May dernier, &
dont les preuves avoient été admises dans le
Chapitre tenu le 9. Août auffi dernier , fue
introduit dans le Cabinet, où il fut reçû Chevalier
de l'Ordre de S. Michel. Le Roy sortit
ensuite de son apartement, pour aller à la
Chapelle. S. M. étoit precedée du Duc de
Bourbon , du Comte de Clermont , du Prince
de Conty , du Prince de Dombes , du
Comte d'Eu & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre. Le Marquis de
3.
16
,
la
1
JANVIER: 1740. 163
la Mina en habit de Novice marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers : le Cardinal
de Polignac & le Cardinal d'Auvergne
étoient derriere S. M. Le Roy , devant le- -
quel les deux Huiffiers de la Chambre portoient
leurs Masses , étoit en Manteau , le
Colier de l'Ordre pardessus , ainsi que celui
de la Toison d'Or. Après la grande Messe
qui fut célebrée par l'Abbé Brosseau , Chapelain
de la Chapelle de Musique , le Roy
quitta son Prie-Dieu & monta à fon Trône
auprès de l'Autel , où le Marquis de la Mina
fut reçû Chevalier avec les céremonies accoûtumées
, ayant pour Parains le Marquis
de Goesbriant & le Marquis de Livry. Le
Marquis de la Mina ayant pris sa place , le
Roy sortit de la Chapelle , & S. M. fut reconduite
dans son apartement en la maniere
ordinaire. La Reine & Monseigneur le Dauphin
entendirent la même Meffe dans la Tribune.
L'après midi , L. M. affifterent aux Vê
pres .
Le 2. le Roy , accompagné comme le jour
précedent par
par les Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre du Saint Esprit , se
rendit vers les onze heures du matin à la
Chapelle du Château , & S. M. affifta au Service
qui y fut célebré pour le repos des ames.
des Chevaliers de l'Ordre du Saint Esprit ,
morts
184 MERCURE DE FRANCE
morts pendant le cours de l'année der
niere.
Le vingt-sept , le Duc de Penthievre ,
que le Roy d'Espagne a nommé il y a déja
quelque temps Chevalier de l'Ordre de la
Toison d'Or , reçût le Colier de cet Ordre
par les mains du Marquis de Lamina , Ambassadeur
d'Espagne auprès du Roy , & qui
avoit reçû une Commiffion particuliere de
S. M. C. pour cette reception . La cérémonie
en fut faite en la maniere accoûtumée , en
présence de plufieurs Chevaliers de l'Ordre
de la Toison d'Or , dans l'Hôtel du Marquis
de Lamina.
Le Gouvernement de Maubeuge , vacant
par la mort de Jean - Jacques Damas d'Antigny,
Chevalier de Malthe non Profez , Lieutenant
Général des Armées du Roy , a été
conferé à Thomas - Alexandre du Bois - Olivierde-
Givry , Chevalier Bailli du même Ordre
de Malthe , & auffi Lieutenant Général des
Armées du Roy , du premier Août 1734. Il
eft frere de Thomas Louis du Bois -Olivier
Marquis de Louville , Lieutenant Général
des Armées du Roy , du 23. Decembre
1731. & Gouverneur de Charlemont.
Le Roy a fait une augmentation d'un second
JANVIER . 1740 165
cond Gentilhomme à Drapeau dans chaque
Compagnie de Fusilliers du Régiment des
Gardes Françoises , & la nomination de ces
nouvelles places a été donnée au Duc de
Grammont, Colonel de ce Régiment.
Le dix-huit , les Ducs d'Uzès , & de la
Valiere , prêterent serment de fidelité au
Parlement , & y prirent séance en qualité de
Pairs de France. Le Duc d'Orleans , & le
Prince de Conty affifterent à cette céré
monie.
2+
S. M. a nommé le Marquis de Clermont
Colonel du Régiment de Vermandois , Co-
Lonel du Régiment d'Auvergne ; le Chevalier
de Liftenois , Capitaine dans le Régiment
de Dragons de Beaufremont , Colonel
du Régiment de Montmorency ; le Chevalier
de Teffé , Capitaine dans le Régiment
de Dragons Dauphin , Colonel du Régiment
de Vermandois , & le Chevalier de Pons
Capitaine dans le Régiment de Cavalerie de
Şabran , Colonel du Régiment de Bafligny.
Le 30-le Roy prit le deuil pour la mort du
Duc deBourbon, que S.M.quittera 11 ,Fevrier,
Le Roy a accordé au Prince de Condé
âgé de trois ans & demi , fils unique du Duc
de
166 MERCURE DE FRANCE
de Bourbon , la Charge de Grand Maître de
la Maison de S. M. , & jusqu'à ce que ce
Prince soit en état d'en exercer les fonctions,
le Roy a ordonné qu'elles seroient supléées
pár le Comte de Charolois .
S. M. a donné le Gouvernement du Duché
'de Bourgogne au Duc de Saint- Aignan , son
Ambaffadeur à Rome , sous la condition de
le remettre au Prince de Condé , lorsqu'il
aura atteint l'âge de 18. ans.
Le trente- un , les Députés des Etats
'de la Province de Bretagne , eurent audience
publique du Roy. Ils furent présentés à
S. M. par le Duc de Penthievre , Gouverneur
de la Province , & par le Comte de
Saint Florentin , Secretaire d'Etat , & conduits
par le Marquis de Brezé , Grand Maître
des Cérémonies , & par M. Desgranges,
Maître des Cérémonies . La Députation
étoit composée pour le Clergé , de l'Evêque
de Treguier , qui porta la parole ; du Marquis
du Guefclin , pour la Nobleffe ; de M.
de Boisbilly , Lieutenant Général de l'Ami
rauté de Morlaix , pour le Tiers Etat ; de
M. de Quelen , Procureur Général Syndic
& de M. de la Boiffiere , Trésorier Géneral
des Etats de la Province . Les Députés furent
ensuite conduits à l'audience de la Reine , &
à celles de Monseigneur le Dauphin , & de
Mesdames de France, BE
JANVIER
167
1740. .
C BENEFICES DONNE'S.
La Roche- dymon , Evêque de Tarbes
depuis 1729. & auparavant Vicaire Géneral
du Diocèse de Limoges , & sacré Evêque de
Sarepte en Phénicie le 5. Août 1725. Abbé
Commendataire de l'Abbaye de S. Jean
de Sordes , Ordre de S. Benoît , Diocèse
d'Acqs , depuis le mois de Juillet 1731. &
auparavant de celle de Sainte Marie d'Obasine
, Diocèse de Limoges , depuis le mois
de Janvier 1729. Docteur en Théologie de
la Faculté de Paris , du 10. Avril 1724. fuc
nommé à l'Archevêché de Toulouse , vacant
par la translation de Jean Louis de Berton de
Crillon à celui de Narbonne , faite le 31 .
Août dernier.
E ... Janvier 1740. Charles - Antoine de
la
L'Abbaye de Froidmont, Ordre de Citeaux,
Diocèse de Beauvais , vacante du 8. Avril
1738. par la mort de Charles - Joachim Colbert
de Croiffy , Evêque de Montpellier , a
été donnée à Henry de Rosset de Ceilles de
Rocozel ; Prêtre du Diocèse de Lodeve , Ab
bé de S. Sernin de Toulouse , depuis 1729 .
qui a remis celle de Soreze , Ordre de S. Benoît
, Diocèse de Lavau , dont il étoit Titulaire
depuis le 8. Janvier 1721. Cette derniare
a été donnée à . . . . de Mion d'Agay.
Le Roy a donné à l'Evêque de Châlonssur
168 MERCURE DE FRANCE
sur Marne , l'Abbaye de S. Aubin d'Angers,
Ordre de S. Benoît.
LE LION ET LA JEUNE BREBIS ,
FABLE.
"Envoyée pour Etrennes à Mlle de B *****
qui n'est âgée que de six ans , mais dont tout
le monde admire l'esprit & la gentillesse.
Non ,jamais la vertu ne fut sans récompense,
On en goûte le fruit dès sa plus tendre enfance ;
Dans un sombre Désert , à la merci des vents ,
Une jeune Brebis erroit depuis long- temps ;
Hélas ! qu'on est à plaindre en telle conjoncture !
Somme s-nous malheureux? chacun nous fait injured
Qui l'auroit jamais crûe frapé de sa candeur
Le Lion tout à-coup devient son Protecteur ;
Mon enfant , lui dit - il , vivez , vivez sans crainte ,
Vous serez à couvert içi de toute ateinte ;
Si quelque audacieux ose vous outrager ,
De son crime bien-tôt je sçaurai vous venger ;
Ainsi dans tous les temps , la vertu par ses charmes
Au plus fier des Humains sçût arracher les Armes.
Enfant chéri du Ciel , imitez la Brebis ,
De l'aimable Vertu vous recevrez le Prix ..
Le
JANVIER. 1740 169
›
Le 2. le 4. & le 9. Janvier , M. Destouches
, Sur- Intendant de la Musique du Roy,
en Sémestre , fit chanter au Concert de la
Reine l'Opera d'Iphigénie. Le premier Rôle
& celui d'Electre , furent très - bien remplis
par les Dlles Romainville & Huguenot , &
ceux de Thoas , d'Oreste & de Pilade , par
les Srs Dubourg , Benoît & le Begue .
Le 11. le 16. & le 18. la Reine entendit
l'Opera d'Armide. La Dile Huguenot se fit
admirer dans le principal Rôle , ainsi que le
Sr Jeliot dans celui de Renaud.
Le 23. & le 25. on executa le Prologue &
les trois premiers Actes de Tancrede, dont les
Rôles de Clorinde & d'Herminie , furent
chantés avec succès par les Diles Huguenot
& Romainville , & ceux de Tancrede &
d'Argan , , par les Srs Benoît & d'Angerville.
Le 6. Fête des Rois , l'Académie Royale
de Musique donna le premier Bal public de
cette année , avec un très - grand concours.
On continue ordinairement pendant differens
jours de la Semaine jusqu'au Carême
Le 7. de ce mois , les Comédiens François
représenterent à la Cour la Comédie de la
Mere Coquette , & celle des Trois Cousines.
Le 12. les Bourgeoises à la mode , & la Se
renade.
Le
170 MERCURE DE FRANCE
Le 14. Gustave & la Parisienne.
Le 19. Mitridate & le Fatpuni.
Le 21. le Muet & le Retour imprévu .
Le 13. Janvier , les Comédiens Italiens représenterent
aussi à la Cour , la Comédie des
Contretemps , & la petite Piéce du Bouquet.
Le 20. le Faucon & les Paysans de qualité.
Le 27. les Fourberies d' Arlequin, avec l'Acte
d'Arlequin Barbier Paralitique , suivi d'un
Divertissement , dont l'execution fit beaucoup
de plaisir.
Le 6. de ce mois , le froid commença
être si excessif, qu'en trois jours la Seine a
été presque entierement glacée . Par ordre
des Magistrats , dont la vigilance & le zele
ne peuvent s'exprimer , on a employé un trèsgrand
nombre d'Ouvriers pour rompre la
glace en plusieurs endroits , pour faciliter le
cours de la Riviere , & prévenir les accidens
que le degel pouvoit causer. M. le Prévôt
des Marchands a fait mettre à terre toutes
les Marchandises qui étoient dans les Ba
teaux , & M. le Lieutenant Géneral de Police
a fait allumer des feux dans differens
Quartiers de la Ville , pour le soulagement
des Pauvres. On prétend que le froid a prèsque
égalé celui du grand hyver de 1709. qui
commença le même jour , Fête des Rois.
M
JANVIER. 1740.
170
*
M. Le Prévôt des Marchands a fait aussi
distribuer une grande quantité de bois dans
toutes les Paroisses de Paris pour les
Pauvres. La glace a eû jusqu'à près de 6.
pouces d'épaiffeur .
,
De par les Prévôt des Marchands & Echevins
de la Ville de Paris , du 16. Janvier.
A tousceux queces PENNE
Tous ceux qui ces présentes Lettres
verront : MICHEL-ETIENNE TURgot,'
Chevalier , Marquis de Sousmons , Seigneur
de Saint Germain sur Eaulne , Vatierville , &
autres Lieux , Conseiller d'Etat , Prévôt des
Marchands , & les Echevins de la Ville de
Paris ; Salut, sçavoir faisons . Que, sur ce qui
nous a été remontré par le Procureur du Roy
& de la Ville , que quoique , les Ponts de cet-
- te Ville soient dans le meilleur état où ils
puiffent être, & qu'il y ait lieu d'esperer qu'il
n'y arrivera aucun accident par la Débacle de
la Riviere ; la conservation des Citoyens, qui
eft l'objet principal de notre adminiftration
& de nos soins , doit nous engager à prévenir
, par les précautions usitées en pareilles
circonftances , jusqu'au moindre soupçon de
danger , auquel ceux qui habitent sur les
Ponts pourroient se trouver exposés , si contre
toute attente, quelqu'un de ces Ponts ne
pouvoit résister à la violence & l'impétuosité
des Glaces. Pourquoi requéroit le Procureur
172 MERCURE DE FRANCE
reur du Roy & de la Ville , qu'il nous plût y
pourvoir .
Nous , ayant égard au Réquisitoire du
Procureur du Roy & de la Ville , ordonnon
qu'à l'inſtant de la publication des Présentes,
tous Propriétaires, ou Locataires des Maisons
conftruites sur les Ponts dans l'étendue de
cette Ville , seront tenus de déloger , eux &
leur famille , & d'enlever leurs Meubles &
Effets , pour ne les y raporter qu'après qu'il
en aura été autrement ordonné. Ordonnons
en outre , que faute par eux d'y satisfaire'
leurs Meubles & Effets seront mis sur le
ا ی ک
Carreau.
Mandons aux Commiffaires de Police &
Huissier Audiencier de l'Hôtel de cette Ville ,
de tenir exactement la main à l'exécution
des Présentes , & c.
Ordonnance de Police , du même jour ,
dont la teneur suit.
Ur
Sur ce qui nous a été remontré par le Procureur
du Roy, que la grande quantité de
Glaces qui s'est raffemblée à l'embouchure des
Arches des Ponts de cette Ville , donnant lieu
de craindre que ces Glaces, qui s'accumulent
malgré les soins que l'on prend de les briser
, n'emportent quelques -unes des Arches ;
& étant néceffaire de prévenir les accidens
qui pourroient arriver , il requiert qu'il y soit
par
JANVIER: 1740. 17.3'
par nous pourvû. Sur quoi , faisant droit sur
le Réquisitoire du Procureur du Roy , or-
⚫ donnons à tous ceux qui occupent des Maisons
sur les Ponts de cette Ville , de déloger
au moment de la publication de notre Ordonnance
, à peine de trois cent livres d'amende
, à l'effet de quoi ils pourront faire
enlever leurs Meubles & autres Effets , & les
transporter où bon leur semblera ; & au cas
qu'il se trouvât des saisies pour raison des
Loyers dûs par quelques - uns des Locataires
des Maisons , les Meubles saisis seront dépo
sés dans les Maisons qui seront indiquées par
les Saisiffans , où ils refteront à la charge des
saisies , si mieux n'aiment les Locataires en
demeure , payer sur le champ les Loyers
échus ; & s'il arrivoit que quelqu'un des Pro,
prietaires ou Locataires des Maisons refusât
d'obéir sur le champ , les refusans pourront
être emprisonnés. Faisons défenses à tous
Cochers & Voituriers , autres que ceux qui
serviront aux déménagemens , de paffer sur
les Ponts , à l'entrée desquels il sera posé des
Barrieres & établi des Gardes. Mandons aux
Commiffaires au Châtelet, & enjoignons aux
Officiers du Guet , de tenir la main à l'exe
cution de notre présente Ordonnance , qui
sera imprimée , lûë , publiée, & affichée , même
diftribuée dans chacune des Maisons fituées
sur lesdits Ponts. Ce fut fait & donné
par
174 MERCURE DE FRANCE
par nous CLAUDE HENRY FEYDEAU DE
MARVILLE , Chevalier , Conseiller du Roy
en ses Conseils , Maître des Requêtes ordinaire
de son Hôtel , Lieutenant Géneral de
Police de la Ville , Prévôté & Vicomté de
Paris , le 16. Janvier 1740 .
*************************
BOUTS RIME'S , -
Proposés dans le Mercure de Décembre 1739 :
premier Volume,remplis par M. Desnoyers,
Lieutenant Particulier à Estampes.
P
LE MEDISANT.
Lus que s'il eût volé du miel dans une Ruche ,
Je le vois assuré , ce médisant Sournois ;
Il a le sourcil haut , on lit sur son
Minois ,
Qu'il se croit à couvert de l'infernale Buche.
Craindre l'Enfer , dit- il , je ne suis point si Cruche¸¡
Si j'avois seulement pris quelques sols
Tournois
Je serois inquiet ; trembant sous mon
Harnois ,
Je craindrois de brûler comme une vieille Huche.
Mais pour avoir médit , un homme est-il un Chien,
Qui doive à son salut ne prétendre plus
Rien ?
Forçons ce Médisant dans son tranquille
Poste.
Quand
JANVIER . 1740. 175
Quand l'orage vengeur aura sur lui
Crevé ,
Riposte ,
Avé
Devant Dieu dans ce jour il sera sans
Eh ! qui sçait si ce jour est distant d'un
LE
MORTS.
E nommé Antoine Lacombe eft mort
au Village de Vers , près de Cahors en
Quercy , dans la 102. année de fon âge.
Le premier Janvier 1740. François- Alfonfe
de Clermont - Chafte , Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis , & premier
Gentilhomme de la Chambre du Duc d'Orleans
, mourut au Palais Royal , dans la 79 .
année de fon âge , & fans avoir été marié.
Il avoit fervi autrefois d'abord en qualité
de Cornette en 1678. & enfuite de Capitaine
de Cavalerie par Commiffion de 1683 .
Depuis , il fut Guidon de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde du Roy.
Exempt des Gardes du Corps de S. M. &
Meftre de Camp de Cavalerie. Le feu Duc
d'Orleans , Regent en France , le fit le 11 .
Juillet 1719. Capitaine- Colonel des Cent-
Suiffes de Sa Garde , & en 1728. le Duc
d'Orleans d'aujourd'hui , lui donna la Charge
de Capitaine de fes Gardes , & au mois de
Juillet 1737. celle de premier Gentilhomme
I de
II .
>
176 MERCURE DE FRANCE
de fa Chambre. Il étoit troifiéme fils de feu
François Alfonfe de Clermont - Chafte ,
Comte de Rouffillon , Baron de Chafte ,
Sénéchal de Velay , & de Claire de Morges
de Ventavon , Dame de Noyers , fa
feconde femme , morte le 7. Octobre 1695.
,
Le 5. D. Anne de Montholon , Prieure
perpétuelle de l'Hôtel - Dieu de S. Nicolas
de Compiegne , de l'Ordre de S. Auguftin
mourut dans ce Monaftere , âgée de 85. ans .
Elle étoit fille de Guillaume de Montholon,
Seigneur de Cuterelles , Subftitut du Procureur
General du Parlement de Paris , mort
le 12. Decembre 1669. & de Françoiſe
Bonnart , morte le 15. Janvier 1689. &
grande tante de Mathieu de Montholon ,
aujourd'hui Premier Préfident du Parlement
de Metz , depuis 1729. Le Memoire par
lequel on nous annonce la mort de cette
Dame , marque qu'elle avoit fuccedé dans
le Prieuré perpetuel de S. Nicolas de Compiegne
, à Magdeleine de la Mothe Houdancourt
, foeur du Maréchal de France de ce
nom , morte le 22. May 1702 , âgée de 90 .
ans ; & que le même jours . Janvier , les
Religieufes de ce Monafteré élurent unanimement
, pour remplacer la Dame de Montholon
, la Dame de Braque , Religieufe du
même Ordre de S. Auguftin , dans l'Abbaye
de S. Paul de Soiffons , parente de M. de
BraJANVIER.
177 1740 .
Braque , dont on a raporté la mort dans le
Mercure du mois de Novembre dernier ,
p. 2719. Le même Memoire dit que l'on aa
dû obferver fur ce qui eft raporté dans ce
Mercure à l'occafion de la mort de M. de
Braque ; 1. Qu'on ne le qualifie point
Comte , quoique le Roy lui -même l'ait tou
jours qualifié tel , tant de bouche que par
divers Arrêts de fon Confeil & Lettres Patentes.
2°. Qu'au titre de fa Charge d'Intendant
& Controlleur de la dépenfe des
Ecuries & Livrées du Roy ; on a omis le
titre de Général , qui se trouve dans les Provifions
de cette Charge . Sur quoi il remarque
que cette Charge d'Intendant & Controlleur
Général des Ecuries , Livrées & Haras de
S. M. n'eft pas bornée à ne faire qu'arrêter
la fimple dépenfe , ce qui eft justifié par plufieurs
Commiffions que les Rois ont données
à l'Intendant , & Controlleur Général
des Ecuries en l'abfence du Grand Ecuyer ,
pour ordonner & regler tout ce qui fe fait
dans les Ecuries de S. M. comme fi c'étoit
le Grand Ecuyer qui yfût prefent , & il ajoûte
que de nos jours le Prince Charles , Grand
Ecuyer de France , à fon départ pour la derniere
Guerre d'Italie , fit donner par le Roy
une Commiffion à feu M. de Braque , pour
faire en fon abfence une partie des fonctions
de fa Charge, & qu'en conféquence une place
I ij
de
178 MERCURE DE FRANCË,
de Gouverneur ( il falloit dire fous - Gouver
neur ) des Pages de la grande Ecurie étant
venû à vaquer , M. de Bulion ( c'eſt Buliou ,
& non Bulion ) qui en fut pourvû , en prêta
ferment entre les mains de M. de Braque ,
comme il auroit dû faire entre celles du
Grand Ecuyer , s'il eut été prefent. Enfin la
troifiéme obfervation eft , par raport à ce
qu'il eft dit que la famille de Braque eft connue
à Paris dès le Regne de Philipe de
Valois dans le 14. Siécle . Sur quoi l'Auteur
du Memoire raifonne ainfi : Pour moi , je
crois ( dit-il que l'on devoit mettre le 13 .
Siécle , attendu que Philipe de Valois a
monté fur le Trône l'an 1318. & a regné
jufqu'en l'an 1350. que le Roy Jean , fon
fils , lui a fuccedé , me paroiffant naturel
qu'on ne doit compter le 14. Siècle que
quand l'année 1400. commença. Il eſt aifé
de voir par ce raifonnement , que l'Auteur
n'eft `nullement au fait de la computation
des temps. A fon compte , qui eft faux
nous ne ferions que dans le 17. Siécle , puifque
nous comptons aujourd'hui 1740. mais
perfonne n'ignore cependant que nous courons
actuellement le 18. Siécle , qui ne fera
révolu qu'à la fin de l'an 1800. Quant à la
premiere obfervation , fur ce qu'on n'a point
donné la qualité de Comte à feu M. de Braque
, c'est qu'on ne fçait point qu'il eût
21-
JANVIER . 179 " 1740.
aucune Terre érigée en titre de Comté fous
la dénomination de Braque , qui eſt le nom
de la famille , & non un nom de Terre.
Pour ce qui eft de l'omiffion de Géneral au
titre d'Intendant & Controlleur des Ecuries,
elle a pû être faite par inadvertance ; mais
quoiqu'il en foit , une pareille omiffion n'eſt
pas capable de porter aucune atteinte aux
prérogatives de la Charge d'Intendant &
Controlleur Général de la dépenfe des Ecuries
, &c. que l'on fçait être l'on fçait être une belle
Charge.
On mande de Dunkerque que Marie-
· Cornelie Strickolf, veuve de Leonard Battelair
, y étoit morte le 5. Janvier , âgée de
105. ans & quelques jours.
Le 6. Dlle Marie - Sophie- Françoife de Montmorency-
Luxembourg , feconde fille de Charles
- François - Frederic de Montmorency-
Luxembourg , Duc de Piney - Luxembourg ,
& de Beaufort-Montmorency , Pair & premier
Baron Chrétien de France , Gouverneur
& Lieutenant Général de la Province de Normandie
, Gouverneur particulier de la Ville
de Rouen , Maréchal des Camps & Armées
du Roy , & de D. Marie - Sophie Colbert
de Seignelay , mourut dans la 8. année de
fon âge , étant née le 6. Novembre 1732 .
Le nommé Pierre Joye mourut à Villiers ,
Paroiffe de Feucherolles , près de Versailles
I iij
le
180 MERCURE DE FRANCE
le
14. de ce mois , âgé de près de 107. ans.
Le 15. la Dame de Caze de Jouvencourt
mariée depuis le mois d'Octobre dernier
avec le fecond fils de Gafpard de Caze , l'un
des Fermiers Géneraux des Fermes Unies
du Roy , mourut à Paris , âgé d'environ 23.
ans . Elle étoit fille de Gilles Brunet , Seigneur
d'Efvry , Maître des Requêtes Honoraire
de l'Hôtel du Roy , & ci-devant Intendant
de la Géneralité de Moulins , & de
feue D. Françoife - Suzanne- Bignon , morte
le 15. Fevrier 1738.
Le 16. D. Gabrielle - Charlotte-Elizabeth
Brulart de Sillery , veuve depuis le 17. May
1714. de François- Jofeph ; Marquis de Blanchefort
, Sire & Baron d'Afnois , de Saligny,
& de Bidon , Seigneur de S. Germain des
Bois , & en partie de Thurigny , Gouverneur
de la Ville & Pays de Geix , avec lequel
elle avoit été mariée le 27 Fevrier 1702 .
mourut à Paris , dans la 68. année de fon
âge. Elle étoit feconde fille de Roger Brulart
, Marquis de Puifieux & de Sillery ,
Chevalier des Ordres du Roy , Lieutenant
Général de fes Armées , Confeiller d'Etat
ordinaire d'Epée , Gouverneur de Huningue
en Alface , & d'Epernay en Champagne
ci - devant Ambafladeur Extraordinaire de
France en Suiffe , mort le 28. Mars 1719 .
& de D. Claude Godet , Dame de Reyneville
,
JANVIER.. 1740. 181
ville , morte le 24. May 1681. Elle laiffe
pour fils unique François Phiolgene . Marquis
de Blanchefort , Sire & Baron d'A fnois ,
&c. auffi Gouverneur des Ville & Pays de
Geix , qui eft marié , & qui a un fils , dont
la naiffance eft raportée dans le Mercure de
Mars 1737. p. 615.
Le 20. Jean- Baptifte Berthelot de Duchy ;
Seigneur de Bellebat , de Courtomanche ,
&c. Directeur & Intendant de l'Hôtel Royal
des Invalides , mourut en cette Maiſon ,
fans avoir été marié , dans la 68. année de
fon âge , étant né le 5. Novembre 1672 .
Il avoit été autrefois Receveur Général des
Finances de la Généralité de Paris , & Général
des Vivres des Armées du feu Roy en
Italie. Il étoit troifiéme fils de feu François
Berthelot , Confeiller - Secretaire du Roy ,
Maifon , Couronne de France & de fes Finances
, Secretaire des Commandemens de
feuë Madame la Dauphine , ayeule du Roy
regnant , mort le 3. Juin 1712. à l'âge de
84. ans , & de feue Anne Regnault de Duchy
, fa feconde femme , morte lé 21. Août
1693 .
Le 22. D. Anne - Loüise - Reine le Coq de
Corbeville , Dame Comteffe , & Chanoineffe
de l'Abbaye de Pouffay , Diocèse de Toul
en Loraine , mourut à Paris dans la 81 .
année de son âge , étant née le 31. Juillet
I iiij 1659.
182 MERCURE DE FRANCE
1659. Elle étoit fille aînee de Jean- François
le Coq , Seigneur de Goupillieres , Corbeville
, Elleville , & des Porcherons , mort
Conseiller de la Grand'- Chambre du Parlement
de Paris , le 28. Août 1691. & de D.
Loüise- Charlotte le Goux de la Berchere
morte le 14. Fevrier 1699.
>
Le 27. Louis- Henry de Bourbon , Prince
du Sang , Chef de la Branche de Bourbon-
Condé , Duc de Bourbonnois , de Montmorency-
Enguyen , de Guise , de Seurre-Bellegarde
, &c. Pair & Grand - Maître de France ,
& des Mines & Minieres du Royaume ,
Chevalier des Ordres du Roy , & de l'Ordre
de la Toison d'Or , Gouverneur , & Lieutenant
Général pour le Roy du Duché de
Bourgogne , & Province de Breffe , Licutenant
Général de ses Armées , ci -devant Sur-
Intendant de l'éducation du Roy Regnant
& Chef du Conseil de Régence , puis Principal
Miniftre d'Etat , & Sur- Intendant Général
des Poftes & Relais de France, mourut
en son Château de Chantilly , entre 1.1 . heures
& midi , après une maladie d'environ
dix jours , âgé de 47. ans 5. mois & 9. jours,
étant né à Versailles le 18. Août 1692. Il
étoit fils aîné de Louis de Bourbon 3. du
nom , Duc de Bourbonnois , d'Enguyen ,
de Châteauroux & de Bellegarde , Pair &
Grand-Maître de France , Chevalier des Or-
>
dres
JANVIER. 1740. 183
>
dres du Roy , Gouverneur de Bourgogne &
de Breffe , Lieutenant Général des Armées
de S. M. mort le 4. Mars 1710. âgé de 42 .
ans , & de Louise -Françoise de Bourbon ,
légitimée de France , sa veuve. Il avoit été
marié , 1º. Avec dispense le 9. Juillet 1713. •
avec Marie -Anne de Bourbon - Conty, Princeffe
du Sang , sa coufine germaine , .morte
à Paris le 21 Mars 1720. sans enfans , à l'âge
de 31. ans ; & 2 ° . le 27. Juin 1728. avec
Charlotte de Heffe - Rheinfels , née le 18.
Août 1714. troifiéme fille d'Erneft - Leopold
Landgrave de Heffe Rheinfels - Rothembourg
, & d'Eleonore - Marie Anne , née
Comteffe de Lowenftein. Il laiffe de ce second
mariage le Prince de Condé , né à Paris
le 9. Août 1736. non encore nommé.
L'éloge du feu Duc de Bourbon eft raporté
dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la
Couronne , . 1 . tom . 1. p . 343. dans le Dictionaire
Hiftor. Edit. de 1725. & 1732. au
nom de Louis , Article des Princes de Condé
, & dans le Suplément de 1735. à la
Généalogie de Bourbon.
·
On s'eft trompé à l'article de la mort de
la D. de Chamouffet , raportée dans le Mercure
de Decembre dernier , I. Vol. p. 2944.
en disant qu'elle ne laiffoit point d'enfans.
Elle a laiffé deux Fils , dont l'un eft
Claude- Humbert Piarron de Chamouffet ,
Maître
184 MERCURE DE FRANCE
1
Maître en la Chambre des Comptes , depuis
1737. & l'autre , Anne- Simon Piarron de
Chamouffet , qui a été reçû Conseiller au
Parlement de Paris l'année derniere.
A Son Altesse Sénérissime M. le Comte de
Clermont , Prince du Sang , sur la Mort
de M. le Duc de Bourbon .
PRINCE , en qui les vertus semblent se réunir ,
Digne Sang de nos Rois, qu'on ne peut trop chérir ,
Tandis que ta santé débile et languissante
Rapelle dans ton corps une vie expirante ,
Et que les Dieux , touchés de toutes nos clameurs
Après tant de tourmens te rendent à nos pleurs ;
Pouvois- tu croire hélas ! qu'un destin trop severe
Pour prix de ses faveurs , t'enleveroit un frere ?
La Mort devroit du moins respecter les Héros.
Rien ne peut t'arrêter ,
Ose-tu , sans trembler
implacable Atropos !
attenter sur sa vie ,
Quand son sort en mourant , te fait encore envie ?
Frape... ton bras se leve ... il tombe ! ... tu frémis !
Tu ne sçaurois troubler que de foibles esprits.
Un Héros sçait mourir , et mourir sans se plaindre ;
Dès qu'on est vraiment grand, on l'est sans se contraindre
.
J'aperJANVIER:
185 1740.
J'aperçois dans son lit ce fils du Grand Condé;
Aux maux les plus cuisans sa foiblesse a cedé ;
Grands Dieux ! qui dans ce jour le faites disparoître,
Sçachez , qu'on l'aime assés quand on l'a pû connoître
.
Il quitte sans regrets d'inutiles trésors ;
Pour s'élever vers vous , il méprise fon corps ;
Ces biens qu'il poffedoit, vous pouvez les reprendre;
Vers la célefte Voûte il brûle de fe rendre.
Vit-on dans un Mortel un air plus réſigné ?
Oui , cet Arrêt cruel , Bourbon l'auroit figné.
Qu'un homme malheureux fe dégoûte du monde ,
Qu'il foit comme un rocher , lorfque la foudre
gronde ,
apas.
Sa conftance me plaît , & ne m'étonne pas ;
On abhorre un féjour où l'on vit fans
Quand tout ne femble fait que pour nous fatisfaire ,
Quand une Cour nombreuſe, attentive à nous plaire ,
Du matin jufqu'au foir prévient tous nos defirs ,
Monde , peut-on quitter tes attraits fans foupirs ?
Je te fuis dans les Cieux, où ton bonheur t'apelle ,
Je vois ton front couvert d'une palme éternelle ;
Là , content de tón fort , & vivant dans la paix ,
Les biens dont tu joüis , ne tariront jamais.
Là, plus grand mille fois que dans Chantil y même ,
Tes defirs font comblés , & ta gloire eft fuprême,
Manes de ce Héros , décorez fon tombeau ;
Et
186 MERCURE DE FRANCE
Et s'il vous faut encor un triomphe nouveau ,
Tous les coeurs des François vous ferviront d'ôtages
Pouvoit- il en mourant laiffer de plus beaux gages ?
Quoi donc ! ma Mufe en vain voudroit tarir tes
pleurs !
Ton coeur trop refferré fuccombe à fes douleurs .
Prince , confole - toi , modere ta trifteffe ,
Ne crois pas qu'à tes cris ce frere s'intereffe ;
C'eſt infulter fa cendre , en oubliant ton nom .
L'Immortalité feule eft le lot d'un Bourbon.
Que ton amour pour lui faffe fecher tes larmes ;
Tu fais de l'Univers le plaifir & les charmes .
Du Peuple , qui t'implore , exauce les fouhaits ;
Vis pour nous accabler fous tes nouveaux bienfaits.
Vis pour toi , vis pour nous , tout te retient au
monde ,
Et tandis que partout regne une paix profonde ,
Jouis avec Louis de toutes fes faveurs ;
Ton efprit , tes vertus t'ont gagné tous les coeurs .
Si le Deftin un jour doit borner ta carrière ,
Que le monde avant toi foit réduit en pouffiere .
Si tu veux que les Dieux couronnent tes vertus ,
Attends pour t'éclipfer que l'on ne t'aime plus. "
F. DAIRE , Celestin ,
A Paris ce 4. Fevrier 1740.
ARRESTS
JANVIER. 1740. 187
ARRESTS NOTABLES.
RREST du 24 Décembre , concernant les
A Billets du premier Tirage de la Loterie Royale,
établie par Edit du mois de Décembre 1737. dont
voici la teneur .
Le Roy ayant par l'Article XII. de fon Edit du
mois de Décembre 1737. portant établiſſement
d'une Loterie Royale , ordonné que tous les Billets
de la Loterie feroient , après le Tirage , raportés
au Garde de fon Tréfor Royal en exercice , pour
être acquittés à leur préfentation , ou , au plus tard,
dans le courant de l'année à compter du jour du
Tirage , à peine de nullité des Billets ; Sa Majefté fe
feroit fait repréfenter en fon Confeil l'état des Billets
du premier Tirage de la Loterie , fait le ro . Décembre
de l'année derniere 1738. Jefquels , au 10.
du préfent mois , n'ont point été remis au fieur Paris
de Montinartel , Garde du Tréfor Royal , en
conféquence dudit Edit ; ledit état contenant la quantité
de foixante - dix - fept Billets , dont un N ° . 445 .
portant pour Devife D..P . Y. auquel feroit échû un
Lot de cinq mille livres de Rente viagere , & foixante
feize, auxquels il ne feroit point échû de Lot,
mais pour chacun defquels il auroit dû être conftitué
vingt livres de Rente viagere au profit des Porteurs
; les foixante - feize Billets numérotés 1144.
1145. 1146 1147.2072. 2744 3193 3270. 3275.
3272. 3273.3274 . 3275. 3276. 3277. 3278. 3279 .
3280. 3282. 3283. 3284. 3285.3286 . 3287. 3288.
3289.3320. 3446. 3447. 3448. 3457. 3458. 3648.
3649. 3650. 3886. 3985. 3986. 3987. 3988. 3989 .
4537.4641 . 5305. 5306.5307.5308 . 5697 • 5848 .
6913
188 MERCURE DE FRANCE
6913. 10769. 10773. 10774. 10776.10777.10778 .
10779. 10780. 10781. 10783. 10784. 10966 .
10967. 10968. 11618. 11619. 11620. 11621 .
11622. 11624. 11625. 11626. 11627. 12001 .
12353. & 13206. lefquels foixante- dix -fept Billets
font nuls & de nulle valeur. Et néanmoins Sa Majesté
voulant bien relever les Porteurs des Billets de
la rigueur de l'Edit . Oui le raport , & c. S. M. a ordonné
& ordonne , par grace & fans tirer à conféquence
, que nonobftant ce qui a été ordonné par
l'Article XII. de l'Edit , & jusqu'au 1 5. du mois de Février
de l'année prochaine 1740. les Porteurs des
Billets du premier Tirage de la Loterie Royale , dont
les Numéros font ci- deffus énoncés, en pourront faire
la converfion au Tréfor Royal , en Rentes viageres,
conformément à l'Edit : les arrérages defquelles
Rentes n'auront cours qu'à compter du premier
Janvier de la préfente année feulement , dont mention
fera faite dans les Reconnoiffances qui feront
expediées par le fieur Paris de Montmartel , fur lefquelles
les Contrats de Conftitution des Rentes feront
paffés ; à l'effet de laquelle converfion , feront
les Biliets vifés , fi fait n'a été , par les Receveurs
particuliers de la Loterie , relativement à l'Edit, auquel
S. M. a dérogé & déroge par le préfent Arrêt ,
pour ce regard feulement. Veut S. M. qu'au jour
15. Février prochain , ceux des Bil ets qui n'auront
pas été convertis au Tréfor Royal , foient conformément
à l'Edit , nuls & de nulle valeur pour
Porteurs , & c.
les
AUTRE du Parlement , du 29. Janvier 1740 .
confirmatif de la Sentence de M. le Lieutenant Criminel
au Châtelet de Paris, qui condamne les nom .
més Alexandre Bouret & Antoine Vernay à être
attachés au Carcan & aux Galeres , pour avoir ufé
de
JANVIER. 1740 189 .
de violence envers l'un des Guichetiers des Priſons
du Grand Châtelet , & excité une émeute dans lefdites
Prifons .
*
TRAITE' de Commerce , Navigation & Marine
, entre le Roy & les Etats Géneraux des Provices
-Unies des Pays - Bas , ledit Traité contenant
47. Articles ; avec un nouveau Tarif au fujet des
Denrées & des Marchandifes du crû des Pêches , &
de la Fabrique des Sujetst des Etats Géneraux , fpécifiées
audit Traité ; ledit Tarif contenant 16. Articles
. Conclu à Verfailles le 21. Décembre 1739.
TABL E.
Catalogue des Mercures:
Privilege du Roy
Lifte des Libraires débitant le Mercure .
Avertissement.
I
"
PIECES FUGITIVES . Etrennes de l'Amour , & c.
Académie de la Rochelle , Extrait de Lettre , &c. 4
Discours Moral & Critique sur la Vanité , &c . 13 .
Suite des Abus introduits dans la Typographie , 16
La Flute & le Tambour , Fable ,
Epitre pour le premier jour de l'An ,
Question importante , jugée , & c.
Autre Epitre sur le jour de l'An , &c .
26
31
34
45
Lettre sur l'amour & la connoissance des Beaux-
Arts ,
Ode sur la Chicane , &c.
47
54
Pêches qui se font sur le Bosphore de Thrace , 59
L'Amour Médecin , Poëme 75
Sonnet Italien , & Réponse à M. de Voltaire , 81
Enigme , Logogryphes , & c.
82
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS , & c.85
Traité
Traité, ou Dissertation sur les Matieres Féodales, 87
servir à l'Histoire des Hommes Il-
Memoires
lustres ,
pour
Morts de Personnes Illustres ,
Estampes nouvelles , & c .
୨୦
108.
109
Prix de l'Académie de Soissons pour l'anné 1740 .
ΙΙΟ
Jettons frapés au premier jour de l'An , gravés en
Taille -douce >
Carte nouvelle des Terres Australes ,
113
114
Chanson notée , 116
Spectacles , l'Ecole du Monde ,
118
Dardanus , Opera ,
125
L'Adultere Innocente , Piéce Italienne ,
126
Nouvelles Etrangeres , Turquie ,
127
Ruffie & Allemagne ,
131
Italie & Isle de Corse , 132
Espagne & Manifeste de S. M. Cath . , &c . 135
De Portugal & Grande- Bretagne ,
Morts des Pays Etrangers ,
Bouts - Rimés ,
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 162
Benefices donnés ,
Le Lion & la Brebis , Fable ,
167
168
Froid excessif & Ordonnance du Prévôt des Mar-
157
159
161
chands , &c . 170
Bouts- Rimés , 147
Morts ,
175
Vers sur la Mort du Duc de Bourbon , 184
187. Arrêts notables ,
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 46. ligne 17. Vers , sur le toit , lisez , sur
le ton.
P. 48. 1. 7. des , ôtez ce mot.
P.
127. 1. leur , 9 . l. son.
La Pianche des Jettons doit 'r egarder la page
La Chanson notée , la page
113
116
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU ROY.
FEVRIER. 1740 .
URICOLLIGIT
SPARGIT
Chés
Papillow
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER;
ruë S. Jacques .
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ;
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC. XL.
Avec Aprobation & Privilege du Roy
L
A VIS .
'ADRESSE generale eft a
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets caehetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaitėront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
Pheure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
Jui indiquera
PRIX XXX, SOLS
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU
ROT
FEVRIER.
1740
*************
PIECES
FUGITIVES
;
en Vers et en Prose.
L'AMITIE.
O D E.
1
Par Mlle de C **. à Mad. de G ****!
Uel grand apareil t'environne !
Muse , que de vaſtes projets !
En vain voudrois - tu de Bellonae
Célebrer les brillans forfaits .
Quitte cette fiere Dééffe ,
Qu sujet plus beau t'intereffe ;
A
92 MERCURE DE FRANCE
>
Ce n'eft pas l'Amour , c'eft fa Soeur ;
Cette Soeur chafte , tendre & belle
M'offre une couronne immortelle ;
L'Amitié regne fur mon coeur.
*
Je vois le Monde en fon enfance ;
Et les Hommes partout épars
Sans égards & fans confiance
Redouter jufqu'à leurs regards .
Eh ! que vois-je ? un Rocher , un Antre ;
D'épaisses Forêts , dont le centre
Eft la demeure des Mortels ;
L'Animal eſt bien moins farouch ;
Mais l'Amitié vient & les touche
Als courenttous à fes Autels.
*
Quel est donc ce nouveau prodige ,
Qui paroît à mes yeux furpris ?
Quoi ! c'eſt l'Amitié qui dirige
's Humains par elle attendris !
Les Forêts font abandonnées
Les Villes de murs couronnées
Commencent la focieté ;
Des Dieux le culte refpectable ;
Des Loixle pouvoir redoutable
En ont formé la sûreté.
FEVRIER. 1740
Un nouveau spectacle me frapé ,
Les Hommes pénètrent partout ;
'A leurs recherches rien n'échape
1
L'Amitié feule en vient à bout ;
Se communiquant leurs lumieres ,
Ils ne trouvent plus de barrieres ;
Tous les secrets sont découverts ;
Les divers Arts prennent naissance ,
Et la curieuse Science
Enrichit encor l'Univets .
Heureux ! fi l'Homme toujours jufte
Se fût contenté de ce don ,
Mais la Discorde affreuſe , injufte ,
Répandit un fatal poiſon ;
Bientôt la Haine lui fuccede
Au plus fort le plus foible cede ;
Il n'est plus même de pitié ;
La Paix s'enfuit voyant la Guerre ,
L'Interêt regne sur la Terre ,
Et veut en bannir l'Amitié.
*
Parmi ces defordres terribles ;
Déeffe , reconnois tes Droits ;
Chaque siecle a des coeurs sensibles ;
Soumis à tes heureuses Loix .
A ij
194 MERCURE DE FRANCE
Un Mortel rempli de sageffe ,
Desira jadis dans la Grece ,
Que fa Maifon d'amis parfaits-
Fût pleine , quoique fort petite ; ,
Il en trouvá, dont le mérite
Pouvoit répondre à fes fouhaits.
*
On vit dans la même Contrée ,
Plusieurs invincibles Héros ,
Aux Amis , ainsi que Thesée ,
Consacrer leurs nobles travaux.
Ce Héros , la terreur du crime ;
Formidable , heureux , magnanime
Brava la fureur des Enfers ;
Là , son intrepide courage ,
Effrayant le fombre rivage ,
Tira Pirithous des fers.
*
Qu'entends-je ! l'on condamne Oreſte
A fouffrir une injuſte mort ;
Et c'eft Pilade qui proteſte
Que lui feul doit fubir ce fort .
Tous deux pleins d'amitié , d'estime ,
Veulent devenir la victime
Du Deftin qui poursuit l'un d'eux ;
Mais l'Amitié prend leur défenſe ,
FEVRIER.
1740. 1.99
1
Les sauve par reconnoiffance ,
En les voulant perdre tous deux .
x
Ce sont les traits de la Déeffe
Par qui des Mortels génereux
Goûtoient la délectable yvreffe
D'être unis par les plus saints noeuds.
Ce fut dans le siecle de Rhée ,
Que l'Amitié plurs réverée ,
Embraffa l'Univers soumis.
Ah ! que tout a changé de face !
Aujourd'hui dans un court espace
Sont renfermés les vrais Amis .
*
Vous qui fites toujours partie
De ce nombre si respecté ;
Vous dont tous les Faits dans la vie
Ont pour but la fidelité ,
G **** > vous qu'on révere ,
Vous pour qui l'Amité sincere
Reprendroit son premier pouvoir ;
Recevez mon fidele hommage ;
L'Amitié seule en est le gage ;
Qui mieux que vous peut le sçavoir
A iiij
96 MERCURRE DE FANCE
REFLEXIONS d'un Physicien sur la
petite Verole , adressée à M. Morand ,
de l'Académie Royale des Sciences,
le sang rarefié
PRINCIPES , 19 On supose
à un certain dégré , & disposé à se porter
à la tête avec plus d'abondance ou de
vivacité qu'ailleurs , dans un Malade qui a
les accidens d'une fievre inflammatoire aiguë.
Si l'on considere le sang dans cet état ,
il me semble qu'il doit produire des secretions
differentes de celles que le même sang
non rarefié auroit produit dans l'état naturel,
& que cette difference doit être sensible
principalement dans les parties où le sang se
porte avec plus d'abondance. Or , comme
dans le cas suposé le sang se porte à la tête ,
il pourra arriver quelque changement dans
la secretion des esprits animaux , ou , si l'on
prétend qu'il ne se filtre point d'esprits daņs
le cerveau , comme les nerfs sont accompagnés
dans leur propagation d'envelopes
fournies par la dure & la pie - mere , & que
ces membranes ont beaucoup de vaisseaux
sanguins , il arrivera toujours quelque chose
d'extraordinaire dans les vaisseaux des guaines
nerveuses , & par consequent dans le
Corps des nerfs même.
"
FEVRIER . 1740.. 197
2. On sçait que les nerfs sont susceptibles
'de relâchement & de contraction , & qu'ils
communiquent aisément ces deux états aux
parties auxquelles ils se portent. Si la rarefaction
( 1 ) produit déterminément une contraction
dans les nerfs , comme les nerfs se portent
en plus grande quantité aux arteres qu'
aux autres vaiſſeaux , ce qui sembleroit prou
vé l'élafticité des arteres ,
par la disposition
qu'aura le sang de se porter au cerveau , doit
influer principalement sur les arteres
causer un étranglement dans les tuyaux arte
riels.
>
&
3 °. L'étranglement survenu aux tuyaux ar
tériels à l'occafion de l'état contre nature des
nerfs , doit produire son effet bien plus sen
siblement à l'extrémité des artères, que dans
leur tronc , & alors la partie rouge du sang
doit paffer difficilement des arteres capillaires
dans les veines , ou même être arrêtée dans
les capillaires.
·
4°. Le coeur trouvant alors de la résistance:
de la part du sang, qui n'a pû être transmis
avec assés de viteffe , aura des pulsations vives
& redoublées ; en même temps , le sang
se portant avec peine aux extrémités , on y
sentira du froid , tant que durera la résistance
, & les nerfs , gênés de nouveau par «
La preffion des vaiffeaux sanguins engorgés
causeront une sorte de convulsion univer
1
Av selle ,
198 MERCURE DE FRANCE
selle , qui eft peut - être la cause du frisson.
,
5º. Mais à la fin , le sang étant accumule:
vers les extrémités des arteres , & les pulsations
du coeur redoublant les obftaclespourront
être levés , les paffages trop étroits
seront dilatés , le fang paffera avec une rapidité
compensée avec la lenteur ( 3 ) , il se reportera
à toutes les parties du corps , & une
chaleur considerable [ suite naturelle du
mouvement augmenté ] succedera au froid ;
& quoique la cause premiere de la rarefaction
( 1 ) soit suposée inconnue , il eft cependant
vrai que les accidens qu'elle produira ,.
dureront plus ou moins longtemps , felon.
l'abondance ou le caractere particulier de la
amatiere , cause de la rarefaction inflammatoire
, & seront répetés chaque fois qu'elle
produira les effets ( 2. 3. 4. ).
6º. Si la contraction des nerfs qui agit sur
Tes tuyaux arteriels ( 2 ) se trouve telle qu'elle
agiffe auffi avec une certaine force sur les.
vaiffeaux limphatiques , ceux - ci seront contractés
à leur tour , & l'endroit de leur union:
sera forcé de s'élever en pointe , ou bien la
partie rouge du sang sera arrêtée dans les arteres
limphatiques. Dans le premier cas ,
paroîtra des boutons à la surface du corps ;
dans le second , des plaques , comme il y en
aura vraisemblablement sur les parties inté
minures ; & enfin , dans le cas de l'étranglemeng
il
FEVRIER. 1740. `199
ment porté au plus haut degré , les petits
vaiffeaux limphatiques doivent crever , absceder,
supurer, le tout accompagné d'une fievre
de supuration , differente de celle qui a dû
préceder l'éruption .
70. Enfin , tous ces accidens paffés , les
vaiffeaux limphatiques se cicatriseront. S'il y
a un grand nombre de vaiffeaux de la
peau
cicatrisés , les cicatrices nombreuses doivent
les armer contre les effets ( 6 ) de la rarefaction
( 1 ) ; de sorte que , cette même rarefaction
arrivant une autre fois dans le cours de la
vie , elle occafionnera une fievre inflammatoire
, dont les effets ne seront pas
absolument
les mêmes ; si les vaiffeaux limphatiques
, n'ont éprouvé les effets ( 6 ) que foiblement
la premiere fois , & qu'il reſte dans
leurs intervalles des vaiffeaux limphatiques
non cicatrisés , le sang pourra les forcer
une seconde fois , & produire les effets ( 6) .
CONJECTURES tirées des Principes posés.
Cette matiere, cause de la rarefaction ( 1 ) , ne
seroit -elle point l'humeur de la petite verole?
L'arrêt du sang , le froid , & c. (4.5 . ) ne
seroient- ils point les préliminaires de la ficvre
qu'elle produit ?
Les vaiffeaux limphatiques crevés, & c. ( 6),
ne feroient-ils pas les boutons ?
Les cicatrices formées universellement , ne
A-vj, seroient
200 MERCURE DE FRANCE
seroient- ils pas la cause qu'on n'a communé
ment la petite - verole qu'une fois , quand on
l'a euë violemment ?
Consequences. Si cela étoit , il en refulte--
roit , qu'il n'y a rien de mieux pour combattre
efficacement les symptômes formidables
de la petite verole , que la saignée du pied ,
employée promptement & réitérée , pour
empêcher le sang de se porter à la tête ; et l'usage
des purgatifs propres à diminuer le vo-
Jume de la matiere rarefiante , & des remedes
capables de diminuer la rarefaction déja
commencée ..
C'eft en effet à quoi fe réduit toute la
Théorie des plus grands Médecins sur le traitement
de la petite verole , & le dévelopement
des principes exposés, fournit dequoi juftifier
le mot d'un Homme célebre , qui vouloit
disoit- il , accoûtumer la petite verole à la
saignée du pied. Car on a pris mal à propos
pour une Epigramme , une expreffion vive ,,
inspirée par l'entoufiasme des bons principes..
Si l'on croit devoir attribuer quelques
mauvais succès à cette méthode , pourquoi ne
se serviroit-on pas de la facilité que donne
l'inoculation pour la confirmer ou la détruire
par des expériences ? On n'auroit qu'à
inoculer des criminels choifir des gens :
peu près dans les mêmes circonstances ,
aiter les uns par la saignée du pied , les
purga
FEVRIER
201
1746-
purgatifs , les rafraîchiffemens , d'autres sans
saignée & avec des cordiaux .
Ce sont là les deux Syftêmes dominans ,
tous deux sont affés accredités pour partager
même les gens de l'Art ; & des experiences
bien dirigées pourroient donner des lumieres
sur cette maladie . Les Médecins de bonne
foi , avoüent qu'elle les embaraffe tous les
jours , & ils ont interêt d'éclaircir la matiere.
OBJECTIONS ET RE'PONSES . 1 °. Pourquoi
attribuer généralement la cause de la petite ?
verole à une rarefaction interieure dans le sang
pendant que l'on fait qu'elle peut être produite ·
Rar un venin communicatif, puisqu'on la donne
par insertion?
Le cas de l'insertion de la petite verole në
milite point contre l'hypothese de la rare-´
faction suposée ; on voit affés par ce qui a
été expliqué , qu'eû égard aux parties organiques
spécialement attaquées dans la petite
verole,c'eft une maladie de la peau , or il n'eft
pas étonnant qu'elle se communique à la peau,
comme la gale ; & quelque que soit la cause
de la petite verole , ce sera toujours une maladie
dangereuse , parce que l'engorgement
qu'elle produit dans les vaiffeaux capillaires ,,
.
eft extrême .
2º. Pourquoi suposer que les vaiffeaux lym
phatiques capillaires de la peau doivent crever
Plutôt que ceux des autres parties du corps ?
Parce
202 MERCURE DE FRANCE
Parce que ces vaiffeaux , plus près de la
surface exterieure du corps , ont moins d'apui
, & sont par consequent plus aisés à
forcer. Les vaiffeaux du même genre qui
sont en dedans , & qui ne sont pas plus
soûtenus que ceux de la peau , courent le
même danger ; & c'eft pour cela que les inflammations
des tuniques internes de l'oesophage
, de l'eftomach , des boyaux , de la
trachée artere , & c. sont si formidables .
3. Pourquoi vouloir donner de l'autorité à
une méthode , qui semble contrarier la nature
puisqu'elle tend à diminuer la rarefaction , &*
par consequent arrêter, ou au moins à dimi
nuer l'éruption , qui en eft la crise salutaire.
Parce que cette rarefaction a communé
ment un excès capable de tuer le corps le
mieux constitué , & que , dans le cas de la
rarefaction outrée , tout ce qui l'entretient
& favorise l'éruption , augmente le danger ,
& contredit l'indication curative.
En vain citera- t- on des exemples de pra
tique contre cette méthode , il y en a tout
au moins autant à citer en sa faveur . Au
surplus , une chose de cette importance mériteroit
bien d'être aprofondie; elle eft digne
de toute l'attention de nos Efculapes.
Ces idées , Monfieur , sont le fruit d'une
Physique oisive , mais bien intentionnée.
Vous m'avez entretenu dans le goût de raifonnerFEVRIER.
1740
20
fonner Anatomie ; c'eft aufli à vous que j'àdreffe
mes réflexions , dont vous ferez l'usage
que vous croirez convenable.
Je fuis , &c.
A M. DAQUIN ,
Organiſte du Roy.
EPITRE sur les mêmes Rimes de la Piéce qui
a paru dans le premier Volume du Mercure
de Decembre dernier.
HEros Eros le plus parfait de la belle
Dont le nom retentit jusqu'aux Valons
Pourrai-je célebrer le fertile
Qui t'éleve , Daquin , aux suprêmes
harmonie,
sacrés ,
génie ,
dégrés
Les magnifiques traits que ton Art fait
En charmant tout Paris , en ravissant la
Excitent dans les coeurs pour le Dieu qu'on
Les transports les plus vifs du plus fervent
Tu pourfuis à grands pas con illuftre
Aucun chemin pour toi ne paroît
Conftament éclairé d'une sûre
Tes détours inconnus n'ont rien de
éclore
Cour ,
adore, ›
amoure
carriere ;
épineux
lumiere ,
ténébreuxs
204 MERCURE DE FRANCE
A tes premiers débuts ( juigeant sur l' aparence
D'abord on diftingua ce talent
rélevé
Qui , bientôt soûtenu de toute la Science ;
A fait en toi connoître un modele achevé.
Il n'apartient qu'à toi d'exprimer le
Les plus rares morceaux ne fçauroient te
Plus le docte jaloux à te fuivre s'
Plus ses efforts font vains pour te re présenter.
Sublime
coûter ·
anime,
Quand tu fais d'un Duo briller les´ batteries ,
Tu fçais tout varier avec tant d' agrement ,
Que le divin Marchand , dans ses riches faillies ,
Ne nous causa jamais plus de raviſſement,
conduite
Ton fçavoir étonnant , par fa noble
Touche , surprend , inftruit les plus fins Auditeurs ,
On ne voit qu'en toi feul ce grand , ce vrai · mérite, ›
Dont le prix eft connu de peu d Admirateurs.
Omne datum optimum , & omne donum
perfectum defurfum eft.
:
LET
FEVRIER. 17407 205
LETTRE de M. P... à M. D....7
de l'Académie Royale des Sciences.
V
Ous m'engagez , M. mon cher Cou
sin , à vous donner un crayon de l'état
& du progrès de mes Etudes Litteraires ;
n'est- ce pas- là véritablement
me prier de
mon deshonneur ? Je suis trop peu content
de moi- même, pour n'avoir pas certaine répugnance
à vous satisfaire sur ce point ; cependant
quelque raison qu'ait mon amour
propre de garder le tacet , vos ordres étart
des Loix pour moi , j'y souscris aveuglément.'-
Ecoutez bien , fai toussé , je commence.
Enfant gâte de la Nature
Je goûte une volupté pure , -
Je trouve un plaisir des plus doux ,.
A voltiger dans ma lecture.
Vrai Papillon dans tous mes goûts ,
Je le suis en Littérature .
A l'âge heureux de puberté ,
Ayant seize ans encore à peine
Mon imagination vaine ,
Ne trouvoit dé félicité
Qu'à se repaître avec avidité
De quelque amoureuse fredaine ,
Froics
06 MERCURE DE FRANCE
Fruit d'une folle & jeune veine ,
Où d'un Romancier empesté ;
Bien- tôt Cyrus , Cléopatre , Clélie
Furent dévorés brusquement ;
Je nageois dans mon Elément ,
Aussi, tout, indistinctement ,
M'y paroissoit sel & saillie ;
Quel étoit mon aveuglement ?
Ciel ! j'employois honteusement
Les jours les plus beaux de ma'vie ;
A dépraver mon jugement.
Revenu de cette folie ,
Que je nominois amusement
Les Jeux de l'aimable Thalie ,
M'occuperent uniquement ;
Cent fois les Regnards , les Molieres ?
( Ces Dramatiques si charmans )
M'ont fait percer des nuits entieres
Qui me paroissoient des momens.
Le Démon de la Poësie
Vint après troubler mon cerveau ş
Je ne sçais quelle frenesie ,
Me fit gravir sur le double Coupeau
Jours fortunés , jours de délices !
Ma Muse en ce temps sans caprices ,
N'étoit jamais sans fruit nouveau .
Flaté du bonheur de mon être ,
C
FEVRIER:
20% 1740
Je ne visois qu'à me faire estimer ,
Je chantois Bacchus sans l'aimer ,
Et Cupidon sans le connoître .
Devenu sagement épris
Des graces de notre langage ,
Je mis mon style à l'afinage ,
En le formant sur les Ecrits
D'un Vaugelas & d'un Ménage ;
Je rougissois d'être à cet âge
Presque étranger en mon Pays ;
Aussi- tôt mon goût pour l'Histoire
Se déclara notablement ,
Mais quel fut mon étonnement !
J'y vis mille Nérons d'odieuse mémoire ;
Et rien qu'un Titus seulement.
Découragé par cette trifte découverte , je
me rabatis sur la Philosophie moderne ; je la
quittai bien-tôt pour l'Art Héraldique , où
je me suis vû affés ferré pour oser m'y dire
imperturbable
; l'étude de l'Antiquité, que je
n'avois fait, pour ainsi -dire, qu'effleurer dans
mes Humanités , devint ensuite une fureurpour
moi ; je ne couchois plus qu'avec Ciceron
, Virgile , Horace , Terence , Plutarque,
Tacite, & c. Le tour de l'Anatomie vint
après ; maintenant c'est celui de la Musique;
peut - être ce goût qui domine aujourd'hui.
chés moi, aura- t'il demain un succeffeur.
›
No
88 MERCURE DE FRANCE
Ne remarquez-vous pas une plaisante bigarure
dans mes Etudes Litteraires , M. mon
cher Cousin ? Ce peu d'ordre ne doit cependant
être imputé qu'au malheur de n'être pas
tombé sous la coupe de quelque Socrate ha-
Bile , qui eût pû tirer meilleur parti de mon
foible génie , je puis dire mêtre fait moi- même
ce que je suis : il eft rare de trouver en
Province des Personnes en état & dans le
goût de faire les Pédagogues.
J'aurois été trop heureux , mon cher Cou
sin , si le sort m'avoit un peu plus aproché
'de vous , Fuisses mihi magnus Apollo , j'aurois
profité de ce gracieux voisinage avec un
plaisir indicible; vous l'auriez reconnu à mon
empreffement à vous cultiver.
Adieu , M. mon cher Cousin , on ne peut
rien ajoûter aux sentimens d'eftime, d'attache
ment & de respect avec lesquels je ferai tou
jours gloire de m'avouer votre , &c.
LA
FEVRIER. 1740. 209
LA MUSE SUISSE
A LA MUSE ALLEMANDE , .ள்
A un jeune Comte Allemand , de l'Académia
Royale de ***
Honneur futur des Plages Germaniques ,
Er désespoir des Muses Helvétiques ;
Vous qui joignez le sel à l'enjoüement ,
La candeur à la politesse ,
La justesse du sens à la délicatesse ,
>
Et l'esprit d'un François au coeur d'un Allemand ;
Par quel heureux secret avez- vous sur vos traces
Enchaîné la Troupe des Graces ,
Sur tout dans le Pays des froids Grammairiens
Où fourmillent les graves riens ,
Ou regne , avec l'effroi , la gravité pédante
L'uniformité dégoutante ,
Le sublime ennuyeux , le langage toisé
Et l'agrément symetrisé ?
A ce ris fin , à ces vives lumieres , .
A ces façons , nobles sans être fieres ,
Les Graces , qui , sans doute , en ce Pays perdu
Pour Prince vous ont reconnu >
Auront voulu vous servir de cortege ,.
10 MERCURE DE FRANCE
Et j'aprouve fort leur dessein.
Qui peut mieux vous sauver des ennuis du College
De- là vient que par tout cet obligeant Essain
Se montre à vous suivre fidelle ,
Et paroît vous traiter dans l'ardeur de son zele,
En François plutôt qu'en Germain.
Après cela , comblé de leurs caresses ,
Doit-il vous paroître étonnant ,
Que votre main pleine d'adresses
Prenne les coeurs en badinant ?
Mais n'abusez - vous point de votre privilege ,
Traînant ainsi les Graces au College ?
Qui jamais , avant vous , en avoit fait autant
Soyez un peu plus complaisant ;
Si leur Troupe vous accompagne
Dans un séjour si peu rempli d'apas ;
Non , je ne desespere pas
Qu'elle n'aille avec vous au fond de l'Allemagne
Ce seroit un tour bien cruel
Que vous joueriez à notre France.
Chaque François , pour en tirer vengeance .
Vous apelleroit en duel ;
Et qui pourroit répondre de la chance a
Peut-être direz-vous qu'ils ne vous font pas peur;
Mais dans la vie il faut un peu de prévoyance ;
Croyez-moi , prenez bien vos mesures d'avance ,
Et , crainte de quelque malheur,
Casser
FEVRIER. 1749 215
Cassez-moi les Graces aux gages ,
Vous en serez aprouvé de Gens sages ,
Et n'en aurez pas moins de coeur ,
En vous gardant pour l'Empereur
Qu'en allant sottement trancher avec la lame
Une querelle d'Allemand ,
Et pour un brave entêtement ,
Perdre à la fois le corps & l'ame.
Prince charmant , des Graces le mignon ,
Qu'en pensez -vous ? L'avis n'est- il pas bọng
Défaites vous donc de ces Graces
Qui pourroient vous porter maiheur.
Au lieu de leur ton enchanteur ,
Prenez le grave ton qui regne dans les Classes
Vous en serez bien moins joli ,
Bien moins riant , bien moins poli ;
Mais étant d'un tel caractere ,
Avec nos François turbulens ,
Vous ne vous ferez point d'affaire ,
Et vous en pourrez bien mieux plaire
Aux Suisses , comme aux Allemands .
D. F.
LA MUSE ALLEMANDE
A LA MUSE SUISSE
Usqu'ici , j'avois mis , excusez , je vous prie ;
Dans la même cathégorie ,
Les
12 MERCURE DE FRANCE
2
Les Suisses & les Allemans ;
Mais j'ai , grace à vos soins , changé de sentimens
Quelle étoit mon erreur ? à la Muse Helvetique
J'ai crû de la sincerité,
Voire en aurois juré , si besoin eût été ;
Mais le portrait peu véridique,
Qu'en Vers Galans venez deme tracer ,
Entierement vient me desabuser,
La Troupe obligeante des Graces ,
Que vous avez fort galamment
De votre Cabinet envoyé sur les traces
De qui ? D'un Allemand ,
Fait certe un contraste plaisant.
Trop bien je suis méconnoissable.
Ces traits d'un délicat pinceau ,
Sont tirés de votre Tableau ,
Pour rendre le mien plus aimable.
Dans un captieux compliment ,
Vous m'envoyez une pilule ,
Que vous croyez aparemment
Me faire avaler sans scrupule.
Détrompez-vous ; sans me parer ici
D'une orgueilleuse modestie ,
J'avouerai pourtant aujourd'hui
Que je ne vis onc de ma vie
De Graces sur mes pas.
}
Si vous me connoissez , vous ne l'ignorez pas ;
ES
FEVRIER.
211 1740.
It dois je après cela craindre la jalousie
De tous nos François turbulens
Vous sçavez que des Allemans
Jamais ils ne se sont fait craindre ,
Bien moins encor en telle occasion ;
Toujours avons ignoré l'art de feindre ,
Et ce ne fut jamais l'ambition 1
D'un coeur moins poli que sincere.
Si leur maligne urbanité ,
S'achette au prix de la sincerité ,
Dès-lors nous ne voulons point plaire ,
C'est acheter trop cher pareille qualité .
海
D. S.
11. LETTRE contenant la suite des abus
introduits dans la Typographie , & la suite
des avis néceffaires pour s'en préserver.
15°. B Eaucoup de Parens , Monsieur , demandent
comment le Maître , en
dictant des mots à l'Enfant , pourra lui faire
comprendre le choix des lettres équivoques.
On répond à cela que chaque lettre a double
valeur , a sa double dénomination , on connoît
facilement cela ; mais il refte encore une
équivoque sur les sons apellés de même , &
B écrits
214 MERCURE DE FRANCE
écrits differemment ; et pour lors on dit à
l'Enfant que le son est composé de deux ou de
trois lettres , et on lui fait voir de quelles lettres
; par exemple le mot fçavoir, commence
par seca,mais le mot science commence par un
seci ; et si l'Enfant mettoit un c, au lieu d'une
on lui diroit , qu'il faut un ceze, et non
un ceka , langage qu'il comprend à merveille .
La méthode du Bureau ne renonce pas au secours
de l'usage , mais elle tâche de l'éclairer, et
de le rectifier autant qu'elle peut. On ne trouvera
jamais une méthode sans inconveniens ;
la meilleure sera celle qui en aura le moins .
16°. Les Maîtres de la Méthode vulgaire
sont si esclaves de leurs préjugés , qu'il leur
en coûte plus qu'aux autres pour acquerir les
connoissances élémentaires , & la marche
de la Typographie . Tout est bien selon eux,
pourvû que l'Enfant ne fasse point de solecisme
, & qu'il aprenne du Latin , &c. On
néglige la posture , la contenance , l'écriture)
de l'Enfant ; nulle ortographe Françoise ,
nulle ponctuation , nulle propreté , nul ordre
dans les cahiers , nulle idée des nombres
& de la societé civile , &c. Or comme il y
à , s'il est permis de le dire , des bêtes en
Latin & en toutes Langues , les Maîtres
Typographes sont priés d'y faire un peu
plus d'atenttion , & de ne pas regarder indiferemment
l'ordre que l'on fait observer , de
,
mettre
FEVRIER. 1740 215
3
mettre chaque mot noir François , sous son
mot rouge Latin, &c . Cet ordre est d'autant
plus nécessaire, qu'outre la facilité pour l'explication
mot à mot , il y a bien des occasions
où l'on ne met en Latin que la simple
terminaison sous le mot François , comme
la terminaison rouge , & Latine a , sour l'e
du mot lune , &c. qu'on fait lire tout au long
June luna , quoiqu'il n'y ait en Latin que la
terminaison a.
17°. Le plus difficile à trouver dans les
Maîtres , c'est l'esprit , l'intelligence & la șagacité.
La plupart ont besoin de dix Leçons
differentes pour dix exemples differens , au
lieu que souvent une leçon suffit à l'homme
intelligent. Un principe de Typographie.bien
simple, demande que chaque son simple soit
exprimé & rendu aux yeux avec une seule
carte. Le mot chou , par exemple , n'exige
que deux cartes , sçavoir , celle de ch, & celi
le d'on. Cependant beaucoup de Maîtres peu
exacts,tolerent ce mot en trois ou quatre cartes
; cc''eesstt pour lors suivre la Méthode vulgaire
par lettres , au lieu de suivre celle des
sons. On doit distinguer le jugement de l'oreille
& celui des yeux , on ne sçauroit trop
insister là- dessus , c'est , pour ainsi dire , la
base & le fondement de la bonne Typographie
, qui s'accommode fort des esprits Méthodiques
& Philosophiques , dignes des
meilleurs Parens. Bij 18°
18 MERCURE DE FRANCE
18°. L'exercice de la dictée prouve l'avan
tage réel qu'il y a de commencer par l'Ortographe
invariable de l'oreille , plutôt que par
l'Ortographe variable des Lettres indéterminées
, ou mal nommées . On voit plusieurs
Enfans Typographes de 3. à 4. ans qui vous
disent tous les sons des mots qu'on leur a
articulés, pendant que des Enfans de dix ans ,
Instruits par la Méthode ordinaire , ne peuvent
dire ni les lettres , ni les sons des mots
qu'on leur
prononce. L'Enfant Typographe
est un écho , & l'écho est le miroir de l'oreille
, qui conduit la langue & qui facilite
aux yeux , & à la mémoire la pratique des
signes ou des lettres.On ne doit donc pas négliger
de dicter des mots aux Enfans Typo
graphes , c'est la plus belle & la plus admirable
opération de l'Enfant. On en trouve
au- dessous de trois ans, qui sans connoître les
lettres ou les signes de l'Alphabeth , sentent
& disent les lettres où les sons qu'il faut aux
mots qu'on leur articule ; il est vrai qu'ils ont
été exercés d'oreille & par coeur, & c'est ensuite
un plaisir pour eux d'aprendre les lettres
par les yeux .
redire aux
19º. On ne sçauroit
sçauroit donc trop
Maîtres , & même aux Parens , , que l'Ortographe
des sons ou de l'oreille doit préceder
I'Orographe des lettres ou des yeux ; un Paysan
, qui ne connoît pas une lettre , entend
tes
FEVRIER. 1740 217
•
Jes sons de la langue , un Enfant est de même ;
on a parlé avant que d'écrire , donc l'Ortographe
des sons ou de l'oreille doit précéder
celle des yeux . La Méthode des sons est si
commode, qu'on peut en donner leçon à un
aveugle, & à un petit Enfant avant qu'il conhoisse
les lettres ; c'est donc un abus de vou
loir faire commencer l'Enfant par l'Ortographe
des lettres ou des yeux , plus tôt que
par celle des sons. L'Ortographe des lettres
ou des yeux est artificielle , trop bizare &
trop difficile pour le petit Enfant qui com →
mence, au lieu que l'Ortographe des sons est
invariable & naturelle. Il est étonnant de
trouver dans le Pays Latin tant de gens incapables
de comprendre la verité de cette proposition
. On est bien à plaindre , si pour apren
dre une Langue morte , il en coûte une partie
de son intelligence & du raisonnement
si nécessaire dans la societé.
20°. Quand on commence un Enfant , on
néglige de faire choix des mots pris sur les
objets sensibles qui l'environnent , sur les
noms propres de ceux de la maison , & sur
les qualités bonnes ou mauvaises de l'Enfant,'
pour le louer ou le blâmer , selon ce qu'il
dit & ce qu'il fait de bien ou de mat depuis
fe matin jusqu'au soir. On ne met pas assés à
profit ces trois classes de mots. Exemple ,
manchon , Guillaume , badin , gourmand, &c.
Bij Un
218 MERCURE DE FRANCE
Un Maître indifferent donne sans refléxion
& sans choix , les premiers mots qui lui passent
dans l'esprit , & souvent même il a peine
à en trouver sur le champ pour tous les
sons de la Langue . C'est faute de saisir l'esprit
du Systême Typographique , qu'on ne
pratique pas l'ordre des Classes proposées
dans la Bibliotheque des Enfans , in-4° . Et
pourquoi ne saisit- on pas cet esprit & cet
ordre ? C'est par ignorance ou indifference ,
& bien souvent sans que les Parens s'en aperçoivent
; grand malheur pour les Enfans !
21°. Les Bureaux qui ont la garniture à la
marge gauche des cartes , ont aussi trois capitales
de tout l'Alphabeth à la marge droite,
& la plupart des Maîtres , par ignorance ou
indifference , employent les unes pour les autres
, ce qui n'est pas bien ; les capitales à la
marge droite ne doivent servir dans ces Bureaux
qu'à la tête des mots où l'on veut une
capitale , quoique le mot soit écrit sur la
carte avec une petite lettre ; par exemple
s'il falloit une lettre capitale au mot roi, l'Enfant
couvriroit la petite r avec une R. capitale
ce qu'il ne pourroit faire aussi exactement , si
la lettre R'étoit à la marge gauche , il y auroit
un espace dureste de la carte. Ces differentes
observations font plaisir à un Enfant
pendant que des Maîtres peu exacts , regrettent
le temps qu'on y employe ; ils ne sont
>
pas
FEVRIER. 1740. 219
pas plutôt entrés dans une maison , qu'ils se
disposent à passer dans une autre. Les Parens
s'en plaignent avec raison , sur tout lorsque
l'honoraire est raisonnable & proportionné
au temps & à la peine.
22°. Un abus considérable chés les
grands Seigneurs , plutôt que chés les Bourgeois
, c'est d'employer dans le même moť
des lettres rouges , des lettres noires & des
capitales , quoique cette varieté monstrueuse
puisse rendre un Enfant plus ferme dans la
lecture ; il ne faut pas avoir cette complai
sance mal entendue. Il faut au contraire
accoûtumer l'Enfant dès le premier jour à
F'ordre qui demande llee rouge pour le Latin ,
& le noir pour le François , lui faire goûter
cette propreté , cette varieté mieux entenduë
& plus utile ; le tout dépend de la bonne habitude.
›
J'ai toujours trouvé de la docilité dans les
Enfans sur l'ordre proposé , ils ne sont revêches
& obstinés , qu'après qu'on leur a
laissé prendre de mauvaises habitudes. Chacun
le sçait , pourquoi donc être indifferent
sur cet article là ?
23°. Beaucoup de Parens, esclaves de la Méthode
vulgaire à certains égards , ont garni
leurs Bureaux avec de trop petits caracteres ;
ils ont voulu imiter ceux des Livres, afin que
L'Enfant y lût plû- tôt , il y a'des Maîtres qui
Bij se
220 MERCURE DE FRANCE
se sont prêtés à cela ; mais les uns & les au
tres n'en ont pas mieux fait . Plus les caracteres
de cuivre sont petits , & moins ils sont parfaits,
les tenons en sont trop marqués , PEnfant
se baisse trop sur la table du Bureau , il
peine davantage , il est exposé au dégoût ; les
autres personnes ne peuvent pas être si facilement
témoins , & juger du travail & des
progrès de l'enfant. On peut dans la suite.
avoir des mots en petit caractere , mais au
commencement il faut un caractere plus gros
que celui des Livres ; d'ailleurs il est plus ai
sé de garnir un Bureau avec un gros caractere
, qu'avec un petit. Il ne faut pas se prêter
si facilement à l'impatience des Parens , qui
ayant apris à lire avec des Livres & par la
Méthode vulgaire , craignent toujours que
les Enfans du Bureau ne sçachent lire que
sur des cartes ; il est difficile d'éclairer des
gens qui ne veulent pas voir ; quelques siécles
d'expériences rendront les hommes plus
raisonnables là - dessus.
24°. Le commun des Maîtres , à l'ouver
ture d'un Bureau , est plus étonné que l'Enfant
curieux , qui demande à chaque instant
qu'est cela , & cela ? Les Maîtres , trop pleins
de leur petit sçavoir , s'imaginent qu'ils se →
ront bien-tôt au fait , ils croyent posseder le
Systême , & on en trouve , qui ne faisant
usage que d'une partie du Bureau , abandonnent:
FEVRIER. * 1740 % 22.1
Ment les trois quarts des logettes ; la poussiere
des cartes décele leur negligence , ou leur
ignorance . Il faut donc faire la revûë de
toutes les logettes , & mettre un Enfant en
état de dire à quoi servent les especes des lo
gettes qu'il doit aprendre avec ordre . Si l'on
vouloit mettre à profit tout ce qui est dans les
logettes d'un Bureau , les Enfans feroient un
petit Cours de Litterature en aprenant à lire.
L'esprit refléchissant comprendra facilement
cette vérité .
25° . J'ai trouvé des Maîtres si peu instruits
, qu'a peine faisoient- ils usage de l'apostrophe
, qu'ils apelloient virgule. Nonseulement
on doit être exact à observer les
apostrophes, mais il faut montrer aux Enfanssur
quelles voyelles on met les apostrophes,'
& pourquoi, au lieu de laisser sur la table du
Bureau le home, la ame , si ib , on couvre d'u
ne apostrophe ces trois voyelles e , a , i , ce
qu'on apelle élision . Pour lors l'Enfant
quand même il liroit dans un Livre , imaginera
une voyelle au- delà de Papostrophe.
Que penser de ceux qui s'imaginent que la
Méthode du Bureau Typographique , n'est
qu'une méchanique & une routine sans principes
? La nouvelle Méthode va toujours le
flambeau à la main , pendant que l'ancienne
reste dans les ténebres.La démonstration de ce
Fait sera complette , si l'on veut bien mettre:
Bv. vis
222 MERCURE DE FRANCE
> vis- à- vis d'un Bureau , l'Enfant & le Maître :
de la Méthode vulgaire , après avoir fait
ler celui du Bureau,
par-
26°. L'ignorance de la plupart des Maîtres
en fait d'Ortographe , leur fait négliger l'usage
de la ponctuation & la pratique des signes
nécessaires dans les écritures , & dans les Livres.
On s'imagine qu'il est inutile de s'arrêter
à de si petites choses , c'est ainsi que raisonne
la Méthode vulgaire , on est douze à
quinze ans dans les Ecoles , sans aprendre l'usage
de ces minuties. Le Bureau Typographique
a des logettes exprès pour la ponctua
tion & pour les signes ; c'est donc aux Maîtres
à s'en servir & à ne pas confondre la virgule
avec l'apostrophe , ni le crochet avec la
parenthese , &c. La plupart des choses ne
sont en détail que des minuties , mais la totalité
& l'ensemble de ces petites choses , en
font une grande.
L'ignorance est ingénieuse à demander
comme les petits Enfans , qu'est cela ? à quoi
sert cela ? J'en trouve même , qui méprisent
toutes les connoissances qui ne font pas gagner
de l'argent. Par bonheur pour la reponse,
les Maîtres de la bonne Typographie en
gagnent à Paris & ailleurs .
J'ai l'honneur d'être , & c.
RE
FEVRIER. 223 1740 .
܀܀*********************
REPONSE à la Prédiction insérée dans le
second Volume du Mercure de Decembre
1739. par une Muse anonyme .
Votre Almanach eft trop joli :
Mais pourquoi garder l'anonyme ?
Eft-ce pour faire paroli
A celui dont l'efprit aujourd'hui vous anime ?
. Comme Noftradamus , à l'étude attaché
Dans quelque soûterrain demeurez - vous caché ?
Croyez , Monfieur , Madame , ou bien Mademoi
selle ,
Puisque j'ignore enfin d'où part le compliment ,
>
Que si c'étoit affés pour un remerciment ,
De la reconnoiffance & d'un sincere zele ,
De votre Oracle , en ce moment
Vous verriez l'accompliffement ;
En Vers auffi bons que les vôtres
Je vous répondrois promptement ;
Mais je vois malheureusement
Que vous mentez comme les autres.
Les faiseurs d'Almanachs disent vrai rarement ,
Ce sont équivoques Apôtres
Qu'on ne croit pas sur leur serment.
En ceci néanmoins j'ai tort assûrément ;
Qui ; quoique toute Prophetie
B vi
N
224 MERCURE DE FRANCE
Ne soit pas une minutie ,
Ni chose facile à remplir ,
Duffiez-vous me prédire un excellent Volume ;
Je serois sûr de l'accomplir ,
Si vous me prêtiez votre plume .
****************
NOUVELLE INSTRUCTION au sujet
des Remedes de la Dlle Stephens ,
contre la PIERRE .
Ans les choses utiles & importantes au
DPublic , on ne sçauroit se charger de
trop d'inftruction ; c'eft dans cet esprit que
dans le second Volume du Mercure de Juin
dernier , nous avons donné la Recette des
Remedes de la Dlle Stephens , pour guerir
la Pierre & la Gravelle & c .: telle qu'après.
avoir été publiée à Londres en Anglois , elle
a été traduite en François par M. de Bremond
, de l'Académie Royale des Sciences ;
& que dans le Mercure de Juillet suivant
nous avons publié une Lettre importante fur
le même fujet. En continuant notre attention
pour le bien public , nous avons crû
devoir encore imprimer un Ecrit Latin qui
vient de nous être communiqué , lequel consient
une. Inftruction particuliere & beaucoup
>
FEVRIER. 1-7407 225
coup plus complette , que tout ce qui a parû
jusqu'à présent sur le même Remede. Cet
Ecrit a d'abord parû en Anglois , mais M.
David Hartley , célebre Médecin de Londres
,le même dont il eſt parlé dans lå Lettre
du Mercure de Juillet , a pris la peine de le
traduire en Latin ,, avec toute l'exactitude &
la clarté dont il eft capable , & de l'envoyer à
M. Cantwel , Médecin Anglois de réputation
, qui eft actuellement à Paris , & de qui
nous le tenons. L'Ecrit eft accompagné d'une
Lettre de M. Hartley , que nous nous
faisons auffi un devoir de publier de la même
maniere ..
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
par M. Cantwel , Docteur en Médecine
de la Faculté de Montpellier &c.
Plusieurs Médecins ,,M , m'ayant demai
dé une Copie d'une Lettre latine , qu'un des
Commiffaires nommés par le Parlement d'Artgleterre
, pour l'Examen des Remedes de
Mlle Stephens , m'a écrite sur la composition
& la méthode de les donner ; je crois
que ce sera rendre service au Public , que de
l'inserer tout au long dans votre Mercure
avec le détail du succès de ces Remedes à
Londres , depuis que le Parlement en a fait
Pacquifition. Je suis votre très - humble &
ès-obéiffant serviteur Cantwel. M. D.-
LET
226 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M. Hartley , Médecin à Lon
dres , & un des Commiffaires nommés
par le Parlement d'Angleterre , pour l'Examen
des Remedes de Mlle Stephens ,
à M. Cantwel Docteur en Médecine de la
Faculté de Montpellier , de la Societé
Royale de Londres , Médecin de l'Ambaffade
d'Angleterre en France , commis
par M. le Premier Médecin de Sa Majefté
, pour l'adminiſtration de ces Remedes
à Paris.
Notitia plena Remediorum à me Joanna Stephens
exhibitorum in Calculo & Nephritide :
itemque Descriptio particularis methodi mea
eadem parandi & exhibendi.
Remedia mea sunt Pulvis , Decoctum &
Pilulæ.
Pulvis conftat ex ovorum teftis & limacibus
atrisque calcinatis.
Decoctum paratur in aquâ, coquendo Her
bas quasdam unà cum pila confecta è sapone ,
coronopo Ruellii ad nigritiem exufto & melle.
Pilulæ conftant è limacibus calcinatis , seminibus
dauci , bardana , seminibus fraxini cum
folliculis membranaceis , baccis fpine albe , capitibus
rosa sylveftris , omnibus ad nigritiem
axustis , sapone & melle.
Pulvis paratur modo sequenti .
Sume teftas ovorum gallinaceorum , albuminibus
FEVRIER. 1740 227
·
que
nibus probe vacuatis , ficcas & mundas , manu
comminue , illifque leviter imple crucibulum
duodecima magnitudinis , b: e : quod continet
tres fermè pintas. Immitte hoc foco , tegulâque
operi , dein fuperimpone carbones , utfit undicircumdatum
ignique vehementi & lucido ;
donec tefte redigantur in calcem , coloris albi
ad griseum vergentis , faporis vero acris &•
falini. Huic perficiendo requiruntur hora ad
minimum octo. Teftas fic calcinatas conjice in
ollam fictilem mundam , quartâ fui parte vaeuam
, ut locus fit intumefcentia teftarum fe fe
remittentium . Stet hac olla in conclavificco
per duos menfes , sed non ultra. Hoc fpatio
acquirent tefta faporem mitiorem , & earum
pars illa que fatis calcinata fuerit , concidet in
pulverem adeò tenuem , ut transmitti poffit per
cribrum vulgare , è crinibus equinis confectum.
Quod ideo faciendum .
Pari modo fume limaces hortenses cum teftis, à
terrenisimpuritatibus mundatas, illifque integris
imple crucibulum ejufdem magnitudinis ; operi,
focoque immitte ficut supra, donec non amplius
emittant fumum,quodfiet unius horæ circiterfpatio.
Cave vero ne poft hoc igni exponantur. Tum
è crucibulo effunde in mortarium, ibidemque redigefine
mora in pulverem tenuem ; cujus color´
erit quidem griseus , fed ad nigrum, quàm pro .
ximè accedens , fi operatio rite peracta fuerit.
Notandum, quod fi carbones fofiles usurpentur
228 MERCURE DE FRANCE
tur , præftabit tegulis crucibula operientibus fu
perimponere semiustos quam crudos , fic enim
ignis citius evadet lucidus in summitate.
Histaliratione paratis, ſume pulverem teſtarúm
ovorum, in sex crucibulis calcinatum , limacum
in uno , misce , contere in mortario , & trajice
per cribrum tenuiffimum sindonaceum. Hac
mixtura ftatim immittenda eft lagenis vitreis ,
firmiter obturatis , & in usum reponenda in loco
ficco. Solita sum, ut plurimum, adjicere parvam
quantitatem Coronopi Ruellii, ad nigriiem exufti
& pulverizati ; sed hoc factumfuit solummodo
, ut Pulverem celarem.
Tefta ovorum calcinari poffunt quavis anni
tempeftate ; satius eft tamen hoc fieri per Eftatem.
Limaces calcinandi sunt Maio , Junio ,
Julio , & Augufto solis. Illam quinetiam limacum
calcem maximi facio , que fit mense
Maio.
Decoctum paratur modo sequenti.
Sume uncias quatuor ( averdupois ) cum
semiffe saponis Alicantici optimis contunde in
mortario addendo cochleare majus Coronopi
Ruellii ad nigritiem exufti , mellis vero quantumfatis
eft , ad confiftentiampasta toti maffe
elargiendam. Fiat Pila.
Sume hanc Pilam , chamameli viridis , vel
florum ejusdem , herbarum foeniculi dulcis ,
petroselini, foliorum bardane ana unciam unam.
Deficientibus herbis , sume parem quantitatem
radicum
FEVRIER: 1740. 229
radicum. Incidantur herba vel radices , item-
جیرت
que Pila , & coquantur omnia in
aque mollis
( hoc eft ad lintea lavanda aptioris ) libris
quatuor per semihoram. Coletur Decoctum &
edulcoretur melle.
Pilulæ parantur modo sequenti.
Sume mensuras aquales limacum calcinatorum
ut supra , seminum dauci , seminum bardana
, seminumfraxini cum folliculis membranaceis
, baccarum ſpine alba , capitum rose
sylveftris , omnium ad nigritiem exuftorum , vel
quod eodem recidit , donec non amplius emittant
fumum , mifce , contere in mortario , & trajice
per cribrum tenuiffimum sindonaceum. Deiz
sume mixtura bujus cochleare majus , saponis
Alicantici optimi uncias quatuor , & contunde
fimul in mortario , addendo mellis quantum fa- *
tis eft ad confiftentiam pilulis debitam. Fian
denique Pilula numero sexaginta è quâvis maſſa
totius unciâ.
Methodus hæcce Remedia exhibendi.
In Calculo renum aut vefice , Pulvis sumen-
'dus eft ter quotidiè , scilicet mane poft jentacu
Tum , hora quinta vel sexta pomeridianâ , &
bora decubitus. Dofis pro fingulis vicibus eft
drachma una averdupois , h : e : grana quinquaginta
sex , que miscenda eft cum vini albi,
pomacei , vel liquoris Anglicè dicti Punch sed
tenuioris , cochlearibus quatuor. Sumenda eft
etiam
30 MERCURE DE FRANCE
etiam Decocti semi - libra ftatim poft fingulas
doses Pulveris , eaque vel tepefacta vel non, pro
libitu.
Accidit sæpenumero multum doloris ab his
remediis excitari per aliquod tempus in initio.
Hoc in casu anodynum exhibendum eft, pro
re natâ repetendum.
Si ager dum his utitur ,fit alvo aftrictâ , capiat
Electuarii lenitivi , vel alterius cujusvis
medicamenti laxantis , quantum satis eft ad
illam solvendam , nec amplius . Etenim cavendum
eft imprimis ab alvo liquidâ , per quam'
utique remedia foras ejicerentur fine fructu.
Quod fi hac fupervenerit nih lominus
genda eft quantitas Pulveris qui aftringit ,
minuenda quantitas Decocti quod laxat , vel
denique utendum aliis remediis appropriatisMedici
confilio.
> aut
vel
Agro hac remedia affumenti abftinendum
eft à carnibus fale conditis , vino rubro &
bacte. Parum etiam liquidi cujusvis hauriendum
temperandumque à motu corporis ;
adeo ut vis remediorum minori urine quantitati
fortius imprimatur , ipsaque urina diutius in
veficâ detineri poffit ob quiztem.
,
Si agri ftomachus Decoctum non commodè
ferat , pile unius pars fexta affumenda eft fub
forma pilularum poft fingulas doses Pulveris.
Agro exiftente atatis provecta , valetudinis
infirmioris per se , aut multum debilitate per
longam
FEVRIER . 1740. 237
Fongam inediam vel dolores , limaces calcinati
debent ingredi Pulverem , majori ratione quàm
supra ordinatum eft . Et hac ratio augeri poteft,
poftulante id rerumftatu , ufque dum teftarum
& limacum partes fint aquales. Quantitas autem
tum Pulveris tum Decocti minui poteſt ob
eafdem causas. Attamen ingredientium rationibus
, ut & quantitatibus suprà præscriptis denuò
infiftendum , quamprimum ager ferre valeat.
ن م
Vice herbarum vel radicum antedictorum , inż
terdum usurpavi alia in Decocto parando
v. g. Malvam , Altheam , Millefolium purpureum
, album , Dentem Leonis , Nasturtium
aquaticum , radicem Raphani rufticani , sed
boc, ut videtur, non eft magni momenti.
Talis eft itaque methodus mea exhibendi Pulverem
& Decoctum . Quod ad Pilulas attinet,
earum usus præcipuus eft in Nephritide , comitantibus
dolore dorfi & vomitu , & in suppref
fione urine ab ureteribus obftructis. His in cafibus
sumenda sunt quinque pilula omni horâ tum
noctu , tum interdiu , modo vigilet æger , donec
symptomata amoveantur . Decem porra vel quindecim
sumpte quotidiè efficient quo minus arene
vel calculi arenosi concrescant in viis urinariis
eorum , quibus hoc solenne eft.
Credo equidem , Vir clariffime , fieri vix
posse , quin notitia remediorum Domina Stephensjam
dudum ad manus tuas pervenerit per
noftras novellas ; attamen mitto tibi latinam
ejus
32 MERCURE DE FRANCE
ejus verfionem , quàm potui exactiffimè fallam,
quo melius satisfacerem viris eruditis apud vos,
quiLinguam anglicanam minus callent.Eft enim
res magni momenti, neque ullus dubito,quin tuis
auspiciis , ab urbe celeberrimâ , ubi tot Medisi
Chirurgique illuftres , tam magnifica Nosodochia
, tantaque rerum utilium inventoribus pramia
,laudes hisce remediis debita perfolventur.
Quicumque verofuerit experimentorum exitus
oro ut me de illo certiorem facias , quando
commodumfuerit.
Invalefcit apud nos opinio calcem illam
acrem , & quodammodo vivam , è teftis ovo
rum paratam saponem Alicanticum ( oma
nium quotquot à maris Mediterranei oris hue
advehuntur potentiffimum) longè pracipua effe,
quibus virtus lithontriptica debetur. Ad pracavendos
igitur in hac re errores vel minimos , curabo
ut fpecimina utriufque quantociùs tibi mittantur
& una cum iis exemplaria aliquot
Tractatuum duorum , que usui effe poffint , tum
remedia affumentibus , tum in eorum virtutes
inquirentibus.
,
Vale , meque amicitia quâ me dignaris nunquam
immemoremfore credas.
Davidem Hartley.
Londini, Julii 10. 1759. V, S.
EXT
FEVRIER: 1749.
233
EXTRAIT d'une autre Lettre de M.
Hartley à M. Cantwell , datée du 22,
Novembre 1739. V. S. Celle - ci étant écrite
en Anglois , on en donne la traduction.
Il y a ici deux Personnes , qui paroiffent
être parfaitement guéries , depuis que le Bill
a passé pour l'acquifition du Secret de Mlle
Stephens. Elles ont été sondées , & l'existance
des Pierres vérifiée,avant que de commencer
les Remedes. Elles l'ont été encore
depuis leur guérison , sans qu'on ait pû y
trouver de Pierre. Les Commillaires paroissent
convaincus de l'efficacité de ce Diffolvant
, & plusieurs Médecins en parlent favorablement
, depuis que le Public a été instruit
de ces deux dernieres cures. Il y en a
encore beaucoup d'autres qui prennent ces
Remedes avec beaucoup de succès , & nous
voyons un Calcul entamé , & portant des
marques inconteftables de Diffolution , tiré
du cadavre d'un homme âgé de 78. ans ,
quoiqu'il ne les eût pris que six semaines.
Il étoit moribond lorsqu'il les commença ,
en fut soulagé , & rendit plusieurs écailles
molles.
On trouve dans presque toutes les parties
du Royaume grand nombre de gens qui ont
été soulagés , & d'autres qui n'ont pas eû
le moindre retour de symptômes de Pierre
deux
234 MERCURE DE FRANCE
deux , trois , ou quatre ans après avoir ceffe
de prendre ces Remedes.
,
D. H.
A ces exemples que M. Hartley vient de
communiquer on peut ajoûter celui de
M. Manieres , Chirurgien de M. l'Archevêque
de Bourges, attaqué depuis six ans de
colique & de douleurs néphretiques , rendant
souvent du gravier , quelquefois des
pierres , & ayant tous les autres symptômes
de pierres dans les reins. On lui a fait venir
ces Remedes de Londres , il les a pris ici ,
& quoiqu'il paroiffe guéri , il les continue
encore.
A Paris ce 14.
Decembre 1739 .
M. Cantwell promet de donner dans son
temps un Détail exact des Epreuves & Experiences
qu'il fait actuellement.
LE
FEVRIER. 1740. 235
LE CHARDONNET.
FABLE.
En Réponse à l'Epitre adreffée à l'Auteur ;
par M. De la Mothe , dans le second
Volume du Mercure du mois de Décembre
1739 .
UN jeune Chardonnet sur de faciles chants
Effayoit son gosier , pour s'inftruire lui - même ;
Mais ses foibles essais par un bonheur extrême ,
Passerent dans le Bois pour des accords touchans .
Effet de l'indulgence ! il l'avoit rencontrée
Dans ces Lieux habités par un Peuple poli ;
On l'égaloit , non au Lully ,
Mais au Rameau de la Contrée ,
Au Rossignol enfin. L'Eloge étoit flateur ;
Falloit-il s'y laisser surprendre ?
Non : aussi notre Oiseau , quoique jeune et chan
teur ,
Fut assés fortuné pour ne pas s'y méprendre ,
Et prit les complimens comme autant de leçons ;
Que le zele employoit à lui faire comprendre ,
Quels modeles il devoit prendre ,
Pour faire à l'avenir de meilleures Chansons.
Lorsqu'avec Terence et Moliere
I'v
236 MERCURE DE FRANCE
Tu veux bien comparer une Muse Ecoliere ,
De son peu de valeur poliment tu l'instruis .
Mais comment te payer ce que tu fais pour elle
Je trouve dans ton parallele
Ce que je voudrois être et non ce que je suis.
>
RE'PONSE à la Lettre du R. P. Dom Jacques
Duval , Bénédictin de la Congrégation de
S. Maur , imprimée dans le Mercure de
Septembre 1739. Tome II.
lû , comme vous , M. R. P. l'Essai fur
J'Hiftoire du Nivernois, que M. Defrasnai
a fait imprimer dans le Mercure de De
cembre de l'année 1738 j'ai été charmé de
la belle Dissertation qu'il nous donne dans
cet Ecrit , & des preuves qu'il employe pour
faire connoître que l'Evêché de Nevers est
plus ancien que la Conquête des Bourguignons
dans les Gaules ; Evotius , selon lui
étoit Evêque de Nevers du temps de Constantin
, & a souscrit au premier Concile
d'Arles , tenu en 314. sous le Regne de ce
grand Empereur , & sous le Pontificat de
Silveftre premier, cent ans auparavant la Con
quête des Bourguignons ; mênie cet Auteur
raporte la Souscription d'Evoti us en ces
termes
FEVRIER. 1740 237
eft
termes : Ex eâdem Provincia , Civitate Nit
veduno, EvotiusEpiscopus, Pitulius Exorcifta.
Cette Souscription, fi elle eft véritable ,
une démonſtration parfaite de l'existence
d'Evotius ; mais vous dites , M. R. P. que
cette Souscription ne se trouve , ni dans les
Manuscrits , ni dans les Imprimés , & vous
semblez défier l'Auteur d'indiquer la source
où il a puisé cette Souscription trouvez bon
que j'accepte le défi pour l'Auteur ,
l'Auteur , homme
pacifique , qui n'écrit que pour s'amuser ,
& qui ne veut entrer en lice avec personne.
J'ai cherché d'abord dans l'Hiftoire du
Pays & Duché de Nivernois , composée par
Gui Coquille , & je n'y ai rien trouvé touchant
cette Souscription d'Evotius ; cette
obmission ne m'a point surpris , parce que
Evotius étoit inconnu à Gui Coquille , &
que M. Defrasnai employe la Souscription
d'Evotius au premier Concile d'Arles , pour
détromper Coquille , qui donne une date,
trop posterieure à l'établissement de l'Evêché
de Nevers.
J'ai parcouru ensuite le Memoire Hiftorique
des Evêques de Nevers , fait par le Sr
Coignon , qui raporte la Souscription d'Evotius
dans les mêmes termes énoncés dans
P'Ecrit du Sr Defrasnai ; il est vrai que le Sr
Cotignon ajoûte , que cette Souscription se
C trouve
238 MERCURE DE FRANCE
trouve dans un Concile d'Arles , tenu sous
Dagobert , ou sous Clodomer , en 326 ;
mais cette absurdité , qui est personnelle à
Cotignon , n'empêche point la réalité de
la Souscription qui a été extraite du Concile
même. En effet , Cotignon a trouvé
cette Souscription dans une ancienne Collection
des Conciles , imprimée à Cologne en
1538. chés Pierre Quintel ; l'Auteur de cette
Collection y raporte un Concile , qu'il apelle
le second Concile d'Arles , & qu'il dit avoir
été tenu en 326. sous l'Empire de Conftan
tin , & sous le Pontificat de Silvestre ; & à
la fin de ce Concile on trouve les signatures
de plufieurs Evêques des Gaules , & entre
autres celle d'Evotius , dans les termes qui
ont été raportés ; c'est sur cette Collection
que Cotignon s'eft fondé , lorsqu'il a dit
qu'Evotius avoit signé dans le second Concile
d'Arles , tenu en 326 .
Mais la plus commune opinion eft , qu'Evotius
a signé au premier Concile d'Arles ,
fenu en 31. sous le Pape Melchiade , suivant
l'opinion du P, Sirmond , ou plûtôt en
314. sous le Pape Silveftre , & c'est le sentiment
de Baronius & de M. Fleuri.
Le Livre intitulé Gallia Chriftiana , parle
de la signature d'Evotius au premier Concile
d'Arles en 314. comme on peut le voir dans
les Chapitres qui concernent les Evêques du
Bellai et de Nevets. Le
FEVRIER. 1740 . 239
Le Gallia Chriftiana parle aussi de la Souscription
de Saint Marin , Evêque d'Arles ,
de celle d'un Maternus , Evêque de Cologne
, qui tomba dans la suite dans l'Héréfic
d'Arius , de celle d'Avidienus , Evêque de
Rouen , de celle de Claudius , Evêque de
Vienne , & cite pour garant Adon , dans sa
Chronique ; de celle de Rheticius , Evêque
d'Autun , et allegue Binius , Tome premier
page 268 ; de celle de Jentalis , Evêque de
Mande , de Damnas , Evêque de Vaison ; &
de quantité d'autres Evêques qui ont signé
au premier Concile d'Arles, tenu en 314.
Dans cette varieté d'opinions , touchant
ces Souscriptions , que les uns raportent au
premier Concile d'Arles , les autres au second
, ne pourroit-on pas dire que ces deux
Conciles , de la manieré dont ils sont raportés
, ne forment qu'un seul Concile , que
f'on doit nommer le premier Concile d'Arles
, & auquel les Souscriptions ont raport
?
Mais suposons que ces deux Conciles
soient differens , et que les Souscriptions
apartiennent au second Concile , qui a été
tenu sous Constantin , aussi bien que le premier
, suivant que l'Auteur de la Collection
le raporte , il s'ensuivra toujours qu'Evotius
a été Evêque de Nevers sous ce grand Empereur
, et avant l'entrée des Bourguignons
Cij
dans
240 MERCURE DE FRANCE
dans les Gaules , ce qui suffit pour l'intention
de notre Auteur , ' qui eft , ce me semble
suffisamment justifié .
>
Au surplus , je persiste toujours à croire
qu'il n'a pas été tenu deux Conciles à Arles,
sous l'Empereur Constantin et que les
souscriptions raportées , avec les Canons
qui les précedent , apartiennent au premier
Concile d'Arles , tenu en 314. La commune
opinion des Auteurs, est que le second Concile
d'Arles a été tenu sous l'Empereur Constance
, et c'est le faux Concile auquel Saturnin
, Evêque d'Arles, présida ; ou si l'on veut
rejetter ce Concile, on comptera pour second
Concile , celui auquel Ravennius , Evêque,
présidé en 452. ainsi il y a de l'aparence
que les deux Conciles raportés dans la Collection
de 1538. ne forment qu'un seul Concile
, qui est le premier Concile d'Arles , tenu
en 314 ; mais quand on les diviseroiti
s'ensuivroit toujours qu'Evotius , qui a signé
au premier, ou au second Concile d'Arles, a
vécu sous l'Empire de Constantin.
C
Voilà , M. R. P. tout ce que je puis dire sur
ce sujet. Réduit à vivre à ma campagne , je
ne puis , à votre exemple , consulter les
Peres de S. Maur , vos confreres , qui sont
autant de Bibliothéques vivantes ; ainsi contentez-
vous de la simplicité de ma preuve ,
& croyez que l'Auteur , que vous semblez
censu
FEVRIE K: 1740. 247
}
Eensurer , n'a rien avancé de lui - même
ayant pour principe d'examiner tous les Faits,
et de ne rien hazarder.
Pour rendre la preuve de notre Auteur
parfaite , il s'agit encore de faire connoître
que Nivedunus on Nivedunum, dont Evotius
se dit Evêque dans la Souscription , n'eſt autre
chose que Nevers.
Avant toutes choses , j'observe que les anciens
Légendaires du Diocèse de Nevers ,
ont toujours nommé Saint Aré premier Evêque
de Nevers ; Coquille eft le premier qui
s'eft aperçu de cette erreur ; il en fut averti
par M. Simon Marion , qu'il apelle son Concitoyen
; en effet ce grand Magistrat étoit fils
d'un Notaire de Nevers ; mais par sa probité
, son sçavoir et son éloquence , il parvint
à la Dignité d'Avocat Général au Parlement
, et a donné naissance à Mrs Marion
'de Drüi , qui se sont distingués de nos jours
dans les Armes. Il fit connoître à Coquille ,
que Rufticus , Evêque de Nevers , avoit souscrit
dans un Concile d'Orleans en 534. et
que Clementinus , aussi Evêque de Nevers ,
avoit pareillement souscrit à un autre Concile
d'Orleans , tenu en 552. Ces Conciles ,'
quoique raportés peu fidelement dans leurs
dates , ont déterminé Coquille à croire que
S. Aré , qui vivoit sur la fin du VI . siécle¸
n'étoit pas notre premier Evêque ; mais Co-
C iij quille
242 MERCURE DE FRANCE
quille est encore tombé dans l'erreur , en ce
qu'il fixe l'établiffement de l'Evêché de Nevers
au temps de la Conquête des Bourguignons
; et c'est pour réfuter cette erreur , que:
notre Auteur a raporté la Souscription d'Evotius
, Evêque de Nevers, au Concile d'Arles ,
environ cent ans avant la Conquête des
Bourguignons.
Si Coquille n'a pas été assés loin
pourfixer
l'Epoque véritable de l'établissement de l'Evêché
de Nevers , Corignon , de sa part , a
'donné dans un autre excès , en raportant cet
établissement à S. Austremoine et à Saint
Patrice , beaucoup plus anciens qu'Evotius ,.
mais qui n'ont jamais été Evêques de Ne
vers.
Notre Auteur , plus exact que ceux qui
Pont précedé , fixe prudemment la date de
cet établissement au temps d'Evotius , qui
vivoit sous le Grand Constantin , et qui a
souscrit au premier Concile d'Arles ; sa souscription
, qui vient d'être prouvée , démontre
son existence ; il ne s'agit plus que de
sçavoir si la Ville apellée Nivedunum , dont
il se dit Evêque , est la même chose que la
Ville de Nevers .
Il eft constant que Nevers est apellé Nive-
'dunum dans tous les anciens Manuscrits de
l'Eglise de Nevers. Aymoin , Livre I. Chapitre
V. De Geftis Francorum , apelle Nevers
Nive
FEVRIER. 1740, 243
Nivedunum , Coquille et Cotignon en font
l'observation , et disent que Nedunum tire
son origine du mot Celtique Dunum , qui
signifie un Boulevard , ou Fortification faite
de main d'homme , et de la Riviere de Niévre
, apellée en Latin Niveris , qui lave les
murs de cette Ville ; desorte que le mot
Nivedunum signifié une Forteresse bâtie sur
la Riviere de Niévre.
>
Cotignon
dit que Nevers s'apelloit
autrefois
Noxius ; qu'il fut brûlé de temps de Camille
, Dictateur
des Romains
, & il prétend
prouver ce Fait par une ancienne
Inscription
Romaine
, qui fût trouvée dans un Bâtiment
construit
dans l'Endroit
où étoit
autrefois
une des Portes de la Ville de Nevers
, dans la rue des Prêtres de l'Oratoire
,
quelques
pas au-dessous de leur Maison ; il est bon de raporter
ici cette Inscription
en
entier.
AN. DE . CAMILLOS. TOTI. SIC.
NOXIE. VRI.
Cotignon , pour l'expliquer , dit que Novers
, qu'il apelle Noxins , fut brûlé du
temps de Furius Camillus , Dictateur , que
cette Ville fut ensuite rebâtie , et apellée
Noviodunum , c'eft - à- dire , Ville nouvellement
rétablie ; elle fut brûlée une seconde
fois par Epedorix & Viridomare , Seigneurs
C iiij Eduens,
444 MERCURE DE FRANCE
,
Eduens , du temps de Jules César ; et suivant
le même Cotignon , elle fut encore rétablie
et repeuplée par une Colonie d'Allemands
qui venoient de Spire , Ville apellée
Nemetum et pour cela Nevers fut aussi
nommée Nemetum , et Augufto Nemetum ,
mais son véritable nom suivant Cotignon
´est Nivedunum : ce récit est plein de Fables
pour la plus grande partie ; il est cependant
certain que Nevers s'apelloit autrefois
Nivedunum , et Noviodunum ; des Auteurs
'ont aussi nommée Noviomagus , et Vadicaffium.
,
Je sçais que quelques Ecrivains ont crû.que
Nivedunum , dont Evotius se dit Evêque , eft
Nion , qui est aujourd'hui dans l'Evêché du
Bellai ; mais comme M.de Frasnay l'a observé
dans une de ses Remarques , il ne paroît pas
qu'il y ait jamais eû aucun Siége Episcopal
établi à Nion ; la Souscription d'Evotius ,
qui suit immédiatement celle de Rhéticius
Evêque d'Autun , marque qu'Evotius étoit
de la même Province que l'Evêque d'Autun,
ex eâdem Provincia : car Nevers , dans les
premiers temps , dépendoit de la République
d'Autun , et reconnoissoit cette Ville
pour sa Capitale ; ainsi Nevers étoit alors ,
non seulement de la même Province qu'Autun
, mais encore du même territoire ; enfin
Le Gallia Chriſtiana ne fait aucune difficulté
d'attri
FEVRIER. 1740. 245.
'd'attribuer l'Evêché de Nevers à S. Evotius !
& dit que l'opinion la plus commune eft que
Nivedunum doit s'entendre de Nevers , et
de Nion.
non pas
Mais à propos de Nion , c'eſt dans ce Lieu ,
M. R. P. que vous placez ce qu'on apelle
Civitas Equeftris , ou Colonia Equeftris ; il y a
des Sçavans qui ne sont point de ce sentiment
, car les uns mettent cette Colonie à
Tonon , dans le Duché de Chablais , apellé
en Latin Caballitium ; d'autres la placent à
Epone , nommé Hippona , d'un mot Gree
qui fait allusion au mot Equeftris ; Ortelius
place la même Colonie à Vévai , au deſſus de
Lausanne ; il s'en trouve d'autres encore qui
la mettent à Neufchâtel. Dans cette incerti
tude , je crois qu'on doit s'attacher aux opiions
reçûës , et c'est le parti qu'a pris l'Au
teur que je défends ; il a raporté la Souscrip
tion d'Evotius , telle qu'il l'a trouvée dans la
Collection des Conciles ; il a dit , suivant
l'opinion commune , que Nivedunum , dont
Evotius se dit Evêque , étoit la Ville de Nevers
, et non pas Nion , où il n'y a jamais eû
aucune Ville Episcopale ; ainsi notre Auteur
me paroît avoir rempli tout le devoir d'un
Hiftorien exact et fidele. J'espere que vous
lui rendrez juftice , et je suis avec respect ,
M. R. P. votre ., & c.
A Nevers le
4.
›
Fevrier 1740.
Cy EPITRE
246 MERCURE DE FRANCE
EP ITR E.
A M. d'Arnaud, sur la Mort de son Frere .
D'Arnaud , c'est trop verser de pleurs ,
Ils ne te rendront pas ton Frere ;
L'inflexible Plúton , ni la Parque sévere ,
N'ont point égard à nos douleurs.
De ces Lieux fortunés où son Ombre legere
S'égare au gré de ses desirs ,
I
Si ton Frere entend tes soupirs ,
Il blâme la douleur amere
Qui t'arrache aux plus doux plaisirs .
Mais non, crois m'en, il n'entend point tes plaintes;,
Et res larmes , aux yeux des hommes corrompus ,
Ne sont rien que des larmes feintes ,
Et tes soupirs , que des soupirs perdus.
Cependant la Troupe immortelle ,
Que tu charmois par tes accords ,
A de nouveaux accords t'apelle ,,
Tandis qu'à ta douleur fidelle ,
Tu soupires autour des demeures des Morts..
Eloigne - t'en . Vois Apollon , qui t'aime ,.
Te présenter les Lauriers immortels ,
Dont il se couronne lui- même.
Qu'atEEVRIER.
1770 247
Qu'attens-tu donc ? Mérite des Autels .
Mais quoi ! charmé de l'opulence ,
Tu cours après Plutus ! tu quittes Apollon ,
Les honneurs du sacré Vallon
Te flatent moins que ceux de la Finance !
Du vain éclat de l'or es tu si satisfait ,
Que tu négliges l'art de charmer & de plaire à
Barême , avec son Compte fait ,
T'amuse-t'il plus que VOLTAIRE ?
D'où vient un goût si dépravé ?
Ce que tu vas chercher , en feuilletant Barême ;
L'estime , la grandeur suprême ,
Avec bien plus d'honneur VOLTAIRE la trouvé¿ ,
En suivant maint Auteur sublime.
Quel est le Riche qu'on estime
Comme ce Poëte vanté ?
Quelqu'un peut-il être flaté
Des biens que d'ordinaire on acquiert par le crime t
Je crois te voir au fond de ton Bureau ,
Dès l'aube du matin jusqu'à la nuit fermée ,
Calculer par tes doigts , te creuser le cerveau ,
Pour assouvir l'avarice affamée ,
Qui té couvre déja les yeux de son bandeau ,
Pour t'empêcher de voir cette veuve allarmée ..
Cet orphelin ... De cet affreux tableau ,
Avec raison , les Muses indignées
M'arrachent des mains le Pinceau .
Cvj Rapelles
248 MERCURE DE FRANCE
Rapelle - toi tes premieres années ,
Remplis tes nobles destinées . ·
Les Anciens , les Poëtes nouveaux ,
Les Horaces , & les Virgiles ,
Les Racines , les Despreaux ,
Te reçoivent déja dans leurs sacrés aziles
A ton âge qu'avoient- ils fait ?
S'étoient - ils acquis quelque gloire ?
Ton nom au Temple de Mémoire
Est déja lû du Public satisfait.
Poursuis , à toi - même sembable ,
Travaille pour te surpasser ;
Bannis la douleur qui t'accable ;
Ou le desir insatiable
De t'enrichir , & d'amasser
Un bien , hélas , trop peu durable ;
Reviens dans le sacré Vallon ;
Viens-y faire une ample moisson
Des fleurs , qui renaissent sans cesse,
Que ce soit ton unique emploi ;
Le soin d'un Bureau , d'une Quaisse ,
Est au- dessous d'un homme tel que toi
LET
5/450 447
LETTRE de M. J. B. D. D. N. au sujet
du Projet dont il est parlé dans le second
Volume di Mercure du mois de Decembre
1739%
'Ai lû , Monsieur , avec beaucoup de savatisfaction
dans le second Volume de votre
Journal du mois de Décembre dernier ,
page 3106. le Projet d'une Description des
Paroisses de la Campagne , voisines de Paris,
situées dans le Diocèse de cette Capitale. Rien
n'eft plus intereffant qu'un pareil Ouvrage ,
s'il peut être executé comme il convient , &
suivant le Plan qu'on en donne,auquel vous
me permettrez s'il vous plaît , d'ajoûter
quelques Refléxions , en attendant que je
fasse part à M. l'Abbé le Beuf des matériaux
que je pourrai raffembler, de - même que mes
, pour concourir à l'execution de ce
amis
grand Projet.
>.
M. le Marechal de Vauban , dont le génie
& les talens sont connus de tout le monde
avoit formé un pareil deffein pour tout le
Royaume , mais il n'a pû en voir l'execution
avant sa mort , arrivée trop tôt pour le malheur
de la France..
Le feu Roy , de glorieuse mémoire , pour
donner une connoiffance génerale du Royaume
250 MERCURE DE FRANCE
me à M. le Duc de Bourgogne , Pere de notre
Augufte Monarque , ordonna à la fin du
dernier siécle à tous les Intendans de faire
un dénombrement & une description exacte
de toutes les Géneralités de la France ; cet
Ouvrage commencé d'abord avec beaucoup
de soins & d'attentions, n'a pas été continué
avec la même exactitude , & la guerre arrivée
presque en même- temps , & qui n'a fini
qu'environ un an avant la mort de Louis XIV.
a interrompu l'exécution d'un si grand Projet
; mais aujourd'hui que la France joüit d'u
ne solide Paix , il semble que tout favorise
un Ouvrage auffi utile & auffi intereffant que
celui que l'on propose pour la premiere & la
principale Province du Royaume.
•
On a imprimé en 1710. la Géneralité de
Paris , divisée en ses XXII . Elections , par le
Sr Dencoffe. Ce Livre peut donner une idée
génerale de cette Intendance , mais il n'entre
pas affés dans le détail & ne répond pas
au Projet que l'on propose aujourd'hui.
Le Sr Garreau nous a donné une seconde
Edition de la Description du Gouvernement
de Bourgogne , imprimée à Dijon en 1734.
ce Livre eft très- curieux , & en nous donnant
une Description affés exacte de cette
Province , il peut servir de modele en beaucoup
de choses pour le Projet en queſtion.
On vient d'imprimer à Chartres en 1739 .
la
FEVRIER. 17402 257
T
fe Pouillé du Diocèse de cet Evêché , mais
quoique cet Ouvrage ai son mérite d'ailleurs
, il n'eft pas affés détaillé.
Le Dictionaire de la France , imprimé à
Paris en trois volumes in-folio , en 1726. nous
donne en abregé , une partie des Paroiffes qui
doivent composer le Recueil que
l'on propose
, mais enfin tous ces Ouvrages ne sont
pas encore au point de perfection & de précision
qu'on demande dans le Projet de la :
Description des Paroiffes , Villages & Hameaux
de la Campagne voisine de Paris.
Pour y parvenir on eftime qu'il faut , 1 .
donner une Carte particuliere & bien détaillée
des Paroiffes du Diocèse & voisines de las
Ville de Paris .
2º. Pour la facilité , & pour abreger l'Ou
vrage , le meilleur arrangement eft celui d'un
Dictionaire Alphabetique , par le nom François
de chaque Paroiffe & Village , & ensuite
par le nom Latin , s'il y en a de certain &
connu.
3°. Il sera très- aisé de donner la diſtance
des Lieux à Paris.
en
4°. Si la Paroiffe ou le Village eft érigé en
Duché Pairie , en Marquisat , en Comté ,
Baronnie , &c. on donnera la date des Lettres
d'Erection , & de celle de l'Enregiſtrement
au Parlement & en la Chambre des
Comptes , & c.
252 MERCURE DE FRANCE
5°. Le nom du Seigneur , & ses qualités.
6 °. Le Reffort du Bailliage, de la Juſtice &
sa mouvance.
7°. Une Description sommaire de l'Eglise
Paroiffiale , du Patron , des Reliques reconnuës
, Antiquités , &c.
Des Inscriptions sépulchrales , anciennes
& modernes , qui mériteront d'être raportées .
Des Fondations , Convents , Prieurés &
Bénefices.Les Collateurs & Présentateurs , & c.
8°. Le produit des Terres , & leur nature,
les Châteaux , Parcs , Jardins & Bois .
9°. Les Curiosités de la Nature & de l'Art,
les Manufactures , & c.
En un mot , tout ce qui peut intereffer
l'Hiftoire ancienne & moderne.
Le Public sera infiniment redevable aux
Auteurs d'un pareil . Ouvrage , & il eſt à désirer
qu'il puiffe être bien-tôt mis en sa perfection
, & que l'exemple de la Capitale du
Royaume, puiffe exciter les autres Provinces
à l'imiter & à faire un Recueil géneral , auff
intereffant pour toute la France.
Ce s•
Février
1740
BOUTS
FEVRIER. 1740. 253
******************
J'A
BOUT S- RIME'S ,
LA PREFERENCE.
" Ai du goût pour le mie¹, sans trop aimer la Ruche;
Je veux qu'on soit ouvert , je hais l'homme Sournois;
Je préfere un coeur tendre au plus joli
De-même qu'un fagot se préfere à la
Minois
Buche.
Cruche;
Quand j'ai bu tout le vin , je méprise la
On risquoit plus jadis dans ces fameux Tournois ,
Qu'à monter un cheval sans bride & sans Harnois ,
Qu'à rester dans le fonds d'une mouvante Huche.
Qui compara jamais le Dromadaire au
Le Chat à la Souris , le bien réel au
Et l'Ane le plus lent à nos Chevaux de
Quel sort pour un Guerrier d'avoir un oeil
Il avoit tout prévu , sans prévoir la
Th! vive un homme entier , fût- il sur le
Chien
Rien ,
Pofte
Crevé
Ripoffe ,
Pave
F. &Aire , C.
DIS254
MERCURE DE FRANCE
DISCOURS prononcé dans la Jurisdiction
Consulaire de la Rochelle , par M. Gastu-
Secretaire de l'Académie Royale des و
Belles - Lettres , le 23. Janvier 1740. jour
de son installation dans la Charge de pre
mier Juge.
MESSIEURS ,
Si dans la Place ou vos suffrages viennent
de m'élever , je n'écoutois que les mouve
mens de ma reconnoiffance , je me contenterois
d'exprimer ici la vive impreffion qu'ont
faite sur mon coeur , & la grace que vous m'accordez
, & les témoignages de bienveillance
dont vous l'avez accompagnée . Mais , Mrs ,
pardonnez le trouble où me jettent les premiers
momens d'une faveur si peu attenduë
, je ne puis penser à l'honneur que me
procure votre choix , sans apercevoir en même
temps toute l'étendue des devoirs qu'il
m'impose . Quel Emploi , Mrs , & à quelles
mains venez-vous de le confier !
Vous m'établiffez Juge du Commerce dans
une Ville où la richeffe & le génie de ses Ne
gocians , l'ont de tout temps rendu célebres
& dès -là, quel objet à remplir, quel fond de
conFEVRIER.
1740:
255
Connoiffances pour suivre dans toutes ses
opérations un Négoce où les combinaisons
multipliées à l'infini , peuvent fournir à chaque
inftant matiere aux déciſions de cette
Cour! :
Car enfin , Mrs , le Commerce n'eft plus ,
comme il l'étoit autrefois , renfermé dans le
cercle étroit d'une Province ou d'un Royaume
; l'audace a fait franchir les Mers , & de
toutes les Nations du Monde semble n'avoir
formé qu'un seul Peuple ; une nouvelle carriere
s'ouvre , des besoins jusqu'alors incon--
nus , multiplient les échanges & les objets .
de l'induftrie, la Mer se couvre de Vaiffeaux,.
les productions de la Nature & de l'Art se
portent au travers de mille hazards dans des
Climats ignorés de nos Peres .
Vous sçavez , Mrs , quelle part a eû la Rochelle
aux accroiffemens de la Navigation.
Elle étoit en poffeffion d'une Marine confi
dérable dans des siècles où l'on en connois
soit à peine le nom. Il eft vrai que peu ja
louse d'inftruire la Poftérité de sa gloire , elle
nous cût laiffé ignorer l'ancienneté de son
Commerce , si des Monumens précieux ne
nous en avoient conservé la mémoire. Nous
avons ses Loix Maritimes , connues sous le
am de Jugemens d'Oleron ; ce sont les
*
* Jugemens d'Oleron , ou Rôle d'Oleron ; ces
premieres
256 MERCURE DE FRANCE
?
premieres Loix de la Mer , qui ayent paru
dans l'Hiftoire , après celles des Rhodiens.
C'est dans des faftes fi peu suspects , qu'oir
découvrira l'antiquité de notre Commerce ,
comme on y verra la sageffe , l'équité & lá
bonne foi de nos premiers Navigateurs.
Auffi , dès que le nouveau Monde eut fait
briller à nos yeux les richeffes dont il étoit
templi , & que les divers Etats de l'Europe 1
entreprirent d'y porter leurs conquêtes , la
Rochelle fut le premier Port d'où partirent
ces brillantes Colonies, qui font aujourd'hui
la gloire & Populence de l'Etat . Quebec , la
Martinique , S. Domingue , la Louisianne ,
doivent en partie leur établiffement à notre
Navigation , & les progrès de leur Commerà
la hardieffe & à l'habileté de nos Négocians.
Des entreprises conduites avec tant de sa
geffe & de conftance , ont été couronnées
des plus heureux succès. La Rochelle doit
être satisfaite de la fortune de ses Négocians,
& ce qu'il y a de plus glorieux pour elle ,
Reglemens ont été faits par ordre de la Reine Alie
nor , fille de Charles IX. dernier Duc d'Aquitaine >
Jaquelle après avoir été répudiée par Louis le Jeune
, épousa Henry , Duc de Normandie , qui fut
ensuite Roy d'Angleterre. Le Commerce de la Kchelle
& du Golfe d'Aquitaine , donna lieu à ces
Reglemens
s'eft
FEVRIER. 1740 572
d'eſt que les richeffes qui y sont entrées n'ont
rien changé aux moeurs fimples & douces de
ceux qui les poffedent. Ennemis du fafte &
de l'oftentation , le Négociant riche voit sans
peine à ses côtés le Négociant moins favorisé
de la fortune , il en eft même qui ignoreroient
les avantages de leur fituation , sans le
pouvoir qu'elle leur donne de faire des heureux
.
Que ceux qui ne voyent que les dehors de
ce Commerce, ne pensent pas qu'une industrie
commune y puisse suffire; trompés par la
fimplicité & l'uniformité aparente de ses opérations
, ils feroient presque, tentés de les
croire indépendantes des talens & du génie ;
mais quelle erreur ! ces mouvemens , dont le
méchanisme leur paroît toûjours le même ,
& l'effet de la feule imitation , ont des ressorts
bien differens entre eux ; il ne voyent
pas l'intelligence fecrette qui les dirige , &
ce que chaque entreprise coûte de méditations
, de soins & de travaux.
Qu'elle feroit leur furprise , fi l'on découvroit
à leurs yeux cette étendue presqu'infi
nie d'objets qu'embraffe la fcience du Commerce
! En eft - il de plus vafte & qui
fupose plus de vûës , plus de connoiffances ,
plus de détails ; qui exige des refléxions plus
profondes , des combinaisons plus sûres , plus
variées , des raisonnemens plus juftes & plus
précis
258 MERCURE DE FRANCE
précis ! Quelle habileté à choifir les circons
tances , quelle adreffe à prévoir les évene
mens, quel fond de reffources & d'expédiens
pour se déterminer & prendre un parti sûr
dans les conjonctures difficiles, quelle fecondité
, quelle invention pour ſe frayer de nou
velles routes ? J'ose le dire , Mrs , le Commerce
eft aujourd'hui un Art tout entier du
génie , & si l'on en excepte certaines révolu
tions que le hazard fait naître , c'eſt à l'esprit
, au sçavoir , à l'experience , qu'on doit
faire honneur de presque tous les fuccès .
*
- Ici , Mrs , je fens que je réveille en vous
une idée qui vous eft chere. Vous vous rapellez
tout ce que vous devez aux lumieres &
à la vigilance de ceux que vous avez chargés
de la direction des affaires génerales du Commerce
; ce que vous devez encore à l'illustre
Confrere , que le foin de votre bonheur
& de vos interêts , arrache depuis fi longtemps
à fon repos & à fa Patrie. ** Joüiffez
avec reconnoiffance du fruit de fes travaux
le Miniſtere l'honore de fa confiance , & fe
repose fouvent fur fes lumieres de la décifion
des plus importantes affaires ; combien
de circonftances heureuses vous doivent-
Les Directeurs de la Chambre de Commerce .
** M. Claessen , Député au Conseil Royal de
Commerce.
elles
FEVRIER. 1740. 259
elles faire esperer encore d'accroiffemens à
vos projets !
Un Commerce fi étendu , fi riche , fi varié
dans fes entreprifes , exigeroit de la place
que j'occupe une étude profonde de toutes
les parties qui le composent. Mais , Mrs, que
la foibleffe de mes lumieres ne vous allarme
pas , graces à la probité , à l'exactitude , à la
droiture d'esprit de nos Négocians , ce Commerce
, tout grand qu'il eft , ne porte presque
jamais à ce Tribunal de difficultés à décider.
>
Qui le croiroit , que dans une Profeffion
où chaque démarche forme un engagement ,
où l'interêt , ce puiffant mobile des coeurs ,
se trouve sans ceffe agité par les plus grands
objets , où la parole seule souvent prononcée
en secret décide sans retour d'une
convention importante ; qui le croiroit ,
dis-je , que dans une Profeflion fi déli →
cate & fi peu en garde contre la surprise ,
on ne voit point s'élever de démêlés confidérables
? Je me trompe , Mrs , il s'en éleve
quelquefois , & ceci fait l'éloge le plus solide
de nos Négocians , il s'en éleve , mais le
même inftant qui les voit naître , les voit
s'anéantir. Des amis éclairés courent deuxêmes
arrêter les premiers transports d'un interêt
qui s'irrite & qui médite déja le procès &
la haîne , ils prennent connoiffance de l'affaire
&
160 MERCURE DE FRANCE
& détruisent dans sa naiffance ce germe
funefte qui alloit produire des querelles interminables
.
›
Eh ! qu'on ne soit pas surpris de voir ſi facilement
reparoître le calme; des esprits juftes,
pénetrans , inftruits , capables eux- mêmes de
prononcer sur les differends des autres , des
coeurs droits, sur lesquels la bonne foi, l'honneur
, la générofité exercerent toujours leur
empire , se rendent sans peine aux premieres
lueurs de la verité & de la juftice. Combien
de fois, Mrs , avez -vous joui vous- mêmes de
la douce satisfaction de rendre dans ce Tribunal
des Sentences adoptées par les deux
parties ? combien de fois avez vous , de son
consentement arraché à la prévention le
bandeau qui lui cachoit la vérité ?
,
En effet quels Juges peuvent décider plus
promptement des difficultés du Commerce,
que ceux qui , pleinement inftruits des incidens
qui les font naître, saififfent sur le champ
le point de la décifion , la raprochent des
Loix du Prince,& dans les cas douteux n'admettent
pour regle de leurs Jugemens que les
notions les plus fimples & les plus claires
de l'équité naturelle ?
Que l'artifice & le mensonge en frémiffent,
on ne leur laiffera jamais dans les Tribunaux
Consulaires la fatale reffource des longs Ecrits ,
des interprétations arbitraires des Loix , des
procédures
FEVRIER. 17403 261
Procedures multipliées & de tous ces détours
ténebreux où ils font gémir la vérité captive
Ici la bonne foi peut paroître avec affûrance
& n'y parler que le langage de la Nature ,
elle n'a point à craindre que l'expofition simple
& naive de ses droits nuise à la juſtice de
sa cause , ou qu'à fon préjudice on y prête
l'oreille aux séductions de l'Art. Nos Jugemens
, il eft vrai , en auront moins d'éclat ;
mais nous nous en raprocherons davantage
du malheureux , dont la timide voix a besoin
d'être enhardie pour porter jusqu'à nous ses
gémillemens & ses plaintes.
Conservons , Mrs , de si glorieuses prérogatives
, nous devons aux Sujets du Roy une
juftice prompte & gratuite , banniffons de ce
Tribunal tour ce qui peut retarder nos Jugemens
, ou les rendre dispendieux aux Parties.
Une affaire qui traîne en longueur eſt
pour le Négociant un article oublié ou perdu.
Le Commerce, dans la rapidité de sa course,
ne souffre rien qui l'arrête , & fi dans sa carriere
quelque léger embarras s'opose à ses
mouvemens , il vaut mieux franchir l'obfta
cle , que de perdre , à l'éviter , des momens
précieux & décififs. Ira- t'on enlever un Négociant
à des soins importans , à des projets
utiles , pour le ramener à des discuffions que
les délais éternisent & rendent chaque jour
plus épineuses & plus obscures ?
D Mais
32 MERCURE DE FRANCE
Mais, Mrs, je ne m'aperçois pas qu'en me
retraçant à moi- même l'idée de mes devoirs,
je ne vous fournis que trop de raisons de
craindre pour votre choix. Je n'oserois me
flater d'y répondre que par des efforts , sinceres
à la vérité, mais dont le succès seroit toujours
douteux sans le secours de deux Collegues
, que vous avez affociés à mes travaux.
Leur experience dans les affaires du Commerce
, leur exacte probité , la douceur de leur
caractere , juftificnt votre choix ; le devoir ,
& fi je lose.dire , l'amitié , vous répondront
de leur vigilance.
-
Trop heureux,fi par nos soins & notre zele,
nous pouvions vous dédommager en partie
de ce que vous perdez aujourd'hui par la démiffion
de nos Prédeceffeurs ! Le Public les
apelloit depuis long- temps aux premieres
Charges de cette Jurisdiction , c'eſt à lui de
juger s'ils ont templi son attente. Des hommes
pleins de droiture , inftruits dans tous
les usages du Négoce , dont le génie apliqué
& laborieux , semble avoir épuisé tous les
genres de Commerce , pouvoient- ils démentir
son eftime ?
le
Vous aprouverez sans doute , Mrs ,
choix que nous avons fait des Négocians destines
au Conseil de la Jurisdiction , les talens
de la plupart vous sont connus, & fixent déja
ves regards pour les Elections à venir , l'assiduité
FEVRIER. 17402
Auité & l'aplication dans les autres , les rendront
dignes à leur tour de votre attention
& de vos suffrages .
Venez vous- mêmes , Mrs , partager quel
quefois nos travaux & nous aider à discuter
les affaires importantes . Vous ferez reparoître
dans ce Tribunal cetté sagacité , cette pénetration
, ce sincere amour de la juftice &
toutes ces vertus , dont il brilloit lorsque vous
en occupiez les premieres places.
E PIT R E.
A un jeune homme , qui envoyoit à differentea
! personnes des Vers assés jolis , qu'il n'avoi
point faits, comme étant de lui
DEE ta verve semillante
Et féconde en nouveaux traits
J'ai vu les charmans essais
J'ai vu l'Epitre brillante ,
Ou ton Apollon masqué ,
2
Avec tant d'art , tant d'aisance é
Lutina la Révérence
De notre Amphion froqué .
13
* Religieux qui avoit fait des Vers rares par leur
idicule.
Dij
264 MERCURE DE FRANCE
O combien ta main fertile
Sur un sujet si stérile
Badinant heureusement ,
N'a-t'elle pas sçû répandre
Et de sel & d'enjoûment ?
'Auroit-on pú mieux attendre
De cet Abbé si charmant ,
Qui , dans un brillant délire ;
Beuveur , amant tour - à- tour.,
Par Bacchus & par l'Amour
Faisoit accorder sa Lyre ;
Et vers la Felicité
A grands pas suivant les traces
Du Philosophe vanté >
Qui prêcha la volupté ,
Vola sur l'aîle des Graces
Jusqu'à l'immortalité ?
Badinage sans bassesse ,
Et sans affectation ;
Traits saillans , délicatesse
Et naïve expression ,
Tout se trouve en abondance
Dans tes Vers si séducteurs ;
Jusqu'à cette molle aisance ,
Jusques à ces sons flatteurs
Sons si dignes des faveurs
Dont l'aimable Poësie
2
2
FEVRIER 1740:
Kux dons même du Génic
Insensible quelque temps ,
N'accordoit la jouissance
Qu'aux soins & qu'à la constance
De ses fideles Amans.
Pour moi , que sa bienveillance
D'aucune heureuse influence
N'a jamais favorisé ,
Qui , de ses agrémens même
'Amant desinteressé ,
Sentant ma foiblesse extreme ;
N'aspirois dans mes amours ,
Pour récompense suprême ,
Qu'à les conserver toujours ;
En vain , par un sacrifice
De ma chere oisiveté ,
J'ai , pour te faire justice ;
Moulu me rendre propice
La fiere Divinité ;
J'ai fait une offrande vaine ;
Et tu connoîtras sans peine
A ces imbécilles Vers ,
Que , vrais enfans de ma veine ,
De ces Fleurs dont l'Hypocrêne
Orne ses bords toujours verds ,
Par la main de la Déesse
Ils n'ont point été semés ,
Diij Comm
466 MERCURE DE FRANCE
Comme ceux dont la richesse
Chés toi nous a tant charmés ,
Et sous ma plume rapide ,
Sans une fatigue aride ,
Limés , polis & parfaits ,
De la Montagne Aonide ,
No sont pas tombés tous faits.
LES FLAMBARDS Cérémonie,
Anniversaire. Extrait d'une Lettre écrite
de Dreux le 25. Janvier 1740 .
N
Ous avons ici une Coûtume ou Cérémonie
Anniversaire , apellée les Flambards.
On n'en connoît pas bien l'origine ;
on voit seulement sur la Cloche de la Maison
de Ville,fondue sous le Regne de Charles
IX. la présentation de plusieurs Prêtres ,
Magistrats , Echevins , Femmes & Enfans ,
portant chacun un Elambard , & rangés proceffionellement.
Ce Flambard eft un morceau
de bois blanc , sans écorce , long de
cinq ou six pieds & gros à proportion de ceux
qui le portent. Quelques jours avant la Fête
de Noël on fait secher les Flambards au
four , & on les fend par éclats depuis le haut
jusqu'à moité. La veille de Noël , sur les
cing
FEVRIER. 1740 267,
inq heures du soir , on fait , au son de la
groffe Cloche , presqu'en courant , une espe
ce de Proceffion autour de la Halle , d'où
l'on vient faire le tour de l'Eglise Paroiffiale
en dehors , pour se rendre enfin devant le
Portail , & mettre à terre tous les Flambards
allumés , qui achevent de se consumer , au
chant de l'Hymne de Matines Veni Redemptor
Gentium. Dans cette Proceffion tout le
monde chante , Noël , Noël , Noël , &cs
On y eft rangé par ordre & par état , il y a
des Violons & des Tambours de diftance
en diſtance , & on y voit plusieurs Crêches ,
portées sur des Brancards par deux jeunes
hommes vétus de blanc. En l'année 1723 .
cette Cérémonie , qui s'étoit un peu ralentie ,
se renouvella à l'occasion d'un Arrêt obtenu
sur Requête , qui défendoir de porter des
Flambards , à cause , sans doute , des inconvéniens
du feu , &c. La Populace s'anima à
la rétablir , & on vit revivre cet usage avec
plus de concours que jamais . La Proceffion
finie , chacun se retire en silence . Comme
nos Halles , qui sont d'une grande étendue ,
sont remplies dans les greniers de foin , de
bois , &c. on regarde comme une espece de
Miracle , que le feu n'y ait jamais pris le jour
des Flambards , lesquels en éclairant toute la
Ville , la rempliffent de charbons & d'étincelles,
1
D iiij ODE
88 MERCURE DE FRANCE
Qu
ODE A IRIS.
Uelle raison vous détermine
A rester dans de tristes Lieux ?
Plus j'y pense , moins je devine
Qui peut si long- temps à nos yeux
Cacher & les Ris & les Graces ,
Qu'on voit sans cesse sur vos traces
Et voltiger sur votre sein.
Des Jeux & des Amours volages.
Dans le plus épais des Bocages ,
Pourquoi fixez - vous donc l'Essein ?
*
L'Hyver arrive , & la Nature
Sent les effets de son courroux ;
L'Onde se trouble , eile murmure ;
Non de ce murmure si doux ,
Qui fait naître les rêveries ;
Ses Rives ne sont plus fleuries ,
Son cristal n'est plus transparant.
Les Oiseaux perdent leurs ramages ,
On n'entend plus dans les feuillages
Frémir le Zéphir inconstant.
Koni
FEVRIER: 1740
265
Non , la Terre n'est plus parée
Des vives couleurs du Printemps ;
Vertumne a quitté sa Livrée ;
Pomone abandonne nos Champs
Nos gazons restent sans verdure ,
Tout languit , tout se défigure ;
Et de ses droits l'Hyver jaloux ,
Aux Elemens livrant la guerre ,
Ne laisse dans votre Parterre ,
Aucune fleur , si ce n'est vous,
*
Votre coeur , je le vois , se pique
D'indiférence & de fierté ,
A ce sentiment héroïque
Vous immolez la liberté.
Croyez-vous donc que ces retraites
Ces Antres , ces routes secretes ,
Dont vous faites votre séjour ,
Soyent des Barrieres respectables ;
Et des détours impénétrables
Aux surprises du tendre Amour t
%
Au gré de ses brulans caprices ;
Quand il l'ordonne , il faut céder à
Contre ses traits , ses at tifices ,
170 MERCURE DE FRANCE
C'est en vain que pour se garder ,
On cherche les Bois & leurs ombres ,
Souvent dans les Lieux les plus sombres
Ce Dieu vient changer notre sort .
Telle dans un Désert sauvage
Angélique , autrefois trop sage ,.
Devint trop tendre pour Médor
32
Quittez donc cette solitude
Où votre coeur sans passions ,
D'une amoureuse inquiétude
Fuit les tendres émotions.
Venez charger les cours de chaines
Venez , c'est trop craindre les peines
1
De cet Enfant qui fait aimer ;
Il sera pour vous sans allarmes ;
Et , loin de connoître les larmes ,
Vos yeux ne sçauront que charmer.
Bar *** ,
de Rouen
DA
TO
DIS
FEVRIER 1740. 275
********************
DISSERTATIONS sur l'Hiftoire
Ecclefiaftique & Civile de Paris , suivies de
plufieurs Eclairciffemens fur l'Hiftoire de
France. Suite de l'Article contenu dans le
Mercure de Decembre , premier Volume
page 2849
on 22all Mindbinojuma te de
Ous nous contenterons ici , de rendre
N compte des trois Pièces qui regardent
Hiftoire de Paris , parce qu'elles nous ont
parû contenit bien des choses qu'on ne sçauroit
passer sous silence. La premiere de ces
Piéces, qui est la troisième du Recueil de M.
L'Abbé Lebeuf, renferme des Observations
sur l'antiquité du Bâtiment de la Cathédrale
de Paris, que quelques Auteurs ont prétendu
être du temps de Charlemagne, comme s'il y
avoir une fi grande difference entre ce qui pa
roât être véritablement du temps de S. Louis,
& ce qui eft anterieur. L'Auteur s'attache aŭ
sentiment commun et le plus affûré , en disant
que cet Edifice n'a été commencé que
par Maurice de Sully , Evêque de Paris , qui
peut seulement s'être servi des anciens fondemens
du Sanctuaire ,pour y affeoir les nou
veaux piliers. Ceft ce qu'on peut préfumer,
en faisant attention combien ce Sanctuaire
D.vj. eft
27 MERCURE DE FRANCE
eft étroit. Les objections de ses adversaires
sont solidement réfutées dans cet Ecrit. On
y aprend, en passant, l'origine de la ruë neuve
de Notre- Dame , que le même Maurice de
Sully fit faire , en achetant les Maisons de
Mrs de Tourote , ancienne Famille du
Noyonnois ; c'est ce qui obligea PArchitecte
'de ne pas continuer l'alignement du Choeur,
qui auroit fait face à l'ancienne petite ruë
qui se trouvoit où est aujourd'hui la Place de
'Hôtel- Dieu.
Le Czar avoit obfervé à Paris , et à S. Denis
, que les deux Eglises ne sont pas droites.
La même chose est encore plus sensible à
Saint Etienne du Mont. On dit que la belle
Eglise de S. Ouen de Rouen à le même défaut
, ainsi que celle de l'Abbaye de Joyenval
, proche S. Germain en Laye , &c . M.
Lebeuf fait remarquer en finissant cet Article
, après Dom de Montfaucon , que les
Statues oblongues qui font au Portail , sur
lequel est élevée la Tour méridionale son
de l'ancienne Bafilique , & que souvent on
faisoit de ces sortes de réserves ; ce qui
'doit servir à détromper les mauvais Criti
ques.
La Note contenuë au bas de la page 85.
confirme ce que Sauval avoit déja dit tou
chant l'élevation du pavé de Paris . Notre
Auteur , qui fait usage de tour , a observé au
mois
FEVRIER 1740.
mois de Janvier 1739. dans la ruë S. Jac
ques , où l'on a bâti pendant presque tout
le cours de cette année , des restes de l'ancien
pavé pavé du temps
de Philipe
Augufte
. I étoit de huit pieds plus haut que celui d'aujourd'hui
, & il en paroiffoit
encore
un second
ontre
les deux.
.
Cette remarque , faite à l'occasion de la
Place de devant l'Eglise de N. D. qui est
aujourd'hui de plain- pied , au lieu qu'on y
montoit autrefois , le conduit à parler d'un
couteau ,dont le manche contient une espece
d'Acte de la Donation de cette Place. Ce
couteau à manche d'ivoire , est conservé
dans les Archives de N. D. & comme il n'eft
point rompu , l'Auteur en conclut qu'il y a
quelque chose à rectifier dans l'Article du
Gloffaire de M. Du Cange , sur les Investitu
res per cultellum. Il nous avertit auffi que
M. l'Abbé Chastelain , en son Bimestre de
Janvier , page 515. a fait ce couteau bien
plus ancien qu'il n'eft en effet , en disant que
les caracteres sont du VIII. siècle . L'Inscription
fait mention d'un Fulcherus de Buolo ,
de
l'Archidiacre Drogon , & d'Anniversaire , ce
qui ressent affés le XII . siécle. L'Archidiacre
Drogon vivoit sous Philipe I.
On voit auffi à Notre - Dame un petit mor
ceau de bois , sur les quatre faces duquel eft
écrite une reconnoiffance de quelques Habi
tang
274 MERCURE DE FRANCE
tans Serfs d'Epone ; proche Mantes , Terre
qui apartient au même Chapitre . Il y eft fait
mention du Doyen Foulques, qui fut fait Evêque
de Paris l'an 1103 .
A l'occafion de ces anciens Serfs de l'Egli
se de Paris M. L. raconte la maniere dona
* fut affranchi , & reçut la Tonsure en 1402 .
un jeune Homme nâtif de Vaudoy , en Brie
I se présental pendant Vêpres dans le Chout
de N. Drà tous les Chanoines , ayant une
" serviette attachée au cou , tenant un baffin &
des ciseaux , & chaque Chanoine, lui coupa
un peu de ses cheveux , in fignum manumisfionis
ad tonsuram clericalem. Parice qui se
lit à ce même endroit , il'paroît qu'à Charles
Chanoines de ce siècle-là avoient
plus de part à la cérémonie de la tonsure.
tres ,
Il y a à Ni D. de Paris , un usage , suivant
tequel un Enfant de Choeur tient chaque Dimanche
sur sa poitrine une baguette d'argent
pendant la Bénédiction de l'Eau. On
dit ordinairement que cette baguette oft pour
marquer la Jurifdiction . M. L. a. découvert
dans le dernier Volume des Annales Béné →
dictines de Dom Mabillon , que Dom Marrenne
a publié il y a un an , l'origine de cetre
baguette , qu'il fait remonter au XII. siéele,
non pas, que celle qui exifte aujourd'hui
oit de ce temps - là ; mais elle a été faite pour
air licu , de l'ancienne qui venoit du Roy
Louis
FEVRIER. 1740. 27
Louis VII. laquelle ce Prince posa lui-même
sur le grand Autel , pour des raisons qu'il
faut lire dans le Livre même. Le Trait d'Etienne
de Paris , Auteur de cette particula
rité , contient des preuves fingulieres de la
dévotion de ce Roy envers l'Eglise de N.D.
Il dit qu'on conservoit cette baguette parmi
les Privileges de cette Eglise , & cet Ecrivain
étoit contemporain. Nous ne manquons:
point , au reste , d'exemples qui prouvent
que lorsqu'un Monument de l'Antiquité s'eft
trouvé perdu , ou usé de vetusté , on lui en
substitue un autre , pour ne pas perdre le sou
venir de l'ancien. M. L. finit ce Chapitre ,.
par un Catalogue des Rois de France , tel
qu'on le voyoit au Portail de N. D. sous le
Regne de S. Louis , lequel commence ainsi :
Primus Rex Clodoveus. L'Auteur le donne
tout simple ,& sans Commentaire : il y auroit
bien des observations à faire dessus ; mais il
les laisse au Lecteur intelligent. Plusieurs
ont déja remarqué que la primauté donnée
ici à Clovis , revient au sentiment du Pere
Daniel : mais font- ils attention qu'il auroit
été affés indécent , qu'à la Porte d'un Temple
du Christianisme , ont eût inscrit le nom
d'un Clodion , d'un Méroüée , d'un Childeric
, tous Rois Payens des Francs ? Cet ordre
ne leur donne donc exclusion , que quant au
fang de Rois Chrétiens. Les chiffres paroisseng
MERCURE DE FRANCE
sent être , auffi bien que le titre , de la façon
de celui qui copiâ c Catalogue.
La Differtation qui suit , intereffe uniquement
l'Eglise de Paris . L'Auteur , après avoir
dit qu'il a fait à la Bibliothèque du Roy toutes
les recherches poffibles d'anciens Livres
de Chant , à l'occasion de l'Ouvrage qu'il
avoit entrepris pour le Chant de Paris , obferve
qu'il est tombé sur des fragmens du
Pontifical de cette Eglise , dont l'écriture
est conftamment avant le XII . siécle , & que
dans ce Pontifical est marquée,au 26.Juillet,
la Fête de la Tranflation du Corps de S.Marcel
, Evêque de Paris , & dans un style qui
supose que ce n'étoit pas ailleurs que dans
l'Eglise Cathédrale que ce saint Corps avoit
été transporté. Cela l'oblige à soûtenir que
ce n'eft pas sous Philipe Auguste , comme
on le croit depuis Du Breüil , que cette
Translation a été faite. Il recherche ensuite
en quel siécle , à peu près , ce Transport a
pû se faire. Il observe auffi que dès le XII.
siécle on étoit accoûtumé à porter en Proceffion
le Corps de S. Marcel avec la Châsse
de Ste Geneviève , & qu'il n'y a pas d'apatence
que les Chanoines de N. D. allaffent à
chaque fois prendre sa Châsse au Faubourg
de son nom. Il y a en cet Article plusieurs
choses curieuses sur la Proceffion de Ste Genevieve
; on y voit des preuves, comme saint
Marcel
FEVRIER 1740 277
Marcel a pû être invoqué dans l'Eglise de
Paris dès le X. siécle contre la maladie des
Ardens , & on est porté à croire que son
Corps fut refugié en cette Ville , dans le
temps des Guerres des Normands.
Nous nous arrêterons un peu davantage
sur le Memoire suivant , qui concerne l'Edifice
découvert à Montmartre à la fin de l'année
1737. Le Public est informé des bruits
qui coururent alors sur ce sujet , & pendant
tout le cours de l'année 1738. Les fauffetés.
qu'on imprima à cette occasion , peuvent
avoir trouvé des Esprits credules . M. Le
beuf, qui se transporta des premiers à Montmartre
, avoit cependant publié dans le Mercure
de Janvier 1738. ce qu'il pensoit de ce
Bâtiment. Comme depuis on a achevé de le
dégager de ce qui l'environnoit, & qu'on en,
a auffi vuidé les dedans , il a eû la facilité de
l'examiner de plus près. Il affûre donc ici
que cet Edifice n'a été autre chose dans son
origine , que les Bains de la Maison de campagne
de quelque Romain , avant que les
Francs fuffent les maîtres des Gaules. Il le
prouve par leur parfaite conformité avec ceux
d'une Maison de campagne située en Auvergne
, de laquelle Sidoine Apollinaire fait
la description dans sa Lettre à Domitius. M.
L. a reconnu , dans les differens endroits de
l'Edifice , le Lieu où s'écouloit l'Eau , qui
venoit
278 MERCURE DE FRANCE
venoit par des tuyaux de la Fontaine de Bue;
celui des Fourneaux pour l'échauffer , le Lieu.
ensuite où l'Eau échauffée paffoit , les tuyaux .
en forme de petites cheminées , par lesquels
la chaleur s'exhaloit, de crainte que ceux qui
se baignoient ne fuffent étouffés. Enfin l'apartement
apellé Cella frigidaria , & celui:
où l'on reprenoit ses habits. Le Paffage de
Sidoine sert à expliquer ce que c'étoit que
ces petits tuyaux de terre cuite , en forme de
col de bouteille , qu'on a trouvé en fi grande
quantité , mêlée parmi les décombres. C'é
toit par le moyen de ces tuyaux qu'étoit formée
la muraille trouée , paries foraminatus,
dont parle Sidoine. Les Inscriptions dont
on a trouvé des fragmens en remuant les ter
res , sont les restes de celles dont ces sortes
de Bains étoient ornés , au raport du même
Sidoine. M. L. les donne telles qu'il les a
vûës & tenuës , en présence d'une infinité de
témoins, qui ont vu tout le refte .
A l'égard de l'antiquité des principaux murs
de cet Edifice , l'Auteur en juge par leur conformité
avec celle des murs des anciennes
Cités Romaines, qu'on voit en differens Lieux
des Gaules ; les ceintures de couches de briques
, entremêlées avec les petites pierres de
moëlon , à certaine diftance , en sont une
preuve , outre la solidité de la maffonneries
On peut actuellement juger de ces genres
d'ou
FEVRIER. 1740 279
d'ouvrages des Romains du III . ou IV. siécle ,
par ce qu'on en a découvert à Paris ces jours
derniers dans la rue des Mathurins , à l'endroit
où étoit l'Entrée des Eaux d'Arcüeil
du côté du midi , pour l'usage des Bains situés
dans ce quartier- là. La dureté de cette .
matiere eft sensiblement la même . On y re- ;
marque les mêmes travaux de briques & de
tuiles dans les murs , que dans les petits
Bains du Particulier de Montmartre.
M. l'Abbé L. après avoir parlé des Bains
Civils,dit un mot des Bains Ecclesiastiques . I
nous aprend qu'à Rome, selon l'ordre du Pape
Hadrien I. le Clergé alloit proceffionellement
tous les Jeudis au Lieuraccoûtumé , pour fe
baigner, en chantant des Pseaumes. La chaleur
du Pays le demandoit ainsi . L'Empereur Honorius
permit même par une Loi , de mener
baigner les Prisonniers tous les Dimanches.
En France même, où le climat est bien moins.
chaud , on voit qu'anciennement les Chanoines
de Rheims usoient du Bain ; que
saint Rigobert , leur Evêque , fit conduire
des Eaux dans la Ville , ad faciendum eiş balneum
, & qu'il eut soin de les pourvoir de
bois pour chauffer le Bain. L'Auteur raporte
en finissant , un Trait singulier , sur la maniere
dont un Sarrazin fit découvrir un Trésor
dans la Poüille. On lisoit sur une Statuë
de marbre cette Inscription en langage du
Pays :
4
.t
20 MERCURE DE FRANCE
Pays : Le premier jour de May , au Soleil
levant , j'aurai une Tête d'or. Il y avoit 200 .
ans que la Statue étoit érigée avec l'Inscription
, sans qu'on pût l'expliquer. Le Sarrazin
, revenu dans le Pays au premier jour de
May , remarqua l'endroit où l'ombre de la
Tête de la Statue aboutiffoit , au moment
du lever du Soleil ; il y fit creuser , & on y
#rouva d'immenses Trésors.
Nous continuerons l'Extrait des autres Dis
pertations dans un autre Mercure.
*************************
SUR la Mort de S. A. $. M. le Du
DE BOURBON.
BEau Palais , Lieu charmant , Séjour digne des
Dieux ,
Où l'Art le plus parfait , soûmis à la Nature ,
Respectoit des Printemps la riante parure ,
Chantilli , tu n'es plus qu'un sepulchre à nos yeux.
'Ainsi se perd l'éclat d'une Beauté naissante ,
Quand la Faulx de Saturne en arrête le cours .
Les traits qui nous charmoient , font pleurer les
.Amours ,
Et jettent dans les coeurs l'horreur & l'épouvante .
Je n'entens exprimer que tristesse et regrets.
me de Chantilli , qu'êtes- vous devenue a
Ex
FEVRIER. 204 1740:
En vain par ses sanglots une Nimphe éperduë
Prononce votre nom au milieu des Forêts ;
Vous ne répondez point ; seriez -vous insensible ,
Vous ,qu'on voyoit si tendre aux cris des malheu
reux ?
Rendez- vous , s'il se peut , un moment à ses voeuxi
Epargnez à ses yeux un spectacle terrible ;
;
L'excès de sa douleur la trouble et la confond Ame de ces beaux Lieux , en vain on vous invited
Auroit-elle oublié , qu'au-delà du Cocyte
....
Tous nos discours sont vains ? jamais on n'y
répond.
Ce n'est donc plus à vous qu'elle adresse sa plainte
Joüissez des douceurs d'un repos glorieux :
C'est toi , cruel Destin , dont l'ordre imperieux
La met par ce malheur au- dessus de la crainte.
Frape, quand tu voudras , aiguise tous tes traits,
Qu'a-t- elle à redouter dans l'horreur qui la guides
A qui ne voit que des Cyprès ,
Pallas , refusez votre Ægide.
Beau Palais , Lieu charmant , Séjour digne de
Dieux ,
Où l'Art le plus parfait , soumis à la Nature ,
Respectoit des Printemps la riante parure ,
Chantilli , tu n'es plus qu'un sepulchre à ses yeux
D. Bonneval.
Lax
82 MERCURE DE FRANCE
Les mots de l'Enigme & des Logogryphės
du Mercure de Janvier , sont , Etrenne , Méridien
, Lutheranisme , & Imperator. On trou
ve dans le premier Logogryphe , Mer , Medie
, Inde , Mi, Re , mie , Reine , Mere , nier ,
Dime,rien , Mire.
JE
ENIGM E.
E suis un composé de plusieurs paralleles ;
Toutes également sont distantes entre elles .
Mon Lot est de fixer un joli Citadin ,
Un volage folâtre , un inconstant badin ,
Que l'on fçait introduire au milieu de ma place ¿
Qui fans me concevoir en mesure l'espace ;
Qu'on voit legerement , tel qu'un Ingénieur ,
Passer de ligne en ligne en mon interieur ,
• Et travailler sans cesse à son indépendance .
Il faut jusques au bout vous raconter ma chance?
Pour moi , l'on met en oeuvre , avec attention ,
La mécanique Invention ,
Qui fait , que par Regle sçavante ,
Prise au Traité de la Force mouvante ,
On me fait perdre terre , & cela sans effort .
J'ai des soeurs, qui n'ont pas toutes le même sort ,
Qui
FEVRIER. 283 1740.
Qui different en forme , en grandeur , en matiere ,
Mais tout cela provient de la cause premiere.
Pour revenir , je suis sur un Plan vertical , ¡
Comme auffi sur celui qu'on nomme horisontal
Le plus souvent , dessous la Perpendiculaire :
Enfin mon Posté est tel que l'on juge à propos .
Je garde affés bien mes Dépôts.
La munition nécessaire
Manque peu , soit chés moi , soit dans mon En?
trepôt.
Voilà de mon état à peu près le sommaire.
D
LOGOGRYPHE.
Ouze membres , Lecteur , forment mon exis
tence 2
Qui sans nulle combinaison
Te font voir un objet digne d'aversion ,
Et qui toujours à l'Innocence
Livre de dangereux combats .
Si tu fçais à propos faire mon analyse ,
Certainement tu trouveras
( Non fans une grande furprife ).
Quatorze Saints Prélats, qu'en France on préconise
Quatre Villes de grand renom ;
Quatre Notes de la Musique ;
Deux pechés mortels ; un Poisson;
Certai■
84 MERCURE DE FRANCE
Certain Poëte satyrique ;
Un mot sinonyme à malheur ;
Une demeure bienheureuse ;
Une femme très-vertueuse ;
Le symbole de la douceur ;
Ý
C
Ce qui succede à la tempête ;
Ce que l'on porte sur la tête ;
Un Fleuve , une aimable Liqueur.
Il faut tout dévoiler & me faire connoître ;
Tous les mots ci -dessous de moi reçoivent l'être
Jean Calvin , un Moine malin ,
Vil Animal , cruel Mâtin ,
Manteau court , noire Calomnie ,
Côtéau vanté , vaine Avanie ,
Mince Canot , Marteau volé ,
En omnia , Lector , vale.
A. R. D. R. P
AUTRE.
MItron , Mutin , Bien , étrillé ;
Utile Loi , Ville embellie ,
Mérite borné , Toile unie ,
Biére brune , Moine mouillé ,
Bête morte , Robe brûlée ,
Jeune éveillé , Mere troublée ;
Membre mutilé librement ,
Oli
FEVRIER. 1740
283
Düir, mentir), Belle merveille ,
Et , Boire , Bon , Vin ; En , Bouteille ,
Se trouvent dans E. •
Par le même
శ్రీ శ్రీ శ్రీ శ్రీ
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c .
A QUATRIE ME EGLOGUE DE VIRGILE,
Lraduite en François , avec des Notes
Critiques , par M. R. D. R. A Clermont-
Ferrand , de l'Imprimerie de Pierre Vialla
mes , &c. 1739 .
INSTRUCTION Sur les Lettres de Change
& sur les Billets négociables fuivant l'Edit
du Commerce , les Déclarations & Arrêts
rendus depuis 1673. jusqu'à présent , & les
Usages des Places & des Négocians. Seconde
Edition corrigée & augmentée . A Paris;
chés David , l'aîné , Quai des Auguftins , &
Nully , Grande Salle du Palais. 1739. vol.
in- 12 . relié 25. f.
CATALOGUE des Livres de la Bibliothéque
du Grand Conseil , difposé par l'Abbé Boudot
, 1739. in- 8°, leguée par M. de Vertha-
E mos
286 MERCURE DE FRANCE
mont à sa Compagnie , imprimé à Paris,
chés Cl. Fr. Simon ; Fils.
, CAPRICES D'IMAGINATION ou Lettres
sur differens sujets d'Histoire , de Morale
de Critique , d'Histoire Naturelle , &c. Á
Paris , chés Ant. Cl. Briaffon , Libraire , ruë
S. Jacques , à la Science , 1740. in - 12,
RECUEIL de Differtations sur plusieurs Tra →
gédies de Corneille & de Racine , avec des
Réflexions pour & contre la Critique des
Ouvrages d'esprit , & des Jugemens sur ces
Differtations . A Paris , chés Pierre Giffey ;
ruë de la vieille Bouclerie , & Marc Bordelet,
ruë S. Jacques , 2. vol . in - 12, 1740 ..
LES ELEMENS DE GEOMETRIE , ou de la
mesure de l'Etendue , qui comprennent les
Elemens d'Euclide , les plus belles Propofi
tions d'Archimede , touchant le Cercle , la
Sphere , le Cylindre & le Cône ; avec une
idée de l'Analyse , & une introduction aux
Sections Côniques , par le R. P. Bernard
Lamy , Prêtre de l'Oratoire . Sixième Edition
revûë & augmentée . A Paris , chés François
Mathey rue S. Jacques , vis- à-vis S. Yves.
1740. prix 2. liv . io.f. Cette Edition est trèscorrecte
, & préferable aux anciennes .
LI
FEVRIER: €740: 287
LE MARQUIS DE CHAVIGNY , Par feu M;
Boursault , Brochure in- 12 . de 288. pages >
sans l'Epitre Dédicatoire de l'Auteur à M.
Perrault Président en la Chambre des
Comptes de Paris , & un Avis au Lecteur.
A Paris , chés le Breton , Quai des Augustins
, près la ruë Gist-le-Coeur , à la Fortune .'
1739.
>
LE PRINCE DE CONDE' , par feu M. Bour
sault , Brochure in- 12. de 198. pages , & un
Avis du Libraire au Lecteur pour l'intelligence
de l'Ouvrage . A Paris , chés le même
Libraire.
ARTEMISE ET POLIANTE . Nouvelle . Par
feu M. Boursault , Brochure in- 12 . de 242.
pages , compris l'Epitre Dédicatoire de l'Auteur
à M. Charlot de Bretigny. A Paris
chés le même Libraire.
2
NE PAS CROIRE ce qu'on voit , Histoire
Espagnole , par M. Boursault , Brochure in-
12. de 314. pages , compris l'Epitre Dédicatoire
à M. Pidou de S. Olon , Gentilhom-'
me Servant chés le Roy. A Paris , chés le
même Libraire.
COURS D'OPERATIONS DE CHIRURGIE
démontrées au Jardin Royal , par M Dimis,
Eij
Pre
483 MERCURE DE FRANCE
Premier Chirurgien de Feuës Mesdames les
Dauphines , & Chirurgien Juré à Paris
Quatriéme Edition , revûë , augmentée de
Remarques importantes , & enrichie de Fis
gures en Tailles - douces , qui représentent les
Instrumens nouveaux les plus en usage , par
G. De la Faye , Chirurgien Juré à Paris,
Chés d'Houry , seul Imprimeur de M. le Duc
d'Orleans , rue saint Severin. 1740. Vol . in-
8.de 879. pages , sans l'Epitre Dédicatoire
au Roy , la Préface , l'Avis de l'Auteur des
Remarques , la Table des Titres & Sections,
& celle des Matieres,
L'Auteur a divisé ce Cours d'Operations ,
comme son Anatomie , en dix Journées .
La premiere traite en général des Opérations
& des Figures.
La seconde , des Opérations qui se prati
quent sur le bas- Ventre.
La troisiéme , de celles qui se font sur la
Veffie , la Verge , & la Matrice.
La quatrième , de celles que demandent les
'Aînes , le Scrotum , & l'Anus.
La cinquième , de celles de la Poitrine &
du Col.
La fixiéme , de celles qui se font à la Tête
& aux Yeux,
La septième , de celles qui se raportent à
toutes les Parties du Visage.
La huitième , de celles qu'on fait aux exrémités
superieures ,
La
FEVRIER . 1746: 285
La neuvième , de celles qui se font sur les
extrémités inferieures."
Enfin , la dixiéme & la derniere , de celles
qu'on peut pratiquer sur toutes les Parties
du Corps.
Il est inutile de relever ici par des Eloges
le mérite de cette nouvelle Edition . Il suffit
de dire que c'est l'Ouvrage d'un des plus
grands Maîtres de l'Art , & très digne de la
réputation de son Auteur. C'est un de ces
Livres excellens, auxquels le Public a toujours
rendu juſtice , en France & dans les Pays
Etrangers.
LA SCIENCE DES MEDAILLES , nouvelle
Edition , avec des Remarques Hiftoriques &
Critiques. Chés de Bure l'aîné , Quai des Auguftins
, in- 12 . 1739. 2. volumes.
>
Quoique cet Ouvrage ait parû plusieurs
fois depuis 1692. que le P. Louis Jobert , de
la Compagnie de Jesus , l'a publié pour la
premiere fois ; cependant cette nouvelle Edition
, plus parfaite que toutes les autres , le
fait regarder avec raison comme un Livre
nouveau. Il doit sa perfection à une de ces
mains habiles , auxquelles seules il convient
de manier avec autant de dexterité , que de
lumieres , un Sujet où le fçavoir & le discer
nement ne doivent jamais être séparés.
L'Editeur donné dans sa Préface un Abregé
E iij succinct
190 MERCURE DE FRANCE
succinct , mais curieux , de l'Hiftoire de la
Science des Médailles . On y voit quand ces
précieux Monumens ont commencé à être
recherchés , & dans les differens Temps &
dans les diverses Nations.
Ce fut vers le milieu du XIV. siècle que
Petrarque , à qui les Lettres , foit Italiennes ,
soit Latines , doivent une partie de leur réabliffement
, se mit à raffembler un Cabinet
de Médailles. Ce qui fut recherché d'abord
comme une simple curiosité , fut eftimé depuis
comme une étude néceffaire pour la
connoiffance parfaite de l'Hiftoire.
Le XV. siccle produisit un grand nombre
de Curieux en Italie , surtout Alphonse , Roy
d'Arragon & de Naples , le Cardinal de
S. Marc , neveu du Pape Eugene IV. & le
Grand Cosme de Medicis , l'honneur & la
gloire de sa Maison & de sa Patrie. Et c'eft
depuis ce temps-là que les Cabinets de Mé
dailles se sont multipliés en Italie , auffi bien
chés les Particuliers , que chés les Princes.
L'Allemagne ne s'occupa de la Recherche
de ces anciens Monumens , que vers la fin
du X V. siècle & au commencement du
XVI . que Mathias Corvin , Roy de Hon
grie , & l'Empereur Maximilien I. éxcités
P'un & l'autre par les Sçavans y contribuerent
par leurs dépenses & par leurs
soins.
>
Les
FEVRIER 1740 293
Les frequentes Expéditions des François en
Italie dans les mêmes fiécles , leur inſpirerent
du goût pour ces curiofités . Guillaume Budé,
Jean Grolier , & Guillaume du Choul furent
des premiers qui s'y adonnerent parmi nous,
& ce goût s'y est depuis extrêmement
accrû.
On ne s'y apliqua férieufement dans les Pays
Bas , que vers le milieu du XVI . fiécle ; cette
curiofité y fit néanmoins tant de progrès en
peu d'années , qu'il s'y trouvoit déja plus de
200. Cabinets dès l'an 1570. Golltzius, qui
en fut un des plus célebres amateurs , pouffa
cette Science plus loin que l'on n'avoit fait
jufqu'alors , comme on le remarque par les
divers Ouvrages qu'il a laiffés sur ce fujet.
Ce fut auffi dans ce même temps qu'on
s'y adonna en Eſpagne . Antoine Auguſtin ,
Evêque de Lerida , puis Archevêque de Terragone
, où il mourut en 1586. fit paroître
fes Dialogues fur les Médailles , imprimés
d'abord en Eſpagnol , & qui ont été traduits
enfuite en Italien & en Latin . Ce qu'il y
avoit de confiderable dans le Cabinet de ce
grand Homme , l'honneur de son temps par
fon fçavoir , a paffé aux Jefuites de Stras
bourg au commencement du XVIII . fiécle .
Ce fut dans le XVI . fiécle feulement , que
d'une Science curicufe , on en fit une Science
aitile , tant pour l'Hiftoire que pour les usa-
E iiij
ges
292 MERCURE DE FRANCE
ges
des anciens Grecs & Romains. Guillau
me du Choul fut prefque un des premiers ,
qui s'en foit fervi utilement dans fon Traité
de la Religion des Romains ; & il a été fuivi
par Golltzius , Auteur qui avoit vû le plus
grand nombre de Cabinets. Ce qu'il en avoit
examiné alloit à plus de 950 .
Mais le XVII . siécle
perfectionna l'usage
que l'on devoit faire de ces anciens Monumens.
Que de lumieres les plus fçavans Historiens
n'y ont- ils pas puisé ? Baronius & le
P. Pagi en ont fait usage dans l'Histoire Ecclesiastique
aussi-bien qu'Onuphre Panvini
, Jufte Lipfe , & beaucoup d'autres Critiques
dans l'examen des usages des anciens
Peuples. Le Cardinal Noris & M. Vaillant
ont formé des Corps d'Hiftoire , tirés de ces
précieux reftes de l'Antiquité.
>
Cependant M. le Baron de la Baftie , à qui
l'on doit les sçavantes & judicieuses Remar
ques , qui ont enrichi le Livre de la Science
des Médailles du P. Jobert , a raison de comparer
l'étude des Médailles avec celle des
anciennes Inscriptions. Peut- être même ces
dernieres pourroient- elles l'emporter , pour
la certitude , fur les Médailles , parce qu'il
fe trouve incomparablement plus de fauffes
Médailles , que de fauffes Infcriptions.
Les douze Inftructions du Livre du Pere
Jobert, font donc accompagnées de Remar
ques
FEVRIER. 1740. 293
ques Hiftoriques & Critiques : & fans faire
tort à la précision & au fçavoir du premier
Auteur , on peut affûrer que le difcernement,
P'érudition & les lumieres de l'Editeur l'emportent
fur le Pere Jobert."
Il en eft de même des Remarques de M.
de la Baftie , fur les nouvelles découvertes
dans la Science des Médailles , raportées par
le P. Jobert. On sera surpris de voir à quel
point le sçavant Editeur détruit & fait évanouir
l'éclat de ces prétendues nouveautés.
Quand elles ont de la vraisemblance , il sçait
les mettre dans un tout autre jour , que n'avoit
fait le premier Auteur ; & quand il fe
voit obligé de les détruire , il le fait non par
de simples conjectures hazardées , mais en
y portant la lumiere , & avec un fçavoir qui
n'eft pas commun.
Enfin l'illuftre Editeur ajoûte à ces prétendues
découvertes , d'autres découvertes plus
réelles & plus effectives , qu'il a puisées dans
ses propres connoiffances & dans les plus
beaux Cabinets de Paris ; surtout dans celui
de Sa Majesté , l'un des plus accomplis de
l'Europe ; & dans celui de M. l'Abbé de Rotelin
, qui par fa naiſſance & par fes grandes
qualités fait honneur aux Lettres .
Quoique M. de la Baftie n'ait pas donné
un Catalogue des Livres de Médailles , le P.
Banduri l'ayant déja fait à la tête de ses Mé-
E v dailles
294 M
FAA
dailles Impériales ; cependant il n'a pas man
qué d'en indiquer les plus curieux. Le Public
lui auroit eû une double obligation , s'il y
avoit joint son jugement & l'usage que l'on
en doit faire ; car il eft capable d'en juger
auffi fainement qu'aucun autre , & on n'ignore
pas qu'en ce genre , comme en beaucoup
d'autres , chaque Livre peut être diver
sement caracterisé , & a fon utilité particu
liere .
L'Editeur finit fon Ouvrage par trois Cata?
logues. Le Premier , des Empereurs , des
Impératrices , des Céfars , & des Tyrans ,
dont les noms se trouvent fur les Médailles
Grecquès & Latines , depuis le Grand Pom
pée jufqu'à la prise de Conftantinople par
les Turcs.
Le Deuxième Catalogue est celui des Colo
nies , Municipes , & Villes Latines , où l'on
a frapé des Médailles Imperiales.
Enfin , le Troisiéme eft celui des Villes Grec
ques , où l'on a frapé des Médailles Impériales.
MEMOIRES DE CONDE ' , ou Recueil pour
fervir à l'Hiftoire de France , contenant ce
qui s'eft paffé de plus mémorable dans ce
Royaume fous les Regnes de François II. &
de Charles IX. Nouvelle Edition , augmen
tée d'un grand nombre de Piéces curieuses
qui
295
qui n'ont jamais été imprimées , & enrichie
d'une Préface hiftorique , de Notes critiques,
de plusieurs Portraits , & des Plans de differentes
Batailles Volumes in -4° . A Londres
, chés Claude du Bosse , J. Nillor &
Compagnie. M. DCC . XXXIX .
S
PROJET DE SOUSCRIPTION .
Ceux qui étudient l'Histoire modernes
fçavent qu'il eft néceffaire pour s'en inftruire
à fond , de joindre la lecture des Actes , des
Titres & des Ecrits polémiques , à celle des
Historiens. Les premiers de ces Monumens
fournissent des Faits publics & certains , &
des dates sûres ; & l'on trouve dans les autres
des Faits singuliers , des Détails curieux
& des Anecdotes qui sérvent à éclaircir les
Narrations des Historiens , & qui supléent
souvent à leur filence.
Depuis un siécle on a publié un grand
nombre de Recueils. Hiftoriques ; & pour
ne parler que de ce qui regarde la France ,
il y en a une fuite qui contient prefque fans
interruption ce qui s'eft passé dans ce Royaume
pendant plus de cent ans , depuis 1537.
jusqu'à 1644.
Entre les differens Recueils qui compofent
cette suite , un des plus curieux , & cerrainement
le plus rare & * le plus cher eft
En 1737. ce Recueil seul & sans les der
E vj
celui
celui que l'on nomme ordinairement les
Mémoires de Condé , & qui a pour titre a
» Recueil des choses mémorables faites &
و د
passées pour le Fait de la Religion & Etat
» de ce Royaume , depuis la mort du Roy
» Henri II. jusqu'en l'an 1565. «
Ce Recueil a été imprimé à Strasbourg
en 1565. & en 1566. en trois Volumes
in-8°.
Il roule principalement sur ce qui se passa'
pendant la premiere guerre de Religion , qui
fut terminée par l'Edit de Pacification donnê
le 19. Mars 1562.
La seconde guerre de Religion commença
vers le mois de Septembre 1567. & fut apai
sée par P'Edit du 23. Mars 1568.
Elle donna lieu à un second Recueil qui
n'eft pas commun. Il fut imprimé en 1568.
sous ce titre : » Recueil de toutes les choses
mémorables advenues , tant de par le Roy,
» que de par Monseigneur le Prince de Con
dé , Gentilshommes & autres de fa Com-
" paignie depuis le 28. Octobre 1567
jusqu'à présent. M. D. LXVIII . in-8 °. «
و د
Cette Paix ne fut pas de longue durée , &
peu de mois après sa conclusion , s'excita
suites , fut porté jusqu'à 170. liv. à la vente de la
Bibliothèque de feu M. de Caumartin , Evêque de
Blois ; & quelques mois après , à 180. liv . à la vene
de celle de M. l'Abbé de Longuerue.
une
FEVRIER. 1740. 297
une troisième guerre de Religion , qui finit
par l'Edit du mois d'Août 1570 .
On a fait auffi un Recueil fur ce qui se
passa dans cet intervalle de temps. Il eſt intitulé
: » Histoire de notre temps , contenant
» un Recueil des choses mémorables paffées
» & publiées pour le Fait de la Religion &
» Etat de la France despuis l'Edict de Paciffi
» cation du 23. jour de Mars jusques au jour
" présent M. D. LXX. in- 8 °. «
L'utilité & la rareté de ces Recueils ont
fait naître l'idée de les réunir dans une nouvelle
Edition , & de remplir le vuide qui se
trouve entre le premier & le fecond , en
faifant réimprimer plusieurs Piéces rares
composées à l'occaſion de deux Evenemens
importans qui arriverent dans le cours de
l'année 1565.
Outre ce Suplément , on insérera dans
cette seconde Edition des Additions confidérables
pour les trois Recueils . Elles feront
de deux efpeces.
On y placera 1º. des Piéces fugitives , entre
lefquelles il y en aura plufieurs qui ont
été faites pour répondre à des Ecrits imprimés
dans les anciens Recueils . Ces fortes
de Piéces , rares quelquefois dès le temps,
même où elles paroiffent , le deviennent toujours
de plus en plus , parce qu'elles se perdent
aisément.
790 МЕЛ KE DE FRANCE
2º. Des Piéces qui n'ont jamais été impri→
mées . Elles ont été tirées de differens Recueils
manuscrits connus & eftimés. On a eû
communication d'un Volume précieux , contenant
près de 300. pages in-fol. dans lequel
ont été recueillies des Lettres originales de
Charles IX. de Henri III . alors Duc d'Anjou
& du Duc d'Alençon , ses freres ; de Cathe
rine de Medicis , du Prince de Condé , de
François Duc de Guise , du Connétable Anne
de Montmorency, du Chancelier de l'Hô
pital , de l'Amiral de Coligny , & de plusieurs
autres Seigneurs & Miniftres d'Etat.
On fera imprimer celles qui sont de nature
à entrer dans ce Recueil , & entr'autres ,
cinq Lettres , ou Mémoires très - curieux, qui
furent trouvés dans la poche du Prince de
Condé , lorsqu'il fut tué à la Bataille de
Jarmac.
Un Journal , non encore imprimé , de ce
qui s'eft paffé en France depuis la mort de
Henri II . jusque vers la fin de 1569. rem,
plira plus de la moitié du premier Volume ,
& servira d'introduction au Recueil des Pié
ces . Il a été composé dans le temps même à
Paris , par une personne d'une famille illuſtre,
& qui occupoit des places honorables dans
l'Etat Ecclesiaftique & dans la Magiftrature.
Il donne dans plusieurs endroits de son
Journal , des preuves de son zéle pour la
Religion
FEVRIER. 299 1740.
Religion Catholique; & il y raporte plusieurs
faits importans , & quelques Piéces qui ne
se trouvent pas ailleurs.
On reftituera dans ce nouveau Recueil
quelques Préfaces tirées des Editions originales
des Ouvrages raffemblés dans les anciens
Recueils , & qui y ont été suprimées!
On fera auffi imprimer quelques Piéces sur
les quatre dernieres années du Regne de
Charles IX. qui manquent dans les Mémoi
res qui portent le nom de ce Prince.
in-
On mettra au bas des pages de cette nou
velle Edition , des Notes dans lesquelles on
se propose de découvrir , autant qu'il sera
poffible, les noms des Auteurs dont on y
sérera les Ouvrages, de marquer les noms de
famille de ceux dont il y eft fait mention , de
raporter leurs principales actions , & de rec
tifier les faits qui seront altérés dans ces Ouvrages.
On placera à la tête du premier Volume
une Préface Hiftorique , dans laquelle on tâ
⚫chera de donner une idée exacte des princi
paux évenemens arrivés en France depuis le
commencement du Regne de François II.
jusqu'en 1570. On s'apliquera principalement
à developer la cause de ces évenemens,
& à faire connoître le caractere de ceux qui
ont joué les premiers Rôles dans ces tempslà
, les véritables interêts qui les on fait agir,
&
300
MERCURE DE FRANCE
& les motifs secrets de leur conduite. Cette
Préface sera suivie d'un Mémoire Hiftorique
& Critique sur un des Faits arrivé en 1565!
dont il a été parlé plus haut , parce que les
Piéces que l'on ajoûtera dans cette Edition
fourniffent sur ce fujet un grand nombre de
circonftances qui ne ſe trouvent point dans
les Hiftoriens.
Il n'y a point de Tables dans les anciens.
Recueils. On en mettra trois dans cette
nouvelle Edition; l'une pour les Matieres , &
les deux autres pour les noms de Lieux &
de personnes
.
Au Traité de la Majorité des Rois de France
, composé par M. du Tillet , Greffier en
Chefdu Parlement de Paris , qui eft dans le
premier Recueil , on auroit souhaité pouvoir
ajoûter celui qui a été fait sur la même matiere
par son frere, mort Evêque de Meaux. *
Mais il n'a pas été poffible d'en recouvrer un
Exemplaire, Si quelqu'un de ceux qui en ont,'
veus en donner avis au Libraire , soit par une
Lettre , foit par la voye des Ouvrages Périodiques
qui se diftribuënt en Angleterre , en
France & en Hollande , on lui fera des pro.
* Le P. le Long , dans fa Bibliotheque Hiftorique
de France , No. 11209. dit qu'il a été imprimé à
Paris en 1560. in - 4 ° . & la même année , à Tours ,
in- 8°.Il y en a un fragment à la page 634. Tome 2 .
de la Bibliotheque du Droit François de Bouchel.
positions .
FEVRIER: 1748 302
pofitions raisonnables , foit pour l'acquerir }
foit pour avoir la permiffion de le faire
copier.
Quoique les Recueils que l'on se propose
de faire réimprimer , regardent principale
ment la France, ils intereffent cependant tou
te l'Europe. Presque tous les Peuples qui
l'habitent , prirent parti dans les guerres de
Religion qui s'éleverent dans ce Royaume .
Le Pape & Philipe II . Roy d'Espagne , envoyerent
des Troupes auxiliaires à Charles
IX. Il fortit d'Allemagne des Corps nombreux
de Reiftres & de Lansquenets , dont
les uns fervirent dans les Armées de ce Prince
, & les autres dans celles du parti contraire.
Elisabeth , Reine d'Angleterre , donna.
du fecours à ceux de la R. P. R. Les Anglois
furent même pendant quelque temps en pos
seffion du Havre de Grace ; & Guillaume ,
Prince d'Orange , Fondateur de la République
des Provinces -Unies , & Ludovic , Comte
de Naffau , fon frere , vinrent en France
pour combattre avec eux.
Avis aux Souscripteurs,
Cet Ouvrage sera en cinq Volumes in-4 !
avec Figures & Vignettes ; on n'en tirera que
550. Exemplaires ; fçavoir , soo. en petit papier
, & so. en grand.
Les Souscripteurs pourront avoir des
Exemplaires ,
2 MERCURE DE FRANCE
En petit papier à 36. livres.
En grand papier à 54. livres , en payan
d'avance 18. livres pour le petit papier , &
27. livres pour le grand papier.
Ceux qui n'auront point fouscrit , paye
ront pour chaque Exemplaire en petit papier
45. livres , & en grand papier 66. livres .
Chaque Volume aura au moins 80. feuilles
& tout l'Ouvrage fera en état d'être délivré
dans le courant de l'année 1741 .
Pour s'affûrer d'avance des Exemplaires
qu'on voudra retenir , on s'adreffera à Paris ,
chés Rollin , fils ; & aux principaux Libraires
des Provinces & des Pays Etrangers.
Quelques Particuliers ayant parû fouhai
ter qu'on tirât des Exemplaires de cet Ou
vrage en grand in- douze , de la hauteur des
in- octavo , le Libraire avertit le Public , que
s'il diftribue un nombre raisonnable de Souse
criptions pour cette derniere forme , il exé◄
cutera en même- temps cette Edition in -4
& in- 12 . 20. Volumes. Le prix des Souscrip
tions pour l'in - douze , fera de-même que
l'in -quarto..
ROLLIN Fils , Libraire à Paris , imprime acactuellement
l'Hiftoire Génerale des Ceremonies
Moeurs & Coutumes Religieufes de tous les Peuples du
Monde , représentées en 243. Figures de BERNARD
PIGARD , corrigée & augmentée confidérablement par
ane Societé de Gens de Lettres , enrichie d'un grand
nombre
FEVRIER 30% 1746:
hombre de Vignettes , Culs -de- lampes & Lettres grifes.
VII. Volumes in-fol. L'impreffion en eft déja fort
avancée , enforte que le Libraire fera en état d'en
délivrer les Exemplaires dans le temps qu'il la promis.
On avertit les Souscripteurs & ceux qui feront
curieux d'en voir l'execution , que le Librair
Ja leur communiquera avec plaisir .
Livres nouveaux.
La Phyfique facrée , ou l'Hiftoire naturelle de
Plantes & Animaux connus dans les Saintes Ecritures
, avec plus de 700. figures , Hollande , 8. vol.
in-folio.
Gibert , Corpus Juris Canonici , Lyon . 3. vol.
in-folio.
Mabillon , Annales Ordinis S. Benedicti , Paris ,
Tome VIe. in-folio , 1739.
Dictionaire Universel , augmenté confidérables
ment , Trévoux , s . vol. in -folio , fous Preffe.
Les OEuvres de M. Claude Henrys , augmentées
confidérablement , Paris , 4. vol . in-fol. 1739.
Les OEuvres Spirituelles de M. Fenelon , Arche
vêque de Cambray , Hollande, 2. vol. in °. grand
papier , 1739 .
Les Vies des Saints , par M. Baillet , nouvelle Edition
, Paris , 1o. vol . in- 4° . 1740.
Tomes 9. & 10. de l'Hiftoire de l'Eglife Gallicane
, Paris , in-4°. 1739 .
Tome 6. de Tillemont , Hiftoire des Empereurs ,
Paris , in-4° . 1739 .
Hiftoire des Guerres d'Italie , traduite de François
Guichardin , qui s'imprime actuellement à
Londres , 3. vol. in- 4 ° . grand & petit papier.
Tomes 11. 12 & 13. de l'Hiftoire d'Angleterre
par Toiras , Hollande vol. in- 4° •
Tome
304 MERCURE DE FRANCE
Tome 20. Hiftoire Romaine par les RR. PP. Ca
trou & Rouillé , Paris , in - 4° . avec figures.
Droit naturel des Gens , par Pufendorf , Hollande
, 3. vol . in- 4° . 1740 .
Le nouveau Praticien François , par M. Lange
augmenté , Paris , 2. vol. in - 4° . fous Preffe.
Conference de Louis XIV. fur les Eaux & Forêts
augmentée , Paris , 2. vol. in -4º . fous Preffe.
Mémorial Alphabetique des Eaux & Forêts , Pêches
& Chaffes, avec les Ordonnances, par M.Noël,
Paris , in -4°.
2 .
>
Les OEuvres de M. Patru , Paris , vol . in. 4°.
Nouveau Dictionaire Civil & Canonique de
Droit & de Pratique , augmenté , Paris , in-4°.
fous Preffe.
Suplément de la Méthode pour étudier l'Hiftoi
re , par M. l'Abbé Lenglet , grand & petit papier.
Et in-1 2. 4. vol. fous Preffe.
Effais de M. Montaigne , augmentés par M. P.
Cofte , Hollande , 3. vol . in-4°.
Idem. en fix volumes in- 12. 1739.
Dictionaire de la Marine , augmenté confidéra
blement , Hollande , in 4° . avec figures.
Inftructions Chrétiennes fur les Myfteres de Notre
Seigneur, & fur les Dimanches & Fêtes de fannée
, en forme d'Année Chrétienne , par M. Singlin
, Paris , 12. vol . in - 12 .
Hiftoire du Peuple de Dieu , Paris , 10. volumes
in-12 . fous Preffe .
Cité de Dieu , de S. Auguftin , par M. Lonbert ,
Paris , 4. vol. in- 12 .
Tome second de la Juftification de M. Fleury ,
Hollande , in- 12 . 1739 .
Les devoirs de l'Homme & du Citoyen , par Pu
fendorf , Hollande , 2. vol . in. 12. fous Preffe .
Les principes d'Hiftoire pour la Jeuneffe , par M.
Lengler
FEVRIER:
1740. 305
Tenglet , 6. vol. in 12. complets. Les volumes ſe
vendent féparément , Paris , 1739.
Hiftoire des Révolutions d'Espagne , par le P.
d'Orléans , Paris , 5. vol . in - 12 .
Suite de Mezeray, Hollande , 2. vol . in- 12. 17391
Hiftoire de Bretagne , par M. l'Abbé des Fontai-
Aes , Paris , 6. vol. in - 12 . 1739 .
Tomes 6. & 7. de l'Hiftoire de Malthe, par l'Abbé
de Vertot , Paris , in - 12 . 1739 .
Hiftoire de la Vie du Prince Eugene , Hollande ,
5. vol. in- 12. avec figures , fous Preffe.
Mémoire fur la Guerre , avec un Traité des Hôpitaux
, par M. de Turenne , 2. vol . in- 1ª . 1739.
Mémoires de M. de Villais , Hollande , 3. vol.
in- 12. 1739•
Mémoires de M. de Berwick , Hollande , 2. vol.
in- 12. 1739.
• La Vie d'Olivier Cromwel , Hollande , 2. vol ,
in - 8°. 1739.
Lettres d'Henri IV. Roy de France , de Mrs de
Villeroy & Puifieux , 2. vol. in - 8°. 1739 .
Nouvelle Edition des Lettres de M. la Marquise
de Sevigné , Paris , 6. vol . in- 12 .
Lettres de Madame Desnoyers, augmentées d'un
volume ,Hollande , 6. vol. in - 12 . avec figures, 1739 •
Poefies de M. l'Abbé Chaulieu, Hollande, 2. vol.
in-12. 1740.
Voyage & Avantures des Côtes de Guinée , Hol-
Lande , in- 12. avec figures , 1739 .
Méthode pour étudier la Géographie , augmen
tée confidérablement par M. l'Abbé Lenglet , Paris,
6. vol . in- 12 . avec figures , fous Preffe.
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE , ou Hiftoire
Litteraire de l'Allemagne , de la Suiffe , &
dis
MERCURE DE FRANCE
des Pays du Nord. Année M. D. CC . XXXV
Tome XXXII.
Le VI . Article de ce Volume comprend
divers Ouvrages publiés par M. Frid . Ôtron
Mencke. Ce nom est distingué parmi les
Sçavans d'Allemagne : l'Ayeul de celui qui
fait le fujet de cet Article , a rendu un Setvice
fignalé à la République des Lettres , en
formant le Projet des Acta Eruditorum , &
en y travaillant sans interruption depuis le
mois de Janvier 1682. jufqu'au mois de Janvier
1707. Jean Durchard Mencke , fon fils ,
a continué ces Actes , & au milieu de plusieurs
autres occupations , il a publié diverfes
Piéces qui ont eû beaucoup de succès ;
entre autres , deux Discours sur la Charlatanerie
des Sçavans. La mort en enlevant cet
habile Homme , n'a pû détruire le nom de
Mencke, celui dont il s'agit ici est capable de
le foûtenir. Il feroit , dit on , à fouhaiter qu'il
cût confervé cette fameuse Bibliothéque , qui
portoit le même nom , & qui avoit été for
mée par les soins de fon Pere & de fon Ayeul,
Les affaires domeftiques ne l'ont aparemment
pas permis.
Après ce petit Préliminaire , que nous
avons abregé , l'Auteur du Journal donne
une idée de quelques Volumes qui doivent
le jour aux foins de ce même Frid. Ott. ,
Mencke , & qui sont autant de preuves de
fa
FEVRIER 17401 307
Ta capacité. Nous nous arrêterons à celui
qui contient vingt - cinq Differtations de J.B.
Mencke , raffemblées avec soin par son Parent
, lequel à la fin du même Volume , en a
ajoûté une de sa façon , sur la Solde Militaire
des anciens Romains : De Romanorum
veterum Stipendiis militaribus. Voici le précis
de cette Pièce , dont le sujet nous a parû
curieux,
Le mot , Stipendium , dont la fignification
eft à préfent vague , & aplicable à toute forte
de bienfaits , étoit autrefois reſtraint à la
paye qu'on donne au Soldat , pour le mettre
en état de foûtenir le fardeau de la guerre.'
Les anciens Romains comprirent qu'il étoit
jufte que des gens qui abandonnent tout
pour la défenfe de la Patrie , ne manquaffent
pas du néceffaire , & même qu'ils reçûffent
une récompenfe honorable. Mais il eft arrivé
, dans la maniere de diftribuer la solde
divers changemens fuivant le temps & le
caprice des Souverains , que l'Auteur se pro
pofe de parcourir.
Dans les temps de Rome les plus voiſins
de sa fondation , un Citoyen auroit crû agir
en mercenaire , s'il avoit reçû un salaire en
argent , pour aller combattre l'ennemi de la
Patrie . On ne lui donnoit que l'étape , c'eſtà-
dire , les vivres mais quelquefois le bu
tip étoit affés considerable pour le dédom
imager
30 MERCURE DE FRANCE
mager abondamment du refte. Après l
guerre des Volsques , & la prise d'Anxur , le
Senat décerna pour la premiere fois une paye
aux Soldats , Pan de la Fondation de Rome
347. Cela ne regardoit encore que l'Infanterie.
Trois ans après , la Cavalerie y fut
comprise.
La question est de sçavoir , à combien
montoit cette paye. On croit pouvoir s'en
instruire par ce Vers de Plante ;
Ifti, qui , trium nummorum causa , subeunt sub falas :
Nummus , dit- on , est mis ici pour Affis ;
ainsi la paye étoit de trois sols Romains par
jour. Polybe ne s'accorde pas avec ce calcul.
Les Fantaffins , dit- il , reçoivent tous les
»jours deux oboles , les Centurions ont le
double , & on donne aux Cavaliers une
» drachme . « Les Sçavans ont imaginé diverses
voyes de concilier ces deux Auteurs .
M. Mencke croit , que Plante parle de la
solde des Grecs , & que son Nummus eſt un
Didrachme , qui valoit deux deniers , au lieu
que Polybe parle des Romains.
,
Onjoignit l'habillement à l'argent. C.Grao
chus fit une Loi , par laquelle les Soldats devoient
être habillés deformais aux frais de la
République. Elle fut révoquée peu après ,
mais dans les siècles suivans on la remit en
vigueur.
FEVRIER. 1740. 30
On payoit la solde en certains temps mar
qués. Il n'eft pas encore décidé , si dans la
République cela se faisoit tous les ans , ou
tous les jours. Diodore de Sicile témoigne ,
qu'au commencement , ce payement étoit
annuel , καθ' εκας ταν ἔνιαντον , mais Polybe ,
dans le Paffage que nous avons cité , dit
tous les jours , Ticnepas . Peut-être que l'un'
& l'autre s'eft pratiqué en differens temps.
Tel fut l'état de la Milice sous les Consuls .
Jules César élevé à l'Empire par l'affection'
des Soldats , rendit leur situation plus avan-?
tageuse ; car , au raport de Suetone , il doubla
la paye des Legions à perpetuité. Au lieu
de cinq sols , les Soldats en eurent dix. Les
Empereurs qui suivirent n'oserent toucher à
ce Reglement. Augufte établit une Caiffe ,
ou Trésor Militaire , & mit sur le Peuple de
nouveaux impôts, deftinés à l'entretenir. Les
Cohortes de Pannonie demanderent une
augmentation à Tibere , qu'elles n'obtinrent
pas. Claude fut le premier qui , en montant
sur le Trône , fit un présent aux Soldats ,
mais il ne changea rien à leur paye ordinaire,
qui, jusqu'à Domitien demeura la même. Celui-
ci fit une innovation , que Suetone raporte
en ces termes , qui ont fort exercé les
Interpretes. Addidit & quartum ftipendium
militum , aureos ternos. L'explication que
'Auteur adopte c'eft qu'au lieu de trois
F payo
o MERCURE DE FRANCE
C
payemens , chacun desquels étoit de trois
Aurei , qui se faisoient annuellement , Domitien
ordonna qu'on en feroit quatre , qui
seroient néanmoins également de trois Aurei.
Il se fit sous les Empereurs qui regnerent
dans les siécles suivans , des changemens
presque continuels, sur cet article ,
que l'Hiftoire a négligé de raporter. Spartien
seulement nous dit de Severe , qu'il donna
aux Soldats une paye plus forte , qu'aucun
de ses prédeceffeurs. La Cohorte Prétorienne
eft toujours double paye , fçavoir deux deniers
: & d'autres Corps l'obtinrent quelquefois
, en récompense de quelque action de
valeur diftinguée .
Il ne reste plus qu'un mot à dire , sur la
maniere dont ces payemens se faisoient. Les
noms des Soldats étant écrits sur un Regître
, on les affembloit , & le Quefteur , les
apellant l'un après l'autre , donnoit à chacun
sa portion , tirée de la Caiffe du Tribun Militaire
.
Les Généraux avoient coûtume d'y afſiſter,
pour réprimer d'un côté le tumulte des Gens
de Guerre , & de l'autre l'avarice des Questeurs.
On marquoit un jour pour ce payement
, qui , comme nous l'avons infinué , se
faisoit tantôt tous les ans , ou tous les fix
mois , quelquefois tous les trois , & même
tous les jours. Mais quand une fois ce jour
étoit
FEVRIER. 1740. 工邊
étoit marqué , si l'on venoit à manquer de
parole au Soldat , il fe portoit aisément aux
plus dangereuses révoltes . Auffi , une des
principales attentions du Sénat Romain étoit,
de tenir cet argent prêt à point nommé .
Enfin on puniffoit quelquefois ceux qui
avoient commis quelque action indigne , ent
leur refusant leur paye . Les Anciens apelloient
ceux qui se trouvoient dans ce cas, are
diruti , & leur paye , refignatum.
Le VII . Article du même Tome contient
une fort longue Lettre de M. Iselin , Docteur
Professeur en Théologie à Basle , sur le
Projet conçu par Tibere,de mettre N. S. JESUS
CHRIST au nombre des Dieux de Rome!
Cette Lettre eft curieuse , mais elle doit être
lûe avec précaution , à cause des fentimens
particuliers de l'Auteur.
Les Nouvelles Litteraires occupent tout
Article fuivant. Nous en raporterons quelques
-unes , des moins connuës par raport à
nous.
On aprend dans l'Article de Coppenhague,
qu'il ya dans cette Ville une Chaire de Professeur
du Droit des Gens & de Morale,avec
des apointemens confiderables.
De Schleswig, en Danemarc. On y a im
primé deux petits Discours Latins , l'un sur
l'utilité de l'Envie , lequel a eû la préfé-
* On a voulu dire l'Emulation.
Fij rence
BE MERCURE DE FRANCE'
rence fur les autres Piéces préfentées à l'Aca
démie de Marſeille , qui ab illuftri Academia
Maffilienfi,inter reliquos fermones de hoe argu
mento , præcipuus eftjudicatus. Cela veut dire
fi je ne me trompe, ajoûte le Journaliſte , que
cette Piéce a remporté le Prix. C'eſt à Mrs
de Marseille à décider. L'autre Discours Latin
eft fur les Spectacles , contre le P. Porée .
L'Auteur eft M. Louis Frideric Hudeman
Docteur en Droit.
De Berne. A l'occafion de la mort de
M. Lauffer , Profeffeur en Eloquence & en
Hiftoire , on parle de fes Ouvrages , entre
lefquels eft une Differtation De hoftiumfpoliis
Deo facratis & confecrandis 1717. Une autre,
Quis fit verè Litteratus ? 1718. & Contra ma-
Lorum Librorum abundantiam , 1722. Ce M,
Lauffer a cû pour fucceffeur M. Jean - George
Altmann , qui dans son Discours de Réception
, a fait l'Apologie de la Comédie & des
Jeux de Théatre .
De Geneve. Le grand Corpus Juris Canonici
de M. Jean-Pierre Gibert , paroît chés
Bousquet & Compagnie , en 3. vol. in -fol. au
lieu de deux qu'on avoit promis, L'Ouvrage
eft enrichi de Figures , & se vend douze
Ecus ,ou 18. Florins d'Allemagne.
De Wurtzbourg. M. Philippe - Adam Ulrich
, Docteur & Profeffeur en Droit , a entrepris
la Traduction Latine de l'Histoire EccleFEVRIER:
17407 313
clefiaftique de M. l'Abbé Fleury , & veut la
faire imprimer par souscription , prétendant
en publier un Tome par mois.
De Helmftaed. M. Rapholius a fait imprimer
une Lettre sur les Livres brûlés à Ephefe,
par ceux que la Prédication de S. Paul avoit
Convertis au Christianiſme. A&t. xix. 19.
TRAITE ' des Maladies Vénériennes, où après
avoir expliqué l'origine , la propagation & la
communication de ces maladies en général ,
on décrit la nature , les causes & la curation
de chacune en particulier, Traduit du Latin de
M. Aftruc, Médecin Confultant du Roy,Premier
Médecin du feu Roy de Pologne Auguste
II. Médecin ordinaire de S. A. S. M. le
Duc d'Orleans ,& Profeffeur en Médecine au
College Royal de France. A Paris, chés Guil-
Jaume Cavelier, ruë S. Jacques , au Lys d'or,
1740. Vol. in- 12 . Prix 7. l. 10. f
TRAITE' Critique & Hiftorique des plus
fameufes Bibliothéques des Pays Etrangers
tant anciennes que modernes , avec des Reflexions
générales fur le choix des Livres , &
la maniere de dreffer une Bibliothéque , par
un Gentilhomme Anglois , Vol. in 12. à Londres.
Ouvrage utile à tous les Gens de Lettres,
L'Ouvrage eft en Anglois.
V
HISTOIRE MILITAIRE de Charles XII.
Fiij Roy
$14 MERCURE DE FRANCE
r
Roy de Suede , depuis l'année 1700 , jufqu'à
la Bataille de Pultova en 1709. écrite
par ordre de S. M. Suédoife par M. Guftave
Adlerfeld , Chambellan du Roy.. Ony a
joint une Relation exacte de la Bataille de
Pultova , avec un Journal de la retraite du
Roy à Bender. Cette derniere partie eft enrichie
d'un beau Portrait du Roy in - 4° . gravé
d'après le Tableau que le feu Duc de Holstein
, neveu du Roy , avoit envoyé lui - même
aux Libraires ; & de fix Plans de Siéges & de
Batailles , deffinés & gravés avec beaucoup
de goût. 4. Volumes in- 12 . 1740. A Amsterdam
, chés Werftein , & Smith .
ABREGE' DE LA BIBLE , en forme
de questions & de réponses familieres , avec
des éclairciffe mens tirés des Saints Peres &
des meilleurs Interpretes , divisé en deux
parties , l'Ancien & le Nouveau Testament,
Nouvelle Edition , revûë & augmentée par
le R. P. Dom Robert Guerard , Prêtre &
Religieux Bénédictin de l'Abbaye Royale de
S. Ouen de la Congrégation de S. Maur ,
739. in 12. Deux vol. A Paris.
HISTOIRE générale & particuliére de
Bourgogne , avec des notes , des differtations
, & les preuves justificatives , composée
fur les Auteurs , les Titres originaux ,
Jes Registres publics , les Cartulaires des
Eglifes
FEVRIER. 1746.
Eglises Cathédrales & Collégiales , des Abbayes
, des Monasteres , & autres anciens
Monumens, enrichie de Vignettes , de Cartes
Géographiques , de divers Plans , de diverses
Figures , de Portiques, de Tombeaux,
& Sceaux , tant des Ducs , que des grande's
Maisons avec des Lettres grifes au
commencement des Livres , dont les sujets
sont expliqués à la fin des sommaires. Par
Dom Plancher , Religieux Bénédictin de
l'Abbaye de S. Bénigne de Dijon , in -fol.
1739. 1. vol. A Dijon , chés Antoine de
Fay , Imprimeur des Etats , de la Ville &
de l'Univerfité.
SUPLEMENT AU CORPS UNIVERSEL DIS
PLOMATIQUE DU DROIT DES GÉNS , conte
nant l'Histoire des anciens Traités , ou Receuil
Historique & Chronologique des Traités
répandus dans les Auteurs Grecs & Latins,
& autres Monumens de l'Antiquité , depuis
les tems les plus reculés jufqu'à l'Empire de
Charlemagne. Par M. Barbeyrac , Docteur
en Droit , & Profeffeur en la même Facul 、
té dans l'Univerfité de Gröningue , pour
servir d'Introduction au Corps Universel
Diplomatique .
Un Recueil des Traités d'alliance de
Paix , de Trêve , de Neutralité ; de Commerce
& de Garantie des Conventions
Fiiij Pactes
:
18 MERCURE DE FRANCE
">
>
Pactes & Concordats, & autres Contrats ,& c.
qui avoient échapé aux premieres recherches
de M. Dumont, continué jusqu'à préfent par
M. Rouffet , enrichi d'une Table Génerale
des Matiéres contenues dans le Corps Diplomatique
& dans le Suplément ; avec le
Cérémonial Diplomatique des. Cours de
1'Europe , ou Collection des Actes , Mémoires
& Relations qui concernent les Dignités
, Titulatures , Honneurs & Prééminences
, les Fonctions publiques des Sou
verains leurs Sacres Couronnemens ,
Mariages , Baptêmes , Enterremens , les
Ambaffadeurs , leur Immunités & Franchifes
, leurs Démêlés , &c. recueilli en parrie
par M. Dumont , mis en ordre & confidérablement
augmenté par M. Rouffet ,
Membre des Académies de S. Petersbourg
& de Berlin , A Amfterdam , chés les Janf
fons & Waesberge,, Werftein , & Smith , &
Z. Châtelain , & à la Haye , chés Pierre
de Hondt , la veuve de Charles Levier &
Jean Néaulme , Libraires , 1739. §. vol. infol.
On en trouve des Exemplaires à Paris ,
chés Montalant , Libraire , Quai des Augustins.
TRAITE ' de quelques Maladies de la Poi
trine , avec leur Diagnoftic , Prognoftic &
Pansement fondés fur les Observations &
FEVKIER. 1740; 319
ECCLESIATIQUE de la Ville de Montpellier ,
contenant l'origine de fon Eglife , la fuite de fes
Evêques , fes Eglifes particulieres , fes Monafteres
anciens & modernes , fes Hôpitaux ; avec un Abregé
Hiftorique de fon Univerfité & de fes Colle
ges. Par Meffire Charles Degrefeville, Prêtre . in -fol.
Montpellier , 1739.
COMITOLI ( PAULI , Soc. Jefu ) Refponfa moralia
in VII. Libros digefta ; quibus, qua in Chriftiani Of
fisii rationibus videntu ardua ac difficilia , concitantur
, in-4° . Rothomagi , 1709. •
ECKHARS ( Jo. ) Commentarii de rebus Francia
Orientalis Episcopatus Wirceburgenfis. In- fol . 2.
vol. cum figuris , Wirceburgi , 1729
CLEMENTIS XI. Opera omnia , Orationes Confis
toriales , Homilia , Epiftola, Bullarium, In -fol , Francofurti
, 1729.
EPISTOLA brevia ſelectiora. In- fol . cum fi
guris , Romæ , 1724 .
HOMILIA in Evangelia . In - fol . cum figuris.
Romæ , 1722.
DESCRIPTION de l'Orgue ou Clavecin Oculaire,
inventé & executé par le P. Caftel , Jefuite , fameux
Mathématicien , traduit de l'Allemand . A Hambourg
, chés Pifcator , petite Brochure in- 4°. 1739
On peut voir la Defcription que nous avons don
née de cette furprenante & ingénieuſe Machine
dans le Mercure de Novembre 1725. page 25 §2• ·
On aprend de Venife , que l'Abbé Conti , Noble
Vénitien , fort connu , eftimé & confideré en France
ayant fait un affés long séjour à Paris , a fait
imprimer chés J. B. Pascali , le commencement de
fon Ouvrage , intitulé , Profe e Poefie , &c. Tome I.
Part. I. 1739. in- 4°.
F vj
On
On a commencé a diftribuer à Pesaro aux Sousa
tripteurs le premier Volume du Recueil des Lampes
Antiques , confervées dans le Cabinet de M. l'Avocat
Pafferi. Ce Volume contient 10. Planches ,
très-bien gravées , avec des Explications.
CATALOGUE des Livres de la Bibliothèque de
feu M. Charles-François le Fevre de Laubriere , Evê--
que de Soiffons , &c . dont la vente se fera en détail
le 7. Mars 1740. & jours fuivans , depuis deux heu--
és de relevée juſqu'au foir , dans la rue S. André,
vis-à-vis la rue Gift-le-Coeur. Ce Catalogue fe distribue
à Paris , chés Jacques Barrois , fils , Libraire,
Quai des Auguftins .
Le Sr Padeloup , le jeune , Relieur ordinaire du
Roy , Place de Sorbonne , ayant été choifi par M.
Je Prévôt des Marchands de la Ville de Paris , pour
coller & monter fur Gorge & Rouleaux , le nouveau
Plan de Paris , de neuf pieds de haut , fur dix
pieds & demi de large ; donne avis au Public qu'il
a inventé une Machine finguliere & facile , & qui
met à portée de la vûë toutes les Parties de ce Pian ,
tout grand qu'il eft . La même Machine peut fervir
galement pour toute autre Carte de Géographie &
de Généalogie , de quelque grandeur qu'elles puissent
être. Si l'on fouhaite voir cette nouvelle Machine
, qui monte à peu de frais , pour l'execution,
Te Sr Padeloup la fera voir , en fa demeure à toutes
perfonnes qui fe préſenteront.
On a annoncé dans le second Volume de Décem
bre dernier , page 3056. le VI. Tome des Leçons
de Phyfique de M. l'Abbé de Moliere , au sujet dáquel
on avertit le Public d'envoyer prendre chés les
Libraires ou chés l'Auteur , au College Royal , les
feuilles qu'il a ajoutées & celles où il a fait des
◆hangemens
AVIS
FEVRIER, 1740: 317
fur les Préceptes des plus habiles Médecins
dont on raporte les Aphorismes. Par G. F.
Crendal , Médecin de l'Hôpital Royal de
Valenciennes. Brochure in- 12 . de 360. pages
, fans la Préface. A Paris , chés Jacques
Clousier , rue S. Jacques , aux Armes de
France , 1739%
USAGES DE L'ANALYSE DE DESCARTES,
pour découvrir , fans le fecours du Calcul
differentiel , les proprietés ou affections prin
cipales des Lignes Géométriques de tous les
Ordres , par M. l'Abbé du Gua de Maves
de l'Académie Royale de Bordeaux , volume
in-12. qui fe trouve à Paris , chés Bridsson
rue S. Jacques , & Piget , Quai des Augus
tins, 1740.
LA MANIERE de discerner les Médailles
Antiques , de celles qui font contrefaites
Par M. Beauvais, d'Orleans. Brochure in-4
A Paris , chés Briasson , rue S. Jacques ,
la Science , 1739. PP. 42 .
Il paroît que l'Auteur de cet Ouvrage n'a
rien négligé pour en remplir parfaitement le
Titre, & pour donner une folide inftruction
fur cette partie de l'étude des Médailles Antiques
, partie qui est , sans doute , d'une ex
trême, importance , & comme la baze de
toutes les autres
LES
310 MERE LUE FRANCE
LES OUVRAGES DE S. PHILASTRE ET DE
S. GAUDENCE , avec les Opuscules du Bien
heureux Rampert , & du vénerable Adelman,
anciens Evêques de Breffe , raffemblés pour
la premiere fois dans un feul Corps , revûs
fur les anciens Manuscrits , enrichis de Notes
& d'autres Additions , & publiés par
l'ordre de M. le Cardinal Ange- Marie Quirini
, Evêque de Breffe , & Bibliothéquaire
du Vatican. 1738. A Bresse , de l'Imprimerie
de Jean - Marie Rizzardi, in-folio, de 442.
.pages , fans compter la Préface , qui en cont
rient 60. L'Ouvrage est en Latin.
Jacques Faulcon , Imprimeur & Libraire à Poi
tiers , débite un petit Poëme fur la confiance dans
Ja Miséricorde de Dieu , par M. l'Abbé Nadal , de
l'Académie des Belles Lettres , 1740.
LIVRES que Cavelier , Libraire à Paris;
vient de recevoir de differens Pays.
LES OEUVRES de M. l'Abbé de Chaulien , nouyel-
Je Edition , 2. vol . in 8 ° . Londres , 1740 .
PEREZII ( ANT. ) INSTITUTIONES IMPERIALES ,
Erotematibus diftincta , atque ex ipfis principiis regulisque
Juris , paffim incertis , explicata. Editio novisfima.
in- 12 . Lugduni , 1739.
HISTOIRE du Gouvernement de Veniſe , avec
des Notes Hiftoriques & Politiques , par M.
Amelot de la Houffaye. Nouvelle Edition , revûë ,
corrigée & augmentée , avec figures , 3. vol . in- 12,
Lyon , 1740.
ECCLE
AA
1/400 543
J
Les Ouvrages pourront être écrits en Latin ou en
François , il faut feulement les borner à une heure
de lecture au plus , & les remettre affranchis de
port entre les mains de M. de Boze , Secretaire de
Ï'Académie , avant le premier Décembre 1740 .
Les Auteurs mettront au bas de leurs Ouvrages
une Devile , & y joindront dans un papier cacheté
& écrit de leur main , la même Devife , leur nom ,
demeure, & qualités ; ce papier ne fera ouvert qu'a
près l'adjudication du Prix.
PRIX proposé par l'Académie de Chirurgia
pour l'année 1741.
'Académie de Chirurgie , établie à Paris , fous.
la protection du Roy , défirant contribuer aux
progrès de cet Art , & à l'utilité publique , propose
pour le Prix de l'année 1741. le Sujet fuivant.
Diftinguer les differentes especes de Refolutifs , expliquer
leur maniere d'agir , & déterminer l'usage
qu'on en doit faire dans les differentes Maladies Chirurgicales
.
Ceux qui travailleront fur ce Sujet , répondront
aux vûës de l'Académie , en rangeant par ordre , &
dans leurs claffes , les Réfolutifs , tant fimples que
compofés , felon leur genre , & avec leurs differentes
formules , eû égard aux efpeces de Maladies
& aux differentes parties où les uns doivent être
apliqués , préferablement aux autres .
Ils auront foin d'apuyer leurs fentimens fur l'Expérience
& fur l'Obfervation.
Ils font priés d'écrire en François , ou en Latin , &
d'avoir attention que leurs Ecrits foient fort lifibles ,
Ils mettront à leurs Memoires une marque dis- ,
tinctive , comme Sentence , Devife , Paraphe ou Si̟-
gnature ; & cette marque fera couverte d'un papier
coll
collé ou cacheté , qui ne fera levé qu'en cas que 12
Piéce ait remporté le Prix .
Ils auront foin d'adreffer leurs Ouvrages , francs
de port , à M. Petit , Sécrétaire de l'Académie de
Chirurgie à Paris , ou les luf feront remettre entre
les mains.
Toutes Perfonnes , de quelque qualité & Pays
qu'elles foient , pourront afpirer au Prix ; on n'excepte
que les Membres de l'Académie.
Le Prix eft une Médaille d'or , de la valeur de
deux cent livres , qui fera donnée à celui , qui , au
jugement de l'Académie , aura fait le meilleur Mémoire
fur le Sujet propofé .
La Médaille fera délivrée à l'Auteur même , qui
fe fera connoître , ou au Porteur d'une Procuration
de fa part ; l'un ou l'autre repréfentant la marque
diftinctive , & une copie nette du Mémoire.
Les Ouvrages feront reçûs jufqu'au dernier jour
de Février 1741. inclufivement , & l'Académie , à
fon Affemblée publique de la même année , qui fet
tiendra le Mardi d'après la Fête de la Trinité,pro
clamera la Piéce qui aura remporté le Prix.
L'Académie Koyale de l'Hiftoire , établie à Lis
bonne , procéda au commencement du mois dernier
, à l'Election de fes Cenfeurs , & le fort eft
Tombé fur les Comtes d'Ericeyra & d'Affumar , fur
Don Louis-Cefar de Menezes , fur Don Martin de
Mendoce de Pina , & fur Don Alexandre de Gusman.
Dans la même Affemblée , le Pere Euſtache de
Almeyda & le Docteur Nicolas-François - Xavier de
Silva , lurent les Eloges du Docteur Gaëtan Jofeph
da Silva Sotto Mayor , Corregidor Criminel de
Rocio , & de Don Jofeph Suares de Pinto Coutinho
, & l'on élut pour remplir la place vacante par
Ta mort du premier de ces deux Académiciens ,
Don
TE VAIEN. 1740x 540
AVIS dun Gentilhomme de Bretagne , as
sujet du Mémoire instructif sur l'Ouvrage
intitulé : Armorial Géneral de la France ,
insere dans le Mercure du mois de Décembre
1739. page 29.30.
L
E Public connoît depuis long- temps le zéle done
le Juge d'Armes a donné des marques en toutes
Occafions pour fon dévouement pour la Noblefe; elle:
doit lui être très-redevable des foins , du temps & des
dépenses extraordinaires qu'il a bien voulu faire en sa
faveur , pour les deux premiers Volumes de l'Armorial
General , qui ont parû en 1738. Il femble
cependant que ce même Public n'a pas répondr
avec affés de reconnoiffance & d'attention au travail
& à la dépenſe de l'Auteur, car il eft certain que
Ges deux premiers Volumes , qui contiennent plus
de 600. Armoiries , font finis avec tout l'art poffible
, & que l'impreffion répond à la beauté du pa
pier ; mais quoique ce bel Ouvrage ait été fixé à un
prix très-modique , attendu la dépense qu'il a coûtté
à l'Editeur , le débit en a été peu confiderable.
Heft vrai qu'après avoir examiné avec attention las
plupart des Familles qui donnent lieu à plus de fix
cent Articles , il s'en trouve à peine une trentaine
dont la preuve de nobleffe remonte plus haut que
Te dernier fecle , & dont la plus grande partie eſt
de celui- ci , & même de ce Regne.
Il y a plufieurs des principales Familles , qui , quoi
qu'elles foient raportées dans cet Armorial avec dis
tinction , fe plaignent ( à ce qu'elles prétendent ,
avec raison ) de ce qu'on a fait tort à leur nobleffe ,
en ne lui donnant pas l'ancienneté qu'ils peuvent
prouver par titres ; c'eft ce que plufieurs Gentilshommes
m'ont affûré eux-mêmes
Aus
322 MERCURE DE FRANCE
99
Au refte , il semble par le Mémorial inftructif que
M. d'Hofier a fait inferer dans le Mercure de Dé
cembre dernier , au fujer de la fuite de fon Armorial
qu'il annonce , qu'il veuille intimider, » Quelques
faux Nobles , ou ufurpateurs de Titres qu'ils
» portent , & qui n'ayant pour en jouir d'autres
droits qu'une grande fortune , doivent trembler
à la vue d'un Ouvrage qu'ils croyent capable
» d'éclairer le Public fur leurs chimeres. Mais puisqu'en
même- temps le Juge d'Armes promer de
' admettre aucune Perfonne noble dans fon At
morial fans de bonnes preuves & fans la commu.
nication des Titres originaux , cela doit raffûrer ceğ
perfonnes de leur terreur panique , & c'est ce que
la véritable Nobleffe a lieu d'attendre de l'Equité du
Juge d'Armes , & elle le prie de ne faire aucune
mention dans la fuite de fon Armorial qu'il pro
met , d'aucuns Gentilshommes , que de ceux qui lui
communiqueront les Titres en vertu desquels ils
fondent leur nobleffe .
Il y a lieu de croire qu'il voudra bien recevoir
set avis de bonne part , à cause de l'interêt que l'on
prend à la réuffite de fon Ouvrage.
A Quimper ce 15. Janvier 1740.
L'Académie des Inscriptions & Belles- Lettres ,
voulant donner aux Auteurs le temps de travailler
les Sujets qu'elle leur donne à traiter , annonce dès
à prefent que le Sujet qu'elle a arrêté pour le concours
du Prix qu'elle diftribuera à Pâques 1741
confifte à examiner, combien de fois le Temple deJanus
a été fermé depuis la Naiffance de J. C. & en
quel temps cette Céremonie Payenne a ceffé d'être ep
usage,
Le Prix fera , comme à l'ordinaire , une Médaille
d'or de la valeur de 400. livres .
Les
FEVRIER. 1740 325
Don Manuel de Maya , Chevalier de l'Ordre de
Christ , Brigadier des Armées de S. M. P. & Garde
des Archives de la Maifon de Bragance.
On mande encore de Lisbonne, qu'on y avoit reçû
avis de Guimaraëns , que le 27. Décembre dernier,
Fête de S. Jean l'Evangelifte , dont le Roy porte le
nom , l'Académie qui y eft établie , avoit tenu une
Affemblée publique , dans laquelle Don Jofeph
Amable de Paffos , Abbé de S. Fauftin , prononça
un Discours fort éloquent à la louange de S. M. &
qu'après cette Affemblée Don Thadée -Louis Antoine
Lopes de Carvalho , Sécrétaire de l'Académie,
avoit donné un magnifique repas à tous les Acadés
miciens.
AL Signor Duca di VALENTINOIS ,
Pari di Francia. Per aver dato cento doni
a Giovan Francesco Nenci Traduttor
dell' Enriade del Signor Voltaire , per un
esemplare di essa da lui presentatogli.
L'Autor così parla alle Persone virtuosei
SONET TO.
Così si deve far ; cosi v'insegna ,
Alme gentili alla virtute intese ,
A ben' oprare quel Signor cortese ;
E generoso , che in me vive , e regna,
Egli , colla sua man di scettro degna ,
Cento doni per uno alla mia rese ,
828 MERCURE DE FRANCE
Oh nobil' Alma , in cui dal Ciel discese
Amor , che qui fa che virtù mantegna !
Da questo almo Signore omai imparáte
Le belle azioni , come Roma un giorno
Quelle ammirò del saggio Mecenate.
Questa , del Tempo , e della Morte a scorno,
Vivrà per sempre , ed avverrà che siate
Pieni d'onor , quant' Ei di gloria è adorno.
Nenci.
L'Hiftoire Naturelle eft auffi agréable qu'inftruc
tive , & l'ardeur avec laquelle on s'aplique depuis
quelques années à la connoître , a donné des preuves
de fon utilité & de fes agrémens à ceux qui s'y
font attachés. Le defir d'être utile au Public a engagé
un Particulier d'expofer à fes yeux un amas
confidérable de Morceaux les plus rares & les plus
finguliers que produife la Nature. Il feroit impoffi
ble de donner le détail d'une Collection auffi nom.
breufe & qui a coûté bien du temps & de la dépenfe
, pour la pouffer au point où on la verra ; on fe
contentera de dire que dans ce qui regarde les pro
ductions de la Mer , on y remarquera l'Eſpadon ,
un Foetus de Baleine , le Requien , le Poiffon volant
, & beaucoup d'autres des plus rares , avec une
Suite de Coquillages des plus agréables & des
mieux confervés , des Plantes Marines , des Madre.
pores , des Coraux de toute efpece , des affemblages
de diverfes productions , qui , jointes enfemble ,
forment des jeux admirables de la Nature , & c,
Dans ce qui regarde la Terre , on verra des Mines
d'or
FEVRIER. 1740. 327
'or , d'argent & autres , des Criftaux , des Pétrifications,
des Congellations , une Licorne, un Arma file
ou Tatou , plufieurs Crocodiles , l'Araignée mâle
& femelle, une quantité nombreufe de Phioles ,remplies
d'Infectes & Reptiles des plus finguliers , POifeau
de Paradis & autres , ave une Collection de
Papillons étrangers , très - bien confervés ; plufieurs
Animaux terreftres & entre autres l'Afne Rayé ,
mâle & femelle , très-rare ; enfin , pour donner une
idée du coup d'oeil agréable & vafte que doit donner
l'amas prodigieux de cette Collection , il fuffit
de dire que cela remplit deux grandes Salles garnies
d'Armoires & de Gradins, qui forment enfemble
cent quarante pieds de tour.
On a joint à ce Cabinet plufieurs autres Curiofités
, comme Armes antiques , Ouvrages de Sculp
ture & de Tour , Ouvrages en Cir. & autres de
toute efpece. On efpere que les Curieux feront fatisfaits
de la vûë de toutes ces Raretés & qu'il voudront
bien répondre , par leur préfence , aux intentions
que l'on a cû de leur être utile en les
amufant.
On verra ce Cabinet à la Foire S. Germain , au
bout de la ruë Merciere , en tournant à droite , à
côté du Caffé de M. Dubois ; & pour faciliter aux
Amateurs qui le ſouhaiteront , l'avantage de l'examiner
plus tranquillement & avec plus d'attention ,
on fera en état de pouvoir l'expofer à la vue tous
les jours depuis dix heures du matin jufqu'au foir.
Si quelqu'un fe préfentoit pour acquérir en totalité
toutes ces Curiofités , on lui en fera une compofition
honnête & raisonnable.
La Suite des Portraits des Grands - Hommes &
des Perfonnes Illuftres dans les Arts & dans les
Sciences , continue de paroître avec fuccès , chés
Odieuvre ,
Y MERCURE DE FRANCE
Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai de l'Ecolet
Il vient de mettre en vente , & toujours de la même
grandeur.
1 CLOTAIRE III . XIIIe. Roy de France , mort en
68. après 13. ans de Regne, deffiné par A. Boizot,.
gravé par F. Aveline , fils.
POMPONNE DE BELLIEVRE , Chancelier de Fran
ce , né à Lyon en 1529. mort à Paris le 7. Septem
bre 1607.
NICOLAS DE CATINAT , Maréchal de France ,
né à Paris le premier Septembre 1637. mort à fa
Terre de S. Gratien le 25. Février 1712. peint pat
N. & gravé par J. G. Vill,
Le Sr de Belleville avertit que le Sr Durand,Expert
pour les Dents , rue S. Honoré , vis-à-vis la Croix
du Trahoir , à la Coupe d'or , continue de diftribuer
fes Gouttes de Surdité , dont la vertu eft connuë
du Pubic. Elles font en Bouteilles de fix livres
piéce , & fe tranfportent partout ; on y joint la maniere
de s'en fervir . Le Sr de Belleville donne auffi
avis qu'il peut faire tenir aux Perfonnes incommodées
de la Goutte un Remede fouverain pour la dé
truire jufques dans fa caufe. Ceux qui voudrons
en ufer , lui adrefferont leurs lettres franches à Ou
dan fur Loire , route d'Angers à Nantes. Tous les
temps étant propres pour le mettre en ufage , au
premier ordre qu'il en recevra , il le leur envoyera
tout préparé , avec la maniere circonſtanciée de
s'en fervir.
Ón mande de Genes , de la fin du mois dernier ,
qu'on y avoit fouffert pendant huit ou dix jours un
froid auffi violent que celui de 1709. & que beaucoup
d'Arbres avoient été gelés dans les Campagnes.
Le vent , qui avoit été au Nord pendant tout
N
ΜΕΤΟΣ
A
RY
RK
COLIC
LIBRARY
.
ACTOR
, LENOX
AND
THESER
FOUNDATIONS
1
FEVRIER. £746 320
e temps-là , tourna au Sud , & le 16. de ce mois
il tomba une grande abondance de pluye .
Le Sr le Maire , Maître de Mufique à Paris ,
vient de donner au Public cinq Cantatilles nouvel
les , fçavoir , la Connoiffance de l'Amour , pour une
Baffe- Taille. La Fidelité , Deffus , fans Symphonie,
La Jeuneffe , Deffus , avec Symphonie. Le Roffignol,
Deffus avec Symphonie , troifiéme Mulette , & Silene
, Baffe - Taille , avec Symphonie. Le Prix de
chaque Cantatille eft de 24. fols , partition in-4°.
gravée .
Nouveau Recueil d'Airs , mêlés de Vaudevilles
Rondes de Table, Duo , Récits de Baffe , &c . in - 4°.
Prix 2. livres 8. fols. A Paris , chés l'Auteur , au
bas du Pont S. Michel ; chés le Sr Chauvin , Chirurgien
; au Mont Parnaffe, rue S. Jean de Beauvais;
à la Regle d'or , rue S. Honoré ; & à la Croix d'or ,
rue du Roule . On trouve aux mêmes Adreffes 28 .
autres Cantatilles , avec Accompagnemens , &c . cè
qui forme en tout 33. Cantatilles à 24. fols piéce
L'HYVER. CHANSON.
Quel temps ! quel froid affeux ,
Fait trembler tout le monde !
L'Air fend la Terre , & fixe l'Onde ;
Faut- il encor ( que je fuis malheureux ! )
Qu'aux pieds d'Iris , je me morfonde ?
Fuyons , fuyons ; cherchons , amis
Quelque
30 MERCURE DE FRANCE
Quelque Cave profonde.
Là , nous pourrons , avec de bon vin gris ,
Braver l'Hyver , & les froideurs d'Iris.
****************
LE
SPECTACLES.
E premier Février , les Comédiens Italiens
donnerent une Comédie nouvelle
Italienne en trois Actes , qui a pour titre ,
Je Double Dénouement , ou Arlequin Scanderberg.
Cette Piéce eft très - bien jouée par
l'Arlequin Italien , qui en a presque tout le
jeu , comme dans toutes les autres Comédies
qu'il a jouées jufqu'apréfent , & qui
font toujours beaucoup de plaifir au Public;
elle fut terminée par un Ballet fort - bien
exécuté.
Le 8. ils donnerent , après la Comédie
dont on vient de parler , la premiere repréfentation
d'une petite Piéce en profe & en
un Acte , intitulée , l'Amant , Auteur &
Valet. Elle fut bien reçue du Public ,
& l'on en continue les repréſentations avec
fuccès. Elle eft de la composition de M.
Cerou , & fon premier ouvrage , pour le
Théatre Italien. Nous n'en donnerons ici
qu'une espèce d'argument, en attendant que
l'impreffion
FEVRIER. 1740. 332
Fimpreffion nous mette en état d'en parler
plus au long.
و
Erafte , jeune homme de famille , étant
devenu amoureux de Lucinde jeune & aimable
veuve , fe traveſtit en Valet sous le nom
de l'Orange , & fe met au ſervice de cette
charmante Maîtreffe , pour joüir plus fouvent
du plaifir de la voir , & pour tacher de s'en
faire aimer. Dès la premiere Scene , il paroit
allarmé de la perte de quelques vers de sa façon
qu'il a laiflé tomber dans la chambre de Lus
cinde. Il en témoigne fon embarras à Frontin
son valet , qui eft aufli domestique de Lu
cinde , & par conséquent camarade de l'Orange.
Frontin aprend à son Maître que son
oncle , dont il attend une riche fucceffion
yient d'arriver à Paris de l'Amérique où il a
fait une riche fortune , mais comme il le
nomme Mondor au lieu de Lifimon qui eft
le véritable nom de cet oncle , Erafte, n'ajoute
point de foi à la prétendue nouvelle
qu'il lui donne , & ne fonge qu'aux vers
qu'il a laiffé tomber par mégarde dans la
chambre de Lucinde & qui pourroient le
déceler. Frontin le raffûre autant qu'il peut
& lui offre auprès de Lucinde les bons offices
de Lifette sa suivante , dont il se croit
aimé. Lifette vient , & fait entendre par un
a parte qu'Erafte seroit bien mieux son fait
que Frontin. Elle lie une conversation avec
32 MERCURE DE FRANCE
le faux valet , de qui elle se croit aimée,
Quelques politeffes qu'il lui fait pour la mettre
dans ses intérêts auprès de Lucinde , lui
font croire qu'il ne soupire que pour elle.
L'Equivoque dont l'Auteur a affaifonné cette
scéne avec un art infini , augmente encore
da crédulité de Lisette ; Erafte eft prêt à lui
avouer son amour pour Lucinde , mais quel
ques réponses trop claires que lui fait Lisette ,
lui coupent la parole , & l'empêchent d'aches
ver de se découvrir.
Mondor vient à propos interrompre cette
conversation dont la suite embarraffoit Eraste.
Ce Mondor eft ce même oncle dont
Frontin a annoncé l'arrivée à Erafte son neveu
; il a été adreffé à Lucinde par un oncle
de cette aimable veuve , qui eft Gouverneur
dans l'Amérique. Comme Mondor a rendu
quelques vifites à Lucinde , en qualité d'ami
du Gouverneur, il ne l'a fas vûë impunément,
& il l'aime jusqu'à vouloir en faire fa femme.
Il demande à Lifette fi sa Maîtreffe eft vifible
, & c'eft d'un ton d'Amant, qui ne doute
point d'être bien reçû , surtout venant à
titre d'Epouseur, avec des richeffes confidé ,
rables.
Lucinde furvient , tenant dans sa main les
vers dont Erafte a paru fi intrigué au commencement
de la Piéce, Elle ne doute point
que ce ne foit une galanterie que Mondor lui
FEVRIER.
1740. 333
a faite , attendu qu'il lui a deja parlé d'amour.
Mondor eft fort furpris qu'on le foupçonne
d'être poëte , lui , qui ne s'eft jamais mêlé
que d'affaires de négoce & de commerce.
Lucinde lui présente les vers , & le prie de
les lire ; il les lit d'une maniere à la convaincre
qu'il n'en est pas l'auteur ; elle les
donne en même tems à lire au faux Valet,
qu'elle croit tout autre qu'il ne paroit à ses
yeux. Eraste les lit avec tant de grace & de
justeffe que Lucinde commence à croire
qu'il pourroit bien les avoir fait , & que Lisette
en est l'héroine .
,
Mondor étant sorti , Lisette parle en sa fa
veur à sa Maîtreffe & lui fait connoître
qu'elle ne sçauroit mieux faire que de l'accepter
pour époux , puisqu'il lui offre sa
main. Lucinde demande à Eraste ; crû valet
, s'il eft du sentiment de Lisette , il s'en
faut bien qu'il ne lui donne un conseil fi
fatal à son amour ; il fait entendre à sa Maîtreffe
qu'elle ne fçauroit être heureuse avec
un tel Epoux ; n'eût -il que les défauts ordinaires
à ceux de son âge. Lucinde est plus
étonnée que jamais , de trouver tant de raison
& tant d'esprit dans un Valet , & fe cons
firme de plus en plus dans ses premiers soupçons.
Il se paffe plufieurs autres Scénes qui augmentent
ses défiances ; il y en a une entre-
G autres
334 MERCURE DE FRANCE
pas
autres , où elle le surprend corrigeant ung
épreuve que Frontin vient de lui aporter de
chés son Imprimeur. Cette Scéne eft des
plus théatrales & des plus comiques ; enfin
pour achever de démasquer Erafte , Mondor
vient fort intrigué au sujet d'un Neveu
qui a disparu , & dont il eft fort en peine ;
tout ce qu'il a pû aprendre de plus positif ,
c'est que ce Neveu , connu sous le nom
d'Erafte , avoit un Valet apellé Frontin. Lisette
piquée d'avoir pris le change sur un
amour qui n'étoit pas pour elle , ne laiffe
échaper cette occasion de s'en venger. Elle
dit que personne ne peut lui donner des nouvelles
plus sûres de son Neveu, que ce même
Frontin qui eft devant lui . Frontin a beau
dire qu'il ne connoît point Erafte . Les menaces
de Mondor l'obligent à trahir son Maître,
qui vraisemblablement n'en deviendra que
plus heureux. Erafte ne peut plus déguiser à
son Oncle , qu'il est ce même Neveu , dont
il est tant en peine , & dont le déguisement
n'eft que l'effet du plus violent amour qu'on
ait jamais senti. Lucinde, charmée d'en être
P'objet , feint d'en être offensée . Elle congédie
Eraste , en lui donnant pour prix de ses
services , une boëte d'or , après quoi , elle se
retire. Mondor ouvre la boëte ; Eraste y
trouve le Portrait de Lucinde, ce qui met le
comble à son bonheur, Mondor lui cede
cette
FEVRIER. 1740 335
aimable Veuve. Erafte se jette à ses pieds ,'
pour lui demander pardon de son travestissement
, & lui rendre graces de ses bontés.
Le 29 , les mêmes Comédiens remirent au
Théatre une Piéce Italienne en cinq Actes ,
intitulée , Arlequinfeint Aftrologue , Enfant
Statue Perroquet , représentée dans sa
nouveauté au mois d'Août 1716. avec un
très grand succès. L'Arlequin Italien y remplit
le principal rôle , & a lui seul tout le
jeu de la Piéce.
4
Le 19. Fevrier , les Comédiens François
donnerent la premiere représentation d'une
Comédie en Vers & en cinq Actes , intitu
lée les Dehors Trompeurs. Elle eft de la com
position de M. de Boiffy , & a été reçûë
très -favorablement , on en parlera plus au
long dans le premier Journal. Nos Lecteurs
y perdroient trop , si nous ne leur donnions
pas une idée complette , d'une Comédie auffi
ingénieuſement composée & auffi légerement
écrite.
L'Académie Royale de Musique , qui con
Tinue toujours l'Opera de Pirame & Thisbé,
donna les trois derniers jours de Carnaval
le Ballet Héroïque de Zaide , avec les deux
Divertiffemens de Pourceaugnac & de Carizelli
, Piéces très -convenables au temps.
Gij
Les
36 MERCURE DE FRANCE
Les Amateurs de ce Spectacle seront sans
doute très - aises d'aprendre qu'on travaille à
remettre l'Opera de Jephté , qui eft si fort au
gré du Public & des meilleurs Connoiffeurs ,
&l'on affûre que la Dlle le Maure , dont les
grands talens sont affés connus , après cinq ans
d'absence , doit y remplir le rôle d'Iphise ;
qu'elle avoit chanté dans cet Opera au mois
de Mars 1732.
: Le 3. Fevrier , M. le Lieutenant Général de
Police fit l'ouverture de la Foire S. Germain
avec les cérémonies accoûtumées . Ce Magistrat
avoit déja rendu fon Ordonnance le 16.
Janvier , concernant ce qui doit être observé
par les Marchands qui y sont établis, & qui renouvelle
les défenfes des Jeux de hazard & c .
Le même jour , l'Opera Comique fit auſſi
J'Ouverture de fon Théatre , par une Piéce
d'un Acte , avec des Divertiffemens , qui a
pour titre , Le Fleuve Scamandre , laquelle
fut fuivie d'une autre Piéce nouvelle en deux
Actes en Vaudevilles , avec des Entre -Actes
de Chants & de Danfes, qui a pour titre , Les
Fols volontaires. Ces Pieces font terminées par
une jolie Piéce Pantomime , qui caracteriſe
un Rendez- vous champêtre , dans laquelle le
Sr Boudet , qui en a composé les Pas , son
Epouse , & fon fils dansent avec aplaudiſſement.
Le
FEVRIER. 1740 337
, Le 20 , ils donnerent une Piéce nouvelle
d'un Acte avec des Divertiffemense , intitulée
Les Acteurs Eclopés , suivie d'une nouvelle Pantomime
, qui a pour titre , Le Pédant Amoureux
, dans laquelle le Sr Boudet danse le prin
cipal Caractere, en ayant auffi composé les Pas.
NOUVELLES ETRANGERES.
RUSSIE.-
E Marquis de la Chetardie , Ambaffadeur Ex
LE la Exne
, arriva à Petersbourg, le 27. Decembre, Cer
Ambafladeur à son paffage à Mittaw , Capitale du
Duché de Curlande , trouva qu'on lui avoit préparé
pour son logement , une Maison , à la porte de
laquelle étoit une Garde de trente Soldats , commandée
par un Lieutenant , & tirée du détache
ment de la garnison de Riga , employée aux tra
vaux du Palais que le Duc de Curlande fait construire.
De Mittaw à Schwitzenkroug , & de ce dernier
Lieu à Riga , l'Ambassadeur fut escorté par un
Sergent d'Ordonnance , un Brigadier & fix Dragons.
De Weiskroug en Curlande , endroit éloigné de
vingt lieues de Riga , l'Ambassadeur trouva un
Dragon d'ordonnance qui l'y attendoit depuis huis,
jours ; il y en avoit pareillement d'autres , postés
fur la route , de deux lieues en deux lieuës jusqu'à
Giij
Riga,
338 MERCURE DE FRANCE
Riga , pour y porter plus diligemment la nouvelle
de sa prochaine arrivée .
En aprochant de la Duina , qu'il faut traverser
pour aborder Riga , 4. Mariniers armés de longues
perches à croc , fe préfenterent pour frayer devant
les voitures & les équipages de l'Ambaſſadeur , le
chemin le plus sûr sur la glace .
De l'autre côté de la Riviere , qui fait la séparation
des Etats de la Domination de Ruffie avec la
Curlande , deux Députés haranguerent l'Ambassadeur
de la part du Magiftrat de Riga .
A quelques pas de- là , sur le Port , étoient à droite
quatre Compagnies de Grenadiers rangées en Bataille
, ainsi que sur la gauche , une Compagnie de
Cuiraffiers , & la Bourgeoisie à cheval .
L'Ambaffadeur fut salué de 31. coups de canon
& de trois déchargés de moufqueterie , que firent
I'Infanterie & la Cavalerie,pendant que l'Ambassadeur
montoit dans un carosse à fix chevaux , que
le Géneral Lieutenant de Bismarck , Vice - Gouverneur
de Livonie , & Chevalier de l'Aigle blanc " ,
lui avoit envoyé.
Deux autres caroffes pareillement à fix chevaux ,
& apartenans au Magiftrat , suivoient le premier
pour les Gentilshommes de l'Ambassadeur ; le se→
cond étoit occupé par les deux Députés qui étoient
venus à sa rencontre .
L'Ambassadeur entra alors dans la Ville , précedé
d'une troupe de 200. chevaux , que formoient
les Bourgeois , les uns habillés de vert , les autres.
de bleu , avec des galons d'or . Ils avoient à leur
tête , un Timbalier & fix Trompettes, & marchoient
deux à deux , l'épée à la main , de même que la
Compagnie de Cuiraffiers qui fermcit la marche.
A la porte du Logis qu'on avoit préparé pour
PAmbassadeur , étoit une Garde de 10% Grenadiers .
&
FEVRIER . 339 1740
& un Drapeau , commandée par un Capitaine , un
Lieutenant & un Enfeigne , qui faluerent l'Ambaffadeur
, lorsqu'il passa .
Le Géneral Bifmarck reçût l'Ambassadeur à la
defcente du carosse ; il étoit accompagné du Magistrat
, des Chefs des Tribunaux , de la Noblesse ,
et des Officiers d'Etat - Major de la Place & de la
Garnison , qu'il lui présenta séparément , après l'avoir
conduit dans son apartement.
Une demi- heure après que le Géneral Bismarck
se fût retiré , l'Ambassadeur alla lui rendre sa visite,
se servant de deux carosses que le Magiftrat avoit
deftinés pour son usage , pendant le séjour qu'il a
fait à Riga.
L'Ambassadeur au retour de sa visite , trouva
chés lui le Sommelier du Magistrat, qui lui présenta
de sa part le Présent de Ville , consistant en une
piéce de Vin du Rhin.
Le lendemain matin , l'Ambassadeur reçût beaucoup
de visites ; le Géneral Bismarck le traita à
dîner ; ce Géneral eut toujours l'attention , lorsque
l'Ambassadeur alla chés Tui , de le recevoir à la
portiere du carosse ; le dîné fut fuivi d'un Bal ..
Le furlendemain l'Ambassadeur employa une
partie de la matinée à rendre au Géneral Major ,
Commandant de la Ville , & à Mrs , le Baron de
Vitinkoff , Confeiller d'Etat , le Baron de Mengden
, Directeur Géneral des Economies , & de
Berck , Conseiller Provincial , les visites qu'il en
avoit reçûës ; il alla auffi chés le Bourgue- Mestre
Régent , témoigner en fa personne à tout le Ma
giftrat , combien il étoit reconnoissant de ſes aɩtentions
.
Les Gardes rendirent par tout à l'Ambassadeur
les plus grands bonneurs . On fit prendre les armes
l'après midi à la Compagnie de Cuirassiers , pour
Giiij faire
340
MERCURE DE FRANCE
faire devant lui fes exercices et fes évolutions.
Le même soir ,
l'Ambassadeur alla prendre congé
du Géneral Bismarck et de Mad . son Epouse , qui
est soeur de la Ducheffe de Curlande .
Le troisième jour , fixé pour le départ , le Magis
trat , les Chefs des Tribunaux , les Officiers d'Etat
Major de la Place et de la Garnison , & le Géneraf
Bismarck , allerent chés
l'Ambassadeur , pour lui
souhaiter un bon voyage. Celui- ci lui présenta
M. de Bestucheff, Officier qui devoit , avee un bas
Officier ,
l'accompagner jusqu'à
Petersbourg . Il lui
presenta aussi le Baron de Menck, que la Noblesse
de Livonie avoit choisi , pour le suivre juſqu'aux
frontieres de la Province & lui en faire les honneurs
,
conformément aux ordres qu'elle en avoit
reçû de la Czarine.
L'Ambassadeur partit de Riga , precedé comme
il l'avoit été en arrivant , de la
Bourgeoisie , qui le
conduisit jufqu'à l'extremité des Fauxbourgs ; là se
trouverent les deux mêmes Députés , qui l'avoient
déja
complimenté , pour lui marquer de nouveau
combien le Magistrat seroit flaté que
l'Ambassadeur
voulût lui tenir compte de sa bonne volonté . Il
fut également salué en sortant de 31. coups de
canon .
De Riga jufqu'à
Radapungern , Maison de poste
entre Dorpt & Narva , le Baron de Menck eut toujours
attention que l'Ambassadeur trouvât journellement
prêts un grand dîné & un grand soupé
pour lui & pour sa suite. Chaque jour un Gentilhomme
, nommé par la Noblesse , se trouvoit aux
Relais & à la couchée , pour avoir soin que les
60. chevaux
commandés par pofte , et les gîtes ,
fussent en état. Mrs
d'Helmerssen , de Wolekersahm
, de Krudener , le Baron de Wrangel , le Ba-
Ion de
Loewenwold, de Boch , et de Rebender ,
se
sont
FEVRIER. 17407 345
sont succedés les uns aux autres . La Noblesse de
Livonie a aussi prévenu les difficultés dont auroit
pû être susceptible la Langue particuliere que l'on
parle dans la traverse du Cercle de Dorpt , en
chargeant M. d'Igelstrohm , Gentilhomme de la..
Province , d'accompagner l'Ambassadeur pendant
quatre jours .
Par tout où il y avoit des troupes à portée , il a
trouvé une Garde sur sa route , tant aux Relais
qu'aux couchées. M. de Butler , Colonel du Regiment
du Corps , Cuiraffiers , lui presenta lui-même
celle qu'il eut à Dorpt , où il arriva vers une heure
après midi , et où M. de Stakelberg , Statholder, ou
Intendant de la Ville , lui donna un dîné & un
soupé magnifiques.
L'Ambassadeur trouva à Radapungern M. de
Brevern , frere du Conseiller d'Etat & de la Chancellerie
des Affaires Etrangeres , Mrs de Stakelberg,,
& le Chambellan de Zoege , que la Nobleffe d'Estonie
, pour fe conformer aux ordres de S. M. Cz.
avoit deftinés pour l'accompagner jusqu'à la frontiere.
Le Major du Régiment de Cuiraffiers du
Feldt-Maréchal Comte de Munich , étoit avec eux ;
le Géneral en Chef Comte de Duglas, Gouverneur
de la Province , l'avoit chargé de faire complimentde
sa part à l'Ambassadeur , de l'assûrer du regret
qu'il avoit de ne pouvoir profiter lui - même de son
paffage ; & de disposer de maniere des quartiers ou
étoient les Compagnies du Regiment du Comte de
Munich , que l'Ambassadeur eut tous les soirs une
Garde pendant les trois jours qu'il devoit coucher
en Eftonie , ce qui a été ponctuellement executé .
M. de Brevern et les deux autres Députés de la Noblesse
en ont usé à tous égards , ainsi qu'on avoit
fait en Livonie ; ils accompagnerent l'Ambaffadeur
jusqu'à Narva.
G-y Am
342 MERCURE DE FRANCE
L'Ambassadeur y arriva entre midi et une heu
re ; il rencontra à une demi - lieuë de la Ville , deux
Députés qui le feliciterent au nom du Magiftrat ,
& qui lui offrirent de se servir de deux Voitures -
qui accompagnoient celle dans laquelle ils étoient,
mais il refta dans sa Berline. Ces Députés prifent
les devants , suivis de la Bourgeoisie à cheval , habillée
de bleu, au nombre de 60.hommes qui préce
doient l'Ambassadeur , marchant deux à deux l'épée
à la main. Il trouva sur le glacis , le Brigadier Chatilhoff,
Commandant de la Place , qui après lui
avoir marqué la joye qu'il ressentoit de son heureuse
arrivée , reprit les devants. L'Ambassadeur
en entrant dans la Ville fut salué de 31. coups de
canon ; un Bataillon bordoit à droite & à gauche ,
la haye dans les rues , depuis la Porte de la Ville
jufqu'au Logis qu'on lui avoit préparé. Tous les
Officiers le saluerent en passant. La Garde qu'on .
avoit posée à sa porte , commandée par un Capitaine
, un Lieutenant et un Enseigne , étoit compo--
sée d'une Compagnie entiere avec un Drapeau Colonel.
Le Commandant et le Magistrat reçûrent
l'Ambassadeur à la descente du carosse , et le
conduisirent dans son apartement ; celui - ci luis
fit , quelques momens après , servir un dîné et le
soir un soupé , dont il fit également les honneurs.
2
L'aprés midi , le Commandant revint , accom
pagné des Officiers de la Garnison , prier l'Ambas--
sadeur de vouloir donner l'ordre il le remercia :
de cette politesse , et s'excusa de déferer à sa demande.
Il envoya un de ses Gentilshommes chés
ce Commandant vers les six heures , lui marpour
quer , que s'il avoit eu une voiture , il auroit été.
avec empressement le voir , et lui témoigner combien
il étoit sensible à ses attentions ; il observa la
même
FEVRIER: 1740: 343
même chose avec le Bourgue- Mestre Régent, pour "
remplir en sa personne la bienséance de sa part
envers le Magiftrat.
Le lendemain matin , le Commandant de la
Place , les Officiers de la Garnison , le Magistrat ,
les Chefs de la Bourgeoisie & les Députés d'Eftonie
, allerent souhaiter à l'Ambaffadeur un bon
voyage. Il partit , précedé , comme la veille , de
la Bourgeoisie à cheval , qui le conduisit jusqu'à
une demi- lieuë de la Ville ; le Brigadier Chatiloff
et les deux Députés du Magiftrat l'accompagnerent
jusqu'à l'autre côté de la riviere ; il fut salué en
partant de 31. coups de canon .
Comme il ne fubfite plus de Corps de Nobleffe
dans l'Ingrie , l'Ambassadeur n'eut , pour l'accompagner
de Narva à S. Petersbourg , que M. de Beftucheff
, & le bas Officier qui lui avoit été adjoint ;
la Table, par la même raiſon , & dans cet intervalle ,
fut fervie par les Gens de l'Ambassadeur ; quant
aux chevaux , ils lui furent fournis en même nombre
à chaque relais , & il fut à cet égard défrayé
par ordre de la Cour , ainsi qu'il l'avoit été en Livonie
et en Eftonie . S. M. Czarienne , pour fupléer
au défaut d'Auberges , avoit ordonné que l'on préparât
pour l'Ambassadeur , les Maisons de bois
qu'Elle a pour fon ufage dans prefque toutes les
Poftes.
Le Marquis de la Chetardie a répondu à toutes
ces attentions de la maniere la plus convenable au
rang des differentes perfonnes qui ont été dans le
cas de recevoir fur fa route des marques de sa gé--
nerosité . Le premier soin de l'Ambassadeur en arrivant
à Petersbourg , fut de remplir les devoirsd'usage
, qui pouvoient hâter le moment de fa premiere
Audience de Sa Majesté Czarienne , cette
Princesse en ayant fixé le jour au 7. Janvier. Le
G- vje Cé--
44 MERCURE DE FRANCE
Général - Lieutenant de Loubras qui fait à fa Cour
les fonctions de Grand Maître des Cérémonies ,
alla la veille l'annoncer à l'Ambassadeur , & lui
aprit que la Czarine avoit nommé l'Amiral Comte
de Gollowin , pour l'accompagner.
Ce Seigneur s'étant rendu entre onze heures &
midi chés l'Ambassadeur , il fut reçû à la descente
du carosse par ses Gentilshommes , & aux dégrés
par l'Ambassadeur lui - même ; il lui donna la main
pendant tout le temps qu'il resta dans son Hôtel ;
en montant en carosse , l'Ambassadeur y entra le
premier etse mit au fond, et M. le Comte de Gol-
Towin vis-à vis de lui , après quoi le Cortege se mis
en marche dans l'ordre suivant .
1º. Un Détachement de Gardes à cheval , commandé
par un Officier.
2°. Le carosse à six chevaux et la Livrée de
M. l'Amiral Comte de Gollowin., Commiffaire de
la Czarine.
3. Un Ecuyer à la tête 12. chevaux de main
de la Czarine , richement caparaçonnés , et con.
duits par des Palfreniers à cheval .
4. Deux carosses à six chevaux de la Czarine ,.
dans lesquels étoient les Gentilshommes de l'Ambassadeur
, et son premier. Secretaire , portant là
Lettre de créance .
5. Six Grenadiers de la Cour , à cheval .
6. Six Forreitres à , cheval , aux Livrées de la
Czarine.
7°. Un Suisse de l'Ambassadeur , à cheval.
8°. Douze Valets de pied de l'Ambassadeur.
9°. L'Ecuyer de l'Ambassadeur , à cheval.
10°. Les deux Pages de l'Ambassadeur , à che
val.
11. Quatre Coureurs , vingt - quatre Valets de
pied, quatre Heyduques , & quatre Pages , à chevali
FEVRIER. 1740. 345
val , précédant ou entourant le carosse du Corps de
Sa Majesté Czarienne , dans lequel l'Ambassadeur
étoit seul dans le fond , et M. l'Amiral Comte de
Gollowin , sur le devant.
12°. Un Suisse de l'Ambassadeur , à cheval.
13. Trois carosses de l'Ambassadeur , à six che--
vaux .
14°. Un Détachement de Gardes à cheval , fermant
la marche.
Le Cortege étant arrivé devant le Château , le
carosse de Sa Majefté Czarienne , dans lequel étoient
P'Ambassadeur et M. le Comte de Gollowin , ainsi
que le premier carosse de l'Ambassadeur , avancerent
dans la cour jusqu'au degré , les autres caros.
ses de l'Ambassadeur n'ayant pas pû entrer dans
la cour , dont le terrain n'étoit pas assés spacieux
pour les contenir tous .
Les Gardes qui étoient rangés des deux côtés dans
la Cour, préfenterent les armes tambour battant , à'
l'arivée de l'Ambassadeur .
Il fut reçû au fortir du carosse par le Maréchal de
Ia Cour , accompagné de deux Gentilshommes de
la Chambre.
Au haut de l'Escalier , devant la premiere Salle
il fut reçû par M. le Prince de Kurakin , Grand'
Ecuyer , et à la porte de la seconde Chambre , de.
vant la Salle d'Audience , par le Comte de Loewenwold,
Grand Maréchal.
Dans l'apartement , et jufqu'à la premiere anti-
Salle , les Grenadiers des Gardes étoient rangés en
have ; dans la premiere Salle et dans les fuivantes
étoient placés de même les Hallebardiers de la
Czarine.
>
Le Grand Maréchal ayant reçû l'Ambassadeur à
la porte de la seconde Chambre devant la Salle
L'Aut
346 MERCURE DE FRANCE
d'Audience , il l'y introduisit , précedé du Maréchal
de la Cour , des deux Gentilshommes de la Cham-
Bre et des Cavaliers de sa suite.
La Czarine étoit debout sur son Trône , sous un
Baldachin , ayant à sa droite les Dames & à sa
gauche les plus diftingués de sa Cour , et plus avant
les Géneraux , les Senateurs et autres personnes
de condition .
L'Ambassadeur , ayant à sa droite le Grand Ma
réchal et à sa gauche le Grand Ecuyer , fit en s'avançant
vers le Trône , les trois réverences ordinaires
, monta ensuite jufqu'au haut du Trône , y
fit sa Harangue à la maniere accoûtumée , aprèsquoi
il présenta ses Lettres de créance à Sa Majefté
Czarienne , qui les mit sur une table à sa
droite ; et après avoir fait figne au Prince Czerkaskoi
, son Conseiller Privé actuel , et Miniftre dus
Cabinet , de répondre à l'Ambassadeur , ce Prince
s'en acquitta au bas du Trône.
L'Ambassadeur presenta ensuite les Cavaliers de
sa suite à Sa Majesté Czarienne , qui les admit à
baiser sa main .
Après l'Audience , l'Ambassadeur retourna à son
Hôtel dans le même ordre & avec le même
Cortege.
En arrivant chés lui , il trouva à fa porte , une
Garde d'une Compagnie entiere de 130. hommes ,
avec un Drapeau Colonel , commandée par un-
Capitaine et trois Subalternes ; mais l'Ambassadeur
voulant fe contenter de la Garde qu'on a accou
tumé de donner à un Ambassadeur , et qui est de
huit Grenadiers et de 16. Fusilliers , commandéspar
un bas Officier , il pria le lendemain le Géneral-
Lieutenant de Loubras de la réduire à ce der
nier nombre.-
FEVRIER. 1740. 3477
le
On écrit de Petersbourg , que lorsque les Ame
Baffadeurs Extraordinaires de Perfe ont pris congé
de la Czarine , S. M. Cz . leur fit remettre par
Prince Czerkaskio Miniftre du Cabinet , une Lettre
pour Thamas Kouli Kan , & que ce Miniftre leur :
recommanda par ordre de la Czarine , d'affûrer le
Roy de Perfe , qu'elle employeroit tous les foinspour
affermir la bonne intelligence entre les deux
Puiffances , & qu'Elle ne négligeroit aucune occafion
de donner des preuves de les dispofitions à cet
égard ; qu'Elle avoit apris avec beaucoup de plaifir
les fuccès des Armes des Perfans , & qu'Elle en fé- ,
licitoit le Roy , leur Maître. Ce Prince ajoûta que
S. M. Cz. étoit très fatisfaite de la conduite fage &
prudente des deux Ambaffadeurs , & qu'ils pouvoient
compter fur fa bienveillance .
Le bruit court que le Capitaine Spanberg , en na.
vigeant dans la Mer du Nord , a découvert trente
quatre Isles , tant grandes que petites , dont les Habitans
, auffi- tôt qu'ils l'ont aperçu , l'ont envoyé
reconnoître par fix Chaloupes ; qu'ayant abordé à
une de ces ifles , il eft defcendu à terre fans trouver
la moindre opofition , & que les Infulaires ,
quoique fort furpris , l'ont reçu avec plufieurs dé- ,
monftrations d'amitié ; que ces Peuples reffemblent
fort à ceux du Japon , & qu'ils lui ont montré une
grande quantité de Monnoye d'or & de cuivre. On
aflûre que ce Capitaine a donné avis de fa décou
verte à la Czarine , & qu'il lui a envoyé quelquesunes
des Monnoyes , dont ces Peuples fe fervent .
le:
On mande de Varfovie , du 28. Janvier , que
prix de prefque toutes les denrées étoit augmenté ,
de près de moitié dans tout le Royaume , parce
que les Etrangers avoient fait enlever une quantité
confidérable de toutes fortes de grains , & que le
froid étoit & exceffif , que non- feulement on avoit
trouvé
348 MERCURE DE FRANCE
trouvé differens Couriers & Meffagers , morts de
froid , mais auffi quantité de bêtes fauves , Chevaux
, Moutons , Cochons , &c.
ALLEMAG⋅N E.-
N Officier qui eft arrivé à Vienne de Hongrie
avec une femme groffe , qu'il difoit être fon
épouse, s'étant logé chés un Bourgeois fur le Spielberg
, il envoya chercher le 18. du mois paffé une
Sage- Femme pour accoucher cette : Femme , qui
mit au monde un fils. Le lendemain, cet Officier a
difparu avec fon Epouſe prétendue , & l'on a trouvé
dans la Chambre leur Enfant , qui avoit les
mains & les pieds coupés.
On aprend de Berlin , qu'il y eut le 8. de ce
mois une Courſe de Traîneaux , qui a été la plus
magnifique qu'on y ait vûë depuis long- temps. Les
Traîneaux étoient au nombre de 52. & ils étoient
divisés en quatre Quadrilles , dont chacune étoit .
diftinguée par une couleur particuliere.
La premiere Quadrille étoit celle du Duc de:
Holftein , qui étoit dans un Traîneau doré & orné:
de très-belles peintures , précédé d'un Ecuyer & de
quatre Pages à cheval, & de quatre Coureurs. L'habit
du Duc de Holftein étoit d'écarlate , brodé:
d'or , ainfi que tous ceux des Seigneurs qui con--
duifoient les Traineaux de fa Suite .
Le Baron de Schwerin , Chevalier de l'Ordre de
l'Aigle Noir , Géneral d'Infanterie , Colonel du Régiment
des Gardes à pied , & Gouverneur de la ›
Forterefle de Pleitz , étoit à la tête de la feconde
Quadrille , dont les Seigneurs avoient des habits ;
jaunes , galonnés d'argent .
Les habits des Seigneurs de la troifiéme Quadrille
étoient de velours vert , galonné d'or , & cette :
Quadrille
1
FEVRIER. 1740. 349
Quadrille étoit conduite par le Comte de Schulembourg
, Lieutenant Feldt Maréchal & Colonel d'un
Régiment de Dragons.
La derniere Quadrille l'étoit par le Comte de
Schlieben , Miniftre d'Etat & Grand-Veneur de la
Marche de Brandebourg , & les Seigneurs qui l'accompagnoient
étoient vêtus de gris , avec une riche
broderie d'argent.
Chaque Seigneur conduifoit dans fon Traîneaut
une Dame , dont l'ajustement étoit afforti à la couleur
de fa Quadrille , & il y avoit à côté de chaque
Traîneau deux Coureurs & deux Palfreniers de la
livrée du Chef de la Quadrille .
La Courſe commença vers les trois heures après
midi , & les Traîneaux étant partis de la Place
Guillaume , traverferent la rue de ce nom & le
Quartier de Dorothée Stadt , & fe rendirent à l'Esplanade
, dont ils firent trois fois le tour . Ils passerent
ensuite par les principales rues de Berlin ; &
après la Courfe , pendant laquelle on changea plufieurs
fois de chevaux , & qui dura affés longtemps
, les Dames & les Seigneurs des quatre Quadrilles
fouperent à l'Hôtel de Mongaubert , où l'on
fervit une Table pour chaque Quadrille. Le Duc de
Holftein donna enfuite un Bal , qui dura jufqu'à
cinq heures du matin , & pendant lequel on diftribua
des rafraîchiffemens en abondance . Leurs Majeftés
& la Famille Royale ont vu cette Courſe des
fenêtres du Palais.
ITALIE.
Es Lettres de Rome , de la fin de Janvier , portent,
que les pluyes continuelles qui sont tou
bées dans ce Pays , ayant empêché les gens de la
Campagne de travailler aux Terres , il s'en affem-'
bla:
350 MERCURE DE FRANCE
bla vers le milieu du même mois dans la Place de
Monte Cavallo , près de soo . à qui l'on diftribua
du pain & de l'argent ; qu'il en étoit revenu quelque
temps après un plus grand nombre, & que comme
quelques- uns d'entre eux ont commis des défordres
, on a jugé à propos d'en employer une
partie à la réparation des grands chemins des environs
de cette Ville .
On aprend de la fin du mois dernier , que les
principaux Habitans de la République de Saint Marin
, ne fe font pas contentés de préfenter un Mé.
moire au Pape , & qu'ils ont outre cela fait publier
un Manifefte , qui porte que cette République, protegée
depuis plufieurs fiécles par les Souverains l'ontifes
, particulierement par ceux qui ont rempli le
Saint Siege depuis Pie II . venant d'êtré oprimée
contre toute juftice , & de perdre fon ancienne li -`
berté par la láche conduite de quelques - uns de fes
Citoyens , la plus faine partie des Habitans fe trouve
obligée d'expofer au Public tout ce qui s'eft passé
à cette occafion , afin que Rome & le refte de
l'Europe , ne croyent pas qu'ils ayent renoncé volontairement
à leur liberté ; que la tranquillité de la
République avoit été long-temps troublée par les
brigandages & par les violences du fameux Contrebandier
Marino Belzoppi ; que les excès de ce Contrebandier
ont été conftatés par pluseurs Actes dépofés
dans le Greffe de la Congrégation de l'Immunité,
à laquelle la République avoit eû recours pour
arrêter les entreprifes de ce Brigand, qui , au moyen
d'un fauf conduit de l'Evêque de Monfeltro , dont
il avoit furpris la Keligion , s'étoit mis à l'abri des
pourfuites de la Juftice ; que la République , après
bien des inftances , obtint enfin de la Congrégation
de l'Immunité la permiffion de s'affûrer de la perfonne
de Marino Belzoppi , par tout où l'on pourroir
FEVRIER. 1740 35x
roit le trouver , fans en excepter même les Lieux.
d'afile ; qu'en conféquence il fut arrêté dans une
Eglife le 4. Octobre 1737. & que fon procès ayant
été inftruit devant l'Archevêque d'Urbin , conformément
aux Conftitutions Apoftoliques , il fut convaincu
de divers crimes , entre autres , d'avoir cons
piré contre la République & attenté à la vie da
Chef du Sénat, que, comme il avoit été prouvé par
plufieurs piéces du procès , que le nomme Pierre
Lolli , étoit un des principaux complices de Marino
Belzoppi , il fut aufli arrêté par ordre d'Antoine
Almerighi Ferrarese , Commiffaire de la République
; que ce Pierre Lolli , dès fa plus tendre jeuneffe
avoit donné des marques de fon efprit pervers
& de fes difpofitions aux plus grands crimes ; qu'étant
logé à Pefaro , chés le Chanoine Dominici ,
fon parent, il tua d'un coup de couteau un des Domeftiques
de ce Chanoine ; qu'ayant obtenu le pardon
de ce crime, il retourna à S. Marin , & qu'ayant
apris que M. Jerôme Gozzi , un des Nobles de ce
Pays lui avoit intenté un procès , il l'attendit une
nuit à la porte de fa maison , & qu'il lai tira un coup
de fufil , chargé de trois balles ; qu'enhardi par l'ims
punité , il commit divers autres excès , dont il feroit
trop long de donner le détail ; qu'il tua fon
Valet , par la feule raifon que ce malheureux , qu'il
avoit congedié , le preffoit de lui payer fes gages ;.
qu'il fit tirer deux coups de fufil dans le Palais Public
contre le Commiffaire du Sénat ; que non content
de cet attentat , il fit encore plufieurs tentatives
dans la fuite pour affaffiner le même Magiftrat ; que
comme la vengeance publique obligea la Juftice de
donner un Decret de prife de corps contre lui , il fe
retira avec fes trois fieres dans une maifon de campagne
, qu'il eut l'audace de faire fortifier ; qu'il y
mit des gens armés , et qu'il fit des courfes de côté
et:
35 MERCURE DE FRANCE
et d'autre ; que le Confeil Public , pour prévenir de
plus grands défordres , jugea à propos de lui accorder
fa grace ; mais que Pierre Lolli , bien loin de reconnoître
ce bienfait , fe ligua avec Marino Belzoppi;
qu'ils formerent enfemble le complot de foulever
le Peuple , et qu'ils fixerent même un jour pour,
l'exécuter que leur deffein étoit de fe rendre maîtres
du Palais Public , de jetter les Confeillers par la fenêtre
, de s'emparer de la Magiftrature , et de fe
rendre par ce moyen les arbitres de l'Etat ; que la
confpiration ayant été découverte , Pierre Lolli fut
arrêté , ainfi qu'on l'a dit , avec Marino Ceccoli ,
homme entreprenant & fon complice , qu'on s'étoit
flaté que l'emprisonnement des ces coupables
procureroit quelque repos à la République , mais
qu'elle avoit été exposée par- là à de plus grands
troubles ; que les freres de Pierre Lolli publierent
par tout , que le procès intenté à leur frere , n'étoit
que l'effet de la haine que lui portoient quatre Particuliers
qu'ils traitoient de Tyrans ; qu'ils furpri
rent enfuite une Patente en leur faveur , et la permiffion
daufer de repréfailles contre les Habitans de
Saint Marin ; qu'ils firent arrêter Mrs Enée Bonnelli
et Cherico Conftantino , deux des Citoyens les
plus confiderés de la République , lefquels étoient
allés à Savignano , & qui furent détenus pendant
trois mois dans les prifons ; que la République fouf
froit le tout avec patience, en attendant que le Cardinal
Firrao. qui, en qualité de Préfet de la Congrégation
de Lorrette , devoit décider de la validité de la
Patente produite par les Freres de Lolli , eût prononcé
fon Jugement ; que les Défenfeurs de Lolli
connoiffant la droiture de ce Cardinal, et craignant
qu'il ne fe déterminât en faveur de la République
s'unirent à Vincent Belzoppi , pere du Contrebandier
de ce nom , et qui avoit été condamné par.
contumace:
FEVRIER. 1740.
353
contumace pour un vol qu'il avoit fait chés M.
Anaftafe Marcelli ; que de concert , ils n'épargnerent
rien pour corrompre le Docteur Antoine Almerighi
, Commiffaire de la République , homme
accablé de dettes , étranger dans la Ville de Saint
Marin , & fe fouciant peu d'une petite République
dont il n'avoit ni récompenfe , ni protection à efpe-
Ter ; que ce Commiffaire fe laiffa gagner, et que par
une prévarication manifefte , il rendit à huis clos
fans aucune citation préalable de l'Avocat Fiscal et
de l'Adjoint qui lui avoit été donné , une Sentence
par laquelle il ordonna que Marino Belzoppi fût remis
dans l'Eglife où il avoit été arrêté ; qu'on envoyeroit
à Rome la décifion de l'Affaire de Pierre
Lolli , et que Vincent Belzoppi feroit déchargé de
l'accufation de vol, intentée contre lui ; que le Docteur
Antoine Almerighi , après cette Sentence , dont
il connoiffoit toute l'injuftice , eut la précaution de
fortir promptement de la Ville , & qu'il emporta avec
lui toutes les Piéces du procès ; que les Freres de Lolli,
apréhendant toujours quelque revers de la part de la
Congrégation de l'immunité , chercherent par de
nouveaux moyens à renverfer de fond en comble
les fondemens de la République ; qu'étant inftruits
que Vincent Belzoppi avoit un grand nombre de
parens , ils réfolurent de les mettre dans leur parti ;
qu'après avoir tenu confeil avec Don Philipe Cecco-
Li , Prêtre de la Ville de Fiorencino , lequel étoit
oncle de Marino Ceccoli , et grand oncle maternel
de Marino Belzoppi , et qui ſe vanteit d'avoir plus
de foixante neveux et petits-neveux , et avec le
nommé Bartolucci , Notaire Criminel de Rimini , le
même qui a figné tous les Actes paffés à l'occaſion
de la prife de poffeffion de Saint Marin , ils firent
inviter fecretement tous leurs parens à fe foulever
contre la République , leur reprefentant que c'étoit
is
354 MERCURE DE FRANCE
le feul
moyen
de
de conferver l'honneur de leurs Familles
, qui feroient flétries à jamais par la mort
ignominicufe de Belzoppi et de Lolli ; que Vincent
Belzoppi , qui avoit plufieurs pauvres débiteurs dans
la Ville , non-feulement leur remit une partie de
leurs dettes , mais encore leur prêta de l'argent , &
augmenta ainfi en peu temps fon parti ; que le
parti de Belzoppi et de Lolli étant augmenté confidérablement
, les Conjurés drefferent un Memoire
qu'ils firent figner par un grand nombre d'Etrangers
et de gens de la Campagne , et qu'ils préfenterent
au Pape , au nom du Peuple , ce Mémoire , dans lequel
ils prioient Sa Sainteté de les délivrer du joug
tyrannique de ceux qui étoient à la tête du Gouvernement
de la République , et de les recevoir fous la
Domination du Saint Siége , et que c'eſt fur ce Mé--
* moire , auquel la plus faine partie de la République
n'a eû aucune part , que Sa Sainteté fut perfuadée
que le Peuple gémiffoit réellement fous l'autorité
d'un Confeil composé de Tyrans.
On a apris de Rome , de la fin de l'autre mois
que le Prélat Enriquez , que le Pape a envoyé à
Saint Marin en qualité de Commiffaire Apoftolique
, a mandé aux Cardinaux Miniftres , qu'ayant
convoqué le Confeil de la République , compofé de
60. perfonnes , il n'en avoit trouvé qu'onze qui demandaffent
d'être reçues parmi les Sujets immédiats
du Saint Siége ; que toutes les autres défiroient que
la République recouvrât fon ancienne forme de
& que de trente Ecclefiaftiques qui
font à Saint Marin , il n'y en atoit qu'un qui fûc
de fentiment contraire . Les Habitans de Saint Marin
ont produit diverfes procedures faites contre la
plupart de ceux qui ont été les principaux Auteurs
des troubles de leur République .
Gouvernement ,
TOSCANE
FEVRIER .
355 1740.
TOSCAN E.
La paru à Florence , fur la fin du mois paffé un
Edit par lequel le Grand Duc ordonne que l'en
trée de fes Etats et de fes Ports foit également ouverte
et libre aux Sujets du Roy d'Eſpagne et à ceux
de S. M. Br. Afin que les uns et les autres puiffent
jouir de toute fûreté , le Marquis Capponi , Gouverneur
de Livourne , en vertu des pouvoirs que lui
envoyé le Confeil de Régence eft convenu avec
les Confuls des Nations Elpagnole et Angloife , que
les Vaiffeaux de ces deux Nations ne commettront
aucune hoftilité dans les Ports , ni dans les Rades de
P'Etat de Tofcane ; que lorfqu'on expofera dans un
Port le fignal pour annoncer l'arrivée de quelque
Vaiffeau , aucun Bâtiment armé en guerre , soit
Vaiffeau de Roy , foit Armateur, ne pourra fortir
pour aller au-devant; qu'il fera permis aux Vaifſeaux
Marchands , tant de l'une que de l'autre Nation ,
de mettre à la voile , quand les Capitaines le jugeront
à propos , mais que lorsqu'il en partira quelqu'un
, tous les Eâtimens armés en guerre feront
retenus dans le Port pendant vingt-quatre heures ,
qu'on défendra à tous les Sujets du Grand-Duc , et
même aux Etrangers domiciliés dans les Etats , d'atmer
en courfe quelque Bâtiment que ce puiffe être ,
ou de s'intereffer en aucune maniere , directement
ni indirectement , dans des armemens , & que les
Contrevenans feront condamnés pour chaque Armement
à une amandejde miile écus ; que d'ailleurs , les
Négocians pourront faire embarquer fur les Vaisseaux
armés en guerre ou en courſe , toutes fortes de
Marchandifes , pour les tranfporter dans d'autres
Ports , pourvû qu'ils obfervent les formalités ci-devant
pratiquées , fur tout celles qui font prefcrites
par l'Edit du 14. Juin 1702 .
NAPLES
356 MERCURE DE FRANCE
Che
NAPLES. ·
Ette Cour continuë d'obferver une exa&e
neutralité par raport aux differends de la Cour
de Madrid avec celle de Londres , & il arrive fouvent
dans le Port de Naples des convois de Vailfeaux
Marchands Anglois , efcortés par quelque
Vaiffeau de Guerre , lefquels débarquent & embarquent
leurs Marchandifes , auffi librement que
s'il regnoit une parfaite intelligence entre le Ro
d'Efpagne & S. M. Br..
ISLE DE CORSE.
Ar les Lettres du 30. Janvier , on a apris que
PieMarquis de Maillepois avoit fait marcher qu
côté de Ziccaro un Détachement, pour tâcher de fe
faifir du Baron de Troft , mais qu'on ignoroit encore
le fuccès de cette expedition , laquelle n'étoit
pas fans difficulté , à caufe des rigueurs de la faifon
& de la quantité de neige qui couvre les Montagnes.
Les mêmes Lettres portent , que M. de Villemur
a envoyé à San Fiorenzo plus de 2000 .
Fufils qui
ont été pris aux Rebelles . On ne laiffe pas de découvrir
tous les jours quelques Armes qui ont
échapé aux recherches , & on en a trouvé plufieurs
qui avoient été cachées dans des fépultures .
Quatre des principaux Rebelles qui avoient été
bannis de l'Ifle , y font revenus , & l'on eft occupé
à les chercher, pour leur faire fubir la peine qu'ils
méritent.
D'autres Avis portent que le Détachement envoyé
par le Marquis de Maillebois du côté de Ziccaro
, n'a pu penetrer dans les Montagues , à cauſe
de la grande quantité de neige ; & qu'on avoit encore
FEVRIER.
1740 357
core conduit à la Baftie plufieurs perfonnes de la
Pieve d'Orezzo , accufées d'avoir favorifé le retour
de quelques Bandits qui font rentrés fecretement
dans l'Ile de Corfe.
On a apris depuis , que le Marquis de Maillebois
avoit donné le 31. du mois dernier un magnifique
Bal aux Dames de la Baftie , & qu'il devoit leur en
donner un fecond quelques jours après .
Selon les dernieres lettres , le Marquis de Maillebois
continuë de donner fréquemment des Fêtes
aux Dames de la Baftie , & fon Bal du 2. de ce
mois a été extrêmement magnifique. Le Marquis
Mari , Commiffaire Géneral de la République , en
a dû donner un le 7. & ainfi il n'y étoit prefque
plus queftion que de divertiffement.
Les Corfes font fi contens des manieres du Marquis
de Maillebois , que les plus diftingués d'entr'eux
demandent de pouvoir envoyer leurs enfans
fervir dans le nouveau Régiment Royal- Corfe , que
le Roy de France a réfolu d'entretenir à fon Service.
La République de Genes , voulant garder une
parfaite neutralité entre l'Efpagne & l'Angleterre ,
a fait défenſes à fes Sujets , fous des peines trèsrigoureufes
, de fervir fur les Bâtimens armés en
courfe par des Eſpagnols ou par des Anglois , & de
fournir des Armes ou des Munitions aux Armateurs
des deux Nations .
Les lettres de Genes du commencement de ce
mois , portent que le froid exceffif qu'on a effuyé
dans ce Pays , a caufé beaucoup de dommage aux
Arbres fruitiers , dont la plupart ont été coupés à
un pied de terre , & que tous les Jardins des environs
de cette Ville fe reffentiront pendant plufieurs
années de la rigueur de cet hyver . Pendant quel →
ques jours , il a regné le long de la Côte Occiden-
H tale
358 MERCURE DE FRANCE
tale de Genes , des vents fi violens , qu'une trèsgrande
quantité d'Oliviers ont été abattus , dont la
feule Communauté d'Albengue a fouffert un préjudice
de plus de 200000. écus. Les Gens du Pays
les plus âgés ne fe fouviennent pas d'avoir vû un
femblable Ouragan. Il a péri plufieurs Bâtimens ,
dont quatre ont fait naufrage dans les foffes d'Alacio
, Lieu où les Vaiffeaux font ordinairement en
toute sûreté .
On a apris en même temps que le Grand Confeil
s'étant aſſemblé extraordinairement le 10. de ce
mois pour proceder à l'Election d'un Doge , M.
Nicolas Spinola a eu la pluralité des Suffrages .
Ο
PORTUGAL.
N aprend de Lisbonne , que le 7. Janvier ;
le Vaiffeau Hollandois le Jofeph Galey arriva
d'Alger après 42. jours de Navigation , & que les
Peres Martin de Sainte Anne , & François Coutin
ho , Religieux de la Trinité de la Rédemption des
Captifs , ont ramené à bord de ce Bâtiment 178 .
Efclaves qu'ils ont rachetés en Afrique , & pour la
rançon defquels ils ont payé 168687. Cruzades.
ESPAGNE,
Uivant la Lifte qui paroît à Cadix des prifes que
les Efpagnols ont faites fur les Anglois dans les
quatre derniers mois de l'année paffée , le nombre
de ces prifes fe monte à 47. dont la valeur eſt eſtimée
956750. Piaſtres.
exacte-
Entre les Bâtimens dont les Armateurs fe font
emparés , il y en a 14. dont on ne fçait pas
ment les noms ; & les autres font le Thomas Galley,
commandé par le Capitaine Jean Corneille Macmayma
; l'Amitié , Capitaine Robert Ower ; le
ChesterFEVRIER.
1740 359
>
Chesterfield , Capitaine Jean Reynard , & la Belle
Sailly , Capitaine Robert Brunet , pris par deux
Galeres du Roy , & conduits à Malaga : le Carmin
Batey , Capitaine Guillaume Suhons , pris par les
Habitans de Leiqueitio , en Biſcaye ; le Hannab ,
Capitaine Robert Huffey , pris par un Armateur de
Liante , fur la Côte des Afturies ; la Jeanne Marie ,
Capitaine Thomas Betty , pris par les Habitans de
Griffon , dans la même Province ; l'Edimbourg
Capitaine Thomas Sunderland , & le Saint Antoine,
Capitaine Guillaume Obrean , conduits
par un
Vaiffeau de la Compagnie des Carraques à S. Sebastien
, le Prince de Naffan , le Dauphin , & la
Marie , Capitaines Nathanaël Sears , Chriftich Rimes
, & Pierre Fortune , pris par Don Joſeph Lavar
, & conduits dans le même Port , ainfi que le
Fotteneff, Capitaine Georges Burffel , pris par l'Armateur
Martin Guttierez ; l'Argie , Capitaine Guillaume
Luch , le Patripreche , Capitaine Edmond Efprech
, & le Rachel , Capitaine Jean Royou , conduits
par Don Jerôme Sora à Palma , dans l'Ile de
Majorque ; la Belle Marie , la Jeanne , & le Saint
Martin de Dublin , pris , les deux premiers par les
Armateurs Jofeph Valera & Michel Marfans , & le
dernier par un Vaiffeau de Guerre , à quelque diftance
du Port de Cadix ; le S. Jofeph , & l'Àurore ,
Capitaines Jean Wint & Robert Maxwel , pris par
PArmateur Jofeph Valera , & conduits , l'un à Almaria
& l'autre à Huelva ; le Foard , pris par Don
Diegue Garice fur la Côte de Grenade , le Guillaume
& Marie , Capitaine François Doman , pris par
M. de Saint- André ; le William -John , Capitaine
Jean le Gat , pris par Pierre Vidal , & le Sommerfet
Capitaine Guillaume Oliver , pris par Jofeph Sevil ,
& conduit autfi - bien que les deux précedens dans le
Port d'Alicante ; la Rofe & le Neptune , pris par
Hij l'Ar
30 MERCURE DE FRANCE
l'Armateur Jean Caftells ; le Marchand du Port ,
conduit à Oran par André Muzo ; le Diegue & Louis,
pris par Antoine Padrinhas , & la Compagnie de
Witheford , pris par Pierre Vidal , conduits l'un &
l'autre à Cartagene ; la Marguerite de Cols , Capitaine
Jean Michau , conduit à Ivica par l'Armateur
Matthieu Calvet , & le Farmenfter , Capitaine David
Hoper, pris par les Habitans de Saint- Sebaftien .
HOLLANDE & PAYS - BAS.
Traité de Commerce & de Navigation , con-
Lelu à Utrecht le 11. Avril 1713. entre la France
& les Etats Géneraux des Provinces-Unies pour 25 .
années , étant expiré le 11. Avril de l'année derniere
, & le Roy de France voulant fatisfaire à
l'empreffement que les Etats Généraux ont marqué
de renouveller ce Traité , M. Van Hoey , Ambaffadeur
de la République auprès de S. M. T. C.
muni des pleins Pouvoirs des Etats Géneraux ,
eft
convenu des conditions de ce renouvellement avec
M. Amelot , Miniftie & Secretaire d'Etat , ayant
le Département des Affaires Etrangeres, à qui S. M.
T. C. avoit donné auffi des pleins Pouvoirs pour
cet effet , & ces deux Miniftres ont reglé un nouveau
Tarifconcernant le Conimerce.
La réponse du Roy d'Efpagne au dernier Memoire
qui lui a été prefenté de la part des Etats
Géneraux des Provinces - Unies par M. Vander-
Meer , leur Ambaſſadeur à Madrid , porte que S. M.
C. balançant entre les raifons qui font en fa faveur,
& le defir de ne point alterer la bonne intelligence
qui regne entr'Elle & cette République , n'a fufpendu
jufqu'à prefent fes dernieres réfolutions , qu'après
avoir confideré les inconveniens qui s'enfuivioient
, on entroit en difpute pour le détail
que
;
FEVRIER. 1740 360
que
fi l'on s'en raporte aux Traités cités par les
États Géneraux , ils n'y trouveront pas de quoi
apuyer leurs prétentions , puifque ces Traités n'étant
point contraires aux Loix des deux Etats , lefquelles
reglent l'ordre & la maniere de proceder
dans les Tribunaux refpectifs envers les Sujets de
l'une & de l'autre Puiffance , on ne peut nier que
les Officiers de S. M. C. n'ayent fuivi exactement
les Loix dans l'Inftruction & dans la Procedure des
cas qui font en litige ; que les Actes concernant les
Vaiffeaux l'Afsendelft , & l'Elizabeth , n'étant pas
encore arrivés des Indes , & la Guerre entre l'Efpagne
& l'Angleterre , donnant lieu de craindre qu'ils
n'arrivent pas fi - tôt , S. M. C. pour prouver aux
Etats Géneraux combien Elle eft difpofée à les fatisfaire
, a bien voulu , en ajoûtant foi à ce que
M. Vander Meer lui a reprefenté fur ces deux prifes
, ordonner , fans préjudice de fes droits , qu'on
les rendît aux Propriétaires que pour ce qui re
garde la Corneille Kalft , fa Sentence ayant été prononcée
au Confeil des Indes , il n'y a pas moyen
de recommencer la Procedure ; mais qu'à l'égard
des Vaiffeaux l'Amerique & l'Oof waert , S. M. C.
confent de leur accorder un terme peremptoire de
huit mois pour leur apel .
S S SS L
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Ame Paule Giustiniani , Noble Génoiſe , eſt
Dante àGenes au mois de Janvier dernier ,
âgée de 103. ans.
Le .. Janvier, Gibert Borromée Milanois , Cardinal
de la Ste Egliſe Rom. Prêtre du Titre de S.
Alexis du Mont Aventin , Evêque de Novare ,
Hij
dans
1
362 MERCURE DE FRANCE
>
dans le Milanès , mourut dans fon Diocèfe , âgé
de 68. ans , & quatre mois , étant né le 12. Septembre
1671. & de Cardinalat 22. ans 10.
mois. Il avoit été d'abord Patriarche d'Antioche
in partibus . Enfuite il fut fait Evêque de Novare
le 17. Janvier 1714. Clement X I. le déclara
fon Maître de Chambre le 16. Juin 1716 .
& le créa Cardinal le 15. Mars 1717. Il en reçut
le Chapeau le 18. du même mois , & le Titre de
S. Alexis lui fut affigné le 10. Mai ſuivant . Il étoit
fils puîné de René Borromée , Comte d'Arone ,
mort le premier Mai 1685. & de Julie d'Arefe.
le
Le 10. Jean-Antoine Davia , Bolonnois , Cardinal
de la Ste Eglife Romaine , premier Prêtre ,
du Titre de S. Laurent in Lucina , Prefet de la Con .
grégation de l'Index , mourut à Rome , âgé de 79 .
ans , 2. mois & 21. jours , étant né le 13. Octobre
1660. & de Cardinalat 27. ans , 7. mois & 23 .
jours. Il avoit d'abord été Archevêque de Thebeş
in partibus , & Nonce Apoftolique à Cologne
, puis en Pologne en 1696. Il fut fait Evêque
de Rimini dans la Romagne le 8. Mars 1698. &.
nommé Nonce à Vienne le 14. Avril 1700. ayant
été élevé au Cardinalat Clement XI. Pape
par
18. Mai 1712. Il fit fon Entrée publique à Rome
à fon retour de Vienne le premier May 1713. &
reçut le Chapeau le 4 fuivant. Le Titre de S. Calixte
Jui fut affigné le 30. Août de la mêine année . Il fut
déclaré Legat d'Urbin au mois de Novembre 1710.
puis de la Romagne , le 12. Avril 1717. Il exerça
cette derniere Légation jufqu'en 1720. Il quitta le
Titre de S. Calixte , & opta celui de S. Pierre ès
Liens le 19. Novembre 1725. Il fe démit de l'Evêché
de Rimini , au mois de Decembre 1726. & il
fut fait dans le même mois Protecteur de la Nation
Polonoife , & de fon Eglife Nationale de S. Jean ,
&
FEVRIER. 1740.
363
& de S. Petrone à Rome. Il fut déclaré Prefet de
l'Index le 22. Septembre 1727. & Protecteur d'Angleterre
, & du College Anglois à Rome au mois
de Mai 1728. Le Titre de S. Laurent in Lucina
étant venu
vaquer par la mort de Jofeph-René
Imperiale , Cardinal ; il l'opta par Procureur , étant
alors abfent de Rome , le TI . Fevrier 1737 .
Le 14. Thomas-Jean - François de Strickland de
Sazerghe , 12. Evêque de Namur , mourut à Louvain
dans le College de l'Abbaye d'Alne , d'où fon
corps a été tranfporté à Namur pour y être inhumé
dans fon Eglife Cathédrale . Il étoit Anglois de
Nation , du Diocèfe de Carliſle , & il avoit été élevé
à Paris dans les Séminaires de S. Magloire , &
de S. Sulpice. Il fut reçû Docteur en Théologie de
la Faculté de Paris le 20. Avril 1712. Il alla depuis
à Rome , où il fut employé dans des affaires fecrettes
. A fon retour en France , l'Abbaye de S. Pierre
de Preaux , O. S. B. Dioc . de Lifieux , lui fut donnée
au mois de Decembre 1718. L'Empereur le
nomma au mois de Novembre 1725. à l'Evêché
de Namur , Suffragant de Cambray , qui fue
préconifé & propofé pour lui à Rome , les 9. Decembre
1726. & 20. Janvier 1727. Il fut facré le
28. Septembre de la même année 1727. à Malines
par le Cardinal d'Alface , Archevêque de Malines ,
affifté des Evêques d'ipres & de Tricale. Le feu
Roy de Pologne lui avoit accordé en 1721. fa nomination
pour le Cardinalat , mais il la réfigna à
Philipe Louis , Comte de Sintzendorff , Evêque
de Javarin , qui fut en conféquence compris dans
la Promotion du 26. Novembre 1727. Il avoit établi
en 1732. à Nivelles une Officialité de la Cour
Spirituelle pour tout le Brabant Wallon de fon
Diocèfe. Outre l'Abbaye de S. Pierre de Preaux , il
étoit encore Commandataire de celle de Notre-
Dame à Namur. Hiiij Le
-
364 MERCURE DE FRANCE
>
Le 21. D. Louis Ignace de Borgia Fernandez de
Cordoue , & Contellas onzième de fa Maiſon ,
Duc de Gandie , Marquis de Lombay , & c . Grand
d'Efpagne de la premiere Claffe , Gentilhomme de
la Chambre du Roy Catholique , Sommelier du
Corps du Prince , & Major- Dome- Major de la
Princeffe des Afturies Chevalier de l'Ordre
de Saint Janvier , & grand Clavero de celui de
Montefa , mourut dans la Maifon Royale de Pardo
, à l'âge de foixante -fix ans. Il étoit fils de
Pafchal François de Borgia dixiéme Duc de Gandie
, Marquis de Lombay & de Quirra , Comte
d'Oliva , Grand d'Efpagne de la premiere Claffe ,
Gentilhomme de la Chambre de S. M. C. mort le
9. Décembre 1716. âgé de 65. ans , & de Jeanne
Fernandez de Cordoue , & Aragon , morte au mois
d'Août 1720. âgée de 68. ans , laquelle étoit fille
de Louis Ignace - Fernandez-Cordoue , & Figueroa
Duc de Feria . Celui qui vient de mourir , avoit
épousé en 1694. D. Rofe de Benavides , & d'Aragon
, fiile de Francois , neuviéme Comte de Sant-
Eftevan , & de Françoife d'Aragon , & de Sandoval.
La nuit du deux Février Charles Louis Antoine
de Hennin , dit d'Alface , Comte de Boffut
Prince de Chimay , & du S. Empire , Grand d'Efpagne
de la premiere Claffe , Marquis de la Verre,
& de Fleffingue , Comte de Beaumont , premier
Pair des Pays & Comté du Hainault , Chevalier de
l'Ordre de la Toifon d'or , de la Création de Charles
II . Roy d'Efpagne en 1694 Lieutenant Général
des Armées du Roy Très- Chrétien , & ci - devant
de celles du Roy Catholique , auffi ci devant Grand
Maître & Capitaine Géneral de l'Artillerie des Pays
Bas Efpagnols , & Colonel du Régiment des Fufiliers
, mourut à Bruxelles , âgé d'environ 68. ans
fans laiffer de poftérité . Il étoit frere aîné de Tho-
>
FEVRIER: 1740.
365
-
mas Philipe Walvad de Hennin , dit le Cardinal
d'Alface , Archevêque de Malines , & d'Alexandre
Gabriel Jofeph de Hennin , dit d'Alface , connu
dabord fous le nom de Marquis de la Verre , &
depuis plufieurs années fous celui de Prince de
Chimay le cadet . Celui- ci , après avoir été fucceffivement
Lieutenant Général des Armées des
Rois d'Efpagne & de France , entra au Service de
l'Empereur en 1716. & fut fait Lieutenant Feldt-
Maréchal de fes Armées , & depuis encore Gouverneur
d'Oudenarde . Ils font tous trois fils de
Philipe Antoine de Hennin , Comté de Boffut ;
Prince de Chimay da chef de fa mere , Chevalier
de l'Ordre de la Toifon d'or , mort le 25. Mars
1688. & d'Anne- Loüife de Werreycken , morte le
22. Avril 1729. Celui qui vient de mourir , avoit
été marié 1. le 6. Avril 1699. avec Diane - Gabrielle
- Victoire Mancini , morte le 12. Septem
bre 1716. fille de Philipe Mancini - Mazarini , Duc
de Nivernois & Donziois , Chevalier des Ordres
du Roy , & de Diane- Gabrielle Damas de Thianges
; & 2°. le 16. Juin 1722. avec Charlotte de
St. Simon , fille de Louis de St. Simon , Duc &
Pair de France , Grand d'Efpagne de la premiere
Claffe , Chevalier des Ordres du Roy , & c. & de
Genevieve- Françoile de Durfort de Lorge.
Clé
Le 6. vers les neuf heures du matin
ment , Pape , douzième du nom , qui avoit réçû
le Viatique le vingt - huit du mois précédent
à caufe d'une grande foibleffe dans laquelle il étoit
tombé , mourut âgé de 87. ans , 9. mois et 29 .
jours étant né à Florence le 7. Avril 1652. et
après avoir régné 9. ans , 6. mois , et 24. jours
ayant été élu Pape le 12. Juillet 1730. et couronné
le 16. du même mois dans la Bafilique de
Saint Pierre du Vatican. Le Pape qui avant fon
>
Hv.
366 MERCURE DE FRANCE
exaltation fur la Chaire de St. Pierre , fe nommoit
Laurent Corfini , étpít fils de Barthelemi Corfini
Marquis de Laiatico , mort en 1685. et d'Elifabeth
Strozzi , morte en 1692. Il avoit paffé par les
principales Charges de la Cour de Rome. Il fut
déclaré le 13. Février 1690. Préfet du Tribunal
de la Grascia , ou de l'Abondance ; le
premier Avril fuivant , Nonce Apoftolique à Vienne
, et le 10. du même mois Archevêque de
Nicomédie in partibus. Il n'alla point à cette
Nonciature , l'Empereur Leopold n'ayant point
voulu le recevoir en cette qualité ; il fut depuis
Clerc de la Chambre Apoftolique , dont il fut fait
Tréforier Géneral au mois de Février 1696. Il fur
continué en 1700. dans cette Charge par le Pape-
Clement XI. dont il avoit été autrefois Auditeur
et qui le créa Cardinal le 17. May 1706. Il en reçut
le Chapeau dans un Confiftoire public le 20;
du même mois , et le Titre Presbitéral de Sainte
Sufanne lui fut affigné le 25. Juin fuivant. Il quirta
ce Titre , et opta celui de St. Pierre- ès- Liens le
14. Décembre 1720. ayant paffé de l'Ordre des
Prêtres dans celui des Évêques. Il opta l'Evêché
de Frascati, qui fut propofé pour lui en Confiftoire
le 19. Novembre 1725. Il fut fait le 18. Novem→
bre 1726. Préfet de la Signature de Juftice. Il avoit
pris le nom de Clement , en mémoire du Pape
Clement XI. dont il étoit Créature . Il avoit eu
pour frere Philipe , Marquis de Corfini , mort en-
1705. qui avoit épousé en 1681. Lucrece , fille
de Pierre François Marquis de Rinuccini , morte:
en 1706. De ce mariage font venus Barthelemi
Marquis Corfini né en 1683. Grand Ecuyer de
Jean Gafton de Médicis , Grand Duc de Toscane
puis Capitaine d'une des Compagnies des Chevau-
Légers de la Garde du Pape fon Oncle , en 1730.
FEVRIER.. 1740 . завора
déclaré la même année noble Vénitien , Procu →
rateur de S. Marc , et Chevalier de l'Etole d'or
et aggrégé avec toute la famille à la Nobleffe
Génoife , créé par le Pape fon oncle Duc de Sismanno
, et Prince du Soglio , le 23. Juin 1731 .
nommé au mois d'octobre fuivant Grand Ecuyer
de D. Charles Infant d'Eſpagne , nouveau Duc de
Parme et de Plaifance , et Prince Héréditaire de
Tofcane , depuis Roy des deux Siciles , Gentilhom
me de la Chambre de ce Prince , Viceroi de Sicile en
1737. et Grand d'Espagne de la premiere Claffe en
1739. et Nérée Marie Marquis Corfini , né à Florence
le 19. Mai 1685. Celui- ci a été dabord Envoyé
Extraordinaire du feu Grand Duc de Tofcane
à la Cour de France , et fon Miniftre Plénipotentiaire
au Congrès de Cambray. A fon retour à
Florence , il fut fait Capitaine des Cuiraffiers de la
Garde du GrandDuc de Toscane, Charge dont il pri
poffeffion le 9. Octobre 1725. Son oncle ayant été
elevé à la Papauté , il embraffa l'état Eccléfiaftique
, et fut déclaré le 13. Juillet 1730. Secretaire
des Mémoriaux , et Protonotaire Apoftolique participant
furnuméraire, Il fut créé Cardinal le 14.
Août fuivant , mais la promotion ne fut publiée
que le 11. Décembre. Il reçut le Chapeau le 18.
du
D
même mois , et le Titre Diaconal de S. Adrien
in campo Vaccino lui fut affigné le 8. Janvier
1731. Il fut fait Prefet de la Signature de Juſtice
le 28. Février 1733. D. Barthelemi Corfini , fon
frere aîné , a époufé en 1705. Marie Victoire ,
fille de Jean- Baptiste Altoviti , et en a eu Philipe-
Marie - Jofeph Coifini , né en 1706. créé Duc de
Cafigliano , et Prince de Pittigliano par le Pape
fon grand oncle le 23. Juin 1731. et Capitaine des
Chevau - Légers de la Garde de Sa Sainteté par la
démiffion de fon pere , depuis auffi Chambellan
Hovj
368 MERCURE DE FRANCE
la Clef d'or du Roy des deux Siciles ; Lucrece Cor
fini , morte Religieufe en 1736. Marie Virginie
Corfini , née en 1708. mariée en 1719. avec Jofeph
, Marqs Nicolini , et morte en 1735. et
Elizabeth - Marie Corfini , née en 1709. mariée en
1730. avec Laurent , Comte Ginori , Sénateur
de Florence . Philipe Marie Jofeph Corfini , cideffus
mentionné , a été marié le 8. Janvier 1728 .
avec Octavie Strozzi , née en 1709. fille de Laurent
François Strozzi , Prince de Forano , & de
Marie Thérefe Strozzi , héritiere de Forano. Il
en a eu Victoire Corfini , née en 1729. Barthelemi
Corfini , né à Florence au mois d'Octobre
1730. Laurent Marie Corfini , né en 1731. Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , Grand
Prieur de Pife Marie - Thérefe Corfini , née à
Rome le 30. Septembre 1732. filleule du Pape
Con arrriere grand - oncle ; deux autres filles jumelles;
& André Marie-Louis Corfini , né en 1735.
-
-
>
,
Le feu Pape Clément XII . avoit trois Soeurs
dont deux Religienfes à Florence , l'une defquelles
, nommée Marie - Rofe Corfini , et Abbeffe du
Monaftere des Dominicaines de S. Jacques , mourut
au mois d'Octobre 1733. âgée de 86. ans , er
la troifiéme Marie- Magdela ne- Corfini avoit été
mariée avec Donat Marie Marquis Guadagni , et
en avoit eu Bernard Cajetan Guadagni , né le 14.
Septembre 1674. Religieux Profès de l'Ordre des
Carmes Déchauffés au Convent d'Arezzo en Tofcane
le 11. Novembre 1700. fous le nom de Frere
Jean-Antoine de S. Bernard , fucceffivement Maître
des Novices , plufieurs fois Prieur du Couvent de
fon Ordre à Florence , et Provincial de fa Province
fait Evêque d'Arezzo le 10. Décembre
724. et facré le 31. du même mois , créé Cardinal
, Prêtre , du Titre de S. Martin aux Monts
>
>
FEVRIER. 1740. 369
le 24. Septembre 173 1. et Vicaire Général de Rome
, et de fon District le 28. Février 1732.
On a appris de Rome que le 6. de ce mois après
midi , le Cardinal Camerlingue accompagné de
tous les Clercs de la Chambre Apoftolique se rendit
au Palais de Monte - Cavallo , où après avoir
reconnu le Corps du Pape avec les formalités accoûtumées
, il fe fit remettre l'Anneau du Pêcheur
par le Maître de la Chambre de Sa Sainteté , et il
retourna ensuite à fon Palais avec le même cortége.
Le Corps du Pape fut ouvert et embaumé le lendemain
matin , et le foir on le tranfporta à la
Chapelle de Saint Sixte du Vatican dans une Litiere
découverte , aux deux côtés de laquelle marchoient
les Pénitenciers de S. Pierre , et qui etoit precedée
de la Garde Suiffe , et d'un détachement de
la Compagnie des Chevau Légers , et fuivie du
refte de cette Compagnie , de celle des Cuiraffiers ,
et de fept pieces d'Artillerie .
,
>
Le même jour , le Cardinal Camerlingue & les
trois Cardinaux Chefs d'Ordre , sçavoir les Cardinaux
Orthoboni , Laurent Altieri & Alberoni
s'affemblerent au Palais Altieri , pour regler tout ce
qui peut concerner la sûreté & la tranquillité pu
blique pendant la vacance du Saint Siege . La Congrégation
Générale se tint au Vatican le 8. au matin
& on y fit la lecture de toutes les Bulles
qui regardent les Conclaves. L'Anneau du Pêcheur
y fut enfuite rompu' , ainfi que les autres Sceaux .
Le Gouverneur de Rome fut confirmé d'une voix
unanime dans fon Emploi & on nomma les
Cardinaux Alexandre Albani , Bichi , et Sacripanti
, pour veiller à la conftruction du Conclave.
Après la Congrégation , les Cardinaux allerent
à la Chapelle de Saint Sixte , et ils accompagnerent
le Corps du Pape à l'Eglife de Saint Pierre
"
370 MERCURE DE FRANCE
où il fut dabord mis dans la Nef , et ensuite dans
la Chapelle du S. Sacrement , dans laquelle il a été
expofé pendant trois jours.
•
"
Le 9. et le 10. il s'eft tenu plufieurs Congréga
tions et dans la derniere le Sacré College a
choifi l'Abbé de Sainte Croix de Jerufalem et
Mrs Leproti et Lanciani , le premier pour Confeffeur
, et les deux autres pour Médecins du Conclave.
Les Cardinaux fe raffemblerent le ro. au foir
dans la Sacriftie de l'Eglife de S. Pierre , et après
qu'on eut fait en leur préfence la Cérémonie d'enfermer
le Corps du Pape , avec plufieurs Médailles
d'or et d'argent dans un triple Cercueil ,
le plaça dans le lieu où il doit refter en dépôt ,
jufqu'à ce qu'il foit transporté à la nouvelle Chapelle
de S. Jean de Latran , deftinée pour ſa ſépulture.
BOUTS RIME'S ,
-
on
DU Mercure de Décembre 1739. remplis
par le Poëte Gelé , durant la gelée
du mois deJanvier 1740 .
Logé moins chaudement que l'Abeille en fa Ruche,
Je paffe mon hiver toujours fombre et Sournois
Sans ofer au dehors produire mon
N'ayant plus au dedans ni falourde ni
La glace avant hier fit éclater ma
Minois,
Buche,
Cruche;
Pour en avoir une autre , il faut fix fols Tournois.
FEVRIER. 372 1740.
Six fols ! c'eft un objet . Sous mon pauvre Harnois
J'ai du pain ; mais encore il gele dans ma Huche
Le grand froid ma rendu pareffeux comme un Chien,
Dans un lit fans rideaux je dors , ou ne fais Rien
Je ferois moins brisé , fi je courois la
Je n'avois qu'un chaffis ; le vent me l'a
Pofte
Crevé
L'air me perce, et tu veux qu'à tes Vers je Ripofte
Attends , cruel Ami , juſqu'au dégel : Ave
FRANC E.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &
E premier Fevrier , M. le Jeune , Recteur de
LFUniverfité , accompagné des Doyens. deş Facultés
& des Procureurs des Nations , fe rendit a
Verfailles, & fuivant l'ancien ufage , il eut l'honneur
de préfenter un Cierge au Roy , à la Reine &
à Monfeigneur le Dauphin .
Le même jour , le Pere Chevalier , ancien Vicaire
Géneral des Religieux de la Mercy , accompa
gné de trois Religieux de leur Maiſon , eut auffi
l'honneur de préfenter un Cierge à la Reine , pour
fatisfaire à une des conditions de leur Etabliſſement :
fait à Paris en 1615. par la Reine Marie de Médicis.
Le 2.Fête de la Purification de la Sainte Vierge , les
Chevaliers , Commandeurs & Officiers de l'Ordre
du S. Elprit , s'étant rendus vers les onze heures du
matim
372 MERCURE DE FRANCE
matin dans le Cabinet du Roy , S. M. tint un Cha
pitre , & nomma Chevalier le Duc de Chartres.
Après le Chapitre , le Marquis de Fenelon , Ambaffadeur
du Roy en Hollande , nommé Chevalier
le 2. Fevrier dernier , et dont les preuves avoient
été admifes dans le Chapitre tenu le 17. du mois de
Juin , fut introduit dans le Cabinet du Roy , & il
fut reçû Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
Le Roy fortit enfuite de fon Cabinet , pour aller
à la Chapelle. S. M. étoit précedée du Duc
d'Orleans , du Comte de Clermont , du Prince de
Conty , du Prince de Dombes , du Comte d'Eu , &
des Chevaliers Commandeurs & Officiers de l'Ordre.
Le Marquis de Fenelon , en habit de Novice ,
marchoit entre les Chevaliers & les Officiers .
Le Roy affifta à la Benediction des Cierges , à la
Proceffion & à la grande Meffe , qui fut célebrée
par l'Abbé Broffeau , Chapelain de la Chapelle de
Mufique. La Meffe étant finie , Le Roy quitta fon
Prie-Dieu & monta à fon Trône auprès de l'Autel ,
où le Marquis de Fenelon fut reçû Chevalier avec
les céremonies accoûtumées , ayant pour Parains
le Marquis de Goesbriant & le Marquis de Livry.
Le Marquis de Fenelon ayant pris la place , le Roy
fortit de la Chapelle , & Š . M. fut reconduite dans
fon Apartement en la maniere ordinaire. La Reine
& Monfeigneur le Dauphin , entendirent la même
Meffe dans la Tribune.
L'après midi , L. M. affifterent au Sermon du P.
Neuville , de la Compagnie de Jefus , & enfuite
aux Vêpres , qui furent chantées par la Mufique.
Le Marquis de l'Hôpital , nommé par S. M. Ambaffadeur
auprès du Roy des deux Siciles , prit conge
du Roy au commencement de ce mois pour fe
rendre à Naples ; il eſt l'aîné de l'illuftre Maifon de
PHôpital ,
FEVRIER. 1740. 373
P'Hôpital , au fujet de laquelle on eft entré dans de
grands détails dans plufieurs Mercures , la Tradition
de cette Maifon eft , qu'elle eft originaire da
Royaume de Naples , fortie de la Maifon Galucci ;
elle paffa en France vers le commencement du .
XIII . fiecle , dans lequel Galeas , Duc de Milan ,
amena avec lui Jean de l'Hôpital , fils de Frederic
de l'Hôpital.
Il y a eu trois Branches de cette Maifon ; celle
de Choisy , l'aînée , apellée maintenant Châteauneuf-
sur-Cher ; la feconde , Sainte Mesme , dont
étoit le Marquis de l'Hôpital , célebre Mathématicien
, & celle des Ducs de Vitry , éteinte dans la
perfonne du Comte de Château- Vilain , Enfant
d'honneur de Monfeigneur le Dauphin , fils de
Louis XIV . Ces trois Branches font toutes très - illuftrées
& par les Alliances & par les Dignités Mitaires.
Adrian de l'Hôpital , que quelquefois dans les
vieilles Chroniques on nomme André de l'Hôpital,
commandoit l'avant - garde de l'Armée du Roy à la
Bataille de S. Aubin du Cormier , et défit le Seigneur
de la Mouffaye , Chevalier Breton . Louis de
la Tremouille , qui commandoit l'Armée , arriva &
battit entierement l'Armée Bretonne. Le Roy Charles
VIII, accorda à Adrian de l'Hôpital , en faveur
des fervices de cette journée , la conceffion de porter
en fantoir derriere l'Ecu de fes Armes , les Bannieres
de France, et de Bretagne , et à l'aîné de fes
Enfans mâles à perpetuité.
Adrian de l'Hôpital fuivit le même Roy Charles
VIII. à la conquête du Royaume de Naples avec
Jo. Lances.
Paul , Marquis de l'Hôpital , l'aîné des Descendans
d'Adrian de l'Hôpital , aujourd'hui Ambaffadeur
à Naples , a fervi pendant les Campagnes de
1712.
374 MERCURE DE FRANCE
1712. ét 1713. Cornette dans le Régiment Royal
Etranger, et Ayde de Camp du Comte de Beauveau ,
fon oncle , Lieutenant Géneral.
Il entra enfuite dans la feconde Compagnie des
Mousquetaires de la Garde du Roy ; il fut en 1717.
Enfeigne dans le Régiment des Gardes Françoifes ,
et obtint en 1719. l'agrément d'une Charge d'Enfeigne
des Gendarmes de la Garde ordinaire du
Roy , avec Brevet de Colonel.
En 1725. S. M. lui accorda l'agrément d'un Ré .
giment de Dragons , dont il s'eft démis au mois de
Septembre dernier , en faveur du Comte de l'Hô- ›
pital de Sainte Mesme , fon parent , Capitaine dans
le même Régiment .
LeMarquis de l'Hôpital eft Brigadier de la Promo
tion de 1734. et Inspecteur Géneral de Cavalerie
et de Dragons , depuis le inois, d'Octobre 1738.
On peut voir la filiation de ces trois Branches
dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
du P. Anfelme , continuée par le P. Simplicien ,
Tome 7. page 432 .
EXTRAIT d'une Lettre écrite à M. le
Marquis de l'Hôpital , par M. de Fontenelle
, P'un des de l'Académie Fran
çoise , au mois de Décembre 1739 .
40.
Left vrai , Monfieur , que dans l'Eloge de M. le
I Marquis 9
l'académie
des Sciences , mort en 1704. j'ai dit que la Branche
de l'Hôpital et de Sainte Mesme , dont il fortoit
, étoit aînée de celle des Ducs de Vitry , préfentement
éteinte. Je me fouviens bien de l'avoir dit
fur la parole de M. le Comte de l'Hôpital , frere
cadet de celui qui vient de mourir. Je n'avois que
lui à confulter fur ce fujet , et j'avois fort P'honneur
d'être
FEVRIER. 1740. 375
d'être connu de lui ; il me fit même celui de venir
chés moi avec une espece de céremonie, me rcmercier
de l'Eloge de fon illuftre frere , que j'avois
lû dans une Affemblée publique . Vous m'avez fait
voir , Monfieur , par le P. Anfelme , et vous avez
de bons titres pour le prouver , que cette Branche
de votre Maiſon , qui m'avoit été donnée pour l'aî
née , ne l'étoit pas , je me rends fans aucune peine,
et vous le déclarerai en telle forme et auffi publiment
que vous voudrez , très - fâché feulement de
ne vous donner qu'une auffi légère marque du respect
, &c. Signe FONTENELLE .
Le Roy a donné la Charge de Secretaire d'Etat
du Département de la Guerre , au Marquis de Breteuil
, Commandeur et Maître des Cérémonies des
Ordres de S. M. et Chancelier de la Reine. Le 21 .
il prêtaferment de fidélité entré les mais de S. M.
Le 14. pendant la Meffe du Roy , l'Evêque de
Limoges prêta auffi ferment de fidelité entre les
mains de S. M.
Le 18. le Roy et la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château de Marly . la Meffe de Requiem
, pour l'anniverfaire de Monfeigneur le Dauphin
, Pere du Roy. L. M. en avoient entendu une
le 12. pour l'anniverfaire de Madame la Dauphine,
Mere du Roy .
Le 21. M. Crescenti , Archevêque de Nazianze
et Nonce du Pape , eut une Audience particuliere
du Roy , et il donna part à S. M. de la mort du Pape
Clement XII . Il lui présenta une Lettre du Sacré
College.Il fut conduit à cette Audience par M.
de Verneuil , Inttroducteur des Ambaffadeurs.
Le même jour ,M. Piolenc, Premier Préfident du
Parle
376 MERCURE DE FRANCE
Parlement de Grenoble , prêta ferment de fidelité
entre les mains de S. M.
Le 23. le Cardinal d'Auvergne partit pour aller
à Rome et entrer au Conclave , et le Cardinal de
Rohan partit deux jours après pour le même fujet.
Le même jour , les Comédiens Fraçois représenterent
à la Cour la Conédie de Démocrite et les
Plaideurs , et les Comédiens Italiens y joüerent auffi
le lendemain la Piéce nouvelle Italienne du Double
Dénouement , ou Arlequin Scanderberg.
Le 25. le Prince de Lichtenſtein , Ambaffadeur de
l'Empereur , donna un Soupé des plus fplendides et
des mieux fervis , fur differentes Tables, qui compofoient
environ cent couverts ; les Seigneurs & les
Dames de la premiere diftinction de la Cour et de
la Ville y furent invités . Il fut fuivi d'un grand Bal ,
où l'on fervit en abondance toute forte de rafrai
chiffemens ; il y eut auffi une fuperbe Illumination -
à l'Hôtel de cet Ambaffadeur .
Le 29. et le lendemain , la Reine , accompagnée
des Dames de la Cour , se rendit à l'Eglife de la
Paroiffe du Château de Versailles , et S. M. y aſſiſta
au Salut et à la Bénediction du S. Sacrement . •
Le 2. Fevrier , Fête de la Purification , on chanta
au Concert Spirituel du Château des Tuilleries , l'E
xurgat Deus , Motet à grand Choeur de M. de la
Lande , qui fut fuivi d'ua Carillon de Symphonie
du Sr Aubert , et d'un petit Motet à voix feule du
Sr Cordelet. Les Srs Blavet et Greff , exécuterent
differens Concerto fur la Flute & le Violon , et le
Concert fut terminé par un autre grand Motet de
M. de la Lande . Le
FEVRIER. 1740. 377
Le 6. la Reine étant à Marly , entendit en Concert
les deux derniers Actes de l'Opera de Tanerede.
Le 8. le 10. et le 13. on chanta devant S. M. la
Paftorale d'Ifé , dont le Rôle fut rempli avec fuccès
par la Dlle de Romainville , et ceux d'Apollon et
d'Hilas, par les Srs Jeliot et Benoît, qui firent beaucoup
de plaifir à toute la Cour.
20.
Le 15. et le 17. la Reine entendit le Ballet des
Elemens , dont les principaux Rôles furent exécutés
par la Dlle Huguenot et par les mêmes Acteurs qu'on
vient de nommer, et avec les mêmes aplaudiffemens.
Le la Cour étant de retour à Versailles , on
chanta au Concert de la Reine le Ballet du Carnaval
de la Folie , qu'on continua le 22. et le 27 ;
la Dlle Huguenot et le Sr Benoît exécuterent dans
une grande précifion et avec le goût convenable aux
Caracteres , les Rôles de la Folie et du Carnaval.Ces
trois dernieres Piéces font de la compofition de M.
Destouches, Sur-Intendant de la Mufique du Roy,
en femeftre.
MANDEMENT de M. l'Archevêque de
Paris , portant permiffion de manger des
Ceufs pendant le Carême , &c.
Harles-Gafpard- Guillaume de Vintimille des
Comtes de Marseille du Luc , &c.
L'intention de l'Eglise dans l'établissement du
Carême , a été d'infpirer à fes Enfans l'efprit de
pénitence , et de leur faire expier , par les pratiques
pénibles de la mortification chrétienne , les fautes
dont ils se rendent tous les jours coupables. C'eft
dans cette vûë , que , pendant ce faint temps , elle
employe dans fes Prieres et dans fes Offices les
paroles de l'Ecriture , les plus propres à exciter en
eux des fentimeus de somponction , et qu'elle leur
interdit
i
378 MERCURE DE FRANCE
interdit dans les repas qu'elle leur permet , ce qui
peut flater davantage la fenfualité et le goût.
Cependant cette Mere tendre et compatiffante ne
refuse pas d'adoucir quelquefois en leur faveur la
feverité de fes defenſes ; la même charité qui l'engage
à leur faire prevenir , par la fatisfaction volontaire
qu'ils offrent à Dieu , les redoutables châtimens
dont il menace les pecheurs impenitens , la
porte à diminuer le joug qu'elle leur a elle même
imposé , lorsqu'il paroît être en quelque façon audeffus
de leurs forces.
Parmi les motifs qui peuvent autoriser cette condescendance
, il en eft peu d'auffi preffans , que
ceux qui nous ont été reprefentés par les Magistrats
, chargés de pourvoir aux befoins publics . Un
hyver long et rigoureux , en diminuant l'abondance
des alimens permis en Carême , en a fait augmenter
le prix , et en mettant plufieurs Ouvriers
dans l'impoffibilité de continuer leur travail , les a
privés de l'unique ou principale reffource qu'ils
avoient contre la misere et l'indigence . Dans ces
circonftances , ces fages Magiftrats , perfuadés que
l'ufage des Oeufs faciliteroit à beaucoup de perfonnes
le moyen de fubfifter , nous ont requis d'accorder
à ce fujet la difpenfe neceffaire.
A ces caules , Nous permettons de manger des
Oeufs dans la Ville et le Diocèse de Paris pendant
le Carême procchain , depuis le Mercredi des Cendres
inclusivement , jufqu'au Dimanche des Kameaux
exclusivement , fans néanmoins que cette
permiffion puiffe tirer à consequence pour l'avenir.
Nous recommandons aux Fideles , qui refpectent
encore l'autorité facrée des Loix de l'Eglife ,
d'obferver au furplus , avec exactitude , jeûne &
l'abſtinence , & de ne point se laiffer entraîner par
l'exem
FEVRIER.
1740. 379
l'exemple de tant d'autres , qui dans un temps
confacré à la pénitence , & fans refpect pour une
Loi établie dès le siécle des Apôtres , multiplient
les repas & mangent gras , non feulement fans en
avoir obtenu la permiflion de leurs Paſteurs , fuivant
la regle du Diocèse , mais même fans aucune
neceffité. Nous ne pouvons nous diſpenſer d'exhorter
ici les Pauvres à fuporter patiemment leur
état , & de ne point fe priver , par leurs murmures,
du fruit précieux de leurs fouffrances ; mais nous
devons en même temps conjurer les Riches de lés
affifter par des Aumônes abondantes , & de retrancher
les dépenses fuperfluës du jeu , de la table &
des fpectacles , pour pouvoir leur accorder des
secours proportionnés à leurs besoins .
Si vous mandons , &c . Donné à Paris en notre
Palais Archiepifcopal , le 25. Fevrier 1740.
Signé , CHARLES , Archevêque de Paris , &c .
A M. DAQUIN , Organiste du Roy.
Oui , Calviere , à ton Art un éloge étoit dû ,
Et le Pere de l'Harmonie
D'un fourire fateur aprouve le Génie ,
Par qui cet honneur t'eft rendû.
Une autre Muse sur la Lyre ,
Pour célebrer Daquin , recherchoit des accords ;
Tais- toi , dit Apollon , tu fais de vains efforts ,
Peut-on chanter ce que j'admire ?
De mémoire d'homme , on n'a point encore
éprouvé à Paris un Hyver auffi long que celui- ci ,
car
380 MERCURE DE FRANCE
car la gelée a commencé dès le mois d'Octobre.
Peu de temps après la Saint Martin , la plupart des
Glacieres avoient été remplies , & aujourd'hui 29.
Fevrier , c'est le cinquante- cinquième jour de forte
gelée prefque continuelle , à compter du 6. Janvier
, Fête des Rois ; elle commença avec une
telle violence , qu'en trois jours la Riviere de Seine
se trouva prise , & fans prefque de relâche , que
dans les intervalles où il eft tombé de la neige ,
dont toute la campagne & les toîts des maisons
sont encore couverts . Cependant dans cette grande
Ville , dont la consommation eft immense , par
la prévoyance , l'attention continuelle & l'extreme
vigilance des Magiftrats , on n'a manqué d'aucune
Denrée & d'aucuns vivres ; le prix du charbon & du
bois de toute espece , n'a nullement augmenté.
BOUT S- RIME'S ,
Donnés dans le Mercure de Décembre , &
remplis par l'Abbé Godard.
Sur la rigueur de cet Hyver.
L
'Oifeau meurt dans les Bois , l'Abeille dans fa
Ruche;
Chacun de fon manchon fe couvre le Minois ;
L'avide Procureur au viſage
Sournois ,
Pour aller au Palais n'ose quitter la
Buche.
Sans Eau de la Riviere on raporte
Le plus fier Champion quitteroit le
fa Cruche ;
Tournois ,
Le
FEVRIER . 1746: 381
Le plus fougueux Courfer tremble fous fon Harnoise
L'Ouvrier morfondu brûle jusqu'à fa
On ne laifferoit pas coucher dehors un
On dépense beaucoup , & l'on ne gagne
L'argent vient lentement, & la misere en
Huche
Chien i
Rien ;
Pofte
Par la rigueur du Temps plus d'un vieux a Crevé ;
Pour tout dire , en un mot , None à gentil Ripoffe
Au Tour , crainte du froid , ne va plus dire
Avis au Public.
Ave!
A Perfonne qui donne cet Avis , eft de meil
Lleure foi que tous les autres Donneurs d'Avis
qui prétendent n'avoir que l'utilité génerale en vûë,
& dans le fond ce n'eft que leur utilité propre qu'ils
envisagent. Elle convient donc naturellement que
c'eft fon interêt particulier qui lui a fait naître l'idée
dont elle fait part au Public ; mais elle ſe flate que
ceux qui voudront en faire usage y pourront trouver
quelque avantage.
• L'Homme dont il eft ici queftion a employé la
plus grande partie de fa vie à l'étude des Belles-
Lettres, de la Philosophie & des Mathématiques . Le
dérangement de fes affaires lui a fait prendre le parti
de fe charger de l'Education ou d'un jeune Seigneur,
ou d'un jeune Homme riche, il n'importe. Si la fingularité
de la tournure qu'il prend pour arriver à fes
vues , piquoit la curiosité de quelqu'un , il indiquera
des Perfonnes de la premiere consideration dans la
République des Lettres , et très connues par leurs
I lumie382
MERCURE DE FRANCE
lumieres , leur esprit et leur probité , qui rendront
de lui un témoignage peut- être affés avantageux
pour donner envie de l'employer. Si même quelqu'un
avoit befoin d'un Sécretaire, il ſe flate qu'il en
pourroit fervir.
L'Auteur du Mercure a bien voulu fe charger du
foin de nommer les Perfonnes qui répondront du
Donneur d'avis , en cas que quelqu'un veuille s'en
fervir , et d'indiquer fa demeure.
POMPE Funebre , Funerailles , & Inhuma
tion du Corps du Duc DE BOURBON.
L
;
Ouis Henri de Bourbon étant mort à Chantilly
le 27. Janvier , fut aporté à l'Hôtel de Condé,
après avoir été embaumé il y fut exposé le 3 .
Fevrier pendant huit jours sur une Eftrade , dans
une Chambre de parade tendue de deuil , et éclairée
d'un grand nombre de lumieres .
Toute la façade de l'Hôtel étoit tenduë de 14.
lez de drap , avec deux lez de velours , chargés de
petites Armes , et entre ces deux lez , étoient placées
les grandes Armoiries de la Maison de Bourbon
- Condé.
La grande Cour étoit auffi entierement tenduë
avec un lez de velours , chargé d'Ecussons. La
façade des croisées qui donnent sur la Cour et le
grand Escalier , étoient tendus de 17. lez , avec
deux lez de velours , chargés d'Ecussons et grandes
Armes entre les lez.
Ce grand Escalier étoit tendu du haut en bas jufqu'au
Palier du grand apartement. Les trois premieres
Pieces d'entrée étoient entierement tendues ,
avec un lez de velours dans chacune des trois Pieces
, chargé d'Ecussons , avec des Plaques garnies
de bougies , et sur chaque porte des trois Pieces ,
deux
FEVRIER .
383 1740 .
deux lez de velours , chargés d'Ecussons & grandes
Armes.
Un grand Salon tendu et foncé , garni dans tour
son pourtour de deux lez de velours , chargés d'Ecuffons
et grandes Armes , et deux fiets de Plaques
chargées de bougies . Le Salon étoit garni de Parterre
dans toute son étendue.
On avoit placé à l'entrée de ce Salon deux Autels
à la Romaine , pour y célebrer la Messe ; ils
étoient garnis chacun de douze cierges avec des
Ecussons.
Au-delà des Autels , les Prêtres de la Paroiffe de
S. Sulpice , & les Peres Cordeliers du Grand Convent
, psalmodioient alternativement , les uns à
droite & les autres à gauche.
Le milieu de cette partie du Salon , étoit éclairée
par un Luftre à douze bobêches , et les côtés par
six grandes Girandoics posées fur des Confoles.
Vers l'extremité de ce Salon ou Chambre de parade
, étoit exposé le Corps du Prince , fous un Dais
de velours à crêpine d'argent , dont les pentes étoient
ornées d'Ecussons en broderie d'or et d'argent.
Le Cercueil étoit élevé fur une Eftrade de quatre
Gradins chargés de 72. chandeliers d'argent ,
garnis de cierges avec des Armes. Le Cercueil étoit
couvert d'un Poele de velours croisé de Moire
d'agent , herminé & cantoné des Armes de Condé
en broderie ; les Honneurs étoient placés sur le
Cercueil , c'est - à - dire , la Couronne de Prince sur
un carreau de velours couvert d'un crêpe , avec les
Coliers de l'Ordre du S Efprit & de la Toison d'or.
Un peu au-delà de l'Eftrade , on avoit dreffé une
Credence , sur laquelle étoit une Croix & quatre
chandeliers .
A l'extremité oposée , étoit un grand Benitier ,
au côté duquel les Heraults d'Armes en habits de
éremonies , étoient placés. I ij Les
384 MERCURE DE FRANCE
Lès deux côtés de la Representation étoient oc
cupés par les Aumôniers , par les principaux Offieiers
& par les Gentilshommes du Prince.
Le fond de la Chambre de parade , étoit éclairé
comme l'entrée ,avec des Girandoles fur leurs Con
foles. Les deux pieces par lefquelles on fortoit ,
étoient entierement tendues , ainsi que le paffage
et l'efcalier , au bas duquel étoient deux grandes
Salles tendues pour recevoir les Princes.
Le 4. Fevrier , les Religieux de l'Abbaye S. Ger
main des Prés , le P. Géneral à leur tête , & accompagnés
des Officiers de leur Juftice , allerent à l'Hôtel
de Condé , pour jetter de l'Eau benite sur le
corps du Prince. Après qu'ils eurent chanté le
Libera & le De profundis , le P. Géneral`dit l'Orai→
son convenable , et jetta ensuite de l'Eau benite , et
Tous les autres Religieux , felon leur rang , firenț
la même céremonie.
Le même jour , les Religieux Jacobins de la ruë
S. Jacques , & lesPP . Jesuites s'acquitterent du
même devoir.
>
Le 5. le Prince de Conty , nommé par le Roy
pour aller de sa part jetter de l'Eau benite sur le
Corps du feu Duc de Bourbon , se rendit au Châ
teau des Tuilleries , où il monta dans le Carosse de
S. M. ayant auprès de lui le Duc d'Estissac , que le
Roy avoit nommé pour l'accompagner , & su le
devant du carosse le Comte de Choiseul auffi ,
nommé par S. M. pour porter la queuë de la Robe
de deuil du Prince de Conty , et le Marquis de
Brezé, Grand Maître des Céremonies. Un Détachement
des Gardes du Corps , et un des Cent Suisses du
Roy avec leur's Officiers , marchoient devant & autour
du carosse. Lorsqu'il fut arrivé à l'Hôtel de Condé,
le Comte de Charolois et le Comte de Clermont,
en grand Manteau de deuil , le Colier de l'Ordre
ยิ่ง
FEVRIER 1740 385
du S. Efprit pardeffus , accompagnés de plufieurs
de leurs Parens et Officiers du feu Duc de Bourbon,
reçûrent à la descente du caroffe le Prince de Conty
, lequel après s'être revêtu de fa Robe de deuil ,
monta à la Chambre de parade . Il étoit precedé
du Comte de Charolois , du Comte de Clermont
des Seigneurs qui les accompagnoient , du Grand
Maître , du Maître , de l'Ayde des Céremonies et
des Heraults d'Armes , et la queue de sa Robe de
deuil étoit portée par le Comte de Choiseuil.
Après les Saluts accoûtumés , le Prince de Conty se
mit sur un Prie Dieu qui lui avoit été aporté de la
Chapelle du Roy , et lorsque les Prieres furent finies
, l'Abbé de la Farre , Aumônier du Roy , pré→
senta le Goupillon au Prince de Conty , lequel s'étant
aproché du Cercueil , jetta de l'Eau benite .
Après l'Oraison, le Prince de Conty fut reconduit au
carosse du Roy, comme il avoit été reçû , et il fut ramené
au Château des Tuilleries dans le même ordre
obſervé , lorſqu'il étoit venu à l'Hôtel de Condé.
Le 6. le Prince de Dombes , le Comte d'Eu , le
Duc de Penthiévre & le Marquis de Verac , le Par
lement , la Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & la Cour des Monnoyes , l'Archevêque de
Rouen , & l'Evêque de Soiffons , les Jacobins du
Fauxbourg S. Germain , les Religieux Auguftins
de la Place de Victoire , le Curé de S. Sulpice , à la
tête de fon Clergé , les PP. Recolets , les Augufins
du Fauxbourg S. Germain , les Minimes de la
Place Royale , les Carmes de la Place Maubert, les
Capucins de la rue S. Honoré , les Feuillans de la mê- ´
me rue, les Cordeliers, précedés de l'Archiconfrairie
de Jerufalem , & les Grands Auguſtins, allerent jetter
de l'Eau benite.
Le 7. le Prince de Conty vint en fon nom jetter
de l'Eau benite fur le Corps du Prince; auffi bien que
I ij les
386 MERCURE DE FRANCE
les Cordeliers du Monaftere de l'Ave Maria ; les
Minimes de Chaillot , & les Prêtres de l'Oratoire .
Le 8. les Archevêques de Tours & de Bourges ,.
& les Evêques du Mans , de Lectour , de Senlis, & c .
Le Corps de Ville , les Tréforiers de France , l'Univerfité
, le Lieutenant Civil ; le P. Géneral des
Chanoines Reguliers de Ste Genevieve , & fes Affiftans
. Les Religieux Picpus , & les Carmes Déchauffés
, allerent s'acquitter du même devoir.
Le même jour , le Coeur du Duc de Bourbon
fut porté avec un grand Cortege à l'Eglife
de la Maiſon Profeffe des Jefuites . Le Comte de
Clermont faifoit les honneurs , & il étoit accompagné
du Prince de Pons & des Principaux Officiers
du Prince défunt . Le Cortege étoit précedé du
Guet à cheval. Deux Suiffes marchoient à la tête ,
avec 20. Garçons d'office & so- Valets de pied ,
portant chacun un Flambeau ; fuivoient 12. Pages
à cheval avec des Flambeaux ; enfuite 20. Gentilshommes
à cheval , en longs Manteaux de deuil .
Suivoient 5. Caroffes drapés, dont 2. à 8. chevaux,
caparaçonnés de velours croifé de moire d'argent ,
dans l'un defquels étoit le Coeur du Prince dérunt
porté par l'Evêque de Macon, accompagné du Curé
de S. Sulpice , & dans l'autre le Comte de Clermont
& le Prince de Pons ; les Gentilshommes &
les autres Officiers du Prince étoient dans les autres
Caroffes de deuil à fix chevaux
La Façade de l'Eglife des Jefuites & la Chapelle
de la Maifon de Condé étoient tenduës à huit lez
garnis de lez de velours , avec grandes & petites
Armes. On avoit placé dans la Chapelle un petit
Dais de velours fur deux eftrades qui portoient 32 .
Chandeliers d'argent , garnis de cierges , & une petite
credence parée de velours , pour y pofer le
-Coeur enfermé dans une boete d'or ; l'Evêque de
Ma
FEVRIER: 1740. 387
Macon , accompagné du Curé de S. Sulpice , fit la
céremonie de le prefenter au P. Lavau Provincial
des Jefuites , pour être mis avec ceux des Princes
de Bourbon - Condé , qui font dans cette Eglife ,
Le 9. les Religieux de la Mercy & les PP. de
Nazareth allerent jetter de l'Eau benite fur le Corps
du Prince .
Le 10. vers les huit heures du foir , le Corps du
Duc de Bourbon fut tranfporté avec un très - grand
Cortege à Enguyen dans un Char funebre. Le Guer
à cheval marchoit à la tête du Convoi , après lequel
fuivoient quatre Suiffes , trente Garçons d'office,
cent Valets de pied & douze à cheval , portant
tous des Flambeaux . Vingt Officiers à cheval en
longs Manteaux de deuil . Un premier Caroffe à
huit chevaux caparaçonnés de velours croifé de
moire d'argent , dans lequel des Gentilshommes
du Prince portoient la Couronne & les deux Coliers
de l'Ordre du S. Efprit & de la Toifon d'Or.
Le Roy d'Armes & les quatre Heraults d'Armes
précedoient le Char funebre qui renfermoit le Corps
du Prince , couvert d'un poil de velours croifé de
moire d'argent bordé d'hermine , & cantonné de
quatre Ecuffons en broderie d'or. Quatre Aumô---
niers à cheval en Rochets, en Manteaux & en Bonnets
carrés en portoient les quatre coins . Le Char´
étoit attelé de huit chevaux caparaçonnés & moirés
d'argent , fept autres Carofles à fix chevaux caparaçonnés
en noir , fuivoient le Char , l'Evêque de
Macon & le Curé de S. Sulpice étoient dans le premier
, les Gentilshommes & les autres Officiers du
Prince occupoient les autres .
Un peu avant minuit , le Char funebre arriva à«
Enguien- Montmorency dans l'ordre qu'on vient
de dire. Le R. P. de la Vallete Superieur General ›
de l'Oratoire , fe trouva à la principale porte de l'ELiiij
glife ,,
388 MERCURE DE FRANCE
glife , dont tout le Portail étoit tendu de noir ,
ainfi que la Nef , le Choeur , les Piliers , les bas
côtés , &c. avec des Ecuffons , &c. accompagné
de tous les Prêtres de la Maifon . L'Evêque de Ma-´
con en Chape & en Mitre , ayant le Curé de S. Sulpice
à fon côté , lui prefenta le Corps & prononça
n beau Difcours auquel le P. Géneral répondit
par un autre Difcours fort chrétien & très- éloquent.
Devant le Corps , en entrant dans l'Egliſe , marchoient
un grand nombre de Pauvres , vêtus de
deuil & portant des Flambeaux , fuivis des Valets
de pied & de la Livrée du Prince . Le Corps étoit
porté par les Valets de Chambre , & fuivi de fes
premiers Officiers , premier Eayer , premier Gen-
Tilhomme de la Chambre, Capitaine des Gardes , &c.
On le pofa fur un Catafalque élevé au milieu du
Choeur ; & fur les Gradins il y avoit cinquante
grands Chandeliers d'argent avec des Cierges.
Le lendemain matin Jeudi 11. fur les dix heures ,
le R. P. Géneral celebra la Meffe folemnellement
à laquelle affifta le Comte de Clermont , avec les
Princes de Guife , de Pons , de Lambefc , & d'Armagnac
, le Baron de Montmorency , le Prince de .
Tingry , le Comte & le Marquis de Matignon , le
Marquis de Breteuil , &c. Le Comte de Clermont
étoit en grand Manteau noir fur lequel étoit le Colier
des Ordres du Roy. Les autres Seigneurs qui
étoient auffi Chevaliers , étoient habillés de même.
Quatre principaux Officiers du Prince défunt étoient
placés fur un banc couvert de drap noir pendant le
Service au bas du Catafalque , entre l'Eſtrade &
l'Autel.
La Meffe finie , on inhuma le Corps dans un cayeau
de douze pieds en quarré , conftruit exprès aut
côté gauche de l'Autel Le Cercueil de plomb étoit
Couver
FEVRIER. 1740. 389
éouvert d'une plaque de cuivre fur laquelle eft gravée
une Infcription qui contient les noms , qualités,
Charges & Dignités du Prince , & c. Le Cercueil
oit enfermé dans une caiffe de bois de chêne .
Le Service fini , le Comte de Clermont ſe rendit
dans une Sale preparée exprès pour le diné . Il fut
fervi fur une Table de quatorze couverts à laquelle
mangerent avec le Prince , les quatre Princes de la
Maifon de Loraine nommés ci - deffus , le Baron de
Montmorency , le Prince de Tingry , le Comte &
le Marquis de Matignon , le Marquis de Breteuil ,
Je Chevalier de la Mark , M. Des Granges , Maître
des Ceremonies , M. de Magdonel , Capitaine des
Gardes , & le R. P. Génerak
A une autre Table de 25. couverts , dinerent les
plincipaux Officiers du Duc de Bourbon . Il y eut
deux autres Tables particulieres pour les Aumoniers
& pour les Pages. Les Prêtres de l'Oratoire mangerent
dans leur Refectoire , & furent fervis par les
Officiers du Prince défunt. Les autres Officiers
mangerent en divers endroits de la Maiſon .
A l'occafion des Obfeques dont on vient de lire
le détail , faites dans l'Eglife Collegiale & Paroiffiale
de S. Martin d'Enguien - Montmorency , les
Curieux nous fçauroient gré fans doute , fi nous di-
Lions ici quelque chofe de cette Eglife , qui mérite
affûrément une attention particuliere , tant à caufe
des anciens Seigneurs de Montmorency qui l'ont
itie , rebâtie & fondée , que par la confideration
es Maufolées de plufieurs Seigneurs & Dames de
ette Illuftre Maifon que l'on y voit . Celui d'Anne
le Montmorency , Connétable de France , Miniftre
d'Etat , &c. qui furpafle tout ce qu'on peut voir de
plus diftingué en ce genre , & qui fut érigé par les
Toins de Magdeleine de Savoye fon époufe , eft digne
d'une finguliere attention ; mais cela nous me-
1V neroig
390 MERCURE DE FRANCE
neroit trop loin ; le Public n'y perdra cependant
rien , par l'engagement que nous prenons ici delle
fatisfaire là- deffus le plus promptement qu'il nous
fera poffible.
Le 12 Fevrier , les Religieux de l'Abbaye S. Germain
, firent un Service folemnel dans leur Eglife
pour le repos de l'Ame du Prince défunt , avec Lit
de Parade , Tenture & tout ce qui concernoit la
Cérémonie.
MORTS.
E 11 , Decembre , Jacques Nugent Tachmon
Régiment Irlandois de Cavalerie , dont il s'étoit
démis au mois de Mars 1733. mourut à S. Germain
en Laye , dans la 41. année de fon âge . Son pere
Maréchal de Camp des Armées du Roy , & Meftre
de Camp du même Régiment , dont il s'étoit démis
en fa faveur , mourut le 4. Juin 1731. Celui
qui vient de mourir laiffe une fille uique de fon
mariage avec Dlle Elizabeth de Redmont , fille du
défunt Chevalier de Redmont , Baronnet d'Angleterre.
Le nommé Jean Roger eft mort le 19. Janvier
dans la Paroiffe de Bize , Diocèfe de Comminges,
âgé de 129 ans .
Le 21. D. Françoife Courtin , époufe de Louis-
Profper de Bauyn de Cormery , Seigneur de Perreufe
, & de Balleaux , ci - devant Confeiler au
Grand Confeil , avec lequel elle avoit été mariée
au mois de Juin 1707. mourut à Paris , âgée d'environ
60 , ans. Elle étoit fille de Charles Courtin
SciFEVRIER
391 1740
Seigneur de Perreufe , Frefchines , Villefrancoeur ›
Chantelou , Lieutenant des Maréchaux de France
au Bailliage de Meaux , mort le 10. Janvier 1714
& de Françoife - Hector de Marle de Perreufe , morte
le 15. Juin 1717. La D de Perreufe laiffe pour
fils unique Charles- Profper Bauyn , Marquis de-
Perreufe , né le 5. Juin 1710. Colonel du Régiment
de Blaifois par Commiffion du 23. Avril 1735.-
& auparavant Capitaine de Cavalerie dans le Régi- -
ment de Bethune .
Le 2. Fevrier , D. Anne-Marie - Therefe de Simiane
de Gordes , Veuve en fecondes nôces depuis
le 30. Juin 1706. de Charles Pot , Marquis de Rhodes
, Vicomte de Bridiers , Baron de la Maiſonfort,
ci- devant Grand -Maître des Cérémonies de France
, qu'elle avoit époufé le 21. Avril 1692. étant :
veuve en premieres nôces d'Edme Claude - François
de Simiane , Comte de Moncha , Gouverneur
de Valence , & Sénéchal de Valentinois , Brigadier
des Armées du Roy , avec lequel elle avoit été ma
riée le 21. Mars 1682. mourut à Paris , dans la 79 .
ai née de fon âge , étant née le 3. Août 1661. Elle ·
étoit fille de François de Simiane de Pontevez ,
Marquis de Godes , Comte de Carces , Baron de
Caleneuve , Chevalier des Ordres du Roy , Grand
Sénéchal , & Lieutenant Géneral pour S. M. en ›
Provence , Chevalier d'Honneur de la Reine Marie
Therefe d'Autriche , mort le 23. Novembre
1680. & de D. Anne d'Efcoubleau de Sourdis
morte le 8. Fevrier 1681. La Marquife de Gordes
laiffe pour les feuls heritiers les enfans de Charles
de Rohan , Prince de Soubife , & de feuë Marie-
Anne-Loüife de la Tour de Bouillon , fa petite :
fille.
22
Le même jour , D. Catherine- Charlotte Troisdames
, Veuve depuis le 18. Fevrier 1730. de Char .
I vj
les ...
392 MERCURE DE FRANCE
les-Louis Lallemant , Comte de Levignen , Seigneur
de Betz , Macqueline , &c. Confeiller - Secre
raire du Roy , Maiſon , Couronne de France & de'
fes Finances , ancien Fermier General de S. M. &
ancien Receveur Géneral des Finances de la Géneralité
de Soiffons , avec lequel elle avoit été mariée
le 21. Mars 1683. mourut à Paris , âgée d'environ
77. ans , laiffant une nombreufe pofterité. L'aîné
de fes fils , eft Maître des Requêtes , & Intendant
d'Alençon ; le fecond , Evêque de Séez , & Abbé de
S. Martin de Troyes ; deux autres Fermiers Géneraux
& Receveurs Géneraux dès Finances de Soiffons ; un
cinquième , Ecuyer du Roy; & un fixiéme , Capi- ..
taine de Cavalerie , & quatre filles , dont deux mariées
, l'une avec Pierre - Paul Hebert du Buc , cidevant
Maître des Requêtes , l'autre avec Claude-
Felix le Pelletier de la Houffaye , Intendant des Finances
, & les deux autres , Religieuſes de la Vifitation
à Paris.
Le 8. D. Marie - Henriette du Poirier - Cottereau ,
veuve depuis le 2. Avril 1728. de Charles Roullin ,
Ecuyer Sieur de Launay , ci - devant Secretaire
Ambaffades du feu Roy , fon Reſident à la Cour
de Dannemarck , & chargé des affaires de France
auprès des Princes du Nord , mort âgé de 85. ans ,
après avoir été employé dans les Négociations"
Etrangeres pendant 48. années , mourut en fa Maifon
de S. Maur près de Paris , âgée de 90. ans ,
Trois mois. Elle étoit fille de feu Jacques du Poirier
Cottereau , Seigneur de Villomer & de Launay
Lieutenant Colonel du Régiment de Touraine , &'
Maître d'Hôtel ordinaire du feu Rey Louis XI V.
& de feuë D. Marguerite de Vallois de Villomer.
"
Le même jour , Louis Dominique de Cambis ,
apellé le Comte de Cambis , Chevalier des Ordres
du Roy Lieutenant General de ſes Armées, & fon
Ame
FEVRIER
1740.- 395
Ambaffadeur ordinaire à la Cour de la Grande Bre✦-
tagne, Gouverneur de Sitteron , en Provence , mourut
à Londres , agé d'environ 70. ans . Il avoit été
long- temps connu fous le nom de Chevalier de
Velleron , ayant été reçû Chevalier de l'Ordre de
S. Jean de Jerufalem en 1674. Il fut fucceffivement
Capitaine de Cavalerie , Exempt des Gardes du
Corps , & Meftre de Camp de Cavalerie au mois de
Juillet 1703. Gouverneur de Sifteron au mois de
May 1759. Enfeigne des Gardes du Corps au mois
de Septembre fuivant , & Brigadier d'Armée le 29.
Mars 1710. Il quitta en 1716. la Croix & la Religion
de Malthe , & prit alors le titre de Comte de'
Cambis. Il fut fait la même année Commandeur
de l'Ordre Militaire de S. Louis , & Maréchal de
Camp le premier Fevrier 17 19. Il monta au mois
d'Août 1720. à une Lieutenance des Gardes dur
Corps , & il obtint la Grand- Croix de l'Ordre de
S. Louis le zo. Decembre 1722. Il fut nommé au
mois de Mai 1724. Ambaffadeur ordinaire à la
Cour de Turin , où il fit fon Entrée publique le 3T.
Decembre 1725. Il fut nommé au mois d'Avril
1728. Miniftre Plenipotentiaire à la Cour de Vienne
, mais à fon retour de Savoye en France , des:
raifons particulieres l'empêcherent d'accepter cet
Emploi. Il fut nommé au mois d'Octobre 1733 .
pour commander en chef en Dauphiné , & s'étant
démis au mois de Fevrier 1734. de fa Lieutenance
des Gardes du Corps , il obtint une penfion de
2000. écus. Il fut declaré Lieutenant General des
Armées du Roy le 20. Octobre de la même année ,
avec rang du premier Août precedent. Il fut nommé
Ambaffadeur en Angleterre au mois de Novem--
bre 1736. Il ne partit de Paris pour s'y rendre , que
le 22. Août 1737. & étant arrivé à Londres le 13 .
Septembre fuivant , il eut le rg. du même mois fa:
394 MERCURE DE FRANCE
premiere Audience à Hamptoncourt. Ayant été
nommé Chevalier de l'Ordre du S. Efprit le
2. Fevrier
1739. il paffa en France , & en reçut la Croix
& le Colier le 17. May fuivant. Enfuite de quoi il
repaffa en Angleterre . Il étoit fils puîné de François -
de Cambis , Baron de Brantes , Marquis de Velleron
, & de Jeanne de Fourbin , foeur du feu Cardinal
de Janſon , Evêque & Comte de Beauvais , Pair
& Grand Aumônier de France , & il avoit été marié
le 17. Avril 1724. avec Catherine - Nicole
Gruyn , fille de Pierre Gruyn , Garde du Tréfor
Royal , mort le 26. Fevrier 1722. & de Catherine-
Nicole Benoife , fa veuve . Il la laiffe veuve & mere
de Louis - Jofeph - Nicolas de Cambis , né le premier
Mars 1725. & d'Anne Victoire de Cambis , née à
Turin , le premier Juin 1726.
Le même jour , D. Elizabeth Rouillé , veuve en
dernieres noces depuis le 28. Octobre 1731. de
Paul - Sigifmond de Montmorency - Luxembourg , .
Duc de Châtillon , Marquis de Royan , Comte
d'Olonne , &c. Brigadier des Armées du Roy ,
qu'elle avoit épousé le 20. Fevrier precedent & en
premieres nôces veuve depuis le 5. Octobre 1715 .
de Jean - Etienne Bouchu Marquis de Sancergues
& de Leffart , Baron de Loify , Seigneur de Ponterelle
, Confeiller d'Etat ordinaire , & ci - devant Intendant
de Dauphiné , & des Armées du Roy en
Italie , avec lequel elle avoit été mariée le 2. Septembre
1683 mourut à Paris , dans la 76. année
de fon âge , étant née le 22. Juin 1664. Elle étoit
troifiéme fille de Jean Rouillé , Comte de MeЛlayle
Vidame , au Pays Chartrain , Confeiller d'Etat
ordinaire , mort le 30. Janvier 1698 & de Marie
de Comans d'Aftrie , morte le 30. Novembre 1717 .
Elle avoit en de fon premier mari Marie Elizabeth-
Claude-Petronille Bouchu , reftée fille unique , laquelle
FEVRIER 1740: 395
quelle fut mariée le 13. Avril 1706. avec René
Mans de Froulay , Comte de Teffé , Vicomte de
Beaumont , & de Frenay , Marquis de Lavardin ,
Grand- d'Espagne , Chevalier des Ordres du Roy ,
Lieutenant General de fes Armées , & au Gouver
nement des Pays du Maine , Perche , & Comté de
Laval , ci-devant premier Ecuyer de la Reine . Elle
mourut le 9. Decembre 1733. âgée de 48. ans
laiffant pofterité
Le 10. Pierre Brunet , Baron de Chailly , Comte
de Servigny , Maître des Requêtes Honoraire de
l'Hôtel du Roy , & Prefident en la Chambre des
Comptes de Paris , mourut dans la 79. année de fon
âge , étant né le 20. Avril 1661. Il avoit été d'abord
Confei ler au Châtelet , & enfuite reçû Confeiller
& Commiffire aux Requêtes du Palais du
Parlement de Paris , le 5. Avril 1686. Depuis il
fut reçû Maître des Requêtes le 31. Mars 1693. &
ayant obtenu des Lettres d'Honoraire le 21. Mai
1701 il fut reçû Prefident des Comptes le premier
Juin 1702. Sa Terrre de Servigny , Diocèle d'Au
tun en Bourgogne , avoit été érigée en fa faveur
en titre de Comté par Lettres Patentes du mois
d'Octobre 1701. Il étoit fils de Jean Baptifte Brunet
, Seigneur Baron de Chailly , Serecy , & Toisy
le Defert , Seigneur de Servigny , Confeiller d'Etat
, Secretaire du Roy Honoraire , & ancien Garde
de fon Trefor Royal , mort le 21. Juillet 1703 .
âgé de 76. ans , & de Marie Cadolu , morte le 8.
Juillet 670. Le Prefident Brunet avoit été marié ,
1º . le 29. Decembre 1701. avec Marguerite de
Normanville , & 2 ° . le 8 Janvier 1720. avec
Marguerite de Carvoifin d'Achy , fille de Philipe-
François de Carvoifin , Seigneur d'Achy, Maréchal
des Camps & Armées du Roy , & de Marie Budé.
Il n'a point eu d'enfans ni de l'une , ni de l'autre ,
du
396 MERCURE DE FRANCE
du moins n'en laiffe- t'il point. Son feul & unique
heritier eft Charles-Jean- Baptifte du Tillet , fbd
neveu , Seigneur Marquis de la Buffiere , Confeiller
d'honneur au Parlement , & ancien Prefident
de la 2e Chambre des Enquêtes , fils unique de
feu Charles du Tillet , Marquis de la Buffiere , Maitre
des Requêtes Honoraire , & Prefident au Grand
Confeil , & de feue Marie -Jeanne Brunet , mortè
le 27. Mai 1706.
Le 11. D. Marie- Anne le Jay , épouse de Paul-
Efprit Feydeau , Seigneur de Brou , Conseiller
d'Etat ordinaire , & Intendant d'Alsace , avec lequel
elle avoit été mariée le 9. Janvier 1736. mourut
à Paris , âgée de 26. ans . Elle étoit fille unique de
Claude-Jofeph le Jay , Seigneur & Baron de Maifonrouge
, Tilly , S. Fargeau , Villiers , & les Salles ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , Gouverneur
pour le Roy des Ville , Forts & Château
d'Aire , en Artois , ancien Capitaine au Régiment
des Gardes Françoises , mort le r2. Novembre
1735. et de D. Anne Pajot , sa veuve .
On écrit de Poitiers du r4.Fevrier , que N. Valade,
Curé de S. Michel , l'une des Paroiffes de la Ville de
Vivonne , y étoit mort âgé d'environ 119. ans ; cè
qui fait croire qu'il avoit cet âge , c'eft qu'on a
trouvé fes Lettres de Prêtrise , qui sont datées de
1652. Il a conservé jusqu'à la mort tout fon bon
fens, et n'a difcontinué de dire la Meſſe que l'année
derniere , parce que fa vûë s'étoit fort affoiblie ; il
n'étoit sujet d'ailleurs à aucune incommodité , &
marchoit encore fort librement.
Le 15. Nicolas-Profper Bauyn , Seigneur d'An
gervilliers , Miniftre & Confeiller d'Etat ordinaire ,
Sécretaire d'Etat , & des Commandemens du Roy,
ayant le Département de la Guerre , mourut au
Château de Marly , âgé de 65 ans et un mois, étant
де
FEVRIER. 1740. 397
hé le 15. Janvier 1675. Il avoit été reçû Confeil.
ler au Parlement de Paris le 27. Août 1692. n'étant
encore que dans fa 18. année . Il fut reçû Maître des
Requêtes le premier Avril 1697. & depuis il fut
succeffivement Intendant à Alençon en 1702. en
Dauphiné en 1705. de l'Armée du Roy dans cette
Province en 1707. d'Alsace au mois de Novembre
1715. & enfin de la Géneralité de Paris en 1724. II
avoit été fait Conseiller d'Etat au mois de Decembre
1720. ayant obtenu dès le mois de Janvier précedent
une Expectative de cette Place , avec séance
& voix déliberative. Enfin il fut fait Sécretaire d'Etar
, au lieu & place de feu Claude le Blanc le 23 .
Mai 1728. & declaré Miniftre d'Etat le 30. Decembre
1729. Il étoit fils de Profper Bauyn , Seigneur
d'Angervilliers , Maître de la Chambre aux Deniers
du Roy , mort le 18. Juin 1700. et de Gabrielle
Choart de Buzanval . Il avoit été marié le 14. Juin
1694. avec Marie-Anne de Maupeou , fille de Charles
de Maupeou , Confeiller du Roy en fes Confeils
, Maître ordinaire en fa Chambre des Comptes
de Paris , & de Magdeleine le Charron . Il n'en
laiffe que Marie - Louife Bauyn d'Angervilliers , sa
fille unique , qui a été mariée 1º. le 11. Août 1728 .
avec Jean- René de Longueil , Marquis de Maiſons,
et de Poiffy , Préfident du Parlement de Paris , mort
le 13. Septembre 173.1 . & 2. le 21. Janvier
1733. avec Armand- Jean de S. Simon , Marquis de
Ruffec , Grand d'Efpagne , Maréchal de Camp des
Armées du Roy.
Le 24. le nommé Jacques Gondeullier , natif de
Chaffy , près de Meaux , mourut à Paris , ruë de la
Mortellerie , âgé de 102. ans.
Le 26. François de Bauffan , Seigneur de Riche
grou , Arpentigny , &c. Maître des Requêtes ordi
naire de l'Hôtel du Roy , depuis 1711. & Intendang
398 MERCURE DE FRANCE
dant de la Géneralité d'Orleans , depuis le mois
d'Août 1731. & auparavant de celle de Poitiers
depuis le mois de juillet 1728. ci- devant Confeiller
au Parlement de Paris , où il avoit été reçû le
18. Fevrier 1699. mourut fubitement à Paris , d'un
coup de lang , dont il fut attaqué dans son caroffe.
Il étoit âgé de 64. ans et 4. mois , étant né le 25,
Octobre 1675. Il étoit fils aîné de François de
Bauffan , Seigneur de Richegrou, ancien Capitaine au
Régiment de Piémont, mort le 7. Avril 1719. & de
Marguerite de Marefcot , morte le
22. Avril 1710. il.
avoit été marié deux fois , 1 °. au mois de Janvier
1708 avec Marie-Jeanne Rellier , morte le 26.
Fevrier 1722. laquelle étoit fille unique de feu:
Louis Rellier , Intendant & Sécretaire du feu Duc
de Vendôme , & d'Anne- Elizabeth Heiff ; & 2º .
le 25. Avril 1725. avec .. le Fer de Beauvais
, Malouine , veuve de Charles François - Claude
de Marboeuf , Préfident du Parlement de Bretagne.
Il laiffe de cette derniere un fils unique , âgé de 13 .
à 14. ans , & de la premiere , une fille unique
nommée Marie - Marguerite Elizabeth de Bauffan ,
née le 23 Janvier 1709. & mariée le premier Mars
1728. avec Geoffroi Macé Camus , Seigneur de
Pontcarré , Baron de Maffliers , Premier Préfident
du Parlement de Rouen , & Maître des Requêtes
Honoraire de l'Hôtel du Roy.
LETTRE écrite d'Orleans à M. D. L. R.
le 2. Mars 1740. au sujet de la Mort
de M. de Baussan.
Nous lui Dimapred saved la
Ous aprîmes ici Dimanche dernier , avec la
Intendant de cette Géneralité. Je ne fçaurois vous
exprimer combien la confternation'fut génerale , au
premier bruit qui s'en répandit , & lorsqu'il n'y eut .
plus
FEVRIER . 1740 399
plus lieu d'en douter , & que les triſtes circonstances
de cet évenement furent devenues publiques , on
entendit cette voix du Peuple , qui porte un carac
tere de vérité , & qui n'éclate jamais qu'en faveur
du mérite reconnu .
M. de Bauffan avoit sçû se concilier tous les
coeurs & il ne devoit pas cet avantage aux feuls
agrémens de fon efprit ; des qualités plus folides lui
affûrent à jamais notre reconnoillance . La Nature
l'avoit diftingué fingulierement par la droiture du
coeur , & par la jufteffe de l'efprit ; des dons auffi
précieux , anim s par l'amour du bien public , devenoient
entre fes mains une fource intariffable de
bienfaits ; quel ufage cet illuftre Magiſtrat n'a - t - il
pas fait de fon crédit ? il étoit plein , fans doute , de
cette jufte confiance qu'infpire la fageffe fupérieure
du Gouvernement préfent ; il en fuivoit les vûës , il
fe regloit par. fon efprit Un homme de cette trempe
dans des temps moins heureux , eût rempli fes de
voirs aux dépens de fa fortune .
Tel étoit M. de Bauffan . L'équité feule avoit droit
de l'intereffer & faire du bien aux hommes , étoit
pour lui le plaifir le plus vif et le plus flateur.
Il feroit bien facile de produire une foule de
preuves de ce caractere droit et bienfaiſant qui étoit
l'ame de toutes les actions , mais elles fant gravées
fi profondément dans nos coeurs , que la mémoire
n'en périra jamais. La Province en géneral , les
Magiftrats , le Corps de Ville , le Clergé même, et
un nombre infini de Particuliers , ont éprouvé avec
quelle vigilance il prévenoit les moindres étincelles
de divifions , avec quelle fageffe il les calmoit
avec quel zele il représentoit leurs malheurs
aux Puiffances ; et combien il s'eftimoit heureux
quand il obtenoit les remedes ; enfin tous fes talens,
toute fon aplication n'avoient pour but que de faire
regner
400 MERCURE DE FRANCE
regner dans cette Province , par un heureux con
cours de toutes les parties , la juftice , le bon ordre,
et la paix. Le tribut de nós larmes n'est- il pas bien
dû à celui qui mettoit toute fa gloire à effuyer celles
des malheureux ? Jamais on n'en versa de plus
abondantes & de plus sinceres ; mais je ne réuffiroïs
pas mieux à peindre l'affliction génerale , qu'à vous
en faire connoître l'objet ; il méritoit , fans doute
une main plus habile , et j'euffe été plus heureux fi
l'efprit avoit fecondé le coeur. Mais j'ai crû qu'on ne
pouvoit trop tôt faire parler la reconnoiffance. La
Ville d'Orleans vient d'en donner l'exemple. Le
Clergé et toutes les Compagnies , font allées complimenter
, par Députés , Mad. de Bauffan ; malgré
l'accablement de la plus profonde douleur , cette
Dame , dont le mérite eft très -honoré dans cette
Province , a fait paroître dans fes réponſes les mêmes
mouvemens de tendreffe , de pieté et de Religion
, qui ont toujours éclaté dans fa conduite.
La Ville a ordonné les préparatifs d'un Service
pour feu M. de Bauffan , qui fera celebré au premier
jour , et auquel tous les Corps et toutes les
Perfonnes de Confidération de la Province feront
invitées .
Je vous prie , M. de vouloir bien insérer ma Lettre
dans votre Mercure. Je fouhaiterois extrêmement
qu'elle arrivât affés à temps pour trouver place dans
celui qui va paroître . Ce n'eft pas qu'elle mérite de
figurer par l'expreffion, avec ce qu'on y donne d'intereffant
; mais quoique j'en fente la foibleffe , je ne
crains pas d'être désavoüé pour le fond ; tout eft
public et tout eft vrai. J'ai l'honneur d'être , &c.
L. C. D.
APRO BATION.
"Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier ;
le Mercure de France du mois de Fevrier , & j'ai
cru qu'on pouvoit en permettre l'impression. A
Faris , le premier Mars 1740 .
HARDION.
TABL E.
P
IECES FUGITIVES . L'Amitié , Ode , 191
196
203
Refléxions sur la petite Vérole ,
Epitre en Vers à M. Daquin ,
Lettre à M. D ... de l'Académie des Sciences, 205
La Muse Suisse à la Msse Allemande ,
La Muse Allemande à la Muse Suisse ,
209
211
215
H. Lettre sur le Bureau et les Abus Typographi
ques ,
Réponse par une Muse Anonyme à la Prédiction
du second Volume de Décembre ,
Nouvelle Instruction au sujet du Remede contre la
Pierre, & Lettre de M. Cantwel , Médecin , 224
Le Chardonneret , Fable ,
223
2354
Réponse à la Lettre de Dom Jacques Duval , impri
mée au second Volume de Septembre .
Epitre à M. d'Arnaud ,
Lettre sur le Projet d'une Description des Paroiffe
de la Campagne , & c.
La Préference , Bouts- Rimés ,
Discours prononcé à la Rochelle ;
Epitre en Vers ,
Les Flambards , Ceremonie , &c.
Ode à Lris ,
2312
246
249
253
254
263
266
268
Dissertation sur l'Histoire Ecclesiastique & Civile.
de Paris , & c.
Vers sur la Mort du Duc de Bourbon ,
271
280
Faigme , Logogryphes , & c .
28
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX- ARTS , 285
Cors d'Operations de Chirurgie , &c . 287
La Science des Médailles , & c . 289
Mémoires de Condé , & c .
294
Histoire Generale des Céremonies, Moeurs & Coûtumes
, & c.
302
305
Avis sur l'Armorial Géneral de la France , 321
Bibliotheque Germanique , & c.
Prix pour l'Acad . des Inscriptions & Belles - Let. 322
Prix propsé par l'Académie de Chirurgie ,
Sonetto ,
Cabinet d'Histoire Naturelle ,
Suite des Portraits des Grands Hommes ,
L'Hyver , Chanson Notée ,
323
325
326
327
329
Spectacles , le Double Dénouement , Comédie
nouvelle ,
330
Nouvelles Etrangeres , Russie , Arrivée du Marquis
de la Chetardie dans les Etats de la Czarine , &
fon Entrée solemnelle à Petersbourg , 337
Allemagne & Italie , 348
De la République de S. Marin , Toscane , Naples ,
Isle de Corse & Genes ,
Espagne & Portugal ,
Hollande & Pays- Bas ,
Morts des Pays Etrangers
Mort du Pape Clement XII .
Bouts - Rimés sur la Gelee ,
350
358
360
361
365
370
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 371
Céremonie des Cordons Bleux à Versailles , ibid.
Le Marq. de l'Hôpital , Ambassadeur à Naples, 372
Mandement de l'Archevêque de Paris ,
Vers à M. Daquin , Organiste ,
Le long Hyver ,
Bouts- Rimés sur le même sujet ,
Pompe funebre , &c. du Duc de Bourbon ,
Mort &c
377
379
ibid.
380
382
390
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
JANVIER.
1740 .
R.
COLLIGIT
SPARGITE
Chés
pillo
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER;
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XL.
Avec Aprobation & Privilege du Roy
CATALOGUE des Mercures de France,
depuis l'année 1721. jusqu'à présent.
J
Uin , Juillet , Août , Septembre, Octobre,
Novembre et Decembre de 1721.
Année 1722. les mois de Mars , May , Septembre
ct Novembre doubles ,
1723 le mois de Decembre double
1724. les mois de Juin et Dec. doubles ,
7. vol.
16. vol.
13. vol.
14. vol. 1725. les mois de Juin, Sept . et Dec.doubles , 15. vol .
1726. les mois de Juin et Dec. doubles , 14. Vol.
1727. les mois de Juin et Dec. doubles , 14. vol.
1728. les mois de Juin et Dec. doubles , 14. vol.
1729. les mois de Juin , Sept . et Dec. doubles, 15. vol.
1730. les mois de Juin et Dec, doubles , 14. vol.
1731. les mois d'Avril,Juin et Dec. doubles, 15. vol.
1732. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1733. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1734. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1735. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1736. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1737. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1738. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1739. les mois de Juin , Septembre et
Decembre doubles ,
14. vol.
14. vol.
14. vol.
14. vol ,
14. vol .
14. vol .
14. vol,
Jan vier 1740.
THE NEW YO
PUBLIC LIBRAR
636319
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1905 Rix XXX. SÓLS.
15. vol.
1. vol.
265, vol.
PRI***********************
PRIVILEGE DU ROT
LOUIS, 13Arnés & Feaux Confeillers, les& , par la grace de Dieu , Roy de France & de
tenant nos Cours de Parlement , Maîtres des Requêtes
ordinaires de nôtre Hôtel , Grand -Conſeil , Baillifs , Senéchaux
, leurs Lieutenans Civils , & autres nos Jufticiers
qu'il apartiendra : SALUT. Notre cher & bien améANTOINE
DE LA ROQUE , Ecuyer , ancien Gendarme dans la Compagnie
des Gendarmes de notre Garde ordinaire , &
Chevalier de notre Ordre Militaire de Saint Louis , nous
ayant fait remontrer que l'aplaudiffement que reçoit le
MERCURE DE FRANCE ,cy- devant apellé le Mercure Galant
compofé depuis l'année 1672. par le fieur de Vifé , & au
tres Auteurs , nous a fait croire que le fieur Dufresni ,
Titulaire du dernier Brevet , étant décedé , il ne convient
pas que le Public foit à l'avenir privé d'un Ouvra.
ge auffi utile qu'agréable , tant à nos Sujets qu'aux Erran.
gers : c'eft dans cette vûë que bien informé des talens
& de la fageffe du fieur de la Roque , nous l'avons choifi
pour compoſer à l'avenir , excluſivement à tous autres ,
ledit Ouvrage , fous le titre de MERCURE DE FRANCE , &
nous lui en avons à cet effet accordé notre Brevet le 17.
Octobre 1724 pour l'execution duquel il auroit obtenu
nos Lettres de Privilege , en date du 9. Novembre enfuivant
, qui fe trouvant expirées , nous a fair fuplier
de lui en accorder de nouvelles en forme de Brevet fur
ce néceffaires , offrant pour cet effet de le faire réimprimer
en bon papier & beaux caracteres , fuivant la feuille
imprimée & attachée pour modele fous le contrefcel des
Préfentes ; A CES CAUSES , voulant traiter favorablement
ledit fieur Expofant , & étant informé de fes affiduités ,
des foins & dépenfes qu'il fair pour la perfection dudic
Mercure de France , dont nous fommes contens , & dont
nous voulons lui donner des marques de notre entiere fa
tisfaction ; Nous lui avons permis & permettons par ces
Prefentes de compoſer & donner au Public à l'avenir tous
les mois , à lui feul exclufivement à tous autres , ledit
Mercure de France , qu'il poura faire imprimer en un ou
plufieurs volumes , conjointement ou feparement , & autant
de fois que bon lui femblera , chaque mois , & de le
faire vendre & débiter par tout nôtre Royaume , Pays,
A ij Terres
Terres & Seigneuries de notre obéiſſance , pendant Je
temps & efpace de douze années confecutives , à compter
du jour de la date defdites Prefentes ; a condition néanmoins
que chaque volume portera fon Aprobation expreſſe
de l'Examinateur , qui aura été com nis à cet effet , & en
Outre nous avons révoqué & révoquons tous autres Pri
vileges qui pourroient avoir été donnés cy - devant à d'autres
qu'audit fieur Expofant ; Faifons défenfes à toutes
fortes de perfonnes de quelque qualité & condition
qu'elles folent , d'en introduire d'impreffion ou gravúre
étrangere dans aucun Lieu de notre obéiſſance , comme
auffi à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs , Impri
meurs , Marchands en Tailles - douces & autres , d'imprimer,
faire imprimer , graver ou faire graver, vendre ,
faire
vendre , débiter ni contrefaire ledit Livre , ou Planches
, en tout, ni en partie, ni d'en faire aucuns Extraits,
fous quelque prétexte que ce foit , d'augmentations , corrections
, changement de titre, ou autrement , fans la permiffion
expreffe & par écrit dudit fieur Expofant , ou de
ceux qui auront droit de lui ; le tout à peine de confifcarion
, tant des Planches que des Exemplaires contrefaits ,
& des uftanciles qui auront fervi à ladite contrefaçon ,
que nous entendons être faifis en quelque lieu qu'ils folent
trouvés , de six mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel
Dieu de Paris , & l'autre tiers audit fieur Expofant , & de
tous depens , dommages & interefts ; à la charge que ces
Prefentes feront enregistrées tout au long fur le Registre
de la Communauté des Libraires & Imprimeurs de Paris,
dans trois mois de la date d'icelles ; que l'impreffion
de ce Livre fera faite dans notre Royaume , & non ailleurs,
& que l'Impétrant fe conformera en tout aux Re
glemens de la Librairie , & notamment à celui du 10 .
Avril 1725. &c. Donné à Verfailles le feptième jour de
Décembre , l'an de grace mil fept cent trente- x & de
notre Regne le vingt - deux . Par le Roy en fon Confeil
Signé SAINSON , avec grille & paraphe , &c.
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , &c.
A Toulouse , chez Forest , et Henault.
Bordeaux,chez Raymond Labottiere, et chez Chapuis
l'aîné , Place du Palais , à côté de la Bourse.
Nantes , chez Nicolas Verger.
Rennes , chez Joseph Vatar , Julien Vatar , Guil
laume Jouanet Vatar , et la veuve Audran.
Blois , chez Masson.
Tours , chez Gripon , et chez Bully.
Rouen , chez François- Eustache Herault.
Châlons-sur - Marne , chez Seneuze.
Amiens , chez la veuve François et chez Godard.
Arras , shez C. Duchamp , et chez Barbier,
Orleans , chez Rouzeaux.
Angers , chez Fourreau et à la Poste.
Chartres , chez Fetil , et chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil , et à la Poste
Versailles , chez Monnier .
Besançon , chez Briffaut , et à la Poste
Saint Germain , chez Chavepeyre.
Lyon , à la Poste.
Reims , chez De Saint.
Vitry- le-François , chez Vitalis.
Beauvais , chez De Saint .
Douay , chez Willerval.
Charleville , chez P. Thesin .
Moulins , chez Faure.
Mâcon , chez De Saint , fils ,
Mets , chez Barbier .
Boulogne- sur- Mer , chez Parassol , et chez Batut
Nancy , chez Nicolas.
Saint Omer , chez Jean Huguet.
A iij AVER
AVERTISSEMENT.
Oici le deux cent foixante- cinquième Vo-
ᏤVoici deuxcent que
lume du Mercure de France , que nous
avons l'honneur de présenter au Roy & d'offrir
an Public depuis le mois de Juin 1721. que
nous travaillons à cet Ouvrage , sans qu'il ait
souffert aucune interruption .
En remerciant nos Lecteurs du cas qu'ils
daignent faire de ce Livre , nous leur deman-
'dons toujours quelque indulgence pour les Endroits
qui leur paroîtront négligés. Le Lecteur
judicieuxfera , s'il lui plaît, reflexion que dans
un Ouvrage comme celui- ci , il est très-aisé de
manquer , même dans les choses les plus communes
, dont chacune en particulier est facile ,
mais qui , ramassées , font ensemble une multiplicité
si grande , qu'il est mal aisé de donner
à toutes la même attention , quelque soin qu'on
yaporte , sur tout quand une telle collection est
faite en si peu de temps : l'Auteur du Mercure ,
chargé du pénible & laborieux emploi de donner
chaque mois un volume au Public , ne peut
jamais avoir le temps de faire sur chaque Ar
sicle les reflexions qu'y feroit une Personne qui
;
n'anAVERTISSEMENT.
n'auroit que cet Article en tête, le seul auquel elle
s'interesseroit , & peut- être le seul qu'elle liroit.
Une chose qui paroît un peu injuste , c'est qu'on
nous reproche quelquefois des inattentions , &
qu'on ne nous sçait aucun gré des corrections
sans nombre qu'on fait & des fautes qu'on évite.
Nous faisons de la part du Public de nouvelles
instances aux Libraires qui envoyent
des Livres , ou des Listes pour les annoncer ,
d'en marquer le prix aujuste ; cela sert beau
coup , sur tout dans les Provinces , aux Personnes
qui se déterminent là- dessus à les acheter
, et qui ne sont pas sûres de l'exactitude des
Messagers et des autres Personnes qu'elles chargent
de leurs commissions , qui souvent lesfont
payer plus qu'ils ne coûtent. M. Moreau
pourra se charger defaire les Envois au prix
coûtant.
•
On invite aussi les Marchands et les Onvriers
qui ont quelques nouvelles Modes , soit
par des Etoffes nouvelles , Habits , Ajustemens
, Perruques , Coëffures , Ornemens de tête
et autres Parures , ainsi que de Meubles , Ca
rosses , Chaises et autres choses , sait pour l'utilité
, soit pour l'agrément , d'en donner quelques
Memoires pour en avertir le Public , ce qui
pourra faire plaisir à divers Particuliers et procurer
un débit avantageux aux Marchands et
aux Ouvriers.
A iiij Plufieurs
AVERTISSEMENT..
Plusieurs Pieces en Prose et en Vers , envoyées
pour le Mercure , sont souvent si mal
écrites, qu'on ne peut les déchiffrer, et pour cela
elles sont rejettées ; d'autres sont bonnes à quelques
égards et défectueuses à d'autres. Lorsqu'elles
peuvent en valoir la peine , nous les
retouchons avec foin ; mais comme nous ne prenons
ce parti qu'avec répugnance , nous prions
les Auteurs de ne le pas trouver mauvais , et de
travailler leurs Ouvrages avec le plus d'attention
qu'illeur sera possible ; sur tout , et nous ne
sçaurions trop le recommander , qu'on prenne
garde à la ponctuation.
On nous a envoyé plusieurs fois des Pieces
Latines , que nous avons omises , ne les croyane
pas tout à fait du ressort de ce Journal. Cependant
, par l'avis de quelques Personnes habiles
et de goût , nous avons cru n'en devoir pas exclure
la bonne Poësie Latine , pourvû que les
Pieces soient toujours bien et ingenieusement
composées, qu'elles ne soient pas trop longues, et
que les moeursy soient respectées. Les Dames
n'y perdront rien , si les bons Poëtes François
continuent de traduire celles qui leur plairont le
plus , et de nous faire part de leur travail ,
comme cela est déja arrivés à quoi nous les invitons.
Les Sçavans et les Curieux sont priés de
vouloir bien concourir à rendre ce Livrs
encore
AVERTISSEMENT.
encore plus utile , en nous communiquant les
Memoires et les Pieces en Prose et en Vers , qui
peuvent instruire et amuser. Aucun genre de
Litterature n'est exclus de ce Recueil , où l'on
tache de faire regner une agréable varieté :
Poësie , Eloquence , nouvelles Découvertes
و
>
dans les Arts et dans les Sciences , Morale
Antiquités , Histoire Sacrée et Profane , Voyages
, Historiettes , Mythologie , Physique et
Métaphysique , Pieces de Théatre , Jurispru
dence , Anatomie et Médecine , Botanique
Critique , Mathématiques , Mémoires , Projets
, Traductions , Grammaires , Pieces amusantes
et récréatives , & c. Quand les Morceauxd'une
certaine considération seront trop longs
onles placera dans un volume extraordinaire
et on fera ensorte qu'on puisse les en détacher
facilement , pour la satisfaction des Auteurs et .
des Personnes qui ne veulent avoir
nes Pieces.
que certai
A l'égard de la Furisprudence , nous continuërons
, autant que nous le pourrons , de faire
part au Public des Questions importantes , nouvelles
, ou singulieres, qui se présenteront et qui
seront discutées et jugées dans les differens Par
lemens et autres Cours Superieures du Royaume ,
en observant l'ordre et la méthode que nous
avons déja pratiqués en pareil cas , sur quoi:
nousprions Messieur les Avocats et les Parties:
As interest
AVERTISSEMENT.
interessées , de vouloir bien nous fournir les
Memoires nécessaires. Il n'est peut être point
d'Article dans ce Livre qui regarde plus direc
tement le Bien public , que celui- là , et qui soit
plus recherché de la plupart des Lecteurs.
Quelques Morceaux de Prose et de Vers , rejettés
pour bonnes raisons , ont souvent donné
lieu à des plaintes de la part des Personnes interessées
; mais on les prie de considerer que
c'est toujours malgré nous que certaines Pieces
sont rebulées ; nous ne nous en raportons pas
toujours à notre jugement seul, dans le choix que
nous faisons de celles qui méritent l'impression .
On nous reproche avec raison que nous n'avons
que trop de complaisance à cet égard.
Mais à l'égard des choses que quelques uns
trouvent superflues où inutiles , on n'a qu'à s'en
épargner la Lecture : rien n'est si aisé. Car
d'autres qui seront bien aises de les y trouver
auroient sans doute plus de fujet de se plaindre ,
s'ils ne les y trouvoient pas.
Quoiqu'on ait toujours la précaution de faire
mettre un Avis à la tête de chaque Mercure ,
pour avertir qu'on ne recevra point de Lettres
ni de Paquets parla Poste , dont le port ne soit
affranchi , il en vient cependant quelquefois
qu'on est obligé de rebuter. Ceux qui n'auront
pas pris cette précaution ne doivent pas êiresurpris
de ne pas voir paroître les Pieces
qu'ils
AVERTISSEMENT.
qu'ils ont envoyées , lesquelles sont d'ailleurs
perdues pour eux , s'ils n'en ont point gardé de
copie.
Les Personnes qui désireront avoir le Mercure
des premiers , soit dans les Provinces on
dans les Pays Etrangers , n'auront qu'à s'adresser
à M. Moreau , Commis au Mercure
vis - à-vis la Comédie Françoise , à Paris , qui
le leur envoyera par la voye la plus convenable
et avant qu'il soit en vente ; les Amis à qui on
s'adresse pour cela , ne sont pas toujours exacts ;
n'envoyentguére acheter ce Livre précisément
dans le temps qu'il paroît . Ils ne manquent pas
de le lire, souvent ils le prêtent et ne l'envoyent
enfin que fort tard , sous le prétexte spécieux
que le Mercure n'a pas pari plutôt. Ceux qui
desirent avoir des fuites Complettes du Mercure
, doivent aussi s'adresser à lui , pour
ils
› les avoir bien conditionnées et à meilleur
compte.
Nous renouvellons la priere que nous avons
déjafaite , quand on nous envoye des Pieces ,
soit en Vers , soit en Prose , de les faire transcrire
bien lisiblement , chaque Piece sur un
papier séparé et d'une grandeur raisonnable ,
avec des marges , pour y placer les additions on
corrections convenables ; que les noms propres ,
• sur tout soient exactement écrits , et que la ponc
\ tuation ( nous lerepons ) n'y soit pas négligée ,
A vj
comme
AVERTISSEMENT.
comme cela arrive presque toujours , ce qui
Bontribue à multiplier les fautes d'impreffion er
quelquefois à défigurer certains Ouvrages.
Nous aurons toujours les mêmes égards pour
les Auteurs qui ne veulent pas sefaire connoître.;
mais il seroit bon qu'ils donnassent une adresse ,
sur tout quand il s'agit de quelque Ouvrage qui
Reut demander des éclaircissemens, carfouvent ,
faute d'un tel secours , des Pieces nous restent
entre les mains , sans pouvoir les employer.
Nous prions ceux qui par le moyen de leurs:
correspondances , reçoivent des nouvelles d'Asie
, d'Afrique , du Levant , de Perse , dè
Tartarie , du Japon , de la Chine , des Indes
Orientales et Occidentales , et d'autres Pays et
Contrées éloignées , les Capitaines , Pilotes et
Officiers des Navires et les Voyageurs , dè
vouloir bien nousfaire part de leurs fournaux ,
al' Adressegenerale du Mercure . Ces Matieres:
peuvent rouler sur les Guerres présentes de ces
Etats et de leurs Voisins ; les Révolutions , les
Traités de Paix ou de Tréve , les occupations
des Souverains , la Religion des Peuples , leurs
Ceremonies , Loix , Coûtumes. et fages , les
Phénomenes et les productions de la Nature et
de l'Art , & c. comme Pierres précieuses , Pier
resfigurées, Marcassites rares , Pétrifications et
Crystallisations extraordinaires , Coquillages ,
Madrepores, Dendrides, & c. Edifices anciens"
ett
AVERTISSEMENT;
etmodernes , Ruines , Statues , Bas- Reliefs , Ins
criptions,Pierresgravées, Médailles,Tableaux,
c. Le Caractere de chaque Nation , son
Origine , son Gouvernement , ses bonnes et ses
mauvaises qualités , le climat et la nature du
Pays , ses principales richesses et son Commer
ce ; les Manufactures ; les Plantes , les Animaux
,. &c. Les Mours des Peuples , leur
maniere de se nourrir, de s'habiller et de s'ar
-mer ; ce que chaque Contrée produit pourfaire.
connoître les differens Climais ; et d'ajouter s'il
étoit possible des Desseins pour donner une
parfaite intelligence des chofes décrites.
Nous serons plus attentifs que jamais à apren
dre au Public la mort des Sçavans et de tous
ceux qui se sont distingués dans les Arts et
dans les Méchaniques ; on y joindra le détail .
de leurs principales occupations , de leurs Onurages
et des plus considerables actions de leur
vie. L'Histoire des Lettres et des Arts dois
cette marque de reconnoissance à la memoire de
ceux qui s'y sont rendus celebres , ou qui les ont
cultivés avec soin. Nous esperons que les Parens.
et les Amis de ces illustres Morts, seconderont volontiers
notre zele à leur rendre ce devoir , par
les instructions qu'ils voudront bien nous
fournir. Ce que nous venons de dire regarde
non seulement Paris , mais encore les Provinces
du Royaume et les Pays Etrangers
guzi
AVERTISSEMENT.
qui peuventfournir des Evenemens considera
bles , Morts , Mariages , Actes solemnels ,
Fêtes et autres Faits dignes d'être transmis à
la Posterité.
On a fait au Mercure , et même plus d'une
fois l'honneur de le critiquer ; c'est une gloire
qui manquoit à ce Livre . On a beau dire ; nous
ne changerons rien à notre methode , puisque
nos Lecteurs la trouvent passablement bonne.
On Ouvrage de la nature de celui ci , ne
sçauroit plaire également à tout le Monde , à
cause de la multiplicité et de la varieté des
matieres , dont quelques unes sont les par certains
Lecteurs avec plaisir et avidité , et par
d'autres avec des dispositions contraires . M.du
Fresni, avoit bien raison de dire que pour que
le Mercurefûtgénéralement aprouvé, ilfaudroit
que comme un autre Prothée , il pût prendre
entre les mains de chaque Lecteur une forme
convenable à l'idée qu'il s'en est faite.
Au reste les gens trop délicats & dont l'hu²
meur vaine & peu liante , ne trouve presque
jamais rien à son gré , moins encore ce qui
passe généralement pour bon aux yeux des autres,
ne doivent pas lire un Livre tel celuici
, dans lequel il est permis , à beaucoup d'égards
, d'être médiocre , & il le faut même ,
selon le genre & la matiere qu'on traite ; dans
un si prodigieux mêlange de genres & de caque
racteres
AVERTISSEMENT.
و
racteres , souvent oposés des choses trop træ³
vaillées , seroient moins goûtées & hors de leur
place. Le fublime , la grande érudition , peuvent
se trouver dans ce Livre , par la capacité
des Sçavans , qui veulent bien enrichir ce
Journal , mais on ne les exige point .
C'est assés pour ce Livre de contribuer tous
les mois en quelque chose à l'instruction & à
lamusement des Citoyens . Le Mercure ne doit
rien prétendre au- delà . Nous fçavons , il est
vrai , que la critique outrée , ou la médisance
plus ou moins malignement épicée , fut toujours
un mets délicieux pour beaucoup de Lecteurs ;
mais outre que nous n'y avons pas le moindre
penchant , nous renonçons & de très-bon
Goeur à la dangereuse gloire d'être lûs
aplaudis aux dépens de personne.
و
sur les
Nous serons encore plus retenus
louanges , que quelques Lecteurs n'ont pas géné
ralement aprouvées , et en effet nous nous som--
mes aperçus que nous n'y trouvions nul avantage
; au contraire , on s'est vû exposé à des·
especes de reproches , au lieu de témoignages
de reconnoissance , sur tout de la part des genss
à Talens ; car tel qu'on lone , ne doute nullement
que ce ne soit une chose qui lui est absolument
dûe, souvent même , il trouve qu'on ne
le loie pas assés , & ceux qu'on ne love point
ou qu'on lone moins sont très indispo J
·
ses
AVERTISSEMENT.
sés , &, prétendant qu'on loüe les autres à
leurs dépens , ils sont doublement fâchés.
""
Nous donnons ordinairement des Extraits
des Pieces nouvelles qui paroissent sur les
Théatres de Paris , & nous faisons quelques
Observations d'après le jugement du Public ,
sur les beautés & sur les défauts qu'on y trouve;
la crainte de blesser la délicatesse des Aiteurs
, nous retient quelquefois & nous empêche.
d'aller plus loin ; nous craignons d'ailleurs
si nous sommes plus sinceres , qu'on ne nous
accuse de partialité. Si les Auteurs eux-mêmes
vouloient bien prendre sur eux de faire un
Extrait on Memoire de leurs Ouvrages , sans
dissimuler les défauts qu'on y trouve , cela nous
donneroit la hardiesse d'être un peu plus séveres
, & le Lecteur leur en sçauroit gré ; ils
n'y perdroient rien par les remarques , à charge
& à décharge , que nous ne manquerions.
pas d'ajoûter , sans oublier de faire observer
l'extrême difficulté qu'il y a de plaire aujourd'hui
au Public , & le peril que courent tous
les Ouvrages d'esprit qu'on lui présente. Nous
faisons avec d'autant plus de confiance cette
Briere aux Auteurs -Dramatiques & à tous autres
, que certainement Corneille , Quinault
Moliere , Racine , &c . n'auroient pas rougi
d'avouer des défauts dans leurs Pieces..
Nous tacherons de soutenir le caractere de
moderation
AVERTISSEMENT.
1
modération , de sincerité et d'impartialité ,
qu'on nous a déja fait la justice de nous attri
buer. Les Pieces seront toujours placées , sans
préference de rang et sans distinction , pour le
mérite et la primauté. Les premieres reçûës
seront toujours les premieres employées , hors le
cas qu'un Ouvrage soit tellement du temps ,
qu'il merite , pour cela seulement , la préference,
Les honnêtes Gens nous sçavent gré d'avoir
garanti ce Livre depuis pris de 20. ans que
nousy travaillons , non - seulement de toute saty
re , mais même de portraits trop ironiques , trop
ressemblans et trop susceptibles d'aplications.
On aura toujours la même délicatesse pour tout
ce qui pourra blesser ou désobliger , mais nous
admettrons très- volontiers les Ouvrages dans
lesquels uneplume legère s'égayera, contre divers
caracteres bien incommodes et souvent trèsdangereux
dans la Societé , tels , par exem
ple , que les Nouvellistes outrés , partiaux et
trop crédules , les ennuyeux , les indiscrets , les
grandsparleurs , tyrans des Conversations , les
Opiniaires , Disputeurs et Clabandeurs éternels
, les Glorieux , qui vous disent d'un airimportant
les plus petites choses , les faux Connoisseurs
qui souvent ne se connoissent à rien ;
pas même au temps qu'il fait ; les Complaisans
etfades Louangeurs , les Envieux , &c. encore
faut-il mettre cette clause , que le Lecteur n'y
- puisse
AVERTISSEMENT.
puisse reconnoître aucune Personne en particulier
, mais que chacun se puisse reconnoître en
quelque chose dans la peinture generale des vices
et des Ridicules de son siecle.
Il nous reste à remercier au nom du Public >
plusieurs Sçavans du premier ordre , d'aimables
Muses , et quantité d'autres Personnes d'un'
grand mérite , dont les productions enrichissent
le Mercure et le font rechercher.
J
APROBATION.
' Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le Mercure de France du mois de Janvier , & j'ai
crû qu'on pouvoit en permettre l'impression . A
Paris , le premier Février 1740 .
HARDION
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
JANVIER
. 1740.
PIECES FUGITIVES;
en Vers et en Prose.
ETRENNES.
De l'Amour à Mad. la Marquise de la
Charce.
EP ITR E.
PHilis , je vous dois un présent ,
Car l'Amour est reconnoissant ;
Je sçais combien vos yeux consacrés à ma g
M'ont donné de fois la victoire ;
Je compte même assés souvent
Mes
MERCURE DE FRANCE
Mes Triomphes par vos Conquêtes ;
Pour vous tant d'Amoureux Mortels
D'offrandes couvrent mes Autels ;
Vous peuplez si bien mon Empire ,
Que je puis assûrer , sans crainte d'en trop dire ,
Que plus du tiers de mes Sujets
Porte votre livrée , & que ce sont vos traits ,
Qui m'ont fait l'aimable Recruë
Dont je viens de faire Revûë ,
Le jour ou l'an dernier touchoit à son couchant
Au bout de celui- ci j'espere en faire autant s
Quoique me promettent mes Armes ,
Je compte encor plus sur vos charmes.
Ma force s'augmente en vos yeux ,
Aussi vifs que ceux de ma Mere ;
Je les ai pris souvent pour eux
Et par une erreur fort legere ,
En croyant être à ses genoux ,
Je me suis trouvé près de vous ;
Par cet air enjoüé , ce regard vif & tendre ,
Philis , je m'étois laissé prendre ;
Le même geste', enfin le même ton de voix
Tout m'en imposoit à la fois.
Par cette heureuse ressemblance ,
Je prétends m'acquitter de ma reconnoissance.
N'avoir qu'à se montrer pour se gagner un coeur
Borter dans ses yeux la douceur ,
Avots
JANVIER. 1740. *
Avoir un esprit vif , un heureux caractere ,
C'est en bref le Tableau que l'on fait de ma Mere
Recevez , Philis , ce Portrait ,
Car c'est le vâtre , trait pour trait .
ENVO 1.
TRiste & rêveur dans le sacré Vallon
Je demandois des Vers au Dieu de l'Hélicon ,
Pour vous les offrir en Etrennes ;
Ce Dieu , peu sensible à mes peines ,
Rioit de mon zele indiscret ,
Lorsque l'Amour parut pour le même sujet ;
Muses , dit- il , que l'on s'empresse ,
Je veux des Vers dictés par la Tendresse ,
Qu je vous blesse de ces Traits ,
Sans espoir de guérir jamais .
A son air , à ce ton de Maître ,
L'Amour se fit bien- tôt connoître.
On suspend pour un temps le récit des Exploits
Des Dieux , des Héros & des Rois ,
Et tout à coup l'éclatante Trompette
Devient une tendre Musette ;
L'Amour bat la mesure , il y mêle sa voix ;
J'écoutois ce Concert à la faveur d'un Bois',
Qui me déroboit à leur vûë.
Ma Muse , sans être aperçuë ,
Ecriyant ce qu'elle entendoit
A
MERCURE DE FRANCE
A mesure que l'on chantoit ,
Se trouve un Compliment que le Dieu de Cythere
Avoit pris soin de faire faire.
Recevez - le, tant bien que mal ,
L'Amour doit vous offrir dans peu l'Original
Si quelqu'endroit peut vous déplaire ,
La faute vient du Secretaire.
Par l'Abbé Godard.
****************
>
EXTRAIT d'une Lettre écrite de la
Rochelle , le 11. Décembre 1739 .
sur l'Académie , &c.
E 26. Novembre , l'Académie des Bel
Lles-Lettres tint sa Séance publique dans
la Salle du Gouvernemement. M. Martin de
Chassiron , Directeur , en fit l'ouverture par
un Discours sur les Caracteres distinctifs de
la Tragédie Grecque & Françoise. Il parla
ainsi dans l'Exorde. De tous les Ouvrages
d'esprit , il n'en est point qui exigent plus d'étendue
de génie que le Poëme Dramatique ;
émouvoir assés fortement le coeur pour lui arracher
des larmes ; tourner toute sa sensibilité vers
un objet souvent étranger & quelquefois même
inconnus peindre cet objet avec des couleurs
qui lui soient propres , néanmoins assorties à
notre goût,malgréla difference des temps, & des
moeurs :
JAN VIE R. * 1740 5
nours ; inspirer également dans la Peinture des
caracteres les plus oposés , l'horreur du vice
l'amour de la vertu ; tels sont les devoirs
, tels sont les effets de la Tragédie ,
Lorsque le Poëte sçait rennir le vrai de la
Nature avec les agrémens & les préceptes de
l'Art , &c .
Au commencement de la premiere Partie ,
M.de Chassiron observa que dans le nombre
des passions , les Tragiques , de tous les siécles
, ont adopté la terreur & la pitié , com
me les plus propres à se communiquer dans un
Spectacle public ; mais que ces passions veulent
être traitées conformément à la forme du
gouvernement , aux moeurs & aux préjugés ;
de-là il dévelope , sur les traces du Pere Brumoi,
les vûës politiques des Tragiques Grecs
& la ressemblance du génie du Poëme avec
celui des Spectateurs; il parcourut ensuite légerement
les principaux moyens qui étoient
en droit de les affecter ; les prodiges opérés
par les Dieux , la foi aux Oracles 3 les
imprécations , les sermens , la flaterie
sonnelle , la critique des Etats voisins , &c.
L'Art de faire jouer tous ces ressorts , la régularité
& la simplicité de l'intrigue & des
caracteres, & l'exacte observation des unités,
terminent les refléxions de cette premiere
Partie.
per-
La seconde comprend le Théatre François ;
P'Auteur
MERCURE DE FRANCE
l'Auteur n'ose en parler qu'avec crainte , &
soumet avec plaisir ses Observations aux lumieres
des véritables Connoisseurs.
Le Théatre François , dit M. de Chassiron,
n'admet point nos moeurs & nos Coûtumes;
& nos Poëtes , réduits à nous instruire par
des exemples étrangers, sont en quelque sorte
forcés de se dépouiller de leur propre génie
pour revêtir celui des Heros de l'Antiquité.
Mais que leur situation est épineuse !
S'ils n'entrent pas assés dans les moeurs anciennes
, ils soulevent les Sçavans , & s'ils y
entrent trop , ils arment contre eux ces spirituels
Arbitres du goût, qui , raportant tout
au sentiment, veulent se retrouver dans tous
les temps & chés toutes les Nations .
Ainsi,l'Amour dominant toujours dans nos
Tragédies , l'Auteur n'aprouve point l'usage
trop étendu, trop frequent que nos Dramatiques
font de cette paffion dangereuse . Qu'elle
entre, dit- il , dans nos Poëmes comme ſimple
Epifode , mais qu'elle n'en conftituë pas le
fond ; qu'elle aide à donner plus de vivacité
à l'action , mais qu'elle n'en faffe point l'ame ;
qu'elle ferve à échauffer les efprits , mais qu'
elle ne les domine pas..
Les Anciens ont été plus fages que nous à
cet égard ; mais auffi leurs Heros ne font ils
point quelquefois groffiers , pour ne rien dire
de plus ? Qu'on accorde tant qu'on voudra
aux
JANVIER . 1740;
aux coûtumes & aux préjugés des Grecs ;
l'Achille d'Euripide eût dû au moins par générofité
s'opofer à l'affreux Sacrifice d'Iphigénie.
Dans l'idée d'Horace , ce Heros n'étoit
point affés dévot pour ſe foûmettre aveuglément
aux ordres ambigus d'un Oracle.
L'Achille François cft véritablement un peu
trop galand , mais d'ailleurs Racine rend parfaitement
tout fon caractere , & l'idée d'Horace
eft pliée à nos moeurs.
....
De cette difficulté de peindre dans le vrai
les Heros de l'Antiquité , & de n'employer
cependant que des couleurs affujetties à notre
goût , naît une gloire qui eft toute perſonnelle
à nos Poëtes , & à laquelle les Anciens
ne peuvent rien opofer ; leurs Heros ne leur
étoient point étrangers , c'étoient des Ayeux
& des Citoyens. Tous leurs caracteres ,
par cette raison , paroiffent presque jettés en
même moule....Les nôtres font extrémement
variés , d'où il fuit que letravail du Poëte, &
le plaifir du Spectateur font plus grands .....
Nous avons dû annoblir les moeurs ; Cofneille
l'a fait ; on distingue parfaitement dans
fes Poëmes les vices & les vertus. Chés les
Anciens , les crimes operés par les Dieux ,
perdoient leur atrocité , le refpect de la Divinité
en ôtoit l'horreur...
La vivacité Françoise a inventé les Episodes
, qui embarraſlent & noyent le sujet principal
! B
MERCURE DE FRANCE
cipal ; elle veut intrigue fur intrigue , Eve
nement fur Evenement ; pour captiver cette
multitude, indocile qui s'arroge le droit de
donner le ton , nos Poëtes hasardent des
beautés de mode , dont le succès s'évanouit
avec le caprice qui leur avoit donné l'être & c.
Voici quelques traits de la fin de ce Difcours.
» En examinant la Scéne Grecque du côté
» des Spectateurs , elle vous paroîtra beau-
» coup plus uniforme que la nôtre , puiſqu'-
» elle ne repréſente jamais que les moeurs
» d'un même Pays ; plus relative , parce
» qu'elle entre dans la Politique Républi-
» caine , dont chaque Citoyen étoit en droit
de se mêler ; plus imposante par l'intervention
des Divinités qui imprimoient un
» respect religieux à toutes leurs actions ;
» plus près enfin des mouvemens que caufe la
» terreur, que de ceux qu'inspire la pitié, & c .
ود
و ر
» Nos Tragiques ont trouvé plus de fa-
» çons d'être émûs , plus de manieres de
fentir , &c. ils n'empruntent point leur
» merveilleux de la présence d'une Divinité
, ils le tirent tout entier de leur propre
» fond , c'eſt -à- dire des sentimens du coeur,
» finement dévelopés , exprimés avec nobleffe
, & rendus avec énergie ..... Les
» Grecs ont été plus fimples que nous dans
» les fujets , & peut- être plus réguliers dans
la conduite les François font plus natur-
»
» rels
A
JANVIER. 1740 . 9
» rels à certains égards , plus décens & plus
" variés &c. M. de Chaffiron laiffe à fes
Auditeurs le foin de décider entre ces deux
Théatres rivaux , & c.
M. l'Abbé Briam termina la Séancé par un
Discours fur l'importance de bien connoître
le coeur humain & de le bien peindre , pour
réussir dans les Ouvrages d'Eloquence .
Il n'eft pas moins important ,
dit M.
Briam , pour l'Orateur habile , que pour l'excellent
Général , d'obferver les circonstances
de l'action & le caractere de l'ennemi : cette
conduite , qui réüffit aux fameufes Journées
de Salamine & de Pharfale eut , quoique
dans une espece differente , un égal succès
pour Démofthene & pour Ciceron.
Démofthene réüffit par l'étude profonde
qu'il fit du coeur Républicain, & du caractere
Athénien; c'eft à ce plan qu'il conforma toutes
les parties de son Art . L'Orateur Romain réüssit
par les même voyes ; il entre dans le carac
tere du Peuple , lorfqu'il traite la cause dé
Milon , en sa présence ; il change de conduite
& prend un ton plus élevé,lorfqu'il s'adreffe
au Senat & à l'ordre des Patriciens .
Mais fi la République difparoît , fi le Senat
n'est plus qu'une grande ombre , Pompée un
vain Nom , Rome une Cour , l'Univers une
conquête , en un mot, fi deformais tout eft César,
admirez les reffources d'un Orateur né Ré-
Bij publi
to MERCURE DE FRANCE
1
publicain , devenu malgré lui Courtisan , &
par la noble adreffe avec laquelle il fait plier
son art superbe , pour humaniser le Maître
du Monde , sentons de quelle importance il
eft pour réussir dans les Ouvrages d'Eloquende
bien faifir les difpofitions du coeur
que l'on veut vaincre.
ce ,
L'Auteur finit la premiere partie par un Extrait
du Telemaque & de l'Oraison funebre
du Grand Condé , qui lui donne lieu de
conclure que tous les prodiges que produit
l'Eloquence , ont leur source dans la con-
Moiffance du coeur humain , puifqu'au moyen
de cette connoiffance , il n'eft ni interêt public
, ni paffion particuliere , ni prétexte fpécieux
, ni feinte adroite , ni préjugés naturels
, ou fuggerés , ni incompatibilité de fenimens
, qui ne cedent à la douce violence
de l'Orateur , &c.
Dans la feconde partie , M. Briam prouve
que l'Orateur eft obligé par état , de peindre
les hommes , de les peindre d'après Nature
de les intereffer , de les ménager.... qu'il eft
fuposé réunir en lui feul prefque tous les autres
talens , & les poffeder au degré le plus
éminent.
Comme le Philosophe , il doit remonter
aux principes & s'attacher à la fimple raiſon;
mais au lieu que le Philosophe commande
imperieufement , l'Orateur n'obtient rjen
que
JANVIER . 1740%
que par les infinuations les plus douces.... !
Comme Hiftorien , l'Orateur doit être fi
dele , concis , élégant ; il doit repréſenter le
coeur dans toutes fes faces & dans tous fes
jours , il doit fçavoir produire toutes les Nations
comme témoins , & les faire dépofer
en faveur de la verité au tribunal du coeur ,
qu'il ébranle par le poids , qu'il accable
le nombre , qu'il convainc par la clarté des
Faits ....
par
Comme le Poëte , l'Orateur eft en poffeffion
de donner un tour figuré à fes expreffrons
; il peut , il doit même imiter à propos
le defordre des paffions , & fe livrer à l'enthoufiafme
; entrer en societé avec tous les
Etres , mais fans fortir jamais du caractere
de la nature , & fans facrifier le vrai , au brillant
, ni au merveilleux de la fiction....
Mais fi la Religion eft attaquée , continue
M. Briam , les Boffuets , les Bourdalouës , les
Maffillons , empruntent du grand art de déveloper
& de peindre les fentimens , la force
& la lumiere néceffaires pour diffiper l'erreur,'
confondre le libertinage , & démafquer l'hy
pocrifie.
Boffuet , par l'enchaînement néceffaire des
principes les plus lumineux & des consé
quences les plus frapantes , entraîne le so
phisme hors du cahos, où il flote comme dans
son élement propre ; cette hydre déconcertée
Biij par
Z MERCURE DE FRANCE
par la peinture qu'on lui fait de l'opofition
de fes propres mouvemens , héfite enfin , palpite
& expire aux termes de la verité , où une
force victorieufe l'a comme infenfiblement
réduite....
Bourdalouë perce la nuit du coeur , où ſe
réfugie le libertinage , il en bannit toutes.
Les paffions que ce coeur imposteur recele :
que le nombre en eft prodigieux ! Il n'en
échape cependant aucune aux recherches du
grand Orateur ; à mefure qu'il les produit , il
a foin de les fétrir du caractere odieux qui
leur convient ; fous une niain fi sûre & fi vive,
tout le coeur frémit & s'ébranle....
Maffillon , le flambeau de la Foi , & le fil
de la raison en main , entre dans un détail
pénible & immenfe , habile démêler & à
peindre les prétextes de l'hypocrifie , & ces
faux-fuyans prefqu'imperceptibles par où le
vice échape & fe joue fouvent de toute l'induftrie
des hommes , dans un labyrinte aum
composé que l'eſt celui du coeur....
m.
M. Briam finit par ce trait fur l'Eloquence
du Bareau. Ici , Meffieurs , quelle image ! on
me tranfporte cette Eloquence vive , fublime ,
paffionnée ? C'est au milieu du Senat François ,
où préside la Majefté de nos Rois.... Je resterois
ébloui de la pompe qui y regne , & de ces
marques auguftes de toutes les Dignités qui s'y
représentent sous l'hermine & la pourpre ; mais
un
JANVIER. 1740 13
un objet plus frapant m'occupe : Un Orateur
le genou en terre , les yeux tournés vers le Ciel
fait éclater d'une voix véhémente les plaintes
les regrets de la France , il la produit noyée
defes larmes...... La- France éplorée apelle
LOUIS par la voix de Talon.... A des accens
fi triftes & fi touchans , ô prodige ! le Ciel
s'ouvre , une lumiere fubite semble en defcendre
, la Difcorde en eft aveuglées par defefpoir
elle fe replonge dans ces gouffres profonds , où
fous le Regné du meilleur des Rois , la Sageffe
triomphante d'un Miniftre pacifique , papour
toujours.
roît l'avoir enchaînée
<
DISCOURS Moral &Critique fur la vanité
des chofes de la vie.
LA Brayere l'a dit , on peut fort bien l'en croire.
Combien de gens font morts fans honneur & fans
gloire,
Qui par d'heureux talens auroient bien mérité
Que leur nom fût connu de la pofterité ?
Combien vivent encor dans le fiécle où nous fome
mes ,
De fublimes Efprits , de ces excellens Hommes ,
Dont le rare mérite accablé par le fort ,
Paffera fans rénom de la vie à la mort !
Qu'ici bas la vertu n'ait pas fa récompenfe ,
B iiij
C'eft
MERCURE DE FRANCE
}
C'eft fans doute un malheur , mais moins gramd
qu'on ne penfe.
La mort qui tous les jours ravit les plus heureux *
Nous dédomage affés de n'être pas comme eux.
N'envions point des Grands l'éclat ni la richeffe ;
Vivons contens de peu , chériffons la Sageſſe .
Leur bonheur n'a qu'un temps , & dans leurs plus
beaux jours ,
La Parque affés fouvent en arrête le cours.
>
C'eft elle qui fait voir , en fermant leur paupiere ,
Que , malgré leur orgueil , leur corps n'eft que
pouffiere ;
Et que s'ils ont, vivant quelque dégré fur nous ,
La Mort en un inftant fçait nous égaler tous.
Ils laiffent , dites - vous , beaucoup de renommée ?
Peut-être . Mais enfin que fert cette fumée ?
Que produit à leurs corps pourris, mangés des vers ,
Que leurs noms après eux volent par l'Univers ?
Que leur fert ce Tombeau , qui , comme en une
Hiſtoire ,
De leurs Faits embellis retrace la mémoire ?
Et qu'un marbre gravé repréſente à la fois ,
Tous les Titres pompeux qu'ils eurent autrefois ?
Au lieu de ces grands Noms qu'en or on voit pa
raître ,
J'aimerois mieux y voir : Ci gît, qui, toujours maitre
Et de fes paffions & des grands biens qu'il eut
Jufqu'à fon dernierjour fit tout le bien qu'il put.
>
Non
JANVIER. 1740. If
Non. Non , encore un coup , je ne fçaurois le
taire ,
Dûffai-je des Puiffans m'attirer la colere ;
Je le dis hardiment , & c'eft la verité
Un fuperbe Tombeau n'eft rien que vanité.
Un homme humble , inconnu , qui , dans la folitude,
De plaire au Dieu vivant fait ſon unique étude ,
N'ambitionne point de fuperbe Tombeau ;
Mais il attend au Ciel un fort beaucoup plus beau.
Prêt de rendre l'efprit , tranquille & fans foibleffe,
Il fe fent tranfporté d'une fainte allégreffe ;
Et de fes propres dons Dieu le récompenfant ,
D'un bonheur éternelle fait participant.
La fortune des Grands feroit digne d'envie ,
Si la Mort, fans vieillir, n'attaquoit point leur vie
Mais dès qu'ils font fujets à ce commun malheur,
Leur bonheur paffager eft un foible bonheur.
Le préfent eft pour eux , on en convient fans peines .
Ils font Rois ici bas , ce ' Monde en eft la fcens
La Vertu pourroit bien dans un autre séjour,
Les voir humiliés & regner à fon tour.
Bv
FRE +
T MERCURE DE FRANCE
PREMIERE LETTRE contenant la
suite des abus introduits dans la Typographie,
& la snite des avis néceffaires pour s'enpré-
22 server.
,
3
Es Parens , & les Maîtres bien inten
tionnés , doivent être bien aises , Monfieur
, qu'on les avertiffe des abus introduitsdans
la Typographie , & qu'on leur donne
les avis nécessaires pour les éviter , à mesure
que l'occasion s'en présentera. En voici
quelques-uns.
1°. Il y a des Maîtres qui montrent aux Enfans
l'A. B. C. de fuite , au lieu d'obſerver
f'ordre marqué dans la Feüille élémentaire
& de faire passer les Enfans des lettres de
simple valeur aux lettres de double valeur ,
& aux sons simples , ou composés en latin
& en François. Ces Maîtres si esclaves des
usages , diroient-ils pourquoi les Hebreux
mirent le B. après l'A? & pourquoi la Méthode
vulgaire ne montre pas les voyelles
avant les consonnes ? Doit- on apeller Bon
Maitre celui dont l'unique réponse est de
dire : C'est ainsi qu'on me l'a apris ? Le raisonnement
n'est-il pas préférable à l'étude
des Langues ? Les Perroquets parlent toutes
ortes de Langues , d'où vient donc que les
Parens
JANVIER. 1740. *17
Parens en général cherchent moins un Précepteur
Philosophe qu'un Précepteur simple
Latiniste ? C'est là un des plus grands abus
dans l'éducation des Enfans.
2º . Peu de gens étudient la premiere enfance
: c'est le point essentiel pour en tirer le
meilleur parti depuis le commencement jusqu'à
la fin des études. Une Mere qui montre
les lettres à un enfant de deux ans , l'interroge
ensuite , & lui demande , Quelle lettre
est-ce la ? l'Enfant qui n'est encore qu'écho ,
répete , Quelle lettre est - ce là , ou l'équivalent
par la derniere syllabe . Il ne faut pas
tant de conversation ni de dialogue , il suffit
de montrer une lettre après l'autre , & de la
nommer , afin que l'Enfant la répete , & qu'à
force de voir , d'entendre et d'articuler , il
puisse parvenir à la connoissance des lettres ,
et des sons en latin et en françois. Cela paroît
simple et clair , cependant on n'y fait
assés d'attention , on cherche à badiner
et à s'amuser avec les Enfans , plûtôt que de
penser sérieusement à leur inftruction . Dès
qu'un Enfant est né , on forme de grands
projets d'éducation , on ne veut rien épargner.
L'Enfant grandit , on s'y accoûtume ,
et enfin on oublie , on néglige tous les projets.
Voilà l'Homme.
pas
.3 °. Comme la bonne dénomination des letfres
influe beaucoup dans la lecture , et que
B vj la
8 MERCURE DE FRANCE
ger
la méthode des sons de la langue rend plus
sensible l'art d'épeler, de sillaber, et de lire ;
il faut , à l'exemple des Musiciens qui font
solfier , n'articuler que les sons nécessaires
pour former la sillabe ou le mot que l'on
demande , et retrancher tout ce qui est étran
ger à la prononciation de cette sillabe , ou
ce mot. Par exemple , j'articule le mot
manchon , il faut accoûtumer l'Enfant à dire ,
me , an , ch , on et non pas , il faut un me ,
an an un ch , et un on ; cette maniere éloigne
trop les sons , qu'il faut raprocher pour
pouvoir rassembler d'oreille et de memoire ,
me , an , man , ch , on , manchon . Je supose
un Lecteur typographe , je ne serai peut- être
pas bien compris des autres.
>
>
,
4°. Les Maîtres se ressouvenant de la peine
qu'ils ont eûe dans leur enfance , pour
aprendre à connoître les lettres , ont de la
répugnance et de l'impatience quand il s'agit
de les montrer aux autres ; on a attaché une
idée de mépris à ce premier et important
exercice, à cause de la grande ignorance de la
plûpart de ceux qui , incapables d'autre chose,
se trouvent réduits à faire un métier qu'-
ils détestent dans le fonds du coeur. Cetresprit
porte les Maîtres à passer trop vîte les
exercices du Carton élementaire , ils ne doi
vent point le quitter , qu'ils n'ayent mis
Enfant en état de former sur ce Carton
touss
JANVIER. 1740% FS
Tous les mots qu'on voudra lui dicter , en
touchant avec la baguette tous les sons qui
les composent. L'exercice parfait du Carton
élémentaire demande quatre operations differentes.
La premiere , fait dire de fuite les
lettres , et les sons en latin et en françois ; la
seconde , les fait dire tantôt d'un côté , tan
tôt de l'autre , tantôt en haut , tantôt en bas,
et c'est toujours le Maître qui touche les ca
racteres ; la troisiéme est quand le Maître
nomme et articule la lettre ou le son que
P'Enfant doit aprendre à toucher : et enfin la
quatrième , est celle où le Maître dicte des
sillabes , des monosillabes , & des mots , es
où l'Enfant aprend à épeler , en nommant et
touchant lui-même les lettres et les sons nécessaires
pour la composition de ces sillabes
, de ces monosillabes , et de ces mots ,
& c .
,
5°. Les Enfans du Bureau typographique
aprennent d'eux- mêmes et si bien , le distinctif
des quatre lettres ressemblantes b , d ,.
P. , qu'ils corrigent les Maîtres peu attentifs
, forsqu'ils employent les unes pour les
autres , c'est- à- dire , lorsqu'ils confondent :
lebet le q , le d et le p , faute de sçavoir dis--
ringuer les têtes et les queues de ces lettres,
de quelque maniere que les Cartes soient
rangées. Il faut accoûtumer les Enfans à con
noître les lettres , et à lire les mots , de quel
que
20 MERCURE DE FRANCE
que sens qu'on leur montre les Cartes. Il y
a des Imprimeries où l'on n'abserve pas ce
distinctif ; il ne seroit pas aisé , par exemple,
de bien faire distinguer à l'Enfant les quatre
lettres b , d , p , q , de l'Imprimerie Royale
montrées à contre sens au milieu d'une
Carte.
6°. On s'étoit flaté qu'après avoir démontré
la double valeur , et la nécessité de la double
dénomination des lettres C, G, S, T, X, Y,
les Maîtres en feroient usage ; cependant il
y en a quelques-uns qui ne donnent au C
indéterminé , que la dénomination détermi
née Ke , et au G indéterminé , que la dénomination
déterminée ghe , en suposant que
le plus souvent ces lettres ont cette valeur ;
mais ils ne prennent pas garde en même
temps , qu'ils tombent dans le défaut de la
méthode vulgaire , et de la dénomination
équivoque , fausse et captieuse , quand il
faut la déterminer, et l'apliquer comme dans
les mots ceci , Gigès. Quoique de cinq voyel
les , il y en ait trois pour le Ke et le ghe ,
qu'il n'y en ait que deux pour le Ce et le ge,
il ne s'ensuit pas qu'on doive donner une dénomination
simple et fausse , pendant qu'il
la faut double et vraie ; c'est faute de bien
raisonner, qu'on a introduit cet abus, dont il
est bon d'avertir les Parens , afin de rendre
Jes Maîtres plus exacts , et plus conséquens
et´
dans
JANVIER. 1740. 21
dans les leçons qu'ils donnent aux En
fans.
•
7°. On doit toujours simplifier et perfectionner
la pratique du Bureau , et tâcher de
vaincre les obstacles que l'imperfection de
la Langue et de l'Ortographe a introduits
dans la maniere de montrer à lire. Les lettres
à double valeur étant équivoques et
captieuses par elles-mêmes , il ne faut pas
négliger l'usage des Cartes , qui donnent
tout d'un coup les ce , ci , ceu , ge , gì , gen;
les Cartes du i et du cti pour les sons ci et
xi. Ces Cartes étant toutes étiquetées de
leur vrai son , elles instruisent l'Enfant du
son qu'il doit employer , en composant son
Thême typographique ; en général les Maîtres
se dispensent trop facilement d'observer
des regles que les Enfans goûtent d'abord.
Je ne donne des exemples que dans certains
cas , où la chose paroît en avoir besoin , les
Maîtres Lecteurs y supléront ailleurs , et saisiront
l'esprit de la Méthode typographi-
"que.
8°. Plus on refléchit sur les principes de la
Typographie , et plus on s'aperçoit de son
atilité. L'usage des e fait la plus grande partie
de l'Ortographe , et même de la pronon
eiation de la Langue Françoise ; il est donc
important de ne pas confondre les signes ,
et les sons de cette lettre...
OF
2 MERCURE DE FRANCE
Or les Maîtres de la Méthode vulgaire
passant à celle du Bureau , sont surpris de
cette varieté d'e , et un peu confus de leur
ignorance sur la pratique de cette lettre . H
faut donc bien distinguer l'é fermé , l'è ouvert
, l'ê chevroné , l'e muet françois non
soutenu , et l'en, voyelle soutenue , soit que
leurs sons s'expriment par une , ou plusieurs
lettres avec l'accent , ou sans accent , comme
dans les mots bonté , procès , fête , juste ,
bal , feu , j'ai, mai , maître , &c.
9°.Quand on dicte à l'enfant du Bureau des
mots , qui ont un e muet à la fin , par exemple
juste , l'enfant d'abord compose just sans
, et si l'on apuye sur la dénomination de
Fe muet , l'enfant mettra justen , ou justh´,
et tout cela d'oreille , et par principe . Pour
rectifier la chose , il faut lui dire sur le mot
just , que l'e muet doit être exprimé , qu'il '
est simple, et non composé , ni aspiré , comme
celui de peu , heur , &c . et qu'il suffit de
mettre juste , &c.
10º. Les Maîtres asservis à l'ancienne Or
fographe , négligent l'usage des aigus , des
graves , des chevronés , et des y grecs
ponctués et accentués. On n'a introduit
cette pratique dans la Méthode du Bureau ,
que pour déterminer à l'enfant le vrai son
des voyelles composées de plusieurs lettres
et de diphtongues équivoques et captieuses ,
sang
JANVIE R. 23
"
1746.
sans ce suplément , comme dans les mots
j'ai , je ferais fait , mai , connoit , avoít, maî♣
tre , avoient ; mystere ; paijs , moíjen ; raíjon ;
abîjme , stijx ; bièn , vìn , sain , &c. Je me
sers ici des deux ij, voyelle et cosonne,parce
que les Imprimeurs n'ont pas des y grecs ac
centués comme le Bureau Typographique .
Il est inutile d'objecter , que la singularité
de ces lettres ainsi accentuées doit embarasser
les enfans , lorsque , lisant dans des Livres, ils
ne trouveront pas de tels caracteres. L'enfant
du Bureau aprenant par principes , s'acoûtume
peu à peu à toutes les ortographes des Livres
, et se trouve en état de raisonner làdessus
, mieux que les Maîtres de la Méthode
vulgaire .
11°. Il n'y a point de signe dont on fasse
ordinairement un si mauvais usage , que du
trema ; Fignorance des Imprimeurs , et de
la plupart des Auteurs , ne justifie point celle
des Maîtres de Typographie. Quand on
n'avoit qu'uni , et qu'un pour l'exprimer ;
et le distinguer , voyelle ou consonne , le
trema étoit d'un grand secours , par exem →
ple , dans verie , pour ne pas dire verve ,
mais aujourd'hui , on ne doit l'employer ;
que pour distinguer les syllabes , exemple ,
dans Moise , aiguë , &c. et jamais pour deux
», comme dans païs moïen , &c . au lieu de
pays , moyen, &c. par l'abus du trema , on
& c.
expose
24 MERCURE DE FRANCE
expose les enfans à lire païs , comme lais
et moien , au lieu de moi - ien. Voyez la Bibliotheque
des enfans , in-4°. dans l'article
de la lettre y.
12°. Quoique la dénomination je, ou ji soit
bonne et vraye pour la lettre vulgairement
apellée j consone , il est mieux cependant
de l'apeller ja , pour la distinguer du ge , gi
et la déterminer à l'oreille en dictant des
mots à l'enfant , comme dans les mots juge ,
jangeage , gigue , gigot . J'ai remarqué , sur
la dénomination de la lettre x , que la plûpart
des Maîtres la prononçoient mal , trop
vîte , et d'une maniere confuse , de même
que le cts pour lors l'oreille de l'enfant n'y
comprend rien , il faut donc bien articuler
les dénominations cse-gzes cte- csi , afin de
pouvoir ensuite les bien apliquer dans la
composition des mots , comme dans Xèr
xcès , éxiler , axe , stix ; pacte , action , &c.
13. On ne doit rien négliger de ce qui
peut servir à perfectionner l'art de montrer
à lire. Or , comme la garniture d'un Bureau
a des ch , gn en noir pour le François , et en
rouge pour le Latin, le Maître doit faire usage
des ch , gn rouges dans les mots François , où
ces signes se prononcent comme en Latin ,
exemple , dans les mots choeur , echo , inexpugnable
, gnomon , &c. qu'on écriroit
bour, echo , inexpugnable , gnomon ,
&c.
et
JANVIER. 1740. 25
et ainsi de tous les autres sons à double va
leur , comme gu,qn , &c. prononcés diffe
remment dans les mots garde , guarde , guadaloupe;
qualité , aquatique , &c. En voila
bien assés pour faire comprendre l'avis sur
ees sons distingués par les couleurs.
14°. Il n'y a presque pas de Maître de Typographie
, qui veuille s'asservir à toutes les
pratiques du Bureau. Il faut espérer , que
peu à peu ils s'y accoûtumeront. Ils sont
donc priés de ne pas confondre l'usage des
f initiales et médiales avec les s qui vont
partout ; l'usage des Livres est de ne mettre
jamais à la fin d'un mot , la lettre fayant la
tête haute ; c'est pourquoi il vaut mieux
épuiser la logette des fà tête haute , que la
logette des petites , qui vont bien partout.
J'en dis autant des é fermés , et des è ou
verts , qu'il faut employer tant qu'on peut
pour conserver la logette des e sans accent
qui autrement se trouve trop tôt épuisée.
D'ailleurs on ne sçauroit au commencement
avoir trop d'exactitude pour la pratique des
trois accents sur la lettre e. Les Livres mal
accentués ne peuvent pas servir de regle aux
enfans, c'est pourquoi on leur donne pendant
un long- temps des thêmes sur des cartes ,
où l'on met des accents sur toutes les voyelles
qui en ont besoin , pour indiquer leur
vraye prononciation , où l'ortographe de
Foreille
26 MERCURE DE FRANCE
Foreille ; celle des yeux ne devant
paroître
qu'après
que l'enfant
est ferme
sur celle de
Foreille
; ainsi l'on ne fera pas difficulté
d'employer
au commencement
les accents
sur les mots Jupitèr
, Calais , quèl , et ainsi
des autres
mots. J'ai l'honneur
d'être , &c.
LA FLUTE ET LE TAMBOURI
Q
FABLE.
Ue vous êtes bruyant ! que vous êtes terrible !
Dit un jour la Flute au Tambour :
Que ne m'imitez vous : le coeur devient sensible
Quand je veux exprimer l'Amour ,
Et je sçais peindre tour à tour"
Ou la fureur jalouse , ou le calme paisible ;"
Partout on me caresse , au Théatre , à la Cour ,
Mais pour vous, Frere ( il faut l'avouer sans détour
Tel , par votre fracas croit se rendre invincible ,
Et tout au plus il se rend sourd.
Ho , ho , ma Soeur la doucereuse
Répond l'Instrument Martial ,
Tu voudrois donc railler ? ma foi tu t'y prens mal',
De tes brillans écarts la fougue impétueuse
Te paroît donc bien merveilleuse a
Er
JANVIER 1740 27
Et ma Caisse n'est , selon toi ,
Qu'un Instrument de bas aloi ;
Mais ... monDieu point d'aigreur , chacun a sa manie,
Dit la Flute , d'un ton aprochant du faucet ,
Pour moi je n'y sçais qu'un secret ,
Et sans autre cérémonie ,
Qu'on juge entre nous par l'effet ;
Oui , pour sentir à fonds ma justesse infinie ;
Qu'on me place toujours sous les doigts de Blavet ,
Et je serai toujours Reine de l'harmonie.
Chansons , ( dit le Tambour d'un air un peu brutal)
Que Coigny , Belisle , on Noailles ,
Au Rustre qui me frape ordonnent le signal ,
Bien-tôt cet Instrument si borné , si fatal ,
Fixera sous leurs loix le destin des Batailles ;
Bien- tôt de fiers Guériers conduits d'un pas égal
Sçauront braver la mort , renverser les murailles ,
Et la peau d'un vil animal
Ann blira partout d'illustres funérailles .
Et fi donc , ma soeur , en deux mots
?
Exalter tes langueurs pour b'âmer ma rudesse ,
C'est donner morbleu dans le faux :
C'est confondre à plaisir la force avec l'adresse ,
La victoire avec la mollesse ,
C'est comparer mal à
propos
L'homme à talens , et le héros .
A ce discours , à cette andace ,
28 MERCURE DE FRANCE
La Flute répliqua par un prélude exquis ,
Qui devoit du Tambour assûrer la disgrace ,
Les plus sçavans accords , les tons les plus hardis ,
Aux accents les plus doux furent bien- tôt unis ;
Vain espoir ! vains efforts ! quand elle fut bien lasse
Chacun resta dans son avis :
Pour moi , je n'en suis point surpris ,
Sur Lully , sur Rameau , je vois ce qui se passe.
Pour Voltaire et Rousseau , je connois deux partis
Nulles distinctions , le préjugé les chasse ,
.Et de pareils débats sont toujours indécis :
La Fontaine l'eut dit avec bien plus de grace
Chaque chose ici - bas suivant nos apétits
Nous présente une double face :
L'amour propre d'abord fait son choix, met son pris,
Et ce raport secret qu'aucun pouvoir n'éface ,
Fixe nos sens assujettis' ,
Il nous cache le but , l'altere , ou le déplace ,
Par lui , les jugemens de nos meilleurs Esprits
Ne sont qu'un choix aveugle , où leur coeur est
soumis.
Or cet Apologue m'invite
A plus d'une moralité ,
Heureux si quelqu'un en profite.
Jugeons peu , mais jugeons avec maturité ,
Le premier mouvement à l'erreur nous excite è
N'aprouvons point les gens sur un récit ftaté
Ne
JANVIER.
27 1740
Ne les condamnons point sur leur rusticité.
C'est par ces faux dehors que notre ame séduite
Laisse éclipser la vérité ;
Augmentons les Beaux- Arts , étendons leur limite
Etonnons la Posterité ,
Mais , au beau feu qui nous agite
Joignons le charme respecté
D'une noble simplicité ;
Et quoiqu'Horace * nous débite ,
Puisqu'un Etre parfait n'est qu'un Etre inventé ;
( Du moins parmi l'humanité , )
Pour décider du vrai mérite ,
Ecartons l'agrément , cherchons l'utilité.
Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci.
Par Pouchot , Tambour Major de la Ville
Avignon.
Cette Fable , ou plutôt le titre de cette
Fable , a peut- être déja parû , & peut - être
même dans notre Journal ; cependant , en la
donnant au Public telle qu'elle est ici , nous
ne craignons nullement d'encourir le reproche
d'un double Emploi , auquel nous sommes
bien résolus de ne jamais nous prêter
( du moins de dessein prémédité , ) mais le
petit Ouvrage qu'on vient de lire , étant neuf
plus d'un égard , nous souhaitons seule,
9
ment
30 MERCURE DE FRANCE
ment qu'il puisse avoir le mérite de plaire ;
aussi sûrement, qu'il a celui de la nouveauté.
Nous ne pouvons aussi qu'aprouver la modestie
sincere avec laquelle l'Auteur se défiant
de sa propre force , semble apeller à
son secours le Génie & les Graces de la Fontaine
; quiconque écrira des Fables , ne sçauroit
jamais prendre un meilleur parti que
d'avouer cet inimitable Auteur pour son
Maître , heureux ceux , qui , par le choix
d'up Sujet simple & bien assorti , par une
Morale aprofondie , mais naturelle , & par
un tour d'expression varié mais toujours facile
, pourront mériter d'être avoüés dans le
petit nombre de ses vrais Eleves !
Au reste il nous a paru qu'il y avoit dans
cette Fable , sur tout vers la fin , quelques
opinions qui ont un peu l'air de Paradoxes
, & qui pourroient par conséquent faire
náître des idées nouvelles , & même des
Dissertations , en forme pour les adopter ou
pour les combattre.
Nous recevrons bien volontiers & ferons
usage avec grand plaisir de celles qui pourroient
s'offrir ; il n'est pas besoin d'ajoûter
que le Sujet en vaut la peine , il en est peu
de plus interessant dans tout l'Empire des
Belles- Lettres .
QUES
JANVIER. 1740 31
•
EP ITR E..
A M. G *** pour le premier jour de l'An.
LEE temps qui d'une aîle legere
Fuit & s'envole pour toujours ,
Par sa vitesse trop sévere ,
De l'an a terminé le cours ;
Et dans sa brillante carriere ,
Le Dieu qui porte la lumiere ,
Nous ramene de nouveaux jours.
Déja la nombreuse cohorte
De mille lâches Courtisans.
S'en va fraper de porte en porte,
Et par des souhaits complaisans ,
Mendier la faveur des Grands ;
Mais hélas ! autant en emporte
Le plus petit souffle des vents.
Déja la Troupe fantastique
De ces Petits -Maîtres , Porteurs
D'une figure archi- comique ,
De tous ces froids Adulateurs,
Toûjours ennuyeux Sectateurs
D'un style trop hyperbolique ,
Par son langage fanatique ,
I
Court
32 MERCURE DE FRANCE
Court accabler ses Auditeurs
Et dans un orgueil chimerique ,
Source d'éternelles fadeurs ,
Jouir du Privilege unique
De porter partout la langueur.
Déja , selon l'usage antique ,
Un ennuyeux Complimenteur ,
M'abordant d'un air emphatique ,
Dans une phrase pathétique ,
Que masque une feinte douceur ,
Vient m'étaler sa Kéthorique ,
Et sur un ton de voix flateur ,
Me fait un souhait magnifique ,
Dont il me prive au fond du coeur,
Ah ! loin de ce détour oblique ,
Que je déteste avec horreur ,
Loin du langage trop inique
D'un lâche & cruel imposteur ,
G *** , d'un ton véridique ,
A toi , dans ce jour je m'explique ;
De mes souhaits connois l'ardeur ;
Jouis toujours de la faveur
D'un sort tranquille & pacifique ;
Bannis tout soin mélancolique ;
Qu'à jamais la noire douleur
Ne puisse , par sa voix tragique ,
De ses beaux jours faner la fleur !
C
Puisse
JANVIER. 1740: 33
Puisses-tu brayer la fureur
Du Médisant , du Satyrique ,
Du mauvais Plaisant , du Caustique ;
De l'Envieux , du grand Parleur ,
Du Bigor & du Lunatique !
Eviter encor la clameur
De toute Nation Lubrique ;
Dont le Discours plus que cinique
Qutrage toujours la pudeur !'
Sans briguer la vaine grandeur ,
Dont se repaît la Gent publique j
Et que cherche le Politique ;"
Sans avoir le sort d'un Seigneur ,
Que tourmente dans sa splendeur
Une gêne diabolique ;
Jouis de ce Dieu * métallique ,
Que chacun cherche avec ferveur
Que l'Avare à pâle couleur ,
Enferme comme une Relique ,
Que prétend trouver l'Art Chimique
Par sa sçavante profondeur ,
Que cache en son sein l'Amérique
Et dont , pour son Panégyrique
L'Interêt est Prédicateur ;
Qu'à jamais la Muse Lirique
T'inspire le Chant Poëtique
* L'Or.
Qui
4 MERCURE DE FRANCE
Qui de mes sens fut le vainqueur !
Deviens le Médor enchanteur
De quelque nouvelle Angélique ,
Et jouis du parfait bonheur.
Par M. B * d Aix
QUESTION IMPORTANTE ,
·
S
!
Jugée au Parlement de Paris .
I le Docteur en Théologie , étant exclus
par l'ancien Gradué , le plus qualifié peut
empêcher l'effet de la préference accordée au
Professeur Septenaire sur l'ancien Gradué qui
a évincé le Docteur.
FAIT.
Le Sr Abbé de Majainville , Chanoine de
PEglise Collégiale de S. Honoré de Paris ,
déceda au mois de Janvier 1737. sa mort, arrivée
dans un des deux mois affectés aux
Gradués nommés , donna ouverture à plusieurs
réquisitions de son Canonicat.
Il fut requis par quatre anciens Gradués
nommés , par deux Docteurs en Théologie ,
& par le Sr Playne , qui professoit la Rhéthorique
au College de Lizieux depuis près
de 17. ans,
Ces
JANVIER: 1740. 33
Ces sept Contendans se trouverent néan
moins réduits à quatre ,, ppaarrccee qquuee d'un côté
le Sr Lucas , l'un des deux Docteurs , & le St
Domino , qui étoit le plus ancien des Gradués
nommés , n'obtinrent point de provisions
, & que d'autre part le Sr Guy , autre
Gradué , se tint pour rempli par la Cure de
Hoüille , dont il fut pourvû in vim Gradus ,
comme ayant vacqué au mois de Janvier
$738.
Les quatre véritables Contendans étoient
donc le Sr Paris , Gradué nommé dès le
9. Mars 1694; le Sr Rigoulet , autre Gradué,
dont la nomination n'étoit que du 18. Mars
1695 ; le Sr Dugard, Docteur en Théologie y
qui n'étoit Gradué nommé que du 22. Mars
1700 ; enfin le Sr Playne , Profeffeur septenaire
, dont les titres & capacités n'étoient
pas moins en regle que celles du Sr Rigoulet
, plus ancien Gradué que le Sr Dugard.
Le Sr Dugard , quoique déja poffeffeur
'de
quatre autres Benefices simples , fut le
plus diligent à prendre poffeffion réelle du
Canonicat de S. Honoré ; ensorte que ses
Contendans ne purent prendre que la posseffion
Civile & Canonique ; mais sur les
complaintes respectives , le Sr Dugard fue
évincé, auffi -bien que les Gradués , par Sen
tence rendue contradictoirement en la premiere
Chambre du Palais le 20. Mars 17382
C iij qui !
MERCURE DE FRANCE
qui , conformément aux Conclusions du Miniftere
public , maintint le Sr Playne , lequel
en vertu de cette Sentence , entra en joüissance
du Canonicat contentieux .
Le Sr Dugard ne se contenta pas d'interjet
ter apel de cette Sentence ; il engagea la Faculté
de Théologie à intervenir en sa faveur.
La Faculté des Arts intervint auffi , & se
joignit au Sr Playne.
Il y eut auffi apel de la part des Srs Paris
& Rigoulet , anciens Gradués.
Tel étoit l'état de la Cause, lorsqu'elle fut
portée en l'Audience de la Grand'- Chambre .
On disoit de la part du Sr Dugard , qu'il
falloit commencer par examiner le Privilege
du Profeffeur septenaire ; que le Privilege de
ce Profeffeur étoit d'exclure tous Gradués
qu'ainsi il étoit inutile de compter ceux avec
lesquels la Cause avoit été jugée , à moins
que ce ne fût pour les exclure en vertu du Privilege
du Profeffeur septenaire . On mettoit
ensuite le Sr Dugard sur les rangs , & l'on
disoit que le Bénefice lui apartenoit, comme
étant plus ancienGradué que le Profeffeur septenaire
, & en conséquence de son exception
du Privilege du Profeffeur auquel le Sr Dugard
oposoit ce Brocard de Droit , Si vinco
vincentem te , à fortiori vinco te.
De la part du Sr Playne , Régent septe
maire , on disoit au contraire que ce Brocard,
SA
JANVIER 1740: 37
Si vinco vincentem te , &c. n'étoit qu'un cer
cle vicieux , & l'on établiſſoit trois proposi
tions ; la premiere , que le Privilege du Profeffeur
n'étant qu'une exception au Droit
commun , il falloit examiner le droit com
mun , avant que de discuter le Privilege .
Suivant le droit commun entre Gradués
nommés , tels que les Parties qui avoient
toutes cette qualité , Qui prior est tempore ';
potior est jure , c'est la Doctrine du Concor
dat. 6. Statuimus. Tit . de Collat.
Le Concordat n'est pas le droit commun
des Docteurs seulement , il est auffi celui des
Gradués. Les questions qui les concernent,
y sont décidées.
Aux termes du Concordat , les Docteurs
n'ont aucune préference , Ratione Doctoratus,
sur les Gradués nommés ; quelque distin
gué que soit le Docteur , lorsqu'il remplit dignement
ses fonctions , un simple Gradué
nommé plus ancien , l'emporte sur lui en
matiere de Bénefices affectés à ces sortes de
Gradués. C'eft la priorité de la nomination
qui décide. Tel est le droit commun auquel
on doit d'abord s'arrêter.
Suivant la Déclaration du mois de Janvier
1676. les Docteurs en Théologie ne peuvent
empêcher la préference des Profeffeurs septenaires
sur les anciens Gradués , à moins
qu'ils ne soient les plus anciens des ayant
C iii droit
MERCURE DE FRANCE
'droit au Béncfice. Il faut donc commencer
par vérifier si le Sr Dugard eft le plus ancien
de ces ayant droit.
Tirer le Docteur du milieu des Contendans,
pour mettre d'abord le Bénefice en discuffion
entre les anciens Gradués & le Profeffeur ,
qui eft le dernier , ce seroit commencer par
où l'on doit finir. La regle est de sçavoir
lequel sera le premier,& se trouvera le mieux
qualifié , de le faire ensuite contefter avec le
Docteur , dont la nomination eft pofterieure
avant que le Vainqueur s'adreffe au Profeffeur
septenaire , qui eft le dernier , & avec lequel
par conséquent la dispute doit se terminer
par l'examen de son Privilege , comme n'étant
qu'une exception au droit commun.
Cet ordre de contention fut ainsi décidé
par Arrêt rendu au raport de M. Severt le
12. Décembre 1737. contre le Sr Lucas ,
Docteur en TThhééoollooggiiee , à l'occasion du Canonicat
de l'Eglise de Pafis , dont M. l'Abbé
de la Grange, Conseiller en la Cour, étoit
mort Titulaire au mois de Juillet 1733.
La seconde Proposition du Sr Playne, étoit
que le Gradué plus ancien , qui avoit évincé
Le Docteur , étoit lui - même ensuite évincé
par le Régent septenaire, en vertu du Privilege
que le Profeffeur a sur tous les Gradués , par
PArticle 54. des Statuts faits pour l'Universié
en 1598. qui eft conçû en ces termes : Ut
plures
JANVIER. 1743. 3.9
plures ad docendum incitentur , Magistri Ar
tium, qui per septennium continuum absque intermissione
& citra fraudem in celebri Collegia
publicè docuerint, preferantur omnibus Gradua
tis in jure nominationis , exceptis Doctoribus in
Sacra Theologia , tantum.
Depuis que le Roy a établi le gratis dans
P'Université en 1719 , les apointemens qu'il
donne aux Profeffeurs , leur tiennent lieu de
Phonoraire que leur payoient les Ecolièrs.
Ce n'est qu'un changement de rétribution ,
qui n'a rien changé aux Privileges des Profeffeurs
septenaires
.
Ce n'est même pas un droit
nouveau
in
troduit
par le Statut
, puisque
dès 1316.
cent
ans avant
le Concile
de Basle
, tenu
en 1432
,
on envoyoit
à Rome
le Rôle
des Gradués & sur ce Rôle
les Régens
étoient
préferés
.
Voyons
maintenant
, fi le Docteur
peut
se
relever
de fa défaite
à la faveur
de l'excep--
tion , qui eft la derniere
portion
du Statut
:
Exceptis
Doctoribus
in sacrâ
Theologia
, tan- tum.
Dans la difpofition du Statut , le combat
n'étoit qu'entre les Profeffeurs & les Gra
dués : dans l'exception , il n'eft plus qu'entre
les Docteurs & les Profeffeurs ; c'eſt - à- dire ,,
que, fi au lieu d'un ancien Gradué dûëment
qualifié , le Profeſſeur ſeptenaire a un Docteur
pour concurrent , le privilege du Pro-
C V felleun
40 MERCURE DE FRANCE
feffeur n'aura pas lieu contre le Docteur ; ils
font renvoyés entre eux au droit commun
des Gradués , à la priorité de leurs nominations
, lorfqu'ils font feuls contendans .
Alors , fi le Docteur eft le plus ancien in
jure nominationis , il sera préferé au Profeſſeur
feptenaire ; è converfo , fi le Profeſſeur eſt
le plus ancien , la préférence lui fera dûë fur
le Docteur : en un mot la queſtion fe décide
entre eux de même qu'entre deux Gradués
parce que vis -à- vis l'un de l'autre, on ne doit
point faire attention à leurs qualités de Docteur
& de Profeffeur,
Mais il n'en eft pas de même,lorfqu'ils ont
auffi pour concurrent un plus ancien Gradué
nommé ; en ce cas comme le Docteur eft
exclus par cet ancien Gradué , il devient fans
interêt , & par confequent fans droit , pour
difputer au Profeffeur feptenaire la préféren
ce qu'il a fur l'ancien Gradué.
Quand le Profeffeur n'auroit pas cette préference
, le Docteur ne l'auroit pas encore ;
la priorité de la nomination du Gradué excluroit
le Docteur , qui n'a point de privilege
fur les Gradués , car le Docteur étant
une fois exclus, ne peut plus rentrer en lice.
Si donc le Docteur a été excepté du privilege
du Profeffeur , ce ne peut être , que
lorfqu'il concourt avec un Profeffeur plus
jeune , ou tout au plus , lorfque le Docteur
cft
JANVIER. 1740. 41
eft le plus ancien des Gradués nommés, ayant
droit au Bénéfice . .
La troifiéme Propofition du Sieur Playne,
étoit que fuivant la Déclaration de 1676.
le Docteur doit être le plus ancien des
ayant droit au Bénéfice pour empêcher
l'effet de la préference du Profeffeur feptenaire
fur l'ancien Gradué,par qui le Docteur
a été exclus : & en effet ce font les propres
termes de la Déclaration de 1676. dont le
Sr Playne faisoit voir que l'esprit eft conforme
à la lettre.
De la part des Gradués on oposoit au St
Playne , que le Privilege du Docteur faifant
ceffer celui du Profeffeur septenaire , il
falloit revenir au droit commun , & décider
la cause par la priorité des Grades , mutuo
confenfu fe fe impe liunt.
La Réponse du Sr Playne , étoit que ce
Brocard ne s'aplique qu'à des Pourvûs de
même date en Cour de Rome , ce qui eft
bien different de l'espece où il ne s'agifloit
pas de prévention , mais de décider la préference
entre des contendans à differens
titres.
›
D'ailleurs avec qui les anciens Gradués
vouloient-ils faire concourir le Profeffeur ?
Avec un Docteur qu'ils ont eux - mêmes
évincé , comme plus anciens que lui : ensorte
que ce Docteur ne peut plus concourir,
C vj
Enfie
2 MERCURE DE FRANCE
,
Enfin l'exception faite pour les Docteurs
du Privilege des Profeffeurs n'eft autre
chose qu'une exemption de leur Privilege ;
exemption qui eft personnelle aux Docteurs
, & dont eux seuls peuvent faire usage
;
les anciens Gradués ne peuvent pas se
L'arroger.
La seconde objection des Gradués confiftoit
à dire , que la Déclaration de 1676. renvoye
à l'ancienneté des Grades.
Mais le Sr Playne répondoit que cette Loi
n'y renvoyoit que les Docteurs , qu'elle ne
change rien au Privilege des septenaires , &
qu'au contraire elle le confirme.
Ce renvoi des Docteurs à la priorité , eſt
une condition aposée à leur exemption du
Privilege des septenaires : ils en sont exempts,
s'ils sont les plus anciens des ayant droit au
Bénéfice ; mais s'ils ne le sont pas , le Privilege
des septenaires aura son cours sur les
anciens Gradués : la raison eft , qu'en ce cas
le Docteur eft sans interêt , étant exclus
d'abord par le plus ancien Gradué,plus ancien
que lui,après quoi le Gradué se trouvant visà
- vis du Septenaire,le Privilege de ce dernier
doit avoir son effet contre le Gradué , dans
toute son étenduë.
,
On faisoit encore une derniere objection
au Sr Playne , sur la notification de sa Lettre
de septennium.
JANVIER. 1740
Il avoit fait cette notification dans les termes
les plus énergiques , par un Acte dans
lequel il avoit donné copie à M. l'Archevê-.
que & notifié sa Lettre de Tonfure , celle de
Maître ès Arts , celle de quinquennium , &
celle de nomination ..
Mais sous prétexte que la notification de
sa Lettre de septennium avoit été faite comme
pofterieure par un Acte séparé , où il
n'étoit pas specifié qu'elle cût été montrée
& exhibée, mais qu'elle avoit été notifiée &
fignifiée à M. l'Archevêque , le Sr Rigoulet
prétendoit que cette notification étoit infuffifante
, & produifoit une nullité dans les
Capacités du Sr Playne ,, aux termes du § ..
Prafatique graduati & nominati du Concordat.
On répondoit de la part du Sr Playne , que
ces expreffions prouvent bien que ce Paragraphe
ne s'aplique qu'aux Gradués simples
& nommés.. Les formalités prescrites aux
Gradués par le Concordat , ne sont point à
la charge des Profeffeurs septenaires ; leur
Privilege n'a été établi que par le Statut
de 1598. il eft directement contraire au droit
commun du Concordat ; on ne peut donc
affujetir les Profeffeurs comme septenaires,
aux mêmes formalités que les Gradués , par
raport à leurs Lettres de septennium en parti
culier , de quo non eft cogitatum .
Le
44 MERCURE DE FRANCE
Le Sr Playne pouvoit même ne pas don
ner copie de la fienne à M. l'Archevêque , &
le Sr Dugard ne lui avoit pas notifié sa Lettre
de Docteur.
D'ailleurs,lorsqu'un Acte fait par deux No
taires , porte qu'un Titre a été notifié & fi
gnifié , ce sont deux operations qui rempliroient
au besoin la double formalité du
Concordat .
De ces differentes réflexions , le Sr Playne
concluoit , que de quelque côté que l'on envisageât
la conteftation , la maintenuë prononcée
en sa faveur étoit jufte & réguliere.
Par Arrêt rendu contradictoirement en
l'Audience de la Grand'- Chambre , le 19.
Mars 1739. conformément aux conclufions
de M. l'Avocat Général Dagueffeau , la Sentence
des Requêtes a été confirmée ; ensorte
que le Sr Playne , en qualité de Profeffeur
septenaire , a été maintenu en poffeffion du
Canonicat contentieux , par préference aux
Gradués nommés , quoique plus anciens , &
au Docteur en Theologic.
*
EPITRE
JANVIER. 1740 . 45
EP ITR E.
De M. L**** de Sepmanville à Mad. *****
au jour de l'an.
L'An paffé , fage & belle Irene ,
Je vous donnai pour votre Etrene
Des Vers qui vous plûrent beaucoup :
Je les faifois alors fans peine .
Mais fçavez - vous pourquoi ? c'eft que dans l'Hy
pocrêne
J'allois fouvent boire le petit coup ;
Mon efprit pour rimer n'étoit point à la gêne
Apollon échauffoit ma veine ,
Et j'étois même un de fes bons Amis,
Aujourd'hui quelle difference !
Depuis que pour fuivre Themir ,
Et qu'à fes volontés foûmis ,
Je lui donne la préference ,
De rimer , belle Irene , il ne m'eft plus permis
A la Raifon je l'ai même promis.
Cependant aujourd'hui vous voulez que je rime
Et pour vous obéir j'oublie en ce moment ›
Que de ne plus rimer j'avois fait le ferment.
La Raiſon , il eft vrai , ne m'en fait point un crime
Mais il faut ici convenir ,
Que
4 MERCURE DE FRANCE
Que la rime qui m'abandonne ,
Malgré moi m'oblige à finir :
La Raifon même me l'ordonne ;
Elle me fait refouvenir ,
Que foumis à fes Loix je lui dois obéir.
Je le fçais ; mais l'aimable Irene
Exige des Vers pour Etrene ; .
La refuser c'eft me trahir ,
Et la forcer à me hair.
Pour prévenir cette difgrace ,
Sans invoquer le Dieu qu'on révere au Parnaffe ;
Sans vouloir m'égarer dans le facré Valon ,
Pour Mufe , je choisis l'eftime ;
C'eft elle en ce moment qui m'inſpire & m'anime
Et mon coeur eft mon Apollon:
Dans ce beau jour , où l'an ſe renouvelle
Sur le toît d'un Ami fidele & généreux ,
J'allois faire pour vous des voeux ,
3
AK
Et vous donner des marques de mon zele ...
Mais que dis-je ? quels voeux peut- on faire pour
vous ?
D'Hebé vous avez la jeuneffe ,
De Venus les attraits , de Pallas la fageffe ,
Votre fort eft brillant & doux ;
Mais il vous faut , dit -on , des fruits de l'Hymenée
Veüille ce Dieu pour vous faire ſa cour ,
Vous étrenner dans la nouvelle année
D'un Fils auffi beau que l'Amour !-
JANVIER. 1740. 47
LETTRE sur l'amour & la connoiffance
des Beaux Arts , écrite de Paris
L
an mois d'Août 1739 .
>
,
E sujet sur lequel vous m'obligez ,
Monfieur à vous entretenir , feroit la
matiere d'un affés gros Livre ; fi j'avois affés
de loifir & les talens néceffaires , je l'entreprendrois
très- volontiers. Mais sans tant de
façon , ni un plus long préambule , je vais
tracer ici ce que j'ai pû me rapeller des divers
entretiens que nous avons eûs ensemble
fur cette matiere puisque vous croyez
qu'elle seroit agreable au Public , & même
utile à beaucoup de jeunes Gens , pour leus
former le goût , en leur, ouvrant une route
aisée , qui non seulement les amuseroit
mais encore piqueroit leur curiosité , & les
mettroit en état de goûter &.de juger ensuite
de ce qu'on entend dire frequemment sur
ces matieres, dans lesquelles des Gens d'Es
prit , & très polis d'ailleurs , n'osent hasar
der leur sentiment , crainte de se donner un
certain ridicule , ridicule qu'il n'eft pas toujours
aisé d'éviter , pour peu qu'on ait d'a
mour propre , & qu'on ne veuille pas paffer
pour n'avoir ni goût ni intelligence pour ce
qui fait l'empreffement & les délices de tant
d'hon
48 MERCURE DE FRANCE
d'honnêtes Gens , que la connoiffance &
l'amour des beaux Arts rend plus eftimables .
En effet il n'y a point de sujet de conversation
& d'entretien qui se présente , plus fréquemment
que celui- ci , car on ne sçauroit
entrer dans aucun apartement où il n'y ait au
moins des Tableaux ou Eftampes, sans parler
des Bronzes , Figures de marbre , Ornemens
de cheminées , Tapifferies , Plafonds , Frises,
&c. & ces sortes d'entretiens font d'autant
plus agreables , que les chofes dont on parle
font fous les yeux de l'Affemblée.
>
Il n'y a perfonne qui ne defire ardemment
d'acquerir du goût & de la connoiffance ,
mais peu de gens agiffent consequemment.
Les uns , par une modeftie mal entenduë
croyent de bonne foi n'en avoir point du
tout , & soit, manque de certaines lumieres,
parefle ou nonchalance ils desesperent
d'en pouvoir jamais acquerir. Les autres ,
remplis d'une trop bonne opinion d'eux-mêmes,
& hardis jufqu'à la témérité , croyent en
avoir beaucoup , & souvent n'en ont point
du tout. Ce sont deux sortes de Gens prefque
également déraisonnables , souvent même
impatientants. Les premiers,à qui on montre
un beau Tableau , vous disent froidement
Je ne m'y connois point , & détournent la
vûë. C'eft comme fi une perfonne à qui l'on
présenteroit une belle Fleur , répondoit , Je
n'ai
JANVIER: 1740 ; 49
n'ai point d'odorat. Le premier aveu n'eſt
pas fi humiliant , mais il n'eft pas plus sensé .
Cette absurdité paroîtra encore plus frapante
, fi on veut bien faire réflexion que la
Peinture n'eft autre chofe que l'imitation des
objets de la Nature , que nous avons continuellement
fous les yeux, && ddoonntt llaa comparaison
se fait bien aisément , même machinalement
, & fans une attention expreffe . Or
tous les hommes , généralement parlant ,
n'ont pas plûtôt les yeux ouverts , & le premier
ufage de la raifon , qu'ils aiment l'imi
tation. Cela n'a befoin ni de preuves , ni
d'un plus long raiſonnement. Or la choſe la
mieux imitée dans un Ouvrage de Peinture ,
de Sculpture , &c. eft toujours celle qui fait
le plus de plaifir au Sçavant comme au vulgaire
; & ce dégré de plaifir & d'interêt que
nous prenons en voyant un Ouvrage , eft la
mefure du dégré d'eftime que nous devons
avoir pour l'ouvrage même. Je parle ici
d'un galant Homme , d'un curieux , amateur
des belles chofes , & qui n'eft point, initié
dans les myfteres de l'Art , mais feulement
éclairé par les lumieres de fa raifon , pat
quelque jufteffe dans l'efprit & par fon goût,
fruits des diverses impreffions agreables que
fon ame a reçûës à la vûë des divers Ouvra
ges , & de réflexions qui les ont fuivies
d'où réfulte ce fentiment fin , délicat , & sûr,
;
par
Jo MERCURE DE FRANCE
par lequel on diftingue ensuite les excellens
Morceaux qu'on aprécie , des médiocres
& des mauvais ; ce discernement exquis
, & ces utiles obfervations par leſquelles
on fait remarquer ce qui manque , ou ce
qu'il faudroit changer our retrancher dans les
chefs-d'oeuvres de l'Art les plus parfaits ; car
il n'y en a point où il n'y ait quelque chose
à defirer pour les Efprits fublimes ; mais pour
le progrès & la perfection des Arts , if faudroit
indiquer par de folides raifons , les
tours ingénieux qu'on pourroit prendre pour
porter à un plus haut dégré de perfection un
Ouvrage qui auroit déja quelque mérite , car
on voit tous les jours des productions où il
n'y a , à la verité , rien de piquant ni de bien
élevé , mais où l'on trouve cependant une
pensée heureuse , un trait hardi & singulier ,
de l'invention , &c. Il n'y a point d'Ouvrage
fait avec amour & une bonne intention , où
F'on ne trouve quelque mérite.
Mais je fais reflexion , M. que je m'épuife ,
ici vainement en reflexions & en raifonnemens
, pour faire naître aux honnêtes Gens ,
qui voyent bonne Compagnie quelque
fenfibilité & quelque goût pour la Peinture,
la Sculpture , l'Architecture , les Eftampes
, les Tapifleries , & c. qui font l'entretien
plus ordinaire de tout le monde , par l'occafion
qu'on a tous les jours d'en voir dans
pes
les
JANVIER. 1740:
Sa
les Lieux publics , & chés prefque tous les
Particuliers,de les admirer, de les critiquer, &
d'en juger enfin, chacun felon fa portée & fon
inclination ; mais, encore une fois , je me donne
une peine inutile ; car les Gens intelligens
& amateurs , n'ont nul befoin de mes
foibles lumieres ; & les autres , que j'ai principalement
en vûë , font pour l'ordinaire des
génies fi bornés , qu'ils n'ont nul fentiment
& nulle lecture ; l'aspect d'un Livre les fait
bâiller. N'importe , vous pourrez m'en fçavoir
quelque gré , au moins fuis - je bien affûré
que vous ne me blâmerez point dans l'intention
que j'ai d'éclairer les jeunes Gens , &
de les aider , finon à leur donner beaucoup
de goût pour les Beaux Arts, du moins à les
engager à les aimer. J'en excepte cependant
un petit nombre de Gens bourrus , revêches
& extraordinairement groffiers ,
dont les organes mal difposés , n'ont jamais
porté dans l'ame aucune impreffion agreable
, abſolument infenfibles à ce qui peut
s'offrir de plus flateur pour l'oüie , la vûë ,
l'odorat , &c. il n'eft pourtant aucun de ces
Hommes , qui ne porte dans fon coeur au
moins le germe des plus belles connoiffan-
& même des talens les plus finguliers ;
mais il faut que quelque culture ou quelque
heureux hazard faffe éclore ce germe.
La proportion en général , met à portée de
ces ,
,
faifir
32 MERCURE DE FRANCE
faifir , même de retenir la pofition des ob
jets agreables , & , quand elle ſe joint à la
symetrie , c'eft une fource de divers agrémens
, des plus fecondes. La symetrie dans
les Ouvrages de l'Art, partage l'objet en deux
ou plufieurs parties égales , fi l'on veut , &
uniformes , mais fufceptibles de contrafte &
de varieté..
Ce qu'il y a d'heureux , M. c'eft que dans
les efpeces d'Inftructions que j'entreprens de
donner ici , pour pouvoir voyager agreablement
dans le Pays des Beaux Arts & avec fruit,
il ne faut qu'une aplication médiocre , &
feulement capable d'amuser.
Comme je ne vous ai pas promis de l'ordre
dans mes Lettres , vous vous contenterez
, s'il vous plaît , des chofes qu'elles contiennent
, fans élegance & fans arrangement
méthodique ; cela auroit trop l'air de précepres
en forme , & c.
Mais à propos d'air , je vais répondre en
pallant à votre question. En confiderant une
Figure peinte , fculptée , en ronde boffe ou
en bas relief , il faut observer un air noble ,
qui marque de l'élevation dans les fentimens,
bien different d'un air tendre , qui paroît être
un garant d'un fentiment de même efpece ,
& où la reconnoiffance & l'amitié peuvent
entrer pour quelque chofe ; d'un air fin , qui
annonce de l'efprit ; d'un air vif , petillant ,
qui
JANVIER . 1740; 58
qui caracterife le feu & la legereté de la jeuneffe.
Avec une médiocre attention , on s'apercevra
que les differens airs de têtes , font
paffer jufques dans l'ame du Spectateur , les
fentimens qu'ils expriment, Les Animaux à
qui l'on attribuë de la beauté , la doivent à
Féclat de leurs couleurs , aux graces de leurs
mouvemens , & aux fentimens qu'il semblent
exprimer par leur air & par leurs peti
tes façons.
A l'égard de l'effet du tout enſemble d'un
Tableau , il y faut apercevoir cet accord &
cette harmonie , qu'on doit à la théorie de
la Mufique , & dont les confonances font
an effet plus ou moins agreable , felon qu'el
les sont de nature à exercer plus ou moins
les fibres de l'ouie , sans les fatiguer. Or il
eft. raisonable de penser que cette loi influe
sur toutes les sensations. Il eft bien des coufeurs
dont l'affortiment plaît ou déplaît aux
yeux , selon la consonance , pour ainsi dire
qu'elles forment dans le fond de la rétine,
Je tâcherai d'être moins diffus dans ma se
conde Lettre. Je suis , Monsieur , &ca
ODE
'MERCURE DE FRANCE
ODE SUR LA CHICANE.
A Meffieurs du Conseil d'Artois.
Nourri sur l'Helicon dès ma tendre jeuneffe ,
Abreuvé de ces Eaux , dont s'enivroient fans ceffe
Les Grecs & les Romains ,
Je descendsjdans un Gouffre obscur, épouvantable ,
Où regne un fier Tiran, vieux Démon, redoutable
Aux malheureux humains.
*
Ghicane... de ton nom dois- je soüiller mes rimes ?..
Muse , lance tes traits , arrête de ſes crimes
Les progrès dangereux ;
Frape ces noirs Supôts , ces Démons fubalternes ,
Que je vois mugiffant , dans ces fombres cavernes
Porter leurs pas affreux.
*
Ici , c'est l'Avarice , harpie infatiable ,
Monftre chés les Mortels à jamais déteſtable ,
Mais trop peu détesté ;
Qui , par un long tiffa d'intrigues tortueuſes ;
Dépouille fes Voifins , victimes malheureuses
De fon avidité .
*
La
JANVIER. 1740
Là , c'eſt l'Ambition , dont la jalouse rage
D'un Rival innocent , mais qui lui fait ombrage ;
Cherche à sapper l'apui ;
Par de lâches détours , par de sourdes machines ;
Elle veut s'élever sur les triftes ruines
Et les cendres d'autrui,
*
Que vois-je ? quel objet ! quelles vives allarmes
Une Epouso éplorée , et noyant dans ses larmes
Ses vertueux apas !
Nuit & jour , isolée , en vain elle rapelle
Un Epoux moiffonné par la Parque cruelle
Et qui ne l'entendpas .
*
Ses enfans autour d'elle , infortunés pupilles ,
Confondent leurs fanglots & leurs cris inutiles
Dans les bras maternels ;
La perte d'un soûtten , subite , irréparable ,
Vous condamne aujourd'hui , Famille déplorable
A des pleurs éternels ,
*
Arrête , Monftre affreux , implacable Chicane ,
Arrête ; où portes-tu de ta fureur profane
Les excès abhorrés
La Veuve & l'Orphelin , au défaut de la Terre ;
D Peuvent
36 MERCURE
DE FRANCE
Peuvent , en leur faveur allumant le Tonnerre
Venger leurs droits sacrés.
*
Tremble ... Mais c'eſt en vain . Ainfi qu'un Loup
terrible ,
Qu'entraîne , que transporte une rage invincible
Au milieu des Troupeaux ;
On voit voler la mort fur fes traces sanglantes ,
Il déchire , il dévore & les Brebis tremblantes ,
Et les foibles Agneaux .
*
Plus acharnée encor , la Chicane homicide
Répand confusément
de sa noirceur perfide
Les tragiques effets.
Rien ne peut arrêter fes efforts indomptables
;
On la voit s'engraiffer du sang des misérables ,
Qu'elle boit à longs traits.
*
Je frémis ; jufte Ciel ! quel fpectacle difforme
De mille objets hideux , quel affemblage énorme
Epouvante ines yeux ?
Les Enfers en couroux , du fond de leurs abîmes ;
Pour former fon cortége , ont-ils yomi les crimes
Les plus contagieux
JANVIER.
"57 1740.
Je vois à fes côtés le Menfonge , l'Injure ,
Le Blasphême effaré , l'audacieux Parjure,
La Haine , la Fureur ;
Sur ses pas redoutés marchent les Brigandages
Le Vol , l'Exaction , les funeftes Ravages ,
Le Desespoir , l'Horreur.
*
Mégere impitoyable , elle envahit le Monde,
Dans presque tous les coeurs sa malice féconde
A fait paffer ses loix ;
Au Cloître , sous le Dais , partout elle se gliffe ,
Son Trône eft l'Univers , ses armes l'artifice ,
Les crimes ses exploits.
Souvent , parmi nos Rois , on vit plus d'un Aleide
Tenter d'exterminer l'infernale Euménide ,
Fatale à leurs Sujets ;
Mais mille coups portés la rendent plus puiffante ;
C'eſt une Hydre immortelle & toujours renaiſſante
Pour de nouveaux forfaits.
*
C'est à vous , Corps illuftre , * Arbitres respectables
Qui faites confifter à vous rendre équitables ,
Votre unique grandeur ,
* Le Conseil d'Artois,
Dij C'e
MERCURE DE FRANCE
C'eſt à vous de venger des attentats du Crime
La Vertu qui gémit & que la Fraude oprime
Sous les coups du Plaideur.
1
*
Pourfuivez . Que toujours votre zele intrépide
Impoſe à la fureur de la Chicane avide
Un redoutable frein ;
De l'austere Themis organes falutaires ,
Soyez & montrez- vous dignes dépofitaires
Du pouvoir fouverain .
Interprete des Loix , foûtien de la Juſtice ,
Le fage Palifot , comme un Aftre propice ;
Brille au milieu de vous.
Ciel conferve des jours fi chers à la Patrie ,
fa Clotho , prens fur nos ans pour augmenter la vie
Ce vol nous fera doux.
*
Puiffe-t'il de Neftor égalant les années ,
Couler dans les vertus fes nombreuſes journées
Sans trouble & fans ennui !
Quand il aura rempli cette heureuſe carriere ,
Nous verrons avec joye , à la place du Pere ,
<
Un Fils digne de lui .
* M. Palifot d'Incourt , Premier Préſident.
J. A, Mallon d'Arras,
PESCHES
JANVIER. 1740. 39
****************
PESCHES qui fe font dans le Bofphore
de Thrace , & fur les Côtes de Natolie
& de Romanie.
Es Mers étant fort abondantes en bon
Coillon,qui entre , ainsi que partout
ailleurs , dans la fubsistance du Peuple , & ,
qui contribue aussi à la délicateffe de la
table des Grands il y a beaucoup de gens
qui s'adonnent à la Pêche , & qui font le
métier de Pêcheurs : mais comme Conftan
tinople , où ils débitent principalement leur
Pêche , eft une Ville habitée par diverfes
sortes de Nations , dont quelques unes ne
mangent que du Poiffon dans de certains
temps de l'année , les Pêcheurs s'adonnent
plus particulierement à la Pêche dans ce
temps - là , fans considerer les Saifons , quoiqu'en
général il y en ait qui pêchent toute
l'année , parce , que les Turcs mangent prefque
régulierement à tous leurs repas , un
plat ou deux de Poiffon .
Les Grecs & les Armeniens ont divers
Carêmes , dans lefquels il ne leur eft pas
permis d'en manger , mais simplement des
Coquillages , ce qui fait que les Pêcheurs
dans ces temps - là , travaillent particulierement
à en chercher , deforte que le Poiffon
Diij
de30
MERCURE DE FRANCE
vient pour lors plus rare ; en général il n'y a
point de jour de l'année qu'il ne se trouve du
Poiffon & des Coquillages au Marché de
Conftantinople.
Les Pêcheurs qui le fourniffent , sont de
toutes les Nations qu'il y a à Conſtantinople
, c'est- à- dire , Turcs , Grecs , Arméniens
& Juifs , & s'affocient indifferemment
entre eux selon leur convenance , un Bateau
'étant quelquefois armé de Turcs, de Grecs &
d'Armeniens; car pour les Juifs ils ne se mê-
Tent guere avec les autres : ces Pêcheurs ne
s'étendent guere plus loin que dans le Port,
dans toute la longueur du Canal , quelques
lieues dans la Mer noire , autour des Ifles
des Princes , & jusqu'à Ponte Grande , dans
Ja Propontide.
Et comme ceux qui pêchent ne pourroient
pas sans se trop détourner , porter eux - mêmes
leur Poiffon à la Ville , il y a de petits
Bateaux,mais extrêmement forts de bois , armés
d'un ou deux hommes au plus , qui
vont au- devant d'eux pour prendre leur Poiffon
, & le porter au Marché.
Outre cette Pêche , qu'on peut apeller
journaliere, il y en a trois autres qui se font
dans des temps marqués , & pour les Salaisons
; fçavoir , celle des Sardines de la Pitchuda
, des Palamides , & des Scombres , à
quoi on peut joindre celle duPesche - Spada
quoiJANVIER
+ 1740.
quoiqu'elle ne soit ni si abondante , ni si
générale que les autres : de cette maniere on
peut diviser les Pêches qui fe font pour la
consommation de Conftantinople , en trois
especes ; en celle de toutes sortes de Poissons
pendant tout le cours de l'année , qu'on
peut apeller journaliere ; en celle des Coquillages
de toute espece , pour les Carêmes
des Grecs & des Armeniens , & en Pêche
pour la Salaison , qui fe fait à des temps
marqués.
,
Tous ceux qui s'adonnent à ces Pêches ,
dépendent d'un Officier inftitué par le G. S.
qui s'apelle Palouk Emini , qui prend un
huitième pour son Droit. Cet Officier a un
Kiosk sur la Marine , apuyé sur les murailles
du Serail , vis -à-vis de Calcedoine , &
qui eft comme la Douane du Poiffon ; &
comme il y a une Pêcherie vis - à - vis , il y a
fait conftruire ce Kiosk , afin que le G. S.
pût y venir prendre le plaifir de la Pêche ,
lorsqu'il en auroit envie.
Outre le Balouk Emini , dont on vient de
parler , il y a quatre Maîtres Pêcheurs Grecs,
qui sont indépendans, et dont lesCharges sont
ordinairement héréditaires ; on les appelle
Mouffellim , & ils font proprement les Pourvoyeurs
de Poiffon du Serail , faisant cette
fourniture aux conditions dont ils sont
Diiij сол
82 MERCURE DE FRANCE
convenus avec les Officiers du Grand Sei
gneur.
On trouve dans ces Mers à
peu près les
mêmes Poiffons que fur la Côte de Provence
; mais comme ils ont differens noms , on
pourra en donner une Lifte en Grec vulgaire
& en Italien. Les Coquillages sont auffi à
peu près les mêmes.
que
Les Turcs , les Grecs , les Armeniens & les
Juifs s'adonnent également à la Pêche ; mais
lesHabitans des Ifles des Princes , dans leGolfe
de Nicomedie , font prefque tous Pêcheurs ;
& comme ce sont eux qui vont dans la Mc
noire , & qui s'étendent le plus dans la Propontide
, ils ont des Bateaux plus forts
les autres , mais pour l'ordinaire armés feulement
de trois hommes , qui manient chacun
deux Rames . Ils en ont de plus forts
pour la Pêche des Sardines , ils apellent
ceux- ci Grippo , du nom des Filets ; on verra
la figure des uns & des autres , de même
que des Pêcheurs , dans les Tableaux qu'ont
fait faire.
Pour ce qui eft des Filets dont ils fe fervent ,
il y en a de differens,felon les differentes sortes
de Pêches: les plus ordinaires sont ceux qu'ils:
apellent Grippo , & Difena. Le tiflu de ce
dernier , a les mailles fort petites , & eft enyclopé
de côté & d'autre , d'un autre Filer ;
dont
JANVIER 1740. 73
+
dont les mailles sont extrémement larges &
d'un fil beaucoup plus gros ; il a trois pieds
de hauteur & environ quatre- vingt pieds
de long , chargé d'anneaux de plomb par le
bas , & soûtenu de liege ou de bois par le
haut. "
On se sert fort peu du Filet apellé Eper
vier, n'y ayant presque que les Gens qui ont
des Maisons fituées sur le bord du Canal, qui
en faffent usage , plûtôt pour le plaifir que
pour l'utilité , dans le tems du paffage des
Palamides & des Scombres. On dira enpaffant
, qu'il eft quelquefois fi abondant ,
que les Gens qui vont en Caïque sur le Canal
, en prennent beaucoup avec la main.
"
La Pêche des Sardines se fait pendant les
mois de Juin , Juillet & Août , toujours de
nuit , & dans le temps seulement que la
Lune ne paroît pas ; il s'en prend grande
quantité , que l'on fait saler , & qui se débite
tant dans le Pays , qu'au dehors , comme
dans l'Archipel , en Candie , en Morée , &
ailleurs.
Maniere de pêcher les Sardines .
Il se fait quantité d'armemens pour cette
Pêche , étant libre à chacun de l'entreprendre
avec la permiffion du Balouck Emini
& en lui payant son Droit.
›
Chaque armement eft composé de deux
D v Basi
4 MERCURE DE FRANCE
Bateaux , l'un plus grand , & armé de cinq
hommes , sur lequel on charge le Filet ; le
plus petit n'eft qu'à quatre hommes , celuii
eft chargé de bruyeres , & a à la poupe,
une grande grille de fer , large de deux pics,
& longue de quatre , laquelle on fait
brûler la bruyere quand il le faut : cette Barque
a douze Pics ( a ) de longueur sur trois
de largeur.
ily
Des cinq hommes du grand Bateau ,
en a quatre qui voguent , & un qui se tient
debout sur la poupe , pour avoir f'oeil au
paffage des Sardines , & jetter le Filet : ce
Filet qui eft très- fin , a cent pics de longueur
sur vingt de large , il eft chargé de
plomb par le bas , & par le haut il y a de
diſtance en diſtance de petits barils vuides
qui servent à le soûtenir,lorsque la Pêche cft
fort abondante.
Cet armement confifte donc en neuf hommes
, deux Barques & les Filets ; chaque
homme a une portion , chaque Barque de
même , & les Filets en ont quatre ; mais
auffi c'eſt le Maître des Filets qui se charge
de toutes les dépenses ; si la Pêche eft bonne
, il trouve suffisamment de quoi se dédommager
, mais fi elle ne l'eft pas , il
perd ses avances , & ses compagnons leur
travail.
(a) Le Pic eft un peu plus long qu'une demi- aune.
Ces
JANVIER 7740% 5
Ces Bateaux ainfi armés , les Pêcheurs se
fransportent de jour à portée des Endroits
connus pour être propres à cette Pêche ; &
la nuit venue, les deux Bateaux se mettent en
mouvement , le grand marchant le premier ,
& le second le suivant à une petite diftance.
Le Reis , ou Chef de la Barque , se
tient de bout à la proue , & de cinq en cinq
minutes , il frape du pied afin d'épou
vanter les Sardines & de leur faire faire
un mouvement pour reconnoître par le
bruit qu'elles font , s'il eft temps de lâcher
le Filet. Dès qu'il a pû reconnoître qu'elles.
vont en troupes , il jette son Filet à la Mer,
& pour lors le second Bateau allumant son
feu & l'entretenant soigneusement , se pro
mene doucement sur les Filets , afin que les
Sardines , attirées par cette clarté , y accourent
, & se prennent de quelque côté qu'elles
y viennent'; cela fait , on retire les Filets .
Si la Pêche a été bonne , ils vont à Constantinople
, chés le Balouk Emini pour la
vendre. Cette Pêche se fait aux environs de
cette Ville , & à la diftance seulement
de vingt ou trente mille , les Pêcheurs étant
obligés d'y aporter leur Poiffon pour le saler.
Pêche de la Pitchuda.
La Pitchuda eft un Poiffon plus grand
que la Palamide , & quasi de mêmè figure ;
D vj
MERCURE DE FRANCE
1
son paffage commence à peu près dans le
temps que celui des Sardines finit , c'eſt
à - dire vers le mois de Septembre ; il n'eft estimé
que pour les salaisons ; les plus gros
peuvent peser trente livres , & ainfi il faut
que les filets soient beaucoup plus forts &
plus longs que ceux dont on se sert pour les
Sardines ; ils ont communément trente pics
de hauteur , sur deux cent de longueur. Ce
Poiffon vient de la Mer Noire , & c'eſt à son
embouchure principalement & dans le cours
du Canal qu'on en fait la Pêche.
On y employe les mêmes Bateaux dont on
s'eft servi pour celle des Sardines , avec cette
difference , qu'au lieu de la Bruyere & de
la Grille dont on se sert dans celle - ci , pour
faire du feu , on n'employé dans la Pêche de
la Pitchuda qu'un pot de terre avec du bois
gras.
Les Bateaux étant préparés pour la Pêche ,
ils paffent une corde de l'un à l'autre , de la
longueur de trente pics , & voguent à distance
égale , le plus doucement qu'il leur eft
poffible , vers l'endroit où ils croyent rencontrer
du Poiffon ; plus la nuit eft obscure ,
plus il leur eft facile de le reconnoître . Ce
Poiffon , qui va en grandes bandes & aflés
lentement , faisant un mouvement & comme
une espece de sillage qui fait briller la
Mer. Auffi-tôt que les Pêcheurs sont à por
τές
JANVIER. 17407
tée du Poiffon , les Bateaux s'éloignent l'u
de l'autre , en laiffant tomber leurs filets en
demi cercle, de sorte que le Poiffon, se trou
vané au milieu , ne puiffe pas se débaraffer
jusques à ce que les Pêcheurs ayent rejoint
les deux bouts du filet , & enfermé entierement
le Poiffon . Cette Pêche demande une
grande promptitude & beaucoup de silence .
Quande Poiffon eft ainfi enfermé dans le
filet le second Bateau allume son feu ,
& commence à voguer deffus ; si ils se
trouvent affés près de terre , pour que le filet
puiffe toucher le fonds , ils jettent des
pierres au milieu du filet , battent la Mer
avec leurs perches & font grand bruit , afin
que le Poiffon , qui n'eft encore qu'envelopé
cherchant à s'enfuir de viteffe , s'embarraffe
& se prenne dans les filets .
Il faut remarquer que lorsque les filets ne
peuvent point atcindre jusques au fond , les
Pêcheurs ne font point d'abord de bruit , &
se contentent seulement d'allumer leur feu ,
pour attirer le Poiffon sur la superficie de
l'eau , mais aussi- tôt qu'ils l'aperçoivent ,
ils:
font un grand bruit , jettent des pierres &
battent la Mer , afin d'étourdir le Poiffon &
de l'obliger à se jetter dans les filets .
Comme ceux qui font cette Pêche, entrent ›
quelquefois dix ou douze lieues dans la Mer
Noire, & s'étendent jusques à Ponte - Gran
de à
88 MERCURE DE FRANCE
de , dans la Propontide , le Balouk Eminy
cinq ou six grandes Barques , armées de six
hommes chacune, & d'un Timonier pour les
suivre dans tous les endroits où ils vont ;
fous les matins, chaque Armement vient rendre
compte de sa Pêche à ceux qui commandent
ces Bateaux , & la leur consigne ;
ceux- ci la portent au Balouk Eminy , qui la
fait vendre à ceux qui salent ce Poon ; ce
sont , pour la plûpart , des Grecs & des Juifs.
Le partage pour cette Pêche eft le même que
pour celle des Sardines.
Pêche du Scombre.
A la Pêche des Sardines & de la Pitchuda
succede celle des Scombres, qu'on peut pres
que comparer pour l'abondance à celle des
Harangs , ce Poiffon sort régulierement de
la Mer Noire dans le temps que le froid y
commence , & paffant par le Canal , il se
jette du côté du Golfe de Nicomédie ; cette
Pêche dure jusques au mois d'Avril. Le
Poiffon qu'on prend dans les mois de Novembre
& de Décembre eft fort eftimé &
n'eft guere inférieur au Harang , sur tout
pout les gens qui aiment le Poiffonfumé.On
fait saller ou fumer tout celui qu'on prend
dans ces deux mois ; pour celui qu'on prend
ensuite dans les autres , comme ce Poitfon
eft maigre , on se contente de le faire secher
21
JANVIER. 1746: 61
Tu Soleil;le Peuple en consomme une grande
quantité & il s'en envoye aussi au - dehors . Ce
Poiffon se vend par millier ; dans le commencement
il se vend jusques à dix piaftres
le millier , & sur la fin il ne revient qu'à
vingt sols de France.
Les Armemens pour cette Pêche sont plus
forts que ceux des précedentes, elle se fait avec
des Barques qui ont six rames par bande , les
filets sont de l'espece qu'on apelle Grippo ,
mais beaucoup plus longs que ceux qu'on
employe dans les autres Pêches ; au reste ce
Poiffon paffe en si grande quantité , qu'il n'y
a pas un des Particuliers qui ont des maisons
sur le Canal , qui avec la ligne n'en
puiffe prendre beaucoup , il y a même des
Pêcheurs qui ont des Lignes à cent & deux
cent hameçons , qui ne font que les jetter à la
Mer & les retirent chargées de Poiffon. D'au
tres tendent une espece de filet à plat au bord
du rivage , dont les deux extremités sont
soûtenues par deux grandes perches qu'ils
tiennent ; un d'eux, qui eft debout, tient à la
main un de ces Oiseaux qu'on apelle Ames
damnées , en Turc , Deli-Couch , & en Grec ,
Lolo pouli, ce qui veut dire en ces deux Langues
Poissons fols ; & quand il voit que le
Poiffon paffe en abondance sur le filet , il
lance cet Oiseau au milieu , ce qui trouble
si fort le Poiffon , que voulant s'enfuir , il se
prend
78 MERCURE DE FRANCE
prend de tous côtés dans les filets , qu'on les
ve ensuite. Cette Pêche et l'amusement de
presque tous ceux qui ont des maisons sur
le Canal,
Pêche du Turbot:
Le Turbot , que les Turcs apellent Calkán
& les Grecs Siaki , est le Poiffon le plus es
timé par les Turcs ; ils ne le servent pas
comme nous entier & au courtboüillon , mais
le séparant aux noeuds de la grande épine !
& le partageant par morceaux en petites
rouelles longues, ils le font frire, et il est certainement
meilleur de cette maniere que de
toute autre. Outre les Turbot's qui se pren
nent quelquefois par les Pêcheurs qui cherchent
d'autres Poiffons , il y en a une Pêche
particuliere dans la Mer noire qui n'est permise
qu'aux Pourvoyeurs du Serail, apellés ,
comme j'ai dit ci -dessus Mouffellims ; cette
Pêche ne s'étend que dans un circuit d'environ
vingt milles hors de l'embouchure de
la Mer noire , les Mouffelims ont dans cet
espace , tant du côté d'Europe que d'Asie
des Talians out especes de Madragues, où ils
font cette Pêche depuis le mois de Mars
jusqu'au mois d'Avril ; il y a à chaque Ta-
Han quinze ou vingt personnes de differente
Nation , avec un Chef ou Reis qui les commande
; ils ont deux Barques , sçavoir , une
JANVIER 1740.
cing hommes par bande , et une autre petite
à trois Rameurs seulement , qui ne sert
qu'à transporter le Poisson à Constantinople
; les filets dont ils se servent sont de l'espece
apellée Tifana , mais beaucoup plus
longs , et apellés en Turc et en Grec Thonos,
c'est-à-dire , filet complet.
La maniere de proceder à cette Pêche est
d'embarquer deux ou trois de ces filets , er
de s'avancer en pleine Mer jusqu'à 30. ou
40. milles ; quand les Pêcheurs sont dans
l'endroit de la Pêche , ils jettent leur premier
filet en droite ligne et se retirant un
mille plus bas , its lâchent le second , et ainſi
du troisiéme , après quoi ils retournent
leur Talian , et ne reviennent que trois jours
après pour élever leurs filets ; fi la Pêche a
été bonne , ils les laiſſent au même endroit
encore pour quelques jours , finon ils cherchent
quelqu'autre endroit plus favorable ;
ón en prend quelquefois qui pesent jusqu'à
vingt livres , mais les ordinaires ne sont que de
sept à huit livres. C'est le Poisson le plus cher
et le plus estimé qu'il y ait à Constantinople.
Les hommes employés à cette Pêche ne
sont point à la part , mais payés à 25. ou 30.
piastres par tête pour toute la campagne ;
le Reis a le double , et ils sont tous nourris.
Il n'y a point de Pêche reglée pour les Soles ,
if s'en prend quelquefois dans les filets, mais
la
72 MERCURE DE FRANCE
la maniere la plus ordinaire de les prendre
est la nuit au trident.
Pêche du Poiffon Spada.
Cette Pêche ne se fait que dans le Canal
de la Mer noire, depuis son embouchure jusqu'au
Château ; elle commence dans le mois
de Septembre , et dure jusqu'à la fin d'Octobre
, on en prend quelquefois dans les au
tres mois de l'année , mais le paffage n'est
que dans ce temps-là.
Il y a deux Talians ou Madragues à Beikos
, Village fitué sur la Côte d'Afie ; les filets
y sont tendus comme dans les Madragues
ordinaires ; à la tête du filet il y a un
mât extrêmement élevé et planté dans le
Golfe même , sur le haut duquel un homme
seul peut se tenir ; on releve cet espece de
sentinelle de 4. en 4. heures , il y a des fignaux
pour avertir quand le Poiffon est entré
dans la Madrague , pour lors les Pêcheurs
accourent avec leurs bâteaux , et au moyen
de certaines maffuës ferrées ils l'affomment.
On en prend souvent jusquà trois cent à la
fois. Ces Talians apartiennent aux Mouffelims
, et aucun autre qu'eux n'en peut avoir.
Dans les autres endroits cette Pêche est libre
, mais elle se fait d'une autre maniere.
On a pour cette Pêche un filet extraordinaire
, haut de vingt brasses et long de
quinze
JANVIER 1740. 73
quinze , sans plomb au fond , mais seulement
vers le haut quelque morceau de liége
pour le soutenir , le fil de ces filets est de
la grosseur d'un demi doigt , cette Pêche se
fait pendant la nuit , et on n'y a pas besoin
de plus de deux hommes ; ils s'avancent au
tant qu'ils le jugent à propos vers l'embouchure
de la Mer noire , ensuite jettant leurs
filets à la Mer , ils les lient avec une corde à
leur bateau , et se laissent aller au gré dự
courant sans voguer jusqu'au premier Château
; comme toute cette étendue du Canal
est fort profonde ,leurs filets ne touchent nulle
part, et le Poiffon qui vient de la Mer noire
et qui va plus vite que le bateau s'y em
barrasse et s'y prend de lui-même , ce que
le Pêcheur remarque au mouvement de la
corde attachée à la poupe ; pour lors il leve
le filet et assomme le Poisson pour le retirer
dans le bateau , ils en prennent de cette maniere
jusqu'à trois et quatre à la fois et le
transportent ensuite à la Ville , où il se vend ,
partie pour être mangé frais , partie pour
être salé , selon que la Pêche est bonne ou
mauvaise : le prix de ce Poisson va de
tre à six paras l'ocque . L'ocque est de 42 .
onces.
qua-
Il se pourroit faire une Pêche assés considérable
de Thon dans le Canal de la Mer
poire , on en trouve toute l'année , et il y en
a
MERCURE DE FRANCE
a une espece de passage dans le temps de
celui des Scombres ; mais comme les Turcs,
lés Grecs et les Arméniens ne mangent pas
de ce Poisson , il ne s'en fait point de Pêche
particuliere , il s'en prend quelquefois dans
la Madrague des pêches . Spada , et fréquemment
avec les mêmes filets que l'on
prend les Scombres. Les Grecs les apellent
Orchionos ; comme ils sautent quelquefois .
Hors de l'eau à la maniere des Dauphins
et qu'ils cotoyent les maisons du Canal , les
Turcs se divertissent quelquefois à les tuer
à coups de lance.
Voilà à peu près ce qui se peut dire sur les
Pêches qui se font aux environs de Constantinople
; on trouveroit les mêmes Poissons ,
et peut-être avec plus d'abondance , tant
dans la Mer noire que dans le Bosphore ;
mais le défaut de consommation et la paresse
des gens du Pays empêchent les Habitans
de s'exercer à la Pêche.
L'AMOUR
JANVIER. 1740 75
*********** *********
L'AMOUR MEDECIN,
POEM E.
Sur la Convalescence de Mile de R..
ΑνU premier bruit de votre maladie
On vit le Dieu qu'adore l'Idalie ,
Triste , rêveur , & dédaignant l'encens .
Qu'à ses Autels vont offrir les Amans
Pour se liver à son inquietude ,
2
>
Loin des Humains chercher la solitude.
Là , du péril qui menace vos jours
Cachant l'état même aux jeunes Amours ,
Quoi se dit -il à lui- même , sans honte
Je laisserai de cet Astre nouveau ,
Qui doit un jour éclairer Amatonte ,
A son lever s'éclipser le flambeau !
Je verrai donc l'ornement de la France
Une Beauté , la plus grande esperance
De mon Empire , au sortir du berceau ,
Porter les ris & les jeux au Tombeau !
Et dans Paphos , de mon dépit extrême ;
A des regrets je bornerois l'effort !
Non , dit- il , non , j'en jure par moi - même ,
Par tous les Dieux , témoins de mon transport ;
Si
76 MERCURE DE FRANCE
Si je ne sauve une si belle vie ,
Ou de la mort sous sa faulx ennemie
Quoi qu'immortel, je subirai le sort
Ou de mes traits je percerai la mort.
Il dit , soudain prenant un vol rapide ,
Il fend des Airs la Campagne liquide ,
Atteint bien- tôt cette antique maison ,
Qui de nos Rois , amis de vos Ancêtres ,
Fit si long-temps les délices Champêtres ;
Licux oùjadis la belle M.
Par l'ascendant de ses graces fatales ,
Du fier Amour , vainqueur de la raison ,
Dans tant de coeurs versa le doux poison ,
Et fit au loin trembler tant de Rivales.
Là , dans les bras de vos tendres Parens ,
Dont tous les soins deviennent impuissants ,
Parmi l'horreur de cent crises soudaines ,
Sur une couche interdite au repos ,
Du feu mortel qui coule dans vos veines ,
Par vos soupirs vous exhaliez les flots ;
Et sous l'effort des Aammes meurtrieres ,
Que par accès, redoublant ses assauts
La fievre étend jusqu'au vif de vos os ,
Vous adressiez à la mort vos prieres ;
Quand tout- à-coup l'Enfant Dieu de Paphos
S'offre à vos yeux, pour soulager vos maux,
Heureusement nul supot d'Hypocrate
2.
De
JANVIER 1749 78
•
De ces cantons ne se trouva voisin ;
A leur défaut devenu Médecin ,
Sans Kinkina , sans Bols , sans Opiate ;
Ni tant d'aprêts de leur Art assassin ,
L'Amour aproche , examine , voit , tâte ,
Et connoissant la Maladie à fond ,
Veut vous guérir , l'entreprend , en répond
D'abord au lieu de Lancete ordinaire ,
De son Carquois il tire sans myftere
Le premier Trait qui tombe sous sa main ;
Puis , éclairé de son flambeay divin ,
Vous pique au bras , & du levain contraire
Qui du pur sang gâtoit la masse entiere
Par la saignée affoiblit le venin ,
Et vous rapelle enfin à la lumiere.
De son bandeau , qu'il a déja mis bas ,
Pour diriger à coup sûr la piquûre ,
Dans le moment il fait , sans embarras ,
Tout à la fois compresse & ligature ;
Et sans délai refermant l'ouverture ,
Au doux sommeil , qui vous prend dans ses bras
Il vous confie & ne vous quitte pas.
Considerant alors votre visage
Sous la pâleur languissant , abattu ,
Ainsi qu'un Lys , que l'orage a battu ;
Pour réparer un si sensible outrage ,
Le jeune Dieu rassemble les Zéphirs
Qui
178 MERCURE DE FRANCE
Qui folâtroient , épars dans un boccage ;
Ces Confidens des amoureux désirs ,
Jusques à lui s'étant fait un passage ,
A leur haleine il mêle ses soupirs ,
Et de leur souffle , en les frapant de l'aîle ,
Hâtant l'essort , réveillant leur lenteur ,
Il leur imprime un degré de fraîcheur ,
Qui , pénetrant vos sens , qu'il renouvelle
Jusques au fond de l'intime moielle ,
Va de la fiévre éteindre la fureur ,
Et tempérant ainsi l'ardeur maligne
Qui ravageoit vos membres entrepris ,
Au juste point d'une chaleur benigne
Réduit l'excès de ces feux ralentis ;
Et des Liqueurs dans leurs divers conduits ,
Refait si bien par degrés l'équilibre ,
Qu'après un somme égal , profond , rassis ,
Le calme enfin regnant dans vos esprits ,
yous vous trouvez au réveil saine & libre.
Au même instant l'heureux fils de Cypris ,
Des prompts effets du Remede surpris ,
Voit dans vos yeux reparoître les Graces ,
Les tendres Jeux , avec les Ris badins ,
Şur votre front se disputer leurs places
Et voltiger à l'envi , par essains ,
?
Au tour de vous mille Amours enfantins,
Tel un Muguet desseché par le hâle ,
Qu'en
JANVIER.
1740.
Qu'en son dépit l'Amante de Céphale ,
Au point du jour arrose de ses pleurs ,
Reprend bien- tôt sá force , ses couleurs ,
Au doux apas du parfum qu'il exhale ;
Déja l'Abeille y puise son Nectar ;
Déja vers lui fondent de toute part
Maints Papillons des mêmes feux complices ;
A ses faveurs en amour peu novices ,
Faisant semblant de ne point prendre part ,
Au tour de lui chacun erre au hazard ,
Er chacun vise à ravir les prémices.
Ainsi vous fut avec votre beauté ,
Restituée en trois jours la santé ,.
Ou bien plutôt en vous, toujours charmante ,
Ainsi se sont succedés dans trois jours ,
Et ces attraits d'une langueur touchante ;
Et ces traits vifs, d'une Beauté piquante ,
Qu'en elle seule à la fois & toujours
Peut réunir la Mere des Amours.
Vivez ; aimez ; ces jours qu'on vous conserve
( Vous dit alors l'Enfant aîlé , ) songez
Que c'est pour moi qu'ils vous sont prolongés i
Que cet avis pour l'avenir vous serve ;
Je vous les laisse , avec cette réserve ,
Et m'en frustrer , seroit me faire un vol.
Adieu , je pars, ravi de ma conquête
Aux bords de Gnide en ordonner la Fête ;
L K
30 MERCURE DE FRANCE
Il dit , trois fois s'agite & prend son vol.
Pour moi , qui dois mieux penser à mon âge,
Que cet Enfant, tout Dieu que l'on le fait ,
Je vous dirai : profitez du bienfait ,
Mais gardez-vous d'un conseil si peu sage ;
Du même trait dont il sçut vous guérir ,
Il peut, s'il veut , vous faire aussi périr ;
Souvenez -vous que cette fievre même ,
Dont vous avez si fort craint le retour
N'est rien au prix de celle que l'Amour
Fait tôt ou tard sentir à quiconque aime,
Pour être heureuse avec tous ces apas
Qu'on sçait chez vous être un bien de famille
De votre Mere il faut suivre les pas ;
Soyez comme elle ( en tout sa digne fille )
Aimable , belle , aimée , & n'aimez pas.
Par L. D. V
ง
JANVIER 1740: 8r
*********************
In risposta al Signor Voltaire , per quelle obbliganti
parole della Lettera da lui scritta a
un' Inviato d'Italia in Parigi li 18. Ottobre
1739. nella qual parlando di Giovan Fran
cesco Nenci , Tradutor dellafua Enriade,
così dice :
J'A
' Aveis peur , Monsieur , qu'il n'entrât
d'amour propre dans le plaisir que
trop
m'a fait la Traduction Italienne de la Hen
riade de M. Nenci ; mais puisque vous en
êtes content , je ne dois plus douter du juge
ment que j'en ai porté , & je n'ai qu'à ce
mercier l'Auteur qui m'a embelli , & c.
SONETTO.
Non io il vostro stil , voi'l mio illustrate,
Gran Poeta, co vostri alti pensieri ,
Co' begli accenti , aª quai non fia ch'i speri
Di giugner mai , che troppo alto poggiate.
Egli è ben ves , che le mie carté ornate
Son di be fiori di Parnaso veri ,
Onde fregi di Fama eterni , e alteri
Nel Mondo avrò : ma voi quelli mi date.
Portia me pur l'Entiade gran lode
MERCURE DE FRANCE
innalzi ' l nome mio fino alle ftelle ,
Vostra è la gloria ; e di ciò l'alma gode !
: Quella è solo una tela , in cui le belle
Idee vostre pinsi ; or saria frode
Prender l'onor , che a voi si dee per quelle.
Nenci:
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du premier Volume du mois de
Decembre , par Corps , Barbarina , & Spelunca.
On trouve dans le premier Logagryphe
, Arabia , Barbaria , Barbara , Arar
Rana ; & dans le second , Penus, Lucas
Pecus , Lacus , Luna , Acus , Lac , & Sal.
L'Enigme & les Logogryphes du second.
Volume de Decembre , ont été faits sur
Canada , Point, Coutelas , Benf, & Avis.
AAAAAAAAAAAAAAAAA4448
J
.
ENIG ME.
E suis ce qu'un Amant pour prix de sa tendreffe
Préfente , en certain temps , à fa chere Maitreffe :
Un Pere liberal me donne à son Enfant ;
L'Ami de fon Ami me reçoit très-fouvent ,
Mais
JANVIER 1740.
Mais fous le voile obfcur d'une amitié fincere ,
L'interêt plas fouvent entre dans mon myftere,
En diverfes façons je fçais me preſenter.
Par mon accueil poli j'ai l'art de contenter
L'homme le plus brutal , & le moins debonnaire.
Il en eft , qui, doüés d'un talent peu vulgaire ,
En moi fçavent répandre un plus noble agrément;
De leurs foins, de leurs voeux je fuis le truchements
J'exprime de leur coeur le fentiment fidele ;
Je fuis ainfi , Lecteur , plus fimple , mais plus belle
Par M. P. J.T.V. de Rouen.
J
LOGOGRYPHE.
E t'offre ici , Lecteur , l'objet de ton étude ¿
Consulte à ton loisir ma jufte exactitude';
Forme ton Plan sur un vafte Horison
Et m'examine avec combinaison .
De huit , affemble trois , je suis une étendue
Qu'on ne peut limiter, qu'autant qu'elle eft connue.
Cinq membres de mon tout ( fi tu calcules bien
Font le nom d'un Royaume ancien :
Cherche un Fleuve fameux , & pour la mélodie
Deux fons de cadence infinie ;
La nourriture aux bonnes gens ,
Qui par malheur n'ont plus de dents ;
E iij
Le
4 MERCURE DE FRANCE
Le titre que l'on donne
A celle dont le front eft ceint d'une Couronne.
Il faut t'embarraffer par quelque nouvean tour ;
Sçais- tu de qui tu tiens le jour
Quel mal fait un Fauffaire & quelle eft fa fotise
Quel eft l'impôt chéri des Gens d'Eglise
Que fait un homme defoeuvré ▸
C'eft affés , à mon gr邈
Te tracer le précis & te donner l'idée
D'un mot qui te viendra bientôt à la pensée.
AUTRE.
UN malin Afthme
Vin très -amer
Martin Luther ,
Jean Hus , Erafme ;
Maître Valet ,
Jeune Mulet ,
Rave mal faine ,
Livre Latin
Sur maint Lutrin
Sainte Semaine
Asne marin
Veine menuë
Ami trahi
Mari tranfi ,
Mere Eve émuë ,
Tamis use Riaute
JANVIER 1740,
Riante Mufe ,
Utile Ruse ,
Métier aisé
Vain Athéilme ;
Et , fale , temps ;
Se trouvent dans
L.
A. R. D. R. P.
LOGOGRYPHUS.
Mptor , Roma , Pater , Mater , Raptor , Mora §
Emptor ,Mitra,
Aër , Aper , Rapio , Pareo , Poría , Maro ;
Armor , Amor , Pario , Pia , cam Petrâ , Mare
Prora ,
Magnum conftituunt , Lector amice , Virum.
P
NOUVELLES LITTERAIRES ·
DES BEAUX ARTS , &c.
ANEGYRIQUES DES SAINTS , par le P.
de la Rue , de la Compagnie de Jesus ,
avec quelques autres Sermons du même
Auteur sur divers Sujets , 1740. 2. vol . in-
12. A Paris , chés Pierre Gissey , ruë de la
vieille Bouclerie , & Marc Bordelet , ruë
S. Jacques,
Ej TRAITB
17 MERCURE DE FRANCE
TRAITE ' des Monitoires , dans lequel on
raporte leur origine , leurs effets , les formalités
qui doivent y être observées , & les cas
dans lesquels on eft obligé ou exempt de
venir à revelation , par M. Rouault , Curé de
S. Pair. Un Volume in - 12. A Paris , chés les
mêmes , & chés Ganeau , même ruë.
LE JEU DE QUADRILLE , avec le Médiateur
& la Couleur favorite. Nouvelle Edition
augmentée du Médiateur Solitaire à
quatre & à trois ; & plusieurs nouvelles décisions.
A Paris , chés Théodore le Gras ,
Grand'-Salle du Palais ,à l'L. couronnée 1739%
in 12 , de 86. pages.
1
COMMENTAIRE LITTERAL sur la Sainte
Bible , contenant l'Ancien & le Nouveau
Teftament inseré dans là Traduction Françoise
, par le R. P. De Carrieres , Prêtre de
'Oratoire de Jesus , à Paris , chés Jean-
François Moreau , rue Galande , à la Toison
d'or ; in- 8°. 4. vol.
HISTOIRE du Christianisme d'Ethiopie
& d'Armenie , par M. Mathurin Veyffiere la
Croze , ancien Profeffeur en Philosophie
Bibliothecaire & Antiquaire du Roy de
Pruffe , à la Haye , chés la Veuve le Vier , &
Pierre Paupier , Libraires , 1739. in - 12 .
USAGES de l'Analyse de Descartes , pour
décou
JANVIER 11746.
découvrir sans le fecours du calcul differens
tiel , les proprietés ou affections principales
des lignes Géométriques de tous les ordres.
Par Jean-Paul de Gua de Malves , 1740.
in- 12 . A Paris , chés Ant. Cl . Briaffon , ruë
S. Jacques , & Piget , Quai des Auguftins.
TRAITE ou Differtations sur plusieurs
Matieres Feodales , tant pour le Pays Coû
tumier , que pour les Pays de Droit Ecrit
Seconde Partie , contenant 1 °. les Observations
sur la Prescription du Seigneur sur le
Vallal , vice versa , la Prescription de Sei
gneur contre Seigneur , & la Prescription.
du Cens dans les Coûtumes Allodiales , &
le Droit Ecrit. 2°. les Obfervations sur le
Droit de Relief , dans tout le Pays Coûtu
mier avec l'Explication de toutes les Coû
tumes , chacune en particulier , & les Droits
usités dans le Pays de Droit Ecrit, & dans les
Coûtumes qui fuivent enpartie le Droit Ecrit,
lesquels se levent sur les Rotures, & symboli
sent avec le Relief Feodal. Par Me Germain
Antoine Guyot, Avocat au Parlement. A Paris,
chés Sangrain , fils , Grand'- Salle du Palais,
à la Providence , 1739. vol . in- 4°. pag. 678%
Prix , 7. liv. 10. fols relié.
;
Nous avons donné l'Extrait de la premiere,
Partie de cet Ouvrage dans, le Mercure du
mois de Novembre dernier , page 2660. Les
Ev divers
8 MERCURE DE FRANCE
'divers Traités particuliers que ces deux Vos
lumes renferment , & ceux que l'Auteur
promet de donner dans la suite , doivent
embraffer toutes les differentes parties de la
matiere des Fiefs , & former un Traité géné-
'ral de cette Matiere dans lequel néan
moins il n'y a aucun ordre général observé
dans l'arrangement des differens Traités
mais seulement l'ordre qui convient dans
chaque Traité particulier.
,
La seconde Partie qui paroît depuis quel
ques mois , ne comprend que deux Traités
ou Differtations , la matiere s'étant trouvée
susceptible d'une affés grande discuffion .
و د
Le premier de ces deux Traités eft sur la
Prescription , considerée par raport aux
Fiefs , ce qui comprend la Preſcription du
Seigneur contre le Vaffal , vice versâ , it
établit entre autres chofes , contre l'opinion
commune , que le Seigneur & le Vaffal ne
peuvent jamais prescrire l'un contre l'autre
même par 30 ans , sans titre particulier de
proprieté. L'Auteur traite ensuite de la Pres
cription qui peut avoir lieu entre deux Seigneurs
indépendans l'un de l'autre , tant pour
acquerir la mouvance d'un Fief , que la directe
fur une Roture ; & enfin de la Prescription
du Cens dans les Pays de Coûtumes
Allodiales , & dans les Provinces qui suivent
le Droit Ecrit ; il raporte beaucoup
d'Arrêts intervenus
à ce sujet. Le
JANVIER: 3740 89
Le second Traité eft sur le Droit de Rathat
ou Relief , qui a lieu dans les Pays,
Čoûtumiers. M. Guyot fait voir qquuee dans
son origine , ce Droit a été subftitué à celui
de la Réversion des Fiefs , qui avoit lieu
au profit des Seigneurs , lorfque les Fiefs
n'étoient concedés qu'à vie , ou pour un
certain nombre de générations. Après avoir
parlé de ses differentes dénominations
il
explique dans quels cas ce Droit eft dû , &
parcourt à ce sujet tous les differens cas de
Succession directe & collaterale , celui de
la Démiffion , de la Donation , de la Renonciation
de l'Enfant , du Déguerpiffement &
de la Succeffion vacante ; de la Subftitution,
du Don mutuel , de la Diffolution de communauté
, des seconds , & autres Mariages ,
des Mutations de Bénéficiers , Résolutions
de Contrat , & autres Mutations qui peuvent
donner ou ne pas donner lieu au Relief.
On trouve dans le Chapitre XI. ce qui
concerne le Rachat abonné ou ameté , c'eſt-,
à- dire pour lequel le Seigneur , tant pour lui
que pour ses succeffeurs,même à titre ſinguher
, a quelque convention particuliere.
Dans le Chapitre XII , il eft parlé du Rachat
rencontré , qui est lorsque deux causes
de Rachat concourent en même temps .
Les Chapitres suivans expliquent quand
commence l'année du Relief , & ce qui en-
E vj
cre
30 MERCURE DE FRANCE
tre dans le Relief , quelles en sont les char
ges , & ce qu'il y a de particulier, par raport
au Relief dans chaque Coûtume .
L'Auteur finit ce Traité par l'explication
de quelques Droits qui ont affés de raport
au Relief , tels que le Plaid Seigneurial , qui
a lieu en Dauphiné , les Acaptes & arrieres
Acaptes , qui ont lieu en Guyenne & dans
le Languedoc ; les Droits de Milods , qui
ont lieu dans plusieurs Provinces de Droit
Ecrit , & le Droit de Marciage , qui eſt par→
ticulier à la Coûtume de Bourbonnois.
Quoique ce Volume ne contienne pas tant
de Traités que celui que l'Auteur donna
Pannée derniere , il n'eft pas moins curieux ,'
ni moins utile au Public.
Nous donnerons inceffamment un Extrait
des Notes que l'Auteur a données sur les
Coûtumes de Mantes & Meulan ,
JAC
MEMOIRES pour servir à l'Hiftoire des
Hommes illuftres dans la République des
Lettres , &c . Par feu le R. P. Niceron , Bar
nabite. Tome XL. in - 8 ° . A Paris, chés Briasson
à la Science . M. DCC . XXXIX.
J
Le R. P. Niceron , Auteur de cette grande
& utile Compilation , étant décédé au mois
de Juillet de l'année derniere , après la com→
pofition du Volume précédent , duquel nous
avons rendu compte , & ayant laiflé dans
ses
}
JANVIER 1946
Jes Papiers les materiaux néceffaires pour
l'impreffion de celui dont il s'agit ici , on ne
peut que fçavoir bon gré à ses Superieurs
qui ont pris des soins particuliers , non seulement
pour ne point fruftrer l'attente du
Public pour la suite de cet Ouvrage , mais
encore pour lui faire connoître particulie
rement le sçavant & laborieux Ecrivain à qui
il en eft redevable..
C'eft de quoi ils se sont dignement acqui
tés , quoique peut - être avec un peu trop de
modeftie ; nous ne pouvons donc mieux faire
que d'extraire de ce XL. Volume l'Article)
entier qui regarde le R. P. Niceron .
394
» Les Personnes qui ont vêcu avec le R. P.
Niceron , dit d'abord l'Auteur de cet Arti
»`cle , & qui l'aimoient , ont crû rendre
" service au Public de recueillir ce qu'ils ont,
pû sçavoir de sa vie ; c'eft par où nous ter-
» minerons ce Volume, trifte devoir de notre
" part. Mais nous pensons avec tous les Gens
de Lettres, que celui qui a employé ses rares
talens à honorer la Mémoire, des autres ,
» mérite bien d'occuper une des premieres
places parmi eux .
JEAN - PIERRE NICERON nâquit à Paris le
onzième jour de Mars de l'an 1685. Il étoit
d'une Famille honnête & ancienne , déja
connue & eftimée en 1540. aa
Celui dont nous parlons disoit quelquefois
2 MERCURE DE FRANCE
fois , que la probité des Ancêtres , & l'hon
neur qu'ils avoient mérité , étoient un alguillon
pour ceux qui en descendoient , &
que c'étoit peu même de les imiter , qu'il
falloit encore les furpaffer, s'il étoit possible.
Ses actions ont été conformes à ses sentimens.
Il fit ses premieres études à Paris dans
le College Mazarin , & les fit avec succès.
É ne réussit pas moins dans sa Réthorique aur
College du Plessis.Doté dès-lors de beaucoup'
de fageffe & de modeftie , & d'un esprit éclairé
sur les dangers du Monde , il résolut de lo
quitter , depeur que les avantages qu'il pouvoit
y trouver , ne lui en inspiraffent Pa
mour.
Il avoit un oncle dans la Congrégation
des Clercs Réguliers de S, Paul, plus connue
sous le nom de Barnabites. C'étoir un Prêe
vertueux , capable de donner de bons :
conseils. Le jeune Niceron le consulta , lui
déclara son penchant pour embraffer le même
Inftitur , & attendit en paix sa décision .
Après quelques Conférences fut ce deffein ,
FOncle crût reconnoître en son Neveu une
vocation confirmée , & il le présenta au
Noviciat établi au Prieuré de Saint Eloy ,
Paris , bù il fut reçû le 14. du mois d'Août
de l'an 1762 ; il y prit l'habit de Religieux
Je 18 , Janvier de l'année suivante , & y
prononça ses voeux le 20. Janvier 1704
-
âgé
JANVIER 1740
agé de 19. ans 10; mois & ro. jours. Le jeu→
ne Religieux ne consultant plus dès ce moment
, que ce qu'exigeoit de lui le sacrifice
qu'il venoit de faire , il- quitta Paris & sa Fa
mille fans regret , lors qu'aussitôt après sa
Profession on l'envoya à Montargis pour y
faire sa Philosophie & sa Théologie. Il a
avoić que la séchereffe & les épines de la
Scholaftique lui firent d'abord quelque peine
, mais il n'écouta point ses répugnances
& il acheva sa carriere , peut-être avec plus
de gloire & de succès,que ceux qui y font entrés
avec plus de goût & d'attrait.
Ses Superieurs qui avoient étudié fes dispofitions
& fes talens, l'envoyerent, au sortir
de fa Théologie , à Loches en Touraine ,
pour y profeffer les Humanités , & ensuite la
Réthorique. Cette occupation, loin de nuire
à fa piete , fembloit la nourrir & l'affermir.
Le jeune Profeffeur sçavoit tirer de tout des
Inftructions convenables , pour le reglement
des moeurs de ceux dont il tâchait de culti
ver & d'arner Fefprit. L'aplication continuelle
que son emploi demandoit , ne prenoit
rien fur fes devoirs de Religieux , & s'il
eroit le Maître des autres par fon Etat , il
cherchoit à en être le modele par fes vertus .
De si heureuses dispofitions le firent juger
digne du Sacerdoce. Il n'avoit pas l'âge requis
pour y être élevé. On obtint une dis
pense
24 MERCURE DE FRANCE
pense de Rome , & il reçût l'Ordre de Pré
trise à Poitiers le 2. Juin 1708. Le Colle
ge de Montargis l'ayant demandé quelque
temps après , il y fut envoyé , & il y profeffa
deux années la Réthorique , & la Philosophie
pendant quatre ans.
Quelque pénibles que fuffent ces occupations
, quelque temps qu'elles demandent
néceffairement , quand on veut s'en acquiter
avec honneur & avec utilité , elles ne fuffifoient
pas au żele du P. Niceron , ni à la vi
vacité de son génie. Il ne se refufoit prefque
jamais aux oeuvres de charité qui se présentoient
, & furtout à l'inftruction des Fidéles ,
qui eft une des principales obligations de la
Congrégation des Barnabites. On l'a enten
du avec empreffement dans les Chaires de
plufieurs Villes de Province , où fon amour
pour le prochain , & les ordres de ses Supé
rieurs l'avoient apellé ; & lorfqu'il eût fixé
son séjour à Paris , il continua encore pendant
plusieurs années le même Miniftere de
Prédication , dans l'exercice duquel il s'étoit
acquis de la réputation. Son ftyle étoit simple
, mais pur on remarquoit de la solidité
dans ses difcours : ils étoient peu ornés
mais on fentoit un Orateur Chrétien , qui
cherchoit plus à toucher le coeur , & à sonvaincre
, qu'à plaire à l'efprit. Il paroiffoit luimême
pénétré des vérités qu'il tâchoit de pershader&
de faire aimer. Ce
JANVIER 1740: 55
Ce fut en 1716. que ses Supérieurs le ra
pellerent à Paris , afin de lui donner plus de
facilité pour exécuter les differens projets
qu'il avoit conçûs , & dont l'exécution a été
& eft encore fi utile au Public , autant qu'-
elle a été glorieuse pour lui. Comme il étoit
infatigable à l'étude , il s'étoit formé une
grande habitude pour les Langues étrangeres
, & sçavoit , outre les Langues fçavantes
, prefque toutes celles qui font actuelle
ment en usage dans l'Europe . C'eft dans le
temps qu'il employoit à aprendre l'Anglois
qu'il donna au Public la Traduction de quel
ques Ouvrages qui en ont été fort bien re
çûs ; mais il n'avoit fait qu'effayer son ſtyle
dans ces petits Ouvrages ; il vouloit preffentit
le Public avant que de lui préfenter le plus .
cher objet de ses Etudes. Elles étoient dis
gées du côté de la Litterature , de l'Hiftoire :
Litteraire , & de la connoiffance des Livres ;
il ayoit fait dès - lors de très - grands progrès
dans cette fcience . Rien ne le fatisfaifoit tant
que lorsqu'il pouvoit faire quelques nouvel
les découvertes en ce genre. Et combien
n'en a-t-il point fait ? On peut en juger par fes
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire des Hommes
Illuftres dans la République des Lettres ;
Ouvrage d'une immense étendue , dont les
recherches , & les vaftes lectures qu'il a fallu
faire , pour l'executer , ne demandoient pas..
I
moins
38 MERCURE DE FRANCE
moins qu'un Ecrivain auffi laborieux.
Plusieurs avant lui avoient formé un pa
reil dessein, quelques- uns l'avoient ébauché
, mais les uns et les autres effrayés des
difficultés qu'il falloit surmonter pour fournir
une pareille carriere , ou n'ont osé y
mettre le pied , ou se sont retirés , après
avoir fait quelques pas. Il falloit , pour exécuter
une pareille entreprise , dépouiller un
nombre presqu'infini de Volumes , consulter
mille et mille Monumens, déterrer dans la
plupart des Bibliothèques quantité de Piéces,
souvent inconnues à ceux qui les possedent ,
et cependant très-utiles , pour bien réussir dans
Histoire Littéraire de la Vie des fçavans ; par
tourir au moins les Ouvrages de ceux dont
on veut donner l'Histoire , pour y décou
vrir les circonstances de leur vie , qui ne
sont souvent déposées que là. Tant de travaux
avoient fait tomber la plume des
mains de ceux qui avoient parû "d'abord la
prendre avec beaucoup de courage. Le P.
Niceron fut plus constant ; et depuis qu'il
cût donné son premier Volume en 1727.
les autres se succederent avec tant de rapidité
, qu'il en publia 39. en dix ans , et qu'il
avoit poussé cette Collection à plus de trois
Volumes au delà , qui se sont trouvés prêts
à imprimer après sa mort. Il a évité dans
Get Ouvrage l'espece de vanité des Allemands
JANVIER. 1740. 97
mands ; qui mettent un homme au nombre
des Hommes Illustres , dès qu'il a fait pro
fession de Science , qu'il a eu place dans
quelque College , ou qu'il a donné au Pu
blic une simple Brochure. Le P. Niceron
n'a parlé que de ceux qui en géneral méri →
toient d'être connus. Il s'est éloigné avec
autant de soin du défaut oposé des Italiens ,
dont les Bibliothèques seches et décharnées,
n'offrent le plus souvent qu'un Catalogue des
Ouvrages des Auteurs de certains Cantons ,
ou de certaines Villes , ne parlent des Auzeurs
même que d'une maniere vague et gé
nerale , et négligent entierement les dates
Il n'a pas crû cependant , qu'il dût imiter la
prolixité des Anglois , qui dans les Vies de
leurs Sçavans entrent dans un fi grand dé
tail , et font de fi longues analyses de leurs
Ouvrages , que chaque Vie forme souvent
plus d'un Volume . Le Pere Niceron a
gardé un juste milieu ; il a donné à la Vie
de chaque Auteur assés d'étendue pour le
faire suffisamment connoître , et pour don
ner quelques idées de ses Ouvrages. Il a
rassemblé avec beaucoup de peines et de
soins , tout ce qu'il a pû trouver dans un
grand nombre d'Auteurs , en y joignant tout
ce qu'il en sçavoit par lui-même. Les Jourmaux
et les Bibliothéques lui ont fourni une
partie des Matériaux qu'il a employés ; son
com
MERCURE DE FRANCE
commerce avec les Sçavans , et la vûë des
Ouvrages mênie dont il vouloit parler
lui ont fourni le reste . Cet Ouvrage a été
bien reçû chés toutes les Nations , parce que
chacune y a trouvé les Vies de ceux qui lui
ont fait honneur par leurs lumieres et par
leurs travaux , et que l'impartialité et le discernement
en caractérisent chaque article
A l'égard du style , il est simple , tel qu'il
convient à ces sortes d'Ouvrages , mais il est
clair , pur et exact.
Quelques éloges que je donne à cet Ou
vrage , & qu'on ne peut lui refuser en effet
on convient qu'il n'est pas sans fautes. Le
P. Niceron ne comptoit point qu'il ne pût
s'y trouver quelques inéxactitudes. Malgré
ses recherches & son attention , il n'a pû
tout voir , & il a pû se tromper. Mais ce qui
fait encore son Eloge , c'est qu'il s'eft corri
gé , dès qu'on lui a fait apercevoir quelque
erreur , qu'il s'eft toujours fait un devoir de
reconnoître ses fautes & de les réparer ; &
en stait que l'on ne pouvoit l'obliger d'une
maniere plus sensible que de lui communiquer
les Remarques que l'on avoit faites sur
son Livre , pourvû qu'il pût compter sur les
lumieres & le discernement de ceux qui les
lui donnoient. On en a des preuves certaines
dans son 10. Volume en deux Parties , &
dans le 20. & il en auroit donné de nouvelles
;
JANVIER:
99 17403
les , s'il eût pû terminer lui -même son Ou
vrage. Sa modeftie l'empêcha d'y mettre son
nom , mais il ne faisoit pas difficulté de s'en
avoüer l'Auteur , & il consentit enfin qu'on
Le nommât à la tête de son 30. Volume , ce
qui a été observé dans ceux qui ont suivi.
>
Quoique la composition de ses Mémoires
consommât la plus grande partie de son
temps , il sçut encore en trouver dans son
attention à le ménager , & dans son aplication
infatigable , pour donner quelques au
tres Ouvrages au Public . Il traduisit de l'Anglois
& publia à Paris en 1729. in - 8 °. chés
Briasson , la Conversion de l'Angleterre au
Christianisme , comparée avec sa prétendue
Réformation ; Ouvrage partagé en cinq Dia
logues, composé par un Catholique Anglois,
qui joint à beaucoup de lumieres & de zele
la solidité du raisonnement , & la force &
Fabondance des preuves . La Traduction du
P. Niceron a été fort bien reçûë , & elle eft
digne de l'accueil qu'on lui a fait.
M. Nogués , Docteur en Médecine , ayant
entrepris de traduire de l'Anglois en François
, la Géographie Physique , ou Effai de
L'Hiftoire Naturelle de la Terre , par M.
Wodward , le P. Niceron y joignit la Traduction
de quelques autres Ecrits du même
Auteur Anglois , sçavoir la Réponse aux Observations
de M. le Docteur Camerarius, plus
sieurs
8886193
100 MERCURE DE FRANCE
sieurs Lettres écrites sur la même matiere
& la diſtribution Méthodique des Fossiles .
Le tout parutin-4°. en 1735. à Paris , chés
Briasson,
ges
Les travaux de celui que nous regretons 1
ne se sont point encore bornés aux Ouvradont
on vient de parler. Depuis plusieurs
années il avoit conçû le dessein de donner
une Bibliothéque Françoise , c'est-à - dire , les
Vies de tous les Auteurs qui ont écrit en
François , avec un Catalogue raisonné de
leurs Ouvrages . Comme il avoit amassé sur
cette matiere un affés grand nombre de materiaux
en travaillant à ses Mémoires , il s'étoit
mis en état de commencer cet Ouvrage
quelque temps avant sa mort , & comptoir
que s'il vivoit encore dix ans, le Public auroit
pû jouir entierement de son travail. Il esperoit
Le lui communiquer par parties , & l'on n'auroit
pas long-temps attendu à en avoir quelques
- unes; mais Dieu en a disposé autrement.
Le premier Juillet 1738. le P. Niceron sen
tit vers la mâchoire quelque legere douleur
qu'il voulut se déguiser à lui- même, craignant
qu'en l'écoutant il ne fit tort à ses Etudes; la
douleur devint plus vive deux jours après ;
la partie affligée s'enfla ; ses Confreres & ses
amis en craignirent les suites. On l'obligea
de recourir aux remedes , il s'y soumit ; mais
ce qui ne paroissoit d'abord qu'une légere
incommodité ,
JANVIER: 1740. 101'
incommodité , devint rapidement une mala,
die sérieuse , qui resista à tous les remedes.
Le P. Niceron ne fut pas le dernier à le sen
tir , & il se prépara à offrir au Seigeur le Sacrifice
de sa vie . Il reçût les Sacremens de
l'Eglise avec les sentimens d'une Foy vive &
animée , en présence de ses Confreres , attendris
& pénetrés de la plus vive douleur de
la perte qu'ils alloient faire. Il mourut le Mar
di 8. Juillet sur le midi , âgé de 53. ans , 3 .
mois & 28. jours ; ayant beaucoup vécu , si
F'on fait attention à l'emploi utile qu'il avoit
fait de son temps , & trop peu , si l'on regar
de son âge , & ce que l'on devoit attendre
de ses travaux , s'il eût plû au Ciel de prod
longer ses jours.
Le P. Niceron étoit d'une taille au- deffus
de la médiocre. Ses yeux annonçoient un esz
prit vif, & un génie pénetrant. Sous un exterieur
simple & néglige , on trouvoit un
homme doux , poli , civil , mais sans affectas
tion & sans fauffe complaisance. Gai , sans la
plus légere ombre de diffipation , il étoit sé
rieux quand il devoit l'être , & il l'étoit toujours
sans trifteffe . Il parloit peu , mais bien,
& toujours à propos. Quandla conversation
étoit animée , il sçavoit y donner de nouveaux
agrémens par de certaines saillies pleis
nes d'esprit , toujours d'autant mieux reçûës,
qu'elles n'étoient jamais ni étudiées, ni affec
rées
102 MERCURE DE FRANCE
tées. Quoiqu'il eût l'oüie un peu dure , il ne
répondoit jamais le contraire de ce qu'il fal-
1oit répondre , parce qu'il écoutoit avec tranquillité
, & qu'il sçavoit étudier ses réponses
jusque dans les yeux & dans le maintien
de ceux avec qui il se trouvoit. Quoiqu'il
préferât les conversations des Gens de Lettres,
où il pouvoit s'inftruire , à celles qui ne l'intereffoient
point , il n'avoit jamais dans celles-
ci un air emprunté , & dans les premieres
il cherchoir plus à faire briller l'érudition
des autres , qu'à montrer celle qu'il pouvoit
avoir : avec les jeunes Gens surtout , il s'étudioit
à leur donner de l'esprit , et en géne
ral il sçavoit se proportionner avec tous ceux
( avec lesquels il conversoit. )
Si son ardent amour pour l'Etude faisoit
qu'il s'y trouvoit toûjours bien , la prudence
guidoit son travail , et il prévenoit l'épuisement
et le dégoût par des délassemens utiles ,
après lesquels il se remettoit à l'Etude avec
plus d'activité et de meilleures dispositions.
Ami sincere , il se plaisoit à rendre service
à tout le monde . Il suffisoit que l'on eût
besoin de lui , pour qu'il s'employât avec
affection à ce que l'on désiroit ; er sa compassion
, surtout pour les malheureux , ne
lui permettoit pas de donner des bornes à
son zéle . Cependant , quoique ses services
fussent toûjours desinteressés , il avoit l'ingraJANVIER.
1740
Iog
gratitude en horreur , plus encore quand les
autres en étoient l'objet , que lorsqu'elle ne
regardoit que lui . Car alors , s'il n'y étoit
pas insensible , au moins étoit- il assés reservé
pour ne s'en point plaindre. Il paroissoit
si indifferent pour tout ce qu'on apelle
Grandeurs humaines , que quoiqu'il ait vû
sa Famille illustrée par des Alliances honorables
, par des Charges et des Emplois.
de distinction , on ne lui en a presque jamais
entendu parler , et il n'a jamais été des
premiers à en féliciter ceux qui avoient acquis
ces honneurs et ces distinctions. Quand
on lui en parloit , ou il cherchoit adroitement
à détourner le discours , ou quand il
étoit forcé de répondre , c'étoit toûjours
avec une modestie , qui , sans avoir rien
d'affecté , laissoit cependant entrevoir qu'on
ne lui faisoit pas plaisir de l'entretenir de
ces sortes de choses.
On sçait que c'est plus encore par complaisance
, que parce que l'objet de ses Mémoires
le demandoir , qu'il a donné une
place dans cet Ouvrage au Sçavant Pere
Jean - François Niceron , Minime , un des
plus habiles Mathématiciens du dernier siécle
; et il n'en a dit que ce que le Public lui
auroit reproché de n'avoir point dit,
F CAE
104 MERCURE DE FRANCE
CATALOGUE de ses Ouvrages.
1. Le Grand Febrifuge , ou Discours où l'on
fait voir que l'Eau commune est le meilleur remede
pour les Fiévres , et vraisemblablement
pour la Peste. Traduit de l'Anglois du Sieur
Jean Hanckock , Cure ou Ministre de l'Eglise
de Sainte Marguerite à Londres , in- 12 .
Ce petit Traité parut avec quelques autres
Piéces relatives à cette matiere en 1724.
et eut un succès si avantageux , que le Libraire
a été obligé de le réïmprimer deux
fois ; la derniere Edition est de 1730. en
2. Vol. in 12. sous le titre de Traité de l'Eau
commune , chés Cavelier .
,
2. Les Voyages de Jean Ouvington à Sura
te et en divers autres Lieux de l'Asie et de
Afrique , avec l'Histoire de la Révolu
tion arrivée dans le Royaume de Golconde
et quelques Observations sur les Vers à Soye.
2. Vol. in- 12 . A Paris , chés Ganeau et Cavelier
, en 1725.
3 .
Mémoires pour servir à l'Histoire des
Hommes Illustres dans la République des Lettres
, avec un Catalogue raisonné de leurs Ou
vrages , in- 12 . A Paris , chés Briasson : le
premier Vol. en 1727. et les autres succes
sivement , jusqu'au 39. qui a paru en 1738.
Les trois premiers Volumes ont été réimprimés
en 1729. et le quatrième en 1737. sous
la
JANVIER. 1740 105
la date de la premiere Edition faite en 1728.
le 40. Volume a paru depuis sa mort en
1739. et la suite paroîtra successivement.
I
4. La Conversion de l'Angleterre au Christianisme
, comparée avec sa prétendue réformation
; ouvrage traduit de l'Anglois , in- 8 °.
A Paris , chés Briasson , 1729 .
5. Géographie Physique , on Histoire Naturelle
de la Terre , traduite de l'Anglois de
M.Wodward, par M. Nogués , Docteur en
Médecine. Avec la Réponse aux Objections
de M. le Docteur Camerarius ; plusieurs Lettres
écrites sur la même matiere , et la distribution
méthodique de Fossiles , traduites de
Anglois , par le P. NICERON. A Paris ,
chés Briasson , in-4° . 1735 .
Outre les Livres ci -dessus , le P. Niceron
a laissé plusieurs Manuscrits.
1 6. Une Table de tous les Journaux , en
plusieurs Volumes in-4°. qu'il avoit fait pour
son usage.
7. Des Mélanges Littéraires , en 2. gros
Vol . in-4°.
8. Bibliotheque volante , un gros Vol. in-4° .
9. La Bibliothèque Françoise , dont il avoit
fini les lettres A. B. C.
10. Plusieurs autres Tables Littéraires
à son usage.
fa 11. Quelques Sermons .
Les autres Sçavans , dont il est parlé dans
Fij
ce
o MERCURE DE FRANCE
>
ce même XL. Tome , sont , Pierre Arcu
dius , Isaac Barow , Jacques de Billy , Georges
Cassander , Jean de Chaumont , Paul-
Philippe de Chaumont , Jean Chenu , Jean
Clauberge , Jean Cloppenburg , Gabriel de
Collange , Noël Dargonne , Augustin Dati ,
Jason Denores , Paul Emile , Jean- Albert
Fabricius , Emmanuel Fremellius Jean
Garnier , Salomon Gesner , Jean - Pierre
Gibert , Louis Jacob , David le Clerc
Jean le Clerc , Marin Liberge , Antoine
Mizauld , Jean- Pierre Niceron , Jerôme
Nigrisoli , François - Marie Nigrisoli , Loüis
Novarrini , Adam Olearius , Petreius Theodore
André du Saussay Corneille
Schriver , Sixte de Sienne , et Thomas
Woolston .
< و
A la fin de cette Liste , on lit que les Vo
lumes suivans seront donnés au temps ordi
naire , c'est - à - dire , de six en six mois , l'Anteur
ayant laissé à sa mort de la matiere pour
plusieurs Volumes . Ceux qui auront des Additions
, des Corrections , ou quelques Vies à
"faire insérer dans la suite , s'adresseront an
Libraire,
JOURNAL des Fêtes que célebroient les
Romains , contenant leur origine et leurs
Cérémonies , avec plusieurs Fairs intéressans
de l'Hisoire Romaine, suivant les dates et les
jours
JANVIER 1746: 107
jours de leurs évenemens. Almanach nouveau
, de l'Imprimerie de J. B. C. Ballard ;
feul Imprimeur du Roy pour la Musique, & c.
A Paris , rue S. Jean de Beauvais , au Mont
Parnasse , 1740 .
ETRENNES Historiques , ou Mélange
curieux , pour l'année 1740. contenant plusieurs
Remarques de Chronologie et d'Histoire
, ensemble les Naissances et Morts des
Rois , Reines , Princes et Princesses de l'Europe
, accompagnées d'Epoques et de Remarques
que l'on ne trouve point dans les
autres Calendriers , avec un Recueil de diverses
Matieres variées , utiles , curieuses
et amusantes. A Paris , de l'Imprimerie de
Gissey , ruë de la vieille Boucleric , à l'Arbre
de Jessé , 1740.
>
ALMANACH GALANT dédié au Beau
Sexe , pour l'année Bissextille 1740. A Paris
, chés C. P. Gueffier , Parvis Notre- Dame
, à la Liberalité.
On a imprimé à Verone , in-folie , en 1738. les
Euvres poftumes de M. François Bianchini , Veronois
, en Italien , fous le titre , Del Palazzo de
Cefari.
On aprend de Pefaro , qu'il y paroît un Ouvrage
Latin, in folio , imprimé chés Nicol . Gavelli, 1738 .
fous le titre de Marbres de Pefaro , avec des Remar◄
ques . C'eft un Recueil d'Infcriptions antiques.
Fij Ол
o MERCURE DE FRANCE
On mande de Loraine , que dans le Village de
Neuviller , proche Bayon , une Vache étant pleine
& prête à mettre bas , en voulant fe relever , fe
caffa la jambe ; qu'on fut obligé de la tuer fur le
champ , & qu'on lui trouva deux Veaux bien formés
& fept autres petits comme de petits Chats.
On aprend de Vienne ; qu'on y avoit fait plu
fieurs épreuves d'une Machine d'une nouvelle invention
pour faire remonter un Bateau contre le courant
, & que dans la derniere épreuve un Bateau
chargé avoit été conduit en 14 minutes à 180 .
toiles du Lieu d'où il étoit parti ; que ces épreuves
avoient été faites en préſence de deux Commiffaires
nommés par l'Empereur , & que l'Inventeur de la
Machine fe propofoit de la mettre en état de remonter
les Bâtimens les plus pefans.
Morts de Personnes Illustres:
Le 14. Janvier 1740. mourut à Paris M. Pierre
Claixambault , Généalogifte des Ordres du Roy ,
Confeiller de Marine , & l'un des premiers Commis
de M. le Comte de Maurepas , Miniftre & Se
cretaire d'Etat dans la 89. année de fon âge , après
avoir employé 70. années de fa vie à raflembler ce
qu'il y a de plus curieux & de plus intereflant , tant
pour la Nobleffe du Royaume , & même pour une
partie de celle des Pays Etrangers , que pour l'Histoire
génerale & particuliere. Il venoit de finir ce
long & pénible travail par une Table Génerale de
fon Cabinet , pour en rendre l'ufage auffi facile
qu'utile. Son équité & fon defintereffement ne l'ont
pas moins rendu recommandable que fes Talens.
Son Cabinet & fa Charge , paffent à M. Clairambault
, fon Neveu , qui en a été pourvû en furviyance
dès l'année 1716.
T
On
JANVIER 1740 109
7
On écrit de Lisbonne , que le P. François de
Sainte Therefe , Chanoine Régulier de la Congrégation
de S. Jean , Profeffeur en Théologie , Recteur
du College de S. Jean, de la Ville de Coimbre ,
& Prédicateur de l'Hôpital Royal de la même Ville ,
y mourut le 17. Décembre dernier , âgé de 55. ans .
Il s'étoit acquis de la Réputation par plufieurs Ouvrages
, entre autres par un Livre fur les Rites obfervés
pour la célébration de la Meffe par les Prê
tres des differentes Communions .
L'Académie de Soiffons délivrera dans fon Assemblée
publique du Lundi 13. Juin 1740. le Prix
qu'elle avoit annoncé pour 1739 .
C'eft une Médaille d'or de la valeur de trois cent
livres , donnée par M. le Duc de Fitzjames , Evêque
de Soiffons .
Le Sujet eft le même que celui qui avoit été proposé
pour 1739. fçavoir, 1 °.Enquel temps le nom de France
fut-il donné à une partie des Gaules , & qu'elle
en étoit alors l'étenduë? 2 ° . Quelle étoit l'étenduë du
Royaume de Clovis lors de fa mort ? 39. Quel fut
le partage des Etats de Clovis entre fes Enfans ? Et
quels furent les motifs de la division , telle qu'elle
fut faite entre eux ?
Et pour donner plus de temps & de facilité aux
Auteurs , elle propose pour Sujet de la Differtation
'de 1741. 1 A la mort de Clovis , Clodomir
Childebert & Clotaire , gouvernerent - ils par eux
mêmes leurs Etats ; l'aîné de ces Princes ayant au
plus dix-fept ans ? Par qui fut gouverné le Royau
me d'Orleans depuis la mort de Clodomir jufqu'au
temps que fes Freres s'en faifirent ? Y avoit- il des
Loix ou un uſage fixe fur la tutelle des Princes mineurs
, fur la Régence de leur Royaume , & fur
l'âge de leur Majorité 3 v
Fij 2º.
-
Tre MERCURE DE FRANCE
1
2º.Les Rois , Freres de Clodomir , s'emparerentils
de fes Etats avant ou après le meurtre des Princes
, fes Fils ? En quelle année fut commife cette
déteftable action ? Le droit des Enfans des Rois de
fucceder à la Couronne de leur Pere , étoit- il alors
tellement établi , qu'il exclut à leur avantage les
Freres ou les autres Parens du Roy mort ?
Les vûes differentes de la Reine Clotilde , & des
Rois fes fils fur les Etats de Clodomir ; les efforts
de Childebert & Clotaire pour ſe faire reconnoître
par les Auftrafiens après la mort de Thiery , les
pretentions de Munderic & autres traits pareils de
notre Hiftoire ne donnent- ils pas lieu d'en doutes?
3º. Childebert & Clotaire ayant propofé de laisser
vivre leurs neveux en leur coupant leurs cheveux,
à quelle condition étoit réduit un Prince à qui on
les avoit coupés ? Qu'avoit de particulier la cheve-
Jure des Rois & Princes Francs ? Y avoit - il entre
les differens Sujets & les differens Ordres qui
compofoient la Monarchie, une façon differente de
porter les cheveux ?
L'Académie avertit qu'en 1741. elle reprendra
l'ordre qu'elle avoit tenu jufqu'ici , & diftribuera le
Prix dar's fon Affemblée publique du lendemain de
Quasimodo.
La Differtation fera d'une heure de lecture ou
d'une heure & demie.
Dans l'examen des Ouvrages , on aura égard non
feulement au nombre & à l'étendue des recherches,
mais encore à la pureté du ftile & la beauté du
langage.
Les Auteurs font avertis de mettre à la marge ou
à la fuite de leurs Ouvrages les preuves des faits
qu'ils auront avancés , & les fources où ils les auront
puifés.
On prie ceux qui envoyeront des Differtations
Latines ,
JANVIER
III
1740
Latines , de mettre auffi en marge les noms François
des Perfonnes ou des Lieux dont ils feront
mention .
On adreffera à M. de Beyne , Préfident au Préfidial
de Soiffons & Secretaire perpétuel de l'Académie,
les Ouvrages deſtinés au Concours ; on les envoyera,
port franc , & avant le 10. May 1740. pour
la préfente année , & pour la fuivante , avant le
premier Février, fans quoi ils ne feront point retirés.
Les Auteurs ne mettront point leurs noms au
bas de leurs Ouvrages , mais feulement une Sentence
, & en les envoyant ils indiqueront une Adreffe ,
à laquelle M. le Secretaire puiffe leur faire tenir fon
Récepiflé.
On les prie de prendre les mesures néceffaires
pour n'être point connus jufqu'au jour de la décifon
, de ne point figner les lettres qu'ils pourroient
écrire à M. le Secretaire , ou à tout autre de Mrs
les Académiciens , les avertiffant que s'ils sont
découverts par leur faute , ils feront exclus du
Concours.
Les Differtations qui avoient été envoyées dès
le mois de Décembre 1738. & avant le premier Fé
vrier 1739. concourreront avec celles qui seront
envoyées avant le 10. May 1740.
L'Auteur qui aura remporté le Prix , viendra le
recevoir dans la Séance publique de l'Académie le
13. Juin 1740 , finon , il envoyera à une Perſonne
connuë , fa Procuration , pour être remiſe à M. le
Secretaire , avec le Récepiffé de l'Ouvrage.
:
ESTAMPES NOUVELLES.
L'ALLIANCE DE BACCHUS ET DE VINUS , EStampe
en hauteur , nouvellement gravée par M. le
Bas, d'après une très-ingénieufe & riche compofi-
E T sion
112 MERCURE DE FRANCE
tion de feu M. N. N. Coypel . Elle fe vend ruë de la
Harpe, vis -à- vis la rue Percée, chés le Bas , & dansla
même ruë, vis- à - vis la Sorbonne , chés Ravenet.
On lit ces Vers au bas.
Joignez- vous à Bacchus , Déeffe de Cithere
Modérez fes excès par vos doux fentimens ;
Qu'il employe à son tour fon Nectar falutaire
A calmer l'ardeur des Amans .
Bien- tôt de l'âge d'or revivra l'innocence ;
On ne blâmera plus ni le vin ni vosfeux ,
Et l'on fera charmé de voir que de vous deux
Puiffe naître la temperance.
MARIE SALLE , la Terpficore de la France , célebre
Danfeufe de l'Académie Royale de Mufique
Portrait à demi córps ; coeffée en cheveux , tenant
une Colombe. La reffembance de la Perfonne &
fon caractere , font fort bien exprimés par le Burin
de M. Petit , d'après le Pinceau de M. Fenouil.
Cette Eftampe fe vend ruë S. Jacques ,près les Mathurins
, chés Petit . On lit ces Vers au bas.
Les Sentimens avec les Graces
Animent fon talent vainqueur .
Les Jeux voltigent fur fes traces ;
L'Amour eft dans fes yeux , la vertu dans fon coeur
La Suite des Portraits des Grands - Hommes &
des Ferfonnes Illuftres dans les Arts & dans les
Sciences , continue de paroître avec fuccès , chés
Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai de l'Ecole .
Il vient de mettre en vente , & toujours de la mê
me grandeur.
CHILETTONS
DE L'ANNEE 17
URGET
CERTA
II
PROLIS
AMOR
PARTIES CASUELLES
1740
IV
VIRTUTIS
VERA
AMANS
PACIS
IX
ORDINAIRE
DES GUERRES
1740
NEC
BELLA
TIMENS
ARTILLERIE
1740
PLACIDIS
IRATIS
GALERES
1740
CUSTOS
AURI
TRESOR ROYAL
1740
REX
XVRE
LUD
CIDAS
UT
SEGES
CHRISTI
ANISS
REVOCET
CIRCUM
SICUT
III
SUPER
ROS
CHAMBRE AUX
DENIESS
1740
CLAUSTRA
VII
BATIMENS DU ROY
I74 0.
VI
VIII
EXTRAORDINAIRE
DES GUERRES
1740
STARET
MARINE
1740
CIS
AMOR
QUE
FRUUNTUR
TOTO
SPARGET
IN
MAISONDE LA REINE
1740.
X
D. Song S
HERBAM
JANVIER. 1740 113
CHILDERIC II. XIV. Roy de France , mort près
de Rouen en 673. après 5 ans de Regne , deffiné
par A. Boizot , gravé par J. G. Will.
FRANÇOIS DE MALHERBE , Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roy , né à Caën , vers l'an
1555. mort à Paris en 1628. peint par Dumoutier
& gravé par C. F.
JEAN DE SAINT BONNET , Seigneur de Toiras ,
Maréchal de France , né à S Jean de Gardonnengue
, en Languedoc le premier Mars 1585. mort
dans le Milanez le 14. Juin 1637. peint par L. E. &
gravé par D. E.
MADAME CORNUEL, morte en 1693. âgée de 87 .
ans ,peinte par Ferdinand , & gravée par Feffard.
JETTONS frapés pour le premier jour de
Janvier M. DCC . XL avec l'explication des
Types , &c.
1. TRESOR ROYAL.
La Sybille qui préfente à Enée le Rameau d'or.
Auri certa seges..
1
II. PARTIES CASUELLE S.
Un Pélican qui nourrit fes petits de fa propre
fubftance. Urget prolis amor.
III. CHAMBRE AUX DENIERS.
Des Bourfes pleines d'argent, quelques- unes ouvertes
& répandues fur une Table. Sicut Ros fuper
herbam,
IV. ORDINAIRE DES GUERRE S.
Un Mars François , tenant d'une main fa Pique ,
& de l'autre un Bouclier aux Armes de France,
Vera virtutis Custos
F vj
V.
114 MERCURE DE FRANCE
V. EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
Eole, retenant avec peine les Vents dans leur Ang
tre. Circum Clauftra fremunt.
VI. BATIMENS DU ROY.
Minerve affife & quittant fon Egide , pour pren
dre un Compas , d'autres Inftrumens des Arts à fes
pieds. Placidas ut revocet Aries.
VII. ARTILLERIE.
> Un Cocq. Pacis amans nec Bella timens.
VIII. MARINE.
Le Char de Neptune , tout attelé , fon Trident
defus. Ni ftaret pacis amor.
IX. GALERES.
Des Tritons joüant fur les flots. Iratis placidisquefruuntur.
X. MAISON DE LA REINE.
L'Aurore fur fon Char , ouvrant la barriere da
jour , & répandant les fleurs fur la Terre. Toto
Sparget in orbe.
CARTE des Terres Auftrales , comprifes entre
le Tropique du Capricorne & le Pole Antarctique ,
où le voyent les nouvelles découvertes faites en
1739. au Sud du Cap de Bonne Efperance , par les
ordres de Mrs de la Compagnie des Indes , dreffee
fur les Mémoires & sur la Carte originale de M. de
Lozier Bouvet , chargé de cette Expedition , par
Philipe Buache , de l'Académie Royale des Sciences,
Gendre de feu M, Deliffe , Premier Géographe du
Roy,de la même Académie,
Extrait
JANVIER. 1740. 115
;
Extrait du Voyage aux Terres Australes.
Le 19. Juillet 1739. les deux Frégates l'Aigle &
la Marie , partent du Port de l'Orient ; le 8. Septembre
, paffent la Ligne le 11. Octobre , arr
vent à l'Ile Sainte Catherine , fur la Côte du Brefil
le 18. Novembre , font voile de cette lfle ,
pour aller chercher la Latitude 44° . env. par le
355. long. Le 26. Brume épaiffe à 35 ° . Lat. &c
344. Long. Souvent on ne pouvoit diftinguer les
objets à une portée de fufil. Elle a duré jusqu'au
20. Janvier.Le 3. Décembre on a commencé à voir
du Gouémon , de fort groffes Baleines , & des Oifeaux
particuliers . A 39 °. 20' . Lat . & 351. Long,
fe croyant près de quelque Terre , on a fondé , fans
trouver de fond à 18 ° , braffes . Le 7 , temps froid
quoique l'on fait alors dans l'Eté , & que le Soleil
fût proche du Solftice. Le 10. Lat. 44° . & fous le
premier Méridien . ( La Terre de vûë eft placée en
ce Lieu par quelques Géographes . ) On ne put découvrir
aucune Terre , foit qu'elle ait été mal placée,
ou qu'elle ne foit qu'une Ifle.Le 15.Lat. égale
à celle de Paris , Long . 7 °. l'air très- froid . Vu les
premieres glaces , qui ont fait foupçonner des Terres
voifines. Le 21 , Lat . 51º. 23 ' . Long. 15 °. 22'.
Variation obs. de 24. m . N E. & fo. m. NO. Les
Bouffoles donnoient des variations differentes ; irrégularité
que l'on a déja éprouvée en aprochant des
glaces dans la B. d'Hudſon & dans le Det. de Davis.
Premier Janvier 1739. vûë d'une Terre fort
haute à 54° . Lat . & à 28. 30.' Long. On l'a nommée
le Cap de la Circoncifion . Louvoyé 12. jours
fans y pouvoir abordes , à caufe des glaces , de la
brume , & des vents contraires. Du 12. au 15. on
a couru le 51 °. Lat . pendant 425. lieuës , voyant
toujours des Baleines & des Loups Marins , &c. Le
5. Février à 44°. 30º, Lat, & à 60° . Long. les Vaisseaus
116 MERCURE DE FRANCE
seaux fe font féparés. M. Bouvet a fait route au
Cap de Bonne Efperance , & M. Hay , à l'Iſle de
France. Le 4. Mars mouillage au C. de B. E. où
Pon reconnut que l'on avoit été porté à l'E . comme
les fortes variations l'avoient fait conjecturer
dès le 25. Janvier. Le 31. départ du Cap . Arrivée
en France le 4. Juin , fans perte d'aucun homme ,
malgré l'extrême fatigue du voyage.
Cette Carte fe vend chés Philipe Buache , à Paris ,
Quai de la Mégifferie, près le Pont- Neuf , au Saint
Esprit.
M.Corrette vient de donner une nouvelle Edition
de fon premier Livre de Sonates pour le Violon avec
Ja Baffe. Cette Edition eft augmentée de beaucoup .
Le prix eft de 6. livres . Il vient auffi de donner au
Public tróis Livres de Duo pour la Flute. Le prix
eft de 3. livres 12 fols piece .
M. Maffe , l'un des Vingt - quatre de la Mufique
de la Chambre du Roy , vient de donner au Public
an troifiéme Livre de Sonates à deux Violoncelles,
dans un genre tout different des deux premiers ; ils
fe vendent 6. livres aux Adreffes ordinaires ,
On vend chés Mad . Boivin , ruë S. Honoré , à la
Regle d'or , un Livre de Piéces choifies , pour l'Orgue
de feu M. Marchand. Le prix eft de 3:• livres
#2 . fols.
MAJANVIER.
117 1740.
MADRIGAL
. de M. de Voltaire.
DEE votre efprit la force eft fi puiffante
Que vous pourriez vous paffer de beauté ;
De vos attraits la grace eft fi piquante
Que fans efprit vous m'auriez enchanté.
Si votre coeur ne fçait pas comme on aime
Ces dons charmans vous feront fuperflus ;
Un fentiment eft cent fois au-deffus
Et de l'efprit & de la beauté même.
M. Bouvard vient de donner au Public un quatriéme
Recueil d'Airs sérieux & à boire , avec ac
compagnement de Violon , Flûte , & la Baffe continue
. Ce Recueil vaut trois livres , & se vend
chés l'Auteur , Cour du Dragon Sainte Marguerite ,
Fauxbourg S. Germain , chés la Veuve Boivin , ruë
S: Honoré , à la Regle d'or , & chés le Sr Le Clerc ,
rue du Roulle , à la Croix d'or. Il donnera inceffamment
l'Amour Champêtre , Cantate à voix feule,
avec accompagnement de Violon , Flûte , & la
Eaffe continue. Elle fe vendra aux mêmes adreffes.
SPEC
118 MERCURE DE FRANCE
*: *
SPECTACLES.
EXTRAIT de l'Ecole du Monde , Dialogue
en Vers , précedé du Prologue de l'Ombre
de Moliere , representé par les Comédiens
François le 14. Octobre dernier.
O
N ne peut trop louer la docilité de
l'Auteur anonyme de cette Comédie ;
à laquelle il a donné modestement le nom
de Dialogue. Nous ne pouvons en tracer
une plus juste idée , qu'en insérant ici ce
qu'il en dit lui - même dans une courte
Préface. Voici comment il s'explique :
J'ai voulu peindre une jeune Personne , que
Pâge et l'erreur tirent des bras de la vertu. Je
l'ai, pour ainfi dire , suivie par degrés ; l'aparence
séduit ; l'inclination se fait jour dans
son coeur ; le Monde l'emporte ; elle y trouve.
l'inégalité , qui lui peint tous les ridicules attachés
à la plupart de ce qu'on nomme , Folies
Femmes ; elle en connoît l'abus . Son Frere
que l'aparence avoit emmené , revient faire une
image du monde, plus vrai que vrayesemblable;
' ayant pu en tirer en si peu de temps une connoissance
parfaite , le malheur leur ouvre les
yeux i la vertu que je supose avoir pris le nom
n'
JANVIER 1740. Trg
4
et le déguisement de Sophie , pour accompagner,
Damon , et le préserver de tous les dangers du
monde , reparoît , et leur débite des maximes ,
qu'on auroit dû écouter avec plus d'attention :
ils retournent dans son temple , et renoncent
aux Hommes.
On ne peut disconvenir que cette idée
de Comédie ne soit susceptible d'une morale
très - instructive , mais on demande quel
que chose de plus réel dans les Piéces de
Théatre. Au reste , ce n'est pas ici la pre
miere Comédie à laquelle on pourroit donner
le titre modeste de Dialogue ; la plûpart
des Personnages qu'on voit aujourd'hui fur
La Scéne parlent beaucoup plus qu'ils n'agiffent
, et c'eft un abus dont on devroit bien
fe corriger ; mais par malheur les Auteurs
modernes abondent infiniment plus en ef
prit qu'en imagination . C'eft le jufte reproche
que l'Ombre de Moliere leur fait dans
l'aimable Prologue qui précede l'Ecole du
Monde. C'eſt par ce Prologue que nous allons
commencer notre Extrait.
Les Perfonnages de ce Prologue , qui vaut
bien une Piéce entiere , font l'Ombre de Mo
liere , la Poësie , et l'Esprit. L'Ombre de Mo
liere commence par expofer le fujet qui le
ramene fur la terre.
La Poëfie & l'Efprit viennent joindre cette
Ombre illuftre qu'ils ne reconnoiffent pas.
L'Es120
MERCURE DE FRANCE
L'Efprit étale tous fes défauts , dont il fait
vanité ; voici la critique ingénieufe & fenfée
que l'Ombre de Moliere en fait , en gardant
toujours l'incognito , & en s'adreſſant à
la Poëfie , gâtée par l'Efprit , avec qui elle
s'eft imprudemment liée.
Je voudrois que votre air fût simple et naturel ,
Par la moindre parure une Piéce est ternie.
Une mollesse aisée , une douce harmonie
Font éclore vos fleurs , les arrosant de miel :
Il faut attendrir son génie
Que son feu , que ses traits , que ses vivacités
Prennent des mains de l'Art les attraits de l'aisance
Et donnent à ses Vers , avec soin enfantés ,
Les graces de la négligence .
De ses propres talens chaque Auteur entêté
A corrompu cette simplicité ;
Én voulant vous orner , leurs mains vous obscur
cissent .
Ce sont des Guêpes qui flétrissent
Un Parterre naissant , où brillent cent couleurs .
Dès que les traits de l'Aurore vermeillè
Etalent les trésors qu'ont fait naître ses pleurs ,
L'essein des Mouches se réveille ;
Mais on voit cent Frelons , pour une seule Abeille ,
Qui profanent le suc tiré de tant de fleurs .
Peuti
JANVIER. 1740. T2Y
Peut- on faire une image plus fid : lle de
La plupart des productions dont le Théatre
eft inondé la Paige en eft fi perfuadée ,
qu'elle dit ingénument :
C'est ainsi que parloit la Natuře , ma Mere.
Il s'en faut bien que l'Efprit en convienne
il continue à vanter fes Ouvrages. L'Ombre
de Moliere fe fait enfin connoître , et finit
cet excellent Prologue par cette Tirade qui
vaut un Art poëtique , sorti de la meilleure
main.
Je revois la lumiere ,
Pour corriger tous vos défauts ,
Pour vous ôter une vaine parure ,
Et pour vous rendre à la nature.
Si vous voulez marcher d'un pas solide et sûr ,
Connoissez bien Thalie , et parcourez ses fastes ,
Vous y découvrirez le brillant des contrastes.
L'art d'amuser par un comique pur.
Parlez au coeur , sans être obscur ;
Soutenez tous vos caracteres ,
Que l'exposition se fasse avec clarté
Exprimez-vous avec noblesse ;
Plaisant sans être bas , et noble avec gayeté ;
Que l'aimable enjoâment orne la verité ;
Embarassez l'intrigue avec adresse .
Que
122 MERCURE DE FRANCE
Que le sujet soit un , clair , simple , distingué ;
Et suspendez l'esprit , sans qu'il soit fatigué.
L'Esprit trouve ce pet très- maussade
l'Ombre de Moliere se retire , pour aller
entendre , du milieu du Parterre , les trois
Piéces que l'Affiche du jour annonce , et
pour en juger plus fainement en fi bonne
compagnie. Nous avons parlé de ces trois
Piéces ; revenons à l'Ecole du Monde qui
est de ce nombre , et de l'Auteur du Prologue
, qu'on vient de voir..
Le plan que nous avons donné ci-deſſus
de la Piéce , tracé par l'Auteur même , nous
diſpenſe de fuivre méthodiquement ce qui fe
paffe dans le peu d'action théatrale qui lui a
d'abord donné le nom de Comédie , titre
dont l'Auteur ravisé , a juſtement dépouillé
une Piéce qui ne confifte qu'en Scenes bien
dialoguées. C'eft pourquoi nous ne ferons
que citer quelques fragmens de la morale ;
que ces êtres métaphyfiques débitent conformément
à leurs caracteres. Damon et Julie
, ennuyés des deux préceptes de la fageffe,
veulent l'abandonner , pour fe livrer tout entiers
à leur penchant ; voici ce que la Sageffe
leur dit , dans une Fable très - inftructive.
FABLE.
Un jour , on vit un Homme auprès d'une riviere ;
La Nature en ornoit differemment les bords ;
L'us
}
JANVIER. 1749 123
L'un étaloit des fleurs la fplendeur printaniere ;
L'autre des meilleurs fruits renfermoit les trésors ;
Sur le côteau fleuri , plus séduisant qu'utile ,
On trouvoit quantité d'Afpics et de Serpens.
Parmi tant de dangers , l'Homme reftoit tranquile ;
A ramaffer des fleurs , il employoit fon temps ,
Se mirant quelquefois dans le criftal liquide ,
Et méprifant les maux qui s'armoient contre lui.
Un Sage lui crioit : » Tremblez ; dès aujourd'hui
» Tirez - vous d'un Lieu fi perfide ;
» Ces Roſes et ces Lys bientôt fe faneront ;
» Les Monftres feuls vous environneront ;
» Paffez le Fleuve . Oh ! j'ai trop de prudence ,
Répondit cet Homme aveuglé ;
לכ
» Pour le paffer à fec avec plus d'affûrance ,
» J'attends qu'il ſe ſoit écoulé .
Mes Enfans , je vous vois dans un état ſemblable ;
Faites , fi vous pouvez , vos aplications ;
Mais le torrent des paſſions
A tout âge eft intariſſable .
La Sageffe fe retire après cette inftruction,
dont Damon et Julie ne connoiffent pas en
pás
core le prix. L'Aparence furvient pour ache,
yer de les séduire ; voici comment elle se
définit :
Je suis Souveraine du Monde
L'orne
124 MERCURE DE FRANCE
L'ornement des Efprits , l'envelope des coeurs ,
De l'art de déguiser protectrice féconde.
Sçavante, fans travail , cruelle , fans rigueurs ,
Mere de la foibleffe et de la bienséance ,
Belle par artifice , & vilaine fans fard ,
Rebut de la Nature , et chef- d'oeuvre de l'Art ;
En un mot , je fuis l'Aparence.
Après plufieurs leçons , toutes des plus'
pernicieuses , que cette chimerique Souveraine
du Monde donne à Damon et à Julie,
l'Inclination s'avance , et l'oblige à lui ceder
la place. Damon s'eft retiré , fans qu'on ait
pu fçavoir pourquoi . Voici fous quels traits
Inclination fe peint en parlant à Julie , qui
eft reftée feule.
Jeune Beauté , fans contredit ,
Je forme le bonheur , je diffipe les doutes ;
e fais fentir le coeur , je fais penfer l'efprit ;
Venez cueillir les fleurs, dont j'embellis mes routes.
Je
A l'inclination fuccede le Monde , qui eft
bientôt fuivi de l'Inégalité , autre Perfonnage
métaphifique. Damon revient enfin , après
avoir parcouru le Monde , dans le peu de
temps qui s'eft écoulé depuis fa difparition ;
il invite Julie à fuir ce Monde pervers ; Julie
eft ébranlée d'une remontrance que l'Expérience
foûtient , et la Sagefle vient achever
la conversion , Tous
·
JANVIER. 1740. 125
Tous ces differens Dialogues font pleins.
d'esprit , mais on a trouvé qu'il y regnoit
trop de métaphyfique, et c'eft ce qui a empêché
les Auditeurs d'y prêter toute l'attention
qu'ils méritent.
Le 22. Janvier les Comédiens François donne
rent une Tragédie nouvelle , intitulée Édouard III .
Roy d'Angleterre , dont on donnera l'Analyse le
mois prochain , la Piéce ayant été reçûë favorablement.
Le 24. l'Académie Royale de Mufique donna la
vingt- fixiéme repréfentation de la Tragédie de
Dardanus , dont on a donné l'Extrait dans le premier
Volume de Decembre , page 2890. & le 26.
elle remit au Théatre Pirame & Thisbé , dont les
paroles font de M. de la Serre , mifes en Mufique
par les Srs Rebel le fils , & Francoeur le cadet.
Cette Piéce fut donnée dans fa nouveauté le 17 .
Octobre 1726. avec un très-grand fuccès , ornée de
fuperbes décorations , & entre autres, celle du premier
Acte , qui représente le magnifique Palais de
Ninus , par le Chevalier Servandoni : on en peut
voir le Détail , & l'Extrait de la Piéce dans le Mercure
d'Octobre 1726. pag. 2329. Les trois principaux
Rôles , qui sont Ninus , Pirame & Zoroastre ,
étoient remplis alors par les Srs Muraire , Thevenard
& Chaffé , lefquels font remplacés aujourd'hui
par les Sieurs Jeliot , le Page & Albert , les Dlles
Antier & Peliffier , qui jouoient dans la nouveauté
les Rôles de Zoraide & de Thisbé , les représentent
encore à cette repriſe avec les mêmes aplaudissemens.
Le premier Janvier , les Comédiens Italiens donnerent
126 MERCURE DE FRANCE
nerent une Piéce Italienne en trois Actes , intitulée
Arlequin Amoureux par complaisance , dans
laquelle le nouvel Arlequin joua le principal & le
plus long Rôle de la Piéce. Le lendemain ils rejouerent
la même Piéce , qui avoit été réduite
en un Acte , fous le titre d'Arlequin Barbier Para,
litique.
Le 4. ils donnerent
une autre Piéce Italienne
en
trois Actes , qui a pour titre en François
l'Adultere
Innocente
, & en Italien , Innocente
venduta
è rivenduta
. Le nouvel
Arlequin
y jcüa le premier
Rôle
avec ap'audiffement
, prefque
tout le jeu de la Piéce
Toulant
fur lui. La même Comédie
avoit déja été
repréfentée
à l'Hôtel
de Bourgogne
le 18. Juillet
1716. & fur le Théatre
du Palais Royal le 3. Novembre
1723 Le fujet de cette Piéce eft tiré du
Décameron
de Bocace
, ou la Gageure
des deux
Marchands
, Novel 9. Gior. 2. Le dernier
Dominique,
Comédien
de la Troupe
Italienne
l'avoit mife
en Vers , longtemps
auparavant
qu'elle
fut jouée à
Paris, il l'avoit fait imprimer
dans la même Ville en
1712 dans fon nouveau
Théatre
Italien,fous le titre
la Femme Fidelle
, ou les Aparences
Trompeufes
.
Le 14. les mêmes Comédiens donnerent une
petite Piéce nouvelle d'un Acte en Vaudevilles , intitulée
Dardanus , Parodie de l'Opera , qui porte le
même titre ; on parlera plus au long de cette Parodie
que le Public a aplaudie. Elle fut précedée des
Talens à la Mode , Piéce en trois Actes de M. de
Boiffy, dont on a déja parlé , & qui ne fut interrompue
, après onze repréſentations , qu'à caufe
du départ des Comédiens pour Fontainebleau . Le
Public la revue avec le même plaifir que dans fa
nouveauté au mois de Septembre dernier,
NOUJANVIER.
1740. 127
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE.
Na apris de Conftantinople du 15. Novem
Obredernier ,que la Ratification du Traité de
Belgrade , fignée par l'Empereur , ayant été aportée
de Vienne au Marquis de Villeneuve par M. de
Montmartz , & que les Miniftres de la Porte étant
convenus avec le Marquis de Villeneuve , que l'échange
des Ratifications fe feroit à l'Arſenal dans l'apartement
qu'occupe le Capitan Pacha , le Marquis
de Villeneuve & le Grand Vifir s'y rendirent chacun
de leur côté le s . Novembre , jour fixé pour
cet échange. Le Grand Vifir pour y aller traversa le
Port , & le Marquis de Villeneuve s'y rendit en
droiture avec le même cortege dont il avoit été
accompagné dans les audiences qu'il avoit eûës du
Grand Seigneur & du Grand Vifir , à l'occafion de
son nouveau caractere d'Ambaffadeur Extraordinaire
de S. M. T. C.
On doit cependant observer qu'il y avoit un plus
grand nombre de Janiffaires & de Chatirs ou Valets
de pied de Sa Hauteffe ; que le Chiaoux Bachi , le
Vaivode de Galata , le Kapigilar Kiaffy , & le Kapigilar
Kialiby , allerent chercher l'Ambaffadeur
au Palais de France , & que le Chiaoux Bachi ne
fit aucune difficulté de marcher devant le Marquis
de Villeneuve , le précédant toujours de dix pas ,
ainfi que le Capigi Bachi.
L'Ambaffadeur , en arrivant à l'Arſenal , trouva
les Officiers de la Marine rangés en haye , & étant
defcendu de cheval au bas du Veſtibule , il fut con-
G duit
128 MERCURE DE FRANCE
duit dans une chambre où il se reposa quelque
temps , & ensuite dans une Salle où le Grand Vifir
entra en même temps que lui par une autre porte.
Le Grand Vifir prit fa place ordinaire , & le Marquis
de Villeneuve s'affit dans un fauteuil garni de
galons d'or. Après les complimens ordinaires , on
lui presenta , de même qu'au Grand Yifir , le caffé,
le forbet & le parfum , & on fervit le dîner . Outre
la table à laquelle l'Ambaffadeur étoit avec le
Grand Vifir & le Kaïmacan , il y en avoit fix au- ▸
tres , dont une étoit dans le même apartement que
celle du Grand Vifir,& qui fut occupée par le Capitan
Pacha , le Janiflaire Aga , le Kadilesker & le Fils du
Marquis de Villeneuve. Les autres tables étoient dans
des apartemens voifins , & le Grand Tefterdar , ou
Grand Treforier, le Chiaoux Bachi , le Kapigilar Kiassy,&
le Kapigilar Kialiby , en firent les honneurs, ces
Officiers s'étant partagés entre eux les principales
perfonnes de la suite de l'Ambaffadeur. Pendant le
repas , il y eut un concert de voix & d'inftrumens ,
qui executerent diverfes piéces de Mufique dans le
goût de la Nation . Lorfqu'on fut levé de table
tout le monde fe rendit dans la Sale où étoit le
-Grand Vifir , le Marquis de Villeneuve occupant
toujours fa place dans un fauteuil vis - à- vis de ce
Premier Miniftre , à côté duquel le Kaïmacan , le
Kadilesker , le Reys Effendi , le Capitan Pacha &
le Janiflaire Aga , étoient affis , le premier à droite
& les autres à gauche : les Miniftres de la Porte se
placerent au hasard , & demeurerent de bout .
2
La Mufique ayant ceffé , le Chiaoux Bachi tenant
à la main fon Bâton de cérémonie , & frapant
à terre avec ce Bâton suivant l'usage , aporta le
Sceau particulier avec lequel sont scellés les Actes
fignés de la main de sa Hauteffe . Dès que le
Chiaoux Bachi parut , les quatre Vifirs & le Kadilesker
JANVIER . 1740 . I29
Mesker se leverent , par respect pour le Sceau que le
Chiaoux Bachi tenoit de la main droite , élevé à
côté de fon oreille , & l'Ambassadeur se leva auſſi .
Le Chiaoux Bachi présenta le Sceau au Grand Viſir,
qui après l'avoir porté à son front & sur sa tête , le
remit au Reys Effendi , pour fceller la Ratification
du Traité de Belgrade , fignée par le Grand Seigneur.
Cette Ratification ayant été scellée , & le
Sceau ayant été rendu au Chiaoux Bachi par le
Reys Effendi , le premier reporta ce Sceau au Grand
Vilir , lequel le baisa de nouveau. Le Chiaoux Ba- .
chi porta ensuite le Sceau à son front & sur sa tête ,
& il le mit dans son sein , continuant de demeurer
debout. Le Grand Vifir ayant reçû des mains da
Reys Effendi la Ratification , fignée par Sa Hautesse
, il fit un pas vers le Marquis de Villeneuve ,
pendant que cet Ambassadeur en fit auffi un de son
côté , & ils fe remirent réciproquement les Ratifications
, fignées par l'Empereur & par le Grand
Seigneur , la premiere écrite en Latin , et la seconde
en Turc. Après cet échange , le Marquis de Vil-
Jeneuve & les quatre Vifirs reprirent leurs places ,
et s'étant félicités mutuellement sur la conclufion
de la paix entre les deux Empires , le Grand Vifir
fit revêtir l'Ambassadeur d'une Pelisse de Martre
Zibeline , dont le dessus étoit un tissu d'or & d'argent,
diſtinction qui n'a point encore eû d'exemple , cette
Pelisse étant pareille à celles que le Grand Seigneur
a coûtume de donner au Grand Vifir . Le Fils
du Marquis de Villeneuve fut revêtu d'une Pelisse
d'Hermine , et on diſtribua environ cent Caftans aux
perfonnes de la suite de cet Ambassadeur , dont la
plupart reçûrent auffi des mouchoirs brodés d'or.
Pendant cette diftribution , on fit une Salve des canons
des Galeres de l'Arsenal du Serail , et de Topkana.
Gij Lafe
#36 MERCURE DE FRANCE
Le Marquis, de Villeneuve ayant pris congé du
Grand Vifir , retourna au Palais de France avec le
même cortege et dans le même ordre , étant monté
sur un cheval magnifiquement harnaché , dont le
Grand Vifir lui avoit fait présent.
A peine l'Ambassadeur fut- il de retour chés lui ,
que les Officiers de l'Arsenal lui amenerent 32 .
Esclaves Allemands , qui étoient détenus dans le
Bagne , et qui furent mis en liberté par ordre dy
Grand Seigneur.
RUSSIE."
Ehemet Riza et Ali Teip , qui ont réfidé à
M Petersbourgpendant quelque temps en qua-
Hité d'Ambaffadeurs Extraordinaires de Thamas
Kouli Kan , ayant reçû leurs Lettres de rapel , ils
eurent le 25. Decembre dernier leur audience publique
de congé.
Le 27 , le Marquis de la Chetardie , Ambassadeur
Extraordinaire du Roy de France , arriva à
Petersbourg.
Les Knees Bafile et Michel Wolodimerowitz
Dolgoroucky , auxquels la Czarine a bien voulu
accorder la vie , ont été conduits à Nerva , où ils
ont été mis dans des prisons separées .
On mande de Kaminiek , que le Pacha Sary Achmet
s'étoit rendu à Choczin avec 400. Janiffaires ,
pour en reprendre poffeffion au nom du Grand Seigneur
, et que le Général Chruszow , qui y com
mandoit pour la Czarine , ayoit remis la Place à ce
Pacha.
ALLEMAGNE ,
Na apris que le Tefterdar ou Grand Tresorier
de l'Empire Ottoman , devoit se rendre à
Vienne en qualité d'Ambaffadeur Extraordinaire
dy
JANVIER . 1740 132
di Grand Seigneur , au mois de Mai prochain. I
fe nomme Zalibi Ali Effendi .
L'affaire du Comte de Sekendorff eft entierement
terminée on assûre qu'il a été remis en liberté
& qu'il eft parti de Gratz , mais on ne fçait pas encore
s'il retournera à Vienne , ou s'il fe rendra à
fon Gouvernement de Philisbourg.
Le Feldt Maréchal Comte de Wallis a obtenu la
permiffion de quitter Ziget & d'aller au Château de
Forchenftein , où il a été conduit fous la Garde de
40. Grenadiers .
Le Comte de Neuperg eft actuellement au Châ
teau de Halitz , qui apartient au Grand Duc de
Tofcane , & en paffant à Presbourg , il a dîné chés
le Feldt Maréchal Comte de Palfi .
Un Ecolier de l'Univerfité ayant été arrêté en
demandant l'aumône , la plupart des Etudians fe
font assemblés tumultueufement pour le tirer de
priſon , & l'on a été obligé de ſe faifir de quelques
uns , pour faire cesser le defordre .
Les avis reçus de Francfort fur l'Oder , portent
que neuf Soldats Anglois du Régiment du Général
Schwerin , qui y eft en garniſon , ayant formé le
complot de deferter , ils avoient forcé le fabre à la
main la garde de l'une des portes . Le Commandant
de la Place ne jugea pas à propos d'envoyer
un détachement à leur pourfuite , parce qu'il craignit
que les Soldats qu'il feroit marcher pour les
arrêter , ne fe laissassent perfuader par leurs camarades
de fuivre leur exemple , et il fe contenta de
faire monter deux Officiers à cheval , avec ordre
de ne rien négliger , pour tâcher de les ramener
par les voyes de la douceur. Ces Officiers firent
tant de diligence , qu'ils les joignirent à une petite
diſtance de Ville et ils employerent tous leurs
efforts pour les engager à retourner à la garnison ,
Giij mais
>
32 MERCURE DE FRANCE
mais ce fut inutilement , & les neuf deferteurs deelarerent
qu'ils étoient refolus de fe défendre jufqu'à
la derniere extremité , fi on entreprenoit d'ufer
de violence. Lorsque les Officiers virent que
c'étoit le feu moyen qui leur reftoit , ils firent
prendre les armes à plufieurs Payfans des Villages
voifins , & donnerent ordre qu'on fît main basse
far ces metins. Ceux - ci , loin d'être intimidés
attaquerent les Payfans , & en tuerent quelquesuns.
Enfin les Payfans ayant été joints par un renfort
, les deferteurs furent obligés de ceder au
grand nombre & de fe rendre , & ils furent ramenés
le même jour à Francfort fur l'Oder. Cinq
d'entre eux font morts des blessures qu'ils avoient
reçûës en ſe défendant , & les autres ont été arquebusés.
On écrit de Hanover , que le Roy de la Grande
Bretagne a confirmé la Sentence prononcée par le
Confeil de Guerre contre le Comte de Schulembourg
, par laquelle ce Comte a été privé de fes
Emplois militaires , pour s'être battu en duel avec
M. de Bullaw qu'il a tué. Les deux Officiers qui
leur ont fervi de feconds , ont été condamnés à fervir
pendant un mois , en qualité de simples Soldats,
ITALIE.
L fe tient toujours de frequentes Conferences au
Ifujet de toujours de Conferte to aut
avec celle de Turin , & l'on assûre que le Pape eft
convenu de déclarer le Roy de Sardaigne Vicaire
Général des Fiefs possedés par le S. Siege dans le
Piémont , à condition que ce Prince payera une
relevance annuelle de deux Calices d'or , chacun
de la valeur de mille écus Romains.
On a apris de Florence , que le Grand Duc de
TolJANVIER.
133
1740.
Tofcane avoit enfin accordé l'Exequatur , pour
permettre au fecond fils du Duc Corfini de prendre
poffeffion du Grand Prieuré de Pife , dont le
feu Grand Duc avoit donné la Coadjutorerie à ce
jeure Seigneur, & qui vacque par la mort du Grand
Prieur Del Bene.
Le 2. de ce mois le Cardinal Alberoni arriva de
Ravenne à Rome , où il paroît un nouvel Ecrit par
lequel ce Cardinal répond au dernier Mémoire
que quelques- uns des principaux Habitans de la
Ville de Saint Marin ont fait diftribuer au Sacré
College.
Ce Mémoire porte , que les principaux Habitans
de cette Ville representent que le Cardinal Alberoni
ne s'eft point conformé à l'ordre qu'il avoit
reçû de Sa Sainteté , de ne point entrer fur les
Terres de la République , avant que les plus confiderables
& les plus eftimés d'entre eux fe fussent
rendus auprès de lui , pour le fuplier de recevoir
leurs Compatriotes au nombre des Sujets immé
diats du Saint Siége . Ils accufent ce Cardinal dans
le même Ecrit , d'avoir voulu faire passer quatre
Paysans de Saravalle pour la plus faine & la plus
nombreuſe partie des Habitans de Saint Marin ;
d'avoir pris poffeflion de la Ville à main armée ,
comme d'une Ville conquife ; d'avoir fait emprifonner
plufieurs perfonnes , & d'avoir permis le
pillage de leurs maiſons.
L'intention du Pape ayant été de ne point forcer
P'inclination des Habitans de Saint Marin , on ne
doute point que fi les allegations contenues dans ce
Mémoire fe trouvent vraies , Sa Sainteté après avoir
pris les mesures convenables , pour que ceux qui
feront à la tête des affaires de la République , n'abufent
point de leur pouvoir , ne rende à cet Etat ,
fon ancienne forme de Gouvernement .
Giij.
ISLE
34 MERCURE DE FRANCE
L
ISLE DE CORSE.
>
E bruit qui avoit couru que le Baron de
Troft avoit été arrêté , ne s'eft pas confirmé ,
& l'on a apris que ce Baron avec quelques Ban
dits s'étoit aproché de Ziccaro dont il avoit
tâché d'exciter les Habitans à fe fouftraire encore
une fois à la Domination de la République
mais qu'un détachement des Troupes Françoifes
ayant marché , pour contenir dans le devoir
ceux qui feroient tentés de fe mutiner , il y avoit
aparence que le Baron de Troft , ne pouvant
teuffir dans fes deffeins , prendroit enfin le parti de
fortir de l'Ifle. On ne doute point que s'il s'embarque
dans les environs de Porto - Vecchio , fon
Bâtiment ne foit pris par la Gondole qui croiſe le
long de la Côte.
Le Marquis de Villemur qui commande les
Troupes Françoiſes dans la Province de la Balagna
, a travaillé avec fuccès à retablir l'union entre
plufieurs Familles de cette Province , & en
ayant fait assembler les Chefs , il les a pressés
si fortement d'oublier leurs haines , qu'ils ont
confenti de fe reconcilier , & qu'ils vivent actuel
lement en bonne intelligence. Cette démarche a
attiré à cet Officier l'eftime & l'affection de tous
les Habitans de la Province.
Le 25. Decembre dernier , on conduifit à la
Baftie fept prifonniers , parmi lesquels eft un
·Ecclefiaftique d'Ifolacci , chés qui l'on a trouvé des
armes à feu , contre la défenſe faite fous peine
de la vie d'en garder.
ESPAGNE.
JANVIER. X33
9 1740
O
ESPAGNE.
N aprend de Madrid ,. qu'on continuë de travailler
avec toute la diligence poffible aux préparatifs
de guerre , & qu'on a pris toutes les mefures
pour s'opofer aux entrepriſes que les Anglois
pourroient former fur les Etats de S. M. C. cn
Amérique .
COMPARAISON de la conduite de
S. M. C. avec celle du Roy de la Grande-
Bretagne , au sujet de ce qui s'est passé
avant la Convention du 14. Janvier de la
présente année 1739. jusqu'à la Publication
des Représailles , & à la Déclaration de la
Guerre. Traduite de l'Espagnol.
Qda 25. Août de la préfente année 1739. S.M.C.
Uoique dans la Déclaration des Repréfailles
ait fait voir avec fa modération naturelle & ordinaire
, la droiture de sa conduite , & le procedé indécent
& irrégulier des Anglois dans un pareil Acte ,
fait à Londres le 10-21 . Juillet ; aujourd'hui que
dans la Publication de Guerre du 19-30 . Octobre
dernier , S. M. C. fe voit de nouveau infultée par
leurs invectives , d'autant plus criantes qu'elles ont
moins de fondement ; elle croit neceffaire de decouvrir
à toute l'Europe , la difference qu'il y a entre
les raifons de l'une & de l'autre Couronne. Ces raifons
expofées au jugement impartial de ceux qui défirent
véritablement le repos public , empêcheront ,
fans doute , qu'on n'attribue aux Armes Eſpagnoles ,
ou par malice , ou par ignorance , l'origine de cette
rupture , & les funeftes & inévitables effets , qui par
une fauffe politique , menacent la Chrétienté.
GY La
36 MERCURE DE FRANCE
La premiere caufe à laquelle le Roy de la Grande
Bretagne s'arrête , & qu'il exagere pour déclarer la
guerre , fe réduit à une fupofition génerale dépour
vue de faits & de preuves détaillées contre les Garde-
Côtes Eſpagnols de l'Amérique , en leur attribuant
des prifes injuftes ; l'infraction des Traités , & du
Droit des Gens ;. des traitemens barbares & cruels
des infultes ignominieuſes au Pavillon Anglois ; &
contre S. M. C. en lui reprochant de n'avoir pas
écouté les repréfentations continuelles , ni fatisfait
en aucune façon à fes plaintes.
Ces cris du Monarque , foutenus d'injures atroces, ›
pour s'accommoder mieux à la hauteur & au mauvais
efprit de la populace Angloife , ne s'élevent
avec fi peu de mefure , que pour étouffer les plus
juftes gémiffemens des Efpagnols oprimés depuis
long- temps par de véritables pirateries , par des perfécutions
& des cruautés inouies ; mais il eft temps
de ne plus cacher ni diffimuler de pareilles indignités.
Entre tous les faits qui crient vengeance , &
que l'Eſpagne a foufferts , uniquement pour n'ens
pas venir aux extrémités d'une guerre , on en raportera
quelques-uns connus & avérés de tout le
monde.
Dans les années 1716. & 1717. Cuthber & Arsher
, tous deux Capitaines , l'un du Vaiffèau Pompey
Galley , & l'autre du Brigantin la Fortune , aurorifés
parle Roy de la Grande Bretagne , vinrent
fur la Côte de la Floride , pour ſe faifir des effets des
Gallions qui avoient péri dans ce parage , & fe joignirent
à ceux de leurs Compatriotes qui s'y étoient
déja rendus de la Jamaïque pour commettre une
femblable violence ; leur premiere hoftilité fut de
merre en fuite les Espagnols , qui , à l'ombre de las
paix , travailloient à retirer de la Mer ces effets fur
leigusis leur Souverain avoit un droit légitime ; ils*
débarque
JANVIER
1740 137
débarquerent enfuite avec fix cent hommes , & enleverent
près de quatre cent mille piaftres , après
avoir tué trente hommes de cent - vingt qui gardoient
ce qu'on avoit fauvé du naufrage . L'unique
motif de cette violence étoit leur avidité , qui , non
fatisfaite encore d'une capture fi exorbitante , fe fit
fentir de nouveau dans leur retour à la Jamaïque ,
par la priſe de deux Barques chargées de Cacao , de
Cochenille & d'argent , pour la valeur de plus de
trente mille piaftres ; comme s'il leur eût été permis
d'executer tout ce qui pouvoit leur venir en
fantaifie , & devoit leur être utile.
Ce qui arriva en l'année 1722 n'eft ni moins étrange,
ni moins violent. Les Anglois prirent une Barque
de Puerto Rico, munie d'une Patente du Gouverneur,
&l'ayant conduite à la Jamaïque, fans fupofer d'autre
faute que celle d'être Garde -Côte , ils firent pendre
par une réfolution inouie , quarante- trois hommesde
l'Equipage , publiant, pour autorifer cette dureté,
que le Gouverneur étoit auffi coupable qu'eux ; Loi
nouvelle, inventée par la mauvaife foi , pour pallierla
tyrannie. Loi , qui jufqu'à préfent , n'a jamais
été impofée par aucune Nation , de celles que nous
connoiffons fe conduire fuivant les regles de la Nature
& de l'équité .
Un Capitaine Anglois , de ceux qui rôdent fur
nos Côtes , & les infeftent autant par leur commer.
ee illicite , que par leurs cruautés , fuivit cet exemple
barbare, de traiter les Efpagnols pendant la Paix
avec plus d'inhumanité qu'on n'en auroit Four fes
plus déteftables ennemis. Sous prétexte de commerce
, il attira fur fon bord deux Efpagnols affés
diftingués , & s'imaginant qu'il tireroit plus de profit
de leurs perfonnes que de fon trafic , il leur propofa
de fe racheter ; pour les y contraindre , il les laiffa
deux jours fans nourriture ; mais voyant que ce
G vj. martyte
38 MERCURE DE FRANCE
martyre ne produifoit pas ce qu'il défiroit , il fie
couper à l'un d'eux le nés & les oreilles, & lui préfentant
le poignard , il le força de les manger :
cruauté dont le fouvenir feul fait horreur , & dont
le fimple récit excite l'indignation .
Un autre Anglois en l'année 1727. avant que la
guerre fût déclarée , pouffé , fans doute , par cer
efprit d'animofité & de haine , qui prédomine dans
la Nation Britannique contre l'Espagnole ,fur tout
dans l'Amérique , s'introduifit fur un Vaiffeau de
l'Affiento , à deffein de foulever les Negres de la Havanne,
& les porter à la plus terrible révolte . Il leur
offrit pour récompenfe la liberté, fi , unis enfemble
pour executer l'éxecrable perfidie qu'il leur confeilloit
, ils faccageoient cette Ville , & en égorgeoient
les Habitans. Un deffein fi criminel paroîtroit peu
vraisemblable , fi la notorieté & les témoignages
fur lefquels il eft fondé , n'en apuyoient la certitude.
Mais encore , les Anglois ont cherché d'autres
moyens plus condamnables pour intimider les Efpagnols
, afin qu'ils ne s'opofaffent point à la continuation
de leur commerce illicite , en les vendant
plufieurs fois pour esclaves , tantôt dans des Lieux
éloignés , dont la diſtance déroboit la connoiffance
de leur fort infortuné , & tantôt dans d'autres Pays ,
où les conduifoit peut être leur aveuglement , pour
que leur crime n'y fût pas ignoré , ce qui arriva
l'année 1725. dans l'Ife de Madere à huit malheureux
, dont le Conful d'Efpagne y réfidant , nous
donna avis , & dont notre Ambaffadeur à Lisbonne
demanda la liberté au Roy de Portugal.
Si les Anglois pouvoient alleguer les mêmes forfaits
, ou d'autres égaux à ceux qu'on obmet , il eft
certain qu'ils juftifieroient leur Déclaration de
Guerre ; mais ni les prifes faites fur ceux don le
commerce
JANVIER 17407 139
Commerce eft illicite ( vérité qualifiée par leurs Auteurs
même , qui marquent fix millions annuels de
gain dans ce trafic ) ni la force avec laquelle on repouffe
ceux qui tâchent d'apuyer par les Armes leurs
fraudes , ne méritent pas l'optobre dont on les couvre
, ni l'éclat avec lequel on les publie : L'Angleterre
elle-même devroit foûtenir , au contraire ces
procedés , étant obligée par l'Article VIII . du Trai
té d'Utrecht , de garantir les Loix fondamentales du
Royaume , qui défendent aux Etrangers l'entrée &
le trafic dans nos Mers, & dans les diftricts de l'Amé-
Fique. Les Anglois ont- ils donc quelque pacte à
alleguer, en vertu duquel les Efpagnols doivent leur
liver impunément les Côtes , & laiffer les Golfes
deferts , afin que l'effain de leurs Vaiſſeaux aille librement
& fans obftacle , fucer leurs mines ? If
n'y a aucun Traité qui le permette. Le Droit des
Gens, qu'ils veulent tant faire valoir, ne s'étend pas
jusque - là . Les Espagnols ont- ils par hazard , en
violant les immunités de la Paix , inquieté leurs
Colonies, inondé clandeftinement leurs plantations,
volé leurs fruits ou leurs biens ? Sur quoi donc font
fondées ces plaintes ? Non , on ne peut fans injuftice
, leur imputer cette tache , puifque toutes les
fois qu'on a reconnu dans les prifes faites par les
Garde - Côtes , le défaut de validité , on a ordonné
de les rendre à leurs Maîtres ; d'où il s'enfuit que
tout ce qui a été fait dans l'Amérique , provient du
déchaînement des Anglois , & non pas d'une offenfe
faite par les Espagnols .
Un autre motif que le Roy de la Grande - Bretagne
fait valoir dans fon Manifefte , & dans la Déclaration
de Guerre , se tire de l'abfolue & libret
Navigation dans les Mers de l'Amérique ; il fupofe
que les Espagnols ont été le premier mobile de cette
difpute , diffimulant que ce furent les Plénipotentiaires
1
40 MERCURE DE FRANCE
tentiaires Anglois qui commencerent à l'agiter dans
les Conférences tenues à Madrid , en conféquence
de la Convention du 14. Janvier de la préfente année.
Il ne convient pas de renouveller à préfent
cette queftion, pour éviter de faire de cet Ecrit une
procédure en forme ; mais on ne doit point non
plus obmettre de publier , pour détromper l'Europe,
que les prétentions de S. M. C. ne dérogent en au
cun point au fens littéral du Traité de 1670 , que le
Roy d'Angleterre annonce hautement avoir été enfreint
par cette Couronne ; & que , ou il en résulte
que la Navigation dans les Mers de l'Amérique , eft
avec très -peu de difference auffi libre que dans celles
de l'Europe , ou que la propofition faite par les
Plénipotentiaires Anglois dans la Conférence du
25. Juin , détruit l'idée & la tenear de ce Traité , &
l'Article VIII. de celui d'Utrecht , ci- deffus men-.
tionné. Pour que l'Univers en puiffe juger , tandis
que les Armes le décident : l'on raportera ici mot
a mot le fufdit Ecrit ; & ceux qui fans prévention
l'examineront & le compareront , reconnoîtront
qui eft celui qui a`demandé volontairement fans fe
propofer de bornes , & fans attention aux Traités
& aux offres , & celui qui a obfervé religieufement
l'un & l'autre .
le
En conféquence de la résolution prife par les Plénipotentiaires
refpectifs dans la Conférence qui s'eft tenuë
17. de ce mois , ceux de S. M. C. s'apliqueront
dans ce Memoire uniquement à l'Article de la Navigation
dans les Mers de l'Amérique. Et d'autant que
l'on a reconnu de l'une de l'autre part dans le préambule
de la Convention , que la vifite, fonde & prife
de Vaiffeaux , embargo , ou faifie d'Effets , &c. ont
donné lieu depuis quelques années , à de très-grandes
difputes entre les deux Couronnes de la Grande- Bre
tagne & de l'Espagne , & que par le premier Article
de
JANVIER 1740 14F
de la derniere Convention , il a étéftipulé que l'on
nommera des Plénipotentiaires de Pune & de l'autre
part , pour trouver le moyen de prévenir dorénavant
defembablesfujets de plaintes , & éloigner abfolument
pour toujours , tout ce qui pourra y donner occafion ;
les Plénipotentiaires de S. M. C. pour remplir autant
qu'il dépendra d'eux, les obligations dont ilsfont chargés
par le plein pouvoir qui leur a été confié , & pour
fe conformer aux intentions de leur Souverain ( c'cft
à fçavoir , d'entretenir l'ancienne amitié fi défirable
fi néceffaire pour l'interêt réciproque des deux Nations
, en prévenant une fois pour toutes , les vols injuftes
, les prijès , les embargos ou faifies des Vaiffeaux
des Effets des Sujets de S. M. C. en Amérique ,
comme auffi toutes les cruautés qui ont été commises
en leurs perfonnes :) Propofert que comme parPArticle
XV. du Traité de 1670. il a été ftipulé ce qui fuit :
Ce Traité ne dérogera pas aux prééminences , Droits
& Domaines que chacune des Parties Conféderées
ønt dans les Mers de l'Amérique , détroits & aucuns
parages. Bien au contraire , elles poffederont &
retiendront le tout avec la même étendue qui leur
apartient de droit ; mais que l'on entende toûjours
que la liberté de la Navigation ne devra être en aucune
maniere interrompue , pourvû que rien në
soit commis , ou fait contre le fens légitime de ces
Articles. Les fufdits Plénipotentiaires propofent , disje
, que dans le Traité qui doit fe faire , il foit déclaré
convenu , que pour expliquer plus clairement ledit
Article , & affurer encore mieux la liberté de la Na
vigation , qui y eft ftipulée , il a été convenu & décla–
ré , qu'il n'est pas & qu'il ne fera permis en aucune
forte , a aucun Vaisseau de Guerre , apartenant à l'une
ou à l'autre des deux Puiſſances , ou à aucun Arma
teur muni de pouvoirs ou commiffion de la part de l'un
on de l'autre des deux- Souverains Contractans ,
ou der
celle
142 MERCURE DE FRANCE
celle d'aucun Gouverneur , ou autre Officier auto
rifé de l'une ou de l'autre part , pour donner des
Commiffions , ou enfin à aucun Vaiſſeau ou Navire ,
apartenant à l'une ou à l'autre des deux Nations , de
détenir , faifir , arrêter , vifiter ou examiner en Mer
les Vaiffeaux ou Navires apartenant aux Sujets des
deux Nations refpectives dans les Mers de l'Amérique,
Sous quelque motif ou prétexte que ce puiffe être.
De plus , qu'il fait convenu , que s'il arrivoit , que
quelque l'aiffeau autorisé par l'une ou l'autre des deux
Couronnes, pour empêcher le Commerce illicite, ou employé
pour quelqu'autre motif que ce puiffe être , ou
autorisé par une Commiffion de quelque Gouverneur
foit Anglois , foit Espagnol , dans les Indes , vint à
arrêter , faifir , détenir , vifiter , ou examiner quelque
Vaiffeau ou Navire , apartenant aux Sujets de l'une
on de l'autre des deux Couronnes dans les Mers de
Amérique, on fera une reftitution entiere de ces
Vaiffeaux & de ces effets , comme auffi une ample réparation
de tous les dommages foufferts . Que le Capi
taine ou Commandant du Vaiffeau qui auroit commis
unefemblable violence , fera privé de fa Commiffion ,
nefera jamais employé dans le Service Maritime
de la Couronne dont il feroit Sujet . Et que s'il pa
roiffoit par des preuves autentiques qu'un Gouveneur ,
foit Anglois , foit Espagnol , dans l'Amérique , eût
accordé des pouvoirs on Commiffions à aucun Armateur
pour arrêter , faifir , détenir , vifiter , ou exami
ner en Mer les Navires de l'une ou de l'autre part , ce
Gouverneurfera privé de fon Emploi , & ne ſera ja -`
mais employé au Service de la Couronne dont il fera
Sujet.
Ces Propofitions font fi conformes à l'esprit & à la
lettre du Traité de 1670. reconnu par l'une & l'autre
partie , pour regle , fur laquelle on doit décider toutes
bes difputes qui regardent l'Amérique , qu'on nesçau
rois
JANVIER. 1740 143
roit douter , que Meffieurs les Plénipotentiaires de S.
M. C. ne foient convaincus , qu'il n'y a rien de plus
jufte , de plus raifonable , ni de plus propre pour prévenir
tous les inconvéniens dont ils fe font plaints
jufqu'ici , que ce que l'on vient de propoſer ſur la matiere
prefente. Fait à Madrid le 25. Juin 1739 .
Le Roy de la Grande Bretagne trouve une autre
caufe de Guerre dans l'augmentation des Droits
fur les Marchandifes de fes Sujets. Quoiqu'il ne
fûr pas neceffaire de toucher plus en détail cette
matiere , l'Angleterre même , ayant reconnu dans
fes Traités , & furtout dans celui de 1667. avec le
Roy de Dannemarck für les Daces du Sund , que
c'eft un Droit attaché à la Souveraineté ; on remettra
cependant aux Actes de fon Parlement la
confrontation de cette plainte , afin qu'en y voyant
les innovations faites en tous temps , on reconnoiffe
qu'il faut , ou que la correfpondance ceffe
entre les Rois , ou que ne ceffant point , ce prétexte
foit regardé comme infufifant & mandié , ou bien
enfin , que de la même maniere que l'Angleterre a
voulu quelquefois s'arroger la Souveraineté de la
Mer Britannique , uniquement à l'occafion du nom
qu'elle porte , elle prétende maintenant des prérogatives
& exemptions fur les Souverains par le feut
motifde fa hauteur & de fon caprice.
On n'exagere pas moins comme une caufe de
Guerre d'avoir publié les Reprefailles dans ces
Royaumes , & d'en être venu à l'exécution fans
affigner de temps ; mais comme il eſt notoire que la
Koy d'Angleterre les a publiées le premier le 10.-21.
Juillet , & qu'immédiatement après on s'eft faifi à
Londres de trois Vaiffeaux Bifcayens , nonobstant,
les clameurs des Intereffés , tandis que l'Amiral
Haddock,pofté aux Caps de Ste Marie & de S. Vineens
, tomboit fur plufieurs autres , on ne conçoir
poing
144 MERCURE DE FRANCE
point pourquoi S. M. C. auroit une obligation qui
ne lie pas également le Roy de la Grande Bretagne
, ni quel privilege rend licites à Londres des
reprefailles , dont on fait un crime à Madrid.
On fe récrie tant de fois dans la fufdite Publi
cation de Guerre contre les infractions des Traités
qu'il n'eft pas poffible de paffer fous filence le nombre
de celles que les Anglois ont commiſes avec fi
peu de raifon. Pour faire connoître que les plaintes
que forment les Efpagnols font mieux fondées ,
particulierement depuis le Traité d'Utrecht de 1713.
puifque les Anglois s'étant engagés par l'Art . XV.
de conferver l'indemnité des Droits , qui pour la
pêche de la Morue à Terreneuve , apartenoient aux
Bifcayens & autres Peuples de certe Couronne ;
& par l'Art. II . du Traité de 1721. à donner les
ordres que l'on demanderoit pour en effectuer l'ac
compliffement , cependant ils font encore aujour
d'hui dépouillés de ce qui leur eft fi légitimement
dú. Il en eft de même de l'Art. X. dudit Traité
d'Utrecht , par lequel l'Angleterre fe trouvant en
gagée à ne point donner d'afile ni d'entrée à Gibraltar
aux Vaiffeaux de Guerre des Maures , nonfeulement
on a pratiqué le contraire , au grand préjudice
de S. M. C. & de fes Sujets ; mais encore
étant pourfuivis par les Eſpagnols , ils ont trouvé
leur fûreté fous le Canon de cette Place , d'où ils
font venus plus aifément, à raifon de la proximité,
infulter les Côtes , & interrompre le Commerce.
On a manqué de même à cet Article qui limite
l'extenfiondu Terrain prétendu & même pratiqué
car cette. Place ayant été cedée fans aucune Jürifdiction
Territoriale , & fans aucune communication
ouverte avec la Région circonvoisine de la partie de
terre , ils prétendirent que fa Domination devoit
s'étendre jufqu'à la portée du Canon ; & quoiqu'il
alt
JANVIER. 1740 145
aît été convenu en l'année 1728. d'abandonner réeiproquement
les poftes fur lefquels la difpute a
été formée , dont ily en avoit un vis - à - vis la Tour
des Génois , un autre apuyé à la Montagne fous
le Paſtelillo , & un autre du côté du Levant , peu
éloigné de la Montagne , & à une petite distance
de la Tour du Diable , ils les ont occupés depuis
fans faire attention à l'accord , & fans confiderer
la lézion . Un Procedé de fi mauvaife foi n'eft pas
le feul que l'on ait éprouvé au fujet de cete Place ;
car le feu Roy d'Angleterre Georges I. en ayant of
fert la reftitution à S. M. C. par une Lettre du
12. Juin 1721. quoique cette promeffe fût un
moyen conditionel pour la conclufion du Traité
dont il s'agiffoit alors , & qui fut figné à Madrid le
13. du même mois , cependant on ne l'accomplit
point , comme la Juftice le demandoit , & ni les
inftances , ni les repreſentations faites à ce fujet ,
ne fervirent de rien. On raportera ici la traduction
de cette Lettre , afin de ne point laiffer le moindre
doute fur ce Fait.
Monsieur mon frere : J'ai apris avec une extrême
satisfaction par le moyen de mon Ambassadeur en votre
Cour , que V. M. est enfin dans la résolution de
lever les obstacles qui , pour quelque temps ont differé
l'entier accomplissement de notre union : et puisque
par la confiance dont V. M. me donne des marques ,
je puis compter sur le rétablissement des Traités qui
ont fait le sujet de nos disputes , et que par conséquent
on aura expedié les sûretés nécessaires pour le Commerce
de mes Sujets , rien ne m'empêche aujourd'hui
d'assûrer V. M. de ma promptitude à la satisfaire en
ee qui regarde la restitution de Gibraltar , lui pro→
mettant que je profiterai de la premiere occasion fa
vorable pour regler cet Article avec mon Parlement.
On a aussi éludé l'Art. VIII. du Traité d'U
trecht ,
146 MERCURE DE FRANCE
1
trecht , qui concerne les limites dans l'Amérique ,
nonobstant les ordres offerts dans le II . de celui de
l'année 1721. et même en 1724. après des instances
réïterées sur la démolition du Fort de la Tamaja
, bâti par les Anglois dans un Territoire
apartenant incontestablement à S. M. C. et après
tre convenu que les Gouverneurs de la Floride et
de la Caroline , se communiqueroient leurs ordres
pour regler cette dispute. Un Officier de la Floride
ayant été envoyé avec vingt-cinq hommes , et les
Copies des Ordres de l'Angleterre , ils furent dépouillés
de leurs armes , renfermés dans le Fort
et conduits au bout de trois jours à la Caroline , où
ils souffrirent une prison plus rigoureuse et plus
indécente . On usa de la même mauvaise foi en
l'année 1735. Le Ministere Britannique ayant as
sûré Don Thomas Geraldino , Ministre Plénipotentiaire
de S. M. C. à Londres , que Don Diego
Oglethorpe destiné pour la Caroline , étoit chargé
d'en regler les limites , conjointement et de concert
avec le Gouverneur de la Floride ; les Ordres qu'ikmontra
à son arrivée se trouvérent si differens
qu'ils contenoient qu'il eût à peupler tout ce qui ne
P'étoit pas , et pour l'exécution on en vint auffi-tôt
à des Actes d'hostilité , jusqu'à se présenter avec
des gens armés à la vue du Fort S. Augustin : Action
très-conforme à la Patente donnée par le Roy
de la G. Bretagne le 9. - 26. Juin 1732. dans laquelle
il dispose du Domaine de ce Continent , et même
de la Mer , accordant à la Compagnie formée pour
l'établissement de la Colonie de la Georgie , tout
ce qui n'auroit point été anterieurement occupé par
des Sujets de l'Angleterre : Cession diametralement
oposée à l'Art . VII. du Traité de 1670. qui l'exclut
de tout ce qu'il n'avoit point, et de ce qu'il ne pos
sedoit point de droit dans ce temps là. Mais on ne
doit
JANVIER. 1749. 147
doit pas s'étonner de ce despotisme , puisqu'entr'augres
usurpations , contre lesquelles l'Espagne a plus
d'une fois reclamé , celle de la Coupe du bois de
Campeche n'est pas mieux fondée , soutenue par la
force et non pas par la raison , jusqu'à en venir à
l'excès de ruiner par trois differens Siéges le malheureux
Peuple de Bacallar , parce qu'il défendoit
fidelement le bon droit de S. M. C. et arrêtoit la
continuation du crime.
Le Roy de la Grande Bretagne supose également
pour cause de la Guerre , que S. M. C. n'a pas payé
au terme préfix du 5. Juin les quatre- vingt quinze
mille livres sterlings stipulées , pour restant des
prétentions réciproques au sujet des prises , et d'avoir
aussi violé manifestement la Convention ; er
comme lorsque les Représailles ont été publiées en
Espagne , on a fait connoître les fortes raisons
qu'on avoit eues de ne point satisfaire à cet engagement
, le Roy d'Angleterre ajoûte , que ce n'est
qu'une couleur, et que des prétentions destituées de tout
fondement. Moyens aisés pour se tirer d'affaire sans
contestations ; mais qui ne diminuent rien de la
force et de la vigueur de ce qui a été declaré par
S. M. C. Ainsi l'Europe ne doutera point , si el'e
y fait refléxion , que l'on ait agi ici de bonne foi ,
et que si l'Angleterre avoit fait la même chose , on
auroit reglé et accompli le tout , suivant les regles
de la Convention . Le desarmement des Escadres ,
les ordres donnés pour la Caroline , et le soin d'ins
truire sans differer les Plenipotentiaires , aussi tôt
que ladite Convention fut ratifiée à Londres , découvrent
clairement la sincerité avec laquelle on
procedoit : ces Faits ne peuvent être niés, ni admettre
aucune interpretation . Que les Anglois disent ,
s'il est vrai - semblable , et si l'on peut attendre de la
politique la moins reservée , qu'on mette les armes
bas
148 MERCURE DE FRANCE
bas sur le point de terminer une dispute qui les avoit
fait prendre , au même temps que l'on songeoit à
la renouveller , suivant toutes les apparences ? Ils
n'y répondront jamais , ou ne sçauront qu'y répondre
; mais leurs operations , contraires aux precedentes
, nous aprendront , que jamais l'Angleterre
n'a pensé à accomplir sa promesse , et qu'elle s'enbarasse
pea de déguiser à present ses mauvaises entreprises.
La premiere chose qui découvre ses mauvaises intentions
, c'est l'obstination de PAmiral Haddock
à demeurer dans ces Mers , depuis la signature et
la ratification de la Convention ; car quoiqu'on n'y
ait pas inseré en termes exprès , qu'il retireroit ses
forces , ce n'est pas une marque de sincerité d'ame ,
d'entrer en amitié avec les mêmes préparatifs de
Guerre , dont le courroux fe servit pour l'annoncer ,
surtout quand le Ministere Anglois procede avec
tant de froid et de lenteur , à l'exécution de ce dont
on est convenu , que les Ordres concernant la Caroline
, n'avoient pas encore été expediés le 27.
Mars , comme il résulte d'un écrit du Duc de
Newcastle , de la même date.
L'intention simulée de l'Angleterre , se prouve
mieux par les trois Memoires que Don Benjamin
Keene son Ministre Pénipotentiaire en cette Cour ,
présenta le 17. Avril ; il répetoit dans l'un ce qu'il
avoit demandé dans un autre du 19. Fevrier : Sçavoir
, qu'on expediât des Ordres aux Garde- Côtes
de l'Amérique , pour qu'ils eussent à cesser les dépredations
et violences qu'ils commettoient durant
les Conferences ; et comme on fit réponse le 24,
du même mois de Fevrier : qu'on ne leur avoit
point ordonné de les exercer , même durant les dernieres
disputes , et qu'on n'avoit point obmis jusqu'alors
de les réprimer , lorsqu'elles avoient été averées ; et
qua
JANVIER. 1740. 149
que S. M. contribuëroit à entretenir la bonne harmonie
qui venoit de s'affermir entre les deux Nations
sans permettre que ses Sujets empiétassent sur ce qui
-étoitjuste . et convenable à la sûreté de ses Domaines
et de son Commerce. Ce Miniftre infiftoit au nom dụ
Roy son Maître , en ce que ces assurances pouvant
être interprétées , et par conséquentfournir aux Gouverneurs
, et autres Ministres des Indes , des moyens
de se disculper ; on envoyât d'abord des Ordres clairs
et précis , pour mettre fin entierement à toutes les violences
commises jusqu'alors , et pour que les Sujets de
l'Angleterre pussent jouir durant le temps des Conferences
, sans trouble ni empêchement , d'une navigation
libre dans les Mers de l'Amérique , suivant ce
qui leur est accordé par les Traités et par le Droit des
Gens. Cette repetition de Memoires , et les claufes
de celui du 17. Avril , que l'on vient de raporter ,
marquent fortement , que le Roy de la Grande Bre
tagne se doutant bien que ce seroit rifquer le coup
de main que l'on defiroit faire fur les Affogues ,
les Vaiffeaux de Buenos- Ayres , Gallions , ou Flotre
, en renvoyant aux Conferences les points disputés
; ou bien , que d'attendre qu'on recueillit tant
d'effets , ce feroit rendre fes propres idées plus difficiles
: il fit d'abord valoir les prétentions , pour
avoir , en cas que l'on les conteftât , un prétexte
de faire ce qu'il a executé depuis .
Cette penſée eft fortifiée par un autre des trois
Memoires du 17. Avril , qui n'eft qu'une repetition
de celui du 19. Fevrier , dans lequel on demandoit
la reftitution du Vaiffeau la Sarah , Capitaine Jafon
Vaughan , pris le 29. Janvier 1738. car quoiqu'on
affûrát dans la Réponse du 16. Mars , qu'auffi - tôr
que les Actes en feroient remis , on les communiqueroit
aux Plénipotentiaires , pour qu'en vertu de
se qui avoit été accordé en dernier lieu , ils les examix
150 MERCURE DE FRANCE
minaffent , et les décidaffent ; la Cour Britannique ,
fans faire attention à ce jufte procedé , ni au fecond
Article feparé de la Convention , dans lequel
en parlant des évenemens pofterieurs au 10 Decembre
1737. comme eft celui - ci , on dit ; que la décifion
da cas ou des cas qui peuvent survenir , sera
renvoyée aux Plénipotentiaires , pour qu'ils en ordonnent
felon les Traités , afin d'éviter tout fujet de difpute.
La Cour Britannique , dis - je , redemanda
avec de nouvelles inftances et de nouvelles clameurs
cette reftitution , pour s'attirer, par le mépris
des Conventions , une replique moins moderée que
la premiere , afin d'avoir lieu de colorer fes infultes
prémeditées .
Mais ce qui peut faire connoître encore mieux
la fourberie des Anglois , c'eft le dernier Memoire
du 17. Avril , dans lequel le Miniftre Britannique
renouvelle fes inftances pour l'éclairciffement des
Cédules accordées par S. M. C. à la Compagnie de
l'Affiento , pour la reftitution des effets pris par reprefailles
, et pour que l'on convienne d'une fomme
fixe , qu'elle fupofe lui être dûe pour ces mêmes
effets, avant que d'être obligée de payer les foixantehuit
mille livres fterlings qu'elle doit à S. M. C.
par un compte liquidé du Droit d'Efclaves , et des
profits du Vaiffeau la Royale Caroline : et comme
cette matiere demande un plus long examen , avant
que de tirer les conféquences du deffein caché que
l'on va faire paroître , c'eft une neceffité d'examiner
les circonstances qui ont precedé la Convention
le fufdit Memoire ne fait que réchauffer.
Pour l'entiere conviction que le refus fait à la
Compagnie au fujet des Reprefailles , ne peut juftifier
la conduite qu'a tenu à cette occafion le Miniftere
Britannique , il fuffit de réflechir fur la premiere
idée qu'offre le III . Article de la même Conet
que
venJANVIER.
ISI 1740.
vention , et de fe rapeller légerement ce qui le préceda.
Après être convenu d'une fomme que S. M.
C. devoit remettre pour le payement des dettes
que la Nation Angloife redemandoit à la Couronne
d'Espagne , fous titre de represailles , il prétendit
encore que l'on convint d'une fomme fixe , que
la Compagnie vouloit lui être dûë pour le même
fujet. S. M. C. y réfifta , ainfi qu'à ce que l'on
confondit , comme la Compagnie l'en follicitoit ,
fon prétendu fonds , avec la dette incontestable et
reconnue des foixante - huit mille livres fterlings.
Le Miniftere Britannique voyant la juftice de l'un
et de l'autre refus , figna fans infifter davantage la
Convention fur cette circonftance , qu'il abandonna
entierement , et il confentit à la Declaration fuivante
, comme à une condition effentielle de la
Convention , reconnoiffant le peu de fondement
qu'avoit la Compagnie dans fes prétentions,
Don Sebastien de la Quadra , Confeiller & premier
Sécretaire d'Etat de S. M. C. & fon Miniftre Plénipotentiaire
pour la Convention dont il s'agit avec le
Roy de la Grande Bretagne par ordre de fon Souverain
; & en conféquence des Memoires réiterés ,
des Conferences qu'on a tenues avec Don Benjamin
Keene , Miniftre Plénipotentiaire de S. M. B. de
Paccord réciproque dont on y eft convenu , à l'effet de
faire la prefente Declaration, comme un moyen effentiel
neceffaire pour terminer des diſputes fi long- temps
conteftées, pour pouvoir figner la fufdite Convention
: Déclare formellement que S. M. C. fe réſerve
le plein droit de pouvoir fufpendre l'Affiento des Negres
, & d'expedier les Ordres neceffaires à ce ſujet ,
en cas que la Compagnie ne fe foumette point à payer
dans un terme court , les foixante - huit mille livres
fterlings , dont elle a avoué être redevable pour le Droit
des Negres , fuivant le tarif de cinquante - deux pe-
H
nings
152 MERCURE DE FRANCE
nings pourpiaftres , & des profits du Vaiſſeau la Royale
Caroline : Il déclare auffi , que fous la validité ga
à la faveur de cette proteftation , & non pas autrement
, on procedera à figner la fufdite Convention ;
parce que S. M. C.y a acquiefcé dans cettefupofuion ,
qu'on ne pourra pas éluder fous quelque motifou prétexte
que ce puiffe être. Fait au Pardo le 10. Janvier
1739. Don Sebaftien de la Quadra.
C'eft maintenant qu'on pourra inférer quel deffein
portoit l'Angleterre à fufciter les difputes qu'elle
reconnut infoûtenables au temps de figner la Convention
; il fe fait encore inieux fentir dans un autre
Memoire du 4. Juin , dans lequel levant toutà
- fait le mafque , on refufa au Roy Catholique la
faculté de fufpendre l'Affiento ; ce qui fut la même
chofe que le jouer de la Declaration et de toutes
les Conventions , pour précipiter S. M. C. dans
ane rupture ouverte & pour couvrir fous le voile
aparent de la bonne foi , les détours obliques qu'ils
prenoient pour ſe la procurer .
Mais fi toutes ces preuves ne donnent point encore
affés d'idée des prétentions des Anglois , les
dépofitions des Mariniers de l'Efcadre de l'Amiral
Broun , pris aux environs de la Baye Honda , qui
nous ont été envoyées depuis peu de la Havanne ,
acheveront de les découvrir. Ils déclarent que le
30. ou 12. de Juillet , il arriva à la Jamaïque un
Paquebot qui portoit la nouvelle , que la Guerre
étoit déclarée , & des Ordres de traiter en enne .
mis les Espagnols en conféquence de quoi , les
Anglois fortirent le 21. pour les mettre en exécution
ayant pris auparavant & immédiatement
après l'arrivée du Paquebot , une Golette qui venoit
de Cuba , chargée de dix mille piaftres. A lạ
vûe de cet évenement , il femble qu'il ne doit refter
aucun doute fur tout ce qu'on vient de dire ;
•
:
Car
JANVIER
£749. iss
car les Reprefailles ne furent publiées à Londres
que le 21 Juillet : Or pour que le Paquebot foir
arrivé à la Jamaïque le 10. ou 12. du même mois ,
il est néceffaire qu'il foit parti d'Angleterre vers les
-derniers jours de May au plus tard , & que la réſolution
de l'envoyer , eût été anterieurement priſe :
Il est donc incontestable , que non-feulement la
Cour Britannique n'obferva pas la Loy portée par la
-Convention ,& même qu'elle n'eût pas l'intention de
l'obferver ; mais qu'elle fongea uniquement à en-
-dormir S. M. C. pour éclater dans une conjoncture
favorable à fa duplicité.
La maniere moderée avec laquelle on répondit
aux Memoires mentionnés , prouve que S. M. C.
-pénetra par avance les intentions des Anglois , &
qu'elle voulût les rendre inutiles en les diffimulant ,
& en témoignant feulement fon défir fincere de fe
regler fur ce qui avoit été arrêté ; c'eft ce que le
Marquis de Villarias , premier Secretaire d'Etat &
des Dépêches , fit entendre à Don Benjamin Keene
au mois d'Avril : On en fera encore mieux éclairci
par la Déclaration fuivante , que les Plénipotentiaires
Efpagnols donnerent aux Anglois dans la Conference
du 15. May , & qu'on avoit déja touchée
dans la publication des Reprefailles .
Le Roy notre Maître , nous ordonne de vous marquer
MM. qu'il eft étrange qu'aprés des Ordres donnés
à l'Amiral Haddock de revenir en Angleterre
auffi-tôr après la ratification de la Convention , ils
ayent été révoqués , & qu'on lui ait renouvellé ceux
de refter dans la Méditerranée , ce qui fait voir
S. M. B. a changé d'intention , & que fi les premiers
Ordres ont été de fuivre l'accord , il n'y a point de
difficulté à croire que les feconds y font oposés ; c'est
pourquoi S. M. regarde ces ordres comme pleinement
¿contraires à l'ancienne, amitié qui vient de fe renou-
Hij
que
vell
54 MERCURE DE FRANCE
veller entre les deux Couronnes ; & quoique S. M.
ajoûte foi à la Déclaration que vous avez faite , que
cet Amiral a des Ordres de ne point caufer le moindre
tort , ni caufer la moindre inquiétude à l'Espagne ;
l'univers qui juge feulement fur les aparences , ne pourra
pas s'en perfuader la verité : & quoique l'inutilité
de ces moyens foit bien prouvée par la conftance
inébranlable de S. M. à la vie des armemens de
l'Angleterre , la délicateffe de fon honneur ne qui permet
de regarder un plus long séjour de cette Escadre
dans la Méditerranée , que comme un obstacle à l'heureux
fuccès des Conferences , puifque par- là`on rend
impoffible la conclufion des affaires qui doivent y être
traitées.
Il n'eft pas moins étonnant qu'on ait ordonné d'équiper
trois Vaiffeaux pour groffir l'Escadre qui eft à
la Jamaïque ; car quoiqu'on prétexte que ce foin eft
uniquement pour qu'il ait affes de Vaiffeaux dans
cette Ifle , afin de pourvoir à la fûreté & au Convoi
des Vaiffeaux Marchands qui viennent en Europe ;
cela n'eft pas croyable ni vraisemblable , vû que fuivant
une Lettre du Duc de Newcastle du 27. Mars ,
on n'avoit point encore expedié les Ordres à la Caroline
, les ratifications étant échangées depuis le 4.
Fevrier. Et nonobftant le jufte motif qu'avoit S. M.
defufpendre les Conferences , néanmoins pour faire
connoître fon amour pour la Paix , & la bonne foi
avec laquelle Elle remplit les conditions , Elle confent
qu'on ne les differe pas , mais en même tems , Elle
ne peut se difpenfer de déclarer que l'Angleterre
ne devra point être furpriſe que lon traite les Articles
en queſtion avec la Juftice la plus fevere , fans
qu'on puiffe efperer de S. M. qu'elle condefcende à
Ja moindre grace , tandis que I'Efcadre de l'Amiral
Haddock fe tiendra dans la Méditerranée ; & qu'enfin
il eft conféquent que S. M. trouve des obstacles
trèsJANVIER.
1740 155
très puiffans qui l'empêchent d'acquiefcer entiere- .
ment aux Conventions , jufqu'à ce que cette Efcadre
fe retire en Angleterre , & que l'on ordonne la
même chose à celles qui an fujet des differends
paffés feroient encore dans l'Amérique ; parce que
les démonftrations de l'Angleterre étant fi éloignées
du repos déja concerté , S. M. ne pourra pas entretenir
la bonne foi avec laquelle Elle procede ,
à moins qu'Elle ne s'aperçoive du réciproque , &
qu'elle ne voye dépofer les armes , qui eft le fignal
le plus convainquant de la Paix .
Les Plénipotentiaires Anglois n'ont point demandé
copie de cette Piece, qui prouve fi parfaite
ment la droiture des intentions de S. M. C. Omif
fion furprenante , qu'on ne peut attribuer à leur né
gligence ; mais très - conforme à l'inſtruction dont
ils étoient munis & aux détours qu'ils employoient.
Et quoiqu'on s'aperçut bien dès lors de cette mauvaife
foi , S. M. C. attendit encore que la Cour
Britannique changeât de conduite,à la faveur des furetés
données & réiterées plufieurs fois à Don Benjamin
Keene par le Marquis de Villarias , que
pourvû que l'Efcadre de l'Amiral Haddock fe retirât
en Angleterre , on fongeroit fur le champ à
donner la fatisfaction pour les quatre- vingt- quinze
mille livres fterlings ; mais , voyant dans le fufdit
Memoire du 4. Juin , qu'on s'efforçoit de foûtenir
Pinjufte réfiftance qu'aportoit la Compagnie au
payement des foixante & huit mille livres ; l'’ECcadre
de Haddock à Gibraltar , les lenteurs affectées
des Plénipotentiaires Anglois à ouvrir les Conferences
, & après les avoir ouvertes, un déchaîne
ment abfolu , & le renversement du fens litteral
des Traités au fujet de leurs prétentions ; S. M. C.
ne put fe réfoudre à rembourfer les quatre vingtquinze
mille liv. fterlings ftipulées dans la Conven-
Hiij
tion ,
156 MERCURE DE FRANCE
tion tant parce qu'étant enfreinte par le Roy d'An
gleterre , S. M. C- ne s'y croyoit pas obligée , que
parce que ce feroit une condescendance blâmable
& indécente , de donner des armes à des ennemis
déja prefque déclarés, fans aucune efperance, autant
qu'on en pouvoit juger , de moderer par ce nouveau
trait de bonté leur infatiable ambition.
Au refte , S. M. C. ne prétend pas fe prévaloir
'de la multitude de ces Faits fi bien établis , &
des conféquences pressantes qui en réfultent ,
pour justifier ce qui s'est fait depuis par un enchaî
nement de conjonctures plus funestes les unes
que les autres ; puifqu'il est hors de doute , qu'Elle
n'a publié les reprefailles , & qu'Elle n'a déclaré
la Guerre , que fucceffivement & à l'exemple de
l'Angleterre. C'est auffi la raifon la plus forte
qu'ait la Cour d'Espagne , pour ne fe pas croire
refponfable devant Dieu , ni devant les Hommes
des funestes ravages que la Guerre entraîne après
foi ; car en faifant attention que les motifs qui
Pont allumée ont cessé d'être de veritables motifs
depuis qu'on est convenu de les terminer à
l'amiable ; dans certe fupofition , il est évident
que le Roy de la Grande Bretagne , qui employe
encore ces mêmes motifs pour la rupture , ne cherche
qu'à déguiser sous des titres colorés , la capricieufe
irrégularité de ses Sujets , & la néceffité
il s'est trouvé d'y condescendre au lieu que
S. M. C. en ne fe fervant du nombre , de l'évidence
, & de la force des raisons qui ont donné
lieu à fa derniere réfolution , que pour mettre la
verité dans tout son jour , fe propofe uniquement ,
par une conduite si pleine d'équité , de ne pas
tromper l'Europe à deffein de la troubler , ce qui
est le contraire de ce que l'Angleterre demande .
PORTUGAL
>
JANVIER. 1740. 157
PORTUGAL.
le'
7
És Lettres de Lisbonne portent , qu'un Vaiffeau
de
Efpagnol , revenant de la Havanne , mouilla
au commencement de Decembre dernier à Faro
& que l'équipage de ce Bâtiment a apris que
Gouverneur de Cuba ayant fçû que le Roy d'An
gleterre avoit déclaré la guerre à l'Espagne , &
qu'une Efcadre Angloife étoit arrivée dans la Baye
de Campêche , pour user de représailles contre les
Efpagnols , il avoit fait faifir un Vaiffeau de la Compagnie
de l'Affiento , et tous les effets qui s'étoient
trouvés dans le Comptoir & chés le Facteur de cette
Compagnie. L'équipage du même Bâtiment a
raporté que l'Efcadre Angloife , commandée par
l'Amiral Vernon , avoit paru à la hauteur de la
Havane le 8. Octobre dernier , & qu'un des Vaif
feaux de cette Efcadre s'étant aproché de cette
Place , le Commandant d'un des Forts , qui défendent
l'entrée du Port , lui avoit fait tifer' plufieurs
coups de canon , dont il avoit été tellement endom
magé , qu'il avoit été obligé de fe retirer après
avoir perdu fon mats de Mifene ; que cet Amiral
avoit croisé pendant quelques jours avec fon Efcadre
dans les environs de la Havanne , & que les
maladies lui ayant enlevé la plus grande partie de
fes Matelots , il étoit retourné à la Jamaïque . Avang
que de partir de cette Isle pour fe rendre devant la
Havanne , les équipages des Vaisseaux de fon Eſcadre
étoient déja fi fort affoiblis , qu'il s'étoit va
dans la néceffité de faire embarquer soo, Negres ,
les faire travailler à la manoeuvre .
pour
Le 8. du mois passé & les jours fuivans il y a eu
Lisbonne des tempêtes fi violentes , que plufieurs
Bâtimens ont peri dans la riviere & fur la Côt : : un
grand nombre d'arbres ont été déracinés dans la
Hij cam158
MERCURE DE FRANCE
campagne , & plusieurs maiſons ont été renversées.
L'Equipage d'un Bâtiment arrivé depuis peu de Cadix
à Genes, a confirmé qu'on y avoit reçû des Lettres
de la Nouvelle Efpagne, par lesquelles on avoit
été informé qu'on avoit déja transporté de Lima à
Panama dix millions & une partie des marchandifes
deftinées à compofer la charge des Gallions , &
qu'on y attendoit dans peu le refte de leur charge,
Jequel montoit à treize millions . Les mêmes Lettres
ajoûtent que le Commandant des Gallions
avoit donné ordre à ceux qui devoient s'embarquer
fur la Flotte , de fe tenir prêts à partir au commencement
du mois de Septembre dernier pour
Porto - Bello , afin qu'ils pûssent fe trouver à la
Foire qu'on devoit y tenir."
On aprend de Lisbonne que la Nation Genoife
célébra fur la fin du mois dernier avec beaucoup
de folemnité dans l'Eglife de la Mifericorde de la
Ville de Faro , la Fête de la Canonifation de Sainte
Catherine Fiefchi , d'une des Maifons les plus illustres
de l'Italie & dans laquelle on compte trois
Papes & trente- deux Cardinaux . L'Evêque de Faro
officia pontificalement à la Meffe qui fut chantée
à plufieurs choeurs de Musique , & le Panégyrique
de la Sainte fut prononcé par le Docteur Michel de
Ataide Corte- Real , Grand Penitencier de l'Eglise
Cathédrale.
L
GRANDE BRETAGNE.
E Duc de Cumberlan s'étant hasardé le 12. de
ce mois un peu trop avant sur la Tamise , la
glace rompit fous ce Prince , mais il fut secouru si
promptement , que cet accident n'a eû aucune faite
fâcheufe.
Le
-JANVIER. 1740 159
Le 16. pendant que la marée étoit basse , un
grand nombre de perfonnes traverserent cette Riviere
un peu au- deçà du Pont de Londres. Leur
exemple en ayant enhardi d'autres , la Tamiſe fut
en peu de temps couverte de monde , & le retour
du flux ayant fait rompre la glace en plufieurs endroits
, plus de quarante Perfonnes furent noyées.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E 8. Decembre 1739. Henri Frederic , Comte
Lde Friefen, et du 3. Empire , Chevalier de l'Or
dre de l'Aigle blanc de Pologne , Grand Fauconier
de l'Electorat de Saxe , Miniftre d'Etat , et du
Cabinet du Roy de Pologne , Electeur de Saxe ,
Colonel de fes Gardes , Général de fes Troupes Saxonnes
, Gouverneur de la Ville de Dresden , et de
toutes les Fortereffes de Saxe , mourut dans la 59 .
année de fon âge , à Montpellier , en Languedoc ,
où il s'étoit rendu, pour fe faire traiter d'une hydropifie
, dont il étoit attaqué ; fon mérite & fes grandes
qualités l'ont fait regretter en Saxe géneralement
de tout le monde. Le Roy de Pologne , Electeur
de Saxe , qui avoit beaucoup d'égard pour lui,
& qui avoit voulu que fon premier Chirurgien l'accompagnât
dans ce voyage , a paru extrêmement
touché de fa perte. Il avoit toujours été fort avant
dans les bonnes graces de feu Augufte II . Roy de
Pologne , Electeur de Saxe , dont il avoit été Grand
Chambellan ; mais il s'étoit démis volontairement
de cette Charge . Il avoit été marié le 3. Juin 1725 .
avec la Comteffe de Cofel , fille naturelle et légitimée
de feu Augufte II . Roy de Pologne , Electeur
Hy
da
ico MERCURE DE FRANCE
de Saxe. Elle mourut à Dresden , au mois de Fevrier
1728. Il en laisse un fils unique fort jeune , et heritier
de tous fes biens , qui l'avoit fuivi à Montpellier
, d'où il eft retourné en Allemagne après la ›
perte de fon Pere.
Le 5. de ce mois , D.... Caraccioli, Prince de la
Torella , Seigneur Napolitain , Grand d'Efpagne de
la premiere Classe , Chevalier de l'Ordre de Saint
Janvier , Gentilhomme ordinaire de la Chambre du
Roy des deux Siciles , Capitaine de la Compagnie
des Hallebardiers de fa Garde , & nouvellement
fon Ambassadeur Extraordinaire à la Cour d'Efpagne
, après l'avoir été à celle de France depuis
1735. mourut à Madrid , dans la 46. année de son
âger Il avoit reçû le 18. May de l'année derniere le
Cordon de l'Ordre de S. Janvier à Paris , dans l'Eglife
du Noviciat des Jefuites , par les mains de l'Evêque
de Metz , chargé des pouvoirs de S. M. Sicil .
à cet effet.
On mande de Lisbonne , que deux Laboureurs ,
âgés l'un de cent un an & l'autre de cent huit , moururent
il y a quelque temps à Macedo de Mato ,
près de Bragance , dans la Province de Tra- Los¬
Montes.
>
BOUTS
JANVIER. 1740. 161
BOUTS RIM E'S , ·
Proposés dans le premier Volume du Mercure
de Decembre 1739.
SONNET.
PLus prudent que l'Abeille au milieu de ſa Ruche,
Je fçais me défier de ces Peuples
Sournois ,
Minois ;
Chés qui tout eft fardé , le coeur & le
Pour s'y laisser tromper , il faudroit être Buche
Du choc, tant que l'on peut, on doit garder la Cruche;
Le Théatre du Monde eft femblable aux Tournois
Où le plus malheureux , y perdant fon "Harnois ,
Cede tout au Vainqueur , même jusqu'à la Huche.
Rien,
Là, pour de vains tas d'or,l'un pille comme un Chien,
Ici , les prodiguant , l'autre n'épargnant
Arrive , fans broncher , à l'Hôpital en
Tel fe dit votre ami , qui vous voyant
Fait rage contre vous , fans fouffrir de
Pofte
Crevé ,
Ripofle ,
avé.
Dans notre siecle , enfin , tout coeur eft dépr
Par M. P. J. T. Varin.
A Ronen ce 22. Janvier 1740.
H vj FRAN
162 MERCURE DE FRANCE
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , & C
E premier jour de l'an , les Princes &
Princesses du Sang , & les Seigneurs &
Dames de la Cour eurent l'honneur de
complimenter le Roy fur la nouvelle année .
Le Corps de Ville a rendu à cette occasion
ses respects à L. M. à Monfeigneur le
Dauphin & à Mefdames de France .
,
Les Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre du S. Esprit , s'étant assemblés
vers les dix heures du matin dans le
Cabinet du Roy , le Marquis de la Mina
'Ambassadeur du Roy d'Espagne , nommé
Chevalier le 17. du mois de May dernier, &
dont les preuves avoient été admises dans le
Chapitre tenu le 9. Août auffi dernier , fue
introduit dans le Cabinet, où il fut reçû Chevalier
de l'Ordre de S. Michel. Le Roy sortit
ensuite de son apartement, pour aller à la
Chapelle. S. M. étoit precedée du Duc de
Bourbon , du Comte de Clermont , du Prince
de Conty , du Prince de Dombes , du
Comte d'Eu & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre. Le Marquis de
3.
16
,
la
1
JANVIER: 1740. 163
la Mina en habit de Novice marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers : le Cardinal
de Polignac & le Cardinal d'Auvergne
étoient derriere S. M. Le Roy , devant le- -
quel les deux Huiffiers de la Chambre portoient
leurs Masses , étoit en Manteau , le
Colier de l'Ordre pardessus , ainsi que celui
de la Toison d'Or. Après la grande Messe
qui fut célebrée par l'Abbé Brosseau , Chapelain
de la Chapelle de Musique , le Roy
quitta son Prie-Dieu & monta à fon Trône
auprès de l'Autel , où le Marquis de la Mina
fut reçû Chevalier avec les céremonies accoûtumées
, ayant pour Parains le Marquis
de Goesbriant & le Marquis de Livry. Le
Marquis de la Mina ayant pris sa place , le
Roy sortit de la Chapelle , & S. M. fut reconduite
dans son apartement en la maniere
ordinaire. La Reine & Monseigneur le Dauphin
entendirent la même Meffe dans la Tribune.
L'après midi , L. M. affifterent aux Vê
pres .
Le 2. le Roy , accompagné comme le jour
précedent par
par les Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre du Saint Esprit , se
rendit vers les onze heures du matin à la
Chapelle du Château , & S. M. affifta au Service
qui y fut célebré pour le repos des ames.
des Chevaliers de l'Ordre du Saint Esprit ,
morts
184 MERCURE DE FRANCE
morts pendant le cours de l'année der
niere.
Le vingt-sept , le Duc de Penthievre ,
que le Roy d'Espagne a nommé il y a déja
quelque temps Chevalier de l'Ordre de la
Toison d'Or , reçût le Colier de cet Ordre
par les mains du Marquis de Lamina , Ambassadeur
d'Espagne auprès du Roy , & qui
avoit reçû une Commiffion particuliere de
S. M. C. pour cette reception . La cérémonie
en fut faite en la maniere accoûtumée , en
présence de plufieurs Chevaliers de l'Ordre
de la Toison d'Or , dans l'Hôtel du Marquis
de Lamina.
Le Gouvernement de Maubeuge , vacant
par la mort de Jean - Jacques Damas d'Antigny,
Chevalier de Malthe non Profez , Lieutenant
Général des Armées du Roy , a été
conferé à Thomas - Alexandre du Bois - Olivierde-
Givry , Chevalier Bailli du même Ordre
de Malthe , & auffi Lieutenant Général des
Armées du Roy , du premier Août 1734. Il
eft frere de Thomas Louis du Bois -Olivier
Marquis de Louville , Lieutenant Général
des Armées du Roy , du 23. Decembre
1731. & Gouverneur de Charlemont.
Le Roy a fait une augmentation d'un second
JANVIER . 1740 165
cond Gentilhomme à Drapeau dans chaque
Compagnie de Fusilliers du Régiment des
Gardes Françoises , & la nomination de ces
nouvelles places a été donnée au Duc de
Grammont, Colonel de ce Régiment.
Le dix-huit , les Ducs d'Uzès , & de la
Valiere , prêterent serment de fidelité au
Parlement , & y prirent séance en qualité de
Pairs de France. Le Duc d'Orleans , & le
Prince de Conty affifterent à cette céré
monie.
2+
S. M. a nommé le Marquis de Clermont
Colonel du Régiment de Vermandois , Co-
Lonel du Régiment d'Auvergne ; le Chevalier
de Liftenois , Capitaine dans le Régiment
de Dragons de Beaufremont , Colonel
du Régiment de Montmorency ; le Chevalier
de Teffé , Capitaine dans le Régiment
de Dragons Dauphin , Colonel du Régiment
de Vermandois , & le Chevalier de Pons
Capitaine dans le Régiment de Cavalerie de
Şabran , Colonel du Régiment de Bafligny.
Le 30-le Roy prit le deuil pour la mort du
Duc deBourbon, que S.M.quittera 11 ,Fevrier,
Le Roy a accordé au Prince de Condé
âgé de trois ans & demi , fils unique du Duc
de
166 MERCURE DE FRANCE
de Bourbon , la Charge de Grand Maître de
la Maison de S. M. , & jusqu'à ce que ce
Prince soit en état d'en exercer les fonctions,
le Roy a ordonné qu'elles seroient supléées
pár le Comte de Charolois .
S. M. a donné le Gouvernement du Duché
'de Bourgogne au Duc de Saint- Aignan , son
Ambaffadeur à Rome , sous la condition de
le remettre au Prince de Condé , lorsqu'il
aura atteint l'âge de 18. ans.
Le trente- un , les Députés des Etats
'de la Province de Bretagne , eurent audience
publique du Roy. Ils furent présentés à
S. M. par le Duc de Penthievre , Gouverneur
de la Province , & par le Comte de
Saint Florentin , Secretaire d'Etat , & conduits
par le Marquis de Brezé , Grand Maître
des Cérémonies , & par M. Desgranges,
Maître des Cérémonies . La Députation
étoit composée pour le Clergé , de l'Evêque
de Treguier , qui porta la parole ; du Marquis
du Guefclin , pour la Nobleffe ; de M.
de Boisbilly , Lieutenant Général de l'Ami
rauté de Morlaix , pour le Tiers Etat ; de
M. de Quelen , Procureur Général Syndic
& de M. de la Boiffiere , Trésorier Géneral
des Etats de la Province . Les Députés furent
ensuite conduits à l'audience de la Reine , &
à celles de Monseigneur le Dauphin , & de
Mesdames de France, BE
JANVIER
167
1740. .
C BENEFICES DONNE'S.
La Roche- dymon , Evêque de Tarbes
depuis 1729. & auparavant Vicaire Géneral
du Diocèse de Limoges , & sacré Evêque de
Sarepte en Phénicie le 5. Août 1725. Abbé
Commendataire de l'Abbaye de S. Jean
de Sordes , Ordre de S. Benoît , Diocèse
d'Acqs , depuis le mois de Juillet 1731. &
auparavant de celle de Sainte Marie d'Obasine
, Diocèse de Limoges , depuis le mois
de Janvier 1729. Docteur en Théologie de
la Faculté de Paris , du 10. Avril 1724. fuc
nommé à l'Archevêché de Toulouse , vacant
par la translation de Jean Louis de Berton de
Crillon à celui de Narbonne , faite le 31 .
Août dernier.
E ... Janvier 1740. Charles - Antoine de
la
L'Abbaye de Froidmont, Ordre de Citeaux,
Diocèse de Beauvais , vacante du 8. Avril
1738. par la mort de Charles - Joachim Colbert
de Croiffy , Evêque de Montpellier , a
été donnée à Henry de Rosset de Ceilles de
Rocozel ; Prêtre du Diocèse de Lodeve , Ab
bé de S. Sernin de Toulouse , depuis 1729 .
qui a remis celle de Soreze , Ordre de S. Benoît
, Diocèse de Lavau , dont il étoit Titulaire
depuis le 8. Janvier 1721. Cette derniare
a été donnée à . . . . de Mion d'Agay.
Le Roy a donné à l'Evêque de Châlonssur
168 MERCURE DE FRANCE
sur Marne , l'Abbaye de S. Aubin d'Angers,
Ordre de S. Benoît.
LE LION ET LA JEUNE BREBIS ,
FABLE.
"Envoyée pour Etrennes à Mlle de B *****
qui n'est âgée que de six ans , mais dont tout
le monde admire l'esprit & la gentillesse.
Non ,jamais la vertu ne fut sans récompense,
On en goûte le fruit dès sa plus tendre enfance ;
Dans un sombre Désert , à la merci des vents ,
Une jeune Brebis erroit depuis long- temps ;
Hélas ! qu'on est à plaindre en telle conjoncture !
Somme s-nous malheureux? chacun nous fait injured
Qui l'auroit jamais crûe frapé de sa candeur
Le Lion tout à-coup devient son Protecteur ;
Mon enfant , lui dit - il , vivez , vivez sans crainte ,
Vous serez à couvert içi de toute ateinte ;
Si quelque audacieux ose vous outrager ,
De son crime bien-tôt je sçaurai vous venger ;
Ainsi dans tous les temps , la vertu par ses charmes
Au plus fier des Humains sçût arracher les Armes.
Enfant chéri du Ciel , imitez la Brebis ,
De l'aimable Vertu vous recevrez le Prix ..
Le
JANVIER. 1740 169
›
Le 2. le 4. & le 9. Janvier , M. Destouches
, Sur- Intendant de la Musique du Roy,
en Sémestre , fit chanter au Concert de la
Reine l'Opera d'Iphigénie. Le premier Rôle
& celui d'Electre , furent très - bien remplis
par les Dlles Romainville & Huguenot , &
ceux de Thoas , d'Oreste & de Pilade , par
les Srs Dubourg , Benoît & le Begue .
Le 11. le 16. & le 18. la Reine entendit
l'Opera d'Armide. La Dile Huguenot se fit
admirer dans le principal Rôle , ainsi que le
Sr Jeliot dans celui de Renaud.
Le 23. & le 25. on executa le Prologue &
les trois premiers Actes de Tancrede, dont les
Rôles de Clorinde & d'Herminie , furent
chantés avec succès par les Diles Huguenot
& Romainville , & ceux de Tancrede &
d'Argan , , par les Srs Benoît & d'Angerville.
Le 6. Fête des Rois , l'Académie Royale
de Musique donna le premier Bal public de
cette année , avec un très - grand concours.
On continue ordinairement pendant differens
jours de la Semaine jusqu'au Carême
Le 7. de ce mois , les Comédiens François
représenterent à la Cour la Comédie de la
Mere Coquette , & celle des Trois Cousines.
Le 12. les Bourgeoises à la mode , & la Se
renade.
Le
170 MERCURE DE FRANCE
Le 14. Gustave & la Parisienne.
Le 19. Mitridate & le Fatpuni.
Le 21. le Muet & le Retour imprévu .
Le 13. Janvier , les Comédiens Italiens représenterent
aussi à la Cour , la Comédie des
Contretemps , & la petite Piéce du Bouquet.
Le 20. le Faucon & les Paysans de qualité.
Le 27. les Fourberies d' Arlequin, avec l'Acte
d'Arlequin Barbier Paralitique , suivi d'un
Divertissement , dont l'execution fit beaucoup
de plaisir.
Le 6. de ce mois , le froid commença
être si excessif, qu'en trois jours la Seine a
été presque entierement glacée . Par ordre
des Magistrats , dont la vigilance & le zele
ne peuvent s'exprimer , on a employé un trèsgrand
nombre d'Ouvriers pour rompre la
glace en plusieurs endroits , pour faciliter le
cours de la Riviere , & prévenir les accidens
que le degel pouvoit causer. M. le Prévôt
des Marchands a fait mettre à terre toutes
les Marchandises qui étoient dans les Ba
teaux , & M. le Lieutenant Géneral de Police
a fait allumer des feux dans differens
Quartiers de la Ville , pour le soulagement
des Pauvres. On prétend que le froid a prèsque
égalé celui du grand hyver de 1709. qui
commença le même jour , Fête des Rois.
M
JANVIER. 1740.
170
*
M. Le Prévôt des Marchands a fait aussi
distribuer une grande quantité de bois dans
toutes les Paroisses de Paris pour les
Pauvres. La glace a eû jusqu'à près de 6.
pouces d'épaiffeur .
,
De par les Prévôt des Marchands & Echevins
de la Ville de Paris , du 16. Janvier.
A tousceux queces PENNE
Tous ceux qui ces présentes Lettres
verront : MICHEL-ETIENNE TURgot,'
Chevalier , Marquis de Sousmons , Seigneur
de Saint Germain sur Eaulne , Vatierville , &
autres Lieux , Conseiller d'Etat , Prévôt des
Marchands , & les Echevins de la Ville de
Paris ; Salut, sçavoir faisons . Que, sur ce qui
nous a été remontré par le Procureur du Roy
& de la Ville , que quoique , les Ponts de cet-
- te Ville soient dans le meilleur état où ils
puiffent être, & qu'il y ait lieu d'esperer qu'il
n'y arrivera aucun accident par la Débacle de
la Riviere ; la conservation des Citoyens, qui
eft l'objet principal de notre adminiftration
& de nos soins , doit nous engager à prévenir
, par les précautions usitées en pareilles
circonftances , jusqu'au moindre soupçon de
danger , auquel ceux qui habitent sur les
Ponts pourroient se trouver exposés , si contre
toute attente, quelqu'un de ces Ponts ne
pouvoit résister à la violence & l'impétuosité
des Glaces. Pourquoi requéroit le Procureur
172 MERCURE DE FRANCE
reur du Roy & de la Ville , qu'il nous plût y
pourvoir .
Nous , ayant égard au Réquisitoire du
Procureur du Roy & de la Ville , ordonnon
qu'à l'inſtant de la publication des Présentes,
tous Propriétaires, ou Locataires des Maisons
conftruites sur les Ponts dans l'étendue de
cette Ville , seront tenus de déloger , eux &
leur famille , & d'enlever leurs Meubles &
Effets , pour ne les y raporter qu'après qu'il
en aura été autrement ordonné. Ordonnons
en outre , que faute par eux d'y satisfaire'
leurs Meubles & Effets seront mis sur le
ا ی ک
Carreau.
Mandons aux Commiffaires de Police &
Huissier Audiencier de l'Hôtel de cette Ville ,
de tenir exactement la main à l'exécution
des Présentes , & c.
Ordonnance de Police , du même jour ,
dont la teneur suit.
Ur
Sur ce qui nous a été remontré par le Procureur
du Roy, que la grande quantité de
Glaces qui s'est raffemblée à l'embouchure des
Arches des Ponts de cette Ville , donnant lieu
de craindre que ces Glaces, qui s'accumulent
malgré les soins que l'on prend de les briser
, n'emportent quelques -unes des Arches ;
& étant néceffaire de prévenir les accidens
qui pourroient arriver , il requiert qu'il y soit
par
JANVIER: 1740. 17.3'
par nous pourvû. Sur quoi , faisant droit sur
le Réquisitoire du Procureur du Roy , or-
⚫ donnons à tous ceux qui occupent des Maisons
sur les Ponts de cette Ville , de déloger
au moment de la publication de notre Ordonnance
, à peine de trois cent livres d'amende
, à l'effet de quoi ils pourront faire
enlever leurs Meubles & autres Effets , & les
transporter où bon leur semblera ; & au cas
qu'il se trouvât des saisies pour raison des
Loyers dûs par quelques - uns des Locataires
des Maisons , les Meubles saisis seront dépo
sés dans les Maisons qui seront indiquées par
les Saisiffans , où ils refteront à la charge des
saisies , si mieux n'aiment les Locataires en
demeure , payer sur le champ les Loyers
échus ; & s'il arrivoit que quelqu'un des Pro,
prietaires ou Locataires des Maisons refusât
d'obéir sur le champ , les refusans pourront
être emprisonnés. Faisons défenses à tous
Cochers & Voituriers , autres que ceux qui
serviront aux déménagemens , de paffer sur
les Ponts , à l'entrée desquels il sera posé des
Barrieres & établi des Gardes. Mandons aux
Commiffaires au Châtelet, & enjoignons aux
Officiers du Guet , de tenir la main à l'exe
cution de notre présente Ordonnance , qui
sera imprimée , lûë , publiée, & affichée , même
diftribuée dans chacune des Maisons fituées
sur lesdits Ponts. Ce fut fait & donné
par
174 MERCURE DE FRANCE
par nous CLAUDE HENRY FEYDEAU DE
MARVILLE , Chevalier , Conseiller du Roy
en ses Conseils , Maître des Requêtes ordinaire
de son Hôtel , Lieutenant Géneral de
Police de la Ville , Prévôté & Vicomté de
Paris , le 16. Janvier 1740 .
*************************
BOUTS RIME'S , -
Proposés dans le Mercure de Décembre 1739 :
premier Volume,remplis par M. Desnoyers,
Lieutenant Particulier à Estampes.
P
LE MEDISANT.
Lus que s'il eût volé du miel dans une Ruche ,
Je le vois assuré , ce médisant Sournois ;
Il a le sourcil haut , on lit sur son
Minois ,
Qu'il se croit à couvert de l'infernale Buche.
Craindre l'Enfer , dit- il , je ne suis point si Cruche¸¡
Si j'avois seulement pris quelques sols
Tournois
Je serois inquiet ; trembant sous mon
Harnois ,
Je craindrois de brûler comme une vieille Huche.
Mais pour avoir médit , un homme est-il un Chien,
Qui doive à son salut ne prétendre plus
Rien ?
Forçons ce Médisant dans son tranquille
Poste.
Quand
JANVIER . 1740. 175
Quand l'orage vengeur aura sur lui
Crevé ,
Riposte ,
Avé
Devant Dieu dans ce jour il sera sans
Eh ! qui sçait si ce jour est distant d'un
LE
MORTS.
E nommé Antoine Lacombe eft mort
au Village de Vers , près de Cahors en
Quercy , dans la 102. année de fon âge.
Le premier Janvier 1740. François- Alfonfe
de Clermont - Chafte , Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis , & premier
Gentilhomme de la Chambre du Duc d'Orleans
, mourut au Palais Royal , dans la 79 .
année de fon âge , & fans avoir été marié.
Il avoit fervi autrefois d'abord en qualité
de Cornette en 1678. & enfuite de Capitaine
de Cavalerie par Commiffion de 1683 .
Depuis , il fut Guidon de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde du Roy.
Exempt des Gardes du Corps de S. M. &
Meftre de Camp de Cavalerie. Le feu Duc
d'Orleans , Regent en France , le fit le 11 .
Juillet 1719. Capitaine- Colonel des Cent-
Suiffes de Sa Garde , & en 1728. le Duc
d'Orleans d'aujourd'hui , lui donna la Charge
de Capitaine de fes Gardes , & au mois de
Juillet 1737. celle de premier Gentilhomme
I de
II .
>
176 MERCURE DE FRANCE
de fa Chambre. Il étoit troifiéme fils de feu
François Alfonfe de Clermont - Chafte ,
Comte de Rouffillon , Baron de Chafte ,
Sénéchal de Velay , & de Claire de Morges
de Ventavon , Dame de Noyers , fa
feconde femme , morte le 7. Octobre 1695.
,
Le 5. D. Anne de Montholon , Prieure
perpétuelle de l'Hôtel - Dieu de S. Nicolas
de Compiegne , de l'Ordre de S. Auguftin
mourut dans ce Monaftere , âgée de 85. ans .
Elle étoit fille de Guillaume de Montholon,
Seigneur de Cuterelles , Subftitut du Procureur
General du Parlement de Paris , mort
le 12. Decembre 1669. & de Françoiſe
Bonnart , morte le 15. Janvier 1689. &
grande tante de Mathieu de Montholon ,
aujourd'hui Premier Préfident du Parlement
de Metz , depuis 1729. Le Memoire par
lequel on nous annonce la mort de cette
Dame , marque qu'elle avoit fuccedé dans
le Prieuré perpetuel de S. Nicolas de Compiegne
, à Magdeleine de la Mothe Houdancourt
, foeur du Maréchal de France de ce
nom , morte le 22. May 1702 , âgée de 90 .
ans ; & que le même jours . Janvier , les
Religieufes de ce Monafteré élurent unanimement
, pour remplacer la Dame de Montholon
, la Dame de Braque , Religieufe du
même Ordre de S. Auguftin , dans l'Abbaye
de S. Paul de Soiffons , parente de M. de
BraJANVIER.
177 1740 .
Braque , dont on a raporté la mort dans le
Mercure du mois de Novembre dernier ,
p. 2719. Le même Memoire dit que l'on aa
dû obferver fur ce qui eft raporté dans ce
Mercure à l'occafion de la mort de M. de
Braque ; 1. Qu'on ne le qualifie point
Comte , quoique le Roy lui -même l'ait tou
jours qualifié tel , tant de bouche que par
divers Arrêts de fon Confeil & Lettres Patentes.
2°. Qu'au titre de fa Charge d'Intendant
& Controlleur de la dépenfe des
Ecuries & Livrées du Roy ; on a omis le
titre de Général , qui se trouve dans les Provifions
de cette Charge . Sur quoi il remarque
que cette Charge d'Intendant & Controlleur
Général des Ecuries , Livrées & Haras de
S. M. n'eft pas bornée à ne faire qu'arrêter
la fimple dépenfe , ce qui eft justifié par plufieurs
Commiffions que les Rois ont données
à l'Intendant , & Controlleur Général
des Ecuries en l'abfence du Grand Ecuyer ,
pour ordonner & regler tout ce qui fe fait
dans les Ecuries de S. M. comme fi c'étoit
le Grand Ecuyer qui yfût prefent , & il ajoûte
que de nos jours le Prince Charles , Grand
Ecuyer de France , à fon départ pour la derniere
Guerre d'Italie , fit donner par le Roy
une Commiffion à feu M. de Braque , pour
faire en fon abfence une partie des fonctions
de fa Charge, & qu'en conféquence une place
I ij
de
178 MERCURE DE FRANCË,
de Gouverneur ( il falloit dire fous - Gouver
neur ) des Pages de la grande Ecurie étant
venû à vaquer , M. de Bulion ( c'eſt Buliou ,
& non Bulion ) qui en fut pourvû , en prêta
ferment entre les mains de M. de Braque ,
comme il auroit dû faire entre celles du
Grand Ecuyer , s'il eut été prefent. Enfin la
troifiéme obfervation eft , par raport à ce
qu'il eft dit que la famille de Braque eft connue
à Paris dès le Regne de Philipe de
Valois dans le 14. Siécle . Sur quoi l'Auteur
du Memoire raifonne ainfi : Pour moi , je
crois ( dit-il que l'on devoit mettre le 13 .
Siécle , attendu que Philipe de Valois a
monté fur le Trône l'an 1318. & a regné
jufqu'en l'an 1350. que le Roy Jean , fon
fils , lui a fuccedé , me paroiffant naturel
qu'on ne doit compter le 14. Siècle que
quand l'année 1400. commença. Il eſt aifé
de voir par ce raifonnement , que l'Auteur
n'eft `nullement au fait de la computation
des temps. A fon compte , qui eft faux
nous ne ferions que dans le 17. Siécle , puifque
nous comptons aujourd'hui 1740. mais
perfonne n'ignore cependant que nous courons
actuellement le 18. Siécle , qui ne fera
révolu qu'à la fin de l'an 1800. Quant à la
premiere obfervation , fur ce qu'on n'a point
donné la qualité de Comte à feu M. de Braque
, c'est qu'on ne fçait point qu'il eût
21-
JANVIER . 179 " 1740.
aucune Terre érigée en titre de Comté fous
la dénomination de Braque , qui eſt le nom
de la famille , & non un nom de Terre.
Pour ce qui eft de l'omiffion de Géneral au
titre d'Intendant & Controlleur des Ecuries,
elle a pû être faite par inadvertance ; mais
quoiqu'il en foit , une pareille omiffion n'eſt
pas capable de porter aucune atteinte aux
prérogatives de la Charge d'Intendant &
Controlleur Général de la dépenfe des Ecuries
, &c. que l'on fçait être l'on fçait être une belle
Charge.
On mande de Dunkerque que Marie-
· Cornelie Strickolf, veuve de Leonard Battelair
, y étoit morte le 5. Janvier , âgée de
105. ans & quelques jours.
Le 6. Dlle Marie - Sophie- Françoife de Montmorency-
Luxembourg , feconde fille de Charles
- François - Frederic de Montmorency-
Luxembourg , Duc de Piney - Luxembourg ,
& de Beaufort-Montmorency , Pair & premier
Baron Chrétien de France , Gouverneur
& Lieutenant Général de la Province de Normandie
, Gouverneur particulier de la Ville
de Rouen , Maréchal des Camps & Armées
du Roy , & de D. Marie - Sophie Colbert
de Seignelay , mourut dans la 8. année de
fon âge , étant née le 6. Novembre 1732 .
Le nommé Pierre Joye mourut à Villiers ,
Paroiffe de Feucherolles , près de Versailles
I iij
le
180 MERCURE DE FRANCE
le
14. de ce mois , âgé de près de 107. ans.
Le 15. la Dame de Caze de Jouvencourt
mariée depuis le mois d'Octobre dernier
avec le fecond fils de Gafpard de Caze , l'un
des Fermiers Géneraux des Fermes Unies
du Roy , mourut à Paris , âgé d'environ 23.
ans . Elle étoit fille de Gilles Brunet , Seigneur
d'Efvry , Maître des Requêtes Honoraire
de l'Hôtel du Roy , & ci-devant Intendant
de la Géneralité de Moulins , & de
feue D. Françoife - Suzanne- Bignon , morte
le 15. Fevrier 1738.
Le 16. D. Gabrielle - Charlotte-Elizabeth
Brulart de Sillery , veuve depuis le 17. May
1714. de François- Jofeph ; Marquis de Blanchefort
, Sire & Baron d'Afnois , de Saligny,
& de Bidon , Seigneur de S. Germain des
Bois , & en partie de Thurigny , Gouverneur
de la Ville & Pays de Geix , avec lequel
elle avoit été mariée le 27 Fevrier 1702 .
mourut à Paris , dans la 68. année de fon
âge. Elle étoit feconde fille de Roger Brulart
, Marquis de Puifieux & de Sillery ,
Chevalier des Ordres du Roy , Lieutenant
Général de fes Armées , Confeiller d'Etat
ordinaire d'Epée , Gouverneur de Huningue
en Alface , & d'Epernay en Champagne
ci - devant Ambafladeur Extraordinaire de
France en Suiffe , mort le 28. Mars 1719 .
& de D. Claude Godet , Dame de Reyneville
,
JANVIER.. 1740. 181
ville , morte le 24. May 1681. Elle laiffe
pour fils unique François Phiolgene . Marquis
de Blanchefort , Sire & Baron d'A fnois ,
&c. auffi Gouverneur des Ville & Pays de
Geix , qui eft marié , & qui a un fils , dont
la naiffance eft raportée dans le Mercure de
Mars 1737. p. 615.
Le 20. Jean- Baptifte Berthelot de Duchy ;
Seigneur de Bellebat , de Courtomanche ,
&c. Directeur & Intendant de l'Hôtel Royal
des Invalides , mourut en cette Maiſon ,
fans avoir été marié , dans la 68. année de
fon âge , étant né le 5. Novembre 1672 .
Il avoit été autrefois Receveur Général des
Finances de la Généralité de Paris , & Général
des Vivres des Armées du feu Roy en
Italie. Il étoit troifiéme fils de feu François
Berthelot , Confeiller - Secretaire du Roy ,
Maifon , Couronne de France & de fes Finances
, Secretaire des Commandemens de
feuë Madame la Dauphine , ayeule du Roy
regnant , mort le 3. Juin 1712. à l'âge de
84. ans , & de feue Anne Regnault de Duchy
, fa feconde femme , morte lé 21. Août
1693 .
Le 22. D. Anne - Loüise - Reine le Coq de
Corbeville , Dame Comteffe , & Chanoineffe
de l'Abbaye de Pouffay , Diocèse de Toul
en Loraine , mourut à Paris dans la 81 .
année de son âge , étant née le 31. Juillet
I iiij 1659.
182 MERCURE DE FRANCE
1659. Elle étoit fille aînee de Jean- François
le Coq , Seigneur de Goupillieres , Corbeville
, Elleville , & des Porcherons , mort
Conseiller de la Grand'- Chambre du Parlement
de Paris , le 28. Août 1691. & de D.
Loüise- Charlotte le Goux de la Berchere
morte le 14. Fevrier 1699.
>
Le 27. Louis- Henry de Bourbon , Prince
du Sang , Chef de la Branche de Bourbon-
Condé , Duc de Bourbonnois , de Montmorency-
Enguyen , de Guise , de Seurre-Bellegarde
, &c. Pair & Grand - Maître de France ,
& des Mines & Minieres du Royaume ,
Chevalier des Ordres du Roy , & de l'Ordre
de la Toison d'Or , Gouverneur , & Lieutenant
Général pour le Roy du Duché de
Bourgogne , & Province de Breffe , Licutenant
Général de ses Armées , ci -devant Sur-
Intendant de l'éducation du Roy Regnant
& Chef du Conseil de Régence , puis Principal
Miniftre d'Etat , & Sur- Intendant Général
des Poftes & Relais de France, mourut
en son Château de Chantilly , entre 1.1 . heures
& midi , après une maladie d'environ
dix jours , âgé de 47. ans 5. mois & 9. jours,
étant né à Versailles le 18. Août 1692. Il
étoit fils aîné de Louis de Bourbon 3. du
nom , Duc de Bourbonnois , d'Enguyen ,
de Châteauroux & de Bellegarde , Pair &
Grand-Maître de France , Chevalier des Or-
>
dres
JANVIER. 1740. 183
>
dres du Roy , Gouverneur de Bourgogne &
de Breffe , Lieutenant Général des Armées
de S. M. mort le 4. Mars 1710. âgé de 42 .
ans , & de Louise -Françoise de Bourbon ,
légitimée de France , sa veuve. Il avoit été
marié , 1º. Avec dispense le 9. Juillet 1713. •
avec Marie -Anne de Bourbon - Conty, Princeffe
du Sang , sa coufine germaine , .morte
à Paris le 21 Mars 1720. sans enfans , à l'âge
de 31. ans ; & 2 ° . le 27. Juin 1728. avec
Charlotte de Heffe - Rheinfels , née le 18.
Août 1714. troifiéme fille d'Erneft - Leopold
Landgrave de Heffe Rheinfels - Rothembourg
, & d'Eleonore - Marie Anne , née
Comteffe de Lowenftein. Il laiffe de ce second
mariage le Prince de Condé , né à Paris
le 9. Août 1736. non encore nommé.
L'éloge du feu Duc de Bourbon eft raporté
dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la
Couronne , . 1 . tom . 1. p . 343. dans le Dictionaire
Hiftor. Edit. de 1725. & 1732. au
nom de Louis , Article des Princes de Condé
, & dans le Suplément de 1735. à la
Généalogie de Bourbon.
·
On s'eft trompé à l'article de la mort de
la D. de Chamouffet , raportée dans le Mercure
de Decembre dernier , I. Vol. p. 2944.
en disant qu'elle ne laiffoit point d'enfans.
Elle a laiffé deux Fils , dont l'un eft
Claude- Humbert Piarron de Chamouffet ,
Maître
184 MERCURE DE FRANCE
1
Maître en la Chambre des Comptes , depuis
1737. & l'autre , Anne- Simon Piarron de
Chamouffet , qui a été reçû Conseiller au
Parlement de Paris l'année derniere.
A Son Altesse Sénérissime M. le Comte de
Clermont , Prince du Sang , sur la Mort
de M. le Duc de Bourbon .
PRINCE , en qui les vertus semblent se réunir ,
Digne Sang de nos Rois, qu'on ne peut trop chérir ,
Tandis que ta santé débile et languissante
Rapelle dans ton corps une vie expirante ,
Et que les Dieux , touchés de toutes nos clameurs
Après tant de tourmens te rendent à nos pleurs ;
Pouvois- tu croire hélas ! qu'un destin trop severe
Pour prix de ses faveurs , t'enleveroit un frere ?
La Mort devroit du moins respecter les Héros.
Rien ne peut t'arrêter ,
Ose-tu , sans trembler
implacable Atropos !
attenter sur sa vie ,
Quand son sort en mourant , te fait encore envie ?
Frape... ton bras se leve ... il tombe ! ... tu frémis !
Tu ne sçaurois troubler que de foibles esprits.
Un Héros sçait mourir , et mourir sans se plaindre ;
Dès qu'on est vraiment grand, on l'est sans se contraindre
.
J'aperJANVIER:
185 1740.
J'aperçois dans son lit ce fils du Grand Condé;
Aux maux les plus cuisans sa foiblesse a cedé ;
Grands Dieux ! qui dans ce jour le faites disparoître,
Sçachez , qu'on l'aime assés quand on l'a pû connoître
.
Il quitte sans regrets d'inutiles trésors ;
Pour s'élever vers vous , il méprise fon corps ;
Ces biens qu'il poffedoit, vous pouvez les reprendre;
Vers la célefte Voûte il brûle de fe rendre.
Vit-on dans un Mortel un air plus réſigné ?
Oui , cet Arrêt cruel , Bourbon l'auroit figné.
Qu'un homme malheureux fe dégoûte du monde ,
Qu'il foit comme un rocher , lorfque la foudre
gronde ,
apas.
Sa conftance me plaît , & ne m'étonne pas ;
On abhorre un féjour où l'on vit fans
Quand tout ne femble fait que pour nous fatisfaire ,
Quand une Cour nombreuſe, attentive à nous plaire ,
Du matin jufqu'au foir prévient tous nos defirs ,
Monde , peut-on quitter tes attraits fans foupirs ?
Je te fuis dans les Cieux, où ton bonheur t'apelle ,
Je vois ton front couvert d'une palme éternelle ;
Là , content de tón fort , & vivant dans la paix ,
Les biens dont tu joüis , ne tariront jamais.
Là, plus grand mille fois que dans Chantil y même ,
Tes defirs font comblés , & ta gloire eft fuprême,
Manes de ce Héros , décorez fon tombeau ;
Et
186 MERCURE DE FRANCE
Et s'il vous faut encor un triomphe nouveau ,
Tous les coeurs des François vous ferviront d'ôtages
Pouvoit- il en mourant laiffer de plus beaux gages ?
Quoi donc ! ma Mufe en vain voudroit tarir tes
pleurs !
Ton coeur trop refferré fuccombe à fes douleurs .
Prince , confole - toi , modere ta trifteffe ,
Ne crois pas qu'à tes cris ce frere s'intereffe ;
C'eſt infulter fa cendre , en oubliant ton nom .
L'Immortalité feule eft le lot d'un Bourbon.
Que ton amour pour lui faffe fecher tes larmes ;
Tu fais de l'Univers le plaifir & les charmes .
Du Peuple , qui t'implore , exauce les fouhaits ;
Vis pour nous accabler fous tes nouveaux bienfaits.
Vis pour toi , vis pour nous , tout te retient au
monde ,
Et tandis que partout regne une paix profonde ,
Jouis avec Louis de toutes fes faveurs ;
Ton efprit , tes vertus t'ont gagné tous les coeurs .
Si le Deftin un jour doit borner ta carrière ,
Que le monde avant toi foit réduit en pouffiere .
Si tu veux que les Dieux couronnent tes vertus ,
Attends pour t'éclipfer que l'on ne t'aime plus. "
F. DAIRE , Celestin ,
A Paris ce 4. Fevrier 1740.
ARRESTS
JANVIER. 1740. 187
ARRESTS NOTABLES.
RREST du 24 Décembre , concernant les
A Billets du premier Tirage de la Loterie Royale,
établie par Edit du mois de Décembre 1737. dont
voici la teneur .
Le Roy ayant par l'Article XII. de fon Edit du
mois de Décembre 1737. portant établiſſement
d'une Loterie Royale , ordonné que tous les Billets
de la Loterie feroient , après le Tirage , raportés
au Garde de fon Tréfor Royal en exercice , pour
être acquittés à leur préfentation , ou , au plus tard,
dans le courant de l'année à compter du jour du
Tirage , à peine de nullité des Billets ; Sa Majefté fe
feroit fait repréfenter en fon Confeil l'état des Billets
du premier Tirage de la Loterie , fait le ro . Décembre
de l'année derniere 1738. Jefquels , au 10.
du préfent mois , n'ont point été remis au fieur Paris
de Montinartel , Garde du Tréfor Royal , en
conféquence dudit Edit ; ledit état contenant la quantité
de foixante - dix - fept Billets , dont un N ° . 445 .
portant pour Devife D..P . Y. auquel feroit échû un
Lot de cinq mille livres de Rente viagere , & foixante
feize, auxquels il ne feroit point échû de Lot,
mais pour chacun defquels il auroit dû être conftitué
vingt livres de Rente viagere au profit des Porteurs
; les foixante - feize Billets numérotés 1144.
1145. 1146 1147.2072. 2744 3193 3270. 3275.
3272. 3273.3274 . 3275. 3276. 3277. 3278. 3279 .
3280. 3282. 3283. 3284. 3285.3286 . 3287. 3288.
3289.3320. 3446. 3447. 3448. 3457. 3458. 3648.
3649. 3650. 3886. 3985. 3986. 3987. 3988. 3989 .
4537.4641 . 5305. 5306.5307.5308 . 5697 • 5848 .
6913
188 MERCURE DE FRANCE
6913. 10769. 10773. 10774. 10776.10777.10778 .
10779. 10780. 10781. 10783. 10784. 10966 .
10967. 10968. 11618. 11619. 11620. 11621 .
11622. 11624. 11625. 11626. 11627. 12001 .
12353. & 13206. lefquels foixante- dix -fept Billets
font nuls & de nulle valeur. Et néanmoins Sa Majesté
voulant bien relever les Porteurs des Billets de
la rigueur de l'Edit . Oui le raport , & c. S. M. a ordonné
& ordonne , par grace & fans tirer à conféquence
, que nonobftant ce qui a été ordonné par
l'Article XII. de l'Edit , & jusqu'au 1 5. du mois de Février
de l'année prochaine 1740. les Porteurs des
Billets du premier Tirage de la Loterie Royale , dont
les Numéros font ci- deffus énoncés, en pourront faire
la converfion au Tréfor Royal , en Rentes viageres,
conformément à l'Edit : les arrérages defquelles
Rentes n'auront cours qu'à compter du premier
Janvier de la préfente année feulement , dont mention
fera faite dans les Reconnoiffances qui feront
expediées par le fieur Paris de Montmartel , fur lefquelles
les Contrats de Conftitution des Rentes feront
paffés ; à l'effet de laquelle converfion , feront
les Biliets vifés , fi fait n'a été , par les Receveurs
particuliers de la Loterie , relativement à l'Edit, auquel
S. M. a dérogé & déroge par le préfent Arrêt ,
pour ce regard feulement. Veut S. M. qu'au jour
15. Février prochain , ceux des Bil ets qui n'auront
pas été convertis au Tréfor Royal , foient conformément
à l'Edit , nuls & de nulle valeur pour
Porteurs , & c.
les
AUTRE du Parlement , du 29. Janvier 1740 .
confirmatif de la Sentence de M. le Lieutenant Criminel
au Châtelet de Paris, qui condamne les nom .
més Alexandre Bouret & Antoine Vernay à être
attachés au Carcan & aux Galeres , pour avoir ufé
de
JANVIER. 1740 189 .
de violence envers l'un des Guichetiers des Priſons
du Grand Châtelet , & excité une émeute dans lefdites
Prifons .
*
TRAITE' de Commerce , Navigation & Marine
, entre le Roy & les Etats Géneraux des Provices
-Unies des Pays - Bas , ledit Traité contenant
47. Articles ; avec un nouveau Tarif au fujet des
Denrées & des Marchandifes du crû des Pêches , &
de la Fabrique des Sujetst des Etats Géneraux , fpécifiées
audit Traité ; ledit Tarif contenant 16. Articles
. Conclu à Verfailles le 21. Décembre 1739.
TABL E.
Catalogue des Mercures:
Privilege du Roy
Lifte des Libraires débitant le Mercure .
Avertissement.
I
"
PIECES FUGITIVES . Etrennes de l'Amour , & c.
Académie de la Rochelle , Extrait de Lettre , &c. 4
Discours Moral & Critique sur la Vanité , &c . 13 .
Suite des Abus introduits dans la Typographie , 16
La Flute & le Tambour , Fable ,
Epitre pour le premier jour de l'An ,
Question importante , jugée , & c.
Autre Epitre sur le jour de l'An , &c .
26
31
34
45
Lettre sur l'amour & la connoissance des Beaux-
Arts ,
Ode sur la Chicane , &c.
47
54
Pêches qui se font sur le Bosphore de Thrace , 59
L'Amour Médecin , Poëme 75
Sonnet Italien , & Réponse à M. de Voltaire , 81
Enigme , Logogryphes , & c.
82
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS , & c.85
Traité
Traité, ou Dissertation sur les Matieres Féodales, 87
servir à l'Histoire des Hommes Il-
Memoires
lustres ,
pour
Morts de Personnes Illustres ,
Estampes nouvelles , & c .
୨୦
108.
109
Prix de l'Académie de Soissons pour l'anné 1740 .
ΙΙΟ
Jettons frapés au premier jour de l'An , gravés en
Taille -douce >
Carte nouvelle des Terres Australes ,
113
114
Chanson notée , 116
Spectacles , l'Ecole du Monde ,
118
Dardanus , Opera ,
125
L'Adultere Innocente , Piéce Italienne ,
126
Nouvelles Etrangeres , Turquie ,
127
Ruffie & Allemagne ,
131
Italie & Isle de Corse , 132
Espagne & Manifeste de S. M. Cath . , &c . 135
De Portugal & Grande- Bretagne ,
Morts des Pays Etrangers ,
Bouts - Rimés ,
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 162
Benefices donnés ,
Le Lion & la Brebis , Fable ,
167
168
Froid excessif & Ordonnance du Prévôt des Mar-
157
159
161
chands , &c . 170
Bouts- Rimés , 147
Morts ,
175
Vers sur la Mort du Duc de Bourbon , 184
187. Arrêts notables ,
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 46. ligne 17. Vers , sur le toit , lisez , sur
le ton.
P. 48. 1. 7. des , ôtez ce mot.
P.
127. 1. leur , 9 . l. son.
La Pianche des Jettons doit 'r egarder la page
La Chanson notée , la page
113
116
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU ROY.
FEVRIER. 1740 .
URICOLLIGIT
SPARGIT
Chés
Papillow
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER;
ruë S. Jacques .
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ;
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC. XL.
Avec Aprobation & Privilege du Roy
L
A VIS .
'ADRESSE generale eft a
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets caehetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaitėront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
Pheure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
Jui indiquera
PRIX XXX, SOLS
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU
ROT
FEVRIER.
1740
*************
PIECES
FUGITIVES
;
en Vers et en Prose.
L'AMITIE.
O D E.
1
Par Mlle de C **. à Mad. de G ****!
Uel grand apareil t'environne !
Muse , que de vaſtes projets !
En vain voudrois - tu de Bellonae
Célebrer les brillans forfaits .
Quitte cette fiere Dééffe ,
Qu sujet plus beau t'intereffe ;
A
92 MERCURE DE FRANCE
>
Ce n'eft pas l'Amour , c'eft fa Soeur ;
Cette Soeur chafte , tendre & belle
M'offre une couronne immortelle ;
L'Amitié regne fur mon coeur.
*
Je vois le Monde en fon enfance ;
Et les Hommes partout épars
Sans égards & fans confiance
Redouter jufqu'à leurs regards .
Eh ! que vois-je ? un Rocher , un Antre ;
D'épaisses Forêts , dont le centre
Eft la demeure des Mortels ;
L'Animal eſt bien moins farouch ;
Mais l'Amitié vient & les touche
Als courenttous à fes Autels.
*
Quel est donc ce nouveau prodige ,
Qui paroît à mes yeux furpris ?
Quoi ! c'eſt l'Amitié qui dirige
's Humains par elle attendris !
Les Forêts font abandonnées
Les Villes de murs couronnées
Commencent la focieté ;
Des Dieux le culte refpectable ;
Des Loixle pouvoir redoutable
En ont formé la sûreté.
FEVRIER. 1740
Un nouveau spectacle me frapé ,
Les Hommes pénètrent partout ;
'A leurs recherches rien n'échape
1
L'Amitié feule en vient à bout ;
Se communiquant leurs lumieres ,
Ils ne trouvent plus de barrieres ;
Tous les secrets sont découverts ;
Les divers Arts prennent naissance ,
Et la curieuse Science
Enrichit encor l'Univets .
Heureux ! fi l'Homme toujours jufte
Se fût contenté de ce don ,
Mais la Discorde affreuſe , injufte ,
Répandit un fatal poiſon ;
Bientôt la Haine lui fuccede
Au plus fort le plus foible cede ;
Il n'est plus même de pitié ;
La Paix s'enfuit voyant la Guerre ,
L'Interêt regne sur la Terre ,
Et veut en bannir l'Amitié.
*
Parmi ces defordres terribles ;
Déeffe , reconnois tes Droits ;
Chaque siecle a des coeurs sensibles ;
Soumis à tes heureuses Loix .
A ij
194 MERCURE DE FRANCE
Un Mortel rempli de sageffe ,
Desira jadis dans la Grece ,
Que fa Maifon d'amis parfaits-
Fût pleine , quoique fort petite ; ,
Il en trouvá, dont le mérite
Pouvoit répondre à fes fouhaits.
*
On vit dans la même Contrée ,
Plusieurs invincibles Héros ,
Aux Amis , ainsi que Thesée ,
Consacrer leurs nobles travaux.
Ce Héros , la terreur du crime ;
Formidable , heureux , magnanime
Brava la fureur des Enfers ;
Là , son intrepide courage ,
Effrayant le fombre rivage ,
Tira Pirithous des fers.
*
Qu'entends-je ! l'on condamne Oreſte
A fouffrir une injuſte mort ;
Et c'eft Pilade qui proteſte
Que lui feul doit fubir ce fort .
Tous deux pleins d'amitié , d'estime ,
Veulent devenir la victime
Du Deftin qui poursuit l'un d'eux ;
Mais l'Amitié prend leur défenſe ,
FEVRIER.
1740. 1.99
1
Les sauve par reconnoiffance ,
En les voulant perdre tous deux .
x
Ce sont les traits de la Déeffe
Par qui des Mortels génereux
Goûtoient la délectable yvreffe
D'être unis par les plus saints noeuds.
Ce fut dans le siecle de Rhée ,
Que l'Amitié plurs réverée ,
Embraffa l'Univers soumis.
Ah ! que tout a changé de face !
Aujourd'hui dans un court espace
Sont renfermés les vrais Amis .
*
Vous qui fites toujours partie
De ce nombre si respecté ;
Vous dont tous les Faits dans la vie
Ont pour but la fidelité ,
G **** > vous qu'on révere ,
Vous pour qui l'Amité sincere
Reprendroit son premier pouvoir ;
Recevez mon fidele hommage ;
L'Amitié seule en est le gage ;
Qui mieux que vous peut le sçavoir
A iiij
96 MERCURRE DE FANCE
REFLEXIONS d'un Physicien sur la
petite Verole , adressée à M. Morand ,
de l'Académie Royale des Sciences,
le sang rarefié
PRINCIPES , 19 On supose
à un certain dégré , & disposé à se porter
à la tête avec plus d'abondance ou de
vivacité qu'ailleurs , dans un Malade qui a
les accidens d'une fievre inflammatoire aiguë.
Si l'on considere le sang dans cet état ,
il me semble qu'il doit produire des secretions
differentes de celles que le même sang
non rarefié auroit produit dans l'état naturel,
& que cette difference doit être sensible
principalement dans les parties où le sang se
porte avec plus d'abondance. Or , comme
dans le cas suposé le sang se porte à la tête ,
il pourra arriver quelque changement dans
la secretion des esprits animaux , ou , si l'on
prétend qu'il ne se filtre point d'esprits daņs
le cerveau , comme les nerfs sont accompagnés
dans leur propagation d'envelopes
fournies par la dure & la pie - mere , & que
ces membranes ont beaucoup de vaisseaux
sanguins , il arrivera toujours quelque chose
d'extraordinaire dans les vaisseaux des guaines
nerveuses , & par consequent dans le
Corps des nerfs même.
"
FEVRIER . 1740.. 197
2. On sçait que les nerfs sont susceptibles
'de relâchement & de contraction , & qu'ils
communiquent aisément ces deux états aux
parties auxquelles ils se portent. Si la rarefaction
( 1 ) produit déterminément une contraction
dans les nerfs , comme les nerfs se portent
en plus grande quantité aux arteres qu'
aux autres vaiſſeaux , ce qui sembleroit prou
vé l'élafticité des arteres ,
par la disposition
qu'aura le sang de se porter au cerveau , doit
influer principalement sur les arteres
causer un étranglement dans les tuyaux arte
riels.
>
&
3 °. L'étranglement survenu aux tuyaux ar
tériels à l'occafion de l'état contre nature des
nerfs , doit produire son effet bien plus sen
siblement à l'extrémité des artères, que dans
leur tronc , & alors la partie rouge du sang
doit paffer difficilement des arteres capillaires
dans les veines , ou même être arrêtée dans
les capillaires.
·
4°. Le coeur trouvant alors de la résistance:
de la part du sang, qui n'a pû être transmis
avec assés de viteffe , aura des pulsations vives
& redoublées ; en même temps , le sang
se portant avec peine aux extrémités , on y
sentira du froid , tant que durera la résistance
, & les nerfs , gênés de nouveau par «
La preffion des vaiffeaux sanguins engorgés
causeront une sorte de convulsion univer
1
Av selle ,
198 MERCURE DE FRANCE
selle , qui eft peut - être la cause du frisson.
,
5º. Mais à la fin , le sang étant accumule:
vers les extrémités des arteres , & les pulsations
du coeur redoublant les obftaclespourront
être levés , les paffages trop étroits
seront dilatés , le fang paffera avec une rapidité
compensée avec la lenteur ( 3 ) , il se reportera
à toutes les parties du corps , & une
chaleur considerable [ suite naturelle du
mouvement augmenté ] succedera au froid ;
& quoique la cause premiere de la rarefaction
( 1 ) soit suposée inconnue , il eft cependant
vrai que les accidens qu'elle produira ,.
dureront plus ou moins longtemps , felon.
l'abondance ou le caractere particulier de la
amatiere , cause de la rarefaction inflammatoire
, & seront répetés chaque fois qu'elle
produira les effets ( 2. 3. 4. ).
6º. Si la contraction des nerfs qui agit sur
Tes tuyaux arteriels ( 2 ) se trouve telle qu'elle
agiffe auffi avec une certaine force sur les.
vaiffeaux limphatiques , ceux - ci seront contractés
à leur tour , & l'endroit de leur union:
sera forcé de s'élever en pointe , ou bien la
partie rouge du sang sera arrêtée dans les arteres
limphatiques. Dans le premier cas ,
paroîtra des boutons à la surface du corps ;
dans le second , des plaques , comme il y en
aura vraisemblablement sur les parties inté
minures ; & enfin , dans le cas de l'étranglemeng
il
FEVRIER. 1740. `199
ment porté au plus haut degré , les petits
vaiffeaux limphatiques doivent crever , absceder,
supurer, le tout accompagné d'une fievre
de supuration , differente de celle qui a dû
préceder l'éruption .
70. Enfin , tous ces accidens paffés , les
vaiffeaux limphatiques se cicatriseront. S'il y
a un grand nombre de vaiffeaux de la
peau
cicatrisés , les cicatrices nombreuses doivent
les armer contre les effets ( 6 ) de la rarefaction
( 1 ) ; de sorte que , cette même rarefaction
arrivant une autre fois dans le cours de la
vie , elle occafionnera une fievre inflammatoire
, dont les effets ne seront pas
absolument
les mêmes ; si les vaiffeaux limphatiques
, n'ont éprouvé les effets ( 6 ) que foiblement
la premiere fois , & qu'il reſte dans
leurs intervalles des vaiffeaux limphatiques
non cicatrisés , le sang pourra les forcer
une seconde fois , & produire les effets ( 6) .
CONJECTURES tirées des Principes posés.
Cette matiere, cause de la rarefaction ( 1 ) , ne
seroit -elle point l'humeur de la petite verole?
L'arrêt du sang , le froid , & c. (4.5 . ) ne
seroient- ils point les préliminaires de la ficvre
qu'elle produit ?
Les vaiffeaux limphatiques crevés, & c. ( 6),
ne feroient-ils pas les boutons ?
Les cicatrices formées universellement , ne
A-vj, seroient
200 MERCURE DE FRANCE
seroient- ils pas la cause qu'on n'a communé
ment la petite - verole qu'une fois , quand on
l'a euë violemment ?
Consequences. Si cela étoit , il en refulte--
roit , qu'il n'y a rien de mieux pour combattre
efficacement les symptômes formidables
de la petite verole , que la saignée du pied ,
employée promptement & réitérée , pour
empêcher le sang de se porter à la tête ; et l'usage
des purgatifs propres à diminuer le vo-
Jume de la matiere rarefiante , & des remedes
capables de diminuer la rarefaction déja
commencée ..
C'eft en effet à quoi fe réduit toute la
Théorie des plus grands Médecins sur le traitement
de la petite verole , & le dévelopement
des principes exposés, fournit dequoi juftifier
le mot d'un Homme célebre , qui vouloit
disoit- il , accoûtumer la petite verole à la
saignée du pied. Car on a pris mal à propos
pour une Epigramme , une expreffion vive ,,
inspirée par l'entoufiasme des bons principes..
Si l'on croit devoir attribuer quelques
mauvais succès à cette méthode , pourquoi ne
se serviroit-on pas de la facilité que donne
l'inoculation pour la confirmer ou la détruire
par des expériences ? On n'auroit qu'à
inoculer des criminels choifir des gens :
peu près dans les mêmes circonstances ,
aiter les uns par la saignée du pied , les
purga
FEVRIER
201
1746-
purgatifs , les rafraîchiffemens , d'autres sans
saignée & avec des cordiaux .
Ce sont là les deux Syftêmes dominans ,
tous deux sont affés accredités pour partager
même les gens de l'Art ; & des experiences
bien dirigées pourroient donner des lumieres
sur cette maladie . Les Médecins de bonne
foi , avoüent qu'elle les embaraffe tous les
jours , & ils ont interêt d'éclaircir la matiere.
OBJECTIONS ET RE'PONSES . 1 °. Pourquoi
attribuer généralement la cause de la petite ?
verole à une rarefaction interieure dans le sang
pendant que l'on fait qu'elle peut être produite ·
Rar un venin communicatif, puisqu'on la donne
par insertion?
Le cas de l'insertion de la petite verole në
milite point contre l'hypothese de la rare-´
faction suposée ; on voit affés par ce qui a
été expliqué , qu'eû égard aux parties organiques
spécialement attaquées dans la petite
verole,c'eft une maladie de la peau , or il n'eft
pas étonnant qu'elle se communique à la peau,
comme la gale ; & quelque que soit la cause
de la petite verole , ce sera toujours une maladie
dangereuse , parce que l'engorgement
qu'elle produit dans les vaiffeaux capillaires ,,
.
eft extrême .
2º. Pourquoi suposer que les vaiffeaux lym
phatiques capillaires de la peau doivent crever
Plutôt que ceux des autres parties du corps ?
Parce
202 MERCURE DE FRANCE
Parce que ces vaiffeaux , plus près de la
surface exterieure du corps , ont moins d'apui
, & sont par consequent plus aisés à
forcer. Les vaiffeaux du même genre qui
sont en dedans , & qui ne sont pas plus
soûtenus que ceux de la peau , courent le
même danger ; & c'eft pour cela que les inflammations
des tuniques internes de l'oesophage
, de l'eftomach , des boyaux , de la
trachée artere , & c. sont si formidables .
3. Pourquoi vouloir donner de l'autorité à
une méthode , qui semble contrarier la nature
puisqu'elle tend à diminuer la rarefaction , &*
par consequent arrêter, ou au moins à dimi
nuer l'éruption , qui en eft la crise salutaire.
Parce que cette rarefaction a communé
ment un excès capable de tuer le corps le
mieux constitué , & que , dans le cas de la
rarefaction outrée , tout ce qui l'entretient
& favorise l'éruption , augmente le danger ,
& contredit l'indication curative.
En vain citera- t- on des exemples de pra
tique contre cette méthode , il y en a tout
au moins autant à citer en sa faveur . Au
surplus , une chose de cette importance mériteroit
bien d'être aprofondie; elle eft digne
de toute l'attention de nos Efculapes.
Ces idées , Monfieur , sont le fruit d'une
Physique oisive , mais bien intentionnée.
Vous m'avez entretenu dans le goût de raifonnerFEVRIER.
1740
20
fonner Anatomie ; c'eft aufli à vous que j'àdreffe
mes réflexions , dont vous ferez l'usage
que vous croirez convenable.
Je fuis , &c.
A M. DAQUIN ,
Organiſte du Roy.
EPITRE sur les mêmes Rimes de la Piéce qui
a paru dans le premier Volume du Mercure
de Decembre dernier.
HEros Eros le plus parfait de la belle
Dont le nom retentit jusqu'aux Valons
Pourrai-je célebrer le fertile
Qui t'éleve , Daquin , aux suprêmes
harmonie,
sacrés ,
génie ,
dégrés
Les magnifiques traits que ton Art fait
En charmant tout Paris , en ravissant la
Excitent dans les coeurs pour le Dieu qu'on
Les transports les plus vifs du plus fervent
Tu pourfuis à grands pas con illuftre
Aucun chemin pour toi ne paroît
Conftament éclairé d'une sûre
Tes détours inconnus n'ont rien de
éclore
Cour ,
adore, ›
amoure
carriere ;
épineux
lumiere ,
ténébreuxs
204 MERCURE DE FRANCE
A tes premiers débuts ( juigeant sur l' aparence
D'abord on diftingua ce talent
rélevé
Qui , bientôt soûtenu de toute la Science ;
A fait en toi connoître un modele achevé.
Il n'apartient qu'à toi d'exprimer le
Les plus rares morceaux ne fçauroient te
Plus le docte jaloux à te fuivre s'
Plus ses efforts font vains pour te re présenter.
Sublime
coûter ·
anime,
Quand tu fais d'un Duo briller les´ batteries ,
Tu fçais tout varier avec tant d' agrement ,
Que le divin Marchand , dans ses riches faillies ,
Ne nous causa jamais plus de raviſſement,
conduite
Ton fçavoir étonnant , par fa noble
Touche , surprend , inftruit les plus fins Auditeurs ,
On ne voit qu'en toi feul ce grand , ce vrai · mérite, ›
Dont le prix eft connu de peu d Admirateurs.
Omne datum optimum , & omne donum
perfectum defurfum eft.
:
LET
FEVRIER. 17407 205
LETTRE de M. P... à M. D....7
de l'Académie Royale des Sciences.
V
Ous m'engagez , M. mon cher Cou
sin , à vous donner un crayon de l'état
& du progrès de mes Etudes Litteraires ;
n'est- ce pas- là véritablement
me prier de
mon deshonneur ? Je suis trop peu content
de moi- même, pour n'avoir pas certaine répugnance
à vous satisfaire sur ce point ; cependant
quelque raison qu'ait mon amour
propre de garder le tacet , vos ordres étart
des Loix pour moi , j'y souscris aveuglément.'-
Ecoutez bien , fai toussé , je commence.
Enfant gâte de la Nature
Je goûte une volupté pure , -
Je trouve un plaisir des plus doux ,.
A voltiger dans ma lecture.
Vrai Papillon dans tous mes goûts ,
Je le suis en Littérature .
A l'âge heureux de puberté ,
Ayant seize ans encore à peine
Mon imagination vaine ,
Ne trouvoit dé félicité
Qu'à se repaître avec avidité
De quelque amoureuse fredaine ,
Froics
06 MERCURE DE FRANCE
Fruit d'une folle & jeune veine ,
Où d'un Romancier empesté ;
Bien- tôt Cyrus , Cléopatre , Clélie
Furent dévorés brusquement ;
Je nageois dans mon Elément ,
Aussi, tout, indistinctement ,
M'y paroissoit sel & saillie ;
Quel étoit mon aveuglement ?
Ciel ! j'employois honteusement
Les jours les plus beaux de ma'vie ;
A dépraver mon jugement.
Revenu de cette folie ,
Que je nominois amusement
Les Jeux de l'aimable Thalie ,
M'occuperent uniquement ;
Cent fois les Regnards , les Molieres ?
( Ces Dramatiques si charmans )
M'ont fait percer des nuits entieres
Qui me paroissoient des momens.
Le Démon de la Poësie
Vint après troubler mon cerveau ş
Je ne sçais quelle frenesie ,
Me fit gravir sur le double Coupeau
Jours fortunés , jours de délices !
Ma Muse en ce temps sans caprices ,
N'étoit jamais sans fruit nouveau .
Flaté du bonheur de mon être ,
C
FEVRIER:
20% 1740
Je ne visois qu'à me faire estimer ,
Je chantois Bacchus sans l'aimer ,
Et Cupidon sans le connoître .
Devenu sagement épris
Des graces de notre langage ,
Je mis mon style à l'afinage ,
En le formant sur les Ecrits
D'un Vaugelas & d'un Ménage ;
Je rougissois d'être à cet âge
Presque étranger en mon Pays ;
Aussi- tôt mon goût pour l'Histoire
Se déclara notablement ,
Mais quel fut mon étonnement !
J'y vis mille Nérons d'odieuse mémoire ;
Et rien qu'un Titus seulement.
Découragé par cette trifte découverte , je
me rabatis sur la Philosophie moderne ; je la
quittai bien-tôt pour l'Art Héraldique , où
je me suis vû affés ferré pour oser m'y dire
imperturbable
; l'étude de l'Antiquité, que je
n'avois fait, pour ainsi -dire, qu'effleurer dans
mes Humanités , devint ensuite une fureurpour
moi ; je ne couchois plus qu'avec Ciceron
, Virgile , Horace , Terence , Plutarque,
Tacite, & c. Le tour de l'Anatomie vint
après ; maintenant c'est celui de la Musique;
peut - être ce goût qui domine aujourd'hui.
chés moi, aura- t'il demain un succeffeur.
›
No
88 MERCURE DE FRANCE
Ne remarquez-vous pas une plaisante bigarure
dans mes Etudes Litteraires , M. mon
cher Cousin ? Ce peu d'ordre ne doit cependant
être imputé qu'au malheur de n'être pas
tombé sous la coupe de quelque Socrate ha-
Bile , qui eût pû tirer meilleur parti de mon
foible génie , je puis dire mêtre fait moi- même
ce que je suis : il eft rare de trouver en
Province des Personnes en état & dans le
goût de faire les Pédagogues.
J'aurois été trop heureux , mon cher Cou
sin , si le sort m'avoit un peu plus aproché
'de vous , Fuisses mihi magnus Apollo , j'aurois
profité de ce gracieux voisinage avec un
plaisir indicible; vous l'auriez reconnu à mon
empreffement à vous cultiver.
Adieu , M. mon cher Cousin , on ne peut
rien ajoûter aux sentimens d'eftime, d'attache
ment & de respect avec lesquels je ferai tou
jours gloire de m'avouer votre , &c.
LA
FEVRIER. 1740. 209
LA MUSE SUISSE
A LA MUSE ALLEMANDE , .ள்
A un jeune Comte Allemand , de l'Académia
Royale de ***
Honneur futur des Plages Germaniques ,
Er désespoir des Muses Helvétiques ;
Vous qui joignez le sel à l'enjoüement ,
La candeur à la politesse ,
La justesse du sens à la délicatesse ,
>
Et l'esprit d'un François au coeur d'un Allemand ;
Par quel heureux secret avez- vous sur vos traces
Enchaîné la Troupe des Graces ,
Sur tout dans le Pays des froids Grammairiens
Où fourmillent les graves riens ,
Ou regne , avec l'effroi , la gravité pédante
L'uniformité dégoutante ,
Le sublime ennuyeux , le langage toisé
Et l'agrément symetrisé ?
A ce ris fin , à ces vives lumieres , .
A ces façons , nobles sans être fieres ,
Les Graces , qui , sans doute , en ce Pays perdu
Pour Prince vous ont reconnu >
Auront voulu vous servir de cortege ,.
10 MERCURE DE FRANCE
Et j'aprouve fort leur dessein.
Qui peut mieux vous sauver des ennuis du College
De- là vient que par tout cet obligeant Essain
Se montre à vous suivre fidelle ,
Et paroît vous traiter dans l'ardeur de son zele,
En François plutôt qu'en Germain.
Après cela , comblé de leurs caresses ,
Doit-il vous paroître étonnant ,
Que votre main pleine d'adresses
Prenne les coeurs en badinant ?
Mais n'abusez - vous point de votre privilege ,
Traînant ainsi les Graces au College ?
Qui jamais , avant vous , en avoit fait autant
Soyez un peu plus complaisant ;
Si leur Troupe vous accompagne
Dans un séjour si peu rempli d'apas ;
Non , je ne desespere pas
Qu'elle n'aille avec vous au fond de l'Allemagne
Ce seroit un tour bien cruel
Que vous joueriez à notre France.
Chaque François , pour en tirer vengeance .
Vous apelleroit en duel ;
Et qui pourroit répondre de la chance a
Peut-être direz-vous qu'ils ne vous font pas peur;
Mais dans la vie il faut un peu de prévoyance ;
Croyez-moi , prenez bien vos mesures d'avance ,
Et , crainte de quelque malheur,
Casser
FEVRIER. 1749 215
Cassez-moi les Graces aux gages ,
Vous en serez aprouvé de Gens sages ,
Et n'en aurez pas moins de coeur ,
En vous gardant pour l'Empereur
Qu'en allant sottement trancher avec la lame
Une querelle d'Allemand ,
Et pour un brave entêtement ,
Perdre à la fois le corps & l'ame.
Prince charmant , des Graces le mignon ,
Qu'en pensez -vous ? L'avis n'est- il pas bọng
Défaites vous donc de ces Graces
Qui pourroient vous porter maiheur.
Au lieu de leur ton enchanteur ,
Prenez le grave ton qui regne dans les Classes
Vous en serez bien moins joli ,
Bien moins riant , bien moins poli ;
Mais étant d'un tel caractere ,
Avec nos François turbulens ,
Vous ne vous ferez point d'affaire ,
Et vous en pourrez bien mieux plaire
Aux Suisses , comme aux Allemands .
D. F.
LA MUSE ALLEMANDE
A LA MUSE SUISSE
Usqu'ici , j'avois mis , excusez , je vous prie ;
Dans la même cathégorie ,
Les
12 MERCURE DE FRANCE
2
Les Suisses & les Allemans ;
Mais j'ai , grace à vos soins , changé de sentimens
Quelle étoit mon erreur ? à la Muse Helvetique
J'ai crû de la sincerité,
Voire en aurois juré , si besoin eût été ;
Mais le portrait peu véridique,
Qu'en Vers Galans venez deme tracer ,
Entierement vient me desabuser,
La Troupe obligeante des Graces ,
Que vous avez fort galamment
De votre Cabinet envoyé sur les traces
De qui ? D'un Allemand ,
Fait certe un contraste plaisant.
Trop bien je suis méconnoissable.
Ces traits d'un délicat pinceau ,
Sont tirés de votre Tableau ,
Pour rendre le mien plus aimable.
Dans un captieux compliment ,
Vous m'envoyez une pilule ,
Que vous croyez aparemment
Me faire avaler sans scrupule.
Détrompez-vous ; sans me parer ici
D'une orgueilleuse modestie ,
J'avouerai pourtant aujourd'hui
Que je ne vis onc de ma vie
De Graces sur mes pas.
}
Si vous me connoissez , vous ne l'ignorez pas ;
ES
FEVRIER.
211 1740.
It dois je après cela craindre la jalousie
De tous nos François turbulens
Vous sçavez que des Allemans
Jamais ils ne se sont fait craindre ,
Bien moins encor en telle occasion ;
Toujours avons ignoré l'art de feindre ,
Et ce ne fut jamais l'ambition 1
D'un coeur moins poli que sincere.
Si leur maligne urbanité ,
S'achette au prix de la sincerité ,
Dès-lors nous ne voulons point plaire ,
C'est acheter trop cher pareille qualité .
海
D. S.
11. LETTRE contenant la suite des abus
introduits dans la Typographie , & la suite
des avis néceffaires pour s'en préserver.
15°. B Eaucoup de Parens , Monsieur , demandent
comment le Maître , en
dictant des mots à l'Enfant , pourra lui faire
comprendre le choix des lettres équivoques.
On répond à cela que chaque lettre a double
valeur , a sa double dénomination , on connoît
facilement cela ; mais il refte encore une
équivoque sur les sons apellés de même , &
B écrits
214 MERCURE DE FRANCE
écrits differemment ; et pour lors on dit à
l'Enfant que le son est composé de deux ou de
trois lettres , et on lui fait voir de quelles lettres
; par exemple le mot fçavoir, commence
par seca,mais le mot science commence par un
seci ; et si l'Enfant mettoit un c, au lieu d'une
on lui diroit , qu'il faut un ceze, et non
un ceka , langage qu'il comprend à merveille .
La méthode du Bureau ne renonce pas au secours
de l'usage , mais elle tâche de l'éclairer, et
de le rectifier autant qu'elle peut. On ne trouvera
jamais une méthode sans inconveniens ;
la meilleure sera celle qui en aura le moins .
16°. Les Maîtres de la Méthode vulgaire
sont si esclaves de leurs préjugés , qu'il leur
en coûte plus qu'aux autres pour acquerir les
connoissances élémentaires , & la marche
de la Typographie . Tout est bien selon eux,
pourvû que l'Enfant ne fasse point de solecisme
, & qu'il aprenne du Latin , &c. On
néglige la posture , la contenance , l'écriture)
de l'Enfant ; nulle ortographe Françoise ,
nulle ponctuation , nulle propreté , nul ordre
dans les cahiers , nulle idée des nombres
& de la societé civile , &c. Or comme il y
à , s'il est permis de le dire , des bêtes en
Latin & en toutes Langues , les Maîtres
Typographes sont priés d'y faire un peu
plus d'atenttion , & de ne pas regarder indiferemment
l'ordre que l'on fait observer , de
,
mettre
FEVRIER. 1740 215
3
mettre chaque mot noir François , sous son
mot rouge Latin, &c . Cet ordre est d'autant
plus nécessaire, qu'outre la facilité pour l'explication
mot à mot , il y a bien des occasions
où l'on ne met en Latin que la simple
terminaison sous le mot François , comme
la terminaison rouge , & Latine a , sour l'e
du mot lune , &c. qu'on fait lire tout au long
June luna , quoiqu'il n'y ait en Latin que la
terminaison a.
17°. Le plus difficile à trouver dans les
Maîtres , c'est l'esprit , l'intelligence & la șagacité.
La plupart ont besoin de dix Leçons
differentes pour dix exemples differens , au
lieu que souvent une leçon suffit à l'homme
intelligent. Un principe de Typographie.bien
simple, demande que chaque son simple soit
exprimé & rendu aux yeux avec une seule
carte. Le mot chou , par exemple , n'exige
que deux cartes , sçavoir , celle de ch, & celi
le d'on. Cependant beaucoup de Maîtres peu
exacts,tolerent ce mot en trois ou quatre cartes
; cc''eesstt pour lors suivre la Méthode vulgaire
par lettres , au lieu de suivre celle des
sons. On doit distinguer le jugement de l'oreille
& celui des yeux , on ne sçauroit trop
insister là- dessus , c'est , pour ainsi dire , la
base & le fondement de la bonne Typographie
, qui s'accommode fort des esprits Méthodiques
& Philosophiques , dignes des
meilleurs Parens. Bij 18°
18 MERCURE DE FRANCE
18°. L'exercice de la dictée prouve l'avan
tage réel qu'il y a de commencer par l'Ortographe
invariable de l'oreille , plutôt que par
l'Ortographe variable des Lettres indéterminées
, ou mal nommées . On voit plusieurs
Enfans Typographes de 3. à 4. ans qui vous
disent tous les sons des mots qu'on leur a
articulés, pendant que des Enfans de dix ans ,
Instruits par la Méthode ordinaire , ne peuvent
dire ni les lettres , ni les sons des mots
qu'on leur
prononce. L'Enfant Typographe
est un écho , & l'écho est le miroir de l'oreille
, qui conduit la langue & qui facilite
aux yeux , & à la mémoire la pratique des
signes ou des lettres.On ne doit donc pas négliger
de dicter des mots aux Enfans Typo
graphes , c'est la plus belle & la plus admirable
opération de l'Enfant. On en trouve
au- dessous de trois ans, qui sans connoître les
lettres ou les signes de l'Alphabeth , sentent
& disent les lettres où les sons qu'il faut aux
mots qu'on leur articule ; il est vrai qu'ils ont
été exercés d'oreille & par coeur, & c'est ensuite
un plaisir pour eux d'aprendre les lettres
par les yeux .
redire aux
19º. On ne sçauroit
sçauroit donc trop
Maîtres , & même aux Parens , , que l'Ortographe
des sons ou de l'oreille doit préceder
I'Orographe des lettres ou des yeux ; un Paysan
, qui ne connoît pas une lettre , entend
tes
FEVRIER. 1740 217
•
Jes sons de la langue , un Enfant est de même ;
on a parlé avant que d'écrire , donc l'Ortographe
des sons ou de l'oreille doit précéder
celle des yeux . La Méthode des sons est si
commode, qu'on peut en donner leçon à un
aveugle, & à un petit Enfant avant qu'il conhoisse
les lettres ; c'est donc un abus de vou
loir faire commencer l'Enfant par l'Ortographe
des lettres ou des yeux , plus tôt que
par celle des sons. L'Ortographe des lettres
ou des yeux est artificielle , trop bizare &
trop difficile pour le petit Enfant qui com →
mence, au lieu que l'Ortographe des sons est
invariable & naturelle. Il est étonnant de
trouver dans le Pays Latin tant de gens incapables
de comprendre la verité de cette proposition
. On est bien à plaindre , si pour apren
dre une Langue morte , il en coûte une partie
de son intelligence & du raisonnement
si nécessaire dans la societé.
20°. Quand on commence un Enfant , on
néglige de faire choix des mots pris sur les
objets sensibles qui l'environnent , sur les
noms propres de ceux de la maison , & sur
les qualités bonnes ou mauvaises de l'Enfant,'
pour le louer ou le blâmer , selon ce qu'il
dit & ce qu'il fait de bien ou de mat depuis
fe matin jusqu'au soir. On ne met pas assés à
profit ces trois classes de mots. Exemple ,
manchon , Guillaume , badin , gourmand, &c.
Bij Un
218 MERCURE DE FRANCE
Un Maître indifferent donne sans refléxion
& sans choix , les premiers mots qui lui passent
dans l'esprit , & souvent même il a peine
à en trouver sur le champ pour tous les
sons de la Langue . C'est faute de saisir l'esprit
du Systême Typographique , qu'on ne
pratique pas l'ordre des Classes proposées
dans la Bibliotheque des Enfans , in-4° . Et
pourquoi ne saisit- on pas cet esprit & cet
ordre ? C'est par ignorance ou indifference ,
& bien souvent sans que les Parens s'en aperçoivent
; grand malheur pour les Enfans !
21°. Les Bureaux qui ont la garniture à la
marge gauche des cartes , ont aussi trois capitales
de tout l'Alphabeth à la marge droite,
& la plupart des Maîtres , par ignorance ou
indifference , employent les unes pour les autres
, ce qui n'est pas bien ; les capitales à la
marge droite ne doivent servir dans ces Bureaux
qu'à la tête des mots où l'on veut une
capitale , quoique le mot soit écrit sur la
carte avec une petite lettre ; par exemple
s'il falloit une lettre capitale au mot roi, l'Enfant
couvriroit la petite r avec une R. capitale
ce qu'il ne pourroit faire aussi exactement , si
la lettre R'étoit à la marge gauche , il y auroit
un espace dureste de la carte. Ces differentes
observations font plaisir à un Enfant
pendant que des Maîtres peu exacts , regrettent
le temps qu'on y employe ; ils ne sont
>
pas
FEVRIER. 1740. 219
pas plutôt entrés dans une maison , qu'ils se
disposent à passer dans une autre. Les Parens
s'en plaignent avec raison , sur tout lorsque
l'honoraire est raisonnable & proportionné
au temps & à la peine.
22°. Un abus considérable chés les
grands Seigneurs , plutôt que chés les Bourgeois
, c'est d'employer dans le même moť
des lettres rouges , des lettres noires & des
capitales , quoique cette varieté monstrueuse
puisse rendre un Enfant plus ferme dans la
lecture ; il ne faut pas avoir cette complai
sance mal entendue. Il faut au contraire
accoûtumer l'Enfant dès le premier jour à
F'ordre qui demande llee rouge pour le Latin ,
& le noir pour le François , lui faire goûter
cette propreté , cette varieté mieux entenduë
& plus utile ; le tout dépend de la bonne habitude.
›
J'ai toujours trouvé de la docilité dans les
Enfans sur l'ordre proposé , ils ne sont revêches
& obstinés , qu'après qu'on leur a
laissé prendre de mauvaises habitudes. Chacun
le sçait , pourquoi donc être indifferent
sur cet article là ?
23°. Beaucoup de Parens, esclaves de la Méthode
vulgaire à certains égards , ont garni
leurs Bureaux avec de trop petits caracteres ;
ils ont voulu imiter ceux des Livres, afin que
L'Enfant y lût plû- tôt , il y a'des Maîtres qui
Bij se
220 MERCURE DE FRANCE
se sont prêtés à cela ; mais les uns & les au
tres n'en ont pas mieux fait . Plus les caracteres
de cuivre sont petits , & moins ils sont parfaits,
les tenons en sont trop marqués , PEnfant
se baisse trop sur la table du Bureau , il
peine davantage , il est exposé au dégoût ; les
autres personnes ne peuvent pas être si facilement
témoins , & juger du travail & des
progrès de l'enfant. On peut dans la suite.
avoir des mots en petit caractere , mais au
commencement il faut un caractere plus gros
que celui des Livres ; d'ailleurs il est plus ai
sé de garnir un Bureau avec un gros caractere
, qu'avec un petit. Il ne faut pas se prêter
si facilement à l'impatience des Parens , qui
ayant apris à lire avec des Livres & par la
Méthode vulgaire , craignent toujours que
les Enfans du Bureau ne sçachent lire que
sur des cartes ; il est difficile d'éclairer des
gens qui ne veulent pas voir ; quelques siécles
d'expériences rendront les hommes plus
raisonnables là - dessus.
24°. Le commun des Maîtres , à l'ouver
ture d'un Bureau , est plus étonné que l'Enfant
curieux , qui demande à chaque instant
qu'est cela , & cela ? Les Maîtres , trop pleins
de leur petit sçavoir , s'imaginent qu'ils se →
ront bien-tôt au fait , ils croyent posseder le
Systême , & on en trouve , qui ne faisant
usage que d'une partie du Bureau , abandonnent:
FEVRIER. * 1740 % 22.1
Ment les trois quarts des logettes ; la poussiere
des cartes décele leur negligence , ou leur
ignorance . Il faut donc faire la revûë de
toutes les logettes , & mettre un Enfant en
état de dire à quoi servent les especes des lo
gettes qu'il doit aprendre avec ordre . Si l'on
vouloit mettre à profit tout ce qui est dans les
logettes d'un Bureau , les Enfans feroient un
petit Cours de Litterature en aprenant à lire.
L'esprit refléchissant comprendra facilement
cette vérité .
25° . J'ai trouvé des Maîtres si peu instruits
, qu'a peine faisoient- ils usage de l'apostrophe
, qu'ils apelloient virgule. Nonseulement
on doit être exact à observer les
apostrophes, mais il faut montrer aux Enfanssur
quelles voyelles on met les apostrophes,'
& pourquoi, au lieu de laisser sur la table du
Bureau le home, la ame , si ib , on couvre d'u
ne apostrophe ces trois voyelles e , a , i , ce
qu'on apelle élision . Pour lors l'Enfant
quand même il liroit dans un Livre , imaginera
une voyelle au- delà de Papostrophe.
Que penser de ceux qui s'imaginent que la
Méthode du Bureau Typographique , n'est
qu'une méchanique & une routine sans principes
? La nouvelle Méthode va toujours le
flambeau à la main , pendant que l'ancienne
reste dans les ténebres.La démonstration de ce
Fait sera complette , si l'on veut bien mettre:
Bv. vis
222 MERCURE DE FRANCE
> vis- à- vis d'un Bureau , l'Enfant & le Maître :
de la Méthode vulgaire , après avoir fait
ler celui du Bureau,
par-
26°. L'ignorance de la plupart des Maîtres
en fait d'Ortographe , leur fait négliger l'usage
de la ponctuation & la pratique des signes
nécessaires dans les écritures , & dans les Livres.
On s'imagine qu'il est inutile de s'arrêter
à de si petites choses , c'est ainsi que raisonne
la Méthode vulgaire , on est douze à
quinze ans dans les Ecoles , sans aprendre l'usage
de ces minuties. Le Bureau Typographique
a des logettes exprès pour la ponctua
tion & pour les signes ; c'est donc aux Maîtres
à s'en servir & à ne pas confondre la virgule
avec l'apostrophe , ni le crochet avec la
parenthese , &c. La plupart des choses ne
sont en détail que des minuties , mais la totalité
& l'ensemble de ces petites choses , en
font une grande.
L'ignorance est ingénieuse à demander
comme les petits Enfans , qu'est cela ? à quoi
sert cela ? J'en trouve même , qui méprisent
toutes les connoissances qui ne font pas gagner
de l'argent. Par bonheur pour la reponse,
les Maîtres de la bonne Typographie en
gagnent à Paris & ailleurs .
J'ai l'honneur d'être , & c.
RE
FEVRIER. 223 1740 .
܀܀*********************
REPONSE à la Prédiction insérée dans le
second Volume du Mercure de Decembre
1739. par une Muse anonyme .
Votre Almanach eft trop joli :
Mais pourquoi garder l'anonyme ?
Eft-ce pour faire paroli
A celui dont l'efprit aujourd'hui vous anime ?
. Comme Noftradamus , à l'étude attaché
Dans quelque soûterrain demeurez - vous caché ?
Croyez , Monfieur , Madame , ou bien Mademoi
selle ,
Puisque j'ignore enfin d'où part le compliment ,
>
Que si c'étoit affés pour un remerciment ,
De la reconnoiffance & d'un sincere zele ,
De votre Oracle , en ce moment
Vous verriez l'accompliffement ;
En Vers auffi bons que les vôtres
Je vous répondrois promptement ;
Mais je vois malheureusement
Que vous mentez comme les autres.
Les faiseurs d'Almanachs disent vrai rarement ,
Ce sont équivoques Apôtres
Qu'on ne croit pas sur leur serment.
En ceci néanmoins j'ai tort assûrément ;
Qui ; quoique toute Prophetie
B vi
N
224 MERCURE DE FRANCE
Ne soit pas une minutie ,
Ni chose facile à remplir ,
Duffiez-vous me prédire un excellent Volume ;
Je serois sûr de l'accomplir ,
Si vous me prêtiez votre plume .
****************
NOUVELLE INSTRUCTION au sujet
des Remedes de la Dlle Stephens ,
contre la PIERRE .
Ans les choses utiles & importantes au
DPublic , on ne sçauroit se charger de
trop d'inftruction ; c'eft dans cet esprit que
dans le second Volume du Mercure de Juin
dernier , nous avons donné la Recette des
Remedes de la Dlle Stephens , pour guerir
la Pierre & la Gravelle & c .: telle qu'après.
avoir été publiée à Londres en Anglois , elle
a été traduite en François par M. de Bremond
, de l'Académie Royale des Sciences ;
& que dans le Mercure de Juillet suivant
nous avons publié une Lettre importante fur
le même fujet. En continuant notre attention
pour le bien public , nous avons crû
devoir encore imprimer un Ecrit Latin qui
vient de nous être communiqué , lequel consient
une. Inftruction particuliere & beaucoup
>
FEVRIER. 1-7407 225
coup plus complette , que tout ce qui a parû
jusqu'à présent sur le même Remede. Cet
Ecrit a d'abord parû en Anglois , mais M.
David Hartley , célebre Médecin de Londres
,le même dont il eſt parlé dans lå Lettre
du Mercure de Juillet , a pris la peine de le
traduire en Latin ,, avec toute l'exactitude &
la clarté dont il eft capable , & de l'envoyer à
M. Cantwel , Médecin Anglois de réputation
, qui eft actuellement à Paris , & de qui
nous le tenons. L'Ecrit eft accompagné d'une
Lettre de M. Hartley , que nous nous
faisons auffi un devoir de publier de la même
maniere ..
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
par M. Cantwel , Docteur en Médecine
de la Faculté de Montpellier &c.
Plusieurs Médecins ,,M , m'ayant demai
dé une Copie d'une Lettre latine , qu'un des
Commiffaires nommés par le Parlement d'Artgleterre
, pour l'Examen des Remedes de
Mlle Stephens , m'a écrite sur la composition
& la méthode de les donner ; je crois
que ce sera rendre service au Public , que de
l'inserer tout au long dans votre Mercure
avec le détail du succès de ces Remedes à
Londres , depuis que le Parlement en a fait
Pacquifition. Je suis votre très - humble &
ès-obéiffant serviteur Cantwel. M. D.-
LET
226 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M. Hartley , Médecin à Lon
dres , & un des Commiffaires nommés
par le Parlement d'Angleterre , pour l'Examen
des Remedes de Mlle Stephens ,
à M. Cantwel Docteur en Médecine de la
Faculté de Montpellier , de la Societé
Royale de Londres , Médecin de l'Ambaffade
d'Angleterre en France , commis
par M. le Premier Médecin de Sa Majefté
, pour l'adminiſtration de ces Remedes
à Paris.
Notitia plena Remediorum à me Joanna Stephens
exhibitorum in Calculo & Nephritide :
itemque Descriptio particularis methodi mea
eadem parandi & exhibendi.
Remedia mea sunt Pulvis , Decoctum &
Pilulæ.
Pulvis conftat ex ovorum teftis & limacibus
atrisque calcinatis.
Decoctum paratur in aquâ, coquendo Her
bas quasdam unà cum pila confecta è sapone ,
coronopo Ruellii ad nigritiem exufto & melle.
Pilulæ conftant è limacibus calcinatis , seminibus
dauci , bardana , seminibus fraxini cum
folliculis membranaceis , baccis fpine albe , capitibus
rosa sylveftris , omnibus ad nigritiem
axustis , sapone & melle.
Pulvis paratur modo sequenti .
Sume teftas ovorum gallinaceorum , albuminibus
FEVRIER. 1740 227
·
que
nibus probe vacuatis , ficcas & mundas , manu
comminue , illifque leviter imple crucibulum
duodecima magnitudinis , b: e : quod continet
tres fermè pintas. Immitte hoc foco , tegulâque
operi , dein fuperimpone carbones , utfit undicircumdatum
ignique vehementi & lucido ;
donec tefte redigantur in calcem , coloris albi
ad griseum vergentis , faporis vero acris &•
falini. Huic perficiendo requiruntur hora ad
minimum octo. Teftas fic calcinatas conjice in
ollam fictilem mundam , quartâ fui parte vaeuam
, ut locus fit intumefcentia teftarum fe fe
remittentium . Stet hac olla in conclavificco
per duos menfes , sed non ultra. Hoc fpatio
acquirent tefta faporem mitiorem , & earum
pars illa que fatis calcinata fuerit , concidet in
pulverem adeò tenuem , ut transmitti poffit per
cribrum vulgare , è crinibus equinis confectum.
Quod ideo faciendum .
Pari modo fume limaces hortenses cum teftis, à
terrenisimpuritatibus mundatas, illifque integris
imple crucibulum ejufdem magnitudinis ; operi,
focoque immitte ficut supra, donec non amplius
emittant fumum,quodfiet unius horæ circiterfpatio.
Cave vero ne poft hoc igni exponantur. Tum
è crucibulo effunde in mortarium, ibidemque redigefine
mora in pulverem tenuem ; cujus color´
erit quidem griseus , fed ad nigrum, quàm pro .
ximè accedens , fi operatio rite peracta fuerit.
Notandum, quod fi carbones fofiles usurpentur
228 MERCURE DE FRANCE
tur , præftabit tegulis crucibula operientibus fu
perimponere semiustos quam crudos , fic enim
ignis citius evadet lucidus in summitate.
Histaliratione paratis, ſume pulverem teſtarúm
ovorum, in sex crucibulis calcinatum , limacum
in uno , misce , contere in mortario , & trajice
per cribrum tenuiffimum sindonaceum. Hac
mixtura ftatim immittenda eft lagenis vitreis ,
firmiter obturatis , & in usum reponenda in loco
ficco. Solita sum, ut plurimum, adjicere parvam
quantitatem Coronopi Ruellii, ad nigriiem exufti
& pulverizati ; sed hoc factumfuit solummodo
, ut Pulverem celarem.
Tefta ovorum calcinari poffunt quavis anni
tempeftate ; satius eft tamen hoc fieri per Eftatem.
Limaces calcinandi sunt Maio , Junio ,
Julio , & Augufto solis. Illam quinetiam limacum
calcem maximi facio , que fit mense
Maio.
Decoctum paratur modo sequenti.
Sume uncias quatuor ( averdupois ) cum
semiffe saponis Alicantici optimis contunde in
mortario addendo cochleare majus Coronopi
Ruellii ad nigritiem exufti , mellis vero quantumfatis
eft , ad confiftentiampasta toti maffe
elargiendam. Fiat Pila.
Sume hanc Pilam , chamameli viridis , vel
florum ejusdem , herbarum foeniculi dulcis ,
petroselini, foliorum bardane ana unciam unam.
Deficientibus herbis , sume parem quantitatem
radicum
FEVRIER: 1740. 229
radicum. Incidantur herba vel radices , item-
جیرت
que Pila , & coquantur omnia in
aque mollis
( hoc eft ad lintea lavanda aptioris ) libris
quatuor per semihoram. Coletur Decoctum &
edulcoretur melle.
Pilulæ parantur modo sequenti.
Sume mensuras aquales limacum calcinatorum
ut supra , seminum dauci , seminum bardana
, seminumfraxini cum folliculis membranaceis
, baccarum ſpine alba , capitum rose
sylveftris , omnium ad nigritiem exuftorum , vel
quod eodem recidit , donec non amplius emittant
fumum , mifce , contere in mortario , & trajice
per cribrum tenuiffimum sindonaceum. Deiz
sume mixtura bujus cochleare majus , saponis
Alicantici optimi uncias quatuor , & contunde
fimul in mortario , addendo mellis quantum fa- *
tis eft ad confiftentiam pilulis debitam. Fian
denique Pilula numero sexaginta è quâvis maſſa
totius unciâ.
Methodus hæcce Remedia exhibendi.
In Calculo renum aut vefice , Pulvis sumen-
'dus eft ter quotidiè , scilicet mane poft jentacu
Tum , hora quinta vel sexta pomeridianâ , &
bora decubitus. Dofis pro fingulis vicibus eft
drachma una averdupois , h : e : grana quinquaginta
sex , que miscenda eft cum vini albi,
pomacei , vel liquoris Anglicè dicti Punch sed
tenuioris , cochlearibus quatuor. Sumenda eft
etiam
30 MERCURE DE FRANCE
etiam Decocti semi - libra ftatim poft fingulas
doses Pulveris , eaque vel tepefacta vel non, pro
libitu.
Accidit sæpenumero multum doloris ab his
remediis excitari per aliquod tempus in initio.
Hoc in casu anodynum exhibendum eft, pro
re natâ repetendum.
Si ager dum his utitur ,fit alvo aftrictâ , capiat
Electuarii lenitivi , vel alterius cujusvis
medicamenti laxantis , quantum satis eft ad
illam solvendam , nec amplius . Etenim cavendum
eft imprimis ab alvo liquidâ , per quam'
utique remedia foras ejicerentur fine fructu.
Quod fi hac fupervenerit nih lominus
genda eft quantitas Pulveris qui aftringit ,
minuenda quantitas Decocti quod laxat , vel
denique utendum aliis remediis appropriatisMedici
confilio.
> aut
vel
Agro hac remedia affumenti abftinendum
eft à carnibus fale conditis , vino rubro &
bacte. Parum etiam liquidi cujusvis hauriendum
temperandumque à motu corporis ;
adeo ut vis remediorum minori urine quantitati
fortius imprimatur , ipsaque urina diutius in
veficâ detineri poffit ob quiztem.
,
Si agri ftomachus Decoctum non commodè
ferat , pile unius pars fexta affumenda eft fub
forma pilularum poft fingulas doses Pulveris.
Agro exiftente atatis provecta , valetudinis
infirmioris per se , aut multum debilitate per
longam
FEVRIER . 1740. 237
Fongam inediam vel dolores , limaces calcinati
debent ingredi Pulverem , majori ratione quàm
supra ordinatum eft . Et hac ratio augeri poteft,
poftulante id rerumftatu , ufque dum teftarum
& limacum partes fint aquales. Quantitas autem
tum Pulveris tum Decocti minui poteſt ob
eafdem causas. Attamen ingredientium rationibus
, ut & quantitatibus suprà præscriptis denuò
infiftendum , quamprimum ager ferre valeat.
ن م
Vice herbarum vel radicum antedictorum , inż
terdum usurpavi alia in Decocto parando
v. g. Malvam , Altheam , Millefolium purpureum
, album , Dentem Leonis , Nasturtium
aquaticum , radicem Raphani rufticani , sed
boc, ut videtur, non eft magni momenti.
Talis eft itaque methodus mea exhibendi Pulverem
& Decoctum . Quod ad Pilulas attinet,
earum usus præcipuus eft in Nephritide , comitantibus
dolore dorfi & vomitu , & in suppref
fione urine ab ureteribus obftructis. His in cafibus
sumenda sunt quinque pilula omni horâ tum
noctu , tum interdiu , modo vigilet æger , donec
symptomata amoveantur . Decem porra vel quindecim
sumpte quotidiè efficient quo minus arene
vel calculi arenosi concrescant in viis urinariis
eorum , quibus hoc solenne eft.
Credo equidem , Vir clariffime , fieri vix
posse , quin notitia remediorum Domina Stephensjam
dudum ad manus tuas pervenerit per
noftras novellas ; attamen mitto tibi latinam
ejus
32 MERCURE DE FRANCE
ejus verfionem , quàm potui exactiffimè fallam,
quo melius satisfacerem viris eruditis apud vos,
quiLinguam anglicanam minus callent.Eft enim
res magni momenti, neque ullus dubito,quin tuis
auspiciis , ab urbe celeberrimâ , ubi tot Medisi
Chirurgique illuftres , tam magnifica Nosodochia
, tantaque rerum utilium inventoribus pramia
,laudes hisce remediis debita perfolventur.
Quicumque verofuerit experimentorum exitus
oro ut me de illo certiorem facias , quando
commodumfuerit.
Invalefcit apud nos opinio calcem illam
acrem , & quodammodo vivam , è teftis ovo
rum paratam saponem Alicanticum ( oma
nium quotquot à maris Mediterranei oris hue
advehuntur potentiffimum) longè pracipua effe,
quibus virtus lithontriptica debetur. Ad pracavendos
igitur in hac re errores vel minimos , curabo
ut fpecimina utriufque quantociùs tibi mittantur
& una cum iis exemplaria aliquot
Tractatuum duorum , que usui effe poffint , tum
remedia affumentibus , tum in eorum virtutes
inquirentibus.
,
Vale , meque amicitia quâ me dignaris nunquam
immemoremfore credas.
Davidem Hartley.
Londini, Julii 10. 1759. V, S.
EXT
FEVRIER: 1749.
233
EXTRAIT d'une autre Lettre de M.
Hartley à M. Cantwell , datée du 22,
Novembre 1739. V. S. Celle - ci étant écrite
en Anglois , on en donne la traduction.
Il y a ici deux Personnes , qui paroiffent
être parfaitement guéries , depuis que le Bill
a passé pour l'acquifition du Secret de Mlle
Stephens. Elles ont été sondées , & l'existance
des Pierres vérifiée,avant que de commencer
les Remedes. Elles l'ont été encore
depuis leur guérison , sans qu'on ait pû y
trouver de Pierre. Les Commillaires paroissent
convaincus de l'efficacité de ce Diffolvant
, & plusieurs Médecins en parlent favorablement
, depuis que le Public a été instruit
de ces deux dernieres cures. Il y en a
encore beaucoup d'autres qui prennent ces
Remedes avec beaucoup de succès , & nous
voyons un Calcul entamé , & portant des
marques inconteftables de Diffolution , tiré
du cadavre d'un homme âgé de 78. ans ,
quoiqu'il ne les eût pris que six semaines.
Il étoit moribond lorsqu'il les commença ,
en fut soulagé , & rendit plusieurs écailles
molles.
On trouve dans presque toutes les parties
du Royaume grand nombre de gens qui ont
été soulagés , & d'autres qui n'ont pas eû
le moindre retour de symptômes de Pierre
deux
234 MERCURE DE FRANCE
deux , trois , ou quatre ans après avoir ceffe
de prendre ces Remedes.
,
D. H.
A ces exemples que M. Hartley vient de
communiquer on peut ajoûter celui de
M. Manieres , Chirurgien de M. l'Archevêque
de Bourges, attaqué depuis six ans de
colique & de douleurs néphretiques , rendant
souvent du gravier , quelquefois des
pierres , & ayant tous les autres symptômes
de pierres dans les reins. On lui a fait venir
ces Remedes de Londres , il les a pris ici ,
& quoiqu'il paroiffe guéri , il les continue
encore.
A Paris ce 14.
Decembre 1739 .
M. Cantwell promet de donner dans son
temps un Détail exact des Epreuves & Experiences
qu'il fait actuellement.
LE
FEVRIER. 1740. 235
LE CHARDONNET.
FABLE.
En Réponse à l'Epitre adreffée à l'Auteur ;
par M. De la Mothe , dans le second
Volume du Mercure du mois de Décembre
1739 .
UN jeune Chardonnet sur de faciles chants
Effayoit son gosier , pour s'inftruire lui - même ;
Mais ses foibles essais par un bonheur extrême ,
Passerent dans le Bois pour des accords touchans .
Effet de l'indulgence ! il l'avoit rencontrée
Dans ces Lieux habités par un Peuple poli ;
On l'égaloit , non au Lully ,
Mais au Rameau de la Contrée ,
Au Rossignol enfin. L'Eloge étoit flateur ;
Falloit-il s'y laisser surprendre ?
Non : aussi notre Oiseau , quoique jeune et chan
teur ,
Fut assés fortuné pour ne pas s'y méprendre ,
Et prit les complimens comme autant de leçons ;
Que le zele employoit à lui faire comprendre ,
Quels modeles il devoit prendre ,
Pour faire à l'avenir de meilleures Chansons.
Lorsqu'avec Terence et Moliere
I'v
236 MERCURE DE FRANCE
Tu veux bien comparer une Muse Ecoliere ,
De son peu de valeur poliment tu l'instruis .
Mais comment te payer ce que tu fais pour elle
Je trouve dans ton parallele
Ce que je voudrois être et non ce que je suis.
>
RE'PONSE à la Lettre du R. P. Dom Jacques
Duval , Bénédictin de la Congrégation de
S. Maur , imprimée dans le Mercure de
Septembre 1739. Tome II.
lû , comme vous , M. R. P. l'Essai fur
J'Hiftoire du Nivernois, que M. Defrasnai
a fait imprimer dans le Mercure de De
cembre de l'année 1738 j'ai été charmé de
la belle Dissertation qu'il nous donne dans
cet Ecrit , & des preuves qu'il employe pour
faire connoître que l'Evêché de Nevers est
plus ancien que la Conquête des Bourguignons
dans les Gaules ; Evotius , selon lui
étoit Evêque de Nevers du temps de Constantin
, & a souscrit au premier Concile
d'Arles , tenu en 314. sous le Regne de ce
grand Empereur , & sous le Pontificat de
Silveftre premier, cent ans auparavant la Con
quête des Bourguignons ; mênie cet Auteur
raporte la Souscription d'Evoti us en ces
termes
FEVRIER. 1740 237
eft
termes : Ex eâdem Provincia , Civitate Nit
veduno, EvotiusEpiscopus, Pitulius Exorcifta.
Cette Souscription, fi elle eft véritable ,
une démonſtration parfaite de l'existence
d'Evotius ; mais vous dites , M. R. P. que
cette Souscription ne se trouve , ni dans les
Manuscrits , ni dans les Imprimés , & vous
semblez défier l'Auteur d'indiquer la source
où il a puisé cette Souscription trouvez bon
que j'accepte le défi pour l'Auteur ,
l'Auteur , homme
pacifique , qui n'écrit que pour s'amuser ,
& qui ne veut entrer en lice avec personne.
J'ai cherché d'abord dans l'Hiftoire du
Pays & Duché de Nivernois , composée par
Gui Coquille , & je n'y ai rien trouvé touchant
cette Souscription d'Evotius ; cette
obmission ne m'a point surpris , parce que
Evotius étoit inconnu à Gui Coquille , &
que M. Defrasnai employe la Souscription
d'Evotius au premier Concile d'Arles , pour
détromper Coquille , qui donne une date,
trop posterieure à l'établissement de l'Evêché
de Nevers.
J'ai parcouru ensuite le Memoire Hiftorique
des Evêques de Nevers , fait par le Sr
Coignon , qui raporte la Souscription d'Evotius
dans les mêmes termes énoncés dans
P'Ecrit du Sr Defrasnai ; il est vrai que le Sr
Cotignon ajoûte , que cette Souscription se
C trouve
238 MERCURE DE FRANCE
trouve dans un Concile d'Arles , tenu sous
Dagobert , ou sous Clodomer , en 326 ;
mais cette absurdité , qui est personnelle à
Cotignon , n'empêche point la réalité de
la Souscription qui a été extraite du Concile
même. En effet , Cotignon a trouvé
cette Souscription dans une ancienne Collection
des Conciles , imprimée à Cologne en
1538. chés Pierre Quintel ; l'Auteur de cette
Collection y raporte un Concile , qu'il apelle
le second Concile d'Arles , & qu'il dit avoir
été tenu en 326. sous l'Empire de Conftan
tin , & sous le Pontificat de Silvestre ; & à
la fin de ce Concile on trouve les signatures
de plufieurs Evêques des Gaules , & entre
autres celle d'Evotius , dans les termes qui
ont été raportés ; c'est sur cette Collection
que Cotignon s'eft fondé , lorsqu'il a dit
qu'Evotius avoit signé dans le second Concile
d'Arles , tenu en 326 .
Mais la plus commune opinion eft , qu'Evotius
a signé au premier Concile d'Arles ,
fenu en 31. sous le Pape Melchiade , suivant
l'opinion du P, Sirmond , ou plûtôt en
314. sous le Pape Silveftre , & c'est le sentiment
de Baronius & de M. Fleuri.
Le Livre intitulé Gallia Chriftiana , parle
de la signature d'Evotius au premier Concile
d'Arles en 314. comme on peut le voir dans
les Chapitres qui concernent les Evêques du
Bellai et de Nevets. Le
FEVRIER. 1740 . 239
Le Gallia Chriftiana parle aussi de la Souscription
de Saint Marin , Evêque d'Arles ,
de celle d'un Maternus , Evêque de Cologne
, qui tomba dans la suite dans l'Héréfic
d'Arius , de celle d'Avidienus , Evêque de
Rouen , de celle de Claudius , Evêque de
Vienne , & cite pour garant Adon , dans sa
Chronique ; de celle de Rheticius , Evêque
d'Autun , et allegue Binius , Tome premier
page 268 ; de celle de Jentalis , Evêque de
Mande , de Damnas , Evêque de Vaison ; &
de quantité d'autres Evêques qui ont signé
au premier Concile d'Arles, tenu en 314.
Dans cette varieté d'opinions , touchant
ces Souscriptions , que les uns raportent au
premier Concile d'Arles , les autres au second
, ne pourroit-on pas dire que ces deux
Conciles , de la manieré dont ils sont raportés
, ne forment qu'un seul Concile , que
f'on doit nommer le premier Concile d'Arles
, & auquel les Souscriptions ont raport
?
Mais suposons que ces deux Conciles
soient differens , et que les Souscriptions
apartiennent au second Concile , qui a été
tenu sous Constantin , aussi bien que le premier
, suivant que l'Auteur de la Collection
le raporte , il s'ensuivra toujours qu'Evotius
a été Evêque de Nevers sous ce grand Empereur
, et avant l'entrée des Bourguignons
Cij
dans
240 MERCURE DE FRANCE
dans les Gaules , ce qui suffit pour l'intention
de notre Auteur , ' qui eft , ce me semble
suffisamment justifié .
>
Au surplus , je persiste toujours à croire
qu'il n'a pas été tenu deux Conciles à Arles,
sous l'Empereur Constantin et que les
souscriptions raportées , avec les Canons
qui les précedent , apartiennent au premier
Concile d'Arles , tenu en 314. La commune
opinion des Auteurs, est que le second Concile
d'Arles a été tenu sous l'Empereur Constance
, et c'est le faux Concile auquel Saturnin
, Evêque d'Arles, présida ; ou si l'on veut
rejetter ce Concile, on comptera pour second
Concile , celui auquel Ravennius , Evêque,
présidé en 452. ainsi il y a de l'aparence
que les deux Conciles raportés dans la Collection
de 1538. ne forment qu'un seul Concile
, qui est le premier Concile d'Arles , tenu
en 314 ; mais quand on les diviseroiti
s'ensuivroit toujours qu'Evotius , qui a signé
au premier, ou au second Concile d'Arles, a
vécu sous l'Empire de Constantin.
C
Voilà , M. R. P. tout ce que je puis dire sur
ce sujet. Réduit à vivre à ma campagne , je
ne puis , à votre exemple , consulter les
Peres de S. Maur , vos confreres , qui sont
autant de Bibliothéques vivantes ; ainsi contentez-
vous de la simplicité de ma preuve ,
& croyez que l'Auteur , que vous semblez
censu
FEVRIE K: 1740. 247
}
Eensurer , n'a rien avancé de lui - même
ayant pour principe d'examiner tous les Faits,
et de ne rien hazarder.
Pour rendre la preuve de notre Auteur
parfaite , il s'agit encore de faire connoître
que Nivedunus on Nivedunum, dont Evotius
se dit Evêque dans la Souscription , n'eſt autre
chose que Nevers.
Avant toutes choses , j'observe que les anciens
Légendaires du Diocèse de Nevers ,
ont toujours nommé Saint Aré premier Evêque
de Nevers ; Coquille eft le premier qui
s'eft aperçu de cette erreur ; il en fut averti
par M. Simon Marion , qu'il apelle son Concitoyen
; en effet ce grand Magistrat étoit fils
d'un Notaire de Nevers ; mais par sa probité
, son sçavoir et son éloquence , il parvint
à la Dignité d'Avocat Général au Parlement
, et a donné naissance à Mrs Marion
'de Drüi , qui se sont distingués de nos jours
dans les Armes. Il fit connoître à Coquille ,
que Rufticus , Evêque de Nevers , avoit souscrit
dans un Concile d'Orleans en 534. et
que Clementinus , aussi Evêque de Nevers ,
avoit pareillement souscrit à un autre Concile
d'Orleans , tenu en 552. Ces Conciles ,'
quoique raportés peu fidelement dans leurs
dates , ont déterminé Coquille à croire que
S. Aré , qui vivoit sur la fin du VI . siécle¸
n'étoit pas notre premier Evêque ; mais Co-
C iij quille
242 MERCURE DE FRANCE
quille est encore tombé dans l'erreur , en ce
qu'il fixe l'établiffement de l'Evêché de Nevers
au temps de la Conquête des Bourguignons
; et c'est pour réfuter cette erreur , que:
notre Auteur a raporté la Souscription d'Evotius
, Evêque de Nevers, au Concile d'Arles ,
environ cent ans avant la Conquête des
Bourguignons.
Si Coquille n'a pas été assés loin
pourfixer
l'Epoque véritable de l'établissement de l'Evêché
de Nevers , Corignon , de sa part , a
'donné dans un autre excès , en raportant cet
établissement à S. Austremoine et à Saint
Patrice , beaucoup plus anciens qu'Evotius ,.
mais qui n'ont jamais été Evêques de Ne
vers.
Notre Auteur , plus exact que ceux qui
Pont précedé , fixe prudemment la date de
cet établissement au temps d'Evotius , qui
vivoit sous le Grand Constantin , et qui a
souscrit au premier Concile d'Arles ; sa souscription
, qui vient d'être prouvée , démontre
son existence ; il ne s'agit plus que de
sçavoir si la Ville apellée Nivedunum , dont
il se dit Evêque , est la même chose que la
Ville de Nevers .
Il eft constant que Nevers est apellé Nive-
'dunum dans tous les anciens Manuscrits de
l'Eglise de Nevers. Aymoin , Livre I. Chapitre
V. De Geftis Francorum , apelle Nevers
Nive
FEVRIER. 1740, 243
Nivedunum , Coquille et Cotignon en font
l'observation , et disent que Nedunum tire
son origine du mot Celtique Dunum , qui
signifie un Boulevard , ou Fortification faite
de main d'homme , et de la Riviere de Niévre
, apellée en Latin Niveris , qui lave les
murs de cette Ville ; desorte que le mot
Nivedunum signifié une Forteresse bâtie sur
la Riviere de Niévre.
>
Cotignon
dit que Nevers s'apelloit
autrefois
Noxius ; qu'il fut brûlé de temps de Camille
, Dictateur
des Romains
, & il prétend
prouver ce Fait par une ancienne
Inscription
Romaine
, qui fût trouvée dans un Bâtiment
construit
dans l'Endroit
où étoit
autrefois
une des Portes de la Ville de Nevers
, dans la rue des Prêtres de l'Oratoire
,
quelques
pas au-dessous de leur Maison ; il est bon de raporter
ici cette Inscription
en
entier.
AN. DE . CAMILLOS. TOTI. SIC.
NOXIE. VRI.
Cotignon , pour l'expliquer , dit que Novers
, qu'il apelle Noxins , fut brûlé du
temps de Furius Camillus , Dictateur , que
cette Ville fut ensuite rebâtie , et apellée
Noviodunum , c'eft - à- dire , Ville nouvellement
rétablie ; elle fut brûlée une seconde
fois par Epedorix & Viridomare , Seigneurs
C iiij Eduens,
444 MERCURE DE FRANCE
,
Eduens , du temps de Jules César ; et suivant
le même Cotignon , elle fut encore rétablie
et repeuplée par une Colonie d'Allemands
qui venoient de Spire , Ville apellée
Nemetum et pour cela Nevers fut aussi
nommée Nemetum , et Augufto Nemetum ,
mais son véritable nom suivant Cotignon
´est Nivedunum : ce récit est plein de Fables
pour la plus grande partie ; il est cependant
certain que Nevers s'apelloit autrefois
Nivedunum , et Noviodunum ; des Auteurs
'ont aussi nommée Noviomagus , et Vadicaffium.
,
Je sçais que quelques Ecrivains ont crû.que
Nivedunum , dont Evotius se dit Evêque , eft
Nion , qui est aujourd'hui dans l'Evêché du
Bellai ; mais comme M.de Frasnay l'a observé
dans une de ses Remarques , il ne paroît pas
qu'il y ait jamais eû aucun Siége Episcopal
établi à Nion ; la Souscription d'Evotius ,
qui suit immédiatement celle de Rhéticius
Evêque d'Autun , marque qu'Evotius étoit
de la même Province que l'Evêque d'Autun,
ex eâdem Provincia : car Nevers , dans les
premiers temps , dépendoit de la République
d'Autun , et reconnoissoit cette Ville
pour sa Capitale ; ainsi Nevers étoit alors ,
non seulement de la même Province qu'Autun
, mais encore du même territoire ; enfin
Le Gallia Chriſtiana ne fait aucune difficulté
d'attri
FEVRIER. 1740. 245.
'd'attribuer l'Evêché de Nevers à S. Evotius !
& dit que l'opinion la plus commune eft que
Nivedunum doit s'entendre de Nevers , et
de Nion.
non pas
Mais à propos de Nion , c'eſt dans ce Lieu ,
M. R. P. que vous placez ce qu'on apelle
Civitas Equeftris , ou Colonia Equeftris ; il y a
des Sçavans qui ne sont point de ce sentiment
, car les uns mettent cette Colonie à
Tonon , dans le Duché de Chablais , apellé
en Latin Caballitium ; d'autres la placent à
Epone , nommé Hippona , d'un mot Gree
qui fait allusion au mot Equeftris ; Ortelius
place la même Colonie à Vévai , au deſſus de
Lausanne ; il s'en trouve d'autres encore qui
la mettent à Neufchâtel. Dans cette incerti
tude , je crois qu'on doit s'attacher aux opiions
reçûës , et c'est le parti qu'a pris l'Au
teur que je défends ; il a raporté la Souscrip
tion d'Evotius , telle qu'il l'a trouvée dans la
Collection des Conciles ; il a dit , suivant
l'opinion commune , que Nivedunum , dont
Evotius se dit Evêque , étoit la Ville de Nevers
, et non pas Nion , où il n'y a jamais eû
aucune Ville Episcopale ; ainsi notre Auteur
me paroît avoir rempli tout le devoir d'un
Hiftorien exact et fidele. J'espere que vous
lui rendrez juftice , et je suis avec respect ,
M. R. P. votre ., & c.
A Nevers le
4.
›
Fevrier 1740.
Cy EPITRE
246 MERCURE DE FRANCE
EP ITR E.
A M. d'Arnaud, sur la Mort de son Frere .
D'Arnaud , c'est trop verser de pleurs ,
Ils ne te rendront pas ton Frere ;
L'inflexible Plúton , ni la Parque sévere ,
N'ont point égard à nos douleurs.
De ces Lieux fortunés où son Ombre legere
S'égare au gré de ses desirs ,
I
Si ton Frere entend tes soupirs ,
Il blâme la douleur amere
Qui t'arrache aux plus doux plaisirs .
Mais non, crois m'en, il n'entend point tes plaintes;,
Et res larmes , aux yeux des hommes corrompus ,
Ne sont rien que des larmes feintes ,
Et tes soupirs , que des soupirs perdus.
Cependant la Troupe immortelle ,
Que tu charmois par tes accords ,
A de nouveaux accords t'apelle ,,
Tandis qu'à ta douleur fidelle ,
Tu soupires autour des demeures des Morts..
Eloigne - t'en . Vois Apollon , qui t'aime ,.
Te présenter les Lauriers immortels ,
Dont il se couronne lui- même.
Qu'atEEVRIER.
1770 247
Qu'attens-tu donc ? Mérite des Autels .
Mais quoi ! charmé de l'opulence ,
Tu cours après Plutus ! tu quittes Apollon ,
Les honneurs du sacré Vallon
Te flatent moins que ceux de la Finance !
Du vain éclat de l'or es tu si satisfait ,
Que tu négliges l'art de charmer & de plaire à
Barême , avec son Compte fait ,
T'amuse-t'il plus que VOLTAIRE ?
D'où vient un goût si dépravé ?
Ce que tu vas chercher , en feuilletant Barême ;
L'estime , la grandeur suprême ,
Avec bien plus d'honneur VOLTAIRE la trouvé¿ ,
En suivant maint Auteur sublime.
Quel est le Riche qu'on estime
Comme ce Poëte vanté ?
Quelqu'un peut-il être flaté
Des biens que d'ordinaire on acquiert par le crime t
Je crois te voir au fond de ton Bureau ,
Dès l'aube du matin jusqu'à la nuit fermée ,
Calculer par tes doigts , te creuser le cerveau ,
Pour assouvir l'avarice affamée ,
Qui té couvre déja les yeux de son bandeau ,
Pour t'empêcher de voir cette veuve allarmée ..
Cet orphelin ... De cet affreux tableau ,
Avec raison , les Muses indignées
M'arrachent des mains le Pinceau .
Cvj Rapelles
248 MERCURE DE FRANCE
Rapelle - toi tes premieres années ,
Remplis tes nobles destinées . ·
Les Anciens , les Poëtes nouveaux ,
Les Horaces , & les Virgiles ,
Les Racines , les Despreaux ,
Te reçoivent déja dans leurs sacrés aziles
A ton âge qu'avoient- ils fait ?
S'étoient - ils acquis quelque gloire ?
Ton nom au Temple de Mémoire
Est déja lû du Public satisfait.
Poursuis , à toi - même sembable ,
Travaille pour te surpasser ;
Bannis la douleur qui t'accable ;
Ou le desir insatiable
De t'enrichir , & d'amasser
Un bien , hélas , trop peu durable ;
Reviens dans le sacré Vallon ;
Viens-y faire une ample moisson
Des fleurs , qui renaissent sans cesse,
Que ce soit ton unique emploi ;
Le soin d'un Bureau , d'une Quaisse ,
Est au- dessous d'un homme tel que toi
LET
5/450 447
LETTRE de M. J. B. D. D. N. au sujet
du Projet dont il est parlé dans le second
Volume di Mercure du mois de Decembre
1739%
'Ai lû , Monsieur , avec beaucoup de savatisfaction
dans le second Volume de votre
Journal du mois de Décembre dernier ,
page 3106. le Projet d'une Description des
Paroisses de la Campagne , voisines de Paris,
situées dans le Diocèse de cette Capitale. Rien
n'eft plus intereffant qu'un pareil Ouvrage ,
s'il peut être executé comme il convient , &
suivant le Plan qu'on en donne,auquel vous
me permettrez s'il vous plaît , d'ajoûter
quelques Refléxions , en attendant que je
fasse part à M. l'Abbé le Beuf des matériaux
que je pourrai raffembler, de - même que mes
, pour concourir à l'execution de ce
amis
grand Projet.
>.
M. le Marechal de Vauban , dont le génie
& les talens sont connus de tout le monde
avoit formé un pareil deffein pour tout le
Royaume , mais il n'a pû en voir l'execution
avant sa mort , arrivée trop tôt pour le malheur
de la France..
Le feu Roy , de glorieuse mémoire , pour
donner une connoiffance génerale du Royaume
250 MERCURE DE FRANCE
me à M. le Duc de Bourgogne , Pere de notre
Augufte Monarque , ordonna à la fin du
dernier siécle à tous les Intendans de faire
un dénombrement & une description exacte
de toutes les Géneralités de la France ; cet
Ouvrage commencé d'abord avec beaucoup
de soins & d'attentions, n'a pas été continué
avec la même exactitude , & la guerre arrivée
presque en même- temps , & qui n'a fini
qu'environ un an avant la mort de Louis XIV.
a interrompu l'exécution d'un si grand Projet
; mais aujourd'hui que la France joüit d'u
ne solide Paix , il semble que tout favorise
un Ouvrage auffi utile & auffi intereffant que
celui que l'on propose pour la premiere & la
principale Province du Royaume.
•
On a imprimé en 1710. la Géneralité de
Paris , divisée en ses XXII . Elections , par le
Sr Dencoffe. Ce Livre peut donner une idée
génerale de cette Intendance , mais il n'entre
pas affés dans le détail & ne répond pas
au Projet que l'on propose aujourd'hui.
Le Sr Garreau nous a donné une seconde
Edition de la Description du Gouvernement
de Bourgogne , imprimée à Dijon en 1734.
ce Livre eft très- curieux , & en nous donnant
une Description affés exacte de cette
Province , il peut servir de modele en beaucoup
de choses pour le Projet en queſtion.
On vient d'imprimer à Chartres en 1739 .
la
FEVRIER. 17402 257
T
fe Pouillé du Diocèse de cet Evêché , mais
quoique cet Ouvrage ai son mérite d'ailleurs
, il n'eft pas affés détaillé.
Le Dictionaire de la France , imprimé à
Paris en trois volumes in-folio , en 1726. nous
donne en abregé , une partie des Paroiffes qui
doivent composer le Recueil que
l'on propose
, mais enfin tous ces Ouvrages ne sont
pas encore au point de perfection & de précision
qu'on demande dans le Projet de la :
Description des Paroiffes , Villages & Hameaux
de la Campagne voisine de Paris.
Pour y parvenir on eftime qu'il faut , 1 .
donner une Carte particuliere & bien détaillée
des Paroiffes du Diocèse & voisines de las
Ville de Paris .
2º. Pour la facilité , & pour abreger l'Ou
vrage , le meilleur arrangement eft celui d'un
Dictionaire Alphabetique , par le nom François
de chaque Paroiffe & Village , & ensuite
par le nom Latin , s'il y en a de certain &
connu.
3°. Il sera très- aisé de donner la diſtance
des Lieux à Paris.
en
4°. Si la Paroiffe ou le Village eft érigé en
Duché Pairie , en Marquisat , en Comté ,
Baronnie , &c. on donnera la date des Lettres
d'Erection , & de celle de l'Enregiſtrement
au Parlement & en la Chambre des
Comptes , & c.
252 MERCURE DE FRANCE
5°. Le nom du Seigneur , & ses qualités.
6 °. Le Reffort du Bailliage, de la Juſtice &
sa mouvance.
7°. Une Description sommaire de l'Eglise
Paroiffiale , du Patron , des Reliques reconnuës
, Antiquités , &c.
Des Inscriptions sépulchrales , anciennes
& modernes , qui mériteront d'être raportées .
Des Fondations , Convents , Prieurés &
Bénefices.Les Collateurs & Présentateurs , & c.
8°. Le produit des Terres , & leur nature,
les Châteaux , Parcs , Jardins & Bois .
9°. Les Curiosités de la Nature & de l'Art,
les Manufactures , & c.
En un mot , tout ce qui peut intereffer
l'Hiftoire ancienne & moderne.
Le Public sera infiniment redevable aux
Auteurs d'un pareil . Ouvrage , & il eſt à désirer
qu'il puiffe être bien-tôt mis en sa perfection
, & que l'exemple de la Capitale du
Royaume, puiffe exciter les autres Provinces
à l'imiter & à faire un Recueil géneral , auff
intereffant pour toute la France.
Ce s•
Février
1740
BOUTS
FEVRIER. 1740. 253
******************
J'A
BOUT S- RIME'S ,
LA PREFERENCE.
" Ai du goût pour le mie¹, sans trop aimer la Ruche;
Je veux qu'on soit ouvert , je hais l'homme Sournois;
Je préfere un coeur tendre au plus joli
De-même qu'un fagot se préfere à la
Minois
Buche.
Cruche;
Quand j'ai bu tout le vin , je méprise la
On risquoit plus jadis dans ces fameux Tournois ,
Qu'à monter un cheval sans bride & sans Harnois ,
Qu'à rester dans le fonds d'une mouvante Huche.
Qui compara jamais le Dromadaire au
Le Chat à la Souris , le bien réel au
Et l'Ane le plus lent à nos Chevaux de
Quel sort pour un Guerrier d'avoir un oeil
Il avoit tout prévu , sans prévoir la
Th! vive un homme entier , fût- il sur le
Chien
Rien ,
Pofte
Crevé
Ripoffe ,
Pave
F. &Aire , C.
DIS254
MERCURE DE FRANCE
DISCOURS prononcé dans la Jurisdiction
Consulaire de la Rochelle , par M. Gastu-
Secretaire de l'Académie Royale des و
Belles - Lettres , le 23. Janvier 1740. jour
de son installation dans la Charge de pre
mier Juge.
MESSIEURS ,
Si dans la Place ou vos suffrages viennent
de m'élever , je n'écoutois que les mouve
mens de ma reconnoiffance , je me contenterois
d'exprimer ici la vive impreffion qu'ont
faite sur mon coeur , & la grace que vous m'accordez
, & les témoignages de bienveillance
dont vous l'avez accompagnée . Mais , Mrs ,
pardonnez le trouble où me jettent les premiers
momens d'une faveur si peu attenduë
, je ne puis penser à l'honneur que me
procure votre choix , sans apercevoir en même
temps toute l'étendue des devoirs qu'il
m'impose . Quel Emploi , Mrs , & à quelles
mains venez-vous de le confier !
Vous m'établiffez Juge du Commerce dans
une Ville où la richeffe & le génie de ses Ne
gocians , l'ont de tout temps rendu célebres
& dès -là, quel objet à remplir, quel fond de
conFEVRIER.
1740:
255
Connoiffances pour suivre dans toutes ses
opérations un Négoce où les combinaisons
multipliées à l'infini , peuvent fournir à chaque
inftant matiere aux déciſions de cette
Cour! :
Car enfin , Mrs , le Commerce n'eft plus ,
comme il l'étoit autrefois , renfermé dans le
cercle étroit d'une Province ou d'un Royaume
; l'audace a fait franchir les Mers , & de
toutes les Nations du Monde semble n'avoir
formé qu'un seul Peuple ; une nouvelle carriere
s'ouvre , des besoins jusqu'alors incon--
nus , multiplient les échanges & les objets .
de l'induftrie, la Mer se couvre de Vaiffeaux,.
les productions de la Nature & de l'Art se
portent au travers de mille hazards dans des
Climats ignorés de nos Peres .
Vous sçavez , Mrs , quelle part a eû la Rochelle
aux accroiffemens de la Navigation.
Elle étoit en poffeffion d'une Marine confi
dérable dans des siècles où l'on en connois
soit à peine le nom. Il eft vrai que peu ja
louse d'inftruire la Poftérité de sa gloire , elle
nous cût laiffé ignorer l'ancienneté de son
Commerce , si des Monumens précieux ne
nous en avoient conservé la mémoire. Nous
avons ses Loix Maritimes , connues sous le
am de Jugemens d'Oleron ; ce sont les
*
* Jugemens d'Oleron , ou Rôle d'Oleron ; ces
premieres
256 MERCURE DE FRANCE
?
premieres Loix de la Mer , qui ayent paru
dans l'Hiftoire , après celles des Rhodiens.
C'est dans des faftes fi peu suspects , qu'oir
découvrira l'antiquité de notre Commerce ,
comme on y verra la sageffe , l'équité & lá
bonne foi de nos premiers Navigateurs.
Auffi , dès que le nouveau Monde eut fait
briller à nos yeux les richeffes dont il étoit
templi , & que les divers Etats de l'Europe 1
entreprirent d'y porter leurs conquêtes , la
Rochelle fut le premier Port d'où partirent
ces brillantes Colonies, qui font aujourd'hui
la gloire & Populence de l'Etat . Quebec , la
Martinique , S. Domingue , la Louisianne ,
doivent en partie leur établiffement à notre
Navigation , & les progrès de leur Commerà
la hardieffe & à l'habileté de nos Négocians.
Des entreprises conduites avec tant de sa
geffe & de conftance , ont été couronnées
des plus heureux succès. La Rochelle doit
être satisfaite de la fortune de ses Négocians,
& ce qu'il y a de plus glorieux pour elle ,
Reglemens ont été faits par ordre de la Reine Alie
nor , fille de Charles IX. dernier Duc d'Aquitaine >
Jaquelle après avoir été répudiée par Louis le Jeune
, épousa Henry , Duc de Normandie , qui fut
ensuite Roy d'Angleterre. Le Commerce de la Kchelle
& du Golfe d'Aquitaine , donna lieu à ces
Reglemens
s'eft
FEVRIER. 1740 572
d'eſt que les richeffes qui y sont entrées n'ont
rien changé aux moeurs fimples & douces de
ceux qui les poffedent. Ennemis du fafte &
de l'oftentation , le Négociant riche voit sans
peine à ses côtés le Négociant moins favorisé
de la fortune , il en eft même qui ignoreroient
les avantages de leur fituation , sans le
pouvoir qu'elle leur donne de faire des heureux
.
Que ceux qui ne voyent que les dehors de
ce Commerce, ne pensent pas qu'une industrie
commune y puisse suffire; trompés par la
fimplicité & l'uniformité aparente de ses opérations
, ils feroient presque, tentés de les
croire indépendantes des talens & du génie ;
mais quelle erreur ! ces mouvemens , dont le
méchanisme leur paroît toûjours le même ,
& l'effet de la feule imitation , ont des ressorts
bien differens entre eux ; il ne voyent
pas l'intelligence fecrette qui les dirige , &
ce que chaque entreprise coûte de méditations
, de soins & de travaux.
Qu'elle feroit leur furprise , fi l'on découvroit
à leurs yeux cette étendue presqu'infi
nie d'objets qu'embraffe la fcience du Commerce
! En eft - il de plus vafte & qui
fupose plus de vûës , plus de connoiffances ,
plus de détails ; qui exige des refléxions plus
profondes , des combinaisons plus sûres , plus
variées , des raisonnemens plus juftes & plus
précis
258 MERCURE DE FRANCE
précis ! Quelle habileté à choifir les circons
tances , quelle adreffe à prévoir les évene
mens, quel fond de reffources & d'expédiens
pour se déterminer & prendre un parti sûr
dans les conjonctures difficiles, quelle fecondité
, quelle invention pour ſe frayer de nou
velles routes ? J'ose le dire , Mrs , le Commerce
eft aujourd'hui un Art tout entier du
génie , & si l'on en excepte certaines révolu
tions que le hazard fait naître , c'eſt à l'esprit
, au sçavoir , à l'experience , qu'on doit
faire honneur de presque tous les fuccès .
*
- Ici , Mrs , je fens que je réveille en vous
une idée qui vous eft chere. Vous vous rapellez
tout ce que vous devez aux lumieres &
à la vigilance de ceux que vous avez chargés
de la direction des affaires génerales du Commerce
; ce que vous devez encore à l'illustre
Confrere , que le foin de votre bonheur
& de vos interêts , arrache depuis fi longtemps
à fon repos & à fa Patrie. ** Joüiffez
avec reconnoiffance du fruit de fes travaux
le Miniſtere l'honore de fa confiance , & fe
repose fouvent fur fes lumieres de la décifion
des plus importantes affaires ; combien
de circonftances heureuses vous doivent-
Les Directeurs de la Chambre de Commerce .
** M. Claessen , Député au Conseil Royal de
Commerce.
elles
FEVRIER. 1740. 259
elles faire esperer encore d'accroiffemens à
vos projets !
Un Commerce fi étendu , fi riche , fi varié
dans fes entreprifes , exigeroit de la place
que j'occupe une étude profonde de toutes
les parties qui le composent. Mais , Mrs, que
la foibleffe de mes lumieres ne vous allarme
pas , graces à la probité , à l'exactitude , à la
droiture d'esprit de nos Négocians , ce Commerce
, tout grand qu'il eft , ne porte presque
jamais à ce Tribunal de difficultés à décider.
>
Qui le croiroit , que dans une Profeffion
où chaque démarche forme un engagement ,
où l'interêt , ce puiffant mobile des coeurs ,
se trouve sans ceffe agité par les plus grands
objets , où la parole seule souvent prononcée
en secret décide sans retour d'une
convention importante ; qui le croiroit ,
dis-je , que dans une Profeflion fi déli →
cate & fi peu en garde contre la surprise ,
on ne voit point s'élever de démêlés confidérables
? Je me trompe , Mrs , il s'en éleve
quelquefois , & ceci fait l'éloge le plus solide
de nos Négocians , il s'en éleve , mais le
même inftant qui les voit naître , les voit
s'anéantir. Des amis éclairés courent deuxêmes
arrêter les premiers transports d'un interêt
qui s'irrite & qui médite déja le procès &
la haîne , ils prennent connoiffance de l'affaire
&
160 MERCURE DE FRANCE
& détruisent dans sa naiffance ce germe
funefte qui alloit produire des querelles interminables
.
›
Eh ! qu'on ne soit pas surpris de voir ſi facilement
reparoître le calme; des esprits juftes,
pénetrans , inftruits , capables eux- mêmes de
prononcer sur les differends des autres , des
coeurs droits, sur lesquels la bonne foi, l'honneur
, la générofité exercerent toujours leur
empire , se rendent sans peine aux premieres
lueurs de la verité & de la juftice. Combien
de fois, Mrs , avez -vous joui vous- mêmes de
la douce satisfaction de rendre dans ce Tribunal
des Sentences adoptées par les deux
parties ? combien de fois avez vous , de son
consentement arraché à la prévention le
bandeau qui lui cachoit la vérité ?
,
En effet quels Juges peuvent décider plus
promptement des difficultés du Commerce,
que ceux qui , pleinement inftruits des incidens
qui les font naître, saififfent sur le champ
le point de la décifion , la raprochent des
Loix du Prince,& dans les cas douteux n'admettent
pour regle de leurs Jugemens que les
notions les plus fimples & les plus claires
de l'équité naturelle ?
Que l'artifice & le mensonge en frémiffent,
on ne leur laiffera jamais dans les Tribunaux
Consulaires la fatale reffource des longs Ecrits ,
des interprétations arbitraires des Loix , des
procédures
FEVRIER. 17403 261
Procedures multipliées & de tous ces détours
ténebreux où ils font gémir la vérité captive
Ici la bonne foi peut paroître avec affûrance
& n'y parler que le langage de la Nature ,
elle n'a point à craindre que l'expofition simple
& naive de ses droits nuise à la juſtice de
sa cause , ou qu'à fon préjudice on y prête
l'oreille aux séductions de l'Art. Nos Jugemens
, il eft vrai , en auront moins d'éclat ;
mais nous nous en raprocherons davantage
du malheureux , dont la timide voix a besoin
d'être enhardie pour porter jusqu'à nous ses
gémillemens & ses plaintes.
Conservons , Mrs , de si glorieuses prérogatives
, nous devons aux Sujets du Roy une
juftice prompte & gratuite , banniffons de ce
Tribunal tour ce qui peut retarder nos Jugemens
, ou les rendre dispendieux aux Parties.
Une affaire qui traîne en longueur eſt
pour le Négociant un article oublié ou perdu.
Le Commerce, dans la rapidité de sa course,
ne souffre rien qui l'arrête , & fi dans sa carriere
quelque léger embarras s'opose à ses
mouvemens , il vaut mieux franchir l'obfta
cle , que de perdre , à l'éviter , des momens
précieux & décififs. Ira- t'on enlever un Négociant
à des soins importans , à des projets
utiles , pour le ramener à des discuffions que
les délais éternisent & rendent chaque jour
plus épineuses & plus obscures ?
D Mais
32 MERCURE DE FRANCE
Mais, Mrs, je ne m'aperçois pas qu'en me
retraçant à moi- même l'idée de mes devoirs,
je ne vous fournis que trop de raisons de
craindre pour votre choix. Je n'oserois me
flater d'y répondre que par des efforts , sinceres
à la vérité, mais dont le succès seroit toujours
douteux sans le secours de deux Collegues
, que vous avez affociés à mes travaux.
Leur experience dans les affaires du Commerce
, leur exacte probité , la douceur de leur
caractere , juftificnt votre choix ; le devoir ,
& fi je lose.dire , l'amitié , vous répondront
de leur vigilance.
-
Trop heureux,fi par nos soins & notre zele,
nous pouvions vous dédommager en partie
de ce que vous perdez aujourd'hui par la démiffion
de nos Prédeceffeurs ! Le Public les
apelloit depuis long- temps aux premieres
Charges de cette Jurisdiction , c'eſt à lui de
juger s'ils ont templi son attente. Des hommes
pleins de droiture , inftruits dans tous
les usages du Négoce , dont le génie apliqué
& laborieux , semble avoir épuisé tous les
genres de Commerce , pouvoient- ils démentir
son eftime ?
le
Vous aprouverez sans doute , Mrs ,
choix que nous avons fait des Négocians destines
au Conseil de la Jurisdiction , les talens
de la plupart vous sont connus, & fixent déja
ves regards pour les Elections à venir , l'assiduité
FEVRIER. 17402
Auité & l'aplication dans les autres , les rendront
dignes à leur tour de votre attention
& de vos suffrages .
Venez vous- mêmes , Mrs , partager quel
quefois nos travaux & nous aider à discuter
les affaires importantes . Vous ferez reparoître
dans ce Tribunal cetté sagacité , cette pénetration
, ce sincere amour de la juftice &
toutes ces vertus , dont il brilloit lorsque vous
en occupiez les premieres places.
E PIT R E.
A un jeune homme , qui envoyoit à differentea
! personnes des Vers assés jolis , qu'il n'avoi
point faits, comme étant de lui
DEE ta verve semillante
Et féconde en nouveaux traits
J'ai vu les charmans essais
J'ai vu l'Epitre brillante ,
Ou ton Apollon masqué ,
2
Avec tant d'art , tant d'aisance é
Lutina la Révérence
De notre Amphion froqué .
13
* Religieux qui avoit fait des Vers rares par leur
idicule.
Dij
264 MERCURE DE FRANCE
O combien ta main fertile
Sur un sujet si stérile
Badinant heureusement ,
N'a-t'elle pas sçû répandre
Et de sel & d'enjoûment ?
'Auroit-on pú mieux attendre
De cet Abbé si charmant ,
Qui , dans un brillant délire ;
Beuveur , amant tour - à- tour.,
Par Bacchus & par l'Amour
Faisoit accorder sa Lyre ;
Et vers la Felicité
A grands pas suivant les traces
Du Philosophe vanté >
Qui prêcha la volupté ,
Vola sur l'aîle des Graces
Jusqu'à l'immortalité ?
Badinage sans bassesse ,
Et sans affectation ;
Traits saillans , délicatesse
Et naïve expression ,
Tout se trouve en abondance
Dans tes Vers si séducteurs ;
Jusqu'à cette molle aisance ,
Jusques à ces sons flatteurs
Sons si dignes des faveurs
Dont l'aimable Poësie
2
2
FEVRIER 1740:
Kux dons même du Génic
Insensible quelque temps ,
N'accordoit la jouissance
Qu'aux soins & qu'à la constance
De ses fideles Amans.
Pour moi , que sa bienveillance
D'aucune heureuse influence
N'a jamais favorisé ,
Qui , de ses agrémens même
'Amant desinteressé ,
Sentant ma foiblesse extreme ;
N'aspirois dans mes amours ,
Pour récompense suprême ,
Qu'à les conserver toujours ;
En vain , par un sacrifice
De ma chere oisiveté ,
J'ai , pour te faire justice ;
Moulu me rendre propice
La fiere Divinité ;
J'ai fait une offrande vaine ;
Et tu connoîtras sans peine
A ces imbécilles Vers ,
Que , vrais enfans de ma veine ,
De ces Fleurs dont l'Hypocrêne
Orne ses bords toujours verds ,
Par la main de la Déesse
Ils n'ont point été semés ,
Diij Comm
466 MERCURE DE FRANCE
Comme ceux dont la richesse
Chés toi nous a tant charmés ,
Et sous ma plume rapide ,
Sans une fatigue aride ,
Limés , polis & parfaits ,
De la Montagne Aonide ,
No sont pas tombés tous faits.
LES FLAMBARDS Cérémonie,
Anniversaire. Extrait d'une Lettre écrite
de Dreux le 25. Janvier 1740 .
N
Ous avons ici une Coûtume ou Cérémonie
Anniversaire , apellée les Flambards.
On n'en connoît pas bien l'origine ;
on voit seulement sur la Cloche de la Maison
de Ville,fondue sous le Regne de Charles
IX. la présentation de plusieurs Prêtres ,
Magistrats , Echevins , Femmes & Enfans ,
portant chacun un Elambard , & rangés proceffionellement.
Ce Flambard eft un morceau
de bois blanc , sans écorce , long de
cinq ou six pieds & gros à proportion de ceux
qui le portent. Quelques jours avant la Fête
de Noël on fait secher les Flambards au
four , & on les fend par éclats depuis le haut
jusqu'à moité. La veille de Noël , sur les
cing
FEVRIER. 1740 267,
inq heures du soir , on fait , au son de la
groffe Cloche , presqu'en courant , une espe
ce de Proceffion autour de la Halle , d'où
l'on vient faire le tour de l'Eglise Paroiffiale
en dehors , pour se rendre enfin devant le
Portail , & mettre à terre tous les Flambards
allumés , qui achevent de se consumer , au
chant de l'Hymne de Matines Veni Redemptor
Gentium. Dans cette Proceffion tout le
monde chante , Noël , Noël , Noël , &cs
On y eft rangé par ordre & par état , il y a
des Violons & des Tambours de diftance
en diſtance , & on y voit plusieurs Crêches ,
portées sur des Brancards par deux jeunes
hommes vétus de blanc. En l'année 1723 .
cette Cérémonie , qui s'étoit un peu ralentie ,
se renouvella à l'occasion d'un Arrêt obtenu
sur Requête , qui défendoir de porter des
Flambards , à cause , sans doute , des inconvéniens
du feu , &c. La Populace s'anima à
la rétablir , & on vit revivre cet usage avec
plus de concours que jamais . La Proceffion
finie , chacun se retire en silence . Comme
nos Halles , qui sont d'une grande étendue ,
sont remplies dans les greniers de foin , de
bois , &c. on regarde comme une espece de
Miracle , que le feu n'y ait jamais pris le jour
des Flambards , lesquels en éclairant toute la
Ville , la rempliffent de charbons & d'étincelles,
1
D iiij ODE
88 MERCURE DE FRANCE
Qu
ODE A IRIS.
Uelle raison vous détermine
A rester dans de tristes Lieux ?
Plus j'y pense , moins je devine
Qui peut si long- temps à nos yeux
Cacher & les Ris & les Graces ,
Qu'on voit sans cesse sur vos traces
Et voltiger sur votre sein.
Des Jeux & des Amours volages.
Dans le plus épais des Bocages ,
Pourquoi fixez - vous donc l'Essein ?
*
L'Hyver arrive , & la Nature
Sent les effets de son courroux ;
L'Onde se trouble , eile murmure ;
Non de ce murmure si doux ,
Qui fait naître les rêveries ;
Ses Rives ne sont plus fleuries ,
Son cristal n'est plus transparant.
Les Oiseaux perdent leurs ramages ,
On n'entend plus dans les feuillages
Frémir le Zéphir inconstant.
Koni
FEVRIER: 1740
265
Non , la Terre n'est plus parée
Des vives couleurs du Printemps ;
Vertumne a quitté sa Livrée ;
Pomone abandonne nos Champs
Nos gazons restent sans verdure ,
Tout languit , tout se défigure ;
Et de ses droits l'Hyver jaloux ,
Aux Elemens livrant la guerre ,
Ne laisse dans votre Parterre ,
Aucune fleur , si ce n'est vous,
*
Votre coeur , je le vois , se pique
D'indiférence & de fierté ,
A ce sentiment héroïque
Vous immolez la liberté.
Croyez-vous donc que ces retraites
Ces Antres , ces routes secretes ,
Dont vous faites votre séjour ,
Soyent des Barrieres respectables ;
Et des détours impénétrables
Aux surprises du tendre Amour t
%
Au gré de ses brulans caprices ;
Quand il l'ordonne , il faut céder à
Contre ses traits , ses at tifices ,
170 MERCURE DE FRANCE
C'est en vain que pour se garder ,
On cherche les Bois & leurs ombres ,
Souvent dans les Lieux les plus sombres
Ce Dieu vient changer notre sort .
Telle dans un Désert sauvage
Angélique , autrefois trop sage ,.
Devint trop tendre pour Médor
32
Quittez donc cette solitude
Où votre coeur sans passions ,
D'une amoureuse inquiétude
Fuit les tendres émotions.
Venez charger les cours de chaines
Venez , c'est trop craindre les peines
1
De cet Enfant qui fait aimer ;
Il sera pour vous sans allarmes ;
Et , loin de connoître les larmes ,
Vos yeux ne sçauront que charmer.
Bar *** ,
de Rouen
DA
TO
DIS
FEVRIER 1740. 275
********************
DISSERTATIONS sur l'Hiftoire
Ecclefiaftique & Civile de Paris , suivies de
plufieurs Eclairciffemens fur l'Hiftoire de
France. Suite de l'Article contenu dans le
Mercure de Decembre , premier Volume
page 2849
on 22all Mindbinojuma te de
Ous nous contenterons ici , de rendre
N compte des trois Pièces qui regardent
Hiftoire de Paris , parce qu'elles nous ont
parû contenit bien des choses qu'on ne sçauroit
passer sous silence. La premiere de ces
Piéces, qui est la troisième du Recueil de M.
L'Abbé Lebeuf, renferme des Observations
sur l'antiquité du Bâtiment de la Cathédrale
de Paris, que quelques Auteurs ont prétendu
être du temps de Charlemagne, comme s'il y
avoir une fi grande difference entre ce qui pa
roât être véritablement du temps de S. Louis,
& ce qui eft anterieur. L'Auteur s'attache aŭ
sentiment commun et le plus affûré , en disant
que cet Edifice n'a été commencé que
par Maurice de Sully , Evêque de Paris , qui
peut seulement s'être servi des anciens fondemens
du Sanctuaire ,pour y affeoir les nou
veaux piliers. Ceft ce qu'on peut préfumer,
en faisant attention combien ce Sanctuaire
D.vj. eft
27 MERCURE DE FRANCE
eft étroit. Les objections de ses adversaires
sont solidement réfutées dans cet Ecrit. On
y aprend, en passant, l'origine de la ruë neuve
de Notre- Dame , que le même Maurice de
Sully fit faire , en achetant les Maisons de
Mrs de Tourote , ancienne Famille du
Noyonnois ; c'est ce qui obligea PArchitecte
'de ne pas continuer l'alignement du Choeur,
qui auroit fait face à l'ancienne petite ruë
qui se trouvoit où est aujourd'hui la Place de
'Hôtel- Dieu.
Le Czar avoit obfervé à Paris , et à S. Denis
, que les deux Eglises ne sont pas droites.
La même chose est encore plus sensible à
Saint Etienne du Mont. On dit que la belle
Eglise de S. Ouen de Rouen à le même défaut
, ainsi que celle de l'Abbaye de Joyenval
, proche S. Germain en Laye , &c . M.
Lebeuf fait remarquer en finissant cet Article
, après Dom de Montfaucon , que les
Statues oblongues qui font au Portail , sur
lequel est élevée la Tour méridionale son
de l'ancienne Bafilique , & que souvent on
faisoit de ces sortes de réserves ; ce qui
'doit servir à détromper les mauvais Criti
ques.
La Note contenuë au bas de la page 85.
confirme ce que Sauval avoit déja dit tou
chant l'élevation du pavé de Paris . Notre
Auteur , qui fait usage de tour , a observé au
mois
FEVRIER 1740.
mois de Janvier 1739. dans la ruë S. Jac
ques , où l'on a bâti pendant presque tout
le cours de cette année , des restes de l'ancien
pavé pavé du temps
de Philipe
Augufte
. I étoit de huit pieds plus haut que celui d'aujourd'hui
, & il en paroiffoit
encore
un second
ontre
les deux.
.
Cette remarque , faite à l'occasion de la
Place de devant l'Eglise de N. D. qui est
aujourd'hui de plain- pied , au lieu qu'on y
montoit autrefois , le conduit à parler d'un
couteau ,dont le manche contient une espece
d'Acte de la Donation de cette Place. Ce
couteau à manche d'ivoire , est conservé
dans les Archives de N. D. & comme il n'eft
point rompu , l'Auteur en conclut qu'il y a
quelque chose à rectifier dans l'Article du
Gloffaire de M. Du Cange , sur les Investitu
res per cultellum. Il nous avertit auffi que
M. l'Abbé Chastelain , en son Bimestre de
Janvier , page 515. a fait ce couteau bien
plus ancien qu'il n'eft en effet , en disant que
les caracteres sont du VIII. siècle . L'Inscription
fait mention d'un Fulcherus de Buolo ,
de
l'Archidiacre Drogon , & d'Anniversaire , ce
qui ressent affés le XII . siécle. L'Archidiacre
Drogon vivoit sous Philipe I.
On voit auffi à Notre - Dame un petit mor
ceau de bois , sur les quatre faces duquel eft
écrite une reconnoiffance de quelques Habi
tang
274 MERCURE DE FRANCE
tans Serfs d'Epone ; proche Mantes , Terre
qui apartient au même Chapitre . Il y eft fait
mention du Doyen Foulques, qui fut fait Evêque
de Paris l'an 1103 .
A l'occafion de ces anciens Serfs de l'Egli
se de Paris M. L. raconte la maniere dona
* fut affranchi , & reçut la Tonsure en 1402 .
un jeune Homme nâtif de Vaudoy , en Brie
I se présental pendant Vêpres dans le Chout
de N. Drà tous les Chanoines , ayant une
" serviette attachée au cou , tenant un baffin &
des ciseaux , & chaque Chanoine, lui coupa
un peu de ses cheveux , in fignum manumisfionis
ad tonsuram clericalem. Parice qui se
lit à ce même endroit , il'paroît qu'à Charles
Chanoines de ce siècle-là avoient
plus de part à la cérémonie de la tonsure.
tres ,
Il y a à Ni D. de Paris , un usage , suivant
tequel un Enfant de Choeur tient chaque Dimanche
sur sa poitrine une baguette d'argent
pendant la Bénédiction de l'Eau. On
dit ordinairement que cette baguette oft pour
marquer la Jurifdiction . M. L. a. découvert
dans le dernier Volume des Annales Béné →
dictines de Dom Mabillon , que Dom Marrenne
a publié il y a un an , l'origine de cetre
baguette , qu'il fait remonter au XII. siéele,
non pas, que celle qui exifte aujourd'hui
oit de ce temps - là ; mais elle a été faite pour
air licu , de l'ancienne qui venoit du Roy
Louis
FEVRIER. 1740. 27
Louis VII. laquelle ce Prince posa lui-même
sur le grand Autel , pour des raisons qu'il
faut lire dans le Livre même. Le Trait d'Etienne
de Paris , Auteur de cette particula
rité , contient des preuves fingulieres de la
dévotion de ce Roy envers l'Eglise de N.D.
Il dit qu'on conservoit cette baguette parmi
les Privileges de cette Eglise , & cet Ecrivain
étoit contemporain. Nous ne manquons:
point , au reste , d'exemples qui prouvent
que lorsqu'un Monument de l'Antiquité s'eft
trouvé perdu , ou usé de vetusté , on lui en
substitue un autre , pour ne pas perdre le sou
venir de l'ancien. M. L. finit ce Chapitre ,.
par un Catalogue des Rois de France , tel
qu'on le voyoit au Portail de N. D. sous le
Regne de S. Louis , lequel commence ainsi :
Primus Rex Clodoveus. L'Auteur le donne
tout simple ,& sans Commentaire : il y auroit
bien des observations à faire dessus ; mais il
les laisse au Lecteur intelligent. Plusieurs
ont déja remarqué que la primauté donnée
ici à Clovis , revient au sentiment du Pere
Daniel : mais font- ils attention qu'il auroit
été affés indécent , qu'à la Porte d'un Temple
du Christianisme , ont eût inscrit le nom
d'un Clodion , d'un Méroüée , d'un Childeric
, tous Rois Payens des Francs ? Cet ordre
ne leur donne donc exclusion , que quant au
fang de Rois Chrétiens. Les chiffres paroisseng
MERCURE DE FRANCE
sent être , auffi bien que le titre , de la façon
de celui qui copiâ c Catalogue.
La Differtation qui suit , intereffe uniquement
l'Eglise de Paris . L'Auteur , après avoir
dit qu'il a fait à la Bibliothèque du Roy toutes
les recherches poffibles d'anciens Livres
de Chant , à l'occasion de l'Ouvrage qu'il
avoit entrepris pour le Chant de Paris , obferve
qu'il est tombé sur des fragmens du
Pontifical de cette Eglise , dont l'écriture
est conftamment avant le XII . siécle , & que
dans ce Pontifical est marquée,au 26.Juillet,
la Fête de la Tranflation du Corps de S.Marcel
, Evêque de Paris , & dans un style qui
supose que ce n'étoit pas ailleurs que dans
l'Eglise Cathédrale que ce saint Corps avoit
été transporté. Cela l'oblige à soûtenir que
ce n'eft pas sous Philipe Auguste , comme
on le croit depuis Du Breüil , que cette
Translation a été faite. Il recherche ensuite
en quel siécle , à peu près , ce Transport a
pû se faire. Il observe auffi que dès le XII.
siécle on étoit accoûtumé à porter en Proceffion
le Corps de S. Marcel avec la Châsse
de Ste Geneviève , & qu'il n'y a pas d'apatence
que les Chanoines de N. D. allaffent à
chaque fois prendre sa Châsse au Faubourg
de son nom. Il y a en cet Article plusieurs
choses curieuses sur la Proceffion de Ste Genevieve
; on y voit des preuves, comme saint
Marcel
FEVRIER 1740 277
Marcel a pû être invoqué dans l'Eglise de
Paris dès le X. siécle contre la maladie des
Ardens , & on est porté à croire que son
Corps fut refugié en cette Ville , dans le
temps des Guerres des Normands.
Nous nous arrêterons un peu davantage
sur le Memoire suivant , qui concerne l'Edifice
découvert à Montmartre à la fin de l'année
1737. Le Public est informé des bruits
qui coururent alors sur ce sujet , & pendant
tout le cours de l'année 1738. Les fauffetés.
qu'on imprima à cette occasion , peuvent
avoir trouvé des Esprits credules . M. Le
beuf, qui se transporta des premiers à Montmartre
, avoit cependant publié dans le Mercure
de Janvier 1738. ce qu'il pensoit de ce
Bâtiment. Comme depuis on a achevé de le
dégager de ce qui l'environnoit, & qu'on en,
a auffi vuidé les dedans , il a eû la facilité de
l'examiner de plus près. Il affûre donc ici
que cet Edifice n'a été autre chose dans son
origine , que les Bains de la Maison de campagne
de quelque Romain , avant que les
Francs fuffent les maîtres des Gaules. Il le
prouve par leur parfaite conformité avec ceux
d'une Maison de campagne située en Auvergne
, de laquelle Sidoine Apollinaire fait
la description dans sa Lettre à Domitius. M.
L. a reconnu , dans les differens endroits de
l'Edifice , le Lieu où s'écouloit l'Eau , qui
venoit
278 MERCURE DE FRANCE
venoit par des tuyaux de la Fontaine de Bue;
celui des Fourneaux pour l'échauffer , le Lieu.
ensuite où l'Eau échauffée paffoit , les tuyaux .
en forme de petites cheminées , par lesquels
la chaleur s'exhaloit, de crainte que ceux qui
se baignoient ne fuffent étouffés. Enfin l'apartement
apellé Cella frigidaria , & celui:
où l'on reprenoit ses habits. Le Paffage de
Sidoine sert à expliquer ce que c'étoit que
ces petits tuyaux de terre cuite , en forme de
col de bouteille , qu'on a trouvé en fi grande
quantité , mêlée parmi les décombres. C'é
toit par le moyen de ces tuyaux qu'étoit formée
la muraille trouée , paries foraminatus,
dont parle Sidoine. Les Inscriptions dont
on a trouvé des fragmens en remuant les ter
res , sont les restes de celles dont ces sortes
de Bains étoient ornés , au raport du même
Sidoine. M. L. les donne telles qu'il les a
vûës & tenuës , en présence d'une infinité de
témoins, qui ont vu tout le refte .
A l'égard de l'antiquité des principaux murs
de cet Edifice , l'Auteur en juge par leur conformité
avec celle des murs des anciennes
Cités Romaines, qu'on voit en differens Lieux
des Gaules ; les ceintures de couches de briques
, entremêlées avec les petites pierres de
moëlon , à certaine diftance , en sont une
preuve , outre la solidité de la maffonneries
On peut actuellement juger de ces genres
d'ou
FEVRIER. 1740 279
d'ouvrages des Romains du III . ou IV. siécle ,
par ce qu'on en a découvert à Paris ces jours
derniers dans la rue des Mathurins , à l'endroit
où étoit l'Entrée des Eaux d'Arcüeil
du côté du midi , pour l'usage des Bains situés
dans ce quartier- là. La dureté de cette .
matiere eft sensiblement la même . On y re- ;
marque les mêmes travaux de briques & de
tuiles dans les murs , que dans les petits
Bains du Particulier de Montmartre.
M. l'Abbé L. après avoir parlé des Bains
Civils,dit un mot des Bains Ecclesiastiques . I
nous aprend qu'à Rome, selon l'ordre du Pape
Hadrien I. le Clergé alloit proceffionellement
tous les Jeudis au Lieuraccoûtumé , pour fe
baigner, en chantant des Pseaumes. La chaleur
du Pays le demandoit ainsi . L'Empereur Honorius
permit même par une Loi , de mener
baigner les Prisonniers tous les Dimanches.
En France même, où le climat est bien moins.
chaud , on voit qu'anciennement les Chanoines
de Rheims usoient du Bain ; que
saint Rigobert , leur Evêque , fit conduire
des Eaux dans la Ville , ad faciendum eiş balneum
, & qu'il eut soin de les pourvoir de
bois pour chauffer le Bain. L'Auteur raporte
en finissant , un Trait singulier , sur la maniere
dont un Sarrazin fit découvrir un Trésor
dans la Poüille. On lisoit sur une Statuë
de marbre cette Inscription en langage du
Pays :
4
.t
20 MERCURE DE FRANCE
Pays : Le premier jour de May , au Soleil
levant , j'aurai une Tête d'or. Il y avoit 200 .
ans que la Statue étoit érigée avec l'Inscription
, sans qu'on pût l'expliquer. Le Sarrazin
, revenu dans le Pays au premier jour de
May , remarqua l'endroit où l'ombre de la
Tête de la Statue aboutiffoit , au moment
du lever du Soleil ; il y fit creuser , & on y
#rouva d'immenses Trésors.
Nous continuerons l'Extrait des autres Dis
pertations dans un autre Mercure.
*************************
SUR la Mort de S. A. $. M. le Du
DE BOURBON.
BEau Palais , Lieu charmant , Séjour digne des
Dieux ,
Où l'Art le plus parfait , soûmis à la Nature ,
Respectoit des Printemps la riante parure ,
Chantilli , tu n'es plus qu'un sepulchre à nos yeux.
'Ainsi se perd l'éclat d'une Beauté naissante ,
Quand la Faulx de Saturne en arrête le cours .
Les traits qui nous charmoient , font pleurer les
.Amours ,
Et jettent dans les coeurs l'horreur & l'épouvante .
Je n'entens exprimer que tristesse et regrets.
me de Chantilli , qu'êtes- vous devenue a
Ex
FEVRIER. 204 1740:
En vain par ses sanglots une Nimphe éperduë
Prononce votre nom au milieu des Forêts ;
Vous ne répondez point ; seriez -vous insensible ,
Vous ,qu'on voyoit si tendre aux cris des malheu
reux ?
Rendez- vous , s'il se peut , un moment à ses voeuxi
Epargnez à ses yeux un spectacle terrible ;
;
L'excès de sa douleur la trouble et la confond Ame de ces beaux Lieux , en vain on vous invited
Auroit-elle oublié , qu'au-delà du Cocyte
....
Tous nos discours sont vains ? jamais on n'y
répond.
Ce n'est donc plus à vous qu'elle adresse sa plainte
Joüissez des douceurs d'un repos glorieux :
C'est toi , cruel Destin , dont l'ordre imperieux
La met par ce malheur au- dessus de la crainte.
Frape, quand tu voudras , aiguise tous tes traits,
Qu'a-t- elle à redouter dans l'horreur qui la guides
A qui ne voit que des Cyprès ,
Pallas , refusez votre Ægide.
Beau Palais , Lieu charmant , Séjour digne de
Dieux ,
Où l'Art le plus parfait , soumis à la Nature ,
Respectoit des Printemps la riante parure ,
Chantilli , tu n'es plus qu'un sepulchre à ses yeux
D. Bonneval.
Lax
82 MERCURE DE FRANCE
Les mots de l'Enigme & des Logogryphės
du Mercure de Janvier , sont , Etrenne , Méridien
, Lutheranisme , & Imperator. On trou
ve dans le premier Logogryphe , Mer , Medie
, Inde , Mi, Re , mie , Reine , Mere , nier ,
Dime,rien , Mire.
JE
ENIGM E.
E suis un composé de plusieurs paralleles ;
Toutes également sont distantes entre elles .
Mon Lot est de fixer un joli Citadin ,
Un volage folâtre , un inconstant badin ,
Que l'on fçait introduire au milieu de ma place ¿
Qui fans me concevoir en mesure l'espace ;
Qu'on voit legerement , tel qu'un Ingénieur ,
Passer de ligne en ligne en mon interieur ,
• Et travailler sans cesse à son indépendance .
Il faut jusques au bout vous raconter ma chance?
Pour moi , l'on met en oeuvre , avec attention ,
La mécanique Invention ,
Qui fait , que par Regle sçavante ,
Prise au Traité de la Force mouvante ,
On me fait perdre terre , & cela sans effort .
J'ai des soeurs, qui n'ont pas toutes le même sort ,
Qui
FEVRIER. 283 1740.
Qui different en forme , en grandeur , en matiere ,
Mais tout cela provient de la cause premiere.
Pour revenir , je suis sur un Plan vertical , ¡
Comme auffi sur celui qu'on nomme horisontal
Le plus souvent , dessous la Perpendiculaire :
Enfin mon Posté est tel que l'on juge à propos .
Je garde affés bien mes Dépôts.
La munition nécessaire
Manque peu , soit chés moi , soit dans mon En?
trepôt.
Voilà de mon état à peu près le sommaire.
D
LOGOGRYPHE.
Ouze membres , Lecteur , forment mon exis
tence 2
Qui sans nulle combinaison
Te font voir un objet digne d'aversion ,
Et qui toujours à l'Innocence
Livre de dangereux combats .
Si tu fçais à propos faire mon analyse ,
Certainement tu trouveras
( Non fans une grande furprife ).
Quatorze Saints Prélats, qu'en France on préconise
Quatre Villes de grand renom ;
Quatre Notes de la Musique ;
Deux pechés mortels ; un Poisson;
Certai■
84 MERCURE DE FRANCE
Certain Poëte satyrique ;
Un mot sinonyme à malheur ;
Une demeure bienheureuse ;
Une femme très-vertueuse ;
Le symbole de la douceur ;
Ý
C
Ce qui succede à la tempête ;
Ce que l'on porte sur la tête ;
Un Fleuve , une aimable Liqueur.
Il faut tout dévoiler & me faire connoître ;
Tous les mots ci -dessous de moi reçoivent l'être
Jean Calvin , un Moine malin ,
Vil Animal , cruel Mâtin ,
Manteau court , noire Calomnie ,
Côtéau vanté , vaine Avanie ,
Mince Canot , Marteau volé ,
En omnia , Lector , vale.
A. R. D. R. P
AUTRE.
MItron , Mutin , Bien , étrillé ;
Utile Loi , Ville embellie ,
Mérite borné , Toile unie ,
Biére brune , Moine mouillé ,
Bête morte , Robe brûlée ,
Jeune éveillé , Mere troublée ;
Membre mutilé librement ,
Oli
FEVRIER. 1740
283
Düir, mentir), Belle merveille ,
Et , Boire , Bon , Vin ; En , Bouteille ,
Se trouvent dans E. •
Par le même
శ్రీ శ్రీ శ్రీ శ్రీ
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c .
A QUATRIE ME EGLOGUE DE VIRGILE,
Lraduite en François , avec des Notes
Critiques , par M. R. D. R. A Clermont-
Ferrand , de l'Imprimerie de Pierre Vialla
mes , &c. 1739 .
INSTRUCTION Sur les Lettres de Change
& sur les Billets négociables fuivant l'Edit
du Commerce , les Déclarations & Arrêts
rendus depuis 1673. jusqu'à présent , & les
Usages des Places & des Négocians. Seconde
Edition corrigée & augmentée . A Paris;
chés David , l'aîné , Quai des Auguftins , &
Nully , Grande Salle du Palais. 1739. vol.
in- 12 . relié 25. f.
CATALOGUE des Livres de la Bibliothéque
du Grand Conseil , difposé par l'Abbé Boudot
, 1739. in- 8°, leguée par M. de Vertha-
E mos
286 MERCURE DE FRANCE
mont à sa Compagnie , imprimé à Paris,
chés Cl. Fr. Simon ; Fils.
, CAPRICES D'IMAGINATION ou Lettres
sur differens sujets d'Histoire , de Morale
de Critique , d'Histoire Naturelle , &c. Á
Paris , chés Ant. Cl. Briaffon , Libraire , ruë
S. Jacques , à la Science , 1740. in - 12,
RECUEIL de Differtations sur plusieurs Tra →
gédies de Corneille & de Racine , avec des
Réflexions pour & contre la Critique des
Ouvrages d'esprit , & des Jugemens sur ces
Differtations . A Paris , chés Pierre Giffey ;
ruë de la vieille Bouclerie , & Marc Bordelet,
ruë S. Jacques , 2. vol . in - 12, 1740 ..
LES ELEMENS DE GEOMETRIE , ou de la
mesure de l'Etendue , qui comprennent les
Elemens d'Euclide , les plus belles Propofi
tions d'Archimede , touchant le Cercle , la
Sphere , le Cylindre & le Cône ; avec une
idée de l'Analyse , & une introduction aux
Sections Côniques , par le R. P. Bernard
Lamy , Prêtre de l'Oratoire . Sixième Edition
revûë & augmentée . A Paris , chés François
Mathey rue S. Jacques , vis- à-vis S. Yves.
1740. prix 2. liv . io.f. Cette Edition est trèscorrecte
, & préferable aux anciennes .
LI
FEVRIER: €740: 287
LE MARQUIS DE CHAVIGNY , Par feu M;
Boursault , Brochure in- 12 . de 288. pages >
sans l'Epitre Dédicatoire de l'Auteur à M.
Perrault Président en la Chambre des
Comptes de Paris , & un Avis au Lecteur.
A Paris , chés le Breton , Quai des Augustins
, près la ruë Gist-le-Coeur , à la Fortune .'
1739.
>
LE PRINCE DE CONDE' , par feu M. Bour
sault , Brochure in- 12. de 198. pages , & un
Avis du Libraire au Lecteur pour l'intelligence
de l'Ouvrage . A Paris , chés le même
Libraire.
ARTEMISE ET POLIANTE . Nouvelle . Par
feu M. Boursault , Brochure in- 12 . de 242.
pages , compris l'Epitre Dédicatoire de l'Auteur
à M. Charlot de Bretigny. A Paris
chés le même Libraire.
2
NE PAS CROIRE ce qu'on voit , Histoire
Espagnole , par M. Boursault , Brochure in-
12. de 314. pages , compris l'Epitre Dédicatoire
à M. Pidou de S. Olon , Gentilhom-'
me Servant chés le Roy. A Paris , chés le
même Libraire.
COURS D'OPERATIONS DE CHIRURGIE
démontrées au Jardin Royal , par M Dimis,
Eij
Pre
483 MERCURE DE FRANCE
Premier Chirurgien de Feuës Mesdames les
Dauphines , & Chirurgien Juré à Paris
Quatriéme Edition , revûë , augmentée de
Remarques importantes , & enrichie de Fis
gures en Tailles - douces , qui représentent les
Instrumens nouveaux les plus en usage , par
G. De la Faye , Chirurgien Juré à Paris,
Chés d'Houry , seul Imprimeur de M. le Duc
d'Orleans , rue saint Severin. 1740. Vol . in-
8.de 879. pages , sans l'Epitre Dédicatoire
au Roy , la Préface , l'Avis de l'Auteur des
Remarques , la Table des Titres & Sections,
& celle des Matieres,
L'Auteur a divisé ce Cours d'Operations ,
comme son Anatomie , en dix Journées .
La premiere traite en général des Opérations
& des Figures.
La seconde , des Opérations qui se prati
quent sur le bas- Ventre.
La troisiéme , de celles qui se font sur la
Veffie , la Verge , & la Matrice.
La quatrième , de celles que demandent les
'Aînes , le Scrotum , & l'Anus.
La cinquième , de celles de la Poitrine &
du Col.
La fixiéme , de celles qui se font à la Tête
& aux Yeux,
La septième , de celles qui se raportent à
toutes les Parties du Visage.
La huitième , de celles qu'on fait aux exrémités
superieures ,
La
FEVRIER . 1746: 285
La neuvième , de celles qui se font sur les
extrémités inferieures."
Enfin , la dixiéme & la derniere , de celles
qu'on peut pratiquer sur toutes les Parties
du Corps.
Il est inutile de relever ici par des Eloges
le mérite de cette nouvelle Edition . Il suffit
de dire que c'est l'Ouvrage d'un des plus
grands Maîtres de l'Art , & très digne de la
réputation de son Auteur. C'est un de ces
Livres excellens, auxquels le Public a toujours
rendu juſtice , en France & dans les Pays
Etrangers.
LA SCIENCE DES MEDAILLES , nouvelle
Edition , avec des Remarques Hiftoriques &
Critiques. Chés de Bure l'aîné , Quai des Auguftins
, in- 12 . 1739. 2. volumes.
>
Quoique cet Ouvrage ait parû plusieurs
fois depuis 1692. que le P. Louis Jobert , de
la Compagnie de Jesus , l'a publié pour la
premiere fois ; cependant cette nouvelle Edition
, plus parfaite que toutes les autres , le
fait regarder avec raison comme un Livre
nouveau. Il doit sa perfection à une de ces
mains habiles , auxquelles seules il convient
de manier avec autant de dexterité , que de
lumieres , un Sujet où le fçavoir & le discer
nement ne doivent jamais être séparés.
L'Editeur donné dans sa Préface un Abregé
E iij succinct
190 MERCURE DE FRANCE
succinct , mais curieux , de l'Hiftoire de la
Science des Médailles . On y voit quand ces
précieux Monumens ont commencé à être
recherchés , & dans les differens Temps &
dans les diverses Nations.
Ce fut vers le milieu du XIV. siècle que
Petrarque , à qui les Lettres , foit Italiennes ,
soit Latines , doivent une partie de leur réabliffement
, se mit à raffembler un Cabinet
de Médailles. Ce qui fut recherché d'abord
comme une simple curiosité , fut eftimé depuis
comme une étude néceffaire pour la
connoiffance parfaite de l'Hiftoire.
Le XV. siccle produisit un grand nombre
de Curieux en Italie , surtout Alphonse , Roy
d'Arragon & de Naples , le Cardinal de
S. Marc , neveu du Pape Eugene IV. & le
Grand Cosme de Medicis , l'honneur & la
gloire de sa Maison & de sa Patrie. Et c'eft
depuis ce temps-là que les Cabinets de Mé
dailles se sont multipliés en Italie , auffi bien
chés les Particuliers , que chés les Princes.
L'Allemagne ne s'occupa de la Recherche
de ces anciens Monumens , que vers la fin
du X V. siècle & au commencement du
XVI . que Mathias Corvin , Roy de Hon
grie , & l'Empereur Maximilien I. éxcités
P'un & l'autre par les Sçavans y contribuerent
par leurs dépenses & par leurs
soins.
>
Les
FEVRIER 1740 293
Les frequentes Expéditions des François en
Italie dans les mêmes fiécles , leur inſpirerent
du goût pour ces curiofités . Guillaume Budé,
Jean Grolier , & Guillaume du Choul furent
des premiers qui s'y adonnerent parmi nous,
& ce goût s'y est depuis extrêmement
accrû.
On ne s'y apliqua férieufement dans les Pays
Bas , que vers le milieu du XVI . fiécle ; cette
curiofité y fit néanmoins tant de progrès en
peu d'années , qu'il s'y trouvoit déja plus de
200. Cabinets dès l'an 1570. Golltzius, qui
en fut un des plus célebres amateurs , pouffa
cette Science plus loin que l'on n'avoit fait
jufqu'alors , comme on le remarque par les
divers Ouvrages qu'il a laiffés sur ce fujet.
Ce fut auffi dans ce même temps qu'on
s'y adonna en Eſpagne . Antoine Auguſtin ,
Evêque de Lerida , puis Archevêque de Terragone
, où il mourut en 1586. fit paroître
fes Dialogues fur les Médailles , imprimés
d'abord en Eſpagnol , & qui ont été traduits
enfuite en Italien & en Latin . Ce qu'il y
avoit de confiderable dans le Cabinet de ce
grand Homme , l'honneur de son temps par
fon fçavoir , a paffé aux Jefuites de Stras
bourg au commencement du XVIII . fiécle .
Ce fut dans le XVI . fiécle feulement , que
d'une Science curicufe , on en fit une Science
aitile , tant pour l'Hiftoire que pour les usa-
E iiij
ges
292 MERCURE DE FRANCE
ges
des anciens Grecs & Romains. Guillau
me du Choul fut prefque un des premiers ,
qui s'en foit fervi utilement dans fon Traité
de la Religion des Romains ; & il a été fuivi
par Golltzius , Auteur qui avoit vû le plus
grand nombre de Cabinets. Ce qu'il en avoit
examiné alloit à plus de 950 .
Mais le XVII . siécle
perfectionna l'usage
que l'on devoit faire de ces anciens Monumens.
Que de lumieres les plus fçavans Historiens
n'y ont- ils pas puisé ? Baronius & le
P. Pagi en ont fait usage dans l'Histoire Ecclesiastique
aussi-bien qu'Onuphre Panvini
, Jufte Lipfe , & beaucoup d'autres Critiques
dans l'examen des usages des anciens
Peuples. Le Cardinal Noris & M. Vaillant
ont formé des Corps d'Hiftoire , tirés de ces
précieux reftes de l'Antiquité.
>
Cependant M. le Baron de la Baftie , à qui
l'on doit les sçavantes & judicieuses Remar
ques , qui ont enrichi le Livre de la Science
des Médailles du P. Jobert , a raison de comparer
l'étude des Médailles avec celle des
anciennes Inscriptions. Peut- être même ces
dernieres pourroient- elles l'emporter , pour
la certitude , fur les Médailles , parce qu'il
fe trouve incomparablement plus de fauffes
Médailles , que de fauffes Infcriptions.
Les douze Inftructions du Livre du Pere
Jobert, font donc accompagnées de Remar
ques
FEVRIER. 1740. 293
ques Hiftoriques & Critiques : & fans faire
tort à la précision & au fçavoir du premier
Auteur , on peut affûrer que le difcernement,
P'érudition & les lumieres de l'Editeur l'emportent
fur le Pere Jobert."
Il en eft de même des Remarques de M.
de la Baftie , fur les nouvelles découvertes
dans la Science des Médailles , raportées par
le P. Jobert. On sera surpris de voir à quel
point le sçavant Editeur détruit & fait évanouir
l'éclat de ces prétendues nouveautés.
Quand elles ont de la vraisemblance , il sçait
les mettre dans un tout autre jour , que n'avoit
fait le premier Auteur ; & quand il fe
voit obligé de les détruire , il le fait non par
de simples conjectures hazardées , mais en
y portant la lumiere , & avec un fçavoir qui
n'eft pas commun.
Enfin l'illuftre Editeur ajoûte à ces prétendues
découvertes , d'autres découvertes plus
réelles & plus effectives , qu'il a puisées dans
ses propres connoiffances & dans les plus
beaux Cabinets de Paris ; surtout dans celui
de Sa Majesté , l'un des plus accomplis de
l'Europe ; & dans celui de M. l'Abbé de Rotelin
, qui par fa naiſſance & par fes grandes
qualités fait honneur aux Lettres .
Quoique M. de la Baftie n'ait pas donné
un Catalogue des Livres de Médailles , le P.
Banduri l'ayant déja fait à la tête de ses Mé-
E v dailles
294 M
FAA
dailles Impériales ; cependant il n'a pas man
qué d'en indiquer les plus curieux. Le Public
lui auroit eû une double obligation , s'il y
avoit joint son jugement & l'usage que l'on
en doit faire ; car il eft capable d'en juger
auffi fainement qu'aucun autre , & on n'ignore
pas qu'en ce genre , comme en beaucoup
d'autres , chaque Livre peut être diver
sement caracterisé , & a fon utilité particu
liere .
L'Editeur finit fon Ouvrage par trois Cata?
logues. Le Premier , des Empereurs , des
Impératrices , des Céfars , & des Tyrans ,
dont les noms se trouvent fur les Médailles
Grecquès & Latines , depuis le Grand Pom
pée jufqu'à la prise de Conftantinople par
les Turcs.
Le Deuxième Catalogue est celui des Colo
nies , Municipes , & Villes Latines , où l'on
a frapé des Médailles Imperiales.
Enfin , le Troisiéme eft celui des Villes Grec
ques , où l'on a frapé des Médailles Impériales.
MEMOIRES DE CONDE ' , ou Recueil pour
fervir à l'Hiftoire de France , contenant ce
qui s'eft paffé de plus mémorable dans ce
Royaume fous les Regnes de François II. &
de Charles IX. Nouvelle Edition , augmen
tée d'un grand nombre de Piéces curieuses
qui
295
qui n'ont jamais été imprimées , & enrichie
d'une Préface hiftorique , de Notes critiques,
de plusieurs Portraits , & des Plans de differentes
Batailles Volumes in -4° . A Londres
, chés Claude du Bosse , J. Nillor &
Compagnie. M. DCC . XXXIX .
S
PROJET DE SOUSCRIPTION .
Ceux qui étudient l'Histoire modernes
fçavent qu'il eft néceffaire pour s'en inftruire
à fond , de joindre la lecture des Actes , des
Titres & des Ecrits polémiques , à celle des
Historiens. Les premiers de ces Monumens
fournissent des Faits publics & certains , &
des dates sûres ; & l'on trouve dans les autres
des Faits singuliers , des Détails curieux
& des Anecdotes qui sérvent à éclaircir les
Narrations des Historiens , & qui supléent
souvent à leur filence.
Depuis un siécle on a publié un grand
nombre de Recueils. Hiftoriques ; & pour
ne parler que de ce qui regarde la France ,
il y en a une fuite qui contient prefque fans
interruption ce qui s'eft passé dans ce Royaume
pendant plus de cent ans , depuis 1537.
jusqu'à 1644.
Entre les differens Recueils qui compofent
cette suite , un des plus curieux , & cerrainement
le plus rare & * le plus cher eft
En 1737. ce Recueil seul & sans les der
E vj
celui
celui que l'on nomme ordinairement les
Mémoires de Condé , & qui a pour titre a
» Recueil des choses mémorables faites &
و د
passées pour le Fait de la Religion & Etat
» de ce Royaume , depuis la mort du Roy
» Henri II. jusqu'en l'an 1565. «
Ce Recueil a été imprimé à Strasbourg
en 1565. & en 1566. en trois Volumes
in-8°.
Il roule principalement sur ce qui se passa'
pendant la premiere guerre de Religion , qui
fut terminée par l'Edit de Pacification donnê
le 19. Mars 1562.
La seconde guerre de Religion commença
vers le mois de Septembre 1567. & fut apai
sée par P'Edit du 23. Mars 1568.
Elle donna lieu à un second Recueil qui
n'eft pas commun. Il fut imprimé en 1568.
sous ce titre : » Recueil de toutes les choses
mémorables advenues , tant de par le Roy,
» que de par Monseigneur le Prince de Con
dé , Gentilshommes & autres de fa Com-
" paignie depuis le 28. Octobre 1567
jusqu'à présent. M. D. LXVIII . in-8 °. «
و د
Cette Paix ne fut pas de longue durée , &
peu de mois après sa conclusion , s'excita
suites , fut porté jusqu'à 170. liv. à la vente de la
Bibliothèque de feu M. de Caumartin , Evêque de
Blois ; & quelques mois après , à 180. liv . à la vene
de celle de M. l'Abbé de Longuerue.
une
FEVRIER. 1740. 297
une troisième guerre de Religion , qui finit
par l'Edit du mois d'Août 1570 .
On a fait auffi un Recueil fur ce qui se
passa dans cet intervalle de temps. Il eſt intitulé
: » Histoire de notre temps , contenant
» un Recueil des choses mémorables paffées
» & publiées pour le Fait de la Religion &
» Etat de la France despuis l'Edict de Paciffi
» cation du 23. jour de Mars jusques au jour
" présent M. D. LXX. in- 8 °. «
L'utilité & la rareté de ces Recueils ont
fait naître l'idée de les réunir dans une nouvelle
Edition , & de remplir le vuide qui se
trouve entre le premier & le fecond , en
faifant réimprimer plusieurs Piéces rares
composées à l'occaſion de deux Evenemens
importans qui arriverent dans le cours de
l'année 1565.
Outre ce Suplément , on insérera dans
cette seconde Edition des Additions confidérables
pour les trois Recueils . Elles feront
de deux efpeces.
On y placera 1º. des Piéces fugitives , entre
lefquelles il y en aura plufieurs qui ont
été faites pour répondre à des Ecrits imprimés
dans les anciens Recueils . Ces fortes
de Piéces , rares quelquefois dès le temps,
même où elles paroiffent , le deviennent toujours
de plus en plus , parce qu'elles se perdent
aisément.
790 МЕЛ KE DE FRANCE
2º. Des Piéces qui n'ont jamais été impri→
mées . Elles ont été tirées de differens Recueils
manuscrits connus & eftimés. On a eû
communication d'un Volume précieux , contenant
près de 300. pages in-fol. dans lequel
ont été recueillies des Lettres originales de
Charles IX. de Henri III . alors Duc d'Anjou
& du Duc d'Alençon , ses freres ; de Cathe
rine de Medicis , du Prince de Condé , de
François Duc de Guise , du Connétable Anne
de Montmorency, du Chancelier de l'Hô
pital , de l'Amiral de Coligny , & de plusieurs
autres Seigneurs & Miniftres d'Etat.
On fera imprimer celles qui sont de nature
à entrer dans ce Recueil , & entr'autres ,
cinq Lettres , ou Mémoires très - curieux, qui
furent trouvés dans la poche du Prince de
Condé , lorsqu'il fut tué à la Bataille de
Jarmac.
Un Journal , non encore imprimé , de ce
qui s'eft paffé en France depuis la mort de
Henri II . jusque vers la fin de 1569. rem,
plira plus de la moitié du premier Volume ,
& servira d'introduction au Recueil des Pié
ces . Il a été composé dans le temps même à
Paris , par une personne d'une famille illuſtre,
& qui occupoit des places honorables dans
l'Etat Ecclesiaftique & dans la Magiftrature.
Il donne dans plusieurs endroits de son
Journal , des preuves de son zéle pour la
Religion
FEVRIER. 299 1740.
Religion Catholique; & il y raporte plusieurs
faits importans , & quelques Piéces qui ne
se trouvent pas ailleurs.
On reftituera dans ce nouveau Recueil
quelques Préfaces tirées des Editions originales
des Ouvrages raffemblés dans les anciens
Recueils , & qui y ont été suprimées!
On fera auffi imprimer quelques Piéces sur
les quatre dernieres années du Regne de
Charles IX. qui manquent dans les Mémoi
res qui portent le nom de ce Prince.
in-
On mettra au bas des pages de cette nou
velle Edition , des Notes dans lesquelles on
se propose de découvrir , autant qu'il sera
poffible, les noms des Auteurs dont on y
sérera les Ouvrages, de marquer les noms de
famille de ceux dont il y eft fait mention , de
raporter leurs principales actions , & de rec
tifier les faits qui seront altérés dans ces Ouvrages.
On placera à la tête du premier Volume
une Préface Hiftorique , dans laquelle on tâ
⚫chera de donner une idée exacte des princi
paux évenemens arrivés en France depuis le
commencement du Regne de François II.
jusqu'en 1570. On s'apliquera principalement
à developer la cause de ces évenemens,
& à faire connoître le caractere de ceux qui
ont joué les premiers Rôles dans ces tempslà
, les véritables interêts qui les on fait agir,
&
300
MERCURE DE FRANCE
& les motifs secrets de leur conduite. Cette
Préface sera suivie d'un Mémoire Hiftorique
& Critique sur un des Faits arrivé en 1565!
dont il a été parlé plus haut , parce que les
Piéces que l'on ajoûtera dans cette Edition
fourniffent sur ce fujet un grand nombre de
circonftances qui ne ſe trouvent point dans
les Hiftoriens.
Il n'y a point de Tables dans les anciens.
Recueils. On en mettra trois dans cette
nouvelle Edition; l'une pour les Matieres , &
les deux autres pour les noms de Lieux &
de personnes
.
Au Traité de la Majorité des Rois de France
, composé par M. du Tillet , Greffier en
Chefdu Parlement de Paris , qui eft dans le
premier Recueil , on auroit souhaité pouvoir
ajoûter celui qui a été fait sur la même matiere
par son frere, mort Evêque de Meaux. *
Mais il n'a pas été poffible d'en recouvrer un
Exemplaire, Si quelqu'un de ceux qui en ont,'
veus en donner avis au Libraire , soit par une
Lettre , foit par la voye des Ouvrages Périodiques
qui se diftribuënt en Angleterre , en
France & en Hollande , on lui fera des pro.
* Le P. le Long , dans fa Bibliotheque Hiftorique
de France , No. 11209. dit qu'il a été imprimé à
Paris en 1560. in - 4 ° . & la même année , à Tours ,
in- 8°.Il y en a un fragment à la page 634. Tome 2 .
de la Bibliotheque du Droit François de Bouchel.
positions .
FEVRIER: 1748 302
pofitions raisonnables , foit pour l'acquerir }
foit pour avoir la permiffion de le faire
copier.
Quoique les Recueils que l'on se propose
de faire réimprimer , regardent principale
ment la France, ils intereffent cependant tou
te l'Europe. Presque tous les Peuples qui
l'habitent , prirent parti dans les guerres de
Religion qui s'éleverent dans ce Royaume .
Le Pape & Philipe II . Roy d'Espagne , envoyerent
des Troupes auxiliaires à Charles
IX. Il fortit d'Allemagne des Corps nombreux
de Reiftres & de Lansquenets , dont
les uns fervirent dans les Armées de ce Prince
, & les autres dans celles du parti contraire.
Elisabeth , Reine d'Angleterre , donna.
du fecours à ceux de la R. P. R. Les Anglois
furent même pendant quelque temps en pos
seffion du Havre de Grace ; & Guillaume ,
Prince d'Orange , Fondateur de la République
des Provinces -Unies , & Ludovic , Comte
de Naffau , fon frere , vinrent en France
pour combattre avec eux.
Avis aux Souscripteurs,
Cet Ouvrage sera en cinq Volumes in-4 !
avec Figures & Vignettes ; on n'en tirera que
550. Exemplaires ; fçavoir , soo. en petit papier
, & so. en grand.
Les Souscripteurs pourront avoir des
Exemplaires ,
2 MERCURE DE FRANCE
En petit papier à 36. livres.
En grand papier à 54. livres , en payan
d'avance 18. livres pour le petit papier , &
27. livres pour le grand papier.
Ceux qui n'auront point fouscrit , paye
ront pour chaque Exemplaire en petit papier
45. livres , & en grand papier 66. livres .
Chaque Volume aura au moins 80. feuilles
& tout l'Ouvrage fera en état d'être délivré
dans le courant de l'année 1741 .
Pour s'affûrer d'avance des Exemplaires
qu'on voudra retenir , on s'adreffera à Paris ,
chés Rollin , fils ; & aux principaux Libraires
des Provinces & des Pays Etrangers.
Quelques Particuliers ayant parû fouhai
ter qu'on tirât des Exemplaires de cet Ou
vrage en grand in- douze , de la hauteur des
in- octavo , le Libraire avertit le Public , que
s'il diftribue un nombre raisonnable de Souse
criptions pour cette derniere forme , il exé◄
cutera en même- temps cette Edition in -4
& in- 12 . 20. Volumes. Le prix des Souscrip
tions pour l'in - douze , fera de-même que
l'in -quarto..
ROLLIN Fils , Libraire à Paris , imprime acactuellement
l'Hiftoire Génerale des Ceremonies
Moeurs & Coutumes Religieufes de tous les Peuples du
Monde , représentées en 243. Figures de BERNARD
PIGARD , corrigée & augmentée confidérablement par
ane Societé de Gens de Lettres , enrichie d'un grand
nombre
FEVRIER 30% 1746:
hombre de Vignettes , Culs -de- lampes & Lettres grifes.
VII. Volumes in-fol. L'impreffion en eft déja fort
avancée , enforte que le Libraire fera en état d'en
délivrer les Exemplaires dans le temps qu'il la promis.
On avertit les Souscripteurs & ceux qui feront
curieux d'en voir l'execution , que le Librair
Ja leur communiquera avec plaisir .
Livres nouveaux.
La Phyfique facrée , ou l'Hiftoire naturelle de
Plantes & Animaux connus dans les Saintes Ecritures
, avec plus de 700. figures , Hollande , 8. vol.
in-folio.
Gibert , Corpus Juris Canonici , Lyon . 3. vol.
in-folio.
Mabillon , Annales Ordinis S. Benedicti , Paris ,
Tome VIe. in-folio , 1739.
Dictionaire Universel , augmenté confidérables
ment , Trévoux , s . vol. in -folio , fous Preffe.
Les OEuvres de M. Claude Henrys , augmentées
confidérablement , Paris , 4. vol . in-fol. 1739.
Les OEuvres Spirituelles de M. Fenelon , Arche
vêque de Cambray , Hollande, 2. vol. in °. grand
papier , 1739 .
Les Vies des Saints , par M. Baillet , nouvelle Edition
, Paris , 1o. vol . in- 4° . 1740.
Tomes 9. & 10. de l'Hiftoire de l'Eglife Gallicane
, Paris , in-4°. 1739 .
Tome 6. de Tillemont , Hiftoire des Empereurs ,
Paris , in-4° . 1739 .
Hiftoire des Guerres d'Italie , traduite de François
Guichardin , qui s'imprime actuellement à
Londres , 3. vol. in- 4 ° . grand & petit papier.
Tomes 11. 12 & 13. de l'Hiftoire d'Angleterre
par Toiras , Hollande vol. in- 4° •
Tome
304 MERCURE DE FRANCE
Tome 20. Hiftoire Romaine par les RR. PP. Ca
trou & Rouillé , Paris , in - 4° . avec figures.
Droit naturel des Gens , par Pufendorf , Hollande
, 3. vol . in- 4° . 1740 .
Le nouveau Praticien François , par M. Lange
augmenté , Paris , 2. vol. in - 4° . fous Preffe.
Conference de Louis XIV. fur les Eaux & Forêts
augmentée , Paris , 2. vol. in -4º . fous Preffe.
Mémorial Alphabetique des Eaux & Forêts , Pêches
& Chaffes, avec les Ordonnances, par M.Noël,
Paris , in -4°.
2 .
>
Les OEuvres de M. Patru , Paris , vol . in. 4°.
Nouveau Dictionaire Civil & Canonique de
Droit & de Pratique , augmenté , Paris , in-4°.
fous Preffe.
Suplément de la Méthode pour étudier l'Hiftoi
re , par M. l'Abbé Lenglet , grand & petit papier.
Et in-1 2. 4. vol. fous Preffe.
Effais de M. Montaigne , augmentés par M. P.
Cofte , Hollande , 3. vol . in-4°.
Idem. en fix volumes in- 12. 1739.
Dictionaire de la Marine , augmenté confidéra
blement , Hollande , in 4° . avec figures.
Inftructions Chrétiennes fur les Myfteres de Notre
Seigneur, & fur les Dimanches & Fêtes de fannée
, en forme d'Année Chrétienne , par M. Singlin
, Paris , 12. vol . in - 12 .
Hiftoire du Peuple de Dieu , Paris , 10. volumes
in-12 . fous Preffe .
Cité de Dieu , de S. Auguftin , par M. Lonbert ,
Paris , 4. vol. in- 12 .
Tome second de la Juftification de M. Fleury ,
Hollande , in- 12 . 1739 .
Les devoirs de l'Homme & du Citoyen , par Pu
fendorf , Hollande , 2. vol . in. 12. fous Preffe .
Les principes d'Hiftoire pour la Jeuneffe , par M.
Lengler
FEVRIER:
1740. 305
Tenglet , 6. vol. in 12. complets. Les volumes ſe
vendent féparément , Paris , 1739.
Hiftoire des Révolutions d'Espagne , par le P.
d'Orléans , Paris , 5. vol . in - 12 .
Suite de Mezeray, Hollande , 2. vol . in- 12. 17391
Hiftoire de Bretagne , par M. l'Abbé des Fontai-
Aes , Paris , 6. vol. in - 12 . 1739 .
Tomes 6. & 7. de l'Hiftoire de Malthe, par l'Abbé
de Vertot , Paris , in - 12 . 1739 .
Hiftoire de la Vie du Prince Eugene , Hollande ,
5. vol. in- 12. avec figures , fous Preffe.
Mémoire fur la Guerre , avec un Traité des Hôpitaux
, par M. de Turenne , 2. vol . in- 1ª . 1739.
Mémoires de M. de Villais , Hollande , 3. vol.
in- 12. 1739•
Mémoires de M. de Berwick , Hollande , 2. vol.
in- 12. 1739.
• La Vie d'Olivier Cromwel , Hollande , 2. vol ,
in - 8°. 1739.
Lettres d'Henri IV. Roy de France , de Mrs de
Villeroy & Puifieux , 2. vol. in - 8°. 1739 .
Nouvelle Edition des Lettres de M. la Marquise
de Sevigné , Paris , 6. vol . in- 12 .
Lettres de Madame Desnoyers, augmentées d'un
volume ,Hollande , 6. vol. in - 12 . avec figures, 1739 •
Poefies de M. l'Abbé Chaulieu, Hollande, 2. vol.
in-12. 1740.
Voyage & Avantures des Côtes de Guinée , Hol-
Lande , in- 12. avec figures , 1739 .
Méthode pour étudier la Géographie , augmen
tée confidérablement par M. l'Abbé Lenglet , Paris,
6. vol . in- 12 . avec figures , fous Preffe.
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE , ou Hiftoire
Litteraire de l'Allemagne , de la Suiffe , &
dis
MERCURE DE FRANCE
des Pays du Nord. Année M. D. CC . XXXV
Tome XXXII.
Le VI . Article de ce Volume comprend
divers Ouvrages publiés par M. Frid . Ôtron
Mencke. Ce nom est distingué parmi les
Sçavans d'Allemagne : l'Ayeul de celui qui
fait le fujet de cet Article , a rendu un Setvice
fignalé à la République des Lettres , en
formant le Projet des Acta Eruditorum , &
en y travaillant sans interruption depuis le
mois de Janvier 1682. jufqu'au mois de Janvier
1707. Jean Durchard Mencke , fon fils ,
a continué ces Actes , & au milieu de plusieurs
autres occupations , il a publié diverfes
Piéces qui ont eû beaucoup de succès ;
entre autres , deux Discours sur la Charlatanerie
des Sçavans. La mort en enlevant cet
habile Homme , n'a pû détruire le nom de
Mencke, celui dont il s'agit ici est capable de
le foûtenir. Il feroit , dit on , à fouhaiter qu'il
cût confervé cette fameuse Bibliothéque , qui
portoit le même nom , & qui avoit été for
mée par les soins de fon Pere & de fon Ayeul,
Les affaires domeftiques ne l'ont aparemment
pas permis.
Après ce petit Préliminaire , que nous
avons abregé , l'Auteur du Journal donne
une idée de quelques Volumes qui doivent
le jour aux foins de ce même Frid. Ott. ,
Mencke , & qui sont autant de preuves de
fa
FEVRIER 17401 307
Ta capacité. Nous nous arrêterons à celui
qui contient vingt - cinq Differtations de J.B.
Mencke , raffemblées avec soin par son Parent
, lequel à la fin du même Volume , en a
ajoûté une de sa façon , sur la Solde Militaire
des anciens Romains : De Romanorum
veterum Stipendiis militaribus. Voici le précis
de cette Pièce , dont le sujet nous a parû
curieux,
Le mot , Stipendium , dont la fignification
eft à préfent vague , & aplicable à toute forte
de bienfaits , étoit autrefois reſtraint à la
paye qu'on donne au Soldat , pour le mettre
en état de foûtenir le fardeau de la guerre.'
Les anciens Romains comprirent qu'il étoit
jufte que des gens qui abandonnent tout
pour la défenfe de la Patrie , ne manquaffent
pas du néceffaire , & même qu'ils reçûffent
une récompenfe honorable. Mais il eft arrivé
, dans la maniere de diftribuer la solde
divers changemens fuivant le temps & le
caprice des Souverains , que l'Auteur se pro
pofe de parcourir.
Dans les temps de Rome les plus voiſins
de sa fondation , un Citoyen auroit crû agir
en mercenaire , s'il avoit reçû un salaire en
argent , pour aller combattre l'ennemi de la
Patrie . On ne lui donnoit que l'étape , c'eſtà-
dire , les vivres mais quelquefois le bu
tip étoit affés considerable pour le dédom
imager
30 MERCURE DE FRANCE
mager abondamment du refte. Après l
guerre des Volsques , & la prise d'Anxur , le
Senat décerna pour la premiere fois une paye
aux Soldats , Pan de la Fondation de Rome
347. Cela ne regardoit encore que l'Infanterie.
Trois ans après , la Cavalerie y fut
comprise.
La question est de sçavoir , à combien
montoit cette paye. On croit pouvoir s'en
instruire par ce Vers de Plante ;
Ifti, qui , trium nummorum causa , subeunt sub falas :
Nummus , dit- on , est mis ici pour Affis ;
ainsi la paye étoit de trois sols Romains par
jour. Polybe ne s'accorde pas avec ce calcul.
Les Fantaffins , dit- il , reçoivent tous les
»jours deux oboles , les Centurions ont le
double , & on donne aux Cavaliers une
» drachme . « Les Sçavans ont imaginé diverses
voyes de concilier ces deux Auteurs .
M. Mencke croit , que Plante parle de la
solde des Grecs , & que son Nummus eſt un
Didrachme , qui valoit deux deniers , au lieu
que Polybe parle des Romains.
,
Onjoignit l'habillement à l'argent. C.Grao
chus fit une Loi , par laquelle les Soldats devoient
être habillés deformais aux frais de la
République. Elle fut révoquée peu après ,
mais dans les siècles suivans on la remit en
vigueur.
FEVRIER. 1740. 30
On payoit la solde en certains temps mar
qués. Il n'eft pas encore décidé , si dans la
République cela se faisoit tous les ans , ou
tous les jours. Diodore de Sicile témoigne ,
qu'au commencement , ce payement étoit
annuel , καθ' εκας ταν ἔνιαντον , mais Polybe ,
dans le Paffage que nous avons cité , dit
tous les jours , Ticnepas . Peut-être que l'un'
& l'autre s'eft pratiqué en differens temps.
Tel fut l'état de la Milice sous les Consuls .
Jules César élevé à l'Empire par l'affection'
des Soldats , rendit leur situation plus avan-?
tageuse ; car , au raport de Suetone , il doubla
la paye des Legions à perpetuité. Au lieu
de cinq sols , les Soldats en eurent dix. Les
Empereurs qui suivirent n'oserent toucher à
ce Reglement. Augufte établit une Caiffe ,
ou Trésor Militaire , & mit sur le Peuple de
nouveaux impôts, deftinés à l'entretenir. Les
Cohortes de Pannonie demanderent une
augmentation à Tibere , qu'elles n'obtinrent
pas. Claude fut le premier qui , en montant
sur le Trône , fit un présent aux Soldats ,
mais il ne changea rien à leur paye ordinaire,
qui, jusqu'à Domitien demeura la même. Celui-
ci fit une innovation , que Suetone raporte
en ces termes , qui ont fort exercé les
Interpretes. Addidit & quartum ftipendium
militum , aureos ternos. L'explication que
'Auteur adopte c'eft qu'au lieu de trois
F payo
o MERCURE DE FRANCE
C
payemens , chacun desquels étoit de trois
Aurei , qui se faisoient annuellement , Domitien
ordonna qu'on en feroit quatre , qui
seroient néanmoins également de trois Aurei.
Il se fit sous les Empereurs qui regnerent
dans les siécles suivans , des changemens
presque continuels, sur cet article ,
que l'Hiftoire a négligé de raporter. Spartien
seulement nous dit de Severe , qu'il donna
aux Soldats une paye plus forte , qu'aucun
de ses prédeceffeurs. La Cohorte Prétorienne
eft toujours double paye , fçavoir deux deniers
: & d'autres Corps l'obtinrent quelquefois
, en récompense de quelque action de
valeur diftinguée .
Il ne reste plus qu'un mot à dire , sur la
maniere dont ces payemens se faisoient. Les
noms des Soldats étant écrits sur un Regître
, on les affembloit , & le Quefteur , les
apellant l'un après l'autre , donnoit à chacun
sa portion , tirée de la Caiffe du Tribun Militaire
.
Les Généraux avoient coûtume d'y afſiſter,
pour réprimer d'un côté le tumulte des Gens
de Guerre , & de l'autre l'avarice des Questeurs.
On marquoit un jour pour ce payement
, qui , comme nous l'avons infinué , se
faisoit tantôt tous les ans , ou tous les fix
mois , quelquefois tous les trois , & même
tous les jours. Mais quand une fois ce jour
étoit
FEVRIER. 1740. 工邊
étoit marqué , si l'on venoit à manquer de
parole au Soldat , il fe portoit aisément aux
plus dangereuses révoltes . Auffi , une des
principales attentions du Sénat Romain étoit,
de tenir cet argent prêt à point nommé .
Enfin on puniffoit quelquefois ceux qui
avoient commis quelque action indigne , ent
leur refusant leur paye . Les Anciens apelloient
ceux qui se trouvoient dans ce cas, are
diruti , & leur paye , refignatum.
Le VII . Article du même Tome contient
une fort longue Lettre de M. Iselin , Docteur
Professeur en Théologie à Basle , sur le
Projet conçu par Tibere,de mettre N. S. JESUS
CHRIST au nombre des Dieux de Rome!
Cette Lettre eft curieuse , mais elle doit être
lûe avec précaution , à cause des fentimens
particuliers de l'Auteur.
Les Nouvelles Litteraires occupent tout
Article fuivant. Nous en raporterons quelques
-unes , des moins connuës par raport à
nous.
On aprend dans l'Article de Coppenhague,
qu'il ya dans cette Ville une Chaire de Professeur
du Droit des Gens & de Morale,avec
des apointemens confiderables.
De Schleswig, en Danemarc. On y a im
primé deux petits Discours Latins , l'un sur
l'utilité de l'Envie , lequel a eû la préfé-
* On a voulu dire l'Emulation.
Fij rence
BE MERCURE DE FRANCE'
rence fur les autres Piéces préfentées à l'Aca
démie de Marſeille , qui ab illuftri Academia
Maffilienfi,inter reliquos fermones de hoe argu
mento , præcipuus eftjudicatus. Cela veut dire
fi je ne me trompe, ajoûte le Journaliſte , que
cette Piéce a remporté le Prix. C'eſt à Mrs
de Marseille à décider. L'autre Discours Latin
eft fur les Spectacles , contre le P. Porée .
L'Auteur eft M. Louis Frideric Hudeman
Docteur en Droit.
De Berne. A l'occafion de la mort de
M. Lauffer , Profeffeur en Eloquence & en
Hiftoire , on parle de fes Ouvrages , entre
lefquels eft une Differtation De hoftiumfpoliis
Deo facratis & confecrandis 1717. Une autre,
Quis fit verè Litteratus ? 1718. & Contra ma-
Lorum Librorum abundantiam , 1722. Ce M,
Lauffer a cû pour fucceffeur M. Jean - George
Altmann , qui dans son Discours de Réception
, a fait l'Apologie de la Comédie & des
Jeux de Théatre .
De Geneve. Le grand Corpus Juris Canonici
de M. Jean-Pierre Gibert , paroît chés
Bousquet & Compagnie , en 3. vol. in -fol. au
lieu de deux qu'on avoit promis, L'Ouvrage
eft enrichi de Figures , & se vend douze
Ecus ,ou 18. Florins d'Allemagne.
De Wurtzbourg. M. Philippe - Adam Ulrich
, Docteur & Profeffeur en Droit , a entrepris
la Traduction Latine de l'Histoire EccleFEVRIER:
17407 313
clefiaftique de M. l'Abbé Fleury , & veut la
faire imprimer par souscription , prétendant
en publier un Tome par mois.
De Helmftaed. M. Rapholius a fait imprimer
une Lettre sur les Livres brûlés à Ephefe,
par ceux que la Prédication de S. Paul avoit
Convertis au Christianiſme. A&t. xix. 19.
TRAITE ' des Maladies Vénériennes, où après
avoir expliqué l'origine , la propagation & la
communication de ces maladies en général ,
on décrit la nature , les causes & la curation
de chacune en particulier, Traduit du Latin de
M. Aftruc, Médecin Confultant du Roy,Premier
Médecin du feu Roy de Pologne Auguste
II. Médecin ordinaire de S. A. S. M. le
Duc d'Orleans ,& Profeffeur en Médecine au
College Royal de France. A Paris, chés Guil-
Jaume Cavelier, ruë S. Jacques , au Lys d'or,
1740. Vol. in- 12 . Prix 7. l. 10. f
TRAITE' Critique & Hiftorique des plus
fameufes Bibliothéques des Pays Etrangers
tant anciennes que modernes , avec des Reflexions
générales fur le choix des Livres , &
la maniere de dreffer une Bibliothéque , par
un Gentilhomme Anglois , Vol. in 12. à Londres.
Ouvrage utile à tous les Gens de Lettres,
L'Ouvrage eft en Anglois.
V
HISTOIRE MILITAIRE de Charles XII.
Fiij Roy
$14 MERCURE DE FRANCE
r
Roy de Suede , depuis l'année 1700 , jufqu'à
la Bataille de Pultova en 1709. écrite
par ordre de S. M. Suédoife par M. Guftave
Adlerfeld , Chambellan du Roy.. Ony a
joint une Relation exacte de la Bataille de
Pultova , avec un Journal de la retraite du
Roy à Bender. Cette derniere partie eft enrichie
d'un beau Portrait du Roy in - 4° . gravé
d'après le Tableau que le feu Duc de Holstein
, neveu du Roy , avoit envoyé lui - même
aux Libraires ; & de fix Plans de Siéges & de
Batailles , deffinés & gravés avec beaucoup
de goût. 4. Volumes in- 12 . 1740. A Amsterdam
, chés Werftein , & Smith .
ABREGE' DE LA BIBLE , en forme
de questions & de réponses familieres , avec
des éclairciffe mens tirés des Saints Peres &
des meilleurs Interpretes , divisé en deux
parties , l'Ancien & le Nouveau Testament,
Nouvelle Edition , revûë & augmentée par
le R. P. Dom Robert Guerard , Prêtre &
Religieux Bénédictin de l'Abbaye Royale de
S. Ouen de la Congrégation de S. Maur ,
739. in 12. Deux vol. A Paris.
HISTOIRE générale & particuliére de
Bourgogne , avec des notes , des differtations
, & les preuves justificatives , composée
fur les Auteurs , les Titres originaux ,
Jes Registres publics , les Cartulaires des
Eglifes
FEVRIER. 1746.
Eglises Cathédrales & Collégiales , des Abbayes
, des Monasteres , & autres anciens
Monumens, enrichie de Vignettes , de Cartes
Géographiques , de divers Plans , de diverses
Figures , de Portiques, de Tombeaux,
& Sceaux , tant des Ducs , que des grande's
Maisons avec des Lettres grifes au
commencement des Livres , dont les sujets
sont expliqués à la fin des sommaires. Par
Dom Plancher , Religieux Bénédictin de
l'Abbaye de S. Bénigne de Dijon , in -fol.
1739. 1. vol. A Dijon , chés Antoine de
Fay , Imprimeur des Etats , de la Ville &
de l'Univerfité.
SUPLEMENT AU CORPS UNIVERSEL DIS
PLOMATIQUE DU DROIT DES GÉNS , conte
nant l'Histoire des anciens Traités , ou Receuil
Historique & Chronologique des Traités
répandus dans les Auteurs Grecs & Latins,
& autres Monumens de l'Antiquité , depuis
les tems les plus reculés jufqu'à l'Empire de
Charlemagne. Par M. Barbeyrac , Docteur
en Droit , & Profeffeur en la même Facul 、
té dans l'Univerfité de Gröningue , pour
servir d'Introduction au Corps Universel
Diplomatique .
Un Recueil des Traités d'alliance de
Paix , de Trêve , de Neutralité ; de Commerce
& de Garantie des Conventions
Fiiij Pactes
:
18 MERCURE DE FRANCE
">
>
Pactes & Concordats, & autres Contrats ,& c.
qui avoient échapé aux premieres recherches
de M. Dumont, continué jusqu'à préfent par
M. Rouffet , enrichi d'une Table Génerale
des Matiéres contenues dans le Corps Diplomatique
& dans le Suplément ; avec le
Cérémonial Diplomatique des. Cours de
1'Europe , ou Collection des Actes , Mémoires
& Relations qui concernent les Dignités
, Titulatures , Honneurs & Prééminences
, les Fonctions publiques des Sou
verains leurs Sacres Couronnemens ,
Mariages , Baptêmes , Enterremens , les
Ambaffadeurs , leur Immunités & Franchifes
, leurs Démêlés , &c. recueilli en parrie
par M. Dumont , mis en ordre & confidérablement
augmenté par M. Rouffet ,
Membre des Académies de S. Petersbourg
& de Berlin , A Amfterdam , chés les Janf
fons & Waesberge,, Werftein , & Smith , &
Z. Châtelain , & à la Haye , chés Pierre
de Hondt , la veuve de Charles Levier &
Jean Néaulme , Libraires , 1739. §. vol. infol.
On en trouve des Exemplaires à Paris ,
chés Montalant , Libraire , Quai des Augustins.
TRAITE ' de quelques Maladies de la Poi
trine , avec leur Diagnoftic , Prognoftic &
Pansement fondés fur les Observations &
FEVKIER. 1740; 319
ECCLESIATIQUE de la Ville de Montpellier ,
contenant l'origine de fon Eglife , la fuite de fes
Evêques , fes Eglifes particulieres , fes Monafteres
anciens & modernes , fes Hôpitaux ; avec un Abregé
Hiftorique de fon Univerfité & de fes Colle
ges. Par Meffire Charles Degrefeville, Prêtre . in -fol.
Montpellier , 1739.
COMITOLI ( PAULI , Soc. Jefu ) Refponfa moralia
in VII. Libros digefta ; quibus, qua in Chriftiani Of
fisii rationibus videntu ardua ac difficilia , concitantur
, in-4° . Rothomagi , 1709. •
ECKHARS ( Jo. ) Commentarii de rebus Francia
Orientalis Episcopatus Wirceburgenfis. In- fol . 2.
vol. cum figuris , Wirceburgi , 1729
CLEMENTIS XI. Opera omnia , Orationes Confis
toriales , Homilia , Epiftola, Bullarium, In -fol , Francofurti
, 1729.
EPISTOLA brevia ſelectiora. In- fol . cum fi
guris , Romæ , 1724 .
HOMILIA in Evangelia . In - fol . cum figuris.
Romæ , 1722.
DESCRIPTION de l'Orgue ou Clavecin Oculaire,
inventé & executé par le P. Caftel , Jefuite , fameux
Mathématicien , traduit de l'Allemand . A Hambourg
, chés Pifcator , petite Brochure in- 4°. 1739
On peut voir la Defcription que nous avons don
née de cette furprenante & ingénieuſe Machine
dans le Mercure de Novembre 1725. page 25 §2• ·
On aprend de Venife , que l'Abbé Conti , Noble
Vénitien , fort connu , eftimé & confideré en France
ayant fait un affés long séjour à Paris , a fait
imprimer chés J. B. Pascali , le commencement de
fon Ouvrage , intitulé , Profe e Poefie , &c. Tome I.
Part. I. 1739. in- 4°.
F vj
On
On a commencé a diftribuer à Pesaro aux Sousa
tripteurs le premier Volume du Recueil des Lampes
Antiques , confervées dans le Cabinet de M. l'Avocat
Pafferi. Ce Volume contient 10. Planches ,
très-bien gravées , avec des Explications.
CATALOGUE des Livres de la Bibliothèque de
feu M. Charles-François le Fevre de Laubriere , Evê--
que de Soiffons , &c . dont la vente se fera en détail
le 7. Mars 1740. & jours fuivans , depuis deux heu--
és de relevée juſqu'au foir , dans la rue S. André,
vis-à-vis la rue Gift-le-Coeur. Ce Catalogue fe distribue
à Paris , chés Jacques Barrois , fils , Libraire,
Quai des Auguftins .
Le Sr Padeloup , le jeune , Relieur ordinaire du
Roy , Place de Sorbonne , ayant été choifi par M.
Je Prévôt des Marchands de la Ville de Paris , pour
coller & monter fur Gorge & Rouleaux , le nouveau
Plan de Paris , de neuf pieds de haut , fur dix
pieds & demi de large ; donne avis au Public qu'il
a inventé une Machine finguliere & facile , & qui
met à portée de la vûë toutes les Parties de ce Pian ,
tout grand qu'il eft . La même Machine peut fervir
galement pour toute autre Carte de Géographie &
de Généalogie , de quelque grandeur qu'elles puissent
être. Si l'on fouhaite voir cette nouvelle Machine
, qui monte à peu de frais , pour l'execution,
Te Sr Padeloup la fera voir , en fa demeure à toutes
perfonnes qui fe préſenteront.
On a annoncé dans le second Volume de Décem
bre dernier , page 3056. le VI. Tome des Leçons
de Phyfique de M. l'Abbé de Moliere , au sujet dáquel
on avertit le Public d'envoyer prendre chés les
Libraires ou chés l'Auteur , au College Royal , les
feuilles qu'il a ajoutées & celles où il a fait des
◆hangemens
AVIS
FEVRIER, 1740: 317
fur les Préceptes des plus habiles Médecins
dont on raporte les Aphorismes. Par G. F.
Crendal , Médecin de l'Hôpital Royal de
Valenciennes. Brochure in- 12 . de 360. pages
, fans la Préface. A Paris , chés Jacques
Clousier , rue S. Jacques , aux Armes de
France , 1739%
USAGES DE L'ANALYSE DE DESCARTES,
pour découvrir , fans le fecours du Calcul
differentiel , les proprietés ou affections prin
cipales des Lignes Géométriques de tous les
Ordres , par M. l'Abbé du Gua de Maves
de l'Académie Royale de Bordeaux , volume
in-12. qui fe trouve à Paris , chés Bridsson
rue S. Jacques , & Piget , Quai des Augus
tins, 1740.
LA MANIERE de discerner les Médailles
Antiques , de celles qui font contrefaites
Par M. Beauvais, d'Orleans. Brochure in-4
A Paris , chés Briasson , rue S. Jacques ,
la Science , 1739. PP. 42 .
Il paroît que l'Auteur de cet Ouvrage n'a
rien négligé pour en remplir parfaitement le
Titre, & pour donner une folide inftruction
fur cette partie de l'étude des Médailles Antiques
, partie qui est , sans doute , d'une ex
trême, importance , & comme la baze de
toutes les autres
LES
310 MERE LUE FRANCE
LES OUVRAGES DE S. PHILASTRE ET DE
S. GAUDENCE , avec les Opuscules du Bien
heureux Rampert , & du vénerable Adelman,
anciens Evêques de Breffe , raffemblés pour
la premiere fois dans un feul Corps , revûs
fur les anciens Manuscrits , enrichis de Notes
& d'autres Additions , & publiés par
l'ordre de M. le Cardinal Ange- Marie Quirini
, Evêque de Breffe , & Bibliothéquaire
du Vatican. 1738. A Bresse , de l'Imprimerie
de Jean - Marie Rizzardi, in-folio, de 442.
.pages , fans compter la Préface , qui en cont
rient 60. L'Ouvrage est en Latin.
Jacques Faulcon , Imprimeur & Libraire à Poi
tiers , débite un petit Poëme fur la confiance dans
Ja Miséricorde de Dieu , par M. l'Abbé Nadal , de
l'Académie des Belles Lettres , 1740.
LIVRES que Cavelier , Libraire à Paris;
vient de recevoir de differens Pays.
LES OEUVRES de M. l'Abbé de Chaulien , nouyel-
Je Edition , 2. vol . in 8 ° . Londres , 1740 .
PEREZII ( ANT. ) INSTITUTIONES IMPERIALES ,
Erotematibus diftincta , atque ex ipfis principiis regulisque
Juris , paffim incertis , explicata. Editio novisfima.
in- 12 . Lugduni , 1739.
HISTOIRE du Gouvernement de Veniſe , avec
des Notes Hiftoriques & Politiques , par M.
Amelot de la Houffaye. Nouvelle Edition , revûë ,
corrigée & augmentée , avec figures , 3. vol . in- 12,
Lyon , 1740.
ECCLE
AA
1/400 543
J
Les Ouvrages pourront être écrits en Latin ou en
François , il faut feulement les borner à une heure
de lecture au plus , & les remettre affranchis de
port entre les mains de M. de Boze , Secretaire de
Ï'Académie , avant le premier Décembre 1740 .
Les Auteurs mettront au bas de leurs Ouvrages
une Devile , & y joindront dans un papier cacheté
& écrit de leur main , la même Devife , leur nom ,
demeure, & qualités ; ce papier ne fera ouvert qu'a
près l'adjudication du Prix.
PRIX proposé par l'Académie de Chirurgia
pour l'année 1741.
'Académie de Chirurgie , établie à Paris , fous.
la protection du Roy , défirant contribuer aux
progrès de cet Art , & à l'utilité publique , propose
pour le Prix de l'année 1741. le Sujet fuivant.
Diftinguer les differentes especes de Refolutifs , expliquer
leur maniere d'agir , & déterminer l'usage
qu'on en doit faire dans les differentes Maladies Chirurgicales
.
Ceux qui travailleront fur ce Sujet , répondront
aux vûës de l'Académie , en rangeant par ordre , &
dans leurs claffes , les Réfolutifs , tant fimples que
compofés , felon leur genre , & avec leurs differentes
formules , eû égard aux efpeces de Maladies
& aux differentes parties où les uns doivent être
apliqués , préferablement aux autres .
Ils auront foin d'apuyer leurs fentimens fur l'Expérience
& fur l'Obfervation.
Ils font priés d'écrire en François , ou en Latin , &
d'avoir attention que leurs Ecrits foient fort lifibles ,
Ils mettront à leurs Memoires une marque dis- ,
tinctive , comme Sentence , Devife , Paraphe ou Si̟-
gnature ; & cette marque fera couverte d'un papier
coll
collé ou cacheté , qui ne fera levé qu'en cas que 12
Piéce ait remporté le Prix .
Ils auront foin d'adreffer leurs Ouvrages , francs
de port , à M. Petit , Sécrétaire de l'Académie de
Chirurgie à Paris , ou les luf feront remettre entre
les mains.
Toutes Perfonnes , de quelque qualité & Pays
qu'elles foient , pourront afpirer au Prix ; on n'excepte
que les Membres de l'Académie.
Le Prix eft une Médaille d'or , de la valeur de
deux cent livres , qui fera donnée à celui , qui , au
jugement de l'Académie , aura fait le meilleur Mémoire
fur le Sujet propofé .
La Médaille fera délivrée à l'Auteur même , qui
fe fera connoître , ou au Porteur d'une Procuration
de fa part ; l'un ou l'autre repréfentant la marque
diftinctive , & une copie nette du Mémoire.
Les Ouvrages feront reçûs jufqu'au dernier jour
de Février 1741. inclufivement , & l'Académie , à
fon Affemblée publique de la même année , qui fet
tiendra le Mardi d'après la Fête de la Trinité,pro
clamera la Piéce qui aura remporté le Prix.
L'Académie Koyale de l'Hiftoire , établie à Lis
bonne , procéda au commencement du mois dernier
, à l'Election de fes Cenfeurs , & le fort eft
Tombé fur les Comtes d'Ericeyra & d'Affumar , fur
Don Louis-Cefar de Menezes , fur Don Martin de
Mendoce de Pina , & fur Don Alexandre de Gusman.
Dans la même Affemblée , le Pere Euſtache de
Almeyda & le Docteur Nicolas-François - Xavier de
Silva , lurent les Eloges du Docteur Gaëtan Jofeph
da Silva Sotto Mayor , Corregidor Criminel de
Rocio , & de Don Jofeph Suares de Pinto Coutinho
, & l'on élut pour remplir la place vacante par
Ta mort du premier de ces deux Académiciens ,
Don
TE VAIEN. 1740x 540
AVIS dun Gentilhomme de Bretagne , as
sujet du Mémoire instructif sur l'Ouvrage
intitulé : Armorial Géneral de la France ,
insere dans le Mercure du mois de Décembre
1739. page 29.30.
L
E Public connoît depuis long- temps le zéle done
le Juge d'Armes a donné des marques en toutes
Occafions pour fon dévouement pour la Noblefe; elle:
doit lui être très-redevable des foins , du temps & des
dépenses extraordinaires qu'il a bien voulu faire en sa
faveur , pour les deux premiers Volumes de l'Armorial
General , qui ont parû en 1738. Il femble
cependant que ce même Public n'a pas répondr
avec affés de reconnoiffance & d'attention au travail
& à la dépenſe de l'Auteur, car il eft certain que
Ges deux premiers Volumes , qui contiennent plus
de 600. Armoiries , font finis avec tout l'art poffible
, & que l'impreffion répond à la beauté du pa
pier ; mais quoique ce bel Ouvrage ait été fixé à un
prix très-modique , attendu la dépense qu'il a coûtté
à l'Editeur , le débit en a été peu confiderable.
Heft vrai qu'après avoir examiné avec attention las
plupart des Familles qui donnent lieu à plus de fix
cent Articles , il s'en trouve à peine une trentaine
dont la preuve de nobleffe remonte plus haut que
Te dernier fecle , & dont la plus grande partie eſt
de celui- ci , & même de ce Regne.
Il y a plufieurs des principales Familles , qui , quoi
qu'elles foient raportées dans cet Armorial avec dis
tinction , fe plaignent ( à ce qu'elles prétendent ,
avec raison ) de ce qu'on a fait tort à leur nobleffe ,
en ne lui donnant pas l'ancienneté qu'ils peuvent
prouver par titres ; c'eft ce que plufieurs Gentilshommes
m'ont affûré eux-mêmes
Aus
322 MERCURE DE FRANCE
99
Au refte , il semble par le Mémorial inftructif que
M. d'Hofier a fait inferer dans le Mercure de Dé
cembre dernier , au fujer de la fuite de fon Armorial
qu'il annonce , qu'il veuille intimider, » Quelques
faux Nobles , ou ufurpateurs de Titres qu'ils
» portent , & qui n'ayant pour en jouir d'autres
droits qu'une grande fortune , doivent trembler
à la vue d'un Ouvrage qu'ils croyent capable
» d'éclairer le Public fur leurs chimeres. Mais puisqu'en
même- temps le Juge d'Armes promer de
' admettre aucune Perfonne noble dans fon At
morial fans de bonnes preuves & fans la commu.
nication des Titres originaux , cela doit raffûrer ceğ
perfonnes de leur terreur panique , & c'est ce que
la véritable Nobleffe a lieu d'attendre de l'Equité du
Juge d'Armes , & elle le prie de ne faire aucune
mention dans la fuite de fon Armorial qu'il pro
met , d'aucuns Gentilshommes , que de ceux qui lui
communiqueront les Titres en vertu desquels ils
fondent leur nobleffe .
Il y a lieu de croire qu'il voudra bien recevoir
set avis de bonne part , à cause de l'interêt que l'on
prend à la réuffite de fon Ouvrage.
A Quimper ce 15. Janvier 1740.
L'Académie des Inscriptions & Belles- Lettres ,
voulant donner aux Auteurs le temps de travailler
les Sujets qu'elle leur donne à traiter , annonce dès
à prefent que le Sujet qu'elle a arrêté pour le concours
du Prix qu'elle diftribuera à Pâques 1741
confifte à examiner, combien de fois le Temple deJanus
a été fermé depuis la Naiffance de J. C. & en
quel temps cette Céremonie Payenne a ceffé d'être ep
usage,
Le Prix fera , comme à l'ordinaire , une Médaille
d'or de la valeur de 400. livres .
Les
FEVRIER. 1740 325
Don Manuel de Maya , Chevalier de l'Ordre de
Christ , Brigadier des Armées de S. M. P. & Garde
des Archives de la Maifon de Bragance.
On mande encore de Lisbonne, qu'on y avoit reçû
avis de Guimaraëns , que le 27. Décembre dernier,
Fête de S. Jean l'Evangelifte , dont le Roy porte le
nom , l'Académie qui y eft établie , avoit tenu une
Affemblée publique , dans laquelle Don Jofeph
Amable de Paffos , Abbé de S. Fauftin , prononça
un Discours fort éloquent à la louange de S. M. &
qu'après cette Affemblée Don Thadée -Louis Antoine
Lopes de Carvalho , Sécrétaire de l'Académie,
avoit donné un magnifique repas à tous les Acadés
miciens.
AL Signor Duca di VALENTINOIS ,
Pari di Francia. Per aver dato cento doni
a Giovan Francesco Nenci Traduttor
dell' Enriade del Signor Voltaire , per un
esemplare di essa da lui presentatogli.
L'Autor così parla alle Persone virtuosei
SONET TO.
Così si deve far ; cosi v'insegna ,
Alme gentili alla virtute intese ,
A ben' oprare quel Signor cortese ;
E generoso , che in me vive , e regna,
Egli , colla sua man di scettro degna ,
Cento doni per uno alla mia rese ,
828 MERCURE DE FRANCE
Oh nobil' Alma , in cui dal Ciel discese
Amor , che qui fa che virtù mantegna !
Da questo almo Signore omai imparáte
Le belle azioni , come Roma un giorno
Quelle ammirò del saggio Mecenate.
Questa , del Tempo , e della Morte a scorno,
Vivrà per sempre , ed avverrà che siate
Pieni d'onor , quant' Ei di gloria è adorno.
Nenci.
L'Hiftoire Naturelle eft auffi agréable qu'inftruc
tive , & l'ardeur avec laquelle on s'aplique depuis
quelques années à la connoître , a donné des preuves
de fon utilité & de fes agrémens à ceux qui s'y
font attachés. Le defir d'être utile au Public a engagé
un Particulier d'expofer à fes yeux un amas
confidérable de Morceaux les plus rares & les plus
finguliers que produife la Nature. Il feroit impoffi
ble de donner le détail d'une Collection auffi nom.
breufe & qui a coûté bien du temps & de la dépenfe
, pour la pouffer au point où on la verra ; on fe
contentera de dire que dans ce qui regarde les pro
ductions de la Mer , on y remarquera l'Eſpadon ,
un Foetus de Baleine , le Requien , le Poiffon volant
, & beaucoup d'autres des plus rares , avec une
Suite de Coquillages des plus agréables & des
mieux confervés , des Plantes Marines , des Madre.
pores , des Coraux de toute efpece , des affemblages
de diverfes productions , qui , jointes enfemble ,
forment des jeux admirables de la Nature , & c,
Dans ce qui regarde la Terre , on verra des Mines
d'or
FEVRIER. 1740. 327
'or , d'argent & autres , des Criftaux , des Pétrifications,
des Congellations , une Licorne, un Arma file
ou Tatou , plufieurs Crocodiles , l'Araignée mâle
& femelle, une quantité nombreufe de Phioles ,remplies
d'Infectes & Reptiles des plus finguliers , POifeau
de Paradis & autres , ave une Collection de
Papillons étrangers , très - bien confervés ; plufieurs
Animaux terreftres & entre autres l'Afne Rayé ,
mâle & femelle , très-rare ; enfin , pour donner une
idée du coup d'oeil agréable & vafte que doit donner
l'amas prodigieux de cette Collection , il fuffit
de dire que cela remplit deux grandes Salles garnies
d'Armoires & de Gradins, qui forment enfemble
cent quarante pieds de tour.
On a joint à ce Cabinet plufieurs autres Curiofités
, comme Armes antiques , Ouvrages de Sculp
ture & de Tour , Ouvrages en Cir. & autres de
toute efpece. On efpere que les Curieux feront fatisfaits
de la vûë de toutes ces Raretés & qu'il voudront
bien répondre , par leur préfence , aux intentions
que l'on a cû de leur être utile en les
amufant.
On verra ce Cabinet à la Foire S. Germain , au
bout de la ruë Merciere , en tournant à droite , à
côté du Caffé de M. Dubois ; & pour faciliter aux
Amateurs qui le ſouhaiteront , l'avantage de l'examiner
plus tranquillement & avec plus d'attention ,
on fera en état de pouvoir l'expofer à la vue tous
les jours depuis dix heures du matin jufqu'au foir.
Si quelqu'un fe préfentoit pour acquérir en totalité
toutes ces Curiofités , on lui en fera une compofition
honnête & raisonnable.
La Suite des Portraits des Grands - Hommes &
des Perfonnes Illuftres dans les Arts & dans les
Sciences , continue de paroître avec fuccès , chés
Odieuvre ,
Y MERCURE DE FRANCE
Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai de l'Ecolet
Il vient de mettre en vente , & toujours de la même
grandeur.
1 CLOTAIRE III . XIIIe. Roy de France , mort en
68. après 13. ans de Regne, deffiné par A. Boizot,.
gravé par F. Aveline , fils.
POMPONNE DE BELLIEVRE , Chancelier de Fran
ce , né à Lyon en 1529. mort à Paris le 7. Septem
bre 1607.
NICOLAS DE CATINAT , Maréchal de France ,
né à Paris le premier Septembre 1637. mort à fa
Terre de S. Gratien le 25. Février 1712. peint pat
N. & gravé par J. G. Vill,
Le Sr de Belleville avertit que le Sr Durand,Expert
pour les Dents , rue S. Honoré , vis-à-vis la Croix
du Trahoir , à la Coupe d'or , continue de diftribuer
fes Gouttes de Surdité , dont la vertu eft connuë
du Pubic. Elles font en Bouteilles de fix livres
piéce , & fe tranfportent partout ; on y joint la maniere
de s'en fervir . Le Sr de Belleville donne auffi
avis qu'il peut faire tenir aux Perfonnes incommodées
de la Goutte un Remede fouverain pour la dé
truire jufques dans fa caufe. Ceux qui voudrons
en ufer , lui adrefferont leurs lettres franches à Ou
dan fur Loire , route d'Angers à Nantes. Tous les
temps étant propres pour le mettre en ufage , au
premier ordre qu'il en recevra , il le leur envoyera
tout préparé , avec la maniere circonſtanciée de
s'en fervir.
Ón mande de Genes , de la fin du mois dernier ,
qu'on y avoit fouffert pendant huit ou dix jours un
froid auffi violent que celui de 1709. & que beaucoup
d'Arbres avoient été gelés dans les Campagnes.
Le vent , qui avoit été au Nord pendant tout
N
ΜΕΤΟΣ
A
RY
RK
COLIC
LIBRARY
.
ACTOR
, LENOX
AND
THESER
FOUNDATIONS
1
FEVRIER. £746 320
e temps-là , tourna au Sud , & le 16. de ce mois
il tomba une grande abondance de pluye .
Le Sr le Maire , Maître de Mufique à Paris ,
vient de donner au Public cinq Cantatilles nouvel
les , fçavoir , la Connoiffance de l'Amour , pour une
Baffe- Taille. La Fidelité , Deffus , fans Symphonie,
La Jeuneffe , Deffus , avec Symphonie. Le Roffignol,
Deffus avec Symphonie , troifiéme Mulette , & Silene
, Baffe - Taille , avec Symphonie. Le Prix de
chaque Cantatille eft de 24. fols , partition in-4°.
gravée .
Nouveau Recueil d'Airs , mêlés de Vaudevilles
Rondes de Table, Duo , Récits de Baffe , &c . in - 4°.
Prix 2. livres 8. fols. A Paris , chés l'Auteur , au
bas du Pont S. Michel ; chés le Sr Chauvin , Chirurgien
; au Mont Parnaffe, rue S. Jean de Beauvais;
à la Regle d'or , rue S. Honoré ; & à la Croix d'or ,
rue du Roule . On trouve aux mêmes Adreffes 28 .
autres Cantatilles , avec Accompagnemens , &c . cè
qui forme en tout 33. Cantatilles à 24. fols piéce
L'HYVER. CHANSON.
Quel temps ! quel froid affeux ,
Fait trembler tout le monde !
L'Air fend la Terre , & fixe l'Onde ;
Faut- il encor ( que je fuis malheureux ! )
Qu'aux pieds d'Iris , je me morfonde ?
Fuyons , fuyons ; cherchons , amis
Quelque
30 MERCURE DE FRANCE
Quelque Cave profonde.
Là , nous pourrons , avec de bon vin gris ,
Braver l'Hyver , & les froideurs d'Iris.
****************
LE
SPECTACLES.
E premier Février , les Comédiens Italiens
donnerent une Comédie nouvelle
Italienne en trois Actes , qui a pour titre ,
Je Double Dénouement , ou Arlequin Scanderberg.
Cette Piéce eft très - bien jouée par
l'Arlequin Italien , qui en a presque tout le
jeu , comme dans toutes les autres Comédies
qu'il a jouées jufqu'apréfent , & qui
font toujours beaucoup de plaifir au Public;
elle fut terminée par un Ballet fort - bien
exécuté.
Le 8. ils donnerent , après la Comédie
dont on vient de parler , la premiere repréfentation
d'une petite Piéce en profe & en
un Acte , intitulée , l'Amant , Auteur &
Valet. Elle fut bien reçue du Public ,
& l'on en continue les repréſentations avec
fuccès. Elle eft de la composition de M.
Cerou , & fon premier ouvrage , pour le
Théatre Italien. Nous n'en donnerons ici
qu'une espèce d'argument, en attendant que
l'impreffion
FEVRIER. 1740. 332
Fimpreffion nous mette en état d'en parler
plus au long.
و
Erafte , jeune homme de famille , étant
devenu amoureux de Lucinde jeune & aimable
veuve , fe traveſtit en Valet sous le nom
de l'Orange , & fe met au ſervice de cette
charmante Maîtreffe , pour joüir plus fouvent
du plaifir de la voir , & pour tacher de s'en
faire aimer. Dès la premiere Scene , il paroit
allarmé de la perte de quelques vers de sa façon
qu'il a laiflé tomber dans la chambre de Lus
cinde. Il en témoigne fon embarras à Frontin
son valet , qui eft aufli domestique de Lu
cinde , & par conséquent camarade de l'Orange.
Frontin aprend à son Maître que son
oncle , dont il attend une riche fucceffion
yient d'arriver à Paris de l'Amérique où il a
fait une riche fortune , mais comme il le
nomme Mondor au lieu de Lifimon qui eft
le véritable nom de cet oncle , Erafte, n'ajoute
point de foi à la prétendue nouvelle
qu'il lui donne , & ne fonge qu'aux vers
qu'il a laiffé tomber par mégarde dans la
chambre de Lucinde & qui pourroient le
déceler. Frontin le raffûre autant qu'il peut
& lui offre auprès de Lucinde les bons offices
de Lifette sa suivante , dont il se croit
aimé. Lifette vient , & fait entendre par un
a parte qu'Erafte seroit bien mieux son fait
que Frontin. Elle lie une conversation avec
32 MERCURE DE FRANCE
le faux valet , de qui elle se croit aimée,
Quelques politeffes qu'il lui fait pour la mettre
dans ses intérêts auprès de Lucinde , lui
font croire qu'il ne soupire que pour elle.
L'Equivoque dont l'Auteur a affaifonné cette
scéne avec un art infini , augmente encore
da crédulité de Lisette ; Erafte eft prêt à lui
avouer son amour pour Lucinde , mais quel
ques réponses trop claires que lui fait Lisette ,
lui coupent la parole , & l'empêchent d'aches
ver de se découvrir.
Mondor vient à propos interrompre cette
conversation dont la suite embarraffoit Eraste.
Ce Mondor eft ce même oncle dont
Frontin a annoncé l'arrivée à Erafte son neveu
; il a été adreffé à Lucinde par un oncle
de cette aimable veuve , qui eft Gouverneur
dans l'Amérique. Comme Mondor a rendu
quelques vifites à Lucinde , en qualité d'ami
du Gouverneur, il ne l'a fas vûë impunément,
& il l'aime jusqu'à vouloir en faire fa femme.
Il demande à Lifette fi sa Maîtreffe eft vifible
, & c'eft d'un ton d'Amant, qui ne doute
point d'être bien reçû , surtout venant à
titre d'Epouseur, avec des richeffes confidé ,
rables.
Lucinde furvient , tenant dans sa main les
vers dont Erafte a paru fi intrigué au commencement
de la Piéce, Elle ne doute point
que ce ne foit une galanterie que Mondor lui
FEVRIER.
1740. 333
a faite , attendu qu'il lui a deja parlé d'amour.
Mondor eft fort furpris qu'on le foupçonne
d'être poëte , lui , qui ne s'eft jamais mêlé
que d'affaires de négoce & de commerce.
Lucinde lui présente les vers , & le prie de
les lire ; il les lit d'une maniere à la convaincre
qu'il n'en est pas l'auteur ; elle les
donne en même tems à lire au faux Valet,
qu'elle croit tout autre qu'il ne paroit à ses
yeux. Eraste les lit avec tant de grace & de
justeffe que Lucinde commence à croire
qu'il pourroit bien les avoir fait , & que Lisette
en est l'héroine .
,
Mondor étant sorti , Lisette parle en sa fa
veur à sa Maîtreffe & lui fait connoître
qu'elle ne sçauroit mieux faire que de l'accepter
pour époux , puisqu'il lui offre sa
main. Lucinde demande à Eraste ; crû valet
, s'il eft du sentiment de Lisette , il s'en
faut bien qu'il ne lui donne un conseil fi
fatal à son amour ; il fait entendre à sa Maîtreffe
qu'elle ne fçauroit être heureuse avec
un tel Epoux ; n'eût -il que les défauts ordinaires
à ceux de son âge. Lucinde est plus
étonnée que jamais , de trouver tant de raison
& tant d'esprit dans un Valet , & fe cons
firme de plus en plus dans ses premiers soupçons.
Il se paffe plufieurs autres Scénes qui augmentent
ses défiances ; il y en a une entre-
G autres
334 MERCURE DE FRANCE
pas
autres , où elle le surprend corrigeant ung
épreuve que Frontin vient de lui aporter de
chés son Imprimeur. Cette Scéne eft des
plus théatrales & des plus comiques ; enfin
pour achever de démasquer Erafte , Mondor
vient fort intrigué au sujet d'un Neveu
qui a disparu , & dont il eft fort en peine ;
tout ce qu'il a pû aprendre de plus positif ,
c'est que ce Neveu , connu sous le nom
d'Erafte , avoit un Valet apellé Frontin. Lisette
piquée d'avoir pris le change sur un
amour qui n'étoit pas pour elle , ne laiffe
échaper cette occasion de s'en venger. Elle
dit que personne ne peut lui donner des nouvelles
plus sûres de son Neveu, que ce même
Frontin qui eft devant lui . Frontin a beau
dire qu'il ne connoît point Erafte . Les menaces
de Mondor l'obligent à trahir son Maître,
qui vraisemblablement n'en deviendra que
plus heureux. Erafte ne peut plus déguiser à
son Oncle , qu'il est ce même Neveu , dont
il est tant en peine , & dont le déguisement
n'eft que l'effet du plus violent amour qu'on
ait jamais senti. Lucinde, charmée d'en être
P'objet , feint d'en être offensée . Elle congédie
Eraste , en lui donnant pour prix de ses
services , une boëte d'or , après quoi , elle se
retire. Mondor ouvre la boëte ; Eraste y
trouve le Portrait de Lucinde, ce qui met le
comble à son bonheur, Mondor lui cede
cette
FEVRIER. 1740 335
aimable Veuve. Erafte se jette à ses pieds ,'
pour lui demander pardon de son travestissement
, & lui rendre graces de ses bontés.
Le 29 , les mêmes Comédiens remirent au
Théatre une Piéce Italienne en cinq Actes ,
intitulée , Arlequinfeint Aftrologue , Enfant
Statue Perroquet , représentée dans sa
nouveauté au mois d'Août 1716. avec un
très grand succès. L'Arlequin Italien y remplit
le principal rôle , & a lui seul tout le
jeu de la Piéce.
4
Le 19. Fevrier , les Comédiens François
donnerent la premiere représentation d'une
Comédie en Vers & en cinq Actes , intitu
lée les Dehors Trompeurs. Elle eft de la com
position de M. de Boiffy , & a été reçûë
très -favorablement , on en parlera plus au
long dans le premier Journal. Nos Lecteurs
y perdroient trop , si nous ne leur donnions
pas une idée complette , d'une Comédie auffi
ingénieuſement composée & auffi légerement
écrite.
L'Académie Royale de Musique , qui con
Tinue toujours l'Opera de Pirame & Thisbé,
donna les trois derniers jours de Carnaval
le Ballet Héroïque de Zaide , avec les deux
Divertiffemens de Pourceaugnac & de Carizelli
, Piéces très -convenables au temps.
Gij
Les
36 MERCURE DE FRANCE
Les Amateurs de ce Spectacle seront sans
doute très - aises d'aprendre qu'on travaille à
remettre l'Opera de Jephté , qui eft si fort au
gré du Public & des meilleurs Connoiffeurs ,
&l'on affûre que la Dlle le Maure , dont les
grands talens sont affés connus , après cinq ans
d'absence , doit y remplir le rôle d'Iphise ;
qu'elle avoit chanté dans cet Opera au mois
de Mars 1732.
: Le 3. Fevrier , M. le Lieutenant Général de
Police fit l'ouverture de la Foire S. Germain
avec les cérémonies accoûtumées . Ce Magistrat
avoit déja rendu fon Ordonnance le 16.
Janvier , concernant ce qui doit être observé
par les Marchands qui y sont établis, & qui renouvelle
les défenfes des Jeux de hazard & c .
Le même jour , l'Opera Comique fit auſſi
J'Ouverture de fon Théatre , par une Piéce
d'un Acte , avec des Divertiffemens , qui a
pour titre , Le Fleuve Scamandre , laquelle
fut fuivie d'une autre Piéce nouvelle en deux
Actes en Vaudevilles , avec des Entre -Actes
de Chants & de Danfes, qui a pour titre , Les
Fols volontaires. Ces Pieces font terminées par
une jolie Piéce Pantomime , qui caracteriſe
un Rendez- vous champêtre , dans laquelle le
Sr Boudet , qui en a composé les Pas , son
Epouse , & fon fils dansent avec aplaudiſſement.
Le
FEVRIER. 1740 337
, Le 20 , ils donnerent une Piéce nouvelle
d'un Acte avec des Divertiffemense , intitulée
Les Acteurs Eclopés , suivie d'une nouvelle Pantomime
, qui a pour titre , Le Pédant Amoureux
, dans laquelle le Sr Boudet danse le prin
cipal Caractere, en ayant auffi composé les Pas.
NOUVELLES ETRANGERES.
RUSSIE.-
E Marquis de la Chetardie , Ambaffadeur Ex
LE la Exne
, arriva à Petersbourg, le 27. Decembre, Cer
Ambafladeur à son paffage à Mittaw , Capitale du
Duché de Curlande , trouva qu'on lui avoit préparé
pour son logement , une Maison , à la porte de
laquelle étoit une Garde de trente Soldats , commandée
par un Lieutenant , & tirée du détache
ment de la garnison de Riga , employée aux tra
vaux du Palais que le Duc de Curlande fait construire.
De Mittaw à Schwitzenkroug , & de ce dernier
Lieu à Riga , l'Ambassadeur fut escorté par un
Sergent d'Ordonnance , un Brigadier & fix Dragons.
De Weiskroug en Curlande , endroit éloigné de
vingt lieues de Riga , l'Ambassadeur trouva un
Dragon d'ordonnance qui l'y attendoit depuis huis,
jours ; il y en avoit pareillement d'autres , postés
fur la route , de deux lieues en deux lieuës jusqu'à
Giij
Riga,
338 MERCURE DE FRANCE
Riga , pour y porter plus diligemment la nouvelle
de sa prochaine arrivée .
En aprochant de la Duina , qu'il faut traverser
pour aborder Riga , 4. Mariniers armés de longues
perches à croc , fe préfenterent pour frayer devant
les voitures & les équipages de l'Ambaſſadeur , le
chemin le plus sûr sur la glace .
De l'autre côté de la Riviere , qui fait la séparation
des Etats de la Domination de Ruffie avec la
Curlande , deux Députés haranguerent l'Ambassadeur
de la part du Magiftrat de Riga .
A quelques pas de- là , sur le Port , étoient à droite
quatre Compagnies de Grenadiers rangées en Bataille
, ainsi que sur la gauche , une Compagnie de
Cuiraffiers , & la Bourgeoisie à cheval .
L'Ambaffadeur fut salué de 31. coups de canon
& de trois déchargés de moufqueterie , que firent
I'Infanterie & la Cavalerie,pendant que l'Ambassadeur
montoit dans un carosse à fix chevaux , que
le Géneral Lieutenant de Bismarck , Vice - Gouverneur
de Livonie , & Chevalier de l'Aigle blanc " ,
lui avoit envoyé.
Deux autres caroffes pareillement à fix chevaux ,
& apartenans au Magiftrat , suivoient le premier
pour les Gentilshommes de l'Ambassadeur ; le se→
cond étoit occupé par les deux Députés qui étoient
venus à sa rencontre .
L'Ambassadeur entra alors dans la Ville , précedé
d'une troupe de 200. chevaux , que formoient
les Bourgeois , les uns habillés de vert , les autres.
de bleu , avec des galons d'or . Ils avoient à leur
tête , un Timbalier & fix Trompettes, & marchoient
deux à deux , l'épée à la main , de même que la
Compagnie de Cuiraffiers qui fermcit la marche.
A la porte du Logis qu'on avoit préparé pour
PAmbassadeur , étoit une Garde de 10% Grenadiers .
&
FEVRIER . 339 1740
& un Drapeau , commandée par un Capitaine , un
Lieutenant & un Enfeigne , qui faluerent l'Ambaffadeur
, lorsqu'il passa .
Le Géneral Bifmarck reçût l'Ambassadeur à la
defcente du carosse ; il étoit accompagné du Magistrat
, des Chefs des Tribunaux , de la Noblesse ,
et des Officiers d'Etat - Major de la Place & de la
Garnison , qu'il lui présenta séparément , après l'avoir
conduit dans son apartement.
Une demi- heure après que le Géneral Bismarck
se fût retiré , l'Ambassadeur alla lui rendre sa visite,
se servant de deux carosses que le Magiftrat avoit
deftinés pour son usage , pendant le séjour qu'il a
fait à Riga.
L'Ambassadeur au retour de sa visite , trouva
chés lui le Sommelier du Magistrat, qui lui présenta
de sa part le Présent de Ville , consistant en une
piéce de Vin du Rhin.
Le lendemain matin , l'Ambassadeur reçût beaucoup
de visites ; le Géneral Bismarck le traita à
dîner ; ce Géneral eut toujours l'attention , lorsque
l'Ambassadeur alla chés Tui , de le recevoir à la
portiere du carosse ; le dîné fut fuivi d'un Bal ..
Le furlendemain l'Ambassadeur employa une
partie de la matinée à rendre au Géneral Major ,
Commandant de la Ville , & à Mrs , le Baron de
Vitinkoff , Confeiller d'Etat , le Baron de Mengden
, Directeur Géneral des Economies , & de
Berck , Conseiller Provincial , les visites qu'il en
avoit reçûës ; il alla auffi chés le Bourgue- Mestre
Régent , témoigner en fa personne à tout le Ma
giftrat , combien il étoit reconnoissant de ſes aɩtentions
.
Les Gardes rendirent par tout à l'Ambassadeur
les plus grands bonneurs . On fit prendre les armes
l'après midi à la Compagnie de Cuirassiers , pour
Giiij faire
340
MERCURE DE FRANCE
faire devant lui fes exercices et fes évolutions.
Le même soir ,
l'Ambassadeur alla prendre congé
du Géneral Bismarck et de Mad . son Epouse , qui
est soeur de la Ducheffe de Curlande .
Le troisième jour , fixé pour le départ , le Magis
trat , les Chefs des Tribunaux , les Officiers d'Etat
Major de la Place et de la Garnison , & le Géneraf
Bismarck , allerent chés
l'Ambassadeur , pour lui
souhaiter un bon voyage. Celui- ci lui présenta
M. de Bestucheff, Officier qui devoit , avee un bas
Officier ,
l'accompagner jusqu'à
Petersbourg . Il lui
presenta aussi le Baron de Menck, que la Noblesse
de Livonie avoit choisi , pour le suivre juſqu'aux
frontieres de la Province & lui en faire les honneurs
,
conformément aux ordres qu'elle en avoit
reçû de la Czarine.
L'Ambassadeur partit de Riga , precedé comme
il l'avoit été en arrivant , de la
Bourgeoisie , qui le
conduisit jufqu'à l'extremité des Fauxbourgs ; là se
trouverent les deux mêmes Députés , qui l'avoient
déja
complimenté , pour lui marquer de nouveau
combien le Magistrat seroit flaté que
l'Ambassadeur
voulût lui tenir compte de sa bonne volonté . Il
fut également salué en sortant de 31. coups de
canon .
De Riga jufqu'à
Radapungern , Maison de poste
entre Dorpt & Narva , le Baron de Menck eut toujours
attention que l'Ambassadeur trouvât journellement
prêts un grand dîné & un grand soupé
pour lui & pour sa suite. Chaque jour un Gentilhomme
, nommé par la Noblesse , se trouvoit aux
Relais & à la couchée , pour avoir soin que les
60. chevaux
commandés par pofte , et les gîtes ,
fussent en état. Mrs
d'Helmerssen , de Wolekersahm
, de Krudener , le Baron de Wrangel , le Ba-
Ion de
Loewenwold, de Boch , et de Rebender ,
se
sont
FEVRIER. 17407 345
sont succedés les uns aux autres . La Noblesse de
Livonie a aussi prévenu les difficultés dont auroit
pû être susceptible la Langue particuliere que l'on
parle dans la traverse du Cercle de Dorpt , en
chargeant M. d'Igelstrohm , Gentilhomme de la..
Province , d'accompagner l'Ambassadeur pendant
quatre jours .
Par tout où il y avoit des troupes à portée , il a
trouvé une Garde sur sa route , tant aux Relais
qu'aux couchées. M. de Butler , Colonel du Regiment
du Corps , Cuiraffiers , lui presenta lui-même
celle qu'il eut à Dorpt , où il arriva vers une heure
après midi , et où M. de Stakelberg , Statholder, ou
Intendant de la Ville , lui donna un dîné & un
soupé magnifiques.
L'Ambassadeur trouva à Radapungern M. de
Brevern , frere du Conseiller d'Etat & de la Chancellerie
des Affaires Etrangeres , Mrs de Stakelberg,,
& le Chambellan de Zoege , que la Nobleffe d'Estonie
, pour fe conformer aux ordres de S. M. Cz.
avoit deftinés pour l'accompagner jusqu'à la frontiere.
Le Major du Régiment de Cuiraffiers du
Feldt-Maréchal Comte de Munich , étoit avec eux ;
le Géneral en Chef Comte de Duglas, Gouverneur
de la Province , l'avoit chargé de faire complimentde
sa part à l'Ambassadeur , de l'assûrer du regret
qu'il avoit de ne pouvoir profiter lui - même de son
paffage ; & de disposer de maniere des quartiers ou
étoient les Compagnies du Regiment du Comte de
Munich , que l'Ambassadeur eut tous les soirs une
Garde pendant les trois jours qu'il devoit coucher
en Eftonie , ce qui a été ponctuellement executé .
M. de Brevern et les deux autres Députés de la Noblesse
en ont usé à tous égards , ainsi qu'on avoit
fait en Livonie ; ils accompagnerent l'Ambaffadeur
jusqu'à Narva.
G-y Am
342 MERCURE DE FRANCE
L'Ambassadeur y arriva entre midi et une heu
re ; il rencontra à une demi - lieuë de la Ville , deux
Députés qui le feliciterent au nom du Magiftrat ,
& qui lui offrirent de se servir de deux Voitures -
qui accompagnoient celle dans laquelle ils étoient,
mais il refta dans sa Berline. Ces Députés prifent
les devants , suivis de la Bourgeoisie à cheval , habillée
de bleu, au nombre de 60.hommes qui préce
doient l'Ambassadeur , marchant deux à deux l'épée
à la main. Il trouva sur le glacis , le Brigadier Chatilhoff,
Commandant de la Place , qui après lui
avoir marqué la joye qu'il ressentoit de son heureuse
arrivée , reprit les devants. L'Ambassadeur
en entrant dans la Ville fut salué de 31. coups de
canon ; un Bataillon bordoit à droite & à gauche ,
la haye dans les rues , depuis la Porte de la Ville
jufqu'au Logis qu'on lui avoit préparé. Tous les
Officiers le saluerent en passant. La Garde qu'on .
avoit posée à sa porte , commandée par un Capitaine
, un Lieutenant et un Enseigne , étoit compo--
sée d'une Compagnie entiere avec un Drapeau Colonel.
Le Commandant et le Magistrat reçûrent
l'Ambassadeur à la descente du carosse , et le
conduisirent dans son apartement ; celui - ci luis
fit , quelques momens après , servir un dîné et le
soir un soupé , dont il fit également les honneurs.
2
L'aprés midi , le Commandant revint , accom
pagné des Officiers de la Garnison , prier l'Ambas--
sadeur de vouloir donner l'ordre il le remercia :
de cette politesse , et s'excusa de déferer à sa demande.
Il envoya un de ses Gentilshommes chés
ce Commandant vers les six heures , lui marpour
quer , que s'il avoit eu une voiture , il auroit été.
avec empressement le voir , et lui témoigner combien
il étoit sensible à ses attentions ; il observa la
même
FEVRIER: 1740: 343
même chose avec le Bourgue- Mestre Régent, pour "
remplir en sa personne la bienséance de sa part
envers le Magiftrat.
Le lendemain matin , le Commandant de la
Place , les Officiers de la Garnison , le Magistrat ,
les Chefs de la Bourgeoisie & les Députés d'Eftonie
, allerent souhaiter à l'Ambaffadeur un bon
voyage. Il partit , précedé , comme la veille , de
la Bourgeoisie à cheval , qui le conduisit jusqu'à
une demi- lieuë de la Ville ; le Brigadier Chatiloff
et les deux Députés du Magiftrat l'accompagnerent
jusqu'à l'autre côté de la riviere ; il fut salué en
partant de 31. coups de canon .
Comme il ne fubfite plus de Corps de Nobleffe
dans l'Ingrie , l'Ambassadeur n'eut , pour l'accompagner
de Narva à S. Petersbourg , que M. de Beftucheff
, & le bas Officier qui lui avoit été adjoint ;
la Table, par la même raiſon , & dans cet intervalle ,
fut fervie par les Gens de l'Ambassadeur ; quant
aux chevaux , ils lui furent fournis en même nombre
à chaque relais , & il fut à cet égard défrayé
par ordre de la Cour , ainsi qu'il l'avoit été en Livonie
et en Eftonie . S. M. Czarienne , pour fupléer
au défaut d'Auberges , avoit ordonné que l'on préparât
pour l'Ambassadeur , les Maisons de bois
qu'Elle a pour fon ufage dans prefque toutes les
Poftes.
Le Marquis de la Chetardie a répondu à toutes
ces attentions de la maniere la plus convenable au
rang des differentes perfonnes qui ont été dans le
cas de recevoir fur fa route des marques de sa gé--
nerosité . Le premier soin de l'Ambassadeur en arrivant
à Petersbourg , fut de remplir les devoirsd'usage
, qui pouvoient hâter le moment de fa premiere
Audience de Sa Majesté Czarienne , cette
Princesse en ayant fixé le jour au 7. Janvier. Le
G- vje Cé--
44 MERCURE DE FRANCE
Général - Lieutenant de Loubras qui fait à fa Cour
les fonctions de Grand Maître des Cérémonies ,
alla la veille l'annoncer à l'Ambassadeur , & lui
aprit que la Czarine avoit nommé l'Amiral Comte
de Gollowin , pour l'accompagner.
Ce Seigneur s'étant rendu entre onze heures &
midi chés l'Ambassadeur , il fut reçû à la descente
du carosse par ses Gentilshommes , & aux dégrés
par l'Ambassadeur lui - même ; il lui donna la main
pendant tout le temps qu'il resta dans son Hôtel ;
en montant en carosse , l'Ambassadeur y entra le
premier etse mit au fond, et M. le Comte de Gol-
Towin vis-à vis de lui , après quoi le Cortege se mis
en marche dans l'ordre suivant .
1º. Un Détachement de Gardes à cheval , commandé
par un Officier.
2°. Le carosse à six chevaux et la Livrée de
M. l'Amiral Comte de Gollowin., Commiffaire de
la Czarine.
3. Un Ecuyer à la tête 12. chevaux de main
de la Czarine , richement caparaçonnés , et con.
duits par des Palfreniers à cheval .
4. Deux carosses à six chevaux de la Czarine ,.
dans lesquels étoient les Gentilshommes de l'Ambassadeur
, et son premier. Secretaire , portant là
Lettre de créance .
5. Six Grenadiers de la Cour , à cheval .
6. Six Forreitres à , cheval , aux Livrées de la
Czarine.
7°. Un Suisse de l'Ambassadeur , à cheval.
8°. Douze Valets de pied de l'Ambassadeur.
9°. L'Ecuyer de l'Ambassadeur , à cheval.
10°. Les deux Pages de l'Ambassadeur , à che
val.
11. Quatre Coureurs , vingt - quatre Valets de
pied, quatre Heyduques , & quatre Pages , à chevali
FEVRIER. 1740. 345
val , précédant ou entourant le carosse du Corps de
Sa Majesté Czarienne , dans lequel l'Ambassadeur
étoit seul dans le fond , et M. l'Amiral Comte de
Gollowin , sur le devant.
12°. Un Suisse de l'Ambassadeur , à cheval.
13. Trois carosses de l'Ambassadeur , à six che--
vaux .
14°. Un Détachement de Gardes à cheval , fermant
la marche.
Le Cortege étant arrivé devant le Château , le
carosse de Sa Majefté Czarienne , dans lequel étoient
P'Ambassadeur et M. le Comte de Gollowin , ainsi
que le premier carosse de l'Ambassadeur , avancerent
dans la cour jusqu'au degré , les autres caros.
ses de l'Ambassadeur n'ayant pas pû entrer dans
la cour , dont le terrain n'étoit pas assés spacieux
pour les contenir tous .
Les Gardes qui étoient rangés des deux côtés dans
la Cour, préfenterent les armes tambour battant , à'
l'arivée de l'Ambassadeur .
Il fut reçû au fortir du carosse par le Maréchal de
Ia Cour , accompagné de deux Gentilshommes de
la Chambre.
Au haut de l'Escalier , devant la premiere Salle
il fut reçû par M. le Prince de Kurakin , Grand'
Ecuyer , et à la porte de la seconde Chambre , de.
vant la Salle d'Audience , par le Comte de Loewenwold,
Grand Maréchal.
Dans l'apartement , et jufqu'à la premiere anti-
Salle , les Grenadiers des Gardes étoient rangés en
have ; dans la premiere Salle et dans les fuivantes
étoient placés de même les Hallebardiers de la
Czarine.
>
Le Grand Maréchal ayant reçû l'Ambassadeur à
la porte de la seconde Chambre devant la Salle
L'Aut
346 MERCURE DE FRANCE
d'Audience , il l'y introduisit , précedé du Maréchal
de la Cour , des deux Gentilshommes de la Cham-
Bre et des Cavaliers de sa suite.
La Czarine étoit debout sur son Trône , sous un
Baldachin , ayant à sa droite les Dames & à sa
gauche les plus diftingués de sa Cour , et plus avant
les Géneraux , les Senateurs et autres personnes
de condition .
L'Ambassadeur , ayant à sa droite le Grand Ma
réchal et à sa gauche le Grand Ecuyer , fit en s'avançant
vers le Trône , les trois réverences ordinaires
, monta ensuite jufqu'au haut du Trône , y
fit sa Harangue à la maniere accoûtumée , aprèsquoi
il présenta ses Lettres de créance à Sa Majefté
Czarienne , qui les mit sur une table à sa
droite ; et après avoir fait figne au Prince Czerkaskoi
, son Conseiller Privé actuel , et Miniftre dus
Cabinet , de répondre à l'Ambassadeur , ce Prince
s'en acquitta au bas du Trône.
L'Ambassadeur presenta ensuite les Cavaliers de
sa suite à Sa Majesté Czarienne , qui les admit à
baiser sa main .
Après l'Audience , l'Ambassadeur retourna à son
Hôtel dans le même ordre & avec le même
Cortege.
En arrivant chés lui , il trouva à fa porte , une
Garde d'une Compagnie entiere de 130. hommes ,
avec un Drapeau Colonel , commandée par un-
Capitaine et trois Subalternes ; mais l'Ambassadeur
voulant fe contenter de la Garde qu'on a accou
tumé de donner à un Ambassadeur , et qui est de
huit Grenadiers et de 16. Fusilliers , commandéspar
un bas Officier , il pria le lendemain le Géneral-
Lieutenant de Loubras de la réduire à ce der
nier nombre.-
FEVRIER. 1740. 3477
le
On écrit de Petersbourg , que lorsque les Ame
Baffadeurs Extraordinaires de Perfe ont pris congé
de la Czarine , S. M. Cz . leur fit remettre par
Prince Czerkaskio Miniftre du Cabinet , une Lettre
pour Thamas Kouli Kan , & que ce Miniftre leur :
recommanda par ordre de la Czarine , d'affûrer le
Roy de Perfe , qu'elle employeroit tous les foinspour
affermir la bonne intelligence entre les deux
Puiffances , & qu'Elle ne négligeroit aucune occafion
de donner des preuves de les dispofitions à cet
égard ; qu'Elle avoit apris avec beaucoup de plaifir
les fuccès des Armes des Perfans , & qu'Elle en fé- ,
licitoit le Roy , leur Maître. Ce Prince ajoûta que
S. M. Cz. étoit très fatisfaite de la conduite fage &
prudente des deux Ambaffadeurs , & qu'ils pouvoient
compter fur fa bienveillance .
Le bruit court que le Capitaine Spanberg , en na.
vigeant dans la Mer du Nord , a découvert trente
quatre Isles , tant grandes que petites , dont les Habitans
, auffi- tôt qu'ils l'ont aperçu , l'ont envoyé
reconnoître par fix Chaloupes ; qu'ayant abordé à
une de ces ifles , il eft defcendu à terre fans trouver
la moindre opofition , & que les Infulaires ,
quoique fort furpris , l'ont reçu avec plufieurs dé- ,
monftrations d'amitié ; que ces Peuples reffemblent
fort à ceux du Japon , & qu'ils lui ont montré une
grande quantité de Monnoye d'or & de cuivre. On
aflûre que ce Capitaine a donné avis de fa décou
verte à la Czarine , & qu'il lui a envoyé quelquesunes
des Monnoyes , dont ces Peuples fe fervent .
le:
On mande de Varfovie , du 28. Janvier , que
prix de prefque toutes les denrées étoit augmenté ,
de près de moitié dans tout le Royaume , parce
que les Etrangers avoient fait enlever une quantité
confidérable de toutes fortes de grains , & que le
froid étoit & exceffif , que non- feulement on avoit
trouvé
348 MERCURE DE FRANCE
trouvé differens Couriers & Meffagers , morts de
froid , mais auffi quantité de bêtes fauves , Chevaux
, Moutons , Cochons , &c.
ALLEMAG⋅N E.-
N Officier qui eft arrivé à Vienne de Hongrie
avec une femme groffe , qu'il difoit être fon
épouse, s'étant logé chés un Bourgeois fur le Spielberg
, il envoya chercher le 18. du mois paffé une
Sage- Femme pour accoucher cette : Femme , qui
mit au monde un fils. Le lendemain, cet Officier a
difparu avec fon Epouſe prétendue , & l'on a trouvé
dans la Chambre leur Enfant , qui avoit les
mains & les pieds coupés.
On aprend de Berlin , qu'il y eut le 8. de ce
mois une Courſe de Traîneaux , qui a été la plus
magnifique qu'on y ait vûë depuis long- temps. Les
Traîneaux étoient au nombre de 52. & ils étoient
divisés en quatre Quadrilles , dont chacune étoit .
diftinguée par une couleur particuliere.
La premiere Quadrille étoit celle du Duc de:
Holftein , qui étoit dans un Traîneau doré & orné:
de très-belles peintures , précédé d'un Ecuyer & de
quatre Pages à cheval, & de quatre Coureurs. L'habit
du Duc de Holftein étoit d'écarlate , brodé:
d'or , ainfi que tous ceux des Seigneurs qui con--
duifoient les Traineaux de fa Suite .
Le Baron de Schwerin , Chevalier de l'Ordre de
l'Aigle Noir , Géneral d'Infanterie , Colonel du Régiment
des Gardes à pied , & Gouverneur de la ›
Forterefle de Pleitz , étoit à la tête de la feconde
Quadrille , dont les Seigneurs avoient des habits ;
jaunes , galonnés d'argent .
Les habits des Seigneurs de la troifiéme Quadrille
étoient de velours vert , galonné d'or , & cette :
Quadrille
1
FEVRIER. 1740. 349
Quadrille étoit conduite par le Comte de Schulembourg
, Lieutenant Feldt Maréchal & Colonel d'un
Régiment de Dragons.
La derniere Quadrille l'étoit par le Comte de
Schlieben , Miniftre d'Etat & Grand-Veneur de la
Marche de Brandebourg , & les Seigneurs qui l'accompagnoient
étoient vêtus de gris , avec une riche
broderie d'argent.
Chaque Seigneur conduifoit dans fon Traîneaut
une Dame , dont l'ajustement étoit afforti à la couleur
de fa Quadrille , & il y avoit à côté de chaque
Traîneau deux Coureurs & deux Palfreniers de la
livrée du Chef de la Quadrille .
La Courſe commença vers les trois heures après
midi , & les Traîneaux étant partis de la Place
Guillaume , traverferent la rue de ce nom & le
Quartier de Dorothée Stadt , & fe rendirent à l'Esplanade
, dont ils firent trois fois le tour . Ils passerent
ensuite par les principales rues de Berlin ; &
après la Courfe , pendant laquelle on changea plufieurs
fois de chevaux , & qui dura affés longtemps
, les Dames & les Seigneurs des quatre Quadrilles
fouperent à l'Hôtel de Mongaubert , où l'on
fervit une Table pour chaque Quadrille. Le Duc de
Holftein donna enfuite un Bal , qui dura jufqu'à
cinq heures du matin , & pendant lequel on diftribua
des rafraîchiffemens en abondance . Leurs Majeftés
& la Famille Royale ont vu cette Courſe des
fenêtres du Palais.
ITALIE.
Es Lettres de Rome , de la fin de Janvier , portent,
que les pluyes continuelles qui sont tou
bées dans ce Pays , ayant empêché les gens de la
Campagne de travailler aux Terres , il s'en affem-'
bla:
350 MERCURE DE FRANCE
bla vers le milieu du même mois dans la Place de
Monte Cavallo , près de soo . à qui l'on diftribua
du pain & de l'argent ; qu'il en étoit revenu quelque
temps après un plus grand nombre, & que comme
quelques- uns d'entre eux ont commis des défordres
, on a jugé à propos d'en employer une
partie à la réparation des grands chemins des environs
de cette Ville .
On aprend de la fin du mois dernier , que les
principaux Habitans de la République de Saint Marin
, ne fe font pas contentés de préfenter un Mé.
moire au Pape , & qu'ils ont outre cela fait publier
un Manifefte , qui porte que cette République, protegée
depuis plufieurs fiécles par les Souverains l'ontifes
, particulierement par ceux qui ont rempli le
Saint Siege depuis Pie II . venant d'êtré oprimée
contre toute juftice , & de perdre fon ancienne li -`
berté par la láche conduite de quelques - uns de fes
Citoyens , la plus faine partie des Habitans fe trouve
obligée d'expofer au Public tout ce qui s'eft passé
à cette occafion , afin que Rome & le refte de
l'Europe , ne croyent pas qu'ils ayent renoncé volontairement
à leur liberté ; que la tranquillité de la
République avoit été long-temps troublée par les
brigandages & par les violences du fameux Contrebandier
Marino Belzoppi ; que les excès de ce Contrebandier
ont été conftatés par pluseurs Actes dépofés
dans le Greffe de la Congrégation de l'Immunité,
à laquelle la République avoit eû recours pour
arrêter les entreprifes de ce Brigand, qui , au moyen
d'un fauf conduit de l'Evêque de Monfeltro , dont
il avoit furpris la Keligion , s'étoit mis à l'abri des
pourfuites de la Juftice ; que la République , après
bien des inftances , obtint enfin de la Congrégation
de l'Immunité la permiffion de s'affûrer de la perfonne
de Marino Belzoppi , par tout où l'on pourroir
FEVRIER. 1740 35x
roit le trouver , fans en excepter même les Lieux.
d'afile ; qu'en conféquence il fut arrêté dans une
Eglife le 4. Octobre 1737. & que fon procès ayant
été inftruit devant l'Archevêque d'Urbin , conformément
aux Conftitutions Apoftoliques , il fut convaincu
de divers crimes , entre autres , d'avoir cons
piré contre la République & attenté à la vie da
Chef du Sénat, que, comme il avoit été prouvé par
plufieurs piéces du procès , que le nomme Pierre
Lolli , étoit un des principaux complices de Marino
Belzoppi , il fut aufli arrêté par ordre d'Antoine
Almerighi Ferrarese , Commiffaire de la République
; que ce Pierre Lolli , dès fa plus tendre jeuneffe
avoit donné des marques de fon efprit pervers
& de fes difpofitions aux plus grands crimes ; qu'étant
logé à Pefaro , chés le Chanoine Dominici ,
fon parent, il tua d'un coup de couteau un des Domeftiques
de ce Chanoine ; qu'ayant obtenu le pardon
de ce crime, il retourna à S. Marin , & qu'ayant
apris que M. Jerôme Gozzi , un des Nobles de ce
Pays lui avoit intenté un procès , il l'attendit une
nuit à la porte de fa maison , & qu'il lai tira un coup
de fufil , chargé de trois balles ; qu'enhardi par l'ims
punité , il commit divers autres excès , dont il feroit
trop long de donner le détail ; qu'il tua fon
Valet , par la feule raifon que ce malheureux , qu'il
avoit congedié , le preffoit de lui payer fes gages ;.
qu'il fit tirer deux coups de fufil dans le Palais Public
contre le Commiffaire du Sénat ; que non content
de cet attentat , il fit encore plufieurs tentatives
dans la fuite pour affaffiner le même Magiftrat ; que
comme la vengeance publique obligea la Juftice de
donner un Decret de prife de corps contre lui , il fe
retira avec fes trois fieres dans une maifon de campagne
, qu'il eut l'audace de faire fortifier ; qu'il y
mit des gens armés , et qu'il fit des courfes de côté
et:
35 MERCURE DE FRANCE
et d'autre ; que le Confeil Public , pour prévenir de
plus grands défordres , jugea à propos de lui accorder
fa grace ; mais que Pierre Lolli , bien loin de reconnoître
ce bienfait , fe ligua avec Marino Belzoppi;
qu'ils formerent enfemble le complot de foulever
le Peuple , et qu'ils fixerent même un jour pour,
l'exécuter que leur deffein étoit de fe rendre maîtres
du Palais Public , de jetter les Confeillers par la fenêtre
, de s'emparer de la Magiftrature , et de fe
rendre par ce moyen les arbitres de l'Etat ; que la
confpiration ayant été découverte , Pierre Lolli fut
arrêté , ainfi qu'on l'a dit , avec Marino Ceccoli ,
homme entreprenant & fon complice , qu'on s'étoit
flaté que l'emprisonnement des ces coupables
procureroit quelque repos à la République , mais
qu'elle avoit été exposée par- là à de plus grands
troubles ; que les freres de Pierre Lolli publierent
par tout , que le procès intenté à leur frere , n'étoit
que l'effet de la haine que lui portoient quatre Particuliers
qu'ils traitoient de Tyrans ; qu'ils furpri
rent enfuite une Patente en leur faveur , et la permiffion
daufer de repréfailles contre les Habitans de
Saint Marin ; qu'ils firent arrêter Mrs Enée Bonnelli
et Cherico Conftantino , deux des Citoyens les
plus confiderés de la République , lefquels étoient
allés à Savignano , & qui furent détenus pendant
trois mois dans les prifons ; que la République fouf
froit le tout avec patience, en attendant que le Cardinal
Firrao. qui, en qualité de Préfet de la Congrégation
de Lorrette , devoit décider de la validité de la
Patente produite par les Freres de Lolli , eût prononcé
fon Jugement ; que les Défenfeurs de Lolli
connoiffant la droiture de ce Cardinal, et craignant
qu'il ne fe déterminât en faveur de la République
s'unirent à Vincent Belzoppi , pere du Contrebandier
de ce nom , et qui avoit été condamné par.
contumace:
FEVRIER. 1740.
353
contumace pour un vol qu'il avoit fait chés M.
Anaftafe Marcelli ; que de concert , ils n'épargnerent
rien pour corrompre le Docteur Antoine Almerighi
, Commiffaire de la République , homme
accablé de dettes , étranger dans la Ville de Saint
Marin , & fe fouciant peu d'une petite République
dont il n'avoit ni récompenfe , ni protection à efpe-
Ter ; que ce Commiffaire fe laiffa gagner, et que par
une prévarication manifefte , il rendit à huis clos
fans aucune citation préalable de l'Avocat Fiscal et
de l'Adjoint qui lui avoit été donné , une Sentence
par laquelle il ordonna que Marino Belzoppi fût remis
dans l'Eglife où il avoit été arrêté ; qu'on envoyeroit
à Rome la décifion de l'Affaire de Pierre
Lolli , et que Vincent Belzoppi feroit déchargé de
l'accufation de vol, intentée contre lui ; que le Docteur
Antoine Almerighi , après cette Sentence , dont
il connoiffoit toute l'injuftice , eut la précaution de
fortir promptement de la Ville , & qu'il emporta avec
lui toutes les Piéces du procès ; que les Freres de Lolli,
apréhendant toujours quelque revers de la part de la
Congrégation de l'immunité , chercherent par de
nouveaux moyens à renverfer de fond en comble
les fondemens de la République ; qu'étant inftruits
que Vincent Belzoppi avoit un grand nombre de
parens , ils réfolurent de les mettre dans leur parti ;
qu'après avoir tenu confeil avec Don Philipe Cecco-
Li , Prêtre de la Ville de Fiorencino , lequel étoit
oncle de Marino Ceccoli , et grand oncle maternel
de Marino Belzoppi , et qui ſe vanteit d'avoir plus
de foixante neveux et petits-neveux , et avec le
nommé Bartolucci , Notaire Criminel de Rimini , le
même qui a figné tous les Actes paffés à l'occaſion
de la prife de poffeffion de Saint Marin , ils firent
inviter fecretement tous leurs parens à fe foulever
contre la République , leur reprefentant que c'étoit
is
354 MERCURE DE FRANCE
le feul
moyen
de
de conferver l'honneur de leurs Familles
, qui feroient flétries à jamais par la mort
ignominicufe de Belzoppi et de Lolli ; que Vincent
Belzoppi , qui avoit plufieurs pauvres débiteurs dans
la Ville , non-feulement leur remit une partie de
leurs dettes , mais encore leur prêta de l'argent , &
augmenta ainfi en peu temps fon parti ; que le
parti de Belzoppi et de Lolli étant augmenté confidérablement
, les Conjurés drefferent un Memoire
qu'ils firent figner par un grand nombre d'Etrangers
et de gens de la Campagne , et qu'ils préfenterent
au Pape , au nom du Peuple , ce Mémoire , dans lequel
ils prioient Sa Sainteté de les délivrer du joug
tyrannique de ceux qui étoient à la tête du Gouvernement
de la République , et de les recevoir fous la
Domination du Saint Siége , et que c'eſt fur ce Mé--
* moire , auquel la plus faine partie de la République
n'a eû aucune part , que Sa Sainteté fut perfuadée
que le Peuple gémiffoit réellement fous l'autorité
d'un Confeil composé de Tyrans.
On a apris de Rome , de la fin de l'autre mois
que le Prélat Enriquez , que le Pape a envoyé à
Saint Marin en qualité de Commiffaire Apoftolique
, a mandé aux Cardinaux Miniftres , qu'ayant
convoqué le Confeil de la République , compofé de
60. perfonnes , il n'en avoit trouvé qu'onze qui demandaffent
d'être reçues parmi les Sujets immédiats
du Saint Siége ; que toutes les autres défiroient que
la République recouvrât fon ancienne forme de
& que de trente Ecclefiaftiques qui
font à Saint Marin , il n'y en atoit qu'un qui fûc
de fentiment contraire . Les Habitans de Saint Marin
ont produit diverfes procedures faites contre la
plupart de ceux qui ont été les principaux Auteurs
des troubles de leur République .
Gouvernement ,
TOSCANE
FEVRIER .
355 1740.
TOSCAN E.
La paru à Florence , fur la fin du mois paffé un
Edit par lequel le Grand Duc ordonne que l'en
trée de fes Etats et de fes Ports foit également ouverte
et libre aux Sujets du Roy d'Eſpagne et à ceux
de S. M. Br. Afin que les uns et les autres puiffent
jouir de toute fûreté , le Marquis Capponi , Gouverneur
de Livourne , en vertu des pouvoirs que lui
envoyé le Confeil de Régence eft convenu avec
les Confuls des Nations Elpagnole et Angloife , que
les Vaiffeaux de ces deux Nations ne commettront
aucune hoftilité dans les Ports , ni dans les Rades de
P'Etat de Tofcane ; que lorfqu'on expofera dans un
Port le fignal pour annoncer l'arrivée de quelque
Vaiffeau , aucun Bâtiment armé en guerre , soit
Vaiffeau de Roy , foit Armateur, ne pourra fortir
pour aller au-devant; qu'il fera permis aux Vaifſeaux
Marchands , tant de l'une que de l'autre Nation ,
de mettre à la voile , quand les Capitaines le jugeront
à propos , mais que lorsqu'il en partira quelqu'un
, tous les Eâtimens armés en guerre feront
retenus dans le Port pendant vingt-quatre heures ,
qu'on défendra à tous les Sujets du Grand-Duc , et
même aux Etrangers domiciliés dans les Etats , d'atmer
en courfe quelque Bâtiment que ce puiffe être ,
ou de s'intereffer en aucune maniere , directement
ni indirectement , dans des armemens , & que les
Contrevenans feront condamnés pour chaque Armement
à une amandejde miile écus ; que d'ailleurs , les
Négocians pourront faire embarquer fur les Vaisseaux
armés en guerre ou en courſe , toutes fortes de
Marchandifes , pour les tranfporter dans d'autres
Ports , pourvû qu'ils obfervent les formalités ci-devant
pratiquées , fur tout celles qui font prefcrites
par l'Edit du 14. Juin 1702 .
NAPLES
356 MERCURE DE FRANCE
Che
NAPLES. ·
Ette Cour continuë d'obferver une exa&e
neutralité par raport aux differends de la Cour
de Madrid avec celle de Londres , & il arrive fouvent
dans le Port de Naples des convois de Vailfeaux
Marchands Anglois , efcortés par quelque
Vaiffeau de Guerre , lefquels débarquent & embarquent
leurs Marchandifes , auffi librement que
s'il regnoit une parfaite intelligence entre le Ro
d'Efpagne & S. M. Br..
ISLE DE CORSE.
Ar les Lettres du 30. Janvier , on a apris que
PieMarquis de Maillepois avoit fait marcher qu
côté de Ziccaro un Détachement, pour tâcher de fe
faifir du Baron de Troft , mais qu'on ignoroit encore
le fuccès de cette expedition , laquelle n'étoit
pas fans difficulté , à caufe des rigueurs de la faifon
& de la quantité de neige qui couvre les Montagnes.
Les mêmes Lettres portent , que M. de Villemur
a envoyé à San Fiorenzo plus de 2000 .
Fufils qui
ont été pris aux Rebelles . On ne laiffe pas de découvrir
tous les jours quelques Armes qui ont
échapé aux recherches , & on en a trouvé plufieurs
qui avoient été cachées dans des fépultures .
Quatre des principaux Rebelles qui avoient été
bannis de l'Ifle , y font revenus , & l'on eft occupé
à les chercher, pour leur faire fubir la peine qu'ils
méritent.
D'autres Avis portent que le Détachement envoyé
par le Marquis de Maillebois du côté de Ziccaro
, n'a pu penetrer dans les Montagues , à cauſe
de la grande quantité de neige ; & qu'on avoit encore
FEVRIER.
1740 357
core conduit à la Baftie plufieurs perfonnes de la
Pieve d'Orezzo , accufées d'avoir favorifé le retour
de quelques Bandits qui font rentrés fecretement
dans l'Ile de Corfe.
On a apris depuis , que le Marquis de Maillebois
avoit donné le 31. du mois dernier un magnifique
Bal aux Dames de la Baftie , & qu'il devoit leur en
donner un fecond quelques jours après .
Selon les dernieres lettres , le Marquis de Maillebois
continuë de donner fréquemment des Fêtes
aux Dames de la Baftie , & fon Bal du 2. de ce
mois a été extrêmement magnifique. Le Marquis
Mari , Commiffaire Géneral de la République , en
a dû donner un le 7. & ainfi il n'y étoit prefque
plus queftion que de divertiffement.
Les Corfes font fi contens des manieres du Marquis
de Maillebois , que les plus diftingués d'entr'eux
demandent de pouvoir envoyer leurs enfans
fervir dans le nouveau Régiment Royal- Corfe , que
le Roy de France a réfolu d'entretenir à fon Service.
La République de Genes , voulant garder une
parfaite neutralité entre l'Efpagne & l'Angleterre ,
a fait défenſes à fes Sujets , fous des peines trèsrigoureufes
, de fervir fur les Bâtimens armés en
courfe par des Eſpagnols ou par des Anglois , & de
fournir des Armes ou des Munitions aux Armateurs
des deux Nations .
Les lettres de Genes du commencement de ce
mois , portent que le froid exceffif qu'on a effuyé
dans ce Pays , a caufé beaucoup de dommage aux
Arbres fruitiers , dont la plupart ont été coupés à
un pied de terre , & que tous les Jardins des environs
de cette Ville fe reffentiront pendant plufieurs
années de la rigueur de cet hyver . Pendant quel →
ques jours , il a regné le long de la Côte Occiden-
H tale
358 MERCURE DE FRANCE
tale de Genes , des vents fi violens , qu'une trèsgrande
quantité d'Oliviers ont été abattus , dont la
feule Communauté d'Albengue a fouffert un préjudice
de plus de 200000. écus. Les Gens du Pays
les plus âgés ne fe fouviennent pas d'avoir vû un
femblable Ouragan. Il a péri plufieurs Bâtimens ,
dont quatre ont fait naufrage dans les foffes d'Alacio
, Lieu où les Vaiffeaux font ordinairement en
toute sûreté .
On a apris en même temps que le Grand Confeil
s'étant aſſemblé extraordinairement le 10. de ce
mois pour proceder à l'Election d'un Doge , M.
Nicolas Spinola a eu la pluralité des Suffrages .
Ο
PORTUGAL.
N aprend de Lisbonne , que le 7. Janvier ;
le Vaiffeau Hollandois le Jofeph Galey arriva
d'Alger après 42. jours de Navigation , & que les
Peres Martin de Sainte Anne , & François Coutin
ho , Religieux de la Trinité de la Rédemption des
Captifs , ont ramené à bord de ce Bâtiment 178 .
Efclaves qu'ils ont rachetés en Afrique , & pour la
rançon defquels ils ont payé 168687. Cruzades.
ESPAGNE,
Uivant la Lifte qui paroît à Cadix des prifes que
les Efpagnols ont faites fur les Anglois dans les
quatre derniers mois de l'année paffée , le nombre
de ces prifes fe monte à 47. dont la valeur eſt eſtimée
956750. Piaſtres.
exacte-
Entre les Bâtimens dont les Armateurs fe font
emparés , il y en a 14. dont on ne fçait pas
ment les noms ; & les autres font le Thomas Galley,
commandé par le Capitaine Jean Corneille Macmayma
; l'Amitié , Capitaine Robert Ower ; le
ChesterFEVRIER.
1740 359
>
Chesterfield , Capitaine Jean Reynard , & la Belle
Sailly , Capitaine Robert Brunet , pris par deux
Galeres du Roy , & conduits à Malaga : le Carmin
Batey , Capitaine Guillaume Suhons , pris par les
Habitans de Leiqueitio , en Biſcaye ; le Hannab ,
Capitaine Robert Huffey , pris par un Armateur de
Liante , fur la Côte des Afturies ; la Jeanne Marie ,
Capitaine Thomas Betty , pris par les Habitans de
Griffon , dans la même Province ; l'Edimbourg
Capitaine Thomas Sunderland , & le Saint Antoine,
Capitaine Guillaume Obrean , conduits
par un
Vaiffeau de la Compagnie des Carraques à S. Sebastien
, le Prince de Naffan , le Dauphin , & la
Marie , Capitaines Nathanaël Sears , Chriftich Rimes
, & Pierre Fortune , pris par Don Joſeph Lavar
, & conduits dans le même Port , ainfi que le
Fotteneff, Capitaine Georges Burffel , pris par l'Armateur
Martin Guttierez ; l'Argie , Capitaine Guillaume
Luch , le Patripreche , Capitaine Edmond Efprech
, & le Rachel , Capitaine Jean Royou , conduits
par Don Jerôme Sora à Palma , dans l'Ile de
Majorque ; la Belle Marie , la Jeanne , & le Saint
Martin de Dublin , pris , les deux premiers par les
Armateurs Jofeph Valera & Michel Marfans , & le
dernier par un Vaiffeau de Guerre , à quelque diftance
du Port de Cadix ; le S. Jofeph , & l'Àurore ,
Capitaines Jean Wint & Robert Maxwel , pris par
PArmateur Jofeph Valera , & conduits , l'un à Almaria
& l'autre à Huelva ; le Foard , pris par Don
Diegue Garice fur la Côte de Grenade , le Guillaume
& Marie , Capitaine François Doman , pris par
M. de Saint- André ; le William -John , Capitaine
Jean le Gat , pris par Pierre Vidal , & le Sommerfet
Capitaine Guillaume Oliver , pris par Jofeph Sevil ,
& conduit autfi - bien que les deux précedens dans le
Port d'Alicante ; la Rofe & le Neptune , pris par
Hij l'Ar
30 MERCURE DE FRANCE
l'Armateur Jean Caftells ; le Marchand du Port ,
conduit à Oran par André Muzo ; le Diegue & Louis,
pris par Antoine Padrinhas , & la Compagnie de
Witheford , pris par Pierre Vidal , conduits l'un &
l'autre à Cartagene ; la Marguerite de Cols , Capitaine
Jean Michau , conduit à Ivica par l'Armateur
Matthieu Calvet , & le Farmenfter , Capitaine David
Hoper, pris par les Habitans de Saint- Sebaftien .
HOLLANDE & PAYS - BAS.
Traité de Commerce & de Navigation , con-
Lelu à Utrecht le 11. Avril 1713. entre la France
& les Etats Géneraux des Provinces-Unies pour 25 .
années , étant expiré le 11. Avril de l'année derniere
, & le Roy de France voulant fatisfaire à
l'empreffement que les Etats Généraux ont marqué
de renouveller ce Traité , M. Van Hoey , Ambaffadeur
de la République auprès de S. M. T. C.
muni des pleins Pouvoirs des Etats Géneraux ,
eft
convenu des conditions de ce renouvellement avec
M. Amelot , Miniftie & Secretaire d'Etat , ayant
le Département des Affaires Etrangeres, à qui S. M.
T. C. avoit donné auffi des pleins Pouvoirs pour
cet effet , & ces deux Miniftres ont reglé un nouveau
Tarifconcernant le Conimerce.
La réponse du Roy d'Efpagne au dernier Memoire
qui lui a été prefenté de la part des Etats
Géneraux des Provinces - Unies par M. Vander-
Meer , leur Ambaſſadeur à Madrid , porte que S. M.
C. balançant entre les raifons qui font en fa faveur,
& le defir de ne point alterer la bonne intelligence
qui regne entr'Elle & cette République , n'a fufpendu
jufqu'à prefent fes dernieres réfolutions , qu'après
avoir confideré les inconveniens qui s'enfuivioient
, on entroit en difpute pour le détail
que
;
FEVRIER. 1740 360
que
fi l'on s'en raporte aux Traités cités par les
États Géneraux , ils n'y trouveront pas de quoi
apuyer leurs prétentions , puifque ces Traités n'étant
point contraires aux Loix des deux Etats , lefquelles
reglent l'ordre & la maniere de proceder
dans les Tribunaux refpectifs envers les Sujets de
l'une & de l'autre Puiffance , on ne peut nier que
les Officiers de S. M. C. n'ayent fuivi exactement
les Loix dans l'Inftruction & dans la Procedure des
cas qui font en litige ; que les Actes concernant les
Vaiffeaux l'Afsendelft , & l'Elizabeth , n'étant pas
encore arrivés des Indes , & la Guerre entre l'Efpagne
& l'Angleterre , donnant lieu de craindre qu'ils
n'arrivent pas fi - tôt , S. M. C. pour prouver aux
Etats Géneraux combien Elle eft difpofée à les fatisfaire
, a bien voulu , en ajoûtant foi à ce que
M. Vander Meer lui a reprefenté fur ces deux prifes
, ordonner , fans préjudice de fes droits , qu'on
les rendît aux Propriétaires que pour ce qui re
garde la Corneille Kalft , fa Sentence ayant été prononcée
au Confeil des Indes , il n'y a pas moyen
de recommencer la Procedure ; mais qu'à l'égard
des Vaiffeaux l'Amerique & l'Oof waert , S. M. C.
confent de leur accorder un terme peremptoire de
huit mois pour leur apel .
S S SS L
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Ame Paule Giustiniani , Noble Génoiſe , eſt
Dante àGenes au mois de Janvier dernier ,
âgée de 103. ans.
Le .. Janvier, Gibert Borromée Milanois , Cardinal
de la Ste Egliſe Rom. Prêtre du Titre de S.
Alexis du Mont Aventin , Evêque de Novare ,
Hij
dans
1
362 MERCURE DE FRANCE
>
dans le Milanès , mourut dans fon Diocèfe , âgé
de 68. ans , & quatre mois , étant né le 12. Septembre
1671. & de Cardinalat 22. ans 10.
mois. Il avoit été d'abord Patriarche d'Antioche
in partibus . Enfuite il fut fait Evêque de Novare
le 17. Janvier 1714. Clement X I. le déclara
fon Maître de Chambre le 16. Juin 1716 .
& le créa Cardinal le 15. Mars 1717. Il en reçut
le Chapeau le 18. du même mois , & le Titre de
S. Alexis lui fut affigné le 10. Mai ſuivant . Il étoit
fils puîné de René Borromée , Comte d'Arone ,
mort le premier Mai 1685. & de Julie d'Arefe.
le
Le 10. Jean-Antoine Davia , Bolonnois , Cardinal
de la Ste Eglife Romaine , premier Prêtre ,
du Titre de S. Laurent in Lucina , Prefet de la Con .
grégation de l'Index , mourut à Rome , âgé de 79 .
ans , 2. mois & 21. jours , étant né le 13. Octobre
1660. & de Cardinalat 27. ans , 7. mois & 23 .
jours. Il avoit d'abord été Archevêque de Thebeş
in partibus , & Nonce Apoftolique à Cologne
, puis en Pologne en 1696. Il fut fait Evêque
de Rimini dans la Romagne le 8. Mars 1698. &.
nommé Nonce à Vienne le 14. Avril 1700. ayant
été élevé au Cardinalat Clement XI. Pape
par
18. Mai 1712. Il fit fon Entrée publique à Rome
à fon retour de Vienne le premier May 1713. &
reçut le Chapeau le 4 fuivant. Le Titre de S. Calixte
Jui fut affigné le 30. Août de la mêine année . Il fut
déclaré Legat d'Urbin au mois de Novembre 1710.
puis de la Romagne , le 12. Avril 1717. Il exerça
cette derniere Légation jufqu'en 1720. Il quitta le
Titre de S. Calixte , & opta celui de S. Pierre ès
Liens le 19. Novembre 1725. Il fe démit de l'Evêché
de Rimini , au mois de Decembre 1726. & il
fut fait dans le même mois Protecteur de la Nation
Polonoife , & de fon Eglife Nationale de S. Jean ,
&
FEVRIER. 1740.
363
& de S. Petrone à Rome. Il fut déclaré Prefet de
l'Index le 22. Septembre 1727. & Protecteur d'Angleterre
, & du College Anglois à Rome au mois
de Mai 1728. Le Titre de S. Laurent in Lucina
étant venu
vaquer par la mort de Jofeph-René
Imperiale , Cardinal ; il l'opta par Procureur , étant
alors abfent de Rome , le TI . Fevrier 1737 .
Le 14. Thomas-Jean - François de Strickland de
Sazerghe , 12. Evêque de Namur , mourut à Louvain
dans le College de l'Abbaye d'Alne , d'où fon
corps a été tranfporté à Namur pour y être inhumé
dans fon Eglife Cathédrale . Il étoit Anglois de
Nation , du Diocèfe de Carliſle , & il avoit été élevé
à Paris dans les Séminaires de S. Magloire , &
de S. Sulpice. Il fut reçû Docteur en Théologie de
la Faculté de Paris le 20. Avril 1712. Il alla depuis
à Rome , où il fut employé dans des affaires fecrettes
. A fon retour en France , l'Abbaye de S. Pierre
de Preaux , O. S. B. Dioc . de Lifieux , lui fut donnée
au mois de Decembre 1718. L'Empereur le
nomma au mois de Novembre 1725. à l'Evêché
de Namur , Suffragant de Cambray , qui fue
préconifé & propofé pour lui à Rome , les 9. Decembre
1726. & 20. Janvier 1727. Il fut facré le
28. Septembre de la même année 1727. à Malines
par le Cardinal d'Alface , Archevêque de Malines ,
affifté des Evêques d'ipres & de Tricale. Le feu
Roy de Pologne lui avoit accordé en 1721. fa nomination
pour le Cardinalat , mais il la réfigna à
Philipe Louis , Comte de Sintzendorff , Evêque
de Javarin , qui fut en conféquence compris dans
la Promotion du 26. Novembre 1727. Il avoit établi
en 1732. à Nivelles une Officialité de la Cour
Spirituelle pour tout le Brabant Wallon de fon
Diocèfe. Outre l'Abbaye de S. Pierre de Preaux , il
étoit encore Commandataire de celle de Notre-
Dame à Namur. Hiiij Le
-
364 MERCURE DE FRANCE
>
Le 21. D. Louis Ignace de Borgia Fernandez de
Cordoue , & Contellas onzième de fa Maiſon ,
Duc de Gandie , Marquis de Lombay , & c . Grand
d'Efpagne de la premiere Claffe , Gentilhomme de
la Chambre du Roy Catholique , Sommelier du
Corps du Prince , & Major- Dome- Major de la
Princeffe des Afturies Chevalier de l'Ordre
de Saint Janvier , & grand Clavero de celui de
Montefa , mourut dans la Maifon Royale de Pardo
, à l'âge de foixante -fix ans. Il étoit fils de
Pafchal François de Borgia dixiéme Duc de Gandie
, Marquis de Lombay & de Quirra , Comte
d'Oliva , Grand d'Efpagne de la premiere Claffe ,
Gentilhomme de la Chambre de S. M. C. mort le
9. Décembre 1716. âgé de 65. ans , & de Jeanne
Fernandez de Cordoue , & Aragon , morte au mois
d'Août 1720. âgée de 68. ans , laquelle étoit fille
de Louis Ignace - Fernandez-Cordoue , & Figueroa
Duc de Feria . Celui qui vient de mourir , avoit
épousé en 1694. D. Rofe de Benavides , & d'Aragon
, fiile de Francois , neuviéme Comte de Sant-
Eftevan , & de Françoife d'Aragon , & de Sandoval.
La nuit du deux Février Charles Louis Antoine
de Hennin , dit d'Alface , Comte de Boffut
Prince de Chimay , & du S. Empire , Grand d'Efpagne
de la premiere Claffe , Marquis de la Verre,
& de Fleffingue , Comte de Beaumont , premier
Pair des Pays & Comté du Hainault , Chevalier de
l'Ordre de la Toifon d'or , de la Création de Charles
II . Roy d'Efpagne en 1694 Lieutenant Général
des Armées du Roy Très- Chrétien , & ci - devant
de celles du Roy Catholique , auffi ci devant Grand
Maître & Capitaine Géneral de l'Artillerie des Pays
Bas Efpagnols , & Colonel du Régiment des Fufiliers
, mourut à Bruxelles , âgé d'environ 68. ans
fans laiffer de poftérité . Il étoit frere aîné de Tho-
>
FEVRIER: 1740.
365
-
mas Philipe Walvad de Hennin , dit le Cardinal
d'Alface , Archevêque de Malines , & d'Alexandre
Gabriel Jofeph de Hennin , dit d'Alface , connu
dabord fous le nom de Marquis de la Verre , &
depuis plufieurs années fous celui de Prince de
Chimay le cadet . Celui- ci , après avoir été fucceffivement
Lieutenant Général des Armées des
Rois d'Efpagne & de France , entra au Service de
l'Empereur en 1716. & fut fait Lieutenant Feldt-
Maréchal de fes Armées , & depuis encore Gouverneur
d'Oudenarde . Ils font tous trois fils de
Philipe Antoine de Hennin , Comté de Boffut ;
Prince de Chimay da chef de fa mere , Chevalier
de l'Ordre de la Toifon d'or , mort le 25. Mars
1688. & d'Anne- Loüife de Werreycken , morte le
22. Avril 1729. Celui qui vient de mourir , avoit
été marié 1. le 6. Avril 1699. avec Diane - Gabrielle
- Victoire Mancini , morte le 12. Septem
bre 1716. fille de Philipe Mancini - Mazarini , Duc
de Nivernois & Donziois , Chevalier des Ordres
du Roy , & de Diane- Gabrielle Damas de Thianges
; & 2°. le 16. Juin 1722. avec Charlotte de
St. Simon , fille de Louis de St. Simon , Duc &
Pair de France , Grand d'Efpagne de la premiere
Claffe , Chevalier des Ordres du Roy , & c. & de
Genevieve- Françoile de Durfort de Lorge.
Clé
Le 6. vers les neuf heures du matin
ment , Pape , douzième du nom , qui avoit réçû
le Viatique le vingt - huit du mois précédent
à caufe d'une grande foibleffe dans laquelle il étoit
tombé , mourut âgé de 87. ans , 9. mois et 29 .
jours étant né à Florence le 7. Avril 1652. et
après avoir régné 9. ans , 6. mois , et 24. jours
ayant été élu Pape le 12. Juillet 1730. et couronné
le 16. du même mois dans la Bafilique de
Saint Pierre du Vatican. Le Pape qui avant fon
>
Hv.
366 MERCURE DE FRANCE
exaltation fur la Chaire de St. Pierre , fe nommoit
Laurent Corfini , étpít fils de Barthelemi Corfini
Marquis de Laiatico , mort en 1685. et d'Elifabeth
Strozzi , morte en 1692. Il avoit paffé par les
principales Charges de la Cour de Rome. Il fut
déclaré le 13. Février 1690. Préfet du Tribunal
de la Grascia , ou de l'Abondance ; le
premier Avril fuivant , Nonce Apoftolique à Vienne
, et le 10. du même mois Archevêque de
Nicomédie in partibus. Il n'alla point à cette
Nonciature , l'Empereur Leopold n'ayant point
voulu le recevoir en cette qualité ; il fut depuis
Clerc de la Chambre Apoftolique , dont il fut fait
Tréforier Géneral au mois de Février 1696. Il fur
continué en 1700. dans cette Charge par le Pape-
Clement XI. dont il avoit été autrefois Auditeur
et qui le créa Cardinal le 17. May 1706. Il en reçut
le Chapeau dans un Confiftoire public le 20;
du même mois , et le Titre Presbitéral de Sainte
Sufanne lui fut affigné le 25. Juin fuivant. Il quirta
ce Titre , et opta celui de St. Pierre- ès- Liens le
14. Décembre 1720. ayant paffé de l'Ordre des
Prêtres dans celui des Évêques. Il opta l'Evêché
de Frascati, qui fut propofé pour lui en Confiftoire
le 19. Novembre 1725. Il fut fait le 18. Novem→
bre 1726. Préfet de la Signature de Juftice. Il avoit
pris le nom de Clement , en mémoire du Pape
Clement XI. dont il étoit Créature . Il avoit eu
pour frere Philipe , Marquis de Corfini , mort en-
1705. qui avoit épousé en 1681. Lucrece , fille
de Pierre François Marquis de Rinuccini , morte:
en 1706. De ce mariage font venus Barthelemi
Marquis Corfini né en 1683. Grand Ecuyer de
Jean Gafton de Médicis , Grand Duc de Toscane
puis Capitaine d'une des Compagnies des Chevau-
Légers de la Garde du Pape fon Oncle , en 1730.
FEVRIER.. 1740 . завора
déclaré la même année noble Vénitien , Procu →
rateur de S. Marc , et Chevalier de l'Etole d'or
et aggrégé avec toute la famille à la Nobleffe
Génoife , créé par le Pape fon oncle Duc de Sismanno
, et Prince du Soglio , le 23. Juin 1731 .
nommé au mois d'octobre fuivant Grand Ecuyer
de D. Charles Infant d'Eſpagne , nouveau Duc de
Parme et de Plaifance , et Prince Héréditaire de
Tofcane , depuis Roy des deux Siciles , Gentilhom
me de la Chambre de ce Prince , Viceroi de Sicile en
1737. et Grand d'Espagne de la premiere Claffe en
1739. et Nérée Marie Marquis Corfini , né à Florence
le 19. Mai 1685. Celui- ci a été dabord Envoyé
Extraordinaire du feu Grand Duc de Tofcane
à la Cour de France , et fon Miniftre Plénipotentiaire
au Congrès de Cambray. A fon retour à
Florence , il fut fait Capitaine des Cuiraffiers de la
Garde du GrandDuc de Toscane, Charge dont il pri
poffeffion le 9. Octobre 1725. Son oncle ayant été
elevé à la Papauté , il embraffa l'état Eccléfiaftique
, et fut déclaré le 13. Juillet 1730. Secretaire
des Mémoriaux , et Protonotaire Apoftolique participant
furnuméraire, Il fut créé Cardinal le 14.
Août fuivant , mais la promotion ne fut publiée
que le 11. Décembre. Il reçut le Chapeau le 18.
du
D
même mois , et le Titre Diaconal de S. Adrien
in campo Vaccino lui fut affigné le 8. Janvier
1731. Il fut fait Prefet de la Signature de Juſtice
le 28. Février 1733. D. Barthelemi Corfini , fon
frere aîné , a époufé en 1705. Marie Victoire ,
fille de Jean- Baptiste Altoviti , et en a eu Philipe-
Marie - Jofeph Coifini , né en 1706. créé Duc de
Cafigliano , et Prince de Pittigliano par le Pape
fon grand oncle le 23. Juin 1731. et Capitaine des
Chevau - Légers de la Garde de Sa Sainteté par la
démiffion de fon pere , depuis auffi Chambellan
Hovj
368 MERCURE DE FRANCE
la Clef d'or du Roy des deux Siciles ; Lucrece Cor
fini , morte Religieufe en 1736. Marie Virginie
Corfini , née en 1708. mariée en 1719. avec Jofeph
, Marqs Nicolini , et morte en 1735. et
Elizabeth - Marie Corfini , née en 1709. mariée en
1730. avec Laurent , Comte Ginori , Sénateur
de Florence . Philipe Marie Jofeph Corfini , cideffus
mentionné , a été marié le 8. Janvier 1728 .
avec Octavie Strozzi , née en 1709. fille de Laurent
François Strozzi , Prince de Forano , & de
Marie Thérefe Strozzi , héritiere de Forano. Il
en a eu Victoire Corfini , née en 1729. Barthelemi
Corfini , né à Florence au mois d'Octobre
1730. Laurent Marie Corfini , né en 1731. Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , Grand
Prieur de Pife Marie - Thérefe Corfini , née à
Rome le 30. Septembre 1732. filleule du Pape
Con arrriere grand - oncle ; deux autres filles jumelles;
& André Marie-Louis Corfini , né en 1735.
-
-
>
,
Le feu Pape Clément XII . avoit trois Soeurs
dont deux Religienfes à Florence , l'une defquelles
, nommée Marie - Rofe Corfini , et Abbeffe du
Monaftere des Dominicaines de S. Jacques , mourut
au mois d'Octobre 1733. âgée de 86. ans , er
la troifiéme Marie- Magdela ne- Corfini avoit été
mariée avec Donat Marie Marquis Guadagni , et
en avoit eu Bernard Cajetan Guadagni , né le 14.
Septembre 1674. Religieux Profès de l'Ordre des
Carmes Déchauffés au Convent d'Arezzo en Tofcane
le 11. Novembre 1700. fous le nom de Frere
Jean-Antoine de S. Bernard , fucceffivement Maître
des Novices , plufieurs fois Prieur du Couvent de
fon Ordre à Florence , et Provincial de fa Province
fait Evêque d'Arezzo le 10. Décembre
724. et facré le 31. du même mois , créé Cardinal
, Prêtre , du Titre de S. Martin aux Monts
>
>
FEVRIER. 1740. 369
le 24. Septembre 173 1. et Vicaire Général de Rome
, et de fon District le 28. Février 1732.
On a appris de Rome que le 6. de ce mois après
midi , le Cardinal Camerlingue accompagné de
tous les Clercs de la Chambre Apoftolique se rendit
au Palais de Monte - Cavallo , où après avoir
reconnu le Corps du Pape avec les formalités accoûtumées
, il fe fit remettre l'Anneau du Pêcheur
par le Maître de la Chambre de Sa Sainteté , et il
retourna ensuite à fon Palais avec le même cortége.
Le Corps du Pape fut ouvert et embaumé le lendemain
matin , et le foir on le tranfporta à la
Chapelle de Saint Sixte du Vatican dans une Litiere
découverte , aux deux côtés de laquelle marchoient
les Pénitenciers de S. Pierre , et qui etoit precedée
de la Garde Suiffe , et d'un détachement de
la Compagnie des Chevau Légers , et fuivie du
refte de cette Compagnie , de celle des Cuiraffiers ,
et de fept pieces d'Artillerie .
,
>
Le même jour , le Cardinal Camerlingue & les
trois Cardinaux Chefs d'Ordre , sçavoir les Cardinaux
Orthoboni , Laurent Altieri & Alberoni
s'affemblerent au Palais Altieri , pour regler tout ce
qui peut concerner la sûreté & la tranquillité pu
blique pendant la vacance du Saint Siege . La Congrégation
Générale se tint au Vatican le 8. au matin
& on y fit la lecture de toutes les Bulles
qui regardent les Conclaves. L'Anneau du Pêcheur
y fut enfuite rompu' , ainfi que les autres Sceaux .
Le Gouverneur de Rome fut confirmé d'une voix
unanime dans fon Emploi & on nomma les
Cardinaux Alexandre Albani , Bichi , et Sacripanti
, pour veiller à la conftruction du Conclave.
Après la Congrégation , les Cardinaux allerent
à la Chapelle de Saint Sixte , et ils accompagnerent
le Corps du Pape à l'Eglife de Saint Pierre
"
370 MERCURE DE FRANCE
où il fut dabord mis dans la Nef , et ensuite dans
la Chapelle du S. Sacrement , dans laquelle il a été
expofé pendant trois jours.
•
"
Le 9. et le 10. il s'eft tenu plufieurs Congréga
tions et dans la derniere le Sacré College a
choifi l'Abbé de Sainte Croix de Jerufalem et
Mrs Leproti et Lanciani , le premier pour Confeffeur
, et les deux autres pour Médecins du Conclave.
Les Cardinaux fe raffemblerent le ro. au foir
dans la Sacriftie de l'Eglife de S. Pierre , et après
qu'on eut fait en leur préfence la Cérémonie d'enfermer
le Corps du Pape , avec plufieurs Médailles
d'or et d'argent dans un triple Cercueil ,
le plaça dans le lieu où il doit refter en dépôt ,
jufqu'à ce qu'il foit transporté à la nouvelle Chapelle
de S. Jean de Latran , deftinée pour ſa ſépulture.
BOUTS RIME'S ,
-
on
DU Mercure de Décembre 1739. remplis
par le Poëte Gelé , durant la gelée
du mois deJanvier 1740 .
Logé moins chaudement que l'Abeille en fa Ruche,
Je paffe mon hiver toujours fombre et Sournois
Sans ofer au dehors produire mon
N'ayant plus au dedans ni falourde ni
La glace avant hier fit éclater ma
Minois,
Buche,
Cruche;
Pour en avoir une autre , il faut fix fols Tournois.
FEVRIER. 372 1740.
Six fols ! c'eft un objet . Sous mon pauvre Harnois
J'ai du pain ; mais encore il gele dans ma Huche
Le grand froid ma rendu pareffeux comme un Chien,
Dans un lit fans rideaux je dors , ou ne fais Rien
Je ferois moins brisé , fi je courois la
Je n'avois qu'un chaffis ; le vent me l'a
Pofte
Crevé
L'air me perce, et tu veux qu'à tes Vers je Ripofte
Attends , cruel Ami , juſqu'au dégel : Ave
FRANC E.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &
E premier Fevrier , M. le Jeune , Recteur de
LFUniverfité , accompagné des Doyens. deş Facultés
& des Procureurs des Nations , fe rendit a
Verfailles, & fuivant l'ancien ufage , il eut l'honneur
de préfenter un Cierge au Roy , à la Reine &
à Monfeigneur le Dauphin .
Le même jour , le Pere Chevalier , ancien Vicaire
Géneral des Religieux de la Mercy , accompa
gné de trois Religieux de leur Maiſon , eut auffi
l'honneur de préfenter un Cierge à la Reine , pour
fatisfaire à une des conditions de leur Etabliſſement :
fait à Paris en 1615. par la Reine Marie de Médicis.
Le 2.Fête de la Purification de la Sainte Vierge , les
Chevaliers , Commandeurs & Officiers de l'Ordre
du S. Elprit , s'étant rendus vers les onze heures du
matim
372 MERCURE DE FRANCE
matin dans le Cabinet du Roy , S. M. tint un Cha
pitre , & nomma Chevalier le Duc de Chartres.
Après le Chapitre , le Marquis de Fenelon , Ambaffadeur
du Roy en Hollande , nommé Chevalier
le 2. Fevrier dernier , et dont les preuves avoient
été admifes dans le Chapitre tenu le 17. du mois de
Juin , fut introduit dans le Cabinet du Roy , & il
fut reçû Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
Le Roy fortit enfuite de fon Cabinet , pour aller
à la Chapelle. S. M. étoit précedée du Duc
d'Orleans , du Comte de Clermont , du Prince de
Conty , du Prince de Dombes , du Comte d'Eu , &
des Chevaliers Commandeurs & Officiers de l'Ordre.
Le Marquis de Fenelon , en habit de Novice ,
marchoit entre les Chevaliers & les Officiers .
Le Roy affifta à la Benediction des Cierges , à la
Proceffion & à la grande Meffe , qui fut célebrée
par l'Abbé Broffeau , Chapelain de la Chapelle de
Mufique. La Meffe étant finie , Le Roy quitta fon
Prie-Dieu & monta à fon Trône auprès de l'Autel ,
où le Marquis de Fenelon fut reçû Chevalier avec
les céremonies accoûtumées , ayant pour Parains
le Marquis de Goesbriant & le Marquis de Livry.
Le Marquis de Fenelon ayant pris la place , le Roy
fortit de la Chapelle , & Š . M. fut reconduite dans
fon Apartement en la maniere ordinaire. La Reine
& Monfeigneur le Dauphin , entendirent la même
Meffe dans la Tribune.
L'après midi , L. M. affifterent au Sermon du P.
Neuville , de la Compagnie de Jefus , & enfuite
aux Vêpres , qui furent chantées par la Mufique.
Le Marquis de l'Hôpital , nommé par S. M. Ambaffadeur
auprès du Roy des deux Siciles , prit conge
du Roy au commencement de ce mois pour fe
rendre à Naples ; il eſt l'aîné de l'illuftre Maifon de
PHôpital ,
FEVRIER. 1740. 373
P'Hôpital , au fujet de laquelle on eft entré dans de
grands détails dans plufieurs Mercures , la Tradition
de cette Maifon eft , qu'elle eft originaire da
Royaume de Naples , fortie de la Maifon Galucci ;
elle paffa en France vers le commencement du .
XIII . fiecle , dans lequel Galeas , Duc de Milan ,
amena avec lui Jean de l'Hôpital , fils de Frederic
de l'Hôpital.
Il y a eu trois Branches de cette Maifon ; celle
de Choisy , l'aînée , apellée maintenant Châteauneuf-
sur-Cher ; la feconde , Sainte Mesme , dont
étoit le Marquis de l'Hôpital , célebre Mathématicien
, & celle des Ducs de Vitry , éteinte dans la
perfonne du Comte de Château- Vilain , Enfant
d'honneur de Monfeigneur le Dauphin , fils de
Louis XIV . Ces trois Branches font toutes très - illuftrées
& par les Alliances & par les Dignités Mitaires.
Adrian de l'Hôpital , que quelquefois dans les
vieilles Chroniques on nomme André de l'Hôpital,
commandoit l'avant - garde de l'Armée du Roy à la
Bataille de S. Aubin du Cormier , et défit le Seigneur
de la Mouffaye , Chevalier Breton . Louis de
la Tremouille , qui commandoit l'Armée , arriva &
battit entierement l'Armée Bretonne. Le Roy Charles
VIII, accorda à Adrian de l'Hôpital , en faveur
des fervices de cette journée , la conceffion de porter
en fantoir derriere l'Ecu de fes Armes , les Bannieres
de France, et de Bretagne , et à l'aîné de fes
Enfans mâles à perpetuité.
Adrian de l'Hôpital fuivit le même Roy Charles
VIII. à la conquête du Royaume de Naples avec
Jo. Lances.
Paul , Marquis de l'Hôpital , l'aîné des Descendans
d'Adrian de l'Hôpital , aujourd'hui Ambaffadeur
à Naples , a fervi pendant les Campagnes de
1712.
374 MERCURE DE FRANCE
1712. ét 1713. Cornette dans le Régiment Royal
Etranger, et Ayde de Camp du Comte de Beauveau ,
fon oncle , Lieutenant Géneral.
Il entra enfuite dans la feconde Compagnie des
Mousquetaires de la Garde du Roy ; il fut en 1717.
Enfeigne dans le Régiment des Gardes Françoifes ,
et obtint en 1719. l'agrément d'une Charge d'Enfeigne
des Gendarmes de la Garde ordinaire du
Roy , avec Brevet de Colonel.
En 1725. S. M. lui accorda l'agrément d'un Ré .
giment de Dragons , dont il s'eft démis au mois de
Septembre dernier , en faveur du Comte de l'Hô- ›
pital de Sainte Mesme , fon parent , Capitaine dans
le même Régiment .
LeMarquis de l'Hôpital eft Brigadier de la Promo
tion de 1734. et Inspecteur Géneral de Cavalerie
et de Dragons , depuis le inois, d'Octobre 1738.
On peut voir la filiation de ces trois Branches
dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
du P. Anfelme , continuée par le P. Simplicien ,
Tome 7. page 432 .
EXTRAIT d'une Lettre écrite à M. le
Marquis de l'Hôpital , par M. de Fontenelle
, P'un des de l'Académie Fran
çoise , au mois de Décembre 1739 .
40.
Left vrai , Monfieur , que dans l'Eloge de M. le
I Marquis 9
l'académie
des Sciences , mort en 1704. j'ai dit que la Branche
de l'Hôpital et de Sainte Mesme , dont il fortoit
, étoit aînée de celle des Ducs de Vitry , préfentement
éteinte. Je me fouviens bien de l'avoir dit
fur la parole de M. le Comte de l'Hôpital , frere
cadet de celui qui vient de mourir. Je n'avois que
lui à confulter fur ce fujet , et j'avois fort P'honneur
d'être
FEVRIER. 1740. 375
d'être connu de lui ; il me fit même celui de venir
chés moi avec une espece de céremonie, me rcmercier
de l'Eloge de fon illuftre frere , que j'avois
lû dans une Affemblée publique . Vous m'avez fait
voir , Monfieur , par le P. Anfelme , et vous avez
de bons titres pour le prouver , que cette Branche
de votre Maiſon , qui m'avoit été donnée pour l'aî
née , ne l'étoit pas , je me rends fans aucune peine,
et vous le déclarerai en telle forme et auffi publiment
que vous voudrez , très - fâché feulement de
ne vous donner qu'une auffi légère marque du respect
, &c. Signe FONTENELLE .
Le Roy a donné la Charge de Secretaire d'Etat
du Département de la Guerre , au Marquis de Breteuil
, Commandeur et Maître des Cérémonies des
Ordres de S. M. et Chancelier de la Reine. Le 21 .
il prêtaferment de fidélité entré les mais de S. M.
Le 14. pendant la Meffe du Roy , l'Evêque de
Limoges prêta auffi ferment de fidelité entre les
mains de S. M.
Le 18. le Roy et la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château de Marly . la Meffe de Requiem
, pour l'anniverfaire de Monfeigneur le Dauphin
, Pere du Roy. L. M. en avoient entendu une
le 12. pour l'anniverfaire de Madame la Dauphine,
Mere du Roy .
Le 21. M. Crescenti , Archevêque de Nazianze
et Nonce du Pape , eut une Audience particuliere
du Roy , et il donna part à S. M. de la mort du Pape
Clement XII . Il lui présenta une Lettre du Sacré
College.Il fut conduit à cette Audience par M.
de Verneuil , Inttroducteur des Ambaffadeurs.
Le même jour ,M. Piolenc, Premier Préfident du
Parle
376 MERCURE DE FRANCE
Parlement de Grenoble , prêta ferment de fidelité
entre les mains de S. M.
Le 23. le Cardinal d'Auvergne partit pour aller
à Rome et entrer au Conclave , et le Cardinal de
Rohan partit deux jours après pour le même fujet.
Le même jour , les Comédiens Fraçois représenterent
à la Cour la Conédie de Démocrite et les
Plaideurs , et les Comédiens Italiens y joüerent auffi
le lendemain la Piéce nouvelle Italienne du Double
Dénouement , ou Arlequin Scanderberg.
Le 25. le Prince de Lichtenſtein , Ambaffadeur de
l'Empereur , donna un Soupé des plus fplendides et
des mieux fervis , fur differentes Tables, qui compofoient
environ cent couverts ; les Seigneurs & les
Dames de la premiere diftinction de la Cour et de
la Ville y furent invités . Il fut fuivi d'un grand Bal ,
où l'on fervit en abondance toute forte de rafrai
chiffemens ; il y eut auffi une fuperbe Illumination -
à l'Hôtel de cet Ambaffadeur .
Le 29. et le lendemain , la Reine , accompagnée
des Dames de la Cour , se rendit à l'Eglife de la
Paroiffe du Château de Versailles , et S. M. y aſſiſta
au Salut et à la Bénediction du S. Sacrement . •
Le 2. Fevrier , Fête de la Purification , on chanta
au Concert Spirituel du Château des Tuilleries , l'E
xurgat Deus , Motet à grand Choeur de M. de la
Lande , qui fut fuivi d'ua Carillon de Symphonie
du Sr Aubert , et d'un petit Motet à voix feule du
Sr Cordelet. Les Srs Blavet et Greff , exécuterent
differens Concerto fur la Flute & le Violon , et le
Concert fut terminé par un autre grand Motet de
M. de la Lande . Le
FEVRIER. 1740. 377
Le 6. la Reine étant à Marly , entendit en Concert
les deux derniers Actes de l'Opera de Tanerede.
Le 8. le 10. et le 13. on chanta devant S. M. la
Paftorale d'Ifé , dont le Rôle fut rempli avec fuccès
par la Dlle de Romainville , et ceux d'Apollon et
d'Hilas, par les Srs Jeliot et Benoît, qui firent beaucoup
de plaifir à toute la Cour.
20.
Le 15. et le 17. la Reine entendit le Ballet des
Elemens , dont les principaux Rôles furent exécutés
par la Dlle Huguenot et par les mêmes Acteurs qu'on
vient de nommer, et avec les mêmes aplaudiffemens.
Le la Cour étant de retour à Versailles , on
chanta au Concert de la Reine le Ballet du Carnaval
de la Folie , qu'on continua le 22. et le 27 ;
la Dlle Huguenot et le Sr Benoît exécuterent dans
une grande précifion et avec le goût convenable aux
Caracteres , les Rôles de la Folie et du Carnaval.Ces
trois dernieres Piéces font de la compofition de M.
Destouches, Sur-Intendant de la Mufique du Roy,
en femeftre.
MANDEMENT de M. l'Archevêque de
Paris , portant permiffion de manger des
Ceufs pendant le Carême , &c.
Harles-Gafpard- Guillaume de Vintimille des
Comtes de Marseille du Luc , &c.
L'intention de l'Eglise dans l'établissement du
Carême , a été d'infpirer à fes Enfans l'efprit de
pénitence , et de leur faire expier , par les pratiques
pénibles de la mortification chrétienne , les fautes
dont ils se rendent tous les jours coupables. C'eft
dans cette vûë , que , pendant ce faint temps , elle
employe dans fes Prieres et dans fes Offices les
paroles de l'Ecriture , les plus propres à exciter en
eux des fentimeus de somponction , et qu'elle leur
interdit
i
378 MERCURE DE FRANCE
interdit dans les repas qu'elle leur permet , ce qui
peut flater davantage la fenfualité et le goût.
Cependant cette Mere tendre et compatiffante ne
refuse pas d'adoucir quelquefois en leur faveur la
feverité de fes defenſes ; la même charité qui l'engage
à leur faire prevenir , par la fatisfaction volontaire
qu'ils offrent à Dieu , les redoutables châtimens
dont il menace les pecheurs impenitens , la
porte à diminuer le joug qu'elle leur a elle même
imposé , lorsqu'il paroît être en quelque façon audeffus
de leurs forces.
Parmi les motifs qui peuvent autoriser cette condescendance
, il en eft peu d'auffi preffans , que
ceux qui nous ont été reprefentés par les Magistrats
, chargés de pourvoir aux befoins publics . Un
hyver long et rigoureux , en diminuant l'abondance
des alimens permis en Carême , en a fait augmenter
le prix , et en mettant plufieurs Ouvriers
dans l'impoffibilité de continuer leur travail , les a
privés de l'unique ou principale reffource qu'ils
avoient contre la misere et l'indigence . Dans ces
circonftances , ces fages Magiftrats , perfuadés que
l'ufage des Oeufs faciliteroit à beaucoup de perfonnes
le moyen de fubfifter , nous ont requis d'accorder
à ce fujet la difpenfe neceffaire.
A ces caules , Nous permettons de manger des
Oeufs dans la Ville et le Diocèse de Paris pendant
le Carême procchain , depuis le Mercredi des Cendres
inclusivement , jufqu'au Dimanche des Kameaux
exclusivement , fans néanmoins que cette
permiffion puiffe tirer à consequence pour l'avenir.
Nous recommandons aux Fideles , qui refpectent
encore l'autorité facrée des Loix de l'Eglife ,
d'obferver au furplus , avec exactitude , jeûne &
l'abſtinence , & de ne point se laiffer entraîner par
l'exem
FEVRIER.
1740. 379
l'exemple de tant d'autres , qui dans un temps
confacré à la pénitence , & fans refpect pour une
Loi établie dès le siécle des Apôtres , multiplient
les repas & mangent gras , non feulement fans en
avoir obtenu la permiflion de leurs Paſteurs , fuivant
la regle du Diocèse , mais même fans aucune
neceffité. Nous ne pouvons nous diſpenſer d'exhorter
ici les Pauvres à fuporter patiemment leur
état , & de ne point fe priver , par leurs murmures,
du fruit précieux de leurs fouffrances ; mais nous
devons en même temps conjurer les Riches de lés
affifter par des Aumônes abondantes , & de retrancher
les dépenses fuperfluës du jeu , de la table &
des fpectacles , pour pouvoir leur accorder des
secours proportionnés à leurs besoins .
Si vous mandons , &c . Donné à Paris en notre
Palais Archiepifcopal , le 25. Fevrier 1740.
Signé , CHARLES , Archevêque de Paris , &c .
A M. DAQUIN , Organiste du Roy.
Oui , Calviere , à ton Art un éloge étoit dû ,
Et le Pere de l'Harmonie
D'un fourire fateur aprouve le Génie ,
Par qui cet honneur t'eft rendû.
Une autre Muse sur la Lyre ,
Pour célebrer Daquin , recherchoit des accords ;
Tais- toi , dit Apollon , tu fais de vains efforts ,
Peut-on chanter ce que j'admire ?
De mémoire d'homme , on n'a point encore
éprouvé à Paris un Hyver auffi long que celui- ci ,
car
380 MERCURE DE FRANCE
car la gelée a commencé dès le mois d'Octobre.
Peu de temps après la Saint Martin , la plupart des
Glacieres avoient été remplies , & aujourd'hui 29.
Fevrier , c'est le cinquante- cinquième jour de forte
gelée prefque continuelle , à compter du 6. Janvier
, Fête des Rois ; elle commença avec une
telle violence , qu'en trois jours la Riviere de Seine
se trouva prise , & fans prefque de relâche , que
dans les intervalles où il eft tombé de la neige ,
dont toute la campagne & les toîts des maisons
sont encore couverts . Cependant dans cette grande
Ville , dont la consommation eft immense , par
la prévoyance , l'attention continuelle & l'extreme
vigilance des Magiftrats , on n'a manqué d'aucune
Denrée & d'aucuns vivres ; le prix du charbon & du
bois de toute espece , n'a nullement augmenté.
BOUT S- RIME'S ,
Donnés dans le Mercure de Décembre , &
remplis par l'Abbé Godard.
Sur la rigueur de cet Hyver.
L
'Oifeau meurt dans les Bois , l'Abeille dans fa
Ruche;
Chacun de fon manchon fe couvre le Minois ;
L'avide Procureur au viſage
Sournois ,
Pour aller au Palais n'ose quitter la
Buche.
Sans Eau de la Riviere on raporte
Le plus fier Champion quitteroit le
fa Cruche ;
Tournois ,
Le
FEVRIER . 1746: 381
Le plus fougueux Courfer tremble fous fon Harnoise
L'Ouvrier morfondu brûle jusqu'à fa
On ne laifferoit pas coucher dehors un
On dépense beaucoup , & l'on ne gagne
L'argent vient lentement, & la misere en
Huche
Chien i
Rien ;
Pofte
Par la rigueur du Temps plus d'un vieux a Crevé ;
Pour tout dire , en un mot , None à gentil Ripoffe
Au Tour , crainte du froid , ne va plus dire
Avis au Public.
Ave!
A Perfonne qui donne cet Avis , eft de meil
Lleure foi que tous les autres Donneurs d'Avis
qui prétendent n'avoir que l'utilité génerale en vûë,
& dans le fond ce n'eft que leur utilité propre qu'ils
envisagent. Elle convient donc naturellement que
c'eft fon interêt particulier qui lui a fait naître l'idée
dont elle fait part au Public ; mais elle ſe flate que
ceux qui voudront en faire usage y pourront trouver
quelque avantage.
• L'Homme dont il eft ici queftion a employé la
plus grande partie de fa vie à l'étude des Belles-
Lettres, de la Philosophie & des Mathématiques . Le
dérangement de fes affaires lui a fait prendre le parti
de fe charger de l'Education ou d'un jeune Seigneur,
ou d'un jeune Homme riche, il n'importe. Si la fingularité
de la tournure qu'il prend pour arriver à fes
vues , piquoit la curiosité de quelqu'un , il indiquera
des Perfonnes de la premiere consideration dans la
République des Lettres , et très connues par leurs
I lumie382
MERCURE DE FRANCE
lumieres , leur esprit et leur probité , qui rendront
de lui un témoignage peut- être affés avantageux
pour donner envie de l'employer. Si même quelqu'un
avoit befoin d'un Sécretaire, il ſe flate qu'il en
pourroit fervir.
L'Auteur du Mercure a bien voulu fe charger du
foin de nommer les Perfonnes qui répondront du
Donneur d'avis , en cas que quelqu'un veuille s'en
fervir , et d'indiquer fa demeure.
POMPE Funebre , Funerailles , & Inhuma
tion du Corps du Duc DE BOURBON.
L
;
Ouis Henri de Bourbon étant mort à Chantilly
le 27. Janvier , fut aporté à l'Hôtel de Condé,
après avoir été embaumé il y fut exposé le 3 .
Fevrier pendant huit jours sur une Eftrade , dans
une Chambre de parade tendue de deuil , et éclairée
d'un grand nombre de lumieres .
Toute la façade de l'Hôtel étoit tenduë de 14.
lez de drap , avec deux lez de velours , chargés de
petites Armes , et entre ces deux lez , étoient placées
les grandes Armoiries de la Maison de Bourbon
- Condé.
La grande Cour étoit auffi entierement tenduë
avec un lez de velours , chargé d'Ecussons. La
façade des croisées qui donnent sur la Cour et le
grand Escalier , étoient tendus de 17. lez , avec
deux lez de velours , chargés d'Ecussons et grandes
Armes entre les lez.
Ce grand Escalier étoit tendu du haut en bas jufqu'au
Palier du grand apartement. Les trois premieres
Pieces d'entrée étoient entierement tendues ,
avec un lez de velours dans chacune des trois Pieces
, chargé d'Ecussons , avec des Plaques garnies
de bougies , et sur chaque porte des trois Pieces ,
deux
FEVRIER .
383 1740 .
deux lez de velours , chargés d'Ecussons & grandes
Armes.
Un grand Salon tendu et foncé , garni dans tour
son pourtour de deux lez de velours , chargés d'Ecuffons
et grandes Armes , et deux fiets de Plaques
chargées de bougies . Le Salon étoit garni de Parterre
dans toute son étendue.
On avoit placé à l'entrée de ce Salon deux Autels
à la Romaine , pour y célebrer la Messe ; ils
étoient garnis chacun de douze cierges avec des
Ecussons.
Au-delà des Autels , les Prêtres de la Paroiffe de
S. Sulpice , & les Peres Cordeliers du Grand Convent
, psalmodioient alternativement , les uns à
droite & les autres à gauche.
Le milieu de cette partie du Salon , étoit éclairée
par un Luftre à douze bobêches , et les côtés par
six grandes Girandoics posées fur des Confoles.
Vers l'extremité de ce Salon ou Chambre de parade
, étoit exposé le Corps du Prince , fous un Dais
de velours à crêpine d'argent , dont les pentes étoient
ornées d'Ecussons en broderie d'or et d'argent.
Le Cercueil étoit élevé fur une Eftrade de quatre
Gradins chargés de 72. chandeliers d'argent ,
garnis de cierges avec des Armes. Le Cercueil étoit
couvert d'un Poele de velours croisé de Moire
d'agent , herminé & cantoné des Armes de Condé
en broderie ; les Honneurs étoient placés sur le
Cercueil , c'est - à - dire , la Couronne de Prince sur
un carreau de velours couvert d'un crêpe , avec les
Coliers de l'Ordre du S Efprit & de la Toison d'or.
Un peu au-delà de l'Eftrade , on avoit dreffé une
Credence , sur laquelle étoit une Croix & quatre
chandeliers .
A l'extremité oposée , étoit un grand Benitier ,
au côté duquel les Heraults d'Armes en habits de
éremonies , étoient placés. I ij Les
384 MERCURE DE FRANCE
Lès deux côtés de la Representation étoient oc
cupés par les Aumôniers , par les principaux Offieiers
& par les Gentilshommes du Prince.
Le fond de la Chambre de parade , étoit éclairé
comme l'entrée ,avec des Girandoles fur leurs Con
foles. Les deux pieces par lefquelles on fortoit ,
étoient entierement tendues , ainsi que le paffage
et l'efcalier , au bas duquel étoient deux grandes
Salles tendues pour recevoir les Princes.
Le 4. Fevrier , les Religieux de l'Abbaye S. Ger
main des Prés , le P. Géneral à leur tête , & accompagnés
des Officiers de leur Juftice , allerent à l'Hôtel
de Condé , pour jetter de l'Eau benite sur le
corps du Prince. Après qu'ils eurent chanté le
Libera & le De profundis , le P. Géneral`dit l'Orai→
son convenable , et jetta ensuite de l'Eau benite , et
Tous les autres Religieux , felon leur rang , firenț
la même céremonie.
Le même jour , les Religieux Jacobins de la ruë
S. Jacques , & lesPP . Jesuites s'acquitterent du
même devoir.
>
Le 5. le Prince de Conty , nommé par le Roy
pour aller de sa part jetter de l'Eau benite sur le
Corps du feu Duc de Bourbon , se rendit au Châ
teau des Tuilleries , où il monta dans le Carosse de
S. M. ayant auprès de lui le Duc d'Estissac , que le
Roy avoit nommé pour l'accompagner , & su le
devant du carosse le Comte de Choiseul auffi ,
nommé par S. M. pour porter la queuë de la Robe
de deuil du Prince de Conty , et le Marquis de
Brezé, Grand Maître des Céremonies. Un Détachement
des Gardes du Corps , et un des Cent Suisses du
Roy avec leur's Officiers , marchoient devant & autour
du carosse. Lorsqu'il fut arrivé à l'Hôtel de Condé,
le Comte de Charolois et le Comte de Clermont,
en grand Manteau de deuil , le Colier de l'Ordre
ยิ่ง
FEVRIER 1740 385
du S. Efprit pardeffus , accompagnés de plufieurs
de leurs Parens et Officiers du feu Duc de Bourbon,
reçûrent à la descente du caroffe le Prince de Conty
, lequel après s'être revêtu de fa Robe de deuil ,
monta à la Chambre de parade . Il étoit precedé
du Comte de Charolois , du Comte de Clermont
des Seigneurs qui les accompagnoient , du Grand
Maître , du Maître , de l'Ayde des Céremonies et
des Heraults d'Armes , et la queue de sa Robe de
deuil étoit portée par le Comte de Choiseuil.
Après les Saluts accoûtumés , le Prince de Conty se
mit sur un Prie Dieu qui lui avoit été aporté de la
Chapelle du Roy , et lorsque les Prieres furent finies
, l'Abbé de la Farre , Aumônier du Roy , pré→
senta le Goupillon au Prince de Conty , lequel s'étant
aproché du Cercueil , jetta de l'Eau benite .
Après l'Oraison, le Prince de Conty fut reconduit au
carosse du Roy, comme il avoit été reçû , et il fut ramené
au Château des Tuilleries dans le même ordre
obſervé , lorſqu'il étoit venu à l'Hôtel de Condé.
Le 6. le Prince de Dombes , le Comte d'Eu , le
Duc de Penthiévre & le Marquis de Verac , le Par
lement , la Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & la Cour des Monnoyes , l'Archevêque de
Rouen , & l'Evêque de Soiffons , les Jacobins du
Fauxbourg S. Germain , les Religieux Auguftins
de la Place de Victoire , le Curé de S. Sulpice , à la
tête de fon Clergé , les PP. Recolets , les Augufins
du Fauxbourg S. Germain , les Minimes de la
Place Royale , les Carmes de la Place Maubert, les
Capucins de la rue S. Honoré , les Feuillans de la mê- ´
me rue, les Cordeliers, précedés de l'Archiconfrairie
de Jerufalem , & les Grands Auguſtins, allerent jetter
de l'Eau benite.
Le 7. le Prince de Conty vint en fon nom jetter
de l'Eau benite fur le Corps du Prince; auffi bien que
I ij les
386 MERCURE DE FRANCE
les Cordeliers du Monaftere de l'Ave Maria ; les
Minimes de Chaillot , & les Prêtres de l'Oratoire .
Le 8. les Archevêques de Tours & de Bourges ,.
& les Evêques du Mans , de Lectour , de Senlis, & c .
Le Corps de Ville , les Tréforiers de France , l'Univerfité
, le Lieutenant Civil ; le P. Géneral des
Chanoines Reguliers de Ste Genevieve , & fes Affiftans
. Les Religieux Picpus , & les Carmes Déchauffés
, allerent s'acquitter du même devoir.
Le même jour , le Coeur du Duc de Bourbon
fut porté avec un grand Cortege à l'Eglife
de la Maiſon Profeffe des Jefuites . Le Comte de
Clermont faifoit les honneurs , & il étoit accompagné
du Prince de Pons & des Principaux Officiers
du Prince défunt . Le Cortege étoit précedé du
Guet à cheval. Deux Suiffes marchoient à la tête ,
avec 20. Garçons d'office & so- Valets de pied ,
portant chacun un Flambeau ; fuivoient 12. Pages
à cheval avec des Flambeaux ; enfuite 20. Gentilshommes
à cheval , en longs Manteaux de deuil .
Suivoient 5. Caroffes drapés, dont 2. à 8. chevaux,
caparaçonnés de velours croifé de moire d'argent ,
dans l'un defquels étoit le Coeur du Prince dérunt
porté par l'Evêque de Macon, accompagné du Curé
de S. Sulpice , & dans l'autre le Comte de Clermont
& le Prince de Pons ; les Gentilshommes &
les autres Officiers du Prince étoient dans les autres
Caroffes de deuil à fix chevaux
La Façade de l'Eglife des Jefuites & la Chapelle
de la Maifon de Condé étoient tenduës à huit lez
garnis de lez de velours , avec grandes & petites
Armes. On avoit placé dans la Chapelle un petit
Dais de velours fur deux eftrades qui portoient 32 .
Chandeliers d'argent , garnis de cierges , & une petite
credence parée de velours , pour y pofer le
-Coeur enfermé dans une boete d'or ; l'Evêque de
Ma
FEVRIER: 1740. 387
Macon , accompagné du Curé de S. Sulpice , fit la
céremonie de le prefenter au P. Lavau Provincial
des Jefuites , pour être mis avec ceux des Princes
de Bourbon - Condé , qui font dans cette Eglife ,
Le 9. les Religieux de la Mercy & les PP. de
Nazareth allerent jetter de l'Eau benite fur le Corps
du Prince .
Le 10. vers les huit heures du foir , le Corps du
Duc de Bourbon fut tranfporté avec un très - grand
Cortege à Enguyen dans un Char funebre. Le Guer
à cheval marchoit à la tête du Convoi , après lequel
fuivoient quatre Suiffes , trente Garçons d'office,
cent Valets de pied & douze à cheval , portant
tous des Flambeaux . Vingt Officiers à cheval en
longs Manteaux de deuil . Un premier Caroffe à
huit chevaux caparaçonnés de velours croifé de
moire d'argent , dans lequel des Gentilshommes
du Prince portoient la Couronne & les deux Coliers
de l'Ordre du S. Efprit & de la Toifon d'Or.
Le Roy d'Armes & les quatre Heraults d'Armes
précedoient le Char funebre qui renfermoit le Corps
du Prince , couvert d'un poil de velours croifé de
moire d'argent bordé d'hermine , & cantonné de
quatre Ecuffons en broderie d'or. Quatre Aumô---
niers à cheval en Rochets, en Manteaux & en Bonnets
carrés en portoient les quatre coins . Le Char´
étoit attelé de huit chevaux caparaçonnés & moirés
d'argent , fept autres Carofles à fix chevaux caparaçonnés
en noir , fuivoient le Char , l'Evêque de
Macon & le Curé de S. Sulpice étoient dans le premier
, les Gentilshommes & les autres Officiers du
Prince occupoient les autres .
Un peu avant minuit , le Char funebre arriva à«
Enguien- Montmorency dans l'ordre qu'on vient
de dire. Le R. P. de la Vallete Superieur General ›
de l'Oratoire , fe trouva à la principale porte de l'ELiiij
glife ,,
388 MERCURE DE FRANCE
glife , dont tout le Portail étoit tendu de noir ,
ainfi que la Nef , le Choeur , les Piliers , les bas
côtés , &c. avec des Ecuffons , &c. accompagné
de tous les Prêtres de la Maifon . L'Evêque de Ma-´
con en Chape & en Mitre , ayant le Curé de S. Sulpice
à fon côté , lui prefenta le Corps & prononça
n beau Difcours auquel le P. Géneral répondit
par un autre Difcours fort chrétien & très- éloquent.
Devant le Corps , en entrant dans l'Egliſe , marchoient
un grand nombre de Pauvres , vêtus de
deuil & portant des Flambeaux , fuivis des Valets
de pied & de la Livrée du Prince . Le Corps étoit
porté par les Valets de Chambre , & fuivi de fes
premiers Officiers , premier Eayer , premier Gen-
Tilhomme de la Chambre, Capitaine des Gardes , &c.
On le pofa fur un Catafalque élevé au milieu du
Choeur ; & fur les Gradins il y avoit cinquante
grands Chandeliers d'argent avec des Cierges.
Le lendemain matin Jeudi 11. fur les dix heures ,
le R. P. Géneral celebra la Meffe folemnellement
à laquelle affifta le Comte de Clermont , avec les
Princes de Guife , de Pons , de Lambefc , & d'Armagnac
, le Baron de Montmorency , le Prince de .
Tingry , le Comte & le Marquis de Matignon , le
Marquis de Breteuil , &c. Le Comte de Clermont
étoit en grand Manteau noir fur lequel étoit le Colier
des Ordres du Roy. Les autres Seigneurs qui
étoient auffi Chevaliers , étoient habillés de même.
Quatre principaux Officiers du Prince défunt étoient
placés fur un banc couvert de drap noir pendant le
Service au bas du Catafalque , entre l'Eſtrade &
l'Autel.
La Meffe finie , on inhuma le Corps dans un cayeau
de douze pieds en quarré , conftruit exprès aut
côté gauche de l'Autel Le Cercueil de plomb étoit
Couver
FEVRIER. 1740. 389
éouvert d'une plaque de cuivre fur laquelle eft gravée
une Infcription qui contient les noms , qualités,
Charges & Dignités du Prince , & c. Le Cercueil
oit enfermé dans une caiffe de bois de chêne .
Le Service fini , le Comte de Clermont ſe rendit
dans une Sale preparée exprès pour le diné . Il fut
fervi fur une Table de quatorze couverts à laquelle
mangerent avec le Prince , les quatre Princes de la
Maifon de Loraine nommés ci - deffus , le Baron de
Montmorency , le Prince de Tingry , le Comte &
le Marquis de Matignon , le Marquis de Breteuil ,
Je Chevalier de la Mark , M. Des Granges , Maître
des Ceremonies , M. de Magdonel , Capitaine des
Gardes , & le R. P. Génerak
A une autre Table de 25. couverts , dinerent les
plincipaux Officiers du Duc de Bourbon . Il y eut
deux autres Tables particulieres pour les Aumoniers
& pour les Pages. Les Prêtres de l'Oratoire mangerent
dans leur Refectoire , & furent fervis par les
Officiers du Prince défunt. Les autres Officiers
mangerent en divers endroits de la Maiſon .
A l'occafion des Obfeques dont on vient de lire
le détail , faites dans l'Eglife Collegiale & Paroiffiale
de S. Martin d'Enguien - Montmorency , les
Curieux nous fçauroient gré fans doute , fi nous di-
Lions ici quelque chofe de cette Eglife , qui mérite
affûrément une attention particuliere , tant à caufe
des anciens Seigneurs de Montmorency qui l'ont
itie , rebâtie & fondée , que par la confideration
es Maufolées de plufieurs Seigneurs & Dames de
ette Illuftre Maifon que l'on y voit . Celui d'Anne
le Montmorency , Connétable de France , Miniftre
d'Etat , &c. qui furpafle tout ce qu'on peut voir de
plus diftingué en ce genre , & qui fut érigé par les
Toins de Magdeleine de Savoye fon époufe , eft digne
d'une finguliere attention ; mais cela nous me-
1V neroig
390 MERCURE DE FRANCE
neroit trop loin ; le Public n'y perdra cependant
rien , par l'engagement que nous prenons ici delle
fatisfaire là- deffus le plus promptement qu'il nous
fera poffible.
Le 12 Fevrier , les Religieux de l'Abbaye S. Germain
, firent un Service folemnel dans leur Eglife
pour le repos de l'Ame du Prince défunt , avec Lit
de Parade , Tenture & tout ce qui concernoit la
Cérémonie.
MORTS.
E 11 , Decembre , Jacques Nugent Tachmon
Régiment Irlandois de Cavalerie , dont il s'étoit
démis au mois de Mars 1733. mourut à S. Germain
en Laye , dans la 41. année de fon âge . Son pere
Maréchal de Camp des Armées du Roy , & Meftre
de Camp du même Régiment , dont il s'étoit démis
en fa faveur , mourut le 4. Juin 1731. Celui
qui vient de mourir laiffe une fille uique de fon
mariage avec Dlle Elizabeth de Redmont , fille du
défunt Chevalier de Redmont , Baronnet d'Angleterre.
Le nommé Jean Roger eft mort le 19. Janvier
dans la Paroiffe de Bize , Diocèfe de Comminges,
âgé de 129 ans .
Le 21. D. Françoife Courtin , époufe de Louis-
Profper de Bauyn de Cormery , Seigneur de Perreufe
, & de Balleaux , ci - devant Confeiler au
Grand Confeil , avec lequel elle avoit été mariée
au mois de Juin 1707. mourut à Paris , âgée d'environ
60 , ans. Elle étoit fille de Charles Courtin
SciFEVRIER
391 1740
Seigneur de Perreufe , Frefchines , Villefrancoeur ›
Chantelou , Lieutenant des Maréchaux de France
au Bailliage de Meaux , mort le 10. Janvier 1714
& de Françoife - Hector de Marle de Perreufe , morte
le 15. Juin 1717. La D de Perreufe laiffe pour
fils unique Charles- Profper Bauyn , Marquis de-
Perreufe , né le 5. Juin 1710. Colonel du Régiment
de Blaifois par Commiffion du 23. Avril 1735.-
& auparavant Capitaine de Cavalerie dans le Régi- -
ment de Bethune .
Le 2. Fevrier , D. Anne-Marie - Therefe de Simiane
de Gordes , Veuve en fecondes nôces depuis
le 30. Juin 1706. de Charles Pot , Marquis de Rhodes
, Vicomte de Bridiers , Baron de la Maiſonfort,
ci- devant Grand -Maître des Cérémonies de France
, qu'elle avoit époufé le 21. Avril 1692. étant :
veuve en premieres nôces d'Edme Claude - François
de Simiane , Comte de Moncha , Gouverneur
de Valence , & Sénéchal de Valentinois , Brigadier
des Armées du Roy , avec lequel elle avoit été ma
riée le 21. Mars 1682. mourut à Paris , dans la 79 .
ai née de fon âge , étant née le 3. Août 1661. Elle ·
étoit fille de François de Simiane de Pontevez ,
Marquis de Godes , Comte de Carces , Baron de
Caleneuve , Chevalier des Ordres du Roy , Grand
Sénéchal , & Lieutenant Géneral pour S. M. en ›
Provence , Chevalier d'Honneur de la Reine Marie
Therefe d'Autriche , mort le 23. Novembre
1680. & de D. Anne d'Efcoubleau de Sourdis
morte le 8. Fevrier 1681. La Marquife de Gordes
laiffe pour les feuls heritiers les enfans de Charles
de Rohan , Prince de Soubife , & de feuë Marie-
Anne-Loüife de la Tour de Bouillon , fa petite :
fille.
22
Le même jour , D. Catherine- Charlotte Troisdames
, Veuve depuis le 18. Fevrier 1730. de Char .
I vj
les ...
392 MERCURE DE FRANCE
les-Louis Lallemant , Comte de Levignen , Seigneur
de Betz , Macqueline , &c. Confeiller - Secre
raire du Roy , Maiſon , Couronne de France & de'
fes Finances , ancien Fermier General de S. M. &
ancien Receveur Géneral des Finances de la Géneralité
de Soiffons , avec lequel elle avoit été mariée
le 21. Mars 1683. mourut à Paris , âgée d'environ
77. ans , laiffant une nombreufe pofterité. L'aîné
de fes fils , eft Maître des Requêtes , & Intendant
d'Alençon ; le fecond , Evêque de Séez , & Abbé de
S. Martin de Troyes ; deux autres Fermiers Géneraux
& Receveurs Géneraux dès Finances de Soiffons ; un
cinquième , Ecuyer du Roy; & un fixiéme , Capi- ..
taine de Cavalerie , & quatre filles , dont deux mariées
, l'une avec Pierre - Paul Hebert du Buc , cidevant
Maître des Requêtes , l'autre avec Claude-
Felix le Pelletier de la Houffaye , Intendant des Finances
, & les deux autres , Religieuſes de la Vifitation
à Paris.
Le 8. D. Marie - Henriette du Poirier - Cottereau ,
veuve depuis le 2. Avril 1728. de Charles Roullin ,
Ecuyer Sieur de Launay , ci - devant Secretaire
Ambaffades du feu Roy , fon Reſident à la Cour
de Dannemarck , & chargé des affaires de France
auprès des Princes du Nord , mort âgé de 85. ans ,
après avoir été employé dans les Négociations"
Etrangeres pendant 48. années , mourut en fa Maifon
de S. Maur près de Paris , âgée de 90. ans ,
Trois mois. Elle étoit fille de feu Jacques du Poirier
Cottereau , Seigneur de Villomer & de Launay
Lieutenant Colonel du Régiment de Touraine , &'
Maître d'Hôtel ordinaire du feu Rey Louis XI V.
& de feuë D. Marguerite de Vallois de Villomer.
"
Le même jour , Louis Dominique de Cambis ,
apellé le Comte de Cambis , Chevalier des Ordres
du Roy Lieutenant General de ſes Armées, & fon
Ame
FEVRIER
1740.- 395
Ambaffadeur ordinaire à la Cour de la Grande Bre✦-
tagne, Gouverneur de Sitteron , en Provence , mourut
à Londres , agé d'environ 70. ans . Il avoit été
long- temps connu fous le nom de Chevalier de
Velleron , ayant été reçû Chevalier de l'Ordre de
S. Jean de Jerufalem en 1674. Il fut fucceffivement
Capitaine de Cavalerie , Exempt des Gardes du
Corps , & Meftre de Camp de Cavalerie au mois de
Juillet 1703. Gouverneur de Sifteron au mois de
May 1759. Enfeigne des Gardes du Corps au mois
de Septembre fuivant , & Brigadier d'Armée le 29.
Mars 1710. Il quitta en 1716. la Croix & la Religion
de Malthe , & prit alors le titre de Comte de'
Cambis. Il fut fait la même année Commandeur
de l'Ordre Militaire de S. Louis , & Maréchal de
Camp le premier Fevrier 17 19. Il monta au mois
d'Août 1720. à une Lieutenance des Gardes dur
Corps , & il obtint la Grand- Croix de l'Ordre de
S. Louis le zo. Decembre 1722. Il fut nommé au
mois de Mai 1724. Ambaffadeur ordinaire à la
Cour de Turin , où il fit fon Entrée publique le 3T.
Decembre 1725. Il fut nommé au mois d'Avril
1728. Miniftre Plenipotentiaire à la Cour de Vienne
, mais à fon retour de Savoye en France , des:
raifons particulieres l'empêcherent d'accepter cet
Emploi. Il fut nommé au mois d'Octobre 1733 .
pour commander en chef en Dauphiné , & s'étant
démis au mois de Fevrier 1734. de fa Lieutenance
des Gardes du Corps , il obtint une penfion de
2000. écus. Il fut declaré Lieutenant General des
Armées du Roy le 20. Octobre de la même année ,
avec rang du premier Août precedent. Il fut nommé
Ambaffadeur en Angleterre au mois de Novem--
bre 1736. Il ne partit de Paris pour s'y rendre , que
le 22. Août 1737. & étant arrivé à Londres le 13 .
Septembre fuivant , il eut le rg. du même mois fa:
394 MERCURE DE FRANCE
premiere Audience à Hamptoncourt. Ayant été
nommé Chevalier de l'Ordre du S. Efprit le
2. Fevrier
1739. il paffa en France , & en reçut la Croix
& le Colier le 17. May fuivant. Enfuite de quoi il
repaffa en Angleterre . Il étoit fils puîné de François -
de Cambis , Baron de Brantes , Marquis de Velleron
, & de Jeanne de Fourbin , foeur du feu Cardinal
de Janſon , Evêque & Comte de Beauvais , Pair
& Grand Aumônier de France , & il avoit été marié
le 17. Avril 1724. avec Catherine - Nicole
Gruyn , fille de Pierre Gruyn , Garde du Tréfor
Royal , mort le 26. Fevrier 1722. & de Catherine-
Nicole Benoife , fa veuve . Il la laiffe veuve & mere
de Louis - Jofeph - Nicolas de Cambis , né le premier
Mars 1725. & d'Anne Victoire de Cambis , née à
Turin , le premier Juin 1726.
Le même jour , D. Elizabeth Rouillé , veuve en
dernieres noces depuis le 28. Octobre 1731. de
Paul - Sigifmond de Montmorency - Luxembourg , .
Duc de Châtillon , Marquis de Royan , Comte
d'Olonne , &c. Brigadier des Armées du Roy ,
qu'elle avoit épousé le 20. Fevrier precedent & en
premieres nôces veuve depuis le 5. Octobre 1715 .
de Jean - Etienne Bouchu Marquis de Sancergues
& de Leffart , Baron de Loify , Seigneur de Ponterelle
, Confeiller d'Etat ordinaire , & ci - devant Intendant
de Dauphiné , & des Armées du Roy en
Italie , avec lequel elle avoit été mariée le 2. Septembre
1683 mourut à Paris , dans la 76. année
de fon âge , étant née le 22. Juin 1664. Elle étoit
troifiéme fille de Jean Rouillé , Comte de MeЛlayle
Vidame , au Pays Chartrain , Confeiller d'Etat
ordinaire , mort le 30. Janvier 1698 & de Marie
de Comans d'Aftrie , morte le 30. Novembre 1717 .
Elle avoit en de fon premier mari Marie Elizabeth-
Claude-Petronille Bouchu , reftée fille unique , laquelle
FEVRIER 1740: 395
quelle fut mariée le 13. Avril 1706. avec René
Mans de Froulay , Comte de Teffé , Vicomte de
Beaumont , & de Frenay , Marquis de Lavardin ,
Grand- d'Espagne , Chevalier des Ordres du Roy ,
Lieutenant General de fes Armées , & au Gouver
nement des Pays du Maine , Perche , & Comté de
Laval , ci-devant premier Ecuyer de la Reine . Elle
mourut le 9. Decembre 1733. âgée de 48. ans
laiffant pofterité
Le 10. Pierre Brunet , Baron de Chailly , Comte
de Servigny , Maître des Requêtes Honoraire de
l'Hôtel du Roy , & Prefident en la Chambre des
Comptes de Paris , mourut dans la 79. année de fon
âge , étant né le 20. Avril 1661. Il avoit été d'abord
Confei ler au Châtelet , & enfuite reçû Confeiller
& Commiffire aux Requêtes du Palais du
Parlement de Paris , le 5. Avril 1686. Depuis il
fut reçû Maître des Requêtes le 31. Mars 1693. &
ayant obtenu des Lettres d'Honoraire le 21. Mai
1701 il fut reçû Prefident des Comptes le premier
Juin 1702. Sa Terrre de Servigny , Diocèle d'Au
tun en Bourgogne , avoit été érigée en fa faveur
en titre de Comté par Lettres Patentes du mois
d'Octobre 1701. Il étoit fils de Jean Baptifte Brunet
, Seigneur Baron de Chailly , Serecy , & Toisy
le Defert , Seigneur de Servigny , Confeiller d'Etat
, Secretaire du Roy Honoraire , & ancien Garde
de fon Trefor Royal , mort le 21. Juillet 1703 .
âgé de 76. ans , & de Marie Cadolu , morte le 8.
Juillet 670. Le Prefident Brunet avoit été marié ,
1º . le 29. Decembre 1701. avec Marguerite de
Normanville , & 2 ° . le 8 Janvier 1720. avec
Marguerite de Carvoifin d'Achy , fille de Philipe-
François de Carvoifin , Seigneur d'Achy, Maréchal
des Camps & Armées du Roy , & de Marie Budé.
Il n'a point eu d'enfans ni de l'une , ni de l'autre ,
du
396 MERCURE DE FRANCE
du moins n'en laiffe- t'il point. Son feul & unique
heritier eft Charles-Jean- Baptifte du Tillet , fbd
neveu , Seigneur Marquis de la Buffiere , Confeiller
d'honneur au Parlement , & ancien Prefident
de la 2e Chambre des Enquêtes , fils unique de
feu Charles du Tillet , Marquis de la Buffiere , Maitre
des Requêtes Honoraire , & Prefident au Grand
Confeil , & de feue Marie -Jeanne Brunet , mortè
le 27. Mai 1706.
Le 11. D. Marie- Anne le Jay , épouse de Paul-
Efprit Feydeau , Seigneur de Brou , Conseiller
d'Etat ordinaire , & Intendant d'Alsace , avec lequel
elle avoit été mariée le 9. Janvier 1736. mourut
à Paris , âgée de 26. ans . Elle étoit fille unique de
Claude-Jofeph le Jay , Seigneur & Baron de Maifonrouge
, Tilly , S. Fargeau , Villiers , & les Salles ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , Gouverneur
pour le Roy des Ville , Forts & Château
d'Aire , en Artois , ancien Capitaine au Régiment
des Gardes Françoises , mort le r2. Novembre
1735. et de D. Anne Pajot , sa veuve .
On écrit de Poitiers du r4.Fevrier , que N. Valade,
Curé de S. Michel , l'une des Paroiffes de la Ville de
Vivonne , y étoit mort âgé d'environ 119. ans ; cè
qui fait croire qu'il avoit cet âge , c'eft qu'on a
trouvé fes Lettres de Prêtrise , qui sont datées de
1652. Il a conservé jusqu'à la mort tout fon bon
fens, et n'a difcontinué de dire la Meſſe que l'année
derniere , parce que fa vûë s'étoit fort affoiblie ; il
n'étoit sujet d'ailleurs à aucune incommodité , &
marchoit encore fort librement.
Le 15. Nicolas-Profper Bauyn , Seigneur d'An
gervilliers , Miniftre & Confeiller d'Etat ordinaire ,
Sécretaire d'Etat , & des Commandemens du Roy,
ayant le Département de la Guerre , mourut au
Château de Marly , âgé de 65 ans et un mois, étant
де
FEVRIER. 1740. 397
hé le 15. Janvier 1675. Il avoit été reçû Confeil.
ler au Parlement de Paris le 27. Août 1692. n'étant
encore que dans fa 18. année . Il fut reçû Maître des
Requêtes le premier Avril 1697. & depuis il fut
succeffivement Intendant à Alençon en 1702. en
Dauphiné en 1705. de l'Armée du Roy dans cette
Province en 1707. d'Alsace au mois de Novembre
1715. & enfin de la Géneralité de Paris en 1724. II
avoit été fait Conseiller d'Etat au mois de Decembre
1720. ayant obtenu dès le mois de Janvier précedent
une Expectative de cette Place , avec séance
& voix déliberative. Enfin il fut fait Sécretaire d'Etar
, au lieu & place de feu Claude le Blanc le 23 .
Mai 1728. & declaré Miniftre d'Etat le 30. Decembre
1729. Il étoit fils de Profper Bauyn , Seigneur
d'Angervilliers , Maître de la Chambre aux Deniers
du Roy , mort le 18. Juin 1700. et de Gabrielle
Choart de Buzanval . Il avoit été marié le 14. Juin
1694. avec Marie-Anne de Maupeou , fille de Charles
de Maupeou , Confeiller du Roy en fes Confeils
, Maître ordinaire en fa Chambre des Comptes
de Paris , & de Magdeleine le Charron . Il n'en
laiffe que Marie - Louife Bauyn d'Angervilliers , sa
fille unique , qui a été mariée 1º. le 11. Août 1728 .
avec Jean- René de Longueil , Marquis de Maiſons,
et de Poiffy , Préfident du Parlement de Paris , mort
le 13. Septembre 173.1 . & 2. le 21. Janvier
1733. avec Armand- Jean de S. Simon , Marquis de
Ruffec , Grand d'Efpagne , Maréchal de Camp des
Armées du Roy.
Le 24. le nommé Jacques Gondeullier , natif de
Chaffy , près de Meaux , mourut à Paris , ruë de la
Mortellerie , âgé de 102. ans.
Le 26. François de Bauffan , Seigneur de Riche
grou , Arpentigny , &c. Maître des Requêtes ordi
naire de l'Hôtel du Roy , depuis 1711. & Intendang
398 MERCURE DE FRANCE
dant de la Géneralité d'Orleans , depuis le mois
d'Août 1731. & auparavant de celle de Poitiers
depuis le mois de juillet 1728. ci- devant Confeiller
au Parlement de Paris , où il avoit été reçû le
18. Fevrier 1699. mourut fubitement à Paris , d'un
coup de lang , dont il fut attaqué dans son caroffe.
Il étoit âgé de 64. ans et 4. mois , étant né le 25,
Octobre 1675. Il étoit fils aîné de François de
Bauffan , Seigneur de Richegrou, ancien Capitaine au
Régiment de Piémont, mort le 7. Avril 1719. & de
Marguerite de Marefcot , morte le
22. Avril 1710. il.
avoit été marié deux fois , 1 °. au mois de Janvier
1708 avec Marie-Jeanne Rellier , morte le 26.
Fevrier 1722. laquelle étoit fille unique de feu:
Louis Rellier , Intendant & Sécretaire du feu Duc
de Vendôme , & d'Anne- Elizabeth Heiff ; & 2º .
le 25. Avril 1725. avec .. le Fer de Beauvais
, Malouine , veuve de Charles François - Claude
de Marboeuf , Préfident du Parlement de Bretagne.
Il laiffe de cette derniere un fils unique , âgé de 13 .
à 14. ans , & de la premiere , une fille unique
nommée Marie - Marguerite Elizabeth de Bauffan ,
née le 23 Janvier 1709. & mariée le premier Mars
1728. avec Geoffroi Macé Camus , Seigneur de
Pontcarré , Baron de Maffliers , Premier Préfident
du Parlement de Rouen , & Maître des Requêtes
Honoraire de l'Hôtel du Roy.
LETTRE écrite d'Orleans à M. D. L. R.
le 2. Mars 1740. au sujet de la Mort
de M. de Baussan.
Nous lui Dimapred saved la
Ous aprîmes ici Dimanche dernier , avec la
Intendant de cette Géneralité. Je ne fçaurois vous
exprimer combien la confternation'fut génerale , au
premier bruit qui s'en répandit , & lorsqu'il n'y eut .
plus
FEVRIER . 1740 399
plus lieu d'en douter , & que les triſtes circonstances
de cet évenement furent devenues publiques , on
entendit cette voix du Peuple , qui porte un carac
tere de vérité , & qui n'éclate jamais qu'en faveur
du mérite reconnu .
M. de Bauffan avoit sçû se concilier tous les
coeurs & il ne devoit pas cet avantage aux feuls
agrémens de fon efprit ; des qualités plus folides lui
affûrent à jamais notre reconnoillance . La Nature
l'avoit diftingué fingulierement par la droiture du
coeur , & par la jufteffe de l'efprit ; des dons auffi
précieux , anim s par l'amour du bien public , devenoient
entre fes mains une fource intariffable de
bienfaits ; quel ufage cet illuftre Magiſtrat n'a - t - il
pas fait de fon crédit ? il étoit plein , fans doute , de
cette jufte confiance qu'infpire la fageffe fupérieure
du Gouvernement préfent ; il en fuivoit les vûës , il
fe regloit par. fon efprit Un homme de cette trempe
dans des temps moins heureux , eût rempli fes de
voirs aux dépens de fa fortune .
Tel étoit M. de Bauffan . L'équité feule avoit droit
de l'intereffer & faire du bien aux hommes , étoit
pour lui le plaifir le plus vif et le plus flateur.
Il feroit bien facile de produire une foule de
preuves de ce caractere droit et bienfaiſant qui étoit
l'ame de toutes les actions , mais elles fant gravées
fi profondément dans nos coeurs , que la mémoire
n'en périra jamais. La Province en géneral , les
Magiftrats , le Corps de Ville , le Clergé même, et
un nombre infini de Particuliers , ont éprouvé avec
quelle vigilance il prévenoit les moindres étincelles
de divifions , avec quelle fageffe il les calmoit
avec quel zele il représentoit leurs malheurs
aux Puiffances ; et combien il s'eftimoit heureux
quand il obtenoit les remedes ; enfin tous fes talens,
toute fon aplication n'avoient pour but que de faire
regner
400 MERCURE DE FRANCE
regner dans cette Province , par un heureux con
cours de toutes les parties , la juftice , le bon ordre,
et la paix. Le tribut de nós larmes n'est- il pas bien
dû à celui qui mettoit toute fa gloire à effuyer celles
des malheureux ? Jamais on n'en versa de plus
abondantes & de plus sinceres ; mais je ne réuffiroïs
pas mieux à peindre l'affliction génerale , qu'à vous
en faire connoître l'objet ; il méritoit , fans doute
une main plus habile , et j'euffe été plus heureux fi
l'efprit avoit fecondé le coeur. Mais j'ai crû qu'on ne
pouvoit trop tôt faire parler la reconnoiffance. La
Ville d'Orleans vient d'en donner l'exemple. Le
Clergé et toutes les Compagnies , font allées complimenter
, par Députés , Mad. de Bauffan ; malgré
l'accablement de la plus profonde douleur , cette
Dame , dont le mérite eft très -honoré dans cette
Province , a fait paroître dans fes réponſes les mêmes
mouvemens de tendreffe , de pieté et de Religion
, qui ont toujours éclaté dans fa conduite.
La Ville a ordonné les préparatifs d'un Service
pour feu M. de Bauffan , qui fera celebré au premier
jour , et auquel tous les Corps et toutes les
Perfonnes de Confidération de la Province feront
invitées .
Je vous prie , M. de vouloir bien insérer ma Lettre
dans votre Mercure. Je fouhaiterois extrêmement
qu'elle arrivât affés à temps pour trouver place dans
celui qui va paroître . Ce n'eft pas qu'elle mérite de
figurer par l'expreffion, avec ce qu'on y donne d'intereffant
; mais quoique j'en fente la foibleffe , je ne
crains pas d'être désavoüé pour le fond ; tout eft
public et tout eft vrai. J'ai l'honneur d'être , &c.
L. C. D.
APRO BATION.
"Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier ;
le Mercure de France du mois de Fevrier , & j'ai
cru qu'on pouvoit en permettre l'impression. A
Faris , le premier Mars 1740 .
HARDION.
TABL E.
P
IECES FUGITIVES . L'Amitié , Ode , 191
196
203
Refléxions sur la petite Vérole ,
Epitre en Vers à M. Daquin ,
Lettre à M. D ... de l'Académie des Sciences, 205
La Muse Suisse à la Msse Allemande ,
La Muse Allemande à la Muse Suisse ,
209
211
215
H. Lettre sur le Bureau et les Abus Typographi
ques ,
Réponse par une Muse Anonyme à la Prédiction
du second Volume de Décembre ,
Nouvelle Instruction au sujet du Remede contre la
Pierre, & Lettre de M. Cantwel , Médecin , 224
Le Chardonneret , Fable ,
223
2354
Réponse à la Lettre de Dom Jacques Duval , impri
mée au second Volume de Septembre .
Epitre à M. d'Arnaud ,
Lettre sur le Projet d'une Description des Paroiffe
de la Campagne , & c.
La Préference , Bouts- Rimés ,
Discours prononcé à la Rochelle ;
Epitre en Vers ,
Les Flambards , Ceremonie , &c.
Ode à Lris ,
2312
246
249
253
254
263
266
268
Dissertation sur l'Histoire Ecclesiastique & Civile.
de Paris , & c.
Vers sur la Mort du Duc de Bourbon ,
271
280
Faigme , Logogryphes , & c .
28
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX- ARTS , 285
Cors d'Operations de Chirurgie , &c . 287
La Science des Médailles , & c . 289
Mémoires de Condé , & c .
294
Histoire Generale des Céremonies, Moeurs & Coûtumes
, & c.
302
305
Avis sur l'Armorial Géneral de la France , 321
Bibliotheque Germanique , & c.
Prix pour l'Acad . des Inscriptions & Belles - Let. 322
Prix propsé par l'Académie de Chirurgie ,
Sonetto ,
Cabinet d'Histoire Naturelle ,
Suite des Portraits des Grands Hommes ,
L'Hyver , Chanson Notée ,
323
325
326
327
329
Spectacles , le Double Dénouement , Comédie
nouvelle ,
330
Nouvelles Etrangeres , Russie , Arrivée du Marquis
de la Chetardie dans les Etats de la Czarine , &
fon Entrée solemnelle à Petersbourg , 337
Allemagne & Italie , 348
De la République de S. Marin , Toscane , Naples ,
Isle de Corse & Genes ,
Espagne & Portugal ,
Hollande & Pays- Bas ,
Morts des Pays Etrangers
Mort du Pape Clement XII .
Bouts - Rimés sur la Gelee ,
350
358
360
361
365
370
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 371
Céremonie des Cordons Bleux à Versailles , ibid.
Le Marq. de l'Hôpital , Ambassadeur à Naples, 372
Mandement de l'Archevêque de Paris ,
Vers à M. Daquin , Organiste ,
Le long Hyver ,
Bouts- Rimés sur le même sujet ,
Pompe funebre , &c. du Duc de Bourbon ,
Mort &c
377
379
ibid.
380
382
390
Qualité de la reconnaissance optique de caractères