Fichier
Nom du fichier
1739, 11, 12, vol. 1-2
Taille
25.10 Mo
Format
Nombre de pages
685
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
MERCURE
Chés
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
NOVEMBRE. 1739.
COLLIGIT
SPARGIT
Papillou's
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
rue S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Canty;
à la descente du Pont - Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC XXXIX.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK
JBLIC LIBRARY
330243
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
A VIS.
905ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comédie Françoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très - inſtamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , inais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardede
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaitent
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets jars
perte de temps , & de les faire porter sur
Pheure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'an
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
NOVEMBRE. 1739 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
EPITRE
De M. de la Soriniere , à M. le Comte de
Montmorenci , pour lors à son Château
des Buars , en Anjou.
'Avois promis aimable Comte ,
Que desormais ma verve au croc
N'enfanteroit Fable ni Conte ,
Et que plus ferme qu'un vieux roc ,
Bien resolu de fuir les Mufes ,
A ij
On
2530 MERCURE DE FRANCE
On ne me verroit plus au choc
Escrimer avec ces camuses.
Mais , oui , ma foi , le beau serment
Serment d'Ivrogne & de Poëte ,
De Joiieur & d'une Coquette ,
Eft bien propos équivalent :
Il faut rimer abfolument.
Mais que rimer , & que te dire
Irai-je , en quittant là Satyre ,
Trancher du fade adulateur ?
Et te plaçant dans l'Equateur
Entonner la pieuse Histoire
*
De ce Baron , qui pour la gloire
De CHRIST & de nos vieux Parêns ,
Fut le premier parmi les Francs ,
Qui remporta pleine victoire
Sur le Diable & fes adherens ?
Ou bien compter les Conétables
Et les Titres inépuisables ,"
>
Que nous voyons en mille Auteurs ,
Pour cent Faits des plus mémorables ,
Avoir décoré nos Seigneurs ?
Non ; il te faut un autre Eloge ;
Ceci concerne le paſſé.
Laiffez - là votre Nécrologe ,
Le Seigneur de Montmorenci , premier Bare.
Chrétien , fous Clovis,
NOVEMBRE . 1739 . 2531
Me dirois - tu , Chantre glacé :
Sans remonter à mes Ancêtres ,
Repaffer dix fiécles & plus ,
Ne voit- on chés moi de vertus
Que par emprunt de ces grands Maîtres ?
Suis- je la Lune , eux le Soleil ,
Dont la lumiere refléchie
En partant de l'Astre vermeil ,
Peut tout à coup être obfcurcie
Par quelque interpofition ¿
Non , non , fans doute , aimable Comte 7
Déja je condamne à ma honte ,
Ces beaux traits d'érudition .
Mais un autre cas m'embaraffe ;
Privé du délicat pinceau ,
Dont jadis le célebre Horace
Traçoit Mécene en un tableau ,
Je pourrois fans art & fans graces ,
M'imaginant fuivre les traces ,
Donner un fort mauvais morceau ;
Et peut être , quoique je fiffe ,"
Ne former qu'une fimple efquiffe
Sur le modele le plus beau.
Pour bien meſurer la loüange ,
Il faudroit un juste mêlange
D'esprit , de verve & de raison :
Et tel qu'on voit comme un Oison ,
A iij
Crier
2530 MERCURE DE FRANCE
On ne me verroit plus au choc
Escrimer avec ces camuses .
Mais , oui , ma foi , le beau serment
Serment d'Ivrogne & de Poëte ,
De Joiieur & d'une Coquette ,
Eft bien propos équivalent :
Il faut rimer abſolument .
Mais que rimer , & que te dire
Irai-je , en quittant la Satyre ,
Trancher du fade adulateur ?
Et te plaçant dans l'Equateur
Entonner la pieuse Histoire
De ce Baron , * qui pour la gloire
De CHRIST & de nos vieux Parens , }
Fut le premier parmi les Francs ,
Qui remporta pleine victoire
Sur le Diable & fes adherens ?
> Ou bien compter les Conétables
Et les Titres inépuisables ,"
Que nous voyons en mille Auteurs ,
Pour cent Faits des plus mémorables
Avoir décoré nos Seigneurs ?
Non ; il te faut un autre Eloge ;
Ceci concerne le paffé.
Laiffez -là votre Nécrologe ,
Le Seigneur de Montmorenci , premier Bare.
Chrétien ,fous Clovis,
NOVEMBRE . 1739 2530
Me dirois -tu , Chantre glacé :
Sans remonter à mes Ancêtres ,
Repaffer dix fiécles & plus ,
Ne voit- on chés moi de vertus
Que par emprunt de ces grands Maîtres ?
Suis-je la Lune , eux le Soleil ,
Dont la lumiere refléchie
En partant de l'Astre vermeil
Peut tout à
9
coup être obfcurcie
Par quelque interpofition ¿
Non , non , fans doute , aimable Comte
Déja je condamne à ma honte ,
Ces beaux traits d'érudition.
Mais un autre cas m'embaraffe
Privé du délicat pinceau ,
Dont jadis le célebre Horace
Traçoit Mécene en un tableau ,
Je pourrois fans art & fans graces ,
M'imaginant fuivre fes traces ,
Donner un fort mauvais morceau :
Et peut être , quoique je fiffe ,
Ne former qu'une fimple efquiffe
Sur le modele le plus beau.
Pour bien meſurer la loüange ,
Il faudroit un juste mêlange
D'esprit , de verve & de raison :
Et tel qu'on voit comme un Oison ;
A iij
Crier
2532 MERCURE DE FRANCE
› Crier sans cesse Ah l'adorable !
D'abord nous glace & ſe morfond :
Et le Rimeur en pâmoison ,
Joint par un fort inévitable ,
Le dégoût au fade poison .
Ainsi navigeant terre à terre ,
En Marinier , craignant les vents ,
Loin de mesurer tes talens ,
Soit à la Cour , soit à la Guerre ,
Dans l'un ta noble activité ,
Dans l'autre ta dexterité ;
Ou fur un ennuieux sublime ,
Exagerant ta haute estime ,
Et ton goût né pour les beaux Arts ,
Te mettre au-deffus des Céfars ;
Ma Muse' , qui craint le naufrage
Et fuit la honte du décri ,
Aborde à la premiere plage ,
Jette l'anchre & cherche un abri,
'
LET
NOVEMBRE. 1739. 2533
LETTRE de M. Le Beuf , Chanoine
d'Auxerre , aux Auteurs du Mercure , sur
une singularité concernant l'ancien Office
de S. Nicolas.
,
L pourra sembler , M. à quelques- uns
qu'on n'a plus rien à dire lors qu'on
vient à faire des Observations sur des Antiennes
de l'Office Divin. Les Auteurs qui
ont écrit sur ces matieres , sont regardés
comme la lie & l'excrement , pour ainsi
dire , de la Litterature , & il convient peu à
un siècle délicat comme le nôtre , de voir
paroître sur la scéne , des Durand , des Beleth
, des Pierre de Natalibus. Néanmoins
comme le célebre Dom Mabillon n'a pas
crû indigne de lui , de raporter ce qu'il avoit
lû dans un Manuscrit , touchant l'Office de
S. Nicolas , permettez que je vous envoye
un précis de ce qu'il a dit , revêtu de quelques
Additions qui venoient naturellement
au sujet qu'il a traité , & dont il n'a fait aucune
mention , parce qu'elles ne s'étoient pas
présentées à lui Je fuis d'autant plus d'humeur
à écrire sur les Antiennes de S. Nicolas
.,
que je viens d'écrire à Dom de Lannes
sur celles de la Vierge , dont il m'avoit parû
avoir fixé l'époque d'une maniere sujette à
A iiij
révision.
2534 MERCURE DE FRANCE
révision. La matiere sera d'autant plus de
la competence de votre Journal , qu'elle sera
moins sérieuse.
Dom Mabillon raconte qu'il est tombé
sur un Manuscrit , rédigé dans l'onzième
siécle , par un Sacristain de l'Abbaye du
Bec , sur les Miracles de S. Nicolas. Combien
de milliers de Personnes portent le nom
de Nicolas ! Ainsi combien n'auroit- il pas
de Lecteurs , s'il étoit imprimé ? Voici celui
qu'il a choisi , & qui revient à l'Office Divin.
Vous sçavez qu'à mesure que la Religion
s'est étendue , chacun a voulu avoir des
Histoires de ses Saints , & que c'est de ces
Histoires qu'on tiroit des Morceaux pour
composer l'Office propre. Cet usage ne fut
pas admis par tout. If y a toujours des gens
oposés à ce qui paroît nouveau. Dom Mabillon
nous aprend qu'il y eût parmi les
Prieurés soumis à la Charité sur Loire , un
Monastere apellé La Croix ; il ajoûte qu'il
étoit situé in quadam Pagi Brigiensis possessione
, conformément, sans doute, au Manuscrit
du XI. siècle. Il n'y avoit pas un temps
considerable , que la Colonie venuë de la
Charité étoit en ce Lieu , lorsque la Fête
de S. Nicolas se présenta en son rang. Quel
Office chanterons - nous ? dirent les Moines au
Prieur. Nous voudrions bien chanter l'Office
propre de ce grand saint Nicolas. Le Prieur
leur
NOVEMBRE . 1739. 2535
leur refusa ce plaisir , disant qu'on ne le
chantoit pas à Cluni . Mais on le chante à la
Charité , ajoûterent- ils , & c'est Dom Gerard
qui l'y a introduit. Le Prieur leur repliqua :
Vous êtes Cluniciens ; vous ne devez chanter
que ce qui se chante à Cluni. Ils ne se rendirent
point , & ils soûtinrent que le Rit de la
Charité devoit l'emporter. Quand le Prieur
les vit résolus de chanter , malgré lui , l'Of
fice propre de S. Nicolas , après les avoir
menacé , il les fit fustiger , ou , si vous voulez
, il leur fit donner la discipline ; voici les
propres termes du P. Mabillon , Prior à verbis
ad verbera venit, eosque virgis ob contumaciam
cali fecit. Mais ce traitement ne resta
pas impuni ; & c'est dans le reste de cette
Histoire qu'il seroit besoin d'un meilleur garant
que l'Ecrit d'un Sacristain. Il laisse à
sous -entendre ce qui arriva aux premieres
Vêpres de la Fête. On chanta aparemment du
Commun des Pontifes ; ou bien ( & c'est
ce qui est plus vraisemblable ) il n'y eût
point de premieres Vêpres dans une telle
conjoncture. Quoiqu'il en soit , la nuit étant
venuë , & Dom Prieur s'étant couché sur son
lit , il lui aparut un saint Prélat , qui lui donna
à son tour la discipline , jusqu'à ce que
lassé de recevoir des coups , le pauvre patient
entonna l'Antienne O Chrifti pietas ,
qui étoit celle du Magnificat des Vepres qu'il
A v n'a2536
MERCURE DE FRANCE
&
n'avoit pas voulu permettre qu'on chantât.
Il poursuivit cette Antienne à si haute voix,
que les Religieux , éveillés au bruit , accoururent
auprès de lui , & le trouverent chartant
encore les yeux fermés. Ce Prieur
quoique rêvant , leur fit signe de s'en retourner
chacun à leur lit , à quoi ils obéïrent.
Le jour & l'heure de parler étant venus
, il leur raconta ce qui lui étoit arrivé ,
même il eût la complaisance de leur montrer
ses épaules toutes meurtries. Il paroît
par la suite , que ce Prieur sentoit d'où pouvoient
lui être venues ces flagellations. II
partit quelques jours après pour la Charité ,
& il se démit de sa Dignité entre les mains
du Prieur. Et pourquoi ? lui dit Dom Gerard,
parce que vos Religieux de la Croix m'ont fait
maltraiter de coups. Gerard en étant surpris
il lui raporta le Fait , & lui montra son dos ,
où les marques étoient encore visibles . La
simplicité de ces temps là ( si l'Histoire est
vraie ) est la seule chose qui puisse porter à
croire que Dom Gerard , loin de s'imaginer
qu'on eût été assés malin dans la Communauté
,,
pour suposer une aparition de S. Nicolas
, armé de verges , aima mieux se persuader
que le saint Evêque l'avoit réellement
maltraité ; & ce fut dans la crainte d'une
semblable flagellation , que ce même Prieur
de la Charité, ordonna à l'instant , que dans
toures
NOVEMBRE 2537
A
. 1739 .
toutes les Maisons dépendantes de lui , on
chantât l'Office propre du saint Evêque de
Myre. Voilà le Fait , arrivé vers l'an 1080 ,
tel que Dom Mabillon l'a extrait d'un Manuscrit
du même siécle , qu'il dit n'avoir jamais
été imprimé .
.
Je ne sçais si ce grand Personnage
étoit bien persuadé de cet Evenement Il
paroît n'avoir été embarassé que de trouver
dans la Brie un Prieuré de la Croix , soûmis
à la Charité ; & quoiqu'il n'y en ait point
trouvé , il ne critique point le fond de l'Histoire.
Pour moi , je crois que c'est un Fait
controuvé , & que s'il y eût une flagellation
réelle , elle vint d'une autre part que de la
main bénevole de S. Nicolas . Durand , Evêque
de Mende , à la fin du XIII . siècle ,
avoit lû en quelque endroit cette Histoire ,
ou bien on la lui avoit racontée ( a ) . 11
ne dit pas que le Monastere de la Croix fût
situé en Brie , il se contente de marquer : In
quâdam Ecclefia que dicitur Crux , subjectâ
Monasterio B. Maria de Charitate. Il est assés
d'accord avec le Sacristain , pour ce qui est
du commencement du differend des Moines
avec leur Prieur mais il ne quitte pas le
Prieur à si bon marché . Il dit que le Saint le
tira du lit par les cheveux , le coigna sur le
pavé du Dortoir , & que commençant alors
(a): Ration. Div. Off. lib. 7. cap. 39.
A vj
l'An2538
MERCURE DE FRANCE
l'Antienne O Pastor æterne , & la chantant
fort lentement , il lui donna un coup de
verge à chaque note . Le Convent accourut
aux cris que le bon Prieur faisoit , & on le
porta à moitié mort sur son lit. Enfin étant
revenu à lui- même , il dit : Allez , ( j'en ai
assés ) chantez votre nouvel Office de S. Nicolas.
En effet , cent treize coups de foiet
étoient une dose suffisante , pour le faire venir
à résipiscence. Je n'exagere point , puisqu'il
y a autant de notes dans l'Antienne O
Pastor aterne. Je viens de les compter dans
un Antiphonier d'Auxerre du XIII. siècle.
La Charité étant du même Diocèse , l'Antienne
devoit y être assés conforme . Au reste
, à une ou deux notes près , c'est le même
nombre dans les Antiphoniers de Paris,
écrits du temps de S. Louis.
Mais , dira quelqu'un , comment accorder
cette derniere Narration avec celle du Sacristain
, plus ancien de deux siècles , qui
dit que ce fut l'Antienne O Christi pietas ,
qui fut chantée dans le temps de l'entrevûë
de S. Nicolas ? Je réponds que dans les Manuscrits
de l'Office de ce Saint , l'une est à
Magnificat des premieres Vêpres , l'autre à
celui des secondes. Ainsi la difference de
l'Antienne ne nuit point au fond de l'Histoire
, ( si toutefois elle est arrivée ; ) il ne
s'ensuit autre chose , en donnant la préference
NOVEMBRE . 1739 2539
rence à l'Antienne O Christi pietas , sinon
que le Prieur de la Croix reçut cent trentecinq
coups de discipline , au lieu de cent
treize. On peut choisir en fait de variantes ,
celle qu'on voudra. Cette derniere Antienne
a le nombre des notes que je viens de nommer.
Mais , après tout , remarquez , MM.
comment chacun raconte les anciennes Histoires
à sa mode . Si on ne , sçavoit que du
temps de Durand , les Moines noirs portoient
déja les cheveux longs ; comment
pourroit-on s'imaginer que S. Nicolas prit
le Prieur de la Croix par les cheveux pour le
tirer de son lit ? Ce seul anachronisme historique
suffit pour rejetter le Narré fait par
le même Durand , & s'en raporter simplement
à celui du Sacristain contemporain ,
sauf les restrictions que chacun fera , selon
qu'il jugera à propos . Je ne connois aucun
Lieu dans la Brie du nom de La Croix , que
le Village nommé La Croix en Brie ,
Diocèse de Sens , assés près de Nangis & de
Rampillon ; mais je ne vois aucune preuve ,
que dans ce Lieu , il y ait eu un Prieuré dépendant
de la Charité . Le Pouillé de la
Charité , imprimé à Bourges en 1709. à la
fin de l'Abregé Historique ( in - 8 ° . ) dự
Prieuré & de la Ville de la Charité, marque ,
à la verité , un Prieuré de Sainte Croix , soûmis
à ce Monaftere ; mais il le dit situé à
Venise,
au
2540 MERCURE DE FRANCE
Venise. Ceci nous éloigne bien de la Brie.
Mais cela nous raproche peut être un peu
plus du Lieu où l'Histoire ( vraie ou fausse )
est arrivée. Car Pierre de Natalibus , Evêque
sur les Côtes d'Italie , marque dans sa Vie
de S. Nicolas , écrite . ans après Durand,
que c'étoit à Sainte - Croix de Cesene que le
Prieur avoit fait refus d'admettre le nouvel
Office de Saint Nicolas,
Je suis , & c.
·
A Paris ce 10. Octobre 1739.
****************
LES AGREMEN'S DE RIEUX.
CHarmant
A M. de Seré.
Harmant séjour , Jardins délicieux ,
Prés émaillés de fleurs & de verdure ,
Lieux enchantés , où l'Art & la Nature
Se disputent l'honneur de charmer tous les yeux ;
Vous l'emportez sur la Fable insipide
Du superbe Palais d'Armide ,
Où maint Chevalier courageux
Perdit la liberté , sans pouvoir s'en deffendre.
Hélas ! quoiqu'on puisse entreprendre ,
On ne peut jamais quitter Rieux ;
Depuis qu'avec Seré , des rives de la Seine ,
S'est
NOVEMBRE. 1739 254
.
S'est ici transporté le Pinde & l'Hypocrene.
On y voit des neuf Soeurs le Temple harmonieux
Elles y font , chacune , leurs offices ,
Avec elles Seré , leurs plus cheres délices ,
Coule tranquilemeut des momens glorieux,
Il voit ces Filles de Mémoire
Graver son nom au Temple de la gloire ;
Fut- il jamais un destin plus heureux ?
Tout prend plaisir à seconder ses voeux ;
Si de nouveaux Lauriers il veut ceindre sa tête ,
Apollon à l'instant s'aprête ,
Et lui dicte ces Vers dont les sons enchanteurs
Triompheront de tous , en dépit des Censeurs,
L'agréable vertu des autres ignorée ,
Dans ces champêtres Lieux s'est aussi retirée ;
Par de continuels Concerts
Elle est tous les jours adorée ;
Elle y gouverne en Reine , ainsi qu'au temps de
Rhée
Elle regnoit sur l'Univers.
Mais quelle Déité nouvelle
Frape encor mes regards surpris ?
*
C'est d'Hebé , je crois , oui , c'est elle ,
Sur ses levres je vois & les Jeux & les Ris ;
Ses yeux, tels furent ceux dont la puissance altiere
* Mlle de Seré
D
1542 MERCURE
DE FRANCE
De l'invincible Mars sçut dompter l'humeur fiere
Un mêlange charmant de Roses & de Lys ,
Compose de son teint l'aimable coloris ;
Un Amour enfantin voltige devant elle ....
Il ajuste à son Arc une fleche mortelle ,
Mais sur qui tomberont ses coups ?
Aucun n'est à l'abri de ses funestes Armes
Il fait son plaisir le plus doux
De mettre les coeurs en allarmes ;
Ses jeux sont des Amans les soupirs & les larmes
De cet Enfant méfions - nous :
Mais las ! par quels moyens ? ' encor de nouveau
charmes
Viennent captiver tous mes sens.
Quelle voix peut former de si tendres accens
Quels doigts d'une corde muette
Font sortir des sons si charmans ?
Que d'agrémens ! . . . mais mon pinceau s'arrête ;
Il craint, en copiant si mal ,
De faire deshonneur à son Original .
Pour vous , sous ce sombre feüillage ,
Paisibles Hôtes de ce Bois ,
Qui , sans doute , au son de sa voix
Accordant votre doux ramage ,
Satisfaites to jours son goût mélodieux ,
Petits Oiseaux , que vous êtes heureux !
Vous sçavez le moyen de plaire.
Seré
NOVEMBRE.
1739 2543
Seré lui- même, avec le Dieu des Vers ,
Avec plaisir écoute vos Concerts .
D'un long hyver la rigueur ordinaire
Depuis long-temps a retenu ses pas ,
Mais d'un nuage épais renversant la barriere ;
L'Astre brillant qui nous éclaire
Dissipera bien- tôt les ennuyeux frimats.
Aussi- tôt il viendra , par sa présence chere
Exciter entre vous d'harmonieux combats .
Petits Oiseaux , n'oubliez pas
Alors de lui faire comprendre ,
Que je mets mon bonheur à le voir , à l'entendrea
Par M. B. d'Alaitin,
康
LHY MEN CELTIQUE
quelques Anecdotes sur le même sujet .
>
B
L seroit bien à souhaiter que l'usage des
I Celtes dans les Mariages , füt suivi de
nos jours ; on ne verroit pas tant d'Enfans.
être les victimes de l'avarice , ou des projets
ambitieux de leurs Parens . Chés ces Peuples il
n'étoit pas libre, à la verité,de se marier, qu'on
ne fût d'âge à pouvoir faire un choix avec discernement
; mais y étant parvenu , on jouissoit
de ses droits ; c'étoit à soi à décider de
Son
2544 MERCURE DE FRANCE
son sort. Lorsqu'une jeune Personne du Sexe
avoit atteint l'âge nubile , conformément
aux Loix , ses Paiens donnoient entrée chés
eux à tous ceux qui la recherchoient , dès
qu'il y avoit convenance d'âge & de naissance
; & sitôt qu'elle avoit fixé son inclination ,
ils les invitoient à un repas ; c'étoit -là qu'el
le faisoit sa déclaration en cette maniere :
elle prenoit un Vase plein d'eau , pour donner
à laver aux Conviés , & celui d'entre
eux à qui elle le présentoit le premier , étoit
celui avec lequel elle témoignoit vouloir se
lier des noeuds de l'Hymen, ainsi se contractoient
les Mariages chés les Celtes , même à
la Cour des Rois. Eclaircissons ce Fait par
des exemples .
Justin, en parlant de l'origine de Marseille,
raporte que les Phocéens, Fondateurs de cette
Ville , ayant abordé aux Côtes de cette Province
, Simos & Protis , leurs Chefs , qui
étoient allés à la Cour du Roy des Gaules ,
pour lui demander azile dans ses Etats , s'y
trouverent heureusement le jour même que
se faisoit le repas nuptial de Gyptis , fille du
Roy, & qu'y étant invités , ce fut à Protis
que la Princesse présenta l'eau , déclarant
ainsi , suivant la coûtume du Pays , qu'elle
le choisissoit pour son Epoux.
Qu'il y auroit encore un bel exemple à
mettre à l'apui de celui -ci , s'il étoit d'une
chronique
NOVEMBRE . 1739. 2545
chronique moins surannée ! mais , après tout,
devons - nous avoir moins d'égards pour les
Celtes, nos anciens Compatriotes , que pour
des Nations qui nous sont étrangeres en tous
points ? D'où vient croirai -je qu'un Ninus &
une Semiramis regnerent à Babylone , & que
je refuserai de croire qu'il y eût aussi alors
des Rois dans les Gaules ? Et pour quelle
raison les mêmes autorités qui m'attestent
ces deux Faits , me font-elles pancher plutôt
pour l'un que pour l'autre ? Ce ne peut être
que l'effet d'une éducation vicieuse ; de ce
que dès notre enfance on nous fait aprendre
les Histoires étrangeres ; qu'on nous y
entretient, & qu'on néglige de nous instruire
de même de celles de notre Pays . De ce défaut
dans l'éducation , procede celui de notre
goût.
Mes préjugés n'ont pû tenir contre ces raisons
; & après avoir mûrement reflechi sur
le Fait que j'ai à raporter , & en avoir écarté
quelques circonstances ou Episodes poëtiques,
j'ai trouvé alors un trait d'histoire dans
la meilleure forme du monde ; grand nombre
d'autorités , & toutes solides. Que veut on
davantage ? C'est Diodore de Sicile qui en
parle , lui , qui dans la Préface de son Histoi
re , laquelle n'est proprement qu'une Relation
des Voyages qu'il avoit faits , tant en
Europe qu'en Asie & en Afrique , assure n'y
avoir
2546 MERCURE DE FRANCE
1
avoir rien inséré qu'il n'eût vû ou lû dans les
Archives , ou entendu des Sçavans dans les
divers Pays où il avoit passé . Qui en parle
avec lui?Am.Marcellin ,Secretaire de l'Empereur
Julien, & qui avoit fait dans les Gaules un
assés long séjour pour être bien informé du
fait dont il s'agit ; c'est d'une autre part Pomponius
Mela , Espagnol , & Parthenius , lequel
ne s'est pas moins distingué dans le
genre hiftorique que dans la Poësie ; & à qui
les Sçavans reconnoiffent avoir l'obligation
de plusieurs Morceaux intereffants en fait
d'Histoires , dont on auroit été privé sans
lui ; ce sont ces témoins qui raportent qu'un
Prince d'Egypte , Hercule , si fameux par ses
Exploits , vint dans les Gaules , & qu'il y
épousa la fille d'un Roy nommé Celtes. Deux
Faits à discuter & à aprofondir.
Quant au paffage d'Hercule dans les Gaules
, ce qu'en dit Echyle , quoiqu'il le dise
poëtiquement , ne laiffera pas que de faire
preuve;c'est dans un Entretien qu'il feint entre
ce Héros & Promethée , sur le Mont Caucase;
là, Hercule , vainqueur de l'Asie , & des Indes,
parlant à Promethée du deffein où il étoit
d'entrer en Europe & de pénetrer jusqu'en
Espagne , celui - ci lui fait un plan de sa rou
te , & lui indique entre autres que c'étoit par
les Gaules qu'il falloit paffer. Lucien ( in
Hercul. Gall. ) ajoûte que non - seulement il
Y
NOVEMBRE.` 1739. 2547
་
y étoit venu, mais même qu'il y avoit résidé
& que les Gaulois le regardoient comme
leur Héros , & l'avoient encore de son temps
en vénération sous le nom d'Ogmius , aussi
l'apelle - t'il l'Hercule Gaulois , ce qui est confirmé
par Strabon & Denis d'Halicarnaffe ,
par Justin & Pomponius Mela, lesquels conviennent
que ce fut des Gaules qu'Hercule
paffa en Italie , qu'il y fut suivi par des Gaulois
, & qu'entre autres Monumens de ses
victoires il y fit creuser la Riviere d'Arno ,
afin de dessecher les Marais de l'Ombrie , &
rendre ce Pays fertile & habitable; qu'ensuite
il conquit l'Espagne sur Gerion & les deux freres
de ce Tyran ; qu'il y établit des Colonies
Gauloises , & qu'étant mort en cette Expédition
, il fut inhumé à Cadix , où les Tyriens
bâtirent en son honneur un Temple superbe.
Mais quel étoit le motif qui attachoit ainsi
cet illustre Conquérant aux interêts des Gaulois
? La fille de Celtes , leur Roy ; second
fait à examiner.
La Tradition , qui s'est conservée chés les
Gaulois , qu'Hercule étoit venu chés eux , &
qu'ils avoient combattu sous ses Etendarts ,'
ainsi qu'en font foi ; beaucoup d'Historiens
& de Monumens , comme des Villes
bâties en son nom , tant dans les Gales &
la Germanie , qu'en Italie & en Espagne , ce
qui démontre que Diodore de Sicile n'en a
point
2548 MERCURE DE FRANCE
point imposé , lorsqu'il a dit que ce Prince
se trouvant à la Cour du Roy des Gaules ,
avoit emporté sur ses Rivaux le coeur de Galathée,
fille de ce Roy,& qu'il en avoit eû un
fils nommé Galathes , lequel étoit monté sur
le Trône après la mort de son Ayeul . Am.
Marcellin , dit à peu près la même chose ; il
raporte qu'Hercule avoit eû d'une Princesse
des Gaules un Enfant qui étoit devenu
Roy des Celtes , & qui leur avoir imposé
le nom de Galathes ; ce qui revient à ce
qu'en dit Parthenius dans ses Erotiques. Le
Mariage d'Alexandre avec Roxane , est - il
mieux constaté ? Et qu'elle raison peut- on
avoir d'y ajoûtet plutôt foi qu'à celui d'Hercule
avec Galathée ? Premierement , il n'est
pas plus difficile de croire que celui ci soit
venu d'Egypte dans les Gaules , qu'il l'est
qu'Alexandre soit allé de Macédoine en Perse.
En second lieu , outre que Galathée étoit
fille d'un grand Roy , suivant Diodore , &
son unique héritiere , elle étoit aussi , nonseulement
au raport des Poëtes , mais encore
des Historiens , la plus belle femme de
son temps & la plus annable ; ainsi il n'est
pas douteux que ce fut la renommée qui apella
d'Egypte Hercule dans les Gaules , pour y
concourir avec les Princes de l'Europe à la
conquête d'un objet si d. gne de ses voeux.
Et ce fut la aussi , sans doute , la source des
Combats
NOVEMBRE.
1739 2549
Combats qui signalerent sa valeur contre Albion
& Belgion , contre Gerion & Taurisque
, jaloux qu'un Etranger eût cû la préférence
du çoeur de Galathée.
Je sçais bien qu'en adoptant ce Fait, je me
trouve en contradiction avec Bayle ; mais
qui n'en fera pas autant que moi , pour peu
qu'on balance les autorités sur lesquelles il
se fonde , avec celles que je viens d'alleguer ?
Que dit Bayle ? Que le Mariage de Galathée
avec Hercule , est un conte debité differemment
dans Diodore & dans Parthenius . Doiton
l'en croire sur sa parole ? Ou quelles sont
ses preuves ? Elle se réduisent à un trait du
Menagiana, où l'Auteur dit avoir lû quelque
part que les Gaulois avoient une grande véneration
pour ce Héros , & qu'ayant témoi
gné , lorsqu'ils se convertirent , leur peine
de ne plus voir de ses Images , on les consola
en leur représentant que chés les Chrétiens
il y avoit un Saint , qui , par sa grandeur
& par sa force , valoit six Hercules.
Bayle auroit bien dû ne pas relever une plaisanterie
pareille sur un sujet si grave & si
respectable . Mais dans le fond ne conclutelle
pas contre lui- même ? Que dire à celà ?
C'est que le fait l'interessoit peu , & qu'il ne le
jugeoit pas digne d'une attention particuliére
. J'en ai pensé autrement , & je crois
en avoir assés dit , pour que ce Fait soit caractérisé
2548 MERCURE DE FRANCE
point imposé , lorsqu'il a dit que ce Prince ;
se trouvant à la Cour du Roy des Gaules ,
avoit emporté sur ses Rivaux le coeur de Galathée
, fille de ce Roy, & qu'il en avoit eû un
fils nommé Galathes , lequel étoit monté sur
le Trône après la mort de son Ayeul . Am.
Marcellin , dit à peu près la même chose ; il
raporte qu'Hercule avoit cû d'une Princesse
des Gaules un Enfant qui étoit devenu
Roy des Celtes , & qui leur avoir imposé
le nom de Galathes ; ce qui revient à ce
qu'en dit Parthenius dans ses Erotiques . Le
Mariage d'Alexandre avec Roxane , est- il
mieux constaté ? Et qu'elle raison peut- on
avoir d'y ajoutet plutôt foi qu'à celui d'Hercule
avec Galathée ? Premierement , il n'est
pas plus difficile de croire que celui ci soit
venu d'Egypte dans les Gaules , qu'il l'est
qu'Alexandre soit allé de Macédoine en Perse.
En second lieu , outre que Galathée étoit
fille d'un grand Roy , suivant Diodore , &
son unique héritiere , elle étoit aussi , nonseulement
au raport des Poëtes , mais encore
des Historiens , la plus belle femme de
son temps & la plus aimable ; ainsi il n'est
pas douteux que ce fut la renommée qui apella
d'Egypte Hercule dans les Gaules , pour y
concourir avec les Princes de P'Europe à la
conquête d'un objet si d gne de ses voeux.
Et ce fut la aussi , sans doute , la source des
Combats
NOVEMBRE . 1739. 2549
Combats qui signalerent sa valeur contre Albion
& Belgion , contre Gerion & Taurisque
, jaloux qu'un Etranger eût cû la préférence
du çoeur de Galathée .
Je sçais bien qu'en adoptant ce Fait, je me
trouve en contradiction avec Bayle ; mais
qui n'en fera pas autant que moi , pour peu
qu'on balance les autorités sur lesquelles il
se fonde , avec celles que je viens d'alleguer ?
Que dit Bayle ? Que le Mariage de Galathée
avec Hercule , est un conte debité differemment
dans Diodore & dans Parthenius. Doiton
l'en croire sur sa parole ? Ou quelles sont
ses preuves ? Elle se réduisent à un trait du
Menagiana, où l'Auteur dit avoir lû quelque
part que les Gaulois avoient une grande véneration
pour ce Héros , & qu'ayant témoi
gné , lorsqu'ils se convertirent , leur peine
de ne plus voir de ses Images , on les consola
en leur représentant que chés les Chrétiens
il y avoit un Saint , qui , par sa grandeur
& par sa force , valoit six Hercules.
Bayle auroit bien dû ne pas relever une plaisanterie
pareille sur un sujet si grave & si
respectable. Mais dans le fond ne conclutelle
pas contre lui-même ? Que dire à celà ?
C'est que le fait l'interessoit peu , & qu'il ne le
jugeoit pas digne d'une attention particuliére.
J'en ai pensé autrement , & je crois
en avoir assés dit , pour que ce Fait soir caractérisé
2550 MERCURE DE FRANCE
ractérisé en Trait historique , qu'on ne peut
raisonnablement traiter de fiction ; car enfin
les Grecs , ainsi que les Romains , auroientils
été portés à Alater les Gaulois au point
d'en imposer , pour leur faire honneur ? Ou
auroient ils autorisé leur Tradition , s'ils
l'eussent soupçonnée d'être fabuleuse ? Cette
refléxion me fait venir à propos l'idée d'éxaminer
en passant quelle est la cause du
peu de créance que l'on a sur certains évenemens
de l'Antiquité.
-
On sçait 1 °. que ce sont les Poëtes , qui ;
livrés à l'antousiasme & aux saillies de leur
imagination, ont corrompu la vérité des Evenemens
par le merveilleux dont ils les ont
envelopés. Il en est alors comme de l'Amande
sous l'écorce . Je veux dire que dans la
Fable il y a un fond de vérité qu'on doit
bien distinguer du voile qui le cache ; il eût
mieux valu pour nous , sans doute , que les
premiers Ecrivains eussent transmis leurs
connoissances, sans tout cet artificieux embalage
, qui en fait perdre la plus grande partie;
mais enfin ce qu'on en peut retirer est encore
assés précieux pour être recherché. Je
n'ajoûte par foi , par exemple , à tout ce que
raconte Homere du Siége de Troye ; mais je
ne doute pas pour cela qu'il n'y ait eû en
Asie une Ville de ce nom , qu'elle n'ait été
assiégée par les Grecs , ni qu'il n'y ait cû un
Agamemnon
NOVEMBRE. 1739 255%
Agamemnon , un Achille , un Priam , un
Hector ; je m'en tiens à la simplicité de ces
Faits revendiqués par l'Histoire ; je m'en instruits
& je passe ce qui n'est que du Poëte ,'
ou bien je m'en amuse.
2º.Dans les premiers temps , ce n'étoit que
par la Tradition que l'Histoire se perpétuoit,
& ce fut toûjours la maxime des Gaulois. Ensuite,
en Europe les Grecs se mirent à l'écrire;
& après eux les Romains en firent autant.
De -là , l'Histoire génerale fut négligée , puis
elle tomba dans l'oubli , & enfin on n'en
crut que ce qui en étoit écrit . Autre inconvénient
, c'est que parmi les Histoires particulieres
même , il y en a qui l'ont emporté
sur les autres à un degré qu'elles seules donnent
le ton à l'Histoire , qu'elles en font la
regle pour les Faits à croire , ou à rejetter; ce
n'est pas toutefois qu'elles soient plus exemp
tes de partialité , que la vérité y soit plus ménagée
; mais souvent pour un style plus élegant
, une diction plus pure , des expressions
plus nobles ; comme si l'Histoire ne dépendoit
d'un certain choix & arrangement
que
de mots , d'une belle tournure de phrases ,
l'apas ordinaire de l'imposture. C'est pourtant
là la cause trop commune de notre incrédulité
sur un grand nombre de Faits qui
nous regardent , & que nous n'estimons pas
dignes de foi , précisément parce que les
B Grecs
2552 MERCURE DE FRANCE
Grecs ni les Romains n'en auront pas fait
mention,ou que ce ne seront pas de leurs Historiens
en vogue qui en auront parlé ; mais
les Grecs & les Romains ont- ils écrit pour
nous ? Etoient- ils interessés à nous reveler
ce qui auroit pû préjudicier à leur propre
gloire ? Et si nous avons lieu d'être persuadés
du contraire , une juste défiance ne doit-elle
pas nous rendre plus cirsconspects contre
leur jalousie ? Ne cesserons - nous jamais de
déférer ainsi servilement à leur àutorité ?
Quoi ! si- tôt qu'un Fait ne se trouve pas
marqué à leur coin , quelque caractere qu'il
puisse porter d'ailleurs de l'ancienne Tradition
des Gaules , dès - là il doit être mis au
rebut, & rayé même du Tableau des opinions
historiques .
वे En voici un exemple , que je propose
l'occasion du débat qu'il causa l'autre jour
dans une assemblée de Sçavans , mais Partisans
outrés des Grecs & des Romains ; je m'y
trouvai , comptant bien y faire bonne pacotille
de Litterature. Le début de la conversation
fut le Siége de Troye. Le sujet est un
peu vétuste ; mais pourquoi n'en seroit- il pas
de l'Histoire comme des Médailles ? Enfin
ce fut sur cet antiquè évenement que roula
le Prologue , & de suite on en vint au pieux
Enée , à ses avantures , tant par Mer que par
Terre , jusquà son débarquement en Italie & à
son
NOVEMBRE. 1739 2553
son Mariage avec Lavinie , fille du Roy Latinus.
Il ne faut pas demander s'il se fit - là un
grand étalage de l'Iliade & l'Eneïde ; il fut
des plus complets , sans parler de la Glose &
des Paraphrases. Or on en étoit à relever la
gloire des Romains d'avoir cû des Troyens
pour Ancêtres , lorsqu'une jeune barbe , encore
sur les bancs , s'avisa de dire que dans
les Gaules il étoit venu aussi des Troyens &
un fils d'Hector à leur tête. Alors ce ne fut
qu'un cri , au conte bleu ; * des Troyens &
un fils d'Hector dans les Gaules ! eh ! quel
fils d'Hector , demandoient nos Emérites en
Historiologie ?Y en eut- il d'autre qu'Astianax ?
Et qui ne sçait qu'il fut précipité par Ulisse du
haut des murs d'llion ? Ce sont- là de ces Faits
qu'on ne peut sensément révoquer en doute:
Telle fut la décision & la fin de l'érudite Assemblée.
Je rougissois de cette avanie pour
notre jeune Candidat ; & lui , au contraire ,
faisoit bonne contenance , & ne demandoit
qu'à soûtenir ce qu'il avoit avancé ; mais il
n'y eut pas moyen.
J'ai voulu m'assûrer par moi- même ; sçavoir,
si sa these étoit si insoutenable , & bien
m'en a pris; je suis à présent convaincu à n'en
plus douter , qu'il ne faut pas toujours jurer
sur les paroles de ses Maîtres , quelques doc-
* Second Teme du Paradoxe sur la Langue Grecque .
Bij tes
2554 MERCURE DE FRANCE
tes qu'ils soient , qu'ils ne laissent pas que
d'être susceptibles de préjugés , & que souvent
, qui pis est , lorsqu'ils en sont une fois
entichés , ils y adherent avec d'autant plus
d'opiniâtreté , qu'ils se croyent moins fautifs.
J'ai actuellement contre ceux de cette Assemblée
bonnes piéces en main , lesquelles
ne vont pas moins qu'à la cassation de leur
Arrêt. Ce n'est point en effet un conte si bleu
qu'ils le prétendent , que des Troyens- soient
venus dans les Gaules , & il n'est point nonplus
décidé qu'Hector n'ait eû qu'un fils .
Peut - être seroit- on curieux des recherches'
que j'ai faites à ce sujet ; en tout cas j'en vais
faire ici un détail, le plus précis qu'il me sera
possible,
1º. Il peut être venu des Troyens dans les
Gaules auffi - bien qu'en Italie , de même
qu'y sont venus les Phocéens , Peuple de
Plonie. D'ailleurs il étoit de Tradition chés
les Gaulois, que réellement il y en étoit venu ,
avec cette particularité que c'étoit en Auvergne
qu'ils s'étoient établis : ce qui se
prouve par une Lettre de Sidonius Apollinaris ,
et par ce qu'en dit Lucain dans le premier
Livre de sa Pharsale : le premier , qui étoit
Evêque d'Auvergne même , déplorant le
malheur de son Peuple , d'être tombé sous la
domination de Théodoric , Roy des Goths
dit que les freres des Troyens se trouvoient ré-
>
duits
NOVEMBRE. 1739 2555
duits sous le joug d'un Prince barbare et inconnu.
Et Lucain raporte qu'éffectivement
ce Peuple se disoit aussi , comme les Romains
, issû de Sang Troyens or , si nous
croyons que les Romains en étoient sortis ,
sur leur Histoire , pourquoi ne rendronsnous
pas la même justice aux Gaulois , sur
leur Tradition ? mérite-t'on d'être siflé pour
y ajoûter foi ? pour en parler ? c'est ce qui
choque. Reste à sçavoir si c'est un Fait si
incontestable , qu'Hector n'ait eû qu'un fils.
Euripide n'étoit pas de ce sentiment , puisqu'il
fait dire à Andromaque , qu'il représente
dans un entretien avec Hector , qu'elle
aportoit tous ses soins à donner à ses enfans
( elle parle en plurier ) l'éducation qui convenoit
à leur naissance. Et suivant Arsenie
et Anaxicrates , deux Auteurs Grecs , Astianax
avoit un frere , qu'ils nommoit Amphinée.
Mais quelque chose encore de plus
positif, c'eft ce que raporte Dictis de Créte
: Andromaque , dit cet Auteur , étant
allée avec Priam demander à Achille le corps
d'Hector , son mari , afin de le toucher davantage
, mena avec elle ses deux enfans ,
Astianax que quelques- uns apelloient Scamandre;
et Laodamas : comme celui- ci pourroit
être le même sous le nom d'Amphinée ,
ne concluons que pour deux enfans d'Hec- '
tor. C'en est bien assés pour arguer d'erreur
Bij ceux
2556 MERCURE DE FRANCE
}
ceux qui n'en admettent qu'un ; et qui , sur
ce faux principe , rejettent , comme une
opinion chimérique , qu'il soit venu dans les
Gaules un fils de ce Prince Troyen . Il n'est
plus besoin pour cela de recourir au ministe .
re des Dieux, et de sauver Astianax , comme
Te fait Ronsard : voici un second fils d'Hector
, Laodamas , qui par des voyes toutes
naturelles a trouvé le moyen d'échaper à la
fureur des Grecs. Et s'il étoit de Tradition
Celtique que des Troyens , après le désastre
de leur Ville , se soient réfugiés dans les
Gaules , qui peut empêcher de croire que
Laodamas étoit à leur tête ? qu'il fut favorablement
reçû à la Cour du Roy des Gaules
? même que la fille de ce Roy en devint
amoureuse ? & enfin qu'elle lui présenta
l'eau nuptiale , ainsi qu'avoit fait Galathée
à Hercule , & que fit Gyptis à Peranus ou
Protis ? Ce n'est pas , au reste , qu'il importe
beaucoup à la gloire des Gaulois, qu'un Prince
fugitif ait épousé la fille de leur Roy, ou
non, ni que leur Pays ait été habité par quelques
infortunés debris de Troye ; cela ne
peut aller qu'à un trait de plus ou de moins
de cette générosité qui les rendoit si recommandables
chés les Étrangers , & dont Parthénius
& Am . Marcellin , entre autres ,
font l'éloge.
L'Auteur de cette Dissertation doit, dit -il,
donner
NOVEMBRE. 1739. 2557
donner au Public un Ouvrage qui a pour
Titre : Observations sur la Nation Gauloise.
Il considere 1 ° . l'ancienneté de cette Nation
, sa valeur, ses exploits , & sa puissance
mise en paralelle avec celle des Romains. 2° .
Les Preuves qui font descendre les François
de cette ancienne Nation , & qui constatent
leurs droits sur les Gaules , qu'ils ont conquises
. Le tout d'après les meilleurs Auteurs,'
tant Grecs que Latins. 1739.
LE PLAISIR TROMPEUR ;
FABLE.
A l'imitation de la Piéce Latine , inserée dans
le premier volume du Mercure de
Décembre
1737.
N Vieillard l'autre jour sur le bord d'un
Ruisseau , UN
Suivi d'un jeune Enfant, jettoit la ligne à l'eau ,
Aussi - tôt un Poisson novice ,
Sans se douter de l'artifice ,
Se présente en nageant , se jette avec effort
Sur l'apât qui dans peu doit lui donner la mort.
Le mouvement de l'eau , la faim , tout l'y convie .
Il vient chercher sa perte en recherchant la vie ;
Bij II
2558 MERCURE DE FRANCE
Il mord sans peur de trahison ,
Et du morceau trop tard il connoît le poison ,
En prenant il est pris ; vainement avec force
Il veut pour se sauver abandonner l'amorce ,
Máis loin d'éviter ses malheurs ,
Ses efforts ne font plus qu'irriter ses douleurs.
Un fer cruel l'arrache , & cedant avec peine ,
Il se voit malgré lui transporté sur l'arene ,
Il saute à demi mort , dans l'espoir qu'en sautant
Il pourra retourner au liquide Element ;
Abus . L'Enfant le prend , rit de son esclavage ,
Et lui tient ce langage.
C'est assés badiner , finissons tous ces jeux ,
Le temps ne permet point de rester dans ces lieux.
Imprudent & glouton , ce morceau sçût te plaire ,
Tu le pris pour te satisfaire ,
Mais ne voyois tu pas en badinant autour ,
Que ce piege étoit-là pour te jouer d'un tour ?
Oh ! tu devois , mon cher plus prudent & plus sage ,
De ton instinct du moins faire un meilleur usage.
A présent que te voila pris ,
Tu peux gémir , pour moi j'en ris.
Tu te jettes pour vivre au fond des précipices ;
Eh bien , d'un bon repas tu seras les délices.
L'Enfant railloit ainfi le malheureux Poisson
Qui va lui servir de leçon .
36
LO
NOVEMBRE: 2559 1739.
> Le Vieillard dont l'aspect imprimoit la sagesse
Lui dit, voyez, mon fils, où conduit la jeunesse ;
S'abandonnant sans guide au gré de ses désirs ,
La mort vient le surprendre au milieu des plaisirs .'
Craignez à votre tour un traitement semblable ,
Recevez de ma bouche un avis charitable
Le plaisir le plus pur n'est jamais sans venin ;
Que toujours la raison vous mene par la main
Aux loix de cette sage & prudente Maitresse
Soumettez tous vos sens , pour que son bras vous
dresse ,
Ou je tremble pour vous, que donnant dans l'excès ,
Vous ne tombiez aussi dans de tristes filets .
Modérez les transports d'une enfance fougueuse ,
Craignez pour vos beaux ans une fin malheureuse ;
Instruit par cet exemple à fuir la volupté ,
Cher fils , suivez l'avis que l'amour m'a dicté.
F. Daire. C..
By LET
2560 MERCURE DE FRANCE
*
LETTRE écrite par le R. P. Boudet , Chanoine
Régulier de S. Antoine , à M. Lebeuf,
Chanoine de la Cathédrale d'Auxerre
, sur quelques anciennes Poësies Françoises.
J
E lis toujours , Monsieur , avec un plaisir
singulier , dans le Mercure de France,
les Dissertations curieuses & sçavantes , qui
viennent de votre plume. Vous vous attachez
à nous donner du neuf ; & votre sagacité
& vos travaux affidûs , vous procurent
ordinairement la gloire du succès. Les Amateurs
de la Litterature ont un vaste champ à
défricher , mais la moindre découverte coûte
quelquefois beaucoup de peine . Vous
avez déterré dans les Poësies de Grognet , les
noms de plufieurs Poëtes François , dont
quelques- uns font parfaitement inconnus.
Vous souhaitez que la Liste que vous en
donnez dans le Mercure de Juin , premier
Volume , page 1094. puisse attirer de la part
des Curieux , répandus dans Paris & dans les
Provinces , quelques Notices de ces Poëtes.
obfcurs. Je prendrai pour ma tâche le pénultiéme
Quatrain de Gronet , & je joindrai
mes voeux aux vôtres , pour obtenir le
reste
NOVEMBRE . 1739 2561
reste de la génerosité des Sçavans qui seront
à portée de nous satisfaire. Voici le
Couplet dont j'entreprends le Commentaire .
y
Nous avons Anthoine d'Usès
Lequel parla bien des excès ,
L'Eperon fit de discipline
Où l'on peut voir bonne doctrine.
Je commence par réformer le texte , car il
à erreur . dans le nom ainsi écrit Anthoine
d'Usès , il faut lire Antoine du Saix , en Latin
Antonius Saxanus . Vous en verrez bien tôt
les preuves. Peut -être Grognet a - t - il défiguré
ce nom , pour la commodité de sa
rime.
> .
Cet Auteur nâquit à Bourg, en Bresse , environ
l'an 1505. d'une des plus illustres Familles
du Pays , qui n'étoit point alors soûmis
à la France. Son Pere étoit , Melire
Philibert du Saix , Seigneur de Coursant , &
Gouverneur de Bourg , qui mourut en 1531 .
Notre Poëte fut reçû fort jeune parmi les
Chanoines Réguliers de S. Auguftin , Ordre
de S. Anto ne , & il obtint la Commanderie
de Bourg , en Bresse , dépendante du même
Ordre. C'est là qu'il a composé son Livre à
l'âge de 2. ans . En voici le Titre , que je
transcris au long , sur l'Exemplaire qui est
dans la Bibliotheque de cette Abbaye , en
2, vol. in-8°.
B`vj Premier
2562 MERCURE DE FRANCE
Premier Volume. L'Esperon de Discipline;
pour inciter les humains aux bonnes Lettres ,
stimuler à Doctrine , animer à Sciences , inviter
à toutes bonnes oeuvres vertueuses & morales
, par consequent pour les faire coheritiers de
JESUS-CHRIST , expressément les nobles & génereux
, lourdement forgé & rudement limé
par
noble homme Fraire Antoine du Saix,Commandeur
de S. Antoine de Bourg en Bresse.
1532. Le nom de l'Imprimeur & le Lieu de
l'impreffion ne sont point marqués.
Second Volume. La Secunde Partie de
Esperon de Discipline , en laquelle est traicté
de la nourriture & Instruction des Enfants .
mesmement nobles & génereux , qui pour l'origine
, entretien , & consummation de vraye noblesse
extraite de bonnes meurs & gestes magnanimes
, doivent requerir science : en ce que le
sens qu'on quiert , soit en son temps en eulx acquis.
1532.
Cet Ouvrage eft très- bien imprimé ; les
caracteres , quoique Gothiques , sont assés
lifibles. Les pages ne sont point cottées , &
elles sont toutes enfermées dans des bordures
, gravées en bois fort délicatement : ces
bordures portent divers ornemens , où sont
inserées les Armoiries de la Maison de Savoye
, celles de l'Auteur , des Devises , des
Trophées , & c. A propos des Armes de du
Saix , je remarquerai que cette Famille porte
& Ax
NOVEMBRE. 1739 2563
Argent tout plein ; & pour Devise : Utcumque
sors tulerit , ce qu'il traduit par ces mots ,
Quoi qu'il advienne. Je crois que ce sont là
des Armes parlantes ; & comme les Commentateurs
sont en poffeffion de donner
leurs conjectures pour des preuves , je dirai
que cet Ecuffon vuide & fans aucun trait ,'
ne reffemble pas mal à une Table d'attente ,
qu'on peut fupofer de Marbre , ou de Pierre,
ainfi je dériverai Saxanus à saxo . Néanmoins
notre Commandeur , pour exprimer fon
état , a écartelé fon Ecu , & au premier quar
tier il a mis un Tan , qui est la marque distinctive
de l'Ordre de S. Antoine.
Je reviens à fon Livre , qui eft dédié à
Charles , Duc de Savoye , dont l'Auteur étoit
Sujet ; il paroît par la façon affés familiere
dont le Poëte s'exprime dans fon Epître ,
qu'il avoit l'honneur d'être connu particulierement
de fon Souverain . Il étoit auffi en.
relation avec plufieurs Seigneurs , qu'il traite
de fes Amis , dans une Piéce faite à leur
honneur , qu'on trouve à la fin du fecond
Volume. Il y fait paffer en revûë Jacques du
Bellay , le Sr de la Palice , l'Abbé de S. Antoine
, Antoine de Langeac , le Sr de la Difette
, Grand Bailli du Pays de Bugey , le
Duc de Nemours , le Seigneur de Montfort
&c... Il eft parlé dans la même Piéce de
René Macé ; & comme ce Poëte eft un de
ceux
2564 MERCURE DE FRANCE
ceux que Grognet a mis dans sa Liste , vous
serez curieux , sans doute , de sçavoir ce
qu'il en dit.
Et me pourroit bien faire ingratitude
Mettre en oubli le grand Renay Macé▸
Celui qui a tout le loz amassé ,
Que jamais homme en Europe & Asie
par haulte Poësie. Peut mériter
Souventeffois en Cour de Jupiter ,
Procès fut meu jusques au despiter ,
Et tirer droiz du profond de l'Aumaire ,
Sur le combat de Virgile & d'Homere ,
Auquel des deux pour tiltre glorieux
Apartenoit le nom victorieux :
Mais au rapport de son Huissier Mercure ;
Comme vaincus de combattre ilz n'ont cure ,
Depuis qu'au Monde en est ime a regné
L'excellent nom du triomphant Renay.
Si quelque L1 ou Statut canonicque
Semble à aucun non entendent , inicque ;
Venez à lui à consultation ,
Il en donrra l'interpretation.
Quoique d'erreur Sentence en soit vieillie.
Rithme a esté longtemps ensevelie ,
Mais par Renay rare regnant renaist :
Car tel que uviv nt en terre n'est.
Donc pour autant qu'il est en l'art unicque ,
C'est
NOVEMBRE. 1739 2565
C'est l'Ecrivain de Royale cronicque
Du Lys François , que l'on consacre à Reims ,
Tant que Prieur il en est de Beaurains.
Si donc Macé , tu martelles la Masse
Du riche marc que Rhetoricque emmasse ;
Ce nonobstant de ton ami touttal
Soustiens limer le mal pouly metal
Le reduisant à ton analogie.
,
Il est fait mention dans la même Epître
de quelques autres Poëtes sçavoir , de
Pierre Martin, que notre Auteur apelle, Pere
d'Ovide en metrificature , de Simon Bourgoing
, qu'il dit avoir une plume dorée , & du
Bailli de Bugey , ci- dessus nommé dont il
trouve les Vers.
Riches azurez ,
Sententieux , coulans & mesurez .
Pour justifier le sentiment de Grognet sur
notre Poëte , lorsqu'il dit de lui qu'il parla
bien des excès , il est nécessaire de vous raporter
quelques fragmens de l'Esperon de
Discipline , où il invective fortement contre
les vices de son temps. Voici comme il peint
l'infortune des Plaideurs vers le commencement
de la seconde Partie.
و ا
Si contre vous quelqu'un a murmuré ,
Et pa procès àla Court vous appelle 2
Plus
1566 MERCURE DE FRANCE
Plus empesché que n'est au feu la pesle ,
Incontinent pour consulter le cas ,
Fauldra chercher Messieurs les Avocats
Et ses escurz Dieu sçait comment estendre ;
Puis ne sçaurez le cas bien faire entendre
Dont sur ce mal on vous consultera
Ou l'Avocat ne se contentera ;
Par ce moyen esmeu de chaude colle
S'efforcera vous donner la bricolle
Avec Partie adonc s'alliera ,
Tout votre sac il lui desliera ,
*
§
Et le secret , s'il est plein de meschance ;
Vous voilà bien , & de fept vnze , où chance.
Qu'est-il de faire ? un homme est lor's damné
Que si Dieu veult ne soyez condamné
` Et qu'en bon lieu votre chariot verse ,
Tant qu'obteniez contre Partie adverse ,
Nombrez le tout , vous n'y gagnez jamais
Saulce on vend plus que la chair de ce mezz
Car vous ferès autant de proffict d'elle ,
Comme celui qui brusle une chandelle ,
Paffant un sol pour chercher ung denier ,
Le guaing est tel comme au Courdouhannier ;
Qui a laissé marrocquin pour bazanne ,
Et ung Teston pour ung Sol de Lozanne , & c.
Il parle avec beaucoup de vivacité contre.
les Protho- Notaires ses contemporains, & ne
menage
NOVEMBRE. 1739. 2567.
ménage point les termes avec eux.
Au temps passé ( dit- il ) les bons Prothonotaires
Estoient ceux-la qui faisoient Inventaires
Et escrivoyent les gestes & beaulx faictz
Des bons Pafteurs , Papes saincts & perfectz.
Mais maintenant ilz font Rondeaulx , Ballades ,
Au mois de May , quand amours sont mallades ,
Mettant leur cueur en commande & Credo
A cest aveugle appellé Cupido ,
Lorsqu'à Venus se rendent tributaires ,
Et qu'ilz se font des Dames Secretaires.
Voila le Livre où estudieront
Touttalement , & se desdieront
A bien danser , voller à la campaigne
A s'estroicir pour faire corps d'Espaigne ,
Si fort serrez qu'ils en souspireront.
Tiendront ce train tant qu'ilz adoreront
Leurs Dieux , qu'ilz font de ces vieilles mastines
Mais de tenir ny Heures , ny Matines ,
Ne de garder nul ordre Episcopal
Ostez , ostez , le Cabinet Papal
Se remplira par leurs grands arrerages ;
Il vault bien mieulx penser aux commerages,
Pour parvenir aux amoureux accords
Et perdre temps , l'honneur , l'ame & le corps ,
Que de tenir train Ecclesiastique ,
Les Heures sont pour l'Enclos Monastique .
2568 MERCURE DE FRANCE
Ce n'est pas tout , il fault chiens & oiseaulx ,
Se vestir court par dessus les houseaulx
Du taffetas qui à l'entour fleuropne
Porter grand barbe au lieu d'une couronne ;
Car s'ilz avoyent leurs beaulx cheveulx tousez ,
Ilz ne pourroyent jamais estre espousez ,
A tout le moins complaire à leur Statue
Qui est le poinct qui les tourmente & tuë :
Par ce moyen pour estre mieulx formez ,
Joinctz & jolis , fault qu'ilz soyent difformez
De tous habits , puis on va au Dataire
Pour ce Monsieur mon sot Prothonotaire
Faire encherir ce precieux Metal
II fault avoir de plomb plus d'ung Quintal.
De jour de nuict faire course soubdaine ,
Simon Magus , ou quelqu'autre fredaine ,
Ouvrir pacquets & les recaccheter ,
De toutes partz gripper & crocheter,
Et perpetrer cent mille malefices
Pour amasser tant qu'on peut Benefices,
Lors en aura par phas & par nephas :
Car de Pilate on va à Caiphas
Pour en avoir , & ne fust qu'une Cure ,
L'on trouvera quelque faulse Procure :
Puils l'on mettra dedans Hacquebultiers
•
Voila comment la Ley est bien gardée
Pa
NOVEMBRE . 1739 2569
Par ces Piliers où l'Eglise est fondée.
Puis vous veoyez porter aux douceletz
Guantz descouppez , couleurs & braceletz ,
Et pour plus fort desmontrer leur ordure ,
Chemise fine à collet de brodeure ,
Chausses après couvertes de veloux ,
Les escarpins descouppez comme loupz ,
A qui les chiens ont faict des esguilletes ,
Et tout cela pour l'amour des Filletes :
E
Dont vous veoyez en quel trouble & rumeurs
st notre foy par leurs mauvaises meurs.
doint remedes salutaires
Dieu nous y
Et amender nos folz Prothonotaires.
il
Je crois , Monsieur , que ces Echantillons
sont plus que suffisans pour faire juger du
style & du génie d'Antoine du Saix. Le sujet
qu'il a embrassé est presque universel ,
parle de toutes les Sciences , des Vices &
des Vertus , de l'Education de la Jeunesse
&c. C'est ce qui fait dire à Grognet , que
dans son Livre on peut voir bonne Doctrine,
Aimar Falco , Historien de l'Ordre de Saint
Antoine , le cite avec Eloge ( Partie IV. )
parmi les Hommes illustres qui y fleuris
soient alors . Je ne m'étendrai pas davantage
sur son sujet , crainte d'abuser de votre
patience , d'autant plus que j'ai déja
fourni des Mémoires fort détaillés sur cette
ma2570
MERCURE DE FRANCE
matiere au R. P. Dom Antoine Rivet , Béné →
dictin , l'un des Auteurs de l'Histoire Litteraire
de la France , dont ils doivent faire
dans le temps.
usage
Permettez- moi , Monsieur , de vous dire
encore un mot sur un Philipe des Avenelles ,
qui étoit , sans doute , Parent d'Albin des
Avenelles , contenu dans la Liste de Grognet
, au hazard de ne vous rien marquer que
vous ne sçachiez mieux que moi. Je ne
connois point le Remede d'amours que Grognet
lui attribuë , mais j'ai trouvé dans notre Bibliotheque
un Volume in-folio , intitulé :
D'Appian Alexandrin, Historien Grec, des
Histoires Romaines l'Iberique ou Espagnole , &
Annibale ou des Exploits d'Annibal Chartageois,
en Italie . Le tout traduit de Grec en Lan
gue Françoise , par le Seigneur Philipe des
Avenelles. A Paris , par Pierre du Pré 1569.
L'Auteur dédie son Livre à Monseigneur
Dandelor , & il parle dans cette Epître de
l'Epitome de Plutarque , qu'il dit avoir composé
auparavant.
Il m'est tombé sous la main un autre Livre
, où je vois un nom fort aprochant de
celui de Castanea , dont vous dites , Monsieur
, n'avoir aucune connoissance . En voici
le Titre : D. Anselmi Archiep. Cantuarienfis
eximii Theologi non minus elegantes quam pia
in Epistolas B. Pauli explanationes , nuper stu
dig
NOVEMBRE. 1739 2571
dio ac diligentia venerandi ac generofi Domini
Renati à Castanao coelesti munere Commendatarii
ac Moderatoris Coenobii misericordia Dei,
affabre ex fitu & squallore asserta editaque
cum Indice &c. in-fol. Paris. 1533. apud Poncetum
le Preux. A la tête du Livre sont deux
petites Piéces en Vers Latins , l'une est de
Castaneus à son Lecteur l'autre est à la
louange de S. Anselme , & de l'Editeur de
ses prétendus Commentaires , qui , comme
vous sçavez , n'apartiennent nullement à ce
Saint. On trouve ensuite une Epître dédicatoire
, adressée à l'Evêque de Poitiers Gabriel
de Cleromonte.
,
J'espere , Monsieur , que vous agréerez
cette Lettre , avec les assurances de l'estime
& de la consideration parfaite laquelle
je suis , & c.
avec
De l'Abbaye de S. Antoine en Viennois
le 22. Juillet 1739.
L'A2572
ERCURE DE FRANCE
S
L'AMOUR JALOUX ,
CANTATILLE.
Mise en Musique par M. Fel .
Ur la Terre & sur l'Onde , aux Cieux , même
aux Enfers ,
L'Amour faisoit porter ses Fers ;
Mais peu content d'une Victoire ,
Qui lui foûmet les Dieux les plus puissans ,
Il voudroit que jamais l'encens
Ne pût brûler que pour sa gloire :
Les honneurs, qu'à Bacchus adressent les Humains ,
Lui semblent dérobés à ses droits souverains .
La noire Jaloufie
Suit en tous lieux ses pas ;
La divine Ambrofie
N'a plus pour lui d'apas :
Son ame inconsolable
Pousse mille regrets ;
Dans l'horreur qui l'accable
Il brise tous ses Traits .
Ainfi le Dieu de la tendresse
Se livroit tout entier à d'aveugles douleurs ;
Mais
NOVEMBRE. 1739. 2573
Mais bientôt Jupiter lui rendit l'allegresse .
Amour , dit-il , seche les pleurs
Qu'arrache de tes yeux une colere indigne.
Loin de nuire au Dieu de la Vigne ,
Songe àt'unir à lui des plus fermes liens :
Détruire ses Autels , c'est ébranler les tiens .
Fils de Venus ,
Reçois un juste hommage ;
Mais que Bacchus
Avec toi le
partage .
C'est lui qui nous inspire
Les plus vives ardeurs ;
Ses piquantes douceurs
Etendent ton Empire.
Fils de Venus ,
Reçois un juste hommage ;
Mais que Bacchus
Avec toi le partage .
Si d'un coup plein de charmes
Tu veux blesser un coeur ,
Amour , dans sa liqueur
Il faut tremper tes armes.
Fils de Venus , &c .
A. X. Harduin d'Arras.
2574 MERCURE DE FRANCE
› LETTRE de M. Dorce Commissaire
ordinaire d' Artillerie , à M. le Marquis de
Creil , Commandant la Compagnie des Grenadiers
à cheval de la Maison du Roy , an
au sujet d'une nouvelle Experience faite sur
les Mines , par M. de Belidor.
J
E vous ai promis , Monsieur , de vous
informer du résultat des Experiences sur
les Mines , que M. de Belidor devoit executer
, afin de vous dédommager de la peine
que vous m'avez, marquée , de ne pouvoir
rester à la Fere , pour en juger par vous - même
; vous sçavez que quand vous êtes parti ,
il devoit proposer à M. d'Abouville , notre
Commandant , l'execution d'un nouveau
Projet de Mines , pour la défense des Places,
pratiquées sous le glacis du chemin couvert,
afin qu'aussi - tôt que l'Assiégeant y auroit
établi ses batteries , l'Assiégé pût , en faisant
jouer ces Mines , détruire les batteries ,
& du premier coup enlever le canon , pour
le faire sauter dans le fossé de la Place , rien
n'étant plus capable d'enfler le courage à une
Garnison , & de déconcerter l'Ennemi , que
de s'emparer de son canon , pour s'en servir
contre lui-même ; car ordinairement le canon
est jetté du côté de la tranchée , à cause
de
NOVEMBRE. 1739. 2575
de la résistance qu'opose l'épaulement le la
batterie ; ainsi le Projet de. M. de Belidor ,
étoit que l'impulsion de la poudre agisse du
côté du plus fort , contre la loi ordinaire des
méchaniques.
Le 27. du mois passé , cette Mine étant
achevée sous une batterie de deux pièces de
24 , nous nous rendîmes tous au Polygone
sur les cinq heures du soir ; vos jugez
bien , M. que je n'étois pas un des moins intrigués
à sçavoir quel en seroit l'évenement ;
les sentimens partagés d'un nombre d'habiles
Gens , qui en sçavent beaucoup plus que moi
sur cette matiere , m'en faisoient attendre le
succès avec une extrême impatience ; enfin M.
de la Tessoniere, Lieutenant de Mineurs de la
Compagnie d'Antoniacy , qui a executé le
Projet , ayant mis le feu à la Mine , nous
vîmes un instant après , les piéces &
leurs affuts , s'élever au dessus de l'épaulement
, aller tomber , l'une à 34 toises de
distance de sa platte- forme , & l'autre à 15.
toises , toutes deux dans la Place , au grand
étonnement de tous les Spectateurs. Cette
derniere auroit été , sans doute , poussée en
avant aussi loin que l'autre,s'il ne s'étoit rencontré
un foible sur la gauche de sa platteforme
, provenant de quelques anciennes
Mines , qu'on a fait jouer autrefois de ce
côté- là ; au reste , il auroit suffi qu'elles eus-
>
C sent
2576 MERCURE DE FRANCE
sent été l'une & l'autre jettées à dix toises
seulement , pour tomber dans le fossé de la
Place , & remplir l'objet de la Mine.
Voilà , Monfieur , un sujet propre à exercer
vos réflexions , & à fortifier les connoissances
que vous avez sur les effets de la poudre.
Si vous venez passer une partie de
l'hyver avec nous , comme vous me l'avez
vous trouverez encore sur les
fait esperer ,
Lieux , des vestiges de cette operation
.
M. de Belidor a commencé quelques jours
après votre départ , ses épreuves sur le canon
tiré à ricochet ; il nous promet une belle
Théorie sur ce sujet , dont il m'a déja communiqué
des idées générales ; ces épreuves
étoient fort nécessaires , parce qu'on n'en
avoit point encore fait sur ce sujet , qui avoit
besoin d'être débrouillé . Je vous embrasse
&c.
Ala Fere , le 2. Octobre 1739 .
EP ITR E.
A Mlle de la C ***
C'Est Est en vain , aimable Uranie ,
Que vous me dispensez de vous faire ma cour ;
Vous, dont les bienfaits chaque jour
Rendent mon sort digne d'envie.
Vous
NOVEMBRE.. 1739. 2577
Yous , pour qui j'offrirois juſqu'à ma propre vie ,
Si vous exigiez ce retour.
Il est vrai que le Ciel , au sein de l'indigence
M'a fait naître dans sa rigueur ;
Mais ce ne fut jamais la brillante naissance ,
Qui décida de notre coeur,
Je rends à tout Mortel ce que je dois lui rendre,
J'admire la vertu , je sçais la respecter.
Mais jamais je ne pus descendre
Jusqu'à feindre , jusqu'à flater.
Un coeur vraiment libre & sincere ,
Et que n'éblouit point une fausse splendeur ;
Dédaigne d'encenser , d'une main mercenaire ,
Un Crésus enyvré de sa propre grandeur.
On ne me verra point , pour farder l'injustice ,
User , contre mon gré , de mes foibles talens ,
On ne me verra point canoniser le vice ,
Pour gagner la faveur des Grands.
Je connois trop le Monde & fes fausses pratiques ,
Pour oser m'apuyer sur son fresle secours.
Je connois ses cruels retours >
Ses fausses amitiés , ses douceurs politiques ,
Et je m'en défierai toujours.
En effet, que voit-on dans ce Monde coupable ?
Des Fourbes , des Coeurs faux , des Dupes , des
Flateurs.
Est-il un feul ami sincere & véritable ?
Cij Com
2578 MERCURE DE FRANCE
Comment le distinguer de tant de séducteurs
On ne difcerne plus ni vertu , ni mérite ,
L'Orgueil est élevé , l'Innocence est proscrite ;
L'Amitié n'est plus qu'un vain nom ,
La Bonne-foi n'est plus d'usage ;
Et si l'on veut passer pour sage ,
Il faut tout immoler à son ambition.
Livrés à l'amour propre , ou plongés dans leurs
crimes ,
Tels sont tous les humains , telles sont leurs mą
ximes.
En vain dans leur nombre infecté
Je cherchois la candeur & la simplicité ,
Je n'y trouvai jamais que fraude & qu'artifice ,
Que perfidie & que malice
Sous un voile de probité.
Mais quoi si la Vertu dans le Ciel retirée ,
N'habitant plus la Terre , ainfi qu'au temps de
Rhée ,
Déserte les coeurs criminels ,
Il est du moins quelques Mortels ,
Par qui la Vertu révérée ,
Aime encore à se voir élever des Autels.
Tel est votre Pere , Uranie ,
Dont le coeur tendré & généreux
Me rendit autrefois la vie ,
En çalmant les rigueurs de mon sort malheureux .
Tel
NOVEMBRE. 1739. 2579.
Tel est votre Frere , que j'aime
Plus pour lui , que pour ses bienfaits.
Telle enfin vous êtes vous -même ,
Vous , que je n'oublierai jamais.
Ce n'est que sous vos toîts paisibles
Que j'ai trouvé l'Homme de bien ,
Que j'ai trouvé des coeurs à l'amitié sensibles ,
Des coeurs dignes de Rome , & faits comine le
mien.
O ! fi le Ciel plus favorable
Faisoit lever sur moi des jours moins ténébreux ,
Que je m'estimerois heureux !
Que mon fort feroit defirable !
Si je pouvois goûter dans un repos secret
Le plaifir à jamais durable
De fentir
pour tous trois l'amour le plus parfait !
Par M. Picquet.
C iij
LET
2580 MERCURE DE FRANCE
884
LETTRE de M. l'Abbé le Couturier ;
au R. P. Caftel , de la Compagnie de Jefus
Au fujet d'un fentiment de M. de St Evremond
, fur la caufe de la douleur. OEuvres
mêlées , T. 4. p. 147.
I
Ermettez - moi , mon Réverend Perc
de vous demander quelque éclairciffement
sur un sentiment d'un de ces illuftres
Morts, avec lesquels je m'entretiens souvent
dans ma solitude littéraire. M. de St Evremond
eft un de ceux avec lesquels j'ai le
plus souvent de ces conversations muettes
qui inftruifent et qui charment également ,
et qui , privées peut-être d'une partie des
avantages que l'on attribue aux entretiens
entre les vivans, n'ont pas au moins les désagrémens
qui ne rendent quelquefois ceux - ci
rien moins qu'amusans. Soit goût , soit prévention,
soit un certain raport des maximes.
de M. de St E. avec mes dispositions présentes
, je trouve en lui mon conseil , mon censeur
, mon ami. En faut-il davantage pour
m'engager à passer avec lui bien des momens,
dérobés à l'oisiveté ou à des soins frivoles ?
Il arrive cependant quelquefois , que nous
nous trouvons de differens fentimens , mais
cette diversité n'altere en rien l'union de notre
NOVEMBRE. 1739. 2531
portre
commerce . Vous connoissez
assés M. de
St Ev. Mon R. P. il a beaucoup d'agrément
dans la narration, de délicatesse dans les
traits , de profondeur
dans les réflexions , de
justesse dans la critique , de finesse dans les
loüanges , de noblesse et de varieté dans les
expressions
, même les plus communes
, un
tour ingénieux , une diction pure , une
agréable liberté , des négligences
heureuses
caractérisent
un homme qui écrivoit en
homme libre et en homme d'esprit . Son stile
cependant
quelquefois
un peu trop exact ,
trop semé d'antithêfes
, lui a fait reprocher
un défaut bien commun aujourd'ui , qui se
trouve réparé dans M. de St Ev . par des
beautés réelles . Il métaphysique
aussi quelquefois
trop , et voulant parler au coeur , il paroît
rechercher avec trop de soin le langage
de l'esprit, c'est sur un point, où je crois qu'il
tombe dans ce défaut , que je vous prie de
m'éclairer et de m'instruire . Jugez- nous et comptez sur ma docilité . M. de S. E.
voulant consoler une Personne sur la mort
de son ami , employe.pour
calmer ou suspendre
sa douleur , des réflexions qui pourroient
être plus consolantes
, si le sentiment
intérieur les admettoit avec moins de répula
perte
gnance. Il ne disconvient
pas que
de ce qui nous a procuré du plaisir , ne
soit pour nous une occasion de douleur
C iiij l'ex-
>
2582 MERCURE DE FRANCE
l'expérience de tout le genre humain , dit- il ,
combattroit une opinion si bizarre , il auroit
contre lui les larmes de toutes les Veuves ,
les cris de tous les Orphelins , le deuil de
tous les Parens , la voix de tous les Affligés.
La plus grande partie , du monde , ajoute - t'il ,
croit que la privation d'un grand bien est
un grand mal, la plus saine ne le croit
Qu'il me permette de me séparer en ce
point de la plus saine , pour être de la plus
grande , et de dire avec le Tibulle du dernier
fiecle :
pas.
J'apelle à mon secours , Raison , Philosophie ;
Je n'en reçois , hélas ! aucun soulagement ;
A leurs belles raisons insensé qui se fie :
Elles ne peuvent rien contre le sentiment.
J'entends que la raison me dit , que vainement
Je m'afflige d'un mal qui n'a point de remede ;
Mais je verse des pleurs dans ce même moment ,
Et sens qu'à ma douleur il vaut mieux que je cede.
Voici comment M. de S. E. apuye son
paradoxe. » N'est il pas vrai qu'entre la
»jouissance et la privation il n'y a point de
milieu , et qu'entre le plaisir et la douleur
» il y en a un , qui est l'indolence ? Que
» conclut - il de- là : le voici : pourquoi donc
veut- on que nous tombions du plaisir dans
"
?
12
NOVEM BR E. 1739. 2583
» la douleur , comme nous tombons de la
» joüissance dans la privation » ? Le Pourquoi
est difficile à trouver, quand l'expérience est
contraire je crois que l'on peut et que l'on
doit raisonner ici , comme l'on fait avec
succès dans la Physique moderne : voilà
l'expérience ; remontons à la cause .
gner
:
Dans la privation d'un ami , dans l'absence
d'un bien qui nous fatoit , dans l'éloignement
d'un plaisir , de quelqu'espece qu'il
soit , ne sentons - nous pas en nous un resserrement
de coeur qu'excite et anime le
souvenir de ce que nous avons perdu , un
je ne sçai quoi qui nous trouble ? J'en apelle
à l'expérience. Qu'il se trouve des ames
fortes doüées d'une vertu assés stoïque pour
ne sentir ( je ne le crois pas ) pour ne témoidu
moins aucune foiblesse dans ces
douloureuses occasions , je me contenterai
de les admirer , sans leur envier une force
d'esprit que j'ai peine à comprendre ; mais
quelle est la cause de ce vif sentiment qui
nous pique , qui nous inquiette et qui nous
tourmente ? est - ce la privation de ce qui
nous flatoit ? la privation n'est rien en ellemême
une cause négative est incapable de
produire un effet si positif. Si la privation
étoit la cause de la douleur , la douleur de
vroit être éternelle . M. de S. E. l'a remarqué
, et je l'avoue avec lui . La recherche-
Cv . rons2584
MERCURE DE FRANCE
>
rons- nous cette cause dans l'opinion ? la
douleur est - elle donc quelque chose de vague
, d'incertain , d'arbitraire comme l'opinion
? Quand Ciceron dit que l'opinion est
la source de notre affliction , il parle en
Orateur ; la source ou l'occasion n'est point
la cause immédiate. Tusc. ques . L'opinion
( passez-moi ce terme de l'Ecole ) l'opinion
ne produit qu'une certitude morale , et le
sentiment que donne la douleur , n'est- il
pas souvent trop certain , et pourroit- on
bien le révoquer en doute ? il est peu de
Pirrhoniens sur cet article . Il est difficile
d'exprimer ce que c'est , dira- t'on , et on le
comprend par ce que ce n'est pas. Oüi : mais.
la difficulté d'exprimer clairement les mouvemens
et les affections de notre ame ne
diminua jamais la certitude de leur existence.
Quand le respect que j'ai pour M. de S. E.
me feroit adopter la nouvelle définition qu'il
donne de l'opinion , quand je dirois avec lui
que ce n'est pas , comme on l'a défini jusqu'à
présent , unjugement indéterminé , que
c'est un mauvais choix de notre jugement ;
pourrois-je la regarder comme la cause de la
douleur est ce un mauvais choix de mon
jugement qui me fait soupirer après un bien.
qui me manque je le regardois comme un
objet dans lequel je trouvois une sorte de
félicité ; que cet objet ne soit pas un bien
pour
NOVEMBRE. 1739 2585
pour d'autres, qui ne l'envisageoient pas avec
les mêmes yeux que moi ; qu'il ne mérite
pas ce nom consideré absolument , il avoit
des charmes pour moi , ç'en est assés ; mon
coeur y étoit attaché , sa privation me jette
dans un état violent , m'inspire des désirs
qui naissent malgré moi- même au fond de
mon ame. Est- ce- là l'effet du mauvais choix
de mon jugement ? non , puisqu'il me porte à
souhaiter mon bonheur : Encore une fois , ne
considérons pas ici le bonheur pris en général
; le plus grand bien en soi n'excite pas toujours
la volonté.
J'accorderai volontiers à M. de S. E. que
nos faux jugemens sont la cause , ou pour
mieux dire , l'occasion de la douleur que
nous ressentons : Dépouillé de tous les jugemens
erronés que le préjugé fait naître ,
que l'ignorance entretient , que la paffion
fomente , combien l'homme ne s'épargneroit-
il pas de chagrins et de peines ? nous
jugeons mal dans l'évaluation du bien et du
mal , nous jugeons mal de ce qui est nécessaire
à notre bonheur , nous jugeons mal du
présent et de l'avenir, enfin , parce que nous
jugeons des choses suivant nos dispositions
présentes , parce que nous ne les envisageons
qu'à travers le voile que notre ignorance ou
notre sensualité nous mettent devant les
yeux , nous en jugeons ordinairement mal ,
C vj
et
2586 MERCURE DE FRANCE
et nous nous procurons à nous- mêmes bien
des chagrins qui s'évanouiroient bientôt , si
les choses étoient réduites à leur juste valeur.
Que le mauvais choix de mon jugement ait
été l'occasion du plaisir que j'ai goûté , qu'il
le soit de la peine qui m'accable , je le veux ;
il n'est pas pour cela la cause immédiate de
la douleur que je ressens.
Voilà ce qui n'est pas la cause de la douleur
, voyons ce qui l'est : permettez -moi
de hazarder ici quelques réflexions, et de proceder
par ordre géométrique . Ce sentiment
vifet piquant dont notre ame est la victime et
la proye , apartient à la volonté , sans contredit.
C'est l'esprit , c'est l'entendement qui
propose un bien comme désirable , comme
aimable ; c'est la volonté qui aime , qui désire,
qui regrette , qui se passionne . Or cette
volonté , par où est - elle déterminée ? par
l'inquiétude qu'elle ressent de l'éloignement
d'un bien dont elle jouissoit ; inquiétude
d'où naît toujours le désir : Voilà , ce me
semble, le mobile principal, le ressort le plus
caché , mais le plus efficace , des mouvemens
les plus forts , des affections les plus
secrettes d'une ame toûjours flottante et incertaine
, qui vole sans cesse après le contentement
, qui le méconnoît souvent où il est ,
et plus souvent le cherche où il n'est pas.
Au milieu de la joye la plus vive et la plus
sensible ,
NOVEMBRE. 1739 2587
sensible , c'est le désir de continuer ce plaisir
, et la crainte d'en être privé , qui en soutiennent
l'action , qui augmentent et irritent
ce vif sentiment qui nous ravit et qui nous
transporte. Si quelqu'autre pensée , disons
mieux , si quelqu'autre inquiétude vient
troubler nos idées , quelqu'agréables et quelque
flateuses qu'elles soient , le présent
n'est plus compté pour rien , sa jouissance
n'a plus de charmes pour nous , l'ennui succede
bientôt , et le plaisir cesse d'être plaisir.
Une vive inquiétude allume- t'elle en nous
des désirs ardens d'un bien que nous jugeons
propre à nous donner du contentement ?
voilà l'espérance. La pensée d'un mal qui
peut nous arriver rend-elle notre ame inquiette
? voilà la crainte. Une injure reçûë
ou quelqu'autre motif excite - t'il dans l'ame
le trouble et le désordre ? voilà la colere .'
Sommes-nous agités par la considération
d'un bien que nous désirons , et le chagrin.
de le voir possedé par un autre ? voilà l'envie .
L'idée d'un bien que nous ne pouvons obtenir
nous trouble-t'elle voilà le désespoir.
Enfin le regret d'un bien qui nous est enlevé
et dont nous aurions pû joüir plus longtemps
, ou l'inquiétude qui naît de cette
privation excite -t'elle en nous des désirs ?
voilà la tristesse et la douleur..
La source de la douleur,comme des autres:
passions
2588 MERCURE DE FRANCE
passions , est donc cette inquiétude secrette
de l'ame , qui ne trouve pas dans l'état
présent la satisfaction et le contentement
dont elle est capable , et qui fait des efforts
pour se porter vers le bien qu'elle juge propre
à lui ce contentement , procurer
et dont
la jouissance passée irrite ses désirs.
Si je ne craignois de m'égarer et d'abuser
de votre patience , M. R. P. je tâcherois de
découvrir dans l'amour que nous nous portons
à nous - mêmes , la source primitive et
la plus ordinaire des mouvemens , même les
plus reglés qui se succedent les uns aux au
tres dans le coeur de l'homme , c'est , ce me
semble partout le même principe , voilé sous
differens artifices , orné de differens noms .
Chose étrange ! Le même principe qui
produit la douleur, est aussi ce qui la suspend
et qui la calme. L'inquiétude la fait naître ,
une autre inquiétude la fait mourir. Quelle
difference entre ces ames tristement opiniâtres
, qui font serment de fidelité à leur douleur
, et qui contractent avec elle pour toute
la vie ; d'avec ces esprits forts et courageux ,
si vous le voulez , dont la douleur passagere
s'évapore en soupirs , et s'exhale en vains
éclats ? c'eft que dans les unes , aucune inquiétude
plus forte n'a encore dissipé celle
où les a jetté la privation d'un objet dont la
jouissance les contentoit , et dans les autres ,
une
NOVEMBRE. 1739 2589
une inquiétude plus vive et plus impérieuse
a prévalu , a suspendu leurs douleurs , a tari
la source de leurs larmes. La fidele Artémise
arrose vingt ans de ses pleurs continuels
le tombeau d'un époux constam
ment chéri : L'inconsolable Didon ne peut
survivre à l'absence d'un Héros , maître de
son coeur. La généreuse Bérénice sacrifie les
charmes de l'Amour à l'héroïque plaisir de
voir briller la Couronne sur la tête de son
Amant L'insensible Arsinoë( fille de Nicocréon
, Roy de Cypre , voit d'un oeil indif
ferent la pompe funebre du jeune Arcéo
phon, qu'un amour désesperé a fait descendre
au tombeau. Exemples mémorables, que nòus
honorons des noms glorieux de tendresse ou
de fermeté , mais qui ne sont que des effets
differens d'une inquiétude plus ou moins
violente , seul mobile de tous les mouve
mens , j'ajoûte de toutes les passions de
Pame.
Peut- être mes réflexions m'auront- elles.
conduit trop loin , M. R. P. peut-être même
suis-je tombé dans le défaut que je reproche
à M. de S. E. la crainte cependant de hazarder
des idées trop métaphysiques sur un sujet
où le coeur paroît principalement interessé ,
m'a fait suprimer bien des réflexions abstraites
, dont j'avoue même avec quelqu'espece
de complaisance , avoir puisé les prin
cipe
590 MERCURE DE FRANCE
cipes dans un Auteur Anglois , qui n'aura
pas sans doute mérité votre aprobation générale
, persuadé que le langage toûjours
intelligible du coeur n'adopte guére les notions
seches et rebutantes de l'entendement.
Il me semble que le mien est assés d'accord
avec ce que j'écris. Au reste je vous prie de
vous ressouvenir que c'est un éclaircissement
que je vous demande , de me l'accorder
avec la complaisance dont vous m'avez
honoré plusieurs fois , et que mérite en quelque
sorte la docilité avec laquelle je le recevrai.
Je suis , & c.
A Paris ce 29. Août 1739 .
PER la Partenza da Parigi per Avignone
dell' Illustrissimo , e Reverendissimo Monsignor
LERCARI Vicelegato di detta Città ,
venuto già in Francia per affari , e in tal
congiuntura presentò il sacro dono della Rosa
d'oro a Maria Principessa di Pollonia ,
Regina di Francia e di Navarra , a nome
di sua Santità Clemente XII. Pontefice Regnante.
Q
SONET TO .
Uel Signor , che de' Franchi alla Reina
Portò da Roma il sacro aureo bel fiore ,
Dalla
NOVEMBRE . 1739
2593
Dalla senna or sen va dove il Pastore
Del Cristian Gregge esso per se destina.
Quando alle Genti d'Avignon divina
Legge avrà data di quel suo Signore :
Dimmi , o Ciel , che sarà di Lui , che onore
Avrà in terra , e a qual gloria or s'avvicina ?
Ecco che 'l Ciel risponde , e tale arcano
Mi spiega , e dice : Ei ben sarà veduto
Più illustre un di dal Franco , e dal Romano ;
Quand' Ei fia del Governo al fin venuto
>
E di più fatti ancor , sul Vaticano
Andrà per l' Ostro a Lui fin' or dovuto.
Del Sig. Giovan Francesco Nenci .
ECLAIRCISSEMENS Sur le Mont
Valerien , demandés dans le Mercure de
France du mois de Juillet 1739 .
E Mont Valérien , en Latin Mons Va-
>
au haut d'une Montagne , entre Surêne &
Ruel ; il y a plusieurs siècles que des Hermites
se sont retirés dans ce lieu , où ils se
maintinrent sous une Regle très - austere .
Pierre
2592 MERCURE DE FRANCE
Pierre IV. du nom , surnommé d'Orgemont,
91 Evêque de Paris , mort le 16. Juillet
1409. raporte en la quatrième partie de ses
Euvres , que l'an 1400. sous le Regne de
Charles de Valois, septième du nom, Roy de
France, il y avoit un Hermitage au Mont Valerien
, auprès de Surêne , & qu'un Pénitent,
Nommé Anthoine , s'étoit renfermé sur ce
Mont , en une Cellule fort étroite ; cette
Cellule fut abattue du temps des Guerres Civiles
entre les Ducs d'Orleans & de Bourgogne
; & depuis on a bâti l'Hermitage de
S. Sauveur au sommet de cette Montagne .
En cet Hermitage , fut Anachorette , Sour
Guillemette Faussart , native de Paris , & de
la Paroisse de S. Sauveur , laquelle fit bâtir
la Chapelle sous ce titre , avec la grande Cellule
, par les aumônes de Henry Guyot & de
Gilles Martine , sous le Regne de Henry II.
On raporte de cette sainte Fille , qu'après
s'être mise en prieres pendant la nuit , elle
prenoit de l'eau au pied de la Montagne &
la portoit jusqu'au sommet , en si grande
quantité , qu'elle suffisoit aux Maçons pour
tout le jour , ce qui fut regardé comme une
merveille ; elle pratiquoit de grandes austérités
, ne se nourrissant souvent que de pain
& d'eau, & se contentoit presque de la sainte
Communion.
Ayant passé cinq années en jeûnes , en
prieres
NOVEMBRE. 1739. 2593
prieres & en grande pénitence , elle mourut
saintement l'an 1561. sous le Regne de
Charles IX. & fut enterrée à l'entrée de la
Chapelle de l'Hermitage de S. Sauveur ,
qu'elle avoit bâtie . .
Jean Housset , natif du Village de Chaillot
, près les Bons - Hommes , ayant pris l'ha
bit d'Hermite , succeda à Guillemette Faussart
, & fut le troisiéme Anachorette du
Mont Valerien. Il y fut entretenu par les aumônes
de H. Guyot , dont il avoit été Domestique
, & par les secours d'autres personnes
charitables; il a passé 46. ans en cet Hermitage
, où après avoir mené une vie trèsaustere
& très- édifiante, il mourut le 3. Août
1609. & fut inhumé près de Soeur Guillemette
Faussart , en présence du Clergé , de
plusieurs Seigneurs , & d'une multitude de
peuple , le 5. du même mois.
Séraphin de la Noüe , Parisien , quatrième
Anachorette de cet Hermitage , en fut mis en
possession par l'Abbé de S. Denis , & par
Henry de Gondy, Cardinal de Rets , Evêque
de Paris , le 8. Août 1609. Il avoit reçû l'ha→
bit d'Hermite à pareil jour, un an auparavant,
par les mains du Pere Ange Masscus , Anachorette
Florentin , en l'Hermitage du Mont
S. Ange , de l'Evêché de Viterbe ; cet Anachorette
du Mont Valerien fut entretenu par
les aumônes de la Reine Marguerite de Valois
2594 MERCURE DE FRANCE
lois , premiere Epouse d'Henry IV. & la derniere
Princesse de la Maison de Valois.
Il s'est établi en ce Lieu en 1634 une Con.
grégation sous le nom de Prêtres du Calvaire.
Le Roy Louis XIII . engagea un saint
Prêtre , apellé M. Charpentier , à venir faire
cet Etablissement.
Les premieres Lettres Patentes , portant
Reglement pour l'Etablissement d'une Congrégation
sur le Mont Valerien , proche le
Village de Surêne , furent expédiées au mois
d'Août 1633. & elles ont été confirmées par
autres Lettres Patentes de Louis XIV.données
à Paris au mois de Juin 1650. Registrées au
Parlement le 13. Décembre de la même année.
Cette Communauté a fondé une Eglise
avec une maison voisine , propre pour le logement
des Prêtres & de plusieurs Personnes
de pieté , qui y vont faire des Retraites édi
fiantes.
Comme cette Montagne est fort roide , on
y a pratiqué des marches en plusieurs endroits
, pour en faciliter l'accès & parvenir
aux differentes Terrasses qui regnent jusques
au sommet de la Montagne . On a bâti sur
les differens degrés de ces Terrasses plusieurs
petites Chapelles , où l'on a représenté quelques
Sujets de la Passion de Notre Seigneur :
l'Eglise & le bâtiment des Prêtres sont sur le
sommet;le point de vûë, y est charmant à cause
de
NOVEMBRE . 1739. 2595
de l'extrême élevation du Lieu & des Paysages
qui l'environnent ; la Montagne est cou
verte de Vignes , qui produisent d'assés
bons vins.
La vénération de ce Lieu avoit introduit
une espece de Pelerinage , que l'on y faisoit
la nuit du Jeudi au Vendredi Saint , en portant
des Croix d'une excessive grosseur ; mais
l'indécence & les abus , engagerent feu M.
le Cardinal de Noailles à suprimer cette dévotion
.
Ce Lieu est de la Paroisse de Ruel , près
de Nanterre , quoique plus près de Surêne,
Il y a une Plâtriere abondante .
Boterays , en son Poëme intitulé , Lutetia,
loue & honore fort cet Hermitage . Je raporterai
ici quelques- uns de ses Vers en faveur
de la Personne de pieté & de Lettres ,
qui demande des éclaircissemens au sujet du
Mont Valerien .
Imminet Ætherio propè vertice Valerius Mons
Inclusi spelunca senis qui limen Eremi
Sex propè ab hinc lustris non exiit , ille vetusto
Egypti Patres , Syriaque horrentis adequat
Qualis erat nigro qui pastus ab alite Paulus ,
Hirsutaque bujus tunica , qui Antonius hares
Fortunate senex , qui summa rupe jacentes
Despicis urbis opes , & vere despicis , urbs est
?
Magna
596 MERCURE DE FRANCE
Magna tibi , Mons exiguus , Provincia ingens
Scruptaque in horrenti defossa ergastula Saxo, ¿c.
J. B. D. D. X.
TRAIT D'HISTOIRE.
Philopoemen , Tourne - broche.
P Hilopoemen fut un des Capitaines
Des plus vantés dans la fameuse Athenes ,
Non pas de ces Héros descendus d'Amadis ,
Tous faits à peindre , & beaux comme Adonis ;
Fort laid, ventru , petit , il se mit en voyage
Prit les devans , Plutarque ainsi le dit ,
Derriere lui laissa son Equipage ;
A l'Auberge , sans train , assés las se rendit ,
Mouillé peut- être ou convert de poussiere ;
En Voyageur à pied modestement vétu
D'Etoffe simple assés grossiere ;
Pour toute pompe , il avoit sa vertu ;
On préparoit grand régal , bonne chere ,
Hôte , Servantes & Valets ,
S'empressoient plus qu'à l'ordinaire ,
Pourqui , dit-il , tous ces aprêts ?
>
C'est pour Philopoemen, repart l'Hôte en colere ,
Depuis long- temps ici nous l'attendons ;
O
NOVEMBRE. 2597 1739.
Où sont ces Ortolans ? donnez- moi ces Pigeons ,
Il est prêt d'arriver ... oui , je crois qu'il est proche,
Répond Philopoemen ; tournez-moi cette broche ,
Dit l'Hôte , à quelque chose il faut vous employer,
Allons , ami , plus je vous examine
Plus me semblez un habile Ouvrier ;
•
Philopoemen ne se fit pas prier ;
Sa Suite vient , le trouve à la cuisine ;
Vous voyez , leur dit - il , il m'a fallu payer
La peine dûë à ma mauvaise mine.
M. l'Abbé Poney de Neuville,
အ က
DISSERTATION de M. de Villebrun,
Curé de sainte-Anne , à Montpellier , sur
l'Auteur de l'Exposition des Pseaumes attribuée
à Gaultier , Evêque de Maguelonne ,
trouvée dans un Manuscrit de la Bibliothe
de M. Colbert , dernier Evêque de que
Montpellier.
V
Oici d'abord le Titre de l'Ouvrage :
Sanctus Galterius Episcopus Magalo
nensis , ex dictis Sanctorum Patrum expositiones
eorum ante se tenens , hanc expositionem
eleganter composuit.
La Préface commence ainsi : Sunt superscriptionum
omnium tituli diversi , nam præter
eos
2598 MERCURE DE FRANCE
eos qui Auctorum suorum nominibus , aut cansarum
aut temporum significationibus pranotantur
, sunt alii quibus titulus , in finem, est ,
c. Elle contient neuf colonnes , & finit
par ces mots : Sed ideò hoc facit , quia ordinem
vult exsequi , quo primus homo peccavit ,
ut secundum hominem ostendat a primo penitus
esse dissimilem. C'est la fin de l'Avant - propos
du premier Pseaume , qui termine la
Préface.
L'Explication du premier Pseaume commence
ainsi : Beatus vir qui non abiit in consilio
impiorum. De Domino nostro Jesu Christo
accipiendum est , qui non abiit in consilio impiorum
, sicut homo terrenus , qui uxori consensit
decepta à serpente , ut Dei præcepta contemneret.
Et in via peccatorum non stetit . Venit
quidem in via peccatorum nascendo sicut peccatores
, sed non stetit quia illecebra secularis
eum non tenuit. Et in cathedra pestilentia non
sedit. Noluit enim regnum terrenum cum superbia
, &c. Ce qui suit jusqu'au second
Verset , est beaucoup plus long.
Il y a à la tête de chaque Pseaume l'explication
du Titre,
La premiere Partie finit par l'explication
du Pseaume 77. dont voici les dernieres paroles
: Hic est fructus populi Dei , attendentis
Legem Dei & inclinantis aurem suam in verba
oris ejus, ut dirigat in eo cor suum, & fit cum illo
eruNOVEMBRE
. 1739 2599
>
eruditus fpiritus ejus ; ne imitetur generationem
pravam & amaricantem , fed iis omnibus fibi
annuntiatis , non folùm ad præfentem vitam
verum etiam ad aternam ; nec tantum ad recipienda
bonorum operum pramia , fed etiam ad
ipfa bona opera facienda ponat in Deo fpem
fuam.
La feconde partie qui commence au Pseaume
78. a ce titre . Incipit fecunda pars Psalterii
Sancti Galterii Magalonensis Episcopi ,
ex dictis Sanctorum Catholicorum Patrum.
Intentio eft invitare nos ad paffionem . Ces
dernieres paroles regardent fans doute le
Pseaume 78. L'explication du titre de ce
Pseaume commence ainfi . Titulushujus Psalmi
, Psalmus Asaph. Interpretatur autem
Asaph, Congregatio , qua Santa Ecclesia
( hac eft materia ) intelligitur , quæ ex diversis
Mundi partibus congregatur , &c. L'explication
du Pseaume commence ainfi . Deus venerunt
gentes , nec mirùm quòd Deo ifta dicuntur
, quo revelante à Propheta præsciuntur ;
amat enim cum Deo loqui pietatis affectu
qua
novit Deus. Solent autem in oratione dici
Deo ea que ipse vindicat , & adjungi petitio
utjam misereatur & parcat. Quia verò fpecie
prafentis proferat , eos in fe qui tunc futuri
effent quando ifta veniebant , transfigurat . Sic
ergo intelligendum eft ; Deus venerunt gentes
in hereditatem tuam , ut veniffe gentes accipia-
D mus
2600 MERCURE DE FRANCE
mus in Ecclefiam non credendo , fed perfe
quendo , id eft eam invafiffe , voluntate delendi
atque omninòperdendi,polluerunt Templumfanc
tum tuum. De hoc itaque Templo Paulus dicit :
Templum Deifanctum eft quod eftis vos. Hoc
itaque Templum perfecutores in his polluunt ,
quos ad negandum Chriftum tenendo , vel excruciando
coëgerunt , &c .
Voici la fin de l'explication du Pfeaume
1jo. & de tout l'Ouvrage. Vos eftis Tuba ,
Pfalterium , Cithara , Tympanum , Chorus ,
Chorda , & Organum & Cymbala jubilationis
benefonantia , quia confonantia vos eftis hæc
omnia. Nihil hic vile , nihil hic tranfitorium ,
nibil lubricum cogitetur , & quia fecundùm
-carnem vivere mors eft , omnis fpiritus laude
Dominum.
Ce Manufcrit n'eft pas l'autographe , c'eſt
une copie ce qui paroît par beaucoup de
fautes du Copifte , qui ont été très- exactement
corrigées , par beaucoup d'omiffions
que l'on a ajoûtées par renvoi à la marge ,
ou bien au haut ou au bas de la colonne.
Il y a même quelquefois des variantes ; le
Copifte n'ayant pas pû bien fixer la leçon
a mis à la marge , vel ou aliter. Le Manufcrit
eft très bien confervé , très -lifible , fans
aucune lacune.
L'Ouvrage mérite d'être imprimé ; car
quoique ce Commentaire ne foit pas pour
l'intelNOVEMBRE.
1739. 2601
fintelligence de la lettre des Pfeaumes , il
eft rempli de beaucoup de morale , comme
les morales de S. Gregoire , fans pourtant
faire aucune comparaifon avec l'Ouvrage de
ce grand Pape. Et quoique ce ne soit presque
qu'une compilation des Paffages des
Peres , cependant le choix des Paffages eft
pour l'ordinaire fort bon , & c'eſt un trèspour
bon ramas de la Tradition fur la Morale &
même fur le Dogme.
On demande quel eft le véritable Auteur
de cet Ouvrage.
Les fçavans Auteurs de l'Hiftoire du Languedoc
remarquent avec raifon que l'Ouvrage
fur les Pfeaumes publié par Gautier ,
Evêque de Maguelonne , n'eft pas de cet
Evêque , mais de Lietbert , Abbé de S. Ruf
d'Avignon.
L'Ouvrage trouvé dans la Bibiotheque de
feu M. l'Evêque de Montpellier , eft different
de celui de Lietbert , & eft véritablement
de Gautier , en voici les preuves.
1º. Le titre eſt entierement different ; l'un
eft une expofition : Expofitionem compofuit.
L'autre eft une collection de fleurs ou d'extraits.
(a) Prima pars florum fuper Pfalmos
àfanita memoria L. olim Canonico Infulenfi ,
(a) Elench . Cod. MSS . Belgii à Sandero inter
MSS. S. Martini Tornac. Afteric . 2. lit. B. p. 57.
Dij post2602
MERCURE DE FRANCE
poftmodum Sancti Rufi Abbate , è diverfis ex
pofitoribus exceptorum. (b) Letbertus , &c.
Flores Pfalmorum ab ipfo quidem collecti. (c )
De floribus Pfalmorum quos à fanita memoria
Lietberto.., audierat excerptos , & in unum
collectos ... de diverfis expofitoribus. L'un eft
compofé par Gautier , compofuit. L'autre
n'eft que publié & loué par le même Gautier.
(d) publicati per Walterum Magalonenfem
Epifcopum. (e) Eft in principio hujus pariis
Epiftola Galteri... in qua de laude hujus operis
fanctitate Autoris agit.
2º. L'Ouvrage de Lietbert eft un ramas
de Paffages , fans doute détachés & nullement
liés les uns avec les autres. L'Ouvrage
de Gautier eft un Commentaire & une explication
fuivie , comme il eſt évident à la
feule infpection,
Il eft vrai que dans l'Ouvrage de Gautier
il y a un grand nombre de Paffages des
Saints Peres tout au long ; par exemple , un
de S. Auguftin fur ces paroles du Pfeaume 7 .
Confumetur nequitia peccatorum , qui commence
par ces mots , videtur confummata
nequitia : Gautier dit dans fa Lettre , que
Lietbert connoiffoit l'expofition de S. Au-
(b ) Ibid, inter MSS . Abb. Dat . p. 154,
(c) Ep. Galt. ad Rob. Inful.
(d) Elench. ibid.
(e) Ibid.
guftin
NOVEMBRE. 1739. 2603
guftin fur les Pfeaumes , d'où ce Paſſage eſt
tiré. Il y a un long Paffage du Livre du
Sermon fur la Montagne , qui tient au
moins deux colonnes. Ce que dit S. Ambroife
fur Principes perfecuti funt me , y eft ,
mais en abrege. On remarque en bien des
endroits le ſtyle de S. Gregoire, Pape , qu'on
ne fçauroit méconnoître. Il y a d'autres
Paffages des Peres , fort abregés , d'autres
fois feulement quelqu'une de leurs Sentences
remarquables & fort connues. Mais tous
ces Paflages font incorporés dans l'Ouvrage ,
fans être cités , pas mênie le nom du Pere
d'où ils font tirés , ce qui n'a point du tout
l'air d'une collection , tel qu'étoit l'Ouvrage
de Lierbert.
Il faut pourtant avouer , que fi l'Ouvrage
de Gautier eft different de celui de Lietbert
comme on n'en fçauroit douter , néanmoins
Gautier s'eft fervi de l'Ouvrage de Lierbert ,
pour compofer le fien . S. Gautier , eſt- il dit
dans le titre , composa cette expofition , en
tenant entre ses mains ou devant soi les
expofitions des Peres , expofitiones eorum ante
fe tenens ; il les avoit devant soi , il les tenoit.
Quelle aparence qu'il eût devant soi
un grand nombre de Volumes ? il eft plus
naturel de penser qu'il tenoit entre ses mains
un recueil de Paffages & de Paffages apliqués
& affortis aux endroits des Pseaumes
D iij qu'il
2604 MERCURE DE FRANCE
qu'il vouloit expliquer ; & ce Recueil n'eft
autre sans doute que l'Ouvrage de Lietbert.
On peut remarquer le mot d'Expofitiones ,
employé dans le titre de l'Ouvrage de Gautier
, qui a raport , à ce qui eft dit de celui
de Lietbert , Florum... è diverfis expofitoribus
excerptorum. Pour en mieux juger , il faudroit
avoir sous les yeux les deux Ouvrages
, & les comparer ensemble ; on verroit
selon toutes les aparences , que Gautier a
beaucoup abregé plufieurs Paffages qui se
trouvent plus au long dans Lietbert ; qu'il
y a même certains endroits qui paroiffent
n'être d'aucun Pere , & qui ont tout l'air
d'être les propres paroles de l'Auteur du
Commentaire. Ces explications de Gautier
semblent être des Conferences à ses Chanoines
& à ses Clercs , & ont quelquefois
l'air de Sermons. Sur le Pseme 143. V. 7.
Audite , Fratres , inter quos sumus , à quibus
eripi defideremus. Hodie , fi non ad hæc divini
verbi spectacula congregati effetis , ut eis hâc
horâ , permixti viveretis , quantas vanitates
audieritis ( F. audiretis , ) à moins que cela
ne fût tiré de quelque Sermon d'un Pere ;
en effet ces paroles ont tout l'air d'être de
S. Auguftin.
On pourroit objecter , que l'Auteur du
Commentaire parle en plufieurs endroits à
des Religieux , & que cela ne peut convenir
NOVEMBRE . 1739. 2605
nir qu'à Lierbert qui étoit Abbé . Sur le
Pseaume 18. Non leve eft hoc vitium , Fratres
mei , & c... Sur le Pseaume 40. v. 7. Tales
multi inveniuntur inter focietatem Fratrum
qui,fpiritualia relinquentes, torpentes otio & c...
Cuftodiamus , Fratres , introitum noftrum
maneamus intus , &c ... Jam notatur vagatio
oculorum & curiofitas , quod vitium vehementer
folet nocere converfis... Hac triafunt ftudia
otioforum in clauftro , vagantia oculorum
fuperfluitas verborum , perverfitas cogitationum
: hac triavitia ejiciunt fratrem de clauftro ,
Et sur le v . 11. du même Pseaume . Nolite
aftimare , fratres , ut illi qui ad converfionem
veniunt , & habitum fancta religionis affumunt,
omnes fint fancti , omnes fint religofi... Itafi
nos aliquos habemus fimulatores , qui fedeant
ad menfam noftram , qui conjuncti fint nobis
in ofculo pacis , aquanimiter exemplo Domini
noftri tolerandi funt .
Sur le Pseaume 45. v. 11. Ad hoc jam
reliquimus impedimenta mundi , & curas faculi
; atque ad Monafterii acceffimusfecretum ,
ut liberius vacare poffimus Deo. Sur le Pseaume
54. v. 18. Itaque , fratres , quos in ipfa
congregatione parietum videtis turbulentos ,
elatos , perversos , ipsa eft palea Dominica ar
sa , ( ce Paffage paroît être tiré de S. Auguftin.
) Sur le Pseaume 60. v. 9. Pfallentem
Deo vox concordare debet cum corde , & c...
Dilj Talem
2606 MERCURE DE FRANCE
Talem laudem , talia vota ftudeamus Doming
Deo noftro folvere , &c.
A tout cela la réponse eft , que Gautier
étant à la tête des Chanoines Réguliers de
Maguelonne , qui , sous Godefroy , son Prédéceffeur
, avoient embraffé la Regle de
S. Auguftin , ainfi que l'avoit projetté Arnaud
; & ces Chanoines étant dans leur
premiere ferveur , toutes ces expreffions
conviennent très bien à Gautier , surtout ce
qui eft dit sur le Pseaume 132. Ecce quàm
bonum , &c. L'Auteur y parle de la vie Monaftique
, & ayant raporté la vie commune
des premiers Fideles de Jérusalem , il ajoûte :
Primi audierunt , ecce quam bonum : fed non
foli audierunt , non enim ufque ad illos tantùm
ifta dilectio & unitas fratrum venit , venit enim
ad pofteros & ad modernos , ut jam dicamus
, ecce ;ficut enim audivimus , fic vidimus
in civitate Domini virtutum.
On voit-là l'étonnement & la joye d'un
homme , qui se félicite de l'exécution des
deffeins de ses Prédéceffeurs : Ecce , voici
enfin l'exécution , la chose eft arrivée comme
nous le souhaitions , ficut audivimus , fic
vidimus ; nous le voyons de nos yeux dans
la Cité de notre Dieu , in civitate Domini
virtutum , dans cette Ville qui , ayant été
désolée pendant tant de siccles , eſt maintenant
la Ville Sainte du Seigneur. Voyez
encore
NOVEMBRE: 1739: 2607
encore ce que nous avons cité ci - deffus sur
le Pseaume 45. Ad hoc jam reliquimus , & c.
Enfin une preuve affés forte , que c'eft plûtôt
un Evêque qui parle , eft cet endroit sur
le Pseaume 124. v. 5. Qua eft hereditas ? Qua
eft Patria noftra ? Quid vocatur ? Pax : per
hanc vos falutamus , hanc vobis annuntiamus .
Voilà , ce semble , le Pax vobis de l'Evêque
, le mot de Salutamus le marque . Il
s'agit seulement de sçavoir si dans ce tempslà
le Pax vobis étoit reftraint aux seuls Evêques.
Il n'y a rien , ni dans les Notes du Pere
Menard , sur le Sacramentaire de S. Grégoire
, ni dans le Cardinal Bona , qui éclaircille
ce point.
On pourroit dire encore qu'à la fin de
l'explication du Pseaume 14. il eft fait mention
de l'Arc de triomphe d'Orange , où eft
gravée la Guerre de Marseille. Aurafie in
Archu triumphali Maffilienfe Bellumfculptum
habetur , ob fignum victoria Cafaris. Cela
convient , dira- t'on , à Lietbert , qui étoit
Abbé à Avignon , près d'Orange . Mais Maguelonne
n'eft point affés éloignée d'Orange
, pour que Gautier n'ait pû avoir connoiffance
de cet Arc de triomphe ; Gautier
étant ami de Lietbert , peut avoir été à Avignon
, & même à Orange ; ou bien Lietbert
peut avoir mis dans son Recueil cette réflexion
tirée de quelque Pere, qui auroit vécû
Dv
em
2608 MERCURE DE FRANCE
en Provence , d'où Gautier l'aura tirée pour
la faire entrer dans son Ouvrage .
L'Ouvrage de Lietbert & celui de Gautier
sont divisés l'un & l'autre en deux parties ,
in duobus corporibus . Il n'en faut pas être surpris
; l'Ouvrage de Gautier a été composé ,
comme on l'a remarqué , sur celui de Lietbert.
Si on avoit sous les yeux l'ouvrage de
Lietbert , on pourroit le comparer avec celui
de Gautier , & voir fi effectivement la
seconde partie commence au Pseaume 78 .
comme celle du Commentaire de Gautier
alors la preuve seroit complette ; surtout
on comparoit les Paffages qui sont dans les
extraits de Lietbert , avec ceux qui sont
dans l'expofition de Gautier.
fi
Une chose assés remarquable dans l'Ouvrage
de Gautier , c'eft que toutes les fois
qu'il y eft parlé de la Péchereffe , elle n'eft
jamais nommée Magdeleine ; on peut voir
ce qui eft dit sur le Pseaume 16. v. 7. sur le
Pseaume 76.v.15 .& sur le Pseaume 101.v.10 .
On a dû auffi remarquer , que dans le titre
Gautier eft apellé Saint , Sanctus Galterius
, Sancti Galterii.
Dans ce Manuscrit , il s'eft trouvé une
feuille volante , qui par les veftiges de la
place du cachet , & par les coups de canif ,
qui se trouvent au trois plis de la feuille
paroît être la Lettre d'un Benedictin. , 11-y a
tout
>
NOVEMBRE . 1739. 2609
tout lieu de croire , que quelqu'un avoit demandé
à ce Benedictin quelques éclaircis
mens sur un Manuscrit de l'Abbaye d'Igny ,
qui étoit un Commentaire sur les Pseaumes
, & qu'il vouloit sçavoir fi c'étoit le
même Ouvrage que celui de Gautier. Le
Benedictin répond que ce MS. qui eft de
500. ans , n'eft point divisé en deux parties ;
qu'il n'y eft fait aucune mention de Gautier
; qu'il y a une espece d'argument à la
tête de chaque Pseaume ; que le Prologue
eft de quatre ou cinq colonnes ; que dans
ce Prologue il y a plufieurs lacunes : il transcrit
ensuite ce qu'il a pû tirer de ce Prologue
, où l'on voit que l'Auteur avoit composé
son Commentaire , Tum ex altis ejufdem
Beati Auguftini , tùm ex nobilium glofatis
Magiftrorum Yvonis , Anfelmi , Monogaldi
, atque Serlonis.
Cette Préface eft entièrement differente
de celle de Gautier , & il n'y a pas d'aparence
que ce soit celle de l'Ouvrage de
Lietbert. Gautier dit dans sa Lettre , que
Lietbert s'étoit servi de S. Auguftin , de Cassiodore
, &c. mais il ne nomme point Yves,
ni les autres Auteurs mentionnés ci-deffus.
L'Ouvrage dont il eft parlé dans la Lettre de
ce Benedictin , eft donc entierement different
, & de celui de Lietbert , & de celui de
Gautier
D vj STAN2610
MERCURE DE FRANCE
STANCES
***
A Mlle ***. par M. B** . d Alaitin
Enfin ce jour est arrivé ,
Ce jour pour moi si déplorable ,
Qui vient de m'éloigner de l'Objet adorable ,
Par qui mon coeur eft captivé.
Iris , hélas ! qu'il m'étoit doux
De pofter autrefois vos chaînes !
Si le cruel Amour me causoit quelques peines ,
J'oubliois tout à vos genoux.
Je pouvois alors à loisir
M'enyvrer de votre présence ;
Un regard , un sourire , un peu de complaisance
Combloient mon innocent désir.
Ainfi que d'un maître soigneux
L'oeil plaît à l'esclave fidele ,
Je m'eftimois heureux de pouvoir à vos yeux
Prouver mon amour & mon zele .
Je ne vous servirai pas moins ,
Quoique loin de votre présence ,
J'a
NOVEMBRE. 1739 2618
J'en attefte l'Amour. A votre défiance ,
Faut-il encor d'autres témoins
L'ennui dont je suis tourmenté ,
Mon coeur que je laiffe en ôtage ,
Et qui plus eft , certain de ma fidelité
Le Ciel en rendra témoignage.
*******************
REPONSE de M. Robert le jeune 1
Procureur au Bailliage de Monfort- l'Amaury,
à la Queſtion de Droit proposée
dans le Mercure de Juillet 1739..
O
par
N demande » Si la Donation faite
" un Tuteur à son Mineur , sans être
acceptée , eft valable ; & fi le Mineur ,
» nonobftant le défaut d'acceptation , peut
jouir de l'effet de sa Donation.
و د
La rigueur de la Loy , qui sans exception
des Mineurs , exige pour la validité d'une
Donation , qu'elle soit acceptée du Donataire
, ne va pas , selon moi , jusqu'à rendre
nulle par le défaut d'acceptation , celle qu'un
Tuteur fait en faveur du Mineur qu'il a sous
sa puiffance.
La raison que l'on en peut donner eft que
fi , dans ce cas , la qualité du Donateur , par
raport au Donataire , ne forme pas d'acceptation
4612 MERCURE DE FRANCE
tation , au moins elle en dispense , parce
que l'obmiffion d'une formalité semblable
ne changeant rien à la volonté qui eft
toûjours la même , il seroit d'autant moins
jufte d'y affujettir indispensablement le Donataire
, qui ne peut agir que par celui qui a
deffein d'exercer sa liberalité envers lui ; que
cette obmiffion ne procede uniquement que
du fait du Donateur , dont les héritiers sont
garants & responsables .
Or il semble que dans une circonstance
pareille , il n'y auroit pas de raison qu'ils
puffent s'en prévaloir contre une Donation ,
qu'il eft censé n'avoir faite que pour qu'elle
eût son effet .
C'eft sur ce fondement & parce qu'un
Tuteur , seul preposé pour supléer à l'incapacité
de son Mineur qu'il veur avantager ,
eft dans l'obligation de lui faire créer un Curateur
spécial , à l'effet d'accepter sa Donation
; que je ne fais aucun doute qu'elle ne
soit valable malgré le défaut d'acceptation ,
ainfi qu'il a été jugé par un Arrêt de la Cour
de l'année 1718. raporté par Brodeau , Lettre
D. Chapitre 58 .
4
Ce n'eft pas que de Ferriere sur la Coûtume
de Paris ne panche pour l'opinion
contraire ; mais l'autorité des Arrêts rendus
sur cette Queſtion , me paroît plus forte
que son senti ment.
EPITRE
NOVEMBRE . 1739. 2613
****************
EP ITR E.
Sur les peines inséparables de chaque état ,
& sur les moyens de vivre sans envie , dans
la condition où la Providence nous a fait
naître.
U
N homme né jaloux avec peu de fortune ,
Se plaint souvent des Grands, leur éclat l'importune.
Il croit , en parlant d'eux avec un air chagrin ,
Qu'il se venge par- là de son mauvais destin .
A- t'il quelque talent ? quelqu'ombre de mérite ?
C'est un titre pour lui d'attaquer leur conduite.
A l'entendre parler , ils n'ont nulles vertus ;
L'orgueil , la vanité sont leurs seuls attributs
Et , sans distinguer rien , à la Cour , à la Ville
11 suffit d'être Grand , pour échaufer sa bile.
Mais , qui m'affûrera que cet homme de bien ,
Ce critique zelé qui ne pardonne rien ,
Si son étoile un jour alloit le mettre en place ,
Des Grands tels qu'il les peint ne suivroit point
la trace ?
Non , je ne puis goûter ces rigides Censeurs ;
Ces gens toûjours plaintifs ne sont pas les meilleurs ,
Tout homme de bon sens qui n'eft pas misantrope ,
De sa seule veitu se couvre & s'envelope ,
It
614 MERCURE DE FRANCE
Et lorsque la fortune eft contraire à ses voeux
Sans envier les Grands , il sçait se rendre heureux.
Votre condition vous paroît- elle amere ?
A l'Etat , s'il se peut , rendez vous néceffaire.
Ou bien , fi vous avez des talens eftimés ,
Connoiffez un peu mieux ces Grands que vous
blâmez.
Aprochez -les sans crainte ; offrez votre service ;
Ils seront les premiers à vous rendre juſtice .
Il en eft qui ne sont , ni fiers , ni dédaigneux ,
Le solide mérite a des charmes pour eux ;
Ils sçavent réunir avec la politeffe
La droiture du coeur , l'équité , la sageffe.
Ils sçavent accorder avec la dignité
Un air plein de douceur , un fonds d'humanité.
Il en eft , j'en conviens , qui sont durs , infléxibles ,
Remplis de leur grandeur , impérieux , terribles ,
Et qu'à peine ose- t'on quelquefois regarder.
Mais il en eft auffi que l'on peut aborder ,
Et chés qui la raison eft comme dans son trône.
Tel fut jusqu'à sa mort le vertueux ..... &c.
N'allez pas toutefois , comptant sur leur puiffance
Croire qu'à vos vertus ils doivent récompense,
Quel que soit leur crédit , leur bonne volonté ,
Le pouvoir d'obliger chés eux est limité ;
Eh ! ne suffit-il pas , afin qu'on les révére ,
Qu'ils fassent tout le bien qu'un chacun d'eux peut
faire Après
NOVEMBRE . 1739 . 2619
Après tout , si vers vous la fortune est en tort ,
Pourquoi s'en prendre aux Grands ; ont- ils fait votre
sort ?
Faites mieux ; armez vous d'un génereux courage;
Surmontez par vertu ce sort qui vous outrage ;
De l'éclat des grandeurs pour n'être point jaloux
Voyez combien de gens sont au - dessous de vous ;
Pratiquez les conseils que dicte la Prudence ;
Sur votre revenu reglez votre dépense ,
Et sçachez que , qui vit exempt d'ambition ,
N'est jamais malheureux dans sa condition.
Les grands biens , les honneurs , un rang considé
rable ,
Font trouver le temps court & la vie agréable
Quelquefois , il est vrai, mais il ne l'est pas moins
Que lesGrands ont aussi leurs peines & leurs soins.
Souvent même ces Grands, l'objet de votre envie ,
Goûtent bien moins que vous les douceurs de la vie.
Ce Ministre , ce Duc , dès la pointe du jour ,
Sont- ils pas obligés d'aller faire leur cour ?
Et , suivant leur devoir qui les apelle au Louvre ,
Sujets, quoique puissants , aisément on découvre
Que, malgré leur grandeur dont vous êtes jaloux,
Ils ont dans leur état moins de repos que vous.
Ce grave Magistrat , tour éclatant d'Hermine
Sous cet auguste habit , sans doute , a bonne mine.
Peut être pensez-vous , qu'au gré de ses désirs ,
Sea
2616 MERCURE DE FRANCE
Ses jours toujours serains , coulent dans les plaisirs ?
Ne vous y trompez pas ; ce Magistrat à peine
Goûte un jour de repos dans toute une semaine .
Mettrai -je au rang des Grands un tas de Financiers,
Un nombre réprouvé d'avides Maltôtiers ,
Qui , volant les trois quarts des tributs dûs aux
Princes ,
Font le commun malheur de toutes les Provinces ?
Ces gens n'ont la plûpart ni naissance , ni coeur.
N'importe, ils ont des biens , il faut leur faire honneur
;
Quiconque est riche , est tout dans le Siècle où
nous sommes.
Telle est l'opinion de presque tous les hommes ;
Mais ne présumez pas qu'avec tous leurs trésors ,
Aucun deux soit exempt de crainte & de remords
;
Ils craignent à la Paix la recherche du Prince ,
Pour avoir trop pillé quelque riche Province ,
Et tremblant pour leur or , dont ils font leur seul
Dieu ,
L'enterrent avec soin souvent en plus d'un lieu .
D'ailleurs un Partisan aux Champs comme à la
Ville ,
Sous des plafonds dorés n'est pas toujours tranquille
,
Et malgré lui , souvent un affreux souvenir
Vieng
NOVEMBRE.
1739. 2617
Vient fraper son esprit d'un terrible avenir.
La richesse à tel prix , paroît trop achetée ;
Pour s'en faire un bonheur , il faudroit être Athée a
Et ce seul sentiment est un mortel poison ,
Dont tout homme d'honneur garantit sa raison .
Pour moi , j'ose le dire , & de vrai je le pense ,
Je souffrirois plutôt la plus triste indigence ,
Que d'employer mes soins, ou de former des voeux,
Four m'engraisser du suc de mille malheureux .
Parvenez aux grandeurs par votre seul mérite ,
Je vous estime alors & vous en ' félicite ;
Ou si vous les tenez du droit de votre sang ,
Je les respecte en vous , j'honore votre rang :
Mais n'apréhendez pas que je vous importune,
Voulez-vous prendre soin d'établir ma fortune >
Je n'aurai pourtant pas l'insolente fierté
?
De refuser un bien lorsqu'il m'est présenté ;
Je ferai plus encor , plein de reconnoissance
J'aurai toujours pour vous beaucoup de déférence ?
Je vous regarderai comme mon Protecteur ; .
N'en est- ce point assés ? pour vous en faire hon
neur
Prévenant d'un ami les besoins & la honte ,
J'irai le secourir d'une main toujours prompte ,
Et publîrai par tout que c'est à vos bienfaits
Que je dois le bonheur de remplir mes souhaits .
Avec ces sentimens , si je ne puis vous plaire ,
Sans
2618 MERCURE DE FRANCE
Sans me plaindre de vous , content du nécessaire ,
Feuilletant tour -à- tour la Bruyere & Pascal ,
Je sçaurai me borner jusqu'au terme fatal .
DE VILLEMONT.
A Rouen , ce 9. Septembre 1739.
REFLEXIONS.
O
N se flate si fort dans ses désirs , que
l'esprit vole toujours au- devant de ce
que le coeur souhaite.
L'Homme n'a pas de plus grand obstacle à
ses plaisirs , que le désir violent qui l'agite
sans cesse de les prendre tous ; il n'est point
de maxime qui conduise par un chemin
plus court à un état malheureux , que celle
qui enseigne à ne se refuser aucun plaisir.
On ne peut être heureux dans ce Monde ,
parce qu'on désire toujours .
Habet Africanus millies & tamen optat ,
Fortuna multis dat nimis , nulli satis. Martial.
On est libre en ne désirant rien ; on est
esclave en s'attachant à ce qu'on désire.
Les
NOVEMBRE. 1739 2619
Les désirs nous importunent sans cesse
en même-temps que la crainte des adversités
nous inquiete. Toujours esclaves de nos besoins
ou de nos désirs, nous trouvons partout
vraye misere et faux bonheur,
A mesure que l'homme augmente ses ri
chesses, il augmente aussi ses désirs ; de sorte
qu'avec les plus immenses possessions , il
n'en est souvent pas moins pauvre .
La mesure des désirs est d'ordinaire celle
des inquiétudes & des chagrins. Ils produisent
toujours dans le coeur des hommes une
insatiabilité qui les porte sans cesse à la recherche
de ce qu'ils n'ont pas , sans vouloir
faire reflexion , qu'il n'y a presque point de
difference entre posseder une chose où ne la
point souhaiter,
Le désir extrême de paroître habile , empêche
très - souvent de le devenir.
On ne souhaite jamais si ardemment ce
qu'on souhaite par raison.
Nos désirs flottent toujours dans le doute
& l'incertitude , & presque toujours à la
merci des occasions ; nous voyons continuel2620
MERCURE DE FRANCE
nuellement nos jours s'écouler dans l'inuti
lité de nos désirs .
Plus l'esprit de l'homme est capable de
concevoir la valeur & le mérite d'une chose ,
plus il sent enflâmer le desir de la possession.
Le désir qu'on a de posseder une chose
lui donne un certain prix , qu'elle perd bien
vîte quand on la possede.
Les hommes mécontens de leur état
, portent
d'ordinaire leurs vûës sur les deux extrê
mités . Les uns croyent immanquables ce qu'ils
craignent , & les autres ce qu'ils désirent.
Ceux - ci sont incomparablement moins malheureux
que ceux - là ; ils goûtent par avance
les douceurs de l'avenir qu'ils esperent , &
s'il ne vient point , ils ont toujours ce préci
put , c'est autant de pris sur l'ennemi .
C'est un rafinement & un artifice de l'esprit
flateur , de déclamer contre l'impuden
ce de la flaterie , afin de mettre à couvert de
tout soupçon les éloges exceffifs qu'on donne.
Un Prince est toujours apellé usurpateur
par ceux de qui il a conquis le pays; mais il est
apellé Conquerant par tous ceux qui n'ont
point d'interêt à ses conquêtes.
Un
NOVEMBRE. 1739 2621
#
Un flateur interessé , regarde celui qu'il
louie comme un Moulin , qui ne donne de
la farine qu'autant qu'on lui donne de vent.
Tel croit hair la flaterie , qui ne hait
la maniere de flater.
que
que
'les Il y a presque toujours dans ceux
grandeurs ont élevés
us des autres ,
de certains principes de présomption , de va
nité & d'orgueil , qui autorisent toutes les
flateries , quelques outrées qu'elles paroiffent.
Les Grands du Monde sont toujours leurs
premiers flateurs ; on ne s'aviseroit pas de les
flater , s'ils ne se flatoient jamais eux-mêmes .
Les Grands payent les flateurs de la même
monnoye, car les flateurs dissimuulent les vices
des Grands,& les Grands dissimulent les
menteries des flateurs.
Pessimum inimicorum genus , laudantes.
La faveur & la flaterie se tiennent par la
main , l'une ne va jamais sans l'autre, & l'in
justice est souvent à leur suite.
Les Grands haiffent autant ceux qui les
-flatent trop , que ceux qui ne les flatent
jamais .
Nemini
2322 MERCURE DE FRANCE
Nemini crede , qui largè blandus est.
Nous pouffons seulement la porte à la fla
terie , mais nous ne la fermons jamais.
La Lingua degli adulatori è simile à quella
del gatto la quale benchè sia molto piegevole
sottile , è nondimeno molto nociva..
des
On doit plutôt risquer d'offenser par
vérités, que d'être sûr de plaire par des flateries.
On flate un Auteur & on admire ses Ouvrages
, quand il les montre en manuscrit &
secretement ; mais ils perdent ordinairement
bien de leur prix & de leur brillant , quand
on les expose au grand jour,
Tous les hommes sont & seront toujours
des dupes , quand on prendra soin de flater.
en eux ce qu'ils aiment, ou ce qu'ils haïffent.
Le génie des Courtisans est de ne rien
donner à ceux qui ont besoin de tout ; & de
donner tout à ceux qui n'ont besoin de rien.
Dans les Provinces , on confond souvent
le Courtisan avec le Petit- Maître , ce sont
pourtant deux especes bien differentes , car
le Courtisan s'étudie à cacher, son déreglement
sous des dehors reglés ; le Petit- Maître
fait
NOVEMBRE. 1739. 2623
fait vanité de paroître encore plus déreglé
qu'il n'est. L'un pense beaucoup avant que
de parler ; l'autre parle beaucoup & ne pense
guere. L'un court après la fortune ; l'autre
Croit que la fortune doit courir après lui . Les
Courtisans careffent ceux qu'ils méprisent ;
les Petits- Maîtres sont plus sinceres, ils ne cachent
ni leur amitié , ni leur mépris ; la maniere
dont ils vous abordént, tient de l'un &
de l'autre , & leurs ambraffades sont ordinairement
moitié careffes & moitié coups de
poings. Le langage du Courtisan est uniforme
, toujours poli, flateur , insinuant ; le langage
du Petit - Maître est haut & bas , mêlé
de politeffe & de grossiereté , de sublime &
de trivial.
La qualité de Petit - Maître tombe dans le
mépris , à mesure qu'elle se communique à
la simple bourgeoisie .
Un Courtisan doit être très-retenu sur ce
qui regarde les Puiffances, car il est très -diffi
cile de dire la vérité & de parler à leur gré.
On apelle Petits - Maîtres , une volée de
gens qui prennent ascendant sur les autres
par des airs hautains & évaporés, prétendant
mépriser tout le monde par leurs manieres
libres & hardies ; diseurs de bons mots, étourdis
& emportés ; ils jugent de tout légere-
E ment
2624 MERCURE DE FRANCE
ment, font changer les modes ; ils prétendent
donner le prix & le mérite aux choses , &
un nouveau goût aux plaisirs qu'ils corrompent.
La Cour est un Pays où les joyes sont visibles
, mais fauffes ; & les déplaisirs cachés
mais réels. C'est un tumulte perpétuel dans le
sein de l'oisiveté .
Dans l'apréhension de perdre , un Joücur
perd toujours.
Sic , neperdiderit , non cessat perdere Lusor . Ovid.
On ne doit pas s'étonner si le jeu est la
plus violente passion qu'il y ait , car elle est
composée de deux rages , qui sont , l'avare
avidité du gain , & la fureur de la perte.
Ludus enim genuit trepidum certamen & iram ;
Ira truces inimicitias & funebre bellum . Hort.
>
Tel homme paffe sa vie sans ennui , en
joüant tous les jours peu de chose , qu'on
rendroit malheureux en lui donnant tous les
matins l'argent qu'il peut gagner chaque
jour , à condition de ne point jouer. Eft- ce
l'amusement du jeu qu'il cherche, plutôt que
le gain ? Non , car qu'on le fasse jouer pour
rien,ilne s'y échauffera pas & s'y ennuyera . Un
amusement sans passion lui paroît toujours
languiffant ;
NOVEMBRE. 1739 2625
languiffant ; il faut qu'il s'y agite , qu'il se pique
lui -même , en s'imaginant qu'il seroit heureux
de gagner ce qu'il ne voudroit pas qu'on
lui donnât , à condition de ne point joüer ;
& qu'il se forme un objet de passion qui ex
cite son désir , sa colere , sa crainte , son es
pérance.
La Nature , encore plus que toutes les autres
Loix Divines & humaines , défend tout
ce qui peut nuire à la Société , car tous les
hommes doivent travailler à l'utilité les uns
des autres ; c'est ce que les Joueurs sont bien
éloignés de faire ; ce sont non- seulement des
membres inutiles , mais même très nuisibles.
Ordinairement ils ont éteint tous les sentimens
de la Nature , ne cherchant qu'à se ruiner
les uns les autres ; ils commettent un
crime , sinon égal , au moins semblable à
celui des Duelistes .
Une femme a toujours cent mesures a garder
, que la passion du jeu met souvent en
déroute . Il ne faut qu'une carte malheureuse
pour faire avorter les plus fermes résolutions.
Un six arrivé au lieu d'un sept , peut faire
échouer la vertu la plus ferme .
Aujourd'hui on pafferoit pour Sauvage , &
on se priveroit d'un amusement agréable ,
qui lie les Societés , si on ne joüoit. Les
E ij Jeux
2626 MERCURE DE FRANCE
Jeux de Commerce ne doivent pas être absolument
interdits , car ils n'excitent pour
l'ordinaire qu'une passion modérée , & ne
peuvent aller jusqu'à incommoder . On ne
doit cependant s'y engager, qu'à ces deux conditions
, l'une de ne se mettre point en état
d'être la dupe par l'ignorance du jeu , ce qui
seroit double mal , perdre & être raillé ; l'autre
de préparer son esprit à la perte de telle
maniere qu'elle ne donne pas plus d'émotion
que le gain,
,
La passion du jeu est un gouffre , qui n'a
ni fond ni rive, dès qu'on y est embarqué, &
qu'on a perdu la terre de vûë, il est rare qu'on
la revoye jamis. Le vent qui emporte la Barque
, est toujours un furieux ouragan , qui
Vous dérobe la connoissance de vous - même,
en sorte qu'on n'oublie pas seulement sa famille
& son Emploi , mais on oublie même
qu'on est homme & qu'on doit encore vivre
le lendemain.
Une folle dissipation absorbe toujours la
meilleure partie du gain d'un Joueur ; s'il
perd , c'est la plus claire substance de sa
maison ; & on voit tous les jours des gens
abîmés , ou qui s'abîment , chercher ensuite
une reffource en s'enrôlant parmi les fripons.
Les Usuriers viennent à la charge , & achevent
NOVEMBRE. 1739. 2627
vent de ruiner par de cruels emprunts , en
sorte que, comme dit le Sage , du champ du
Joueur , ce que la Chenille n'a pas mangé ,
les Sauterelles le dévorent.
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure d'Octobre , sont , Logogryphe ,
Courage , Melange , Jerôme , & Papirus . On
trouve dans le second Logogryphe , Lange ,
Gale, Alene, Ménage , Manége, Lame , Ame,
Mal, Male, Lege , Mage, Ange , Ane , Angle,
Age . Dans le troifiéme , Ire , Emeri , Moi
Morée, Remi, More, Or , Rime , Orme, Mer,
Mie , Rome , Riom , Mere , Mori , Moire
Emir ,, Io , Re , Mi , Oie , Roi ; & dans le
quatriéme`, Pirus , Pira , & Rus.
د
ENIGM E.
Fruit du desordre , & de la prévoyance ;
Je fers l'Homme à fa honte , & pour fon affûrance.
Du Pauvre je fubis la loi ,
Et les Richeffes font fous moi.
La Prudence eft ma Mere & le crime eft mon Pere ,
J'ai la crainte pour Soeur , & le repos pour Frere .
Je caufe , & j'interromps le bonheur des Amans ;
E iij
2628 MERCURE DE FRANCE
Il faut , pour me former, tous les quatre Elemens.
A l'Avare , au Jaloux je fuis très - néceffaire
Et pour tout dire enfin , avant que de me taire
Ami Lecteur , cherche-moi bien ,>
Tout Enigme avec moi n'eft rien .
L'Abbé Pagés.
"
LOGOGRYPHE.
Lecteur , je fuis une ville ancienne.
De me trouver veux-tu prendre la peine ?
Sans employer tout ton sçavoir ,
Quatre Lettres te la font voir .
Toutefois pour t'aider , il faut encor te dire ,
Que j'ai fait autrefois le plus brillant Empire ;
Que de mes fiers Héros les noms font immortels ,
Qu'à quelques uns on dreffa des Autels .
Quoique vieille , j'exifte encore ;
Pour poffeder mon tout , il faut tenir le More .
Car le bîzare Deftin
Nous fit naître tous deux de la même matiere.
Mais j'ai fait fleurir le Latin ;
Et l'autre n'eft qu'une engence groffiere ..
Prends enfuite deux , un , c'eft un riche métal .
Sans la sageffe , il eft fouvent fatal.
Trois, quatre , un, te font voir un Element humide ,
Qui
NOVEMBRE. 1739. 2629
Qui fait trembler l'Homme timide.
C'eſt folie au Poltron que de s'y hazarder ,
Car on y trouve fouvent gîte.
Adieu ;, si tu ne veux longtemps te retarder ,
Lecteur , devine - moi bien vîte.
A. Barbery , lejeune.
LOGOGRYPHUS.
SunUnt mihi multiplices diverso nomine , Lector ,
Germana ; quamvis matre nec orta patre.
Drincipium mundi , cunctorum sum quoque finis ,
Simplex atque triplex , non tamen omnipotens.
Plura cupis ? Quaras. Me Mars ,Mercator, & Emptor.
Mus,Mas,Roma,Miles, Carmina,Campus habent.
ALIUS.
VIx fine me poteris doctrina tangere limen .
Ingenii soboles , & quod mirabere , Lector
Nulla scio , doceo tamen ; ignarusque peritos
Efficio multos. Alio me sumere sensu
>
Si placeat , tunc sum vinclorum & carceris expers .
Me veteres fecere Deum quoque. Sed caput aufer ;
Illico nascetur populus gravis atque superbus.
ALIUS.
INelita sum , cupida
cupidè me Lector quisque requirit.
Per me facta Ducum vivunt , poftfata ſuperſum.
Eij
Sex
2630 MERCURE DE FRANCE
Sex pedibus confto ; duo tollas , murmura reddam
Grata. Subibit equi pariter moderamen . Habebis
Cum tribus hanc oculis quam dicunt Biblia lippis.
Cumfimili numero surgent urbs Indica , littus.
Me Jovis obflammas vaccam dixere Poëta
Si quatuor spolier. Poftremum quod mihi tandem
Prabet Latina & Gallorum exordia Lingua.
J. B. Me. à Changy.
康康
NOUVELLES LITTERAIRES
C
DES BEAUX ARTS , &c.
Hoix de Poësies Morales & Chrétien-
>
nes , depuis Malherbe jusqu'aux Poëtes
de nos jours. Dédié au Duc d'Orleans ,
Premier Prince du Sang , 2. & 3. Partie
l'une de 180. pages , & l'autre de 35 2. compris
la Table des Matieres des deux Brochures.
A Paris , chés Prault , le pere , Quai de
Gêvres , & chés Prault , le fils , Quai de
Conti , à la Charité , 1739.
LETTRES EDIFIANTES ET CURIEUSES ,
écrites des Miffions Etrangeres par quelques
Miffionnaires de la Compagnie de Jesus.
XXIV. Recueil. A Paris , chés Nicolas Le
Clerc
NOVEMBRE. 1739. 2631
Clerc , Libraire Juré de l'Université , ruë de
la Bouclerie , à S. Lambert , & chés P. G.
le Mercier , ruë S. Jacques , au Livre d'or.
1739. Vol. in- 12 . de 444. pages , sans la Préface
& la Table . ' .
POESIES de Madame & de Mademoiselle
Des Houlieres ; nouvelle Edition , augmentée
d'une infinité de Piéces qui ont été trouvées
chés ses Amis ; Brochure in - 8 ° . contenant
le premier & second Volume. A Paris,
chés Villette , ruë S. Jacques vis - à - vis la ruë
des Mathurins , à la Croix d'or , & chés Le
Breton , Quai des Augustins , au coin de la
ruë Gist- le- coeur , à la Fortune. 1739.
HISTOIRE SUIVIE des Voyages de JESUSCHRIST.
Avec des Remarques pour en faciliter
l'intelligence. Par M. Picard de S. Adon ,
Docteur de Sorbonne , Doyen , Chanoine de
l'Eglise Royale de Ste Croix d'Estampes, 1 .
Vol. in 12. de 192. pages . A Paris , chés
Etienne - François Savoye , rue S. Jacques , à
l'Esperance. M. DCC . XXXIX .
On voit d'un coup d'oeil dans ce Livre ,
très -propre à dédommager le Public de tant
d'Ouvrages frivoles dont on l'accable tous
les jours , rangés felon l'ordre des temps
tous les divers Lieux , du moins ceux dont
les quatre Evangeliftes font mention , que le
E v Fils
2632 MERCURE DE FRANCE
Fils de Dieu a parcourus dans la Judée , la
Galilée , & les autres Contrées de la Paleftine
, depuis le moment que , forti du fein de
fon Pere , il s'eſt fait Homme à Nazareth ,
dans le fein d'une Vierge de la Tribu de
Juda , jufqu'au jour qu'il monta au Ciel fur
le Mont des Oliviers , après avoir operé le
Myftere de notre Rédemption . L'Auteur a
inséré des Notes Géographiques , tirées des
meilleurs Ecrivains , très propres à donner
une idée juste de la fituation des Villes ,
Bourgs , & autres Lieux que le Sauveur a
honorés de fa préfence , pour le falut du
Genre Humain , principal objet de fes Voyages
& de ses travaux.
A l'égard de la Chronologie que notre
Auteur a fuivie , il fupofe avec les plus habiles
dans cette Science , que l'Ere vulgaire
qui a été fuivie dans l'Eglife Latine , depuis
Denis le petit , c'eft-à- dire , depuis le VI .
siécle , eft de trois ans plus tard que la vraie
Epoque de la Naiffance de N. S. enforte qu'-
au lieu que nous comptons aujourd'hui l'an
1739. de J. C. il faudroit compter 1742 .
c'eft , dit-il , pour éviter l'équivoque , qu'en
marquant les Années , on donne toujours
dans cet Ouvrage une double Epoque , sçavoir
, la Vulgaire , & la véritable ; enforte
que la premiere Année de J. C. fuivant
l'Ere Vulgaire , eft la quatrième de la Naissance
NOVEMBRE. 1739. 2633
sance du Sauveur ; & au lieu que fuivant
l'Ere vulgaire , on dit que J. C. eft mort à l'âge
de 33. ans , il faudroit dire , en fuivant la
vraie Chronologie , qu'il eft mort âgé de 37 .
ans.
On
peut affûrer
, au refte
, que
le Titre
de
ce Livre
, eft très
bien
rempli
dans
l'execution
, & il y a lieu
de
croire
que
l'intention
du pieux
Ecrivain
, sçavoir
, l'inftruction
&
l'édification
des
Lecteurs
, le
sera
pareillement
. Il semble
qu'un
pareil
Ouvrage
manquoit
à la Piété
Chrétienne
.
DISCOURS prononcés au Parlement de Provence
par un de MM. les Avocats Généraux .
T.I. A Paris , chés Quillau¸ruë Galande , à
l'Annonciation . 1739. p. 468.
Selon un Avis qui eft à la tête de ce Volume
, les Discours dont il s'agit ici avoient
été demandés , pour être inserés dans le
Journal du Palais ; mais leur nombre , &
plus encore la façon dont les Matieres sont
traitées , a parû mériter une Edition séparée.
On a hélité sur le Titre. On n'a pû l'aprendre
de l'Auteur , qu'on ne connoît point.
Celui de Plaidoyers se présentoit naturellement
. Mais tout ce qui paroît sous ce Titre ,
n'est autre chose que des défenses partiales ,
où un Avocat dit en faveur de la Partie ,
dont il épouse les interêts , tout ce que son
E vj érudi2634
MERCURE DE FRANCE
érudition & son éloquence lui fournissent
& ne touche les raisons de la Partie adverse,
que pour les éluder , ou les combattre . Au
lieu que ce sont ici des especes, de Dissertations
, où un Juge defintereffe , fans autre
vûë que celle de la Verité & de la Juſtice ;
balance de part & d'autre , tout ce qu'on
peut dire de considerable sur la Question
agitée , & se décide enfin par des Maximes
puisées dans le Droit Public , dont Meffieurs
les Gens du Roy sont les fideles Dépofitaires
, & les zélés Défenfeurs. Dans cette incertitude
, on a crû que le Titre général de
Discours rempliffoit fuffifamment l'idée du
Livre.
Pour juger du mérite de ce Recueil , on
inserera ici le Discours qui regarde l'Amour
de l'Ordre , & qui se trouve à la page 396 .
XIV. DISCOURS.
Prononcé à l'ouverture du Parlement d'Aix
le 1. Octobre 1724.
SUR L'AMOUR DE L'ORDRE.
MESSIEURS ,
Le droit de juger les hommes n'a pas toujours
apartenu aux hommes. Naturellement
égaux, ils participoient tous à l'indépendance.
Ils ne connoiffoient d'autre Loi que
l'Ordre. Toujours libres , toujours heureux,
s'ils
NOVEMBRE. 1739 2635
s'ils avoient sçû s'y affujetir ! Par un malheur
qu'on ne peut trop déplorer , ils se firent
une Loi de leurs penchans , & sur leurs penchans
ils reglerent leurs devoirs. Tout ce
qui plut devint légitime , devint sacré. Au
lieu de tout raporter , au lieu de se raporter
soi-même au bien de la Societé , chacun
voulut attirer tout à soi. C'eft l'origine de
tous les desordres..
Pour y remedier , la force est venuë au ſecours
de la raison m'éprisée . Incapable d'écouter
la Sageffe qui lui parloit au fond de
l'ame , il fallut à l'homme une fageffe étrangere
, qui parlât à ses sens , qui imposât à
fes paffions , qui fixât les prétentions des
Particuliers , qui fit rendre à chacun ce qui
lui est dû , & cette Sageffe puiffante , l'Etre
suprême l'a établie , en fondant l'autorité des
Souverains , dont celle des Magistrats est
une émanation.
›
Le but du Gouvernement étant donc de
rétablir la raifon dans fes Droits , & de regler
l'homme dans tous ses raports , la premiere
qualité , la qualité dominante de tous
ceux qui sont revêtus de l'autorité publique,
c'est l'amour de l'Ordre . C'est cet amour
qui fait les grands Princes , qui distingue
ceux qui le font par le coeur & les sentimens
, de ceux qui ne le sont que par la
naiffance. C'est cet amour qui fait en particulier
2636 MERCURE DE FRANCE
culier l'ame & le fond du Magistrat , & qui
est comme la vertu mere d'où naissent
toutes les vertus.
›
Deux parties toutes deux également effentielles
compofent l'amour de l'Ordre ; la
connoiffance des regles & l'attachement aux
regles. Le Magistrat doit être éclairé pour
démêler le vrai & le faux à travers les
voiles dont la malice de l'homme se couvre;
autrement il est aveugle dans fon aplication,
auffi coupable , s'il s'éloigne de la verité par
erreur , que s'il l'élude par artifice . Le Magistrat
doit être attaché à la regle , ferme ,
inébranlable , fuivant pas à pas la lumiere
fans la prévenir ni s'en écarter ; autrement il
est contraire à lui- même , il va felon que
l'humeur le domine . Et c'est l'amour de
l'Ordre qui produit ces deux qualités , par
lesquelles, quoique cachée au fond du coeur,
la Juftice éclate au - dehors , & caractérise
toutes fes démarches.
La lumiere éclaire les sentiers de la Justice,'
& les routes perdues de l'iniquité sont toujours
couvertes d'épaisses ténebres , c'est que
l'iniquité s'envelope , rougiffant d'elle -même
& des fentiers tortueux qu'elle fe fraye . La
Justice au contraire ne marche qu'à la fuite
de la Verité & à l'éclat de sa lumiere. Elle
ne sçait ce que c'est que de se décider sur
des aparences équivoques , sur des probabilités
NOVEMBRE . 1739 2637
lités incertaines , ni même sur une prétendue
équité naturelle , que trop souvent on confond
avec les préjugés , & que chacun plie
& accommode à ses vûës , au lieu que la
verité est immuable & la même pour tous les
hommes & dans tous les temps.
>
Mais les hommes ne sont pas affés heureux
, pour que la verité vienne à eux d'elle-
& qu'elle force tous les obstacles qui
les environnent. Il faut de foi-même la chercher
, & aller au - devant d'elle , si on veut la
découvrir. Mais auffi la verité n'habite point
une lumiere inacceffible , la verité ne se cache
point. Elle réfide dans la connoiffance
des regles , & les regles ne sont pas des énigmes.
Leur langage n'est ni barbare ni ambigu.
La Loi ne veut être que précise , & contente
d'instruire , elle évite tout rafinement.
Comme néanmoins il est impoffible que la
diſtance des temps & la diversité des moeurs
ne forment des difficultés compliquées , remontons
, pour les vaincre , jufqu'à l'origine
de la Loi ; plaçons- nous dans les circonftances
qui l'ont fait naître , faifons- nous les contemporains
, les confidens du Legislateur ,
entrons dans ses vûës , pénétrons ſes motifs ,
rien n'est plus capable de nous déveloper
l'esprit de la Loi , & d'en déterminer le
fens.
Pour donner lieu à un plus grand éclairciffe2638
MERCURE DE FRANCE
ciffement , joignons nos recherches à celles
de ces grands hommes qui nous ont précédés
dans le même exercice , reverons leur
sentiment , mais n'oublions pas qu'il n'y a
que la Loi qui foit en droit de nous captiver
; feule elle forme une autorité capable
de diffiper nos doutes , & de fixer nos irrésolutions.
Qu'on s'écarte de ce principe , les
Jugemens n'ont plus rien que de frivole ; le
vrai & le faux , le jufte & l'injufte ne font
que des idées arbitraires qui se jouent de
Fimagination . Ce que l'un reçoit comme
une maxime , l'autre le rejette comme une
illufion. On ne devine point la Jurifprudence
de ce Magistrat , parce qu'il ne la doit
qu'à l'humeur. Sa justice consiste moins à
suivre les regles qu'à s'en faire , condamnant
tour à tour ses principes , & autorisant ses
erreurs ; enforte que pour décrediter ses opi-
-nions , iill ne faut que le comparer avec luimême.
Il n'en est pas ainsi de la justice qu'inspire
l'amour de l'Ordre . Ses regles font uniforelles
font univerfelles & invariables.
Et comme elle ne se propose jamais que la
même fin, elle y va toujours par la même voye.
Nous le sçavons , on croit pouvoir substituér
fa raifon à l'étude des regles . On fe fait
de fa 1aifon une regle générale , &
fcule on veut décider de tout. Quelle regle ,
par
elle
qui
NOVEMBRE . 1739. 2639
par
qui eft fi fouvent elle-même un principe
d'erreur , & qui a befoin d'être redreffée
une autre regle ! N'eft -ce pas la fource de
tous les differends ? Chacun fe fait une raifon
de fon interêt , & fur fon interêt il mefure
fes prétentions. Qui décidera dans ce
conflit de la raifon , ou plûtôt des préjugés
& des paffions , que l'on prend pour elle ?
Il faut donc hors du Juge une autorité indépendante
, qui dirige la raifon & qui soit
la baze & la regle de fes jugemens.
Ce n'est pas que la raifon n'ait fes droits
& fon Tribunal. C'est peu de sçavoir les regles
, il faut les bien appliquer. Il faut préci
sément donner à chacune toute fon étenduë
, & la renfermer dans ses juftes bornes.'
Il faut comparer les autorités , concilier les
contradictions , raprocher les diversités. Il
est rare que deux causes ayent un même
noeud. Une circonftance qui varie , consti .
tue une espece particuliere , & fe raporte à
des principes tout differens. D'autre part, la
connoissance des Faits n'est pas moins effentielle
à la Justice , que celle du Droit. Les
Faits ne se devinent point , & ils ne viennent
au Juge ni tout entiers , ni d'un seul
endroit. Les raports & les bruits ne doivent
qu'exciter fon attention. Il faut defcendre
reconnoître les chofes de près , venir à une
exacte perquisition , recueillir de tous côtés
les
2640 MERCURE DE FRANCE
les traces difpersées de la vérité , & n'affeoir
fon jugement que sur une connoiffance certaine
. C'est dans cette application des regles
, c'est dans cette discuffion des Faits ,
que la raifon a fon ufage legitime.
Mais ici fe rencontrent les plus grands
obftacles à la découverte de la verité , & les
plùs dangereux écueils de la Juftice , la précipitation
, la paresse , la préoccupation .
La précipitation ; on promene rapidement
fa vûë sur les objets , sans jamais la fixer sur
un même point , & on voit tout confusément.
Au lieu qu'il faut s'appliquer fortement
pour pénetrer jufqu'au fond des Matieres
, on ne fait que les effleurer . On tranche
les difficultés qu'on n'a pas le courage
de résoudre. Le fanctuaire de la verité eft
enfoncé dans une Région fcabreuse & difficile
à pénetrer. Le sentier qui y mene est
rude & solitaire. Le Juge impatient n'y arrive
jamais. Egalement incapable d'attention & de
confeil, il ne donne point d'entrée à la raison ,
& faute de loifir & d'application il brusque
les affaires & ruine les Parties . Celui qui sçait
tout , & qui ne peut être trompé , fe rabaitfe
jusqu'à ne vouloir juger qu'après s'être informé
, s'être , pour ainfi dire , transporté
sur les Lieux , s'être convaincu par lui- même
; & l'homme sujet à tant d'illusions & de
méprises, dédaigne de s'inftruire , & veut être
à lui-même toute fa lumiere. La
NOVEMBRE . 1739 264
La pareffe ; on craint la peine de penser.
Pour se l'épargner , ou l'on néglige ses fonc
tions , & alors on ne prend de sa Charge
que le titre & la représentation : ou , ce qui
n'eft pas moins contraire à l'ordre , au lieu
de faire usage de son jugement , on se sert
de celui des autres. Esprits nés pour la servitude
, ils se donnent un maître , & lui
abandonnant le soin de réfléchir & de juger
, ils se bornent à être l'écho de ses pensées
& de ses décifions . Un homme qui a
des yeux , s'avisa-t'il jamais de les fermer ,
pour se livrer à un conducteur ? on a dit que
le sage marche toûjours les yeux ouverts ,
& que l'imprudent eft dans de perpétuelles
ténébres. Pourquoi ? c'eſt que l'un juge de
tout par lui - même , au lieu que l'autre ne
voit que par les yeux d'autrui , & que de ne
voir que de cette maniere , c'eft ne point
voir.
La préoccupation ; elle remplit & infecte
l'esprit ; l'homme prévenu ne raisonne plus ;
il ne veut voir , il ne veut entendre que
ce qu'il pense. Voulez - vous l'inftruire il
rejette l'évidence que vous lui présentez , ou
il lui opose des nuages qui l'obscurciffent.
Voulez- vous combattre ses préventions ? sa
raison qu'elles ont séduite , se déclare partie
& les défend par des probabilités qui les favorisent.
Par- là on se rend inacceſſible à la
vérité
2642 MERCURE DE FRANCE
vérité , & digne de la condamner. Et fi quelquefois
pour n'avoir pas à se reprocher un
entêtement trop marqué , on cherche à déposer
ses doutes ; où cherche-t'on cet éclairciffement
? où va-t'on puiser ses lumieres ?
Mais quand on iroit jusqu'aux pures sources
de la verité , comme on ne la cherche pas
fincerement , on ne voit que ce qu'on veut
voir. On ne trouve point ce qui eft , mais
ce qu'on cherche . L'envie qu'on a de s'autoriser
dans ses sentimens , fait qu'on voit
l'erreur dans le fiége même de la vérité .
Une prévention encore plus funefte , c'eft
celle du coeur. On regarde trop à la qualité
des personnes , & les interêts ne paroiffent
plus avec leurs qualités naturelles . Portez le
raisonnement jusqu'à la démonftration , jamais
l'esprit ne trouve le tort de celui que le
coeur juftifie. On doute ; & à la faveur de ce
doute , on croit pouvoir embraffer le parti
que l'on veut. Mais pourquoi doute - t'on ?
on doute par complaisance , par foibleffe
par emportement. On doute , parce qu'embaraffé
de ses lumieres , on cherche à douter.
On doute donc , parce qu'on veut douter ,
& on ne doute pas long- temps. Des clartés
involontaires viennent malgré nous briller à
notre esprit. C'est donc envain qu'on vou- .
droit juftifier sa conduite sur ce qu'on a suivi
ses lumieres , puisque cette fauffe persuafion
eft
NOVEMBRE. 1739 2643
eft l'ouvrage d'un coeur séduit , qui par le
double effet d'une double fascination prend
l'iniquité pour la juftice , & la juſtice pour
l'iniquité.
L'amour de l'Ordre sauve le Juge de tous
ces écüeils , & lui inspire la vigilance , l'attention
, la docilité . La vérité eft la fille du
temps & le prix du travail. L'homme qui
veut y arriver , la cherche sans se laffer , &
épuise tous les moyens qui peuvent le conduire
jusqu'à elle. Il ne donne rien aux aparences
, ni aux conjectures. Il va où le guide
sa vûë , & toûjours ses yeux précedent ses
pas. Il se défie de ses recherches , & ne rougit
point de profiter de celles d'un Collegue.
Eh ! pourquoi par une honte ridicule aimeroit-
il mieux perfifter dans son erreur , que
d'en sortir à la faveur des lumieres des autres
? Personne n'eft propriétaire de la vérité.
Elle eft également à tous ceux qui l'embraffent
; & à bien connoître les hommes
la gloire eft en quelque sorte plus grande
pour celui qui revient de son opinion , que
pour celui qui le ramene .
Autant qu'il eft attentif aux motifs déterminans
, autant il l'eft peu à tout le refte.
Le sentiment a beau parler , il ne l'écoute
point . Compatiffant aux miseres , honorant
l'autorité , réverant le caractere ; tout ce qui
attache aux hommes , tout ce qui les diftin .
gue :
2644 MERCURE DE FRANCE
gue , lui eft cher & respectable : mais la justice
lui eft encore plus respectable & plus
chere.
La principale dispofition pour recevoir la
vérité , c'eft de l'aimer & de dompter toutes
les paffions qui peuvent nous inspirer
de la haine pour elle . L'amour eft le maître
de l'esprit ; & quelles soupleffes ne
met-il pas en oeuvre pour le gagner !
On n'a donc rien fait pour la juftice , fi
en même temps qu'on travaille à éclairer
l'esprit , on ne s'attache à guérir le coeur.
C'est encore l'amour de l'Ordre qui opere cet
effet fi peu commun & fi effentiel . Il produit
la droiture , l'égalité , la fermeté .
On n'eft pas droit fimplement par les penséès
, c'eft par le coeur & les sentimens.
C'eft dans le coeur que tout l'homme réſide.
Il n'eft véritablement que ce qu'il eft par le
coeur. C'eſt le coeur qui décide du caractere.
Le coeur eft droit quand il eſt tourné vers la
juftice , qu'elle eft comme le Pole de tous
ses mouvemens , qu'il s'y unit , qu'il s'y
conforme , qu'il lui sacrifie tout . Vient-on à
détourner sa vûë pour découvrir à droit & à
gauche , ou ce qu'on peut craindre , ou ce
qu'on peut espérer ? n'attendez plus rien de
noble ni de généreux. On craint quand il
faut oser , on veut déliberer quand il faut
résoudre , on doute encore quand tout le
monde
NOVEMBRE. 1739 2645
monde voit clair. La juftice qu'on ne peut
refuser , on ne l'accorde qu'à demi , & commêle
un artifice secret
me à
On
regret . y
qui la rend inutile , on laiffe des reffources
à l'iniquité. Fauffe juftice , qui mérite bien
moins ce nom que celui d'injuftice & de
tromperie ! Ramenez le Juge à la fimplicité
de l'Ordre , une fin unique , le devoir ; un
moyen unique , la loy , & il ne manquera ,
ni de lumiere , ni de résolution.
De cette unité de vûë naît l'unité de conduite.
On eft attaché à la juftice , & par cet
attachement on eft en secret ce qu'on eft en
public , dans les occafions les plus délicates
tel que dans les plus communes. On veille
sur ses sentimens & sur ses défirs avec la
même sévérité que sur ses actions . Pourquoi
eft- on inégal parce que le coeur se partage
& poursuit plufieurs objets à la fois. On
voudroit ménager en même temps , & ses
paffions & ses devoirs , accorder à la justice
une partie de ce qu'on lui doit , & immoler
l'autre à ses vûës. Mais on a beau en chercher
les moyens , ou s'en faire à son gré ,
il faut ou renoncer à la gloire d'être jufte ,
ou l'être selon toute l'étendue de ce terme.
Une juftice ainfi mutilée n'eft qu'une injuftice
colorée , & par conséquent plus dangereuse.
La justice eft immortelle , l'égalité
eft l'esprit de cette vertu . Que ce Juge se
vante
2646 MERCURE DE FRANCE
vante tant qu'il voudra de rendre quelquefois
la juftice ; s'il ne la rend pas en tout & partout
, l'inégalité de sa conduite lui dérobe
le merite du bien qu'il a fait. La juſtice n'avouë
pas pour fien , même ce qu'il fait selon
la justice. La regle c'effe d'être regle , quand
elle n'eft pas perpétuelle , & ne marche point
d'un pas égal.
De-là cette fermeté , troifiéme caractere
de la juftice. Si le devoir du Juge eft de
rompre tous les efforts de l'iniquité , & de
couvrir les foibles contre l'opreffion des
plus forts , il faut pour accomplir ces obligations
, qu'il soit non -seulement ferme
mais invincible ; autrement il se laiffe émouvoir
, & la juftice mal défenduë succombe.
Mais la fermeté du Juge n'eft pas cette
dureté inflexible qui ne sçait rien excuser,
rien interpreter favorablement , qui pour
ne rien donner à la compaffion , donne tout
à l'humeur. Pour vouloir être trop jufte
on eft inhumain. Un sage , mais difficile
tempéramment, raproche & réconcilie la justice
avec la bonté. Ces deux vertus , loin
d'être incompatibles , doivent se mêler, pour
demeurer chacune dans le rang de vertu .
Autrement , ou la bonté n'eft qu'une lâche
complaisance qui enhardit la malice , ou la
juftice n'eft qu'une sévérité farouche qui
décoNOVEMBRE.
1739 . 2647
déconcerte & desespere la foibleffe .
De l'integrité du coeur naît cette fermeté
qui fait un des caracteres de la juftice . Tant
qu'il eft pur , il eft au- deſſus de tout. Vientil
à se laiffer entamer ? toutes les bonnes inclinations
s'affoibliffent , & n'attendent que
l'occafion pour se démentir. Laiffé à luimême
, le Juge pensoit bien ; la sollicitation
s'eft montrée avec tout ce qu'elle a de séduisant
, ce n'est plus le même homme. Une
nouvelle Jurisprudence que sa politique lui
fournit , change son langage &ses sentimens.
Ceux qui par l'élevation de leur ame
sont au deffus de ce genre de corruption ,
ont d'autres piéges à craindre. Les differentes
liaisons , les services reçûs , présentent des
occasions toujours nouvelles de fléchir la
regle. Le sang , l'amitié , la reconnoiſſance
ont sans doute des droits inviolables sur le
mais ils demandent une autre espece
de juſtice ; & vouloir payer cette dette
aux dépens d'autrui , ce n'eft pas même acquitter
un devoir , c'eft en violer deux , & se
rendre auffi responsable envers celui qu'on
oblige , qu'envers celui qu'on offense .
coeur
,
La rigueur & la pitié sont encore des
écüeils d'autant plus dangereux qu'ils sont
couverts d'une spécieuse aparence . Au lieu
d'écouter la Loi qui montre à tous la même
route , c'eſt une sensibilité hors de propos ,
F ou
2648 MERCURE DE FRANCE
ou une sévérité d'humeur , qu'on prend pour
guide. Les uns placent la vertu à ne point
croire le mal , ils craignent d'être inhumains
s'ils sont équitables. Ils ne s'aperçoivent pas
que cette fauffe indulgence eft une cruauté
véritable , & qu'à proportion de leur indulgence
pour les coupables , ils exposent ceux
qui ne le sont point . Les autres se jettent
dans l'extremité oposée . Le zele de trouver
le crime , le fait voir souvent où il n'eſt pas.
On veut en découvrir les Auteurs , & plûtôt
que de les laiffer impunis , on en charge
les innocens. Ainfi l'on tombe dans un vice ,
pour vouloir trop en éviter un autre ; tant
l'erreur eft naturelle & inévitable , fi l'amour
de l'ordre ne nous dirige & ne nous tient
inviolablement attachés à la regle .
Ebranlez ce fondement , la juftice n'a plus
rien de solide. On pourra bien encore en
remplir les bienséances , mais le fond & l'essentiel
demeureront toûjours vicieux. Eh !
que subftitueroit - on à sa place ? l'honneur
& la probité ? Mais où eft l'honneur, fi on le
sépare de la vertu ? Et qu'eft- ce que la probité
qui se borne à la pensée ? Quel effort
pourra se faire sur lui-même un homme qui
regarde la juftice & la verité comme des
noms frivoles ? Homme selon lequel les Loix
les plus sacrées ne sont que des caprices , &
les plus grandes injuftices que des actions
indiffeNOVEMBRE
: 1739 2649,
indifferentes de leur nature , qu'il a plû aux
hommes de flétrir , & qu'un autre tour d'imagination
auroit pû illuftrer.
&
C'eft ainfi que l'indépendance de la regle
anéantit toutes les vertus. L'amour de l'or
dre au contraire les produit toutes. Le Magiftrat
qui en eft animé , sçait combien sont
précieux les droits dont il eft dépofitaire , &
il n'a garde de s'oublier. Il porte partout &
l'oeil qui regarde , & l'oreille qui écoute ,
la main qui pese ; c'eft la prudence . Autant
qu'il a de pénétration pour découvrir l'iniquité
sous quelque beau dehors qu'elle se
cache , autant il a de force pour l'étouffer ;
de quelqu'autorité dont elle s'apuye ; c'eſt le
zéle. Le dégoût eft inséparable des fonctions
qui ont le Public pour objet. L'amour de
l'ordre fortifie le Juge contre ce penchant ,
& lui fait trouver dans la vertu même la
seule récompense digne de la vertu ; c'eſt le
désintereffement. Placez -le dans les conjonctures
les plus délicates , jamais il ne perd
l'équilibre , & la puiffance cede toujours à
la bonne cause ; c'eſt l'impartialité. Que les
disgraces viennent menacer son courage , la
juftice qui fait son trésor , fait sa sûreté , &
comme rien ne peut la lui ravir , rien auffi ne
peut le vaincre , c'eft la grandeur d'ame.
Une vertu fi féconde ne pouvoit manquer
d'avoir toutes les paffions pour enne-
Fij mies.
1
2650 MERCURE DE FRANCE
mies. Les paffions défigurent au- dehors tous
les objets qu'elles envisagent ; au - dedans elles
pervertiffent les sentimens. Auffi le premier
acte de Jurisdiction que le Juge exerce,
c'eft sur lui-même. Son coeur eft sa premiere
étude , Quand donc il choifit un parti , il ob
serve soigneusement ces ennemis domeftiques
, il interroge séverement son coeur ; &
fi par quelque secret mouvement il sent qu'il
s'intereffe trop au parti qu'il embraffe , il se
tient sur la défiance & redouble ses précautions.
Peut-être que dans cette recherche
les paffions ne se montreront pas avec leur
difformité naturelle. Par mille sortes d'artifices
elles sçavent fasciner les yeux. Celles
dont on se défie , prennent une forme dont
on ne se défie point. Les plus dangereuses
sont celles qui se cachent sous une aparence
de droiture. Le Magiftrat s'étudie à pénétrer
& à démêler tous les voiles dont elles s'envelopent.
Rigide Censeur de ses propres paffions , il
ne veille pas avec moins de précaution sur les
paffions des autres . Elles affiégent son Tribunal
& veulent suborner son coeur. A toutes
leurs suggeſtions & à tous leurs efforts il opose
l'amour de l'Ordre , un amour dominant
pour la vérité & pour la juftice , & il n'oublie
jamais que cet amour n'eft point au degré
où il doit être pour conserver sûrement
le
NOVEMBRE. 1739. 2651
le dépôt des Loix , tant qu'il y a , soit en
lui , soit autour de lui quelque chose qu'il
ne seroit pas en état de lui sacrifier.
Avocats , votre Profeffion eft une des
plus honorables & des plus utiles ; elle a
pour objet l'établiffement de l'Ordre. Que
vos motifs soient auffi purs , que votre fin
eft noble ! Rien ne seroit plus méprisable
qu'un Orateur de métier qui feroit de son
érudition et de ses talens , ce qu'un Ouvrier
fait de son Art. L'Avocat digne de son
nom , eft celui qui n'envisage que la Juftice
, et qui n'employe pour la défendre que
des armes dignes d'elle , l'exacte vérité et
ses compagnes inséparables , la droiture et
la modération .
Procureurs , vous allez au même but ;
quoique par une route differente . Les Loix
sont commises aux Avocats , et à vous les
formalités. C'est un abus étrange de votre
Miniftere , que de faire servir contre la Justice
, ce que la Juftice a établi pour sa sûre-
-té. Un Payen ( Ciceron de Officiis ) disoit ,
qu'il ne faut pas faire ce qui eft douteux , et
on ose se prêter à ce qui eft ouvertement
mauvais , et pour le faire valoir on se sert de
moyens dont une bonne cause rougiroit.
Voulez - vous sçavoir le chemin de la Juſtice ?
Allez le droit chemin , le chemin découvert.
Les voyes tortueuses et embaraffées sem-
Fiij blent
2652 MERCURE DE FRANCE
blent enveloper quelque deffein secret d'injuſtice.
OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES &
Géographiques de M. François Bianchini ,
faites à Rome & en divers autres Lieux d'Italie
recueillies d'après ses Manuscrits ,
trouvés après sa mort , avec une Carte Géographique
de la Méridienne de Rome , depuis
la Mer Adriatique jusqu'à la Mer de
Toscane , dreffée fur ces mêmes Observations
, par M. Euſtache Manfredi , de l'Académie
de l'Institut de Boulogne. A Veronne,
1737. in -folio de 278. pages. L'Ouvrage eft
en Latin..
MEMOIRES sur la Guerre , tirés des Originaux
de M. *** avec plusieurs Mémoires
concernant les Hôpitaux Militaires , présentés
au Conseil en l'année 1736. par M. ***
divisés en deux Parties , la première de 170 .
pages , & la seconde de 200. A Paris , chés
Rollin le fils , Quai des Augustins , à Saint
Athanase & au Palmier. 1739 .
DE L'INSTITUT des Carmélites Réformées
par Ste Thérese. Ouvrage très- utile à toutes
les Communautés de Filles , pour y maintenir
l'esprit de priere & de recueillement.
A Bar-le- Duc , chés Richard Briflot , Imprimeur
NOVEMBRE . 1739. 2653
primeur- Libraire. 1739. in- 8 ° . de 286. pag.
RELATION de la Miffion de Grenoble
adreffée à M. le Préſident de *** Brochure
in - 4° . de 51. pages , imprimée chés la Veuve
Giroud, avec Aprobation & Permiffion . 1739 .
33
ود
On n'a guere vû de Relation plus circonstanciée
, & mieux écrite que celle qu'on offre
au Public dans cet Imprimé. L'Auteur nous
aprend que la Mission , qui s'est faite cette
année à Grenoble , est un de ces Evenemens
qui ne doivent pas tomber dans l'oubli.
» Une piété tendre , dit- il , se rapellera toujours
avec plaifir ces jours heureux , où les
» misericordes du Seigneur ont parû d'une
» maniere si éclatante sur nous ; notre re-
>> connoissance doit en éterniser le souve-
» nir. Cette Ville s'est renduë célebre par la
politesse & l'affabilité de ses Habitans , &
renferme dans son enceinte ce qu'une Province
a de plus distingué par la noblesse ,
» le rang , le mérite & l'esprit ; mais les ver-
" tus ne se trouvent pas toujours dans cet
» heureux assemblage de qualités naturelles,
» & de l'honnête homme selon le monde
» il
il y a encore jufqu'au Chrétien bien de la
» distance ; c'étoit précisément notre situa-
" tion , car pourquoi vouloir diffimuler nos .
" maux , puisqu'ils sont heureusement répa-
» rés &c. ? L'Auteur nous aprend ensuite
Fiiij que
»
2654 MERCURE DE FRANCE
que les Ouvriers dont Dieu se servit à Grenoble
, furent Mrs Brydagne , Miffionaire du
Roy , Teyffonier , de Merez , de Robert , Gerouin
& Berson , auxquels s'associerent quelques
Ecclesiastiques de la Ville , & les RR.
PP. Jésuites , qui travaillerent dans le cours
de cette Mission avec ce zele qui les anime ,
& ce succès qui les distingue. L'Eglise Cathédrale
& celle de S. Louis furent choisies
pour y faire les Exercices ordinaires de la
Mission , dont l'Auteur nous donne une
connoiffance juste & précise. Les Endroits
qu'il raporte des Discours de M. Brydagne ,
ont quelque chose qui frape le Lecteur , &
nous ne sommes pas surpris , que prononcés
avec ce zele & cette véhémence qui le distingue
des autres, ils ayent produit tant de changemens
& de conversions.Rien de si édifiant
que les Retraites, dont il eft fait mention dans
ce détail historique , mais aussi rien de plus
grand & de plus auguste que la Procession
du S. Sacrement dont il est parlé.
L'Auteur dit que plus de quatre mille filles
commencerent à défiler à une heure après
midi , toutes habillées de blanc , avec un
voile de la même couleur , & une couronne
de fleurs sur la tête ; elles tenoient chacune
un cierge allumé à la main , auquel étoit
attaché un bouquet , avec un ruban plus ou
moins riche , selon leurs moyens ; la Croix
étoit
NOVEMBRE . 1739. 2655
étoit portée par Mlle de Marçieux , fille du
Gouverneur de la Ville : ces Filles ayant
passé devant l'Eglise de Sainte Claire , les
Femmes qui s'y étoient assemblées , marcherent
tout de suite , ayant à leur tête Mad.
la Présidente de Barval qui portoit la
Croix .
On lit ensuite , que lorsque le rang des
Femmes eut défilé , les jeunes hommes sortirent
de la Cathédrale, précedés d'un Choeur
nombreux d'Instrumens , & suivis d'un autre
Choeur de douze Musiciens , qui chantoient
des Cantiques à deux parties ; leur
Croix étoit portée par le Commandeur de
l'Auberriviere , ayant à ses côtés Mrs de
Langon & de Sainte Jay , tous deux aussi
Chevaliers de Malthe ; les Hommes venoient,
ensuite dans le même ordre , marchant sous
une quatrième Croix , que portoit M. de
Pluvinel , Gentilhomme d'une Noblesse , &
d'une Pieté des plus distinguées ; après eux
marchoient les differens Corps Religieux de
La Ville , le Clergé de toutes les Paroisses &
de tous les Chapitres qui précedoient immédiatement
le S. Sacriment. On le voyoit,
continue l'Auteur de la Relation , sur un
Thrône élevé & placé sous n Arc de triomphe
tout brillant de pierreries & orné de
tout ce qu'il y a de plus riche & de plus
précieux , le Throne étoit po té par plusieurs
Ev
Cha2656
MERCURE DE FRANCE
lės
Chanoines de la Cathédrale . Du haut d'un
Dais magnifique , qui s'élevoit sur cet Arc
de triomphe , descendoient avec beaucoup
de grace quatre cordons d'argent , dont deux
étoient portés par deux Présidens à Mortier,
& les autres par deux Présidens de la Chambre
des Comptes. , Après le S. Sacrement ,
marchoient le Corps de Ville , Mrs du Parlement
en Robes rouges , & de la Chambre
des Comptes en habits de cérémonie ;
cette auguste Marche étoit fermée par
Gardes de la Maréchaussée , & par une
Compagnie de Soldats . Lá Relation ajoûte
que les Missionaires continuerent ensuite
feurs pénibles travaux , toujours avec le même
zele & le même succès , jusqu'au quatriéme
Dimanche d'après Pâques ; plus le
temps de leur départ aprochoit , plus aussi
l'on s'empressoit d'entendre & de profiter
de leurs derniers avis ; & ce guon aprend
avec édification , c'est que les Personnes les
plus distinguées par leur rang & par leur
état,entraînoient les autres par leur exemple ,
& se distinguerent aussi le plus par leur empressement
& leur tendre picté. Une aussi
auguste Procession que celle dont on vient
de parler , fi comme la clôture de cette
Mission ; Jevêque de Grenoble y bénit une
des plu magnifiques Croix qu'on ait encore
vûë & cette cérémoni fut terminée par les
adieux
NOVEMBRE. 1739 . 2657
adieux que fit à tout le monde M. Brydagne,
adieux tendres & touchans , qui tirerent des
larmes de tous ses Auditeurs : enfin cette
Relation conduit le Lecteur jusqu'au départ
des Missionaires , & nous aprend qu'ils partirent
tous avec les regrets de toute la Ville ,'
& comblés de bénédictions ; on sçait d'ailleurs
que ces zelés Ouvriers allerent travailler
à Vienne avec le même succès qu'ils
avoient eû à Grenoble , & qu'ils doivent
successivement travailler à Rhodez , à Clermont
en Auvergne , à Moulins , & à Paris.
,
TRAITE' DE LA DEVOTION AU S. ESPRIT,
tiré des Livres Saints par M. l'Abbé Pelletier,
Chanoine de la Métropole de Rheims ,
Paris , chés Delaguette , Libraire , ruë Saint
Jacques , au- dessus de la rue des Noyers , au
Bon Pasteur , & à S. Antoine , 1739. un
Volume in- 12 . de 346. pages , sans l'Avertissement
& la Table . Prix , 2. liv.
C'est ici un des meilleurs Ouvrages & des
mieux écrits de tous ceux qui sont sortis de
la plume féconde & éloquente de M. l'Abbé
Pelletier. Ce n'est pas de ces Livres de
Dévotion, souvent superficiels , sans solidité
, & qui sont quelquefois plûtôt l'effet
d'une imagination échauffée & sans regle ,
que d'une méditation profonde , & d'une
étude assidue des vérités de la Religion . On
F vj
trouve
2658 MERCURE DE FRANCE
trouve dans ce Traité tout l'Esprit & toute
la Morale de l'Evangile , exposés avec ordre ,
avec méthode , avec précision , avec éloquence
, avec une onction victorieuse &
toute tirée de l'Ecriture Sainte. L'Auteur
explique dans le premier Chapitre les Dons
& les fruits de l'Efprit Saint. Dans le second
, il montre en quoi consiste la Dévotion
au S. Esprit. Dans le troisième , il
prouve par l'Ecriture Sainte , qui sont ceux.
qui reçoivent le S. Esprit , & qui sont ceux
qui ne peuvent le recevoir , en douze Articles.
Il faut lire tout l'Ouvrage pour en pouvoir
juger. On y trouve des traits d'une éloquence
vive , de la plus solide pieté , des
recherches laborieuses des portraits de
moeurs inimitables , enfin tout ce qui peut
faire goûter un Livre de Morale & de Religion.
En un mot , ceux qui font des Retraites
depuis l'Ascension jusqu'à la Pentecôte ,
pour se disposer à la réception de l'Esprit
Saint , y trouveront dequoi s'occuper , les
Prédicateurs dequoi s'instruire , & tous les
Fideles dequoi s'édifier, surtout ceux qui ont
l'honneur d'être de l'Ordre auguste du Saint-
Esprit , en faveur desquels ce Livre a été
principalement composé.
>
Il paroît aussi chés le même Libraire une
nouvelle Edition de l'excellent Ouvrage du
Pere Vaubert , sur l'Eucharistie , 2. vol. in-
12.
NOVEMBRE. 1739. 2659
ツ
12. Le premier Volume contient une condui
te pour communier saintement ; le second
contient 1 ° . differentes Pratiques pour entendre
la Messe . 2 °. une Méthode pour visiter &
s'entretenir avec Notre- Seigneur dans les
Eglises . 3 °. les Exercices de l'Adoration perpetuelle.
4° . des Méditations pour l'Octave
du S. Sacrement , avec quelques Sentimens
de Pieté dans lesquels on doit accompagner
Notre-Seigneur quand on le porte , soit en
Procession , soit aux Malades. Le prix des
deux Volumes est de 5. liv.
On y trouve encore les autres OEuvres du
même Auteur , sçavoir , Le saint Exercice
de la présence de Dieu , divisé en trois Parties
1. Dieu présent partout. 2°. Ce que
c'est que la présence de Dieu. 3 °. Méthode
pour converser avec Dieu petit in- 12 .
I. liv. 5. f.
2
Exercices de Piné pour les Affociés à l'Adoration
perpetuelle du S. Sacrement , in- 18.
15.fols.
On vend dans la même Boutique , une
nouvelle Edition de l'Imitation de la Sainte
Vierge , dans un Abregé de sa Vie , de ses
Vertus , & des Mysteres que l'Eglise célebre
en son honneur , par le R. Pere Courbeville
, in- 12.1 . liv . 4. f.
Les Instructions , Pratiques & Prieres pour
La Dévotion au Coeur de JESUS , in- 12. 1739~-
1. liv. 4. f. On
2660 MERCURE DE FRANCE
On trouve chés le même , beaucoup d'au
tres Livres de Dévotion , & sur toutes sortes
de Matieres ; ainsi qu'un Assortiment considerable
d'Usages Romains des Impressions
de Paris , d'Anvers , de Lyon & autres.
TRATTE' ou Dissertations sur plusieurs
Matieres féodales , tant pour le Pays Coûtumier
, que pour les Pays de Droit Ecrit ,
PREMIERE PARTIE , contenant 1 °. les Observations
sur les Licitations , relativement
aux Droits seigneuriaux . 2 °. Les Observations
sur le Démembrement & Jeu de Fiefs,
suivant l'Article 51. de Paris, 3 °. Les Observations
sur la Réunion des Fiefs & Censives,
avec l'explication des Coûtumes qui ont
des dispositions singulieres , & differentes de
celle de Paris. 4°. Les Observations sur les
Corvées. 5. Les Observations sur toutes les
Bannalités , avec une Table alphabétique
des Auteurs cités dans cet Ouvrage , & la
date des Editions dont on s'est servi . Par Me
Germain- Antoine Guyot , Avocat au Parlement
. A Paris , chés Sangrain fils , Grand'-
Salle du Palais , à la Providence , 1738. 1.vol.
in-4 ° . de 448. pages, sans les Tables. Prix relié,
7. liv. 10. f.
L'Auteur de cet Ouvrage , qui depuis plusieurs
années , a fait sa principale étude de
la matiere des Fiefs , a déja donné au Public
dans
NOVEMBRE. 1739. 1661
dans l'espace d'un an , deux Volumes in-4°
sur cette matiere ; il a auffi donné depuis peu
des Notes sur les Coûtumes de Mantes , &
de Meulant ; nous donnerons l'Extrait de
chacun de ces Ouvrages en particulier , &
nous allons commencer par son premier Volume
sur les Fiefs que nous venons d'annoncer.
>
Il avoit d'abord intitulé cet Ouvrage ,
Traité des Fiefs , mais comme ce n'est point
un Traité général de la matiere des Fiefs , il
a changé ce Titre pour mettre celui de Traité
ou Differtations sur plusieurs matieres Feodales.
Ce ne sont en effet proprement que
des Differtations , ou si l'on veut divers
Traités particuliers sur differentes parties
de la matiere des Fiefs ; car ce qu'il a
donné sur chaque matiere , paffe les bornes
d'une simple Differtation , qui n'a ordinairement
pour objet qu'une seule Question , au
lieu que M. Guyot , dans chacun de ces
Traités , discute toutes les Questions qui
ont raport à la matiere qui en fait l'objet.
Il pourroit , en traitant ainsi chaque partie
de la matiere des Fiefs , raffembler tout ce
qui se trouveroit dans un Traité géneral ;
néanmoins cela ne formeroit pas un véritable
Traité géneral , parce qu'il n'a suivi aueun
ordre dans l'Edition de ces Traités particuliers
; il a donné au Public ceux qui se
sont
2662 MERCURE DE FRANCE
sont trouvés les premiers en état d'être imprimés
.
Dans un Sommaire de tout l'Ouvrage , qui
est au commencement de la premiere Partie
dont nous parlons , il touche quelque chose
des Fiefs en géneral , & fait voir , que quoique
les Fiefs , tels qu'ils sont à présent , fussent
inconnus aux Romains , néanmoins la
connoiffance du Droit Romain est néceffaire
pour l'intelligence de cette matiere , parce
qu'on y puise la plus grande partie des Décifions
: par exemple , lorsqu'il s'agit de décider
si un Acte est une véritable Donation ,
ou une vente fimulée , pour regler ensuite
quels Droits Seigneuriaux en sont dûs , &
d'ailleurs les Licitations usitées dans les
Fiefs , & les Corvées , qui sont des Droits
Féodaux , nous viennent du Droit Romain.
que
L'Auteur n'a pas voulu , à ce qu'il dit , se
perdre dans l'incertitude de l'origine des
Fiefs , il donne seulement une idée des differentes
divifions que l'on fait des Fiefs , & des
divers noms que les Coûtumes ou les Auteurs
leur ont donnés.
Les Traités particuliers qui sont ensuite ,
ne sont pas intitulés Dissertations , comme
l'annonce le Titre de l'Ouvrage , mais Observations.
Chacun de ces Traités est divisé
en plufieurs Chapitres.
Les
NOVEMBRE. 1739. 2663
Les Obfervations fur les Licitations , qui
font le premier de ces Traités , embraffent
toute la matiere des Licitations en géneral ,
qui eft commune aux Rotures auffi - bien
qu'aux Fiefs , & l'on y a seulement joint les
Queftions qui naiffent des Licitations par
raport aux Fiefs , comme pour les Droits
Seigneuriaux qui peuvent être dûs en cas
de Licitation , le Retrait qui peut y avoir
donné lieu en certain cas , & c. Les quatre
autres Traités font entierement du reffort de
la matiere des Fiefs.
Dans les Obfervations fur le Démembrement
& le Jeu de Fief, l'Auteur explique
la difference qu'il y a entre l'un & l'autre ,
ce que c'eft que démembrer fon Fief , l'effet
du Démembrement contre le Vaffal , &
l'action du Seigneur à ce fujet ; ce que c'eft
que le Jeu de Fief, foit avec profit ou fans
profit , ce qui concerne l'Alienation des
Cens ou Rentes du Fief , la Sous- inféodation
, l'Alienation des Heritages du Fief à
cens ou rente fonciere ; la Vente , Donation,
Legs ou Echange des Heritages du Fief; la
Vente de partie du Fief à prix d'argent ,
avec rétention de devoir , le Jeu exceffif de
Fief, c'eft-à - dire, où l'Alienation excede les
deux tiers , & enfin ce que c'eſt que le Tiers
que
le Vaffal doit retenir.
,
Les Obfervations qui fuivent fur les Réunions
2664 MERCURE DE FRANCE
nions des Fiefs fervant aux Fiefs dominans
& des Cenfives aux Fiefs , & vice versa ,
expliquent d'abord ce que c'eft que cette
Réunion , fa caufe & fes effets , de quelle
manierè elle ſe fait , qui font ceux qui peuvent
réunir , & qui ont befoin de déclaration
expreffe pour ne pas réunir , les cas où la
Réunion fe fait de plein droit , celles qui fe
font par voye de fucceffion , par mariage &
pendant le mariage , enfin les differentes
difpofitions des Coûtumes fur cette matiere
.
Dans le quatriéme Traité ou Obſervations
fur les Corvées , l'Auteur fait voir que les
Corvées tirent toutes leur origine du Droit
Romain ; il traite enfuite des Corvées felon
le Droit François , tant du Pays de Droit
Ecrit , que du Pays Coûtumier ; il explique
de quelle maniere les Corvées s'acquierent ,
comment elles fe preſcrivent aux dépens
de qui elles fe font , où elles font dûës &
comment ; fi elles font dûës fans être demandées
, & fi elles tombent en arrerages ,
fi elles font fujettes à augmenter ou diminuer
, fi elles peuvent être cédées , & quelles
cauſes peuvent en exempter.
,
Le dernier Traité , qui eft celui des Bannalités
de Moulins , Fours , Preffoirs & autres
, explique ce que c'eft que Bannalité en
géneral , & les divers Droits de Bannalité ,
comNOVEMBRE.
2665 1739
comment ils s'acquierent , tant en Pays de
Droit Ecrit , que dans le Pays Coûtumier
quelles Perfonnes peuvent avoir le Droit de
Bannalité , fi ce Droit eft ceffible , comment
il fe peut perdre , quelles Perfonnes
en font exemptes : enfin , après avoir expliqué
en quoi confiftent les Droits de Bannalité
, il finit par quelques Obfervations fur
plufieurs Droits qui y ont raport , tels que
ceux de Boucherie Banniere , de Taureau &
Vereau Bannier , ceux de Ban à Moiffon ;
Ban de Vendanges , & Ban à Vin ; il obferve
que ces differens Droits dépendent des Titres
des Seigneurs.
,
Tels font les cinq Traités qui compofent
cette premiere Partie , lefquels font fur des
matieres affés neuves & fur lefquelles il
n'y avoit pas encore eû de Traités particuliers
ils renferment beaucoup de recherches
curieuses , l'Auteur y a traité un grand
nombre de Queftions , & la derniere Jurifprudence
cet Ouvrage , qui ne peut
qu'être utile au Public , a été fuivi de près
d'une feconde Partie , dont on donnera aussi
l'Extrait.
Il paroît depuis peu une Brochure de 63. pages
intitulée , la Henriade , traduite en Italien en Vers
Sciolti, par Paniaffe Cabiriano , Florentin , 1739. &
en effet par M. Nenci , Membre de plufieurs Académies
d'Italie & en > particulier de celle de
Rome ,
2666 MERCURE DE FRANCE
Rome ; Auteur de plusieurs Sonnets Italiens , inserés
dans ce Journal , lequel nous a communiqué
une Lettre de M. de Voltaire , écrite à un Envoyé
d'Italie en France , dans laquelle il s'exprime ainsi .
J'avois peur , Monsieur , qu'il n'entrât trop d'amour
propre dans le plaisir que m'afait la Traduction Italienne
de la Henriade de M. Nency ; mais puisque
vous en êtes content , je ne dois plus douter du jugement
que j'en ai porté, et je n'ai qu'à remercier l'Auteur
qui m'a embelli , &c.
On ne donne ici que le premier Chant , M. Nenci
fait espérer qu'il donnera bientôt les autres . Le prix
de l'Ouvrage entier sera de six livres , qui seront
payées en recevant le Premier Chant ; ceux qui
voudront se le procurer , prendront la peine d'en
faire donner avis à l'Auteur par le fieur Chaubert ,
Libraire , Quay des Augustins.
Pour ne rien laisser en arriere de tout ce qui pa
roît même dans la moyenne et petite Littérature ,
nous annonçons ici une nouveauté toute nouvelle ,
sur laquelle quelques Lecteurs malins ont déja ra -
pellé ce Vers de M. Pesselier , dans sa Comédie
d'Esope au Parnasse.
Il est cent nouveautés pour une chose neuve.
C'est une Brochure in - 8 °. - de 30. pages , qui se
vend rue S. Jacques , chés Briasson , et Quai de
Conti , chés Prault fils. Le prix est de 12 sols , sous
le titre de le Je ne sçais Quoi de vingt minutes .
Ce sont divers Morceaux de Poesie , et quelques
Lettres en Prose et en Vers , d'une tournure spirituelle.
Une Fable adressé à l'Auteur d'Esope au
Parnasse , termine ce Recueil. La voici,
LE
NOVEMBRE. - 1739. 2667
LE ROSSIGNOL DESABUSE
FABLE.
UN Rossignol Sexagénaire ,
Barbon plaintif et tout cassé ,
Ne trouvoit rien qui pût lui plaire ;
Il avoit des Vieillards la foiblesse ordinaire ,
Il plaignoit le présent et vantoit le passé :
Oui , disoit-il un jour , ce n'est point imposture ,
Les Rossignols chantoient autrement de mon temps,
C'étoit à la seule Nature
Qu'ils devoient leurs tendres accents :
Mais tout a bien changé de face !
Le ramage forcé des Oiseaux d'aujourd'hui
N'excite en nous que de l'ennui ,
Il nous morfond et nous glace .
Il achevoit ces mots , lorsque sous un ormeau
Qu'ombrageoit un vert feuillage ,
Un jeune et timide Oiseau
Le surprend par son ramage ;
Tout à la fois touchant , naturel et nouveau .
Ah ! s'écrie à l'instant , et charmé de l'entendre
Le Vieillard ravi par ses chants ;
Si dans un âge aussi tendre
Tu rends des sons si touchants ,
A quel triomphe heureux ne dois-tu pas prétendre ?
Oui , cher Oiseau , tu peux t'attendre
D'être un jour l'honneur de nos champs.
ENVOI
(2668 MERCURE DE FRANCE
ENVO I
C'est à toi , cher Ami , que s'adresse ma Fable
L'équité par mes mains t'offre ici mon encens.
Acceptes-en l'augure , il t'est trop favorable ,
Pour ne pas t'engager d'en pénetrer le sens.
On débite à Paris chés H. L. Guerin , l'aîné ;
rue S. Jacques , Mariette fils , et Coignard , une
nouvelle Edition de toutes les Oeuvres et Lettres
Spirituelles de feu M. de Fenelon , Archevêque de
Cambrai , en 4. Volumes in- 12 . exactement faite
sur la belle Edition que M. le Marquis de Fenelon
vient de faire publier en Hollande en deux Volumes
in-folio. L'Edition in - 12 , que nous annonçons est
proprement imprimée. On y a joint le Portrait du
célebre Auteur , gravé avec soin par le fieur Daullé.
Ces quatre Volumes se vendent 10. liv. ainsi on
peut se procurer pour un prix médiocre les mêmes
Ouvrages , dont le prix de l'Edition de Hollande
in -folio est de 100. liv.
On aprend de Rome , que le 19. du mois dernier
le Cardinal Querini fit distribuer au Sacré College
le dernier Volume des Ouvres de S. Ephrem ; et
qu'on vient d'achever l'impression d'un nouvel
Ouvrage du même Cardinal , intitulé Brixiana
Litteratura.
On aprend de Lisbonne que le 28. Septembre ,
l'épouse du nommé Benoît Martines , Habitant du
Bourg d'Alfonge , dans les environs de la Ville de
Chaves , accoucha d'un enfant qui avoit deux têtes
et qui mourut , peu après avoir reçû le Baptême .
>
Од
NOVEMBRE. 1739 2669
On aprend de Petesbourg , que l'Intendant des
Mines de Siberie a donné avis à la Czarine que les
Mines d'Argent qui ont été découvertes dans cette
Province , étoient très - abondantes ; que le métal
qu'on en tiroit étoit de très-bon aloy , & qu'on en
avoit déja affiné près de dix mille marcs qui avoient
été transportés à Tobolskoy,
On a fait apliquer à un Vaisseau de la Compagnie
des Indes , une Machine proposée par M. Pitot
, de l'Académie des Sciences , pour connoître
exactement la vitesse du Sillage des Vaisseaux à la
Mer ,,
par la comparaison des élévations de l'eau ,
dans des Tubes de cuivre , dont l'un a son ouver❤
ture en entonoir , tourné vers l'avant , et l'autre
mis simplement, pour indiquer la Flotaison du Vaisseau.
Le soin et l'exécution de cette nouvelle invention
, est confiée à M. Daprès de Mannevillette ,
premier Lieutenant du Fenthiévre , qui part bientôt
de l'Orient pour Pontichéry.
PRIX Littéraire fondé dans l'Académie
Royale des Inscriptions & Belles Lettres.
'Académie Royale des Inscriptions et Belles
L'Lettres , désirant que les Auteurs qui composent
pour le Prix , ayent tout le temps d'approfondir
les matiéres , et de travailler les sujets qu'elle
leur donne à traiter , a résolu de les publier beaucoup
plûtôt , et elle annonce dès- à présent, que le
Sujet qu'elle a arrêté pour le concours au Prix
qu'elle distribuera à Pâques 1741.consiste à examiner
et à déterminer combien de fois le Temple de Janus a
étéfermé depuis la Naissance de J. C. et en quel temps
cette cérémonie Payenne a cessé d'être en usage.
Le Prix sera toûjours une Médaille d'Or , de la
valeur de quatre cent livres.
Toutes
2668 MERCURE DE FRANCE
ENVO I
C'est à toi , cher Ami , que s'adresse ma Fable ;
L'équité par mes mains t'offre ici mon encens.
Acceptes-en l'augure , il t'est trop favorable ,
Pour ne pas t'engager d'en pénetrer le sens.
On débite à Paris chés H. L. Guerin , l'aîné ;
rue S. Jacques , Mariette fils , et Coignard , une
nouvelle Edition de toutes les Oeuvres et Lettres
Spirituelles de feu M. de Fenelon , Archevêque de
Cambrai , en 4. Volumes in- 12 . exactement faite
sur la belle Edition que M. le Marquis de Fenelon
vient de faire publier en Hollande en deux Volumes
in -folio. L'Edition in- 12, que nous annonçons est
proprement imprimée. On y a joint le Portrait du
célebre Auteur , gravé avec soin par le fieur Daullé.
Ces quatre Volumes se vendent 1o. liv. ainsi on
peut se procurer pour un prix médiocre les mêmes
Ouvrages , dont le prix de l'Edition de Hollande
in-folio est de 100. liv.
On aprend de Rome , que le 19. du mois dernier.
le Cardinal Querini fit distribuer au Sacré College
le dernier Volume des Ouvres de S. Ephrem ; et
qu'on vient d'achever l'impression d'un nouvel
Ouvrage du même Cardinal , intitulé Brixiana
Litteratura.
On aprend de Lisbonne que le 28. Septembre ,
l'épouse du nommé Benoît Martines , Habitant du
Bourg d'Alfonge , dans les environs de la Ville de
Chaves , accoucha d'un enfant qui avoit deux têtes ,
et qui mourut , peu après avoir reçû le Baptême.
Од
NOVEMBRE. 1739 2669
On aprend de Petesbourg , que l'Intendant des
Mines de Siberie a donné avis à la Czarine que les
Mines d'Argent qui ont été découvertes dans cette
Province , étoient très - abondantes ; que le métal
qu'on en tiroit étoit de très-bon aloy , & qu'on en
avoit déja affiné près de dix mille marcs qui avoient
été transportés à Tobolskoy.
On a fait apliquer à un Vaisseau de la Compagnie
des Indes , une Machine proposée par M. Pitot
, de l'Académie des Sciences , pour connoître
exactement la vitesse du Sillage des Vaisseaux à la
Mer , par la comparaison des élévations de l'eau ,
dans des Tubes de cuivre , dont l'un a son ouver❤
ture en entonoir , tourné vers l'avant , et l'autre
mis simplement, pour indiquer la Flotaison du Vaisseau.
Le soin et l'exécution de cette nouvelle invention
, est confiée à M , Daprès de Mannevillette ,
premier Lieutenant du Fenthiévre , qui part bientôt
de l'Orient pour Pontichéry.
PRIX Littéraire fondé dans l'Académie
Royale des Inscriptions & Belles Lettres.
'Académie Royale des Inscriptions et Belles
L'actes , désirant que les Auteurs qui composent
pour le Prix , ayent tout le temps d'approfondir
les matiéres , er de travailler les sujets qu'elle
leur donne à traiter , a résolu de les publier beaucoup
plûtôt , et elle annonce dès -à présent, que le
Sujet qu'elle a arrêté pour le concours au Prix
qu'elle distribuera à Pâques 1741.consiste à examiner
et à déterminer combien de fois le Temple de Janus a
étéfermé depuis la Naissance de J. C. et en quel temps
cette cérémonie Payenne a cessé d'être en usage.
Le Prix sera toûjours une Médaille d'Or , de la
valeur de quatre cent livres. <
Toutes
2670 MERCURE DE FRANCE
Toutes personnes , de quelque pays et condition
qu'elles soient , excepté celles qui composent ladite
Académie , seront admises à concourir pour ce Prix,
et leurs ouvrages pourront être écrits en François ,
ou en Latin , à leur choix . Il faut seulement les
borner à une heure de lecture au plus .
Les Auteurs mettront simplement une Devise à
leurs ouvrages ; mais, pour se faire connoître, ils y
joindront, dans un papier cacheté et écrit de leur
propre main , leurs nom , demeure et qualités , et
ce papier ne sera ouvert qu'après l'adjudication du
Prix .
Les Pieces , affranchies de tous ports , seront remises
entre les mains du Sécretaire de l'Académie
avant le premier de Décembre 1740.
La même Académie fit fa rentrée le 13. Novem
bre , par une Affemblée publique , à laquelle le
Cardinal de Polignac préfida.
M. Duclos ouvrit la Séance par un Memoire sur
les Epreuves par le Duel & par les Elémens , comsnunement
apellées Jugemens de Dieu par nos anciens
François .
M. de Foncemagne lut enfuite pour M. l'Abbé
Sevin , la Vie de Théophanes.
M. Freret lut pour M. Bonami un Memoire fur
l'étendue de l'ancienne Ville de Paris .
« M. l'Abbé Souchay , qui finit la Séance , lut un
Memoire fur l'origine des anciennes Sectes Philofophiques.
Le Samedi 14. Novembre , l'Académie Royale
des Sciences tint fon Affemblée publique , à laquelle
préfida M. Caffini , Directeur en année.
M. de Fontenelle fit lire par M. Morand , l'Eloge
de M. Dufay , Penfionaire , mort dans le dernier
Semeftre .
M
NOVEMBRE . 1739. 2671
M. de Réaumur lut enſuite un Memoire contenant
l'Hiftoire des Abeilles : ce Memoire doit être
imprimé inceffamment comme faifant une partie
curieufe de l'Hiftoire génerale des Infectes.
Après la lecture de ce Memoire , M. Morand lut
encore pour M. de Fontenelle, l'Eloge de M. Manfrédi
, Affocié Etranger , celebre Aftronome , mort
à Bologne , auffi dans le dernier Semestre.
ESTAMPES NOUVELLE S.
Petite Estampe en large que M. J. B. le Bas
vient de graver sous le titre de la Solitude , de la
même grandeur , d'un très - joli Paysage de D. Teniers
, du Cabinet de M. de Vaux. C'est le 19me .
Morceau que l'habile Graveur a mis au jour d'après .
cet illustre Maître. L'Estampe se vend chés M. le
Bas , rue de la Harpe , vis-à - vis la ruë percée , et
vis à vis la Sorbonne , même ruë , chés Ravenet ,
Graveur du Roy.
Voici la 38me Estampe que M. Moyreau mee
au jour d'après Wauvermans ; c'est un Paysage en
large , intitulé , Petite Chasse à l'Oiseau , d'une disposition
riche , variée et fort agréable . Le Tableau
original , de 31. pouces de large sur 20. de haut
est dans le Cabinet du Chevalier d'Orleans , Grand
Prieur de France . L'Estampe se vend chés Moyreau ,
ruë Galande , vis- à - vis S. Blaise.
On nous prie d'avertir que le Catalogue des Livres
& des Estampes de feu M. d'Hermand , Ingénieur
du Roy , eft imprimé & se diftribuë chés G.
Martin , Libraire , rue S. Jacques. >>
La suite des Portaits des Grands Hommes et des
G Personnes
2672 MERCURE DE FRANCE
Personnes Illustres dans les Arts et dans les Scien
ces , continue de paroître avec succès , chés Odieuvre
, Marchand d'Estampes , Quai de l'Ecole. I
vient de mettre en vente , toûjours de la même
grandeur.
S.
DAGOBERT , XIe Roy de France , mort
Denis le 17. Janvier 638. après 10 , ans de Regne ,
dessiné par Boizot , et gravé par G. Duchange.
BLAISE DE MONLUC , Maréchal de France ,
mort à Estillac , en Agenois , en 15:57 . âgé de 77 .
ans , peint par N. P. & gravé par P. A ,
JACQUES CALLOT , Dessinateur et Graveur , né
à Nancy en 1593. mort le 28. Mars 1635 .
VENCESLAS HOLLAR , Dessinateur et Graveur ,
né à Prague en Bohême , en 1607. mort en 1647 .
gravé par lui même.
CLOTAIRE II . Xe Roy de France , mort en 628 ..
après 44. ans, de Regne , dessiné par Boizot , er
gravé par G. Duchange.
JEAN REGNAULT DE SEGRAIS , de l'Academie
Françoise , né à Caen en 1625. mort le 25. Mars
1701 , peint par A. B. Flamen , et gravé par Mathei .
Nous aprenons de Naples , qu'on a trouvé à Portici
, en fouillant la terre , une Statue Antique de
Venus , et une Peinture à Fresque , représentant
Thesée , qui tue le Minotaure .
On nous assûre que M. Chycoineau , Premier
Médecin du Roy , ayant vû la guérison d'un grand
Prélat , qui avoit des Boutons , Rougeurs , et Dartres
au visage depuis plus de huit ans , lequel a gratifié
la Dame de Lestrade , ci - devant Mlle de Rezé , qui
l'a guéri , d'une Pension sa vie durant ; et que M.
Chycoineau ayant apris d'ailleurs la guérison de
plusieurs Personnes considérables , par les Reme.
des
Tendrement.
*
30
Λ
Jour
2674 MERCURE DE FRANCE
dôme sur la porte est un Tableau servant d'indication.
Le fiear Barriere , de retour d'Italie à Paris ,
vient de faire graver son troisiéme Livre de Sonnates
pour le ioloncelle. Il se vend à Paris , ruë
S. Honoré, à la Regle d'Or , et rue du Roule, ches
le Srie Clerc.
M. Masse , Pun des Vingt quatre de la Musique
de la Chambre du Roy ', vient de donner au Public ,
un secondLivre de Sonates à deux Violoncelles , qu'on
a reçû encófe ' plus favorablement que fe premier.
Il s'éforcera de plus en plus à plaire , par son apli
cation dans ceux quil fera.
t
CHANSON,
Dieux ! qui voyez toute ma peine ,
Je ne demande point que vous brișiez la chaîne
f Qui fait aujourd'hui mon tourment ,
y
Tircis n'aime que moi , pour lui seul je soupirëpo
Mais qu'il est dur de s'aimer tendrement
Et de ne pouvoir se le dire !
SI .
1 3
VAUDEVILLE,
)?
I vous voulez que je vous aime , ››
Pourquoi vous plaindre de l'Amour ?
N'est- ce pas empêcher vous-même
Que j'en puiffe avoir à mon tourn
MJ
Amis
THE W YORK
FUBLIC LIBRARY.
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS ,
THS
NOW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
LETVOX
AND
WILSON
FOUNDATIONAL
beauté ;
CONOVEMBRE. 1739. 2675
Amis , banniffons la trifteffe
Elle eft le poison de nos jours ,
Livrons nos coeurs à l'allegreffe
Que donnent les tendres Amours .
de dure diali un a
-"Que votre voix enchantereffe
Belle , vous captive des coeurs !
Que n'avez-vous de la tendreffe
Autant que vous causez d'ardeurs
tiostarmen 1
Si dans une amoureuse chaîne
La joye égale le désir ,
Avec vous , Belle Celimene
17
Grands Dieux , que j'aurois de plaisirs !
Aisément , dans un Vaudeville
On vous découvre son ardeur
Ah ! que n'est - il aussi facile
Iris , de toucher votre coeur !
1
1
} DAT .
G iij. CRYmout
THE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
AUTOR
, LETOX
AND
TRUDEL
POUZDAT.CAS
Deauté
NOVEMBRE . 1739.
2675
> Amis , banniffons la triſteffe
Elle eft le poison de nos jours ,
Livrons nos coeurs à l'allegreffe
Que donnent les tendres Amours.
-Que votre voix enchantereffe ,
Belle , vous captive des coeurs !
Que n'avez-vous de la tendreſſe
Autant que vous causez d'ardeurs è
૨૫
4ticstor
Si dans une amoureuse chaîne
La joye égale le désir ,
Avec vous , Belle Celimene
Grands Dieux , que j'aurois de plaisirs !
G 5
*
Aisément , dans un Vaudeville
On vous découvre son ardeur ,
Ah ! que n'est - il aussi facile
Iris , de toucher votre coeur !
-
DAT
el
G
2676 MERCURE DE FRANCE
SPECTACLES.
?
E 27. Octobre , l'Académie Royale de
Muique donna la premiere Représentation
de Momus Amoureux, Ballet , en un Acte,
ajoûté au Balet Héroïque de Zaide , qu'on
vient de quitter.
Cet Acte a parû bien écrit , on n'y a pas
trouvé ce que le Titre promettoit , & Momus
n'y a parû, ni Satyrique , ni amoureux ;
il eft vrai que Momus , qui s'annonce dès la
premiere Scene , ne promet que de l'amusement.
Voici comment il s'explique" dan's
Court Monologue :
Je rends grace au Maître des Dieux ,
De m'avoir interdit le séjour du Tonnerre !
L'ennui m'accabloit dans les Cieux ;
Je viens m'amuser sur la Terre .
Mais j'aperçois l'objet dont mon coeur eft épris ;
On me connoît ici sous le nom de Tirsis ;
Le Berger Lycidas s'empresse pour lui plaire ;
En seroit-il aimé ? pénétrons ce Myſtere.
Lycydas , qui donne une Fête à Philis , inite
toutes les Bergeres du Hameau à chan-
›r cette Reroere & à lui céder le prix de la
NOVEMBRE. 1739. 2677
beauté; il leur dit pour les consoler de cette
préférence, qu'elles peuvent lui être inférieures
en apas , sans ceffer de paffer pour belles .
Lycidas s'adreſſe à Philis même en ces termes.
C'eſt à vous que l'Amour a consacré ces Jeux ;
Malgré tous vos mépris , Lycidas eft fidelle ;
Sera-t'il toujours malheureux ?
Et serez-vous toujours cruelle
Philis trouve mauvais qu'il mêle le récit
de ses peines aux jeux qu'il veut bien lur
donner. Lycidas lui répond qu'il se flate de
vaincre son insensibilité par sa persévérance .
Philis lui ête cette espérance par ces Vers :
Qand on n'est pas aimé , sçachez que la conftance ,
Est la plus triste des vertus .
La suite de cette Scene n'est pas plus favorable
à Lycidas ; Philis le quitte, & compte
cette fuite pour une faveur , puisqu'elle
doit lui ôter l'amour qu'il a pour elle , en
lui ôtant l'espérance d'en être aimé .
Lycidas désespérant d'attendrir cette in
grate , se détermine à fuir d'un séjour si fatal
; voici les souhaits qu'il lui laisse pour
derniers adieux .
Je délivre vos yeux d'un objet qui les bleſſe ;
J'abandonne à jamais ces funeftes climats ;
G iiij
Amour
2678 MERCURE DE FRANCE
Amour , permets , s'il est possible ,
Qu'elle éprouve l'horreur d'aimer un insensible ;
C'est le suplice des ingrats.
L'Augure ne paroît pas vérifié ; Momus ;
sous le nom de Tirsis , feint seulement d'être
insensible , mais il ne l'eft pas en effet , puisqu'à
la fin d'une Scene entre Philis & lui , il
déclare à cette Bergere , qu'il ne s'eft montré
indifferent à ses yeux , que de peur d'avoir
le sort de Lycidas , qui n'a éprouvé que
mépris , pour avoir trop fait éclater son
amour. Cette derniere Scene n'a pas eû plus
de succès que la premiere , quoiqu'elle soit
très-joliment écrite. Tirsis se fait reconnoître
pour Momus , & pour terminer la Fête
il ordonne à deux de ses plus fideles Sujets
d'offrir à l'objet de son amour des jeux qu'il
avoit deſtinés pour les Dieux . La Dlle Barbarine
& le sieur Rinaldi- Fausan , executent
une Pantomime géneralement aplaudie . Ces
Danses , dont l'usage étoit presque inconnu
en France , ne ceffent d'attirer tout Paris , &
l'emportent sur les Piéces les plus intereffantes
, sur le plus grand cothurne & sur ce que
l'Opera a de plus grave & de plus noble.
•
Le 14. Novembre , les Comédiens Franz
çois donnerent trois Piéces nouvelles , d'un
Acte chacune en Prose , intitulées la Suivante
NOVEMBRE. 1739. 2679
vante Desinteressée , le Marie Egaré , & la
Meprise. Ces nouveautés , n'ayant pas été
goûtées du Public , n'ont eu qu'une représentation
. S
Le 21 , ils donnerent une petite Piéce
nouvelle en Vers & en un Acte , intitulée le
Retour de l'Ombre de Moliere , de laquelle
on parlera plus au long , ayant été reçûë favorablement
du Public.
Le même jour , les Comédiens Italiens
ouvrirent leur Théatre , après leur retour de
Fontainebleau , par une Comédie Italienne
en Prose & en trois Actes , intitulée , les
Fourberies d'Arlequin. Le Sieur Antonio Constantini
, originaire d'Italie , âgé d'environ
45. ans , jóia pour la premiere fois le rôle
d'Arlequin avec beaucoup d'intelligence &
de légereté. Cette Piéce eft composée d'un
continuel jeu de Théatre , de differens déguisemens
& de Lazzi , dans le goût Pantomi
me , dont l'execution a fait grand plaisir.
Les differens talens du nouvel Acteur , l'originalité
& la varieté de son jeu , font présu
mer qu'il remplacéra , au gré du Public
l'excellent Acteur que la Troupe vient de.
perdre.
Ce nouvel Arlequin " eft frere d'Angelo
Conftantini ; connu sous le nom de Mezetin,
Comédien de l'ancienne Troupe , & qu'on a
Gv vû •
2680 MERCURE DE FRANCE
vû ici sur le même Théatre au mois de Jan
vier 1729, jouer son même rôle de Mezetin,
dans la Comédie de la Foire S. Germain
Piéce de l'ancien Théatre Italien , jouée à
l'Hôtel de Bourgogne en 1695. Il s'en retourna
à Veronne Lieu de sa naissance , où
il eft mort peu de temps après. On a parlé
fort au long de cet excellent Acteur & de
ses talens , dans le Mercure de Fevrier 1729.
pag. 356.
Jean- Baptiste Constantini ; dit Octavo ; -
étoit encore un frere de Mezetin , & aussi
Comédien de l'ancienne Troupe , où il páaut
pour la premiere fois au mois de Novembre
1688. & y joua le premier rolle dans
la Comédie intitulée les Folies d'Octavio
dont presque tout le jeu de la Piéce consistoit
en differens déguisemens prompts &
legers , d'une grande vivacité , & tels , que le
Spectateur, à moins d'une grande attention,
étoit souvent trompé. Il étoit d'ailleurs grand
Musicien , & jouoit d'un grand nombre
d'Inftrumens ; il en donna des preuves dans
cette Comédie , dans laquelle il joua de la
Flûte , du Théorbe , de la Harpe , du Psalte
rium , du Cymbalum , de la Guittare & du
Hautbois , & à la seconde représentation de
la même Piéce , il y ajoûta un jeu d'Orgue .
Il chantoit & dansoit parfaitement bien. Il
eft mort à la Rochelle en 1724. dans un âge
trèsNOVEMBRE
. 1739. 2681
très - avancé. La Dlle de Belmont, aujourd'hui
Actrice de la Troupe Italienne , où elle a été
reçûë au mois de Mai 1729 , eft fille du Sr
Octavo , dont on vient de parler.
Ces trois freres , qui donnent lieu à ces
petites remarques , sont fils de Conftantino
Conftantini , dit Gradelin , aussi Comédien
de l'ancienne Troupe , lequel retourna à Veronne
sa Patrie , après la supression de cette
Troupe , au mois de Mai 1697.
Le Sr Raynaldi , un des plus excellens
Pantomimes qu'on ait vû à Paris , & qui a
fait tant de plaisir à la Cour & sur le Théatre
de l'Opera , a épousé la fille du Sr Constantini
; on assûre qu'elle a de grands talens
pour la danse , & qu'elle jouit d'une grande
réputation à Venise , où elle s'en est retournée
avec son Mari.
Le 28 , le même Acteur reparut dans une
autre Piéce Italienne en Prose & en trois
Actes , intitulée , Arlequin , Boufon de Cour,
& il joua le rolle d'Arlequin , fort au gré du
Public. Cette Piéce extrêmement Comique,'
avoit déja été jouée à Paris pour la premiere
fois le 20. Mai 1716. sur le Théatre du Palais
Royal , parce que les réparations qu'on faisoit
alors au Théatre de l'Hôtel de Bourgogne ,
ne furent achevées que le premier Juin suivant
, jour auquel les nouveaux Comédiens
Italiens commencerent d'y joüer. Cette Pié-
G`vj
ce
2682 MERCURE DE FRANCE
ce d'Arlequin, Boufon de Cour, connue sous
le titre Italien la Maggior gloria d'un Grande
, è il Vincer se steffo , fut la seconde Comédie
que les nouveaux Comédiens joüerent
à Paris sur le même Theatre du Palais Royal
Cette excellente Piéce , qui n'est guere condes
Amateurs du Théatre Italien
mériteroit bien de l'être davantage de tous
les gens de goût , c'est ce que nous tâcherons
de faire le mois prochain , par le moyen
nuë que
d'un Extrait.
Le 19. Novembre , l'Académie Royale de
Musique , donna la premiere représentation
de Dardanus , Tragédie , de laquelle nous
parlerons plus au long ; elle a été reçûë trèsfavorablement
du Public .
**********************
NOUVELLES ETRANGERES,
TURQUIE E T PERSE.
COPIE de deux Lettres , envoyées par
M.leBaron de Hochepied, Consul d'Hollande
à Smirne , à M. de Fontenu , son Beaufrere
, la premiere est datée de Surate le 4.
Avril 1739. elles sont traduites de l'Italien.
>
>
L
Es Hollandois ont armé une grande Flotte
deftinée à pourfuivre le Corfaire Angria , dans
la réfolution de le détruire , & de fe rendre Maîtres
de
NOVEMBRE 1739 2683
de Givea ; on n'a pas apris qu'ils ayent fait encore
aucun progrès , à caufe de la faiſon trop avancée
ayant pourtant intention d'augmenter leurs forces
contre ce Corfaire , torfque la Mouffon aura ceffé.
On apelle Mouffon , les Vents alifés ou reglés.
"
Schah Nadir fe trouve préfentement fur le Trône
de Delly , Ville Capitale du Mogol , après avoir
fait prifonnier le Roy Niffan Mulmutoch , avec Comerdin-
Kam , & autres Omrhas , ou Grands ; ce
qui a été fait par la trahifon de Saduć -Kam . Kam
Dorah attaqua d'abord l'Armée de Schah Nadir avec
3500. chevaux , & il fut tué après avoir combattu
avec la plus grande valeur; la plus confidérable partie
de fes Troupes fut auffi taillée en pieces , mais
Schah Nadir ne fe trouvant pas en état d'executer
fon deffein, employa la rufe , de concert avec Saduc-
Kam , lequel ayant fait une fauffe attaque , fe laissa
prendre prifonnier , & il propofa fa médiation
avec le Mogol, qui déja confentoit de céder à Schah
Nadir quelques Provinces, & de donner de l'argent
pour les frais de fon retour.
Ce Traité ayant été conclu , le Mogol donna un
grand repas à Schah Nadir , qui voulut le traiter
auffi à fon tour , mais le Mogol , prévenu de quelque
foupçon , avoit de la peine à s'y rendre , ce que
voyant Saduc-Kam , Niffam , & autres qui avoient
prémedité la trahifon , ils lui perfuaderent d'y aller .
A peine le dîné fut-il achevé , que tous ces Convives
furent arrêtés , & par-là , Nadir ſe mit en posseffion
de la Ville de Delly.
Quelques jours après , il arriva une grande conteftation
entre les Habitans & les gens de Schak
Nadir , ils en vinrent aux mains , & il y eut dans
cette occafion 400. hommes de Schah Nadir de tués,
dont ce Prince fut fi irrité , qu'il donna ordre à fes
Troupes de faire main - baffe fur les Habitans
&
2684 MERCURE DE FRANCE
& le Maffacre fut tel , qu'en deux jours de temps
il refta environ 200. mille hommes fur la place ,
fans compter le pillage , le facçagement & l'incendie
des deux tiers de la Ville , ce qui a causé ici
( à Surate ) une fi grande épouvante , que le Commerce
en eft entierement fuspendu & ruiné.
>
Les Guntui Rayas , Peuples de ce Royaume , fe
font affemblés au nombre de 400. mille hommes
& bien réfolus à ne point reconnoître Schah Nadir ,
ils font campés aux environs de Delly , à 15. lieuës
de la Ville , deforte que Schah Nadir fera obligé de
les combattre. On assûre qu'ils ont réfolu de perdre
plutôt la vie , que de ne pas venger la trahison
commiſe contre leur Roy .
De Baffora le 16. Juin 1739.
On aprend par le Prieur du Convent de Gambrun ,
qui vient d'arriver , que Thamas Kam , eft entré
dans la Ville de Delly, & a fait prifonnier le Mogol .
Le jour avant le départ de ce Prieur , on aprit
par les Barques des Indes , que Surate s'étoit rendu
à Thamas Kam , & qu'il avoit déja commencé à
faire battre Monnoye à fon Coin. Cette Monnoye
eft apellée , Rupis.
Il paroît que par Thamas Kam il faut entendre
Schah Nadir.
Selon les derniers avis reçûs de Conftantinople ,
plufieurs Pachas & quelques uns des principaux
Officiers du Serrail , qui auroient fouhaité la continuation
de la guere entre l'Empereur & le G : S. ont
fait tous leurs efforts pour empêcher que S. H. ne
ratifiât le Traité de Belgrale , & ils ont tâché de
l'ind ifpofer contre le Grand Vifir , en infinuant que
ce Premier Miniftre n'avoit pas profi é de tous les
avan tages qu'il pouvoit retirer de la fituation des
affair es en Hongrie , qu'il avoit commis une faute
capitale
NOVEMBRE 1739 2685
capitale , en négligeant de faire paffer la Save à un
Corps de Troupes Ottomanes , & qu'il auroit dû
infifter davantage , pour que les nouvelles fortifications
de Belgrade ne fuffent pas démolies. Le Mufti ,
leKaimacan & le Keislar Aga , ont pris avec vivacité
la défenſe du G. V. & leur avis a prévalu fur celui
de leurs adverfaires .
RUSSIE.
Epuis qu'on a apris que les Habitans de Jaffy
avoient ouvert les portes au Comte de Munich
, & que la Moldavie étoit entierement foûmife
à la Czarine , on a reçû le détail fuivant .
L'Armée s'étant mife en marche le 4. Octobre
pour s'avancer vers le Pruth , elle campa le soir du
même jour dans les environs du Village de Thathufen
, & le Comte de Munich fit conftruire près
de ce Village une Redoute , pour assurer la communication
avec Choczin . On àmena au Camp
cinq Piéces de canon , un mortier , & une grande
quantité de bombes & de boulets , que les Turcs
avoient abandonnés. Plufieurs Valaques vinrent
demander d'entrer au fervice de la Czarine , & ils
raporterent que les Troupes ennemies s'étoient refirées
de l'autre côté du Pruth.
Le lendemain , le Prince Cantimir , à la tête de
200. Grenadiers à cheval , de 1000. Dragons , &
de roo . Huffards , alla reconnoître les bords de
cette Riviere, & le Comte de Munich reçût des Députés
que la Nobleffe du Palatinat de Podolie lui
énvoyoit , pour le féliciter fur la prife de Choczin
& fur la victoire qu'il remporta le 27. du mois
d'Août.
On reçût avis le 6. que le Prince Cantimir avoir
paffé le Pruth près de Schewky, & que le 7. l'Armée
s'étant
2686 MERCURE DE FRANCE
s'étant aprochée de cette Riviere & ayant jetté trois
Ponts , les Dragons la pafferent. Le 9. ils furent
fuivis de toute l'Armée .
Le Prince Cantimir , qui s'étoit avancé à deux
lieues de Jaffy , avec fon Détachement , ayant
mandé le 10. au Comte de Munich , que l'Hospodar
Gregoire Gika en étoit forți la veille avec tous
fes adherens , le Comte de Munich marcha vers
cette Place avec les Dragons , les Colaques & les
Calmouques .
Le jour fuivant, les Etats de Moldavie envoyerent
une Députation à ce Géneral , pour le prier de les
recevoir fous la domination de la Czarine . Il renvoya
le 13. les Députés avec une Lettre pour les
Etats de la Province , & le même jour on fut informé
que le Prince Cantimir étoit entré le 12 ,
dans Jaffy , avec le Corps qu'il commandoit.
Le 14. l'Armée continua fa route vers Jaffy , &
lorfqu'elle fut arrivée à la vûë de la Ville , les Etats
de Moldavie , accompagnés de plufieurs Fufiliers ,
qui , en aprochant de la Tente du Comte de Munich
, mirent bas leurs Armes , ployerent leurs
Drapeaux, & vinrent à la rencontre de ce General ,
pour l'assûrer de leur foumiffion. L'Archevêque de
Jaffy , qui porta la parole , implora , au nom des
Etats , la protection de S. M. Cz. & il donna de
grands éloges aux vertus de cette Princeffe , & à la
valeur des Troupes Moscovites. Il conduifit enfuite
le Comte de Munich au Palais de l'Hofpodar , &
ce Géneral, en entrant dans la Ville , fut falué d'une
décharge génerale de l'Artillerie des Remparts .
Le 16. on convint des conditions auxquelles la
Czarine recevoit la Moldavie fous la protection , &
le 17. le Comte de Munich donna les ordres nécessaires
pour la sûreté de la Ville de Jaffy. ·
La Czarine ayant reçû une Lettre , par laquelle
l'Empereur
NOVEMBRE. 17398 2687
P'Empereur lui témoigne fon mécontentement de
la conduite que lé Feldt-Maréchal Comte de Wallis
& le Comte de Neuperg ont tenue par raport à
l'execution des Articles Préliminaires de la Paix ,
fignés par le dernier au Camp du Grand Vifir devant
Belgrade , Sa Majefté Czarienne a fait réponse
à l'Empereur , qu'elle n'attribuoit ce qui eft arrivé
dans cette affaire , qu'à un concours d'accidens imprévûs
, & qu'elle étoit très - éloignée d'imputer à
S. M. I. les fautes que fon Géneral & fon Ministre
Plénipotentiaire ont commifes ; qu'elle exhortoit
l'Empereur à modérer le chagrin qu'il paroît en
reffentir ; que cet évenement, ni aucun autre de pareille
nature,ne feroient capables de diminuer fa confidération
& fon attachement pour S. M. Imp. &
qu'elle la prioit d'être perfuadée du défir vif &
fincere qu'elle a de refferrer de plus en plus les
liens qui les uniffent enſemble.
Le bruit court que le Comte de Munich a retiré
la Garnifon qu'il avoit mife dans Jaffy , Capitale
de la Moldavie , & que la Czarine lui a envoyé ordre
de faire fauter les Fortifications de Choczin .
Ce Géneral eſt toujours dans cette dernière Place,
où il a fait publier la Paix entre la Czarine & le
Grand Seigneur.
On mande de Pétersbourg , que S. M. Cz . avoit
ratifié les Articles fignés par fon Miniftre Plénipotentiaire
le 18. du mois de Septembre dernier au
Camp des Turcs devant Belgrade , & que M. Wisnakow,
ci -devant Réſident de la Czarine à Constantinople
, partit le 29 , Octobre , pour y porter la Ratification
de S. M. Cz,
POLOGNE
1688 MERCURE DE FRANCE
&
POLOGNE .
Es Lettres des Frontieres marquent que le
Grand Vifit a envoyé un Aga au Kan de Crimée
, pour lui donner avis que la Paix étoit conclue
entre le Grand Seigneur & la Czarine , & pour lui
recommander de la part de Sa Hauteffe , d'empêcher
que les Tartares de Crimée ne fiffent aucune entreprise
qui put troubler la bonne intelligence entre
les deux Puiffances . Le Grand Vifir a fait fignifier
la même chofe au Sultan de Bialogrood & au Séraskier
de Budziack .
ALLEMAGNE.
Na apris de Vienne , que le Traité définitif
de Paix , qui a été figné le 18. Septembre par
Je Grand Vifir & par le Comte de Neuperg dans le
Camp des Turcs devant Belgrade , a été rendu public.
On a imprimé avec ce Taité un Acte que le
Comte de Neuperg remit au Grand Vifir le même
jour de la fignature , & par lequel l'Empereur déclare,
qu'en faifant la Paix avec le Grand Seigneur ,
il ne prétend pas déroger à l'alliance qu'il a contracté
avec S. M. Czarienne.
Les difficultés au ſujet de l'interprétation d'un des
Articles du Traité de Paix , qui concerne les Limites
de la Bofnie , ne font pas encore levées , & l'on
assûre que S. M. I. a fait écrire au Marquis de Villeneuve
, Ambaffadeur de France auprès du Grand
Seigneur , pour le prier d'employer les bons offices
afin de terminer cette affaire .
On mande de Breslaw , que les Commiffaires
nommés par l'Empereur & par le Roy de Suefaire
les informations , pour néceffairess au
fujet de l'affaffinat du Baron de Sinclair , avoient
de
reg
NOVEMBRE . 1739 2689'
reçû les dépofitions de diverfes perſonnes touchant
la figure & l'habillement des Etrangers qui ont arrê
té ce Major dans les environs de Nawbourg , &
qu'ils avoient déja donné part à leurs Cours de ce
qu'ils avoient découvert à ce fujet.
Le Memoire que le Feldt- Maréchal Comte de
Wallis a envoyé au Confeil de Guerre , pour le justifier
des fautes qu'on l'accuse d'avoir commis dans
ce qui regarde la ceffion de Belgrade , porte que le
Comte de Neuperg , avant que de fe rendre au
Camp des Turcs , lui avoit donné part des Pleins
Pouvoirs qui lui avoient été envoyés par l'Empereur,
pour traiter de la Paix avec le Grand Vifir , &
par lefquels il étoit autorisé à regler & à conclure
ce qu'il jugeroit être convenable pour l'interêt de
S. M. I , fans avoir befoin d'une nouvelle permiffion;
que par ces Pleins Pouvoirs le Comte de Neuperg
avoit été rendu feul refponfable de tout ce qui concernoit
fa , négociation, & des fuites qu'elle pouvoit
avoir ; que le Comte de Neuperg , en lui communiquant
fes Pleins Pouvoirs , lui avoit remis une Déclaration
, fignée par lui & par trois Officiers Géneraux
, dans laquelle il disoit formellement que fi
les Articles dont il conviendroit avec le Grand Vi→
fir, n'étoient pas conformes aux intentions de l'Empereur
, ce ne feroit qu'à lui qu'on pourroit s'en
prendre , & que le Comte de Wallis ne répondroit
en rien de la négociation , qui ne pourroit lui être
imputée à faute , fi Sa Majefté Impériale n'étoit pas
contente des Articles qui auroient été fignés.
Le Confeil de Guerre s'eft affemblé plufieurs
fois depuis trois femaines , pour donner une der
piere décifion fur l'affaire du Comte de Seckendorff,
On prétend que fa liberté ne depend plus que de la
réponse qu'on recevra de lui fur quelques condisions
qu'on juge à propos de lui impofer..
On
2690 MERCURE DE FRANCE
On écrit de Dresde , que le premier de ce mois,
le Prince , dont la Reine de Pologne , Electrice de
Saxe , eft accouchée depuis peu , fut baptifé au
Château de Hubertsbourg , & que cette Ceremonie
fut faite en préfence de Leurs Majeftés dans la Chas
pelle du Château , par le Pere Ligeritz , Confeffeur
du Roy. Ce Prince , qui a été nommé Clément
a été tenu fur les Fonts , au nom du Pape , par le
Nonce de Sa Sainteté ; au nom de l'Electeur de Baviere
, par le Prince Augufte Albert , & au nom de
l'Archiducheffe Léonore Wilhelmine , par la Ducheffe
de Saxe Weffeinfels .
I
Après la Céremonie ; les Seigneurs & Dames dé
la Cour , baiferent la main à la Reine , à l'occafion
de for Heureux rétabliſſement. Le même jour Leurs
Majeftés dînerent en public avec les Princes & Princeffes
de la Famille Royale & Electorale , & eiles
admirent à leur table les Miniftres Etrangers &
plufieurs autres Perfonnes de diftinction des Nations
Saxone & Polonoife .
On chanta l'après midi le Te Deum dans la Cha
pelle du Château de Hubertsbourg , au bruit des
Fanfares , des Trompettes & des Hautbois, & L. M.
y affifterent. Il y eut pendant le Te Deum plufieurs
falves d'Artillerie , & les Compagnies du Régiment
des Gardes à pied , qui étoient à Hubertsbourg , firent
trois décharges de moufquetérie . Le foir la
Reine tint Apartement , & il y eut Jeu & Concert.
On célebra le 3. à la Cour , avec beaucoup de
magnificence , la Fête de S. Hubert. Tous les Seigneurs
portoient l'habit uniforme de l'Equipage du
Roy pour le Cerf, lequel eft jaune , avec des paremens
bleux , & des galons d'argent. Les Dames
étoient en habits d'Amazones , & portoient le même
uniforme. Au retour de la Chaffe , L. M. fe
mirent à table , & il y eut un Concert pendant le
repasa
NOVEMBRE. 1739 2692
repas , après lequel on commença le Bal , qui dura
jufqu'à minuit.
ITALI E.
N écrit de Rome , que quelques divifions
étant furvenues dans la République de Saint
Marin , & l'une des deux Factions , qui s'y font formées
, ayant offert de fe foumettre fous la domination
du S. Siége , pour éviter de fuccomber fous la
Faction contraire le Cardinal Alberoni eft entré
dans cet Etat avec 300. Soldats & 40. Sbirres , &
qu'il a pris poffeffion de la Ville de Saint Marin au
nom du Pape , qui a envoyé ordre d'y convoquer
une Affemblée generale du Confeil & du Peuple ,
pour fçavoir quelles font leurs difpofitions à cet
egard , & pour rendre à la République fon ancienne
liberté , fuposé que le plus grand nombre des
Habitans ne fut pas dans Pintention de fe fumet
tre au S. Siege !!
•
2
Sur les dernieres nouvelles qu'on a regues de ces
affaires , le Pape a envoyé ordre au Cardinal Albefoni
de fe retirer des Terres de cette République
& d'en faire fortir les Troupes avec lesquelles
avoit pris poffeffion de la Ville , & M. Lanti , Pré-,
fident d'Urbin , a été nommé Commiffaire Apofto
Hque par Sa Sainteté , pour aller reconnoître quelles
font les difpofitions de la plus faine partie des
Habitans .
L
On a apris en dernier lieu que M. Lanti s'eft excusé
d'aller à Saint Marin, en qualité de Commiffaire
Apoftolique. On parle à Rome d'y envoyer M.
Banchieri , ou quelques autre Prélat de la
Congrégation de la Confulte. Le Cardinal Alberoni
, conformément aux ofdres qu'il a reçûs du Pape,
a faid fortir des Terres de cette République les Soldats
& les Sbirres qui l'y avoient accompagné,
2692 MERCURE DE FRANCE
LISTE DE CORSE,
N aprend de la Baftie , qu'à préfent toute l'Iſle
eft entierement défarmée , & que l'on y joüit
de la même tranquillité , que s'il n'y avoit jamais
eû de révolte . Il ne refte plus de l'autre côté des
Montagnes qu'une troupe de 25. ou 30. Bandits ,
parmi lesquels on croit que s'eft réfugié le Baron
de Troft , de la mort duquel la nouvelle ne s'eft pas
confirmée, On compte qu'il s'embarquera à la pre
miere occafion qu'il trouvera de fortir de l'ife , ne
pouvant tenir la Campagne avec ce petit nombre
de desesperés.
Il arrive journellement des Felouques de Porto-
Longone à la Baftie, & dans d'autres Ports de Corse
four y prendre les Insulaires qui veulent entrer au
ervice des Rois d'Efpagne & des deux Siciles.r
Quelques Compagnies du nouveau Régiment
Royal Corfe , que S. M. T. C. prend à fa folde
s'embarqueront inceffamment à la Baftie & l'on a
équipé deux Bâtimens pour les tranfporter enFrance
, d'où l'on attend. d'autres Vaiffeaux pour y renvoyer
les Haflards....
On a apris en dernier lieu de l'Ile de Corse, que
le Prévôt de Ziccaro , lequel a reçi ordre de fortir
de l'ille , s'eft embarqué avec cinq autres Chefs des
Rebelles , fur la Felouque qui porte les Lettres de
la Baftie à Livourne.
ROYAUME DE NAPLES.
)
Es Magiftrats de Naples ont reçû ordre de faire
Préparer diverses Fêtes pour le Mariage de Mus
dame de France avec Don Philipe , Infant d'Efpa
gne , & le Roy a fait remettre une fomme au Prin➡
ce de la Rocca Filomarini , foh Ambaffadeur à la
Cour
NOVEMBRE 1739. 269
Cour d'Espagne , pour les dépenfes que ce Miniſtre
fera obligé de faire à cette occafion .
Le Duc de Caftro Pignano , que le Roy a nom
mé fon Ambaſſadeur à la Cour de France , partit le
17. Octobre , avec la Ducheffe fon Epoufe , pour
fe rendre à Paris .
Le 18. pendant qu'on travailloit à creuser la ter
re à la Grotta , une partie de la Montagne ſe détacha
, & feize Ouvriers furent écrasés.
ESPAGNE,
Adame de France , Epoufe de l'Infant Don
M.Philipe , étant arrivée à Pampelune le 14
Octobre , elle fut reçûë à la porte de la Ville par le
Gouverneur , à la tête de la Nobleffe & des Principaux
Officiers de la Garnifon , & la nuit fuivante
il y eut des Feux & des Illuminations dans toutes
les rues.
Le lendemain, le Confeil de Navarre & le Corps
deVille, eurent l'honneur de lui rendre leurs refpects
& l'après midi , vers les trois heures , elle fe rendit
à l'Eglife Cathédrale , où elle affifta au Te Deum.
Cette Princeffe vit enfuite un Combat de Taureaux,
& le foir on tira un très- beau Feu d'artifice dans la
Place , vis - à - vis le Palais .
Le 16.Madame continua sa route , pour fe rendre
à Guadalaxara , & dans tous les Lieux où elle a paffé
depuis Pampelune jusqu'à cette derniere Ville , les
Habitans fe font empreffés de lui donner des marques
de la joye que leur infpiroit fa préfence .
Le Duc de Solferino , Grand Maître de la Maifon
de cette Princeffe , a dépêché tous les jours
des Couriers au Roy , pour lui en donner des
nouvelles , & L. M. ayant apris qu'elle devoit coucher
à Guadalaxara le 24. la Cour partit le 23. da
Buen Retiro , pour aller l'attendre à Alcala.
2694 MERCURE DE FRANCE
Madame , en paffant par Guadalaxara , rendit
vifite à la Reine Premiere Douairiere , qui la reçur
avec de grandes démonftrations de tendreffe.
Le 25. au matin , Madame partit de Guadalaxara
'dans un caroffe que le Roy a fait faire à Paris pour
P'ufage de cette Princeffe , & qui étoit accompagné
de dix-fept autres caroffes , que L. M. avoient envoyés
au devant d'elle ; & à quatre heures du foir
elle arriva à Alcala.
Dès que L. M. furent averties qu'elle entroit
dans le Palais , elles allerent avec le Prince & la
Princeffe des Afturies , les Infants & les Infantes
la recevoir fur l'efcalier. Le Roy & la Reine l'embrafferent
plufieurs fois , & le Roy lui préfenta l'Infant
Don Philipe , qui l'embraſſa aufli , & dont l'exemple
fut fuivi par le Prince & la Princeffe des
Afturies , par l'Infart Cardinal , & par les Infantes.
Madame fut conduite par le Roy dans l'Apartement
de la Reine , & le Patriarche des Indes don
na à Madame & à l'Infant Don Philipe , dans la
Chambre de la Reine , la Benediction Nuptiale , en
préſence de L. M. & des Princes & Princeffes de
la Famille Royale.
Tous les Ambaffadeurs affifterent , ainfi que les
principaux Seigneurs & les Dames de la Cour , à
cette Céremonie, après laquelle les Miniftres Etrangers
& les Grands , furent admis à baiſer la main
de L. M. & aux Princes & Princeffes , tant à l'occasion
du Mariage de l'Infant Don Philipe , que
pour l'Anniverfaire de la Naiffance de la Reine ,
qui entroit ce jour- là dans la 48e année de fon âge.
A cinq heures , L. M. pafferent dans le Cabinet
de la Reine , où elles demeurerent pendant quelque
temps avec les Princes & Princeffes de la Famille
Royale, qui accompagnerent enfuite Madame
A l'Apartement qu'on lui avoit préparé . Ils firent
chacun
NOVEMBRE. 1739 2695
[
chacun leurs préfens à cette Princeffe , & aprèsqu'ils
fe furent retirés , Madame quitta fon habit
de Cour. Cette Princeffe demeura dans fon Apar-
'tement jufqu'à fix heures & demie , qu'on vint l'avertir
de fe rendre chés la Reine , où Farinelli &
quelques autres Muficiens executerent une Cantate
, dont les paroles a oient été composées fur
le Mariage de Madame & de l'Infant Don Philipe."
Le foir , la Ville d'Alcala fit tirer un Feu d'artifice
, dont la magnificence répondoit à l'éclat de la
Fête qui en étoit l'objet ; toutes les maifons de la
Ville furent illuminées, & dans les principales ruës
on avoit placé des Arcs de triomphe , décorés &
éclairés avec autant de goût que de dépenfe .
Lorfque L. M. & Madame eurent vû le Feu &
vifité les principales Illuminations , elles fouperent
dans l'Apartement de cette Princeffe , avec les Princes
& Princeffes de la Famille Royale. Après le
repas , Madame & l'Infant Don Philipe pafferent
chacun dans leur Apartement , pour fe deshabiller .
Le Roy donna la chemife à l'Infant Don Philipe
l'ayant reçue des mains du Prince des Afturies , à
qui elle fut préfentée par le Comte de Perelada ,
Premier Gentilhomme de la Chambre de l'Infant ;
le même céremonial fut obſervé par la Reine à l'égard
de Madame , dans l'Apartement de laquelle
Infant Don Philipe entra , après que la Reine l'eut
mandé . L. M. fe retirerent enfuite dans leurs
Apartemens. 41
Le 16. au matin , l'Infant Don Philipe présenta
à Madame une parure de Diamans , & la Reine en
envoya à cette Princeffe une autre , qui ne cede point
à celle que Madame a reçûë à S. Jean Pied - de - Port
de la 'part de L. M.
Avant le dîné , L. M. reçûrent les complimens du
Corps de Ville & de l'Univerfité d'Acala , & l'après
H midi,
2696 MERCURE DE FRANCE
midi, elles allerent avec le Prince & la Princeffe des
Afturies , les Infants et les Infantes , à l'Eglise de
S. Jacques , pour remercier Dieu du rétabliffement
de la fanté de PInfante Dona Marie Thérefe, après
quoi elles virent tirer le Feu d'artifice que le Roy
avoit ordonné qu'on préparât dans la Place vis -àvis
le Palais , et dans lequel on n'a rien oublié pour
en faire un des plus beaux Spectacles qu'on pût
donner en ce genre.
+
Le Roy a nommé Grands d'Espagne de la premie,
re Claffe , le Comte de la Marck, Ambaſſadeur Extraordinaire
du Roy de France à la Cour d'Espagne;
le Prince de la Torella , ci devant Ambaſſadeur du
Roy des deux Siciles à la Cour de France ; et le
Marquis de Saint Jean , Premier Ecuyer de S. M.
& l'un de fes Gentilshommes de la Chambre .
On a apris de Madrid , que L. M. accompagnées
du Prince et de la Princeffe des Afturies et des autres
Princes et Princeffes de la Famiile Royale y arriverent
d'Alcala avec Madame de France le 27. Octobre
, et qu'étant allés en droiture par les Jardins du
Palais du Buen Retiro à l'Eglife des Dominicains de
N. D. d'Atocha , elles y affifterent au Te Deum , qui
fut chanté par la Mufique.
Entre fix et fept heures du foir , elles fe rendirent
au Palais , & des fenêtres du grand Salon , elles virent
tirer le Feu d'artifice que le Roy avoit ordonné
de préparer à l'occafion de l'arrivée de Madame
de France. Cette nuit et les deux fuivantes , la Place
vis- à- vis le Palais fut illuminée avec beaucoup de
magnificence , et il y eut des Feux et des Illuminations
dans toute la Ville.
Le 28 il y eut Fête à la Cour pour l'Anniverſaire
de la Naiffance de la Reine , Premiere Douairiere ,
& Madame de France reçut , ainsi que l'Infant Don
Philipe , les Complimens de la principale Nobleffe
Lux
NOVEMBRE. 1739. 2697
fur fon arrivée et fur fon Mariage. Ce Prince &
cette Princeffe fe promenerent le même jour en caroffe
dans les rues , pour le faire voir au Peuple ,
qui témoigna fa joye par fon empreffement à fe
trouver fur leur paffage , et par fes acclamations
réïtérées .
On executa le 26. en préſence de L. M. & des
Princes et Princeffes de la Famille Royale , fur un
Théatre , qui avoit été dreffé dans le grand Salon
du Palais, un Opera, dans lequel Annibal Pio Fabri,
Gaëtan Majoran Caffarelle , et les Dlles Anne Peruzzi
, et Lucie Fachinelli , jouerent les premiers Rôles
; & les Officiers commis à la garde des portes
eurent ordre de ne laiffer entrer que les Ambaſſadeurs
& les Miniftres Etrangers , les Grands , les
principaux Officiers de la Maiſon du Roy & les Dames
du Palais.
Le foir , la Ville fit tirer fon Feu d'artifice , & elle
s'eft diftinguée en cette occafion , ainfi que dans
toutes les autres , par la grande dépense qu'elle a
faite , pour marquer fon zele & fon attachement à
la Famille Royale.
Le 4. de ce mois au foir , le Roy & la Reine fe
rendirent avec le Prince & la Princeffe des Afturies,
- l'Infant Don Philipe & Madame de France , au Pa
lais du Buen Retiro , où L. M. affifterent à une Repréfentation
d'un Opera , intitulé , Pharmace , laquelle
ne laiffa rien à défirer , tant pour la beauté
des voix , que pour la magnificence avec laquelle
la Sale étoit décorée.
Le 7. la Ville fit tirer dans la Place vis -à- vis le
même Palais un Feu d'artifice , qui repréfentoit une
efpece de Combat naval , et qui ne ceda , ni pour la
quantité , ni pour la varieté de l'artifice au premier
Feu dont la Ville avoit donné le Spectacle à L. M.
·La Place du Palais du Buen Retiro fut entierement
Hij illuminée
2698 MERCURE DE FRANCE
illuminée la nuit du 7. au 8. ainſi qu'elle l'avoit été
fes deux précedentes.
Le Comte de la Marck , Ambaſſadeur Extraordinaire
du Roy de France , donna le 8. une Fête à
Poccafion du Mariage de Madame de France , mais
une forte pluye , qui furvint le foir , empêcha qu'on
ne tirat le Feu d'artifice qu'il avoit fait préparer dans
la ruë d'Alcala , vis -à- vis du Prado , afin que L.M.
puffent le voir du Palais de Buen Retiro .
Le 9. il y eut chés cet Ambaffadeur un grand Bal ,
auquel il invita tous les Miniftres Etrangers , ainfi
que tous les Seigneurs & Dames de la Cour.
On a reçû avis que le Roy de la Grande Bretagne
avoit fait augmenter confidérablement les Fortifications
de Gibraltar , qu'on avoit ajoûté deux
demi Baftions à l'Ouvrage à corne , qui eft fur la
hauteur , qu'une partie des Remparts avoit été revêtue
de maçonnerie , et que les Anglois avoient
conftruit du côté de la Mer plufieurs nouvelles Re.
doutes.
L
GRANDE - BRETAGNE,
E 31. du mois dernier , le Duc de Newcaſtle ,
Secretaire d'Etat , manda au Lord-Maire , par
ordre du Roy , de faire publier le 3. de ce mois
dans les principales Places de Londres la Déclaration
de Guerre contre l'Espagne , et il a été ordonné
à la quatrieme Compagnie des Gardes du Corps
et à la premiere des Grenadiers à cheval d'accompagner
le Grand Héraut d'Armes dans cette fonction.
{
Cette Déclaration fut publiée au jour marqué à
Londres devant la principale porte du Palais de
Saint James , à Charing Croff , au bout de la rue
de la Chancellerie , dans Cheapfide & à la Bourse.
Elle
-
NOVEMBRE. 1739 2699
Elle porte que le Roy étant obligé pour l'honneur
de fa Couronne & l'interêt de fes Sujets , de leur
assûrer la liberté de la Navigation & du Commer→
ce , & de tirer raiſon des vexations qu'ils prétendent
avoir fouffertes de la part des Gardes- Côtes Espagnols
, & S. M. ayant confiance dans la protection
du Tout-Puiffant , qui connoît la droiture de fes
intentions , Elle a jugé à propos de commencer les
actes d'hoftilité , & qu'Elle compte fur l'affiftance
de fes Peuples dans une caufe où la Nation eft fi
intereffée , & où il s'agit du maintien de plufieurs
Traités , objets fi importans pour le bonheur de
l'Angleterre , que le Roy eft réfolu de les foûtenir
de tout fon pouvoir ; que S. M. ordonne à tous les
Géneraux & Commandans de fes Troupes , aux
Commiffaires d'Amirauté , aux Lieutenans des diférens
Comtés , aux Gouverneurs & aux Garnifons
des Fortereffes , & à tous les Officiers & Soldats de
fes Troupes , d'attaquer les Espagnols partout ou
ils les trouveront , & de s'opofer à leurs entreprifes
; qu'Elle enjoint particulierement à fes Sujets ,
d'avertir toutes perfonnes , de quelque Nation qu'el
les foient , de ne tranfporter ni Soldats , ni Munitions
de Guerre dans aucun Lieu de la dépendance
du Roy d'Espagne , déclarant que fi l'on s'empare
de quelque Bâtiment qui ait à bord des Troupes
des Armes ou des, Munitions de Guerre , deftinées
pour les Etats de S. M. C. ils feront jugés de bonne
& légitime prife.
On a publié la même Déclaration dans les prin
cipales Villes & dans tous les Ports de ce Royaume.
Il a été réfolu de mettre encore en Commiffion
deux Vaiffeaux de Guerre du premier rang , trois
du fecond , fept du troifiéme , & quelques autres
de moindre importance.
H iij HOL1700
MERCURE DE FRANCE
HOLLANDE & PAYS - BAS.
Es Etats Géneraux des Provinces Unies ont
Lécritune Lettre au Roy de la Grande Bretagne
pour l'affûrer qu'ils ont reçû avec toute la reconnoiffance
imaginable les proteftations réïterées que
M. Horace Walpool leur a faites , en prenant congé
d'eux , de l'affection conftante de S. M. Br. pour
cetre République ; que ces proteftations étoient exprimées
avec des termes fi forts & fi énergiques ,
qu'elles ne leur ont rien laiffé défirer à cet égard ;
que comme M. Horace Walpool les a convaincus
des fentimens favorables du Roy d'Angleterre , ils
fe flatent que ce Miniftre , à fon retour à Londres
n'aura pas été moins éloquent pour témoigner à
S. M. Br. la haute eftime & le refpect fincere qu'ils
ont pour elle , auffi bien que la part qu'ils prennent
aux interêts de fa Couronne , & à la profperité de
fon Gouvernement ; qu'ils ont une fi parfaite confiance
dans la droiture de M. Horace Walpool ,
dont la perfonne leur a été infiniment agréable ,
qu'ils fe repofent volontiers fur ce qu'il dira att
Roy de la Grande Bretagne touchant cet article ;
qu'ils regrettent beaucoup cet Ambaffa deur , ayant
Toujours regardé comme un très grand avantage
d'avoir auprès d'eux un Miniftre comme lui , doué
de talens extraordinaires , d'une vafte capacité , &
d'une prudence confirmée par une longue expérience
; qu'il en a donné des preuves dans toutes
les affaires qu'il a eu à traiter avec la République ,
& qu'on a toujours remarqué fon zele pour S. M.
Br. & fon empreffement à cultiver & à affermir
l'heureufe union entre l'Angleterre & la Hollande ,
& la bonne intelligence entre les deux Puiffances' ,
deux points qui font & feront toujours l'objet des
défirs & des voeux de la Nation Hollandoife ; qu'il
NOVEMBRE. 1739. 2701
:
connoît parfaitement la fincerité des fentimens de
La République , & que la bonne volonté qu'il lui 2
toûjours témoignée , ne lui permettra pas de les cacher
au Roy fon Maître enfin qu'ils prient S. M.
Br. de croire ce Miniftre fur cet article , & de leur
conferver cette amitié & cette bienveillance dont
elle' les a honoré jusqu'à present , & qu'ils regar
dent comme un ferme apui de la République.
Le 7. de ce mois , M. Trevor , Envoyé Extraor
dinaire du Roy de la Grande Bretagne , informa
les Etats Généraux que le 3. S. M. Br . avoit fait
publier la Déclaration de Guerre contre l'Espagne.
Le 16. Fête de Ste Elizabeth , dont la Reine
d'Elpagne porte le nom , le Marquis de Saint
Gilles , Ambaffadeur du Roy d'Espagne à la
Haye , donna une Fête à l'occafion du Mariage
de l'Infant Don Philipe avec Madame de France.
Le matin on célebra une Meffe Solemnelle dans la
Chapelle de cet Ambaffadeur. Vers les fept heures
du foir , toutes les perfonnes qui avoient été invitées
, le rendirent à l'Hôtel de l'Ambaffadeur , &
le Bal commença . On foupa vers les dix heures ,
& on fervit avec autant de profufion que de délica-
Iteffe quatre Tables , dont une étoit de jo. couverts,
deux autres de 25, chacune , & une de 20. La premiere
ne fut remplie que par des Dames qui furent
fervies par les Cavaliers , avec lefquels elles
avoient danſe . Pendant le Repas , des Trompettes
& des Cors de Chaffe exécuterent diverfes Fanfa
res , & lorfqu'on fut hors de table on recommedca
le Bal , qui dura juſqu'au lendemain .
Hij FRANCE
2702 MERCURE DE FRANCE
$
ن
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c.
LE
E 31. du mois dernier , veille de la Fête de
Tous les Saints , la Reine entendit la Meffe
dans la Chapelle de la Cour ovale de Fontainebleau
, & S. M. communia par les mains du Cardinal
de Fleury , fon Grand Aumônier.
Le même jour , le Roy & la Reine affifterent
dans la Chapelle du Château aux premieres Vêpres
de la Fête , qui fureat chantées par la Mufique , &
auxquelles P'Evêque de Tulles officia....
Le premier de ce mois , jour de la Fête , L. M.
accompagnées de Monseigneur le Dauphin , du
Duc de Chartres , du Duc de Bourbon , du Comte
d'Eu , & du Duc de Penthiévre , entendirent la
grande Meffe , célébrée Pontificalement par le même
Prélat .
L'après- midi , le Roy & la Reine affifterent au
Sermon du Pere de Pons , de la Compagnie de
Jésus , & ensuite aux Vêpres , chantées par la Mufique.
L. M. entendirent auffi les Vêpres des Morts.
Le 3. jour de S. Hubert , le Rendez- vous de la
Chaffe du Roy fut des plus brillant , par le grand
nombre de Seigneurs & Dames de la Cour , qui
accompagnerent S. M. Il y eut auffi une très belle
Symphonie , en Cors de Chaffes , Fanfares , & c.
Lele Roy alla chaffer dans la Forêt , où S. M.
força deux Cerfs. La Reine prit le divertiffement de
cette Chaffe , accompagnée des Princeffes & Dames
de fa Cour.
NOVEMBRE. 1739 2703
M. de Lezze , Ambaffadeur ordinaire de la République
de Venife , lequel arriva au commencement
de ce mois à Paris , fe rendit à Fontainebleau
le 10. de ce mois avec M. Venier , Ambaſſadeur
de la même République , auquel il fuccede
& il eut une Audience particuliere du Roy , & enfuite
de la Reine , & de Monfeigneur le Dauphin ,
· étant conduit par le Chevalier de Saintot , Introducteur
des Ambaffadeurs. I
Le 11. M. Venier , Ambaffadeur de la République
de Venife , eut une Audience particuliere du
Roy , dans laquelle il prit congé de S. M. Il fut
conduit à cette Audience par le même Introducteur,
qui le conduifit enfuite à l'Audience de la Reine
& à celle de Monseigneur le Dauphin .
›
Le même jour , pendant la Meffe du Roy , l'Evêque
de Quimper prêta ferment de fidelité entre les
mains de S. M. & il fut facré le 8. dans la Chapelle .
du Séminaire de Saint Sulpice , par l'Evêque de
Treguiers , affifté des Evêques de Tulles & de Gap.
Le 11. Novembre , Fête de S. Martin , on donna
le premier Bal public qu'on donne tous les ans
à pareil jour fur le Théâtre de l'Opéra , & qu'on
continué pendant differens jours jusqu'à l'Avent ;
Ion les reprend ordinairement à la Fête des Rois
jusqu'au Carême.
Le 12. l'ouverture du Parlement fe fit avec les
cérémonies accoûtumées par une Meffe Solemnelle ,
célébrée Pontificalement dans la grande Sale du
Palais par l'Evêque de Noyon , & à laquelle M. le
Peletier , Premier Préfident , & les Chambres affisterent.
Hv Le
2704 MERCURE DE FRANCE
<
Le 20. le Cardinal de Fleury , revenant de
Fontainebleau , s'arrêta dans la Maison du Sémi
naire de S. Nicolas du Chardonnet , à Villejuif
, ou S. E. coucha , & le rendit le lendemain à
fa Maifon d'Issy..
Le 3. Novembre , les Comédiens François rea
présenterent à Fontainebleau le Curieux Impertinent
, & la nouvelle Comédie d'Esope au Parnaffe:
Le s. la Tragédie d'Athalie , & les Vendanges de-
¡ Surenne ; la Dlle Barbarina & le Sieur Reynaldi
danserent dans le divertiffement de la feconde Piéce
,une Entrée qui fit beaucoup de plaifir à toute
la Cour.
Le 10. le Menteur, & la Nouveauté.
Le 12. la Tragédie d'Oedipe de M. de Voltaire
& PUsurier Gentilhomme . Le Sieur Prin , nouvel
Acteur,joua le premier Rôle dans la premiere Piéce
, avec aplaudiffement.
Le 17. Esope à la Cour , & le Baron de la Craffe.
Le 19. Britannicus , & l'Epreuve réciproque.
Le 24. la Cour étant de retour à Versailles , les
mêmes Comédiens y représenterent Turcaret & la
Foire S. Laurent.
Le 26, le Cid & Crispin Rival de son Maître .
Le 7. Novembre , les Comédiens Italiens ont
auffi joué à Fontainebleau , le Rival Favorable &
les Billets Doux. On dansa après la feconde Piéce le
Ballet d'Orphée qui fut très-bien exécuté , & fir
beaucoup de plaifir .
Le 14. le Jeu de l'Amour & du Hazard & las
Partie de Campagne. Le Sieur Antoni , nouvel Acteur
joua le Rôle d'Arlequin dans les deux Piéces.
Le 2. le 4. & le 9. Novembre , la Cour étant à
EonNOVEMBRE.
1739. 2705
う
Fontainebleau la Reine entendit en concert le Ballet
Héroïque des Fêtes Gretques Romaines , mis
en Mufique par M. de Blamont , Surintendant de
la Mutique du Roy ; les principaux Rôles furent.
très-bien remplis par les Dlles Godeneche , Huguenot
, Lenner , Mathieu & Deschamps , & par
les Sieurs le Prince , d'Angerville , du Bourg , le
Begue , Degremont & Poirier.
Le 16. on donna le Ballet de Zephire & Flore
de la compofition du même Auteur , dont les premiers
Rôles furent remplis par les mêmes Sujets
qu'on vient de nommer.
Le 18. la Reine entendit le Prologue & le premier
Acte de l'Opéra de Phaéton , & le 25. S. M.
étant de retour à Versailles , on continua le même
Opéra , dont le premier Rôle fut chanté par le Sieur
Guedón
Le premier Novembre , Fête de la Toussaint ,
toute la Symphonie du Concert Spirituel du Châ
teau des Thuilleries , executa un nouveau Carillon
de la composition de M. Noblet , lequel fut suivi
du motet De profundis de M. de la Lande. Le Sieur
Dupont joua ensuite un Concerto du Sr Le Clair
avec beaucoup de vivacité ; le Concert fut terminé
par un autre Motet Exultate Jufti , mis en musique
par le Sr Naudet.
9
Le 23. de ce mois , la Reine partit de Fontaine
bleau , & S. M. arriva à. Verfailles le même joue
vers les six heures du soir. Monseigneur le Dau--
phin y arriva le 21.
Le Roy ayant acheté depuis peu de M. le Duc de
Ta Valiere , le Château de Choisy- Mademoiselle
trois lieues de Paris sur le bord de la Seine ,
H vj
>
dans
2706 MERCURE DE FRANCE
dans une très- heureuse situation , a ordonné que le
Village où il est situé , seroit nommé à l'avenir
CHOISY LE-ROY . Le Comte de Coigny , que S. M.
en a nommé Gouverneur , " a donné tous ses soins
pour que le Château , qui depuis plus de deux ans
n'avoit pas été habité , se trouvât en état le 24 .
de ce mois , que le Roy y alla coucher , en revenant
de Fontainebleau . M. Gabriel le fils , nommé
Contrôleur perpetuel des Bâtimens de ce Château ,
secondant les intentions du Comte de Coigny , y
a fait en très-peu de temps , des réparations confiderables
, & avec une très-grande activité . Il a
non seulement orné le Jardin de ce Château , de
tous les embellissemens dont il étoit susceptible ;
mais il lui a encore procuré beaucoup de commodités
& d'agrémens. Le Roy y arriva de Fontainebleau
vers les trois heures après nridi ; précedé par
le Vol du Cabinet , & suivi de fa Garde ordinaire;
le détachement des Chevau - Legers , le Duc de
Picquigni à la tête , avoit l'épée haute.
S. M. en arrivant par l'avenue , trouva tous les
Bourgeois & Habitans de Choisy , & des autres
Villages circonvoisins, en haye. Elle fut reçue au bas
du grand escalier par le Comte de Coigny , qui le
conduisit dans tous les apartemens , dont le Roy
parut très - satisfait . S. M. alla ensuite dans les Basses
cours , à l'Orangerie , dans le Jardin potager
& dans celui du Château , où S. M. se promena
fort long temps ; après avoir donné quelques ordres
& examiné toutes choses avec attention , le Roy
rentra.
S. M. a conservé presque tous les Officiers que la
Princeffe de Conty avoit dans le Château , & a
nommé pour Concierge le Sieur Filleul .
Les principaux Habitans de Choisy , ayant obtenu
du Comte de Coigny la permission de témoigner
NOVEMBRE. 1739. 2707
gner leur joye par un Feu d'artifice , placé de l'autre
côté de la riviere , en face du Château , ils y avoient
fait construire une très-jolie décoration qui fut illuminée
avec cimetrie à l'entrée de la nuit , au fignal
qui fut donné du Château ; on tira en même temps
une centaine de boëtes , après quoi on vit partir
un nombre confiderable de très-belles Fusées qui firent
un grand effet. D'autres Artifices succederent
aux Fusées , comme des Soleils , des Gerbes , des
Cascades de feu , & c. Des Ifs répandirent en même
temps une lumiere des plus brillantes , & l'artifice
que l'on tira dans l'eau ayant eu un pareil succès,
S. M. parut en être satisfaite .
Après le Feu , on vit des Illuminations par tout
le Village : Entre divers . Particuliers qui s'étoient
rendus à Choisy ce jour - là , la Dame Veuve Huquet
, les Srs de Gueullette , Guillier , de Nonac ,
& Triperet , se diftinguerent , par le nombre confiderable
de terrines & de lampions dont leurs Maisons
, situées sur le bord de la riviere , & en perspective
de la Terrasse du Château , étoient illuminées.
Le 25 , le jour étant extrémement beau , S. M.
se promena long- temps dans les Jardins , & ne
chassa point. Il y eut plufieurs Tables de Jeu dans
les apartemens
.
Le 26 , le Roy partit de Choisy à trois heures
avec toute sa Cour , pour aller à Ivry , chés M. le
Premier , où S. M. soupa ; Elle traversa une partie
du Village de Choisy , où l'on avoit répandu quantité
de paille sur la glace , & passa par des chemins
qu'on avoit rendû très - commodes.
S. M. revint coucher au Château de Choisy à la
clarté des flambeaux, & d'un très grand nombre de
terrines que M. le Premier avoit fait placer sur le
chemin.
Le
*
7768 MERCURE DE FRANCE
Le Roy partit de Choisy le 27. pour Versailles
od S. M. arriva le même jour après midi.
Le 29 , premier Dimanche de l'Avent , le Roy &
la Reine entendirent dans la Chapelle du Château
de Verfailles la Messe , qui fut chantée par la Mufique.
L'après midi L. M. affifterent dans la même
Chapelle au Sermon du Pere de Pons , de la Compagnie
de Jesus.
Les Religieux Dominicains de Bayonne célebrerent
le 25. du mois d'Octobre dernier , la Béatification
du Pape Benoît XI. de leur Ordre , avec
beaucoup de pompe & de magnificence. Le Chapitre
de la Cathédrale , & les Communautés Religieuses
se rendirent en Procession à cette Solemnité.
M. l'Evêque y officia Pontificalement , & il y
eût un grand concours de Peúple. Le Panégyrique
"du Saint , fut éloquemment prononcé par le R. Pere
Croisic , Docteur de Sorbonne , & ancien Prieur du
même Ordre. La Cérémonie fut accompagnée de
plusieurs Salves d'artillerie, & suivie d'Hluminations,
de Feux d'artifice & c.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Blois le
1. Novembre , sur le Passage de MADAME
DE FRANCE.
Ous avez publié , Monsieur , une Lettre sur le
détail de ce qui s'est passé en cette occasion est fort
exact ; mais on n'y voit point la Jeuneffe de cette
Ville , & on s'en étonne. Elle mérite assurément
une place dans votre Journal.
Si-tôt qu'on eût apris à Blois le Départ de la
Princesse ce qu'il y a de plus leste parmi les jeunes.
Gens
NOVEMBRE. 1739 : 2709
Gens , forma le deffein d'aller à cheval au devant
d'Elle. Il s'en trouva environ quatre-vingt , qui
choifirent pour Commandant M. Herry de Maupas
, ci - devant Capitaine au Régiment de Bourbon.
Cet Officier regla l'uniforme de l'habillement
sur les couleurs de France & d'Espagne. Il fut décidé
qu'il seroit blanc , avec des paremens rouges ;
Que chaque Cavalier auroit un chapeau bordé d'or,
une cocarde , un noeud d'épée & des éguilletes mêlés
de blanc & de rouge ; Qu'il seroit monté en
bottes fortes ; Que la cocarde à l'oreille du cheval,
& le noeud de la queue , seroient blanc & rouge.
On laissa à chacun le choix de la veste , & tous la
prirent rouge.
La Troupe fut divisée en deux Compagnies , avec:
leurs Guidons.
Elles étoient précedées d'un Timballier & de
deux Trompettes habillés de bleu , avec des paremens
jaunes , & le plumet bleu & jaune , ( couleurs .
de la Ville . ) Les Guidons & les Banderolles des
Timballes & des Trompettes étoient aux Armes de
La Ville de Blois .
M. Herry , après avoir nommé les Officiers qui
devoient commander sous lui , fit monter plusieurs
fois ces jeunes Gens à cheval , pour les exercer.
Le 6. Septembre au matin , les deux Compagnies
partirent pour aller au- devant de MADAME DBFRANCE
, qui avoit couché à S. Laurent des Eaux .
Elles se rangerent en Bataille sur son paffage à
trois lieues de la Ville , où elles eurent l'honneur de
la saluer . Cette Princesse leur rendit le salut , &
les deux Compagnies furent placées dans le Cortege
, immédiatement après le troisiéme Carosse
du Roy. Ce fût en ce rang qu'elles arriverent à
Blois
Le
2710 MERCURE DE FRANCE
Le lendemain 7 , jour du Départ de MADAME
DE FRANCE pour Amboise , les deux Compagnies
se rangerent en Bataille au sortir de la Ville. Elles
eurent encore l'honneur de saluer la Princesse , qui
en parut très - satisfaite , & leur rendit le salut ; ensuite
elles rentrerent , & vinrent défiler devant M.
l'Intendant d'Orleans.
Cette Troupe a parû des plus lestes ; le coup
d'oeil en étoit brillant . J'aurois eû à craindre que
l'amour de la Patrie ne m'en eût imposé , si tout ce
qu'il y avoit d'Etrangers ne lui eût donné son suffrage.
M. Herry en reçût des complimens de Mad.
la Duchesse de Tallard , de M. des Granges , Maître
des Céremonies , de M. l'Intendant , & de quantité
de Personnes de diftinction .
BENEFICES DONNE'S.
Feuille du 11. Novembre.
L'Evêché de S. Malo , à l'Abbé de la Baftiè ;
Vicaire Géneral de Chartres.
L'Abbaye de la Creste , Ordre de Câteaux , Diocèse
de Langres , à l'Abbé de Tavannes .
L'Abbaye sécularisée de S. Martial de Limoges ;
à l'Abbé de Montesquiou , Vicaire Général de
Saintes.
3
L'Abbaye de la Frenade , Ordre de Cîteaux ,
Diocèse de Saintes , à l'Abbé Dudon.
L'Abbaye de S. Mahé , Ordre de S. Benoît , Diocèse
de Leon , à l'Abbé de Gouyon de Vaudurant
Vicaire Géneral de Coûtances .
L'Abbaye de S. Victor , Ordre de S. Augustin ,
Diocèse de Rouen , à l'Abbé Terrissé, Vicaire Géneral
de Rouen .
L'Abbaye de Chalivoy , Ordre de Citeaux , Diocèse
de Bourges ; à l'Abbé de Fontanges.
L'AbNOVEMBRE.
1739 2711
L'Abbaye de Beaulieu , Ordre de Câteaux , Diocèse
de Rodez , à l'Abbé de Grossolles de Saint
André.
L'Abbaye de Mausac , Ordre de S. Benoît , Diocèse
de Clermont , à l'Abbé Baudouin , Chanoine
de S. Germain l'Auxerrois .
L'Abbaye de la Nouvelle- lez-Gourdon , Ordre de
Câteaux , Diocèse de Cahors , à l'Abbé Duval de
Montmilan .
L'Abbaye de Prébenoit , Ordre de Cîteaux , Dios
cèse de Limoges , à l'Abbé de Beaupuid .
L'Abbaye Réguliere d'Abbecourt , Ordre de Prémontré
, Diocèse de Chartres au Pere Grisard ,
Prieur du College de Prémontré à Paris .
Le Prieuré de Vauffe , Ordre du Val des Choux
Diocèse de Langres , à l'Abbé Houllier , Aumônier
des Mousquetaires.
ทาง
MORTS , MARIAGE , & PAPTESME.
Es. Octobre , Denis-Noël Brulart , Comte de
Rowuros, qui avoit été dans sa jeunesse Guidon
de la Compagnie des Gendarmes Ecossois , mou
rut à Paris , âgé d'environ 71. ans. Il étoit fils de
Noël Brulart , Comte de Rouvres , Baron de Sombernon
, Conseiller au Grand Conseil , & Conseiller
au Conseil du Duc d'Orleans , frere unique du
feu Roy Louis XIV . mort le 13. Août 1694. & de
Jeanne Gruyn des Bordes morte le 21. Mai 1686.
& il avoit épousé au mois de Juillet 1695. Bonne-
Marie Bachelier , fille de Nicolas Bachelier , Seigneur
de Beaubourg , & de Clotomont , vivant
Receveur General des Finances de la Géneralité
d'Ora
1712 MERCURE DE FRANCE
d'Orleans, & de Magdeleine de Broe de la Guette;
Elle mourut le 5. Fevrier 1716. dans la 40. année .
de son âge. Il n'en laisse qu'un fils , qui est Simon
Louis Brulart , Seigneur de Beaubourg , marié le
23. Janvier 1738. avec Marie - Françoise Mallet ,
fille de Jacques - François Mallet , Seigneur do .
Chantelou , Président en la Chambre des Comptes
de Paris , & de Françoise Lucas de Demuyn .
Le 6. D. Françoise- Charlotte- Amable d'Aubigné,
épouse d'Adrien Maurice, Duc de Noailles & d'Ayen,
Pair & Maréchal de France , Grand d'Espagne de la
premiere Classe , Comte de la Mothe- Tilly , & de
Nogent-sur-Seine , Marquis de Monclar & de
Maintenon , Baron de Monchy-le - Chatel , &c. Che
valier des Ordres du Roy , & de l'Ordre de la Toison
d'Or, Capitaine de la premiere Compagnie des
Gardes du Corps de S. M. Gouverneur & Capitaine
Géneral des Comtés & Vigueries de Roussillon ,
Conflans & Cerdaigne , Gouverneur Particulier des
Ville , Château & Citadelle de Perpignan , Gouver
neur , et Capitaine des Chasses de Versailles et de
S. Germain en Laye, mourut à S. Germain en Laye,
âgée d'environ 56.ans. Elle étoit niéce de feuë Françoise
d'Aubigné , Marquise de Maintenon , morte
le 15. Avril 1719. dans la 86. année de son âge
et fille unique de Charles d'Aubigné , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur de la Province
de Berri , mort au mois de Mai 1703. âgé de 69.
ans , et de Philipe -Geneviève Piétre , morte le 4.
Août 1718. âgée de 66. ans. La Maréchale de
Noailles avoit été mariée le premier Aviil 1698
Elle laisse pour enfans Françoise - Adelaide de Noail
les , née le premier Septembre 1704. et mariée le
12. Mai 1717. avec Charles de Loraine d'Armagnac
, Grand Ecuyer de France , Chevalier des Or
dres du Roy, er Lieutenant Géneral de ses Arméess
Ama,
NOVEMBRE. 1739. 2783
Amable- Gabrielle de Noailles , née le 18. Fevrier
1706. mariée le 5. Août 1721. avec Honoré Armand
, Duc de Villars , Pair de France , Gouver
neur de Provence , et Brigadier des Armées du Roy;
Marie- Louise de Noailles , née le 8. Septembre
1710. et mariée le 8. Janvier 1730 avec Jacques
Nompar de Caumont , Duc de la Force , Pair de
France , apellé le Duc de Caumont , né le 18. Avril
1714. Colonel du Régiment de Beausse ; Louis de
Noailles , Duc d'Ayen , né le 21. Avril 1713. Mestre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie , et reçû
en survivance de la Charge de Capitaine de la premiere
Compagnie des Gardes du Corps & des
Gouvernemens du Maréchal , son Pere , et marié
le 25. Fevrier 1737. avec Catherine- Françoise-
Charlotte de Cossé de Brissac , fille unique de
feu Charles-Timoleon-Louis de Coffé , Duc de
Brissac , Pair , et Grand Pannetier de France , mort
le 18. Avril 1732. et de D. Catherine - Magdeleine
Pecoil , sa veuve ; Philipe , apellé le Comte de
Noailles , né le 7. Decembre 1715. Gouverneur et
Intendant de Versailles , Trianon , et Marly , et
Colonel d'un Régiment d'Infanterie ; et Marie-
Anne-Françoise de Noailles , née le 12. Janvier
1719. non encore mariée.
Le 7. mourut Anne Dupoigne , veuve depuis so.
ans de Jean Sauvage , Libraire , et Maître Relieur
à Paris , âgée d'environ cent ans , inhumée le lendemain
dans l'Eglise de S. Hilaire , sa Paroisse . Elle
avoit toujours joui d'une santé parfaite de corps et
d'esprit , et sa premiere et derniere maladie n'a duré
que quatre heures.
Le 8. D. Françoise - Josephine Gouffier , fille de
feu Maximilien Gouffier , Marquis d'Epagny , et de
feuë D. Renée de la Roche , et veuve de Jacques
d'Ailly , Seigneur Marquis d'Annebaut , Comte de
Berneuil,
1714 MERCURE DE FRANCE
Berneüil , Baron d'Annery , dont elle étoit la se
conde femme , et avec lequel elle avoit été mariée
le 8. Novembre 1682. mourut en l'Abbaye des Cha
noinesses de Ste Geneviève à Chaillot , âgée de 71.
ans , laissant un fils , apellé le Chevalier d'Ailly ,
et deux filles , l'aînée , non mariée , et la cadette
Louise-Françoise d'Ailly , mariée au mois de Juillet
1712. avec Jacques- Amable Claude , Chevalier,
Baron d'Amfernel , Seigneur de Viessay , et de
Courtavant , ci -devant Grand-Maître des Eaux et
Forêts de France au Département de Picardie , Artois
, Boulonnois , & Flandres , et auparavant Conseiller
en la Cour des Aides de Paris, qui en a deux
filles , dont l'aînée Louise-Josephine Chevalier ,
est veuve de François- Louis le Conte de Nonant
de Pierrecourt , Marquis de Nery , mort le 22. Mars
1736. et mere de deux fils.
Le 11. Jacques de Guijeon , Diacre , ci-devant
Précepteur de Louis de Bourbon , Comte de Cler
mont, & auparavant de Louis le Peletier , Premier
Préfident du Parlement de Paris , mourut à l'Hôtel
de la Premiere Préfidence , âgé d'environ 80.
ans . Il avoit obtenu le 17. Octobre 1723. une Pension
de 2000. liv. sur l'Abbaye de Cercamp , Diocèse
d'Amiens.
Le 12. François-Jules du Vaucel , Conseilier-Secrétaire
du Roy , Maison-Couronne de France , et
de ses finances , depuis 1728. et l'un des Fermiers
Géneraux de S. M. Seigneur de la Norville , près
de Chastres , de Mondonville , &c . mourut à Paris ,
âgé de 66. ans , laissant plusieurs enfans de feuë
D. Renée Taboureau , sa femme , morte le ro. Juin
'1727.
Le 20. D. Marie- Anne Duret , épouse de I oüis-
François Marie.deVerton, Chevalier de l'Ordre de N.
D. du Montcarmel,et de S. Lazare de Jerusalem , cidevans
NOVEMBRE . 1739 2715
devant Grand Maître des Eaux et Forêts de France
au Département de Blois , et de Berry , Maître
'Hôtel ordinaire de feuë Mad . la Dauphine , Maître
d'Hôtel du Roy , et son Envoyé extraordinaire
uprès de Pierre I. Czar de Moscovie mourut à
Paris , dans la 62. année de son âge , étant née le
27. Juillet 1678. elle ne laisse point d'enfans. Elle
ftoit soeur de feu Jean François Duret , Seigneur
de Villejuif , près de Paris , ancien Capitaine au
Régiment des Gardes Françoises , et Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis , mort aussi sans pos
terité le 28 , Avril 1730. et fille aînée de feu Jean
Durer , Seigneur de Villejuif , et de Montchenin ,
Maréchal de Bataille des Camps et Armées du Roy,
et ancien Capitaine de Chevau- Legers dans le Régiment
de Conty , et de feue Anne- Françoise
Hebert.
Le même jour D. Catherine de Macquarie , veuve
de Gabriel du Bois- Jourdain , Ecuyer , Conseiller-
Secretaire du Roy , ancien Capitaine de Cavalerie ,
mourut à Paris , âgée d'environ 67. ans .
Le 22. Jacques- Charles Aubry , Avocat au Parle
ment de Paris, immatriculé le 9. Août 1707. & qui
s'étoit acquis un grand nom dans le Barreau , où il
étoit un des plus employés pour la Plaidoirie , mourut
âgé de 52. ans .
Le 24. mourut à Vitry le François Louis de Sal-
Ligny , Avocat en Parlement âgé de 95. ans
fix mois , quatorze jours , étant né le dix Avril
1644. Il avoit prêté le ferment d'Avocat au Parlement
en 1662. Il fut nommé en 1713. par le Roy
pour fixer les limites de la France & de la Loraice
, & il fit pour cet effet un voyage exprès a Commercy.
Il a été marié trois fois , laiffant de fa derniere
époufe trois enfans , deux garçons & une fille.
L'aine eft Avocat du Roy au Préſidial de Vitry le
second
1716 MERCURE DE FRANCE
จ
fecond eft Avocat en la même Ville . Jamais perfonne
n'aima plusle travail. Il paffoit le jour à répondre
à ceux qui venoient le confulter , & une partie de la
nuit à étudier. Il a acquis une grande réputation
dans toute la Province de Champagne . A l'âge de
85. ans il plaida une Caufe de cinq quarts d'heure
& à quatre - vingt douze , quoique privé de la
vie il fit un Factum fur un des pricipaux points
de la Coûtume de Vitry , avec le feul fecours de la
Jecture qu'on lui fit des piéces du Procès. Il étoit
fils de Charles de Salligny , auffi Avocat , Commentateur
de la Coûtume de Vitry , qui a vecû
quatre-vingt onze ans & demi . Louis de Salligny
eu deux tantes qui ont vecû quatrevingt-douze
ans , & deux Soeurs qui ont vécû , P'une
wingt-quatre ans & l'autre quatre -vingt deux .
Le 25 , Chriftophe Pajot , Grand Audiencier de
France honoraire , mourut à St. Germain en Laye,
gé de plus de 80. ans , laiffant postérité , comme
on l'a marqué dans le Mercure du mois de Mars
dernier pag. 613. en annonçant la mort de Marie
Guyon , fa femme .
>
"> quatre-
Le 26 , François-Joſeph de Bethune , Duc d'An
cenis , Capitaine d'une des quatre Compagnies des
Gardes du Corps du Roy , en furvivance depuis,le
10 février 1736. & Meftre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie par Commiffion du 9 Juillet
1737. mourut à Fontainebleau dans la 21. année
de fon âge , étant né le 6 Janvier 1719. Il étoit
refté fils unique par la mort de fes deux freres aînés,
dont le premier mourut à Treves le 23 Octobre
1735. des bleffures qu'il avoit reçûës trois jours auparavant
à la moufquetade d'Efch ; & le fecond
mourut à Versailles le 7 Avril 1736 , l'un &
l'autre fans être mariés. Dame Julie Gorge d'Entraigues
leur mere mourut le 24 Août 1737 .
celui
NOVEMBRE. 1739 2717
2
celui qui vient de mourir , avoit été marié le 4
Mars 1737. avec Elizabeth Marthe de Roye de la
Rochefoucaud ainfi qu'on l'a raporté dans le
Mercure du mois d'Avril 1737. pag.819 . Il en
Jaiffe Armand-Jofeph de Bethune , né le premier
Juillet 1738 .
Le premier Novembre , Gabriel de Cofnac , ancien
Evêque & Comte de Die en Dauphiné , &
ancien Abbé Commandataire de S. Jean d'Orbeſtier
O. S. B. Dioc. de Luçon , mourut dans le Diocèſe
de Die , âgé de quatre - vingt fixans . Il avoit été d'abord
Prévôt de l'Eglife Métropolitaine de St. Sauveur
d'Aix , ayant été nommé par le Roy à cette
Dignité au mois d'Avril 1690. Il fut auffi depuis
Vicaire Général de Daniel de Cofnac , Archevêque
d'Aix , fon oncle . La Province d'Aix étant en tour
le nomma le 15 Janvier 1700. Agent Général du
Clergé de France , & le 24 Décembre 1701. il fut
nommé à l'Evêché de Die , & obtint en même
tems l'Abaye d'Orbeftier fur la démiffion volontaire
de l'Archevêque d'Aix fon oncle , qui fit la
Cérémonie de le facrer dans l'Eglife du Noviciat
des Jéfuites à Paris , le 23 Juillet 1702. affifté des
Evêques de Viviers & de Riez. Il fut Député de
la Province de Vienne aux Affemblées générales
du Clergé de France , tenues à Paris , en 1705 ;
& en 1725. aiant été un des Préfidens de cette der
niere , après avoir gouverné fon Diocéfe pendant
environ 32 ans , il le démit au mois de Mai 1734.
de fon Evêché ( à la charge d'une penfion de
3000 liv. fa vie durant ) en faveur de Daniel Jofeph
de Cofnac , fon Coufin du troifiéme au quaariéme
dégré , qui étoit Doien de S. Germain
l'Auxerrois , Vicaire Général de Paris , Maître de
'Oratoire du Roy , & Abbé de S. Jean d'Orbeftier
depuis 1719. auffi par la démiffion de fon Coufin.
Le
2718 MERCURE DE FRANCE
Le 4 , D. Therefe Eulalie de Beaupoil de Sainte
Aulaire , Epoufe d'Anne Pierre d'Harcourt de
Beuvron , Seigneur de Tourneville , Lieutenant
Général pour le Roy au Gouvernement de la Haute-
Normandie , Gouverneur du vieux Palais de Rouen ,
Brigadier des Armées de Sa Majefté , & Meftre de
Camp du Régiment Roïal de Cavalerie , avec le
quel elle avoit été mariée le 7 Février 1725. mourut
à Paris , âgée de 34 ans , laiffant des enfans .
Elle étoit fille unique de Louis de Beaupoil , Comte
de Saintè Aulaire , Seigneur de la Porcherie &
de la Grennerie , Colonel Lieutenant du Régiment
d'Enghien , Infanterie , tué le 26 Août 1709. au
Combat de Rumersheim dans la haute Alface , &
de Marie Therefe de Lambert de St. Bris , morte
le treize Juillet 1731. âgée de cinquante- deux
ans ; & petite fille , & feule héritiere préfomptive
de François Jofeph de Beaupoil , Marquis de
Sainte Aulaire en Limofin , Seigneur de Ternat
Manfat , la Grennerie , la Porcherie , ancien Lieutenant
Général pour le Roy au Gouvernement du
haut & bas Limofin , l'un des quarante de l'Académie
Françoile , actuellement vivant , âgé d'en.
viron 95. ans.
Le 9
>
Dame Geneviève Françoife de Pleurre
Epoufe de Denis François de Mauroy , Seigneur
des Châtellenies de Pugny , le Breuil Bernard
Juffay , Longueville , Dhuyfon , & Garenciéres ,
Brigadier des Armées du Roy , & Gouverneur des
Ville & Château de Tarafcon , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , avec lequel elle avoit
eté mariée le 23 Janvier 1737. mourut à Paris en
couches de fon fecond enfant, dans la vingt - feptiéme
année de fon âge , étant née le 9 Avril 1713 .
Elle laiffe un fils & une fille . Elle étoit fille de Jean
Nicolas de Pleurre , Seigneur de Romilly , Confeilles
NOVEMBRE.
1739.
2719
Teiller honoraire en la Grande Chambre du Parle
ment de Paris , & de feue Françoife de la Porte ,
fa premiere femme.
"
&
Le 16 , Paul Benoift de Braque , Chevalier ;
Seigneur du Luat , du Fiefde Domont , Bourdon
& c. ancien Gouverneur de la Ville & Château
d'Auxerre , Intendant & Controlleur de la Dépenfe
des Ecuries & Livrées du Roi , mourut en fon
Château du Luat , près d'Efcouen , Iſle de France,
âgé de 74 ans , étant né le 17 Novembre 1665.
fon corps fut porté le 17. dans l'Eglife de Pifcop,
fa Paroiffe où il fut inhumé dans le Tombeau de
fa famille , qui eft connue à Paris è le Regne du
Roi Philipe de Valois dans le quatorziéme Siècle.
Le deffunt avoit été marié le 11. Mars 1694 avec
Elizabeth Françoife Lhuylier , fille de Nicolas
Lhuylier , Seigneur de Spitzemberg , & de Malabize
, Ecuier ordinaire de la Ducheffe Douariere
d'Orléans , & de Charlotte de Caftres . Elle mourut
à Paris le 27 Mai 1730. âgée de 51. ans ,
elle fut inhumée dans l'Eglife des PP de la Merci
, vis-à-vis l'Hôtel de Soubife apellée autrefois
la Chapelle de Braque ' , ceux de cette famille
en étant les anciens Fondateurs , dès l'an 1348 .
Il n'en laiffe qu'un fils & une fille , qui font Paul
Emile de Braque , Seigneur du Luat , &c. marié iº.
le 12 Juin 1724. avec Marie Genevieve Amyot
d'Inville , morte le 27 Juillet 1733. dont il ne refte
que deux filles ; & 2 ° le 22 Décembre 1733 .
avec Elizabeth l'Orimier dont le pere eft à préfent
Me de la Chambre aux deniers du Roi , & de laquelle
il a un fils nommé Amé Célar de Braque
âgé de trois mois & demi ; Marie Thérefe de Braque
mariée en 1723. avec Céfar Charles le Franc
Seigneur de Val - David , de la Val du Thé , de
la Haye Berou , la Gaſftine , Jarfay, & le Mef-
>
>
I nil
2720 MERCURE DE FRANCE
nil fur l'Eftrée , Baron de Clofmorin en Normandie
, dont il y a une fille âgée de huit ans .
4
Le 19 , Jean Charles de Bonnevie , Seigneur du
Marquifat de Vervins en Picardie , Confeiller &
Commiffaire aux Requêtes du Palais du Parlement
de Paris , en la feconde Chambre , où il avoit été
reçu le 10 Juillet 1733. mourut âgé de 27 ans. Il
étoit fils unique de feu Jean de Bonnevie , Confeiller
Secretetaire du Roi , Maiſon Couronne de
France & de fes Finances , & l'un des Fermiers
Généraux de Sa Majefté , mort le 28 Février 1753 .
âgé de 72 ans , & de feue Dame Charlotte Françoile
Walleran morte le premier Mars 1725. & il
avoit été marié en 1733. peu après la mort de fon
pere avec une fille de Pierre Jacques Moreau , Seigneur
de Naffigny , Préſident de la premiere Chambre
des Requêtes du Palais du Parlement de Paris.
& de Claude Françoife Antoinette Damorefan de
Naffigny. Il en laiffe deux filles , & elle groffe.
Le nommé Bernard de Fierix mourut à Bergerac
le 22. de ce mois dans la cent dixième année
de fon âge .
>
Le 27 Septembre Jean - Baptiste Félix Hubert de
Vintimille , des Comtes de Marſeille & du Luc ,
Baron d'Ollioules & de S. Nazaire apellé le
Comte de Vintimille , né du 23 Juillet 1720. Meftre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie , par Commiffion
du mois de Mars dernier , fils de Gafpard
Magdelon Hubert de Vintimille , des Comtes de
Marſeille , Marquis du Luc & de la Marthe , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Gouverneur
des Iles de Porguerolles , & de Dame Marie Charlotte
de Refuge , fut marié avec Damoiſelle Pauline
Felix de Mailly de Néelle , née du mois
d'Août 1712. feconde fille de Louis de Mailly ,
Marquis
NOVEMBRE.
1739 2721
V
A
Marquis de Néelle , & de Mailly en Boulonnois ,
Prince de l'Ile fous Montréal , Comte de Bohain ,
de Beaurevoir & de Bernon , Seigneur de Maurup,
de Pargny , &c . & Chevalier des Ordres du Roy
ci- devant Capitaine Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Ecoffois , & de feuë Dame Armande
Felix de la Porte Mazarini. Ce mariage
a été célebré dans la grande Chapelle du Palais Archiepifcopal
de Paris. L'Archevêque de Paris
grand oncle paternel du marié a fait la cérémonie
des époufailles. Les Maifons de Vintimille & de
Mailly , font trop connues pour qu'il foit befoin
d'en parler ici .
Le 7. Octobre , les Cérémonies du Baptême furent
fupléées à Marie Flore Aglaë , née le 25
Janvier 17 26. fille de Jean- Baptifte de Fresnoy
Marquis de Frefnoy , Baron de Brefquen , Vicomte
& Pair de Berck , Seigneur de Memen , Arcuy,
&c. & de Dame Marie Anne des Chiens de la Neuville
, fes pore & mere , mariés en 1725. Elle
eut pour Parain & Maraine Marie de Frefnoy ,
Marquis de Frefnoy , Baron de Tournancil , &c.
Coulin germain de fon pere & Dame Marie
des Chiens de la Neuville , foeur de fa mere , femme
de Louis Marie de Sainte Maure Baron de
Chaux , Marquis d'Archiac , premier Ecuïer Com
mandant la grande Ecurie du Roy , Brigadier de
fes Armées , & Meftre de Camp du Régiment
Roïal Etranger.
•
Nous avons raporté dans le Mercure du mois
de Septembre , 1er vol . p . 2088. la mort du Vicomte
de Melun ; nous avons reçû depuis la Description
Hiftorique de fa Pompe funebre , faite à
Abbeville , où il eft decedé. Elle nous a parû cu-
I ij rieufe
2722 MERCURE DE FRANCE
rieufe & bien circonftanciée , c'eſt pourquoi nous
la donnons ici telle qu'elle nous a été envoyée.
DESCRIPTION HISTORIQUE
de la Pompe funebre de Monseigneur Gas
briel , Comte, & Vicomte de Melun, Prince
d'Epinoy, Pair de Dompuart , Seigneur
de Tours , Helancourt , Connétable héréditaire
de Flandres , Lieutenant Général
des Armées du Roy , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , & Commandant
pour Sa Majesté en la Ville d Abbeville
où il eft décedé.
M. de Melun eft mort le 21. Août 1739. à 4.
heures 27. minutes du matin , en préſence du R.
Pere Picard , Correcteur des Minimes d'Abbeville ,
fon Confeffeur , de M. de Canto , l'un de fes Aydes
de Camp , de M. Gilbert , Avocat au Parlement
du fieur Pottevin , Valet de chambre , & de Dubourg
, des Mainis & le Jeune , Laquais.
Après avoir changé de linge le défunt , il a été
Jaiffé dans fon lit , à côté duquel font reftés deux
Peres Minimes jufqu'au Samedy 22. à midy qu'il a
été enfeveli , & mis dans un Cercueil de plomb ,
couvert d'un de bois.. 1x
11 a été enfuite expofé dans une grande Salle
tendue de noir , garnie des Ecuffons aux Armes
de fa Maiſon .
Le Lit de Parade où il étoit , étoit élevé de
pieds , entouré d'un nombreux luminaire ; fur le
bout du Cercueil , à la tête étoit placée la Couronne
de Prince , couverte d'un crêpe , à l'autre
bout étoient l'Epée de Combat , la Cuiraffe , la
Croix de S. Louis , fur des Careaux couverts de
crêpes,
NOVEMBRE. 1739. 2723
à
Crêpes. A côté étoit la grande Banniere des Armes
de Melun , brodée d'Or , avec tous les Attributs
& Ornemens Militaires , d'où il pendoit un Crêpe .
Les Gardes des Chaffes & des Bois des Terres de
Bailleul , Pairie de Dompuart , Hellancourt , Janaille
, & Tours , étant arrivés dès le 21. au soir
4. heures après midy , ayant à leur tête le fieur
Gaffé , leur Commandant , en grand deüil ; ces
Gardes en livrée , la bandouilliere fur l'habit ,
chapeau uni , des crêpes , des bas & boucles noires,
prirent poffeffion des portes , tant d'entrée de l'Hôtel
de Melun , que de l'Apartement où étoit le
Corps , & les ont gardées jufqu'au Dimanche 23.
au matin , que la Maréchauffée de Picardie , à la
tête de laquelle étoit M. de Menetry , eft venu
prendre poffeffion de la porte d'entrée de l'Hôtel ,
& du bas de l'efcalier , les Gardes de Melun ne
faifant plus fentinelle qu'à la porte du haut de l'efcalier
, & à celles des Sales de deuil .
Le même jonr 13. Mrs du Chapitre de l'Infigne
Eglife Royale & Collégiale de S. Valfrau , le Chapitre
de Mrs les anciens Bénédictins de S. Pierre ,
les Peres Minimes & les Jacobins font venus jetter
'de l'Eau benite & chanter le Libera.
Le Lundi 24 , les Cordeliers , les Capucins , & le
Clergé Séculier de la Ville , fent venus faire la
même ceremonie .
Le Corps de Ville , à la tête de laquelle étoit
M. le Febvre des Amourettes , Major , qui commande
& donne l'Ordre en Pabfence du Commandant
, l'Election , les Eaux & Forêts , & le Corps
Confulaire font venus le même jour jetter de l'Eau
benite.
Le Mardi 25. à 11. heures du matin , le Préfidial
a fait pareille céremonie Le Clergé & ces Corps
at été reçus par les deux premiers Officiers de la
1 iij. Maiſon ,
3
2724 MERCURE DE FRANCE
Maifon , en longs Manteaux de deuil , & conduits
au Catafalque , d'où ils ont été reconduits jufqu'à
porte d'entrée la
Au bas du grand eſcalier étoient les Valets de
chambre & Livrées en deüil .
La Maréchauffée & les Gardes de Melun étoient
en haye & fous les armes , à l'entrée & à la fortie
de tous les Corps.
Ledit jour 25. à 3. heures après midy ſont arrivés
les Gardes du Gouvernement de Picardie &
d'Artois , ayant à eu tête M. de Vá icourt , leur
Commandant , qui ont pris place à droite dans la
grande Cour de l'Hôtel , vis-à vis les Gardes de
Melun
A 4. heures après midy eft arrivée la Jeuneffe
Militaire de la Ville , Tambour battant , les Drapeaux
deployés , ayant lears Capitaines , Lieute
nans , Soû-Lieutenans & Enfeignes, en Hauffe- Cols .
Ils fe font mis en double haye des deux côtés de
la Cour , les Gardes du Gouvernement de Picardie ,
d'Artois , & de Melun , s'étant rangés en face de
l'Hôtel , ceux du Gouvernement à droite .
A 4. heures un quart , font arrivées les Compagnies
du Préfidial , de l'Hôtel de Ville , de l'Election
, des Confuls , &c.
Entre quatre heures & demie & cinq heures , eft
arrivé le Clergé Seculier & Regulier de la Ville ,
avec chacun leur Haute-Croix & leurs Officiers.
A cinq heures , la Baniere des Armes de Melun
a été levée par les Officiers à Hauffe Cols , & remife
par M. Gilbert à M. Glachant , fecond Ca→
pitaine Commandant la Jeuneffe Militaire , qui
l'ayant defcendue dans la Cour , l'a tenue entre
les Drapeaux.
Enfuite la Couronne a été levée par M. de Canto,
l'Epée de Bataille par M. Gilbert , la Cuiraffe & la
Croix
NOVEMBRE. 1739 2725
Croix de S. Louis par Mrs Helun & d'Allon ,
Officiers.
Le Corps de M. de Melun a été defcendu tour
de fuite , & l'on eft parti pour la Paroiffe de S. Gilles
, dans l'Ordre fuivant.
Un Détachement de la Jeuneffe , deux Capitaines
à leurs têtes , les Tambours couverts d'Etoffe noire,
des crêpes au chapeau.¨
• 1
Soixante Pauvres , vêtus de noir , un flambeau
à la main , aux Ecuffons de Melun.
La Confrairie de Charité , composée de Bourgeois
, & fes Officiers ; Les Capucins , Jacobins
Minimes & Cordeliers , le Clergé des 13. Paroiffes
de la Ville , celui de la Paroiffe de S. Gilles ;
la Maréchauffée ; lès Domeftiques de l'Ecurie , les
Laquais , la Chambre.
Le Corps porté par 18. hommes , fix à la fois ,
couverts de drap noir , avec des Ecuffons devant
& derriere , aux Armes de Melun.
Devant le Cercueil , la Baniere de Melun portée
par M. Glachant.
Les Drapeaux portés par les Enfeignes au tour
du Corps.
Les quatre coins du Drap mortuaire portés par
Mrs les Comtes de Monchy , de Bours- Montmorency
, d'Hivry de Fontaine , & des Effarts de Migneux
, en longs Manteaux , leurs Domestiques
en deuil , derriere eux.
Immediatement derriere le Corps étoient portées
la Couronne , l'Epée , la Cuiraffe , & la Croix
de S. Louis , par ceux qui les avoient levées en
longs Manteaux de deuil , dont la queue étoit
foutenue par un Domestique.
Les Gardes de la Maifon de Melun .
Enfuite marchoit le Chapitre de S. Valfran &
celui de S. Pierre , un Chanoine à droite , un Bened
ictin
I j
2726 MERCURE DE FRANCE
nedictin à gauche , un Benedictin à droite , un
Chanoine à gauche , &c . chaque Chapitre precede
de fes Huiffiers & Haute- Croix .
Après ces Chapitres paroiffoient les Gardes du
Gouvernement de Picardie & d'Artois , leurs Officiers
à la tête , precedant M. le Marquis de Vauchelle
, Lieutenant de Roy de la Province , qui
conduifoit M. le Marquis de Monchy de Senarpont
, Neveu à la mode de Bretagne du défunt ,
caufe de Mme fon Epoule.
Derriere eux étoient à droite M. le Comte de
Senarpont , conduit par M. le Marquis de Chepy ,
Grand- Croix de S. Louis. Enfuite les Gentilshommes
alliés de la Maifon de Melun , tous en longs
Manteaux de deuil , & leurs Domestiques en noir .
Le Corps de la Compagnie du Préfidial , precedé
de leurs Huiffiers , ayant des crêpes.
Le Corps de Ville , M. le Major à la tête , precedé
de leurs Maffiers , & de r6. Gardes de Ville,
en Cafaques & Pertuifanes , avec des crêpes.
L'Election precedée de fes Huilliers.
Le Corps de Mrs les Juges & Confuls , leurs
Huiffiers en crêpes.
Un Détachement de Jeuneffe Militaire , fermant
Ja marche.
Le furplus de la Jeuneffe Militaire , marchant en
haye fur les aîles , le bout du fufil en bas , les Tambour
battant convenablement à la céremonie.
En arrivant à l'Eglife de S. Gilles , il y eut une
décharge de canon des Remparts .
Les féances dans l'Eglife , comme on les avoit
prifes pendant la marche.
L'Office des Morts chanté & fini , on eft forti de
l'Eglife daus le même ordre , & il y eut une autre
Hécharge de canon .
On a transporté à pied le Corps à l'Eglife des
Dames
NOVEMBRE. 1739. M
2727
2
Dames Dominicaines , pour y être inhumé , cette
Maison étant de la fondation de celle de Melun ;
en y arrivant il y eut une falve génerale de Mousqueterie.
50
Après la réception du Corps , faite par le R. Pere
du Puis , Jacobin , Directeur & Supérieur de la
Maiſon , on a chanté un Libera & plufieurs Répons,
pendant lefquels on a fait une feconde falve generale
.
A la fin des Répons on adefcendu le Corps , &
il s'eft fait fur la foffe une troifiéme falve génerale .
En défilant , les Drapeaux & Officiers faluerent.
A. heures du foir , on eft forti de l'Eglife , &
on a reconduir le Deuil à la Maifon Mortuaire, les
Tambours battant aux champs , le Deuil étant accompagné
par les deux Chapitres & les Compagnies
de Magiftrature.
Après les remerciemens à l'Affemblée , il y eut
une falve génerale dans la Cour de l'Hôtel , les
Tambours roulant.
Le 26. il a été fait un Service folemnel à la Påroiffe
de 'S. Gilles , où tous ceux des deux Chapitres
& Compagnies de Magiftrature ont affifté , & étant
venus prendre le Deuil à l'Hôtel de Melun , on eſt
parti dans l'ordre ſuivant.
Un Détachement de Jeuneffe , deux Officiers à la
tête , avec leurs Tambours battant lugubrement.
Les 18. Porteurs du Corps , habillés comme la
veille ; la Maréchauffée ; les Domestiques entre
deux hayes des Gardes de Melun , Tambours con--
verts.
་ ་ ་་་
Les Pieces d'honneur , portées comme la veille .
Le Chapitre marchant idem:
La Baniere de la Maifon de Melun , au milieu
des Drapeaux , & précedée des quatre Officiers à
Hauffe cols . Deux Tambours couverts de noir. Le
Deüil
2728 MERCURE DE FRANCE
Deüil , précedé des Gardes du Gouvernement. Les
Compagnies de Magiftrature. Un Détachement de
Jeuneffe Militaire , fermant la marche.
Le furplus de la Jeuneffe en haye , marchant
des deux côtés .
Après le Service fini , le Deüil fut reconduit demême
que la veille .
OBSERVATION .
La Baniere de Melun , qui devoit être enterrée
avec M. de Melun , comme dernier mâle de cette
illuftre & grande Maifon , ayant été demandée par
les huit Compagnies de Jeuneffe Militaire , elle
leur a été accordée , mais chaque Compagnie fe
difputant à qui la garderoit , il eft intervenu le 31 .
Août une Ordonnance de Mrs du Magiftrat , fur
l'avis de Mrs les Marquis de Vauchelle , Lieutenant
de Roy de la Province , de Senarpont , Neveu à la
mode de Bretagne du Défunt ; de Chepi , Maréchal
de Camp , & Grand- Croix de S. Louis , dont
la teneur enfuit.
Nous fouffignés Executeurs Teftamentaires
de M. Gabriel Comte , & Vicomte de Melun
, né Prince d'Epinoy , Connétable héréditaire
de Flandres , Lieutenant Géneral des Armées du
Roy , & Commandant pour Sa Majefté en la
Ville d'Abbeville ; déclarons que M. Gabriel de Me-
Jun étant mort le dernier & feul mâle de fa Maifon
, l'on a exposé comme Piece d'honneur à fon
Lit de Parade , Inhumation et Service , la Baniere
de la Maiſon aux Armes de Melun. Que la Jeunes .
se Militaire de la Ville d'Abbeville ayant pris les
Armes pour rendre les derniers honneurs à cet illuftre
Défunt , cette Baniere auroit été levée par les
Officiers à huffe- cols de cette Juneffe Militaire ,
qui avoient à leur tête M. Glachant, Capitaine de la
Leconde
NOVEMBRE. 1739. 2729
feconde Compagnie de la Ville , à qui elle a été
remife par le Sr Gilbert , de notre part , lequel l'a
portée à toutes les Céremonies funebres , entourée
par les Drapeaux des autres Compagnies qui étoient
fous les Armes. Que M. de Melun étant le dernier
mâle de fa Maiſon , l'une des plus illuftres de France
, tant par raport à ſon extraction , qu'aux fréquentes
Alliances qu'elle a contractées avec la plupart
des Maiſons Souveraines de l'Europe, & notamment
avec celle de France , de l'Emperur , de Courtenay ,
de Loraine , de Luxembourg , de Champagne , de
Foix , de Louvain , de Brabant, de Rohan , d'Hapsbourg
, de Baviere , de Sarbruck , de Montmorency
, de Bethune , d'Abbeville , & autres grandes
Maifons. I eft d'ufage d'enterres les Armoiries
avec le dernier mâle ; la Jeuneffe Militaire de la
Ville d'Abbeville , auroit defiré , par refpect & par
vénération pour le nom & la Perfonne de M. de Me-
Jun , d'avoir cette Baniere , fous laquelle depuis
plus de neuf fiécles , la plus haute Nobleffe du
Royaume & des Provinces de Flandres & d'Artois ;
a combattu pour le fervice de nos Rois & de l'Etat ,
elle leur a été accordée ; mais la Compagnie du
Quartier de S. Gilles, où eft fitué l'Hôtel de Melun ,
audit Abbeville , & dont M. de Melun a été Capitaine,
étant garçon , prétend qu'elle doit leur refter ;
que d'une autre part , les autres Compagnies prétendant
l'avoir chacune à leur tour , pour la porter
dans les Cérémonies à la tête de leurs Troupes , ce
que la Compagnie de S. Gilles refufe , & ce qui eft
prêt de caufer une divifion , qui pourroit être dangereufe
au Corps Militaire de la Ville , dont Punior
eft essentiellement utile au Roy , & au Corps Po
litique & Civil de ladite Ville. Nous fouffignés esdits
noms , eftimons que ladite Baniere de la trèsilluftre
Maifon de Melun ,
ledit S fera remife par
L vj,
Glachant
2730 MERCURE DE FRANCE
Glachant , entre les mains du plus ancien Capitai
ne de la Jeunesse Militaire de la Ville d'Abbeville ,
pour être portée à perpétuité à la tête de toute la
Jeunesse Militaire d'une Ville qui a toujours marqué
tant de fidelité pour les Rois , & de véneration
pour une Maifon nourrie dans fon fein , & qui a
produit des hommes , qui ont fervi de modeles aux
plus grands Capitaines. Fait à Abbeville le 29.
Août 1739. Signé , Le Marquis de Vauchelle ,
Monchy , Senarpont ,Grouche , de Chepy , &c.
Nous , Major et Echevins de la Ville d'Abbeville
, après avoir entendu les Capitaines de
Jeunesse de la Ville , fur leurs conteftations.
au fujet de la remife faite au Sieur Glachant ,
l'un des Capitaines de Jeunesse , de la Banière
de la Maifon aux Armes de Melun . Vû l'avis
de Mrs les Executeurs Teftamentaires de M. le
Vicomte de Melun , ci - annexé ; ordonnons que
ladite Baniere sera remise incessamment par ledit
Sieur Glachant , entre les mains du Sieur du Ponchel
, plus ancien Capitaine de Jeunesse , dont il
sera tenu de donner Acte de Récepissé en notre
Greffe , pour , après lui , tant qu'il reftera Capitaine
, passer succeffivement à perpétuité à celui qui
deviendra plus ancien Capitaine de toutes les Compagnies
de Jeunesse , qui s'en chargera comme
dessus , pour être ladite Baniere portée à l'avenir
à la tête de toute la Jeunesse dans l'état où
elle eft actuellement , sans pouvoir être changée ,
divisée ni apliquée à aucun autre usage. A laquelle
fin ledit Sieur du Ponchel sera tenu de fe transpor
ter avec la Compagnie fous les Armes , chés ledit
Sieur Glachant , pour y prendre ladite Baniere .
Fait et arrêté en la Chambre du Confeil de l'Hôtel
de Ville d'Abbeville le 31. Août 1739. Signé, le
Febyre des Amourettes, Major,
Délivré
NOVEMBRE . 2710 1739
Delivré et rendu conforme à son Original , dé➡
posé au Greffe de l'Hôtel commun de la Ville d'Ab--
beville , par moi , Greffier en Chef dudit Hôtel
commun souffigné . Signé , Boullon.
Au très-Illustrissime & Reverendissime Abbé
de Sainte Genevieve.
Vous ,dont si justement on vante la bonté ,
La sagesse , la prévoyance
ل ح ا
L'esprit , le zele , et la prudence ,
Agréez l'humble rémontrance
D'un Enfant d'Apollon , plein de timidité
Qui n'ose garder le silence
Dans une occasion où trop de négligence
Pourroit Penvoyer boire au Fleuve de Lethé .
Votre Portail fameux par son antiquité
Semble menacer ruine et me faire la morgue ;
Et s'il venoit à tomber sur votre Orgue
Décidez si Dornel seroit en sûreté.
Le reste de l'Eglise est de pareille datte ;
Et je craindrois que le tout ne s'abatte
Par sa trop grande vétusté .
Plus je le considere , et plus mon oeil découvre
Qu'il paroît prêt à s'ébranler ;
Et je frémis de peur de le voir s'écrouler ;
Comme le Bâtiment de Saint Thomas du Louvre.
Si
2732 MERCURE
DE FRANCE
S'il faut qu'il vienne à s'ébouler ,
C'est fait de ma pauvre cervelle ;
Comme un rien peut me la fêler ,
elle.
Je tremble incessamment pour
Mon fidele Zéphir pénetré de frayeur ,
Trouvant en la soufflant l'Orgue desacordée ,
Ne sçauroit s'ôter de l'idée
Que cela présage malheur .
Pour faire l'esprit fort , je dissipe sa crainte
Je lui dis qu'il se livre à d'inutiles soins.
Mais , à vous l'avouer sans feinte ,
J'ai d'autant plus de peur que j'en témoigne moins.
A dire vrai , votre Organiste
Aime mieux être encor quarante ans Calotin ,
Que d'être couché dans la Liste
De ceux qui de la mort grossissent le butin.
Le plus tard vaut le mieux , puisqu'il faut que l'on
meure >
Et chacun voit évidemment
Qu'on est mort éternellement
Quand on l'est pour un seul quart d'heure.
Le funefte péril qui nous menace tous
Peut arriver à l'improviste ;
On remplaceroit bien le craintif Organiste
Mais où trouveroit- on un Abbé comme vous ?
Agissez donc , Seigneur , pour diffiper ma crainte,
Tâchez pour vous , pour moi , pour le Public ,
Pour la gloire de Dieu , pour la Patronne sainte ,
Qu'on
NOVEMBRE 1739. 2733
Qu'on employe au plûtôt pierre , ciment, maftic."
A la raiſon mon Difcours eft conforme ;
Et quoi qu'en verbiage il paroisse fecond
S'il eft badin dans la forme ,
Il est sensé pour le fond.
Ce confideré , qu'il vous plaise
Mettre ordre à pareil accident ;
Me trouvant à l'abri d'un danger évident ,"
Je toucherai l'Orgue plus à mon aise
Et votre zele ardent pour la Divinité ,
Servira de modele à la Pofterité.
Dornel
****************
ARRESTS NOTABLES
O
RDONNANCE du Roy , du 18. May , dont
la teneur suit.
´Sa Majesté s'étant fait représenter l'Ordonnance
qu'Elle a renduële 6. Janvier 1739. pour préferver
ses Etats de toute communication avec les Pays
attaqués de maladies contagieuses , et jugeant nécessaire
, par raport à la continuation et aux progrès
deflites maladies , de prendre de nouvelles:
précautions , à l'exemple des Etats voifins , pour
empêcher toutes Perfonnes et Marchandifes suspectes
, de s'introduire dans le Royaume , Sa Ma--
jesté a ordonné et ordonne ce qui suit .
Tout commerce avec la Hongrie , le Bannat de
Temeswar , la Tranfilvanie , la Servie , la Molda
vie 2>
2734 MERCURE DE FRANCE
vie , la Valachie , la Bofnie , l'Efclavonie , la Croa
tie & la Pologne , sera et demeurera , jusqu'à nouvel
ordre , suspendu et interdit , et aucunes Personnes
ni Marchandises venant defdits Pays , ne
pourront être reçues dans aucunes Villes & autres
Lieux de la Domination de Sa Majesté, quand même
elles feroient munies d'Attestations , de Paffeports
et de Billets de Santé , sous quelques prétextes
et noms qu'elles y arrivent ; à peine d'être pro
cedé extraordinairement contre ceux qui s'y feroient
furtivement introduits , et d'être les Marchandises
confifquées,
Comme les Etats voisins tiennent pour suspects
la baffe Autriche , la Silesie , la Moravie , la Carinthie
, la Carniole , le Frioul , Trieste , Fiumé , les
Personnes et Marchandises venant defdits Pays , ne
pourront entrer ni paffer dans aucun Lieu du
Royaume , qu'en justifiant fuffifamment par des-
Attestations , Paffeports et Lettres de Santé authen
riques , qu'avant leur départ ils ont séjourné trente
jours dans un Lieu fain , non fufpect , et exempt
de toute contagion ; dans lefquels Passeports , Attestations
et Lettres de Santé , le signalement de
ceux qui en seront Porteurs, y sera défigné, de ma
niere à faire connoître qu'ils auront été expediés
pour eux.
Quant aux Perfonnes et Marchandises venant de
Lieux fains et non fufpects , au- delà du Rhin , et
même de Suisse , de Savoye , de Piémont , et du
Comté de Nice , les Perfonnes seront pareillement
pourvûes de femblables Atteftations et Paffeports
en forme authentique ; faute de quels l'entrée du
Royaume leur sera refusée : et à l'égard des Marchandises
, elles seront accompagnées d'Attestations
et Lettres de voiture , suffisantes , pour justifer
qu'elles ont été recueillies , travaillées , fabriquées
,
NOVEMBRE. 1739 2735
1
quées , emballées et chargées dans des Lieux fains,
et qu'elles n'ont passé par aucun Lieu suspect.
L'entrée du Royaume sera refusée , sans exception
, à tous Deserteurs , Mendians , Vagabonds,
et Gens fans aveu , foit qu'ils ayent des Paffeports ,
ou non.
Veut au surplus Sa Majesté , que son Ordonnance
du 6. Janvier 1739. foit executée selon sa
forme et teneur , et que les précautions prescrites ,
tant par ladite Ordonnance , que par la présente ,
foient ponctuellement observées en Flandre , en
Haynault , dans les Evêchés , fur la frontiere de
Champagne , en Alface , au Comté de Bourgogne ,
en Bresse , Bugey , Valromey , Pays de Gex , en
Dauphiné et en Provence, &c.
20
ARREST du 23. Juin pour l'Ouverture de l'Annuel
de l'année 1740. dont les Bureaux feront ou
verts à commencer au premier Novembre 1739.
jufqu'à la fin de ladite année .
AUTRE du 25. Août 1739. dont la teneur fuit.
Sur ce qui a été reprefenté au Roy , étant en fon
Confeil , par les fieurs Agens Géneraux du Clergé
de France , que plufieurs Diocèles du Royaume
& principalement ceux de Tours , Bourges , le
Mans , Limoges , Poitiers , Saintes , Orleans ,
Blois , Evreux , Bayeux , Coutances , Chartres ,
Sarlat , la Rochelle , Tarbes , Agen , Clermont ,
Angoulefme , Pamiers , Mende & Viviers , ont
beaucoup fouffert par la difette & la cherté du bled:
Que la plus grande partie des Curés de ces Diocèles
fe font épuifés pour foulager les Pauvres de
leurs Paroiffes , les uns ayant donné tout ce qu'ils
avoient , les autres ayant même fait des emprunts
de maniere que ces Curés fe trouvent hors d'état
2736 MERCURE DE FRANCE
de fatisfaire au payement du don gratuit , & des
autres impofitions du Clergé , de la prefente année
Que dans ces circonstances , lefdits fieurs
Agens généraux fuplio ent très- humblement Sa Majefté
, ayant égard au zele defdits fieurs Curés , &
Pmpuiffance ou leurs charités les ont réduits ;
de payer leurs décimes & don gratuit , qu'il lui
plut leur accorder quelques fecours. Et Sa Majefté
voulant donner dans toutes les occafions des
marques de fa protection au Clergé de France ,
& particulierement de la fatisfaction qu'Elle a du
zele que les Curés defdits Diocèles ont fair paroître
pour le foulagement des Pauvres de leurs
Paroiffes , à l'occafion de la difette des grains :
Oui le Rapport du fieur Orry Confeiller d'Etat ,
& ordinaire au Confeil Ro al , Controlleur Géneral
des Finances , le Roy étant en fon onfeil , a
accordé & accorde aux Curés des Diocèfes de Tours,
Bourges , le Mans , Limoges , Poitiers , Saintes,
Orleans , Blois , Evreux , Bayeux, Coutances, Chartres
, Sarlat , la Rochelle , Tarbes , Agen , Clermont
, Angoulefie , Pamiers , Mende & Viviers
la fomme de cent mille livres de gratification ,
prendre fur le dernier terme du don gratuit de
deux millions de l'année 1735- de laquelle fomme
de cent mille livres il fera expedié une Ordonnance
, à la décharge du fieur de Senozan , Intendant
Général du Clergé de France , qui remettra
ladite fomme entre les mains des Syndics des Dio
cèfes ci -deffus nommés , fur leurs fimples quittances
, conformément à l'état de diftribution qui
en fera arrêté par ledit fieur Orry , & qui demeu
rera annexé à la minute du preſent Arrêt pour
être ladite fomme diftribuée aux Curés , par les
ordres des fleurs Archevêques & Evêques , & des
Députés des Chambres Eccléfiaftiques defdits Diocèfes
,
NOVEMBRE. 1739. 2737
cèfes , fuivant la connoiffance & à proportion des
fervices & du zéle que chaque Curé a marqué pour
le foulagement des Pauvres , &c .
ORDONNANCE du Roy de Pologne , Duc
de Lorraine & de Bar , du 17. septembre , concernant
les fonctions de la Maréchauffée de France ,
dans les Etats de Loraine & Barrois , par laquelle
S. M. permet à tous Officiers & Archers de la Maréchauffée
de France , d'entrer en armes , ou autrement
, dans toutes les Villes , Places & autres
Lieux de fefdits Etats , foit qu'ils foient en troupe
ou fépirés; d'y arrêter les accufés , les conftituer
prifonniers , & dreffer des Procès verbaux de capture.
Ordonne aux Prevôts , Lieutenans , & tous
autres Officiers & Archers de la Maréchauffée de
fefdits Etats , de les reconnoître , aider , affifter ,
& concourir avec eux en tout ce qui fera du bien
du fervice réciproque des deux Etats . Mande &
ordonne Sa Majefté à M. le Chancelier , Commif
faire départi pour l'exeution de fes ordres dans
fes Etats de Loraine & Barrois , de faire obſerver
la prefente Ordonnance , &c.
ARREST du 22. Septembre 1739. par lequel le
Roy ordonne que les Proprietaires des rentes , interêts
ou augmentations de gages au denier cinquante
, affignées fur les Tailles ou autres fonds
& employees dans les differens Etats , qui voudront
s'intereffer à la Loterie établie par Edit du
mois d'Août dernier , y feront admis concurrem.
ment avec les Proprietaires des rentes au denier
quarante , affignées fur les Aydes & Gabelles , en.
confentant la réduction aux deux cinquiémes des
capitaux defdites rentes , interêts ou augmentations
de gages au denier cinquante , dont ils font Proprietaires,
&c,
AUTRE
1738 MERCURE DE FRANCE
AUTRE du 11. Octobre , qui ordonne que
les parties de rentes , gages & augmentations de
gages au denier cinquante , non attachées aux corps
des offices , & dont la création eft antérieure à
Pannée 1688. feront reçûës à la Loterie Roiale
créée par Edit du mois d'Août dernier , fur le pied
des quatre cinquiémes du capital.
AUTRE du 19 , qui ordonne que les Rentes
fur les Aydes & Gabelles , fur les Tailles & autres
effets reçûs à la Loterie Roiale , feront payées ,
dès à préfent , des fix derniers mois de la préfen
te année Y en raportant par les Rentiers
payeurs , les quittances de rembouffement des capitaux
defdites Rentes .
aux
QRDONNANCE DU ROY du 203
par laquelle Sa Majefté permet à tous Officiers
& Archers de la Marechauffée de Loraine &
Barrois , d'entrer , même en armes , en troupe
ou féparément , dans toutes les Places , Villes , &
autres lieux de la Domination de Sa Majefté ; d'y
pourfuivre & arrêter tous Criminels , accufés de
crimes ou délits commis dans les Etats de Lorraine,
les conftituer Prifonniers , & dreffer les procezverbaux
de capture : à condition toutesfois de préfenter
aux Gouverneurs ou Commandans defdites
Places ou aux Juges des autres lieux , les decrets
dont ils feront chargés. Ordonne Sa Majefté
aux Prevôts , Lieutenans , et tous autres Officiers
et Archers de la Marechauffé du Royaume de
les reconnoître , aider , affifter et concourir avec
eux à tout ce qui fera du bien du ſervice réciproque
des deux Etats et à tous Géoliers et Gardes
des Prifons Royales ou autres , d'y recevoir
et garder fûrement ceux qui y feront par eux con
duits , & c.
>
ARREST
M
NOVEMBRE . 1739. 1731
>
ARREST du 25 , qui ordonne que les Quitances
de remboursement de rentes paffées en
exécution de l'Edit du mois de Décembre 1737
portant établiffement d'une Loterie Royale , fefont
reçues à la nouvelle Loterie établie par Edig
du mois d'Août dernier ; et que les arrerages def
dites rentes ne cefferont qu'à commencer du pre
mier Janvier 1740,
Le Sr Priou , Maître de Danse , annonça au Pu
blic en May 1733. un petit Solitaire, fort bien ima
giné ,qu'il a rendu plus utile , pour accoûtumer les
jeunes gens à se tenir avec grace & à corriger la
mauvaise habitude qu'ils contractentordinairement
de pancher la tête sur l'eftomach ; comme il s'en
eft répandu dans le public de très - mal imités , il
crait devoir avertir qu'on ne trouve que chés
lui ces Machines bien conditionnées , qui produisent
de très- bons effets à tous ceux qui s'en
servent ; loin que cette Machine soit incommode ,
on s'en sert au contraire comme d'un ajustement
agréable à la vûë,
Le Sr Prion demeure rue de la Verrerie , au coin
de celle de la Potterie , à la Couronne d'or.
Nous donnerons deux Volumes le mois prochain
, pour employer les Pièces qui n'ont pu
trouver place dans le courant de l'année.
APROBATION
J
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier ;
le Mercurè de France du mois de Novembre , &
Pai crû qu'on pouvoit en permettre l'impression.
A Paris , le premier Décembre 1739 .
HARDION.
P
TABL E.
IECES FUGITIVES. Epitre à M. le Comte de
Montmorency , & c. 2529
Lettre de M. Lebeuf , sur une singularité de l'Office
de S. Nicolas, & c .
Les Agrémens de Rieux , & c.
L'Hymen Celtique , & c .
Le Plaisir trompeur , Fable , & c.
L'Amour jaloux , Cantatille , & c.
2533
2540
2543
2557
Lettre sur quelques Poësies Françoises , &c 2560
2572
Lettre au sujet d'une nouvelle Experience faite sur
les Mines , &e.
Epitre à Mlle de la C ...
25.74
2576
Lettre de l'Abbé le Couturier , au R. P. Castel , J.
au sujet d'un sentiment de S. Evremond , sur la
cause de la douleur , 2580
Sur le départ de M. Lercari , Sonnet Italien , 2590
Eclaircissemens sur le Mont Valerien ,
Trait Historique , Philopoemen , Tourne- broche ,
2591
2596
Dissertation sur l'Exposition des Pseaumes attribués
à Gaultier , Evêque de Maguelonne , 2597
Stances à Mll ***
2610
Réponse à une Question de Droit
2611
Epitre sur les peines inséparables de chaque état
&c.
Refléxions .
Enigme , Logogryphes , & c .
9
2613
2618
2627
2630
1
2631
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
& c.
Histoire suive des Voyages de J. Ch.
Discours prononcés au Parlement de Provence ,
& c .
Relation de la Mission de Grenoble , &c.
Traité de la Dévotion au S. Esprit ,
2633
2653
2657
Dissertation ou Traité sur plusieurs Matieres féodales
, &c.
La Henriade , traduite en Italien >
2660
2665
Le Je ne sçais quoi de vingt minutes , & Fable , le
Rossignol,
Prix de l'Académie des Belles Lettres ,
Rentrée des Académies ,
Estampes nouvelles ,
2666
2669
2679
2671
Chanson & Vaudeville notés , 2674
Spectacles , Momus Amoureux , & c. 2676
Nouvel Arlequin au Théatre Italien ,
2679
Nouvelles Etrangeres. Lettre sur les Affaires de
2682
Ruffie , Pologne et Allemagne , 2685
2691
Espagne et Angleterre , 2693
Perse ,
Italie Isle de Corse & Naples ,
Arrivée de MADAME à Madrid , Céremonies & Fêtes
, & c.
2694
Grande Bretagne , Hollande & Pays Bas , 2698
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 2702
Acquisition faite par le Roy , du Château de Choisi
, & c. 2705
Lettre écrite de Blois , sur le Passage de MADAME,
Benefices donnés par le Roy ,
2708
2710
Morts , Mariage & Baptême ;
Pompe funebre du Comte de Melun ,
Vers à M. l'Abbé de sainte Geneviève ,
Arrêts notables ,
2718
&c 2722
2731
2743.
>
On s'eft trompé , quand on a dit dans le fe
cond volume de Septembre , pag. 2273. en parlant
de la conftruction du Pont Royal dont
les desseins font du Frere Romain Dominiquain,
que ce celebre Architecte étoit de Liege , et qu'il
étoit mort depuis dix ou douze ans . Nous recti
fions ici cette erreur , en aprenant que ce Reli
gieux étoit de Gand , et qu'il eft mort à Paris
dans la Maifon du grand Noviciat du Fauxbourg
Saint Germain le 7. Janvier 1735. àgé de 89 .
ans. On peut voir l'éloge que nous en avons fair
dans le Mercure de Février 1735. pag. 227.
Errata d'Octobre.
P Age 2333. ligne 4. Bibage , lisez , Bibace,
Fantes à corriger dans ce Livre.
PAge 1544. ligne 19. cette Province , bisex Provence .
P. 2593. 1. 13 , à passé , l. passa.
La Chanson notée dois regarder la page 2674
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIE AU ROT.
DECEMBRE . 1739 .
PREMIER VOLUME.
CURICOLLIGIT
SPARGITE
Chés
Papillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty,
à la descente du Pont - Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXIX.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
R
A VIS.
L
›
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comédie Fran-`
coife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porier sur & de
Pheure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
DECEMBRE . 1739 .
PIECES FUGITIVES
,
en Vers et en Prose.
ODE SACRE'E ,
Tirée du Pseaume CXXIX.
DE P'excès affreux de misere ,
Que j'ai trop mérité par l'oubli de ta Loi ,
J'ose élever , Seigneur , mes soupirs jusqu'à toi ;
Prête l'oreille à ma priere ,
Fais reluire ta grace , & calme mon effroi.
1. Vol.
*
A ij Si
2742 MERCURE DE FRANCE
Si dans ce jour , qù ta vengeance
Fera taire , grand Dieu , la voix de ta bonté ,
Tu nous juges au poids de ta séverité ;
Ah ! sans trembler , de ta présence ,
Qui pourra soutenir le regard irrité ?
&
Je vois déja la foudre prête
A fraper ces pécheurs , dont les coeurs abrutis
Au pied de tes Autels porterent leurs mépris ;
Non , il n'est plus rien qui l'arrête.
Tu parles ; l'Enfer s'ouvre ; ils y sont engloutis.
*
Que ne dois -je donc point attendre ?
Infidele à tes Loix , lâche , voluptueux ,
J'ai tout sacrifié pour d'impudiques feux ;
Mes mains n'ont point craint de répandre
Le sang d'un Sujet brave , illustre & vertueux,
*
Mais de ta clémence suprême
Ai- je donc , en tombant , perdu le souvenir ?
Ai- je oublié , mon Dieu , que lent à nous punir ,
Ta grace étant toujours la même ‚
Au milieu de nos maux cherche à nous prévenir ? .
*
Non , Seigneur tes bontés, antiques ,
Qu'en
DECEMBRE. 1739. 2743
Qu'en ces temps plus heureux , où j'aimois la vertu,
J'aprenois à ton Peuple , à m'entendre assidu ,
L'objet de nos sacrés Cantiques ,
N'ont point abandonné mon esprit abatu.
*
Mon ame , sois donc plus tranquille ;
Bien loin de murmurer des maux versés sur moi ,
Vois-y plutôt un Dieu qui songe encor à toi.
Bannis une crainte stérile ;
Qu'un espoir saint ranime & soutienne ta foi,
Ce n'est point du sang qu'il demande ,
N'offre plus à ses yeux & la nuit & le jour
Des Taureaux par tes mains immolés tour à tour }
Rapelle ton Dieu par l'oftrande
D'un coeur sacrifié sur l'Autel de l'amour.
*
Il m'éxauce ; son bras propice
Se hâte de combler les abîmes certains ,
Que creusoient sous mes pas mes criminelles mains,
Sçichez - le , pecheurs , sa justice
Ne frape qu'à regret les coupables Humains.
*
Vous donc , que le Monde empoisonne ,
Insensés , des carreaux prêts à fondre sur vous
A iij Songez
2744 MERCURE DE FRANCE
Songez par un retour à prévenir les coups ;
C'est au repentir qu'il pardonne ;
Le changement des moeurs désarme son courroux .
J. Javary.
MEMOIRE HISTORIQUE , concernant
le Haut & Souverain Empire de
Galilée , établi en la Chambre des Comptes
de Paris.
'Histoire abregée de la Bazoche du Parlement
de Paris , insérée dans le Mercure
du mois de Juin 1738. tome second , page
1437. & suiv. finit par une Remarque , qui
aprend que les Clercs de Procureurs de la
Chambre des Comptes de Paris , forment
une Communauté particuliere , à laquelle on
a donné le Titre d'Empire de Galilée; cette Remarque
a excité la curiosité de plusieurs personnes
au sujet de cet Empire de Galilée ,
qui est bien moins connu que la Bazoche ,
parce que les Titres en ont été dispersés par
la négligence de quelques Officiciers qui en
étoient chargés , & que plusieurs des Titres
de la Chambre des Comptes , où l'on auroit
pû trouver des éclaircissemens , ont péri lors
de l'incendie du 28. Octobre 1738. cependant
T
DECEMBRE. 1739. 2745
dant pour satisfaire le Public , voici tout ce
qu'on a pû recueillir sur ce sujet. Nous le
devons aux Recherches d'une Personne de
mérite & plus capable qu'un autre de s'en
bien acquiter
.
La Chambre des Comptes de Paris est l'une
des premieres Cours Supérieures séantes
en cette Ville , & la premiere & la plus ancienne
des neuf Chambres des Comptes qu'il
a dans le Royaume . Elle fut d'abord étabie
par S. Louis , & rétablie par Philipe le
Bel , à peu près dans le même temps qu'il
rendit le Parlement sédentaire à Paris , c'està-
dire vers l'an 1302 .
Il est probable que les Procureurs de la
Chambre des Comptes furent aussi établis
dans le même temps. On voit en effet dans
un Arrêt de la même Chambre , donné
sous le Scel du Roy le 22. Juillet 1 344. que
l'Evêque de Châlons avoit un Procureur qui
avoit défendu pour lui . Mem. B. fol . 182 .
Au premierJournal I.commençant en 1384 .
on voit qu'il y avoit plusieurs Procureurs en
la Chambre. fol. 4.22 . 23. 32. & autres.
Jusques- là il y avoit eû des Procureurs au
Parlement , & d'autres particuliers qui venoient
occuper en la Chambre, sans y être immatriculés
; mais suivant le 3. Journal 2. cottéfol.
9. du 12. Novembre 1460. il fut reglé
que personne ne pourroit postuler en la
A iiij Chambre
2746 MERCURE DE FRANCE
Chambre , qu'il n'eût été reçû au Bureau &
n'eût prêté serment .
Il y eut neanmoins encore depuis, quelques
Procureurs au Parlement qui occuperent en
la Chambre , dans differentes occasions , tant
que les Offices de Procureurs au Parlement
& de Procureurs de la Chambre ne furent
pas distincts & séparés , comme ils le sont
aujourd'hui.
On voit dans les Registres de la Chambre,
qu'en 1542. il n'y avoit encore que 20. Procureurs
; ils sont actuellement au nombre
de
30.
Ils furent érigés en titre d'Office par Edit
de Charles IX . du mois de Juillet 1572. qui
créa des Procureurs en Titre d'Office dans
chaque Siége, & nommément pour la Chambre
des Comptes .
Ces Procureurs ne pouvant expédier seuls
& par eux-mêmes toutes les affaires dont ils
étoient chargés , prirent chés eux , comme
les Procureurs des autres Tribunaux , de jeunes
Gens pour leur servir d'aides , auxquels
on donna le nom de Clercs , parce qu'anciennement
les Ecclesiastiques , que l'on
nommoit aussi Clercs , étoient presque les
seuls qui sçûssent écrire, & que les Praticiens
s'en servoient pour faire écrire leurs Actes.
On ne sçait pas au juste le temps auquel
les Procureurs commencerent à avoir des
Clercs;
DECEMBRE . 1739. 2747
-
Clercs ; on trouve seulement qu'ils en avoient
déja en 1454. ce qui est prouvé par une Ordonnance
de cette année , raportée au Mem.
L. fol. 90. verso , qui porte que les Comptables
feront ou feront faire par leurs Procureurs
on Clercs , leurs Comptes de bon &
suffisant volume.
Ces Clercs tenant entre eux des Assemblées
& des Conférences concernant leur
Discipline , former ent insensiblement une
Communauté , qui fut ensuite autorisée par
divers Reglemens de la Chambre des Comptes
, & maintenue dans l'exercice d'une Jurisdiction
en dernier Ressort sur ses Membres
& Supots.
Le Titre de Haut & Souverain Empire ,
donné à cette Communauté , quelque fastueux
qu'il paroisse d'abord , n'a rien que de
juste & de naturel , car il ne faut pas s'imaginer
que par cet Empire on ait jamais entendu
un Etat gouverné par une Puissance
Souveraine , mais seulement une Jurisdiction
en dernier ressort.
En effet ce terme Empire vient du Latin
Imperium , qui se prenoit quelquefois pour
Jurisdiction ; les Romains exprimoient le
pouvoir d'exercer toute justice par ces mots,
Merum & mixtum Imperium , dont quelques
Praticiens se sont aussi servis depuis pour exprimer
le droit de Haute , Moyenne & Basse
A v Justice
2748 MERCURE DE FRANCE
Justice , d'où quelques - uns ont dit en François
corrompu, tiré du Latin, Mere & Mixte
Impere , pour dire haute , moyenne &
basse Justice .
On ne doit pas être étonné si le Chefde
la Communauté des Clercs des Procureurs de
la Chambre des Comptes prit le Titre d'Empereur,
puisque ce Titre ne signifioit au fond
autre chose
que Chef de la Jurisdiction des
Clercs.
D'ailleurs il y avoit alors dans le Royaume
plusieurs Particuliers qui se faisoient apeller
Rois des Communautés dont ils étoient les
Chefs , comme le Roy des Merciers , le Roy
des Ribauds , le Roy des Violons , ou Joueurs
d'Instrumens , les Rois de l'Arbaleste & de
l'Arquebuse , le Roy de la Bazoche.
L'émulation qui se mit bientôt entre les
Clercs des Procureurs de la Chambre des
Comptes & ceux des Procureurs au Parlement
, fit , sans doute , que les premiers ne
voulant pas paroître inférieurs aux Clercs des
Procureurs au Parlement , qui avoient donné
à leur Communauté le Titre de Royaume ,
& à leur Chefle Titre de Roy , nommerent
leur Communauté le Haut & Souverain Empire
, & leur Chef Empereur.
Pour ce qui est du nom de Galilée , donné
à cet Empire , en voici l'origine. Il y avoit
anciennement deux petites Provinces nom
mées
DECEMBRE. 1739. 2749
mées toutes deux Galilée *. Elles faisoient
partie , avec la Judée , la Samarie , & c. de la
Palestine , que Amm. Marcellin nomme Ultima
Syriarum , parce qu'en effet toutes ces
Régions sont comprises dans la vaste Province
de Syrie , & que la Palestine est la derniere
Partie de la Syrie , par raport à l'Egyp-.
te , & c.
La Communauté des Clercs des Procureurs
de laChambre des Comptes ne paroît d'abord
avoir aucun raport avec ces deux Galilées ;
il y a cependant quelque chose qui les raproche.
Ceux qui ont écrit des Antiquités de París ,
disent qu'anciennement il y avoit beaucoup
de Juifs qui s'étoient établis dans cette Ville,
& qu'ils étoient rassemblés dans certaines
ruës , où ils faisoient commerce de diverses
Marchandises. C'est de là que la rue des
Juifs , celle de la vieille Juifverie & plusieurs
autres ont pris leur nom , comme les Historiens
l'ont remarqué.
›
Les Juifs occupoient , sans doute , aussi
la petite ruë de Galilée , qui conduit de la
Cour du Palais à l'Hôtel du Bailliage , où demeure
à présent M. le Premier Président
& il est évident que cette petite ruë fut
ainsi nommée , à cause qu'elle étoit occu
* Aujourd'hui il n'y a plus qu'une Region nommée
Galilée , dont Nazareth eft la Métropole.
A vj pée
2750 MERCURE DE FRANCE
pée par des Juifs , peut- être même particulierement
par des Juifs Galiléens.
Ce que l'on observe ici à ce jujet, est d'autant
mieux fondé , que l'Enclos du Palais ;
dans lequel est cette petite ruë, étoit un Lieu
d'azile , où les Juifs obtinrent , aparemment
du Bailly du Palais , ou pour mieux dire du
Concierge ( car c'est ainsi qu'on l'apelloit
alors ) qu'ils en obtinrent , dit- on , le terrain
de la rue de Galilée ruë pour s'y établir.
Sauval , Tom. I. de ses Antiq. p. 45. rapor
te que les Juifs avoient une petite Inle située
à la pointe de l'Ifle du Palais , que l'on apelloit
l'Ile aux Juifs ; cette petite Ifle , qui n'étoit
proprement qu'un attérissement contenant
environ un demi quartier de
terre, étoit
la même qui fut dans la suite nommée l'Ifle
aux Treilles , parce qu'on y planta de la
Vigne. Elle fut aussi nommée l'Ile de Bussy ,
à cause du Moulin de Bussy, qui étoit auprès,
elle étoit séparée de la grande Ifle par un petit
bras de la Riviere ; mais sous Henry III .
l'an 1578. lorsque ce Prince fit commencer
le Pont-Neuf, ce petit bras de Riviere fut
comblé , & la petite Ifle jointe à la grande ,
au moyen de quoi elle fait aujourd'hui une
partie du terrain de la Place Dauphine , ainsi
que le remarque M. de la Mare , Traité de la
Police Tom. I. Liv. 1. Tit . 6. p . 82 .
Ce que ces Historiens raportent conce
Rant
DECEMBRE . 1739 2751
nant cette Ifle , confirme ce que l'on vient
de dire sur l'origine du nom de la ruë de Galilée
, & justifie que ce Quartier étoit habité
par des Juifs ; & quand même ils n'auroient
pas habité la ruë de Galilée , elle auroit tou
jours pû prendre ce nom , de ce qu'elle conduisoit
à l'Ifle des Juifs.
Pour revenir à l'Empire des Clercs des Procureurs
de la Chambie des Comptes il n'est
pas douteux qu'il fut surnommé de Galilée ,
parce que les Officiers de cet Empire tenoient
leur Assemblée dans une Chambre
qui donnoit sur la ruë de Galilée ; mais comme
le dernier incendie de la Chambre des
Comptes a obligé de démolir tout ce qui
restoit des anciens bâtimens, & qu'on donne
une autre disposition à ceux qu'on construit
actuellement dans la même place , on ne
sçait pas encore dans quelle partie de ces
nouveaux Bâtimens l'Empire de Galilée
tiendra ses Assemblées. On s'assemble actuellement
aux grands Augustins , où la
Chambre des Comptes tient ses Séances par
interim. Mais l'année prochaine 1740. la
Chambre & tous ses Officiers , doivent reprendre
leurs Séances ordinaires dans les nouveaux
Bâtimens du Palais , auxquels on travaille
.
,
Les Privileges accordés à l'Empire de Galilée
ne cédoient en rien à ceux de la Bazoche
,
2752 MERCURE DE FRANCE
che , le temps & les usages differens en ont
aboli la plus grande partie ; on ne pourroit
même en donner des preuves par écrit , les
Titres ayant été perdus par la négligence de
ceux qui étoient préposés pour en avoir soin.
On trouve néanmoins encore la preuve
que le Chef de cette Communauté de Clercs
portoit anciennement le Titre d'Empereur
de Galilée.
On voit dans les Registres de la Chambre
des Comptes , que le 5. Février 1500. elle
fit emprisonner un Clerc, Empereur de Galilée
, pour n'avoir pas voulu rendre le Manteau
d'un autre Clerc auquel il l'avoit fait
ôter. 5. Journ. Q. Regist. 2. Part. fol. 37.
Ce Chef prenoit encore le Titre d'Empe
reur en 1536. suivant le Journal 2. B. fol.
62. où il est dit que le 20. Décembre 1536 .
sur la Requête de l'Empereur & Officiers de
l'Empire de Galilée , la Chambre leur défendit
de faire les cérémonies accoûtumées à
l'occasion des Gâteaux des Rois.
Henry III . voyant que plusieurs Chefs
usurpoient le Titre de Roy, & en abusoient
jusqu'au point que quelques- uns marchoient
dans Paris avec des Gardes , entre autres le
Roy de la Bazoche , défendir qu'aucun de
ses Sujets prêt dorénavant le Titre de Roy.
Comme ce fut depuis cette défense qu'il n'y
cut plus de Roy de la Bazoche , &
que
le
Chancelier
DECEMBRE. 1739. 2753
Chancelier en devint le premier Officier , il
est probable que depuis la même défense , il
n'y eut plus aussi d'Empereur de Galilée .
La Communauté des Clercs des Procureurs
de la Chambre des Comptes , n'a pas laissé
de conserver toujours le Titre d'Empire de
Galilée , comme celle de la Bazoche , a conservé
celui de Royaume , quoiqu'il n'y ait
plus de Roy de ce nom- là.
L'Empire de Galilée a depuis long-temps
toujours eû pour ChefProtecteur & Conservateur
né de l'Empire , le Doyen des Conseilders
Maîtres des Comptes ; c'est à présent M.
Levesque, Doyen des Maîtres des Comptes,
qui est Protecteur de l'Empire.
M. le Procureur Géneral de la Chambre
des Comptes a soin de faire observer les Statuts
& Reglemens de l'Empire , de concert
avec le Protecteur.
La Chambre des Comptes a fait en divers
temps plusieurs Reglemens concernant l'Empire
de Galilée , & notamment au sujet des
Gâteaux que les Clercs faisoient faire le jour
des Rois.
Le 22. Décembre 1525. sur la requête des
Trésoriers Clercs de l'Empire , afin d'avoir
des
fonds
pour leurs Gâteaux des Rois , la
Chambre leur defendit d'en faire pour cette
année ni autres joyeusetés accoûtumées , à peine
de privation de l'entrée , &c. Journ. X.
fol. 267. verse.
Le
2754 MERCURE DE FRANCE
Le 8. Janvier 1529. la Chambre fit taxe à
un Patissier & à un Peintre, pour ce qui leur
étoit dû par un Trésorier de l'Empire. Journ.
*. fol. 43.
Le 10. Novembre 1535. sur la requête des
Supots de l'Empire de Galilée , la Chambre
ordonna qu'il seroit écrit au dos d'icelle
nihil par le Greffier, & qu'il leur sera fait défenses
de faire les Gâteaux , selon la coûtume
ancienne, pour la solemnité du jour des Rois.
Journ. 2. A. fol. 209 .
Le 20.Décembre 1536. la Chambre, sur la
requête de l'Empereur & autres Officiers de
l'Empire de Galilée , en ôtant & en abolissant
l'ancienne coûtume , leur défendit de faire
les Gâteaux des Rois & d'aller dans les maisons
des Officiers de la Chambre, ni autour de
la Cour du Roy , distribuer les Gâteaux ,
donner des aubades, à peine de privation de
l'entrée de la Chambre pour toujours & de
l'amende. Journ. 2. B. fol. 62 .
ni
Le 11. Décembre 1538. la Chambre permit
aux Officiers de l'Empire de faire les Gâteaux
des Rois , & d'en solemniser la Fête
modestement , comme il leur avoit été autrefois
permis d'ancienneté . Journ. 2.C.fol. 106 :
Le 27. Novembre 1542. la Chambre fit
encore défenses de faire les Gâteaux & solemnités
, & ordonna néanmoins que sur les
deniers, qui avoient coûtume d'être pris pour
cet
DECEMBR E. 2755 •
1739.
cet effet sur la recette des menuës nécessités ,
il seroit pris so. livres pour mettre dans la
Boëte des Aumônes , pour faire prier Dieu
pour le Roy ; ce qui fut ainsi ordonné nonobstant
les remontrances & opositions sur
ce faites par les Auditeurs. Journ. 2. D. fol.
48. verso.
Fol. 58. verso , ibid. est raportée une plainte
du Procureur Géneral , portant que les
Clercs avoient contrevenu ; sur quoi la Chambre
réïtera les mêmes défenses pour l'année
suivante. Fol. 138. verso.
Les Protecteurs de l'Empire de Galilée ont
aussi fait divers Reglemens concernant l'état
& administration de l'Empire ; les principaux
Reglemens sont des années 1608. & 1615
confirmés par des Lettres du mois de Septembre
1676. & renouvellés par un autre Re
glement en forme d'Edit du mois de Janvier
1705.
Ces sortes de Reglemens sont intitulés du
nom & des qualités du Protecteur, qui commence
par ce préambule de stile , A tous présens
à venir , salut , & c . Le dispositif porte
, A ces causes .... nous avons par ces présentes
, signées de notre main , dit , déclaré
& ordonné, disons , déclarons & ordonnons,
voulons & nous plaît , &c.
L'adresse du Reglement est conçue en ces
termes,Simandons à nos amés & feaux Chancelier
2756 MERCURE DE FRANCE
celier & Officiers dudit Empire, que ces présens
Articles de Reglement en forme d'Edit,
ils fassent lire , publier & registrer , & le
contenu en icelui faire garder & observer de
point en point , sans y contrevenir ; révoquons
, cassons & annullons tous autres Reglemens
où il se trouvera du contraire au
présent , & afin que ce soit chose ferme &
stable à toujours , nous avons signé ces présentes
, & icelles fait contresigner par l'un
des Secretaires des Finances dudit Empire &
sceller du Scel d'icelui ; & enfin le Protecteur
finit par ces mots , Donné à .... l'an
de grace.
de notre Protection le ....
ensuite le Reglement est signé par le Protecteur,
contresigné par le Secretaire des Finan
ces , & plus bas par le Greffier.
....
Pour l'enregistrement de ces Reglemens ,
le Procureur Géneral dudit Empire fait son
Réquisitoire en la Chambre du Conseil-le-
La Chambre des Compies , l'Empire y séant ,
c'est ainsi qu'on en fait mention sur le Registre
, & il intervient Arrêt à ce sujet en la
inême Chambre du Conseil. .
Le Protecteur rend aussi quelquefois des
Arrêts , qui sont proprement des Arrêts du
Conseil d'enbaut , par raport à ceux de l'Empire
; ils sont intitulés comme les Edits , & le
dispositif est conçû en ces termes : A ces
Causes le Protecteur ordonne , &c...
Pour
DECEMBRE. 1739. 2757
1
Pour ce qui est du dispositif des Arrêts
rendus en la Chambre de l'Empire , il est
conçû en ces termes : Le Haut & Souverain
Empire de Galilée ordonne , &c . & à la fin
il est dit , fait audit Empire. Et toutes les
Expéditions que le Greffier délivre , sont intitulées
: Extrait des Registres de l'Empire.
Les Jugemens que rendent les Officiers de
l'Empire , sur les contestations qui surviennent
entre ses Sujets & Supots , sont tellement
considerés comme de véritables Arrêts ,
que quelques Clercs refractaires ayant voulu
en differentes occasions éluder les peines
auxquelles ils avoient été condamnés par ces
Arrêts , & s'étant pourvûs à cet effet en differens
Tribunaux , & même à la Chambre
des Comptes , sans y avoir été écoutés , ils
se pourvurent en cassation au Conseil du
Roy, & sur leurs requêtes par Arrêt du Conseil
les Parties furent renvoyées devant Mrs du
Grand-Bureau de la Chambre des Comptes,
comme Commissaires du Conseil en cette
partie pour y juger les contestations .
Pour connoître le dernier état de la discipline
de l'Empire de Galilée , il faut consulter
le Reglement du mois de Janvier 1705.,
donné par M. Nicolas Barthelemy , Cheva- ,
lier , Seigneur d'Eves , Conseiller du Roy en
ses Conseils , Maître Ordinaire & Doyen de
la Chambre des Compes , qui remplissoit la
place
2758 MERCURE DE FRANCE
place de Protecteur de l'Empire depuis l'année
1699. il avoit rendurun Arrêt le 17. Juil
let 1704. portant que le projet de ce Regle
ment , ensemble le Tarif des Droits accordés
aux Officiers de l'Empire , seroient communiqués
à la Communaté des Pocureurs, ce qui
fut executé , & le Reglement en forme d'E
dit du mois de Janvier 1705. fut donné en
conséquence.
Suivant ce Reglement , le corps de l'Empire
eft composé de quinze Clercs , sçavoir,
le Chancelier , le Procureur Géneral , fix
Maîtres des Requêtes , deux Secretaires des
Finances pour signer les Lettres , un Trésorier
, un Contrôleur un Greffier & deux
Huissiers ;tous ces Officiers sont ordinaires,
& non servant par semestre.
Lorsque le Chancelier actuellement en
place donne sa démission , ou que sa place
devient autrement vacante , on procede à
l'Election d'un nouveau Chancelier , à la
requisition du Procureur Géneral ; cette Elec
tion se fait, tant par les Officiers de l'Empire,
que par les autres Clercs actuellement travaillant
chés les Procureurs de la Chambre ;
les Procureurs , qui ont autrefois poffedé des
Charges de l'Empire , peuvent aussi assister
à cette nomination , & y ont voix déliberative.
Celui qui est élû Chancelier , prend des
ProDECEMBRE.
1739 2739
Provisions du Protecteur de l'Empire , &
lorsqu'elles sont signées & scellées , il les
remet à un Maître des Requêtes , qui en fait
le raport en la forme suivante.
M. le Doyen des Maîtres des Comptes ;
Protecteur , prend place au grand Bureau de
la Chambre des Comptes , où il occupe la
place de M. le Premier Président. M. le Procureur
General de la Chambre prend la premiere
place à droité sur le Banc des Maîtres
des Comptes .
Le Maître des Requêtes , chargé des Lettres
du Chancelier , en fait son raport devant
ces deux Magistrats , l'Empire assemblé &
présent , sans néanmoins siéger .
Le Chancelier se présente , & fait une
Harangue à la Compagnie ; ensuite il prend
séance à côté du Protecteur , & se couvre
d'une toque , ou petit chapeau de forme assés
bizare.
Le Protecteur l'exhorte à faire observer
les Reglemens , ensuite il est conduit à
l'Empire assemblé dans la Chambre du Conseil
, où il prête serment ès mains du plus
ancien des Chanceliers de l'Empire , mandés
& convoqués à cet effet ; il fait aussi un Dis
cours à l'Empire .
Il en coûte ordinairement à celui qui est
reçû Chancelier quatre ou cinq cent livres
pour sa Réception : il pourroit néanmoins se
dis2760
MERCURE DE FRANCE
dispenser de faire cette dépense , ainsi que
plusieurs l'ont pratiqué .
Un , des Privileges du Chancelier , c'eft
que lorfqu'il fe fait recevoir Procureur en la
Chambre des Comptes , fes Proviſions font
fcellées gratis en la Grande Chancellerie de
France , comme celles du Chancelier de la
Bazoche.
Quand la place de Chancelier n'eft pas
remplie , c'eft le plus ancien Maître des
Requêtes qui préfide en la Chambre de
l'Empire .
Il n'y a que le Chancelier, les Maîtres des
Requêtes & les Secretaires des Finances
qui ayent voix déliberative dans les Affemblées
; ils ne peuvent nommer aux Charges
de l'Empire deux Clercs d'une même Etude,
fans avoir obtenu pour cela des Lettres de
Difpenfe du Protecteur .
Les Officiers de l'Empire qui se retirent
de la Chambre , ou s'en absentent pendant
fix mois , ne peuvent plus prendre la qualité
d'Officiers de l'Empire.
Les Offices ne sont point dûs à l'ancienneté
, ils sont électifs , & ne doivent être
accordés qu'à ceux que l'on en trouve dignes.
On ne peut choifir que parmi les Officiers
de l'Empire
, pour remplir
les Charges
de
Chancelier
& de Procureur
Géneral
.
Les
DECEMBRE . 1739 2761
Les nominations aux Offices vacans se
font par le Chancelier , les Maîtres des Requêtes
& les Secretaires des Finances , à la
requifition du Procureur Géneral de l'Empire
; & au cas que la Charge de Procureur
Géneral fût vacante , sur la requifition du
dernier Maître des Requêtes.
Ceux qui veulent se faire pourvoir de quelque
Office de l'Empire , doivent d'abord
obtenir des Lettres de Provision , signées du
Protecteur , expediées par l'un des Secretaires
des Finances du Conseil , & scellées &
visées par le Chancelier.
On n'admet aux Offices de l'Empire que
des Personnes de bonne vie & moeurs , &
de la Religion Catholique , Apoftolique &
Romaine : un Maître des Requêtes , commis
par l'Empire fait une information des vie &
moeurs du Récipiendaire , après quoi il eſt
examiné par les Officiers qui ont voix déliberative
; & s'il eft jugé capable , à la plura
lité des voix , on lui fait prêter serment de
vant les Officiers de l'Empire.
Tous les Jeudis au natin l'Empire s'affemble,
après que Mrs de la Chambre des Comptes
ont levé ; quand il eft Fête le Jeudi¸ l'Assemblée
se tient la veille .
Les Officiers de l'Empire , & autres Clercs
de la Chambre des Comptes , lorsqu'ils entrent
en la Chambre ou à l'Empire , sont
obligés
2762 MERCURE DE FRANCE
obligés d'avoir le Bonnet de Clerc , qui eft
une espece de petit chapeau , ou toque , &
le manteau percé, c'est - à- dire, une robe noire
, qui ne leur va que jufqu'aux genoux :
ceux qui se présentent autrement , sont condamnés
à une amende de quinze sols pour
la premiere fois , de trente sols pour la seconde
, & pour la troisième , d'un écu , ou
plus grande peine s'il y échet.
Lorfque les Officiers de l'Empire sont
affemblés , ils vaquent d'abord au jugement
des Procès & Differends d'entre les Supôts
& Clercs : les opinions fe prennent par ordre
, à commencer par le dernier reçû .
Quand il n'y a pas de Procès à juger , ou
après qu'ils sont jugés , les Maîtres des Requêtes
sont tenus de proposer à la Compagnie
chacun quelque difficulté sur les Finances
, pour entretenir le Bureau pendant
une demie-heure , & alors il eft permis à
tous les Supôts d'affifter au Conseil , de dire
leur avis sur les difficultés , ou d'en proposer
, sans toutefois prendre rang ni séance
avec les Officiers de l'Empire.
Le Chancelier donne à un Maître des Requêtes
quelque Queſtion de Finance , pour
entretenir l'Empire le Jeudi fuivant , & le
Greffier en fait mention sur son Regiftre..
Aucun Officier n'eft difpensé du Service ,
qu'en cas de légitime empêchement , sur
peine
DECEMBRE. 1739 : 2763
peine de cinq sols d'amende chacun , payable
sans déport au Trésorier des Finances ;
on doit dans huitaine se purger par serment
de l'empêchement , & en cas de maladie ,
quinze jours après la convalescence ; ces
délais paffés , ils ne sont plus reçûs à se
purger.
Les Clercs nommés aux Charges de l'Empire
, sont tenus de les accepter , à peine de
quinze livres d'amende , payable fans déport.
Les Officiers qui paffent un ou deux mois
sans faire leur Service , & sans se purger par
serment , sont déclarés indignes & incapables
de poffeder à l'avenir aucunes Charges
de l'Empire , condamnés en quinze livres
d'amende , déchûs de leurs Offices , obligés
de remettre leurs Provifions au Protecteur ,
& on procede à la nomination de leurs succeffeurs.
Lorfqu'un Officier , Clerc , ou Supôt de
l'Empire , donne queique marque de mépris
, ou tient des propos injurieux à l'Empire
, le Procureur Géneral doit en faire informer
à sa requête ; & sur les informations
vûës & raportées au Protecteur , il ordonne
ce qui convient selon le délit .
Les Officiers qui font convaincus d'avoir
déclaré les Déliberations & Avis du Conseil,
sont pour la premiere fois amendables de
I.Vol. B foi2764
MERCURE DE FRANCE
foixante fols , & pour la feconde , privés de
leurs Charges & déclarés indignes de poffe.
der aucun Office de l'Empire.
Tous les Clercs de la Chambre des Comp
tes , sont tenus de faire enregiſtrer au Greffe
de l'Empire le jour de leur entrée en la
Chambre , & de payer les Droits dûs à l'Empire
, dès qu'ils entrent chés les Procureurs
& viennent à la Chambre : les fils des Procureurs
font feuls exempts de ces Droits.
Les Officiers de l'Empire font auffi en
poffeffion de se faire payer un Droit par les
Commis des Comptables qui entrent à la
Chambre , par les Officiers , Commissionaires
, Comptables , leurs Contrôleurs , & tous
ceux qui prêtent serment en la Chambre
lorsqu'ils s'y font recevoir , & par les Comptables
, lorsqu'ils présentent leur premier
Compte.
On paſſe ici pluſieurs Articles du Reglement
de 1705. qui ne concernent que l'Adminiftration
des Finances de l'Empire , & les.
Comptes qui en doivent être rendus , parce
que ce détail seroit trop long & peu intereflant.
Nous remarquerons feulement que par
les anciens Comptes du Domaine du Roy ,
on voit que les Officiers de l'Empire avoient
droit de prendre tous les ans 200. liv . sur le
Domaine , mais ils ne joüiffent plus de ce
beau Droit. II
DECEMBRE. 1739 2765
Il eft défendu par les Reglemens de l'Empire
, à tous les Clercs de la Chambre de
porter l'épée ; & au cas qu'ils fuffent trouvés
en épée dans l'enclos de la Chambre , ils font
condamnés en 32. fols d'amende pour la
premiere fois , & à 3. liv. 4. fols pour la seconde
, même àà pplluuss grande peine s'il y
échet.
Le Coffre des Archives , Titres & Regiſtres
des Arrêts & Déliberations de l'Empire , eft
fermé à deux clefs , dont l'une eft entre les
mains du Chancelier , l'autre entre les mains
du Greffier.
On fait tous les ans dans la Chambre de
l'Empire , la lecture des derniers Reglemens ,
la veille de la Fête de S. Charlemagne , ou
quelqu'un des jours fuivans , en préfence de
tous les Clercs & Supôts de l'Empire .
Les Officiers de l'Empire , & tous les Sujets
& Supôts , célebrent tous les ans dans
la Ste Chapelle Baffe du Palais , la Fête de
l'Empire , le 28. Janvier , jour de la mort de
S. Charlemagne : ils ont , fans doute , choifi
ce Patron , parce qu'il étoit Empereur , &
pour faire allufion à l'Empereur & à l'Empire
de Galilée .
On prétend que le jour de cette Fête ,
l'Empereur avoit droit de faire placer deux
canons dans la Cour du Palais , & de les
faire tirer plufieurs fois' ; mais ce n'eft qu'u
Bij
ne
2766 MERCURE DE FRANCE
ne Tradition , dont on n'a point de preuve
écrite .
Voilà tout ce que j'ai pû reçueillir au sujet
de l'Empire de Galilée , établi en la Chambre
des Comptes de Paris : j'ignore s'il y a
de pareils Empires dans les autres Chambres
des Comptes du Royaume ; s'il y avoit quelque
chofe de curieux à remarquer fur les
Clercs des Procureurs de ces autres Chambres
des Comptes on invite ceux qui en
ont connoiffance , d'en faire part au Public ,
par la voye de ce Journal.
*XXXXXXXXXXXXXXXXEXXX
LE CHAT ET LA SOURIS.
FABLE.
'Oeil vif , Podorat sûr , l'oreille ouverte &
L'Oci droite
,
Un Chat fripon guettoit une jeune Souris ;
Ce petit animal cherchoit une retraite ,
Et fuyoit depeur d'être pris.
Pour la fuivre , le Chat s'élance avec viteffe
Saute , retombe , écoute , fent ,
Epuife tous les tours , redouble ſa fineſſe ,
Rampe vers elle avec foupleffe ,
Lui jette tout à coup & la griffe & la dent;
Il la tuë , & des yeux il l'avale , il l'excroque ;
Děja
DECEMBRE. 1739. 2767
Déja fous les dents il la croque ,
Auffi - tôt le dégoût le prend ,
Il la laiffe fur la pouffiere .
Il defiroit ... Mais le defir fouvent
Eft plus réel , que le bien qu'on efpere.
Par M. l'Abbé Tart.
A Rouen ce 26. Août 1739 .
Ꭳ
LETTRE de M. J. M. écrite aux Auteurs
du Mercure , sur les Académies
Litteraires d'Italie.
O
Na vû , Messieurs , avec plaifir , ce
que vous avez inseré dans votre premier
Journal de l'année 1732 , au fujet des
Académies Litteraires d'Italie , & surtout
le dénombrement de celles qui ont pris des
Noms , qui paroiffent bizares & extraordinaires
surquoi vous avez fait une réflexion
judicieuse , qui eft qu'il ne faut jamais rien
censurer sur de fimples aparences , & qu'on
doir préfumer que des Italiens, naturellement.
fpirituels , & des Italiens , Gens de Lettres,
n'auront pas donné au hazard de pareils
noms à leurs Etabliffemens Académiques . Il
- Mercure de Janvier 1732. p. 123. &ſuiv.
Bij ek
2768 MERCURE DE FRANCE
eft bon , ajoûtez - vous , de fufpendre làdeflus
notre jugement , jufqu'à ce qu'il
vienne là - deffus quelque bonne inftruction .
Ces dernieres paroles m'ont déterminé à
vous faire part d'un Mémoire que je garde
depuis longtemps dans mon Cabinet , &
que je crois très- propre à inftruire le Public
fur le fujet en queftion ; il porte même le
nom d'Instruction , & c'en étoit une en effet,
laquelle a été composée en faveur d'un Voyageur
de diftinction , de la main duquel je la
tiens. L'Original eft en Italien , & très- conforme
à la Copie que je vous envoye dans
la même Langue , fauf à vous , Meffieurs ,
de préfenter à vos Lecteurs cette Piéce traduite
en François , pour la fatisfaction du
plus grand nombre .
INSTRUCTION donnée à Rome en l'année
1680. à un Voyageur curieux , concernant
les differentes Académies de la Ville de
Rome.
Il y a eû plufieurs Académies , qui dans
ces derniers temps ont été floriflantes dans.
Rome , lefquelles doivent leur naiſſance à
des Hommes diftingués par leur Doctrine, &
par leur élevation : mais pour abreger ce
Discours , je m'attacherai feulement à expofer
ici les Emblêmes & les Devifes de quelques-
unes de ces Académies , & j'en donnerai
DECEMBRE. 1739. 2769
nerai l'explication de la maniere la plus fimple
, laiffant à part les autres circonſtances
, & c.
GL'IMPERFETTI , les Imparfaits.
Cette Académie s'établit dans le College,
apellé de la Sapience , par les foins du Docteur
Angelucci , qui la foûtint pendant quelque
temps dans un grand luftre ; mais ce
Docteur ayant été fait Evêque , l'Académic
difcontinua peu à peu fes Exercices , & elle
ne fubfifte plus aujourd'hui . On l'avoit nommée
des Imparfaits. Son Emblême étoit la
Lune dans fon croiffant , avec ces paroles ;
Clariora videbis. Pour fignifier , que quoique
la capacité de fes membres ne fût pas
parfaite , ils efperoient cependant par leur
application , de mettre au jour des Ouvrages
plus brillans & plus lumineux que l'Aftre
même dont ils avoient pris le symbole.
FANTASTICI , les Fantafques.
L'Académie de ce nom fût établie dans le
Monaftere des Saints Apôtres des Religieux
conventuels de S. François , ayant pour Emblême
une Toile à peindre , toute nuë &
posée fur un chevalet , avec ces paroles
d'Horace Quidlibet audendi. L'Emblême
fait allufion au Paffage entier de ce
Poëte :
Biiij
...Pic2770
MERCURE DE FRANCE
• Pictoribus atque Poëtis
Quidlibet audendifemper fuit aqua poteftas:
& donne à entendre , que comme le Peintre
eft le maître de tracer für une Toile d'attente
tout ce que fa fantaiſie
pourra
lui
fuggerer ,
de même le Poëte peut mettre fur le papier
tout ce que fon imagination
voudra lui fournir
d'agreable
& d'ingenieux.
HUMORIS TI.
Les Humoristes , ou les Fantafques , autre
'Académie Romaine , differente de celle dont
on vient de parler , s'affembloient dans la
Maifon du Seigneur Mancini , & avoient
pour Emblême une Nuë attirant les vapeurs
de la Mer , pour Devise : Reddit agmine.
Le sens eft , que comme l'Eau de la Mer ,
en perdant son âcreté & sa salure dans la
nuë , devient une pluye douce & argréable,
la Science , d'elle-même souvent épineuse ,
& difficile à pénetrer , en paffant , pour ainsi
dire, par l'alambic de l'efprit, & des differentes
humeurs des Académiciens , se change
en un doux fleuve d'Eloquence & d'Erudition
.
Les deux Académies des Fantaſques &
des Humoriftes ne subsistent plus. On ne
voir plus dans Rome que celles qui suivent.
INS
DECEMBRE. 1739 2770
y
INFECONDI , les Steriles.
à à Rome deux Académies de ce même
nom. La premiere fût d'abord établie
dans le Convent de Ste Marie in Campitelli.
Quelques Académiciens fe détacherent ensuite
, pour aller tenir leurs Séances au Monaftere
de S. Charles , ce qui forma un fecond
Corps. L'un & l'autre fe réuniffent cependant
sous le titre commun de Congregation
établie en l'honneur de Notre - Dame
des Neiges , & ils ont pour Symbole une
Pluye de Neige qui tombe sur un champ. La
Devise eft , Germinabit.
On veut faire entendre par- là , que com
me la Neige fertilise un champ ensemencé ,
ces Académiciens , auparavant fteriles par
raport aux Sciences , pourront devenir féconds
en Doctrine , par la protection de la
Ste Vierge , dont ils honorent particulierement
la mémoire le 5. Août , jour deſtiné à
la Fête de Notre - Dame des Neiges.
INCAMINATI , les Acheminés.
Une nouvelle Académie fût ouverte l'année
1679 , dans une Maison particuliere ,
sous le nom de Incaminati. Son Emblême
Zodiaque , avec le Soleil qui parcourt
La Ligne Ecliptique , & ces paroles : Numquam
deffluit. L'Allufion eft , que comme le
Soleil
Bv
2772 MERCURE DE FRANCE
Soleil dans sa course ne s'écarte jamais de
son chemin de même ces Académiciens
ayant commencé la carriere de l'Etude, ne se
fourvoyent jamais du droit sentier dans le
quel ils sont une fois entrés .
LINCEI , les Lynx.
Dès le commencement de ce siècle , Ro
me vit l'Etabliffement de la célebre Académie
des Lynx. Inftituita , dit l'Original Italien
, da Federico Cefi Duca d'Aqua Sparta ,
Homme consommé dans l'Etude des Sciences
& des Belles Lettres , Amateur des Sçavans,&
c. Les Hommes les plus recommandables
en Doctrine, tant de l'Italie que des autres
Pays , étoient Membres de cette Académie .
Leur Etude étoit toute consacrée à la recherche
des Secrets de la Nature , & à faire de
nouvelles Découvertes utiles. C'est dans cet
esprit qu'ils prirent pour Symbole un Lynx
Animal qui surpaffe tous les autres par la
bonté de sa vûë , & c. sans aucunes paroles
, parce que l'Emblême parle d'ellemême
, & n'a besoin d'aucune explication
.
INTRECCIATI , les Entrelassés.
L'Académie de gl'Intrecciati , tient ses
'Assemblées dans la Maison de M. Campana,
Profeffeur en Droit de la Sapience . Son Emblême
FO DECEMBRE . 1739. 2773
blême est une Haye composée de fleurs ,
lefquelles la fortifient & l'ornent en même
temps ; ce qui convient aux Académiciens
qui
mêlent l'étude des Belles Lettres à celle
des Loix Civiles , qui fait leur principale
Occupation.3 1.973.
Il doit , ce mé semble , résulter de cette
Inftruction , qui s'accorde parfaitement avec
la Lettre de M. Riccoboni , inserée dans le
même Mercure de Janvier 1732. que les
Noms les plus extraordinaires des Académies
Italiennes ,pceffent de paroître tels
quand on fçait l'Emblême qui eſt pars
ticuliere à chaque Académie. Ges noms bizares
qui les diftinguent entre- elles , & qui
les caractérisent , qui paroiffent même ridicules
en France , n'ont en effet d'autre fondement
que l'Emblême ou la Devise avec
l'Allufion qui eft reçûë par l'Académie lors
de son Etabliſſement. Il faut cependant convenir
, que ces differentes Devises & Allu
fions ne sont pas toutes également juftes &
heureuses , & que
dans quelques- unes il
peut être entré un peu de caprice de la part
des Inventeurs , ce qu'on ne peut pas
particulier des Emblêmes des Lyncei de Rome,
& des Diffetuosi de Boulogne , dont la
jufteffe faute aux yeux : mais j'avoue, encore
une fois , que les Emblêmes & les Allufions
dont sont venus les noms de Fantaftici ,
В vj
dire en
Hu
2774 MERCURE DE FRANCE
4
:
Humoristi, Infecondi , & c. peuvent raisonnablement
paffer pour trop recherchées ,
même ridicules dans le goût & le génie
François mais elles sont conformes au génie
& au caprice des Italiens , les plus spirituels
, qui se plaisent à ces jeux d'esprit ,
sans s'embaraffer du grand précepte d'Horace
, qui doit s'appliquer à tout genre de
compofition.
Scribendi rectè , sapere eft principium & fons.
Ce qui n'empêche pas que les Inventcurs
de ces fortes de choses ne scachent donner
toute l'attention & tout le sérieux qui convient
aux Sciences , aux temps , aux Lieux ,
& aux Personnes avec lesquelles ils se trou
vent en relation . Je suis , & c .
A Dijon le 16. May 173.26
Le Public sçaura , sans doute , avec nous,
bon gré à l'Auteur de cette Lettre , de . Finstruction
qu'il a bien voulu nous communiquer
nous souhaitons que son exemple soit
imité , & que nous puiffions enfin être pleinement
inftruits , au sujet de toutes les differentes
Académies d'Italie , lesquelles ont
chacun , son nom particulier , fondé , comme
nous venons de le voir , sur une Emblême
ou Devise , avec son Alluſion , &c. ce
qui peut fournir un Morceau d'Hiftoire
Litte
DECEMBRE. 1739 2779.
>
Litteraire , des plus curieux. En attendant
du Pays même ou de quelque habile
Voyageur , l'Inftruction générale dont il
s'agit ici , nous nous contenterons d'indiquer
à nos Lecteurs le Catalogue général des
Académies d'Italie , donné par Jarckius ,
qui en fait monter le nombre à plus de
cinq cent. Ce Catalogue a été imprimé à
Lipfic , 1. vol. in - 12 . en 1725 , sous le titre
de Specimen Hiftoria Academiarum Italia.
Nous profitons de cette occasion , pour
avertir que nous avons formé le deffein de
parler hiftoriquement de toutes les Acadé
mies Litteraires de l'Europe , établies dans
, le fiècle paffé , ou dans celui - ci , en commençant
par la France. Nous avons déja
donné dans notre Journal tout ce qui regarde
les trois célebres Académies de Paris ,
& nous aurions continué par les differentes
Académies qui ont été fondées dans plufieurs
Villes du Royaume , en suivant l'ordre
des temps , fi nous n'avions été arrêtés
par cet ordre même , & par d'autres circonftances
, dont nous ne fommes pas en
core affés inftruits . Nous prions done toutes
les Personnes qui prennent quelque interêt
à ces Etabliſſemens faits dans le Royaume ,
de vouloir bien nous donner à l'adreffe du
Mercure , les éclairciffemens néceffaires
pour
en parler exactement & folidement. Nous
›
↓
de
2776 MERCURE DE FRANCE
demandons sur tout les dates juftes de leur
origine , l'occasion qui les a fait naître , leur
principal objet , les noms des premiers Protecteurs
, & des premiers Académiciens. Il y
a eû des Académies dans quelques Villes de
France,qui ne subsistent plus aujourd'hui ; par
exemple , à Arles , à Nîmes , à Avignon , à
Angers , à Villefranche , en Beaujolois , à
Caën , &c. C'eſt sur ces Académies éteintes,
qui peuvent se relever un jour , que nous
avons le plus besoin d'inftruction . Nous passerons
ensuite à celles des Pays Etrangers,
sur quoi nous avons déja plusieursMémoires.
RONDEAU
A Mlle Guillot , qui en avoit demandé un à
l'Auteur.
DESEs Vers j'allois prendre congé ,
Par Rousseau même encouragé ;
Souvent lire eut l'art de me plaire ;
Mais pour Rondeaux , jeune Glicere ,
Prix ne me fut onc adjugé .
Qui trop les prise est enragé ;
Oui , j'aimerois mieux mon congé ,
Et pour toujours cesser de faire
Des Vers
DECEMBRE . 1739 2771
Je ne sçais si c'est préjugé ;
Mais un refrein bien dirigé
N'est pas un Ouvrage ordinaire ;
Entre deux mille , un seul prospere ,
Et pour le reste , il est rongé
Des Vers.
Des Courbes
****************
SUR LA QUESTION si les anciens
Gaulois parloient Grec , &c.
UN
N de mes amis , avec qui je lis quel
quefois les Ouvrages Périodiques ,
m'est venu trouver ce matin , pour me faire
voir , disoit- il , dans le Mercure d'Août que
les anciens Gaulois parloient Grec. Je lui ai
répondu que j'étois persuadé que le Grec a
été fort commun dans certaines Contrées de
la Gaule , sur tout dans celle qui est arrosée
du Rhône & de la Méditerranée . Ce n'est
pas de quoi il s'agit , m'a -t'il dit , on parloit
Grec dans toute la Gaule , & c'étoit la Langue
vulgaire . J'ai voulu réfuter ce Paradoxe;
il s'est formé entre nous une espece dé Dialogue
, dont je vais vous rendre compte en
désignant son nom par A , & le mien par R.
A. Les Gaulois parloient Grec , cela est
fondé
278 MERCURE DE FRANCE
fondé sur des autorités incontestables. Voyez
les Commentaires de César , au sixićme Livre
de la Guerre des Gaules , il y est raporté
que les affaires publiques & particulieres se
traitoient par écrit en Grec chés les Gaulois .
R. Vous ne trouverez point cela dans César,
à l'endroit que vous me citez, ni ailleurs .
Ce Conquérant remarque qu'il n'étoit point
permis aux Druides de mettre en lumiere les .
connoissances qu'ils avoient acquises pendant
le cours de leurs Etudes , & que pour
ce qui regardoit les affaires ordinaires , les
Gaulois se servoient de Caracteres Grecs ,
(Græcis litteris utuntur. ) Si vous l'entendez
autrement, vous direz donc aussi qu'on parloit
Grec dans l'Ile de la Grande - Bretagne ,
puisque du temps de César elle étoit l'Académie
ordinaire des Druides ? Il faudra dire
en même- temps que les Suisses parloient
Grec , parce que César , au premier Livre de
ses Commentaires, a dit qu'on lui aporta des
Registres écrits en Grec, qu'on avoit trouvés
dans le Camp des Helvetiens. In Castris
Helvetiorum tabula reperta sunt litteris Gracis
confecta & ad Cæsarem perlata.
A. Vous tirerez telle conséquence qu'il
vous plaira , mais. l'Auteur de la Lettre insérée
dans le Mercure, vous cite d'anciens Auteurs,
qui ont dit que les Galates ou Gallo- Grees
loient la même Langue qu'on parloit
Treves
DECEMBRE. 1739. 2770
Treves , donc on parloit Grec à Treves &
dans la Gaule.
R. Quelle erreur ! voyez au cinquième
Livre des Commentaires de César , le stratagême
dont il se servit pour faire tenir sûrement
une Lettre à Ciceron , qui étoit en Hainaut.
Ce stratagême fut de lui écrire en Grec,
afin que s'il arrivoit que sa Lettre fût interceptée,
les Gaulois ne pûssent rien comprendre
à ses desseins . Hanc Gracis conscriptam
litteris mittit , ne interceptâ Epistola, nostra ab
hostibus consilia cognoscantur. Donc les Gaulois
, du moins les Belges , n'entendoient pas
le Grec. Cela est sans réplique . Mais pour
mieux vous convaincre , trouvez bon que je
vous fasse une question. Convenez- vous que
César sçût le Grec ?
A. Il le sçavoit , sans doute, puisque vous
venez de remarquer qu'il écrivit en Grec à
Ciceron, & que j'ai lû dans Suetone qu'il parla
en Grec à Brutus,lorsqu'il le vit venir sur lui
* un Poignard à la main.
R. César n'avoit donc pas besoin d'Interpretes
pour parler aux Gaulois ? A. Non.
R. C'est-là où je vous attendois. Ouvrez
vous-même les Commentaires de César , &
voyez dès le premier Livre , qu'il conféroit
tous les jours avec Divitiac par des Interpre-
& que les ayant éloignés , Quotidianis
Interpretibus remotis , il confera avec ce Printes
,
2780 MERCURE DE FRANCE
ce Gaulois par C. Valerius Procillus , d'ex
traction Gauloise , dont il se servit encore
pour conferer avec Arioviste , comme vous
pouvez le voir à la fin du Livre. Or si Divitiac
avoit sçû parler Grec , César se seroit
passé d'Interpretes ; qu'en pensez - vous ?
A. Je laisse le soin de vous répondre à
l'Auteur de la Lettre , peut- être balanceroitil
vos preuves par d'autres . Par exemple , en
voici une de moi , j'alleguerai les siennes
après. On lit au 73. Chapitre du Livre de
S. Grégoire de Tours , intitulé , De Gloria
Confessorum. Que le mot de Cimetiere , Cameterium,
étoit Gaulois. Cemeterium apud Augustodunensem
urbem Gallicâ linguâ vocavit.
Or ce mot dérive du Grec xonтár , vous
ne sçauriez en disconvenir ; donc la Langue
Gauloise & la Grecque n'étoient qu'une seule
& même Langue.
R. Un jour je me promenois avec des Dames
; une d'elles me dit , ah , voici le Printemps
, je vois une Hirondelle ! C'est préciment
votre raisonnement. Cameterium est un
mot Grec , donc les Gaulois parloient Grec .
Mais qui vous dira que le mót n'est pas Celtique
dans son origine , & qu'il a été adopté
par les Grecs ? S'il ne falloit réfuter votre
exemple par une dixaine d'autres , je ne serois
pas
fort en peine. Voyons si les mots
Gaulois que je vais vous dire ont une racine
que
Grecque 1
DECEMBRE . 1739. 2751
Grecque. Comment s'apelloit un Pont par
toute la Gaule ? Brivas. C'eſt ainsi que vous
trouverez dans les Itinéraires & dans les anciens
Auteurs , Briva Isare , Pont- Oise ,
Bricas vetus , Brivas Hilaris , Brivodurum
Samarobriva , &c. Un Pont en Grec s'apelle
évpa, n'y trouvez - vous pas beaucoup de raport
avec Brivas ? Disons- en de même d'Osca,
un Clos , ( voyez votre même Grégoire de
Tours , au Livre cité , Chap. 79. ) Condate ,
ou Confluent de deux Rivieres. Dor,de l'eau,
Dun , une Montagne , ou une Fortereffe . Ces
mots n'ont-ils pas bien l'air Grec , auſſi -bien
que Bracas , ces amples haut - de- chauffes
que portent nos Paysans Auvergnacs , &
qu'ils nomment de-las -Brayas ? Ajoûtons - y ,
si vous voulez , Gergovia , Crotoniat, Vercingetorix
; de quelle Dialecte sont ces noms, s'il
vous plaît ? Mais pour vous faire un parallele
plus frapant encore , voici la Vie des Empereurs
de Suetone , lisez le dernier Chapitre
de la Vie de Vitellius , vous verrez qu'il périt
par Antonius Primus, qui dans sa jeunesse
, avoit eû à Toulouse le nom de Becco!
Que signifioit Becco en Langue Gauloise ?
Suetone vous l'explique . Gallinacei rostrum.
Un Bec de Coq. Nous avons conservé ces
mêmes mots comme vous voyez ; or un
bec en Grec se nomme ròpáupos, & un Coq
å drop. Cela reffemble à Becco, comme
3
2782 MERCURE DE FRANCE
Coq reffemble à un Elephant. Reconnoiffez
le Syftême de votre Auteur eft
donc que
bien
mal fondé
.
A. Mais répondez à votre tour à ce qu'il
vous dit d'après Archiloque , que les Gauois
avoient porté à la perfection les Elemens
de la Langue Grecque, & qu'Homere,
qui corrigea cette Langue & son Alphabet ,
en forma les Caracteres tels qu'il sont à présent
, tout semblables à ceux des Gaulois,
Donc les Gaulois avoient perfectionné la
Langue Grecque avant les Grecs .
&
R. Il n'eft pas difficile de détruire la conconséquence,
quand le principe eft faux. Archiloque
a dit tout le contraire de ce que
vous lui faites dire ; car cet Auteur nous
aprend que Cadmus , un peu avant la guerre
de Troyes ,aporta l'Ecriture en Grece , dont
Homere polit ensuite les caracteres ; car ,
dit-il , les premiers fentoient la barbarie ,
reffembloient plûtôt à ceux des Galates &
des Meoniens qu'à ceux des Pheniciens. Ei
foli , Homero , jus tributum emendandi caracteres
& nomina & Lingnam Gracam , quæ , ut
ferunt , Cadmus Samothrax fere barbara &
plena ruditatis attulit sub excidium Trojanum ,
cùm reversus effet àfugâ quam inierat , ob cersamen
quod illi prisca uxor intulerat , propter
nuptias superinducta harmonia , sunt ergo nunc
caracteres ab Homero formâ elegantiore ; nam
primi
DECEMBRE. 1739 2785
primi Barbariem quamdam vetuftam & non
Phanicam ferebant , quianihil Phanicum habent,
ut cernimus , sed Galatarum & Maonum
figuras retinent. Xenophon dit la même chose
, sçavoir , que Cadmus un peu avant le
guerre de Troyes,revenant de Phénicie , aporta
en Grece feize caracteres fort groffiers ,
plus reffemblans à ceux des Galates & des
Meoniens , qu'à ceux des Pheniciens. Cadmus
paulò ante ruinas Troja , Harmoniâ Samothrace
inclitas , qui de priscâ uxore ob Harmoniam
certamen paffus , rediens à Phaniciâ
detulit in Graciam primus sexdecim numero
litteras rudes , non Phanicas , sed Galatarum
& Meonumperfimiles caracteribus. Ces citations
doivent vous convaincre que l'Auteur
de la Lettre a pris le change , & que bien
loin que les Galates ou Gaulois ayent poli
les Elemens de la Langue Grecque, ils avoient
retenu leurs premiers caracteres du temps
d'Archiloque & de Xenophon , caractereres
groffiers , méconnoiffables , fi on les compare
aux Elemens Grecs corrigés par Homere
; mais comme les anciennes Inscriptions
des Grecs étoient écrites en caracteres
femblables à ceux des Galates , César a crû
que les Gaulois avoient emprunté l'ancien
Alphaber des Grecs.
A. Vous convenez donc du moins que les
Grecs originairement ont reçû leur Alphabet
des Gaulois ou Galates ? R.
2784 MERCURE DE FRANCE
›
&
R. Cela n'eft pas impoffible , car je remarquerai
d'après Solin ( & c'eft un Paffage
important ) que les Gaulois avoient occupé
cette Contrée d'Afie , nommée Galatie , dès
les premiers siécles : Galatiamprimis sæculis
Gallorum gentes occupaverunt. Nous igno
rons par quelle avanture ils en sortirent
mais ils tâcherent toujours d'y rentrer
enfin ils y parvinrent du temps de Nicomede
le Grand , Roy de Bithynie , au moyen de
ce qu'ils lui aiderent à conquerir le Pont &
la Paphlagonié, environ l'an 278. avant l'Ere
vulgaire. Le Pays qu'ils occuperent retint
alors le nom de Galatie , ils se rendirent
bien- tôt maîtres d'une partie de la Phrygie ,
de la Paphlagonie, de la Mifie & de la Cappadoce
; mais en occupant toutes ces contrées
de l'Afie mineure , ils ne firent que rentrer
dans leur ancien Domaine.
-
A. Vous prétendez donc que les Galates
du temps de Cadmus , habitoient dans le
voisinage de ces contrées que Ptolemée
apelle l'Asie proprement dite ?
R. Oui , cette Afie , proprement dite ;
n'avoit pas tant d'etenduë que les Géographes
modernes en donnent à l'Afie Mineucar
ils comprennent sous ce nom toutes
les Provinces qui font aujourd'hui renfermées
dans la Natolie, C'étoit -là le Siége des
anciens Galates du temps de Cadmus , & de
re ,
la
DECEMBRE. 1739 2785
la Guerre de Troyes , avant leur transmigration
; Les Troyens qui habitoient la Phrygie
étoient par cette raison leurs Alliés & leurs
Voisins. C'eft pourquoi Properce nous aprend
qu'il y avoit des Gaulois à la défense de
Troyes, Gallicus Iliacis miles in aggeribus. Et
fuivant Ovide , Priam fe retira en Gaule,Gallica
qui Phrygium duxit in arva senem, Će n'eft
point en Europe , où les Gaulois ne vinrent
que depuis , mais dans la Galatie , voifine de
la Phrygie, Qui sçait même ſi les Galates
les Phrygiens , les Meoniens & les autres
Peuples de l'Afie Mineure , n'étoient pas un
même Peuple fous differens noms , également
descendus de Gomer ? Ne seroit- ce
pas fur ce fondement qu'Orofe attribuë l'origine
des Troyens aux Gaulois ? & que cette
Nation transplantée dans le Pays que nous
habitons , prétendoit autrefois être fortie des
Troyens , auffi - bien que les Sicambres , dont
les François tirent leur origine ?
>
A. Insensiblement vous me meneriez dans
des recherches à perte de vûë ; revenons à
Cadmus ; à votre avis c'étoit un Chevalier
errant , qui dans ses caravannes , aprit des
Meoniens ou des Galates , l'art de former des
Lettres , & dont les Grecs ont pû dire :
C'eft de lui que nous vient cet art ingenieux
De peindre la pensée & de parler aux yeux.
R.
2786 MERCURE DE FRANCE
R. C'est précisément ce que je pense!
Mais obfervez que les mêmes figures servent
à differentes Langues, comme des fept notes
de Musique il se forme une infinité d'Airs.
A. Je vous prie de me lever une autre
difficulté. Pourquoi a-t- on nommé les Galates
Gallo- Grecs , eft-ce qu'ils habitoient la
Grece ?
R. Diftinguons. La Grece ne renfermoit
d'abord que le Territoire de l'Attique , &
pour le plus ce qui s'apelloit Hellas , avec la
Theffalie. Ensuite elle s'étendit jufqu'à comprendre
le Peloponese , l'Epire , l'Achaye ,
& la Macedoine , avec toutes les Isles Cyclades
& Sporades de la Mer Egée & de
l'Archipel. Quelque temps après , la Grece
s'étendit jusque dans l'Asie mincure , où la
Misie , la Phrygie , l'Eolie , l'Ionie , la Doride
, la Lidie , & la Carie furent considerées
comme des Provinces Grecques . Enfin , Alexandre
le Grand ayant conquis toute la Phry
gie , la Lidie , la Pamphilie , la Pisidie , la
Paphlagonie & la Cappadoce, 333. ans avant
l'Ere vulgaire , on peut mettre ces Provinces
où les Gaulois rentrerent sous Nicomede
le Grand au nombre de celles
qui formoient l'Empire de la Grece. Cependant
, si vous voulez la position précise
de la Galatie , la voici d'après Ptolemée.
Elle avoit à l'Occident , la Bithynie , & par-
,
cię
DECEMBRE. 1739. 2787.
tie de l'Afie proprement dite , au Midi la
Pamphilie , au Levant la Cappadoce , au Septentrion
le Pont Euxin . On y comprenoit la
Paphlagonie jufqu'au Pont - Euxin.
Comme l'Auteur de la Lettre insérée dans
le Mercure d'Août , p . 1773. abandonne son
sentiment au jugement du Public , je profite
de la liberté des fuffrages ; & fi cette Differtation
peut mériter les vôtres , je vous prie ,
Monsieur , de lui faire voir le jour.
R. D. R.
********************
DE PROFUNDIS traduit .
E's longtemps j'ai crié du profond de l'abîme,
Où je ſuis enfoncé par le poids de mon crime.
Aurois-je donc , Seigneur , pouffé des cris en vain ?.
Exauce ma Priere & me prête la main.
Si tu voulois de près regarder chaque offense ,
Qui pourroit soûtenir ta terrible présence ?
Je fçais que dans mon Dieu tout n'eft que charité ;
Ta juftice à regret punit l'iniquité.
J'ai toujours efperé dans le mal qui nous preffe ,
Que tu viendrois enfin dégager ta promeffe.
Dès le Soleil naifſant juſqu'à la fin du jour ,
J'attends ce temps heureux , temps de grace & d'amour.
I. Vol. C Où
2788 MERCURE DE FRANCE
Où tu répands sur nous ta grace en abondance , .
Je vois voler des Cieux les traits de ta clemence ...
Quels que soient les forfaits qu'Ifraël ait commis ,
Qu'il efpere en ton Nom , tout lui sera remis .
A* P*
SUR la Superfluité qui se rencontre dans les
Elemens Geometriques .
L'Societé
'Utilité
que la Géométrie
procure
à la
Societé
civile , fait que la plupart
des
jeunes Gens qui ont de l'esprit , de l'éducation
, & du goût pour les hautes Sciences
,
veulent
l'aprendre
, & prefque
perfonne
ne
la fçait , principalement
dans les Provinces
,
On a cependant
, pour s'en inftruire
, plus de
vingt Elemens
à choifir , où le génie de
lcurs sçavans
Auteurs
brille dans la fécondité
des Principes
: mais le superflu y regne
de telle façon , qu'on peut dire affûrément
,
qu'il y a peu de tous ces Elemens
qui ne dégoûtent
, parce qu'on n'y aperçoit
pas toujours
le véritable
sens de ce qu'on y enseigne.
Je fupose que les meilleurs pourront venir
par hazard entre les mains de ceux qui
ont deffein de s'y apliquer. Bien résolus
d'y
DECEMBRE. 1739. 2789
a'y donner toute l'attention requise , ils parcourent
avec empressement ce qui leur paroît
plus aisé . Ils lisent avec rapidité un
grand nombre de vérités facilement démontrées
sur la position de plusieurs lignes & de
plusieurs angles. Ils les voyent même avec
attache : & dans leur plus grande ardeur , ils
s'en dégoûtent par les difficultés qu'ils y
trouvent , en voici les raisons .
1º. Parce que ces verités dans plusieurs
Elemens , sont proposées & démontrées
d'une maniere séche , longue , & difficile à
retenir. Il y faut une aplication qui gêne infiniment.
Qui peut avoir obligé les meilleurs
Auteurs que nous ayons aujourd'hui sur ces
matieres , de mettre dans l'énoncé d'une
même Propofition , toutes les verités qui
peuvent avoir quelque connexité entre- elles ?
Il est vrai qu'on les démontre séparément
dans la Proposition : mais lorsqu'on aperçoit
13. ou 14. lignes dans son énoncé , un jeune
homme qui voit une si longue suite de termes
qu'il ignore , s'en trouve épouvanté : il
ne peut les retenir. Il faut donc qu'il voye la
démonſtration , avant qu'il puiffe sçavoir ce
qu'il s'agit de démontrer. Quelle réduction
!
2°. On trouve dans d'autres Elemens un
défaut tout oposé à celui - ci . On Y démontre
plusieurs Propositions les unes après les
Cij autres ,
2790 MERCURE DE FRANCE
autres , qui renferment en clles une même.
vérité expliquée differemment dans chacune.
Cela groflit un Livre de Géometrie . Cela arrête
le Lecteur à des inutilités , & il n'eſt
pas surprenant que cela dégoûte. Quoique
F'on ne doive proposer qu'une vérité dans
chaque Proposition , il n'eft cependant pas
néceffaire de démontrer en particulier celle
qui en eft un Corollaire.
3. Suposons que dans ces Elemens , les
Propositions y seront dans un nombre suffisant
, pour expliquer & démontrer avec un
ordre exact , tout ce qui eft effentiel dans la
Géométrie ; Que leur énoncé sera dans la ,
simplicité & la netteté requises ; Que les
Démonftrations seront courtes , faciles , &
d'une clarté à ne laiffer rien à deviner ;Voilà
tout ce qu'on peut souhaiter dans les autres.
Livres de Mathématique . Tout cela ne suffit
pas encore pour des Elemens de Géométrie.
Ce n'eft pas affés d'avoir , démontré clairement
une Proposition ; un jeune homme qui
en a bien conçû la démonſtration , ne veut
pas s'apliquer long-temps à credit. Il veut
sçavoir les proprietés & les usages de cette
Proposition , qui lui sont cachés. Il veut
sçavoir à quoi l'on en peut faire l'aplication,
Il faut un objet pour s'apliquer à quelque
genre de Science que ce soit. Un esprit qui
S'adonne de bonne foi à la Géométrie
२ est
DECEMBRE. 1739. 1791
un esprit qui cherche la verité , & qui veut
sçavoir quelles sont les suites de cette verité,
qu'on peut raisonnablement aprendre.
Concluons donc qu'un Livre propre à enseigner
la Géométrie , pour en tirer tous les
secours néceffaires à la vie civile , doit être
une aplication continuelle de la speculative à
la pratique. Que l'on devroit , suivant cette
maxime , réunir dans une juste précision ,
tout ce qu'on voit de meilleur dans la multiplicité
d'Elemens , aujourd'hui répandus
dans le Public. Que l'on doit faire connoître
l'utilité de ces Principes, immédiatement
après les avoir démontrés . Cette utilité une,
fois connue , augmentera le goût qu'on aura
naturellement pour la Théorie qui nous la
fait connoître , à proportion du progrès que
l'on y fera.
·*************************
LE GOUTEUX IVROGNE.
REDonce
CONTE.
Enonce au vin , fuis- en l'usage ,
Si tu veux éviter le dangereux.venin ,
Que suce tout le Genre humain
En avalant ce funefte Breuvage ,
Difoit jadis un grave Médecin ,
C iij Α
i
2792 MERCURE DE FRANCE
A certain fien ami déja sur le grand âge .
D'ailleurs , ajoûtoit- il , c'eft la source où tu prends
La goute qui depuis long- temps
Fait sur ton corps un si cruel ravage .
Le Vieillard écoutoit affés tranquillement ,
Même d'un faux semblant aplaudiffoit l'outrage ,
Que faifoit pen civilement
L'Eleve d'Efculape ,
Au jus que nous produit la grape ,
Et même bien honnêtement
Lui rend graces , le remercie
De l'avis qu'amicalement
Il lui veut bien donner pour garantir fa vie :
Mais quelques jours après le Docteur vigilant ,
Etant venu voir ſon Malade ,
Fort furpris de le voir de pots environné ;
Et bûvant à longs traits mainte & mainte rafade,
Que faites-vous , dit -il , juftement étonné ¿
C'est donc ainfi qu'on tient fa promeffe & fans
doute
Vous avez réſolu ? ... Mais , repart à l'inftant ,
Notre Ivrogne l'interrompant
Je taris , lui dit- il , la fource de ma goute..
Par M. P. J. T.V. de Rouen.
LET
DECEMBRE. 1739. 2793
LETTRE à M. le Marquis de Baschi ,
Seigneur d'Aubais , en Languedoc , au
sujet de la Typographie.
MONSIEUR ,
Ayant vû naître dans votre Province , dans
votre voisinage , & pour mieux dire chés
vous , L'Invention des Bureaux Typographiques
; ayant été témoin oculaire il y a quinze
à dix - huit ans , des progrès Litteraires du
petit Montcalm de Candiac , Prototypographe
, & votre parent , vous fûtes très - surpris
P'Eté dernier d'entendre nommer pour Inventeur
de la Typographie, des personnes, dont
vous n'avez jamais oui parler. J'eus à cette
occasion , Monsieur , l'honneur de vous dire
, que bien des amis , instruits aussi de la
vérité du fait , m'avoient conseillé de solliciter
un Privilege , pour constater la qualité
d'Inventeur Typographe , et que je n'avois
fait cependant aucun usage de ce Privilege .
Mais , le nombre de ces prétendus Inventeurs
augmentant tous les jours , j'ai crû , en faveur
de la nouvelle Méthode , & des Personnes
qui veulent la faire , pratiquer , devoir
suivre votre avis , & rendre public ce Privilege.
Pour cet effet j'ai eû recours au Mer-
C iiij Curc
2794 MERCURE DE FRANCE
cure de France, afin que toute l'Europe sçache
en même- temps que vous avez toujours
honoré de votre aprobation et de votre protection
l'Auteur et le Systême des Bureaux
Typographiques , et que vous sçavez il y a
bien des années , qu'on peut les varier à l'infini
sur tous les Arts et sur toutes les Sciences
, ainsi qu'on l'a fait voir dans la Bibliotheque
des Enfans , in- 4 °.
J'ai l'honneur d'être , &c..
PRIVILEGE DU ROY, accordé au
Sieur Dumas , Auteur & Inverteur du
Systême Typographique.
L
Quis , par
la Grace de Dieu , Roy de France
et de Navarre : A nos amés et féaux Conseillers
les Gens tenans nos Cours de Parlement , Maîtres
des Requêtes ordinaires de notre Hôtel , Grand-
Conseil , Prévôt de Paris , Baillifs , Sénechaux
leurs Lientenans Civils , et autres nos Justiciers
qu'il apartiendra. SALUT .
Notre bien-Amé le sieur Louis Dumas , de notre
Province de Languedoc , Licentié en Droit , Auteur
et Inventeur des Bureaux Typographiques , nous
ayant très-humblement fait remontrer qu'après avoir
travaillé & refléchi pendant plus de vingt- cinq ans
sur un nouveau Syistême , et sur l'invention des Bureaux
Typographiques étiquetés & garnis , tenant
lieu de Livres Elementaires , et contenant l'équivalent
de l'Ecriture par le moyen des Alphabets mobiles
et combinés suivant les sons de la Langue ,
pour l'instruction de la jeunesse , il souhaiteroit
faire graver , imprimer et donner au Public la Bibliotheque
DECEM BR E. 1739. 2795.
bliotheque des Enfans , on les premiers Elemens des
Lettres , comprenant le Systême des Bureaux Typographiques
, les étiquetes , la garniture , l'atiral , &
même le Bureau , l'Abregé dudit Systême , la maniere
de construire ledit Bureau Typographique, ensemble
le nouvel A. B. C. Latin et François , l'essai d'un
Rudiment pratique de la Langue Latine , l'introduction
génerale à la Langue Françoise , differentes
Piéces de lecture sur les premieres notions des Arts
et des Sciences , à l'usage de notre cher Fils LE DAU .
PHIN et DE NOS ENFANS DE FRANCE , ce qu'il ne
pourroit executer avec succès si chacun , indépendamment
de l'Auteur , avoit d'abord la liberté de
contrefaire & d'alterer à sa fantaisie lesdits Ouvrages
Typographiques en tant qu'étiquetés & garnis
pour l'exercice dudit Systême , et s'il ne nous plaisoit
lui accorder nos Lettres et Privilege sur ce nécessaires
, offrant pour cet effet de les faire graver
et imprimer en bon papier et beaux caracteres , suivant
la feirille gravée et imprimée , attachée pour
modele sous le contre- scel de ces Présentes .
A ces causes , voulant traiter favorablement ledit
sieur Exposant en considération de ses travaux &
de ses dépenses pour le premier établissement de
son Systême Typographique et dudit Bureau à Paris
et dans les Villes de Provinces , nous lui avons permis
et permettons par ces Présentes de faire graver
et imprimer , non seulement la Bibliotheque des
Enfans , ou les premiers Elemens des Lettres & le
Systême du Bureau Typographique , mais encore .
les étiquetes et garnitures , et tous les Ouvrages cidessus
spécifiés , ensemble la construction dudit Bureau
, en un ou plusieurs volumes , feuilles séparées
, conjointement , ou séparément , en autant de
fois que bon lui semblera , sur papier et caracteres
conformes àladite feuille gravée et imprimée et at-
Cv tachée
2796 MER CURE DE FRANCE
tachée sous notredit contre - scel , et de les vendre ;
faire vendre et débiter par tout notre Royaume pendant
le temps de six années consécutives , à compter
du jour de l'expiration du précedent Privilege.
Faisons défenses à toutes sortes de personnes de
quelque qualité et condition qu'elles soient , de
contrefaire , graver , imprimer , vendre , faire vendre
, débiter lesdites Etiquetes et Garnitures desdits
Bureaux Typographiques , ni lesdits Ouvrages , sous
quelques titres ou prétextes que ce soit d'imitation ,de
réduction , d'augmentation , où de réforme , et d'in-.
troduire les Ouvrages contrefaits , ou d'impression
étrangère dans aucun Lieu de notre obéïssance ,
comme aussi à tous Libraires , Graveurs, Imprimeurs
en Taille - douce et autres , d'imprimer , faire imprimer
, graver ou faire graver , vendre , faire vendre
, ni contrefaire lesdits Ouvrages ci - dessus exposés
, en tout ni en partie , soit par Extrait ou autrement
, sans la permission expresse et par écrir
que ledit sieur Exposant s'engage de donner gratuitement
par raport audit Bureau Typographique étiqueté
, et garni , à tous ceux qui voudront faire un
bon usage de son Systême & profiter des avis dudit
sieur Exposant, à peine de confiscation des Exemplaires
contrefaits, de trois mille livres d'amende contre
chacun des contrevenans , dont un tiers à Nous , un
tiers à l'Hôtel - Dieu de Paris , et l'autre tiers audit Exposant,
et de tous dépens , dommages et interêts .
A la charge que les Présentes seront enregistrées
tout au long sur le Registre de la Communauté des
Libraires et Imprimeurs de Paris dans trois mois de
la date d'icelles , que la gravure et impression desdits
Ouvrages sera faite dans notre Royaume et non
ailleurs , et que l'Impétrant se conformera en tout
aux Reglemens de la Librairie et notamment à celui
du 10. Avril 1725, et qu'avant que de les exposer
DECEMBRE. 1739. 2797
ser en vente gravés ou imprimés seront remis
dans le même état où les Aprobations y auront été
données , és mains de notre très- cher et féal Chevalier
Garde des Sceaux de France le Sieur Chauvelin
, & qu'il en sera ensuite remis deux Exemplai
res de chacun dans notre Bibliotheque publique, un
dans celle de notre Château du Louvre , et un dans
celle de notredit très- cher et féal Chevalier Garde
des Sceaux de France le sieur Chauvelin , le tout à
peine de nullité des Présentes , du contenu desquelles
vous mandons et enjoignons de faire jouir ledit
sieur Exposant ou ses ayant cause , pleinement et
paisiblement , sans souffrir qu'il leur soit fait aucun
trouble ou empêchement , &c . Du 17. Septembre
1736.
***
LES DEUX ROSSIGNOLS,
FABLE.
Dans le temps que tout reverdit ,
Que tout pullule en la Nature ,
Deux Rossignols ( à ce qu'on dit )
Brulant de l'ardeur la plus pure ,
Travailloient à bâtir leur Nid.
Jamais union plus parfaite
Ni plus aimables passe-temps.
Nuit & jour ce couple d'Amans ,
Va , vient , voltige , se fait fête ,
Se suit , se chasse , se becquete ,
C vj Et
2798 MERCURE DE FRANCE
Et cent fois , selon ses désirs ,
Cherche à varier ses plaisirs.
Modere , Amour , tes bienfaits si touchants ;
L'un de nos Rossignols ne sçauroit y suffire.
Le voila qui va par ses chants ,
Soulager son tendre martyre.
Mais quels chants ! quels accords ! quelle douceur
extreme !
Non , jamais dans les bois
Philomele elle - même ,>
Ne plut taut par sa voix.
Couple heureux , ce tendre ramage
Va te coûter bien des soupirs."
Dès que l'Oiseau s'est fait entendre au voisinage
Chaque Berger pour ses plaisirs ,
Le destine à la cage.
C'en est fait , il est pris ; le Chantre est arrêté ;
Après un sort si doux , quel surcroît de misere !
Les charmes , les beaux jours , tout s'envole à Cythere
;
Tout fuit avec la liberté .
De ce récit , voici l'utilité ;
Amans, aprenez à vous taire.
A. J. J... de Marseille.
QUESDECEMBRE.
1739. 2799
QUESTION CURIEUSE ,
Où l'on examine si la Lune Paschale eft celle
de Mars.
où
LF sur la pla récede
E préjugé populaire sur la pensée ou
,
Pâques vient toujours dans la Lune de Mars,
paroît si bien établi , que la plûpart se moquent
de ceux qui disent le contraire. Nous
allons démontrer que c'eft là une de ces
erreurs communes qui se débitent par
le Peuple peu instruit , sans avoir aucun fon
dement.
,
1º. Comme cela regarde particulierement
le Comput Ecclesiastique , qui a ses Regles
certaines , pour nous faire connoître tous
les ans les Fêtes Mobiles , il est évident que
toutes les fois que les Nombre d'Or , nous
donne pour Epacte , le premier de Janvier
est auffi le premier jour de la Lune. C'est ce
qu'on peut voir dans l'ordre des jours de
tous les mois de l'année , qu'on trouve au
commencement des Breviaires , où l'on découvre
que le premier de Janvier a pour
Epacte . C'est donc là le premier jour de la
Lune ; & étant de 30. jours , elle finit le 30.
de ce même mois ; & c'est - là certainement
La
2800 MERCURE DE FRANCE
la Lune de Janvier. Cette même Epacte se
retrouvant encore le 31. de Janvier , nous
montre que c'eft là le premier jour de la seconde
Lune , qui n'ayant que 29. jours ,
finit
le 28. de Fevrier ; & on ne peut nier que ce
ne soit-là celle de Fevrier. Enfin cette même
Epacte se retrouvant le premier de Mars
que c'est là le premier
*
nous fait
connoître
qne
de l'année
jour de la troisiéme &
étant de 30. jours , elle finit le 30. du Mois,
& elle est avec , la plus grande certitude , la
Lune de Mars. Or il eft évident que cette
Lune n'est point la Paschale ; car pour être la
Lune Paschale , il faut nécessairement que
son 14. arrive après le 20. de Mars. Mais le
de cette Lune de Mars tombant aussi le
14. du mois , nous voyons qu'il précedcit.
l'Equinoxe du Printemps de fix jours : cette
Lune n'étoit donc point la Paschale.
14.
Cela est arrivé souvent dans les siecles
passés,&
encore dans ce dernier siecle, l'an 1710.
qui eût pour Lettre Dominicale E. & pour
Epacte . Année d'ailleurs mémorable par la
naissance de notre glorieux Monarque Louis
XV. Cela arriva pareillement l'an 1729. qui
eût pour Lettre Dominicale B , & pour
Epacte *, & cela arrivera de la même maniére
les années 1748. 1767. & 1786. qui auront.
toutes pourEpacte * .C'est donc une erreur populaire,
que de soûtenir que la Lune de Pâques
ese
DECEMBRE . 1739. 28or
est toujours la Lune de Mars . Il faut toutefois
convenir , que la Lune Paschale peut
très -bien être apellée la Lune de l'Equinoxe
de Mars ; c'est - à- dire , la premiere dont le
14. arrive à l'Equinoxe du Printemps fixé au
21. de Mars , ou du moins arrive peu dé
temps après. Mais il est très-faux que cette
Lune soit toujours la Lune de Mars : car
toutes les années dont nous venons de faire
mention , ont eû , ou auront pour Lune
Paschale , celle d'Avril , où elles finissent.
2º. A l'égard des autres années , où la
nouvelle Lune ne commence pas le premier
de l'an , il y a une Regle génerale pour donner
la Lune à chaque mois qui lui convient.
Le Pere Clavius nous la donne dans son
grand Ouvrage de la Réformation du Calendrier
; la voici. La Lune est toujours celle
du mois où elle finit : In que completur,mensi
Lunatio detur ; & afin qu'on ne s'y trompe
pas , il ajoûte : In quofinitur , menfi Lunatio
detur ; & il dit que cette Regle eft reçûë de
tous les Computistes ; Ita Computista omnes.
M. Blondel ,de l'Académie Royale des Sciences
, Maréchal de Camp des Armées du Roy,
& Maître de Mathématique du Dauphin ,
Fils de Louis XIV. dans son excellent Ouvrage
, qui a pour titre : L'Hiftoire du Calendrier
Romain , imprimé à la Haye l'an 1684 .
nous donne cette même Regle de Clavius ,
dans
2802 MERCURE DE FRANCE
dans la seconde Partie , Chap. IV. pag. 136.
où il dit que c'est l'ancienne maxime des Computistes
, que chaque Lune apartient au mois
où elle se termine ; cela n'est susceptible d'aucune
équivoque. La Regle de tous les Computistes
qui nous ont précedé , est donc que
la Lune de Janvier , eft celle qui finit , ou
qui se termine , comme le dit M. Blondel
en Janvier. La Lune de Fevrier , celle pareillement
qui se termine en Fevrier , & ainsi de
toutes les autres .
Selon donc cette maxime , au témoignage
d'un célebre Académicien du vivant de
Louis XIV. reçûë inconteſtablement de tous
les Computiftes , qui ont été avant nous , la
Lune Paschale n'est certainement jamais la
Lune de Mars ; & c'eft ce que nous allons
démontrer . Pour être la Lune Paschale , il
faut que son quatorziéme arrive à l'Equinoxe
, ou immédiatement après l'Equinoxe
du Printemps , qui est fixé par l'Eglise au 21.
de Mars . Or il est impossible qu'une Lune
dont le 14. arrive le 21. de Mars , ou après,
finisse ou se termine en Mars : il eft donc
très - certain , en suivant cette Regle si anciennement
établie , que la Lune Paschale
ne peut jamais être la Lune de Mars.
3. Il faut remarquer que cette Regle reçûe
des anciens Computistes , est établie sur
un principe inconteftable. Ceux qui sont un
peu:
DECEMBRE. 1739. 2803
peu instruits du .Comput Ecclesiastique ,
sçavent que le Nombre d'Or , nous donne
maintenant l'Epacte qui doit être en usage
chaque année. Ils sçavent que cette Epacte
est fondée sur la difference qu'il y a de l'année
Solaire,composée de 12. mois , qui font ensemble
communément 365. jours, & de l'année
Lunaire , composée pareillement de 12 .
mois , alternativement de 30. & 29. jours , &
qui font ensemble 354. jours . Ces 354. étant
soustraits de 365. reste 11. pour l'Epacte. Il
faut bien faire attention , que toutes les
Epactes qui tirent de là leur origine , varient
tous les ans & qu'elles nous donnent chaque
année , le nombre des jours qu'avoit la
Lune le dernier de Decembre de l'année précédente
.
Cela se comprendra mieux par une suite
d'années que nous allons donner avec leurs
Epactes. L'an 1710. dont nous avons fait
mention , nous fait connoître qu'ayant pour
Epacte * , qui n'est d'aucun nombre , le 31 .
de Decembre de 1709. qui la précede , étoit
le dernier jour de la Lune & de l'année Lunaire
; & que par consequent l'année Lunaire
cette année , avoit précisément fini avec
l'année Solaire ; & que les deux années recommençant
au même jour , les jours du
mois étoient auffi les jours de la Lune. La`
premiere Lune de l'année étant de 30. jours,
2804 MERCURE DE FRANCE
·
la Lune de Janvier l'an 1710. avoit donc fini
le 30. de ce mois , qui est le plus tard que
puiffe jamais se terminer la Lune de Janvier.
La seconde Lune ayant commencé le 31. de
Janvier , & ne devant être que de 29. jours,
elle a donc fini le 28. de Fevrier . Et contimuant
toujours de suite toutes autres Lunes
dans le même ordre , on voit aisément
qu'il falloit néceffairement qu'elles finissent
toutes dans le mois , dont elles devoient l'une
après l'autre porter le nom. Celle de Mars ,
le 30. de Mars ; celle d'Avril , le 28. d'Avril';
celle de Mai , le 28. de Mai ; celle de
Juin , le 26. de Juin ; celle de Juillet , le
26. de Juillet ; celle d'Août , le 24. d'Août ;
celle de Septembre , le 23. de Septembre ;
celle d'Octobre , le 22. d'Octobre ; celle de
Novembre , le 21. de Novembre ; & enfin
celle de Decembre , le 20. de Decembre.
Ainsi les 12. mois Lunaires étant finis le 20.
de Decembre , il restoit 11. jours , que devoit
encore durer l'année Solaire , qui eft précisément
l'Epacte , dans sa plus grande exactitude
; c'est - à - dire , la difference de l'année
Solaire , à la Lunaire.
Le Comput Ecclesiastique nous donne
effectivement 11. pour l'Epacte de 1711.
qui suit immédiatement ; & l'année Lunaire
ayant fini l'an 1710. le 20. de Decembre, on
voit que l'Epacte 11. nous marque précisément
DECEMBRE . 1739. 2805
ment le nombre des jours qu'avoit la Lune
à la fin du mois. Et continuant pour l'année
suivante à compter jusqu'à 30. on tombe
sur le 19. de Janvier , où a dû finir , selon la
Regle ancienne , la Lune de Janvier de l'année
1711. Comptant de là jusqu'à 29. parce
que les mois Lunaires sont alternativement
de 30. & 29. jours , on tombe sur le 17. de
Fevrier , où a dû finir la Lune de Fevrier. Et
comptant de là jusqu'à 30. on tombe sur le
19. de Mars , où a dû finir la Lune de Mars.
Comptant de là jusqu'à 29. on tombe sur le
17. d'Avril , où a dû finir la Lune d'Avril.
Comptant de là jusqu'à 30. on tombe sur le
17. de Mai , où a dû finir la Lune de Mai.
Comptant de là jusqu'à 29. on tombe sur le
15. de Juin , où a dû finir la Lune de Juin.
Comptant de là jusqu'à 30. on tombe sur le
15. de Juillet, où a dû finir la Lune de Juillet.
Comptant de là jusqu'à 29. on tombe sur le
13. d'Août , où a dû finir la Lune d'Août.
Comptant de là jusqu'à 30. on tombe sur le
12. de Septembre , où a dû finir la Lune de
Septembre. Comptant de là jusqu'à 29. on
tombe sur le 11. d'Octobre , où a dû finir la
Lune d'Octobre . Comptant de là jusqu'à 30 .
on tombe sur le 10. de Novembre , où a
dû finir la Lune de Novembre. Enfin comptant
de là jusqu'à 29. on tombe sur le
de Decembre 9. , où a dû finir la Lune de >
De2806
MERCURE DE FRANCE
Decembre , & le dernier mois de l'année Lu
naire. On voit encore ici , comme nous l'avons
dit , que les 22. jours de Decembre qui
restent , nous donnent l'Epacte de l'année
suivante 1712. & le nombre des jours dont
Pannée Lunaire anticipe la Solaire , qui commence
toujours le premier de Janvier.
En effet,selon les Regles du Comput Ecclefiaftique,
on trouve 22. pour l'Epacte de 1712.
& comptant du 10. de Decembre de l'année
1711. où a commencé une nouvelle année Lunaire,
jusqu'à 30. on tombe sur le 8. de Janvier
, où a fini cette Lune , qui doit en porter
le nom. Recommençant à compter de là.
jusqu'à 29. on tombe 2 °. sur le 6. de Fevrier.
Et continuant de suite , comme on a fait
pour l'année précedente , on tombe 3 ° . sur
le 8. de Mars. 4°. sur le 6. d'Avril . 5º. sur le
6. de Mai. 6 ° . sur le 4. de Juin. 7° . sur le 4.
de Juillet. 8 °. sur le 2. d'Août. 9 ° . sur le 1 .
de Septembre. 10° . encore sur le 30. de Septembre.
11 sur le 30. d'Octobre. 12°. sur
le 28. de Novembre. 13 ° . sur le 28. de Decembre.
Où il faut bien remarquer que cette
treiziéme Lune , donnant sa fin le 28. de Decen
bre , l'année Solaire n'étant point encore
finie, l'année est embolismique , c'est - à- dire
de 13. Lunes, ayant chacune respectivement
porté le nom du mois où elles ont fini. Et il
y en eût cette année deux de Septembre . La
preDECEMBRE.
1739 2807
&
premiere
de
30 jours , qui commença
le 3 ; d'Août , & qui finit le 1. de Septembre
, la seconde
de 29. jours , qui commença
le 2. de Septembre
, & qui finit le 30. du même
mois ; & les trois jours qui restent après cette treiziéme
Lune finie le 28. de Decembre
jusqu'à la fin de l'année , sont l'Epacte
de l'année 1713. qui donne toujours le nombre
des jours , dont l'année Lunaire anticipe
la Solaire.
Pour ramener maintenant cette année à la
maniere de compter des Juifs , d'où nous
viennent les principales Fêtes mobiles de
l'année , il faut sçavoir qu'ils ne se servent
que de mois Lunaires alternativement de 30 ,
& 29. jours. Leur Année Ecclesiastique commençe
au Printemps , & leur premier mois
qu'ils apcllent Nisan, est celui dont le 14. de
cette Lune arrive à l'Equinoxe de Mars , ou
peu après. Ainsi leur mois de Nisan l'an
1712. est celui qui commença le 9. de Mars,
& qui finit le 6. d'Avril , son 14. étant arrivé
le 22. de Mars , un jour après l'Equinoxe
du Printemps. Leur second mois , nommé
Jiar , commença le 7. d'Avril , & finit le 6.
de Mai . Leur troisième mois , nommé Siй-
wan , commença le 7. de Mai , & finit le 4.
de Juin. Leur quatrième mois , nommé
Tamu , commença le 5. de Juin , & finit
Je 4. de Juillet. Leur cinquième mois ,
›
nommé
2808 MERCURE DE FRANCE
mé Ab , commença le 5. de Juillet , & finit
le 2. d'Août. Leur sixième mois , nommé
Elul , commença le 3. d'Août , & finit le 1.
de Septembre. Leur septième mois , nommé
Tisri , commença le 2. de Septembre , &
finit le 30. du même mois. Leur huitième
mois , nommé Marchesvan , commença le
1. d'Octobre , & finit le 30. du même mois.
Leur neuvième mois , nommé Casleu , commença
le 31. d'Octobre , & finit le 28. de
Novembre. Leur dixième mois , nommé
Thebet , commença le 29. de Novembre , &
finit le 28. de Decembre . Leur onzième
mois , nommé Scebat , commença le 29. de
Decembre , & avec l'Epacte 3. de l'année
1713. qui concourt avec le refte de cette
Année Judaïque , on en trouve la fin le 27.
de Janvier. Leur douzième mois , nommé
Adar, commença le 28. de Janvier, & finit le
25. de Fevrier . Après ces douze Lunes finies,
il en recommença une autre le 26. de Fevrier,
qui finit le 27. de Mars , & comme son 14.
tomboit sur le 11. de Mars ; c'eft - à- dire plusieurs
jours avant l'Equinoxe du Printemps ;
elle fut le second Adar de l'année embolismique
des Juifs.
Le nombre des Epactes depuis 1. jusqu'à
29. change tous les ans ; & ce nombre nous
marque celui des fours , dont l'année Lunaire
anticipe l'année Solaire , qui ne finit
jamais
DECEMBRE. 1739. 2809
jamais que
le 31. de Decembre. L'Epacte
nous donne aussi le nombre des jours qu'a
la Lune le 31. de Decembre
, après l'année
Lunaire finie ; & elle doit prendre son nom
du premier mois de l'année Solaire qui va
recommencer
. Ainsi ce premier mois Lunaire
est toujours la Lune de Janvier , où elle
finit ; & les autres Lunes qui suivent , doivent
pareillement
apartenir au mois où elles
finissent. Et si après que les douze mois Lunaires
sont écoulés , il reste encore 30. jours,
ou plus , avant que l'année Solaire soit finie,
cette année Lunaire eft embolismique
, c'eftà-
dire, qu'il faut lui ajoûter une treizième
Lune.
Qand le restant surpasse 30. le surplus
donnera l'Epacte , où le nombre des jours ,
dont l'année Lunaire anticipera la Solaire
qui s'en va recommencer
.
Si l'Epacte , ou le nombre des jours d'anticipation
, surpasse 18. l'année sera embolismique
, parce que 19. ajoûtés à 11. jours ,
dont l'année Solaire surpasse la Lunaire ,
font 30. jours , qui eft tout ce qu'il faut pour
donner un treizième mois à l'année Lunaire.
Et si l'Epacte , ou l'anticipation , eſt d'un
nombre encore plus grand , le surplus donnera
l'Epacte de l'année suivante.
Enfin , si l'Epacte de l'année est * , il n'y
a alors aucune anticipation de l'année Lunaire
sur la Solaire ; elles ont fini toutes
deux
2810 MERCURE DE FRANCE
deux le 31. de Decembre de l'année précédente
. Elles recommencent donc le premier
de l'an qui suit immédiatement , & le
mois Lunaire finit le 30. de Janvier , & le
Solaire le 31.
J'espere qu'on nous pardonnera , dans
quelques endroits , la repetition frequente
des mêmes mots , parce que dans ces sortes
de Dissertations , on se donne aisément
>
cette licence
quand on juge que cela
est convenable
, pour se faire mieux en- tendre,
Mais avant que de finir , je ne dois point
oublier
l'avantage
que nous procure la Réformation
Grégorienne
, en substituant
dans
le Calendrier
les Epactes à la place du Nombre
d'Or , en ce qu'elle nous fait connoître
chaque année , le nombre
des jours dont
l'année Lunaire anticipe la Solaire , lorsqu'el
les ne finissent
pas ensemble.
LA CANTATE.
CANTATILLE.
Fille du Dieu de l'Harmonie >
Cantate , objet de nos Concerts ;
Que tes Portraits , que tes Airs ,
Que
DECEMBRE. 1739 2811
Que ta douce Mélodie
Excitent dans mon coeur de mouvemens divers !
Je vois Leandre à la nage D
Tenter un affreux passage
Pour de frivoles douceurs .
Je le fuis pendant l'orage ;
La nuit trompe son courage ,
Et je sens couler mes pleurs .
En vain le Dieu de Cithere
Attache au hazard de plaire
Des délices sans retour,
Je plains l'Amante d'Enée ;
Sa fatale deftinée
Reclame contre l'Amour ,
Mais que d'objets rians , quand tu peins la Nature !
Que ces Prés sont fleuris ! que Pomone a d'attraits !
Je me sens transporter sous des ombrages frais
* །
Où l'onde mêle son murmure
Au ramage flateur des Hôtes des Forêts .
Déja Philomele
Par ses chants légers
Attire auprès d'elle
Les jeunes Bergers.
I.Vol.
a
La
2812 MERCURE DE FRANCE
La tendre Musette
Seconde ses chants ,
Et l'Echo répete
Des accords touchants.
Tout disparoît , la foudre gronde ;
Elle éclate , je tremble ; ô Dieux ! guidez mes par
Ah ! Silene me tend les bras ;
Et le Faune m'invite en sa grote profonde
A noyer dans le vin la frayeur du trépas .
Ainsi , divine Cantate ,
Tout me surprend , tout me flate ;
Tu dévoiles à mes yeux
Et la Nature & les Dieux.
Reçois toute ma tendresse ;
Je trouve en toi la sageſſe .
Oui , plus j'entens tes chansons
Plus j'en goûte les leçons,
Par M*** de Blois,
32
LETDECEMBRE.
1739. 2813
MAT
LETTRE de M. Le Beuf , Capitaine de
Milice Bourgeoise , à Joigny , adressée à
M. Levesque de la Ravailliere , au sujeɛ
des Pairs de Champagne.
I
PO
Rouvez bon , Monsieur , que je ré
ponde aux objections qu'il vous a plu
de me faire , sur la prééminence des anciens
Comtes de Joigny , qui ont toujours été
comme ils sont encore , les premiers & les
Doyens des Pairs & Comtes de Champagne. '
On peut dire en général , qu'il y a beaucoup
de Faits historiques , qu'on ne fait pas diffi
culté d'admettre , & qui ne sont pas , à
beaucoup près , soûtenus d'un si grand nombre
d'Autorités , de Titres aussi solides , de
Preuves aussi claires , que le sont ces Prérogatives
.
Permettez-moi , M. de regarder vos obser
vations , comme des difficultés faites de
gayeté de coeur, Vous dites que depuis les
Enfans d'Hebert de Vermandois , jusqu'à
ceux de Philipe le Bel , qui furent encore
Comtes Souverains Particuliers de la Province
de Champagne , nos anciens Comtes
n'étoient que Vassaux , Hommes liges , Homines
ligii , de ceux de Champagne , sans
Titre de Pairs , ou Doyens de leurs Pairs.
Dij Vous
1
2814 MERCURE DE FRANCE
Vout prétendez qu'on ne trouve point d'Autorités
, sur lesquelles on puiffe s'affûrer de rien
là-deffus,finon que la qualité de Pair des Comtes
de Champagne , n'a parû que depuis qu'il
n'y a point de Comté de Champagne. Vous
faites , peut-être , trop récens les Pairs de
Champagne.
,
Vous ajoûtez que Mrs Pithou , Du Tillet ,
& d'autres Auteurs après eux , ne font qu'avancer
cette prééminence , sans l'établir. Les
plus anciens Titres que l'on produit , selon
vous , pour constater cette qualité , sont un
Arrêt de la Chambre des Comptes de Paris
de l'an 1377 , une Déclaration du Roy Charles
VI. de l'an 1404. L'Arrêt de la Chambre
des Comptes s'exprime ainsi : Combien que la
Comté de Champagne & ses appartenances
comme un des membres principaux, & l'une des
sept Pairies de la Comté de Champagne ; & la
Déclaration du Roy , appelle le Comte de
Joigny , le premier des Pairs de Champagne .
Vous faites deux réflexions sur cette Déclaration
; la premiere , que la qualité de Pair ,
n'est énoncée que dans le Préambule , & non
dans le Prononcé. La seconde , tombe sur
ces deux mots , on apelle ; rien n'est plus
caduc que ce bruit , vous le traitez d'un bruit
incertain , d'où vous concluez , que les Comtes
de Champagne n'eurent point de Pairs ,'
& qu'il n'y en eût point de premier parmi
eux,
DECEMBRE. 1739 2815
eux .Vous apuyez encore votre sentiment sur
quatre Chartres de nos anciens Comtes. Les
voici : Ego Petrus de Joigniaco notumfacio.
Dans une autre de 1215. il y a : Dominum &
Patrem meum Willelmum Comitem Joigniaci.
le même , Juillet 1216. Un autre s'intitule
simplement , Comes Joigniaci , dans des Lettres
du mois de Novembre 1257. Vous citez
encore un Registre des Fiefs de Champagne
, qui a été brûlé à l'Incendie de la
Chambre des Comptes , lequel s'exprimoit
ainsi : Comes de Joigniaco est homo ligius Domini
Campania, & tenet Jovigniacum ab eo
cum suis appendentibus. Ce sont- là , M. les
Titres que vous oposez ; je les raporte mot à
mot.
de
Il est évident que vous exigez la preuve
trois Faits. Le premier , qu'il y ait eû des
Pairs de Champagne : le second , que le
Comte de Joigny fût le premier des Pairs , &
Doyen des Comtes de Champagne : le troisiéme
, que les anciens Comtes de Joigny
ayent joui de ces Prérogatives pendant quatre
siécles , c'est - à -dire , jusqu'à l'an 1316.
que le Comté de Champagne à été attaché à
la Couronne , ou plûtôt jusqu'à l'an 1361 .
qu'il y fut uni pour toujours .
La premiere difficulté se trouve levée par la
preuve des deux derniers Faits , qui se prouvent
conjointement. Il suffit d'établir qu'il
D iij Y
816 MERCURE DE FRANCE
y ait eû un premier & Doyen entre les Pairs
de Champagne , pour prouver qu'il y a eû des
Pairs de Champagne. Une Prérogative aussi
importante n'a pû être controuvée , surtout
pendant un temps aussi court,que l'est celui
qui se trouve entre l'an 1316. ( auquel temps
cessa la Souveraineté des Comtes de Champagne
& l'an 1354. que cette Préséance
eft fondée en Arrêts. ) Les autres Comtes
avoient trop d'interêt pour ne point empêcher
qu'elle ne fût reconnue ou admise sur
eux sans aucun droit , sans aucun fondement.
On a même des preuves invincibles ;
qu'elle étoit établie dès l'an 1332. L'Arrêt
du Parlement du 31. Mars , raporté dans celui
de l'an 1354. rendu au profit de Jean de
Noyers , alors Comte de Joigny , contre la
Reine Blanche , Veuve de Philipe , en est
un gage assûré. Cette Reine ayant voulu
disputer cette prééminence , elle fût
adjugée au Comte de Joigny. Jean de
Noyers fondoit son Plaidoyer sur l'Arrêt
du 31. Mars 133 2. preuve inconteſtable qu'il 1332 .
y avoit des Pairs de Champagne,et desDoyens
parmi eux , dès le temps que la Champagne
avoit des Comtes particuliers. L'intervalle
de temps qui se trouve entre ces differentes
Epoques , & l'Arrêt de la Chambre
des Comptes de l'an 1377. n'est pas bien
grand. On s'efforce vainement d'affoiblir le
Prononcé
DECEMBRE. 1739 2817
Prononcé de cet Arrêt. Il en est de même de la
Déclaration du Roy Charles VI. de l'an 1404.
qui confirme cette Prééminence des anciens
Comptes de Joigny; elle ne peut souffrir d'interpretation
. Cette Déclaration apelle le
Comte de Joigny , le premier des Pairs de .
Champagne, Il n'est pas impossible de répondre
aux deux réflexions qui naissent de
cette Déclaration. Pourquoi y seroit - il dit ,
que le Comte de Joigny étoit le premier des
Pairs de Champagne , si ce Comte n'eût pas
cû cette qualité, ou pourquoi n'en a- t - elle pas
fait mention dans l'Enoncé ?
La seconde réflexion tombe d'elle-même ;
on l'apuye sur ces deux mots , on apelle le
Comte de Joigny , le premier des Pairs de
Champagne. Je réponds que le terme , on
apelle , dans l'endroit où il est employé .
n'affoiblit en aucune façon l'autorité de cette
Ordonnance ; c'est de même que s'il y avoit,
Le Comte de Joigny, qui est le premier des Pairs
de Champagne. Ce ne sont cependant point
là les plus anciens Titres qu'on peut produi
re , pour prouver cette Dignité. On peut
⚫ encore Papuyer de deux Arrêts , dont vous
ne dites rien. Ils aprochent davantage du
temps que la Champagne avoit ses Comtes
particuliers , ils sont même anterieurs au
temps que le Comté de Champagne a été
uni au Royaume. Le premier eft du 31. de
Mars
D iiij
2818 MERCURE DE FRANCE
Mars 1332. le second du mois d'Août
1354. Je les ai ci - devant raporté.
>
La consequence que vous tirez de l'Arrêt
de la Chambre des Comptes , qui qualifie la
Comté de Joigny d'être l'une des sept Pairies
du Comté de Champagne , est un pur
sophisme. Avez -vous pû conclure de là , qu'il
n'y avoit point de Premier ou de Doyen
des Comtes de Champagne ??
›
A l'égard des quatre Chartes que vous raportez
des anciens Comtes de Joigny , quand
bien même elles seroient les seules Chartes
qui ne fiffent aucune mention de leur qualité
de Pairs , ce que vous n'affûrez pas ;
elles paroîtroient toujours d'une très - petite
consequence ; si elles ne peuvent servir à
établir cette dignité , leur filence ne la dé
truit pas.
1
Il reste à répondre sur l'ancien Regis
tre des Fiefs de Champagne , arrêté en
1212. environ ; quel fonds peut- on faire
sur un Titre qui n'existe plus , duquel
on ignore jusqu'à la date ? où sont les copies
de ce Titre ? ou , s'il y en a , peut - on s'affûrer
deffus ? on eft en droit de les rejetter. En
effet , comment les confronter , les interpreter
, ou les rectifier ?
Outre les nouvelles preuves de l'Arrêt de
la Cour des Aides , du 31. Mars 1332. celui
du mois d'Août 1354. celui de la Chambre
deş
DECEMBRE. 1739 2819
des Comptes , de l'an 1377. la Déclaration
du Roy Charles VI . les Lettres Patentes de
Henri III , du mois de Septembre 1383. &
tout récemment les Auteurs de l'Hiftoire
Généalogique de la Maison de France , qui
ont publié que le Comte de Joigny étoit
Doyen des Pairs de Champagne ; cette prééminence
est confirmée par le témoignage
de Chopin , de M. Pithou ( 1 ) , du Tiller ,
de M. Baugier ( 2 ) , qui ont le plus fait de
recherches sur les Prérogatives des Comtes
de Champagne . On peut juger par
ces differens Témoignages & Autorités , si
les Comtes de Joigny avoient cette Prééminence,
avant que la Champagne eût été unie
au Royaume de France , ou si ces Titres ou
Autorités ne portent aucune trace de la Dignité
des Pairs de Champagne , ainfi que
vous le prétendez.
Chopin , Liv. 3. de Domanio , parlant des
Comtes de Joigny , dit ces mots : Egregium
verò illud eft , quod Proceres Juniaci Princi
pum locum teneant , inter septem viros Campa:
nia Comitatus , quod Pares Curia , vel Pares
domûs veteres nuncuparunt. Dira- t- on que
(1) Les Opufcules Latins de Pierre Pithou , Sieur
de Savoye , premier Livre des Memoires des Comtes
de Champagne & de Brie , in -quarto , Parif,
1722. in-octavo , Parif. Patiffon , 1581.
( 2 ) Hift. de Champ.
Dv
2820 MERCURE DE FRANCE
3
cet endroit de Chopin est équivoque ; ou
sujet à interpretation ? On ne seroit pas recevable
, rien n'est plus affirmatif que son raport.
Le même Auteur , & Pithou , nous
aprennent quels étoient ces Comtes de
Champagne. Joigny en étoit un , Rhetel un
autre ces Auteurs les rangent ainfi ) les
Comtes de Brienne , de Roucy , de Braine
de Grand - Pré , de Bar- sur- Seine. Il importe
aussi peu , qu'on s'arrête au Commentaire
de l'Ordonnance , & à Penelée , ( 1 ) qu'à
ces Auteurs. La contrarieté de sentimens
qui les partage , ne fait rien à la Prééminence
dont il s'agit. Ces derniers Ecrivains tiennent
que les sept Comtes & Pairs de Champagne
, sont les Comtes de Joigny, de Rhe-
-tel, de Brienne , de Porcien , de Grand- Pré,
de Coussy & de Braine : aussi Chopin &
Pithou ont- ils écrit avant eux , & ce qu'ils
disent est plus vraisemblable .
Il eft à propos de remarquer aussi , que
dans le Plaidoyer de Jean de Noyers , sur
lequel intervint Arrêt du Parlement , du 30.
Juillet 1354. ( 2 ) par lequel il fût renvoyé
pardevant le Bailli de Troyes , des Foi & .
Hommages du Comté , prétendus par Blanche
, femme de Philipe de Vallois , qui
( 1 ) En ses Queſtions illuftres .
(2) Pithou , eneses Mémoires des Comtes de
Champagne.
avoir
DECEMBRE. 1739. 2821
avoit pour Apanage la Terre de S. Florentin
dont elle prétendoit que ce Comté devoit
reffortir: ces sept Pairs & Comtes de Champagne
, sont en premier lieu , le Comte de
Joigny , le 2. le Comte de Rhetel , le 3. le
Comte de Brienne , le 4. Porcien , le 5.
Grand - Pré , le 6. Roussy , & le 7. de Braîne¬
Valcon.
M. Baugier , Hist . de Champagne remarque
que ces sept Comtes furent établis
en 686. & que celui de Rhetel étoit le second.
Il dit que ces sept Comtes , sont Joigni
, Rhetel , Roucy , Brienne , Grand-
Pré , Bar- sur-Aube , & Bar- sur -Seine.
Le Commentateur de l'Ordonnance , sur
le Titre de la Cour & Jurisdiction des
Grands- Jours , & Penelée , en ses Queſtions
illustres , Chap. 72. disent que le Comte de
Joigny, eft le Doyen & le premier des Pairs
& Comtes de Champagne.
que
Que le Comte de Joigny soit beaucoup
plus considéré , & ait plus de Privileges ,
que les autres Seigneurs demeurans au- dedans
de la Coûtume de Troyes , on le peut
aisément justifier par les Articles IX. & X.
de cette Coûtume. (:)
( 1 ) Quoique par la disposition de ces deux Artîcles
, les Bourgeois du Roy de la Bourgeoisie de
Troyes , se puiffent dire & avouer Bourgeois par
fimple Aveu , cependant cela ne se peut faire au-
D vj
Cc
2822 MERCURE DE FRANCE
Ce sera beaucoup , M. si vous trouvez ma
réponse suportable ; j'ai attendu en vain quelques
Eclairciffemens d'ailleurs . Souffrez que
je vous témoigne l'empreffement de voir pafoître
votre Histoire des Comtes de Champagne
, si elle n'eft pas encore publique ; je
compte y trouver beaucoup de Faits curieux,
intereffans , & relatifs à l'Ouvrage après le
quel je suis. J'ai l'honneur d'être , &c.
dedans du Comté de Joigny, dont eft queftion , si
l'on n'obtient Lettres fignifiées avant le cas arrivé,
ce qui a été jugé par Arrêt du 4. Avril 1637.
A Joigni ce 13. Novembre 1739.
ODE
Sur nos Guerriers , & sur nos Sçavans:
DELE la France , en talens fertile ,
Mon ame & mes sens sont épris ;
Elle eft la Patrie & l'azile
Des illuftres Heros , des sublimes Eſprits.
*
Sur le Pô , le Rhin , la prudence
De nos Chefs guidoit la valeur ;
Leur
DECEMBRE. 1739 2823
Leur ardeur , leur experience ,..
Attaquoit , combattoit , sans crainte , sans fureur.
*
Tandis que ces foudres de Guerre ;
Battoient des ennemis nombreux ,
Nos Sçavans inftruisoient la Terre ,
Gouvernoient les Humains , & mesuroient les Cieux.
*
Le Pinceau , le Ciseau , l'Equierre ,.
Enfantoient de nobles travaux ;
La Toile , le Marbre , la Pierre ,
Etoient changés, par l'art, en des Etres nouveaux
H
Des Déeffes sur notre Scene
Raviffoient nos yeux & nos coeurs ;
Thalie , & sa soeur Melpomene ,
Attachoient nos plaisirs à leurs ris , à leurs pleurs
*
Guerriers , Sçavans , Valeur , Génie ,
Prodiguez -nous toujours vos dons ;
Vous , Victoire , & vous ,
Harmonie ,
Sous Coigni , sous Voltaire , inspirez vos leçons. "
*
O ! Monarque Vainqueur , & Jufte ,
Eleve de Pallas , de Mars ;
LOUISS
2284 MERCURE DE FRANCE
Louis , sur votre Trône auguste
Laissez toujours regner la Victoire et les Arts.
Par M. l'Abbé Tart.
REPONSE à la Question proposée dans le
second Volume du Mercure du mois
de Septembre 1739.
UN
N Ayeul legue à sa petite- fille une
somme de 2000. liv. payable lorsqu'elle
sera majeure , ou qu'elle se mariera ,
& institue dans le même Teftament , son
fils , pere de cette petite -fille , pour son heritier
géneral & universel.
Après la mort de l'ayeul , le pere marie sa
fille sans l'émanciper , & lui fait une constitution
de Dot très - proportionnée à ses facultés
, sans qu'il soit fait dans le Contrat de
mariage , aucune mention du Legs fait par
l'ayeul.
Le mariage accompli , la fille étant devenuë
majeure de 25. ans , veut faire assigner
son pere,pour le faire condamner à lui payer
les 2000. liv. que son ayeul lui a leguées.
On demande
1º. Si cette fille peut être , en ce cas, reçûë
en Jugement contre son pere
DECEMBRE. 1739. 2825
2. Si le pere n'a pas le droit de retenir
pendant sa vie , la jouissance de ce Legs ,
dont l'usufruit ne lui a pas été expressément
prohibé ?
REPONSE à la premiere Question.
Comme le mariage, ni la majorité n'émancipent
pas dans le Pays régi par le Droit Ecrit,
& que suivant les Loix 7.ff. de Oblig. & A&t.
& 3. Cod. injus vocando. Le fils de famille
ne peut pas apeller son pere en Jugement ,
sans une expresse permission de la Justice ,
qui n'accorde jamais cette espece
d'émancipation
particuliere , que pour une cause évidemment
juste & nécessaire , il ne paroît pas
que dans le cas dont il s'agit , la fille puisse
être écoutée en Jugement contre son pere ,
puisqu'on va démontrer que sa demande eft
aussi peu juste que nécessaire .
RE'FONSE à la seconde Question!
Tout ce que le fils de famille acqueroit
suivant l'ancien Droit Romain , il l'acqueroit
à son pere en proprieté et usufruit ; ce
ne fut
que par les dernieres Loix de Justinien
, que la proprieté fut réservée au fils ,
& l'usufruit laissé au pere , qui en fut même
privé en certain cas , qu'on trouve raportés
dans la Glose sur l'Autentique , Idem est in
bis. Cod. de Bonis qua liberis. Et deux de
ces
2826 MERCURE DE FRANCE
ces exceptions à la regle génerale , sont ,
,
La premiere , qui est marquée par l'Authentique
, Item hereditas. Cod. Eodem ;
lorsque les fils de famille succedent à quel
qu'un de leurs freres ou soeurs , conjointement
avec leur pere , qui n'a pas en ce cas
Pusufruit des portions de cette succession ,
qui adviennent à ses fils , Quoniam pro bac
usus portione , hereditatis jus , & secundum
proprietatem , per præsentem dedimus legem
est- il dit , dans la Novelle 118. Cap. 2.
La seconde , lorsque celui qui a fait queldon
auxdits fils de famille , soit mere ,
ayeul , ou autre parent du Donataire , a expressément
prohibé , que leur pere n'en auroit
pas l'usufruit , Conditione hac adjectâ , ne
ad patrem perveniat usufructus ; dit en autant
de termes l'Authentique , Excipitur. Cod .
Eodem .
que
Or dans la question proposée , le pere ne
se trouve dans le cas d'aucune de ces exceptions.
Il ne s'agit pas de la succession d'un fils ,
auquel le pere succede
par une grace spéciale
de la Loi , conjointement avec ses autres
fils , freres du défunt , puisqu'au contraire
, suivant la Loi naturelle , le pere auroit
dû recueillir l'entiere succession dont
il s'agit , sans que fa fille eût eû rien à y pré--
tendre.
I
DECEMBRE . 1739. 2827
Il n'y a dans la Question proposée , aucune
prohibition expresse de l'usufruit des
2000. liv. leguées , ajoûtée par l'ayeul : il
est vrai qu'il a dit que cette somme seroit
payée à sa petite fille , lorsqu'elle se marieroit
, ou qu'elle seroit majeure de 25. ans ,
& qu'il semble qu'il a voulu qu'elle en pût
joüir après l'une de ces époques , unde tacitè
constat de voluntate Testatoris , ce qui est une
vraie prohibition : & en effet , c'est ainsi que
Boyer , Décision 193. dit qu'il fut jugé par
un Arrêt du Parlement de Bordeaux.
Mais d'abord qu'on trouve qu'il est expressément
dit dans la Novelle 117. Cap. 1 .
que toutes les fois que cette condition n'est
pas spécialement ajoûtée , le pere doit conserver
l'usufruit que la Loi lui a laissé, quando
non inest specialiter hujusmodi conditio , il est
certain que la prohibition tacite n'est pas
suffisante , & il n'est pas permis de s'écarter
de la disposition expresse de cette Loi.
Sans qu'on doive s'arrêter à la citation que
Boyer fait de l'Arrêt du Parlement de Bordeaux
, puisque Despeisses , en réfutant son
avis , a observé dans son Traité des Contrats,
Part. 2. Tit. 1.Art. 1. Sect. 4. de l'Usufruit , n.
13. que cet Arrêt fut rendu sur des circonstancès
particulieres , en quoi Bretonnier sur
Henris , Tom. 2. Liv. 4. Quest. 13. trouve
qu'il a fort bien observé ; ce qui fait qu'on
ne
2828 MERCURE DE FRANCE
ne peut pas dire qu'on ne trouve point de
décision précise de cette Question.
R..... à Montauban .
Pour
BOUQUET .
Our ton Bouquet , en ce jour favorable ,
Reçois des fleurs du célebre Valon ....
Mais , je m'abuse , est - ce chés Apollon
Qu'il faut chercher un présent eftimable a
Dans son Palais tout est trompeur ,
Tout n'y paroît qu'image ou que mensonge.
Fuyez , erreur , disparoissez , beau songe ;
Un véritable Ami se contente du coeur.
L'Affichard.
乳
LETTRE de M. l'Abbé Lebeuf , au sujet
de l'Edition des Mémoires Historiques sur
les Evêques & les Comtes d'Auxerre , qu'il
se dispose à donner au Public.
V
Ous avez parû curieux , Monsieur ,
de sçavoir quel est mon deffein &
mon plan , dans l'Edition de l'Histoire
EcDECEMBRE
. 1739. 2829
Ecclesiatique & Civile d'Auxerre
dont
J'ai dit un mot à la fin de l'Avertissement
du dernier Tome de mes Dissertations ,
que vous venez de lire. Je ne puis mieux
vous le faire connoître , qu'en vous communiquant
l'Avertissement ou Préface que
je me suis proposé de mêttre à la tête du
premier Volume , qui contiendra l'Histoire
des Evêques. Le voici tel , à peu près , que
je le ferai imprimer.
ود
®
» Le rang qu'a toujours tenu l'Eglise d'Au-
» xerre parmi celles du Royaume , & la ré-
» putation de sainteté de ses anciens Evê
» ques , forment un préjugé en faveur de
» l'Histoire des Prélats qui l'ont gouvernée j
» & fait croire qu'elle sera de quelque con-
» sideration dans le Public. Outre que cette
Eglise est une des plus anciennes des Gau-
» les , que son Etablissement est anterieur à
» la Monarchie Françoise , qu'elle va de pair
» avec celles de Lyon , de Vienne , de Cler-
» mont & de Metz pour la multitude de ses
» Saints ; elle a cela de particulier , que son
»Histoire a été rédigée des premieres ; d'a-
» bord ,, par Constance , Prêtre de Lyon ,
» estimé de tout temps , dans ce qu'il a écrit
» sur S. Germain , ensuite par quelques Ecri-
» vains du septième siècle & en troisiéme
» lieu , par des Auteurs qui passoient pour
habiles au neuvième. Ces Ecrivains ne
?
,
» s'at2830
MERCURE DE FRANCE
» s'attachoient qu'à transmettre à la Posterité
» les Actions des Evêques. C'est ce qui fut
» continué par des Chanoines de cette Egli-
" se , dans le X. le XI. le XII. le XIII, & le
» XIV. Siécles.
و د
ور
و د
و د
» Il ne faut pas être surpris après cela, que
» le Pere Labbe , Jésuite , ait été curieux
» d'avoir une copie du Manuscrit , où tant
d'Antiquités étoient marquées. Il eût com-
» munication de ce Livre , conservé dans les
Archives de la Cathédrale : mais ses Copistes
ne furent point exacts , soit dans les
» noms propres , soit à n'omettre aucunes
lignes de l'Exemplaire . C'est pourquoi cet
Ouvrage , qui parut dans sa nouvelle Bibliotheque
de Manuscrits , s'est trouvé
plein de fautes & d'omissions. Ce qu'il a
» eû d'ailleurs pour la continuation , n'eft pas
» non plus dans la derniere exactitude , & il
» n'a pas supléé à une lacune considerable ,
» qui étoit depuis l'an 1373. jusqu'en 1513 .
" ni à celle qui est entre l'an 1554. & l'an
" 1570. Après tout , sa Collection est dans
» un volume qui est devenu très- rare ; &
5
"
quand elle seroit plus commune , je le dis,
» à la honte de notre siècle , elle n'en seroit
» pas lûe avec plus de goût , parce qu'elle
» est écrite en Latin.
» J'ai donc crû devoir 1 ° . mettre cette
Histoire en notre Langue , sans même pas-
» ser
DECEMBRE . 1739 . 2831
و د
ser sous silence les choses merveilleuses
qui y sont raportées, quoique souvent elles
» ne s'accordent point avec la sagesse hu
» màine. (a)
ر د
» 2 °. Corriger les fautes de l'Edition du P ,
Labbe , & supléer aux omiffions arrivées
» par l'inadvertance & la précipitation de ses
Copistes.
ور
» 3 °.Y joindre les actions des Evêques ,
" dont il n'a pas eû connoissance , parce qu'- .
elles n'étoient pas dans le Manuscrit qu'on
" lui avoit confié,
»
2
""
و د »4°. Ajoûter sur chacun des Evêques , ce
» que j'ai trouvé dans les differentes recher-
» ches que j'ai faites en divers Lieux du
Royaume , surtout à Paris , dans la Bibliothéque
du Roy , où l'on trouve abondam-
» ment de Manuscrits de l'espece que je
» nomme ci- dessous , (b) & dans les Collec
» tions publiées depuis cent ans , ou envi-
» ron , par Duchêne , par les Bollandiftes J}
» Dom Luc Dachery , du Boullay , Dom Mar
» billon , Dom Martenne , par Rymer même
» &c. tant pour constater l'étenduë du culte
» de plusieurs , & la diftribution de leurs
(a) Opera Dei revelare & confiteri honorificum eft.
Tob. 12 .
(6) Ordinaires , Cartulaires , Martyrologes , Né
crologes , Inventaires , Comptes , Regiſtres , Mé
moriaux ,, Teſtamens .
[ Re
2832 MERCURE DE FRANCE
ی و
Reliques , que pour vérifier l'affiftance des
» autres à des Conciles , ou autres Affem
» blées , leurs Ambaffades , ou autres Dépu
» tations, leurs signatures à differens Actes ;
» leur part à certains Ouvrages .
"
» 5 °. Redresser les transpositions arrivées
dans le rang des Evêques , remarquées
déja par le P. le Cointe & par d'autres ; &
? réformer ce que le peu de Critique des
» Ecrivains du IX. siécle leur a fait dire sur
quelques-uns de nos anciens Prélats.
» 6°. Ne pas rejetter les Notes que j'ai trou-
» vées sur quelques-unes des moindres entre
les fonctions Episcopales ; & cela , parce
que
les Lieux
ou les Personnes
nommés
» dans
ces petits
Evenemens
, interessent
toujours
quelqu'un
du Pays
pour
le
» quel
principalement
cette
Collection
eft
faite
, & qu'ils
servent
souvent
d'Epoque
chronologique
; saufà ceux
qui entrepren-
» droient
de rédiger
une Hiftoire
des Faits
choisis
, à passer
ceux-là sous
silence
.
ود
»7°. Ne me point gêner à écrire en style
serré ; d'autant qu'il étoit incompatible
» avec le détail des circonstances dans lesi
quelles j'ai crû devoir entrer.
» 8°. J'ai crû devoir finir à la mort de Nicolas
Colbert , ou en 1676. parce que les
évenemens qui suivent sont trop nouveaux
℗ pour être ignorés dans le Pays , étant lą
plûpart
DECEMBRE. 1739. 2833
"
plupart arrivés de nos jours.
» Le Manuscrit de l'Eglise d'Auxerre , qui
» sert de principal canevas à cette Histoire
étant apellé de temps immémorial du
» nom de Gesta Pontificum Autissiodorensium,
» j'ai crû pouvoir me servir des mêmes ter-
» mes rendus en François , & intituler com-
?? me j'ai fait cet Ecrit , Les Gestes des Evê
» ques d'Auxerre , de- même que M. l'Abbé
» Chastelain apelle l'Histoire des Evêques du
» Mans , donnée par Dom Mabillon , ( Ana-
» lect. T. 3 , ) Les Gestes des Evêques du
» Mans. Je fais profession de m'en tenir- là
» & de n'y inserer aucune Histoire étrange-
» re à l'Eglise dont je parle , de ne faire
» même aucune digression sur les Usages de
l'Antiquité , tant pour être moins long,
» que pour ne pas repeter des choses que
» l'on trouve dans l'Histoire Génerale du
39
Royaume ou de l'Eglise Gallicane , ou en-
» fin dans le Glossaire de Du Cange . Je die
» rai bien plus , que je me repens maintenant
» de n'avoir pas fourni plus que j'ai fait à
» Dom Martenne de Piéces concernant no-
» tre Histoire , & que je serois à présent
» bien aise de les trouver toutes imprimées
» dans son Trésor d'Anccdotes , ou dans
» son amplissime Collection , sans être obligé
d'en promettre l'Edition à la fin d'un
second Volume, qui sera une continuation
de l'Histoire d'Auxerre. On
834 MERCURE DE FRANCE
>> On pourra me demander pourquoi je
n'ai point mêlé l'Histoire Civile , c'est-à-
» dire celle des Comtes d'Auxerre et de la
Ville , parmi celle des Evêques. Je me suis
proposé , 1 °. d'imiter les Chanoines mes
prédécesseurs, qui se bornant à ce qui étoit
» de leur Sphere, n'ont envisagé que les Evê-
» ques, Chefs de leur Eglise , sans oser écri-
» re l'Histoire Civile qui leur étoit plus étran◄
» gere. En second lieu , la matiere est si
abondante sous certains Evêques , & leur
vie fournit tant de Faits , qu'il est souvent
impossible d'intercaler en ces endroits les
» évenemens civils & politiques , sans user
» de mille transitions qui ennuyent le Lecteur
, lorsqu'elles reviennent si souvent.
» Mais je me propose de supléer à cette Histoire
par le second Volume , dont je viens
de parler , lequel pourra être autant de la
» compétence des Lecteurs qui cherchent
l'Histoire Civile d'une Ville , que celui - ci
» l'est de ceux qui se bornent à l'Histoire
» Ecclesiastique. J'espere même y joindre
une Notice des Ecrivains du Diocèse
» d'Auxerre , aussi -bien que celle de Abbayes
& autres principaux Benefices .
» Au reste , comme en fait de Chronologie
, & de détails historiques qui doivent
s'accorder avec l'Histoire du Royaume
peut m'être arrivé de m'être trompé , & de
il
? m'être
y
DECEMBRE. 1739 283
→
›
m'être contredit moi - même , je compte
que les sçavans Continuateurs du Galli
» Christiana , voudront bien marquer les
fautes dans lesquelles je serai tombé, lors-
» qu'ils en seront arrivés à la Lettre S. pour
Sens, où Auxerre doit tenir le premier rang
après la Metropole. J'attends cette complaisance
, de la part sur tout de Dom
» Brice , lequel n'a pas hésité à me donner
communication de tout ce qu'il pouvoit
» avoir dans les Collections de Dom Etien-
" not & de Dom Denis de Sainte -Marthe
» concernant mon sujet. Et comme dans la
» multitude d'Actes que j'ai cru devoir citer
je puis avoir pris un chiffre de jour ou d'an-
» née pour un autre ; je me flate que ceux
qui sont à portée d'examiner les Titres des
» differentes Archives du Pays avec plus de
temps que je n'y en ai mis , auront la bon-
» té de m'avertir des méprises qui me seront
arrivées , étant disposé , non -seulement à
»"profiter de leurs Remarques , mais même,
" des augmentations qu'ils auront fournies
» pour une seconde Edition , si jamais il
» étoit besoin d'en faire une.
"
"
Voilà , Monsieur , la Préface ou Avertissement
que je compte mettre à la tête des Gestes
de nos Evêques. Si vous ou vos amis connoissez
quelques Piéces Anecdotes qu'il soit
fait mention de quelqu'un d'entre eux , il est
I. Vol. E encore
2837 MERCURE
DE FRANCE
encore
temps de m'en donner
communi
cation ; je vous promets
, aussi bien qu'à tous ceux qui m'envoyeront
quelques
Obser- vations
notables
, d'en faire usage & d'en marquer
envers tous ma parfaite
reconnoissance
.
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
de Novembre sont la Clef, Rome , la Lettre
M. Liber & Gloria. On trouve dans le premier
Logogryphe , More , Or , Mer . Dans
le troisieme , Iber ; & dans le quatrième
Lira , Lora , Lia , Goa , Ora , Jo , & A.
****************
ENIGME
.
Mon corps a cinq pieds de longueur ;
Ma tête est une demi lune ;
Mon col est fait comme une prune
Le chef d'un Roy forme mon coeur ;
Celui d'un Prince fait ma clune ;
Ma queue est un Serpent. Devine - moi , Lecteur.
JE
LOGO
GRYPHE
.
E sors presque
de l'Italie ;
Lecteur , je porte dans mon nom
Le
DECEMBRE. 1739 2837
Le nom Latin de l'Arabic ;
Le nom Latin de Barbarie ;
De la Patronne du Canon ;
Le nom Latin d'une Riviere , en France ,
Assés proche de la Provence ,
Sans oublier l'Hôtesse des Marais ;
Je me découvre trop , mais je le fais exprès ,
Cher Lecteur , veux-tu me connoître ?
La Danse est mon partage , & Parme me vit naître .
Du Chemin , Musicien à Angers.
LOGOGRYPHUS.
Ctopedes mihi sunt , secretis sum abdita terris ;
Ampla tibi , Lector, duo tresque alimenta ministrant ;
Hoc posito numero , Divina scriba loquela
Fio. Cum totidem , in pratis mihi pinguia quaro
Pascua. Quinque iterum sumas , tibi Lympha quiescens
Surget. Cum quatuor , non numquam cornua gesto ,
Servato hoc numero , piscem paleamque recludes ;
At tres mefaciunt quod Vacca dat atque Capella
Tres iterum , nitri foetum dant , Oceanique.
Eij NOU
2838 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
RANSACTIONS PHILOSOPHIQUEL
Tde la Société Royale de Londres , années
1735. & 1736. traduites par M. de Bremond.
A Paris , chés Piget , Quai des Auguftins
, à l'Image S. Jacques , 1738. in 4°:
pp. 192. & 302. Planc , détac. XII,
TABLE des Mémoires imprimés dans les
Transactions Philosophiques de la Societé
Royale de Londres , depuis 1665. jusques en
1735. rangée par ordre Chronologique , par
ordre des Matieres , & par noms d'Auteurs.
Par M. de Bremond. A Paris , chés le même
Libraire , 1739. in- 4° pp. 297. 461. 76.
RECUEIL DES HISTORIENS DES GAULES
& de la France, contenant ce qui s'est passé
dans les Gaules , & ce que les François ont
fait sous les Rois de la premiere Race.
Par Dom Martin Bouquet , Prêtre , Religieux
Bénedictin de la Congrégation de Saint
Maur. Tome II. A Paris , aux dépens des
Libraires associés , 1738. & se vend chés
Gabriel Martin , Jean - Baptiste Coignard ,
PierreDECEMBRE
. 1739 2839
Pierre-Jean Mariette , Hipolite - Louis Guerin
, & Jacques Guerin. In-folio , pp . 728 .
sans la Préface & les Tables.
DISCOURS DOGMATIQUE sur la Canonisation
des Saints. A Blois , & se trouve à
Paris , chés Rollin, fils , Quai des Augustins ,
& Briasson , rue S. Jacques , 1739. vol. in
12. de 101. pages.
Tout le but de ce Discours est de
persua
der les Fideles de la sainteté véritable de
ceux que l'Eglise canonise. L'Auteur employe
pour cela & détaille deux Moyens , Le
premier , ce sont les mesures que l'Eglise
prend pour ne s'y pastromper; le second, l'autorité
même infaillible , qu'elle a reçûë pour
cela. Ce Discours a parû au Censeur , qui a
aprouvé cet Ouvrage, également Chrétien &
solide.
LE DOYEN DE KILLERINE , Histoire Mo
rale , composée sur les Mémoires d'une Illustre
Famille d'Irlande & ornée de tout ce
qui peut rendre une lecture utile & agréable;
par l'Auteur des Mémoires d'un Homme de
qualité. Quatriéme Partie . Volume in - 12 .
1740. de 232. pages , se trouve à Paris ,
chés Didot , Libraire , Quai des Augustins.
CATALOGUE des Livres imprimés , de la
A iij Biblio
2840 MERCURE DE FRANCE
Biblotheque du Roy. Théologie . Premiere
Partie. A Paris , de l'Imprimerie Royale ,
1739. in folio, pp. 414. sans compter le Mémoire
Historique de 100. pages , & la Table
des noms des Auteurs , de 106. pages.
CATALOGUE des Livres Manuscrits de la
Bibliotheque du Roy , Tome I. de l'Imprimerie
Royale , 1739. in-folio , pp . 458. sans
la Table des Auteurs , de 44. pages.
DISSERTATIONS sur l'Histoire Ecclesiastique
& Civile de Paris , suivies de plusieurs
éclaircissemens sur l'Histoire de France ,
Ouvrage enrichi de Figures en taille- douce ,
& dédié à M. le Comte de Maurepas. Par
M. l'Abbé Lebeuf, Chanoine & Sous - Chantre
de l'Eglise d'Auxerre. A Paris , chés
Lambert & Durand , ruë S. Jacques , 1739.
in- 12 de 500. pages , sans les Tables , &c.
Des cinq ou six Dissertations de ce nouveau
Recueil , qui roulent sur l'Histoire de
Paris , la premieré est sur un point Géographique
très- ancien. Il s'agit d'éclaircir le Lieu
apellé Catolocus dans la Vie de sainte Geneviéve.
M.Lebeuf n'entend parler que de la premiere
Vie de cette Sainte , écrite dans le siécle
même de sa mort, & il sçait distinguer,
comme ont fait les Sçavans du dernier siécle
, les additions ou fourrures faites à cette
Vie
DECEMBRE . 1739. 2841
Vie, au neuviéme siécle & depuis, d'avec co
qui avoit été d'abord rédigé dans une grande
simplicité par un Auteur presque contemporain
à la Sainte. Il regarde donc cet Ecrit
primitifcomme d'une très - grande autorité , &
comme le Morceau le plus ancien de l'Histoire
Ecclesiastique de Paris, infiniment préférable
aux Actes de S. Denis, même les plus
anciens , & il en parle encore dans la seconde
Dissertation , qui regarde ces, Actes du
premier Evêque de Paris. Après avoir détruit
par le suffrage du Pere Félibien , Auteur de
'Histoire de l'Abbaye de S. Denis , toute
la croyance que plusieurs Personnes avoient
ajoûté jusqu'ici au Moine anonyme, Auteur
des Gestes du Roy Dagobert , & fait voir
par le Texte même de Fredegaire , Auteur
contemporain à ce Roy , que ce Prince n'avoit
point bâti une nouvelle Eglise en l'honneur
de S. Denis , mais qu'il s'étoit seulement
contenté d'orner l'ancienne & d'en .
faire embellir l'Edifice , tant intérieurement,
qu'extérieurement ; il remonte jusqu'à l'origine
de cette premiere Eglise. Elle lui est
fournie par la même Vie primitive de sainte
Genevieve , où on lit que ce fut cette Sainte
qui engagea le Clergé & les Habitans
de Paris à bâtir une Basilique sur la Sépulturé
de S. Denis ; d'où il est aisé de conclure
que ce Bâtiment n'ayant guere que cent
E iiij qua
842 MERCURE DE FRANCE
rante ans ou environ d'antiquité , quand Da
gobert commença à regner , il n'eut pas besoin
d'être rebâti à neuf. Il falloit bien qu'il
existât une Eglise de S. Denis avant Dagobert,
puisque Grégoire de Tours en parle & que S.
Cloud, au raport d'Hincmar, avoit donné à la
même Eglise une Terre située dans le Berry,
circonstance omise par Dom Félibien . Cette
Eglise n'étoit pas à Paris , comme l'a crû M
de Launoy ; elle devoit être dans le Lieu er
vers lequel Ste Geneviève étoit pénetrée d'ur
particuliere dévotion , parce que les SS . Martyrs
y avoient souffert & y avoient été inhumés;
or ce Lieu est nommé Catolocus dans les
plus anciens Manuscrits , & chés les Auteurs
qui l'ont alteré en Catulliacum , il est dit situé
à six mille de la Cité de Paris. Comme
donc la Ville de S. Denis est dans cette distance
de Paris , & que les Saints y ont été
inhumés, cette Ville est le Lieu même apellé
Catolocus ou Catolacum dans les Manuscrits ;
M. L. B. observe que le premier Monument
où il soit marqué que ce nom vient d'une
Femme nommée Catulla , sont les Actes de
S. Denis , de la fabrique d'Hilduin . Il est le
premier qui ait donné ce nom à la Matrône
qui eut soin de la sépulture des SS . Martyrs,
& par conséquent cette étymologie est fort
suspecte. Il est plus probable que ce nom a
été formé de la situation aquatique du Bourg
&
DECEMBRE. 1739. 2849
du Monastere , de-même que le Cadolocum
de certaines autres Contrées , où il y a des
Etangs, de la même maniere qu'on en voyoit
autrefois à S. Denis . L'Auteur a prévû , sans
doute , la conséquence que les Lecteurs ti
reront de l'usage qu'il fait du Passage de la
premiere Vie de sainte Geneviève , & qu'on
en concluera qu'il n'est donc pas sûr que
S. Denis ait souffert le Martyre à Montmartre.
La situation de l'Eglise de S. Denis de
l'Etrée , proche la Riviere de Seine , porte a
croire que ce fut en ce Lieu qu'ils furent décapités
, mais ils n'y furent point inhumés ;
leurs Corps avoient été transportés dans le
Champ de la Dame anonyme , dès le temps
de leur Martyre. C'étoit tout ce territoire &
les environs qui formoit le Vieus Catolocen
sis , & il ne faut aucunement penser à Chailfot
dans cette question Géographique, comme
y a pensé M. de Tillemont. M. L. B. finit
ses Observations sur la situation du Lieu
de la sépulture de S. Denis , par la remarque
qu'il fait touchant les variétés qui se trouvent
là-dessus dans les Manuscrits de la Lé
gende de S.Denis. Les Copistes étoient si simples
au XI . siecle, que quoiqu'ils marquassent
dans le Texte de cette Légende, que ce Lieu
est à six mille de Paris , dans le titre de leur
Ouvrage, ils écrivoient que ce Lieu n'en étoit
qu'à trois mille, L'Auteur concilie ces con
Ex tradictions
2844 MERCURE DE FRANCE
tradictions , en disant qu'au IX. siecle on
comptoit encore communément trois mille
pas pour ce que nous apellons une lieüe , mais
que quelques siécles après plusieurs Auteurs
commencerent à regarder Milliare & Lenga
comme synonymes , qu'ainsi par les trois
mille de distance de Paris à S. Denis , ils entendoient
trois petites lieuës.
L'Auteur étant tombé insensiblement sur
cette distance , se trouve engagé à marquer
depuis quel temps à peu près Paris fut habité
& fermé pour la premiere fois dans le quartier
qu'on apelle aujourd'hui la Ville , car
l'autre continent du côté du Midi , fut habité
& fermé bien plus tard. Il prouve que les
environs de la Greve , tels que la rue de la
Tisseranderie , n'étoient pas encore fermés
au IV. siécle & n'avoient point l'air de Ville,
puisqu'on y faisoit encore alors des inhumations.
On trouva en cette ruë vers l'an 1610 .
des Tombeaux avec leurs Squelettes & des
Médailles , dont les plus nouvelles étoient
de Magnence , qui regna en 350. d'où il infere
qu'alors ce canton n'étoit tout au plus
que comme une espece de Fauxbourg , où
chacun étoit fort au large & avoit son Jardin,
dont une partie servoit de sépulture aux Familles
du dedans de l'Isle , ou aux Notables
du déhors. M. L. B. ne croit point , comme
M. de la Marre , en son Traité de la Police ,
que
DECEMBRE . 1739 2845
"
preque
la premiere clôture du Quartier de Paris ,'
situé vers le Nord , ait été faite par les Romains
. Le silence de Grégoire de Tours, qui
selon M. de la Marre, auroit dû en parler, au
cas que c'eût été un Ouvrage des Francs , ne
lui paroît pas décisif, parce que Grégoire ne
s'est pas proposé de tout dire , & que tous les
jours on aprend par des Histoires particulieres
des Saints locaux , des choses importantes
qu'il a ignorées ou tuës. Au reste si la
miere clôture du Quartier en question fut
un Ouvrage des Francs , elle le fut des Francs
du premier temps. M.L.B.prouve par un Texte
de Grégoire de Tours de Gloria Confess. c.
90. que Chilperic ayant fait son Entrée Royale
dans la Cité Civitatem , la fit le lendemain
in urbem Parisiacam. Cette double Entrée
désigne deux Habitations séparées & fermées
chacune de leurs murs. Nous ne voyons pas
que personne ait encore remarqué la teneur
de ce Texte en faveur du Paris Septentrional .
M. Lebeuf n'ayant trouvé dans M. de la
Marre aucune preuve qu'il faille étendre la
premiere clôture de la Ville de Paris jusque
dans la ruë de S. Germain l'Auxerrois , quoique
dans ces anciens Plans il l'étende jusqu'assés
avant dans cette ruë , eft d'un avis
contraire , & prétend qu'au sortir du grand
Pont de Paris pour venir à Montmartre ou à
S. Denis , on ne se trouvoit pas dans la nou-
E vj velle
>
2846 MERCURE DE FRANCE
velle Ville Septentrionale , qu'on la laiffoit
main droite , & qu'étant dès le bout du Pont
dans la Campagne , on en cotoyoit les nouveaux
murs à quelque diftance. Outre qu'on
n'a jamais trouvé de veftiges de ces murs à
gauche de la ruë S. Denis , ni vers Ste Opor
tune , le Texte de Grégoire de Tours apuye
cette pensée , en ce que Chilperic venoit du
Soiffonnois , lorsqu'il arriva à Paris. Il fit
donc sa premiere Entrée dans la Cité de Paris
, en paffant par le grand Pont , apellé aujourd'hui
le Pont au Change. La seconde
Entrée ayant été faite dans la Ville le lendemain
, c'eſt une marque qu'il ne l'avoit pas
encore traversée , comme il lui eût été indispensable
de le faire , si les maisons & les
murs avoient compris ce qu'on apelle la rue
S. Denis. L'Histoire de l'Incendie arrêté par
des prieres de S. Lubin , & qui avoit pris à
quelques maisons du côté du Nord , supose
encore que lorsqu'on venoit de la Basilique
de S. Laurent à la Cité de Paris , on n'avoit
pas une double clôture à traverser, ce qui auroit
été néceffaire dans le Syftême de M. de
Ja Marre. Ici M. L. B. eft bien éloigné d'imaginer
, comme a fait M. de Valois , une Eglise
de S. Laurent dans le bas du quartier de l'Université
; il suit l'ancien sentiment, & pour enrichir
cet endroit de son Livre d'une nouvelle
Observation,il remarque que la Vie de S.Lubin
DECEMBRE. 1739. 2847
bin de Chartres, dont il s'autorise , à dû être
écrite par Fortunat de Poitiers , étant entierement
dans le style de celle de S. Germain
de Paris , & de S. Aubin d'Angers , dont il
eft l'Auteur incontestablement. M. L. B. s'apuye
sur le même Fortunat , en sa Vie de S.
Aubin , pour prouver que Childebert n'étoit
pas logé au Palais des Thermes , mais dans
I'Isle de Paris même , & le Paffage eft presque
aussi décisif que celui de Grégoire de
Tours , Lib. 4. C. 26. au sujet du Roy Ca
ribert.
Selon notre Auteur , la Porte de Paris , en
tant que differant de la Cité de Lutece , étoit
dans la ruë de S. Jacques de la Boucherie &
proche la Boucherie même. Cette Porte res
gardoit le Couchant. L'autre qui étoit au
bout oposé & qui regardoit l'Orient , eut le
nom de Porte Baudoyer , dont l'étymologie
a plusieurs raports avec l'Art Militaire. La
Tour quarrée qui subsifte proche le Lieu de
cette ancienne Porte Baudoyer , au Nord du
Sanctuaire de S. Jean en Greve , peut être
assise sur les anciens fondemens de l'une des
Tours de cette ancienne Porte.
L'évidence du Paffage de Grégoire de
Tours sur l'éxiftence d'une Ville de Paris au
Nord de l'Isle , doit empêcher, selon M. L. B.
qu'on ne se prévale du silence du Moine Abbon
, touchant la clôture de cette nouvelle.
Ville
2848 MERCURE DE FRANCE
Ville. Abbon ne parlant que des dernieres
Guerres des Normands, vers l'an 886, n'avoit
garde de faire mention des murs du Paris
Septentrional. Ces murs bâtis par les Francs
bien moins solidement que ceux de l'Isle ,
Bâtis de pierre par les Romains , avoient été
ruinés & mis en cendres dès les premieres
guerres des Normands. De crainte d'effuyer
de semblables malheurs , on les rebâtit de
pierre sur les anciens allignemens , & même
on en éleva de nouveaux dans la partie
Méridionale. Ces derniers murs pouvoient
paffer aux environs des Carmes , & de- là
vers la rue du Foin ou des Mathurins , &
continuer ensuite proche le Pont S. Michel.
De-là vint que l'Augmentateur de la Vie de
sainte Geneviève , que M. L. B. croit avoir été
un Diacre de l'Abbaye , apellé Felix , regarda
son Eglise comme située juxta Novemenia
Parisii. L'écriture de son 'Manuscrit ne peut
être au plus tard que du XI . siécle .
;
La situation des deux Châtelets de Paris a
aussi mérité l'attention de M. L. B. il prétend
qu'ils n'étoient pas situés où ils sont aujourd'hui
que la Ville de Paris n'avoit pas de
clôture du côté de la Riviere , non - plus
qu'elle n'en a pas aujourd'hui , depuis S.Gervais
où étoit la Porte Baudoyer , jusqu'à la Porte
de Paris , ou au grand Châtelet. La Riviere
servoit seule de rempart de ce côté- là à la
Ville
DECEMBRE. 1739 2849
Ville nouvelle ou Septentrionale . Il n'y avoit
que la Cité , ou Ville de l'Isle qui étoit environnée
de murs & de Tours de tous les côtés .
C'est donc sur le continent de l'Isle même
qu'étoient le grand & le petit Châtelet.Le premier
vers le Lieu où est l'Horloge du Palais , à
l'entrée dugrand Pont , & l'autre vers l'endroit
où aboutit la grande Salle de l'Hôtel - Dieu ,
que
à l'entrée du Petit - Pont. Ces deux Châtelets
étoient chacun la Porte de la Cité de Paris ,
P'un vers le Midi , ' l'autre vers le Septentrion.
Ce fut à ce dernier qu'arriva le Miracle de
P'Hiftoire de S. Martin , en mémoire duquel
il y eut en ce lieu un Oratoire de son nom ,
qui a perpetué le souvenir de ce saint Evêde
Tours dans le Palais de nos Rois , &
depuis dans le Siége de la Juftice. Par le
moyen de la position des deux Châtelets ou
Portes de la Cité de Paris à deur véritable
place , M. Lebeuf donne une explication naturelle
du cours de l'Incendie qui arriva à Paris
l'an 586. du côté du Midi , & qui ceffa
du côté du Nord, proche l'Oratoire de saint
Martin . Il faut lire cette Explication dans
son Livre.
La seconde Piéce de son Recueil , regarde
les Actes de S. Denis. L'Auteur , loin de se
proposer de les rendre fort eftimables , montre
affés clairement qu'ils sont encore plus
mauvais, que Mrs de Launoy , de Tillemont
&
COLORE DHE RRANCE
Nommands,vers Fans , navor
Gas Crapies mus prouvolan
Cross Ces Cams, & de-f
from a des Mathurus , &
morte dePorr S. Michel
more dhe XL sit
Lan Ville de
sture de cine de
4. Puns, ou
d
ur->
as de
on
- plus
S.Gervais
qu'à la Porte
t. La Riviere
côté-là à la
Ville
DECEMBRE . 1739 2849
Ville nouvelle ou Septentrionale. Il n'y avoit
que la Cité ou Ville de l'Isle qui étoit environnée
de murs & de Tours de tous les côtés.
C'est donc sur le continent de l'Isle même
J
qu'étoient le grand & le petit Châtelet.Le pre
mier vers le Lieu où est l'Horloge du Palais, à
l'entrée du grand Pont, & l'autre vers l'endroit
où aboutit la grande Salle de l'Hôtel- Dieu ,
à l'entrée du Petit - Pont. Ces deux Châtelets
étoient chacun la Porte de la Cité de Paris ,
P'un vers le Midi , ' F'autre vers le Septentrion .
Ce fut à ce dernier qu'arriva le Miracle de
'Hiftoire de S. Martin , en mémoire duquel
il y eut en ce lieu un Oratoire de son nom
qui a perpetué le souvenir de ce saint Evêque
de Tours dans le Palais de nos Rois , &
depuis dans le Siége de la Juftice. Par le
moyen de la position des deux Châtelets ou
Portes de la Cité de Paris à leur véritable
place , M. Lebeuf donne une explication nacours
de l'Incendie qui arriva à Padu
côté du Midi , & qui ceffa
Nord, proche l'Oratoire de saint
aut lire cette Explication dans
turell
ris l'
du
N
F
Piéce de son Recücil , regarde
S. Denis. L'Auteur , loin de se
es rendre fort eſtimables , monment
qu'ils sont encore plus
Ars de Launoy , de Tillemont
2850 MERCURE DE FRANCE
& Baillet ne les avoient crûs. Il les croit de
la compofition d'un Religieux de l'Abbaye
de Saint Denis , à cause de cette expression
répetée : Peculiaris Patroni nostri. Il ne dissimule
point que les plus anciennes Copies
marquent l'Envoi de S. Denis en France par
S. Clement. Mais c'eft auffi l'Epoque de la
compofition de cette Légende , qui eft le
premier Monument où elle se trouve . Il se
défie ( & avec raison ) de la Charte d'un de
nos Rois , de l'an 723. où cette Miffion eft
spécifiée , parce que
le commencement de ce
Diplôme , où sont les termes qui l'expriment
, ne sont pas dans le ftyle du refte de
la Piéce , & parce que Dom Félibien ne
l'ayant pû recouvrer en original , n'a pas crû
la Copie affés authentique pour être inserée
dans l'Hiftoire de l'Abbaye. La pensée de
M. L. B. est que ce fut vers le temps de l'introduction
du Rit Romain en France , sous
Pepin , ou sous Charlemagne , que le desir
d'avoir quelques leçons un peu étenduës sur
ce Saint , à l'Office nocturne de sa Fête , &
de former de ces Leçons le chant des Antiennes
& des Répons , engagea quelques
Religieux du huitième siècle , à emprunter
la vie de quelque autre Saint , en y subftituant
le nom de Dionyfius. A la lecture de
la Dissertation , on ne peut guere s'empê
cher de croire que la Piéce qui avoit servi
de
DECEMBRE. 1739 2850
que
de canevas , n'eût été d'abord composée
pour quelque Apôtre d'une Eglise située
vers le Rhin , entre l'Italie & l'Allemagne .
Pourquoi dire en effet que Lutece étoit peuplée
de Germains , que le Rhin y passoit ,
( car quelques Manuscrits ont Rheni , si ce
n'étoit pas une Piéce composée pour une
Eglise de ces cantons- là , qu'on eût adoptée
? Ce qui doit augmenter le soupçon , eft
dans la Vie de Š. Gaudence de Novare
au Milanez , il y a des périodes entieres
dans les mêmes termes que dans celle de
S. Denis . Mais le Compilateur , qui n'avoit
en vûë que de groffir son Lectionaire , & de
le farcir de haut ſtyle , ne prit pas garde que
d'autres choses qui avoient pû convenir au
S. Evêque des environs de l'Allemagne , envoyé
, peut- être , vers le V. ou VI . siécle , ne
pouvoient convenir au siécle de S. Denis,qui
étoit un temps de persécution . Plus il raprochoit
S. Denis des temps Apoftoliques , plus
il le mettoit hors d'état de se voir attribuer
des phrases empruntées , telle que celle - ci :
Ecclefiam illis qua necdum in locis erat & populis
illis novam conftituit , ac Officia servien
tium Clericorum EX MORE conftituit probatasque
personas honore secundi Ordinis ampliavit.
Tout ceci a pû être dit d'un S. Evêque
du V. ou VI. siécle , auquel temps on pouvoit
alleguer l'ancienne coûtume , ex more J
mais
2852 MERCURE DE FRANCE
mais n'a jamais pû convenir à S. Denis de
Paris , qui n'étoit pas dans une situation à
former un Clergé complet , comme le marque
ce texte , encore moins , s'il vivoit au
premier siècle.
Il faut donc reconnoître un défaut de juge
ment dans le Fabricateur de la Legende de
S. Denis , & par consequent qu'il a pû être
affés infidele ou ignorant , pour y mettre de
son crû , que c'étoit S. Clement qui l'avoit
envoyé prêcher la Foi. M. L. B. aporte un
exemple très- sensible de ces Moules de Légendes
qui servoient pour plusieurs Saints .
C'eft celui de S. Trophime , premier Evêque
d'Arles , auquel les Ecrivains du Legendaire
de l'Eglise d'Arles , ont apliqué un Panegyrique
fait pour S. Germain , Evêque d'Auxerre
, par le Moine Heric , du IX. siécle ,
charmés apparemment par les tours latins de
cet Ecrivain ; & ils se sont contentés de
changer quelques noms propres , de crainte
qu'on ne reconnût leur vol .
Ceux qui ont crû que la Légende de Saint
Denis avoit originairement marqué sa Mission
à successoribus Apostolorum , & que c'étoit
par alteration qu'on y lisoit à S. Clemente,
ont porté trop de respect à cet Ouvrage .
Pour dire vrai , il faut lire à S. Clemente
y ,
mais aussi la Pićce est une mauvaise compilation
, & qui ne doit être d'aucun poids
DECEMBRE. 1739 2853
si ce n'eft en ce qu'elle dit depuis la mort du
Saint, & touchant son culte. M. l'Abbé L. B.
prouve que l'on ne peut apuyer son authenticité
sur les anciennes Armoires du Trésor
de l'Eglise de Paris , où cette Légende étoit,
dit- on , conservée dès le temps du Regne de
Louis le Debonnaire. Ceux qui ont crû cela,
ont pris le change , à la lecture de la Lettre de
ce Prince à l'Abbé Hilduin, & de la Réponse
d'Hilduin à cet Empereur. En prenant la
peine d'examiner attentivement les termes
de ces Lettres , & l'arrangement des materiaux
qu'Hilduin se vantoit d'avoir mis en
oeuvre , on reconnoît que ce qui étoit conservé
dans les Armoires de la Cathédrale de
Paris , confistoit en des fragmens de l'ancien
ne Liturgie Gallicane de la Messe du jour de
S. Denis , & non pas en cette Légende mal
digérée , du S. Evêque de Paris. L'Auteur de
la Differtation a reconnu la plupart de ces
morceaux de la Liturgie primitive de l'Eglise
de Paris, que l'Abbé Hilduin avoit inserés en
divers endroits de sa nouvelle Compilation ,
& il les a raprochés les uns des autres , afin
que les Connoiffeurs en ftyle de l'ancienne
Liturgie Gallicane puissent en juger , & que
le Public voye que dans ces Prieres des premiers
temps
, il n'étoit fait mention ni d'Areopage
, ni de S. Clement , ni de Tête portée
, ni de mille autres Faits qu'Usuard mêmo
2854 MERCURE DE FRANCE
me n'avoit pas connus , quoiqu'il vêcût sous
Charles le Chauve. Il nous paroît que la
plûpart de ces Remarques n'avoient point
encore été faites , quoiqu'il y ait eû beaucoup
d'Ecrits sur cette matiere dans le siécle
dernier. M. L. B. en a placé une au bas de la
page 55. qu'il dit tenir du P. Prevôt , Chanoine
Régulier , & Bibliothéquaire de Sainte
Geneviève , auquel ses deux premieres Dissertations
sont adreffées . Elle se raporte à
S. Denis , parce qu'on tient par tradition ,
que le Lieu où il invoqua d'abord la Sainte
Trinité , proche París , étoit celui où l'on
voit l'Eglise de S. Benoît . On propose aux
Curieux d'examiner , si dans l'Antiquité l'on
n'auroit pas entendu Ecclesia S. Trinitatis ,
par Ecclesia S. Benedicti , avant qu'on se soit
imaginé d'entendre par là à Paris le saint Patriarche
des Bénédictins . Cette découverte
sera affés curieuse. Il eft certain que dans
l'ancien langage vulgaire , on a longtemps
dit Benoît -Dieu . La réunion que M.L.B.a faite
à la page 67. & suivantes , de toutes les injures
dont Hilduin & fes Sectateurs dans
l'Areopagetisme, accablerent ceux qui s'attachoient
à l'ancienne Tradition contenuë
dans Gregoire de Tours , marque combien
mauvaise étoit la cause dont ils prenoient la
défenfe. Un Moine de Saint Denis , qui écri
voit sur la fin du IX. siécle , pouffa ses expreffions
DECEMBRE . 17397
2855
reffions , jufqu'à dire que ceux qui refubient
de qualifier leur saint Patron du titre
& Athenien & d'Areopagite , étoient des re
jettons du Préfet Fescenninus Sisinnius , qui
avoit fait mourir ce Saint. Nous rendrons
compte des neuf ou dix autres Differtations
dans un autre Journal.
NOUVEAUX AMUSEMENS DU COEUR
DE L'ESPRIT. Quatorziéme Brochure : in- 1 2 .
1739. A Paris , chés Bienvenu , à l'entrée du
Quai des Augustins , & chés la Veuve Pissot
Quai de Conti , à la descente du Pont- Neuf,
Le prix eft de 24. sols.
Après un Avant- Propos de l'Auteur , qui
s'engage pour la suite de cet Ouvrage pério
dique à des Recherches historiques & critiques
sur la Littérature ancienne & moderne , &
qui sollicite au nom du Siècle & de la Pofterité
, les Personnes qui ont dans leurs Cabinets
des Piéces interessantes,de les lui communiquer,
pour en faire part au Public ; ( elles sont redevables
, selon lui , de pareils trésors qui courent
toujours de grands risques , tant qu'ils ne sont
qu'en manuscrits; ) on trouve un. Dialogue sur
l'Etenduë , par feu M. le Baron de Leybnits.
C'est un morceau scientifique , où ce grand
Philosophe fait paroître des découvertes neuves
, toujours analogues à son Syftême de
Métaphysique. Ces réfléxions sérieuses veug
Lept
2856 MERCURE DE FRANCE
> lent être méditées dans le Livre même , &
on y renvoye les Lecteurs , parce que ce seroit
tronquer la matiere , que de citer quelques
endroits qui n'inftruiroient personne
fonds , & que nos Extraits ne sont pas susceptibles
de longueurs , inévitables dans cet
Article interessant .
à
L'Epître dédiée au grand Thomas ( page
331. ) est plaisante quant au sujet , mais
elle nous a paru foible & peu correcte , prosaïque
quelquefois , & rampante. Il y manque
auffi de la gayeté , quoique nous ne prétendions
pas dire qu'il n'y ait des traits amu
sans. Elle commence par ces Vers :
Noble soutien de la machoire ,
Digne objet d'admiration ,
De qui le triomphe & la gloire
Par ton heureuse invention *
Immortalisent la mémoire ;
THOMAS , c'est à toi qu'aujourd'hui ,
Mes Vers demandent un apui .
Peu nourris des Eaux d'Hypocrene
Qui donnent la force et l'haleine ,
Et qui , par leur philtre enchanteur
Rendent florissant un Auteur ,
Ils courent les bords de la Seine ,
Et te prennent pour Protecteur.
Il a fait faire un Char enforme d'Arc de triom
the , où il se met chaque jour.
L'IRE
DECEMBRE.
1739. 2857
L'Invocation continuë , & la Muse de
cette Epître , qui se déclare elle même foible
& volage , fait ( page 336. ) sa confession
de modestie.
Sans envier ce ton sublime ;
Qui rend un Auteur trop flaté ,
Je donne aux travaux de la lime
Un essor bien plus limité ;
Et sans qu'un amour emporté
Me fasse courir vers la rime ,
Une douce facilité
S'unissant au feu qui m'anime ,
Exprime avec naïveté
Ce que m'offre l'oisiveté.
Souvent , sur la verte fougere ,
A l'abri d'un ombrage frais
Je trace d'une main légere ,
Les agrémens et les attraits
Qu'eut en partage ma Bergere
Ma Muse souvent , par ses airs ,
1
Fait retentir les verds Bocages ;
Les Faunes , les Sylvains sauvages
Se joignent même à ses concerts ,
Et les doux Habitans des airs
Y répondent par leurs ramages.
On trouve ensuite une Nouvelle Portú
gaise , sous l'Etiquette de Don Juan & Isa
belle
2858 MERCURE DE FRANCE
belle Cette Histoire est calquée sur le moule
des Romans à grandes Avantures. Les deux
Héros filent l'amour au plus parfait. » Don
• Juan fut élevé avec Isabelle . Ils étoient à
peu près de même âge , & cette conve-
» nance , jointe à toutes celles qui se trou-
» voient en leurs personnes , fit naître entre
eux une sympathie qui prit bien- tôt uil
» autre nom. Les Amours sont enfans , &
> se plaisent quelquefois à jouer avec l'enfance
; & les paffions qu'ils y font naître ,
» sont beaucoup plus fortes & plus dura-
» bles.
»
?
» Don Juan & Isabelle sentirent dès- lors,
l'un pour l'autre , ce que dans un âge plus
avancé ils devoient inspirer à tout le mon-
" de. Etoient- ils ensemble : Tout étoit
pour
eux plaisir & passe - temps. Jamais affec-
»tions ne furent plus égales , jamais volon-
» tés plus vives : enfin jamais amour ne se
» fit tant sentir , avant que de se faire connoître.
Voici comment leurs sentimens se débroüillent.
Le hazard leur fait jetter la vûë sur
un Livre romanesque . Isabelle prie Don Juan
d'en lire quelques pages. Le Lecteur » étant
tombé sur une peinture que deux Amans
se faisoient l'un à l'autre de leur amour,'
Isabelle trouva les sentimens de la Maî
tresse si conformes aux siens , qu'elle en
rougit & devint rêveuse. Don
1
DECEMBRE. 1739. 2859
39
">
33
» Don Juan , qui avoit trouvé la même
» ressemblance entre les fiens , ceffa de lire ;
» & après avoir auffi rêvé quelque temps :
Isabelle , dit il ingénûment , plus j'y fais réflexion
, plus je crois que j'ai de l'amour
" pour vous. Depuis que je vous vois , j'ai
pensé mille fois tout ce que je viens de
» lire ; & la seule difference que j'y trouve ,
c'est que je le pensois plus vivement en-
» core ; mais je n'aurois pas pû fi bien vous
l'expliquer . Don Juan , répondit Isabelle¸
» en rougissant davantage ; je faisois la mê-
» me réflexion , & je ne doute plus que ce
» ne soit aussi de l'amour que j'ai pour vous.
» J'ai ressenti mille fois , sans pouvoir les
» démêler , tous les transports , tous les plai-
» sirs , toutes les inquiétudes qui sont décri-
>> tes dans ce Livre. Mais, fi ce que j'entends
» dire de ces sentimens , est vrai , c'est un
» crime à moi de les avoir conçûs.Cependant
» je ne sçaurois croire que le crime puisse
» jamais se présenter sous une figure auffi
» douce & auffi agreable que celle- là ; & en
» tout cas , je sens que j'aurai bien de la
peine à m'empêcher d'être toujours crimi
» nelle.
Une Gouvernante interrompt la conversation
; ils s'aiment toujours pendant plusieurs
années : mais cet heureux temps change. On
demande Isabelle en mariage : Dona Maria
1. Vol.
lui F.
2860 MERCURE DE FRANCE
Jui en fait la proposition ; elle y répond par
un torrent de larmes , que sa mere interprete
favorablement. Dona Maria trouve aux pieds
de Don Pedro , son mai , le pauvre Don
Juan fondant en larmes de son côté , & découvrant
tout le mystere . On s'apaise , on
écrit à Don Francisco de **** pere du jeune
Amant , qui lui permet d'épouser sa Maîtreffe.
Il se retracte dans le temps qu'on faisoit
les préparatifs des nôces . Des richeffes
héritées changent ses volontés. En conséquence
, desespoir des deux Amans .
Don Francisco fait enlever son fils . Isabelle
est demandée par Don Gusman ; elle
lui est accordée par ses Parens. Il propose un
combat à la lance , où il eft desarçonné par
Don Juan , dont on avoit publié la mort.
Nos deux Héros se reconnoissent & conviennent
de s'enfuir ensemble. Don Juan
s'assûre d'un Bâtiment , & la nuit tant souhaitée
étant venuë , Isabelle trouve le moyen
de se dérober. Elle aperçoit dans l'obscurité
un Bâtiment arriver dans la rade. Elle va audevant
; c'est un Corsaire qui l'enleve. L'A--
mant arrive un moment après , & ne trouve
personne. Il aprend le malheur survenu, dont
on accuse à tort Don Gusman. Il fait bien
du Pays , trouve Ali- Achmet , Corsaire Saltin
, qui a sur son Bord la jeune Personne ,
prête à partir pour les plaifirs du Roy de
MaDECEMBRE.
1739 2861
Maroc . Isabelle y avoit consenti , après avoir
pris secretement du poison : Don Juan la
trouve sur le point d'expirer , traite avec le
Corsaire , délivre son Amante , reste en ôtage
pour la fin du payement. Elle revient à
Villanova . Don Gabriel , cousin de Don
Juan , va délivrer son Ami des mains d'Ali-
Achmet. Et enfin le Roy , malgré de nouvelles
opositions , joint son autorité à la volonté
des Parens bien réunis. Isabelle & Don
Juan sont mariés avec de grandes magnificences.
Cette Historiette eft écrite d'un ftile naturel
, vif , & touchant. Il y a même de l'intérêt
, mais nous ne sçaurions nous empêcher
de dire que ces sortes d'Ouvrages sont de
tous ceux de la Litterature , les moins dignes
de confideration , & propres tout au plus à
amuser les gens superficiels.
Il y a dans cette Brochure , comme dans
les précédentes , des morceaux de Poëfie fort
bien tournés. La Probité , par exemple , a
servi d'Apollon à l'Auteur des Voeux pour
Monseigneur le Dauphin. Cette Piéce mérite
l'empressement de tous les bons Citoyens.
Quoi de plus délicat que ce qui suit !
Aimé de son Peuple fidele
Qu'un Prince sur son Trône eft fort !
Les coeurs le gardent mieux qu'aucune sentinelle ;
Fij
L'a
2862 MERCURE DE FRANCE
L'amour veille toujours , mais le devoir s'endort.
Voici un bel endroit , à la page 390,
Dans un nuage radieux
La Gloire que je vois paroître ,
Vient sans doute à mon jeune Maître
Inspirer des combats les defirs furieux.
De cette brillante chimere
Que Louis se dégage aux traits de ta lumiere ,
Sageffe , fais-lui voir le ridicule abus
De ces Ambitieux , vrais fleaux de la Terre ;
Qui coujours combattans , ont au bout d'une guerre,
Cent mille hommes de moins pour un Château de
plus , &c ,
L'Epître de Léandre à Hero , imitée d'Ovide
M. le Préfident BOUHIER , de l'A- par >
cadémie Françoise , devroit être copiée toute
entiere . ou du moins plus de deux cent
Vers , fi l'on vouloit transcrire toutes ses
beaurés.
M. d'Arnaud , jeune Poëte , qui se diftingue
, a fait imprimer dans ce Recüeil , deux
Epîtres à son illustre Maître M. de Voltaire.
Il lui parle dans la premiere , page 397. d'après
la Ceinture de Venus dans Homere.
Dans la seconde , page 402. il peint M. de
Voltaire cn Philosophe , après l'avoir peint
comme Auteur de la Henriade ; & avant que
de
DECEMBRE. 1739. 2863
de parler de ses Tragédies , il s'exprime
ainfi :
Tantôt , d'un vol audacieux ,
Mesurant la Terre & les Cieux ,
Il contemple de Dieu la grandeur infinie .
De cent globes divers démêlant les refforts ,
D'une exacte harmonie il conçoit les accords.
Des Barrieres du jour jusqu'au centre du Monde ,
De cette immenfité perçant la nuit profonde ,
Il parcourt d'un coup d'oeil ces Orbes enflammés ,
Ces corps , par leurs combats détruits & ranimés.
Il dévoile avec art , ces nombres , ces distances ,
Ces mouvemens cachés , l'amé de l'Univers ,
Ce Vuide spacieux , ces profondeurs immenses ,
Qu'embraffe la lumiere au vafte sein des airs.
Cette quatorziéme Partie termine le quatriéme
Tome des Nouveaux Amusemens.
Nous n'avons pas diffimulé nos sentimens
sur ce Recueil , qui peut figurer avec tous
les bons Répertoires de ce genre. Tout n'est
pas égal , à beaucoup près , mais il mérite
d'être recherché pour quantité de beaux
morceaux. Si l'Ouvrage continuë , nous en
porterons toujours un jugement sans partialité
, comme sans flaterie.
On nous a prié d'avertir le Public , qu'en
s'adreflant directement à la Veuve PISSOT
Fiij Quai
864 MERCURE DE FRANCE
Quai de Conti , à la descente du Pont Neuf,
les Personnes qui souhaiteroient acheter le
Recücil complet auront une diminution considerable.
Les quatre Volumes bien reliés ;
seront donnés pour la somme de treize livres
quatre sols. C'eft une convention que l'Auteur
a voulu être faite pour le soulagement
des bourfes. Comme il n'a point fait , dit-il ,
cette Compilation dans aucune vûë d'interêt,
il n'a d'autre ambition que d'en favoriser le
débit. Il fait aussi sçavoir que le troisiéme
Volume n'est pas plus cher que les autres
c'est- à - dire , que chaque Brochure de trois
feuilles , eft de douze sols , & les doubles de
vingt- quatre.
INSTRUCTION fur les Lettres de Change ;
& fur les Billets négociables ; fuivant l'Edit
du Commerce , les Déclarations & Arrêts
rendus depuis 1673. jufqu'à préfent , & les
Ufages des Places & des Négocians . Seconde
Edition , corrigée & augmentée. A Blois,
chés Philbert- Jofeph Maſſon. 1739. Vol. in-
12. de 221. pages , fans l'Avertiffement & la
Table des Chapitres .
On trouve dans cette nouvelle Edition ,
des Formules de Sommations , Afſignations ,
Protêts & Dénonciations & c.
On traite d'abord des Lettres de Change
& de leur origine. Du temps des Lettres de
Change
DECEMBRE . 1739. 2865
Change. Des Acceptations fous Protêt , des
Ordres , des Protêts , des Renonciations dè
Protêts , & des Garanties , du Change & Rechange
, des qualités du Porteur des Lettres
de Change , des Lettres de Change perduës ,
des Prefcriptions & du terme de la décharge
des Cautions , des Billets de Change & à
Ordre , des Augmentations & Diminutions
d'Efpeces , & des Ufages reçûs , des Lettres
& Billets dont la connoiffance apartient aux
Juges - Confuls , Termes des Protêts des principales
Villes de l'Europe , Termes des Ufancés
dans les principales Villes de l'Europe ,
Formules des Lettres de Change & des Billets.
CONNOISSANCE DE LA MYTHOLOGIE , par
demandes & par Réponses. A Paris , chés
Claude Simon , Pere , rue des Mallons , &
chés Claude -François Simon , Fils , ruë de
la Parcheminerie , 1739. Vol. in- 12 . de 315 .
pages , fans la Table des Titres , & celle des
Noms proprés. Le Prix eft de 1. liv . 16. fols
relié .
MEMOIRES de la Comteffe d'Horneville ,
ou Réflexions fur l'inconftance des chofes
humaines , par M. Simon. Deux Volumes in-
12. Le premier , de 359. pages , le fecond de
372. 1739.
F iiij To
866 MERCURE DE FRANCE
La Veuve & Houry à imprimé l'Almanach
Royal pour l'Année 1740. où fe trouvent les
Changemens , Additions & Recherches néceffaires
: Vol. in- 8 ° . Qui contient les Naiffances
& Alliances des Princes & Princeffes
de l'Europe : le Clergé de France , qui comprend
les Archevêques , les Evêques , les
Cardinaux , & Abbés Commandataires feulement
: les Ducs & Pairs de France , l'année
d'Erection de leurs Duchés- Pairies , leurs
demeures , celles des Maréchaux de France
les Promotions des Lieutenans Généraux ,
Maréchaux de Camp, Brigadiers des Armées
du Roy , Lieutenans Généraux des Armées
Navales , Chefs d'Efcadre &c les Couverneus
& Lieutenans Généraux des Provinces:
les Gouverneurs des Maifons Royales , les
de neures des Colonels Généraux des Dir
cteurs & Infpecteurs Généraux de l'Infanterie
, des Infpecteurs Généraux de la Cavalerie
& des Dragons , celles des Grands Officiers
Militaires de l'Artillerie de France ; des
Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du S. Efprit , des Miniftres des Cours
Etrangeres , des Chevaliers de la Toifon
d'Or , qui font en France ; les Commandeurs
& Officiers de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint Louis , les Miniftres du Roy en Pays
Etrangers , les Confeils du Roy , les Sécretaires
d'Etat , les Confeillers d'Etat , les Intendans
4
DECEMBRE. 1739. 2867
rendans des Finances , les Maîtres des Requêtes
, les Intendans des Provinces : la
Grande Chancellerie ; les Préfidens & Confeillers
du Grand Confeil , du Parlement, de
la Chambre des Comptes , de la Cour des
Aydes : le Châtelet & fes Officiers : les Sécretaires
du Roy , les Avocats au Parlement,
les Avocats au Confeil , les Procureurs du
Parlement , ceux du Châtelet ; & générale;
ment tous les Officiers des Cours Souveraines
, des Tribunaux , ou Jurifdictions de Paris
, mis par ordre de réception & en leurs
demeures ; les Fermiers Généraux , les Receveurs
Généraux des Finances , Tréforiers des
Deniers Royaux , leurs Controlleurs , ceux
des Payeurs des Rentes , les Banquiers &
Agens de Change , & ce qui a raport à la
Finance , mis dans le même ordre , avec une
Table Alphabétique des Matieres.
›
Plus , l'Extrait du même Almanach Royal :
dans lequel on trouve les Naiffances des
Princes & Princeffes de l'Europe ; les Archevêques
, & Evêques ; les Maréchaux de
France , & Officiers Généraux des Armées
du Roy ; les Gouverneurs des Provinces du
Royaume ; les Confeils du Roy ; les Départemens
des Sécretaires d'Etat , & des Intendans
des Finances ; les Confeillers d'Etat , les
Intendans & les Maîtres des Requêtes. Vol.
in-24-
Ex
B₁ =
2868 MERCURE DE FRANCE
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE , ou Histoire
Litteraire de l'Allemagne , de la Suiſſe,
& des Pays du Nord. Année M. DCC . XXXIII .
Tome 28. 1. Vol . in- 12 . A Amfterdam, chés
Pierre Humbert. 1734.
,
On trouve au II. Article de ce Journal une
LETTRE de M. P. à M. de B. sur les CELTES,
qui nous a parû mériter attention . L'Auteur
déclare dabord , qu'il a eû occafion depuis
un certain temps de recueillir en partie ce
qui nous refte de l'Hiftoire des Celtes , c'eftà-
dire , felon lui , des Peuples qui occupoient
autrefois les Gaules , & l'Allemagne
avec la plus grande partie du Nord . Il obferve
là deffus que les Auteurs Grecs donnent proprement
le nom de Celtes aux Peuples des
Gaules & de la Germanie . Mais outre cela
dit- il , les Celtes occupoient encore du côté
du Nord , la Suede , la Norwege , le Danemark
, avec les Ifles de la Grande Bretagne ;
du côté de l'Orient , une bonne partie de la
Pologne & de la Mofcovie , jufqu'aux Palus
Méotides & à la Mer Cafpienne : & vers le
Midi , toute la Hongrie , avec les Provinces
qui s'étendent jufqu'au Pont- Euxin ; l'Italie
depuis les Alpes jufqu'au Mont Apennin , &
Ja plus grande partie de l'Efpagne. Au reste ,
ajoûte- t- il , avant que d'être connus fous le
nom de Celtes , ces Peuples étoient déſignés
par celui de Scythes , que les Grecs donnoient
DECEMBRE. 1739. 2869
noient indifferémment à toutes les Nations
du Nord.
Notre Auteur , curieux de fçavoir quels
ont été nos Peres , ce que nous avons herité
de leurs vertus & de leurs défauts , cherchant
d'ailleurs l'origine de plufieurs Coûtumes
, qui lui paroiffoient des reftes de l'ancienne
Barbarie , & ne trouvant rien dans
les Auteurs modernes qui le fatisfit pleinement
, il a eû foin , lorfque l'occaſion ſe préfentoit
de lire les Anciens , de raffembler &
de mettre en ordre ce qu'ils raportent fur le
fujet des Celtes . Il avoue cependant qu'il a
trouvé de grandes difficultés pour l'execu
tion de fon deffein. De tous ces Druides
repréſentés par Célar ( Liv. VI. c . 13. 14. )
comme des Gens verfés dans toutes les
Sciences , il ne s'en eſt trouvé aucun , dit-il ,
qui ait entrepris d'écrire l'Hiftoire de fa
Nation , Hiftoire qui auroit donné un grand
jour au fujet dont il s'agit ici . D'ailleurs l'ufage
desLettres a été inconnu très longtemps
aux Peuples du Nord. Les Gaulois aprirent
cet excellent Art des Grecs , qui avoient
fondé Marſeille , ( Strabon L. IV. ) l'an 165 .
de la Fondation de Rome , environ 588. ans
avant la Naiffance de J. C. Les Peuples de la
Germanie le reçûrent beaucoup plus tard
comme on peut le remarquer dans Tacite ,
{ Germ. c. XIX. )
F vj Nous
2870 MERCURE DE FRANCE
Nous ne connoiffons donc les anciens
Celtes , ajoûte l'Auteur , que par quelques
Hiftoriens Etrangers , qui en ont parlé en
paffant , & encore comment les connoît- on ?
C'eft cette connoiffance imparfaite qui a
déterminé notre Auteur à tirer parti de l'ignorance
même où l'on eft de la véritable.
Hiftoire des Celtes : & là - deffus il entreprend
dans fa Lettre de faire un Abregé des
merveilles qui ont été débitées par plufieurs
Ecrivains Grecs & Latins &c. au fujet
des Celtes , & du Pays qu'ils habitoient ,
fur quoi nous renvoyons les Lecteurs à cet
Abregé même.
BIBLIOTHEQUE RAISONNE'E des
Ouvrages des Sçavans de l'Europe , pour les
six derniers Mois de l'année 1733. Tome.
XI. premiere & seconde Partic. 1. vol. in- 1 2 .
d'environ 500. pages. A Amsterdam , chés les
Vetsteins & Smith. M. DCC. XXXIII .
Nous avons déja dit qu'il eft assés mal aisé
'de faire l'Extrait d'un Livre qui n'eft com -`
posé que d'Extraits , & qu'on ne peut guere
donner une idée de ce Journal que par quel
ques Titres des Ouvrages les plus interessans
, & les moins connus.
PHYSIQUE SACRE'E , ou Histoire Naturelle
de la BIBLE , traduite de Latin de M.
Jean-Jacques SCHEUCHZER , Docteur en
Méde
DECEMBRE. 1739. 2871
Médecine , enrichie de Figures en Tailledouce
, gravées par les soins de J. André
PHEFFAL , Graveur de Sa Majesté Impériale .
Deux vol. in-fol. A Amsterdam , chés P.
Schenk , & P. Mortier , 1732 .
Les Journalistes seroient bien heureux , dit
l'Auteur de cette Bibliotheque , s'ils n'avoient
jamais à parler que d'Ouvrages du mérite
de celui- ci. Ils pourroient se répandre
en loüanges , sans craindre ou de faire tort à
leur jugement , ou d'en imposer au Public .
La conscience même leur dicteroit les Eloges
, & laifferoit à leur Critique toutes les
marques de l'estime la plus parfaite pour les
Auteurs. Je dis la conscience , parce qu'il
s'agit ici d'un Livre , auquel elle ne peut que
prendre interêt. Ce Livre eft un Commentaire
sur tous les Endroits de l'Ecriture
qui sont relatifs à l'Hiftoire Naturelle , &
qui par conséquent dans leur tout , composent
ensemble un Corps de Physique sacrée.
M. Scheuchzer , Auteur de ce bel Ouvrage
, en a fait le plan dans sa Préface , sans ou
blier les motifs qui y ont donné lieu . L'exe-.
cution répond parfaitement à l'idée que ce.
Plan nous en donne. Tout y respire la Religion
, mais une Religion sincere , pure , sage,
éclairée. Le Sçavant, le Mathématicien , le Philosophe
, le Naturaliſte ,le Médecin,le Critique
qui yparle,eft un homme du premier rang en
toutes
2872 MERCURE DE FRANCE
toutes ces choses ; mais le Chrétien honnête
homme , dirige toutes ces Sciences ; & par
cela même les rend plus belles , en les rendant
solidement utiles . Point d'érudition déplacée
, point de vaine oftentation de lecture
, point de compilation ridicule de puérilités
, point d'attention scandaleuse à multiplier
les difficultés & les doutes . Il n'y a rien
au contraire qui n'aille au but,& qui ne tende
tout à la fois à l'inftruction & à l'édification
du Lecteur. L'indécision même , qui eft si
souvent inévitable sur quantité de Paffages
de l'Ecriture , eft ici toujours si modefte , si
judicieuse & si raisonnable , que
le respect
qui eft dû à nos Livres sacrés , n'en eft affoibli
en aucune maniere , & que l'authorité de
la Révélation n'en souffre aucune atteinte . Il
eft donc bien glorieux à la Faculté , dit le
Journaliſte , qu'un de ses Membres ait entrepris
un Deffein si néceffaire pour l'intelligence
& l'honneur de la Révélation, & qu'il
s'en soit acquité d'une maniere si pieuse &
si Chrétienne , qu'elle doit servir d'exemple
aux Théologiens. Au moins cet exemple
ajoûté à tant d'autres , juftifiera pleinement
la Religion du Médecin , des préjugés populaires
qui la rendent suspecte. Notre Auteur
pouffe plus loin cette Apologie en faveur des
Médecins,soupçonnés en géneral d'irreligion
& d'incrédulité. Il la finit en disant , que
M.
DECEMBRE. 1739 2873
M. Scheuchzer méritera une place des plus
diftinguées parmi les Médecins Religieux .
C'eft un Droit inconteftable qu'il s'eft acquis
par les beaux sentimens de Religion & de
vertu , qui regnent dans tous ses Ouvrages.
Sa Physique Sacrée, le premier Ouvrage en
ce genre qui ait parû en François , publié
d'abord en Allemand , & ensuite en Hollandois
, a été reçûë avec tant d'aplaudissement
du Public , que les Libraires ont crû , avec
raison , ne pouvoir rien faire de plus utile &
de plus agréable , que d'en enrichir notre
Langue. Ils se sont proposés d'en faire huit
Volumes in folio , dont on annonce présentement
les deux premiers. Ils comptent qu'il
y aura en tout 300. feuilles d'impression , &
750. Figures , tant d'une feuille entiere, que
d'une demie feuille, sans compter la Planche
du Titre , le Portrait de l'Auteur , les Vignettes
, & 8. Titres rouges . L'Exemplaire
complet doit revenir à 190. Florins , argent
courant de Hollande , pour les Personnes
qui auront souscrit , & il n'en coûtera pas
moins de 250. Florins aux autres , à ce qu'assûrent
les mêmės Libraires .
On conçoit aisément , que ce sont les Figures
qui enchériffent si fort un Ouvrage de
300. feuilles d'impression . Aussi sont- elles
généralement d'une très - grande beauté. Leur
Eidélité en rehauffe considérablement le prix ;
voici
2874 MERCURE DE FRANCE
50
voici ce que dit là - deffus M. Scheuchzer
lui-même dans sa Préface. » Les Figures que
je donne ici , dit- il , sont telles que les
» fournit la Nature elle-même , c'est - à - dire,
» telles que je les ai trouvées dans ma Bibliotheque
, dans mon Cabinet , & dans les
» Cabinets les plus célebres de l'Europe , en-
» tre autres dans celui de M. Jean - Henry
» Link, de Leypsic , mon ami intime , qui a
» bien voulu me communiquer sa belle Col-
» lection de Serpens , peints au naturel. Les
» Planches ont été dessinées , & le sont en-
» core actuellement par un de mes amis M.
» Melchior Fueslin , qui excelle dans le Paysage
. Elles ont été gravées par les soins de
» M. Jean- André Pheffal , d'Ausbourg , Gra-
» veur de S. M. Impériale . Son zéle pour la
gloire de nos saintes Ecritures , son amour
» pour les Gens de Lettres , & pour l'Art
» même qu'il exerce avec tant de distinction ,
» l'ont engagé à se charger du soin & de la
» dépensé de cet Ouvrage ; & afin d'en ren-
» dre les Gravûres aussi parfaites qu'il eft pos-
» sible , il a diftribué les Planches à differens
>> Graveurs , selon les divers talens qu'il leur
» connoît , soit pour le Paysage , l'Histoire ,
» les Figures d'Hommes , d'Animaux , de
» Plantes , soit pour les ornemens des Bor-
>> dures , & c.
»
Ce n'eft point , au refte , en qualité de
simple
DECEMBRE. 1739 2875
simple ornement , & pour le seul plaisir des
yeux , que ces Figures ont été faites. L'Auteur
y représente exactement au naturel les
Objets dont le Texte Sacré nous parle , &
l'explication que le même Auteur en donne,
eft parfaitement relative au Dessein de la
Planche. De -là vient la grande quantité
de ces Planches . Il y en a , par exemple
XXIII . pour la Création , parce qu'il a fallu
dessiner les principales choses qui y ont du
raport ,il y en a de même neufpour l'Histoire
de l'Innocence & de la Chute de l'Homme
neuf autres pour celle de l'Arche , vingt &
une pour celle du Déluge , & ainsi du refte .
>
L'Explication des Planches eft plus ou
moins courte , à proportion de ce que la
Description des Sujets eft plus ou moins
difficile. Quant à la Méthode que l'Auteur
y a suivie , voici ce qu'il en dit lui - même .
J'ai observé avec soin de ne rien mettre
» dans cet Ouvrage , qui pût choquer ni les
» differentes Sectes des Chrétiens , ni les au-
» tres Religions , & j'ai évité d'entrer dans
» les Controverses qui partagent le Christia-
» nisme , parce qu'elles ne sont point de mon
» ressort. J'abandonne aux Théologiens les
» Myſteres de la Foi , m'attachant unique-
» ment aux choses qu'on peut connoître par
» les lumieres naturelles ... Je ne m'éloigne
jamais du sens Litteral , & dans l'exa- ?
» men
2876 MERCURE DE FRANCE
>>
>>
» men Physique que je fais de mon Sujet
je prends toujours les noms dans leur si-
>> gnification originelle , c'eft pourquoi j'ai
» cherché le véritable sens des mots Hébreux,
Chaldaïques , Arabes , Grecs , dans les Au-
» teurs qui se sont apliqués à ce genre de
» Litterature; & j'ai emprunté des Voyageurs,
>> de ceux qui ont écrit sur l'Histoire Natu-
» relle , la Géographie , la Botanique , les
» Animaux, les Fossiles , tout ce qui regardo
» la Nature des Climats Orientaux , la cons
» titution de leurs Habitans , leurs Plantes ,
» leurs Animaux , & leurs Mineraux. Le
» Dictionaire Oriental Polyglotte de M. François
de Mesgnien Meninzki , Chevalier du
» S. Sepulchre de Jérusalem , Conseiller de
» S. M. I. & Premier Interprete des Langues
» Orientales , m'a été d'un grand secours .
93
>>
Nous ne suivrons point le Journaliſte dans
le refte de son Extrait de la Physique Sacrée
de M. Scheuchzer , dont il nous donne même
un Abregé de la Vie , tiré de la Préface
du Livre , suivi du Titre des Livres que
ce Sçavant a composés , & qui ont du raport
à l'important Ouvrage dont il s'agit ici .
Tout cela & d'autres Sujets qui s'y trouvent
mêlés, & que nous omettons, rendent cet Article
extrémement long , mais sans ennuyer.
Celui qui suit immédiatement , nous a
extrêmement surpris , & nous ne comprenons
DECEMBRE . 1739 2877
nons guere comment l'Auteur de la Bibliotheque
Raisonnée , qui nous a parû un Ecrivain
sensé & habile , a pû admettre dans son
Journal un Ouvrage aussi miserable que le
véritable Almanach nouveau pour l'année
1733. ou le nouveau Calendrier Jésuitique ,
&c. Quelle patience , ou quelle étrange disposition
d'esprit ne faut - il point avoir , pour
faire sérieusement , comme on le trouve ici ,
l'Extrait d'un tel Livre , de la même main qui
vient de traiter si dignement la Physique Sacrée
! Nous croyons , pour nous , que cet
Ouvrage , rempli d'impoftures , de calomnies
, anciennes & nouvelles , de grossieretés
, &c. ne peut guere être lû & goûté des
Proteftans même , qui ont de la probité &
qui aiment le vrai . On peut dire enfin , &
ce n'est pas trop
dire
,, que c'eſt un véritable
Amusement de Corps - de- Garde . Ce qu'il y
a de singulier, c'eft que notre Bibliotequaire ,.
qui pouvoit beaucoup mieux employer son
temps , reconnoît que cet Almanach n'est
qu'une ironie assés pesamment écrite , &c.
Le premier Article de la seconde Partie ,
présente l'Extrait d'une nouvelle Edition de
Longin. On jugera de son importance par
le Titre que nous allons raporter en François
, & qui est Grec & Latin dans le Journal.
TRAITE' du Sublime , par Denis Longin,
publié avec une nouvelle Version , éclairci par
des
2878 MERCURE DE FRANCE
›
des Notes d'un bout à l'autre , & corrigé à
l'aide des Manuscrits , en partie par conjecture
. Avec tous les Fragmens du même Auteur.
Par ZACHARIE PEARCE , Maître ès
Arts , Chapelain de S. M. Britannique , &c.
Troisiéme Edition , à laquelle on a joint un
Commentaire entier , qui n'avoit point encore
parû, sur le Traité de Longin , par FRANÇOIS
PORTUS , Candiot , 1. vol . grand in - 8 °.
de 372.pages, sans les Préfaces .A Amsterdam,
chés les Westein & Smith , M. DCC . XXXIII .
On aprend dans l'Extrait de ce Livre, qui
contient plus de 20. pages dans le Journal ,
beaucoup de choses importantes & qui apartiennent
à la belle Litterature, mais nous excederions
nos bornes , si nous entreprenions
seulement de les effleurer.
LA MEDECINE THEOLOGIQUE , ou la
'Médecine Créée , telle qu'elle se fait voir ici ,
sortie des mains de Dieu , Créateur de la Nature
, régie par ses Loix . Ouvrage où s'explique
L'HYGIEINE , par les principes du Méchanismes
puis par de semblables notions, tirées
des Sciences les plus propres à perfectionner la
Médecine , on y dévelope les idées des vrayes
causes des maladies , de l'ordre auquel elles
apartiennent , & de leurs vrais remedes. On y
a joint à la fin des Theses de Médecine de
L'Auteur de ce Traité. A Paris , chés Guill.
Cavelier , 1733 2. volumes in- 8 °. l'un de
607 .
DECEMBRE . 1739 2879
607. pages ,
Préface.
l'autre de 713. sans compter la
Quoique ce Livre soit imprimé en France,
nous croyons devoir lui donner ici une place
parmi les bons Ouvrages mentionnés dans
la Bibliotheque Raisonnée. Cet Ouvrage , dit
l'Auteur du Journal , plein d'érudition , eft
divisé en trois Parties , qui ont toutes raport
les unes aux autres. Dans la premiere , l'Auteur
fait voir qu'elle eft la véritable origine
de la Médecine. Il démontre qu'elle eft for
mée des mains de Dieu , Créateur de la Nature
, qu'elle eft régie par ses Loix , & que
loin d'affoiblir la Religion dans les Médecins,
elle leur fait voir , au contraire , par tout ce
qui se paffe dans le Corps humain , la Divi
nité toujours présente & par tout adorable
Notre Journaliſte donne tout de suite un
Abregé affés prolixe de cette premiere Partie
; cette prolixité vient de ce que le Jour
naliste , au lieu de faire un Extrait impartial,
prend souvent la liberté de critiquer & de
contredire l'Auteur de l'Ouvrage , qui eſt le
sçavant M. Hecquet , auquel d'autres has
biles Médecins ont rendu plus de juftice.
Dans la seconde Partie , dit l'Auteur du
Journal , en finiffant son écart , on montre
les raisons qui élevent continuellement l'esprit
des Médecins vers la Foi , & qui font de
Ja Médecine une étude de Religion. La troi
siéme
2880 MERCURE DE FRANCE
siéme , continue - il , n'eft qu'une espece de
Conclusion , où l'Auteur examine suivant
les Principes établis dans les deux premieres
Parties , quelles sont les Sciences néceffaires
pour perfectionner la Médecine . On trouve
à la fin de cet Ouvrage , quelques Théses
Latines , qui ont été soutenues aux Ecoles
de la Faculté de Médecine de Paris , & dont
M. Hecquet eft auffi l'Auteur. Tous les
Points qui font le sujet de ces dernieres Piéces
, sont fondés sur les mêmes Principes
que la Médecine Théologique.
Nous n'avons rien trouvé dans les Nouvelles
Litteraires du XI. Volume du Journal
dont nous rendons compte , qui ne soit déja
connu en France, excepté peut- être l'Article
suivant , Extrait de la seconde Partie , page
486.
D'AMSTERDAM. Locupletissimi Rerum Na
uralium Thesauri accurata Descriptio &
Iconibus artificiosissima expressio , per univer
sam Physices Historiam ; opus cui in hoc rerum
genere nullum par extitit. Ex toto Terrarum
orbe collegit , digessit , descripsit , & depingendum
curavit Alb . Seba. T. I. fol. Majori
, Latin & François.
L'Ouvrage entier doit faire quatre Volumes
. A la tête de ce premier Volume on voit
une Préface du célebre Profeffeur Boerhaave,
bien inftruit de ce que renferme le Cabinet
de
DECEMBRE . 1739 : 2881
de M. Seba , & très- capable d'en juger sainement.
Il le préfere à tout ce qu'on a publié
jusqu'à présent sur l'Hiftoire Naturelle.
Dans ce même Volume on trouve , outre les
Descriptions , 111. Tailles - douces , dont 59 .
sont in plano , ou sur des feuilles entieres ,
& 52. in-folio , sur des Planches de la grandeur
d'une demie feüille. Les Planches sont
dessinées & gravées d'après Nature , & avec
un soin infini , Toute l'Edition eft sur du papier
Impérial , & mérite d'avoir place dans
Cabinets des Princes & des Curieux opulens.
On trouvera l'Extrait de ce premier Volume
dans la Partie suivante de la Bibliothe
que Raisonnée.
pic
LES VIES des Hommes Illuftres de la
France , depuis le commencement de cette
Monarchic jusqu'à présent. Par M.Dauvigny.
A Amsterdam , & se vend à Paris , chés le
Gras , grande Salle du Palais , 1739. 6. vo
lumes in- 12 .
Nous ne manquerons pas de donner plasieurs
Extraits de cet Ouvrage intereſſant
pour notre Nation.
RE
2882 MERCURE DE FRANCE
REPONSE au Logogryphe Latin de M.
Fournier de Villecerf, Maître des Eaux &
Forêts de la Maîtrise Royale du Gasvre
inséré dans le Mercure de Septembre
1739. page 2182.
JANUARI U S.
I Lle prior mensis per quem novus incipit annus ;
Undenis fauftum fratribus optat eum .
Numen Janus , Anus , parent simul Arius , Ira ,
Eft Jus reddendi judicis officium .
Tempore vernali rident spectantibus Arya , 3
Nec non percrebro Rus pede proteritur.
Per mare Navis abit , velox & in aëra vastos
Fertur Avis , Rivus flaccida prata rigat.
Janua , pergo , domûs , Vis, Vas, Asina uxor Aselli,
Accensum pectus semper Avarus habet :
Denique rauca habitat limosam Rana paludem
Quid desit , nisi sim Carus Apollo tibi
CRIN , Prévôt Royal de Pont Sre Maxence :
M. le Marquis de Saint Aubin a ajoûté une feuille
aux Antiquités de la Maifon de France . Ceux qui
ont des Exemplaires de cet Ouvrage , peuvent envoyer
prendre cette Addition , chés Briasson , Libraire
, à la Science , rue S. Jacques.
JOURNAL & Description des Céremonies & Ré
jeffances faites au fujet du Mariage de MADAMB
DE
DECEMBRE . 1739. 2883
DE FRANCE avec DPN PHILIPE , Infant d'Espagne ,
le'26. du mois d'Août 1739. à commencer du jour
que le Marquis de Lamina , Ambaffadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire de Sa Majefté Catholique
auprès du Roy , fit fon Entrée publique , & la
Demande de la Princefle , jufqu'au jour qu'elle partit
pour l'Eſpagne .
Avec l'Eftampe du Feu ,, exactement gravée , & c.
fe trouvera chés Lottin , rue S. Jacques , à la Vérité
, le tout fait par M. Guilleaumont , & fous fes
yeux.
ESTAMPES NOUVELLES.
Voici une des plus heureuses Compositions de
M. Lancret , qui vient de paroître en Eftampe en
large , gravée avec beaucoup d'art par M. C. N.
Cochin. C'est un charmant & riche Payfage , dans
lequel une affemblée de jeunes gens , bien plus galans
que ruftiques , qui jouent à Colin Maillard ,
font des niches & tendent des piéges à celui qui a les
yeux bandés. On lit au bas ces Vers de M. Lépicie,
J'aimerais bien ce badinage ,
Jeunes Beautés , foibles Epoux ;
Si souvent il n'étoit l'image
Du vrai qui se paſſe chés vous.
L'Eftampe fe vend fur le Pont Notre - Dame ;
chés Cochin , & ruë de la Harpe , chés le Bas ,
Graveur.
Il paroît auffi depuis peu deux petites Eftampes
en hauteur , figures à demi corps , dans le goût de
Girardow , gravées par le Sieur Fillenl , d'après
M. Chardin. Dans Pune c'eft une jeune Performe
I. Vol. G q'i
2884 MERCURE DE FRANCE
qui joue aux Offelets , & dans l'autre un jeunë
homme qui fait des boules de favon.
Ces Eftampes fe vendent à l'entrée de la rue du
Fouare, près la rue Galande , chés Filleul.
M. de Gourné , Prêtre , Auteur des Tables Géographiques,
pour faciliter l'intelligence de l'Ecriture
Sainte , des Hiftoriens & des Poetes , & fervir
d'introduction à la Géographie ancienne & moderne
, a eû l'honneur de dédier & de préſenter à
Monfeigneur le Dauphin le 13. de ce mois une
nouvelle Table Géographique , qui a pour titre , La
France ancienne Moderne , où il fait le parallele
de la Gaule avec la France, des differens Peuples qui
l'habitoient lorfque Céfar la conquit pour les
Romains , avec les Diocèfes qui la compofent
à préfent ; des Villes confidérables dont il eft parlé
dans les Itineraires Romains avec les Villes
Epifcopales ; où il compare enfin la Géogra- .
phie , qui a pour baze les Relations des Voyageurs,
avec celle qui eft fondée fur les Obfervations Aftronomiques
, & c. On la trouvera à Paris , chés l'Auteur,
rue S. Jacques , à la porte cochere vis - à -vis l'Eglise
& la rue des Mathurins . Le Prix eft de 30. fols.
>
M. Hoffman , Médecin du Roy de Pruffe , a fait
imprimer à Geneve , un Avis , par lequel il marque
que preffé par les Freres de Tournes , de donner une
Collection de toutes ses OEuvres , & de les publier
revues & corrigées , il s'eft mis à cet Ouvrage , avec
d'autant plus de néceffité , que ce qu'on a publié
de lui en fait de Médecine Systématique , a été
imprimé malgré lui à Bâle & à Venife , & par conféquent
avec bien des fautes. Il y promet une Préface
, qui fera voir la difference d'un Médecin , qui
fans principes , n'exerce que fur le fondement de
l'exDECEMBRE.
1739. 2885
l'expérience , d'avec celui qui a des connoiffances
raifonnées & fyftématiques ; il ajoûte qu'il croit en
cela être le premier qui aura démontré la dignité
& l'excellence de l'Art de la Médecine , qualités
que peu de gens connoiffent & comprennent.
Ces Ouvrages fur la Médecine , feront la matiere
de fix volumes , qu'on trouvera à Paris , chés
H. L. Guerin, Libraire , ruë S. Jacques, dans lè mois
de Fevrier prochain.
OUVERTURE du College Royal.
Es Profeffeurs du College Royal de France ;
Fondé à Paris par le Roy François I. le Pere &
le Reſtaurateur des Lettres , reprirent leurs exercices
, interrompus par les Vacances ordinaires , le
Lundi 16. Novembre. Voici les noms des Sçavans
qui rempliffent aujourd'hui les Chaires de ce fameux
College ,fous l'infpection de M. Lancelot , de
l'Académie Royale des Infcriptions & Belles- Lettres ,
Cenfeur Royal .
Pour la Langue Hébraïque.
Mrs Sallier & Henry .
Pour la Langue Grecque !
Mrs Capperonnier & Vatry.
Pour les Mathématiques.
Mrs de Cury & Privat de Molieres.
Pour la Philosophie.
Mrs Terraffon & Privat de Molieres.
Pour l'Eloquence Latine.
Mrs Rollin & Souchay.
Gij
Pour
2886 MERCURE DE FRANCE
Pour la Médecine , la Chirurgie , la
Pharmacie & la Botanique.
Mrs Andry , Burette , Aftruc & Du Bois.
Pour la Langue Arabe.
Mrs de Fiennes , Secretaire- Interprete du Roy
pour les Langues Orientales , & Fourmont. Le premier
expliquera un Manuscrit Arabe , qui contient
l'Hiftoire des Califes & des Sultans d'Egypte,
Pour le Droit Canon.
Mrs Capon & le Merre .
Pour la Langue Syriaque,
M. l'Abbé Fourmont.
On aprend de Lisbonne , que le 21. Octobre ,
l'Académie Royale de l'Hiftoire , tint une Affemblée
, dans laquelle Don Alexandre de Guzman ,
prononça un Discours à la louange du Roy. Certe
Compagnie tint le 18. de ce mois , une autre Assemblée
, & plufieurs Académiciens réciterent diverfes
Piéces de Poëfie & d'Eloquence fur la naissance
de la Princeffe , dont la Princeffe du Brefil eſt
accouchée depuis peu.
Le Docteur Jofeph Gomez da Cruz , le Pere Jofeph
Gaëtan , de la Compagnie de Jefus , & le Pere
Michel de Bulhoens , Religieux Dominiquain , fu-
¡ent reçûs Académiciens dans la même Affembléc .
MORT de Personne Illustre.
Le 5. Octobre 1739. mourut à Paris , dans l'Abbaye
de S. Germain des Prés , le Reverend Pere
Dom Charles de la Ruë , Religieux Bénedictin de la
CongrégaDECEMBRE.
1739. 2887
Congrégation de S. Maur , Auteur de la nouvelle
Edition des OEuvres d'Origene . C'étoit un homm e
d'un jugement excellent , joint à un efprit élevé ,
pénetrant , délié , net & facile. Il étoit né à Corbie
en Picardie , le 12. Juillet 1684. & avoit fait profeffion
dans l'Abbaye de S. Faron de Meaux le 21.
Novembre 1703 .
Après qu'il eut ajouté aux Etudes ordinaires de Philofophie
& de Théologie , celle du Grec & de l'Hébreu
, Dom Bernard de Montfaucon l'attira auprès
de lui en 1712. Ce fut dans les tréfors d'érudition
que poffede ce sçavant homme, qu'il puifa une partie
de celle qui l'a rendu si recommandable . Guidé
par un tel Maître , de Difciple il devint bien- tôt
Mitre lui- même . Dom de Montfaucon , depuis
quelques années , avoit enrichi le Public des Hexaples
d'Origene , & fentoit la néceffité de donner
une Collection exacte & complette des autres Ouvrages
qui nous reftent de ce sçavant Pere de l'Eglife
; nous n'en avions que quelques Editions Latines,
fort défectueufes , & M. Huet , Evêque d'Avranches
, n'avoit publié que ce qu'il avoit pû trouver
de Grec. Mais livré alors à d'autres occupations
importantes , qui ne lui permirent pas de se
charger de celle ci , il jetta les yeux fur Dom
de la Rue , dont il connoiffoit la capacité. Le zéle
de contribuer à l'utilité de l'Eglife , l'emporta fur
la peine & fur le dégoût qui accompagnent ces fortes
d'entrepriſes. Dom de la Rue s'en chargea avec
plaifir . Les deux premiers volumes parurent en
1733. Ils font exacts & travaillés avec le foin & l'érudition
convenables .C'eft le témoignage qu'en rendent
les Sçavans , en particulier Mrs les Docteurs
de Sorbonne , dans leur Lettre Latine , adreffée aux
Reverends Peres Benedictins de la Congrégation de
S. Maur , publiée depuis deux ou trois ans.
G iij L'Ouvrage
*
1888 MERCURE DE FRANCE
L'Ouvrage fut dédié au Pape Clément XII . Sa
Sainteté , par une confidération diftinguée , envoya
à l'Auteur deux de fes Médailles , l'une d'or & l'autre
d'argent , & l'honora d'une Lettre extrêmement
obligeante , que lui écrivit de fa part le Cardinal
Firrao . I reftoit encore deux volumes d'Origene ,
& Dom de la Rue comptoit les imprimer en 1736.
mais la mort précipitée de Dom Vincent Thuillier,
avec qui il étoit intimement lié depuis fa jeuneſſe ,
devint un obftacle fatal .
Il fut si fenfiblement affligé de la perte de ce digne
& ancien ami , qu'il tomba dangereuſement malade.
Une fluxion de poitrine penfa l'emporter en peu de
jours , & il n'en réchapa que pour languir le refte de
fa vie. Cependant l'altération de fa fanté ne pût
rien diminuer de fon zéle . Il commença l'impression
du troifiéme volume d'Origene en 1737. & il
étoit fur le point de le voir finir , lorsqu'une parali
fie fubite sur tout le côté droit , l'enleva en quatre
jours , regretté de tous fes Confreres & d'un grand
nombre d'Amis de diftinction , que fon mérite lui
avoit acquis.
Dom de la Ruë avoit entrepris depuis plufieurs
années un autre Ouvrage François , fort intereffant
fur les Antiquités Ecclefiaftiques , mais fe voyant
réduit par la foibleffe de fa fanté, à ne pouvoir plus
foûtenir une forte aplication, il en abandonna l'entiere
execution à Dom Vincent de la Ruë , auffi
Bénedictin , fon neveu , qu'il avoit fait venir à saint
Germain des Prés , pour partager avec lui ce travail
, & pour en être aidé dans fon Edition d'Origene
. Le Neveu continue l'impreffion des derniers
volumes de ce Pere de l'Eglife , que l'oncle a laiffé
achevés . Le troifiéme paroîtra au commencement
du mois d'Avril prochain.
AIR.
YORK
POLLS
LIBRARY
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
.
PNZ
ག
DW
YORK
LIBRARY
.
LEWOX
AND
SUNDATIONB
་
i ...
DECEMBRE . 1739 2889
XXXXXXXFXXXXXXX
AIR .
L'A 'Autre jour , sous une Aubepine ;
Ma Claudine
Me disoit tout bas ;
Ah ! Colas !
Qu'auprès de toi je me trouve aise !
Le Compere Blaise ,
Le grand Lucas ,
Si-tôt qu'ils paroissent ,
Me choquent , me blessent ,
Et comme toi ne me divertissent pas.
Dis-moi pourquoi ,
Quand je te voi ,
Je ne sçais quoi
Me dit tout bas ,
Ah ! Colas ,
Auprès de toi que l'on est aise !
Ma chere Maîtresse ,
Si Lucas te blesse ,
Malgré sa tendresse ,
C'est qu'il ne t'aime pas ,
Comme ton Colas.
Quand on aime bien ,
Fait- on jamais rien
Qui ne soit bien ?
G iiij
SPEC
2890 MERCURE DE FRANCE
48
SPECTACLES.
Ide Musique donna la
premiere Répré-
E 19. Novembre , l'Académie Royale
sentation de Dardanus , Tragédie , dont M.
de la Bruere a fait les paroles, & M. Rameau
la Musique. Cet Opera continuë d'attirer
beaucoup de Spectateurs , malgré les contradictions
qu'il a effuyées dans sa naiſſance.
En voici l'Extrait.
Au Prologue, le Théatre représente le Palais
de l'Amour à Cythere ; on y voit ce Dien
sur un Trône , à côté de Vénus ; les Plaisirs
l'environnent , la Jalousie & sa Suite sont
au fond du Théatre . Vénus chante ces Vers:
Regnez Plaisirs , regnez ; enchantez ce séjour ;
Mon Fils vous doit tous les coeurs qu'il engage ;
C'estpour vous y trouver que l'on vient dans saCour¸
Quand on adore l'Amour ,
C'est aux Plaisirs qu'on rend hommage.
• Les Plaisirs dansent , mais ils sont bien -tôt
troublés par la Jalousie & sa turbulente
Suite. L'Amour chante ce qui suit , pour
apaiser le tumulte qui vient de s'élever.
Je veux que sous mes loix tous les coeurs soient
heureux.
DECEMBRE . 1739. 2891
་
Les Plaisirs désormais formeront seuls mes noeuds .
Tyran des tendres coeurs , Jalousie inhumaine ,
Soupçons , troubles cruels , fuyez de ce séjour ,
Fuyez , Monstres affreux , qu'on prendroit pour la
haine ,
Si l'on ne vous trouvoit dans le sein de l'Amour.
Venus se joint à l'Amour ; ils ordonnent
rous deux qu'on enchaîne ces perturbateurs
de la paix publique; mais à peine sont- ils enchaînés
, que les Plaisirs languissent , & que
tout s'endort , jusqu'à l'Amour & Vénus.
Cette Déeffe des coeurs sort enfin de sa létargie
, & prévoyant d'où a pû naître cet assoupiffement
géneral , elle dit à la Jalousie
& à sa Suite :
Brisez vos fers , Troupe affreuse & cruelle
Accourez , Vénus vous apelle ;
J'abandonne Cythere à l'horreur qui vous suit
Dût l'Amour éprouver le plus cruel martyre ;
Vous ne pouvez que troubler son Empire
Et ce calme perfide à jamais le détruit.
Les ordres de Vénus sont executés ; on
brise les chaînes de la Jalousie & de sa Suite,
mais c'eft à condition qu'ils n'auront qu'au
tant de vivacité qu'il en faut pour réveiller
les Plaisirs , conformément à cette maxime
du premier de nos Poëtes Lyriques.
Gy E
2892 MERCURE DE FRANCE
Et l'Amour tranquile
S'endort aisément.
On doit sçavoir bon gré à l'ingénieux Auteur
de ce Prologue , d'avoir mis cette maxime
en action ; c'eft une nouvelle découverte
pour des Prologues ; il n'y a presque point
de proverbe , de maxime , ni de sentence
qui ne soit susceptible d'un si heureux & si
utile emploi. L'Amour annonce le sujet de
la Tragédie par ces Vers :
Qu'un Spectacle éclatant nous retrace l'Histoire
D'un Favori de Mars , enchaîné dans ma Cour.
Quelque éclat qu'aux Guerriers présente la Victoire,
Un penchant plus flateur les entraîne à son tour ;
Le préjugé , l'orgueil , ont enfanté la Gloire ,
Mais la Nature a fait naître l'Amour.
Acte I. Le Théatre représente un Lieu
rempli de Mausolées , qui ont été élevés à la
gloire des plus fameux Guerriers , qui ont
péri dans la guerre que Dardanus, fils de Jupiter
& d'Electre , a déclarée à Teucer, Roy
de Phrygic. Iphise , fille de Teucer, se plaint
de l'amour dont elle eft éprise pour Dardanus
, ennemi de son Pere ; voici comme elle
expose le sujet.
Cesse , cruel Amour , de regner sur mon ame
Ou choisis d'autres traits , pour t'en rendre vainqueur.
On
DECEMBRE. 2893
1739.
Où m'entraîne une aveugle ardeur ?
Un ennemi fatal eft l'objet de ma flamme ;
Dardanus a soumis mon ame.
Cesse , cruel Amour , & c..
Elle prie les Mânes des Guerriers , dont les
cendres sont renfermées dans les Tombeaux
qu'on voit paroître , de la faire triompher
d'un amour qui les outrage. Teucer , son Pere
& Roy de Phrygie, vient redoubler sa douleur
, en lui annonçant son Hymen prochain
avec Antenor, Prince voisin de ses Etats, qui
vient joindre ses Armées aux siennes contre
Dardanus. Antenor ne tarde guere à lui
venir confirmer cette triste nouvelle par ces
Vers.
Princesse , après l'espoir dont j'ose me flater ,
Je réponds des exploits que je vais entreprendre.
Je combattrai pour vous défendre ,
Et pour vous mériter,
Iphise a beau lui dire que sa victoire n'est
pas sûre contre un Fils de Jupiter , il lui rés
pond galamment :
S'il est pro:egé par les Dieux ,
Je suis animé par vos charmes.
Teucer & Antenor, pour rendre leur union
plus forte & plus sûre , lui pretent le secours
G vj d'un
2894 MERCURE DE FRANCE
d'un serment , auquel les Choeurs répondent
Une Phrygienne adresse ces Vers à Antenor,
Allez , jeune Guerrier , courez à la victoire ;
Le Prix le plus charmant vous attend au retour ;
Que votre sort est doux ! vous volez à la gloire
Sur les aîles du tendre Amour.
Le succès dont les Phrygiens se flatent ;
est le motif de la Fête de ce premier Acte.
Iphise le finit
par ce court Monologue , qui
annonce ce qui doit se paffer dans l'Acte
suivant :
Je cede au trouble affreux qui dévore mon ame
De mes sens égarés puis - je guérir l'erreur ?
Consultons Ismenor ; ce Mortel respectable ,
Perce de l'avenir les nuages épais ;
Heureuse , s'il pouvoit , par son Art secourable ,
Rapeller dans mon coeur l'innocence & la Paix !
Acte II. Le Théatre représente une Solitude.
On voit un Temple dans l'enfoncement.
Ismenor , Magicien & Prêtre de Jupiter,
commence l'Acte, & annonce aux Spectateurs
son pouvoir & ses qualités. Dardanus
vient implorer son secours , persuadé qu'il
est son fidele ami. Ismenor lui représenre
en vain la grandeur du péril où il s'expose;
Dardanus lui dit que son amour pour Iphise
lui
DECEMBRE. 1739 2891
lui a fermé les yeux sur tous les dangers qui
le menacent ; Ismenor lui aprend qu'Iphise
doit venir le consulter. Dardanus lui répond
Je l'ai sçû ; j'ai volé , j'ai devancé ses pas .
Souffrez - moi dans ces Lieux , j'y verrai ses apas ;
C'est un charme suprême
Qui suspendra mon tourment.
Eh quel bien vaut pour un Amant
Le plaisir de voir ce qu'il aime ?
Pour mieux engager Ismenor à le servir ,
il lui fait entendre que, s'il peut obtenir Iphise
de Teucer , il renoncera à tous les avantages
que la Victoire lui a déja fait obtenir &
que son hymen avec cette Princeffe , sera le
sceau de la Paix . Ismenor se rend ; il consulte
les Enfers ; c'eft-là ce qui forme la Fête
dont on ne peut se paffer dans ce genre de
Poësie. Ismenor obtient des Divinités infernales
, la permiffion de communiquer une
partie de son pouvoir ; il donne sa Baguette
magique à Dardanus ; ce don myſterieux doit
le faire paffer pour Ismenor lui-même .
Antenor vient le consulter , ou plutôt il
vient le charger de consulter le coeur d'Iphise,
& de lui faire sçavoir quels sont ses sentimens
secrets pour ou contre lui ; il ne daigne
pas l'interroger sur le sort de ses Armes,
& lui dit fierement,
J
2896 MERCURE DE FRANCE
Je ne veux point prévoir le succès qui m'attend ;
Ce n'est pas ce dessein qui près de vous me guide ;
Un esprit curieux marque une ame timide ;
Et j'aprendrai mon sort en combattant.
Apeine Antenor est- il sorti , qu'Iphise vient
consulter son propre Amant , caché sous les
traits d'Ismenor. C'est ici , sans contredit ,
la plus belle Scene de la Piéce ; & les beautés
dont le fond seul la fait briller , sont telles
, qu'il est presque impossible que ce ne
soit aux dépends des autres Actes ; en voici
quelques fragmens : Iphise voyant l'effet que
l'aveu de son amour a produit sur le faux
Ismenor , lui dit d'une voix tremblante :
Si vous êtes surpris en aprenant ma flamme ;
De qu'elle horreur serez- vous prévenu ,
Quand vous sçaurez l'objet qui regne sur mon ame !
Dardanus aprend avec transport que cet
objet qu'Iphise croit devoir lui faire horreur
n'eft autre que lui-même ; il se fait violence,
autant qu'il lui eft possible , pour empêcher
sa joye d'éclater & de le déceler. Iphise
ajoûte :
D'un penchant si fatal rien n'a pû me guérir ;
Jugez à quel excès je l'aime ,
En voyant à quel point je devrois le haïr .
Arrachez de mon coeur le trait qui le déchire ,
Je
DECEMBRE. 1739 2897
Je sens que ma foiblesse augmente chaque jour
De ma triste raison rétablissez l'empire ,
Et rendez -lui ses droits usurpés par l'Amour .
Dardanus ne peut plus se contraindre , malgré
la menace qu'Ismenor lui a faite ; il jette
sa Baguette magique , & tombe aux pieds
de sa Princesse. Iphise honteuse de l'aveu
qu'elle vient de lui faire de sa foibleffe , le
fuit ; mais elle lui laiffe le plaisir d'avoir apris
qu'il eft aimé. Il en eft si rempli & si éperdu
, qu'il oublie de reprendre sa Baguette ,
qui l'auroit empêché de tomber entre les
mains de ses ennemis , comme nous l'allons
voir dans l'Acte suivant , où le Théatre représente
une Galerie du Palais de Teucer.
Iphise ouvre la Scene par ce Monologue.
O jour affreux ! le Ciel met le comble à mes maux ;
Dardanus est captif! Dieux ! sa perte est certaine ž
La vengeance & la haine
Vont seules ordonner du sort de ce Héros .
Que mon destin est déplorable !
C'étoit peu que l'Amour d'un trait inévitable,
M'eût pour mon ennemi contrainte à m'enflâmer ,
Je me trouve à la fois malheureuse & coupable ;
Et le sort cruel qui m'accable ,
Joint l'horreur de le perdre au remord de l'aimer.
Antenor vient témoigner à Iphise la joye
qu'il
2898 MERCURE DE FRANCE
qu'il a de son prochain bonheur , que Teu
cer vient de lui annoncer , comme le premier
fruit de la Paix , que l'emprisonnement
de Dardanus rend infaillible ; il ajoûte que le
Roy a juré de l'immoler en victime . Iphise
frémit d'horreur à cette funeste nouvelle
élle reproche à Antenor l'indigne plaisir qu'il
se fait d'un sacrifice si lâche & si odieux ;
Antenor l'accuse d'aimer Dardanus; elle s'en
défend mal , & se retire , voyant aprocher
les Peuples , qui viennent chanter le bonheur
que la Paix leur fait esperer.
Cette Fête , qui eft très- gaye & très- gracieuse
, eft troublée par Teucer ; il annonce
que Neptune vient de faire sortir du sein des
flots un Monftre furieux , qui venge la pri
son d'un Fils de Jupiter , comme Triton l'a
annoncé. Antenor se résout à combattre le
Monftre , & s'explique ainsi en parlant à
Teucer :
Contre l'objet de votre haîne
J'avois juré de vous prêter mon bras ;
Un Monstre , pour briser sa
Vient ravager ces climats ;
chaîne ,
Mais , malgré sa fureur , la même ardeur m'anime ;
Mes sermens sont plus forts que les Dieux en cour
roux ,
Ces Dieux ne font que changer la victime ,
Qui devoir tomber sous mes coups.
LG
DECEMBRE . 1739 2899
Le Choeur invite Antenor à remplir son
serment.
Comme nous aprenons que le quatriéme
& cinquième Acte doivent reparoître incessamment
avec beaucoup de changemens ,
nous nous réservons à en parler plus amplement
dans le prochain Mercure , ainsi nous
n'allons dire de ceux qu'on joue actuellement
, que ce qui concerne le fond de l'action
théatrale.
Le Théatre représente le rivage de la Mer.
On Y voit de tous côtés des traces de la fureur
du Monftre qui ravage la Côte ; Vénus
descend dans un Char , où l'on voit Dardanus
endormi. La Déeffe expose le sujet qui
l'amenc par ce Monologue.
Malgré le Dieu des Mers & son pouvoir suprême ,
Dardanus subissoit un trépas rigoureux ,
Quand le Maître des Dieux ,
Pour déliver un Fils qu'il aime ,
M'a fait voler du haut des Cieux.
Venez , songes flateurs ; venez calmer sa peine ;
Enchantez un Héros , dont les Dieux sont l'apui ;
Montrez - lui les desseins que ces Dieux ont sur lui
Quand ils me font briser sa chaîne .
Les Songes exécutent les ordres de Vénus;
ils dansent & chantent au tour du lit sur lequel
il repose ; ils l'entretiennent du bonheur
2900 MERCURE DE FRANCE
heur & de la gloire qui vont succeder à ses
peines ; ils l'exhortent à combattre le Monstre.
Dardanus réveillé par la Gloire , vole au
combat , son Rival a déja attaqué le Monstre;
Dardanus , par un sentiment de génerosité se
résout à le secourir ; il tuë le Monftre & sauve
son Rival. Antenor ne peut le reconnoître
au milieu de la nuit ; mais pour signaler
sa reconnoiffance , il lui donne son épée ,
comme un gage du serment qu'il fait de lui
accorder tout ce qu'il lui demandera. Dardanus
lui dit :
Il faut laisser à la Princesse
La liberté de refuser ta main.
Antenor frémit du Sacrifice que son Libé
rateur exige de lui ; mais lié par son serment,
il se résout à tenir sa promeffe.
Dans le dernier Acte , le Théatre représen
te le Palais de Teucer . Ce Prince suivi de
la Princeffe , en sort pour aller au devant
d'Antenor , qu'on croit vainqueur du Monstre.
Ce Prince s'avance , au bruit des Concerts
qui annoncent son prétendu triomphe ;
loin d'être flaté des éloges qu'on lui donne,
il rougit de les avoir si peu mérités ; il n'eſt
occupé que du trifte Sacrifice où son serment
l'engage. Dardanus arrive enfin , il se fait reconnoître
à son Rival , à la faveur du gage
qu'il a remis entre ses mains. Antenor lu
ced
DECEMBRE. 1739. 2901
par
cede la Princeffe. Il dit à Teucer en lui
lant de Dardanus.
Il aime , il est aimé ; cedez à votre tour ;
Imitez ma reconnoissance ;
Est-il plus mal aisé d'étouffer la vengeance ,
Que d'éteindre l'amour ?
Il adreffe ces deux derniers Vers à Iphise :
Je vous fuis ; je n'ai point d'assés puissantes Armes ,
Pour combattre à la fois & l'Amour & vos charmes.
Vénus , qui arrive , acheve de déterminer
Teucer à se réconcilier avec Dardanus , & à
l'accepter pour Gendre.
Le Théatre change. Les Amours, par l'ordre
de Vénus , élevent un Palais charmant ,
pour célebrer l'Hymen de Dardanus & d'Iphise.
Nous donnerons une Description de
cette nouvelle Décoration.
- Le 10. Décembre , l'Académie Royale
de Mufique remit au Théâtre le Ballet des
Fêtes d'Hébé , ou les Talens Lyriques de M.
Rameau , qu'on avoit donné pour la premiere
fois au mois de Mai dernier . Cette
Piéce qu'on représente actuellement les
Jeudis , a un fort grand fuccès
trouve qu'elle n'en a pas encore autant qu'elle
en mérite ; l'exécution furtout eft parfaite ,
presqu'à
& on
2902 MERCURE DE FRANCE
presqu'à tous égards , & ce fpectacle eft bien
digne du concours qu'il attire. La Dlle Mariette
y brille beaucoup dans fon rare &
double talent du Chant & de la Danse.
Au commencement de ce mois , les Comédiens
François ont remis au Théâtre , la
Tragédie d'Oedipe de M. de Voltaire , que
le Public voit toûjours avec le même plaifir
, dans laquelle le Sr Prin ( dont on a déja
parlé ) joua le premier rôle avec aplaudiffement.
La Dlle Dumesnil remplit excellemment
le rôle de Jocafte , qu'elle avoit déja
joué à la Cour , & les Srs Grandval , le
Grand & du Breüil joüerent ceux de Philotete
, du Grand- Prêtre & de Phorbas.
Le 6. ils joüerent la Comédie du Feftin
de Pierre , dans laquelle le fieur Prin joüa le
rôle de DonJuan avec aplaudiffement.
Quelque beauté qu'on trouve dans cette
Piéce , qui a encore fes Partisans , le Public
ne ceffe de remarquer qu'il ne convient
point à un Valet de Comédie , de vouloir
prouver l'existence de Dieu.
On prétend que la Comédie Espagnole ,;
apelée le Feftin de Pierre , a donné lieu à
Moliere de faire celle - ci en Prose , que T.
Corneille a misé en Vers en 1677. en adouciffant
quelques expreffions qui étoient trop
fortes , & en ajoutant quelques Scénes au
troifiéme
DECEMBRE, 1739 2903
troifiéme & au cinquiéme Acte , où il fait
parler des Femmes qui n'étoient point dans
l'Original.
Les Espagnols sont les premiers qui ont
mis ce sujet sur le Théâtre. Tirso de Molina ;
qui l'a traité , l'a intitulé , El Combidado de
Piedra , ce qui a été mal rendu en notre
Langue par le Feftin de Pierre. Ces paroles
ne fignifiant autre chose que le Convié de
Pierre , c'est-à- dire , la Statuë de Marbre
conviée à un repas. C'eſt tout ce qui a donné
lieu au Titre de cette Piéce .
De cinq ou fix Piéces fous ce titre , qui
ont paru en France , celle - ci eft la feule qui
fe foit conservée au Théâtre ,
Dans le même temps on a remis la
Tragédie de Palicute ; ce Chefd'oeuvre de
Théâtre du Grand Corneille , fait autant de
plaifir aujourd'hui qu'il en ait jamais fait ,
tant parce qu'il renferme d'élegant & d'inimitable
dans la contexture du Poëme & dans
les Caracteres , que par l'intelligence & les
grands talens des principaux Acteurs qui la
représentent.
Le 11, les mêmes Comédiens donnerent
la Comédie du Joueur & celle du Médecin
malgré lui. Dans la prémiere , le fieur du
Gazon , nouvel Acteur , débuta par le Rôle
d'Hector , Valet du Joueur , & par celui de
Sganarelle dans la feçonde , qu'il joüa avec
aplaudiffement.
Puis2904
MERCURE DE FRANCE
Puisque l'occafion fe présente de parler
de cette derniere Piéce , nous nous y arrêterons
un inftant : elle fut représentée pour la
premiere fois fur le Théâtre du Palais Royal
le Vendredi 6. Août 1666. Moliere en avoit
tiré le sujet d'un ancien Caneyas intitulé ,
Arlichino volante .
Après la mort de Moliere , cette Piéce
boufonne du Médecin malgré lui , fut repréfentée
par les Sicurs de Rofimont , du Croisy ,
de la Grange , Hubert , & par les Dlles de
Brie & Guerin.
Il y a une anecdote affés plaisante au sujet
de cette Piéce , ou plûtôt au sujet de la
Chanson : Qu'ils font doux , Bouteille , ma
Mie, &c. que chante Sganarelle. M. Roze , de
l'Académie Françoise , & Sécretaire du Cabinet
du Roy, fit des paroles Latines sur cet Air,
d'abord pour se divertir , & ensuite pour
faire une petite malice à Moliere , à qui il
reprocha chés le Duc de Montaufier , d'être
Plagiaire , ce qui donna lieu à une fort vive
& fort plaisante dispute ; M. Roze soûtenoit,
en chantant les paroles Latines , que Moliere
les avoit traduites en François d'une Epigramme
Latine , imitée de l'Antologie, dont
L'Air en question semble fait exprès : Voici
ces paroles.
Quam dulces ;
Amphora
DECEMBRE . 1739. 2905
Amphora amana!
Quam dulces
Sunt tua voces !
Dumfundis merum in calices ;
Utinam femper effes plena !
Ah! ah! cara mea lagena ,
Vacua curjaces ?
Le 13. le fieur du Gazon reparut encore
dans la Comédie des Trois Confines , dans le
Personnage de Blaise , le Garde- Moulin , &
il y fut aplaudi. Il a joué auffi avec fuccès le
Rôle de Strabon dans la Comédie de Démocrite
Amoureux ; & celui de Carlin dans le
Retour imprévu.
Le 3. Décembre , les Comédiens Italiens
donnerent une Pićce nouvelle Italienne en
trois Actes , intitulée , les Métamorphofes
d'Arlequin, dans laquelle le nouvel Arlequin
Italien joua le principal Rôle avec beaucoup
d'aplaudiffement ; ces fortes de Piéces font
apelées en Italie , Comedia di fatica , & trèsconvenables
pour faire briller un premier
Acteur Comique , en lui donnant beaucoup
de travail , étant obligé d'occuper presque
toute la Scéne . Effectivement le nouvel Acteur
joue lui feul les trois quarts de la Piéce
par un continuel jeu de Théâtre , en Lazzis
- & en differens déguisemens , qui ont fait
beaucoup de plaifir. Cette Piéce attire tous
les
2906 MERCURE DE FRANCE
les jours de nombreuses affemblées au Théâ
tre Italicn .
EXTRAIT de la Comédie d'Arlequin Boufon
de Cour , Piéce Italienne , dont on a parlé
dans le dernier Mercure. Elle est tirée de
ces Comédies Napolitaines qu'on apelle ;
Di Cappa è fpada , ainfi nommées , parce
qu'il y entre des Princes & des Gens de
médiocre condition. En voici un extrait.
abregé.
Elio devient le Favori de fon Roy : deux
Miniftres de ce Prince font jaloux de la
fortune du nouveau Favori , & cherchent
toutes les occafions de le perdre . Ils découvrent
qu'il aime fec tement Flaminia &
qu'il en eft aimé , & comme le Roy s'eft déclaré
Amant de cette même Flaminia ils
en avertiffent ce Prince , qui refuse de les
croire sur leur parole. Lélio qui n'ignore pas
la haine que les deux Miniftres ont conçûë
contre lui , s'avise de présenter au Roy , son
Valet Arlequin , sous le titre de Boufon
sourd & muet. Les fingeries d'Arlequin
plaisent fi fort au Roy , qu'il lui donne ses
entrées partout. Comme on ne se défie point
de lui , il se trouve en état de voir & d'entendre
tout ce qui se paffe contre les intérêts
de son Maître , & par les avis qu'il lui donne
DECEMBRE. 1739. 2907
à
ne , de faire avorter les projets de ses ennemis.
Entre plufieurs services qu'il lui rend ,
en voici deux des plus marqués. Les deux
Miniftres conseillent au Roy de proposer
Lélio un emploi à l'Armée , esperant que re
voulant pas s'éloigner de sa Maîtreffe , il le
refusera , & que ce refus sera une preuve de
son amour. Lélio entre dans le moment , &
Arlequin qui a tout entendu , se sert d'un
ftratagême pour l'avertir de ce qui se paffe ,
sans que personne s'en aperçoive ; pour couvrir
son jeu , & entre différens Lazzis qu'il
employe , il s'aproche de l'oreille du Roy ,
& y bourdonne quelque temps ; il en fait de
même aux deux Miniftres , & vient ensuite
à son Maître , à qui il dit qu'il ne
risquera rien en acceptant l'emploi que le
Roy va lui proposer , parce que ce n'eft
qu'une feinte , & c . Lélio suit l'avis d'Arlequin
, & le Roy , voyant qu'il ne balance
point à lui obéir , reproche aux Miniſtres
Pinjuftice de leur accusation .
Ce mauvais succès ne les rebute point ;
au contraire ils engagent le Roy à éprouver
d'une autre façon la fidelité de son Favori
en le menant avec lui sous les fenêtres de
Flaminia. Là le Roy ordonne à Lélio d'ape
1er Flaminia & de lui parler comme étant
son Amant , & se cache pour entendre leur
conversation. Lélio eft au désespoir de cet
3. Vol. H
ordre
2908 MERCURE DE FRANCE
ordre , il voit que le Roy va découvrir son
secret : mais Arlequin a encore prévenu ce
malheur. N'ayant pû joindre son Maître ,
pour l'avertir du nouveau piége qu'on va
Tui tendre , il a trouvé le secret d'inftruire
Flaminia de ce qui doit se paffer la nuit sous
ses fenêtres ; de sorte que lorsqu'en tremblant
Lélio parle d'amour à Flaminia , celle-
' ci feint , jusqu'à le traiter avec le dernier mépris.
Le Roy eft charmé de ce qu'il entend ,
mais Lélio qui a lieu de croire que sa Maîtreffe
eft infidelle , ne ménage plus rien , &
s'emporte contr'elle avec toute la violence
poffible. Le Roy se retire satisfait , & emmene
son Favori , en disant , c'eſt aflés.
Lélio outré de jaloufie , répond au Roy vi
vement ; fi c'eft affés pour vous , ce n'eft pas
affés pour moi ; dans cette jolie phrase Italienne
, bafta per voi , ma no per me. Enfin le
Roy
decouvre
la tendreffe
mutuelle
de ces
deux Amans , & par un excès de générosité ,
consent que Flaminia épouse Lélio qui a
toûjours été son Favori,
NOU
DECEMBRE. 1739 2909
M
NOUVELLES ETRANGERES,
RUSSIE.
Fortifications de la Ville de Choczin ne seront
point démolies , comme le bruit en avoit couru ,
qu'elle fera renduë au Grand Seigneur dans l'état
où elle le trouve , & que les Commiffaires de Sa
Hauteffe auxquels cette Place devoit être remiſe
font déja arrivés à Jaffy.
fin des
, >
Diverfes Lettres reçues du Nord , marquent que
plufieurs Seigneurs de Mofcovie avoient formé un
complot du vivant du Czar Pierre II . pour changer
l'ordre de la fucceffion , & que ce complot dont on
n'avoit point eû connoiffance , ayant été découvert
en dernier lieu , les principaux Auteurs de ce com¬
plot avoient été condamnés à mort.
ALLEMAGNE,
Uelques Lettres de Hongrie portent, que l'AQue
Ture, qui commandoit à Méadia , a été
étranglé par ordre de la Porte , pour avoir mis à
contribution quelques Villages du Bannat de Temeswar
, depuis la ratification des Articles Préliminaires
.
On a apris de Belgrade , que le 16. du mois der
nier à neuf heures du matin , une partie des Janissaires
qui font dans la Ville , voulut que les Impériaux
l'abandonnaffent , mais que le Pacha de Romelie
étant monté à cheval , força ces mutins de
fe retirer. Vers le midi , ils fe raffemblerent , &
Hij l'un
2910 MERCURE DE FRANCE
l'un d'eux tua une Sentinelle . Ils commencerent en
même-temps à arracher les paliffades qui enferment
le quartier dans lequel les Impériaux fe font
retirés. Les Régimens de Loraine , de Daun , &
d'Ogilvi , prirent sur le champ les Armes pour les
repouffer , & ils furent joints par 600. Dragons ,
par un pareil nombre de Croates , & par 2000.
hommes de Milices reglées. Les Géneraux Schmettau
, Schulembourg & Spleny , fe mirent à la tête
de ces Troupes , auxquelles ils ordonnerent de ne
tirer qu'à la derniere extrémité. Le Pacha de Romelie
apaifa enfin le défordre , & les Janiffaires
étant retournés dans leurs quartiers , les Impériaux
fe retirerent auffi dans le leur. Ving- cinq Janiffaires
ont été arrêtés par ordre du Facha , qui en a fait
étrangler cinq,
L'Empereur a établi une Commiffion pour juger
le Feldt Maréchal Comte de Wallis & le Comte
de Neuperg , & leurs Commiffaires font , le Comte
de Harrach , Préfident du Confeil de Guerre , les
Comtes d'Althan & Cordoue , Géneraux de Cava
lerie ; M. Hildebrand , Confeiller du Confeil Aulique
; Mrs Weingarten & de Kettler , Confeillers du
Confeil de Guerre ; & Mrs de Puel & de Pelzer
Confeillers de la Cour Souveraine d'Autriche .
Le 8. de ce mois , Fête de la Conception de la
Sainte Vierge , l'Empereur , accompagné du Nonce
du Pape , de l'Ambaffadeur du Roy de France ,
de celui de la République de Venife , & des Chevaliers
de la Toifon d'Or, qui étoient à Vienne, entendit
dans l'Eglife Métropolitaine la Meſſe , à laquelle
le Cardinal Archevêque de cette Ville , officia
pontificalement , & pendant laquelle M. François-
Antoine de Spaun , Recteur de l'Univerfité
prêta ferment , fuivant l'ufage , au nom de l'Univerfité
, de foûtenir l'Immaculée Conception,
DECEMBRE. 1739. 291
On aprend en dernier lieu de Vienne , que M.
Monmartz , Secretaire Interprete de l'Empereur , y
elt arrivé depuis peu de Conftantinoble , avec la
ratification du Traité de Belgrade , fignée par le
Grand Seigneur. Les dépêches de cet Interprete portent
, que le Marquis de Villeneuve , Ambaffa eur
de France à la Porte, ayant reçû la ratification de la
Cour de Vienne , en avoit donné part fur le champ
au Grand Vifir , & qu'il lui avoit demandé de fixer
un jour pour l'échange des Actes refpectifs ; que le
G.V. avoit reglé qu'on procederoit à cet échange le
5. du mois de Novèmbre dernier , & que Sa Hauteffe
, par égard pour la médiation du Roy de France
, avoit ordonné que l'échange fe feroit dans le
Palais du Marquis de Villeneuve ; que les Miniftres
de la Porte s'étant rendus pour cet effet chés cet
Ambaffadeur au jour marqué , la ratification de
l'Empereur avoit été échangée avec celle de Sa
Hauteffe , & que le foir il y avoit cû plufieurs décharges
de l'Artillerie de la Ville & des Châteaux.
Le Confeil Aulique à rétabli le Prince Hyacinte
de Naffau Siegen dans la poffeffion de la Principauté
de ce nom à condition que ce Prince fe foûmettra
aux Decrets donnés par l'Empereur , en
qualité de Chef fuprême de l'Empire ; qu'il n'exigera
de les Sujets que les rétributions qu'ils ont
coûtume de payer , & qu'il ne leur impofera point
de nouvelles charges ; qu'il n'introduira aucunes
nouveautés en matiere de Religion , & qu'il s'engagera
de payer les dettes que l'Empereur aura reconnû
être légitimes .
Ea conféquence des ordres du Confeil Aulique ;"
le Prince de Naffau ceffera d'avoir l'Adminiftra -`
tion de la Principauté de Siegen ; on rendra à l'a- ,
venir la Justice au nom du Prince Regnant , & il
nommera de nouveaux Baillis dans tous les Lieux
Hij de
2912 MERCURE DE FRANCE
de fa dépendance. L'Empereur a chargé l'Electeur
de Tréves de tenir la main à ce que fes intentions
foient executées à cet égard , & S. M. I. ayant
annullé le droit qu'on prétendoit faire valoir en faveur
d'un fils du Prince Emanuel de Naffau Siegen ,
elle lui a défendu de prendre ou de fe faire donner
le Titre de Prince de Naffau , d'en écarteler les Armes
, & de s'attribuer aucunes des prérogatives
dont jouiffent les Princes de cette Maiſon.
L
ITA LIE.
E Cardinal de Tencin fe rendit en grand Cortege
au Palais le 22. du mois paffé , & eut une
audience du Pape , à qui il remit une Lettre de
créance du Roy Très- Chrétien , qui lui a donné le
Titre de Chargé de fes affaires auprès de Sa Sainteté .
Le Connetable Colonne a remis entre les mains
du Prince de Sainte Croix le Colier de l'Ordre de la
Toifon d'Or , qu'il avoir reçû de l'Empereur , &
S. M. I. a fait dire au Prince de la Catolica & à trois
autres Seigneurs , Feudataires du Roy des deux Siciles
, lefquels ont accepté l'Ordre de S. Janvier ,
fans en donner part à la Cour de Vieune , de remettre
aufi les leurs .
Le 24. du mois dernier , il fe tint à Rome chés le
Cardinal Firrao , Secretaire d'Etat , une Congrégation
composée des Cardinaux Corradini , Lercari
Corfini, Gentile, Riviera & Pafferi , au fujet de l'Indult
des Benefices des Duchés de Loraine & de Bar,
& il fut décidé que le Roy de Pologne, Duc de Lo
raine & de Bar , en auroit la collation.
Il paroît à Rome , touchant les affaires de la République
de Saint Marin , un Mémoire compofé par
un Habitant de la Ville , & dans lequel l'Auteur
fait un récit fort détaillé des vexations que fes Compatriotes
DECEMBRE. 1739. 2913
patriotes ont souffertes depuis l'année 1700. de la
part de quelques - unes des principales Familles de
la République.
Con
ISLE DE CORSE.
Omme il y a encore de l'autre côté des Montagnes
de l'Ile de Corfe, quelques Bandits qui
ne le font pointfoumis , on a fait publier à Sartene,
une défenfe de leur donner aucun afile ni fecours ,
& on a poté des détachemens en divers endroits
pour tâcher de fe faifir de ces vagabonds , qui ont
avec eux trois Moines , dont on a détruit le Convent
.
On a ordonné à toutes les Communautés de l'ifle
de Corse, de donner dans un terme prescrit une déclaration
de tous les Beftiaux qui font dans leur territoire
, afin de pouvoir prendre des arrangemens
convenables , en cas que la viande de boucherie
vint à manquer , & que les vents contraires ne
permiffent pas d'en faire venir de dehors , ce qui
arrive quelquefois pendant l'hyver.
On continue de jouir d'une parfaite tranquillité ;
toutes les Piéves ont donné , felon l'ordre qu'elles
en avoient reçû , un état des Beftiaux qui font dans
leurs Territoires.
La Fregate Françoise le Zephir , arriva le 25. Novembre
dernier à San Fiorenzo , & les Bâtimens de
transport qu'on attendoit de Toulon , pour embarquer
les Huffards , font actuellement à Calvi , où
la Barque la Legere , laquelle eft deftinée à eſcorter
ces Bâtimens à leur retour en France , n'a pû encore
fe rendre à caufe des vents contraires qui l'ont
obligée de relâcher à Livourne .
Cinq Soldats du Régiment Royal Corfe ayant
Hij déferté
1914 MERCURE DE FRANCE
déferté & ayant commis quelques vols à main armée
dans la Campagne , on a envoyé à leur pourfuite
un détachement de Soldats , qui en a arrêté
un & l'a conduit à Calvi,
On écrit de Malthe , de la fin du mois dernier ,
que le Chevalier de Leaumont , qui commande le
détachement que la Religion a envoyé au fecours
de l'Empereur , ayant été obligé dans la derniere
campagne de Hongrie , de mettre le feu aux
Vaiffeaux dont on lui avoit confié le Commandement
, il s'eft crû dans la néceffité de rendre comp
te au Grand-M ître des raifons qui l'ont forcé de
les brûler , & des ordres par lefquels le Géneral
Palavicini l'a autorisé à prendre ce parti , pour empêcher
que ces Vaiffeaux ne tombaffent au pouvoir
des Turcs. Dans cetté vûë , il a envoyé au Grande
Maître une copie de la Lettre qu'il écrivit au Gé
neral Palavicini le 8. Août dernier , pour lui donner
avis qu'ayant apareillé le même jour au matin
par ordre du Feldt - Maréchal Comte de Wallis
pour fe rendre à Belgrade , & que s'étant avancé júfqu'à
la pointe vis - à - vis de Niffa , il avoit trouvé une
batterie de cinq canons qui avoit fait un grand feu
fur l'Eſcadre , mais que comme cette batterie étoit
à découvert , les Turcs avoient été bien - tôt contraints
de l'abandonner ; qu'un peu plus loin l'Efcadre
avoit été arrêtée par une autre batterie de dix
canons , laquelle l'avoit fort incommodée , & avoit
endommagé fi confidérablement un des Praames ,
qu'il commençoit à faire de l'eau , que tous les autres
Praames avoient été fort måltfaités & que cela
joint au vent contraire , avoit mis l'Escadre dans
la néceffité de fe mettre hors de la portée de cette
batterie ; que dans cette circonftance , on avoit as
semblé le Confeil de guerre , & que tous les Capitaines
des Bâtimens & les autres principaux Off-
Clers
DECEMBRE . 1739 2915
eiers avoient été unanimement d'avis qu'il étoit impoffible
de remonter le Danube , à moins d'un vent
très-fort qui put conduire l'Eſcadre à Belgrade en
uné feule nuit , d'autant qu'il falloit paffer à la portée
du piftolet des batteries des Turcs , à caufe des
feches qui étoient du côté du Bannat de Temeswar ,
& que d'ailleurs le nombre des malades étoit tellement
augmenté , qu'on n'avoit pas affés d'hommes
pour armer les Chaloupes.
Le Chevalier de Leaumont a joint à cette Lettre
la réponse que lui fit le Marquis Palavicini , & par
laquelle ce Géneral lui mandoit , que le feu des
batteries des Turcs ayant obligé l'Eſcadre de reculer
, & cette Efcadre ne pouvant remonter le Danube
, il n'y avoit point d'autre parti à prendre ,
s'il ne furvenoit point un vent fort pour la dégager
dans la nuit fuivante , que de mettre les meches aux
poudres & des toiles godronées aux Vaiffeaux , pour
les confommer le plus promptement qu'il feroit posfible
, afin que les Turcs ne puffent s'en emparer ;
qu'il falloit enfuite faire deſcendre à terre les équipages
, & après avoir coulé les Chaloupes à fond
tâcher de fe retirer en côtoyant les marais ; que
c'étoit - là la feule reffource qu'on eût dans une pareille
extrémité .
On a apris de Genes , que M. de Jonville , Envoyé
Extraordinaire du Roy de France , eut le 14.
de ce mois , fa premiere Audience publique du Doge
& du Sénat , & qu'il fut accompagné à cette Audience
par plus de 300. François , qui fe font empreffés
, à l'envi , à fe diftinguer en cette occafion
par leur magnificence.
Les dernieres nouvelles portent que le 28. du
mois de Novembre dernier , les Bâtimens fur lefquels
les Huffards fe font embarqués pour retourmor
en France , avoient fait voile de Calvi avec un
Hy vedr
2916 MERCURE DE FRANCE
vent favorable , fous l'efcorte de la Barque la Lea
gere ; & que le 3. de ce mois vingt Grénadiers étoient
partis de la Baftie , pour fe rendre du côté de Porto
Vecchio ; qu'on croit qu'ils y ont été envoyés pour
aller chercher quelques perfonnes qui ont été arrêtées
dans les environs de cette derniere Ville , &
parmi lesquelles on prétend que fe trouve le Baron
de Troft.
On a pendu depuis peu à la Baftie un jeune homme
d'un Lieu nommé Cannivaggio , auquel on a
trouvé un Stilet & un piftolet avec de la poudre &
des balles , & comme dans fon interrogatoire il a
déclaré que plufieurs de fes Compatriotes fe trouvoient
dans le même cas , le Marquis de Maillebois
a fait marcher un détachement pour s'en faifir. Le
Curé du même Bourg & celui de Bigorno avoient
déja été arrêtés pour la même raiſon , & l'on a mis
auffi en prifon le Curé de Lamma & quelques uns
de fes Paroiffiens , qui ont contrevenu aux Ordonmances,
en gardant des Armes à feu.
On écrit de Modêne du premier de ce mois , que
le Prince Electoral de Saxe Y arriva le 21. du mois
dernier , étant accompagné du Marquis Rangoni
qui étoit allé le prendre dans les Caroffes du Duc de
Modene , à quelque diftance de la Ville , & qu'il
defcendit au Palais du Comte Marini . Immédiatement
après fon arrivée , le Duc & le Prince Héréditaire
, rendirent vifite à ce Prince , qui alla ensuite
au Palais , où il fut reçû au bas de l'efcalier ,
par le Capitaine des Gardes du Corps ; à la porte de
la Sale des Gardes , par le premier Chambellan , &
dans l'antichambre de la Duceffe , par la Marquife
Pucci , Dame d'honneur de cette Princeffe . Il trou
va chés la Ducheffe le Duc & le Prince Héréditaile
, & après avoir demeuré avec eux pendant quelque
temps , il retourna au Palais du Comte Marini,
Le
DECEMBRE. 1739 291.7.
Le 22. le Prince Electoral dîna avec le Duc &
la Ducheffe , & il se promena au Cours , après quoi
il alla à la Comédie. Il vifita le lendemain la Galerie
des Antiquités & les principaux Edifices de cette
Ville , & après avoir dîné avec le Duc &-la Duchesse
, il fe rendit au College Ducal , dont les Penfionnaires
réciterent en fa préfence plufieurs Piéces
de Poëfie , composées à fa loüange. Le foir il y eut
Concert chés la Ducheffe , & le foupé fut fuivi d'un
grand Bal .
Le 24. le Prince Electoral vit la Bibliotheque
Ducale & la Galerie des Peintures ; il dîna pour la
troifiéme fois avec le Duc & la Ducheffe , & l'après
midi , il fe promena au Cours ; Ce Prince retourna
enfuite au Palais pour accompagner le Duc & la
Ducheffe à la Comédie , après laquelle il foupa
avec le Duc & le Prince Héréditaire.
Comme il devoit partir le jour fuivant , il prit
congé du Duc & de la Ducheffe . A peine étoit - il
rentré dans le Palais du Comte Marini , que le
Duc fe rendit chés lui pour lui fouhaiter un heureux
voyage. Le Prince Electoral fit le même foir
plufieurs préfens confilérables aux principaux Officiers
du Duc , & le 25 , il partit pour Milan .
Pendant fon séjour à Modêne , toute fa Suite a
été défrayée aux dépens du Duc , & un détachement
du Régiment des Gardes à pied a monté"
garde devant le Palais du Comte Marini.
NAPLES.
N écrit de Naples , que le premier de ce mois
un Armateur Anglois étant entré dans le Port
de cette Ville avec une prife Efpagnole , le Gouverneur
l'avoit obligé de remettre fur le champ à la
voile.
H vj
ESPAGNA
2918 MERCURE DE FRANCE
ESPAGNE,
N écrit de Madrid, que le 22. du mois dernier
on tira le Feu d'artifice que le Comte de la
Marck , Ambaffadeur Extraordinaire du Roy de
France à la Cour d'Efpagne , avoit fait préparer
dans la ruë d'Alcala , près du Prado. Don Dominique
de Serra , Commiff ire d'Artillerie , qui avoit
' été chargé de la direction de ce Feu , & à qui le
Comte de la Marck avoit recommandé de ne rien
épargner , pour que la quantité & la varieté de
PArtifice , & la magnificence de l'Illumination , ré .
pondiffent dignement à l'objet de la Fêté , a parfaitement
rempli les intentions de cet Ambaffadeur.
Le Roy , la Reine , le Prince & la Princeffe des As
turies , & les Infants , virent ce Spectacle des Fenêtres
du Palais du Buen Retiro. Après le Feu d'arti
fice , le Comte de la Marck donna un Soupé , auquel
tous les Miniftres Etrangers , & tous les Grands
furent invités.
En conséquence d'un Decret figné par le Roy le
26. Novembre dernier , on a publié au commencement
de ce mois la Déclaration de Guerre contre
les Anglois, & cette Déclaration porte que le Roy
ne pouvant diffimuler plus long- temps les prétentions
injuftes de la Cour de Londres , fes infractions
des Traités , & les Actes d'hoftilité commencés par
le Roy de la Grande Bretagne , S. M. eft obligée
d'avoir recours aux moyens que le droit naturel
l'autorife à prendre pour une légitime défenſe ;
qu'elle ordonne à fes Sujets de traiter en ennemis
les Sujets de S. M. Br. & qu'elle fera fçavoir inceffamment
fes intentions aux Officiers qui conmandent
ses forces de Terre & de Mer , fur la conduite
qu'ils doivent tenir à cet égard
GRANDA
DECEMBRE . 1739 2919
GRANDE BRETAGNE.
E 26. Novembre à deux heures après midi ,
Lie Roylo rendit à la Chambre des Pairs , avec
les cérémonies accoûtumées , & Sa Majesté ayant
mandé la Chambre des Communes , fit le Discoursfuivant.
MY LORDS ET MESSIEURS >
Lafuuation préfente des affaires m'a obligé de vous
faire affembler cette année plûtôt que je n'ai coûtume
de le faire , afin d'avoir l'avis & l'affistance de mon
Parlement dans cette conjoncture critique importante.
J'ai fuivi dans toutes mes démarches , à l'égard
de la Cour de Madrid, les intentions des deux Chambres
: ainfi je ne puis douter que je n'obtienne des feu
Cours prompts & efficaces dans une Guerre jufte que
les violences des Espagnols au fujet de la Navigation
& du Commerce , leur obftination , & le violement
notoire des engagemens les plus folemnels , ont rendis
inévitable. J'ai augmenté mes forces par Terre & par
Mer ,felon le pouvoir qui m'en a été donné par mon
Parlement , & je l'ai fait avec toute la modération
que la fureté la défense de mes Etats , & la néceffité
de défendre notre Commerce , de réduire nos
Ennemis , de les traverser en ce qui leur eft le plus .
fenfible , pouvoient le permettre. Comme il faut pour
cela employer des moyens variés détendus , qui feront
fuivis de grandes dépenses & de quelques inconvéniens
; je m'affûre que vous les fupporterez avec courage
avec fatisfaction , pour concourir aux mesures
que
l'honneur l'intérêt de ma Couronne & de
mes Royaumes , la vengeance générale de mes Sujets
injuries & pouffés à bout , m'ont obligé de prendre .
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES.
J'ai ordonné aux Officiers des differens Départe
mens , de vous remettre les Etats pour le fervice de
l'année
1970 MERCURE DE FRANCE
l'année prochaine , auffi - bien que les comptes des dé
penfes extraordinaires , faites cette année felon le pouvoir
qui m'a été donné par mon Parlement. Comme
dans la fuite de cette Guerre on aura besoin de Soldats
pour servir sur la Flotte , j'ai jugé à propos
de
faire lever des Matelots , j'ai donné ordre qu'on
vous présentât l'état de cette dépense. L'affection que
j'ai toujours reconnûë en vous pour ma Personne &
pour mon Gouvernement , & votre zéle pour la sûreté
, pour la prosperité & pour la gloire de mes Royaumes
, ne me laiffent aucun lieu de douter que vous ne.
m'accordiez les Subfides néceffaires , & cela avec assés
de diligence , pour pouvoir avancer nos préparatifs
me mettre en état de pouffer la Guerre avec vigueur.
MYLORDS ET MESSIEURS ,
Il y a aparence , que les animofités qui ont été fomentées
dans ce Royaume avec la plus grande industrie
, ont été un des plus puiffans motifs qui ont encou
ragé l'Espagne à tenir avec nous la conduite qui nous
forcés d'avoir recours aux Armes , & que les espérances
des Ennemis de mon Gouvernement , ne font
fondées que fur les divifions qui regnent parmi mes
Sujets ; mais quelques vûës qu'ils puiffent avoir , L
quelques projets qu'ils puiffent former à l'occafion de
cette rupture , quelques avantages que l'Espagne puiffe
Je promettre des circonstances présentes , il eft en votre
pouvoir , avec la bénédiction de Dieu , de rendre inutiles
les projets de nos Ennemis . L'union de ceux qui
n'ont à coeur que le véritable interêt de la Grande
Bretagne , leur zéle pour la défense de mes Royaumes
de la cause commune de la Patrie , un concours
general pour foutenir la Guerre , tel qu'il a paru pour
l'entreprendre , obligera la Cour d'Espagne de fe repentir
du tort qu'elle nous a fait , & convaincra ceux
qui ont envie de renverser l'établiſſement présent , que
fette
DECEMBRE: 1739: 2921
cette Nation eft dans la résolution & en état de venger
fon honneur offensé , de se défendre contre fes
Ennemis , foit cachés , foit déclarés , tant au dedans
qu'au dehors du Royaume.
Le même jour , les Seigneurs après de longs &
vifs débats , réfolurent à la pluralité de 68. voix
contre 41. de remercier le Roy de fa Harangue
& le lendemain ils lui présenterent leur Adreffe
dans laquelle ils l'affûrerent qu'ils regarderoient
les égards qu'il a plû à S. M. d'avoir pour les fentimens
des deux Chambres du Parlement , dans la
conduite qu'elle a tenue avec l'Espagne , comme
une continuation de la bonté que le Roy a toûjours
eûë pour fes Peuples , & dont ils ont fait fi
fouvent l'experience ; que S. M. en defirant d'avoir
Pavis & l'affiftance de fon Parlement dans cette
conjoncture importante , donnoit une nouvelle
preuve de fa confiance en fes fideles Sujets , que la
juftice & la néceffité de la Guerre qu'il avoit plu
au Roy de déclarer à l'Espagne , devoient être auffi
évidentes pour tout l'Univers , que les moyens violens
mis en oeuvre par la Nation Espagnole , pour
troubler & interrompre la Navigation & le Commerce
des Anglois , étoient notoires ; que les of
fenfes de l'Espagne avoient d'autant plus excité
le reffentiment des Sujets du Roy , qu'ells
avoient été continuées avec obftination , & qu'elles
étoient une infraction aux engagemens les plus
folemnels ; que la Grande Bretagne étant forcée
d'avoir recours aux Armes , s'y déterminoit avec
confiance , puisqu'elle avoit fur le Trône un Prince
, qui joint à la tendreffe paternelle pour fes Sujets
, une magnanimité égale à la juftice de la cause
qu'il a à défendre ; que dans cette occafion l'offre
fincere que les Seigneurs faisoient de leurs biens
de leurs vies , étoit un Tribut légitimement dû
1
au
2922 MERCURE DE FRANCE
au Roy & à la Patrie , & qu'ils protestoient d
plus profond de leur coeur , qu'ils concoureroient
avec zele , à tout ce qui pourroit avancer les Ar
memens , & de mettre S. M. en état de faire la
Guerre , d'une maniere qui convienne au Nom
Britannique ; que la bonté que le Roy avoit eûë de
les affûrer qu'en augmentant fes Forces de Terre
& de Mer , il n'avoit ufé du pouvoir qui lui a été
donné , qu'avec la moderation que lui prescrit fon
amour pour fes Peuples , les confirmoit dans la
perfuafion où ils étoient , que S. M. avoit toûjours
attention d'éviter d'imposer des charges inutiles à
la Nation ; qu'on ne pouvoit fe flater que la Guerre
n'entraîneroit pas dans de grandes dépenfes , & ne
feroit pas fuivie de quelques inconvéniens , mais
que lorsqu'une Guerre étoit entreprife , non pour
fatisfaire les vues d'une ambition déreglée , mais
uniquement pour foûtenir l'honneur & les juftes
droits d'une Couronne , il n'y avoit point de doute
que de fi puiffans motifs ne portaffent les Sujets à
fournir tout ce qui eft néceffaire pour la continuer
avec succès ; que les Seigneurs avoient une vive reconnoiffance
, de ce que le Roy avoit bien voulu
renouveller fes avertiſſemens au fujet des divifions
qui regnent dans le Royaume : que comme ils
étoient fenfiblement touchés de ces troubles & de
ces diffentions , ils ne négligeroient rien de leur
part pour y remedier & pour rétablir l'union ſi néceffaire
dans la conjoncture préfente ; que tous les
Sujets du Roy devoient être convaincus , que la
sûreté de leur Religion & de leur liberté , dépend
entierement de la confervation de fa Perfonne facrée
& de fon Gouvernement , que dans cette cause
commune , leur interêt , auffi bien que leur devoir,
les obligeroient de demeurer unis ; que les Seigneurs
protestoient à S. M. avec le zéle le plus fincere
DECEMBRE. 1739 2923-
tere , qu'ils étoient déterminés à facrifier tout ce
qu'ils ont de plus cher , pour la défendre contre fes
ennemis , tant du dedans que du dehors , & qu'ils
imploroient la Protection divine , pour qu'il plût à
Dieu de benir les Armes de S. M. & pour que cette
Guerre devint un moyen de parvenir à une Paix folide
& honorable.
Le Roy répondit à cette Adreffe .
Je vous remercie de cette affurance que vous me' .
donnez de votre afection , & de la promeffe que vous
me faites de me fournir de prompts & de puiffants fecours.
La fatisfaction que vous paro :ffez avoir des mefures
que j'ai prifes , m'est très- agréable , & vous pou
vez compter que je ferai tous mes efforts , pour foûtenir
la Guerre , de forte que le fuccès réponde aux fins
que je me propofe , & à la juge attente de mes Peuples.
La Chambre des Communes préfenta le 29. du
mois paffé au Roy fon Adreffe , dans laquelle elle
affûra S.M. que la réfolution prife par le Roy de déclater
la guerre à l'Espagne , donnoit une extrême
fatisfaction à toute la Grande Bretagne , qui ne pou
voit fuporter plus long- temps les violences commifes
par les Efpagnols & leurs infractions notoires
des engagemens les plus folemnels ; que la Chambre
avoit toute la reconnoiffance poffible des foins
paternels du Roy pour le bonheur de fes Peuples ,
& de l'attention de S. M. à employer le pouvoir
qui lui a été confié par le Parlement , pour défendre
fes Royaumes & en affûrer la tranquillité , pour
proteger le Commerce , & pour troubler la navigation
des Efpagnols ; que rien ne pourroit détour→
ner la Chambre du deffein de fournir avec empres
sement les fubfides dent le Roy pourroit avoir befoin
, & de fuporter avec patience les inconveniens
qui font les fuites inévitables de la guerre , que la
Chambre feroit tous ,fes efforts pour accelerer la le
vée
2924 MERCURE DE + FRANCE
vée des fubfides & pour mettre le Roy en état d'a .
vancer fès armemens & de faire la guerre avec fuccès
; qu'elle étoit infiniment fenfible aux divifions
qui regnent parmi les Sujets de S. M. & qu'elle ne
négligeroit rien pour rétablir entre eux l'union & la
bonne intelligence.
Le Roy répondit à cette Adreffe ,
MESSIEURS , Je vous remercie de votre zele do
des marques que vous m'en donnez . Les fecours que
mes fileles Communes me donneront dans une guerre
jufte & qui intereffe toute la Nation , en affûreront le
fuccès , & avec la Benediction de Dieu , ce fera le
meilleur moyen de la terminer heureusement , & de
faire rendre juftice à mes Sujets.
Dans la même Séance on propofa de préfenter
une Adreffe au Roy , pour prier S. M. de ne point
conclure de Paix avec l'Espagne , à moins que la
Cour de Madrid ne convint préliminairement du
droit incontestable qu'ont les Anglois de naviger
dans les Mers de l'Amérique , en allant d'un Lieu
des Domaines de S. M. à un autre , fans pouvoir
être faifis ni fouillés fous quelque prétexte que ce
foit , & la Chambre envoya des Députés à celle des
Seigneurs , pour les inviter à fe joindre à elle dans
cette Adreffe.
Les deux Chambres du Parlement confererent enfemble
le 4. de ce mois fur l'Adreffe. que la Chanbre
des Communes avoit réfolu le jour précedent
de préfenter au Roy , & les Seigneurs s'étant
joints aux Communes dans cette Adreffe , les deux
Chambres allerent la préfenter à S. M..
Cette Adreffe porte que le Parlement en corps
fuplioit le Roy de n'écouter aucune propofition de
Paix de la part de l'Eſpagne , à moins qu'on n'éta
blît pour baze de la négociation , que les Anglois
ont un droit inconteftable de naviger dans les Mers
de
DECEMBRE . 1739 2925
de l'Amérique , en allant d'un Pays de la domina
tion de la Grande Bretagne à un autre , fans pouvoir
être fouillés ni inquietés fous quelque prétexte
que cefoit.
Le Roy répondit ,
MYLORDS ET MESSIEURS. Je vous remercie
de cette Adreffe , dans laquelle on reconnoît le même
efprit qui a regné dans les précedentes réſolutions
des deux Chambres du Parlement . L'unanimité avec
laquelle vous travaillerez à me mettre en état de foûtenir
la guerre ,, fera le plus für moyen de nous procurer
des conditions de Paix , avantageuses & honorables.
Vous pouvez compter que j'aporterai tous mes
foins que je ferai tous mes efforts pour affûrer la navigation
le Commerce de mes Sujets , pourfaire
reconnoître par l'Espagne la justice de leurs droits.
Le bruit court que le Port de la Havane eft bloqué
par le Chef d'Efcadre Brown , qui doit avoir été
joint par l'Amiral Vernon . On affûre auf que ce
Chef d'Efcadre s'eft emparé de plufieurs Bâtimens
Espagnols.
L'Equipage du Vaiffeau l'Union , qui revient de
la nouvelle Angleterre,a raporté qu'un Bâtiment de
Rode Iſland , de 20. piéces de canon , y avoit aporté
une grande quantité de Marchandifes, provenant
du butin que les Soldats de ce Vaiffeau avoient fair
dans une petite Ville d'une Colonie Espagnole.
Des Lettres de la Jamaïque, datées du mois d'Octobre
dernier , marquent que le 14. du mois précedent
, le Vaiffeau de guerre le sherneeff, commandé
par le Capitaine Stableton , avoit fait voile
pour Cartagene , afin d'obferver les mouvemens de
l'Efcadre Efpagnole qui eft dans ces Mers ; qu'à fon
arrivée devant cette Rade , le Commandant de la
Place , lequel crut que c'étoit un Vaiffeau qui avoir
befoin de fecours pour entrer dans le Port , lui
avoit
2926 MERCURE DE FRANCE
avoit envoyé fa Barque avec un Officier , un Pilote "
& plufieurs hommes , & que le Capitaine Stableton
les avoit tous faits prifonniers.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
LE
E 9. Novembre Anfelme François , Prince du
S. Empire Romain , de la Tour', et Taxis , Seigneur
d'Eglingen , Grand - Maître Hereditaire
des Poftes de l'Empire , & des Pays-Bas Autrichiens ,
Chevalier de l'Ordre de la Toifon d'Or , mourut
à Bruxelles , dans la 61. année de fon âge , étant né
le premier Janvier 1679. Il étoit fils aîné d'Eugene-
Alexandre de la Tour , et Taxis , crée Prince de
l'Empire par l'Empereur Leopold , et mort le 11.
Fevrier 1714. et d'Anne- Adelaide , née Princeffe
de Furftemberg , fa premiere femme , morte le 13.
Novembre 1701. et il avoit été marié le 6. Decembre
1701. avec Loüife - Anne- Françoiſe de Lobkowitz
, née le 20. Octobre 1683. fille de feu Fer inand-
Augufte , Prince du S. Emp. Rom . de Lobkowitz
, Duc de Sagan en Silefie , Chevalier de l'Ordre
de la Toifon d'Or , Confeiller d'Etat de l'Empereur
, et fon Commiffaire Genéral à la Diete de
Ratisbonne , et de feuë Marie - Anne - Guillelmine
de Bade-Baden . Il en laiffe Alexandre- Ferdinand ,
Prince de la Tour et Taxis , né le 15. Fevrier 1704 .
veuf de Sophie-Chriftine - Louiſe de Brandebourg-
Culmbach , dont la mort eft raportée dans
le Mercure de Juin dernier , vol . 2. p . 1431 ;
Marie-Augufte de la Tour-Taxis , née le 11. Août
1706. veuve de Charles - Alexandre , Duc Regent
de Wirtemberg- Stuttgard et de Teck , Comte de
MORE
DECEMBRE . 1739. 2927
Montbelliard , Chevalier de l'Ordre de la Toifon
d'Or, Feldt Maréchal de Camp Genéral des Armées
de l'Empereur et de l'Empire , Commandant Genéral
pour S. M. I. du Royaume de Servie , & Gouverneur
de Belgrade , mort le 12. Mars 1737. et
Chretien- Egon Adam , Prince de la Tour- Taxis ,
né en 1708. Chanoine de Cologne , et Officier
dans les Armées de l'Empereur.
Le 17. Marie- Amelie de Brandebourg , veuve depuis
le 14. Novembre 1718. de Maurice-Guillaume
, Duc de Saxe- Zeitz , Adminiſtrateur de Naumbourg
, avec lequel elle avoit été mariée le 25 .
Juin 1689. mourut à Schleufingen , dans le Comté
de Henneberg , âgée de 69. ans 9. jours , étant
née le 8. Novembre 1670. Elle étoit fille de Frederic-
Guillaume , Margrave de Brandebourg , Elec- 1
teur du S. Empire , Duc de Pruffe , mort le 29.
Avril 1688. et de Dorothée de Holftein - Glucksbourg
, fa feconde femme , morte le 6. Août 1689 .
et elle avoit été mariée en premieres nôces le 8 .
Août 1687. avec Charles , Duc de Mecklenbourg-
Guftrau , qui mourut fans pofterité , le 15. Mars
1688. Elle a eu de fon fecond mari Dorothée Guillelmine
de Saxe , née le 20. Mars 1691. et mariée
le 24. Septembre 1717. avec Guillaume Prince de
Heffe-Caffel , Lieutenant Genéral de la Cavalerię
Hollandoife , & Gouverneur de Maſtricht , né
10. Mars 1682. et Frere du Roy de Suede,
3
FRANCE .
2928 MERCURE DE FRANCE
FRANC E.
NOUVELLES DE LA COUR, DE PARIS , & c.
E Marquis de Rocozel Lieutenant
LGénéral, ayant àcause de ses infirmités
2
demandé au Roy la permission de remettre
entre les mains de S. M. la Lieutenance générale
du Rouffillon & le Commandement
de cette Province , le Roy les a donnés au
Comte de Chatelux , Lieutenant Général.
Le Roy a nommé Intendant de la Généralité
de Paris , M. Herault , Conseiller d'Etat
, & Lieutenant Général de Police. S. M
a donné la Charge de Lieutenant Général
de Police à M. Feydeau de Marville , Maître
des Requêtes & Préſident du Grand Conseil.
Le 24. Decembre , veille de la Fête de
Noel , & le lendemain , il y eût Concert
spirituel au Château des Tuilleries qui
commença par une nouvelle Suite de Simphonie
de Noels , qui fut suivie d'un trèsbeau
Motet à grand Choeur , Jubilate Deo ,
du Sieur de Mondonville ; les Srs Guignon
& Blavet exécuterent sur le Violon & la
Flûte differens Concerto avec une précision
admiDECEMBR
E. 1739 2929
admirable ; on donna ensuite un ancien Motet
du fameux Gilles , dont l'exécution fit
beaucoup de plaisir. Ces deux differens
Concerts furent terminés par un autre Motet
Dominus regnavit , mis en musique par l'Auteur
du premier Motet ; l'exécution fut trèsaplaudie
par une nombreuse Affemblée .
Le même jour , le cinquiéme Tirage de
la Lotterie de Loraine s'est fait à Commerci.
La Lifte des Gagnans a été renduë publi
que.
********
IMPROMPTU de M.... pour Mlle... !
en lui présentant un Bouquet le 8 .
M ....
Decembre dernier.
pour décorer ce beau sein que j'adore
Je viens de dépeupler tout l'Empire de Flore ;
J'ai fait de fes Tréfors la plus ample moiffon;
Puis voulant y mêler les fleurs de l'Helicon ,
J'ai tâché de tracer une riche peinture ,
De tous les dons divers que vous fit la Nature #
Mais je n'ai jamais pû finir ce beau Tableau ,
J'ai jetté de dépit le Crayon , le Pinceau.
N'en foyez point furprife , il falloit que ma Verve ;
Sous les traits de Venus , peignît une Minerve ,
A
930 MERCURE DE FRANCE
A M. D. L. R.
Permettez-moi de vous adresser , Mon
sieur , ces Vers , que le hazard plûtôt qu
mes foibles attraits firent éclore en moin
de deux minutes. J'ai crû ne pouvoir mieu
marquer ma reconnoiffance à la jeune Mus
qui me les a adreffés , qu'en vous priant d
les inserer dans le Journal que vous faite
tous les mois , de ce que la Politeffe &
la Galanterie produisent de plus exquis
J'ai l'honneur d'être ***
MEMOIRE INSTRUCTI
Sur l'Ouvrage intitulé : Armorial Général
de la France.
Voi qu'on ait eu un foin particulier de fair
diftribuer dans les Provinces la Préface
l'Armorial Général de la France , dont le Jug
d'Armes fe prépare à donner un troifiéme Volant
au Public , peu de perfonnes ont eu jufqu'a
une jufte idée de cet Ouvrage ; foit que l'env
qui accompagne d'ordinaire tous les Projets utile
ait corrompu cette idée dans quelques- uns , ou que
les autres fe foient peu mis en peine de rectifier par
l'examen , ce qui leur étoit venu d'abord en persée
; foit enfin que la Préface qui tombée entre les
mains de ces perfonnes , foit pour s'épargner la
peine de lire avec attention , croyent que ce qu'ils
ont conçû d'abord , eft ce qu'on vouloit kur
faire entendre. Plufieurs auffi fe font imagines
que l'Armorial Général n'étoit qu'une fuite ou une
DECEMBRE . 1739. 2931
imitation de l'Ouvrage qui portoit ce titre en 1696.
qu'il feroit pareillement fuivi de recherches & de
circonftances , peu agréables aux Particuliers ; qu'il
n'en réfulteroit qu'un avantage paffager pour l'Etat
; & que cet Armorial fe verroit faprimé par les
mêmes raifons qui avoient causé la fupreffion du
premier."
L'Armorial Général de la France que le Juge
d'Armes compofe à préfent , fuivant le droit de fa
Charge, a un objet tout different, il ne l'a entrepris
que pour fatisfaire aux voeux de toute la Nobleffe ,
& pour réparer autant qu'il feroit poffible , les inconvéniens
des ufurpations paffées , & afin de mettre
un obſtacle à celle que l'on auroit à craindre
pour l'avenir.
On a vû dans la Préface de cet Ouvrage , que le
Miniftere a toujours regardé comme un point effentiel
, la réformation des abus par raport aux Armoiries
, aux titres , aux qualités , & aux rangs depuis
fi long- temps confondus . Auffi la Nobleffe du
Royaume affemblée à Paris en 1614. fit - elle , de
fon côté , fon objet principal de la création de la
Charge de Juge d'Armes , qu'elle demanda au Roy
Louis XIII. par Députés , & que ce Monarque accorda
en même temps comme une grace , & comme
une chofe néceffaire ; principalement dans la
vûë de ce Catalogue , ou Armorial Général que le
Juge d'Armes execute aujourd'hui. Par le moyen
cet Ouvrage , il met en sûreté les Titres & les Dignités
de la Nobleffe ; il expofe aux yeux du Roy
& de la Nation ce que chaque Gentilhomme du
Royaume a pû recouvrer jufqu'à préfent d'ancienmeté
, d'honneurs , de marques de fidélité & de
fervices. C'eft une occafion heureuſement offerte
de faire valoir la naiffance diftinguée de ceux à
qui la fortune , en leur refufant les moyens de pa-
I.Vol I roître
2932 MERCURE DE FRANCE
roître avec un certain éclat dans le monde , femble
avoir fermé tous les chemins à l'illuſtration . L'Hıftoire
ne célebre d'ordinaire que les actions de ceux
qui occupent les premieres places , & il eft mille
traits intereffans pour les Familles moins élevées ,
que des détails Généalogiques peuvent rapeller.
D'ailleurs , combien de fervices importans , foir
dans l'Epée , foit dans les differens degrés de la
Magiftrature , demeureroient oubliés , ou feroient
inconnus , s'ils n'étoient tranfmis à la poſterité par
des monumens durables , exposés fous les yeux des
Souverains , & capables de les exciter à répandre
leurs bienfaits fur les héritiers du mérite & de la
valeur de ceux qui fe font fignalés à leur fervice
Le Juge d'Armes dans fes deux premiers Volu
mes , n'a pas , à la vérité , affés dévelopé , au goût
du Public , les vies qu'il explique aujourd'hui ; &
pour des raifons particulieres , il a donné d'abord
aff's peu d'étendue à quelques uns des articles qui
les compofent ; mais aujourd'hui que la Nobleffe
s'empreffe de fe faire infcrire , & que le Juge d'Armes
fçait que chacun fouhaite d'être inftruit par
des détails plus circonstanciés , on a jugé à propos
de donner aux articles toute l'étendue convenable ,
& de joindre , autant qu'il fera poffible , aux preuves
fournies par les Familles Nobles , les Faits autentiques
qui fe trouveront dans l'Hiftoire : ce qui
ne s'exécutera néanmoins qu'avec beaucoup de
circonfpection , & de forte que le Lecteur ne
puiffe confondre les Faits tirés de l'Hiftoire , avec
les preuves généalogiques , pour lesquelles on n'admettra
jamais que des Titres inconteftables .
La Nobleffe eft le foûtien & l'honneur de la
Nation , & pour cette raifon elle jouit d'un rang
diftingué & de certains privileges ; elle ne doit
donc rien négliger de ce qui peut conftater fes
droits ,
DECEMBRE. 1739 2935
Aroits , & les mettre à portée d'être généralement
reconnus plus ils font grands , plus ceux qui les
poffedent doivent en être jaloux. En général , on
a adopté ce principe , & le fuccès de certains Livres
de Généalogies , en eft une preuve ; les plus célébres
ont été composés fur des Manufcrits tirés de
Ja Bibliothèque de feus Mrs d'Hozier , & du Bouchet
, & fur celle de M. Clairambault ; cependant
les fçavans Compilateurs , fouvent privés de ces
fameux guides , & gênés par des Mémoires de Familles,
fe foat mépris plus d'une fois au préjudice
des Maifons Nobles , en fuprimant les dégrés dont
la preuve auroit coûté de trop longues recherches ;
d'ailleurs on connoît la séchereffe de ces ouvrages,
qui furpaffe celle qui eft attachée à cette forte de
travail ; l'obfcurité du ftyle , les doubles fens , les
noms des Peres , des Enfans , & des Freres confon-
-dus , de telle forte qu'il faut fouvent chercher avec
-peine le Titre que chacun d'eux doit avoir , les
Femmes fouvent prifes pour les Meres ; & , ce qui
augmente l'obfcurité , c'eft que dans ces occafions,
-ils difent très- clairement de contraire de ce qu'ils
veulent dire ; toutes ces chofes font des fautes confidérables
en matiere de Généalogie, où l'on ne peut
répandre trop de clarté.
+
D'ailleurs , tout le monde fçait que les Ouvrages
que Pon vient de citer n'ont fait mention pour la
plupart , que des principales Maifons de la France ,
& qu'il y en a un grand nombre qui pour n'avoir
point fourni de Conétables , de Chanceliers , de
Maréchaux de France , & c . n'en font pas moins
confiderables , & méritent également d'être connuës.
On fait auffi qu'il est des Maifons , qui
quoique très- anciennes , font par là même , l'objet
de certaines préventions auffi fâcheufes qu'injuftes.
Ainsi , le crédit & la fortune des Familles du pre-
I ij mier
2934 MERCURE DE FRANCE
mier rang , loin de devoir être pour elles un motif
d'indifference , à l'égard d'un Ouvrage qui comprendra
toutes les Familles Nobles en géneral , doit
au contraire les flater , puifqu'il fera connoître au
Public , peut être partagé fur cet article , les Titres
légitimes de leur prééminence.
A l'égard de la Nobleffe moins diftinguée , il n'y
a point de Gentilhomme en France , qui ne fe
trouve dans le cas de retirer actuellement & pour
l'avenir , de grands avantages de l'Armorial général.
Quel embarras pour la plupart d'entre- eux ,
Horfqu'il s'agit de raffembler leurs Titres , pour
placer leurs enfans parmi les Pages du Roy , à Saint
Cyr , & dans les Chapitres ou Colleges qui exigent
des preuves Après avoir fourni ces Titres au Juge
d'Armes , pour être insérés dans fon Catalogue , ils
feront en état de voir d'un coup d'oeil , s'ils proų
vent les dégrés , les alliances , & l'ancienneté requife
par les differens Statuts des Etabliffemens no .
bles ; ils éviteront par ce moyen , une recherche
toujours pénible , & que le défaut d'indices rend
fouvent inutile. Et combien de Maiſons déplorent
aujourd'hui la perte de leurs plus anciens Titres ,
qui , par cette précaution , mettront leur poftérité
à l'abri de pareils accidens 2
On peut ajouter encore , que l'Armorial géné
ral , en raportant les alliances des Familles qu '
comprend , leur en renouvelle le fouvenir , ainu
qu'au refte du Public , & en quelque forte , les
réunit de nouveau . A l'égard de la Nobleſſe inférieure
, par le rang ou par la fortune , elle aprendra
dans le même Ouvrage , à quelle Maiſon élevée
aux dignités & aux honneurs elle apartient , & de
qui elle eft en droit de réclamer la protection & le
fecours .
Ces differens motifs qui prouvent l'utilité & Ja
no
DECEMBRE. 1739 2939
néceffité d'un Armorial univerfel , n'ont point garanti
cet Ouvrage de plufieurs efpeces de critiques ,
la plupart goûtées par ceux qui acceptent toujours,
fans réflexion , toutes fortes de difcours qui peuvent
nuire ; & cependant une feule , mérite qu'on
y réplique. Quelques-uns ont reproché au juge
d'Armes , d'avoir trop fouvent mêlé dans fon Ouvrage
la haute Nobleffe avec celle qui jouit depuis
peu de ce Titre. Ces Perfonnes n'ont point affés
confideré l'objet de l'Armorial , annoncé par fon
titre même ; c'eft parce qu'il eft général , qu'il eft
plus utile. Un ancien Gentilhomme croit - il perdre'
de fon luftre dans la Societé , parce qu'un autre
Sujet du Roy , introduit après lui dans l'ordre de la
Nob effe , eft auffi reconnu pour Gentilhomme , ou
même pour finpleinent noble , & qu'il jouit des
prérogatives attachées à cette qualité ? Chacun eft
confervé dans fon état.
L'objet de l'Armorial qui demande le mélange
des differens dégrés de la Nobleffe , n'affoiblit en
rien la diftinction naturelle que donnent l'ancienneté
& l'illuftration . Au contraire , il la fait mieux
reconnoître , & loin de pouvoir être pour la Nobleffe
du fecond ordre , un fujet de mortification
c'eſt au contraire un moyen d'exciter une émulation
générale. Dans les Armoriaux particuliers 'on'
a vû enſemble les plus grands noms, avec les noms
inférieurs , fans inconveniens pour les uns ni pour
les autres.
Jamais aucun Ouvrage , qui intereffera auffi généralement
le Public , & qui traitera d'une matiere
auffi délicate que celle de la Nobleffe , ne paroîtra
fans exciter quelques plaintes. Mais qui en impor
tunera le Public ? Sera- ce ces illuftres rejettons de
Races anciennes , dont prefque tous les dégrés se
comptent par autant de Héros ? Ou ceux , qui pof-
I iij fédant
2936 MERCURE DE FRANCE
fédant en un degré inferieur , une Nobleffe acquife
par la vertu , & par des fervices réels , témoignent
leur reconnoiflance par l'aveu public du bienfait ?
Les murmures partiront feulement de certains intrus
dans l'ordre de la Nobleffe , ufurpateurs des
Titres qu'ils portent , & qui n'ayant pour en jouir
d'autre droit qu'une grande fortune , tremblent à
la vue d'un Ouvrage qu'ils croyent capable d'éclai
rer le Public fur leurs chimeres. L'amour propre
s'éleve contre tout ce qui pourroit un jour le blef
fer , quelque éloigné qu'il foit , Poffeffeurs tranquilles
d'une prééminence ufurpée , ils fe écrient
contre tout ce qui tend à les remettre dans leur étar
naturel ; & pour cacher au Public le véritable motif
de leur opofition , ils feignent de craindre feulement
pour les autres , lorsqu'ils ne redoutent que
pour eux- mêmes ; ainfi pour fe mettre à l'abri de
tout examen , ils décrient d'avance un projet dont
leur chagrin & leur, inquiétude fait encore mieux
fentir la néceffité .
Au refte , le deffein de cet Ouvrage , loin d'al
larmer perfonne , doit au contraire inſpirer de la
confiance . Il n'eft entrepris que pour conftater l'état
de toutes les Perfonnes Nobles du Royaume ,
qui repréfenteront leurs Titres ; jamais on n'a eû en
vue de pénétrer les fecrets, des Maifons pour les dévoiler.
Ce n'eft point leur Hiftoire qu'on veut fai
mais feulement leur Généalogie . On peut , en
fuivant exactement la vérité , ne rien dire de fâ¬
cheux pour les Familles , ni les dégrader par des
anecdotes fouvent auffi mal fondées qu'elles font
injurieuſes . On doit ajoûter encore , que tout le
monde fçait que les Provinces du Royaume , ain
que la Capitale , fe font vues tour à tour , & à diverfes
repriſes , le théatre de guerres cruelles , &
en proye aux ravages & aux incendies. Perfonne
*
DECEMBRE. 1739 2937
ne doit donc s'étonner fi certaines Maifons , qu
paffent avec droit pour très -anciennes , n'ont pû
néanmoins raporter au Juge d'Armes les Titres
néceffaires pour prouver cette ancienneté ; les bor,
nes qu'il donne à leur Nobleffe prouvée , n'annoncent
rien contre leurs prétentions , d'autant plus
que bien des Gentilshommes fatisfaits de conftater
dans l'Armorial , qu'ils le font , facrifient fouvent
l'avantage qu'ils retireroient d'une preuve plus
étendue , à la peine de raffembler les piéces néceffaires
pour la rendre complette , d'autres étant Cadets
ne peuvent remonter que jufqu'à la séparation
de leur branche d'avec celle de leurs Aînés , dont
les Titres avec les biens , font fondus fouvent dans
des Maifons étrangeres.
• Perfonne n'ignore auffi qu'avant le Regne de
Charles VII. nos Rois accordoient rarement par
Lettres , la nobleffe à leurs Sujets ; ainfi quiconque
peut faire remonter fes preuves au -delà de ce Kegne
, c'eft à dire jufqu'au commencement du
XV. fiécle , doit paffer à bon droit , pour noble de
très- ancienne extraction . A l'égard de ceux qui ont
en effet obtenu cette grace du Prince , il y auroit
une espece d'ingratitude à voulo. dérober à la
poftér té la connoiffance d'un bienfait reçû ; &
comme ce bienfait fupofoit alors des fervices rendus
, ce feroit , dans un fens , mal entendre fes interês
que de le diffimuler ; les perfonnes qui vou
droient en faire myftere , donneroient lieu , ce
femble , de craindre ce qu'il pourroit en résulter
dans la fuite .
Rien n'étant plus, précieux que la confiance du
Public , on ne peut trop entreprendre pour la mériter
, & le Juge d'Armes travaillant au plus grand
Projet qui ait jamais été tenté en matiere de Généa
logie , il croit être obligé de rapeller ici ce que fes
I iiij ancêtres
2938 MERCURE DE FRANCE
ancêtres ont fait en ce genre , et les fecours qu'ils
Jui ontpreparés.
Pierre d'Hozier , Seigneur de la Garde en Provence
, et Chevalier de l'Ordre du Roy en 1628 .
fut , pour ainfi dire , le reftaurateur de la Génézlogie
en France. Cette fcience , dont on reconnoît
d'autant plus l'importance qu'elle a été plús négligée
et plus corrompuë , étoit avant lui dans un défordre
que l'on jugeoit prefque irremediable . On
regarda alors comme une efpece de prodige que
quelqu'un voulût fe dévouer à un travail auffi pénible
& auffi ingrat : le Public récompenfa par l'eftime
la plus marquée , les talens et l'aplication de
M. d'Hozier , et la Cour reconnut fon zele d'une
maniere très - diftinguée . Il fut fait Juge d'Armes
de France en 1642. après la mort de M. de Chevriers
, et Confeiller d'Etat en 1654. Louis. Roger
d'Hozier , auffi Chevalier de l'Ordre du Roy , Gentilhomme
ordinaire de Sa Majefté , & Charles d'Hozier
, fon frere , Chevalier de l'Ordre de S. Maurice
de Savoye , exercerent conjointement après lui la
Charge de Juge d'Armes de France. Ils eurent l'honneur
de recevoir plufieurs marques de la bonté du
feu Roy , de fes Miniftres , et de la confideration
du Public. Le Juge d'Armes fe trouvant heritier des
Charges de fes Ancêtres ( Charges dont Sa Majefté
a bien voulu accorder la furvivance aux deux aînés
de les enfans ) il l'eft auffi des Memoires importans
qu'ils avoient raſſemblés à grands frais , fur la
Nobleffe du Royaume ; et fon unique attention
depuis plufieurs années , a été d'augmenter à plus
grands frais encore , un tréfor déja fi confidérable.
Après cet expofé de fa fituation à cet égard , le Juge
d'Armes ne croit pas manquer à la modeftie , en
difant que fon zele joint à cette quantité de matériaux
qu'il doit au travail de fes Ancêtres et au fien,
le
DECEMBRE. 1739.
1739. 2939
18 rendent fans doute le plus en état de remplir le
projet de l'Armorial genéral , en même temps que
fa Charge lui donne feul le droit de l'entreprendre .
La multitude de fes occupations ne lui permettant
pas de répondre auffi promptement qu'il le
voudroit aux demandes et aux affaires des Gentilshommes
qui défirent être inftruits de ce qu'ils ont
à produire pour l'Armorial genéral , on les prie de:
fe rapeller ce qui a déja été annoncé dans la Préface
qui eft à la tête des deux premiers volumes , et qui
a été diftribuée féparément.
1. Que le Juge d'Armes de France ne recevra ,
au défaut de Titres originaux ou premieres Groffes
aucunes copies collationnées , à moins qu'elles ne
foient delivrées fur les minutes , et enfuite dûement
légalifées.
2°. Que pour la preuve de chaque degré de filiation
, il faut raporter au moins deux Actes , tels que
Baptiftaires , Contrats de mariage , Teftamens , Partages
, Gardenobles , Tutelles, Hommages, Aveux,.
Denombremens , Tranfactions , Sentences , Fondations
, Procès verbaux de Nobleffe pour Malthe
antres Ordres et Chapitres Nobles , Provifions d'Offices
, tant pour le Militaire que pour la Robe
Commiffions , Certificats de fervices , Arrêts ou
Jugemens de maintenue fur le fait de Nobleffe , &c..
3. Que ceux qui jugeront à propos , pour des :
raifons particulieres , de fe renfermer à produire:
ces Arrêts ou Jugemens de Nobleffe , juftifieront
au moins par Titres leurs filiations , depuis celuide
leur famille qui aura obtenu ces maintenuës.
On avertit de plus , que pour ne point priver la
Nobleffe réellement pauvre , de l'avantage qu'elle
peut tirer d'un Ouvrage tel que celui de l'Armorial ,
le Juge d'Armes fe chargera de tous les frais fans.
exception pour l'impreffion de leurs Articles . On
1.v. prie:
2940 MERCURE DE FRANCE
prie feulement ceux qui fe trouveront dans ce casi
de pauvreté,de vouloir bien la juftifier par un Certificat
autentique , vifé par l'Intendant de la Provin
ce , précaution qu'on croit devoir prendre , de crainte
que l'on n'abufe , comme on a deja fait , du zéle:
que le Juge d'Armes a donné en toutes occafions
de fon dévouement pour la Nobleffe , la plupart
ne faiſant point affés d'attention à l'étenduë et à la
peine des Ouvrages de Genéalogie , et combien un
pareil travail exige de foins , de temps et de dépen
fe. En matiere de Genéalogie , on croit prefque
toujours payer trop cher , quand on ne paye que
la verité .
Comme on a renvoyé au Juge d'Armes plufieurs
Lettres de certaines perfonnes dont il avoit crû pouvoir
fe fervir autrefois , et qui vouloient abuſer au
près de la Nobleffe , de la confiance qu'il avoit eû
en eux , elle eft priée de fe défier de leurs tentatives ;:
et ceux qui voudront être inftruits plus particulierement
encore , et avoir des éclairciffemens qui auroient
pú échaper , pourront s'adreffer à M. d'Auvigny
, Auteur de l'Hiftoire de Paris , et des Hammes
illuftres de la France , et Chef des Bureaux du
Juge d'Armes.
On imprime actuellement un troifiéme volume ,
pour lequel la Nobleffé a envoyé fes Titres ; et on
a deja reçû beaucoup de materiaux pour le quatriéme
volume que l'on imprimera de fuite . Les Maifons
Etrangeres , autrefois fous la domination Françoife,
ou dont quelques Branches font actuellement
établies dans le Royaume , feront auffi reçûës pour
l'Armorial , et comprifes dans cet Ouvrage , en
envoyant leurs Titres originaux.
Le dépôt genéral de la Nobleffe , eft chés M. d'Hezier
, Confeiller du Roy en fes Confeils , Juge d'Ar
mes de France , &c. vieille rue du Temple,
A
DECEMBRE . 173 2941
*********
AM. Calviere , Organiste du Roy, de l'Eglise
de Paris, de la Sainte Chapelle, de l'Abbaye
S. Germain , & de l'Eglise Paroissiale de
sainte Marguerite.
SCAVANT Compositeur de l'auguste harmonie,
Dont tu fais retentir tant de Temples sacrés ,
Calviere , enseigne-moi quel rapide génie
A pû te faire atteindre à de si haurs degrés .
Lorsque j'entends les sons que ta main fait éclose
Je me crois transporté dans la Céleste Cour ,
Où les Saints inclinés , à l'Etre que j'adore
Par des chants éternels témoignent leur amour,
Rien ne peut t'arrêter dans ta noble carriere ,
Tu franchis aisément les sentiers épineux ,
Et tu sçais à propos répandre la lumiere
Dans tout ce que ton Art a de plus ténebreux.
Quelquefois un dessein tout simple en aparence
Par des tours inconnus sçavamment relevé ,
Sous tes doigts , secondés de ta haute science ,
Devient en un instant un Ouvrage achevé .
La Fugue , ce Morceau si vaste & si sublime ;
A ton génie beureux semble ne rien coûter ,
I vj Et
2942 MERCURE DE FRANCE
Et les pompeux accords dans ta verve l'anime ;
Au sujet , sans effort , viennent se présenter.
En touchant un Duo , l'éclat des batteries.
De tes chants distingués augmente l'agrément ;
Et l'esprit enchanté de tes vives saillies ,
Est souvent élevé jusqu'au ravissement :
Tu sçais d'un Quatuor ménageant la conduite ;
Par des traits imprévûs charmer tes Auditeurs ;-
Ta Science profonde & ton rare mérite
Font de tes envieux autant d'Admirateurs.
C
L.M. Organiste à Paris.
Le Sieur le Carlier , Gendre de défunt Sieur
Porcheron , continue la même Pommade composée
de Simples , autorisée par Lettres Patentes du Roy
accordées à défunt Porcheron & à fes fucceffeurs ,
enregistrées au Parlement , aprouvée de M. le premier
Médecin du Roy , de M. Helvetius , Médecin
ordinaire de Sa Majefté , & premier Médecin
de la Reine , de Mrs les Doyen & Docteurs de la
Faculté de Médecine de Paris , lefquels ont euxmêmes
guéri par le feul liniment & frottement de
cette Pommade , plufieurs Malades de Rhumatifmes
ihvetérés , goute , douleurs de nerfs , Nerfs
retirés , Sciatiques , Paralyfies , Enquilaufes dans les
boëtes des genoux , qui ne cédoient point aux remedes
ordinaires : Elle guérit auffi les Playes abandonnées
, le Lait répandu aux femmes , & enflures
des
DECEMBRE. 1739. 2943
des jambes ; elle fait tranfpirer l'humeur au- dehors
fans aucunes cicatrices : Elle ne fe corrompt jamais,
& fe peut tranfporter en toutes fortes de Pays. La
même Pommade guérit les maux de tête , les fluxions
& les hémorroïdes. Il donne la maniere de
s'en servir. Les Pots font de cent fols , & de cinquante
fols , cachetés de fon cachet .
Il demeure à Paris , rue Pavée , Quartier S. Sau
veur , derriere la Comédie Italienne , proche la ruë
Françoise , au premier Apartement , où son Tableau
eft exposé.
R
BOUTS RIME'S ,
Uche.
Sournois.
Minois.
Buche.
·
Chien.
Rien.
Poste:
Cruche. Crevé.
Tournois.
Riposte
Harnois.
Avé.
Huché .
EXPLICATION de l'Enigme du
Mercure du Mois de Novembre dernier.
J
'Aï vû tout un cercle assemblé
Pour deviner l'Enigme du Mercure ;
Mais j'ai bien ri de l'avanture
Personne n'en avoit la Clé..
MORTS
2944 MERCURE DE FRANCE
L
MORTS, & MARIAGE.
E 18. Octobre D. Claude Berthelot , Dame de
S. Thibaud , Malicorne , &c . Veuve fans enfans
de Martial Piarron de Chamouffet , Confeiller au
Parlement de Paris , mourut , âgée de 47. ans ;
elle étoit fille de Simon Berthelot de Belloy , Seigneur
de S. Thibaud , le Puits , le Pleffis , & c . ci
devant. Greffier en Chef Civil du Parlement de Paris
, mort le 4 Mars 1738. à l'âge de 82. ans ,
& de D. Claude Landais .
Le 3. Novembre M. André Pipard , Prêtre Irlan
dois , mourut à Saint Germain en Laye , âgé de
106. ans.
Le 17. mourut au Château de la Batiffe en
'Auvergne , dans un âge avancé , François de Roquelaure
- Lavort , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , qui a été long- temps premier
Capitaine - Commandant , et enfuite Lieutenant
Colonel du Régiment de Tallard , ci - devant Teffé ,
Infanterie , dans lequel il a toujours fervi avec
beaucoup de bravoure et de diftinction ; le Che
valier de Roquelaure , fon neveu , eft actuellement
Capitaine. Il étoit d'une Branche cadette de celle
de Roquelaure- Pompignac établie en Auvergne
depuis plufieurs fiecles , et qui eft raportée dans
l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne ,
to. 7. p. 409.
·
Le 28. François Louis Philipe Jacques, Seigneur
de Mont S. Pere , ci - devant Grand - Maître
des Eaux et Forêts de France au Département de
Champagne , mourut âgé de 75. ans , fans avoir
été marié. Il étoit fecond fils de feu Philipe Jacques,
DECEMBRE. 1739. 2945
ques,Seigneur de Vitry-fur - Seine, et de Mont S. Pere
Confeiller Secretaire du Roy etde fes Finances ,Gref
fier en Chef Civil , et Protonotaire du Parlement de
Paris , mort le 5. Novembre 1688. et de feue Catherine
de Mouy , morte le 19. Aoûr 17124
Le 30. De Charlotte- Magdeleine de Carvoifin
Achy , Veuve depuis 1719. de Jacques - Louis,
Valon, Marquis de Mimeure , Seigneur de Vonge
Couchet , &c. en Bourgogne , Lieutenant General
des Armées du Roy , de la Promotion du 8. Mars
1718. Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis
et l'un des 40. de l'Académie Françoife , avec le
quel elle avoit été mariée au mois de Janvier 1707 ,
mourut à Paris fans pofterité , âgée de 75 ans prefqu'accomplis
; étant née le 6. Decembre 1665.
Flie étoit fille aînée de Jean de Carvoisin , Seigneur
d'Achy en Picardie , de Choqueufes , & c. et d'Helene
le Caron. Elle n'avoit eu qu'une foenr , mørte
Religieufe aux Annonciades , rue Couture Ste Caterine
à Paris , en 1735. Elle a fait fon Légataire
univerſel , et en même temps Exécuteur , teftamentaire
, Charles-Louis de Carvoifin , fon neveu à la
mode de Bretagne , Capitaine de Dragons dans le
Régiment d'Orleans , qui eft fils de Charles de Carvoihin
, Seigneur d'Achy , et de Jeanne- Louiſe de
Cacheleu. Elle a fait auffi divers Legs pieux , et
donné des Penfions viageres à fes principaux Do.,
meftiques. Il eft parlé affés au long de la . Maifon
de Carvoifin , originaire des Marches Milanoifes ,
dans le Mercure de Janvier 1719, p. 197.
Le même jour , François Vivant , Prêtre Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris , de la Maifon
et Societé de Sorbonne , du 27. Avril 1688. Vicaire
Genéral de l'Archevêque de Paris , Chanoine ,
et ci -devant Chantre de l'Eglife Métropolitaine de
Paris , mourut en la Mailon Canoniale , dans la
77
}
1946 MERCURE DE FRANCE
77. année de fon âge. Il avoit été d'abord Curé de
Ja Paroiffe de S. Leu et S. Gilles le 20. Novembre
1697. et enfuite Penitencier de l'Eglife de Paris ,
et Vicaire Genéral du feu Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris. Il fut reçû Chanoine de la même
Eglife le 7. Août 1711. Chancelier de l'Univerfité
dans cette Eglife le 12. Août 1713. et enfin
Chantre le 17. Novembre 1728. N'étant plus en
état de faire les fonctions de cette Dignité à caufe
de fon grand âge et de fes infirmités , il s'en étoit
démis le ro. Novembre dernier entre les mains de
l'Archevêque de Paris , qui la confera à Jean de
S. Exupery, Prêtre du Diocèfe de Sarlat , Chanoine.
de l'Eglife de Paris , depuis le 16 Janvier 1730.
François Vivant étoit frere puîné de Jean Vivant,
Evêque Titulaire de Paros , dont on a annoncé la
mort dans le Mercure du mois de Mars dernier
P: 610.
Le 7. De Elizabeth le Moine , veuve depuis le
21. Mars 1721. d'Hiacinte- Jerôme du Port , Maître.
ordinaire en la Chambre des Comptes de Paris, avec.
lequel elle avoit été mariée le premier Octobre 1690 ..
mourut , âgée d'environ 69. ans , laiffant pour enfans
Nicolas du Port , auffi Maître ordinaire en la
Chambre des Comptes de Paris , marié le 10. Mars.
dernier avec Jeanne - Françoiſe Marées , fille unique .
d'Hilaire -Jean-Baptifte Marées , Correcteur en la.
même Chambre des Comptes , et de feuë Jeanne-
Catherine Guy ; une fille mariée le 22 Janvier,
1720. avec Pierre- François Courtin , Seigneur d'Us
sy et de Tanqueux ; et une feconde fille , femme de
Philipe Augufte le Hardy , Seigneur de Boliard,.
Grand-Bailly , et Capitaine de la Ville de Meaux
efle avoit eu une troifiéme fille , nommée Therefe
du Port , qui fut mariée le 22. Mars 1729. avec.
Antoine de la Salle, Seigneur de Carrieres , ci-deyang
DECEMBRE, 1739 2947-
fant Confeiller au Châtelet. Elle mourut au mois
de Juillet 1730.
Le 8. De Angelique- Genevieve Titon de Villege
mon , Epoufe de Gilbert Honoré de Chabannes
de Saignes , Seigneur de Mariol en Bourbonnois ,
de Genfac , &c. apellé le Comte de Chabaunes
Lieutenant de la premiere Compagnie des Gardes
du Corps du Roy , et Brigadier de fes Armées ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , avec
lequel elle avoit été mariée le 25. Juin 1737. mourur
à Paris , âgée de 23. ans . Elle étoit fille unique
de Maximilien -Louis Titon de Villegenon , Seigneur
de Châteauneuf , S. Gervais et la Tourette
ancien Confeiller au Parlement de Metz , et Inf❤
pecteur Genéral des Fabriques et du Magafin Royal
des Armes , et de feue D. Genevieve le Févre d'Eaubonne
, morte le 23. Octobre 1719. Elle laiffe un
fils et une fille.
> 2.
Le 11. D. Loüife - Magdeleine de Lomenie de
Brienne veuve depuis le Decembre 1736. de
Claude- Jean Baptifte - Hiacinte - Joachim Rouault ,
Marquis de Gamaches , Seigneur et Gouverneur de
S. Valleri fur Somme , Comte de Cayeux , & c . avec
lequel elle avoit été mariée au mois de Decembre
1680. mourut à Paris , âgée de 80. ans. On a
marqué de qui elle étoit fille en raportant la mort
de fon mari dans le Mercure de Decembre 1736 .
vol. 1. p. 2794. Elle ne laiffe qu'un fils , qui eft
Jean-Joachim Rouault , Marquis de Gamaches ,
Comte de Cayeux , Maréchal de Camp de la Pro
motion du 20. Fevrier 1734 , qui a époufé Cathe
rine-Conftance- Emilie Arnaud de Pomponne , heritiere
de fa famille , de laquelle il a trois fils et
deux filles.
Le 14. mourut à Paris , âgé de 27. ans , D. Ma→
rie-Louife-Angelique Guillers Epoufe de .....
Claue
.
2948 MERCURE DE FRANCE .
Clautrier , Ecuyer , premier Commis du Contrôleur
Genéral des Finances , avec lequel elle avoit été
mariée le 22. Janvier.
Le 3. Decembre André Potier , Seigneur de Novion
, Marquis de Grig on , né le 22. Janvier 171 1.
et reçû Prefident du Parlement de Paris , le 28 .
May 1732. fils unique de feu Nicolas Potier de
Novion , Confeiller au même Parlement , mort au
mois d'Octobre 1720. et de D. Anne -Marguerite'
Gallard , Dame de Courance , fa veuve , et petit-fils
d'Andié Potier , Seigneur de Novion , Commandeur
des Ordres du Roy , ci-devant Premier Prefident
du Parlement de Paris , mort le 22. Septembre
17 ; 1 . à l'âge de 72. ans , époufa Dlle.... Langlois
de la Fortelle , âgée d'environ 17. ans , fille de
Robert Langlois , Seigneur de la Fortelle , Nefles
Richebourg , & c. Prefident en la Chambre des
Comptes de Paris , et Confeiller Honoraire au Par
lement , et de défunte De Genevieve Sophie Cherré
, morte le 5. Novembre 1738. Ce mariage a
été celebré dans la Chapelle domeftique du pere de
la Mariée , rue des Francs - Bourgeois au Marais.
La cerémonie des Epoufailles a été faite par Etienne
René Potier de Gefvres , Evêque et Comte de Beauvais
, Pair de France , en prefence de la parenté
des nouveaux Epoux , et d'un grand nombe d'autres
Seigneurs et Dames.
3.
IDEE d'une Dame accomplie , ou Portrait
de Madame L. L.
MADRIGA L
UN Efprit vif, de la jufteffe ,
Du goût , de la délicateffe ,
Des
DECEMBRE. 1739. 2949
Des Graces que Venus auroit lieu d'envier ,
En elle feule Olympe les raffemble ,
Chacun cherche à la copier ,
Et perfonne ne lui reflemble."
B. B.
****************
ARRESTS NOTABLES.
D
ECLARATION
DU ROY , concer
nant les Faillites & Banqueroutes
. Donnée à
Marly let 3.Septembre
1739.Registrée
en Parlemene
le 18. Décembre fuivant , par laquelle il eft dit ce
qui fuit.
Nous ordonnons que dans toutes les Faillites &
Banqueroutes ouvertes , ou qui s'ouvriront à l'avenir
, il ne foit reçû l'affirmation d'aucun Créancier,
ni procedé à l'homologation d'aucun Contrat d'atermoyement
, fans qu'au préalable les Parties fe
fpient retirées devers les Juge & Confuls auxquels
les Billans , Titres & Piéces feront remis , pour être
vûs & examinés fans frais par eux , ou par des an
ciens Confuls & Commerçans qu'ils commettront
à cet effet , du nombre defquels if y en aura toujours
un du même Commerce que celui qui aura fait
faillite , & devant lefquels les Créanciers de ceux
qui feront en Faillites ou Banqueroutes , feront
renus , ainfi que le Débiteur , de comparoître & de
répondre en perfonne , ou en cas de maladie , ab
fcence ou légitime empêchement , par un fondé de
procuration fpéciale , dont du tout fera dreffé Procés
verbal fans frais par les Juge & Confuis , on
ceur
1
1958 MERCURE DE FRANCE
>
ceux qui feront commis par eux , la minute dui .
quel reftera jointe au Billan du Failli , qui fera dé
pofé au Greffe des Jurifdictions Confulaires Tuivant
l'Article III . du Titre XI . de notre Ordonnance
du mois de Mars 1673. & la copie d'icelui Procès
verbal , remife au Failli ou Créancier , pour être
annexé à la Requête, qui fera préfentée pour l'ho
mologation des Contrats d'atermoyement & autres
Actes. Voulons que, faute par les Créanciers &
Débiteurs de fe conformer à ces Préfentes , ainfi
qu'aux autres difpofitions portées par notre Ordonnance
du mois de Mars 1677. & Déclarations
intervenues en conféquence , auxquelles n'eft dérogé
, les Créanciers foient déchûs de leurs créances
, & les Débiteurs pourfuivis extraodinairement
comme Banqueroutiers frauduleux , fuivant la rigueur
nos Ordonnances , & c.
de
ARREST du 12. Octobre , portant évocation
& renvoi pardevant Mrs les Commiffaires nommés
pour le Jugement des affaires du fieur Law , de
toutes les affaires concernant la difcuffion des biens
& le recouvrement des Effets du fieur Raffe , chargé
du recouvrement du droit de Confirmation dans
la Province de Bourgogne.
AUTRE du 19. qui commet le fieur Louis-
Simon Pean , au lieu du fieur Paul Prevoft , pour
faire les Vifites chés les Fayanciers , Marchands de
Vin, Limonadiers , & c. & dreffer des Procès ver
baux des Bouteilles & Carafons qui fe trouveront
au-deffous du Poids & Jauge fixés par la Déclaration
du huit Marš 17. 5.
AUTRE du 26. qui ordonne l'execution de celui
du 21. Avril dernier , concernant la vérification des
Droits
DECEMBRE. 17398 2958
Droits Maritimes qui fe perçoivent fur les Quais,
Ports , Havres , Rades , Rives & Rivages de la Mer,
dans l'étendue du Royaume, enfemble des Droits de
Parcs , Pêcheries & autres ; & qui prescrit ce que
les Seigneurs & Proprietaires desdits Droits doivent
obferver fur le fait de vérification de leurs Titres
AUTRE du trente- un , concernant le Titre de
quelques Offices des Chancelleries ; par lequel sa
Majesté ordonne , que les Offices de Chauffecires-
Scelleurs de la Chancellerie de France , & des Chancelleries
près les Cours & Siéges Préfidiaux du
Royaume , feront à l'avenir remplis & poffedés
fous le feul titre & la feule dénomination de Scelleurs
, & ceux de Valets- Chauffecires , fous le titre
de Chauffecires feulement ; à l'effet de quoi Sa
Majefté a fuprimé & fuprime le titre de Valets ,
attribué à ces derniers Offices par les Edits de leur
Etabliffement. Veut Sa Majesté , que ceux qui font
actuellement pourvûs defdits Offices , en joüiffent ,
& que les Provifions en foient à l'avenir expédiées ,
dans les cas de mutation , fous lefdits titre & dénomination
de Scelleurs & de Chauffecires feulement;
fans toutefois que ce qui eft ordonné par le préſent
Arrêt , puiffe faire aucune innovation & aucun
changement aux Fonctions , Gages , Droits & Privileges
attribués auxdits Offices , &c.
AUTRE du 10. Novembre , qui ordonne qu'à
l'avenir les Bleds , Grains , Farines & Légumes
verds ou fecs , feront exempts dans toute étenduë
du Royaume , des Droits de Péage , Paffage , Pontonnage
, Travers , Coûtume , & de tous autres
Droits généralement quelconques , tant par Eau
que par Terre , foit que lefdits Droits apartiennent
a des Villes & Communautés , ou à des Seigneurs
Ecclé
2952 MERCURE DE FRANCE
Ecclefiaftiques ou Laïques , ou autres Perfonnes fan's
exception : Er fait main- levée de toutes les Saifies
qui pourroient avoir été faites faute de payement
defdits Droits .
Le second Volume est actuellement sous presi
separoîtra incessamment.
J
APROBATION.
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier
le premier Volume du Mercure de France du
mois de Décembre , & j'ai crû qu'on pouvoit en
permettre l'impression. A Paris , le premier Jan
vier 1740 .
HARDION.
TABLE.
IECES FUGITIVES. Ode , & c. 2747
P Memoire Historique contenant le haut & sou
verain Empire de Galilée , établi & c.
Le Chat & la Souris , Fable,
Lettre sur les Académies d'Italie ,
Rondeau ,
2744
2766 .
2767
2776
Si les anciens Gaulois parloient Grec, question , 2777
Le De profundis , traduit en Vers , 2778
Sur la superfluité qui se trouve dans les Elemens
Géométriques ,
Le Gouteux yvrogne , Conte
2
2788
2791
Lettre
Lettre au sujet de la Typographie ,
Les deux Roffignols , Fable ,
Question curieuse sur la Lune Paschale ,
Cantate & Cantatille ,
2793
2797
2799
2810
Lettre au sujet des Pairs de Champagne , &c. 28 13
Les Sçavans & les Guerriers , Ode ,
Question & Réponse ,
Bouquet ,
2822
2824
2828
Lettre au sujet des Mémoires Historiques sur les
Evêques & les Comtes d'Auxerre ,
Enigme , Logogryphes , & c.
ibid.
2836
2838
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS,
& C,
Discours Dogmatique sur la Canonisation , &c.
2839
Dissertation sur l'Histoire Ecclesiastique & Civile
de Paris , & c.
Instructions sur les Lettres de Change ,
Almanach Royla , &c.
Bibliotheque Germanique , & c .
Bibliotheque Raisonnée,
Réponse au Logogryphe Latin ,
Estampes nouvelles , & c .
2840
2864
2866
2868
2870
2882
2783
Géographique ,
Ouverture du College Royal ,
La France ancienne & moderne , nouvelle Table
2884
2885
Mort & Eloge du R. P. Dom Charles de la Ruë ,
2886
Air noté , 2889
Spectacles , Dardanus , Opera , &ç, 2890
Le Festin de Pierre ; &c. 2902
Le Médecin malgré lui , &c. 2904
Les Métamorphoses d'Arlequin , &c. 2905
2906 Arlequin Bouffon de Cour , & c.
Nouvelles Etrangeres , Ruffie et Allemagne , 2909
Italie , Isle de Corse , Malthe , Genes & Naples ,
2912
Espagne
Espagne et Angleterre ;
Morts des Pays Etrangers ,
2918
2926
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c . 2928
Impromptu , Bouquet , 2929
Armorial General de France , Mémoire instructif,
2930
Vers à un Organiste 294I
Bouts- Rimés à remplir
2943
Explication de l'Enigme de Novembre ,
ibid.
Morts & Mariage
2944
Arrêts notables ,
2949
Errata d'Octobre.
P'Age 2386.ligne 25. permettez , lisex , promettez
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 2774. ligne 17. 1732. lisex , 1738. P. 2825. 1. 18. Coussy , 1. Roussy.
La Chanson notée doit regarder la page 288
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
DECEMBRE . 1739 .
SECOND
VOLUME.
COLLIGIT
SPARGITE
Chés
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XXXIX.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
AVIS.
L'M
Mercure ,
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
vis - à - vis la Comédie Frangife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventſe ſervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toûjours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
es envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie
و
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaite
ront avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , on aux Meſſageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT
DECEMBRE. 1739.
PIECES
FUGITIVES
;
en Vers et en Prose.
O DE
Sur le mépris qu'on a pour les Muses.
M
Ufes , l'amour & les délices
Des plus grands Héros , autrefois
On révéroit vos facrifices ,
Vous aviez la faveur des Rois
Dans ces temps heureux où la Grece
Fit
admirer la
politesse ,
Yous regniez parmi les Humains ;
II. Vol.
A ij Les
2956
MERCURE DE FRANCE
Les Guerriers , les Sçavans , les Sages ,
N'estimoient rien dans les Ouvrages ,
Que ce qui passoit par vos mains.
H
Alors , que Rome triomphante
Donnant des Loix de toutes parts ;
Vous fit d'une main caressante
Prendre place auprès des Césars ,
Qui n'afpiroit pas à la gloire
D'entrer au Temple de Mémoire
Par vos soins , & par vos concerts ?
Et qui dans cette Cour auguste
Refusoit l'hommage si justę
Qu'on doit au mérite des Vers ?
*
Pour moi , quand je vois Alexandre
Aimer vos concerts les plus doux ,
Non , Muſes , je ne peux comprendre
Le mépris que l'on a pour vous ;
Un Héros de ce caractere ,
Ne s'endormant qu'avec Homere ;
Parmi tant de travaux guerriers ,
Ne nous permet- il pas de croire ?
Qu'il n'est mêlé dans fon Histoire ,
Que pour partager fes Lauriers ?
S'il
DECEMBRE. 1739 . 2957
S'il est vrai que César lui- même ,
Dont le goût ne s'est point trompé ,
En montant au dégré ſuprême ,
De vos Chansons s'est occupé ;-
Si la plus grave politique
A trouvé dans l'Art poëtique
Des plaisirs pour se délasser ,
Muses , comment peut- il se faire ,
Qu'avec tant de charmes pour plaire
On cesse de vous caresser ?
።
Que le feu que l'amour allume ,
Cherchant dans les sens les plaisirs ,
S'éteigne quand on s'accoûtume
A contenter tous ses désirs ;
Aux charmes de ce qu'on possede
› Qu'un indigne dégoût succede
Lorsqu'on le possede longtemps ;
Tant de femmes sont infidelles ,
Et quand elles ne sont plus belles ,
Les hommes ne sont plus constans.
*
O! vous , qui sentez dans vos veines
De jeunes & vives ardeurs ,
Allez par les routes hautaines
•
Allez au faîte des honneurs
A iij
2958 MERCURE DE FRANCE
S'il eft de triftes deftinées ,
Nous voyons d'heureufes années
Rendre juftice aux beaux Efprits ;
Les plus grands Guerriers ont beau faire ,
Tous leurs travaux ne durent
Sans le secours de nos Ecrits.
出
guere
REMARQUES HISTORIQUES ;
touchant le Monaftere- Hôpital de Montjoux
, ( dit le Grand S. Bernard , ) an Diocèse
de Sion , Pays de Vallais , en Suiffe ;
pour servir de Suplément à l'Histoire des
Ordres Religieux du P. Helyot , &c. Par
un Chanoine Regulier,demeurant en France.
L
-
,
E Monastere Hôpital de Montjoux,
reconnoît pour son Fondateur , S. Bernard
de Menthon , Archidiacre de l'Eglise
d'Aoste , en Piémont. L'opinion commune
eft , qu'il fut bâti vers le milieu du X. siécle
sur les Alpes Penninės , où étoient encore
quelques restes du Paganisme. Dieu se servit
de S. Bernard pour les détruire , & pour
édifier à la place d'un Temple consacré aux
Idoles , un célebre Monastere - Hôpital , qui
eft le Chef-Lieu d'une ancienne Congregation
DECEMBRE. 1739 2959
tion de l'Ordre Canonique .
*
Depuis S. Bernard jusqu'à notre siècle , les
Religieux de Montjoux exercent sur cette
affreuse Montagne , presque toujours couverte
de neige , & environnée de glaces , une
hofpitalité la plus nécessaire & la plus générale
qui soit dans l'Univers ; les Passans y
trouvant tous les secours spirituels & corporels
dont ils ont besoin.
Cette Congregation possedoit autrefois
plusieurs Bénéfices confiderables dans le
Royaume de France & ailleurs , & le grand
Monastere- Hôpital joüissoit de certains revenus
fixes , que chaque Maison particuliere
étoit obligée de lui payer , in subfidium
hospitalitatis. Mais presque tous ces
Biens étant perdus , il faut y supléer par
les collectes que les Religieux & les Domestiques
de ce Monastere , vont faire dans tous
les Pays voisins ; surtout , les Cantons Suis-
* Cette Maifon porte le nom de Montjoux , ( de
Monte-Jovis ) parce qu'elle eft fituée fur une Mon.
tagne , où étoit un Temple dédié à Jupiter. Il y a
une Montagne dans le Baujollois , apellée Montjou,
où l'on a trouvé ces mots gravés dans la Roche :
Jovi O. M. Spons , Préface des Antiquités de Lyon.
Montjeu, en Champagne ,proche la Ville de Rethel,
tire auffi fon nom de Jupiter , auquel il avoit été
confacré par les Payens. Selon quelques- uns , l'Abbaye
de Jouarre , au Diocèse de Meaux , fe dit en
Latin Jovis arq , par la même raiſon .
A iiij ses ,
2960 MERCURE DE FRANCE
ses , Catholiques & Protestans , qui leur
donnent également.
L'habit commun des Religieux de Montjoux,
est à présent comme celui des Prêtres
séculiers , excepté une bande de toile blanche
, large de deux doigts , qu'ils portent en
écharpe , pendante de l'épaule droite , qu
côté gauche. Leurs Constitutions , faites par
l'autorité du S. Siége , l'an 1437. prescrivent
l'habit , selon la forme mentionnée dans la
Bulle de Benoît XII . de l'an 1339. qui commence
par ces mots : Ad decorem Ecclefia
sponse Dei. §. Dignum fore. [ Cette Bulle est
insérée tout au long dans l'Histoire de Pennotus
, lib. 2. cap. 43. fol 423. & seq. ]
Quant à l'ancien habit de Choeur , il étoit
comme on le voit figuré dans l'Image que le
R. P. Boniface a jointe aux deux Exemplaires
de leurs Constitutions , dont il m'a fait
présent. S. Bernard de Menthon y est représenté
en Robe & Surplis à manches rondes
portant l'Aumusse d'hermine sur les épaules,
comme la porte encore aujourd'hui le Révérendiffime
Prévôt : mais les autres Religieux
portent au Choeur , depuis plus de cinquante
ans , un Camail de drap, ou serge de Nîmes,
sur le Rochet , de la même façon que les
Chanoines Reguliers de S. Maurice d'Agaune
, en Chablais , qui sont du même Diocèse
de Sion , avec cette seule difference ,
que
8
DECEMBRE . 1739 2961
que le Camail de ces derniers , est de couleur
d'écarlate , & celui des Religieux de
Montjoux , eft de couleur de rose.
Voici le titre de leurs Constitutions , qui
furent imprimées à Lucerne en 1711.
Conftitutiones pro venerabili Hospitali Sanctorum
Nicolai & Bernardi Montis -jovis , à
Sanità Apoftolica Sede edita & approbata , ac
jussu Illustriffimi & Reverendiffimi Domini
Jacobi Caraccioli , Archiepiscopi Ephefini ,
ad Helvetios , Rhatos , aliofque Confederatos ,
cum poteftate Legati à Latere , Nuntii Apostolici
, tandem impressa. Elles commencent
par ces mots : Joannes , miseratione divinâ
tit. S. Petri ad vincula , sancta Romana Ecclefie
Presbyter Cardinalis, Reformator Hospitalis
SS. Nicolai & Bernardi Montis-jovis, Ordinis
S. Auguftini , Sedunenfis Dioecefis , per Prepofitum
foliti gubernari.... à fancta Sede Apostolica
fpecialiter deputatus ; Venerabilibus &
•Religiofis Viris , Præpofito , Priori , & Conventui
, ac Fratribus ejusdem Hofpitalis : Salutem
in Domino . Suit la Bulle de Réformation
, que le Pape Eugene IV. donna l'an
1436. à ce Monastere , en consequence de
la Suplique que le Prevôt & le Chapitre de
Montjoux avoient adressée à SaSainteté . Deux
ans après , ce Pape les aprouva ; & Pie II.
son successeur , les ayant confirmées , par
une Bulle datée de Mantouë l'an 1459. le
Av onze
2962 MERCURE DE FRANCE
onze d'Octobre , nomma l'Archevêque de
Besançon , avec les Evêques de Paris & de
Verdun, pour les faire executer, en qualité de
Commissaires Apostoliques.
,
Le premier Article de ces Conſtitutions ;
parle de Refidentiâ Præpofiti. Au second , il
est ordonné que le Révérendiffime Prévôt se
contentera de deux Religieux , pour l'accompagner
, cum sex , vel octo ad magis servitoribus
, pro honesto & debito statu suo. Le
III. & le IV. traitent de l'Office du Prieur
claustral , & du Chantre : le V. de mittendis
ad studia . Les cinq Articles suivans reglent
les devoirs du Sacristain , de l'Infirmier , de
l'Aumônier , du Vestiaire , & du Portier. Le
'XI. parle de officio Cellerarii , & Rectorum
camerarum , & domorum Hospitalis. Le XII.
de difpofitione Quaftarum , & conftitutione
Marronorum . Il faut observer , que l'on
apelle Marrones , les Guides ou Conducteurs
des Passans . ] Le XV. Article fixe le
nombre des Religieux conventuels de Montjoux,
à quinze , Officialibus ipfius Hospitalis
inclufis. Au surplus , cès Constitutions sont
fort amples , & entrent dans un grand détail
de tout ce qui regarde le bon ordre de cette
Congregation , tant pour le spirituel , que
pour le temporel. On trouve à la tête , la
Regle de S. Auguftin , telle qu'elle a été
mise au jour , par notre Prieur Nicolas Desnos!
DECEMBRE. 1739. 2963
J
nos avec sa Préface & sa souscription , en
ces termes : Nicolaus Desnos , Prior conventualis
, Magifter & Administrator generalis ,
majoris Domus Dei Pruvinenfis , Ordinis Canonicorum
Regularium divi Augustini .
L'an 1710. Martin Battaglinus , Viſiteur
Apostolique de l'Hôpital de Montjoux , par
Commiffion du Cardinal Caraccioli , voulant
maintenir la Discipline Reguliere de cette
Maison , avoit fait quelques Decrets , ou Reglemens
pour l'execution de ces mêmes
Constitutions . Il ordonne , en premier lieu ,
qu'elles soient imprimées incessamment , &
que chaque Religieux en ait un Exemplaire.
Le IV. Article est assés remarquable , en
voici la teneur: Quoniam erronea emerfit opinio
, Religiosos qui praficiuntur Curis venerabili
Hospitali annexis , esse Curatos perpetuos
de facto , jam crevit abusus dandi dictas
Curas in titulum contra id quod expoftulat
votum obedientia ; precipimus & mandamus ,
ne in posterum amplius id fiat ; sed ad nutum
Superioris , deputentur Regulares probiores &
doctiores , qui rationabili causâ poffint amoveri
c. le Prévôt, le Coadjuteur, le Prieur claustral
, & tous les autres Religieux , au nom◄
bre de vingt- sept , accepterent ces Decrets,
& y souscrivirent , conformiter ad Conftitu
tiones.
S'étant trouvé beaucoup de fautes dans la
A vi pre
2964 MERCURE DE FRANCE
premiere Edition , il fut ordonné en 1718?
que l'on travailleroit à une seconde , plus
exacte , dans laquelle on ajoûteroit aux anciens
Statuts , les Decrets que la Sacrée Congregation
des Evêques & des Réguliers , venoit
de prononcer , par forme d'explicarione
sur plusieurs Points qui avoient donné
à un Procès. Un de ces nouveaux Dec
retranche le vestiaire en argent , que
Conftitutions toleroient , au Titre de
veftiarii ; & il ordonne veftiarium eſſe s
niftrandum in fpecie rerum , selon la A 3-
de S. Augustin.
-
Voici l'Extrait d'un petit Mémoire , touchant
la fituation de PHôpital de Montjoux ;
il est daté de Sens , le 24. Août 1723 . 1723. Le
Monastere Hôpital , dit le grand S. Bernard
de Montjoux , en Vallais , est situé sur
le haut de la gorge d'une Montagne des
Alpes , qui en porte le nom. Il faut monter
six lieues pour y arriver , en sortant de la
Ville d'Aoste , & en descendre autant pour
revenir en France . Les deux côtés de cette
Montagne , sont garnis de beaux Pins & de
Sapins la Vallée eft fertile en bleds , vins ,
& noix, A deux lieues au dessous du Monastére
on trouve de bons Pâturages pour
les Bestiaux , que les Habitans de la Vallée y
mettent depuis le mois de Mai , jusqu'au
mois de Septembre. Il y a de la neige & de
:
,
>
la
DECEMBRE. 1739 : 2964
la glace en tout temps autour de cette Maison
, & un petit Etang auprès. Les Paffans y
sont très- bien reçûs , & peuvent s'y repotrois
jours , les Protestans comme ser
les Catholiques ; parce que ( outre quarante
chevaux, qui sont entretenus dans le Canton
de Berne , pour porter au grand S. Bernard ,
le pain , le vin , & le bois , qu'il faut aller
chercher fort loin , ) ce même Canton , &
les autres Protestans Suiffes , font à cet Hôpital
des charités plus abondantes que lesCatholiques
même de l'aveu des Religieux ,
qui sont au nombre de dix-huit ou vingt.
Bénéfices dépendans de l'Hôpital de Montjoux.
3
Le R.P. Louis Boniface m'a envoyé un petit
Catalogue des Maisons que la Congregation
des Chanoines Réguliers de S. Bernard
de Montjoux , possedoit autrefois , dans les
Diocèses de Besançon , de Langres , d'Autun
, de Troyes , de Rheims , de Metz , &
d'Auxerre . [ Sa Lettre est à la fin des Consti
tutions imprimées l'an 1711.
*
1º. Camusat raporte une Charte de l'an
1158. par laquelle le Comte Henri donne au
Monastere de S. Nicolas & S. Bernard de
Montjoux , un Hôpital situé dans la Villede
Troyes , in foro , & ce , du consentement
de l'Evêque. Vide Prompt. Antiquit . Tricaff.
L'Hôpital de S. Bernard de Troyes.
fai
2966 MERCURE DE FRANCE
fol. 401. versò . Fratres Domus Dei Montis
jovis , qua fua eft in foro Trecenfi , nominan
tur in alia Cartâ , datâ anno 1180. Cartul .
de Montier -la - Celle , fol....
,
Selon Mrs de Ste Marthe , Tom. 4. Gallia
Chrift. il paroît qu'un nommé Girard , Prieur
de Saint Bernard de Troyes , fut choisi l'an
1286. pour Abbé de S. Maurice d'Agaune.
L'an 1487. les Chanoines Réguliers de l'Hô
pital S. Bernard de Troyes , obtinreht un
Bref de Rome , qui leur permettoit de quitter
le Rochet , pour prendre la Bande de
linge , quand ils iroient hors de la Maison.
Voyez le P. du Molinet , dans son Discours
sur l'Habit des Chanoines , page 7.
Voici l'extrait d'une Lettre du R. P. Robert
le Pelletier , Chanoine Régulier de Ste
Geneviève , écrite de S. Acheüil d'Amiens ,
au Sr Nyvert , Conseiller à Provins , le 4.
Novembre 1723. qui servira à faire connoître
l'état présent de cette Maison.
Lorsque le Roy Louis XIV. passa à Troyes,
l'an ... les Administrateurs de l'Hôtel Dieu
de cette Ville , ayant surpris la Religion de
ce Prince , obtinrent de Sa Majesté , que
l'Hôpital Saint Bernard , membre dépendant
du Chef- Lieu de Montjoux , fût réüni
avec quelques autres à leur Hôpital géneral.
En consequence , les Religieux qui y étoient
encore , furent chassés , sans autre forme
de
DECEMBRE. 1739 2967
de Procès , & l'on donna seulement une Pension
au Prieur. L'an 1709. cette Pension fût
réduite à la somme de 200. livres . Ce sont
des Filles du Bon Pasteur qui occupent cette
. Maison , où l'on ne reçoit plus de Pelerins ,
contre l'intention des Fondateurs. Cependant
le Prieur de S. Martin de Troyes , nomme
toujours un' de ses Confreres au Prieuré
de cet Hôpital , en qualité de Vicaire Géneral
du Révérendissime Prévôt du grand Saint
Bernard de Montjoux . C'est aussi la Maison
de S. Martin qui jouit des 200. liv . de Pension
, à la charge de faire dire la Messe & les
Vêpres dans cet Hôpital tous les Dimanches
& Fêtes de l'année .
2º . La Maison de Provins , qui dépendoit
de la Congregation de Montjoux , étoit située
dans la Ville haute , assés près de la Porte de
Joii ; on la nommoit l'Hôpital du S. Esprit.
Le Pape Alexandre III . dans une Bulle de
l'an 1177. où il fait mention des Bénefices.
que possedoit alors le Monastere -Hôpital
de Montjoux , parle de celui de Provins , en
ces termes : Apud Pruvinum Domus
Eleemosyna nobilis viri Comitis Henrici , in
Telones telarum propè Eurgensem vicum.
( C'est ce qu'on apelle encore le Bourgneuf)
Ces termes insinuënt , à mon avis , que le
Comte Henri , qui vivoit alors , étoit Fondareur
de cette Maison. Ils sont raportés dans
,
"
une
2968 MERCURE DE FRANCE
une autre Bulle , du Pape Gregoire IX . de
l'an 1231. Suivant quelques Mémoires , qui
se conservent à Montjoux, l'Hôpital de Provins
payoit annuellement à ce Chef-Lieu , ·
unam Marcam argenti.
d'une
part ,
L'an 1202. Pierre de Corbeil , Archevêque
de Sens , Commissaire nommé par le
saint Siége , termine un differend survenu
entre les Freres de S. Bernard de Montjoux ,
& les Chanoines de S. Quiriace ,
d'autre part , super telones telarum , quæ venduntur
Pruvini , in parvo allodio : cujus medietatem
dicti Fratres asserebant ad se pertinere
, ex donatione Henrici , bona memoria ,
quondam Trecenfium Comitis Palatini ; ce que
le Chapitre de S. Quiriace nioit . J'ai copie de
ce Titre .
L'an 1222. Jean Malcouvée , fait un Legs,
Domui Dei , in vico de Joyaco ; c'est notre
Hôpital du S. Esprit : car dans un Titre de
1241. raporté au Cartulaire de l'Eglise Collegiale
de Notre Dame du Val , folio 62. je
trouve , Domum fancti Spiritûs , in vico de
Joyaco.
L'an 1253. une Bourgeoise de Provins ,
donne par son son Testament , Domui Dei sancti
Spiritûs de Pruvino , x. solidos , & unam culcitram
, cum uno coiffino , & duobus linteaminibus
, una floceïâ.
J'ai vû plufieurs autres Testamens , des
an
DECEMBRE. 1739. 1969
années 1271. 1287. 1297. & 1303. par
lesquels on donne 40. sols , Domui Dei sancti
Spiritûs de Pruvino , pro telis emendis , ad
usus Pauperum ; ou bien , Pauperibus Domûs
sancti Spiritus de Caftro Pruvini , unum lectum
furnitum ou quelque autre somme d'argent.
›
Dès l'an 1352. il n'y avoit plus de Religieux
dans cet Hôpital ; mais il étoit gouverné
par un Maître , ou Recteur séculier :
en voici la preuve , tirée d'un ancien Registre
de l'Eglise de S. Quiriace . Anno Domini
1352. compofitio facta eft inter nos Decanum
& Capitulum hujus Ecclefia , in Capitulo nostro
, ex una parte ; & Dominum Dionyfium de
Chevruto,Magistrum seu Rectorem Domus Dei
S.Spiritûs, ex alterâ ; super refectionibus Domorum
dicta Domus Dei faciendis. Nota , que
ce Denis de Chevru avoit succedé dans cet
Emploi , à un nommé Jean de Montbertin ,
qui étoit auffi Chanoine de S. Quiriace .
preu-
Long- temps avant 1396. l'Hôpital du saint
Esprit étoit occupé , ( du moins en partie , )
par des Laïques ; j'en trouve encore la
ve dans un Registre de S. Quiriace , dont
voici les termes : Anno 1396. die 29. Septembris
, in capituló nostro personaliter Cons- ·
titutus , Laurentius Guyoti , Pruvini commorans
, ad pretium posuit Domum Sancti Spiritus
, cum pertinentiis , videlicet , ad xij . Fran-
COS
2970 MERCURE DE FRANCE
tos prout eam tenebat Johannes Gombot ,
Charronus , &c.
L'an 1397. le Parlement confirma par Arrêt
, le Chapitre de S. Quiriace , dans la
poffession d'être exempt de la Jurisdiction
de l'Archevêque de Sens , aussi bien que les
Membres dépendans de cette Eglise , entre
lesquels eft nommée la Chapelle du S. Èsprit.
Cet Arrêt , joint aux Actes de 1352. &
1396. me fait conclure que le Chapitre de
S. Quiciace étoit dès - lors maître absolu de la
Chapelle & dés Bâtimens du S. Esprit, dont
il disposoit à son gré. Aparamment qu'il
commettoit quelqu'un de ses Béneficiers pour
adminiftrer le temporel , acquitter les fondations,
& continuer un tel quel exercice d'hospitalité.
L'Acte qui suit , rend ma conjecture
plus que probable.
L'an 1472. au mois de Novembre , le mêmeChapitre
députe un Bourgeois de Provins,
nommé Pierre Maucorps , pour être Procureur
& Garde de la Chapelle & Hôtel du
S. Esprit , comme étant du Pâtronage de son
Eglise . Ensuite il lui donne pouvoir de recueillir
les aumônes qui seroient faites , tant
pour la réparation & l'entretien dudit Hôpital
, que pour la nourriture des pauvres passans
, qui y étoient reçûs & logés en tout
temps par charité. Mais afin d'exciter plus
efficacement la pieté des Fideles , ce Chapitre
DECEMBRE. 1739. 2971
tre avoit obtenu de l'Archevêque de Sens ,
des Lettres d'indulgence , en faveur de ceux
qui feroient quelques largeffes audit Hôpital.
En conséquence , il requiert tous Abbés
Prieurs , Doyens , Chapitres , Curés , & autres
Supérieurs Ecclesiastiques du Diocèse ,
Ede vouloir bien permettre la publication de
ces Pardons dans leurs Eglises , afin que
les
Pauvres puiffent continuer à être logés &.
nourris de bien en mieux dans cette Maison .
L'Original de cette Piece eft entre mes mains.
L'an 1535. il y eut commission des grands
Jours de Troyes , décernée à la requête du
Procureur Géneral , & adreffée au Bailly de
Meaux , ou à son Lieutenant au Siége de Provins
, pour informer de l'état , & rechercher
les Titres de l'Hôpital du S. Esprit. Je ne
sçais quel a été le succès de cette procédure ;
mais environ un siècle après , ( c'est - à- dire ,
l'an 1627. ) la Chapelle du S. Esprit & la Sale
des Pauvres , qui servoient de Grange , furent
consumées par le feu , qui se mit dans
la paille qu'on y avoit renfermée.
En 1640. il y avoit encore des Bourgeois
de Provins qui avoient vû loger les Pauvres
dans cet Hôpital , & une quantité de Lits à
leur usage ; & quoique les Bâtimens fuffent
brulés , l'Autel de la Chapelle subsiftoit encore
, avec des Armoires pratiquées dans le
mur , autour de la Salle des Pauvres . Depuis
ce
2972 MERCURE DE FRANCE
ce temps -là tous les Edifices de cette Maison.
sont tombés en ruine , faute d'entretien ; tellement
qu'il ne refte plus aujourd'hui que
l'enclos des murs & la Chapelle , qui sert de
Grange. Cela n'a pas empêché qu'un Cheyalier
de l'Ordre de S. Lazare , ne soit venu il
y a environ quarante ans, prendre poffession
de cet Hôpital ; & comme il ne trouva plus
aucun veftige de Maison Réguliere , ni de
Chapelle , il fut ( dit - on ) obligé d'entonner
le Veni Creator au milieu du Jardin.
1
Autrefois les Chanoines de S. Quiriace
avoient coûtume d'aller faire l'Office dans la
Chapelle du S. Esprit le jour de la Pentecôte ;
& il n'y a pas bien long-temps que le Peuple
dévot de Provins , y alloit encore en station
le Jeudi Saint , en visitant les Eglises de la
Ville. Voila tout ce que j'ai pû trouver d'éclairciffemens
touchant l'Hôpital Saint Bernard
de Troyes , & celui du Saint Esprit de
Provins.
>
J'observerai seulement ( en finiffant ce Mémoire
) que le R. P. Leonard Jorioz , dans
sa Lettre mentionnée ci - deffus , me parle
d'un Bénefice considérable , situé dans le
Diocèse de Grenoble , dont jouit présentement
l'Evêque Diocésain. Il prétend que
c'étoit originairement un Prieuré Conventuel
, où il y avoit dix à douze Religieux ;
que dans la suite ce Bénefice avoit été réuni
DECEMBRE. 1739. 2979
à la Prévôté de Montjoux , & qu'il a été
poffedé par ses Prédéceffeurs jusqu'en l'année
1462.
LES DEUX ASNES ,
J
FABLE.
E ne sçais fi Dame Sotise
N'est pas plutôt un bien qu'un mal
Car le plus stupide animal
Est celui qui le plus se prise ;
Il est bien vrai qu'à chaque instant
Par tout on le ridiculise ,
Mais qu'importe qu'on le méprise ,
Quand de lui- même il est content.
D'ailleurs , comme dit la Satyre ,
?
In sot trouve toujours un plus sot qui l'admire,
Ce Conte , s'il est bien conté ,
Va prouver cette vérité .
Deux Asnes d'assés haut parage
Se rencontrerent dans un Pré ,
Chacun d'eux se trouvant tout à fait à son gré
Eût de bon coeur fait l'étalage
De mainte belle qualité
Qu'il pensoit avoir en partage ;
( Car
2974 MEK
( Car de tout maître sot l'ordinaire apanage
Est , comme on sçait , la vanité ;
Mais soit qu'ils eussent quelque honte ,
Ou qu'ils trouvassent mieux leur conte
faire l'un de l'autre un éloge flateur ,
Chacun d'eux s'oubliant soi - même ,
Vous prend le ton d'un Orateur ,
Et vante en son Confrere un mérite suprême ;
Ma foi quand je vous vois, dit l'un de nos Baudets ;
Tout me charme chés vous , je ne sçaurois m'a
taire ,
Vous avez d'un vrai Militaire
Qui marche en pompe sous le Dais
Et le feu dans les yeux & l'audace dans l'ame.
Jamais on ne vit parmi nous ,
Dit-on , une meilleure lame ,
Et je sçais que partout on craint votre courroux ;
Autant que celui d'une femme .
Pour ne vous rien cacher , j'en suis un peu jaloux,
Car chés moi la guerriere audace
Est la premiere des vertus ,
Mais ce qui me charme le plus ,
C'est qu'à l'éclat de votre race
Yous joignez.... cher ami , répondit l'autre Asnor,
Interrompanr son Compagnon ,
C'en est trop , terminez de grace.
Un éloge peu mérité ;
Hélas !
DECEMBRE. 1739 : 2975
Hélas ! pour y répondre avecque dignité ,
Que n'ai- je , comme vous , fournissant ma carriere
Dans notre College d'Asniere ,
›
Eû tous les premiers Prix en chaque Faculté !
J'aurois pour vous louer même facilité
Et matiere beaucoup plus ample ;
Car enfin vous êtes l'exemple
Des bons Avocats parmi nous ;
Il n'est partout bruit que de vous ;
Chacun accourt pour vous entendre ;
Quand vous plaidez quelque Procès ;
Et personne ne croit qu'il foit besoin d'attendre
A la fin du Diſcours , pour marquer le succès,
Ah ! quel plaifir pour votre Pere ,
Et quei honneur pour vous,mon aimable Confrere
Ils auroient poursuivi , mais un Loup vû de loin
Réveilla chés mes gens bientôt un autre foin .
Mon Orateur & mon Gendarme,
Trouvant que pour finir le Lieu n'étoit pas
Détalent donc en grande allarme ,
>
sûr ,
Et vont trottant au mieux chercher l'abri d'un mur,
Ces deux Asnes font la figure
De certains sots présomptueux
Qui sans talent & sans culture ,
Pensent pourtant que la Nature
A prodigué ses dons pour eux ;
Et de s'admirer , trop foigneux ,
S'entre
2976 MERCURE DE FRANCE
S'entre- aident avec complaisance
A nourrir leur impertinence.
Par M. Luneau d'Issoudun.
LETTRRE de M. Levesque de la Ravailliere
, à M. le Beuf , Chanoine d'Auxerre
, au sujet de sa nouvelle Dissertation
sur les Auteurs des Annales de S. Bertin
laquelle est à la fin de son nouveau Volume
de la présente année,
Y dans la République des Lettres , qui ne
Aura -t-il encore quelqu'un , Monsieur,
se rende pas à la clarté & à la force de vos
nouvelles Preuves ? J'admire combien cellesci
ont de force , & en quel grand nombre
elles sont , après tout ce qui a été déja écrit
sur ce sujet. Je suis touché, au- delà de ce que
je puis dire, de l'argument que vous avez tiré
des expressions de pieté , de tendresse & de
compassion , du ftyle moral & d'Homelie,
qui se rencontre en tant d'endroits des Annales
cet argument est invincible , pour
prouver que la partie dans laquelle ce genre
d'écrire se rencontre , a été composé par un
Auteur different de la derniere partie , dont
le ftyle est plus sec du côté de la pieté , quoi
que
-
DECEMBRE . 1739 . 2977
que beaucoup plus vif & plus transcendant à
certains autres égards.
Permettez , Monsieur , que je vous fasse
observer que votre argument peut encore
être pouffé plus loin , & qu'en le ramenant
en particulier sur S. Prudence seul , il fera
voir qu'il est l'Auteur de la partie des Annales
que
nous lui attribuons . Je vous avoue que
lors de mon premier petit Doute , page 7 .
tout au bas , écrit sur ce sujet , je cherchai
quelque ressemblance de style entre l'Annaliste
& S.Prudence : desesperant d'en pouvoir
trouver , je n'osai me jetter dans cet examen;
vous m'en montrez une si sensible , que je
ne puis ne la pas reconnoître.
Si dans les Ecrits , qui sont véritablement
de S. Prudence , on voit le même caractere
de pieté , de bonté , & de commiseration ,
qui paroît dans le style de l'Annaliste , comme
vous le faites
remarquer , cet Annaliste
est donc S. Prudence lui- même.
Comparons la Préface des Oraisons de
S. Prudence sur les Pseaumes , que vous
avez découvertes parmi les Manuscrits du
Roy , on voit là une peinture des maux qui
ravageoient la France , telle qu'on la retrouve
dans les Annales , à l'an 843. Ici il dit :
Emergentibus igitur hinc inde tot tantisque incessabiliter
malis , vastante passim cuncta raptore
coacti sunt , &c. Dans sa Préface , Cum
II. Vol. B
2978 MERCURE DE FRANCE
quadam nobilis Matrona in civitatibus vel oppidisfuisset
obsessa , atque accidentibus variis ;
tribulationibus , ut plerique noverunt , adesset
angustata , &c. L'Annaliste & l'Auteur des
Oraisons , ont présente l'Histoire des mêmes
Guerres , des mêmes tribulations , que
tout le Royaume éprouvoit alors ; c'est donc
le même Auteur , c'est donc S. Prudence qui
a écrit les Annales , dites de S. Bertin , puisqu'il
retrace les mêmes malheurs , dans la
Préface des Oraisons & dans les Annales.
Le coeur de l'Annaliste est attendri sur les
maux dont il fait le récit , à l'année 843 .
saint Prudence fait un Livre de consolation
pour une Dame, parce qu'il est touché de ses
malheurs , qui ont la même cause , que ceux
dont il est parlé dans les Annales ; donc l'Ouvrage
de consolation , & celui des Annales
sont du même Auteur , puisque la même
sensibilité sur les mêmes malheurs est ex
primée dans l'un & l'autre Ecrit.
Ouvrons le Livre des Antiquités Ecclesiastiques
de Troyes par Camusat (fol. 40 .
verso ) on y lit le Panégyrique de Ste Maure ,
prononcé par S. Prudence : cet Ecrit fur
dicté par ce même coeur dont vous avez
admiré les qualités dans les Annales . Ne
doleas , dit saint Prudence , Eutropi , fili mi.
Ne vous affligez point , mon cher fils , Eutrope.
En un autre endroit , charmé d'une
Robe
DECEMBRE. 1739. 2979
Robe , que cette Vierge sainte lui avoit donnée
Tandem , dit il , Prudentio dedit Episcopo
, quem amabat : Et plus bas , parlant à
la Mere de cette Vierge : Nous pleurons &
nous nous réjouissons ensemble ; flemus pa-
: riter & gaudemus ; toutes expressions qui
témoignent la pieté & la tendresse pastorale,
qui ne se font sentir en certains endroits
des Annales dites de saint Bertin , que parce
que ces endroits sont l'ouvrage de S. Prudence
, dont le coeur étoit tendre & compatissant.
De-là ce style d'Homélie que vous
avez reconnu dans les Annales : style familier
à S. Prudence , comme on le remarque
dans le Panégyrique dont je viens de parler ,
& dans les Öraisons qui auroient été ensúite
de votre Dissertation , si vous n'aviez
craint de trop grossir votre Volume.
De ces conformités de caractere & de style
, il est évident que S. Prudence est le véritable
Auteur de la partie des Annales de
S. Bertin , qui lui est attribuée ,
Je suis , & c.
Bij
LB
2980 MERCURE DE FRANCE
LE PAPILLON CONSTANT.
ALLEGORIE.
A Madame M. A. A. X. D. R.
Sur les bords qu'arrose la Seine
Zephire toujours amoureux ,
Et toujours plus volage , & toujours plus heureux,
Formoit une nouvelle chaîne .
Déja Flore avoit dans son coeur
Eprouvé la vive douleur
De voir son Amant infidelle
Dans nos Jardins tout lui rapelle
Et sa gloire passée & son prochain malheur ;
Elle aperçoit dans les Prairies
Des fleurs nouvellement flétries ;
Déja ses soins sont superflus ;
Pour une Aminte , quelle vûë !
La Rose à ses yeux disparue ,
Lui montre que Zephir ne les animoit plus ,
Elle accourt , elle s'empresse
De le rejoindre à l'instant ;
Zephire fait sa Maîtresse
Il alloit être inconstant.
Elle poursuit le perfide ;
- crime le rend timide ;
i
DECEMBRE. 1739 2981
Il s'arrête .. quels
transports !
Dans Flore quelle indulgence !
Elle oublia l'inconstance .
Dans Zephire que de remords !
Ses yeux annoncent qu'il aime ;
La honte couvre son front ,
Et c'est cette honte même
Qui répare cet affront.
Après ces mortelles allarmes ,
Qui dans un coeur se font sentir
Qui font preuve du repentir ;
Des yeux de cet Amant coule un torrent de larmes ;
Flore, essuyant ces pleurs qui marquent son amour.
Pouquoi , dit- elle , objet de ma tendresse
M'as- tu laissée en proye à ma tristesse
2
De l'avoir perdu sans retour ?
Reviens , cher Zéphir , je t'adore ,
Comble mes voeux & mes desirs ,
Aime toujours tendrement Flore ;
Flore encor fera tes plaisirs ;
Dans mes bras viens les voir renaître ,
Je te crois digne du pardon.
A tes pleurs j'ai dû le connoître ;
Tes pleurs ont séduit ma raison .
Aces mots que l'amour inspire ,
Flore gémit , Zephir soupire ;
Dans leurs tendres embrassemens ,
B iij
Dieux !
1982 MERCURE DE FRANCE
Dieux ! qu'ils trouvent d'heureux momens
Ils s'aiment cent fois plus encore ;
L'amour augmente leurs plaisirs ;
De ces plaisirs on voit éclore
La fleur qui borne leurs desirs.
Angelique est le nom de cette fleur chérie
Venus lui prodigua ses dons ;
Les Graces l'avoient embellie ,
Lorsqu'un effain de Papillons
S'arrête dans ces cantons.
Parterre Un d'eux qu'on avoit vû de Partere en Parterre
Voltiger d'une aîle légere ,
Ne se fixer qu'en folâtrant ,
Contemple l'aimable Angélique ;
S'en aproche , Amour le pique
L'un de ses traits , quel trait perçant !
A ce coup j'ai senti , dit- il , qu'à tant de charme
Tout Papillon devoit rendre les armes ;
Je suis vaincu , l'Amour a de mon coeur
Fait un brasier pour cer aimable Fleur.
Quoi ! faudra-t-il qu'ainsi je m'abandonne
Sans être aimé Non , mon coeur en frissonne.
Ah ! Dieux cruels , par vous mes voeux sont done
trahis ,
Puisque Angélique est sourde à tous mes cris.
D'un même coup Angélique blessée ,
Entend la voix de son Amant.
こ
Viens
DECEMBRE. 1739. 298 %
Viens , dit-elle , dans cet instant ,
Je sens d'un même trait que mon ame est perçéé .
Je veux te rendre un Papillon constant.
Aimons-nous , l'amour nous en presse .
Aimons- nous , c'est l'ordre des Dieux ,
Epuise toute ma tendresse ;
Aimons- nous,& brûlons toujours de nouveaux feux.
Elle dit ... Papillon s'engage
De vivre & mourir dans tes bras
Angélique n'en doute pas ,
Et s'aperçoit qu'un Papillon volage ,
Peut aisément devenir sage ,
Quand il rencontre tant d'apas .
ENVO I
Trop aimable Daphné , dans cette allegorie
Je vous trace un plan de ma vie ;
Je suis le Papillon , vous êtes cette Fleur
Qui doit faire tout mon bonheur ;
Du Papillon je me rendrai l'image ,
Je l'imiterai trait pour trait ; ;
Daignez accepter mon hommage
Mon coeur en sera satisfait.
Et si j'ai le votre en partage ,
Par là d'un Papillon volage
Vous ferez un Amant parfait.
D. L. C.
B iiij
OB1984
MERCURE DE FRANCE
tobot:
OBSERVATIONS de M. Menard ;
Conseiller du Roy an Prefidial de Nîmes , sur
les nouvelles découvertes faites en creusant
la Fontaine de cette Ville , dans les mois de
Juillet & Août 1739. AM. le Marquis
d'Aubais.
J
›
,
E contractai avec vous , Monsieur , une
espece d'engagement lorsque j'eus
l'honneur de vous envoyer l'année derniere
les Observations que vous m'aviez
demandées , touchant les découvertes que
l'on venoit de faire en creusant notre Fontaine.
Quoique votre curiosité parût se borner
à ce qui étoit alors le fruit de nos recherches
, je pense qu'elle s'étendoit encore
plus loin , & que vous la portiez sur tout ce
qui se découvriroit dans la suite . Je croirois
donc n'avoir rempli qu'imparfaitement un
engagement que je respecte , si je manquois
à vous informer des découvertes qui ont été
faites cette année ; elles sont dignes de l'attention
des Sçavans .
Nous ne voyions l'Eté passé que des traces
confuses d'anciens Edifices , nous ne pouvions
en raisonner qu'obscurément. Aujourd'hui
cette partie de noc Antiquités s'est dévelopée
, nous découvrons avec une satisfaction
DECEMBRE. 1739 2985
faction infinie , l'ordre , la symétrie , & toute
la magnificence de ces Edifices . Ce n'est pas
qu'il ne reste toujours bien des choses à découvrir
, & que nos découvertes même, ne
consistent presque qu'en de tristes restes
échapés à la fureur des Ennemis ou des Barbares
, qui desolerent ces Contrées : mais du
moins en voyons- nous assés pour asseoir
quelque jugement.
fl ne paroissoit alors qu'une partie d'un
Bâtiment quarré , fait en forme de Piedestak
continu , ou de Stylobate , orné d'une trèsbelle
frise ; on n'avoit découvert qu'un mur
ceintré , qui faisoit face à l'angle de ce Bâtiment.
Aujourd'hui toute la suite de ce même
Bâtiment paroît en entier , & dans un
bel arrangement ; il m'a été facile d'en
prendre toutes les dimensions , je vous
les donne ici , avec toute la justesse possible
, en attendant que je puisse vous en donner
un Plan bien exact.
Ce grand Piedestal , ou Stylobate , forme
un quarré long , qui a dix toises 2. pieds 4.
pouces de longueur , sur 8. toises 3. pieds
de largeur , & il a 6. pieds 9. pouces de hau
teur. On voit sur la corniche de cet Edifice
des moulures d'un très - bon goût ; à chaque
coin dans l'interieur , il , paroît un massif de
pierres de moëlon , de 4. pieds ro. pouces
en quarré ; ces massifs servoient de forde-
B v ment
2986 MERCURE DE FRANCE
ment à des colomnes . On a trouvé ces colom
nes au nombre de 4. renversées,à demi brisées
hors de l'Edifice , & non loin des angles, elles .
sont d'un goût particulier. Permettez moi
de vous en faire la description dans toutes
leurs parties ; vous jugerez de la magnificence
de cet Edifice , & vous verrez jusqu'à
quel point les Romains sçavoient porter la
perfection de l'Architecture.
Ces colomnes sont toutes rudentées , c'està-
dire , que les canelures en sont remplies
d'une figure de bâton , ou d'un cable ; la
base est composée de deux Tores , dont l'interieur
, qui est assis sur le plinte , est ru→
denté , on en voit de semblables aux colomnes
de l'Eglise de S. Pierre de Rome. Le Tore
superieur est orné de goderons oposés les
uns aux autres : & dans la scotie , qui est
entre deux , terminée par deux filets , on en
découvre d'autres creusés en noyaux . L'Escape
tient encore à la baze , & est ornée de
feuilles d'acanthe , qui en décorent tout le
tour , au nombre de huit ou neuf: ces feuilles
ont un pied d'élevation , & embrassent
le reste de la colomne . Les canelures sont
séparées par des listels d'un pouce d'épaisseur
, depuis le renflement de la colonine
jusqu'à l'astragale , sur laquelle est placé le
chapiteau. On aperçoit une grande diminu
tion dans les canelures , elles se voyent dans
L'as
DECEMBRE. 1739: 2987
fastragale. Le chapiteau est singulier , il ne
retient presque rien des ordres réguliers ; en
un mot , c'est un composite tout bizarre . Un
simple rang de feuilles d'acanthe revêt en
partie la cloche du chapiteau ; & les deux
ligettes , d'où naissent ordinairement les
urilles & les volutes , sont placées sous les
quatre cornes de la baque , & par leurs feüillages
forment des volutes toutes singulieres ,
qui sont très - évidées , & se détachent entiérement
de la cloche. Le milieu de chaque
face est enrichi d'un bouquet très leger ,
qui ne charge presque pas cet Endroit , sans
quoi la cloche seroit très-nue , la rose qui
devroit être dans les quatre faces de l'Abaque ,
s'y trouve retranchée. Enfin , le diametre de
ces colomnes , qui est d'un pied 9. pouces ,
donne 2. toises 5. pieds & demi d'élevation.
La destination de ces colomnes ne me pa
roît pas douteuse , je crois sans peine, qu'il y
aura eû au- dessus des Statues de marbre , ou
de pierre trs -fine , pour représenter quelques
Divinités , nous en trouvons presque
partout des fragmens ; du reste elles sont
trop éloignées les unes des autres, pour avoir
servi à suporter quelque Dôme , d'ailleurs
elles ne seroient pas si enrichies.
Au milieu de ce Stylobate ou soûbassement
, est encore un massif de pierre de
B vj
moëlon
2988 MERCURE DE FRANCE
moëlon , plus considerable que les quatre
autres ; car il a trois toises & un pied de
face ; c'étoit là , sans doute , la place de
quelque Statue colossale , exposée à la vénération
& au culte du Peuple j'y placerois
volontiers une grande Statuë de bronze doré
, dont nous n'avons trouvé que le second
doigt de la main , qui est très- beau , & qui
me fait juger par sa grosseur & par sa longueur
, que la pièce étoit un Colosse : il falloit
néceffairement une Statuë de pareille
grandeur pour remplir avec dignité le milieu
de cet Edifice . Le bas- relief de ce Piédestal
, devoit être extrémement orné . On
a trouvé quelques fragmens d'un bas- relief
de marbre , où l'on voit pour ornemens, des
branches de laurier & des pampres de vigne
d'une beauté achevée . Je ne doute nullement
que ce ne fût là le bas- relief de la
Statuë , dont je parle , du moins il est constant
que les piéces peuvent parfaitement s'y
raporter.
J'avois soupçonné l'année derniere , que
ce Soûbaffement pouvoit être une conserve
ou un réservoir destiné à contenir les Eaux
que l'on distribuoit dans les Bains , mais
j'abandonne aujourd'hui cette conjecture :
nous en voyons assés , pour juger que c'étoit
un vrai Stylobate , qui servoit de Piédestal
aux colomnes & à la Statuë , dont je
viens
DECEMBRÉ. 1739 . 2989
viens de parler. D'ailleurs on en a trouvé le
pavé en le sondant , il n'a pas plus de trois
pieds de profondeur : c'étoit donc pour l'ornement
& la décoration des Bains , autant
que pour exciter le culte du Peuple ; rien
n'étoit si ordinaire chés les Romains , que
de faire servir à la Religion la magnificence
de leurs Edifices , & de mêler dans leurs
Ornemens d'Architecture les attributs de
leurs Divinités .
"
Le long de trois faces de cet Edifice , qu'il
faut regarder comme le centre de tout le
reste , & à une certaine distance , regne en
quarré une suite de grottes de differentes
formes , dont voici l'ordre. Du côté de
Orient , est une grotte ceintrée , qui fait
face à l'angle du Stylobate ; du côté du Midi
, est une autre suite de grottes égale, avec
quelques differences , qu'il est nécessaire
d'observer. Avant la premiere grotte ceintrée
de cette partie , est une ouverture en
forme de canal , pratiqué dans le
l'Edifice , qui servoit à donner l'écoulement
aux Eaux ; & encore entre la grotte quarrée
de cette partie , & la derniere ceintrée
un autre canal moins large , & élevé d'un
pied pardeffus le pavé , qui servoir , sans
doute , au même usage . Et après la derniere
grotte ceintrée , est encore une espece de
grotte quarrée , moins profonde que les au
gros
de
est
tres
2990 MERCURE DE FRANCE
tres , qui paroît avoir eû sur son angle unt
autre canal , qui renvoyoit les Eaux de ce
côté là. Enfin sur le côté de l'Occident , est
une suite de grottes toutes semblables à celle
de l'Orient
,
si ce n'est que l'on entrevoit ici
des vestiges de deux Aqueducs , qui les traversoient
, & qui venoient de l'interieur du
Temple.
Les grottes ceintrées sont toutes à peut
près égales . Elles ont 2. toises 4. pieds d'ou
verture, & 5. pieds 5. pouces de profondeur.
Les quarrées sont aussi égales , à peu de chosé
près , elles ont une toise 3. pieds 3. pouces
d'ouverture . Nous ne pouvons guere juger
de leur profondeur , parce qu'elles sont
détruites sur le fond : celle du côté du Levant
eft la seule qui ait subsisté dans son entier
; elle a 2. toises 2. pieds 3. pouces de
profondeur , & une toise 7. pouces de hauteur
; de grandes pierres d'une seule pièce la
couvroient .
Il y avoit à l'entrée de toutes ces grottes ,
& fur la même ligne que le mur de face , des
colomnes qui n'ont pas plus d'un pied un
pouce de diametre , & n'entrent que 3. pouces
en terre. De plus , on voit deux pilastres
placés aux deux côtés de l'entrée
de la grotte quarrée qui est à l'Orient.'
Ensuite à une toise 4. pouces de distance ,
regnoit un second rang de colomnes sembla-
,
bles
DECEMBRE. 1739. 299T
bles aux premieres , tout le long de ces trois
parties , ce qui devoit former une Galerie ,
qui étoit vraisemblablement couverte . Les
unes & les autres ne paroissent pas avoir été
fort élevées , je n'en ai pas trouvé une seule
entiere .
Voilà , Monsieur , pour ce qui regarde les
trois parties que je viens de vous décrire . La
longueur du plan qu'elles forment dans oeuvre
, de l'Orient à l'Occident , eft de 17.
toises 2. pieds 1. pouce , & du Midi au Septentrion
, elle est de 19. toises 4. pouces.
Le côté du Septentrion , d'où viennent les
Eaux de la Fontaine , n'est point encore tout
découvert ; il y a un Moulin qui doit inces
samment être abattu , & par là nous jugerons
de l'entiere symetrie de l'Edifice. On
a seulement déblayé & débarrassé l'Endroit
de cette partie , où l'on avoit trouvé l'année
derniere quelques Pieds droits , & tout ce
quartier est découvert. On y voit , à quelques
pas de distance de ces Pieds droits , une
grande auge d'une seule pièce , un peu élevée
au- deffus du pavé, qui a 5. toises 4. pieds
1. pouce de longucur , sur 3. pieds 2. pouces
de largeur. C'étoit- là comme une digue,
propre
à contenir les Eaux dans un même.
niveau. Vers le milieu de cette auge , étoit
placé un gros tuyau de plomb , qui avoit 10.
pouces de diametre , dont on ménageoit
J'ou
2992 MERCURE DE FRANCE}
l'ouverture comme on vouloit , par le moyen
de quelque soûpape , pour faire passer les
Eaux dans les Bains .
En effet , Monfieur , de ces points partent
deux rigoles , qui regnent tout le long du
sol qui est entre le stylobate & les grottes ,
elles ont 1. pied 9. pouces de largeur , & sont
placées à deux pieds & demi du stylobate &
des grottes. La distance d'une rigole à l'autre
, est d'une toise 1. pied 9. pouces. J'ai
remarqué que le pavé va en talus jusqu'aux
rigoles , mais presque insensiblement. Du
reste , elles ne sont point bâties dans leur
profondeur , & il n'y a pas le moindre vesfige
de ciment ni de pierres de moëlon ; ce
qui me fait croire que l'on y plaçoit des
tuyaux de terre cuite , selon l'usage des Anciens
, ou , peut - être , des tuyaux de plomb
découverts , faits en forme de gondole , &
qui portoient par les bords sur le pavé. On a
trouvé en effet quelques morceaux de plomb
aplatis , qui paroissent avoir servi à cet
usage.
On a trouvé encore trois piéces d'un tuyau
de plomb , qui ont en tout près de 6. toises
de longueur le diametre en est beaucoup
plus petit que celui du tuyau dont j'ai déja
parlé . Mais il ne faut pas penser que ce tuyau
ait été placé dans les rigoles , le diametre ne ,
sçauroit s'y raporter , il est trop petit, Ces
piéces
DECEMBRE. 1739. 2993
pieces ont une double épaisseur à l'endroit
de leur soudure mais c'est du même mé
tail ; ce qui me fait croire que ce tuyau peut
avoir uniquement servi à conduire les Eaux
dans des Bains de Particuliers ; il ne sçauroit
du moins avoir servi à les pomper : Personne
n'ignore que dans les pompes il faut
un métail plus solide & plus dur que le
plomb aux jointures , ce qui se fait d'ordinaire
en bronze , parce que la force de l'air
se fait sentir principalement à cette partie.
Le nom de l'Ouvrier se trouve à l'extremité
de deux de ces piéces ; on y lit ces mots en
caracteres très - biens formés , SEVERIAN.
SEVERIN . F. FAC . Severianus Severini filius
faciebat. Ce tuyau paroît avoir eû une longueur
beaucoup plus considerable ; les extré
mités en sont coupées à dessein . On l'a trouvé
sur le pavé qui est au -dessous du stylobate
, du côté de l'Orient ; il échapa à la fu
reur & à l'avidité de ceux qui détruisirent la
Ville.
Les pieds droits qui sont auprès de l'auge }
& que je croyois avoir servi à suporter l'Aqueduc
qui venoit du Pont du Gard , me
paroissent à présent avoir eû d'autres usages.
C'étoit au- dessus , & par le moyen de trois
arches , que passoient les Eaux de la Fortaine
, la chose n'est pas douteuse , mais le
dessus formoit le commencement d'une ter
raffe ,
2994 MERCURE DE FRANCE
tasse , qui se terminoit à cette partie du mur
d'enceinte , qui va joindre les deux demicercles,
où sont des dégrés en Amphithéatre,
placés contre la source des Eaux : j'en juge
par l'élevation de ces pieds droits , qui répond
parfaitement à celle de la terraffe , &
je ne doute pas que cette partie ne fût ornée
de colomnes , qui formoient une espece
de
Portique , je crois même avoir découvert les
chapiteaux de ces colomnes ; ils sont galbés
, c'est-à- dire qu'ils s'élargissent doucement
par en haut , de même que les feuilles
d'une fleur , taillée en forme de galbe ; on a
trouvé ces chapiteaux tout auprès des pieds
droits , ils ne peuvent apartenir qu'à des colomnes
placées en cette partie. Je crois encore
être fondé à dire que ce Portique se
terminoit à un Bâtiment , que je supose avoir
été placé de ce côté-là , au pied d'un petit
côteau qui est tout auprès , vers l'Orient ;
c'étoit là , sans doute , une des Entrées pour
arriver dans les Bains. En effet , tout auprès
de l'auge , est un Escalier ancien , qui paroît
venir de vers le côteau , il a une toise cinq
pouces de longueurzon n'en a découvert que
quatre marches , qui ont un pied 3. pouces
de largeur. Tout auprès de l'auge , & non
loin de là , est encore un autre Escalier ancien
, qui a une toise 2. pieds de longueur ,
& les marches ont 1. pied 3. pouces de largeur
DECEMBRE. 1739. 2995
geur ;on n'en a également découvert que quatre.
Par ce dernier Escalier on descendoit de
la Terraffe , ou du Portique , dans les Bains ;
& par l'autre , on y venoit du Bâtiment contigu
à ce Portique.
Derriere les grottes du côté du Midy , on
a découvert les fondemens d'un Edifice
considérable , qui paroît avoir été un Péristille
; on en juge par le premier fondement
, qui eft hors du rez de chauffée , et
qui fubfifte encore ; on y voit les pieds des
bafes éloignés les uns des autres de cinq
pieds fept pouces fix lignes ; l'entre- deux eft
percé sur le sol de divers trous , faits aparemment
pour quelque grillage . On ne peut
pas apeller cet Edifice un Périptere , car les
colomnes font ici placécs en dedans , au lieu
qu'elles auroient dû l'être en dehors , felon
l'idée qu'en donne Vitruve. Je croirois volontiers
qu'il y avoit quatre colomnes fur la
façade de ce Peristile , et il ne pouvoit gué
re y en avoir davantage , à cause du raport
que cet Edifice devoit avoir avec celui des
Bains , lequel ne supose pas une grande
étenduë.
Ce Peristile au reste devoit produire un
charmant effet ; il faisoit face à tout le plan
des Bains du côté du Septentrion , & y dominoit
confidérablement. C'étoit là fans
doute un Lieu de plaifirs qui avoit une ma
gni
2996 MERCURE DE FRANCE
gnificence admirable : les colomines placées
de diftance en diftance égales , formoient
des galeries & foutenoient un dôme qui
mettoit à l'abri du foleil et de la pluye . Ôn
y abordoit vraisemblablement par quelqu'au
tre superbe Bâtiment , dont nous n'avons encore
découvert que les premiers fondemens
& qui devoit être auprès. Ce Bâtiment devoit
fe terminer au Temple , car j'ai observé que
les fondemens tendent tous de ce côté-là.
Voilà , Monfieur , l'ordre & la symétrie de
tous les Edifices que nous avons découverts
cette année ; ils sont tous bâtis de belles pierres
très - dures et d'une grosseur énorme ,
liées pour la plupart avec des crampons de
fer , fcellés en plomb. Je voudrois bien pouvoir
vous dire au vrai la deftination que les
Romains avoient faire de ce Bâtiment , mais
on ne peut guere en raisonner que par conjecture.
Voici les miennes que je soûinets
à votre jugement & à celui de toutes les
Personnes éclairéés.
Je n'ai jamais douté que ce ne fuffent ici
des Bains publics , vous sçavez ce que j'eus
l'honneur de vous en écrire l'année derniere.
Les nouvelles découvertes ne m'ont point
fait changer de sentiment à cet égard , &
m'y ont au contraire fortifié davantage. Je
pense même aujourd'hui que ce pouvoient
être des Thermes ; bien des choses concent
ce
Ch
The
ce
DECEMBRE 1739. 2997
verts ,
Courent le faire présumer ainsi.
La seule difference que les Sçavans mettent
entre les Bains & les Thermes , eft que
les bains n'étoient feulement faits que pour
fe laver , & que les Thermes formoient un
corps de bâtiment spacieux , où l'on trouvoit
, outre les bains , des Lieux non coudes
Salles à manger , d'autres à exer →
cer & à inftruire la Jeuneffe , qu'on apelloit
Ephebea , & des Licux pour excrcer les
Athletes . Or on voit ici les veftiges de tous
ces vaftes bâtimens du côté du Temple.
Les bains étoient placés au tour du Stylobate
, les autres Edifices suivoient tout auprès.
Il feroit à souhaiter que l'on continuât
de fouiller du côté du Temple , on y trou
veroit affurément bien des veftiges , dont
nous tirerions un très grand fecours pour
affûrer nos conjectures.
J'ai dit que les bains étoient au tour du
Stylobate , c'étoient fans contredit ces
Grottes dont j'ai parlé , dans lefquelles on
plaçoit les cuves d'airain , deftinées à se baigner
, que l'on apelloit Labra. Les Vases
deftinés à renfermer les onguens & les parfums
, pour les Personnes qui vouloient se
baigner , n'y manquoient pas. On a trouvé
dans le baffin de la Fontaine , que l'on creuse
à grande force , un couvercle de bronze qui
a un pied & demi de diamêtre ; il s'ouvre
par
2998 MERCURE DE FRANCE
par le milieu avec une anse au moyen de
deux charnieres , il pese plus de 60. livres.
Je croirois volontiers que c'étoit-là le couvercle
de quelqu'un de ces Vases d'onguens
ou de parfums.
Il y avoit auffi quantité de siéges de marbre.
Nous en pouvons juger par une infinité
de piéces de marbre qui ont été trouvées ,
lesquelles ont plus de neuf pouces d'épaisseur
, on y voit des Moulures très-proprement
sculptés . Olympiadore nous affûre
dans les Thermes d'Antonin il y avoit
mille fix cent chaises de marbre .
que
On a trouvé auffi quantité d'autres piéces
de marbre , mais elles sont beaucoup plus
petites et plus minces , car elles n'ont pas
plus de fix lignes d'épaiffeur , quelques -unés
même n'en ont que trois . Ces piéces avoient
servi aux incruftations , les unes et les autres
sont polies d'un côté , et de l'autre elles n'ont
de polissure que
celle que
fait la scie . Elles
sont de differentes couleurs .
J'ajoûterai enfin à mes idées , que ce bâ
timent peut aufli avoir été un Nimphée. La
description que nous donnent de ces sortes
d'Edifices les Auteurs les plus versés dans
la connoiffance de l'Antiquité , n'eft pas bien
differente . Alciate et Béroale combattant
l'opinion de Cujas , qui avoit avancé que
les Nimphées étoient des bâtimens publics ,
destinés
DECEMBRE. ' 1739. 2999
deftinés pour célebrer les nôces de ceux qui
par la médiocrité de leur fortune n'étoient
pas en état d'avoir des Maisons convenables
pour ces sortes de cérémonies , disent que
c'étoient des Lieux conftruits par les Empereurs
, pour servir de Bains et de Thermes :
Strabon et Pindare en disent autant ; ils
ajoûtent que c'étoit seulement pour la volupté
qu'on les conftruisoit. Rofin ( Antiq.
Rom. i. 1. ) eft du même sentiment , il dit
que c'étoient des Lieux publics , conftruits
pour la seule volupté , & où les Eaux étoient
amenées , non pour l'usage de la santé
mais pour le plaifir et pour l'agrément : il
ajoute que le nom de Nymphée a été donné
à cette sorte d'Edifice à cause des Nimphes ,
dont les Statues y étoient placées.
›
Or nous voyons ici la place des Statues
de ces Divinités . Ce sera sur les cinq colomnes
du Stylobate , qu'on les aura exposées au
culte du Peuple . Une inscription qu'on y a
trouvée , pourroit faire foi de ce que je dis ,
elle eft consacrée aux Nymphes , Nymphis
Auguftis. Nous trouvons encore au même
endroit des Lieux très propres à recevoir et
à diftribuer les Eaux pour des Bains ; tout
nous invite à croire qu'elles y ont été ménagées
pour l'agrément ; et fi nous nous arrêtons
au sentiment d'Alciat , nous trouvons
un parfait raport de ses idées avec la forme
de
3000 MERCURE DE FRANCE
de notre Edifice . Les Grottes , dont j'ai par
lé , auront servi aux Bains et aux Thermes.
Quoiqu'il en soit , nous sçaurions au vrai
ce que c'étoit que ce Bâtiment , fi nous
étions affés heureux que de recouvrer toutes
les pierres de la Frise du Periftile dont je
vous ai parlé , c'étoit -là qu'étoit placée une
très- longue Inscription qui contenoit le détail
abregé de l'usage de cet Edifice , et le
nom de ceux qui le firent conftruire. On a
découvert quelques unes de ces pierres qui
sont d'une groffeur énorme , les caracteres
y sont très- beaux , & paroiffent avoir été
jettés en métail , vrai - semblablement en or
ou en argent , parce que tout le métail en
eft enlevé , ce qui ne seroit pas arrivé , si
c'eût été en simple bronze , en cuivre ,
en plomb .
ou
Quelques soins que nous nous soyons
donnés pour découvrir toutes les parties de
cette Frife , nous n'avons pû encore trouver
que celles qui forment le commencement
de l'Inscription ,. que nous avons rassemblées
par le moyen de la coupe des pierres.
On lit en trois pierres sur la premiere
ligne RESPVBLICA NEMA ; & à la feconde
au deffous de ces mots , il y a IMPERA -
TORIS. Nous avons bien trouvé d'autres
pierres qui faisoient partie de cette Inscripe
tion, mais il n'eft pas poffible d'y découvrir la
suite
DECEMBRE . 1739. 3000
tuite du sens. Sur deux on lit ARMORVM,
& au deffous il y a TI. Sur une autre SESI ,
& au deffous CA. Sur une autre on voit
ETE , & sur une autre OVE , & au- dessous
de ces lettres il y a un C. Voilà , M.
de quoi mettre à la torture les esprits qui
s'apliquent à faire des découvertes dang
Antiquariat.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Nismes , ce 23. Août 1739
LE MAITRE ET SON FERMIER,
L'Avarice
FABL E.
'Avarice perd tout en voulant tout gagner.
Je le dis après la Fontaine ,
En рец de mots , je vais vous en donner
Dans cette Fable une preuve certaine .
Un Villageois d'un Pomier qu'il avoit
Tous les ans avec foin , le meilleur fruit ceüilloit;
>
Puis le portoit en grande réverence
A fon Maître , qui ne ceffoit
D'admirer de ce fruit la parfaite excellence .
Cela fit qu'il voulut avoir feul le Fomier ;
Ainfi dit , ainfi fait , il veut que l'on arrache
II. Vcl. C L'Aibre
3002 MERCURE DE FRANCE
L'Arbre heureux qu'avec tant d'attach
Cultive Ruftaut fon Fermier.
On obéit , dans un fien Jardinage
Il le fait auffi- tôt planter ;
Rien ne fut épargné , pour qu'il pût profiter ;
Mais le Pomier fentant un ingrat labourage ,
Languit , deffeche , & par un cruel sort
Il meurt. Ainfi pour fruit de fon honteux ménage ,
Notre Arpagon pour tout partage
N'eut que les branches d'un bois mort
Par M. P. J. T. V. de Rouen.
****************
LETTRE écrite à M. Lebenf, Chanoine
d'Auxerre. Par M. D. L. P. de la Societé
Littéraire d'Arras.
I
'Extrait d'une de vos Lettres, Monfieur,
à M. Fénel , Chanoine de la Métropole
de Sens ( inséré dans le premier Volume du
Mercure de France du mois de Juin dernier
) flate trop la Province d'Artois en général
, & les Habitans de la Ville d'Arras
en particulier , pour demeurer sans réponse .
Cette noble franchise , que vous regardez
, & qu'on a de tout temps regardée
comme inhérente au caractere des Artéfiens
et
DECEMBRE. 1739 3003
eft la vertu favorite des coeurs droits & fin
céres : Cette qualité seule en écarte , par
conséquent , l'ombre même de l'ingrati
tude .
C'est donc avec toute la reconnoiffance
poffible , que mes Compatriotes ont vu une
personne de votre mérite , prendre leur défense
contre un jeune homme qui devoit
renoncer au trifte honneur de rendre sa Lettre
intéreffante , s'il croyoit ne pouvoir le
faire qu'aux dépens de son Pays .
Il eft aufi glorieux pour nous , que fầ÷
cheux pour M. de G. de voir le portrait qu'il
fait de l'état des Sciences & des Arts dane
cette Province , démenti par un Etranger ,
dont le témoignage ne peut être suspectd'aucunes
vûës , générales , ni particulieres.
L'amour de la Patrie eft une paffion dans
la plupart des Hommes , qui groffit les objets
, ou qui les diminué également , au gré
de la partialité de ceux qui la défendent.
Peu de Gens sont capables de parler ou
d'agir de sang froid dans une matiére fi délicate.
C'est être Avocat dins sa propre cause.
Voilà sans doute la raison qui a empêché
plufieurs personnes de cette Ville , au fi recommandables
par les qualités de l'esprit ,
que par celles du coeur , de répondre à la
Lettre de M. de G. & de diffiper les préjugés
peu favorables qu'il s'eft efforcé de faire naî
Cij
3004 MERCURE DE FRANCE
tre contre le Génie des Peuples de l'Artois ,
Mais cette délicateffe he devroit plus sub
fifter , avec un garant tel que vous , fi l'Artois
avoit sérieusement besoin d'Apologie
contre de fi- foibles attaques.
Les Sçavans connoiffent les grands Hommes
& les Ecrivains en tous genres , que
cette Province a produits , & pourront juger
peu avantageusement de la litterature de
M. de G. Quant aux honnêtes Gens , moins
inftruits , il eft à craindre qu'ils ne s'en prennent
au coeur d'un Artéfien , qui fait de
l'ignorance de fes Compatriotes un Portrait
plus surchargé , que s'il s'agiffoit de peindre
celle des Lapons & des Samogetes.
Mais la franchise dont nous faisons profeffion
, m'engage à dire naturellement ce
que je crois capable de l'excuser : Il a crû ,
peut- être , relever la gloire & l'obligation
qui sont dues aux Inftituteurs de notre Académie
naiffante , en aviliffant , et en mettant
presqu'au rang des Brutes , les autres Habitans
de la Province ; il a voulų , sans doute
faire voir combien il a fallu de patience & de
peines à ces nouveaux Orphées , pour adoucir
& aprivoiser la férocité de ces Peuples
groffiers , & les amener au point de n'être
plus épouvantés à la vûë des Sciences & des
Beaux Arts.
Mais en ce cas ( pour me fervir de fes
propre
DE GEM BR E. 1739. 3008
Propres termes ) un pareil Théâtre étoit-il
propre à recevoir ces mêmes Beaux Arts , que
la Raison & le Goût avoient déjà répandus
dans toute la France ?
Un Pays Barbare , où la Raisɔn même étoit
pen perfectionnée , où la Nobleffe vivoit dans
une ignorante oifiveté : où les Eccléfiaftiques ;
contens d'entendre leur Bréviaire , bornoient
leurs talens à psalmodier au Lutrins où le
Peuple peu induftrieux , ne pouvoit franchir les
bornes d'un commerce médiocre ; où la culture
des Belles Lettres étoit regardée comme un écart
d'esprit , où enfin les Bibliothèques étoient profcrites
, &c. Un tel Pays , dis - je , ou plutôt ,
une feule Ville de ce Pays , peut- elle s'être
métamorphosée tout-à- coup au point de fournir
en peu de temps 40. Personnes animées
d'une ardeur & d'une émulation égale pour
la culture des Belles Lettres , jusq'alors inconnues
& méprisées dans l'Artois ?
Mais M. de G. fe tire habilement de ce
pas. La Nature , dit- il , se joue dans ses productions
.... Elle ne suit pas toujours les regles
ordinaires , &c. C'est donc à un miracle de
la Nature , que l'Académie d'Arras doit fa
naiffance ... Cette origine lui fera un jour
honneur , fi la Lettre en queftion paffe à la
Poftérité.
Je m'aperçois cependant que j'en ai déja
dit aflés,pour réfuter de pareils raisonnemens ,
C iij Je
3007 MERCURE DE FRANCE
Je reviens à votre Lettre. Il eft vrai , Mon
fieur , qu'on a écrit en Artois comme ailleurs ;
qu'on y a aimé la lecture , & qu'on y a composé
des Livres. Peu de Provinces ont même été
fi abondantes en Ecrivains .
Il ne faut qu'ouvrir Valerus Andraas ,
dans fa Bibiothèque Belgique , où , fans
compter les Galets , les Vignacourts , les
Bauduins , les Goffons , les Meyers , les Malbranqués
( Auteurs connus de tout le mon
de ) on trouvera un Catalogue de plus de
cent autres Auteurs Artéfiens , la plupart
nés à Arras , qui ont écrit dans tous les genres
de Littérature .
Il eſt également vrai , que c'eft dans l'Artois
& dans fon voifinage , que l'on a d'abord
imité la Provence , foit dans la compofition
des Poëfies vulgaires , foit dans les
traductions des anciens Livres en la Langue
du Peuple.
C'est ce que le Préfident Faucher nous apprend
dans fon Traité de l'origine de la Langue
& Poëfie Françoise , Ryme & Romans ;
où il dit , que nos premiers Romans , & nos
premieres Poëfies ont été écrits en divers
Dialectes , tels que Limofin , Wallon & Provençal.
€
Il ajoûte , dans un autre endroit du même
Traité , que ce Dialecte Wallon (dont fe fervoient
les anciens Poëtes», Annaliſtes , & Eø!
manDECEMBRE.
1739. 3007
manciers ) ayant trouvé des Cours riches ( comme
celles des Comtes de Flandres , d'Artois ,
de Haynault & autres ) a donné occafion de
penser , que ce fut une autre maniere de parler
François , &c.
Le même Auteur , dans le fommaire des
Ouvres des Poëtes Rymeurs François,vivans
avant l'an 1300. nomme plufieurs de cas
Poëtes natifs d'Arras , tels que Jehan Miniot,
Sanvage , Courtois , &c.
Les bornes d'une Lettre m'empêchent
de m'étendre fur cette matiére , qui d'ailleurs
ne vous eft pas étrangere , puisque vous
nous promettez un Traité qui y a beaucoup
de raport
.
Votre Remarque fur le nom de Franchife
imposé par le Roy Louis XI. à cette Ville ,
au lieu de fon ancien nom , & le doute ,
dans lequel vous êtes de fçavoir , fi ce mot
Franchise doit être pris dans fon vrai fens
( pour exprimer le caractere particulier des
Habitans de la Capitale de l'Artois ) ou
plûtôt dans le fens qu'il fignifie Exemption ,
Affranchiffement , Immunité , m'ont paru assés
intéreflans pour mériter d'être approfondis.
Avant que de consulter aucun de nos
anciens Hiftoriens , j'ai commencé par m'informer
, fi dans les Dépôts publics il ne fe
Trouvoit pas quelques Chartes , ou Lettres
C iiij Pa008
MERCURE DE FRANCE
Patentes expédiées , dans le temps , fur co
fujet.
On m'a montré deux Piéces , que je crois
fuffisantes pour lever toute difficulté. L'une
eft une grande Charte de Louis XI . du mois
de Juillet 1481. enregistrée au Parlement de
Paris le 28. Août de la même année , dont
le Préambule porte ces termes : Loui , &c .
Comme puis aucun temps en çà , pour certai
nes grandes , justes raisonnalles causes &
confiderations à ce nous mouvans , & par Ра-
vis & déliberation de plufieurs Princes & Scigneurs
de notre Sang & Lignage & Gens de
notre Conseil , Nous avons ordonné faire vuider
les Habitans de nos Ville & Cité de Fran
chise , paravant nommée Arras , nommée Arras , & les far?
peupler habiter de Marchands & Gensntcaniques
de tous états, métiers & vacations, de
plufieurs bonnes Villes de notre Royaume ; ensuivant
laquelle Délibération art été envoyés
par les Officiers & Habitans defdites Vill s
plufieurs Marchands & Ménagers , qui à
présent sont demeuran & habitans de notre
Ville & Cité de Franchise , & soit besoin donner
ordre , police , forme & maniere à iceux
Marchands , d'eux regler & gouverner aufat
de la justice , & des choses qui en dépendents
pareillement les affranchir , & leuz donnerplufieurs
beaux & grands privileges , prérogatives,
& franchises , &c.
On
DECEMBRE . 1759 3009
On voit par cette Charte , qui est trèslongue
, & qui contient véritablement les
plus beaux Privileges accordés par Louis XI.
aux nouveaux Habitans de Franchise , que ce
Prince , pour des raisons politiques , qu'il
n'avoit pas coûtume de dévoiler , avoit jugé
રે propos d'expulser les anciens Habitans
d'Arras , pour y mettre une Colonie nouvelle
, tirée des meilleures Villes de France.
On voit en même temps , que lors de
l'expédition de la Charte qui accorde tous
ces Privileges & Prérogatives , la Ville
d'Arras portoit déja le nom de Franchise ;
puisqu'il y a un Article exprès , qui est le
61. par lequel il est dit : Et en suivant nos
premieres Ordonnances , & à ce que le nom de
nofdites Cité & Ville , qui auparavan: étoient
dites , nommées & apellées les Cité & Ville
dArras , soit confirmé .... Voulons & nous
plaît , que à perpetuité elles soient nommées &
apellées en leur nom Franchise ; sans ce qu?
के
jamais l'on puiffe par écrit , de bouche , ne autrement
nommer , ou apeller Arras , lequel nom
nous avons suprimé & aboli , sur peine d'être
puni griévement , &c.
L'autre piece , datée du 17. Janvier 1483 .
est intitulée, Lettres Patentes de Charles VIII.
Roy de France , portant rétabliſſement & réin-'
tégration de tous les Bourgeois , & Habitans
de la Ville & Cité d'Arras , qui en avoient
C v été
3010 MERCURE DE FRANCE
été expulsés pendant le Regne de Louis XI.
dans tous leurs Biens , Privileges , Franchi
scs , &c. وا
Le Préambule est conçû en ces termes :
Charles .... Salut. Comme feu notre très - cher
Seigneur & Pere , que Dieu absolve , après l'e
trépas dufeu Duc Charles de Bourgogne , en son
vivant notre Confin , eut prins & mis en sa
main entre autres Terres & Seigneuries , notre
Comté d'Artois , tant par défaut d'homme &
d'hommage non fait , que pour autres droits
qu'il y prétendoit ; & pour ce que aucunes Villes
& Places de notredit Pays d'Artois ne vouslurent
pleinement obéir à fadite main - mise ,
fut conseillé d'y proceder par main -forte & armée
, ce qu'il fit ; & pendant ce qu'il étoit en
armes en notredit Comté d'Artois , les Habitans
de notre Ville d'Arras firent l'obéissance pleine
il
entiere à notredit feu Seigneur & Pere , lequel
, deux ans après ou environ , pour plufieurs
grandes causes & bonnes confiderations , qui le
mouvoient lors , il ordonna faire vuidier les
Habitans de nosdites Ville & Cité d' Arras ,&
les envoyer demeurer & habiter en notre bonue
Ville de Paris & autres de notredit Royaume.....
Icelui notre feu Seigneur & Pere , meu de bonne
volonté , ayant pitié & compaffion du Peuple
& des Habitans de nofdites Ville & Cité
ordonna de son propre mouvement , que coux
qui avoient été expulsés & mis hors d'icelles ,
J
DECEMBRE. 1739 30rf
retournassent , ce que plufieurs ont fait ; &
nous ayant à présent ceux quiy sont retournés ,
& le autres qui ont intention de ce faire , trèshumblement
suplié & requis , qu'il nous plaise
Lesfaire reftituer à pur & à plein en leurs maisons
, heritages , privileges , franchises , &c.
tout ainsi qu'ils avoient coûtume de faire auparavant.
Sçavoirfaisons , &c.
Je crois qu'on peut infercr de ces deux
Chartes , que le nom de Franchise , n'a été
donné par Louis XI . à la Ville d'Arras , que
a
dans le sens qu'il fignifie Affranchiſſement ,
Immunité , ou Exemption.
En effet , par sa Charte du mois de Juill
1481. il accorde aux nouveaux Habitans des
Privileges considerables , pour engager ses
Sujets à aller peupler sa nouvelle Colonie .
Il est vrai qu'on voit par les termes de
cette même Charte la Ville d'Arras
que >
portoit déja le nom de Franchise . Mais il eſt
d'autant plus probable ,. qu'il n'y avoit pas
long- temps que ce nom lui étoit imposé ,
qu'il est moins vraisemblable que Louis XI .
l'eût donné à la Ville d'Arras , tandis qu'elle
étoit encore habitée par ses anciens Citoyens ,
qui étoient prêts à ressentir les funestes effets
des soupçons qu'il avoit conçûs contre eux .
Un autre Charte de ce Prince , du mois
de Mars 1476. ( c'est à dire , datée de cinq
années auparavant ) par laquelle il confirme
C vj
les
3012 MERCURE DE FRANCE
les Privileges des anciens Habitans d'Arras ,
qui s'étoient volontairement soumis à son
obéissance , prouve du moins , qu'il n'étoit
point encore question alors du nom de
Franchise.
Tout porte donc à croire , que ce n'est
qu'en faveur des nouveaux Habitans , & pour
exprimer les Privileges extraordinaires qu'il
leur accordoit , que ce nom de Franchise a
été donné à la Ville d'Arras.
Jean Regnart , Traducteur de Paul- Emile ,
parlant de ce Fait , & de la maniere dont
Louis XI . se mit en poffeffion de l'Artois ,
après la mort de Charles le Hardy , Duc de
Bourgogne , dit : Et pour mieux s'affûrer de
cette Ville d'Arras ) il en fit sortir les Habitans
, les envoya demeurer à l'autre bout du
Royaume de France , d'où il fit venir des François
pour habiter Arras , qu'il voulut lors être
nommée Ville Françoise.
Le même Auteur ( parlant de l'Accord fait
entre les Gantois & le Roy Louis XI . ) s'exprime
en ces termes : Les Gantois manderent
au Roy , que s'il vouloit quitter l'Alliance
d'Angleterre , leur petite Princeffe Marguerite
, âgée seulement de trois ans , feroit menée
en France , pour être fiancée avec le Dauphin :
laibailleroit- on en mariage les Comtés d' Artois
& de Bourgongne . A quoi s'accordant le
Roy, la Paix fut conclue des deux côtés : au
moyen
DECEMBRE. 1739. 3011
moyen de laquelle les Artoisiens , qu'on avoit
relegués à l'autre bout de la France , retournerent
à Arras ; & recouvra cette Ville son premier
nom.
>
Ces deux Passages achevent de confirmer,
que le changement de nom de la Ville d'Arras
ne fut occasionné que par le changement
que Louis XI . fit des Habitans de cette
Ville pour mieux s'en assûrer dans un
temps de troubles & de révolutions continuelles.
,
Au reste , sa conduite , en les rapellant
peu d'années après , & celle de son fils
Charles VIII . en les réintegrant dans tous
leurs Biens & Privileges , par sa Charte du
13. Janvier 1483. suffisent pour prouver que,
ces deux Princes ne tarderent pas à reconnoître
, que les soupçons qu'on avoit prétendu
leur faire concevoir contre les anciens
Habitans d'Arras , étoient injustes &
mal fondés..
A l'égard du nom de Ville Françoise , que
Paul Emile dit que Louis XI. donna à Arras
, au lieu de celui de Franchise ; je crois
que le sentiment particulier de cet Auteur ne
peut militer contre les Titres authentiques.
dont nous venons de parler.
Je suis même porté à croire , que c'est
une faute d'impreffion , ou une méprise du
Traducteur de Paul - Emile , dont je m'é
clair
3014 MERCURE DE FRANCE
claircirai , dès que l'Original me tombera
sous la main .
J'ai l'honneur d'être , &c .
Il y a déja plusieurs mois que la Piéce
qu'on vient de lire nous a été remise ; un
mal entendu , qu'on n'a pû assés tôt éclaircir
, en a retardé l'impreffion , dont elle
nous a parû très digne ; nous en faisons des
excuses à l'Auteur .
A DIE U
A Madame de P ** sur son départ pour
Elle part ,
la Province.
e part , cette Nimphe aimable ,
Qui faisoit de ces Lieux le plus bel ornement ,
Elle part : & nos champs qui l'ont vûë un moment,
Pleurent la perte irréparable
Qu'ils font, en la quittant, de tout leur agrément.
Bergers , qu'une amitié fidelle
Rassembloit pour la voir à l'ombre de ces Bois ,
Et qui quelquefois autour d'elle
Ecoutiez la vertu qui parloit por sa voix ,
A ces tendres accens que la douleur m'inspire
•
Mêlez vos soupirs & vos pleurs ;
1
Qu'au
DECEMBRE . 1739. 3015
Qu'aujourd'hui ma plaintive Lyre
Soit l'interprete de vos coeurs .
Comme on voit le Soleil , qu'un nuage envieux
A voilé longtemps à la Terre ,
Etaler sur le soir la pompe de ses feux ,
Et se plonger bientôt sous un autre hemisphere ,
Telle , sensible à nos desirs ,
Sur ces bords , Uranie , avec votre présence
A peine vous avez ramené les Plaisirs ,
Que vous allez par votre absence
Nous rendre pour jamais à nos tristes soupirs .
L'Hyver dans nos Jardins dépouillés de verdure
Ramene tous les ans la neige & les frimats ;
Flore vient à son tour réjouir nos climats ,
Et reffusciter la Nature .
Ah ! si , du moins , flatés d'un agreable espoir ,
Nous pouvions soulager Pennui qui nous dévore ;
Mais nous quittant , hélas ! vous nous ôtez encore
L'efperance de vous revoir .
Feurs , dépouillez votre parure ,
Kuiffeaux , coulez plus tristement ;
Oiseaux , que votre doux murmure
Ne soit plus qu'un gémissement.
Et vous, de ma douleur ir terprete chérie ,
Ma Lyre , cessez vos accords ;
3016 MERCURE DE FRANCE
Je ne voulois , hélas ! célebrer qu'Uranie ;
Pour toujours Uranie abandonne ces bords !
Heureux objet de sa tendresse ,
Climat , pour qui son coeur soupire chaque jour ,
Aimables Lieux , où la sagesse
Avec elle bientôt doit établir sa cour ,
Si vous aviez eû moins de charmes ,
Nous aurions moins versé de larmes ;
Paris de votre sort n'eût point été jaloux.
Mais pouviez-vous manquer de plaire ?
Celle que notre coeur & regretre & révere
A reçû le jour parmi vous.
Mais quoi ! d'une plainte frivole
En vain je fatigue les Airs :
Elle part , & son Char s'envole
Plus vite qu'un Vaisseau ne fend le sein des Mers
Fougueux Tyran de l'air , fier époux d'Orythie ,
Retiens ton souffle impetueux ,
Et laisse à l'Amant de Clytie
Le soin de nettoyer les Cieux .
Brillant Pere du Jour , sans voiler ton visage
Modere de tes feux les brûlantes chaleurs ,
Et que partout sur son passage
Les chemins soient jonchés de Myrthes & de Fleurs
Pour
DECEMBRE.
3017 1739 .
Pour nous , sur les bords de la Seine ,
aissant errer au loin nos avides regards ,
Nous verrons rouler dans la Plaine
Ce Char , pour qui nos voeux conjurent les hasards ;
t quand nos yeux lassés ne pourront plus le suivre,
our remplir ce devoir nos coeurs pourront s'unir ;
Mais hélas ! si le mien à son zé'e se livre ,
Il ne voudra plus revenir .
Moreau .
DERNIERE PARTIE de la Disser
tation de M. Clerot , Avocat au Parlement
de Normandie , sur l'origine des Peuples
du Pays de Caux ; &c .
> E m'étois d'abord proposé Monsieur ,
l'Examen du reste des Etablissemens
faits dans notre Pays de Caux , à l'arrivée
des Saxons & des Francs , jusqu'après la
fixation des Normands ; mais j'aurai occa- .
sion de vous détailler tout cela dans un autre
Ouvrage , surtout , quand je traiterai
de la fameuse Julio- Bona , de l'ancien Duché
de Deutelen , & des premiers Ducs de
Normandie , où je veux faire voir
1 ° . Que les Caletes ou Cadetes de César
ne
Bois MERCURE DE FRANCE
ne sont autres que ceux qui habitoient sur
P'un & l'autre bord de la Seine , au Rivage
apellé Calet ou Caled , & avec lesquels ce
Grand Capitaine , plus rapide dans ses Conquêtes
, qu'exact dans ses connoissances , a
confondu ceux qui vivoient sous le Gouvernement
de l'Eutel des Phéniciens , Carthaginois
, Syriens , & c .
2°. Que la plupart des Auteurs , qui ont
pris le Comté particulier de Tellao ou Talon,
pour le Pays du même nom , se sont étrangement
trompés , & ont fait en cela , à peu
près comme celui qui prendroit le Territoire,
ou le Gouvernement particulier de la Ville
de Naples , pour tout le Royaume de ce
nom .
3.°. Que peu de personnes ont rencontré
juste , quand ils ont voulu parler de l'origine
des Coûtumes du Pays de Caux & de leur
difference , en ce qu'on apelle Usages Locaux,
parce que pour parler pertinemment
de ces
differentes Loix , il faut sçavoir quel étoit le
pouvoir des Romains & des Saxons , quand
ce Pays a eû les uns & les autres ensemble
dans son sein .
4°. Qu'enfin ce fût ce Duché de Deutelen
que Charles le Simple cada à RAOUL avec
ce que celui - ci avoit déja pris , & l'entiere
Suzeraineté dans ce qu'on apelloit alors les
marches de Bretaigne. Il faut donc déterminer
DECEMBRE . 1739. 3019
3
ner à présent nos reflexions par une idée générale
de l'Etat de notre Pays de Caux , jusque
vers l'avenement des Normands , & le
temps , où ils s'y sont absolûment fixés .
Il est constant que depuis que les Germains
eurent fait dans le Pavs de Caux l'irruption
dont parle César , il n'y eût presque
presque point de temps de trouble , qu'il n'y
en passât quelques Colonies , & si nous lisons
avec soin les Historiens qui parlent des
Courses de ces Peuples ou de leurs Alliés ,
nous trouverons que, jusque même après les
Normands , il y a toujours eû des Germains
parmi nous , établis de gré ou de force , ce
qui fait que les Usages anciens s'y sont mieux
conservés.
En effet j'ai déja fait voir que le Culte
rendu au Soleil & à la Lune , la Vénération
pour les Collines & pour les Marais , pour
les Forêts & pour les Cérémonies Helleniennes
; en un mot tout ce qui étoit l'objet
des hommages de nos premiers Belges & de
nos Germains , subsistoit encore avec éclat
dans les VI . VII . & VIII . Siécles , & nous
avons actuellement parmi nous , plus qu'ail
leurs , des traces de l'Etablissement de ces
Germains, devenus Belges.
Il semble que c'étoit le propre de la Nation
Germanique d'habiter comme nos
Paysans du Pays de Caux , dans des especes
>
de
gozo MERCURE DE FRANCE
de Huttes, enduites d'Argile & couvertes de
Chaume , toujours aux Champs. Les François
qui étoient eux -mêmes originairement
Germains , n'avoient que des Bourgades ou
des Villages , où ils tenoient leurs plus célebres
Assemblées au milieu d'un Champ , &
ils ne se rendoient dans les Villes que pour
cause de Religion , pour acheter leurs provisions
, pour administrer la Justice, ou pour
traiter des affaires qui concernoient la Cité ,
c'est- à- dire le Territoire de chaqueVille . On
sçait que ce ne fut que sur la fin de la Race
des Merowingiens , que les Francs & les
Saxons commencerent par les démolitions
des anciens Edifices Romains , à bâtir des
Châteaux contre l'incursion des Barbares ,
des Palais pour la demeure de lcurs Rois
& des Monasteres pour les Exercices communs
de la Religion . Cela augmenta sous
les Carlowingiens , tant par la crainte des
Huns & des Normands , que par le faste des
principaux de la Nation. Mais avant que
de passer à l'Etat de nos anciennes Villes ,
&c. permettez - moi , M. de vous achever ce
qui peut marquer la véritable dénomination
du Pays de Caux .
,
>
Les desordes des Guerres des Romains ,
cu des Barbares renverserent l'ancienne
Thal ou Tel ou Eutel, laquelle avec ses privile
gcs & son commerce s'éleva vraisemblablement
DECEMBRE. 1739. 3528
mment au Lieu apellé Vicus ou Quentowic , que
nos Chartes & les Capitulaires placent toujours
avec Roüen ; peut être que la Baffe
Ville nommée Elloibonna ou Heldonna , subsista
plus longtemps , mais elle eut le sort
de l'autre , & je soupçonnerois que ceux qui
l'habitoient alors , passerent au Port apellé
Calet ou Caled , ce Lieu que la Chronique
de Fontenelle nomme Caftrum Caletum , parce
qu'il a été sans doute une de ces Fortereffes
, que les Romains éleverent sur les
bords des grands Fleuves ; enfin sous les premiers
Rois de la seconde Race , nos François
ont vraisemblablement bâti un Château
sur le Lieu où eft maintenant Arques , du
vieux mot Arsc ou Arch , qui fignifie dans
le Langage de nos Peres , ce que Thal ou
Tel fignifioit en Phénicien , ou Elloi bounos
en Grec, desorte qu'en quelque maniere trojs
portions d'une même Ville auront eû chacune
un nom qui aura fignifié la même chose
en differens Dialectes.
Pour ce qui eft de l'état de nos anciennes
Villes, elles étoient habitées par les Prêtres, par
les Soldats de la Garnifon, par les Marchands
& par les Artifans , la plûpart Etrangers .
Phéniciens , ou Syriens , Grecs d'Alexandrie,
& Juifs, ou Hébreux. Vous sçavez, M.qu'en
suivant l'ufage de ces Etrangers , d'origine
Orientale , on rendoit la Justice à la Porte
des
3022 MERCURE DE FRANCE
des Villes ; on élevoit les plus fameux Temples
hors les Murs , & on tenoit aux Parvis
de ces Temples les Foires & les Marchés,
Voila ce qui occafionna les Sub Urbani ,
dont parlent nos anciennes Hiftoires. Vous
fçavez auffi , que quoique quelques - uns de
ces mêmes Etrangers euffent auffi des habitations
particulieres dans l'intérieur de la
Ville , c'étoit cependant proprement le Licu
où étoient les Maifons des Seigneurs , pour
leur demeure dans les temps d'Affemblées
comme c'étoit là encore où les Druides du
premier Ordre , fe fixoient pour les Jours
confacrés à la Religion ; & voila ce qu'on
doit entendre par le nom de Cives , que nous
trouvons dans nos vieux Hiftoriens ; mais en
géneral nos Etrangers vendoient ou fournilfoient
hors des Villes ce que les Gaulcis ,
les Germains & les Saxons , qui habitoient .
la Campagne , pouvoient fouhaiter , & le
Commerce étoit tellement le propre de ces
Etrangers , qu'on ne les défignoit guere que
fous le nom de Mercatores , enforte que les
noms de Syrien , de Juif , d'Egyptien & de
Négociant , étoient fynonimes , à peu près
comme chés nous l'ont été les noms de Bohémien
, d'Egyptien & de Devin . Sicut
Arabs latronem denotet ; Cananaus , Mercatorem
& Chaldeus Mathematicum dit saint
Jerôme fur Jeremie , Chap . 3 .
Je
DECEMBRE. 1739. 3023
›
Je devrois naturellement finir ici , mais je
eux vous faire part encore d'un changement
ue l'avidité infatiable de Rome caula dans
otre Pays de Caux. Vous fçavez , M. que
es Belges , comme les autres , jettoient ou
achoient des richeffes immenfes dans leurs
acs , dans leurs Marais facrés , & dans le
ond de leurs faintes Forêts. Les Romains ,
our enlever ces richeffes , fous prétexte d'aolir
la fuperftition Gauloife , entreprisent
de fécher ces Marais, & de défricher ces Foêts
, ce qui leur réüffit & fut dans la fuite
l'origine de l'Etabliſſement de la Dénomination
de plufieurs Lieux , comme S. Aubin ;
Paluel , Fontenelles , Pavilly , & autres dont
j'ai déja parlé. Quand les Gaulois voyoient
ainfi fécher leurs Lacs vénérables, ils avoient
toujours quelque Hiftoire prête à raconter ,
pour faire croire que les Dieux avoient vengé
le facrilege commis par les Romains , ce
qui trouvoit d'autant plus de créance , que
ces asséchemens & fur tout le remuëment de
la boue , faifoient élever des vapeurs , qui
caufoient de grandes maladies ; & voila ce
qui préfente l'origine de plufieurs Lieux de
notre Topographie , comme Mauville , à
préfent Monville , Malaunay, Maupas, &c,
Mais comme notre Ville de Rouen offre
quelque chose de plus réel , qu'elle commande
au Pays de Caux, & qu'elle a toujours
eû
3024 MERCURE DE FRANCE
¿
eû des raports & des relations intimes avec
l'ancienne Talow , devenue Wicus & Quentowicus
, on peut dire avec fondement que
le Lac venerable d'auprès, fut un des premiers
objets de l'avidité Romaine , à peu près
conme celui de Touloufe , que fécherent
les Soldats du Conful Capio , qui eut des
fuites fi funeftes, & dont eft venu le Proverbe
, Aurum Tolosanum , & c.
Notre Lac , apellé Roth par les Gaulois ,
& Vivarium par les Romains , étoit à l'Orient
de la Ville , près la principale Porte , & fur
le bord du Lac étoit tout à la fois un ancien
Temple , l'ancien Marché , & le Lieu où l'on
rendoit la Juſtice , Extra Muros Civitatis . Il
fut deffeché comme les autres , & en voici
quelques preuves , tirées des Chartes de
l'Hôtel de Ville , & de l'Abbaye de S. Ouën ,
jointes aux differens Actes de la Vie de faint
Romain & à l'état des Lieux.
1º. Le Terrain de cet afléchement , qui
fait aujourd'hui la partie la plus confidérrble
de Rouen , a été long temps marqué & l'eft
encore , mais dans des bornes plus refferrées,
par les noms de fes differentes extrémités qui
fignifient en Saxon Latinisé , des Marais , des
Eaux , Tenementum in Vico qui dicitur Malaleed
.... tenementum in Marescheria ....
& tenementorum suorum que stagnum juxia
Rothomagum occupant ....
2 .
DECEMBRE. 1739. 3025
2. Il y a cû auffi long-temps dans ce Terrain
plufieurs petits Ruiffeaux , differentes
Fontaines & un refte des Eaux , qui étoit confideré
comme le Centre des autres ; il y a
même encore actuellement differens petits
Canaux avec plufieurs Fontaines d'Eaux Minérales,
lefquelles imprimant à leur fable une
couleur rouffe ne contribuoient peut -être
pas peu à donner au Lac le nom de Roth , ce
nom fur lequel on a fait autrefois tant de raifonnemens
, & c. In aquis Atrii Sancti Audani
de extra portam usque ad beket de Martinvilla
.... FontemBerengarii & Fontem Rogerii
Gode filii per Terram Sancta Trinitatis
deducendos .... aquam qua vocatur Mater.
aque deducendam quocumque voluerint .....
3 °. Ce même Terrain a eû prefque toujours
un accès plus particulier aux débordemens
de la Seine , & il y en a eû à Rouen de
fréquentes preuves , juſques à ce qu'on ait
élevé cette Digue que nous apellons le Chemin
neuf ou le Cours Dauphin . Repentina
aquarum inundatio ab Occiduo Mari exastuans
circumjacentem Urbis Planitiem super
effusio diluvio occupavit , ecce ab Orientali
Plaga infusio aquarum marino astu adjuta ad
alta usque Urbis mania intumescens erupit quod
multo pridem tempore creberrimè facere consueverat
...
4°. Les deux Rivieres dont ce Terrain eſt
D encore
3026 MERCURE DE FRANCE
encore arrosé , mêloient jadis leur Eaux &
les y mêlent encore quelquefois , au Lieu
apellé le Choucq , ce que j'ai déja obfervé
, & lorfqu'elles ont été féparées , une
des deux qu'on voit encore être hors de
fon affiéte naturelle , a retenu le nom de
Roth , auquel nos Saxons ont fait quelque
leger changement , & ont joint celui de Bec,
qui fignifie Ruiffeau : Pratis ad eam pertinentibus
fuper Fluvium Rodobec .... Juxtà
muros ipfius Urbis fuprà Fluviolum Rodobec....
& fi Rodobecus limite fuo exierit , omnes mo¬
lendinarii ibunt ad rupturam.
que
5 ° . Enfin ces deux mêmes Rivieres , quoique
ſéparées , ont été apellées longtemps
d'un feul nom , fçavoir de celui de Vivier
les Romains avoient fans doute donné
au Lac , d'où plufieurs Terres des environs
ont pris leur dénomination , comme la Baronie
du Vivier , Roncherolles fur le Vivier
S. Martin du Vivier , & autres , à quoi j'ajoûte
que ces deux Rivieres étoient encore
ainfi défignées du temps de l'Echange d'Andely
( petite Ville entre Rouen & Vernon )
de Vivario & piscariam ejufdem Vivarii in
manu noftra retinemus , ita quod nihil de aquâ
Vivariifacere poffimus ad damnum ... mais
comme je n'ai pas le Titre primitif des asséchemens
dont j'ai parlé , voyons à pouffer plus
loin les preuves que je fubftitue à ce Titre.
Ces
1
DECEMBRE. 1739. 302
1
Ces asséchemens , comme je l'ai dit , caur
foient des maladies & des Evenemens fàcheux
, foit par les exhalaifons de la Bouë
que les Soldats Romains avoient grand foi
que
de remuer , pour ne rien perdre de ce qu'ils
efperoient trouver , soit par le croupiffement
des Eaux , qui reftoient & qu'on ne pouvoit
pas abfolument retirer , foit à l'égard de celui
dont nous parlons , par les inondations
de la Seine qui entroit prefque toujours dans
ce Terrain extrémement bas , & qui donnoit
fouvent de l'exercice à nos Saints Archevêques
; c'eft de là sans doute que le nom de
mala palus , a été donné à un ancien Fauxbourg
de Rouen , lequel contenoit tout ce
qui forme aujourd'hui la Paroiffe de S. Maclou
, & qu'occupoient ceux que l'Hiſtorien
de la Vie de S. Romain apelle extramurani
populi. Cela rend , ce me femble , fenfible
cette verité , qu'il y a eû autrefois dans ce
même Terrain un Lac qui a été féché. A
l'égard du Fauxbourg , du nom de Malpalu,
on n'en fçauroit douter , puifque plufieurs
Chartes en défignent les Seigneurs , Willel
mus de malapalu ... Rotgerius de malapalud¸
nommant même les Chantres de la Paroiffe
Clerici de malapalude.
En un mot , pour prouver que ce Faux
bourg, dont une rue de Rouen porte encore
le nom , a exifté , on n'a qu'à lire Oderic
Dij Vital,
3028 MERCURE DE FRANCE
Vital , sous l'an 1090. On y trouvera que
dans ce temps - là le Duc Robert ayant été
obligé de se sauver de Rouen , fut reçû par
les Habitans du Bourg de Malpalu , comme
leur véritable Maître . Per orientalem portam
egreffus eft , & mox à Suburbanis Vici qui
Malapalus dicitur , fideliter , utfpecialis Herus
, fufceptus eft...
•
Voilà , M. ce que je trouve de plus plaufible
, pour apuyer ce que je vous ai dit de
l'origine du nom de Rothomagus , donné à
notre Ville de Rouen , & des differens Peuples,
qui, les premiers font venus habiter sur
nos Côtes du Pays de Caux : voilà auffi ce
qui peut réfuter quantité de Fables qu'on a
debitées sur ces premiers temps de notre Histoire.
Ne croyez pas cependant que je m'imagine
avoir démontré la chefe de maniere
à ne pas fouffrir de réplique , je fçais que
l'évidence même a fes contradicteurs , mais
j'ai mes garants. Plusieurs excellens Auteurs
ont pensé avant moi , que les premiers Gaulois
, qui certainement n'étoient pas nés
dans le Pays , venoient du Nord , & étoient
vraiment Scythes. Le Commerce des Phéni
ciens ou Syriens aux Caffiterides , & par consequent
vers nos Côtes , eft si conftant , que
je ne crois pas qu'on puiffe le méconnoître ;
& si ce que je dis de l'introduction des Grecs
parmi nous , paroît oposé à ce qu'un célebre
Аса
DECEMBRE . 1739. 3029
Académicien a écrit sur le Culte d'Ifis chés
les Germains , & chés les Gaulois , ce n'eft
pas , ce me femble , assés
pour me faire chan
ger de fentiment. Je fuis , &c.
****
3
J
***************
EPITRE
A Mr. Pesselier.
Eune Pesselier , dont la gloire
En naiffant éblouit les yeux ;
Digne Eleve du Dieu du Temple de Mémoire ,
Seul , tes fameux Ecrits ne font point d'envieux ,
Poursuis , jeune Héros , cette illustre carriere
Où l'on te voit courir avec tant de succès ;
Non , ni Terence , ni Moliere ,
N'ont fait de fi nobles Effais.
Rome , ne vante plus ce sublime Terence ,
Et les traits immortels de son hardi Pinceau ,
Admire Pesselier , aux Rives de la France ,
Egaler ton Terence , encor en son berceau .
Peut-on joindre à tant de jufteffe
De plus riches expreffions ?
De quel profond sçavoir , & de délicateffe
N'accompagne- t'il pas ses brillantes leçons ?
Sa morale , son ftyle , enfin tout nous enchanté ,
Et ses doctes Leçons triomphent de nos coeurs ;
D iij
La
3030 MERCURE DE FRANCE
La vertu n'eft point effrayante,
Quand on la peint de ses couleurs.
Heureux , qui peut d'un vol rapide
S'éloigner dés vulgaires yeux !
Que dans son noble effor la raison seule guide ;
Qui laiffe loin de lui ses lâches envieux !
Qu'il eft doux pour un coeur animé par la gloire ,
De pouvoir contenter ses voeux ambitieux !
Un coeur qui goûte la Victoire ,
Partage les plaifirs des Dieux .
Cependant fi l'Envie , à ta perte animée ,
Suscité contre toi des Zoïles François ,
Ta vertu confondra leur rage envenimée ,
Et contre tous leurs traits n'offre que son carquois.
LE LION ET LES RENARDS.
FABLE.
Jadis fut un Lion d'un superbe courage ,
Dont l'effroyable gîte étoit au fond d'un bois ;
Cependant bon voifin , ennemi du carnage ;
De la douceur il chériffoit les Loix ;
Enfin , unique en son espece ,
Tranquille , au sein de la molleffe ,
S'écouloient ses paisibles jours ,
timile ,
Quand de Renards une troupe
N'ayant que la haine pour guide ,
Voulut en abreger le cours.
Le
DECEMBRE. 1739 3031
Le jour pris , & bien -tôt la nombreuse cohorte
≈ De l'antre du Lion fut affieger la porte.
D'un triple rang ses murs sont entourés ,
C'en eft fait , disoient - ils , nous sommes assûrés
Que jamais notre Oiseau ne sortira de cage ;
Mais à l'inftant parat cet animal sauvage
Qui montrant dans ses yeux une jufte fureur ,
Au sein de nos Guerriers fut porter la terreur .
A son terrible afpect ils prennent tous la fuite ,
Et du fier animal ils craignent la pourfuite ;
Mais le Lion vainqueuf , maître de ses transports
Les laiffa fuir , chargés de leur honteux remords.
Tel , un coeur que l'envie abuse
Par l'espoir d'un illuftre prix ,
N'emporte pour tout fruit de sa funefte ruse ,
Que le trifte regret de l'avoir entrepris.
Goûte donc aujourd'hui tout le fruit de tes veilles ,
Et deformais femblable à tes fameux Guerriers ,
Pour prix de tes nobles merveilles ,
Ceins-toi le front de tes Lauriers .
Trifte & funefte écueil , où la vertu ſe brife ,
Louange tu ne peux triompher de son coeur ;
Plus il te voit de près , & plus il te méprise.
Et toujours fon devoir fera feul le vainqueur.
Par Delamotte.
D iiij
QUES3.32
MERCURE DE FRANCE
QUESTION DE DROIT.
U
N Pere de Famille qui faisoit sa demeure
dans le Pays de Droit Ecrit , &
qui avoit quatre Enfans , un garçon & trois
filles , fit son Teftament en 1713. par lequel
il institua son fils pour son heritier , & or
donna qu'au cas qu'il décedât ayant l'âge do
25. ans , & sans enfans , & au cas de crime ,
son hérédité apartiendroit par égale part &
portion à fes trois filles , toutes trois mariées,
chacune pour un tiers , & aux leurs pour
tiers d'une chacune prohibant audit cas
route Quarte Trébellianique & autre dis
traction de Droir.
le
Le fils heritier s'est marié depuis le décès
'de son Pere , & il eft mort sans enfans ca
1738. ayant plus de 25. ans. Avant que de
mourir il a fait son Teftament , par lequel il a
inftitué pour fon heritier universel un de ses
neveux , fils de l'aînée de ses soeurs , & s'eft
contenté de faire quelques Legs modiques à
quelques -uns des enfans de ses deux autres
soeurs.pes!
,
Tout cela posé on demande fi les deux
soeurs cadettes sont bien fondées à demander
l'ouverture de la Subftitution , en la ma
niere qu'elle eft marquée dans le Teftament
de leur Pere. Ce
DECEMBRE. 1739. 3033
Ce qui feroit croire qu'elles sont bien fondées
, c'eft que la Regle génerale , qui dit
que quand il y a plusieurs conditions qui
sont conjointes , il faut que toutes ces conditions
arrivent , omnibus conditionibus conjunetim
additis parendum eft . L. fi haredi plures
ff. de Condit. Inft . L. 45. n'a point lieu,
dans les Subftitutions faites en faveur des
descendans des Teftateurs sous differentes
conditions , quoique conjointes , lorſque la
condition fans enfans , y eft jointe ; car alors
la conjonctive eft convertie en alternative ,
ou disjonctive ; ensorte qu'il fuffit en faveur
des Subftitués , defcendans du Teftateur
que l'une des conditions arrive , quoique
toutes ces conditions fuffent conjointes. C'eſt
le sentiment de M. Mainard , L. 2. c. 40. de
M. la Roche , L. 3. in verbo Subſtitutions ,
tit. 6. art. 4. de M. Caftellan , Liv. 5. c. 19.
de Fernand , sur la Loi Generaliter de Inftit.
Subftit.
On peut ajoûter à cela , que les conditions
sous lesquelles la Subftitution a été
faite , rendent néceffaire la converfion de la
conjonctive en alternative , suivant l'intention
évidente du Teftateur ; car il subftituë ,
au cas que son heritier vienne à déceder
avant l'âge de 25. ans , & sans enfans naturels
& légitimes , & en cas de crime . Or
si l'heritier , après l'âge de 25. ans
D v
avoit
été
3034 MERCURE DE FRANCE
été condamné à mort pour crime , il seroit
absurde de prétendre que le Fifc eût profité
des Biens au préjudice des Subftitués
il faudroit pourtant que cela fût , si la Substitution
pouvoit être anéantie par le défaut
d'une des conditions. Mais on voit au
contraire que les deux dernieres conditions
avoient trait de temps après l'âge de 25.
ans , & qu'il fuffit par conséquent que celle
sans enfans , soit arrivée , ensorte qu'indépendamment
des regles qui convertiffent
les conjonctives en alternatives en faveur
des Subftitués descendans , on voit que les
circonſtances du cas dont il s'agit , rendent
cette conversion néceffaire ; car il paroît par
les termes du Teftament , & par l'intention
du Teftateur , qu'il suffit que l'une des conditions
foit arrivéc .
Enfin , il eſt évident que le Teftateur n'a
point voulu que ses biens paffaffent en entier
dans la Maison d'une de ses filles , car
ayant fubftitué par un premier Teftament
du 5. Septembre 1710. sous les mêmes conditions
les deux plus jeunes de fes filles
pour 2000. livres chacune , & le surplus à
l'aînée & aux siens , il révoqua par un Codicile
du 9. du même mois cette Subftitu
tion , en déclarant qu'il vouloit & entendoit
que la Subftitution apartint par égale
Fart & portion à ses trois filles & aux leurs,
guiDECEMBRE.
17392 303
quoiqu'alors l'aînée fût la feule qui fût mariée
& eût des enfans ; ( les deux autres
ont été mariées depuis , & ont auſſi des enfans
. )
1.
Quoique toutes ces raisons paroiffent
très-bonnes pour favoriser l'ouverture de la
Subſtitution en la maniere qu'elle eft marquée
dans le Codicile du 9. Septembre
1710. & dans le Teftament du 8. Octobre
1713. elles ne laiffent. pas d'être combatuës
par d'autres raisons , que l'on ne raporte
point ici , parce que l'on veut laiffer le
champ libre à ceux qui voudront bien dire
leur fentiment sur le cas proposé , foit pour
aprouver l'ouverture de la Subftitution , conformément
aux raisons ci - deffus alleguées ,
soit pour la combatre par des raisons plus
fortes & plus décifives qu'ils jugeront à pro
pos d'alleguer , par la même voye du Mer-
Cure.
L'OISON ET LE CIGNE.
FABLE.
1 !
UN jeune Oifon qui par bonheur infigne
Avoit reçû quelques leçons d'un Cigue ,
Se mit en tête un beau matin ,
Qu'il n'étoit ni Grec ni Latin ,
D vj
3036 MERCURE DE FRANCE
Qui fçût fi bien que lui manier la parole .
Joignant l'ingratitude à fa vanité folle ,
En faveur d'un vieux Jars hardi déclamateur ,
11 attaque fon Précepteur ,
Le vilipande , le déchire ,
Et par brocards de Crocheteur ,
Cherchant aux, dépens du bon Sire ,
A divertir la Baffe-cour ,
Pour quelques Dindons qu'il fait rire ,
Se fait siffler des Gens de Cour.
Que cet Oifon eft pitoyable !
S'écrie un Roffignol , non jamais Perroquer
N'eut fi peu de cervelle avec tant de caquet.
C'eft , répond un Serin , un ingrat effroyable ,
Qu'il faudroit pour bonne raifons ,
Mettre avec fon Confrere aux petites Maiſons,
Pendant que chacun d'eux raisonne
L'Oison qu'aucun sifflet n'étonne
Pourfuit fa pointe avec chaleur
Et fait condamner fon Docteur ;
Le tout pourtant au nez des gens à bonne tête
Qui s'en allant baiffant la crête ,
S'entre- difoient tout doucement.:
Falloit-il demeurer oififs en cette affaire ?
Ne point agir du tout ? autant valoit ſe taire ?
Nous avons tort affurément ,
Car nous n'ignorions pas que le moindre adversaire
,
2
FûtDECEMBRE.
1739 3937
Für il Moucheron , ou Fourmi ,
Devient en certain cas , quand on le laiffe faire ,
Un fort dangereux ennemi.
M. Luneau , d'Ifoudun , en Berri.
DISCOURS préſenté à l'Académie Fran
çoise , pour le Prix d'Eloquence , 1739 .
par M. SIMON,
SUJET.
La Douceur eft une vertu qui a fa récompenſe dès ce
monde- ci , conformément à ces paroles de l'E
vangile : Beati mites , quoniam ipfi poffidebunti
terram. Matth. c. 5. v. 4.
R
EXORDE
len n'eſt fi naturel à l'homme que de travailler
à fe rendre heureux . Né pour l'être toujours
, s'il eût fçu conferver fes premieres prérogatives
, aucun defir n'eût trouvé place dans fon coeur;
mais depuis qu'il a femblé n'avoir reçu le pouvoir
de choisir que pour choisir ce qu'il dévoit rejetter
, il s'eft trouvé tout-à- coup environné de la
mifere , dont auparavant il ignoroit le nom même.
La chute de l'homme ne détruifit pas cependant
en lui l'amour de la felicité. Les richeffes lui parusent
un moyen sûr pour y parvenir ; mais bientôt la
peine de les acquerir , & la crainte de les perdre
le rendirent plus miferable encore.
Il falloit donc fe tourner du côté de la vertu : quoiqu'aisément
enclein au mal, il étoit porté naturellement
3038 MERCURE DE FRANCE
ment au bien: la nobleffe de fon origine lui infpiroit
quelquefois de nobles fentimens , mais le moment
qui les voyoit naître , étoit fourent témoin
de leur inutilité.
à
De-là ce mêlangé confus de bien & de mal. De.
là ces vertus payennes , qui n'étoient , proprement
parler , que des vices colorés. En vain quelques
Philofophes affecterent-ils une securité parfaite
ce ne fut jamais qu'en se faisant violence
qu'ils parurent tranquilles.
Non , votre vertu ne vous rendit pas vraiment
heureux , Stoïciens orgueilleux ; votre contrainte
vous a trahis , & votre felicité fut toujours chiméri–
que , parce que votre vertu fut toujours fauffe .
Telle étoit la conduite de la plupart des hommes
avant la venue du Meffie leur humilité n'étoit
qu'un orgueil raffiné ; la fcience ne paroiffoit pref
que jamais chés eux fans oftentation , & s'ils exerçoient
quelque acte de clemence , la vanité feule y
avoit part : la Douceur même paffoit chés eux pour
un manque d'efprit & de courage.
Ce ne fut que dans les leçons de JESUS - CHRIST
que l'homme recouvre les moyens d'arriver au véritable
bonheur. Ce fut alors qu'il apprit, que ceux - là
font véritablement heureux qui ont la Douceur en
partage , & qu'il n'eft pas néceffaire d'avoir fourni
fa carriere , pour recevoir le prix de cette aimable
vertu . En effet , ce n'eft point un grain qu'on laiffe
pourrir en terre , & dont il faut attendre avec pa
rience l'interêt aut temps de la moiffon ; c'eſt une
femence dont on recueille le centuple même én la
femant , c'eft un tréfor qui s'accroît à mesure qu'on
en fait part aux autres . Qu'il eft beau de s'enrichir
en faifant des largeffes !
Entrons en matiere.
La Douceur eft une vertu que nous fommes ins
telessés
DECEMBRE. 1739 3039
interessés à acquerir , fi nous voulons nous rendre
heureux. Pour le prouver invin , iblement , il ne
faut qu'envifager les avantages que l'on peut retirer
de cette vertu. Heureux , s'il ne falloit que la peindre
à l'efprit , pour la faire paffer au coeur !
PREMIERE PARTIE .
Qu'une Loi qui contraint eft gênante mais que
celle-là eft douce qui porte avec foi fa récompen
fe Le précepte de la Douceur eft fi intereffant
pour l'homme raisonnable , qu'il faut ceffer de
'être pour refufer de s'y foumettre.
Quelqu'avantageux cependant qu'il foir de pof
feder la Douceur , il n'eft pas fi aisé de l'acquerir ,
que l'on se l'imagine . Peu font doux , s'ils ne le
font naturellement , & peu naiffent avec un naturel
doux. Il ne faut pas conclure de- là , qu'il foit impoffible
de le devenir ; la grace change tous les
jours le coeur des hommes , & elle fe cache peutêtre
artificieufement fous le defir ardent que quelques-
uns reffentent de ſe rendre heureux.
Or , pour y réüffir , rien n'eft plus propre que la
Douceur , & l'on ne peut faire la peinture d'une
félicité parfaite , fans faire celle des effets que produit
cette vertu.
On en remarque de deux fortes , la paix au de
dans , & la paix au dehors.
Dites- le-nous , heureux mortels , qui reçûtes de
la nature un efprit doux & un coeur tendre , quelle
tranquillité charmante quelle joye interieure !
quelle paix parfaite ne goûtez vous pas au dedans
de vous- mêmes ou plutôt , dites- le nous , vous
qui , dès en venant au monde , annonçâtes des inclinations
turbulentes , & un penchant à la colere
quel trouble interne ! quel morne chagrin , quels
combats
3040 MERCURE DE FRANCE
combats perpetuels ne fouffrez - vous pas dans votre
ame ?
Non , rien n'eft comparable au repos intérieur
dont jouit l'homme doux ; & il vient, ce repos , de
l'accord parfait de la Douceur avec la Raifon ;
celle- ci n'exige que ce que celle- là doit faire ; &
celle-là eft toujours prête à faire ce que la derniere
aprouve. Car , que ferviroit à l'homme la Raison
fans la Douceur ? la Raifon toujours fiere de ſes
privileges , qui confiftent à juger des chofes , fçait
bien les aprouver lorfqu'elles fontjuftes ; mais ne
fe révolte- t'elle point lorfqu'elles ne le font pas
& en cela la Raiſon ne fait aucune grace : au lieu
que la Douceur , naturellement bienfaifante , fçachant
donner le prix aux chofes raifonnables ,
fçait en même temps excufer celles qui ne le font
pas.
-Or , c'eft de cet accord de la Douceur avec la
Raifon , que réſulte cette tranquillité de l'ame ,
qui rend celui qui en jouit , exempt de ces mouvemens
de colere , & de ces faillies de l'humeur ,
qui font fouvent agir les hommes raisonnables comme
ceux qui le font le moins. C'eft de cette aimable
focieté que vient ce fond de gayeté qui ajoûte
aux biens que l'on a , & qui tient lieu de ceux
qu'on n'a pas , qui fçait adoucir la douleur la plus
vive , & qui rend inutiles les attaques du cha-'
grin.
Mais , cette infenfibilité , dira quelque critique ,
ne feroit-elle pas une marque de foibleffe ou de
crainte ne feroit-ce pas plûtôt , répondra- t'on ,
une preuve de force & de grandeur d'ame ? Lequel
eft plus glorieux, ou de fe laiffer lâchement abbatre
par le chagrin , ou de réfifter courageusement à la
douleur ?
Comment voudriez-vous juger de la Douceur ,
yous
DECEMBRE. 1739
3041
Vous , qui n'en connûtes jamais le prix ; vous , qui
ne joüiffez pas tranquillement de vos biens , parce
que vous n'avez pas ceux dont vous voudriez joüir ;
vous , chés qui c'eſt même un crime que d'être'
innocent , & dont la mauvaiſe humeur regarde également
comme un mal ce qui arrive & ce qui n'ar
rive pas ? Eft-ce donc aux aveugles à juger de la
clarté du jour ?
Il est étonnant qu'il faille aprendre aux hommes
qu'ils doivent être doux. Si leurs propres miferes ;
ce qu'ils fe doivent à eux - mêmes ; ce qu'ils doivent
au prochain ; ce qu'ils doivent à Dieu , ne les
engage pas à le devenir ; quel motif plus preffant
pourra les y engager ?
Homme charnel , que vous connoiffez peu ce
qui vous convient homme colere , que vous prenez
le change ! toujours livré à une agitation qui
vous dévore , vous foupirez fans ceffe après la tran-*
quillité , tandis que vous la fuyez conftamment.
Ce n'eft que la jaloufie du bonheur dont jouit celui
qui eft doux , qui vous fait pouffer des plaintes , &
vous ne foupirez pas pour acquerir la Douceur , qui
feroit le vôtre.
Pourquoi dans l'opulence êtes - vous inquiet ,
tandis que l'homme doux dans l'adverfité paroît
tranquille que trouvez - vous dans fon état qui foit´
Aateur pour vous defireriez vous être auffi pauvre
que lur , vous qui defitez d'être plus riche que tout
le monde entier ? Avoüez- le ; il eſt auffi heureux
dans fa mifere , que vous êtes miferable au milieu
de vos tréfórs : Il poffede fon ame dans la paix, comme
dit l'Ecriture , il eft heureux , parce qu'il ne fçait
defirer que ce qu'il doit avoir ; rien ne lui manque ,
parce qu'il fe contente de peu ; & loin d'être jaloux
de votre profperité , il s'en réjouit ; & s'il
paroît quelquefois trifte , c'eft de ce que vous n'êtes ,
pas content. Avoüons
3042 MERCURE DE FRANCE
Avoüons- le donc auffi une bonne fois où trou
verions-nous une fi aimable paix , fi ce n'eft dans
Ja Douceur ? S'il eft vrai que parmi toutes les chofes
précieuses de la terre , nous n'avons rien de plus
précieux que nous- mêmes , pourquoi nous aimonsnous
affés peu , pour chercher notre felicité où
elle ne peut être , & pourquoi nous , qui eftimons
tant les chofes rares , recherchons - nous fi rarement
cette vertu ?
;
Par la Douceur nous pouvons rendre toutes nos
démarches falutaires; fans la Douceur nous courons
rifque de nous perdre ; avec la Douceur , nous modérons
le feu de nos paffions ; fans la Douceur elles
nous tyrannifent ; par la Douceur , nous devenons
fages fans elle on s'abandonne à la vivacité , &
l'on ne fait que trop où la vivacité conduit . Enfin
celui qui eft affés heureux pour avoir la Douceur
en partage , peut être comparé , en quelque façon ,
au premier homme dans l'état d'innocence ; il trou .
ve dans fon coeur ce Paradis de délices , οι regne
un Printemps continuel , & ou coulent des fleuves
de lait & de miel ; loin de lui ces fongés funeftes
qui troublent le repos de la nuit , & qui ne viennent
fouvent que de l'agitation du jour , fes pensées les
plus profondes ne l'empêchent pas d'être toujours
préfent à lui -même , & fi au milieu de la paix la
plus folide , il eft fujet à quelque petite agitation ,
ce n'eft fans doute qu'à celle que produit le plaifir
d'obliger tout le monde.
A ces avantages , fi l'on ajoûte celui de fe rendre
conforme à la volonté de Dieu , & d'executer un
des principaux points de fa Loi , on en trouvera
plus qu'il n'en faut pour prouver qu'il eft d'autant
plus avantageux d'être doux , que la Douceur dans
le coeur du Chrétien , eft un aimant qui attire à foi
toutes les autres vertus pour les accorder enſemble.
..... Que
DECEMBRE. 1739 3043
Que pourroit- on imaginer au - deffus de l'état
d'un homme qui poffede au - dedans de lui de fi
précieux tréfors ? S'il excite votre admiration , Chrétiens
, que n'excite - t'il auffi votre zele ! defirez- ·
vous véritablement de vous rendre heureux ? cher .
chez la Douceur ; avez- vous déja la Douceur ? vous
êtes déja heureux.
Car tel eft le premier avantage de la Douceur, de
procurer une véritable paix au - dedans.
Paffons maintenant aux effets qu'elle produit audehors.
SECONDE PARTIE .
Gagner les coeurs des plus indifferens ; défarmer
les ennemis apaifer les furieux ; charmer les plus
infenfibles ; faire réüffir dans les entrepriſes ; confoler
dans les révers , donner le véritable efprit de
la ſocieté ; accorder la jeuneffe avec la vieilleffe , &
faire fupporter à celle - ci les écarts de celle- là , enfin
conquérir le Monde entier , & poffeder toute la
Terre ; ce font - là en même- temps les effets & les
récompenfes de la Douceur .
Oui , c'eft , à proprement parler , vivre , qu'être
doux ; c'eft fc priver du plus doux plaifir de la vie
& renverfer l'ordre des chofes , que de négliger
d'acquérir la plus avantageufe de toutes les vertus .
Pour donner tout le jour à cette propofition , il
ne faut qu'examiner les effets que la Douceur produit
dans les differens états où l'homme peut fe
trouver. L'efclavage eft , fans doute , le plus trifte
de tous ; cependant la Douceur avec laquelle l'homme
raifonnable s'y foumet , lui en procure fouvent
l'affranchiffement . Que feroit fans la Douceur le
commerce du Public , finon un amas confus de gens
toujours mécontens les uns des autres ? N'est - ce
pas la plus belle qualité du Magiftrat, qui lui attire
l'affec
3044 MERCURE DE FRANCE
l'affection des hommes , foit qu'il protege l'inno
cent , foit qu'il puniffe le coupable ? c'est le plus
bel ornement du Trône , & le gage le plus certain
de l'amour des Peuples.
De quelle autre Loi auroit- on besoin dans le
Monde , fi celle qui nous enjoint la Douceur étoit
exactement obſervée ? Eſt- il donc befoin de recommander
à l'homme d'avoir de la Douceur pour fon
femblable , & faudra-t'il que les bêtes lui donnent
des préceptes pour regler fa conduite ?
C'est ici , ce femble , le lieu de fe récrier contre
le mauvais goût de nos jours , qui fait fouvent préférer
à l'avantage que l'on retireroit de la Douceur,
le funefte plaifir de fe venger.
A quel titre une injure repouffée par une autre ,
a- t'elle aquis aujourd'hui les grands noms de bravoure
& de nobleffe ? C'eft , dit-on , une injure
atroce que l'on a reçûe ; c'eft un tort confidérable
que l'on a fouffert ; c'eſt une calomnie indigne donton
veut avoir raiſon ; en un mot , il y va de l'honneur
, & la vengeance eft douce.
Défabulez -vous , Mortels trompés par l'ennemi
de votre repos ; jaloux de votre bonheur , il vous
amufe par des aparences ; le plaifir que l'on retire de
la vengeance , n'eft qu'un chagrin mêlé de remords;
& la violence que l'on le fait en pardonnant , eft
toujours suivie d'une joye folide & durable. D'ailleurs
, la véritable Douceur s'accorde toujours avec
l'équité ; elle ne vous commandera jamais de faire
que ce que vous voudriez que l'on vous fît. Jugez
maintenant votre propre cauſe , & dites-nous fi
vous verriez d'un oeil tranquille les démarches vengereffes
de celui que vous auriez offenfé ? Qu'il eft
rare de n'être pas injufte , quand on le fait juſtice
foi-même !
En effet , il eft faux de croire que l'on peut
anéantic
DECEMBRE . 1739. 3045
anéantir l'injure avec celui qui l'a faite. La foif de
la vengeance ne s'étanche que par le déſeſpoir , &
l'on n'échape fouvent au fer de fon ennemi ,
pour périr par le fien même .
que
Difparoiffez donc fauffe prévention ; fuyez fauffe
nobleffe , devant la feule véritable . Il eft beau
il eft grand , il eft divin de pardonner. Celui qui
par un heureux tempérament ne fit jamais de mal
à perfonne , eft , fans doute , bien eſtimable ; mais
celui qui , juftement irrité , n'employe que la Douceur
contre fon ennemi , eft un héros cent fois
plus digne de loüanges .
David pouvoit , ce femble > tirer raifon des
mauvais traitemens de Saul , lorfque celui-ci fe
trouva en fon pouvoir ; il préfere cependant la
Douceur à la vengeance ; & pour récompenſe d'avoir
épargné un Roy , il devient Roy lui- même.
La douceur refpectueufe d'Anne , mere de Samuel
, lui mérite la naiffance de ce fils qu'elle avoit
demandé fi ardemment au Seigneur.
Et , fil'on joint cette aimable vertu à une humilité
profonde , on reconnoîtra qu'elles ont mérité
toutes deux à la plus douce & la plus humble de
toutes les Créatures , la gloire de devenir mere de
fon Créateur,
Après un exemple fi digne de nos refpects & de
notre admiration , il n'eſt pas néceffaire d'en raporter
d'autres. Toujours & partout la Douceur a été
récompenfée . Elle perfuade ; elle convainc mieux
que les plus folides raifonnemens . Veut- on plaire
dans le Difcours ? on le rend doux & coulant ; on
flate l'oreille , pour gagner le coeur ; une phifionodouce
prévient l'Auditeur ; la Douceur de la parole
la fait écouter avec plaifir ; une phrafe pathéthique
remue les entrailles ; on eft à moitié perfuadé . S'agit-
il de fortir avec honneur d'une négociation dif-
Sicile
3046 MERCURE DE FRANCE
ficile la Douceur y fait mieux réüiffir que la politique
la plus fine ; la politique même emprunte fes
charmes . Faut-il obtenir une grace fi c'eft la Douceur
qui la demande , peut- on la lui refufer è la
Douceur l'accorde fouvent à la Douceur. Eft - ce
un enfant prodigue à réconcilier avec fon pere ?
quelques larmes du fils en attirent bientôt un torrent
de celles du pere ; & quand un pere pleure ,
peut -il refufer de pardonner ?
Non , jamais la Douceur n'eft restée fans effet , &
toujours elle a porté avec foi fa propre récompenfe
; auffi eft- elle univerfellement aimée dans les
chofes comme dans les perfonnes. Elle plaît à tous
les fens; elie les enchante; elle les ravit. Les fons mélodieux
d'une voix fléxible , charment l'oreille ; la
beauté d'une fleur plaît aux yeux ; fa douce odeur
flatte l'odorat : le miel eft , fans doute , plus agréable
que le fiel & l'abfynthe ; & la main fe porte vo-
Jontiers fur ce qui eft doux au toucher.
Paffons aux avantages que l'on retire de la Douceur
dans le commerce de la vie, qui feroit fans elle
un monftrueux affemblage de bêtes féroces , plutôt
qu'une focieté aimable ."
Quelle eft douce l'harmonie qu'elle établit entre
le Maître & le Sujet ! Celui- ci remplit fes devoirs en
fe foumettant avec Douceur aux ordres de fon Maître
, tandis que le Maître , récompenfé par ' a douce
affection du Sujet , le récompenfe lui-même par la
Douceur de fes bienfaits.
Grands du Monde , Rois & Monarques , vous
yous trompez ; ce n'eft point par la force des Armes
que vous ferez la conquête de la Terre : vous
la ferez trembler , & vous répandrez l'épouvante de
l'un à l'autre Pole : ce n'eft que par la Douceur que
yous regnerez véritablement. L'amour des Peuples
garde mieux les Rois que les Armées les plus nombreufes
,
DECEMBRE. 1739 .
3047
breufes , & les Citadelles les plus formidables .
C'eſt à cette aimable Douceur que le plus puissant
de tous les Etats eft redevable de fa fplendeur
& de la gloire. C'est elle qui fait admirer la fagesse
de fon Gouvernement , & la prudence de fes Mi
niftres. L'ordre y regne partout ; & les Etrangers ,
curieux d'aprendre par leurs propres yeux , fi la Renommée
leur a été fidelle , y accourent de toutes
parts pour admirer la Magnificence , la Sageffe & la
Douceur d'un nouveau Salomon.
Loin d'un Etat fi heureux , la triſteſſe , la mifere,
le trouble & la diffention : tout y refpire la joye ,
l'abondance , la Victoire & la Paix . Si quelquefois
on y prononce le nom affreux de la difette , on entend
plûtôt parler du remede que l'on y a apporté,
que de la caufe d'où elle proveñoit . L'on n'y entreprend
la guerre que pour affûrer le repos des Peuples,
& le Prince préfere la gloire de borner fes conquêtes
, à tout ce que la certitude de vaincre a de
plus flateur. Plus ménager du fang de fes Sujets ,
que ces fiers Conquérans , qui facrifient volontiers
cent mille hommes pour gagner une Ville , il refuferoit
d'en prendre mille , s'il lui en coûtoit la vie
d'un feul des fiens .
Mais , mon deffein n'eft point de décrire ici le
bonheur de la FRANCE ; s'il falloit un Apelles pour
peindre un Alexandre , quel Ecrivain faudroit - il
pour faire l'éloge du plus grand des Monarques ?
Diroit- on qu'il réunit en fa Perfonne Sacrée toutes
les vertus enſemble ? Toute la Terre ne le fçait
elle pas , taadis que lui feul veut l'ignorer ? Voudroit-
on fçavoir laquelle de toutes les vertus il possede
au plus haut degré laquelle cho fira- t'on , ou
de la Douceur , ou de la Modeſtie ?
Qu'il eft difficile de faire l'éloge d'un Prince
3048 MERCURE DE FRANCE
ce qui mérite fi bien les louanges , & qui ne les aimé
pas !
Prendra- t'on le parti du filence s'il eft le plus
refpectueux , il paroît auffi le plus injufte.
Non , il fuffit d'être Roy des François , pour en
être aimé, & le François ne peut aimer fans le dire.
PRIERE.
Créateur des vertus & des hommes , nous nous
profternons à vos pieds , & nous avoüons notre foibleffe,
C'eft en vain que nous connoîtrons les avantages
de la Douceur , fi vous ne nous donnez la
force de la pratiquer. Accordez- nous la vertu que
vous nous commandez , & nous ferons parfaitement
Doux. Que la Douceur ferve à nous faire connoitre
notre peu de mérite , & à pratiquer la charité
envers notre prochain ; & lorfque vous nous aurez
rendus agréables aux yeux de votre Divine Majefté,
récompenfez en nous vos dons , & faites - nous passer
de la félicité temporelle que vous avez bien
voulu attacher à la pratique de la Douceur , dans
celle qui ne fera plus bornée par les temps . Ainf
soit-il
ODE
DECEMBRE. 1739. 3049
かの
ODE
Sur la mort du Pere Vaniere , Jésuite , célebre
Poete Latin , à M. Titon du Tillet.
Par M. des Forges Maillard.
V Aniere *ne vit plus ; le Talent le plus rare
Ne retient pas la main de la Parque barbare
Tout cede à ses rigueurs.
Le Parnasse est en deuil , Euterpe fond en pleurs
Et les Echos des bois , où fon regret s'égare ,
Repetent ses douleurs,
*
Rapin la consola du trépas de Virgile ;
Vaniere , dont la veine étoit douce & facile ,
Du trépas de Rapin .
Qui , pour la consoler de ce coup du Destin ,
Joindra , comme Vaniere , & le goût & le stile
Du beau siecle Latin ?
*
* Le P. Vaniere , comme on l'a marqué dans le
Mercure de Septembre dernier , où est son Eloge , as
composé entr'autres Ouvrages un Poëme Latin en
XVI. Livres , intitulé , Prædium Rusticum , où il
décrit tous les travaux & tous les plaisirs de la Campagne.
II. Vol, F Le
3050 MERCURE DE FRANCE
Les hommes , cher Titon , tour à tour disparoissent,
Comme dans les Jardins on voit les fleurs qui
naissent ,
Se fléttir promptement ;
L'une seche au Soleil , l'autre s'éfeijille au vent >
Et toutes en limon fous les herbes s'afaissent
De moment en moment.
*
Un bras caché détruit & repeuple le Monde ;
La Terre est la marâtre & la mere féconde ,
Qui formant le berceau
De tout ce qui respire , en devient le tombeau ;
Pour Fun Finstant qui passe est une nuit profonde
Pour l'autre un jour nouveau .
*
Ruisseau , que desormais sur les herbes mourantes
Un murmure plaintif de tes Ondes errantes
Accompagne le cours.
1
Bois , Collines , Vallons renoncez aux beaux jours.
Celui qui célebra vos beautés differentes ,
Vous quitte pour toujours.
*
?
Mais , que dis-je brillez Jardins , Bois, & Verdure ,
Ruisseau , qu'un bruit flateur à ton triste murmure
Succede désormais.
Celui qui sçut chanter vos biens & vos atraits ,
Ya
DECEMBRE. 1739 30si
Va jouir d'un printemps dont la volupté pure
Ne finira jamais.
Et toi , Titon , & toi , la moitié de moi- même
Quitte la folitude , où ta douleur extrême
Trouve à s'entretenir.
Veux- tu que cet ami , cher à ton souvenir,
Renaisse pour te voir , & de la Cour suprême
Consente à se bannifi
*
Quoique de ton amour le noble témoignage ;
Qui déja sur le Bronze a gravé son visage , ☀
* M. Titon a fait executer en Bronze le Médaillon
du P. Vaniere avant fa mort, ce qu'il a fait de même
pour Mrs de Fontenelle , Rouffeau , Campra & Destouches
, des Poëtes & des Muficiens privilegiés , qui
jouiffent depuis 40. & 50. ans d'une grande réputation
c'eft ce qu'il continuera de faire à l'égard de
quelques-uns de nos illuftres Poëtes vivans , en
commençant par Mrs de Crébillon & de Voltaire.
Il eft perfuadé que les Connoiffeurs & les Amateurs
de la belle Poëfie lui en fçauront bon gré , & furtout
l'Augufte Prince Royal de Pruffe, l'Honneur des
Belles-Lettres , & le Protecteur des Sçavans , qui ,
dans une Lettre qu'il a daigné lui écrire en le remerciant
par un préfent d'une Boëte d'or , du Pat
naffe François , repréſenté en peinture & en Eſtampe
; qu'il a envoyé à S.A. Rb avec le volume infolio,
qui en contient la Defcription , & une fuite de 25.
Médaillons de Bronze de Poëtes & de Muficiens, lui
Soik
3052 MERCURE DE FRANCE
1
Soit d'un affés haut prix ;
Par ta plume immortelle au rang des beaux efprits
Tu le feras encor revivre en ton Ouvrage ,
Comme dans ses Ecrits ..
PK
a marqué fa furpriſe de n'avoir pas trouvé parmi
ces Médaillons celui de M. de Voltaire , mais chacun
doit avoir fon & le Parnaffe eft tout
oposé dans fes productions au Potofi , Ville &
Montagnes remplies de Mines d'or & d'argent , &
à fes environs. M. Titon , dans la Defcription de fon
Parnaffe François , a foin de mettre n augmentation
tous les trois ou quatre ans l'Extrait de la Vie des cé-
Lebres Poëtes ou Muficiens qui font morts pendant cet
espace de temps , avec un Catalogue de leurs Quvrages
, lejugement que les Sçavans en ont porté. C'e
Suplément fe trouve séparémeut.
J
ENIGM E,
... E suis de l'Am • un assés grand canton
Pour ne pas dire portion ;:
Edipe , diras-tu que non ?
Une consonne , une voyelle ,
Une autre consonne & voyelle ,
Encore une autre avec une voyelle ;
Désignent comme il faut en six lettres mon nom
Et toujours la même voyelle.
nilo Lecteur , je te la donne belle ;
97560
9
J'attends sur ce sujet une juste raison,
Par Duchemin , Musicien à Angers,
DECEMBRE. 1739 3053
LOGOGRYPHE..
Si je suis quelquefois un objet d'importance ;
Je suis le plus souvent un objet de mépris ,
Et c'est à moi grande insolence
De prétendre exercer de sublimes esprits .
Il est vrai cependant , que par moi la Musique
Et les Discours ont quelque arrangement, •
Je suis même , en un sens , redoutable réplique ,
Pour l'emprunteur avide, & pour l'homme qui ment,
De cinq membres que j'ai , si le chef se suprime ,
Celui que j'aurai désigné ,
Revétu d'un pouvoir de Dieu même émané
Ne peut être insulté sans crime .
Rayez mon second frere , ainsi que le dernier
Après avoir vivant décoré les Campagnes ,
Je deviens à ma mort utile au Marinier.
Mais voulez vous enfin ôter de mes Compagne
Celle par qui l'on voit mon nom se partager ?
Sans moi le Voyageur mille fois en danger ,
Bornant de ses projets les trop vastes idées ,
Non loin de son foyer , passeroit ses années.
Par M. L. D. M. de Nismes:
E ij
AUTRE
3054 MERCURE DE FRANCE
EN
AUTRE
N huit Lettres , Lecteur , je parois à tes yeux,
‹Pour exercer ton esprit curieux ;
Eloigne tei de moi , car je suis un grand traitre ,
D'ailleurs j'ai dans mon sein un Tac ,
Qui pourroit bien t'envoyer dans le Sac ;
Si tu veux dependant , je te ferai paroître
Saint Luc pour imiter , pour te baigner un Lac.
Lucas avec Colas , assis au pied d'un hêtre ,
Pourront te réciter une Chanson champêtre ;
Un Soc pour labourer , se trouvera chés moi ;
Te pique-tu de sçavoir la Musique ?
Ui , Sol & La , se présentent à tor ;
Mais je finis , car je crains la critique.
AUTRE,
PRends la tête d'une Bourée , 1
Et ce que certains Animaux
Font en une seule journée ,
Tu vois alors Messer Lourdaut.
LOGOGRYPHUS.
1
"AUt inter densasfrondes , aut inter acuta
Dumi septa orior : si vis me noscere , promam
Unde meum sensim poterit tibi surgere nomen.
Semoto capite, & qua restant Ordine sumptis ,
Quis
DECEMBRE. 1739 . 3055
Quis mihi restiterit ? nec vel validissimus hostis ;
Caudam rejicias tantùm , cervice resumptâ ,
Quem tenuere Patrès , hunc callem prorsus habebis ;
Pes capiti junctus , pondus dabit atque Monetam ,
Cum tribus , Aurificis Figulive opus exto decorum.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
A
NNALES DE L'ORDRE DE S. BENOIT
Patriarche des Moines d'Occident, où
l'on trouve non- seulement l'Histoire de l'Etat
Monastique , mais encore une partie considérable
de l'Hiftoire Ecclesiaſtique. A Paris,
chés Jacques Rollin, 1739. Tom. VI. pp.797.
REFLEXIONS Historiques & Politiques
sur les moyens dont les plus grands Princes
& les habiles Miniftres se sont servis pour
gouverner & augmenter leurs Etats , avec les
qualités qu'un Ministre doit avoir ; de quelle
condition il faut qu'il soit , & ce q'uen
- Prince eft obligé d'observer envers lui. A
Leyde , 1739. in- 8°.
HISTOIRE ROMAINE de Tite - Live , seconde
Décade , ou les Suplémens de J.
E iiij Freins3056
MERCURE DE FRANCE
Freinshemius , traduite, en François par M
Guerin , ancien Profeffeur d'Eloquence dans,
l'Université de Paris. Tome premier. A Paris
, chés Louis Dupuis , ruë S. Jacques, près
la Fontaine S. Severin , à la Fontaine d'or
1739. in- 12 . de 288. pages .
2
LEÇONS DE PHYSIQUE , expliquées au
College Royal de France , par Joseph Privat
de Molieres , Profeffeur Royal en Philosophie
, de l'Académie des Sciences , & Membre
de la Societé Royale de Londres. Tome
IV. & dernier, dans lequel on traite de l'Astronomie
Physique , des loix du choc des
corps à reffort , du détail du choc de la lumiere
& des couleurs , & l'on finit par une
'démonftration nouvelle de l'existence de,
Dieu. A Paris , chés la veuve Brocas , rue
S. Jacques , au Chef S. Jean ; Musier , Qual
des Auguftins , à l'Olivier ; la veuve Pissot ,
à la descente du Pont-Neuf, à la Croix d'or;
& Bullot , Imprimeur- Libraire , rue des Prê
tres , près S. Severin , 1739 .
GEOGRAPHIE DES ENFANS , ou Méthode
abregée de la Géographie , quatrième Edi- .
tion , augmentée du Plan de l'ancienne Géographie
, & des Syftêmes du Monde , avec
plufieurs Cartes & Figures. Par M. l'Abbé
Lenglet Dufresnoy , in- 12. A Paris , chés
Rollin ,
DECEMBRE . 1739. 3057
Rollin , fils , & de Bure , l'aîné , Quai des
Auguftins. 1740.
Voici la quatriéme Edition d'un petit Livre
, devenu Livre d'usage , & par conséquent
néceffaire aux jeunes Gens . Sa briéveté
& sa clarté lui donnent un grand mérite
; cette Edition eft augmentée dans le
corps de l'Ouvrage de Remarques très -importantes.
La derniere Demande , qui eft à la page
121. fournit une Observation toute nouvelle
; qui eft que par les Voyages faits en
1739. on a trouvé que nos anciens Navigateurs
s'étoient trompés , en prenant pour
Terres auftrales , des monceaux de glaces ,
de plus de 300. pieds de haut , qui font au,
48. degré so . minutes de latitude méridio
nale. C'eft , fans doute , ce qu'expliquera
l'Auteur dans fa Méthode Géographique , que
l'on réimprime actuellement en 6. Volumes
in- 12.
Mais il y a deux Additions très confiderables
, qui procurent un nouveau mérite à
cet Abregé. C'eft 1 ° . un Plan de l'ancienne,
Géographie , suffisant aux jeunes Gens qui
font leurs Etudes , & qui peut leur donner
du goût pour aprofondir cette partie , s'ils y
ont quelque inclination . 2. On trouve ici
pour feconde Addition , un Abregé des differens
Systêmes du Monde , à la portée, des
jeunes
Ev
3058 MERCURE DE FRANCE
jeunes Gens , & propre à leur donner les
premieres inftructions.
Ces Additions sont accompagnées de plufieurs
Cartes. La premiere , des deux Hemispheres
; la feconde eft une petite Carte de
la France , gravée d'après feu M. De Lifle ;
c'est une forte de chef- d'oeuvre pour la clarté
, malgré fon peu d'étendue. La troifiéme
eft une Carte de l'ancien Monde , relative à
Fancienne Géographie ; enfin la quatrième ,
eft une Carte de tous les Syftêmes du Monde
, repréſentés fur une même Planche , afin
que l'on puiffe en faire plus aisément le parallele.
Comme cette Géographie abregée a été
contrefaite en plufieurs Provinces , on croit
devoir avertir que celle - ci ne pourra pas l'être
si aisément , à cause des Planches que
Pony a jointes , & qui font très bien gravées
, & même néceffaires.
Extrait du Livre intitulé : Mémoires de la
Comteffe & Horneville , ou Réfléxions fur l'inconftance
des chofes humaines , z . vol in- 12.
M. Simon , Imprimeur , vient de donner
au Public cet Ouvrage. On voit dans ce
Roman son goût pour la Morale ; il a crui
que cette sorte d'Ouvrage pouvoit en être
susceptible ; & en effet , la lecture d'un Livre
où l'on trouve l'utile , mêlé à l'agreable ,
doit
DECEMBRE. 1739. 3059
doit être plus intereffante , & ne peut manquer
de faire honneur à son Auteur. Cet Ou
vrage eft diftribué en deux Volumes , dont le
second plaira , sans doute davantage, à cause
de la grande varieté des Avantures. Le ſtyle
en général eft simple & uni , & l'Auteur ne
l'éleve que dans les endroits qu'il a crû mériter
de l'élévation. Le parallele que M. Simon
fait de la Religion Chrétienne avec
celle du Prince Zamir , eft digne d'être lû ,
& très - édifiant .
Le même M. Simon a imprimé une Connoiffance
de la Mythologie par Demandes &
par Réponses , à l'usage des Claffes , & de
ceux qui veulent s'inftruire sur ce qui regarde
la Fable . L'eſtime que le Public en fait, &
l'accueil avec lequel il a reçû ce petit Volume
in- 12. doit encourager le Sr Simon à cons
tinuer son exactitude pour la beauté de l'impreffion.
Je ne m'étendrai point sur ce que
ce Livre renferme ; je dirai seulement qu'une
des choses qui m'a paru le mettre aus
dessus des autres Ouvrages en ce genre ,
outre la maniere dont il eft traité , & la méthode
qui y eft observée , eft la diftribution
d'un nombre de Vers Latins & Frau
çois , cité au sujet des différens traits de la
Fable ; ce qui peut servir comme une introduction
à la connoiffance de nos Poëtes .
E vj
CON3060
MERCURE DE FRANCE
- CONCORDANCE des Breviaires de Rome
& de Paris , avec le Journal des Cérémonies
& Usages qui s'obfervent à la Cour , à Paris
, & à la Campagne. A Paris , chés Chardon
& Durand, 1740. in- 8 °. de 230. pages,
compris les Tables.
3
Le nom de Concordance ne doit point
faire croire qu'on ait entrepris dans cet Ouvrage
d'accorder deux Breviaires , qui ont
une infinité d'usages differens , & surtout le
Calendrier : mais on se contente d'y marquer
à chaque jour de l'année , qu'à Rome
'on fait l'Office d'un tel Saint, & à Paris d'un
tel . Ou bien que dans l'un & l'autre Breviaire
on fait du même Saint , ou de la Ferie.
Ce n'eft point là ce qui rend ce Livre curieux
mais de ce qu'à plufieurs Saints il y a
une petite Critique de leur Legende , une
Notice des Eglises de Paris ou du voisinage,
'dans lesquelles on conserve de leurs Reliques
de ce que les Cérémonies de tous
les Corps , foit Ecclefiaftiques , foit Séculiers
y sont marquées , même les usages
finguliers des Colleges. Ceux de la Cour
dont nous faisons souvent mention dans no-
>
tre Journal ,y sont auffi fpécifiés fort en détail
; ceux de l'Eglise Métropolitaine pareillement.
Il y a des remarques sur le choix
bizare de certains Saints pour Patrons de
quelques Confrairies. Ceux qui aiment l'AgriDECEMBRE.
1739. 3061
griculture , y trouveront des Observations
sur la culture de la terre . On n'a pas oublié
d'en faire sur la Pêche , sur la Chaffe , & sur
differens Points de la Phyfique , selon la diversité
des Saisons . Les Marchands même
auront de quoi y profiter , puisqu'il contient
un état des Foires & principaux Marchés de
l'Ile de France .
Voici une Note finguliere au 12. Janvier.
» On commence en ce jour au College du
» Cardinal le Moine ( à Paris ) une Cérémo-
» nie assés ridicule. Les anciens de cette
» Maison procedent à l'élection d'un des
» leurs , qui doit représenter le Cardinal
» Jean le Moine , leur Fondateur , inhumé
» en 1313. en la Chapelle de ce College.
» Après l'élection , on l'habille en Cardinal,
» & il affifte aux premieres Vêpres , avec un
» Aumônier qui porte son Chapeau rouge.
Le soiril régale ses Confreres , & leur dis-
» tribue des dragées. « Au 13. eft la continuation
de la Cérémonie : mais avant la fin
de l'Article , on y lit que la Cérémonie de
la représentation du Cardinal a cessé depuis
quelques années , ce qui paroît contredire le
refte du Narré.
Au 22. Janvier , on voudroit laiffer le Public
dans la croyance que l'Eglise de S. Germain
l'Auxerrois a eû d'abord pour Titulaire
S. Vincent ; ce qui n'eft apuyé que sur une
erreur
3062 MERCURE DE FRANCE
erreur née depuis trois à quatre cent ans; c'eſt
sur quoi il faut consulter Sauval , qui a aſſés
bien discuté cet Article.
Quoique l'Auteur de cette Compilation
paroisse avoir un goût de critique , il n'eft
pas cependant entierement exact en ce qu'il
dit au 25. Avril au sujet des Proceffions de
ce jour. Il auroit dû aussi au 8. Juin marquer
clairement la fauffeté des prétentions
populaires sur la fraternité de S. Medard &
de S. Gildard. On eft revenu presque partout
de cette erreur. Il ne suffisoit pas nonplus
de marquer,qu'à Paris on a mis en 1736.
la Fête de S. Basile au 2. Janvier ; il falloit
en dire la raison , qui eft très- bonne. C'eſt
que la mort de ce Saint arriva le premier
Janvier , & que le 14. Juin n'eft que le jour
de son Ordination. La remarque du 14. Juillet
sur les Antiennes de la Vierge paroît réfutée
dans notre Journal , par ce qui y a été
publié en 1739. sur le Salve Regina. Au 22 .
Juillet on débute par une insigne fauffeté ;
en disant que c'eft de la Femme péchereffe
de l'Evangile , dont le Breviaire de Paris fait
l'Office en ce jour. Au 25. sur S. Chriftophe,
l'Auteur auroit pû consulter Molanus de
Imaginibus Sanctorum. L'Article du 26. sur
la Tranflation du corps de S. Marcel , demanderoit
à être un peu retouché . Dans celui
du 25. Septembre , l'Auteur a pris Saint
Fix
DECEMBRE. 1739 .
3063
1
Firmin , 1. Evêque d'Amiens , & Martyr ,
pour le Confeffeur , ou comme on dit à
Amiens , S. Firmin le Confes. Il faut entendre
du dernier tout ce qu'il dit de la découverte
des Reliques . Ce qui eft dit au 14.
Octobre sur le prétendu S. Lisbicus , demandoit
d'être affaisonné de quelque petite
dose de critique.
>
A l'égard des omissions arrivées dans cette
Edition , c'eſt un défaut auquel aparemment
on remédiera dans une autre. L'Auteur
auroit pû , par exemple , dire au 26. Decembre,
que S. Etienne a été l'un des Titulaires
de l'Eglise Cathédrale de Paris. La fingularité
de faire faire plufieurs fonctions de l'Office
divin le jour des Innocens par les petits Enfans
de Choeur , même à Notre Dame , auroit
auffi pû être remarquée.
Les Fêtes mobiles suivent le Calendrier ;
& on voit les usages anciens & nouveaux
qui y sont attachés. C'eit -là que l'on trouve
le détail des Paranymphes. Il n'y a pas jusqu'à
ces mots , qui se raportent aux 46,
jours du Carême Mors imperat , qui n'y
ayent leur place. Les couleurs des ornemens
de l'Office divin , y étant marquées suivant
les differens usages , on auroit pû à la page
153, sur l'Avent, faire observer que jusqu'au
Miffel de M. de Harlay , tout le Diocèse de
Paris usoit de blanc pendant tout l'Avent >
lequel
3064 MERCURE DE FRANCE
lequel usage n'a été conservé qu'à la Meffe
du Mercredi des Quatre Temps , & de la
Vigile de Noël.
LES VIES DES HOMMES ILLUSTRÉS de la
France , depuis le commencement de la Monarchie
jusqu'à présent. Par M. D'AUVIGNY ,
six Volumes in- 8°. A Amſterdam , & se vend
à Paris , chés le Gras , au Palais , à l'L couronnée.
M. DCC . XXXIX.
Pour faire juger du mérite de ce Recueil ,
nous présenterons à nos Lecteurs une des
Vies qui y sont contenues , extraite de cha
cun des fix Volumes qui le composent.
Nous commencerons par celle du Cardinal
de Champagne , qu'on trouve à la page 72 .
du premier Volume , écrite en ces termes.
GUILLAUME DE BLOIS , dit le Cardinal de
Champagne , Premier Ministre sous Philipe-
Augufte.
La Maifon de Champagne venoit de s'allier
à celle de France . Louis VII. dit le Jeune
, qui regnoit alors , prit foin de l'avancement
des Cadets de cette illuftre Maiſon , &
fur tout de Guillaume , depuis furnommé de
Blois. Il étoit quatrième fils de Thibaut le
Grand, ou le Vieux, III . du nom , Comte de
Champagne , dont Louis VII . avoit épousé
la fille. Guillaume naquit vers l'an 1135. A
peine étoit il forti de la premiere enfance ;
que
DECEMBRE . 1739 : 3065.
que Thibaut écrivit à S. Bernard , pour le
prier d'employer fon crédit en faveur de fon
Fils , afin de l'avancer dans l'Etat Eccléfiaftique
. La protection de S. Bernard valoit mieux
à cet égard , que celle des Souverains même:
le peuple avoit pour lui une vénération profonde
, & les Ecclésiastiques de tous les Ordres
lui témoignoient une déférence entiere ;
il affura le Comte de Champagne de la dispofition
favorable où il étoit pour le jeune
Prince ; mais il se défendit en même temps
de solliciter pour lui les Dignités de l'Eglise,
alleguant qu'il étoit retenu par la crainte de
charger sa conscience en faveur d'un jeune
homme , qui avoit peut être moins de vocation
pour l'Etat , que pour la Fortune Eccléfiaftique
; cependant il promit de s'employer
en tout ce qui pourroit lui être avantageux ,
après qu'il auroit eû le temps d'examiner ses
dispofitions . S. Bernard mourut , avant que
Guillaume eût été nommé Evêque de Chartres
, Dignité qu'il obtint onze années après
la mort de ce Saint Abbé. Peu de temps
après , on le transfera de Chartres à l'Archevêché
de Sens.
Alexandre III. Souverain Pontife >, étant
alors en France , avoit besoin de gagner.
l'affection des Grands du Royaume ; & lors- .
qu'il fut queftion de nommer un Légat , à
foccafion du differend survenu entre Tho.
mas ,
3066 MERCURE DE FRANCE
mas , Archevêque de Cantorbéri , Primit
d'Angleterre , & le Roy Henry , il revêtit
de ce Titre le nouvel Archevêque de Sens.
Tout le monde fçait la fin scandaleuse & tragique
de ce funefte diferend . Le Roy d'Angleterre
trouva des Courtisans trop dévoüés
à servir son reffentiment , & la Chaire Archiepiscopale
de Cantorbéri se vit souillée
par le meurtre de celui qui l'occupoit. L'opiniâtreté
de ce Prélat contre un puiffant
Roy , étoit à la vérité une faute , mais elle
fut punie par un crime. L'Archevêque de
Cantorbéri eut à peine rendû le dernier sou--
pir , que son Tombeau devint célebre par
les miracles , qu'on crût qui s'y opéroient.
Les Prélats de tous les Royaumes de la Chrétienté
, bien- tôt embrafferent hautement sa
défense. Alexandre III . fut sollicité de toutes
parts , de reconnoître
Thomas pour
Saint & pour Martyr ; mais le Pontife avoit
alors des ménagemens
à garder. La canonisation
du Primat
d'Angleterre
ne pouvoie
que lui attirer le reffentiment
d'un Monarque
, qui ne croyoit pas avoir fait un Martyr.
Cependant Guillaume , Archevêque de
Sens , rempliffant avec exactitude fes fonctions
de Legat , rendit compte au S. Pere de
la mort tragique de Thomas , & lui conseilla
de lancer les foudres de l'Eglife sur le
Meurtrier de ce Prélat. Il étoit vivement
preff
DECEMBRE . 1739 3067
preffé d'en agir ainsi auprès du Pape, par fon
Succeffeur à l'Evêché de Chartres , qui é
l'Eleve de l'Archevêque de Cantorbéri , follicitoit
, par reconnoiffance , la vengeance de
de la mort de fon Maître. L'Evêque de Chardans
fes Lettres à Guillaume , lui donne
le Titre de Sainteré, Titre alors attaché à
la Dignité d'Evêque , auquel on a crû devoir
fubftituer le Titre de Révérence , & enfuite
celui de Grandeur.
La prudence & le zéle ; que Guillaume de
Champagne avoit fait paroître durant fa Légation,
tant pour tout ce qui concernoit les
interêts du Pape , que pour ce qui regardoit
le fervice de Louis le Jeune , lui mériterent
d'être placé fur te Siege Archiepifcopal de
Rheims, alors le plus confidérable du Royaume
; il eft à croire qu'il quitta Sens fans regret
, pour un Siége éminent , qui avoit été
plus d'une fois le partage des Princes du
Sang Royal de France.
527
Peu de temps après , il se détermina à passer
en Angleterre, pour être témoin des Miracles
qui s'operoient, difoit - on, fur le Tombeau
de l'Archevêque de Cantorbéri.Le Roy
Henry II. regnoit encore , & témoignoit un
grand repentir de la fureur qu'il avoit exercée
contre le Primat. Pour se réconcilier avec
le Clergé , il recevoit avec de grands honneurs
tous les Prélats qui se rendoient dans
fes
3068 MERCURE DE FRANCE
ses Etats , pour honorer le Tombeau de
Tomas , qualifié par tout de Saint & de
Martyr. Guillaume de Champagne méritoit
une distinction particuliere par fa naiffance ,
par fa dignité , & par l'honneur qu'il
avoit d'être Beaufrere du Roy de Fran
ce , dont le Roy Henry étoit le Vaffal. Auffi
ce Prince n'oublia-t'il rien de ce qui pouvoit
rendre plus magnifique la réception qu'il fit
à l'Archevêque. Il vint lui- même au- devant
du Prélat avec toute fa Cour , & le combla
de préfens .
Guillaume refta peu en Angleterre. Il pou
voit s'apercevoir aisément du chagrin que
fon féjour en ce Pays -là caufoit au Roy Henry.
Quelque effort qu'il fit pour le cacher ,
ce Prince ne pouvoit que fouffrir beaucoup ,
lorfqu'il voyoit les plus grands Prélats de
l'Eglife venir honorer le Tombeau de celui
qu'il avoit fait aflaffiner. L'Archevêque revint
donc en France , & fe rendit à Rheims , où
il cut bien-tôt après l'honneur de facrer fon
neveu Philipe Augufte , que Louis le Jeune
aflocioit au Trône . imitant en cela Louis le
Gros , fon Pere , dont la même politique ,
alors néceffaire, avoit pris une fembable précaution
à fon égard. Le Sacre des Rois de
France ne s'étoit jamais fait avec tant de dignité
& de magnificence. Louis voulut que
tous les Pairs s'y trouvaffent , ainsi que tous
2
les
DECEMBRE. 1739: 3069
les Vallaux de la Couronne , le Roy d'Angleterre
, en qualité de Duc de Normandie
Philipe , Comte de Flandres , &c.
Le Roy auroit bien voulu pouvoir affifter
au Sacre de son fils , qu'il aimoit tendrement;
inais sa mauvaise santé l'en empêcha. Il avoit
attendu long- temps la naiffance de ce Prince,
qui fur pour cela surnommé Dieu-Donné. Le
pieux Monarque , par raport à une maladie
de son fils , avoir voulu aller , suivant la mode
, au Tombeau de Thomas de Cantorbéri,
implorer le Ciel pour le recouvrement de sa
santé. Il en revint malade lui-même , & at
taqué d'une paralysie. Pour cette raison, il se
hâta de faire sacrer Philipe .
Guillaume de Champagne , profitant de
son grand crédit sur l'esprit du Roy , obtint
un Reglement , par lequel on assûroit à perpétuité
aux Archevêques de Rheims le Privilege
de pouvoir seuls sacrer les Rois de
France. Ce Reglement , Quvrage de Louis
le Jeune , fut confirmé par une Bulle du Pape.
Le Roy mourut peu de temps aprés , &
lailla le Trône à son fils.
Le crédit de l'Archevêque de Rheims ne
fut plus le même au commencement de ce
nouveau Regne. Les ennemis que lui avoit
suscités son autorité paffée , se liguerent tous
pour l'éloigner de la Cour. Ce fut en vain
qu'il eflaya de s'y soûtenir . Le parti qui lui
ėtoj
3070 MERCURE DE FRANCE
étoit contraire, l'emporta, il fut disgracié , & •
quoique sa naillance semblât l'apeller à la
Tutelle du jeune Roy , elle fut confiée au
Comte de Flandres , sous qui les Freres Clément
furent chargés du Miniftere. On n'a
pas jugé qu'il fût utile d'en raporter l'Hiftoire
, à caufe du peu d'éclat de feur adminiſtra
tion. Guillaume s'inquiéta médiocrement d'u
ne disgrace fi peu méritée , & tourna toute
fon attention du côté de la Cour de Rome
dont il obtint peu de temps après le Chapeau
de Cardinal ; alors le Prélat prit le nom de
Cardinal de Champagne.
Cette éminente Dignité , quoiqu'elle ne
fut pas encore arrivée au degré de fplendeur
où on la voit aujourd'hui , donna un nouveau
luftre à celui qui venoit d'en être revétu ;
Philipe Augufte rendant juſtice à ſon mérite
& à la capacité , le remit dans fa premiere faveur
, & le fit Miniftre d'Etat. Alors le Cardinal
s'occupa uniquement à réparer les défordres
qui s'étoient gliffés dans les affaires ,
•& à extirper fur tout l'Héréfie dés Vaudois
qui menaçoient l'Etat des plus grands troubles.
Il employa , pour la détruire un moyen
qui ne lui auroit pas attiré en ce temps - ci les
éloges qu'il reçût dans ce siècle de barbarie.
On brûla par fon ordre à Arras un grand
nombre d'Hérétiques ; mais ce fuplice , loin
d'intimider & de corriger ceux qui refterent,
ne
DECEMBRE . 1739 3071
ne fit qu'augmenter la prévention de leur
Secte , contre une Religion qui fe montroit
cruelle & fanguinaire . On peut excuſer le
Miniftre,en difant qu'il n'ufa de cette rigueur,
qu'à la follicitation du Comte de Flandres.
Pendant que le Cardinal de Champagne
s'efforçoit de détruire les Vaudois par le feu ,
Philipe Augufte employoit le fer contre d'autres
Hérétiques qu'on apelloit Cotereaux, qui
infectoient le Berri ; ils eurent l'audace de
combattre contre ce Prince , mais ils furent
punis de leur témerité , & l'armée du Roy les
tailla en pieces. A cette guerre contre les
Cotereaux & les Vaudois , fucceda celle qu'il
fit au Comte de Flandres , qui avoit été ſon
Tuteur , & avec qui il avoit été long - temps
dans une liaifon intime. Le Cardinal de
Champagne avoit été auffi étroitement uni
avec ce puiffant Vaffal de la Couronne ; mais
follicité par les Comtes de Clermont , par le
Seigneur de Couci , & par plufieurs autres ,
à qui le Comte avoit fait quelque injuftice ,
il porta fon Maître à lui déclarer la guerre ;
elle fut fanglante , & punit bien le Comte de
toutes fes ufurpations.
Si la guerre avoit éte faite à l'inftigation du
Cardinal Miniftre , la Paix fut auffi fon ouvrage
; mais avant qu'elle pût être concluë
il fe donna une fanglante bataille entre les Flamands
& les François, Les premiers passerent
3072 MERCURE DE FRANCE
ferent la Somme ,& voulant fe rendre redoutables
par des ruines, & des ravages, ils pifferent
& brûlerent tout fur leur chemin . Ils ne prétendoient
pas moins que de faccager toutes
les Villes , qui font depuis la Somme jufqu'à
Paris , de s'emparer de cette Capitale , & de
la réduire en cendres , après l'avoir pillée. La
ruë qui porte aujourd'hui le nom de la Calende
, étoit dès- lors ainfi apellée ; c'étoit - là
furtout que les Flamands vouloient aller ,
Four y planter , difoient - ils , leurs Dragons ;
ils donnoient ce nom à leurs Etendarts. Ces
idées de carnage & de conquêtes , firent
bien- tôt place à la terreur & à la confternation
; les Flamands ayant apris que le Roy
s'avançoit contre eux à la tête d'une puissante
Armée, reculerent au delà de nos frontieres,&
abandonnerent même la défense des
leurs. Alors le Comte de Flandres , craignant
qu'on ne lui rendît les ravages qu'il avoit
exercés en France , demanda humblement
la Paix , & on la lui accorda.
Le Comte mérita cette indulgence du Miniftre
de France , par la franchise avec laquelle
il en usa avec lui ; il lui écrivit , & reconnut
qu'il ne pouvoit obtenir la paix que
par son moyen , & que c'étoit de lui qu'il la
vouloit tenir. L'amour propre du Cardinal
fut flaté de cette confiance : il calma l'esprit
de son Maître , & remit le Comte dans
ses
DECEMBRE. 1739. 3079
ses bonnes graces . Philippe , quoique juftement
irrité , ne lui faisoit la guerre qu'à regret
; il avoit été son Pupille , & regardoit
comme un trait d'ingratitude la deftruction
d'un Souverain , qui avoit eu soin de son
Enfance. Il fût donc bien aise que son Miniftre
, en ménageant l'honneur du Trône
& l'interêt de l'Etat , lui épargnât une guerre
indécente & ruineuse,
Il sçut si bon gré au Prélat de ce service
important , que , que dans une Lettre que ce Monarque
envoya au Pape par Etienne de Tournay
, Abbé de Sainte Geneviève de Paris , il
déclare au Saint Pere , qu'il ne peut consentir
à laiffer partir pour Rome un homme auffi
néceffaire à son Etat , que le Cardinal de
Champagne , & qu'il le prie de trouver bon
que ce Prélat n'obéiffe point aux Brefs réïterés
que Sa Sainteté lui envoyoit pour l'attirer
auprès d'elle ; ajoûtant qu'il étoit l'oeil de
ses Conseils & le bras droit de ses deffeins s
qu'il l'avoir rendu le dépositaire & le défenseur
de ses interêts ; qu'il le regardoit comme
auffi vaillant que la lance qu'il portoit , & reconnoissoit
que sans lui , il se croiroit inċapable
de faire la guerre ou la paix. Des expressions
aussi fortes de la part d'un Roy, tel
que Philippe , qui ne pouvoit ignorer que sa
Lettre deviendroit publique , témoignent le
cas extrême que ce Prince faisoit de son
II. Vel F prin3074
MERCURE DE FRANCE
principal Miniftre , le premier des Cardinaux
, qui , en France , ait été revêtu de cet
Emploi.
Malgré la Lettre du Roy , & les vives instances
de ce Prince auprès du Pape Lucius
III. qui l'aimoit tendrement , comme l'ayant
vu naître , étant Légat en France , malgré
dis- je , les instances du Roy , le Saint Pere
insista pour que le Cardinal de Champagne
se rendit auprès de lui. Le Miniftre voyant
le Royaume dans une grande tranquillité ,
& que les affaires pourroient durant quelque
temps se passer de sa présence , fit le voyage
de Rome, & vit enfin le Pape qui l'avoit tant
desiré. Le Pontife mourut peu de jours
après l'arrivée du Cardinal , qui assista à l'élection
d'Urbain III. son successeur . Il fit encore
dans la suite un voyage en Italie , sans
pour cela quitter le Miniftere ; ce qui prouve
la difference des affaires de ce temps - là à
celles de ce temps- ci . Aujourd'hui , un premier
Miniftre de France , ne seroit guere en
état de faire deux voyages en Italie .
Philippe , suivant la coûtume des Princes
de son temps , voulut entreprendre le voyage
de la Terre- Sainte ; ce qui étoit partir exprès
de l'Occident , pour aller tuer des hommes
dans l'Orient , & s'en revenir ensuite , sans
raporter d'autre fruit que celui d'avoir témoigné
un zele inutile . On faisoit de grands &
vains
DECEMBRE . 1739. 3075
Mains préparatifs pour ces expéditions. Les
guerres contre les peuples voisins épuisent les
Etats : des guerres si éloignées devoient coû
ter beaucoup à ceux qui les entreprenoient,
Le Cardinal de Champagne étoit trop éclairé
pour ne pas reconnoître l'abus de ces pieux
voyages d'outremer ; mais il étoit Cardinal
& ne pouvoit s'oposer avec bienséance à une
oeuvre que Rome souhaitoit , & que l'on req
gardoit alors comme la plus agréable à Dieu
& la plus favorable à son Eglise.
L'impétueux Richard I. regnoit alors en
Angleterre ; ce Prince étoit d'autant plus
puissant , qu'outre les forces de son Ifle , il
en avoit encore de considerables dans la
France , dont il possedoit les plus riches Provinces.
Philippe - Augufte lui avoit rendu des
services essentiels , mais la reconnoiffance
n'étoit pas une des vertus de Richard ; il ne
respiroit que la guerre & les combats ; &
cette inclination sanguinaire eft rarement accompagnée
de la juftice & de l'équité. Ayant
fait la paix avec le Roy de France & le
Comte de Flandres , il vouloit chercher une
occasion de se signaler en Orient. Philippe
consentit à être du voyage,mais il n'étoit pas
dans le deffein de partir avant le Roy d'Angleterre
, de peur que ce Prince entreprenant
n'attaquat ses Etats en son absence. Pour
obvier à tous les inconveniens , le Roy con-
Fij fia
3076 MERCURE DE FRANCE
confia la Régence de fon Royaume à Alix
de Champagne , sal mere , & au Cardinal
de Champagne , frere de cette Princesse.
1.
Après cette précaution , Philippe se rendit
à S. Denis , pour y prendre le bourdon , la
> besace & les sandales , qui y étoient en dépôt
, & il les reçût des mains du Cardinal
de Champagne , qui après le départ du Roy,
-exerça de concert avec la Reine les fonetions
de Régent. Ainfi on vit alors la Maison
de Champagne gouverner seule le Royau
me de France ; ce qu'elle fit avec l'aplaudisse
ment des peuples. Quelques uns prétendent
que malgré la qualité de Reine , Alix.ne
possedoit qu'un pouvoir subordonné à celui
de son frere , & la plupart des Hiftoriens le
nomment toujours le premier.
:
Il ne jouit pas long-temps de cette autorité.
Philippe attaqué d'un mal dont la cause
& le remede étoient inconnus. , se hâta de
revenir en France , & reprit les rênes du Gouvernement.
Reconnoissant alors combien
ces voyages de Terre-Sainte étoient nuifibles
aux Souverains & à leurs Etats , il se promit
bien de rester dans le sien , & de laiffer aux
autres Princes la gloire d'acquérir de l'expé
rience sur ce point , au même prix que
lui .
Son arrivée pensa être signalée par une
guerre contre Baudouin IV. Comte du Hai-
7
nault
DECEMBRE. 1739 3077
nault , qui venoit d'hériter du Comté de
Flandres , par la mort de Philippe d'Alsace ,
Souverain de cet Etat , mort au Siége d'Acre.
Le Roy de France demandoit au Comte
Baudouin l'hommage du nouvel Etat qu'il
venoit d'acquerir , & la proprieté de l'Artois
pour la Dot de la Reine sa femme , Fille
de Baudouin & niéce du feu Comte de
Flandres. Le Comte de Hainault ne voulut
point d'abord se dessaisir , en faveur de sa
Fille , d'une Souveraineté auffi considerable.
Possesseur de la Flandres & du Hainault , il
lui étoit d'une grande importance de ne pas
voir le Roy de France maître de l'Artois.
Cette Province donnoit une trop grande
facilité pour attaquer les deux autres. Baudoüin
avoit pour lui une raison de politique ,
qui eût suffi , si ses forces eussent été moins
bornées ; car les Loix les plus équitables cedent
toujours à celui qui peut les mépriser
impunément. Mais il avoit affaire à un Monarque
belliqueux , qui , loin de ceder une
Province à la crainte de combatre contre son
beau - pere , lui auroit fait la guerre pour une
bicoque. Baudouin se vit donc obligé de
succomber ; l'Artois devint une partie du
Domaine de Philippe , & cet accommodement
fut l'ouvrage du Cardinal de Champagne
, qui le négocia avec beaucoup d'habileté.
F iij Phi3078
MERCURE DE FRANCE
Philippe suivoit en tout les vûës de son
Ministre , qui étoient droites & conformes à
la nécessité des affaires. Les Ministres subalternes
, dirigés par un Chef si attentif & si
clairvoyant , concouroient tous au bien de
la chose publique ; aucun ne s'écartoit de la
route prescrite ; on ne voyoit point alors à la
Cour d'embarras , d'incertitude , de confusion
, de lenteur dans l'expédition des affaires.
Outre les deux voyages que Guillaume
avoit entrepris en Italie , il eut encore le
temps d'en faire un à Saint Jacques en Galice.
C'étoit un vrai pelerinage , & non un
voyage politique. Après cette pieuse équipée
, le Cardinal de Champagne flêtrit la
gloire de toutes les bonnes actions qu'il
avoit faites par sa trop grande condescen
dance pour le Roy, son Maître ; & il fit voir
en cette occasion , qu'auprès des Princes il
n'est presque point de vertu réelle .
La Reine étant morte , Philippe épousa
en secondes nôces Ingelburge , fille du Roy
de Dannemarck. La cérémonie du Mariage
se fit dans l'Eglise de N. D. d'Amiens. Le
séjour des Rois de France , n'étoit pas , comme
il l'afété depuis , fixé dans la Capitale, Ville
alors peu considerable , par raport à ce qu'-:
elle eft aujourd'hui. Philippe avoit paru d'abord
éperduëment amoureux d'Ingelburge ,
qui
DECEMBRE. 1739 3079
qui étoit en effet une très - belle Princesse ;
mais , par un changement si incompréhensible
, que plusieurs l'attribuerent à un sortilége
, dès le lendemain du mariage , ce Prince,
ressentit pour sa nouvelle Epouse un éloignement
invincible : sa présence lui devint
insuportable , & ne pouvant souffrir qu'elle
partageât plus longtemps le Trône , il entreprit
de faire casser son mariage .
་
Un pareil lien , formé à la face des Autels
& aux yeux de toute l'Europe , avoit paru
jusques-là indissoluble ; le Roy même fut
d'abord effrayé des obstacles qu'il auroit à
surmonter pour réussir ; mais il trouva de
lâches courtisans , qui , pour plaire à leur
Souverain, dépouillant tous sentimens d'hon
neur , de vertu , & de Religion , lui aplanirent
la route qui devoit le conduire au cri 、
me: ils lui dirent que les Rois avoient des
privileges au - dessus du vulgaire ; que ce qui
étoit sacré & inviolable pour les autres hommes
, ne devoit point l'être pour les Poten
tats .
Le Roy avoit plus de confiance au Cardinal
qu'en tout autre ; & si ce Prélat avoit été
d'un avis contraire à ses sentimens , peutêtre
en auroit - il changé . Mais le Ministre
aplaudit au dégoût de son Maître , & en
qualité de Légat Apostolique , il déclara nul
le mariage de Philippe avec Ingelburge , sous
Fij pré-
}
3080 MERCURE DE FRANCE
le
prétexte qu'elle étoit parente de la feue
Reine. Tout le monde se récria sur un divorce
aussi scandaleux . On reprocha au Roy,
& encore plus au Cardinal , qu'ils n'avoient
pû ignorer avant le mariage cette alliance,
qu'ils faisoient servir de prétexte pour
rompre. Ingelburge chassée du Trône reclama
la protection du Pontife ; plusieurs
Evêques François s'assemblerent à ce sujet
par son ordre. On blâma hautement la conduite
du Cardinal & des autres Prélats , qui
avoient avec lui décidé cette affaire . Enfin le
Roy , voyant qu'il alloit être condamné , ne
voulut point attendre le Jugement définitif
& termina tout d'un coup la procédure , en
reprenant de lui-même Ingelbuge.
La conduite du Cardinal de Champagne
en cette occasion l'avoit mis en mauvaise
odeur dans l'esprit des gens de bien : mais le
grand monde , toujours partisan du crédit &
de la faveur , sçût bientôt l'excuser . Le Pape
le déclara même son Légat dans toutes les
Gaules. Il ne survêcut pas longtemps à ce
surcroît d'honneur ; & après avoir vû mourir
les deux aînés de sa Maison , le Cardinal
mourut lui -même à Laon , âgé de 67. à 68.
ans : de Laon on transporta son corps dans
l'Eglise Cathédrale de Rheims , où il est
inhumé.
2
Il possedoit les Titres d'Archevêque de
Rheims
DECEMBRE. 1739. 3081
Rheims , de Cardinal Légat par toute l'Allelemagne
& les Gaules , & de principal Ministre
d'Etat. On lui reproche d'avoir préféré
les marques exterieures de la Religion à
l'exercice interieur des vertus qui en font
Pessence ; de ne s'être pas assés oposé à quelques
actions injustes de Philippe Auguste ;
d'avoir eu un zele cruel pour la conservation
du dépôt de la Foi ; d'avoir témoigné une
dureté odieuse à l'égard d'un Evêque, Prince
de Liege , persecuté par l'Empereur , qui s'étoit
réfugié dans la Ville de Rheims , & qu'il
y laissa mourir de faim , pendant qu'une dévotion
mal entendue le conduisoit jusque
dans la Galice , pour y offrir des présens à
Saint Jacques. Au reste , on l'a mis au nombre
des bons Ministres , parce qu'il n'a pas
commis autant de mal , que le grand nombre
de ceux que l'Histoire compte au nombre
des méchans .
S. Bernard dit qu'on l'avoit destiné à l'Eglise
dès son enfance. Presque tous les Auteurs
considérables de son temps parlent de
lui avec estime. Pierre de Blois lui adressa
deux Lettres. Etienne de Tournai lui en
écrivit 25. sur divers sujets. Pierre Comestor
lui dédia son Hiftoire Scolaftique , & le Poëte
Gautier son Alexandriade. Les Historiens
l'apellent quelquefois le Cardinal de Rheims,
& il fut surnommé aux blanches mains. Si
Fx
**
Phi3082
MERCURE DE FRANCE
Philippe Auguste est le premier de nos Rois
depuis Hugues Capet , qui ait eû un plan de
politique régulier & suivi , on en
peut faire
honneur à son premier Ministre,
PROJET d'un nouveau Dictionaire:
Universel ou Philologie- Alphabetique ,
communiqué au Public le 29. Novembre
1739, Par le Sieur Janvier de Flainville
Na fait des Dictionaires fur prefque toutes
les matieres ; quelques-uns même portent le
titre de Dictionaire Univerfel , quel peut donc être
le motif qui m'en a fait entreprendre un nouveau
Le voici : J'ai crû remarquer peu d'exactitude dans
quelques- uns de ces Dictionaires , plufieurs fautes
effentielles dans quelques autres, des omiffions con,
dérables dans ceux- ci , des contradictions manifes
tes dans ceux -là. Mon deffein eft donc en géneral
d'être plus exact que les premiers , moins fautif que
les feconds , plus étendu que les troifiémes , plus
d'accord avec moi-même que les derniers ; de ras
sembler en un corps , & comme fous un feul point
de vue tout ce qui fe trouve de bon & de correct, non
feulement dans le grand nombre de Dictionaires
déja imprimés , mais encore dans tous les Livres qui
ont patu avec l'Aprobation des Sçavans ; En un mot,
je tâcherai de me rendre utile au Public en lui faifont
part d'une compilation , que je pourrai , fans
trop deprévention, regarder comme parfaite en fon
genre & des plus complettes , fi jamais je viens à
bout de la finir felon mes intentions. Voilà quelles
font mes vûes en travaillant à l'immense Dictionai
ne dont je donne aujourd'hui le Projet . Le Public
pourra juger de l'utilité de men Ouvrage par l'idée
que
DECEMBRE. 1739. 3083
que je vais m'éforcer de lui en faire concevoir.
Ce Dictionaire fera François & Latin , & aura
pour titre celui qui eft imprimé à la tête de ce Pro
jet. Je fuivrai pour l'arrangement des Matieres l'ordre
Alphabetique qui eft le plus commode & le plus
ordinaire , pour cela j'ai jugé à propos de prendre
un milieu entre l'Ortographe ancienne & celle que
⚫ quelques Modernes ont voulu introduire. C'eft cette
façon d'écrire qui m'a parû la plus raifonnable , la
plus ufitée , & par conféquent celle dont on s'ac→
commodera le mieux.
2
E
Le mot François , ainfi rangé felon l'ordre de fes
lettres initiales, fera fuivi de fa qualité grammaticale
, de fon genre , de fa fignification , du mot Latin
qui y répond , auffi avec la qualité , fon genre , &.
fa quantité, de l'étimologie du mot , de les finony
mes , avec la difference de leurs fignifications , &
de quelques exemples , foit en Profe , foit en Vers ,
tirés de meilleurs Auteurs de l'une & de l'autre
Langue. Après ce Préliminaire qui fera commun àª
chaque mot , j'entrerai dans le détail , ainfi qu'on le
verra ci - deffous.
Mon deffein eft de remplir exactement mon titre,
& de répondre , autant que je le pourrai , à l'idée
qu'on doit fe former d'un Ouvrage qui paroît fous
le titre d'Univerſel. Ainfi l'on trouvera dans ce Dic
tionaire géneralement tout ce qui a quelque raport
à la Théologie , à la Jurifprudence , aux Belles-
Lettres , aux Sciences , aux Arts , & à l'Hiftoire.
I. Théologie. En qualité de Compilateur de
tout ce qui a raport à la Théologie ancienne & nou
velle , Sacrée & Prophane , je parlerai des Dieux ,
Déeffes , Oracles , Temples fameux , Religions ,
Sectes , Héréfies , Sacrifices , Myfteres , Prêtres ,
Moines, Ordres Militaires & Religieux, Congréga,
#ons ,&c. ………& fous chaque mot en particulier
F vj. j'en
3084 MERCURE DE FRANCE
j'entrerai dans un détail exact & circonstancié :
Ainfi , par exemple, en parlant des Dieux , Dées
ses , demi-Dieux , je raporterai leurs diférens noms
& furnoms , leurs qualités , leurs atributs , leur Généalogie
, lenr Hiftoire & les Fables dont on les a
défigurés , les temps , les Lieux dans lefquels on
leur a dreffé des Autels , comment , par quels Peuples
& fous qu'elle figure ils ont été honorés,
Quand il fera queftion de Religions , Sectes , Héréfies
, je fixerai l'époque de leur commencement
leur durée , leur décadence , leur fin ; je nommerai
les Auteurs de Religion , les Chefs de parti , les Héréfiarques
; je raporterai fommairement leur vie ,
les moyens qu'ils ont employé pour faire recevoir
leur Doctrine , & l'autorité fous laquelle ils ont
fuccombé , ou fe font maintenus. Je n'oublierai
point d'y faire mention des Athées , Naturaliſtes ,
Deiftes, Efprits forts , & autres , qui ont eu des
opinions fingulieres fur la Religion . L'Hiftoire des
perfécutions qui ont affligé l'Eglife , & celle des Inquifitions
, avec la forme & la léverité de leurs Jugemens
, n'y fera point obmife. Au fujet des Mariages
, Funérailles , Sacrifices , Myfteres , Apothéo
fes , Canonifations ; & autres Cérémonies Religienfes
, je dirai en quels fiecles , en quels Pays, à quel
le occafion , comment , & par qui ils fe folemnifoient
. En parlant des Prêtres , Moines , Ordres
Militaires & Religieux , je ferai mention du temps
& du Lieu de leurs Inſtitutions , du nom & de la vie
de leur Fondateur, de leurs Regles , de feurs Privileges
, exemptions & immunités , de leur habillement
, de leur réforme & de leur extinction. J'y
joindrai un Catalogue alphabétique des Abbayes ,
Monafteres & Commanderies de chaque Ordre ,
tant en France que dehors le Royaume , avec l'anmée
de leur Fondation ; & une Lifte Cronologique
dcs
DECEMBRE. 1739. 3089
>
des Supérieurs Géneraux ou Grands - Maîtres .
II. Jurifprudence . On trouvera dans ce Dictio
naire tout ce qui a quelque raport à la Jurifpruden
ce univerfelle , c'eft - à dire à la Science du Droit
Canonique & Civil , François & Etranger , à celle
des Coûtumes , des Ordonnances , Arrêts & Décifions
des Cours Souveraines , & de tout ce qui fert
à rendre ou à faire rendre la Juftice Il y fera fait
mention de la Puiffance , de la Jurisdiction , des
Frivileges & exemptions Ecclefiaftiques , des matieres
Beneficiales , des Conciles , Synodes , Bulles ,
Cenfures & Excommunications. On y pariera de
Tous les Officiers prépofés par les Rois & Souverains
pour l'adminiſtration de la Juftice dans leurs Etats ,
& pour y entretenir l'ordre & la Police ; de toutes
les Jurifdictions Séculieres & Ecclefiaftiques ; om
raportera les Ordonnances , Edits & Déclarations
de nos Rois , la teneur & la décifion des Arrêts , les
fentimens des Docteurs , & je ferai enforte de difpofer
les matieres de façon qu'on puiffe trouver aifément
& par le feui fecours de l'ordre alphabetique
tout ce qu'on defirera fçavoir . Ainfi l'Hiftoire des
Conciles , par exemple , & des Synodes , fera rangée
, tantôt fous le nom des Villes où ils ont été assemblés
, tantôt fous celui de l'Hérefie , du Schisme,
ou n'importe quel autre évenement qui en au
ra occafionné la convocation. La teneur des Bulles,
Brefs , Cenfures Ecclefiaftiques, Excommunications,
fera inferée fous le nom de l'établiſſement , de l'abus
, relâchement , crime , ou toute autre cauſe qui
y aura donné lieu ; c'eft auffi l'ordre que je compte
girder pour les Edits , Ordonnances ; Déclarations ,
Arrêts , fentimens des Docteurs , & c . ... Et comme
il arrive fouvent qu'une décifion de cette nature
a plufieurs faces , & renferme differentes difpofitions
, j'ajofiterai fous chaque matiere en particu
lier
1
3086 MERCURE DE FRANCE
;
Fier , des renvois exacts , qui fe répondant les uns
aux autres, indiqueront tous les endroits da Dictio
hire où il sera parlé de ce dont on veut avoir connoiffance,
A l'égard des Jurifdictions , des Juges ,
Magiftrats & autres Officiers de Juftice , ils trouve-
Font leur place dans ce Dictionaire , felon le rang
alphabetique des lettres initiales de leurs noms .
J'aprendrai quels font les temps , les lieux & les
caufes de l'établiffement de chaque Jurifdiction
par qui , comment , fur qui , & fur quelles matieres
elles exercent leur autorité , & à quels Tribu
naux Supérieurs releve l'apel de leurs Jugemens. Je
parlerai de tous les Officiers de Juſtice , depuis le
Chancelier jufqu'aux Sergens de Seigneuries, & aussi
des Juges Etrangers. Je rendrai un compte exact
de la création & des Privileges de leurs Charges ,
du rang & de la préféance qu'elles donnent à ceux
qui en font revétus , des vétemens , Armoiries &
autres marques extérieures qui font connoître ceux
qui les poffedent , & enfin du temps & des raifons
les plus plaufibles de la fupreffion de celles qui y
ont été fujettes.
III. Belles-Lettres. Tout ce qui a' raport aux
Bel'es-Lettres y fera traité avec autant d'ordre , de
détail & de foin . Je n'omettrai rien de tout ce qui
concerne la Grammaire , l'Eloquence ou la Rhéto
rique , la Poëfie , &c. ... J'ai déja dit qu'on troùveroit
fous chaque mot en particulier , fon genre
fon étimologie , fa fignification , fa qualité gramticale
, fes Sinonymes , &c. .. . On y trouvera de
plus la véritable façon de le prononcer , confirmée
par de bons exemples , les differentes manieres de
Portographier , avec celle à laquelle il eft le plus
rhifonnable de s'en tenir , on y trouvera encore
routes fortes de façons de parler , figurées , méta
phoriques , éliptiques , ironiques , les abbreviations
les
DECEMBRE. 1739 $087
Les plus ufitées , avec leur explication ; les Deviſes ,
Sentences , apophtegmes , Proverbes , avec leur
origine , lear explication , & plufieurs exemples ; je
rendrai les façons de parler Françoifes , par d'autres
tours de phtafe Latins , & je tâcherai de conferver ,
autant qu'il me fera poflible , le génie & le goût de
Pune & de l'autre Langue. Et comme il y a dans
fe François quantité de Verbes dont la conjugaifon
des Temps , des Meufs & des perfonnes eft irrégu
here , j'aurai foin quand je ferai dans ce cas de conjuguer
ces Verbes défectueux. Enfin je ramafferat
Tout ce que je pourrai rencontrer d'anciens mots
Gaulois qui ne font plus ufités , d'expreffions & façons
de parler vicieufes , particulieres à certaines
Provinces , parce que j'ai cru qu'il feroit bon d'ex→
pliquer la fignification de tous ces mots , que peus
de perfonnes font en état d'entendre , & dont il ar
rive fouvent qu'on a befoin , foit en lifant quelque
*vieil Auteur , foit en déchifrant d'anciens Titres ,
foit enfin en ayantaffaire à des gens d'une Province
éloignée de la fienne . Par une fuite du même dessein
, j'admettrai dans mon Dictionaire tous les
mots nouveaux qui ne font pas bien établis dans la
Langue. Et de peur que quelqu'un , faute d'attention
, ne prenne le change , & ne regarde tous ces
inots comme François & de mife , j'aurai foin , के
chacun d'eux, d'avertir du contraire ..
Paffons à l'Eloquence. Toutes les figures de Ré
thorique fe trouveront rangées dans mon Dicionais
re felon leur ordre naturel , avec leur explication ,
Jes occafions de s'en fervir , & l'art avec lequel on
Jes doit employer ; Py joindrai des exemples , que je
ficherai de bien choifir. J'y parlerai des diférentes
fortes de Harangues , Panégyriques , Oraifons fu
nebres , Difcours moraux , & j'y enfeignerai l'ares
de les composer , avec les moyens pour acquérir las
facilité
3088 MERCURE DE FRANCE
-
facilité de perfuader & de parvenir à la véritable
Eloquence. J'y ajoûterai un Traité de la Déclamation
de la Chaire , du Barreau , & du Théatre ,
en rapellant à l'une ou à l'autre de ces trois fortes
de Déclamations , la façon de réciter toutes for
tes de Difcours.
Après avoir parlé de la Poëfie en géneral , je deſcendrai
dans le particulier. Je donnerai la définition de
la Rime,les differentes divifions en Rime maſculine et
féminine , riche et fuffifante ,foible et défecteufe. Je
parlerai de la difpofition & de l'arrangement des Rimes
plates, croifées, mêlées ;des differentes fortes de
Vers qui font en ufage parmi nous et chés les autres
Nations; je traiterai des enjambemens , hiatures , li
cences , hémiſtiches et repos ; l'on trouvera de plas
fous le nom de chaque efpece de Foëfe particuliere,
le nom et le Pays de celui qui l'a inventée, le temps
où il vivoit , le ityle,le nombre et l'efpece de Vers ;
la qualité et la difpofition des Rimes qui doivent y
entrer, en un mot , toutes les Regles néceffaires
pour compoſer exactement , Poëmes Epiques , Ly-
, riques , Dramatiques , Sonnets , Bouts-Rimés , Satyres
, Eglogues , Elegies , Rondeaux , Triolets ,
Balades , Chants Royaux , Lais , Virelais , Monorimes
, Epigrammes , Madrigaux , Cantates , Chanfons
, &c, ... La façon de réüfhir dans la compofition
des Romans , Nouvelles , Contes , Fables , Faceties
et Piéces burlesques, y trouvera auffi ſa place.
IV. Sciences & Arts. Ce Projet deviendroit infenfiblement
un Volume, fi j'entreprenois de rendre
an compte éxact de la maniere dont je parlerai de
tout ce qui concerne les Sciences , les Arts et l'Histoire.
L'idée que je viens de donner des Matieres
qui avoient raport à la Théologie , à la Jurifprudence
et aux Belles Lettres, fait affés juger de quelle
façon je m'étendrai fur tout ce qui a raport aux
Sciences
DECEMBRE.
1739 3089
Sciences & aux Arts , c'eſt - à - dire , 1º. A la Philofophie
en géneral et à fes parties en particulier ,
comme la Logique , la Morale , l'Economique , la
Politique , la Metaphyfique , la Phyfique & l'Histoire
Naturelle. 2. A la Médecine , et aux parties
qui en dépendent. 3 ° . Aux Mathématiques qui ren
ferment l'Arithmétique , l'Algebre , la Géometrie ,
l'Aftronomie , l'Hidrographie , l'Art de la Navigation
, PAftrologie , l'Optique , la Mufique et les
Méchaniques. 4. Aux Arts , tels que font le Dessein
, la Peinture , la Sculpture , l'Architecture Civile
et Militaire , la Teinture , et une infinité
d'autres .
V. Hiftoire. Je n'oublierai rien non -plus de tout ce
qui a raport à la Géographie , Cofmographie , Cronologie
et à l'Hiftoire Sacrée et Prophane , ancien
ne et moderne , Univerſelle et Particuliere . En un
mot, mon Dictionaire fera véritablement Univerſel,
et fi je ne puis me flater d'épuifer toutes les Matietieres
qui y feront renfermées , j'efpere du moins
les traiter avec plus d'ordre , plus d'exactitude , et
plus d'étendue que ceux qui ont donné jufquà préfeur
des Dictionaires au Public ; j'efpere non -feulement
ne rien omettre d'important et d'effentiel ,
mais encore entrer dans des détails particuliers, dont
on fent bien qu'il eft impoffible de donner une idée
jufte en géneral. Ainfi faus m'y arrêter plus longtemps
, je me contenterai, avant que de finir ce Projet
, de dire quelque chofe du plan géneral que je me
fuis propofé de fuivre .
Plan Géneral. 1 ° . Pour mettre les Critiques hors
d'état de m'objecter , que c'eft fans fondement que
j'ai accufé les Dictionaires déja imprimés de peu
d'éxactitude , de fautes effentilles , d'omiffions confidérables
, de contradictions manifeftes ( car il y a
bien des gens que ces accufations ont révolté ) je
raporterai
3090 MERCURE DE FRANCE
raporerai in decurfu , & fous chaque mot particu→→
lier les obfervations differentes que j'aurai pu faire
à ce fujet ; je ne demande même aucune grace pour
ma critique .
2º. Pour ne point tomber dans les défauts que je
reproche aux autres , je me donnerai bien de garde
d'hazarder aucun fait ; je n'avancerai rien ſans
avoir pour garans , ou ma propre experience , ou
l'Attestation d'un ou plufieurs Auteurs univerfellement
reconnus pour véridiques , ou enfin des Mémoires
inftructifs qui me feront donnés par gens
dont la probité ne fera point fuspecte. Voilà quels
font les Materiaux dont je fais journellement les
aproches. C'eft avec ceux-là feuls que je compte
bâtir et conduire mon Ouvrage à fa perfection.
Quoique avec ces précautions il foit comme impossible
de fe tromper , j'en aporterai pourtant encore
une nouvelle ; car avant que de rien faire imprimer ,
je ferai voir à des perfonnes fçavantes et éclairées les
Matieres dont elles font journellement une étude
particuliere , aux Artiftes , ce qui a raport à leur
Métier ou Profeffion ; et à l'égard des Articles qui
concerneront la Géographie , les ufages & façons
de parler propres à certains Pays , je les envoyerai
tout faits fur les Lieux même , afin qu'on y ajoûte
ou retranche ce qu'il fera à propos d'ajoûter ou retrancher.
3. Comme il arrive fou vent que celui qui a recours
à un Dictionaire , n'a befoin que de quelque
Fait particulier,ou même que de fe rafraîchir la mémoire
fur quelque circonftance qui lui fera échapée,
et que d'ailleurs prefque tous les Articles de mon Dictionaire
feront très - étendus, à cauſe de l'abondance
de la matiere , j'ai jugé à propos d'ajoûter à la tête
de chaque Titre une espece de Table ou de Sommaire
numéroté le plus abregé qu'il me fera poffi
ble ,2 N
DECEMBRE. 1739 3091
le , qui renvoyera jufte à l'endroit qu'on défirera
çavoir, d'autant plus aifément qu'il y aura des chifres
en marge vis-à- vis tous les alinea. Comme je ne me
fers de ce moyen que pour la commodité des Lecteurs
& pour leur épargner du temps , je ne mettrai point
de Sommaire en tête des Titres qui ne feront pas
dongs , mais j'y laifferai toujours les chifres marginaux
qui , outre l'utilité dont je viens de pailer ,
feront encore très- commodes pour trouver promp
tement et à coup fûr les renvois qu'il y aura fouvent
d'un Titre à l'autre.
2
>
14. Quelqu'exact et quelqu'étendu que je me
propofe d'être fur chaque matiere , je ne fuis pas
aflés témeraire pour me flater de l'épuifer ; mais
après avoir dit tout ce qui fera effentiel à mon fujet
, et au plan que je me fuis fait , j'ajoûterai à la
fin de l'Article , fous le titre d'Auteurs à voir
une Lifte alphapetique de tous ceux que j'aurai pû
découvir qui auront traité la même matiere exprès
dans quelque Ouvrage particulier , ou comme en
paffant dans quelques autres endroits de leursLivres .
5 ° . Pour abreger autant que je le pourrai , chaque
Titre , et ne point interrompre le fil de la narration
par des differtations fur des points conteftés , par
des Bulles , Arrêts , Titres , Lettres , et autres cho .
fes de cette nature , je me contenterai de les citer
exactement , ou d'en tirer le plus fommairement
qu'il me fera poffible , ce qui fera abſolument néceffaire
pour l'intelligence de la matiere ; cependant
comme il ſe trouve des gens qui veulent tout
voir par eux -mêmes , et que fi je me contentois ,
comme ont fait quelques Auteurs , d'indiquer les
fources où l'on peut trouver ces Titres , je mettrois
la plupart de mes Lecteurs hors d'état d'y avoir recours
, je donnerai un ou deux Volumes féparés en
forme de Suplément , dans lefquels tous les Arrêts ,
Bulles ,
3092 MERCURE DE FRANCE
Bulles , Lettres , Differtations , Titres , &c, .. don't
on aura parlé dans le Dictionaire , fe trouveront fidelement
copiés , et rangés fuivant l'ordre de leur
date . On mettra sous une date arbitraire ceux qui
n'en auront point de certaines .
>
6. On trouvera à la tête du premier volume de
mon Dictionaire , ou à la fin du Suplément dont
je viens de parler , une Lifte alphabetique des Auteurs
cités dans le cours de l'Ouvrage avec un
Abregé de leurs Vies , & un Catalogue des Livres
qu'ils ont donnés au Public . Ne pouvant trouver
d'endroit plus commode pour placer le nom de
ceux qui voudront bien me fournir quelques Mémoires
, & leur donner par là une légere marque
de ma vive reconnoiffance , je les mettrai à la fuite
de ces Auteurs, avec leurs noms de Baptême, leurs
Pays, Etats , & Profeffions , & j'indiquerai dans cette
même Lifte les matieres fur lesquelles ils auronr
bien voulu m'aider de leurs lumieres.
7. Plufieurs Perfonnes qui ont eu communica
tion de mon Dictionaire , & qui en ont lû quelques
Articles , m'ont confeillé , pour la perfection
de l'Ouvrage , & la plus grande commodité des
Lecteurs , de l'enrichir de Figures. Cet avis feroit
affés de mon goût ; je conçois même tout l'agrément
& toute l'utilité qui réſulteroient d'un tel Projet
, s'il fe trouvoit bien executé ; mais d'un autre
côté , le temps qu'il me faudroit pour deffiner &
faire
graver ces Figures , & la dépenfe confiderable
qu'il feroit néceffaire de faire , ne laiffent pas de me
paroître un grand inconvenient. Quoique je ne fois
pas encore tout à fait déterminé fur ce fujet , je prévois
que je pourrai prendre un milieu , entre ne
point mettre de Figures , & en mettre à tous les
Articles ; c'est- à- dire que je laifferai fans Figures les
Titres qui pourront s'en paffer , & que j'en ferai
A
graver
DECEMBRE. 1739. 3093
graver pour ceux qui ne s'entendroient que difficile
ment fans ce fecours .
Voilà à peu près quel sera le Dictionaire que j'ai
deffein de publier . On fent fort bien qu'un Ouvra
ge de cette nature , fera des plus utiles , des plus
néceffaires , & des plus commodes ; mais on lept
encore mieux quelle en est la difficulté , & combien
il faut de temps , de travail , & d'exactitude ,
pour le conduire à fa fin . Je ne me flaterois jamais
d'y réuffit , fans les fecours fans nombre que je
trouve , non feulement dans les Dictionaires déja
imprimés , mais encore dans toutes fortes de bons
Livres. J'efpere en puifer de nouveaux dans la
bonne volonté de ceux qui ont du zéle pour la
République des Lettres , que je prię ici de vouloir
bien m'aider de leurs confeils . Je recevrai avec docilité
& reconnoiffance tout ce qu'ils voudront
bien m'aprendre qui pourra fervir à la perfection
-de mon Deffein ; je profiterai avec joye des Mémoires
que des Perfonnes éclairées & fans prévention
youdront bien me faire tenir. Pour les mettre
en état de ne m'envoyer rien que d'utile & de
conforme au Plan que je me fuis fait , j'ai cru ne
pouvoir mieux m'y prendre , que de rendre publics
quelques Articles de mon Dictionaire. Je me fervirai
pour cela de la voye des Journaux , Mercures ,
& autres Ecrits périodiques ; on connoît affés le
zéle de ceux qui conduifent ces fortes d'Ouvrages,
& avec quelle affection ils fe portent à tout ce qui
peut être utile au Public , pour fe flater qu'ils voudront
bien de temps en temps faire inserer dans
Jeurs Journaux un Article feulement fur chaque
matiere ; on jugera beaucoup mieux par ces échantillons
que par le préfent Projet , du Deffein de
l'Ouvrage , de fon economie & de fon utilité ; &
l'on verra par la façon dont je parle d'une Ville .
par
3094 MERCURE DE FRANCE
par exemple , d'uh Ordre Religieux , d'une Plaute ,
d'un Animal , &c.... quels font les materiaux que
j'employe , & de quelle façon je les arrange. D'ailleurs
ceux qui voudront m'aider de leurs lumieres
ou de leur critique , fçauront par là fur quoi &
comment ils pourront me ſecourir.
Je ne puis dire au jufte dans quel temps paroîtra
ce Dictionaire : fa perfection dépend des Mémoires
& des fecours qu'on me fournira, des confeils & des
avis qu'on me donnera , & enfin des moyens qu'on
me procurera, pour y travailler sérieusement. Ily
a environ cinq ans que cet Ouvrage a été conçû, &
même commençé ; cependant je n'ai encore rien
de parfait , & je ferois très - embarrassé de faire
voir un Article abfolument fini , & en état de paroître
au jour ; à la vérité je me fuis fait un ordre
de travail , ce qui ne doit pas être compté pour
peu de chofe , mes Tables particulieres font
faites , mes Extraits & fous Extraits font fort avancés
, prefque toutes mes matieres font ébauchées
& en train d'aller ; mais le séjour que j'ai jufqu'à
préfent fait dans la Province , où les fecours & les
Livres nécessaires m'ont manqué à tout moment
mais des occupations étrangeres , dont je ne fuis pas
même encore dégagé , mais mon ignorance fur une
infinité de chofes , jointes à l'impoffibilité de m'instruire
fur le champ , & je ne fçais combien d'autres
raifons , m'ont mille fois fait refter court fur une
matiere , & m'ont obligé de me rejetter fur une
autre.
>
Tous ces obftacles ne m'ont point rebuté , j'ai
tenu bon ; je travaille journellement , j'aproche infenfiblement
du but que je me fuis proposé d'atteindre
, j'y parviendrai quand il plaira à Dieu .
Heureufement je fuis d'un âge à pouvoir réfifter
aux veilles & aux fatigues du travail , & la gran
•
deus
DECEMBRE. 1739. 3095
deur de l'ouvrage ne m'a point encore effrayé.
La Veuve Ganeau , Libraire , rue Saint Jacques ,
aux Armes de Dombes , à Paris ; M. Girard , Libraire
, au Nom de Jefus , Grand' - Salle du Palais , auffi
à Paris , M. Doublet , Libraire à Chartres , rue
des Changes , aux Armes de la Ville , veulent bien fe
charger de recevoir les Lettres & Memoires qu'on
aura envie de me communiquer. On prie ceux qui èn
en envoyeront , de payer le port des Paquets cet uſage
eft tellement établi dans la République des Lettres , que
j'ai longtemps hésité fi je devois faire ici ceste obfervation.
Elle ne fera point inutile pour ceux qui ne
font pas accoutumés à faire de ces fortes d'envois . On
pourra encore adresser des Mémoires
A Aix en Provence , chés M, David.
A Amiens , chés M. Godard .
A Angers , chés la Veuve Avril.
A Arles , chés M. Mesnier.
A Besançon , chés M. Boufillo.
A Bourdeaux , chés M. Labotiere.
A Caen , chés M. Doublet.
ADijon , chés M. Defay.
A la Haye , chés M. Neaulme.
A Lille , chés M. Henri.
A Lyon , chés M. Bruyset.
A Nantes , chés M. Verger.
A Nismes , chés M. Belie .
A Orleans , chés M. Rouzeau.
A Rennes , chés M. Vatar.
A la Rochelle , chés M. Bonnet.
A Rouen , chés M. Boisjouvin,
A Toulouse , chés M, Forest.
BIBLIO
3096 MERCURE DE FRANCE
.
BIBLIOTHEQUE RAISONNE'E des Ouvra
ges des Sçavans de l'Europe , pour les six
derniers mois de l'Année 1733. Tome XI.
in- 12 . Amfterdam , chés Veftein & Smith
M. DCC . XXXIIL
Nous avons déja dit qu'il seroit mal aisé
de faire l'Extrait d'un Livre qui n'est composé
que d'Extraits , & qu'on ne peut guere
donner une idée de ce Journal , que par
quelques Titres des Ouvrages les plus interessans
, ou les moins connus , & par le choix
de quelques Nouvelles Litteraires. C'eſt ainfi
que nous continuerons d'en parler.
LE DROIT de la Nature & des Gens ; ou
Systême Général des Principes les plus importans
de la Morale , de la Jurisprudence , &
de la Politique. Traduit du Latin de feu M.
le Baron DE PUFENDORF , par Jean BARBEYRAC
, Profeffeur en Droit dans l'Univerfité
de Groningue : Avec des Notes du Traducteur
, & une Préface , qui sert d'Introduction
à tout l'Ouvrage. Cinquiéme Edition ,
revûë de nouveau & fort augmentée. En
deux Tomes in-4°. dont le premier contient
716. pages , fans la Préface , qui en a 120.
& le second en renferme 613. sans les Tables
des Auteurs & des Matieres ; on a mis aussi
à part trois Harangues Latines de M. Barbeyrac
la premiere sur l'utilité du Droit & de
'Histoire & la liaison que ces deux Scien-
,
ces
DECEMBRE. 1739. 3097.
es ont ensemble : la seconde , sur la maere
de bien étudier le Droit : la troisième
sur la Queſtion , S'il est permis d'échaffauder
en Chaire le Magistrat , qui a commis
quelque faute. A Amſterdam , chés la veuve
de Pierre De Coup. 173.3 .
HISTOIRE de l'Ifle Espagnole , ou de Saint
Domingue , écrite particulierement sur des
Mémoires Manuscrits du P. Jean - Baptif
LE PERS , Jesuite , Missionaire à S. Domingue
, & sur les Pièces originales , qui se conservent
au Dépôt de la Marine. Par le Pere
Pierre- François - Xavier de CHARLEVOIX , de
la Compagnie de Jesus, En IV. Tomes in- 12 .
dont le premier contient 292. pages , sans
l'Epître Dédicatoire , l'Avertissement & la
Table des Sommaires ; le second , 390. y
compris la Table des Matieres des deux premiers
; le troisiéme en a 302, & le quatrième,
1429. avec la Table des Matieres des deux
derniers. A. Amfterdam , chés François L'Honoré.
1733 .
D
PHYSIQUE SACRE'E , ou Hiftoire Naturelle
de la BIBLE. Traduite du Latin de M. Jean-
Jacques SCHEUCHZER , Docteur en Medecine,
Professeur en Mathematiques à Zurich , Membre
de l'Académie Imperiale des Curieux de la
Nature , & des Societés Royales d'Angleterre
& de Pruffe , Enrichie de figures en Taille
douce , gravées par les soins de Jean- André
II.Vol. PFEFFAL
G
3098 MERCURE DE FRANCE
PFEFFAL , Graveur de S. M. I. à Amfterdam,
chés P. Schenk , & P. Mortier. 1732. in-fol.
Tome I. de 36. pages pour les Piéces Préli
minaires , & de 127. pour le Corps de l'Ou̟-
vrage, Le second Tome de 163 , pages.
Les Journalistes seroient bienheureux , die
l'Auteur de la Bibliotheque Raisonnée , s'ils
n'avoient jamais à parler que d'Ouvrages du
mérite de celui- ci . Ils pourroient se répan
dre en louanges , sans craindre , ou de faire
tort à leur Jugement , ou d'en imposer au
Public. La Conscience même leur dicteroit
les Eloges , & laisseroit à leur Critique toutes
les marques de l'estime la plus parfaite
pour les Auteurs. Je dis , la Conscience , par
ce qu'il s'agit ici d'un Livre auquel elle ne
peut que prendre interêt Ce Livre eft un
Commentaire sur tous les Endroits de l'Ecriture
qui sont relatifs à l'Histoire Natu
rurelle , & qui,par consequent, dans leur tout
composent ensemble un Corps de Phyfique
Sacrée. Nous ne sçaurions mieux en exposer
Timportance , par raport à la Religion , qu'-
en copiant une partie de ce que M. Scheuchger
en dit lui-même dans sa Préface.
ر د
Apellé , dit-il, par les Illustres Cura
» teurs de notre College ( de Zurich ) à en-
» seigner la Physique & les Mathématiques,
» j'entrepris , il y a quelques années , d'ex-
» pliquer, dans mes Leçons publiques , les
و د
TexDECEMBRE.
1739. 3099
"
03
» Textes de l'Ecriture Sainte, felons les principes
de la Philosophie moderne. D'un côté
»› je m'y trouvai engagé par la manicre dont
» les Commentateurs s'y sont pris. J'avois
remarqué que la plûpart s'arrêtoient à l'é-
» corce de la Philologie Sacrée , que d'au-
» tres , pénétrant plus avant , s'attachoient à
rechercher le Sens Mystique ; & que le
plus grand nombre passoit légerement sur
» les Matieres qui sont du ressort de la Physi-
», que , & ne les traitoit que d'une maniere
peu satisfaisante , ou tout à fait propre à
» jetter dans l'erreur ; d'un autre côté le
» nombre presqu'infini de Commentateurs ....
» qui semblent avoir tout épuisé , devoit me
» détourner de mon dessein ; mais , porté
» comme je l'étois déja , d'inclination pour
» ce travail , je me sentois animé d'ailleurs
» par la multitude immense des Objets que
» nous présentent & l'Ecriture Sainte &
» la Nature , Objets sur lesquels la vûë peut
» s'étendre à l'infini , & qui forment même
» tout autant de differentes images , qu'on
» les regarde dans des points de vue diffe-
≫rens. Je crus donc , qu'en suposant même
» ces Matieres suffisamment éclaircies , je
pouvois me flater de trouver encore de
quoi répandre du moins un foible rayon
» de lumiere sur quelques Endroits de nos
Saintes Ecritures. Je tentai l'entreprise , &
Gij j'em
"9
3100 MERCURE DE FRANCE
1
>>
ور
>>
» j'en vins heureusement à bout , après bien
» des années de travail . Mes Leçons attire-
» rent des Auditeurs de tous les Ordres ;
Sçavans , ignorans , des Personnes même
respectables par leur âge , ou par leurs
Emplois quelques Etudians , mais en pe-
» tit nombre. Je m'attachai à leur faire voir
» la sainteté de la Revelation , à mesure
» que je leur découvrois les Beautés de la
» Nature. L'admiration qu'excitoient en
» nous les Merveilleux Ouvrages du Créateur
, nous conduisoit à l'admiration du
» Créateur même , de sa Puissance , de sa
Sagesse , de sa Bonté infinie , & nous por-
» toit à lui rendre le Culte qui lui est dû,
» C'est là en effet , * le véritable usage qu'on
» doit tirer de ces sortes de Recherches , &
» il y a longtemps que je suis persuadé
» comme il paroît par les autres Ouvrages
» que j'ai donnés au Public , qu'il ne faut
point regarder les Découvertes qu'on a
» faites dans la Physique , dans les Mathématiques
, ou dans la Médecine , simplement
» comme curieuses , ou utiles pour les be-
» soins de la Vie ; mais qu'on doit les apli-
» quer à la Pratique , à la Pieté ; qu'il faut
» sanctifier les idées qu'elles nous fourniffent,
» & les faire servir d'aliment , non à l'Esprit
» seulement , mais à la Volonté & au Coeur,
ΔΙΟΝΥΣΙΟΥ ΛΟΓΓΙΝΟΥ περί υψος ύπες
πνημα
99
悉
DECEMBRE. 1739. 3101
vnμa , &c. C'est -à-dire : TRAITE ' DU SULLIME
, par Denis Longin , publié avec une
nouvelle Version ; éclairci par des Notes
d'un bout à l'autre ; & corrigé en partie à
l'aide des Manuscrits , en partie par conjecture
. Avec tous les Fragmens du même Au
teur. Par Zacharie Pearce , Maître ès Arts ,
Chapelain de S. M. Br . & c . Troisiéme Edition
, à laquelle on a joint un Commentaire
entier , qui n'avoit point encore paru , sur ce
Traité de Longin , par François Portus , Candiot.
En grand in - 8 ° . de 372. pages , sans les
Préfaces. A Amfterdam , chés les Weftein &
Smith
. 1733.1
JOANNIS LAUNOII , Conftantiensis , Parifienfis
Theologi , Socii Navarrai , Opera omnia
, &c. C'est- à dire : Les Euvres de M.
de Launoi. Tome I. de 1112. pages , sans
l'Epître Dédicatoire , la Préface & la Table.
A Geneve , chés Fabri & Barillot , & Michel
Bousquet , & Compagnie. 1731. in -folio.
A la fin de l'Extrait de ce gros Volume
qui est très-détaillé & qui fait plaisir à lire ,
l'Auteur du Journal dont nous rendons
compte , ajoûte que les Imprimeurs n'ont
rien négligé pour rendre précieuse cette sçavante
Collection , & on peut assûrer , dit- il ,
qu'il ne nous est venu de Genêve aucun Ouvrage
mieux executé.
Gjij Non3101
MERCURE DE FRANCE
Nouvelles Litteraires.
DE LONDRES, M. John Campbell , a entrepris
de nous donner une » Histoire nou,
» velle & complette de la Sainte Bible , com-
» me contenant les Ecrits du Vieux & du
Nouveau Testament , depuis le commen-
>> cement du Monde , jusqu'au premier Eta-
» blissement du Christianisme ; liée partout
» avec l'Histoire Prophane, éclaircie par des
" Notes , contenant les Antiquités , les Rits
&c. de la Nation Juive , & où l'on explique
les Textes difficiles , on rectifie les
mauvaises Traductions , & on concilie les
" Contradictions aparentes. Avec des Dis-
» sertations sur les Passages & les Evenemens
39
les plus remarquables ; des Tables Chro-
" nologiques , des Cartes , des Figures & c.co
Cet ouvrage sera un in-folio d'environ 300.
feuilles ; on en distribuë trois , brochées en
papier bleu toutes les Semaines pour le prix
de 6. sols.
DE LA HAYE. Pierre de Hondt , vient de
publier une très belle Edition d'un Livre fort
estimé , & qui étoit fort rare ; c'est l'Hiftoire
d'Espagne par le Jesuite Mariana , avec une
Continuation jusqu'à la fin du XVI. siécle
qui n'avoit jamais paru , & qui est du Pere
Miniana , Mathurin , aussi Espagnol. On y
a joint les Portraits des Rois d'Espagne.
L'Our
DECEMBRE J . 17394 3103
L'Ouvrage est en quatre volumes in -folio,
dont le dernier contient la Continuation.
En voici le Titre : JOANNIS MARIANE Soc.
Jesu , Historia de Rebus Hispania Libri triginta.
Accedunt JOANNIS EMMANUELIS MINIANE
Valentini , Ordinis SS. Trinitatis Redemptionis
Captivorum , Continuationis nous
Libri decem. Cum Iconibus Regum.,
D'AMSTERDAM. J. Western & G. Smith
les Imprimeurs de ce Journal , donneront
au Public dans très peu de temps , les Livres
suivans.
THESAURUS MORELLIANUS , five Familiarum
Romanorum Numismata omnia ', diligentissimè
undique conquisita ad ipsorum num→
morumfidem accuratissimè delineata , &juxta
ordinem F. Urfini & C. Patini disposita à
Celeb. Antiquario AND. MORELLIO : accedunt
Nummi Mifcellanei , Urbis Roma , Hispanici
& Goltziani , dubia fidei omnes. Nunc
primum edidit & Commentario perpetuò illustravit
Sigeb. Havercampus. fol. 2. Tomes.
On trouve dans le premier , outre la Dédicace
à S. M. le Roy de Dannemarc , & une
longue Préface de la façon de M.le Professeur
Havercamp , 3532. Médailles avec leurs Revers
, qui occupent 92.feuilles entieres d'Impression.
Elles sont toutes dessinées de la
propre main du fameux Morell , d'après les
Originaux & d'une ressemblance & d'une
déli
ي ش ز
3104 MERCURE DE FRANCE
délicate. è infinie. Les Gravûres qui sont da
burin de J. G. Mentzel ne font pas moins
d'honneur à la magnificence & à la justesse
de l'Ouvrage . Le second Tome, renferme le
Commentaire , ou les Explications de M. le
Professeur Havercamp , avec les Tables des
Matieres. On crût d'abord que les Médailles
& le Commentaire pourroient entrer dans le
même Tome , c'est pourquoi on trouve au
bas du Commentaire Tome I. quoique suivant
l'arrangement qu'on s'est trouvé obligé
de prendre depuis , il soit veritablement
le Tome II. Ces deux doivent être
suivis de deux autres qui contiendront les
Médailles des XII , premiers Empereurs Rdmains
, les dépouilles du Temple de Jerusalem
enlevées par Tite Vespasien , & les Colomnes
de Trajan & d'Antonin , le tout dessiné
& gravé des mêmes mains , & ausŝi expliqué
par M. le Professeur Havercamp .
LOCUPLETISSIMi Rerum Naturalium Thesauri
accurata Descriptio , & Iconitus artificiofiffimis
Expreffio , per Universam Physicès
Hiftoriam Opus ; cui in hoc rerum genere
nullum par extitit.Ex toto Terrarum Orbe col-
·legit , digeffit, descripsit , & depingendum curavit.
Alb. Seba , Tom. I. Fol. Majori , en
Latin & en François ; il y en a aussi un trèspetit
nombre imprimé en Latin & en Hollandois.
L'Ouvrage entier doit faire 4. Yolames
.
DECEMBRE. 1739 3105
mes. A la tête de ce premier Volume , on
voit une Préface du Célebre Professeur Boerhaave
; bien instruit de ce que renferme le
Cabinet de M. Seba , & très - capable d'en
juger sainement , il le préfere à tout ce qu'on
a publié jusqu'à présent sur l'Histoire Naturelle
. Dans ce Volume on trouve , outre les
Descriptions, 111. Tailles Douces ,
dont 59.
sont in plano , ou sur des feuilles entieres , &
52. in folio sur des Planches de la largeur
d'une demi-feüille. Les Planches sont dessinées
& gravées d'après Nature , & avec un
soin infini . Toute l'Edition est sur du Papier
Imperial , & mérite d'avoir place dans les
Cabinets des Princes , des Riches & des
Curieux .
L'Article de Paris nous a parû d'une tournure
singuliere , & par là , mériter quelque
attention. L'Auteur du Journal prétend qu'il
se trouve de l'inaction dans la Litterature
Françoise , & que c'est ce qui empêche les
Sçavans & les Libraires de rien donner d'utile
& d'essentiel. Il se prépare par là une
excuse commode pour ne parler presque
d'aucune Nouveauté Litteraire qui soit propre
à la France. Encore comment en parleril
: L'Auteur des Causes Celebres , dont on
annonce l'Ouvrage , est en aparence bien
traité ; car, si d'un côté on le qualifie d'Homme
d'esprit & de mérite , qui écrit assés
Gv
bien ,
3106 MERCURE DE FRANCE
bien , on dit tout de suite que c'est l'Avocat
de Paris qui sçait le plus de bons mots .....
Et on ajoûte que s'il sçavoit aussi bien le
Code , le Digeste & des Loix du Royaume ,
ce seroit le plus grand Homme de Palais que
Pon eût connu. Il y a de l'injustice & de
l'égarement dans ces expressions , que M. de
Pitaval ne mérite assûrément pas.
L'Article qui suit , & qui concerne la Collection
des Historiens Originaux de l'Histoi
re de France , n'est desobligeant pour personne
, mais il n'est pas exact ; nous nous
chargeons de le rectifier , à la premiere occasion
que nous aurons de parler de l'Etat présent
de cette grande Entreprise.
PROJET d'une Description des Paroiffes
de la Campagne , voifines de Paris , fituées
dans le Diocèse de cette Capitale.
Omme il y a longtemps que plusieurs
Curieux du Royaume souhaitent une
Description ou Notice du Local de chaque
Pays ou Province , & que les efforts faits en
1727. par les Auteurs du Dictionaire Géographique
Universel de ce même Royaume,
ont été vains,quant à ce qui regarde le Diocèse
de Paris , quoique ce Diocèse méritât
plus d'attention qu'aucun autre,un Voyageur
exact & attentif à entrepris depuis quelques
années
DECEMBRE.
1739. 3107
années de visiter le même Diocèse de Paris ,
la Carte de De Fer à la main , pour y recueillir
ce qu'il pourroit apprendre en chaque Paroisse
de particulier & de digne de remarque
; se bornant cependant à ce qui est purement
historique , sans s'informer en aucune
façon du revenu des Bénéfices , ni du produit
des Domaines. Il s'eft donc fixé
1º. A marquer la fituation ou expofition
de chaque Paroisse , à quelle distance elle
eft de Paris , ce que la terre y produit plus
communément , parce que c'eft souvent de
quelques- uns de ces articles que la dénomination
du Lieu a été formée.
2º. A faire une petite Description de l'Eglise
Paroiffiale , nommer le Saint qui en eft
Titulaire ou Patron , indiquer la raison du
choix lorsqu'on la sçait : marquer fi l'on en
conserve des Reliques,ou fi l'on y en a conservé
: quels sont les autres Saints dont on y
en poffede quelques- unes ; les anciennes Inscriptions
sépulchrales qui s'y trouvent , &
enfin le genre & l'antiquité du Bâtiment de
l'Eglife.
3°. A diftinguer les anciennes Eglifes Paroiffiales
d'avec les nouvelles : marquer l'origine
de ces dernieres,lorfqu'on la fçaura : irdiquer
le temps de la donation des Eglifes à
telle ou telle : Communauté ; des Prieurés ou
autres Bénéfices,fimples fitués dans tel ou tel
Gvj Canton,
3108 MERCURE DE FRANCE
*
& quels font aujourd'hui les Préfentateurs de
tous ces Bénéfices .
4°. A obferver ce que la Nature a produit
de fingulier , les Eaux Minerales , les Gouffres
, les Carricres dans lesquelles il y a quel
que chofe d'extraordinaire , les Soûterrains
&c .
>
,
5º. A joindre à tout cela ce qui concerne les
Châteaux fameux , les Evenemens qui regar-
'dent chaque Lieu , autant que l'Hiftoire en
donne connoiffance , comme réfidence de
Rois ou autres Princes ; Educations Guerres
, Batailles , Camps , Conciles , Conferences
, Traités de Paix , Accidens extraordinaires
, Phenomenes : comme auffi les noms
'des anciens Seigneurs qui ont été celebres
'dans l'Histoire , fans oublier de faire inention
des Defcriptions Poëtiques , ou autres , qui
ont été faites de certains Lieux.
6°. A marquer la naiffance, la demeure ou
la mort des Hommes Illuftres , ou de ceux
qui fe font diftingués confiderablement en
quelque état que ce foit , dans les Sciences
ou dans les Arts , ou qui font devenus recommandables
par la fainteté de leur vie : la
naiffance , la demeure ou la mort de tel ou
tel celebre Personnage , en tel Village ou
Bourg du Diocèse de Paris , font , fans doute,
des chofes dont la connoiffance fera plaifir
eux Curieux .
Quoique
1
DECEMBRE. 1739 3109
Quoique l'Auteur qui s'eft proposé cette
Defcription , n'épargne ni peines ni recherches
pour remplir ce Plan , il ne fe flate pas
cependant de pouvoir l'executer parfaitement
, furtout quant aux Articles 5. & 6.
- s'il n'eft aidé de Mrs les Curés & Superieurs
de Communautés , auffi bien que des Seigneurs
des Lieux ; & fi les Gens de Lettres
ne lui font part de leurs lumieres. Il fupplie
pour cela toutes les Perfonnes qui auront des
Mémoires à lui communiquer fur les Articles
ci- deffus marqués , de vouloir bien les
adreffer à Paris , à M. l'Abbé Lebeuf, au
College de Cambray ,
afin que l'Auteur du
Projet en faffe usage , & qu'il foit en état de
les citer avec les marques de la reconnoissance
qui leur sera dûë.
Le même Auteur marquera auffi les mouvances
des Terres , pour rendre fa Collection
plus curieufe , fi on veut bien l'en informer.
Il fera honneur à qui il il apartiendra
, fur tout ce qu'on lui envoyera , & fur
les Extraits de Titres dont on lui donnera
communication.
On peut juger par ce Plan , qu'il doit encherir
confiderablement sur celui que M. de
Valois avoit tracé en 1675. dans fon Notitia
Galliarum , & que l'Ouvrage projetté fera
une continuation de ce que Du Breüil avoit
commencé fur dix ou douze Villages , voisius
de Paris , & qu'il n'a pas continué.
3110 MERCURE DE FRANCE
Puiffe le deffein de l'Auteur infpirer à
quelques Perfonnes ftudieuses des Diocèses,
voifins de celui de Paris , d'en entreprendre
autant , afin que leur exemple étant proposé
à ceux qui font plus éloignés les engage à le
fuivre , & qu'on puiffe ainfi peu à peu parvenir
à avoir une Notice complete de tout le
Royaume fur ce même Plan.
PHILIPPE DE BETHUNE .
Suite defon Eloge.
>
Depuis que nous avons imprimé dans le
Mercure du mois de Novembre dernier le
Bref du Pape Urbain VIII. au Roy , qui contient
l'Eloge de Philippe de Bethune , Ambaffadeur
de S. M. on nous a remis une Lettre
originale de M. de Lyonne , Miniſtre &
Secretaire d'Etat , toute de fa main , écrite
au Comte de Bethune , fon Fils aîné au
sujet de la mort de fon Illuftre Pere . Elle
n'eft point datée fuivant l'usage , affés fréquent
, de ce temps - là ; mais cette date n'eſt
point douteuse , étant certain que ce Seigneur
eft mort en l'année 1648. comme
nous l'avons marqué ailleurs. Pour ne rien
ravir à la gloire d'un fi grand Homme , voici
la teneur de cette Lettre.
MONSIEUR ,
Il n'y apoint de Gens de bien dans le Royau
me
DECEMBRE. 11773399. 3111
me que la perte de M. deBethune ne touchefen
fiblement, & qui nefe trouve obligé de nous aider
à le regretter , n'étant pas poffible qu'on fçache
combien cegrand Homme a mérité du Public
combien fes longs Services ont été utiles à
PEtat ,fans s'intereffer avec vous dans le coup
-qui vient de terminer une fi belle vie. Je me
douté
flate , Monfieur , que vous n'aurez pas
queje n'aye pris plus de part qu'aucun autre à
cette affliction publique , puifqu'outre ces motifs
généraux , qui fontfi preffans , j'en ai encore
de particuliers qui vous regardent. Je ne
préfume pas affes de moi pour entreprendre de
vous confoler dans un malheur de cette forte :
je fçais que votre vertu eft encore plus grande
& vons
plus forte que tout ce qui peut l'attaquer ,
auffi n'aije pris la liberté de vousfaire ces
lignes , que pour vous témoigner l'intérêt que je
prends à tout ce qui vous arrive , pour
prot:fter que jeferai invariablement avec une
passion extrême , Monfieur , votre très - humble
& très-obéiffant Serviteur ,
Signé , DE LYONNE .
M. l'Abbé Tilly , Irlandois , Vicaire Géneral des
Millionaires de l'Ordre de Prémontré , Religieux
de l'Abbaye de Valferi , Doicèfe de Soiffons , vient
de mettre fous la preffe un Ouvrage in-folio en Latia
, intitulé , Dictionarium Theologicum Dogmati
cum & Morale , dans lequel il traite toutes les
Questions Scolaftiquement & d'une maniere trèsméthodique
, après les Queftions ainfi prouvées , il
saporte
3112 MERCURE DE FRANCE
taporte les réſolutions des Cas de confcience , avec
fes réfutations des Hérefies & des Propofitions condamnées
, concernant fa matiere . Cet Ouvrage , qui
eft dédié à S. A. S. Electorale de Cologne , paroîtra
au mois de juin prochain .
ESTAMPES NOUVELLES.
C
Paylage en large , avec Figures & Animaux, Arbres
, Maifons & Forge ; cette Eftampe d'après un
Tableau original de Ph. Wauvermens , de 17. pouces
de large , fur 12. de haut , eft la feptiéme que le
Sr de Beaumont grave d'après Maître. Elle a pour
titre , le Maréchal en exercice. On la vend chés lui,
rue S. Jacques , vis- à-vis la ruë de la Parcheminerie.
L'Eftampe en hauteur qui vient de paroître fous
le titre de la Gouvernante, a parfaitement réüffi; elle
fait également honneur au rare talent de M. Chardin,
Peintre de l'Académie, & à M.Lépicie , de la même
Académie , qui l'a gravée avec un foin extrême
d'après un de fes meilleurs Tableaux,qui a été expofé
au dernier Salon , & qui a réuni tous les fuffrages.
Le Sujet en eft très fimple. C'eft une femme
affife , vérue décemment , tenant d'une main le
Chapeau poudreux d'un jeune Ecolier , qui eft debout
devant elle , & de l'autre des Vergettes ; l'affabilité
, la douceur & la modération que la Gouvernante
conferve dans la correction qu'elle fait au
jeune homme , fur fa malpropreté , fon dérangement
& fa négligence ; l'attention de celui - ci , Ta
honte & même les remords , font exprimés avec
beaucoup de naïveté. Au refte , fenfibles aux impreffions
que nous a fait cet Ouvrage , nous ofons
prévenir le jugement du Public , & nous ne craignons
nullement de faire tort à notre goût par les
louanges que nous lui donnons.
DECEMBRE . 1739 3113
:
On lit ces Vers de M. Lépicié , au bas de l'Estampe
, qu'on vend rue des Noyers , chés L. Surugue
, Graveur du Roy.
Malgré le minois hypocrite
Et l'air foumis de cet Enfant ,
Je gagerois qu'il prémédite
.. De retourner à son Volant .
Ce Tableau fe conferve , felon l'Eftampe , dans
le Cabinet de M. le Chevalier Despuch , mais nous
venons d'aprendre qu'il n'y eft plus , & qu'un Seigneur
de la Cour de l'Empereur l'a acheté , pour
l'emporter à Vienne.
Le 31. Décembre , l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture , élut au nombre de fes Académi
ciens Honoraires & Amateurs , M. de Julienne ,
Chevalier de l'Ordre de S. Michel . Il poffede un
Cabinet rempli d'un nombre confiderable de Tableaux
des plus fameux Maîtres , & quantité d'autres
Curiofitez rares & de bon goût ,
LETTRE de M. D. P. sur un Plan
nouvellement gravé , de la Paroisse de
S.Germain l'Auxerrois.
E Sr Favre , Monfieur , demeurant chés M le
Café de 5. Germain l'Auxerrois , que nous
avons vu dans un de vos Mercures défendre la Regle
d'Esempie , vient de donner au Public le Plan de la
Parole de S. Germain l'Auxerrois , très - bien execucé
; je l'ai fait voir à des Connoiffeurs , qui l'ont
trouvé à merveille. J'ai mefuré moi - même deux
rues differentes , & je les ai trouvées très-juſtes ſur
Le
3114 MERCURE DE FRANCE
le Plan , par le moyen de l'Echelle qui y eft au bas
du Cartel , au moyen de laquelle on peut prendre
jufqu'à 6.pouces près, des mefures juftes. Je n'en ai
jamais vu de pareille dans aucun Plan , & l'on peut
dire que jufqu'à préfent on n'a vu un Morceau de
Paris levé avec plus d'exactitude ; le Baffin de la
Riviere , dont vous faites une fi belle Deſcription
dans le Mercure de Septembre dernier , à l'occafion
de la Fête fur l'Eau , y eft repréſenté au mieux;
aucun Efcalier n'y eft oublié. Il feroit à fouhaiter
que Mrs les Curés de Paris en fiffent autant pour
leurs Paroiffes, & que ceux qui feroient choisis pour
exécuter un pareil dessein , en fuffent auffi capables
que le Sr Favre, qui a fait le fien à fes heures perdues,
fans fe déranger de fes autres devoirs. Je suis , &c.
F
La Perfonne qui nous adreffe cette Lettre avec
le Plan en queftion , nous a fait plaifir de nous donner
occafion de l'annoncer aux Curieux. Il nous
paroît mériter tous les éloges qu'on lui donne.
Le Sr Abbé Candide , demeurant Place de Sor
bonne , fameux Oculifte , vient de faire très - heureufement
l'Opération de la Fiftule Lacrimale ; il a
guéri parfaitement le Petit- fils de M. le Marquis de
Mouchy , Lieutenant Géneral des Armées du Roy,
fans qu'il y paroiffe . Il avoit été manqué à Befançon.
M. Gendron , fi connu par fa grande capacité,
avoit été d'avis de faire cette Opération.
>
Le Sr Arnoul , eft furpris d'aprendre, dit- il, après
tous les Avis réïterés & toutes les précautions
qu'il a prifes au fujet de fon Spécifique contre l'Apoplexie
, qu'il le trouve encore des perfonnes qui
ofent le contrefaire & d'autres qui s'y laiffent tromper
& qui ont même eû des rechutes avec l'ufage
de ces faux Remedes , c'eſt pourqoi il repete encore
que
DECEMBRE. 1739. 3115
que fon Remede ne fe diftribuë que chés lui , ruë
des Cinq Diamans à Paris , & qu'il n'en donne pas
un feul , fans qu'il foit accompagné d'un Imprimé
figné de lui. Il ajoûte , que le grand nombre
de guérifons operées par ce Spécifique , fe trouve
confirmé par Médecins , Chirurgiens & Perfonnes
très-refpectables & conftituées dans les plus hautes
Dignités du Royaume ; & que depuis 39. années que
le Public en fait ufage , on n'a encore vû perfonne
de ceux qui le portent , foit en qualité de préfervatif,
foit en qualité de Remede , à qui il foit arrivé le
moindre accident d'apoplexie. Le filence des Adver
faires du Sr Arnou à cet égard , eft la meilleure
preuve qu'on en puiffe donner.
SPECTACLES
.
EXTRAIT de la Comédie d'Esope an
Parnasse , représentée au Théatre
François le 14.
Apollon
La Raison ,
La Rime ,
Esope ,
Octobre.
ACTEURS
.
le Sr Dubois:
la Dlle Conel.
la Dlle la Mothe.
le Sr Montmenil.
Cidalise , jeune veuve , la Dlle Angeville.
Trontenville, Courier duParnaffe ,le Sr Poiffon.
Eraste,jeune homme simple ,leSr d Argeville.
M. Desbrochures
le Sr Fierville.
Valere
3115 MERCURE DE FRANCE
Valere , Petit-Maîte , Auteur , la Dlle d'An
La Scene eft au Parnasse.
geville.
Licce ,s'étoit déja annoncé par un coup
E jeune & eftimable Auteur de cette
,
d'essai, qui faisoit souhaiter qu'il remplit une
carriere commencée avec beaucoup d'éclat ;
nous augurâmes , alors avec tout le Public ,
ce qu'il deviendroit dans la suite ; l'évenement
n'a pas trompé nos esperances ; Esope
an Parnasse a juftifié notre prédiction ; les
suffrages qui l'attendoient l'ont couvert d'une
nouvelle gloire , & nous pouvons justement
nous flater qu'il ne demeurera pas en si
beau chemin. En attendant qu'il nous donne
quelque Piéce dans un genre plus parfait,
nous allons faire part au Public de quelquesunes
des beautés qui sont répanduës dans
celle- ci..
où
L'Auteur, par une ingénieuse fiction , nous
fair voir Erope prêt à partir du Parnasse ,
Apollon voudroit le retenir pour toûjours , par
le befoin que fes Eleves ont de fes fages leçons,
Esope s'en excuse modestement , par la difficulté
qu'il trouve à corriger les abus qui se
sont glissés dans la Poësie ; il lui dit qu'il n'y
est venu que pour visiter le celebre la Fontaine
, qui l'a si bien imité dans ses Fables. Il
obéit pourtant à Apollon ; mais c'est à ces
conditions :
DECEMBRE. 1739 1739 3117
Eh bien , Seigneur , eh ! bien ; avant que je paroisse
,
Faites donc en ces Lieux qu'au moins on me connoisse
Non par le faux dehors que présente l'esprit ,
Mais par le fonds d'un coeur qui s'est toujours prescrit
L'irrévocable loi d'exprimer sa pensée ,
Sans la croire jamais digne d'être encensée.
Qu'à vos heureux Sujets on daigne m'annoncer ,,
Non , à titre de Juge habile à prononcer ,
Non, comme un ennemi qui s'empresse à leur nuire,
Ni comme unMaître altier qui voudroit les instruire,
Mais comme un Ecolier , qui sur des vérités
Cherche à se procurer de nouvelles clartés ,
Mais à titre d'ami , qui de zele & d'estime
Vient payer à leur Art un tribut légitime ,
Que la critique seroit aimable & utile , si
elle étoit toujours revétue & assaisonnée
de ces précieuses qualités qu'Esope veut
qu'elle ait en partage ! Apollon accepte le
parti , & se retire voyant aprocher la Raison,
son Epouse, dont il témoigne n'être pas trop
satisfait , attendu sa sévérité , qu'elle porte
plus loin , dit -il , qu'il ne faudroit.
Esope étant dans cette Piéce le principal
Personnage , et un Personnage , qui ordinairement
ne s'exprime que par des Fables,
Nous
3118 MERCURE DE FRANCE
nous avons crû ne lui pouvoir donner dans
cet extrait de langage plus convenable que
l'Apologue. Nous nous trouvons embarassés
au choix , entre les diverses Fables dont
cettę Piéce eft enrichie ; ainsi pour ne point
paffer les bornes que nous sommes obligés
de nous prescrire , pour n'être point prolixes
, nous n'allons citer que celles qui ont
plus de connexité avec le sujet , ou Faction
principale.
Apollon n'a retenu Esope dans sa Cour
que pour réformer les abus qui se sont glis
sés dans la Poësie ; d'où il eft naturel de
conclure , qu'on n'y sçauroit mieux réuffir
qu'en mettant la rime d'accord avec la rai4
son : et voilà ce que le sage Esope entre
prend , et dont il vient à bout autant qu'il
Jui eft poffible ; cela suposé , nous nous en
tiendrons aux deux Fables qui regardent ces
deux Rivales .
La Raison vient se plaindre amérement
à Esope de l'injuftice que lui fait Apollon de
lui préferer la Rime. Voici la réponse d'En
sope :
Je dirai seulement qu'un jour sur la fougere ,
Près des filets d'un Oiseleur ,
Un Moineau voltigeoit , sans penser à malheur;
La jeuneffe eft toûjours imprudente & légere :
Notre jeune Moineau ,
Sautant
DECEMBRE,
3119 1739
Sautant , capriolant , donna dans le paneau , &c.
Mais par bonheur , il fut logé
Chés une aimable Dame , où bonne nourriture,
Bonbon , biscuits et confiture
Rien ne fut épargné , &c.
Mais une confine traîtreffe
Demanda l'Oiseau tant vanté
A sa complaisante Maîtreffe ,
Qui ne pût refufer ; l'Oiseau fut emporté
Et le voilà dans la détreffe.
Il étoit à la verité ,
Tout comme ci - devant , bien logé , bien traité ,
Mais , pas une douce parole ,
Qui pût le consoler de sa captivité ;
Pas un seul joli nom . Que fit-il ? rebuté ,
Il prend sa bisque , zefte , un matin il s'envole ;
· La Maîtreffe vient , se désole ,
L'apelle, mais en vain , le Moineau dégoûté
Promit à sa fiere Beauté
De ne plus revenir , et lui tint sa parole.
L'Hymenée eft l'objet de ma comparaison ;
L'enjoûment en menage eft toûjours de saison ;
Pour être aimable et sociable ,
Une femme n'a pas affez de sa raison.
La volere et l'Hymen etant une prison
Si l'on ne s'etudie à la rendre agreable ,
L'Oiseau quitte sa cage ,et l'Epoux sa maison,
La
3120 MERCURE DE FRANCE
La Raison profite de cette sage remon
trance , elle promet à Esope de ne point
quitter un Epoux tel qu'Apollon , et de
pouffer sa complaisance pour lui , jusqu'à
s'accomoder aux petits défauts de la Rime ,
sa Rivale , pour le bien de la paix et de la
societé .
Après quelques Scenes , purement acces
soires , mais très -joliment verfifiées , l'ingénieux
Auteur fait venir la Rime, Esope la
reçoit avec beaucoup de politeffe ; mais
voyant qu'elle s'oublie jusqu'à vouloir se
mettre au- deffus de la Raison , il la fait rens
trer en elle-même , par cette Fable ;
Chés un Amateur des Beaux Arts
Le Burin se trouva tout auprès d'une Lyre :
De ceux qui de Bellone affrontent les hazards ,
L'une chantoit les noms , l'autre les faisoit lire.
Mais trop fiere des sons vainqueurs
Dont elle flate notre oreille ,
La Lyre se crut sans pareille ,
Et contre le Burin lança des traits mocqueurs, & c.
Eh ! tes discours me font pitié ,
Répondit le Burin , bien plus qu'ils ne me fâchent ;
Je dirai sur ta voix tout ce que tu voudras ¿.
Mais , fi tes cordes se relâchent
><
Dis-moi ce que tu deviendras.
DECEMBRE. 1739. 3121
Tu ne produis jamais qu'un son vain et frivole ,
Qui naît rapidement , et de même s'envole
Si le Burin ne fait revivre tes accords ;
>
C'est moi seul , qui te donne un corps .
Des Héros vainement tu chanterois la gloire ,
Si je ne prenois soin de leurs faits éclatans ;
C'est par moi, que, gravés au Temple de Mémoire
Ils bravent l'injure des temps .
La Raison sur la Rime a le même avantage ,
La Rime ne produit qu'un inutile son ,
A moins qu'elle n'emprunte un corps de la Raison
Celle - ci brille moins et dure davantage.
La Rime , pour conserver son caractere ,
ne convient pas d'abord qu'Esope ait raison ;
mais en le quittant , elle dit tout bas :
Ouais ! cet Homme est doué d'un pouvoir qui
m'étonne ;
Je sens que mon caprice , avec lui, m'abandonne .
La Piéce finit par la reconciliation de la
Raison et de la Rime ; et c'est là l'objet
principal que l'Auteur s'est proposé ; en faveur
de cet heureux raccommodement , la
Raison rapelle les jeux qu'elle avoit exilés
du Théatre , par trop de séverité , ce qui forme
un joli divertissement mêlé de Danses
de Chants , dont les Sieurs Dangeville
II. Vol H e
3122 MERCURE DE FRANCE
et Grandval ont fait le Balet et la Musique ;
nous ne citerons que les deux couplets du
Vaudeville :
Je ris , quand je vois une Mere
Dans un jeune coeur
Préferer la sagesse austere
A mon air vainqueur .
Eh ! songez , Meres de Famille ,
Songez qu'il est une saison ,
Où le coeur de vos pauvres Filles
N'entend ni rime , ni raison ,
*
Pour inspirer de bons Quvrages ;
Sages Spectateurs ,
Encouragez par vos suffrages
Nos jeunes Auteurs.
Celui qui par ma voix s'exprime ,
Du Public attend sa leçon ;
C'est nous qui vous donnons la rimes
Mais vous nous donnez la raison ,
REDECEMBRE.
1739. 3123
REFLEXION d'une Muse anonyme en
forme de prédiction , adressée à M. Pesselier,
Auteur de la Comédie d'Esope au Parnasse
L'An qu'aux François reparoîtra ,
Dans un Prologue qui plaira ,
L'ombre du célebre Moliere ,
Par qui le vice combattu ,
Se releve de la poussiere ,
Sur le tombeau de la vertu .
Cette ombre,pour juger si trois nouveaux ouvrages
Qu'au Théatre avec pompe on nous annoncera ,
Seront dignes de ses suffrages ,
Dans le corps du Parterre à l'inftant paffera';
Et là dans le silence , à l'abri de l'orage,
Que la cabale excitera ,
Elle verra faire naufrage
Aux deux Piéces qu'on sifflera.
Esope seul triomphera :
Certain Baudet , faux Nouvelliste
Au Prologue ricanera :
Puis prenant le ton cabaliste ,
A la premiere à grand bruit bâillera
A la seconde avec force braîra
Et respectant l'aimable Fabuliste,
Hij Que
124 MERCURE DE FRANCE
Que le Parterre goûtera
A la troisiéme admirera
>
Ce jeune Eleve de Thalie ,
Qui voulant des Mortels corriger la folie,
Composa l'Ecole du Temps ;
Qui donnant cette Comédie ,
Comme un premier effai de ses heureux talens
A la Ville , à la Cour fut long - temps aplaudie
Dans son Esope enfin fait voir évidemment
1
Que sans trop se livrer à la folle manie
Toûjours ami du sentiment ,
Moderant avec art le feu de son génie ,
Il sçait , quand il le faut, allier sçavamment,
Et la cadence au jugement
Et la sagesse à l'harmonie ;
Que même en tout ce qu'il écrit ,
Ses moeurs , et la vertu l'admirable compagne
De la vertu qui toujours l'accompagne ,
Brillent autant que son esprit.
Par M. L**** Desepm***
Le 23. Decembre , les Comédiens Italiens
donnerent une Piéce Italienne en trois Actes
, intitulée : Arlequin Medecin volant
dans laquelle le nouvel Arlequin joia avec
aplaudissement le premier Rôle , ayant lui
scul presque tout le jeu de la Piéce . Cette
Comédie
DECEMBRE. 1739. 3125
Comédie eft très ancienne. M. Bourfaut en
a fait une , sous le même titre , en un Acte ,
qu'il a tiré de ce canevas Italien . La même
Comédie avoit déja été représentée à l'Hôtel
de Bourgogne le 14. Juin 1716. c'est - à -dire
la premiere année que les derniers Comé
diens Italiens arriverent à Paris.
- NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE ET PERS E.
ם י
N aprend de Conftantinople que la Caravelle
Reale du G. S. de 70. pieces de canon , en-
.
fra le 22. Novembre dernier dans le Port de cette
Ville. A peine fut - elle dans l'Arcenal , que le
feu prit aux poudres , par l'imprudente malice
d'un Officier qui vouloit en voler une partie ; le
Vaiffeau s'enflama ; on le tira au milieu du Port
pour tenter de le couler à fond , mais le feu ayant
pris aux cables , et s'étant rompus , le courant le
jetta fur des Maifons qui bordent le Port du côté du
Fanal , lefquelles furent auffi - tôt enflâmées . Celle
du Drogman , du Capitan Pacha ont été totalement
confumées par cet incendie , qui n'eft pas encore
tout- à - fait éteint .
Depuis longtemps on avoit apris par plufieurs
Vaisseaux venus de diverfes Echelles du Levant
que Thamas Kouli Kan , par une trahifon également
odieufe & furprenante , s'étoit rendu maître
de la Perfonne & des Etats du Grand Mogol , mais
on avoit toujours refusé d'ajoûter foi à cette nouvelle.
Elle a été confirmée depuis par des Lettres
Hiii écrites
3126 MERCURE DE FRANCE
écrites d'un fi grand nombre d'endroits, qu'on n'en
peut plus douter , & voici les principales particu
Jarités que contiennent ces Lettres .
Thamas Kouli Kan ayant défait au mois de Mars
dernier l'Armée du Grand Mogol , s'empara de
plufieurs Places des Etats de ce Prince , & il comptoit
ne pas rencontrer plus de difficultés à conquerir
tout le Pays qui lui restoit à foûmettre. La re
fiftance que firent quelques Villes , lui fit connci
tre qu'il s'étoit trompé dans fes conjectures , & q
les mêmes ennemis qu'on a battus en rafe campa
gne , font quelquefois moins aisés à vaincre de:
ziere des remparts. Ses Troupes étoient fort affo
blies par les differens combats qu'elles avoient
obligées de livrer. Le Grand Mogol n'avoit plu
Ja verité d'Armée , mais il lui falloit beaucoup m
de temps , pour en affembler une nouvelle
Thamas Kouli Kan , pour recevoir les fecours de
il avoit befoin . Ces raifons déterminerent ce de
nier à tâcher de venir à bout de ſes deſſeins amb
tieux , en employant l'artifice au défaut de la force
Il feignit de vouloir conclure la paix avec fon enne
mi , & il lui propofa des conditions infiniment plu
avantageufes que celui-ci n'auroit osé les efper
dans la fituation fâcheufe où il fe trouvoit.
Grand Mogol les ayant acceptées avec autant d'em
preffement que de reconnoiffance , le Traité f
figné , on fe rendit les prifonniers de part & d'a
tre ; le Grand Mogol envoya à Thamas Kouli Ka
les fommes qu'il s'étoit engagé à lui payer pour !
frais de la Guerre , & il le mit en poffeffion de
Provinces qu'il avoit confenti de lui céder ; il vou
lut même , avant que de retourner dans fa Capi
tale , lui donner une Fête , moins pour étaler le faf
ordinaire aux Monarques des Indes , que po
prouver à Thamas Kouli Kan , qu'il ne confervo
auc
L
DECEMBRE. 1739 3127
aucun ressentiment de fa défaite , & qu'il ne pou
voit continuer d'être l'ennemi d'un vainqueur
généreux .
Quelques jours après cette Fête , Thamas Kouli
Kan invita le Grand Mogol à venir à ſon tour dans
e Camp des Perfans avec les principales Perfonnes
fa Cour. Quoique l'exemple du dernier Sophy
de, Perfe fût une leçon qui devoit aprendre à ce
Prince à fe défier de Thamas Kouli Kan , il fe livra
imprudemment entre les mains de fon ennemi, qui,
dans le temps que le Grand Mogol goûtoit avec
écurité les plaifirs qu'on lui avoit fait préparer,
our le mieux tromper , le fit arrêter avec toute
à fuite , & détacha en même temps un Corps de
Troupes , pour furprendre la Ville de Delly , Capiale
des Indes . Ses ordres furent executés avec plus
e bonheur que ne méritoit une pareille perfidie ,
xles Perfans fe rendirent maîtres de la Ville , dont
es Habitans n'eurent pas plûtôt apris le malheur
rrivé à leur Souverain , qu'ils prirent les armes
our effayer de le venger. Ils tuerent environ 400
oldats de la garniſon Perfane , mais Thamas Kouli
Can ne leur donna pas le temps d'en faire un plus
rand carnage , & ayant marché avec fon Armée ,
I entra dans la Ville qu'il abandonna au pillage , &
ont il fit massacrer les Habitans , fans aucune difinction
d'âge ni de sexe . Cet Ufurpateur , profitant
e la terreur que le traitement fait à la Capitale a
nspirée aux Habitans des autres Villes , s'en eft fait
uvrir les portes , & prefque tout le Pays l'a reconiu
pour Souverain .
Cependant on ne croit pas qu'il demeure tranuille
poffeffeur d'une conquête qu'il doit à des
noyens fi condamnables , & quelques avis reçûs
les Indes portent , que plufieurs Seigneurs du Pays
nt formé une Conféderation pour l'en chaffer , &
Hiiij que
128 MERCURE DE FRANCE
que les Peuples paroiffent difposés à contribuer de
fout leur pouvoir à l'exécution de cette entreprife, &
montrer à Thamas Kouli Kan , que l'attachement
des Sujets pour leur Prince eft le plus grand obftaele
qu'on ait à vaincre pour s'emparer de les Etats.
RUSSIE .
COPIE du Manifefte de l'Imperatrice de
Ruffie , touchant les Princes Dolgoroucky.
N
Ous ANNE , par la grace de Dieu , Imperatrice
& Autocratrice de toutes les Ruffies ,
& c. & c. & c.
SCAVOIR FAISONS ,
Il eft notoire quels crimes ont ci-devant commis
contre Nous & cet Empire , le Prince Alexis Dolgo-
Toucky , & fes freres le Prince Serge & le Prince
Jean , fils du Prince Gregoire Dolgoroucky , auffi
bien que le Prince Jean , fils d'Alexis , & le Prince
Bafile , fils de Lucas , & le Prince Bafile , fils de Wo-
Jodimir Dolgoroucky , nommément.
Que le Prince Alexis Dolgoroucky & fes freres
Serge et Jean , auffi bien que fon fils le Prince Jean,
fe trouvant près l'Empereur Pierre II. de glorieuſe
memoire , lui ont fait faire de longs voyages de
Mofcou,pour chaffer, non feulement pendant l'Eté,
mais auffi pendant l'Automne & l'Hyver , au grand
préjudice de fa chere fanté , loin d'en avoir le foin
néceffaire , ayant plûtôt fait leur poffible pour détourner
Sa Majefté des affaires de l'Empire , &
pour tellement l'affoiblir , qu'Elle en mourut peu
après.
Durant la maladie de Sa Majefté , ils n'en ont
fait confidence à perfonne jufqu'à la mort , deforte
e ni les premiers Miniftres d'Etat , ni d'auties
Perfonnes
DECEMBRE. 1739. 3129
Perfonnes de qualité , ni même les Gens de la
Cour n'en ont jamais fçû rien de sûr ni de pofitif.
Ils ont en outre porté leur ambition démesurée ,
jufqu'à perfuader à Sa Majefté , qui étoit encore
dans un âge peu mûr pour le mariage , de fiancer
la Princeffe Catherine , fille du Knées Alexis , qui
étoit peu digne d'une fi haute Alliance , & cela
fans donner préalablement avis , ni fans prendre
confeil des plus proches de la Famille Imperiale ,
ni des premiers Officiers de la Couronne , quoique
cette coûtume ait toujours été obfervée par nos
Prédeceffeurs.
Sur ce prétexte de mariage , lefdits Princes Dolgoroucky
prirent, d'une maniere effrontée, encore
du vivant de Sa Majesté , & même après la mort ,
& lors de notre avenement à la Couronne , du Tréfor
Imperial , des chofes précieufes valant plus de
deux cent mille Roubles , & fe les aproprierent ;
jfqu'à ce que felon notre ordre elles leur furent
ôtées.
Outre les délits ci- deffus mentionnés , les Princes
Dolgoroucky fe font rendus coupables de plufieurs
autres crimes durant la vie de S. M. l'Empereur
Pierre II . crimes qui font tous diamétralement
contraires aux Droits divins & à ceux de cet
Empire .
Le Knées Bafile Dolgoroucky , fils du Knées
Lucas , a tâché malicieuſement au commencement
de notre Regne , de nous rendre fufpects par toutes
fortes de calomnies, plufieurs de nos plus fideles
Miniftres , fans craindre le courroux du Ciel , ni
regarder le devoir d'un bon ferviteur.
Quoique ledit Kuées Alexis Dolgoroucky , fes
fils & fes freres , auffi bien que le Knées Bafile
Dolgoroucky , fils de Lucas , ayent felon les Loix
Hv
de
30 MERCURE DE FRANCE
de l'Empire , merité la mort pour les crimes fus
mentionnés , cependant notre grande clemence les
en a délivrés, & nous nous fommes contentée de les
exiler en divers Endroits , après les avoir privés de
leurs Charges & du Cordon de S. André , dont ils
s'étoient emparés fans le mériter.
Nous avions laiffé au Knées Bafile Dolgoroucky,
fils du Knées Wolodimir , la Dignité de Feldt Maréchal
; mais malgré cette grace & le ferment de
fidelité , celui- ci entreprit de calomnier non feuleinent
les ordres que nous avons publiés pour le
bien de l'Empire, mais de fe fervir en outre de paroles
méprifantes & injurieufes contre notre facrée
Perfonne.
C'eft pourquoi il fut condamné à la mort par une
Commiffion établie à cet effet , & par une Affemblée
de nos Miniftres & de nos Généraux. Cependant
nous lui fîmes encore une fois grace de la vie,
lui ôtant feulement fa Charge , & l'envoyant à
Schluffelbourg pour y être aux Arrêts , comme il
paroît plus au long par les ordres imprimés du 14.
Avril de 1730. & du 23. Decembre de 1731 .
On a eû lieu de croire qu'après des graces f
gnalées lefdits Doigoroucky non feulement fe repentiroient
de leur vie paffée , & qu'ils tâcheroient
de vivre tranquillement aux Lieux de leurs Exils
mais encore qu'ils prieroient le Tout- puiffant pour
notre fanté .
Au lieu de cela ils ont , contre toute attente , de
nouveau oublié leur ferment de fidelité , et le Jugement
de Dieu , en fe rendant coupables des cries
fuivans.
Le Knées Jean Dolgoroucky , fils du Knées Ale-1
xis , n'a pas cû honte de répandre dans le Lieu de
fon Exil toutes fortes d'injures & de calomnies conue
notre facrée Perfonne & notre Famille Imperiale,
DECEMBRE . 1739. 3131
II. a 2
riale , ce qu'il a avoué lui - même dans l'Examen .
On a en même temps découvert par cette occafion
une autre Entreprife criminelle de ces Princes
Dolgoroucky, qui jufqu'ici avoit été inconnuë .
Le Knées Alexis Dolgoroucky qui eft mort dans
fon Exil , étant encore auprès de l'Empereur Pierre
conjointement avec fes freres le Knées Serge
& le Knées Jean , auffi bien que le Knées Bafile ,
fils de Lucas , eû le deffein inoui & directement
contraire aux Droits de fucceffion établis dans cet
Empire , de faire paffer la Couronne Imperiale
après la mort de Pierre II. fur la tête de fa fille
Catherine. Pour executer un deffein fi oposé à tous
les Droits divins & humains , auffi bien qu'à leur
ferment de fidelité , ils entreprirent de forger un
faux Teftament , dans lequel Sa Majefté nomme
pour fon Succeffeur au Trône ladite Catherine , fille
d'Alexis .
Ce Teftament fut d'abord écrit par la main du
Knées Bafle , fils de Lucas Doloroucky ; mais fous
prétexte que fon écriture étoit peu lifible , il le laiffa
là ; fur quoi le Knées Sergé Dolgoroucky fut chargé
de l'écrire.
Le Knées Bafile , le Knées Alexis , auffi bien que
fon frere Jean , s'étant de nuit renfermés dans
une chambre , dicterent au Knées Serge ce qu'il devoit
écrire.
Ainfi il en vint à bout avec leur affiſtance , et mit
après le Teftament au net , quoiqu'avec cette précaution
, qu'il a tellement alteré fon écriture , qu'il
a été très -difficile de la reconnoître . Le Knées Jean,
fils d'Alexis Dolgoroucky , l'a figné en préfence de
fon pere et de fes freres , et dans la fignature , il a
contrefait , autant qu'il lui a été poffible , celle de
J'Empereur Pierre II. de la même façon que S. M.
avoit accoûtumé de figner les ordres .
H vj
}
3132 MERCURE DE FRANCE
Ils prirent en même temps la réſolution de pu
blier après la mort de S. M. ce Teftament comme
veritable , & d'en exécuter le content .
Ils étoient convenus de punir de mort tous ceux
de nos Sujets qui auroient voulu douter de ſa verité
, ou qui auroient osé le rejetter .
Ils n'ont jamais rien fait apercevoir de ce deffeir
criminel avant leur Exil , ni depuis , n'en ayant jamais
témoigné aucune repentance , et ne nous en
ayant jamais demandé pardon .
Et quoique nous ayons , par une grace particuliere
, rapellé l'année paffée du Lieu de fon Exil le
Knées Serge Dolgoroucky , cependant il n'en a
jamais voulu rien découvrir ouvertement , ni dans
fon Interrogatoire , ni dans l'Examen .
Mais comme dernierement le Knées Jean , fils
d'Alexis Dolgoroucky , a non feulement lui- même
avoué dans fon Examen ce deffein pernicieux ,
mais que ſes oncles , contraints par là , en ont fait
de même , ils y ont unanimement ajoûté , que
voyant après la mort de Pierre II . qu'il feroit impoffible
d'exécuter leur mauvais deffein , ils avoient
fait brûler par la main du Knées Jean Dolgoroucki
ledit faux Teftament , tant le brouillon que la copie
, comme cela paroît plus au long par les Regiftres
de notre Chancellerie fecrete de l'Inquifition.
Les Knées Bafile & Michel Dolgoroucky , tous
deux fils du Knées Wolodimerowitz , ont eû part
aux deffeins criminels & rebelles de leurs coufins ,
et ils ne nous en ont jamais rien découvert , et même
en dernier lieu , lorfque nous en fûmes déja informée
, et qu'ils ont été interrogés là deffus , ils
n'ont avoué rien de pofitif , jufqu'à ce qu'on les a
convaincus, de façon à ne pouvoir plus reculer.
Comme nous fâmes obligée par toutes les Loix
divines et humaines , de punir ces Rebelles et traien
DECEMBRE. 1739. 3133.
tres impies , nous avons affemblé , pour les juger ,
les Principaux de l'Etat Ecclefiaftique , Civil et Militaire
, qui , après une mûre Déliberation , ont
conclú tous d'une voix , que felon les Loix de
l'Empire ils doivent fouffrir la mort méritée par
leurs crimes.
Le Knées Jean Dolgoroucky , fils d'Alexis , fut
condamné à fubir le fuplice de la rouë , & à avoir
la tête tranchée.
Le Knées Bafile Dolgoroucky , fils de Lucas , et
le Knées Serge et Jean Dolgoroucky , fis du Knées
Gregoire , furent auffi condamnés à être décapités .
Cette Sentence fut publiquement executée à Novogrood
avec un grand concours du Peuple.
Le Knées Bafile et le Knées Michel Dolgoroucky,
fils du Knées Wolodimerowitz , ont été pareillement
condamnés à la mort par ladite Aflemblée :
& quoiqu'ils l'auroient très- bien méritée , cependant
, felon notre clemence ordinaire , nous leur
avons fait grace , en les envoyant feulement en Exil
en divers Endroits , où ils doivent être gardés à vûë
leur vie durant , fans avoir la permiffion d'aller
nulle part qu'à l'Eglife.
Pour que tout le monde foit informé de ces
grands crimes & atroces délits des Princes Dolgoroucky
, Nous avons ordonné de publier ce que
deffus , & de l'imprimer.
Le Manifefte de S. M. a été figné par les trois
Miniftres de Cabinet , & par le Général Wfchakow.
Imprimé à S. Petersbourg , à la Chancellerie das
Senat , le 12. Novembre 1739.
On a apris de Novogrood , que lorfqu'on lut au
Knées Jean Alexiowitz Dolgoroucky fon Jugement
, il fe donna un coup de couteau dans la gorge
, & que le coup n'étant point mortel , il avoit
3134 MERCURE DE FRANCE
été conduit au fuplice avec fes oncles & le Knées
Bafile Loukitz , qui tous , ainfi que lui , écoient
morts avec beaucoup de fermeté.
Les dernieres Lettres de Petersbourg , marquent
qu'on faifoit d'exactes perquifitions dans toute la..
Mofcovie , pour découvrir les Perfonnes mal intentionnées
contre le Gouvernement , & que plufeurs
Boyars , craignant d'être envelopés dans l'affaire
des Princes Dolgoroucky , s'étoient retirés
dans les Etats voifins .
L
ALLEMAGNÉ.
Es Miniftres du Grand Seigneur ont affûré M.
Montmartz , qui a aporté à Vienne la Ratification
du Traité de Belgrade , fignée par Sa Hauteffe,
qu'elle auroit déja nommé l'Ambaffadeur qui doit
fe rendre à Vienne de fa part , fi elle n'avoit voulu
fe donner le temps de choifir un Sujet propre à affermir
la bonne intelligence entre les deux Puissances
.
Le Secretaire d'Ambaſſade , chargé des affaires
du Roy d'Eſpagne à la Cour de Vienne , a reçû de
Madrid un Courier , dont il a communiqué les dépêches
au Grand- Chancelier , & l'on affûre qu'il a
reçû ordre de la Cour de Madrid de dire à ce Miniftre
, que S. M. C. ayant été obligée d'entrer en
guerre avec l'Angleterre , elle comptoit que cette.
guerre ne préjudicieroit en rien à l'union qui vient
d'être rétablie entre l'Empire & l'Espagne.
L'Empereur a apris par un Courier arrivé depuis
peu de Belgrade, que le 6. de ce mois le Commandant
des Troupes Impériales avoit remis la Ville
aux Turcs , & que le Pacha de Romelie , felon ce
qui avoit été convenu , avoit fait marquer 300. maifons
,
n
DECEMBRE . 1739 3135
is ,pour loger les Soldats Impériaux qui devoient
efter dans la Place pendant Phyver, pour travailler
faire fauter les Fortifications de la Citadelle.
Le Confeil de Guerre s'affembla il y a quelques
urs en préfence de S. M. I. pour déliberer fur
'affaire du Feldt-Maréchal Comte de Seckendorf ,
zil y fut réfolu de remettre ce Géneral en liberté
ous de certaines conditions.
ITALI E.
ONécritde Genes , que le lendemain du joue auquel M. de Jonville , Envoyé Extraordinaire
du Roy de France , eut fa premiere Audience publique
du Doge & du Sénat , ce Miniftre donna uir
magnifique dîné aux quatre Députés qui l'avoient
accompagné , aux Miniftres Etrangers , & à quelques
Dames de distinction ; & que toute la Nobles
se alla lui rendre vifite les trois jours fuivans.
SE
ISLE DE CORSE.
Elon quelques avis reçûs depuis peu , il y a en
core de l'autre côté des Montagnes un Chef de
Bandits , nommé Morachino , qui commet des défordres
dans les endroits où il n'y a point de Troupes
, & qui a en la hardieffe d'éxiger des contribu
tions de quelques Hameaux écartés , mais on ne
doute pas que les Habitans du Pays , pour fe délivrer
de fes véxations , ne travaillent , de concert
avec les Officiers de la République , à le faire arrê
ter. Les Curés de Bigorno & de Canevaggio ont été
semis en liberté , & il y a aparence qu'on y remettra
auffi celui de Lamma , cet Eccléfiaftique ayant
prouvé que les Armes qu'on lui a trouvées , apartenoient
à un Défertèur, qui les a laiffées chés lui a
fon
3136 MERCURE DE FRANCE
fon infçû , & qu'il n'avoit eû le temps ni de les con
figner , ni d'en faire la déclaration .
Selon les dernieres Lettres , écrites de la Baſtie
il paroît que la principale attention du Marquis de
Maillebois eft préfentement de purger l'Ile de Corfe
de tous les Bandits. Ce Géneral , non - feulement
leur fait donner la chaffe & fait punir féverement
ceux qui leur fourniffent quelque retraite , mais il a
ordonné aux Peres du Commun de lui donner une
note exacte de tous les gens fans aveu et qui font
fans bien et fans profeffion .
ESPAGNE,
N écrit de Madrid , que le r2 . le 13. et le
14. de ce mois , le Palais du Prince de la Roca
Filomarini , Ambaffadeur du Roy des deux Siciles
, a été illuminé à l'occafion du Mariage de l'Infant
Don Philipe avec Madame de France , et que
chaque jour il y a eû Concert , Soupé et Bal chés
cet Ambaffadeur .
Le même jour que le Roy a fait publier la Déclaration
de guerre contre la Grande- Bretagne , il a
paru une Ordonnance qui porte qu'on tiendra pour
prohibé tout commerce avec les Sujets et Vaiffeaux
de S. M. Br. qu'on n'admettra dans aucun Port des
Pays de la domination de S. M. aucun Bâtiment
chargé des Marchandiſes fabriquées en Angleterre
ou des denrées que ce Pays aura produites , qu'il fera
également défendu de les introduire par terre de
quelque maniere et fous quelque prétexte que ce
foit ; que le même Reglement s'obſervera par raport
à tout ce qui viendra des Colonies Angloiſes ;
que tous les Effets , qui font dans le cas de la prohibition
, feront faifis partout où on les trouvera ,
foit dans les Boutiques des Marchands et dans les
Maifons
DECEMBRE. 1739: 3737
Aaifons des Particuliers qui ne font point le comnerce
, foit même fur les grands chemins dans les
voitures dont les Proprietaires fe ferviront pour les
ranfporter; qu'il ne fera pas plus permis aux Etranzers
, qu'aux Sujets du Roy , de garder ces Effets
chés eux , l'intention de S. M. étant néanmoins de
conferver à tout autre égard la liberté du commerce
avec les Royaumes et les Etats dont elle eft alliée
, ou avec lefquels eile eft en paix, et S. M. voulant
que les Vaiffeaux des Sujets de cés Royaumes
e Etats foient reçûs dans tous fes Ports avec les
Marchandifes qu'ils auront à bord , pourvu qu'elles
foient du produit des Terres de ces Royaumes et
Etats , ou qu'elles y ayent été fabriquées ; que les
Marchandises même qui seront du crû des Domaines
du Roy, ou qui viendront de ceux des Puissances ses
Alliées , seront défenduës fi elles ont été teintes ,
blanchies ou aprêtées en Angleterre ou dans quelque
Pays qui en dépende , & que S. M. renouvelle
à ce sujet toutes les Ordonnances & Cédules publiques
pendant les précedentes Guerres avec la
Grande Bretagne,qu'afin de connoître la qualité des
Marchandises qui doivent être regardées comme
prohibées , en cas qu'il survienne quelque dispute
sur cet article , le Juge devant lequel on dénoncera
quelque saifie , fera la vifite des Marchandises , &
nommera un Expert qui déclarera sous serment,de
quelle fabrique ou de quel crû elles sont ; que les
Propriétaires de ces Marchandises & Denrées pourront
auffi de leur côté nommer un Expert dont le
témoignage sera reçû de même sous serment ; que
fi la déclaration des Experts ne se trouvoit pas fidele
, ils seront punis comme Faussaires ; que fi
celle de l'un n'eſt pas conforme à celle de l'autre
le Juge nommera une troifiéme Personne qui prêtera
auffi serment , & qu'après avoir pris l'avis de
C3
3138 MERCURE DE FRANCE
cet Arbitre , il prononcera.une Sentence définitive ,
sans admettre d'autre défense ni preuve ; que le
tiers de tout ce qui sera saifi , sera adjugé au Fise
Royal , un autre tiers au Juge , & le reite au Dénonciateur
, & que ces tiers seront délivrés immédiatement
après que la Sentence aura été renduë ,
pourvû que le Juge & le Dénonciateur donnent
caution d'en rendre la valeur , fi la Sentence venoit
à être infirmée ; que les personnes qui introduiront
dans les Etats du Roy quelques Marchandises
prohibées , ou qui en favoriseront l'entrée , seront
punis de mort , & que tous leurs biens seront confisqués
; que par raport aux personnes chés qui on
trouvera ces Marchandises , & qu'on ne pourra
convaincre de les avoir fait entrer dans le Royaume
, elles seront condamnées seulement à perdre
ces Marchandises dont les tiers seront apliqués respectivement
selon la dispofition de l'Ordonnance ;
que s'il se trouve quelque possesseur de Marchandises
de contrebande , qui après une Procedure réguliere
soit convaincu de les avoir gardées , quoiqu'il
en connût la qualité , ses biens seront confisqués
, & qu'il sera obligé de déclarer celui de
qui il aura reçû ces Marchandises , à faute de quoi
il sera traité comme s'il les avoit introduites fuimême
dans les Etats de S. M. & il sera sujet, aux
peines prescrites par cette Ordonnance , lesquelles
ne pourront être diminuées ni commuées par aucun
Juge de quelque rang qu'il puisse être , ni par
aucun Tribunal ou Conseil ; que la volonté du Roy
eft , qu'on n'accorde aucune permiſſion de faire entrer
des Marchandises prohibées , en quelque petite
quantité que ce soit , & que fi on en a accordé
quelqu'une , S. M. la révoque & l'annulle ; qu'en
conséquence Elle défend aux Conseils & aux Vicerois,
ainfi qu'à tous les Tribunaux, qui par le pas
sé
DECEMBRE. 1739 3139
avoient coûtume d'accorder de semblables periffions
, d'en accorder à l'avenir ; qu'Elle veut
u'on vifite toutes les Maisons , Boutiques & Ma-
; afins des Marchands & Négocians , au moins de
quatre mois en quatre mois , sans qu'il y ait pour
ela de jour fixe ; que ces vifites se feront sans qu'il
oit nécessaire de faire à ce sujet aucune publicaion
ni information au préalable ; qu'on ne pourra
cependant les faire dans les Maisons des Particuiers
qui ne sont pas Négocians , à moins qu'on
-n'ait des preuves suffisantes qu'il s'y trouve des
Marchandises défendues ; qu'afin de faciliter ces
-vifites & de proceder à la vérification des Marchandises
, les Marchands & les Négocians , tant Naturels
qu'Etrangers , seront obligés de tenir leurs
Livres en Langue Caftillanne , & d'y enregistrer
tout ce qu'ils acheteront ou introduiront dans le
Royaume , & que les Juges auront droit de prendre
communication de ces Livres, toutes les fois qu'ils
en auront besoin ; qu'à cet égard on suivra la Loi
61. du 18. Titre du Livre 6. de la Récompilation ,
bien entendu néanmoins que par la dispofition de
la présente Ordonnance le Roy ne prétend point .
déroger à ce dont on eft convenu avec les
Rois , Princes & autres Puillances , avec lesquels
S. M. eft en Paix ; que parce qu'il ne seroit pas
jufte d'empêcher la vente des Marchandises d'Angleterre
, qui ont été introduites de bonne foi dans
le Royaume d'Espagne avant la déclaration de
Guerre, & parce qu'en même temps il importe, que
sous le prétexte de la consommation de ces Marchandises,
on n'en introduise pas d'autres , le Roy
ordonne à tous les Marchands qui auront des Marchandises
ou des Denrées de la Grande Bretagne
& des Pays qui en dépendent , de se présenter au
plûtard dans le terme de quinze jours après la pu-
.
blis
3140 MERCURE DE FRANCE
blication de la présente Ordonnance , pour décla
rer ces Marchandises & ces Denrées ; que ces déclarations
se feront à Madrid , devant le Miniftre
que S. M. nommera pour connoître des affaires de
cette nature; dans les autres Villes, devant les Juges
qui seront commis à cet effet , & dans les Lieux ou
il n'y aura point de Juges , devant les personnes
qu'il plaira au Roy de nommer ; qu'auffi tôt après
que le terme de quinze jours sera expiré , les Marchandises
défendues qui n'auront pas été enregistrées
, seront déclarées confiscables ; que pour ce
qui regarde la consommation de ces Marchandises,
on accordera aux Négocians deux mois pour les
vendre , après lequel temps il leur eft enjoint de
les porter aux Douanes , ou aux Hôtels de Ville ,
dans les Lieux où il n'y a point de Douane , afin
qu'elles y soient vendues publiquement au plus offrant
en présence des Magiftrats , lesquels remettront
aux Propriétaires le produit de la vente sang
qu'aucune des Marchandises défendues puiffe être.
raportée dans les Boutiques ou Magaſins d'où elles
scront sorties.
>
**************************
ET RENNES
A Madame de Marolles , que M. sın fils
lui a présenté au commencement de cette
anée 1740 .
Ο
vous , la plus aimable
et la plus tendre
mere ,
Vous , qui me tenez lieu de pere ,
Après la perte d'un époux
Vertueux , et digne de vous ;
DECEMBRE . 1739 : 3141
Ah ! que vous devez m'être chere !
Recevez les voeux , qu'en ce jour
Va vous tracer ma foible plume.
Ce ne sont point des voeux dictés par la coûtume
Qu'on suit à la Ville , à la Cour ;
Ils sont inspirés par l'amour.
Que le Dieu , dont la main regle nos destinées ,
A vos rares vertus égale vos années !
Qu'il vous conserve encor long-temps
Cette mere , dont la foiblesse
A pour apui votre tendresse .
Qu'il vous fasse trouver un jour dans vos enfans
Cet amour généreux dont vous fûtes remplic
Pour les auteurs de votre vie !
Enfin , pour derniere faveur ,
Que le même amour qui m'inspire ,
yous fasse lire dans mon coeur
Ce que je sens pour vous , et ne puis vous écrire .
Par M. PHILIPPE , pour le jeune M. de
Marolles,
FRANCE
3142 MERCURE DE FRANCE
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR, DE PARIS , &
E 8. de ce mois , Fête de la Conception
Lde la Sainte Vierge, le Roy & la Reine
entendirent dans la Chapelle du Château do
Versailles , la Messe chantée par la Musique.
L'après-midi , Leurs Majeftez affifterent au
Sermon du Pere de Pons , de la Compagnie
de Jésus , & ensuite aux Vêpres..
La Reine communia le même jour par les
mains du Cardinal de Fleury , son Grand
Aumônier Madame Henriette communia
par les mains de l'Abbé Enrion , Chapelain
du Roy.
Le 13. de ce mois
, troisiéme
Dimanche
de l'Avent
, le Roy
& la Reine
entendirent
dans
la Chapelle
du Château
, la Meffe
chantée
par la Mufique
; & l'après
- midi
L. M,
affifterent
au Sermon
du Pere
de Pons
.
Le même jour , l'Evêque du Bellay fut
sacré à Paris dans la Chapelle du Noviciat
des Jésuites , par l'Archevêque de Tours ,
affifté des Evêques de Macon & d'E
vreux,
La
DECEMBRE . 1739. 3143
Le 20. quatrième Dimanche de l'Avent ,
Roy & la Reine entendirent dans la Chaelle
du Château la Meffe chantée par la
Lufique. L'après - midi , L. M. affifterent au
ermon du Pere de Pons ,
Le 24. veille de la Nativité de Notreeigneur
, le Roy & la Reine entendirent
ans la Chapelle du Château les premieres
"êpres qui furent chantées par la Mufique ,
auxquelles l'Evêque de Die officia .
Le 25. Jour de la Fête , L. M. qui après
voir affifté à Matines , avoient entendu à
ninuit trois Meffes , affifterent à la Grande
Meffe , célebrée pontificalement par le mê,
ne Prélat. L'après -midi , le Roy & la Reine
affifterent au Sermon du P. de Pons , & ensuite
aux Vêpres auxquelles le même Prélaț
officia ,
Le 30. pendant la Meffe du Roy , l'Evêque
de Fréjus , qui avoit été sacré le 13 .
prêta serment de fidelité entre les mains de
S, M,
ETRENNES
3144 MERCURE DE FRANCE
ETRENNES
D'unjeune Enfant âgé de dix ans , à M.
Pere pour l'année 1740,
L'An sept cent trente-neuf finit ,
L'an fept cent quarante commence ,
Et je me sens tout interdit.....
Je veux complimenter , je me perds plus j'y pense !
Mon Papa, je ne puis vous faire un compliment ;
Et je sçais bien pourquoi , si je ne sçais comment.
Complimenter un Pere , est un travail extrême :
Ah ! qu'il m'est plus aisé de dire... je vous aime !
ETRENNES du même à Madame sa Mert
EN ce jour, qu'aux souhaits a consacré l'usag,
Quels voeux , pour vous , puis-je former ?
Quelle étrenne,Maman pourrois-je vous donner?
De mon coeur acceptez l'hommage ,
D'un tendre amour il eſt le gage :
C'est l'unique présent que vous sçachiez aimer.
Le 28, Novembre , il y eût Concert chó
la Reine. On y chanta le 4. et 5. Acte d
l'Opera de Phatton , dont les préceden
avoier
DECEMBRE . 1739 3145
ient été donnés dans le mois dernier.
Le 29. du même mois , il y eut Concert
dîné de L. M. Les 24. Violons de la
ambre exécuterent les Simphonies de
phire & Flore , & celles du Caprice
rato , de la Compofition de M. de Blant
, Surintendant de la Mufique du Roy.
e 5. & le 12. Decembre , la Reine endit
le Ballet Héroïque de Zaide , Reine
Grenade , mis en Musique par le Sieur
oyer ; les principaux Roles furent trèsen
remplis par les Dlles Erremens, Hugueot
, Mathieu & Rotiffet , & par les Sieurs
ribou , Jelior , d'Angerville & du Bourg.
Le 14. & le 19. on concerta le Prologue
les trois entrées du Ballet des Caracteres de
Amour , de M. de Blamont , dont l'exécu
on fit beaucoup de plaifir. Les principaux
ôles furent chantés par les mêmes Sujets
'on vient de nommer , & par la Dlle Go
eneche , & les Sieurs Benoit & Richer.
A MUSE DE QUATORZE ANS.
ETRENNES à Madame Levesque ;
par son fils.
UN coeur féxible , doux et tendre ,
Qui pour mobile à la vertu ,
11. Vol. I
E
3146 MERCURE DE FRANCE
Et qui sous vous brûle d'aprendre
Ce qui doit lui frayer ce chemin peu battu ;
Voilà , trop bienfaifante Mere ,
Ce que vous offre un fils.
respectueux ;
Jusqu'à vos ennemis , chacun vous considere¿
Chacun vous aime , vous révere ;
Serois-je donc plus ingrat qu'eux ?
Levesque
Le premier Decembre ; les Comédiens
François représenterent à la Cour , la Comédie
du faloux Desabusé , & celle de l'Esprit
de Contradiction.
Le 3. la Tragédie de Poliencte , & la Métamorphose
Amoureuse.
Le 10. Andronic , & le Deuil.
Le 15. le Distrait , & le Mariage Forcé,
Le 17. Rodogune , & l'Eté des Coquetes.
Le 22. La Surprise de l'Amour, & Georges
Dandin.
Le 29. l'Ecole des Femmes , & le Retour
Imprévu.
Le 31. Heraclius , & le Mari Retrouvé,
Le 2. Decembre , les Comédiens Italiens
représenterent auffi à la Cour la Comédic
des Fées , & le Portrait.
Le 9. les Métamorphes d'Arlequin , Piéce
qui
DECEMBRE. 1739 3147
qui a été fi fort goûtée à l'Hôtel de Bourgogne
, & qui a fait beaucoup de plaiſir à
La Cour ; elle fut suivie d'un Ballet comique
très -bien exécuté par les mêmes Comédiens ,'
& de la petite Piéce.de la Joye Imprévûë.
Le 16. on rejoüa la même Comédie des
Métamorphoses , pour Monseigneur le
Dauphin , que ce Prince n'avoit pas vûë ,
elle fut suivie de la petite Piéce de l'Ecole
des Meres.
Le 30.
Hulla.
les Amans Réunis , & Arlequin
COUPLET sur l'Air de Joconde.
QUand son Epoux est descendu
Dans la sombre demeure ,
Comme si tout étoit perdu ,
Faut-il qu'Aminte pleure ?
En rire fous cape eft le mieux
Qu'Aminte puisse faire.
>
Perdre un Epoux avare & vieux ;
C'eft gaguer un Douaire.
F. M. F.
I ij MORTS
148 MERCURE DE FRANCE
L
MORTS , & MARIAGE.
E 4. Decembre , D. Marie - Angelique
de Coeuret de Nesle , Veuve depuis le
23. Août 1718. de Louis -Marie des Rues ,
Seigneur de Clorebois , & de Salancy , Baron
de Sourdon , mourut à Paris , dans la
86. année de son âge , étant née le 4. Août
1654. Elle laisse un fils , qui est Sebastien-
Emanuel des Rues , apellé le Comte de
Sommerive , reçû Chevalier- Commandeur
des Ordres de N. D. du Mont- Carmel , &
de S. Lazare de Jerusalem , le 22. Mars 1717.
& marié avec Loüise - Paule du Verdier de
Villaumont : la défunte étoit fille de Sebastien
de Coeuret , Seigneur de Nesle en Beauvoisis
, de Verville , &c. & d'Anne de
Postel .
Le 12. François Perou de Belleisle , Seigneur
de Dompierre, Chevalier de POrdre Militaire
de S. Louis , Brigadier des Armées
du Roy , de la Promotion du 10. Fevrier
1704. mourut à Paris , dans un âge avancé,
Il étoit entré Page du Roy en sa petite Ecurie
le premier Janvier 1679. Il fut depuis
Capitaine dans le Régiment Dauphin , & il
heint au mois de Novembre 1695. un des
nouveaux Régimens d'Infanterie , qui
furent
DECEMBRE. 1739. 3149
furent mis alors sur pié , & qui furent réformés
après la Paix de Riswick. Le Régiment
d'Auxerrois lui fut donné au mois de
Septembre 1716. mais il s'en étoit démis il
y a déja plusieurs années , en se retirant du
Service.
Le 22. Jean Baptifte de Broufforé , Seigneur
de la Baftide de S. André , Conseiller
Honoraire de la Grand' - Chambre du Parlement
de Paris , & ci - devant Sécretaire des
Commandemens , Maison & Finances de
la Reine , mourut à Paris , âgé de 67. ans ,
& sans avoir été marié. Il avoit été reçû
Conseiller le 22. Juillet 1705. & étant
Doyen de la Troifiéme Chambre des Enquêtes
, il monta à la Grand'- Chambre le
13. Mars 1733. IIll ssee démit peu de temps
après de sa Charge . Il s'étoit aufli démis au
mois de Fevrier 1736. de celle de Secretaire *
des Commandemens de la Reine , dont il
étoit revêtu depuis le 21. Juillet 1726.
>
Le 27. Louis - Achilles - Augufte de Harlay-
Coeli , Comte de Compans , Seigneur de
Ste Mesme , Conseiller d'Etat Ordinaire ;
& Intendant de la Géneralité de Paris
mourut à Paris , dans la 61. année de son
âge , étant né le 4. Fevrier 1679. Il avoit
été reçû Conseiller au Parlement de Paris ,
à l'âge de 17. ans , le 22. Fevrier 1696. &
ensuite Maître des Requêtes de l'Hôtel du
Į jij Roy ,
3150 MERCURE DE FRANCE
Roy, le 9. Decembre 1707. puis il fut nomme
Intendant succeffivement à Montauban en
Novembre 1713. à Pau , à Metz en Novembre
1715. en Alsace en Fevrier 1724. & enfin
à Paris au mois de May 1728. Il avoit
été fait Conseiller d'Etat par expectative dès
le 12. Fevrier 1721. Il eut la place de Semestre
au Conseil , vacante par la mort de Felix le
Pelletier de la Houssaye , le 23. Septembre
1723. & il devint ordinaire , au mois de
Janvier 1731. Il étoit fils de Nicolas - Auguste
de Harlay , Comte de Cceli , & de
Compans , Seigneur de Bonneuil , Ste Mesme
, & c. Conseiller d'Etat ordinaire , & premier
Ambassadeur Extraordinaire , & Plénipotentiaire
pour le Roy au Congrès de
Riswick pour la Paix génerale , mort le 2.
Avril 1704. âgé de 57. ans , & d'Anne-
Françoise - Louise -Marie Boucherat , fille de
Louis Boucherat , Chancelier de France
morte le 23. Novembre 1730. dans la 74.
année de son âge. Il avoit été marié le s .
Novembre 1698. avec Marie-Charlotte de
Lavie , fille unique , & seule héritiere de feu
Gabriel - Ignace de Lavie , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roy , & de
Charlotte-Catherine de Pas - Feuquieres , &
petite- fille de Thibaud de Lavie , Premier
Président du Parlement de Pau. Il en avoit
eu trois garçons & une fille , tous morts
>
jeunes
DECEMBRE. 1739 3152
jeunes ou en bas âge..Ainfi par fa mort il ne
refte plus aucun mâle de la Famille de Harlay
, une des plus anciennes de Paris , &
qui a donné un grand nombre de Personnages
illuftres , tant dans l'Eglife , que dans
l'Epée & dans la Robe. La Généalogie en
eft raportée dans l'Histoire des Grands Officiers
de la Couronne , à l'Article des Grands
Louvetiers de France , Tom. 8. p. 797.
Le 30. Jean- Jacques Damas d'Antigny ,
Chevalier non Profès de l'Ordre de S. Jean
de Jerufalem , Lieutenant Général des Armées
du Roy , & Gouverneur de la Ville &
Citadelle de Maubeuge , en Hainault , mourut
à Paris , âgé de 70. ans. Il avoit été d'abord
Capitaine de Dragons dans le Régiment
de Gramont , & ensuite Colonel d'un
des so . Régimens d'Infanterie , levés en
1695. & réformés après la Paix de Rifwick.
Il leva en 1702. un nouveau Régiment d'Infanterie
; fut fait Brigadier le 10. Fevrier
1704. & obtint au mois de Juillet 1708. le
Régiment de Monchamp , auffi Infanterie.
Il fut fait Maréchal de Camp le 14. Fevrier
1711. & enfin Lieutenant Général le 30.
Mars 1720. Le Gouvernement de Maubeuge ,
vacant par la mort de Louis - Anne - Marie
Damas , Comte de Ruffey , son frere , auffi
Lieutenant Général , lui fut donné au mois
L..
I iiij
de
32 MERCURE DE FRANCE
de Septembre 1722. Il étoit troifiéme fils de
Claude Damas , Marquis d'Antigny, Comte
du Breuil , & de Ruffey , Gouverneur de la
Principauté de Dombes , & de, Claude- Alexandrine
de Vienne de Ruffey , sa seconde
femme.
Le 10. Septembre dernier, Charles - Cesar de
Favier de Lancry , Chevalier , Seigneur Marquis
de Bains , Capitaine de Dragons au
Regiment de Nicolay , fils unique de Edme-
Felicien de Favier de Lancry , Marquis de
Bains , Boulogne la Graffe & Hanivilliers ,
& de Louise- Antoinette de la Viefville
épousa au Château de Tartigny , en Picardie,
Marie - Sebastienne Lamoureux , fille aînée
& principale heritiere de Joseph Lamoureux,
Chevalier Seigneur de la Javelliere , Tartigny
, la Roüillere , le Grand Pré , &c. Maréchal
des Camps & Armées du Roy ,
Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis , & ancien Gouverneur de
Philisbourg , & de Marguerite Trudaine
fon Epouſe,
ARRESTS
و هرو
****************
ARRESTS NOTABLES.
A
RREST du 8. Decembre , pour le Rembour
fement en Affignations fur la Loterie Royale ,
des Taxations fur le Tréfor Royal , par lequel Sa
Majefté ordonne que les Proprietaires defdites Taxations,
qui defireront s'intereffer à la Loterie Royale
établie par Edit du mois d'Août dernier , & y em.
ployer les Capitaux defdites Taxations , en feront
remboursés par le Sieur Gaudion , Garde du Tréfor
Royal en exercice , fans aucune réduction defdits
Capitaux , & pour tenir lieu de Rentes au Denier
quarante fur les Aydes & Gabelles , en Affignations
fur ladite Loterie , en fatisfaifant aux formalités
prefcrites par ledit Edit d'Août dernier pour lesdites
Rentes au Denier quarante ; les arrerages defquel
les Taxations cefferont d'avoir cours à compter du
premier Janvier de l'année prochaine 1740. Veut Sa
Majefté , relativement à l'Arrêt de fon Confeil du
19. Octobre dernier , qu'en juftifiant de ladite converfion
, les arrerages defdites Taxations qui feront
ainfi converties , foient payés à ceux qui en out
droit pour tout ce qui en fera dû , jufques & compris
la préfente année ; & que lefdits Rembousfemens
ainfi faits , même ceux de cette elpece qui
pourroient déja avoir été effectués , foient paffés &
alloués fans difficulté en la dépenfe des Etat &
Compte dudit Sieur Gaudion.
AUTRE du même jour , qui proroge pour trois
ans , à compter du premier Janvier 1740. la perception
du Droit d'un demi pour cent , ordonné par la
Déclaration du 10. Novembre 1727. être levé fur
les Marchandiſes venant des Iſles & Colonies Franfoiles
de l'Amerique,
AUTRE
3154 MERCURE DE FRANCE
AUTRE da 23. pour l'établissement d'un Foyer
fur la hauteur de la Paroiffe de Biarit , Territoire
de Labour ; & qui ordonne pour fon entretien , une
Impofition par Tonneau fur les Bâtimens , tant
François qu'Etrangers , qui entreront dans les Ports.
de Bayonne & de Saint - Jean-de-Lutz.
JUGEMENT du même jour , rendu par Délibération
de Confeil , & en dernier reffort par M..
Herault , Confeiller d'Etat , Lieutenant Général de
Police de la Ville , Prévôté & Vicomté de Paris , &
Mrs les Gens tenant le Siége Préfidial au Châtelet
de ladite Ville , Commiffaires du Confeil en cette
partie ; qui condamne fept Quidans à être rompus.
par effigie , pour avoir arrêté & volé le Caroffe de
Voiture de Châlons fur Marne à Paris ; lefdits fept
Quidans , dont un à cheval , ayant tous un mouchoir
d'Indienne entortillé autour de la tête , & paroiffant
avoir le vifage barbouillé de noir & de blanc,.
Accusés , Abfens & Contumaces..
ARREST du 27. au fujet de la Loterie Royale ,.
par lequel S. M. ordonne que ladite Loterie fera &
demeurera fermée , pour être tirée ledit jour 31 .
Janvier prochain , fuivant & conformément audit:
Edit . Ordonne en outre Sa Majefté , que les Por
teurs des Affignations délivrées au Tréfor Royal ,
fur ladite Loterie pour valeur defdits Effets , feront
tenus .de les convertir en Billets , au plus tard dans .
ledit jour 20 Janvier ; faute de quoi , ils en demeureront
abfolument déchûs , & leurs places feront
remplies le lendemain 21 : par ceux des autres Rentiers
qui n'auront pû faire liquider leurs Contrats
promptement , pour être admis à ladite Lote
zie , &c.
affés
APPRO
1
APROBATION.
J
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le second Volume du Mercure de France du
mois de Décembre , & j'ai crû qu'on pouvoit e
permettre l'impression . A Paris , le dix Janvier
1740
HARDION,
TABLE.
P 2959
IECES FUGITIVES . Ode sur le mépris qu'on a
pour les Muses ,
Remarques Historiques touchant le Monastere Hupital
de Montjoux : dit le Grand S. Bernard , &c .
Les deux Asnes , Fable
2958
2973
Lettre de M. L à M. le B. sur les Auteurs des An-
2976
2980
Observations sur les nouvelles Découvertes d'Annales
de S. Bertin , &c.
Le Papillon Constant , Allégorie ,
Le Maître et son Fermier , Fable ,
tiquités , faites à Nîmes , &c.. 2984
3000
Lettre écrite par M. . . . de la Societé Litteraire
d'Arras ,
Adieu à Mad. de P. sur son Départ
3002
3014
Dissertation sur l'origine des Peuples du Pays de
Caux , & c. 3017
Epitre à M. Pesselier , 3029
Question de Droit ,
3032
L'Oison et le Cigne , Fable 30350
I vj
Dis
Discours sur la Douceur ; présenté à l'Académie
Françoise ,
3017
Ode sur la Mort du P. Vaniere ,
3049
Enigme , Logogryphes , & c. 3052
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX-ARTS,
&c.
3.05$
Géographie des Enfans , &c . 3056
Bibliotheque Raisonnée ,
Memoire de la Comteffe d'Horneville , &c. 3058
Concordance des Bréviaires , &c.. 3060
Les Vies des Hommes Illustres de la France ,
3064
Projet d'un nouveau Dictionaire Univerfel , &c.
3082
3096
Projet d'une Description des Paroisses de la Cam→
pagne voisines de Paris , &c, 3106
Suite de l'Eloge de Ph. de Bethune 3110
Estampes nouvelles , & c. 3112
Nouveau Plan de la Paroisse de S. Germain l'Auxerrois
>
3113
Reflexions en forme de prédiction ,
M. Pesselier ,
Spectacles , Esope au Parnasse , Comédie , 3115
adressées à
Nouvelles Etrangeres , Turquie et Perse
3123
3125
Ruffie , Manifeste de la Czarine , & c,
Allemagne , Italie et Isle de Corse ,
Espagne , Ordonnance du Roy , & c.
Etrennes ,
3128
3.134
3136
3140
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Etrennes d'un jeune Enfant ,
La Muse de 14. ans ,
Couplet de Chanson ,
Morts & Mariage.
Arrêts notables
भ
Table Generale,
Etrennes
3142
3144
3145
3147
3148
3153
Errata de Novembre.
PARE 3596. ligne 3. J. B. D. D. M. lisez à
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 2967. ligne 26. Telones , lisez Telonee
P. 2968. l . 11. Telones 1. Teloneo.
P. 2985. 1. 17. arangement , l. ordre.
P. 1986. L. 12. figure , I. forme.
P. 1987. 1. 8. la baque , l . l'abaque.
P. 2990. l . 16, sur , l. vers.
P. 1998. 1. 11. Sculptées , l . poussées.
P. 3112. I. 11. Maître , /. ce Maître,
TABLE GENERALE
Bbon ,
De
l'Année
1739-
A.
647
Académie des Sciences , 534. 754. 873 : 998 .
Des Belles- Lettres
Des Jeux Floraux
De Marseille ,
De Lyon ,
De Bordeaux
De Montpellier ,
De la Rochelle ,
D'Arras ,
De Peinture ,
De Chirurgie ,
De Lisbonne ,
De Rome ,
1193. 1365. 1992. 2670
De Peinture à Rome ,
Accouchement monstrueux ,
Actes de Rimer ,
Eneas ,
753. 1992. 2669
1003. 2199.
2197
$999
170. 22 12
337
996
692. 1500. 2374
2435.3113
764 1566. 2204
2440.2886
2767
341
2668
1184
256
Alceste, Opera, 130. Parodie, 351. Tragédie, 1994
Amant Prothée ( P ) Comédie ,
Amours lumineux ,
567. 1196
77
Amusemens ( nouveaux ) du coeur & de l'esprit ,
309.719.968 . 1815. 2416. 2855
Amusement Philosophique ,
Annales Ordinis S. Benedicti
Annales de S. Bertin ,
1062
91. 1290
2976
Aras
Antiquités, 112. 233. 336. 1303. 1990. 2672.2984
DES MATIERES.
ras , 1136. 2387. 3002
rchitecture Hidraulique ,
531
ré , ( S. ) Is
rithmetique des Géométres ,
rrêts ,
Arlequin Bouffon de Cour , Comédie , 2681. 29a6.
Arlequin Médecin,volant , Comédie
4. 1492. 1747. 1909
1361
3: 124
Armorial Géneral ,
2930
Ascia
1317
Atton > 657
Avenelles ( Philipe des ) 2570
Aurore Boreale ,
759
B.
B Bal du Roy ,
Ba ade >
Ajazet I. Tragédie , 1848
378
Basile & Quiterie , Comédie ,
1469
12 10
Bas-Reliefs , 539
Bel ( Eloge de M. ): 766
Benoît IX. 758. XI. 1655
Bertarius , 258
Bethleem , 807
Béthune , 487. 751. 9.84. 1171. 3110
Bibliotheca Manuscriptorum ,
748
Bibliotheque de Manuscrits , 2317
Bibliotheque Raisonnée ,
Bibliotheque du Roy ,
Bouquet ,
Breviaire de Sées "
Bibl otheque Germanique ,
Blois ( Guillaume de )
Bobaudus ,
Boeuf Gras ,
Boucherie de l'Aport de Paris ,
Bouts- Rimés , 79. 232. 390. 463. 669. 833.
Bureau Typographique ,
956
53. 1375. 1616. 2793
Bureaux pour la Musique , les sourds & les muets
1346
2868
2870. 3096
1613
3064
258
387
439.917
2080. 2828. 2929-
C.
AdransSolaires ,
Cameriera ( la ) Comédie ,
Camasse (Lolotte )
Canonisation
Cantates ,
201.677. 1273
Caprices du coeur et de l'esprit ( les ) Comédie ,
2245
774
374.602
227. 1755.2167 . 2572. 2.8LO
1
1399.2227
'Cardinaux
657
Cartes de Géographie , 670. Tables ,
1193
Castanea 2570
9
Causes Célebres ,
2195
Caux ,
1.687.3017
Celtes , 2868
Céremonies extravagantés ;
Chansons de Tibaut
1525
40. 429 ~
Ciceron , 317
Coctier ,
2532
College Royal.
2885
Colot
1582 >
Comete ,
1618
Concordance des Breviaires de Paris , 3060
Considération , 47
Constantini ( Antonio ) 2679
Gontes , 1301. 2103. 2596. 2791
Coûtumes d'Artois ,
1614
Croix ,
627. 2335
D.
DangerdesRichesses ( le ) Comédie ,
Dardanus , Opera ,.
Deodat ( S. )
Desplaces ( Philipe - Louis ).
Dévotion au S. Esprit ,
2012
2682.2890
22
339
2657
Dictionaire des Antiquités , 2128. Universel , 3082
Discours , $97. 600 , 707.814 . 960 , 1238. 3037.
D'Avocats
DES MATIERES.
D'Avocats Géneraux de Provence , 2633
ominique ( S. )
2410
onations ( Traité des } 1383.2109
ouleur ( cause de la ) 2580
roit des Gens ( Cours Diplomatique du ) 1364
De la Nature et des Gens', 3096
umoulin ( Charle ) 108
E.
E
Cole du Temps ( l ') Comédie ,
De la Raison , Comédie ,
głogue
Elegies d'Ovide ,
Elemens de Géométrie ,
133
1024. 1633
259.505.664
61
1190. 2788
Enigmes , 81. 298. 509. 713. 937. 1147. 1350.
1587. 1790. 1960. 2176. 2400. 2627. 2836. 3052
36. 1499. If24. 1532. 2333 Epigrammes ,
Epithalames ,
710.813
Epitres en Vers , 30. 223. 1116. 1515. 1770.
·2315 • 2355 • 2372. 2529.2576. 2613. Imitées
d'Horace ,
Esope au Parnasse , Comédie ,
Esprit et la Beauté (P' )
Esprit ( abus de l' )
1706. 3029
2468. 3115
69
857. 1956
Estampes , III. 338. 537. 713. 766. 1008. 1366.
1620. 1833. 2214. 2437. 2671. 2883. 3112
Etrennes ,
Evarcius ,
Evêques d'Auxerre ,
Eumenus
Fo
3140. 3144. 3.145
3€
2828
650
FAbles , 39. 175. 207.438.476.621. 1046. 1135. 1289. 1329. 1345. 157006.0.1895015..
1905. 2126. 2557. 2667. 2766. 2797. 2973.
Fenelon , ses OEuvres ,
Festin de Pierre ( le ) Comédie
3007. 3035
2668
2908
Fête
TABLE
Fête
391
Fêtes d'Hebé ( les ) Ballet ,
1023, 1388
Feu ( nature du ) 1320
Fiefs , 2660
Fontaine de Nîmes ;
Forets ,
(
Fourberies d'Arlequin ( les ) Comédie ,
France ( Description Géométrique de la )
Franchise ,
1306
882
2679
873
1138. 2387 3007
Francon ,
Froid de 1739.
655
701
G.
Fronton du Duc ( le P. )
Aldo ,
G Galilée ( Empire de )
241
2744
102
877
2597
722, 940
Gallia Christiana
>
Garence ,
Gaultier ,
Genabum , 1 2162
Généalogie des D. de Bourgogne , 2411
Géographie des Enfans ,
Gertredus ,
Gobertus "
3056
248
1047
Grognet ( Pierre ) 469. 1094. 1119. 1508
Guy II.
Guiverdus
,
1265
1256
H.
Armonie des deux Spheres ,
H Hector a eû plusieurs Fils
Henriade en Italien ,
Héraclite ,
Hercule Gaulois .
Hérésie d'Orleans ?
Heri ( Thieri de }
Herman
1152
2553
2665
I
901
2546
1052
1580
249
Hermodore ,
DES MATIERES.
- odore ,
é .
›
>sme ( S. )
en Celtique ,
900
1268
241
2543
ɔire du Nivernois , 15. 241. 646. 1047. 1259 .
es Cérémonies Religieuses, 329. Du Ciel, 1601
man ,
landois ( le )
logerie ,
2884
89
1072.2432
2358 roscope ,
gues I. 257. Le Grand , 1053. Huges III. 126x
I.
Ardinage ( théorie et pratique du )
Idille
ne sçai quoi de vingt minutes ,
ttons ,
cendie ,
Istrumens de Musique ,
onas ,
onathas Machabée , Tragédie ,
osephe ( Passage de )
(tier ( S. )
L.
749
Σ
2666
110. 1372.2117
144
1357
247
1836
834. 1712
23
LAngue Grecque en usage dans les Gaules , 1773
Latin ( maniere de traduire le )
2777
418
Lettres , 1741. 1896. 1958 -
Logogryphes, 81. 296. 298. §09 . 715. 937. I148 .
1350. 1587. 1791. 1961. 2177. 2401. 2628.
Lune Paschale ,
Achines ,
Mahomet II. Tragédie ,
M.
2836. 3053
2799
MMadrigal , 156. 1033. 1072. 1077. 123.1333
355. 396.78 1. 1624
Malayal
TABLE
Manginus ,
Malaval ( François )
Marié égaré ( le ) Comédie ;
1078. 1934
1261
2679
Martene ( Dom Edmond ) 1366. 1784. 1949
Médailles 667.891 . 1618. 2211
Médecine
Théologique 2878
Médecin malgré lui ( le ) Comédie ,
2903
Médus , Tragédie ,
121. 520
Mémoires de Condé ,
2192
Mensikof, V. les Muses.
Méprise ( la ) Comédie , 2679
Métamorphoses d'Arlequin ( les ) Comédie , 2905
Mines ,
2574.2669
Miniftere de la Chaire
528
Mission de Grenoble , 2653
Moka , 1964
Molinaus de Feudis , 325
Montfleuri , 1795
Montjoux , 2758
Montre des Officiers du Châtelet ;
2140
Mont Valerien ,
2591
Moulinet I. Parodie ,
979
Museo delle Statue Viniziane
336 Muses ( les ) Comédie 308. 959.
N.
N
Nectarius ,
Atranus , 1047
26
Niceron ,
Nicolas ( S. )
Nivedunus ,
721. 1978
•
2533
2165
1192
3102
Notitia Monasterii Ebracensis ,
Nouvelles Litteraires ,
O.
Des. Au Duc de Villars , 197. Le Mois d'Avril
, 409. 5. Regis , 603."Societé Litteraire
d'Aras , 685. La Paix , 865. L'Orgueil , 888. La
Venas
DES MATIERES .
igeance , 1681. La Mélancolie , 1891. La
sie , 1951. La Fête de la Ville , 2292. L'Infiité,
2394. Nos Guerriers et nos Sçavans , 2822,
mépris pour les Muses , 2956. Sur la Mort du
Vaniere ,
3049
Imitées d'Horace , 44. 498. 704 931. 1059 .
1066. 1259. 1318. 1740 1744. 1920
Imitées des Pseaumes ,
Anacréontique ,
= ortunus ,
236.268 . 2741
1490
26
>graphe , 934. 967
P.
Airs de Champagne , 2813
Paris ( Dissertations sur l'Histoire Ecclesiastique
et Civile de ) 2840
ossel ,
1472
lipe le Bel , 479
isique Sacrée , 2870.3097
it ( S. ) 696
erre ( Remede pour la ) 1452. 1621
an de laParoisse de S. Germain de l'Auxerrois, 3113
ëmes. La Seine , 636. La Lumiere ,
olice ( Traité de la )
olidore , Opera ,
ontificale Romanum ,
' orcelaine ,
Portus Iccius ,
Pourchot ( Edme )
Prescription ?
de Paris ,
2114
106. 1593
771. 1012
2206
342
1902
7509
4
Projet d'une Description des Paroisses du Diocèse
Q.
Uadrature du Cercle ,
3106
2207
Querelle du Tragique et du Comique ( la ) Pa-
772
rodie,
Questions
, 36 so. 400. 928. 1067.
1521 , 1565
1989. 2109. 2211.
2611. 2824, 3032
R.
TABLE
R.
R
'Auracus ;
Reflexions ,
Résignation ,
Rival favorable ( le ) Comédie ,
Roclerus ,
Rogus ,
20
32. 287. 464. I106. 2618
1909
132. 557
1048
2;
Rondeau ,
Rouen ,
$2.2776
3023
Rue ( D. Charles de la )
SAiz!Antoine du )
Salve Regina ,
Saré Rey Oglu ,
Satires Imitées d'Horace ;
Servandoni ,
Sethos , Tragédie ,
2886
S.
2561
1545. 1922
140
1536. 1554
340
763.975 . 1400
Simonie , 1054
Sinceres ( les ) Comédie ; 132. 343
xe en Equinoxe ,
Son (propagation du )
Sorbonne ,
Spectacle de la Nature ( le )
Soleil , ses effets de Solstice en Solstice , d'Equino-
Somnambule ( le ) Comédie ,
Sonnet, 675.721 . 760. 765. 927. 1240. 2054.2590
Stances 286. 427. 768. 919. 2610
Stratagêmes de l'Amour ( les ) Comédie ,
Suivante désinteressée ( la ) Comédie ,
T.
1849
2679
Talensà la mode ( les ) Comédie, 2245.2455
Ableaux ,
Tarquin le Superbe ,
Telescope ,
Terence
172. 1471 2217
458
1374
2426
L Théa.
209
545
873
95
736
D. MATIERES .
Théatres ( Reflexions Historiques sur les 1822.
1966. Clôture et Ouverture
The delegrinus ,
Thélamire , Tragédie ,
Tournemine ( le P. Joseph )
Traductions en Vers ,
Tragédie ( Essais sur le goût de la )
551.772
660
* 398.2445
1365
1330. 1757
1160
Traité des Marques Nationales , 514. Des Récom
penses et des Peines éternelles , 1169. Des Lettres
de Change >
Trappe ( Apologie de l'Abbé de la )
Tremblement de Terre ,
1362
1527
759.794
Trémoliere ( Pierre - Charles ) 1619
Troyens venus dans les Gaules , 2554
Turnebe ( Adrien ) 1979. 2134
V.
Aldo ,
Vaniere le P. Jacques )
Venceslas , Tragédie ,
Vents ,
115
1744
yers. La Chauve- Souris , 22. L'Amour Auteur , 4).
Les Loix d'Amour négligées , 60. Sur une absence
, 68 . Distribués au Bal,74. A M. et Mad de
Beauvilliers, 154. Portrait de M. 160. Portrai , de
Mad. 164. A Pesselier, 354.3123.A Mlle Gaussin ,
356. A Voltaire , 457. Le Soupçon mal fondé
466. Projet frivole , 486. A Barjac , 536. Le Portrait
, 596. Contre des Satiriques , $99 . A la P.
d'Issenghein , 695. Peinture de l'Amour , 720. A
Linant , 753. 2213. Adieux à la Poësie , 913. Sur
la Naissance de M. de Choiseul , 974.A Mlle de
S. 1093. Plaintes d'Adam , 1104. 1270. Alexandre
et la Gloire , 1131. L'Amour désarmé 1140,
Expérience galante , 1520. In Pacem , 1669. De
M. de S. Aulaire , 1782. Le Fauteuil , 1932. Description
d'Hautot , 2138. Maximes en comparai-
Son , 2153. A Boissi , 2246. A Aved , 2435. Les
Agrémens
TABLE DES MATIERES:
Agrémens de Rieux , 2540. A l'Abbé de Ste Geneviève
, 2731. Le De profundis , 1787. A Calviere
, 2941. Allégorie , 2980. Adieu ,
Vesicule du Fiel ,
Vincintini ( Tomasso )
3014
1567
1850
Vieillesses extraordinaires, 193.391 . 392.610.752.
816. 1245 1433. 2713. 2720. 2944
Vielle , son origine ,
Vie des Hommes Illustres ,
Villeneuve aux Aulnes ,
Vilette aux Aulnes ( la )
1357
3064
1146
921
Vitrerie ,
Voyage de Constantinople à Smirne , 272. De
J. C.
Vuide
2638
2260
7.
Z Aïde , Baller ,
2236.265
Chés
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
NOVEMBRE. 1739.
COLLIGIT
SPARGIT
Papillou's
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
rue S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Canty;
à la descente du Pont - Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC XXXIX.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK
JBLIC LIBRARY
330243
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
A VIS.
905ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comédie Françoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très - inſtamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , inais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardede
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaitent
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets jars
perte de temps , & de les faire porter sur
Pheure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'an
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
NOVEMBRE. 1739 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
EPITRE
De M. de la Soriniere , à M. le Comte de
Montmorenci , pour lors à son Château
des Buars , en Anjou.
'Avois promis aimable Comte ,
Que desormais ma verve au croc
N'enfanteroit Fable ni Conte ,
Et que plus ferme qu'un vieux roc ,
Bien resolu de fuir les Mufes ,
A ij
On
2530 MERCURE DE FRANCE
On ne me verroit plus au choc
Escrimer avec ces camuses.
Mais , oui , ma foi , le beau serment
Serment d'Ivrogne & de Poëte ,
De Joiieur & d'une Coquette ,
Eft bien propos équivalent :
Il faut rimer abfolument.
Mais que rimer , & que te dire
Irai-je , en quittant là Satyre ,
Trancher du fade adulateur ?
Et te plaçant dans l'Equateur
Entonner la pieuse Histoire
*
De ce Baron , qui pour la gloire
De CHRIST & de nos vieux Parêns ,
Fut le premier parmi les Francs ,
Qui remporta pleine victoire
Sur le Diable & fes adherens ?
Ou bien compter les Conétables
Et les Titres inépuisables ,"
>
Que nous voyons en mille Auteurs ,
Pour cent Faits des plus mémorables ,
Avoir décoré nos Seigneurs ?
Non ; il te faut un autre Eloge ;
Ceci concerne le paſſé.
Laiffez - là votre Nécrologe ,
Le Seigneur de Montmorenci , premier Bare.
Chrétien , fous Clovis,
NOVEMBRE . 1739 . 2531
Me dirois - tu , Chantre glacé :
Sans remonter à mes Ancêtres ,
Repaffer dix fiécles & plus ,
Ne voit- on chés moi de vertus
Que par emprunt de ces grands Maîtres ?
Suis- je la Lune , eux le Soleil ,
Dont la lumiere refléchie
En partant de l'Astre vermeil ,
Peut tout à coup être obfcurcie
Par quelque interpofition ¿
Non , non , fans doute , aimable Comte 7
Déja je condamne à ma honte ,
Ces beaux traits d'érudition .
Mais un autre cas m'embaraffe ;
Privé du délicat pinceau ,
Dont jadis le célebre Horace
Traçoit Mécene en un tableau ,
Je pourrois fans art & fans graces ,
M'imaginant fuivre les traces ,
Donner un fort mauvais morceau ;
Et peut être , quoique je fiffe ,"
Ne former qu'une fimple efquiffe
Sur le modele le plus beau.
Pour bien meſurer la loüange ,
Il faudroit un juste mêlange
D'esprit , de verve & de raison :
Et tel qu'on voit comme un Oison ,
A iij
Crier
2530 MERCURE DE FRANCE
On ne me verroit plus au choc
Escrimer avec ces camuses .
Mais , oui , ma foi , le beau serment
Serment d'Ivrogne & de Poëte ,
De Joiieur & d'une Coquette ,
Eft bien propos équivalent :
Il faut rimer abſolument .
Mais que rimer , & que te dire
Irai-je , en quittant la Satyre ,
Trancher du fade adulateur ?
Et te plaçant dans l'Equateur
Entonner la pieuse Histoire
De ce Baron , * qui pour la gloire
De CHRIST & de nos vieux Parens , }
Fut le premier parmi les Francs ,
Qui remporta pleine victoire
Sur le Diable & fes adherens ?
> Ou bien compter les Conétables
Et les Titres inépuisables ,"
Que nous voyons en mille Auteurs ,
Pour cent Faits des plus mémorables
Avoir décoré nos Seigneurs ?
Non ; il te faut un autre Eloge ;
Ceci concerne le paffé.
Laiffez -là votre Nécrologe ,
Le Seigneur de Montmorenci , premier Bare.
Chrétien ,fous Clovis,
NOVEMBRE . 1739 2530
Me dirois -tu , Chantre glacé :
Sans remonter à mes Ancêtres ,
Repaffer dix fiécles & plus ,
Ne voit- on chés moi de vertus
Que par emprunt de ces grands Maîtres ?
Suis-je la Lune , eux le Soleil ,
Dont la lumiere refléchie
En partant de l'Astre vermeil
Peut tout à
9
coup être obfcurcie
Par quelque interpofition ¿
Non , non , fans doute , aimable Comte
Déja je condamne à ma honte ,
Ces beaux traits d'érudition.
Mais un autre cas m'embaraffe
Privé du délicat pinceau ,
Dont jadis le célebre Horace
Traçoit Mécene en un tableau ,
Je pourrois fans art & fans graces ,
M'imaginant fuivre fes traces ,
Donner un fort mauvais morceau :
Et peut être , quoique je fiffe ,
Ne former qu'une fimple efquiffe
Sur le modele le plus beau.
Pour bien meſurer la loüange ,
Il faudroit un juste mêlange
D'esprit , de verve & de raison :
Et tel qu'on voit comme un Oison ;
A iij
Crier
2532 MERCURE DE FRANCE
› Crier sans cesse Ah l'adorable !
D'abord nous glace & ſe morfond :
Et le Rimeur en pâmoison ,
Joint par un fort inévitable ,
Le dégoût au fade poison .
Ainsi navigeant terre à terre ,
En Marinier , craignant les vents ,
Loin de mesurer tes talens ,
Soit à la Cour , soit à la Guerre ,
Dans l'un ta noble activité ,
Dans l'autre ta dexterité ;
Ou fur un ennuieux sublime ,
Exagerant ta haute estime ,
Et ton goût né pour les beaux Arts ,
Te mettre au-deffus des Céfars ;
Ma Muse' , qui craint le naufrage
Et fuit la honte du décri ,
Aborde à la premiere plage ,
Jette l'anchre & cherche un abri,
'
LET
NOVEMBRE. 1739. 2533
LETTRE de M. Le Beuf , Chanoine
d'Auxerre , aux Auteurs du Mercure , sur
une singularité concernant l'ancien Office
de S. Nicolas.
,
L pourra sembler , M. à quelques- uns
qu'on n'a plus rien à dire lors qu'on
vient à faire des Observations sur des Antiennes
de l'Office Divin. Les Auteurs qui
ont écrit sur ces matieres , sont regardés
comme la lie & l'excrement , pour ainsi
dire , de la Litterature , & il convient peu à
un siècle délicat comme le nôtre , de voir
paroître sur la scéne , des Durand , des Beleth
, des Pierre de Natalibus. Néanmoins
comme le célebre Dom Mabillon n'a pas
crû indigne de lui , de raporter ce qu'il avoit
lû dans un Manuscrit , touchant l'Office de
S. Nicolas , permettez que je vous envoye
un précis de ce qu'il a dit , revêtu de quelques
Additions qui venoient naturellement
au sujet qu'il a traité , & dont il n'a fait aucune
mention , parce qu'elles ne s'étoient pas
présentées à lui Je fuis d'autant plus d'humeur
à écrire sur les Antiennes de S. Nicolas
.,
que je viens d'écrire à Dom de Lannes
sur celles de la Vierge , dont il m'avoit parû
avoir fixé l'époque d'une maniere sujette à
A iiij
révision.
2534 MERCURE DE FRANCE
révision. La matiere sera d'autant plus de
la competence de votre Journal , qu'elle sera
moins sérieuse.
Dom Mabillon raconte qu'il est tombé
sur un Manuscrit , rédigé dans l'onzième
siécle , par un Sacristain de l'Abbaye du
Bec , sur les Miracles de S. Nicolas. Combien
de milliers de Personnes portent le nom
de Nicolas ! Ainsi combien n'auroit- il pas
de Lecteurs , s'il étoit imprimé ? Voici celui
qu'il a choisi , & qui revient à l'Office Divin.
Vous sçavez qu'à mesure que la Religion
s'est étendue , chacun a voulu avoir des
Histoires de ses Saints , & que c'est de ces
Histoires qu'on tiroit des Morceaux pour
composer l'Office propre. Cet usage ne fut
pas admis par tout. If y a toujours des gens
oposés à ce qui paroît nouveau. Dom Mabillon
nous aprend qu'il y eût parmi les
Prieurés soumis à la Charité sur Loire , un
Monastere apellé La Croix ; il ajoûte qu'il
étoit situé in quadam Pagi Brigiensis possessione
, conformément, sans doute, au Manuscrit
du XI. siècle. Il n'y avoit pas un temps
considerable , que la Colonie venuë de la
Charité étoit en ce Lieu , lorsque la Fête
de S. Nicolas se présenta en son rang. Quel
Office chanterons - nous ? dirent les Moines au
Prieur. Nous voudrions bien chanter l'Office
propre de ce grand saint Nicolas. Le Prieur
leur
NOVEMBRE . 1739. 2535
leur refusa ce plaisir , disant qu'on ne le
chantoit pas à Cluni . Mais on le chante à la
Charité , ajoûterent- ils , & c'est Dom Gerard
qui l'y a introduit. Le Prieur leur repliqua :
Vous êtes Cluniciens ; vous ne devez chanter
que ce qui se chante à Cluni. Ils ne se rendirent
point , & ils soûtinrent que le Rit de la
Charité devoit l'emporter. Quand le Prieur
les vit résolus de chanter , malgré lui , l'Of
fice propre de S. Nicolas , après les avoir
menacé , il les fit fustiger , ou , si vous voulez
, il leur fit donner la discipline ; voici les
propres termes du P. Mabillon , Prior à verbis
ad verbera venit, eosque virgis ob contumaciam
cali fecit. Mais ce traitement ne resta
pas impuni ; & c'est dans le reste de cette
Histoire qu'il seroit besoin d'un meilleur garant
que l'Ecrit d'un Sacristain. Il laisse à
sous -entendre ce qui arriva aux premieres
Vêpres de la Fête. On chanta aparemment du
Commun des Pontifes ; ou bien ( & c'est
ce qui est plus vraisemblable ) il n'y eût
point de premieres Vêpres dans une telle
conjoncture. Quoiqu'il en soit , la nuit étant
venuë , & Dom Prieur s'étant couché sur son
lit , il lui aparut un saint Prélat , qui lui donna
à son tour la discipline , jusqu'à ce que
lassé de recevoir des coups , le pauvre patient
entonna l'Antienne O Chrifti pietas ,
qui étoit celle du Magnificat des Vepres qu'il
A v n'a2536
MERCURE DE FRANCE
&
n'avoit pas voulu permettre qu'on chantât.
Il poursuivit cette Antienne à si haute voix,
que les Religieux , éveillés au bruit , accoururent
auprès de lui , & le trouverent chartant
encore les yeux fermés. Ce Prieur
quoique rêvant , leur fit signe de s'en retourner
chacun à leur lit , à quoi ils obéïrent.
Le jour & l'heure de parler étant venus
, il leur raconta ce qui lui étoit arrivé ,
même il eût la complaisance de leur montrer
ses épaules toutes meurtries. Il paroît
par la suite , que ce Prieur sentoit d'où pouvoient
lui être venues ces flagellations. II
partit quelques jours après pour la Charité ,
& il se démit de sa Dignité entre les mains
du Prieur. Et pourquoi ? lui dit Dom Gerard,
parce que vos Religieux de la Croix m'ont fait
maltraiter de coups. Gerard en étant surpris
il lui raporta le Fait , & lui montra son dos ,
où les marques étoient encore visibles . La
simplicité de ces temps là ( si l'Histoire est
vraie ) est la seule chose qui puisse porter à
croire que Dom Gerard , loin de s'imaginer
qu'on eût été assés malin dans la Communauté
,,
pour suposer une aparition de S. Nicolas
, armé de verges , aima mieux se persuader
que le saint Evêque l'avoit réellement
maltraité ; & ce fut dans la crainte d'une
semblable flagellation , que ce même Prieur
de la Charité, ordonna à l'instant , que dans
toures
NOVEMBRE 2537
A
. 1739 .
toutes les Maisons dépendantes de lui , on
chantât l'Office propre du saint Evêque de
Myre. Voilà le Fait , arrivé vers l'an 1080 ,
tel que Dom Mabillon l'a extrait d'un Manuscrit
du même siécle , qu'il dit n'avoir jamais
été imprimé .
.
Je ne sçais si ce grand Personnage
étoit bien persuadé de cet Evenement Il
paroît n'avoir été embarassé que de trouver
dans la Brie un Prieuré de la Croix , soûmis
à la Charité ; & quoiqu'il n'y en ait point
trouvé , il ne critique point le fond de l'Histoire.
Pour moi , je crois que c'est un Fait
controuvé , & que s'il y eût une flagellation
réelle , elle vint d'une autre part que de la
main bénevole de S. Nicolas . Durand , Evêque
de Mende , à la fin du XIII . siècle ,
avoit lû en quelque endroit cette Histoire ,
ou bien on la lui avoit racontée ( a ) . 11
ne dit pas que le Monastere de la Croix fût
situé en Brie , il se contente de marquer : In
quâdam Ecclefia que dicitur Crux , subjectâ
Monasterio B. Maria de Charitate. Il est assés
d'accord avec le Sacristain , pour ce qui est
du commencement du differend des Moines
avec leur Prieur mais il ne quitte pas le
Prieur à si bon marché . Il dit que le Saint le
tira du lit par les cheveux , le coigna sur le
pavé du Dortoir , & que commençant alors
(a): Ration. Div. Off. lib. 7. cap. 39.
A vj
l'An2538
MERCURE DE FRANCE
l'Antienne O Pastor æterne , & la chantant
fort lentement , il lui donna un coup de
verge à chaque note . Le Convent accourut
aux cris que le bon Prieur faisoit , & on le
porta à moitié mort sur son lit. Enfin étant
revenu à lui- même , il dit : Allez , ( j'en ai
assés ) chantez votre nouvel Office de S. Nicolas.
En effet , cent treize coups de foiet
étoient une dose suffisante , pour le faire venir
à résipiscence. Je n'exagere point , puisqu'il
y a autant de notes dans l'Antienne O
Pastor aterne. Je viens de les compter dans
un Antiphonier d'Auxerre du XIII. siècle.
La Charité étant du même Diocèse , l'Antienne
devoit y être assés conforme . Au reste
, à une ou deux notes près , c'est le même
nombre dans les Antiphoniers de Paris,
écrits du temps de S. Louis.
Mais , dira quelqu'un , comment accorder
cette derniere Narration avec celle du Sacristain
, plus ancien de deux siècles , qui
dit que ce fut l'Antienne O Christi pietas ,
qui fut chantée dans le temps de l'entrevûë
de S. Nicolas ? Je réponds que dans les Manuscrits
de l'Office de ce Saint , l'une est à
Magnificat des premieres Vêpres , l'autre à
celui des secondes. Ainsi la difference de
l'Antienne ne nuit point au fond de l'Histoire
, ( si toutefois elle est arrivée ; ) il ne
s'ensuit autre chose , en donnant la préference
NOVEMBRE . 1739 2539
rence à l'Antienne O Christi pietas , sinon
que le Prieur de la Croix reçut cent trentecinq
coups de discipline , au lieu de cent
treize. On peut choisir en fait de variantes ,
celle qu'on voudra. Cette derniere Antienne
a le nombre des notes que je viens de nommer.
Mais , après tout , remarquez , MM.
comment chacun raconte les anciennes Histoires
à sa mode . Si on ne , sçavoit que du
temps de Durand , les Moines noirs portoient
déja les cheveux longs ; comment
pourroit-on s'imaginer que S. Nicolas prit
le Prieur de la Croix par les cheveux pour le
tirer de son lit ? Ce seul anachronisme historique
suffit pour rejetter le Narré fait par
le même Durand , & s'en raporter simplement
à celui du Sacristain contemporain ,
sauf les restrictions que chacun fera , selon
qu'il jugera à propos . Je ne connois aucun
Lieu dans la Brie du nom de La Croix , que
le Village nommé La Croix en Brie ,
Diocèse de Sens , assés près de Nangis & de
Rampillon ; mais je ne vois aucune preuve ,
que dans ce Lieu , il y ait eu un Prieuré dépendant
de la Charité . Le Pouillé de la
Charité , imprimé à Bourges en 1709. à la
fin de l'Abregé Historique ( in - 8 ° . ) dự
Prieuré & de la Ville de la Charité, marque ,
à la verité , un Prieuré de Sainte Croix , soûmis
à ce Monaftere ; mais il le dit situé à
Venise,
au
2540 MERCURE DE FRANCE
Venise. Ceci nous éloigne bien de la Brie.
Mais cela nous raproche peut être un peu
plus du Lieu où l'Histoire ( vraie ou fausse )
est arrivée. Car Pierre de Natalibus , Evêque
sur les Côtes d'Italie , marque dans sa Vie
de S. Nicolas , écrite . ans après Durand,
que c'étoit à Sainte - Croix de Cesene que le
Prieur avoit fait refus d'admettre le nouvel
Office de Saint Nicolas,
Je suis , & c.
·
A Paris ce 10. Octobre 1739.
****************
LES AGREMEN'S DE RIEUX.
CHarmant
A M. de Seré.
Harmant séjour , Jardins délicieux ,
Prés émaillés de fleurs & de verdure ,
Lieux enchantés , où l'Art & la Nature
Se disputent l'honneur de charmer tous les yeux ;
Vous l'emportez sur la Fable insipide
Du superbe Palais d'Armide ,
Où maint Chevalier courageux
Perdit la liberté , sans pouvoir s'en deffendre.
Hélas ! quoiqu'on puisse entreprendre ,
On ne peut jamais quitter Rieux ;
Depuis qu'avec Seré , des rives de la Seine ,
S'est
NOVEMBRE. 1739 254
.
S'est ici transporté le Pinde & l'Hypocrene.
On y voit des neuf Soeurs le Temple harmonieux
Elles y font , chacune , leurs offices ,
Avec elles Seré , leurs plus cheres délices ,
Coule tranquilemeut des momens glorieux,
Il voit ces Filles de Mémoire
Graver son nom au Temple de la gloire ;
Fut- il jamais un destin plus heureux ?
Tout prend plaisir à seconder ses voeux ;
Si de nouveaux Lauriers il veut ceindre sa tête ,
Apollon à l'instant s'aprête ,
Et lui dicte ces Vers dont les sons enchanteurs
Triompheront de tous , en dépit des Censeurs,
L'agréable vertu des autres ignorée ,
Dans ces champêtres Lieux s'est aussi retirée ;
Par de continuels Concerts
Elle est tous les jours adorée ;
Elle y gouverne en Reine , ainsi qu'au temps de
Rhée
Elle regnoit sur l'Univers.
Mais quelle Déité nouvelle
Frape encor mes regards surpris ?
*
C'est d'Hebé , je crois , oui , c'est elle ,
Sur ses levres je vois & les Jeux & les Ris ;
Ses yeux, tels furent ceux dont la puissance altiere
* Mlle de Seré
D
1542 MERCURE
DE FRANCE
De l'invincible Mars sçut dompter l'humeur fiere
Un mêlange charmant de Roses & de Lys ,
Compose de son teint l'aimable coloris ;
Un Amour enfantin voltige devant elle ....
Il ajuste à son Arc une fleche mortelle ,
Mais sur qui tomberont ses coups ?
Aucun n'est à l'abri de ses funestes Armes
Il fait son plaisir le plus doux
De mettre les coeurs en allarmes ;
Ses jeux sont des Amans les soupirs & les larmes
De cet Enfant méfions - nous :
Mais las ! par quels moyens ? ' encor de nouveau
charmes
Viennent captiver tous mes sens.
Quelle voix peut former de si tendres accens
Quels doigts d'une corde muette
Font sortir des sons si charmans ?
Que d'agrémens ! . . . mais mon pinceau s'arrête ;
Il craint, en copiant si mal ,
De faire deshonneur à son Original .
Pour vous , sous ce sombre feüillage ,
Paisibles Hôtes de ce Bois ,
Qui , sans doute , au son de sa voix
Accordant votre doux ramage ,
Satisfaites to jours son goût mélodieux ,
Petits Oiseaux , que vous êtes heureux !
Vous sçavez le moyen de plaire.
Seré
NOVEMBRE.
1739 2543
Seré lui- même, avec le Dieu des Vers ,
Avec plaisir écoute vos Concerts .
D'un long hyver la rigueur ordinaire
Depuis long-temps a retenu ses pas ,
Mais d'un nuage épais renversant la barriere ;
L'Astre brillant qui nous éclaire
Dissipera bien- tôt les ennuyeux frimats.
Aussi- tôt il viendra , par sa présence chere
Exciter entre vous d'harmonieux combats .
Petits Oiseaux , n'oubliez pas
Alors de lui faire comprendre ,
Que je mets mon bonheur à le voir , à l'entendrea
Par M. B. d'Alaitin,
康
LHY MEN CELTIQUE
quelques Anecdotes sur le même sujet .
>
B
L seroit bien à souhaiter que l'usage des
I Celtes dans les Mariages , füt suivi de
nos jours ; on ne verroit pas tant d'Enfans.
être les victimes de l'avarice , ou des projets
ambitieux de leurs Parens . Chés ces Peuples il
n'étoit pas libre, à la verité,de se marier, qu'on
ne fût d'âge à pouvoir faire un choix avec discernement
; mais y étant parvenu , on jouissoit
de ses droits ; c'étoit à soi à décider de
Son
2544 MERCURE DE FRANCE
son sort. Lorsqu'une jeune Personne du Sexe
avoit atteint l'âge nubile , conformément
aux Loix , ses Paiens donnoient entrée chés
eux à tous ceux qui la recherchoient , dès
qu'il y avoit convenance d'âge & de naissance
; & sitôt qu'elle avoit fixé son inclination ,
ils les invitoient à un repas ; c'étoit -là qu'el
le faisoit sa déclaration en cette maniere :
elle prenoit un Vase plein d'eau , pour donner
à laver aux Conviés , & celui d'entre
eux à qui elle le présentoit le premier , étoit
celui avec lequel elle témoignoit vouloir se
lier des noeuds de l'Hymen, ainsi se contractoient
les Mariages chés les Celtes , même à
la Cour des Rois. Eclaircissons ce Fait par
des exemples .
Justin, en parlant de l'origine de Marseille,
raporte que les Phocéens, Fondateurs de cette
Ville , ayant abordé aux Côtes de cette Province
, Simos & Protis , leurs Chefs , qui
étoient allés à la Cour du Roy des Gaules ,
pour lui demander azile dans ses Etats , s'y
trouverent heureusement le jour même que
se faisoit le repas nuptial de Gyptis , fille du
Roy, & qu'y étant invités , ce fut à Protis
que la Princesse présenta l'eau , déclarant
ainsi , suivant la coûtume du Pays , qu'elle
le choisissoit pour son Epoux.
Qu'il y auroit encore un bel exemple à
mettre à l'apui de celui -ci , s'il étoit d'une
chronique
NOVEMBRE . 1739. 2545
chronique moins surannée ! mais , après tout,
devons - nous avoir moins d'égards pour les
Celtes, nos anciens Compatriotes , que pour
des Nations qui nous sont étrangeres en tous
points ? D'où vient croirai -je qu'un Ninus &
une Semiramis regnerent à Babylone , & que
je refuserai de croire qu'il y eût aussi alors
des Rois dans les Gaules ? Et pour quelle
raison les mêmes autorités qui m'attestent
ces deux Faits , me font-elles pancher plutôt
pour l'un que pour l'autre ? Ce ne peut être
que l'effet d'une éducation vicieuse ; de ce
que dès notre enfance on nous fait aprendre
les Histoires étrangeres ; qu'on nous y
entretient, & qu'on néglige de nous instruire
de même de celles de notre Pays . De ce défaut
dans l'éducation , procede celui de notre
goût.
Mes préjugés n'ont pû tenir contre ces raisons
; & après avoir mûrement reflechi sur
le Fait que j'ai à raporter , & en avoir écarté
quelques circonstances ou Episodes poëtiques,
j'ai trouvé alors un trait d'histoire dans
la meilleure forme du monde ; grand nombre
d'autorités , & toutes solides. Que veut on
davantage ? C'est Diodore de Sicile qui en
parle , lui , qui dans la Préface de son Histoi
re , laquelle n'est proprement qu'une Relation
des Voyages qu'il avoit faits , tant en
Europe qu'en Asie & en Afrique , assure n'y
avoir
2546 MERCURE DE FRANCE
1
avoir rien inséré qu'il n'eût vû ou lû dans les
Archives , ou entendu des Sçavans dans les
divers Pays où il avoit passé . Qui en parle
avec lui?Am.Marcellin ,Secretaire de l'Empereur
Julien, & qui avoit fait dans les Gaules un
assés long séjour pour être bien informé du
fait dont il s'agit ; c'est d'une autre part Pomponius
Mela , Espagnol , & Parthenius , lequel
ne s'est pas moins distingué dans le
genre hiftorique que dans la Poësie ; & à qui
les Sçavans reconnoiffent avoir l'obligation
de plusieurs Morceaux intereffants en fait
d'Histoires , dont on auroit été privé sans
lui ; ce sont ces témoins qui raportent qu'un
Prince d'Egypte , Hercule , si fameux par ses
Exploits , vint dans les Gaules , & qu'il y
épousa la fille d'un Roy nommé Celtes. Deux
Faits à discuter & à aprofondir.
Quant au paffage d'Hercule dans les Gaules
, ce qu'en dit Echyle , quoiqu'il le dise
poëtiquement , ne laiffera pas que de faire
preuve;c'est dans un Entretien qu'il feint entre
ce Héros & Promethée , sur le Mont Caucase;
là, Hercule , vainqueur de l'Asie , & des Indes,
parlant à Promethée du deffein où il étoit
d'entrer en Europe & de pénetrer jusqu'en
Espagne , celui - ci lui fait un plan de sa rou
te , & lui indique entre autres que c'étoit par
les Gaules qu'il falloit paffer. Lucien ( in
Hercul. Gall. ) ajoûte que non - seulement il
Y
NOVEMBRE.` 1739. 2547
་
y étoit venu, mais même qu'il y avoit résidé
& que les Gaulois le regardoient comme
leur Héros , & l'avoient encore de son temps
en vénération sous le nom d'Ogmius , aussi
l'apelle - t'il l'Hercule Gaulois , ce qui est confirmé
par Strabon & Denis d'Halicarnaffe ,
par Justin & Pomponius Mela, lesquels conviennent
que ce fut des Gaules qu'Hercule
paffa en Italie , qu'il y fut suivi par des Gaulois
, & qu'entre autres Monumens de ses
victoires il y fit creuser la Riviere d'Arno ,
afin de dessecher les Marais de l'Ombrie , &
rendre ce Pays fertile & habitable; qu'ensuite
il conquit l'Espagne sur Gerion & les deux freres
de ce Tyran ; qu'il y établit des Colonies
Gauloises , & qu'étant mort en cette Expédition
, il fut inhumé à Cadix , où les Tyriens
bâtirent en son honneur un Temple superbe.
Mais quel étoit le motif qui attachoit ainsi
cet illustre Conquérant aux interêts des Gaulois
? La fille de Celtes , leur Roy ; second
fait à examiner.
La Tradition , qui s'est conservée chés les
Gaulois , qu'Hercule étoit venu chés eux , &
qu'ils avoient combattu sous ses Etendarts ,'
ainsi qu'en font foi ; beaucoup d'Historiens
& de Monumens , comme des Villes
bâties en son nom , tant dans les Gales &
la Germanie , qu'en Italie & en Espagne , ce
qui démontre que Diodore de Sicile n'en a
point
2548 MERCURE DE FRANCE
point imposé , lorsqu'il a dit que ce Prince
se trouvant à la Cour du Roy des Gaules ,
avoit emporté sur ses Rivaux le coeur de Galathée,
fille de ce Roy,& qu'il en avoit eû un
fils nommé Galathes , lequel étoit monté sur
le Trône après la mort de son Ayeul . Am.
Marcellin , dit à peu près la même chose ; il
raporte qu'Hercule avoit eû d'une Princesse
des Gaules un Enfant qui étoit devenu
Roy des Celtes , & qui leur avoir imposé
le nom de Galathes ; ce qui revient à ce
qu'en dit Parthenius dans ses Erotiques. Le
Mariage d'Alexandre avec Roxane , est - il
mieux constaté ? Et qu'elle raison peut- on
avoir d'y ajoûtet plutôt foi qu'à celui d'Hercule
avec Galathée ? Premierement , il n'est
pas plus difficile de croire que celui ci soit
venu d'Egypte dans les Gaules , qu'il l'est
qu'Alexandre soit allé de Macédoine en Perse.
En second lieu , outre que Galathée étoit
fille d'un grand Roy , suivant Diodore , &
son unique héritiere , elle étoit aussi , nonseulement
au raport des Poëtes , mais encore
des Historiens , la plus belle femme de
son temps & la plus annable ; ainsi il n'est
pas douteux que ce fut la renommée qui apella
d'Egypte Hercule dans les Gaules , pour y
concourir avec les Princes de l'Europe à la
conquête d'un objet si d. gne de ses voeux.
Et ce fut la aussi , sans doute , la source des
Combats
NOVEMBRE.
1739 2549
Combats qui signalerent sa valeur contre Albion
& Belgion , contre Gerion & Taurisque
, jaloux qu'un Etranger eût cû la préférence
du çoeur de Galathée.
Je sçais bien qu'en adoptant ce Fait, je me
trouve en contradiction avec Bayle ; mais
qui n'en fera pas autant que moi , pour peu
qu'on balance les autorités sur lesquelles il
se fonde , avec celles que je viens d'alleguer ?
Que dit Bayle ? Que le Mariage de Galathée
avec Hercule , est un conte debité differemment
dans Diodore & dans Parthenius . Doiton
l'en croire sur sa parole ? Ou quelles sont
ses preuves ? Elle se réduisent à un trait du
Menagiana, où l'Auteur dit avoir lû quelque
part que les Gaulois avoient une grande véneration
pour ce Héros , & qu'ayant témoi
gné , lorsqu'ils se convertirent , leur peine
de ne plus voir de ses Images , on les consola
en leur représentant que chés les Chrétiens
il y avoit un Saint , qui , par sa grandeur
& par sa force , valoit six Hercules.
Bayle auroit bien dû ne pas relever une plaisanterie
pareille sur un sujet si grave & si
respectable . Mais dans le fond ne conclutelle
pas contre lui- même ? Que dire à celà ?
C'est que le fait l'interessoit peu , & qu'il ne le
jugeoit pas digne d'une attention particuliére
. J'en ai pensé autrement , & je crois
en avoir assés dit , pour que ce Fait soit caractérisé
2548 MERCURE DE FRANCE
point imposé , lorsqu'il a dit que ce Prince ;
se trouvant à la Cour du Roy des Gaules ,
avoit emporté sur ses Rivaux le coeur de Galathée
, fille de ce Roy, & qu'il en avoit eû un
fils nommé Galathes , lequel étoit monté sur
le Trône après la mort de son Ayeul . Am.
Marcellin , dit à peu près la même chose ; il
raporte qu'Hercule avoit cû d'une Princesse
des Gaules un Enfant qui étoit devenu
Roy des Celtes , & qui leur avoir imposé
le nom de Galathes ; ce qui revient à ce
qu'en dit Parthenius dans ses Erotiques . Le
Mariage d'Alexandre avec Roxane , est- il
mieux constaté ? Et qu'elle raison peut- on
avoir d'y ajoutet plutôt foi qu'à celui d'Hercule
avec Galathée ? Premierement , il n'est
pas plus difficile de croire que celui ci soit
venu d'Egypte dans les Gaules , qu'il l'est
qu'Alexandre soit allé de Macédoine en Perse.
En second lieu , outre que Galathée étoit
fille d'un grand Roy , suivant Diodore , &
son unique héritiere , elle étoit aussi , nonseulement
au raport des Poëtes , mais encore
des Historiens , la plus belle femme de
son temps & la plus aimable ; ainsi il n'est
pas douteux que ce fut la renommée qui apella
d'Egypte Hercule dans les Gaules , pour y
concourir avec les Princes de P'Europe à la
conquête d'un objet si d gne de ses voeux.
Et ce fut la aussi , sans doute , la source des
Combats
NOVEMBRE . 1739. 2549
Combats qui signalerent sa valeur contre Albion
& Belgion , contre Gerion & Taurisque
, jaloux qu'un Etranger eût cû la préférence
du çoeur de Galathée .
Je sçais bien qu'en adoptant ce Fait, je me
trouve en contradiction avec Bayle ; mais
qui n'en fera pas autant que moi , pour peu
qu'on balance les autorités sur lesquelles il
se fonde , avec celles que je viens d'alleguer ?
Que dit Bayle ? Que le Mariage de Galathée
avec Hercule , est un conte debité differemment
dans Diodore & dans Parthenius. Doiton
l'en croire sur sa parole ? Ou quelles sont
ses preuves ? Elle se réduisent à un trait du
Menagiana, où l'Auteur dit avoir lû quelque
part que les Gaulois avoient une grande véneration
pour ce Héros , & qu'ayant témoi
gné , lorsqu'ils se convertirent , leur peine
de ne plus voir de ses Images , on les consola
en leur représentant que chés les Chrétiens
il y avoit un Saint , qui , par sa grandeur
& par sa force , valoit six Hercules.
Bayle auroit bien dû ne pas relever une plaisanterie
pareille sur un sujet si grave & si
respectable. Mais dans le fond ne conclutelle
pas contre lui-même ? Que dire à celà ?
C'est que le fait l'interessoit peu , & qu'il ne le
jugeoit pas digne d'une attention particuliére.
J'en ai pensé autrement , & je crois
en avoir assés dit , pour que ce Fait soir caractérisé
2550 MERCURE DE FRANCE
ractérisé en Trait historique , qu'on ne peut
raisonnablement traiter de fiction ; car enfin
les Grecs , ainsi que les Romains , auroientils
été portés à Alater les Gaulois au point
d'en imposer , pour leur faire honneur ? Ou
auroient ils autorisé leur Tradition , s'ils
l'eussent soupçonnée d'être fabuleuse ? Cette
refléxion me fait venir à propos l'idée d'éxaminer
en passant quelle est la cause du
peu de créance que l'on a sur certains évenemens
de l'Antiquité.
-
On sçait 1 °. que ce sont les Poëtes , qui ;
livrés à l'antousiasme & aux saillies de leur
imagination, ont corrompu la vérité des Evenemens
par le merveilleux dont ils les ont
envelopés. Il en est alors comme de l'Amande
sous l'écorce . Je veux dire que dans la
Fable il y a un fond de vérité qu'on doit
bien distinguer du voile qui le cache ; il eût
mieux valu pour nous , sans doute , que les
premiers Ecrivains eussent transmis leurs
connoissances, sans tout cet artificieux embalage
, qui en fait perdre la plus grande partie;
mais enfin ce qu'on en peut retirer est encore
assés précieux pour être recherché. Je
n'ajoûte par foi , par exemple , à tout ce que
raconte Homere du Siége de Troye ; mais je
ne doute pas pour cela qu'il n'y ait eû en
Asie une Ville de ce nom , qu'elle n'ait été
assiégée par les Grecs , ni qu'il n'y ait cû un
Agamemnon
NOVEMBRE. 1739 255%
Agamemnon , un Achille , un Priam , un
Hector ; je m'en tiens à la simplicité de ces
Faits revendiqués par l'Histoire ; je m'en instruits
& je passe ce qui n'est que du Poëte ,'
ou bien je m'en amuse.
2º.Dans les premiers temps , ce n'étoit que
par la Tradition que l'Histoire se perpétuoit,
& ce fut toûjours la maxime des Gaulois. Ensuite,
en Europe les Grecs se mirent à l'écrire;
& après eux les Romains en firent autant.
De -là , l'Histoire génerale fut négligée , puis
elle tomba dans l'oubli , & enfin on n'en
crut que ce qui en étoit écrit . Autre inconvénient
, c'est que parmi les Histoires particulieres
même , il y en a qui l'ont emporté
sur les autres à un degré qu'elles seules donnent
le ton à l'Histoire , qu'elles en font la
regle pour les Faits à croire , ou à rejetter; ce
n'est pas toutefois qu'elles soient plus exemp
tes de partialité , que la vérité y soit plus ménagée
; mais souvent pour un style plus élegant
, une diction plus pure , des expressions
plus nobles ; comme si l'Histoire ne dépendoit
d'un certain choix & arrangement
que
de mots , d'une belle tournure de phrases ,
l'apas ordinaire de l'imposture. C'est pourtant
là la cause trop commune de notre incrédulité
sur un grand nombre de Faits qui
nous regardent , & que nous n'estimons pas
dignes de foi , précisément parce que les
B Grecs
2552 MERCURE DE FRANCE
Grecs ni les Romains n'en auront pas fait
mention,ou que ce ne seront pas de leurs Historiens
en vogue qui en auront parlé ; mais
les Grecs & les Romains ont- ils écrit pour
nous ? Etoient- ils interessés à nous reveler
ce qui auroit pû préjudicier à leur propre
gloire ? Et si nous avons lieu d'être persuadés
du contraire , une juste défiance ne doit-elle
pas nous rendre plus cirsconspects contre
leur jalousie ? Ne cesserons - nous jamais de
déférer ainsi servilement à leur àutorité ?
Quoi ! si- tôt qu'un Fait ne se trouve pas
marqué à leur coin , quelque caractere qu'il
puisse porter d'ailleurs de l'ancienne Tradition
des Gaules , dès - là il doit être mis au
rebut, & rayé même du Tableau des opinions
historiques .
वे En voici un exemple , que je propose
l'occasion du débat qu'il causa l'autre jour
dans une assemblée de Sçavans , mais Partisans
outrés des Grecs & des Romains ; je m'y
trouvai , comptant bien y faire bonne pacotille
de Litterature. Le début de la conversation
fut le Siége de Troye. Le sujet est un
peu vétuste ; mais pourquoi n'en seroit- il pas
de l'Histoire comme des Médailles ? Enfin
ce fut sur cet antiquè évenement que roula
le Prologue , & de suite on en vint au pieux
Enée , à ses avantures , tant par Mer que par
Terre , jusquà son débarquement en Italie & à
son
NOVEMBRE. 1739 2553
son Mariage avec Lavinie , fille du Roy Latinus.
Il ne faut pas demander s'il se fit - là un
grand étalage de l'Iliade & l'Eneïde ; il fut
des plus complets , sans parler de la Glose &
des Paraphrases. Or on en étoit à relever la
gloire des Romains d'avoir cû des Troyens
pour Ancêtres , lorsqu'une jeune barbe , encore
sur les bancs , s'avisa de dire que dans
les Gaules il étoit venu aussi des Troyens &
un fils d'Hector à leur tête. Alors ce ne fut
qu'un cri , au conte bleu ; * des Troyens &
un fils d'Hector dans les Gaules ! eh ! quel
fils d'Hector , demandoient nos Emérites en
Historiologie ?Y en eut- il d'autre qu'Astianax ?
Et qui ne sçait qu'il fut précipité par Ulisse du
haut des murs d'llion ? Ce sont- là de ces Faits
qu'on ne peut sensément révoquer en doute:
Telle fut la décision & la fin de l'érudite Assemblée.
Je rougissois de cette avanie pour
notre jeune Candidat ; & lui , au contraire ,
faisoit bonne contenance , & ne demandoit
qu'à soûtenir ce qu'il avoit avancé ; mais il
n'y eut pas moyen.
J'ai voulu m'assûrer par moi- même ; sçavoir,
si sa these étoit si insoutenable , & bien
m'en a pris; je suis à présent convaincu à n'en
plus douter , qu'il ne faut pas toujours jurer
sur les paroles de ses Maîtres , quelques doc-
* Second Teme du Paradoxe sur la Langue Grecque .
Bij tes
2554 MERCURE DE FRANCE
tes qu'ils soient , qu'ils ne laissent pas que
d'être susceptibles de préjugés , & que souvent
, qui pis est , lorsqu'ils en sont une fois
entichés , ils y adherent avec d'autant plus
d'opiniâtreté , qu'ils se croyent moins fautifs.
J'ai actuellement contre ceux de cette Assemblée
bonnes piéces en main , lesquelles
ne vont pas moins qu'à la cassation de leur
Arrêt. Ce n'est point en effet un conte si bleu
qu'ils le prétendent , que des Troyens- soient
venus dans les Gaules , & il n'est point nonplus
décidé qu'Hector n'ait eû qu'un fils .
Peut - être seroit- on curieux des recherches'
que j'ai faites à ce sujet ; en tout cas j'en vais
faire ici un détail, le plus précis qu'il me sera
possible,
1º. Il peut être venu des Troyens dans les
Gaules auffi - bien qu'en Italie , de même
qu'y sont venus les Phocéens , Peuple de
Plonie. D'ailleurs il étoit de Tradition chés
les Gaulois, que réellement il y en étoit venu ,
avec cette particularité que c'étoit en Auvergne
qu'ils s'étoient établis : ce qui se
prouve par une Lettre de Sidonius Apollinaris ,
et par ce qu'en dit Lucain dans le premier
Livre de sa Pharsale : le premier , qui étoit
Evêque d'Auvergne même , déplorant le
malheur de son Peuple , d'être tombé sous la
domination de Théodoric , Roy des Goths
dit que les freres des Troyens se trouvoient ré-
>
duits
NOVEMBRE. 1739 2555
duits sous le joug d'un Prince barbare et inconnu.
Et Lucain raporte qu'éffectivement
ce Peuple se disoit aussi , comme les Romains
, issû de Sang Troyens or , si nous
croyons que les Romains en étoient sortis ,
sur leur Histoire , pourquoi ne rendronsnous
pas la même justice aux Gaulois , sur
leur Tradition ? mérite-t'on d'être siflé pour
y ajoûter foi ? pour en parler ? c'est ce qui
choque. Reste à sçavoir si c'est un Fait si
incontestable , qu'Hector n'ait eû qu'un fils.
Euripide n'étoit pas de ce sentiment , puisqu'il
fait dire à Andromaque , qu'il représente
dans un entretien avec Hector , qu'elle
aportoit tous ses soins à donner à ses enfans
( elle parle en plurier ) l'éducation qui convenoit
à leur naissance. Et suivant Arsenie
et Anaxicrates , deux Auteurs Grecs , Astianax
avoit un frere , qu'ils nommoit Amphinée.
Mais quelque chose encore de plus
positif, c'eft ce que raporte Dictis de Créte
: Andromaque , dit cet Auteur , étant
allée avec Priam demander à Achille le corps
d'Hector , son mari , afin de le toucher davantage
, mena avec elle ses deux enfans ,
Astianax que quelques- uns apelloient Scamandre;
et Laodamas : comme celui- ci pourroit
être le même sous le nom d'Amphinée ,
ne concluons que pour deux enfans d'Hec- '
tor. C'en est bien assés pour arguer d'erreur
Bij ceux
2556 MERCURE DE FRANCE
}
ceux qui n'en admettent qu'un ; et qui , sur
ce faux principe , rejettent , comme une
opinion chimérique , qu'il soit venu dans les
Gaules un fils de ce Prince Troyen . Il n'est
plus besoin pour cela de recourir au ministe .
re des Dieux, et de sauver Astianax , comme
Te fait Ronsard : voici un second fils d'Hector
, Laodamas , qui par des voyes toutes
naturelles a trouvé le moyen d'échaper à la
fureur des Grecs. Et s'il étoit de Tradition
Celtique que des Troyens , après le désastre
de leur Ville , se soient réfugiés dans les
Gaules , qui peut empêcher de croire que
Laodamas étoit à leur tête ? qu'il fut favorablement
reçû à la Cour du Roy des Gaules
? même que la fille de ce Roy en devint
amoureuse ? & enfin qu'elle lui présenta
l'eau nuptiale , ainsi qu'avoit fait Galathée
à Hercule , & que fit Gyptis à Peranus ou
Protis ? Ce n'est pas , au reste , qu'il importe
beaucoup à la gloire des Gaulois, qu'un Prince
fugitif ait épousé la fille de leur Roy, ou
non, ni que leur Pays ait été habité par quelques
infortunés debris de Troye ; cela ne
peut aller qu'à un trait de plus ou de moins
de cette générosité qui les rendoit si recommandables
chés les Étrangers , & dont Parthénius
& Am . Marcellin , entre autres ,
font l'éloge.
L'Auteur de cette Dissertation doit, dit -il,
donner
NOVEMBRE. 1739. 2557
donner au Public un Ouvrage qui a pour
Titre : Observations sur la Nation Gauloise.
Il considere 1 ° . l'ancienneté de cette Nation
, sa valeur, ses exploits , & sa puissance
mise en paralelle avec celle des Romains. 2° .
Les Preuves qui font descendre les François
de cette ancienne Nation , & qui constatent
leurs droits sur les Gaules , qu'ils ont conquises
. Le tout d'après les meilleurs Auteurs,'
tant Grecs que Latins. 1739.
LE PLAISIR TROMPEUR ;
FABLE.
A l'imitation de la Piéce Latine , inserée dans
le premier volume du Mercure de
Décembre
1737.
N Vieillard l'autre jour sur le bord d'un
Ruisseau , UN
Suivi d'un jeune Enfant, jettoit la ligne à l'eau ,
Aussi - tôt un Poisson novice ,
Sans se douter de l'artifice ,
Se présente en nageant , se jette avec effort
Sur l'apât qui dans peu doit lui donner la mort.
Le mouvement de l'eau , la faim , tout l'y convie .
Il vient chercher sa perte en recherchant la vie ;
Bij II
2558 MERCURE DE FRANCE
Il mord sans peur de trahison ,
Et du morceau trop tard il connoît le poison ,
En prenant il est pris ; vainement avec force
Il veut pour se sauver abandonner l'amorce ,
Máis loin d'éviter ses malheurs ,
Ses efforts ne font plus qu'irriter ses douleurs.
Un fer cruel l'arrache , & cedant avec peine ,
Il se voit malgré lui transporté sur l'arene ,
Il saute à demi mort , dans l'espoir qu'en sautant
Il pourra retourner au liquide Element ;
Abus . L'Enfant le prend , rit de son esclavage ,
Et lui tient ce langage.
C'est assés badiner , finissons tous ces jeux ,
Le temps ne permet point de rester dans ces lieux.
Imprudent & glouton , ce morceau sçût te plaire ,
Tu le pris pour te satisfaire ,
Mais ne voyois tu pas en badinant autour ,
Que ce piege étoit-là pour te jouer d'un tour ?
Oh ! tu devois , mon cher plus prudent & plus sage ,
De ton instinct du moins faire un meilleur usage.
A présent que te voila pris ,
Tu peux gémir , pour moi j'en ris.
Tu te jettes pour vivre au fond des précipices ;
Eh bien , d'un bon repas tu seras les délices.
L'Enfant railloit ainfi le malheureux Poisson
Qui va lui servir de leçon .
36
LO
NOVEMBRE: 2559 1739.
> Le Vieillard dont l'aspect imprimoit la sagesse
Lui dit, voyez, mon fils, où conduit la jeunesse ;
S'abandonnant sans guide au gré de ses désirs ,
La mort vient le surprendre au milieu des plaisirs .'
Craignez à votre tour un traitement semblable ,
Recevez de ma bouche un avis charitable
Le plaisir le plus pur n'est jamais sans venin ;
Que toujours la raison vous mene par la main
Aux loix de cette sage & prudente Maitresse
Soumettez tous vos sens , pour que son bras vous
dresse ,
Ou je tremble pour vous, que donnant dans l'excès ,
Vous ne tombiez aussi dans de tristes filets .
Modérez les transports d'une enfance fougueuse ,
Craignez pour vos beaux ans une fin malheureuse ;
Instruit par cet exemple à fuir la volupté ,
Cher fils , suivez l'avis que l'amour m'a dicté.
F. Daire. C..
By LET
2560 MERCURE DE FRANCE
*
LETTRE écrite par le R. P. Boudet , Chanoine
Régulier de S. Antoine , à M. Lebeuf,
Chanoine de la Cathédrale d'Auxerre
, sur quelques anciennes Poësies Françoises.
J
E lis toujours , Monsieur , avec un plaisir
singulier , dans le Mercure de France,
les Dissertations curieuses & sçavantes , qui
viennent de votre plume. Vous vous attachez
à nous donner du neuf ; & votre sagacité
& vos travaux affidûs , vous procurent
ordinairement la gloire du succès. Les Amateurs
de la Litterature ont un vaste champ à
défricher , mais la moindre découverte coûte
quelquefois beaucoup de peine . Vous
avez déterré dans les Poësies de Grognet , les
noms de plufieurs Poëtes François , dont
quelques- uns font parfaitement inconnus.
Vous souhaitez que la Liste que vous en
donnez dans le Mercure de Juin , premier
Volume , page 1094. puisse attirer de la part
des Curieux , répandus dans Paris & dans les
Provinces , quelques Notices de ces Poëtes.
obfcurs. Je prendrai pour ma tâche le pénultiéme
Quatrain de Gronet , & je joindrai
mes voeux aux vôtres , pour obtenir le
reste
NOVEMBRE . 1739 2561
reste de la génerosité des Sçavans qui seront
à portée de nous satisfaire. Voici le
Couplet dont j'entreprends le Commentaire .
y
Nous avons Anthoine d'Usès
Lequel parla bien des excès ,
L'Eperon fit de discipline
Où l'on peut voir bonne doctrine.
Je commence par réformer le texte , car il
à erreur . dans le nom ainsi écrit Anthoine
d'Usès , il faut lire Antoine du Saix , en Latin
Antonius Saxanus . Vous en verrez bien tôt
les preuves. Peut -être Grognet a - t - il défiguré
ce nom , pour la commodité de sa
rime.
> .
Cet Auteur nâquit à Bourg, en Bresse , environ
l'an 1505. d'une des plus illustres Familles
du Pays , qui n'étoit point alors soûmis
à la France. Son Pere étoit , Melire
Philibert du Saix , Seigneur de Coursant , &
Gouverneur de Bourg , qui mourut en 1531 .
Notre Poëte fut reçû fort jeune parmi les
Chanoines Réguliers de S. Auguftin , Ordre
de S. Anto ne , & il obtint la Commanderie
de Bourg , en Bresse , dépendante du même
Ordre. C'est là qu'il a composé son Livre à
l'âge de 2. ans . En voici le Titre , que je
transcris au long , sur l'Exemplaire qui est
dans la Bibliotheque de cette Abbaye , en
2, vol. in-8°.
B`vj Premier
2562 MERCURE DE FRANCE
Premier Volume. L'Esperon de Discipline;
pour inciter les humains aux bonnes Lettres ,
stimuler à Doctrine , animer à Sciences , inviter
à toutes bonnes oeuvres vertueuses & morales
, par consequent pour les faire coheritiers de
JESUS-CHRIST , expressément les nobles & génereux
, lourdement forgé & rudement limé
par
noble homme Fraire Antoine du Saix,Commandeur
de S. Antoine de Bourg en Bresse.
1532. Le nom de l'Imprimeur & le Lieu de
l'impreffion ne sont point marqués.
Second Volume. La Secunde Partie de
Esperon de Discipline , en laquelle est traicté
de la nourriture & Instruction des Enfants .
mesmement nobles & génereux , qui pour l'origine
, entretien , & consummation de vraye noblesse
extraite de bonnes meurs & gestes magnanimes
, doivent requerir science : en ce que le
sens qu'on quiert , soit en son temps en eulx acquis.
1532.
Cet Ouvrage eft très- bien imprimé ; les
caracteres , quoique Gothiques , sont assés
lifibles. Les pages ne sont point cottées , &
elles sont toutes enfermées dans des bordures
, gravées en bois fort délicatement : ces
bordures portent divers ornemens , où sont
inserées les Armoiries de la Maison de Savoye
, celles de l'Auteur , des Devises , des
Trophées , & c. A propos des Armes de du
Saix , je remarquerai que cette Famille porte
& Ax
NOVEMBRE. 1739 2563
Argent tout plein ; & pour Devise : Utcumque
sors tulerit , ce qu'il traduit par ces mots ,
Quoi qu'il advienne. Je crois que ce sont là
des Armes parlantes ; & comme les Commentateurs
sont en poffeffion de donner
leurs conjectures pour des preuves , je dirai
que cet Ecuffon vuide & fans aucun trait ,'
ne reffemble pas mal à une Table d'attente ,
qu'on peut fupofer de Marbre , ou de Pierre,
ainfi je dériverai Saxanus à saxo . Néanmoins
notre Commandeur , pour exprimer fon
état , a écartelé fon Ecu , & au premier quar
tier il a mis un Tan , qui est la marque distinctive
de l'Ordre de S. Antoine.
Je reviens à fon Livre , qui eft dédié à
Charles , Duc de Savoye , dont l'Auteur étoit
Sujet ; il paroît par la façon affés familiere
dont le Poëte s'exprime dans fon Epître ,
qu'il avoit l'honneur d'être connu particulierement
de fon Souverain . Il étoit auffi en.
relation avec plufieurs Seigneurs , qu'il traite
de fes Amis , dans une Piéce faite à leur
honneur , qu'on trouve à la fin du fecond
Volume. Il y fait paffer en revûë Jacques du
Bellay , le Sr de la Palice , l'Abbé de S. Antoine
, Antoine de Langeac , le Sr de la Difette
, Grand Bailli du Pays de Bugey , le
Duc de Nemours , le Seigneur de Montfort
&c... Il eft parlé dans la même Piéce de
René Macé ; & comme ce Poëte eft un de
ceux
2564 MERCURE DE FRANCE
ceux que Grognet a mis dans sa Liste , vous
serez curieux , sans doute , de sçavoir ce
qu'il en dit.
Et me pourroit bien faire ingratitude
Mettre en oubli le grand Renay Macé▸
Celui qui a tout le loz amassé ,
Que jamais homme en Europe & Asie
par haulte Poësie. Peut mériter
Souventeffois en Cour de Jupiter ,
Procès fut meu jusques au despiter ,
Et tirer droiz du profond de l'Aumaire ,
Sur le combat de Virgile & d'Homere ,
Auquel des deux pour tiltre glorieux
Apartenoit le nom victorieux :
Mais au rapport de son Huissier Mercure ;
Comme vaincus de combattre ilz n'ont cure ,
Depuis qu'au Monde en est ime a regné
L'excellent nom du triomphant Renay.
Si quelque L1 ou Statut canonicque
Semble à aucun non entendent , inicque ;
Venez à lui à consultation ,
Il en donrra l'interpretation.
Quoique d'erreur Sentence en soit vieillie.
Rithme a esté longtemps ensevelie ,
Mais par Renay rare regnant renaist :
Car tel que uviv nt en terre n'est.
Donc pour autant qu'il est en l'art unicque ,
C'est
NOVEMBRE. 1739 2565
C'est l'Ecrivain de Royale cronicque
Du Lys François , que l'on consacre à Reims ,
Tant que Prieur il en est de Beaurains.
Si donc Macé , tu martelles la Masse
Du riche marc que Rhetoricque emmasse ;
Ce nonobstant de ton ami touttal
Soustiens limer le mal pouly metal
Le reduisant à ton analogie.
,
Il est fait mention dans la même Epître
de quelques autres Poëtes sçavoir , de
Pierre Martin, que notre Auteur apelle, Pere
d'Ovide en metrificature , de Simon Bourgoing
, qu'il dit avoir une plume dorée , & du
Bailli de Bugey , ci- dessus nommé dont il
trouve les Vers.
Riches azurez ,
Sententieux , coulans & mesurez .
Pour justifier le sentiment de Grognet sur
notre Poëte , lorsqu'il dit de lui qu'il parla
bien des excès , il est nécessaire de vous raporter
quelques fragmens de l'Esperon de
Discipline , où il invective fortement contre
les vices de son temps. Voici comme il peint
l'infortune des Plaideurs vers le commencement
de la seconde Partie.
و ا
Si contre vous quelqu'un a murmuré ,
Et pa procès àla Court vous appelle 2
Plus
1566 MERCURE DE FRANCE
Plus empesché que n'est au feu la pesle ,
Incontinent pour consulter le cas ,
Fauldra chercher Messieurs les Avocats
Et ses escurz Dieu sçait comment estendre ;
Puis ne sçaurez le cas bien faire entendre
Dont sur ce mal on vous consultera
Ou l'Avocat ne se contentera ;
Par ce moyen esmeu de chaude colle
S'efforcera vous donner la bricolle
Avec Partie adonc s'alliera ,
Tout votre sac il lui desliera ,
*
§
Et le secret , s'il est plein de meschance ;
Vous voilà bien , & de fept vnze , où chance.
Qu'est-il de faire ? un homme est lor's damné
Que si Dieu veult ne soyez condamné
` Et qu'en bon lieu votre chariot verse ,
Tant qu'obteniez contre Partie adverse ,
Nombrez le tout , vous n'y gagnez jamais
Saulce on vend plus que la chair de ce mezz
Car vous ferès autant de proffict d'elle ,
Comme celui qui brusle une chandelle ,
Paffant un sol pour chercher ung denier ,
Le guaing est tel comme au Courdouhannier ;
Qui a laissé marrocquin pour bazanne ,
Et ung Teston pour ung Sol de Lozanne , & c.
Il parle avec beaucoup de vivacité contre.
les Protho- Notaires ses contemporains, & ne
menage
NOVEMBRE. 1739. 2567.
ménage point les termes avec eux.
Au temps passé ( dit- il ) les bons Prothonotaires
Estoient ceux-la qui faisoient Inventaires
Et escrivoyent les gestes & beaulx faictz
Des bons Pafteurs , Papes saincts & perfectz.
Mais maintenant ilz font Rondeaulx , Ballades ,
Au mois de May , quand amours sont mallades ,
Mettant leur cueur en commande & Credo
A cest aveugle appellé Cupido ,
Lorsqu'à Venus se rendent tributaires ,
Et qu'ilz se font des Dames Secretaires.
Voila le Livre où estudieront
Touttalement , & se desdieront
A bien danser , voller à la campaigne
A s'estroicir pour faire corps d'Espaigne ,
Si fort serrez qu'ils en souspireront.
Tiendront ce train tant qu'ilz adoreront
Leurs Dieux , qu'ilz font de ces vieilles mastines
Mais de tenir ny Heures , ny Matines ,
Ne de garder nul ordre Episcopal
Ostez , ostez , le Cabinet Papal
Se remplira par leurs grands arrerages ;
Il vault bien mieulx penser aux commerages,
Pour parvenir aux amoureux accords
Et perdre temps , l'honneur , l'ame & le corps ,
Que de tenir train Ecclesiastique ,
Les Heures sont pour l'Enclos Monastique .
2568 MERCURE DE FRANCE
Ce n'est pas tout , il fault chiens & oiseaulx ,
Se vestir court par dessus les houseaulx
Du taffetas qui à l'entour fleuropne
Porter grand barbe au lieu d'une couronne ;
Car s'ilz avoyent leurs beaulx cheveulx tousez ,
Ilz ne pourroyent jamais estre espousez ,
A tout le moins complaire à leur Statue
Qui est le poinct qui les tourmente & tuë :
Par ce moyen pour estre mieulx formez ,
Joinctz & jolis , fault qu'ilz soyent difformez
De tous habits , puis on va au Dataire
Pour ce Monsieur mon sot Prothonotaire
Faire encherir ce precieux Metal
II fault avoir de plomb plus d'ung Quintal.
De jour de nuict faire course soubdaine ,
Simon Magus , ou quelqu'autre fredaine ,
Ouvrir pacquets & les recaccheter ,
De toutes partz gripper & crocheter,
Et perpetrer cent mille malefices
Pour amasser tant qu'on peut Benefices,
Lors en aura par phas & par nephas :
Car de Pilate on va à Caiphas
Pour en avoir , & ne fust qu'une Cure ,
L'on trouvera quelque faulse Procure :
Puils l'on mettra dedans Hacquebultiers
•
Voila comment la Ley est bien gardée
Pa
NOVEMBRE . 1739 2569
Par ces Piliers où l'Eglise est fondée.
Puis vous veoyez porter aux douceletz
Guantz descouppez , couleurs & braceletz ,
Et pour plus fort desmontrer leur ordure ,
Chemise fine à collet de brodeure ,
Chausses après couvertes de veloux ,
Les escarpins descouppez comme loupz ,
A qui les chiens ont faict des esguilletes ,
Et tout cela pour l'amour des Filletes :
E
Dont vous veoyez en quel trouble & rumeurs
st notre foy par leurs mauvaises meurs.
doint remedes salutaires
Dieu nous y
Et amender nos folz Prothonotaires.
il
Je crois , Monsieur , que ces Echantillons
sont plus que suffisans pour faire juger du
style & du génie d'Antoine du Saix. Le sujet
qu'il a embrassé est presque universel ,
parle de toutes les Sciences , des Vices &
des Vertus , de l'Education de la Jeunesse
&c. C'est ce qui fait dire à Grognet , que
dans son Livre on peut voir bonne Doctrine,
Aimar Falco , Historien de l'Ordre de Saint
Antoine , le cite avec Eloge ( Partie IV. )
parmi les Hommes illustres qui y fleuris
soient alors . Je ne m'étendrai pas davantage
sur son sujet , crainte d'abuser de votre
patience , d'autant plus que j'ai déja
fourni des Mémoires fort détaillés sur cette
ma2570
MERCURE DE FRANCE
matiere au R. P. Dom Antoine Rivet , Béné →
dictin , l'un des Auteurs de l'Histoire Litteraire
de la France , dont ils doivent faire
dans le temps.
usage
Permettez- moi , Monsieur , de vous dire
encore un mot sur un Philipe des Avenelles ,
qui étoit , sans doute , Parent d'Albin des
Avenelles , contenu dans la Liste de Grognet
, au hazard de ne vous rien marquer que
vous ne sçachiez mieux que moi. Je ne
connois point le Remede d'amours que Grognet
lui attribuë , mais j'ai trouvé dans notre Bibliotheque
un Volume in-folio , intitulé :
D'Appian Alexandrin, Historien Grec, des
Histoires Romaines l'Iberique ou Espagnole , &
Annibale ou des Exploits d'Annibal Chartageois,
en Italie . Le tout traduit de Grec en Lan
gue Françoise , par le Seigneur Philipe des
Avenelles. A Paris , par Pierre du Pré 1569.
L'Auteur dédie son Livre à Monseigneur
Dandelor , & il parle dans cette Epître de
l'Epitome de Plutarque , qu'il dit avoir composé
auparavant.
Il m'est tombé sous la main un autre Livre
, où je vois un nom fort aprochant de
celui de Castanea , dont vous dites , Monsieur
, n'avoir aucune connoissance . En voici
le Titre : D. Anselmi Archiep. Cantuarienfis
eximii Theologi non minus elegantes quam pia
in Epistolas B. Pauli explanationes , nuper stu
dig
NOVEMBRE. 1739 2571
dio ac diligentia venerandi ac generofi Domini
Renati à Castanao coelesti munere Commendatarii
ac Moderatoris Coenobii misericordia Dei,
affabre ex fitu & squallore asserta editaque
cum Indice &c. in-fol. Paris. 1533. apud Poncetum
le Preux. A la tête du Livre sont deux
petites Piéces en Vers Latins , l'une est de
Castaneus à son Lecteur l'autre est à la
louange de S. Anselme , & de l'Editeur de
ses prétendus Commentaires , qui , comme
vous sçavez , n'apartiennent nullement à ce
Saint. On trouve ensuite une Epître dédicatoire
, adressée à l'Evêque de Poitiers Gabriel
de Cleromonte.
,
J'espere , Monsieur , que vous agréerez
cette Lettre , avec les assurances de l'estime
& de la consideration parfaite laquelle
je suis , & c.
avec
De l'Abbaye de S. Antoine en Viennois
le 22. Juillet 1739.
L'A2572
ERCURE DE FRANCE
S
L'AMOUR JALOUX ,
CANTATILLE.
Mise en Musique par M. Fel .
Ur la Terre & sur l'Onde , aux Cieux , même
aux Enfers ,
L'Amour faisoit porter ses Fers ;
Mais peu content d'une Victoire ,
Qui lui foûmet les Dieux les plus puissans ,
Il voudroit que jamais l'encens
Ne pût brûler que pour sa gloire :
Les honneurs, qu'à Bacchus adressent les Humains ,
Lui semblent dérobés à ses droits souverains .
La noire Jaloufie
Suit en tous lieux ses pas ;
La divine Ambrofie
N'a plus pour lui d'apas :
Son ame inconsolable
Pousse mille regrets ;
Dans l'horreur qui l'accable
Il brise tous ses Traits .
Ainfi le Dieu de la tendresse
Se livroit tout entier à d'aveugles douleurs ;
Mais
NOVEMBRE. 1739. 2573
Mais bientôt Jupiter lui rendit l'allegresse .
Amour , dit-il , seche les pleurs
Qu'arrache de tes yeux une colere indigne.
Loin de nuire au Dieu de la Vigne ,
Songe àt'unir à lui des plus fermes liens :
Détruire ses Autels , c'est ébranler les tiens .
Fils de Venus ,
Reçois un juste hommage ;
Mais que Bacchus
Avec toi le
partage .
C'est lui qui nous inspire
Les plus vives ardeurs ;
Ses piquantes douceurs
Etendent ton Empire.
Fils de Venus ,
Reçois un juste hommage ;
Mais que Bacchus
Avec toi le partage .
Si d'un coup plein de charmes
Tu veux blesser un coeur ,
Amour , dans sa liqueur
Il faut tremper tes armes.
Fils de Venus , &c .
A. X. Harduin d'Arras.
2574 MERCURE DE FRANCE
› LETTRE de M. Dorce Commissaire
ordinaire d' Artillerie , à M. le Marquis de
Creil , Commandant la Compagnie des Grenadiers
à cheval de la Maison du Roy , an
au sujet d'une nouvelle Experience faite sur
les Mines , par M. de Belidor.
J
E vous ai promis , Monsieur , de vous
informer du résultat des Experiences sur
les Mines , que M. de Belidor devoit executer
, afin de vous dédommager de la peine
que vous m'avez, marquée , de ne pouvoir
rester à la Fere , pour en juger par vous - même
; vous sçavez que quand vous êtes parti ,
il devoit proposer à M. d'Abouville , notre
Commandant , l'execution d'un nouveau
Projet de Mines , pour la défense des Places,
pratiquées sous le glacis du chemin couvert,
afin qu'aussi - tôt que l'Assiégeant y auroit
établi ses batteries , l'Assiégé pût , en faisant
jouer ces Mines , détruire les batteries ,
& du premier coup enlever le canon , pour
le faire sauter dans le fossé de la Place , rien
n'étant plus capable d'enfler le courage à une
Garnison , & de déconcerter l'Ennemi , que
de s'emparer de son canon , pour s'en servir
contre lui-même ; car ordinairement le canon
est jetté du côté de la tranchée , à cause
de
NOVEMBRE. 1739. 2575
de la résistance qu'opose l'épaulement le la
batterie ; ainsi le Projet de. M. de Belidor ,
étoit que l'impulsion de la poudre agisse du
côté du plus fort , contre la loi ordinaire des
méchaniques.
Le 27. du mois passé , cette Mine étant
achevée sous une batterie de deux pièces de
24 , nous nous rendîmes tous au Polygone
sur les cinq heures du soir ; vos jugez
bien , M. que je n'étois pas un des moins intrigués
à sçavoir quel en seroit l'évenement ;
les sentimens partagés d'un nombre d'habiles
Gens , qui en sçavent beaucoup plus que moi
sur cette matiere , m'en faisoient attendre le
succès avec une extrême impatience ; enfin M.
de la Tessoniere, Lieutenant de Mineurs de la
Compagnie d'Antoniacy , qui a executé le
Projet , ayant mis le feu à la Mine , nous
vîmes un instant après , les piéces &
leurs affuts , s'élever au dessus de l'épaulement
, aller tomber , l'une à 34 toises de
distance de sa platte- forme , & l'autre à 15.
toises , toutes deux dans la Place , au grand
étonnement de tous les Spectateurs. Cette
derniere auroit été , sans doute , poussée en
avant aussi loin que l'autre,s'il ne s'étoit rencontré
un foible sur la gauche de sa platteforme
, provenant de quelques anciennes
Mines , qu'on a fait jouer autrefois de ce
côté- là ; au reste , il auroit suffi qu'elles eus-
>
C sent
2576 MERCURE DE FRANCE
sent été l'une & l'autre jettées à dix toises
seulement , pour tomber dans le fossé de la
Place , & remplir l'objet de la Mine.
Voilà , Monfieur , un sujet propre à exercer
vos réflexions , & à fortifier les connoissances
que vous avez sur les effets de la poudre.
Si vous venez passer une partie de
l'hyver avec nous , comme vous me l'avez
vous trouverez encore sur les
fait esperer ,
Lieux , des vestiges de cette operation
.
M. de Belidor a commencé quelques jours
après votre départ , ses épreuves sur le canon
tiré à ricochet ; il nous promet une belle
Théorie sur ce sujet , dont il m'a déja communiqué
des idées générales ; ces épreuves
étoient fort nécessaires , parce qu'on n'en
avoit point encore fait sur ce sujet , qui avoit
besoin d'être débrouillé . Je vous embrasse
&c.
Ala Fere , le 2. Octobre 1739 .
EP ITR E.
A Mlle de la C ***
C'Est Est en vain , aimable Uranie ,
Que vous me dispensez de vous faire ma cour ;
Vous, dont les bienfaits chaque jour
Rendent mon sort digne d'envie.
Vous
NOVEMBRE.. 1739. 2577
Yous , pour qui j'offrirois juſqu'à ma propre vie ,
Si vous exigiez ce retour.
Il est vrai que le Ciel , au sein de l'indigence
M'a fait naître dans sa rigueur ;
Mais ce ne fut jamais la brillante naissance ,
Qui décida de notre coeur,
Je rends à tout Mortel ce que je dois lui rendre,
J'admire la vertu , je sçais la respecter.
Mais jamais je ne pus descendre
Jusqu'à feindre , jusqu'à flater.
Un coeur vraiment libre & sincere ,
Et que n'éblouit point une fausse splendeur ;
Dédaigne d'encenser , d'une main mercenaire ,
Un Crésus enyvré de sa propre grandeur.
On ne me verra point , pour farder l'injustice ,
User , contre mon gré , de mes foibles talens ,
On ne me verra point canoniser le vice ,
Pour gagner la faveur des Grands.
Je connois trop le Monde & fes fausses pratiques ,
Pour oser m'apuyer sur son fresle secours.
Je connois ses cruels retours >
Ses fausses amitiés , ses douceurs politiques ,
Et je m'en défierai toujours.
En effet, que voit-on dans ce Monde coupable ?
Des Fourbes , des Coeurs faux , des Dupes , des
Flateurs.
Est-il un feul ami sincere & véritable ?
Cij Com
2578 MERCURE DE FRANCE
Comment le distinguer de tant de séducteurs
On ne difcerne plus ni vertu , ni mérite ,
L'Orgueil est élevé , l'Innocence est proscrite ;
L'Amitié n'est plus qu'un vain nom ,
La Bonne-foi n'est plus d'usage ;
Et si l'on veut passer pour sage ,
Il faut tout immoler à son ambition.
Livrés à l'amour propre , ou plongés dans leurs
crimes ,
Tels sont tous les humains , telles sont leurs mą
ximes.
En vain dans leur nombre infecté
Je cherchois la candeur & la simplicité ,
Je n'y trouvai jamais que fraude & qu'artifice ,
Que perfidie & que malice
Sous un voile de probité.
Mais quoi si la Vertu dans le Ciel retirée ,
N'habitant plus la Terre , ainfi qu'au temps de
Rhée ,
Déserte les coeurs criminels ,
Il est du moins quelques Mortels ,
Par qui la Vertu révérée ,
Aime encore à se voir élever des Autels.
Tel est votre Pere , Uranie ,
Dont le coeur tendré & généreux
Me rendit autrefois la vie ,
En çalmant les rigueurs de mon sort malheureux .
Tel
NOVEMBRE. 1739. 2579.
Tel est votre Frere , que j'aime
Plus pour lui , que pour ses bienfaits.
Telle enfin vous êtes vous -même ,
Vous , que je n'oublierai jamais.
Ce n'est que sous vos toîts paisibles
Que j'ai trouvé l'Homme de bien ,
Que j'ai trouvé des coeurs à l'amitié sensibles ,
Des coeurs dignes de Rome , & faits comine le
mien.
O ! fi le Ciel plus favorable
Faisoit lever sur moi des jours moins ténébreux ,
Que je m'estimerois heureux !
Que mon fort feroit defirable !
Si je pouvois goûter dans un repos secret
Le plaifir à jamais durable
De fentir
pour tous trois l'amour le plus parfait !
Par M. Picquet.
C iij
LET
2580 MERCURE DE FRANCE
884
LETTRE de M. l'Abbé le Couturier ;
au R. P. Caftel , de la Compagnie de Jefus
Au fujet d'un fentiment de M. de St Evremond
, fur la caufe de la douleur. OEuvres
mêlées , T. 4. p. 147.
I
Ermettez - moi , mon Réverend Perc
de vous demander quelque éclairciffement
sur un sentiment d'un de ces illuftres
Morts, avec lesquels je m'entretiens souvent
dans ma solitude littéraire. M. de St Evremond
eft un de ceux avec lesquels j'ai le
plus souvent de ces conversations muettes
qui inftruifent et qui charment également ,
et qui , privées peut-être d'une partie des
avantages que l'on attribue aux entretiens
entre les vivans, n'ont pas au moins les désagrémens
qui ne rendent quelquefois ceux - ci
rien moins qu'amusans. Soit goût , soit prévention,
soit un certain raport des maximes.
de M. de St E. avec mes dispositions présentes
, je trouve en lui mon conseil , mon censeur
, mon ami. En faut-il davantage pour
m'engager à passer avec lui bien des momens,
dérobés à l'oisiveté ou à des soins frivoles ?
Il arrive cependant quelquefois , que nous
nous trouvons de differens fentimens , mais
cette diversité n'altere en rien l'union de notre
NOVEMBRE. 1739. 2531
portre
commerce . Vous connoissez
assés M. de
St Ev. Mon R. P. il a beaucoup d'agrément
dans la narration, de délicatesse dans les
traits , de profondeur
dans les réflexions , de
justesse dans la critique , de finesse dans les
loüanges , de noblesse et de varieté dans les
expressions
, même les plus communes
, un
tour ingénieux , une diction pure , une
agréable liberté , des négligences
heureuses
caractérisent
un homme qui écrivoit en
homme libre et en homme d'esprit . Son stile
cependant
quelquefois
un peu trop exact ,
trop semé d'antithêfes
, lui a fait reprocher
un défaut bien commun aujourd'ui , qui se
trouve réparé dans M. de St Ev . par des
beautés réelles . Il métaphysique
aussi quelquefois
trop , et voulant parler au coeur , il paroît
rechercher avec trop de soin le langage
de l'esprit, c'est sur un point, où je crois qu'il
tombe dans ce défaut , que je vous prie de
m'éclairer et de m'instruire . Jugez- nous et comptez sur ma docilité . M. de S. E.
voulant consoler une Personne sur la mort
de son ami , employe.pour
calmer ou suspendre
sa douleur , des réflexions qui pourroient
être plus consolantes
, si le sentiment
intérieur les admettoit avec moins de répula
perte
gnance. Il ne disconvient
pas que
de ce qui nous a procuré du plaisir , ne
soit pour nous une occasion de douleur
C iiij l'ex-
>
2582 MERCURE DE FRANCE
l'expérience de tout le genre humain , dit- il ,
combattroit une opinion si bizarre , il auroit
contre lui les larmes de toutes les Veuves ,
les cris de tous les Orphelins , le deuil de
tous les Parens , la voix de tous les Affligés.
La plus grande partie , du monde , ajoute - t'il ,
croit que la privation d'un grand bien est
un grand mal, la plus saine ne le croit
Qu'il me permette de me séparer en ce
point de la plus saine , pour être de la plus
grande , et de dire avec le Tibulle du dernier
fiecle :
pas.
J'apelle à mon secours , Raison , Philosophie ;
Je n'en reçois , hélas ! aucun soulagement ;
A leurs belles raisons insensé qui se fie :
Elles ne peuvent rien contre le sentiment.
J'entends que la raison me dit , que vainement
Je m'afflige d'un mal qui n'a point de remede ;
Mais je verse des pleurs dans ce même moment ,
Et sens qu'à ma douleur il vaut mieux que je cede.
Voici comment M. de S. E. apuye son
paradoxe. » N'est il pas vrai qu'entre la
»jouissance et la privation il n'y a point de
milieu , et qu'entre le plaisir et la douleur
» il y en a un , qui est l'indolence ? Que
» conclut - il de- là : le voici : pourquoi donc
veut- on que nous tombions du plaisir dans
"
?
12
NOVEM BR E. 1739. 2583
» la douleur , comme nous tombons de la
» joüissance dans la privation » ? Le Pourquoi
est difficile à trouver, quand l'expérience est
contraire je crois que l'on peut et que l'on
doit raisonner ici , comme l'on fait avec
succès dans la Physique moderne : voilà
l'expérience ; remontons à la cause .
gner
:
Dans la privation d'un ami , dans l'absence
d'un bien qui nous fatoit , dans l'éloignement
d'un plaisir , de quelqu'espece qu'il
soit , ne sentons - nous pas en nous un resserrement
de coeur qu'excite et anime le
souvenir de ce que nous avons perdu , un
je ne sçai quoi qui nous trouble ? J'en apelle
à l'expérience. Qu'il se trouve des ames
fortes doüées d'une vertu assés stoïque pour
ne sentir ( je ne le crois pas ) pour ne témoidu
moins aucune foiblesse dans ces
douloureuses occasions , je me contenterai
de les admirer , sans leur envier une force
d'esprit que j'ai peine à comprendre ; mais
quelle est la cause de ce vif sentiment qui
nous pique , qui nous inquiette et qui nous
tourmente ? est - ce la privation de ce qui
nous flatoit ? la privation n'est rien en ellemême
une cause négative est incapable de
produire un effet si positif. Si la privation
étoit la cause de la douleur , la douleur de
vroit être éternelle . M. de S. E. l'a remarqué
, et je l'avoue avec lui . La recherche-
Cv . rons2584
MERCURE DE FRANCE
>
rons- nous cette cause dans l'opinion ? la
douleur est - elle donc quelque chose de vague
, d'incertain , d'arbitraire comme l'opinion
? Quand Ciceron dit que l'opinion est
la source de notre affliction , il parle en
Orateur ; la source ou l'occasion n'est point
la cause immédiate. Tusc. ques . L'opinion
( passez-moi ce terme de l'Ecole ) l'opinion
ne produit qu'une certitude morale , et le
sentiment que donne la douleur , n'est- il
pas souvent trop certain , et pourroit- on
bien le révoquer en doute ? il est peu de
Pirrhoniens sur cet article . Il est difficile
d'exprimer ce que c'est , dira- t'on , et on le
comprend par ce que ce n'est pas. Oüi : mais.
la difficulté d'exprimer clairement les mouvemens
et les affections de notre ame ne
diminua jamais la certitude de leur existence.
Quand le respect que j'ai pour M. de S. E.
me feroit adopter la nouvelle définition qu'il
donne de l'opinion , quand je dirois avec lui
que ce n'est pas , comme on l'a défini jusqu'à
présent , unjugement indéterminé , que
c'est un mauvais choix de notre jugement ;
pourrois-je la regarder comme la cause de la
douleur est ce un mauvais choix de mon
jugement qui me fait soupirer après un bien.
qui me manque je le regardois comme un
objet dans lequel je trouvois une sorte de
félicité ; que cet objet ne soit pas un bien
pour
NOVEMBRE. 1739 2585
pour d'autres, qui ne l'envisageoient pas avec
les mêmes yeux que moi ; qu'il ne mérite
pas ce nom consideré absolument , il avoit
des charmes pour moi , ç'en est assés ; mon
coeur y étoit attaché , sa privation me jette
dans un état violent , m'inspire des désirs
qui naissent malgré moi- même au fond de
mon ame. Est- ce- là l'effet du mauvais choix
de mon jugement ? non , puisqu'il me porte à
souhaiter mon bonheur : Encore une fois , ne
considérons pas ici le bonheur pris en général
; le plus grand bien en soi n'excite pas toujours
la volonté.
J'accorderai volontiers à M. de S. E. que
nos faux jugemens sont la cause , ou pour
mieux dire , l'occasion de la douleur que
nous ressentons : Dépouillé de tous les jugemens
erronés que le préjugé fait naître ,
que l'ignorance entretient , que la paffion
fomente , combien l'homme ne s'épargneroit-
il pas de chagrins et de peines ? nous
jugeons mal dans l'évaluation du bien et du
mal , nous jugeons mal de ce qui est nécessaire
à notre bonheur , nous jugeons mal du
présent et de l'avenir, enfin , parce que nous
jugeons des choses suivant nos dispositions
présentes , parce que nous ne les envisageons
qu'à travers le voile que notre ignorance ou
notre sensualité nous mettent devant les
yeux , nous en jugeons ordinairement mal ,
C vj
et
2586 MERCURE DE FRANCE
et nous nous procurons à nous- mêmes bien
des chagrins qui s'évanouiroient bientôt , si
les choses étoient réduites à leur juste valeur.
Que le mauvais choix de mon jugement ait
été l'occasion du plaisir que j'ai goûté , qu'il
le soit de la peine qui m'accable , je le veux ;
il n'est pas pour cela la cause immédiate de
la douleur que je ressens.
Voilà ce qui n'est pas la cause de la douleur
, voyons ce qui l'est : permettez -moi
de hazarder ici quelques réflexions, et de proceder
par ordre géométrique . Ce sentiment
vifet piquant dont notre ame est la victime et
la proye , apartient à la volonté , sans contredit.
C'est l'esprit , c'est l'entendement qui
propose un bien comme désirable , comme
aimable ; c'est la volonté qui aime , qui désire,
qui regrette , qui se passionne . Or cette
volonté , par où est - elle déterminée ? par
l'inquiétude qu'elle ressent de l'éloignement
d'un bien dont elle jouissoit ; inquiétude
d'où naît toujours le désir : Voilà , ce me
semble, le mobile principal, le ressort le plus
caché , mais le plus efficace , des mouvemens
les plus forts , des affections les plus
secrettes d'une ame toûjours flottante et incertaine
, qui vole sans cesse après le contentement
, qui le méconnoît souvent où il est ,
et plus souvent le cherche où il n'est pas.
Au milieu de la joye la plus vive et la plus
sensible ,
NOVEMBRE. 1739 2587
sensible , c'est le désir de continuer ce plaisir
, et la crainte d'en être privé , qui en soutiennent
l'action , qui augmentent et irritent
ce vif sentiment qui nous ravit et qui nous
transporte. Si quelqu'autre pensée , disons
mieux , si quelqu'autre inquiétude vient
troubler nos idées , quelqu'agréables et quelque
flateuses qu'elles soient , le présent
n'est plus compté pour rien , sa jouissance
n'a plus de charmes pour nous , l'ennui succede
bientôt , et le plaisir cesse d'être plaisir.
Une vive inquiétude allume- t'elle en nous
des désirs ardens d'un bien que nous jugeons
propre à nous donner du contentement ?
voilà l'espérance. La pensée d'un mal qui
peut nous arriver rend-elle notre ame inquiette
? voilà la crainte. Une injure reçûë
ou quelqu'autre motif excite - t'il dans l'ame
le trouble et le désordre ? voilà la colere .'
Sommes-nous agités par la considération
d'un bien que nous désirons , et le chagrin.
de le voir possedé par un autre ? voilà l'envie .
L'idée d'un bien que nous ne pouvons obtenir
nous trouble-t'elle voilà le désespoir.
Enfin le regret d'un bien qui nous est enlevé
et dont nous aurions pû joüir plus longtemps
, ou l'inquiétude qui naît de cette
privation excite -t'elle en nous des désirs ?
voilà la tristesse et la douleur..
La source de la douleur,comme des autres:
passions
2588 MERCURE DE FRANCE
passions , est donc cette inquiétude secrette
de l'ame , qui ne trouve pas dans l'état
présent la satisfaction et le contentement
dont elle est capable , et qui fait des efforts
pour se porter vers le bien qu'elle juge propre
à lui ce contentement , procurer
et dont
la jouissance passée irrite ses désirs.
Si je ne craignois de m'égarer et d'abuser
de votre patience , M. R. P. je tâcherois de
découvrir dans l'amour que nous nous portons
à nous - mêmes , la source primitive et
la plus ordinaire des mouvemens , même les
plus reglés qui se succedent les uns aux au
tres dans le coeur de l'homme , c'est , ce me
semble partout le même principe , voilé sous
differens artifices , orné de differens noms .
Chose étrange ! Le même principe qui
produit la douleur, est aussi ce qui la suspend
et qui la calme. L'inquiétude la fait naître ,
une autre inquiétude la fait mourir. Quelle
difference entre ces ames tristement opiniâtres
, qui font serment de fidelité à leur douleur
, et qui contractent avec elle pour toute
la vie ; d'avec ces esprits forts et courageux ,
si vous le voulez , dont la douleur passagere
s'évapore en soupirs , et s'exhale en vains
éclats ? c'eft que dans les unes , aucune inquiétude
plus forte n'a encore dissipé celle
où les a jetté la privation d'un objet dont la
jouissance les contentoit , et dans les autres ,
une
NOVEMBRE. 1739 2589
une inquiétude plus vive et plus impérieuse
a prévalu , a suspendu leurs douleurs , a tari
la source de leurs larmes. La fidele Artémise
arrose vingt ans de ses pleurs continuels
le tombeau d'un époux constam
ment chéri : L'inconsolable Didon ne peut
survivre à l'absence d'un Héros , maître de
son coeur. La généreuse Bérénice sacrifie les
charmes de l'Amour à l'héroïque plaisir de
voir briller la Couronne sur la tête de son
Amant L'insensible Arsinoë( fille de Nicocréon
, Roy de Cypre , voit d'un oeil indif
ferent la pompe funebre du jeune Arcéo
phon, qu'un amour désesperé a fait descendre
au tombeau. Exemples mémorables, que nòus
honorons des noms glorieux de tendresse ou
de fermeté , mais qui ne sont que des effets
differens d'une inquiétude plus ou moins
violente , seul mobile de tous les mouve
mens , j'ajoûte de toutes les passions de
Pame.
Peut- être mes réflexions m'auront- elles.
conduit trop loin , M. R. P. peut-être même
suis-je tombé dans le défaut que je reproche
à M. de S. E. la crainte cependant de hazarder
des idées trop métaphysiques sur un sujet
où le coeur paroît principalement interessé ,
m'a fait suprimer bien des réflexions abstraites
, dont j'avoue même avec quelqu'espece
de complaisance , avoir puisé les prin
cipe
590 MERCURE DE FRANCE
cipes dans un Auteur Anglois , qui n'aura
pas sans doute mérité votre aprobation générale
, persuadé que le langage toûjours
intelligible du coeur n'adopte guére les notions
seches et rebutantes de l'entendement.
Il me semble que le mien est assés d'accord
avec ce que j'écris. Au reste je vous prie de
vous ressouvenir que c'est un éclaircissement
que je vous demande , de me l'accorder
avec la complaisance dont vous m'avez
honoré plusieurs fois , et que mérite en quelque
sorte la docilité avec laquelle je le recevrai.
Je suis , & c.
A Paris ce 29. Août 1739 .
PER la Partenza da Parigi per Avignone
dell' Illustrissimo , e Reverendissimo Monsignor
LERCARI Vicelegato di detta Città ,
venuto già in Francia per affari , e in tal
congiuntura presentò il sacro dono della Rosa
d'oro a Maria Principessa di Pollonia ,
Regina di Francia e di Navarra , a nome
di sua Santità Clemente XII. Pontefice Regnante.
Q
SONET TO .
Uel Signor , che de' Franchi alla Reina
Portò da Roma il sacro aureo bel fiore ,
Dalla
NOVEMBRE . 1739
2593
Dalla senna or sen va dove il Pastore
Del Cristian Gregge esso per se destina.
Quando alle Genti d'Avignon divina
Legge avrà data di quel suo Signore :
Dimmi , o Ciel , che sarà di Lui , che onore
Avrà in terra , e a qual gloria or s'avvicina ?
Ecco che 'l Ciel risponde , e tale arcano
Mi spiega , e dice : Ei ben sarà veduto
Più illustre un di dal Franco , e dal Romano ;
Quand' Ei fia del Governo al fin venuto
>
E di più fatti ancor , sul Vaticano
Andrà per l' Ostro a Lui fin' or dovuto.
Del Sig. Giovan Francesco Nenci .
ECLAIRCISSEMENS Sur le Mont
Valerien , demandés dans le Mercure de
France du mois de Juillet 1739 .
E Mont Valérien , en Latin Mons Va-
>
au haut d'une Montagne , entre Surêne &
Ruel ; il y a plusieurs siècles que des Hermites
se sont retirés dans ce lieu , où ils se
maintinrent sous une Regle très - austere .
Pierre
2592 MERCURE DE FRANCE
Pierre IV. du nom , surnommé d'Orgemont,
91 Evêque de Paris , mort le 16. Juillet
1409. raporte en la quatrième partie de ses
Euvres , que l'an 1400. sous le Regne de
Charles de Valois, septième du nom, Roy de
France, il y avoit un Hermitage au Mont Valerien
, auprès de Surêne , & qu'un Pénitent,
Nommé Anthoine , s'étoit renfermé sur ce
Mont , en une Cellule fort étroite ; cette
Cellule fut abattue du temps des Guerres Civiles
entre les Ducs d'Orleans & de Bourgogne
; & depuis on a bâti l'Hermitage de
S. Sauveur au sommet de cette Montagne .
En cet Hermitage , fut Anachorette , Sour
Guillemette Faussart , native de Paris , & de
la Paroisse de S. Sauveur , laquelle fit bâtir
la Chapelle sous ce titre , avec la grande Cellule
, par les aumônes de Henry Guyot & de
Gilles Martine , sous le Regne de Henry II.
On raporte de cette sainte Fille , qu'après
s'être mise en prieres pendant la nuit , elle
prenoit de l'eau au pied de la Montagne &
la portoit jusqu'au sommet , en si grande
quantité , qu'elle suffisoit aux Maçons pour
tout le jour , ce qui fut regardé comme une
merveille ; elle pratiquoit de grandes austérités
, ne se nourrissant souvent que de pain
& d'eau, & se contentoit presque de la sainte
Communion.
Ayant passé cinq années en jeûnes , en
prieres
NOVEMBRE. 1739. 2593
prieres & en grande pénitence , elle mourut
saintement l'an 1561. sous le Regne de
Charles IX. & fut enterrée à l'entrée de la
Chapelle de l'Hermitage de S. Sauveur ,
qu'elle avoit bâtie . .
Jean Housset , natif du Village de Chaillot
, près les Bons - Hommes , ayant pris l'ha
bit d'Hermite , succeda à Guillemette Faussart
, & fut le troisiéme Anachorette du
Mont Valerien. Il y fut entretenu par les aumônes
de H. Guyot , dont il avoit été Domestique
, & par les secours d'autres personnes
charitables; il a passé 46. ans en cet Hermitage
, où après avoir mené une vie trèsaustere
& très- édifiante, il mourut le 3. Août
1609. & fut inhumé près de Soeur Guillemette
Faussart , en présence du Clergé , de
plusieurs Seigneurs , & d'une multitude de
peuple , le 5. du même mois.
Séraphin de la Noüe , Parisien , quatrième
Anachorette de cet Hermitage , en fut mis en
possession par l'Abbé de S. Denis , & par
Henry de Gondy, Cardinal de Rets , Evêque
de Paris , le 8. Août 1609. Il avoit reçû l'ha→
bit d'Hermite à pareil jour, un an auparavant,
par les mains du Pere Ange Masscus , Anachorette
Florentin , en l'Hermitage du Mont
S. Ange , de l'Evêché de Viterbe ; cet Anachorette
du Mont Valerien fut entretenu par
les aumônes de la Reine Marguerite de Valois
2594 MERCURE DE FRANCE
lois , premiere Epouse d'Henry IV. & la derniere
Princesse de la Maison de Valois.
Il s'est établi en ce Lieu en 1634 une Con.
grégation sous le nom de Prêtres du Calvaire.
Le Roy Louis XIII . engagea un saint
Prêtre , apellé M. Charpentier , à venir faire
cet Etablissement.
Les premieres Lettres Patentes , portant
Reglement pour l'Etablissement d'une Congrégation
sur le Mont Valerien , proche le
Village de Surêne , furent expédiées au mois
d'Août 1633. & elles ont été confirmées par
autres Lettres Patentes de Louis XIV.données
à Paris au mois de Juin 1650. Registrées au
Parlement le 13. Décembre de la même année.
Cette Communauté a fondé une Eglise
avec une maison voisine , propre pour le logement
des Prêtres & de plusieurs Personnes
de pieté , qui y vont faire des Retraites édi
fiantes.
Comme cette Montagne est fort roide , on
y a pratiqué des marches en plusieurs endroits
, pour en faciliter l'accès & parvenir
aux differentes Terrasses qui regnent jusques
au sommet de la Montagne . On a bâti sur
les differens degrés de ces Terrasses plusieurs
petites Chapelles , où l'on a représenté quelques
Sujets de la Passion de Notre Seigneur :
l'Eglise & le bâtiment des Prêtres sont sur le
sommet;le point de vûë, y est charmant à cause
de
NOVEMBRE . 1739. 2595
de l'extrême élevation du Lieu & des Paysages
qui l'environnent ; la Montagne est cou
verte de Vignes , qui produisent d'assés
bons vins.
La vénération de ce Lieu avoit introduit
une espece de Pelerinage , que l'on y faisoit
la nuit du Jeudi au Vendredi Saint , en portant
des Croix d'une excessive grosseur ; mais
l'indécence & les abus , engagerent feu M.
le Cardinal de Noailles à suprimer cette dévotion
.
Ce Lieu est de la Paroisse de Ruel , près
de Nanterre , quoique plus près de Surêne,
Il y a une Plâtriere abondante .
Boterays , en son Poëme intitulé , Lutetia,
loue & honore fort cet Hermitage . Je raporterai
ici quelques- uns de ses Vers en faveur
de la Personne de pieté & de Lettres ,
qui demande des éclaircissemens au sujet du
Mont Valerien .
Imminet Ætherio propè vertice Valerius Mons
Inclusi spelunca senis qui limen Eremi
Sex propè ab hinc lustris non exiit , ille vetusto
Egypti Patres , Syriaque horrentis adequat
Qualis erat nigro qui pastus ab alite Paulus ,
Hirsutaque bujus tunica , qui Antonius hares
Fortunate senex , qui summa rupe jacentes
Despicis urbis opes , & vere despicis , urbs est
?
Magna
596 MERCURE DE FRANCE
Magna tibi , Mons exiguus , Provincia ingens
Scruptaque in horrenti defossa ergastula Saxo, ¿c.
J. B. D. D. X.
TRAIT D'HISTOIRE.
Philopoemen , Tourne - broche.
P Hilopoemen fut un des Capitaines
Des plus vantés dans la fameuse Athenes ,
Non pas de ces Héros descendus d'Amadis ,
Tous faits à peindre , & beaux comme Adonis ;
Fort laid, ventru , petit , il se mit en voyage
Prit les devans , Plutarque ainsi le dit ,
Derriere lui laissa son Equipage ;
A l'Auberge , sans train , assés las se rendit ,
Mouillé peut- être ou convert de poussiere ;
En Voyageur à pied modestement vétu
D'Etoffe simple assés grossiere ;
Pour toute pompe , il avoit sa vertu ;
On préparoit grand régal , bonne chere ,
Hôte , Servantes & Valets ,
S'empressoient plus qu'à l'ordinaire ,
Pourqui , dit-il , tous ces aprêts ?
>
C'est pour Philopoemen, repart l'Hôte en colere ,
Depuis long- temps ici nous l'attendons ;
O
NOVEMBRE. 2597 1739.
Où sont ces Ortolans ? donnez- moi ces Pigeons ,
Il est prêt d'arriver ... oui , je crois qu'il est proche,
Répond Philopoemen ; tournez-moi cette broche ,
Dit l'Hôte , à quelque chose il faut vous employer,
Allons , ami , plus je vous examine
Plus me semblez un habile Ouvrier ;
•
Philopoemen ne se fit pas prier ;
Sa Suite vient , le trouve à la cuisine ;
Vous voyez , leur dit - il , il m'a fallu payer
La peine dûë à ma mauvaise mine.
M. l'Abbé Poney de Neuville,
အ က
DISSERTATION de M. de Villebrun,
Curé de sainte-Anne , à Montpellier , sur
l'Auteur de l'Exposition des Pseaumes attribuée
à Gaultier , Evêque de Maguelonne ,
trouvée dans un Manuscrit de la Bibliothe
de M. Colbert , dernier Evêque de que
Montpellier.
V
Oici d'abord le Titre de l'Ouvrage :
Sanctus Galterius Episcopus Magalo
nensis , ex dictis Sanctorum Patrum expositiones
eorum ante se tenens , hanc expositionem
eleganter composuit.
La Préface commence ainsi : Sunt superscriptionum
omnium tituli diversi , nam præter
eos
2598 MERCURE DE FRANCE
eos qui Auctorum suorum nominibus , aut cansarum
aut temporum significationibus pranotantur
, sunt alii quibus titulus , in finem, est ,
c. Elle contient neuf colonnes , & finit
par ces mots : Sed ideò hoc facit , quia ordinem
vult exsequi , quo primus homo peccavit ,
ut secundum hominem ostendat a primo penitus
esse dissimilem. C'est la fin de l'Avant - propos
du premier Pseaume , qui termine la
Préface.
L'Explication du premier Pseaume commence
ainsi : Beatus vir qui non abiit in consilio
impiorum. De Domino nostro Jesu Christo
accipiendum est , qui non abiit in consilio impiorum
, sicut homo terrenus , qui uxori consensit
decepta à serpente , ut Dei præcepta contemneret.
Et in via peccatorum non stetit . Venit
quidem in via peccatorum nascendo sicut peccatores
, sed non stetit quia illecebra secularis
eum non tenuit. Et in cathedra pestilentia non
sedit. Noluit enim regnum terrenum cum superbia
, &c. Ce qui suit jusqu'au second
Verset , est beaucoup plus long.
Il y a à la tête de chaque Pseaume l'explication
du Titre,
La premiere Partie finit par l'explication
du Pseaume 77. dont voici les dernieres paroles
: Hic est fructus populi Dei , attendentis
Legem Dei & inclinantis aurem suam in verba
oris ejus, ut dirigat in eo cor suum, & fit cum illo
eruNOVEMBRE
. 1739 2599
>
eruditus fpiritus ejus ; ne imitetur generationem
pravam & amaricantem , fed iis omnibus fibi
annuntiatis , non folùm ad præfentem vitam
verum etiam ad aternam ; nec tantum ad recipienda
bonorum operum pramia , fed etiam ad
ipfa bona opera facienda ponat in Deo fpem
fuam.
La feconde partie qui commence au Pseaume
78. a ce titre . Incipit fecunda pars Psalterii
Sancti Galterii Magalonensis Episcopi ,
ex dictis Sanctorum Catholicorum Patrum.
Intentio eft invitare nos ad paffionem . Ces
dernieres paroles regardent fans doute le
Pseaume 78. L'explication du titre de ce
Pseaume commence ainfi . Titulushujus Psalmi
, Psalmus Asaph. Interpretatur autem
Asaph, Congregatio , qua Santa Ecclesia
( hac eft materia ) intelligitur , quæ ex diversis
Mundi partibus congregatur , &c. L'explication
du Pseaume commence ainfi . Deus venerunt
gentes , nec mirùm quòd Deo ifta dicuntur
, quo revelante à Propheta præsciuntur ;
amat enim cum Deo loqui pietatis affectu
qua
novit Deus. Solent autem in oratione dici
Deo ea que ipse vindicat , & adjungi petitio
utjam misereatur & parcat. Quia verò fpecie
prafentis proferat , eos in fe qui tunc futuri
effent quando ifta veniebant , transfigurat . Sic
ergo intelligendum eft ; Deus venerunt gentes
in hereditatem tuam , ut veniffe gentes accipia-
D mus
2600 MERCURE DE FRANCE
mus in Ecclefiam non credendo , fed perfe
quendo , id eft eam invafiffe , voluntate delendi
atque omninòperdendi,polluerunt Templumfanc
tum tuum. De hoc itaque Templo Paulus dicit :
Templum Deifanctum eft quod eftis vos. Hoc
itaque Templum perfecutores in his polluunt ,
quos ad negandum Chriftum tenendo , vel excruciando
coëgerunt , &c .
Voici la fin de l'explication du Pfeaume
1jo. & de tout l'Ouvrage. Vos eftis Tuba ,
Pfalterium , Cithara , Tympanum , Chorus ,
Chorda , & Organum & Cymbala jubilationis
benefonantia , quia confonantia vos eftis hæc
omnia. Nihil hic vile , nihil hic tranfitorium ,
nibil lubricum cogitetur , & quia fecundùm
-carnem vivere mors eft , omnis fpiritus laude
Dominum.
Ce Manufcrit n'eft pas l'autographe , c'eſt
une copie ce qui paroît par beaucoup de
fautes du Copifte , qui ont été très- exactement
corrigées , par beaucoup d'omiffions
que l'on a ajoûtées par renvoi à la marge ,
ou bien au haut ou au bas de la colonne.
Il y a même quelquefois des variantes ; le
Copifte n'ayant pas pû bien fixer la leçon
a mis à la marge , vel ou aliter. Le Manufcrit
eft très bien confervé , très -lifible , fans
aucune lacune.
L'Ouvrage mérite d'être imprimé ; car
quoique ce Commentaire ne foit pas pour
l'intelNOVEMBRE.
1739. 2601
fintelligence de la lettre des Pfeaumes , il
eft rempli de beaucoup de morale , comme
les morales de S. Gregoire , fans pourtant
faire aucune comparaifon avec l'Ouvrage de
ce grand Pape. Et quoique ce ne soit presque
qu'une compilation des Paffages des
Peres , cependant le choix des Paffages eft
pour l'ordinaire fort bon , & c'eſt un trèspour
bon ramas de la Tradition fur la Morale &
même fur le Dogme.
On demande quel eft le véritable Auteur
de cet Ouvrage.
Les fçavans Auteurs de l'Hiftoire du Languedoc
remarquent avec raifon que l'Ouvrage
fur les Pfeaumes publié par Gautier ,
Evêque de Maguelonne , n'eft pas de cet
Evêque , mais de Lietbert , Abbé de S. Ruf
d'Avignon.
L'Ouvrage trouvé dans la Bibiotheque de
feu M. l'Evêque de Montpellier , eft different
de celui de Lietbert , & eft véritablement
de Gautier , en voici les preuves.
1º. Le titre eſt entierement different ; l'un
eft une expofition : Expofitionem compofuit.
L'autre eft une collection de fleurs ou d'extraits.
(a) Prima pars florum fuper Pfalmos
àfanita memoria L. olim Canonico Infulenfi ,
(a) Elench . Cod. MSS . Belgii à Sandero inter
MSS. S. Martini Tornac. Afteric . 2. lit. B. p. 57.
Dij post2602
MERCURE DE FRANCE
poftmodum Sancti Rufi Abbate , è diverfis ex
pofitoribus exceptorum. (b) Letbertus , &c.
Flores Pfalmorum ab ipfo quidem collecti. (c )
De floribus Pfalmorum quos à fanita memoria
Lietberto.., audierat excerptos , & in unum
collectos ... de diverfis expofitoribus. L'un eft
compofé par Gautier , compofuit. L'autre
n'eft que publié & loué par le même Gautier.
(d) publicati per Walterum Magalonenfem
Epifcopum. (e) Eft in principio hujus pariis
Epiftola Galteri... in qua de laude hujus operis
fanctitate Autoris agit.
2º. L'Ouvrage de Lietbert eft un ramas
de Paffages , fans doute détachés & nullement
liés les uns avec les autres. L'Ouvrage
de Gautier eft un Commentaire & une explication
fuivie , comme il eſt évident à la
feule infpection,
Il eft vrai que dans l'Ouvrage de Gautier
il y a un grand nombre de Paffages des
Saints Peres tout au long ; par exemple , un
de S. Auguftin fur ces paroles du Pfeaume 7 .
Confumetur nequitia peccatorum , qui commence
par ces mots , videtur confummata
nequitia : Gautier dit dans fa Lettre , que
Lietbert connoiffoit l'expofition de S. Au-
(b ) Ibid, inter MSS . Abb. Dat . p. 154,
(c) Ep. Galt. ad Rob. Inful.
(d) Elench. ibid.
(e) Ibid.
guftin
NOVEMBRE. 1739. 2603
guftin fur les Pfeaumes , d'où ce Paſſage eſt
tiré. Il y a un long Paffage du Livre du
Sermon fur la Montagne , qui tient au
moins deux colonnes. Ce que dit S. Ambroife
fur Principes perfecuti funt me , y eft ,
mais en abrege. On remarque en bien des
endroits le ſtyle de S. Gregoire, Pape , qu'on
ne fçauroit méconnoître. Il y a d'autres
Paffages des Peres , fort abregés , d'autres
fois feulement quelqu'une de leurs Sentences
remarquables & fort connues. Mais tous
ces Paflages font incorporés dans l'Ouvrage ,
fans être cités , pas mênie le nom du Pere
d'où ils font tirés , ce qui n'a point du tout
l'air d'une collection , tel qu'étoit l'Ouvrage
de Lierbert.
Il faut pourtant avouer , que fi l'Ouvrage
de Gautier eft different de celui de Lietbert
comme on n'en fçauroit douter , néanmoins
Gautier s'eft fervi de l'Ouvrage de Lierbert ,
pour compofer le fien . S. Gautier , eſt- il dit
dans le titre , composa cette expofition , en
tenant entre ses mains ou devant soi les
expofitions des Peres , expofitiones eorum ante
fe tenens ; il les avoit devant soi , il les tenoit.
Quelle aparence qu'il eût devant soi
un grand nombre de Volumes ? il eft plus
naturel de penser qu'il tenoit entre ses mains
un recueil de Paffages & de Paffages apliqués
& affortis aux endroits des Pseaumes
D iij qu'il
2604 MERCURE DE FRANCE
qu'il vouloit expliquer ; & ce Recueil n'eft
autre sans doute que l'Ouvrage de Lietbert.
On peut remarquer le mot d'Expofitiones ,
employé dans le titre de l'Ouvrage de Gautier
, qui a raport , à ce qui eft dit de celui
de Lietbert , Florum... è diverfis expofitoribus
excerptorum. Pour en mieux juger , il faudroit
avoir sous les yeux les deux Ouvrages
, & les comparer ensemble ; on verroit
selon toutes les aparences , que Gautier a
beaucoup abregé plufieurs Paffages qui se
trouvent plus au long dans Lietbert ; qu'il
y a même certains endroits qui paroiffent
n'être d'aucun Pere , & qui ont tout l'air
d'être les propres paroles de l'Auteur du
Commentaire. Ces explications de Gautier
semblent être des Conferences à ses Chanoines
& à ses Clercs , & ont quelquefois
l'air de Sermons. Sur le Pseme 143. V. 7.
Audite , Fratres , inter quos sumus , à quibus
eripi defideremus. Hodie , fi non ad hæc divini
verbi spectacula congregati effetis , ut eis hâc
horâ , permixti viveretis , quantas vanitates
audieritis ( F. audiretis , ) à moins que cela
ne fût tiré de quelque Sermon d'un Pere ;
en effet ces paroles ont tout l'air d'être de
S. Auguftin.
On pourroit objecter , que l'Auteur du
Commentaire parle en plufieurs endroits à
des Religieux , & que cela ne peut convenir
NOVEMBRE . 1739. 2605
nir qu'à Lierbert qui étoit Abbé . Sur le
Pseaume 18. Non leve eft hoc vitium , Fratres
mei , & c... Sur le Pseaume 40. v. 7. Tales
multi inveniuntur inter focietatem Fratrum
qui,fpiritualia relinquentes, torpentes otio & c...
Cuftodiamus , Fratres , introitum noftrum
maneamus intus , &c ... Jam notatur vagatio
oculorum & curiofitas , quod vitium vehementer
folet nocere converfis... Hac triafunt ftudia
otioforum in clauftro , vagantia oculorum
fuperfluitas verborum , perverfitas cogitationum
: hac triavitia ejiciunt fratrem de clauftro ,
Et sur le v . 11. du même Pseaume . Nolite
aftimare , fratres , ut illi qui ad converfionem
veniunt , & habitum fancta religionis affumunt,
omnes fint fancti , omnes fint religofi... Itafi
nos aliquos habemus fimulatores , qui fedeant
ad menfam noftram , qui conjuncti fint nobis
in ofculo pacis , aquanimiter exemplo Domini
noftri tolerandi funt .
Sur le Pseaume 45. v. 11. Ad hoc jam
reliquimus impedimenta mundi , & curas faculi
; atque ad Monafterii acceffimusfecretum ,
ut liberius vacare poffimus Deo. Sur le Pseaume
54. v. 18. Itaque , fratres , quos in ipfa
congregatione parietum videtis turbulentos ,
elatos , perversos , ipsa eft palea Dominica ar
sa , ( ce Paffage paroît être tiré de S. Auguftin.
) Sur le Pseaume 60. v. 9. Pfallentem
Deo vox concordare debet cum corde , & c...
Dilj Talem
2606 MERCURE DE FRANCE
Talem laudem , talia vota ftudeamus Doming
Deo noftro folvere , &c.
A tout cela la réponse eft , que Gautier
étant à la tête des Chanoines Réguliers de
Maguelonne , qui , sous Godefroy , son Prédéceffeur
, avoient embraffé la Regle de
S. Auguftin , ainfi que l'avoit projetté Arnaud
; & ces Chanoines étant dans leur
premiere ferveur , toutes ces expreffions
conviennent très bien à Gautier , surtout ce
qui eft dit sur le Pseaume 132. Ecce quàm
bonum , &c. L'Auteur y parle de la vie Monaftique
, & ayant raporté la vie commune
des premiers Fideles de Jérusalem , il ajoûte :
Primi audierunt , ecce quam bonum : fed non
foli audierunt , non enim ufque ad illos tantùm
ifta dilectio & unitas fratrum venit , venit enim
ad pofteros & ad modernos , ut jam dicamus
, ecce ;ficut enim audivimus , fic vidimus
in civitate Domini virtutum.
On voit-là l'étonnement & la joye d'un
homme , qui se félicite de l'exécution des
deffeins de ses Prédéceffeurs : Ecce , voici
enfin l'exécution , la chose eft arrivée comme
nous le souhaitions , ficut audivimus , fic
vidimus ; nous le voyons de nos yeux dans
la Cité de notre Dieu , in civitate Domini
virtutum , dans cette Ville qui , ayant été
désolée pendant tant de siccles , eſt maintenant
la Ville Sainte du Seigneur. Voyez
encore
NOVEMBRE: 1739: 2607
encore ce que nous avons cité ci - deffus sur
le Pseaume 45. Ad hoc jam reliquimus , & c.
Enfin une preuve affés forte , que c'eft plûtôt
un Evêque qui parle , eft cet endroit sur
le Pseaume 124. v. 5. Qua eft hereditas ? Qua
eft Patria noftra ? Quid vocatur ? Pax : per
hanc vos falutamus , hanc vobis annuntiamus .
Voilà , ce semble , le Pax vobis de l'Evêque
, le mot de Salutamus le marque . Il
s'agit seulement de sçavoir si dans ce tempslà
le Pax vobis étoit reftraint aux seuls Evêques.
Il n'y a rien , ni dans les Notes du Pere
Menard , sur le Sacramentaire de S. Grégoire
, ni dans le Cardinal Bona , qui éclaircille
ce point.
On pourroit dire encore qu'à la fin de
l'explication du Pseaume 14. il eft fait mention
de l'Arc de triomphe d'Orange , où eft
gravée la Guerre de Marseille. Aurafie in
Archu triumphali Maffilienfe Bellumfculptum
habetur , ob fignum victoria Cafaris. Cela
convient , dira- t'on , à Lietbert , qui étoit
Abbé à Avignon , près d'Orange . Mais Maguelonne
n'eft point affés éloignée d'Orange
, pour que Gautier n'ait pû avoir connoiffance
de cet Arc de triomphe ; Gautier
étant ami de Lietbert , peut avoir été à Avignon
, & même à Orange ; ou bien Lietbert
peut avoir mis dans son Recueil cette réflexion
tirée de quelque Pere, qui auroit vécû
Dv
em
2608 MERCURE DE FRANCE
en Provence , d'où Gautier l'aura tirée pour
la faire entrer dans son Ouvrage .
L'Ouvrage de Lietbert & celui de Gautier
sont divisés l'un & l'autre en deux parties ,
in duobus corporibus . Il n'en faut pas être surpris
; l'Ouvrage de Gautier a été composé ,
comme on l'a remarqué , sur celui de Lietbert.
Si on avoit sous les yeux l'ouvrage de
Lietbert , on pourroit le comparer avec celui
de Gautier , & voir fi effectivement la
seconde partie commence au Pseaume 78 .
comme celle du Commentaire de Gautier
alors la preuve seroit complette ; surtout
on comparoit les Paffages qui sont dans les
extraits de Lietbert , avec ceux qui sont
dans l'expofition de Gautier.
fi
Une chose assés remarquable dans l'Ouvrage
de Gautier , c'eft que toutes les fois
qu'il y eft parlé de la Péchereffe , elle n'eft
jamais nommée Magdeleine ; on peut voir
ce qui eft dit sur le Pseaume 16. v. 7. sur le
Pseaume 76.v.15 .& sur le Pseaume 101.v.10 .
On a dû auffi remarquer , que dans le titre
Gautier eft apellé Saint , Sanctus Galterius
, Sancti Galterii.
Dans ce Manuscrit , il s'eft trouvé une
feuille volante , qui par les veftiges de la
place du cachet , & par les coups de canif ,
qui se trouvent au trois plis de la feuille
paroît être la Lettre d'un Benedictin. , 11-y a
tout
>
NOVEMBRE . 1739. 2609
tout lieu de croire , que quelqu'un avoit demandé
à ce Benedictin quelques éclaircis
mens sur un Manuscrit de l'Abbaye d'Igny ,
qui étoit un Commentaire sur les Pseaumes
, & qu'il vouloit sçavoir fi c'étoit le
même Ouvrage que celui de Gautier. Le
Benedictin répond que ce MS. qui eft de
500. ans , n'eft point divisé en deux parties ;
qu'il n'y eft fait aucune mention de Gautier
; qu'il y a une espece d'argument à la
tête de chaque Pseaume ; que le Prologue
eft de quatre ou cinq colonnes ; que dans
ce Prologue il y a plufieurs lacunes : il transcrit
ensuite ce qu'il a pû tirer de ce Prologue
, où l'on voit que l'Auteur avoit composé
son Commentaire , Tum ex altis ejufdem
Beati Auguftini , tùm ex nobilium glofatis
Magiftrorum Yvonis , Anfelmi , Monogaldi
, atque Serlonis.
Cette Préface eft entièrement differente
de celle de Gautier , & il n'y a pas d'aparence
que ce soit celle de l'Ouvrage de
Lietbert. Gautier dit dans sa Lettre , que
Lietbert s'étoit servi de S. Auguftin , de Cassiodore
, &c. mais il ne nomme point Yves,
ni les autres Auteurs mentionnés ci-deffus.
L'Ouvrage dont il eft parlé dans la Lettre de
ce Benedictin , eft donc entierement different
, & de celui de Lietbert , & de celui de
Gautier
D vj STAN2610
MERCURE DE FRANCE
STANCES
***
A Mlle ***. par M. B** . d Alaitin
Enfin ce jour est arrivé ,
Ce jour pour moi si déplorable ,
Qui vient de m'éloigner de l'Objet adorable ,
Par qui mon coeur eft captivé.
Iris , hélas ! qu'il m'étoit doux
De pofter autrefois vos chaînes !
Si le cruel Amour me causoit quelques peines ,
J'oubliois tout à vos genoux.
Je pouvois alors à loisir
M'enyvrer de votre présence ;
Un regard , un sourire , un peu de complaisance
Combloient mon innocent désir.
Ainfi que d'un maître soigneux
L'oeil plaît à l'esclave fidele ,
Je m'eftimois heureux de pouvoir à vos yeux
Prouver mon amour & mon zele .
Je ne vous servirai pas moins ,
Quoique loin de votre présence ,
J'a
NOVEMBRE. 1739 2618
J'en attefte l'Amour. A votre défiance ,
Faut-il encor d'autres témoins
L'ennui dont je suis tourmenté ,
Mon coeur que je laiffe en ôtage ,
Et qui plus eft , certain de ma fidelité
Le Ciel en rendra témoignage.
*******************
REPONSE de M. Robert le jeune 1
Procureur au Bailliage de Monfort- l'Amaury,
à la Queſtion de Droit proposée
dans le Mercure de Juillet 1739..
O
par
N demande » Si la Donation faite
" un Tuteur à son Mineur , sans être
acceptée , eft valable ; & fi le Mineur ,
» nonobftant le défaut d'acceptation , peut
jouir de l'effet de sa Donation.
و د
La rigueur de la Loy , qui sans exception
des Mineurs , exige pour la validité d'une
Donation , qu'elle soit acceptée du Donataire
, ne va pas , selon moi , jusqu'à rendre
nulle par le défaut d'acceptation , celle qu'un
Tuteur fait en faveur du Mineur qu'il a sous
sa puiffance.
La raison que l'on en peut donner eft que
fi , dans ce cas , la qualité du Donateur , par
raport au Donataire , ne forme pas d'acceptation
4612 MERCURE DE FRANCE
tation , au moins elle en dispense , parce
que l'obmiffion d'une formalité semblable
ne changeant rien à la volonté qui eft
toûjours la même , il seroit d'autant moins
jufte d'y affujettir indispensablement le Donataire
, qui ne peut agir que par celui qui a
deffein d'exercer sa liberalité envers lui ; que
cette obmiffion ne procede uniquement que
du fait du Donateur , dont les héritiers sont
garants & responsables .
Or il semble que dans une circonstance
pareille , il n'y auroit pas de raison qu'ils
puffent s'en prévaloir contre une Donation ,
qu'il eft censé n'avoir faite que pour qu'elle
eût son effet .
C'eft sur ce fondement & parce qu'un
Tuteur , seul preposé pour supléer à l'incapacité
de son Mineur qu'il veur avantager ,
eft dans l'obligation de lui faire créer un Curateur
spécial , à l'effet d'accepter sa Donation
; que je ne fais aucun doute qu'elle ne
soit valable malgré le défaut d'acceptation ,
ainfi qu'il a été jugé par un Arrêt de la Cour
de l'année 1718. raporté par Brodeau , Lettre
D. Chapitre 58 .
4
Ce n'eft pas que de Ferriere sur la Coûtume
de Paris ne panche pour l'opinion
contraire ; mais l'autorité des Arrêts rendus
sur cette Queſtion , me paroît plus forte
que son senti ment.
EPITRE
NOVEMBRE . 1739. 2613
****************
EP ITR E.
Sur les peines inséparables de chaque état ,
& sur les moyens de vivre sans envie , dans
la condition où la Providence nous a fait
naître.
U
N homme né jaloux avec peu de fortune ,
Se plaint souvent des Grands, leur éclat l'importune.
Il croit , en parlant d'eux avec un air chagrin ,
Qu'il se venge par- là de son mauvais destin .
A- t'il quelque talent ? quelqu'ombre de mérite ?
C'est un titre pour lui d'attaquer leur conduite.
A l'entendre parler , ils n'ont nulles vertus ;
L'orgueil , la vanité sont leurs seuls attributs
Et , sans distinguer rien , à la Cour , à la Ville
11 suffit d'être Grand , pour échaufer sa bile.
Mais , qui m'affûrera que cet homme de bien ,
Ce critique zelé qui ne pardonne rien ,
Si son étoile un jour alloit le mettre en place ,
Des Grands tels qu'il les peint ne suivroit point
la trace ?
Non , je ne puis goûter ces rigides Censeurs ;
Ces gens toûjours plaintifs ne sont pas les meilleurs ,
Tout homme de bon sens qui n'eft pas misantrope ,
De sa seule veitu se couvre & s'envelope ,
It
614 MERCURE DE FRANCE
Et lorsque la fortune eft contraire à ses voeux
Sans envier les Grands , il sçait se rendre heureux.
Votre condition vous paroît- elle amere ?
A l'Etat , s'il se peut , rendez vous néceffaire.
Ou bien , fi vous avez des talens eftimés ,
Connoiffez un peu mieux ces Grands que vous
blâmez.
Aprochez -les sans crainte ; offrez votre service ;
Ils seront les premiers à vous rendre juſtice .
Il en eft qui ne sont , ni fiers , ni dédaigneux ,
Le solide mérite a des charmes pour eux ;
Ils sçavent réunir avec la politeffe
La droiture du coeur , l'équité , la sageffe.
Ils sçavent accorder avec la dignité
Un air plein de douceur , un fonds d'humanité.
Il en eft , j'en conviens , qui sont durs , infléxibles ,
Remplis de leur grandeur , impérieux , terribles ,
Et qu'à peine ose- t'on quelquefois regarder.
Mais il en eft auffi que l'on peut aborder ,
Et chés qui la raison eft comme dans son trône.
Tel fut jusqu'à sa mort le vertueux ..... &c.
N'allez pas toutefois , comptant sur leur puiffance
Croire qu'à vos vertus ils doivent récompense,
Quel que soit leur crédit , leur bonne volonté ,
Le pouvoir d'obliger chés eux est limité ;
Eh ! ne suffit-il pas , afin qu'on les révére ,
Qu'ils fassent tout le bien qu'un chacun d'eux peut
faire Après
NOVEMBRE . 1739 . 2619
Après tout , si vers vous la fortune est en tort ,
Pourquoi s'en prendre aux Grands ; ont- ils fait votre
sort ?
Faites mieux ; armez vous d'un génereux courage;
Surmontez par vertu ce sort qui vous outrage ;
De l'éclat des grandeurs pour n'être point jaloux
Voyez combien de gens sont au - dessous de vous ;
Pratiquez les conseils que dicte la Prudence ;
Sur votre revenu reglez votre dépense ,
Et sçachez que , qui vit exempt d'ambition ,
N'est jamais malheureux dans sa condition.
Les grands biens , les honneurs , un rang considé
rable ,
Font trouver le temps court & la vie agréable
Quelquefois , il est vrai, mais il ne l'est pas moins
Que lesGrands ont aussi leurs peines & leurs soins.
Souvent même ces Grands, l'objet de votre envie ,
Goûtent bien moins que vous les douceurs de la vie.
Ce Ministre , ce Duc , dès la pointe du jour ,
Sont- ils pas obligés d'aller faire leur cour ?
Et , suivant leur devoir qui les apelle au Louvre ,
Sujets, quoique puissants , aisément on découvre
Que, malgré leur grandeur dont vous êtes jaloux,
Ils ont dans leur état moins de repos que vous.
Ce grave Magistrat , tour éclatant d'Hermine
Sous cet auguste habit , sans doute , a bonne mine.
Peut être pensez-vous , qu'au gré de ses désirs ,
Sea
2616 MERCURE DE FRANCE
Ses jours toujours serains , coulent dans les plaisirs ?
Ne vous y trompez pas ; ce Magistrat à peine
Goûte un jour de repos dans toute une semaine .
Mettrai -je au rang des Grands un tas de Financiers,
Un nombre réprouvé d'avides Maltôtiers ,
Qui , volant les trois quarts des tributs dûs aux
Princes ,
Font le commun malheur de toutes les Provinces ?
Ces gens n'ont la plûpart ni naissance , ni coeur.
N'importe, ils ont des biens , il faut leur faire honneur
;
Quiconque est riche , est tout dans le Siècle où
nous sommes.
Telle est l'opinion de presque tous les hommes ;
Mais ne présumez pas qu'avec tous leurs trésors ,
Aucun deux soit exempt de crainte & de remords
;
Ils craignent à la Paix la recherche du Prince ,
Pour avoir trop pillé quelque riche Province ,
Et tremblant pour leur or , dont ils font leur seul
Dieu ,
L'enterrent avec soin souvent en plus d'un lieu .
D'ailleurs un Partisan aux Champs comme à la
Ville ,
Sous des plafonds dorés n'est pas toujours tranquille
,
Et malgré lui , souvent un affreux souvenir
Vieng
NOVEMBRE.
1739. 2617
Vient fraper son esprit d'un terrible avenir.
La richesse à tel prix , paroît trop achetée ;
Pour s'en faire un bonheur , il faudroit être Athée a
Et ce seul sentiment est un mortel poison ,
Dont tout homme d'honneur garantit sa raison .
Pour moi , j'ose le dire , & de vrai je le pense ,
Je souffrirois plutôt la plus triste indigence ,
Que d'employer mes soins, ou de former des voeux,
Four m'engraisser du suc de mille malheureux .
Parvenez aux grandeurs par votre seul mérite ,
Je vous estime alors & vous en ' félicite ;
Ou si vous les tenez du droit de votre sang ,
Je les respecte en vous , j'honore votre rang :
Mais n'apréhendez pas que je vous importune,
Voulez-vous prendre soin d'établir ma fortune >
Je n'aurai pourtant pas l'insolente fierté
?
De refuser un bien lorsqu'il m'est présenté ;
Je ferai plus encor , plein de reconnoissance
J'aurai toujours pour vous beaucoup de déférence ?
Je vous regarderai comme mon Protecteur ; .
N'en est- ce point assés ? pour vous en faire hon
neur
Prévenant d'un ami les besoins & la honte ,
J'irai le secourir d'une main toujours prompte ,
Et publîrai par tout que c'est à vos bienfaits
Que je dois le bonheur de remplir mes souhaits .
Avec ces sentimens , si je ne puis vous plaire ,
Sans
2618 MERCURE DE FRANCE
Sans me plaindre de vous , content du nécessaire ,
Feuilletant tour -à- tour la Bruyere & Pascal ,
Je sçaurai me borner jusqu'au terme fatal .
DE VILLEMONT.
A Rouen , ce 9. Septembre 1739.
REFLEXIONS.
O
N se flate si fort dans ses désirs , que
l'esprit vole toujours au- devant de ce
que le coeur souhaite.
L'Homme n'a pas de plus grand obstacle à
ses plaisirs , que le désir violent qui l'agite
sans cesse de les prendre tous ; il n'est point
de maxime qui conduise par un chemin
plus court à un état malheureux , que celle
qui enseigne à ne se refuser aucun plaisir.
On ne peut être heureux dans ce Monde ,
parce qu'on désire toujours .
Habet Africanus millies & tamen optat ,
Fortuna multis dat nimis , nulli satis. Martial.
On est libre en ne désirant rien ; on est
esclave en s'attachant à ce qu'on désire.
Les
NOVEMBRE. 1739 2619
Les désirs nous importunent sans cesse
en même-temps que la crainte des adversités
nous inquiete. Toujours esclaves de nos besoins
ou de nos désirs, nous trouvons partout
vraye misere et faux bonheur,
A mesure que l'homme augmente ses ri
chesses, il augmente aussi ses désirs ; de sorte
qu'avec les plus immenses possessions , il
n'en est souvent pas moins pauvre .
La mesure des désirs est d'ordinaire celle
des inquiétudes & des chagrins. Ils produisent
toujours dans le coeur des hommes une
insatiabilité qui les porte sans cesse à la recherche
de ce qu'ils n'ont pas , sans vouloir
faire reflexion , qu'il n'y a presque point de
difference entre posseder une chose où ne la
point souhaiter,
Le désir extrême de paroître habile , empêche
très - souvent de le devenir.
On ne souhaite jamais si ardemment ce
qu'on souhaite par raison.
Nos désirs flottent toujours dans le doute
& l'incertitude , & presque toujours à la
merci des occasions ; nous voyons continuel2620
MERCURE DE FRANCE
nuellement nos jours s'écouler dans l'inuti
lité de nos désirs .
Plus l'esprit de l'homme est capable de
concevoir la valeur & le mérite d'une chose ,
plus il sent enflâmer le desir de la possession.
Le désir qu'on a de posseder une chose
lui donne un certain prix , qu'elle perd bien
vîte quand on la possede.
Les hommes mécontens de leur état
, portent
d'ordinaire leurs vûës sur les deux extrê
mités . Les uns croyent immanquables ce qu'ils
craignent , & les autres ce qu'ils désirent.
Ceux - ci sont incomparablement moins malheureux
que ceux - là ; ils goûtent par avance
les douceurs de l'avenir qu'ils esperent , &
s'il ne vient point , ils ont toujours ce préci
put , c'est autant de pris sur l'ennemi .
C'est un rafinement & un artifice de l'esprit
flateur , de déclamer contre l'impuden
ce de la flaterie , afin de mettre à couvert de
tout soupçon les éloges exceffifs qu'on donne.
Un Prince est toujours apellé usurpateur
par ceux de qui il a conquis le pays; mais il est
apellé Conquerant par tous ceux qui n'ont
point d'interêt à ses conquêtes.
Un
NOVEMBRE. 1739 2621
#
Un flateur interessé , regarde celui qu'il
louie comme un Moulin , qui ne donne de
la farine qu'autant qu'on lui donne de vent.
Tel croit hair la flaterie , qui ne hait
la maniere de flater.
que
que
'les Il y a presque toujours dans ceux
grandeurs ont élevés
us des autres ,
de certains principes de présomption , de va
nité & d'orgueil , qui autorisent toutes les
flateries , quelques outrées qu'elles paroiffent.
Les Grands du Monde sont toujours leurs
premiers flateurs ; on ne s'aviseroit pas de les
flater , s'ils ne se flatoient jamais eux-mêmes .
Les Grands payent les flateurs de la même
monnoye, car les flateurs dissimuulent les vices
des Grands,& les Grands dissimulent les
menteries des flateurs.
Pessimum inimicorum genus , laudantes.
La faveur & la flaterie se tiennent par la
main , l'une ne va jamais sans l'autre, & l'in
justice est souvent à leur suite.
Les Grands haiffent autant ceux qui les
-flatent trop , que ceux qui ne les flatent
jamais .
Nemini
2322 MERCURE DE FRANCE
Nemini crede , qui largè blandus est.
Nous pouffons seulement la porte à la fla
terie , mais nous ne la fermons jamais.
La Lingua degli adulatori è simile à quella
del gatto la quale benchè sia molto piegevole
sottile , è nondimeno molto nociva..
des
On doit plutôt risquer d'offenser par
vérités, que d'être sûr de plaire par des flateries.
On flate un Auteur & on admire ses Ouvrages
, quand il les montre en manuscrit &
secretement ; mais ils perdent ordinairement
bien de leur prix & de leur brillant , quand
on les expose au grand jour,
Tous les hommes sont & seront toujours
des dupes , quand on prendra soin de flater.
en eux ce qu'ils aiment, ou ce qu'ils haïffent.
Le génie des Courtisans est de ne rien
donner à ceux qui ont besoin de tout ; & de
donner tout à ceux qui n'ont besoin de rien.
Dans les Provinces , on confond souvent
le Courtisan avec le Petit- Maître , ce sont
pourtant deux especes bien differentes , car
le Courtisan s'étudie à cacher, son déreglement
sous des dehors reglés ; le Petit- Maître
fait
NOVEMBRE. 1739. 2623
fait vanité de paroître encore plus déreglé
qu'il n'est. L'un pense beaucoup avant que
de parler ; l'autre parle beaucoup & ne pense
guere. L'un court après la fortune ; l'autre
Croit que la fortune doit courir après lui . Les
Courtisans careffent ceux qu'ils méprisent ;
les Petits- Maîtres sont plus sinceres, ils ne cachent
ni leur amitié , ni leur mépris ; la maniere
dont ils vous abordént, tient de l'un &
de l'autre , & leurs ambraffades sont ordinairement
moitié careffes & moitié coups de
poings. Le langage du Courtisan est uniforme
, toujours poli, flateur , insinuant ; le langage
du Petit - Maître est haut & bas , mêlé
de politeffe & de grossiereté , de sublime &
de trivial.
La qualité de Petit - Maître tombe dans le
mépris , à mesure qu'elle se communique à
la simple bourgeoisie .
Un Courtisan doit être très-retenu sur ce
qui regarde les Puiffances, car il est très -diffi
cile de dire la vérité & de parler à leur gré.
On apelle Petits - Maîtres , une volée de
gens qui prennent ascendant sur les autres
par des airs hautains & évaporés, prétendant
mépriser tout le monde par leurs manieres
libres & hardies ; diseurs de bons mots, étourdis
& emportés ; ils jugent de tout légere-
E ment
2624 MERCURE DE FRANCE
ment, font changer les modes ; ils prétendent
donner le prix & le mérite aux choses , &
un nouveau goût aux plaisirs qu'ils corrompent.
La Cour est un Pays où les joyes sont visibles
, mais fauffes ; & les déplaisirs cachés
mais réels. C'est un tumulte perpétuel dans le
sein de l'oisiveté .
Dans l'apréhension de perdre , un Joücur
perd toujours.
Sic , neperdiderit , non cessat perdere Lusor . Ovid.
On ne doit pas s'étonner si le jeu est la
plus violente passion qu'il y ait , car elle est
composée de deux rages , qui sont , l'avare
avidité du gain , & la fureur de la perte.
Ludus enim genuit trepidum certamen & iram ;
Ira truces inimicitias & funebre bellum . Hort.
>
Tel homme paffe sa vie sans ennui , en
joüant tous les jours peu de chose , qu'on
rendroit malheureux en lui donnant tous les
matins l'argent qu'il peut gagner chaque
jour , à condition de ne point jouer. Eft- ce
l'amusement du jeu qu'il cherche, plutôt que
le gain ? Non , car qu'on le fasse jouer pour
rien,ilne s'y échauffera pas & s'y ennuyera . Un
amusement sans passion lui paroît toujours
languiffant ;
NOVEMBRE. 1739 2625
languiffant ; il faut qu'il s'y agite , qu'il se pique
lui -même , en s'imaginant qu'il seroit heureux
de gagner ce qu'il ne voudroit pas qu'on
lui donnât , à condition de ne point joüer ;
& qu'il se forme un objet de passion qui ex
cite son désir , sa colere , sa crainte , son es
pérance.
La Nature , encore plus que toutes les autres
Loix Divines & humaines , défend tout
ce qui peut nuire à la Société , car tous les
hommes doivent travailler à l'utilité les uns
des autres ; c'est ce que les Joueurs sont bien
éloignés de faire ; ce sont non- seulement des
membres inutiles , mais même très nuisibles.
Ordinairement ils ont éteint tous les sentimens
de la Nature , ne cherchant qu'à se ruiner
les uns les autres ; ils commettent un
crime , sinon égal , au moins semblable à
celui des Duelistes .
Une femme a toujours cent mesures a garder
, que la passion du jeu met souvent en
déroute . Il ne faut qu'une carte malheureuse
pour faire avorter les plus fermes résolutions.
Un six arrivé au lieu d'un sept , peut faire
échouer la vertu la plus ferme .
Aujourd'hui on pafferoit pour Sauvage , &
on se priveroit d'un amusement agréable ,
qui lie les Societés , si on ne joüoit. Les
E ij Jeux
2626 MERCURE DE FRANCE
Jeux de Commerce ne doivent pas être absolument
interdits , car ils n'excitent pour
l'ordinaire qu'une passion modérée , & ne
peuvent aller jusqu'à incommoder . On ne
doit cependant s'y engager, qu'à ces deux conditions
, l'une de ne se mettre point en état
d'être la dupe par l'ignorance du jeu , ce qui
seroit double mal , perdre & être raillé ; l'autre
de préparer son esprit à la perte de telle
maniere qu'elle ne donne pas plus d'émotion
que le gain,
,
La passion du jeu est un gouffre , qui n'a
ni fond ni rive, dès qu'on y est embarqué, &
qu'on a perdu la terre de vûë, il est rare qu'on
la revoye jamis. Le vent qui emporte la Barque
, est toujours un furieux ouragan , qui
Vous dérobe la connoissance de vous - même,
en sorte qu'on n'oublie pas seulement sa famille
& son Emploi , mais on oublie même
qu'on est homme & qu'on doit encore vivre
le lendemain.
Une folle dissipation absorbe toujours la
meilleure partie du gain d'un Joueur ; s'il
perd , c'est la plus claire substance de sa
maison ; & on voit tous les jours des gens
abîmés , ou qui s'abîment , chercher ensuite
une reffource en s'enrôlant parmi les fripons.
Les Usuriers viennent à la charge , & achevent
NOVEMBRE. 1739. 2627
vent de ruiner par de cruels emprunts , en
sorte que, comme dit le Sage , du champ du
Joueur , ce que la Chenille n'a pas mangé ,
les Sauterelles le dévorent.
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure d'Octobre , sont , Logogryphe ,
Courage , Melange , Jerôme , & Papirus . On
trouve dans le second Logogryphe , Lange ,
Gale, Alene, Ménage , Manége, Lame , Ame,
Mal, Male, Lege , Mage, Ange , Ane , Angle,
Age . Dans le troifiéme , Ire , Emeri , Moi
Morée, Remi, More, Or , Rime , Orme, Mer,
Mie , Rome , Riom , Mere , Mori , Moire
Emir ,, Io , Re , Mi , Oie , Roi ; & dans le
quatriéme`, Pirus , Pira , & Rus.
د
ENIGM E.
Fruit du desordre , & de la prévoyance ;
Je fers l'Homme à fa honte , & pour fon affûrance.
Du Pauvre je fubis la loi ,
Et les Richeffes font fous moi.
La Prudence eft ma Mere & le crime eft mon Pere ,
J'ai la crainte pour Soeur , & le repos pour Frere .
Je caufe , & j'interromps le bonheur des Amans ;
E iij
2628 MERCURE DE FRANCE
Il faut , pour me former, tous les quatre Elemens.
A l'Avare , au Jaloux je fuis très - néceffaire
Et pour tout dire enfin , avant que de me taire
Ami Lecteur , cherche-moi bien ,>
Tout Enigme avec moi n'eft rien .
L'Abbé Pagés.
"
LOGOGRYPHE.
Lecteur , je fuis une ville ancienne.
De me trouver veux-tu prendre la peine ?
Sans employer tout ton sçavoir ,
Quatre Lettres te la font voir .
Toutefois pour t'aider , il faut encor te dire ,
Que j'ai fait autrefois le plus brillant Empire ;
Que de mes fiers Héros les noms font immortels ,
Qu'à quelques uns on dreffa des Autels .
Quoique vieille , j'exifte encore ;
Pour poffeder mon tout , il faut tenir le More .
Car le bîzare Deftin
Nous fit naître tous deux de la même matiere.
Mais j'ai fait fleurir le Latin ;
Et l'autre n'eft qu'une engence groffiere ..
Prends enfuite deux , un , c'eft un riche métal .
Sans la sageffe , il eft fouvent fatal.
Trois, quatre , un, te font voir un Element humide ,
Qui
NOVEMBRE. 1739. 2629
Qui fait trembler l'Homme timide.
C'eſt folie au Poltron que de s'y hazarder ,
Car on y trouve fouvent gîte.
Adieu ;, si tu ne veux longtemps te retarder ,
Lecteur , devine - moi bien vîte.
A. Barbery , lejeune.
LOGOGRYPHUS.
SunUnt mihi multiplices diverso nomine , Lector ,
Germana ; quamvis matre nec orta patre.
Drincipium mundi , cunctorum sum quoque finis ,
Simplex atque triplex , non tamen omnipotens.
Plura cupis ? Quaras. Me Mars ,Mercator, & Emptor.
Mus,Mas,Roma,Miles, Carmina,Campus habent.
ALIUS.
VIx fine me poteris doctrina tangere limen .
Ingenii soboles , & quod mirabere , Lector
Nulla scio , doceo tamen ; ignarusque peritos
Efficio multos. Alio me sumere sensu
>
Si placeat , tunc sum vinclorum & carceris expers .
Me veteres fecere Deum quoque. Sed caput aufer ;
Illico nascetur populus gravis atque superbus.
ALIUS.
INelita sum , cupida
cupidè me Lector quisque requirit.
Per me facta Ducum vivunt , poftfata ſuperſum.
Eij
Sex
2630 MERCURE DE FRANCE
Sex pedibus confto ; duo tollas , murmura reddam
Grata. Subibit equi pariter moderamen . Habebis
Cum tribus hanc oculis quam dicunt Biblia lippis.
Cumfimili numero surgent urbs Indica , littus.
Me Jovis obflammas vaccam dixere Poëta
Si quatuor spolier. Poftremum quod mihi tandem
Prabet Latina & Gallorum exordia Lingua.
J. B. Me. à Changy.
康康
NOUVELLES LITTERAIRES
C
DES BEAUX ARTS , &c.
Hoix de Poësies Morales & Chrétien-
>
nes , depuis Malherbe jusqu'aux Poëtes
de nos jours. Dédié au Duc d'Orleans ,
Premier Prince du Sang , 2. & 3. Partie
l'une de 180. pages , & l'autre de 35 2. compris
la Table des Matieres des deux Brochures.
A Paris , chés Prault , le pere , Quai de
Gêvres , & chés Prault , le fils , Quai de
Conti , à la Charité , 1739.
LETTRES EDIFIANTES ET CURIEUSES ,
écrites des Miffions Etrangeres par quelques
Miffionnaires de la Compagnie de Jesus.
XXIV. Recueil. A Paris , chés Nicolas Le
Clerc
NOVEMBRE. 1739. 2631
Clerc , Libraire Juré de l'Université , ruë de
la Bouclerie , à S. Lambert , & chés P. G.
le Mercier , ruë S. Jacques , au Livre d'or.
1739. Vol. in- 12 . de 444. pages , sans la Préface
& la Table . ' .
POESIES de Madame & de Mademoiselle
Des Houlieres ; nouvelle Edition , augmentée
d'une infinité de Piéces qui ont été trouvées
chés ses Amis ; Brochure in - 8 ° . contenant
le premier & second Volume. A Paris,
chés Villette , ruë S. Jacques vis - à - vis la ruë
des Mathurins , à la Croix d'or , & chés Le
Breton , Quai des Augustins , au coin de la
ruë Gist- le- coeur , à la Fortune. 1739.
HISTOIRE SUIVIE des Voyages de JESUSCHRIST.
Avec des Remarques pour en faciliter
l'intelligence. Par M. Picard de S. Adon ,
Docteur de Sorbonne , Doyen , Chanoine de
l'Eglise Royale de Ste Croix d'Estampes, 1 .
Vol. in 12. de 192. pages . A Paris , chés
Etienne - François Savoye , rue S. Jacques , à
l'Esperance. M. DCC . XXXIX .
On voit d'un coup d'oeil dans ce Livre ,
très -propre à dédommager le Public de tant
d'Ouvrages frivoles dont on l'accable tous
les jours , rangés felon l'ordre des temps
tous les divers Lieux , du moins ceux dont
les quatre Evangeliftes font mention , que le
E v Fils
2632 MERCURE DE FRANCE
Fils de Dieu a parcourus dans la Judée , la
Galilée , & les autres Contrées de la Paleftine
, depuis le moment que , forti du fein de
fon Pere , il s'eſt fait Homme à Nazareth ,
dans le fein d'une Vierge de la Tribu de
Juda , jufqu'au jour qu'il monta au Ciel fur
le Mont des Oliviers , après avoir operé le
Myftere de notre Rédemption . L'Auteur a
inséré des Notes Géographiques , tirées des
meilleurs Ecrivains , très propres à donner
une idée juste de la fituation des Villes ,
Bourgs , & autres Lieux que le Sauveur a
honorés de fa préfence , pour le falut du
Genre Humain , principal objet de fes Voyages
& de ses travaux.
A l'égard de la Chronologie que notre
Auteur a fuivie , il fupofe avec les plus habiles
dans cette Science , que l'Ere vulgaire
qui a été fuivie dans l'Eglife Latine , depuis
Denis le petit , c'eft-à- dire , depuis le VI .
siécle , eft de trois ans plus tard que la vraie
Epoque de la Naiffance de N. S. enforte qu'-
au lieu que nous comptons aujourd'hui l'an
1739. de J. C. il faudroit compter 1742 .
c'eft , dit-il , pour éviter l'équivoque , qu'en
marquant les Années , on donne toujours
dans cet Ouvrage une double Epoque , sçavoir
, la Vulgaire , & la véritable ; enforte
que la premiere Année de J. C. fuivant
l'Ere Vulgaire , eft la quatrième de la Naissance
NOVEMBRE. 1739. 2633
sance du Sauveur ; & au lieu que fuivant
l'Ere vulgaire , on dit que J. C. eft mort à l'âge
de 33. ans , il faudroit dire , en fuivant la
vraie Chronologie , qu'il eft mort âgé de 37 .
ans.
On
peut affûrer
, au refte
, que
le Titre
de
ce Livre
, eft très
bien
rempli
dans
l'execution
, & il y a lieu
de
croire
que
l'intention
du pieux
Ecrivain
, sçavoir
, l'inftruction
&
l'édification
des
Lecteurs
, le
sera
pareillement
. Il semble
qu'un
pareil
Ouvrage
manquoit
à la Piété
Chrétienne
.
DISCOURS prononcés au Parlement de Provence
par un de MM. les Avocats Généraux .
T.I. A Paris , chés Quillau¸ruë Galande , à
l'Annonciation . 1739. p. 468.
Selon un Avis qui eft à la tête de ce Volume
, les Discours dont il s'agit ici avoient
été demandés , pour être inserés dans le
Journal du Palais ; mais leur nombre , &
plus encore la façon dont les Matieres sont
traitées , a parû mériter une Edition séparée.
On a hélité sur le Titre. On n'a pû l'aprendre
de l'Auteur , qu'on ne connoît point.
Celui de Plaidoyers se présentoit naturellement
. Mais tout ce qui paroît sous ce Titre ,
n'est autre chose que des défenses partiales ,
où un Avocat dit en faveur de la Partie ,
dont il épouse les interêts , tout ce que son
E vj érudi2634
MERCURE DE FRANCE
érudition & son éloquence lui fournissent
& ne touche les raisons de la Partie adverse,
que pour les éluder , ou les combattre . Au
lieu que ce sont ici des especes, de Dissertations
, où un Juge defintereffe , fans autre
vûë que celle de la Verité & de la Juſtice ;
balance de part & d'autre , tout ce qu'on
peut dire de considerable sur la Question
agitée , & se décide enfin par des Maximes
puisées dans le Droit Public , dont Meffieurs
les Gens du Roy sont les fideles Dépofitaires
, & les zélés Défenfeurs. Dans cette incertitude
, on a crû que le Titre général de
Discours rempliffoit fuffifamment l'idée du
Livre.
Pour juger du mérite de ce Recueil , on
inserera ici le Discours qui regarde l'Amour
de l'Ordre , & qui se trouve à la page 396 .
XIV. DISCOURS.
Prononcé à l'ouverture du Parlement d'Aix
le 1. Octobre 1724.
SUR L'AMOUR DE L'ORDRE.
MESSIEURS ,
Le droit de juger les hommes n'a pas toujours
apartenu aux hommes. Naturellement
égaux, ils participoient tous à l'indépendance.
Ils ne connoiffoient d'autre Loi que
l'Ordre. Toujours libres , toujours heureux,
s'ils
NOVEMBRE. 1739 2635
s'ils avoient sçû s'y affujetir ! Par un malheur
qu'on ne peut trop déplorer , ils se firent
une Loi de leurs penchans , & sur leurs penchans
ils reglerent leurs devoirs. Tout ce
qui plut devint légitime , devint sacré. Au
lieu de tout raporter , au lieu de se raporter
soi-même au bien de la Societé , chacun
voulut attirer tout à soi. C'eft l'origine de
tous les desordres..
Pour y remedier , la force est venuë au ſecours
de la raison m'éprisée . Incapable d'écouter
la Sageffe qui lui parloit au fond de
l'ame , il fallut à l'homme une fageffe étrangere
, qui parlât à ses sens , qui imposât à
fes paffions , qui fixât les prétentions des
Particuliers , qui fit rendre à chacun ce qui
lui est dû , & cette Sageffe puiffante , l'Etre
suprême l'a établie , en fondant l'autorité des
Souverains , dont celle des Magistrats est
une émanation.
›
Le but du Gouvernement étant donc de
rétablir la raifon dans fes Droits , & de regler
l'homme dans tous ses raports , la premiere
qualité , la qualité dominante de tous
ceux qui sont revêtus de l'autorité publique,
c'est l'amour de l'Ordre . C'est cet amour
qui fait les grands Princes , qui distingue
ceux qui le font par le coeur & les sentimens
, de ceux qui ne le sont que par la
naiffance. C'est cet amour qui fait en particulier
2636 MERCURE DE FRANCE
culier l'ame & le fond du Magistrat , & qui
est comme la vertu mere d'où naissent
toutes les vertus.
›
Deux parties toutes deux également effentielles
compofent l'amour de l'Ordre ; la
connoiffance des regles & l'attachement aux
regles. Le Magistrat doit être éclairé pour
démêler le vrai & le faux à travers les
voiles dont la malice de l'homme se couvre;
autrement il est aveugle dans fon aplication,
auffi coupable , s'il s'éloigne de la verité par
erreur , que s'il l'élude par artifice . Le Magistrat
doit être attaché à la regle , ferme ,
inébranlable , fuivant pas à pas la lumiere
fans la prévenir ni s'en écarter ; autrement il
est contraire à lui- même , il va felon que
l'humeur le domine . Et c'est l'amour de
l'Ordre qui produit ces deux qualités , par
lesquelles, quoique cachée au fond du coeur,
la Juftice éclate au - dehors , & caractérise
toutes fes démarches.
La lumiere éclaire les sentiers de la Justice,'
& les routes perdues de l'iniquité sont toujours
couvertes d'épaisses ténebres , c'est que
l'iniquité s'envelope , rougiffant d'elle -même
& des fentiers tortueux qu'elle fe fraye . La
Justice au contraire ne marche qu'à la fuite
de la Verité & à l'éclat de sa lumiere. Elle
ne sçait ce que c'est que de se décider sur
des aparences équivoques , sur des probabilités
NOVEMBRE . 1739 2637
lités incertaines , ni même sur une prétendue
équité naturelle , que trop souvent on confond
avec les préjugés , & que chacun plie
& accommode à ses vûës , au lieu que la
verité est immuable & la même pour tous les
hommes & dans tous les temps.
>
Mais les hommes ne sont pas affés heureux
, pour que la verité vienne à eux d'elle-
& qu'elle force tous les obstacles qui
les environnent. Il faut de foi-même la chercher
, & aller au - devant d'elle , si on veut la
découvrir. Mais auffi la verité n'habite point
une lumiere inacceffible , la verité ne se cache
point. Elle réfide dans la connoiffance
des regles , & les regles ne sont pas des énigmes.
Leur langage n'est ni barbare ni ambigu.
La Loi ne veut être que précise , & contente
d'instruire , elle évite tout rafinement.
Comme néanmoins il est impoffible que la
diſtance des temps & la diversité des moeurs
ne forment des difficultés compliquées , remontons
, pour les vaincre , jufqu'à l'origine
de la Loi ; plaçons- nous dans les circonftances
qui l'ont fait naître , faifons- nous les contemporains
, les confidens du Legislateur ,
entrons dans ses vûës , pénétrons ſes motifs ,
rien n'est plus capable de nous déveloper
l'esprit de la Loi , & d'en déterminer le
fens.
Pour donner lieu à un plus grand éclairciffe2638
MERCURE DE FRANCE
ciffement , joignons nos recherches à celles
de ces grands hommes qui nous ont précédés
dans le même exercice , reverons leur
sentiment , mais n'oublions pas qu'il n'y a
que la Loi qui foit en droit de nous captiver
; feule elle forme une autorité capable
de diffiper nos doutes , & de fixer nos irrésolutions.
Qu'on s'écarte de ce principe , les
Jugemens n'ont plus rien que de frivole ; le
vrai & le faux , le jufte & l'injufte ne font
que des idées arbitraires qui se jouent de
Fimagination . Ce que l'un reçoit comme
une maxime , l'autre le rejette comme une
illufion. On ne devine point la Jurifprudence
de ce Magistrat , parce qu'il ne la doit
qu'à l'humeur. Sa justice consiste moins à
suivre les regles qu'à s'en faire , condamnant
tour à tour ses principes , & autorisant ses
erreurs ; enforte que pour décrediter ses opi-
-nions , iill ne faut que le comparer avec luimême.
Il n'en est pas ainsi de la justice qu'inspire
l'amour de l'Ordre . Ses regles font uniforelles
font univerfelles & invariables.
Et comme elle ne se propose jamais que la
même fin, elle y va toujours par la même voye.
Nous le sçavons , on croit pouvoir substituér
fa raifon à l'étude des regles . On fe fait
de fa 1aifon une regle générale , &
fcule on veut décider de tout. Quelle regle ,
par
elle
qui
NOVEMBRE . 1739. 2639
par
qui eft fi fouvent elle-même un principe
d'erreur , & qui a befoin d'être redreffée
une autre regle ! N'eft -ce pas la fource de
tous les differends ? Chacun fe fait une raifon
de fon interêt , & fur fon interêt il mefure
fes prétentions. Qui décidera dans ce
conflit de la raifon , ou plûtôt des préjugés
& des paffions , que l'on prend pour elle ?
Il faut donc hors du Juge une autorité indépendante
, qui dirige la raifon & qui soit
la baze & la regle de fes jugemens.
Ce n'est pas que la raifon n'ait fes droits
& fon Tribunal. C'est peu de sçavoir les regles
, il faut les bien appliquer. Il faut préci
sément donner à chacune toute fon étenduë
, & la renfermer dans ses juftes bornes.'
Il faut comparer les autorités , concilier les
contradictions , raprocher les diversités. Il
est rare que deux causes ayent un même
noeud. Une circonftance qui varie , consti .
tue une espece particuliere , & fe raporte à
des principes tout differens. D'autre part, la
connoissance des Faits n'est pas moins effentielle
à la Justice , que celle du Droit. Les
Faits ne se devinent point , & ils ne viennent
au Juge ni tout entiers , ni d'un seul
endroit. Les raports & les bruits ne doivent
qu'exciter fon attention. Il faut defcendre
reconnoître les chofes de près , venir à une
exacte perquisition , recueillir de tous côtés
les
2640 MERCURE DE FRANCE
les traces difpersées de la vérité , & n'affeoir
fon jugement que sur une connoiffance certaine
. C'est dans cette application des regles
, c'est dans cette discuffion des Faits ,
que la raifon a fon ufage legitime.
Mais ici fe rencontrent les plus grands
obftacles à la découverte de la verité , & les
plùs dangereux écueils de la Juftice , la précipitation
, la paresse , la préoccupation .
La précipitation ; on promene rapidement
fa vûë sur les objets , sans jamais la fixer sur
un même point , & on voit tout confusément.
Au lieu qu'il faut s'appliquer fortement
pour pénetrer jufqu'au fond des Matieres
, on ne fait que les effleurer . On tranche
les difficultés qu'on n'a pas le courage
de résoudre. Le fanctuaire de la verité eft
enfoncé dans une Région fcabreuse & difficile
à pénetrer. Le sentier qui y mene est
rude & solitaire. Le Juge impatient n'y arrive
jamais. Egalement incapable d'attention & de
confeil, il ne donne point d'entrée à la raison ,
& faute de loifir & d'application il brusque
les affaires & ruine les Parties . Celui qui sçait
tout , & qui ne peut être trompé , fe rabaitfe
jusqu'à ne vouloir juger qu'après s'être informé
, s'être , pour ainfi dire , transporté
sur les Lieux , s'être convaincu par lui- même
; & l'homme sujet à tant d'illusions & de
méprises, dédaigne de s'inftruire , & veut être
à lui-même toute fa lumiere. La
NOVEMBRE . 1739 264
La pareffe ; on craint la peine de penser.
Pour se l'épargner , ou l'on néglige ses fonc
tions , & alors on ne prend de sa Charge
que le titre & la représentation : ou , ce qui
n'eft pas moins contraire à l'ordre , au lieu
de faire usage de son jugement , on se sert
de celui des autres. Esprits nés pour la servitude
, ils se donnent un maître , & lui
abandonnant le soin de réfléchir & de juger
, ils se bornent à être l'écho de ses pensées
& de ses décifions . Un homme qui a
des yeux , s'avisa-t'il jamais de les fermer ,
pour se livrer à un conducteur ? on a dit que
le sage marche toûjours les yeux ouverts ,
& que l'imprudent eft dans de perpétuelles
ténébres. Pourquoi ? c'eſt que l'un juge de
tout par lui - même , au lieu que l'autre ne
voit que par les yeux d'autrui , & que de ne
voir que de cette maniere , c'eft ne point
voir.
La préoccupation ; elle remplit & infecte
l'esprit ; l'homme prévenu ne raisonne plus ;
il ne veut voir , il ne veut entendre que
ce qu'il pense. Voulez - vous l'inftruire il
rejette l'évidence que vous lui présentez , ou
il lui opose des nuages qui l'obscurciffent.
Voulez- vous combattre ses préventions ? sa
raison qu'elles ont séduite , se déclare partie
& les défend par des probabilités qui les favorisent.
Par- là on se rend inacceſſible à la
vérité
2642 MERCURE DE FRANCE
vérité , & digne de la condamner. Et fi quelquefois
pour n'avoir pas à se reprocher un
entêtement trop marqué , on cherche à déposer
ses doutes ; où cherche-t'on cet éclairciffement
? où va-t'on puiser ses lumieres ?
Mais quand on iroit jusqu'aux pures sources
de la verité , comme on ne la cherche pas
fincerement , on ne voit que ce qu'on veut
voir. On ne trouve point ce qui eft , mais
ce qu'on cherche . L'envie qu'on a de s'autoriser
dans ses sentimens , fait qu'on voit
l'erreur dans le fiége même de la vérité .
Une prévention encore plus funefte , c'eft
celle du coeur. On regarde trop à la qualité
des personnes , & les interêts ne paroiffent
plus avec leurs qualités naturelles . Portez le
raisonnement jusqu'à la démonftration , jamais
l'esprit ne trouve le tort de celui que le
coeur juftifie. On doute ; & à la faveur de ce
doute , on croit pouvoir embraffer le parti
que l'on veut. Mais pourquoi doute - t'on ?
on doute par complaisance , par foibleffe
par emportement. On doute , parce qu'embaraffé
de ses lumieres , on cherche à douter.
On doute donc , parce qu'on veut douter ,
& on ne doute pas long- temps. Des clartés
involontaires viennent malgré nous briller à
notre esprit. C'est donc envain qu'on vou- .
droit juftifier sa conduite sur ce qu'on a suivi
ses lumieres , puisque cette fauffe persuafion
eft
NOVEMBRE. 1739 2643
eft l'ouvrage d'un coeur séduit , qui par le
double effet d'une double fascination prend
l'iniquité pour la juftice , & la juſtice pour
l'iniquité.
L'amour de l'Ordre sauve le Juge de tous
ces écüeils , & lui inspire la vigilance , l'attention
, la docilité . La vérité eft la fille du
temps & le prix du travail. L'homme qui
veut y arriver , la cherche sans se laffer , &
épuise tous les moyens qui peuvent le conduire
jusqu'à elle. Il ne donne rien aux aparences
, ni aux conjectures. Il va où le guide
sa vûë , & toûjours ses yeux précedent ses
pas. Il se défie de ses recherches , & ne rougit
point de profiter de celles d'un Collegue.
Eh ! pourquoi par une honte ridicule aimeroit-
il mieux perfifter dans son erreur , que
d'en sortir à la faveur des lumieres des autres
? Personne n'eft propriétaire de la vérité.
Elle eft également à tous ceux qui l'embraffent
; & à bien connoître les hommes
la gloire eft en quelque sorte plus grande
pour celui qui revient de son opinion , que
pour celui qui le ramene .
Autant qu'il eft attentif aux motifs déterminans
, autant il l'eft peu à tout le refte.
Le sentiment a beau parler , il ne l'écoute
point . Compatiffant aux miseres , honorant
l'autorité , réverant le caractere ; tout ce qui
attache aux hommes , tout ce qui les diftin .
gue :
2644 MERCURE DE FRANCE
gue , lui eft cher & respectable : mais la justice
lui eft encore plus respectable & plus
chere.
La principale dispofition pour recevoir la
vérité , c'eft de l'aimer & de dompter toutes
les paffions qui peuvent nous inspirer
de la haine pour elle . L'amour eft le maître
de l'esprit ; & quelles soupleffes ne
met-il pas en oeuvre pour le gagner !
On n'a donc rien fait pour la juftice , fi
en même temps qu'on travaille à éclairer
l'esprit , on ne s'attache à guérir le coeur.
C'est encore l'amour de l'Ordre qui opere cet
effet fi peu commun & fi effentiel . Il produit
la droiture , l'égalité , la fermeté .
On n'eft pas droit fimplement par les penséès
, c'eft par le coeur & les sentimens.
C'eft dans le coeur que tout l'homme réſide.
Il n'eft véritablement que ce qu'il eft par le
coeur. C'eſt le coeur qui décide du caractere.
Le coeur eft droit quand il eſt tourné vers la
juftice , qu'elle eft comme le Pole de tous
ses mouvemens , qu'il s'y unit , qu'il s'y
conforme , qu'il lui sacrifie tout . Vient-on à
détourner sa vûë pour découvrir à droit & à
gauche , ou ce qu'on peut craindre , ou ce
qu'on peut espérer ? n'attendez plus rien de
noble ni de généreux. On craint quand il
faut oser , on veut déliberer quand il faut
résoudre , on doute encore quand tout le
monde
NOVEMBRE. 1739 2645
monde voit clair. La juftice qu'on ne peut
refuser , on ne l'accorde qu'à demi , & commêle
un artifice secret
me à
On
regret . y
qui la rend inutile , on laiffe des reffources
à l'iniquité. Fauffe juftice , qui mérite bien
moins ce nom que celui d'injuftice & de
tromperie ! Ramenez le Juge à la fimplicité
de l'Ordre , une fin unique , le devoir ; un
moyen unique , la loy , & il ne manquera ,
ni de lumiere , ni de résolution.
De cette unité de vûë naît l'unité de conduite.
On eft attaché à la juftice , & par cet
attachement on eft en secret ce qu'on eft en
public , dans les occafions les plus délicates
tel que dans les plus communes. On veille
sur ses sentimens & sur ses défirs avec la
même sévérité que sur ses actions . Pourquoi
eft- on inégal parce que le coeur se partage
& poursuit plufieurs objets à la fois. On
voudroit ménager en même temps , & ses
paffions & ses devoirs , accorder à la justice
une partie de ce qu'on lui doit , & immoler
l'autre à ses vûës. Mais on a beau en chercher
les moyens , ou s'en faire à son gré ,
il faut ou renoncer à la gloire d'être jufte ,
ou l'être selon toute l'étendue de ce terme.
Une juftice ainfi mutilée n'eft qu'une injuftice
colorée , & par conséquent plus dangereuse.
La justice eft immortelle , l'égalité
eft l'esprit de cette vertu . Que ce Juge se
vante
2646 MERCURE DE FRANCE
vante tant qu'il voudra de rendre quelquefois
la juftice ; s'il ne la rend pas en tout & partout
, l'inégalité de sa conduite lui dérobe
le merite du bien qu'il a fait. La juſtice n'avouë
pas pour fien , même ce qu'il fait selon
la justice. La regle c'effe d'être regle , quand
elle n'eft pas perpétuelle , & ne marche point
d'un pas égal.
De-là cette fermeté , troifiéme caractere
de la juftice. Si le devoir du Juge eft de
rompre tous les efforts de l'iniquité , & de
couvrir les foibles contre l'opreffion des
plus forts , il faut pour accomplir ces obligations
, qu'il soit non -seulement ferme
mais invincible ; autrement il se laiffe émouvoir
, & la juftice mal défenduë succombe.
Mais la fermeté du Juge n'eft pas cette
dureté inflexible qui ne sçait rien excuser,
rien interpreter favorablement , qui pour
ne rien donner à la compaffion , donne tout
à l'humeur. Pour vouloir être trop jufte
on eft inhumain. Un sage , mais difficile
tempéramment, raproche & réconcilie la justice
avec la bonté. Ces deux vertus , loin
d'être incompatibles , doivent se mêler, pour
demeurer chacune dans le rang de vertu .
Autrement , ou la bonté n'eft qu'une lâche
complaisance qui enhardit la malice , ou la
juftice n'eft qu'une sévérité farouche qui
décoNOVEMBRE.
1739 . 2647
déconcerte & desespere la foibleffe .
De l'integrité du coeur naît cette fermeté
qui fait un des caracteres de la juftice . Tant
qu'il eft pur , il eft au- deſſus de tout. Vientil
à se laiffer entamer ? toutes les bonnes inclinations
s'affoibliffent , & n'attendent que
l'occafion pour se démentir. Laiffé à luimême
, le Juge pensoit bien ; la sollicitation
s'eft montrée avec tout ce qu'elle a de séduisant
, ce n'est plus le même homme. Une
nouvelle Jurisprudence que sa politique lui
fournit , change son langage &ses sentimens.
Ceux qui par l'élevation de leur ame
sont au deffus de ce genre de corruption ,
ont d'autres piéges à craindre. Les differentes
liaisons , les services reçûs , présentent des
occasions toujours nouvelles de fléchir la
regle. Le sang , l'amitié , la reconnoiſſance
ont sans doute des droits inviolables sur le
mais ils demandent une autre espece
de juſtice ; & vouloir payer cette dette
aux dépens d'autrui , ce n'eft pas même acquitter
un devoir , c'eft en violer deux , & se
rendre auffi responsable envers celui qu'on
oblige , qu'envers celui qu'on offense .
coeur
,
La rigueur & la pitié sont encore des
écüeils d'autant plus dangereux qu'ils sont
couverts d'une spécieuse aparence . Au lieu
d'écouter la Loi qui montre à tous la même
route , c'eſt une sensibilité hors de propos ,
F ou
2648 MERCURE DE FRANCE
ou une sévérité d'humeur , qu'on prend pour
guide. Les uns placent la vertu à ne point
croire le mal , ils craignent d'être inhumains
s'ils sont équitables. Ils ne s'aperçoivent pas
que cette fauffe indulgence eft une cruauté
véritable , & qu'à proportion de leur indulgence
pour les coupables , ils exposent ceux
qui ne le sont point . Les autres se jettent
dans l'extremité oposée . Le zele de trouver
le crime , le fait voir souvent où il n'eſt pas.
On veut en découvrir les Auteurs , & plûtôt
que de les laiffer impunis , on en charge
les innocens. Ainfi l'on tombe dans un vice ,
pour vouloir trop en éviter un autre ; tant
l'erreur eft naturelle & inévitable , fi l'amour
de l'ordre ne nous dirige & ne nous tient
inviolablement attachés à la regle .
Ebranlez ce fondement , la juftice n'a plus
rien de solide. On pourra bien encore en
remplir les bienséances , mais le fond & l'essentiel
demeureront toûjours vicieux. Eh !
que subftitueroit - on à sa place ? l'honneur
& la probité ? Mais où eft l'honneur, fi on le
sépare de la vertu ? Et qu'eft- ce que la probité
qui se borne à la pensée ? Quel effort
pourra se faire sur lui-même un homme qui
regarde la juftice & la verité comme des
noms frivoles ? Homme selon lequel les Loix
les plus sacrées ne sont que des caprices , &
les plus grandes injuftices que des actions
indiffeNOVEMBRE
: 1739 2649,
indifferentes de leur nature , qu'il a plû aux
hommes de flétrir , & qu'un autre tour d'imagination
auroit pû illuftrer.
&
C'eft ainfi que l'indépendance de la regle
anéantit toutes les vertus. L'amour de l'or
dre au contraire les produit toutes. Le Magiftrat
qui en eft animé , sçait combien sont
précieux les droits dont il eft dépofitaire , &
il n'a garde de s'oublier. Il porte partout &
l'oeil qui regarde , & l'oreille qui écoute ,
la main qui pese ; c'eft la prudence . Autant
qu'il a de pénétration pour découvrir l'iniquité
sous quelque beau dehors qu'elle se
cache , autant il a de force pour l'étouffer ;
de quelqu'autorité dont elle s'apuye ; c'eſt le
zéle. Le dégoût eft inséparable des fonctions
qui ont le Public pour objet. L'amour de
l'ordre fortifie le Juge contre ce penchant ,
& lui fait trouver dans la vertu même la
seule récompense digne de la vertu ; c'eſt le
désintereffement. Placez -le dans les conjonctures
les plus délicates , jamais il ne perd
l'équilibre , & la puiffance cede toujours à
la bonne cause ; c'eſt l'impartialité. Que les
disgraces viennent menacer son courage , la
juftice qui fait son trésor , fait sa sûreté , &
comme rien ne peut la lui ravir , rien auffi ne
peut le vaincre , c'eft la grandeur d'ame.
Une vertu fi féconde ne pouvoit manquer
d'avoir toutes les paffions pour enne-
Fij mies.
1
2650 MERCURE DE FRANCE
mies. Les paffions défigurent au- dehors tous
les objets qu'elles envisagent ; au - dedans elles
pervertiffent les sentimens. Auffi le premier
acte de Jurisdiction que le Juge exerce,
c'eft sur lui-même. Son coeur eft sa premiere
étude , Quand donc il choifit un parti , il ob
serve soigneusement ces ennemis domeftiques
, il interroge séverement son coeur ; &
fi par quelque secret mouvement il sent qu'il
s'intereffe trop au parti qu'il embraffe , il se
tient sur la défiance & redouble ses précautions.
Peut-être que dans cette recherche
les paffions ne se montreront pas avec leur
difformité naturelle. Par mille sortes d'artifices
elles sçavent fasciner les yeux. Celles
dont on se défie , prennent une forme dont
on ne se défie point. Les plus dangereuses
sont celles qui se cachent sous une aparence
de droiture. Le Magiftrat s'étudie à pénétrer
& à démêler tous les voiles dont elles s'envelopent.
Rigide Censeur de ses propres paffions , il
ne veille pas avec moins de précaution sur les
paffions des autres . Elles affiégent son Tribunal
& veulent suborner son coeur. A toutes
leurs suggeſtions & à tous leurs efforts il opose
l'amour de l'Ordre , un amour dominant
pour la vérité & pour la juftice , & il n'oublie
jamais que cet amour n'eft point au degré
où il doit être pour conserver sûrement
le
NOVEMBRE. 1739. 2651
le dépôt des Loix , tant qu'il y a , soit en
lui , soit autour de lui quelque chose qu'il
ne seroit pas en état de lui sacrifier.
Avocats , votre Profeffion eft une des
plus honorables & des plus utiles ; elle a
pour objet l'établiffement de l'Ordre. Que
vos motifs soient auffi purs , que votre fin
eft noble ! Rien ne seroit plus méprisable
qu'un Orateur de métier qui feroit de son
érudition et de ses talens , ce qu'un Ouvrier
fait de son Art. L'Avocat digne de son
nom , eft celui qui n'envisage que la Juftice
, et qui n'employe pour la défendre que
des armes dignes d'elle , l'exacte vérité et
ses compagnes inséparables , la droiture et
la modération .
Procureurs , vous allez au même but ;
quoique par une route differente . Les Loix
sont commises aux Avocats , et à vous les
formalités. C'est un abus étrange de votre
Miniftere , que de faire servir contre la Justice
, ce que la Juftice a établi pour sa sûre-
-té. Un Payen ( Ciceron de Officiis ) disoit ,
qu'il ne faut pas faire ce qui eft douteux , et
on ose se prêter à ce qui eft ouvertement
mauvais , et pour le faire valoir on se sert de
moyens dont une bonne cause rougiroit.
Voulez - vous sçavoir le chemin de la Juſtice ?
Allez le droit chemin , le chemin découvert.
Les voyes tortueuses et embaraffées sem-
Fiij blent
2652 MERCURE DE FRANCE
blent enveloper quelque deffein secret d'injuſtice.
OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES &
Géographiques de M. François Bianchini ,
faites à Rome & en divers autres Lieux d'Italie
recueillies d'après ses Manuscrits ,
trouvés après sa mort , avec une Carte Géographique
de la Méridienne de Rome , depuis
la Mer Adriatique jusqu'à la Mer de
Toscane , dreffée fur ces mêmes Observations
, par M. Euſtache Manfredi , de l'Académie
de l'Institut de Boulogne. A Veronne,
1737. in -folio de 278. pages. L'Ouvrage eft
en Latin..
MEMOIRES sur la Guerre , tirés des Originaux
de M. *** avec plusieurs Mémoires
concernant les Hôpitaux Militaires , présentés
au Conseil en l'année 1736. par M. ***
divisés en deux Parties , la première de 170 .
pages , & la seconde de 200. A Paris , chés
Rollin le fils , Quai des Augustins , à Saint
Athanase & au Palmier. 1739 .
DE L'INSTITUT des Carmélites Réformées
par Ste Thérese. Ouvrage très- utile à toutes
les Communautés de Filles , pour y maintenir
l'esprit de priere & de recueillement.
A Bar-le- Duc , chés Richard Briflot , Imprimeur
NOVEMBRE . 1739. 2653
primeur- Libraire. 1739. in- 8 ° . de 286. pag.
RELATION de la Miffion de Grenoble
adreffée à M. le Préſident de *** Brochure
in - 4° . de 51. pages , imprimée chés la Veuve
Giroud, avec Aprobation & Permiffion . 1739 .
33
ود
On n'a guere vû de Relation plus circonstanciée
, & mieux écrite que celle qu'on offre
au Public dans cet Imprimé. L'Auteur nous
aprend que la Mission , qui s'est faite cette
année à Grenoble , est un de ces Evenemens
qui ne doivent pas tomber dans l'oubli.
» Une piété tendre , dit- il , se rapellera toujours
avec plaifir ces jours heureux , où les
» misericordes du Seigneur ont parû d'une
» maniere si éclatante sur nous ; notre re-
>> connoissance doit en éterniser le souve-
» nir. Cette Ville s'est renduë célebre par la
politesse & l'affabilité de ses Habitans , &
renferme dans son enceinte ce qu'une Province
a de plus distingué par la noblesse ,
» le rang , le mérite & l'esprit ; mais les ver-
" tus ne se trouvent pas toujours dans cet
» heureux assemblage de qualités naturelles,
» & de l'honnête homme selon le monde
» il
il y a encore jufqu'au Chrétien bien de la
» distance ; c'étoit précisément notre situa-
" tion , car pourquoi vouloir diffimuler nos .
" maux , puisqu'ils sont heureusement répa-
» rés &c. ? L'Auteur nous aprend ensuite
Fiiij que
»
2654 MERCURE DE FRANCE
que les Ouvriers dont Dieu se servit à Grenoble
, furent Mrs Brydagne , Miffionaire du
Roy , Teyffonier , de Merez , de Robert , Gerouin
& Berson , auxquels s'associerent quelques
Ecclesiastiques de la Ville , & les RR.
PP. Jésuites , qui travaillerent dans le cours
de cette Mission avec ce zele qui les anime ,
& ce succès qui les distingue. L'Eglise Cathédrale
& celle de S. Louis furent choisies
pour y faire les Exercices ordinaires de la
Mission , dont l'Auteur nous donne une
connoiffance juste & précise. Les Endroits
qu'il raporte des Discours de M. Brydagne ,
ont quelque chose qui frape le Lecteur , &
nous ne sommes pas surpris , que prononcés
avec ce zele & cette véhémence qui le distingue
des autres, ils ayent produit tant de changemens
& de conversions.Rien de si édifiant
que les Retraites, dont il eft fait mention dans
ce détail historique , mais aussi rien de plus
grand & de plus auguste que la Procession
du S. Sacrement dont il est parlé.
L'Auteur dit que plus de quatre mille filles
commencerent à défiler à une heure après
midi , toutes habillées de blanc , avec un
voile de la même couleur , & une couronne
de fleurs sur la tête ; elles tenoient chacune
un cierge allumé à la main , auquel étoit
attaché un bouquet , avec un ruban plus ou
moins riche , selon leurs moyens ; la Croix
étoit
NOVEMBRE . 1739. 2655
étoit portée par Mlle de Marçieux , fille du
Gouverneur de la Ville : ces Filles ayant
passé devant l'Eglise de Sainte Claire , les
Femmes qui s'y étoient assemblées , marcherent
tout de suite , ayant à leur tête Mad.
la Présidente de Barval qui portoit la
Croix .
On lit ensuite , que lorsque le rang des
Femmes eut défilé , les jeunes hommes sortirent
de la Cathédrale, précedés d'un Choeur
nombreux d'Instrumens , & suivis d'un autre
Choeur de douze Musiciens , qui chantoient
des Cantiques à deux parties ; leur
Croix étoit portée par le Commandeur de
l'Auberriviere , ayant à ses côtés Mrs de
Langon & de Sainte Jay , tous deux aussi
Chevaliers de Malthe ; les Hommes venoient,
ensuite dans le même ordre , marchant sous
une quatrième Croix , que portoit M. de
Pluvinel , Gentilhomme d'une Noblesse , &
d'une Pieté des plus distinguées ; après eux
marchoient les differens Corps Religieux de
La Ville , le Clergé de toutes les Paroisses &
de tous les Chapitres qui précedoient immédiatement
le S. Sacriment. On le voyoit,
continue l'Auteur de la Relation , sur un
Thrône élevé & placé sous n Arc de triomphe
tout brillant de pierreries & orné de
tout ce qu'il y a de plus riche & de plus
précieux , le Throne étoit po té par plusieurs
Ev
Cha2656
MERCURE DE FRANCE
lės
Chanoines de la Cathédrale . Du haut d'un
Dais magnifique , qui s'élevoit sur cet Arc
de triomphe , descendoient avec beaucoup
de grace quatre cordons d'argent , dont deux
étoient portés par deux Présidens à Mortier,
& les autres par deux Présidens de la Chambre
des Comptes. , Après le S. Sacrement ,
marchoient le Corps de Ville , Mrs du Parlement
en Robes rouges , & de la Chambre
des Comptes en habits de cérémonie ;
cette auguste Marche étoit fermée par
Gardes de la Maréchaussée , & par une
Compagnie de Soldats . Lá Relation ajoûte
que les Missionaires continuerent ensuite
feurs pénibles travaux , toujours avec le même
zele & le même succès , jusqu'au quatriéme
Dimanche d'après Pâques ; plus le
temps de leur départ aprochoit , plus aussi
l'on s'empressoit d'entendre & de profiter
de leurs derniers avis ; & ce guon aprend
avec édification , c'est que les Personnes les
plus distinguées par leur rang & par leur
état,entraînoient les autres par leur exemple ,
& se distinguerent aussi le plus par leur empressement
& leur tendre picté. Une aussi
auguste Procession que celle dont on vient
de parler , fi comme la clôture de cette
Mission ; Jevêque de Grenoble y bénit une
des plu magnifiques Croix qu'on ait encore
vûë & cette cérémoni fut terminée par les
adieux
NOVEMBRE. 1739 . 2657
adieux que fit à tout le monde M. Brydagne,
adieux tendres & touchans , qui tirerent des
larmes de tous ses Auditeurs : enfin cette
Relation conduit le Lecteur jusqu'au départ
des Missionaires , & nous aprend qu'ils partirent
tous avec les regrets de toute la Ville ,'
& comblés de bénédictions ; on sçait d'ailleurs
que ces zelés Ouvriers allerent travailler
à Vienne avec le même succès qu'ils
avoient eû à Grenoble , & qu'ils doivent
successivement travailler à Rhodez , à Clermont
en Auvergne , à Moulins , & à Paris.
,
TRAITE' DE LA DEVOTION AU S. ESPRIT,
tiré des Livres Saints par M. l'Abbé Pelletier,
Chanoine de la Métropole de Rheims ,
Paris , chés Delaguette , Libraire , ruë Saint
Jacques , au- dessus de la rue des Noyers , au
Bon Pasteur , & à S. Antoine , 1739. un
Volume in- 12 . de 346. pages , sans l'Avertissement
& la Table . Prix , 2. liv.
C'est ici un des meilleurs Ouvrages & des
mieux écrits de tous ceux qui sont sortis de
la plume féconde & éloquente de M. l'Abbé
Pelletier. Ce n'est pas de ces Livres de
Dévotion, souvent superficiels , sans solidité
, & qui sont quelquefois plûtôt l'effet
d'une imagination échauffée & sans regle ,
que d'une méditation profonde , & d'une
étude assidue des vérités de la Religion . On
F vj
trouve
2658 MERCURE DE FRANCE
trouve dans ce Traité tout l'Esprit & toute
la Morale de l'Evangile , exposés avec ordre ,
avec méthode , avec précision , avec éloquence
, avec une onction victorieuse &
toute tirée de l'Ecriture Sainte. L'Auteur
explique dans le premier Chapitre les Dons
& les fruits de l'Efprit Saint. Dans le second
, il montre en quoi consiste la Dévotion
au S. Esprit. Dans le troisième , il
prouve par l'Ecriture Sainte , qui sont ceux.
qui reçoivent le S. Esprit , & qui sont ceux
qui ne peuvent le recevoir , en douze Articles.
Il faut lire tout l'Ouvrage pour en pouvoir
juger. On y trouve des traits d'une éloquence
vive , de la plus solide pieté , des
recherches laborieuses des portraits de
moeurs inimitables , enfin tout ce qui peut
faire goûter un Livre de Morale & de Religion.
En un mot , ceux qui font des Retraites
depuis l'Ascension jusqu'à la Pentecôte ,
pour se disposer à la réception de l'Esprit
Saint , y trouveront dequoi s'occuper , les
Prédicateurs dequoi s'instruire , & tous les
Fideles dequoi s'édifier, surtout ceux qui ont
l'honneur d'être de l'Ordre auguste du Saint-
Esprit , en faveur desquels ce Livre a été
principalement composé.
>
Il paroît aussi chés le même Libraire une
nouvelle Edition de l'excellent Ouvrage du
Pere Vaubert , sur l'Eucharistie , 2. vol. in-
12.
NOVEMBRE. 1739. 2659
ツ
12. Le premier Volume contient une condui
te pour communier saintement ; le second
contient 1 ° . differentes Pratiques pour entendre
la Messe . 2 °. une Méthode pour visiter &
s'entretenir avec Notre- Seigneur dans les
Eglises . 3 °. les Exercices de l'Adoration perpetuelle.
4° . des Méditations pour l'Octave
du S. Sacrement , avec quelques Sentimens
de Pieté dans lesquels on doit accompagner
Notre-Seigneur quand on le porte , soit en
Procession , soit aux Malades. Le prix des
deux Volumes est de 5. liv.
On y trouve encore les autres OEuvres du
même Auteur , sçavoir , Le saint Exercice
de la présence de Dieu , divisé en trois Parties
1. Dieu présent partout. 2°. Ce que
c'est que la présence de Dieu. 3 °. Méthode
pour converser avec Dieu petit in- 12 .
I. liv. 5. f.
2
Exercices de Piné pour les Affociés à l'Adoration
perpetuelle du S. Sacrement , in- 18.
15.fols.
On vend dans la même Boutique , une
nouvelle Edition de l'Imitation de la Sainte
Vierge , dans un Abregé de sa Vie , de ses
Vertus , & des Mysteres que l'Eglise célebre
en son honneur , par le R. Pere Courbeville
, in- 12.1 . liv . 4. f.
Les Instructions , Pratiques & Prieres pour
La Dévotion au Coeur de JESUS , in- 12. 1739~-
1. liv. 4. f. On
2660 MERCURE DE FRANCE
On trouve chés le même , beaucoup d'au
tres Livres de Dévotion , & sur toutes sortes
de Matieres ; ainsi qu'un Assortiment considerable
d'Usages Romains des Impressions
de Paris , d'Anvers , de Lyon & autres.
TRATTE' ou Dissertations sur plusieurs
Matieres féodales , tant pour le Pays Coûtumier
, que pour les Pays de Droit Ecrit ,
PREMIERE PARTIE , contenant 1 °. les Observations
sur les Licitations , relativement
aux Droits seigneuriaux . 2 °. Les Observations
sur le Démembrement & Jeu de Fiefs,
suivant l'Article 51. de Paris, 3 °. Les Observations
sur la Réunion des Fiefs & Censives,
avec l'explication des Coûtumes qui ont
des dispositions singulieres , & differentes de
celle de Paris. 4°. Les Observations sur les
Corvées. 5. Les Observations sur toutes les
Bannalités , avec une Table alphabétique
des Auteurs cités dans cet Ouvrage , & la
date des Editions dont on s'est servi . Par Me
Germain- Antoine Guyot , Avocat au Parlement
. A Paris , chés Sangrain fils , Grand'-
Salle du Palais , à la Providence , 1738. 1.vol.
in-4 ° . de 448. pages, sans les Tables. Prix relié,
7. liv. 10. f.
L'Auteur de cet Ouvrage , qui depuis plusieurs
années , a fait sa principale étude de
la matiere des Fiefs , a déja donné au Public
dans
NOVEMBRE. 1739. 1661
dans l'espace d'un an , deux Volumes in-4°
sur cette matiere ; il a auffi donné depuis peu
des Notes sur les Coûtumes de Mantes , &
de Meulant ; nous donnerons l'Extrait de
chacun de ces Ouvrages en particulier , &
nous allons commencer par son premier Volume
sur les Fiefs que nous venons d'annoncer.
>
Il avoit d'abord intitulé cet Ouvrage ,
Traité des Fiefs , mais comme ce n'est point
un Traité général de la matiere des Fiefs , il
a changé ce Titre pour mettre celui de Traité
ou Differtations sur plusieurs matieres Feodales.
Ce ne sont en effet proprement que
des Differtations , ou si l'on veut divers
Traités particuliers sur differentes parties
de la matiere des Fiefs ; car ce qu'il a
donné sur chaque matiere , paffe les bornes
d'une simple Differtation , qui n'a ordinairement
pour objet qu'une seule Question , au
lieu que M. Guyot , dans chacun de ces
Traités , discute toutes les Questions qui
ont raport à la matiere qui en fait l'objet.
Il pourroit , en traitant ainsi chaque partie
de la matiere des Fiefs , raffembler tout ce
qui se trouveroit dans un Traité géneral ;
néanmoins cela ne formeroit pas un véritable
Traité géneral , parce qu'il n'a suivi aueun
ordre dans l'Edition de ces Traités particuliers
; il a donné au Public ceux qui se
sont
2662 MERCURE DE FRANCE
sont trouvés les premiers en état d'être imprimés
.
Dans un Sommaire de tout l'Ouvrage , qui
est au commencement de la premiere Partie
dont nous parlons , il touche quelque chose
des Fiefs en géneral , & fait voir , que quoique
les Fiefs , tels qu'ils sont à présent , fussent
inconnus aux Romains , néanmoins la
connoiffance du Droit Romain est néceffaire
pour l'intelligence de cette matiere , parce
qu'on y puise la plus grande partie des Décifions
: par exemple , lorsqu'il s'agit de décider
si un Acte est une véritable Donation ,
ou une vente fimulée , pour regler ensuite
quels Droits Seigneuriaux en sont dûs , &
d'ailleurs les Licitations usitées dans les
Fiefs , & les Corvées , qui sont des Droits
Féodaux , nous viennent du Droit Romain.
que
L'Auteur n'a pas voulu , à ce qu'il dit , se
perdre dans l'incertitude de l'origine des
Fiefs , il donne seulement une idée des differentes
divifions que l'on fait des Fiefs , & des
divers noms que les Coûtumes ou les Auteurs
leur ont donnés.
Les Traités particuliers qui sont ensuite ,
ne sont pas intitulés Dissertations , comme
l'annonce le Titre de l'Ouvrage , mais Observations.
Chacun de ces Traités est divisé
en plufieurs Chapitres.
Les
NOVEMBRE. 1739. 2663
Les Obfervations fur les Licitations , qui
font le premier de ces Traités , embraffent
toute la matiere des Licitations en géneral ,
qui eft commune aux Rotures auffi - bien
qu'aux Fiefs , & l'on y a seulement joint les
Queftions qui naiffent des Licitations par
raport aux Fiefs , comme pour les Droits
Seigneuriaux qui peuvent être dûs en cas
de Licitation , le Retrait qui peut y avoir
donné lieu en certain cas , & c. Les quatre
autres Traités font entierement du reffort de
la matiere des Fiefs.
Dans les Obfervations fur le Démembrement
& le Jeu de Fief, l'Auteur explique
la difference qu'il y a entre l'un & l'autre ,
ce que c'eft que démembrer fon Fief , l'effet
du Démembrement contre le Vaffal , &
l'action du Seigneur à ce fujet ; ce que c'eft
que le Jeu de Fief, foit avec profit ou fans
profit , ce qui concerne l'Alienation des
Cens ou Rentes du Fief , la Sous- inféodation
, l'Alienation des Heritages du Fief à
cens ou rente fonciere ; la Vente , Donation,
Legs ou Echange des Heritages du Fief; la
Vente de partie du Fief à prix d'argent ,
avec rétention de devoir , le Jeu exceffif de
Fief, c'eft-à - dire, où l'Alienation excede les
deux tiers , & enfin ce que c'eſt que le Tiers
que
le Vaffal doit retenir.
,
Les Obfervations qui fuivent fur les Réunions
2664 MERCURE DE FRANCE
nions des Fiefs fervant aux Fiefs dominans
& des Cenfives aux Fiefs , & vice versa ,
expliquent d'abord ce que c'eft que cette
Réunion , fa caufe & fes effets , de quelle
manierè elle ſe fait , qui font ceux qui peuvent
réunir , & qui ont befoin de déclaration
expreffe pour ne pas réunir , les cas où la
Réunion fe fait de plein droit , celles qui fe
font par voye de fucceffion , par mariage &
pendant le mariage , enfin les differentes
difpofitions des Coûtumes fur cette matiere
.
Dans le quatriéme Traité ou Obſervations
fur les Corvées , l'Auteur fait voir que les
Corvées tirent toutes leur origine du Droit
Romain ; il traite enfuite des Corvées felon
le Droit François , tant du Pays de Droit
Ecrit , que du Pays Coûtumier ; il explique
de quelle maniere les Corvées s'acquierent ,
comment elles fe preſcrivent aux dépens
de qui elles fe font , où elles font dûës &
comment ; fi elles font dûës fans être demandées
, & fi elles tombent en arrerages ,
fi elles font fujettes à augmenter ou diminuer
, fi elles peuvent être cédées , & quelles
cauſes peuvent en exempter.
,
Le dernier Traité , qui eft celui des Bannalités
de Moulins , Fours , Preffoirs & autres
, explique ce que c'eft que Bannalité en
géneral , & les divers Droits de Bannalité ,
comNOVEMBRE.
2665 1739
comment ils s'acquierent , tant en Pays de
Droit Ecrit , que dans le Pays Coûtumier
quelles Perfonnes peuvent avoir le Droit de
Bannalité , fi ce Droit eft ceffible , comment
il fe peut perdre , quelles Perfonnes
en font exemptes : enfin , après avoir expliqué
en quoi confiftent les Droits de Bannalité
, il finit par quelques Obfervations fur
plufieurs Droits qui y ont raport , tels que
ceux de Boucherie Banniere , de Taureau &
Vereau Bannier , ceux de Ban à Moiffon ;
Ban de Vendanges , & Ban à Vin ; il obferve
que ces differens Droits dépendent des Titres
des Seigneurs.
,
Tels font les cinq Traités qui compofent
cette premiere Partie , lefquels font fur des
matieres affés neuves & fur lefquelles il
n'y avoit pas encore eû de Traités particuliers
ils renferment beaucoup de recherches
curieuses , l'Auteur y a traité un grand
nombre de Queftions , & la derniere Jurifprudence
cet Ouvrage , qui ne peut
qu'être utile au Public , a été fuivi de près
d'une feconde Partie , dont on donnera aussi
l'Extrait.
Il paroît depuis peu une Brochure de 63. pages
intitulée , la Henriade , traduite en Italien en Vers
Sciolti, par Paniaffe Cabiriano , Florentin , 1739. &
en effet par M. Nenci , Membre de plufieurs Académies
d'Italie & en > particulier de celle de
Rome ,
2666 MERCURE DE FRANCE
Rome ; Auteur de plusieurs Sonnets Italiens , inserés
dans ce Journal , lequel nous a communiqué
une Lettre de M. de Voltaire , écrite à un Envoyé
d'Italie en France , dans laquelle il s'exprime ainsi .
J'avois peur , Monsieur , qu'il n'entrât trop d'amour
propre dans le plaisir que m'afait la Traduction Italienne
de la Henriade de M. Nency ; mais puisque
vous en êtes content , je ne dois plus douter du jugement
que j'en ai porté, et je n'ai qu'à remercier l'Auteur
qui m'a embelli , &c.
On ne donne ici que le premier Chant , M. Nenci
fait espérer qu'il donnera bientôt les autres . Le prix
de l'Ouvrage entier sera de six livres , qui seront
payées en recevant le Premier Chant ; ceux qui
voudront se le procurer , prendront la peine d'en
faire donner avis à l'Auteur par le fieur Chaubert ,
Libraire , Quay des Augustins.
Pour ne rien laisser en arriere de tout ce qui pa
roît même dans la moyenne et petite Littérature ,
nous annonçons ici une nouveauté toute nouvelle ,
sur laquelle quelques Lecteurs malins ont déja ra -
pellé ce Vers de M. Pesselier , dans sa Comédie
d'Esope au Parnasse.
Il est cent nouveautés pour une chose neuve.
C'est une Brochure in - 8 °. - de 30. pages , qui se
vend rue S. Jacques , chés Briasson , et Quai de
Conti , chés Prault fils. Le prix est de 12 sols , sous
le titre de le Je ne sçais Quoi de vingt minutes .
Ce sont divers Morceaux de Poesie , et quelques
Lettres en Prose et en Vers , d'une tournure spirituelle.
Une Fable adressé à l'Auteur d'Esope au
Parnasse , termine ce Recueil. La voici,
LE
NOVEMBRE. - 1739. 2667
LE ROSSIGNOL DESABUSE
FABLE.
UN Rossignol Sexagénaire ,
Barbon plaintif et tout cassé ,
Ne trouvoit rien qui pût lui plaire ;
Il avoit des Vieillards la foiblesse ordinaire ,
Il plaignoit le présent et vantoit le passé :
Oui , disoit-il un jour , ce n'est point imposture ,
Les Rossignols chantoient autrement de mon temps,
C'étoit à la seule Nature
Qu'ils devoient leurs tendres accents :
Mais tout a bien changé de face !
Le ramage forcé des Oiseaux d'aujourd'hui
N'excite en nous que de l'ennui ,
Il nous morfond et nous glace .
Il achevoit ces mots , lorsque sous un ormeau
Qu'ombrageoit un vert feuillage ,
Un jeune et timide Oiseau
Le surprend par son ramage ;
Tout à la fois touchant , naturel et nouveau .
Ah ! s'écrie à l'instant , et charmé de l'entendre
Le Vieillard ravi par ses chants ;
Si dans un âge aussi tendre
Tu rends des sons si touchants ,
A quel triomphe heureux ne dois-tu pas prétendre ?
Oui , cher Oiseau , tu peux t'attendre
D'être un jour l'honneur de nos champs.
ENVOI
(2668 MERCURE DE FRANCE
ENVO I
C'est à toi , cher Ami , que s'adresse ma Fable
L'équité par mes mains t'offre ici mon encens.
Acceptes-en l'augure , il t'est trop favorable ,
Pour ne pas t'engager d'en pénetrer le sens.
On débite à Paris chés H. L. Guerin , l'aîné ;
rue S. Jacques , Mariette fils , et Coignard , une
nouvelle Edition de toutes les Oeuvres et Lettres
Spirituelles de feu M. de Fenelon , Archevêque de
Cambrai , en 4. Volumes in- 12 . exactement faite
sur la belle Edition que M. le Marquis de Fenelon
vient de faire publier en Hollande en deux Volumes
in-folio. L'Edition in - 12 , que nous annonçons est
proprement imprimée. On y a joint le Portrait du
célebre Auteur , gravé avec soin par le fieur Daullé.
Ces quatre Volumes se vendent 10. liv. ainsi on
peut se procurer pour un prix médiocre les mêmes
Ouvrages , dont le prix de l'Edition de Hollande
in -folio est de 100. liv.
On aprend de Rome , que le 19. du mois dernier
le Cardinal Querini fit distribuer au Sacré College
le dernier Volume des Ouvres de S. Ephrem ; et
qu'on vient d'achever l'impression d'un nouvel
Ouvrage du même Cardinal , intitulé Brixiana
Litteratura.
On aprend de Lisbonne que le 28. Septembre ,
l'épouse du nommé Benoît Martines , Habitant du
Bourg d'Alfonge , dans les environs de la Ville de
Chaves , accoucha d'un enfant qui avoit deux têtes
et qui mourut , peu après avoir reçû le Baptême .
>
Од
NOVEMBRE. 1739 2669
On aprend de Petesbourg , que l'Intendant des
Mines de Siberie a donné avis à la Czarine que les
Mines d'Argent qui ont été découvertes dans cette
Province , étoient très - abondantes ; que le métal
qu'on en tiroit étoit de très-bon aloy , & qu'on en
avoit déja affiné près de dix mille marcs qui avoient
été transportés à Tobolskoy,
On a fait apliquer à un Vaisseau de la Compagnie
des Indes , une Machine proposée par M. Pitot
, de l'Académie des Sciences , pour connoître
exactement la vitesse du Sillage des Vaisseaux à la
Mer ,,
par la comparaison des élévations de l'eau ,
dans des Tubes de cuivre , dont l'un a son ouver❤
ture en entonoir , tourné vers l'avant , et l'autre
mis simplement, pour indiquer la Flotaison du Vaisseau.
Le soin et l'exécution de cette nouvelle invention
, est confiée à M. Daprès de Mannevillette ,
premier Lieutenant du Fenthiévre , qui part bientôt
de l'Orient pour Pontichéry.
PRIX Littéraire fondé dans l'Académie
Royale des Inscriptions & Belles Lettres.
'Académie Royale des Inscriptions et Belles
L'Lettres , désirant que les Auteurs qui composent
pour le Prix , ayent tout le temps d'approfondir
les matiéres , et de travailler les sujets qu'elle
leur donne à traiter , a résolu de les publier beaucoup
plûtôt , et elle annonce dès- à présent, que le
Sujet qu'elle a arrêté pour le concours au Prix
qu'elle distribuera à Pâques 1741.consiste à examiner
et à déterminer combien de fois le Temple de Janus a
étéfermé depuis la Naissance de J. C. et en quel temps
cette cérémonie Payenne a cessé d'être en usage.
Le Prix sera toûjours une Médaille d'Or , de la
valeur de quatre cent livres.
Toutes
2668 MERCURE DE FRANCE
ENVO I
C'est à toi , cher Ami , que s'adresse ma Fable ;
L'équité par mes mains t'offre ici mon encens.
Acceptes-en l'augure , il t'est trop favorable ,
Pour ne pas t'engager d'en pénetrer le sens.
On débite à Paris chés H. L. Guerin , l'aîné ;
rue S. Jacques , Mariette fils , et Coignard , une
nouvelle Edition de toutes les Oeuvres et Lettres
Spirituelles de feu M. de Fenelon , Archevêque de
Cambrai , en 4. Volumes in- 12 . exactement faite
sur la belle Edition que M. le Marquis de Fenelon
vient de faire publier en Hollande en deux Volumes
in -folio. L'Edition in- 12, que nous annonçons est
proprement imprimée. On y a joint le Portrait du
célebre Auteur , gravé avec soin par le fieur Daullé.
Ces quatre Volumes se vendent 1o. liv. ainsi on
peut se procurer pour un prix médiocre les mêmes
Ouvrages , dont le prix de l'Edition de Hollande
in-folio est de 100. liv.
On aprend de Rome , que le 19. du mois dernier.
le Cardinal Querini fit distribuer au Sacré College
le dernier Volume des Ouvres de S. Ephrem ; et
qu'on vient d'achever l'impression d'un nouvel
Ouvrage du même Cardinal , intitulé Brixiana
Litteratura.
On aprend de Lisbonne que le 28. Septembre ,
l'épouse du nommé Benoît Martines , Habitant du
Bourg d'Alfonge , dans les environs de la Ville de
Chaves , accoucha d'un enfant qui avoit deux têtes ,
et qui mourut , peu après avoir reçû le Baptême.
Од
NOVEMBRE. 1739 2669
On aprend de Petesbourg , que l'Intendant des
Mines de Siberie a donné avis à la Czarine que les
Mines d'Argent qui ont été découvertes dans cette
Province , étoient très - abondantes ; que le métal
qu'on en tiroit étoit de très-bon aloy , & qu'on en
avoit déja affiné près de dix mille marcs qui avoient
été transportés à Tobolskoy.
On a fait apliquer à un Vaisseau de la Compagnie
des Indes , une Machine proposée par M. Pitot
, de l'Académie des Sciences , pour connoître
exactement la vitesse du Sillage des Vaisseaux à la
Mer , par la comparaison des élévations de l'eau ,
dans des Tubes de cuivre , dont l'un a son ouver❤
ture en entonoir , tourné vers l'avant , et l'autre
mis simplement, pour indiquer la Flotaison du Vaisseau.
Le soin et l'exécution de cette nouvelle invention
, est confiée à M , Daprès de Mannevillette ,
premier Lieutenant du Fenthiévre , qui part bientôt
de l'Orient pour Pontichéry.
PRIX Littéraire fondé dans l'Académie
Royale des Inscriptions & Belles Lettres.
'Académie Royale des Inscriptions et Belles
L'actes , désirant que les Auteurs qui composent
pour le Prix , ayent tout le temps d'approfondir
les matiéres , er de travailler les sujets qu'elle
leur donne à traiter , a résolu de les publier beaucoup
plûtôt , et elle annonce dès -à présent, que le
Sujet qu'elle a arrêté pour le concours au Prix
qu'elle distribuera à Pâques 1741.consiste à examiner
et à déterminer combien de fois le Temple de Janus a
étéfermé depuis la Naissance de J. C. et en quel temps
cette cérémonie Payenne a cessé d'être en usage.
Le Prix sera toûjours une Médaille d'Or , de la
valeur de quatre cent livres. <
Toutes
2670 MERCURE DE FRANCE
Toutes personnes , de quelque pays et condition
qu'elles soient , excepté celles qui composent ladite
Académie , seront admises à concourir pour ce Prix,
et leurs ouvrages pourront être écrits en François ,
ou en Latin , à leur choix . Il faut seulement les
borner à une heure de lecture au plus .
Les Auteurs mettront simplement une Devise à
leurs ouvrages ; mais, pour se faire connoître, ils y
joindront, dans un papier cacheté et écrit de leur
propre main , leurs nom , demeure et qualités , et
ce papier ne sera ouvert qu'après l'adjudication du
Prix .
Les Pieces , affranchies de tous ports , seront remises
entre les mains du Sécretaire de l'Académie
avant le premier de Décembre 1740.
La même Académie fit fa rentrée le 13. Novem
bre , par une Affemblée publique , à laquelle le
Cardinal de Polignac préfida.
M. Duclos ouvrit la Séance par un Memoire sur
les Epreuves par le Duel & par les Elémens , comsnunement
apellées Jugemens de Dieu par nos anciens
François .
M. de Foncemagne lut enfuite pour M. l'Abbé
Sevin , la Vie de Théophanes.
M. Freret lut pour M. Bonami un Memoire fur
l'étendue de l'ancienne Ville de Paris .
« M. l'Abbé Souchay , qui finit la Séance , lut un
Memoire fur l'origine des anciennes Sectes Philofophiques.
Le Samedi 14. Novembre , l'Académie Royale
des Sciences tint fon Affemblée publique , à laquelle
préfida M. Caffini , Directeur en année.
M. de Fontenelle fit lire par M. Morand , l'Eloge
de M. Dufay , Penfionaire , mort dans le dernier
Semeftre .
M
NOVEMBRE . 1739. 2671
M. de Réaumur lut enſuite un Memoire contenant
l'Hiftoire des Abeilles : ce Memoire doit être
imprimé inceffamment comme faifant une partie
curieufe de l'Hiftoire génerale des Infectes.
Après la lecture de ce Memoire , M. Morand lut
encore pour M. de Fontenelle, l'Eloge de M. Manfrédi
, Affocié Etranger , celebre Aftronome , mort
à Bologne , auffi dans le dernier Semestre.
ESTAMPES NOUVELLE S.
Petite Estampe en large que M. J. B. le Bas
vient de graver sous le titre de la Solitude , de la
même grandeur , d'un très - joli Paysage de D. Teniers
, du Cabinet de M. de Vaux. C'est le 19me .
Morceau que l'habile Graveur a mis au jour d'après .
cet illustre Maître. L'Estampe se vend chés M. le
Bas , rue de la Harpe , vis-à - vis la ruë percée , et
vis à vis la Sorbonne , même ruë , chés Ravenet ,
Graveur du Roy.
Voici la 38me Estampe que M. Moyreau mee
au jour d'après Wauvermans ; c'est un Paysage en
large , intitulé , Petite Chasse à l'Oiseau , d'une disposition
riche , variée et fort agréable . Le Tableau
original , de 31. pouces de large sur 20. de haut
est dans le Cabinet du Chevalier d'Orleans , Grand
Prieur de France . L'Estampe se vend chés Moyreau ,
ruë Galande , vis- à - vis S. Blaise.
On nous prie d'avertir que le Catalogue des Livres
& des Estampes de feu M. d'Hermand , Ingénieur
du Roy , eft imprimé & se diftribuë chés G.
Martin , Libraire , rue S. Jacques. >>
La suite des Portaits des Grands Hommes et des
G Personnes
2672 MERCURE DE FRANCE
Personnes Illustres dans les Arts et dans les Scien
ces , continue de paroître avec succès , chés Odieuvre
, Marchand d'Estampes , Quai de l'Ecole. I
vient de mettre en vente , toûjours de la même
grandeur.
S.
DAGOBERT , XIe Roy de France , mort
Denis le 17. Janvier 638. après 10 , ans de Regne ,
dessiné par Boizot , et gravé par G. Duchange.
BLAISE DE MONLUC , Maréchal de France ,
mort à Estillac , en Agenois , en 15:57 . âgé de 77 .
ans , peint par N. P. & gravé par P. A ,
JACQUES CALLOT , Dessinateur et Graveur , né
à Nancy en 1593. mort le 28. Mars 1635 .
VENCESLAS HOLLAR , Dessinateur et Graveur ,
né à Prague en Bohême , en 1607. mort en 1647 .
gravé par lui même.
CLOTAIRE II . Xe Roy de France , mort en 628 ..
après 44. ans, de Regne , dessiné par Boizot , er
gravé par G. Duchange.
JEAN REGNAULT DE SEGRAIS , de l'Academie
Françoise , né à Caen en 1625. mort le 25. Mars
1701 , peint par A. B. Flamen , et gravé par Mathei .
Nous aprenons de Naples , qu'on a trouvé à Portici
, en fouillant la terre , une Statue Antique de
Venus , et une Peinture à Fresque , représentant
Thesée , qui tue le Minotaure .
On nous assûre que M. Chycoineau , Premier
Médecin du Roy , ayant vû la guérison d'un grand
Prélat , qui avoit des Boutons , Rougeurs , et Dartres
au visage depuis plus de huit ans , lequel a gratifié
la Dame de Lestrade , ci - devant Mlle de Rezé , qui
l'a guéri , d'une Pension sa vie durant ; et que M.
Chycoineau ayant apris d'ailleurs la guérison de
plusieurs Personnes considérables , par les Reme.
des
Tendrement.
*
30
Λ
Jour
2674 MERCURE DE FRANCE
dôme sur la porte est un Tableau servant d'indication.
Le fiear Barriere , de retour d'Italie à Paris ,
vient de faire graver son troisiéme Livre de Sonnates
pour le ioloncelle. Il se vend à Paris , ruë
S. Honoré, à la Regle d'Or , et rue du Roule, ches
le Srie Clerc.
M. Masse , Pun des Vingt quatre de la Musique
de la Chambre du Roy ', vient de donner au Public ,
un secondLivre de Sonates à deux Violoncelles , qu'on
a reçû encófe ' plus favorablement que fe premier.
Il s'éforcera de plus en plus à plaire , par son apli
cation dans ceux quil fera.
t
CHANSON,
Dieux ! qui voyez toute ma peine ,
Je ne demande point que vous brișiez la chaîne
f Qui fait aujourd'hui mon tourment ,
y
Tircis n'aime que moi , pour lui seul je soupirëpo
Mais qu'il est dur de s'aimer tendrement
Et de ne pouvoir se le dire !
SI .
1 3
VAUDEVILLE,
)?
I vous voulez que je vous aime , ››
Pourquoi vous plaindre de l'Amour ?
N'est- ce pas empêcher vous-même
Que j'en puiffe avoir à mon tourn
MJ
Amis
THE W YORK
FUBLIC LIBRARY.
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS ,
THS
NOW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
LETVOX
AND
WILSON
FOUNDATIONAL
beauté ;
CONOVEMBRE. 1739. 2675
Amis , banniffons la trifteffe
Elle eft le poison de nos jours ,
Livrons nos coeurs à l'allegreffe
Que donnent les tendres Amours .
de dure diali un a
-"Que votre voix enchantereffe
Belle , vous captive des coeurs !
Que n'avez-vous de la tendreffe
Autant que vous causez d'ardeurs
tiostarmen 1
Si dans une amoureuse chaîne
La joye égale le désir ,
Avec vous , Belle Celimene
17
Grands Dieux , que j'aurois de plaisirs !
Aisément , dans un Vaudeville
On vous découvre son ardeur
Ah ! que n'est - il aussi facile
Iris , de toucher votre coeur !
1
1
} DAT .
G iij. CRYmout
THE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
AUTOR
, LETOX
AND
TRUDEL
POUZDAT.CAS
Deauté
NOVEMBRE . 1739.
2675
> Amis , banniffons la triſteffe
Elle eft le poison de nos jours ,
Livrons nos coeurs à l'allegreffe
Que donnent les tendres Amours.
-Que votre voix enchantereffe ,
Belle , vous captive des coeurs !
Que n'avez-vous de la tendreſſe
Autant que vous causez d'ardeurs è
૨૫
4ticstor
Si dans une amoureuse chaîne
La joye égale le désir ,
Avec vous , Belle Celimene
Grands Dieux , que j'aurois de plaisirs !
G 5
*
Aisément , dans un Vaudeville
On vous découvre son ardeur ,
Ah ! que n'est - il aussi facile
Iris , de toucher votre coeur !
-
DAT
el
G
2676 MERCURE DE FRANCE
SPECTACLES.
?
E 27. Octobre , l'Académie Royale de
Muique donna la premiere Représentation
de Momus Amoureux, Ballet , en un Acte,
ajoûté au Balet Héroïque de Zaide , qu'on
vient de quitter.
Cet Acte a parû bien écrit , on n'y a pas
trouvé ce que le Titre promettoit , & Momus
n'y a parû, ni Satyrique , ni amoureux ;
il eft vrai que Momus , qui s'annonce dès la
premiere Scene , ne promet que de l'amusement.
Voici comment il s'explique" dan's
Court Monologue :
Je rends grace au Maître des Dieux ,
De m'avoir interdit le séjour du Tonnerre !
L'ennui m'accabloit dans les Cieux ;
Je viens m'amuser sur la Terre .
Mais j'aperçois l'objet dont mon coeur eft épris ;
On me connoît ici sous le nom de Tirsis ;
Le Berger Lycidas s'empresse pour lui plaire ;
En seroit-il aimé ? pénétrons ce Myſtere.
Lycydas , qui donne une Fête à Philis , inite
toutes les Bergeres du Hameau à chan-
›r cette Reroere & à lui céder le prix de la
NOVEMBRE. 1739. 2677
beauté; il leur dit pour les consoler de cette
préférence, qu'elles peuvent lui être inférieures
en apas , sans ceffer de paffer pour belles .
Lycidas s'adreſſe à Philis même en ces termes.
C'eſt à vous que l'Amour a consacré ces Jeux ;
Malgré tous vos mépris , Lycidas eft fidelle ;
Sera-t'il toujours malheureux ?
Et serez-vous toujours cruelle
Philis trouve mauvais qu'il mêle le récit
de ses peines aux jeux qu'il veut bien lur
donner. Lycidas lui répond qu'il se flate de
vaincre son insensibilité par sa persévérance .
Philis lui ête cette espérance par ces Vers :
Qand on n'est pas aimé , sçachez que la conftance ,
Est la plus triste des vertus .
La suite de cette Scene n'est pas plus favorable
à Lycidas ; Philis le quitte, & compte
cette fuite pour une faveur , puisqu'elle
doit lui ôter l'amour qu'il a pour elle , en
lui ôtant l'espérance d'en être aimé .
Lycidas désespérant d'attendrir cette in
grate , se détermine à fuir d'un séjour si fatal
; voici les souhaits qu'il lui laisse pour
derniers adieux .
Je délivre vos yeux d'un objet qui les bleſſe ;
J'abandonne à jamais ces funeftes climats ;
G iiij
Amour
2678 MERCURE DE FRANCE
Amour , permets , s'il est possible ,
Qu'elle éprouve l'horreur d'aimer un insensible ;
C'est le suplice des ingrats.
L'Augure ne paroît pas vérifié ; Momus ;
sous le nom de Tirsis , feint seulement d'être
insensible , mais il ne l'eft pas en effet , puisqu'à
la fin d'une Scene entre Philis & lui , il
déclare à cette Bergere , qu'il ne s'eft montré
indifferent à ses yeux , que de peur d'avoir
le sort de Lycidas , qui n'a éprouvé que
mépris , pour avoir trop fait éclater son
amour. Cette derniere Scene n'a pas eû plus
de succès que la premiere , quoiqu'elle soit
très-joliment écrite. Tirsis se fait reconnoître
pour Momus , & pour terminer la Fête
il ordonne à deux de ses plus fideles Sujets
d'offrir à l'objet de son amour des jeux qu'il
avoit deſtinés pour les Dieux . La Dlle Barbarine
& le sieur Rinaldi- Fausan , executent
une Pantomime géneralement aplaudie . Ces
Danses , dont l'usage étoit presque inconnu
en France , ne ceffent d'attirer tout Paris , &
l'emportent sur les Piéces les plus intereffantes
, sur le plus grand cothurne & sur ce que
l'Opera a de plus grave & de plus noble.
•
Le 14. Novembre , les Comédiens Franz
çois donnerent trois Piéces nouvelles , d'un
Acte chacune en Prose , intitulées la Suivante
NOVEMBRE. 1739. 2679
vante Desinteressée , le Marie Egaré , & la
Meprise. Ces nouveautés , n'ayant pas été
goûtées du Public , n'ont eu qu'une représentation
. S
Le 21 , ils donnerent une petite Piéce
nouvelle en Vers & en un Acte , intitulée le
Retour de l'Ombre de Moliere , de laquelle
on parlera plus au long , ayant été reçûë favorablement
du Public.
Le même jour , les Comédiens Italiens
ouvrirent leur Théatre , après leur retour de
Fontainebleau , par une Comédie Italienne
en Prose & en trois Actes , intitulée , les
Fourberies d'Arlequin. Le Sieur Antonio Constantini
, originaire d'Italie , âgé d'environ
45. ans , jóia pour la premiere fois le rôle
d'Arlequin avec beaucoup d'intelligence &
de légereté. Cette Piéce eft composée d'un
continuel jeu de Théatre , de differens déguisemens
& de Lazzi , dans le goût Pantomi
me , dont l'execution a fait grand plaisir.
Les differens talens du nouvel Acteur , l'originalité
& la varieté de son jeu , font présu
mer qu'il remplacéra , au gré du Public
l'excellent Acteur que la Troupe vient de.
perdre.
Ce nouvel Arlequin " eft frere d'Angelo
Conftantini ; connu sous le nom de Mezetin,
Comédien de l'ancienne Troupe , & qu'on a
Gv vû •
2680 MERCURE DE FRANCE
vû ici sur le même Théatre au mois de Jan
vier 1729, jouer son même rôle de Mezetin,
dans la Comédie de la Foire S. Germain
Piéce de l'ancien Théatre Italien , jouée à
l'Hôtel de Bourgogne en 1695. Il s'en retourna
à Veronne Lieu de sa naissance , où
il eft mort peu de temps après. On a parlé
fort au long de cet excellent Acteur & de
ses talens , dans le Mercure de Fevrier 1729.
pag. 356.
Jean- Baptiste Constantini ; dit Octavo ; -
étoit encore un frere de Mezetin , & aussi
Comédien de l'ancienne Troupe , où il páaut
pour la premiere fois au mois de Novembre
1688. & y joua le premier rolle dans
la Comédie intitulée les Folies d'Octavio
dont presque tout le jeu de la Piéce consistoit
en differens déguisemens prompts &
legers , d'une grande vivacité , & tels , que le
Spectateur, à moins d'une grande attention,
étoit souvent trompé. Il étoit d'ailleurs grand
Musicien , & jouoit d'un grand nombre
d'Inftrumens ; il en donna des preuves dans
cette Comédie , dans laquelle il joua de la
Flûte , du Théorbe , de la Harpe , du Psalte
rium , du Cymbalum , de la Guittare & du
Hautbois , & à la seconde représentation de
la même Piéce , il y ajoûta un jeu d'Orgue .
Il chantoit & dansoit parfaitement bien. Il
eft mort à la Rochelle en 1724. dans un âge
trèsNOVEMBRE
. 1739. 2681
très - avancé. La Dlle de Belmont, aujourd'hui
Actrice de la Troupe Italienne , où elle a été
reçûë au mois de Mai 1729 , eft fille du Sr
Octavo , dont on vient de parler.
Ces trois freres , qui donnent lieu à ces
petites remarques , sont fils de Conftantino
Conftantini , dit Gradelin , aussi Comédien
de l'ancienne Troupe , lequel retourna à Veronne
sa Patrie , après la supression de cette
Troupe , au mois de Mai 1697.
Le Sr Raynaldi , un des plus excellens
Pantomimes qu'on ait vû à Paris , & qui a
fait tant de plaisir à la Cour & sur le Théatre
de l'Opera , a épousé la fille du Sr Constantini
; on assûre qu'elle a de grands talens
pour la danse , & qu'elle jouit d'une grande
réputation à Venise , où elle s'en est retournée
avec son Mari.
Le 28 , le même Acteur reparut dans une
autre Piéce Italienne en Prose & en trois
Actes , intitulée , Arlequin , Boufon de Cour,
& il joua le rolle d'Arlequin , fort au gré du
Public. Cette Piéce extrêmement Comique,'
avoit déja été jouée à Paris pour la premiere
fois le 20. Mai 1716. sur le Théatre du Palais
Royal , parce que les réparations qu'on faisoit
alors au Théatre de l'Hôtel de Bourgogne ,
ne furent achevées que le premier Juin suivant
, jour auquel les nouveaux Comédiens
Italiens commencerent d'y joüer. Cette Pié-
G`vj
ce
2682 MERCURE DE FRANCE
ce d'Arlequin, Boufon de Cour, connue sous
le titre Italien la Maggior gloria d'un Grande
, è il Vincer se steffo , fut la seconde Comédie
que les nouveaux Comédiens joüerent
à Paris sur le même Theatre du Palais Royal
Cette excellente Piéce , qui n'est guere condes
Amateurs du Théatre Italien
mériteroit bien de l'être davantage de tous
les gens de goût , c'est ce que nous tâcherons
de faire le mois prochain , par le moyen
nuë que
d'un Extrait.
Le 19. Novembre , l'Académie Royale de
Musique , donna la premiere représentation
de Dardanus , Tragédie , de laquelle nous
parlerons plus au long ; elle a été reçûë trèsfavorablement
du Public .
**********************
NOUVELLES ETRANGERES,
TURQUIE E T PERSE.
COPIE de deux Lettres , envoyées par
M.leBaron de Hochepied, Consul d'Hollande
à Smirne , à M. de Fontenu , son Beaufrere
, la premiere est datée de Surate le 4.
Avril 1739. elles sont traduites de l'Italien.
>
>
L
Es Hollandois ont armé une grande Flotte
deftinée à pourfuivre le Corfaire Angria , dans
la réfolution de le détruire , & de fe rendre Maîtres
de
NOVEMBRE 1739 2683
de Givea ; on n'a pas apris qu'ils ayent fait encore
aucun progrès , à caufe de la faiſon trop avancée
ayant pourtant intention d'augmenter leurs forces
contre ce Corfaire , torfque la Mouffon aura ceffé.
On apelle Mouffon , les Vents alifés ou reglés.
"
Schah Nadir fe trouve préfentement fur le Trône
de Delly , Ville Capitale du Mogol , après avoir
fait prifonnier le Roy Niffan Mulmutoch , avec Comerdin-
Kam , & autres Omrhas , ou Grands ; ce
qui a été fait par la trahifon de Saduć -Kam . Kam
Dorah attaqua d'abord l'Armée de Schah Nadir avec
3500. chevaux , & il fut tué après avoir combattu
avec la plus grande valeur; la plus confidérable partie
de fes Troupes fut auffi taillée en pieces , mais
Schah Nadir ne fe trouvant pas en état d'executer
fon deffein, employa la rufe , de concert avec Saduc-
Kam , lequel ayant fait une fauffe attaque , fe laissa
prendre prifonnier , & il propofa fa médiation
avec le Mogol, qui déja confentoit de céder à Schah
Nadir quelques Provinces, & de donner de l'argent
pour les frais de fon retour.
Ce Traité ayant été conclu , le Mogol donna un
grand repas à Schah Nadir , qui voulut le traiter
auffi à fon tour , mais le Mogol , prévenu de quelque
foupçon , avoit de la peine à s'y rendre , ce que
voyant Saduc-Kam , Niffam , & autres qui avoient
prémedité la trahifon , ils lui perfuaderent d'y aller .
A peine le dîné fut-il achevé , que tous ces Convives
furent arrêtés , & par-là , Nadir ſe mit en posseffion
de la Ville de Delly.
Quelques jours après , il arriva une grande conteftation
entre les Habitans & les gens de Schak
Nadir , ils en vinrent aux mains , & il y eut dans
cette occafion 400. hommes de Schah Nadir de tués,
dont ce Prince fut fi irrité , qu'il donna ordre à fes
Troupes de faire main - baffe fur les Habitans
&
2684 MERCURE DE FRANCE
& le Maffacre fut tel , qu'en deux jours de temps
il refta environ 200. mille hommes fur la place ,
fans compter le pillage , le facçagement & l'incendie
des deux tiers de la Ville , ce qui a causé ici
( à Surate ) une fi grande épouvante , que le Commerce
en eft entierement fuspendu & ruiné.
>
Les Guntui Rayas , Peuples de ce Royaume , fe
font affemblés au nombre de 400. mille hommes
& bien réfolus à ne point reconnoître Schah Nadir ,
ils font campés aux environs de Delly , à 15. lieuës
de la Ville , deforte que Schah Nadir fera obligé de
les combattre. On assûre qu'ils ont réfolu de perdre
plutôt la vie , que de ne pas venger la trahison
commiſe contre leur Roy .
De Baffora le 16. Juin 1739.
On aprend par le Prieur du Convent de Gambrun ,
qui vient d'arriver , que Thamas Kam , eft entré
dans la Ville de Delly, & a fait prifonnier le Mogol .
Le jour avant le départ de ce Prieur , on aprit
par les Barques des Indes , que Surate s'étoit rendu
à Thamas Kam , & qu'il avoit déja commencé à
faire battre Monnoye à fon Coin. Cette Monnoye
eft apellée , Rupis.
Il paroît que par Thamas Kam il faut entendre
Schah Nadir.
Selon les derniers avis reçûs de Conftantinople ,
plufieurs Pachas & quelques uns des principaux
Officiers du Serrail , qui auroient fouhaité la continuation
de la guere entre l'Empereur & le G : S. ont
fait tous leurs efforts pour empêcher que S. H. ne
ratifiât le Traité de Belgrale , & ils ont tâché de
l'ind ifpofer contre le Grand Vifir , en infinuant que
ce Premier Miniftre n'avoit pas profi é de tous les
avan tages qu'il pouvoit retirer de la fituation des
affair es en Hongrie , qu'il avoit commis une faute
capitale
NOVEMBRE 1739 2685
capitale , en négligeant de faire paffer la Save à un
Corps de Troupes Ottomanes , & qu'il auroit dû
infifter davantage , pour que les nouvelles fortifications
de Belgrade ne fuffent pas démolies. Le Mufti ,
leKaimacan & le Keislar Aga , ont pris avec vivacité
la défenſe du G. V. & leur avis a prévalu fur celui
de leurs adverfaires .
RUSSIE.
Epuis qu'on a apris que les Habitans de Jaffy
avoient ouvert les portes au Comte de Munich
, & que la Moldavie étoit entierement foûmife
à la Czarine , on a reçû le détail fuivant .
L'Armée s'étant mife en marche le 4. Octobre
pour s'avancer vers le Pruth , elle campa le soir du
même jour dans les environs du Village de Thathufen
, & le Comte de Munich fit conftruire près
de ce Village une Redoute , pour assurer la communication
avec Choczin . On àmena au Camp
cinq Piéces de canon , un mortier , & une grande
quantité de bombes & de boulets , que les Turcs
avoient abandonnés. Plufieurs Valaques vinrent
demander d'entrer au fervice de la Czarine , & ils
raporterent que les Troupes ennemies s'étoient refirées
de l'autre côté du Pruth.
Le lendemain , le Prince Cantimir , à la tête de
200. Grenadiers à cheval , de 1000. Dragons , &
de roo . Huffards , alla reconnoître les bords de
cette Riviere, & le Comte de Munich reçût des Députés
que la Nobleffe du Palatinat de Podolie lui
énvoyoit , pour le féliciter fur la prife de Choczin
& fur la victoire qu'il remporta le 27. du mois
d'Août.
On reçût avis le 6. que le Prince Cantimir avoir
paffé le Pruth près de Schewky, & que le 7. l'Armée
s'étant
2686 MERCURE DE FRANCE
s'étant aprochée de cette Riviere & ayant jetté trois
Ponts , les Dragons la pafferent. Le 9. ils furent
fuivis de toute l'Armée .
Le Prince Cantimir , qui s'étoit avancé à deux
lieues de Jaffy , avec fon Détachement , ayant
mandé le 10. au Comte de Munich , que l'Hospodar
Gregoire Gika en étoit forți la veille avec tous
fes adherens , le Comte de Munich marcha vers
cette Place avec les Dragons , les Colaques & les
Calmouques .
Le jour fuivant, les Etats de Moldavie envoyerent
une Députation à ce Géneral , pour le prier de les
recevoir fous la domination de la Czarine . Il renvoya
le 13. les Députés avec une Lettre pour les
Etats de la Province , & le même jour on fut informé
que le Prince Cantimir étoit entré le 12 ,
dans Jaffy , avec le Corps qu'il commandoit.
Le 14. l'Armée continua fa route vers Jaffy , &
lorfqu'elle fut arrivée à la vûë de la Ville , les Etats
de Moldavie , accompagnés de plufieurs Fufiliers ,
qui , en aprochant de la Tente du Comte de Munich
, mirent bas leurs Armes , ployerent leurs
Drapeaux, & vinrent à la rencontre de ce General ,
pour l'assûrer de leur foumiffion. L'Archevêque de
Jaffy , qui porta la parole , implora , au nom des
Etats , la protection de S. M. Cz. & il donna de
grands éloges aux vertus de cette Princeffe , & à la
valeur des Troupes Moscovites. Il conduifit enfuite
le Comte de Munich au Palais de l'Hofpodar , &
ce Géneral, en entrant dans la Ville , fut falué d'une
décharge génerale de l'Artillerie des Remparts .
Le 16. on convint des conditions auxquelles la
Czarine recevoit la Moldavie fous la protection , &
le 17. le Comte de Munich donna les ordres nécessaires
pour la sûreté de la Ville de Jaffy. ·
La Czarine ayant reçû une Lettre , par laquelle
l'Empereur
NOVEMBRE. 17398 2687
P'Empereur lui témoigne fon mécontentement de
la conduite que lé Feldt-Maréchal Comte de Wallis
& le Comte de Neuperg ont tenue par raport à
l'execution des Articles Préliminaires de la Paix ,
fignés par le dernier au Camp du Grand Vifir devant
Belgrade , Sa Majefté Czarienne a fait réponse
à l'Empereur , qu'elle n'attribuoit ce qui eft arrivé
dans cette affaire , qu'à un concours d'accidens imprévûs
, & qu'elle étoit très - éloignée d'imputer à
S. M. I. les fautes que fon Géneral & fon Ministre
Plénipotentiaire ont commifes ; qu'elle exhortoit
l'Empereur à modérer le chagrin qu'il paroît en
reffentir ; que cet évenement, ni aucun autre de pareille
nature,ne feroient capables de diminuer fa confidération
& fon attachement pour S. M. Imp. &
qu'elle la prioit d'être perfuadée du défir vif &
fincere qu'elle a de refferrer de plus en plus les
liens qui les uniffent enſemble.
Le bruit court que le Comte de Munich a retiré
la Garnifon qu'il avoit mife dans Jaffy , Capitale
de la Moldavie , & que la Czarine lui a envoyé ordre
de faire fauter les Fortifications de Choczin .
Ce Géneral eſt toujours dans cette dernière Place,
où il a fait publier la Paix entre la Czarine & le
Grand Seigneur.
On mande de Pétersbourg , que S. M. Cz . avoit
ratifié les Articles fignés par fon Miniftre Plénipotentiaire
le 18. du mois de Septembre dernier au
Camp des Turcs devant Belgrade , & que M. Wisnakow,
ci -devant Réſident de la Czarine à Constantinople
, partit le 29 , Octobre , pour y porter la Ratification
de S. M. Cz,
POLOGNE
1688 MERCURE DE FRANCE
&
POLOGNE .
Es Lettres des Frontieres marquent que le
Grand Vifit a envoyé un Aga au Kan de Crimée
, pour lui donner avis que la Paix étoit conclue
entre le Grand Seigneur & la Czarine , & pour lui
recommander de la part de Sa Hauteffe , d'empêcher
que les Tartares de Crimée ne fiffent aucune entreprise
qui put troubler la bonne intelligence entre
les deux Puiffances . Le Grand Vifir a fait fignifier
la même chofe au Sultan de Bialogrood & au Séraskier
de Budziack .
ALLEMAGNE.
Na apris de Vienne , que le Traité définitif
de Paix , qui a été figné le 18. Septembre par
Je Grand Vifir & par le Comte de Neuperg dans le
Camp des Turcs devant Belgrade , a été rendu public.
On a imprimé avec ce Taité un Acte que le
Comte de Neuperg remit au Grand Vifir le même
jour de la fignature , & par lequel l'Empereur déclare,
qu'en faifant la Paix avec le Grand Seigneur ,
il ne prétend pas déroger à l'alliance qu'il a contracté
avec S. M. Czarienne.
Les difficultés au ſujet de l'interprétation d'un des
Articles du Traité de Paix , qui concerne les Limites
de la Bofnie , ne font pas encore levées , & l'on
assûre que S. M. I. a fait écrire au Marquis de Villeneuve
, Ambaffadeur de France auprès du Grand
Seigneur , pour le prier d'employer les bons offices
afin de terminer cette affaire .
On mande de Breslaw , que les Commiffaires
nommés par l'Empereur & par le Roy de Suefaire
les informations , pour néceffairess au
fujet de l'affaffinat du Baron de Sinclair , avoient
de
reg
NOVEMBRE . 1739 2689'
reçû les dépofitions de diverfes perſonnes touchant
la figure & l'habillement des Etrangers qui ont arrê
té ce Major dans les environs de Nawbourg , &
qu'ils avoient déja donné part à leurs Cours de ce
qu'ils avoient découvert à ce fujet.
Le Memoire que le Feldt- Maréchal Comte de
Wallis a envoyé au Confeil de Guerre , pour le justifier
des fautes qu'on l'accuse d'avoir commis dans
ce qui regarde la ceffion de Belgrade , porte que le
Comte de Neuperg , avant que de fe rendre au
Camp des Turcs , lui avoit donné part des Pleins
Pouvoirs qui lui avoient été envoyés par l'Empereur,
pour traiter de la Paix avec le Grand Vifir , &
par lefquels il étoit autorisé à regler & à conclure
ce qu'il jugeroit être convenable pour l'interêt de
S. M. I , fans avoir befoin d'une nouvelle permiffion;
que par ces Pleins Pouvoirs le Comte de Neuperg
avoit été rendu feul refponfable de tout ce qui concernoit
fa , négociation, & des fuites qu'elle pouvoit
avoir ; que le Comte de Neuperg , en lui communiquant
fes Pleins Pouvoirs , lui avoit remis une Déclaration
, fignée par lui & par trois Officiers Géneraux
, dans laquelle il disoit formellement que fi
les Articles dont il conviendroit avec le Grand Vi→
fir, n'étoient pas conformes aux intentions de l'Empereur
, ce ne feroit qu'à lui qu'on pourroit s'en
prendre , & que le Comte de Wallis ne répondroit
en rien de la négociation , qui ne pourroit lui être
imputée à faute , fi Sa Majefté Impériale n'étoit pas
contente des Articles qui auroient été fignés.
Le Confeil de Guerre s'eft affemblé plufieurs
fois depuis trois femaines , pour donner une der
piere décifion fur l'affaire du Comte de Seckendorff,
On prétend que fa liberté ne depend plus que de la
réponse qu'on recevra de lui fur quelques condisions
qu'on juge à propos de lui impofer..
On
2690 MERCURE DE FRANCE
On écrit de Dresde , que le premier de ce mois,
le Prince , dont la Reine de Pologne , Electrice de
Saxe , eft accouchée depuis peu , fut baptifé au
Château de Hubertsbourg , & que cette Ceremonie
fut faite en préfence de Leurs Majeftés dans la Chas
pelle du Château , par le Pere Ligeritz , Confeffeur
du Roy. Ce Prince , qui a été nommé Clément
a été tenu fur les Fonts , au nom du Pape , par le
Nonce de Sa Sainteté ; au nom de l'Electeur de Baviere
, par le Prince Augufte Albert , & au nom de
l'Archiducheffe Léonore Wilhelmine , par la Ducheffe
de Saxe Weffeinfels .
I
Après la Céremonie ; les Seigneurs & Dames dé
la Cour , baiferent la main à la Reine , à l'occafion
de for Heureux rétabliſſement. Le même jour Leurs
Majeftés dînerent en public avec les Princes & Princeffes
de la Famille Royale & Electorale , & eiles
admirent à leur table les Miniftres Etrangers &
plufieurs autres Perfonnes de diftinction des Nations
Saxone & Polonoife .
On chanta l'après midi le Te Deum dans la Cha
pelle du Château de Hubertsbourg , au bruit des
Fanfares , des Trompettes & des Hautbois, & L. M.
y affifterent. Il y eut pendant le Te Deum plufieurs
falves d'Artillerie , & les Compagnies du Régiment
des Gardes à pied , qui étoient à Hubertsbourg , firent
trois décharges de moufquetérie . Le foir la
Reine tint Apartement , & il y eut Jeu & Concert.
On célebra le 3. à la Cour , avec beaucoup de
magnificence , la Fête de S. Hubert. Tous les Seigneurs
portoient l'habit uniforme de l'Equipage du
Roy pour le Cerf, lequel eft jaune , avec des paremens
bleux , & des galons d'argent. Les Dames
étoient en habits d'Amazones , & portoient le même
uniforme. Au retour de la Chaffe , L. M. fe
mirent à table , & il y eut un Concert pendant le
repasa
NOVEMBRE. 1739 2692
repas , après lequel on commença le Bal , qui dura
jufqu'à minuit.
ITALI E.
N écrit de Rome , que quelques divifions
étant furvenues dans la République de Saint
Marin , & l'une des deux Factions , qui s'y font formées
, ayant offert de fe foumettre fous la domination
du S. Siége , pour éviter de fuccomber fous la
Faction contraire le Cardinal Alberoni eft entré
dans cet Etat avec 300. Soldats & 40. Sbirres , &
qu'il a pris poffeffion de la Ville de Saint Marin au
nom du Pape , qui a envoyé ordre d'y convoquer
une Affemblée generale du Confeil & du Peuple ,
pour fçavoir quelles font leurs difpofitions à cet
egard , & pour rendre à la République fon ancienne
liberté , fuposé que le plus grand nombre des
Habitans ne fut pas dans Pintention de fe fumet
tre au S. Siege !!
•
2
Sur les dernieres nouvelles qu'on a regues de ces
affaires , le Pape a envoyé ordre au Cardinal Albefoni
de fe retirer des Terres de cette République
& d'en faire fortir les Troupes avec lesquelles
avoit pris poffeffion de la Ville , & M. Lanti , Pré-,
fident d'Urbin , a été nommé Commiffaire Apofto
Hque par Sa Sainteté , pour aller reconnoître quelles
font les difpofitions de la plus faine partie des
Habitans .
L
On a apris en dernier lieu que M. Lanti s'eft excusé
d'aller à Saint Marin, en qualité de Commiffaire
Apoftolique. On parle à Rome d'y envoyer M.
Banchieri , ou quelques autre Prélat de la
Congrégation de la Confulte. Le Cardinal Alberoni
, conformément aux ofdres qu'il a reçûs du Pape,
a faid fortir des Terres de cette République les Soldats
& les Sbirres qui l'y avoient accompagné,
2692 MERCURE DE FRANCE
LISTE DE CORSE,
N aprend de la Baftie , qu'à préfent toute l'Iſle
eft entierement défarmée , & que l'on y joüit
de la même tranquillité , que s'il n'y avoit jamais
eû de révolte . Il ne refte plus de l'autre côté des
Montagnes qu'une troupe de 25. ou 30. Bandits ,
parmi lesquels on croit que s'eft réfugié le Baron
de Troft , de la mort duquel la nouvelle ne s'eft pas
confirmée, On compte qu'il s'embarquera à la pre
miere occafion qu'il trouvera de fortir de l'ife , ne
pouvant tenir la Campagne avec ce petit nombre
de desesperés.
Il arrive journellement des Felouques de Porto-
Longone à la Baftie, & dans d'autres Ports de Corse
four y prendre les Insulaires qui veulent entrer au
ervice des Rois d'Efpagne & des deux Siciles.r
Quelques Compagnies du nouveau Régiment
Royal Corfe , que S. M. T. C. prend à fa folde
s'embarqueront inceffamment à la Baftie & l'on a
équipé deux Bâtimens pour les tranfporter enFrance
, d'où l'on attend. d'autres Vaiffeaux pour y renvoyer
les Haflards....
On a apris en dernier lieu de l'Ile de Corse, que
le Prévôt de Ziccaro , lequel a reçi ordre de fortir
de l'ille , s'eft embarqué avec cinq autres Chefs des
Rebelles , fur la Felouque qui porte les Lettres de
la Baftie à Livourne.
ROYAUME DE NAPLES.
)
Es Magiftrats de Naples ont reçû ordre de faire
Préparer diverses Fêtes pour le Mariage de Mus
dame de France avec Don Philipe , Infant d'Efpa
gne , & le Roy a fait remettre une fomme au Prin➡
ce de la Rocca Filomarini , foh Ambaffadeur à la
Cour
NOVEMBRE 1739. 269
Cour d'Espagne , pour les dépenfes que ce Miniſtre
fera obligé de faire à cette occafion .
Le Duc de Caftro Pignano , que le Roy a nom
mé fon Ambaſſadeur à la Cour de France , partit le
17. Octobre , avec la Ducheffe fon Epoufe , pour
fe rendre à Paris .
Le 18. pendant qu'on travailloit à creuser la ter
re à la Grotta , une partie de la Montagne ſe détacha
, & feize Ouvriers furent écrasés.
ESPAGNE,
Adame de France , Epoufe de l'Infant Don
M.Philipe , étant arrivée à Pampelune le 14
Octobre , elle fut reçûë à la porte de la Ville par le
Gouverneur , à la tête de la Nobleffe & des Principaux
Officiers de la Garnifon , & la nuit fuivante
il y eut des Feux & des Illuminations dans toutes
les rues.
Le lendemain, le Confeil de Navarre & le Corps
deVille, eurent l'honneur de lui rendre leurs refpects
& l'après midi , vers les trois heures , elle fe rendit
à l'Eglife Cathédrale , où elle affifta au Te Deum.
Cette Princeffe vit enfuite un Combat de Taureaux,
& le foir on tira un très- beau Feu d'artifice dans la
Place , vis - à - vis le Palais .
Le 16.Madame continua sa route , pour fe rendre
à Guadalaxara , & dans tous les Lieux où elle a paffé
depuis Pampelune jusqu'à cette derniere Ville , les
Habitans fe font empreffés de lui donner des marques
de la joye que leur infpiroit fa préfence .
Le Duc de Solferino , Grand Maître de la Maifon
de cette Princeffe , a dépêché tous les jours
des Couriers au Roy , pour lui en donner des
nouvelles , & L. M. ayant apris qu'elle devoit coucher
à Guadalaxara le 24. la Cour partit le 23. da
Buen Retiro , pour aller l'attendre à Alcala.
2694 MERCURE DE FRANCE
Madame , en paffant par Guadalaxara , rendit
vifite à la Reine Premiere Douairiere , qui la reçur
avec de grandes démonftrations de tendreffe.
Le 25. au matin , Madame partit de Guadalaxara
'dans un caroffe que le Roy a fait faire à Paris pour
P'ufage de cette Princeffe , & qui étoit accompagné
de dix-fept autres caroffes , que L. M. avoient envoyés
au devant d'elle ; & à quatre heures du foir
elle arriva à Alcala.
Dès que L. M. furent averties qu'elle entroit
dans le Palais , elles allerent avec le Prince & la
Princeffe des Afturies , les Infants & les Infantes
la recevoir fur l'efcalier. Le Roy & la Reine l'embrafferent
plufieurs fois , & le Roy lui préfenta l'Infant
Don Philipe , qui l'embraſſa aufli , & dont l'exemple
fut fuivi par le Prince & la Princeffe des
Afturies , par l'Infart Cardinal , & par les Infantes.
Madame fut conduite par le Roy dans l'Apartement
de la Reine , & le Patriarche des Indes don
na à Madame & à l'Infant Don Philipe , dans la
Chambre de la Reine , la Benediction Nuptiale , en
préſence de L. M. & des Princes & Princeffes de
la Famille Royale.
Tous les Ambaffadeurs affifterent , ainfi que les
principaux Seigneurs & les Dames de la Cour , à
cette Céremonie, après laquelle les Miniftres Etrangers
& les Grands , furent admis à baiſer la main
de L. M. & aux Princes & Princeffes , tant à l'occasion
du Mariage de l'Infant Don Philipe , que
pour l'Anniverfaire de la Naiffance de la Reine ,
qui entroit ce jour- là dans la 48e année de fon âge.
A cinq heures , L. M. pafferent dans le Cabinet
de la Reine , où elles demeurerent pendant quelque
temps avec les Princes & Princeffes de la Famille
Royale, qui accompagnerent enfuite Madame
A l'Apartement qu'on lui avoit préparé . Ils firent
chacun
NOVEMBRE. 1739 2695
[
chacun leurs préfens à cette Princeffe , & aprèsqu'ils
fe furent retirés , Madame quitta fon habit
de Cour. Cette Princeffe demeura dans fon Apar-
'tement jufqu'à fix heures & demie , qu'on vint l'avertir
de fe rendre chés la Reine , où Farinelli &
quelques autres Muficiens executerent une Cantate
, dont les paroles a oient été composées fur
le Mariage de Madame & de l'Infant Don Philipe."
Le foir , la Ville d'Alcala fit tirer un Feu d'artifice
, dont la magnificence répondoit à l'éclat de la
Fête qui en étoit l'objet ; toutes les maifons de la
Ville furent illuminées, & dans les principales ruës
on avoit placé des Arcs de triomphe , décorés &
éclairés avec autant de goût que de dépenfe .
Lorfque L. M. & Madame eurent vû le Feu &
vifité les principales Illuminations , elles fouperent
dans l'Apartement de cette Princeffe , avec les Princes
& Princeffes de la Famille Royale. Après le
repas , Madame & l'Infant Don Philipe pafferent
chacun dans leur Apartement , pour fe deshabiller .
Le Roy donna la chemife à l'Infant Don Philipe
l'ayant reçue des mains du Prince des Afturies , à
qui elle fut préfentée par le Comte de Perelada ,
Premier Gentilhomme de la Chambre de l'Infant ;
le même céremonial fut obſervé par la Reine à l'égard
de Madame , dans l'Apartement de laquelle
Infant Don Philipe entra , après que la Reine l'eut
mandé . L. M. fe retirerent enfuite dans leurs
Apartemens. 41
Le 16. au matin , l'Infant Don Philipe présenta
à Madame une parure de Diamans , & la Reine en
envoya à cette Princeffe une autre , qui ne cede point
à celle que Madame a reçûë à S. Jean Pied - de - Port
de la 'part de L. M.
Avant le dîné , L. M. reçûrent les complimens du
Corps de Ville & de l'Univerfité d'Acala , & l'après
H midi,
2696 MERCURE DE FRANCE
midi, elles allerent avec le Prince & la Princeffe des
Afturies , les Infants et les Infantes , à l'Eglise de
S. Jacques , pour remercier Dieu du rétabliffement
de la fanté de PInfante Dona Marie Thérefe, après
quoi elles virent tirer le Feu d'artifice que le Roy
avoit ordonné qu'on préparât dans la Place vis -àvis
le Palais , et dans lequel on n'a rien oublié pour
en faire un des plus beaux Spectacles qu'on pût
donner en ce genre.
+
Le Roy a nommé Grands d'Espagne de la premie,
re Claffe , le Comte de la Marck, Ambaſſadeur Extraordinaire
du Roy de France à la Cour d'Espagne;
le Prince de la Torella , ci devant Ambaſſadeur du
Roy des deux Siciles à la Cour de France ; et le
Marquis de Saint Jean , Premier Ecuyer de S. M.
& l'un de fes Gentilshommes de la Chambre .
On a apris de Madrid , que L. M. accompagnées
du Prince et de la Princeffe des Afturies et des autres
Princes et Princeffes de la Famiile Royale y arriverent
d'Alcala avec Madame de France le 27. Octobre
, et qu'étant allés en droiture par les Jardins du
Palais du Buen Retiro à l'Eglife des Dominicains de
N. D. d'Atocha , elles y affifterent au Te Deum , qui
fut chanté par la Mufique.
Entre fix et fept heures du foir , elles fe rendirent
au Palais , & des fenêtres du grand Salon , elles virent
tirer le Feu d'artifice que le Roy avoit ordonné
de préparer à l'occafion de l'arrivée de Madame
de France. Cette nuit et les deux fuivantes , la Place
vis- à- vis le Palais fut illuminée avec beaucoup de
magnificence , et il y eut des Feux et des Illuminations
dans toute la Ville.
Le 28 il y eut Fête à la Cour pour l'Anniverſaire
de la Naiffance de la Reine , Premiere Douairiere ,
& Madame de France reçut , ainsi que l'Infant Don
Philipe , les Complimens de la principale Nobleffe
Lux
NOVEMBRE. 1739. 2697
fur fon arrivée et fur fon Mariage. Ce Prince &
cette Princeffe fe promenerent le même jour en caroffe
dans les rues , pour le faire voir au Peuple ,
qui témoigna fa joye par fon empreffement à fe
trouver fur leur paffage , et par fes acclamations
réïtérées .
On executa le 26. en préſence de L. M. & des
Princes et Princeffes de la Famille Royale , fur un
Théatre , qui avoit été dreffé dans le grand Salon
du Palais, un Opera, dans lequel Annibal Pio Fabri,
Gaëtan Majoran Caffarelle , et les Dlles Anne Peruzzi
, et Lucie Fachinelli , jouerent les premiers Rôles
; & les Officiers commis à la garde des portes
eurent ordre de ne laiffer entrer que les Ambaſſadeurs
& les Miniftres Etrangers , les Grands , les
principaux Officiers de la Maiſon du Roy & les Dames
du Palais.
Le foir , la Ville fit tirer fon Feu d'artifice , & elle
s'eft diftinguée en cette occafion , ainfi que dans
toutes les autres , par la grande dépense qu'elle a
faite , pour marquer fon zele & fon attachement à
la Famille Royale.
Le 4. de ce mois au foir , le Roy & la Reine fe
rendirent avec le Prince & la Princeffe des Afturies,
- l'Infant Don Philipe & Madame de France , au Pa
lais du Buen Retiro , où L. M. affifterent à une Repréfentation
d'un Opera , intitulé , Pharmace , laquelle
ne laiffa rien à défirer , tant pour la beauté
des voix , que pour la magnificence avec laquelle
la Sale étoit décorée.
Le 7. la Ville fit tirer dans la Place vis -à- vis le
même Palais un Feu d'artifice , qui repréfentoit une
efpece de Combat naval , et qui ne ceda , ni pour la
quantité , ni pour la varieté de l'artifice au premier
Feu dont la Ville avoit donné le Spectacle à L. M.
·La Place du Palais du Buen Retiro fut entierement
Hij illuminée
2698 MERCURE DE FRANCE
illuminée la nuit du 7. au 8. ainſi qu'elle l'avoit été
fes deux précedentes.
Le Comte de la Marck , Ambaſſadeur Extraordinaire
du Roy de France , donna le 8. une Fête à
Poccafion du Mariage de Madame de France , mais
une forte pluye , qui furvint le foir , empêcha qu'on
ne tirat le Feu d'artifice qu'il avoit fait préparer dans
la ruë d'Alcala , vis -à- vis du Prado , afin que L.M.
puffent le voir du Palais de Buen Retiro .
Le 9. il y eut chés cet Ambaffadeur un grand Bal ,
auquel il invita tous les Miniftres Etrangers , ainfi
que tous les Seigneurs & Dames de la Cour.
On a reçû avis que le Roy de la Grande Bretagne
avoit fait augmenter confidérablement les Fortifications
de Gibraltar , qu'on avoit ajoûté deux
demi Baftions à l'Ouvrage à corne , qui eft fur la
hauteur , qu'une partie des Remparts avoit été revêtue
de maçonnerie , et que les Anglois avoient
conftruit du côté de la Mer plufieurs nouvelles Re.
doutes.
L
GRANDE - BRETAGNE,
E 31. du mois dernier , le Duc de Newcaſtle ,
Secretaire d'Etat , manda au Lord-Maire , par
ordre du Roy , de faire publier le 3. de ce mois
dans les principales Places de Londres la Déclaration
de Guerre contre l'Espagne , et il a été ordonné
à la quatrieme Compagnie des Gardes du Corps
et à la premiere des Grenadiers à cheval d'accompagner
le Grand Héraut d'Armes dans cette fonction.
{
Cette Déclaration fut publiée au jour marqué à
Londres devant la principale porte du Palais de
Saint James , à Charing Croff , au bout de la rue
de la Chancellerie , dans Cheapfide & à la Bourse.
Elle
-
NOVEMBRE. 1739 2699
Elle porte que le Roy étant obligé pour l'honneur
de fa Couronne & l'interêt de fes Sujets , de leur
assûrer la liberté de la Navigation & du Commer→
ce , & de tirer raiſon des vexations qu'ils prétendent
avoir fouffertes de la part des Gardes- Côtes Espagnols
, & S. M. ayant confiance dans la protection
du Tout-Puiffant , qui connoît la droiture de fes
intentions , Elle a jugé à propos de commencer les
actes d'hoftilité , & qu'Elle compte fur l'affiftance
de fes Peuples dans une caufe où la Nation eft fi
intereffée , & où il s'agit du maintien de plufieurs
Traités , objets fi importans pour le bonheur de
l'Angleterre , que le Roy eft réfolu de les foûtenir
de tout fon pouvoir ; que S. M. ordonne à tous les
Géneraux & Commandans de fes Troupes , aux
Commiffaires d'Amirauté , aux Lieutenans des diférens
Comtés , aux Gouverneurs & aux Garnifons
des Fortereffes , & à tous les Officiers & Soldats de
fes Troupes , d'attaquer les Espagnols partout ou
ils les trouveront , & de s'opofer à leurs entreprifes
; qu'Elle enjoint particulierement à fes Sujets ,
d'avertir toutes perfonnes , de quelque Nation qu'el
les foient , de ne tranfporter ni Soldats , ni Munitions
de Guerre dans aucun Lieu de la dépendance
du Roy d'Espagne , déclarant que fi l'on s'empare
de quelque Bâtiment qui ait à bord des Troupes
des Armes ou des, Munitions de Guerre , deftinées
pour les Etats de S. M. C. ils feront jugés de bonne
& légitime prife.
On a publié la même Déclaration dans les prin
cipales Villes & dans tous les Ports de ce Royaume.
Il a été réfolu de mettre encore en Commiffion
deux Vaiffeaux de Guerre du premier rang , trois
du fecond , fept du troifiéme , & quelques autres
de moindre importance.
H iij HOL1700
MERCURE DE FRANCE
HOLLANDE & PAYS - BAS.
Es Etats Géneraux des Provinces Unies ont
Lécritune Lettre au Roy de la Grande Bretagne
pour l'affûrer qu'ils ont reçû avec toute la reconnoiffance
imaginable les proteftations réïterées que
M. Horace Walpool leur a faites , en prenant congé
d'eux , de l'affection conftante de S. M. Br. pour
cetre République ; que ces proteftations étoient exprimées
avec des termes fi forts & fi énergiques ,
qu'elles ne leur ont rien laiffé défirer à cet égard ;
que comme M. Horace Walpool les a convaincus
des fentimens favorables du Roy d'Angleterre , ils
fe flatent que ce Miniftre , à fon retour à Londres
n'aura pas été moins éloquent pour témoigner à
S. M. Br. la haute eftime & le refpect fincere qu'ils
ont pour elle , auffi bien que la part qu'ils prennent
aux interêts de fa Couronne , & à la profperité de
fon Gouvernement ; qu'ils ont une fi parfaite confiance
dans la droiture de M. Horace Walpool ,
dont la perfonne leur a été infiniment agréable ,
qu'ils fe repofent volontiers fur ce qu'il dira att
Roy de la Grande Bretagne touchant cet article ;
qu'ils regrettent beaucoup cet Ambaffa deur , ayant
Toujours regardé comme un très grand avantage
d'avoir auprès d'eux un Miniftre comme lui , doué
de talens extraordinaires , d'une vafte capacité , &
d'une prudence confirmée par une longue expérience
; qu'il en a donné des preuves dans toutes
les affaires qu'il a eu à traiter avec la République ,
& qu'on a toujours remarqué fon zele pour S. M.
Br. & fon empreffement à cultiver & à affermir
l'heureufe union entre l'Angleterre & la Hollande ,
& la bonne intelligence entre les deux Puiffances' ,
deux points qui font & feront toujours l'objet des
défirs & des voeux de la Nation Hollandoife ; qu'il
NOVEMBRE. 1739. 2701
:
connoît parfaitement la fincerité des fentimens de
La République , & que la bonne volonté qu'il lui 2
toûjours témoignée , ne lui permettra pas de les cacher
au Roy fon Maître enfin qu'ils prient S. M.
Br. de croire ce Miniftre fur cet article , & de leur
conferver cette amitié & cette bienveillance dont
elle' les a honoré jusqu'à present , & qu'ils regar
dent comme un ferme apui de la République.
Le 7. de ce mois , M. Trevor , Envoyé Extraor
dinaire du Roy de la Grande Bretagne , informa
les Etats Généraux que le 3. S. M. Br . avoit fait
publier la Déclaration de Guerre contre l'Espagne.
Le 16. Fête de Ste Elizabeth , dont la Reine
d'Elpagne porte le nom , le Marquis de Saint
Gilles , Ambaffadeur du Roy d'Espagne à la
Haye , donna une Fête à l'occafion du Mariage
de l'Infant Don Philipe avec Madame de France.
Le matin on célebra une Meffe Solemnelle dans la
Chapelle de cet Ambaffadeur. Vers les fept heures
du foir , toutes les perfonnes qui avoient été invitées
, le rendirent à l'Hôtel de l'Ambaffadeur , &
le Bal commença . On foupa vers les dix heures ,
& on fervit avec autant de profufion que de délica-
Iteffe quatre Tables , dont une étoit de jo. couverts,
deux autres de 25, chacune , & une de 20. La premiere
ne fut remplie que par des Dames qui furent
fervies par les Cavaliers , avec lefquels elles
avoient danſe . Pendant le Repas , des Trompettes
& des Cors de Chaffe exécuterent diverfes Fanfa
res , & lorfqu'on fut hors de table on recommedca
le Bal , qui dura juſqu'au lendemain .
Hij FRANCE
2702 MERCURE DE FRANCE
$
ن
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c.
LE
E 31. du mois dernier , veille de la Fête de
Tous les Saints , la Reine entendit la Meffe
dans la Chapelle de la Cour ovale de Fontainebleau
, & S. M. communia par les mains du Cardinal
de Fleury , fon Grand Aumônier.
Le même jour , le Roy & la Reine affifterent
dans la Chapelle du Château aux premieres Vêpres
de la Fête , qui fureat chantées par la Mufique , &
auxquelles P'Evêque de Tulles officia....
Le premier de ce mois , jour de la Fête , L. M.
accompagnées de Monseigneur le Dauphin , du
Duc de Chartres , du Duc de Bourbon , du Comte
d'Eu , & du Duc de Penthiévre , entendirent la
grande Meffe , célébrée Pontificalement par le même
Prélat .
L'après- midi , le Roy & la Reine affifterent au
Sermon du Pere de Pons , de la Compagnie de
Jésus , & ensuite aux Vêpres , chantées par la Mufique.
L. M. entendirent auffi les Vêpres des Morts.
Le 3. jour de S. Hubert , le Rendez- vous de la
Chaffe du Roy fut des plus brillant , par le grand
nombre de Seigneurs & Dames de la Cour , qui
accompagnerent S. M. Il y eut auffi une très belle
Symphonie , en Cors de Chaffes , Fanfares , & c.
Lele Roy alla chaffer dans la Forêt , où S. M.
força deux Cerfs. La Reine prit le divertiffement de
cette Chaffe , accompagnée des Princeffes & Dames
de fa Cour.
NOVEMBRE. 1739 2703
M. de Lezze , Ambaffadeur ordinaire de la République
de Venife , lequel arriva au commencement
de ce mois à Paris , fe rendit à Fontainebleau
le 10. de ce mois avec M. Venier , Ambaſſadeur
de la même République , auquel il fuccede
& il eut une Audience particuliere du Roy , & enfuite
de la Reine , & de Monfeigneur le Dauphin ,
· étant conduit par le Chevalier de Saintot , Introducteur
des Ambaffadeurs. I
Le 11. M. Venier , Ambaffadeur de la République
de Venife , eut une Audience particuliere du
Roy , dans laquelle il prit congé de S. M. Il fut
conduit à cette Audience par le même Introducteur,
qui le conduifit enfuite à l'Audience de la Reine
& à celle de Monseigneur le Dauphin .
›
Le même jour , pendant la Meffe du Roy , l'Evêque
de Quimper prêta ferment de fidelité entre les
mains de S. M. & il fut facré le 8. dans la Chapelle .
du Séminaire de Saint Sulpice , par l'Evêque de
Treguiers , affifté des Evêques de Tulles & de Gap.
Le 11. Novembre , Fête de S. Martin , on donna
le premier Bal public qu'on donne tous les ans
à pareil jour fur le Théâtre de l'Opéra , & qu'on
continué pendant differens jours jusqu'à l'Avent ;
Ion les reprend ordinairement à la Fête des Rois
jusqu'au Carême.
Le 12. l'ouverture du Parlement fe fit avec les
cérémonies accoûtumées par une Meffe Solemnelle ,
célébrée Pontificalement dans la grande Sale du
Palais par l'Evêque de Noyon , & à laquelle M. le
Peletier , Premier Préfident , & les Chambres affisterent.
Hv Le
2704 MERCURE DE FRANCE
<
Le 20. le Cardinal de Fleury , revenant de
Fontainebleau , s'arrêta dans la Maison du Sémi
naire de S. Nicolas du Chardonnet , à Villejuif
, ou S. E. coucha , & le rendit le lendemain à
fa Maifon d'Issy..
Le 3. Novembre , les Comédiens François rea
présenterent à Fontainebleau le Curieux Impertinent
, & la nouvelle Comédie d'Esope au Parnaffe:
Le s. la Tragédie d'Athalie , & les Vendanges de-
¡ Surenne ; la Dlle Barbarina & le Sieur Reynaldi
danserent dans le divertiffement de la feconde Piéce
,une Entrée qui fit beaucoup de plaifir à toute
la Cour.
Le 10. le Menteur, & la Nouveauté.
Le 12. la Tragédie d'Oedipe de M. de Voltaire
& PUsurier Gentilhomme . Le Sieur Prin , nouvel
Acteur,joua le premier Rôle dans la premiere Piéce
, avec aplaudiffement.
Le 17. Esope à la Cour , & le Baron de la Craffe.
Le 19. Britannicus , & l'Epreuve réciproque.
Le 24. la Cour étant de retour à Versailles , les
mêmes Comédiens y représenterent Turcaret & la
Foire S. Laurent.
Le 26, le Cid & Crispin Rival de son Maître .
Le 7. Novembre , les Comédiens Italiens ont
auffi joué à Fontainebleau , le Rival Favorable &
les Billets Doux. On dansa après la feconde Piéce le
Ballet d'Orphée qui fut très-bien exécuté , & fir
beaucoup de plaifir .
Le 14. le Jeu de l'Amour & du Hazard & las
Partie de Campagne. Le Sieur Antoni , nouvel Acteur
joua le Rôle d'Arlequin dans les deux Piéces.
Le 2. le 4. & le 9. Novembre , la Cour étant à
EonNOVEMBRE.
1739. 2705
う
Fontainebleau la Reine entendit en concert le Ballet
Héroïque des Fêtes Gretques Romaines , mis
en Mufique par M. de Blamont , Surintendant de
la Mutique du Roy ; les principaux Rôles furent.
très-bien remplis par les Dlles Godeneche , Huguenot
, Lenner , Mathieu & Deschamps , & par
les Sieurs le Prince , d'Angerville , du Bourg , le
Begue , Degremont & Poirier.
Le 16. on donna le Ballet de Zephire & Flore
de la compofition du même Auteur , dont les premiers
Rôles furent remplis par les mêmes Sujets
qu'on vient de nommer.
Le 18. la Reine entendit le Prologue & le premier
Acte de l'Opéra de Phaéton , & le 25. S. M.
étant de retour à Versailles , on continua le même
Opéra , dont le premier Rôle fut chanté par le Sieur
Guedón
Le premier Novembre , Fête de la Toussaint ,
toute la Symphonie du Concert Spirituel du Châ
teau des Thuilleries , executa un nouveau Carillon
de la composition de M. Noblet , lequel fut suivi
du motet De profundis de M. de la Lande. Le Sieur
Dupont joua ensuite un Concerto du Sr Le Clair
avec beaucoup de vivacité ; le Concert fut terminé
par un autre Motet Exultate Jufti , mis en musique
par le Sr Naudet.
9
Le 23. de ce mois , la Reine partit de Fontaine
bleau , & S. M. arriva à. Verfailles le même joue
vers les six heures du soir. Monseigneur le Dau--
phin y arriva le 21.
Le Roy ayant acheté depuis peu de M. le Duc de
Ta Valiere , le Château de Choisy- Mademoiselle
trois lieues de Paris sur le bord de la Seine ,
H vj
>
dans
2706 MERCURE DE FRANCE
dans une très- heureuse situation , a ordonné que le
Village où il est situé , seroit nommé à l'avenir
CHOISY LE-ROY . Le Comte de Coigny , que S. M.
en a nommé Gouverneur , " a donné tous ses soins
pour que le Château , qui depuis plus de deux ans
n'avoit pas été habité , se trouvât en état le 24 .
de ce mois , que le Roy y alla coucher , en revenant
de Fontainebleau . M. Gabriel le fils , nommé
Contrôleur perpetuel des Bâtimens de ce Château ,
secondant les intentions du Comte de Coigny , y
a fait en très-peu de temps , des réparations confiderables
, & avec une très-grande activité . Il a
non seulement orné le Jardin de ce Château , de
tous les embellissemens dont il étoit susceptible ;
mais il lui a encore procuré beaucoup de commodités
& d'agrémens. Le Roy y arriva de Fontainebleau
vers les trois heures après nridi ; précedé par
le Vol du Cabinet , & suivi de fa Garde ordinaire;
le détachement des Chevau - Legers , le Duc de
Picquigni à la tête , avoit l'épée haute.
S. M. en arrivant par l'avenue , trouva tous les
Bourgeois & Habitans de Choisy , & des autres
Villages circonvoisins, en haye. Elle fut reçue au bas
du grand escalier par le Comte de Coigny , qui le
conduisit dans tous les apartemens , dont le Roy
parut très - satisfait . S. M. alla ensuite dans les Basses
cours , à l'Orangerie , dans le Jardin potager
& dans celui du Château , où S. M. se promena
fort long temps ; après avoir donné quelques ordres
& examiné toutes choses avec attention , le Roy
rentra.
S. M. a conservé presque tous les Officiers que la
Princeffe de Conty avoit dans le Château , & a
nommé pour Concierge le Sieur Filleul .
Les principaux Habitans de Choisy , ayant obtenu
du Comte de Coigny la permission de témoigner
NOVEMBRE. 1739. 2707
gner leur joye par un Feu d'artifice , placé de l'autre
côté de la riviere , en face du Château , ils y avoient
fait construire une très-jolie décoration qui fut illuminée
avec cimetrie à l'entrée de la nuit , au fignal
qui fut donné du Château ; on tira en même temps
une centaine de boëtes , après quoi on vit partir
un nombre confiderable de très-belles Fusées qui firent
un grand effet. D'autres Artifices succederent
aux Fusées , comme des Soleils , des Gerbes , des
Cascades de feu , & c. Des Ifs répandirent en même
temps une lumiere des plus brillantes , & l'artifice
que l'on tira dans l'eau ayant eu un pareil succès,
S. M. parut en être satisfaite .
Après le Feu , on vit des Illuminations par tout
le Village : Entre divers . Particuliers qui s'étoient
rendus à Choisy ce jour - là , la Dame Veuve Huquet
, les Srs de Gueullette , Guillier , de Nonac ,
& Triperet , se diftinguerent , par le nombre confiderable
de terrines & de lampions dont leurs Maisons
, situées sur le bord de la riviere , & en perspective
de la Terrasse du Château , étoient illuminées.
Le 25 , le jour étant extrémement beau , S. M.
se promena long- temps dans les Jardins , & ne
chassa point. Il y eut plufieurs Tables de Jeu dans
les apartemens
.
Le 26 , le Roy partit de Choisy à trois heures
avec toute sa Cour , pour aller à Ivry , chés M. le
Premier , où S. M. soupa ; Elle traversa une partie
du Village de Choisy , où l'on avoit répandu quantité
de paille sur la glace , & passa par des chemins
qu'on avoit rendû très - commodes.
S. M. revint coucher au Château de Choisy à la
clarté des flambeaux, & d'un très grand nombre de
terrines que M. le Premier avoit fait placer sur le
chemin.
Le
*
7768 MERCURE DE FRANCE
Le Roy partit de Choisy le 27. pour Versailles
od S. M. arriva le même jour après midi.
Le 29 , premier Dimanche de l'Avent , le Roy &
la Reine entendirent dans la Chapelle du Château
de Verfailles la Messe , qui fut chantée par la Mufique.
L'après midi L. M. affifterent dans la même
Chapelle au Sermon du Pere de Pons , de la Compagnie
de Jesus.
Les Religieux Dominicains de Bayonne célebrerent
le 25. du mois d'Octobre dernier , la Béatification
du Pape Benoît XI. de leur Ordre , avec
beaucoup de pompe & de magnificence. Le Chapitre
de la Cathédrale , & les Communautés Religieuses
se rendirent en Procession à cette Solemnité.
M. l'Evêque y officia Pontificalement , & il y
eût un grand concours de Peúple. Le Panégyrique
"du Saint , fut éloquemment prononcé par le R. Pere
Croisic , Docteur de Sorbonne , & ancien Prieur du
même Ordre. La Cérémonie fut accompagnée de
plusieurs Salves d'artillerie, & suivie d'Hluminations,
de Feux d'artifice & c.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Blois le
1. Novembre , sur le Passage de MADAME
DE FRANCE.
Ous avez publié , Monsieur , une Lettre sur le
détail de ce qui s'est passé en cette occasion est fort
exact ; mais on n'y voit point la Jeuneffe de cette
Ville , & on s'en étonne. Elle mérite assurément
une place dans votre Journal.
Si-tôt qu'on eût apris à Blois le Départ de la
Princesse ce qu'il y a de plus leste parmi les jeunes.
Gens
NOVEMBRE. 1739 : 2709
Gens , forma le deffein d'aller à cheval au devant
d'Elle. Il s'en trouva environ quatre-vingt , qui
choifirent pour Commandant M. Herry de Maupas
, ci - devant Capitaine au Régiment de Bourbon.
Cet Officier regla l'uniforme de l'habillement
sur les couleurs de France & d'Espagne. Il fut décidé
qu'il seroit blanc , avec des paremens rouges ;
Que chaque Cavalier auroit un chapeau bordé d'or,
une cocarde , un noeud d'épée & des éguilletes mêlés
de blanc & de rouge ; Qu'il seroit monté en
bottes fortes ; Que la cocarde à l'oreille du cheval,
& le noeud de la queue , seroient blanc & rouge.
On laissa à chacun le choix de la veste , & tous la
prirent rouge.
La Troupe fut divisée en deux Compagnies , avec:
leurs Guidons.
Elles étoient précedées d'un Timballier & de
deux Trompettes habillés de bleu , avec des paremens
jaunes , & le plumet bleu & jaune , ( couleurs .
de la Ville . ) Les Guidons & les Banderolles des
Timballes & des Trompettes étoient aux Armes de
La Ville de Blois .
M. Herry , après avoir nommé les Officiers qui
devoient commander sous lui , fit monter plusieurs
fois ces jeunes Gens à cheval , pour les exercer.
Le 6. Septembre au matin , les deux Compagnies
partirent pour aller au- devant de MADAME DBFRANCE
, qui avoit couché à S. Laurent des Eaux .
Elles se rangerent en Bataille sur son paffage à
trois lieues de la Ville , où elles eurent l'honneur de
la saluer . Cette Princesse leur rendit le salut , &
les deux Compagnies furent placées dans le Cortege
, immédiatement après le troisiéme Carosse
du Roy. Ce fût en ce rang qu'elles arriverent à
Blois
Le
2710 MERCURE DE FRANCE
Le lendemain 7 , jour du Départ de MADAME
DE FRANCE pour Amboise , les deux Compagnies
se rangerent en Bataille au sortir de la Ville. Elles
eurent encore l'honneur de saluer la Princesse , qui
en parut très - satisfaite , & leur rendit le salut ; ensuite
elles rentrerent , & vinrent défiler devant M.
l'Intendant d'Orleans.
Cette Troupe a parû des plus lestes ; le coup
d'oeil en étoit brillant . J'aurois eû à craindre que
l'amour de la Patrie ne m'en eût imposé , si tout ce
qu'il y avoit d'Etrangers ne lui eût donné son suffrage.
M. Herry en reçût des complimens de Mad.
la Duchesse de Tallard , de M. des Granges , Maître
des Céremonies , de M. l'Intendant , & de quantité
de Personnes de diftinction .
BENEFICES DONNE'S.
Feuille du 11. Novembre.
L'Evêché de S. Malo , à l'Abbé de la Baftiè ;
Vicaire Géneral de Chartres.
L'Abbaye de la Creste , Ordre de Câteaux , Diocèse
de Langres , à l'Abbé de Tavannes .
L'Abbaye sécularisée de S. Martial de Limoges ;
à l'Abbé de Montesquiou , Vicaire Général de
Saintes.
3
L'Abbaye de la Frenade , Ordre de Cîteaux ,
Diocèse de Saintes , à l'Abbé Dudon.
L'Abbaye de S. Mahé , Ordre de S. Benoît , Diocèse
de Leon , à l'Abbé de Gouyon de Vaudurant
Vicaire Géneral de Coûtances .
L'Abbaye de S. Victor , Ordre de S. Augustin ,
Diocèse de Rouen , à l'Abbé Terrissé, Vicaire Géneral
de Rouen .
L'Abbaye de Chalivoy , Ordre de Citeaux , Diocèse
de Bourges ; à l'Abbé de Fontanges.
L'AbNOVEMBRE.
1739 2711
L'Abbaye de Beaulieu , Ordre de Câteaux , Diocèse
de Rodez , à l'Abbé de Grossolles de Saint
André.
L'Abbaye de Mausac , Ordre de S. Benoît , Diocèse
de Clermont , à l'Abbé Baudouin , Chanoine
de S. Germain l'Auxerrois .
L'Abbaye de la Nouvelle- lez-Gourdon , Ordre de
Câteaux , Diocèse de Cahors , à l'Abbé Duval de
Montmilan .
L'Abbaye de Prébenoit , Ordre de Cîteaux , Dios
cèse de Limoges , à l'Abbé de Beaupuid .
L'Abbaye Réguliere d'Abbecourt , Ordre de Prémontré
, Diocèse de Chartres au Pere Grisard ,
Prieur du College de Prémontré à Paris .
Le Prieuré de Vauffe , Ordre du Val des Choux
Diocèse de Langres , à l'Abbé Houllier , Aumônier
des Mousquetaires.
ทาง
MORTS , MARIAGE , & PAPTESME.
Es. Octobre , Denis-Noël Brulart , Comte de
Rowuros, qui avoit été dans sa jeunesse Guidon
de la Compagnie des Gendarmes Ecossois , mou
rut à Paris , âgé d'environ 71. ans. Il étoit fils de
Noël Brulart , Comte de Rouvres , Baron de Sombernon
, Conseiller au Grand Conseil , & Conseiller
au Conseil du Duc d'Orleans , frere unique du
feu Roy Louis XIV . mort le 13. Août 1694. & de
Jeanne Gruyn des Bordes morte le 21. Mai 1686.
& il avoit épousé au mois de Juillet 1695. Bonne-
Marie Bachelier , fille de Nicolas Bachelier , Seigneur
de Beaubourg , & de Clotomont , vivant
Receveur General des Finances de la Géneralité
d'Ora
1712 MERCURE DE FRANCE
d'Orleans, & de Magdeleine de Broe de la Guette;
Elle mourut le 5. Fevrier 1716. dans la 40. année .
de son âge. Il n'en laisse qu'un fils , qui est Simon
Louis Brulart , Seigneur de Beaubourg , marié le
23. Janvier 1738. avec Marie - Françoise Mallet ,
fille de Jacques - François Mallet , Seigneur do .
Chantelou , Président en la Chambre des Comptes
de Paris , & de Françoise Lucas de Demuyn .
Le 6. D. Françoise- Charlotte- Amable d'Aubigné,
épouse d'Adrien Maurice, Duc de Noailles & d'Ayen,
Pair & Maréchal de France , Grand d'Espagne de la
premiere Classe , Comte de la Mothe- Tilly , & de
Nogent-sur-Seine , Marquis de Monclar & de
Maintenon , Baron de Monchy-le - Chatel , &c. Che
valier des Ordres du Roy , & de l'Ordre de la Toison
d'Or, Capitaine de la premiere Compagnie des
Gardes du Corps de S. M. Gouverneur & Capitaine
Géneral des Comtés & Vigueries de Roussillon ,
Conflans & Cerdaigne , Gouverneur Particulier des
Ville , Château & Citadelle de Perpignan , Gouver
neur , et Capitaine des Chasses de Versailles et de
S. Germain en Laye, mourut à S. Germain en Laye,
âgée d'environ 56.ans. Elle étoit niéce de feuë Françoise
d'Aubigné , Marquise de Maintenon , morte
le 15. Avril 1719. dans la 86. année de son âge
et fille unique de Charles d'Aubigné , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur de la Province
de Berri , mort au mois de Mai 1703. âgé de 69.
ans , et de Philipe -Geneviève Piétre , morte le 4.
Août 1718. âgée de 66. ans. La Maréchale de
Noailles avoit été mariée le premier Aviil 1698
Elle laisse pour enfans Françoise - Adelaide de Noail
les , née le premier Septembre 1704. et mariée le
12. Mai 1717. avec Charles de Loraine d'Armagnac
, Grand Ecuyer de France , Chevalier des Or
dres du Roy, er Lieutenant Géneral de ses Arméess
Ama,
NOVEMBRE. 1739. 2783
Amable- Gabrielle de Noailles , née le 18. Fevrier
1706. mariée le 5. Août 1721. avec Honoré Armand
, Duc de Villars , Pair de France , Gouver
neur de Provence , et Brigadier des Armées du Roy;
Marie- Louise de Noailles , née le 8. Septembre
1710. et mariée le 8. Janvier 1730 avec Jacques
Nompar de Caumont , Duc de la Force , Pair de
France , apellé le Duc de Caumont , né le 18. Avril
1714. Colonel du Régiment de Beausse ; Louis de
Noailles , Duc d'Ayen , né le 21. Avril 1713. Mestre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie , et reçû
en survivance de la Charge de Capitaine de la premiere
Compagnie des Gardes du Corps & des
Gouvernemens du Maréchal , son Pere , et marié
le 25. Fevrier 1737. avec Catherine- Françoise-
Charlotte de Cossé de Brissac , fille unique de
feu Charles-Timoleon-Louis de Coffé , Duc de
Brissac , Pair , et Grand Pannetier de France , mort
le 18. Avril 1732. et de D. Catherine - Magdeleine
Pecoil , sa veuve ; Philipe , apellé le Comte de
Noailles , né le 7. Decembre 1715. Gouverneur et
Intendant de Versailles , Trianon , et Marly , et
Colonel d'un Régiment d'Infanterie ; et Marie-
Anne-Françoise de Noailles , née le 12. Janvier
1719. non encore mariée.
Le 7. mourut Anne Dupoigne , veuve depuis so.
ans de Jean Sauvage , Libraire , et Maître Relieur
à Paris , âgée d'environ cent ans , inhumée le lendemain
dans l'Eglise de S. Hilaire , sa Paroisse . Elle
avoit toujours joui d'une santé parfaite de corps et
d'esprit , et sa premiere et derniere maladie n'a duré
que quatre heures.
Le 8. D. Françoise - Josephine Gouffier , fille de
feu Maximilien Gouffier , Marquis d'Epagny , et de
feuë D. Renée de la Roche , et veuve de Jacques
d'Ailly , Seigneur Marquis d'Annebaut , Comte de
Berneuil,
1714 MERCURE DE FRANCE
Berneüil , Baron d'Annery , dont elle étoit la se
conde femme , et avec lequel elle avoit été mariée
le 8. Novembre 1682. mourut en l'Abbaye des Cha
noinesses de Ste Geneviève à Chaillot , âgée de 71.
ans , laissant un fils , apellé le Chevalier d'Ailly ,
et deux filles , l'aînée , non mariée , et la cadette
Louise-Françoise d'Ailly , mariée au mois de Juillet
1712. avec Jacques- Amable Claude , Chevalier,
Baron d'Amfernel , Seigneur de Viessay , et de
Courtavant , ci -devant Grand-Maître des Eaux et
Forêts de France au Département de Picardie , Artois
, Boulonnois , & Flandres , et auparavant Conseiller
en la Cour des Aides de Paris, qui en a deux
filles , dont l'aînée Louise-Josephine Chevalier ,
est veuve de François- Louis le Conte de Nonant
de Pierrecourt , Marquis de Nery , mort le 22. Mars
1736. et mere de deux fils.
Le 11. Jacques de Guijeon , Diacre , ci-devant
Précepteur de Louis de Bourbon , Comte de Cler
mont, & auparavant de Louis le Peletier , Premier
Préfident du Parlement de Paris , mourut à l'Hôtel
de la Premiere Préfidence , âgé d'environ 80.
ans . Il avoit obtenu le 17. Octobre 1723. une Pension
de 2000. liv. sur l'Abbaye de Cercamp , Diocèse
d'Amiens.
Le 12. François-Jules du Vaucel , Conseilier-Secrétaire
du Roy , Maison-Couronne de France , et
de ses finances , depuis 1728. et l'un des Fermiers
Géneraux de S. M. Seigneur de la Norville , près
de Chastres , de Mondonville , &c . mourut à Paris ,
âgé de 66. ans , laissant plusieurs enfans de feuë
D. Renée Taboureau , sa femme , morte le ro. Juin
'1727.
Le 20. D. Marie- Anne Duret , épouse de I oüis-
François Marie.deVerton, Chevalier de l'Ordre de N.
D. du Montcarmel,et de S. Lazare de Jerusalem , cidevans
NOVEMBRE . 1739 2715
devant Grand Maître des Eaux et Forêts de France
au Département de Blois , et de Berry , Maître
'Hôtel ordinaire de feuë Mad . la Dauphine , Maître
d'Hôtel du Roy , et son Envoyé extraordinaire
uprès de Pierre I. Czar de Moscovie mourut à
Paris , dans la 62. année de son âge , étant née le
27. Juillet 1678. elle ne laisse point d'enfans. Elle
ftoit soeur de feu Jean François Duret , Seigneur
de Villejuif , près de Paris , ancien Capitaine au
Régiment des Gardes Françoises , et Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis , mort aussi sans pos
terité le 28 , Avril 1730. et fille aînée de feu Jean
Durer , Seigneur de Villejuif , et de Montchenin ,
Maréchal de Bataille des Camps et Armées du Roy,
et ancien Capitaine de Chevau- Legers dans le Régiment
de Conty , et de feue Anne- Françoise
Hebert.
Le même jour D. Catherine de Macquarie , veuve
de Gabriel du Bois- Jourdain , Ecuyer , Conseiller-
Secretaire du Roy , ancien Capitaine de Cavalerie ,
mourut à Paris , âgée d'environ 67. ans .
Le 22. Jacques- Charles Aubry , Avocat au Parle
ment de Paris, immatriculé le 9. Août 1707. & qui
s'étoit acquis un grand nom dans le Barreau , où il
étoit un des plus employés pour la Plaidoirie , mourut
âgé de 52. ans .
Le 24. mourut à Vitry le François Louis de Sal-
Ligny , Avocat en Parlement âgé de 95. ans
fix mois , quatorze jours , étant né le dix Avril
1644. Il avoit prêté le ferment d'Avocat au Parlement
en 1662. Il fut nommé en 1713. par le Roy
pour fixer les limites de la France & de la Loraice
, & il fit pour cet effet un voyage exprès a Commercy.
Il a été marié trois fois , laiffant de fa derniere
époufe trois enfans , deux garçons & une fille.
L'aine eft Avocat du Roy au Préſidial de Vitry le
second
1716 MERCURE DE FRANCE
จ
fecond eft Avocat en la même Ville . Jamais perfonne
n'aima plusle travail. Il paffoit le jour à répondre
à ceux qui venoient le confulter , & une partie de la
nuit à étudier. Il a acquis une grande réputation
dans toute la Province de Champagne . A l'âge de
85. ans il plaida une Caufe de cinq quarts d'heure
& à quatre - vingt douze , quoique privé de la
vie il fit un Factum fur un des pricipaux points
de la Coûtume de Vitry , avec le feul fecours de la
Jecture qu'on lui fit des piéces du Procès. Il étoit
fils de Charles de Salligny , auffi Avocat , Commentateur
de la Coûtume de Vitry , qui a vecû
quatre-vingt onze ans & demi . Louis de Salligny
eu deux tantes qui ont vecû quatrevingt-douze
ans , & deux Soeurs qui ont vécû , P'une
wingt-quatre ans & l'autre quatre -vingt deux .
Le 25 , Chriftophe Pajot , Grand Audiencier de
France honoraire , mourut à St. Germain en Laye,
gé de plus de 80. ans , laiffant postérité , comme
on l'a marqué dans le Mercure du mois de Mars
dernier pag. 613. en annonçant la mort de Marie
Guyon , fa femme .
>
"> quatre-
Le 26 , François-Joſeph de Bethune , Duc d'An
cenis , Capitaine d'une des quatre Compagnies des
Gardes du Corps du Roy , en furvivance depuis,le
10 février 1736. & Meftre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie par Commiffion du 9 Juillet
1737. mourut à Fontainebleau dans la 21. année
de fon âge , étant né le 6 Janvier 1719. Il étoit
refté fils unique par la mort de fes deux freres aînés,
dont le premier mourut à Treves le 23 Octobre
1735. des bleffures qu'il avoit reçûës trois jours auparavant
à la moufquetade d'Efch ; & le fecond
mourut à Versailles le 7 Avril 1736 , l'un &
l'autre fans être mariés. Dame Julie Gorge d'Entraigues
leur mere mourut le 24 Août 1737 .
celui
NOVEMBRE. 1739 2717
2
celui qui vient de mourir , avoit été marié le 4
Mars 1737. avec Elizabeth Marthe de Roye de la
Rochefoucaud ainfi qu'on l'a raporté dans le
Mercure du mois d'Avril 1737. pag.819 . Il en
Jaiffe Armand-Jofeph de Bethune , né le premier
Juillet 1738 .
Le premier Novembre , Gabriel de Cofnac , ancien
Evêque & Comte de Die en Dauphiné , &
ancien Abbé Commandataire de S. Jean d'Orbeſtier
O. S. B. Dioc. de Luçon , mourut dans le Diocèſe
de Die , âgé de quatre - vingt fixans . Il avoit été d'abord
Prévôt de l'Eglife Métropolitaine de St. Sauveur
d'Aix , ayant été nommé par le Roy à cette
Dignité au mois d'Avril 1690. Il fut auffi depuis
Vicaire Général de Daniel de Cofnac , Archevêque
d'Aix , fon oncle . La Province d'Aix étant en tour
le nomma le 15 Janvier 1700. Agent Général du
Clergé de France , & le 24 Décembre 1701. il fut
nommé à l'Evêché de Die , & obtint en même
tems l'Abaye d'Orbeftier fur la démiffion volontaire
de l'Archevêque d'Aix fon oncle , qui fit la
Cérémonie de le facrer dans l'Eglife du Noviciat
des Jéfuites à Paris , le 23 Juillet 1702. affifté des
Evêques de Viviers & de Riez. Il fut Député de
la Province de Vienne aux Affemblées générales
du Clergé de France , tenues à Paris , en 1705 ;
& en 1725. aiant été un des Préfidens de cette der
niere , après avoir gouverné fon Diocéfe pendant
environ 32 ans , il le démit au mois de Mai 1734.
de fon Evêché ( à la charge d'une penfion de
3000 liv. fa vie durant ) en faveur de Daniel Jofeph
de Cofnac , fon Coufin du troifiéme au quaariéme
dégré , qui étoit Doien de S. Germain
l'Auxerrois , Vicaire Général de Paris , Maître de
'Oratoire du Roy , & Abbé de S. Jean d'Orbeftier
depuis 1719. auffi par la démiffion de fon Coufin.
Le
2718 MERCURE DE FRANCE
Le 4 , D. Therefe Eulalie de Beaupoil de Sainte
Aulaire , Epoufe d'Anne Pierre d'Harcourt de
Beuvron , Seigneur de Tourneville , Lieutenant
Général pour le Roy au Gouvernement de la Haute-
Normandie , Gouverneur du vieux Palais de Rouen ,
Brigadier des Armées de Sa Majefté , & Meftre de
Camp du Régiment Roïal de Cavalerie , avec le
quel elle avoit été mariée le 7 Février 1725. mourut
à Paris , âgée de 34 ans , laiffant des enfans .
Elle étoit fille unique de Louis de Beaupoil , Comte
de Saintè Aulaire , Seigneur de la Porcherie &
de la Grennerie , Colonel Lieutenant du Régiment
d'Enghien , Infanterie , tué le 26 Août 1709. au
Combat de Rumersheim dans la haute Alface , &
de Marie Therefe de Lambert de St. Bris , morte
le treize Juillet 1731. âgée de cinquante- deux
ans ; & petite fille , & feule héritiere préfomptive
de François Jofeph de Beaupoil , Marquis de
Sainte Aulaire en Limofin , Seigneur de Ternat
Manfat , la Grennerie , la Porcherie , ancien Lieutenant
Général pour le Roy au Gouvernement du
haut & bas Limofin , l'un des quarante de l'Académie
Françoile , actuellement vivant , âgé d'en.
viron 95. ans.
Le 9
>
Dame Geneviève Françoife de Pleurre
Epoufe de Denis François de Mauroy , Seigneur
des Châtellenies de Pugny , le Breuil Bernard
Juffay , Longueville , Dhuyfon , & Garenciéres ,
Brigadier des Armées du Roy , & Gouverneur des
Ville & Château de Tarafcon , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , avec lequel elle avoit
eté mariée le 23 Janvier 1737. mourut à Paris en
couches de fon fecond enfant, dans la vingt - feptiéme
année de fon âge , étant née le 9 Avril 1713 .
Elle laiffe un fils & une fille . Elle étoit fille de Jean
Nicolas de Pleurre , Seigneur de Romilly , Confeilles
NOVEMBRE.
1739.
2719
Teiller honoraire en la Grande Chambre du Parle
ment de Paris , & de feue Françoife de la Porte ,
fa premiere femme.
"
&
Le 16 , Paul Benoift de Braque , Chevalier ;
Seigneur du Luat , du Fiefde Domont , Bourdon
& c. ancien Gouverneur de la Ville & Château
d'Auxerre , Intendant & Controlleur de la Dépenfe
des Ecuries & Livrées du Roi , mourut en fon
Château du Luat , près d'Efcouen , Iſle de France,
âgé de 74 ans , étant né le 17 Novembre 1665.
fon corps fut porté le 17. dans l'Eglife de Pifcop,
fa Paroiffe où il fut inhumé dans le Tombeau de
fa famille , qui eft connue à Paris è le Regne du
Roi Philipe de Valois dans le quatorziéme Siècle.
Le deffunt avoit été marié le 11. Mars 1694 avec
Elizabeth Françoife Lhuylier , fille de Nicolas
Lhuylier , Seigneur de Spitzemberg , & de Malabize
, Ecuier ordinaire de la Ducheffe Douariere
d'Orléans , & de Charlotte de Caftres . Elle mourut
à Paris le 27 Mai 1730. âgée de 51. ans ,
elle fut inhumée dans l'Eglife des PP de la Merci
, vis-à-vis l'Hôtel de Soubife apellée autrefois
la Chapelle de Braque ' , ceux de cette famille
en étant les anciens Fondateurs , dès l'an 1348 .
Il n'en laiffe qu'un fils & une fille , qui font Paul
Emile de Braque , Seigneur du Luat , &c. marié iº.
le 12 Juin 1724. avec Marie Genevieve Amyot
d'Inville , morte le 27 Juillet 1733. dont il ne refte
que deux filles ; & 2 ° le 22 Décembre 1733 .
avec Elizabeth l'Orimier dont le pere eft à préfent
Me de la Chambre aux deniers du Roi , & de laquelle
il a un fils nommé Amé Célar de Braque
âgé de trois mois & demi ; Marie Thérefe de Braque
mariée en 1723. avec Céfar Charles le Franc
Seigneur de Val - David , de la Val du Thé , de
la Haye Berou , la Gaſftine , Jarfay, & le Mef-
>
>
I nil
2720 MERCURE DE FRANCE
nil fur l'Eftrée , Baron de Clofmorin en Normandie
, dont il y a une fille âgée de huit ans .
4
Le 19 , Jean Charles de Bonnevie , Seigneur du
Marquifat de Vervins en Picardie , Confeiller &
Commiffaire aux Requêtes du Palais du Parlement
de Paris , en la feconde Chambre , où il avoit été
reçu le 10 Juillet 1733. mourut âgé de 27 ans. Il
étoit fils unique de feu Jean de Bonnevie , Confeiller
Secretetaire du Roi , Maiſon Couronne de
France & de fes Finances , & l'un des Fermiers
Généraux de Sa Majefté , mort le 28 Février 1753 .
âgé de 72 ans , & de feue Dame Charlotte Françoile
Walleran morte le premier Mars 1725. & il
avoit été marié en 1733. peu après la mort de fon
pere avec une fille de Pierre Jacques Moreau , Seigneur
de Naffigny , Préſident de la premiere Chambre
des Requêtes du Palais du Parlement de Paris.
& de Claude Françoife Antoinette Damorefan de
Naffigny. Il en laiffe deux filles , & elle groffe.
Le nommé Bernard de Fierix mourut à Bergerac
le 22. de ce mois dans la cent dixième année
de fon âge .
>
Le 27 Septembre Jean - Baptiste Félix Hubert de
Vintimille , des Comtes de Marſeille & du Luc ,
Baron d'Ollioules & de S. Nazaire apellé le
Comte de Vintimille , né du 23 Juillet 1720. Meftre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie , par Commiffion
du mois de Mars dernier , fils de Gafpard
Magdelon Hubert de Vintimille , des Comtes de
Marſeille , Marquis du Luc & de la Marthe , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Gouverneur
des Iles de Porguerolles , & de Dame Marie Charlotte
de Refuge , fut marié avec Damoiſelle Pauline
Felix de Mailly de Néelle , née du mois
d'Août 1712. feconde fille de Louis de Mailly ,
Marquis
NOVEMBRE.
1739 2721
V
A
Marquis de Néelle , & de Mailly en Boulonnois ,
Prince de l'Ile fous Montréal , Comte de Bohain ,
de Beaurevoir & de Bernon , Seigneur de Maurup,
de Pargny , &c . & Chevalier des Ordres du Roy
ci- devant Capitaine Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Ecoffois , & de feuë Dame Armande
Felix de la Porte Mazarini. Ce mariage
a été célebré dans la grande Chapelle du Palais Archiepifcopal
de Paris. L'Archevêque de Paris
grand oncle paternel du marié a fait la cérémonie
des époufailles. Les Maifons de Vintimille & de
Mailly , font trop connues pour qu'il foit befoin
d'en parler ici .
Le 7. Octobre , les Cérémonies du Baptême furent
fupléées à Marie Flore Aglaë , née le 25
Janvier 17 26. fille de Jean- Baptifte de Fresnoy
Marquis de Frefnoy , Baron de Brefquen , Vicomte
& Pair de Berck , Seigneur de Memen , Arcuy,
&c. & de Dame Marie Anne des Chiens de la Neuville
, fes pore & mere , mariés en 1725. Elle
eut pour Parain & Maraine Marie de Frefnoy ,
Marquis de Frefnoy , Baron de Tournancil , &c.
Coulin germain de fon pere & Dame Marie
des Chiens de la Neuville , foeur de fa mere , femme
de Louis Marie de Sainte Maure Baron de
Chaux , Marquis d'Archiac , premier Ecuïer Com
mandant la grande Ecurie du Roy , Brigadier de
fes Armées , & Meftre de Camp du Régiment
Roïal Etranger.
•
Nous avons raporté dans le Mercure du mois
de Septembre , 1er vol . p . 2088. la mort du Vicomte
de Melun ; nous avons reçû depuis la Description
Hiftorique de fa Pompe funebre , faite à
Abbeville , où il eft decedé. Elle nous a parû cu-
I ij rieufe
2722 MERCURE DE FRANCE
rieufe & bien circonftanciée , c'eſt pourquoi nous
la donnons ici telle qu'elle nous a été envoyée.
DESCRIPTION HISTORIQUE
de la Pompe funebre de Monseigneur Gas
briel , Comte, & Vicomte de Melun, Prince
d'Epinoy, Pair de Dompuart , Seigneur
de Tours , Helancourt , Connétable héréditaire
de Flandres , Lieutenant Général
des Armées du Roy , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , & Commandant
pour Sa Majesté en la Ville d Abbeville
où il eft décedé.
M. de Melun eft mort le 21. Août 1739. à 4.
heures 27. minutes du matin , en préſence du R.
Pere Picard , Correcteur des Minimes d'Abbeville ,
fon Confeffeur , de M. de Canto , l'un de fes Aydes
de Camp , de M. Gilbert , Avocat au Parlement
du fieur Pottevin , Valet de chambre , & de Dubourg
, des Mainis & le Jeune , Laquais.
Après avoir changé de linge le défunt , il a été
Jaiffé dans fon lit , à côté duquel font reftés deux
Peres Minimes jufqu'au Samedy 22. à midy qu'il a
été enfeveli , & mis dans un Cercueil de plomb ,
couvert d'un de bois.. 1x
11 a été enfuite expofé dans une grande Salle
tendue de noir , garnie des Ecuffons aux Armes
de fa Maiſon .
Le Lit de Parade où il étoit , étoit élevé de
pieds , entouré d'un nombreux luminaire ; fur le
bout du Cercueil , à la tête étoit placée la Couronne
de Prince , couverte d'un crêpe , à l'autre
bout étoient l'Epée de Combat , la Cuiraffe , la
Croix de S. Louis , fur des Careaux couverts de
crêpes,
NOVEMBRE. 1739. 2723
à
Crêpes. A côté étoit la grande Banniere des Armes
de Melun , brodée d'Or , avec tous les Attributs
& Ornemens Militaires , d'où il pendoit un Crêpe .
Les Gardes des Chaffes & des Bois des Terres de
Bailleul , Pairie de Dompuart , Hellancourt , Janaille
, & Tours , étant arrivés dès le 21. au soir
4. heures après midy , ayant à leur tête le fieur
Gaffé , leur Commandant , en grand deüil ; ces
Gardes en livrée , la bandouilliere fur l'habit ,
chapeau uni , des crêpes , des bas & boucles noires,
prirent poffeffion des portes , tant d'entrée de l'Hôtel
de Melun , que de l'Apartement où étoit le
Corps , & les ont gardées jufqu'au Dimanche 23.
au matin , que la Maréchauffée de Picardie , à la
tête de laquelle étoit M. de Menetry , eft venu
prendre poffeffion de la porte d'entrée de l'Hôtel ,
& du bas de l'efcalier , les Gardes de Melun ne
faifant plus fentinelle qu'à la porte du haut de l'efcalier
, & à celles des Sales de deuil .
Le même jonr 13. Mrs du Chapitre de l'Infigne
Eglife Royale & Collégiale de S. Valfrau , le Chapitre
de Mrs les anciens Bénédictins de S. Pierre ,
les Peres Minimes & les Jacobins font venus jetter
'de l'Eau benite & chanter le Libera.
Le Lundi 24 , les Cordeliers , les Capucins , & le
Clergé Séculier de la Ville , fent venus faire la
même ceremonie .
Le Corps de Ville , à la tête de laquelle étoit
M. le Febvre des Amourettes , Major , qui commande
& donne l'Ordre en Pabfence du Commandant
, l'Election , les Eaux & Forêts , & le Corps
Confulaire font venus le même jour jetter de l'Eau
benite.
Le Mardi 25. à 11. heures du matin , le Préfidial
a fait pareille céremonie Le Clergé & ces Corps
at été reçus par les deux premiers Officiers de la
1 iij. Maiſon ,
3
2724 MERCURE DE FRANCE
Maifon , en longs Manteaux de deuil , & conduits
au Catafalque , d'où ils ont été reconduits jufqu'à
porte d'entrée la
Au bas du grand eſcalier étoient les Valets de
chambre & Livrées en deüil .
La Maréchauffée & les Gardes de Melun étoient
en haye & fous les armes , à l'entrée & à la fortie
de tous les Corps.
Ledit jour 25. à 3. heures après midy ſont arrivés
les Gardes du Gouvernement de Picardie &
d'Artois , ayant à eu tête M. de Vá icourt , leur
Commandant , qui ont pris place à droite dans la
grande Cour de l'Hôtel , vis-à vis les Gardes de
Melun
A 4. heures après midy eft arrivée la Jeuneffe
Militaire de la Ville , Tambour battant , les Drapeaux
deployés , ayant lears Capitaines , Lieute
nans , Soû-Lieutenans & Enfeignes, en Hauffe- Cols .
Ils fe font mis en double haye des deux côtés de
la Cour , les Gardes du Gouvernement de Picardie ,
d'Artois , & de Melun , s'étant rangés en face de
l'Hôtel , ceux du Gouvernement à droite .
A 4. heures un quart , font arrivées les Compagnies
du Préfidial , de l'Hôtel de Ville , de l'Election
, des Confuls , &c.
Entre quatre heures & demie & cinq heures , eft
arrivé le Clergé Seculier & Regulier de la Ville ,
avec chacun leur Haute-Croix & leurs Officiers.
A cinq heures , la Baniere des Armes de Melun
a été levée par les Officiers à Hauffe Cols , & remife
par M. Gilbert à M. Glachant , fecond Ca→
pitaine Commandant la Jeuneffe Militaire , qui
l'ayant defcendue dans la Cour , l'a tenue entre
les Drapeaux.
Enfuite la Couronne a été levée par M. de Canto,
l'Epée de Bataille par M. Gilbert , la Cuiraffe & la
Croix
NOVEMBRE. 1739 2725
Croix de S. Louis par Mrs Helun & d'Allon ,
Officiers.
Le Corps de M. de Melun a été defcendu tour
de fuite , & l'on eft parti pour la Paroiffe de S. Gilles
, dans l'Ordre fuivant.
Un Détachement de la Jeuneffe , deux Capitaines
à leurs têtes , les Tambours couverts d'Etoffe noire,
des crêpes au chapeau.¨
• 1
Soixante Pauvres , vêtus de noir , un flambeau
à la main , aux Ecuffons de Melun.
La Confrairie de Charité , composée de Bourgeois
, & fes Officiers ; Les Capucins , Jacobins
Minimes & Cordeliers , le Clergé des 13. Paroiffes
de la Ville , celui de la Paroiffe de S. Gilles ;
la Maréchauffée ; lès Domeftiques de l'Ecurie , les
Laquais , la Chambre.
Le Corps porté par 18. hommes , fix à la fois ,
couverts de drap noir , avec des Ecuffons devant
& derriere , aux Armes de Melun.
Devant le Cercueil , la Baniere de Melun portée
par M. Glachant.
Les Drapeaux portés par les Enfeignes au tour
du Corps.
Les quatre coins du Drap mortuaire portés par
Mrs les Comtes de Monchy , de Bours- Montmorency
, d'Hivry de Fontaine , & des Effarts de Migneux
, en longs Manteaux , leurs Domestiques
en deuil , derriere eux.
Immediatement derriere le Corps étoient portées
la Couronne , l'Epée , la Cuiraffe , & la Croix
de S. Louis , par ceux qui les avoient levées en
longs Manteaux de deuil , dont la queue étoit
foutenue par un Domestique.
Les Gardes de la Maifon de Melun .
Enfuite marchoit le Chapitre de S. Valfran &
celui de S. Pierre , un Chanoine à droite , un Bened
ictin
I j
2726 MERCURE DE FRANCE
nedictin à gauche , un Benedictin à droite , un
Chanoine à gauche , &c . chaque Chapitre precede
de fes Huiffiers & Haute- Croix .
Après ces Chapitres paroiffoient les Gardes du
Gouvernement de Picardie & d'Artois , leurs Officiers
à la tête , precedant M. le Marquis de Vauchelle
, Lieutenant de Roy de la Province , qui
conduifoit M. le Marquis de Monchy de Senarpont
, Neveu à la mode de Bretagne du défunt ,
caufe de Mme fon Epoule.
Derriere eux étoient à droite M. le Comte de
Senarpont , conduit par M. le Marquis de Chepy ,
Grand- Croix de S. Louis. Enfuite les Gentilshommes
alliés de la Maifon de Melun , tous en longs
Manteaux de deuil , & leurs Domestiques en noir .
Le Corps de la Compagnie du Préfidial , precedé
de leurs Huiffiers , ayant des crêpes.
Le Corps de Ville , M. le Major à la tête , precedé
de leurs Maffiers , & de r6. Gardes de Ville,
en Cafaques & Pertuifanes , avec des crêpes.
L'Election precedée de fes Huilliers.
Le Corps de Mrs les Juges & Confuls , leurs
Huiffiers en crêpes.
Un Détachement de Jeuneffe Militaire , fermant
Ja marche.
Le furplus de la Jeuneffe Militaire , marchant en
haye fur les aîles , le bout du fufil en bas , les Tambour
battant convenablement à la céremonie.
En arrivant à l'Eglife de S. Gilles , il y eut une
décharge de canon des Remparts .
Les féances dans l'Eglife , comme on les avoit
prifes pendant la marche.
L'Office des Morts chanté & fini , on eft forti de
l'Eglife daus le même ordre , & il y eut une autre
Hécharge de canon .
On a transporté à pied le Corps à l'Eglife des
Dames
NOVEMBRE. 1739. M
2727
2
Dames Dominicaines , pour y être inhumé , cette
Maison étant de la fondation de celle de Melun ;
en y arrivant il y eut une falve génerale de Mousqueterie.
50
Après la réception du Corps , faite par le R. Pere
du Puis , Jacobin , Directeur & Supérieur de la
Maiſon , on a chanté un Libera & plufieurs Répons,
pendant lefquels on a fait une feconde falve generale
.
A la fin des Répons on adefcendu le Corps , &
il s'eft fait fur la foffe une troifiéme falve génerale .
En défilant , les Drapeaux & Officiers faluerent.
A. heures du foir , on eft forti de l'Eglife , &
on a reconduir le Deuil à la Maifon Mortuaire, les
Tambours battant aux champs , le Deuil étant accompagné
par les deux Chapitres & les Compagnies
de Magiftrature.
Après les remerciemens à l'Affemblée , il y eut
une falve génerale dans la Cour de l'Hôtel , les
Tambours roulant.
Le 26. il a été fait un Service folemnel à la Påroiffe
de 'S. Gilles , où tous ceux des deux Chapitres
& Compagnies de Magiftrature ont affifté , & étant
venus prendre le Deuil à l'Hôtel de Melun , on eſt
parti dans l'ordre ſuivant.
Un Détachement de Jeuneffe , deux Officiers à la
tête , avec leurs Tambours battant lugubrement.
Les 18. Porteurs du Corps , habillés comme la
veille ; la Maréchauffée ; les Domestiques entre
deux hayes des Gardes de Melun , Tambours con--
verts.
་ ་ ་་་
Les Pieces d'honneur , portées comme la veille .
Le Chapitre marchant idem:
La Baniere de la Maifon de Melun , au milieu
des Drapeaux , & précedée des quatre Officiers à
Hauffe cols . Deux Tambours couverts de noir. Le
Deüil
2728 MERCURE DE FRANCE
Deüil , précedé des Gardes du Gouvernement. Les
Compagnies de Magiftrature. Un Détachement de
Jeuneffe Militaire , fermant la marche.
Le furplus de la Jeuneffe en haye , marchant
des deux côtés .
Après le Service fini , le Deüil fut reconduit demême
que la veille .
OBSERVATION .
La Baniere de Melun , qui devoit être enterrée
avec M. de Melun , comme dernier mâle de cette
illuftre & grande Maifon , ayant été demandée par
les huit Compagnies de Jeuneffe Militaire , elle
leur a été accordée , mais chaque Compagnie fe
difputant à qui la garderoit , il eft intervenu le 31 .
Août une Ordonnance de Mrs du Magiftrat , fur
l'avis de Mrs les Marquis de Vauchelle , Lieutenant
de Roy de la Province , de Senarpont , Neveu à la
mode de Bretagne du Défunt ; de Chepi , Maréchal
de Camp , & Grand- Croix de S. Louis , dont
la teneur enfuit.
Nous fouffignés Executeurs Teftamentaires
de M. Gabriel Comte , & Vicomte de Melun
, né Prince d'Epinoy , Connétable héréditaire
de Flandres , Lieutenant Géneral des Armées du
Roy , & Commandant pour Sa Majefté en la
Ville d'Abbeville ; déclarons que M. Gabriel de Me-
Jun étant mort le dernier & feul mâle de fa Maifon
, l'on a exposé comme Piece d'honneur à fon
Lit de Parade , Inhumation et Service , la Baniere
de la Maiſon aux Armes de Melun. Que la Jeunes .
se Militaire de la Ville d'Abbeville ayant pris les
Armes pour rendre les derniers honneurs à cet illuftre
Défunt , cette Baniere auroit été levée par les
Officiers à huffe- cols de cette Juneffe Militaire ,
qui avoient à leur tête M. Glachant, Capitaine de la
Leconde
NOVEMBRE. 1739. 2729
feconde Compagnie de la Ville , à qui elle a été
remife par le Sr Gilbert , de notre part , lequel l'a
portée à toutes les Céremonies funebres , entourée
par les Drapeaux des autres Compagnies qui étoient
fous les Armes. Que M. de Melun étant le dernier
mâle de fa Maiſon , l'une des plus illuftres de France
, tant par raport à ſon extraction , qu'aux fréquentes
Alliances qu'elle a contractées avec la plupart
des Maiſons Souveraines de l'Europe, & notamment
avec celle de France , de l'Emperur , de Courtenay ,
de Loraine , de Luxembourg , de Champagne , de
Foix , de Louvain , de Brabant, de Rohan , d'Hapsbourg
, de Baviere , de Sarbruck , de Montmorency
, de Bethune , d'Abbeville , & autres grandes
Maifons. I eft d'ufage d'enterres les Armoiries
avec le dernier mâle ; la Jeuneffe Militaire de la
Ville d'Abbeville , auroit defiré , par refpect & par
vénération pour le nom & la Perfonne de M. de Me-
Jun , d'avoir cette Baniere , fous laquelle depuis
plus de neuf fiécles , la plus haute Nobleffe du
Royaume & des Provinces de Flandres & d'Artois ;
a combattu pour le fervice de nos Rois & de l'Etat ,
elle leur a été accordée ; mais la Compagnie du
Quartier de S. Gilles, où eft fitué l'Hôtel de Melun ,
audit Abbeville , & dont M. de Melun a été Capitaine,
étant garçon , prétend qu'elle doit leur refter ;
que d'une autre part , les autres Compagnies prétendant
l'avoir chacune à leur tour , pour la porter
dans les Cérémonies à la tête de leurs Troupes , ce
que la Compagnie de S. Gilles refufe , & ce qui eft
prêt de caufer une divifion , qui pourroit être dangereufe
au Corps Militaire de la Ville , dont Punior
eft essentiellement utile au Roy , & au Corps Po
litique & Civil de ladite Ville. Nous fouffignés esdits
noms , eftimons que ladite Baniere de la trèsilluftre
Maifon de Melun ,
ledit S fera remife par
L vj,
Glachant
2730 MERCURE DE FRANCE
Glachant , entre les mains du plus ancien Capitai
ne de la Jeunesse Militaire de la Ville d'Abbeville ,
pour être portée à perpétuité à la tête de toute la
Jeunesse Militaire d'une Ville qui a toujours marqué
tant de fidelité pour les Rois , & de véneration
pour une Maifon nourrie dans fon fein , & qui a
produit des hommes , qui ont fervi de modeles aux
plus grands Capitaines. Fait à Abbeville le 29.
Août 1739. Signé , Le Marquis de Vauchelle ,
Monchy , Senarpont ,Grouche , de Chepy , &c.
Nous , Major et Echevins de la Ville d'Abbeville
, après avoir entendu les Capitaines de
Jeunesse de la Ville , fur leurs conteftations.
au fujet de la remife faite au Sieur Glachant ,
l'un des Capitaines de Jeunesse , de la Banière
de la Maifon aux Armes de Melun . Vû l'avis
de Mrs les Executeurs Teftamentaires de M. le
Vicomte de Melun , ci - annexé ; ordonnons que
ladite Baniere sera remise incessamment par ledit
Sieur Glachant , entre les mains du Sieur du Ponchel
, plus ancien Capitaine de Jeunesse , dont il
sera tenu de donner Acte de Récepissé en notre
Greffe , pour , après lui , tant qu'il reftera Capitaine
, passer succeffivement à perpétuité à celui qui
deviendra plus ancien Capitaine de toutes les Compagnies
de Jeunesse , qui s'en chargera comme
dessus , pour être ladite Baniere portée à l'avenir
à la tête de toute la Jeunesse dans l'état où
elle eft actuellement , sans pouvoir être changée ,
divisée ni apliquée à aucun autre usage. A laquelle
fin ledit Sieur du Ponchel sera tenu de fe transpor
ter avec la Compagnie fous les Armes , chés ledit
Sieur Glachant , pour y prendre ladite Baniere .
Fait et arrêté en la Chambre du Confeil de l'Hôtel
de Ville d'Abbeville le 31. Août 1739. Signé, le
Febyre des Amourettes, Major,
Délivré
NOVEMBRE . 2710 1739
Delivré et rendu conforme à son Original , dé➡
posé au Greffe de l'Hôtel commun de la Ville d'Ab--
beville , par moi , Greffier en Chef dudit Hôtel
commun souffigné . Signé , Boullon.
Au très-Illustrissime & Reverendissime Abbé
de Sainte Genevieve.
Vous ,dont si justement on vante la bonté ,
La sagesse , la prévoyance
ل ح ا
L'esprit , le zele , et la prudence ,
Agréez l'humble rémontrance
D'un Enfant d'Apollon , plein de timidité
Qui n'ose garder le silence
Dans une occasion où trop de négligence
Pourroit Penvoyer boire au Fleuve de Lethé .
Votre Portail fameux par son antiquité
Semble menacer ruine et me faire la morgue ;
Et s'il venoit à tomber sur votre Orgue
Décidez si Dornel seroit en sûreté.
Le reste de l'Eglise est de pareille datte ;
Et je craindrois que le tout ne s'abatte
Par sa trop grande vétusté .
Plus je le considere , et plus mon oeil découvre
Qu'il paroît prêt à s'ébranler ;
Et je frémis de peur de le voir s'écrouler ;
Comme le Bâtiment de Saint Thomas du Louvre.
Si
2732 MERCURE
DE FRANCE
S'il faut qu'il vienne à s'ébouler ,
C'est fait de ma pauvre cervelle ;
Comme un rien peut me la fêler ,
elle.
Je tremble incessamment pour
Mon fidele Zéphir pénetré de frayeur ,
Trouvant en la soufflant l'Orgue desacordée ,
Ne sçauroit s'ôter de l'idée
Que cela présage malheur .
Pour faire l'esprit fort , je dissipe sa crainte
Je lui dis qu'il se livre à d'inutiles soins.
Mais , à vous l'avouer sans feinte ,
J'ai d'autant plus de peur que j'en témoigne moins.
A dire vrai , votre Organiste
Aime mieux être encor quarante ans Calotin ,
Que d'être couché dans la Liste
De ceux qui de la mort grossissent le butin.
Le plus tard vaut le mieux , puisqu'il faut que l'on
meure >
Et chacun voit évidemment
Qu'on est mort éternellement
Quand on l'est pour un seul quart d'heure.
Le funefte péril qui nous menace tous
Peut arriver à l'improviste ;
On remplaceroit bien le craintif Organiste
Mais où trouveroit- on un Abbé comme vous ?
Agissez donc , Seigneur , pour diffiper ma crainte,
Tâchez pour vous , pour moi , pour le Public ,
Pour la gloire de Dieu , pour la Patronne sainte ,
Qu'on
NOVEMBRE 1739. 2733
Qu'on employe au plûtôt pierre , ciment, maftic."
A la raiſon mon Difcours eft conforme ;
Et quoi qu'en verbiage il paroisse fecond
S'il eft badin dans la forme ,
Il est sensé pour le fond.
Ce confideré , qu'il vous plaise
Mettre ordre à pareil accident ;
Me trouvant à l'abri d'un danger évident ,"
Je toucherai l'Orgue plus à mon aise
Et votre zele ardent pour la Divinité ,
Servira de modele à la Pofterité.
Dornel
****************
ARRESTS NOTABLES
O
RDONNANCE du Roy , du 18. May , dont
la teneur suit.
´Sa Majesté s'étant fait représenter l'Ordonnance
qu'Elle a renduële 6. Janvier 1739. pour préferver
ses Etats de toute communication avec les Pays
attaqués de maladies contagieuses , et jugeant nécessaire
, par raport à la continuation et aux progrès
deflites maladies , de prendre de nouvelles:
précautions , à l'exemple des Etats voifins , pour
empêcher toutes Perfonnes et Marchandifes suspectes
, de s'introduire dans le Royaume , Sa Ma--
jesté a ordonné et ordonne ce qui suit .
Tout commerce avec la Hongrie , le Bannat de
Temeswar , la Tranfilvanie , la Servie , la Molda
vie 2>
2734 MERCURE DE FRANCE
vie , la Valachie , la Bofnie , l'Efclavonie , la Croa
tie & la Pologne , sera et demeurera , jusqu'à nouvel
ordre , suspendu et interdit , et aucunes Personnes
ni Marchandises venant defdits Pays , ne
pourront être reçues dans aucunes Villes & autres
Lieux de la Domination de Sa Majesté, quand même
elles feroient munies d'Attestations , de Paffeports
et de Billets de Santé , sous quelques prétextes
et noms qu'elles y arrivent ; à peine d'être pro
cedé extraordinairement contre ceux qui s'y feroient
furtivement introduits , et d'être les Marchandises
confifquées,
Comme les Etats voisins tiennent pour suspects
la baffe Autriche , la Silesie , la Moravie , la Carinthie
, la Carniole , le Frioul , Trieste , Fiumé , les
Personnes et Marchandises venant defdits Pays , ne
pourront entrer ni paffer dans aucun Lieu du
Royaume , qu'en justifiant fuffifamment par des-
Attestations , Paffeports et Lettres de Santé authen
riques , qu'avant leur départ ils ont séjourné trente
jours dans un Lieu fain , non fufpect , et exempt
de toute contagion ; dans lefquels Passeports , Attestations
et Lettres de Santé , le signalement de
ceux qui en seront Porteurs, y sera défigné, de ma
niere à faire connoître qu'ils auront été expediés
pour eux.
Quant aux Perfonnes et Marchandises venant de
Lieux fains et non fufpects , au- delà du Rhin , et
même de Suisse , de Savoye , de Piémont , et du
Comté de Nice , les Perfonnes seront pareillement
pourvûes de femblables Atteftations et Paffeports
en forme authentique ; faute de quels l'entrée du
Royaume leur sera refusée : et à l'égard des Marchandises
, elles seront accompagnées d'Attestations
et Lettres de voiture , suffisantes , pour justifer
qu'elles ont été recueillies , travaillées , fabriquées
,
NOVEMBRE. 1739 2735
1
quées , emballées et chargées dans des Lieux fains,
et qu'elles n'ont passé par aucun Lieu suspect.
L'entrée du Royaume sera refusée , sans exception
, à tous Deserteurs , Mendians , Vagabonds,
et Gens fans aveu , foit qu'ils ayent des Paffeports ,
ou non.
Veut au surplus Sa Majesté , que son Ordonnance
du 6. Janvier 1739. foit executée selon sa
forme et teneur , et que les précautions prescrites ,
tant par ladite Ordonnance , que par la présente ,
foient ponctuellement observées en Flandre , en
Haynault , dans les Evêchés , fur la frontiere de
Champagne , en Alface , au Comté de Bourgogne ,
en Bresse , Bugey , Valromey , Pays de Gex , en
Dauphiné et en Provence, &c.
20
ARREST du 23. Juin pour l'Ouverture de l'Annuel
de l'année 1740. dont les Bureaux feront ou
verts à commencer au premier Novembre 1739.
jufqu'à la fin de ladite année .
AUTRE du 25. Août 1739. dont la teneur fuit.
Sur ce qui a été reprefenté au Roy , étant en fon
Confeil , par les fieurs Agens Géneraux du Clergé
de France , que plufieurs Diocèles du Royaume
& principalement ceux de Tours , Bourges , le
Mans , Limoges , Poitiers , Saintes , Orleans ,
Blois , Evreux , Bayeux , Coutances , Chartres ,
Sarlat , la Rochelle , Tarbes , Agen , Clermont ,
Angoulefme , Pamiers , Mende & Viviers , ont
beaucoup fouffert par la difette & la cherté du bled:
Que la plus grande partie des Curés de ces Diocèles
fe font épuifés pour foulager les Pauvres de
leurs Paroiffes , les uns ayant donné tout ce qu'ils
avoient , les autres ayant même fait des emprunts
de maniere que ces Curés fe trouvent hors d'état
2736 MERCURE DE FRANCE
de fatisfaire au payement du don gratuit , & des
autres impofitions du Clergé , de la prefente année
Que dans ces circonstances , lefdits fieurs
Agens généraux fuplio ent très- humblement Sa Majefté
, ayant égard au zele defdits fieurs Curés , &
Pmpuiffance ou leurs charités les ont réduits ;
de payer leurs décimes & don gratuit , qu'il lui
plut leur accorder quelques fecours. Et Sa Majefté
voulant donner dans toutes les occafions des
marques de fa protection au Clergé de France ,
& particulierement de la fatisfaction qu'Elle a du
zele que les Curés defdits Diocèles ont fair paroître
pour le foulagement des Pauvres de leurs
Paroiffes , à l'occafion de la difette des grains :
Oui le Rapport du fieur Orry Confeiller d'Etat ,
& ordinaire au Confeil Ro al , Controlleur Géneral
des Finances , le Roy étant en fon onfeil , a
accordé & accorde aux Curés des Diocèfes de Tours,
Bourges , le Mans , Limoges , Poitiers , Saintes,
Orleans , Blois , Evreux , Bayeux, Coutances, Chartres
, Sarlat , la Rochelle , Tarbes , Agen , Clermont
, Angoulefie , Pamiers , Mende & Viviers
la fomme de cent mille livres de gratification ,
prendre fur le dernier terme du don gratuit de
deux millions de l'année 1735- de laquelle fomme
de cent mille livres il fera expedié une Ordonnance
, à la décharge du fieur de Senozan , Intendant
Général du Clergé de France , qui remettra
ladite fomme entre les mains des Syndics des Dio
cèfes ci -deffus nommés , fur leurs fimples quittances
, conformément à l'état de diftribution qui
en fera arrêté par ledit fieur Orry , & qui demeu
rera annexé à la minute du preſent Arrêt pour
être ladite fomme diftribuée aux Curés , par les
ordres des fleurs Archevêques & Evêques , & des
Députés des Chambres Eccléfiaftiques defdits Diocèfes
,
NOVEMBRE. 1739. 2737
cèfes , fuivant la connoiffance & à proportion des
fervices & du zéle que chaque Curé a marqué pour
le foulagement des Pauvres , &c .
ORDONNANCE du Roy de Pologne , Duc
de Lorraine & de Bar , du 17. septembre , concernant
les fonctions de la Maréchauffée de France ,
dans les Etats de Loraine & Barrois , par laquelle
S. M. permet à tous Officiers & Archers de la Maréchauffée
de France , d'entrer en armes , ou autrement
, dans toutes les Villes , Places & autres
Lieux de fefdits Etats , foit qu'ils foient en troupe
ou fépirés; d'y arrêter les accufés , les conftituer
prifonniers , & dreffer des Procès verbaux de capture.
Ordonne aux Prevôts , Lieutenans , & tous
autres Officiers & Archers de la Maréchauffée de
fefdits Etats , de les reconnoître , aider , affifter ,
& concourir avec eux en tout ce qui fera du bien
du fervice réciproque des deux Etats . Mande &
ordonne Sa Majefté à M. le Chancelier , Commif
faire départi pour l'exeution de fes ordres dans
fes Etats de Loraine & Barrois , de faire obſerver
la prefente Ordonnance , &c.
ARREST du 22. Septembre 1739. par lequel le
Roy ordonne que les Proprietaires des rentes , interêts
ou augmentations de gages au denier cinquante
, affignées fur les Tailles ou autres fonds
& employees dans les differens Etats , qui voudront
s'intereffer à la Loterie établie par Edit du
mois d'Août dernier , y feront admis concurrem.
ment avec les Proprietaires des rentes au denier
quarante , affignées fur les Aydes & Gabelles , en.
confentant la réduction aux deux cinquiémes des
capitaux defdites rentes , interêts ou augmentations
de gages au denier cinquante , dont ils font Proprietaires,
&c,
AUTRE
1738 MERCURE DE FRANCE
AUTRE du 11. Octobre , qui ordonne que
les parties de rentes , gages & augmentations de
gages au denier cinquante , non attachées aux corps
des offices , & dont la création eft antérieure à
Pannée 1688. feront reçûës à la Loterie Roiale
créée par Edit du mois d'Août dernier , fur le pied
des quatre cinquiémes du capital.
AUTRE du 19 , qui ordonne que les Rentes
fur les Aydes & Gabelles , fur les Tailles & autres
effets reçûs à la Loterie Roiale , feront payées ,
dès à préfent , des fix derniers mois de la préfen
te année Y en raportant par les Rentiers
payeurs , les quittances de rembouffement des capitaux
defdites Rentes .
aux
QRDONNANCE DU ROY du 203
par laquelle Sa Majefté permet à tous Officiers
& Archers de la Marechauffée de Loraine &
Barrois , d'entrer , même en armes , en troupe
ou féparément , dans toutes les Places , Villes , &
autres lieux de la Domination de Sa Majefté ; d'y
pourfuivre & arrêter tous Criminels , accufés de
crimes ou délits commis dans les Etats de Lorraine,
les conftituer Prifonniers , & dreffer les procezverbaux
de capture : à condition toutesfois de préfenter
aux Gouverneurs ou Commandans defdites
Places ou aux Juges des autres lieux , les decrets
dont ils feront chargés. Ordonne Sa Majefté
aux Prevôts , Lieutenans , et tous autres Officiers
et Archers de la Marechauffé du Royaume de
les reconnoître , aider , affifter et concourir avec
eux à tout ce qui fera du bien du ſervice réciproque
des deux Etats et à tous Géoliers et Gardes
des Prifons Royales ou autres , d'y recevoir
et garder fûrement ceux qui y feront par eux con
duits , & c.
>
ARREST
M
NOVEMBRE . 1739. 1731
>
ARREST du 25 , qui ordonne que les Quitances
de remboursement de rentes paffées en
exécution de l'Edit du mois de Décembre 1737
portant établiffement d'une Loterie Royale , fefont
reçues à la nouvelle Loterie établie par Edig
du mois d'Août dernier ; et que les arrerages def
dites rentes ne cefferont qu'à commencer du pre
mier Janvier 1740,
Le Sr Priou , Maître de Danse , annonça au Pu
blic en May 1733. un petit Solitaire, fort bien ima
giné ,qu'il a rendu plus utile , pour accoûtumer les
jeunes gens à se tenir avec grace & à corriger la
mauvaise habitude qu'ils contractentordinairement
de pancher la tête sur l'eftomach ; comme il s'en
eft répandu dans le public de très - mal imités , il
crait devoir avertir qu'on ne trouve que chés
lui ces Machines bien conditionnées , qui produisent
de très- bons effets à tous ceux qui s'en
servent ; loin que cette Machine soit incommode ,
on s'en sert au contraire comme d'un ajustement
agréable à la vûë,
Le Sr Prion demeure rue de la Verrerie , au coin
de celle de la Potterie , à la Couronne d'or.
Nous donnerons deux Volumes le mois prochain
, pour employer les Pièces qui n'ont pu
trouver place dans le courant de l'année.
APROBATION
J
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier ;
le Mercurè de France du mois de Novembre , &
Pai crû qu'on pouvoit en permettre l'impression.
A Paris , le premier Décembre 1739 .
HARDION.
P
TABL E.
IECES FUGITIVES. Epitre à M. le Comte de
Montmorency , & c. 2529
Lettre de M. Lebeuf , sur une singularité de l'Office
de S. Nicolas, & c .
Les Agrémens de Rieux , & c.
L'Hymen Celtique , & c .
Le Plaisir trompeur , Fable , & c.
L'Amour jaloux , Cantatille , & c.
2533
2540
2543
2557
Lettre sur quelques Poësies Françoises , &c 2560
2572
Lettre au sujet d'une nouvelle Experience faite sur
les Mines , &e.
Epitre à Mlle de la C ...
25.74
2576
Lettre de l'Abbé le Couturier , au R. P. Castel , J.
au sujet d'un sentiment de S. Evremond , sur la
cause de la douleur , 2580
Sur le départ de M. Lercari , Sonnet Italien , 2590
Eclaircissemens sur le Mont Valerien ,
Trait Historique , Philopoemen , Tourne- broche ,
2591
2596
Dissertation sur l'Exposition des Pseaumes attribués
à Gaultier , Evêque de Maguelonne , 2597
Stances à Mll ***
2610
Réponse à une Question de Droit
2611
Epitre sur les peines inséparables de chaque état
&c.
Refléxions .
Enigme , Logogryphes , & c .
9
2613
2618
2627
2630
1
2631
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
& c.
Histoire suive des Voyages de J. Ch.
Discours prononcés au Parlement de Provence ,
& c .
Relation de la Mission de Grenoble , &c.
Traité de la Dévotion au S. Esprit ,
2633
2653
2657
Dissertation ou Traité sur plusieurs Matieres féodales
, &c.
La Henriade , traduite en Italien >
2660
2665
Le Je ne sçais quoi de vingt minutes , & Fable , le
Rossignol,
Prix de l'Académie des Belles Lettres ,
Rentrée des Académies ,
Estampes nouvelles ,
2666
2669
2679
2671
Chanson & Vaudeville notés , 2674
Spectacles , Momus Amoureux , & c. 2676
Nouvel Arlequin au Théatre Italien ,
2679
Nouvelles Etrangeres. Lettre sur les Affaires de
2682
Ruffie , Pologne et Allemagne , 2685
2691
Espagne et Angleterre , 2693
Perse ,
Italie Isle de Corse & Naples ,
Arrivée de MADAME à Madrid , Céremonies & Fêtes
, & c.
2694
Grande Bretagne , Hollande & Pays Bas , 2698
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 2702
Acquisition faite par le Roy , du Château de Choisi
, & c. 2705
Lettre écrite de Blois , sur le Passage de MADAME,
Benefices donnés par le Roy ,
2708
2710
Morts , Mariage & Baptême ;
Pompe funebre du Comte de Melun ,
Vers à M. l'Abbé de sainte Geneviève ,
Arrêts notables ,
2718
&c 2722
2731
2743.
>
On s'eft trompé , quand on a dit dans le fe
cond volume de Septembre , pag. 2273. en parlant
de la conftruction du Pont Royal dont
les desseins font du Frere Romain Dominiquain,
que ce celebre Architecte étoit de Liege , et qu'il
étoit mort depuis dix ou douze ans . Nous recti
fions ici cette erreur , en aprenant que ce Reli
gieux étoit de Gand , et qu'il eft mort à Paris
dans la Maifon du grand Noviciat du Fauxbourg
Saint Germain le 7. Janvier 1735. àgé de 89 .
ans. On peut voir l'éloge que nous en avons fair
dans le Mercure de Février 1735. pag. 227.
Errata d'Octobre.
P Age 2333. ligne 4. Bibage , lisez , Bibace,
Fantes à corriger dans ce Livre.
PAge 1544. ligne 19. cette Province , bisex Provence .
P. 2593. 1. 13 , à passé , l. passa.
La Chanson notée dois regarder la page 2674
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIE AU ROT.
DECEMBRE . 1739 .
PREMIER VOLUME.
CURICOLLIGIT
SPARGITE
Chés
Papillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty,
à la descente du Pont - Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXIX.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
R
A VIS.
L
›
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comédie Fran-`
coife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porier sur & de
Pheure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
DECEMBRE . 1739 .
PIECES FUGITIVES
,
en Vers et en Prose.
ODE SACRE'E ,
Tirée du Pseaume CXXIX.
DE P'excès affreux de misere ,
Que j'ai trop mérité par l'oubli de ta Loi ,
J'ose élever , Seigneur , mes soupirs jusqu'à toi ;
Prête l'oreille à ma priere ,
Fais reluire ta grace , & calme mon effroi.
1. Vol.
*
A ij Si
2742 MERCURE DE FRANCE
Si dans ce jour , qù ta vengeance
Fera taire , grand Dieu , la voix de ta bonté ,
Tu nous juges au poids de ta séverité ;
Ah ! sans trembler , de ta présence ,
Qui pourra soutenir le regard irrité ?
&
Je vois déja la foudre prête
A fraper ces pécheurs , dont les coeurs abrutis
Au pied de tes Autels porterent leurs mépris ;
Non , il n'est plus rien qui l'arrête.
Tu parles ; l'Enfer s'ouvre ; ils y sont engloutis.
*
Que ne dois -je donc point attendre ?
Infidele à tes Loix , lâche , voluptueux ,
J'ai tout sacrifié pour d'impudiques feux ;
Mes mains n'ont point craint de répandre
Le sang d'un Sujet brave , illustre & vertueux,
*
Mais de ta clémence suprême
Ai- je donc , en tombant , perdu le souvenir ?
Ai- je oublié , mon Dieu , que lent à nous punir ,
Ta grace étant toujours la même ‚
Au milieu de nos maux cherche à nous prévenir ? .
*
Non , Seigneur tes bontés, antiques ,
Qu'en
DECEMBRE. 1739. 2743
Qu'en ces temps plus heureux , où j'aimois la vertu,
J'aprenois à ton Peuple , à m'entendre assidu ,
L'objet de nos sacrés Cantiques ,
N'ont point abandonné mon esprit abatu.
*
Mon ame , sois donc plus tranquille ;
Bien loin de murmurer des maux versés sur moi ,
Vois-y plutôt un Dieu qui songe encor à toi.
Bannis une crainte stérile ;
Qu'un espoir saint ranime & soutienne ta foi,
Ce n'est point du sang qu'il demande ,
N'offre plus à ses yeux & la nuit & le jour
Des Taureaux par tes mains immolés tour à tour }
Rapelle ton Dieu par l'oftrande
D'un coeur sacrifié sur l'Autel de l'amour.
*
Il m'éxauce ; son bras propice
Se hâte de combler les abîmes certains ,
Que creusoient sous mes pas mes criminelles mains,
Sçichez - le , pecheurs , sa justice
Ne frape qu'à regret les coupables Humains.
*
Vous donc , que le Monde empoisonne ,
Insensés , des carreaux prêts à fondre sur vous
A iij Songez
2744 MERCURE DE FRANCE
Songez par un retour à prévenir les coups ;
C'est au repentir qu'il pardonne ;
Le changement des moeurs désarme son courroux .
J. Javary.
MEMOIRE HISTORIQUE , concernant
le Haut & Souverain Empire de
Galilée , établi en la Chambre des Comptes
de Paris.
'Histoire abregée de la Bazoche du Parlement
de Paris , insérée dans le Mercure
du mois de Juin 1738. tome second , page
1437. & suiv. finit par une Remarque , qui
aprend que les Clercs de Procureurs de la
Chambre des Comptes de Paris , forment
une Communauté particuliere , à laquelle on
a donné le Titre d'Empire de Galilée; cette Remarque
a excité la curiosité de plusieurs personnes
au sujet de cet Empire de Galilée ,
qui est bien moins connu que la Bazoche ,
parce que les Titres en ont été dispersés par
la négligence de quelques Officiciers qui en
étoient chargés , & que plusieurs des Titres
de la Chambre des Comptes , où l'on auroit
pû trouver des éclaircissemens , ont péri lors
de l'incendie du 28. Octobre 1738. cependant
T
DECEMBRE. 1739. 2745
dant pour satisfaire le Public , voici tout ce
qu'on a pû recueillir sur ce sujet. Nous le
devons aux Recherches d'une Personne de
mérite & plus capable qu'un autre de s'en
bien acquiter
.
La Chambre des Comptes de Paris est l'une
des premieres Cours Supérieures séantes
en cette Ville , & la premiere & la plus ancienne
des neuf Chambres des Comptes qu'il
a dans le Royaume . Elle fut d'abord étabie
par S. Louis , & rétablie par Philipe le
Bel , à peu près dans le même temps qu'il
rendit le Parlement sédentaire à Paris , c'està-
dire vers l'an 1302 .
Il est probable que les Procureurs de la
Chambre des Comptes furent aussi établis
dans le même temps. On voit en effet dans
un Arrêt de la même Chambre , donné
sous le Scel du Roy le 22. Juillet 1 344. que
l'Evêque de Châlons avoit un Procureur qui
avoit défendu pour lui . Mem. B. fol . 182 .
Au premierJournal I.commençant en 1384 .
on voit qu'il y avoit plusieurs Procureurs en
la Chambre. fol. 4.22 . 23. 32. & autres.
Jusques- là il y avoit eû des Procureurs au
Parlement , & d'autres particuliers qui venoient
occuper en la Chambre, sans y être immatriculés
; mais suivant le 3. Journal 2. cottéfol.
9. du 12. Novembre 1460. il fut reglé
que personne ne pourroit postuler en la
A iiij Chambre
2746 MERCURE DE FRANCE
Chambre , qu'il n'eût été reçû au Bureau &
n'eût prêté serment .
Il y eut neanmoins encore depuis, quelques
Procureurs au Parlement qui occuperent en
la Chambre , dans differentes occasions , tant
que les Offices de Procureurs au Parlement
& de Procureurs de la Chambre ne furent
pas distincts & séparés , comme ils le sont
aujourd'hui.
On voit dans les Registres de la Chambre,
qu'en 1542. il n'y avoit encore que 20. Procureurs
; ils sont actuellement au nombre
de
30.
Ils furent érigés en titre d'Office par Edit
de Charles IX . du mois de Juillet 1572. qui
créa des Procureurs en Titre d'Office dans
chaque Siége, & nommément pour la Chambre
des Comptes .
Ces Procureurs ne pouvant expédier seuls
& par eux-mêmes toutes les affaires dont ils
étoient chargés , prirent chés eux , comme
les Procureurs des autres Tribunaux , de jeunes
Gens pour leur servir d'aides , auxquels
on donna le nom de Clercs , parce qu'anciennement
les Ecclesiastiques , que l'on
nommoit aussi Clercs , étoient presque les
seuls qui sçûssent écrire, & que les Praticiens
s'en servoient pour faire écrire leurs Actes.
On ne sçait pas au juste le temps auquel
les Procureurs commencerent à avoir des
Clercs;
DECEMBRE . 1739. 2747
-
Clercs ; on trouve seulement qu'ils en avoient
déja en 1454. ce qui est prouvé par une Ordonnance
de cette année , raportée au Mem.
L. fol. 90. verso , qui porte que les Comptables
feront ou feront faire par leurs Procureurs
on Clercs , leurs Comptes de bon &
suffisant volume.
Ces Clercs tenant entre eux des Assemblées
& des Conférences concernant leur
Discipline , former ent insensiblement une
Communauté , qui fut ensuite autorisée par
divers Reglemens de la Chambre des Comptes
, & maintenue dans l'exercice d'une Jurisdiction
en dernier Ressort sur ses Membres
& Supots.
Le Titre de Haut & Souverain Empire ,
donné à cette Communauté , quelque fastueux
qu'il paroisse d'abord , n'a rien que de
juste & de naturel , car il ne faut pas s'imaginer
que par cet Empire on ait jamais entendu
un Etat gouverné par une Puissance
Souveraine , mais seulement une Jurisdiction
en dernier ressort.
En effet ce terme Empire vient du Latin
Imperium , qui se prenoit quelquefois pour
Jurisdiction ; les Romains exprimoient le
pouvoir d'exercer toute justice par ces mots,
Merum & mixtum Imperium , dont quelques
Praticiens se sont aussi servis depuis pour exprimer
le droit de Haute , Moyenne & Basse
A v Justice
2748 MERCURE DE FRANCE
Justice , d'où quelques - uns ont dit en François
corrompu, tiré du Latin, Mere & Mixte
Impere , pour dire haute , moyenne &
basse Justice .
On ne doit pas être étonné si le Chefde
la Communauté des Clercs des Procureurs de
la Chambre des Comptes prit le Titre d'Empereur,
puisque ce Titre ne signifioit au fond
autre chose
que Chef de la Jurisdiction des
Clercs.
D'ailleurs il y avoit alors dans le Royaume
plusieurs Particuliers qui se faisoient apeller
Rois des Communautés dont ils étoient les
Chefs , comme le Roy des Merciers , le Roy
des Ribauds , le Roy des Violons , ou Joueurs
d'Instrumens , les Rois de l'Arbaleste & de
l'Arquebuse , le Roy de la Bazoche.
L'émulation qui se mit bientôt entre les
Clercs des Procureurs de la Chambre des
Comptes & ceux des Procureurs au Parlement
, fit , sans doute , que les premiers ne
voulant pas paroître inférieurs aux Clercs des
Procureurs au Parlement , qui avoient donné
à leur Communauté le Titre de Royaume ,
& à leur Chefle Titre de Roy , nommerent
leur Communauté le Haut & Souverain Empire
, & leur Chef Empereur.
Pour ce qui est du nom de Galilée , donné
à cet Empire , en voici l'origine. Il y avoit
anciennement deux petites Provinces nom
mées
DECEMBRE. 1739. 2749
mées toutes deux Galilée *. Elles faisoient
partie , avec la Judée , la Samarie , & c. de la
Palestine , que Amm. Marcellin nomme Ultima
Syriarum , parce qu'en effet toutes ces
Régions sont comprises dans la vaste Province
de Syrie , & que la Palestine est la derniere
Partie de la Syrie , par raport à l'Egyp-.
te , & c.
La Communauté des Clercs des Procureurs
de laChambre des Comptes ne paroît d'abord
avoir aucun raport avec ces deux Galilées ;
il y a cependant quelque chose qui les raproche.
Ceux qui ont écrit des Antiquités de París ,
disent qu'anciennement il y avoit beaucoup
de Juifs qui s'étoient établis dans cette Ville,
& qu'ils étoient rassemblés dans certaines
ruës , où ils faisoient commerce de diverses
Marchandises. C'est de là que la rue des
Juifs , celle de la vieille Juifverie & plusieurs
autres ont pris leur nom , comme les Historiens
l'ont remarqué.
›
Les Juifs occupoient , sans doute , aussi
la petite ruë de Galilée , qui conduit de la
Cour du Palais à l'Hôtel du Bailliage , où demeure
à présent M. le Premier Président
& il est évident que cette petite ruë fut
ainsi nommée , à cause qu'elle étoit occu
* Aujourd'hui il n'y a plus qu'une Region nommée
Galilée , dont Nazareth eft la Métropole.
A vj pée
2750 MERCURE DE FRANCE
pée par des Juifs , peut- être même particulierement
par des Juifs Galiléens.
Ce que l'on observe ici à ce jujet, est d'autant
mieux fondé , que l'Enclos du Palais ;
dans lequel est cette petite ruë, étoit un Lieu
d'azile , où les Juifs obtinrent , aparemment
du Bailly du Palais , ou pour mieux dire du
Concierge ( car c'est ainsi qu'on l'apelloit
alors ) qu'ils en obtinrent , dit- on , le terrain
de la rue de Galilée ruë pour s'y établir.
Sauval , Tom. I. de ses Antiq. p. 45. rapor
te que les Juifs avoient une petite Inle située
à la pointe de l'Ifle du Palais , que l'on apelloit
l'Ile aux Juifs ; cette petite Ifle , qui n'étoit
proprement qu'un attérissement contenant
environ un demi quartier de
terre, étoit
la même qui fut dans la suite nommée l'Ifle
aux Treilles , parce qu'on y planta de la
Vigne. Elle fut aussi nommée l'Ile de Bussy ,
à cause du Moulin de Bussy, qui étoit auprès,
elle étoit séparée de la grande Ifle par un petit
bras de la Riviere ; mais sous Henry III .
l'an 1578. lorsque ce Prince fit commencer
le Pont-Neuf, ce petit bras de Riviere fut
comblé , & la petite Ifle jointe à la grande ,
au moyen de quoi elle fait aujourd'hui une
partie du terrain de la Place Dauphine , ainsi
que le remarque M. de la Mare , Traité de la
Police Tom. I. Liv. 1. Tit . 6. p . 82 .
Ce que ces Historiens raportent conce
Rant
DECEMBRE . 1739 2751
nant cette Ifle , confirme ce que l'on vient
de dire sur l'origine du nom de la ruë de Galilée
, & justifie que ce Quartier étoit habité
par des Juifs ; & quand même ils n'auroient
pas habité la ruë de Galilée , elle auroit tou
jours pû prendre ce nom , de ce qu'elle conduisoit
à l'Ifle des Juifs.
Pour revenir à l'Empire des Clercs des Procureurs
de la Chambie des Comptes il n'est
pas douteux qu'il fut surnommé de Galilée ,
parce que les Officiers de cet Empire tenoient
leur Assemblée dans une Chambre
qui donnoit sur la ruë de Galilée ; mais comme
le dernier incendie de la Chambre des
Comptes a obligé de démolir tout ce qui
restoit des anciens bâtimens, & qu'on donne
une autre disposition à ceux qu'on construit
actuellement dans la même place , on ne
sçait pas encore dans quelle partie de ces
nouveaux Bâtimens l'Empire de Galilée
tiendra ses Assemblées. On s'assemble actuellement
aux grands Augustins , où la
Chambre des Comptes tient ses Séances par
interim. Mais l'année prochaine 1740. la
Chambre & tous ses Officiers , doivent reprendre
leurs Séances ordinaires dans les nouveaux
Bâtimens du Palais , auxquels on travaille
.
,
Les Privileges accordés à l'Empire de Galilée
ne cédoient en rien à ceux de la Bazoche
,
2752 MERCURE DE FRANCE
che , le temps & les usages differens en ont
aboli la plus grande partie ; on ne pourroit
même en donner des preuves par écrit , les
Titres ayant été perdus par la négligence de
ceux qui étoient préposés pour en avoir soin.
On trouve néanmoins encore la preuve
que le Chef de cette Communauté de Clercs
portoit anciennement le Titre d'Empereur
de Galilée.
On voit dans les Registres de la Chambre
des Comptes , que le 5. Février 1500. elle
fit emprisonner un Clerc, Empereur de Galilée
, pour n'avoir pas voulu rendre le Manteau
d'un autre Clerc auquel il l'avoit fait
ôter. 5. Journ. Q. Regist. 2. Part. fol. 37.
Ce Chef prenoit encore le Titre d'Empe
reur en 1536. suivant le Journal 2. B. fol.
62. où il est dit que le 20. Décembre 1536 .
sur la Requête de l'Empereur & Officiers de
l'Empire de Galilée , la Chambre leur défendit
de faire les cérémonies accoûtumées à
l'occasion des Gâteaux des Rois.
Henry III . voyant que plusieurs Chefs
usurpoient le Titre de Roy, & en abusoient
jusqu'au point que quelques- uns marchoient
dans Paris avec des Gardes , entre autres le
Roy de la Bazoche , défendir qu'aucun de
ses Sujets prêt dorénavant le Titre de Roy.
Comme ce fut depuis cette défense qu'il n'y
cut plus de Roy de la Bazoche , &
que
le
Chancelier
DECEMBRE. 1739. 2753
Chancelier en devint le premier Officier , il
est probable que depuis la même défense , il
n'y eut plus aussi d'Empereur de Galilée .
La Communauté des Clercs des Procureurs
de la Chambre des Comptes , n'a pas laissé
de conserver toujours le Titre d'Empire de
Galilée , comme celle de la Bazoche , a conservé
celui de Royaume , quoiqu'il n'y ait
plus de Roy de ce nom- là.
L'Empire de Galilée a depuis long-temps
toujours eû pour ChefProtecteur & Conservateur
né de l'Empire , le Doyen des Conseilders
Maîtres des Comptes ; c'est à présent M.
Levesque, Doyen des Maîtres des Comptes,
qui est Protecteur de l'Empire.
M. le Procureur Géneral de la Chambre
des Comptes a soin de faire observer les Statuts
& Reglemens de l'Empire , de concert
avec le Protecteur.
La Chambre des Comptes a fait en divers
temps plusieurs Reglemens concernant l'Empire
de Galilée , & notamment au sujet des
Gâteaux que les Clercs faisoient faire le jour
des Rois.
Le 22. Décembre 1525. sur la requête des
Trésoriers Clercs de l'Empire , afin d'avoir
des
fonds
pour leurs Gâteaux des Rois , la
Chambre leur defendit d'en faire pour cette
année ni autres joyeusetés accoûtumées , à peine
de privation de l'entrée , &c. Journ. X.
fol. 267. verse.
Le
2754 MERCURE DE FRANCE
Le 8. Janvier 1529. la Chambre fit taxe à
un Patissier & à un Peintre, pour ce qui leur
étoit dû par un Trésorier de l'Empire. Journ.
*. fol. 43.
Le 10. Novembre 1535. sur la requête des
Supots de l'Empire de Galilée , la Chambre
ordonna qu'il seroit écrit au dos d'icelle
nihil par le Greffier, & qu'il leur sera fait défenses
de faire les Gâteaux , selon la coûtume
ancienne, pour la solemnité du jour des Rois.
Journ. 2. A. fol. 209 .
Le 20.Décembre 1536. la Chambre, sur la
requête de l'Empereur & autres Officiers de
l'Empire de Galilée , en ôtant & en abolissant
l'ancienne coûtume , leur défendit de faire
les Gâteaux des Rois & d'aller dans les maisons
des Officiers de la Chambre, ni autour de
la Cour du Roy , distribuer les Gâteaux ,
donner des aubades, à peine de privation de
l'entrée de la Chambre pour toujours & de
l'amende. Journ. 2. B. fol. 62 .
ni
Le 11. Décembre 1538. la Chambre permit
aux Officiers de l'Empire de faire les Gâteaux
des Rois , & d'en solemniser la Fête
modestement , comme il leur avoit été autrefois
permis d'ancienneté . Journ. 2.C.fol. 106 :
Le 27. Novembre 1542. la Chambre fit
encore défenses de faire les Gâteaux & solemnités
, & ordonna néanmoins que sur les
deniers, qui avoient coûtume d'être pris pour
cet
DECEMBR E. 2755 •
1739.
cet effet sur la recette des menuës nécessités ,
il seroit pris so. livres pour mettre dans la
Boëte des Aumônes , pour faire prier Dieu
pour le Roy ; ce qui fut ainsi ordonné nonobstant
les remontrances & opositions sur
ce faites par les Auditeurs. Journ. 2. D. fol.
48. verso.
Fol. 58. verso , ibid. est raportée une plainte
du Procureur Géneral , portant que les
Clercs avoient contrevenu ; sur quoi la Chambre
réïtera les mêmes défenses pour l'année
suivante. Fol. 138. verso.
Les Protecteurs de l'Empire de Galilée ont
aussi fait divers Reglemens concernant l'état
& administration de l'Empire ; les principaux
Reglemens sont des années 1608. & 1615
confirmés par des Lettres du mois de Septembre
1676. & renouvellés par un autre Re
glement en forme d'Edit du mois de Janvier
1705.
Ces sortes de Reglemens sont intitulés du
nom & des qualités du Protecteur, qui commence
par ce préambule de stile , A tous présens
à venir , salut , & c . Le dispositif porte
, A ces causes .... nous avons par ces présentes
, signées de notre main , dit , déclaré
& ordonné, disons , déclarons & ordonnons,
voulons & nous plaît , &c.
L'adresse du Reglement est conçue en ces
termes,Simandons à nos amés & feaux Chancelier
2756 MERCURE DE FRANCE
celier & Officiers dudit Empire, que ces présens
Articles de Reglement en forme d'Edit,
ils fassent lire , publier & registrer , & le
contenu en icelui faire garder & observer de
point en point , sans y contrevenir ; révoquons
, cassons & annullons tous autres Reglemens
où il se trouvera du contraire au
présent , & afin que ce soit chose ferme &
stable à toujours , nous avons signé ces présentes
, & icelles fait contresigner par l'un
des Secretaires des Finances dudit Empire &
sceller du Scel d'icelui ; & enfin le Protecteur
finit par ces mots , Donné à .... l'an
de grace.
de notre Protection le ....
ensuite le Reglement est signé par le Protecteur,
contresigné par le Secretaire des Finan
ces , & plus bas par le Greffier.
....
Pour l'enregistrement de ces Reglemens ,
le Procureur Géneral dudit Empire fait son
Réquisitoire en la Chambre du Conseil-le-
La Chambre des Compies , l'Empire y séant ,
c'est ainsi qu'on en fait mention sur le Registre
, & il intervient Arrêt à ce sujet en la
inême Chambre du Conseil. .
Le Protecteur rend aussi quelquefois des
Arrêts , qui sont proprement des Arrêts du
Conseil d'enbaut , par raport à ceux de l'Empire
; ils sont intitulés comme les Edits , & le
dispositif est conçû en ces termes : A ces
Causes le Protecteur ordonne , &c...
Pour
DECEMBRE. 1739. 2757
1
Pour ce qui est du dispositif des Arrêts
rendus en la Chambre de l'Empire , il est
conçû en ces termes : Le Haut & Souverain
Empire de Galilée ordonne , &c . & à la fin
il est dit , fait audit Empire. Et toutes les
Expéditions que le Greffier délivre , sont intitulées
: Extrait des Registres de l'Empire.
Les Jugemens que rendent les Officiers de
l'Empire , sur les contestations qui surviennent
entre ses Sujets & Supots , sont tellement
considerés comme de véritables Arrêts ,
que quelques Clercs refractaires ayant voulu
en differentes occasions éluder les peines
auxquelles ils avoient été condamnés par ces
Arrêts , & s'étant pourvûs à cet effet en differens
Tribunaux , & même à la Chambre
des Comptes , sans y avoir été écoutés , ils
se pourvurent en cassation au Conseil du
Roy, & sur leurs requêtes par Arrêt du Conseil
les Parties furent renvoyées devant Mrs du
Grand-Bureau de la Chambre des Comptes,
comme Commissaires du Conseil en cette
partie pour y juger les contestations .
Pour connoître le dernier état de la discipline
de l'Empire de Galilée , il faut consulter
le Reglement du mois de Janvier 1705.,
donné par M. Nicolas Barthelemy , Cheva- ,
lier , Seigneur d'Eves , Conseiller du Roy en
ses Conseils , Maître Ordinaire & Doyen de
la Chambre des Compes , qui remplissoit la
place
2758 MERCURE DE FRANCE
place de Protecteur de l'Empire depuis l'année
1699. il avoit rendurun Arrêt le 17. Juil
let 1704. portant que le projet de ce Regle
ment , ensemble le Tarif des Droits accordés
aux Officiers de l'Empire , seroient communiqués
à la Communaté des Pocureurs, ce qui
fut executé , & le Reglement en forme d'E
dit du mois de Janvier 1705. fut donné en
conséquence.
Suivant ce Reglement , le corps de l'Empire
eft composé de quinze Clercs , sçavoir,
le Chancelier , le Procureur Géneral , fix
Maîtres des Requêtes , deux Secretaires des
Finances pour signer les Lettres , un Trésorier
, un Contrôleur un Greffier & deux
Huissiers ;tous ces Officiers sont ordinaires,
& non servant par semestre.
Lorsque le Chancelier actuellement en
place donne sa démission , ou que sa place
devient autrement vacante , on procede à
l'Election d'un nouveau Chancelier , à la
requisition du Procureur Géneral ; cette Elec
tion se fait, tant par les Officiers de l'Empire,
que par les autres Clercs actuellement travaillant
chés les Procureurs de la Chambre ;
les Procureurs , qui ont autrefois poffedé des
Charges de l'Empire , peuvent aussi assister
à cette nomination , & y ont voix déliberative.
Celui qui est élû Chancelier , prend des
ProDECEMBRE.
1739 2739
Provisions du Protecteur de l'Empire , &
lorsqu'elles sont signées & scellées , il les
remet à un Maître des Requêtes , qui en fait
le raport en la forme suivante.
M. le Doyen des Maîtres des Comptes ;
Protecteur , prend place au grand Bureau de
la Chambre des Comptes , où il occupe la
place de M. le Premier Président. M. le Procureur
General de la Chambre prend la premiere
place à droité sur le Banc des Maîtres
des Comptes .
Le Maître des Requêtes , chargé des Lettres
du Chancelier , en fait son raport devant
ces deux Magistrats , l'Empire assemblé &
présent , sans néanmoins siéger .
Le Chancelier se présente , & fait une
Harangue à la Compagnie ; ensuite il prend
séance à côté du Protecteur , & se couvre
d'une toque , ou petit chapeau de forme assés
bizare.
Le Protecteur l'exhorte à faire observer
les Reglemens , ensuite il est conduit à
l'Empire assemblé dans la Chambre du Conseil
, où il prête serment ès mains du plus
ancien des Chanceliers de l'Empire , mandés
& convoqués à cet effet ; il fait aussi un Dis
cours à l'Empire .
Il en coûte ordinairement à celui qui est
reçû Chancelier quatre ou cinq cent livres
pour sa Réception : il pourroit néanmoins se
dis2760
MERCURE DE FRANCE
dispenser de faire cette dépense , ainsi que
plusieurs l'ont pratiqué .
Un , des Privileges du Chancelier , c'eft
que lorfqu'il fe fait recevoir Procureur en la
Chambre des Comptes , fes Proviſions font
fcellées gratis en la Grande Chancellerie de
France , comme celles du Chancelier de la
Bazoche.
Quand la place de Chancelier n'eft pas
remplie , c'eft le plus ancien Maître des
Requêtes qui préfide en la Chambre de
l'Empire .
Il n'y a que le Chancelier, les Maîtres des
Requêtes & les Secretaires des Finances
qui ayent voix déliberative dans les Affemblées
; ils ne peuvent nommer aux Charges
de l'Empire deux Clercs d'une même Etude,
fans avoir obtenu pour cela des Lettres de
Difpenfe du Protecteur .
Les Officiers de l'Empire qui se retirent
de la Chambre , ou s'en absentent pendant
fix mois , ne peuvent plus prendre la qualité
d'Officiers de l'Empire.
Les Offices ne sont point dûs à l'ancienneté
, ils sont électifs , & ne doivent être
accordés qu'à ceux que l'on en trouve dignes.
On ne peut choifir que parmi les Officiers
de l'Empire
, pour remplir
les Charges
de
Chancelier
& de Procureur
Géneral
.
Les
DECEMBRE . 1739 2761
Les nominations aux Offices vacans se
font par le Chancelier , les Maîtres des Requêtes
& les Secretaires des Finances , à la
requifition du Procureur Géneral de l'Empire
; & au cas que la Charge de Procureur
Géneral fût vacante , sur la requifition du
dernier Maître des Requêtes.
Ceux qui veulent se faire pourvoir de quelque
Office de l'Empire , doivent d'abord
obtenir des Lettres de Provision , signées du
Protecteur , expediées par l'un des Secretaires
des Finances du Conseil , & scellées &
visées par le Chancelier.
On n'admet aux Offices de l'Empire que
des Personnes de bonne vie & moeurs , &
de la Religion Catholique , Apoftolique &
Romaine : un Maître des Requêtes , commis
par l'Empire fait une information des vie &
moeurs du Récipiendaire , après quoi il eſt
examiné par les Officiers qui ont voix déliberative
; & s'il eft jugé capable , à la plura
lité des voix , on lui fait prêter serment de
vant les Officiers de l'Empire.
Tous les Jeudis au natin l'Empire s'affemble,
après que Mrs de la Chambre des Comptes
ont levé ; quand il eft Fête le Jeudi¸ l'Assemblée
se tient la veille .
Les Officiers de l'Empire , & autres Clercs
de la Chambre des Comptes , lorsqu'ils entrent
en la Chambre ou à l'Empire , sont
obligés
2762 MERCURE DE FRANCE
obligés d'avoir le Bonnet de Clerc , qui eft
une espece de petit chapeau , ou toque , &
le manteau percé, c'est - à- dire, une robe noire
, qui ne leur va que jufqu'aux genoux :
ceux qui se présentent autrement , sont condamnés
à une amende de quinze sols pour
la premiere fois , de trente sols pour la seconde
, & pour la troisième , d'un écu , ou
plus grande peine s'il y échet.
Lorfque les Officiers de l'Empire sont
affemblés , ils vaquent d'abord au jugement
des Procès & Differends d'entre les Supôts
& Clercs : les opinions fe prennent par ordre
, à commencer par le dernier reçû .
Quand il n'y a pas de Procès à juger , ou
après qu'ils sont jugés , les Maîtres des Requêtes
sont tenus de proposer à la Compagnie
chacun quelque difficulté sur les Finances
, pour entretenir le Bureau pendant
une demie-heure , & alors il eft permis à
tous les Supôts d'affifter au Conseil , de dire
leur avis sur les difficultés , ou d'en proposer
, sans toutefois prendre rang ni séance
avec les Officiers de l'Empire.
Le Chancelier donne à un Maître des Requêtes
quelque Queſtion de Finance , pour
entretenir l'Empire le Jeudi fuivant , & le
Greffier en fait mention sur son Regiftre..
Aucun Officier n'eft difpensé du Service ,
qu'en cas de légitime empêchement , sur
peine
DECEMBRE. 1739 : 2763
peine de cinq sols d'amende chacun , payable
sans déport au Trésorier des Finances ;
on doit dans huitaine se purger par serment
de l'empêchement , & en cas de maladie ,
quinze jours après la convalescence ; ces
délais paffés , ils ne sont plus reçûs à se
purger.
Les Clercs nommés aux Charges de l'Empire
, sont tenus de les accepter , à peine de
quinze livres d'amende , payable fans déport.
Les Officiers qui paffent un ou deux mois
sans faire leur Service , & sans se purger par
serment , sont déclarés indignes & incapables
de poffeder à l'avenir aucunes Charges
de l'Empire , condamnés en quinze livres
d'amende , déchûs de leurs Offices , obligés
de remettre leurs Provifions au Protecteur ,
& on procede à la nomination de leurs succeffeurs.
Lorfqu'un Officier , Clerc , ou Supôt de
l'Empire , donne queique marque de mépris
, ou tient des propos injurieux à l'Empire
, le Procureur Géneral doit en faire informer
à sa requête ; & sur les informations
vûës & raportées au Protecteur , il ordonne
ce qui convient selon le délit .
Les Officiers qui font convaincus d'avoir
déclaré les Déliberations & Avis du Conseil,
sont pour la premiere fois amendables de
I.Vol. B foi2764
MERCURE DE FRANCE
foixante fols , & pour la feconde , privés de
leurs Charges & déclarés indignes de poffe.
der aucun Office de l'Empire.
Tous les Clercs de la Chambre des Comp
tes , sont tenus de faire enregiſtrer au Greffe
de l'Empire le jour de leur entrée en la
Chambre , & de payer les Droits dûs à l'Empire
, dès qu'ils entrent chés les Procureurs
& viennent à la Chambre : les fils des Procureurs
font feuls exempts de ces Droits.
Les Officiers de l'Empire font auffi en
poffeffion de se faire payer un Droit par les
Commis des Comptables qui entrent à la
Chambre , par les Officiers , Commissionaires
, Comptables , leurs Contrôleurs , & tous
ceux qui prêtent serment en la Chambre
lorsqu'ils s'y font recevoir , & par les Comptables
, lorsqu'ils présentent leur premier
Compte.
On paſſe ici pluſieurs Articles du Reglement
de 1705. qui ne concernent que l'Adminiftration
des Finances de l'Empire , & les.
Comptes qui en doivent être rendus , parce
que ce détail seroit trop long & peu intereflant.
Nous remarquerons feulement que par
les anciens Comptes du Domaine du Roy ,
on voit que les Officiers de l'Empire avoient
droit de prendre tous les ans 200. liv . sur le
Domaine , mais ils ne joüiffent plus de ce
beau Droit. II
DECEMBRE. 1739 2765
Il eft défendu par les Reglemens de l'Empire
, à tous les Clercs de la Chambre de
porter l'épée ; & au cas qu'ils fuffent trouvés
en épée dans l'enclos de la Chambre , ils font
condamnés en 32. fols d'amende pour la
premiere fois , & à 3. liv. 4. fols pour la seconde
, même àà pplluuss grande peine s'il y
échet.
Le Coffre des Archives , Titres & Regiſtres
des Arrêts & Déliberations de l'Empire , eft
fermé à deux clefs , dont l'une eft entre les
mains du Chancelier , l'autre entre les mains
du Greffier.
On fait tous les ans dans la Chambre de
l'Empire , la lecture des derniers Reglemens ,
la veille de la Fête de S. Charlemagne , ou
quelqu'un des jours fuivans , en préfence de
tous les Clercs & Supôts de l'Empire .
Les Officiers de l'Empire , & tous les Sujets
& Supôts , célebrent tous les ans dans
la Ste Chapelle Baffe du Palais , la Fête de
l'Empire , le 28. Janvier , jour de la mort de
S. Charlemagne : ils ont , fans doute , choifi
ce Patron , parce qu'il étoit Empereur , &
pour faire allufion à l'Empereur & à l'Empire
de Galilée .
On prétend que le jour de cette Fête ,
l'Empereur avoit droit de faire placer deux
canons dans la Cour du Palais , & de les
faire tirer plufieurs fois' ; mais ce n'eft qu'u
Bij
ne
2766 MERCURE DE FRANCE
ne Tradition , dont on n'a point de preuve
écrite .
Voilà tout ce que j'ai pû reçueillir au sujet
de l'Empire de Galilée , établi en la Chambre
des Comptes de Paris : j'ignore s'il y a
de pareils Empires dans les autres Chambres
des Comptes du Royaume ; s'il y avoit quelque
chofe de curieux à remarquer fur les
Clercs des Procureurs de ces autres Chambres
des Comptes on invite ceux qui en
ont connoiffance , d'en faire part au Public ,
par la voye de ce Journal.
*XXXXXXXXXXXXXXXXEXXX
LE CHAT ET LA SOURIS.
FABLE.
'Oeil vif , Podorat sûr , l'oreille ouverte &
L'Oci droite
,
Un Chat fripon guettoit une jeune Souris ;
Ce petit animal cherchoit une retraite ,
Et fuyoit depeur d'être pris.
Pour la fuivre , le Chat s'élance avec viteffe
Saute , retombe , écoute , fent ,
Epuife tous les tours , redouble ſa fineſſe ,
Rampe vers elle avec foupleffe ,
Lui jette tout à coup & la griffe & la dent;
Il la tuë , & des yeux il l'avale , il l'excroque ;
Děja
DECEMBRE. 1739. 2767
Déja fous les dents il la croque ,
Auffi - tôt le dégoût le prend ,
Il la laiffe fur la pouffiere .
Il defiroit ... Mais le defir fouvent
Eft plus réel , que le bien qu'on efpere.
Par M. l'Abbé Tart.
A Rouen ce 26. Août 1739 .
Ꭳ
LETTRE de M. J. M. écrite aux Auteurs
du Mercure , sur les Académies
Litteraires d'Italie.
O
Na vû , Messieurs , avec plaifir , ce
que vous avez inseré dans votre premier
Journal de l'année 1732 , au fujet des
Académies Litteraires d'Italie , & surtout
le dénombrement de celles qui ont pris des
Noms , qui paroiffent bizares & extraordinaires
surquoi vous avez fait une réflexion
judicieuse , qui eft qu'il ne faut jamais rien
censurer sur de fimples aparences , & qu'on
doir préfumer que des Italiens, naturellement.
fpirituels , & des Italiens , Gens de Lettres,
n'auront pas donné au hazard de pareils
noms à leurs Etabliffemens Académiques . Il
- Mercure de Janvier 1732. p. 123. &ſuiv.
Bij ek
2768 MERCURE DE FRANCE
eft bon , ajoûtez - vous , de fufpendre làdeflus
notre jugement , jufqu'à ce qu'il
vienne là - deffus quelque bonne inftruction .
Ces dernieres paroles m'ont déterminé à
vous faire part d'un Mémoire que je garde
depuis longtemps dans mon Cabinet , &
que je crois très- propre à inftruire le Public
fur le fujet en queftion ; il porte même le
nom d'Instruction , & c'en étoit une en effet,
laquelle a été composée en faveur d'un Voyageur
de diftinction , de la main duquel je la
tiens. L'Original eft en Italien , & très- conforme
à la Copie que je vous envoye dans
la même Langue , fauf à vous , Meffieurs ,
de préfenter à vos Lecteurs cette Piéce traduite
en François , pour la fatisfaction du
plus grand nombre .
INSTRUCTION donnée à Rome en l'année
1680. à un Voyageur curieux , concernant
les differentes Académies de la Ville de
Rome.
Il y a eû plufieurs Académies , qui dans
ces derniers temps ont été floriflantes dans.
Rome , lefquelles doivent leur naiſſance à
des Hommes diftingués par leur Doctrine, &
par leur élevation : mais pour abreger ce
Discours , je m'attacherai feulement à expofer
ici les Emblêmes & les Devifes de quelques-
unes de ces Académies , & j'en donnerai
DECEMBRE. 1739. 2769
nerai l'explication de la maniere la plus fimple
, laiffant à part les autres circonſtances
, & c.
GL'IMPERFETTI , les Imparfaits.
Cette Académie s'établit dans le College,
apellé de la Sapience , par les foins du Docteur
Angelucci , qui la foûtint pendant quelque
temps dans un grand luftre ; mais ce
Docteur ayant été fait Evêque , l'Académic
difcontinua peu à peu fes Exercices , & elle
ne fubfifte plus aujourd'hui . On l'avoit nommée
des Imparfaits. Son Emblême étoit la
Lune dans fon croiffant , avec ces paroles ;
Clariora videbis. Pour fignifier , que quoique
la capacité de fes membres ne fût pas
parfaite , ils efperoient cependant par leur
application , de mettre au jour des Ouvrages
plus brillans & plus lumineux que l'Aftre
même dont ils avoient pris le symbole.
FANTASTICI , les Fantafques.
L'Académie de ce nom fût établie dans le
Monaftere des Saints Apôtres des Religieux
conventuels de S. François , ayant pour Emblême
une Toile à peindre , toute nuë &
posée fur un chevalet , avec ces paroles
d'Horace Quidlibet audendi. L'Emblême
fait allufion au Paffage entier de ce
Poëte :
Biiij
...Pic2770
MERCURE DE FRANCE
• Pictoribus atque Poëtis
Quidlibet audendifemper fuit aqua poteftas:
& donne à entendre , que comme le Peintre
eft le maître de tracer für une Toile d'attente
tout ce que fa fantaiſie
pourra
lui
fuggerer ,
de même le Poëte peut mettre fur le papier
tout ce que fon imagination
voudra lui fournir
d'agreable
& d'ingenieux.
HUMORIS TI.
Les Humoristes , ou les Fantafques , autre
'Académie Romaine , differente de celle dont
on vient de parler , s'affembloient dans la
Maifon du Seigneur Mancini , & avoient
pour Emblême une Nuë attirant les vapeurs
de la Mer , pour Devise : Reddit agmine.
Le sens eft , que comme l'Eau de la Mer ,
en perdant son âcreté & sa salure dans la
nuë , devient une pluye douce & argréable,
la Science , d'elle-même souvent épineuse ,
& difficile à pénetrer , en paffant , pour ainsi
dire, par l'alambic de l'efprit, & des differentes
humeurs des Académiciens , se change
en un doux fleuve d'Eloquence & d'Erudition
.
Les deux Académies des Fantaſques &
des Humoriftes ne subsistent plus. On ne
voir plus dans Rome que celles qui suivent.
INS
DECEMBRE. 1739 2770
y
INFECONDI , les Steriles.
à à Rome deux Académies de ce même
nom. La premiere fût d'abord établie
dans le Convent de Ste Marie in Campitelli.
Quelques Académiciens fe détacherent ensuite
, pour aller tenir leurs Séances au Monaftere
de S. Charles , ce qui forma un fecond
Corps. L'un & l'autre fe réuniffent cependant
sous le titre commun de Congregation
établie en l'honneur de Notre - Dame
des Neiges , & ils ont pour Symbole une
Pluye de Neige qui tombe sur un champ. La
Devise eft , Germinabit.
On veut faire entendre par- là , que com
me la Neige fertilise un champ ensemencé ,
ces Académiciens , auparavant fteriles par
raport aux Sciences , pourront devenir féconds
en Doctrine , par la protection de la
Ste Vierge , dont ils honorent particulierement
la mémoire le 5. Août , jour deſtiné à
la Fête de Notre - Dame des Neiges.
INCAMINATI , les Acheminés.
Une nouvelle Académie fût ouverte l'année
1679 , dans une Maison particuliere ,
sous le nom de Incaminati. Son Emblême
Zodiaque , avec le Soleil qui parcourt
La Ligne Ecliptique , & ces paroles : Numquam
deffluit. L'Allufion eft , que comme le
Soleil
Bv
2772 MERCURE DE FRANCE
Soleil dans sa course ne s'écarte jamais de
son chemin de même ces Académiciens
ayant commencé la carriere de l'Etude, ne se
fourvoyent jamais du droit sentier dans le
quel ils sont une fois entrés .
LINCEI , les Lynx.
Dès le commencement de ce siècle , Ro
me vit l'Etabliffement de la célebre Académie
des Lynx. Inftituita , dit l'Original Italien
, da Federico Cefi Duca d'Aqua Sparta ,
Homme consommé dans l'Etude des Sciences
& des Belles Lettres , Amateur des Sçavans,&
c. Les Hommes les plus recommandables
en Doctrine, tant de l'Italie que des autres
Pays , étoient Membres de cette Académie .
Leur Etude étoit toute consacrée à la recherche
des Secrets de la Nature , & à faire de
nouvelles Découvertes utiles. C'est dans cet
esprit qu'ils prirent pour Symbole un Lynx
Animal qui surpaffe tous les autres par la
bonté de sa vûë , & c. sans aucunes paroles
, parce que l'Emblême parle d'ellemême
, & n'a besoin d'aucune explication
.
INTRECCIATI , les Entrelassés.
L'Académie de gl'Intrecciati , tient ses
'Assemblées dans la Maison de M. Campana,
Profeffeur en Droit de la Sapience . Son Emblême
FO DECEMBRE . 1739. 2773
blême est une Haye composée de fleurs ,
lefquelles la fortifient & l'ornent en même
temps ; ce qui convient aux Académiciens
qui
mêlent l'étude des Belles Lettres à celle
des Loix Civiles , qui fait leur principale
Occupation.3 1.973.
Il doit , ce mé semble , résulter de cette
Inftruction , qui s'accorde parfaitement avec
la Lettre de M. Riccoboni , inserée dans le
même Mercure de Janvier 1732. que les
Noms les plus extraordinaires des Académies
Italiennes ,pceffent de paroître tels
quand on fçait l'Emblême qui eſt pars
ticuliere à chaque Académie. Ges noms bizares
qui les diftinguent entre- elles , & qui
les caractérisent , qui paroiffent même ridicules
en France , n'ont en effet d'autre fondement
que l'Emblême ou la Devise avec
l'Allufion qui eft reçûë par l'Académie lors
de son Etabliſſement. Il faut cependant convenir
, que ces differentes Devises & Allu
fions ne sont pas toutes également juftes &
heureuses , & que
dans quelques- unes il
peut être entré un peu de caprice de la part
des Inventeurs , ce qu'on ne peut pas
particulier des Emblêmes des Lyncei de Rome,
& des Diffetuosi de Boulogne , dont la
jufteffe faute aux yeux : mais j'avoue, encore
une fois , que les Emblêmes & les Allufions
dont sont venus les noms de Fantaftici ,
В vj
dire en
Hu
2774 MERCURE DE FRANCE
4
:
Humoristi, Infecondi , & c. peuvent raisonnablement
paffer pour trop recherchées ,
même ridicules dans le goût & le génie
François mais elles sont conformes au génie
& au caprice des Italiens , les plus spirituels
, qui se plaisent à ces jeux d'esprit ,
sans s'embaraffer du grand précepte d'Horace
, qui doit s'appliquer à tout genre de
compofition.
Scribendi rectè , sapere eft principium & fons.
Ce qui n'empêche pas que les Inventcurs
de ces fortes de choses ne scachent donner
toute l'attention & tout le sérieux qui convient
aux Sciences , aux temps , aux Lieux ,
& aux Personnes avec lesquelles ils se trou
vent en relation . Je suis , & c .
A Dijon le 16. May 173.26
Le Public sçaura , sans doute , avec nous,
bon gré à l'Auteur de cette Lettre , de . Finstruction
qu'il a bien voulu nous communiquer
nous souhaitons que son exemple soit
imité , & que nous puiffions enfin être pleinement
inftruits , au sujet de toutes les differentes
Académies d'Italie , lesquelles ont
chacun , son nom particulier , fondé , comme
nous venons de le voir , sur une Emblême
ou Devise , avec son Alluſion , &c. ce
qui peut fournir un Morceau d'Hiftoire
Litte
DECEMBRE. 1739 2779.
>
Litteraire , des plus curieux. En attendant
du Pays même ou de quelque habile
Voyageur , l'Inftruction générale dont il
s'agit ici , nous nous contenterons d'indiquer
à nos Lecteurs le Catalogue général des
Académies d'Italie , donné par Jarckius ,
qui en fait monter le nombre à plus de
cinq cent. Ce Catalogue a été imprimé à
Lipfic , 1. vol. in - 12 . en 1725 , sous le titre
de Specimen Hiftoria Academiarum Italia.
Nous profitons de cette occasion , pour
avertir que nous avons formé le deffein de
parler hiftoriquement de toutes les Acadé
mies Litteraires de l'Europe , établies dans
, le fiècle paffé , ou dans celui - ci , en commençant
par la France. Nous avons déja
donné dans notre Journal tout ce qui regarde
les trois célebres Académies de Paris ,
& nous aurions continué par les differentes
Académies qui ont été fondées dans plufieurs
Villes du Royaume , en suivant l'ordre
des temps , fi nous n'avions été arrêtés
par cet ordre même , & par d'autres circonftances
, dont nous ne fommes pas en
core affés inftruits . Nous prions done toutes
les Personnes qui prennent quelque interêt
à ces Etabliſſemens faits dans le Royaume ,
de vouloir bien nous donner à l'adreffe du
Mercure , les éclairciffemens néceffaires
pour
en parler exactement & folidement. Nous
›
↓
de
2776 MERCURE DE FRANCE
demandons sur tout les dates juftes de leur
origine , l'occasion qui les a fait naître , leur
principal objet , les noms des premiers Protecteurs
, & des premiers Académiciens. Il y
a eû des Académies dans quelques Villes de
France,qui ne subsistent plus aujourd'hui ; par
exemple , à Arles , à Nîmes , à Avignon , à
Angers , à Villefranche , en Beaujolois , à
Caën , &c. C'eſt sur ces Académies éteintes,
qui peuvent se relever un jour , que nous
avons le plus besoin d'inftruction . Nous passerons
ensuite à celles des Pays Etrangers,
sur quoi nous avons déja plusieursMémoires.
RONDEAU
A Mlle Guillot , qui en avoit demandé un à
l'Auteur.
DESEs Vers j'allois prendre congé ,
Par Rousseau même encouragé ;
Souvent lire eut l'art de me plaire ;
Mais pour Rondeaux , jeune Glicere ,
Prix ne me fut onc adjugé .
Qui trop les prise est enragé ;
Oui , j'aimerois mieux mon congé ,
Et pour toujours cesser de faire
Des Vers
DECEMBRE . 1739 2771
Je ne sçais si c'est préjugé ;
Mais un refrein bien dirigé
N'est pas un Ouvrage ordinaire ;
Entre deux mille , un seul prospere ,
Et pour le reste , il est rongé
Des Vers.
Des Courbes
****************
SUR LA QUESTION si les anciens
Gaulois parloient Grec , &c.
UN
N de mes amis , avec qui je lis quel
quefois les Ouvrages Périodiques ,
m'est venu trouver ce matin , pour me faire
voir , disoit- il , dans le Mercure d'Août que
les anciens Gaulois parloient Grec. Je lui ai
répondu que j'étois persuadé que le Grec a
été fort commun dans certaines Contrées de
la Gaule , sur tout dans celle qui est arrosée
du Rhône & de la Méditerranée . Ce n'est
pas de quoi il s'agit , m'a -t'il dit , on parloit
Grec dans toute la Gaule , & c'étoit la Langue
vulgaire . J'ai voulu réfuter ce Paradoxe;
il s'est formé entre nous une espece dé Dialogue
, dont je vais vous rendre compte en
désignant son nom par A , & le mien par R.
A. Les Gaulois parloient Grec , cela est
fondé
278 MERCURE DE FRANCE
fondé sur des autorités incontestables. Voyez
les Commentaires de César , au sixićme Livre
de la Guerre des Gaules , il y est raporté
que les affaires publiques & particulieres se
traitoient par écrit en Grec chés les Gaulois .
R. Vous ne trouverez point cela dans César,
à l'endroit que vous me citez, ni ailleurs .
Ce Conquérant remarque qu'il n'étoit point
permis aux Druides de mettre en lumiere les .
connoissances qu'ils avoient acquises pendant
le cours de leurs Etudes , & que pour
ce qui regardoit les affaires ordinaires , les
Gaulois se servoient de Caracteres Grecs ,
(Græcis litteris utuntur. ) Si vous l'entendez
autrement, vous direz donc aussi qu'on parloit
Grec dans l'Ile de la Grande - Bretagne ,
puisque du temps de César elle étoit l'Académie
ordinaire des Druides ? Il faudra dire
en même- temps que les Suisses parloient
Grec , parce que César , au premier Livre de
ses Commentaires, a dit qu'on lui aporta des
Registres écrits en Grec, qu'on avoit trouvés
dans le Camp des Helvetiens. In Castris
Helvetiorum tabula reperta sunt litteris Gracis
confecta & ad Cæsarem perlata.
A. Vous tirerez telle conséquence qu'il
vous plaira , mais. l'Auteur de la Lettre insérée
dans le Mercure, vous cite d'anciens Auteurs,
qui ont dit que les Galates ou Gallo- Grees
loient la même Langue qu'on parloit
Treves
DECEMBRE. 1739. 2770
Treves , donc on parloit Grec à Treves &
dans la Gaule.
R. Quelle erreur ! voyez au cinquième
Livre des Commentaires de César , le stratagême
dont il se servit pour faire tenir sûrement
une Lettre à Ciceron , qui étoit en Hainaut.
Ce stratagême fut de lui écrire en Grec,
afin que s'il arrivoit que sa Lettre fût interceptée,
les Gaulois ne pûssent rien comprendre
à ses desseins . Hanc Gracis conscriptam
litteris mittit , ne interceptâ Epistola, nostra ab
hostibus consilia cognoscantur. Donc les Gaulois
, du moins les Belges , n'entendoient pas
le Grec. Cela est sans réplique . Mais pour
mieux vous convaincre , trouvez bon que je
vous fasse une question. Convenez- vous que
César sçût le Grec ?
A. Il le sçavoit , sans doute, puisque vous
venez de remarquer qu'il écrivit en Grec à
Ciceron, & que j'ai lû dans Suetone qu'il parla
en Grec à Brutus,lorsqu'il le vit venir sur lui
* un Poignard à la main.
R. César n'avoit donc pas besoin d'Interpretes
pour parler aux Gaulois ? A. Non.
R. C'est-là où je vous attendois. Ouvrez
vous-même les Commentaires de César , &
voyez dès le premier Livre , qu'il conféroit
tous les jours avec Divitiac par des Interpre-
& que les ayant éloignés , Quotidianis
Interpretibus remotis , il confera avec ce Printes
,
2780 MERCURE DE FRANCE
ce Gaulois par C. Valerius Procillus , d'ex
traction Gauloise , dont il se servit encore
pour conferer avec Arioviste , comme vous
pouvez le voir à la fin du Livre. Or si Divitiac
avoit sçû parler Grec , César se seroit
passé d'Interpretes ; qu'en pensez - vous ?
A. Je laisse le soin de vous répondre à
l'Auteur de la Lettre , peut- être balanceroitil
vos preuves par d'autres . Par exemple , en
voici une de moi , j'alleguerai les siennes
après. On lit au 73. Chapitre du Livre de
S. Grégoire de Tours , intitulé , De Gloria
Confessorum. Que le mot de Cimetiere , Cameterium,
étoit Gaulois. Cemeterium apud Augustodunensem
urbem Gallicâ linguâ vocavit.
Or ce mot dérive du Grec xonтár , vous
ne sçauriez en disconvenir ; donc la Langue
Gauloise & la Grecque n'étoient qu'une seule
& même Langue.
R. Un jour je me promenois avec des Dames
; une d'elles me dit , ah , voici le Printemps
, je vois une Hirondelle ! C'est préciment
votre raisonnement. Cameterium est un
mot Grec , donc les Gaulois parloient Grec .
Mais qui vous dira que le mót n'est pas Celtique
dans son origine , & qu'il a été adopté
par les Grecs ? S'il ne falloit réfuter votre
exemple par une dixaine d'autres , je ne serois
pas
fort en peine. Voyons si les mots
Gaulois que je vais vous dire ont une racine
que
Grecque 1
DECEMBRE . 1739. 2751
Grecque. Comment s'apelloit un Pont par
toute la Gaule ? Brivas. C'eſt ainsi que vous
trouverez dans les Itinéraires & dans les anciens
Auteurs , Briva Isare , Pont- Oise ,
Bricas vetus , Brivas Hilaris , Brivodurum
Samarobriva , &c. Un Pont en Grec s'apelle
évpa, n'y trouvez - vous pas beaucoup de raport
avec Brivas ? Disons- en de même d'Osca,
un Clos , ( voyez votre même Grégoire de
Tours , au Livre cité , Chap. 79. ) Condate ,
ou Confluent de deux Rivieres. Dor,de l'eau,
Dun , une Montagne , ou une Fortereffe . Ces
mots n'ont-ils pas bien l'air Grec , auſſi -bien
que Bracas , ces amples haut - de- chauffes
que portent nos Paysans Auvergnacs , &
qu'ils nomment de-las -Brayas ? Ajoûtons - y ,
si vous voulez , Gergovia , Crotoniat, Vercingetorix
; de quelle Dialecte sont ces noms, s'il
vous plaît ? Mais pour vous faire un parallele
plus frapant encore , voici la Vie des Empereurs
de Suetone , lisez le dernier Chapitre
de la Vie de Vitellius , vous verrez qu'il périt
par Antonius Primus, qui dans sa jeunesse
, avoit eû à Toulouse le nom de Becco!
Que signifioit Becco en Langue Gauloise ?
Suetone vous l'explique . Gallinacei rostrum.
Un Bec de Coq. Nous avons conservé ces
mêmes mots comme vous voyez ; or un
bec en Grec se nomme ròpáupos, & un Coq
å drop. Cela reffemble à Becco, comme
3
2782 MERCURE DE FRANCE
Coq reffemble à un Elephant. Reconnoiffez
le Syftême de votre Auteur eft
donc que
bien
mal fondé
.
A. Mais répondez à votre tour à ce qu'il
vous dit d'après Archiloque , que les Gauois
avoient porté à la perfection les Elemens
de la Langue Grecque, & qu'Homere,
qui corrigea cette Langue & son Alphabet ,
en forma les Caracteres tels qu'il sont à présent
, tout semblables à ceux des Gaulois,
Donc les Gaulois avoient perfectionné la
Langue Grecque avant les Grecs .
&
R. Il n'eft pas difficile de détruire la conconséquence,
quand le principe eft faux. Archiloque
a dit tout le contraire de ce que
vous lui faites dire ; car cet Auteur nous
aprend que Cadmus , un peu avant la guerre
de Troyes ,aporta l'Ecriture en Grece , dont
Homere polit ensuite les caracteres ; car ,
dit-il , les premiers fentoient la barbarie ,
reffembloient plûtôt à ceux des Galates &
des Meoniens qu'à ceux des Pheniciens. Ei
foli , Homero , jus tributum emendandi caracteres
& nomina & Lingnam Gracam , quæ , ut
ferunt , Cadmus Samothrax fere barbara &
plena ruditatis attulit sub excidium Trojanum ,
cùm reversus effet àfugâ quam inierat , ob cersamen
quod illi prisca uxor intulerat , propter
nuptias superinducta harmonia , sunt ergo nunc
caracteres ab Homero formâ elegantiore ; nam
primi
DECEMBRE. 1739 2785
primi Barbariem quamdam vetuftam & non
Phanicam ferebant , quianihil Phanicum habent,
ut cernimus , sed Galatarum & Maonum
figuras retinent. Xenophon dit la même chose
, sçavoir , que Cadmus un peu avant le
guerre de Troyes,revenant de Phénicie , aporta
en Grece feize caracteres fort groffiers ,
plus reffemblans à ceux des Galates & des
Meoniens , qu'à ceux des Pheniciens. Cadmus
paulò ante ruinas Troja , Harmoniâ Samothrace
inclitas , qui de priscâ uxore ob Harmoniam
certamen paffus , rediens à Phaniciâ
detulit in Graciam primus sexdecim numero
litteras rudes , non Phanicas , sed Galatarum
& Meonumperfimiles caracteribus. Ces citations
doivent vous convaincre que l'Auteur
de la Lettre a pris le change , & que bien
loin que les Galates ou Gaulois ayent poli
les Elemens de la Langue Grecque, ils avoient
retenu leurs premiers caracteres du temps
d'Archiloque & de Xenophon , caractereres
groffiers , méconnoiffables , fi on les compare
aux Elemens Grecs corrigés par Homere
; mais comme les anciennes Inscriptions
des Grecs étoient écrites en caracteres
femblables à ceux des Galates , César a crû
que les Gaulois avoient emprunté l'ancien
Alphaber des Grecs.
A. Vous convenez donc du moins que les
Grecs originairement ont reçû leur Alphabet
des Gaulois ou Galates ? R.
2784 MERCURE DE FRANCE
›
&
R. Cela n'eft pas impoffible , car je remarquerai
d'après Solin ( & c'eft un Paffage
important ) que les Gaulois avoient occupé
cette Contrée d'Afie , nommée Galatie , dès
les premiers siécles : Galatiamprimis sæculis
Gallorum gentes occupaverunt. Nous igno
rons par quelle avanture ils en sortirent
mais ils tâcherent toujours d'y rentrer
enfin ils y parvinrent du temps de Nicomede
le Grand , Roy de Bithynie , au moyen de
ce qu'ils lui aiderent à conquerir le Pont &
la Paphlagonié, environ l'an 278. avant l'Ere
vulgaire. Le Pays qu'ils occuperent retint
alors le nom de Galatie , ils se rendirent
bien- tôt maîtres d'une partie de la Phrygie ,
de la Paphlagonie, de la Mifie & de la Cappadoce
; mais en occupant toutes ces contrées
de l'Afie mineure , ils ne firent que rentrer
dans leur ancien Domaine.
-
A. Vous prétendez donc que les Galates
du temps de Cadmus , habitoient dans le
voisinage de ces contrées que Ptolemée
apelle l'Asie proprement dite ?
R. Oui , cette Afie , proprement dite ;
n'avoit pas tant d'etenduë que les Géographes
modernes en donnent à l'Afie Mineucar
ils comprennent sous ce nom toutes
les Provinces qui font aujourd'hui renfermées
dans la Natolie, C'étoit -là le Siége des
anciens Galates du temps de Cadmus , & de
re ,
la
DECEMBRE. 1739 2785
la Guerre de Troyes , avant leur transmigration
; Les Troyens qui habitoient la Phrygie
étoient par cette raison leurs Alliés & leurs
Voisins. C'eft pourquoi Properce nous aprend
qu'il y avoit des Gaulois à la défense de
Troyes, Gallicus Iliacis miles in aggeribus. Et
fuivant Ovide , Priam fe retira en Gaule,Gallica
qui Phrygium duxit in arva senem, Će n'eft
point en Europe , où les Gaulois ne vinrent
que depuis , mais dans la Galatie , voifine de
la Phrygie, Qui sçait même ſi les Galates
les Phrygiens , les Meoniens & les autres
Peuples de l'Afie Mineure , n'étoient pas un
même Peuple fous differens noms , également
descendus de Gomer ? Ne seroit- ce
pas fur ce fondement qu'Orofe attribuë l'origine
des Troyens aux Gaulois ? & que cette
Nation transplantée dans le Pays que nous
habitons , prétendoit autrefois être fortie des
Troyens , auffi - bien que les Sicambres , dont
les François tirent leur origine ?
>
A. Insensiblement vous me meneriez dans
des recherches à perte de vûë ; revenons à
Cadmus ; à votre avis c'étoit un Chevalier
errant , qui dans ses caravannes , aprit des
Meoniens ou des Galates , l'art de former des
Lettres , & dont les Grecs ont pû dire :
C'eft de lui que nous vient cet art ingenieux
De peindre la pensée & de parler aux yeux.
R.
2786 MERCURE DE FRANCE
R. C'est précisément ce que je pense!
Mais obfervez que les mêmes figures servent
à differentes Langues, comme des fept notes
de Musique il se forme une infinité d'Airs.
A. Je vous prie de me lever une autre
difficulté. Pourquoi a-t- on nommé les Galates
Gallo- Grecs , eft-ce qu'ils habitoient la
Grece ?
R. Diftinguons. La Grece ne renfermoit
d'abord que le Territoire de l'Attique , &
pour le plus ce qui s'apelloit Hellas , avec la
Theffalie. Ensuite elle s'étendit jufqu'à comprendre
le Peloponese , l'Epire , l'Achaye ,
& la Macedoine , avec toutes les Isles Cyclades
& Sporades de la Mer Egée & de
l'Archipel. Quelque temps après , la Grece
s'étendit jusque dans l'Asie mincure , où la
Misie , la Phrygie , l'Eolie , l'Ionie , la Doride
, la Lidie , & la Carie furent considerées
comme des Provinces Grecques . Enfin , Alexandre
le Grand ayant conquis toute la Phry
gie , la Lidie , la Pamphilie , la Pisidie , la
Paphlagonie & la Cappadoce, 333. ans avant
l'Ere vulgaire , on peut mettre ces Provinces
où les Gaulois rentrerent sous Nicomede
le Grand au nombre de celles
qui formoient l'Empire de la Grece. Cependant
, si vous voulez la position précise
de la Galatie , la voici d'après Ptolemée.
Elle avoit à l'Occident , la Bithynie , & par-
,
cię
DECEMBRE. 1739. 2787.
tie de l'Afie proprement dite , au Midi la
Pamphilie , au Levant la Cappadoce , au Septentrion
le Pont Euxin . On y comprenoit la
Paphlagonie jufqu'au Pont - Euxin.
Comme l'Auteur de la Lettre insérée dans
le Mercure d'Août , p . 1773. abandonne son
sentiment au jugement du Public , je profite
de la liberté des fuffrages ; & fi cette Differtation
peut mériter les vôtres , je vous prie ,
Monsieur , de lui faire voir le jour.
R. D. R.
********************
DE PROFUNDIS traduit .
E's longtemps j'ai crié du profond de l'abîme,
Où je ſuis enfoncé par le poids de mon crime.
Aurois-je donc , Seigneur , pouffé des cris en vain ?.
Exauce ma Priere & me prête la main.
Si tu voulois de près regarder chaque offense ,
Qui pourroit soûtenir ta terrible présence ?
Je fçais que dans mon Dieu tout n'eft que charité ;
Ta juftice à regret punit l'iniquité.
J'ai toujours efperé dans le mal qui nous preffe ,
Que tu viendrois enfin dégager ta promeffe.
Dès le Soleil naifſant juſqu'à la fin du jour ,
J'attends ce temps heureux , temps de grace & d'amour.
I. Vol. C Où
2788 MERCURE DE FRANCE
Où tu répands sur nous ta grace en abondance , .
Je vois voler des Cieux les traits de ta clemence ...
Quels que soient les forfaits qu'Ifraël ait commis ,
Qu'il efpere en ton Nom , tout lui sera remis .
A* P*
SUR la Superfluité qui se rencontre dans les
Elemens Geometriques .
L'Societé
'Utilité
que la Géométrie
procure
à la
Societé
civile , fait que la plupart
des
jeunes Gens qui ont de l'esprit , de l'éducation
, & du goût pour les hautes Sciences
,
veulent
l'aprendre
, & prefque
perfonne
ne
la fçait , principalement
dans les Provinces
,
On a cependant
, pour s'en inftruire
, plus de
vingt Elemens
à choifir , où le génie de
lcurs sçavans
Auteurs
brille dans la fécondité
des Principes
: mais le superflu y regne
de telle façon , qu'on peut dire affûrément
,
qu'il y a peu de tous ces Elemens
qui ne dégoûtent
, parce qu'on n'y aperçoit
pas toujours
le véritable
sens de ce qu'on y enseigne.
Je fupose que les meilleurs pourront venir
par hazard entre les mains de ceux qui
ont deffein de s'y apliquer. Bien résolus
d'y
DECEMBRE. 1739. 2789
a'y donner toute l'attention requise , ils parcourent
avec empressement ce qui leur paroît
plus aisé . Ils lisent avec rapidité un
grand nombre de vérités facilement démontrées
sur la position de plusieurs lignes & de
plusieurs angles. Ils les voyent même avec
attache : & dans leur plus grande ardeur , ils
s'en dégoûtent par les difficultés qu'ils y
trouvent , en voici les raisons .
1º. Parce que ces verités dans plusieurs
Elemens , sont proposées & démontrées
d'une maniere séche , longue , & difficile à
retenir. Il y faut une aplication qui gêne infiniment.
Qui peut avoir obligé les meilleurs
Auteurs que nous ayons aujourd'hui sur ces
matieres , de mettre dans l'énoncé d'une
même Propofition , toutes les verités qui
peuvent avoir quelque connexité entre- elles ?
Il est vrai qu'on les démontre séparément
dans la Proposition : mais lorsqu'on aperçoit
13. ou 14. lignes dans son énoncé , un jeune
homme qui voit une si longue suite de termes
qu'il ignore , s'en trouve épouvanté : il
ne peut les retenir. Il faut donc qu'il voye la
démonſtration , avant qu'il puiffe sçavoir ce
qu'il s'agit de démontrer. Quelle réduction
!
2°. On trouve dans d'autres Elemens un
défaut tout oposé à celui - ci . On Y démontre
plusieurs Propositions les unes après les
Cij autres ,
2790 MERCURE DE FRANCE
autres , qui renferment en clles une même.
vérité expliquée differemment dans chacune.
Cela groflit un Livre de Géometrie . Cela arrête
le Lecteur à des inutilités , & il n'eſt
pas surprenant que cela dégoûte. Quoique
F'on ne doive proposer qu'une vérité dans
chaque Proposition , il n'eft cependant pas
néceffaire de démontrer en particulier celle
qui en eft un Corollaire.
3. Suposons que dans ces Elemens , les
Propositions y seront dans un nombre suffisant
, pour expliquer & démontrer avec un
ordre exact , tout ce qui eft effentiel dans la
Géométrie ; Que leur énoncé sera dans la ,
simplicité & la netteté requises ; Que les
Démonftrations seront courtes , faciles , &
d'une clarté à ne laiffer rien à deviner ;Voilà
tout ce qu'on peut souhaiter dans les autres.
Livres de Mathématique . Tout cela ne suffit
pas encore pour des Elemens de Géométrie.
Ce n'eft pas affés d'avoir , démontré clairement
une Proposition ; un jeune homme qui
en a bien conçû la démonſtration , ne veut
pas s'apliquer long-temps à credit. Il veut
sçavoir les proprietés & les usages de cette
Proposition , qui lui sont cachés. Il veut
sçavoir à quoi l'on en peut faire l'aplication,
Il faut un objet pour s'apliquer à quelque
genre de Science que ce soit. Un esprit qui
S'adonne de bonne foi à la Géométrie
२ est
DECEMBRE. 1739. 1791
un esprit qui cherche la verité , & qui veut
sçavoir quelles sont les suites de cette verité,
qu'on peut raisonnablement aprendre.
Concluons donc qu'un Livre propre à enseigner
la Géométrie , pour en tirer tous les
secours néceffaires à la vie civile , doit être
une aplication continuelle de la speculative à
la pratique. Que l'on devroit , suivant cette
maxime , réunir dans une juste précision ,
tout ce qu'on voit de meilleur dans la multiplicité
d'Elemens , aujourd'hui répandus
dans le Public. Que l'on doit faire connoître
l'utilité de ces Principes, immédiatement
après les avoir démontrés . Cette utilité une,
fois connue , augmentera le goût qu'on aura
naturellement pour la Théorie qui nous la
fait connoître , à proportion du progrès que
l'on y fera.
·*************************
LE GOUTEUX IVROGNE.
REDonce
CONTE.
Enonce au vin , fuis- en l'usage ,
Si tu veux éviter le dangereux.venin ,
Que suce tout le Genre humain
En avalant ce funefte Breuvage ,
Difoit jadis un grave Médecin ,
C iij Α
i
2792 MERCURE DE FRANCE
A certain fien ami déja sur le grand âge .
D'ailleurs , ajoûtoit- il , c'eft la source où tu prends
La goute qui depuis long- temps
Fait sur ton corps un si cruel ravage .
Le Vieillard écoutoit affés tranquillement ,
Même d'un faux semblant aplaudiffoit l'outrage ,
Que faifoit pen civilement
L'Eleve d'Efculape ,
Au jus que nous produit la grape ,
Et même bien honnêtement
Lui rend graces , le remercie
De l'avis qu'amicalement
Il lui veut bien donner pour garantir fa vie :
Mais quelques jours après le Docteur vigilant ,
Etant venu voir ſon Malade ,
Fort furpris de le voir de pots environné ;
Et bûvant à longs traits mainte & mainte rafade,
Que faites-vous , dit -il , juftement étonné ¿
C'est donc ainfi qu'on tient fa promeffe & fans
doute
Vous avez réſolu ? ... Mais , repart à l'inftant ,
Notre Ivrogne l'interrompant
Je taris , lui dit- il , la fource de ma goute..
Par M. P. J. T.V. de Rouen.
LET
DECEMBRE. 1739. 2793
LETTRE à M. le Marquis de Baschi ,
Seigneur d'Aubais , en Languedoc , au
sujet de la Typographie.
MONSIEUR ,
Ayant vû naître dans votre Province , dans
votre voisinage , & pour mieux dire chés
vous , L'Invention des Bureaux Typographiques
; ayant été témoin oculaire il y a quinze
à dix - huit ans , des progrès Litteraires du
petit Montcalm de Candiac , Prototypographe
, & votre parent , vous fûtes très - surpris
P'Eté dernier d'entendre nommer pour Inventeur
de la Typographie, des personnes, dont
vous n'avez jamais oui parler. J'eus à cette
occasion , Monsieur , l'honneur de vous dire
, que bien des amis , instruits aussi de la
vérité du fait , m'avoient conseillé de solliciter
un Privilege , pour constater la qualité
d'Inventeur Typographe , et que je n'avois
fait cependant aucun usage de ce Privilege .
Mais , le nombre de ces prétendus Inventeurs
augmentant tous les jours , j'ai crû , en faveur
de la nouvelle Méthode , & des Personnes
qui veulent la faire , pratiquer , devoir
suivre votre avis , & rendre public ce Privilege.
Pour cet effet j'ai eû recours au Mer-
C iiij Curc
2794 MERCURE DE FRANCE
cure de France, afin que toute l'Europe sçache
en même- temps que vous avez toujours
honoré de votre aprobation et de votre protection
l'Auteur et le Systême des Bureaux
Typographiques , et que vous sçavez il y a
bien des années , qu'on peut les varier à l'infini
sur tous les Arts et sur toutes les Sciences
, ainsi qu'on l'a fait voir dans la Bibliotheque
des Enfans , in- 4 °.
J'ai l'honneur d'être , &c..
PRIVILEGE DU ROY, accordé au
Sieur Dumas , Auteur & Inverteur du
Systême Typographique.
L
Quis , par
la Grace de Dieu , Roy de France
et de Navarre : A nos amés et féaux Conseillers
les Gens tenans nos Cours de Parlement , Maîtres
des Requêtes ordinaires de notre Hôtel , Grand-
Conseil , Prévôt de Paris , Baillifs , Sénechaux
leurs Lientenans Civils , et autres nos Justiciers
qu'il apartiendra. SALUT .
Notre bien-Amé le sieur Louis Dumas , de notre
Province de Languedoc , Licentié en Droit , Auteur
et Inventeur des Bureaux Typographiques , nous
ayant très-humblement fait remontrer qu'après avoir
travaillé & refléchi pendant plus de vingt- cinq ans
sur un nouveau Syistême , et sur l'invention des Bureaux
Typographiques étiquetés & garnis , tenant
lieu de Livres Elementaires , et contenant l'équivalent
de l'Ecriture par le moyen des Alphabets mobiles
et combinés suivant les sons de la Langue ,
pour l'instruction de la jeunesse , il souhaiteroit
faire graver , imprimer et donner au Public la Bibliotheque
DECEM BR E. 1739. 2795.
bliotheque des Enfans , on les premiers Elemens des
Lettres , comprenant le Systême des Bureaux Typographiques
, les étiquetes , la garniture , l'atiral , &
même le Bureau , l'Abregé dudit Systême , la maniere
de construire ledit Bureau Typographique, ensemble
le nouvel A. B. C. Latin et François , l'essai d'un
Rudiment pratique de la Langue Latine , l'introduction
génerale à la Langue Françoise , differentes
Piéces de lecture sur les premieres notions des Arts
et des Sciences , à l'usage de notre cher Fils LE DAU .
PHIN et DE NOS ENFANS DE FRANCE , ce qu'il ne
pourroit executer avec succès si chacun , indépendamment
de l'Auteur , avoit d'abord la liberté de
contrefaire & d'alterer à sa fantaisie lesdits Ouvrages
Typographiques en tant qu'étiquetés & garnis
pour l'exercice dudit Systême , et s'il ne nous plaisoit
lui accorder nos Lettres et Privilege sur ce nécessaires
, offrant pour cet effet de les faire graver
et imprimer en bon papier et beaux caracteres , suivant
la feirille gravée et imprimée , attachée pour
modele sous le contre- scel de ces Présentes .
A ces causes , voulant traiter favorablement ledit
sieur Exposant en considération de ses travaux &
de ses dépenses pour le premier établissement de
son Systême Typographique et dudit Bureau à Paris
et dans les Villes de Provinces , nous lui avons permis
et permettons par ces Présentes de faire graver
et imprimer , non seulement la Bibliotheque des
Enfans , ou les premiers Elemens des Lettres & le
Systême du Bureau Typographique , mais encore .
les étiquetes et garnitures , et tous les Ouvrages cidessus
spécifiés , ensemble la construction dudit Bureau
, en un ou plusieurs volumes , feuilles séparées
, conjointement , ou séparément , en autant de
fois que bon lui semblera , sur papier et caracteres
conformes àladite feuille gravée et imprimée et at-
Cv tachée
2796 MER CURE DE FRANCE
tachée sous notredit contre - scel , et de les vendre ;
faire vendre et débiter par tout notre Royaume pendant
le temps de six années consécutives , à compter
du jour de l'expiration du précedent Privilege.
Faisons défenses à toutes sortes de personnes de
quelque qualité et condition qu'elles soient , de
contrefaire , graver , imprimer , vendre , faire vendre
, débiter lesdites Etiquetes et Garnitures desdits
Bureaux Typographiques , ni lesdits Ouvrages , sous
quelques titres ou prétextes que ce soit d'imitation ,de
réduction , d'augmentation , où de réforme , et d'in-.
troduire les Ouvrages contrefaits , ou d'impression
étrangère dans aucun Lieu de notre obéïssance ,
comme aussi à tous Libraires , Graveurs, Imprimeurs
en Taille - douce et autres , d'imprimer , faire imprimer
, graver ou faire graver , vendre , faire vendre
, ni contrefaire lesdits Ouvrages ci - dessus exposés
, en tout ni en partie , soit par Extrait ou autrement
, sans la permission expresse et par écrir
que ledit sieur Exposant s'engage de donner gratuitement
par raport audit Bureau Typographique étiqueté
, et garni , à tous ceux qui voudront faire un
bon usage de son Systême & profiter des avis dudit
sieur Exposant, à peine de confiscation des Exemplaires
contrefaits, de trois mille livres d'amende contre
chacun des contrevenans , dont un tiers à Nous , un
tiers à l'Hôtel - Dieu de Paris , et l'autre tiers audit Exposant,
et de tous dépens , dommages et interêts .
A la charge que les Présentes seront enregistrées
tout au long sur le Registre de la Communauté des
Libraires et Imprimeurs de Paris dans trois mois de
la date d'icelles , que la gravure et impression desdits
Ouvrages sera faite dans notre Royaume et non
ailleurs , et que l'Impétrant se conformera en tout
aux Reglemens de la Librairie et notamment à celui
du 10. Avril 1725, et qu'avant que de les exposer
DECEMBRE. 1739. 2797
ser en vente gravés ou imprimés seront remis
dans le même état où les Aprobations y auront été
données , és mains de notre très- cher et féal Chevalier
Garde des Sceaux de France le Sieur Chauvelin
, & qu'il en sera ensuite remis deux Exemplai
res de chacun dans notre Bibliotheque publique, un
dans celle de notre Château du Louvre , et un dans
celle de notredit très- cher et féal Chevalier Garde
des Sceaux de France le sieur Chauvelin , le tout à
peine de nullité des Présentes , du contenu desquelles
vous mandons et enjoignons de faire jouir ledit
sieur Exposant ou ses ayant cause , pleinement et
paisiblement , sans souffrir qu'il leur soit fait aucun
trouble ou empêchement , &c . Du 17. Septembre
1736.
***
LES DEUX ROSSIGNOLS,
FABLE.
Dans le temps que tout reverdit ,
Que tout pullule en la Nature ,
Deux Rossignols ( à ce qu'on dit )
Brulant de l'ardeur la plus pure ,
Travailloient à bâtir leur Nid.
Jamais union plus parfaite
Ni plus aimables passe-temps.
Nuit & jour ce couple d'Amans ,
Va , vient , voltige , se fait fête ,
Se suit , se chasse , se becquete ,
C vj Et
2798 MERCURE DE FRANCE
Et cent fois , selon ses désirs ,
Cherche à varier ses plaisirs.
Modere , Amour , tes bienfaits si touchants ;
L'un de nos Rossignols ne sçauroit y suffire.
Le voila qui va par ses chants ,
Soulager son tendre martyre.
Mais quels chants ! quels accords ! quelle douceur
extreme !
Non , jamais dans les bois
Philomele elle - même ,>
Ne plut taut par sa voix.
Couple heureux , ce tendre ramage
Va te coûter bien des soupirs."
Dès que l'Oiseau s'est fait entendre au voisinage
Chaque Berger pour ses plaisirs ,
Le destine à la cage.
C'en est fait , il est pris ; le Chantre est arrêté ;
Après un sort si doux , quel surcroît de misere !
Les charmes , les beaux jours , tout s'envole à Cythere
;
Tout fuit avec la liberté .
De ce récit , voici l'utilité ;
Amans, aprenez à vous taire.
A. J. J... de Marseille.
QUESDECEMBRE.
1739. 2799
QUESTION CURIEUSE ,
Où l'on examine si la Lune Paschale eft celle
de Mars.
où
LF sur la pla récede
E préjugé populaire sur la pensée ou
,
Pâques vient toujours dans la Lune de Mars,
paroît si bien établi , que la plûpart se moquent
de ceux qui disent le contraire. Nous
allons démontrer que c'eft là une de ces
erreurs communes qui se débitent par
le Peuple peu instruit , sans avoir aucun fon
dement.
,
1º. Comme cela regarde particulierement
le Comput Ecclesiastique , qui a ses Regles
certaines , pour nous faire connoître tous
les ans les Fêtes Mobiles , il est évident que
toutes les fois que les Nombre d'Or , nous
donne pour Epacte , le premier de Janvier
est auffi le premier jour de la Lune. C'est ce
qu'on peut voir dans l'ordre des jours de
tous les mois de l'année , qu'on trouve au
commencement des Breviaires , où l'on découvre
que le premier de Janvier a pour
Epacte . C'est donc là le premier jour de la
Lune ; & étant de 30. jours , elle finit le 30.
de ce même mois ; & c'est - là certainement
La
2800 MERCURE DE FRANCE
la Lune de Janvier. Cette même Epacte se
retrouvant encore le 31. de Janvier , nous
montre que c'eft là le premier jour de la seconde
Lune , qui n'ayant que 29. jours ,
finit
le 28. de Fevrier ; & on ne peut nier que ce
ne soit-là celle de Fevrier. Enfin cette même
Epacte se retrouvant le premier de Mars
que c'est là le premier
*
nous fait
connoître
qne
de l'année
jour de la troisiéme &
étant de 30. jours , elle finit le 30. du Mois,
& elle est avec , la plus grande certitude , la
Lune de Mars. Or il eft évident que cette
Lune n'est point la Paschale ; car pour être la
Lune Paschale , il faut nécessairement que
son 14. arrive après le 20. de Mars. Mais le
de cette Lune de Mars tombant aussi le
14. du mois , nous voyons qu'il précedcit.
l'Equinoxe du Printemps de fix jours : cette
Lune n'étoit donc point la Paschale.
14.
Cela est arrivé souvent dans les siecles
passés,&
encore dans ce dernier siecle, l'an 1710.
qui eût pour Lettre Dominicale E. & pour
Epacte . Année d'ailleurs mémorable par la
naissance de notre glorieux Monarque Louis
XV. Cela arriva pareillement l'an 1729. qui
eût pour Lettre Dominicale B , & pour
Epacte *, & cela arrivera de la même maniére
les années 1748. 1767. & 1786. qui auront.
toutes pourEpacte * .C'est donc une erreur populaire,
que de soûtenir que la Lune de Pâques
ese
DECEMBRE . 1739. 28or
est toujours la Lune de Mars . Il faut toutefois
convenir , que la Lune Paschale peut
très -bien être apellée la Lune de l'Equinoxe
de Mars ; c'est - à- dire , la premiere dont le
14. arrive à l'Equinoxe du Printemps fixé au
21. de Mars , ou du moins arrive peu dé
temps après. Mais il est très-faux que cette
Lune soit toujours la Lune de Mars : car
toutes les années dont nous venons de faire
mention , ont eû , ou auront pour Lune
Paschale , celle d'Avril , où elles finissent.
2º. A l'égard des autres années , où la
nouvelle Lune ne commence pas le premier
de l'an , il y a une Regle génerale pour donner
la Lune à chaque mois qui lui convient.
Le Pere Clavius nous la donne dans son
grand Ouvrage de la Réformation du Calendrier
; la voici. La Lune est toujours celle
du mois où elle finit : In que completur,mensi
Lunatio detur ; & afin qu'on ne s'y trompe
pas , il ajoûte : In quofinitur , menfi Lunatio
detur ; & il dit que cette Regle eft reçûë de
tous les Computistes ; Ita Computista omnes.
M. Blondel ,de l'Académie Royale des Sciences
, Maréchal de Camp des Armées du Roy,
& Maître de Mathématique du Dauphin ,
Fils de Louis XIV. dans son excellent Ouvrage
, qui a pour titre : L'Hiftoire du Calendrier
Romain , imprimé à la Haye l'an 1684 .
nous donne cette même Regle de Clavius ,
dans
2802 MERCURE DE FRANCE
dans la seconde Partie , Chap. IV. pag. 136.
où il dit que c'est l'ancienne maxime des Computistes
, que chaque Lune apartient au mois
où elle se termine ; cela n'est susceptible d'aucune
équivoque. La Regle de tous les Computistes
qui nous ont précedé , est donc que
la Lune de Janvier , eft celle qui finit , ou
qui se termine , comme le dit M. Blondel
en Janvier. La Lune de Fevrier , celle pareillement
qui se termine en Fevrier , & ainsi de
toutes les autres .
Selon donc cette maxime , au témoignage
d'un célebre Académicien du vivant de
Louis XIV. reçûë inconteſtablement de tous
les Computiftes , qui ont été avant nous , la
Lune Paschale n'est certainement jamais la
Lune de Mars ; & c'eft ce que nous allons
démontrer . Pour être la Lune Paschale , il
faut que son quatorziéme arrive à l'Equinoxe
, ou immédiatement après l'Equinoxe
du Printemps , qui est fixé par l'Eglise au 21.
de Mars . Or il est impossible qu'une Lune
dont le 14. arrive le 21. de Mars , ou après,
finisse ou se termine en Mars : il eft donc
très - certain , en suivant cette Regle si anciennement
établie , que la Lune Paschale
ne peut jamais être la Lune de Mars.
3. Il faut remarquer que cette Regle reçûe
des anciens Computistes , est établie sur
un principe inconteftable. Ceux qui sont un
peu:
DECEMBRE. 1739. 2803
peu instruits du .Comput Ecclesiastique ,
sçavent que le Nombre d'Or , nous donne
maintenant l'Epacte qui doit être en usage
chaque année. Ils sçavent que cette Epacte
est fondée sur la difference qu'il y a de l'année
Solaire,composée de 12. mois , qui font ensemble
communément 365. jours, & de l'année
Lunaire , composée pareillement de 12 .
mois , alternativement de 30. & 29. jours , &
qui font ensemble 354. jours . Ces 354. étant
soustraits de 365. reste 11. pour l'Epacte. Il
faut bien faire attention , que toutes les
Epactes qui tirent de là leur origine , varient
tous les ans & qu'elles nous donnent chaque
année , le nombre des jours qu'avoit la
Lune le dernier de Decembre de l'année précédente
.
Cela se comprendra mieux par une suite
d'années que nous allons donner avec leurs
Epactes. L'an 1710. dont nous avons fait
mention , nous fait connoître qu'ayant pour
Epacte * , qui n'est d'aucun nombre , le 31 .
de Decembre de 1709. qui la précede , étoit
le dernier jour de la Lune & de l'année Lunaire
; & que par consequent l'année Lunaire
cette année , avoit précisément fini avec
l'année Solaire ; & que les deux années recommençant
au même jour , les jours du
mois étoient auffi les jours de la Lune. La`
premiere Lune de l'année étant de 30. jours,
2804 MERCURE DE FRANCE
·
la Lune de Janvier l'an 1710. avoit donc fini
le 30. de ce mois , qui est le plus tard que
puiffe jamais se terminer la Lune de Janvier.
La seconde Lune ayant commencé le 31. de
Janvier , & ne devant être que de 29. jours,
elle a donc fini le 28. de Fevrier . Et contimuant
toujours de suite toutes autres Lunes
dans le même ordre , on voit aisément
qu'il falloit néceffairement qu'elles finissent
toutes dans le mois , dont elles devoient l'une
après l'autre porter le nom. Celle de Mars ,
le 30. de Mars ; celle d'Avril , le 28. d'Avril';
celle de Mai , le 28. de Mai ; celle de
Juin , le 26. de Juin ; celle de Juillet , le
26. de Juillet ; celle d'Août , le 24. d'Août ;
celle de Septembre , le 23. de Septembre ;
celle d'Octobre , le 22. d'Octobre ; celle de
Novembre , le 21. de Novembre ; & enfin
celle de Decembre , le 20. de Decembre.
Ainsi les 12. mois Lunaires étant finis le 20.
de Decembre , il restoit 11. jours , que devoit
encore durer l'année Solaire , qui eft précisément
l'Epacte , dans sa plus grande exactitude
; c'est - à - dire , la difference de l'année
Solaire , à la Lunaire.
Le Comput Ecclesiastique nous donne
effectivement 11. pour l'Epacte de 1711.
qui suit immédiatement ; & l'année Lunaire
ayant fini l'an 1710. le 20. de Decembre, on
voit que l'Epacte 11. nous marque précisément
DECEMBRE . 1739. 2805
ment le nombre des jours qu'avoit la Lune
à la fin du mois. Et continuant pour l'année
suivante à compter jusqu'à 30. on tombe
sur le 19. de Janvier , où a dû finir , selon la
Regle ancienne , la Lune de Janvier de l'année
1711. Comptant de là jusqu'à 29. parce
que les mois Lunaires sont alternativement
de 30. & 29. jours , on tombe sur le 17. de
Fevrier , où a dû finir la Lune de Fevrier. Et
comptant de là jusqu'à 30. on tombe sur le
19. de Mars , où a dû finir la Lune de Mars.
Comptant de là jusqu'à 29. on tombe sur le
17. d'Avril , où a dû finir la Lune d'Avril.
Comptant de là jusqu'à 30. on tombe sur le
17. de Mai , où a dû finir la Lune de Mai.
Comptant de là jusqu'à 29. on tombe sur le
15. de Juin , où a dû finir la Lune de Juin.
Comptant de là jusqu'à 30. on tombe sur le
15. de Juillet, où a dû finir la Lune de Juillet.
Comptant de là jusqu'à 29. on tombe sur le
13. d'Août , où a dû finir la Lune d'Août.
Comptant de là jusqu'à 30. on tombe sur le
12. de Septembre , où a dû finir la Lune de
Septembre. Comptant de là jusqu'à 29. on
tombe sur le 11. d'Octobre , où a dû finir la
Lune d'Octobre . Comptant de là jusqu'à 30 .
on tombe sur le 10. de Novembre , où a
dû finir la Lune de Novembre. Enfin comptant
de là jusqu'à 29. on tombe sur le
de Decembre 9. , où a dû finir la Lune de >
De2806
MERCURE DE FRANCE
Decembre , & le dernier mois de l'année Lu
naire. On voit encore ici , comme nous l'avons
dit , que les 22. jours de Decembre qui
restent , nous donnent l'Epacte de l'année
suivante 1712. & le nombre des jours dont
Pannée Lunaire anticipe la Solaire , qui commence
toujours le premier de Janvier.
En effet,selon les Regles du Comput Ecclefiaftique,
on trouve 22. pour l'Epacte de 1712.
& comptant du 10. de Decembre de l'année
1711. où a commencé une nouvelle année Lunaire,
jusqu'à 30. on tombe sur le 8. de Janvier
, où a fini cette Lune , qui doit en porter
le nom. Recommençant à compter de là.
jusqu'à 29. on tombe 2 °. sur le 6. de Fevrier.
Et continuant de suite , comme on a fait
pour l'année précedente , on tombe 3 ° . sur
le 8. de Mars. 4°. sur le 6. d'Avril . 5º. sur le
6. de Mai. 6 ° . sur le 4. de Juin. 7° . sur le 4.
de Juillet. 8 °. sur le 2. d'Août. 9 ° . sur le 1 .
de Septembre. 10° . encore sur le 30. de Septembre.
11 sur le 30. d'Octobre. 12°. sur
le 28. de Novembre. 13 ° . sur le 28. de Decembre.
Où il faut bien remarquer que cette
treiziéme Lune , donnant sa fin le 28. de Decen
bre , l'année Solaire n'étant point encore
finie, l'année est embolismique , c'est - à- dire
de 13. Lunes, ayant chacune respectivement
porté le nom du mois où elles ont fini. Et il
y en eût cette année deux de Septembre . La
preDECEMBRE.
1739 2807
&
premiere
de
30 jours , qui commença
le 3 ; d'Août , & qui finit le 1. de Septembre
, la seconde
de 29. jours , qui commença
le 2. de Septembre
, & qui finit le 30. du même
mois ; & les trois jours qui restent après cette treiziéme
Lune finie le 28. de Decembre
jusqu'à la fin de l'année , sont l'Epacte
de l'année 1713. qui donne toujours le nombre
des jours , dont l'année Lunaire anticipe
la Solaire.
Pour ramener maintenant cette année à la
maniere de compter des Juifs , d'où nous
viennent les principales Fêtes mobiles de
l'année , il faut sçavoir qu'ils ne se servent
que de mois Lunaires alternativement de 30 ,
& 29. jours. Leur Année Ecclesiastique commençe
au Printemps , & leur premier mois
qu'ils apcllent Nisan, est celui dont le 14. de
cette Lune arrive à l'Equinoxe de Mars , ou
peu après. Ainsi leur mois de Nisan l'an
1712. est celui qui commença le 9. de Mars,
& qui finit le 6. d'Avril , son 14. étant arrivé
le 22. de Mars , un jour après l'Equinoxe
du Printemps. Leur second mois , nommé
Jiar , commença le 7. d'Avril , & finit le 6.
de Mai . Leur troisième mois , nommé Siй-
wan , commença le 7. de Mai , & finit le 4.
de Juin. Leur quatrième mois , nommé
Tamu , commença le 5. de Juin , & finit
Je 4. de Juillet. Leur cinquième mois ,
›
nommé
2808 MERCURE DE FRANCE
mé Ab , commença le 5. de Juillet , & finit
le 2. d'Août. Leur sixième mois , nommé
Elul , commença le 3. d'Août , & finit le 1.
de Septembre. Leur septième mois , nommé
Tisri , commença le 2. de Septembre , &
finit le 30. du même mois. Leur huitième
mois , nommé Marchesvan , commença le
1. d'Octobre , & finit le 30. du même mois.
Leur neuvième mois , nommé Casleu , commença
le 31. d'Octobre , & finit le 28. de
Novembre. Leur dixième mois , nommé
Thebet , commença le 29. de Novembre , &
finit le 28. de Decembre . Leur onzième
mois , nommé Scebat , commença le 29. de
Decembre , & avec l'Epacte 3. de l'année
1713. qui concourt avec le refte de cette
Année Judaïque , on en trouve la fin le 27.
de Janvier. Leur douzième mois , nommé
Adar, commença le 28. de Janvier, & finit le
25. de Fevrier . Après ces douze Lunes finies,
il en recommença une autre le 26. de Fevrier,
qui finit le 27. de Mars , & comme son 14.
tomboit sur le 11. de Mars ; c'eft - à- dire plusieurs
jours avant l'Equinoxe du Printemps ;
elle fut le second Adar de l'année embolismique
des Juifs.
Le nombre des Epactes depuis 1. jusqu'à
29. change tous les ans ; & ce nombre nous
marque celui des fours , dont l'année Lunaire
anticipe l'année Solaire , qui ne finit
jamais
DECEMBRE. 1739. 2809
jamais que
le 31. de Decembre. L'Epacte
nous donne aussi le nombre des jours qu'a
la Lune le 31. de Decembre
, après l'année
Lunaire finie ; & elle doit prendre son nom
du premier mois de l'année Solaire qui va
recommencer
. Ainsi ce premier mois Lunaire
est toujours la Lune de Janvier , où elle
finit ; & les autres Lunes qui suivent , doivent
pareillement
apartenir au mois où elles
finissent. Et si après que les douze mois Lunaires
sont écoulés , il reste encore 30. jours,
ou plus , avant que l'année Solaire soit finie,
cette année Lunaire eft embolismique
, c'eftà-
dire, qu'il faut lui ajoûter une treizième
Lune.
Qand le restant surpasse 30. le surplus
donnera l'Epacte , où le nombre des jours ,
dont l'année Lunaire anticipera la Solaire
qui s'en va recommencer
.
Si l'Epacte , ou le nombre des jours d'anticipation
, surpasse 18. l'année sera embolismique
, parce que 19. ajoûtés à 11. jours ,
dont l'année Solaire surpasse la Lunaire ,
font 30. jours , qui eft tout ce qu'il faut pour
donner un treizième mois à l'année Lunaire.
Et si l'Epacte , ou l'anticipation , eſt d'un
nombre encore plus grand , le surplus donnera
l'Epacte de l'année suivante.
Enfin , si l'Epacte de l'année est * , il n'y
a alors aucune anticipation de l'année Lunaire
sur la Solaire ; elles ont fini toutes
deux
2810 MERCURE DE FRANCE
deux le 31. de Decembre de l'année précédente
. Elles recommencent donc le premier
de l'an qui suit immédiatement , & le
mois Lunaire finit le 30. de Janvier , & le
Solaire le 31.
J'espere qu'on nous pardonnera , dans
quelques endroits , la repetition frequente
des mêmes mots , parce que dans ces sortes
de Dissertations , on se donne aisément
>
cette licence
quand on juge que cela
est convenable
, pour se faire mieux en- tendre,
Mais avant que de finir , je ne dois point
oublier
l'avantage
que nous procure la Réformation
Grégorienne
, en substituant
dans
le Calendrier
les Epactes à la place du Nombre
d'Or , en ce qu'elle nous fait connoître
chaque année , le nombre
des jours dont
l'année Lunaire anticipe la Solaire , lorsqu'el
les ne finissent
pas ensemble.
LA CANTATE.
CANTATILLE.
Fille du Dieu de l'Harmonie >
Cantate , objet de nos Concerts ;
Que tes Portraits , que tes Airs ,
Que
DECEMBRE. 1739 2811
Que ta douce Mélodie
Excitent dans mon coeur de mouvemens divers !
Je vois Leandre à la nage D
Tenter un affreux passage
Pour de frivoles douceurs .
Je le fuis pendant l'orage ;
La nuit trompe son courage ,
Et je sens couler mes pleurs .
En vain le Dieu de Cithere
Attache au hazard de plaire
Des délices sans retour,
Je plains l'Amante d'Enée ;
Sa fatale deftinée
Reclame contre l'Amour ,
Mais que d'objets rians , quand tu peins la Nature !
Que ces Prés sont fleuris ! que Pomone a d'attraits !
Je me sens transporter sous des ombrages frais
* །
Où l'onde mêle son murmure
Au ramage flateur des Hôtes des Forêts .
Déja Philomele
Par ses chants légers
Attire auprès d'elle
Les jeunes Bergers.
I.Vol.
a
La
2812 MERCURE DE FRANCE
La tendre Musette
Seconde ses chants ,
Et l'Echo répete
Des accords touchants.
Tout disparoît , la foudre gronde ;
Elle éclate , je tremble ; ô Dieux ! guidez mes par
Ah ! Silene me tend les bras ;
Et le Faune m'invite en sa grote profonde
A noyer dans le vin la frayeur du trépas .
Ainsi , divine Cantate ,
Tout me surprend , tout me flate ;
Tu dévoiles à mes yeux
Et la Nature & les Dieux.
Reçois toute ma tendresse ;
Je trouve en toi la sageſſe .
Oui , plus j'entens tes chansons
Plus j'en goûte les leçons,
Par M*** de Blois,
32
LETDECEMBRE.
1739. 2813
MAT
LETTRE de M. Le Beuf , Capitaine de
Milice Bourgeoise , à Joigny , adressée à
M. Levesque de la Ravailliere , au sujeɛ
des Pairs de Champagne.
I
PO
Rouvez bon , Monsieur , que je ré
ponde aux objections qu'il vous a plu
de me faire , sur la prééminence des anciens
Comtes de Joigny , qui ont toujours été
comme ils sont encore , les premiers & les
Doyens des Pairs & Comtes de Champagne. '
On peut dire en général , qu'il y a beaucoup
de Faits historiques , qu'on ne fait pas diffi
culté d'admettre , & qui ne sont pas , à
beaucoup près , soûtenus d'un si grand nombre
d'Autorités , de Titres aussi solides , de
Preuves aussi claires , que le sont ces Prérogatives
.
Permettez-moi , M. de regarder vos obser
vations , comme des difficultés faites de
gayeté de coeur, Vous dites que depuis les
Enfans d'Hebert de Vermandois , jusqu'à
ceux de Philipe le Bel , qui furent encore
Comtes Souverains Particuliers de la Province
de Champagne , nos anciens Comtes
n'étoient que Vassaux , Hommes liges , Homines
ligii , de ceux de Champagne , sans
Titre de Pairs , ou Doyens de leurs Pairs.
Dij Vous
1
2814 MERCURE DE FRANCE
Vout prétendez qu'on ne trouve point d'Autorités
, sur lesquelles on puiffe s'affûrer de rien
là-deffus,finon que la qualité de Pair des Comtes
de Champagne , n'a parû que depuis qu'il
n'y a point de Comté de Champagne. Vous
faites , peut-être , trop récens les Pairs de
Champagne.
,
Vous ajoûtez que Mrs Pithou , Du Tillet ,
& d'autres Auteurs après eux , ne font qu'avancer
cette prééminence , sans l'établir. Les
plus anciens Titres que l'on produit , selon
vous , pour constater cette qualité , sont un
Arrêt de la Chambre des Comptes de Paris
de l'an 1377 , une Déclaration du Roy Charles
VI. de l'an 1404. L'Arrêt de la Chambre
des Comptes s'exprime ainsi : Combien que la
Comté de Champagne & ses appartenances
comme un des membres principaux, & l'une des
sept Pairies de la Comté de Champagne ; & la
Déclaration du Roy , appelle le Comte de
Joigny , le premier des Pairs de Champagne .
Vous faites deux réflexions sur cette Déclaration
; la premiere , que la qualité de Pair ,
n'est énoncée que dans le Préambule , & non
dans le Prononcé. La seconde , tombe sur
ces deux mots , on apelle ; rien n'est plus
caduc que ce bruit , vous le traitez d'un bruit
incertain , d'où vous concluez , que les Comtes
de Champagne n'eurent point de Pairs ,'
& qu'il n'y en eût point de premier parmi
eux,
DECEMBRE. 1739 2815
eux .Vous apuyez encore votre sentiment sur
quatre Chartres de nos anciens Comtes. Les
voici : Ego Petrus de Joigniaco notumfacio.
Dans une autre de 1215. il y a : Dominum &
Patrem meum Willelmum Comitem Joigniaci.
le même , Juillet 1216. Un autre s'intitule
simplement , Comes Joigniaci , dans des Lettres
du mois de Novembre 1257. Vous citez
encore un Registre des Fiefs de Champagne
, qui a été brûlé à l'Incendie de la
Chambre des Comptes , lequel s'exprimoit
ainsi : Comes de Joigniaco est homo ligius Domini
Campania, & tenet Jovigniacum ab eo
cum suis appendentibus. Ce sont- là , M. les
Titres que vous oposez ; je les raporte mot à
mot.
de
Il est évident que vous exigez la preuve
trois Faits. Le premier , qu'il y ait eû des
Pairs de Champagne : le second , que le
Comte de Joigny fût le premier des Pairs , &
Doyen des Comtes de Champagne : le troisiéme
, que les anciens Comtes de Joigny
ayent joui de ces Prérogatives pendant quatre
siécles , c'est - à -dire , jusqu'à l'an 1316.
que le Comté de Champagne à été attaché à
la Couronne , ou plûtôt jusqu'à l'an 1361 .
qu'il y fut uni pour toujours .
La premiere difficulté se trouve levée par la
preuve des deux derniers Faits , qui se prouvent
conjointement. Il suffit d'établir qu'il
D iij Y
816 MERCURE DE FRANCE
y ait eû un premier & Doyen entre les Pairs
de Champagne , pour prouver qu'il y a eû des
Pairs de Champagne. Une Prérogative aussi
importante n'a pû être controuvée , surtout
pendant un temps aussi court,que l'est celui
qui se trouve entre l'an 1316. ( auquel temps
cessa la Souveraineté des Comtes de Champagne
& l'an 1354. que cette Préséance
eft fondée en Arrêts. ) Les autres Comtes
avoient trop d'interêt pour ne point empêcher
qu'elle ne fût reconnue ou admise sur
eux sans aucun droit , sans aucun fondement.
On a même des preuves invincibles ;
qu'elle étoit établie dès l'an 1332. L'Arrêt
du Parlement du 31. Mars , raporté dans celui
de l'an 1354. rendu au profit de Jean de
Noyers , alors Comte de Joigny , contre la
Reine Blanche , Veuve de Philipe , en est
un gage assûré. Cette Reine ayant voulu
disputer cette prééminence , elle fût
adjugée au Comte de Joigny. Jean de
Noyers fondoit son Plaidoyer sur l'Arrêt
du 31. Mars 133 2. preuve inconteſtable qu'il 1332 .
y avoit des Pairs de Champagne,et desDoyens
parmi eux , dès le temps que la Champagne
avoit des Comtes particuliers. L'intervalle
de temps qui se trouve entre ces differentes
Epoques , & l'Arrêt de la Chambre
des Comptes de l'an 1377. n'est pas bien
grand. On s'efforce vainement d'affoiblir le
Prononcé
DECEMBRE. 1739 2817
Prononcé de cet Arrêt. Il en est de même de la
Déclaration du Roy Charles VI. de l'an 1404.
qui confirme cette Prééminence des anciens
Comptes de Joigny; elle ne peut souffrir d'interpretation
. Cette Déclaration apelle le
Comte de Joigny , le premier des Pairs de .
Champagne, Il n'est pas impossible de répondre
aux deux réflexions qui naissent de
cette Déclaration. Pourquoi y seroit - il dit ,
que le Comte de Joigny étoit le premier des
Pairs de Champagne , si ce Comte n'eût pas
cû cette qualité, ou pourquoi n'en a- t - elle pas
fait mention dans l'Enoncé ?
La seconde réflexion tombe d'elle-même ;
on l'apuye sur ces deux mots , on apelle le
Comte de Joigny , le premier des Pairs de
Champagne. Je réponds que le terme , on
apelle , dans l'endroit où il est employé .
n'affoiblit en aucune façon l'autorité de cette
Ordonnance ; c'est de même que s'il y avoit,
Le Comte de Joigny, qui est le premier des Pairs
de Champagne. Ce ne sont cependant point
là les plus anciens Titres qu'on peut produi
re , pour prouver cette Dignité. On peut
⚫ encore Papuyer de deux Arrêts , dont vous
ne dites rien. Ils aprochent davantage du
temps que la Champagne avoit ses Comtes
particuliers , ils sont même anterieurs au
temps que le Comté de Champagne a été
uni au Royaume. Le premier eft du 31. de
Mars
D iiij
2818 MERCURE DE FRANCE
Mars 1332. le second du mois d'Août
1354. Je les ai ci - devant raporté.
>
La consequence que vous tirez de l'Arrêt
de la Chambre des Comptes , qui qualifie la
Comté de Joigny d'être l'une des sept Pairies
du Comté de Champagne , est un pur
sophisme. Avez -vous pû conclure de là , qu'il
n'y avoit point de Premier ou de Doyen
des Comtes de Champagne ??
›
A l'égard des quatre Chartes que vous raportez
des anciens Comtes de Joigny , quand
bien même elles seroient les seules Chartes
qui ne fiffent aucune mention de leur qualité
de Pairs , ce que vous n'affûrez pas ;
elles paroîtroient toujours d'une très - petite
consequence ; si elles ne peuvent servir à
établir cette dignité , leur filence ne la dé
truit pas.
1
Il reste à répondre sur l'ancien Regis
tre des Fiefs de Champagne , arrêté en
1212. environ ; quel fonds peut- on faire
sur un Titre qui n'existe plus , duquel
on ignore jusqu'à la date ? où sont les copies
de ce Titre ? ou , s'il y en a , peut - on s'affûrer
deffus ? on eft en droit de les rejetter. En
effet , comment les confronter , les interpreter
, ou les rectifier ?
Outre les nouvelles preuves de l'Arrêt de
la Cour des Aides , du 31. Mars 1332. celui
du mois d'Août 1354. celui de la Chambre
deş
DECEMBRE. 1739 2819
des Comptes , de l'an 1377. la Déclaration
du Roy Charles VI . les Lettres Patentes de
Henri III , du mois de Septembre 1383. &
tout récemment les Auteurs de l'Hiftoire
Généalogique de la Maison de France , qui
ont publié que le Comte de Joigny étoit
Doyen des Pairs de Champagne ; cette prééminence
est confirmée par le témoignage
de Chopin , de M. Pithou ( 1 ) , du Tiller ,
de M. Baugier ( 2 ) , qui ont le plus fait de
recherches sur les Prérogatives des Comtes
de Champagne . On peut juger par
ces differens Témoignages & Autorités , si
les Comtes de Joigny avoient cette Prééminence,
avant que la Champagne eût été unie
au Royaume de France , ou si ces Titres ou
Autorités ne portent aucune trace de la Dignité
des Pairs de Champagne , ainfi que
vous le prétendez.
Chopin , Liv. 3. de Domanio , parlant des
Comtes de Joigny , dit ces mots : Egregium
verò illud eft , quod Proceres Juniaci Princi
pum locum teneant , inter septem viros Campa:
nia Comitatus , quod Pares Curia , vel Pares
domûs veteres nuncuparunt. Dira- t- on que
(1) Les Opufcules Latins de Pierre Pithou , Sieur
de Savoye , premier Livre des Memoires des Comtes
de Champagne & de Brie , in -quarto , Parif,
1722. in-octavo , Parif. Patiffon , 1581.
( 2 ) Hift. de Champ.
Dv
2820 MERCURE DE FRANCE
3
cet endroit de Chopin est équivoque ; ou
sujet à interpretation ? On ne seroit pas recevable
, rien n'est plus affirmatif que son raport.
Le même Auteur , & Pithou , nous
aprennent quels étoient ces Comtes de
Champagne. Joigny en étoit un , Rhetel un
autre ces Auteurs les rangent ainfi ) les
Comtes de Brienne , de Roucy , de Braine
de Grand - Pré , de Bar- sur- Seine. Il importe
aussi peu , qu'on s'arrête au Commentaire
de l'Ordonnance , & à Penelée , ( 1 ) qu'à
ces Auteurs. La contrarieté de sentimens
qui les partage , ne fait rien à la Prééminence
dont il s'agit. Ces derniers Ecrivains tiennent
que les sept Comtes & Pairs de Champagne
, sont les Comtes de Joigny, de Rhe-
-tel, de Brienne , de Porcien , de Grand- Pré,
de Coussy & de Braine : aussi Chopin &
Pithou ont- ils écrit avant eux , & ce qu'ils
disent est plus vraisemblable .
Il eft à propos de remarquer aussi , que
dans le Plaidoyer de Jean de Noyers , sur
lequel intervint Arrêt du Parlement , du 30.
Juillet 1354. ( 2 ) par lequel il fût renvoyé
pardevant le Bailli de Troyes , des Foi & .
Hommages du Comté , prétendus par Blanche
, femme de Philipe de Vallois , qui
( 1 ) En ses Queſtions illuftres .
(2) Pithou , eneses Mémoires des Comtes de
Champagne.
avoir
DECEMBRE. 1739. 2821
avoit pour Apanage la Terre de S. Florentin
dont elle prétendoit que ce Comté devoit
reffortir: ces sept Pairs & Comtes de Champagne
, sont en premier lieu , le Comte de
Joigny , le 2. le Comte de Rhetel , le 3. le
Comte de Brienne , le 4. Porcien , le 5.
Grand - Pré , le 6. Roussy , & le 7. de Braîne¬
Valcon.
M. Baugier , Hist . de Champagne remarque
que ces sept Comtes furent établis
en 686. & que celui de Rhetel étoit le second.
Il dit que ces sept Comtes , sont Joigni
, Rhetel , Roucy , Brienne , Grand-
Pré , Bar- sur-Aube , & Bar- sur -Seine.
Le Commentateur de l'Ordonnance , sur
le Titre de la Cour & Jurisdiction des
Grands- Jours , & Penelée , en ses Queſtions
illustres , Chap. 72. disent que le Comte de
Joigny, eft le Doyen & le premier des Pairs
& Comtes de Champagne.
que
Que le Comte de Joigny soit beaucoup
plus considéré , & ait plus de Privileges ,
que les autres Seigneurs demeurans au- dedans
de la Coûtume de Troyes , on le peut
aisément justifier par les Articles IX. & X.
de cette Coûtume. (:)
( 1 ) Quoique par la disposition de ces deux Artîcles
, les Bourgeois du Roy de la Bourgeoisie de
Troyes , se puiffent dire & avouer Bourgeois par
fimple Aveu , cependant cela ne se peut faire au-
D vj
Cc
2822 MERCURE DE FRANCE
Ce sera beaucoup , M. si vous trouvez ma
réponse suportable ; j'ai attendu en vain quelques
Eclairciffemens d'ailleurs . Souffrez que
je vous témoigne l'empreffement de voir pafoître
votre Histoire des Comtes de Champagne
, si elle n'eft pas encore publique ; je
compte y trouver beaucoup de Faits curieux,
intereffans , & relatifs à l'Ouvrage après le
quel je suis. J'ai l'honneur d'être , &c.
dedans du Comté de Joigny, dont eft queftion , si
l'on n'obtient Lettres fignifiées avant le cas arrivé,
ce qui a été jugé par Arrêt du 4. Avril 1637.
A Joigni ce 13. Novembre 1739.
ODE
Sur nos Guerriers , & sur nos Sçavans:
DELE la France , en talens fertile ,
Mon ame & mes sens sont épris ;
Elle eft la Patrie & l'azile
Des illuftres Heros , des sublimes Eſprits.
*
Sur le Pô , le Rhin , la prudence
De nos Chefs guidoit la valeur ;
Leur
DECEMBRE. 1739 2823
Leur ardeur , leur experience ,..
Attaquoit , combattoit , sans crainte , sans fureur.
*
Tandis que ces foudres de Guerre ;
Battoient des ennemis nombreux ,
Nos Sçavans inftruisoient la Terre ,
Gouvernoient les Humains , & mesuroient les Cieux.
*
Le Pinceau , le Ciseau , l'Equierre ,.
Enfantoient de nobles travaux ;
La Toile , le Marbre , la Pierre ,
Etoient changés, par l'art, en des Etres nouveaux
H
Des Déeffes sur notre Scene
Raviffoient nos yeux & nos coeurs ;
Thalie , & sa soeur Melpomene ,
Attachoient nos plaisirs à leurs ris , à leurs pleurs
*
Guerriers , Sçavans , Valeur , Génie ,
Prodiguez -nous toujours vos dons ;
Vous , Victoire , & vous ,
Harmonie ,
Sous Coigni , sous Voltaire , inspirez vos leçons. "
*
O ! Monarque Vainqueur , & Jufte ,
Eleve de Pallas , de Mars ;
LOUISS
2284 MERCURE DE FRANCE
Louis , sur votre Trône auguste
Laissez toujours regner la Victoire et les Arts.
Par M. l'Abbé Tart.
REPONSE à la Question proposée dans le
second Volume du Mercure du mois
de Septembre 1739.
UN
N Ayeul legue à sa petite- fille une
somme de 2000. liv. payable lorsqu'elle
sera majeure , ou qu'elle se mariera ,
& institue dans le même Teftament , son
fils , pere de cette petite -fille , pour son heritier
géneral & universel.
Après la mort de l'ayeul , le pere marie sa
fille sans l'émanciper , & lui fait une constitution
de Dot très - proportionnée à ses facultés
, sans qu'il soit fait dans le Contrat de
mariage , aucune mention du Legs fait par
l'ayeul.
Le mariage accompli , la fille étant devenuë
majeure de 25. ans , veut faire assigner
son pere,pour le faire condamner à lui payer
les 2000. liv. que son ayeul lui a leguées.
On demande
1º. Si cette fille peut être , en ce cas, reçûë
en Jugement contre son pere
DECEMBRE. 1739. 2825
2. Si le pere n'a pas le droit de retenir
pendant sa vie , la jouissance de ce Legs ,
dont l'usufruit ne lui a pas été expressément
prohibé ?
REPONSE à la premiere Question.
Comme le mariage, ni la majorité n'émancipent
pas dans le Pays régi par le Droit Ecrit,
& que suivant les Loix 7.ff. de Oblig. & A&t.
& 3. Cod. injus vocando. Le fils de famille
ne peut pas apeller son pere en Jugement ,
sans une expresse permission de la Justice ,
qui n'accorde jamais cette espece
d'émancipation
particuliere , que pour une cause évidemment
juste & nécessaire , il ne paroît pas
que dans le cas dont il s'agit , la fille puisse
être écoutée en Jugement contre son pere ,
puisqu'on va démontrer que sa demande eft
aussi peu juste que nécessaire .
RE'FONSE à la seconde Question!
Tout ce que le fils de famille acqueroit
suivant l'ancien Droit Romain , il l'acqueroit
à son pere en proprieté et usufruit ; ce
ne fut
que par les dernieres Loix de Justinien
, que la proprieté fut réservée au fils ,
& l'usufruit laissé au pere , qui en fut même
privé en certain cas , qu'on trouve raportés
dans la Glose sur l'Autentique , Idem est in
bis. Cod. de Bonis qua liberis. Et deux de
ces
2826 MERCURE DE FRANCE
ces exceptions à la regle génerale , sont ,
,
La premiere , qui est marquée par l'Authentique
, Item hereditas. Cod. Eodem ;
lorsque les fils de famille succedent à quel
qu'un de leurs freres ou soeurs , conjointement
avec leur pere , qui n'a pas en ce cas
Pusufruit des portions de cette succession ,
qui adviennent à ses fils , Quoniam pro bac
usus portione , hereditatis jus , & secundum
proprietatem , per præsentem dedimus legem
est- il dit , dans la Novelle 118. Cap. 2.
La seconde , lorsque celui qui a fait queldon
auxdits fils de famille , soit mere ,
ayeul , ou autre parent du Donataire , a expressément
prohibé , que leur pere n'en auroit
pas l'usufruit , Conditione hac adjectâ , ne
ad patrem perveniat usufructus ; dit en autant
de termes l'Authentique , Excipitur. Cod .
Eodem .
que
Or dans la question proposée , le pere ne
se trouve dans le cas d'aucune de ces exceptions.
Il ne s'agit pas de la succession d'un fils ,
auquel le pere succede
par une grace spéciale
de la Loi , conjointement avec ses autres
fils , freres du défunt , puisqu'au contraire
, suivant la Loi naturelle , le pere auroit
dû recueillir l'entiere succession dont
il s'agit , sans que fa fille eût eû rien à y pré--
tendre.
I
DECEMBRE . 1739. 2827
Il n'y a dans la Question proposée , aucune
prohibition expresse de l'usufruit des
2000. liv. leguées , ajoûtée par l'ayeul : il
est vrai qu'il a dit que cette somme seroit
payée à sa petite fille , lorsqu'elle se marieroit
, ou qu'elle seroit majeure de 25. ans ,
& qu'il semble qu'il a voulu qu'elle en pût
joüir après l'une de ces époques , unde tacitè
constat de voluntate Testatoris , ce qui est une
vraie prohibition : & en effet , c'est ainsi que
Boyer , Décision 193. dit qu'il fut jugé par
un Arrêt du Parlement de Bordeaux.
Mais d'abord qu'on trouve qu'il est expressément
dit dans la Novelle 117. Cap. 1 .
que toutes les fois que cette condition n'est
pas spécialement ajoûtée , le pere doit conserver
l'usufruit que la Loi lui a laissé, quando
non inest specialiter hujusmodi conditio , il est
certain que la prohibition tacite n'est pas
suffisante , & il n'est pas permis de s'écarter
de la disposition expresse de cette Loi.
Sans qu'on doive s'arrêter à la citation que
Boyer fait de l'Arrêt du Parlement de Bordeaux
, puisque Despeisses , en réfutant son
avis , a observé dans son Traité des Contrats,
Part. 2. Tit. 1.Art. 1. Sect. 4. de l'Usufruit , n.
13. que cet Arrêt fut rendu sur des circonstancès
particulieres , en quoi Bretonnier sur
Henris , Tom. 2. Liv. 4. Quest. 13. trouve
qu'il a fort bien observé ; ce qui fait qu'on
ne
2828 MERCURE DE FRANCE
ne peut pas dire qu'on ne trouve point de
décision précise de cette Question.
R..... à Montauban .
Pour
BOUQUET .
Our ton Bouquet , en ce jour favorable ,
Reçois des fleurs du célebre Valon ....
Mais , je m'abuse , est - ce chés Apollon
Qu'il faut chercher un présent eftimable a
Dans son Palais tout est trompeur ,
Tout n'y paroît qu'image ou que mensonge.
Fuyez , erreur , disparoissez , beau songe ;
Un véritable Ami se contente du coeur.
L'Affichard.
乳
LETTRE de M. l'Abbé Lebeuf , au sujet
de l'Edition des Mémoires Historiques sur
les Evêques & les Comtes d'Auxerre , qu'il
se dispose à donner au Public.
V
Ous avez parû curieux , Monsieur ,
de sçavoir quel est mon deffein &
mon plan , dans l'Edition de l'Histoire
EcDECEMBRE
. 1739. 2829
Ecclesiatique & Civile d'Auxerre
dont
J'ai dit un mot à la fin de l'Avertissement
du dernier Tome de mes Dissertations ,
que vous venez de lire. Je ne puis mieux
vous le faire connoître , qu'en vous communiquant
l'Avertissement ou Préface que
je me suis proposé de mêttre à la tête du
premier Volume , qui contiendra l'Histoire
des Evêques. Le voici tel , à peu près , que
je le ferai imprimer.
ود
®
» Le rang qu'a toujours tenu l'Eglise d'Au-
» xerre parmi celles du Royaume , & la ré-
» putation de sainteté de ses anciens Evê
» ques , forment un préjugé en faveur de
» l'Histoire des Prélats qui l'ont gouvernée j
» & fait croire qu'elle sera de quelque con-
» sideration dans le Public. Outre que cette
Eglise est une des plus anciennes des Gau-
» les , que son Etablissement est anterieur à
» la Monarchie Françoise , qu'elle va de pair
» avec celles de Lyon , de Vienne , de Cler-
» mont & de Metz pour la multitude de ses
» Saints ; elle a cela de particulier , que son
»Histoire a été rédigée des premieres ; d'a-
» bord ,, par Constance , Prêtre de Lyon ,
» estimé de tout temps , dans ce qu'il a écrit
» sur S. Germain , ensuite par quelques Ecri-
» vains du septième siècle & en troisiéme
» lieu , par des Auteurs qui passoient pour
habiles au neuvième. Ces Ecrivains ne
?
,
» s'at2830
MERCURE DE FRANCE
» s'attachoient qu'à transmettre à la Posterité
» les Actions des Evêques. C'est ce qui fut
» continué par des Chanoines de cette Egli-
" se , dans le X. le XI. le XII. le XIII, & le
» XIV. Siécles.
و د
ور
و د
و د
» Il ne faut pas être surpris après cela, que
» le Pere Labbe , Jésuite , ait été curieux
» d'avoir une copie du Manuscrit , où tant
d'Antiquités étoient marquées. Il eût com-
» munication de ce Livre , conservé dans les
Archives de la Cathédrale : mais ses Copistes
ne furent point exacts , soit dans les
» noms propres , soit à n'omettre aucunes
lignes de l'Exemplaire . C'est pourquoi cet
Ouvrage , qui parut dans sa nouvelle Bibliotheque
de Manuscrits , s'est trouvé
plein de fautes & d'omissions. Ce qu'il a
» eû d'ailleurs pour la continuation , n'eft pas
» non plus dans la derniere exactitude , & il
» n'a pas supléé à une lacune considerable ,
» qui étoit depuis l'an 1373. jusqu'en 1513 .
" ni à celle qui est entre l'an 1554. & l'an
" 1570. Après tout , sa Collection est dans
» un volume qui est devenu très- rare ; &
5
"
quand elle seroit plus commune , je le dis,
» à la honte de notre siècle , elle n'en seroit
» pas lûe avec plus de goût , parce qu'elle
» est écrite en Latin.
» J'ai donc crû devoir 1 ° . mettre cette
Histoire en notre Langue , sans même pas-
» ser
DECEMBRE . 1739 . 2831
و د
ser sous silence les choses merveilleuses
qui y sont raportées, quoique souvent elles
» ne s'accordent point avec la sagesse hu
» màine. (a)
ر د
» 2 °. Corriger les fautes de l'Edition du P ,
Labbe , & supléer aux omiffions arrivées
» par l'inadvertance & la précipitation de ses
Copistes.
ور
» 3 °.Y joindre les actions des Evêques ,
" dont il n'a pas eû connoissance , parce qu'- .
elles n'étoient pas dans le Manuscrit qu'on
" lui avoit confié,
»
2
""
و د »4°. Ajoûter sur chacun des Evêques , ce
» que j'ai trouvé dans les differentes recher-
» ches que j'ai faites en divers Lieux du
Royaume , surtout à Paris , dans la Bibliothéque
du Roy , où l'on trouve abondam-
» ment de Manuscrits de l'espece que je
» nomme ci- dessous , (b) & dans les Collec
» tions publiées depuis cent ans , ou envi-
» ron , par Duchêne , par les Bollandiftes J}
» Dom Luc Dachery , du Boullay , Dom Mar
» billon , Dom Martenne , par Rymer même
» &c. tant pour constater l'étenduë du culte
» de plusieurs , & la diftribution de leurs
(a) Opera Dei revelare & confiteri honorificum eft.
Tob. 12 .
(6) Ordinaires , Cartulaires , Martyrologes , Né
crologes , Inventaires , Comptes , Regiſtres , Mé
moriaux ,, Teſtamens .
[ Re
2832 MERCURE DE FRANCE
ی و
Reliques , que pour vérifier l'affiftance des
» autres à des Conciles , ou autres Affem
» blées , leurs Ambaffades , ou autres Dépu
» tations, leurs signatures à differens Actes ;
» leur part à certains Ouvrages .
"
» 5 °. Redresser les transpositions arrivées
dans le rang des Evêques , remarquées
déja par le P. le Cointe & par d'autres ; &
? réformer ce que le peu de Critique des
» Ecrivains du IX. siécle leur a fait dire sur
quelques-uns de nos anciens Prélats.
» 6°. Ne pas rejetter les Notes que j'ai trou-
» vées sur quelques-unes des moindres entre
les fonctions Episcopales ; & cela , parce
que
les Lieux
ou les Personnes
nommés
» dans
ces petits
Evenemens
, interessent
toujours
quelqu'un
du Pays
pour
le
» quel
principalement
cette
Collection
eft
faite
, & qu'ils
servent
souvent
d'Epoque
chronologique
; saufà ceux
qui entrepren-
» droient
de rédiger
une Hiftoire
des Faits
choisis
, à passer
ceux-là sous
silence
.
ود
»7°. Ne me point gêner à écrire en style
serré ; d'autant qu'il étoit incompatible
» avec le détail des circonstances dans lesi
quelles j'ai crû devoir entrer.
» 8°. J'ai crû devoir finir à la mort de Nicolas
Colbert , ou en 1676. parce que les
évenemens qui suivent sont trop nouveaux
℗ pour être ignorés dans le Pays , étant lą
plûpart
DECEMBRE. 1739. 2833
"
plupart arrivés de nos jours.
» Le Manuscrit de l'Eglise d'Auxerre , qui
» sert de principal canevas à cette Histoire
étant apellé de temps immémorial du
» nom de Gesta Pontificum Autissiodorensium,
» j'ai crû pouvoir me servir des mêmes ter-
» mes rendus en François , & intituler com-
?? me j'ai fait cet Ecrit , Les Gestes des Evê
» ques d'Auxerre , de- même que M. l'Abbé
» Chastelain apelle l'Histoire des Evêques du
» Mans , donnée par Dom Mabillon , ( Ana-
» lect. T. 3 , ) Les Gestes des Evêques du
» Mans. Je fais profession de m'en tenir- là
» & de n'y inserer aucune Histoire étrange-
» re à l'Eglise dont je parle , de ne faire
» même aucune digression sur les Usages de
l'Antiquité , tant pour être moins long,
» que pour ne pas repeter des choses que
» l'on trouve dans l'Histoire Génerale du
39
Royaume ou de l'Eglise Gallicane , ou en-
» fin dans le Glossaire de Du Cange . Je die
» rai bien plus , que je me repens maintenant
» de n'avoir pas fourni plus que j'ai fait à
» Dom Martenne de Piéces concernant no-
» tre Histoire , & que je serois à présent
» bien aise de les trouver toutes imprimées
» dans son Trésor d'Anccdotes , ou dans
» son amplissime Collection , sans être obligé
d'en promettre l'Edition à la fin d'un
second Volume, qui sera une continuation
de l'Histoire d'Auxerre. On
834 MERCURE DE FRANCE
>> On pourra me demander pourquoi je
n'ai point mêlé l'Histoire Civile , c'est-à-
» dire celle des Comtes d'Auxerre et de la
Ville , parmi celle des Evêques. Je me suis
proposé , 1 °. d'imiter les Chanoines mes
prédécesseurs, qui se bornant à ce qui étoit
» de leur Sphere, n'ont envisagé que les Evê-
» ques, Chefs de leur Eglise , sans oser écri-
» re l'Histoire Civile qui leur étoit plus étran◄
» gere. En second lieu , la matiere est si
abondante sous certains Evêques , & leur
vie fournit tant de Faits , qu'il est souvent
impossible d'intercaler en ces endroits les
» évenemens civils & politiques , sans user
» de mille transitions qui ennuyent le Lecteur
, lorsqu'elles reviennent si souvent.
» Mais je me propose de supléer à cette Histoire
par le second Volume , dont je viens
de parler , lequel pourra être autant de la
» compétence des Lecteurs qui cherchent
l'Histoire Civile d'une Ville , que celui - ci
» l'est de ceux qui se bornent à l'Histoire
» Ecclesiastique. J'espere même y joindre
une Notice des Ecrivains du Diocèse
» d'Auxerre , aussi -bien que celle de Abbayes
& autres principaux Benefices .
» Au reste , comme en fait de Chronologie
, & de détails historiques qui doivent
s'accorder avec l'Histoire du Royaume
peut m'être arrivé de m'être trompé , & de
il
? m'être
y
DECEMBRE. 1739 283
→
›
m'être contredit moi - même , je compte
que les sçavans Continuateurs du Galli
» Christiana , voudront bien marquer les
fautes dans lesquelles je serai tombé, lors-
» qu'ils en seront arrivés à la Lettre S. pour
Sens, où Auxerre doit tenir le premier rang
après la Metropole. J'attends cette complaisance
, de la part sur tout de Dom
» Brice , lequel n'a pas hésité à me donner
communication de tout ce qu'il pouvoit
» avoir dans les Collections de Dom Etien-
" not & de Dom Denis de Sainte -Marthe
» concernant mon sujet. Et comme dans la
» multitude d'Actes que j'ai cru devoir citer
je puis avoir pris un chiffre de jour ou d'an-
» née pour un autre ; je me flate que ceux
qui sont à portée d'examiner les Titres des
» differentes Archives du Pays avec plus de
temps que je n'y en ai mis , auront la bon-
» té de m'avertir des méprises qui me seront
arrivées , étant disposé , non -seulement à
»"profiter de leurs Remarques , mais même,
" des augmentations qu'ils auront fournies
» pour une seconde Edition , si jamais il
» étoit besoin d'en faire une.
"
"
Voilà , Monsieur , la Préface ou Avertissement
que je compte mettre à la tête des Gestes
de nos Evêques. Si vous ou vos amis connoissez
quelques Piéces Anecdotes qu'il soit
fait mention de quelqu'un d'entre eux , il est
I. Vol. E encore
2837 MERCURE
DE FRANCE
encore
temps de m'en donner
communi
cation ; je vous promets
, aussi bien qu'à tous ceux qui m'envoyeront
quelques
Obser- vations
notables
, d'en faire usage & d'en marquer
envers tous ma parfaite
reconnoissance
.
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
de Novembre sont la Clef, Rome , la Lettre
M. Liber & Gloria. On trouve dans le premier
Logogryphe , More , Or , Mer . Dans
le troisieme , Iber ; & dans le quatrième
Lira , Lora , Lia , Goa , Ora , Jo , & A.
****************
ENIGME
.
Mon corps a cinq pieds de longueur ;
Ma tête est une demi lune ;
Mon col est fait comme une prune
Le chef d'un Roy forme mon coeur ;
Celui d'un Prince fait ma clune ;
Ma queue est un Serpent. Devine - moi , Lecteur.
JE
LOGO
GRYPHE
.
E sors presque
de l'Italie ;
Lecteur , je porte dans mon nom
Le
DECEMBRE. 1739 2837
Le nom Latin de l'Arabic ;
Le nom Latin de Barbarie ;
De la Patronne du Canon ;
Le nom Latin d'une Riviere , en France ,
Assés proche de la Provence ,
Sans oublier l'Hôtesse des Marais ;
Je me découvre trop , mais je le fais exprès ,
Cher Lecteur , veux-tu me connoître ?
La Danse est mon partage , & Parme me vit naître .
Du Chemin , Musicien à Angers.
LOGOGRYPHUS.
Ctopedes mihi sunt , secretis sum abdita terris ;
Ampla tibi , Lector, duo tresque alimenta ministrant ;
Hoc posito numero , Divina scriba loquela
Fio. Cum totidem , in pratis mihi pinguia quaro
Pascua. Quinque iterum sumas , tibi Lympha quiescens
Surget. Cum quatuor , non numquam cornua gesto ,
Servato hoc numero , piscem paleamque recludes ;
At tres mefaciunt quod Vacca dat atque Capella
Tres iterum , nitri foetum dant , Oceanique.
Eij NOU
2838 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
RANSACTIONS PHILOSOPHIQUEL
Tde la Société Royale de Londres , années
1735. & 1736. traduites par M. de Bremond.
A Paris , chés Piget , Quai des Auguftins
, à l'Image S. Jacques , 1738. in 4°:
pp. 192. & 302. Planc , détac. XII,
TABLE des Mémoires imprimés dans les
Transactions Philosophiques de la Societé
Royale de Londres , depuis 1665. jusques en
1735. rangée par ordre Chronologique , par
ordre des Matieres , & par noms d'Auteurs.
Par M. de Bremond. A Paris , chés le même
Libraire , 1739. in- 4° pp. 297. 461. 76.
RECUEIL DES HISTORIENS DES GAULES
& de la France, contenant ce qui s'est passé
dans les Gaules , & ce que les François ont
fait sous les Rois de la premiere Race.
Par Dom Martin Bouquet , Prêtre , Religieux
Bénedictin de la Congrégation de Saint
Maur. Tome II. A Paris , aux dépens des
Libraires associés , 1738. & se vend chés
Gabriel Martin , Jean - Baptiste Coignard ,
PierreDECEMBRE
. 1739 2839
Pierre-Jean Mariette , Hipolite - Louis Guerin
, & Jacques Guerin. In-folio , pp . 728 .
sans la Préface & les Tables.
DISCOURS DOGMATIQUE sur la Canonisation
des Saints. A Blois , & se trouve à
Paris , chés Rollin, fils , Quai des Augustins ,
& Briasson , rue S. Jacques , 1739. vol. in
12. de 101. pages.
Tout le but de ce Discours est de
persua
der les Fideles de la sainteté véritable de
ceux que l'Eglise canonise. L'Auteur employe
pour cela & détaille deux Moyens , Le
premier , ce sont les mesures que l'Eglise
prend pour ne s'y pastromper; le second, l'autorité
même infaillible , qu'elle a reçûë pour
cela. Ce Discours a parû au Censeur , qui a
aprouvé cet Ouvrage, également Chrétien &
solide.
LE DOYEN DE KILLERINE , Histoire Mo
rale , composée sur les Mémoires d'une Illustre
Famille d'Irlande & ornée de tout ce
qui peut rendre une lecture utile & agréable;
par l'Auteur des Mémoires d'un Homme de
qualité. Quatriéme Partie . Volume in - 12 .
1740. de 232. pages , se trouve à Paris ,
chés Didot , Libraire , Quai des Augustins.
CATALOGUE des Livres imprimés , de la
A iij Biblio
2840 MERCURE DE FRANCE
Biblotheque du Roy. Théologie . Premiere
Partie. A Paris , de l'Imprimerie Royale ,
1739. in folio, pp. 414. sans compter le Mémoire
Historique de 100. pages , & la Table
des noms des Auteurs , de 106. pages.
CATALOGUE des Livres Manuscrits de la
Bibliotheque du Roy , Tome I. de l'Imprimerie
Royale , 1739. in-folio , pp . 458. sans
la Table des Auteurs , de 44. pages.
DISSERTATIONS sur l'Histoire Ecclesiastique
& Civile de Paris , suivies de plusieurs
éclaircissemens sur l'Histoire de France ,
Ouvrage enrichi de Figures en taille- douce ,
& dédié à M. le Comte de Maurepas. Par
M. l'Abbé Lebeuf, Chanoine & Sous - Chantre
de l'Eglise d'Auxerre. A Paris , chés
Lambert & Durand , ruë S. Jacques , 1739.
in- 12 de 500. pages , sans les Tables , &c.
Des cinq ou six Dissertations de ce nouveau
Recueil , qui roulent sur l'Histoire de
Paris , la premieré est sur un point Géographique
très- ancien. Il s'agit d'éclaircir le Lieu
apellé Catolocus dans la Vie de sainte Geneviéve.
M.Lebeuf n'entend parler que de la premiere
Vie de cette Sainte , écrite dans le siécle
même de sa mort, & il sçait distinguer,
comme ont fait les Sçavans du dernier siécle
, les additions ou fourrures faites à cette
Vie
DECEMBRE . 1739. 2841
Vie, au neuviéme siécle & depuis, d'avec co
qui avoit été d'abord rédigé dans une grande
simplicité par un Auteur presque contemporain
à la Sainte. Il regarde donc cet Ecrit
primitifcomme d'une très - grande autorité , &
comme le Morceau le plus ancien de l'Histoire
Ecclesiastique de Paris, infiniment préférable
aux Actes de S. Denis, même les plus
anciens , & il en parle encore dans la seconde
Dissertation , qui regarde ces, Actes du
premier Evêque de Paris. Après avoir détruit
par le suffrage du Pere Félibien , Auteur de
'Histoire de l'Abbaye de S. Denis , toute
la croyance que plusieurs Personnes avoient
ajoûté jusqu'ici au Moine anonyme, Auteur
des Gestes du Roy Dagobert , & fait voir
par le Texte même de Fredegaire , Auteur
contemporain à ce Roy , que ce Prince n'avoit
point bâti une nouvelle Eglise en l'honneur
de S. Denis , mais qu'il s'étoit seulement
contenté d'orner l'ancienne & d'en .
faire embellir l'Edifice , tant intérieurement,
qu'extérieurement ; il remonte jusqu'à l'origine
de cette premiere Eglise. Elle lui est
fournie par la même Vie primitive de sainte
Genevieve , où on lit que ce fut cette Sainte
qui engagea le Clergé & les Habitans
de Paris à bâtir une Basilique sur la Sépulturé
de S. Denis ; d'où il est aisé de conclure
que ce Bâtiment n'ayant guere que cent
E iiij qua
842 MERCURE DE FRANCE
rante ans ou environ d'antiquité , quand Da
gobert commença à regner , il n'eut pas besoin
d'être rebâti à neuf. Il falloit bien qu'il
existât une Eglise de S. Denis avant Dagobert,
puisque Grégoire de Tours en parle & que S.
Cloud, au raport d'Hincmar, avoit donné à la
même Eglise une Terre située dans le Berry,
circonstance omise par Dom Félibien . Cette
Eglise n'étoit pas à Paris , comme l'a crû M
de Launoy ; elle devoit être dans le Lieu er
vers lequel Ste Geneviève étoit pénetrée d'ur
particuliere dévotion , parce que les SS . Martyrs
y avoient souffert & y avoient été inhumés;
or ce Lieu est nommé Catolocus dans les
plus anciens Manuscrits , & chés les Auteurs
qui l'ont alteré en Catulliacum , il est dit situé
à six mille de la Cité de Paris. Comme
donc la Ville de S. Denis est dans cette distance
de Paris , & que les Saints y ont été
inhumés, cette Ville est le Lieu même apellé
Catolocus ou Catolacum dans les Manuscrits ;
M. L. B. observe que le premier Monument
où il soit marqué que ce nom vient d'une
Femme nommée Catulla , sont les Actes de
S. Denis , de la fabrique d'Hilduin . Il est le
premier qui ait donné ce nom à la Matrône
qui eut soin de la sépulture des SS . Martyrs,
& par conséquent cette étymologie est fort
suspecte. Il est plus probable que ce nom a
été formé de la situation aquatique du Bourg
&
DECEMBRE. 1739. 2849
du Monastere , de-même que le Cadolocum
de certaines autres Contrées , où il y a des
Etangs, de la même maniere qu'on en voyoit
autrefois à S. Denis . L'Auteur a prévû , sans
doute , la conséquence que les Lecteurs ti
reront de l'usage qu'il fait du Passage de la
premiere Vie de sainte Geneviève , & qu'on
en concluera qu'il n'est donc pas sûr que
S. Denis ait souffert le Martyre à Montmartre.
La situation de l'Eglise de S. Denis de
l'Etrée , proche la Riviere de Seine , porte a
croire que ce fut en ce Lieu qu'ils furent décapités
, mais ils n'y furent point inhumés ;
leurs Corps avoient été transportés dans le
Champ de la Dame anonyme , dès le temps
de leur Martyre. C'étoit tout ce territoire &
les environs qui formoit le Vieus Catolocen
sis , & il ne faut aucunement penser à Chailfot
dans cette question Géographique, comme
y a pensé M. de Tillemont. M. L. B. finit
ses Observations sur la situation du Lieu
de la sépulture de S. Denis , par la remarque
qu'il fait touchant les variétés qui se trouvent
là-dessus dans les Manuscrits de la Lé
gende de S.Denis. Les Copistes étoient si simples
au XI . siecle, que quoiqu'ils marquassent
dans le Texte de cette Légende, que ce Lieu
est à six mille de Paris , dans le titre de leur
Ouvrage, ils écrivoient que ce Lieu n'en étoit
qu'à trois mille, L'Auteur concilie ces con
Ex tradictions
2844 MERCURE DE FRANCE
tradictions , en disant qu'au IX. siecle on
comptoit encore communément trois mille
pas pour ce que nous apellons une lieüe , mais
que quelques siécles après plusieurs Auteurs
commencerent à regarder Milliare & Lenga
comme synonymes , qu'ainsi par les trois
mille de distance de Paris à S. Denis , ils entendoient
trois petites lieuës.
L'Auteur étant tombé insensiblement sur
cette distance , se trouve engagé à marquer
depuis quel temps à peu près Paris fut habité
& fermé pour la premiere fois dans le quartier
qu'on apelle aujourd'hui la Ville , car
l'autre continent du côté du Midi , fut habité
& fermé bien plus tard. Il prouve que les
environs de la Greve , tels que la rue de la
Tisseranderie , n'étoient pas encore fermés
au IV. siécle & n'avoient point l'air de Ville,
puisqu'on y faisoit encore alors des inhumations.
On trouva en cette ruë vers l'an 1610 .
des Tombeaux avec leurs Squelettes & des
Médailles , dont les plus nouvelles étoient
de Magnence , qui regna en 350. d'où il infere
qu'alors ce canton n'étoit tout au plus
que comme une espece de Fauxbourg , où
chacun étoit fort au large & avoit son Jardin,
dont une partie servoit de sépulture aux Familles
du dedans de l'Isle , ou aux Notables
du déhors. M. L. B. ne croit point , comme
M. de la Marre , en son Traité de la Police ,
que
DECEMBRE . 1739 2845
"
preque
la premiere clôture du Quartier de Paris ,'
situé vers le Nord , ait été faite par les Romains
. Le silence de Grégoire de Tours, qui
selon M. de la Marre, auroit dû en parler, au
cas que c'eût été un Ouvrage des Francs , ne
lui paroît pas décisif, parce que Grégoire ne
s'est pas proposé de tout dire , & que tous les
jours on aprend par des Histoires particulieres
des Saints locaux , des choses importantes
qu'il a ignorées ou tuës. Au reste si la
miere clôture du Quartier en question fut
un Ouvrage des Francs , elle le fut des Francs
du premier temps. M.L.B.prouve par un Texte
de Grégoire de Tours de Gloria Confess. c.
90. que Chilperic ayant fait son Entrée Royale
dans la Cité Civitatem , la fit le lendemain
in urbem Parisiacam. Cette double Entrée
désigne deux Habitations séparées & fermées
chacune de leurs murs. Nous ne voyons pas
que personne ait encore remarqué la teneur
de ce Texte en faveur du Paris Septentrional .
M. Lebeuf n'ayant trouvé dans M. de la
Marre aucune preuve qu'il faille étendre la
premiere clôture de la Ville de Paris jusque
dans la ruë de S. Germain l'Auxerrois , quoique
dans ces anciens Plans il l'étende jusqu'assés
avant dans cette ruë , eft d'un avis
contraire , & prétend qu'au sortir du grand
Pont de Paris pour venir à Montmartre ou à
S. Denis , on ne se trouvoit pas dans la nou-
E vj velle
>
2846 MERCURE DE FRANCE
velle Ville Septentrionale , qu'on la laiffoit
main droite , & qu'étant dès le bout du Pont
dans la Campagne , on en cotoyoit les nouveaux
murs à quelque diftance. Outre qu'on
n'a jamais trouvé de veftiges de ces murs à
gauche de la ruë S. Denis , ni vers Ste Opor
tune , le Texte de Grégoire de Tours apuye
cette pensée , en ce que Chilperic venoit du
Soiffonnois , lorsqu'il arriva à Paris. Il fit
donc sa premiere Entrée dans la Cité de Paris
, en paffant par le grand Pont , apellé aujourd'hui
le Pont au Change. La seconde
Entrée ayant été faite dans la Ville le lendemain
, c'eſt une marque qu'il ne l'avoit pas
encore traversée , comme il lui eût été indispensable
de le faire , si les maisons & les
murs avoient compris ce qu'on apelle la rue
S. Denis. L'Histoire de l'Incendie arrêté par
des prieres de S. Lubin , & qui avoit pris à
quelques maisons du côté du Nord , supose
encore que lorsqu'on venoit de la Basilique
de S. Laurent à la Cité de Paris , on n'avoit
pas une double clôture à traverser, ce qui auroit
été néceffaire dans le Syftême de M. de
Ja Marre. Ici M. L. B. eft bien éloigné d'imaginer
, comme a fait M. de Valois , une Eglise
de S. Laurent dans le bas du quartier de l'Université
; il suit l'ancien sentiment, & pour enrichir
cet endroit de son Livre d'une nouvelle
Observation,il remarque que la Vie de S.Lubin
DECEMBRE. 1739. 2847
bin de Chartres, dont il s'autorise , à dû être
écrite par Fortunat de Poitiers , étant entierement
dans le style de celle de S. Germain
de Paris , & de S. Aubin d'Angers , dont il
eft l'Auteur incontestablement. M. L. B. s'apuye
sur le même Fortunat , en sa Vie de S.
Aubin , pour prouver que Childebert n'étoit
pas logé au Palais des Thermes , mais dans
I'Isle de Paris même , & le Paffage eft presque
aussi décisif que celui de Grégoire de
Tours , Lib. 4. C. 26. au sujet du Roy Ca
ribert.
Selon notre Auteur , la Porte de Paris , en
tant que differant de la Cité de Lutece , étoit
dans la ruë de S. Jacques de la Boucherie &
proche la Boucherie même. Cette Porte res
gardoit le Couchant. L'autre qui étoit au
bout oposé & qui regardoit l'Orient , eut le
nom de Porte Baudoyer , dont l'étymologie
a plusieurs raports avec l'Art Militaire. La
Tour quarrée qui subsifte proche le Lieu de
cette ancienne Porte Baudoyer , au Nord du
Sanctuaire de S. Jean en Greve , peut être
assise sur les anciens fondemens de l'une des
Tours de cette ancienne Porte.
L'évidence du Paffage de Grégoire de
Tours sur l'éxiftence d'une Ville de Paris au
Nord de l'Isle , doit empêcher, selon M. L. B.
qu'on ne se prévale du silence du Moine Abbon
, touchant la clôture de cette nouvelle.
Ville
2848 MERCURE DE FRANCE
Ville. Abbon ne parlant que des dernieres
Guerres des Normands, vers l'an 886, n'avoit
garde de faire mention des murs du Paris
Septentrional. Ces murs bâtis par les Francs
bien moins solidement que ceux de l'Isle ,
Bâtis de pierre par les Romains , avoient été
ruinés & mis en cendres dès les premieres
guerres des Normands. De crainte d'effuyer
de semblables malheurs , on les rebâtit de
pierre sur les anciens allignemens , & même
on en éleva de nouveaux dans la partie
Méridionale. Ces derniers murs pouvoient
paffer aux environs des Carmes , & de- là
vers la rue du Foin ou des Mathurins , &
continuer ensuite proche le Pont S. Michel.
De-là vint que l'Augmentateur de la Vie de
sainte Geneviève , que M. L. B. croit avoir été
un Diacre de l'Abbaye , apellé Felix , regarda
son Eglise comme située juxta Novemenia
Parisii. L'écriture de son 'Manuscrit ne peut
être au plus tard que du XI . siécle .
;
La situation des deux Châtelets de Paris a
aussi mérité l'attention de M. L. B. il prétend
qu'ils n'étoient pas situés où ils sont aujourd'hui
que la Ville de Paris n'avoit pas de
clôture du côté de la Riviere , non - plus
qu'elle n'en a pas aujourd'hui , depuis S.Gervais
où étoit la Porte Baudoyer , jusqu'à la Porte
de Paris , ou au grand Châtelet. La Riviere
servoit seule de rempart de ce côté- là à la
Ville
DECEMBRE. 1739 2849
Ville nouvelle ou Septentrionale . Il n'y avoit
que la Cité , ou Ville de l'Isle qui étoit environnée
de murs & de Tours de tous les côtés .
C'est donc sur le continent de l'Isle même
qu'étoient le grand & le petit Châtelet.Le premier
vers le Lieu où est l'Horloge du Palais , à
l'entrée dugrand Pont , & l'autre vers l'endroit
où aboutit la grande Salle de l'Hôtel - Dieu ,
que
à l'entrée du Petit - Pont. Ces deux Châtelets
étoient chacun la Porte de la Cité de Paris ,
P'un vers le Midi , ' l'autre vers le Septentrion.
Ce fut à ce dernier qu'arriva le Miracle de
P'Hiftoire de S. Martin , en mémoire duquel
il y eut en ce lieu un Oratoire de son nom ,
qui a perpetué le souvenir de ce saint Evêde
Tours dans le Palais de nos Rois , &
depuis dans le Siége de la Juftice. Par le
moyen de la position des deux Châtelets ou
Portes de la Cité de Paris à deur véritable
place , M. Lebeuf donne une explication naturelle
du cours de l'Incendie qui arriva à Paris
l'an 586. du côté du Midi , & qui ceffa
du côté du Nord, proche l'Oratoire de saint
Martin . Il faut lire cette Explication dans
son Livre.
La seconde Piéce de son Recueil , regarde
les Actes de S. Denis. L'Auteur , loin de se
proposer de les rendre fort eftimables , montre
affés clairement qu'ils sont encore plus
mauvais, que Mrs de Launoy , de Tillemont
&
COLORE DHE RRANCE
Nommands,vers Fans , navor
Gas Crapies mus prouvolan
Cross Ces Cams, & de-f
from a des Mathurus , &
morte dePorr S. Michel
more dhe XL sit
Lan Ville de
sture de cine de
4. Puns, ou
d
ur->
as de
on
- plus
S.Gervais
qu'à la Porte
t. La Riviere
côté-là à la
Ville
DECEMBRE . 1739 2849
Ville nouvelle ou Septentrionale. Il n'y avoit
que la Cité ou Ville de l'Isle qui étoit environnée
de murs & de Tours de tous les côtés.
C'est donc sur le continent de l'Isle même
J
qu'étoient le grand & le petit Châtelet.Le pre
mier vers le Lieu où est l'Horloge du Palais, à
l'entrée du grand Pont, & l'autre vers l'endroit
où aboutit la grande Salle de l'Hôtel- Dieu ,
à l'entrée du Petit - Pont. Ces deux Châtelets
étoient chacun la Porte de la Cité de Paris ,
P'un vers le Midi , ' F'autre vers le Septentrion .
Ce fut à ce dernier qu'arriva le Miracle de
'Hiftoire de S. Martin , en mémoire duquel
il y eut en ce lieu un Oratoire de son nom
qui a perpetué le souvenir de ce saint Evêque
de Tours dans le Palais de nos Rois , &
depuis dans le Siége de la Juftice. Par le
moyen de la position des deux Châtelets ou
Portes de la Cité de Paris à leur véritable
place , M. Lebeuf donne une explication nacours
de l'Incendie qui arriva à Padu
côté du Midi , & qui ceffa
Nord, proche l'Oratoire de saint
aut lire cette Explication dans
turell
ris l'
du
N
F
Piéce de son Recücil , regarde
S. Denis. L'Auteur , loin de se
es rendre fort eſtimables , monment
qu'ils sont encore plus
Ars de Launoy , de Tillemont
2850 MERCURE DE FRANCE
& Baillet ne les avoient crûs. Il les croit de
la compofition d'un Religieux de l'Abbaye
de Saint Denis , à cause de cette expression
répetée : Peculiaris Patroni nostri. Il ne dissimule
point que les plus anciennes Copies
marquent l'Envoi de S. Denis en France par
S. Clement. Mais c'eft auffi l'Epoque de la
compofition de cette Légende , qui eft le
premier Monument où elle se trouve . Il se
défie ( & avec raison ) de la Charte d'un de
nos Rois , de l'an 723. où cette Miffion eft
spécifiée , parce que
le commencement de ce
Diplôme , où sont les termes qui l'expriment
, ne sont pas dans le ftyle du refte de
la Piéce , & parce que Dom Félibien ne
l'ayant pû recouvrer en original , n'a pas crû
la Copie affés authentique pour être inserée
dans l'Hiftoire de l'Abbaye. La pensée de
M. L. B. est que ce fut vers le temps de l'introduction
du Rit Romain en France , sous
Pepin , ou sous Charlemagne , que le desir
d'avoir quelques leçons un peu étenduës sur
ce Saint , à l'Office nocturne de sa Fête , &
de former de ces Leçons le chant des Antiennes
& des Répons , engagea quelques
Religieux du huitième siècle , à emprunter
la vie de quelque autre Saint , en y subftituant
le nom de Dionyfius. A la lecture de
la Dissertation , on ne peut guere s'empê
cher de croire que la Piéce qui avoit servi
de
DECEMBRE. 1739 2850
que
de canevas , n'eût été d'abord composée
pour quelque Apôtre d'une Eglise située
vers le Rhin , entre l'Italie & l'Allemagne .
Pourquoi dire en effet que Lutece étoit peuplée
de Germains , que le Rhin y passoit ,
( car quelques Manuscrits ont Rheni , si ce
n'étoit pas une Piéce composée pour une
Eglise de ces cantons- là , qu'on eût adoptée
? Ce qui doit augmenter le soupçon , eft
dans la Vie de Š. Gaudence de Novare
au Milanez , il y a des périodes entieres
dans les mêmes termes que dans celle de
S. Denis . Mais le Compilateur , qui n'avoit
en vûë que de groffir son Lectionaire , & de
le farcir de haut ſtyle , ne prit pas garde que
d'autres choses qui avoient pû convenir au
S. Evêque des environs de l'Allemagne , envoyé
, peut- être , vers le V. ou VI . siécle , ne
pouvoient convenir au siécle de S. Denis,qui
étoit un temps de persécution . Plus il raprochoit
S. Denis des temps Apoftoliques , plus
il le mettoit hors d'état de se voir attribuer
des phrases empruntées , telle que celle - ci :
Ecclefiam illis qua necdum in locis erat & populis
illis novam conftituit , ac Officia servien
tium Clericorum EX MORE conftituit probatasque
personas honore secundi Ordinis ampliavit.
Tout ceci a pû être dit d'un S. Evêque
du V. ou VI. siécle , auquel temps on pouvoit
alleguer l'ancienne coûtume , ex more J
mais
2852 MERCURE DE FRANCE
mais n'a jamais pû convenir à S. Denis de
Paris , qui n'étoit pas dans une situation à
former un Clergé complet , comme le marque
ce texte , encore moins , s'il vivoit au
premier siècle.
Il faut donc reconnoître un défaut de juge
ment dans le Fabricateur de la Legende de
S. Denis , & par consequent qu'il a pû être
affés infidele ou ignorant , pour y mettre de
son crû , que c'étoit S. Clement qui l'avoit
envoyé prêcher la Foi. M. L. B. aporte un
exemple très- sensible de ces Moules de Légendes
qui servoient pour plusieurs Saints .
C'eft celui de S. Trophime , premier Evêque
d'Arles , auquel les Ecrivains du Legendaire
de l'Eglise d'Arles , ont apliqué un Panegyrique
fait pour S. Germain , Evêque d'Auxerre
, par le Moine Heric , du IX. siécle ,
charmés apparemment par les tours latins de
cet Ecrivain ; & ils se sont contentés de
changer quelques noms propres , de crainte
qu'on ne reconnût leur vol .
Ceux qui ont crû que la Légende de Saint
Denis avoit originairement marqué sa Mission
à successoribus Apostolorum , & que c'étoit
par alteration qu'on y lisoit à S. Clemente,
ont porté trop de respect à cet Ouvrage .
Pour dire vrai , il faut lire à S. Clemente
y ,
mais aussi la Pićce est une mauvaise compilation
, & qui ne doit être d'aucun poids
DECEMBRE. 1739 2853
si ce n'eft en ce qu'elle dit depuis la mort du
Saint, & touchant son culte. M. l'Abbé L. B.
prouve que l'on ne peut apuyer son authenticité
sur les anciennes Armoires du Trésor
de l'Eglise de Paris , où cette Légende étoit,
dit- on , conservée dès le temps du Regne de
Louis le Debonnaire. Ceux qui ont crû cela,
ont pris le change , à la lecture de la Lettre de
ce Prince à l'Abbé Hilduin, & de la Réponse
d'Hilduin à cet Empereur. En prenant la
peine d'examiner attentivement les termes
de ces Lettres , & l'arrangement des materiaux
qu'Hilduin se vantoit d'avoir mis en
oeuvre , on reconnoît que ce qui étoit conservé
dans les Armoires de la Cathédrale de
Paris , confistoit en des fragmens de l'ancien
ne Liturgie Gallicane de la Messe du jour de
S. Denis , & non pas en cette Légende mal
digérée , du S. Evêque de Paris. L'Auteur de
la Differtation a reconnu la plupart de ces
morceaux de la Liturgie primitive de l'Eglise
de Paris, que l'Abbé Hilduin avoit inserés en
divers endroits de sa nouvelle Compilation ,
& il les a raprochés les uns des autres , afin
que les Connoiffeurs en ftyle de l'ancienne
Liturgie Gallicane puissent en juger , & que
le Public voye que dans ces Prieres des premiers
temps
, il n'étoit fait mention ni d'Areopage
, ni de S. Clement , ni de Tête portée
, ni de mille autres Faits qu'Usuard mêmo
2854 MERCURE DE FRANCE
me n'avoit pas connus , quoiqu'il vêcût sous
Charles le Chauve. Il nous paroît que la
plûpart de ces Remarques n'avoient point
encore été faites , quoiqu'il y ait eû beaucoup
d'Ecrits sur cette matiere dans le siécle
dernier. M. L. B. en a placé une au bas de la
page 55. qu'il dit tenir du P. Prevôt , Chanoine
Régulier , & Bibliothéquaire de Sainte
Geneviève , auquel ses deux premieres Dissertations
sont adreffées . Elle se raporte à
S. Denis , parce qu'on tient par tradition ,
que le Lieu où il invoqua d'abord la Sainte
Trinité , proche París , étoit celui où l'on
voit l'Eglise de S. Benoît . On propose aux
Curieux d'examiner , si dans l'Antiquité l'on
n'auroit pas entendu Ecclesia S. Trinitatis ,
par Ecclesia S. Benedicti , avant qu'on se soit
imaginé d'entendre par là à Paris le saint Patriarche
des Bénédictins . Cette découverte
sera affés curieuse. Il eft certain que dans
l'ancien langage vulgaire , on a longtemps
dit Benoît -Dieu . La réunion que M.L.B.a faite
à la page 67. & suivantes , de toutes les injures
dont Hilduin & fes Sectateurs dans
l'Areopagetisme, accablerent ceux qui s'attachoient
à l'ancienne Tradition contenuë
dans Gregoire de Tours , marque combien
mauvaise étoit la cause dont ils prenoient la
défenfe. Un Moine de Saint Denis , qui écri
voit sur la fin du IX. siécle , pouffa ses expreffions
DECEMBRE . 17397
2855
reffions , jufqu'à dire que ceux qui refubient
de qualifier leur saint Patron du titre
& Athenien & d'Areopagite , étoient des re
jettons du Préfet Fescenninus Sisinnius , qui
avoit fait mourir ce Saint. Nous rendrons
compte des neuf ou dix autres Differtations
dans un autre Journal.
NOUVEAUX AMUSEMENS DU COEUR
DE L'ESPRIT. Quatorziéme Brochure : in- 1 2 .
1739. A Paris , chés Bienvenu , à l'entrée du
Quai des Augustins , & chés la Veuve Pissot
Quai de Conti , à la descente du Pont- Neuf,
Le prix eft de 24. sols.
Après un Avant- Propos de l'Auteur , qui
s'engage pour la suite de cet Ouvrage pério
dique à des Recherches historiques & critiques
sur la Littérature ancienne & moderne , &
qui sollicite au nom du Siècle & de la Pofterité
, les Personnes qui ont dans leurs Cabinets
des Piéces interessantes,de les lui communiquer,
pour en faire part au Public ; ( elles sont redevables
, selon lui , de pareils trésors qui courent
toujours de grands risques , tant qu'ils ne sont
qu'en manuscrits; ) on trouve un. Dialogue sur
l'Etenduë , par feu M. le Baron de Leybnits.
C'est un morceau scientifique , où ce grand
Philosophe fait paroître des découvertes neuves
, toujours analogues à son Syftême de
Métaphysique. Ces réfléxions sérieuses veug
Lept
2856 MERCURE DE FRANCE
> lent être méditées dans le Livre même , &
on y renvoye les Lecteurs , parce que ce seroit
tronquer la matiere , que de citer quelques
endroits qui n'inftruiroient personne
fonds , & que nos Extraits ne sont pas susceptibles
de longueurs , inévitables dans cet
Article interessant .
à
L'Epître dédiée au grand Thomas ( page
331. ) est plaisante quant au sujet , mais
elle nous a paru foible & peu correcte , prosaïque
quelquefois , & rampante. Il y manque
auffi de la gayeté , quoique nous ne prétendions
pas dire qu'il n'y ait des traits amu
sans. Elle commence par ces Vers :
Noble soutien de la machoire ,
Digne objet d'admiration ,
De qui le triomphe & la gloire
Par ton heureuse invention *
Immortalisent la mémoire ;
THOMAS , c'est à toi qu'aujourd'hui ,
Mes Vers demandent un apui .
Peu nourris des Eaux d'Hypocrene
Qui donnent la force et l'haleine ,
Et qui , par leur philtre enchanteur
Rendent florissant un Auteur ,
Ils courent les bords de la Seine ,
Et te prennent pour Protecteur.
Il a fait faire un Char enforme d'Arc de triom
the , où il se met chaque jour.
L'IRE
DECEMBRE.
1739. 2857
L'Invocation continuë , & la Muse de
cette Epître , qui se déclare elle même foible
& volage , fait ( page 336. ) sa confession
de modestie.
Sans envier ce ton sublime ;
Qui rend un Auteur trop flaté ,
Je donne aux travaux de la lime
Un essor bien plus limité ;
Et sans qu'un amour emporté
Me fasse courir vers la rime ,
Une douce facilité
S'unissant au feu qui m'anime ,
Exprime avec naïveté
Ce que m'offre l'oisiveté.
Souvent , sur la verte fougere ,
A l'abri d'un ombrage frais
Je trace d'une main légere ,
Les agrémens et les attraits
Qu'eut en partage ma Bergere
Ma Muse souvent , par ses airs ,
1
Fait retentir les verds Bocages ;
Les Faunes , les Sylvains sauvages
Se joignent même à ses concerts ,
Et les doux Habitans des airs
Y répondent par leurs ramages.
On trouve ensuite une Nouvelle Portú
gaise , sous l'Etiquette de Don Juan & Isa
belle
2858 MERCURE DE FRANCE
belle Cette Histoire est calquée sur le moule
des Romans à grandes Avantures. Les deux
Héros filent l'amour au plus parfait. » Don
• Juan fut élevé avec Isabelle . Ils étoient à
peu près de même âge , & cette conve-
» nance , jointe à toutes celles qui se trou-
» voient en leurs personnes , fit naître entre
eux une sympathie qui prit bien- tôt uil
» autre nom. Les Amours sont enfans , &
> se plaisent quelquefois à jouer avec l'enfance
; & les paffions qu'ils y font naître ,
» sont beaucoup plus fortes & plus dura-
» bles.
»
?
» Don Juan & Isabelle sentirent dès- lors,
l'un pour l'autre , ce que dans un âge plus
avancé ils devoient inspirer à tout le mon-
" de. Etoient- ils ensemble : Tout étoit
pour
eux plaisir & passe - temps. Jamais affec-
»tions ne furent plus égales , jamais volon-
» tés plus vives : enfin jamais amour ne se
» fit tant sentir , avant que de se faire connoître.
Voici comment leurs sentimens se débroüillent.
Le hazard leur fait jetter la vûë sur
un Livre romanesque . Isabelle prie Don Juan
d'en lire quelques pages. Le Lecteur » étant
tombé sur une peinture que deux Amans
se faisoient l'un à l'autre de leur amour,'
Isabelle trouva les sentimens de la Maî
tresse si conformes aux siens , qu'elle en
rougit & devint rêveuse. Don
1
DECEMBRE. 1739. 2859
39
">
33
» Don Juan , qui avoit trouvé la même
» ressemblance entre les fiens , ceffa de lire ;
» & après avoir auffi rêvé quelque temps :
Isabelle , dit il ingénûment , plus j'y fais réflexion
, plus je crois que j'ai de l'amour
" pour vous. Depuis que je vous vois , j'ai
pensé mille fois tout ce que je viens de
» lire ; & la seule difference que j'y trouve ,
c'est que je le pensois plus vivement en-
» core ; mais je n'aurois pas pû fi bien vous
l'expliquer . Don Juan , répondit Isabelle¸
» en rougissant davantage ; je faisois la mê-
» me réflexion , & je ne doute plus que ce
» ne soit aussi de l'amour que j'ai pour vous.
» J'ai ressenti mille fois , sans pouvoir les
» démêler , tous les transports , tous les plai-
» sirs , toutes les inquiétudes qui sont décri-
>> tes dans ce Livre. Mais, fi ce que j'entends
» dire de ces sentimens , est vrai , c'est un
» crime à moi de les avoir conçûs.Cependant
» je ne sçaurois croire que le crime puisse
» jamais se présenter sous une figure auffi
» douce & auffi agreable que celle- là ; & en
» tout cas , je sens que j'aurai bien de la
peine à m'empêcher d'être toujours crimi
» nelle.
Une Gouvernante interrompt la conversation
; ils s'aiment toujours pendant plusieurs
années : mais cet heureux temps change. On
demande Isabelle en mariage : Dona Maria
1. Vol.
lui F.
2860 MERCURE DE FRANCE
Jui en fait la proposition ; elle y répond par
un torrent de larmes , que sa mere interprete
favorablement. Dona Maria trouve aux pieds
de Don Pedro , son mai , le pauvre Don
Juan fondant en larmes de son côté , & découvrant
tout le mystere . On s'apaise , on
écrit à Don Francisco de **** pere du jeune
Amant , qui lui permet d'épouser sa Maîtreffe.
Il se retracte dans le temps qu'on faisoit
les préparatifs des nôces . Des richeffes
héritées changent ses volontés. En conséquence
, desespoir des deux Amans .
Don Francisco fait enlever son fils . Isabelle
est demandée par Don Gusman ; elle
lui est accordée par ses Parens. Il propose un
combat à la lance , où il eft desarçonné par
Don Juan , dont on avoit publié la mort.
Nos deux Héros se reconnoissent & conviennent
de s'enfuir ensemble. Don Juan
s'assûre d'un Bâtiment , & la nuit tant souhaitée
étant venuë , Isabelle trouve le moyen
de se dérober. Elle aperçoit dans l'obscurité
un Bâtiment arriver dans la rade. Elle va audevant
; c'est un Corsaire qui l'enleve. L'A--
mant arrive un moment après , & ne trouve
personne. Il aprend le malheur survenu, dont
on accuse à tort Don Gusman. Il fait bien
du Pays , trouve Ali- Achmet , Corsaire Saltin
, qui a sur son Bord la jeune Personne ,
prête à partir pour les plaifirs du Roy de
MaDECEMBRE.
1739 2861
Maroc . Isabelle y avoit consenti , après avoir
pris secretement du poison : Don Juan la
trouve sur le point d'expirer , traite avec le
Corsaire , délivre son Amante , reste en ôtage
pour la fin du payement. Elle revient à
Villanova . Don Gabriel , cousin de Don
Juan , va délivrer son Ami des mains d'Ali-
Achmet. Et enfin le Roy , malgré de nouvelles
opositions , joint son autorité à la volonté
des Parens bien réunis. Isabelle & Don
Juan sont mariés avec de grandes magnificences.
Cette Historiette eft écrite d'un ftile naturel
, vif , & touchant. Il y a même de l'intérêt
, mais nous ne sçaurions nous empêcher
de dire que ces sortes d'Ouvrages sont de
tous ceux de la Litterature , les moins dignes
de confideration , & propres tout au plus à
amuser les gens superficiels.
Il y a dans cette Brochure , comme dans
les précédentes , des morceaux de Poëfie fort
bien tournés. La Probité , par exemple , a
servi d'Apollon à l'Auteur des Voeux pour
Monseigneur le Dauphin. Cette Piéce mérite
l'empressement de tous les bons Citoyens.
Quoi de plus délicat que ce qui suit !
Aimé de son Peuple fidele
Qu'un Prince sur son Trône eft fort !
Les coeurs le gardent mieux qu'aucune sentinelle ;
Fij
L'a
2862 MERCURE DE FRANCE
L'amour veille toujours , mais le devoir s'endort.
Voici un bel endroit , à la page 390,
Dans un nuage radieux
La Gloire que je vois paroître ,
Vient sans doute à mon jeune Maître
Inspirer des combats les defirs furieux.
De cette brillante chimere
Que Louis se dégage aux traits de ta lumiere ,
Sageffe , fais-lui voir le ridicule abus
De ces Ambitieux , vrais fleaux de la Terre ;
Qui coujours combattans , ont au bout d'une guerre,
Cent mille hommes de moins pour un Château de
plus , &c ,
L'Epître de Léandre à Hero , imitée d'Ovide
M. le Préfident BOUHIER , de l'A- par >
cadémie Françoise , devroit être copiée toute
entiere . ou du moins plus de deux cent
Vers , fi l'on vouloit transcrire toutes ses
beaurés.
M. d'Arnaud , jeune Poëte , qui se diftingue
, a fait imprimer dans ce Recüeil , deux
Epîtres à son illustre Maître M. de Voltaire.
Il lui parle dans la premiere , page 397. d'après
la Ceinture de Venus dans Homere.
Dans la seconde , page 402. il peint M. de
Voltaire cn Philosophe , après l'avoir peint
comme Auteur de la Henriade ; & avant que
de
DECEMBRE. 1739. 2863
de parler de ses Tragédies , il s'exprime
ainfi :
Tantôt , d'un vol audacieux ,
Mesurant la Terre & les Cieux ,
Il contemple de Dieu la grandeur infinie .
De cent globes divers démêlant les refforts ,
D'une exacte harmonie il conçoit les accords.
Des Barrieres du jour jusqu'au centre du Monde ,
De cette immenfité perçant la nuit profonde ,
Il parcourt d'un coup d'oeil ces Orbes enflammés ,
Ces corps , par leurs combats détruits & ranimés.
Il dévoile avec art , ces nombres , ces distances ,
Ces mouvemens cachés , l'amé de l'Univers ,
Ce Vuide spacieux , ces profondeurs immenses ,
Qu'embraffe la lumiere au vafte sein des airs.
Cette quatorziéme Partie termine le quatriéme
Tome des Nouveaux Amusemens.
Nous n'avons pas diffimulé nos sentimens
sur ce Recueil , qui peut figurer avec tous
les bons Répertoires de ce genre. Tout n'est
pas égal , à beaucoup près , mais il mérite
d'être recherché pour quantité de beaux
morceaux. Si l'Ouvrage continuë , nous en
porterons toujours un jugement sans partialité
, comme sans flaterie.
On nous a prié d'avertir le Public , qu'en
s'adreflant directement à la Veuve PISSOT
Fiij Quai
864 MERCURE DE FRANCE
Quai de Conti , à la descente du Pont Neuf,
les Personnes qui souhaiteroient acheter le
Recücil complet auront une diminution considerable.
Les quatre Volumes bien reliés ;
seront donnés pour la somme de treize livres
quatre sols. C'eft une convention que l'Auteur
a voulu être faite pour le soulagement
des bourfes. Comme il n'a point fait , dit-il ,
cette Compilation dans aucune vûë d'interêt,
il n'a d'autre ambition que d'en favoriser le
débit. Il fait aussi sçavoir que le troisiéme
Volume n'est pas plus cher que les autres
c'est- à - dire , que chaque Brochure de trois
feuilles , eft de douze sols , & les doubles de
vingt- quatre.
INSTRUCTION fur les Lettres de Change ;
& fur les Billets négociables ; fuivant l'Edit
du Commerce , les Déclarations & Arrêts
rendus depuis 1673. jufqu'à préfent , & les
Ufages des Places & des Négocians . Seconde
Edition , corrigée & augmentée. A Blois,
chés Philbert- Jofeph Maſſon. 1739. Vol. in-
12. de 221. pages , fans l'Avertiffement & la
Table des Chapitres .
On trouve dans cette nouvelle Edition ,
des Formules de Sommations , Afſignations ,
Protêts & Dénonciations & c.
On traite d'abord des Lettres de Change
& de leur origine. Du temps des Lettres de
Change
DECEMBRE . 1739. 2865
Change. Des Acceptations fous Protêt , des
Ordres , des Protêts , des Renonciations dè
Protêts , & des Garanties , du Change & Rechange
, des qualités du Porteur des Lettres
de Change , des Lettres de Change perduës ,
des Prefcriptions & du terme de la décharge
des Cautions , des Billets de Change & à
Ordre , des Augmentations & Diminutions
d'Efpeces , & des Ufages reçûs , des Lettres
& Billets dont la connoiffance apartient aux
Juges - Confuls , Termes des Protêts des principales
Villes de l'Europe , Termes des Ufancés
dans les principales Villes de l'Europe ,
Formules des Lettres de Change & des Billets.
CONNOISSANCE DE LA MYTHOLOGIE , par
demandes & par Réponses. A Paris , chés
Claude Simon , Pere , rue des Mallons , &
chés Claude -François Simon , Fils , ruë de
la Parcheminerie , 1739. Vol. in- 12 . de 315 .
pages , fans la Table des Titres , & celle des
Noms proprés. Le Prix eft de 1. liv . 16. fols
relié .
MEMOIRES de la Comteffe d'Horneville ,
ou Réflexions fur l'inconftance des chofes
humaines , par M. Simon. Deux Volumes in-
12. Le premier , de 359. pages , le fecond de
372. 1739.
F iiij To
866 MERCURE DE FRANCE
La Veuve & Houry à imprimé l'Almanach
Royal pour l'Année 1740. où fe trouvent les
Changemens , Additions & Recherches néceffaires
: Vol. in- 8 ° . Qui contient les Naiffances
& Alliances des Princes & Princeffes
de l'Europe : le Clergé de France , qui comprend
les Archevêques , les Evêques , les
Cardinaux , & Abbés Commandataires feulement
: les Ducs & Pairs de France , l'année
d'Erection de leurs Duchés- Pairies , leurs
demeures , celles des Maréchaux de France
les Promotions des Lieutenans Généraux ,
Maréchaux de Camp, Brigadiers des Armées
du Roy , Lieutenans Généraux des Armées
Navales , Chefs d'Efcadre &c les Couverneus
& Lieutenans Généraux des Provinces:
les Gouverneurs des Maifons Royales , les
de neures des Colonels Généraux des Dir
cteurs & Infpecteurs Généraux de l'Infanterie
, des Infpecteurs Généraux de la Cavalerie
& des Dragons , celles des Grands Officiers
Militaires de l'Artillerie de France ; des
Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du S. Efprit , des Miniftres des Cours
Etrangeres , des Chevaliers de la Toifon
d'Or , qui font en France ; les Commandeurs
& Officiers de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint Louis , les Miniftres du Roy en Pays
Etrangers , les Confeils du Roy , les Sécretaires
d'Etat , les Confeillers d'Etat , les Intendans
4
DECEMBRE. 1739. 2867
rendans des Finances , les Maîtres des Requêtes
, les Intendans des Provinces : la
Grande Chancellerie ; les Préfidens & Confeillers
du Grand Confeil , du Parlement, de
la Chambre des Comptes , de la Cour des
Aydes : le Châtelet & fes Officiers : les Sécretaires
du Roy , les Avocats au Parlement,
les Avocats au Confeil , les Procureurs du
Parlement , ceux du Châtelet ; & générale;
ment tous les Officiers des Cours Souveraines
, des Tribunaux , ou Jurifdictions de Paris
, mis par ordre de réception & en leurs
demeures ; les Fermiers Généraux , les Receveurs
Généraux des Finances , Tréforiers des
Deniers Royaux , leurs Controlleurs , ceux
des Payeurs des Rentes , les Banquiers &
Agens de Change , & ce qui a raport à la
Finance , mis dans le même ordre , avec une
Table Alphabétique des Matieres.
›
Plus , l'Extrait du même Almanach Royal :
dans lequel on trouve les Naiffances des
Princes & Princeffes de l'Europe ; les Archevêques
, & Evêques ; les Maréchaux de
France , & Officiers Généraux des Armées
du Roy ; les Gouverneurs des Provinces du
Royaume ; les Confeils du Roy ; les Départemens
des Sécretaires d'Etat , & des Intendans
des Finances ; les Confeillers d'Etat , les
Intendans & les Maîtres des Requêtes. Vol.
in-24-
Ex
B₁ =
2868 MERCURE DE FRANCE
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE , ou Histoire
Litteraire de l'Allemagne , de la Suiſſe,
& des Pays du Nord. Année M. DCC . XXXIII .
Tome 28. 1. Vol . in- 12 . A Amfterdam, chés
Pierre Humbert. 1734.
,
On trouve au II. Article de ce Journal une
LETTRE de M. P. à M. de B. sur les CELTES,
qui nous a parû mériter attention . L'Auteur
déclare dabord , qu'il a eû occafion depuis
un certain temps de recueillir en partie ce
qui nous refte de l'Hiftoire des Celtes , c'eftà-
dire , felon lui , des Peuples qui occupoient
autrefois les Gaules , & l'Allemagne
avec la plus grande partie du Nord . Il obferve
là deffus que les Auteurs Grecs donnent proprement
le nom de Celtes aux Peuples des
Gaules & de la Germanie . Mais outre cela
dit- il , les Celtes occupoient encore du côté
du Nord , la Suede , la Norwege , le Danemark
, avec les Ifles de la Grande Bretagne ;
du côté de l'Orient , une bonne partie de la
Pologne & de la Mofcovie , jufqu'aux Palus
Méotides & à la Mer Cafpienne : & vers le
Midi , toute la Hongrie , avec les Provinces
qui s'étendent jufqu'au Pont- Euxin ; l'Italie
depuis les Alpes jufqu'au Mont Apennin , &
Ja plus grande partie de l'Efpagne. Au reste ,
ajoûte- t- il , avant que d'être connus fous le
nom de Celtes , ces Peuples étoient déſignés
par celui de Scythes , que les Grecs donnoient
DECEMBRE. 1739. 2869
noient indifferémment à toutes les Nations
du Nord.
Notre Auteur , curieux de fçavoir quels
ont été nos Peres , ce que nous avons herité
de leurs vertus & de leurs défauts , cherchant
d'ailleurs l'origine de plufieurs Coûtumes
, qui lui paroiffoient des reftes de l'ancienne
Barbarie , & ne trouvant rien dans
les Auteurs modernes qui le fatisfit pleinement
, il a eû foin , lorfque l'occaſion ſe préfentoit
de lire les Anciens , de raffembler &
de mettre en ordre ce qu'ils raportent fur le
fujet des Celtes . Il avoue cependant qu'il a
trouvé de grandes difficultés pour l'execu
tion de fon deffein. De tous ces Druides
repréſentés par Célar ( Liv. VI. c . 13. 14. )
comme des Gens verfés dans toutes les
Sciences , il ne s'en eſt trouvé aucun , dit-il ,
qui ait entrepris d'écrire l'Hiftoire de fa
Nation , Hiftoire qui auroit donné un grand
jour au fujet dont il s'agit ici . D'ailleurs l'ufage
desLettres a été inconnu très longtemps
aux Peuples du Nord. Les Gaulois aprirent
cet excellent Art des Grecs , qui avoient
fondé Marſeille , ( Strabon L. IV. ) l'an 165 .
de la Fondation de Rome , environ 588. ans
avant la Naiffance de J. C. Les Peuples de la
Germanie le reçûrent beaucoup plus tard
comme on peut le remarquer dans Tacite ,
{ Germ. c. XIX. )
F vj Nous
2870 MERCURE DE FRANCE
Nous ne connoiffons donc les anciens
Celtes , ajoûte l'Auteur , que par quelques
Hiftoriens Etrangers , qui en ont parlé en
paffant , & encore comment les connoît- on ?
C'eft cette connoiffance imparfaite qui a
déterminé notre Auteur à tirer parti de l'ignorance
même où l'on eft de la véritable.
Hiftoire des Celtes : & là - deffus il entreprend
dans fa Lettre de faire un Abregé des
merveilles qui ont été débitées par plufieurs
Ecrivains Grecs & Latins &c. au fujet
des Celtes , & du Pays qu'ils habitoient ,
fur quoi nous renvoyons les Lecteurs à cet
Abregé même.
BIBLIOTHEQUE RAISONNE'E des
Ouvrages des Sçavans de l'Europe , pour les
six derniers Mois de l'année 1733. Tome.
XI. premiere & seconde Partic. 1. vol. in- 1 2 .
d'environ 500. pages. A Amsterdam , chés les
Vetsteins & Smith. M. DCC. XXXIII .
Nous avons déja dit qu'il eft assés mal aisé
'de faire l'Extrait d'un Livre qui n'eft com -`
posé que d'Extraits , & qu'on ne peut guere
donner une idée de ce Journal que par quel
ques Titres des Ouvrages les plus interessans
, & les moins connus.
PHYSIQUE SACRE'E , ou Histoire Naturelle
de la BIBLE , traduite de Latin de M.
Jean-Jacques SCHEUCHZER , Docteur en
Méde
DECEMBRE. 1739. 2871
Médecine , enrichie de Figures en Tailledouce
, gravées par les soins de J. André
PHEFFAL , Graveur de Sa Majesté Impériale .
Deux vol. in-fol. A Amsterdam , chés P.
Schenk , & P. Mortier , 1732 .
Les Journalistes seroient bien heureux , dit
l'Auteur de cette Bibliotheque , s'ils n'avoient
jamais à parler que d'Ouvrages du mérite
de celui- ci. Ils pourroient se répandre
en loüanges , sans craindre ou de faire tort à
leur jugement , ou d'en imposer au Public .
La conscience même leur dicteroit les Eloges
, & laifferoit à leur Critique toutes les
marques de l'estime la plus parfaite pour les
Auteurs. Je dis la conscience , parce qu'il
s'agit ici d'un Livre , auquel elle ne peut que
prendre interêt. Ce Livre eft un Commentaire
sur tous les Endroits de l'Ecriture
qui sont relatifs à l'Hiftoire Naturelle , &
qui par conséquent dans leur tout , composent
ensemble un Corps de Physique sacrée.
M. Scheuchzer , Auteur de ce bel Ouvrage
, en a fait le plan dans sa Préface , sans ou
blier les motifs qui y ont donné lieu . L'exe-.
cution répond parfaitement à l'idée que ce.
Plan nous en donne. Tout y respire la Religion
, mais une Religion sincere , pure , sage,
éclairée. Le Sçavant, le Mathématicien , le Philosophe
, le Naturaliſte ,le Médecin,le Critique
qui yparle,eft un homme du premier rang en
toutes
2872 MERCURE DE FRANCE
toutes ces choses ; mais le Chrétien honnête
homme , dirige toutes ces Sciences ; & par
cela même les rend plus belles , en les rendant
solidement utiles . Point d'érudition déplacée
, point de vaine oftentation de lecture
, point de compilation ridicule de puérilités
, point d'attention scandaleuse à multiplier
les difficultés & les doutes . Il n'y a rien
au contraire qui n'aille au but,& qui ne tende
tout à la fois à l'inftruction & à l'édification
du Lecteur. L'indécision même , qui eft si
souvent inévitable sur quantité de Paffages
de l'Ecriture , eft ici toujours si modefte , si
judicieuse & si raisonnable , que
le respect
qui eft dû à nos Livres sacrés , n'en eft affoibli
en aucune maniere , & que l'authorité de
la Révélation n'en souffre aucune atteinte . Il
eft donc bien glorieux à la Faculté , dit le
Journaliſte , qu'un de ses Membres ait entrepris
un Deffein si néceffaire pour l'intelligence
& l'honneur de la Révélation, & qu'il
s'en soit acquité d'une maniere si pieuse &
si Chrétienne , qu'elle doit servir d'exemple
aux Théologiens. Au moins cet exemple
ajoûté à tant d'autres , juftifiera pleinement
la Religion du Médecin , des préjugés populaires
qui la rendent suspecte. Notre Auteur
pouffe plus loin cette Apologie en faveur des
Médecins,soupçonnés en géneral d'irreligion
& d'incrédulité. Il la finit en disant , que
M.
DECEMBRE. 1739 2873
M. Scheuchzer méritera une place des plus
diftinguées parmi les Médecins Religieux .
C'eft un Droit inconteftable qu'il s'eft acquis
par les beaux sentimens de Religion & de
vertu , qui regnent dans tous ses Ouvrages.
Sa Physique Sacrée, le premier Ouvrage en
ce genre qui ait parû en François , publié
d'abord en Allemand , & ensuite en Hollandois
, a été reçûë avec tant d'aplaudissement
du Public , que les Libraires ont crû , avec
raison , ne pouvoir rien faire de plus utile &
de plus agréable , que d'en enrichir notre
Langue. Ils se sont proposés d'en faire huit
Volumes in folio , dont on annonce présentement
les deux premiers. Ils comptent qu'il
y aura en tout 300. feuilles d'impression , &
750. Figures , tant d'une feuille entiere, que
d'une demie feuille, sans compter la Planche
du Titre , le Portrait de l'Auteur , les Vignettes
, & 8. Titres rouges . L'Exemplaire
complet doit revenir à 190. Florins , argent
courant de Hollande , pour les Personnes
qui auront souscrit , & il n'en coûtera pas
moins de 250. Florins aux autres , à ce qu'assûrent
les mêmės Libraires .
On conçoit aisément , que ce sont les Figures
qui enchériffent si fort un Ouvrage de
300. feuilles d'impression . Aussi sont- elles
généralement d'une très - grande beauté. Leur
Eidélité en rehauffe considérablement le prix ;
voici
2874 MERCURE DE FRANCE
50
voici ce que dit là - deffus M. Scheuchzer
lui-même dans sa Préface. » Les Figures que
je donne ici , dit- il , sont telles que les
» fournit la Nature elle-même , c'est - à - dire,
» telles que je les ai trouvées dans ma Bibliotheque
, dans mon Cabinet , & dans les
» Cabinets les plus célebres de l'Europe , en-
» tre autres dans celui de M. Jean - Henry
» Link, de Leypsic , mon ami intime , qui a
» bien voulu me communiquer sa belle Col-
» lection de Serpens , peints au naturel. Les
» Planches ont été dessinées , & le sont en-
» core actuellement par un de mes amis M.
» Melchior Fueslin , qui excelle dans le Paysage
. Elles ont été gravées par les soins de
» M. Jean- André Pheffal , d'Ausbourg , Gra-
» veur de S. M. Impériale . Son zéle pour la
gloire de nos saintes Ecritures , son amour
» pour les Gens de Lettres , & pour l'Art
» même qu'il exerce avec tant de distinction ,
» l'ont engagé à se charger du soin & de la
» dépensé de cet Ouvrage ; & afin d'en ren-
» dre les Gravûres aussi parfaites qu'il eft pos-
» sible , il a diftribué les Planches à differens
>> Graveurs , selon les divers talens qu'il leur
» connoît , soit pour le Paysage , l'Histoire ,
» les Figures d'Hommes , d'Animaux , de
» Plantes , soit pour les ornemens des Bor-
>> dures , & c.
»
Ce n'eft point , au refte , en qualité de
simple
DECEMBRE. 1739 2875
simple ornement , & pour le seul plaisir des
yeux , que ces Figures ont été faites. L'Auteur
y représente exactement au naturel les
Objets dont le Texte Sacré nous parle , &
l'explication que le même Auteur en donne,
eft parfaitement relative au Dessein de la
Planche. De -là vient la grande quantité
de ces Planches . Il y en a , par exemple
XXIII . pour la Création , parce qu'il a fallu
dessiner les principales choses qui y ont du
raport ,il y en a de même neufpour l'Histoire
de l'Innocence & de la Chute de l'Homme
neuf autres pour celle de l'Arche , vingt &
une pour celle du Déluge , & ainsi du refte .
>
L'Explication des Planches eft plus ou
moins courte , à proportion de ce que la
Description des Sujets eft plus ou moins
difficile. Quant à la Méthode que l'Auteur
y a suivie , voici ce qu'il en dit lui - même .
J'ai observé avec soin de ne rien mettre
» dans cet Ouvrage , qui pût choquer ni les
» differentes Sectes des Chrétiens , ni les au-
» tres Religions , & j'ai évité d'entrer dans
» les Controverses qui partagent le Christia-
» nisme , parce qu'elles ne sont point de mon
» ressort. J'abandonne aux Théologiens les
» Myſteres de la Foi , m'attachant unique-
» ment aux choses qu'on peut connoître par
» les lumieres naturelles ... Je ne m'éloigne
jamais du sens Litteral , & dans l'exa- ?
» men
2876 MERCURE DE FRANCE
>>
>>
» men Physique que je fais de mon Sujet
je prends toujours les noms dans leur si-
>> gnification originelle , c'eft pourquoi j'ai
» cherché le véritable sens des mots Hébreux,
Chaldaïques , Arabes , Grecs , dans les Au-
» teurs qui se sont apliqués à ce genre de
» Litterature; & j'ai emprunté des Voyageurs,
>> de ceux qui ont écrit sur l'Histoire Natu-
» relle , la Géographie , la Botanique , les
» Animaux, les Fossiles , tout ce qui regardo
» la Nature des Climats Orientaux , la cons
» titution de leurs Habitans , leurs Plantes ,
» leurs Animaux , & leurs Mineraux. Le
» Dictionaire Oriental Polyglotte de M. François
de Mesgnien Meninzki , Chevalier du
» S. Sepulchre de Jérusalem , Conseiller de
» S. M. I. & Premier Interprete des Langues
» Orientales , m'a été d'un grand secours .
93
>>
Nous ne suivrons point le Journaliſte dans
le refte de son Extrait de la Physique Sacrée
de M. Scheuchzer , dont il nous donne même
un Abregé de la Vie , tiré de la Préface
du Livre , suivi du Titre des Livres que
ce Sçavant a composés , & qui ont du raport
à l'important Ouvrage dont il s'agit ici .
Tout cela & d'autres Sujets qui s'y trouvent
mêlés, & que nous omettons, rendent cet Article
extrémement long , mais sans ennuyer.
Celui qui suit immédiatement , nous a
extrêmement surpris , & nous ne comprenons
DECEMBRE . 1739 2877
nons guere comment l'Auteur de la Bibliotheque
Raisonnée , qui nous a parû un Ecrivain
sensé & habile , a pû admettre dans son
Journal un Ouvrage aussi miserable que le
véritable Almanach nouveau pour l'année
1733. ou le nouveau Calendrier Jésuitique ,
&c. Quelle patience , ou quelle étrange disposition
d'esprit ne faut - il point avoir , pour
faire sérieusement , comme on le trouve ici ,
l'Extrait d'un tel Livre , de la même main qui
vient de traiter si dignement la Physique Sacrée
! Nous croyons , pour nous , que cet
Ouvrage , rempli d'impoftures , de calomnies
, anciennes & nouvelles , de grossieretés
, &c. ne peut guere être lû & goûté des
Proteftans même , qui ont de la probité &
qui aiment le vrai . On peut dire enfin , &
ce n'est pas trop
dire
,, que c'eſt un véritable
Amusement de Corps - de- Garde . Ce qu'il y
a de singulier, c'eft que notre Bibliotequaire ,.
qui pouvoit beaucoup mieux employer son
temps , reconnoît que cet Almanach n'est
qu'une ironie assés pesamment écrite , &c.
Le premier Article de la seconde Partie ,
présente l'Extrait d'une nouvelle Edition de
Longin. On jugera de son importance par
le Titre que nous allons raporter en François
, & qui est Grec & Latin dans le Journal.
TRAITE' du Sublime , par Denis Longin,
publié avec une nouvelle Version , éclairci par
des
2878 MERCURE DE FRANCE
›
des Notes d'un bout à l'autre , & corrigé à
l'aide des Manuscrits , en partie par conjecture
. Avec tous les Fragmens du même Auteur.
Par ZACHARIE PEARCE , Maître ès
Arts , Chapelain de S. M. Britannique , &c.
Troisiéme Edition , à laquelle on a joint un
Commentaire entier , qui n'avoit point encore
parû, sur le Traité de Longin , par FRANÇOIS
PORTUS , Candiot , 1. vol . grand in - 8 °.
de 372.pages, sans les Préfaces .A Amsterdam,
chés les Westein & Smith , M. DCC . XXXIII .
On aprend dans l'Extrait de ce Livre, qui
contient plus de 20. pages dans le Journal ,
beaucoup de choses importantes & qui apartiennent
à la belle Litterature, mais nous excederions
nos bornes , si nous entreprenions
seulement de les effleurer.
LA MEDECINE THEOLOGIQUE , ou la
'Médecine Créée , telle qu'elle se fait voir ici ,
sortie des mains de Dieu , Créateur de la Nature
, régie par ses Loix . Ouvrage où s'explique
L'HYGIEINE , par les principes du Méchanismes
puis par de semblables notions, tirées
des Sciences les plus propres à perfectionner la
Médecine , on y dévelope les idées des vrayes
causes des maladies , de l'ordre auquel elles
apartiennent , & de leurs vrais remedes. On y
a joint à la fin des Theses de Médecine de
L'Auteur de ce Traité. A Paris , chés Guill.
Cavelier , 1733 2. volumes in- 8 °. l'un de
607 .
DECEMBRE . 1739 2879
607. pages ,
Préface.
l'autre de 713. sans compter la
Quoique ce Livre soit imprimé en France,
nous croyons devoir lui donner ici une place
parmi les bons Ouvrages mentionnés dans
la Bibliotheque Raisonnée. Cet Ouvrage , dit
l'Auteur du Journal , plein d'érudition , eft
divisé en trois Parties , qui ont toutes raport
les unes aux autres. Dans la premiere , l'Auteur
fait voir qu'elle eft la véritable origine
de la Médecine. Il démontre qu'elle eft for
mée des mains de Dieu , Créateur de la Nature
, qu'elle eft régie par ses Loix , & que
loin d'affoiblir la Religion dans les Médecins,
elle leur fait voir , au contraire , par tout ce
qui se paffe dans le Corps humain , la Divi
nité toujours présente & par tout adorable
Notre Journaliſte donne tout de suite un
Abregé affés prolixe de cette premiere Partie
; cette prolixité vient de ce que le Jour
naliste , au lieu de faire un Extrait impartial,
prend souvent la liberté de critiquer & de
contredire l'Auteur de l'Ouvrage , qui eſt le
sçavant M. Hecquet , auquel d'autres has
biles Médecins ont rendu plus de juftice.
Dans la seconde Partie , dit l'Auteur du
Journal , en finiffant son écart , on montre
les raisons qui élevent continuellement l'esprit
des Médecins vers la Foi , & qui font de
Ja Médecine une étude de Religion. La troi
siéme
2880 MERCURE DE FRANCE
siéme , continue - il , n'eft qu'une espece de
Conclusion , où l'Auteur examine suivant
les Principes établis dans les deux premieres
Parties , quelles sont les Sciences néceffaires
pour perfectionner la Médecine . On trouve
à la fin de cet Ouvrage , quelques Théses
Latines , qui ont été soutenues aux Ecoles
de la Faculté de Médecine de Paris , & dont
M. Hecquet eft auffi l'Auteur. Tous les
Points qui font le sujet de ces dernieres Piéces
, sont fondés sur les mêmes Principes
que la Médecine Théologique.
Nous n'avons rien trouvé dans les Nouvelles
Litteraires du XI. Volume du Journal
dont nous rendons compte , qui ne soit déja
connu en France, excepté peut- être l'Article
suivant , Extrait de la seconde Partie , page
486.
D'AMSTERDAM. Locupletissimi Rerum Na
uralium Thesauri accurata Descriptio &
Iconibus artificiosissima expressio , per univer
sam Physices Historiam ; opus cui in hoc rerum
genere nullum par extitit. Ex toto Terrarum
orbe collegit , digessit , descripsit , & depingendum
curavit Alb . Seba. T. I. fol. Majori
, Latin & François.
L'Ouvrage entier doit faire quatre Volumes
. A la tête de ce premier Volume on voit
une Préface du célebre Profeffeur Boerhaave,
bien inftruit de ce que renferme le Cabinet
de
DECEMBRE . 1739 : 2881
de M. Seba , & très- capable d'en juger sainement.
Il le préfere à tout ce qu'on a publié
jusqu'à présent sur l'Hiftoire Naturelle.
Dans ce même Volume on trouve , outre les
Descriptions , 111. Tailles - douces , dont 59 .
sont in plano , ou sur des feuilles entieres ,
& 52. in-folio , sur des Planches de la grandeur
d'une demie feüille. Les Planches sont
dessinées & gravées d'après Nature , & avec
un soin infini , Toute l'Edition eft sur du papier
Impérial , & mérite d'avoir place dans
Cabinets des Princes & des Curieux opulens.
On trouvera l'Extrait de ce premier Volume
dans la Partie suivante de la Bibliothe
que Raisonnée.
pic
LES VIES des Hommes Illuftres de la
France , depuis le commencement de cette
Monarchic jusqu'à présent. Par M.Dauvigny.
A Amsterdam , & se vend à Paris , chés le
Gras , grande Salle du Palais , 1739. 6. vo
lumes in- 12 .
Nous ne manquerons pas de donner plasieurs
Extraits de cet Ouvrage intereſſant
pour notre Nation.
RE
2882 MERCURE DE FRANCE
REPONSE au Logogryphe Latin de M.
Fournier de Villecerf, Maître des Eaux &
Forêts de la Maîtrise Royale du Gasvre
inséré dans le Mercure de Septembre
1739. page 2182.
JANUARI U S.
I Lle prior mensis per quem novus incipit annus ;
Undenis fauftum fratribus optat eum .
Numen Janus , Anus , parent simul Arius , Ira ,
Eft Jus reddendi judicis officium .
Tempore vernali rident spectantibus Arya , 3
Nec non percrebro Rus pede proteritur.
Per mare Navis abit , velox & in aëra vastos
Fertur Avis , Rivus flaccida prata rigat.
Janua , pergo , domûs , Vis, Vas, Asina uxor Aselli,
Accensum pectus semper Avarus habet :
Denique rauca habitat limosam Rana paludem
Quid desit , nisi sim Carus Apollo tibi
CRIN , Prévôt Royal de Pont Sre Maxence :
M. le Marquis de Saint Aubin a ajoûté une feuille
aux Antiquités de la Maifon de France . Ceux qui
ont des Exemplaires de cet Ouvrage , peuvent envoyer
prendre cette Addition , chés Briasson , Libraire
, à la Science , rue S. Jacques.
JOURNAL & Description des Céremonies & Ré
jeffances faites au fujet du Mariage de MADAMB
DE
DECEMBRE . 1739. 2883
DE FRANCE avec DPN PHILIPE , Infant d'Espagne ,
le'26. du mois d'Août 1739. à commencer du jour
que le Marquis de Lamina , Ambaffadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire de Sa Majefté Catholique
auprès du Roy , fit fon Entrée publique , & la
Demande de la Princefle , jufqu'au jour qu'elle partit
pour l'Eſpagne .
Avec l'Eftampe du Feu ,, exactement gravée , & c.
fe trouvera chés Lottin , rue S. Jacques , à la Vérité
, le tout fait par M. Guilleaumont , & fous fes
yeux.
ESTAMPES NOUVELLES.
Voici une des plus heureuses Compositions de
M. Lancret , qui vient de paroître en Eftampe en
large , gravée avec beaucoup d'art par M. C. N.
Cochin. C'est un charmant & riche Payfage , dans
lequel une affemblée de jeunes gens , bien plus galans
que ruftiques , qui jouent à Colin Maillard ,
font des niches & tendent des piéges à celui qui a les
yeux bandés. On lit au bas ces Vers de M. Lépicie,
J'aimerais bien ce badinage ,
Jeunes Beautés , foibles Epoux ;
Si souvent il n'étoit l'image
Du vrai qui se paſſe chés vous.
L'Eftampe fe vend fur le Pont Notre - Dame ;
chés Cochin , & ruë de la Harpe , chés le Bas ,
Graveur.
Il paroît auffi depuis peu deux petites Eftampes
en hauteur , figures à demi corps , dans le goût de
Girardow , gravées par le Sieur Fillenl , d'après
M. Chardin. Dans Pune c'eft une jeune Performe
I. Vol. G q'i
2884 MERCURE DE FRANCE
qui joue aux Offelets , & dans l'autre un jeunë
homme qui fait des boules de favon.
Ces Eftampes fe vendent à l'entrée de la rue du
Fouare, près la rue Galande , chés Filleul.
M. de Gourné , Prêtre , Auteur des Tables Géographiques,
pour faciliter l'intelligence de l'Ecriture
Sainte , des Hiftoriens & des Poetes , & fervir
d'introduction à la Géographie ancienne & moderne
, a eû l'honneur de dédier & de préſenter à
Monfeigneur le Dauphin le 13. de ce mois une
nouvelle Table Géographique , qui a pour titre , La
France ancienne Moderne , où il fait le parallele
de la Gaule avec la France, des differens Peuples qui
l'habitoient lorfque Céfar la conquit pour les
Romains , avec les Diocèfes qui la compofent
à préfent ; des Villes confidérables dont il eft parlé
dans les Itineraires Romains avec les Villes
Epifcopales ; où il compare enfin la Géogra- .
phie , qui a pour baze les Relations des Voyageurs,
avec celle qui eft fondée fur les Obfervations Aftronomiques
, & c. On la trouvera à Paris , chés l'Auteur,
rue S. Jacques , à la porte cochere vis - à -vis l'Eglise
& la rue des Mathurins . Le Prix eft de 30. fols.
>
M. Hoffman , Médecin du Roy de Pruffe , a fait
imprimer à Geneve , un Avis , par lequel il marque
que preffé par les Freres de Tournes , de donner une
Collection de toutes ses OEuvres , & de les publier
revues & corrigées , il s'eft mis à cet Ouvrage , avec
d'autant plus de néceffité , que ce qu'on a publié
de lui en fait de Médecine Systématique , a été
imprimé malgré lui à Bâle & à Venife , & par conféquent
avec bien des fautes. Il y promet une Préface
, qui fera voir la difference d'un Médecin , qui
fans principes , n'exerce que fur le fondement de
l'exDECEMBRE.
1739. 2885
l'expérience , d'avec celui qui a des connoiffances
raifonnées & fyftématiques ; il ajoûte qu'il croit en
cela être le premier qui aura démontré la dignité
& l'excellence de l'Art de la Médecine , qualités
que peu de gens connoiffent & comprennent.
Ces Ouvrages fur la Médecine , feront la matiere
de fix volumes , qu'on trouvera à Paris , chés
H. L. Guerin, Libraire , ruë S. Jacques, dans lè mois
de Fevrier prochain.
OUVERTURE du College Royal.
Es Profeffeurs du College Royal de France ;
Fondé à Paris par le Roy François I. le Pere &
le Reſtaurateur des Lettres , reprirent leurs exercices
, interrompus par les Vacances ordinaires , le
Lundi 16. Novembre. Voici les noms des Sçavans
qui rempliffent aujourd'hui les Chaires de ce fameux
College ,fous l'infpection de M. Lancelot , de
l'Académie Royale des Infcriptions & Belles- Lettres ,
Cenfeur Royal .
Pour la Langue Hébraïque.
Mrs Sallier & Henry .
Pour la Langue Grecque !
Mrs Capperonnier & Vatry.
Pour les Mathématiques.
Mrs de Cury & Privat de Molieres.
Pour la Philosophie.
Mrs Terraffon & Privat de Molieres.
Pour l'Eloquence Latine.
Mrs Rollin & Souchay.
Gij
Pour
2886 MERCURE DE FRANCE
Pour la Médecine , la Chirurgie , la
Pharmacie & la Botanique.
Mrs Andry , Burette , Aftruc & Du Bois.
Pour la Langue Arabe.
Mrs de Fiennes , Secretaire- Interprete du Roy
pour les Langues Orientales , & Fourmont. Le premier
expliquera un Manuscrit Arabe , qui contient
l'Hiftoire des Califes & des Sultans d'Egypte,
Pour le Droit Canon.
Mrs Capon & le Merre .
Pour la Langue Syriaque,
M. l'Abbé Fourmont.
On aprend de Lisbonne , que le 21. Octobre ,
l'Académie Royale de l'Hiftoire , tint une Affemblée
, dans laquelle Don Alexandre de Guzman ,
prononça un Discours à la louange du Roy. Certe
Compagnie tint le 18. de ce mois , une autre Assemblée
, & plufieurs Académiciens réciterent diverfes
Piéces de Poëfie & d'Eloquence fur la naissance
de la Princeffe , dont la Princeffe du Brefil eſt
accouchée depuis peu.
Le Docteur Jofeph Gomez da Cruz , le Pere Jofeph
Gaëtan , de la Compagnie de Jefus , & le Pere
Michel de Bulhoens , Religieux Dominiquain , fu-
¡ent reçûs Académiciens dans la même Affembléc .
MORT de Personne Illustre.
Le 5. Octobre 1739. mourut à Paris , dans l'Abbaye
de S. Germain des Prés , le Reverend Pere
Dom Charles de la Ruë , Religieux Bénedictin de la
CongrégaDECEMBRE.
1739. 2887
Congrégation de S. Maur , Auteur de la nouvelle
Edition des OEuvres d'Origene . C'étoit un homm e
d'un jugement excellent , joint à un efprit élevé ,
pénetrant , délié , net & facile. Il étoit né à Corbie
en Picardie , le 12. Juillet 1684. & avoit fait profeffion
dans l'Abbaye de S. Faron de Meaux le 21.
Novembre 1703 .
Après qu'il eut ajouté aux Etudes ordinaires de Philofophie
& de Théologie , celle du Grec & de l'Hébreu
, Dom Bernard de Montfaucon l'attira auprès
de lui en 1712. Ce fut dans les tréfors d'érudition
que poffede ce sçavant homme, qu'il puifa une partie
de celle qui l'a rendu si recommandable . Guidé
par un tel Maître , de Difciple il devint bien- tôt
Mitre lui- même . Dom de Montfaucon , depuis
quelques années , avoit enrichi le Public des Hexaples
d'Origene , & fentoit la néceffité de donner
une Collection exacte & complette des autres Ouvrages
qui nous reftent de ce sçavant Pere de l'Eglife
; nous n'en avions que quelques Editions Latines,
fort défectueufes , & M. Huet , Evêque d'Avranches
, n'avoit publié que ce qu'il avoit pû trouver
de Grec. Mais livré alors à d'autres occupations
importantes , qui ne lui permirent pas de se
charger de celle ci , il jetta les yeux fur Dom
de la Rue , dont il connoiffoit la capacité. Le zéle
de contribuer à l'utilité de l'Eglife , l'emporta fur
la peine & fur le dégoût qui accompagnent ces fortes
d'entrepriſes. Dom de la Rue s'en chargea avec
plaifir . Les deux premiers volumes parurent en
1733. Ils font exacts & travaillés avec le foin & l'érudition
convenables .C'eft le témoignage qu'en rendent
les Sçavans , en particulier Mrs les Docteurs
de Sorbonne , dans leur Lettre Latine , adreffée aux
Reverends Peres Benedictins de la Congrégation de
S. Maur , publiée depuis deux ou trois ans.
G iij L'Ouvrage
*
1888 MERCURE DE FRANCE
L'Ouvrage fut dédié au Pape Clément XII . Sa
Sainteté , par une confidération diftinguée , envoya
à l'Auteur deux de fes Médailles , l'une d'or & l'autre
d'argent , & l'honora d'une Lettre extrêmement
obligeante , que lui écrivit de fa part le Cardinal
Firrao . I reftoit encore deux volumes d'Origene ,
& Dom de la Rue comptoit les imprimer en 1736.
mais la mort précipitée de Dom Vincent Thuillier,
avec qui il étoit intimement lié depuis fa jeuneſſe ,
devint un obftacle fatal .
Il fut si fenfiblement affligé de la perte de ce digne
& ancien ami , qu'il tomba dangereuſement malade.
Une fluxion de poitrine penfa l'emporter en peu de
jours , & il n'en réchapa que pour languir le refte de
fa vie. Cependant l'altération de fa fanté ne pût
rien diminuer de fon zéle . Il commença l'impression
du troifiéme volume d'Origene en 1737. & il
étoit fur le point de le voir finir , lorsqu'une parali
fie fubite sur tout le côté droit , l'enleva en quatre
jours , regretté de tous fes Confreres & d'un grand
nombre d'Amis de diftinction , que fon mérite lui
avoit acquis.
Dom de la Ruë avoit entrepris depuis plufieurs
années un autre Ouvrage François , fort intereffant
fur les Antiquités Ecclefiaftiques , mais fe voyant
réduit par la foibleffe de fa fanté, à ne pouvoir plus
foûtenir une forte aplication, il en abandonna l'entiere
execution à Dom Vincent de la Ruë , auffi
Bénedictin , fon neveu , qu'il avoit fait venir à saint
Germain des Prés , pour partager avec lui ce travail
, & pour en être aidé dans fon Edition d'Origene
. Le Neveu continue l'impreffion des derniers
volumes de ce Pere de l'Eglife , que l'oncle a laiffé
achevés . Le troifiéme paroîtra au commencement
du mois d'Avril prochain.
AIR.
YORK
POLLS
LIBRARY
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
.
PNZ
ག
DW
YORK
LIBRARY
.
LEWOX
AND
SUNDATIONB
་
i ...
DECEMBRE . 1739 2889
XXXXXXXFXXXXXXX
AIR .
L'A 'Autre jour , sous une Aubepine ;
Ma Claudine
Me disoit tout bas ;
Ah ! Colas !
Qu'auprès de toi je me trouve aise !
Le Compere Blaise ,
Le grand Lucas ,
Si-tôt qu'ils paroissent ,
Me choquent , me blessent ,
Et comme toi ne me divertissent pas.
Dis-moi pourquoi ,
Quand je te voi ,
Je ne sçais quoi
Me dit tout bas ,
Ah ! Colas ,
Auprès de toi que l'on est aise !
Ma chere Maîtresse ,
Si Lucas te blesse ,
Malgré sa tendresse ,
C'est qu'il ne t'aime pas ,
Comme ton Colas.
Quand on aime bien ,
Fait- on jamais rien
Qui ne soit bien ?
G iiij
SPEC
2890 MERCURE DE FRANCE
48
SPECTACLES.
Ide Musique donna la
premiere Répré-
E 19. Novembre , l'Académie Royale
sentation de Dardanus , Tragédie , dont M.
de la Bruere a fait les paroles, & M. Rameau
la Musique. Cet Opera continuë d'attirer
beaucoup de Spectateurs , malgré les contradictions
qu'il a effuyées dans sa naiſſance.
En voici l'Extrait.
Au Prologue, le Théatre représente le Palais
de l'Amour à Cythere ; on y voit ce Dien
sur un Trône , à côté de Vénus ; les Plaisirs
l'environnent , la Jalousie & sa Suite sont
au fond du Théatre . Vénus chante ces Vers:
Regnez Plaisirs , regnez ; enchantez ce séjour ;
Mon Fils vous doit tous les coeurs qu'il engage ;
C'estpour vous y trouver que l'on vient dans saCour¸
Quand on adore l'Amour ,
C'est aux Plaisirs qu'on rend hommage.
• Les Plaisirs dansent , mais ils sont bien -tôt
troublés par la Jalousie & sa turbulente
Suite. L'Amour chante ce qui suit , pour
apaiser le tumulte qui vient de s'élever.
Je veux que sous mes loix tous les coeurs soient
heureux.
DECEMBRE . 1739. 2891
་
Les Plaisirs désormais formeront seuls mes noeuds .
Tyran des tendres coeurs , Jalousie inhumaine ,
Soupçons , troubles cruels , fuyez de ce séjour ,
Fuyez , Monstres affreux , qu'on prendroit pour la
haine ,
Si l'on ne vous trouvoit dans le sein de l'Amour.
Venus se joint à l'Amour ; ils ordonnent
rous deux qu'on enchaîne ces perturbateurs
de la paix publique; mais à peine sont- ils enchaînés
, que les Plaisirs languissent , & que
tout s'endort , jusqu'à l'Amour & Vénus.
Cette Déeffe des coeurs sort enfin de sa létargie
, & prévoyant d'où a pû naître cet assoupiffement
géneral , elle dit à la Jalousie
& à sa Suite :
Brisez vos fers , Troupe affreuse & cruelle
Accourez , Vénus vous apelle ;
J'abandonne Cythere à l'horreur qui vous suit
Dût l'Amour éprouver le plus cruel martyre ;
Vous ne pouvez que troubler son Empire
Et ce calme perfide à jamais le détruit.
Les ordres de Vénus sont executés ; on
brise les chaînes de la Jalousie & de sa Suite,
mais c'eft à condition qu'ils n'auront qu'au
tant de vivacité qu'il en faut pour réveiller
les Plaisirs , conformément à cette maxime
du premier de nos Poëtes Lyriques.
Gy E
2892 MERCURE DE FRANCE
Et l'Amour tranquile
S'endort aisément.
On doit sçavoir bon gré à l'ingénieux Auteur
de ce Prologue , d'avoir mis cette maxime
en action ; c'eft une nouvelle découverte
pour des Prologues ; il n'y a presque point
de proverbe , de maxime , ni de sentence
qui ne soit susceptible d'un si heureux & si
utile emploi. L'Amour annonce le sujet de
la Tragédie par ces Vers :
Qu'un Spectacle éclatant nous retrace l'Histoire
D'un Favori de Mars , enchaîné dans ma Cour.
Quelque éclat qu'aux Guerriers présente la Victoire,
Un penchant plus flateur les entraîne à son tour ;
Le préjugé , l'orgueil , ont enfanté la Gloire ,
Mais la Nature a fait naître l'Amour.
Acte I. Le Théatre représente un Lieu
rempli de Mausolées , qui ont été élevés à la
gloire des plus fameux Guerriers , qui ont
péri dans la guerre que Dardanus, fils de Jupiter
& d'Electre , a déclarée à Teucer, Roy
de Phrygic. Iphise , fille de Teucer, se plaint
de l'amour dont elle eft éprise pour Dardanus
, ennemi de son Pere ; voici comme elle
expose le sujet.
Cesse , cruel Amour , de regner sur mon ame
Ou choisis d'autres traits , pour t'en rendre vainqueur.
On
DECEMBRE. 2893
1739.
Où m'entraîne une aveugle ardeur ?
Un ennemi fatal eft l'objet de ma flamme ;
Dardanus a soumis mon ame.
Cesse , cruel Amour , & c..
Elle prie les Mânes des Guerriers , dont les
cendres sont renfermées dans les Tombeaux
qu'on voit paroître , de la faire triompher
d'un amour qui les outrage. Teucer , son Pere
& Roy de Phrygie, vient redoubler sa douleur
, en lui annonçant son Hymen prochain
avec Antenor, Prince voisin de ses Etats, qui
vient joindre ses Armées aux siennes contre
Dardanus. Antenor ne tarde guere à lui
venir confirmer cette triste nouvelle par ces
Vers.
Princesse , après l'espoir dont j'ose me flater ,
Je réponds des exploits que je vais entreprendre.
Je combattrai pour vous défendre ,
Et pour vous mériter,
Iphise a beau lui dire que sa victoire n'est
pas sûre contre un Fils de Jupiter , il lui rés
pond galamment :
S'il est pro:egé par les Dieux ,
Je suis animé par vos charmes.
Teucer & Antenor, pour rendre leur union
plus forte & plus sûre , lui pretent le secours
G vj d'un
2894 MERCURE DE FRANCE
d'un serment , auquel les Choeurs répondent
Une Phrygienne adresse ces Vers à Antenor,
Allez , jeune Guerrier , courez à la victoire ;
Le Prix le plus charmant vous attend au retour ;
Que votre sort est doux ! vous volez à la gloire
Sur les aîles du tendre Amour.
Le succès dont les Phrygiens se flatent ;
est le motif de la Fête de ce premier Acte.
Iphise le finit
par ce court Monologue , qui
annonce ce qui doit se paffer dans l'Acte
suivant :
Je cede au trouble affreux qui dévore mon ame
De mes sens égarés puis - je guérir l'erreur ?
Consultons Ismenor ; ce Mortel respectable ,
Perce de l'avenir les nuages épais ;
Heureuse , s'il pouvoit , par son Art secourable ,
Rapeller dans mon coeur l'innocence & la Paix !
Acte II. Le Théatre représente une Solitude.
On voit un Temple dans l'enfoncement.
Ismenor , Magicien & Prêtre de Jupiter,
commence l'Acte, & annonce aux Spectateurs
son pouvoir & ses qualités. Dardanus
vient implorer son secours , persuadé qu'il
est son fidele ami. Ismenor lui représenre
en vain la grandeur du péril où il s'expose;
Dardanus lui dit que son amour pour Iphise
lui
DECEMBRE. 1739 2891
lui a fermé les yeux sur tous les dangers qui
le menacent ; Ismenor lui aprend qu'Iphise
doit venir le consulter. Dardanus lui répond
Je l'ai sçû ; j'ai volé , j'ai devancé ses pas .
Souffrez - moi dans ces Lieux , j'y verrai ses apas ;
C'est un charme suprême
Qui suspendra mon tourment.
Eh quel bien vaut pour un Amant
Le plaisir de voir ce qu'il aime ?
Pour mieux engager Ismenor à le servir ,
il lui fait entendre que, s'il peut obtenir Iphise
de Teucer , il renoncera à tous les avantages
que la Victoire lui a déja fait obtenir &
que son hymen avec cette Princeffe , sera le
sceau de la Paix . Ismenor se rend ; il consulte
les Enfers ; c'eft-là ce qui forme la Fête
dont on ne peut se paffer dans ce genre de
Poësie. Ismenor obtient des Divinités infernales
, la permiffion de communiquer une
partie de son pouvoir ; il donne sa Baguette
magique à Dardanus ; ce don myſterieux doit
le faire paffer pour Ismenor lui-même .
Antenor vient le consulter , ou plutôt il
vient le charger de consulter le coeur d'Iphise,
& de lui faire sçavoir quels sont ses sentimens
secrets pour ou contre lui ; il ne daigne
pas l'interroger sur le sort de ses Armes,
& lui dit fierement,
J
2896 MERCURE DE FRANCE
Je ne veux point prévoir le succès qui m'attend ;
Ce n'est pas ce dessein qui près de vous me guide ;
Un esprit curieux marque une ame timide ;
Et j'aprendrai mon sort en combattant.
Apeine Antenor est- il sorti , qu'Iphise vient
consulter son propre Amant , caché sous les
traits d'Ismenor. C'est ici , sans contredit ,
la plus belle Scene de la Piéce ; & les beautés
dont le fond seul la fait briller , sont telles
, qu'il est presque impossible que ce ne
soit aux dépends des autres Actes ; en voici
quelques fragmens : Iphise voyant l'effet que
l'aveu de son amour a produit sur le faux
Ismenor , lui dit d'une voix tremblante :
Si vous êtes surpris en aprenant ma flamme ;
De qu'elle horreur serez- vous prévenu ,
Quand vous sçaurez l'objet qui regne sur mon ame !
Dardanus aprend avec transport que cet
objet qu'Iphise croit devoir lui faire horreur
n'eft autre que lui-même ; il se fait violence,
autant qu'il lui eft possible , pour empêcher
sa joye d'éclater & de le déceler. Iphise
ajoûte :
D'un penchant si fatal rien n'a pû me guérir ;
Jugez à quel excès je l'aime ,
En voyant à quel point je devrois le haïr .
Arrachez de mon coeur le trait qui le déchire ,
Je
DECEMBRE. 1739 2897
Je sens que ma foiblesse augmente chaque jour
De ma triste raison rétablissez l'empire ,
Et rendez -lui ses droits usurpés par l'Amour .
Dardanus ne peut plus se contraindre , malgré
la menace qu'Ismenor lui a faite ; il jette
sa Baguette magique , & tombe aux pieds
de sa Princesse. Iphise honteuse de l'aveu
qu'elle vient de lui faire de sa foibleffe , le
fuit ; mais elle lui laiffe le plaisir d'avoir apris
qu'il eft aimé. Il en eft si rempli & si éperdu
, qu'il oublie de reprendre sa Baguette ,
qui l'auroit empêché de tomber entre les
mains de ses ennemis , comme nous l'allons
voir dans l'Acte suivant , où le Théatre représente
une Galerie du Palais de Teucer.
Iphise ouvre la Scene par ce Monologue.
O jour affreux ! le Ciel met le comble à mes maux ;
Dardanus est captif! Dieux ! sa perte est certaine ž
La vengeance & la haine
Vont seules ordonner du sort de ce Héros .
Que mon destin est déplorable !
C'étoit peu que l'Amour d'un trait inévitable,
M'eût pour mon ennemi contrainte à m'enflâmer ,
Je me trouve à la fois malheureuse & coupable ;
Et le sort cruel qui m'accable ,
Joint l'horreur de le perdre au remord de l'aimer.
Antenor vient témoigner à Iphise la joye
qu'il
2898 MERCURE DE FRANCE
qu'il a de son prochain bonheur , que Teu
cer vient de lui annoncer , comme le premier
fruit de la Paix , que l'emprisonnement
de Dardanus rend infaillible ; il ajoûte que le
Roy a juré de l'immoler en victime . Iphise
frémit d'horreur à cette funeste nouvelle
élle reproche à Antenor l'indigne plaisir qu'il
se fait d'un sacrifice si lâche & si odieux ;
Antenor l'accuse d'aimer Dardanus; elle s'en
défend mal , & se retire , voyant aprocher
les Peuples , qui viennent chanter le bonheur
que la Paix leur fait esperer.
Cette Fête , qui eft très- gaye & très- gracieuse
, eft troublée par Teucer ; il annonce
que Neptune vient de faire sortir du sein des
flots un Monftre furieux , qui venge la pri
son d'un Fils de Jupiter , comme Triton l'a
annoncé. Antenor se résout à combattre le
Monftre , & s'explique ainsi en parlant à
Teucer :
Contre l'objet de votre haîne
J'avois juré de vous prêter mon bras ;
Un Monstre , pour briser sa
Vient ravager ces climats ;
chaîne ,
Mais , malgré sa fureur , la même ardeur m'anime ;
Mes sermens sont plus forts que les Dieux en cour
roux ,
Ces Dieux ne font que changer la victime ,
Qui devoir tomber sous mes coups.
LG
DECEMBRE . 1739 2899
Le Choeur invite Antenor à remplir son
serment.
Comme nous aprenons que le quatriéme
& cinquième Acte doivent reparoître incessamment
avec beaucoup de changemens ,
nous nous réservons à en parler plus amplement
dans le prochain Mercure , ainsi nous
n'allons dire de ceux qu'on joue actuellement
, que ce qui concerne le fond de l'action
théatrale.
Le Théatre représente le rivage de la Mer.
On Y voit de tous côtés des traces de la fureur
du Monftre qui ravage la Côte ; Vénus
descend dans un Char , où l'on voit Dardanus
endormi. La Déeffe expose le sujet qui
l'amenc par ce Monologue.
Malgré le Dieu des Mers & son pouvoir suprême ,
Dardanus subissoit un trépas rigoureux ,
Quand le Maître des Dieux ,
Pour déliver un Fils qu'il aime ,
M'a fait voler du haut des Cieux.
Venez , songes flateurs ; venez calmer sa peine ;
Enchantez un Héros , dont les Dieux sont l'apui ;
Montrez - lui les desseins que ces Dieux ont sur lui
Quand ils me font briser sa chaîne .
Les Songes exécutent les ordres de Vénus;
ils dansent & chantent au tour du lit sur lequel
il repose ; ils l'entretiennent du bonheur
2900 MERCURE DE FRANCE
heur & de la gloire qui vont succeder à ses
peines ; ils l'exhortent à combattre le Monstre.
Dardanus réveillé par la Gloire , vole au
combat , son Rival a déja attaqué le Monstre;
Dardanus , par un sentiment de génerosité se
résout à le secourir ; il tuë le Monftre & sauve
son Rival. Antenor ne peut le reconnoître
au milieu de la nuit ; mais pour signaler
sa reconnoiffance , il lui donne son épée ,
comme un gage du serment qu'il fait de lui
accorder tout ce qu'il lui demandera. Dardanus
lui dit :
Il faut laisser à la Princesse
La liberté de refuser ta main.
Antenor frémit du Sacrifice que son Libé
rateur exige de lui ; mais lié par son serment,
il se résout à tenir sa promeffe.
Dans le dernier Acte , le Théatre représen
te le Palais de Teucer . Ce Prince suivi de
la Princeffe , en sort pour aller au devant
d'Antenor , qu'on croit vainqueur du Monstre.
Ce Prince s'avance , au bruit des Concerts
qui annoncent son prétendu triomphe ;
loin d'être flaté des éloges qu'on lui donne,
il rougit de les avoir si peu mérités ; il n'eſt
occupé que du trifte Sacrifice où son serment
l'engage. Dardanus arrive enfin , il se fait reconnoître
à son Rival , à la faveur du gage
qu'il a remis entre ses mains. Antenor lu
ced
DECEMBRE. 1739. 2901
par
cede la Princeffe. Il dit à Teucer en lui
lant de Dardanus.
Il aime , il est aimé ; cedez à votre tour ;
Imitez ma reconnoissance ;
Est-il plus mal aisé d'étouffer la vengeance ,
Que d'éteindre l'amour ?
Il adreffe ces deux derniers Vers à Iphise :
Je vous fuis ; je n'ai point d'assés puissantes Armes ,
Pour combattre à la fois & l'Amour & vos charmes.
Vénus , qui arrive , acheve de déterminer
Teucer à se réconcilier avec Dardanus , & à
l'accepter pour Gendre.
Le Théatre change. Les Amours, par l'ordre
de Vénus , élevent un Palais charmant ,
pour célebrer l'Hymen de Dardanus & d'Iphise.
Nous donnerons une Description de
cette nouvelle Décoration.
- Le 10. Décembre , l'Académie Royale
de Mufique remit au Théâtre le Ballet des
Fêtes d'Hébé , ou les Talens Lyriques de M.
Rameau , qu'on avoit donné pour la premiere
fois au mois de Mai dernier . Cette
Piéce qu'on représente actuellement les
Jeudis , a un fort grand fuccès
trouve qu'elle n'en a pas encore autant qu'elle
en mérite ; l'exécution furtout eft parfaite ,
presqu'à
& on
2902 MERCURE DE FRANCE
presqu'à tous égards , & ce fpectacle eft bien
digne du concours qu'il attire. La Dlle Mariette
y brille beaucoup dans fon rare &
double talent du Chant & de la Danse.
Au commencement de ce mois , les Comédiens
François ont remis au Théâtre , la
Tragédie d'Oedipe de M. de Voltaire , que
le Public voit toûjours avec le même plaifir
, dans laquelle le Sr Prin ( dont on a déja
parlé ) joua le premier rôle avec aplaudiffement.
La Dlle Dumesnil remplit excellemment
le rôle de Jocafte , qu'elle avoit déja
joué à la Cour , & les Srs Grandval , le
Grand & du Breüil joüerent ceux de Philotete
, du Grand- Prêtre & de Phorbas.
Le 6. ils joüerent la Comédie du Feftin
de Pierre , dans laquelle le fieur Prin joüa le
rôle de DonJuan avec aplaudiffement.
Quelque beauté qu'on trouve dans cette
Piéce , qui a encore fes Partisans , le Public
ne ceffe de remarquer qu'il ne convient
point à un Valet de Comédie , de vouloir
prouver l'existence de Dieu.
On prétend que la Comédie Espagnole ,;
apelée le Feftin de Pierre , a donné lieu à
Moliere de faire celle - ci en Prose , que T.
Corneille a misé en Vers en 1677. en adouciffant
quelques expreffions qui étoient trop
fortes , & en ajoutant quelques Scénes au
troifiéme
DECEMBRE, 1739 2903
troifiéme & au cinquiéme Acte , où il fait
parler des Femmes qui n'étoient point dans
l'Original.
Les Espagnols sont les premiers qui ont
mis ce sujet sur le Théâtre. Tirso de Molina ;
qui l'a traité , l'a intitulé , El Combidado de
Piedra , ce qui a été mal rendu en notre
Langue par le Feftin de Pierre. Ces paroles
ne fignifiant autre chose que le Convié de
Pierre , c'est-à- dire , la Statuë de Marbre
conviée à un repas. C'eſt tout ce qui a donné
lieu au Titre de cette Piéce .
De cinq ou fix Piéces fous ce titre , qui
ont paru en France , celle - ci eft la feule qui
fe foit conservée au Théâtre ,
Dans le même temps on a remis la
Tragédie de Palicute ; ce Chefd'oeuvre de
Théâtre du Grand Corneille , fait autant de
plaifir aujourd'hui qu'il en ait jamais fait ,
tant parce qu'il renferme d'élegant & d'inimitable
dans la contexture du Poëme & dans
les Caracteres , que par l'intelligence & les
grands talens des principaux Acteurs qui la
représentent.
Le 11, les mêmes Comédiens donnerent
la Comédie du Joueur & celle du Médecin
malgré lui. Dans la prémiere , le fieur du
Gazon , nouvel Acteur , débuta par le Rôle
d'Hector , Valet du Joueur , & par celui de
Sganarelle dans la feçonde , qu'il joüa avec
aplaudiffement.
Puis2904
MERCURE DE FRANCE
Puisque l'occafion fe présente de parler
de cette derniere Piéce , nous nous y arrêterons
un inftant : elle fut représentée pour la
premiere fois fur le Théâtre du Palais Royal
le Vendredi 6. Août 1666. Moliere en avoit
tiré le sujet d'un ancien Caneyas intitulé ,
Arlichino volante .
Après la mort de Moliere , cette Piéce
boufonne du Médecin malgré lui , fut repréfentée
par les Sicurs de Rofimont , du Croisy ,
de la Grange , Hubert , & par les Dlles de
Brie & Guerin.
Il y a une anecdote affés plaisante au sujet
de cette Piéce , ou plûtôt au sujet de la
Chanson : Qu'ils font doux , Bouteille , ma
Mie, &c. que chante Sganarelle. M. Roze , de
l'Académie Françoise , & Sécretaire du Cabinet
du Roy, fit des paroles Latines sur cet Air,
d'abord pour se divertir , & ensuite pour
faire une petite malice à Moliere , à qui il
reprocha chés le Duc de Montaufier , d'être
Plagiaire , ce qui donna lieu à une fort vive
& fort plaisante dispute ; M. Roze soûtenoit,
en chantant les paroles Latines , que Moliere
les avoit traduites en François d'une Epigramme
Latine , imitée de l'Antologie, dont
L'Air en question semble fait exprès : Voici
ces paroles.
Quam dulces ;
Amphora
DECEMBRE . 1739. 2905
Amphora amana!
Quam dulces
Sunt tua voces !
Dumfundis merum in calices ;
Utinam femper effes plena !
Ah! ah! cara mea lagena ,
Vacua curjaces ?
Le 13. le fieur du Gazon reparut encore
dans la Comédie des Trois Confines , dans le
Personnage de Blaise , le Garde- Moulin , &
il y fut aplaudi. Il a joué auffi avec fuccès le
Rôle de Strabon dans la Comédie de Démocrite
Amoureux ; & celui de Carlin dans le
Retour imprévu.
Le 3. Décembre , les Comédiens Italiens
donnerent une Pićce nouvelle Italienne en
trois Actes , intitulée , les Métamorphofes
d'Arlequin, dans laquelle le nouvel Arlequin
Italien joua le principal Rôle avec beaucoup
d'aplaudiffement ; ces fortes de Piéces font
apelées en Italie , Comedia di fatica , & trèsconvenables
pour faire briller un premier
Acteur Comique , en lui donnant beaucoup
de travail , étant obligé d'occuper presque
toute la Scéne . Effectivement le nouvel Acteur
joue lui feul les trois quarts de la Piéce
par un continuel jeu de Théâtre , en Lazzis
- & en differens déguisemens , qui ont fait
beaucoup de plaifir. Cette Piéce attire tous
les
2906 MERCURE DE FRANCE
les jours de nombreuses affemblées au Théâ
tre Italicn .
EXTRAIT de la Comédie d'Arlequin Boufon
de Cour , Piéce Italienne , dont on a parlé
dans le dernier Mercure. Elle est tirée de
ces Comédies Napolitaines qu'on apelle ;
Di Cappa è fpada , ainfi nommées , parce
qu'il y entre des Princes & des Gens de
médiocre condition. En voici un extrait.
abregé.
Elio devient le Favori de fon Roy : deux
Miniftres de ce Prince font jaloux de la
fortune du nouveau Favori , & cherchent
toutes les occafions de le perdre . Ils découvrent
qu'il aime fec tement Flaminia &
qu'il en eft aimé , & comme le Roy s'eft déclaré
Amant de cette même Flaminia ils
en avertiffent ce Prince , qui refuse de les
croire sur leur parole. Lélio qui n'ignore pas
la haine que les deux Miniftres ont conçûë
contre lui , s'avise de présenter au Roy , son
Valet Arlequin , sous le titre de Boufon
sourd & muet. Les fingeries d'Arlequin
plaisent fi fort au Roy , qu'il lui donne ses
entrées partout. Comme on ne se défie point
de lui , il se trouve en état de voir & d'entendre
tout ce qui se paffe contre les intérêts
de son Maître , & par les avis qu'il lui donne
DECEMBRE. 1739. 2907
à
ne , de faire avorter les projets de ses ennemis.
Entre plufieurs services qu'il lui rend ,
en voici deux des plus marqués. Les deux
Miniftres conseillent au Roy de proposer
Lélio un emploi à l'Armée , esperant que re
voulant pas s'éloigner de sa Maîtreffe , il le
refusera , & que ce refus sera une preuve de
son amour. Lélio entre dans le moment , &
Arlequin qui a tout entendu , se sert d'un
ftratagême pour l'avertir de ce qui se paffe ,
sans que personne s'en aperçoive ; pour couvrir
son jeu , & entre différens Lazzis qu'il
employe , il s'aproche de l'oreille du Roy ,
& y bourdonne quelque temps ; il en fait de
même aux deux Miniftres , & vient ensuite
à son Maître , à qui il dit qu'il ne
risquera rien en acceptant l'emploi que le
Roy va lui proposer , parce que ce n'eft
qu'une feinte , & c . Lélio suit l'avis d'Arlequin
, & le Roy , voyant qu'il ne balance
point à lui obéir , reproche aux Miniſtres
Pinjuftice de leur accusation .
Ce mauvais succès ne les rebute point ;
au contraire ils engagent le Roy à éprouver
d'une autre façon la fidelité de son Favori
en le menant avec lui sous les fenêtres de
Flaminia. Là le Roy ordonne à Lélio d'ape
1er Flaminia & de lui parler comme étant
son Amant , & se cache pour entendre leur
conversation. Lélio eft au désespoir de cet
3. Vol. H
ordre
2908 MERCURE DE FRANCE
ordre , il voit que le Roy va découvrir son
secret : mais Arlequin a encore prévenu ce
malheur. N'ayant pû joindre son Maître ,
pour l'avertir du nouveau piége qu'on va
Tui tendre , il a trouvé le secret d'inftruire
Flaminia de ce qui doit se paffer la nuit sous
ses fenêtres ; de sorte que lorsqu'en tremblant
Lélio parle d'amour à Flaminia , celle-
' ci feint , jusqu'à le traiter avec le dernier mépris.
Le Roy eft charmé de ce qu'il entend ,
mais Lélio qui a lieu de croire que sa Maîtreffe
eft infidelle , ne ménage plus rien , &
s'emporte contr'elle avec toute la violence
poffible. Le Roy se retire satisfait , & emmene
son Favori , en disant , c'eſt aflés.
Lélio outré de jaloufie , répond au Roy vi
vement ; fi c'eft affés pour vous , ce n'eft pas
affés pour moi ; dans cette jolie phrase Italienne
, bafta per voi , ma no per me. Enfin le
Roy
decouvre
la tendreffe
mutuelle
de ces
deux Amans , & par un excès de générosité ,
consent que Flaminia épouse Lélio qui a
toûjours été son Favori,
NOU
DECEMBRE. 1739 2909
M
NOUVELLES ETRANGERES,
RUSSIE.
Fortifications de la Ville de Choczin ne seront
point démolies , comme le bruit en avoit couru ,
qu'elle fera renduë au Grand Seigneur dans l'état
où elle le trouve , & que les Commiffaires de Sa
Hauteffe auxquels cette Place devoit être remiſe
font déja arrivés à Jaffy.
fin des
, >
Diverfes Lettres reçues du Nord , marquent que
plufieurs Seigneurs de Mofcovie avoient formé un
complot du vivant du Czar Pierre II . pour changer
l'ordre de la fucceffion , & que ce complot dont on
n'avoit point eû connoiffance , ayant été découvert
en dernier lieu , les principaux Auteurs de ce com¬
plot avoient été condamnés à mort.
ALLEMAGNE,
Uelques Lettres de Hongrie portent, que l'AQue
Ture, qui commandoit à Méadia , a été
étranglé par ordre de la Porte , pour avoir mis à
contribution quelques Villages du Bannat de Temeswar
, depuis la ratification des Articles Préliminaires
.
On a apris de Belgrade , que le 16. du mois der
nier à neuf heures du matin , une partie des Janissaires
qui font dans la Ville , voulut que les Impériaux
l'abandonnaffent , mais que le Pacha de Romelie
étant monté à cheval , força ces mutins de
fe retirer. Vers le midi , ils fe raffemblerent , &
Hij l'un
2910 MERCURE DE FRANCE
l'un d'eux tua une Sentinelle . Ils commencerent en
même-temps à arracher les paliffades qui enferment
le quartier dans lequel les Impériaux fe font
retirés. Les Régimens de Loraine , de Daun , &
d'Ogilvi , prirent sur le champ les Armes pour les
repouffer , & ils furent joints par 600. Dragons ,
par un pareil nombre de Croates , & par 2000.
hommes de Milices reglées. Les Géneraux Schmettau
, Schulembourg & Spleny , fe mirent à la tête
de ces Troupes , auxquelles ils ordonnerent de ne
tirer qu'à la derniere extrémité. Le Pacha de Romelie
apaifa enfin le défordre , & les Janiffaires
étant retournés dans leurs quartiers , les Impériaux
fe retirerent auffi dans le leur. Ving- cinq Janiffaires
ont été arrêtés par ordre du Facha , qui en a fait
étrangler cinq,
L'Empereur a établi une Commiffion pour juger
le Feldt Maréchal Comte de Wallis & le Comte
de Neuperg , & leurs Commiffaires font , le Comte
de Harrach , Préfident du Confeil de Guerre , les
Comtes d'Althan & Cordoue , Géneraux de Cava
lerie ; M. Hildebrand , Confeiller du Confeil Aulique
; Mrs Weingarten & de Kettler , Confeillers du
Confeil de Guerre ; & Mrs de Puel & de Pelzer
Confeillers de la Cour Souveraine d'Autriche .
Le 8. de ce mois , Fête de la Conception de la
Sainte Vierge , l'Empereur , accompagné du Nonce
du Pape , de l'Ambaffadeur du Roy de France ,
de celui de la République de Venife , & des Chevaliers
de la Toifon d'Or, qui étoient à Vienne, entendit
dans l'Eglife Métropolitaine la Meſſe , à laquelle
le Cardinal Archevêque de cette Ville , officia
pontificalement , & pendant laquelle M. François-
Antoine de Spaun , Recteur de l'Univerfité
prêta ferment , fuivant l'ufage , au nom de l'Univerfité
, de foûtenir l'Immaculée Conception,
DECEMBRE. 1739. 291
On aprend en dernier lieu de Vienne , que M.
Monmartz , Secretaire Interprete de l'Empereur , y
elt arrivé depuis peu de Conftantinoble , avec la
ratification du Traité de Belgrade , fignée par le
Grand Seigneur. Les dépêches de cet Interprete portent
, que le Marquis de Villeneuve , Ambaffa eur
de France à la Porte, ayant reçû la ratification de la
Cour de Vienne , en avoit donné part fur le champ
au Grand Vifir , & qu'il lui avoit demandé de fixer
un jour pour l'échange des Actes refpectifs ; que le
G.V. avoit reglé qu'on procederoit à cet échange le
5. du mois de Novèmbre dernier , & que Sa Hauteffe
, par égard pour la médiation du Roy de France
, avoit ordonné que l'échange fe feroit dans le
Palais du Marquis de Villeneuve ; que les Miniftres
de la Porte s'étant rendus pour cet effet chés cet
Ambaffadeur au jour marqué , la ratification de
l'Empereur avoit été échangée avec celle de Sa
Hauteffe , & que le foir il y avoit cû plufieurs décharges
de l'Artillerie de la Ville & des Châteaux.
Le Confeil Aulique à rétabli le Prince Hyacinte
de Naffau Siegen dans la poffeffion de la Principauté
de ce nom à condition que ce Prince fe foûmettra
aux Decrets donnés par l'Empereur , en
qualité de Chef fuprême de l'Empire ; qu'il n'exigera
de les Sujets que les rétributions qu'ils ont
coûtume de payer , & qu'il ne leur impofera point
de nouvelles charges ; qu'il n'introduira aucunes
nouveautés en matiere de Religion , & qu'il s'engagera
de payer les dettes que l'Empereur aura reconnû
être légitimes .
Ea conféquence des ordres du Confeil Aulique ;"
le Prince de Naffau ceffera d'avoir l'Adminiftra -`
tion de la Principauté de Siegen ; on rendra à l'a- ,
venir la Justice au nom du Prince Regnant , & il
nommera de nouveaux Baillis dans tous les Lieux
Hij de
2912 MERCURE DE FRANCE
de fa dépendance. L'Empereur a chargé l'Electeur
de Tréves de tenir la main à ce que fes intentions
foient executées à cet égard , & S. M. I. ayant
annullé le droit qu'on prétendoit faire valoir en faveur
d'un fils du Prince Emanuel de Naffau Siegen ,
elle lui a défendu de prendre ou de fe faire donner
le Titre de Prince de Naffau , d'en écarteler les Armes
, & de s'attribuer aucunes des prérogatives
dont jouiffent les Princes de cette Maiſon.
L
ITA LIE.
E Cardinal de Tencin fe rendit en grand Cortege
au Palais le 22. du mois paffé , & eut une
audience du Pape , à qui il remit une Lettre de
créance du Roy Très- Chrétien , qui lui a donné le
Titre de Chargé de fes affaires auprès de Sa Sainteté .
Le Connetable Colonne a remis entre les mains
du Prince de Sainte Croix le Colier de l'Ordre de la
Toifon d'Or , qu'il avoir reçû de l'Empereur , &
S. M. I. a fait dire au Prince de la Catolica & à trois
autres Seigneurs , Feudataires du Roy des deux Siciles
, lefquels ont accepté l'Ordre de S. Janvier ,
fans en donner part à la Cour de Vieune , de remettre
aufi les leurs .
Le 24. du mois dernier , il fe tint à Rome chés le
Cardinal Firrao , Secretaire d'Etat , une Congrégation
composée des Cardinaux Corradini , Lercari
Corfini, Gentile, Riviera & Pafferi , au fujet de l'Indult
des Benefices des Duchés de Loraine & de Bar,
& il fut décidé que le Roy de Pologne, Duc de Lo
raine & de Bar , en auroit la collation.
Il paroît à Rome , touchant les affaires de la République
de Saint Marin , un Mémoire compofé par
un Habitant de la Ville , & dans lequel l'Auteur
fait un récit fort détaillé des vexations que fes Compatriotes
DECEMBRE. 1739. 2913
patriotes ont souffertes depuis l'année 1700. de la
part de quelques - unes des principales Familles de
la République.
Con
ISLE DE CORSE.
Omme il y a encore de l'autre côté des Montagnes
de l'Ile de Corfe, quelques Bandits qui
ne le font pointfoumis , on a fait publier à Sartene,
une défenfe de leur donner aucun afile ni fecours ,
& on a poté des détachemens en divers endroits
pour tâcher de fe faifir de ces vagabonds , qui ont
avec eux trois Moines , dont on a détruit le Convent
.
On a ordonné à toutes les Communautés de l'ifle
de Corse, de donner dans un terme prescrit une déclaration
de tous les Beftiaux qui font dans leur territoire
, afin de pouvoir prendre des arrangemens
convenables , en cas que la viande de boucherie
vint à manquer , & que les vents contraires ne
permiffent pas d'en faire venir de dehors , ce qui
arrive quelquefois pendant l'hyver.
On continue de jouir d'une parfaite tranquillité ;
toutes les Piéves ont donné , felon l'ordre qu'elles
en avoient reçû , un état des Beftiaux qui font dans
leurs Territoires.
La Fregate Françoise le Zephir , arriva le 25. Novembre
dernier à San Fiorenzo , & les Bâtimens de
transport qu'on attendoit de Toulon , pour embarquer
les Huffards , font actuellement à Calvi , où
la Barque la Legere , laquelle eft deftinée à eſcorter
ces Bâtimens à leur retour en France , n'a pû encore
fe rendre à caufe des vents contraires qui l'ont
obligée de relâcher à Livourne .
Cinq Soldats du Régiment Royal Corfe ayant
Hij déferté
1914 MERCURE DE FRANCE
déferté & ayant commis quelques vols à main armée
dans la Campagne , on a envoyé à leur pourfuite
un détachement de Soldats , qui en a arrêté
un & l'a conduit à Calvi,
On écrit de Malthe , de la fin du mois dernier ,
que le Chevalier de Leaumont , qui commande le
détachement que la Religion a envoyé au fecours
de l'Empereur , ayant été obligé dans la derniere
campagne de Hongrie , de mettre le feu aux
Vaiffeaux dont on lui avoit confié le Commandement
, il s'eft crû dans la néceffité de rendre comp
te au Grand-M ître des raifons qui l'ont forcé de
les brûler , & des ordres par lefquels le Géneral
Palavicini l'a autorisé à prendre ce parti , pour empêcher
que ces Vaiffeaux ne tombaffent au pouvoir
des Turcs. Dans cetté vûë , il a envoyé au Grande
Maître une copie de la Lettre qu'il écrivit au Gé
neral Palavicini le 8. Août dernier , pour lui donner
avis qu'ayant apareillé le même jour au matin
par ordre du Feldt - Maréchal Comte de Wallis
pour fe rendre à Belgrade , & que s'étant avancé júfqu'à
la pointe vis - à - vis de Niffa , il avoit trouvé une
batterie de cinq canons qui avoit fait un grand feu
fur l'Eſcadre , mais que comme cette batterie étoit
à découvert , les Turcs avoient été bien - tôt contraints
de l'abandonner ; qu'un peu plus loin l'Efcadre
avoit été arrêtée par une autre batterie de dix
canons , laquelle l'avoit fort incommodée , & avoit
endommagé fi confidérablement un des Praames ,
qu'il commençoit à faire de l'eau , que tous les autres
Praames avoient été fort måltfaités & que cela
joint au vent contraire , avoit mis l'Escadre dans
la néceffité de fe mettre hors de la portée de cette
batterie ; que dans cette circonftance , on avoit as
semblé le Confeil de guerre , & que tous les Capitaines
des Bâtimens & les autres principaux Off-
Clers
DECEMBRE . 1739 2915
eiers avoient été unanimement d'avis qu'il étoit impoffible
de remonter le Danube , à moins d'un vent
très-fort qui put conduire l'Eſcadre à Belgrade en
uné feule nuit , d'autant qu'il falloit paffer à la portée
du piftolet des batteries des Turcs , à caufe des
feches qui étoient du côté du Bannat de Temeswar ,
& que d'ailleurs le nombre des malades étoit tellement
augmenté , qu'on n'avoit pas affés d'hommes
pour armer les Chaloupes.
Le Chevalier de Leaumont a joint à cette Lettre
la réponse que lui fit le Marquis Palavicini , & par
laquelle ce Géneral lui mandoit , que le feu des
batteries des Turcs ayant obligé l'Eſcadre de reculer
, & cette Efcadre ne pouvant remonter le Danube
, il n'y avoit point d'autre parti à prendre ,
s'il ne furvenoit point un vent fort pour la dégager
dans la nuit fuivante , que de mettre les meches aux
poudres & des toiles godronées aux Vaiffeaux , pour
les confommer le plus promptement qu'il feroit posfible
, afin que les Turcs ne puffent s'en emparer ;
qu'il falloit enfuite faire deſcendre à terre les équipages
, & après avoir coulé les Chaloupes à fond
tâcher de fe retirer en côtoyant les marais ; que
c'étoit - là la feule reffource qu'on eût dans une pareille
extrémité .
On a apris de Genes , que M. de Jonville , Envoyé
Extraordinaire du Roy de France , eut le 14.
de ce mois , fa premiere Audience publique du Doge
& du Sénat , & qu'il fut accompagné à cette Audience
par plus de 300. François , qui fe font empreffés
, à l'envi , à fe diftinguer en cette occafion
par leur magnificence.
Les dernieres nouvelles portent que le 28. du
mois de Novembre dernier , les Bâtimens fur lefquels
les Huffards fe font embarqués pour retourmor
en France , avoient fait voile de Calvi avec un
Hy vedr
2916 MERCURE DE FRANCE
vent favorable , fous l'efcorte de la Barque la Lea
gere ; & que le 3. de ce mois vingt Grénadiers étoient
partis de la Baftie , pour fe rendre du côté de Porto
Vecchio ; qu'on croit qu'ils y ont été envoyés pour
aller chercher quelques perfonnes qui ont été arrêtées
dans les environs de cette derniere Ville , &
parmi lesquelles on prétend que fe trouve le Baron
de Troft.
On a pendu depuis peu à la Baftie un jeune homme
d'un Lieu nommé Cannivaggio , auquel on a
trouvé un Stilet & un piftolet avec de la poudre &
des balles , & comme dans fon interrogatoire il a
déclaré que plufieurs de fes Compatriotes fe trouvoient
dans le même cas , le Marquis de Maillebois
a fait marcher un détachement pour s'en faifir. Le
Curé du même Bourg & celui de Bigorno avoient
déja été arrêtés pour la même raiſon , & l'on a mis
auffi en prifon le Curé de Lamma & quelques uns
de fes Paroiffiens , qui ont contrevenu aux Ordonmances,
en gardant des Armes à feu.
On écrit de Modêne du premier de ce mois , que
le Prince Electoral de Saxe Y arriva le 21. du mois
dernier , étant accompagné du Marquis Rangoni
qui étoit allé le prendre dans les Caroffes du Duc de
Modene , à quelque diftance de la Ville , & qu'il
defcendit au Palais du Comte Marini . Immédiatement
après fon arrivée , le Duc & le Prince Héréditaire
, rendirent vifite à ce Prince , qui alla ensuite
au Palais , où il fut reçû au bas de l'efcalier ,
par le Capitaine des Gardes du Corps ; à la porte de
la Sale des Gardes , par le premier Chambellan , &
dans l'antichambre de la Duceffe , par la Marquife
Pucci , Dame d'honneur de cette Princeffe . Il trou
va chés la Ducheffe le Duc & le Prince Héréditaile
, & après avoir demeuré avec eux pendant quelque
temps , il retourna au Palais du Comte Marini,
Le
DECEMBRE. 1739 291.7.
Le 22. le Prince Electoral dîna avec le Duc &
la Ducheffe , & il se promena au Cours , après quoi
il alla à la Comédie. Il vifita le lendemain la Galerie
des Antiquités & les principaux Edifices de cette
Ville , & après avoir dîné avec le Duc &-la Duchesse
, il fe rendit au College Ducal , dont les Penfionnaires
réciterent en fa préfence plufieurs Piéces
de Poëfie , composées à fa loüange. Le foir il y eut
Concert chés la Ducheffe , & le foupé fut fuivi d'un
grand Bal .
Le 24. le Prince Electoral vit la Bibliotheque
Ducale & la Galerie des Peintures ; il dîna pour la
troifiéme fois avec le Duc & la Ducheffe , & l'après
midi , il fe promena au Cours ; Ce Prince retourna
enfuite au Palais pour accompagner le Duc & la
Ducheffe à la Comédie , après laquelle il foupa
avec le Duc & le Prince Héréditaire.
Comme il devoit partir le jour fuivant , il prit
congé du Duc & de la Ducheffe . A peine étoit - il
rentré dans le Palais du Comte Marini , que le
Duc fe rendit chés lui pour lui fouhaiter un heureux
voyage. Le Prince Electoral fit le même foir
plufieurs préfens confilérables aux principaux Officiers
du Duc , & le 25 , il partit pour Milan .
Pendant fon séjour à Modêne , toute fa Suite a
été défrayée aux dépens du Duc , & un détachement
du Régiment des Gardes à pied a monté"
garde devant le Palais du Comte Marini.
NAPLES.
N écrit de Naples , que le premier de ce mois
un Armateur Anglois étant entré dans le Port
de cette Ville avec une prife Efpagnole , le Gouverneur
l'avoit obligé de remettre fur le champ à la
voile.
H vj
ESPAGNA
2918 MERCURE DE FRANCE
ESPAGNE,
N écrit de Madrid, que le 22. du mois dernier
on tira le Feu d'artifice que le Comte de la
Marck , Ambaffadeur Extraordinaire du Roy de
France à la Cour d'Efpagne , avoit fait préparer
dans la ruë d'Alcala , près du Prado. Don Dominique
de Serra , Commiff ire d'Artillerie , qui avoit
' été chargé de la direction de ce Feu , & à qui le
Comte de la Marck avoit recommandé de ne rien
épargner , pour que la quantité & la varieté de
PArtifice , & la magnificence de l'Illumination , ré .
pondiffent dignement à l'objet de la Fêté , a parfaitement
rempli les intentions de cet Ambaffadeur.
Le Roy , la Reine , le Prince & la Princeffe des As
turies , & les Infants , virent ce Spectacle des Fenêtres
du Palais du Buen Retiro. Après le Feu d'arti
fice , le Comte de la Marck donna un Soupé , auquel
tous les Miniftres Etrangers , & tous les Grands
furent invités.
En conséquence d'un Decret figné par le Roy le
26. Novembre dernier , on a publié au commencement
de ce mois la Déclaration de Guerre contre
les Anglois, & cette Déclaration porte que le Roy
ne pouvant diffimuler plus long- temps les prétentions
injuftes de la Cour de Londres , fes infractions
des Traités , & les Actes d'hoftilité commencés par
le Roy de la Grande Bretagne , S. M. eft obligée
d'avoir recours aux moyens que le droit naturel
l'autorife à prendre pour une légitime défenſe ;
qu'elle ordonne à fes Sujets de traiter en ennemis
les Sujets de S. M. Br. & qu'elle fera fçavoir inceffamment
fes intentions aux Officiers qui conmandent
ses forces de Terre & de Mer , fur la conduite
qu'ils doivent tenir à cet égard
GRANDA
DECEMBRE . 1739 2919
GRANDE BRETAGNE.
E 26. Novembre à deux heures après midi ,
Lie Roylo rendit à la Chambre des Pairs , avec
les cérémonies accoûtumées , & Sa Majesté ayant
mandé la Chambre des Communes , fit le Discoursfuivant.
MY LORDS ET MESSIEURS >
Lafuuation préfente des affaires m'a obligé de vous
faire affembler cette année plûtôt que je n'ai coûtume
de le faire , afin d'avoir l'avis & l'affistance de mon
Parlement dans cette conjoncture critique importante.
J'ai fuivi dans toutes mes démarches , à l'égard
de la Cour de Madrid, les intentions des deux Chambres
: ainfi je ne puis douter que je n'obtienne des feu
Cours prompts & efficaces dans une Guerre jufte que
les violences des Espagnols au fujet de la Navigation
& du Commerce , leur obftination , & le violement
notoire des engagemens les plus folemnels , ont rendis
inévitable. J'ai augmenté mes forces par Terre & par
Mer ,felon le pouvoir qui m'en a été donné par mon
Parlement , & je l'ai fait avec toute la modération
que la fureté la défense de mes Etats , & la néceffité
de défendre notre Commerce , de réduire nos
Ennemis , de les traverser en ce qui leur eft le plus .
fenfible , pouvoient le permettre. Comme il faut pour
cela employer des moyens variés détendus , qui feront
fuivis de grandes dépenses & de quelques inconvéniens
; je m'affûre que vous les fupporterez avec courage
avec fatisfaction , pour concourir aux mesures
que
l'honneur l'intérêt de ma Couronne & de
mes Royaumes , la vengeance générale de mes Sujets
injuries & pouffés à bout , m'ont obligé de prendre .
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES.
J'ai ordonné aux Officiers des differens Départe
mens , de vous remettre les Etats pour le fervice de
l'année
1970 MERCURE DE FRANCE
l'année prochaine , auffi - bien que les comptes des dé
penfes extraordinaires , faites cette année felon le pouvoir
qui m'a été donné par mon Parlement. Comme
dans la fuite de cette Guerre on aura besoin de Soldats
pour servir sur la Flotte , j'ai jugé à propos
de
faire lever des Matelots , j'ai donné ordre qu'on
vous présentât l'état de cette dépense. L'affection que
j'ai toujours reconnûë en vous pour ma Personne &
pour mon Gouvernement , & votre zéle pour la sûreté
, pour la prosperité & pour la gloire de mes Royaumes
, ne me laiffent aucun lieu de douter que vous ne.
m'accordiez les Subfides néceffaires , & cela avec assés
de diligence , pour pouvoir avancer nos préparatifs
me mettre en état de pouffer la Guerre avec vigueur.
MYLORDS ET MESSIEURS ,
Il y a aparence , que les animofités qui ont été fomentées
dans ce Royaume avec la plus grande industrie
, ont été un des plus puiffans motifs qui ont encou
ragé l'Espagne à tenir avec nous la conduite qui nous
forcés d'avoir recours aux Armes , & que les espérances
des Ennemis de mon Gouvernement , ne font
fondées que fur les divifions qui regnent parmi mes
Sujets ; mais quelques vûës qu'ils puiffent avoir , L
quelques projets qu'ils puiffent former à l'occafion de
cette rupture , quelques avantages que l'Espagne puiffe
Je promettre des circonstances présentes , il eft en votre
pouvoir , avec la bénédiction de Dieu , de rendre inutiles
les projets de nos Ennemis . L'union de ceux qui
n'ont à coeur que le véritable interêt de la Grande
Bretagne , leur zéle pour la défense de mes Royaumes
de la cause commune de la Patrie , un concours
general pour foutenir la Guerre , tel qu'il a paru pour
l'entreprendre , obligera la Cour d'Espagne de fe repentir
du tort qu'elle nous a fait , & convaincra ceux
qui ont envie de renverser l'établiſſement présent , que
fette
DECEMBRE: 1739: 2921
cette Nation eft dans la résolution & en état de venger
fon honneur offensé , de se défendre contre fes
Ennemis , foit cachés , foit déclarés , tant au dedans
qu'au dehors du Royaume.
Le même jour , les Seigneurs après de longs &
vifs débats , réfolurent à la pluralité de 68. voix
contre 41. de remercier le Roy de fa Harangue
& le lendemain ils lui présenterent leur Adreffe
dans laquelle ils l'affûrerent qu'ils regarderoient
les égards qu'il a plû à S. M. d'avoir pour les fentimens
des deux Chambres du Parlement , dans la
conduite qu'elle a tenue avec l'Espagne , comme
une continuation de la bonté que le Roy a toûjours
eûë pour fes Peuples , & dont ils ont fait fi
fouvent l'experience ; que S. M. en defirant d'avoir
Pavis & l'affiftance de fon Parlement dans cette
conjoncture importante , donnoit une nouvelle
preuve de fa confiance en fes fideles Sujets , que la
juftice & la néceffité de la Guerre qu'il avoit plu
au Roy de déclarer à l'Espagne , devoient être auffi
évidentes pour tout l'Univers , que les moyens violens
mis en oeuvre par la Nation Espagnole , pour
troubler & interrompre la Navigation & le Commerce
des Anglois , étoient notoires ; que les of
fenfes de l'Espagne avoient d'autant plus excité
le reffentiment des Sujets du Roy , qu'ells
avoient été continuées avec obftination , & qu'elles
étoient une infraction aux engagemens les plus
folemnels ; que la Grande Bretagne étant forcée
d'avoir recours aux Armes , s'y déterminoit avec
confiance , puisqu'elle avoit fur le Trône un Prince
, qui joint à la tendreffe paternelle pour fes Sujets
, une magnanimité égale à la juftice de la cause
qu'il a à défendre ; que dans cette occafion l'offre
fincere que les Seigneurs faisoient de leurs biens
de leurs vies , étoit un Tribut légitimement dû
1
au
2922 MERCURE DE FRANCE
au Roy & à la Patrie , & qu'ils protestoient d
plus profond de leur coeur , qu'ils concoureroient
avec zele , à tout ce qui pourroit avancer les Ar
memens , & de mettre S. M. en état de faire la
Guerre , d'une maniere qui convienne au Nom
Britannique ; que la bonté que le Roy avoit eûë de
les affûrer qu'en augmentant fes Forces de Terre
& de Mer , il n'avoit ufé du pouvoir qui lui a été
donné , qu'avec la moderation que lui prescrit fon
amour pour fes Peuples , les confirmoit dans la
perfuafion où ils étoient , que S. M. avoit toûjours
attention d'éviter d'imposer des charges inutiles à
la Nation ; qu'on ne pouvoit fe flater que la Guerre
n'entraîneroit pas dans de grandes dépenfes , & ne
feroit pas fuivie de quelques inconvéniens , mais
que lorsqu'une Guerre étoit entreprife , non pour
fatisfaire les vues d'une ambition déreglée , mais
uniquement pour foûtenir l'honneur & les juftes
droits d'une Couronne , il n'y avoit point de doute
que de fi puiffans motifs ne portaffent les Sujets à
fournir tout ce qui eft néceffaire pour la continuer
avec succès ; que les Seigneurs avoient une vive reconnoiffance
, de ce que le Roy avoit bien voulu
renouveller fes avertiſſemens au fujet des divifions
qui regnent dans le Royaume : que comme ils
étoient fenfiblement touchés de ces troubles & de
ces diffentions , ils ne négligeroient rien de leur
part pour y remedier & pour rétablir l'union ſi néceffaire
dans la conjoncture préfente ; que tous les
Sujets du Roy devoient être convaincus , que la
sûreté de leur Religion & de leur liberté , dépend
entierement de la confervation de fa Perfonne facrée
& de fon Gouvernement , que dans cette cause
commune , leur interêt , auffi bien que leur devoir,
les obligeroient de demeurer unis ; que les Seigneurs
protestoient à S. M. avec le zéle le plus fincere
DECEMBRE. 1739 2923-
tere , qu'ils étoient déterminés à facrifier tout ce
qu'ils ont de plus cher , pour la défendre contre fes
ennemis , tant du dedans que du dehors , & qu'ils
imploroient la Protection divine , pour qu'il plût à
Dieu de benir les Armes de S. M. & pour que cette
Guerre devint un moyen de parvenir à une Paix folide
& honorable.
Le Roy répondit à cette Adreffe .
Je vous remercie de cette affurance que vous me' .
donnez de votre afection , & de la promeffe que vous
me faites de me fournir de prompts & de puiffants fecours.
La fatisfaction que vous paro :ffez avoir des mefures
que j'ai prifes , m'est très- agréable , & vous pou
vez compter que je ferai tous mes efforts , pour foûtenir
la Guerre , de forte que le fuccès réponde aux fins
que je me propofe , & à la juge attente de mes Peuples.
La Chambre des Communes préfenta le 29. du
mois paffé au Roy fon Adreffe , dans laquelle elle
affûra S.M. que la réfolution prife par le Roy de déclater
la guerre à l'Espagne , donnoit une extrême
fatisfaction à toute la Grande Bretagne , qui ne pou
voit fuporter plus long- temps les violences commifes
par les Efpagnols & leurs infractions notoires
des engagemens les plus folemnels ; que la Chambre
avoit toute la reconnoiffance poffible des foins
paternels du Roy pour le bonheur de fes Peuples ,
& de l'attention de S. M. à employer le pouvoir
qui lui a été confié par le Parlement , pour défendre
fes Royaumes & en affûrer la tranquillité , pour
proteger le Commerce , & pour troubler la navigation
des Efpagnols ; que rien ne pourroit détour→
ner la Chambre du deffein de fournir avec empres
sement les fubfides dent le Roy pourroit avoir befoin
, & de fuporter avec patience les inconveniens
qui font les fuites inévitables de la guerre , que la
Chambre feroit tous ,fes efforts pour accelerer la le
vée
2924 MERCURE DE + FRANCE
vée des fubfides & pour mettre le Roy en état d'a .
vancer fès armemens & de faire la guerre avec fuccès
; qu'elle étoit infiniment fenfible aux divifions
qui regnent parmi les Sujets de S. M. & qu'elle ne
négligeroit rien pour rétablir entre eux l'union & la
bonne intelligence.
Le Roy répondit à cette Adreffe ,
MESSIEURS , Je vous remercie de votre zele do
des marques que vous m'en donnez . Les fecours que
mes fileles Communes me donneront dans une guerre
jufte & qui intereffe toute la Nation , en affûreront le
fuccès , & avec la Benediction de Dieu , ce fera le
meilleur moyen de la terminer heureusement , & de
faire rendre juftice à mes Sujets.
Dans la même Séance on propofa de préfenter
une Adreffe au Roy , pour prier S. M. de ne point
conclure de Paix avec l'Espagne , à moins que la
Cour de Madrid ne convint préliminairement du
droit incontestable qu'ont les Anglois de naviger
dans les Mers de l'Amérique , en allant d'un Lieu
des Domaines de S. M. à un autre , fans pouvoir
être faifis ni fouillés fous quelque prétexte que ce
foit , & la Chambre envoya des Députés à celle des
Seigneurs , pour les inviter à fe joindre à elle dans
cette Adreffe.
Les deux Chambres du Parlement confererent enfemble
le 4. de ce mois fur l'Adreffe. que la Chanbre
des Communes avoit réfolu le jour précedent
de préfenter au Roy , & les Seigneurs s'étant
joints aux Communes dans cette Adreffe , les deux
Chambres allerent la préfenter à S. M..
Cette Adreffe porte que le Parlement en corps
fuplioit le Roy de n'écouter aucune propofition de
Paix de la part de l'Eſpagne , à moins qu'on n'éta
blît pour baze de la négociation , que les Anglois
ont un droit inconteftable de naviger dans les Mers
de
DECEMBRE . 1739 2925
de l'Amérique , en allant d'un Pays de la domina
tion de la Grande Bretagne à un autre , fans pouvoir
être fouillés ni inquietés fous quelque prétexte
que cefoit.
Le Roy répondit ,
MYLORDS ET MESSIEURS. Je vous remercie
de cette Adreffe , dans laquelle on reconnoît le même
efprit qui a regné dans les précedentes réſolutions
des deux Chambres du Parlement . L'unanimité avec
laquelle vous travaillerez à me mettre en état de foûtenir
la guerre ,, fera le plus für moyen de nous procurer
des conditions de Paix , avantageuses & honorables.
Vous pouvez compter que j'aporterai tous mes
foins que je ferai tous mes efforts pour affûrer la navigation
le Commerce de mes Sujets , pourfaire
reconnoître par l'Espagne la justice de leurs droits.
Le bruit court que le Port de la Havane eft bloqué
par le Chef d'Efcadre Brown , qui doit avoir été
joint par l'Amiral Vernon . On affûre auf que ce
Chef d'Efcadre s'eft emparé de plufieurs Bâtimens
Espagnols.
L'Equipage du Vaiffeau l'Union , qui revient de
la nouvelle Angleterre,a raporté qu'un Bâtiment de
Rode Iſland , de 20. piéces de canon , y avoit aporté
une grande quantité de Marchandifes, provenant
du butin que les Soldats de ce Vaiffeau avoient fair
dans une petite Ville d'une Colonie Espagnole.
Des Lettres de la Jamaïque, datées du mois d'Octobre
dernier , marquent que le 14. du mois précedent
, le Vaiffeau de guerre le sherneeff, commandé
par le Capitaine Stableton , avoit fait voile
pour Cartagene , afin d'obferver les mouvemens de
l'Efcadre Efpagnole qui eft dans ces Mers ; qu'à fon
arrivée devant cette Rade , le Commandant de la
Place , lequel crut que c'étoit un Vaiffeau qui avoir
befoin de fecours pour entrer dans le Port , lui
avoit
2926 MERCURE DE FRANCE
avoit envoyé fa Barque avec un Officier , un Pilote "
& plufieurs hommes , & que le Capitaine Stableton
les avoit tous faits prifonniers.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
LE
E 9. Novembre Anfelme François , Prince du
S. Empire Romain , de la Tour', et Taxis , Seigneur
d'Eglingen , Grand - Maître Hereditaire
des Poftes de l'Empire , & des Pays-Bas Autrichiens ,
Chevalier de l'Ordre de la Toifon d'Or , mourut
à Bruxelles , dans la 61. année de fon âge , étant né
le premier Janvier 1679. Il étoit fils aîné d'Eugene-
Alexandre de la Tour , et Taxis , crée Prince de
l'Empire par l'Empereur Leopold , et mort le 11.
Fevrier 1714. et d'Anne- Adelaide , née Princeffe
de Furftemberg , fa premiere femme , morte le 13.
Novembre 1701. et il avoit été marié le 6. Decembre
1701. avec Loüife - Anne- Françoiſe de Lobkowitz
, née le 20. Octobre 1683. fille de feu Fer inand-
Augufte , Prince du S. Emp. Rom . de Lobkowitz
, Duc de Sagan en Silefie , Chevalier de l'Ordre
de la Toifon d'Or , Confeiller d'Etat de l'Empereur
, et fon Commiffaire Genéral à la Diete de
Ratisbonne , et de feuë Marie - Anne - Guillelmine
de Bade-Baden . Il en laiffe Alexandre- Ferdinand ,
Prince de la Tour et Taxis , né le 15. Fevrier 1704 .
veuf de Sophie-Chriftine - Louiſe de Brandebourg-
Culmbach , dont la mort eft raportée dans
le Mercure de Juin dernier , vol . 2. p . 1431 ;
Marie-Augufte de la Tour-Taxis , née le 11. Août
1706. veuve de Charles - Alexandre , Duc Regent
de Wirtemberg- Stuttgard et de Teck , Comte de
MORE
DECEMBRE . 1739. 2927
Montbelliard , Chevalier de l'Ordre de la Toifon
d'Or, Feldt Maréchal de Camp Genéral des Armées
de l'Empereur et de l'Empire , Commandant Genéral
pour S. M. I. du Royaume de Servie , & Gouverneur
de Belgrade , mort le 12. Mars 1737. et
Chretien- Egon Adam , Prince de la Tour- Taxis ,
né en 1708. Chanoine de Cologne , et Officier
dans les Armées de l'Empereur.
Le 17. Marie- Amelie de Brandebourg , veuve depuis
le 14. Novembre 1718. de Maurice-Guillaume
, Duc de Saxe- Zeitz , Adminiſtrateur de Naumbourg
, avec lequel elle avoit été mariée le 25 .
Juin 1689. mourut à Schleufingen , dans le Comté
de Henneberg , âgée de 69. ans 9. jours , étant
née le 8. Novembre 1670. Elle étoit fille de Frederic-
Guillaume , Margrave de Brandebourg , Elec- 1
teur du S. Empire , Duc de Pruffe , mort le 29.
Avril 1688. et de Dorothée de Holftein - Glucksbourg
, fa feconde femme , morte le 6. Août 1689 .
et elle avoit été mariée en premieres nôces le 8 .
Août 1687. avec Charles , Duc de Mecklenbourg-
Guftrau , qui mourut fans pofterité , le 15. Mars
1688. Elle a eu de fon fecond mari Dorothée Guillelmine
de Saxe , née le 20. Mars 1691. et mariée
le 24. Septembre 1717. avec Guillaume Prince de
Heffe-Caffel , Lieutenant Genéral de la Cavalerię
Hollandoife , & Gouverneur de Maſtricht , né
10. Mars 1682. et Frere du Roy de Suede,
3
FRANCE .
2928 MERCURE DE FRANCE
FRANC E.
NOUVELLES DE LA COUR, DE PARIS , & c.
E Marquis de Rocozel Lieutenant
LGénéral, ayant àcause de ses infirmités
2
demandé au Roy la permission de remettre
entre les mains de S. M. la Lieutenance générale
du Rouffillon & le Commandement
de cette Province , le Roy les a donnés au
Comte de Chatelux , Lieutenant Général.
Le Roy a nommé Intendant de la Généralité
de Paris , M. Herault , Conseiller d'Etat
, & Lieutenant Général de Police. S. M
a donné la Charge de Lieutenant Général
de Police à M. Feydeau de Marville , Maître
des Requêtes & Préſident du Grand Conseil.
Le 24. Decembre , veille de la Fête de
Noel , & le lendemain , il y eût Concert
spirituel au Château des Tuilleries qui
commença par une nouvelle Suite de Simphonie
de Noels , qui fut suivie d'un trèsbeau
Motet à grand Choeur , Jubilate Deo ,
du Sieur de Mondonville ; les Srs Guignon
& Blavet exécuterent sur le Violon & la
Flûte differens Concerto avec une précision
admiDECEMBR
E. 1739 2929
admirable ; on donna ensuite un ancien Motet
du fameux Gilles , dont l'exécution fit
beaucoup de plaisir. Ces deux differens
Concerts furent terminés par un autre Motet
Dominus regnavit , mis en musique par l'Auteur
du premier Motet ; l'exécution fut trèsaplaudie
par une nombreuse Affemblée .
Le même jour , le cinquiéme Tirage de
la Lotterie de Loraine s'est fait à Commerci.
La Lifte des Gagnans a été renduë publi
que.
********
IMPROMPTU de M.... pour Mlle... !
en lui présentant un Bouquet le 8 .
M ....
Decembre dernier.
pour décorer ce beau sein que j'adore
Je viens de dépeupler tout l'Empire de Flore ;
J'ai fait de fes Tréfors la plus ample moiffon;
Puis voulant y mêler les fleurs de l'Helicon ,
J'ai tâché de tracer une riche peinture ,
De tous les dons divers que vous fit la Nature #
Mais je n'ai jamais pû finir ce beau Tableau ,
J'ai jetté de dépit le Crayon , le Pinceau.
N'en foyez point furprife , il falloit que ma Verve ;
Sous les traits de Venus , peignît une Minerve ,
A
930 MERCURE DE FRANCE
A M. D. L. R.
Permettez-moi de vous adresser , Mon
sieur , ces Vers , que le hazard plûtôt qu
mes foibles attraits firent éclore en moin
de deux minutes. J'ai crû ne pouvoir mieu
marquer ma reconnoiffance à la jeune Mus
qui me les a adreffés , qu'en vous priant d
les inserer dans le Journal que vous faite
tous les mois , de ce que la Politeffe &
la Galanterie produisent de plus exquis
J'ai l'honneur d'être ***
MEMOIRE INSTRUCTI
Sur l'Ouvrage intitulé : Armorial Général
de la France.
Voi qu'on ait eu un foin particulier de fair
diftribuer dans les Provinces la Préface
l'Armorial Général de la France , dont le Jug
d'Armes fe prépare à donner un troifiéme Volant
au Public , peu de perfonnes ont eu jufqu'a
une jufte idée de cet Ouvrage ; foit que l'env
qui accompagne d'ordinaire tous les Projets utile
ait corrompu cette idée dans quelques- uns , ou que
les autres fe foient peu mis en peine de rectifier par
l'examen , ce qui leur étoit venu d'abord en persée
; foit enfin que la Préface qui tombée entre les
mains de ces perfonnes , foit pour s'épargner la
peine de lire avec attention , croyent que ce qu'ils
ont conçû d'abord , eft ce qu'on vouloit kur
faire entendre. Plufieurs auffi fe font imagines
que l'Armorial Général n'étoit qu'une fuite ou une
DECEMBRE . 1739. 2931
imitation de l'Ouvrage qui portoit ce titre en 1696.
qu'il feroit pareillement fuivi de recherches & de
circonftances , peu agréables aux Particuliers ; qu'il
n'en réfulteroit qu'un avantage paffager pour l'Etat
; & que cet Armorial fe verroit faprimé par les
mêmes raifons qui avoient causé la fupreffion du
premier."
L'Armorial Général de la France que le Juge
d'Armes compofe à préfent , fuivant le droit de fa
Charge, a un objet tout different, il ne l'a entrepris
que pour fatisfaire aux voeux de toute la Nobleffe ,
& pour réparer autant qu'il feroit poffible , les inconvéniens
des ufurpations paffées , & afin de mettre
un obſtacle à celle que l'on auroit à craindre
pour l'avenir.
On a vû dans la Préface de cet Ouvrage , que le
Miniftere a toujours regardé comme un point effentiel
, la réformation des abus par raport aux Armoiries
, aux titres , aux qualités , & aux rangs depuis
fi long- temps confondus . Auffi la Nobleffe du
Royaume affemblée à Paris en 1614. fit - elle , de
fon côté , fon objet principal de la création de la
Charge de Juge d'Armes , qu'elle demanda au Roy
Louis XIII. par Députés , & que ce Monarque accorda
en même temps comme une grace , & comme
une chofe néceffaire ; principalement dans la
vûë de ce Catalogue , ou Armorial Général que le
Juge d'Armes execute aujourd'hui. Par le moyen
cet Ouvrage , il met en sûreté les Titres & les Dignités
de la Nobleffe ; il expofe aux yeux du Roy
& de la Nation ce que chaque Gentilhomme du
Royaume a pû recouvrer jufqu'à préfent d'ancienmeté
, d'honneurs , de marques de fidélité & de
fervices. C'eft une occafion heureuſement offerte
de faire valoir la naiffance diftinguée de ceux à
qui la fortune , en leur refufant les moyens de pa-
I.Vol I roître
2932 MERCURE DE FRANCE
roître avec un certain éclat dans le monde , femble
avoir fermé tous les chemins à l'illuſtration . L'Hıftoire
ne célebre d'ordinaire que les actions de ceux
qui occupent les premieres places , & il eft mille
traits intereffans pour les Familles moins élevées ,
que des détails Généalogiques peuvent rapeller.
D'ailleurs , combien de fervices importans , foir
dans l'Epée , foit dans les differens degrés de la
Magiftrature , demeureroient oubliés , ou feroient
inconnus , s'ils n'étoient tranfmis à la poſterité par
des monumens durables , exposés fous les yeux des
Souverains , & capables de les exciter à répandre
leurs bienfaits fur les héritiers du mérite & de la
valeur de ceux qui fe font fignalés à leur fervice
Le Juge d'Armes dans fes deux premiers Volu
mes , n'a pas , à la vérité , affés dévelopé , au goût
du Public , les vies qu'il explique aujourd'hui ; &
pour des raifons particulieres , il a donné d'abord
aff's peu d'étendue à quelques uns des articles qui
les compofent ; mais aujourd'hui que la Nobleffe
s'empreffe de fe faire infcrire , & que le Juge d'Armes
fçait que chacun fouhaite d'être inftruit par
des détails plus circonstanciés , on a jugé à propos
de donner aux articles toute l'étendue convenable ,
& de joindre , autant qu'il fera poffible , aux preuves
fournies par les Familles Nobles , les Faits autentiques
qui fe trouveront dans l'Hiftoire : ce qui
ne s'exécutera néanmoins qu'avec beaucoup de
circonfpection , & de forte que le Lecteur ne
puiffe confondre les Faits tirés de l'Hiftoire , avec
les preuves généalogiques , pour lesquelles on n'admettra
jamais que des Titres inconteftables .
La Nobleffe eft le foûtien & l'honneur de la
Nation , & pour cette raifon elle jouit d'un rang
diftingué & de certains privileges ; elle ne doit
donc rien négliger de ce qui peut conftater fes
droits ,
DECEMBRE. 1739 2935
Aroits , & les mettre à portée d'être généralement
reconnus plus ils font grands , plus ceux qui les
poffedent doivent en être jaloux. En général , on
a adopté ce principe , & le fuccès de certains Livres
de Généalogies , en eft une preuve ; les plus célébres
ont été composés fur des Manufcrits tirés de
Ja Bibliothèque de feus Mrs d'Hozier , & du Bouchet
, & fur celle de M. Clairambault ; cependant
les fçavans Compilateurs , fouvent privés de ces
fameux guides , & gênés par des Mémoires de Familles,
fe foat mépris plus d'une fois au préjudice
des Maifons Nobles , en fuprimant les dégrés dont
la preuve auroit coûté de trop longues recherches ;
d'ailleurs on connoît la séchereffe de ces ouvrages,
qui furpaffe celle qui eft attachée à cette forte de
travail ; l'obfcurité du ftyle , les doubles fens , les
noms des Peres , des Enfans , & des Freres confon-
-dus , de telle forte qu'il faut fouvent chercher avec
-peine le Titre que chacun d'eux doit avoir , les
Femmes fouvent prifes pour les Meres ; & , ce qui
augmente l'obfcurité , c'eft que dans ces occafions,
-ils difent très- clairement de contraire de ce qu'ils
veulent dire ; toutes ces chofes font des fautes confidérables
en matiere de Généalogie, où l'on ne peut
répandre trop de clarté.
+
D'ailleurs , tout le monde fçait que les Ouvrages
que Pon vient de citer n'ont fait mention pour la
plupart , que des principales Maifons de la France ,
& qu'il y en a un grand nombre qui pour n'avoir
point fourni de Conétables , de Chanceliers , de
Maréchaux de France , & c . n'en font pas moins
confiderables , & méritent également d'être connuës.
On fait auffi qu'il est des Maifons , qui
quoique très- anciennes , font par là même , l'objet
de certaines préventions auffi fâcheufes qu'injuftes.
Ainsi , le crédit & la fortune des Familles du pre-
I ij mier
2934 MERCURE DE FRANCE
mier rang , loin de devoir être pour elles un motif
d'indifference , à l'égard d'un Ouvrage qui comprendra
toutes les Familles Nobles en géneral , doit
au contraire les flater , puifqu'il fera connoître au
Public , peut être partagé fur cet article , les Titres
légitimes de leur prééminence.
A l'égard de la Nobleffe moins diftinguée , il n'y
a point de Gentilhomme en France , qui ne fe
trouve dans le cas de retirer actuellement & pour
l'avenir , de grands avantages de l'Armorial général.
Quel embarras pour la plupart d'entre- eux ,
Horfqu'il s'agit de raffembler leurs Titres , pour
placer leurs enfans parmi les Pages du Roy , à Saint
Cyr , & dans les Chapitres ou Colleges qui exigent
des preuves Après avoir fourni ces Titres au Juge
d'Armes , pour être insérés dans fon Catalogue , ils
feront en état de voir d'un coup d'oeil , s'ils proų
vent les dégrés , les alliances , & l'ancienneté requife
par les differens Statuts des Etabliffemens no .
bles ; ils éviteront par ce moyen , une recherche
toujours pénible , & que le défaut d'indices rend
fouvent inutile. Et combien de Maiſons déplorent
aujourd'hui la perte de leurs plus anciens Titres ,
qui , par cette précaution , mettront leur poftérité
à l'abri de pareils accidens 2
On peut ajouter encore , que l'Armorial géné
ral , en raportant les alliances des Familles qu '
comprend , leur en renouvelle le fouvenir , ainu
qu'au refte du Public , & en quelque forte , les
réunit de nouveau . A l'égard de la Nobleſſe inférieure
, par le rang ou par la fortune , elle aprendra
dans le même Ouvrage , à quelle Maiſon élevée
aux dignités & aux honneurs elle apartient , & de
qui elle eft en droit de réclamer la protection & le
fecours .
Ces differens motifs qui prouvent l'utilité & Ja
no
DECEMBRE. 1739 2939
néceffité d'un Armorial univerfel , n'ont point garanti
cet Ouvrage de plufieurs efpeces de critiques ,
la plupart goûtées par ceux qui acceptent toujours,
fans réflexion , toutes fortes de difcours qui peuvent
nuire ; & cependant une feule , mérite qu'on
y réplique. Quelques-uns ont reproché au juge
d'Armes , d'avoir trop fouvent mêlé dans fon Ouvrage
la haute Nobleffe avec celle qui jouit depuis
peu de ce Titre. Ces Perfonnes n'ont point affés
confideré l'objet de l'Armorial , annoncé par fon
titre même ; c'eft parce qu'il eft général , qu'il eft
plus utile. Un ancien Gentilhomme croit - il perdre'
de fon luftre dans la Societé , parce qu'un autre
Sujet du Roy , introduit après lui dans l'ordre de la
Nob effe , eft auffi reconnu pour Gentilhomme , ou
même pour finpleinent noble , & qu'il jouit des
prérogatives attachées à cette qualité ? Chacun eft
confervé dans fon état.
L'objet de l'Armorial qui demande le mélange
des differens dégrés de la Nobleffe , n'affoiblit en
rien la diftinction naturelle que donnent l'ancienneté
& l'illuftration . Au contraire , il la fait mieux
reconnoître , & loin de pouvoir être pour la Nobleffe
du fecond ordre , un fujet de mortification
c'eſt au contraire un moyen d'exciter une émulation
générale. Dans les Armoriaux particuliers 'on'
a vû enſemble les plus grands noms, avec les noms
inférieurs , fans inconveniens pour les uns ni pour
les autres.
Jamais aucun Ouvrage , qui intereffera auffi généralement
le Public , & qui traitera d'une matiere
auffi délicate que celle de la Nobleffe , ne paroîtra
fans exciter quelques plaintes. Mais qui en impor
tunera le Public ? Sera- ce ces illuftres rejettons de
Races anciennes , dont prefque tous les dégrés se
comptent par autant de Héros ? Ou ceux , qui pof-
I iij fédant
2936 MERCURE DE FRANCE
fédant en un degré inferieur , une Nobleffe acquife
par la vertu , & par des fervices réels , témoignent
leur reconnoiflance par l'aveu public du bienfait ?
Les murmures partiront feulement de certains intrus
dans l'ordre de la Nobleffe , ufurpateurs des
Titres qu'ils portent , & qui n'ayant pour en jouir
d'autre droit qu'une grande fortune , tremblent à
la vue d'un Ouvrage qu'ils croyent capable d'éclai
rer le Public fur leurs chimeres. L'amour propre
s'éleve contre tout ce qui pourroit un jour le blef
fer , quelque éloigné qu'il foit , Poffeffeurs tranquilles
d'une prééminence ufurpée , ils fe écrient
contre tout ce qui tend à les remettre dans leur étar
naturel ; & pour cacher au Public le véritable motif
de leur opofition , ils feignent de craindre feulement
pour les autres , lorsqu'ils ne redoutent que
pour eux- mêmes ; ainfi pour fe mettre à l'abri de
tout examen , ils décrient d'avance un projet dont
leur chagrin & leur, inquiétude fait encore mieux
fentir la néceffité .
Au refte , le deffein de cet Ouvrage , loin d'al
larmer perfonne , doit au contraire inſpirer de la
confiance . Il n'eft entrepris que pour conftater l'état
de toutes les Perfonnes Nobles du Royaume ,
qui repréfenteront leurs Titres ; jamais on n'a eû en
vue de pénétrer les fecrets, des Maifons pour les dévoiler.
Ce n'eft point leur Hiftoire qu'on veut fai
mais feulement leur Généalogie . On peut , en
fuivant exactement la vérité , ne rien dire de fâ¬
cheux pour les Familles , ni les dégrader par des
anecdotes fouvent auffi mal fondées qu'elles font
injurieuſes . On doit ajoûter encore , que tout le
monde fçait que les Provinces du Royaume , ain
que la Capitale , fe font vues tour à tour , & à diverfes
repriſes , le théatre de guerres cruelles , &
en proye aux ravages & aux incendies. Perfonne
*
DECEMBRE. 1739 2937
ne doit donc s'étonner fi certaines Maifons , qu
paffent avec droit pour très -anciennes , n'ont pû
néanmoins raporter au Juge d'Armes les Titres
néceffaires pour prouver cette ancienneté ; les bor,
nes qu'il donne à leur Nobleffe prouvée , n'annoncent
rien contre leurs prétentions , d'autant plus
que bien des Gentilshommes fatisfaits de conftater
dans l'Armorial , qu'ils le font , facrifient fouvent
l'avantage qu'ils retireroient d'une preuve plus
étendue , à la peine de raffembler les piéces néceffaires
pour la rendre complette , d'autres étant Cadets
ne peuvent remonter que jufqu'à la séparation
de leur branche d'avec celle de leurs Aînés , dont
les Titres avec les biens , font fondus fouvent dans
des Maifons étrangeres.
• Perfonne n'ignore auffi qu'avant le Regne de
Charles VII. nos Rois accordoient rarement par
Lettres , la nobleffe à leurs Sujets ; ainfi quiconque
peut faire remonter fes preuves au -delà de ce Kegne
, c'eft à dire jufqu'au commencement du
XV. fiécle , doit paffer à bon droit , pour noble de
très- ancienne extraction . A l'égard de ceux qui ont
en effet obtenu cette grace du Prince , il y auroit
une espece d'ingratitude à voulo. dérober à la
poftér té la connoiffance d'un bienfait reçû ; &
comme ce bienfait fupofoit alors des fervices rendus
, ce feroit , dans un fens , mal entendre fes interês
que de le diffimuler ; les perfonnes qui vou
droient en faire myftere , donneroient lieu , ce
femble , de craindre ce qu'il pourroit en résulter
dans la fuite .
Rien n'étant plus, précieux que la confiance du
Public , on ne peut trop entreprendre pour la mériter
, & le Juge d'Armes travaillant au plus grand
Projet qui ait jamais été tenté en matiere de Généa
logie , il croit être obligé de rapeller ici ce que fes
I iiij ancêtres
2938 MERCURE DE FRANCE
ancêtres ont fait en ce genre , et les fecours qu'ils
Jui ontpreparés.
Pierre d'Hozier , Seigneur de la Garde en Provence
, et Chevalier de l'Ordre du Roy en 1628 .
fut , pour ainfi dire , le reftaurateur de la Génézlogie
en France. Cette fcience , dont on reconnoît
d'autant plus l'importance qu'elle a été plús négligée
et plus corrompuë , étoit avant lui dans un défordre
que l'on jugeoit prefque irremediable . On
regarda alors comme une efpece de prodige que
quelqu'un voulût fe dévouer à un travail auffi pénible
& auffi ingrat : le Public récompenfa par l'eftime
la plus marquée , les talens et l'aplication de
M. d'Hozier , et la Cour reconnut fon zele d'une
maniere très - diftinguée . Il fut fait Juge d'Armes
de France en 1642. après la mort de M. de Chevriers
, et Confeiller d'Etat en 1654. Louis. Roger
d'Hozier , auffi Chevalier de l'Ordre du Roy , Gentilhomme
ordinaire de Sa Majefté , & Charles d'Hozier
, fon frere , Chevalier de l'Ordre de S. Maurice
de Savoye , exercerent conjointement après lui la
Charge de Juge d'Armes de France. Ils eurent l'honneur
de recevoir plufieurs marques de la bonté du
feu Roy , de fes Miniftres , et de la confideration
du Public. Le Juge d'Armes fe trouvant heritier des
Charges de fes Ancêtres ( Charges dont Sa Majefté
a bien voulu accorder la furvivance aux deux aînés
de les enfans ) il l'eft auffi des Memoires importans
qu'ils avoient raſſemblés à grands frais , fur la
Nobleffe du Royaume ; et fon unique attention
depuis plufieurs années , a été d'augmenter à plus
grands frais encore , un tréfor déja fi confidérable.
Après cet expofé de fa fituation à cet égard , le Juge
d'Armes ne croit pas manquer à la modeftie , en
difant que fon zele joint à cette quantité de matériaux
qu'il doit au travail de fes Ancêtres et au fien,
le
DECEMBRE. 1739.
1739. 2939
18 rendent fans doute le plus en état de remplir le
projet de l'Armorial genéral , en même temps que
fa Charge lui donne feul le droit de l'entreprendre .
La multitude de fes occupations ne lui permettant
pas de répondre auffi promptement qu'il le
voudroit aux demandes et aux affaires des Gentilshommes
qui défirent être inftruits de ce qu'ils ont
à produire pour l'Armorial genéral , on les prie de:
fe rapeller ce qui a déja été annoncé dans la Préface
qui eft à la tête des deux premiers volumes , et qui
a été diftribuée féparément.
1. Que le Juge d'Armes de France ne recevra ,
au défaut de Titres originaux ou premieres Groffes
aucunes copies collationnées , à moins qu'elles ne
foient delivrées fur les minutes , et enfuite dûement
légalifées.
2°. Que pour la preuve de chaque degré de filiation
, il faut raporter au moins deux Actes , tels que
Baptiftaires , Contrats de mariage , Teftamens , Partages
, Gardenobles , Tutelles, Hommages, Aveux,.
Denombremens , Tranfactions , Sentences , Fondations
, Procès verbaux de Nobleffe pour Malthe
antres Ordres et Chapitres Nobles , Provifions d'Offices
, tant pour le Militaire que pour la Robe
Commiffions , Certificats de fervices , Arrêts ou
Jugemens de maintenue fur le fait de Nobleffe , &c..
3. Que ceux qui jugeront à propos , pour des :
raifons particulieres , de fe renfermer à produire:
ces Arrêts ou Jugemens de Nobleffe , juftifieront
au moins par Titres leurs filiations , depuis celuide
leur famille qui aura obtenu ces maintenuës.
On avertit de plus , que pour ne point priver la
Nobleffe réellement pauvre , de l'avantage qu'elle
peut tirer d'un Ouvrage tel que celui de l'Armorial ,
le Juge d'Armes fe chargera de tous les frais fans.
exception pour l'impreffion de leurs Articles . On
1.v. prie:
2940 MERCURE DE FRANCE
prie feulement ceux qui fe trouveront dans ce casi
de pauvreté,de vouloir bien la juftifier par un Certificat
autentique , vifé par l'Intendant de la Provin
ce , précaution qu'on croit devoir prendre , de crainte
que l'on n'abufe , comme on a deja fait , du zéle:
que le Juge d'Armes a donné en toutes occafions
de fon dévouement pour la Nobleffe , la plupart
ne faiſant point affés d'attention à l'étenduë et à la
peine des Ouvrages de Genéalogie , et combien un
pareil travail exige de foins , de temps et de dépen
fe. En matiere de Genéalogie , on croit prefque
toujours payer trop cher , quand on ne paye que
la verité .
Comme on a renvoyé au Juge d'Armes plufieurs
Lettres de certaines perfonnes dont il avoit crû pouvoir
fe fervir autrefois , et qui vouloient abuſer au
près de la Nobleffe , de la confiance qu'il avoit eû
en eux , elle eft priée de fe défier de leurs tentatives ;:
et ceux qui voudront être inftruits plus particulierement
encore , et avoir des éclairciffemens qui auroient
pú échaper , pourront s'adreffer à M. d'Auvigny
, Auteur de l'Hiftoire de Paris , et des Hammes
illuftres de la France , et Chef des Bureaux du
Juge d'Armes.
On imprime actuellement un troifiéme volume ,
pour lequel la Nobleffé a envoyé fes Titres ; et on
a deja reçû beaucoup de materiaux pour le quatriéme
volume que l'on imprimera de fuite . Les Maifons
Etrangeres , autrefois fous la domination Françoife,
ou dont quelques Branches font actuellement
établies dans le Royaume , feront auffi reçûës pour
l'Armorial , et comprifes dans cet Ouvrage , en
envoyant leurs Titres originaux.
Le dépôt genéral de la Nobleffe , eft chés M. d'Hezier
, Confeiller du Roy en fes Confeils , Juge d'Ar
mes de France , &c. vieille rue du Temple,
A
DECEMBRE . 173 2941
*********
AM. Calviere , Organiste du Roy, de l'Eglise
de Paris, de la Sainte Chapelle, de l'Abbaye
S. Germain , & de l'Eglise Paroissiale de
sainte Marguerite.
SCAVANT Compositeur de l'auguste harmonie,
Dont tu fais retentir tant de Temples sacrés ,
Calviere , enseigne-moi quel rapide génie
A pû te faire atteindre à de si haurs degrés .
Lorsque j'entends les sons que ta main fait éclose
Je me crois transporté dans la Céleste Cour ,
Où les Saints inclinés , à l'Etre que j'adore
Par des chants éternels témoignent leur amour,
Rien ne peut t'arrêter dans ta noble carriere ,
Tu franchis aisément les sentiers épineux ,
Et tu sçais à propos répandre la lumiere
Dans tout ce que ton Art a de plus ténebreux.
Quelquefois un dessein tout simple en aparence
Par des tours inconnus sçavamment relevé ,
Sous tes doigts , secondés de ta haute science ,
Devient en un instant un Ouvrage achevé .
La Fugue , ce Morceau si vaste & si sublime ;
A ton génie beureux semble ne rien coûter ,
I vj Et
2942 MERCURE DE FRANCE
Et les pompeux accords dans ta verve l'anime ;
Au sujet , sans effort , viennent se présenter.
En touchant un Duo , l'éclat des batteries.
De tes chants distingués augmente l'agrément ;
Et l'esprit enchanté de tes vives saillies ,
Est souvent élevé jusqu'au ravissement :
Tu sçais d'un Quatuor ménageant la conduite ;
Par des traits imprévûs charmer tes Auditeurs ;-
Ta Science profonde & ton rare mérite
Font de tes envieux autant d'Admirateurs.
C
L.M. Organiste à Paris.
Le Sieur le Carlier , Gendre de défunt Sieur
Porcheron , continue la même Pommade composée
de Simples , autorisée par Lettres Patentes du Roy
accordées à défunt Porcheron & à fes fucceffeurs ,
enregistrées au Parlement , aprouvée de M. le premier
Médecin du Roy , de M. Helvetius , Médecin
ordinaire de Sa Majefté , & premier Médecin
de la Reine , de Mrs les Doyen & Docteurs de la
Faculté de Médecine de Paris , lefquels ont euxmêmes
guéri par le feul liniment & frottement de
cette Pommade , plufieurs Malades de Rhumatifmes
ihvetérés , goute , douleurs de nerfs , Nerfs
retirés , Sciatiques , Paralyfies , Enquilaufes dans les
boëtes des genoux , qui ne cédoient point aux remedes
ordinaires : Elle guérit auffi les Playes abandonnées
, le Lait répandu aux femmes , & enflures
des
DECEMBRE. 1739. 2943
des jambes ; elle fait tranfpirer l'humeur au- dehors
fans aucunes cicatrices : Elle ne fe corrompt jamais,
& fe peut tranfporter en toutes fortes de Pays. La
même Pommade guérit les maux de tête , les fluxions
& les hémorroïdes. Il donne la maniere de
s'en servir. Les Pots font de cent fols , & de cinquante
fols , cachetés de fon cachet .
Il demeure à Paris , rue Pavée , Quartier S. Sau
veur , derriere la Comédie Italienne , proche la ruë
Françoise , au premier Apartement , où son Tableau
eft exposé.
R
BOUTS RIME'S ,
Uche.
Sournois.
Minois.
Buche.
·
Chien.
Rien.
Poste:
Cruche. Crevé.
Tournois.
Riposte
Harnois.
Avé.
Huché .
EXPLICATION de l'Enigme du
Mercure du Mois de Novembre dernier.
J
'Aï vû tout un cercle assemblé
Pour deviner l'Enigme du Mercure ;
Mais j'ai bien ri de l'avanture
Personne n'en avoit la Clé..
MORTS
2944 MERCURE DE FRANCE
L
MORTS, & MARIAGE.
E 18. Octobre D. Claude Berthelot , Dame de
S. Thibaud , Malicorne , &c . Veuve fans enfans
de Martial Piarron de Chamouffet , Confeiller au
Parlement de Paris , mourut , âgée de 47. ans ;
elle étoit fille de Simon Berthelot de Belloy , Seigneur
de S. Thibaud , le Puits , le Pleffis , & c . ci
devant. Greffier en Chef Civil du Parlement de Paris
, mort le 4 Mars 1738. à l'âge de 82. ans ,
& de D. Claude Landais .
Le 3. Novembre M. André Pipard , Prêtre Irlan
dois , mourut à Saint Germain en Laye , âgé de
106. ans.
Le 17. mourut au Château de la Batiffe en
'Auvergne , dans un âge avancé , François de Roquelaure
- Lavort , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , qui a été long- temps premier
Capitaine - Commandant , et enfuite Lieutenant
Colonel du Régiment de Tallard , ci - devant Teffé ,
Infanterie , dans lequel il a toujours fervi avec
beaucoup de bravoure et de diftinction ; le Che
valier de Roquelaure , fon neveu , eft actuellement
Capitaine. Il étoit d'une Branche cadette de celle
de Roquelaure- Pompignac établie en Auvergne
depuis plufieurs fiecles , et qui eft raportée dans
l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne ,
to. 7. p. 409.
·
Le 28. François Louis Philipe Jacques, Seigneur
de Mont S. Pere , ci - devant Grand - Maître
des Eaux et Forêts de France au Département de
Champagne , mourut âgé de 75. ans , fans avoir
été marié. Il étoit fecond fils de feu Philipe Jacques,
DECEMBRE. 1739. 2945
ques,Seigneur de Vitry-fur - Seine, et de Mont S. Pere
Confeiller Secretaire du Roy etde fes Finances ,Gref
fier en Chef Civil , et Protonotaire du Parlement de
Paris , mort le 5. Novembre 1688. et de feue Catherine
de Mouy , morte le 19. Aoûr 17124
Le 30. De Charlotte- Magdeleine de Carvoifin
Achy , Veuve depuis 1719. de Jacques - Louis,
Valon, Marquis de Mimeure , Seigneur de Vonge
Couchet , &c. en Bourgogne , Lieutenant General
des Armées du Roy , de la Promotion du 8. Mars
1718. Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis
et l'un des 40. de l'Académie Françoife , avec le
quel elle avoit été mariée au mois de Janvier 1707 ,
mourut à Paris fans pofterité , âgée de 75 ans prefqu'accomplis
; étant née le 6. Decembre 1665.
Flie étoit fille aînée de Jean de Carvoisin , Seigneur
d'Achy en Picardie , de Choqueufes , & c. et d'Helene
le Caron. Elle n'avoit eu qu'une foenr , mørte
Religieufe aux Annonciades , rue Couture Ste Caterine
à Paris , en 1735. Elle a fait fon Légataire
univerſel , et en même temps Exécuteur , teftamentaire
, Charles-Louis de Carvoifin , fon neveu à la
mode de Bretagne , Capitaine de Dragons dans le
Régiment d'Orleans , qui eft fils de Charles de Carvoihin
, Seigneur d'Achy , et de Jeanne- Louiſe de
Cacheleu. Elle a fait auffi divers Legs pieux , et
donné des Penfions viageres à fes principaux Do.,
meftiques. Il eft parlé affés au long de la . Maifon
de Carvoifin , originaire des Marches Milanoifes ,
dans le Mercure de Janvier 1719, p. 197.
Le même jour , François Vivant , Prêtre Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris , de la Maifon
et Societé de Sorbonne , du 27. Avril 1688. Vicaire
Genéral de l'Archevêque de Paris , Chanoine ,
et ci -devant Chantre de l'Eglife Métropolitaine de
Paris , mourut en la Mailon Canoniale , dans la
77
}
1946 MERCURE DE FRANCE
77. année de fon âge. Il avoit été d'abord Curé de
Ja Paroiffe de S. Leu et S. Gilles le 20. Novembre
1697. et enfuite Penitencier de l'Eglife de Paris ,
et Vicaire Genéral du feu Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris. Il fut reçû Chanoine de la même
Eglife le 7. Août 1711. Chancelier de l'Univerfité
dans cette Eglife le 12. Août 1713. et enfin
Chantre le 17. Novembre 1728. N'étant plus en
état de faire les fonctions de cette Dignité à caufe
de fon grand âge et de fes infirmités , il s'en étoit
démis le ro. Novembre dernier entre les mains de
l'Archevêque de Paris , qui la confera à Jean de
S. Exupery, Prêtre du Diocèfe de Sarlat , Chanoine.
de l'Eglife de Paris , depuis le 16 Janvier 1730.
François Vivant étoit frere puîné de Jean Vivant,
Evêque Titulaire de Paros , dont on a annoncé la
mort dans le Mercure du mois de Mars dernier
P: 610.
Le 7. De Elizabeth le Moine , veuve depuis le
21. Mars 1721. d'Hiacinte- Jerôme du Port , Maître.
ordinaire en la Chambre des Comptes de Paris, avec.
lequel elle avoit été mariée le premier Octobre 1690 ..
mourut , âgée d'environ 69. ans , laiffant pour enfans
Nicolas du Port , auffi Maître ordinaire en la
Chambre des Comptes de Paris , marié le 10. Mars.
dernier avec Jeanne - Françoiſe Marées , fille unique .
d'Hilaire -Jean-Baptifte Marées , Correcteur en la.
même Chambre des Comptes , et de feuë Jeanne-
Catherine Guy ; une fille mariée le 22 Janvier,
1720. avec Pierre- François Courtin , Seigneur d'Us
sy et de Tanqueux ; et une feconde fille , femme de
Philipe Augufte le Hardy , Seigneur de Boliard,.
Grand-Bailly , et Capitaine de la Ville de Meaux
efle avoit eu une troifiéme fille , nommée Therefe
du Port , qui fut mariée le 22. Mars 1729. avec.
Antoine de la Salle, Seigneur de Carrieres , ci-deyang
DECEMBRE, 1739 2947-
fant Confeiller au Châtelet. Elle mourut au mois
de Juillet 1730.
Le 8. De Angelique- Genevieve Titon de Villege
mon , Epoufe de Gilbert Honoré de Chabannes
de Saignes , Seigneur de Mariol en Bourbonnois ,
de Genfac , &c. apellé le Comte de Chabaunes
Lieutenant de la premiere Compagnie des Gardes
du Corps du Roy , et Brigadier de fes Armées ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , avec
lequel elle avoit été mariée le 25. Juin 1737. mourur
à Paris , âgée de 23. ans . Elle étoit fille unique
de Maximilien -Louis Titon de Villegenon , Seigneur
de Châteauneuf , S. Gervais et la Tourette
ancien Confeiller au Parlement de Metz , et Inf❤
pecteur Genéral des Fabriques et du Magafin Royal
des Armes , et de feue D. Genevieve le Févre d'Eaubonne
, morte le 23. Octobre 1719. Elle laiffe un
fils et une fille.
> 2.
Le 11. D. Loüife - Magdeleine de Lomenie de
Brienne veuve depuis le Decembre 1736. de
Claude- Jean Baptifte - Hiacinte - Joachim Rouault ,
Marquis de Gamaches , Seigneur et Gouverneur de
S. Valleri fur Somme , Comte de Cayeux , & c . avec
lequel elle avoit été mariée au mois de Decembre
1680. mourut à Paris , âgée de 80. ans. On a
marqué de qui elle étoit fille en raportant la mort
de fon mari dans le Mercure de Decembre 1736 .
vol. 1. p. 2794. Elle ne laiffe qu'un fils , qui eft
Jean-Joachim Rouault , Marquis de Gamaches ,
Comte de Cayeux , Maréchal de Camp de la Pro
motion du 20. Fevrier 1734 , qui a époufé Cathe
rine-Conftance- Emilie Arnaud de Pomponne , heritiere
de fa famille , de laquelle il a trois fils et
deux filles.
Le 14. mourut à Paris , âgé de 27. ans , D. Ma→
rie-Louife-Angelique Guillers Epoufe de .....
Claue
.
2948 MERCURE DE FRANCE .
Clautrier , Ecuyer , premier Commis du Contrôleur
Genéral des Finances , avec lequel elle avoit été
mariée le 22. Janvier.
Le 3. Decembre André Potier , Seigneur de Novion
, Marquis de Grig on , né le 22. Janvier 171 1.
et reçû Prefident du Parlement de Paris , le 28 .
May 1732. fils unique de feu Nicolas Potier de
Novion , Confeiller au même Parlement , mort au
mois d'Octobre 1720. et de D. Anne -Marguerite'
Gallard , Dame de Courance , fa veuve , et petit-fils
d'Andié Potier , Seigneur de Novion , Commandeur
des Ordres du Roy , ci-devant Premier Prefident
du Parlement de Paris , mort le 22. Septembre
17 ; 1 . à l'âge de 72. ans , époufa Dlle.... Langlois
de la Fortelle , âgée d'environ 17. ans , fille de
Robert Langlois , Seigneur de la Fortelle , Nefles
Richebourg , & c. Prefident en la Chambre des
Comptes de Paris , et Confeiller Honoraire au Par
lement , et de défunte De Genevieve Sophie Cherré
, morte le 5. Novembre 1738. Ce mariage a
été celebré dans la Chapelle domeftique du pere de
la Mariée , rue des Francs - Bourgeois au Marais.
La cerémonie des Epoufailles a été faite par Etienne
René Potier de Gefvres , Evêque et Comte de Beauvais
, Pair de France , en prefence de la parenté
des nouveaux Epoux , et d'un grand nombe d'autres
Seigneurs et Dames.
3.
IDEE d'une Dame accomplie , ou Portrait
de Madame L. L.
MADRIGA L
UN Efprit vif, de la jufteffe ,
Du goût , de la délicateffe ,
Des
DECEMBRE. 1739. 2949
Des Graces que Venus auroit lieu d'envier ,
En elle feule Olympe les raffemble ,
Chacun cherche à la copier ,
Et perfonne ne lui reflemble."
B. B.
****************
ARRESTS NOTABLES.
D
ECLARATION
DU ROY , concer
nant les Faillites & Banqueroutes
. Donnée à
Marly let 3.Septembre
1739.Registrée
en Parlemene
le 18. Décembre fuivant , par laquelle il eft dit ce
qui fuit.
Nous ordonnons que dans toutes les Faillites &
Banqueroutes ouvertes , ou qui s'ouvriront à l'avenir
, il ne foit reçû l'affirmation d'aucun Créancier,
ni procedé à l'homologation d'aucun Contrat d'atermoyement
, fans qu'au préalable les Parties fe
fpient retirées devers les Juge & Confuls auxquels
les Billans , Titres & Piéces feront remis , pour être
vûs & examinés fans frais par eux , ou par des an
ciens Confuls & Commerçans qu'ils commettront
à cet effet , du nombre defquels if y en aura toujours
un du même Commerce que celui qui aura fait
faillite , & devant lefquels les Créanciers de ceux
qui feront en Faillites ou Banqueroutes , feront
renus , ainfi que le Débiteur , de comparoître & de
répondre en perfonne , ou en cas de maladie , ab
fcence ou légitime empêchement , par un fondé de
procuration fpéciale , dont du tout fera dreffé Procés
verbal fans frais par les Juge & Confuis , on
ceur
1
1958 MERCURE DE FRANCE
>
ceux qui feront commis par eux , la minute dui .
quel reftera jointe au Billan du Failli , qui fera dé
pofé au Greffe des Jurifdictions Confulaires Tuivant
l'Article III . du Titre XI . de notre Ordonnance
du mois de Mars 1673. & la copie d'icelui Procès
verbal , remife au Failli ou Créancier , pour être
annexé à la Requête, qui fera préfentée pour l'ho
mologation des Contrats d'atermoyement & autres
Actes. Voulons que, faute par les Créanciers &
Débiteurs de fe conformer à ces Préfentes , ainfi
qu'aux autres difpofitions portées par notre Ordonnance
du mois de Mars 1677. & Déclarations
intervenues en conféquence , auxquelles n'eft dérogé
, les Créanciers foient déchûs de leurs créances
, & les Débiteurs pourfuivis extraodinairement
comme Banqueroutiers frauduleux , fuivant la rigueur
nos Ordonnances , & c.
de
ARREST du 12. Octobre , portant évocation
& renvoi pardevant Mrs les Commiffaires nommés
pour le Jugement des affaires du fieur Law , de
toutes les affaires concernant la difcuffion des biens
& le recouvrement des Effets du fieur Raffe , chargé
du recouvrement du droit de Confirmation dans
la Province de Bourgogne.
AUTRE du 19. qui commet le fieur Louis-
Simon Pean , au lieu du fieur Paul Prevoft , pour
faire les Vifites chés les Fayanciers , Marchands de
Vin, Limonadiers , & c. & dreffer des Procès ver
baux des Bouteilles & Carafons qui fe trouveront
au-deffous du Poids & Jauge fixés par la Déclaration
du huit Marš 17. 5.
AUTRE du 26. qui ordonne l'execution de celui
du 21. Avril dernier , concernant la vérification des
Droits
DECEMBRE. 17398 2958
Droits Maritimes qui fe perçoivent fur les Quais,
Ports , Havres , Rades , Rives & Rivages de la Mer,
dans l'étendue du Royaume, enfemble des Droits de
Parcs , Pêcheries & autres ; & qui prescrit ce que
les Seigneurs & Proprietaires desdits Droits doivent
obferver fur le fait de vérification de leurs Titres
AUTRE du trente- un , concernant le Titre de
quelques Offices des Chancelleries ; par lequel sa
Majesté ordonne , que les Offices de Chauffecires-
Scelleurs de la Chancellerie de France , & des Chancelleries
près les Cours & Siéges Préfidiaux du
Royaume , feront à l'avenir remplis & poffedés
fous le feul titre & la feule dénomination de Scelleurs
, & ceux de Valets- Chauffecires , fous le titre
de Chauffecires feulement ; à l'effet de quoi Sa
Majefté a fuprimé & fuprime le titre de Valets ,
attribué à ces derniers Offices par les Edits de leur
Etabliffement. Veut Sa Majesté , que ceux qui font
actuellement pourvûs defdits Offices , en joüiffent ,
& que les Provifions en foient à l'avenir expédiées ,
dans les cas de mutation , fous lefdits titre & dénomination
de Scelleurs & de Chauffecires feulement;
fans toutefois que ce qui eft ordonné par le préſent
Arrêt , puiffe faire aucune innovation & aucun
changement aux Fonctions , Gages , Droits & Privileges
attribués auxdits Offices , &c.
AUTRE du 10. Novembre , qui ordonne qu'à
l'avenir les Bleds , Grains , Farines & Légumes
verds ou fecs , feront exempts dans toute étenduë
du Royaume , des Droits de Péage , Paffage , Pontonnage
, Travers , Coûtume , & de tous autres
Droits généralement quelconques , tant par Eau
que par Terre , foit que lefdits Droits apartiennent
a des Villes & Communautés , ou à des Seigneurs
Ecclé
2952 MERCURE DE FRANCE
Ecclefiaftiques ou Laïques , ou autres Perfonnes fan's
exception : Er fait main- levée de toutes les Saifies
qui pourroient avoir été faites faute de payement
defdits Droits .
Le second Volume est actuellement sous presi
separoîtra incessamment.
J
APROBATION.
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier
le premier Volume du Mercure de France du
mois de Décembre , & j'ai crû qu'on pouvoit en
permettre l'impression. A Paris , le premier Jan
vier 1740 .
HARDION.
TABLE.
IECES FUGITIVES. Ode , & c. 2747
P Memoire Historique contenant le haut & sou
verain Empire de Galilée , établi & c.
Le Chat & la Souris , Fable,
Lettre sur les Académies d'Italie ,
Rondeau ,
2744
2766 .
2767
2776
Si les anciens Gaulois parloient Grec, question , 2777
Le De profundis , traduit en Vers , 2778
Sur la superfluité qui se trouve dans les Elemens
Géométriques ,
Le Gouteux yvrogne , Conte
2
2788
2791
Lettre
Lettre au sujet de la Typographie ,
Les deux Roffignols , Fable ,
Question curieuse sur la Lune Paschale ,
Cantate & Cantatille ,
2793
2797
2799
2810
Lettre au sujet des Pairs de Champagne , &c. 28 13
Les Sçavans & les Guerriers , Ode ,
Question & Réponse ,
Bouquet ,
2822
2824
2828
Lettre au sujet des Mémoires Historiques sur les
Evêques & les Comtes d'Auxerre ,
Enigme , Logogryphes , & c.
ibid.
2836
2838
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS,
& C,
Discours Dogmatique sur la Canonisation , &c.
2839
Dissertation sur l'Histoire Ecclesiastique & Civile
de Paris , & c.
Instructions sur les Lettres de Change ,
Almanach Royla , &c.
Bibliotheque Germanique , & c .
Bibliotheque Raisonnée,
Réponse au Logogryphe Latin ,
Estampes nouvelles , & c .
2840
2864
2866
2868
2870
2882
2783
Géographique ,
Ouverture du College Royal ,
La France ancienne & moderne , nouvelle Table
2884
2885
Mort & Eloge du R. P. Dom Charles de la Ruë ,
2886
Air noté , 2889
Spectacles , Dardanus , Opera , &ç, 2890
Le Festin de Pierre ; &c. 2902
Le Médecin malgré lui , &c. 2904
Les Métamorphoses d'Arlequin , &c. 2905
2906 Arlequin Bouffon de Cour , & c.
Nouvelles Etrangeres , Ruffie et Allemagne , 2909
Italie , Isle de Corse , Malthe , Genes & Naples ,
2912
Espagne
Espagne et Angleterre ;
Morts des Pays Etrangers ,
2918
2926
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c . 2928
Impromptu , Bouquet , 2929
Armorial General de France , Mémoire instructif,
2930
Vers à un Organiste 294I
Bouts- Rimés à remplir
2943
Explication de l'Enigme de Novembre ,
ibid.
Morts & Mariage
2944
Arrêts notables ,
2949
Errata d'Octobre.
P'Age 2386.ligne 25. permettez , lisex , promettez
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 2774. ligne 17. 1732. lisex , 1738. P. 2825. 1. 18. Coussy , 1. Roussy.
La Chanson notée doit regarder la page 288
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
DECEMBRE . 1739 .
SECOND
VOLUME.
COLLIGIT
SPARGITE
Chés
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XXXIX.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
AVIS.
L'M
Mercure ,
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
vis - à - vis la Comédie Frangife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventſe ſervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toûjours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
es envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie
و
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaite
ront avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , on aux Meſſageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT
DECEMBRE. 1739.
PIECES
FUGITIVES
;
en Vers et en Prose.
O DE
Sur le mépris qu'on a pour les Muses.
M
Ufes , l'amour & les délices
Des plus grands Héros , autrefois
On révéroit vos facrifices ,
Vous aviez la faveur des Rois
Dans ces temps heureux où la Grece
Fit
admirer la
politesse ,
Yous regniez parmi les Humains ;
II. Vol.
A ij Les
2956
MERCURE DE FRANCE
Les Guerriers , les Sçavans , les Sages ,
N'estimoient rien dans les Ouvrages ,
Que ce qui passoit par vos mains.
H
Alors , que Rome triomphante
Donnant des Loix de toutes parts ;
Vous fit d'une main caressante
Prendre place auprès des Césars ,
Qui n'afpiroit pas à la gloire
D'entrer au Temple de Mémoire
Par vos soins , & par vos concerts ?
Et qui dans cette Cour auguste
Refusoit l'hommage si justę
Qu'on doit au mérite des Vers ?
*
Pour moi , quand je vois Alexandre
Aimer vos concerts les plus doux ,
Non , Muſes , je ne peux comprendre
Le mépris que l'on a pour vous ;
Un Héros de ce caractere ,
Ne s'endormant qu'avec Homere ;
Parmi tant de travaux guerriers ,
Ne nous permet- il pas de croire ?
Qu'il n'est mêlé dans fon Histoire ,
Que pour partager fes Lauriers ?
S'il
DECEMBRE. 1739 . 2957
S'il est vrai que César lui- même ,
Dont le goût ne s'est point trompé ,
En montant au dégré ſuprême ,
De vos Chansons s'est occupé ;-
Si la plus grave politique
A trouvé dans l'Art poëtique
Des plaisirs pour se délasser ,
Muses , comment peut- il se faire ,
Qu'avec tant de charmes pour plaire
On cesse de vous caresser ?
።
Que le feu que l'amour allume ,
Cherchant dans les sens les plaisirs ,
S'éteigne quand on s'accoûtume
A contenter tous ses désirs ;
Aux charmes de ce qu'on possede
› Qu'un indigne dégoût succede
Lorsqu'on le possede longtemps ;
Tant de femmes sont infidelles ,
Et quand elles ne sont plus belles ,
Les hommes ne sont plus constans.
*
O! vous , qui sentez dans vos veines
De jeunes & vives ardeurs ,
Allez par les routes hautaines
•
Allez au faîte des honneurs
A iij
2958 MERCURE DE FRANCE
S'il eft de triftes deftinées ,
Nous voyons d'heureufes années
Rendre juftice aux beaux Efprits ;
Les plus grands Guerriers ont beau faire ,
Tous leurs travaux ne durent
Sans le secours de nos Ecrits.
出
guere
REMARQUES HISTORIQUES ;
touchant le Monaftere- Hôpital de Montjoux
, ( dit le Grand S. Bernard , ) an Diocèse
de Sion , Pays de Vallais , en Suiffe ;
pour servir de Suplément à l'Histoire des
Ordres Religieux du P. Helyot , &c. Par
un Chanoine Regulier,demeurant en France.
L
-
,
E Monastere Hôpital de Montjoux,
reconnoît pour son Fondateur , S. Bernard
de Menthon , Archidiacre de l'Eglise
d'Aoste , en Piémont. L'opinion commune
eft , qu'il fut bâti vers le milieu du X. siécle
sur les Alpes Penninės , où étoient encore
quelques restes du Paganisme. Dieu se servit
de S. Bernard pour les détruire , & pour
édifier à la place d'un Temple consacré aux
Idoles , un célebre Monastere - Hôpital , qui
eft le Chef-Lieu d'une ancienne Congregation
DECEMBRE. 1739 2959
tion de l'Ordre Canonique .
*
Depuis S. Bernard jusqu'à notre siècle , les
Religieux de Montjoux exercent sur cette
affreuse Montagne , presque toujours couverte
de neige , & environnée de glaces , une
hofpitalité la plus nécessaire & la plus générale
qui soit dans l'Univers ; les Passans y
trouvant tous les secours spirituels & corporels
dont ils ont besoin.
Cette Congregation possedoit autrefois
plusieurs Bénéfices confiderables dans le
Royaume de France & ailleurs , & le grand
Monastere- Hôpital joüissoit de certains revenus
fixes , que chaque Maison particuliere
étoit obligée de lui payer , in subfidium
hospitalitatis. Mais presque tous ces
Biens étant perdus , il faut y supléer par
les collectes que les Religieux & les Domestiques
de ce Monastere , vont faire dans tous
les Pays voisins ; surtout , les Cantons Suis-
* Cette Maifon porte le nom de Montjoux , ( de
Monte-Jovis ) parce qu'elle eft fituée fur une Mon.
tagne , où étoit un Temple dédié à Jupiter. Il y a
une Montagne dans le Baujollois , apellée Montjou,
où l'on a trouvé ces mots gravés dans la Roche :
Jovi O. M. Spons , Préface des Antiquités de Lyon.
Montjeu, en Champagne ,proche la Ville de Rethel,
tire auffi fon nom de Jupiter , auquel il avoit été
confacré par les Payens. Selon quelques- uns , l'Abbaye
de Jouarre , au Diocèse de Meaux , fe dit en
Latin Jovis arq , par la même raiſon .
A iiij ses ,
2960 MERCURE DE FRANCE
ses , Catholiques & Protestans , qui leur
donnent également.
L'habit commun des Religieux de Montjoux,
est à présent comme celui des Prêtres
séculiers , excepté une bande de toile blanche
, large de deux doigts , qu'ils portent en
écharpe , pendante de l'épaule droite , qu
côté gauche. Leurs Constitutions , faites par
l'autorité du S. Siége , l'an 1437. prescrivent
l'habit , selon la forme mentionnée dans la
Bulle de Benoît XII . de l'an 1339. qui commence
par ces mots : Ad decorem Ecclefia
sponse Dei. §. Dignum fore. [ Cette Bulle est
insérée tout au long dans l'Histoire de Pennotus
, lib. 2. cap. 43. fol 423. & seq. ]
Quant à l'ancien habit de Choeur , il étoit
comme on le voit figuré dans l'Image que le
R. P. Boniface a jointe aux deux Exemplaires
de leurs Constitutions , dont il m'a fait
présent. S. Bernard de Menthon y est représenté
en Robe & Surplis à manches rondes
portant l'Aumusse d'hermine sur les épaules,
comme la porte encore aujourd'hui le Révérendiffime
Prévôt : mais les autres Religieux
portent au Choeur , depuis plus de cinquante
ans , un Camail de drap, ou serge de Nîmes,
sur le Rochet , de la même façon que les
Chanoines Reguliers de S. Maurice d'Agaune
, en Chablais , qui sont du même Diocèse
de Sion , avec cette seule difference ,
que
8
DECEMBRE . 1739 2961
que le Camail de ces derniers , est de couleur
d'écarlate , & celui des Religieux de
Montjoux , eft de couleur de rose.
Voici le titre de leurs Constitutions , qui
furent imprimées à Lucerne en 1711.
Conftitutiones pro venerabili Hospitali Sanctorum
Nicolai & Bernardi Montis -jovis , à
Sanità Apoftolica Sede edita & approbata , ac
jussu Illustriffimi & Reverendiffimi Domini
Jacobi Caraccioli , Archiepiscopi Ephefini ,
ad Helvetios , Rhatos , aliofque Confederatos ,
cum poteftate Legati à Latere , Nuntii Apostolici
, tandem impressa. Elles commencent
par ces mots : Joannes , miseratione divinâ
tit. S. Petri ad vincula , sancta Romana Ecclefie
Presbyter Cardinalis, Reformator Hospitalis
SS. Nicolai & Bernardi Montis-jovis, Ordinis
S. Auguftini , Sedunenfis Dioecefis , per Prepofitum
foliti gubernari.... à fancta Sede Apostolica
fpecialiter deputatus ; Venerabilibus &
•Religiofis Viris , Præpofito , Priori , & Conventui
, ac Fratribus ejusdem Hofpitalis : Salutem
in Domino . Suit la Bulle de Réformation
, que le Pape Eugene IV. donna l'an
1436. à ce Monastere , en consequence de
la Suplique que le Prevôt & le Chapitre de
Montjoux avoient adressée à SaSainteté . Deux
ans après , ce Pape les aprouva ; & Pie II.
son successeur , les ayant confirmées , par
une Bulle datée de Mantouë l'an 1459. le
Av onze
2962 MERCURE DE FRANCE
onze d'Octobre , nomma l'Archevêque de
Besançon , avec les Evêques de Paris & de
Verdun, pour les faire executer, en qualité de
Commissaires Apostoliques.
,
Le premier Article de ces Conſtitutions ;
parle de Refidentiâ Præpofiti. Au second , il
est ordonné que le Révérendiffime Prévôt se
contentera de deux Religieux , pour l'accompagner
, cum sex , vel octo ad magis servitoribus
, pro honesto & debito statu suo. Le
III. & le IV. traitent de l'Office du Prieur
claustral , & du Chantre : le V. de mittendis
ad studia . Les cinq Articles suivans reglent
les devoirs du Sacristain , de l'Infirmier , de
l'Aumônier , du Vestiaire , & du Portier. Le
'XI. parle de officio Cellerarii , & Rectorum
camerarum , & domorum Hospitalis. Le XII.
de difpofitione Quaftarum , & conftitutione
Marronorum . Il faut observer , que l'on
apelle Marrones , les Guides ou Conducteurs
des Passans . ] Le XV. Article fixe le
nombre des Religieux conventuels de Montjoux,
à quinze , Officialibus ipfius Hospitalis
inclufis. Au surplus , cès Constitutions sont
fort amples , & entrent dans un grand détail
de tout ce qui regarde le bon ordre de cette
Congregation , tant pour le spirituel , que
pour le temporel. On trouve à la tête , la
Regle de S. Auguftin , telle qu'elle a été
mise au jour , par notre Prieur Nicolas Desnos!
DECEMBRE. 1739. 2963
J
nos avec sa Préface & sa souscription , en
ces termes : Nicolaus Desnos , Prior conventualis
, Magifter & Administrator generalis ,
majoris Domus Dei Pruvinenfis , Ordinis Canonicorum
Regularium divi Augustini .
L'an 1710. Martin Battaglinus , Viſiteur
Apostolique de l'Hôpital de Montjoux , par
Commiffion du Cardinal Caraccioli , voulant
maintenir la Discipline Reguliere de cette
Maison , avoit fait quelques Decrets , ou Reglemens
pour l'execution de ces mêmes
Constitutions . Il ordonne , en premier lieu ,
qu'elles soient imprimées incessamment , &
que chaque Religieux en ait un Exemplaire.
Le IV. Article est assés remarquable , en
voici la teneur: Quoniam erronea emerfit opinio
, Religiosos qui praficiuntur Curis venerabili
Hospitali annexis , esse Curatos perpetuos
de facto , jam crevit abusus dandi dictas
Curas in titulum contra id quod expoftulat
votum obedientia ; precipimus & mandamus ,
ne in posterum amplius id fiat ; sed ad nutum
Superioris , deputentur Regulares probiores &
doctiores , qui rationabili causâ poffint amoveri
c. le Prévôt, le Coadjuteur, le Prieur claustral
, & tous les autres Religieux , au nom◄
bre de vingt- sept , accepterent ces Decrets,
& y souscrivirent , conformiter ad Conftitu
tiones.
S'étant trouvé beaucoup de fautes dans la
A vi pre
2964 MERCURE DE FRANCE
premiere Edition , il fut ordonné en 1718?
que l'on travailleroit à une seconde , plus
exacte , dans laquelle on ajoûteroit aux anciens
Statuts , les Decrets que la Sacrée Congregation
des Evêques & des Réguliers , venoit
de prononcer , par forme d'explicarione
sur plusieurs Points qui avoient donné
à un Procès. Un de ces nouveaux Dec
retranche le vestiaire en argent , que
Conftitutions toleroient , au Titre de
veftiarii ; & il ordonne veftiarium eſſe s
niftrandum in fpecie rerum , selon la A 3-
de S. Augustin.
-
Voici l'Extrait d'un petit Mémoire , touchant
la fituation de PHôpital de Montjoux ;
il est daté de Sens , le 24. Août 1723 . 1723. Le
Monastere Hôpital , dit le grand S. Bernard
de Montjoux , en Vallais , est situé sur
le haut de la gorge d'une Montagne des
Alpes , qui en porte le nom. Il faut monter
six lieues pour y arriver , en sortant de la
Ville d'Aoste , & en descendre autant pour
revenir en France . Les deux côtés de cette
Montagne , sont garnis de beaux Pins & de
Sapins la Vallée eft fertile en bleds , vins ,
& noix, A deux lieues au dessous du Monastére
on trouve de bons Pâturages pour
les Bestiaux , que les Habitans de la Vallée y
mettent depuis le mois de Mai , jusqu'au
mois de Septembre. Il y a de la neige & de
:
,
>
la
DECEMBRE. 1739 : 2964
la glace en tout temps autour de cette Maison
, & un petit Etang auprès. Les Paffans y
sont très- bien reçûs , & peuvent s'y repotrois
jours , les Protestans comme ser
les Catholiques ; parce que ( outre quarante
chevaux, qui sont entretenus dans le Canton
de Berne , pour porter au grand S. Bernard ,
le pain , le vin , & le bois , qu'il faut aller
chercher fort loin , ) ce même Canton , &
les autres Protestans Suiffes , font à cet Hôpital
des charités plus abondantes que lesCatholiques
même de l'aveu des Religieux ,
qui sont au nombre de dix-huit ou vingt.
Bénéfices dépendans de l'Hôpital de Montjoux.
3
Le R.P. Louis Boniface m'a envoyé un petit
Catalogue des Maisons que la Congregation
des Chanoines Réguliers de S. Bernard
de Montjoux , possedoit autrefois , dans les
Diocèses de Besançon , de Langres , d'Autun
, de Troyes , de Rheims , de Metz , &
d'Auxerre . [ Sa Lettre est à la fin des Consti
tutions imprimées l'an 1711.
*
1º. Camusat raporte une Charte de l'an
1158. par laquelle le Comte Henri donne au
Monastere de S. Nicolas & S. Bernard de
Montjoux , un Hôpital situé dans la Villede
Troyes , in foro , & ce , du consentement
de l'Evêque. Vide Prompt. Antiquit . Tricaff.
L'Hôpital de S. Bernard de Troyes.
fai
2966 MERCURE DE FRANCE
fol. 401. versò . Fratres Domus Dei Montis
jovis , qua fua eft in foro Trecenfi , nominan
tur in alia Cartâ , datâ anno 1180. Cartul .
de Montier -la - Celle , fol....
,
Selon Mrs de Ste Marthe , Tom. 4. Gallia
Chrift. il paroît qu'un nommé Girard , Prieur
de Saint Bernard de Troyes , fut choisi l'an
1286. pour Abbé de S. Maurice d'Agaune.
L'an 1487. les Chanoines Réguliers de l'Hô
pital S. Bernard de Troyes , obtinreht un
Bref de Rome , qui leur permettoit de quitter
le Rochet , pour prendre la Bande de
linge , quand ils iroient hors de la Maison.
Voyez le P. du Molinet , dans son Discours
sur l'Habit des Chanoines , page 7.
Voici l'extrait d'une Lettre du R. P. Robert
le Pelletier , Chanoine Régulier de Ste
Geneviève , écrite de S. Acheüil d'Amiens ,
au Sr Nyvert , Conseiller à Provins , le 4.
Novembre 1723. qui servira à faire connoître
l'état présent de cette Maison.
Lorsque le Roy Louis XIV. passa à Troyes,
l'an ... les Administrateurs de l'Hôtel Dieu
de cette Ville , ayant surpris la Religion de
ce Prince , obtinrent de Sa Majesté , que
l'Hôpital Saint Bernard , membre dépendant
du Chef- Lieu de Montjoux , fût réüni
avec quelques autres à leur Hôpital géneral.
En consequence , les Religieux qui y étoient
encore , furent chassés , sans autre forme
de
DECEMBRE. 1739 2967
de Procès , & l'on donna seulement une Pension
au Prieur. L'an 1709. cette Pension fût
réduite à la somme de 200. livres . Ce sont
des Filles du Bon Pasteur qui occupent cette
. Maison , où l'on ne reçoit plus de Pelerins ,
contre l'intention des Fondateurs. Cependant
le Prieur de S. Martin de Troyes , nomme
toujours un' de ses Confreres au Prieuré
de cet Hôpital , en qualité de Vicaire Géneral
du Révérendissime Prévôt du grand Saint
Bernard de Montjoux . C'est aussi la Maison
de S. Martin qui jouit des 200. liv . de Pension
, à la charge de faire dire la Messe & les
Vêpres dans cet Hôpital tous les Dimanches
& Fêtes de l'année .
2º . La Maison de Provins , qui dépendoit
de la Congregation de Montjoux , étoit située
dans la Ville haute , assés près de la Porte de
Joii ; on la nommoit l'Hôpital du S. Esprit.
Le Pape Alexandre III . dans une Bulle de
l'an 1177. où il fait mention des Bénefices.
que possedoit alors le Monastere -Hôpital
de Montjoux , parle de celui de Provins , en
ces termes : Apud Pruvinum Domus
Eleemosyna nobilis viri Comitis Henrici , in
Telones telarum propè Eurgensem vicum.
( C'est ce qu'on apelle encore le Bourgneuf)
Ces termes insinuënt , à mon avis , que le
Comte Henri , qui vivoit alors , étoit Fondareur
de cette Maison. Ils sont raportés dans
,
"
une
2968 MERCURE DE FRANCE
une autre Bulle , du Pape Gregoire IX . de
l'an 1231. Suivant quelques Mémoires , qui
se conservent à Montjoux, l'Hôpital de Provins
payoit annuellement à ce Chef-Lieu , ·
unam Marcam argenti.
d'une
part ,
L'an 1202. Pierre de Corbeil , Archevêque
de Sens , Commissaire nommé par le
saint Siége , termine un differend survenu
entre les Freres de S. Bernard de Montjoux ,
& les Chanoines de S. Quiriace ,
d'autre part , super telones telarum , quæ venduntur
Pruvini , in parvo allodio : cujus medietatem
dicti Fratres asserebant ad se pertinere
, ex donatione Henrici , bona memoria ,
quondam Trecenfium Comitis Palatini ; ce que
le Chapitre de S. Quiriace nioit . J'ai copie de
ce Titre .
L'an 1222. Jean Malcouvée , fait un Legs,
Domui Dei , in vico de Joyaco ; c'est notre
Hôpital du S. Esprit : car dans un Titre de
1241. raporté au Cartulaire de l'Eglise Collegiale
de Notre Dame du Val , folio 62. je
trouve , Domum fancti Spiritûs , in vico de
Joyaco.
L'an 1253. une Bourgeoise de Provins ,
donne par son son Testament , Domui Dei sancti
Spiritûs de Pruvino , x. solidos , & unam culcitram
, cum uno coiffino , & duobus linteaminibus
, una floceïâ.
J'ai vû plufieurs autres Testamens , des
an
DECEMBRE. 1739. 1969
années 1271. 1287. 1297. & 1303. par
lesquels on donne 40. sols , Domui Dei sancti
Spiritûs de Pruvino , pro telis emendis , ad
usus Pauperum ; ou bien , Pauperibus Domûs
sancti Spiritus de Caftro Pruvini , unum lectum
furnitum ou quelque autre somme d'argent.
›
Dès l'an 1352. il n'y avoit plus de Religieux
dans cet Hôpital ; mais il étoit gouverné
par un Maître , ou Recteur séculier :
en voici la preuve , tirée d'un ancien Registre
de l'Eglise de S. Quiriace . Anno Domini
1352. compofitio facta eft inter nos Decanum
& Capitulum hujus Ecclefia , in Capitulo nostro
, ex una parte ; & Dominum Dionyfium de
Chevruto,Magistrum seu Rectorem Domus Dei
S.Spiritûs, ex alterâ ; super refectionibus Domorum
dicta Domus Dei faciendis. Nota , que
ce Denis de Chevru avoit succedé dans cet
Emploi , à un nommé Jean de Montbertin ,
qui étoit auffi Chanoine de S. Quiriace .
preu-
Long- temps avant 1396. l'Hôpital du saint
Esprit étoit occupé , ( du moins en partie , )
par des Laïques ; j'en trouve encore la
ve dans un Registre de S. Quiriace , dont
voici les termes : Anno 1396. die 29. Septembris
, in capituló nostro personaliter Cons- ·
titutus , Laurentius Guyoti , Pruvini commorans
, ad pretium posuit Domum Sancti Spiritus
, cum pertinentiis , videlicet , ad xij . Fran-
COS
2970 MERCURE DE FRANCE
tos prout eam tenebat Johannes Gombot ,
Charronus , &c.
L'an 1397. le Parlement confirma par Arrêt
, le Chapitre de S. Quiriace , dans la
poffession d'être exempt de la Jurisdiction
de l'Archevêque de Sens , aussi bien que les
Membres dépendans de cette Eglise , entre
lesquels eft nommée la Chapelle du S. Èsprit.
Cet Arrêt , joint aux Actes de 1352. &
1396. me fait conclure que le Chapitre de
S. Quiciace étoit dès - lors maître absolu de la
Chapelle & dés Bâtimens du S. Esprit, dont
il disposoit à son gré. Aparamment qu'il
commettoit quelqu'un de ses Béneficiers pour
adminiftrer le temporel , acquitter les fondations,
& continuer un tel quel exercice d'hospitalité.
L'Acte qui suit , rend ma conjecture
plus que probable.
L'an 1472. au mois de Novembre , le mêmeChapitre
députe un Bourgeois de Provins,
nommé Pierre Maucorps , pour être Procureur
& Garde de la Chapelle & Hôtel du
S. Esprit , comme étant du Pâtronage de son
Eglise . Ensuite il lui donne pouvoir de recueillir
les aumônes qui seroient faites , tant
pour la réparation & l'entretien dudit Hôpital
, que pour la nourriture des pauvres passans
, qui y étoient reçûs & logés en tout
temps par charité. Mais afin d'exciter plus
efficacement la pieté des Fideles , ce Chapitre
DECEMBRE. 1739. 2971
tre avoit obtenu de l'Archevêque de Sens ,
des Lettres d'indulgence , en faveur de ceux
qui feroient quelques largeffes audit Hôpital.
En conséquence , il requiert tous Abbés
Prieurs , Doyens , Chapitres , Curés , & autres
Supérieurs Ecclesiastiques du Diocèse ,
Ede vouloir bien permettre la publication de
ces Pardons dans leurs Eglises , afin que
les
Pauvres puiffent continuer à être logés &.
nourris de bien en mieux dans cette Maison .
L'Original de cette Piece eft entre mes mains.
L'an 1535. il y eut commission des grands
Jours de Troyes , décernée à la requête du
Procureur Géneral , & adreffée au Bailly de
Meaux , ou à son Lieutenant au Siége de Provins
, pour informer de l'état , & rechercher
les Titres de l'Hôpital du S. Esprit. Je ne
sçais quel a été le succès de cette procédure ;
mais environ un siècle après , ( c'est - à- dire ,
l'an 1627. ) la Chapelle du S. Esprit & la Sale
des Pauvres , qui servoient de Grange , furent
consumées par le feu , qui se mit dans
la paille qu'on y avoit renfermée.
En 1640. il y avoit encore des Bourgeois
de Provins qui avoient vû loger les Pauvres
dans cet Hôpital , & une quantité de Lits à
leur usage ; & quoique les Bâtimens fuffent
brulés , l'Autel de la Chapelle subsiftoit encore
, avec des Armoires pratiquées dans le
mur , autour de la Salle des Pauvres . Depuis
ce
2972 MERCURE DE FRANCE
ce temps -là tous les Edifices de cette Maison.
sont tombés en ruine , faute d'entretien ; tellement
qu'il ne refte plus aujourd'hui que
l'enclos des murs & la Chapelle , qui sert de
Grange. Cela n'a pas empêché qu'un Cheyalier
de l'Ordre de S. Lazare , ne soit venu il
y a environ quarante ans, prendre poffession
de cet Hôpital ; & comme il ne trouva plus
aucun veftige de Maison Réguliere , ni de
Chapelle , il fut ( dit - on ) obligé d'entonner
le Veni Creator au milieu du Jardin.
1
Autrefois les Chanoines de S. Quiriace
avoient coûtume d'aller faire l'Office dans la
Chapelle du S. Esprit le jour de la Pentecôte ;
& il n'y a pas bien long-temps que le Peuple
dévot de Provins , y alloit encore en station
le Jeudi Saint , en visitant les Eglises de la
Ville. Voila tout ce que j'ai pû trouver d'éclairciffemens
touchant l'Hôpital Saint Bernard
de Troyes , & celui du Saint Esprit de
Provins.
>
J'observerai seulement ( en finiffant ce Mémoire
) que le R. P. Leonard Jorioz , dans
sa Lettre mentionnée ci - deffus , me parle
d'un Bénefice considérable , situé dans le
Diocèse de Grenoble , dont jouit présentement
l'Evêque Diocésain. Il prétend que
c'étoit originairement un Prieuré Conventuel
, où il y avoit dix à douze Religieux ;
que dans la suite ce Bénefice avoit été réuni
DECEMBRE. 1739. 2979
à la Prévôté de Montjoux , & qu'il a été
poffedé par ses Prédéceffeurs jusqu'en l'année
1462.
LES DEUX ASNES ,
J
FABLE.
E ne sçais fi Dame Sotise
N'est pas plutôt un bien qu'un mal
Car le plus stupide animal
Est celui qui le plus se prise ;
Il est bien vrai qu'à chaque instant
Par tout on le ridiculise ,
Mais qu'importe qu'on le méprise ,
Quand de lui- même il est content.
D'ailleurs , comme dit la Satyre ,
?
In sot trouve toujours un plus sot qui l'admire,
Ce Conte , s'il est bien conté ,
Va prouver cette vérité .
Deux Asnes d'assés haut parage
Se rencontrerent dans un Pré ,
Chacun d'eux se trouvant tout à fait à son gré
Eût de bon coeur fait l'étalage
De mainte belle qualité
Qu'il pensoit avoir en partage ;
( Car
2974 MEK
( Car de tout maître sot l'ordinaire apanage
Est , comme on sçait , la vanité ;
Mais soit qu'ils eussent quelque honte ,
Ou qu'ils trouvassent mieux leur conte
faire l'un de l'autre un éloge flateur ,
Chacun d'eux s'oubliant soi - même ,
Vous prend le ton d'un Orateur ,
Et vante en son Confrere un mérite suprême ;
Ma foi quand je vous vois, dit l'un de nos Baudets ;
Tout me charme chés vous , je ne sçaurois m'a
taire ,
Vous avez d'un vrai Militaire
Qui marche en pompe sous le Dais
Et le feu dans les yeux & l'audace dans l'ame.
Jamais on ne vit parmi nous ,
Dit-on , une meilleure lame ,
Et je sçais que partout on craint votre courroux ;
Autant que celui d'une femme .
Pour ne vous rien cacher , j'en suis un peu jaloux,
Car chés moi la guerriere audace
Est la premiere des vertus ,
Mais ce qui me charme le plus ,
C'est qu'à l'éclat de votre race
Yous joignez.... cher ami , répondit l'autre Asnor,
Interrompanr son Compagnon ,
C'en est trop , terminez de grace.
Un éloge peu mérité ;
Hélas !
DECEMBRE. 1739 : 2975
Hélas ! pour y répondre avecque dignité ,
Que n'ai- je , comme vous , fournissant ma carriere
Dans notre College d'Asniere ,
›
Eû tous les premiers Prix en chaque Faculté !
J'aurois pour vous louer même facilité
Et matiere beaucoup plus ample ;
Car enfin vous êtes l'exemple
Des bons Avocats parmi nous ;
Il n'est partout bruit que de vous ;
Chacun accourt pour vous entendre ;
Quand vous plaidez quelque Procès ;
Et personne ne croit qu'il foit besoin d'attendre
A la fin du Diſcours , pour marquer le succès,
Ah ! quel plaifir pour votre Pere ,
Et quei honneur pour vous,mon aimable Confrere
Ils auroient poursuivi , mais un Loup vû de loin
Réveilla chés mes gens bientôt un autre foin .
Mon Orateur & mon Gendarme,
Trouvant que pour finir le Lieu n'étoit pas
Détalent donc en grande allarme ,
>
sûr ,
Et vont trottant au mieux chercher l'abri d'un mur,
Ces deux Asnes font la figure
De certains sots présomptueux
Qui sans talent & sans culture ,
Pensent pourtant que la Nature
A prodigué ses dons pour eux ;
Et de s'admirer , trop foigneux ,
S'entre
2976 MERCURE DE FRANCE
S'entre- aident avec complaisance
A nourrir leur impertinence.
Par M. Luneau d'Issoudun.
LETTRRE de M. Levesque de la Ravailliere
, à M. le Beuf , Chanoine d'Auxerre
, au sujet de sa nouvelle Dissertation
sur les Auteurs des Annales de S. Bertin
laquelle est à la fin de son nouveau Volume
de la présente année,
Y dans la République des Lettres , qui ne
Aura -t-il encore quelqu'un , Monsieur,
se rende pas à la clarté & à la force de vos
nouvelles Preuves ? J'admire combien cellesci
ont de force , & en quel grand nombre
elles sont , après tout ce qui a été déja écrit
sur ce sujet. Je suis touché, au- delà de ce que
je puis dire, de l'argument que vous avez tiré
des expressions de pieté , de tendresse & de
compassion , du ftyle moral & d'Homelie,
qui se rencontre en tant d'endroits des Annales
cet argument est invincible , pour
prouver que la partie dans laquelle ce genre
d'écrire se rencontre , a été composé par un
Auteur different de la derniere partie , dont
le ftyle est plus sec du côté de la pieté , quoi
que
-
DECEMBRE . 1739 . 2977
que beaucoup plus vif & plus transcendant à
certains autres égards.
Permettez , Monsieur , que je vous fasse
observer que votre argument peut encore
être pouffé plus loin , & qu'en le ramenant
en particulier sur S. Prudence seul , il fera
voir qu'il est l'Auteur de la partie des Annales
que
nous lui attribuons . Je vous avoue que
lors de mon premier petit Doute , page 7 .
tout au bas , écrit sur ce sujet , je cherchai
quelque ressemblance de style entre l'Annaliste
& S.Prudence : desesperant d'en pouvoir
trouver , je n'osai me jetter dans cet examen;
vous m'en montrez une si sensible , que je
ne puis ne la pas reconnoître.
Si dans les Ecrits , qui sont véritablement
de S. Prudence , on voit le même caractere
de pieté , de bonté , & de commiseration ,
qui paroît dans le style de l'Annaliste , comme
vous le faites
remarquer , cet Annaliste
est donc S. Prudence lui- même.
Comparons la Préface des Oraisons de
S. Prudence sur les Pseaumes , que vous
avez découvertes parmi les Manuscrits du
Roy , on voit là une peinture des maux qui
ravageoient la France , telle qu'on la retrouve
dans les Annales , à l'an 843. Ici il dit :
Emergentibus igitur hinc inde tot tantisque incessabiliter
malis , vastante passim cuncta raptore
coacti sunt , &c. Dans sa Préface , Cum
II. Vol. B
2978 MERCURE DE FRANCE
quadam nobilis Matrona in civitatibus vel oppidisfuisset
obsessa , atque accidentibus variis ;
tribulationibus , ut plerique noverunt , adesset
angustata , &c. L'Annaliste & l'Auteur des
Oraisons , ont présente l'Histoire des mêmes
Guerres , des mêmes tribulations , que
tout le Royaume éprouvoit alors ; c'est donc
le même Auteur , c'est donc S. Prudence qui
a écrit les Annales , dites de S. Bertin , puisqu'il
retrace les mêmes malheurs , dans la
Préface des Oraisons & dans les Annales.
Le coeur de l'Annaliste est attendri sur les
maux dont il fait le récit , à l'année 843 .
saint Prudence fait un Livre de consolation
pour une Dame, parce qu'il est touché de ses
malheurs , qui ont la même cause , que ceux
dont il est parlé dans les Annales ; donc l'Ouvrage
de consolation , & celui des Annales
sont du même Auteur , puisque la même
sensibilité sur les mêmes malheurs est ex
primée dans l'un & l'autre Ecrit.
Ouvrons le Livre des Antiquités Ecclesiastiques
de Troyes par Camusat (fol. 40 .
verso ) on y lit le Panégyrique de Ste Maure ,
prononcé par S. Prudence : cet Ecrit fur
dicté par ce même coeur dont vous avez
admiré les qualités dans les Annales . Ne
doleas , dit saint Prudence , Eutropi , fili mi.
Ne vous affligez point , mon cher fils , Eutrope.
En un autre endroit , charmé d'une
Robe
DECEMBRE. 1739. 2979
Robe , que cette Vierge sainte lui avoit donnée
Tandem , dit il , Prudentio dedit Episcopo
, quem amabat : Et plus bas , parlant à
la Mere de cette Vierge : Nous pleurons &
nous nous réjouissons ensemble ; flemus pa-
: riter & gaudemus ; toutes expressions qui
témoignent la pieté & la tendresse pastorale,
qui ne se font sentir en certains endroits
des Annales dites de saint Bertin , que parce
que ces endroits sont l'ouvrage de S. Prudence
, dont le coeur étoit tendre & compatissant.
De-là ce style d'Homélie que vous
avez reconnu dans les Annales : style familier
à S. Prudence , comme on le remarque
dans le Panégyrique dont je viens de parler ,
& dans les Öraisons qui auroient été ensúite
de votre Dissertation , si vous n'aviez
craint de trop grossir votre Volume.
De ces conformités de caractere & de style
, il est évident que S. Prudence est le véritable
Auteur de la partie des Annales de
S. Bertin , qui lui est attribuée ,
Je suis , & c.
Bij
LB
2980 MERCURE DE FRANCE
LE PAPILLON CONSTANT.
ALLEGORIE.
A Madame M. A. A. X. D. R.
Sur les bords qu'arrose la Seine
Zephire toujours amoureux ,
Et toujours plus volage , & toujours plus heureux,
Formoit une nouvelle chaîne .
Déja Flore avoit dans son coeur
Eprouvé la vive douleur
De voir son Amant infidelle
Dans nos Jardins tout lui rapelle
Et sa gloire passée & son prochain malheur ;
Elle aperçoit dans les Prairies
Des fleurs nouvellement flétries ;
Déja ses soins sont superflus ;
Pour une Aminte , quelle vûë !
La Rose à ses yeux disparue ,
Lui montre que Zephir ne les animoit plus ,
Elle accourt , elle s'empresse
De le rejoindre à l'instant ;
Zephire fait sa Maîtresse
Il alloit être inconstant.
Elle poursuit le perfide ;
- crime le rend timide ;
i
DECEMBRE. 1739 2981
Il s'arrête .. quels
transports !
Dans Flore quelle indulgence !
Elle oublia l'inconstance .
Dans Zephire que de remords !
Ses yeux annoncent qu'il aime ;
La honte couvre son front ,
Et c'est cette honte même
Qui répare cet affront.
Après ces mortelles allarmes ,
Qui dans un coeur se font sentir
Qui font preuve du repentir ;
Des yeux de cet Amant coule un torrent de larmes ;
Flore, essuyant ces pleurs qui marquent son amour.
Pouquoi , dit- elle , objet de ma tendresse
M'as- tu laissée en proye à ma tristesse
2
De l'avoir perdu sans retour ?
Reviens , cher Zéphir , je t'adore ,
Comble mes voeux & mes desirs ,
Aime toujours tendrement Flore ;
Flore encor fera tes plaisirs ;
Dans mes bras viens les voir renaître ,
Je te crois digne du pardon.
A tes pleurs j'ai dû le connoître ;
Tes pleurs ont séduit ma raison .
Aces mots que l'amour inspire ,
Flore gémit , Zephir soupire ;
Dans leurs tendres embrassemens ,
B iij
Dieux !
1982 MERCURE DE FRANCE
Dieux ! qu'ils trouvent d'heureux momens
Ils s'aiment cent fois plus encore ;
L'amour augmente leurs plaisirs ;
De ces plaisirs on voit éclore
La fleur qui borne leurs desirs.
Angelique est le nom de cette fleur chérie
Venus lui prodigua ses dons ;
Les Graces l'avoient embellie ,
Lorsqu'un effain de Papillons
S'arrête dans ces cantons.
Parterre Un d'eux qu'on avoit vû de Partere en Parterre
Voltiger d'une aîle légere ,
Ne se fixer qu'en folâtrant ,
Contemple l'aimable Angélique ;
S'en aproche , Amour le pique
L'un de ses traits , quel trait perçant !
A ce coup j'ai senti , dit- il , qu'à tant de charme
Tout Papillon devoit rendre les armes ;
Je suis vaincu , l'Amour a de mon coeur
Fait un brasier pour cer aimable Fleur.
Quoi ! faudra-t-il qu'ainsi je m'abandonne
Sans être aimé Non , mon coeur en frissonne.
Ah ! Dieux cruels , par vous mes voeux sont done
trahis ,
Puisque Angélique est sourde à tous mes cris.
D'un même coup Angélique blessée ,
Entend la voix de son Amant.
こ
Viens
DECEMBRE. 1739. 298 %
Viens , dit-elle , dans cet instant ,
Je sens d'un même trait que mon ame est perçéé .
Je veux te rendre un Papillon constant.
Aimons-nous , l'amour nous en presse .
Aimons- nous , c'est l'ordre des Dieux ,
Epuise toute ma tendresse ;
Aimons- nous,& brûlons toujours de nouveaux feux.
Elle dit ... Papillon s'engage
De vivre & mourir dans tes bras
Angélique n'en doute pas ,
Et s'aperçoit qu'un Papillon volage ,
Peut aisément devenir sage ,
Quand il rencontre tant d'apas .
ENVO I
Trop aimable Daphné , dans cette allegorie
Je vous trace un plan de ma vie ;
Je suis le Papillon , vous êtes cette Fleur
Qui doit faire tout mon bonheur ;
Du Papillon je me rendrai l'image ,
Je l'imiterai trait pour trait ; ;
Daignez accepter mon hommage
Mon coeur en sera satisfait.
Et si j'ai le votre en partage ,
Par là d'un Papillon volage
Vous ferez un Amant parfait.
D. L. C.
B iiij
OB1984
MERCURE DE FRANCE
tobot:
OBSERVATIONS de M. Menard ;
Conseiller du Roy an Prefidial de Nîmes , sur
les nouvelles découvertes faites en creusant
la Fontaine de cette Ville , dans les mois de
Juillet & Août 1739. AM. le Marquis
d'Aubais.
J
›
,
E contractai avec vous , Monsieur , une
espece d'engagement lorsque j'eus
l'honneur de vous envoyer l'année derniere
les Observations que vous m'aviez
demandées , touchant les découvertes que
l'on venoit de faire en creusant notre Fontaine.
Quoique votre curiosité parût se borner
à ce qui étoit alors le fruit de nos recherches
, je pense qu'elle s'étendoit encore
plus loin , & que vous la portiez sur tout ce
qui se découvriroit dans la suite . Je croirois
donc n'avoir rempli qu'imparfaitement un
engagement que je respecte , si je manquois
à vous informer des découvertes qui ont été
faites cette année ; elles sont dignes de l'attention
des Sçavans .
Nous ne voyions l'Eté passé que des traces
confuses d'anciens Edifices , nous ne pouvions
en raisonner qu'obscurément. Aujourd'hui
cette partie de noc Antiquités s'est dévelopée
, nous découvrons avec une satisfaction
DECEMBRE. 1739 2985
faction infinie , l'ordre , la symétrie , & toute
la magnificence de ces Edifices . Ce n'est pas
qu'il ne reste toujours bien des choses à découvrir
, & que nos découvertes même, ne
consistent presque qu'en de tristes restes
échapés à la fureur des Ennemis ou des Barbares
, qui desolerent ces Contrées : mais du
moins en voyons- nous assés pour asseoir
quelque jugement.
fl ne paroissoit alors qu'une partie d'un
Bâtiment quarré , fait en forme de Piedestak
continu , ou de Stylobate , orné d'une trèsbelle
frise ; on n'avoit découvert qu'un mur
ceintré , qui faisoit face à l'angle de ce Bâtiment.
Aujourd'hui toute la suite de ce même
Bâtiment paroît en entier , & dans un
bel arrangement ; il m'a été facile d'en
prendre toutes les dimensions , je vous
les donne ici , avec toute la justesse possible
, en attendant que je puisse vous en donner
un Plan bien exact.
Ce grand Piedestal , ou Stylobate , forme
un quarré long , qui a dix toises 2. pieds 4.
pouces de longueur , sur 8. toises 3. pieds
de largeur , & il a 6. pieds 9. pouces de hau
teur. On voit sur la corniche de cet Edifice
des moulures d'un très - bon goût ; à chaque
coin dans l'interieur , il , paroît un massif de
pierres de moëlon , de 4. pieds ro. pouces
en quarré ; ces massifs servoient de forde-
B v ment
2986 MERCURE DE FRANCE
ment à des colomnes . On a trouvé ces colom
nes au nombre de 4. renversées,à demi brisées
hors de l'Edifice , & non loin des angles, elles .
sont d'un goût particulier. Permettez moi
de vous en faire la description dans toutes
leurs parties ; vous jugerez de la magnificence
de cet Edifice , & vous verrez jusqu'à
quel point les Romains sçavoient porter la
perfection de l'Architecture.
Ces colomnes sont toutes rudentées , c'està-
dire , que les canelures en sont remplies
d'une figure de bâton , ou d'un cable ; la
base est composée de deux Tores , dont l'interieur
, qui est assis sur le plinte , est ru→
denté , on en voit de semblables aux colomnes
de l'Eglise de S. Pierre de Rome. Le Tore
superieur est orné de goderons oposés les
uns aux autres : & dans la scotie , qui est
entre deux , terminée par deux filets , on en
découvre d'autres creusés en noyaux . L'Escape
tient encore à la baze , & est ornée de
feuilles d'acanthe , qui en décorent tout le
tour , au nombre de huit ou neuf: ces feuilles
ont un pied d'élevation , & embrassent
le reste de la colomne . Les canelures sont
séparées par des listels d'un pouce d'épaisseur
, depuis le renflement de la colonine
jusqu'à l'astragale , sur laquelle est placé le
chapiteau. On aperçoit une grande diminu
tion dans les canelures , elles se voyent dans
L'as
DECEMBRE. 1739: 2987
fastragale. Le chapiteau est singulier , il ne
retient presque rien des ordres réguliers ; en
un mot , c'est un composite tout bizarre . Un
simple rang de feuilles d'acanthe revêt en
partie la cloche du chapiteau ; & les deux
ligettes , d'où naissent ordinairement les
urilles & les volutes , sont placées sous les
quatre cornes de la baque , & par leurs feüillages
forment des volutes toutes singulieres ,
qui sont très - évidées , & se détachent entiérement
de la cloche. Le milieu de chaque
face est enrichi d'un bouquet très leger ,
qui ne charge presque pas cet Endroit , sans
quoi la cloche seroit très-nue , la rose qui
devroit être dans les quatre faces de l'Abaque ,
s'y trouve retranchée. Enfin , le diametre de
ces colomnes , qui est d'un pied 9. pouces ,
donne 2. toises 5. pieds & demi d'élevation.
La destination de ces colomnes ne me pa
roît pas douteuse , je crois sans peine, qu'il y
aura eû au- dessus des Statues de marbre , ou
de pierre trs -fine , pour représenter quelques
Divinités , nous en trouvons presque
partout des fragmens ; du reste elles sont
trop éloignées les unes des autres, pour avoir
servi à suporter quelque Dôme , d'ailleurs
elles ne seroient pas si enrichies.
Au milieu de ce Stylobate ou soûbassement
, est encore un massif de pierre de
B vj
moëlon
2988 MERCURE DE FRANCE
moëlon , plus considerable que les quatre
autres ; car il a trois toises & un pied de
face ; c'étoit là , sans doute , la place de
quelque Statue colossale , exposée à la vénération
& au culte du Peuple j'y placerois
volontiers une grande Statuë de bronze doré
, dont nous n'avons trouvé que le second
doigt de la main , qui est très- beau , & qui
me fait juger par sa grosseur & par sa longueur
, que la pièce étoit un Colosse : il falloit
néceffairement une Statuë de pareille
grandeur pour remplir avec dignité le milieu
de cet Edifice . Le bas- relief de ce Piédestal
, devoit être extrémement orné . On
a trouvé quelques fragmens d'un bas- relief
de marbre , où l'on voit pour ornemens, des
branches de laurier & des pampres de vigne
d'une beauté achevée . Je ne doute nullement
que ce ne fût là le bas- relief de la
Statuë , dont je parle , du moins il est constant
que les piéces peuvent parfaitement s'y
raporter.
J'avois soupçonné l'année derniere , que
ce Soûbaffement pouvoit être une conserve
ou un réservoir destiné à contenir les Eaux
que l'on distribuoit dans les Bains , mais
j'abandonne aujourd'hui cette conjecture :
nous en voyons assés , pour juger que c'étoit
un vrai Stylobate , qui servoit de Piédestal
aux colomnes & à la Statuë , dont je
viens
DECEMBRÉ. 1739 . 2989
viens de parler. D'ailleurs on en a trouvé le
pavé en le sondant , il n'a pas plus de trois
pieds de profondeur : c'étoit donc pour l'ornement
& la décoration des Bains , autant
que pour exciter le culte du Peuple ; rien
n'étoit si ordinaire chés les Romains , que
de faire servir à la Religion la magnificence
de leurs Edifices , & de mêler dans leurs
Ornemens d'Architecture les attributs de
leurs Divinités .
"
Le long de trois faces de cet Edifice , qu'il
faut regarder comme le centre de tout le
reste , & à une certaine distance , regne en
quarré une suite de grottes de differentes
formes , dont voici l'ordre. Du côté de
Orient , est une grotte ceintrée , qui fait
face à l'angle du Stylobate ; du côté du Midi
, est une autre suite de grottes égale, avec
quelques differences , qu'il est nécessaire
d'observer. Avant la premiere grotte ceintrée
de cette partie , est une ouverture en
forme de canal , pratiqué dans le
l'Edifice , qui servoit à donner l'écoulement
aux Eaux ; & encore entre la grotte quarrée
de cette partie , & la derniere ceintrée
un autre canal moins large , & élevé d'un
pied pardeffus le pavé , qui servoir , sans
doute , au même usage . Et après la derniere
grotte ceintrée , est encore une espece de
grotte quarrée , moins profonde que les au
gros
de
est
tres
2990 MERCURE DE FRANCE
tres , qui paroît avoir eû sur son angle unt
autre canal , qui renvoyoit les Eaux de ce
côté là. Enfin sur le côté de l'Occident , est
une suite de grottes toutes semblables à celle
de l'Orient
,
si ce n'est que l'on entrevoit ici
des vestiges de deux Aqueducs , qui les traversoient
, & qui venoient de l'interieur du
Temple.
Les grottes ceintrées sont toutes à peut
près égales . Elles ont 2. toises 4. pieds d'ou
verture, & 5. pieds 5. pouces de profondeur.
Les quarrées sont aussi égales , à peu de chosé
près , elles ont une toise 3. pieds 3. pouces
d'ouverture . Nous ne pouvons guere juger
de leur profondeur , parce qu'elles sont
détruites sur le fond : celle du côté du Levant
eft la seule qui ait subsisté dans son entier
; elle a 2. toises 2. pieds 3. pouces de
profondeur , & une toise 7. pouces de hauteur
; de grandes pierres d'une seule pièce la
couvroient .
Il y avoit à l'entrée de toutes ces grottes ,
& fur la même ligne que le mur de face , des
colomnes qui n'ont pas plus d'un pied un
pouce de diametre , & n'entrent que 3. pouces
en terre. De plus , on voit deux pilastres
placés aux deux côtés de l'entrée
de la grotte quarrée qui est à l'Orient.'
Ensuite à une toise 4. pouces de distance ,
regnoit un second rang de colomnes sembla-
,
bles
DECEMBRE. 1739. 299T
bles aux premieres , tout le long de ces trois
parties , ce qui devoit former une Galerie ,
qui étoit vraisemblablement couverte . Les
unes & les autres ne paroissent pas avoir été
fort élevées , je n'en ai pas trouvé une seule
entiere .
Voilà , Monsieur , pour ce qui regarde les
trois parties que je viens de vous décrire . La
longueur du plan qu'elles forment dans oeuvre
, de l'Orient à l'Occident , eft de 17.
toises 2. pieds 1. pouce , & du Midi au Septentrion
, elle est de 19. toises 4. pouces.
Le côté du Septentrion , d'où viennent les
Eaux de la Fontaine , n'est point encore tout
découvert ; il y a un Moulin qui doit inces
samment être abattu , & par là nous jugerons
de l'entiere symetrie de l'Edifice. On
a seulement déblayé & débarrassé l'Endroit
de cette partie , où l'on avoit trouvé l'année
derniere quelques Pieds droits , & tout ce
quartier est découvert. On y voit , à quelques
pas de distance de ces Pieds droits , une
grande auge d'une seule pièce , un peu élevée
au- deffus du pavé, qui a 5. toises 4. pieds
1. pouce de longucur , sur 3. pieds 2. pouces
de largeur. C'étoit- là comme une digue,
propre
à contenir les Eaux dans un même.
niveau. Vers le milieu de cette auge , étoit
placé un gros tuyau de plomb , qui avoit 10.
pouces de diametre , dont on ménageoit
J'ou
2992 MERCURE DE FRANCE}
l'ouverture comme on vouloit , par le moyen
de quelque soûpape , pour faire passer les
Eaux dans les Bains .
En effet , Monfieur , de ces points partent
deux rigoles , qui regnent tout le long du
sol qui est entre le stylobate & les grottes ,
elles ont 1. pied 9. pouces de largeur , & sont
placées à deux pieds & demi du stylobate &
des grottes. La distance d'une rigole à l'autre
, est d'une toise 1. pied 9. pouces. J'ai
remarqué que le pavé va en talus jusqu'aux
rigoles , mais presque insensiblement. Du
reste , elles ne sont point bâties dans leur
profondeur , & il n'y a pas le moindre vesfige
de ciment ni de pierres de moëlon ; ce
qui me fait croire que l'on y plaçoit des
tuyaux de terre cuite , selon l'usage des Anciens
, ou , peut - être , des tuyaux de plomb
découverts , faits en forme de gondole , &
qui portoient par les bords sur le pavé. On a
trouvé en effet quelques morceaux de plomb
aplatis , qui paroissent avoir servi à cet
usage.
On a trouvé encore trois piéces d'un tuyau
de plomb , qui ont en tout près de 6. toises
de longueur le diametre en est beaucoup
plus petit que celui du tuyau dont j'ai déja
parlé . Mais il ne faut pas penser que ce tuyau
ait été placé dans les rigoles , le diametre ne ,
sçauroit s'y raporter , il est trop petit, Ces
piéces
DECEMBRE. 1739. 2993
pieces ont une double épaisseur à l'endroit
de leur soudure mais c'est du même mé
tail ; ce qui me fait croire que ce tuyau peut
avoir uniquement servi à conduire les Eaux
dans des Bains de Particuliers ; il ne sçauroit
du moins avoir servi à les pomper : Personne
n'ignore que dans les pompes il faut
un métail plus solide & plus dur que le
plomb aux jointures , ce qui se fait d'ordinaire
en bronze , parce que la force de l'air
se fait sentir principalement à cette partie.
Le nom de l'Ouvrier se trouve à l'extremité
de deux de ces piéces ; on y lit ces mots en
caracteres très - biens formés , SEVERIAN.
SEVERIN . F. FAC . Severianus Severini filius
faciebat. Ce tuyau paroît avoir eû une longueur
beaucoup plus considerable ; les extré
mités en sont coupées à dessein . On l'a trouvé
sur le pavé qui est au -dessous du stylobate
, du côté de l'Orient ; il échapa à la fu
reur & à l'avidité de ceux qui détruisirent la
Ville.
Les pieds droits qui sont auprès de l'auge }
& que je croyois avoir servi à suporter l'Aqueduc
qui venoit du Pont du Gard , me
paroissent à présent avoir eû d'autres usages.
C'étoit au- dessus , & par le moyen de trois
arches , que passoient les Eaux de la Fortaine
, la chose n'est pas douteuse , mais le
dessus formoit le commencement d'une ter
raffe ,
2994 MERCURE DE FRANCE
tasse , qui se terminoit à cette partie du mur
d'enceinte , qui va joindre les deux demicercles,
où sont des dégrés en Amphithéatre,
placés contre la source des Eaux : j'en juge
par l'élevation de ces pieds droits , qui répond
parfaitement à celle de la terraffe , &
je ne doute pas que cette partie ne fût ornée
de colomnes , qui formoient une espece
de
Portique , je crois même avoir découvert les
chapiteaux de ces colomnes ; ils sont galbés
, c'est-à- dire qu'ils s'élargissent doucement
par en haut , de même que les feuilles
d'une fleur , taillée en forme de galbe ; on a
trouvé ces chapiteaux tout auprès des pieds
droits , ils ne peuvent apartenir qu'à des colomnes
placées en cette partie. Je crois encore
être fondé à dire que ce Portique se
terminoit à un Bâtiment , que je supose avoir
été placé de ce côté-là , au pied d'un petit
côteau qui est tout auprès , vers l'Orient ;
c'étoit là , sans doute , une des Entrées pour
arriver dans les Bains. En effet , tout auprès
de l'auge , est un Escalier ancien , qui paroît
venir de vers le côteau , il a une toise cinq
pouces de longueurzon n'en a découvert que
quatre marches , qui ont un pied 3. pouces
de largeur. Tout auprès de l'auge , & non
loin de là , est encore un autre Escalier ancien
, qui a une toise 2. pieds de longueur ,
& les marches ont 1. pied 3. pouces de largeur
DECEMBRE. 1739. 2995
geur ;on n'en a également découvert que quatre.
Par ce dernier Escalier on descendoit de
la Terraffe , ou du Portique , dans les Bains ;
& par l'autre , on y venoit du Bâtiment contigu
à ce Portique.
Derriere les grottes du côté du Midy , on
a découvert les fondemens d'un Edifice
considérable , qui paroît avoir été un Péristille
; on en juge par le premier fondement
, qui eft hors du rez de chauffée , et
qui fubfifte encore ; on y voit les pieds des
bafes éloignés les uns des autres de cinq
pieds fept pouces fix lignes ; l'entre- deux eft
percé sur le sol de divers trous , faits aparemment
pour quelque grillage . On ne peut
pas apeller cet Edifice un Périptere , car les
colomnes font ici placécs en dedans , au lieu
qu'elles auroient dû l'être en dehors , felon
l'idée qu'en donne Vitruve. Je croirois volontiers
qu'il y avoit quatre colomnes fur la
façade de ce Peristile , et il ne pouvoit gué
re y en avoir davantage , à cause du raport
que cet Edifice devoit avoir avec celui des
Bains , lequel ne supose pas une grande
étenduë.
Ce Peristile au reste devoit produire un
charmant effet ; il faisoit face à tout le plan
des Bains du côté du Septentrion , & y dominoit
confidérablement. C'étoit là fans
doute un Lieu de plaifirs qui avoit une ma
gni
2996 MERCURE DE FRANCE
gnificence admirable : les colomines placées
de diftance en diftance égales , formoient
des galeries & foutenoient un dôme qui
mettoit à l'abri du foleil et de la pluye . Ôn
y abordoit vraisemblablement par quelqu'au
tre superbe Bâtiment , dont nous n'avons encore
découvert que les premiers fondemens
& qui devoit être auprès. Ce Bâtiment devoit
fe terminer au Temple , car j'ai observé que
les fondemens tendent tous de ce côté-là.
Voilà , Monfieur , l'ordre & la symétrie de
tous les Edifices que nous avons découverts
cette année ; ils sont tous bâtis de belles pierres
très - dures et d'une grosseur énorme ,
liées pour la plupart avec des crampons de
fer , fcellés en plomb. Je voudrois bien pouvoir
vous dire au vrai la deftination que les
Romains avoient faire de ce Bâtiment , mais
on ne peut guere en raisonner que par conjecture.
Voici les miennes que je soûinets
à votre jugement & à celui de toutes les
Personnes éclairéés.
Je n'ai jamais douté que ce ne fuffent ici
des Bains publics , vous sçavez ce que j'eus
l'honneur de vous en écrire l'année derniere.
Les nouvelles découvertes ne m'ont point
fait changer de sentiment à cet égard , &
m'y ont au contraire fortifié davantage. Je
pense même aujourd'hui que ce pouvoient
être des Thermes ; bien des choses concent
ce
Ch
The
ce
DECEMBRE 1739. 2997
verts ,
Courent le faire présumer ainsi.
La seule difference que les Sçavans mettent
entre les Bains & les Thermes , eft que
les bains n'étoient feulement faits que pour
fe laver , & que les Thermes formoient un
corps de bâtiment spacieux , où l'on trouvoit
, outre les bains , des Lieux non coudes
Salles à manger , d'autres à exer →
cer & à inftruire la Jeuneffe , qu'on apelloit
Ephebea , & des Licux pour excrcer les
Athletes . Or on voit ici les veftiges de tous
ces vaftes bâtimens du côté du Temple.
Les bains étoient placés au tour du Stylobate
, les autres Edifices suivoient tout auprès.
Il feroit à souhaiter que l'on continuât
de fouiller du côté du Temple , on y trou
veroit affurément bien des veftiges , dont
nous tirerions un très grand fecours pour
affûrer nos conjectures.
J'ai dit que les bains étoient au tour du
Stylobate , c'étoient fans contredit ces
Grottes dont j'ai parlé , dans lefquelles on
plaçoit les cuves d'airain , deftinées à se baigner
, que l'on apelloit Labra. Les Vases
deftinés à renfermer les onguens & les parfums
, pour les Personnes qui vouloient se
baigner , n'y manquoient pas. On a trouvé
dans le baffin de la Fontaine , que l'on creuse
à grande force , un couvercle de bronze qui
a un pied & demi de diamêtre ; il s'ouvre
par
2998 MERCURE DE FRANCE
par le milieu avec une anse au moyen de
deux charnieres , il pese plus de 60. livres.
Je croirois volontiers que c'étoit-là le couvercle
de quelqu'un de ces Vases d'onguens
ou de parfums.
Il y avoit auffi quantité de siéges de marbre.
Nous en pouvons juger par une infinité
de piéces de marbre qui ont été trouvées ,
lesquelles ont plus de neuf pouces d'épaisseur
, on y voit des Moulures très-proprement
sculptés . Olympiadore nous affûre
dans les Thermes d'Antonin il y avoit
mille fix cent chaises de marbre .
que
On a trouvé auffi quantité d'autres piéces
de marbre , mais elles sont beaucoup plus
petites et plus minces , car elles n'ont pas
plus de fix lignes d'épaiffeur , quelques -unés
même n'en ont que trois . Ces piéces avoient
servi aux incruftations , les unes et les autres
sont polies d'un côté , et de l'autre elles n'ont
de polissure que
celle que
fait la scie . Elles
sont de differentes couleurs .
J'ajoûterai enfin à mes idées , que ce bâ
timent peut aufli avoir été un Nimphée. La
description que nous donnent de ces sortes
d'Edifices les Auteurs les plus versés dans
la connoiffance de l'Antiquité , n'eft pas bien
differente . Alciate et Béroale combattant
l'opinion de Cujas , qui avoit avancé que
les Nimphées étoient des bâtimens publics ,
destinés
DECEMBRE. ' 1739. 2999
deftinés pour célebrer les nôces de ceux qui
par la médiocrité de leur fortune n'étoient
pas en état d'avoir des Maisons convenables
pour ces sortes de cérémonies , disent que
c'étoient des Lieux conftruits par les Empereurs
, pour servir de Bains et de Thermes :
Strabon et Pindare en disent autant ; ils
ajoûtent que c'étoit seulement pour la volupté
qu'on les conftruisoit. Rofin ( Antiq.
Rom. i. 1. ) eft du même sentiment , il dit
que c'étoient des Lieux publics , conftruits
pour la seule volupté , & où les Eaux étoient
amenées , non pour l'usage de la santé
mais pour le plaifir et pour l'agrément : il
ajoute que le nom de Nymphée a été donné
à cette sorte d'Edifice à cause des Nimphes ,
dont les Statues y étoient placées.
›
Or nous voyons ici la place des Statues
de ces Divinités . Ce sera sur les cinq colomnes
du Stylobate , qu'on les aura exposées au
culte du Peuple . Une inscription qu'on y a
trouvée , pourroit faire foi de ce que je dis ,
elle eft consacrée aux Nymphes , Nymphis
Auguftis. Nous trouvons encore au même
endroit des Lieux très propres à recevoir et
à diftribuer les Eaux pour des Bains ; tout
nous invite à croire qu'elles y ont été ménagées
pour l'agrément ; et fi nous nous arrêtons
au sentiment d'Alciat , nous trouvons
un parfait raport de ses idées avec la forme
de
3000 MERCURE DE FRANCE
de notre Edifice . Les Grottes , dont j'ai par
lé , auront servi aux Bains et aux Thermes.
Quoiqu'il en soit , nous sçaurions au vrai
ce que c'étoit que ce Bâtiment , fi nous
étions affés heureux que de recouvrer toutes
les pierres de la Frise du Periftile dont je
vous ai parlé , c'étoit -là qu'étoit placée une
très- longue Inscription qui contenoit le détail
abregé de l'usage de cet Edifice , et le
nom de ceux qui le firent conftruire. On a
découvert quelques unes de ces pierres qui
sont d'une groffeur énorme , les caracteres
y sont très- beaux , & paroiffent avoir été
jettés en métail , vrai - semblablement en or
ou en argent , parce que tout le métail en
eft enlevé , ce qui ne seroit pas arrivé , si
c'eût été en simple bronze , en cuivre ,
en plomb .
ou
Quelques soins que nous nous soyons
donnés pour découvrir toutes les parties de
cette Frife , nous n'avons pû encore trouver
que celles qui forment le commencement
de l'Inscription ,. que nous avons rassemblées
par le moyen de la coupe des pierres.
On lit en trois pierres sur la premiere
ligne RESPVBLICA NEMA ; & à la feconde
au deffous de ces mots , il y a IMPERA -
TORIS. Nous avons bien trouvé d'autres
pierres qui faisoient partie de cette Inscripe
tion, mais il n'eft pas poffible d'y découvrir la
suite
DECEMBRE . 1739. 3000
tuite du sens. Sur deux on lit ARMORVM,
& au deffous il y a TI. Sur une autre SESI ,
& au deffous CA. Sur une autre on voit
ETE , & sur une autre OVE , & au- dessous
de ces lettres il y a un C. Voilà , M.
de quoi mettre à la torture les esprits qui
s'apliquent à faire des découvertes dang
Antiquariat.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Nismes , ce 23. Août 1739
LE MAITRE ET SON FERMIER,
L'Avarice
FABL E.
'Avarice perd tout en voulant tout gagner.
Je le dis après la Fontaine ,
En рец de mots , je vais vous en donner
Dans cette Fable une preuve certaine .
Un Villageois d'un Pomier qu'il avoit
Tous les ans avec foin , le meilleur fruit ceüilloit;
>
Puis le portoit en grande réverence
A fon Maître , qui ne ceffoit
D'admirer de ce fruit la parfaite excellence .
Cela fit qu'il voulut avoir feul le Fomier ;
Ainfi dit , ainfi fait , il veut que l'on arrache
II. Vcl. C L'Aibre
3002 MERCURE DE FRANCE
L'Arbre heureux qu'avec tant d'attach
Cultive Ruftaut fon Fermier.
On obéit , dans un fien Jardinage
Il le fait auffi- tôt planter ;
Rien ne fut épargné , pour qu'il pût profiter ;
Mais le Pomier fentant un ingrat labourage ,
Languit , deffeche , & par un cruel sort
Il meurt. Ainfi pour fruit de fon honteux ménage ,
Notre Arpagon pour tout partage
N'eut que les branches d'un bois mort
Par M. P. J. T. V. de Rouen.
****************
LETTRE écrite à M. Lebenf, Chanoine
d'Auxerre. Par M. D. L. P. de la Societé
Littéraire d'Arras.
I
'Extrait d'une de vos Lettres, Monfieur,
à M. Fénel , Chanoine de la Métropole
de Sens ( inséré dans le premier Volume du
Mercure de France du mois de Juin dernier
) flate trop la Province d'Artois en général
, & les Habitans de la Ville d'Arras
en particulier , pour demeurer sans réponse .
Cette noble franchise , que vous regardez
, & qu'on a de tout temps regardée
comme inhérente au caractere des Artéfiens
et
DECEMBRE. 1739 3003
eft la vertu favorite des coeurs droits & fin
céres : Cette qualité seule en écarte , par
conséquent , l'ombre même de l'ingrati
tude .
C'est donc avec toute la reconnoiffance
poffible , que mes Compatriotes ont vu une
personne de votre mérite , prendre leur défense
contre un jeune homme qui devoit
renoncer au trifte honneur de rendre sa Lettre
intéreffante , s'il croyoit ne pouvoir le
faire qu'aux dépens de son Pays .
Il eft aufi glorieux pour nous , que fầ÷
cheux pour M. de G. de voir le portrait qu'il
fait de l'état des Sciences & des Arts dane
cette Province , démenti par un Etranger ,
dont le témoignage ne peut être suspectd'aucunes
vûës , générales , ni particulieres.
L'amour de la Patrie eft une paffion dans
la plupart des Hommes , qui groffit les objets
, ou qui les diminué également , au gré
de la partialité de ceux qui la défendent.
Peu de Gens sont capables de parler ou
d'agir de sang froid dans une matiére fi délicate.
C'est être Avocat dins sa propre cause.
Voilà sans doute la raison qui a empêché
plufieurs personnes de cette Ville , au fi recommandables
par les qualités de l'esprit ,
que par celles du coeur , de répondre à la
Lettre de M. de G. & de diffiper les préjugés
peu favorables qu'il s'eft efforcé de faire naî
Cij
3004 MERCURE DE FRANCE
tre contre le Génie des Peuples de l'Artois ,
Mais cette délicateffe he devroit plus sub
fifter , avec un garant tel que vous , fi l'Artois
avoit sérieusement besoin d'Apologie
contre de fi- foibles attaques.
Les Sçavans connoiffent les grands Hommes
& les Ecrivains en tous genres , que
cette Province a produits , & pourront juger
peu avantageusement de la litterature de
M. de G. Quant aux honnêtes Gens , moins
inftruits , il eft à craindre qu'ils ne s'en prennent
au coeur d'un Artéfien , qui fait de
l'ignorance de fes Compatriotes un Portrait
plus surchargé , que s'il s'agiffoit de peindre
celle des Lapons & des Samogetes.
Mais la franchise dont nous faisons profeffion
, m'engage à dire naturellement ce
que je crois capable de l'excuser : Il a crû ,
peut- être , relever la gloire & l'obligation
qui sont dues aux Inftituteurs de notre Académie
naiffante , en aviliffant , et en mettant
presqu'au rang des Brutes , les autres Habitans
de la Province ; il a voulų , sans doute
faire voir combien il a fallu de patience & de
peines à ces nouveaux Orphées , pour adoucir
& aprivoiser la férocité de ces Peuples
groffiers , & les amener au point de n'être
plus épouvantés à la vûë des Sciences & des
Beaux Arts.
Mais en ce cas ( pour me fervir de fes
propre
DE GEM BR E. 1739. 3008
Propres termes ) un pareil Théâtre étoit-il
propre à recevoir ces mêmes Beaux Arts , que
la Raison & le Goût avoient déjà répandus
dans toute la France ?
Un Pays Barbare , où la Raisɔn même étoit
pen perfectionnée , où la Nobleffe vivoit dans
une ignorante oifiveté : où les Eccléfiaftiques ;
contens d'entendre leur Bréviaire , bornoient
leurs talens à psalmodier au Lutrins où le
Peuple peu induftrieux , ne pouvoit franchir les
bornes d'un commerce médiocre ; où la culture
des Belles Lettres étoit regardée comme un écart
d'esprit , où enfin les Bibliothèques étoient profcrites
, &c. Un tel Pays , dis - je , ou plutôt ,
une feule Ville de ce Pays , peut- elle s'être
métamorphosée tout-à- coup au point de fournir
en peu de temps 40. Personnes animées
d'une ardeur & d'une émulation égale pour
la culture des Belles Lettres , jusq'alors inconnues
& méprisées dans l'Artois ?
Mais M. de G. fe tire habilement de ce
pas. La Nature , dit- il , se joue dans ses productions
.... Elle ne suit pas toujours les regles
ordinaires , &c. C'est donc à un miracle de
la Nature , que l'Académie d'Arras doit fa
naiffance ... Cette origine lui fera un jour
honneur , fi la Lettre en queftion paffe à la
Poftérité.
Je m'aperçois cependant que j'en ai déja
dit aflés,pour réfuter de pareils raisonnemens ,
C iij Je
3007 MERCURE DE FRANCE
Je reviens à votre Lettre. Il eft vrai , Mon
fieur , qu'on a écrit en Artois comme ailleurs ;
qu'on y a aimé la lecture , & qu'on y a composé
des Livres. Peu de Provinces ont même été
fi abondantes en Ecrivains .
Il ne faut qu'ouvrir Valerus Andraas ,
dans fa Bibiothèque Belgique , où , fans
compter les Galets , les Vignacourts , les
Bauduins , les Goffons , les Meyers , les Malbranqués
( Auteurs connus de tout le mon
de ) on trouvera un Catalogue de plus de
cent autres Auteurs Artéfiens , la plupart
nés à Arras , qui ont écrit dans tous les genres
de Littérature .
Il eſt également vrai , que c'eft dans l'Artois
& dans fon voifinage , que l'on a d'abord
imité la Provence , foit dans la compofition
des Poëfies vulgaires , foit dans les
traductions des anciens Livres en la Langue
du Peuple.
C'est ce que le Préfident Faucher nous apprend
dans fon Traité de l'origine de la Langue
& Poëfie Françoise , Ryme & Romans ;
où il dit , que nos premiers Romans , & nos
premieres Poëfies ont été écrits en divers
Dialectes , tels que Limofin , Wallon & Provençal.
€
Il ajoûte , dans un autre endroit du même
Traité , que ce Dialecte Wallon (dont fe fervoient
les anciens Poëtes», Annaliſtes , & Eø!
manDECEMBRE.
1739. 3007
manciers ) ayant trouvé des Cours riches ( comme
celles des Comtes de Flandres , d'Artois ,
de Haynault & autres ) a donné occafion de
penser , que ce fut une autre maniere de parler
François , &c.
Le même Auteur , dans le fommaire des
Ouvres des Poëtes Rymeurs François,vivans
avant l'an 1300. nomme plufieurs de cas
Poëtes natifs d'Arras , tels que Jehan Miniot,
Sanvage , Courtois , &c.
Les bornes d'une Lettre m'empêchent
de m'étendre fur cette matiére , qui d'ailleurs
ne vous eft pas étrangere , puisque vous
nous promettez un Traité qui y a beaucoup
de raport
.
Votre Remarque fur le nom de Franchife
imposé par le Roy Louis XI. à cette Ville ,
au lieu de fon ancien nom , & le doute ,
dans lequel vous êtes de fçavoir , fi ce mot
Franchise doit être pris dans fon vrai fens
( pour exprimer le caractere particulier des
Habitans de la Capitale de l'Artois ) ou
plûtôt dans le fens qu'il fignifie Exemption ,
Affranchiffement , Immunité , m'ont paru assés
intéreflans pour mériter d'être approfondis.
Avant que de consulter aucun de nos
anciens Hiftoriens , j'ai commencé par m'informer
, fi dans les Dépôts publics il ne fe
Trouvoit pas quelques Chartes , ou Lettres
C iiij Pa008
MERCURE DE FRANCE
Patentes expédiées , dans le temps , fur co
fujet.
On m'a montré deux Piéces , que je crois
fuffisantes pour lever toute difficulté. L'une
eft une grande Charte de Louis XI . du mois
de Juillet 1481. enregistrée au Parlement de
Paris le 28. Août de la même année , dont
le Préambule porte ces termes : Loui , &c .
Comme puis aucun temps en çà , pour certai
nes grandes , justes raisonnalles causes &
confiderations à ce nous mouvans , & par Ра-
vis & déliberation de plufieurs Princes & Scigneurs
de notre Sang & Lignage & Gens de
notre Conseil , Nous avons ordonné faire vuider
les Habitans de nos Ville & Cité de Fran
chise , paravant nommée Arras , nommée Arras , & les far?
peupler habiter de Marchands & Gensntcaniques
de tous états, métiers & vacations, de
plufieurs bonnes Villes de notre Royaume ; ensuivant
laquelle Délibération art été envoyés
par les Officiers & Habitans defdites Vill s
plufieurs Marchands & Ménagers , qui à
présent sont demeuran & habitans de notre
Ville & Cité de Franchise , & soit besoin donner
ordre , police , forme & maniere à iceux
Marchands , d'eux regler & gouverner aufat
de la justice , & des choses qui en dépendents
pareillement les affranchir , & leuz donnerplufieurs
beaux & grands privileges , prérogatives,
& franchises , &c.
On
DECEMBRE . 1759 3009
On voit par cette Charte , qui est trèslongue
, & qui contient véritablement les
plus beaux Privileges accordés par Louis XI.
aux nouveaux Habitans de Franchise , que ce
Prince , pour des raisons politiques , qu'il
n'avoit pas coûtume de dévoiler , avoit jugé
રે propos d'expulser les anciens Habitans
d'Arras , pour y mettre une Colonie nouvelle
, tirée des meilleures Villes de France.
On voit en même temps , que lors de
l'expédition de la Charte qui accorde tous
ces Privileges & Prérogatives , la Ville
d'Arras portoit déja le nom de Franchise ;
puisqu'il y a un Article exprès , qui est le
61. par lequel il est dit : Et en suivant nos
premieres Ordonnances , & à ce que le nom de
nofdites Cité & Ville , qui auparavan: étoient
dites , nommées & apellées les Cité & Ville
dArras , soit confirmé .... Voulons & nous
plaît , que à perpetuité elles soient nommées &
apellées en leur nom Franchise ; sans ce qu?
के
jamais l'on puiffe par écrit , de bouche , ne autrement
nommer , ou apeller Arras , lequel nom
nous avons suprimé & aboli , sur peine d'être
puni griévement , &c.
L'autre piece , datée du 17. Janvier 1483 .
est intitulée, Lettres Patentes de Charles VIII.
Roy de France , portant rétabliſſement & réin-'
tégration de tous les Bourgeois , & Habitans
de la Ville & Cité d'Arras , qui en avoient
C v été
3010 MERCURE DE FRANCE
été expulsés pendant le Regne de Louis XI.
dans tous leurs Biens , Privileges , Franchi
scs , &c. وا
Le Préambule est conçû en ces termes :
Charles .... Salut. Comme feu notre très - cher
Seigneur & Pere , que Dieu absolve , après l'e
trépas dufeu Duc Charles de Bourgogne , en son
vivant notre Confin , eut prins & mis en sa
main entre autres Terres & Seigneuries , notre
Comté d'Artois , tant par défaut d'homme &
d'hommage non fait , que pour autres droits
qu'il y prétendoit ; & pour ce que aucunes Villes
& Places de notredit Pays d'Artois ne vouslurent
pleinement obéir à fadite main - mise ,
fut conseillé d'y proceder par main -forte & armée
, ce qu'il fit ; & pendant ce qu'il étoit en
armes en notredit Comté d'Artois , les Habitans
de notre Ville d'Arras firent l'obéissance pleine
il
entiere à notredit feu Seigneur & Pere , lequel
, deux ans après ou environ , pour plufieurs
grandes causes & bonnes confiderations , qui le
mouvoient lors , il ordonna faire vuidier les
Habitans de nosdites Ville & Cité d' Arras ,&
les envoyer demeurer & habiter en notre bonue
Ville de Paris & autres de notredit Royaume.....
Icelui notre feu Seigneur & Pere , meu de bonne
volonté , ayant pitié & compaffion du Peuple
& des Habitans de nofdites Ville & Cité
ordonna de son propre mouvement , que coux
qui avoient été expulsés & mis hors d'icelles ,
J
DECEMBRE. 1739 30rf
retournassent , ce que plufieurs ont fait ; &
nous ayant à présent ceux quiy sont retournés ,
& le autres qui ont intention de ce faire , trèshumblement
suplié & requis , qu'il nous plaise
Lesfaire reftituer à pur & à plein en leurs maisons
, heritages , privileges , franchises , &c.
tout ainsi qu'ils avoient coûtume de faire auparavant.
Sçavoirfaisons , &c.
Je crois qu'on peut infercr de ces deux
Chartes , que le nom de Franchise , n'a été
donné par Louis XI . à la Ville d'Arras , que
a
dans le sens qu'il fignifie Affranchiſſement ,
Immunité , ou Exemption.
En effet , par sa Charte du mois de Juill
1481. il accorde aux nouveaux Habitans des
Privileges considerables , pour engager ses
Sujets à aller peupler sa nouvelle Colonie .
Il est vrai qu'on voit par les termes de
cette même Charte la Ville d'Arras
que >
portoit déja le nom de Franchise . Mais il eſt
d'autant plus probable ,. qu'il n'y avoit pas
long- temps que ce nom lui étoit imposé ,
qu'il est moins vraisemblable que Louis XI .
l'eût donné à la Ville d'Arras , tandis qu'elle
étoit encore habitée par ses anciens Citoyens ,
qui étoient prêts à ressentir les funestes effets
des soupçons qu'il avoit conçûs contre eux .
Un autre Charte de ce Prince , du mois
de Mars 1476. ( c'est à dire , datée de cinq
années auparavant ) par laquelle il confirme
C vj
les
3012 MERCURE DE FRANCE
les Privileges des anciens Habitans d'Arras ,
qui s'étoient volontairement soumis à son
obéissance , prouve du moins , qu'il n'étoit
point encore question alors du nom de
Franchise.
Tout porte donc à croire , que ce n'est
qu'en faveur des nouveaux Habitans , & pour
exprimer les Privileges extraordinaires qu'il
leur accordoit , que ce nom de Franchise a
été donné à la Ville d'Arras.
Jean Regnart , Traducteur de Paul- Emile ,
parlant de ce Fait , & de la maniere dont
Louis XI . se mit en poffeffion de l'Artois ,
après la mort de Charles le Hardy , Duc de
Bourgogne , dit : Et pour mieux s'affûrer de
cette Ville d'Arras ) il en fit sortir les Habitans
, les envoya demeurer à l'autre bout du
Royaume de France , d'où il fit venir des François
pour habiter Arras , qu'il voulut lors être
nommée Ville Françoise.
Le même Auteur ( parlant de l'Accord fait
entre les Gantois & le Roy Louis XI . ) s'exprime
en ces termes : Les Gantois manderent
au Roy , que s'il vouloit quitter l'Alliance
d'Angleterre , leur petite Princeffe Marguerite
, âgée seulement de trois ans , feroit menée
en France , pour être fiancée avec le Dauphin :
laibailleroit- on en mariage les Comtés d' Artois
& de Bourgongne . A quoi s'accordant le
Roy, la Paix fut conclue des deux côtés : au
moyen
DECEMBRE. 1739. 3011
moyen de laquelle les Artoisiens , qu'on avoit
relegués à l'autre bout de la France , retournerent
à Arras ; & recouvra cette Ville son premier
nom.
>
Ces deux Passages achevent de confirmer,
que le changement de nom de la Ville d'Arras
ne fut occasionné que par le changement
que Louis XI . fit des Habitans de cette
Ville pour mieux s'en assûrer dans un
temps de troubles & de révolutions continuelles.
,
Au reste , sa conduite , en les rapellant
peu d'années après , & celle de son fils
Charles VIII . en les réintegrant dans tous
leurs Biens & Privileges , par sa Charte du
13. Janvier 1483. suffisent pour prouver que,
ces deux Princes ne tarderent pas à reconnoître
, que les soupçons qu'on avoit prétendu
leur faire concevoir contre les anciens
Habitans d'Arras , étoient injustes &
mal fondés..
A l'égard du nom de Ville Françoise , que
Paul Emile dit que Louis XI. donna à Arras
, au lieu de celui de Franchise ; je crois
que le sentiment particulier de cet Auteur ne
peut militer contre les Titres authentiques.
dont nous venons de parler.
Je suis même porté à croire , que c'est
une faute d'impreffion , ou une méprise du
Traducteur de Paul - Emile , dont je m'é
clair
3014 MERCURE DE FRANCE
claircirai , dès que l'Original me tombera
sous la main .
J'ai l'honneur d'être , &c .
Il y a déja plusieurs mois que la Piéce
qu'on vient de lire nous a été remise ; un
mal entendu , qu'on n'a pû assés tôt éclaircir
, en a retardé l'impreffion , dont elle
nous a parû très digne ; nous en faisons des
excuses à l'Auteur .
A DIE U
A Madame de P ** sur son départ pour
Elle part ,
la Province.
e part , cette Nimphe aimable ,
Qui faisoit de ces Lieux le plus bel ornement ,
Elle part : & nos champs qui l'ont vûë un moment,
Pleurent la perte irréparable
Qu'ils font, en la quittant, de tout leur agrément.
Bergers , qu'une amitié fidelle
Rassembloit pour la voir à l'ombre de ces Bois ,
Et qui quelquefois autour d'elle
Ecoutiez la vertu qui parloit por sa voix ,
A ces tendres accens que la douleur m'inspire
•
Mêlez vos soupirs & vos pleurs ;
1
Qu'au
DECEMBRE . 1739. 3015
Qu'aujourd'hui ma plaintive Lyre
Soit l'interprete de vos coeurs .
Comme on voit le Soleil , qu'un nuage envieux
A voilé longtemps à la Terre ,
Etaler sur le soir la pompe de ses feux ,
Et se plonger bientôt sous un autre hemisphere ,
Telle , sensible à nos desirs ,
Sur ces bords , Uranie , avec votre présence
A peine vous avez ramené les Plaisirs ,
Que vous allez par votre absence
Nous rendre pour jamais à nos tristes soupirs .
L'Hyver dans nos Jardins dépouillés de verdure
Ramene tous les ans la neige & les frimats ;
Flore vient à son tour réjouir nos climats ,
Et reffusciter la Nature .
Ah ! si , du moins , flatés d'un agreable espoir ,
Nous pouvions soulager Pennui qui nous dévore ;
Mais nous quittant , hélas ! vous nous ôtez encore
L'efperance de vous revoir .
Feurs , dépouillez votre parure ,
Kuiffeaux , coulez plus tristement ;
Oiseaux , que votre doux murmure
Ne soit plus qu'un gémissement.
Et vous, de ma douleur ir terprete chérie ,
Ma Lyre , cessez vos accords ;
3016 MERCURE DE FRANCE
Je ne voulois , hélas ! célebrer qu'Uranie ;
Pour toujours Uranie abandonne ces bords !
Heureux objet de sa tendresse ,
Climat , pour qui son coeur soupire chaque jour ,
Aimables Lieux , où la sagesse
Avec elle bientôt doit établir sa cour ,
Si vous aviez eû moins de charmes ,
Nous aurions moins versé de larmes ;
Paris de votre sort n'eût point été jaloux.
Mais pouviez-vous manquer de plaire ?
Celle que notre coeur & regretre & révere
A reçû le jour parmi vous.
Mais quoi ! d'une plainte frivole
En vain je fatigue les Airs :
Elle part , & son Char s'envole
Plus vite qu'un Vaisseau ne fend le sein des Mers
Fougueux Tyran de l'air , fier époux d'Orythie ,
Retiens ton souffle impetueux ,
Et laisse à l'Amant de Clytie
Le soin de nettoyer les Cieux .
Brillant Pere du Jour , sans voiler ton visage
Modere de tes feux les brûlantes chaleurs ,
Et que partout sur son passage
Les chemins soient jonchés de Myrthes & de Fleurs
Pour
DECEMBRE.
3017 1739 .
Pour nous , sur les bords de la Seine ,
aissant errer au loin nos avides regards ,
Nous verrons rouler dans la Plaine
Ce Char , pour qui nos voeux conjurent les hasards ;
t quand nos yeux lassés ne pourront plus le suivre,
our remplir ce devoir nos coeurs pourront s'unir ;
Mais hélas ! si le mien à son zé'e se livre ,
Il ne voudra plus revenir .
Moreau .
DERNIERE PARTIE de la Disser
tation de M. Clerot , Avocat au Parlement
de Normandie , sur l'origine des Peuples
du Pays de Caux ; &c .
> E m'étois d'abord proposé Monsieur ,
l'Examen du reste des Etablissemens
faits dans notre Pays de Caux , à l'arrivée
des Saxons & des Francs , jusqu'après la
fixation des Normands ; mais j'aurai occa- .
sion de vous détailler tout cela dans un autre
Ouvrage , surtout , quand je traiterai
de la fameuse Julio- Bona , de l'ancien Duché
de Deutelen , & des premiers Ducs de
Normandie , où je veux faire voir
1 ° . Que les Caletes ou Cadetes de César
ne
Bois MERCURE DE FRANCE
ne sont autres que ceux qui habitoient sur
P'un & l'autre bord de la Seine , au Rivage
apellé Calet ou Caled , & avec lesquels ce
Grand Capitaine , plus rapide dans ses Conquêtes
, qu'exact dans ses connoissances , a
confondu ceux qui vivoient sous le Gouvernement
de l'Eutel des Phéniciens , Carthaginois
, Syriens , & c .
2°. Que la plupart des Auteurs , qui ont
pris le Comté particulier de Tellao ou Talon,
pour le Pays du même nom , se sont étrangement
trompés , & ont fait en cela , à peu
près comme celui qui prendroit le Territoire,
ou le Gouvernement particulier de la Ville
de Naples , pour tout le Royaume de ce
nom .
3.°. Que peu de personnes ont rencontré
juste , quand ils ont voulu parler de l'origine
des Coûtumes du Pays de Caux & de leur
difference , en ce qu'on apelle Usages Locaux,
parce que pour parler pertinemment
de ces
differentes Loix , il faut sçavoir quel étoit le
pouvoir des Romains & des Saxons , quand
ce Pays a eû les uns & les autres ensemble
dans son sein .
4°. Qu'enfin ce fût ce Duché de Deutelen
que Charles le Simple cada à RAOUL avec
ce que celui - ci avoit déja pris , & l'entiere
Suzeraineté dans ce qu'on apelloit alors les
marches de Bretaigne. Il faut donc déterminer
DECEMBRE . 1739. 3019
3
ner à présent nos reflexions par une idée générale
de l'Etat de notre Pays de Caux , jusque
vers l'avenement des Normands , & le
temps , où ils s'y sont absolûment fixés .
Il est constant que depuis que les Germains
eurent fait dans le Pavs de Caux l'irruption
dont parle César , il n'y eût presque
presque point de temps de trouble , qu'il n'y
en passât quelques Colonies , & si nous lisons
avec soin les Historiens qui parlent des
Courses de ces Peuples ou de leurs Alliés ,
nous trouverons que, jusque même après les
Normands , il y a toujours eû des Germains
parmi nous , établis de gré ou de force , ce
qui fait que les Usages anciens s'y sont mieux
conservés.
En effet j'ai déja fait voir que le Culte
rendu au Soleil & à la Lune , la Vénération
pour les Collines & pour les Marais , pour
les Forêts & pour les Cérémonies Helleniennes
; en un mot tout ce qui étoit l'objet
des hommages de nos premiers Belges & de
nos Germains , subsistoit encore avec éclat
dans les VI . VII . & VIII . Siécles , & nous
avons actuellement parmi nous , plus qu'ail
leurs , des traces de l'Etablissement de ces
Germains, devenus Belges.
Il semble que c'étoit le propre de la Nation
Germanique d'habiter comme nos
Paysans du Pays de Caux , dans des especes
>
de
gozo MERCURE DE FRANCE
de Huttes, enduites d'Argile & couvertes de
Chaume , toujours aux Champs. Les François
qui étoient eux -mêmes originairement
Germains , n'avoient que des Bourgades ou
des Villages , où ils tenoient leurs plus célebres
Assemblées au milieu d'un Champ , &
ils ne se rendoient dans les Villes que pour
cause de Religion , pour acheter leurs provisions
, pour administrer la Justice, ou pour
traiter des affaires qui concernoient la Cité ,
c'est- à- dire le Territoire de chaqueVille . On
sçait que ce ne fut que sur la fin de la Race
des Merowingiens , que les Francs & les
Saxons commencerent par les démolitions
des anciens Edifices Romains , à bâtir des
Châteaux contre l'incursion des Barbares ,
des Palais pour la demeure de lcurs Rois
& des Monasteres pour les Exercices communs
de la Religion . Cela augmenta sous
les Carlowingiens , tant par la crainte des
Huns & des Normands , que par le faste des
principaux de la Nation. Mais avant que
de passer à l'Etat de nos anciennes Villes ,
&c. permettez - moi , M. de vous achever ce
qui peut marquer la véritable dénomination
du Pays de Caux .
,
>
Les desordes des Guerres des Romains ,
cu des Barbares renverserent l'ancienne
Thal ou Tel ou Eutel, laquelle avec ses privile
gcs & son commerce s'éleva vraisemblablement
DECEMBRE. 1739. 3528
mment au Lieu apellé Vicus ou Quentowic , que
nos Chartes & les Capitulaires placent toujours
avec Roüen ; peut être que la Baffe
Ville nommée Elloibonna ou Heldonna , subsista
plus longtemps , mais elle eut le sort
de l'autre , & je soupçonnerois que ceux qui
l'habitoient alors , passerent au Port apellé
Calet ou Caled , ce Lieu que la Chronique
de Fontenelle nomme Caftrum Caletum , parce
qu'il a été sans doute une de ces Fortereffes
, que les Romains éleverent sur les
bords des grands Fleuves ; enfin sous les premiers
Rois de la seconde Race , nos François
ont vraisemblablement bâti un Château
sur le Lieu où eft maintenant Arques , du
vieux mot Arsc ou Arch , qui fignifie dans
le Langage de nos Peres , ce que Thal ou
Tel fignifioit en Phénicien , ou Elloi bounos
en Grec, desorte qu'en quelque maniere trojs
portions d'une même Ville auront eû chacune
un nom qui aura fignifié la même chose
en differens Dialectes.
Pour ce qui eft de l'état de nos anciennes
Villes, elles étoient habitées par les Prêtres, par
les Soldats de la Garnifon, par les Marchands
& par les Artifans , la plûpart Etrangers .
Phéniciens , ou Syriens , Grecs d'Alexandrie,
& Juifs, ou Hébreux. Vous sçavez, M.qu'en
suivant l'ufage de ces Etrangers , d'origine
Orientale , on rendoit la Justice à la Porte
des
3022 MERCURE DE FRANCE
des Villes ; on élevoit les plus fameux Temples
hors les Murs , & on tenoit aux Parvis
de ces Temples les Foires & les Marchés,
Voila ce qui occafionna les Sub Urbani ,
dont parlent nos anciennes Hiftoires. Vous
fçavez auffi , que quoique quelques - uns de
ces mêmes Etrangers euffent auffi des habitations
particulieres dans l'intérieur de la
Ville , c'étoit cependant proprement le Licu
où étoient les Maifons des Seigneurs , pour
leur demeure dans les temps d'Affemblées
comme c'étoit là encore où les Druides du
premier Ordre , fe fixoient pour les Jours
confacrés à la Religion ; & voila ce qu'on
doit entendre par le nom de Cives , que nous
trouvons dans nos vieux Hiftoriens ; mais en
géneral nos Etrangers vendoient ou fournilfoient
hors des Villes ce que les Gaulcis ,
les Germains & les Saxons , qui habitoient .
la Campagne , pouvoient fouhaiter , & le
Commerce étoit tellement le propre de ces
Etrangers , qu'on ne les défignoit guere que
fous le nom de Mercatores , enforte que les
noms de Syrien , de Juif , d'Egyptien & de
Négociant , étoient fynonimes , à peu près
comme chés nous l'ont été les noms de Bohémien
, d'Egyptien & de Devin . Sicut
Arabs latronem denotet ; Cananaus , Mercatorem
& Chaldeus Mathematicum dit saint
Jerôme fur Jeremie , Chap . 3 .
Je
DECEMBRE. 1739. 3023
›
Je devrois naturellement finir ici , mais je
eux vous faire part encore d'un changement
ue l'avidité infatiable de Rome caula dans
otre Pays de Caux. Vous fçavez , M. que
es Belges , comme les autres , jettoient ou
achoient des richeffes immenfes dans leurs
acs , dans leurs Marais facrés , & dans le
ond de leurs faintes Forêts. Les Romains ,
our enlever ces richeffes , fous prétexte d'aolir
la fuperftition Gauloife , entreprisent
de fécher ces Marais, & de défricher ces Foêts
, ce qui leur réüffit & fut dans la fuite
l'origine de l'Etabliſſement de la Dénomination
de plufieurs Lieux , comme S. Aubin ;
Paluel , Fontenelles , Pavilly , & autres dont
j'ai déja parlé. Quand les Gaulois voyoient
ainfi fécher leurs Lacs vénérables, ils avoient
toujours quelque Hiftoire prête à raconter ,
pour faire croire que les Dieux avoient vengé
le facrilege commis par les Romains , ce
qui trouvoit d'autant plus de créance , que
ces asséchemens & fur tout le remuëment de
la boue , faifoient élever des vapeurs , qui
caufoient de grandes maladies ; & voila ce
qui préfente l'origine de plufieurs Lieux de
notre Topographie , comme Mauville , à
préfent Monville , Malaunay, Maupas, &c,
Mais comme notre Ville de Rouen offre
quelque chose de plus réel , qu'elle commande
au Pays de Caux, & qu'elle a toujours
eû
3024 MERCURE DE FRANCE
¿
eû des raports & des relations intimes avec
l'ancienne Talow , devenue Wicus & Quentowicus
, on peut dire avec fondement que
le Lac venerable d'auprès, fut un des premiers
objets de l'avidité Romaine , à peu près
conme celui de Touloufe , que fécherent
les Soldats du Conful Capio , qui eut des
fuites fi funeftes, & dont eft venu le Proverbe
, Aurum Tolosanum , & c.
Notre Lac , apellé Roth par les Gaulois ,
& Vivarium par les Romains , étoit à l'Orient
de la Ville , près la principale Porte , & fur
le bord du Lac étoit tout à la fois un ancien
Temple , l'ancien Marché , & le Lieu où l'on
rendoit la Juſtice , Extra Muros Civitatis . Il
fut deffeché comme les autres , & en voici
quelques preuves , tirées des Chartes de
l'Hôtel de Ville , & de l'Abbaye de S. Ouën ,
jointes aux differens Actes de la Vie de faint
Romain & à l'état des Lieux.
1º. Le Terrain de cet afléchement , qui
fait aujourd'hui la partie la plus confidérrble
de Rouen , a été long temps marqué & l'eft
encore , mais dans des bornes plus refferrées,
par les noms de fes differentes extrémités qui
fignifient en Saxon Latinisé , des Marais , des
Eaux , Tenementum in Vico qui dicitur Malaleed
.... tenementum in Marescheria ....
& tenementorum suorum que stagnum juxia
Rothomagum occupant ....
2 .
DECEMBRE. 1739. 3025
2. Il y a cû auffi long-temps dans ce Terrain
plufieurs petits Ruiffeaux , differentes
Fontaines & un refte des Eaux , qui étoit confideré
comme le Centre des autres ; il y a
même encore actuellement differens petits
Canaux avec plufieurs Fontaines d'Eaux Minérales,
lefquelles imprimant à leur fable une
couleur rouffe ne contribuoient peut -être
pas peu à donner au Lac le nom de Roth , ce
nom fur lequel on a fait autrefois tant de raifonnemens
, & c. In aquis Atrii Sancti Audani
de extra portam usque ad beket de Martinvilla
.... FontemBerengarii & Fontem Rogerii
Gode filii per Terram Sancta Trinitatis
deducendos .... aquam qua vocatur Mater.
aque deducendam quocumque voluerint .....
3 °. Ce même Terrain a eû prefque toujours
un accès plus particulier aux débordemens
de la Seine , & il y en a eû à Rouen de
fréquentes preuves , juſques à ce qu'on ait
élevé cette Digue que nous apellons le Chemin
neuf ou le Cours Dauphin . Repentina
aquarum inundatio ab Occiduo Mari exastuans
circumjacentem Urbis Planitiem super
effusio diluvio occupavit , ecce ab Orientali
Plaga infusio aquarum marino astu adjuta ad
alta usque Urbis mania intumescens erupit quod
multo pridem tempore creberrimè facere consueverat
...
4°. Les deux Rivieres dont ce Terrain eſt
D encore
3026 MERCURE DE FRANCE
encore arrosé , mêloient jadis leur Eaux &
les y mêlent encore quelquefois , au Lieu
apellé le Choucq , ce que j'ai déja obfervé
, & lorfqu'elles ont été féparées , une
des deux qu'on voit encore être hors de
fon affiéte naturelle , a retenu le nom de
Roth , auquel nos Saxons ont fait quelque
leger changement , & ont joint celui de Bec,
qui fignifie Ruiffeau : Pratis ad eam pertinentibus
fuper Fluvium Rodobec .... Juxtà
muros ipfius Urbis fuprà Fluviolum Rodobec....
& fi Rodobecus limite fuo exierit , omnes mo¬
lendinarii ibunt ad rupturam.
que
5 ° . Enfin ces deux mêmes Rivieres , quoique
ſéparées , ont été apellées longtemps
d'un feul nom , fçavoir de celui de Vivier
les Romains avoient fans doute donné
au Lac , d'où plufieurs Terres des environs
ont pris leur dénomination , comme la Baronie
du Vivier , Roncherolles fur le Vivier
S. Martin du Vivier , & autres , à quoi j'ajoûte
que ces deux Rivieres étoient encore
ainfi défignées du temps de l'Echange d'Andely
( petite Ville entre Rouen & Vernon )
de Vivario & piscariam ejufdem Vivarii in
manu noftra retinemus , ita quod nihil de aquâ
Vivariifacere poffimus ad damnum ... mais
comme je n'ai pas le Titre primitif des asséchemens
dont j'ai parlé , voyons à pouffer plus
loin les preuves que je fubftitue à ce Titre.
Ces
1
DECEMBRE. 1739. 302
1
Ces asséchemens , comme je l'ai dit , caur
foient des maladies & des Evenemens fàcheux
, foit par les exhalaifons de la Bouë
que les Soldats Romains avoient grand foi
que
de remuer , pour ne rien perdre de ce qu'ils
efperoient trouver , soit par le croupiffement
des Eaux , qui reftoient & qu'on ne pouvoit
pas abfolument retirer , foit à l'égard de celui
dont nous parlons , par les inondations
de la Seine qui entroit prefque toujours dans
ce Terrain extrémement bas , & qui donnoit
fouvent de l'exercice à nos Saints Archevêques
; c'eft de là sans doute que le nom de
mala palus , a été donné à un ancien Fauxbourg
de Rouen , lequel contenoit tout ce
qui forme aujourd'hui la Paroiffe de S. Maclou
, & qu'occupoient ceux que l'Hiſtorien
de la Vie de S. Romain apelle extramurani
populi. Cela rend , ce me femble , fenfible
cette verité , qu'il y a eû autrefois dans ce
même Terrain un Lac qui a été féché. A
l'égard du Fauxbourg , du nom de Malpalu,
on n'en fçauroit douter , puifque plufieurs
Chartes en défignent les Seigneurs , Willel
mus de malapalu ... Rotgerius de malapalud¸
nommant même les Chantres de la Paroiffe
Clerici de malapalude.
En un mot , pour prouver que ce Faux
bourg, dont une rue de Rouen porte encore
le nom , a exifté , on n'a qu'à lire Oderic
Dij Vital,
3028 MERCURE DE FRANCE
Vital , sous l'an 1090. On y trouvera que
dans ce temps - là le Duc Robert ayant été
obligé de se sauver de Rouen , fut reçû par
les Habitans du Bourg de Malpalu , comme
leur véritable Maître . Per orientalem portam
egreffus eft , & mox à Suburbanis Vici qui
Malapalus dicitur , fideliter , utfpecialis Herus
, fufceptus eft...
•
Voilà , M. ce que je trouve de plus plaufible
, pour apuyer ce que je vous ai dit de
l'origine du nom de Rothomagus , donné à
notre Ville de Rouen , & des differens Peuples,
qui, les premiers font venus habiter sur
nos Côtes du Pays de Caux : voilà auffi ce
qui peut réfuter quantité de Fables qu'on a
debitées sur ces premiers temps de notre Histoire.
Ne croyez pas cependant que je m'imagine
avoir démontré la chefe de maniere
à ne pas fouffrir de réplique , je fçais que
l'évidence même a fes contradicteurs , mais
j'ai mes garants. Plusieurs excellens Auteurs
ont pensé avant moi , que les premiers Gaulois
, qui certainement n'étoient pas nés
dans le Pays , venoient du Nord , & étoient
vraiment Scythes. Le Commerce des Phéni
ciens ou Syriens aux Caffiterides , & par consequent
vers nos Côtes , eft si conftant , que
je ne crois pas qu'on puiffe le méconnoître ;
& si ce que je dis de l'introduction des Grecs
parmi nous , paroît oposé à ce qu'un célebre
Аса
DECEMBRE . 1739. 3029
Académicien a écrit sur le Culte d'Ifis chés
les Germains , & chés les Gaulois , ce n'eft
pas , ce me femble , assés
pour me faire chan
ger de fentiment. Je fuis , &c.
****
3
J
***************
EPITRE
A Mr. Pesselier.
Eune Pesselier , dont la gloire
En naiffant éblouit les yeux ;
Digne Eleve du Dieu du Temple de Mémoire ,
Seul , tes fameux Ecrits ne font point d'envieux ,
Poursuis , jeune Héros , cette illustre carriere
Où l'on te voit courir avec tant de succès ;
Non , ni Terence , ni Moliere ,
N'ont fait de fi nobles Effais.
Rome , ne vante plus ce sublime Terence ,
Et les traits immortels de son hardi Pinceau ,
Admire Pesselier , aux Rives de la France ,
Egaler ton Terence , encor en son berceau .
Peut-on joindre à tant de jufteffe
De plus riches expreffions ?
De quel profond sçavoir , & de délicateffe
N'accompagne- t'il pas ses brillantes leçons ?
Sa morale , son ftyle , enfin tout nous enchanté ,
Et ses doctes Leçons triomphent de nos coeurs ;
D iij
La
3030 MERCURE DE FRANCE
La vertu n'eft point effrayante,
Quand on la peint de ses couleurs.
Heureux , qui peut d'un vol rapide
S'éloigner dés vulgaires yeux !
Que dans son noble effor la raison seule guide ;
Qui laiffe loin de lui ses lâches envieux !
Qu'il eft doux pour un coeur animé par la gloire ,
De pouvoir contenter ses voeux ambitieux !
Un coeur qui goûte la Victoire ,
Partage les plaifirs des Dieux .
Cependant fi l'Envie , à ta perte animée ,
Suscité contre toi des Zoïles François ,
Ta vertu confondra leur rage envenimée ,
Et contre tous leurs traits n'offre que son carquois.
LE LION ET LES RENARDS.
FABLE.
Jadis fut un Lion d'un superbe courage ,
Dont l'effroyable gîte étoit au fond d'un bois ;
Cependant bon voifin , ennemi du carnage ;
De la douceur il chériffoit les Loix ;
Enfin , unique en son espece ,
Tranquille , au sein de la molleffe ,
S'écouloient ses paisibles jours ,
timile ,
Quand de Renards une troupe
N'ayant que la haine pour guide ,
Voulut en abreger le cours.
Le
DECEMBRE. 1739 3031
Le jour pris , & bien -tôt la nombreuse cohorte
≈ De l'antre du Lion fut affieger la porte.
D'un triple rang ses murs sont entourés ,
C'en eft fait , disoient - ils , nous sommes assûrés
Que jamais notre Oiseau ne sortira de cage ;
Mais à l'inftant parat cet animal sauvage
Qui montrant dans ses yeux une jufte fureur ,
Au sein de nos Guerriers fut porter la terreur .
A son terrible afpect ils prennent tous la fuite ,
Et du fier animal ils craignent la pourfuite ;
Mais le Lion vainqueuf , maître de ses transports
Les laiffa fuir , chargés de leur honteux remords.
Tel , un coeur que l'envie abuse
Par l'espoir d'un illuftre prix ,
N'emporte pour tout fruit de sa funefte ruse ,
Que le trifte regret de l'avoir entrepris.
Goûte donc aujourd'hui tout le fruit de tes veilles ,
Et deformais femblable à tes fameux Guerriers ,
Pour prix de tes nobles merveilles ,
Ceins-toi le front de tes Lauriers .
Trifte & funefte écueil , où la vertu ſe brife ,
Louange tu ne peux triompher de son coeur ;
Plus il te voit de près , & plus il te méprise.
Et toujours fon devoir fera feul le vainqueur.
Par Delamotte.
D iiij
QUES3.32
MERCURE DE FRANCE
QUESTION DE DROIT.
U
N Pere de Famille qui faisoit sa demeure
dans le Pays de Droit Ecrit , &
qui avoit quatre Enfans , un garçon & trois
filles , fit son Teftament en 1713. par lequel
il institua son fils pour son heritier , & or
donna qu'au cas qu'il décedât ayant l'âge do
25. ans , & sans enfans , & au cas de crime ,
son hérédité apartiendroit par égale part &
portion à fes trois filles , toutes trois mariées,
chacune pour un tiers , & aux leurs pour
tiers d'une chacune prohibant audit cas
route Quarte Trébellianique & autre dis
traction de Droir.
le
Le fils heritier s'est marié depuis le décès
'de son Pere , & il eft mort sans enfans ca
1738. ayant plus de 25. ans. Avant que de
mourir il a fait son Teftament , par lequel il a
inftitué pour fon heritier universel un de ses
neveux , fils de l'aînée de ses soeurs , & s'eft
contenté de faire quelques Legs modiques à
quelques -uns des enfans de ses deux autres
soeurs.pes!
,
Tout cela posé on demande fi les deux
soeurs cadettes sont bien fondées à demander
l'ouverture de la Subftitution , en la ma
niere qu'elle eft marquée dans le Teftament
de leur Pere. Ce
DECEMBRE. 1739. 3033
Ce qui feroit croire qu'elles sont bien fondées
, c'eft que la Regle génerale , qui dit
que quand il y a plusieurs conditions qui
sont conjointes , il faut que toutes ces conditions
arrivent , omnibus conditionibus conjunetim
additis parendum eft . L. fi haredi plures
ff. de Condit. Inft . L. 45. n'a point lieu,
dans les Subftitutions faites en faveur des
descendans des Teftateurs sous differentes
conditions , quoique conjointes , lorſque la
condition fans enfans , y eft jointe ; car alors
la conjonctive eft convertie en alternative ,
ou disjonctive ; ensorte qu'il fuffit en faveur
des Subftitués , defcendans du Teftateur
que l'une des conditions arrive , quoique
toutes ces conditions fuffent conjointes. C'eſt
le sentiment de M. Mainard , L. 2. c. 40. de
M. la Roche , L. 3. in verbo Subſtitutions ,
tit. 6. art. 4. de M. Caftellan , Liv. 5. c. 19.
de Fernand , sur la Loi Generaliter de Inftit.
Subftit.
On peut ajoûter à cela , que les conditions
sous lesquelles la Subftitution a été
faite , rendent néceffaire la converfion de la
conjonctive en alternative , suivant l'intention
évidente du Teftateur ; car il subftituë ,
au cas que son heritier vienne à déceder
avant l'âge de 25. ans , & sans enfans naturels
& légitimes , & en cas de crime . Or
si l'heritier , après l'âge de 25. ans
D v
avoit
été
3034 MERCURE DE FRANCE
été condamné à mort pour crime , il seroit
absurde de prétendre que le Fifc eût profité
des Biens au préjudice des Subftitués
il faudroit pourtant que cela fût , si la Substitution
pouvoit être anéantie par le défaut
d'une des conditions. Mais on voit au
contraire que les deux dernieres conditions
avoient trait de temps après l'âge de 25.
ans , & qu'il fuffit par conséquent que celle
sans enfans , soit arrivée , ensorte qu'indépendamment
des regles qui convertiffent
les conjonctives en alternatives en faveur
des Subftitués descendans , on voit que les
circonſtances du cas dont il s'agit , rendent
cette conversion néceffaire ; car il paroît par
les termes du Teftament , & par l'intention
du Teftateur , qu'il suffit que l'une des conditions
foit arrivéc .
Enfin , il eſt évident que le Teftateur n'a
point voulu que ses biens paffaffent en entier
dans la Maison d'une de ses filles , car
ayant fubftitué par un premier Teftament
du 5. Septembre 1710. sous les mêmes conditions
les deux plus jeunes de fes filles
pour 2000. livres chacune , & le surplus à
l'aînée & aux siens , il révoqua par un Codicile
du 9. du même mois cette Subftitu
tion , en déclarant qu'il vouloit & entendoit
que la Subftitution apartint par égale
Fart & portion à ses trois filles & aux leurs,
guiDECEMBRE.
17392 303
quoiqu'alors l'aînée fût la feule qui fût mariée
& eût des enfans ; ( les deux autres
ont été mariées depuis , & ont auſſi des enfans
. )
1.
Quoique toutes ces raisons paroiffent
très-bonnes pour favoriser l'ouverture de la
Subſtitution en la maniere qu'elle eft marquée
dans le Codicile du 9. Septembre
1710. & dans le Teftament du 8. Octobre
1713. elles ne laiffent. pas d'être combatuës
par d'autres raisons , que l'on ne raporte
point ici , parce que l'on veut laiffer le
champ libre à ceux qui voudront bien dire
leur fentiment sur le cas proposé , foit pour
aprouver l'ouverture de la Subftitution , conformément
aux raisons ci - deffus alleguées ,
soit pour la combatre par des raisons plus
fortes & plus décifives qu'ils jugeront à pro
pos d'alleguer , par la même voye du Mer-
Cure.
L'OISON ET LE CIGNE.
FABLE.
1 !
UN jeune Oifon qui par bonheur infigne
Avoit reçû quelques leçons d'un Cigue ,
Se mit en tête un beau matin ,
Qu'il n'étoit ni Grec ni Latin ,
D vj
3036 MERCURE DE FRANCE
Qui fçût fi bien que lui manier la parole .
Joignant l'ingratitude à fa vanité folle ,
En faveur d'un vieux Jars hardi déclamateur ,
11 attaque fon Précepteur ,
Le vilipande , le déchire ,
Et par brocards de Crocheteur ,
Cherchant aux, dépens du bon Sire ,
A divertir la Baffe-cour ,
Pour quelques Dindons qu'il fait rire ,
Se fait siffler des Gens de Cour.
Que cet Oifon eft pitoyable !
S'écrie un Roffignol , non jamais Perroquer
N'eut fi peu de cervelle avec tant de caquet.
C'eft , répond un Serin , un ingrat effroyable ,
Qu'il faudroit pour bonne raifons ,
Mettre avec fon Confrere aux petites Maiſons,
Pendant que chacun d'eux raisonne
L'Oison qu'aucun sifflet n'étonne
Pourfuit fa pointe avec chaleur
Et fait condamner fon Docteur ;
Le tout pourtant au nez des gens à bonne tête
Qui s'en allant baiffant la crête ,
S'entre- difoient tout doucement.:
Falloit-il demeurer oififs en cette affaire ?
Ne point agir du tout ? autant valoit ſe taire ?
Nous avons tort affurément ,
Car nous n'ignorions pas que le moindre adversaire
,
2
FûtDECEMBRE.
1739 3937
Für il Moucheron , ou Fourmi ,
Devient en certain cas , quand on le laiffe faire ,
Un fort dangereux ennemi.
M. Luneau , d'Ifoudun , en Berri.
DISCOURS préſenté à l'Académie Fran
çoise , pour le Prix d'Eloquence , 1739 .
par M. SIMON,
SUJET.
La Douceur eft une vertu qui a fa récompenſe dès ce
monde- ci , conformément à ces paroles de l'E
vangile : Beati mites , quoniam ipfi poffidebunti
terram. Matth. c. 5. v. 4.
R
EXORDE
len n'eſt fi naturel à l'homme que de travailler
à fe rendre heureux . Né pour l'être toujours
, s'il eût fçu conferver fes premieres prérogatives
, aucun defir n'eût trouvé place dans fon coeur;
mais depuis qu'il a femblé n'avoir reçu le pouvoir
de choisir que pour choisir ce qu'il dévoit rejetter
, il s'eft trouvé tout-à- coup environné de la
mifere , dont auparavant il ignoroit le nom même.
La chute de l'homme ne détruifit pas cependant
en lui l'amour de la felicité. Les richeffes lui parusent
un moyen sûr pour y parvenir ; mais bientôt la
peine de les acquerir , & la crainte de les perdre
le rendirent plus miferable encore.
Il falloit donc fe tourner du côté de la vertu : quoiqu'aisément
enclein au mal, il étoit porté naturellement
3038 MERCURE DE FRANCE
ment au bien: la nobleffe de fon origine lui infpiroit
quelquefois de nobles fentimens , mais le moment
qui les voyoit naître , étoit fourent témoin
de leur inutilité.
à
De-là ce mêlangé confus de bien & de mal. De.
là ces vertus payennes , qui n'étoient , proprement
parler , que des vices colorés. En vain quelques
Philofophes affecterent-ils une securité parfaite
ce ne fut jamais qu'en se faisant violence
qu'ils parurent tranquilles.
Non , votre vertu ne vous rendit pas vraiment
heureux , Stoïciens orgueilleux ; votre contrainte
vous a trahis , & votre felicité fut toujours chiméri–
que , parce que votre vertu fut toujours fauffe .
Telle étoit la conduite de la plupart des hommes
avant la venue du Meffie leur humilité n'étoit
qu'un orgueil raffiné ; la fcience ne paroiffoit pref
que jamais chés eux fans oftentation , & s'ils exerçoient
quelque acte de clemence , la vanité feule y
avoit part : la Douceur même paffoit chés eux pour
un manque d'efprit & de courage.
Ce ne fut que dans les leçons de JESUS - CHRIST
que l'homme recouvre les moyens d'arriver au véritable
bonheur. Ce fut alors qu'il apprit, que ceux - là
font véritablement heureux qui ont la Douceur en
partage , & qu'il n'eft pas néceffaire d'avoir fourni
fa carriere , pour recevoir le prix de cette aimable
vertu . En effet , ce n'eft point un grain qu'on laiffe
pourrir en terre , & dont il faut attendre avec pa
rience l'interêt aut temps de la moiffon ; c'eſt une
femence dont on recueille le centuple même én la
femant , c'eft un tréfor qui s'accroît à mesure qu'on
en fait part aux autres . Qu'il eft beau de s'enrichir
en faifant des largeffes !
Entrons en matiere.
La Douceur eft une vertu que nous fommes ins
telessés
DECEMBRE. 1739 3039
interessés à acquerir , fi nous voulons nous rendre
heureux. Pour le prouver invin , iblement , il ne
faut qu'envifager les avantages que l'on peut retirer
de cette vertu. Heureux , s'il ne falloit que la peindre
à l'efprit , pour la faire paffer au coeur !
PREMIERE PARTIE .
Qu'une Loi qui contraint eft gênante mais que
celle-là eft douce qui porte avec foi fa récompen
fe Le précepte de la Douceur eft fi intereffant
pour l'homme raisonnable , qu'il faut ceffer de
'être pour refufer de s'y foumettre.
Quelqu'avantageux cependant qu'il foir de pof
feder la Douceur , il n'eft pas fi aisé de l'acquerir ,
que l'on se l'imagine . Peu font doux , s'ils ne le
font naturellement , & peu naiffent avec un naturel
doux. Il ne faut pas conclure de- là , qu'il foit impoffible
de le devenir ; la grace change tous les
jours le coeur des hommes , & elle fe cache peutêtre
artificieufement fous le defir ardent que quelques-
uns reffentent de ſe rendre heureux.
Or , pour y réüffir , rien n'eft plus propre que la
Douceur , & l'on ne peut faire la peinture d'une
félicité parfaite , fans faire celle des effets que produit
cette vertu.
On en remarque de deux fortes , la paix au de
dans , & la paix au dehors.
Dites- le-nous , heureux mortels , qui reçûtes de
la nature un efprit doux & un coeur tendre , quelle
tranquillité charmante quelle joye interieure !
quelle paix parfaite ne goûtez vous pas au dedans
de vous- mêmes ou plutôt , dites- le nous , vous
qui , dès en venant au monde , annonçâtes des inclinations
turbulentes , & un penchant à la colere
quel trouble interne ! quel morne chagrin , quels
combats
3040 MERCURE DE FRANCE
combats perpetuels ne fouffrez - vous pas dans votre
ame ?
Non , rien n'eft comparable au repos intérieur
dont jouit l'homme doux ; & il vient, ce repos , de
l'accord parfait de la Douceur avec la Raifon ;
celle- ci n'exige que ce que celle- là doit faire ; &
celle-là eft toujours prête à faire ce que la derniere
aprouve. Car , que ferviroit à l'homme la Raison
fans la Douceur ? la Raifon toujours fiere de ſes
privileges , qui confiftent à juger des chofes , fçait
bien les aprouver lorfqu'elles fontjuftes ; mais ne
fe révolte- t'elle point lorfqu'elles ne le font pas
& en cela la Raiſon ne fait aucune grace : au lieu
que la Douceur , naturellement bienfaifante , fçachant
donner le prix aux chofes raifonnables ,
fçait en même temps excufer celles qui ne le font
pas.
-Or , c'eft de cet accord de la Douceur avec la
Raifon , que réſulte cette tranquillité de l'ame ,
qui rend celui qui en jouit , exempt de ces mouvemens
de colere , & de ces faillies de l'humeur ,
qui font fouvent agir les hommes raisonnables comme
ceux qui le font le moins. C'eft de cette aimable
focieté que vient ce fond de gayeté qui ajoûte
aux biens que l'on a , & qui tient lieu de ceux
qu'on n'a pas , qui fçait adoucir la douleur la plus
vive , & qui rend inutiles les attaques du cha-'
grin.
Mais , cette infenfibilité , dira quelque critique ,
ne feroit-elle pas une marque de foibleffe ou de
crainte ne feroit-ce pas plûtôt , répondra- t'on ,
une preuve de force & de grandeur d'ame ? Lequel
eft plus glorieux, ou de fe laiffer lâchement abbatre
par le chagrin , ou de réfifter courageusement à la
douleur ?
Comment voudriez-vous juger de la Douceur ,
yous
DECEMBRE. 1739
3041
Vous , qui n'en connûtes jamais le prix ; vous , qui
ne joüiffez pas tranquillement de vos biens , parce
que vous n'avez pas ceux dont vous voudriez joüir ;
vous , chés qui c'eſt même un crime que d'être'
innocent , & dont la mauvaiſe humeur regarde également
comme un mal ce qui arrive & ce qui n'ar
rive pas ? Eft-ce donc aux aveugles à juger de la
clarté du jour ?
Il est étonnant qu'il faille aprendre aux hommes
qu'ils doivent être doux. Si leurs propres miferes ;
ce qu'ils fe doivent à eux - mêmes ; ce qu'ils doivent
au prochain ; ce qu'ils doivent à Dieu , ne les
engage pas à le devenir ; quel motif plus preffant
pourra les y engager ?
Homme charnel , que vous connoiffez peu ce
qui vous convient homme colere , que vous prenez
le change ! toujours livré à une agitation qui
vous dévore , vous foupirez fans ceffe après la tran-*
quillité , tandis que vous la fuyez conftamment.
Ce n'eft que la jaloufie du bonheur dont jouit celui
qui eft doux , qui vous fait pouffer des plaintes , &
vous ne foupirez pas pour acquerir la Douceur , qui
feroit le vôtre.
Pourquoi dans l'opulence êtes - vous inquiet ,
tandis que l'homme doux dans l'adverfité paroît
tranquille que trouvez - vous dans fon état qui foit´
Aateur pour vous defireriez vous être auffi pauvre
que lur , vous qui defitez d'être plus riche que tout
le monde entier ? Avoüez- le ; il eſt auffi heureux
dans fa mifere , que vous êtes miferable au milieu
de vos tréfórs : Il poffede fon ame dans la paix, comme
dit l'Ecriture , il eft heureux , parce qu'il ne fçait
defirer que ce qu'il doit avoir ; rien ne lui manque ,
parce qu'il fe contente de peu ; & loin d'être jaloux
de votre profperité , il s'en réjouit ; & s'il
paroît quelquefois trifte , c'eft de ce que vous n'êtes ,
pas content. Avoüons
3042 MERCURE DE FRANCE
Avoüons- le donc auffi une bonne fois où trou
verions-nous une fi aimable paix , fi ce n'eft dans
Ja Douceur ? S'il eft vrai que parmi toutes les chofes
précieuses de la terre , nous n'avons rien de plus
précieux que nous- mêmes , pourquoi nous aimonsnous
affés peu , pour chercher notre felicité où
elle ne peut être , & pourquoi nous , qui eftimons
tant les chofes rares , recherchons - nous fi rarement
cette vertu ?
;
Par la Douceur nous pouvons rendre toutes nos
démarches falutaires; fans la Douceur nous courons
rifque de nous perdre ; avec la Douceur , nous modérons
le feu de nos paffions ; fans la Douceur elles
nous tyrannifent ; par la Douceur , nous devenons
fages fans elle on s'abandonne à la vivacité , &
l'on ne fait que trop où la vivacité conduit . Enfin
celui qui eft affés heureux pour avoir la Douceur
en partage , peut être comparé , en quelque façon ,
au premier homme dans l'état d'innocence ; il trou .
ve dans fon coeur ce Paradis de délices , οι regne
un Printemps continuel , & ou coulent des fleuves
de lait & de miel ; loin de lui ces fongés funeftes
qui troublent le repos de la nuit , & qui ne viennent
fouvent que de l'agitation du jour , fes pensées les
plus profondes ne l'empêchent pas d'être toujours
préfent à lui -même , & fi au milieu de la paix la
plus folide , il eft fujet à quelque petite agitation ,
ce n'eft fans doute qu'à celle que produit le plaifir
d'obliger tout le monde.
A ces avantages , fi l'on ajoûte celui de fe rendre
conforme à la volonté de Dieu , & d'executer un
des principaux points de fa Loi , on en trouvera
plus qu'il n'en faut pour prouver qu'il eft d'autant
plus avantageux d'être doux , que la Douceur dans
le coeur du Chrétien , eft un aimant qui attire à foi
toutes les autres vertus pour les accorder enſemble.
..... Que
DECEMBRE. 1739 3043
Que pourroit- on imaginer au - deffus de l'état
d'un homme qui poffede au - dedans de lui de fi
précieux tréfors ? S'il excite votre admiration , Chrétiens
, que n'excite - t'il auffi votre zele ! defirez- ·
vous véritablement de vous rendre heureux ? cher .
chez la Douceur ; avez- vous déja la Douceur ? vous
êtes déja heureux.
Car tel eft le premier avantage de la Douceur, de
procurer une véritable paix au - dedans.
Paffons maintenant aux effets qu'elle produit audehors.
SECONDE PARTIE .
Gagner les coeurs des plus indifferens ; défarmer
les ennemis apaifer les furieux ; charmer les plus
infenfibles ; faire réüffir dans les entrepriſes ; confoler
dans les révers , donner le véritable efprit de
la ſocieté ; accorder la jeuneffe avec la vieilleffe , &
faire fupporter à celle - ci les écarts de celle- là , enfin
conquérir le Monde entier , & poffeder toute la
Terre ; ce font - là en même- temps les effets & les
récompenfes de la Douceur .
Oui , c'eft , à proprement parler , vivre , qu'être
doux ; c'eft fc priver du plus doux plaifir de la vie
& renverfer l'ordre des chofes , que de négliger
d'acquérir la plus avantageufe de toutes les vertus .
Pour donner tout le jour à cette propofition , il
ne faut qu'examiner les effets que la Douceur produit
dans les differens états où l'homme peut fe
trouver. L'efclavage eft , fans doute , le plus trifte
de tous ; cependant la Douceur avec laquelle l'homme
raifonnable s'y foumet , lui en procure fouvent
l'affranchiffement . Que feroit fans la Douceur le
commerce du Public , finon un amas confus de gens
toujours mécontens les uns des autres ? N'est - ce
pas la plus belle qualité du Magiftrat, qui lui attire
l'affec
3044 MERCURE DE FRANCE
l'affection des hommes , foit qu'il protege l'inno
cent , foit qu'il puniffe le coupable ? c'est le plus
bel ornement du Trône , & le gage le plus certain
de l'amour des Peuples.
De quelle autre Loi auroit- on besoin dans le
Monde , fi celle qui nous enjoint la Douceur étoit
exactement obſervée ? Eſt- il donc befoin de recommander
à l'homme d'avoir de la Douceur pour fon
femblable , & faudra-t'il que les bêtes lui donnent
des préceptes pour regler fa conduite ?
C'est ici , ce femble , le lieu de fe récrier contre
le mauvais goût de nos jours , qui fait fouvent préférer
à l'avantage que l'on retireroit de la Douceur,
le funefte plaifir de fe venger.
A quel titre une injure repouffée par une autre ,
a- t'elle aquis aujourd'hui les grands noms de bravoure
& de nobleffe ? C'eft , dit-on , une injure
atroce que l'on a reçûe ; c'eft un tort confidérable
que l'on a fouffert ; c'eſt une calomnie indigne donton
veut avoir raiſon ; en un mot , il y va de l'honneur
, & la vengeance eft douce.
Défabulez -vous , Mortels trompés par l'ennemi
de votre repos ; jaloux de votre bonheur , il vous
amufe par des aparences ; le plaifir que l'on retire de
la vengeance , n'eft qu'un chagrin mêlé de remords;
& la violence que l'on le fait en pardonnant , eft
toujours suivie d'une joye folide & durable. D'ailleurs
, la véritable Douceur s'accorde toujours avec
l'équité ; elle ne vous commandera jamais de faire
que ce que vous voudriez que l'on vous fît. Jugez
maintenant votre propre cauſe , & dites-nous fi
vous verriez d'un oeil tranquille les démarches vengereffes
de celui que vous auriez offenfé ? Qu'il eft
rare de n'être pas injufte , quand on le fait juſtice
foi-même !
En effet , il eft faux de croire que l'on peut
anéantic
DECEMBRE . 1739. 3045
anéantir l'injure avec celui qui l'a faite. La foif de
la vengeance ne s'étanche que par le déſeſpoir , &
l'on n'échape fouvent au fer de fon ennemi ,
pour périr par le fien même .
que
Difparoiffez donc fauffe prévention ; fuyez fauffe
nobleffe , devant la feule véritable . Il eft beau
il eft grand , il eft divin de pardonner. Celui qui
par un heureux tempérament ne fit jamais de mal
à perfonne , eft , fans doute , bien eſtimable ; mais
celui qui , juftement irrité , n'employe que la Douceur
contre fon ennemi , eft un héros cent fois
plus digne de loüanges .
David pouvoit , ce femble > tirer raifon des
mauvais traitemens de Saul , lorfque celui-ci fe
trouva en fon pouvoir ; il préfere cependant la
Douceur à la vengeance ; & pour récompenſe d'avoir
épargné un Roy , il devient Roy lui- même.
La douceur refpectueufe d'Anne , mere de Samuel
, lui mérite la naiffance de ce fils qu'elle avoit
demandé fi ardemment au Seigneur.
Et , fil'on joint cette aimable vertu à une humilité
profonde , on reconnoîtra qu'elles ont mérité
toutes deux à la plus douce & la plus humble de
toutes les Créatures , la gloire de devenir mere de
fon Créateur,
Après un exemple fi digne de nos refpects & de
notre admiration , il n'eſt pas néceffaire d'en raporter
d'autres. Toujours & partout la Douceur a été
récompenfée . Elle perfuade ; elle convainc mieux
que les plus folides raifonnemens . Veut- on plaire
dans le Difcours ? on le rend doux & coulant ; on
flate l'oreille , pour gagner le coeur ; une phifionodouce
prévient l'Auditeur ; la Douceur de la parole
la fait écouter avec plaifir ; une phrafe pathéthique
remue les entrailles ; on eft à moitié perfuadé . S'agit-
il de fortir avec honneur d'une négociation dif-
Sicile
3046 MERCURE DE FRANCE
ficile la Douceur y fait mieux réüiffir que la politique
la plus fine ; la politique même emprunte fes
charmes . Faut-il obtenir une grace fi c'eft la Douceur
qui la demande , peut- on la lui refufer è la
Douceur l'accorde fouvent à la Douceur. Eft - ce
un enfant prodigue à réconcilier avec fon pere ?
quelques larmes du fils en attirent bientôt un torrent
de celles du pere ; & quand un pere pleure ,
peut -il refufer de pardonner ?
Non , jamais la Douceur n'eft restée fans effet , &
toujours elle a porté avec foi fa propre récompenfe
; auffi eft- elle univerfellement aimée dans les
chofes comme dans les perfonnes. Elle plaît à tous
les fens; elie les enchante; elle les ravit. Les fons mélodieux
d'une voix fléxible , charment l'oreille ; la
beauté d'une fleur plaît aux yeux ; fa douce odeur
flatte l'odorat : le miel eft , fans doute , plus agréable
que le fiel & l'abfynthe ; & la main fe porte vo-
Jontiers fur ce qui eft doux au toucher.
Paffons aux avantages que l'on retire de la Douceur
dans le commerce de la vie, qui feroit fans elle
un monftrueux affemblage de bêtes féroces , plutôt
qu'une focieté aimable ."
Quelle eft douce l'harmonie qu'elle établit entre
le Maître & le Sujet ! Celui- ci remplit fes devoirs en
fe foumettant avec Douceur aux ordres de fon Maître
, tandis que le Maître , récompenfé par ' a douce
affection du Sujet , le récompenfe lui-même par la
Douceur de fes bienfaits.
Grands du Monde , Rois & Monarques , vous
yous trompez ; ce n'eft point par la force des Armes
que vous ferez la conquête de la Terre : vous
la ferez trembler , & vous répandrez l'épouvante de
l'un à l'autre Pole : ce n'eft que par la Douceur que
yous regnerez véritablement. L'amour des Peuples
garde mieux les Rois que les Armées les plus nombreufes
,
DECEMBRE. 1739 .
3047
breufes , & les Citadelles les plus formidables .
C'eſt à cette aimable Douceur que le plus puissant
de tous les Etats eft redevable de fa fplendeur
& de la gloire. C'est elle qui fait admirer la fagesse
de fon Gouvernement , & la prudence de fes Mi
niftres. L'ordre y regne partout ; & les Etrangers ,
curieux d'aprendre par leurs propres yeux , fi la Renommée
leur a été fidelle , y accourent de toutes
parts pour admirer la Magnificence , la Sageffe & la
Douceur d'un nouveau Salomon.
Loin d'un Etat fi heureux , la triſteſſe , la mifere,
le trouble & la diffention : tout y refpire la joye ,
l'abondance , la Victoire & la Paix . Si quelquefois
on y prononce le nom affreux de la difette , on entend
plûtôt parler du remede que l'on y a apporté,
que de la caufe d'où elle proveñoit . L'on n'y entreprend
la guerre que pour affûrer le repos des Peuples,
& le Prince préfere la gloire de borner fes conquêtes
, à tout ce que la certitude de vaincre a de
plus flateur. Plus ménager du fang de fes Sujets ,
que ces fiers Conquérans , qui facrifient volontiers
cent mille hommes pour gagner une Ville , il refuferoit
d'en prendre mille , s'il lui en coûtoit la vie
d'un feul des fiens .
Mais , mon deffein n'eft point de décrire ici le
bonheur de la FRANCE ; s'il falloit un Apelles pour
peindre un Alexandre , quel Ecrivain faudroit - il
pour faire l'éloge du plus grand des Monarques ?
Diroit- on qu'il réunit en fa Perfonne Sacrée toutes
les vertus enſemble ? Toute la Terre ne le fçait
elle pas , taadis que lui feul veut l'ignorer ? Voudroit-
on fçavoir laquelle de toutes les vertus il possede
au plus haut degré laquelle cho fira- t'on , ou
de la Douceur , ou de la Modeſtie ?
Qu'il eft difficile de faire l'éloge d'un Prince
3048 MERCURE DE FRANCE
ce qui mérite fi bien les louanges , & qui ne les aimé
pas !
Prendra- t'on le parti du filence s'il eft le plus
refpectueux , il paroît auffi le plus injufte.
Non , il fuffit d'être Roy des François , pour en
être aimé, & le François ne peut aimer fans le dire.
PRIERE.
Créateur des vertus & des hommes , nous nous
profternons à vos pieds , & nous avoüons notre foibleffe,
C'eft en vain que nous connoîtrons les avantages
de la Douceur , fi vous ne nous donnez la
force de la pratiquer. Accordez- nous la vertu que
vous nous commandez , & nous ferons parfaitement
Doux. Que la Douceur ferve à nous faire connoitre
notre peu de mérite , & à pratiquer la charité
envers notre prochain ; & lorfque vous nous aurez
rendus agréables aux yeux de votre Divine Majefté,
récompenfez en nous vos dons , & faites - nous passer
de la félicité temporelle que vous avez bien
voulu attacher à la pratique de la Douceur , dans
celle qui ne fera plus bornée par les temps . Ainf
soit-il
ODE
DECEMBRE. 1739. 3049
かの
ODE
Sur la mort du Pere Vaniere , Jésuite , célebre
Poete Latin , à M. Titon du Tillet.
Par M. des Forges Maillard.
V Aniere *ne vit plus ; le Talent le plus rare
Ne retient pas la main de la Parque barbare
Tout cede à ses rigueurs.
Le Parnasse est en deuil , Euterpe fond en pleurs
Et les Echos des bois , où fon regret s'égare ,
Repetent ses douleurs,
*
Rapin la consola du trépas de Virgile ;
Vaniere , dont la veine étoit douce & facile ,
Du trépas de Rapin .
Qui , pour la consoler de ce coup du Destin ,
Joindra , comme Vaniere , & le goût & le stile
Du beau siecle Latin ?
*
* Le P. Vaniere , comme on l'a marqué dans le
Mercure de Septembre dernier , où est son Eloge , as
composé entr'autres Ouvrages un Poëme Latin en
XVI. Livres , intitulé , Prædium Rusticum , où il
décrit tous les travaux & tous les plaisirs de la Campagne.
II. Vol, F Le
3050 MERCURE DE FRANCE
Les hommes , cher Titon , tour à tour disparoissent,
Comme dans les Jardins on voit les fleurs qui
naissent ,
Se fléttir promptement ;
L'une seche au Soleil , l'autre s'éfeijille au vent >
Et toutes en limon fous les herbes s'afaissent
De moment en moment.
*
Un bras caché détruit & repeuple le Monde ;
La Terre est la marâtre & la mere féconde ,
Qui formant le berceau
De tout ce qui respire , en devient le tombeau ;
Pour Fun Finstant qui passe est une nuit profonde
Pour l'autre un jour nouveau .
*
Ruisseau , que desormais sur les herbes mourantes
Un murmure plaintif de tes Ondes errantes
Accompagne le cours.
1
Bois , Collines , Vallons renoncez aux beaux jours.
Celui qui célebra vos beautés differentes ,
Vous quitte pour toujours.
*
?
Mais , que dis-je brillez Jardins , Bois, & Verdure ,
Ruisseau , qu'un bruit flateur à ton triste murmure
Succede désormais.
Celui qui sçut chanter vos biens & vos atraits ,
Ya
DECEMBRE. 1739 30si
Va jouir d'un printemps dont la volupté pure
Ne finira jamais.
Et toi , Titon , & toi , la moitié de moi- même
Quitte la folitude , où ta douleur extrême
Trouve à s'entretenir.
Veux- tu que cet ami , cher à ton souvenir,
Renaisse pour te voir , & de la Cour suprême
Consente à se bannifi
*
Quoique de ton amour le noble témoignage ;
Qui déja sur le Bronze a gravé son visage , ☀
* M. Titon a fait executer en Bronze le Médaillon
du P. Vaniere avant fa mort, ce qu'il a fait de même
pour Mrs de Fontenelle , Rouffeau , Campra & Destouches
, des Poëtes & des Muficiens privilegiés , qui
jouiffent depuis 40. & 50. ans d'une grande réputation
c'eft ce qu'il continuera de faire à l'égard de
quelques-uns de nos illuftres Poëtes vivans , en
commençant par Mrs de Crébillon & de Voltaire.
Il eft perfuadé que les Connoiffeurs & les Amateurs
de la belle Poëfie lui en fçauront bon gré , & furtout
l'Augufte Prince Royal de Pruffe, l'Honneur des
Belles-Lettres , & le Protecteur des Sçavans , qui ,
dans une Lettre qu'il a daigné lui écrire en le remerciant
par un préfent d'une Boëte d'or , du Pat
naffe François , repréſenté en peinture & en Eſtampe
; qu'il a envoyé à S.A. Rb avec le volume infolio,
qui en contient la Defcription , & une fuite de 25.
Médaillons de Bronze de Poëtes & de Muficiens, lui
Soik
3052 MERCURE DE FRANCE
1
Soit d'un affés haut prix ;
Par ta plume immortelle au rang des beaux efprits
Tu le feras encor revivre en ton Ouvrage ,
Comme dans ses Ecrits ..
PK
a marqué fa furpriſe de n'avoir pas trouvé parmi
ces Médaillons celui de M. de Voltaire , mais chacun
doit avoir fon & le Parnaffe eft tout
oposé dans fes productions au Potofi , Ville &
Montagnes remplies de Mines d'or & d'argent , &
à fes environs. M. Titon , dans la Defcription de fon
Parnaffe François , a foin de mettre n augmentation
tous les trois ou quatre ans l'Extrait de la Vie des cé-
Lebres Poëtes ou Muficiens qui font morts pendant cet
espace de temps , avec un Catalogue de leurs Quvrages
, lejugement que les Sçavans en ont porté. C'e
Suplément fe trouve séparémeut.
J
ENIGM E,
... E suis de l'Am • un assés grand canton
Pour ne pas dire portion ;:
Edipe , diras-tu que non ?
Une consonne , une voyelle ,
Une autre consonne & voyelle ,
Encore une autre avec une voyelle ;
Désignent comme il faut en six lettres mon nom
Et toujours la même voyelle.
nilo Lecteur , je te la donne belle ;
97560
9
J'attends sur ce sujet une juste raison,
Par Duchemin , Musicien à Angers,
DECEMBRE. 1739 3053
LOGOGRYPHE..
Si je suis quelquefois un objet d'importance ;
Je suis le plus souvent un objet de mépris ,
Et c'est à moi grande insolence
De prétendre exercer de sublimes esprits .
Il est vrai cependant , que par moi la Musique
Et les Discours ont quelque arrangement, •
Je suis même , en un sens , redoutable réplique ,
Pour l'emprunteur avide, & pour l'homme qui ment,
De cinq membres que j'ai , si le chef se suprime ,
Celui que j'aurai désigné ,
Revétu d'un pouvoir de Dieu même émané
Ne peut être insulté sans crime .
Rayez mon second frere , ainsi que le dernier
Après avoir vivant décoré les Campagnes ,
Je deviens à ma mort utile au Marinier.
Mais voulez vous enfin ôter de mes Compagne
Celle par qui l'on voit mon nom se partager ?
Sans moi le Voyageur mille fois en danger ,
Bornant de ses projets les trop vastes idées ,
Non loin de son foyer , passeroit ses années.
Par M. L. D. M. de Nismes:
E ij
AUTRE
3054 MERCURE DE FRANCE
EN
AUTRE
N huit Lettres , Lecteur , je parois à tes yeux,
‹Pour exercer ton esprit curieux ;
Eloigne tei de moi , car je suis un grand traitre ,
D'ailleurs j'ai dans mon sein un Tac ,
Qui pourroit bien t'envoyer dans le Sac ;
Si tu veux dependant , je te ferai paroître
Saint Luc pour imiter , pour te baigner un Lac.
Lucas avec Colas , assis au pied d'un hêtre ,
Pourront te réciter une Chanson champêtre ;
Un Soc pour labourer , se trouvera chés moi ;
Te pique-tu de sçavoir la Musique ?
Ui , Sol & La , se présentent à tor ;
Mais je finis , car je crains la critique.
AUTRE,
PRends la tête d'une Bourée , 1
Et ce que certains Animaux
Font en une seule journée ,
Tu vois alors Messer Lourdaut.
LOGOGRYPHUS.
1
"AUt inter densasfrondes , aut inter acuta
Dumi septa orior : si vis me noscere , promam
Unde meum sensim poterit tibi surgere nomen.
Semoto capite, & qua restant Ordine sumptis ,
Quis
DECEMBRE. 1739 . 3055
Quis mihi restiterit ? nec vel validissimus hostis ;
Caudam rejicias tantùm , cervice resumptâ ,
Quem tenuere Patrès , hunc callem prorsus habebis ;
Pes capiti junctus , pondus dabit atque Monetam ,
Cum tribus , Aurificis Figulive opus exto decorum.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
A
NNALES DE L'ORDRE DE S. BENOIT
Patriarche des Moines d'Occident, où
l'on trouve non- seulement l'Histoire de l'Etat
Monastique , mais encore une partie considérable
de l'Hiftoire Ecclesiaſtique. A Paris,
chés Jacques Rollin, 1739. Tom. VI. pp.797.
REFLEXIONS Historiques & Politiques
sur les moyens dont les plus grands Princes
& les habiles Miniftres se sont servis pour
gouverner & augmenter leurs Etats , avec les
qualités qu'un Ministre doit avoir ; de quelle
condition il faut qu'il soit , & ce q'uen
- Prince eft obligé d'observer envers lui. A
Leyde , 1739. in- 8°.
HISTOIRE ROMAINE de Tite - Live , seconde
Décade , ou les Suplémens de J.
E iiij Freins3056
MERCURE DE FRANCE
Freinshemius , traduite, en François par M
Guerin , ancien Profeffeur d'Eloquence dans,
l'Université de Paris. Tome premier. A Paris
, chés Louis Dupuis , ruë S. Jacques, près
la Fontaine S. Severin , à la Fontaine d'or
1739. in- 12 . de 288. pages .
2
LEÇONS DE PHYSIQUE , expliquées au
College Royal de France , par Joseph Privat
de Molieres , Profeffeur Royal en Philosophie
, de l'Académie des Sciences , & Membre
de la Societé Royale de Londres. Tome
IV. & dernier, dans lequel on traite de l'Astronomie
Physique , des loix du choc des
corps à reffort , du détail du choc de la lumiere
& des couleurs , & l'on finit par une
'démonftration nouvelle de l'existence de,
Dieu. A Paris , chés la veuve Brocas , rue
S. Jacques , au Chef S. Jean ; Musier , Qual
des Auguftins , à l'Olivier ; la veuve Pissot ,
à la descente du Pont-Neuf, à la Croix d'or;
& Bullot , Imprimeur- Libraire , rue des Prê
tres , près S. Severin , 1739 .
GEOGRAPHIE DES ENFANS , ou Méthode
abregée de la Géographie , quatrième Edi- .
tion , augmentée du Plan de l'ancienne Géographie
, & des Syftêmes du Monde , avec
plufieurs Cartes & Figures. Par M. l'Abbé
Lenglet Dufresnoy , in- 12. A Paris , chés
Rollin ,
DECEMBRE . 1739. 3057
Rollin , fils , & de Bure , l'aîné , Quai des
Auguftins. 1740.
Voici la quatriéme Edition d'un petit Livre
, devenu Livre d'usage , & par conséquent
néceffaire aux jeunes Gens . Sa briéveté
& sa clarté lui donnent un grand mérite
; cette Edition eft augmentée dans le
corps de l'Ouvrage de Remarques très -importantes.
La derniere Demande , qui eft à la page
121. fournit une Observation toute nouvelle
; qui eft que par les Voyages faits en
1739. on a trouvé que nos anciens Navigateurs
s'étoient trompés , en prenant pour
Terres auftrales , des monceaux de glaces ,
de plus de 300. pieds de haut , qui font au,
48. degré so . minutes de latitude méridio
nale. C'eft , fans doute , ce qu'expliquera
l'Auteur dans fa Méthode Géographique , que
l'on réimprime actuellement en 6. Volumes
in- 12.
Mais il y a deux Additions très confiderables
, qui procurent un nouveau mérite à
cet Abregé. C'eft 1 ° . un Plan de l'ancienne,
Géographie , suffisant aux jeunes Gens qui
font leurs Etudes , & qui peut leur donner
du goût pour aprofondir cette partie , s'ils y
ont quelque inclination . 2. On trouve ici
pour feconde Addition , un Abregé des differens
Systêmes du Monde , à la portée, des
jeunes
Ev
3058 MERCURE DE FRANCE
jeunes Gens , & propre à leur donner les
premieres inftructions.
Ces Additions sont accompagnées de plufieurs
Cartes. La premiere , des deux Hemispheres
; la feconde eft une petite Carte de
la France , gravée d'après feu M. De Lifle ;
c'est une forte de chef- d'oeuvre pour la clarté
, malgré fon peu d'étendue. La troifiéme
eft une Carte de l'ancien Monde , relative à
Fancienne Géographie ; enfin la quatrième ,
eft une Carte de tous les Syftêmes du Monde
, repréſentés fur une même Planche , afin
que l'on puiffe en faire plus aisément le parallele.
Comme cette Géographie abregée a été
contrefaite en plufieurs Provinces , on croit
devoir avertir que celle - ci ne pourra pas l'être
si aisément , à cause des Planches que
Pony a jointes , & qui font très bien gravées
, & même néceffaires.
Extrait du Livre intitulé : Mémoires de la
Comteffe & Horneville , ou Réfléxions fur l'inconftance
des chofes humaines , z . vol in- 12.
M. Simon , Imprimeur , vient de donner
au Public cet Ouvrage. On voit dans ce
Roman son goût pour la Morale ; il a crui
que cette sorte d'Ouvrage pouvoit en être
susceptible ; & en effet , la lecture d'un Livre
où l'on trouve l'utile , mêlé à l'agreable ,
doit
DECEMBRE. 1739. 3059
doit être plus intereffante , & ne peut manquer
de faire honneur à son Auteur. Cet Ou
vrage eft diftribué en deux Volumes , dont le
second plaira , sans doute davantage, à cause
de la grande varieté des Avantures. Le ſtyle
en général eft simple & uni , & l'Auteur ne
l'éleve que dans les endroits qu'il a crû mériter
de l'élévation. Le parallele que M. Simon
fait de la Religion Chrétienne avec
celle du Prince Zamir , eft digne d'être lû ,
& très - édifiant .
Le même M. Simon a imprimé une Connoiffance
de la Mythologie par Demandes &
par Réponses , à l'usage des Claffes , & de
ceux qui veulent s'inftruire sur ce qui regarde
la Fable . L'eſtime que le Public en fait, &
l'accueil avec lequel il a reçû ce petit Volume
in- 12. doit encourager le Sr Simon à cons
tinuer son exactitude pour la beauté de l'impreffion.
Je ne m'étendrai point sur ce que
ce Livre renferme ; je dirai seulement qu'une
des choses qui m'a paru le mettre aus
dessus des autres Ouvrages en ce genre ,
outre la maniere dont il eft traité , & la méthode
qui y eft observée , eft la diftribution
d'un nombre de Vers Latins & Frau
çois , cité au sujet des différens traits de la
Fable ; ce qui peut servir comme une introduction
à la connoiffance de nos Poëtes .
E vj
CON3060
MERCURE DE FRANCE
- CONCORDANCE des Breviaires de Rome
& de Paris , avec le Journal des Cérémonies
& Usages qui s'obfervent à la Cour , à Paris
, & à la Campagne. A Paris , chés Chardon
& Durand, 1740. in- 8 °. de 230. pages,
compris les Tables.
3
Le nom de Concordance ne doit point
faire croire qu'on ait entrepris dans cet Ouvrage
d'accorder deux Breviaires , qui ont
une infinité d'usages differens , & surtout le
Calendrier : mais on se contente d'y marquer
à chaque jour de l'année , qu'à Rome
'on fait l'Office d'un tel Saint, & à Paris d'un
tel . Ou bien que dans l'un & l'autre Breviaire
on fait du même Saint , ou de la Ferie.
Ce n'eft point là ce qui rend ce Livre curieux
mais de ce qu'à plufieurs Saints il y a
une petite Critique de leur Legende , une
Notice des Eglises de Paris ou du voisinage,
'dans lesquelles on conserve de leurs Reliques
de ce que les Cérémonies de tous
les Corps , foit Ecclefiaftiques , foit Séculiers
y sont marquées , même les usages
finguliers des Colleges. Ceux de la Cour
dont nous faisons souvent mention dans no-
>
tre Journal ,y sont auffi fpécifiés fort en détail
; ceux de l'Eglise Métropolitaine pareillement.
Il y a des remarques sur le choix
bizare de certains Saints pour Patrons de
quelques Confrairies. Ceux qui aiment l'AgriDECEMBRE.
1739. 3061
griculture , y trouveront des Observations
sur la culture de la terre . On n'a pas oublié
d'en faire sur la Pêche , sur la Chaffe , & sur
differens Points de la Phyfique , selon la diversité
des Saisons . Les Marchands même
auront de quoi y profiter , puisqu'il contient
un état des Foires & principaux Marchés de
l'Ile de France .
Voici une Note finguliere au 12. Janvier.
» On commence en ce jour au College du
» Cardinal le Moine ( à Paris ) une Cérémo-
» nie assés ridicule. Les anciens de cette
» Maison procedent à l'élection d'un des
» leurs , qui doit représenter le Cardinal
» Jean le Moine , leur Fondateur , inhumé
» en 1313. en la Chapelle de ce College.
» Après l'élection , on l'habille en Cardinal,
» & il affifte aux premieres Vêpres , avec un
» Aumônier qui porte son Chapeau rouge.
Le soiril régale ses Confreres , & leur dis-
» tribue des dragées. « Au 13. eft la continuation
de la Cérémonie : mais avant la fin
de l'Article , on y lit que la Cérémonie de
la représentation du Cardinal a cessé depuis
quelques années , ce qui paroît contredire le
refte du Narré.
Au 22. Janvier , on voudroit laiffer le Public
dans la croyance que l'Eglise de S. Germain
l'Auxerrois a eû d'abord pour Titulaire
S. Vincent ; ce qui n'eft apuyé que sur une
erreur
3062 MERCURE DE FRANCE
erreur née depuis trois à quatre cent ans; c'eſt
sur quoi il faut consulter Sauval , qui a aſſés
bien discuté cet Article.
Quoique l'Auteur de cette Compilation
paroisse avoir un goût de critique , il n'eft
pas cependant entierement exact en ce qu'il
dit au 25. Avril au sujet des Proceffions de
ce jour. Il auroit dû aussi au 8. Juin marquer
clairement la fauffeté des prétentions
populaires sur la fraternité de S. Medard &
de S. Gildard. On eft revenu presque partout
de cette erreur. Il ne suffisoit pas nonplus
de marquer,qu'à Paris on a mis en 1736.
la Fête de S. Basile au 2. Janvier ; il falloit
en dire la raison , qui eft très- bonne. C'eſt
que la mort de ce Saint arriva le premier
Janvier , & que le 14. Juin n'eft que le jour
de son Ordination. La remarque du 14. Juillet
sur les Antiennes de la Vierge paroît réfutée
dans notre Journal , par ce qui y a été
publié en 1739. sur le Salve Regina. Au 22 .
Juillet on débute par une insigne fauffeté ;
en disant que c'eft de la Femme péchereffe
de l'Evangile , dont le Breviaire de Paris fait
l'Office en ce jour. Au 25. sur S. Chriftophe,
l'Auteur auroit pû consulter Molanus de
Imaginibus Sanctorum. L'Article du 26. sur
la Tranflation du corps de S. Marcel , demanderoit
à être un peu retouché . Dans celui
du 25. Septembre , l'Auteur a pris Saint
Fix
DECEMBRE. 1739 .
3063
1
Firmin , 1. Evêque d'Amiens , & Martyr ,
pour le Confeffeur , ou comme on dit à
Amiens , S. Firmin le Confes. Il faut entendre
du dernier tout ce qu'il dit de la découverte
des Reliques . Ce qui eft dit au 14.
Octobre sur le prétendu S. Lisbicus , demandoit
d'être affaisonné de quelque petite
dose de critique.
>
A l'égard des omissions arrivées dans cette
Edition , c'eſt un défaut auquel aparemment
on remédiera dans une autre. L'Auteur
auroit pû , par exemple , dire au 26. Decembre,
que S. Etienne a été l'un des Titulaires
de l'Eglise Cathédrale de Paris. La fingularité
de faire faire plufieurs fonctions de l'Office
divin le jour des Innocens par les petits Enfans
de Choeur , même à Notre Dame , auroit
auffi pû être remarquée.
Les Fêtes mobiles suivent le Calendrier ;
& on voit les usages anciens & nouveaux
qui y sont attachés. C'eit -là que l'on trouve
le détail des Paranymphes. Il n'y a pas jusqu'à
ces mots , qui se raportent aux 46,
jours du Carême Mors imperat , qui n'y
ayent leur place. Les couleurs des ornemens
de l'Office divin , y étant marquées suivant
les differens usages , on auroit pû à la page
153, sur l'Avent, faire observer que jusqu'au
Miffel de M. de Harlay , tout le Diocèse de
Paris usoit de blanc pendant tout l'Avent >
lequel
3064 MERCURE DE FRANCE
lequel usage n'a été conservé qu'à la Meffe
du Mercredi des Quatre Temps , & de la
Vigile de Noël.
LES VIES DES HOMMES ILLUSTRÉS de la
France , depuis le commencement de la Monarchie
jusqu'à présent. Par M. D'AUVIGNY ,
six Volumes in- 8°. A Amſterdam , & se vend
à Paris , chés le Gras , au Palais , à l'L couronnée.
M. DCC . XXXIX.
Pour faire juger du mérite de ce Recueil ,
nous présenterons à nos Lecteurs une des
Vies qui y sont contenues , extraite de cha
cun des fix Volumes qui le composent.
Nous commencerons par celle du Cardinal
de Champagne , qu'on trouve à la page 72 .
du premier Volume , écrite en ces termes.
GUILLAUME DE BLOIS , dit le Cardinal de
Champagne , Premier Ministre sous Philipe-
Augufte.
La Maifon de Champagne venoit de s'allier
à celle de France . Louis VII. dit le Jeune
, qui regnoit alors , prit foin de l'avancement
des Cadets de cette illuftre Maiſon , &
fur tout de Guillaume , depuis furnommé de
Blois. Il étoit quatrième fils de Thibaut le
Grand, ou le Vieux, III . du nom , Comte de
Champagne , dont Louis VII . avoit épousé
la fille. Guillaume naquit vers l'an 1135. A
peine étoit il forti de la premiere enfance ;
que
DECEMBRE . 1739 : 3065.
que Thibaut écrivit à S. Bernard , pour le
prier d'employer fon crédit en faveur de fon
Fils , afin de l'avancer dans l'Etat Eccléfiaftique
. La protection de S. Bernard valoit mieux
à cet égard , que celle des Souverains même:
le peuple avoit pour lui une vénération profonde
, & les Ecclésiastiques de tous les Ordres
lui témoignoient une déférence entiere ;
il affura le Comte de Champagne de la dispofition
favorable où il étoit pour le jeune
Prince ; mais il se défendit en même temps
de solliciter pour lui les Dignités de l'Eglise,
alleguant qu'il étoit retenu par la crainte de
charger sa conscience en faveur d'un jeune
homme , qui avoit peut être moins de vocation
pour l'Etat , que pour la Fortune Eccléfiaftique
; cependant il promit de s'employer
en tout ce qui pourroit lui être avantageux ,
après qu'il auroit eû le temps d'examiner ses
dispofitions . S. Bernard mourut , avant que
Guillaume eût été nommé Evêque de Chartres
, Dignité qu'il obtint onze années après
la mort de ce Saint Abbé. Peu de temps
après , on le transfera de Chartres à l'Archevêché
de Sens.
Alexandre III. Souverain Pontife >, étant
alors en France , avoit besoin de gagner.
l'affection des Grands du Royaume ; & lors- .
qu'il fut queftion de nommer un Légat , à
foccafion du differend survenu entre Tho.
mas ,
3066 MERCURE DE FRANCE
mas , Archevêque de Cantorbéri , Primit
d'Angleterre , & le Roy Henry , il revêtit
de ce Titre le nouvel Archevêque de Sens.
Tout le monde fçait la fin scandaleuse & tragique
de ce funefte diferend . Le Roy d'Angleterre
trouva des Courtisans trop dévoüés
à servir son reffentiment , & la Chaire Archiepiscopale
de Cantorbéri se vit souillée
par le meurtre de celui qui l'occupoit. L'opiniâtreté
de ce Prélat contre un puiffant
Roy , étoit à la vérité une faute , mais elle
fut punie par un crime. L'Archevêque de
Cantorbéri eut à peine rendû le dernier sou--
pir , que son Tombeau devint célebre par
les miracles , qu'on crût qui s'y opéroient.
Les Prélats de tous les Royaumes de la Chrétienté
, bien- tôt embrafferent hautement sa
défense. Alexandre III . fut sollicité de toutes
parts , de reconnoître
Thomas pour
Saint & pour Martyr ; mais le Pontife avoit
alors des ménagemens
à garder. La canonisation
du Primat
d'Angleterre
ne pouvoie
que lui attirer le reffentiment
d'un Monarque
, qui ne croyoit pas avoir fait un Martyr.
Cependant Guillaume , Archevêque de
Sens , rempliffant avec exactitude fes fonctions
de Legat , rendit compte au S. Pere de
la mort tragique de Thomas , & lui conseilla
de lancer les foudres de l'Eglife sur le
Meurtrier de ce Prélat. Il étoit vivement
preff
DECEMBRE . 1739 3067
preffé d'en agir ainsi auprès du Pape, par fon
Succeffeur à l'Evêché de Chartres , qui é
l'Eleve de l'Archevêque de Cantorbéri , follicitoit
, par reconnoiffance , la vengeance de
de la mort de fon Maître. L'Evêque de Chardans
fes Lettres à Guillaume , lui donne
le Titre de Sainteré, Titre alors attaché à
la Dignité d'Evêque , auquel on a crû devoir
fubftituer le Titre de Révérence , & enfuite
celui de Grandeur.
La prudence & le zéle ; que Guillaume de
Champagne avoit fait paroître durant fa Légation,
tant pour tout ce qui concernoit les
interêts du Pape , que pour ce qui regardoit
le fervice de Louis le Jeune , lui mériterent
d'être placé fur te Siege Archiepifcopal de
Rheims, alors le plus confidérable du Royaume
; il eft à croire qu'il quitta Sens fans regret
, pour un Siége éminent , qui avoit été
plus d'une fois le partage des Princes du
Sang Royal de France.
527
Peu de temps après , il se détermina à passer
en Angleterre, pour être témoin des Miracles
qui s'operoient, difoit - on, fur le Tombeau
de l'Archevêque de Cantorbéri.Le Roy
Henry II. regnoit encore , & témoignoit un
grand repentir de la fureur qu'il avoit exercée
contre le Primat. Pour se réconcilier avec
le Clergé , il recevoit avec de grands honneurs
tous les Prélats qui se rendoient dans
fes
3068 MERCURE DE FRANCE
ses Etats , pour honorer le Tombeau de
Tomas , qualifié par tout de Saint & de
Martyr. Guillaume de Champagne méritoit
une distinction particuliere par fa naiffance ,
par fa dignité , & par l'honneur qu'il
avoit d'être Beaufrere du Roy de Fran
ce , dont le Roy Henry étoit le Vaffal. Auffi
ce Prince n'oublia-t'il rien de ce qui pouvoit
rendre plus magnifique la réception qu'il fit
à l'Archevêque. Il vint lui- même au- devant
du Prélat avec toute fa Cour , & le combla
de préfens .
Guillaume refta peu en Angleterre. Il pou
voit s'apercevoir aisément du chagrin que
fon féjour en ce Pays -là caufoit au Roy Henry.
Quelque effort qu'il fit pour le cacher ,
ce Prince ne pouvoit que fouffrir beaucoup ,
lorfqu'il voyoit les plus grands Prélats de
l'Eglife venir honorer le Tombeau de celui
qu'il avoit fait aflaffiner. L'Archevêque revint
donc en France , & fe rendit à Rheims , où
il cut bien-tôt après l'honneur de facrer fon
neveu Philipe Augufte , que Louis le Jeune
aflocioit au Trône . imitant en cela Louis le
Gros , fon Pere , dont la même politique ,
alors néceffaire, avoit pris une fembable précaution
à fon égard. Le Sacre des Rois de
France ne s'étoit jamais fait avec tant de dignité
& de magnificence. Louis voulut que
tous les Pairs s'y trouvaffent , ainsi que tous
2
les
DECEMBRE. 1739: 3069
les Vallaux de la Couronne , le Roy d'Angleterre
, en qualité de Duc de Normandie
Philipe , Comte de Flandres , &c.
Le Roy auroit bien voulu pouvoir affifter
au Sacre de son fils , qu'il aimoit tendrement;
inais sa mauvaise santé l'en empêcha. Il avoit
attendu long- temps la naiffance de ce Prince,
qui fur pour cela surnommé Dieu-Donné. Le
pieux Monarque , par raport à une maladie
de son fils , avoir voulu aller , suivant la mode
, au Tombeau de Thomas de Cantorbéri,
implorer le Ciel pour le recouvrement de sa
santé. Il en revint malade lui-même , & at
taqué d'une paralysie. Pour cette raison, il se
hâta de faire sacrer Philipe .
Guillaume de Champagne , profitant de
son grand crédit sur l'esprit du Roy , obtint
un Reglement , par lequel on assûroit à perpétuité
aux Archevêques de Rheims le Privilege
de pouvoir seuls sacrer les Rois de
France. Ce Reglement , Quvrage de Louis
le Jeune , fut confirmé par une Bulle du Pape.
Le Roy mourut peu de temps aprés , &
lailla le Trône à son fils.
Le crédit de l'Archevêque de Rheims ne
fut plus le même au commencement de ce
nouveau Regne. Les ennemis que lui avoit
suscités son autorité paffée , se liguerent tous
pour l'éloigner de la Cour. Ce fut en vain
qu'il eflaya de s'y soûtenir . Le parti qui lui
ėtoj
3070 MERCURE DE FRANCE
étoit contraire, l'emporta, il fut disgracié , & •
quoique sa naillance semblât l'apeller à la
Tutelle du jeune Roy , elle fut confiée au
Comte de Flandres , sous qui les Freres Clément
furent chargés du Miniftere. On n'a
pas jugé qu'il fût utile d'en raporter l'Hiftoire
, à caufe du peu d'éclat de feur adminiſtra
tion. Guillaume s'inquiéta médiocrement d'u
ne disgrace fi peu méritée , & tourna toute
fon attention du côté de la Cour de Rome
dont il obtint peu de temps après le Chapeau
de Cardinal ; alors le Prélat prit le nom de
Cardinal de Champagne.
Cette éminente Dignité , quoiqu'elle ne
fut pas encore arrivée au degré de fplendeur
où on la voit aujourd'hui , donna un nouveau
luftre à celui qui venoit d'en être revétu ;
Philipe Augufte rendant juſtice à ſon mérite
& à la capacité , le remit dans fa premiere faveur
, & le fit Miniftre d'Etat. Alors le Cardinal
s'occupa uniquement à réparer les défordres
qui s'étoient gliffés dans les affaires ,
•& à extirper fur tout l'Héréfie dés Vaudois
qui menaçoient l'Etat des plus grands troubles.
Il employa , pour la détruire un moyen
qui ne lui auroit pas attiré en ce temps - ci les
éloges qu'il reçût dans ce siècle de barbarie.
On brûla par fon ordre à Arras un grand
nombre d'Hérétiques ; mais ce fuplice , loin
d'intimider & de corriger ceux qui refterent,
ne
DECEMBRE . 1739 3071
ne fit qu'augmenter la prévention de leur
Secte , contre une Religion qui fe montroit
cruelle & fanguinaire . On peut excuſer le
Miniftre,en difant qu'il n'ufa de cette rigueur,
qu'à la follicitation du Comte de Flandres.
Pendant que le Cardinal de Champagne
s'efforçoit de détruire les Vaudois par le feu ,
Philipe Augufte employoit le fer contre d'autres
Hérétiques qu'on apelloit Cotereaux, qui
infectoient le Berri ; ils eurent l'audace de
combattre contre ce Prince , mais ils furent
punis de leur témerité , & l'armée du Roy les
tailla en pieces. A cette guerre contre les
Cotereaux & les Vaudois , fucceda celle qu'il
fit au Comte de Flandres , qui avoit été ſon
Tuteur , & avec qui il avoit été long - temps
dans une liaifon intime. Le Cardinal de
Champagne avoit été auffi étroitement uni
avec ce puiffant Vaffal de la Couronne ; mais
follicité par les Comtes de Clermont , par le
Seigneur de Couci , & par plufieurs autres ,
à qui le Comte avoit fait quelque injuftice ,
il porta fon Maître à lui déclarer la guerre ;
elle fut fanglante , & punit bien le Comte de
toutes fes ufurpations.
Si la guerre avoit éte faite à l'inftigation du
Cardinal Miniftre , la Paix fut auffi fon ouvrage
; mais avant qu'elle pût être concluë
il fe donna une fanglante bataille entre les Flamands
& les François, Les premiers passerent
3072 MERCURE DE FRANCE
ferent la Somme ,& voulant fe rendre redoutables
par des ruines, & des ravages, ils pifferent
& brûlerent tout fur leur chemin . Ils ne prétendoient
pas moins que de faccager toutes
les Villes , qui font depuis la Somme jufqu'à
Paris , de s'emparer de cette Capitale , & de
la réduire en cendres , après l'avoir pillée. La
ruë qui porte aujourd'hui le nom de la Calende
, étoit dès- lors ainfi apellée ; c'étoit - là
furtout que les Flamands vouloient aller ,
Four y planter , difoient - ils , leurs Dragons ;
ils donnoient ce nom à leurs Etendarts. Ces
idées de carnage & de conquêtes , firent
bien- tôt place à la terreur & à la confternation
; les Flamands ayant apris que le Roy
s'avançoit contre eux à la tête d'une puissante
Armée, reculerent au delà de nos frontieres,&
abandonnerent même la défense des
leurs. Alors le Comte de Flandres , craignant
qu'on ne lui rendît les ravages qu'il avoit
exercés en France , demanda humblement
la Paix , & on la lui accorda.
Le Comte mérita cette indulgence du Miniftre
de France , par la franchise avec laquelle
il en usa avec lui ; il lui écrivit , & reconnut
qu'il ne pouvoit obtenir la paix que
par son moyen , & que c'étoit de lui qu'il la
vouloit tenir. L'amour propre du Cardinal
fut flaté de cette confiance : il calma l'esprit
de son Maître , & remit le Comte dans
ses
DECEMBRE. 1739. 3079
ses bonnes graces . Philippe , quoique juftement
irrité , ne lui faisoit la guerre qu'à regret
; il avoit été son Pupille , & regardoit
comme un trait d'ingratitude la deftruction
d'un Souverain , qui avoit eu soin de son
Enfance. Il fût donc bien aise que son Miniftre
, en ménageant l'honneur du Trône
& l'interêt de l'Etat , lui épargnât une guerre
indécente & ruineuse,
Il sçut si bon gré au Prélat de ce service
important , que , que dans une Lettre que ce Monarque
envoya au Pape par Etienne de Tournay
, Abbé de Sainte Geneviève de Paris , il
déclare au Saint Pere , qu'il ne peut consentir
à laiffer partir pour Rome un homme auffi
néceffaire à son Etat , que le Cardinal de
Champagne , & qu'il le prie de trouver bon
que ce Prélat n'obéiffe point aux Brefs réïterés
que Sa Sainteté lui envoyoit pour l'attirer
auprès d'elle ; ajoûtant qu'il étoit l'oeil de
ses Conseils & le bras droit de ses deffeins s
qu'il l'avoir rendu le dépositaire & le défenseur
de ses interêts ; qu'il le regardoit comme
auffi vaillant que la lance qu'il portoit , & reconnoissoit
que sans lui , il se croiroit inċapable
de faire la guerre ou la paix. Des expressions
aussi fortes de la part d'un Roy, tel
que Philippe , qui ne pouvoit ignorer que sa
Lettre deviendroit publique , témoignent le
cas extrême que ce Prince faisoit de son
II. Vel F prin3074
MERCURE DE FRANCE
principal Miniftre , le premier des Cardinaux
, qui , en France , ait été revêtu de cet
Emploi.
Malgré la Lettre du Roy , & les vives instances
de ce Prince auprès du Pape Lucius
III. qui l'aimoit tendrement , comme l'ayant
vu naître , étant Légat en France , malgré
dis- je , les instances du Roy , le Saint Pere
insista pour que le Cardinal de Champagne
se rendit auprès de lui. Le Miniftre voyant
le Royaume dans une grande tranquillité ,
& que les affaires pourroient durant quelque
temps se passer de sa présence , fit le voyage
de Rome, & vit enfin le Pape qui l'avoit tant
desiré. Le Pontife mourut peu de jours
après l'arrivée du Cardinal , qui assista à l'élection
d'Urbain III. son successeur . Il fit encore
dans la suite un voyage en Italie , sans
pour cela quitter le Miniftere ; ce qui prouve
la difference des affaires de ce temps - là à
celles de ce temps- ci . Aujourd'hui , un premier
Miniftre de France , ne seroit guere en
état de faire deux voyages en Italie .
Philippe , suivant la coûtume des Princes
de son temps , voulut entreprendre le voyage
de la Terre- Sainte ; ce qui étoit partir exprès
de l'Occident , pour aller tuer des hommes
dans l'Orient , & s'en revenir ensuite , sans
raporter d'autre fruit que celui d'avoir témoigné
un zele inutile . On faisoit de grands &
vains
DECEMBRE . 1739. 3075
Mains préparatifs pour ces expéditions. Les
guerres contre les peuples voisins épuisent les
Etats : des guerres si éloignées devoient coû
ter beaucoup à ceux qui les entreprenoient,
Le Cardinal de Champagne étoit trop éclairé
pour ne pas reconnoître l'abus de ces pieux
voyages d'outremer ; mais il étoit Cardinal
& ne pouvoit s'oposer avec bienséance à une
oeuvre que Rome souhaitoit , & que l'on req
gardoit alors comme la plus agréable à Dieu
& la plus favorable à son Eglise.
L'impétueux Richard I. regnoit alors en
Angleterre ; ce Prince étoit d'autant plus
puissant , qu'outre les forces de son Ifle , il
en avoit encore de considerables dans la
France , dont il possedoit les plus riches Provinces.
Philippe - Augufte lui avoit rendu des
services essentiels , mais la reconnoiffance
n'étoit pas une des vertus de Richard ; il ne
respiroit que la guerre & les combats ; &
cette inclination sanguinaire eft rarement accompagnée
de la juftice & de l'équité. Ayant
fait la paix avec le Roy de France & le
Comte de Flandres , il vouloit chercher une
occasion de se signaler en Orient. Philippe
consentit à être du voyage,mais il n'étoit pas
dans le deffein de partir avant le Roy d'Angleterre
, de peur que ce Prince entreprenant
n'attaquat ses Etats en son absence. Pour
obvier à tous les inconveniens , le Roy con-
Fij fia
3076 MERCURE DE FRANCE
confia la Régence de fon Royaume à Alix
de Champagne , sal mere , & au Cardinal
de Champagne , frere de cette Princesse.
1.
Après cette précaution , Philippe se rendit
à S. Denis , pour y prendre le bourdon , la
> besace & les sandales , qui y étoient en dépôt
, & il les reçût des mains du Cardinal
de Champagne , qui après le départ du Roy,
-exerça de concert avec la Reine les fonetions
de Régent. Ainfi on vit alors la Maison
de Champagne gouverner seule le Royau
me de France ; ce qu'elle fit avec l'aplaudisse
ment des peuples. Quelques uns prétendent
que malgré la qualité de Reine , Alix.ne
possedoit qu'un pouvoir subordonné à celui
de son frere , & la plupart des Hiftoriens le
nomment toujours le premier.
:
Il ne jouit pas long-temps de cette autorité.
Philippe attaqué d'un mal dont la cause
& le remede étoient inconnus. , se hâta de
revenir en France , & reprit les rênes du Gouvernement.
Reconnoissant alors combien
ces voyages de Terre-Sainte étoient nuifibles
aux Souverains & à leurs Etats , il se promit
bien de rester dans le sien , & de laiffer aux
autres Princes la gloire d'acquérir de l'expé
rience sur ce point , au même prix que
lui .
Son arrivée pensa être signalée par une
guerre contre Baudouin IV. Comte du Hai-
7
nault
DECEMBRE. 1739 3077
nault , qui venoit d'hériter du Comté de
Flandres , par la mort de Philippe d'Alsace ,
Souverain de cet Etat , mort au Siége d'Acre.
Le Roy de France demandoit au Comte
Baudouin l'hommage du nouvel Etat qu'il
venoit d'acquerir , & la proprieté de l'Artois
pour la Dot de la Reine sa femme , Fille
de Baudouin & niéce du feu Comte de
Flandres. Le Comte de Hainault ne voulut
point d'abord se dessaisir , en faveur de sa
Fille , d'une Souveraineté auffi considerable.
Possesseur de la Flandres & du Hainault , il
lui étoit d'une grande importance de ne pas
voir le Roy de France maître de l'Artois.
Cette Province donnoit une trop grande
facilité pour attaquer les deux autres. Baudoüin
avoit pour lui une raison de politique ,
qui eût suffi , si ses forces eussent été moins
bornées ; car les Loix les plus équitables cedent
toujours à celui qui peut les mépriser
impunément. Mais il avoit affaire à un Monarque
belliqueux , qui , loin de ceder une
Province à la crainte de combatre contre son
beau - pere , lui auroit fait la guerre pour une
bicoque. Baudouin se vit donc obligé de
succomber ; l'Artois devint une partie du
Domaine de Philippe , & cet accommodement
fut l'ouvrage du Cardinal de Champagne
, qui le négocia avec beaucoup d'habileté.
F iij Phi3078
MERCURE DE FRANCE
Philippe suivoit en tout les vûës de son
Ministre , qui étoient droites & conformes à
la nécessité des affaires. Les Ministres subalternes
, dirigés par un Chef si attentif & si
clairvoyant , concouroient tous au bien de
la chose publique ; aucun ne s'écartoit de la
route prescrite ; on ne voyoit point alors à la
Cour d'embarras , d'incertitude , de confusion
, de lenteur dans l'expédition des affaires.
Outre les deux voyages que Guillaume
avoit entrepris en Italie , il eut encore le
temps d'en faire un à Saint Jacques en Galice.
C'étoit un vrai pelerinage , & non un
voyage politique. Après cette pieuse équipée
, le Cardinal de Champagne flêtrit la
gloire de toutes les bonnes actions qu'il
avoit faites par sa trop grande condescen
dance pour le Roy, son Maître ; & il fit voir
en cette occasion , qu'auprès des Princes il
n'est presque point de vertu réelle .
La Reine étant morte , Philippe épousa
en secondes nôces Ingelburge , fille du Roy
de Dannemarck. La cérémonie du Mariage
se fit dans l'Eglise de N. D. d'Amiens. Le
séjour des Rois de France , n'étoit pas , comme
il l'afété depuis , fixé dans la Capitale, Ville
alors peu considerable , par raport à ce qu'-:
elle eft aujourd'hui. Philippe avoit paru d'abord
éperduëment amoureux d'Ingelburge ,
qui
DECEMBRE. 1739 3079
qui étoit en effet une très - belle Princesse ;
mais , par un changement si incompréhensible
, que plusieurs l'attribuerent à un sortilége
, dès le lendemain du mariage , ce Prince,
ressentit pour sa nouvelle Epouse un éloignement
invincible : sa présence lui devint
insuportable , & ne pouvant souffrir qu'elle
partageât plus longtemps le Trône , il entreprit
de faire casser son mariage .
་
Un pareil lien , formé à la face des Autels
& aux yeux de toute l'Europe , avoit paru
jusques-là indissoluble ; le Roy même fut
d'abord effrayé des obstacles qu'il auroit à
surmonter pour réussir ; mais il trouva de
lâches courtisans , qui , pour plaire à leur
Souverain, dépouillant tous sentimens d'hon
neur , de vertu , & de Religion , lui aplanirent
la route qui devoit le conduire au cri 、
me: ils lui dirent que les Rois avoient des
privileges au - dessus du vulgaire ; que ce qui
étoit sacré & inviolable pour les autres hommes
, ne devoit point l'être pour les Poten
tats .
Le Roy avoit plus de confiance au Cardinal
qu'en tout autre ; & si ce Prélat avoit été
d'un avis contraire à ses sentimens , peutêtre
en auroit - il changé . Mais le Ministre
aplaudit au dégoût de son Maître , & en
qualité de Légat Apostolique , il déclara nul
le mariage de Philippe avec Ingelburge , sous
Fij pré-
}
3080 MERCURE DE FRANCE
le
prétexte qu'elle étoit parente de la feue
Reine. Tout le monde se récria sur un divorce
aussi scandaleux . On reprocha au Roy,
& encore plus au Cardinal , qu'ils n'avoient
pû ignorer avant le mariage cette alliance,
qu'ils faisoient servir de prétexte pour
rompre. Ingelburge chassée du Trône reclama
la protection du Pontife ; plusieurs
Evêques François s'assemblerent à ce sujet
par son ordre. On blâma hautement la conduite
du Cardinal & des autres Prélats , qui
avoient avec lui décidé cette affaire . Enfin le
Roy , voyant qu'il alloit être condamné , ne
voulut point attendre le Jugement définitif
& termina tout d'un coup la procédure , en
reprenant de lui-même Ingelbuge.
La conduite du Cardinal de Champagne
en cette occasion l'avoit mis en mauvaise
odeur dans l'esprit des gens de bien : mais le
grand monde , toujours partisan du crédit &
de la faveur , sçût bientôt l'excuser . Le Pape
le déclara même son Légat dans toutes les
Gaules. Il ne survêcut pas longtemps à ce
surcroît d'honneur ; & après avoir vû mourir
les deux aînés de sa Maison , le Cardinal
mourut lui -même à Laon , âgé de 67. à 68.
ans : de Laon on transporta son corps dans
l'Eglise Cathédrale de Rheims , où il est
inhumé.
2
Il possedoit les Titres d'Archevêque de
Rheims
DECEMBRE. 1739. 3081
Rheims , de Cardinal Légat par toute l'Allelemagne
& les Gaules , & de principal Ministre
d'Etat. On lui reproche d'avoir préféré
les marques exterieures de la Religion à
l'exercice interieur des vertus qui en font
Pessence ; de ne s'être pas assés oposé à quelques
actions injustes de Philippe Auguste ;
d'avoir eu un zele cruel pour la conservation
du dépôt de la Foi ; d'avoir témoigné une
dureté odieuse à l'égard d'un Evêque, Prince
de Liege , persecuté par l'Empereur , qui s'étoit
réfugié dans la Ville de Rheims , & qu'il
y laissa mourir de faim , pendant qu'une dévotion
mal entendue le conduisoit jusque
dans la Galice , pour y offrir des présens à
Saint Jacques. Au reste , on l'a mis au nombre
des bons Ministres , parce qu'il n'a pas
commis autant de mal , que le grand nombre
de ceux que l'Histoire compte au nombre
des méchans .
S. Bernard dit qu'on l'avoit destiné à l'Eglise
dès son enfance. Presque tous les Auteurs
considérables de son temps parlent de
lui avec estime. Pierre de Blois lui adressa
deux Lettres. Etienne de Tournai lui en
écrivit 25. sur divers sujets. Pierre Comestor
lui dédia son Hiftoire Scolaftique , & le Poëte
Gautier son Alexandriade. Les Historiens
l'apellent quelquefois le Cardinal de Rheims,
& il fut surnommé aux blanches mains. Si
Fx
**
Phi3082
MERCURE DE FRANCE
Philippe Auguste est le premier de nos Rois
depuis Hugues Capet , qui ait eû un plan de
politique régulier & suivi , on en
peut faire
honneur à son premier Ministre,
PROJET d'un nouveau Dictionaire:
Universel ou Philologie- Alphabetique ,
communiqué au Public le 29. Novembre
1739, Par le Sieur Janvier de Flainville
Na fait des Dictionaires fur prefque toutes
les matieres ; quelques-uns même portent le
titre de Dictionaire Univerfel , quel peut donc être
le motif qui m'en a fait entreprendre un nouveau
Le voici : J'ai crû remarquer peu d'exactitude dans
quelques- uns de ces Dictionaires , plufieurs fautes
effentielles dans quelques autres, des omiffions con,
dérables dans ceux- ci , des contradictions manifes
tes dans ceux -là. Mon deffein eft donc en géneral
d'être plus exact que les premiers , moins fautif que
les feconds , plus étendu que les troifiémes , plus
d'accord avec moi-même que les derniers ; de ras
sembler en un corps , & comme fous un feul point
de vue tout ce qui fe trouve de bon & de correct, non
feulement dans le grand nombre de Dictionaires
déja imprimés , mais encore dans tous les Livres qui
ont patu avec l'Aprobation des Sçavans ; En un mot,
je tâcherai de me rendre utile au Public en lui faifont
part d'une compilation , que je pourrai , fans
trop deprévention, regarder comme parfaite en fon
genre & des plus complettes , fi jamais je viens à
bout de la finir felon mes intentions. Voilà quelles
font mes vûes en travaillant à l'immense Dictionai
ne dont je donne aujourd'hui le Projet . Le Public
pourra juger de l'utilité de men Ouvrage par l'idée
que
DECEMBRE. 1739. 3083
que je vais m'éforcer de lui en faire concevoir.
Ce Dictionaire fera François & Latin , & aura
pour titre celui qui eft imprimé à la tête de ce Pro
jet. Je fuivrai pour l'arrangement des Matieres l'ordre
Alphabetique qui eft le plus commode & le plus
ordinaire , pour cela j'ai jugé à propos de prendre
un milieu entre l'Ortographe ancienne & celle que
⚫ quelques Modernes ont voulu introduire. C'eft cette
façon d'écrire qui m'a parû la plus raifonnable , la
plus ufitée , & par conféquent celle dont on s'ac→
commodera le mieux.
2
E
Le mot François , ainfi rangé felon l'ordre de fes
lettres initiales, fera fuivi de fa qualité grammaticale
, de fon genre , de fa fignification , du mot Latin
qui y répond , auffi avec la qualité , fon genre , &.
fa quantité, de l'étimologie du mot , de les finony
mes , avec la difference de leurs fignifications , &
de quelques exemples , foit en Profe , foit en Vers ,
tirés de meilleurs Auteurs de l'une & de l'autre
Langue. Après ce Préliminaire qui fera commun àª
chaque mot , j'entrerai dans le détail , ainfi qu'on le
verra ci - deffous.
Mon deffein eft de remplir exactement mon titre,
& de répondre , autant que je le pourrai , à l'idée
qu'on doit fe former d'un Ouvrage qui paroît fous
le titre d'Univerſel. Ainfi l'on trouvera dans ce Dic
tionaire géneralement tout ce qui a quelque raport
à la Théologie , à la Jurifprudence , aux Belles-
Lettres , aux Sciences , aux Arts , & à l'Hiftoire.
I. Théologie. En qualité de Compilateur de
tout ce qui a raport à la Théologie ancienne & nou
velle , Sacrée & Prophane , je parlerai des Dieux ,
Déeffes , Oracles , Temples fameux , Religions ,
Sectes , Héréfies , Sacrifices , Myfteres , Prêtres ,
Moines, Ordres Militaires & Religieux, Congréga,
#ons ,&c. ………& fous chaque mot en particulier
F vj. j'en
3084 MERCURE DE FRANCE
j'entrerai dans un détail exact & circonstancié :
Ainfi , par exemple, en parlant des Dieux , Dées
ses , demi-Dieux , je raporterai leurs diférens noms
& furnoms , leurs qualités , leurs atributs , leur Généalogie
, lenr Hiftoire & les Fables dont on les a
défigurés , les temps , les Lieux dans lefquels on
leur a dreffé des Autels , comment , par quels Peuples
& fous qu'elle figure ils ont été honorés,
Quand il fera queftion de Religions , Sectes , Héréfies
, je fixerai l'époque de leur commencement
leur durée , leur décadence , leur fin ; je nommerai
les Auteurs de Religion , les Chefs de parti , les Héréfiarques
; je raporterai fommairement leur vie ,
les moyens qu'ils ont employé pour faire recevoir
leur Doctrine , & l'autorité fous laquelle ils ont
fuccombé , ou fe font maintenus. Je n'oublierai
point d'y faire mention des Athées , Naturaliſtes ,
Deiftes, Efprits forts , & autres , qui ont eu des
opinions fingulieres fur la Religion . L'Hiftoire des
perfécutions qui ont affligé l'Eglife , & celle des Inquifitions
, avec la forme & la léverité de leurs Jugemens
, n'y fera point obmife. Au fujet des Mariages
, Funérailles , Sacrifices , Myfteres , Apothéo
fes , Canonifations ; & autres Cérémonies Religienfes
, je dirai en quels fiecles , en quels Pays, à quel
le occafion , comment , & par qui ils fe folemnifoient
. En parlant des Prêtres , Moines , Ordres
Militaires & Religieux , je ferai mention du temps
& du Lieu de leurs Inſtitutions , du nom & de la vie
de leur Fondateur, de leurs Regles , de feurs Privileges
, exemptions & immunités , de leur habillement
, de leur réforme & de leur extinction. J'y
joindrai un Catalogue alphabétique des Abbayes ,
Monafteres & Commanderies de chaque Ordre ,
tant en France que dehors le Royaume , avec l'anmée
de leur Fondation ; & une Lifte Cronologique
dcs
DECEMBRE. 1739. 3089
>
des Supérieurs Géneraux ou Grands - Maîtres .
II. Jurifprudence . On trouvera dans ce Dictio
naire tout ce qui a quelque raport à la Jurifpruden
ce univerfelle , c'eft - à dire à la Science du Droit
Canonique & Civil , François & Etranger , à celle
des Coûtumes , des Ordonnances , Arrêts & Décifions
des Cours Souveraines , & de tout ce qui fert
à rendre ou à faire rendre la Juftice Il y fera fait
mention de la Puiffance , de la Jurisdiction , des
Frivileges & exemptions Ecclefiaftiques , des matieres
Beneficiales , des Conciles , Synodes , Bulles ,
Cenfures & Excommunications. On y pariera de
Tous les Officiers prépofés par les Rois & Souverains
pour l'adminiſtration de la Juftice dans leurs Etats ,
& pour y entretenir l'ordre & la Police ; de toutes
les Jurifdictions Séculieres & Ecclefiaftiques ; om
raportera les Ordonnances , Edits & Déclarations
de nos Rois , la teneur & la décifion des Arrêts , les
fentimens des Docteurs , & je ferai enforte de difpofer
les matieres de façon qu'on puiffe trouver aifément
& par le feui fecours de l'ordre alphabetique
tout ce qu'on defirera fçavoir . Ainfi l'Hiftoire des
Conciles , par exemple , & des Synodes , fera rangée
, tantôt fous le nom des Villes où ils ont été assemblés
, tantôt fous celui de l'Hérefie , du Schisme,
ou n'importe quel autre évenement qui en au
ra occafionné la convocation. La teneur des Bulles,
Brefs , Cenfures Ecclefiaftiques, Excommunications,
fera inferée fous le nom de l'établiſſement , de l'abus
, relâchement , crime , ou toute autre cauſe qui
y aura donné lieu ; c'eft auffi l'ordre que je compte
girder pour les Edits , Ordonnances ; Déclarations ,
Arrêts , fentimens des Docteurs , & c . ... Et comme
il arrive fouvent qu'une décifion de cette nature
a plufieurs faces , & renferme differentes difpofitions
, j'ajofiterai fous chaque matiere en particu
lier
1
3086 MERCURE DE FRANCE
;
Fier , des renvois exacts , qui fe répondant les uns
aux autres, indiqueront tous les endroits da Dictio
hire où il sera parlé de ce dont on veut avoir connoiffance,
A l'égard des Jurifdictions , des Juges ,
Magiftrats & autres Officiers de Juftice , ils trouve-
Font leur place dans ce Dictionaire , felon le rang
alphabetique des lettres initiales de leurs noms .
J'aprendrai quels font les temps , les lieux & les
caufes de l'établiffement de chaque Jurifdiction
par qui , comment , fur qui , & fur quelles matieres
elles exercent leur autorité , & à quels Tribu
naux Supérieurs releve l'apel de leurs Jugemens. Je
parlerai de tous les Officiers de Juſtice , depuis le
Chancelier jufqu'aux Sergens de Seigneuries, & aussi
des Juges Etrangers. Je rendrai un compte exact
de la création & des Privileges de leurs Charges ,
du rang & de la préféance qu'elles donnent à ceux
qui en font revétus , des vétemens , Armoiries &
autres marques extérieures qui font connoître ceux
qui les poffedent , & enfin du temps & des raifons
les plus plaufibles de la fupreffion de celles qui y
ont été fujettes.
III. Belles-Lettres. Tout ce qui a' raport aux
Bel'es-Lettres y fera traité avec autant d'ordre , de
détail & de foin . Je n'omettrai rien de tout ce qui
concerne la Grammaire , l'Eloquence ou la Rhéto
rique , la Poëfie , &c. ... J'ai déja dit qu'on troùveroit
fous chaque mot en particulier , fon genre
fon étimologie , fa fignification , fa qualité gramticale
, fes Sinonymes , &c. .. . On y trouvera de
plus la véritable façon de le prononcer , confirmée
par de bons exemples , les differentes manieres de
Portographier , avec celle à laquelle il eft le plus
rhifonnable de s'en tenir , on y trouvera encore
routes fortes de façons de parler , figurées , méta
phoriques , éliptiques , ironiques , les abbreviations
les
DECEMBRE. 1739 $087
Les plus ufitées , avec leur explication ; les Deviſes ,
Sentences , apophtegmes , Proverbes , avec leur
origine , lear explication , & plufieurs exemples ; je
rendrai les façons de parler Françoifes , par d'autres
tours de phtafe Latins , & je tâcherai de conferver ,
autant qu'il me fera poflible , le génie & le goût de
Pune & de l'autre Langue. Et comme il y a dans
fe François quantité de Verbes dont la conjugaifon
des Temps , des Meufs & des perfonnes eft irrégu
here , j'aurai foin quand je ferai dans ce cas de conjuguer
ces Verbes défectueux. Enfin je ramafferat
Tout ce que je pourrai rencontrer d'anciens mots
Gaulois qui ne font plus ufités , d'expreffions & façons
de parler vicieufes , particulieres à certaines
Provinces , parce que j'ai cru qu'il feroit bon d'ex→
pliquer la fignification de tous ces mots , que peus
de perfonnes font en état d'entendre , & dont il ar
rive fouvent qu'on a befoin , foit en lifant quelque
*vieil Auteur , foit en déchifrant d'anciens Titres ,
foit enfin en ayantaffaire à des gens d'une Province
éloignée de la fienne . Par une fuite du même dessein
, j'admettrai dans mon Dictionaire tous les
mots nouveaux qui ne font pas bien établis dans la
Langue. Et de peur que quelqu'un , faute d'attention
, ne prenne le change , & ne regarde tous ces
inots comme François & de mife , j'aurai foin , के
chacun d'eux, d'avertir du contraire ..
Paffons à l'Eloquence. Toutes les figures de Ré
thorique fe trouveront rangées dans mon Dicionais
re felon leur ordre naturel , avec leur explication ,
Jes occafions de s'en fervir , & l'art avec lequel on
Jes doit employer ; Py joindrai des exemples , que je
ficherai de bien choifir. J'y parlerai des diférentes
fortes de Harangues , Panégyriques , Oraifons fu
nebres , Difcours moraux , & j'y enfeignerai l'ares
de les composer , avec les moyens pour acquérir las
facilité
3088 MERCURE DE FRANCE
-
facilité de perfuader & de parvenir à la véritable
Eloquence. J'y ajoûterai un Traité de la Déclamation
de la Chaire , du Barreau , & du Théatre ,
en rapellant à l'une ou à l'autre de ces trois fortes
de Déclamations , la façon de réciter toutes for
tes de Difcours.
Après avoir parlé de la Poëfie en géneral , je deſcendrai
dans le particulier. Je donnerai la définition de
la Rime,les differentes divifions en Rime maſculine et
féminine , riche et fuffifante ,foible et défecteufe. Je
parlerai de la difpofition & de l'arrangement des Rimes
plates, croifées, mêlées ;des differentes fortes de
Vers qui font en ufage parmi nous et chés les autres
Nations; je traiterai des enjambemens , hiatures , li
cences , hémiſtiches et repos ; l'on trouvera de plas
fous le nom de chaque efpece de Foëfe particuliere,
le nom et le Pays de celui qui l'a inventée, le temps
où il vivoit , le ityle,le nombre et l'efpece de Vers ;
la qualité et la difpofition des Rimes qui doivent y
entrer, en un mot , toutes les Regles néceffaires
pour compoſer exactement , Poëmes Epiques , Ly-
, riques , Dramatiques , Sonnets , Bouts-Rimés , Satyres
, Eglogues , Elegies , Rondeaux , Triolets ,
Balades , Chants Royaux , Lais , Virelais , Monorimes
, Epigrammes , Madrigaux , Cantates , Chanfons
, &c, ... La façon de réüfhir dans la compofition
des Romans , Nouvelles , Contes , Fables , Faceties
et Piéces burlesques, y trouvera auffi ſa place.
IV. Sciences & Arts. Ce Projet deviendroit infenfiblement
un Volume, fi j'entreprenois de rendre
an compte éxact de la maniere dont je parlerai de
tout ce qui concerne les Sciences , les Arts et l'Histoire.
L'idée que je viens de donner des Matieres
qui avoient raport à la Théologie , à la Jurifprudence
et aux Belles Lettres, fait affés juger de quelle
façon je m'étendrai fur tout ce qui a raport aux
Sciences
DECEMBRE.
1739 3089
Sciences & aux Arts , c'eſt - à - dire , 1º. A la Philofophie
en géneral et à fes parties en particulier ,
comme la Logique , la Morale , l'Economique , la
Politique , la Metaphyfique , la Phyfique & l'Histoire
Naturelle. 2. A la Médecine , et aux parties
qui en dépendent. 3 ° . Aux Mathématiques qui ren
ferment l'Arithmétique , l'Algebre , la Géometrie ,
l'Aftronomie , l'Hidrographie , l'Art de la Navigation
, PAftrologie , l'Optique , la Mufique et les
Méchaniques. 4. Aux Arts , tels que font le Dessein
, la Peinture , la Sculpture , l'Architecture Civile
et Militaire , la Teinture , et une infinité
d'autres .
V. Hiftoire. Je n'oublierai rien non -plus de tout ce
qui a raport à la Géographie , Cofmographie , Cronologie
et à l'Hiftoire Sacrée et Prophane , ancien
ne et moderne , Univerſelle et Particuliere . En un
mot, mon Dictionaire fera véritablement Univerſel,
et fi je ne puis me flater d'épuifer toutes les Matietieres
qui y feront renfermées , j'efpere du moins
les traiter avec plus d'ordre , plus d'exactitude , et
plus d'étendue que ceux qui ont donné jufquà préfeur
des Dictionaires au Public ; j'efpere non -feulement
ne rien omettre d'important et d'effentiel ,
mais encore entrer dans des détails particuliers, dont
on fent bien qu'il eft impoffible de donner une idée
jufte en géneral. Ainfi faus m'y arrêter plus longtemps
, je me contenterai, avant que de finir ce Projet
, de dire quelque chofe du plan géneral que je me
fuis propofé de fuivre .
Plan Géneral. 1 ° . Pour mettre les Critiques hors
d'état de m'objecter , que c'eft fans fondement que
j'ai accufé les Dictionaires déja imprimés de peu
d'éxactitude , de fautes effentilles , d'omiffions confidérables
, de contradictions manifeftes ( car il y a
bien des gens que ces accufations ont révolté ) je
raporterai
3090 MERCURE DE FRANCE
raporerai in decurfu , & fous chaque mot particu→→
lier les obfervations differentes que j'aurai pu faire
à ce fujet ; je ne demande même aucune grace pour
ma critique .
2º. Pour ne point tomber dans les défauts que je
reproche aux autres , je me donnerai bien de garde
d'hazarder aucun fait ; je n'avancerai rien ſans
avoir pour garans , ou ma propre experience , ou
l'Attestation d'un ou plufieurs Auteurs univerfellement
reconnus pour véridiques , ou enfin des Mémoires
inftructifs qui me feront donnés par gens
dont la probité ne fera point fuspecte. Voilà quels
font les Materiaux dont je fais journellement les
aproches. C'eft avec ceux-là feuls que je compte
bâtir et conduire mon Ouvrage à fa perfection.
Quoique avec ces précautions il foit comme impossible
de fe tromper , j'en aporterai pourtant encore
une nouvelle ; car avant que de rien faire imprimer ,
je ferai voir à des perfonnes fçavantes et éclairées les
Matieres dont elles font journellement une étude
particuliere , aux Artiftes , ce qui a raport à leur
Métier ou Profeffion ; et à l'égard des Articles qui
concerneront la Géographie , les ufages & façons
de parler propres à certains Pays , je les envoyerai
tout faits fur les Lieux même , afin qu'on y ajoûte
ou retranche ce qu'il fera à propos d'ajoûter ou retrancher.
3. Comme il arrive fou vent que celui qui a recours
à un Dictionaire , n'a befoin que de quelque
Fait particulier,ou même que de fe rafraîchir la mémoire
fur quelque circonftance qui lui fera échapée,
et que d'ailleurs prefque tous les Articles de mon Dictionaire
feront très - étendus, à cauſe de l'abondance
de la matiere , j'ai jugé à propos d'ajoûter à la tête
de chaque Titre une espece de Table ou de Sommaire
numéroté le plus abregé qu'il me fera poffi
ble ,2 N
DECEMBRE. 1739 3091
le , qui renvoyera jufte à l'endroit qu'on défirera
çavoir, d'autant plus aifément qu'il y aura des chifres
en marge vis-à- vis tous les alinea. Comme je ne me
fers de ce moyen que pour la commodité des Lecteurs
& pour leur épargner du temps , je ne mettrai point
de Sommaire en tête des Titres qui ne feront pas
dongs , mais j'y laifferai toujours les chifres marginaux
qui , outre l'utilité dont je viens de pailer ,
feront encore très- commodes pour trouver promp
tement et à coup fûr les renvois qu'il y aura fouvent
d'un Titre à l'autre.
2
>
14. Quelqu'exact et quelqu'étendu que je me
propofe d'être fur chaque matiere , je ne fuis pas
aflés témeraire pour me flater de l'épuifer ; mais
après avoir dit tout ce qui fera effentiel à mon fujet
, et au plan que je me fuis fait , j'ajoûterai à la
fin de l'Article , fous le titre d'Auteurs à voir
une Lifte alphapetique de tous ceux que j'aurai pû
découvir qui auront traité la même matiere exprès
dans quelque Ouvrage particulier , ou comme en
paffant dans quelques autres endroits de leursLivres .
5 ° . Pour abreger autant que je le pourrai , chaque
Titre , et ne point interrompre le fil de la narration
par des differtations fur des points conteftés , par
des Bulles , Arrêts , Titres , Lettres , et autres cho .
fes de cette nature , je me contenterai de les citer
exactement , ou d'en tirer le plus fommairement
qu'il me fera poffible , ce qui fera abſolument néceffaire
pour l'intelligence de la matiere ; cependant
comme il ſe trouve des gens qui veulent tout
voir par eux -mêmes , et que fi je me contentois ,
comme ont fait quelques Auteurs , d'indiquer les
fources où l'on peut trouver ces Titres , je mettrois
la plupart de mes Lecteurs hors d'état d'y avoir recours
, je donnerai un ou deux Volumes féparés en
forme de Suplément , dans lefquels tous les Arrêts ,
Bulles ,
3092 MERCURE DE FRANCE
Bulles , Lettres , Differtations , Titres , &c, .. don't
on aura parlé dans le Dictionaire , fe trouveront fidelement
copiés , et rangés fuivant l'ordre de leur
date . On mettra sous une date arbitraire ceux qui
n'en auront point de certaines .
>
6. On trouvera à la tête du premier volume de
mon Dictionaire , ou à la fin du Suplément dont
je viens de parler , une Lifte alphabetique des Auteurs
cités dans le cours de l'Ouvrage avec un
Abregé de leurs Vies , & un Catalogue des Livres
qu'ils ont donnés au Public . Ne pouvant trouver
d'endroit plus commode pour placer le nom de
ceux qui voudront bien me fournir quelques Mémoires
, & leur donner par là une légere marque
de ma vive reconnoiffance , je les mettrai à la fuite
de ces Auteurs, avec leurs noms de Baptême, leurs
Pays, Etats , & Profeffions , & j'indiquerai dans cette
même Lifte les matieres fur lesquelles ils auronr
bien voulu m'aider de leurs lumieres.
7. Plufieurs Perfonnes qui ont eu communica
tion de mon Dictionaire , & qui en ont lû quelques
Articles , m'ont confeillé , pour la perfection
de l'Ouvrage , & la plus grande commodité des
Lecteurs , de l'enrichir de Figures. Cet avis feroit
affés de mon goût ; je conçois même tout l'agrément
& toute l'utilité qui réſulteroient d'un tel Projet
, s'il fe trouvoit bien executé ; mais d'un autre
côté , le temps qu'il me faudroit pour deffiner &
faire
graver ces Figures , & la dépenfe confiderable
qu'il feroit néceffaire de faire , ne laiffent pas de me
paroître un grand inconvenient. Quoique je ne fois
pas encore tout à fait déterminé fur ce fujet , je prévois
que je pourrai prendre un milieu , entre ne
point mettre de Figures , & en mettre à tous les
Articles ; c'est- à- dire que je laifferai fans Figures les
Titres qui pourront s'en paffer , & que j'en ferai
A
graver
DECEMBRE. 1739. 3093
graver pour ceux qui ne s'entendroient que difficile
ment fans ce fecours .
Voilà à peu près quel sera le Dictionaire que j'ai
deffein de publier . On fent fort bien qu'un Ouvra
ge de cette nature , fera des plus utiles , des plus
néceffaires , & des plus commodes ; mais on lept
encore mieux quelle en est la difficulté , & combien
il faut de temps , de travail , & d'exactitude ,
pour le conduire à fa fin . Je ne me flaterois jamais
d'y réuffit , fans les fecours fans nombre que je
trouve , non feulement dans les Dictionaires déja
imprimés , mais encore dans toutes fortes de bons
Livres. J'efpere en puifer de nouveaux dans la
bonne volonté de ceux qui ont du zéle pour la
République des Lettres , que je prię ici de vouloir
bien m'aider de leurs confeils . Je recevrai avec docilité
& reconnoiffance tout ce qu'ils voudront
bien m'aprendre qui pourra fervir à la perfection
-de mon Deffein ; je profiterai avec joye des Mémoires
que des Perfonnes éclairées & fans prévention
youdront bien me faire tenir. Pour les mettre
en état de ne m'envoyer rien que d'utile & de
conforme au Plan que je me fuis fait , j'ai cru ne
pouvoir mieux m'y prendre , que de rendre publics
quelques Articles de mon Dictionaire. Je me fervirai
pour cela de la voye des Journaux , Mercures ,
& autres Ecrits périodiques ; on connoît affés le
zéle de ceux qui conduifent ces fortes d'Ouvrages,
& avec quelle affection ils fe portent à tout ce qui
peut être utile au Public , pour fe flater qu'ils voudront
bien de temps en temps faire inserer dans
Jeurs Journaux un Article feulement fur chaque
matiere ; on jugera beaucoup mieux par ces échantillons
que par le préfent Projet , du Deffein de
l'Ouvrage , de fon economie & de fon utilité ; &
l'on verra par la façon dont je parle d'une Ville .
par
3094 MERCURE DE FRANCE
par exemple , d'uh Ordre Religieux , d'une Plaute ,
d'un Animal , &c.... quels font les materiaux que
j'employe , & de quelle façon je les arrange. D'ailleurs
ceux qui voudront m'aider de leurs lumieres
ou de leur critique , fçauront par là fur quoi &
comment ils pourront me ſecourir.
Je ne puis dire au jufte dans quel temps paroîtra
ce Dictionaire : fa perfection dépend des Mémoires
& des fecours qu'on me fournira, des confeils & des
avis qu'on me donnera , & enfin des moyens qu'on
me procurera, pour y travailler sérieusement. Ily
a environ cinq ans que cet Ouvrage a été conçû, &
même commençé ; cependant je n'ai encore rien
de parfait , & je ferois très - embarrassé de faire
voir un Article abfolument fini , & en état de paroître
au jour ; à la vérité je me fuis fait un ordre
de travail , ce qui ne doit pas être compté pour
peu de chofe , mes Tables particulieres font
faites , mes Extraits & fous Extraits font fort avancés
, prefque toutes mes matieres font ébauchées
& en train d'aller ; mais le séjour que j'ai jufqu'à
préfent fait dans la Province , où les fecours & les
Livres nécessaires m'ont manqué à tout moment
mais des occupations étrangeres , dont je ne fuis pas
même encore dégagé , mais mon ignorance fur une
infinité de chofes , jointes à l'impoffibilité de m'instruire
fur le champ , & je ne fçais combien d'autres
raifons , m'ont mille fois fait refter court fur une
matiere , & m'ont obligé de me rejetter fur une
autre.
>
Tous ces obftacles ne m'ont point rebuté , j'ai
tenu bon ; je travaille journellement , j'aproche infenfiblement
du but que je me fuis proposé d'atteindre
, j'y parviendrai quand il plaira à Dieu .
Heureufement je fuis d'un âge à pouvoir réfifter
aux veilles & aux fatigues du travail , & la gran
•
deus
DECEMBRE. 1739. 3095
deur de l'ouvrage ne m'a point encore effrayé.
La Veuve Ganeau , Libraire , rue Saint Jacques ,
aux Armes de Dombes , à Paris ; M. Girard , Libraire
, au Nom de Jefus , Grand' - Salle du Palais , auffi
à Paris , M. Doublet , Libraire à Chartres , rue
des Changes , aux Armes de la Ville , veulent bien fe
charger de recevoir les Lettres & Memoires qu'on
aura envie de me communiquer. On prie ceux qui èn
en envoyeront , de payer le port des Paquets cet uſage
eft tellement établi dans la République des Lettres , que
j'ai longtemps hésité fi je devois faire ici ceste obfervation.
Elle ne fera point inutile pour ceux qui ne
font pas accoutumés à faire de ces fortes d'envois . On
pourra encore adresser des Mémoires
A Aix en Provence , chés M, David.
A Amiens , chés M. Godard .
A Angers , chés la Veuve Avril.
A Arles , chés M. Mesnier.
A Besançon , chés M. Boufillo.
A Bourdeaux , chés M. Labotiere.
A Caen , chés M. Doublet.
ADijon , chés M. Defay.
A la Haye , chés M. Neaulme.
A Lille , chés M. Henri.
A Lyon , chés M. Bruyset.
A Nantes , chés M. Verger.
A Nismes , chés M. Belie .
A Orleans , chés M. Rouzeau.
A Rennes , chés M. Vatar.
A la Rochelle , chés M. Bonnet.
A Rouen , chés M. Boisjouvin,
A Toulouse , chés M, Forest.
BIBLIO
3096 MERCURE DE FRANCE
.
BIBLIOTHEQUE RAISONNE'E des Ouvra
ges des Sçavans de l'Europe , pour les six
derniers mois de l'Année 1733. Tome XI.
in- 12 . Amfterdam , chés Veftein & Smith
M. DCC . XXXIIL
Nous avons déja dit qu'il seroit mal aisé
de faire l'Extrait d'un Livre qui n'est composé
que d'Extraits , & qu'on ne peut guere
donner une idée de ce Journal , que par
quelques Titres des Ouvrages les plus interessans
, ou les moins connus , & par le choix
de quelques Nouvelles Litteraires. C'eſt ainfi
que nous continuerons d'en parler.
LE DROIT de la Nature & des Gens ; ou
Systême Général des Principes les plus importans
de la Morale , de la Jurisprudence , &
de la Politique. Traduit du Latin de feu M.
le Baron DE PUFENDORF , par Jean BARBEYRAC
, Profeffeur en Droit dans l'Univerfité
de Groningue : Avec des Notes du Traducteur
, & une Préface , qui sert d'Introduction
à tout l'Ouvrage. Cinquiéme Edition ,
revûë de nouveau & fort augmentée. En
deux Tomes in-4°. dont le premier contient
716. pages , fans la Préface , qui en a 120.
& le second en renferme 613. sans les Tables
des Auteurs & des Matieres ; on a mis aussi
à part trois Harangues Latines de M. Barbeyrac
la premiere sur l'utilité du Droit & de
'Histoire & la liaison que ces deux Scien-
,
ces
DECEMBRE. 1739. 3097.
es ont ensemble : la seconde , sur la maere
de bien étudier le Droit : la troisième
sur la Queſtion , S'il est permis d'échaffauder
en Chaire le Magistrat , qui a commis
quelque faute. A Amſterdam , chés la veuve
de Pierre De Coup. 173.3 .
HISTOIRE de l'Ifle Espagnole , ou de Saint
Domingue , écrite particulierement sur des
Mémoires Manuscrits du P. Jean - Baptif
LE PERS , Jesuite , Missionaire à S. Domingue
, & sur les Pièces originales , qui se conservent
au Dépôt de la Marine. Par le Pere
Pierre- François - Xavier de CHARLEVOIX , de
la Compagnie de Jesus, En IV. Tomes in- 12 .
dont le premier contient 292. pages , sans
l'Epître Dédicatoire , l'Avertissement & la
Table des Sommaires ; le second , 390. y
compris la Table des Matieres des deux premiers
; le troisiéme en a 302, & le quatrième,
1429. avec la Table des Matieres des deux
derniers. A. Amfterdam , chés François L'Honoré.
1733 .
D
PHYSIQUE SACRE'E , ou Hiftoire Naturelle
de la BIBLE. Traduite du Latin de M. Jean-
Jacques SCHEUCHZER , Docteur en Medecine,
Professeur en Mathematiques à Zurich , Membre
de l'Académie Imperiale des Curieux de la
Nature , & des Societés Royales d'Angleterre
& de Pruffe , Enrichie de figures en Taille
douce , gravées par les soins de Jean- André
II.Vol. PFEFFAL
G
3098 MERCURE DE FRANCE
PFEFFAL , Graveur de S. M. I. à Amfterdam,
chés P. Schenk , & P. Mortier. 1732. in-fol.
Tome I. de 36. pages pour les Piéces Préli
minaires , & de 127. pour le Corps de l'Ou̟-
vrage, Le second Tome de 163 , pages.
Les Journalistes seroient bienheureux , die
l'Auteur de la Bibliotheque Raisonnée , s'ils
n'avoient jamais à parler que d'Ouvrages du
mérite de celui- ci . Ils pourroient se répan
dre en louanges , sans craindre , ou de faire
tort à leur Jugement , ou d'en imposer au
Public. La Conscience même leur dicteroit
les Eloges , & laisseroit à leur Critique toutes
les marques de l'estime la plus parfaite
pour les Auteurs. Je dis , la Conscience , par
ce qu'il s'agit ici d'un Livre auquel elle ne
peut que prendre interêt Ce Livre eft un
Commentaire sur tous les Endroits de l'Ecriture
qui sont relatifs à l'Histoire Natu
rurelle , & qui,par consequent, dans leur tout
composent ensemble un Corps de Phyfique
Sacrée. Nous ne sçaurions mieux en exposer
Timportance , par raport à la Religion , qu'-
en copiant une partie de ce que M. Scheuchger
en dit lui-même dans sa Préface.
ر د
Apellé , dit-il, par les Illustres Cura
» teurs de notre College ( de Zurich ) à en-
» seigner la Physique & les Mathématiques,
» j'entrepris , il y a quelques années , d'ex-
» pliquer, dans mes Leçons publiques , les
و د
TexDECEMBRE.
1739. 3099
"
03
» Textes de l'Ecriture Sainte, felons les principes
de la Philosophie moderne. D'un côté
»› je m'y trouvai engagé par la manicre dont
» les Commentateurs s'y sont pris. J'avois
remarqué que la plûpart s'arrêtoient à l'é-
» corce de la Philologie Sacrée , que d'au-
» tres , pénétrant plus avant , s'attachoient à
rechercher le Sens Mystique ; & que le
plus grand nombre passoit légerement sur
» les Matieres qui sont du ressort de la Physi-
», que , & ne les traitoit que d'une maniere
peu satisfaisante , ou tout à fait propre à
» jetter dans l'erreur ; d'un autre côté le
» nombre presqu'infini de Commentateurs ....
» qui semblent avoir tout épuisé , devoit me
» détourner de mon dessein ; mais , porté
» comme je l'étois déja , d'inclination pour
» ce travail , je me sentois animé d'ailleurs
» par la multitude immense des Objets que
» nous présentent & l'Ecriture Sainte &
» la Nature , Objets sur lesquels la vûë peut
» s'étendre à l'infini , & qui forment même
» tout autant de differentes images , qu'on
» les regarde dans des points de vue diffe-
≫rens. Je crus donc , qu'en suposant même
» ces Matieres suffisamment éclaircies , je
pouvois me flater de trouver encore de
quoi répandre du moins un foible rayon
» de lumiere sur quelques Endroits de nos
Saintes Ecritures. Je tentai l'entreprise , &
Gij j'em
"9
3100 MERCURE DE FRANCE
1
>>
ور
>>
» j'en vins heureusement à bout , après bien
» des années de travail . Mes Leçons attire-
» rent des Auditeurs de tous les Ordres ;
Sçavans , ignorans , des Personnes même
respectables par leur âge , ou par leurs
Emplois quelques Etudians , mais en pe-
» tit nombre. Je m'attachai à leur faire voir
» la sainteté de la Revelation , à mesure
» que je leur découvrois les Beautés de la
» Nature. L'admiration qu'excitoient en
» nous les Merveilleux Ouvrages du Créateur
, nous conduisoit à l'admiration du
» Créateur même , de sa Puissance , de sa
Sagesse , de sa Bonté infinie , & nous por-
» toit à lui rendre le Culte qui lui est dû,
» C'est là en effet , * le véritable usage qu'on
» doit tirer de ces sortes de Recherches , &
» il y a longtemps que je suis persuadé
» comme il paroît par les autres Ouvrages
» que j'ai donnés au Public , qu'il ne faut
point regarder les Découvertes qu'on a
» faites dans la Physique , dans les Mathématiques
, ou dans la Médecine , simplement
» comme curieuses , ou utiles pour les be-
» soins de la Vie ; mais qu'on doit les apli-
» quer à la Pratique , à la Pieté ; qu'il faut
» sanctifier les idées qu'elles nous fourniffent,
» & les faire servir d'aliment , non à l'Esprit
» seulement , mais à la Volonté & au Coeur,
ΔΙΟΝΥΣΙΟΥ ΛΟΓΓΙΝΟΥ περί υψος ύπες
πνημα
99
悉
DECEMBRE. 1739. 3101
vnμa , &c. C'est -à-dire : TRAITE ' DU SULLIME
, par Denis Longin , publié avec une
nouvelle Version ; éclairci par des Notes
d'un bout à l'autre ; & corrigé en partie à
l'aide des Manuscrits , en partie par conjecture
. Avec tous les Fragmens du même Au
teur. Par Zacharie Pearce , Maître ès Arts ,
Chapelain de S. M. Br . & c . Troisiéme Edition
, à laquelle on a joint un Commentaire
entier , qui n'avoit point encore paru , sur ce
Traité de Longin , par François Portus , Candiot.
En grand in - 8 ° . de 372. pages , sans les
Préfaces. A Amfterdam , chés les Weftein &
Smith
. 1733.1
JOANNIS LAUNOII , Conftantiensis , Parifienfis
Theologi , Socii Navarrai , Opera omnia
, &c. C'est- à dire : Les Euvres de M.
de Launoi. Tome I. de 1112. pages , sans
l'Epître Dédicatoire , la Préface & la Table.
A Geneve , chés Fabri & Barillot , & Michel
Bousquet , & Compagnie. 1731. in -folio.
A la fin de l'Extrait de ce gros Volume
qui est très-détaillé & qui fait plaisir à lire ,
l'Auteur du Journal dont nous rendons
compte , ajoûte que les Imprimeurs n'ont
rien négligé pour rendre précieuse cette sçavante
Collection , & on peut assûrer , dit- il ,
qu'il ne nous est venu de Genêve aucun Ouvrage
mieux executé.
Gjij Non3101
MERCURE DE FRANCE
Nouvelles Litteraires.
DE LONDRES, M. John Campbell , a entrepris
de nous donner une » Histoire nou,
» velle & complette de la Sainte Bible , com-
» me contenant les Ecrits du Vieux & du
Nouveau Testament , depuis le commen-
>> cement du Monde , jusqu'au premier Eta-
» blissement du Christianisme ; liée partout
» avec l'Histoire Prophane, éclaircie par des
" Notes , contenant les Antiquités , les Rits
&c. de la Nation Juive , & où l'on explique
les Textes difficiles , on rectifie les
mauvaises Traductions , & on concilie les
" Contradictions aparentes. Avec des Dis-
» sertations sur les Passages & les Evenemens
39
les plus remarquables ; des Tables Chro-
" nologiques , des Cartes , des Figures & c.co
Cet ouvrage sera un in-folio d'environ 300.
feuilles ; on en distribuë trois , brochées en
papier bleu toutes les Semaines pour le prix
de 6. sols.
DE LA HAYE. Pierre de Hondt , vient de
publier une très belle Edition d'un Livre fort
estimé , & qui étoit fort rare ; c'est l'Hiftoire
d'Espagne par le Jesuite Mariana , avec une
Continuation jusqu'à la fin du XVI. siécle
qui n'avoit jamais paru , & qui est du Pere
Miniana , Mathurin , aussi Espagnol. On y
a joint les Portraits des Rois d'Espagne.
L'Our
DECEMBRE J . 17394 3103
L'Ouvrage est en quatre volumes in -folio,
dont le dernier contient la Continuation.
En voici le Titre : JOANNIS MARIANE Soc.
Jesu , Historia de Rebus Hispania Libri triginta.
Accedunt JOANNIS EMMANUELIS MINIANE
Valentini , Ordinis SS. Trinitatis Redemptionis
Captivorum , Continuationis nous
Libri decem. Cum Iconibus Regum.,
D'AMSTERDAM. J. Western & G. Smith
les Imprimeurs de ce Journal , donneront
au Public dans très peu de temps , les Livres
suivans.
THESAURUS MORELLIANUS , five Familiarum
Romanorum Numismata omnia ', diligentissimè
undique conquisita ad ipsorum num→
morumfidem accuratissimè delineata , &juxta
ordinem F. Urfini & C. Patini disposita à
Celeb. Antiquario AND. MORELLIO : accedunt
Nummi Mifcellanei , Urbis Roma , Hispanici
& Goltziani , dubia fidei omnes. Nunc
primum edidit & Commentario perpetuò illustravit
Sigeb. Havercampus. fol. 2. Tomes.
On trouve dans le premier , outre la Dédicace
à S. M. le Roy de Dannemarc , & une
longue Préface de la façon de M.le Professeur
Havercamp , 3532. Médailles avec leurs Revers
, qui occupent 92.feuilles entieres d'Impression.
Elles sont toutes dessinées de la
propre main du fameux Morell , d'après les
Originaux & d'une ressemblance & d'une
déli
ي ش ز
3104 MERCURE DE FRANCE
délicate. è infinie. Les Gravûres qui sont da
burin de J. G. Mentzel ne font pas moins
d'honneur à la magnificence & à la justesse
de l'Ouvrage . Le second Tome, renferme le
Commentaire , ou les Explications de M. le
Professeur Havercamp , avec les Tables des
Matieres. On crût d'abord que les Médailles
& le Commentaire pourroient entrer dans le
même Tome , c'est pourquoi on trouve au
bas du Commentaire Tome I. quoique suivant
l'arrangement qu'on s'est trouvé obligé
de prendre depuis , il soit veritablement
le Tome II. Ces deux doivent être
suivis de deux autres qui contiendront les
Médailles des XII , premiers Empereurs Rdmains
, les dépouilles du Temple de Jerusalem
enlevées par Tite Vespasien , & les Colomnes
de Trajan & d'Antonin , le tout dessiné
& gravé des mêmes mains , & ausŝi expliqué
par M. le Professeur Havercamp .
LOCUPLETISSIMi Rerum Naturalium Thesauri
accurata Descriptio , & Iconitus artificiofiffimis
Expreffio , per Universam Physicès
Hiftoriam Opus ; cui in hoc rerum genere
nullum par extitit.Ex toto Terrarum Orbe col-
·legit , digeffit, descripsit , & depingendum curavit.
Alb. Seba , Tom. I. Fol. Majori , en
Latin & en François ; il y en a aussi un trèspetit
nombre imprimé en Latin & en Hollandois.
L'Ouvrage entier doit faire 4. Yolames
.
DECEMBRE. 1739 3105
mes. A la tête de ce premier Volume , on
voit une Préface du Célebre Professeur Boerhaave
; bien instruit de ce que renferme le
Cabinet de M. Seba , & très - capable d'en
juger sainement , il le préfere à tout ce qu'on
a publié jusqu'à présent sur l'Histoire Naturelle
. Dans ce Volume on trouve , outre les
Descriptions, 111. Tailles Douces ,
dont 59.
sont in plano , ou sur des feuilles entieres , &
52. in folio sur des Planches de la largeur
d'une demi-feüille. Les Planches sont dessinées
& gravées d'après Nature , & avec un
soin infini . Toute l'Edition est sur du Papier
Imperial , & mérite d'avoir place dans les
Cabinets des Princes , des Riches & des
Curieux .
L'Article de Paris nous a parû d'une tournure
singuliere , & par là , mériter quelque
attention. L'Auteur du Journal prétend qu'il
se trouve de l'inaction dans la Litterature
Françoise , & que c'est ce qui empêche les
Sçavans & les Libraires de rien donner d'utile
& d'essentiel. Il se prépare par là une
excuse commode pour ne parler presque
d'aucune Nouveauté Litteraire qui soit propre
à la France. Encore comment en parleril
: L'Auteur des Causes Celebres , dont on
annonce l'Ouvrage , est en aparence bien
traité ; car, si d'un côté on le qualifie d'Homme
d'esprit & de mérite , qui écrit assés
Gv
bien ,
3106 MERCURE DE FRANCE
bien , on dit tout de suite que c'est l'Avocat
de Paris qui sçait le plus de bons mots .....
Et on ajoûte que s'il sçavoit aussi bien le
Code , le Digeste & des Loix du Royaume ,
ce seroit le plus grand Homme de Palais que
Pon eût connu. Il y a de l'injustice & de
l'égarement dans ces expressions , que M. de
Pitaval ne mérite assûrément pas.
L'Article qui suit , & qui concerne la Collection
des Historiens Originaux de l'Histoi
re de France , n'est desobligeant pour personne
, mais il n'est pas exact ; nous nous
chargeons de le rectifier , à la premiere occasion
que nous aurons de parler de l'Etat présent
de cette grande Entreprise.
PROJET d'une Description des Paroiffes
de la Campagne , voifines de Paris , fituées
dans le Diocèse de cette Capitale.
Omme il y a longtemps que plusieurs
Curieux du Royaume souhaitent une
Description ou Notice du Local de chaque
Pays ou Province , & que les efforts faits en
1727. par les Auteurs du Dictionaire Géographique
Universel de ce même Royaume,
ont été vains,quant à ce qui regarde le Diocèse
de Paris , quoique ce Diocèse méritât
plus d'attention qu'aucun autre,un Voyageur
exact & attentif à entrepris depuis quelques
années
DECEMBRE.
1739. 3107
années de visiter le même Diocèse de Paris ,
la Carte de De Fer à la main , pour y recueillir
ce qu'il pourroit apprendre en chaque Paroisse
de particulier & de digne de remarque
; se bornant cependant à ce qui est purement
historique , sans s'informer en aucune
façon du revenu des Bénéfices , ni du produit
des Domaines. Il s'eft donc fixé
1º. A marquer la fituation ou expofition
de chaque Paroisse , à quelle distance elle
eft de Paris , ce que la terre y produit plus
communément , parce que c'eft souvent de
quelques- uns de ces articles que la dénomination
du Lieu a été formée.
2º. A faire une petite Description de l'Eglise
Paroiffiale , nommer le Saint qui en eft
Titulaire ou Patron , indiquer la raison du
choix lorsqu'on la sçait : marquer fi l'on en
conserve des Reliques,ou fi l'on y en a conservé
: quels sont les autres Saints dont on y
en poffede quelques- unes ; les anciennes Inscriptions
sépulchrales qui s'y trouvent , &
enfin le genre & l'antiquité du Bâtiment de
l'Eglife.
3°. A diftinguer les anciennes Eglifes Paroiffiales
d'avec les nouvelles : marquer l'origine
de ces dernieres,lorfqu'on la fçaura : irdiquer
le temps de la donation des Eglifes à
telle ou telle : Communauté ; des Prieurés ou
autres Bénéfices,fimples fitués dans tel ou tel
Gvj Canton,
3108 MERCURE DE FRANCE
*
& quels font aujourd'hui les Préfentateurs de
tous ces Bénéfices .
4°. A obferver ce que la Nature a produit
de fingulier , les Eaux Minerales , les Gouffres
, les Carricres dans lesquelles il y a quel
que chofe d'extraordinaire , les Soûterrains
&c .
>
,
5º. A joindre à tout cela ce qui concerne les
Châteaux fameux , les Evenemens qui regar-
'dent chaque Lieu , autant que l'Hiftoire en
donne connoiffance , comme réfidence de
Rois ou autres Princes ; Educations Guerres
, Batailles , Camps , Conciles , Conferences
, Traités de Paix , Accidens extraordinaires
, Phenomenes : comme auffi les noms
'des anciens Seigneurs qui ont été celebres
'dans l'Histoire , fans oublier de faire inention
des Defcriptions Poëtiques , ou autres , qui
ont été faites de certains Lieux.
6°. A marquer la naiffance, la demeure ou
la mort des Hommes Illuftres , ou de ceux
qui fe font diftingués confiderablement en
quelque état que ce foit , dans les Sciences
ou dans les Arts , ou qui font devenus recommandables
par la fainteté de leur vie : la
naiffance , la demeure ou la mort de tel ou
tel celebre Personnage , en tel Village ou
Bourg du Diocèse de Paris , font , fans doute,
des chofes dont la connoiffance fera plaifir
eux Curieux .
Quoique
1
DECEMBRE. 1739 3109
Quoique l'Auteur qui s'eft proposé cette
Defcription , n'épargne ni peines ni recherches
pour remplir ce Plan , il ne fe flate pas
cependant de pouvoir l'executer parfaitement
, furtout quant aux Articles 5. & 6.
- s'il n'eft aidé de Mrs les Curés & Superieurs
de Communautés , auffi bien que des Seigneurs
des Lieux ; & fi les Gens de Lettres
ne lui font part de leurs lumieres. Il fupplie
pour cela toutes les Perfonnes qui auront des
Mémoires à lui communiquer fur les Articles
ci- deffus marqués , de vouloir bien les
adreffer à Paris , à M. l'Abbé Lebeuf, au
College de Cambray ,
afin que l'Auteur du
Projet en faffe usage , & qu'il foit en état de
les citer avec les marques de la reconnoissance
qui leur sera dûë.
Le même Auteur marquera auffi les mouvances
des Terres , pour rendre fa Collection
plus curieufe , fi on veut bien l'en informer.
Il fera honneur à qui il il apartiendra
, fur tout ce qu'on lui envoyera , & fur
les Extraits de Titres dont on lui donnera
communication.
On peut juger par ce Plan , qu'il doit encherir
confiderablement sur celui que M. de
Valois avoit tracé en 1675. dans fon Notitia
Galliarum , & que l'Ouvrage projetté fera
une continuation de ce que Du Breüil avoit
commencé fur dix ou douze Villages , voisius
de Paris , & qu'il n'a pas continué.
3110 MERCURE DE FRANCE
Puiffe le deffein de l'Auteur infpirer à
quelques Perfonnes ftudieuses des Diocèses,
voifins de celui de Paris , d'en entreprendre
autant , afin que leur exemple étant proposé
à ceux qui font plus éloignés les engage à le
fuivre , & qu'on puiffe ainfi peu à peu parvenir
à avoir une Notice complete de tout le
Royaume fur ce même Plan.
PHILIPPE DE BETHUNE .
Suite defon Eloge.
>
Depuis que nous avons imprimé dans le
Mercure du mois de Novembre dernier le
Bref du Pape Urbain VIII. au Roy , qui contient
l'Eloge de Philippe de Bethune , Ambaffadeur
de S. M. on nous a remis une Lettre
originale de M. de Lyonne , Miniſtre &
Secretaire d'Etat , toute de fa main , écrite
au Comte de Bethune , fon Fils aîné au
sujet de la mort de fon Illuftre Pere . Elle
n'eft point datée fuivant l'usage , affés fréquent
, de ce temps - là ; mais cette date n'eſt
point douteuse , étant certain que ce Seigneur
eft mort en l'année 1648. comme
nous l'avons marqué ailleurs. Pour ne rien
ravir à la gloire d'un fi grand Homme , voici
la teneur de cette Lettre.
MONSIEUR ,
Il n'y apoint de Gens de bien dans le Royau
me
DECEMBRE. 11773399. 3111
me que la perte de M. deBethune ne touchefen
fiblement, & qui nefe trouve obligé de nous aider
à le regretter , n'étant pas poffible qu'on fçache
combien cegrand Homme a mérité du Public
combien fes longs Services ont été utiles à
PEtat ,fans s'intereffer avec vous dans le coup
-qui vient de terminer une fi belle vie. Je me
douté
flate , Monfieur , que vous n'aurez pas
queje n'aye pris plus de part qu'aucun autre à
cette affliction publique , puifqu'outre ces motifs
généraux , qui fontfi preffans , j'en ai encore
de particuliers qui vous regardent. Je ne
préfume pas affes de moi pour entreprendre de
vous confoler dans un malheur de cette forte :
je fçais que votre vertu eft encore plus grande
& vons
plus forte que tout ce qui peut l'attaquer ,
auffi n'aije pris la liberté de vousfaire ces
lignes , que pour vous témoigner l'intérêt que je
prends à tout ce qui vous arrive , pour
prot:fter que jeferai invariablement avec une
passion extrême , Monfieur , votre très - humble
& très-obéiffant Serviteur ,
Signé , DE LYONNE .
M. l'Abbé Tilly , Irlandois , Vicaire Géneral des
Millionaires de l'Ordre de Prémontré , Religieux
de l'Abbaye de Valferi , Doicèfe de Soiffons , vient
de mettre fous la preffe un Ouvrage in-folio en Latia
, intitulé , Dictionarium Theologicum Dogmati
cum & Morale , dans lequel il traite toutes les
Questions Scolaftiquement & d'une maniere trèsméthodique
, après les Queftions ainfi prouvées , il
saporte
3112 MERCURE DE FRANCE
taporte les réſolutions des Cas de confcience , avec
fes réfutations des Hérefies & des Propofitions condamnées
, concernant fa matiere . Cet Ouvrage , qui
eft dédié à S. A. S. Electorale de Cologne , paroîtra
au mois de juin prochain .
ESTAMPES NOUVELLES.
C
Paylage en large , avec Figures & Animaux, Arbres
, Maifons & Forge ; cette Eftampe d'après un
Tableau original de Ph. Wauvermens , de 17. pouces
de large , fur 12. de haut , eft la feptiéme que le
Sr de Beaumont grave d'après Maître. Elle a pour
titre , le Maréchal en exercice. On la vend chés lui,
rue S. Jacques , vis- à-vis la ruë de la Parcheminerie.
L'Eftampe en hauteur qui vient de paroître fous
le titre de la Gouvernante, a parfaitement réüffi; elle
fait également honneur au rare talent de M. Chardin,
Peintre de l'Académie, & à M.Lépicie , de la même
Académie , qui l'a gravée avec un foin extrême
d'après un de fes meilleurs Tableaux,qui a été expofé
au dernier Salon , & qui a réuni tous les fuffrages.
Le Sujet en eft très fimple. C'eft une femme
affife , vérue décemment , tenant d'une main le
Chapeau poudreux d'un jeune Ecolier , qui eft debout
devant elle , & de l'autre des Vergettes ; l'affabilité
, la douceur & la modération que la Gouvernante
conferve dans la correction qu'elle fait au
jeune homme , fur fa malpropreté , fon dérangement
& fa négligence ; l'attention de celui - ci , Ta
honte & même les remords , font exprimés avec
beaucoup de naïveté. Au refte , fenfibles aux impreffions
que nous a fait cet Ouvrage , nous ofons
prévenir le jugement du Public , & nous ne craignons
nullement de faire tort à notre goût par les
louanges que nous lui donnons.
DECEMBRE . 1739 3113
:
On lit ces Vers de M. Lépicié , au bas de l'Estampe
, qu'on vend rue des Noyers , chés L. Surugue
, Graveur du Roy.
Malgré le minois hypocrite
Et l'air foumis de cet Enfant ,
Je gagerois qu'il prémédite
.. De retourner à son Volant .
Ce Tableau fe conferve , felon l'Eftampe , dans
le Cabinet de M. le Chevalier Despuch , mais nous
venons d'aprendre qu'il n'y eft plus , & qu'un Seigneur
de la Cour de l'Empereur l'a acheté , pour
l'emporter à Vienne.
Le 31. Décembre , l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture , élut au nombre de fes Académi
ciens Honoraires & Amateurs , M. de Julienne ,
Chevalier de l'Ordre de S. Michel . Il poffede un
Cabinet rempli d'un nombre confiderable de Tableaux
des plus fameux Maîtres , & quantité d'autres
Curiofitez rares & de bon goût ,
LETTRE de M. D. P. sur un Plan
nouvellement gravé , de la Paroisse de
S.Germain l'Auxerrois.
E Sr Favre , Monfieur , demeurant chés M le
Café de 5. Germain l'Auxerrois , que nous
avons vu dans un de vos Mercures défendre la Regle
d'Esempie , vient de donner au Public le Plan de la
Parole de S. Germain l'Auxerrois , très - bien execucé
; je l'ai fait voir à des Connoiffeurs , qui l'ont
trouvé à merveille. J'ai mefuré moi - même deux
rues differentes , & je les ai trouvées très-juſtes ſur
Le
3114 MERCURE DE FRANCE
le Plan , par le moyen de l'Echelle qui y eft au bas
du Cartel , au moyen de laquelle on peut prendre
jufqu'à 6.pouces près, des mefures juftes. Je n'en ai
jamais vu de pareille dans aucun Plan , & l'on peut
dire que jufqu'à préfent on n'a vu un Morceau de
Paris levé avec plus d'exactitude ; le Baffin de la
Riviere , dont vous faites une fi belle Deſcription
dans le Mercure de Septembre dernier , à l'occafion
de la Fête fur l'Eau , y eft repréſenté au mieux;
aucun Efcalier n'y eft oublié. Il feroit à fouhaiter
que Mrs les Curés de Paris en fiffent autant pour
leurs Paroiffes, & que ceux qui feroient choisis pour
exécuter un pareil dessein , en fuffent auffi capables
que le Sr Favre, qui a fait le fien à fes heures perdues,
fans fe déranger de fes autres devoirs. Je suis , &c.
F
La Perfonne qui nous adreffe cette Lettre avec
le Plan en queftion , nous a fait plaifir de nous donner
occafion de l'annoncer aux Curieux. Il nous
paroît mériter tous les éloges qu'on lui donne.
Le Sr Abbé Candide , demeurant Place de Sor
bonne , fameux Oculifte , vient de faire très - heureufement
l'Opération de la Fiftule Lacrimale ; il a
guéri parfaitement le Petit- fils de M. le Marquis de
Mouchy , Lieutenant Géneral des Armées du Roy,
fans qu'il y paroiffe . Il avoit été manqué à Befançon.
M. Gendron , fi connu par fa grande capacité,
avoit été d'avis de faire cette Opération.
>
Le Sr Arnoul , eft furpris d'aprendre, dit- il, après
tous les Avis réïterés & toutes les précautions
qu'il a prifes au fujet de fon Spécifique contre l'Apoplexie
, qu'il le trouve encore des perfonnes qui
ofent le contrefaire & d'autres qui s'y laiffent tromper
& qui ont même eû des rechutes avec l'ufage
de ces faux Remedes , c'eſt pourqoi il repete encore
que
DECEMBRE. 1739. 3115
que fon Remede ne fe diftribuë que chés lui , ruë
des Cinq Diamans à Paris , & qu'il n'en donne pas
un feul , fans qu'il foit accompagné d'un Imprimé
figné de lui. Il ajoûte , que le grand nombre
de guérifons operées par ce Spécifique , fe trouve
confirmé par Médecins , Chirurgiens & Perfonnes
très-refpectables & conftituées dans les plus hautes
Dignités du Royaume ; & que depuis 39. années que
le Public en fait ufage , on n'a encore vû perfonne
de ceux qui le portent , foit en qualité de préfervatif,
foit en qualité de Remede , à qui il foit arrivé le
moindre accident d'apoplexie. Le filence des Adver
faires du Sr Arnou à cet égard , eft la meilleure
preuve qu'on en puiffe donner.
SPECTACLES
.
EXTRAIT de la Comédie d'Esope an
Parnasse , représentée au Théatre
François le 14.
Apollon
La Raison ,
La Rime ,
Esope ,
Octobre.
ACTEURS
.
le Sr Dubois:
la Dlle Conel.
la Dlle la Mothe.
le Sr Montmenil.
Cidalise , jeune veuve , la Dlle Angeville.
Trontenville, Courier duParnaffe ,le Sr Poiffon.
Eraste,jeune homme simple ,leSr d Argeville.
M. Desbrochures
le Sr Fierville.
Valere
3115 MERCURE DE FRANCE
Valere , Petit-Maîte , Auteur , la Dlle d'An
La Scene eft au Parnasse.
geville.
Licce ,s'étoit déja annoncé par un coup
E jeune & eftimable Auteur de cette
,
d'essai, qui faisoit souhaiter qu'il remplit une
carriere commencée avec beaucoup d'éclat ;
nous augurâmes , alors avec tout le Public ,
ce qu'il deviendroit dans la suite ; l'évenement
n'a pas trompé nos esperances ; Esope
an Parnasse a juftifié notre prédiction ; les
suffrages qui l'attendoient l'ont couvert d'une
nouvelle gloire , & nous pouvons justement
nous flater qu'il ne demeurera pas en si
beau chemin. En attendant qu'il nous donne
quelque Piéce dans un genre plus parfait,
nous allons faire part au Public de quelquesunes
des beautés qui sont répanduës dans
celle- ci..
où
L'Auteur, par une ingénieuse fiction , nous
fair voir Erope prêt à partir du Parnasse ,
Apollon voudroit le retenir pour toûjours , par
le befoin que fes Eleves ont de fes fages leçons,
Esope s'en excuse modestement , par la difficulté
qu'il trouve à corriger les abus qui se
sont glissés dans la Poësie ; il lui dit qu'il n'y
est venu que pour visiter le celebre la Fontaine
, qui l'a si bien imité dans ses Fables. Il
obéit pourtant à Apollon ; mais c'est à ces
conditions :
DECEMBRE. 1739 1739 3117
Eh bien , Seigneur , eh ! bien ; avant que je paroisse
,
Faites donc en ces Lieux qu'au moins on me connoisse
Non par le faux dehors que présente l'esprit ,
Mais par le fonds d'un coeur qui s'est toujours prescrit
L'irrévocable loi d'exprimer sa pensée ,
Sans la croire jamais digne d'être encensée.
Qu'à vos heureux Sujets on daigne m'annoncer ,,
Non , à titre de Juge habile à prononcer ,
Non, comme un ennemi qui s'empresse à leur nuire,
Ni comme unMaître altier qui voudroit les instruire,
Mais comme un Ecolier , qui sur des vérités
Cherche à se procurer de nouvelles clartés ,
Mais à titre d'ami , qui de zele & d'estime
Vient payer à leur Art un tribut légitime ,
Que la critique seroit aimable & utile , si
elle étoit toujours revétue & assaisonnée
de ces précieuses qualités qu'Esope veut
qu'elle ait en partage ! Apollon accepte le
parti , & se retire voyant aprocher la Raison,
son Epouse, dont il témoigne n'être pas trop
satisfait , attendu sa sévérité , qu'elle porte
plus loin , dit -il , qu'il ne faudroit.
Esope étant dans cette Piéce le principal
Personnage , et un Personnage , qui ordinairement
ne s'exprime que par des Fables,
Nous
3118 MERCURE DE FRANCE
nous avons crû ne lui pouvoir donner dans
cet extrait de langage plus convenable que
l'Apologue. Nous nous trouvons embarassés
au choix , entre les diverses Fables dont
cettę Piéce eft enrichie ; ainsi pour ne point
paffer les bornes que nous sommes obligés
de nous prescrire , pour n'être point prolixes
, nous n'allons citer que celles qui ont
plus de connexité avec le sujet , ou Faction
principale.
Apollon n'a retenu Esope dans sa Cour
que pour réformer les abus qui se sont glis
sés dans la Poësie ; d'où il eft naturel de
conclure , qu'on n'y sçauroit mieux réuffir
qu'en mettant la rime d'accord avec la rai4
son : et voilà ce que le sage Esope entre
prend , et dont il vient à bout autant qu'il
Jui eft poffible ; cela suposé , nous nous en
tiendrons aux deux Fables qui regardent ces
deux Rivales .
La Raison vient se plaindre amérement
à Esope de l'injuftice que lui fait Apollon de
lui préferer la Rime. Voici la réponse d'En
sope :
Je dirai seulement qu'un jour sur la fougere ,
Près des filets d'un Oiseleur ,
Un Moineau voltigeoit , sans penser à malheur;
La jeuneffe eft toûjours imprudente & légere :
Notre jeune Moineau ,
Sautant
DECEMBRE,
3119 1739
Sautant , capriolant , donna dans le paneau , &c.
Mais par bonheur , il fut logé
Chés une aimable Dame , où bonne nourriture,
Bonbon , biscuits et confiture
Rien ne fut épargné , &c.
Mais une confine traîtreffe
Demanda l'Oiseau tant vanté
A sa complaisante Maîtreffe ,
Qui ne pût refufer ; l'Oiseau fut emporté
Et le voilà dans la détreffe.
Il étoit à la verité ,
Tout comme ci - devant , bien logé , bien traité ,
Mais , pas une douce parole ,
Qui pût le consoler de sa captivité ;
Pas un seul joli nom . Que fit-il ? rebuté ,
Il prend sa bisque , zefte , un matin il s'envole ;
· La Maîtreffe vient , se désole ,
L'apelle, mais en vain , le Moineau dégoûté
Promit à sa fiere Beauté
De ne plus revenir , et lui tint sa parole.
L'Hymenée eft l'objet de ma comparaison ;
L'enjoûment en menage eft toûjours de saison ;
Pour être aimable et sociable ,
Une femme n'a pas affez de sa raison.
La volere et l'Hymen etant une prison
Si l'on ne s'etudie à la rendre agreable ,
L'Oiseau quitte sa cage ,et l'Epoux sa maison,
La
3120 MERCURE DE FRANCE
La Raison profite de cette sage remon
trance , elle promet à Esope de ne point
quitter un Epoux tel qu'Apollon , et de
pouffer sa complaisance pour lui , jusqu'à
s'accomoder aux petits défauts de la Rime ,
sa Rivale , pour le bien de la paix et de la
societé .
Après quelques Scenes , purement acces
soires , mais très -joliment verfifiées , l'ingénieux
Auteur fait venir la Rime, Esope la
reçoit avec beaucoup de politeffe ; mais
voyant qu'elle s'oublie jusqu'à vouloir se
mettre au- deffus de la Raison , il la fait rens
trer en elle-même , par cette Fable ;
Chés un Amateur des Beaux Arts
Le Burin se trouva tout auprès d'une Lyre :
De ceux qui de Bellone affrontent les hazards ,
L'une chantoit les noms , l'autre les faisoit lire.
Mais trop fiere des sons vainqueurs
Dont elle flate notre oreille ,
La Lyre se crut sans pareille ,
Et contre le Burin lança des traits mocqueurs, & c.
Eh ! tes discours me font pitié ,
Répondit le Burin , bien plus qu'ils ne me fâchent ;
Je dirai sur ta voix tout ce que tu voudras ¿.
Mais , fi tes cordes se relâchent
><
Dis-moi ce que tu deviendras.
DECEMBRE. 1739. 3121
Tu ne produis jamais qu'un son vain et frivole ,
Qui naît rapidement , et de même s'envole
Si le Burin ne fait revivre tes accords ;
>
C'est moi seul , qui te donne un corps .
Des Héros vainement tu chanterois la gloire ,
Si je ne prenois soin de leurs faits éclatans ;
C'est par moi, que, gravés au Temple de Mémoire
Ils bravent l'injure des temps .
La Raison sur la Rime a le même avantage ,
La Rime ne produit qu'un inutile son ,
A moins qu'elle n'emprunte un corps de la Raison
Celle - ci brille moins et dure davantage.
La Rime , pour conserver son caractere ,
ne convient pas d'abord qu'Esope ait raison ;
mais en le quittant , elle dit tout bas :
Ouais ! cet Homme est doué d'un pouvoir qui
m'étonne ;
Je sens que mon caprice , avec lui, m'abandonne .
La Piéce finit par la reconciliation de la
Raison et de la Rime ; et c'est là l'objet
principal que l'Auteur s'est proposé ; en faveur
de cet heureux raccommodement , la
Raison rapelle les jeux qu'elle avoit exilés
du Théatre , par trop de séverité , ce qui forme
un joli divertissement mêlé de Danses
de Chants , dont les Sieurs Dangeville
II. Vol H e
3122 MERCURE DE FRANCE
et Grandval ont fait le Balet et la Musique ;
nous ne citerons que les deux couplets du
Vaudeville :
Je ris , quand je vois une Mere
Dans un jeune coeur
Préferer la sagesse austere
A mon air vainqueur .
Eh ! songez , Meres de Famille ,
Songez qu'il est une saison ,
Où le coeur de vos pauvres Filles
N'entend ni rime , ni raison ,
*
Pour inspirer de bons Quvrages ;
Sages Spectateurs ,
Encouragez par vos suffrages
Nos jeunes Auteurs.
Celui qui par ma voix s'exprime ,
Du Public attend sa leçon ;
C'est nous qui vous donnons la rimes
Mais vous nous donnez la raison ,
REDECEMBRE.
1739. 3123
REFLEXION d'une Muse anonyme en
forme de prédiction , adressée à M. Pesselier,
Auteur de la Comédie d'Esope au Parnasse
L'An qu'aux François reparoîtra ,
Dans un Prologue qui plaira ,
L'ombre du célebre Moliere ,
Par qui le vice combattu ,
Se releve de la poussiere ,
Sur le tombeau de la vertu .
Cette ombre,pour juger si trois nouveaux ouvrages
Qu'au Théatre avec pompe on nous annoncera ,
Seront dignes de ses suffrages ,
Dans le corps du Parterre à l'inftant paffera';
Et là dans le silence , à l'abri de l'orage,
Que la cabale excitera ,
Elle verra faire naufrage
Aux deux Piéces qu'on sifflera.
Esope seul triomphera :
Certain Baudet , faux Nouvelliste
Au Prologue ricanera :
Puis prenant le ton cabaliste ,
A la premiere à grand bruit bâillera
A la seconde avec force braîra
Et respectant l'aimable Fabuliste,
Hij Que
124 MERCURE DE FRANCE
Que le Parterre goûtera
A la troisiéme admirera
>
Ce jeune Eleve de Thalie ,
Qui voulant des Mortels corriger la folie,
Composa l'Ecole du Temps ;
Qui donnant cette Comédie ,
Comme un premier effai de ses heureux talens
A la Ville , à la Cour fut long - temps aplaudie
Dans son Esope enfin fait voir évidemment
1
Que sans trop se livrer à la folle manie
Toûjours ami du sentiment ,
Moderant avec art le feu de son génie ,
Il sçait , quand il le faut, allier sçavamment,
Et la cadence au jugement
Et la sagesse à l'harmonie ;
Que même en tout ce qu'il écrit ,
Ses moeurs , et la vertu l'admirable compagne
De la vertu qui toujours l'accompagne ,
Brillent autant que son esprit.
Par M. L**** Desepm***
Le 23. Decembre , les Comédiens Italiens
donnerent une Piéce Italienne en trois Actes
, intitulée : Arlequin Medecin volant
dans laquelle le nouvel Arlequin joia avec
aplaudissement le premier Rôle , ayant lui
scul presque tout le jeu de la Piéce . Cette
Comédie
DECEMBRE. 1739. 3125
Comédie eft très ancienne. M. Bourfaut en
a fait une , sous le même titre , en un Acte ,
qu'il a tiré de ce canevas Italien . La même
Comédie avoit déja été représentée à l'Hôtel
de Bourgogne le 14. Juin 1716. c'est - à -dire
la premiere année que les derniers Comé
diens Italiens arriverent à Paris.
- NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE ET PERS E.
ם י
N aprend de Conftantinople que la Caravelle
Reale du G. S. de 70. pieces de canon , en-
.
fra le 22. Novembre dernier dans le Port de cette
Ville. A peine fut - elle dans l'Arcenal , que le
feu prit aux poudres , par l'imprudente malice
d'un Officier qui vouloit en voler une partie ; le
Vaiffeau s'enflama ; on le tira au milieu du Port
pour tenter de le couler à fond , mais le feu ayant
pris aux cables , et s'étant rompus , le courant le
jetta fur des Maifons qui bordent le Port du côté du
Fanal , lefquelles furent auffi - tôt enflâmées . Celle
du Drogman , du Capitan Pacha ont été totalement
confumées par cet incendie , qui n'eft pas encore
tout- à - fait éteint .
Depuis longtemps on avoit apris par plufieurs
Vaisseaux venus de diverfes Echelles du Levant
que Thamas Kouli Kan , par une trahifon également
odieufe & furprenante , s'étoit rendu maître
de la Perfonne & des Etats du Grand Mogol , mais
on avoit toujours refusé d'ajoûter foi à cette nouvelle.
Elle a été confirmée depuis par des Lettres
Hiii écrites
3126 MERCURE DE FRANCE
écrites d'un fi grand nombre d'endroits, qu'on n'en
peut plus douter , & voici les principales particu
Jarités que contiennent ces Lettres .
Thamas Kouli Kan ayant défait au mois de Mars
dernier l'Armée du Grand Mogol , s'empara de
plufieurs Places des Etats de ce Prince , & il comptoit
ne pas rencontrer plus de difficultés à conquerir
tout le Pays qui lui restoit à foûmettre. La re
fiftance que firent quelques Villes , lui fit connci
tre qu'il s'étoit trompé dans fes conjectures , & q
les mêmes ennemis qu'on a battus en rafe campa
gne , font quelquefois moins aisés à vaincre de:
ziere des remparts. Ses Troupes étoient fort affo
blies par les differens combats qu'elles avoient
obligées de livrer. Le Grand Mogol n'avoit plu
Ja verité d'Armée , mais il lui falloit beaucoup m
de temps , pour en affembler une nouvelle
Thamas Kouli Kan , pour recevoir les fecours de
il avoit befoin . Ces raifons déterminerent ce de
nier à tâcher de venir à bout de ſes deſſeins amb
tieux , en employant l'artifice au défaut de la force
Il feignit de vouloir conclure la paix avec fon enne
mi , & il lui propofa des conditions infiniment plu
avantageufes que celui-ci n'auroit osé les efper
dans la fituation fâcheufe où il fe trouvoit.
Grand Mogol les ayant acceptées avec autant d'em
preffement que de reconnoiffance , le Traité f
figné , on fe rendit les prifonniers de part & d'a
tre ; le Grand Mogol envoya à Thamas Kouli Ka
les fommes qu'il s'étoit engagé à lui payer pour !
frais de la Guerre , & il le mit en poffeffion de
Provinces qu'il avoit confenti de lui céder ; il vou
lut même , avant que de retourner dans fa Capi
tale , lui donner une Fête , moins pour étaler le faf
ordinaire aux Monarques des Indes , que po
prouver à Thamas Kouli Kan , qu'il ne confervo
auc
L
DECEMBRE. 1739 3127
aucun ressentiment de fa défaite , & qu'il ne pou
voit continuer d'être l'ennemi d'un vainqueur
généreux .
Quelques jours après cette Fête , Thamas Kouli
Kan invita le Grand Mogol à venir à ſon tour dans
e Camp des Perfans avec les principales Perfonnes
fa Cour. Quoique l'exemple du dernier Sophy
de, Perfe fût une leçon qui devoit aprendre à ce
Prince à fe défier de Thamas Kouli Kan , il fe livra
imprudemment entre les mains de fon ennemi, qui,
dans le temps que le Grand Mogol goûtoit avec
écurité les plaifirs qu'on lui avoit fait préparer,
our le mieux tromper , le fit arrêter avec toute
à fuite , & détacha en même temps un Corps de
Troupes , pour furprendre la Ville de Delly , Capiale
des Indes . Ses ordres furent executés avec plus
e bonheur que ne méritoit une pareille perfidie ,
xles Perfans fe rendirent maîtres de la Ville , dont
es Habitans n'eurent pas plûtôt apris le malheur
rrivé à leur Souverain , qu'ils prirent les armes
our effayer de le venger. Ils tuerent environ 400
oldats de la garniſon Perfane , mais Thamas Kouli
Can ne leur donna pas le temps d'en faire un plus
rand carnage , & ayant marché avec fon Armée ,
I entra dans la Ville qu'il abandonna au pillage , &
ont il fit massacrer les Habitans , fans aucune difinction
d'âge ni de sexe . Cet Ufurpateur , profitant
e la terreur que le traitement fait à la Capitale a
nspirée aux Habitans des autres Villes , s'en eft fait
uvrir les portes , & prefque tout le Pays l'a reconiu
pour Souverain .
Cependant on ne croit pas qu'il demeure tranuille
poffeffeur d'une conquête qu'il doit à des
noyens fi condamnables , & quelques avis reçûs
les Indes portent , que plufieurs Seigneurs du Pays
nt formé une Conféderation pour l'en chaffer , &
Hiiij que
128 MERCURE DE FRANCE
que les Peuples paroiffent difposés à contribuer de
fout leur pouvoir à l'exécution de cette entreprife, &
montrer à Thamas Kouli Kan , que l'attachement
des Sujets pour leur Prince eft le plus grand obftaele
qu'on ait à vaincre pour s'emparer de les Etats.
RUSSIE .
COPIE du Manifefte de l'Imperatrice de
Ruffie , touchant les Princes Dolgoroucky.
N
Ous ANNE , par la grace de Dieu , Imperatrice
& Autocratrice de toutes les Ruffies ,
& c. & c. & c.
SCAVOIR FAISONS ,
Il eft notoire quels crimes ont ci-devant commis
contre Nous & cet Empire , le Prince Alexis Dolgo-
Toucky , & fes freres le Prince Serge & le Prince
Jean , fils du Prince Gregoire Dolgoroucky , auffi
bien que le Prince Jean , fils d'Alexis , & le Prince
Bafile , fils de Lucas , & le Prince Bafile , fils de Wo-
Jodimir Dolgoroucky , nommément.
Que le Prince Alexis Dolgoroucky & fes freres
Serge et Jean , auffi bien que fon fils le Prince Jean,
fe trouvant près l'Empereur Pierre II. de glorieuſe
memoire , lui ont fait faire de longs voyages de
Mofcou,pour chaffer, non feulement pendant l'Eté,
mais auffi pendant l'Automne & l'Hyver , au grand
préjudice de fa chere fanté , loin d'en avoir le foin
néceffaire , ayant plûtôt fait leur poffible pour détourner
Sa Majefté des affaires de l'Empire , &
pour tellement l'affoiblir , qu'Elle en mourut peu
après.
Durant la maladie de Sa Majefté , ils n'en ont
fait confidence à perfonne jufqu'à la mort , deforte
e ni les premiers Miniftres d'Etat , ni d'auties
Perfonnes
DECEMBRE. 1739. 3129
Perfonnes de qualité , ni même les Gens de la
Cour n'en ont jamais fçû rien de sûr ni de pofitif.
Ils ont en outre porté leur ambition démesurée ,
jufqu'à perfuader à Sa Majefté , qui étoit encore
dans un âge peu mûr pour le mariage , de fiancer
la Princeffe Catherine , fille du Knées Alexis , qui
étoit peu digne d'une fi haute Alliance , & cela
fans donner préalablement avis , ni fans prendre
confeil des plus proches de la Famille Imperiale ,
ni des premiers Officiers de la Couronne , quoique
cette coûtume ait toujours été obfervée par nos
Prédeceffeurs.
Sur ce prétexte de mariage , lefdits Princes Dolgoroucky
prirent, d'une maniere effrontée, encore
du vivant de Sa Majesté , & même après la mort ,
& lors de notre avenement à la Couronne , du Tréfor
Imperial , des chofes précieufes valant plus de
deux cent mille Roubles , & fe les aproprierent ;
jfqu'à ce que felon notre ordre elles leur furent
ôtées.
Outre les délits ci- deffus mentionnés , les Princes
Dolgoroucky fe font rendus coupables de plufieurs
autres crimes durant la vie de S. M. l'Empereur
Pierre II . crimes qui font tous diamétralement
contraires aux Droits divins & à ceux de cet
Empire .
Le Knées Bafile Dolgoroucky , fils du Knées
Lucas , a tâché malicieuſement au commencement
de notre Regne , de nous rendre fufpects par toutes
fortes de calomnies, plufieurs de nos plus fideles
Miniftres , fans craindre le courroux du Ciel , ni
regarder le devoir d'un bon ferviteur.
Quoique ledit Kuées Alexis Dolgoroucky , fes
fils & fes freres , auffi bien que le Knées Bafile
Dolgoroucky , fils de Lucas , ayent felon les Loix
Hv
de
30 MERCURE DE FRANCE
de l'Empire , merité la mort pour les crimes fus
mentionnés , cependant notre grande clemence les
en a délivrés, & nous nous fommes contentée de les
exiler en divers Endroits , après les avoir privés de
leurs Charges & du Cordon de S. André , dont ils
s'étoient emparés fans le mériter.
Nous avions laiffé au Knées Bafile Dolgoroucky,
fils du Knées Wolodimir , la Dignité de Feldt Maréchal
; mais malgré cette grace & le ferment de
fidelité , celui- ci entreprit de calomnier non feuleinent
les ordres que nous avons publiés pour le
bien de l'Empire, mais de fe fervir en outre de paroles
méprifantes & injurieufes contre notre facrée
Perfonne.
C'eft pourquoi il fut condamné à la mort par une
Commiffion établie à cet effet , & par une Affemblée
de nos Miniftres & de nos Généraux. Cependant
nous lui fîmes encore une fois grace de la vie,
lui ôtant feulement fa Charge , & l'envoyant à
Schluffelbourg pour y être aux Arrêts , comme il
paroît plus au long par les ordres imprimés du 14.
Avril de 1730. & du 23. Decembre de 1731 .
On a eû lieu de croire qu'après des graces f
gnalées lefdits Doigoroucky non feulement fe repentiroient
de leur vie paffée , & qu'ils tâcheroient
de vivre tranquillement aux Lieux de leurs Exils
mais encore qu'ils prieroient le Tout- puiffant pour
notre fanté .
Au lieu de cela ils ont , contre toute attente , de
nouveau oublié leur ferment de fidelité , et le Jugement
de Dieu , en fe rendant coupables des cries
fuivans.
Le Knées Jean Dolgoroucky , fils du Knées Ale-1
xis , n'a pas cû honte de répandre dans le Lieu de
fon Exil toutes fortes d'injures & de calomnies conue
notre facrée Perfonne & notre Famille Imperiale,
DECEMBRE . 1739. 3131
II. a 2
riale , ce qu'il a avoué lui - même dans l'Examen .
On a en même temps découvert par cette occafion
une autre Entreprife criminelle de ces Princes
Dolgoroucky, qui jufqu'ici avoit été inconnuë .
Le Knées Alexis Dolgoroucky qui eft mort dans
fon Exil , étant encore auprès de l'Empereur Pierre
conjointement avec fes freres le Knées Serge
& le Knées Jean , auffi bien que le Knées Bafile ,
fils de Lucas , eû le deffein inoui & directement
contraire aux Droits de fucceffion établis dans cet
Empire , de faire paffer la Couronne Imperiale
après la mort de Pierre II. fur la tête de fa fille
Catherine. Pour executer un deffein fi oposé à tous
les Droits divins & humains , auffi bien qu'à leur
ferment de fidelité , ils entreprirent de forger un
faux Teftament , dans lequel Sa Majefté nomme
pour fon Succeffeur au Trône ladite Catherine , fille
d'Alexis .
Ce Teftament fut d'abord écrit par la main du
Knées Bafle , fils de Lucas Doloroucky ; mais fous
prétexte que fon écriture étoit peu lifible , il le laiffa
là ; fur quoi le Knées Sergé Dolgoroucky fut chargé
de l'écrire.
Le Knées Bafile , le Knées Alexis , auffi bien que
fon frere Jean , s'étant de nuit renfermés dans
une chambre , dicterent au Knées Serge ce qu'il devoit
écrire.
Ainfi il en vint à bout avec leur affiſtance , et mit
après le Teftament au net , quoiqu'avec cette précaution
, qu'il a tellement alteré fon écriture , qu'il
a été très -difficile de la reconnoître . Le Knées Jean,
fils d'Alexis Dolgoroucky , l'a figné en préfence de
fon pere et de fes freres , et dans la fignature , il a
contrefait , autant qu'il lui a été poffible , celle de
J'Empereur Pierre II. de la même façon que S. M.
avoit accoûtumé de figner les ordres .
H vj
}
3132 MERCURE DE FRANCE
Ils prirent en même temps la réſolution de pu
blier après la mort de S. M. ce Teftament comme
veritable , & d'en exécuter le content .
Ils étoient convenus de punir de mort tous ceux
de nos Sujets qui auroient voulu douter de ſa verité
, ou qui auroient osé le rejetter .
Ils n'ont jamais rien fait apercevoir de ce deffeir
criminel avant leur Exil , ni depuis , n'en ayant jamais
témoigné aucune repentance , et ne nous en
ayant jamais demandé pardon .
Et quoique nous ayons , par une grace particuliere
, rapellé l'année paffée du Lieu de fon Exil le
Knées Serge Dolgoroucky , cependant il n'en a
jamais voulu rien découvrir ouvertement , ni dans
fon Interrogatoire , ni dans l'Examen .
Mais comme dernierement le Knées Jean , fils
d'Alexis Dolgoroucky , a non feulement lui- même
avoué dans fon Examen ce deffein pernicieux ,
mais que ſes oncles , contraints par là , en ont fait
de même , ils y ont unanimement ajoûté , que
voyant après la mort de Pierre II . qu'il feroit impoffible
d'exécuter leur mauvais deffein , ils avoient
fait brûler par la main du Knées Jean Dolgoroucki
ledit faux Teftament , tant le brouillon que la copie
, comme cela paroît plus au long par les Regiftres
de notre Chancellerie fecrete de l'Inquifition.
Les Knées Bafile & Michel Dolgoroucky , tous
deux fils du Knées Wolodimerowitz , ont eû part
aux deffeins criminels & rebelles de leurs coufins ,
et ils ne nous en ont jamais rien découvert , et même
en dernier lieu , lorfque nous en fûmes déja informée
, et qu'ils ont été interrogés là deffus , ils
n'ont avoué rien de pofitif , jufqu'à ce qu'on les a
convaincus, de façon à ne pouvoir plus reculer.
Comme nous fâmes obligée par toutes les Loix
divines et humaines , de punir ces Rebelles et traien
DECEMBRE. 1739. 3133.
tres impies , nous avons affemblé , pour les juger ,
les Principaux de l'Etat Ecclefiaftique , Civil et Militaire
, qui , après une mûre Déliberation , ont
conclú tous d'une voix , que felon les Loix de
l'Empire ils doivent fouffrir la mort méritée par
leurs crimes.
Le Knées Jean Dolgoroucky , fils d'Alexis , fut
condamné à fubir le fuplice de la rouë , & à avoir
la tête tranchée.
Le Knées Bafile Dolgoroucky , fils de Lucas , et
le Knées Serge et Jean Dolgoroucky , fis du Knées
Gregoire , furent auffi condamnés à être décapités .
Cette Sentence fut publiquement executée à Novogrood
avec un grand concours du Peuple.
Le Knées Bafile et le Knées Michel Dolgoroucky,
fils du Knées Wolodimerowitz , ont été pareillement
condamnés à la mort par ladite Aflemblée :
& quoiqu'ils l'auroient très- bien méritée , cependant
, felon notre clemence ordinaire , nous leur
avons fait grace , en les envoyant feulement en Exil
en divers Endroits , où ils doivent être gardés à vûë
leur vie durant , fans avoir la permiffion d'aller
nulle part qu'à l'Eglife.
Pour que tout le monde foit informé de ces
grands crimes & atroces délits des Princes Dolgoroucky
, Nous avons ordonné de publier ce que
deffus , & de l'imprimer.
Le Manifefte de S. M. a été figné par les trois
Miniftres de Cabinet , & par le Général Wfchakow.
Imprimé à S. Petersbourg , à la Chancellerie das
Senat , le 12. Novembre 1739.
On a apris de Novogrood , que lorfqu'on lut au
Knées Jean Alexiowitz Dolgoroucky fon Jugement
, il fe donna un coup de couteau dans la gorge
, & que le coup n'étant point mortel , il avoit
3134 MERCURE DE FRANCE
été conduit au fuplice avec fes oncles & le Knées
Bafile Loukitz , qui tous , ainfi que lui , écoient
morts avec beaucoup de fermeté.
Les dernieres Lettres de Petersbourg , marquent
qu'on faifoit d'exactes perquifitions dans toute la..
Mofcovie , pour découvrir les Perfonnes mal intentionnées
contre le Gouvernement , & que plufeurs
Boyars , craignant d'être envelopés dans l'affaire
des Princes Dolgoroucky , s'étoient retirés
dans les Etats voifins .
L
ALLEMAGNÉ.
Es Miniftres du Grand Seigneur ont affûré M.
Montmartz , qui a aporté à Vienne la Ratification
du Traité de Belgrade , fignée par Sa Hauteffe,
qu'elle auroit déja nommé l'Ambaffadeur qui doit
fe rendre à Vienne de fa part , fi elle n'avoit voulu
fe donner le temps de choifir un Sujet propre à affermir
la bonne intelligence entre les deux Puissances
.
Le Secretaire d'Ambaſſade , chargé des affaires
du Roy d'Eſpagne à la Cour de Vienne , a reçû de
Madrid un Courier , dont il a communiqué les dépêches
au Grand- Chancelier , & l'on affûre qu'il a
reçû ordre de la Cour de Madrid de dire à ce Miniftre
, que S. M. C. ayant été obligée d'entrer en
guerre avec l'Angleterre , elle comptoit que cette.
guerre ne préjudicieroit en rien à l'union qui vient
d'être rétablie entre l'Empire & l'Espagne.
L'Empereur a apris par un Courier arrivé depuis
peu de Belgrade, que le 6. de ce mois le Commandant
des Troupes Impériales avoit remis la Ville
aux Turcs , & que le Pacha de Romelie , felon ce
qui avoit été convenu , avoit fait marquer 300. maifons
,
n
DECEMBRE . 1739 3135
is ,pour loger les Soldats Impériaux qui devoient
efter dans la Place pendant Phyver, pour travailler
faire fauter les Fortifications de la Citadelle.
Le Confeil de Guerre s'affembla il y a quelques
urs en préfence de S. M. I. pour déliberer fur
'affaire du Feldt-Maréchal Comte de Seckendorf ,
zil y fut réfolu de remettre ce Géneral en liberté
ous de certaines conditions.
ITALI E.
ONécritde Genes , que le lendemain du joue auquel M. de Jonville , Envoyé Extraordinaire
du Roy de France , eut fa premiere Audience publique
du Doge & du Sénat , ce Miniftre donna uir
magnifique dîné aux quatre Députés qui l'avoient
accompagné , aux Miniftres Etrangers , & à quelques
Dames de distinction ; & que toute la Nobles
se alla lui rendre vifite les trois jours fuivans.
SE
ISLE DE CORSE.
Elon quelques avis reçûs depuis peu , il y a en
core de l'autre côté des Montagnes un Chef de
Bandits , nommé Morachino , qui commet des défordres
dans les endroits où il n'y a point de Troupes
, & qui a en la hardieffe d'éxiger des contribu
tions de quelques Hameaux écartés , mais on ne
doute pas que les Habitans du Pays , pour fe délivrer
de fes véxations , ne travaillent , de concert
avec les Officiers de la République , à le faire arrê
ter. Les Curés de Bigorno & de Canevaggio ont été
semis en liberté , & il y a aparence qu'on y remettra
auffi celui de Lamma , cet Eccléfiaftique ayant
prouvé que les Armes qu'on lui a trouvées , apartenoient
à un Défertèur, qui les a laiffées chés lui a
fon
3136 MERCURE DE FRANCE
fon infçû , & qu'il n'avoit eû le temps ni de les con
figner , ni d'en faire la déclaration .
Selon les dernieres Lettres , écrites de la Baſtie
il paroît que la principale attention du Marquis de
Maillebois eft préfentement de purger l'Ile de Corfe
de tous les Bandits. Ce Géneral , non - feulement
leur fait donner la chaffe & fait punir féverement
ceux qui leur fourniffent quelque retraite , mais il a
ordonné aux Peres du Commun de lui donner une
note exacte de tous les gens fans aveu et qui font
fans bien et fans profeffion .
ESPAGNE,
N écrit de Madrid , que le r2 . le 13. et le
14. de ce mois , le Palais du Prince de la Roca
Filomarini , Ambaffadeur du Roy des deux Siciles
, a été illuminé à l'occafion du Mariage de l'Infant
Don Philipe avec Madame de France , et que
chaque jour il y a eû Concert , Soupé et Bal chés
cet Ambaffadeur .
Le même jour que le Roy a fait publier la Déclaration
de guerre contre la Grande- Bretagne , il a
paru une Ordonnance qui porte qu'on tiendra pour
prohibé tout commerce avec les Sujets et Vaiffeaux
de S. M. Br. qu'on n'admettra dans aucun Port des
Pays de la domination de S. M. aucun Bâtiment
chargé des Marchandiſes fabriquées en Angleterre
ou des denrées que ce Pays aura produites , qu'il fera
également défendu de les introduire par terre de
quelque maniere et fous quelque prétexte que ce
foit ; que le même Reglement s'obſervera par raport
à tout ce qui viendra des Colonies Angloiſes ;
que tous les Effets , qui font dans le cas de la prohibition
, feront faifis partout où on les trouvera ,
foit dans les Boutiques des Marchands et dans les
Maifons
DECEMBRE. 1739: 3737
Aaifons des Particuliers qui ne font point le comnerce
, foit même fur les grands chemins dans les
voitures dont les Proprietaires fe ferviront pour les
ranfporter; qu'il ne fera pas plus permis aux Etranzers
, qu'aux Sujets du Roy , de garder ces Effets
chés eux , l'intention de S. M. étant néanmoins de
conferver à tout autre égard la liberté du commerce
avec les Royaumes et les Etats dont elle eft alliée
, ou avec lefquels eile eft en paix, et S. M. voulant
que les Vaiffeaux des Sujets de cés Royaumes
e Etats foient reçûs dans tous fes Ports avec les
Marchandifes qu'ils auront à bord , pourvu qu'elles
foient du produit des Terres de ces Royaumes et
Etats , ou qu'elles y ayent été fabriquées ; que les
Marchandises même qui seront du crû des Domaines
du Roy, ou qui viendront de ceux des Puissances ses
Alliées , seront défenduës fi elles ont été teintes ,
blanchies ou aprêtées en Angleterre ou dans quelque
Pays qui en dépende , & que S. M. renouvelle
à ce sujet toutes les Ordonnances & Cédules publiques
pendant les précedentes Guerres avec la
Grande Bretagne,qu'afin de connoître la qualité des
Marchandises qui doivent être regardées comme
prohibées , en cas qu'il survienne quelque dispute
sur cet article , le Juge devant lequel on dénoncera
quelque saifie , fera la vifite des Marchandises , &
nommera un Expert qui déclarera sous serment,de
quelle fabrique ou de quel crû elles sont ; que les
Propriétaires de ces Marchandises & Denrées pourront
auffi de leur côté nommer un Expert dont le
témoignage sera reçû de même sous serment ; que
fi la déclaration des Experts ne se trouvoit pas fidele
, ils seront punis comme Faussaires ; que fi
celle de l'un n'eſt pas conforme à celle de l'autre
le Juge nommera une troifiéme Personne qui prêtera
auffi serment , & qu'après avoir pris l'avis de
C3
3138 MERCURE DE FRANCE
cet Arbitre , il prononcera.une Sentence définitive ,
sans admettre d'autre défense ni preuve ; que le
tiers de tout ce qui sera saifi , sera adjugé au Fise
Royal , un autre tiers au Juge , & le reite au Dénonciateur
, & que ces tiers seront délivrés immédiatement
après que la Sentence aura été renduë ,
pourvû que le Juge & le Dénonciateur donnent
caution d'en rendre la valeur , fi la Sentence venoit
à être infirmée ; que les personnes qui introduiront
dans les Etats du Roy quelques Marchandises
prohibées , ou qui en favoriseront l'entrée , seront
punis de mort , & que tous leurs biens seront confisqués
; que par raport aux personnes chés qui on
trouvera ces Marchandises , & qu'on ne pourra
convaincre de les avoir fait entrer dans le Royaume
, elles seront condamnées seulement à perdre
ces Marchandises dont les tiers seront apliqués respectivement
selon la dispofition de l'Ordonnance ;
que s'il se trouve quelque possesseur de Marchandises
de contrebande , qui après une Procedure réguliere
soit convaincu de les avoir gardées , quoiqu'il
en connût la qualité , ses biens seront confisqués
, & qu'il sera obligé de déclarer celui de
qui il aura reçû ces Marchandises , à faute de quoi
il sera traité comme s'il les avoit introduites fuimême
dans les Etats de S. M. & il sera sujet, aux
peines prescrites par cette Ordonnance , lesquelles
ne pourront être diminuées ni commuées par aucun
Juge de quelque rang qu'il puisse être , ni par
aucun Tribunal ou Conseil ; que la volonté du Roy
eft , qu'on n'accorde aucune permiſſion de faire entrer
des Marchandises prohibées , en quelque petite
quantité que ce soit , & que fi on en a accordé
quelqu'une , S. M. la révoque & l'annulle ; qu'en
conséquence Elle défend aux Conseils & aux Vicerois,
ainfi qu'à tous les Tribunaux, qui par le pas
sé
DECEMBRE. 1739 3139
avoient coûtume d'accorder de semblables periffions
, d'en accorder à l'avenir ; qu'Elle veut
u'on vifite toutes les Maisons , Boutiques & Ma-
; afins des Marchands & Négocians , au moins de
quatre mois en quatre mois , sans qu'il y ait pour
ela de jour fixe ; que ces vifites se feront sans qu'il
oit nécessaire de faire à ce sujet aucune publicaion
ni information au préalable ; qu'on ne pourra
cependant les faire dans les Maisons des Particuiers
qui ne sont pas Négocians , à moins qu'on
-n'ait des preuves suffisantes qu'il s'y trouve des
Marchandises défendues ; qu'afin de faciliter ces
-vifites & de proceder à la vérification des Marchandises
, les Marchands & les Négocians , tant Naturels
qu'Etrangers , seront obligés de tenir leurs
Livres en Langue Caftillanne , & d'y enregistrer
tout ce qu'ils acheteront ou introduiront dans le
Royaume , & que les Juges auront droit de prendre
communication de ces Livres, toutes les fois qu'ils
en auront besoin ; qu'à cet égard on suivra la Loi
61. du 18. Titre du Livre 6. de la Récompilation ,
bien entendu néanmoins que par la dispofition de
la présente Ordonnance le Roy ne prétend point .
déroger à ce dont on eft convenu avec les
Rois , Princes & autres Puillances , avec lesquels
S. M. eft en Paix ; que parce qu'il ne seroit pas
jufte d'empêcher la vente des Marchandises d'Angleterre
, qui ont été introduites de bonne foi dans
le Royaume d'Espagne avant la déclaration de
Guerre, & parce qu'en même temps il importe, que
sous le prétexte de la consommation de ces Marchandises,
on n'en introduise pas d'autres , le Roy
ordonne à tous les Marchands qui auront des Marchandises
ou des Denrées de la Grande Bretagne
& des Pays qui en dépendent , de se présenter au
plûtard dans le terme de quinze jours après la pu-
.
blis
3140 MERCURE DE FRANCE
blication de la présente Ordonnance , pour décla
rer ces Marchandises & ces Denrées ; que ces déclarations
se feront à Madrid , devant le Miniftre
que S. M. nommera pour connoître des affaires de
cette nature; dans les autres Villes, devant les Juges
qui seront commis à cet effet , & dans les Lieux ou
il n'y aura point de Juges , devant les personnes
qu'il plaira au Roy de nommer ; qu'auffi tôt après
que le terme de quinze jours sera expiré , les Marchandises
défendues qui n'auront pas été enregistrées
, seront déclarées confiscables ; que pour ce
qui regarde la consommation de ces Marchandises,
on accordera aux Négocians deux mois pour les
vendre , après lequel temps il leur eft enjoint de
les porter aux Douanes , ou aux Hôtels de Ville ,
dans les Lieux où il n'y a point de Douane , afin
qu'elles y soient vendues publiquement au plus offrant
en présence des Magiftrats , lesquels remettront
aux Propriétaires le produit de la vente sang
qu'aucune des Marchandises défendues puiffe être.
raportée dans les Boutiques ou Magaſins d'où elles
scront sorties.
>
**************************
ET RENNES
A Madame de Marolles , que M. sın fils
lui a présenté au commencement de cette
anée 1740 .
Ο
vous , la plus aimable
et la plus tendre
mere ,
Vous , qui me tenez lieu de pere ,
Après la perte d'un époux
Vertueux , et digne de vous ;
DECEMBRE . 1739 : 3141
Ah ! que vous devez m'être chere !
Recevez les voeux , qu'en ce jour
Va vous tracer ma foible plume.
Ce ne sont point des voeux dictés par la coûtume
Qu'on suit à la Ville , à la Cour ;
Ils sont inspirés par l'amour.
Que le Dieu , dont la main regle nos destinées ,
A vos rares vertus égale vos années !
Qu'il vous conserve encor long-temps
Cette mere , dont la foiblesse
A pour apui votre tendresse .
Qu'il vous fasse trouver un jour dans vos enfans
Cet amour généreux dont vous fûtes remplic
Pour les auteurs de votre vie !
Enfin , pour derniere faveur ,
Que le même amour qui m'inspire ,
yous fasse lire dans mon coeur
Ce que je sens pour vous , et ne puis vous écrire .
Par M. PHILIPPE , pour le jeune M. de
Marolles,
FRANCE
3142 MERCURE DE FRANCE
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR, DE PARIS , &
E 8. de ce mois , Fête de la Conception
Lde la Sainte Vierge, le Roy & la Reine
entendirent dans la Chapelle du Château do
Versailles , la Messe chantée par la Musique.
L'après-midi , Leurs Majeftez affifterent au
Sermon du Pere de Pons , de la Compagnie
de Jésus , & ensuite aux Vêpres..
La Reine communia le même jour par les
mains du Cardinal de Fleury , son Grand
Aumônier Madame Henriette communia
par les mains de l'Abbé Enrion , Chapelain
du Roy.
Le 13. de ce mois
, troisiéme
Dimanche
de l'Avent
, le Roy
& la Reine
entendirent
dans
la Chapelle
du Château
, la Meffe
chantée
par la Mufique
; & l'après
- midi
L. M,
affifterent
au Sermon
du Pere
de Pons
.
Le même jour , l'Evêque du Bellay fut
sacré à Paris dans la Chapelle du Noviciat
des Jésuites , par l'Archevêque de Tours ,
affifté des Evêques de Macon & d'E
vreux,
La
DECEMBRE . 1739. 3143
Le 20. quatrième Dimanche de l'Avent ,
Roy & la Reine entendirent dans la Chaelle
du Château la Meffe chantée par la
Lufique. L'après - midi , L. M. affifterent au
ermon du Pere de Pons ,
Le 24. veille de la Nativité de Notreeigneur
, le Roy & la Reine entendirent
ans la Chapelle du Château les premieres
"êpres qui furent chantées par la Mufique ,
auxquelles l'Evêque de Die officia .
Le 25. Jour de la Fête , L. M. qui après
voir affifté à Matines , avoient entendu à
ninuit trois Meffes , affifterent à la Grande
Meffe , célebrée pontificalement par le mê,
ne Prélat. L'après -midi , le Roy & la Reine
affifterent au Sermon du P. de Pons , & ensuite
aux Vêpres auxquelles le même Prélaț
officia ,
Le 30. pendant la Meffe du Roy , l'Evêque
de Fréjus , qui avoit été sacré le 13 .
prêta serment de fidelité entre les mains de
S, M,
ETRENNES
3144 MERCURE DE FRANCE
ETRENNES
D'unjeune Enfant âgé de dix ans , à M.
Pere pour l'année 1740,
L'An sept cent trente-neuf finit ,
L'an fept cent quarante commence ,
Et je me sens tout interdit.....
Je veux complimenter , je me perds plus j'y pense !
Mon Papa, je ne puis vous faire un compliment ;
Et je sçais bien pourquoi , si je ne sçais comment.
Complimenter un Pere , est un travail extrême :
Ah ! qu'il m'est plus aisé de dire... je vous aime !
ETRENNES du même à Madame sa Mert
EN ce jour, qu'aux souhaits a consacré l'usag,
Quels voeux , pour vous , puis-je former ?
Quelle étrenne,Maman pourrois-je vous donner?
De mon coeur acceptez l'hommage ,
D'un tendre amour il eſt le gage :
C'est l'unique présent que vous sçachiez aimer.
Le 28, Novembre , il y eût Concert chó
la Reine. On y chanta le 4. et 5. Acte d
l'Opera de Phatton , dont les préceden
avoier
DECEMBRE . 1739 3145
ient été donnés dans le mois dernier.
Le 29. du même mois , il y eut Concert
dîné de L. M. Les 24. Violons de la
ambre exécuterent les Simphonies de
phire & Flore , & celles du Caprice
rato , de la Compofition de M. de Blant
, Surintendant de la Mufique du Roy.
e 5. & le 12. Decembre , la Reine endit
le Ballet Héroïque de Zaide , Reine
Grenade , mis en Musique par le Sieur
oyer ; les principaux Roles furent trèsen
remplis par les Dlles Erremens, Hugueot
, Mathieu & Rotiffet , & par les Sieurs
ribou , Jelior , d'Angerville & du Bourg.
Le 14. & le 19. on concerta le Prologue
les trois entrées du Ballet des Caracteres de
Amour , de M. de Blamont , dont l'exécu
on fit beaucoup de plaifir. Les principaux
ôles furent chantés par les mêmes Sujets
'on vient de nommer , & par la Dlle Go
eneche , & les Sieurs Benoit & Richer.
A MUSE DE QUATORZE ANS.
ETRENNES à Madame Levesque ;
par son fils.
UN coeur féxible , doux et tendre ,
Qui pour mobile à la vertu ,
11. Vol. I
E
3146 MERCURE DE FRANCE
Et qui sous vous brûle d'aprendre
Ce qui doit lui frayer ce chemin peu battu ;
Voilà , trop bienfaifante Mere ,
Ce que vous offre un fils.
respectueux ;
Jusqu'à vos ennemis , chacun vous considere¿
Chacun vous aime , vous révere ;
Serois-je donc plus ingrat qu'eux ?
Levesque
Le premier Decembre ; les Comédiens
François représenterent à la Cour , la Comédie
du faloux Desabusé , & celle de l'Esprit
de Contradiction.
Le 3. la Tragédie de Poliencte , & la Métamorphose
Amoureuse.
Le 10. Andronic , & le Deuil.
Le 15. le Distrait , & le Mariage Forcé,
Le 17. Rodogune , & l'Eté des Coquetes.
Le 22. La Surprise de l'Amour, & Georges
Dandin.
Le 29. l'Ecole des Femmes , & le Retour
Imprévu.
Le 31. Heraclius , & le Mari Retrouvé,
Le 2. Decembre , les Comédiens Italiens
représenterent auffi à la Cour la Comédic
des Fées , & le Portrait.
Le 9. les Métamorphes d'Arlequin , Piéce
qui
DECEMBRE. 1739 3147
qui a été fi fort goûtée à l'Hôtel de Bourgogne
, & qui a fait beaucoup de plaiſir à
La Cour ; elle fut suivie d'un Ballet comique
très -bien exécuté par les mêmes Comédiens ,'
& de la petite Piéce.de la Joye Imprévûë.
Le 16. on rejoüa la même Comédie des
Métamorphoses , pour Monseigneur le
Dauphin , que ce Prince n'avoit pas vûë ,
elle fut suivie de la petite Piéce de l'Ecole
des Meres.
Le 30.
Hulla.
les Amans Réunis , & Arlequin
COUPLET sur l'Air de Joconde.
QUand son Epoux est descendu
Dans la sombre demeure ,
Comme si tout étoit perdu ,
Faut-il qu'Aminte pleure ?
En rire fous cape eft le mieux
Qu'Aminte puisse faire.
>
Perdre un Epoux avare & vieux ;
C'eft gaguer un Douaire.
F. M. F.
I ij MORTS
148 MERCURE DE FRANCE
L
MORTS , & MARIAGE.
E 4. Decembre , D. Marie - Angelique
de Coeuret de Nesle , Veuve depuis le
23. Août 1718. de Louis -Marie des Rues ,
Seigneur de Clorebois , & de Salancy , Baron
de Sourdon , mourut à Paris , dans la
86. année de son âge , étant née le 4. Août
1654. Elle laisse un fils , qui est Sebastien-
Emanuel des Rues , apellé le Comte de
Sommerive , reçû Chevalier- Commandeur
des Ordres de N. D. du Mont- Carmel , &
de S. Lazare de Jerusalem , le 22. Mars 1717.
& marié avec Loüise - Paule du Verdier de
Villaumont : la défunte étoit fille de Sebastien
de Coeuret , Seigneur de Nesle en Beauvoisis
, de Verville , &c. & d'Anne de
Postel .
Le 12. François Perou de Belleisle , Seigneur
de Dompierre, Chevalier de POrdre Militaire
de S. Louis , Brigadier des Armées
du Roy , de la Promotion du 10. Fevrier
1704. mourut à Paris , dans un âge avancé,
Il étoit entré Page du Roy en sa petite Ecurie
le premier Janvier 1679. Il fut depuis
Capitaine dans le Régiment Dauphin , & il
heint au mois de Novembre 1695. un des
nouveaux Régimens d'Infanterie , qui
furent
DECEMBRE. 1739. 3149
furent mis alors sur pié , & qui furent réformés
après la Paix de Riswick. Le Régiment
d'Auxerrois lui fut donné au mois de
Septembre 1716. mais il s'en étoit démis il
y a déja plusieurs années , en se retirant du
Service.
Le 22. Jean Baptifte de Broufforé , Seigneur
de la Baftide de S. André , Conseiller
Honoraire de la Grand' - Chambre du Parlement
de Paris , & ci - devant Sécretaire des
Commandemens , Maison & Finances de
la Reine , mourut à Paris , âgé de 67. ans ,
& sans avoir été marié. Il avoit été reçû
Conseiller le 22. Juillet 1705. & étant
Doyen de la Troifiéme Chambre des Enquêtes
, il monta à la Grand'- Chambre le
13. Mars 1733. IIll ssee démit peu de temps
après de sa Charge . Il s'étoit aufli démis au
mois de Fevrier 1736. de celle de Secretaire *
des Commandemens de la Reine , dont il
étoit revêtu depuis le 21. Juillet 1726.
>
Le 27. Louis - Achilles - Augufte de Harlay-
Coeli , Comte de Compans , Seigneur de
Ste Mesme , Conseiller d'Etat Ordinaire ;
& Intendant de la Géneralité de Paris
mourut à Paris , dans la 61. année de son
âge , étant né le 4. Fevrier 1679. Il avoit
été reçû Conseiller au Parlement de Paris ,
à l'âge de 17. ans , le 22. Fevrier 1696. &
ensuite Maître des Requêtes de l'Hôtel du
Į jij Roy ,
3150 MERCURE DE FRANCE
Roy, le 9. Decembre 1707. puis il fut nomme
Intendant succeffivement à Montauban en
Novembre 1713. à Pau , à Metz en Novembre
1715. en Alsace en Fevrier 1724. & enfin
à Paris au mois de May 1728. Il avoit
été fait Conseiller d'Etat par expectative dès
le 12. Fevrier 1721. Il eut la place de Semestre
au Conseil , vacante par la mort de Felix le
Pelletier de la Houssaye , le 23. Septembre
1723. & il devint ordinaire , au mois de
Janvier 1731. Il étoit fils de Nicolas - Auguste
de Harlay , Comte de Cceli , & de
Compans , Seigneur de Bonneuil , Ste Mesme
, & c. Conseiller d'Etat ordinaire , & premier
Ambassadeur Extraordinaire , & Plénipotentiaire
pour le Roy au Congrès de
Riswick pour la Paix génerale , mort le 2.
Avril 1704. âgé de 57. ans , & d'Anne-
Françoise - Louise -Marie Boucherat , fille de
Louis Boucherat , Chancelier de France
morte le 23. Novembre 1730. dans la 74.
année de son âge. Il avoit été marié le s .
Novembre 1698. avec Marie-Charlotte de
Lavie , fille unique , & seule héritiere de feu
Gabriel - Ignace de Lavie , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roy , & de
Charlotte-Catherine de Pas - Feuquieres , &
petite- fille de Thibaud de Lavie , Premier
Président du Parlement de Pau. Il en avoit
eu trois garçons & une fille , tous morts
>
jeunes
DECEMBRE. 1739 3152
jeunes ou en bas âge..Ainfi par fa mort il ne
refte plus aucun mâle de la Famille de Harlay
, une des plus anciennes de Paris , &
qui a donné un grand nombre de Personnages
illuftres , tant dans l'Eglife , que dans
l'Epée & dans la Robe. La Généalogie en
eft raportée dans l'Histoire des Grands Officiers
de la Couronne , à l'Article des Grands
Louvetiers de France , Tom. 8. p. 797.
Le 30. Jean- Jacques Damas d'Antigny ,
Chevalier non Profès de l'Ordre de S. Jean
de Jerufalem , Lieutenant Général des Armées
du Roy , & Gouverneur de la Ville &
Citadelle de Maubeuge , en Hainault , mourut
à Paris , âgé de 70. ans. Il avoit été d'abord
Capitaine de Dragons dans le Régiment
de Gramont , & ensuite Colonel d'un
des so . Régimens d'Infanterie , levés en
1695. & réformés après la Paix de Rifwick.
Il leva en 1702. un nouveau Régiment d'Infanterie
; fut fait Brigadier le 10. Fevrier
1704. & obtint au mois de Juillet 1708. le
Régiment de Monchamp , auffi Infanterie.
Il fut fait Maréchal de Camp le 14. Fevrier
1711. & enfin Lieutenant Général le 30.
Mars 1720. Le Gouvernement de Maubeuge ,
vacant par la mort de Louis - Anne - Marie
Damas , Comte de Ruffey , son frere , auffi
Lieutenant Général , lui fut donné au mois
L..
I iiij
de
32 MERCURE DE FRANCE
de Septembre 1722. Il étoit troifiéme fils de
Claude Damas , Marquis d'Antigny, Comte
du Breuil , & de Ruffey , Gouverneur de la
Principauté de Dombes , & de, Claude- Alexandrine
de Vienne de Ruffey , sa seconde
femme.
Le 10. Septembre dernier, Charles - Cesar de
Favier de Lancry , Chevalier , Seigneur Marquis
de Bains , Capitaine de Dragons au
Regiment de Nicolay , fils unique de Edme-
Felicien de Favier de Lancry , Marquis de
Bains , Boulogne la Graffe & Hanivilliers ,
& de Louise- Antoinette de la Viefville
épousa au Château de Tartigny , en Picardie,
Marie - Sebastienne Lamoureux , fille aînée
& principale heritiere de Joseph Lamoureux,
Chevalier Seigneur de la Javelliere , Tartigny
, la Roüillere , le Grand Pré , &c. Maréchal
des Camps & Armées du Roy ,
Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis , & ancien Gouverneur de
Philisbourg , & de Marguerite Trudaine
fon Epouſe,
ARRESTS
و هرو
****************
ARRESTS NOTABLES.
A
RREST du 8. Decembre , pour le Rembour
fement en Affignations fur la Loterie Royale ,
des Taxations fur le Tréfor Royal , par lequel Sa
Majefté ordonne que les Proprietaires defdites Taxations,
qui defireront s'intereffer à la Loterie Royale
établie par Edit du mois d'Août dernier , & y em.
ployer les Capitaux defdites Taxations , en feront
remboursés par le Sieur Gaudion , Garde du Tréfor
Royal en exercice , fans aucune réduction defdits
Capitaux , & pour tenir lieu de Rentes au Denier
quarante fur les Aydes & Gabelles , en Affignations
fur ladite Loterie , en fatisfaifant aux formalités
prefcrites par ledit Edit d'Août dernier pour lesdites
Rentes au Denier quarante ; les arrerages defquel
les Taxations cefferont d'avoir cours à compter du
premier Janvier de l'année prochaine 1740. Veut Sa
Majefté , relativement à l'Arrêt de fon Confeil du
19. Octobre dernier , qu'en juftifiant de ladite converfion
, les arrerages defdites Taxations qui feront
ainfi converties , foient payés à ceux qui en out
droit pour tout ce qui en fera dû , jufques & compris
la préfente année ; & que lefdits Rembousfemens
ainfi faits , même ceux de cette elpece qui
pourroient déja avoir été effectués , foient paffés &
alloués fans difficulté en la dépenfe des Etat &
Compte dudit Sieur Gaudion.
AUTRE du même jour , qui proroge pour trois
ans , à compter du premier Janvier 1740. la perception
du Droit d'un demi pour cent , ordonné par la
Déclaration du 10. Novembre 1727. être levé fur
les Marchandiſes venant des Iſles & Colonies Franfoiles
de l'Amerique,
AUTRE
3154 MERCURE DE FRANCE
AUTRE da 23. pour l'établissement d'un Foyer
fur la hauteur de la Paroiffe de Biarit , Territoire
de Labour ; & qui ordonne pour fon entretien , une
Impofition par Tonneau fur les Bâtimens , tant
François qu'Etrangers , qui entreront dans les Ports.
de Bayonne & de Saint - Jean-de-Lutz.
JUGEMENT du même jour , rendu par Délibération
de Confeil , & en dernier reffort par M..
Herault , Confeiller d'Etat , Lieutenant Général de
Police de la Ville , Prévôté & Vicomté de Paris , &
Mrs les Gens tenant le Siége Préfidial au Châtelet
de ladite Ville , Commiffaires du Confeil en cette
partie ; qui condamne fept Quidans à être rompus.
par effigie , pour avoir arrêté & volé le Caroffe de
Voiture de Châlons fur Marne à Paris ; lefdits fept
Quidans , dont un à cheval , ayant tous un mouchoir
d'Indienne entortillé autour de la tête , & paroiffant
avoir le vifage barbouillé de noir & de blanc,.
Accusés , Abfens & Contumaces..
ARREST du 27. au fujet de la Loterie Royale ,.
par lequel S. M. ordonne que ladite Loterie fera &
demeurera fermée , pour être tirée ledit jour 31 .
Janvier prochain , fuivant & conformément audit:
Edit . Ordonne en outre Sa Majefté , que les Por
teurs des Affignations délivrées au Tréfor Royal ,
fur ladite Loterie pour valeur defdits Effets , feront
tenus .de les convertir en Billets , au plus tard dans .
ledit jour 20 Janvier ; faute de quoi , ils en demeureront
abfolument déchûs , & leurs places feront
remplies le lendemain 21 : par ceux des autres Rentiers
qui n'auront pû faire liquider leurs Contrats
promptement , pour être admis à ladite Lote
zie , &c.
affés
APPRO
1
APROBATION.
J
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le second Volume du Mercure de France du
mois de Décembre , & j'ai crû qu'on pouvoit e
permettre l'impression . A Paris , le dix Janvier
1740
HARDION,
TABLE.
P 2959
IECES FUGITIVES . Ode sur le mépris qu'on a
pour les Muses ,
Remarques Historiques touchant le Monastere Hupital
de Montjoux : dit le Grand S. Bernard , &c .
Les deux Asnes , Fable
2958
2973
Lettre de M. L à M. le B. sur les Auteurs des An-
2976
2980
Observations sur les nouvelles Découvertes d'Annales
de S. Bertin , &c.
Le Papillon Constant , Allégorie ,
Le Maître et son Fermier , Fable ,
tiquités , faites à Nîmes , &c.. 2984
3000
Lettre écrite par M. . . . de la Societé Litteraire
d'Arras ,
Adieu à Mad. de P. sur son Départ
3002
3014
Dissertation sur l'origine des Peuples du Pays de
Caux , & c. 3017
Epitre à M. Pesselier , 3029
Question de Droit ,
3032
L'Oison et le Cigne , Fable 30350
I vj
Dis
Discours sur la Douceur ; présenté à l'Académie
Françoise ,
3017
Ode sur la Mort du P. Vaniere ,
3049
Enigme , Logogryphes , & c. 3052
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX-ARTS,
&c.
3.05$
Géographie des Enfans , &c . 3056
Bibliotheque Raisonnée ,
Memoire de la Comteffe d'Horneville , &c. 3058
Concordance des Bréviaires , &c.. 3060
Les Vies des Hommes Illustres de la France ,
3064
Projet d'un nouveau Dictionaire Univerfel , &c.
3082
3096
Projet d'une Description des Paroisses de la Cam→
pagne voisines de Paris , &c, 3106
Suite de l'Eloge de Ph. de Bethune 3110
Estampes nouvelles , & c. 3112
Nouveau Plan de la Paroisse de S. Germain l'Auxerrois
>
3113
Reflexions en forme de prédiction ,
M. Pesselier ,
Spectacles , Esope au Parnasse , Comédie , 3115
adressées à
Nouvelles Etrangeres , Turquie et Perse
3123
3125
Ruffie , Manifeste de la Czarine , & c,
Allemagne , Italie et Isle de Corse ,
Espagne , Ordonnance du Roy , & c.
Etrennes ,
3128
3.134
3136
3140
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Etrennes d'un jeune Enfant ,
La Muse de 14. ans ,
Couplet de Chanson ,
Morts & Mariage.
Arrêts notables
भ
Table Generale,
Etrennes
3142
3144
3145
3147
3148
3153
Errata de Novembre.
PARE 3596. ligne 3. J. B. D. D. M. lisez à
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 2967. ligne 26. Telones , lisez Telonee
P. 2968. l . 11. Telones 1. Teloneo.
P. 2985. 1. 17. arangement , l. ordre.
P. 1986. L. 12. figure , I. forme.
P. 1987. 1. 8. la baque , l . l'abaque.
P. 2990. l . 16, sur , l. vers.
P. 1998. 1. 11. Sculptées , l . poussées.
P. 3112. I. 11. Maître , /. ce Maître,
TABLE GENERALE
Bbon ,
De
l'Année
1739-
A.
647
Académie des Sciences , 534. 754. 873 : 998 .
Des Belles- Lettres
Des Jeux Floraux
De Marseille ,
De Lyon ,
De Bordeaux
De Montpellier ,
De la Rochelle ,
D'Arras ,
De Peinture ,
De Chirurgie ,
De Lisbonne ,
De Rome ,
1193. 1365. 1992. 2670
De Peinture à Rome ,
Accouchement monstrueux ,
Actes de Rimer ,
Eneas ,
753. 1992. 2669
1003. 2199.
2197
$999
170. 22 12
337
996
692. 1500. 2374
2435.3113
764 1566. 2204
2440.2886
2767
341
2668
1184
256
Alceste, Opera, 130. Parodie, 351. Tragédie, 1994
Amant Prothée ( P ) Comédie ,
Amours lumineux ,
567. 1196
77
Amusemens ( nouveaux ) du coeur & de l'esprit ,
309.719.968 . 1815. 2416. 2855
Amusement Philosophique ,
Annales Ordinis S. Benedicti
Annales de S. Bertin ,
1062
91. 1290
2976
Aras
Antiquités, 112. 233. 336. 1303. 1990. 2672.2984
DES MATIERES.
ras , 1136. 2387. 3002
rchitecture Hidraulique ,
531
ré , ( S. ) Is
rithmetique des Géométres ,
rrêts ,
Arlequin Bouffon de Cour , Comédie , 2681. 29a6.
Arlequin Médecin,volant , Comédie
4. 1492. 1747. 1909
1361
3: 124
Armorial Géneral ,
2930
Ascia
1317
Atton > 657
Avenelles ( Philipe des ) 2570
Aurore Boreale ,
759
B.
B Bal du Roy ,
Ba ade >
Ajazet I. Tragédie , 1848
378
Basile & Quiterie , Comédie ,
1469
12 10
Bas-Reliefs , 539
Bel ( Eloge de M. ): 766
Benoît IX. 758. XI. 1655
Bertarius , 258
Bethleem , 807
Béthune , 487. 751. 9.84. 1171. 3110
Bibliotheca Manuscriptorum ,
748
Bibliotheque de Manuscrits , 2317
Bibliotheque Raisonnée ,
Bibliotheque du Roy ,
Bouquet ,
Breviaire de Sées "
Bibl otheque Germanique ,
Blois ( Guillaume de )
Bobaudus ,
Boeuf Gras ,
Boucherie de l'Aport de Paris ,
Bouts- Rimés , 79. 232. 390. 463. 669. 833.
Bureau Typographique ,
956
53. 1375. 1616. 2793
Bureaux pour la Musique , les sourds & les muets
1346
2868
2870. 3096
1613
3064
258
387
439.917
2080. 2828. 2929-
C.
AdransSolaires ,
Cameriera ( la ) Comédie ,
Camasse (Lolotte )
Canonisation
Cantates ,
201.677. 1273
Caprices du coeur et de l'esprit ( les ) Comédie ,
2245
774
374.602
227. 1755.2167 . 2572. 2.8LO
1
1399.2227
'Cardinaux
657
Cartes de Géographie , 670. Tables ,
1193
Castanea 2570
9
Causes Célebres ,
2195
Caux ,
1.687.3017
Celtes , 2868
Céremonies extravagantés ;
Chansons de Tibaut
1525
40. 429 ~
Ciceron , 317
Coctier ,
2532
College Royal.
2885
Colot
1582 >
Comete ,
1618
Concordance des Breviaires de Paris , 3060
Considération , 47
Constantini ( Antonio ) 2679
Gontes , 1301. 2103. 2596. 2791
Coûtumes d'Artois ,
1614
Croix ,
627. 2335
D.
DangerdesRichesses ( le ) Comédie ,
Dardanus , Opera ,.
Deodat ( S. )
Desplaces ( Philipe - Louis ).
Dévotion au S. Esprit ,
2012
2682.2890
22
339
2657
Dictionaire des Antiquités , 2128. Universel , 3082
Discours , $97. 600 , 707.814 . 960 , 1238. 3037.
D'Avocats
DES MATIERES.
D'Avocats Géneraux de Provence , 2633
ominique ( S. )
2410
onations ( Traité des } 1383.2109
ouleur ( cause de la ) 2580
roit des Gens ( Cours Diplomatique du ) 1364
De la Nature et des Gens', 3096
umoulin ( Charle ) 108
E.
E
Cole du Temps ( l ') Comédie ,
De la Raison , Comédie ,
głogue
Elegies d'Ovide ,
Elemens de Géométrie ,
133
1024. 1633
259.505.664
61
1190. 2788
Enigmes , 81. 298. 509. 713. 937. 1147. 1350.
1587. 1790. 1960. 2176. 2400. 2627. 2836. 3052
36. 1499. If24. 1532. 2333 Epigrammes ,
Epithalames ,
710.813
Epitres en Vers , 30. 223. 1116. 1515. 1770.
·2315 • 2355 • 2372. 2529.2576. 2613. Imitées
d'Horace ,
Esope au Parnasse , Comédie ,
Esprit et la Beauté (P' )
Esprit ( abus de l' )
1706. 3029
2468. 3115
69
857. 1956
Estampes , III. 338. 537. 713. 766. 1008. 1366.
1620. 1833. 2214. 2437. 2671. 2883. 3112
Etrennes ,
Evarcius ,
Evêques d'Auxerre ,
Eumenus
Fo
3140. 3144. 3.145
3€
2828
650
FAbles , 39. 175. 207.438.476.621. 1046. 1135. 1289. 1329. 1345. 157006.0.1895015..
1905. 2126. 2557. 2667. 2766. 2797. 2973.
Fenelon , ses OEuvres ,
Festin de Pierre ( le ) Comédie
3007. 3035
2668
2908
Fête
TABLE
Fête
391
Fêtes d'Hebé ( les ) Ballet ,
1023, 1388
Feu ( nature du ) 1320
Fiefs , 2660
Fontaine de Nîmes ;
Forets ,
(
Fourberies d'Arlequin ( les ) Comédie ,
France ( Description Géométrique de la )
Franchise ,
1306
882
2679
873
1138. 2387 3007
Francon ,
Froid de 1739.
655
701
G.
Fronton du Duc ( le P. )
Aldo ,
G Galilée ( Empire de )
241
2744
102
877
2597
722, 940
Gallia Christiana
>
Garence ,
Gaultier ,
Genabum , 1 2162
Généalogie des D. de Bourgogne , 2411
Géographie des Enfans ,
Gertredus ,
Gobertus "
3056
248
1047
Grognet ( Pierre ) 469. 1094. 1119. 1508
Guy II.
Guiverdus
,
1265
1256
H.
Armonie des deux Spheres ,
H Hector a eû plusieurs Fils
Henriade en Italien ,
Héraclite ,
Hercule Gaulois .
Hérésie d'Orleans ?
Heri ( Thieri de }
Herman
1152
2553
2665
I
901
2546
1052
1580
249
Hermodore ,
DES MATIERES.
- odore ,
é .
›
>sme ( S. )
en Celtique ,
900
1268
241
2543
ɔire du Nivernois , 15. 241. 646. 1047. 1259 .
es Cérémonies Religieuses, 329. Du Ciel, 1601
man ,
landois ( le )
logerie ,
2884
89
1072.2432
2358 roscope ,
gues I. 257. Le Grand , 1053. Huges III. 126x
I.
Ardinage ( théorie et pratique du )
Idille
ne sçai quoi de vingt minutes ,
ttons ,
cendie ,
Istrumens de Musique ,
onas ,
onathas Machabée , Tragédie ,
osephe ( Passage de )
(tier ( S. )
L.
749
Σ
2666
110. 1372.2117
144
1357
247
1836
834. 1712
23
LAngue Grecque en usage dans les Gaules , 1773
Latin ( maniere de traduire le )
2777
418
Lettres , 1741. 1896. 1958 -
Logogryphes, 81. 296. 298. §09 . 715. 937. I148 .
1350. 1587. 1791. 1961. 2177. 2401. 2628.
Lune Paschale ,
Achines ,
Mahomet II. Tragédie ,
M.
2836. 3053
2799
MMadrigal , 156. 1033. 1072. 1077. 123.1333
355. 396.78 1. 1624
Malayal
TABLE
Manginus ,
Malaval ( François )
Marié égaré ( le ) Comédie ;
1078. 1934
1261
2679
Martene ( Dom Edmond ) 1366. 1784. 1949
Médailles 667.891 . 1618. 2211
Médecine
Théologique 2878
Médecin malgré lui ( le ) Comédie ,
2903
Médus , Tragédie ,
121. 520
Mémoires de Condé ,
2192
Mensikof, V. les Muses.
Méprise ( la ) Comédie , 2679
Métamorphoses d'Arlequin ( les ) Comédie , 2905
Mines ,
2574.2669
Miniftere de la Chaire
528
Mission de Grenoble , 2653
Moka , 1964
Molinaus de Feudis , 325
Montfleuri , 1795
Montjoux , 2758
Montre des Officiers du Châtelet ;
2140
Mont Valerien ,
2591
Moulinet I. Parodie ,
979
Museo delle Statue Viniziane
336 Muses ( les ) Comédie 308. 959.
N.
N
Nectarius ,
Atranus , 1047
26
Niceron ,
Nicolas ( S. )
Nivedunus ,
721. 1978
•
2533
2165
1192
3102
Notitia Monasterii Ebracensis ,
Nouvelles Litteraires ,
O.
Des. Au Duc de Villars , 197. Le Mois d'Avril
, 409. 5. Regis , 603."Societé Litteraire
d'Aras , 685. La Paix , 865. L'Orgueil , 888. La
Venas
DES MATIERES .
igeance , 1681. La Mélancolie , 1891. La
sie , 1951. La Fête de la Ville , 2292. L'Infiité,
2394. Nos Guerriers et nos Sçavans , 2822,
mépris pour les Muses , 2956. Sur la Mort du
Vaniere ,
3049
Imitées d'Horace , 44. 498. 704 931. 1059 .
1066. 1259. 1318. 1740 1744. 1920
Imitées des Pseaumes ,
Anacréontique ,
= ortunus ,
236.268 . 2741
1490
26
>graphe , 934. 967
P.
Airs de Champagne , 2813
Paris ( Dissertations sur l'Histoire Ecclesiastique
et Civile de ) 2840
ossel ,
1472
lipe le Bel , 479
isique Sacrée , 2870.3097
it ( S. ) 696
erre ( Remede pour la ) 1452. 1621
an de laParoisse de S. Germain de l'Auxerrois, 3113
ëmes. La Seine , 636. La Lumiere ,
olice ( Traité de la )
olidore , Opera ,
ontificale Romanum ,
' orcelaine ,
Portus Iccius ,
Pourchot ( Edme )
Prescription ?
de Paris ,
2114
106. 1593
771. 1012
2206
342
1902
7509
4
Projet d'une Description des Paroisses du Diocèse
Q.
Uadrature du Cercle ,
3106
2207
Querelle du Tragique et du Comique ( la ) Pa-
772
rodie,
Questions
, 36 so. 400. 928. 1067.
1521 , 1565
1989. 2109. 2211.
2611. 2824, 3032
R.
TABLE
R.
R
'Auracus ;
Reflexions ,
Résignation ,
Rival favorable ( le ) Comédie ,
Roclerus ,
Rogus ,
20
32. 287. 464. I106. 2618
1909
132. 557
1048
2;
Rondeau ,
Rouen ,
$2.2776
3023
Rue ( D. Charles de la )
SAiz!Antoine du )
Salve Regina ,
Saré Rey Oglu ,
Satires Imitées d'Horace ;
Servandoni ,
Sethos , Tragédie ,
2886
S.
2561
1545. 1922
140
1536. 1554
340
763.975 . 1400
Simonie , 1054
Sinceres ( les ) Comédie ; 132. 343
xe en Equinoxe ,
Son (propagation du )
Sorbonne ,
Spectacle de la Nature ( le )
Soleil , ses effets de Solstice en Solstice , d'Equino-
Somnambule ( le ) Comédie ,
Sonnet, 675.721 . 760. 765. 927. 1240. 2054.2590
Stances 286. 427. 768. 919. 2610
Stratagêmes de l'Amour ( les ) Comédie ,
Suivante désinteressée ( la ) Comédie ,
T.
1849
2679
Talensà la mode ( les ) Comédie, 2245.2455
Ableaux ,
Tarquin le Superbe ,
Telescope ,
Terence
172. 1471 2217
458
1374
2426
L Théa.
209
545
873
95
736
D. MATIERES .
Théatres ( Reflexions Historiques sur les 1822.
1966. Clôture et Ouverture
The delegrinus ,
Thélamire , Tragédie ,
Tournemine ( le P. Joseph )
Traductions en Vers ,
Tragédie ( Essais sur le goût de la )
551.772
660
* 398.2445
1365
1330. 1757
1160
Traité des Marques Nationales , 514. Des Récom
penses et des Peines éternelles , 1169. Des Lettres
de Change >
Trappe ( Apologie de l'Abbé de la )
Tremblement de Terre ,
1362
1527
759.794
Trémoliere ( Pierre - Charles ) 1619
Troyens venus dans les Gaules , 2554
Turnebe ( Adrien ) 1979. 2134
V.
Aldo ,
Vaniere le P. Jacques )
Venceslas , Tragédie ,
Vents ,
115
1744
yers. La Chauve- Souris , 22. L'Amour Auteur , 4).
Les Loix d'Amour négligées , 60. Sur une absence
, 68 . Distribués au Bal,74. A M. et Mad de
Beauvilliers, 154. Portrait de M. 160. Portrai , de
Mad. 164. A Pesselier, 354.3123.A Mlle Gaussin ,
356. A Voltaire , 457. Le Soupçon mal fondé
466. Projet frivole , 486. A Barjac , 536. Le Portrait
, 596. Contre des Satiriques , $99 . A la P.
d'Issenghein , 695. Peinture de l'Amour , 720. A
Linant , 753. 2213. Adieux à la Poësie , 913. Sur
la Naissance de M. de Choiseul , 974.A Mlle de
S. 1093. Plaintes d'Adam , 1104. 1270. Alexandre
et la Gloire , 1131. L'Amour désarmé 1140,
Expérience galante , 1520. In Pacem , 1669. De
M. de S. Aulaire , 1782. Le Fauteuil , 1932. Description
d'Hautot , 2138. Maximes en comparai-
Son , 2153. A Boissi , 2246. A Aved , 2435. Les
Agrémens
TABLE DES MATIERES:
Agrémens de Rieux , 2540. A l'Abbé de Ste Geneviève
, 2731. Le De profundis , 1787. A Calviere
, 2941. Allégorie , 2980. Adieu ,
Vesicule du Fiel ,
Vincintini ( Tomasso )
3014
1567
1850
Vieillesses extraordinaires, 193.391 . 392.610.752.
816. 1245 1433. 2713. 2720. 2944
Vielle , son origine ,
Vie des Hommes Illustres ,
Villeneuve aux Aulnes ,
Vilette aux Aulnes ( la )
1357
3064
1146
921
Vitrerie ,
Voyage de Constantinople à Smirne , 272. De
J. C.
Vuide
2638
2260
7.
Z Aïde , Baller ,
2236.265
Qualité de la reconnaissance optique de caractères