→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Nom du fichier
1739, 09, vol. 1-2, 10
Taille
25.10 Mo
Format
Nombre de pages
663
Source
Année de téléchargement
Texte
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
SEPTEMBRE. 1739 .
PREMIER VOLUME.
OUR
COLLIGIT
SPARGIT
Chés
Papillar
A
PARIS ,
4
GUILLAUME CAVELIER
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXIX.
Avec Aprobation & Privilege du Roj.
THE NEW YORK
PUBLICLIBRARY
335217
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
AVIS.
1905ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comédie Fran-
Goife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets eachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
S
On prie très-inftamment, quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura fin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , de les faire porter sur
T'heure à la Pojie , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
SEPTEMBRE . 1739.
PIECES FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
LA MELANCOLIE.
..ODE.
Ue vois- je ? Quel épais nuage
M'environne de tous côtés ?
Quel Spectre hideux m'envisage ?
Mes sens en sont épouvantés.
O Ciel ! c'est la Mélancolie ;
Sous ses efforts ma raison plie ;
Son Flambeau n'a plus de splendeur.
L. Vol. A ij C'en
1892 MERCURE DE FRANCE
9414
C'en est fait , volupté charmante ,
A ta Rivale triomphante
Elle vient de livrer mon coeur.
*
C'est en vain que je te rapelle ,
Aimable Mere des plaisirs ;
Tu fuis loin de moi sur leur aîle ,
Insensible à mes vains désirs.
Jours heureux ,jours pleins de délices ,
Amours , à mes ardeurs propices ,
Hélas , vous volez sur ses pas !
Et vous aussi , chastes Maîtresses ,
Muses , dont les douces caresses
Pour mon coeur avoient tant d'apas !
Tout m'abandonne , tout me quitte.
Je ne vois que d'affreux objets ;
Leur aspect m'allarme & m'agite ,
La terreur en forme les traits.
Le cruel tyran de mon ame
Tour à tour me glace & m'enflâme.
Par tout je crois voir mon tombeau ,
Et cet aveuglement extrême
Fait que je suis malgré moi -même ,
Et sa victime , & mon bourreau.
*
De
SEPTEMBRE. 1739. 1893
De maux quel horrible déluge
Tout à coup inonde mon sein ! -
Suis - je devenu le réfuge
De ces Tyrans du Genre humain ›
Est- ce toi barbare Pandore.
Qui' viens de les y faire éclore
Mais non .... je connois mon erreur .
Hélas ! puisque j'en desespere ,
C'est de ton sein , froide Vipere
Qu'ils sont nés au fond de mon coeur.
J'ose en vain braver & combattre
Cet essein de Monstres affreux ;
De celui que je viens d'abattre
J'en vois naître un plus dangereux.
Parmi tant d'Hidres dévorantes ,
De mon bras toujours triomphantes ,
Dieux puissants ! quel sera mon sort ;
Un froid mortel déja me glace ,
La force à la langueur fait place.
Je n'ai plus d'espoir qu'en la mort .
2
Tremble à ton tour , Mélancolie ;
Je sens que je vais t'immoler.
Je vois l'erreur & la folie ,
Que ton Art sçavoit me celer.
A iij
Oiit
1894 MERCURE DE FRANCE .
Oui , c'en est fait , je te surmonte.
Je cours pour réparer ma honte ,
Des plus doux plaisirs m'enyvrer';
Mais vains efforts ! quand je te brave
Mon coeur est encor ton esclave ,
Et veut en vain se délivrer .
*
Ainsi , sous tes Loix asservie ,
Ma trop infidelle raison ,
Sur tous les instans de ma vie
Verse elle- même ton poison.
De tes cruels projets complice ,
Contre toi , par son artifice
Tous mes efforts sont impuissans,
Tu n'aurois jamais pû me nuire ,
Si tu n'avois sçû la séduire .
C'est par elle que je te sens.
*
1
Tel que ce Mortel témeraire ,
Que sur un Mont voisin des Cieux
Sans cesse un Vautour sanguinaire
Dévore par l'ordre des Dieux ;
De ta fureur noire & cruelle
Je suis la victime éternelle ,
Tu me déchires nuit & jour ;
Fai beau fuir , ressource trop vaine }
Pas
SEPTEMBRE 1739 1895
Par tout je porte avec ta chaîne ,
Et le Caucase & le Vautour,
*
7
L'aspect du Monde me chagrine
Tout me déplaît , je n'aime. rien.
Societé douce & divine ,
Je brise ton sacré lien .
Semblable à ces Oiseaux funebres ,
Qu'on n'entend que dans les ténebres ,
Je crains l'éclat brillant du jour.
Et dans mon obscure retraite
Je soupire , je m'inquiette ,
J'implore les Dieux tour à tour.
*
Mais quoi ! tout change , le nuage
Se dissipe & s'évanouit.
Tel qu'après le plus noir orage
Phébus sur son Trône reluit .
Quelle Divinité propice ,,
Vient de terminer mon suplice !!
Tu fuis , Monstre tant redouté .
Ou suis je ? Qui regne en mon ame
Un torrent de plaisirs m'enflame !
Ah ! c'est toi , chere Volupté !
Par M. de St. R. de Montpellier.
A iiij
LET1896
MERCURE DE FRANCE
totat
LETTRE écrite à M. N.... pour l'engager
à cultiver les Muses &c.
Ous ne sçauriez croire , Monsieur ;
combien j'ai été surpris d'aprendre que
vous abandonniez les Muses , pour embrasz
ser le parti de la guerre .
Cher ami , qui vous engage
A suivre les Etendarts
De l'impitoyable Mars ?
Quoi ! vous voulez au printemps de votre âge
Tenter du sort le caprice inhumain L
Quittez , quittez ce funeste dessein.
Et travaillez à mériter la place
Qu'Apollon vous destine au plus haut du Parnasser
Gardez- vous bien d'aller exposer vos jours.
Je sçais qu'il est doux de se faire un nom .
mais ce nom. ne pouvez- vous l'acquéri
que par les Armes ?
>
Ce n'est point au seul Guerrier
Qu'est réservé le Laurier ;
On en cueille au sein des Villes ,
Comme au milieu des hazards ;
Et la gloire des Virgiles
Vaut bien celle des Césars
Now
SEPTEMBRE. 1739. 1897
Non , il n'est pas moins honorable d'être
bon Poëte , que d'être bon Soldat ; & le Soldat
a bien plus à souffrir que le Poëte . Vous
en serez convaincu par le récit d'une vision
toute merveilleuse , que j'eus il n'y a pas
long-temps.
>
Je me trouvai , je ne sçais comment , sur
une Montagne , d'où je découvris un Temple
magnifique. Quique j'en fusse très - éloigné
, j'en distinguai sans peine tous les ornemens
et le reconnus aussi- tôt pour le
Temple de Mémoire. On y entroit par une
infinité de portes , entre lesquelles j'en remarquai
deux fort attentivement . L'une , dont
le seuil est tout. couvert de sang , présente
cette Inscription , Porte des Guerriers ; l'autre
est environnée de fleurs , dont l'arrangement
forme ces mots Porte des Poëtes . On arrive
à ces deux Entrées Par deux chemins , directement
oposés . Je , ne puis penser , sans frémir
, à celui de la Porte des Guerriers.
Quel Théatre de maux ! quelle horrible carriere !
Le Soleil a regret y répand sa lumiere ;
Les Vents n'y font sentir qu'un souffe furieux ;
L'Aurore détestant ce séjour odieux ,
Refuse d'y verser sa féconde rosée
De vingt Fleuves de sang la Terre est arrosée
Et privée en ce lieu de ses moindres attraits
e produit pour tous biens que le fatal Cyprès,
A. V.
"
L'aveugle
1898 MERCURE DE FRANCE
L'aveugle desespoir , la vengeance barbare ,
Et mille autres objets échapés du Ténare ,
Dans cet affreux chemin se trouvent ramassés ;
Un monceau de Mourans sur les Morts entas: és ,
Exhalant de chaleur un déplorable reste ,
A toutes ces horreurs ajoute encor la peste.
Voilà par où doivent passer les Guerriers ,
avant que d'entrer au Temple . Mais que disje
, hélas combien peu y parviennent ?
Ceux qui concevoient les plus belles esperances
, sont quelquefois renversés au premier
choc. Si vous mourez à la prochaine
Campagne , n'esperez pas qu'on vous tienne
compte des grandes actions qui auroient pû
vous signaler dans la suite. On se souviendra
, il est vrai , pendant quelques jours que
vous aurez été tué à tel Siege, à telle . Bataille,
mais de souvenir passera bien - tôt , & vous
ne vivrez plus que dans la mémoire d'un petit
nombre de vos amis.
Renoncez donc aux Armes , encore un
coup; choisissez la route des Poëtes . Autant
que l'autre m'avoit effrayé , autant celle- ci
me causa de joye. Un air pur & serain , un
gazon parsemé de fleurs brillantes , des Ruisseaux
, dont la clarté & le murmure charment
à la fois les yeux & les oreilles , enfin
tout ce que la Nature a de plus beau, s'y réu-
>
nig
SEPTEMBRE. 1739 1899
nit , pour former un Lieu comparable aux
Champs Elisées.
Je vis dispersées en cette route les Muses
qui président aux diverses especes de Poësie ;
chacune avoit près d'elle une foule de Sectateurs.
Les uns d'un air majestueux ,
Suivent l'auguste Tragédie ;
D'autres accompagnés de Momus & des Jeux ,
Marchent aux côtés de Thalie ;
Sur de tendres Chalumeaux ,
Ceux-ci chantent Célimene ;
Et ceux- là , Partisans du joyeux la Fontaine ,
S'avancent , entourés d'Arbres & Animaux,
Quoique d'une maniere bien differente
Is arrivent tous avec une égale vitesse au
Temple de Mémoire..
Mais vous me direz que cette voye , que
je peins si délicieuse, ne l'est pas pour tout le
Monde ; que bien des gens se sont repentis.
d'avoir osé s'y montrer. J'en suis d'accord
C'est en vain qu'un Esprit vulgaire
Dans ce chemin sacré met un pied témeraire
Il fait d'inutiles efforts ,
Et chaque pas lui creuse un précipice ;
Mais ceux à qui Phébus propice ,
A vi Ouvre
1898 MERCURE DE FRANCE
L'aveugle desespoir , la vengeance barbare ,
Et mille autres objets échapés du Ténare ,
Dans cet affreux chemin se trouvent ramassés ;
Un monceau de Mourans sur les Morts entassés ,
Exhalant de chaleur un déplorable reste >
A toutes ces horreurs ajoute encor la peste. ,
Voilà par où doivent passer les Guerriers ,
avant que d'entrer au Temple. Mais que disje
, hélas ! combien peu y parviennent ?
Ceux qui concevoient les plus belles esperances
, sont quelquefois renversés au premier
choc . Si vous mourez à la prochaine
Campagne , n'esperez pas qu'on vous tienne
compte des grandes actions qui auroient pû
vous signaler dans la suite. On se souviendra
, il est vrai , pendant quelques jours que
vous aurez été tué à tel Siege, à telle Bataille ,
mais de souvenir passera bien-tôt , & vous
ne vivrez plus que dans la mémoire d'un petit
nombre de vos amis.
Renoncez donc aux Armes , encore un
coup ; choisissez la route des Poëtes. Autant
que l'autre m'avoit effrayé , autant celle - ci
me causa de joye . Un air pur & serain , un
gazon parsemé de fleurs brillantes , des Ruisseaux
, dont la clarté & le murmure charment
à la fois les yeux & les oreilles , enfin
tout ce que la Nature a de plus beau, s'y réünie
SEPTEMBRE. 1739 1899
nit ,, pour former un Lieu comparable aux
Champs Elisées.
Je vis dispersées en cette route les Muses
qui président aux diverses especes de Poësie ;
chacune avoit près d'elle une foule de Sectateurs.
Les uns d'un air majestueux ,
Suivent l'auguste Tragédie ;
D'autres accompagnés de Momus & des Jeux,
Marchent aux côtés de Thalie ;
Sur de tendres Chalumeaux ,
Ceux-ci chantent Célimene ;
Et ceux- là , Partisans du joyeux la Fontaine ,
S'avancent , entourés d'Arbres & Animaux.
Quoique d'une maniere bien differente ,
Is arrivent tous avec une égale vitesse au
Temple de Mémoire...
Mais vous me direz que cette voye , que
je peins si délicieuse, ne l'est pas pour tout le
Monde ; que bien des gens se sont repentis..
d'avoir osé s'y montrer . J'en suis d'accord.
C'est en vain qu'un Esprit vulgaire
Dans ce chemin sacré met un pied témeraire
Il fait d'inutiles efforts ,
Et chaque pas lui creuse un précipice ;
Mais ceux à qui Phébus propice ,
A vj
Ouvre
500.00
1902 MERCURE DE FRANCE
Toucha le coeur .
La belle en lui jettant un regard séducteur ,
Lui présenta le doigt ; P'Oiseau vint plein d'ardeur.
A peine étoit-il là , qu'une douceur secrette
Lui présagea de tendres feux ;
Sa langue jusqu'alors muette
S'exprimé au gré de son coeur amoureux .
A l'Amour , quoiqu'Enfant , tout miracle eft pof
fible )
Perroquet devenu sensible ,
Devient galant & dangereux.
Un objet peu touchant fait taire
Les Amans les plus enhardis ;
L'autre qui sçait aimer & plaire ,
Anime les plus aprentis :
Tel n'est qu'un for près de Glycere,
Qui charme étant avec Iris .
Bay *** de Rouen.
LETTRE de M. Voil teul à M. &H ***
sur le Portus lccius de Jules César.
J
E suis bien surpris , mon cher ami , qu
étant aussi curieux d'Antiquités que vous
Têtes , & me sçachant de votre goût , vous
ዘር
SEPTEMBRE. 1739 1903-
4
ne m'ayez pas informé de la découverte qu'-
on vient de faire dans votre Ville ( Gravelsnes.
) En creusant pour construire un Port ,
on y a , dit-on , trouvé d'anciens Ouvrages
qui font conjecturer que cet Endroit pourroit
bien être l'Iccius Portus de Jules César
qui a tant exercé les Sçavans. Si cette nouvelle
est vraie , je ne doute pas que votre
sagacité ne vous air fait apercevoir dans ces
antiques reftes , mille choses qui auront
échapé à la plupart de vos Compatriotes ; &
notre ancienne amitié m'autorise à vous demander
avec confiance un détail de cette découverte
& de vos conjectures..
Ce qui m'a parû jusqu'à présent de plus
vraisemblable sur le Portus Iccius , c'est l'opinion
de ceux qui croyent que ce Port étoit
où est aujourd'hui Wissan , Bourgade non.
fermée , située entre Boulogne & Calais , où
il y a Marchés , Franche- Fête , Maire , &
Echevins : En effet , on voit encore dans ce
petit Bourg les vestiges d'un Port considerable
, réduit à présent en une vrage de Prairie
, à cause des sables qui en ont comblé la
place. On y voit de plus une grande Motte
de terre , nommée la Motte Julienne , du
´nom de Jules César , sans doute , entourée
de fossés,& des tranchées ; aux environs de
cette Motte , & aux avenues à un quart de .
lieuë de Wissan , on trouve d'autres petites
Mottes,
1904 MERCURE DE FRANCE
Mottes , ou Forts ; il y a toute aparence que:
César , avant que de passer en Angleterre ,
Laissa dans ces Endroits le Capitaine Labienus
, cum tribus Legionibus , & equitum millibus
duobus , ut Portus tueretur. Vous n'ignorez
pas , sans doute , toutes les raisons qui
favorisent cette conjecture ; deux , surtout ,.
m'ont toujours frapé , souffrez que je vous.
les rapelle. La premiere , eft que. Wissan eft
plus près de l'Angleterre , qu'aucun Port de
Ja Côte des Morins , puisqu'il n'en eſt éloigné
que de cinq lieues au plus. La seconde,
est que le Port de ce Bourg a été longtemps
renommé , & avant celui de Calais . Pour
peu qu'on parcoure l'Histoire , on sera convaincu
de cette verité . On y verra que Guil-
Jaume le Roux , après avoir reçû la Bénédiction
de Guillaume le Bâtard , son Pere ,.
partit de Normandie en 1087. & alla s'embarquer
à Wissan , pour aborder en Angleterre
, & s'y faire couronner Roy, On y
verra que Louis VII . désirant accomplir som
Pelerinage au Tombeau de S. Thomas Becquier
, Archevêque de Cantorbery , pour la
Convalescence de son Fils Philipe , son Suceeffeur
au Royaume de France , s'embarqua:
à Wissan, & à son retour d'Angleterre , y
débarqua en 118r..
>
Dans la même année , le Saint Personnage:
Laurent , Archevêque de Dublin porté par
Son:
SEPTEMBRE. 1739 : 1901
རྟ་བ
>
fon zele à négocier la Paix entre Henry II.
Roy d'Angleterre , & Dorogone , Roy d'ECosse
descendit de Douvre , ou Wissan ;
pour aller trouver le Roy Henry , qui étoit
alors en Normandie. On remarquera , dis je
encore , dans l'Histoire , que Louis IX. plein
de la dévotion qui animoit son Bisayeul ,
s'embarqua aussi à Wissan , pour aller visiter
le Tombeau du même S. Thomas , &
qu'Edouart III. Roy d'Angleterre , débar
qua dans le même Port en 1328. lorsqu'il
vint rendre au Roy de France , Foy & Home
mage pour la Duché de Guyenne.
Je suis , &c.
LE RAT ET LA SOURIS
EABLE.
U Ne Souris de noble extraction-,
Et d'humeur fort gentille ,
Vivoit dans sa famille
Avec un Rat de sa condition-
Et de son sang ; car il étoit son frere.
Or , comme d'ordinaire
Dans les bonnes Maisons
Les mâles seuls ont les successions ,
Et les femelles rien , où guere. ,
1906 MERCURE DE FRANCE
On vit de la même façon ,
Dans la Ratiere , Nation ..
Notre Souris spirituelle
Ayant apris dès le berceau >
Par des meres , Souris comme elle ,
Le sort que lui gardoit la maison paternelle ,
Pour en obtenir un plus beau ,
A leurs leçons fut fort fidelle :
Ce n'est pas sans raison que nos premiers Parens
Comme les leurs , pour éviter querelles ,
Ne laisserent à leurs femelles ,
Pour subsister , que leurs simples talens ,
Et tous leurs biens à leurs autres Enfans.
Ainsi notre Souris jeune , adroite , légere ,
Pour rendre son deftin meilleur ,
Auprès du Rat son frere ,
Qui fait très- bonne chere
Du fruit de son labeur ,
Saute , danse & badine ,
V
L'aproche , lè caresse , & lui fait douce mine ,
Se met dessus le cû , lui porte de ses yeux,
Noirs , vifs , étincelans , mille traits amoureu
Ses oreilles, redresse ,
Et s'épuise en tours de soupleffe ;
T
Bref , tout eft fait d'an air fi touchant & fi doux ,
Qu'elle sçait changer en tendreffe
L'humeur sauvage des Matoux s
Tour
SEPTEMBRE. 1739 1907
Tout cela , loin de plaire
Au Rat son frere ,
Le met fort en couroux.:
L'adresse redoublée
De la souple Souris ,
Augmente l'Affemblée
Des Rominagrobis ;
Mais notre Rat qui craint la griffe meurtriere
De la Race Chatiere ,
Abandonne ses trous ,
Pour éviter leurs coups :
En vain notre Souris le poursuit & le presse ,
Rien ne touche le Rat , il garde ce qu'il tient ,
Il la renvoye ailleurs faire agir fa tendreſſe ,
La chaffe & ne lui donne rien.
La plainte eft vaine ; il faut que la pauvrette :
Démenage , faffe retraite ,
Et cherche à vivre avec d'autres Souris.
Cependant , comme elle eft coquette ,
Le Sort à ses talens réserve un autre prix
Un gros Rat Financier , épris,
De sa soupleffe ,
L'admire , la careffe ;
Par les noeuds de l'Hymen bientôt ils sont unis.'-
Alors notre Souris , quoique dans l'abondance ,
Ne pouvant oublier l'efprit de son Engeance ,
Magafine partout , comme fait fon mari ,
IL
08 MERCURE DE FRANCE
Il n'importe aux dépens de qui.
Ce n'eft pas chose étrange
De vivre avec le bien d'autrui ,
C'eſt la mode aujourd'hui ,
Et qui plus prend , plus en a de loüange
Qui diroit autrement , il en auroit menti.
Après donc un ménage.
Fait de cette façon ,
Elle donne à son Rat un aimable Raton :
Ne
peut
L'Enfant dans son jeune âge ,
N'aimant pas le pillage ,
fe faire aux loix de leur maiſon ;
Mais pour sa consolation ,
On a vû quelquefois d'un mauvais parentage:
Sortir un très-bon rejetton :
Enfin notre Ratiere,
Finiflant sa cariere
Apella fon mari ,,
Pour lui tenir le discours que voici
Rat d'une espece peu communs ,
Qui m'as fait ma fortune ,
Tu vois que je touche à ma fin ;
Maintenant que je la contemple ,
Aprends que j'ai juivi mon fang & ton exemple ;
Et que j'ai fait un Magaſin ;
Je veux , fi- tôt ma vûë éteinte,
Quefans aucune feinte ,

1
SEPTEMBRE. 1739. 1909
Tu dennes tout à notre fils.
Selon ses voeux tout fut promis ;
"Mais promettre & renir n'eft pas la même chose ,
Pour un Rat Financier qui court après le bien ;
Il s'engage toujours à ce qu'on lui propose ,
Et ne tient jamais rien .
Ainfi fit notre Rat ; la Souris étant morte ,
Il prend fon Magafm , & le joignant au fien ,
Il ne laiffe à son Fi's que le deuil qu'il en porte.
Sache , qui que tu fois , qui lis cette Leçon ,
Que Rat est toujours Rat , Fripon toujours Fripon.
QUESTION IMPORTANTE ,
Jugée au Parlement de Paris .
SCAVOIR , Si une Penfion , qui excede le tiers
desfruits du Bénéfice résigné eft fimoniaque,
on seulement réductible.
I
FAIT.
Ly a dans le Château de Joinville une
Eglise Collégiale , apellée Saint Laurent ,
composée d'un Doyen & de huit Chanoines ;
le Chapitre prétend avoir la pleine Collation
des Prébendes .
Le Sr Perrot , Prêtre , Titulaire d'un de
ces Canonicats , du revenu duquel il vivoit ,
ne
1910 MERCURE DE FRANCE
ne possedant d'ailleurs aucun Patrimoine ,
se trouvant octogenaire en 1737. & infirme,
résigna son Canonicat au Sr le Deschault .
Prêtre , qui étoit alors Vicaire à Vitri - le-
François . Le Résignant se réserva une Pen-
' sion de 600. liv.
y
La Résignation fut admise en Cour de
Rome le 17. Decembre , & le même jour il
fut expedié une Signature séparée pour la
création de la Pension ; & comme le Sr le
Deschault n'avoit pas été présent à la Résignation
, & n'avoit pas envoyé de Procuration
pour consentir à la création de la Pension
, le Pape y difpensa de la Regle De præs
tando consensu in Pensionibus , suivant l'usage
qui se pratique en pareil cas.
Deux jours après l'admission de la Résignation
, le Résignant déceda , & pat là la
Pension fut éteinte. Le lendemain le frere
du Résignataire , fondé de son Pouvoir , fit
signifier au Chapitre assemblé , un Acte par
lequel il donna Copie de la Procuration ad
resignandum , & déclara que la Résignation
devoit être admise en Cour de Rome , à ce
que le Chapitre eût à s'abstenir de nommer
au Canonicat qui étoit rempli.
ر
Le Sr le Deschault, en consequence de ses
Provisions , obtint son Visa de M. l'Evêque
de Châlons le 15. Fevrier 1738. & le 19.
prit possession.
il
Le
SEPTEMBRE. 1739. 1911
A
Le Chapitre lui déclara que le Bénefice
avoit été conferé au Sr Valdruche , comme
vacant par le décès du dernier Titulaire.
Le Sr le Deschault fit assigner le Sr Valdruche
au Baillage de Chaumont , & deman
da d'être maintenu dans la possession du
Bénefice , ou en tout cas que la Recréance
lui fût adjugée.
"
Il intervint Sentence , qui sur la demande
en complainte , apointa les Parties , & cependant
adjugea la Recréance au Sr le Deschault.
Le Sr Valdruche interjetta apel de cette
Sentence , & demanda l'Evocation du principal
, qui fut consentie par le Sr le Deschault
; c'est en cet état que la Cause fut
portée en l'Audience de la Grand'- Chambre.
M. Aubry plaidoit pour l'Apellant , & M.
d'Outremont pour l'Intimé.
On disoit de la part du Sr le Deschault ,
-qu'il étoit fondé sur une Résignation faite
en sa faveur par le dernier Titulaire , & admise
en Cour de Rome deux jours avant sa
mort ; que le Sr Valdruche au contraire ne
prétendoit tirer son droit que d'une nomination
posterieure au décès du Résignant.
Le Sr Valdruche oposoit à son Competi
teur trois Moyens , pour établir que le Bénefice
avoit vaqué par mort.
Le premier étoit . que dans la Suplique présentée
1912 MERCURE DE FRANCE
sentée au Pape , on avoit exposé que la Pension
de 600. liv . réservée par le Résignant ,
n'excedoit pas le tiers des fruits du Bénefice;
que cependant , suivant un Certificat des
Doyen & Chanoines de Joinville , les Canonicats
ne produisent qu'environ 800. liv .
de revenu , " qu'ainsi l'exposé de la Suplique
étoit une obreption qui rendoit la grace
nulle.
2
Le Sr le Deschault répondoit que ce Certificat
donné par quelques - uns des Chanoines
,pour soûtenir la Collation qu'ils avoient
faite en faveur du Sr Valdruche , ne formoit
pas une preuve , qui pût être sérieusement
alléguée. Qu'en tout cas suposé que la Pension
de 600. liv. excedât réellement le tiers
des fruits , tout ce que l'on pourroit préten
dre , seroit de la faire réduire au tiers : qu'il
est d'usage & de stile d'exposer dans toutes
les Supliques , que l'on présente pour créer
des Pensions , que la Pension n'excede pas le
tiers des fruits , si le Benefice est sujet à résidence
, ou la moitié , si le Bénefice ne requiert
pas résidence : qu'il arrive souvent que
la Pension se trouve exceder cette quotité
& que dans ce cas on se contente de la réduire.
En matiere d'obreption & de subreption , on
suit le principe du Chap.Super Litteris . X. de
Rescriptis : C'est par la qualité de l'allégation
faite
SEPTEMBRE. 1739. 1913
1
grace ,
faite dans la Suplique, que l'on juge de la validité
ou invalidité de la grace. Si le Fait fausment
exposé est tel , que l'Auteur de la grace
l'eût refusée , s'il eût connu la verité , la grace
eft nulle : si au contraire le Fait eft de
telle qualité , que quand l'Auteur de la grace
eût connu le vrai , il n'eût pas moins accordé
la elle doit subsister : or exposer
dans une Suplique , qu'une Pension que
l'on se réserve n'excede pas le tiers des fruits,
quoiqu'elle l'excede, c'est l'allégation la plus
indifferente , parce que c'est une maxime
certaine , que toute Pension qui excede la
quantité déterminée par les Canons , est réductible
de plein droit : ainsi quand la vérité
du Fait auroit été connue , la grace n'auroit
été refusée , & le défaut d'exactitude qui
se trouve dans l'exposé , ne peut donner atteinte
à la grace.
pas
Le second Moyen du Sr Valdruche , consistoit
à dire que la Pension réservée se trouvant
excessive , étoit simoniaque , & par
consequent nulle : on apuyoit ce Moyen sur
l'Article 18. de l'Edit du Contrôle , du mois
de Novembre 1637. qui à la vérité n'a pas
été registré en la Cour , mais qui a été confirmé
la Déclaration du mois d'Octobre
par
646. en tout ce qui n'a pas été révoqué par
cette Déclaration .
On répondoit de la part du Sr le Des-
JyVolg B chault,
1914 MERCURE DE FRANCE
chault , que les Pensions excessives ne sont
point simoniaques , mais seulement réductibles.
Que c'est un principe établi par les
Canons . Que dans la Jurisprudence la plus
ancienne , on ne les a jamais déclarées nulles
; qu'on s'est toujours contenté de les réduire
, suivant ce qui est attesté par M.
Charles du Moulin dans son Commentaire
sur la Regle De Infirm . Resign.
Il est vrai que l'Edit du Contrôle du mois
de Novembre 1637. déclara les Pensions excessives
nulles & simoniaques ; mais cet
Edit ne fut point registré en la Cour , & il
n'a été registré au Grand Conseil , qu'avec
cette modification : Sans que les Pensions
soient tenues pour nulles comme simoniaques
& celles qui se recevront ci - après , seront réduites
au tiers des fruits , suivant les Dispositions
Canoniques. Ainsi la nouveauré que l'on
vouloit introduire à ce sujet , n'a point été
reçûë .
La Déclaration de 1646. n'a point confirmé
l'Edit de 1637. elle porte seulement,'
que les Reglemens faits par cet Edit , seront
observés en ce qui n'est point révoqué par la
présente Déclaration : mais on n'a jamais pensé
cela sétendît à la Disposition qui sque
toit glissée dans l'Edit de 1637. au sujet des
Pensions ; & la Cour a toujours suivi l'ansienne
Jurisprudence , comme il paroît par
1
"
SEPTEMBRE. 1739: 1915
un Arrêt du 9 Août 1660. rendu au sujet du
Doyenné d'Angoulême , lequel est raporté
dans le Journal des Audiences.
Enfin , l'Edit donné au mois de Juin 1671 .
au sujet des Pensions , réservées sur des Bénéfices
sujets à résidence , en ordonnant pour
l'avenir , que les Pensions ne pourront exceder
le tiers du revenu des Bénefices sujets à
résidence , porte en même temps, que celles
qui se trouveront avoir été créées , seront réduites
au tiers : ensorte que cet Edit a achevé
de lever sur ce point toute difficulté .
Pour troisiéme Moyen , le Sr Valdruche
disoit , que
le Résignant
étoit
mort
deux
jours
après
l'admission
de
la Résignation
en
Cour
de Rome
; que
le Sr le Deschault
n'avoit
pas
encore
témoigné
qu'il
acceptât
la Résignation
, d'où
il concluoit
que
les
Provisions
du
Sr le Deschault
étoient
nulles
.
Le Sr le Deschault répondoit , que dans le
Droit il n'est pas vrai que pour la validité
d'une Résignation il soit nécessaire indistinctement
, qu'elle ait été acceptée par le
Résignataire pendant la vie du Résignant :
qu'il n'y a point de Loi qui y astreigne les
Résignataires. La Regle de publicandis Re
signationibus , adoptée par nos Libertés , en
accordant au Résignataire trois années pour
accepter & prendre possession pendant la vie
du Résignant , ordonne que si après six
Bij moiss
1916 MERCURE DE FRANCE
mois , à compter du jour de l'admission , le
Resignant meurt en possession du Bénefice ,
sans que le Résignataire l'ait accepté , la Résignation
sera nulle , & le Bénefice vaquera
par la mort du Résignant ; par là , cette Loi
accorde au Résignataire , pour accepter ,
trois ans , si le Résignant vit , & six mois s'il
décede ; & dans ce dernier cas , elle ne lui
prescrit point d'accepter avant le décès : mais
au contraire , en lui accordant indistinctement
six mois pour le faire , elle décide que
l'acceptation , quoique posterieure au décès
est valable , si elle est faite dans les six mois.:
& cela ne peut s'entendre autrement , car şi
l'on exigeoit du. Résignataire une acceptation
antericure à la mort du Résignant , décedé
avant l'expiration des six mois , on le priveroit
de la faculté qui lui est accordée par la
Loi , d'accepter pendanttout le cours , des six
mois.
Une Résignation n'est point un Contrat
sinallagmatique , qui ne s'accomplisse que
par le concours des volontés du Résignant ,
du Collateur , & du Résignataire ; ces idées
sont absolument oposées à l'esprit & à la
pureté des Maximes Canoniques : résigner ,
conferer , accepter un Bénefice , ce n'est pas
contracter ; toute comparaison entre ces
sortes d'Actes & les Engagemens profanes ,
doit être écartée,
Lorsqu'up
SEPTEMBRE. 1739. 1917°
Lorsqu'un Collateur confere un Bénefice
vacant , soit par mort , soit par Résignation
pure & simple , soit par Resignation en faveur
, il consomme à l'instant son droit ; &
celui qui a été choisi , quoiqu'absent , & à
son insçû, acquiert dans le moment même de
la Collation , un droit au Bénefice que les
Canonistes appellent Jus ad rem , droit tellement
formé , qu'il n'est plus au pouvoir
du Collateur de l'en dépouiller , ni de varier
, sous prétexte qu'il n'a pas encore accepté.
C'est la dispotition du Chap. Si tibi
absenti & c. in sexto , & ce qui a fait dire à
du Moulin , sur la Regle De infirm Resign .
num. 308. qu'à l'instant de la signature la
grace est parfaite , le droit acquis & le titre
formé .

Il est vrai que celui qui a été pourvû sans
le sçavoir , étant libre d'accepter le Bénefice ,
ou de le répudiér , c'est toujours une condition
tacite de la collation , que le Pourvû
acceptera ; mais cette condition n'est pas
suspensive , elle n'a d'autre effet que de résoudre
la collation , en cas que te Pourvû
répudie.
Ce qu'on dit ici du Collateur , il le faut
dire à plus forte raison du Résignant dans le
cas d'une Résignation en faveur , puis que
ce dernier , en résignant , consomme son
droit , comme le Collateur consomme le
B iij
sien
1918 MERCURE DE FRANCE
sien par la Collation , qui n'est que la suite
de la Résignation.
Dès que le Résignataire & le Collateur
consomment leur droit à l'instant de l'admission
, & se lient irrévocablement les
mains , il n'est pas nécessaire qu'ils survivent
jusqu'à l'acceptation : au moyen de l'admission
,le droit est acquis au Résignataire, & ni
La mort du Résignant , ni celle du Collateur
ne peuvent plus l'en dépoüiller. On n'osercit
pas prétendre qu'une Collation serpit nulle,
sous prétexte que le Collateur seroit décedé
avant l'aceptation : or il n'est pas moins absurde
de prétendre que la mort du Résignant
, arrivée entre l'admission & l'acceptation
, puisse rendre nulle la Résignation .
Il étoit donc inutile dans le Droit , que le
Sr le Deschault acceptât la Résignation avant
le décès du Résignant .
Dans le Fait , on observoit que l'acceptation
anterieure au décès du Résignant , en la
suposant nécessaire, étoit suffisamment prouvée
; que de l'aveu du Sr Valdruche , il n'étoit
pas nécessaire que le Résignataire raportât
la preuve d'une acceptation expresse : une
acceptation tacite est suffisante ; les Canonistes
décident même qu'en matiere de Résignation
, l'acceptation se présume , tant
qu'iln'y a pas de preuves de repudiation . M.
Louet , sur le num. 249. de public , resign .
C&
SEPTEMBRE. 1739. 1919
"
Ce ne seroit pas , dit- on , au Sr le Des--
chault à prouver qu'il a accepté, ce seroit au
Sr Valdruche à prouver qu'il a répudié , ce
qu'il n'a pas fait.
Au fond , il y a eu une acceptation de la
part du Sr le Deschault avant la mort du
Résignant. En effet , ce ne fut certainement
pas le Résignant , octogenaire & infirme ,
qui fit insinuer la Procuration ad resignandum
, ni qui chargea le Banquier de l'envoyer
à Rome , & qui déboursa les frais nécessaires
: ce fut le Notaire qui avoit passé la
Procuration , & qui avoit agi par l'ordre du
Sr Patot , Parent du Sr le Deschault ; on ne
présumera jamais que le Sr le Deschault ait
ignoré ces démarches,qui ont duré plus d'un
mois , & qu'il ne les ait pas aprouvées ; il a
donc aprouvé tacitement.
Il y a même eû de sa part une acceptation
expresse , car le Sr Perrot étant décedé le
19 Decembre à huit heures du soir , il fut
signifié le lendemain à la Requête du Sr le
Deschault , un Acte au Chapitre , par lequel
on lui donna Copie de la Procuration ad resignandum
, aux fins que le Chapitre s'abstint
de nommer au Canonicat résigné ; cet Acte
ne fut
pas signé du Résignataire , parce qu'il
étoit alors à Vitry , éloigné de Joinville de
douze lieuës ; mais il fut signé du frere du
Résignataire , avec déclaration dans l'Acte
B iiij qu'il
1920 MERCURE DE FRANCE
qu'il agissoit comme fondé de pouvoir : on
n'auroit pas eû le temps de faire venir ce
Pouvoir , depuis le décès du Résignant , ensorte
qu'il étoit anterieur , ce qui forme par
consequent une acceptation expresse avant
la mort du Résignant : Acte d'autant moins
suspect , que le Chapitre n'avoit pas encore
nommé le Sr Valdruche.
Par Arrêt contradictoire du 9. Juin 1739.
rendu sur les Conclusions de M. l'Avocat
Géneral Daguesseau , la Cour , en infirmant
la Sentence qui avoit apointé , émendant
évoquant le principal , & y faisant droit , a
maintenu le Sr le Deschault , Résignataire ,
en possession du Canonicat dont étoit quastion
.

IMITATION de la XV. Ode du XI.
Livre d'Horace : Jam pauca aratro , &c :
T
Ant de vastes Palais , qu'aujourd'hui jusqu'aux
nuës
Le Luxe des Romains fait gloire d'élever ,
A peine en ce Climat , vont laisser aux Charrues
Quelques arpens à cultiver,
*
Le Champ le plus fertile en Canaux se transforme ;
Es
SEPTEMBRE. 1739. 1921
Et d'un vil Célibat Partisan trop jaloux ,
Le Plâne infructueux prend la place de l'Orme ,
Que la Vigne avoit pour Epoux.
*
Les Fruitiers où jadis , enrichissant leur Maître ,
L'Olivier étaloit ses utiles présens ,
Sont des Parterres vains , où l'on ne voit plus craître
Que ce qui peut, flater les sens .
*
Des Myrthes ,.des Lauriers , d'aimables Fleurs sans
nombre ,
Y répandent au loin leurs diverses odeurs ;
Et des Berceaux épais Y bravent par leur ombre
Du Soleil les vives ardeurs.
*
Frivole souvenir de ces Moeurs magnanimes ,
Qui de nos vieux Romains ont illustré les Noms !
Hélas ! qu'un tel abus est contraire aux Maximes
Des Romulus & des Catons !
*
Augmentant par leurs soins les richesses publiques ,
Qu les vit négliger leurs propres interêts .
Jis ne bâtissoient point de superbes Portiques ,
Pour y prendre en Eté le frais .
*
B v Les
1922 MERCURE DE FRANCE.
Les Loix que Rome alors , & si juste & si sage ,
Estimoit à bon droit son plus ferme rempart ,
Ne leur permettoient pas de mépriser l'usage
D'un Gazon qu'offroit le hazard.
*
'Alors ces mêmes Loix , ces Loix vraiment utiles
Munissant les Esprits contre un Luxe odieux ,
Vouloient qu'à frais communs on réparât nos Villes,
Qu'on ornât les Temples des Dieux.
F.M.Frigot.
LETTRE à M. D. L. R. au sujet des
Observations de Dom de Lannes , sur le
Salve Regina , écrite par M. le Beuf,
Chanoine & Sous- Chantre d'Auxerre.
'Ai trouvé à l'ouverture du Mercure de
J'Ailler,vinà pouve qui du Mie bien du
plaisir . Ce sont les Recherches qu'a faites
Dom de Lannes , sur l'origine du Salve Regina.
Cette Antienne est devenuë célebre ,
tant par les variantes des Editions , que par
les différens chants qu'on lui a donnés . Ce
n'est point ce à quoi s'est attaché Dom de
Lannes. Il s'est borné à en découvrir l'origine.
&
SEPTEMBRE . 1739. 1923
& l'Auteur , s'il étoit possible de le faire . Il
est vrai que quelques Ecrivains l'ont attribuée
à S. Bernard . D'autres en ont crû Auteur
Herman le Contract , sur ce qu'on lui
attribuë en géneral des Antiennes en l'honneur
de la sainte Vierge ; mais je pense après
Dom Mabillon , T. 4. Annal. Bened. pag.
349. qu'on est bien fondé à ne lui donner
que l'Antienne Alma redemptoris mater. Dom
de Lannes marque que le Salve a aussi été
attribué à Pierre , Evêque de Compostelle ;
c'est Durand Evêque de Mende , qui l'a crû
ainsi ; & ce Prélat est d'un temps assés recu .
lé , puisqu'il vivoit au treizième siècle. Je ne
me remets point, qui sont ceux qui l'ont crû
de la composition de S. Anselme , Evêque
de Lucques. Il ne peut être de la façon de
tant d'Auteurs. L'Ouvrage est trop court
pour ne le pas donner à un seul homme.
si
Je vous declarerai franchement que je suis
de l'avis de D. de Lannes , sur ce qui se lit
dans la Vie de S. Bernard par raport à l'origine
céleste du Salve Regina. Il dit que ,
l'Histoire est véritable , voilà bien des questions
décidées. En suposant donc la verité
de l'Histoire , dont on ne nous marque pas
l'Ecrivain , ( car Saint Bernard a eû plusieurs
Historiens de different mérite , ) il ne faut
plus songer à en rechercher l'Auteur avant
Saint Bernard. Mais le si de Dom de Lan-
B vj
nes
1924 MERCURE DE FRANCE
nes est placé là fort à propos. Quand j'admettrois
que Saint Bernard entendit les Anges
chanter le Salve , & qu'il mit aussi - tôt
cette Antienne par écrit , telle qu'il l'avoit
entenduë, qu'il l'envoya au Pape Eugene III.
pour parvenir à la faire chanter par toute la
Chrétienté, il ne s'ensuivroit de - là autre chose,
sinon que cette Antienne commença alors
à être connuë de S. Bernard . L'Ordre de Cîteaux
, dans sa naissance , communiquoit
peu avec le reste du Monde. Il est si cer
tain que dans les commencemens on n'y
chantoit aucuns suffrages de la sainte Vierge
ni des Saints , que Pierre Abailard en fit un
reproche au saint Abbé. Et quod mirabile est
disoit-il, ( Ep. V. inter opera Abaëlardi ,
pag. 249. ) cum omnia oratoria vestra in me
moria matris Dominica fundetis , nullam ejus
commemorationem , sicut nec ceterorum sanctorum
ibi frequentatis. Il fallut donc un évé-
'nement extraordinaire à S. Bernard , pour
l'engager à admettre une composition qu'il
ignoroit en quelque sorte. Que ce soient les
Anges ou non, qui lui ayent enseigné le chant
du Salve Regina , j'avouerai qu'il fut admis
tard dans l'Ordre de Cîteaux ; mais cette
Piéce de Chant étoit déja connue dans le
Monde.
Qui est celui qui nous l'aprend ? C'est un
Cistercien du Diocèse de Chaalons sur-
Marne ,
SEPTEMBRE . 1739. 1925
Marne , pourvû que l'endroit de la Chronique
qui porte son nom , où le Fait est marqué
, ne soit pas de son Continuateur ou
Compilateur,l'Anonyme Chanoine Régulier
d'Huy, proche Liege. Cette Chronique d'Alberic
de Trois- Fontaines au XIII. siécle
quoiqu'imprimée par les foins de M. Leibnitz
, étant assés rare , j'en insérerai ici les
propres termes . Anno м. c. xxx . Cùm beatus
Bernardus quadam die veniffet apud Di
vionem , hofpitatus fuit de nocte in Abbatia
S. Benigni, quam femper dilexit eò quod mater
ejus ibi fepulta eft. Audivit circa horolagium
ante Altare ab Angelis Salve Regina
dulci modulamine decantari. Primò credidit
fuiffe Conventum , & dixit Abbati die fequenti.
" Optimè decantaftis Antiphonam de
Podio hac nocte, circa Altare Beata Virginis.
Dicebatur autem Antiphona de Podio eo quod
Ademarus Podienfis Epifcopus eam fecerit.
Et inventum eft , quod illâ horâ, quando Antiphona
audita eft , Conventus adhuc dormiebat
; & extunc, cùm frequenter ad memoriam
Antiphonam illam reduceret , audivit eam
etiam , ut vulgatum est , circa Altare Beate
Virginis in Claravalle decantari , unde in
quodam Capitulo generali Cisterciensi veniam
suam accepit , quatenùs hac Antiphona ab
omni Ordine reciperetur ; quod & factum.
Il paroît par ce récit d'Alberic , cú de
SOU
1926, MERCURE DE FRANCE
,
son Continuateur , que S. Bernard , qui
n'étoit pas toûjours renfermé dans Clairvaux
avoit déja quelque connoissance du
Salve , lors qu'il l'entendit à Dijon : & fi
les visions sontvéritables , ce furent elles qui
l'engagerent à l'admettre dans son Ordre.
Mais toujours voilà un Auteur inconnu à
Dom de Lannes que je vous produits ; &
quand même il n'y auroit aucun fond à
faire sur les Histoires de la Musique céleste
de Dijon , ni sur celle de Clairvaux , il n'en
est pas moins vrai semblable , que l'Antienne
Salve Regina a eté composée par
Ademar ou Aymar , Evêque du Puy en
Vellay , sur la fin de l'onzième siècle . Il eut
été bon que Dom de Lannes nous eut fait
observer , que primitivement cette Antienne
s'apelloit l'Antienne du Puy , parce qu'elle
venoit de cette Ville-là . Agréez , M. ma Remarque
, & faites la agréer à vos Lecteurs.
Les Pelerinages de la Terre Sainte , les
Guerres des Croisades servirent beaucoup à
augmenter la dévotion envers la Ste Vierge.
Vous sçavez ce qui fut statué dans le
Concile de Clermont de 1095. sur son
Office . Personne n'ignore que l'Eglise Cathédrale
du Puy est sous l'invocation de
Notre - Dame , & que la dévorion envers la
Mere de Dieu y a été très - particuliére de
temps immémorial : il y a un Livre là - dessus
-
de
SEPTEMBRE. 1739. 1927

de la composition du Pere Odon de Giffey ,
Jésuite , & plusieurs autres. Peut - être y
trouvera- t'on dequoi' confirmer l'énoncé de
la Chronique. Une marque bien claire que
le Salve Regina vient du Puy , est qu'il y a
toujours eû de la préférence sur les autres
Antiennes votives , en l'honneur de la Ste
Vierge. J'ai parmi mes Manuscrits la copie
d'un Ordinaire de cette Cathédrale , où ,
contre la coûtume des autres Eglifes , il est
marqué que ce n'est pas Regina Cali que
l'on doit chanter au Puy , après Complies
du Samedy- Saint , ni du Samedy veille de
la Pentecôte , mais Salve Regina.
C'est donc au Puy , selon moi , qu'il faut
aller chercher l'origine de cette fameuse
Antienne je suis persuadé qu'elle ne tarda
pas beaucoup à se répandre dans le voisinage.
Les Statuts manuscrits de l'Ordre de
Cluny , cités dans la derniere Edition du
Glossaire de Du Cange , T. 2. Col. 1040. au
mot Conventualis Locus , prescrivent après
Complies l'établissement du Salve Regina ,
ou une autre Antienne en l'honneur de la
Vierge Observez qu'elle est nommée la premiere.
L'Ordre de Cîteaux marqua son attention
envers la même Piéce , lorsque saint-
Bernard en eut reconnu le mérite ; & je
pense même qu'elle a dans cet Ordre le même
privilege dont elle jouit dans l'Eglise du
Puy ,
1928 MERCURE DE FRANCE
h
Puy , qu'elle y eft regardée comme
plus dévote , & comme celle dont le chant
est plus déprécatoire . Je puis marquer ici
une Anecdote qui fera plaisir à Meffieurs les
Cisterciens. J'ai été pendant plus de vingt
ans témoin du Fait. C'est que notre Eglise
Cathédrade passant dans l'Eglise de N.Dame
de Celles,à une demie-lieuë d'Auxerre,à son
retour du village de Saint- Georges , le Mercredi
des Rogations , y a toujours chanté
pour Antienne de la Station , non pas Regina
Cali , affecté communément au Temps
Paschal où tombent les Rogations , mais
Salve Regina , conformément à son Processional
, imprimé en 1536. & autres antérieurs
la raison que ,
, par lors qu'on coinmença
à s'arrêter en ce lieu , dans le temps
que les Religieuses Cisterciennes y furent
établies vers le commencement du xiij . siéele
, on eut l'attention de s'y servir du chant
le mieux venu dans l'Ordre , & usité par les
Religieuses. Je sçais aussi par de bons monumens
, que l'Antienne en question a été
la premiere établie à Auxerre , entre celles
qu'on y chante quelquefois après Complies :
mais ce n'étoit que les Samedis seulement
qu'on la chantoit. Un riche Chanoine
nommé Thibaud de Compens , avoit demandé
du temps de S. Louis qu'on la dit
ccs jours -là. Aussi suis- je porté à troire, que
c'est
SEPTEMBRE. 1739. 1929
c'est de la même Antienne uniquement ,
qu'il faut entendre ce qu'a écrit Geoffroy de
Beaulieu , Dominicain , dans la vie de ce
faint Roy , cap. 13. Completorium post coenam
suam solemniter in Ecclefia dici quotidiè
faciebat , & in fine Antiphonam specialem de
B. Virgine altè devotè cantari. Quelques
Ecrivains auroient voulu nous persuader ,
que les premiers qui chanterent cette Antienne
après Complies , furent les Jacobins
de Paris , à cause des démons qui , dit- on
infestoient le Couvent au xiij . siécle. Il y a
maniere d'entendre ce qui a pû être écrit
là - dessus : c'est que les Dominiquains , qui
n'avoient pas encore admis cette Priere ,
F'admirent à cette occasion.
و
Mais comme la répétition quotidienne
'd'une même chose devient ennuyante ; le
Salve Regina , qui se chantoit dans quelques
Communautés tous les jours , se vit
donner quelques Antiennes concomitantes
pour diversifier , & on les tira quelquefois
du petit Office de Beata , ou bien on en
compofa d'autres. Au reste , quoi qu'on ait
varié l'Antienne de la Vierge , à l'issue des
Complies , ce fut toujours elle seule qu'on
chanta aux Enterremens , depuis que les Rituels
prescrivirent un Salut de la Ste Vierge,
en portant le corps en terre : & elle fuc
trouvée d'un si grand goût en ces occa-
-
sions
1930 MERCURE DE FRANCE
sions , qu'afin de la faire durer plus longtemps
, en quelques Diocèses , comme
Troyes , on inséra entre les trois O qui la
terminent, des especes de Prosules.

J'avois promis , Monsieur , de vous entretenir
sur les differentes Leçons de cette Antienne
, & sur sa Mélodie ; mais je m'apperçois
que je passe les bornes d'une lettre
ordinaire de vos Journaux. Quant au premier
Article , les Breviaires de Lyon , &
même celui de la derniere Edition , aussibien
que les Livres des Chartreux Vous
aprendront, qu'originairement il y avoir quelques
mots de moins dans cette Antienne.
Dom Martenne a publié au troisiéme Tome
de ses Anecdotes , pag. 1707. l'Histoire de
l'agonie d'une pieuse Religieuse Fontevrau
dine , nomniée Angeluce , dans laquelle j'ai
remarqué ceci Capit pfallere Ave maris
Stella , ter repetendo , Monstra te esse Matrem
. Et Prosam qua vocatur Ave , Maria ,
Salve , Regina mifericordiæ , cantando
supra vocem ter , Et Jefum benedictum ..
Ceux à qui rien n'échape dans nos anciens
monumens , trouveront quelque chofe
à observer dans ce peu de lignes : on peut
l'ajoûter à ce qui se lit à la page 194. du
Voyage Liturgique , qui se vend à Paris ,
chés la veuve Delaulne ; & il y a même ici
un endroit qui revient à la maticre du

Chant,
}
SEPTEMBRE. 17398 1931
Chant. Le Salve a été composé primitivement
du premier Mode , & il a été traité
de main de Maître ; c'est celui qui est le
plus répandu dans l'Eglise Catholique. Les
trois O de la fin y ont toujours été , & l'on
voit que le Chant les demande . Comme le
goût change avec le temps , quelques Modernes
du dernier siécle ont composé cette
Antienne du cinquiéme Mode , mais sans
beaucoup de méthode . C'étoit , par exemple
, par un effet du discernement , que
Ï'Auteur de l'ancien Chant , voulant mêler
le Plagal avec l'Authente , à cause de la
longueur du Texte , avoit apliqué un petit
trait du Plagal sur Et Jesum benedictum
parce que le Plagal demande du bas ,
que le mot Jesum en dèmandoit aussi , à
cause de l'inclination du corps qui y est
attachée. L'Auteur du nouveau Chant fait
au contraire monter Jesum au plus haut de
l'Octave ; ce qui n'engage pas certainement
à incliner le corps par respect : & son a
Clemens , est d'un Chant trop bas & trop
froid. Mais ceci sort des bornes de l'Historique
, dans lesquelles je m'étois proposé de
me renfermer. Je suis , &c.
A Paris , ce 19. Août 1739. veille
de Saint Bernard..
&
LE
,
1932 MERCURE DE FRANCE
LE FAUTEUIL.
Par Mr GQUGE à : 16- de- LU
Ne charmante vue , un air vif & ferein ;
Un filence profond , un fertile jardin ,
Quelques meubles communs , tels qu'un Lit , une
Table ,
De ma fimple Demeure , ornement délectable ,
Sembloient ne me laisser plus rien à souhaiter ;
Un Fauteuil cependant , que je viens d'acheter
Augmente de beaucoup les plaisirs de ma vie.
Un tas de crin , que couvre une tapisserie
Sçait adoucir du bois l'incommode rigueur..
Mes sens apésantis tombent- ils en langueur
Je puis dans mon Fauteuil les reprendre à mon
aise.
Pour un ami qui vient , manque- t'il une chaise ?
Mon Fauteuil prévenant sçait lui tendre les bras,
Lorsque du triste hiver les rigoureux frimats .
Ont réduit au tombeau la fertile Nature ,
Que nos champs ont perdu leur riante verdure ;
Et qu'en proye aux fureurs des plus noirs Aquilons
,
Ils n'étalent aux Yeux que neiges , que glaçons
Qui semblent retenir Cerés ensevelie ,
Contre
SEPTEMBRE. 1739 .
1933
Contre les vains efforts de Borée en furie ;
Le dos de mon Fauteuil me sert de Bouclier ,
Devant lui tous les vents sont contraints de plier.
Et quand le chien fatal , dans la saison contraire
,
A nos riches valons a declaré la guerre ;
Quand la blonde Cerés , & le vermeil Bac
.chus. ,
Languissent sous les traits du superbe Phoebus ;
Que d'une longue soif nos Terres alterées
Abandonnent les fruits qu'elles ont engendrés ,
Contre les traits brulans de Phoebus enflâmé ,
D'un secours impuissant je ne suis point armé ,
Le dos de mon fauteuil entreprend ma défense ;
Il sçait parer les traits que l'ennemi me lance ,
L'arbre le plus touffu , le Chêne le plus haut,
Ne deffendent pas mieux contre le plus grand
chaud .
Dans toutes les saisons , en Priņtems , en Au◄
tomne ,›
Quand la terre est glacée , ou quand Jupiter tonne
Lorsque d'un mal rongeur mon corps est abatu ,
Quand je sens naître en moi ma force & ma vertu.
En Campagne , à la Ville , apliqué , sans affaire ,
Le secours d'un Fauteuil m'est toujours nécessaire .
II.
1934 MERCURE DE FRANCE
,
IL LETTRE de M. D. L. R. écrite à
M. l'Abbé le Fournier de l'Abbaye
S. Victor de Marseille , de l'Académie
Royale des Belles- Lettres : au sujet d'une
Edition des Lettres de François Malaval
.c.
Jdans ma Letre , au
E croyois , Monsieur , n'avoir rien omis
dans ma précedente Lettre , au sujet de
celles de notre sçavant Aveugle , dont je
suis toujours dans le dessein de procurer une
Edition , si cela m'est possible ,par le recou
vrement de ce qui n'est point encore en ma
possession , & que j'ose néanmoins espérer :
Je vois cependant , Monsieur , que ma premiere
Lettre sur cette matiere a besoin d'un
Suplément. Je conviens avec vous , que ce
qui s'est passé entre le P. Honoré Rigord
& moi , au sujet des Lettres de M. Malaval ,'
écrites à M. son Frere , qui me les avoit toutes
promises ; je conviens , dis-je , que cela
est exposé trop brièvement dans ma Lettre ,
à la page 1091. du Mercure de Juin dernier
, où elle est insérée . Je vais tâcher de
vous instruire plus particuliérement sur ce
sujet. Il en résultera peut - être quelque bien,'
pour l'intérêt que je vois que vous y prenez .
J'ai
SEPTEMBRE.
1739. 1935
J'ai déja eu l'honneur de vous dire, Monsieur
, qu'en faisant mes Complimens de
condoléance sur la mort de M. Rigord ,
arrivée le 20. Juillet 1727. je marquai au P.
Rigord ce qui s'étoit passé entre son illustre
Frere & moi , au sujet des Lettres du sçavant
Aveugle , priant ce Pere d'entrer dans
mes vûës , & de me procurer le tout ou
partie de ce que M.son Frere m'avoit si obligeamment
promis.
Le P. Rigord fut long- temps sans me
donner de ses nouvelles ; & enfin il remit
à l'Abbé D. L. R. mon Frere , la Réponse
que vous allez lire , avec quelques Papiers
dont je vais aussi vous rendre compre.
ر د
» Vous êtes étonné , Monsieur , de mon
» silence ; tant M. votre Frere , que l'Abbé
» de Vaccon , & autres , m'ont fait des plain-
>» tes sur cette négligence à vous répondre s
>> mais vous m'excuserez ; vous en excu-
» sez tant dans vos Mémoires ou Journaux ,'
» & d'une maniere si aimable , que je ne
» doute pas que vous n'en usiez de même
» à mon égard.
Ceux qui eurent soin des Papiers infi
» nis de feu mon Frere , ne me rendirent
» ceux qui étoient de Science , qu'après
» cinq ou fix mois ; ils les visiterent tous
» pour voir s'il n'y avoit rien concernant
les Affaires de la Ville & de l'Intendan-
ود
وو
ce
1936 MERCURE DE FRANCE
» ce,& on ne me les rendit que dans un dé-
» sordre extraordinaire. D'ailleurs , dans ce
ور : temps-là,jechangeaidedemeuredela
» Maison de S.Jaume, dans laquelle il laissoit
» tant ses Livres que ses Papiers , je passai
» à celle de Ste Croix. Ce n'est qu'après 8
» ou 9. mois qu'on me les remit , & j'en ai
» fait la triaille . J'ai séparé les Lettres de feu
" M. Malaval à mon Freree , il y en a quan-
» tité , comme vous verrez , & par- dessus ,
quelques Dissertations. Il y a des Lettres
» Latines ; vous verrez deux Amis qui s'en-
» tretenoient familierement.
"
33
» Je ne doute pas que les P. P. Feuillans
» à qui M. Malaval légua ses Livres & ses
Papiers , n'ayent bien de belles choses ;
» mais je doute qu'ils ayent voulu les communiquer.
Comme ce cher Aveugle , bien
» éclairé pourtant , avoit beaucoup de zele
» pour l'Eglise , il y avoit des Mémoires
» très curieux pour l'Histoire du Temps
39
""
qui ne feront pas profit au Public , & ils
» demeureront ensevelis dans leur Bibliotheque.
Feu M. Dumas les auroit bien mis
ود
a en oeuvre.
» Je serois bien- aise , M. que les Origi
» naux que j'ai remis à M. votre Frere , re-
" vinssent. Si j'avois cû le moyen d'en faire
» ou d'en avoir les Copies , je vous aurois
22 contenté , & vous les auriez gardées ;
mais
1
SEPTEMBRE, 1739. 1937
mais je ne doute pas que vous n'ayez soin
de les renvoyer par quelque voye sûre.
Je n'ai rien trouvé sur la Magdeleine &
» sur le Lazare , & les autres Questions de
» cette nature . Vous sçavez combien on
» nous dispute nos saints Protecteurs de
» Provence . Je n'ai pas même trouvé ce que
» M. l'Abbé le Fournier avoit communiqué
» à feu mon Frere , pour ce qui concerne
» l'Abbaye de S. Victor. J'aurois souhaité
" que mes occupations m'eussent permis
» d'être présent au dépouillement de tous
» ces Papiers ; car dans ce qui m'a été re-
» mis, j'ai trouvé des opus imperfectum , tant
» & plus ; comme je ne puis donner à ces
" arrangemens que horas succisivas , je doute
» que je puisse vous contenter sur plusieurs
>> choses qui vous éclairciroient pour certains
Ouvrages dont vous me parlez dans la Lettre
» que vous me fîtes l'honneur de m'écrire il
"
ر و
y a 18. mois. Je dois prendre l'intérêt
» d'une Personne zélée pour faire connoî-
» tre les Sçavans & leurs Ouvrages. M. vo-
» tre Frere m'a fait la grace de me faire
" voir votre Mercure du mois de Jan-
» vier dernier. J'avois vû quelques- uns de
» vos Journaux du vivant de mon Frere ,
» mais à présent j'aurai cette satisfaction par
» son moyen , & ce sera toujours avec
plaisir , pro antiquâ necessitudine que in-
1. Vol, C » tercedit
1938 MERCURE DE FRANCE
» tercedit inter utramque Familiam. J'ai l'hon-
» neur d'être avec un respectueux attachement
, M. votre très -humble & très- obéissant
serviteur , figné Honoré Rigord , Jesuite.
A Marseille , le 13. Mars 1729.
Cette Réponse , si tardive , accompagnée
de quelques Papiers d'une certaine qualité ,
me fit comprendre , M , que le bon Pere
Rigord , avec la meilleure volonté du monde
, & avec toute l'envie possible de me satisfaire,
n'avoit pas pû faire mieux , Le gros de
la succession littéraire de M. son Frere , étoit
déja passé à sa destination , & ses dernieres
& louables dispositions étoient remplics à
cet égard . S'il resta quelques Papiers de
Littérature au P. Rigord , ce fût comme par
hazard , & il en dit lui-même la raison dans
sa Réponse. Ces Papiers furent trouvés en
faisant le triage de ceux qui pouvoient concerner
les Affaires de la Ville & de l'Intendance
; & aparemment ce Pere , à qui on
les remit , crût pouvoir les garder , ne les
jugeant pas d'une extrême importance , personne
d'ailleurs ne les réclamant.
S'il est vrai qu'il en porta ce Jugement ,
il eût , je vous assûre , M , grande raison ;
car, à l'exception d'une ou de deux Piéces ,
dont j'ai pris des Copies , tout le reste ne
méritoit guere d'être envoyé. Le P. Rigord
demande
SEPTEMBRE. 1739: 1939
demande cependant , dans la même Lettre ,
que les Originaux de tous ces Papiers lui
soient renvoyés , ce qu'on ne peut guere
attribuer qu'à un fonds de tendresse fraternelle
, qui lui rendoit précieux tout ce qui
s'étoit trouvé dans les Portefeuilles de
M. Rigord son Frere.
Au reste , M. je n'ai pas jugé tout seul de
la qualité & du mérite des Ecrits en question
, sur tout à l'égard de ceux qui concernent
la Religion. J'envoyai au R. P. Tournemine
l'Ecrit , dans lequel M. Malaval a
disserté fort au long sur le fameux Passage de
* Facundus , Evêque d'Affrique du sixième
siécle , Passage que les Novateurs se sont
efforcé d'interpréter en leur faveur , sur le
dogme de la Transsubstantiation . Voici la
Réponse du P. Tournemine , écrite au retour
de Caën , où une Mission l'avoit conduit.
» J'ai reçû , M. à Caën , la Lettre que
» vous m'avez fait l'honneur de m'écrire . M.
» de Chezelles , notre Ami , est témoin que
> nous n'avons rien omis pour satisfaire vo-
» tre louable curiosité sur les Inscriptions
* Facundus , Evêque d'Hermiane , a écrit x11 .
Livres pour la Défense des Trois Chapitres , adressés
à l'Empereur Justinien. Le P. Sirmond en
donna une Edition en 1629. avec de sçavantes
Notes.
Cij
de
1940 MERCURE DE FRANCE
» de Vieux : tout ce que j'en ai pû apren-
»› dre , c'est que M. Foucault les avoit emportées
, & c'est chés lui seulement qu'on
> peut les trouver toutes.
L'Ecrit sur le Passage de Facundus embrouille
plus la . Question qu'il ne l'éclair-
» cit. Le Livre de Facundus n'a paru impri
» mé qu'en 1629. L'Auteur de la Perpetuité
- » de la Foy , & feu M. l'Evêque de Miredans
ses Instructions Pastorales ,
poix ,
Pont expliqué d'une maniere qui ne
››› laisse plus lieu aux objections des Calvi-
و د
›› nistes .
و د
و د

» Facundus , Affriquain , avoit tiré ses
Expressions de S. Augustin , & en particulier
de son Epitre à Boniface. Le Ĉardinal
du Perron , & d'autres Controversistes
, ont dissipé les nuages que ces Expressions
pouvoient faire naître.
» Lanfranc , il y a plusieurs siecles , a ré,
pondu solidement à l'Hérésiarque Beren-
" ger , qui abusoit des Passages de saint
» Augustin.
» Je suis revenu de Caën , charmé de
J'Esprit des Habitans , & persuadé par
» mon expérience , qu'on ne leur rend
» justice sur la sincerité & le bon coeur.
J'ai l'honneur d'être , &c.
ود
A Paris , le 8. Juillet.
pas
Ca
SEPTEMBRE. 1739 19475
Ce Jugement de la Dissertation de M.
Malaval sur Facundus , me parut d'autant
plus équitable , que le Pere Tournemine
faisoit beaucoup de cas , en général , de la :
Doctrine & des Compositions de notre sçavant
Aveugle , qui cependant , il faut l'avouer
, ne réussissoit pas également sur toutes
sortes de Sujets.
J'ai d'autres Lettres du P. T. qui mars
quent l'estime dont je viens de parler , sur
tout depuis qu'il eût apris le dessein que
Favois formé de publier les Lettres de mor
illustre Compatriote . Dessein auquel il
donna toute fon approbation.
Permettez - moi , M. d'ajoûter ici quelques `
preuves de ces deux Faits .
» Vous avez dit dans un de vos derniers
» Journaux , que les Lettres du fameux M.
» Malaval étoient , pour la plûpart , aux
Feuillans de Marseille. Le Public en ver
» roit l'impression avec plaisir. Malaval étoit
39 sçavant , & il écrivoit bien. Son Apolo-
" gie , surtout , seroit intéressante . Lettra
du 22. Août 1723 .
"
" Je vous exhorte à faire venir les Lettres
» de l'illustre Malaval , & à les publier : j'y
» contribûrai volontiers. 1. Septembre 1729.
Je me ferai un grand plaisir de contribuer
de tout mon pouvoir à rassembler
les Lettres de M. Malaval. Novembre 1729.
C iij Depuis ,
یو
1
1942 MERCURE DE FRANCE!
Depuis , le P. Tournemine ayant vû plusieurs
de ces Lettres , que je trouvai à propos
de lui communiquer , m'écrivit ce qui
suit , à l'occasion de Physica vetus & nova ,
c. Ouvrage d'Edmond Dikinson , Anglois,
lequel il n'estimoit
guere.
" Je ne dis pas la même chose des Lettres
de M. Malaval , elles sont fort belles ;
» & si vous les publiés , elles feront du
plaisir & du fruit. 27. Juillet 1730 .
Enfin , en me renvoyant quelques-unes de
celles qui concernent la Religion , cet habile
Critique m'écrivit ce peu de mots ,
qui me paroissent remarquables.
» J'ai l'honneur de vous renvoyer les Let-
» tres de M. Malaval , qu'il vous a plû de
» me communiquer ; je souhaite fort qu'el-
» les soient imprimées. Les vérités de la
و د
Religion y sont exposées éloquemment ,
» & sous un jour nouveau ; si vous en avez
» plusieurs de la même force , le Public les
» recevra avec plaisir & avec fruit. Septem
bre 1730.
Ainsi pensoit le P. Tournemine sur le
mérite littéraire du sçavant Aveugle ; & si
ce Pere , que nous avons perdu au mois de
May dernier , avoit vécu encore quelque
temps , je me flate qu'il auroit concouru
avec plaisir , par lui-même & par ses Amis ,
à faire réussir une tentative que je méditois ,
pour
SEPTEMBRE. 1739 1945
pour réunir toutes les Lettres de M.Malaval
différemment éparses , à celles que je possede
en assés grand nombre , pour ne faire
qu'un même Corps d'Ouvrage , & un Présent
complet au Public.
Voilà , je crois , Monsieur , tous les Eclaircissemens
qui pouvoient rester à vous donner
sur le sujet en question. J'augure bien
de l'intérêt que vous y prenez , & je vous
sçais parfaitement bon gré de votre atten◄
tion .
&
Je ne sçaurois mieux finir sur cette Matiere
, qu'en vous faisant part d'une Epitaphe
de M. Malaval , de laquelle je n'aieû
connoissance que dix ans après sa mort ,
dont par conséquent je n'ai pû faire aucun
usage. Elle me fût envoyée avec une Lettre
écrite de Paris le IS. Février 1729. dont
voici la teneur :
>>
J'ai lû , M. dans votre Mercure du mois
de Decembre dernier , le Catalogue rai-
" sonné des Personnes qui se sont distinguées
par leur sçavoir dans la Ville de
» Marseille; vous citez entre autres Sçavans,
» M. François Malaval. J'ai crû que vous
» ne seriez pas fâché que je vous fiffe part
» de son Epitaphe. L'Autheur n'a assûré-
» ment rien dit de trop sur son Chapitre ;
» car il a été généralement reconnu pour
» un des plus habiles & des plus orthodo-
Cij xes
1944 MERCURE DE FRANCE
» xes Théologiens. Je ne l'ai connu que par
» ses solides Ecrits , & l'estime particuliere
» qu'en a fait l'illustre Christine , Reine de
Suede , jointe à celle d'un grand nombre
» de Prélats , avec lesquels il étoit en com-
» merce , ne nous laisse aucun lieu de dou-
» ter de la solidité de sa doctrine , de son
» sçavoir universel , & de la candeur de sa
» vie , couronnée par une mort précieuse ,
&c. Je suis , Monsieur , &c. Signé , L'ABBE’
MARION.
ADSTA VIATOR
J
Acet sub hoc Tumulo
Egregius ille Massiliensis Vir
FRANCISCUS MALAVAL
De quo
Fama tam bellè dixit.
Qui natus Menses 1x.
Coecus tum fortuito
In tenebris , sed per Ann. x cir
Et lumen Coeli non vidit ;
Sed Virtus Divina quid non domet ?
Cæcitati corporis adfuit mentis claritas.
A Parentibus liberaliter educatus,
Puer optimus, bonis moribus,

SEPTEMBRE. 1948 1739
7
Et Adolescens Indole docili ;
A: Lectore suo audita recordatus
Doctissimus factus est.
ET HOMERUS ALTER
Politica , Historica , Poëtica :
Pulchrè coluit :
Sed in his illi cognita vanitas vanitatum
Deum timuit ;
Et hoc initio Sapientiæ ,
Vere Philosophus, sed Christianus ,
Verè Theologus , sed Catholicus :
Deo & Ecclesiæ ejus adhæsit...
*
Servans Mandata :
Usque ad Adventum Domini ,
Qui lucem habitat inaccessibilem ,
In patientiâ possedit animam suam .
In scientiâ & in verbo: veritatis-
Errantes fugans ,
Et in errorem mittentes..
Sic semper fortis in fide
Professionem Fidei Christian
In ore
Sciens & volens ,
atque oculis omnium , a
Ad vitam ingressurus
Emisit,
Sic TOBIAS, Vir Pius...
Ab
1946 MERCURE DE FRANCE
Ab Infantiâ suâ
Viam veritatis non deseruit :
Immobilis in timore Dei permanensi
Omnibus diebus vitæ suæ.
Non contristatus
Quod plaga cæcitatis evenerit ei :
Et honorificè sepultus est.
Hoc Elogium Funebre
Posuêre dolentes Proximi
PATRUO MERITISSIMO.
Obiit Idibus Maii AN. M. DCC . XIX .
Quoique persuadé , M. que M. Malaval a
mérité tous ces Eloges , je ne puis m'em
pêcher de rapeller ici un mot du P. Tournemine
, qui dans sa premiere Lettre sur
ce Sujet , me marque que l'Apologie de
Malaval seroit intéressante. Il la croyoit donc
nécessaire, & elle peut l'avoir été à quelques
égards , car vous n'ignorez pas la Critique
sevére , qui a été faite de quelques-uns de
ses Ouvrages de Pieté , qu'on a crû favoriser
les Erreurs des faux Mystiques , surtout
l'Instruction Pastorale du célébre M.Bossuet,
Evêque de Meaux , du 16. Avril 1695 , imprimée
à Paris , chés Anisson , dans laquelle
en condamnant d'abondant plusieurs Ouvrages
suspects , notés & condamnés par
diverses
Censures:
SEPTEMBRE.
1739: 1947
>
Censures, cePrélat nomme ceux qui sont le plus
connus & le fait en cet ordre : LA GUIDE
spirtuelle de Michel Molinos. LA PRATIQUE
facile pour élever l'Ame à la Contemplation
,, par François Malaval , &c.
Ce fut, sans doute, une tribulation, & une
épreuve ménagée par le Ciel , pour purifier
de plus en plus notre pieux Ecrivain, & pour
augmenter sa vertu .
Il avoit paru auparavant un Livre imprimé
à Paris , volume in- 12 . 1687. intitulé : Le
QUIETISTE , ou les Illusions de la nouvelle
Oraison de Quietude. Je n'ai pas vû ce Livre,
mais j'en ai lû l'Extrait dans le VII . T. de la
Bibliotheque Universelle , Journal Litteraire
de Hollande , page 551. Il est dit dans cet
Extrait. » Ce n'est pas contre Molinos que
» ce Livre est composé , c'est contre un Prê-
» tre François , nommé Malaval , qu'on au-
" roit plus de raison de regarder comme le
" Chef des Quietistes , que le Docteur Es-
" pagnol, car il a écrit neuf ou dix ans avant:
» Molinos , en 1665. & 1669 ;. qui a em
"prunté diverses choses de lui. Le Livre de
» Malaval est intitulé , PRATIQUE facile
» pour élever l'Ame à la contemplation . Son:
» Adversaire y trouve VII . Illusions. Ainsi
parle l'Auteur de l'Extrait , qui cependant
justifie Malaval de ces prétendues Illusions..
Hest certain , par ce que je viens de ra-
Cvj porter ,
1948 MERCURE DE FRANCE
porter, que ceux qui ont le moins connu noë
tre sçavant & ses Ouvrages , sont justement
ceux qui l'ont le plus maltraité. M. de
Meaux même , non pas faute de lumieres &
de connoissance , a , ce me semble , outré
les choses sur ce sujet. Il écrivoit dans un
temps critique , & soit excès de zele , soit
prévention , tout ce qui portoit alors un certain
caractere de Mysticité, lui paroissoit d'abord
suspect de Quietiste , & ensuite erroné
; c'est , sans doute , sous ce point de vûë
qu'il a examiné l'Ouvrage de Malaval ; les
plus grands Hommes peuvent d'ailleurs se
tromper , & je crois que cela est arrivé à M..
Bossuet dans cette occasion .
Quoiqu'il en soit , M. Malaval n'a plus aujourd'hui
besoin d'Apologie , s'étant pleinement
justifié lui-même par des éclaircissemens
& par des Déclarations formelles ,
qui ne laissent plus rien à désirer ; j'en ai déja
touché quelque chose en faisant l'énumération
des Lettres & autres Ecrits que j'ai
entre les mains , j'espere qu'en les publiant
j'aurai encore occasion de parler de la pureté
de sa doctrine & de ses sentimens , de sa
soumission à l'Eglise , & de son éloignement
de tout ce qui ne s'accorde pas avec
la Pieté la plus sincere & la plus éclairéc.
>
Quand je vous ai parlé , M. de Dom Edmond
Martene dans ma derniere Lettre , à
l'occasion
SEPTEMBRE. 1739 : 1949
l'occasion de son Edition du VI . Tome des
Annales de l'Ordre de S.Benoît , je ne croyois
pas sa mort si prochaine : elle est arrivée le 20.
du mois passé dans le Monastere de S. Germain
des Prez , & où il a continué jusqu'à la
veille d'assister aux Offices , & de célébrer
la Messe. Jamais Religieux n'a été plus Rcgulier
on ne sçauroit lui refuser en même
temps l'Eloge d'un Ecrivain laborieux & rempli
de beaucoup d'érudition . Il n'a pas rendu ,
il est vrai, à M. de Ruffy , notre Hiſtorien , la
satisfaction qui lui étoit duë , en rétractant
la méprise désobligeante qui lui est échapée
dans son premier Voyage Littéraire , Article
de l'Abbaye S. Sauveur de Marseille , mais
je crois qu'il en a eu l'intention , & il paroft
par une de ses Lettres , que M. de Ruffy
me renvoya , qu'il fût fort mortifié de ce
contretemps. Il eft cependant fâcheux que
la bévuë , mise mal à propos sur le compte
de l'Historien de Marseille , ait été depuis
repetée mot à mot dans l'Ouvrage d'un autre
Benédictin , qui parle comme de lui -même
, & sans citer Dom Martene , ni personne
. Voyez le Recueil Historique &c . des
Archevêchées , des Evêchés &c. Par D. B......
II. vol. 4°. Paris 1725. Evêché de Marseille,,
Pages 65. & 69. dú I. Tome.
Je suis , Monsieur , &c..
A Paris , le 14. Juillet 1739.
P.
1950 MEK LUE ГЛАIV С L
P. S. Il y a deux fautes , Monsieur , dans
ma premiere Lettre , insérée dans le I. Vol.
du Mercure de Juin. La premiere est à la
page 1079. où je dis que feu M. l'Abbé de
Vaccon , Chanoine de la Cathédrale de Marseille
, étoit Frere du dernier Evêque de Viviers,
il falloit dire de l'Evêque d'Apt, d'aujourd'hui.
Cette faute est mal corrigée dans
Errata du second vol . de Juin .
La seconde faute se trouve à la page 1091.
'du même 1. Vol . en parlant du R. P. Ri
gord , Jésuite du Collège de Louis le Grand.
J'ai dit que le R. P. Honoré Rigord , son
Oncle , aussi Jésuite , étoit décedé à Marseille
, ce qui n'est pas , dont je suis ravi , em
lui faisant bien des excuses de cette inad
vertance. Mais en même temps je lui dois
un Compliment sur la mort de son trèsdigne
Neveu , Jésuite , le même dont jo
viens de parler , arrivée il y a plus de quatre
mois , dans le même College , où il étoit
Préfet de la Congrégation. Il est fort regretté
à cause de son mérite distingué.
LA
SEPTEMBRE. 1739 191
LA POESIE.
O D E.
A M. J ** , Avocat .
>
UNne séduisante fumiere-
Brille à mes yeux
de mille apas..
Dans la poëtique carriere
Porterai-je mes foibles pas ?
Est-ce un fol espoir qui m'abuse ? :
Dois -je d'une naissante Muse
Eteindre en moi le feu divin ?
Ou plus hardi , de mon génie
Suivant la fougueuse manie ,
Dois- je obéïr à mon destin à
*
Apas trompeur ! fatale amorce !
Qui faites naître mon orgueil ,
En vain , par un heureux divorce
Voudrois-je éviter votre écueil.
Contre le désir qui m'entraîne
Ma raison opose une chaîne :
Mais ses efforts sont impuissants.
Telle , malgré l'art du Pilote
Sar
1952 MERCURE DE FRANCE
Sur l'Onde on voit la Nef qui fløte
A la merci du Dieu des vents .
*
Muse , à tes transports je me livre
Je te consacre , mes Ecrits ;
Déja le beau feu qui m'enyvre
Echauffe , enflâme mes esprits.
Mais que vois- je ? quel précipice.
Borde la dangereuse Lice ,
Ou ton ardeur me fait entrer
La chute est-elle inévitable ?
Non , dans un sentier favorable ,
Avec moi daigne pénetrer.
Par un agréable mêlánge.
Enfante la diversité ,
Fui toute insipide loüange ,.
Qui peut voiler la verité.
Loin d'une route trop vulgaire
N'encense que le caractere.
De la sagesse revêtu
Crains qu'un faux éclat ne te trompe ;
Tel on voit briller dans la pompe ,
Dont les Titres font la vertu .
Pinceau de l'âpre : Satyre:
Banni
SEPTEMBRE. 1739 1953
Banni les traits injurieux ;
Quelle ne soüille point ma Lyre
De son fiel toujours odieux .
Périssent ces coeurs homicides !
Noirs Ministres des Euménides ,
Fleaux de la Societé ,
Qui , dans des Ouvrages ciniques ,
Arment les Couleuvres iniques
De leur jalouse cruauté .
*
Le doux langage de Minerve
Dans leur bouche devient poison ;
Le feu qui fait naître leur verve
Brave l'honneur & la raison.
Contre la cruelle blessure
D'un trait lancé par l'imposture ;
Hélas ! il n'est point de pouvoir.
'Ainsi l'Inventeur de l'Iambe ,
Porta dans le coeur de Lycambe
Le dépit & le désespoir.
*
D'une dangereuse licence
Muse , fuis avec soin l'ardeur ;
* Archiloque , Poëte Satyrique ; il inventa les Pers
Iambes , en fit de fi piquans contre Lycambe ,
qui lui avoit refusé safille en mariage , que ce dernier
fe pendit de désespoir.
Toute
1954 MERCURE DE FRANCE
Toute Peinture libre offense
Et le devoir & la pudeur.
, Semblable aux fleurs que l'oeil admire ,
Mais qui, sitôt qu'on les respire ,
Exhalent un poison cruel ;
L'Ouvrage perd le don de plaire ,
Si l'Auteur , d'un feu témeraire
N'évite l'excès criminel,
*
Mais quoi de l'orgueil qui t'égare
Je sens l'espoir ambitieux ;
Déja , sur le ton de Pindare
Tu prends un vol audacieux.
Quels traits éclatans de lumiere !
Oui , c'est peu de la Terre entiere ,
Pour donner carriere à tes chants ;
Tu fends les airs , l'Olimpe s'ouvre ;
Des Dieux le Trône se découvre
Tout cede à tes accords touchans.
*
;
Poursui dans cet essor rapide ,
De ton Art redouble l'effort ;
Mais que la raison soit le guide
De ton poëtique transport ;
En vain d'un sincere suffrage ;
Croirois-tu mériter l'hommage ,
De
31,
Ta 1
Et n
Fuis-
De
Ecou
Qua
Du
Tu
ד
Illu
Τοί
As
*
De
Ap
Dis
Est
Qu
Loin
SEPTEMBRE. 1739. 1959
Loin de sa solide clarté ;
Tu n'auras , par un sort contraire ,
Qu'un juste mépris pour salaire
De ta folle témérité.
x
Que l'Elegie aura de charmes ,
Si , d'Ovide aimant les langueurs ,
Ta Lyre fait verser des larmes
Et naître de vives douleurs !
>
Fuis-tu dans un champêtre azile ?
De Théocrite & de Virgile ,
Ecoute les doctes leçons ,
Quand , quittant l'altiere Trompette ;
Du Chalumeau , de la Musette ,
Tu suivras les aimables sons.
*
Toi , qu'une noble ardeur anime ,
Illustre organe de Thémis ,
Toi , dont l'Eloquence sublime
A ses Loix rend les coeurs soûmis
J ** , à qui Phébus lui-même ,
De son Art brillant & suprême
Aprit les Mysteres divers ;
Dis-moi pour fuir la nuit obscure ,
Est-ce la route la plus sûre
Que je dois prescrire à mes Vers .
Par M. B ** , d'Aix
956 MERCURE DE FRANCE
LETTRE à M. de Gouve , au sujet de
sa Réponse à la Lettre du Marquis de***
sur l'abus qu'on fait de l'Esprit.
MONSIEUR ,
,
J'aurois eû l'honneur de vous expliquer
plutôt ma pensée sur votre Réponse au Mara
quis de *** si je n'avois pas crû qu'il se
suffisoit à lui - même pour défendre ses équi
tables Paradoxes . Mais son silence m'excite
à soûtenir une partie de ses sentimens , sans
prétendre au droit d'infaillibilité , que tant
d'Ecrivains s'arrogent aujourd'hui.
Oui , Monsieur , on abuse de l'Esprit ; &
le bon goût oublié , n'est plus à la mode..
C'eſt un Maître sévere , qu'on ne consulte
plus dans la composition du grand nombre
d'Ouvrages modernes, dont la France est inondée.
Le pauvre Jugement , décrié aujourd'hui
, refroidiroit l'imagination bouillante
'de nos brillans Ecrivains. Barreau , Théatre ,
Poësies de toute espece , Chaires Chrétiennes
, Histoire , Critique , Philosophie , Belles
Lettres , tout est livré à l'Esprit que nos fades
Romanciers ont répandu dans le Monde.
Un petit Corps de Sçavans , difficiles à
CaraSEPTEMBRE.
1739: 1957
2
corrompre , conserve le sacré dépôt du vrai
Goût , & résiste courageusement aux assauts
continuels du bel Esprit qui cherche à l'étouffer.
Si vous étiez à portée , Monsieur , d'exa¬
miner par vous-même , ce que valent la plûpart
de nos beaux Auteurs colifichets , vous
seriez bien étonné de ne trouver chés eux
qu'une ignorance profonde de ce qui doit
former un homme de Lettres . Ils n'ont pas
seulement les premieres teintures des Sciences,
sur lesquelles ils décident à tout propos
Dans ce Pays , l'Esprit est si vulgaire , que
de jeunes Gens , à peine échapés de la poussiere
Scolastique , sans aucune connoiffance
de Litterature , se hazardent de donner des
Piéces au Public , tandis que des Hommes
mûrs , éclairés , instruits des Regles du
Théatre , chéris des Muses , ne se donnent
pour Auteurs , qu'avec une crainte modefte
sûr garant de la capacité. Il en eft à peu près
de même de tous les autres talens.
>
Jamais tant d'impéritie & tant d'Esprit tout
à la fois. Pour moi , quand je commençai à
voir les Gens de Lettres de Paris , ma curiosité
fut heureusement satisfaite . Je trouvai
un grand nombre de respectables Sçavans
qui joignent l'érudition , l'étendue des connoissances
, à la folidité de l'Esprit. Depuis
leur mort , je vois qu'ils sont malheureusmeng
1958 MERCURE DE FRANCE
,
ment remplaces par des demi-Lettrés susuperficiels
par des Ecumeurs de petites
Gentillesses , débitées dans les Caffés . Je
parle en général des Hommes nouveaux ; &
je sépare avec distinction de la foule ignoble
, ces rares Génies , dont les Ouvrages
sublimes , ingénieux & délicats serviront de
modele à la Posterité. Je suis , &c. P *** .
A Paris ce 13. Août 1739.
**************************
LETTRE de M. Jacquin à M. son Frere,
en lui envoyant des Provisions d'un Office
dans l'Amirauté aux Isles de l'Amérique.
L Es Dieux ont comblé notre attente ,
Neptune au gré de tes desirs ,
Lui- même a porté ta Patente
Accompagné des doux Zéphirs.
On ajoûte ( & c'est vraisemblablement ce
qui nous empêche de manger de la marée ce
Carême ) que toute la Gent aquatique avoit
abandonné nos Côtes , pour aller rendre
hommage à leur nouvel Officier.
On voyoit gentille Baleine ,
Dauphin , Saumon , & Maquereau ,
S'assembler tous , & d'une haleine
Soufler au cul de ton Vaiffeau ;
L1
1
E
1
Vives ;
SEPTEMBRE . 1739. 1959
Vives , Dorades & Solettes ,
( Peuple d'ailleurs silentieux , )
Frétiller , faire les follettes ,
Chantant Motet d'un ton joyeux.
,
Comme les Poissons sont naturellement
fort discrets & qu'il n'y a pas d'aparence
qu'ils soient de si belle humeur quand ils
reviendront , j'attends de vous-même avec
impatience la Relation de cette Ambas
sade.
Parle-moi du nouveau Ménage.
Fais -tu concert avec les Perroquets ?
Les Envieux au noir vifage
Ont-ils enfin rabatu leurs caquets ?
En un mot , mandez moi de vos nouvel
les, mon cher frere , & ne me laissez pas dans
l'incertitude de sçavoir si je dois ou vous
plaindre ou vous féliciter.
Que dis-je ? hélas , féliciter !
Privé de ta douce préfence ,
Mon coeur peut- il se contenter
De te fçavoir dans l'opulence ?
Tremblant pour l'objet qu'il chérit ,
Sans cesse il te cherche , il t'apelle ,
Et ton nom feul lui renouvelle
Un fouvenir qui l'attendrit .
Dieux !
1960 MERCURE DE FRANCE
Dieux ! quelle eft cette Lai trop dure ,
Et du sort le fatal arrêt ,
Qui facrifie à l'interêt
Les plus beaux droits de la nature ?
si
Conservons-les , mon cher Frere , ces
noeuds si étroits de la fraternité ; & que ,
les mers nous séparent , l'amitié la plus tendre
puisse nous raprocher.
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure du mois d'Août , sont , la Porte,
Bouteille , Concou , Harmonia , & Paradisus.
On a dû trouver dans le premier Logogryphe
, Bout , Boule , Belle , Tulle , Velte, Bile,
Bulle , Veille , Bille , But , Lit , Boile , Bol
Boulet , Tuille , Outil , Loi. Dans le troisiéme
, Hara , Ara , Maria , Omina , Norma,
Ira , Arma. Et dans le quatrième , Paris
Arius , Radius , Apis , Darius , Ira , Sidus ,
Ursa , & Sus.
1
ENIGM E.
Digne production d'un Pere ingénieux ;
( Quoique myfterieux )
Je tombe fous les fens , & l'on peut me connoître
QuelqueSEPTEMBRE
. 1739. 1961
Quelquefois un moment sçait dévoiler mon être ,
Et quelquefois auffi qui veut me découvrir ,
Après moi vainement eft réduit à courir.
Ce que j'ai dit , Lecteur , te doit fuffire
En doutes- tu ? ta peine me fait rire
Eh bien , confulte toi , 'cherche mieux , & relis :
Moi , je doute à mon tour que tes voeux foient remplis
.
*********
L
LOGOGRYPHE.
E temps qui me vit naître , étoit un temps de
paix
Et le commencement du bel âge du Monde.
En plus d'une façon tous les jours je renais .
J'habite dans les Airs , fur la Terre & fur l'Onde.
Je fais consister ma beauté
Dans ma grande simplicité .
Je fuis fans corps , & cependant paffible.
Je fais du merveilleux , du parfait , du risible.
Chés le convalescent , le malade , & le fain ,
J'ordonne , je défends , quoique fouvent en vain.
Toujours je veille , & jamais ne repose .
L'on me trouve dans chaque chose.
Je n'aipas un endroit qui ne foit occupé.
Sur mes regles souvent le Sage fut trompé.
Devine -moi, Lecteur , & cherche à me connoître ;
I. Vol D Six
1962 MERCURE DE FRANCE
Six Lettres fout mon tout ;
Mais tu n'es pas au bout ;
En plus d'un fens je vais paroître.
3. 2. et 1. je fers à l'Ouvrier ,
Atravailler les Cuirs qu'il livre au Cordonnier
f. 4. et 6. dans le Bourg , dans la Ville ,
Chacun , pour sortir de chés soi ,
Eft obligé de fe fervir de moi.
4.6. f. je fuis un animal reptile.
4.2.1.de Laboureur habile ,
Pour nétoyer fon grain , me fecoue à deux mains.
4. 6.5. et 3. je fuis chés les humains
Le symbole de l'Eſperance .
2. 5. et 3. aux Lys je dois mon luftre en France,
2.1.3 . 5. et 6. je produis la fraîcheur .
1.6. et 3. je fors du blanchissage .
1. 2. 4. 6. 3. j'entre dans le potage.
3. 4. 6. et 5. mon effet fait horreur .
6.3 . je fuis copulative ,
1. et 6.je fuis négative .
. 5. 1. et 6. je fuis certain Vaissean ,
Qui jadis fervoit de Tombeau.
5. 2.4. et 6. je foisonne
Dans tout le Pays Savoyard.
5. 2. et 3. le Chat court fur moi comme au lard.
2. 3. 5. 6. l'hyver , dès qu'on frissonne ,
C'est moi qu'on vient trouver.
4. et 37
SEPTEMBRE. 1739 1963
4. et 3. 5. et 6. cherche- nous dans la Gamme.
2.4.3 . 5. 6. inconstance de l'ame.
§. 2. 5. 6. au poids je suis à prélever.
6. 1. et 3. fait pour nuire , ou pour plaire ;
Je foufle le froid et le chaud :
Mais pour me deviner, c'en eft plus qu'il n'en faut,
Adieu , Lecteur , il eft temps de me taire.
Par F. Armand de Grenoble , Prisonnier au
grand Châtelet à Paris.

LOGOGRYPHU S.
ME tangesfortaſſe manu quarendo , priuſquare
Solveris , in vultu pareo tota tuo.
Unumfcinde pedem , te fifitis urget in aftu ,
Ad me ( nam liquor eftfrigidus ) ergo veni,
Scinde duos , terra foecundior irrigo cutem.
Tres refeca , capitis , Lector , hiatus ero.
Q
ALIUS.
Ui me fcire volet , numerus fum, computet ergo;
Pronomen , fi pes deficit unus , ero,
Sitribus incedam tantùm , mirabile , Lector ,
-Denique Beftiolafum volitantis opus .
FOURNIER DE VILLECERF
A Chateaubriand ce 28. Avril 1739 .
Dij NOU
1964 MERCURE DE FRANCE
****************
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
L
ES ANTIQUITE'S DE LA MAISON DE
FRANCE , & des Maifons Mérovingienne
& Carlienne , & de la diversité des opinions
sur les Maisons d'Autriche , de Loraine
, de Savoye , Palatine , & plusieurs autres
Maisons Souveraines . Par M. Gilbert
Charles le Gendre ; Marquis de S. Aubin ,
sur - Loire , ci - devant Maître des Requêtes.
Vol. in-4° . de 424. pages , sans l'Epître Dédicatoire
au Roy. A Paris chés Briasson
Libraire , rue S. Jacques , à la Science . 1739 .
>.
Ce solide & laborieux Ouvrage , véritablement
digne de la sagacité constante du
sçavant Auteur , contient la véritable origine
de la Maison de France.
RELATION de l'Expedition de Moka en
l'année 1737. sous les ordres de M. de la
Garde Jazier , de S. Malo. Brochure in - 12 .
de 120, pages. A Paris, chés Chaubert, Quai
des Augustins , à la Renommée. MDCCXXXIX .
Cette Relation est fort bien écrite , curieuse
& intereffante pour les François . Nous
n'en donnerons cependant point d'Extrait ,
parce qu'il en a déja parû deux dans le Pu
blic.
SEPTEMBRE. 1739. 1969
blic. Sçavoir , l'un , dans la 254. Lettre des
Observations sur les Ecrits Modernes ; l'autre
, dans les Réflexions sur les Ouvrages de
Litterature , Tome IX. page 16. Nous scavons
d'ailleurs que l'Auteur du Voyage de
l'Arabie Heureuse , &c. imprimé à Paris chés
André Cailleau , en l'année 1716. ouvrage
qui contient le détail des deux premieres
Expeditions des François à Moka , &c. la
Carte du Royaume d'Yemem dans l'Arabie
Heureuse , où croît le Caffé , & plusieurs
autres Figures gravées ; enfin , un Traité
Historique de l'Origine & du Progrès du
Caffé , tant dans l'Asie que dans l'Europe , de
son Introduction en France , & de l'Etablissement
de son usage à Paris , &c. on
sçait , dis - je , que l'Auteur prépare une nouvelle
Edition de tout cet Ouvrage , dans lequel
il n'obmettra pas la nouvelle Expedition
de M. de la Garde Jazier , se proposant
même d'entrer dans de plus grands details
surtout par raport à l'Histoire du Mahométisme
, à l'Histoire naturelle , & à la Géographie
du même Pays..
LA RIUNIONE perfetta delli due Orologi ,
&c. C'est- à-dire , LA REUNION parfaite des
deux Horloges , suivant le style Italien &
François , qui s'accorde en tout sens avec le
Mouvement céleste , de Solstice en Solstice,
Diij
&
1966 MERCURE DE FRANCE
& d'Equinoxe en Equinoxe . Année de J. C.
M. DCC. XXXIX . & de la Période Julienne
6452. Brochure in - 12 . de 65. pag. A Rame
de l'Imprimerie de Bernabo , 1739.On le vend
chés Pagliarini , Marchand Libraire , & A.
Pasquin,
Cet Ouvrage est imprimé en Italien & en
François dans le même petit Volume : nous
n'entrerons à son égard dans aucun détail ,
après la Lettre que nous avons imprimée sur
ce même sujet dans un de nos Journaux de
l'année derniere .
REFLEXIONS Historiques & Critiques surtes
differens Théatres de l'Europe , avec les
Pensées sur la Déclamation . Par Louis Riccoboni.
Brochure in - 8 °. de 303. pages. A Paris,
chés Jacques Guerin , Quai des Augustins ,
1738.
Nous avons donné la premiere partie de
cet Extrait dans le dernier Mercure : voici
ce que nous avons cru devoir extraire de la
seconde moitié de cet Ouvrage .
En parlant du Théatre François , M. R,
cite Jerôme Rufcelli , qui , dans son Recueil
des meilleures Piéces Italiennes , imprimé
en 1554. dit au sujet de la Calandra , Comédie
de Bibiena , que de son temps
avoit en France un genre de Farces muettes,
dans lesquelles les Acteurs , sans prononcer
il
Y
aucune
SEPTEMBRE. 17397 1967
aucune parole , se faisoient entendre à merveille
par leurs gestes : il ajoûte que l'execu +
tion en étoit si agreable , & si fort goûtée
des Spectateurs , qu'il ne sçait s'il a jamais
vû de Spectacle qui lui fit tant de plaisir , &
je suis étonné , dit- il , que l'Italie n'en ait
pas encore adopté la méthode & ne l'ait
pas transportée dans le Pays. Ce témoignage:
d'un Etranger qui dit avoir vû , paroît bien
authentique. Les termes énergiques dont il
s'exprime en Italien , nous font entendre que
ees Farces muettes. étoient un Spectacle excellent
, & une véritable imitation des Mimes
des Anciens . Il est bien étonnant cependant
, qu'aucun Ecrivain François n'en ait
parlé , & qu'il ne reste plus aucune trace d'un
Spectacle aussi singulier qu'incomprehensible.
A l'Egard de l'Opera , M. R. dit , que ce
Spectacle étoit conforme à ceux d'Italie ,
surtout pour les Machines , mais qu'aujour
d'hui l'Italie les a entierement abandonnées ,
& qu'il n'y en a plus qu'à l'Opera de Paris
où néanmoins elles n'ont jamais été au dégré
de perfection où on les a vûës en
Italie .
,
Comme la France n'avoit point d'autre
modele à prendre pour les Opera , que ceux
d'Italie , je suis tenté de croire , dit l'Auteur,
que Quinault les a imités dans ses Opera.
Diiij.
Pro1968
MERCURE DE FRANCE
Proserpine , fut donné à Venise en 1644 ; &
le même Sujet parut à Paris en 1680. Persée
en 1665. à Venise , & à Paris en 1682. Armide
, avoit paru à Venise en 1639. & ce qui
me le persuade , ajoûte- t- il , c'est que dans
les commencemens de l'Opera en Italie , on
inseroit dans les Poëmes Tragiques en Musique,
les plus sérieux , des Vieilles , ou des
Confidens & des Valets Comiques , comme
on en voit dans les premiers Opera du Lyrique
François.
M. R. en blâmant les anciennes Comédies.
libertines d'Italie , qui causoient beaucoup
de scandale , ajoûte cette réflexion utile : Les
Auteurs Dramatiques doivent peindre &
censurer seulement le ridicule , l'image des
vices étant trop dangereuse.
par Le point d'honneur Romanesque
lequel on pourroit caractériser la Nation
Espagnole , tient une grande place dans leurs,
Ouvrages de Théatre. A l'égard des Valets,
ils ne parlent pas à beaucoup près aussi librement
qu'en Italie ; mais en revanche , on
les entend souvent jurer par le nom de tous
les Saints . Le mélange du Sacré avec le Prophane
est bien plus fort dans los Autossacramentales.
Il y en a une entre autres , qui a
pour titre , le Chevalier du Saint Sacrement .
Dans cette Comédie , on voit une Eglise où
le feu est si grand , que l'on desespere de
pouvoir
SEPTEMBRE. 1739. 1969
pouvoir l'éteindre ; un Chevalier se jette au
milieu des flammes , & en revient tenant à
la main le S. Sacrement. Cette action passe
en Espagne pour un trait du zele le plus respectable
, & les Spectateurs en sont édifiés
& touchés. Les Comiques ont leur place
dans ces sortes de représentations , ce qui
ne sçauroit manquer de déplaire aux gens
sensés ; mais cependant , à tout prendre , le
Théatre Espagnol est celui que l'on pourroit
réduire avec le plus de facilité à une exacte
bienséance...
La Tragédie même en France ; dit l'Auteur
, n'étoit point exempte de libertinage.
Rotrou commença à la corriger , Corneille
acheva , & Moliere est le premier qui ait mis
des moeurs au Théatre , quoiqu'il ne l'ait fait
qu'imparfaitement . Ceux qui l'ont suivi de
près , ont été plus libres que lui ; mais depuis
trente ans le Théatre François se corrige de
ce défaut , & l'on doit cet éloge aux Spectateurs
de Paris ; ce sont eux qui tiennent
les Poëtes en bride , en refusant leurs aplaudissemens
à tout ce qui porte un air d'indécence.
Nous voyons naître , dit M. R. une espece
de Représentation Théatrale , dont on peut
trouver des modéles dans le Théatre Espagnol
, & quelques - uns dans l'Italien , mais
les uns & les autres très - imparfaits . Il est
Cy . dans
1970 MERCURE DE FRANCE
dans le monde des Personnes d'un rang trop
peu élevé , pour en faire les Héros d'une Tragédie
, mais aussi dans une situation trop
haute , pour que l'on puisse les faire descendre
à cet espece de plaisant , qu'exige la Comédie.
On fait représenter à ces Personna
ges une action qui leur est convenable , on
fait naître des situations touchantes , & cela
peut produire un Spectacle charmant , & par
la suite,cette espece de Comédie pourra nuire
beaucoup au Tragique , mais elle portera
insensiblement le Spectacle au point où la
Religion & les bonnes moeurs voudroient le
Noir.
On ne fait que commencer
& ce
genreest
encore
imparfait
: car, à côté d'une
situation
qui doit
arracher
autant
de larmes
que.
le Tragique
, on est fâché
de voir le mauvais
plaisant
détruire
, par sa bassesse
, l'interêtque
l'on venoit
de prendre
. Mais
ce défaut
est facile
à corriger
, & quelque
heureux
génie
portera
sans
doute
ce nouveau
genre
à sa
perfection
.
Il est surprenant , dit M.R. en parlant du
Théatre Anglois , que la Tragédie y ait commencé
par tout ce que l'imagination humaine
peut suggerer de plus horrible , & que ce
goût se conserve encore , &c. surquoi il fait
cette réflexion La principale attention du
Poëte Dramatique , est de plaire aux Spectateurs,
SEPTEMBR E. 1739.
1739. 1971
teurs , il s'attache à les bien connoître , & à
leur présenter ensuite des images & des actions
qui puissent être généralement goûtées
par la Nation pour laquelle il écrit . Or il
seroit donc indubitable , ajoûte M. R. que
les Piéces de Théatre nous feroient connoître
le caractere des Nations en général , &
que, sans avoir autre connoissance que celle
des Tragédies & des Comédies des Anciens
& des Modernes , on pourroit juger que les
Grecs étoient violens & voluptueux : Les
Romains sensuels , mais toujours grands : on
pourroit mettre les Italiens au même rang
que les Romains , à quelque difference près :
on diroit
que les Espagnols ont une noble
fierté , qu'ils sont pointilleux & mystericux ;
les François , spirituels , évaporés , extréme- -
ment galans , & c.
-
La Tragédie de Shaskpear , intitulée Ha- .
melet , a cinq Acteurs principaux , qui pen- ·
dant l'action meurent tous de mort violente ..
Vers le milieu de la Piéce , on voit l'Enterrement
d'une Princesse : on creuse la fosse
sur la Scene , & l'on tire de terre des ossemens
& des crânes de cadavres : un Prince :
arrive , prend un crâne à la main , que le
Fossoyeur lui dit être le crâne du Bouffon du :
feu Roy , & ce Prince fait une Dissertation i
de morale sur le crâne du Bouffon , qui passe
pour un chef- d'oeuvre : les Spectateurs écou-
D. vj
tent
:
1912 AVAL I 、
tent avec admiration , & à la fin ils aplau
dissent avec transport. C'est le morceau pour
lequel la plus grande partie des Spectateurs
va au Théatre , quand on représente cette
Piéce. Dans la Tragédie qu'on apelle le More
de Venise , entre- autres choses , le More ,
transporté de jalousie , va trouver sa femme,
qui est dans son lit éveillée , il parle avec
elle , & après plusieurs combats entre l'amour
& la colere , il prend la résolution de
se venger , & l'étrangle aux yeux des Spectateurs.
Après avoir parlé des deux Théatres de
Londres , M. R. s'exprime en cette maniere :
» Si après 45. ans d'experience , je suis en
» droit de pouvoir dire mon sentiment ,
" j'ose avancer que les meilleurs Comédiens
» de l'Italie & de la France , sont très - infe-
» rieurs aux Acteurs Anglois . Les Italiens
» & les François , loin de chercher cet heu-
» reux naturel & cette verité , qui font le
» charme de l'action , affectent un art & une
» maniere forcée , qui ne laissent pas de sé-
» duire les Spectateurs .... Les Acteurs Anglois
ont l'art d'enfler , pour ainsi dire , la
vérité, précisément comme il faut , pour la
» faire paroître dans le lointain , de maniere
» à me faire juger que c'est la pure vérité
qu'ils exposent. Dans le temps que j'é-
» tois à Londres , il m'est arrivé une chose
ور
ور
ود
»
» qui
SEPTEMBRE. 1739. 1973
qui mérite , par sa singularité , d'être ra-
» portée.
32
و د
" Au Théatre de Linksinfild , je me trou
» vai à la représentation d'une Comédie ,
» dont l'action principale ne m'etoit point
» connuë , mais il me fut aisé de reconnoî- ·
» tre un Episode que l'Auteur avoit sans
» doute placé dans son intrigue : c'étoit cet-
" te Scéne que nous avons tant vûë dans
Crispin Médecin le seul changement
» qu'on y avoit fait , c'étoit d'introduire un
» Vieillard à la place du Valet , qui fait rire
"le Spectateur par ses allarmes , lorsqu'il se
» met à la place du cadavre que le Médecin
doit dissequer. La Scéne étoit ainsi dispo
» sée Le Vieillard amoureux s'entretient
» avec un Valet de la maison de sa Maîtresse;
32le Valet entend du bruit , ou fait semblant
» d'en entendre , il dit au Vieillard de se cacher
, & comme toutes les issues sont fermées
, il lui conseille de se mettre sur la
Table , où l'on devoit aporter le cadavre ;
après quelques difficultés le Vieillard y
» consent , & fait , précisément les mêmes
» choses que Crispin dans la Comédie Françoise
; mais pour donner une plus grande
» aparence de vérité à la suposition , le Valet
fait deshabiller le Vieillard amoureux ,
» & le met en chemise . On vient pour faire
l'operation , on porte quantité d'instru-
""
و و
رو
»
و د
» mens
1974 MERCURE DE FRANCE
» mens de Chirurgie , on se met en état de
disséquer le cadavre , le Vieillard crie ,
»la fourberie est découverte.
>> &
Je trouvai dans l'Acteur qui faisoit le
Vieillard , la plus parfaite execution que l'on
puisse souhaiter , & que l'on n'aperçoit guere
dans un Comédien , s'il n'a quarante ans
d'experience & d'exercice. Je ne m'en étonnois
pas d'une certaine façon , mais je fus
charmé de trouver un autre M. Guerin , cet
excellent Comédien , que possedoit la Troupe
de Paris , je fis refléxion que je m'étois
trompé lorsque j'avois dit , qu'un siècle entier
, ne produiroit pas un Acteur tel que lui,
puisque de notre temps j'en ai trouvé en Angleterre
un autre de la même force , & avec
des talens aussi singuliers. Comme c'étoit
un Rôle de Vieillard qu'il représentoit , je
ne doutois, nullement que ce ne fût un vieux :
Comédien , qui instruit par une longue experience
, & en même temps aidé par la pesanteur
de l'âge , jouoit si naturellement
nuais quelle fut ma surprise , lorsque j'apris .
que cet Acteur étoit un jeune homme de
vingt six ans tout au plus ? Je ne voulois
le croire , & je disois que cela seroit possible
, s'il ne s'agissoit que d'une voix tremblante
& cassée , ou d'une foiblesse extrê--
me , parce que je concevois à merveille qu'-
un jeune Comédien avec des talens pouvoit::
pas
;
imiter
757
imiter cette défaillance de la Nature jusqu'à
un certain point ; mais que les rides de son
visage , ses yeux languissans , & ses joües
tombantes & livides , qui sont les marques
les plus sûres d'une grande vieillesse , étoient
des témoins incontestables contre ce qu'ils
vouloient me soûtenir.
Malgré cela je fus contraint de céder à la
verité , parce que je sçûs , à n'en point dou- -
ter , que ce Comédien, pour représenter un
Vieillard , faisoit sa toilette une heure avant
que de s'habiller , & qu'à l'aide de plusieurs
pinceaux il coloroit si bien son visage , &
peignoit si artistement partie de ses sourcils.
& de ses paupieres , que de la distance de
six pas
il étoit impossible de ne point s'y
tromper.... Mlle Sallé, continue M. R. qui
en ce temps-là se faisoit admirer par sa Danse
sur le même Théatre , m'assûra qu'après l'avoir
vû jouer pour la premiere fois , & l'apercevant
dans une Coulisse par où elle devoit
passer ,
de ne pas le frôler , crainte de le jetter par
elle eut une extrême attention
terre.
Selon M. R. le Théatre Hollandois , outre
les massacres & le sang , adopte & goûte
fort l'extraordinaire & le merveilleux . Par
exemple , on représente une Tragédie , où
l'on voit une Princesse qui a devant elle sur
un Bassin la tête coupée de son Amant ; elle
se
1976 MERCURE DE FRANCE
se met à écrire , & adresse la parole à la tête --
qui lui répond.
Dans une autre Tragédie , Circé voulant
perdre le Confident d'Ulysse , dont elle est
mécontente , ordonne qu'on lui fasse son
procès ; le coupable est amené devant le
Tribunal
, que Circé a fait convoquer pour
cela ; le Lion en est le Président , le Singe le
Greffier , le Loup , le Renard , & d'autres
animaux sont les Conseillers , & l'Ours en
est le boureau. On condamne le Confident
d'Ulysse , on le pend sur le champ ; après
l'execution , tous les membres du pendu
tombent piéce à piéce dans un puits qui est
au -dessous de la Potence . Ulysse arrive , &
se plaint à Circé , qui touchée du chagrin
qu'il en a , fait sortir du puits le pendu tout
vivant & entier , comme il étoit auparavant.
Ils sont surprenans pour les Machines &
pour les Vols ; lorsqu'un homme doit voler,
on descend une corde avec un étrier au
bout , l'Acteur y met un pied , prend la corde
avec une main , & le vol part avec rapidiré
vers le ceintre .
Présentement: le Théatre Hollandois devient
de jour en jour plus exact ; on en a
banni toutes ces anciennes Piéces , à l'exception
de quelques unes , qui sont comme
consacrées par un long usage : par exemple
le Siége de Leyde se représente tous les ans
le ..
SEPTEMBRE. 1739. 1977
le 3. d'Octobre, & Gysbrecht van Amstel , la
veille de Noël ; & chacune de ces Piéces sè:
joue tous les ans cinq ou six fois de suite
pour satisfaire à l'avide curiosité des Paysans ,
du petit Bourgeois , des vieilles Gens , dés.
Domestiques & des Enfans.
Les Tragédies & les Comédies Allemandes
, qui dans le commencement n'étoient
qu'une imitation du Théatre Hollandois ,
ont conservé les atrocités de leurs modeles.
Je ne décrirai pas les suplices , les tortures
des Martyrs , ni les gibets des Scélérats que
l'on fait voir sur la Scéne ; il suffit de dire
qu'ils n'en obmettent aucun.
Dans les Tragédies on entend ordinairement
des voix horribles ; on voit des phantômes
, des spectres qui ont à la main des
épées sanglantes , ou qui les portent enfoncées
dans le sein , on y voit des flambeaux
noirs allumés , des tombeaux , & tout ce
que l'on peut imaginer de plus effrayant.
Dans les Troupes d'Allemagne il y a toujours
quelques Comédiens qui sont Poëtes ,
& qui composent des Piéces . Or ces Pieces,
ou celles des Auteurs Externes , ne sont jamais
présentées pour de l'argent. La rétribution
convenue , ou la part d'Auteur , prise.
sur le produit de la Piéce , est délivrée à celui
ou celle qui l'a présentée ,à chaque réprésentation
, & le nombre des représentations,
ni
1986 MER CURE DE FRANCE
,
2 admirable , & une si grande pénetration -
qu'il n'y avoit point d'obscurité dans les Au
teurs , qu'il ne sçût dissiper. D'ailleurs il
étoit infatigable dans le travail , & surmontoit
par une aplication continuelle, toutes les
difficultés. On remarque de lui , comme de
Guillaume Budé , que le jour même de son
mariage,il donna quelques heures à l'Etude.
Il s'acquit bien-tôt une si grande réputation
par son sçavoir , que les Italiens , les
Espagnols , les Portugais , les Allemands , &
les Anglois , lui offrirent des avantages très
considérables pour l'attirer chés cux ; mais il
aima mieux vivre pauvrement dans son Pays,
que d'être riche ailleurs.
Il enseigna d'abord les Belles- Lettres à
Toulouse , mais après la mort de Jacques
Tousan , arrivée en 1547. il fut rapellé à Paris
, pour être à sa place , Professeur en Langue
Grecque , & il remplit cette Chaire avec
une si grande réputation , qu'il lui vint des
Disciples de toutes les Parties de l'Europe .
En 1552. il se chargea du soin de l'Imprimerie
Royale pour les Livres Grecs , & s'associa
Guillaume Morel, mais il ne conserva cet
emploi que pendant quatre ans ; car ayant
été reçû à la fin de l'an 1555. au nombre des
Professeurs Royaux , il l'abandonna entierement
à Morel..
Il mourut le 12. Juin 1565. âgé de 5.3.
ans
SEPTEMBRE . 1739. 1981
+
ans , & fut porté le soir du même jour sans
aucune céremonie , suivi seulement d'un
petit
nombre de ses amis , dans le Cimetiere
des Ecoliers , près le College de Montaigu ,
comme il l'avoit ordonné par son Testament.
Comme tous les Gens de bien & les Sçavans
l'avoient aimé pendant sa vie , ils disputerent
après sa mort , avec beaucoup d'émulation
, à qui lui donneroit plus de loüanges .
En effet , Jean Dorat , Denis Lambin , Pierre
Ronsard , Germain Vaillant , Seigneur de
Pimpont , Jean Passerat , Alfonse d'Elbene
qui fut depuis Evêque d'Alby , Nicolas Vergerie
, fils d'Angelo , l'Inventeur des beaux
Caracteres Grecs , Jean Mercier , Luc Fruter
, & plusieurs autres , lui firent des Epitaphes
en Vers.
Mais les esprits étant alors divisés à cause
des disputes de Religion , chacun vouloit
qu'il eût été de son parti ; & ceux qui avoient
conservé l'ancienne, & ceux qui professoient
la nouvelle,croyoient beaucoup fortifier leur
cause , en disant qu'il s'étoit déclaré pour
Les Prosestans vouloient , que l'ordre qu'il
avoit donné dans son Testament, de l'enterrer
sans cérémonie , fût une preuve qu'il
étoit de leur créance. A quoi ils ajoûtoient
qu'il n'avoit point reçû le Viatique dans sa
eux en mourant.
derniere
1982 MERCURE DE FRANCE
derniere maladie , & qu'il n'alloit point à la
Messe ordinairement. Mais Leger du Chesne,
traite ce dernier article d'imposture , que
ceux chés qui il alloit , non -seulement à la
Messe , mais encore aux autres Offices de
'Eglise, pouvoient facilement détruire. Pour
ce qui est du Viatique , il est vrai qu'il ne le
reçût point , mais on ne put le lui adminiscause
d'un vomissement continuel
qui le tourmentoit. S'il ordonna que son enterrement
se fit sans cerémonie , c'est , ajoûte-
t'il , que content des Prieres de l'Eglise
il regarda tout le reste comme inutile . Aussi
Genebrard , qui avoit été son Disciple, & qui
le connoissoit particulierement , dit , aussi
bien que quelques autres Auteurs du temps,
qu'il étoit mort Catholique.
trer ,
• La douceur de son visage faisoit connoître
celle de son ame. Ses moeurs étoient irrépréhensibles
, & ses vertus étoient accompagnées
d'une modestie sans exemple. Mais
il étoit violent & satyrique à l'égard de ceux
qui l'attaquoient.
Il avoit épousé Magdeleine Clement , qu'il
laissa grosse , avec cinq enfans , dont les
principaux furent, Odet , Adrien, & Etienne.
Il faut en dire quelque chose.
Odet Turnebe fut d'abord Avocat au Parlement
de Paris , ensuite il fut pourvû d'une
Charge de Premier Président de la Cour des
Monnoyes !
SEPTEMBRE.
1739- 1983
pas cepen- Konnoyes , dans laquelle il ne fut
Aant reçû , ayant été prévenu de la mort en
1581. âgé de 28. ans , 8. mois & 28. jours ,
suivant la Croix du Maine . On a quelques
Poësies de sa façon dans le Recueil sur la
Puce de Madame des Roches , de Poitiers , &
l a mis des Epitres Dédicatoires à la tête de
quelques Ouvrages de son Pere , qu'il a pris
soin de publier , comme on le verra plus bas.
Adrien Turnebe , a dédié le troisiéme Tome
de Adversaria de son Pere , à Christo
phe de Thou , Premier Président du Parlement
de Paris , qu'il apelle Tuthaus , & a fait
quelques Vers Latins & François , sur la mort
de son frere Odet , qui se trouvent dans un
Recueil publié en 1581. sur cette mort. I
mourut en 1598. comme nous l'aprenons
d'une Lettre de Lypse.
Etienne Turnebe , fut reçû Conseiller au
Parlement de Paris le 16. Mars 1583.
Turnebe s'est fait autant d'admirateurs qu'il
a eû de Lecteurs , & il est presque le seul
Critique que l'envie n'ait point déchiré . Sca-
Liger dit qu'il étoit le plus grand homme &
le plus sçavant de son siecle , & Vossius en
parle de même , toutes les fois qu'il trouve
Poccasion de le citer. Scioppius même , le
plus satyrique de tous les Critiques , assûre
que son siécle , quelque fertile qu'il soit en
grands Hommes , n'en a pas produit un plus
Lambin scavant.
1984, MERCURE DE FRANCE
Lambin l'a accusé d'avoir pillé ses Com
mentaires sur Ciceron : Muret en a usé demême
; mais il a été pleinement juſtifié par
Lipse de ces accusations , qui paroiffent ve
nir uniquement d'une secrette jalousie , que
son mérite avoit inspirée à ces deux Auteurs.
Quant à sa Poësie , le peu qu'on en a imprimé,
a suffi pour faire dire à Scaliger, qu'il
étoit laborieux & exact dans sa composition;
& à M. de Sainte Marthe , qu'il y avoit du
sublime & de l'esprit dans ses Vers.
1
J'ajoûte enfin ce qu'Etienne Pasquier nous
aprend dans ses Recherches , Liv. 7. Chap.
8. qu'en plusieurs Endroits d'Allemagne ,
lorsque ceux qui professoient alleguoient
Turnebe & Cujas , ils méttoient aussi - tôt la
main au Bonnet , par respect pour la Mémoi
re de ces Grands Hommes.
! .
CATALOGUE DE SES OUVRAGES.
VIRI CLAR. Adriani Turnebi , Regii quon
dam Lutetia Professoris, Opera : nunc primum
ex Bibliotheca Stephani Adriani F.Turnebi ,
Senatoris Regii , in unum collecta : emendata
aucta, & distributa in tomos III. Argentorati,
1600. in-folio , trois Tomes , qui ne font
qu'un petit Volume.
Tome I. pp. 397. Il renferme les Com
mentaires , qui sont les suivans.
1. M. T. CICERONIS pro C. Rabirio per
duellionis
SEPTEMBRE. 1739. 1985
duellionis reo ad Quirites Oratio , & in eanden
Commentarius. Imprimé séparément . Pa
ris , 1553. in-4°.
2. COMMENTARIUS in Ciceronis Orationes
tres de Lege Agraria. Paris , 1666. in-4°.
Avec une Epitre Dédicatoire d'Odet Turnebe
, fils de l'Auteur , adressée à Etienne
Pasquier.
3. ANIMADVERSIONES in Rullianos Petri
Rami Commentarios. Paris , in-4° . Turnebe a
donné cet Ouvrage sous le nom de Leodegarius
à Quercu. Il y attaque le Commentaire
de Ramus , sur les Oraisons de Ciceron
de Lege Agraria contra P. Servilium Rullum,
Tri unum Plebis.
4.
>
COMMENTARIUS in Ciceronis Academicarum
Questionum Librum I. Paris , 1553-
in-4°.
5. In Ciceronis de Legibus Libros tres Com
mentarii. Paris , 1552. & 1557. in-4°.
6. APOLOGIA adversus quorumdam calum¿
nias ad Librum primum Ciceronis de Legibus .
Paris , 1554. in -4°. Turnebe se défend ici
sur plusieurs articles , qu'on avoit censurés
dans son Commentaire.
7. EXPLICATIO Loci Ciceroniani , in quô
tractantur Joci , Libro 2. de Oratore. Paris ,
1555. in - 4°. It. Secunda Editio ibidem ,
1594. in-8°.
8. CICERONIS Liber de Fato , & in eun-
1. Vol. E dem
1986 MERCURE DE FRANCE
dem Commentarius. Paris , 1552. in-4° .
9. DISPUTATIO ad Librum Ciceronis de
Fato , adversus quemdam , qui non solum Log
gicus esse, verum etiam Dialecticus haberi vult.
Paris , 1556. in-4° . Cet Ouvrage est contre
Ramus , qui attaquoit Ciceron en toute occasion
, & s'attachoit à le décrier. Celui - ci
trouva un défenseur dans la personne d'O
mer Talon , qui publia , pour y répondre à
Turnebe , un Ouvrage qu'il intitula : Audomari
Talai Admonitio ad Adrianum Turnebum.
Paris , 1556. in-4°. Ou plutôt Ramus
lui- même composa cette défense sous le nom
de son ami , comme tout le monde en est
persuadé, & comme Turnebe le croyoit aussi.
Celui- ci répliqua de-même sous un nom
étranger , dont il s'étoit déja servi auparavant
, dans l'Ouvrage qui suit.
10. LEODEGARII à Quercu responsio ad
Audomari Talai admonitionem. Paris , Vascosan
1556, in-4° . On rend ici cet Ouvrage
à Turnebe , comme à son veritable
Auteur.
II. COMMENTARII & emendationes in Libros
M. Varronis de Linguâ Latinâ. Paris ,
Wechel, 1556. in- 8 °. Avec une Epitre Dédicatoire
d'Odet Turnebe au Chancelier Michel
de l'Hôpital , datée de cette année . It.
Dans quelques Editions de Varron.
12, COMMENTARIUS in Librum primum
Carmi
SEPTEMBRE. 1739. 1987.
Carminium Horatii , necnon Commentarius in
Locos obscuriores Horatii , ex ejus adversariorum
Libris excerptus . M. Antonii Mureti &
Aldi Manutii in eundem Horatium Annotationes.
Paris , 1577. in- 8 ° . Odet Turnebe ,
qui a publié ceci , a mis à la tête une Epitre
au Lecteur, de sa façon . On a inseré dans le
Recueil dont il s'agit ici , les Remarques de
Muret & de Manuce , quoiqu'elles y soient
étrangeres.
13. C. PLINII Historia Naturalis Præfatio
emendata , & annotationibus illustrata . Com⚫
melin , 1597, in- 8 °. Turnebe avoue dans son
Epitre à Guillaume Pellicier , Evêque de
Montpellier , qu'il lui étoit redevable de ces
Remarques. On a mis ici à la suite . Leodegarii
à Quercu Rhotomagai , in Prafationem
C. Plinii secundi racematio.
Tom II. pp. 175. Il contient les Traduc
tions faites par Turnebe.
qua
audi- 14. ARISTOTELIS Libellus de his
tu percipiuntur , ab Adriano Turnebo Latinitate
donatus. Paris , 1600. in -8 ° . Guillaume
du Val a fait entrer cette Traduction dans
ses Editions d'Aristote.
16. THEOPHRASTI Libellus de odoribus, ab
Adr. Turnebo Latinitate donatus , & Scholiis
atque annotationibus illustratus . Paris ,
1.556. in-4°.
17. THEOPHRASTI de Lapidibus Libellus
E ij
ab
1988 MERCURE DE FRANCE
ab eodem Latinitate donatus. Paris , 1557
9
in -4°.
18. THEOPHRASTI de Igne Libellus, Adr
Turnebo Interprete. Ejusdem in eundem annotatiuncula.
Ibid. 1552. in - 4°.
19. THEOPHRASTI de Ventis, Libellus , eo-
'dem Interprete.
20. PLUTARCHI de Fato , & convivium
septem sapientum : Adr. Turnebo Interprete.
L'Epitre Dédicatoire d'Odet Turnebe est du
premier Avril 1566.
21. PLUTARCHI Commentarius de prime
frigido , Latinès Adr. Turnebo Interprete , Paris
, 1552. in-4°.
22. PLUTARCHI de procreatione Animi in
Timeo Platonis, eodem Interprete. Paris, 1552 .
in-4 .
23. PLUTARCHI de Oraculorum defectu
Liber Latinitate donatus , & Annotationibus
quibusdam illustratus. Paris , 1556. in -4°.
24. PLUTARCHI Libellus de Fluviorum
'Montium nominibus , & qua in iis reperiuntur,
è Græco in Latinum ab Adr. Turnebo conversus.
Cette Traduction & les précédentes , se
trouvent dans une Edition des Morales de
Plutarque , faite à Geneve en 1572. in- 8 ° .
- 25. PHILONIS Judai de Vita Mosis Libri
tres Adr. Turnebo Interprete. Paris , 1554
in-8°.
26. DEMETRII Pepagomeni Liber de Poda:
gra
SEPTEMBRE. 1739 1989
grâ & id genus morbis , ad Imperatorem Mi
chaëlem Paleologum , Adr. Turnebo Interprete.
Paris , 1558. in - 8 °.
Le reste pour le Mercure prochain.
QUESTION
.
ON demande , & les Particuliers des Corps
d'Arts Métiers & Profeffions , sont obligés
de fêter le jour de la Fête du Saint que leur Communauté
a pris & cho fi pour Patron ; & s'il y a
quelque précepte ou Commandement Ecclefiaftique
fur ce fujer.
SUJETS A TRAITER.
Differtation Hiftorique fur les Cheveux , la Bar
be , les Dents , les Cornes , les Ongles la Laire ,
la Peau , le Plumes , & les diverfes Matieres dont
les hommes fe font fervis s'habiller &
pour
couvrir la tête , & c.
pour
fe
Traité Hiftorique de la Servitude , en remontant
jusqu'à l'origine de l'Esclavage & de la Domefticité.
Differtation fur le Culte & les Honneurs rendus
aux Bêtes ,& fur diverses confidérations qu'on a euës
certains Arbres , elles . Ainfi Plantes,
que pour
Fruits & autres productions de la Terre , & de la
Mer, & pour les aftres ,
les aftres , le feu , &c.
pour
On a apris de Naples , que le Roy des deux Siciles
avoit fait préfent à l'Univerfité de cette Ville
de la Bibliotheque des Ducs de Parme , & queS.M. a
ordonné que cette Bibliotheque feroit ouverte au
Public trois jours de la Semaine.
On acû avis en même tems que leRoy & laReine des
E iij deux
1990 MERCURE DE FRANCE
deux Siciles , allerent ſe promener le 24. Juillet à
Portici , où on leur préfenta un Cabinet antique.
qu'on y a trouvé en foüillant la terre , & dont l'interieur
est une Mosaïque de diverfes Pierres précieuses.
EXTRAITd'une Lettre écrite par M.Titon
du Tillet , le 5. Septembre 1739. sur la
mort du R. P. Vaniere , Jésuite.
Oici , Monfieur , un des plus grands Poëtes
Latins que la France ait produit, & que la mort
vient de nous enlever , c'eft le Reverend Pere Jacques
Vaniere , Jéfuite , né dans le Diocèse de Béziers
, lequel eft mort à Toulouse le 22. Août dernier
, âgé d'environ 76. ans ; son aplication continuelle
à l'étude avoit ruiné fa fanté ; car pendant
plus de cinquante années il a travaillé 13. & 14 .
heures chaque jour ; auffi on peut dire que fes Ouvrages
font immenfes.
Nous avons de lui un Poëme intitulé : Pradium
Rufticum , &c. où il décrit en ſeize Livres tous les
travaux & les plaifirs de la Campagne ; il contient
environ douze mille Vers : de plus, un Livre intitulé
, Opufcula , qui comprend plufieurs Poëfies de
differens genres , Eglogues, Epitres , Hymnes, Epigrammes
, lequel renferme plus de cinq mille cinq
cent Vers.
Les Perfonnes de goût qui poffedent la Langue
Latine , admirent non- feulement la beauté & la
fécondité de fon génie , la jufteffe & le naturel avec
lefquels il peint tous les Sujets qu'il traite,mais encore
l'Elegance & la pureté de fon ſtyle , dignes du Regne
d'Augufte , en quoi il l'emporte prefque fur tous
nos Poëtes Latins , au jugement des meilleurs Connoiffeurs.
Le Pere Vaniere a donné un Dictio
naire
SEPTEMBRE. 1739 1998
maire Latin Poëtique , le plus ample & le plus complet
que nous ayons.
Il a auffi laiffé un Dictionaire François Latin , qui
eft d'un travail prodigieux , & dont prefque lui feul
étoit capable ; ce Dictionaire pour le François contient
une grande partie de celui du Dictionaire de
l'Académie Françoiſe & de celui de Trévoux , tous
les mots , toutes les phrafes & toutes les inftructions
, font rendus en Latin , tirés des Auteurs Clas→
siques, & de la plus grande réputation , dont le Pere
Vaniere cite une infinité de beaux Paffages & fort
inftructifs .
"Son deffein étoit de divifer ce Dictionaire en buit
gros volumes in - folio , & d'en tirer enfuite un Extrait
en un feul volume , à l'ufage de la Jeuneffe &
des Claffes. On croit que le premier Volume de fon
grand Dictionaire eft imprimé à Toulouſe. On ne
doute point que les Reverends Peres Jéfaites , qui
foûtiennent fi bien l'honneur de la belle Latinité
ne continuent de donner à l'impreffion ce Grand &
magnifique Dictionaire , qui animera les Gens d'efprit
, & de goût à faire revivre cette belle Langue ,
en laquelle tant d'Auteurs célebres & du premier
mérite ont écrit , &c.
On aprend par la mêine Lettre , que M. Titon du
Tillet a fait executer un beau Médaillon , en l'honneur
du Pere Vaniere , où font repréſentés fur le
Revers plufieurs Sujets des travaux & des plaiſirs de
la Campagne , et pour Légende DELICIA ET
RURIS OPES. Il lui devoit , dit- il , cette marque
de reconnoiffance par raport à l'excellent Poëme
Latin qu'il a compofé fur le Parnaffe François , que
M. Titon du Tillet a executé en Bronze , lequel eft
inferé dans la Defcription de ce Monument , avec
la traduction Françoife , la plus grande partie en
Vers , qu'en a faite le Pere Brumoy , Jéfuite.
243
iiij At
"
[1992 MERCURE DE FRANCE
Au refte les grands travaux Litteraires du P. Vaniere
ne l'ont jamais détourné des devoirs d'un bon
Religieux , il fe faisoit diftinguer par fa piété , fa
probité et fa douceur. Je fuis , &c.
Le Mercredi 19. Aqût , l'Académie Royale des
Sciences , élut le Marquis Poleni et M Hofeman ,
pour que l'un des deux , au choix du Roy , rempliffe
la place d'Affocié Etranger , vacante par la mort de
M. Manfredi.
Le même jour elle élut auffi Mrs Hellot et de Lacondamine
, de la Compagnie , et M. Ferrein , Externe,
pour que l'un des trois , au choix du Roy , remplis
se la place de Penſionaire Chimiſte , vacante par la
mort de M. Dufay
Le Mercredi 26. l'Académie reçût une Lettre du
Comte de Maurepas, Miniftre d'Etat , par laquelle if/
aprenoit à l'Académie que le Roy avoit choisi le
Marquis Poleni et M. de Lacondamine.
Le 11. Août , M. Duclos, de la Province de Brera
gne , fut élu par l'Académie Royale des Bel.es-
Lettres , et il y prit Séance le 18 à la place de M.
l'Abbé Canaye , qui a paſſe à la véterance.
Le Sr Denielles , ancien Chirurgien de l'Hôtel de
Ville de Paris . continue à guérir avec fuccès les
maladies des Ecroüelles à la gorge , par fon Remede
fond.nt , que l'on prend tous les jours jusqu'à
parfaite guérilon. Il eft gros comme un grain de
poivre un peu purgatif & fudorifique , il ne fa
tigue ni le malade, ni le tempérament, en ayant don- ,
né à des Enfans à la mamelle , qui en ont été guéris.
Ce Remede n'eft pas propre aux Poulmoniques. C'eft
le plus grand Fondant que l'on ait encore trouvé
en Médecine & en Chirurgie. Celles qui s'ouvrent
d'elles - mêmes ou que l'on ouvre avec les Ins
trumens & qu'on ne peut guérir , fe guériffent plû-
LON
SEPTEMBRE. 1739. 1993
de
ces ,
tôt que celles qui ne font pas ouvertes . Le Sr Denielles
en a guéri un certain nombre à Paris , dont
il peut donner des preuves. Feu M. Maréchal , Premier
Chirurgien du Roy , en a été furpris , auffibien
que M. Ton fils , par les Malades qu'ils lui ont
procuré , qui ont été guéris en peu de temps. Ce
Remede peut s'envoyer dans tous les Pays du Monpar
la Pofte. Il a encore un autre Remede pour:
les maladies dartreuses , il y en a de plufieurs efpel'une
attaque toute l'habitude du corps , que
l'on apelle Lepre ; le Sr Denielles en a guéri deux
de cette efpece en deux mois par fon kemede , le
premier qui étoit attaqué de cette maladie depuis
l'âge de deux auts jufqu'à l'âge de 25. à 26. fut
guéri par ce Remede ; le fecond , qui étoit attaqué
de cette maladie fur une partie du corps , comme
le vifage , les bras ou la main & autre partie ,
qui devient très- fouvent opiniâtre & de difficile guérifon
, par l'acrimonie de la limphe ou matiere qui
corode & brife le tiffu de la peau , & fait des ulceres
qui deviennent infuportables aux malades &
caufent une demangeaifon continuelle . La troifiéme
éfpece s'apelle farineufe , que l'on fuporte aifément
, laquelle n'eft pas moins difficile à guérir . I
y a trois ans que feu M. Maréchal envoya au Sr De
fur:
nielles un Avocat Géneral d'une Cour Souveraine
de Paris , qui avoit un mafque de Dartre fur tout le
vifage , auffi bien qu'aux deux bras & aux deux
mains , qui depuis long- temps n'ayant pû guéric
par tous les Remedes qui lui furent ordonnés ,
guéri en fix femaines. Il en a guéri quantité de la
feconde efpece , tant à Paris qu'en Province . Les
perfonnes de Province qui feront l'honneur au Se
Denielles de lui écrire, auront la bonté de payer less
ports de Lettres à la Fofte . Sa demeure eft rue du
Martrois , devant S. Jean en Gréve , à Paris.. 2.
Ev AIR
1994 MERCURE DE FRANCE
CE
A I R.
E qu'on n'ose fouvent dire
A l'objet de fon Amour ,
Apollon deffus fa Lyre
L'explique fans nul détour..
Pour vous , Iris , je ſoupire ,
Et je languis nuit & jour ,
Ah ! quel aimable martyre ,
S'il eft payé du retour.
·
SPECTACLES.
TRAGEDIE du College Mazarin , pour
la distribution des Prix.
LF
E Jeudi 20. Août , les Ecoliers du College
Mazarin , repréſenterent fur leur Théatre , une
Tragédie & une Comédie , qui attirerent un grand
nombre de Spectateurs .
Le Cardinal de Polignac , les Evêques de Langres
& de Meaux , le Duc de Nevers , le Comte d'Argenfon
, plufieurs Membres de l'Académie Françoife
, & un grand nombre de Perfonnes diftinguées
par leur mérite & par leur rang , honorerent ce
Spectacle de leur préfence . On aplaudit beaucoup
& aux Piéces & au Jeu des Acteurs.
Cette Action fut précedée d'un Prologue . Nous

raporterons en entier . Le Public y perdroit trop
i l'on en retranchoit la moindre chofe.
ACTEURS
V YORK
C LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND 1.GEN
FOUNDATION
&
I
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
DEFILMDA E. 1739. 199 )
ACTEURS.
Le Génie Tragique ,
Le Génie Comique ,
M. Duchesne
M. Gamard.
M. Ducros
Apollon ,
Suites du Génie Tragique & du Génie Comique.
Le GENIE Tragique à ses Acteurs .
Venez , jeunes Acteurs , volez , accourez tous
Reconnoißez ma voix , paroiffex , hâtez- vous ;
Qu'à la Pompe des Vers l'Action réunie,
Seconde les efforts du Tragique Génie ;
Du Public éclairé fixons l'attention ,
Qu'en imitant le vrai , la vive expreffion
Faffe voir fur le front de l'aimable Jeuneſſe ,
La valeur , les remords , la douleur , la nobleffe
Que vois-je ? Quel objet ici frape mes yeux !
Qui l'auroit pu penser , mon frere , dans ces lieux !
Le GE'NIE Comique à ses Acteurs.
Affemblez-vous Enfans, dans un Spectacle aimable,
Uniffez , s'il fe peut , l'utile à l'agréable .
Que pour vous attirer & pour vous rendre heureux,
La brillante Vertu ſe montre dans vos Jeux !
Badinant avec la Jeuneffe ,
Plus aisément elle s'en rend maitreſſe.
Le Génie Tragique.
Eh quoi ! fur un Théatre oùje donne la Loi
Ofes-tu ....
E vj
Le
1996 MERCURE DE FRANCE
....
Le Génie Comique.
Doucement , mon frere , croyez-moi ,
Souffrez que ce Théatre entre nous fe partage.
Je vois ( montrant les Ecoliers ) un jeune Peuple ami
du badinage ,
Qui fe plaît bien autant à rire qu'à pleurer.. ) (I
Je l'entends déja murmurer.
Riſquer qu'en mafaveur en ce jour il s'explique ,
C'est commettre un peu trop la Majesté Tragique
Ne courez point de fi fâcheux hazards ,
Et pour vous-même enfin ayez quelques égards..
Refpectueusement je ne veux entreprendre
Que d'effuyer les pleurs que vous ferez repandre
Car poliment je veux penfer
Qu'Alcefte en doit faire verfer..
Le Génie Tragique..
Quand le calme à l'Europe eft rendu par la France ,
Lorsqu'ilfaut célèbrer une augufte Alliance ;
Dans leur plus noble éclat à des Peuples heureus
Je dois feul étaler mes Spectacles pompeux.
Le Génie Comique..
Vous aurez fur moi l'avantage
Quand la Seine s'unit au Tage ,
De représenter en ce jour
Ee triomphe touchant du conjugal amours.
Mais puis-je refter. immobile ,
Lorsque je vois l'Onde tranquille ,
Se
FLEW DA E. 17390 1475
Se préparer par des efforts heureux.
A difputer aux plus rapides feux ,,
L'honneur d'une brillante Fêter
Non , le reſpect pour vous n'aura rien qui m'arrêtes
Mon frere , vous trouverez bon
Qu'après vous aujourd'hui je donne ici le tons
Le Génie Tragique..
Ce partage en ces lieux. offenfe le Tragique ;
Fais admirer ailleurs le folâtre Comique ;
Ce Théatre n'eft point élevé pour les ris ,
C'est pour l'inftruction de ces Enfans chériss
Queje dois ..
Le Génie Comique , souriant.
Vous pensez mieux que moi les inftruire ?
Si j'ofois , je dirois que vous pouvez leur nuire.
Pour répandre le trouble &femer la terreur
Le fublime Tragique eft prodigue en horreur ;;
Il ne s'épargne pas la peinture du crime ,
Le coupable toujours n'en eft pas la victime:
Mon cher frere , fouvent dans vos noires fureurs
Vous perdezl'innocent , pour obtenir des pleurs ,
Librement vous fez du poiſon ,.du carnage ,,
Des Criminels vous dites rage ,
Mais vous les peignez grands , & ces Monftres hideux ,
Grace à votrepinceau ,paroiffent moins affreux.
La
1998 MERCURE DE FRANCE
Le Génie Tragique .
Puis-je entendre& fouffrir un discours qui m'offenfer
Quoi ! jusqu'à minfulter tu portes la licence ?
Toi qu'on a vû cent fois , en alterant fes traits ,
Offrir de la raifon les plus triftes portraits
Afecoüer fon joug inviter la Feuneſſe ,
L'exciter à tromper la prudente Vieilleffe ,
Afuivre de l'Amour l'aveuglement fatal ,
A ne plus respecter le lien conjugal !
Le Génie Comique.
De grace , moderez l'aigreur de la replique.
Vous me parlez dufaux Comique ;
Pour Ouvrages de moi je n'avoûrai jamais
Ceux qui de la vertu défigurent les traits.
Tadis prenant mon nom pour s'introduire en France,
Le Burlesque au Théatre attira la licence ;
J'y conduisis Moliere , & rentrai dans mes droits.
Aujourd'hui fur la Scene on revere mes loix ,
Ainfi qu'avec refpect on fe foumet aux vôtres.
Deftouches, Marivaux, la Chauffée & tant d'autres
Dans ce fiecle éclairé prouvent affés , je croi ,
Qu'avec quelque raifon je dis du bien de moi.
Le Génie Tragique .
Jefaurai reprimer ton imprudente audace ;
Jesçaurai ... mais je vois le Maître du Parnaffe
Tremble •
$1
SEPTEMBRE. 1739: 1999
Le Génie Comique.
• Il peut décider ,
Mais pour moi je ne puis ceder.
'APOLLON s'adressant au Génie Comique
Va , je ne puis defaprouver ton zele ,
Pour le blâmer la cause en eft trop belle ;
Brillez , s'il se peut , tour à tour ,
Que le Tragique dans ce jour,
Auxgrandes Actions éleve le courage ,
Mais qu'il te laifſe l'avantage ,
De faire au ridicule aprehender tes traits .
Puiffiez- vous , unis à jamais ,
En foumettant vos Jeux aux Loix de la Sageffe
Former le coeur d'une aimable Jeuneſſe !
Remplissant à l'envi ce glorieux employ
Rendez-la digne de fon Roy.
Acteurs , il en eft temps , d'un courage intrépide
Ofezreprefenter Pherez , Admete , Alcide .
Je vois de Mazarin le digne Succeffeur ( le Duc de
Nevers. )
Je ne le cele pas , Enfans , ce Spectateur
Feroit trembler Apollon même .
Mais fuivez cette ardeur extrême ;
Le defir de briller dans votre âge charmant 7
Ne peut fe moderer par le raisonnement.
Ce Prologue fut fuivi de la Tragédie d'Alcefte
dont voici le Sujet
Admete
Foco MERCURE DE FRANCE
Admete étant tombé dangereufement malade ,
Alcefte , fon Epoufe , confultà l'Oracle fur l'évene
ment de cette maladie . L'Oracle répondit qu'Admete
mourroit , à moins que quelqu'un de fes amis.
ne voulût mourir en fa place. Aucun des amis d'Admete
ne pouvant fe réfoudre à s'offrir pour lui ,
Alceste fe donna la mort pour conferver la vie de fon
Epoux . La mort d'Alcefte n'empêcha point Admete
de recevoir Hercule dans fon Palais . Hercule paya
bien ce fervice . I defcendit aux Enfers , en ramena
Alcefte & la rendit à fon Epoux. C'eft le Sujet
d'une des plus belles Tragédies d'Euripide.
La Scene eft à Phere , dans le Palais d'Admete.
Nous ne nous engageons point a rendre toutes
les beautés de cette Tragédie dans l'Extrait que nous
en allons faire. Tout le monde fçait que des Morceaux
découfus & détachés , n'en donnent qu'une
idée imparfaite.
Personnages & Acteurs de la Tragédie..
Pherez , Pere d'Admete , M. Gaubier..
Admete , Fils de Pherez , & Roy de Phere , dans la
Theffalie
Alcide , Ami d'Admete ,
M.. Du Cros
M. Gamard
Acafte , Prince Theffalien , Enchanteur, M.Duchesne.
Cléante , ancien Gouverneur & ami d'Acafte, M. de
Bernicourt.
Arcas, Capitaine des Gardes d'Admete, M. Pafferat
Straton , de la Suite de Pherez ,. M. Foucault..
Gardes.
Acte premier , Scene premiere Cléante augure
du filence qui regne dans le Palais que le Roy eft.
proche de fa mort..
Ce Palais eft, defert ! Admete n'y voit plus
D'une Mer d'impofteurs ce flux & ce reflux..
Acafte
SEPTEMBRE. 1739. 2009
Acafte fonge à profiter de la mort d'Admete
pour regner en ſa place , & pour épouſer Alceste
Oui ,bien-tot on verra la vieilleffe & l'enfance
Remettre dans mes mains la ſuprême puiffance ,
Le Roy mort ,je pourrois déclarer mon amour.
fon Il aprend à Cléante que amour pour Alcefte
l'a rendu capable de tout.
· Frémis connois en ce jour
2
Dans quel abîme affreux peut entraîner l'amouri
Vois comme en peu de temps fa funefte puiffance ,
D'un coeur né genereux peut bannir l'innocence a
Quand la vertu n'eft pas active à repouffer
Lestraits empoisonnés qu'ilfe plaît à lancer.
Aprendsjuſqu'à quel point monfort eſt déplorable:
Sans doute il te fouvient de ce jour effroyable ,
Où l'Hymen qui rendit Admete trop heureux ,
Me livra pourjamais au fort.le plus affreux.
Sans toi j'allois finir des jours que je détesté ;
Mais ta prudence même à ma vertu funefte ,
Sçut me perfuader qu'un trifte éloignement
De ce coeur déchiré calmeroit le tourment ;
Je te crus , je partis , inutile remede !
L'absence accroît encor le mal qui me poffede;
En accufant le Ciel de tant de maux ſoufferts
Pour chercher du fecours j'ai recours aux Enfers.
Laillant dans les horreurs mon ame enſevelie
Paprende
2002 MERCURE DE FRANCE
J'aprends cet Art fatal né dans la Theſſalie ,
Je crois lorfque ma voix trouble le noir ſéjour ,
N'avoir plus qu'à parler pour faire fuir l'Amour.
Projet impie vain ! ma flamme criminelle
Reprend par mes efforts uneforce nouvelle ;
Je me fens dévorer d'une noire fureur ,
Sans en chaffer l'Amour , l'Enfer paſſe en mon coeur.
Contre un Rival heureux tournant ſa barbarie ,
Des Parques contre lui j'excite la furie.
Cléante , touché de fçavoir Acafte criminel , tâ
che de le ramener.
Mais peut être cet Art peut encor garantir.
Acaste.
L'Enfer qui fert le crime , eft fourd au repentir.
Scene feconde. Pherez ignorant l'amour & le
crime d'Acafte , lui dit :
Abandonnerez-vous un Pere malheureux ?
·
Vous partagez , Acafte , une douleur mortelle ,
Vous perdez en mon Fils l'ami le plus fidele .
Acaste troublé.
Te le perds , jufte Ciel ! pour le fecourir
Je ne puis , détruifant .
• .. mais je ſçaurai mourir ,
Et dans la jufte horreur ... ah ! Seigneur je m'égare.
par
Pherez croit que ce trouble eft caufé l'amitié
Acafte pour Admete. Il lui dit qu'Alcefte eft dans
le
SEPTEMBRE. 1739. 2003
Le Temple d'Apollon , qu'elle implore le fecours
de ce Dieu pour la fanté de fon Epoux , qu'il prévoit
que la mort d'Admete fera fuivie de celle d'Alcefte.
Scene troifiéme ; l'arrivée d'Alcide donne à Phe
rez quelqu'efperance fur le fort de fon fils . Il instruit
Alcide de ce qui fe paffe dans le Temple. IL
lui aprend qu'en préfence d'Alcefte on offre un Sacrifice
, que l'on confulte les Dieux fur le deftin
d'Admete .
Alcide efpere que les Dieux récompenferont la
vertu d'Admete par un miracle en fa faveur ,
Pherez.
Seigneur ,je l'aime trop pour ofer m'enflater.
Alcide.
Moi, je l'eftime affés pour n'en pouvoir douter.
Ils vont tous deux trouver Admete.
Scene quatrième. La vûë d'Alcide a fait fentir à
Acafte toute l'horreur de fon crime.
Amour , barbare Amour , admire ton ouvrage ,
Acafte du malheur eft la terrible image.
Témoins de mes tourmens , venez foibles Mortels ,
Venez , venez encor encenfer fes Autels ,
Celebrez dans vos chants la douceur de fes charmes ¿
Dites qu'au tendre Amour il faut rendre les armes
Qu'un coeur pour être heureux doit perdreſon repos ■
Qu'aux plus grandes vertus l'Amour porte un Héros.
Plutôt, de ſes fureurs voyant en moi l'exemple ,
Aboliſſez fon culte & renversez fon Temple.
ACTE
2004 MERCURE DE FRANCE
ACTE SECOND. Scene premiere . Alcide témoi
gne à Pherez la douleur qu'il reffent de la triſte´
fituation dans laquelle il vient de trouver Admete
fon ami. Il ne rougit pas des pleurs qu'il répand
pour lui.
Aux volontés des Dieux c'eft peu de conſentir ,
Pour leur offrir nos maux , nous devons les fentir.
Il exhorte Pherez à ne pas se laisser abattre par
la douleur , il lui représente qu'il eft Pere , &
qu'en cette qualité il se doit à Eumelus & à Al
cefte .
Pourfignaler enfin le paternel amour ,
Rendant lefils parfait , rendez le pere au jour.
Scene II. Arcas revient du Temple. Il annonce
à Alcide & à Pherez que la réponse des Dieux
donne lieu d'esperer , qu'Alceste se flate qu'un secours
genereux rendra la fanté à son Epoux , que
pour l'obtenir du Ciel elle s'eft enfermée dans le
Temple. Pherez ne doute pas de trouver ce secours
dans Alcide . Alcide envoye Arcas au Temple pour
interroger la Prêtreffe sur ce qu'il doit faire. Il pro
met de tout entreprendre pour sauver Admete .
Pour un Ami si cher , par des efforts nouveaux
Faut- il renouveller le cours de mes travaux ?
&
Faut-il d'affreux Brigands affranchir les campagnes ?
Et pour joindre les Mers , séparer des Montagnes ?
Refte -t- il à combattre un Hydre furieux ?
Pourfoulager Atlas faut- il porter les Cieux ?
Ce bras eft-il l'espoir d'un nouveau Promethée ?
Dois-je , pour obéir aux ordres d'Eurifihée ,
SEPTEMBRE. 1739: 2009
De Monftres infectés purger encor les airs ?
A Cerbere en fureur oser donner des fers ?
Alcide en ce moment , quoique le Ciel ordonne ,
Pourfauverſon Ami ne voit rien qui l'étonne.
Scene III . Straton vient dire que le Roy eft à
rextremité , que cependant il se fait amener , &
qu'il se fate que la vûë de son Pere adoucira ses
tourmens .
Scene IV. Admete paroît , & prie son Pere de
l'embraffer pour la derniere fois. Pherez lui laiffe
entrevoir quelque esperance dans la réponse de
l'Oracle. Admete semble ne plus rien esperer . Il
tombe dans une grande foibleffe . Pherez croit qu'il
vient d'expirer. Straton le rassûre , & lui dit que le
Roy vit encore. La situation du Fils attendrit le
Pere . Alcide en eft vivement touché.
Scene V. Alcide va au- devant d'Arcas qui revient
du Temple . Il lui demande ce qu'il doit entreprendre.
Arcas raporte à Alcide & à Pherez qu'il n'a pu
rien aprendre de la Prêtreffe , & qu'un ordre de la
Reine l'oblige à garder le silence. Alcide va au
Temple trouver la Prêtreffe , pour sçavoir d'ellemême
ce qu'il doit faire . Admete prie Pherez de
veiller sur les jours d'Alceste . Il est surpris de ne
point voir Acafte son Ami..
Scene VI . Acafte arrive accompagné de Cleante ;
son Confident . Admete recommande à Acafte &
son Pere & son Fils .
Qu'en vous , dont la vertu mefut toujours si chere ;
Pherez revoye un Fils , Eumelus trouve un Pere.
Mais ne vous bornez pas à ces deux grands objets ;
Vaillantpour leur repos consolex mes Sujets,
D'un
2006 MERCURE DE FRANCE
D'un grand Roy par vos soins soulagez la vieilleſſe
Et d'un Prince au berceau protegez lajeunesse ;
Qu'il soit un digne Roy plûtôt qu'un Conquerant ;
Qui rend son Peuple heureux eft toujours aſſés grand.
Inspirez à mon Fils ce que je n'ai pu faire
Aisément j'obtiendrai , Prince , de l'amitié ,
Ce que doit un Héros à la feule pitié.
Vous me le promettez .
Acafte eft pénetré de la confiance que le Roy lui
témoigne ; il en marque si vivement sa surprise
se fait con- qu'Admete ne pouvant soûtenir sa vûë ,
duire dans son apartement.
Scene VII . Acafte seul sur la Scene avec son con.
fident , parcourt le Théatre comme un homme
éperdu. Cleante lui demande où il veut aller , ce
qu'il prétend faire ;-il répond :
5 :
Leur avouer mon crime ,
Venger le Roy, les Dieux , immoler la victime.
Que fert de t'oposer à ma juſte fureur ?
Je dois perdre le jour.

Cleante .
Pas encore , Seigneur.
Ilfaut pour expier un crime déteftable ,
Reffentir plus longtemps l'horreur d'être coupable.
Le Ciel pour s'apaiser fur un forfait fi noir ,
Reçoit un repentir , rejette un desespoir.
Quand vous privez l'Etat d'une tête fi chere,
SEPTEMBRE . 1739. 2007
Du Peuple , d'Eumelus fçachez être le Pere ;
Vous leur ôtezAdmete , en ce moment affreux ,
Déchiré de remords il faut vivre pour eux.
Acafte .
Moi , former Eumelus , moi gouverner l'Empire ,
Qui mói , fouillé du crime ! Ah ! qu'oses - tu me direğ
Cleante.
Que lorsqu'un criminel se livre au repentir ,
Mieux qu'un autre du crime il fçait fe garantir.
Enfin il lui propose l'exemple d'Alcide.
Scene VIII. Alcide revient du Temple , où il a
vú la Prêtreffe. It a apris d'elle qu'il falloit pour
sauver Admete , que quelqu'un defcendît pour lui
aux Enfers . Comme il y paroît déterminé, Acafte
cédant à ses remords , s'offre à lui en ouvrir les
chemins.
ACTE TROISIE'ME & dernier. Scene premiere.
Cleante au defefpoir de voir toujours Acafté déterminé
à mourir, fait tous ses efforts pour l'en détournera
Quoi toujours au trépas vous verrai-je courir ?
Seigneur , vers le tombeau quellefureur vous portes
La vertu deformais vous en ferme la porte.
Acafte perfifte dans le deffein de mourir pour
s'épargner de nouveaux crimes . Cleante continue
à l'en diffuader.
O noble ſentiment & digne d'un Heros ;
Las d'un leger combat il cherche le repos.
Votre coeur , il eft vrai , craint la honte du crime ;
Mais
2008 MERCURE DE FRANCE
Mais il eft peujaloux de mériter l'eftime.
Le Ciel dès ce moment touché de vos remords
A daigné se prêter à vos premiers efforts ;
Faites-en de nouveaux , certain que fa justice
Doit accorder la force à qui combat le vice.
Acafte enfin se résout à vivre. Il demande à
Cleante ce qu'il deviendra lorſqu'il reverra Alceſte
embraffant à ses yeux son Epoux .
:
Cleante.
Vousfuirez , loin d'elle
Croyezque votre coeur à la vertu fidelle ,
Doit furmenter enfin."
Partons & fiez- vous aux Dieux.
Pour la feconde fois abandonnant Alcefte ,
Suivez la gloire , allez , le Cielfera le reſte.
Scene II. Straton vient aprendre à Acafte que le
Roy se meurt , que l'on craint pour la vie de Pherez
. Pherez arrive. Les pleurs qu'il voit couler , le
persuadent que son Fils n'eft plus. Il prie Acafte de
lui en tenir lieu. Acafte veut déclarer son crime ;
Cleante l'interrompt , & dit qu'Admete n'eſt pas
mort , qu'Alcide eft chés Pluton ; qu'il y a lieu
d'efperer qu'à la priere d'Alcide Admete recouvrera
la santé. On entend un grand bruit , & dans le même
inſtant où Pherez ne doute plus de la mort de
son Fils , il le revoit.
Scene III . Admete arrive avec sa suite . Pherez
ransporté de joye court au devant de son Fils. Its
Se
SEPTEMBRE. 1739. 2009
e témoignent l'un à l'autre le plaisir qu'ils ont de
se revoir. Admete demande sa chere Alcefte .
Scene IV. Arcas revient du Temple ; il en raporte
une Lettre d'Alcefte . Admete la lit. Alcefte lui
marque qu'elle s'eft donné la mort , pour lui conserver
la vie. Admete , accablé de cette nouvelle >
se jette entre les bras d'Acafte , qui le repousse
& dit :
· Arrête , Admete ,
Arrête , en m'embraſſant crains d'outrager les Dieux ;
Arrête , & reconnois un Monfirefurieux.
Guidépar les transports d'un amour trop funefte ,
N'en voulant qu'à tes jours, c'est moi qui perds Alcefte.
C'est moi qui des Enfers empruntant le secours ,
En fis sortir les maux qui menaçoient tes jours.
Je voulois, dès tantôt , plein d'horreur pour mon crima è
Las d'être ton bourreau , devenir ta victime.
On ne l'a pas permis , & pour mon châtiment ,
Lejufte Cielgardoit un plus cruel tourment.
Par tes propres douleurs conçois quelle eft ma peine;
Du moins autant que toij'idolâtrois la Reine ;
Les coups dont elle meurt sont tousꞌlancés par moi ,
Jefais mourir Alcefe , Alcefte meurtpour toi.
Saifi d'unjufte effroi in gardes le filence ;
Frape ce traitre coeur. El quoi ! ta main balance !
Il veut se tuer. Admete ordonne qu'on l'en empêche.
Admete se jette sur l'épée d'Acafte . Il veut
en se donnant la mort rejoindre son Alcefte . Pherez
le retient. On entend gronder le tonnerre , les
I. Vol. F éclairg
2010 MERCURE
DE FRANCE
éclairs brillent de toutes parts . Le Feuple annonce
le retour d'Alcide .
Scene V. & derniere . Admete va au- devant d'Al,
cide ; il lui dit qu'Alcefte ne vit plus , & ajoûte :
Elle meurt pour Admete , Admete veut la suivre ;
Vous rongiriezpour moi de me voir lui ſurvivre.
Acafte demande à Alcide la punition de son
crime . ·

Je connois tes forfaits.
Alcide.
Pluton m'a tout apris ;
Acafte .
Donnez-m'en donc le pries .
Alcide.
Attends. Tu nofçais pas encor quel eft Alcide .
Admete enfin prenant le desespoir pour guide ,
Pourprix de mes travaux m'allarmant de nouveau
Dès qu'il revoit lejour, veut courir au tombeau ,
Et venger le trépas d'une Epouse fi chère,
Sur les Theffaliens , fur fon Fils , fur fon Pere ,
Leur ôtant d'unfeul coup, un Pere , un Fils , un Roi,
A ce projet cruel dont je rougis pour toi ,
Le Ciel , le jufte Ciel opofe un sûr obstacle.
Admete.
Qu'entends-je?
Alcide.
`Sa bonté par un fecond miracle ;
Pour la Seconde fois vent te ſauver le jour,
Avea
SEPTEMBRE. 1739. 2011
Avec moi des Enfers Alcefte eft de retour.
Admete.
Alcide merendroit l'Epouse que adore!
Seigneur
• • courons la voir
Alcide.
Il n'eft pas temps encore.
Retardant ce plaifir , va , cours vers les Autels
Tu dois ceSacrifice , Admete , aux Immortels.
Alcide se tournant vers Acafte.
Toi , Prince, ce succès fuffit pour ton fuplice :
Toutefois fi ton coeur en abhorrant le vice ,
Par les remords affreux tant defois combattu ,
Sur mes pas deformais veut chercher la 'vertu ;
Viens , je t'enfeignerai la route qu'il fautſuivre.
Pour te rendre à la gloire, il fera beau de vivre.
Romps les liens affreux d'un amourfans eſpoir.
Acafte.
Oui , Seigneur,fur vos pas je ferai mon devoir.
Ilfaut en vous fuivant, dans l'ardeur qui m'anime?
A force de vertus faire oublier mon crime.
A Admete.
Seigneur, l'oubliriez - vous ? Ah du moins parpitié.
Admete l'embrassant.
Oui ce parfait retour vous rend mon amitié.
Mais allons rendre grace à la bonté céleste ,
Et quitte de cefoin, revoir ma chere Alceste.
Fij
La
2012 MERCURE DE FRANCE
La Comédie que les mêmes Ecoliers représente -
rent enfuite , a pour titre Le Danger des Richeffes ,
Comédie en Prose & en trois Actes . En voici le sujet
en peu de mots .
4
Orgon , fils d'un Marchand , a fait une fortune
immense. Il ne fréquente que des Grands Seigneurs
, & s'en fait méprifer. Il méconnoît sa famille.
Enfin il reconnoît fon erreur .
Personnages & Acteurs de la Comédie,
Anfelme , Pere du Comte de Maffif & d'Orgon ,
M. Gaubier.
Le Comte de Maffif , Fils d'Anselme & Frere d'Or
gon , M. Duchêne.
Orgon , Fils d'Anfelme , & Frere du Comte de
Maffif
, (
M. Flatinet,
Le Marquis ,
Le Chevalier ,
M. de Bernicourt.
. M. Gamard.
M. Du Cros.
M. Foucault.
Carlin , Valet de Chambre du Comte de Maffif ,
M. Pafferat.
Le Maître d'Hôtel du Comte de Maffif, M.Taillard.
La Roche , Laquais du Comte de Maflif,M. Gallois.
Le Poëte ,
Le Muficien ,
M. Faurot.
M. de Klinglin.
M. Tilloy.
Plufieurs Valets de Chambre & plufieurs Laquais du
Comte de Maſſif.
Le Libraire ,
Nous ne nous hazarderons point à donner l'Extrait
de cette Comédie ; nous sentons l'impoffibi
lité , où nous sommes de rendre le feu & la vivacité
qui regnent dans toute cette Piéce . Si nous ne
les exprimions point , ceux qui l'ont entenduee nous
reprochero.ent avee juftice de l'avoir défigurée , &
Paplaus
SEPTEMBRE . 1739. 2013
Paplaudiffement général qu'elle a reçu nous condamneroit.
Nous nous contenterons d'en raporter
deux Scenes. Nous les croyons propres à donner
Pefprit de cette Piéce , & nos Lecteurs y reconnoîtiont
le goût de l'Auteur pour le noble Comique .
La Scene de Flatinet au premier Acte , donnera une
id e de l'aveuglement , où eft Maffif dans toute la
Préce. Celle de Maffif avec son Pere , au troisiéme
Acte , fera fentir le pouvoir des mouvemens du
fang.
Scene feptiéme du premier Acte.
Carlin , Maffif, Flatinet.
Carlin.
M. Flatinet demande s'il peut voir Monfieur.
Flatinet à la porte.
Eh mon Dieu , Monfieur , ne vous incommodes
tai-je point ? Vous étiez peut- être bien aise d'être
beul ?
Maffif.
Point , point , M. Flatinet , entrez , entrez.
Mais !
Entrez , vous dis -je.
Flatinet.
Maſſif.
Flatinet.
Vous vous promeniez en rêvant , & vos réfe
xions sont trop importantes, pour qu'il soit permis

de les troubler.
Il eft vrai , je rêvois .
Maffif.
Flatinet.
Je me retire donc.
F Bj Maffif
2014 MERCURE DE FRANCE
Maffif.
Non , reftez , je le veux.
Flatinet.
·
C'eft donc à condition que vous continuerez de
rever.
Maffif
J
Au contraire , les rêveries m'attriftent , & vous
me ferez plaifir de m'en diftraire .
Flatinet.
Quoi vous pourriez rêver triftement ; yous ! Ah !
c'éft donc pour déplorér le malheur d'autrui ? Hét
las ! vous en êtes bien capable ? Quoi , Monsieur
seroit-il quelque malheureux de votre connoiffance
qui n'eût point encore éprouvé votre générosité
N'arez -vous pas encore fait de bien à perfonne aujourd'hui
Voilà les feals fujets qui puiffent vous
causer de triftes rêveries ; car enfin du côté de la
naiffance , de la fortune , de l'efprit , des belle
connoiffances , je ne crois pas que ..
Maffif.
'Ah du côté des belles connoiffances , j'avoue que
je pourrois avoir moins à souhaiter , fi je m'étois
un peu plus attaché aux Etudes.
Flatinet.
'Aux Etudes ! En aviez- vous besoin ? C'eſt à des
efprits communs auxquels la Nature à refusé ses
dons , que les Etudes conviennent . Elles leur don
nent les moyens de raisonner un peu moins mal .
Mais loin qu'elles euffent pú vous être d'aucune
utilité , elles n'auroient fait que resserrer votre génie.
Les Regles ne font point faites pour des efprits
superieurs comme le vôtre. De plus , un homme
d'un
AMA DAN D
401)
d'un certain rang eft- il fait pour entrer dans ces
petites minuties ? Vous autres , Grands Seigneurs
vous ne devez sçavoir que décider ; il ne vous conviendroit
point de faire des Livres , & pour décider,
il ne faut que du bon fens & de l'esprit.
Maffif.
Il eft vrai que je décide affés facilement .
Flatinet.
Dites donc que vous frapez jufte dans vos déci
sions , car de mauvais efprits pourroient donner un
autre fens à cette façon de parler. Pardon fi j'oſe……….
Maffif
Vous vous moquez.
Flatinet.
Ces petites libertés doivent vous prouver ma
fincerité. D'ailleurs je fuis malheureusement né
cauftique. J'ai fait d'inutiles efforts pour me corriger
fur ce point , & je vous avouerai que dès les
premiers temps que j'ai eu le bonheur de vous con,
noître ; vous m'avez causé des impatiences épouvantables.
Comment , disois- je , un homme dans
lequel il ne me fera pas permis de trouver un défaut
!
རྩྭ་
Maffif.
Ah! Monfieur Flatinet. *
Flatinet.
Quoi ! ... Vous n'avez rien à me répondre. It
faut malgré toute votre modeftie convenir du fait.
Mais à propos , j'oubliois de vous faire compliment
fur l'arrivée de M. votre Frere ; Carlin vient , de
me l'aprendre. Je n'ai point le bonheur de le con-
Fiiij noître.
2016 MEN UKE DE FRANCE
noître. Mais j'en ai entendu dire tant de bien
que .
...
Massif
De lui de mon Frere ?
Flatinet.
Eh mais ....( à part ) les deux Freres feroieng
ils mal enſemble
Massif.
Eh ! quels grands biens vous en a - t'on dit
Flatinet.
Que c'eft un homme d'efprit , raiſonnant de tout
parfaitement bien , & qui pourroit paffer pour un
homme parfait dans l'efprit de ceux qui n'ont pas
le bonheur de vous connoître.
Massif.
Il veut cependant fe mêler de me donner de fest
Lages avis.
Flatinet.
Mais comme j'ai le malheur d'être un peu trop
fincere , ainfi que je vous l'avoüois dans l'inſtant ,
je ne vous cacherai point que d'autres perſonnes
m'ont dit , qu'il étoit bien vrai qu'il avoit de merveilleufes
qualités , mais qu'un peu de jaloufie qu'il
avoit toujours t contre vous , en terniffoit beaucoup
l'éclat , & qu'il étoit fort à craindre qu'elle
n'augmentât à fon retour , quand il vous verroit
dans le haut degré où le mérite vous a placé . . . .
peut- être eft- ce pure médifance.
Massif.
Non , non , Monfieur Flatinet , cela eft très- vraifemblable
SEPTEMBRE. 1739. 2017
femblable . Je viens d'avoir une fcene avec lui qui
fuffit pour le prouver.
Flatinet.
Eh que peut-il vous reprocher
Massif
Que fçais-je Monfieur voudroit que j'euffe chés
moi toute ma Famille.
Flatinet.
Que je reconnois bien - là la baffe jaloufie des Pa
rens ! Oui , vous vous ferez donné des foins terribles
pour foûtenir avec éclat votre Maiſon , il faudra
difperfer le fruit de vos nobles travaux à des
Parens éloignés , peut- être joueurs , libertins , car
enfin , que fçait- on ? Mais , Monfieur , je vous dirai
plus ; dans l'exacte équité , la difpofition de vos
biens n'eft plus dans votre pouvoir. Le fond de ces
biens apartient aux aînés de la Maifon de Maffif..
C'eft comme les meubles de la Couronne.
Massif.
Peut- être pourrois- je propofer à mon Pere & à
ma Mere de quitter la Touraine pour venir .....
Flatinet..
Oui , faites changer d'air des perfonnes de leur:
âge.
Massif.
C'eft ce qui m'a toujours retenu . Que je fuis heu
reux , Monfieur Flatinet , d'avoir un ami tel que
vous !
Flatinet.
Monfieur , encore une fois je vous demande par
don des libertés que je prends. Je fçais combien je:
E v YOUSS
2010 MEK UNE UE INANCE
vous fais fouffrir en vous difant ce que je penſe fur
le caractere de Monfieur votre Frere ; mais de tous
les vices , l'envie me paroît le plus affreux , & je
vois .... Mais j'entends un Caroffe .
Massif
C'eft le Marquis qui vient dîner ici.
Flatinet.
C'eft , fans doute , pour terminer fon Mariage
avec Mademoiſelle de Maſſif.
Juftement..
Massif
Flatinet:
Vous n'avez rien à m'ordonner , Monfieur
Massif.
Quoi ! ne dînez-vous pas avec nous ?
Flatinet.
Je ne puis avoir cet honneur aujourd'hui. Je vais
chés un Ufurier qui doit me prêter cent piftoles .
pour mon procès. On ne le trouve qu'à l'heure de
fon dîné , & je ne veux pas le manquer . Ces gens .
là font d'une infolencé extrême . Ils fe font prier
pour fe faire payer des ufures épouventables.
Massif
Oh fi ce n'est que cette raison qui vous empêche
de dîner avec nous , fans fortir d'ici , je vous ferai
trouver de l'argent fans interêt .
Flatinet.
Ah , Monfieur , je ferois au désespoir .... Voilà
de mes étourderies.
Mallif
LT 1 EMDAE. 1739. 2019
Massif.
" Point de façons , s'il vous plaît . Pourrois je perdre
Poccafion de faire plaifir à un ami auffi fincere que
vous ?
Carlin.
Monfieur le Marquis & Monfieur le Chevalier
viennent d'arriver , & vous êtes fervi .
Massif
Et Madame de Maffif eft - elle prête ?
Carlin.
Madame mange chés elle aujourd'hui , elle a
grande compagnie , & même elle vous prie de vou
loir bien lui prêter votre Maître d'Hôtel pour fer
vir , parce que le fien eft malade.
Massif.
Volontiers , fais lui mes complimens . Allons
nous mettre à table .
Scene cinquième du troifiéme Acte.
Masif. Anselme.
Massif à part.
Qu'ai -je entendu ! ( à Anfelme. ) Ah pourquoi
Vous êtes- vous levé fi - tôt ? Vous êtes encore trop
foible
Anselme.
Monfieur , car puifque vous ne daignez plus m'apeller
votre Pere , je n'ofe plus vous apeller mom
Eils. J'ai repris mes forces , & je crois être en état
de prendre congé de vous .
Massif
Quoi !-vous voudriez me quitter ?
E vj Anfelme
Anselme.
Ne vous contraignez point ; avoüez franchement
que c'eft le plus grand plaifir que je puiffe vous fai
re. Mais enfin , avant que de nous féparer pour
toujours , il eft de mon devoir de vous entretenir
un moment. Affeyez-vous ; ne craignez rien , perfoane
ne peut nous écouter. Me permettrez-vous
bien de m'affeoir auprès de vous ? Vous frémiſſez ►
Massif.
Eh mon Pere !
Anselme.
Ne vous gênez point . Ce nom vous fait peine à
prononcer. Il ne vous fouvient plus du temps où
vous sembliez le prononcer avec tant de tendreffe..
De ce temps ou votre Pere pouvoit encore vous être
utile. De ce temps , où je vous facrifiai le peu qui
me reftoit pour vous envoyer à Paris dans un équi
page honnête. Vous m'embraffiez alors , ingrat
vous m'embraffiez, pour tirer de moi le fecours qui
vous étoit néceffaire. Vous me faifiez accroire
que
vous me quittiez à regret , mais que bien- tôt , si le
Ciel fecondoit vos intentions, je n'aurois pas lieu de
me repentir de l'aveugle tendreffe que j'avois pour
vous. Tout vous a rénffi. Vous poffedez des biens
que vous ne deviez pas efperer. Que font devenues
vos promeffes ? Qu'avez vous fait pour moi ? Je me.
fuis facrifié pour vous , & pour récompenſe , cruel,
vos duretes me percent le coeur. La fortune en vous
a détruit la nature . Après vingt ans d'abſence le
hazard me conduit ici , & vous n'ofez me reconnoître.
Sous prétexte de me faire prendre du repos,
vous me cachez à tout le monde ; à votre femme
à vos enfans. J'ai vû cependant votre fille . .
Malheureux , ne craignez rien ; quoiqu'il m'en ait
coûté , je ne me ſuis point fait connoître . Quelle:
a de:
SEPTEM BKE. 1739: 2071
de fenfibilité Elle vous fera jouir dans vos vieux
jours d'un bien que vous me refufez ; fils indigne
méritez - vous d'être heureux Pere Votre ingratitude
me fait trembler pour vous ; j'ai dû vous la reprocher.
Adieu . Ce fervice eft le dernier que le
Ciel a voulu que je vous rendiffe.
Massif.
Mon Pere , vous ne fortirez point ; je n'y puis
confentir.
Anselme..
Non , je vais me cacher , languir & mourir avec
votre Mere , dans la Province , où vous avez pris
naillance , & où jamais vous n'oferez paroître.
Mais quelle que foit mon infortune , je vous laiſſe.
encore plus à plaindre que moi.
Massif
Ah ! foyez touché . . .
Anselme;
Eh quoi ! vous.vous attendriffez ?
Massif, se jettant à ses pieds.
Hélas ? .... ah ! mon Pere.
Anselme.
Vous voulez donc encore être mon Fils ? Levezvous
, j'oublie tout.
Massif.
Ah pour moi je n'oublierai jamais mon ingrati
tude , ce cruel souveninen fera l'éternelle punition
Anselme.
Mon fils , je bénis le Ciel des maux que j'ai fouffertsy
ferts , s'ils peuvent vous toucher affés , pour vous
faire rentrer dans votre devoir . Levez-vous , vous
dis-je.
Massif.
Non , laiffez - moi , je me ferois plutôt jetté à vos
pieds , fi j'avois eû la force d'interrompre les justes
reproches que vous venez de me faire.
Ces Piéces & celles qui furent repréfentées l'année
derniere fur ce Théatre , font du même Auteur.
La juftice qu'on rend à fon mérite eft fi univerfelle
, que fon nom feul eût fuffi pour fon éloge , fi fa
modeftie nous eût permis de le publier. Le filence
coûte en pareille occafion , & noire reconnoiffance
en fouffre. Nous efperons , du moins , qu'on le reconnoîtra
dans fes Ouvrages. Le Public éclairé ,
aura fenti , fans doute , combien il faut être ami de
la vertu , pour n'employer fes talens qu'à la revétir
d'ornemens qui fervent à la rendre plus aimable à
nos yeux .
Les jeunes Meffieurs qui représenterent ces deux
Pieces, remplirent leurs Rôles avec une intelligence,
& d'une maniere non communes ; & on peut dire
avec juftice , que l'on ne s'attend pas , à voir des
Piéces jouées par des Ecoliers , auffi bien repréfentées.
Pardeffus tous Mrs Du Chesne & Gamard
fe diftinguerent également dans le Tragique & dans.
le Comique. M. Du Cros remplit le Rôle de Mar
quis avec beaucoup de fuccès.
NOUS
SEPTEMBRE. 1739 2023
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE.
LETTRE de M. le Baron de Hochepie ,
Consul de Hollande à Smirne , à M. de
·Fontenu , son Beaufrere , écrite de Smirne
le 20. Juin 1739.
**
L
E Grand Seigneur voulant faire ceffer les ra
vages que faifoit depuis long- temps le Rebelle
Sary-Bey , dans la Natolie , & les dommages confidérables
qu'en fouffroient le Peuple & le Commerce
, S. H. dépêcha à plufieurs Gouverneurs des
ordres , de joindre leurs forces pour venir à bout
de ce fameux Rebelle , fous le Commandement de
Urfa Pafciafi ; en conféquence , Sarich- Chia- Cagia ,
partit avec 800. hommes , Hagi - Acmet Aga , Pourvoyeur
de Guifellaflar , avec 1300 ; Omar Aga
Muffelin de Philadelphie , avec sco ; le Muffelin de
Tirie , avec 300 ; Omar Aga , Muffelin de Manaxie
, avec 700 , & plufieurs autres Volontaires. Sary
Bey ayant eú avis des forces qu'on envoyoitcontre
lui , abandonna le Château de Cones , &
marcha le 6. Mars , accompagné de 300. de fes
plus affidés Compagnons prenant fa route du côté
de la Perfe , où il avoit deffein de fe retirer , ce que
n'ayant pû executer , les paffages étant bien gardés ,
il résolut de fe réfugier fur une haute Montagne,,
fruée entre Philadelphie & les Montagnes de Nafich
, près d'une Tour nommée la Tour d'Aly Aga.
Il y a fur cette Montagne une ancienne Fortereffe
qui tombe.cn ruines. Ce fut en cet Endroit qu'il
Canipas
2014 MERCURE DE FRANCE
campa avec 150. des fiens , & qu'il attendit de pied.
ferme les Troupes qui le pourfuivoient . Enfin le
26. May on engagea le Combat , qui dura 7.
heures de furite , après quoi les Troupes Tur
ques donnerent Paffaut à cette Fortereffe , &
taillerent en pieces ces Rebelles , le Bolutafi Cara-
Ioglu de Sary Bey , y fut tué , & fon Bolutafi Sicoglu
, fut fait prifonnier & conduit au Château de
Giufellaffar. Sary Bey le voyant ainfi battu , &
même bleflé , monta à cheval , fuivi d'un feul
des fiens , & prit la fuite. Etant arrivé dans un bois
proche d'une autre Montagne , il tua fon Cheval &
congédia celui qui l'accompagnoit , dans le deffein
de fe fauver feul , mais malheureuſement ce Domeftique
fut rencontré des Gens du Pacha , qui lui
demanderent où étoit fon Maître , & qui le forcerent
de les conduire dans le Bois où il étoit caché ;
Sary Bey ainfi découvert , demanda quartier ; mais.
voyant qu'il n'y avoit plus . de reffource , il tira fon
Sabre contre les Gens du Commandant de cette
Troupe , dont un des Chefs le tua d'un coup de fufil
; auffi- tôt Omer Aga , Cominandant , lui coupa
la tête , & la fit porter à Urfa Pafciafi , qui l'en .
voya à Conftantinople. Telle a été la fin de ce fameux
Rebelle , qui a défolé pendant un très - longtemps
toute la Natolie..
LETTRE d'un Marchand d'Erivan en
Armenie écrite à un de ses amis à Smirne.
le 21. Mars 1739.
A
Près que Schah Nadir , cy- devant nommé Tamas
Kouli Kan , fe fut emparé des trois Villes
dont je vous ai parlé , il marcha à la tête d'une
nombreufe Armée , vers Raggia Obey , qui s'étoit
révolté contre le Grand Mogol: Ce Rebelle s'étoit
retiré
SEPTEMBRE. 1739. 2021
retiré à Peckavufux , Ville très- opulente , où il s'étoit
mis en état de fe défendre . Schah Nadir en
étant informé , prit l'élite de fon Armée , laiffant
derriere lui fon bagage , & fe mit en marche , faifant
le chemin de trois jours en un feul. Il prit cette
Ville par furprife , Raggia Obey fe fauva ; mais
fon Séraskier Nafir fut fait prifonnier avec 25000.
hommes. Schah Nadir ayant emporté toutes les
richeffes qu'il trouva dans la Ville , & y ayant mis
un Gouverneur , partit pour le rendre à la Ville de
Laghor ; il reçût fur la route plufieurs Ambaffadeurs
du Grand Mogol , pour l'engager à faire un Traité
de Paix .
Le bruit court aujourd'hui que Schah Nadir abdique
la Couronne de Perfe en faveur de fon Fils
Erefa Guli , lui ayant conferé le Titre de Veliachs,
qu'on ne donne qu'aux Héritiers préfomptifs de
cette Couronne , à condition qu'il obſervera les
quatre articles fuivans.
1. De porter le Doghia, apellé en Turc Sorgutsch,
au côté gauche de fa tête , au lieu que les Rois de
Perfe le portent à droite , comme une marque de
Souveraineté.
les
2°. Que tous les Actes & Ordonnances que
Rois de Perfe ont coûtume de figner au haut de la
feuille , ne feront fignés par lui qu'à la fin .
3°. Que la Monnoye ne foit pas frapée en fon
nom.
Et 4°. qu'il ne pourra pas faire la guerre contre
les Puiffances voifines , excepté contre les Lefghies,
qui font des Tartares , habitans fur le Mont Caucafe.
Ce nouveau Veliacht , eft d'une humeur fort
douce , & très-porté pour les Chrétiens , qui ſe fla❤
rent d'en être bien traités.
On dit qu'il étoit arrivé à Maſcate pour le rendre
enfuite
2026 MERCURE DE FRANCE
enfuite à Ifpaham , & prendre le Gouvernement da
Royaume de Perfe , & que fon Pere avoit deffein
d'ériger en Royaume le Candahar & les autres Pays
conquis de l'Orbech & des Indes , & d'établir fon
Siége Royal fur les confins des Indes.
Il arriva hier ici une Lettre de Schah Nadir ,
écrite au Patriarche des Arméniens , remplie d'expreffions
obligeantes ; ce Prélat s'étoit plaint de ce
que les Gouverneurs précedens s'étoient emparés
des Dixmes de fon Convent. Schah Nadir lui promet
de le garantir à l'avenir de pareilles injuftices.
La Ville de Bonghaza n'eſt pas encore prife par
Yes Tartares Usbecs , comme le bruit en avoit couru.
Ibrahim - Kam , qui étoit parti , comme je vous
l'ai mandé par ma précedente , a été tué par un ef
fet du hazard , d'un coup de fufil , & Emir Aslan
a été nommé par Schah Nadir à fa place , Kam de
Tauris , avec ordre d'aller attaquer les Lesghies . I
eft à la tête d'une groffe Armée à Dervis , & il doit
fe mettre en marche par les Montagnes du Caucafe
, qui font déja invefties depuis vingt jours; Sophi,
Kam , doit lui fucceder en cas de mort , pour n'être
pas obligé d'attendre les ordres de la Cour.
Le légitime Roy de Perfe Schah Thamas , & fon
fils , font encore en vie & en bonnë ſanté , à Sebſebat
, Ville de la Province du Mazandran , auſſi bien
que le Frere de l'Emir Mamuth , fils de Mireweis
fait dernierement prifonnier à Candahar , avec le
Prince d'Usbeck , & le Prince de Balg , & ils font
tous traités honorablement.
EXTRAIT d'une Lettre de Conftantinople,
du 10. Juin 1739 .
M
R l'Ambaſſadeur étant , comme vous le fça→
vez, nommé Plénipotentiaire pour traîter la
Paix entre les Allemans, les Mofcovites & les Turcs ,
SEPTEMBRE. 1739. 2027
on fait dans le Palais de France de fi grands prépa
ratifs , qu'ils dérangent tout le Fauxbourg de Pera.
Il y aura zoo . Chariots chargés des Bagages , des
provifions , uftanciles , &c. pour la Maifon de M.
l'Ambaffadeur ; la Porte lui donne un Capidgi Ba
chi , un Vifir Agaffi , & 100. Janiffaires , pour l'accompagner
jufqu'à l'Endroit où doit fe tenir le
Congrès. M. 'Ambasadeur a 24. Valets de pied ,
18. Haidouts on Valets de parade , & 8. Valets
de Chambre. Il emmene avec lui trois Drogmans,
& deux Jeunes de Langue , qui font les fieurs Clai
rambault & le Roux. M. de Cresmery refte a
Palais , en qualité de Chancelier , en attendant que
M. Peyflonel , qui eft du voyage , vienne reprendre
poffeffion de fon Employ . Je n'ai aucune autre
nouvelle à ajoûter , fi ce n'eft que la tête de Sary-
Bey- Oglou , eft exposé à une des Portes de Conftan
ginople.
RUSSIE.
N affûre que le Comte de Munick, depuis fon
entrée dans la Moldavie , en a fait enlever
1'Hospodar , & qu'il a convoqué les Etats de la Province
, dans le deffein de les engager à élire pour
Souverain le Frere du Prince Cantimir , Ambafladeur
de la Czarine auprès du Roy de France .
Les Lettres par lefquelles on a été informé des
derniers mouvemens des Mofcovites & des Tartares,
marquent qu'on avoit apris de Conftantinople,
que le Marquis de Villeneuve , Ambaffadeur de
S. M. T. C. à la Porte , en étoit parti le 14. Juin
dernier pour fe rendre à l'Armée du Grand Vifir
& que,quelques jours auparavant,il avoit eu une Audience
publique du Grand Seigneur , qui , pour
faire honneur à cet Ambaffadeur , avoit ordonné ,
que toutes les ruës par lefquelles il devoit paffer
fullent
028 MERCURE DE FRANCE
fuffent bordées par une double haye de Janiffaires."
Ces Lettres ajoûtent que felon divers avis reçûs
de Turquie , on a'y doutoit presq e point de la
mort de Thamas Kouli- Kan , mais qu'on n'étoit
pas encore exactement inftruit des circonftances de
cet évenement .
ALLEMAGNE.
Na apris de Vienne que le Géneral Wallis
s'étant déterminé à aller camper à Czentos.
de l'autre côté de la Temes , il fit paffer cette Riviere
à l'Armée Impériale le 9. Août.
Le 11 ayant apris qu'un Corps de Troupes Turques
étoit à labouka , & qu'un Détachement con-
Adérable de Janiffaires & de Saphis s'étoit avancé
jufqu'à Opowa, il jugea qu'il n'y avoit pas de temps
à perdre pour fe rendre à Czentos , parce qu'il y
avoit lieu de craindre que les Ennemis ne lui coupaffent
le chemin , ce qu'ils auroient pû faire en
prenant par les Marais .
Ce General donna ordre aux Troupes de fe tenir
prêtes à marcher avant le jour , & l'Armée étant
décampée le 12. vers les deux heures du matin , elle
fit une fi grande diligence , qu'elle arriva le même
jour à Czentos ; ce Bourg qui eft fur le bord du
Danube , entre la Temes & la Theiffe , vis - à - vis de
Salankeman , eft à huit lieuës de Petri Waradin &
à fix au-deffus de Belgrade . Le Pont qui étoit auprès
de cette Place a été remonté juſqu'à Czentos ,
& l'on en a couvert la tête par quelques retranchemens.
Les Troupes s'étant trouvées fort fatiguées , le
Comte de Wallis les fit repofer le 13. & le 14. Ce
Géneral étoit dans le deffein de paffer la Theiffe
pour aller occuper le Camp de Titul , mais le ComSEPTEMBRE.
1739 2024
te de Neuperg , le Prince de Saxe Hildburgshaufen
& plufieurs autres Officiers Géneraux ayant repréfenté
qu'il étoit plus avantageux de s'aprocher de
la Save , le Comte de Wallis repaffa le Danube le
15. & alla camper à Surdock , entre Petri Waradin
& Semlim . Il prit ce parti pour conferver la communication
avec Belgrade , & pour empêcher les
Turcs de paffer la Save. Comme il pourroit furvenir
quelque circonftance qui obligeât de rentrer
dans le Bannat de Temefwar , le Comte de Wallie
a laiffé le Pont près de Czentos avec un Détachement
confidérable de Troupes pour le garder.

Depuis que l'armée à quitté le Camp de Jabou
ka , les Turcs l'ont ſuivie conftamment dans toutes
fes marches , & ils occupoient chaque jour le Camp
qu'elle avoit abandonné la veille. Quoiqu'ils fussent
fupérieurs en nombre , le bon ordre dans lequel
l'Armée a marché , les a empêchés de rien
entreprendre.
Le Baron de Suckow , qui commandoit dans Belgrade
, étant tombe malade , on a envoyé le Géneral
Schmettau pour le remplacer.
Les avis reçûs de cette Place , portent , que les
maifons de trois ou quatre rues de la Ville ont été
preſqu'entierement ruinées par le Canon des Affiégeans
, & par la grande quantité de Bombes qu'ils
jettent pendant la nuit. Deux Bombes font tombées
fur l'Hôpital , mais elles n'y ont causé que
peu de dommage. Les Ennemis ont établi fix Batteries
qui tirent continuellement , & dont deux battent
avec beaucoup de vivacité les Ouvrages de la
Porte de Sabatsch & de celle de Wirtemberg.
Le Grand Vifir paroît perfifter dans la réfolution
de donner un affaut géneral , & il a promis des ré
compenfes aux Officiers & aux Soldats qui fe dispingueront
le plus en cette occafion. Il détacha le
Z
1
2035 MERCURE DE FRANCE
7. Août 15000. Bofniaques , qui en formerent le
lendemain le blocus. La nuit fuivante , ils établirent
quatre Batteries , & le 9. ils commencerent à
battre le Fort en breche , mais la Garniſon fit für
eux un fi grand feu , qu'ils fe font retirés.
Trois Galeres qui étoient montées par des Malthois
, & que l'Amiral Palavicini avoit envoyé croífer
devant Belgrade , à l'endroit où la Temes fe jette
dans le Danube , furent attaquées le 11 , par un
grand nombre de Saïques Turques. Les Malthois
commandés par un de leurs Chevaliers , fe défendirent
pendant un long temps avec beaucoup
de valeur , mais ayant été envelopés par les Ennemis
, & ne pouvant plus efperer de dégager les Galeres
, ils fe déterminerent à les faire fauter , & ils
fe retirerent à Belgrade dans les Chaloupes.
Plufieurs des Officiers Géneraux qui n'étoient pas
employés , ont reçû ordre de fe rendre à l'Armée ,
pour fervir à la place de ceux qui ont été tués ou
bleffés dans les Combats de Kroska & de Panzova.
Sur la nouvelle qu'on reçût le 19. du mois paffé
que les Ennemis conftruifoient deux Ponts fur la
Save , du côté de Palos , le Prince de Saxe Hildsburghaufen
, qui commande l'armée depuis que le
Comte de Wallis eft indifposé , marcha la nuit fui
vante vers cette Riviere , avec huit Régimens d'In-
Fanterie & fix de Cavalerie des Troupes Impériales,
cinq Bataillons de celles de Baviere, & deux Bataillons
de celles de l'Electeur de Cologne , & le 21.
il entra avec ce Corps dans le Camp de Semlin . I!
y aprit que les Turcs continuoient l'établiffement
de leurs Ponts , qu'ils en avoient déja conduit un
depuis le bord de la Riviere jufqu'à une petite Isle
qui eft au milieu , & qu'ils avoient établi trois Batseries
en deçà de la Save .
Comme il eft important d'empêcher les Ennemis
de
SEPTEMBRE. 1739. 2011
de paffer cette Riviere , on tint le 22. au Camp de
Semlim , un Confeil de guerre dans lequel il fut
réfolu que l'Armée Impériale s'aprocheroit de l'endroit
où les Turcs veulent jetter leurs Ponts , afin
d'être à portée de s'opofer à leur paffage.
Le Prince de Lobkowitz , qui s'étoit avancé jusqu'à
Carenfebes avec le Corps de Troupes qu'il
commande , eft retourné en Transilvanie , parce
qu'on n'a pas jugé que les circonftances lui permissent
de traverfer le Bannat de Temeswar , pour al
ler joindre le Comte de Wallis. Depuis que le Prin
ce de Lobkowitz s'eft éloigné de cette Province ,
que l'Armée Impériale a repaffé le Danube , les Ennemis
ont mis à contribution une partie du Bannat,
ainfi que le Comté de Chonad & prefque tout le
Pays le long du Marosch.
Le Corps de Troupes Ottomanes , qui étoit à Ja
bouka , en eft décampé , & à la faveur de la feche
reffe qui regne, depuis quelque temps , il a paffé les
Marais voifins de ce Bourg. Il s'avança le 19. à
Borcza , près du Danube , & le Pacha qui le com
mande , fit occuper par un détachement l'Isle qui
eft à l'embouchure de la Temes , vis- à- vis de Bel
grade.
Les Turcs continuent de pouffer leurs travaux devant
cette Place avec beaucoup de vivacité , & ils
battent toujours en breche le Baſtion de Sainte Eli
zabeth , & les Ouvrages de la Porte de Sabatsch &
de celle de Wirtemberg. Les Affiegés le défendent
de leur côté avec une extrême valeur ; ils font un
feu continuel fur les Ennemis , & ils ont fait plu
fieurs coupures derriere les Ouvrages les plus exposés
au Canon des Affiegeans , afin de leur réfifter
plus facilement , en cas qu'ils tentent un affaut.
Malgré l'ardeur avec laquelle l'Empereur & le
Grand Seigneur fe font la guerre , les négociations
pour
2032 MERCURE DE FRANCE
pour la Paix ne font point interrompuës , & il paffe
fouvent d'une Armée à l'autre des Officiers chargés
de nouvelles propofitions d'accommodement. Le
13. du mois paffé , le Comte de Gros , Colonel-
Commandant du Régiment de Savoye , fe rendit
par ordre du Comte Wallis , au Camp du Grand
Vifir , qui le reçût avec beaucoup de marques de
diftinction. On prétend que ce Premier Miniftre
Jui a déclaré que, i l'Empereur défiroit de traiter de
la Paix , il falloit que S. M. I. ſe déterminât à reftituer
préliminairement au Grand Seigneur la Ville
de Belgrade. Le Comte de Gros retourna le 14. &
le 15. au Camp des Affiegeans .
Le 18. le Comte de Wallis y envoya le Comte
de Neuperg , & le bruit court que ce dernier à été
chargé de dire au Grand Vifir , que S. M. I. confentoit
à céder Belgrade en raſant toutes les Fortifications.
Les dernieres Lettres de l'Armée , marquent, que
le Comte de Neuperg étoit encore le 20. au Camp
des Turcs.
Do
ESPAGNE,
On Thomas Geraldino , Miniftre de S. M. C.
à Londres , ayant dépêché un Courier au Roy
pour lui donner avis que S. M. Br. avoit fait publier
une Proclamation , par laquelle il déclaroit qu'il
accorderoit des Lettres de marque à les sujets , pour
afer de repréfailles contre les Espagnols , le Roy a
réfolu de donner de pareilles Lettres à ceux qui en
demanderont contre les Anglois.
Les Assogues , qui étoient partis de la Havane le
12. Juin dernier , arriverent à Sant- Andero le 13 .
Août fuivant , & leur charge confifte en cinq miltions
141130. Piaftres, tant pour le compte du Roy,
que pour celui des Particuliers ; 552950. livres de
Cochenille
SEPTEMBRE . 1739.
1739 2033
Cochenille ; 279700. paquets de Vanille ; 448025.
livres de Tabac , en poudre ; 625550. de Tabac en
feuille ; 3827. Cuirs préparés ; 430. Quintaux de
Bois de teinture ; 70000. livres de Rhubarbe , &
360. Boiffeaux de Betoüane.
M. Keene , Miniftre Plénipotentiaire du Roy dela
Grande Bretagne à Madrid , a reçû ordre de partir
inceffamment & fans prendre congé , pour rerourner
en Angleterre .
Quelques Vaiffeaux de l'Efcadre Angloife , commandée
par le Contre-Amiral Haddock , fe font
emparés de deux Bâtimens de Bilbo, & d'une Barque
des Côtes du Royaume de Valence .
ISLE DE CORSE.
Elon les avis reçûs de la Baftie , on y a mis en
prifon trois Religieux , quatre Séculiers & quatre
femmes , tous de la Pieve de Nebbio , & proches
parens des nommés d'Oleta & Mazacchino , Chefs
des Bandits , qui , n'ayant point voulu accepter
d'Amniftie , parcourent les Campagnes, où il n'y a
point de Troupes Françoifes , pillent tout ce qu'ils
y trouvent , & tuent les Voyageurs , fans épargner
même leurs Compatriotes.
Ces Lettres ajoûtent que les Habitans de la Pieve
de Talaro perfiftent dans leur révolte , & que le
11. du mois dernier , ils eurent la témerité d'attaquer
un Détachement de 180. hommes des Troupes
Françoifes , qui étoit logé dans un Convent du
Bourg de Guizzoni . N'ayant pû en chafer ce Détachement
, ils inveftirent le Convent , & ils l'ont
tenu bloqué pendant quatre jours , mais à la fin ils
fe font retirés dans les Montagnes , fur l'avis de la
marche de 300. hommes qu'on y avoit envoyes fous
les ordres d'un Lieutenant Colonel.
1. Vol. G Le
4034 MERCURE DE FRANCE
Le Marquis de Maillebois fe prépare à les réduire
par la force, & il a ordonné pour cet effet à plu.
fieurs Bataillons d'aller le joindre. Comme la Pieve
de Talaro eft la feule qui s'obſtine à la réſiſtance
les Habitans de cette Pieve ne peuvent reculer que
de quelque temps leur ruine ou leur foumiffion .
Les dernieres Lettres marquent que le Marquis
de Maillebois avoit fait les dispofitions néceflaires
pour attaquer la Pieve de Talaro ; qu'il avoit ordonné
à M. de Larnage, Brigadier des Armées du Roy,
de s'avancer jufqu'à Baftalica , avec les Régimens
de Rouffillon & de Bearn , quatre Compagnies de
Grenadiers , & 60. Miquelets ; au Marquis de Valence
, Colonel du Régiment de Bearn , de marcher
du côté de Panca à la tête de foo. hommes ; & au
Marquis d'Avarey, Colonel du Régiment de Nivernois
, de s'embarquer avec 600. pour aller defcendre
fur la Côte de Valinco ; que les meſures étoient
prifes pour que ces Troupes entraffent le 24. ou le
à la même heure dans le Pays occupé par les
Rebelles , & qu'afin de n'avoir à craindre aucune
infidelité de la part des Pieves foumifes , le Marquis
de Maillebois avoit fait défarmer celles d'Ornano
d'Iftria & de la Rocca , auxquelles il avoit permis
jufqu'alors de garder leurs armes , pour le garantir
des courfes des Bandits.
25.
Six cent Rebelles ayant attaqué un Poſte où étoit
un Détachement des Troupes Françoiles , M. de
Larnage envoya au fecours de ce Détachement 320.
hommes , fous les ordres de M. de Fonbrune, Commandant
du fecond Bataillon du Régiment d'Auvergne.
A l'aproche de M. de Foubrune , les Rebelles
abandonnerent leur attaque , & allerent ſe placer
fur la hauteur par laquelle il devoit arriver.
Çet Officier les attaqua avec beaucoup de valeur
les mit en fuite & fecourut le Pofte dont ils vou-
>
loient
SEPTEMBRE. 1739 2035
loient s'emparer. Il y a eû dans cette Action & dans
la défenſe du Pofte , quinze Soldats François de
tués & vingt-un de bleffés ; un Lieutenant l'a été
dangereusement , & M. de Vaux , Capitaine , a eû
la main percée ; le Sous- Lieutenant des Grenadiers
du Régiment de Bearn , a été tué.
Le Marquis de Maillebois a fait pendre à Paftorecchia
, un Prêtre & un Récolet de Luciana , convaincus
d'avoir favorisé les brigandages du nommé
Mazacchino .
SAVOY E.
Na aprisde Turin, que le Marquis de Senecterre
, Ambaffadeur du Roy de France en cette
Cour , donna le 24. du mois paſſé , à l'occaſion du
Mariage de Madame Louise - Elizabeth de France ,
une Fête magifique , à laquelle il avoit invité toutes
les Perfonnes de diftinction de cette Vilie.
I'
La Fête commença à ſept heures du foir par la repréfentation
de la Comédie de l'Homme à bonnes
fortunes , & de celle du Moulin de Javelle , qui furent
jouées fur un Théatre que l'Ambaffadeur avoit
fait dreffer dans une des Salles de fon Hôtel . Après
la Comédie , on monta dans l'Apartement d'enhaut
, dont toutes les Piéces étoient éclairées d'une
grande quantité de lumieres , & préparées pour le
Bal , qui dura jufqu'à une heure après minuit , &
pendant lequel on diftribua des rafraîchiffemens en
abondance. Un repas des plus fplendides fuivit le
Bal , toutes les Dames fouperent à une même Table
મે
& furent fervies par les Cavaliers ; il y eut dans les
Chambres voisines plufieurs autres Tables pour les
Cavaliers qui ne demeurerent point auprès des
Dames.
Lorfque le foupé fut fini , on recommença le Bal
Gij &
2036 MERCURE DE FRANCE
3
& on danfa jufqu'au jour. Pendant la nuit P'Hôtel
da Marquis de Senecterre fut illuminé en dehors à
tous les trumeaux des croifées du premier & fecond
Etage avec des flambeaux de cire blanche.
Le lendemain , Fête de S. Louis , les Miniftres
Etrangers & plufieurs Seigneurs & Dames de la
Cour dînerent chés le Marquis de Senectérre , qui
fit fervir plufieurs Tables avec autant de profufion ,
que de délicateffe . Le foir , fon Hôtel fut illuminé
comme la veille , & toute la Nobleffé s'y rendir
pour y aflifter à un Concert de voix & d'Inftrumens ;
executé par les plus célebres Muficiens de Turin . ,
Il y eut encore Comédie le 26. chés l'Ambaffadeur
, & l'on y repréſenta les Piéces de Georges
Dandin & du Grondeur. Le Bal fucceda à la Comédie
, & l'Affemblée fut fi nombreuſe , qu'on
pouvoit à peine pénetrer dans les Apartemens. Pendant
le foupé un grand nombre d'inftrumens executerent
diverfes Fanfares. Le Bal recommença à
quatre heures du matin , & ne finit qu'au lever du
Soleil. L'Hôtel du Marquis de Senecterre fut illuminé
cette nuit , comme les deux précedentes , &
l'Ambaffadeur du Roy d'Espagne fit illuminer auffi
le fien pendant ces trois nuits.
1
FESTES DONNEES & Cérémonies
observées à l'occasion du Mariage de MADAME
LOUISE - ELIZABETH DE FRANCE,
Fille aînée de Leurs Majestés , avec DON
PHILIPE , Infant d'Espagne.
CE
Ette Augufte Alliance ayant été concluë dès
le mois de Février dernier , entre Sa Majesté
& le Roy d'Espagne , & la Princeffe étant entrée
le
SEPTEMBRE. 1739. 2037
le 14. du mois paffé dans la treizième année de ,
fon âge , le Roy fixa au 26. du même mois la Célebration
du Mariage .
Le Marquis de Lamina , Ambaffadeur du Roy
d'Espagne auprès du Roy , ayant reçû des pleins
pouvoirs pour faire , en qualité d'Ambaſſadeur Extraordinaire
, la demande de Madame , au nom du
Roy d'Espagne , fe rendit le 21. Août au matin à
P'Hôtel des Ambaſſadeurs Extraordinaires . Il y fat
fervi par les Officiers de S. M. & il l'a été de la mê →
me maniere , pendant le temps qu'il y a demeuré.
Le 23. Le Comte de Marian , & le Chevalier de
Saintot , Introducteur des Ambaffadeurs , allerent
dans les Carolles du Roy & de la Reine à l'Hôtel
des Ambaffadeurs Extraordinaires , prendre le Mar ,
quis de Lamina , Ambaffadeur Extraordinaire du
Roy d'Espagne , pour le conduire à Verfailles à fa
premiere Audience publique de S. M. & la marche
fe fit dans l'ordre fuivant.
Le caroffe de l'Introducteur ; celui du Comte de
Marfan ; le caroffe du Roy précedé des deux Suisses
de l'Ambaffadeur , à cheval ; de fa Livrée , qui
étoit très nombreuſe ; de fes Officiers & Valets de
Chambre , à cheval ; de fon Ecuyer & de fes Pages
à cheval ; le caroffe de la Reine ; les cinq caroffes
de l'Ambaffadeur , qui fermoient la marche , & qui
étoient remplis de plufieurs Seigneurs Espagnols.
L'Ambafladeur trouva à fon passage dans l'avant-
Cour du Château, les Compagnies des Gardes Fran
çoiſes & Suisses fous les Armes , les Tambours apellant
; dans la Cour , les Gardes de la Porte & ceux
de la Prévôté , en haye & fous les Armes ,
poftes ordinaires. Il descendit à la Salle des Am
bassadeurs , où il ſe reposa jusqu'à l'heure de l'Audience
de S. M.
à leurs
Lorsqu'il y alla , il fut reçû au bas de l'Escalier
Giij par
1
2038 MERCURE DE FRANCE
par le Marquis de Brezé , Grand - Maître des Céréal
monies , les Cent Suisses étant fur l'Escalier en ha→
bits de cérémonie , la Hallebarde à la main. Il fur
reçû en dedans de la Salle des Gardes du Corps par
le Duc de Villeroy , Capitaine en quartier d'une des
Compagnies des Gardes du Corps , qui étoient en
haye & fous les Armes .
L'Ambassadeur , après avoir complimenté le Roy,
fit au nom du Roy d'Espagne , la demande de MABAME
, pour DON PHILIPS , Infant d'Espagne , &
le Roy la lui accorda , avec des témoignages del
fatisfaction . S. M. avoit ce jour - là un habit de Camelot
d'or , glacé d'or , avec des boutons & boutonnieres
d'or , & la vefte d'une très - riche Etoffe
d'or .
L'Ambassadeur fut enfuite conduit à l'Audience
publique de la Reine . S. M. étoit en habit de Gros
de Tours , vert & argent , chamaré de Raizeaux
d'or & de Pierreries ; à celle de Monfeigneur le
Dauphin , qui étoit en habit de Droguet de Soye &
argent , le fond couleur de feu , galonné d'argent
en Pompons , la vefte d'Etoffe d'argent, fond blanc ,
avec des boutons de Rubis ; à celle de MA DA ME.
Cette Princesse avoit un habit de Gros de Tours &
or , chamaré de Raizeaux d'or & de Pierreries ; &
à celles de Madame Henriette & de Madame Ade→
laïde ; & après avoir été traité par les Officiers du
Roy , il fut reconduit dans les Carosses de L. M. à
l'Hôtel des Ambassadeurs Extraordinaires.
Le Marquis de Lamina n'a rien oublié dans cette
occafion , pour que le bon goût & la magnificence
de fes carosses & de fa Livrée , répondissent aux
intentions du Roy d'Espagne , & à la Commiffion
honorable dont cet Ambassadeur étoit chargé.
Le même jour 23. Août , après midi , le Marquis
de Lamina s'étant rendu à Verfailles chés le Chancelier
SEPTEMBRE . 1739. 2039
celier de France , les Articles du Mariage furent fignés
par le Chancelier de France , par le Comte de
Maurepas , Miniftre & Secretaire d'Etat , par M.
d'Angervilliers , Miniftre & Secretaire d'Etat , par
M. Orry , Miniftre d'Etat & Controlleur Géneral
des Finanes , & par M. Amelot , Miniftre & Secretaire
d'Etat, ayant le département des Affaires Errangeres
, nommés par S. M. pour figner ces Articles ;
& par le Marquis de Lamina.
Le 25. veille du jour fixé par le Roy pour la célebration
du Mariage de Madame , le Comte de
Marsan , & le Chevalier de Saintot , Introducteur
des Ambassadeurs , allerent dans les carosses da
du Roy & de la Reine, à l'Hôtel des Ambassadeurs
Extraordinaires , prendre le Marquis de Lamina, &
le conduifirent à Verfailles . L'Ambassadeur etoit
accompagné du même Cortege qu'il avoit cû le
jour de fon Audience publique , il reçût les mêmes
honneurs que ce jour- là , il fut traité par les Offieiers
du Roy , & après la Cérémonie des Fiançailles
, il fut reconduit à l'Hôtel des Ambassadeurs
Extraordinaires dans les carosses de L. M.
dans
Quelque temps avant l'heure marquée par le Roy
pour les Fiançailles , le Marquis de Lamina , préce
dé de fon Cortege & fuivi de plufieurs Seigneurs
Espagnols , fortit de la Salle des Ambassadeurs pour
fe rendre chés le Duc d'Orleans , qui devoit ,
la célebration du Mariage , représenter Don Philipe
, Infant d'Espagne , & auquel le Marquis de
Lamina avoit remis la Procuration de ce Prince ,
autorisée du Roy & de la Reine d'Espagne. L'Ambassadeur
, qui avoit le Comte de Marsan à fa droite,
& l'Introducteur des Ambassadeurs à fa gauche,
pria le Duc d'Orleans, après lui avoir fait un Com
pliment , de venir chés le Roy pour les Fiançailles.
Ce Prince étoit en habit & vefte d'Etoffe d'or , le
G iiij
Manteau
2040 MERCURE DE FRANCE
Manteau de même , gárni de dentelles d'or.
En allant chés le Roy , le Duc d'Orleans marchoit
à la droite de l'Ambassadeur ; le Comte de Marsan
étoit à leur droite, & l'Introducteur à lagauche . Depuis
le grand Escalier , le Duc d'Orleans & l'Ambassadeur
furent précedés par le Grand- Maître & parle
Maître des Cérémonies , & lorsqu'ils furent entrés
dans le Cabinet dans lequel le Roy étoit avec les
Princes , le Duc d'Orleans alla prendre fa place auprès
du Roy , qui étoit au bout d'une Table , qu'on
avoit mise dans le fond du Cabinet . L'Ambassadeur
s'aprocha de S. M. il la complimenta , & il vint enfuite
fe mettre après les Princes. L'habit du Roy
étoit d'Etoffe d'or , brodée en or , la vefte d'une
autre Etoffe d'or à fond vert , brodé de - même. Celui
de Monfeigneur le Dauphin étoit d'un Droguet
de Soye , brodé en or & Soye , la veſte , d'Etoffe
d'or , brodée de-même.
La Reine ayant été avertie par le Marquis de
Dreux , Grand- Maître des Cérémonies , que le Roy
étoit dans fon Cabinet , fortit de fon Apartement
pour s'y rendre. Elle étoit conduite par le Marquis
de Nangis , fon Chevalier d'honneur , & par le
Comte de Tes é , fon Premier Ecuyer . S. M. avoit
un habit de Taffetas gris - de - lin , chamaré de Raizeaux
d'argent & de Pierreries en grand nombre.
Madame , qui , en paffant de fon Apartement
chés la Reine , avoit été accompagnée par les Princesses
& par un grand nombre de Dames de la
Cour , marchoit après la Reine. Elle avoit un habit
de Gros de Tours , brodé en argent , nüé de couleurs
, avec quantité de Pierreries , Diamans & Rubis.
Monfeigneur le Dauphin lui donnoit la main, &
Madame Henriette portoit la queue de fa Mante ,
qui étoit de Gaze d'or. Madame Adelaïde marchoit
enfuite , & la Duchesse de Tallard , Gouvernante
des
SEPTEMBRE . 1739: 2041
des Enfans de France , étoit auprès de Madame.
Les Princesses fuivoient la Reine , ainſi que la Duchesse
de Luynes , fa Dame d'honneur ; la Duchesse
de Mazarin ,, fa Dame d'Atours ; les Dames du
Palais ; les Dames d'honneur des Princeffes , & un
grand nombre de Dames de la Cour. La Reine fe
plaça à la gauche du Roy , à l'autre bout de la Table
; Monfeigneur le Dauphin & les Princes fe mirent
du côté du Roy ; Madame , Madame Henriette
, Madame Adelaide , & les Princeffes , du côté
de la Reine.
A la droite étoient Monfeigneur le Dauphin , le
Duc de Chartres , en habit de Gros de Tours , grisblanc
& argent , garni de Raizeaux d'argent , la veste
jaune & argent , garnie de même .
Le Duc de Bourbon , en habit de Moire de Soye,
avec des points d'Efpagne d'argent fur les coûtures,
la vefte d'Etoffe d'argent.
Le Comte de Charolois , en habit de Drap d'argent
garni de Points d'Efpagne en or , la vefte d'un
Gros de Naples citron , brodé en or en plein .
Le Comte de Clermont , en habit de Camelot
d'argent , fond brun , garni d'un Point d'Efpagne à
Raizeaux fur toutes les coûtures ; les paremens &
la vefte d'Etoffe d'argent à fond jaune.

Le Prince de Conty , en habit de Moire mouche
tée garni de Points d'Efpagne d'argent à Raizeaux ,
avec des houpes , & c.
Le Prince de Dombes , en habit de Cannelé brun,
avec des Points d'Eſpagne d'or à Raizeaux fur tou
tes les coûtures , la vefte d'un glacé d'or , fond vert
en quadrille , garni de petites Fleurs de Pensées ,
avec des franges d'or & fleurs de Jafinins ..
Le Comte d'Eu , en habit de Luftrine gris de perle
, avec une broderie en or apliquée , la vefte d'E
toffe d'or nuée , à fond blanc , garnie d'une frange
G.V d'or,
2042 MERCURE DE FRANCE
d'or , au nuée , les paremens de l'habit comme
la vefte.
Le Duc de Penthievre , en habit d'Etoffe d'or, & la
vefte de Drap d'argent , le tout garni de Points d'Espagne
d'or , avec des Raizeaux d'or au bas de la
veite & aux paremens , & un noeud d'épaule enrichi
de Diamans.
Du côté de la Reine , étoient Mesdames la Ducheffe
de Bourbon , Douairiere, fon habit étoit d'un
Tabis noir , & fa jupe d'un Gros de Tours à fond
Piftache or & argent , avec une Mantille de Raizeaux
d'or & d'argent , tiffuë en Mosaïque.
La Princeffe de Conty , Douairiere , en habit de
Tabis noir.
Mademoiſelle , en habit d'Etoffe d'argent , chamarrée
de Diamans .
Mademoiſelle de Clermont, en habit d'Etoffe d'or,
avec beaucoup dePierreries lajupe de gaze fort riche.
Mademoiſelle de sens , en habit de Tabis noir
la jupe de Gaze rayée d'or & d'argent , avec des
Pierreries , & c.
Mademoiſelle de la Roche -fur-Yon , en habit de
Gaze , petit jaune & argent , chamarrée de Glands
& Lilas en argent.
Mademoiſelle du Mayne , en habit chamarré de
Raizeaux d'or , enrichi de rofes de Diamans.
Cete augufte Affemblée . avoit un tel éclat de
grandeur & de magnificence , que ceux qui en ont
été les témoins , en font reftés frapés d'admiration.
"
Lorſque les Princes & les Princeffes eurent pris.
leurs places , & que les Seigneurs & Dames de la
Cour fe furent rangés des deux côtés du Cabinet
M. Amelor , Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant le
département des Affairs Etrangeres , s'avança près
de la Table , du côté du Roy, & le Comte de Maurepas
, Miniftre & Secretaire d'Etat , fe mit à l'autre
bour
SEPTEMBRE. 1739. 2043
bout. M. Amelot lut le commencement du Contrat,
qui fut figné par le Roy , par la Reine , par Monfeigneur
le Dauphin , par Madame , par Madame
Henriette , & par Madame Adelaïde , la plume leur
ayant été préfentée par M. Amelot. Les Princes &
les Princeffes fignerent enfuite le Contrat dans la
même colonne que le Roy ; l'Ambaſſadeur figna
feul dans la feconde colonne , vis - à - vis du Duc
d'Orleans.
Dès que le Contrat eut été figné , le Cardinal de
Rohan , Grand-Aumônier de France , en Rochet &
en Camail, accompagné de deux Aumôniers du Roy,
du Pere de Lignieres , Confeffeur de S. M. & de
quelques Ecclefiaftiques de la Chapelle du Roy ,
entra dans le Cabinet , & il fe plaça devant la Table.
Madame s'aprocha , & le Duc d'Orleans s'étant
mis à fa droite , le Cardinal de Rohan fit les
Fiançailles. Après cette Céremonie , le Duc d'Or
leans fut reconduit dans fon Apartement par l'Ambaffadeur
, dans le même ordre obfervé , lorsqu'il
étoit venu chés le Roy.
Le 26. jour du Mariage , le Roy fe rendit à midi
dans la Chapelle du Château de Verſailles , qui
avoit été préparée pour cette Cérémonie , toutes
les travées étoient remplies par les Ambaſſadeurs ,
par les Miniftres Etrangers , & par les Perfonnes les
plus confidérables de la Cour . Le Roy étoit précedé
du Duc d'Orleans , du Duc de Chartres, du Duc
de Bourbon , du Comte de Charolois , du Comte
de Clermont , du Prince de Conty , du Prince de
Dombes , du Comte d'Eu , & du Duc de Penthievre
, & S. M. devant laquelle les deux Huiffiers de
la Chambre portoient leurs Maffes , étoit accompagnée
de fes principaux, Officiers ; le Grand- Maître
des Cérémonies & le Maître des Céremonies marchoient
devant le Roy à la tête du Cortege . Des
Banquetes
G
2044 MERCURE DE FRAN E
· Banquettes contenoient la foule des Spectate rs
laiffant un efpace fuffifant pour le paffage du y
& de la Cour.
La Reine fuivoit , accompagnée des Princeffes &
des Dames de la Cour , comme elle l'avoit été la
veille en paffant ches le Roy pour les Fiança es.
Monfeigneur le Dauphin donnoit la main à Madame
, qui marchoit après la Reine , & qui étoit fuivie
de Madame Henriette & de Madame Adelaide .
Cette augufte & pompeufe Marche , avoit quelque
chofe de fi grand , de fi noble & de fi majestueux ,
qu'on étoit frapé d'admiration & pénetré juſqu'à
l'émotion , de fentimens tendres & affectueux . Ce
Spectacle , auffi brillant que magnifique & varié ,
étoit encore relevé par l'éclat des Pierreries & par
la richeffe des habits des Seigneurs & des Dames de
la Cour & de la Ville , fans compter les Seigneurs
Etrangers, en très -grand nombre, qui rempliffoient ,
la grande Galerie & le grand Apartement jufqu'à
la Chapelle , ce qui préfentoit un point de vue dont
il eft impoffible de pouvoir donner une jufte idée.
Tout ce que nous pouvons affurer , c'est qu'on n'a
peut- être jama s vû rien de fi grand ni de fi bien
ordonné ; le Roy a parû fort content de l'execution
des ordres qu'il avoit donnés dans cette occas
fion & en a témoigné fa fatisfaction avec bonté.
Le coup d'oeil de la Chapelle , de la Tribune &
des Galeries eft encore une choſe que nous n'entreprendrons
pas de décrire , les expreffions les plus
fortes feroient encore trop foibles . Eh ! comment
décrire en effet tant de magnificence ? Moins encore
les mouvemens de la joye & du contentement le plus
parfait, exprimés fur tous les vifages, & tour - à- tour
les regrets fenfibles , causes par e départ de l'illustre
Princeffe que l'Espagne enleve à la France ?
Le Roy avoit ce jour -là un habit d'Etoffe d'agent
brodé
4
SEPTEMBRE . 1739. 2049
' argent en coq illes , les boutons de Diala
vefte d'Etoffe d'argent , richement brodée ;
gros Diamant au chapeau .
Monfeigneur le Dauphin avoit un habit de Brogard
d'or , brodé fur toutes les coutures , & la vefte
relée en Molaïque , enrichie de rubis .
be Duc d'Orleans avoit le même habit que le
our des Fiançailles.
Le Duc de Chartres , en habit de Drap couleur
noifette & or , brodé d'or, & la veſte de même .
Le Duc de Bourbon , en habit de Pluye d'argent,
brodé d'or , la vefte d'Etoffe d'argent brodée en or.
Le Comte de Charolois , un habit brodé d'or en
plein ; la vefte d'une Etoffe verte & or.
Le Comte de Clermont , un habit d'Avanturine
d'or , fond Agathe à gerbes d'or ; la veſte glacée
d'argent en quadrilles d'or , ainfi que les paremens
de l'habit , avec un bluet dans le milieu , orné d'une
broderie a fond , avec des Raiſeaux en or , &
des frangeons fur toutes les coutures .
Le Prince de Conty,un habit de Camelot d'argent,
fond brun , enrichi partout de Raizeaux d'or , avec
houpes.
Le Prince de Dombes , en habit de Droguet d'ar
gent , fond gris de perles , brodé d'argent , & la
vefte auffi de Droguet,fond cerise & brodée de- même.
Le Comte d'Eu , en habit d'Avanturine couleur
de noifette claire , à fond d'or , avec fleurs & cornes
d'abondance en or ; la vefte d'Etoffe d'argent ,
fond violet , brodée en Soye nuée .
Le Duc de Penthievre , un jufte-au - corps d'Etoffe
d'or , brodé en argent nué ; la vefte de même ; le
bas garni d'un Raizeau d'or nué , ainfi que les pa
remens de l'habit , avec noeud d'épaule , enrichi
de Diamans.
La Reine avoit ce jour- là une habit de Gaze ,
· fond
2046 MERCURE DE FRAN
fond noir & or , très-riche , l'ĉtoffe posee fur du
couleur de roſe , avec Raizeaux d'or en falbala , &
quantité de Pierieries , Glands de Perles & de Dia
mans , &c. Le fameux Diamant nommé le Régeni ,
faifoit le principal ornement de la coëffure de S. M.
Le Sency , étoit employé à fon Colier , & quantité
d'autres de très-grand prix , ainfi que de très -belies
Perles aux Boucles d'oreilles , Pendeloques , Coulans
, Noeuds de Diamans , & c .
L'habit de Madame étoit d'un tiffu d'argent à
fond blanc , brodé , avec des Points d'Espagne en
argent , & enrichi d'une quantité prodigieufe de
Diamans , de Perles & de Rubis.
Les habits de Mesdames Henriette & Adelaide ,
étoient des plus riches Etoffes , & ornés de Point
d'Espagne en argent , enrichis d'une quantité prodigieufe
de Pierreries.
On defcendit par le grand Efcalier de Marbres
arrivées à la Chapelle , L. M s'avancerent jufqu'au
Prie-Dieu; MADAME alla fe, mettre à genoux fur les
marches qui montent au Sanctuaire ; le Duc d'Orleans
s'y mit auffi , & à la droite de Madame. Le
Cardinal d'Auvergne , Premier Aumônier du Roy,
étoit à la droite du Prie-Dieu , & après lui fe placerent
le Cardinal de Polignac , & plufieurs Archevêques
& Evêques en Rochet & en Camail..
Le Cardinal de Rohan , qui étoit forti de la Sacriftie
dans le moment que le Roy étoit arrivé à la
Chapelle , alla préfenter de l'Eau - benite a L. M.
& il monta enfuite à l'Autel , duquel le Roy &
la Reine , Monfeigneur le Dauphin , Madame Henriette
& Madame Adelaïde , fes Princes & les Princeffes
s'aprocherent.
Le Marquis de Lamina , qui étoit entré dans la
Chapelle quelque temps avant L. M. & qui avoit
été placé entre le Comte de Marfan & l'Introduc-
LeLEX
SEPTEMBRE. 1739 2047
teur des Ambaffadeurs , fur un banc à la droite du
Prie-Dieu du Roy , s'aprocha auffi de l'Autel, pour
être témoin du Mariage.
Le Cardinal de Rohan en commença la cérémo
nie par la benediction de treize Piéces d'or & d'un
Anneau d'or , & il les remit au Duc d'Orleans , qui
mit l'Anneau au quatriéme doigt de la main gauche
de Madame , & lui donna les . treize Piéces d'or en
foy de Mariage , au nom de l'Infant.
Lorfque le Cardinal de Rohan demanda au Duc
d'Orleans , si comme Procureur de Don Philipe ,
Infant d'Espagne , il prenoit Madame Louise Elizabeth
de France pour fa femme & légitime Epoufe ,
le Ducd'Orleans fe tourna du côté du Roy , & il lui
fit une profonde réverence. Madame ne répondit
auffi qu'après en avoir demandé la permiffion à
L. M. La même chofe avoit été obſervée par Madame
& par le Duc d'Orleans dans les Fiançailles.
Les Cérémonies du Mariage ayant été achevées,
et Madame et le Duc d'Orlans ayant reçû la Bénediction
Nuptiale , L. M. revinrent à leur Prie- Dieu,
et le Cardinal de Rohan commença la Meffe. Après
POffertoire , Madame alla à l'offrande , et enfuite
le Duc d'Orleans.
A la fin du Pater , deux Aumôniers du Roy étendirent
au-deffus de la tête de Madame et du Duc
d'Orleans , un Poële de Brocard d'argent , et ils ne
l'ôterent qu'après que le Cardinal de Rohan eut
achevé les Oraifons ordinaires.
La Meffe étant finie , le Cardinal de Rohan vine
au Prie- Dieu de L. M. et il leur préfenta les Regis
tres ordinaires des Mariages de la Paroiffe de Verfailles
, qui avoient été aportés par le Curé de la
Paroiffe , lequel avoit affifté à la Cérémonie du Mariage,
airfi qu'à celle des Fiançailles . Le Roy & la
Reine , Monfeigneur le Dauphin , Madame , Madame
2048 MERCURE DE FRANCE
dame Henriette , le Duc d'Orleans , & la Ducheffe
de Bourbon , fignerent fur les Regiftres.
Après la Meffe , le Roy remonta dans fon Apartement
, dans le même ordre , obfervé lorfque S.M.
étoit venue à la Chapelle.
Le même jour , vers les fix heures de foir , le
Roy et la Reine pafferent de leurs Apartemens dans
la grande Galerie , qui étoit magnifiquement éclairée
, ainfi que la Salle des Fiançailles , la Salle du
foupé , & le refte du grand Apartement , par 30.
Luftres à 6. à 8 et à 12. bobêches , fans compter
une très-grande quantité de Girandoles d'une forme
nouvelle & très- ingénieuſe , dont le brillant des
criftaux faifoit un effet prodigieux .
Leurs Majeftés tinrent Apartement , et jouerent
au Lanfquenet ; Monfeigneur le Dauphin , Madame
et Madame Henriette , joüerent à une autre Table ,
et il y en eut plufieurs, pour les Princes et Princes
ses et pour les Seigneurs et Dames de la Cour .
A la fin du jour , la Décoration élevée à l'extremité
de la Terraffe qui eft en face de la Galerie du
Château de Verfailles , et qui s'étendoit jufqu'audelà
de Fontaines qui font aux deux bouts de cette
Terraffe , fut illuminée . Cette Décoration , dont
nous allons donner une Defcription plus détaillée ,
formoit un très- beau Spectacle .
A neuf heures , L. M. ayant quitté le jeu , fe placerent
à la croifée du milieu de la Galerie , pour
vor tirer le Feu d'artifice , dont l'execution et la
varieté répondirent à la magnificence de l'Illumination
, et heureufement par le plus grand calme et
la plus belle nuit qu'on pouvoit fouhaiter.
A rès le Feu d'artifice , le Roy & la Reine fouperent
dans l'Apartement de la Reine . Madame ,
Madame Henriette , la Ducheffe de Bourbon, Douainere
; la Princeffe de Conty , Douairiere ; Mademoifelle
;
SEPTEMBRE. 1739. 2049
moiſelle ; Mademoiſelle
de Clermont , Mademoi
felle de Sens ; Mademoiſelle de la Roche-fur-Yon ,
& Mademoiſelle
du Maine , eurent l'honneur de
fouper avec L. M.
Le Marquis de Lamina que le Comte de Marfan &
I'Introducteur des Ambaffadeurs étoient allés prendre
le matin à l'Hôtel des Ambaffadeurs Extraordinaireş
dans les caroffes du Roy & de la Reine , pour le mener
à Verſailles , fut traité par les Officiers du Roy,
& le foir il fut reconduit à Paris dans les caroffes
de L. M.
Le 27. MADAME reçût à Versailles les refpects
du Corps de Ville , qui lui préfenta les préfens
ordinaires , M. Turgot , Confeiller d'Etat & Prévôt
des Marchands , portant la parole.
Le même jour après midi , Madame vint à Paris ,
et elle fit l'honneur au Marquis de Lamina , de fe
trouver à la Fête qu'il donnoit à l'occafion du Mariage.
La Décoration qu'il avoit fait élever fur les
bords de la Riviere , du côté du Louvre et vis - vis de
fon Hôtel , repréfentoit un Payfage , dont les parties
principales exprimoient l'union duRoyaume de Frans
ce et de celui d'Espagne , confirmée par la nouvelle
Alliance qui faisoit l'objet de la joye publique . Cette
Décoration étoit terminée dans le haut , par deux
grands Arbres , chargés des Armes de France et de
celles d'Espagne , et dans le bas , on avoit repréfenté
la figure de la Seine et celle de l'Ebre , dont les
Eaux fe réunissoient. Le devant de l'Hôtel du Marquis
de Lamina étoit éclairé par douze grandes Piramides
de lumieres , et les trumeaux des croisées
de fon Hôtel étoient garnis de Girandoles.
Dès que Madame parut fur le Balcon de l'Hôtel
du Marquis de Lamina , on entendit un grand bruit
de Timballes et de Trompettes , et d'autres Inftrumens
, placés dans un Bateau illuminé , qui étoit
} vis
2050 MERCURE DE FRANCE
vis-à-vis de l'Hôtel de l'Ambassadeur. On illumina
enfuite la Décoration , & on tira de dessus la Montagne
et fur la Riviere le Feu d'artifice , qui fut trèsmagnifique
, et après lequel Madame retourna à .
Verfailles. A dix heures , le Marquis de Lamina fit
fervir plufieurs tables avec autant de délicatesse que
de profufion.
Le 28. au matin , les Prévôt des Marchands &
Echevins à la tête du Corps de Ville , & précedés du
Colonel et des Archers de la Ville , allerent , par
ordre du Roy à P'Hôtel des Ambassadeurs Extraor
dinaires , et firent les Complimens de la Ville de
Paris au Marquis de Lamina , fur le Mariage de
Madame avec Don Philipe , ce qui fut executé avec
les cérémonies ordinaires et avec les préfens que la
Ville eft dans l'ufage de faire dans ces occafions.
La Ville de Paris , accoûtumée à fe diftinguer de
toutes les autres Villes du Royaume, par la part qu'el
le prend à la joye publique , a marqué combien elle
s'interessoit au Mariage de Madame , par les Fêtes
qu'elle a données à cette occafion. La premiere a
été le Feu d'artifice , qui fut tiré le 29. Août & que
L. Mont honoré de leur préfence. La place qui eft
devant l'Hôtel de Ville n'ayant pas affés d'étenduë
pour y pouvoir donner une Fête auffi magnifique que
le Corps de Ville le défiroit , l'Eperon du Pont-
Neuf, fur lequel eft la Statuë Equeftre d'Henry IV.
fut choifi pour y placer le principal corps du Feu
d'artifice. Il repréfentoit un Temple formé par une
Colonade , composée de huit colonnes de front &
de quatre en retour. Ce Temple , qui étoit foré
élevé , étoit couronné d'un entablement & d'une
baluftrade fur laquelle on avoit posé de diftance en
diftance des figures de ronde-bosse , et les quatre
faces étoient ornées de Guirlandes dorées . Aux
deux côtés de cet Edifice, on avoit élevé ſur le Paras
pel
SEPTEMBRE. 1739 205
pet du Pont-Neuf , depuis la ruë Dauphine jusqu
la Samaritaine feize grandes Piraraides & feize autres
plus petites en formes de piedeftaux , garnies de
Lampions , ainfi que la corniche et les trumeaux des
cinq arcades avec lesquelles on avoit couvert le
nur de l'efplanade de la Statue Equeftre. Nous
donnerons une Description plus détaillée de cette
fuperbe décoration , et un plus grand détail du Feu
et de l'Illumination.
L. M. ayant parû fur le Balcon qui avoit été
préparé au bout du grand Apartement du Louvre ,
leur arrivée fut annoncée par les acclamations du
Peuple et par les Fanfares de la Mufique , placée fur
la Riviere dins un Sallon très éclairé , qui étoit
vis-à- vis de L. M. les Joûtes des Mariniers commencerent
dans le même- temps , et après leur exercice,
qui dura jusqu'à la fin du jour, on alluma les Lustres
, placés fur le Pont- Neuf, fur le Pout Koyal
et fur les deux Quais ; on vit enfuite arriver par les
Arches du Pont Neuf , dans le Canal de la Riviere
qui eft entre les deux Ponts , foixante Bateaux garnis
de Lanternes de verre , repréſentant differentes
formes de petits Navires , et qui fe rangerent des
deux côtés de la Riviere.
Le Feu commença par le bruit d'un grand nombré
de Boëtes et par une décharge des Canons de
la Ville , il fut continué par des Fusées, par des Caisses
d'artifice , qui partirent du Parapet du Pont-
Neuf, par des Gerbes , par des Napes de feu rouge,
lesquelles fortirent des Arcades formées par le Corps
d'Architecture qui couvroit le mur de l'Esplanade
de la Statue Equeft e ; par 32. Cascades de feu ,"
rang es des deux côtés de la Riviere , par une trèsgrande
quantité d'artificé , jetté par huit Dragons
qui étoient au deffus et au-dessous du Salon de Mu
fique , par un Soleil fixé et par une Girandole d'ar .
tifice ,
2052 MERCURE DE FRANCE
tifice , laquel'e partit de l'Attique du principal corps
de l'Edifice , et dont l'effet fut furprenant. Dès que
le Feu d'artifice eut été tiré , le Temple fut illuminé
en dedans et en dehors , ainfi que les Piramides et
les piedeftaux placés fur le Pont Neuf.
Le Roy et la Reine parurent très- contens de cettte
Fête , et ils eurent la bonté de le témoigner au
Corps de Ville , lorsqu'après le Feu , il eut l'honneur
de préfenter fes respecs à L. M. A neuf heures
et demie , le Roy & la Reine prtirent du Louvre
pour retourner à Verfailles , et L. M. pafferent par
la rue de la Féronnerie , en face de laquelle , du côté
de la rue S. Denis , les six Corps des Marchands
avoient fait élever un Arc de Triomphe qui étoit illuminé,
ainfi que les rues de la Féronnerie & S. Honoré
, dans lesquelles on avoit placé de diftince en
diftance un grand nombre de Girandoles , garnies
de Lampions . Le même jour il y eut dans toute la
Ville des Illuminations et d'autres marques de réjouffance
, acompagnées des acclamations du Peu
ple , qui s'empreffa de fe trouver fur le passage de
L. M.
IMPROMPTU sur le Feu d'artifice , &c.
A Rt dangereux , qui sur ce beau Rivage ,
De Torrens enflâmés & de bruyans Eclairs ,
En allumant les Eaux , sçais inonder les Airs ,
Tes Jeux nous offrent une image ,
Dont malgré son horreur, nos coeurs & nos esprits,
Sont moins effrayés que surpris ;
Des Humains altérés de sang & de carnage ,.
Tout ce qui sert l'aveugle rage ,
No
SEPTEMBRE. 1739. 2055
Ne sert ici qu'à nos plaisirs ;
Et pour combler tous nos désirs ,
De ces plaisirs , PAuteur , si bon , si sage ,
Louis , lui-même avec nous les partage .
La seconde Fête donnée par la Ville à l'occasion.
du Mariage de Madame , à été un Bal en Masque
dans l'Hôtel de Ville , dont la cour deſtinée à être
la principale Sale du Bal étoit ornée avec autant de
magnificence que de goût , elle étoit éclairée par
une grande quantité de lumieres , partagées avec
tant d'art, que ceux qui ont vû cette Fête n'ont rien
eû à y délirer. Le Bal fut ouvert à dix heures du
foir dans la principale Sale et dans deux autres ; il
dura jufqu'au lendemain huit heures , et pendant
ce temps on diftribua aux Maſques toutes fortes
de rafraîchissemens avec la plus grande profufion.
Dans ces deux Fêtes , le Duc de Gesvres , Gouverneur
de Paris; M. Turgot , Prévôt des Marchands;
les Echevins & les autres Officiers qui compofent
le Corps de Ville , ont fait tout ce qu'on pouvoit
attendre de leur zele , pour donner des preuves
de la part qu'ils prennent à la joye publique
ignes de l'objet & proportionnées à leurs fentimens
, & à ceux qu'ils connoiffent dans le coeur des
Habitans de cette Capitale du Royaume , fur tout
ce qui intereffe L. M. & la Famille Royale.
Le 30. Madame reçût les Complimens des Ambaffadeurs
, qui fe rendirent chés elle en Corps , &
ceux des Seigneurs & Dames de la Cour , & le lendemain
elle partit pour le rendre fur la Frontiere
d'Espagne. Madame étoit accompagnée de la Ducheffe
de Taliard , Gouvernante des Enfans de
France , & choifie par S. M. pour conduire Madame
jufqu'à la Frontiere , de la Ducheffe d'Antin &
de
2054 MERCURE DE FRANCE
de la Comteffe de Teffé , auffi nommées par le Roy
pour l'accompagner dans le voyage , & de la Marquife
de Muy , Sous - Gouvernante des Enfans de
France. Madamé étoit fuivie d'un Détachement des
Gardes du Corps , & des Officiers du Roy , ordonnés
par S. M. pour la fervir jufqu'à la Frontiere ,
où elle doit trouver les principaux Officiers de fa
Maiſon , & les caroffes que le Roy d'Espagne envoye
au-devant d'elle . Le Roy a conduit Madame
à deux lieues de Verſailles . Le Marquis de Lamina
partit de Paris le même jour pour fuivre Madame
jusqu'à Orleans.
Per le Nozze delle Altezze Reali di Do N
FILIPPO , secondo Infante di Spagna ,
e di Madama LUISA ELISABETTA, Prima
Dama di Francia.
Q
SONET TO.
Uesta DONNA REAL , questo primiero
De' Gigli d'oro , e di virtù bel Fiore ,
Splendor di Francia , da Imeneo , e Amore
Oggi vien presa , e poi L'avrà l'Ibero.
A Te , FILIPPO , dall' alto Emispero
Odo , ch' or La destina il gran Motore ;
Al tuo , egli unisce in Ciel , suo nobil core ,
E a voi darà Figli , Nipoti , e Impero.
Quest' or
SEPTEMBRE. 1739 2055
Quest' or V'annunzia in terra , Anime grandi ,
Quel sacro insigne nodo , fra Voi fatto ,
BORBONI , e i pregi vostri alti , e ammirandi.
Questo fia 'l premio a Voi d'ogni gran fatto ;
E , agli effetti di questo memorandi ,
Il Secol d'oro a noi sarà rifatto.
Del Sig. Giovan Francesco NENCI.
> FEU D'ARTIFICE , élevé sur la
grande Terrasse du Jardin de Versailles ,
en face du Château.
Ur un Plan de 115. toiles de circonférence , on
Savoit élevé un Palais d'ordre Ionique , dont le
orps avancé du milieu avoit 20. toises de face
ur 110. pieds de haut , & la principale ouverture 48 .
bieds fur 24.
de large. Au-deffus d'un ceintre compofé
, s'élevoit un corps d'Architecture en rotonde
ou espece de Tour , auffi compofée & couronnée
d'une balustrade , dont le milieu étoit marqué par
les Armes de France & d'Espagne , avec leurs Couronnes
, foûtenues par deux nges en or . La Tour
étoit terminée par un groupe de Figures allégori
ques en Marbre blanc. Sur le haut des parties qui
arboutoient la rotonde , étoient en amortiffement,
des vafes & des fleurs .
Aux côtés s'élevoient deux corps avancés , portés
par des colonnes de même Ordre , & uh focle s'éevant
en gorge au deus de l'entablement , fur
equel étoient pofés à droite & à gauche deux grands
groupes
o56 MERCURE DE FRANCE
groupes de Figures allégoriques fur la Paix & fur
I'Hymen ; le tout en Marbre blanc , les ornemens
en or. Sur l'extremité de chaque Rocher qui foûtenoient
ces groupes , s'élevoit une Piramide de 25.
pieds de haut , ornnée de fleurs , de Figures , & c.
Un fond de verdure en berceaux fermoit les trois
ouvertures en Arcades du milieu du Palais .
Une balustrade en or , fermoit les deux côtés du
grand Eſcalier , ne laiffant qu'une ouverture de 10.
toifes. Quatre Sphinx, habillés à l'Eſpagnole, étoient
posés fur les quatre piédeftaux en amortiffement, &
quatre Girandoles de lumieres fur ceux de dedans .
Deux parties circula res en pilaftres , s'étendoient
de chaque côté du corps du Palais , ayant chacune
22. toises & demi de circonference , sur 45. pieds
de haut , & fept Arcades de même ordre , furmontées
d'une balustrade en or , & fur l'aplomb des Pilaftres
on voyoit alternativement un groupe d'enfans
& une corbeille de fleurs .
Le retour en face de la circonference , juſqu'aux
Bolquets des Combats d'Animaux , étoit une Arca
de en face , pareille aux autres & ornée de- même.
Après ce retour , regnoit une Colonade de même
ordre , où dans les grandes parties de la diſtribution
des colonnes , paroiffoit de chaque côté un berceau
de feuillée , & au milieu un piédeftal en Marbre, &
fur chacun un groupe d'enfans de même Marbre ,
le tout allégorique à la Paix & à l'Hymen , avec
ornemens de feftons , de fleurs , & c . Le côté оро-
fé étoit dans la même simétrie .
La face des Bosquets , toujours de la même Archi-
* tecture , formoit un corps avancé de colonnes , fon
ouverture de même largeur que les Baffins des Fontaines
. Sur le milieu de la corniche étoit un focle
élevé , le terminant en gorge, fur lequel étoit pofé
un Globe de fix pieds de diametre en lapis, avec
le
SEPTEMBRE . 1739 2057
Chiffre du Roy . Aux côtés , un groupe de Figures
allégoriques , la Renommée au - deffus .
Le Berceau opofé étoit orné de même , à l'exception
que fur le Globe des Chiffres de la
Reine il y avoit un groupe de Vertus , une Renom
mée au- deffus , &c.
Toutes les Eaux étoient éclairées par plufieurs
Piramides de lumieres ; & des Bosquets , on voyoit
de chaque côté la continuation d'une pareille colonnade
, l'une descendant du côté de l'Orangerie,
& l'autre du côté oposé.
Sur l'aplomb des colonnes , étoient pofés de
même alternativement , des groupes d'Enfans &
des corbeilles de fleurs fur les piédeftaux.
Les deux defcentes , tant du côté de l'Orangerie
que de l'autre côté , ſe terminant par deux arcboutans
en confole , de même Marbre , ayant 9. pieds
d'empattemens. Toute la Décoration étoit en Marbre
blanc et de Languedoc , enrichie de differens
ornemens et attributs en or.
Sur les colonnes avancées du corps de l'Architecture
du milieu , étoient quatre Médaillons en bordure
d'or, enrichies de Palmes et de branches de Lys,
repréfentant les derniers Evenemens de la guerre.
Deux Rochers fur les Pieces d'Eau , repréſentant
l'Ile et les Forges de Lemnos d'un côté, et le Mont
Etna de l'autre.
EXPLICATION des Allégories sur la
Paix & sur l'Hymenée.
A DROITE , la Paix , Compagne de Minerve, voit
élever par les Arts , fur les corps renversés de l'Envie
, de la Difcorde et de la Guerre , un Obélifque
immortel à la gloire de la France , affife au pied de
l'Edifice fur un monceau d'Armes , de Drapeaux &
I. Vol. H dc
2058 MERCURE DE FRANCE
1
a
de Canons , et montrant un vifage également fa
tisfait de fes conquêtes et de la fageffe de fon gouvernement.
Des Génies de la Paix , répandus fur
la baluftrade , y ployent les Drapeaux et les
Etendars , éteignent le dambeau de la Guerre , brifent
les Armes et s'en amusent en differentes ma→
nieres.
A GAUCHE , la Seine et le Tage uniffent leurs
Eaux et contractent ensemble une alliance qui eft
déffinée par le Médaillon aux Chiffres de Don
PHILIPE & de LOUISE-ELIZABETH DE FRANCE,
que l'Hymen porte entre fes bras. Ce Dieu couronné
de Roses , paroît affis au pied d'une Piramide
entourée de fleurs , élevée fur les Pirenées par
les Amours & les Génies des Peuples des deux Nariors
, comme un monument éternel de leur union
et de leur félicité. Des Enfans repréfentant les
Plaifirs , font placés fur la balustrade , ils témoi¬
gnent leur joye en jouant de divers Instrumens.
AU MILIEU , entre les Groupes de la Paix et de
'Hymen, paroît la Tour d'Espagne , qui s'éleve &
s'embellit par l'alliance nouvelle de fon Ecuffon
avec celui de la France , que deux Anges foutiennent
fur des nuages brillans . Des Fleurs de Lys ,
mêlées alternativement de petites Tours , en forment
les créneaux qui femblent la couronner. La
Lyre qui orne la principale ouverture de la Tour et
les cordes qui en marquent la grille , défignent l'accord
et Pharmonie qui regnent entre ces deux
Puiffances.
4
Les fleurs répandues des deux côtés par des Cornes
d'abondance , annoncent les fruits de cette
union.
Le Temps fur un nuage élevé au fommet de la
Tour , préfente aux Nations , par les mains de l'Amour
& de la Gloire , une chaîne de fleurs immor¬
telles ,
SEPTEMBRE. 1739.
2059
telles , entourant les Médaillons des Héros qui fortiront
fucceffivement de la France et de l'Espagne
pour embellir et faire le bonheur du Monde.
A DROITE DES FONTAINES , Hercule affis au
côté droit du Globe de la France , défigné par le
Chiffre du Roy , femble s'y repofer de fes travaux ;
un Enfant y tient de l'autre côté fa Maffuë , qu'il
entoure de fleurs , montrant par cette action , que
l'amour des Peuples fait la force des Rois. Sur les
deux focles d'accompagnement , l'Europe & l'Afie
y représentent les Nations de ces deux Parties du
Monde , venant admirer la gloire & la fplendeur de
la France. Une Renommée embouche la Trompette
, et annonce à l'Univers l'heureux Evenement de
la Paix .
A GAUCHE , la Sageffe et la Vertu étendent le
Chiffre de la Reine für le Globe du Monde , en
montrant que tous les coeurs lui font également
foumis par ces mêmes Vertus. La Renommée en
inftruit l'Univers . L'Afrique et l'Amérique repréfentant
les Nations des deux autres Parties du Monde
, y paroiffent dans la même admiration.
PARTERRE D'EAU . Au milieu du Baffin s'éleve
un amas de Rochers , représentant l'Ifle & les Forges
de Lemnos. Jupiter fur fon Aigle y commande
aux Cyclopes d'éteindre dans les Mers les foudres
qu'il leur avoit ordonné , pour faire tiompher la
France , & de ne s'occuper deformais qu'à forger
des Traits pour l'Amour. Les Artificiers , renfermés
dans les Rochers , repréfentent les Cyclopes ,
qui , par les differentes bouches de leurs Antres
lancent leurs foudres dans les Eaux , & ne forgett
plus que des Traits enflâmés pour le Fils de Venus.
BASSIN A DROITE. Pareils amas de Rochers, reprefentant
le Mont Etna , jettant des Volcans pac
fon fommet.
Hij L'Amour
2060 MERCURE DE FRANCE
L'Amour fur un groupe de nuées legeres , y vient
demander à Vulcain les Traits que Jupiter lui a
commandés. Vulcain à la porte de fon Antre , lui
en présente deux qu'il a forgés exprès pour bleffer
deux coeurs que les Vertus , la Gloire & le même
Tang , ont formés pour être unis d'une chaîne éternelle
.
la
Ce grand & magnifique Edifice a été fort aprouvé
par le Roy , par toute la Cour , & par le Public,
& quoiqu'il n'eût pas été conftruit pour être vû à l
clarté du jour , il faisoit cependant un grand effet
& beaucoup de plaifir, même avant qu'il parut illa .
miné dans tout fon éclat. Mrs Christophe & Doc
bel , de l'Académie Royale de Peinture , y ont travaillé
avec grand fuccès pour les Figures . Mrs Slot ,
freres , pour les grandes Figures des Sphinx , & M.
de la Tour , pour les Fleurs.
EXECUTION DE L'ARTIFICE.
Ce magnifique Spectacle commença par le brut
de cent Boetes ; cent Fulées d'honneur succederent,
qui furent accompagnées de cent autres Boëtes. Les
Forges de Vulcain , dont on a parlé , qui étoient
sur les Pieces d'Eau , s'enflammerent , & les Ro
chers commencerent à retentir des coups de marteaux
des Cyclopes, qui frapoient en mesure réellement
fur de groffes Enclumes. Les étincelles cou
vrirent en un inftant les deux Baffins d'une prodigieu
fe quantité d'Artifices d'eau , par le fommet duRoche
fortoit un Jet de feu brillant , de plus de trente
pieds de haut, accompagné de quatre autres , moins
élevés , reprefentant aux yeux étonnés des torre
de feux , comme d'un Volcan. A cette flamme freceda
le grand Jet d'eau ordinaire de quarante- ci q
pieds de haut , qui fe mêlant avec les dix - sept Jets ,
qui
SEPTEMBRE . 1739 2061.
qui entouroient ces Rochers , & qui s'élançant avec
rapidité , comme autant de Sources vives , firent
une confufion & un mêlange brillant d'eau & de
flâme , qui à la fin consuma entierement les deux
autres.
Enfuite partit le grand Feu d'artifice , placé derriere
la Décoration dans 250. Caiffes & autant de
Caiffons , rangés des deux côtés des Rampes de gafon
qui defcendent au Tapis vert. Les Fusées des
Caiffes & les Pots à feu , qu'on voyoit partir au travers
des Arcades de la Décoration, les rempliffoient
d'une clarté vive , mais beaucoup moins effrayante
que les Feux qu'on venoit de voir fortir de l'Antre
des Cyclopes.
A ce prodigieux Artifice fucceda le Feu brillant
qu'on avoit placé devant l'Illumination ; cette com
pofition de Feu ne s'élevant qu'à une moyenne hauteur
, plaifoit également par fes formes & par
fa blancheur éclatante .
Ce Feu brillant compofoit trois Décorations distinctes
qui fe fuccedoient , l'une remplaçant Pautre
& marquant le plan géneral de celle devant laquelle
il étoit placé . Comme les Eaux jailliffantes.
décorent le plus magnifiquement les Jardins , on
avoit donné à ces Feux des formes de Jets , de Cascades
& de Fontaines .
à lá
La premiere Décoration offroit aux yeux ,
tête des deux grands Baffins , deux belles Cascades
de feu brillant à deux Napes , farmontées d'une Aigrette
de 25. pieds de haut. Elles étoient accompagnées
de deux pattes d'Oye , chacune à sept Jets,
& de cinquante Jets de chaque côté , de 20. pieds
de haut , rempliffant toute la façade de la Décoration
.
La feconde parut fous la forme de quatorze pattes
'Qye de onze Jets chacune, dont quatre plus gran-
Hj des
1062 MERCURE DE FRANCE
des à la tête des Baffins , jettant les unes & les autres
le feu liquide à 30. pieds de haut . Elles étoient
entre-mêlées par des Pots à Aigrettes de 20. pieds
de haut , jettant pour terminer , une garniture ou
Couronne d'Etoiles , à la hauteur de fo. pieds , qui
rempliffoit l'Air d'une vive & brillante lumiere.
de
La troifiéme repréfentoit treize Fontaines de
feu à trois Napes de vingt -cinq pieds de haut , &
30. de diametre, avec une Aigrette, chacune auffi
de 30. pieds de haut ; il y en avoit fix en Fontaines
zondes , & fix en forme fpirale ; la plus grande
étoit placée entre les deux Baffins , accompagnée
de quatre autres , à droite & à gauche . Les Fontaines
des Combats des Animaux , en avoient chacune
deux. Les Animaux jettoient en même - temps
des Jets d'eau & de feu , & entre chacune des Fontaines
de feu , étoient encore placés de grands Jets
brillants. Cette Décoration finit en jettant en l'air
les garnitures des Pots à Aigrettes , ce qui fit un
couronnement d'un éclat furprenant.
A ces trois Décorations fucceda le départ de
douze Pots à l'Italienne , placés fix de chaque côté
dans le milieu des deux grands Baffins , qui remplirent
l'Air d'une Escopeterie merveilleufe. Elle fut le
fignal pour mettre le feu aux deux Girandes , qui
étoient placées derriere la grande Décoration , &
qui parirent enfemble , au nombre de plus de trois
mille Fufées .
La bonne difpofition des Caiffes d'artifice , qu'on
avoit panchées à la rencontre l'une de l'autre , fir
que les baguettes pafferent des deux côtés du Bois
& n'inquieterent nullement, l'Affemblée nombreuſe
qui étoit placée fur la Terraffe au -deffous de la
grande Galerie & aux deux côtés des Jardíns.
ILLU
SEPTEMBRE. 1739 : 2063
3
ILLUMINATION .
Le Morceau du milieu étoit éclairé en devant des
baluftres de l'Escalier de deux grandes Torcheres ,
portant 15. cent lumieres chacune , les Confoles en
étoient deffinées en lumieres blanches ; & l'If qu'il
renfermoit , l'étoit en lumieres bleues & jaunes.
Un grand Vafe de forme triangulaire , en faifoit le
couronnement.
*
L'Escalier & fes Perrons étoient deffinés en Mofaïque
, par une prodigieufe quantité de groffes lu
mieres. La Balustrade d'apui étoit éclairée d'un
filet de lumieres, bleu & jaune, & de deux grandes
Girandoles de chaque côté , posées fur les focles
entre les Sphinx. Les deux gros Vafes de Marbre
blanc , portoient chacun une Girandole verte en
forme d'Arbufte , chargée de lumieres en cire . Ces
lumieres colorées , pour le dire en paffant , produi
foient un effet fi merveilleux & fi étonnant , qu'on
croyoit voir un Palais enchanté, produit d'un coup
de baguette , par une Fée.

Un double filet de groffes Terrines , marquoit à
terre le plan géneral de toute la Décoration ; fur
nne Tablette , à fix pieds de terre , regnoit un pareil
filet de lumieres .
Un filet de lumieres rouges &vertes, de 6. pouces
de haut, marquoit les Baluftres d'apui qui fermoient
les Arcades & regnoient au pourtour genéral de la
Décoration . Dans le vuide des Arcades, étoit alternativement
un If de 20. pieds de haut , rouge & vert ;
* Ces différentes couleurs s'operent par le moyen de
feuilles de Corne très -minces , peintes de la couleur
qu'on veut exprimer , & enduites d'un Vernis préparé,
qui donne un brillant extraordinaire à la lumiere
qu'on ne voit point..
Hij
2064 MERCURE DE FNCE
& une Girandole de pareille hauteur , en lumieres
blanches .
Ure Girandole de lumieres vertes ,
ornoit le pied de chaque Pilaftre ,
colonnes de toute la Décoration.
de fix pieds ,
ainfi que des
La Balustrade qui términoit l'entablement, avec les
Enfans & les Vafes de fleurs , portoit dans ses vuides
un filet géneral de lumieres bleues & jaunes
transparentes , avec une Girandole dans le milieu ,
en blanc , de fix pieds de haut & de trois de
diametre.
Un pareil filet bleu & jaune , entrecoupé d'une
Girandole blanche , terminoit le haut de la Charmille
feinte , entre les huit Berceaux de feuillée fur
lefquelles étoient peints des groupes d'Enfans en
Marbre ; le fond des trois Arcades du milieu étoit
orné de-même.
Dans le retour des épaiffeurs des deux Fontaines
du Combat des Animaux , étoient rangés vis - à- vis
P'un de l'autre , & fur une même ligne , trois Morceaux
de lumieres de 20. pieds de haut , celui du
milieu , peint en or , les feuilles vertes , il étoit à
trois confoles , chargées & couronnées de Girandoles
, avec un Luftre dans le milieu , & les deux
autres qui l'accompagnoient , étoient en forme
d'Ifs quarrés .
Les deux Fontaines des Combats d'Animaux ,
renfermoient trois grandes Piramides de feux blancs,
mêlées alternativement de belles Girandoles & de
deux filets de Terrines fur le quarré des Tablettes ;
la grande Nape d'eau , formée par le Jet du milieu
, paroiffoit éclairée en deffous par un Transpafent
, peint en ruftique. Le devant de chacune de
ces Fontaines , étoit éclairé par quatre Arbres de
Jumieres , dont les feuillages étoient argentés , les
piedeftaux feints de Marbre blanc, qui les portoient,
étoient également illuminés.
Aq
SEPTEMBRE. 1739. 2065
Au nud des deux confoles qui terminoient la Décoration
de chaque côté . étoit élevée une Piramide
aux Chiffres du Roy, profilée & deffinée de lumieres
blanches , pareille à celle du fond des Fontaines .
Depuis les Fontaines jufqu'à ces confoles , il y
avoit de chaque côté fix grands Chiffres de lumieres
, qui éclairoient avec les Girandoles les Lampes
de couleur & les filets de Terrines , toute cette
face de la Colonade.
Trois filets de groffes Terrines au rez - de chaussée
, deffinoient les contours des deux grands Bas- ,
sins du Parterre d'eau , fur lefquels étoient les Forges.
Tous les pieds des Tablettes , les Tablettes &
les Baffins des Parterres , tant de l'Orangerie que du
côté du Nord , étoient marqués par de groffes lumieres.
Les Vases de Marbre & de Bronze de ces mêmes
Parterres , portoient chacun une Girandole verte ,
en maniere de petits Orangers , dont les lumieres
étoient fuspendues en forme de fruits ; celles qui
étoient posées fur les Vases de Marbre , étoient en
cire .
Toutes les Cours & avant- cours du Château ,
étoient fuperbement éclairées , & à peu près dans
le goût qu'elles l'avoient été au mois de Janvier
dernier , pour le Bal de Sa Majefté ; on avoit augmenté
cette fois - ci l'Illumination de la grande &
petite Ecurie , dont le plan genéral étoit deffiné à
terre par trois rangs de groffes Lampes , ainſi que
les apuis des Grilles des mêmes Ecuries , ce qui formoit
un éclatant point de vue de l'Apartement du
Roy & des Cours des Miniftres.
Toutes les Figures de Marbie qu'on avoit réfervées
pour l'ornement de la Décoration, étoient or
nées de belles Guirlandes de fleurs naturelles ,que le's
unes portoient en écharpe , & les autres à la main.
Hv Ce
2000 AVA
Ce font les Srs Berthelin de Neuville & Pochet .
Illuminateurs ordinaires des Fêtes de la Cour , qui
ont fourni l'illumination des Jardins , & les Ŝrs
Bouron & Marié , celle des Cours.
Cette Fête , qui paffe pour une des plus brillantes
qu'on ait vues à la Cour , a été ordonnée par M. le
Duc de Gêvres , Pair de France , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy , dont les lumieres
& le goût font affés connus ; & executée fur les
Deffeins & la conduite de M. de Bonneval , Intendant
& Contrôleur General de l'Argenterie , Menus,
Plaifrs & Affaires de la Chambre du Roy. Les Ou
vrages de Peinture & de Perspective , font de M.
Perrault , qui depuis long-temps a la réputation
d'exceller dans ces fortes d'Ouvrages .
DESCRIPTION DU FEU D'ARTIFICE
& de la Fête donnée par le Marquis DE
LAMINA, Ambassadeur d'Espagne, &c.
'Edifice de ce Feu représentoit un vaſte & magnifique
Payfage , élevé fur les bords de la
Seine , en forme de Montagne ou d'Amphithéatre
de 90 toifes de largeur , fur vingt de hauteur.
Tout ce qui le décoroit étoit allégorique à l'union
des deux Royaumes , confirmée par l'Alliance qui
faifoit l'objet de la joye publique.
Le fens de l'Allégorie le dévelopoit aisément par
les deux grands Arbres qui s'élevoient au haut de la
Montagne , & dont les branches entrelacées , fembloient
fe confondre les unes dans les autres , & repréfentoient
les Rois d'Espagne & de France , qui ,
par une nouvelle Alliance, refferrent les noeuds d'une
union déja formée par le fang.
Ces deux Arbres étoient chargés au haut de leur
monc ,
IIVID NE.
£759. 2067.
trone , l'un de l'Ecu d'Espagne à droite , & l'autre
de l'Ecu de France à gauche ; les deux mêmes Ecus
étoient entourés des Amours & des Génies des
deux Nations , qui s'empreffent à en ferrer les liens,
Au deffous , on voyoit un Autel gardé par la Fot
& la Vérité , repréfentées fous la figure de deux
femmes , ornées des atributs convenables, & atten-
Lives à y conferver le Feu façré de l'Hymenée.
Aux deux côtés de l'Autel étoient les Trophées
d'Armes des deux Nations ; derriere , s'élevoit une
colonne roftrale , ornée de Proues de Vaiffeaux ,
pour marquer les triomphes de Mer qui font réfervés
à l'Infant Philipe , Grand-Amiral d'Espagne.
On voyoit du côté de la France tout ce qui peur
caractériſer le génie , le goût des Sciences & des
Arts , les moeurs , la galanterie , la politeffe , & le
Commerce de la Nation. La Campagne n'y eſt ornée
que des efpeces d'Arbres connus dans le Royau
me. Ici ce font des terres que l'on défriche , là ce
font des Jardins que l'on cultive ; d'un côté des
Moiffonneurs ; d'un autre des Vendangeurs ; ici
c'est un Laboureur qui fe prépare l'efpérance d'une
nouvelle moiffon ; là c'eft une Prairie charmaute
où font raffemblés les Ris , les Jeux & les Plaifirs .
Le côté de l'Espagne offroit aux yeux les diffe
rentes fortes d'Arbres qui croiffent dans le Pays .
Grenadiers , Orangers , Tabac , Cocotiers , Mulca
diers, Oliviers, Vignes, &c. On y voyoit des Mines:
d'or ouvertes,d'où les Travailleurs tirent ce précieux
métal. Le Paysage y eft conforme à celui du Climat
qu'il reprefente .
Vers le bas de la Montagne , au- deffus & au milieu
d'une rampe ceintrée , décorée de fa balustrade
en Marbre blanc , on voyoit d'un côté la Statuë de
l'Ebre , & de l'autre celle de la Seine . Ces deux
Fleuves apuyés chacun fur leur Urne , en faifoient
H vi couler
Ο AVA
;
Couler leurs eaux , & ces eaux ſe réüniſſant la
par
proximité des Urnes, formoient une Caſcade à deux
napes , dont les eaux se réüniffoient dans la Seine
la Montagne étoit apuyée des deux côtés par
des Roches folides , & on y avoit ajoûté un Fort
placé à chaque côté.
Neptune & Amphitrite , portés chacun fur leur
Char marin , & accompagnes de leurs fuites , paroiffoient
fortir du fein des Eaux , & voguer lége
rement fur la Riviere, pour venir prendre part à la
Fête & en être les témoins. Ces Groupes étoient
dorés.
Le grand nombre de lumieres qui éclairoient cet
Edifice , rendoit fenfible , malgré l'obfcurité de la
nuit , le jeu & l'effet de toutes les figures & de tou
tes les parties qui le compofoient .
Le Feu d'artifice fut auffi magnifique qu'heureuſe
ment & vivement fervi.
Les dedans du Palais de l'Ambaffadeur furent
décorés avec la plus grande magnificence , et les
dehors éclairés par douze grands Ifs de lumieres de
trente pies de haut , arasés par le deffous à dix
pieds du pavé , & efpacés de maniere que la liberté:
du paffage des caroffes n'en étoit point interrompue
Les dix- fept truméaux de la façade du Palais étoient
garnis de Girandoles dorées , portant chacune fix
lumieres très-groffes en cire blanche.
On entendoit un bruit continuel d'un grand
nombre de Trompettes & Timbales d'une part , &
de l'autre de Hautbois & Baffons , qui fe répondoient
alternativement .
Foute cette Décoration étoit du Deffein & de la
conduite du Sr Guilleaumont , & peinte par les Srs
Dumesnil , Peintres de la Ville , & par le Sr Labbé.
Eg
SEPTEMBRE. 1739 2069.
En parlant de l'Entrée de M. l'Ambaſſadeur d'Espagne
, on n'a rien dit de la parure des Gens de fa
Suite. En voici une légere Deſcription .
Quatre Gentilshommes , en habits de Drap Ecarlate
, couleur d'ardoife , brun & noifette , galonnés
fur toutes les coutures, & chamarés à peu près dans
le même goût, d'un grand & beau galon d'or, veftes
d'Etoffe d'or , chapeaux à point d'Espagne d'or , &
Plumets blancs.
Six Pages en habits de Velours bleu , paremens de
Velours cramoifi , brodés en argent & or fur toutes les
coutures, veftes d'Etoffe or & argent, garnies d'une
frange auffi or & argent , noeud d'épaule d'un Ruban
or & argent , garni d'une gaze & frange d'or ,
chapeaux à point d'Efpagne d'or , & Plumets.
Quatre Valets de Chambre & deux Couriers
habits de Drap bleu & paremens galonnés d'argent,
en Brandebourg, veftes de Soye cramoifi, galonnées .
pareillement, chapeaux à point d'Efpagne d'argent,
& Plumets.
Quatre Officiers en habits de Drap bleu & paremens
, bordés d'un grand galon d'argent , veftes de
Soye cramoifi , bordées pareillement , chapeaux à
point d'Elpagne d'argent , &c.
2
Le Maître d'Hôtel à leur tête , habit de Drap
gris blanc , bordé d'un grand galon d'or , vefte
d'Etoffe d'or , fond de la couleur de l'habit , cha-.
peau à point d'Elpagne d'or , &c.
Six Aydes , habits & veftes de Drap bleu , bordés
d'un galon d'argent , moins large , chapeaux.
bordés d'argent , &c.
Quarante Valets de pied & Cochers, en habits de
Drap bleu , galonnés fur toutes les coûtres de deux
grands galons , foud argent à fleurs d'or , un petit
filet de Soye noire en deffeins , & entre les deux
galons , un petit bordé , fond argent & Soye cra
moifi ,
2070 MERCURE DE FRANCE
moifi , façon de Velours , vefte , culote & paremens
d'Ecarlate , chamarés d'un galon fond or à fleurs
d'argent , petit filet de Soye noire, formant un dessein;
noeuds d'épaule de Soye cramoifi à fleurs d'or
& argent, gaze & frange de même, chapeaux à point
d'Espagne or & argent , Plumets bleu & blanc.
Dix Palfreniers, habits de Drap bleu , bordés d'un
pareil galon des Gens de Livrée ; veftes , culottes &
pareniens Ecarlate, galonnés fond or , à fleurs d'argent.
Deux Suiffes à la tête des Valets de pied , même
Livrée ; paremens de velours cramoïfi, garnis d'une
Cartilanne or & argent en Brandebourg ; Baudriers
de Velours cramoifi, brodés or & argent, & garnis
d'une frange auffi or & argent , Plumets bleu &
blanc.
FESTE de Mrs des Six Corps des Marchands
de la Ville de Paris , à l'occafion du
Mariage de MADAME avec Do N
PHILIPE , Infant d'Espagne.
Lville, de laRpine vu Honoré ,comme
E Roy & la Reine ayant vû tirer le Feu de la
on l'a déja dit , dont Mrs les Gardes des fix Corps
avoient fait illuminer la plus grande partie , depuis
le Portail de l'Eglife de S. Roch jufqu'au Carrefour
de la rue de la Lingerie , qui va à la Halle , par des
Girandoles en forme de Luftres, placées fur deux lignes
paralleles , de trois maifons en trois maifons, &
fuivant le même alignement & le même ordre , le
long de la ruë de la Féronnerie ; comme elle fe
trouvoit bien plus large,on y avoit ajoûté & entremêlé
un grand nombre de piédeftaux à droite & à gauche
, portant des Piramides de lumieres de zo. pieds
de
SEPTEMBRE. 1739 2071
de haut ; le nombre infini de lumieres avoit entiérement
diffipé les tenebres de la nuit, & cette grande
Rue paroiffoit changée en une vafte Galerie qui
conduifoit à un Portique , fait en forme d'Arc de
Triomphe , adoffé aux maifons de la rue S. Denis ,
faifant face à la rue S. Honoré.
Ce Portique , avec les parties acceffoires qui le
compofoient , avoit 80. pieds de haut , éroit large
à proportion , & décoré d'un ordre ruftique à l'antique
, qui paroiffoit former l'entrée du Lieu des
Affemblées des fix Corps des Marchands . Toute
FArchitecture étoit deflìnée par des Lampions ; la
partie du haut fe terminoit par une Piramide , au
milieu de laquelle étoit le Chiffre du Roy , furmonté
d'un grand Soleil ; plus bas , dans le fronton ,
étoit une fleur de Lys , fervant d'attache aux Chiffres
des deux illuftres Epoux, entrelaffés de Mirthe , &c.
peints en Camayeux transparents ,aux deux côtés,fur
les Pilaftres , on voyoit deux autres Médaillons en
Camayeux , auffi tranfparents , dans l'un defquels.
étoit un Hercule, faiſant de vains efforts pour rompre
un faiceau de Fleches , montrant par - là l'étroi
te union des fix Corps ; dans l'autre étoit Mercure,
Dieu du Commerce , on découvroit dans le lointain
une Marine avec plufieurs Vaiffeaux chargés de
Marchandifes,faifant allufion à l'étendue & à l'abondance
du Commerce.
Le milieu du Portique étoit occupé par une Lyre
entourée de Girandoles , marquant par fes doux
accords la douceur & l'union du Commerce .
Cette Illumination étoit pofée fur differens fonds.
de Peinture , pour imiter un Edifice de Marbre ,
enrichi de dorure, avec un couronnement de Giran
doles ifolées , fufpendues en forme de Luftres , de
Feftons , Piramides , &c. le tout executé fur les
Deffeins & fous la conduite des Srs Slodi , Sculp
teurs du Roy..
2072 MERCURE DE FRANCE
ORDONNANCE DE POLICE
du 24. Août, qui ordonne des Illuminations
prescrit ce qui doit être observé par tous
les Habitans de cette Ville & Fauxbourgs
de Paris , le Samedi 29. Août 1739. jour
que sera tiré le Feu de la Ville.
Ur ce qui nous a été repréſenté par le Procureur
Sdu Roy , que fi les Fêtes que la Ville prépare aur
nom de tous les Habitans , à l'occafion du Mariage
de Madame avec l'Infant Don Philipe , annoncent
déja la joye publique , il eft cependant perfua
dé que chacun en particulier defirant d'y concourir,
n'eft occupé que des moyens de fe fignaler , mais
qu'au lieu de Feux qui paroiffent jufqu'ici avoir été
le plus ordinairement en ufage , il croiroit devoir
nous propofer d'ordonner des Illuminations dans
toutes les rues ; que ces Illuminations formeroient
en même - temps un fpectacle plus tranquille & plus
agréable , & qu'il ne nous refteroit plus à prévenir
que les accidens qui pourroient être caufés par les
fufées volantes & autres Jeux de l'artifice ; requereroit
à ces cauſes fur ce
il fût par nous pourvû.
Sur quoi , Nous , faifant droit fur le Réquifitoire
du Procureur du Roy.
que
ARTICLE PREMIER. Ordonnons qu'au
lieu de Feux dans les rues , les Habitans de cette
Ville & Fauxbourgs feront tenus de mettre des lumieres
à leurs Fenêtres Samedi 29. de ce mois jour
auquel fera tiré le Feu de la Ville .
II. Faifons défenfes à tous Particuliers de tirer
aucunes Fulées , Boëtes , Petards , Piftolets & autres
Armes à feu dans les rues , ni par les fenêtres
d'au une maiſon , à peine de cent livres d'amende,
dont les Peres & Meres feront refponfables pour
leurs
SEPTEMBRE: 1739 : 2073
leurs Enfans , les Maîtres pour leurs Domeſtiques ,
& les Marchands & Artiſans pour leurs Compagnons
& Aprentifs ; pourront même les contreve-
Bans être arrêtés fur le champ .
III. Ne pourront les Marchands & notamment
les Merciers & Chandeliers ou autres , vendre aucunes
Fusées , Boëtes & Petards , fous quelque prétexte
que ce foit , fans une permiffion expreffe &
par ecrit de notre part , à peine de 300. livres d'a
mende.
IV. Défendons à toutes Perfonnes de quelque
état & condition qu'elles foient , de conftruire ou
de faire conftruire , tant fur les Quais , que fur les
Ponts , dans les Places publiques , & même fur les
Maiſons , aucuns Echafauds , fous quelque prétexte
que ce puiffe être , à peine de 300. livres d'amen
de pour chaque contravention, & s'il y en avoit déja
de conftruits , ils feront démolis fur le champ , a
La Requête du Procureur du Roy , & à la diligence
des Inspecteurs de Police , en préfence du Commiffaire
du Quartier , ou autre Commiffaire fur ce
requis.
V. Enjoignons expreffément à tous Proprietaires
& Locataires des Maiſons , de faire fermer & boucher
avec grande exactitude les Fenêtres , Lucarnes,
Yeux de Boeuf, & géneralement toutes les ouvertures
des Greniers des Maifons à eux apartenantes ou
par eux occupées ; comme auffi de fermer les portes
des Chambres, Remifes, Angards, Ecuries , ainfi que
les ouvertures des Caves, Caveaux & autres en droits
où il y auroit de la Paille , du Foin , du Bois , des
Tonneaux, du Suif & autres matieres combuftibles
lefquels endroits refteront fermés & bouchés depuis
le 28. au foir , jufqu'au 30. le tout à peine de 200
livres d'amende, & de la part des Locataires, de demeurer
refponfables des accidens qui pourroient ar
Liver
2074 MERCURE DE FRANCE
river faute d'avoir executé les difpofitions ci - deffus
prefcrites.
VI. Ordonnons pareillement & fous les mêmes
peines , aux Marchands Epiciers de tenir pendant
Iedit temps les Portes & Soupiraux de leurs Caves
& Magafins exactement fermés ; aux Chandeliers
& Grainiers , de retirer les Bottes de Foin & de
Paille qu'ils ont coûtume d'étaler en dehors de leurs
Boutiques pour Enfeigne.
VII. Faifons très -expreffes défenfes à tous Par
ticuliers Occupant des Maifons fur les Quais & rues
adjacentes de monter fur les Toits de leurs
Maifons , ni de fouffrir que perfonne y monte , &
ce pour prévenir la chute des thuilles , ardoifes &
autres accidens qui pourroient en arriver , à peine
de cent livres d'amende , dont les Proprietaires ou
Principaux Locataires demeureront refponfables .
"
VIII. Défendons à tous Cochers, & notamment
aux Cochers de Remiſe & de Place , de paffer ledit
jour 29. depuis trois heures après midi , ni de fe tenir
avec leurs caroffes , tant fur le Pont-Neuf que
fur les Quais , à peine de 200. livres d'amende , &
pourront même en cas de contravention les Cochers
être empriſonnés fur le champ .
IX. Ordonnons que tous les Materiaux , de
quelque nature qu'ils foyent, qui pourroient fe trouver
fur les Ponts , fur les Quais dans les rues adjacentes
, dans la rue S. Honoré , dans la Place de
Gréve & autres rues qui les avoifinent , feront en-
Jevés & tranfportés dans des lieux où ils ne puiffent
caufer aucun embarras , au moment de la publication
de la préfente Ordonnance , à peine de confifcation
des Matériaux & de 200. livres d'amende
contre les Proprietaires d'iceux .
X. Seront tenus les Marchands & Artifans de la
que S. Honoré , à peine de cent livres d'amende ,
SEPTEMBRE. 1739 2071
de replier leurs Enseignes contre les murs de leurs
maifons le jour du Feu dès le matin.
XI. Ordonnons à tous Proprietaires & principaux
Locataires des maifons qui aboutiffent fur les
Quais & fur les Ponts , d'avoir dans leurs cours, ou
fous les portes d'entrée de leurs maiſons , plufieurs
Tonneaux remplis d'eau , pour pouvoir s'en fervir
en cas d'incendie , à peine de 300. livres d'amende
contre chacun des contrevenans. Enjoignons au
Directeur des Pompes & aux Pompiers de fe tenir
en nombre fuffifant à la Place Dauphine avec tous
les Outils & Inftrumens néceffaires à l'exercice de
leur Profeffion , & ce fous peine d'être déchus de
leur Emploi.
XII. Mandons aux Commiffaires du Châtelet ,
& enjoignous aux Officiers du Guet de tenir la main
à l'execution de notre préfente Ordonnance , qui
fera imprimée , lûë , publiée & affichée dans tous
les Lieux accoûtumés de cette Ville & Fauxbourgs ,
à ce que personne n'en ignore , &c.
ROUTE d'Espagne pour la conduite de
MADAME , partie de Versailles
le 31. Août 1739.
31 Août , De Verſailles à Arpajon ,
prem. Sept. D'Arpajon à Etampes ,
2
3 & 4
7 & 8
D'Etampes à Toury ,
De Toury à Orleans ,
D'Orleans à S. Laurens des
Eaux ,
De S. Laurens des Eaux à
Blois ,
De Blois à Amboife ,
D'Amboiſe à Loches ,
9 lieuësi
6
9
9 féjour.
8
10 féjoura
10
2076 MERCURE DE FRANCE
10 Sept.
II
12 & 13
14
IS
16
17
De Loches à la Haye ,
De la Haye à Chatelleraut , 6
8
De Chatellerault à Poitiers , 7 féjour.
De 'Poitiers à Lufignan ,
De Lufignan à Chenay ,
De Chenay à Brion ,
S
S
De Brion à S. Jean d'Angely , 6
18 & 19 De S. Jean d'Angely à Xaintes s féjour.
De Xaintes à Pons ,
20
21
22
De Pons à Mirambeau ,
De Mirambeau à Blaye ,
23.24 25 & 26 De Blaye à Bordeaux ,
De Bordeaux à Caftres ,
De Caftres à Langon ,
De Langon à Bazas ,
De Bazas à Captioux ,
27
28
29
30
Prem. Oct. De Captioux à Roquefort de
2 & 3
45677 & 8

Marfan ,
De Roquefort de Marfan à
Mont de Marfan ,
6
7
7 féjours
4
s féjour.
De Mont de Marfan à Tartares
De Tartare à Dax ,
De Dax à S. Vincent ,
De S. Vincent à Bayonne ,
De Bayonne à Mediondeau ,
De Mediondeau à S. Jean
Pied- de -Port ,
De S. Jean Pied- de- Port à
Roneuveaux , Abbaye ,
6
4
4 féjour.
S
194 lieuës
M. de Verneuil , Secretaire du Cabinet du Roy
& Introducteur des Ambaffadeurs , a été nommé
par S. M. pour aller fur la Frontiere d'Espagne pour
y figner les Actes de remife de MADAME , entre
les mains des Efpagnols.
SEPTEMBRE. 1739
2077
PASSAGE de Madame de France à
Blois. Extrait d'une Lettre écrite de cette
Ville le 9. Septembre 1739 .
J
E crois devoir vous faire un petit détail des Fêné
tes qui ont été données dans notre Ville de
Blois , au Paffage de MADAME DE FRANCE . M. de
Bauffan , Intendant de la Géneralité d'Orleans ,
avec des fentimens de grandeur et zelé pour la
gloire du Roy a d'abord donné des ordres pour
la Ville d'Orleans , qui ont été executés fous fes
yeux , avec toute l'attention et toute la magnificence
qu'on atendoit de fa vigilance et de celle des
Habitans ; on leur laisse le foin d'en faire le détail.
Les mêmes ordres étant venus jufqu'à Blois on s'eft
porté avec un plaifir infini à feconder les vues et les
nobles desseins de M. l'Intendant . Cavalcades, Feux
de joye fur la Riviere, accompagnés de Fuſées volantes
, le tout fous les yeux de MADAME , qui de
fon Balcon pouvoit jouir de tout ce Spectacle . Le
Pont de Blois étoit tout illuminé par deux rangs de
Lampions , qui formoient un fort beau point de vue.
Mais ce qui a le plus frapé dans cette augufte Fête
, c'eft l'Illumination que les Peres Benedictins de
l'Abbaye de S. Laumer , Congrégation de S. Maur,
ont faite , tant fur leurs Tours , qui étoient garnies
de tonnes à feu , qu'au grand Portail de leur Maifon
, qui étoit orné d'un Ecusson de 15. pieds de
hauteur , fur 11. de largeur , chargé de Lampions.
Les Pilaftres de ce Portail, de 20. pieds de hauteur,
terminés par deux grandes Etoiles , étoient revétus
de Lampions depuis la baze juſqu'au chapiteau. Le
grand Grillage étoit auffi chargé d'une infinité de
Lampions. Ce coup d'oeil frapa beaucoup par l'éclat
et le bon goût qu'on y remarquoit.
Dans la feconde Cour de la Maifon , il y avoit
quantité
2078 MERCURE DE FRANCE
quantité de Lampions , qui éclairoient la montée
d'une grande Terrasse , que l'on nomme à Blois
l'Eperon , Lieu le plus favorable par fa fituation et
par fa dispofition , à faire une Illumination des plus
accomplies. Cette Terrasse , qui donne fur la Riviere
de Loire , et qui eft plantée de plufieurs allées
de Charmilles , étoit garnie d'une infinité de Lampions
, Pots à feu et Flambeaux . Au bout de la
grande allée de la même Terrasse , eft une Tourelle,
fur laquelle on avoit élevé une Couronne Royale ,
dont les fleurs de Lys avoient cinq pieds de hauteur
fur quatre de largeur, et cette Couronne brilloit par
une infinité de Lampions , dont elle étoit illuminée .
Sur le ceintre de l'allée du milieu , étoient les Armes
de France , de douze pieds de haut , accompagnées
de Pilaftres de 20. pieds d'élevation , tous illuminés.
Sur un autre ceintre de l'allée , qui regarde
le Pont , étoient les Armes de l'Abbaye , de la
même grandeur , et tous les Parapets de l'Eperon et
du grand Jardin , qui regne fur la Riviere , étoient
garnis de Lampions et de Pots à feu ; les fenêtres et
les balcons étoient auffi tous illuminés. Tout ce qu'il
y avoit de grand dans la Province , a joui de ce
Spectacle . On peut dire que jamais rien ne fut £
bien ordonné , ni mieux executé .
J'oubliois un trait de zele qui mérite de tenir fon
rang dans ce Récit ; comme l'Abbé et les Religieux
font Seigneurs du Fauxbourg du Foix , et qu'ils ont
droit de commander tous leurs Vassaux dans les Cérémonies,
il s'en eft trouvé plus de cent de ceux qu'on
nomme Dragons du Foix, qui fe font fignalés plus que
tous les autres Habitans qui étoient fous les Armes.
Ils ont monté la garde jour et nuit dans l'Abbaye
et dans les Avenues , pour y maintenir le bon ordre
et la fûreté , &c.
SEPTEMBRE. 1739. 2079
On aprend de Luneville , que le Roy et la Reine
de Pologne , qui s'étoient arrêtés quelque temps au
Château de Malgrange , en revinrent le 24. Août
pour célebrer le lendemain la Fête de S. Louis , et
le 26. le Mariage de MADAME DE FRANCE. Cette
derniere Fête a été des plus brillantes ; elle commença
par un Concert de toute la Mufique de la
Chambre et de la Chapelle du Roy ; il fut executé
dans le grand Salon des Apartemens de la Reine.
A Pentrée de la nuit , on joüa la Comédie fur le
Théatre que le Roy a fait conftruire nouvellement
dans un des Bolquets du Château. Ce Théatre eft
un des plus beaux Morceaux qu'on puisse voir en ce
genre , tant par le goût d'Architecture qui y regne,
que par la varieté et la fingularité du Jeu des Eaux
qui l'environnent. La Sale eft auffi environnée de
bancs de gazon , formés en Amphithéatre , et on y
laisse pendant tout l'Eté des Caisses d'Orangers de
distance en distance , et placés avec fimetrie. Le milieu
de cette Sale étoit rempli de Basquettes pour y
placer les Dames et les Seigneurs de la Cour et pour
la Noblesse du Pays , qui y étoit accourue de toutes
parts , ce qui produifoit , par la varieté des couleurs
des habits , un coup d'oeil des plus agréables.
Tous les Parterres , les Allées et contre - Allées d'arbres
et de Charmilles , qui , depuis les Apartemens
du Château , dont la façade étoit illuminée , vont à
cet Endroit des Bofquets, et aboutissent au Théatre,
étoient garnis de bas en haut , de Lampions et de
Pots à feu , au nombre de près de so. mille, ce qui,
à caufe des Caſcades & des Jets d'eau , dont le Roy
a fait orner depuis peu le même Endroit , faifoit
qu'à peine on pouvoit foutenir l'éclat de tant de lu
mieres , fur tout celles du Théatre , que l'eau refléchi
soit , et qu'on cût dit fortir du milieu même
des Eaux.
Le
080 MERCURE DE FRANCE
Le Kiosk , Maifon à la maniere Turque , que S.M.
a pareillement fait conftruire au milieu de cette partie
des Bofquets , & qui forme un grand Pavillon
quarré d'un goût nouveau & admirable , étoit auch
entierement illuminé en dedans et en dehors.
Après la Comédie , on fervit un magnifique fou
pé dans ce Kiosk , où il y eut trois Tables de foixante
couverts chacune, fans compter celle du Roy,
qui étoit de vingt couverts.
Le foupé fini , on commença le Bal fur le Théatre
de Verdure , qui dura jufqu'au matin .
On doit tirer dans quelques jours à Nancy , un
fuperbe Feu d'artifice à la même occafion du Mariage
de Madame avec Don Philipe , Infant d'Espagne.
A
BOUQUET
U bon vieux temps , surnommé siecle d'or ,
Ce beau Métal n'étoit point en usage.
Oh ! plut à Dieu qu'il n'y fût point encor !
Sincerité brilleroit d'avantage.
On ne verroit tant de fins Matadors
Faire agréer leur faftueux hommage ;
Bouquets donnés par la main des Médors ,
Seroient des coeurs les gentils apanages ;
'Autre interêt que celui de l'Amour
Ne toucheroit l'ame de nos Bergeres
Et les tapis de nos vertes fougeres
Effaceroient les lambris de la Cour ; Of
SEPTEMBRE . 1739 2081
1
Or , s'il eft vrai , comme dit la Chronique ,
Et le Recueil des Dogmes de Platon ,
Que renaîtra chés nous ce siecle antique ,
Ou Bourvalais vaudra moins qu'Agathon ,
Lors vous verrez , aimable Marguerite ,
Que n'oublierai , sans craindre les Rivaux ,
De vous offrir ma Rose favorite ,
Plus douce aux yeux que l'éclat des Métaux.
急急鼎鼎鼎鼎鼎鼎鼎鼎鼎鼎鼎鼎瑭急急急鼎鼎鼎鼎鼎鼎惠
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E 12. Août , Alvare Cienfuegos ( Cent Feux )
Jésuite, Efpagnol, Cardinal, Prêtre, du Titre de
S. Barthelemy en l'Isle, mourut à Rome , âgé de 82
ans , 5. mois & 16. jours , étant né dans la Terre
de Aguerra , Diocèfe d'Oviedo , dans la Province
des Afturies. Il embraffa le parti & les interêts de
la Maifon d'Autriche , lorfque l'Empereur , actuellement
regnant , n'etant encore qu'Archiduc d'Autriche
, paffa en Catologne pour y faire valoir fes
prétentions fur la Monarchie d'Eſpagne . Il fuivit
ce Prince en Allemagne, après qu'il eut été élû Empereur
, & ce fut à fa nomination que le Pape Clément
XI. le créa Cardinal le 30.Septembre 1720. Il
en reçut la Barette à Vienne le 6. Décembre fuivant
, des mains de l'Empereur , qui , immédiatement
après fa Promotion au Cardinalat , lui donna
le riche Evêché de Catanée , en Sicile , avec les revenus
du Comté de Mefueuli, dans le même Royau
me. S'étant enfuite rendu à Rome , il fe trouva à
' Election du Pape Innocent XIII : & il reçut de lui
I. Vol. I le
2082 MERCURE DE FRANCE
30.
Chapeau le 10. Juin 1721. L'Empereur le nomma
le Avril 1722. fon Confeiller intime actuel d'E
tat , & le chargea du foin de fes affaires auprès du
S. Siege , en qualité de fon Miniftre Plénipotentiaire.
Il en prit publiquement le caractere le 14. Juin
fuivant , après avoir été facré le 26. May précédent
dans l'Eglife de la Maiſon Profeffe des Jéfuites à
Rome , par le Cardinal d'Althan , Evêque de Vaccia
en Hongrie. Il fut auffi déclaré Comprotecteur
d'Allemagne , & des Royaumes & Domaines hére.
ditaires de S. M. Imp. Il paffa en 1725. de l'Evêché
de Catanée à l'Archevêché de Monreal , auffi en
en Sicile , & après la mort du Cardinal Giudice , iĻ
fut encore déclaré Protecteur de la Nation Sicilienne
, & de l'Eglife & Archi- Confrerie de Sainte Marie
de Conftantinople , des Nations Sicilienne &
Malthoife. Il fut déchargé le 6. Octobre 1735. du
foin des affaires de l'Empereur , & il fe démit en
même-temps de la Comprotection d'Allemagne. II
venoit de donner depuis quelques mois fa démisfion
de fon Archevêché de Monreal , fur lequel on
lui avoit confervé une penfion confidérable . Ce
Cardinal étoit Auteur de quelques Ouvrages , entr'autres
, d'un Traité fur le Myftere de la Trinité ,
en deux gros volumes in-4°. & de la Vie du Bienheureux
François de Borgia , en Eſpagnol , en un
gros volume in - folio.
Le 17. Don Marie - Dominique- Jofeph - Clair- Al-
Fonfe Perez de Guzman & Bueno , 13e Duc de Médina-
Sidonia , premier Duché de Caſtilie , Comte
de Niebla , Marquis de Cazaça , en Afrique , Grand
d'Efpagne de la premiere Claffe, Chevalier de l'Ordre
de la Toifon d'or , mourut à Madrid , à l'âge de
48. ans , étant né en 1691. Il étoit fils aîné d'Emanuel
- Alfonfe Perez de Guzman & Bueno , 12e
Duc de Medina- Sidonia , 17e Comte de Niébla ,
mort
SEPTEMBRE, 1-739. 2083
D.
mort au mois d'Avril 1721. à l'âge de fo . ans , &
de Dona Louiſe- Marie de Silva Mendoza , fille de
Gregoire- Dominique , toe Duc de l'Infantado ,
morte à Madrid , au mois de Février 1722. & petit.
fils de D. Jean-Clair- Alfonse de Guzman , 11e Duc
de Medina . Sidonia , Grand d'Efpagne , Marquis de
Cazaça, Seigneur des cinq.Eglifes de Huelba , Gentilhomme
de la Chambre du Roy Catholique, Confeiller
d'Etat , & fon Grand -Ecuyer , nommé par le
Roy très- Chrétien , Chevalier de l'Ordre du S. Es
prit , le 4. Juin 1702. & mort le 17. Décembre
1713. à l'âge de 72. ans. Le Duc de Medina - Sidonia
, qui vient de mourir , avoit été marié le 8. Juillet
1722. avec Dona Jofeph Pacheco - Oforio - Moscofo
, fille du Comte de Sant - Eftevan ( Saint Etienne
) de Gormaz .
NOUVELLES DE LA COUR, DE PARIS , &C.
>
E premier de ce mois , le Roy entendit dans la
Chirelle du Château de Rambouillet,la Mes
se de Requiem , pour l'Anniverfaire de la mort du
Roy Louis XIV .
Le même jour , on célebra avec les Cerémonies
accoûtumées dans l'Eglife de l'Abbaye Royale de
S. Denis , le Service folemnel qui s'y fait tous les
ans pour le repos de l'ame du feu Roy Lous XIV .
L'Evêque de Montpellier y officia pontificalement.
Le Prince de Dombes , le Comte d'Eu , le Duc de
Penthievre , & plufieurs Seigneurs de la Cour y
affifterent,
Le 2.on célebra dans l'Eglife de S.Louis de la Maifon
Profeffe des R R. Peres Jéfuites , le Service fo-
I ij lemnel
2084 MERCURE DE FRANCE
lemmel qui s'y fait tous les ans, pour le repos de l'Amne
de Henry de Bourbon , Prince de Condé , Premier
Prince du Sang , auquel affifterent plufieurs
Perfonnes de la premiere diftinction , & trois des
principaux Adminiftrateurs de l'Hôtel -Dieu ; l'Ofaifon
Funebre fut prononcée par le R. P. du Puys,
Jéfuite. Le tout conformément au Teftament de M.
le Préfident Perrault , qui contient le détail de cette
Fondation. Le même a fait conftruire à fes dépens
le magnifique Maufolée de ce Prince , qui fe voit
dans la même Eglife,
Le 3. le Roy et la Reine partirent de Verſailles
Four aller au Château de Marly , et le 7. le Roy fe
tendit au Château de Rambouillet , d'où S. M. retourna
le 9. à Marly.
Le 8. Fête de la Nativité de la Sainte Vierge , la
Reine entendit la Mcffe dans l'Eglife de la Paroiffe
de Marly, et S. M. communia par les mains de
l'Abbé de Pontac , fon Aumônier en quartier.
Le 6. le Corps de Ville fe rendit à Marly , & le
Duc de Gesvres, Gouverneur de Paris, étant à la tête,
il eut Audience du Roy , avec les cerémonies aceoûtumées.
Il fut préſenté à S. M. par le Comte de
Maurepas , Miniftre et Secretaire d'Etat , et conduit
par le Marquis de Brezé, Grand- Maître des Cerémonies.
Les deux nouveaux Echevins prêterent entre les
mains du Roy le Serment de fidélité, dont le Comte
de Maurepas fit la lecture, le Scrutin ayant été préfenté
par M. Turgot d'Uffy, Avocat du Roy au Châtelet,
qui parla avec beaucoup d'efprit et d'éloquence.
Le 8. Fête de la Nativité de la Vierge , on chanta
au Concert Spirituel du Château des Thuilleries , un
Motet à grand Choeur , de la compofition du Sr
Marin
SEPTEMBRE . 1739. 2085
Marin , qui fut fuivi d'un Concerto du Sr le Clair ,
executé par le Sr Dupont. La DileFel , chanta ur
Air Italien , après lequel on donna un Motet nouveau
, Lauda Jerufalem , de la compofition du Sr de
Mondonville , dont on a parlé avec éloge l'année
paffée , dans le temps de la quinzaine de Pâques, au
fajet des Motets qui furent chantés au même
Concert.
"
Le 10. Les Chanoines Réguliers de la Congré
gation de France , élurent pour Abbé de Sainte Géd
neviéve , & pour Supérieur Géneral , le P. Patot
ci-devant Prieur & Affiftant du P. Suraine, ancien
Abbé , qui a fini fon temps , ayant gouverné cette
Maiſon avec beaucoup de fageffe .
Le 22. le Marquis Lomellini , Envoyé Extraor
dinaire de la République de Genes , ent fa premiere
Audience pub'ique du Roy , enfuite de la Reine, de
Monfeigneur le Dauphin et de Mesdames de France.
Il fut conduit à ces Audiences par le Chevalier
de Saintot , Introducteur des Ambaffadeurs , qui
étoit allé le prendre dans les caroffes du Roy & de
la Reine , & après avoir été traité par les Officiers.
du Roy , il fut reconduit à Paris dans les caroffes
de L. M. avec les cerémonies accoûtumées .
Le 23. pendant la Meffe du Roy, l'Evêque de Gap
prêta Serment de fidelité entre les mains de S. M.
Le Roy a nommé depuis peu Lieutenant Gené
ral de fes Armées, M. de Bettens , Colonel du Régiment
Suiffe de fon nom , et S. M. lui a donné en
même temps le Régiment qu'avoit feu M. May, &
à M. Monnin , Brigadier de fes Armées , celui de
Bettens , dont il étoit Lieutenant Colonel .
Le 2 , Septembre , il y eut Concert chés la Re ine,
L iij
оп
22086 MERCURE DE FRANCE
⚫ny chanta le Prologue et le premier Acte de l'O
Pera de Persée. Le 5. et le 9. à Marly , on finit la
même Piece. Les principaux Rôles furent remplis
par les Dlles Mathieu, Abec , Hugenot , Lenner et
Rotiffet , et par les 3rs le Prince , d'Angerville , Ri.
shet , le Begue, Dubourg , Godeneche et Bertrand .
Le 12. on executa le nouveau Prologue , mis en
Mufique par M. de Blamont , Sur- Intendant de la
Mufique du Roy , à l'occafion du Mariage de Ma-
DAME. Les premiers Rôles furent chantés par les
mêmes Acteurs et par la Dlle Deschamps et le Sr
Benoît. C'eft pour la feconde fois que ce Prologue
a été chanté devant la Reine. S. M. parut auffi fatisfaite
de la compofition et de l'execution , qu'elle
l'avoit été la premiere fois.
Le 14. on donna Roland dont les principaux
Rôles furent faits par les mêmes Sujets. La Dlle
Antier remplit le Rôle d'Angélique , avec des aplau
diffemens très bien mérités , la Reine en parut
très -contente. Le même Opera fut continué le 16.
et le 19. avec le même fuccès.
Le 23. le 26. et le 28. la Reine entendit l'Opera
Atys , dont le premier Rôle fut rempli par le Sr
Jelyot , et ceux de Cybelle et de Sangaride , par les
Dlles Huguenot et Mathieu.
Le Roy partit de Verfailles le 30. de ce mois pour
aller coucher au Château de Villeroy , d'où S. M.
fe rendra à Fontainebleau . Monfeigneur le Dauphin
a accompagné le Roy jufqu'à Ris , et s'eft rendu
le même jour à Fontainebleau.
Le 29. M. Venieri , Ambaffadeur Ordinaire de la
République de Venife , eut fon Audience publique
de congé du Roy , étant accompagné par le Prince
de Lambesc, et conduit par le Chevalier de Saintot,
Intro
Introducteur des Ambaffadeurs , qui étoient allés
le prendre en fon Hôtel à Paris , dans les catoffes
de L. M. Il trouva à fon arrivée dans l'avant-
Cour du Château de Versailles, les Compagnies des
Gardes Françoiſes et Suiffes fous les Armes ,les Tambours
apellant ; dans la Cour, les Gardes de la Porte
et ceux de la Prévôté de l'Hôtel , auffi fous les
Armes , à leurs poftes ordinaires , et fur l'Escalier ,
les Cent- Suiffes en habits de cerémonie , la Hallebarde
à la main. Le Duc d'Harcourt , Capitaine des
Gardes du Corps , le reçût à la porte en dedans de
la Salle , où les Gardes du Corps étoient en haye
et fous les Armes. L'Ambaffadeur fut enfuite conduit
à l'Audience de la Reine , à celle de Monſeigneur
le Dauphin , et à celle de Mesdames de France,
& après avoir été traité par les Officiers du Roy,
il fut reconduit à Paris dans les caroffes de L. M.
avec les cerémonies accoûtumées .
BENEFICES,Feuille du 22.Septembre 1739.
L
'Evêché de Limoges, vacant par le décès de M.
de Lisle du Gaft , a été donné à M. de Coetlos
quet , Prêtre , Vicaire Géneral de Bourges .
L'Abbaye Réguliere de N. D. de Chaloché,Ordre
de Cîteaux , Diocèse d'Angers , vacante par le décès
de M. de Malfilâtre, à Dom Carnot, Procureur Genéral
de l'Ordre de Cîteaux.
L'Abbaye de Merevire , Ordre de Citeaux , Diocèse
de Mende , vacante par la démiffion de Mad.
de Montmorin de S. Herem , à Mad. de Montjoe de
Briges , Prieure de la même Abbaye.
La Trésorerie de la Sainte- Chapelle du Palais à
Paris , vacante par le décès de M. de Champigny ,'
à M. Chamron , Prêtre et Vicaire Genéral de Rouen.
La Prévôté de l'Eglife de S. Sauveur de Metz ,
vacante par le décès de M. le Gros , à M. Val
Cour , Chanoine de ladite Egliſe. I iiij
2088 MERCURE DE FRANCE
MORTS.
و .
E 12. D. Marie-Michelle Françoise Begon ;
épouse de Louis- Michel Berthelot , Seigneur de
Montchesne , Conseiller d'honneur au Parlement
de Paris , ci - devant Intendant du Commerce & des
Finances , avec lequel elle avoit été mariée le
Mars 1720 , mourut à Paris , agée de 42. ans , laissant
une fille unique , dont le mariage avec Claude
Louis du Noyer , Seigneur des Touches , Conseiller
au Parlement de Paris , est raporté dans le
Mercure du mois de Février 1738.La Défunte étoit
fille de Michel Begon , Seigneur de Montfermeil
, & de la Source , ci -devant Directeur de la
Compagnie des Indes pour la Direction du Tabac ,
moit le . Avril 1728 , âgé de 73. ans , & de Caterine
Guymont , sa veuve.
Le 21 Louis- Gabriel de Melun , Seigneur de la
Cossoniere , 'de Donvas , & c. apellé le Vicomte de
Melun , Lieutenant Genéral des Armées du Roy ,
Chevalier de l'Or re Militaire de S. Louis , & Commandant
pourS.M. à Abbeville, y mourut âgé de 65.
ans. I avoit éte d'abord Capitaine de Cavalerie dans
le Régiment de feu Alexandre Comte de Melua ,
son frere aîné. Il en fut fait Meftre de Camp par sa
démiffion au mois de Decembre 1702. & fut fair
succeffivement Brigadier le 12. Octobre 1706 Maréchal
de Camp le 8. Mars 1718. & enfin LieutenantGenéral
le 20.Fevrie 1734. Il avoit été emploïé
en cette qualité dans l'Armée d'Italie pendant la derniere
Guerre. Il étoit troisiéme fils de défunt Char
les- Alexandre Albert de Melun , Vicomte de Gand ,
puîné de la Branche des Princes d'Espinoy , & de feu
Renée de Rupiere. Il avoit épousé Louise- Jeanne-
Armande
*
SEPTEMBRE. 1739. 2089
Krnrande de Melun , sa niéce , morte le 23. Septembre
1734. âgée de 40. ans , laquelle étoit fille
unique d'Alexandre , Comte de Melun , Vicomte
de Gand , & de feuë Elizabeth de Rohan- Montba❤
zon. Il ne laisse d'elle que Louise- Elizabeth dɛ
Melun , née le 13. Decembre 1712. veuve de Jean-
Alexandre Théodose de Melun , * apellé le Prince
d'Espinoy , son cousin germain , Seigneur Prévôt
He editaire de Douai , Châtelain de Bailleul , Conétable
Héreditaire de Flandres , Meftre de Camp
du Régiment Royal Cavalerie , mort le 7 Janvier
1738. duquel elle n'a eû que Marie- Gabrielle- Charlote-
Louise de Melun , née le 24. Octobre 1736.
& Louise -Elizabeth de Melun , née pofthune le
17 Janvier 1738.
.
Le même jour D. Adelaïde - Victoire Moriau ,
épouse de... le Boiteulx de Gormont , Sécretaire
Genéral de l'Artillerie de France , avec lequel
elle avoit été mariée le 2. Avril 1737. mourut à Paris
, sans laisser d'enfans , dans la 28 : année de son .
âge , étant née au mois de Fevrier 17.11 . elle étoit
la quatriéme fille de feu Nicolas - Guillaume Moriau
, Procureur du Roy , & de la Ville de Paris
mort le 14. Mai 1725. & de Marie - Catherine Bril
lon , morte le 30. Decembre 1721 .
Le 28. Armand- Paul - Achilles de Saint Martin „
Seigneur de Taverny , Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , ancien Lieutenant au Ré--
giment des Gardes Françoises , mourut à Paris dans,
las1 . année de son âge , étant né le 4 Juin 1689 .
Il étoit fils de feu Armand de S. Martin , Seigneur
de Taverny , Montubois , Saillancourt , Marquis de
Clairvaux , Conseiller en la Grand' - Chambre du
Parlement de Paris , mort le 29. Juillet 1732 - âgé
de 78. ans , & d'Anne le Clerc de Leffeville ,
premiere femme , morte le 21 , Mars 17 12 .
sa
Le
Le même jour , François de Landes , Seigneur de
Houville , Fontaines , Cinq- Ormes , Pannes , &c. .
au Pays Chartrain , mourut au Château du Tronchet
, dans la Paroiffe de Chalo S. Mard , proche
Eftampes , âgé d'environ 68. ans. Il étoit le dernier
mâle d'une très-ancienne Famille, qui étoit établie
à Paris sous le Roy Jean , dans le 14. siécle. Etant
veuf de Marie- Anne Mesnard ,
morte il y a environ
un an , il s'étoit remarié le 4. Mai dernier
avec Cécile- Therese Levy , fille de feu Jacques-
Michel Levy , Bailli d'Epée du Comté de Dourdan
, & Trésorier- Payeur des Gages des Officiers
de la Chambre des Comptes de Paris , mort en
1737. & de Marie- Elizabeth Hallé , sa veuve . Il
laisse de la premiere , Françoise- Nicole de Landes
de Houville , fille unique , mariée le 3. Fevrier
1727. avec Antoine - Pierre Barillon d'Amoncourt ,
Conseiller au Parlement de Paris . Le Sr de Houville
venoit de recueillir la Succeffion de D. Catherine
de Landes , sa soeur , morte au Château du
Tronchet le 10. Août dernier sans enfans , âgée .
de 75. ans . Elle étoit veuve d'Alexandre des Mazis,
Seigneur du Tronchet , la Grange S. Laurent , &
Chalo S. Mard, en partie , qui avoit été Major du
Régiment de Cavalerie d'Auneüil.
>
Le .. Septembre , D. Marie- Reyne Chauvelin ,
femme de Gui Chartraire , Seigneur de Ragny , de
Montreal , des Forleans , &c. avec lequel elle avoit
été mariée le 20. Janvier 1734. mourut dans la
Maison des Filles de S. Joseph , au Fauxbourg Saint
Germain , âgée de 27. ans , laissant un fils unique,
né le 9. Mars 1735. Elle étoit fille de Bernard
Chauvelin, Conseiller d'Etat , ci - devant Intendant ,
succeffivement à Tours , à Alençon , & en Picardie
& Artois , & de feuë D. Catherine Martin , morte
le 21. Juillet 1735.
Le
SEPTEMBRE. 1739. 2091
Le.. Septembre , Michel- Jean- Baptifte Charron,
Marquis de Menars , Baron de Conflans , Gouverneur
du Château , & Capitaine des Chasses du Comté de
Blois,Brigadier des Armées du Roy, de la Promotion
du premier Fevr. 1719. & Chevalier de l'Ordre Militaire
de S.Louis , autrefois Colonel du Régiment de
Santerre , mourut dans son Château de Menars , près
de Blois,âgé de 65. ans . Il étoit fils de Jean-Jacques
Charron , Marquis de Menars, Baron de Conflans-
Ste-Honorine,Seigneur de Neuville, Nozieux, Eragny
, &c. Président à Mortier du Parlement de Paris
, mort le 16. Mars 1713. à l'âge de 75. ans ,& de
Marie-Françoise de la Grange de Neuville, morte le
10.Fev.1729.âgée de 77 ans & demi . Le Marquis de
Menars étant refté veuf sans enfans de D. Marie-
Charlote de Saligné de la Chaise , le 26. Avril
1728. s'étoit remarié le 4. Août suivant , avec Anne
de Cafteras de la Riviere de Montesquiou , fille de
Pierre de Cafteras , Seigneur de la Riviere , Brigadier
des Armées du Roy , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , & de Diane - Charlote de Chaumont
de Guitry. Il en laisse des enfans .
Le 2. Rev. Pere, Frere Charles - Louis Hugo, Lorrain
, de l'Ordre des Prémontrés , Evêque de Prolemaïde
, ( titre in Partibus Infidelium , qui fut proposé
pour lui à Rome le 15. Decembre 1728 , )
Abbé Régulier de l'Abbaye d'Eftival en Vôge , Diocèse
de Toul , Docteur en Théologie , Conseiller
d'Etat de feu Leopold , Duc de Loraine & de Bar
& Hiftoriographe de Loraine , mourut à son Abbaye.
Il s'étoit fait connoître dans la République
des Lettres , par plufieurs Ouvrages , qu'il a donnés
au Public , tant sur la Loraine , & ses Ducs , que
sur plusieurs autres matieres ,
>
Le 3. Joseph Artus de la Poype de 5. Julin de
Grammont , Premier Président du Parlement de
1 vj
Dau2092
MERCURE DE FRANCE
Dauphiné , mourut à Grenoble , âgé d'environ 84.
ans . Il avoit été nommé à cette Charge , au mois
de Juin 1730. il étoit alors le plus ancien Président
à Mortier de ce Parlement , ayant été reçû à cette
Charge le 20. Mars 1682 .
Les . Benjamin de l'ifle du Gaft , du Diocèse du
Mans , Evêque de Limoges , & Abbé Commandataire
de l'Abbaye de S. Martial , de la même Ville ,
de l'Ordre de S. Benoît , mourut dans son Diocèse,
âgé de so. ans . Il etoit Chanoine de l'Eglise de
Chartres , lorsqu'il fut nommé au mois de Decembre
1729. à l'Evêché de Limoges , qui fut préconisé
& proposé pour lui à Rome , les 8. Fevrier , & 14.
Août 1730. ensuite de quoi il fut sacré le 21. Septembre
de la même année dans la Chapelle de l'Archevêché
de Paris , par l'Archevêque de Paris
affifté des Evêques de Marseille & de Chartres , & il
prêta Serment de fidelité entre les mains du Roy
le 24 du même mois . Il obtint au mois de Decembre
1733. l'Abbaye sécularisée de S. Martial de
Limoges & en 1734. il fut Député de la Province
de Bourges à l'Affemblée génerale du Clergé de
France , qui fut tenuë à Paris .
Le 6. Claude- François Moreau de Naffigny , Chanoine
de l'Eglise Métropolitaine de Paris, depuis le
21 Fevrier 1736. & Conseiller Clerc du Parlement,
où il fut reçû le 15. Fevrier 1738. & fils de Pierre-
Jacques Moreau, Seigneur de Naffigny , Président de
la premiere Chambre des Requêtes du Palais au Par
ment de Paris , & de D. Claude- Françoise - Antoinette
Damoresan de Nassigny , son épouse , mourut
âgé de 220 ans.
Le même jour , Chriftophe- Alexandre Pajot ,
Seigneur de Villers , Contrôleur général des Poftes.
& Relais de France , mourut aux Eaux de Bourbon,
âgé d'environ 60. ans. Il étoit second fils de feu Leon
Pajot
SEPTEMBRE . 1739 2091
Pajot , Contrôleur géneral des Poftes & Relais de
France , Comte d'Öns- en Bray , Seigneur de Vil →
lers , Villeperot , S. Aubin , Malzac , mort le 23.
Octobre 1708. âgé de 61. ans , & de Marie- Anne
Rouillé , morte le 12. Avril 1694. & il avoit épousé
en 1712. Anne de Mailly , fille de feu Nicolas de
Mailly de Charneüil, Seigneur de Franconville , Receveur
géneral des Finances à Tours, & d'Anne Boutet.
Il en laisse un fils âgé de 15. ou 16. ans , auquel le
Roy , en consideration des services de feu son pere,
vient d'accorder une pension de 6000. liv . & une fille,
veuve de Pierre Delpech, Seigneur de Cailly, Préfident
en la Cour des Aydes de Paris , mort le 20
Juin 1737. à l'âge de 26. ans
· Le 7. .. Robert
de S. Vincent
, Avocat
au
Parlement
, fils aîné
de Pierre
Nicolas
Robert
, Seigneur
de S. Vincent
, Doyen
des
Conseillers
&
Commiffaires
de la seconde
Chambre
des Requêtes
du Palais
du Parlement
de Paris
, & de D.
Nivelle
, mourut
âgé de 26. ans.

Le même jour , mourut à Paris..... de Louvat,
Meftre de Camp de Cavalerie , âgé de 55. ans , qui
avoit été autrefois succeffivement Guidon des Gendarmes
Flamands en 1703. Enseigne de cette Compagnie
en 1704. & enfuite Sous Lieutenant de celle
des Chevau- Legers d'Anjou en 1706.
Le 19 Anne-Marie Louise de la Tour de Bouillon,
épouse de Charles de Rohan , Prince de Soubise &
d'Espinoy Comte de S. Pol , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes de la Garde ordinaire
du Roy , avec lequel elle avoit été mariée le
30. Decembre 1734. mourut à Paris en son Hôtel ,
âgée de 17. ans , 1. mois , & 19. jours , étant née
Je premier Août 1722. Elle laisse une fille , née le
7. Octobre 1737. & un fils , dont elle étoit accou-.
chée le 12. du présent mois de Septembre , & auquel
2094 MERCURE DE FRANCE
quel on a donné le titre de Comte de S. Pol . La
Princesse de Soubise étoit fille unique de feu Emanuel-
Theodose de la Tour , Duc Souverain de
Bouillon , Vicomte de Turenne , Duc d'Albret , &
de Château - Thierry, Comte d'Auvergne , d'Evreux,
de Beaumont- le - Roger, & du bas Armagnac , Pair ,
& Grand Chambellan de France , Gouverneur du
haut & bas Auvergne , mort le 17. Mai 1730. &
d'Anne-Marie Chriftine de Simiane de Moncha de
Gordes sa troisiéme femme , morte le 8. Août
1722.
>
****************
ARRESTS NOTABLES.
ARREST du14. Mai , done la tenersuit.
Le Roy s'étant fait représenter la Conclufion
du 11. de ce mois , par laquelle la Faculté des
Arts de l'Univerfité de Paris , rejettant d'abord les
difficultés de ceux qui ont voulu attaquer la Constitution
Unigenitus , acceptée par le Corps des Evêques
, revêtue de l'authorité Royale , & publiée
dans tout le Royaume , comme à elle étoit contraire
aux Droits de la Couronne & aux Libertés de
l'Eglise Gallicane , auxquels la Faculté protefte
d'avoir toujours été , & de demeurer toujours trèsattachée
; elle auroit déclaré ensuite qu'elle se soûmettoit
de coeur & d'esprit à cette Conftitution
révoquant l'apel qu'elle en avoit interjetté au futur
Concile genéral le 5. Octobre 1718. le tout ainsi
qu'il est plus au long porté par ladite Conclusion :
Comme aussi la Signification faite le même jour , à
la requête du Syndic , aux Recteur de l'Univerfité ,
Procureurs & Supôts de la Faculté des Arts , en la
per
personne du Greffier de ladite Univerfité , par la
quelle il leur auroit fait donner Copie du Discours
par lui prononcé dans l'Affemblée tenuë le matin
& où il avoit déclaré s'oposer à toute Propofition
ou Délibération qui tendroit à révoquer l'apel & à
recevoir la Constitution , requerant que ce Discours
fût inseré dans les Regiftres de l'Univerfité .
Vû pareillement par Sa Majefté , l'Acte figné de
plusieurs des Membres & Supôts de la Faculté des
Arts , par lequel , en adherant aux Conclufions &
à l'Oposition du Syndic , ils déclarent comme lui ,
qu'ils persistent dans l'apel interjetté en 1718. se
réservant la faculté de se pourvoir par les voyes de
Droit ; ledit Acte signifié le même jour , & dans la
même forme que celui du Syndic de l'Univerfité ,
avec semblable requifition au Greffier de le transcrire
dans ses Regiftres. Sa Majeſté auroit confideré
que de pareils Actes ne pouvoient être regardés que
comme une contravention formelle aux difpofitions
précises des Déclarations du 4. Août 1720. & 24.
Mars 1730. par lefquelles , en confirmant les Lettres
Patentes données en 1714. sur la Bulle Unigenitus
, & les Arrêts d'Enregistrement de ces Lettres,
le Roy auroit expressément défendu de fe fervir.
des Apels au futur Concile précedemment interjettés
, de les renouveller , ou de déclarer qu'on y
perfifte en forte que Sa Majefté ne sçauroit répri
mer trop promptement une entrepriſe qui ne peut
tendre qu'à perpetuer dans la premiere Univerfité
du Royaume , une divifion de fentimens & une
difference de conduite , auffi contraires à l'honneur .
& à la dignité , qu'aux véritables avantages & à
P'union d'un Corps que Sa Majefté , à l'exemple des
Rois ses prédeceffeurs , a toujours honoré d'une
protection particuliere , à quoi étant néceffaire de
pourvoir Sa Majefté étant en son Conseil , a ordonné
donné & ordonne que lefdits Actes fignifiés le 1r.
du présent mois , au Greffier de l'Univerfité de Paris,
seront & demeureront suprimés, comme nuls &
contraires au refpect & à la soûmiffion qui font dûs
aux Déclarations du 4. Août 1720. & 24. Mars
1730, tendant à émouvoir les esprits , & à troubler
la tranquillité publique . Fait Sa Majesté très - expresses
inhibitions & défenses à ceux qui ont figné
leldits Actes , de s'en servir , ni de faire aucunes:
pourfuites ni procedures en consequence , ou d'en
répandre & diftribuer des Copies comine auffi à
tous Imprimeurs , Libraires , Colporteurs , ou autres
, de quelque état , qualité & condition qu'ils
foient , d'en imprimer , vendre , débiter , ou autrement
diftribuer des Exemplaires , &c.
EDIT DU ROY , portant Etabliffement d'une
nouvelle Loterie Royale , pour procurer l'Extinction
de partie des Capitaux de Rentes sur l'Hôtel
de Ville de Paris Donné à Verfailles au mois
d'Août 1739. Regiftré en Parlement , en Vacations,
le 10 Septembre suivant.
LOUIS, par la grace de Dieu , Roy de France &
de Navarre : A tous présens & à venir , SALUT. Depuis
que a loterie établie par notre Edit du mois
de Décembre 1737. a été remplie & tirée un grand
nombre de Particuliers Nous ont fait suplier trèshumblement
de vouloir bien ordonner l'établiffement
d'une nouvelle sur le même plan mais avec
quelques dispositions differentes . Entre les divers
Mémoires qui nous ont été présentés à ce sujet ,
ceux auxquels Nous avons tait le plus d'attention ,
viennent de plusieurs Proprietaires de petites parties
de Rentes perpetuelles , lesquels exposent le regret
qu'ils ont eû de ce que la situation de leurs affaires
ne leur a pas permis de fournir les deniers comptans:
qu'ils
SEPTEMBRE. 1739. 2097
ces
qu'ils auroient été obligés de joindre à leurs Contrats
, aux termes dudit Edit , pour parvenir à les
convertir en Rentes viageres , & de n'avoir pû ainfi
se procurer une subsistance plus commode pendant
le reste de leurs jours , en abandonnant à l'Etat le
fonds de leur bien. Quoique ces sortes de converfions
augmentent notre dépense pour le temps présent
, Nous n'avons envisagé que l'utilité qui en
reviendra à l'avenir à notre Royaume , le foulagement
& la fatisfaction que Nous procurerons à
Rentiers , & plus encore la confiance publique qui
continueravrai-femblablement d'augmenter pour les
Rents perpetuelles , comme Nous l'avons éprouvé
depuis douze ans , à mesure que l'objet de ces Ren
tes se trouvera de plus en plus diminué . Ainfi Nous
avons résolu d'établir une nouvelle Loterie dont les
Billets feront de moitié plus forts en Rentes , & de
deux tiers plus foibles en argent que dans la précédente
, & dans laquelle néanmoins le nombre des
Lots se trouvera prefque double . A ces causes ,
de
l'avis de notre Confeil , Nous avons par le présent
Edit perpetuel & irrévocable , dit , ftatué & ordonné
, difons , ftatuons & ordonnons , voulons &
Nous plaît.
ART. I. Qu'il soit ouvert le quinziéme du mois
de Septembre prochain une Loterie , dont Nous
avons fixe & fixons le fonds à la somme de vingt- un
millions de livres .
II. Ladite Loteriè fera composée de la quantité
de vingt mille Billets de mille cinquante livres cha
cun , payables sçavoir , mille livres en Capitaux de
Rentes au Denier quarante sur nos Aydes & Gabelles
& cinquante livres en deniers comptans.
III. Voulons que tous nos Sujets de quelque âge,
fexe , qualité & condition qu'ils puiffent être , même
les Etrangers , foit qu'ils demeurent dans notre
Royaume
2098 MERCURE DE FRANCE
Royaume , Pays , Terres & Seigneuries de notre
obéiffance , ou en d'autres Etats , soient admis à
ladite Loterie .
IV. La Recette pour les Billets de ladite Loterie,
sera faite par les Sieurs Dutartre & Bouron , Notaires
au Châtelet de notre bonne Ville de Paris , que
Nous avons pour ce commis & commettons , & les
deniers comptans seront par eux remis au Sr Gaudion
, Garde de notre Trésor Royal en exercice
au moyen de quoi nous avons déchargé & déchargeons
lesdits Notaires de rendre compte de leur
manîment , autrement que par bref- état , audit Garde
de notre Trésor Royal , lequel fe chargera en
recette du montant total dudit manîment.
~
V. Il sera formé vingt Rrès de mill Numeros
pour les Billets de ladite Loterie , lesques Regiftres
seront cottés & paraphés par le Prévôt des Marchands
, ou par l'un des Echevins de notre bonne
Ville de Paris , & contiendront les noms , mots ou
devifes que chaque Particulier aura choifi .
VI. Pour parvenir au payement de la portion
defdits Billets ,payables en Rentes fur nos Aydes &
Gabelles , il sera par ledit Garde du Tréfor Royal,
fait remboursement deídites Rentes jufqu'à concur
rence de la fomme de vingt millions de livres de
capital , à ceux qui voudront convertir leurs Contrats
en Billets de ladite Loterie , en lui fourniffant
avec les groffes ou ampliations defdits Contrats, les
titres de proprieté , le Certificat du Confervateur
des Hypotheques , portant qu'il n'y a point d'opo
fition , & les quittances & décharges néceffaires
fitées dans tous les cas de rembourfemens , pour en
operer la validité : Pour valeur defquels Contrats ,
ifera fourni aux Proprietaires des Affignations du
Tréfor Royal fur ladite Loterie , lefquelles feront
reçues dans le payement defdits Billets.
VII,
SEPTEMBRE. 1739
2099
VII. Les arrerages des Rentes qui feront ainfi
remboursés , seront retranchés de nos Etats ,
compter du premier Janvier de l'année 1740. & les
Capitaux defdites Rentes feront éteints & fuprimés
ainsi que nous les éteignons & fuprimons , jufqu'à
concurrence de vingt millions de livres ; à l'effet
de quoi lesdits Contrats feront déchargés des Regiftres
du Contrôle genéral de nos Finances .
VIII . Il y aura dans ladite Loterie dix-huit cent
quatre-vingt- cinq Lots , dont treize cens quatrevingt-
dix-fept , payables en argent ; fçavoir, un de
cinquante mille livres ; un de vingt- cinq mille livres;
deux de dix mille livres ; quatre de cinq mille livres;
huit de deux mille livrescent un de mille livres ,
& douze cont . quatredigt de fix cent livres : &
quatre cent quatre- vingt huit de Rentes viageres ;
fçavoir , un de fix mille livres ; un de cinq mille
livres ; un de quatre mille livres ; un de trois mille
livres ; un de deux mille livres ; un de mille livres ;
deux de cinq cent livres ; quatre de quatre cent livres
; dix de trois cent livres ; un de deux cent quarante
livres ; dix - fept de deux cent livres ; un de
cent quatre - vingt livres ; quatre de cent foixantedix
livres , & quatre cent quarante - trois de cent
livres.
IX. Les Billets auxquels il ne fera point échû de
Lots , feront , après le Tirage de la Loterie , convertis
en Rentes viageres , au profit des Porteurs
defdits Billets à raifon de quarante livres de Rente
viagere pour chaque Billet .
X. Pour fournir aux Intereffés en ladite Loterie
les Rentes viageres qu'ils doivent avoir , fuivant le
fort de leurs Billets , Nous avons créé & créons huit
cent mille livres de Rentes viageres que Nous avons
affigné & affignons fur nos Droits d'Aydes , Gabelles
, & cinq Groffes Fermes , lefquels Nous affec
tons
2100 MERCURE DE FRANCE
tons , obligeons & hypothequons par préference a
la partie de notre Trésor Royal , au payement def
dites Rentes à l'effet de quoi , voulons que par
tes Commiffaires de notre Confeil qui feront par
Nous à ce députés, lefdites huit cent mille livres de
Rentes foient inceffamment vendues & aliénées
auxdits Prévôt des Marchands & Echevins de notre
bonne Ville de Paris.
XI . Ladite Loterie fera fermée le vingt Janvier
de l'année prochaine 1740. pour être enfuite tirée
le trente-un dudit mois , en la grande Salle de l'Hôtel
de Ville de Paris , avec les mêmes formalités que
la précedente.
XII . Tous les Billets de ladite Loterie feront
après le Tirage , raportés au Garde de notre Tréfor
Royal en exercice , pour être acquités à leur préfentation
, ou au plus tard dans le courant de l'an
née,à compter du jour du Tirage de ladite Loterie,
peine de nullité defdits Billets ; ordonnons
en outre que les Billets avant que d'être préfentés
au Garde de notre Tréfor Royal , foient visés par
celui des Receveurs particuliers qui les aura fignés,
& que fur chacun d'iceux il foit fait mention du
fort defdits Billets.
& ce à
XIII. Les Lots payables en argent feront acquités
fur le champ par ledit Garde de notre Tréfor
Royal , à la déduction feulement de trois pour cent
pour les frais de la Loterie . A l'égard des Lots
payables en Rentes viageres , & des Billets auxquels
il ne fera point échû de Lots , mais pour lefquels if
doit être conftitué des Rentes viageres , à raifon de
quarante livres de rente par Billet , ledit Garde de
notre Trésor Royal en fournira fes Reconnoiffan
ces pour chaque Billet sép rément , où pour plufeurs
enſemble , au choix des Porteurs , pour tenir
1
liew
SEPTEMBRE. 1739. 2101
lieu de Quittance de finance defdites Rentes ; lefquelles
Reconnoiffances contiendront les Numeros
& fommes portées auxdits Billets , ainfi que les
Rentes qu'ils devront produire , fuivant le fort defdits
Billets le tout en lui remettant lefdits Billets
visés , ainfi qu'il eft ci-deffus ordonné ; & après
lefdites Reconnoiffances auront été enregisque
trées au Contrôle géneral de nos Finances , il fera
paffé fur icelles , par lefdits Prévôt des Marchands
& Echevins , des Contrats de conftitution au profit
des y dénommés ; & feront lefdits Billets , après la
converfion totale , remis à ceux qui les auront fignés ,
lors du compte qu'ils rendront audit Garde de notre
Tréfor Royal , conformément à l'Article IV. du
préfent Edit ; au moyen de quoi ledit Garde de notre
Tréfor Royal ne fera recette du montant deſdites
Reconnoiffances que par advertatur feulement
dans l'état au vrai & compte de fon exercice de la
préfente année .
à
XIV. Les Porteurs des Billets , auxquels il revien
dra des Rentes viageres , auront la joüiffance defdites
Rentes , compter du premier Janvier 1740 ..
pourvû qu'ils en faffent paffer les Contrats dans les
fix premiers mois de la même année , & ledit temps
paffé , la joüiffance ne commencera que du premier
jour des trois mois courans au temps de la paffation
des Contrats.
XV. Les Conftitutions particulieres defdites Rentes
ne pourront être moindres de la fomme de quarante
livres de joüiffance annuelle , & les Contrats
en feront paffés pardevant tels Notaires que les Porteurs
de Billets voudront choifir , qui feront tenus
de leur délivrer lefdits Contrats fans frais , & auxquels
il fera par Nous pourvû de falaire raifonnable.
XVI. Permettons à ceux auxquels il fera échû des
Lots en rentes viageres , enſemble aux Porteurs de
plu
2102 MERCURE DE FRANCE
plufieurs Billets auxquels il ne fera point échû de
Lots , de conftituer lesdites Rentes en tel nombre
de parties , au profit , ou fous tel nom qu'ils aviseront
, fans néanmoins qu'il puiffe fe trouver des
fractions de fols & de deniers dans aucune deſdites
parties , pour en jouir par eux , ou par ceux qu'ils
défigneront , leur vie durant feulement , après quoi
lefdites Rentes demeureront éteintes à notre profit;
mais les arrerages , jufqu'au jour du décès de chacun
des Rentiers , apartiendront à leurs veuves , enfans
heritiers ou ayant caufe , & leur feront payés fans
difficulté .
XVII. Les Etrangers non naturalisés , même ceux
qui font demeurans hors de notre Royaume , Pays ,
Terres & Seigneuries de notre obéiffance, pourront
acquerir & poffeder les Rentes viageres créées par
le préfent Edit , ainfi que nos propres Sujets , & ils
en jouiront avec tous les Privileges qui leur ont été
accordés pour les autres Rentes duit Hôtel de
Ville , par l'Edit du mois de Decembre 1674. &
autres fubfequens.
XVIII. Voulons au surplus , que les arrerages def.
dites Rentes viageres foient payés par les Payeurs des
Rentes dudit Hôtel de Ville , de fix en fix mois , eņ
la même forme & maniere que les autres Rentes
viageres, & conformément aux differens Reglemens
qui ont été faits pour la police defdites Rentes.
Le fecond Volume du Mercure de ce mois contepant
la fuite des Fêtes données à l'occafion du Mariage
de MADAMS , eft actuellement fous preffe, & paroitra
dans peu,
TABLE
APROBATION.
'Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le premier Volume du Mercure de France du mois
de Septembre , & j'ai cru qu'on pouvoit en permettre
l'impression. A Paris , le premier Octobre 1739.
HARDION,
TABL E.
IECES FUGITIVES. La Mélancolie , Ode , 1891
PLettre écrite en 1734. à M. N. pour l'engager
à cultiver les Muſes ,
Fable fur le Rat et la souris ,
1896
Le Perroquet , Fable , 1901
Lettre fur le Portus Iccius de Jules Céfar , 1902
1905
1909
Ode d'Horace , Imitation ,
Le Fauteuil Poëme ,
1920
Queſtion importante , jugée au Parlement ,
Lettre au fujet des Obfervations duSalveRegina, 1912
1932
Lettre au fujet d'une Edition des Lettres de François
Malaval , &c.
La Poefie , Qde ,
Lettre , fur l'abus qu'on fait de l'Efprit ,
Lettre en Profe et en Vers de M. Jacquin ,
1934
1951
1956
1958
Enigme , Logogryphes , & c. 1960
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
&c. Relation de l'Expédition de Moka , 1964
La Reunion des deux Horloges Italien & François,
1965
Refléxions fur les Théatres de l'Europe , 1966
Memoires pour fervir à l'Hiftoire des Hommes Illuftres
,
Queftion. Sujets à traiter ,
Mort du Pere Vaniere , Jéſuite ,
Air noté ,
1978
1989
1990
1994
Spectacles . Tragédie & Comédie repréſentées a
College Mazarin ,
ibid.
Nouvelles Etrangeres. Turquie et Lettre écrite de
Smirne , 2023
'Autre Lettre écrite d'Armenie par un Marchand
d'Erivan , &c . 2024
Extrait de Lettre écrite de Conftantinole ,
2026
Ruffie et Allemagne , 2027
Espagne , Isle de Corse , Savoye , & c. 2032
Fêtes données àVerfailles,Mariage de Madame, 2036
Autres Fêtes à Paris , Feux , &c. 2049
Impromptu fur la préfence du Roy , &c . 2052
Sonnet Italien , 2054
Feu d'artifice à Versailles , 2055
Explication des Allégories , &c. 2057
Execution de l'Artifice , 2060
Illumination ,
2063
Fête donnée par le Marquis de Lamina ,
2066
Habits & Livrées du même ,
Fête des Six Corps ,
Ordonnance de Police ,
Route de Madame ,
2069
2070
2072
2075
Paffage de Madame à Blois ,
2077
Fête donnée à Luneville , & c. 2079
Bouquet ,
2080
Morts des Pays Etrangers , 2081
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c. 2083
Concert de la Reine , 2085
Benefices donnés ,
2087
Morts , & c.
2088
Arrêts notables , 2094
Errata d'Août.
Page 1889. ligne 3. groffes , ajoûtez , Cloches.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 1948. ligne 10 Quietiste , lisez Quietisme.
La Chanson notée doit regarder la page 1994
MERCURE
DE
FRANCE ,

DÉDIÉ
AU
ROT
SEPTEMBRE.
1739.
SECOND
VOLUME.
OUR
COLLIGIT
SPARGIT
E
Papillon
A
PARIS ,
GUILLAUME
CAVELIER
ruë S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT , Quai de Conty
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC.
XXXIX.
Avec
Aprobation & Privilege du Roy
1
A VIS.
L ›
' ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris, Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
Pour lesfaire tenir.
On prie très-inflamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaitevont
avoir le Mercure de France de la premiere
main, & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX, SOLS.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
AV
SEPTEMBRE.
1739.
*******************
PIECES
FUGITIVES
,
en Vers et en Prose.
LE
MAITRE D'ECOLE.
44 J
CONTE.
Adis étoit en certaine Province ,
Près de Paris ( n'importe en quel Endroit
)
Un fier Docteur, Maître d'Ecole adroit.
Sur fes Sujets onc ne parut un Prince
Auffi puiffant , que le fut Maître Artus
Sur l'Ecolier tremblant fous la férule ;
II. Vel A ij
On
2104 MERCURE DE FRANCE
On le craignoit autant qu'on craint Hercule .
Bref, la fçience & fes rares vertus ,
Au grand profit de toute la Jeuneffe ,
Mettoient notre homme en réputation,
D'être parfait en fa profeffion .
Il arriva , par défaut de ſageſſe ,
Que de fa fphere Artus voulut fortir ,
En fe faifant paffer pour Peintre habile,
Certes la chofe étoit bien difficile
Mais ne voulut Artus s'en départir.
Et des couleurs auffi - tôt dans fa chambre
S'enfut broyer , puis avec un pinceau
Voulut tracer le profil d'un Tableau.
L'Hiftoire dit qu'il ne put faire un membre;
Or notre Maître en ce nouveau malheur
Ne fçavoit plus qù donner de la tête ;
Bien ſe fâchoit de fe trouver fi bête ,
Quand , tout à coup reprenant la vigueur ,
Grand fot je fuis , fe dit - il en lui-même ,
De me fâcher de mon peu de fçavoir ;
Pourrai-je pas , fans beaucoup m'émouvoir ,
En impofer par quelque ftratagême ?
Puiſqu'en effet je ne fuis pas fçavant ,
Trompons les yeux , tâchons de le paroître ;
Pour Peintre habile , on pourra me connoître ;
Sur maint Tableau je vais dorénavant
Ecrire en bas : Artus fit ce chef- d'oeuvre.
Au
SEPTEMBRE . 1739. 2105
Au même inftant il choifit de Le Brun
L'Original qui fût le moins commun ;
Y met fon nom pour en faire l'épreuve ;
Puis , hardiment s'en déclarant l'Auteur ,
En fait parade aux yeux de tout le monde ,
Dont il reçoit complimens à la ronde .
Un maudit Peintre eft là pour fon malheur ,
Vrai connoiffeur , ou plutôt trouble- fête ;.
Eh ! quoi , dit- il , je connois le Tableau ,
Oui, de Le Brun, c'eſt ma foi le plus beau :
Mon dire eft vrai , j'en veux perdre la tête -
Notre Impofteur a beau nier le Fait ,
Il n'eft que trop convaincu par fa honte.
Le crime vů , la vengeance en eft prompte &
Il voit sur lui décocher plus d'un trait
Qu'avec juftice aiguise la censure ;
Car , de leur Art mille Peintres jalour
Font à l'inſtant éclater un courroux ,
Tel qu'on le doit à fa lâche impofture.
Et bien lui prend dans cette extrémité ,
Qu'un bon Seigneur , à qui tout rend hommage ,
Fait fur le champ arrêter cet orage ;
La paix revient fous cette autorité .
Tant fut fâché notre Maître d'Ecole ,
D'avoir fur lui fait crier au baro ,
Que fon efprit en eut le vertigo:
Mais à la fin de tout on fe confole ;
A iij E
2106 MERCURE DE FRANCE
Et le Compere auffi ſe conſolant ,
Je fçaurai mettre à profit cette Hiſtoire ,
Dit - il , fongeons à rétablir ma gloire.
Pour la Peinture ai - je un peu de talent ?
Il me fuffit ; enfuite il s'imagine
Qu'il peut piller & voler par lambeaux ,
Tous les Auteurs pour faire des Tableaux ,
Et qu'il fçaura cacher cette rapine.
Dans fon Ecole avoit ce Magiſter
En peu de temps fait petite fortune ;
( Tant il avoit amaffé de pécune ,
En faifant dire aux Enfans le Pater , )
Et fon argent dans fon nouveau fyftême ;
Bien lui fervit pour avoir des Tableaux
De maints Auteurs anciens & nouveaux
Parmi lesquels il pût choifir à même.
Dans ce deffein il ouvre fon Recueil ,
Fait travailler les ciseaux à merveille ;
D'un beau Portrait il découpe une oreille ,
Il prend d'un autre & le menton & l'oeil ;
Puis , d'un vilage il décharne une joue ,
Il coupe & rogne au milieu d'un habit ,
Détache un bras , partout fait du délit ;
Ainfi qu'on voit un Enfant qui ſe jouë ,
Adroitement des cartes découper.
Souliers , chapeau , manchettes & chemife ,
Tout lui convient ; & dans fon entrepriſe ,
SEPTEMBRE. 1739 2107 .
A fes cifeaux rien ne peut échaper.
Quand il voulut joindre ces découpures ,
Sur une toile en faire le raport ,
Ce fut le diable ; enfin par maint effort
Il affembla toutes ces bigarures ;
Puis à fa mode enſemble il les colla ,
Et de couleurs en couvrit les diftances
Le mieux qu'il put obſerva les nuances ,
Et les Portraits proprement habilla .
A peine eut il fini fa Mofaïque ,
Que contémplant fon Art en ce Tableau ;
Il n'eft , dit- il , ma foi rien de plus beau ;
Parbleu, j'excelle en cette Méchanique
Et ce chef-d'oeuvre en Public exposé ,
Va m'acquerir une gloire immortelle ,
Je pafferai pour un fecond Apelle.
Sans balancer , le matois , le rusé ,
De tous côtés fait courir fon ouvrage ,
Qui n'eft qu'un monftre aux yeux des connoiffeurs :
Choquant la vûë , irritant les Cenfeurs.
Artus pourtant , qui cherchoit du fuffrage
Par quelques fots fut déclaré fçavant ,
On le lui dit auffi par complaifance ;
Car les flateurs , furtout en la préfence ,
A contre- coeur aplaudiſſent ſouvent.
Mais le Tableau par une troupe altiere
Fut critiqué , même aux yeux de l'Auteur ,
A iiij
Pour
2108 MERCURE DE FRANCE
Pour lui ce fut un rude creve- coeur ,
Lorfqu'on lui dit que l'ombre , la lumiere ,
Le coloris étoient affreux à voir ;
Et
que le cadre étant hors de fa place ,
Faifoit aux yeux une affreuſe grimace.
On vit alors de rage ſe mouvoir
Le trifte Artus frémiffant de colere ,
Qui ne parloit du fond de fon gofier ,
Que pour nommer le Cenfeur , Savetier.
Quand le Cenfeur dit au pauvre compere ,
Qui marmotoit encor entre fes dents :
Chacun convient avec grande juftice ,
Qu'à ta portée eft certain exercice ,
Où tu fçais faire éclater tes talens .
A mon difcours ne fois pas incredule :
Pour ton honneur ne fais aucun Tableau ,
Cette manie affoiblit ton cerveau ;
Mais cours , Artus , reprendre la férule.
NE MAGISTER ULTRA FERULAM
M.... à Senlis .
QUES
SEPTEMBRE. 1739. 2109
į į į į į b s s į j !!!!!!!!!
QUESTION DE DROIT .
Proposée dans le Mercure de France , du Mois
de Juillet dernier.
"
"" O
par
N demande si la Donation faite
Tuteur à son Mineur , sans être:
acceptée , est valable ; & si le Mineur
» nonobftant le défaut d'acceptation , peut
jouir de l'effet de la Donation.
"9
-33
REPONSE.
La Queſtion proposée , quoique simple
en aparence , peut encore aujourd'hui faire
varier les sentimens , comme elle a fait varier
la Jurisprudence jusqu'à ce jour. On trouve
deux Arrêts du Parlement de Paris , qui ,
loin de résoudre cette Queftion , servent à
la rendre encore plus problématique , outre
qu'il est presque impoffible de trouver une
Loi qui ait prévû ce cas.
Le premier Arrêt , du 6. Septembre 1603 .
rendu , toutes les Chambres consultées
porte que l'Acceptation est tellement de
l'effet de la Donation , que les Mineurs mê--
me n'en peuvent être relevés. Cet Arrêt est :
raporté par Montholon , Arrêt 101.
Le second,qui est du 23. Décembre 1618..
Av ra
2110 MERCURE DE FRANCE
raporté par M.Ricard dans son Traité des Donations
, déclare bonne & valable une Donation
faite par une Mere Tutrice à sa fille Mineure
, quoi qu'elle n'cût point été acceptée;
fondé sur ce que la chose donnée par le
Tuteur , ne peut être retirée des mains du
Donataire , non pas directement , dit le même
M. Ricard , à cause de la Donation ,
mais par une autre raison qui résulte de ce
que le Tuteur est responsable , en sa qualité
de Tuteur , de la négligence qu'il a aportée
en ce qui regardoit les affaires de son Mineur.
On voit dans ces deux Arrêts une Jurisprudence
toute oposée , qui laisse dans le
doute & dans l'incertitude. Dans l'un , si
l'on veut s'attacher intrinsequement à la lertre
, il semble que son esprit est de suivre
généralement , dans tous les cas prévus &
non prévus , la Loi , Invito Beneficium non
datur. L. 69. ff. de Jure. L. 156. en déclarant
l'Acceptation être tellement de l'effet de la
Donation , que les Mineurs même n'en peuvent
être relevés.
Dans l'autre , on déclare une Donation
faite à une Mineure par sa mere Tutrice ,
quoique non acceptée , bonne & valable ,
par la raison qu'un Tuteur est responsable ,
en sa qualité de Tuteur , de sa négligence.
Entrons dans un court examen , lequel de
CCS
SEPTEMBRE. 1739. 2111
ces deux Arrêts doit faire une Jurisprudence
moins douteuse. La Regle générale doit- elle
Pemporter sur la speciale ou la speciale
doit - elle faire déroger à la génerale ? Une
Donation n'est point valable , dès qu'elle n'a
pas été acceptée. Voilà la Regle génerale ,
qui s'étend encore plus loin , puisqu'elle
ajoûte que les Mineurs même ne peuvent se
faire relever de ce défaut.
La Regle speciale dit , qu'une Donation
faite par un Tuteur à son Mineur , est valable
, quoiqu'elle n'ait point été acceptée par
le Mineur , en ce que le Tuteur Donateur
devient responsable des défauts de solemnités
& formalités requises.
Si on envisage un Tutcur Donateur , comme
purement Donateur , & si l'on fait abstraction
de sa qualité de Tuteur , le Tuteur
Donateur est dans le cas de la Regle génerale,
ou plûtôt sa Donation devient nulle & sans
effet , faute d'acceptation. Car pour pouvoir
soustraire la Donation faite par un Tuteur à
son Mineur , de la Regle génerale , il fau
droit qu'il y eût dans la speciale une démonstration
& une détermination certaines à cet
égard.
La Regle speciale n'ayant ni démonstration
, ni détermination certaines , l'Arrêt cidessus
cité en faveur des Donations non ac →
ceptées , faites par un Tuteur àson Mineur,
A vi no
2112 MERCURE DE FRANCE
4
ne doit point faire déroger à la génerale
puisque , jusqu'aujourd'hui , il ne paroît pas
que cet Arrêt ait fait une Jurisprudence constante
& reconnue. C'est donner malgré le
Donataire , & forcer contre la Loi , un Mineur
à prendre ce qu'il n'a point accepté , mi
personne pour lui , que de déclarer valable
une Donation qui n'a point été reçûë avec
les solemnités requises : Invito Beneficium
non datur.
Ce sentiment quadre entierement avec la
disposition de l'Article XIV. de l'Ordonnance
du mois de Fevrier 1731. concernant
les Donations , où il est dit que les Mi-
" neurs ne pourront être restitués contre le
» défaut d'acceptation des Donations entre-
» vifs ; le tout sans préjudice du recours tel
" que de droit desdits Mineurs contre leurs
» Tuteurs , sans qu'en aucun cas la Donation
puisse être confirmée.
30
La disposition de cet Article est conforme
à la Regle génerale & au premier Arrêt raporté
par Montholon . Il est aisé de voir que ;
quoiqu'il ne soit pas dit déterminément dans
cet Article , Donations faites par un Tuteur à
son Mineur , ces Donations se trouvent cons
fondues dans la Regle génerale , surtout
étant expressément dit , que la Donation ne
peut être confirmée dans aucun cas , faute
d'avoir été acceptée.
IL
SEPTEMBRE . 1739 2111
Il a cependant été pourvû au non effet de
la Donation , l'Ordonnance accordant aux
Mineurs leur recours de Droit , qui est les
dommages & interêts , seule chose dont le
Tuteur peut être responsable , en adhérant
au sentiment de M. Ricard , à cet égard , en
sa qualité de Tuteur , de la négligence qu'il
a aportée dans cette solemnité essentiellement
& nécessairement requise dans une
Donation ; recours , en un mot , accordé aux
Mineurs pour mettre les Tuteurs dans la nécessité
de se faire remplacer dans ces circonstances
par d'autres Personnes capables
de veiller aux interêts de leurs Mineurs .
On peut donc dire que toute Donation ,
même celle qui est faite par un Tuteur à son
Mineur , n'est point valable , faute d'acceptation
.. Ainsi si la Donation , faute d'accep
tation n'est point valable , le Mineur n'en
peut pas jouir , nonobstant le défaut d'acceptation
, parce que n'y ayant point d'acceptation
, il n'y a point aussi de Donation..
J. B. A. B. de Meaux .
IIMIS
2114 MERCURE DE FRANCE
Jijijijijin
IMITATION d'un Morceau de Milton,
sur la Lumiere.
J
E t'invoque aujourd'hui , Lumiere intelligible ,
Où brille du Très-Haut le Throne inacceffible ,
Eternelle clarté dont les rayons divins ,
Au point de leur naiffance éclairent les humains ,
Soleil de vérité , source de connoiffances ,
Verſe dans mon efprit tes douces influences ,
Et viens en l'éclairaut, viens confoler ces yeux ,
Ces triftes yeux fermés à la clarté des Cieux.
Ton Regne a précedé le Regne de l'Aurore ;
Tu brillois , que les Cieux n'exifoient pas encore,
Dieu dit , & l'Univers annonçant sa grandeur ,
Sortit du sein des Eaux , revêtu de splendeur.
Au feu de tes regards les Aftres s'allumerent ,
La Terre & le Soleil sur leurs axes tournerent ;
Et du Monde éclairé le spectacle enchanteur
Fut pour l'Homme un tableau du pouvoir de l'Auteur.
Hélas ! sur moi la nuit répandant ses ténebres ,
M'en dérobe l'aspect sous des voiles funebres.
Pour moi ne brille plus le célefte flambeau , *
Et l'Univers n'est plus qu'un immense tombear.
Quand pourrai-je une fois , ô Lumiere suprême !
Remonter à ta source , & te voir en toi -même !
Mal
SEPTEMBRE. 1739 2115
Malheureux ! je me vois privé du plus grand bien ,
Eh que sert-il de vivre , à qui ne voit plus rien ?
Toutefois, quoiqu'errant dans les Royaumes sombres
,
La nuit , l'affreuse nuit m'affiege de ses ombres.
Je trouve dans les Vers un remede à mes maux ,
Avec eux je transforme en plaifirs mes travaux .
Aimable illusion de cet Art que j'adore !
Je vois sous mes pinceaux un nouveau Monde
éclore ,
Que forme , en se joüant , l'imagination ,
Et qui change , à son gré , de décoration.
Là ,fidele à flater ma poëtique yvreffe ,
J'imagine des Lieux où coule le Permeffe.
Là , j'aime à m'enfoncer dans ces Bois de Lauriers,
Où se couvrent de fleurs mille rians fentiers.
Je parcours en esprit ces aimables retraites ;
Ces berceaux fréquentés par les heureux Poëtes ;
Et la Lyre à la main , des mêmes feux épris ,
Nous formons des combats dont la gloire eft le
prix.
Là, pour me consoler de ma disgrace amere ,
Je trouve Thamyris , (a ) Tyresias , (b) Homere, (c)
De leur aveuglement malheureux compagnon ,
Puiffai- je quelque jour l'être de leur renom !
(a) Thamyris , Poëte de Thrace , il eut la témerité
de défier les Muses , qui le priverent de la vûë.
(b) Tyrefias , natif de Thebes , aveuglépar Junon.
(c) Tout le mondefçait qu'Homere étoit aveugle.
Ainf
2116 MERCURE DE FRANCE
Ainfi pour mieux charmer mes douleurs trop
gries ,
ak
Je fçais m'entretenir de douces rêveries.
De -là naiffent ces Vers coulans , harmonieux ,
Qui peignent à l'esprit ce qui se cache aux yeux .
Tel l'Oiseau de la nuit , dans l'horreur de son
ombre ,
Compose ses Chansons sous un feüillage sombre.
Les saisons & les ans reviendront tour à tour
Mais jamais pour mes yeux ne reviendra le jour.
Non je ne verrai plus dans la saison nouvelle ,
La Nature renaître , & mon coeur avec elle.
Tout difparoît pour moi , Printemps , fleurs , &
plaifirs.
Heureux ! fi je pouvois perdre auffi mes defirs !
Borne-là ton couroux , Deſtin inexorable ;
N'eft - ce donc point affés pour être miferable-
Eh.quoi ! faut- il encor qu'un voile tenebreux ,
Me cache mon semblable en ce cahos affreux ?
Ah ! du visage humain la beauté si touchante ,
Ton chef-d'oeuvre , Grand Dieu ! ton image vi
vante !
Ces mobiles miroirs , ces yeux intelligens ,
Où l'ame se dévoile , & peint fes fentimens ,
Ce front , fiége animé d'une pudeur naïve.
Ce souris , doux enfant d'une tendreffe vive ,
De la nature , enân , ce langage enchanteur ,
Ignoré de mes yeux , ne touche plus mon coeur;
Et
SEPTEMBRE. 1739 211
Et toi , vafte Univers , de brillante ſtructure ,
Grand Livre qu'aux Humains expose la Nature :
De miracles divers admirable concours ༡
Adieu , mes yeux pour toi font fermés pour toute
jours ;
Je fuccombe aux efforts d'une nuit invincible ,
Et je fuis ,fort cruel ! à moi - même invisible.
Desales , de l'Oratoire.
******
2
LETTRE de M. Peliffier de Feligonde ,
écrite de Clermont en Auvergne le 13 Juillet
1739. au R. P. Mathieu Texte , Dominicain,
au sujet d'un Jetton dont ce Pere a donné l'explication
dans le Mercure deJuin 1735 ..
J
E lis, M. R. P. avec beaucoup de satisfac
tion les Dissertations que vous donnez de
temps en temps au Public dans le Mercure de
France, & j'y admire conftamment l'érudition
et la saine et judicieuse critique que vous y faites
paroître; mais j'ai lû avec une attention plus
particuliere ,l'explication que vous avez donnée
dans le II. Tome du Mercure de Juin
1735. page 1314. d'un ancien Jetton , qui ,
comme vous dites, ne peut être qu'un Monument
de la pieté de quelqu'un de nos Rois
envers la Sainte Vierge ; vous l'attribuez à
Louis
2118 MERCURE DE FRANCE
Louis XI . & à l'Etablissement de l'Angelus ,
par son Ordonnance du premier Mai 1472 .
Je suis fâché que vous n'ayez pas eu plûtôt
connoissance d'un autre Jetton de cuivre
, presque semblable au vôtre , qui m'est
tombé entre les mains depuis quelque temps ;
Vous y eussiez peut - être trouvé des raisons
pour apuyer votre sentiment , ou des motifs
pour en changer. Quoiqu'il en soit ; les Sçavans
, comme vous , ont un droit acquis sur
toutes les découvertes Litteraires , & je me
croirois coupable d'une espece de larcin , si
je tardois plus longtemps à vous faire part de
la mienne.
Le Jetton dont il s'agit , est , comme je
viens de dire , presque entierement semblable
au vôtre pour le Revers ; on y voit
également une Croix pleine,partie, & fleurdelisée
, dont les bouts se terminent dans quatre
demi - cercles , entre lesquels il y a audessus
ces quatre lettres A. V. E. M.; il seroit
inutile d'observer qu'au lieu des huit
tits trefles , qui sur le vôtre accompagnent
les fleurs - de lys , on voit sur le mien huit
petites palmes , & quelques autres changemens
assés indifferens .
pe-
La Legende de l'autre côté a sur mon Jetton
quelques lettres de plus que sur le vôtre;
on ylit distinctement en lettres Gothiques ,
AVE MARIA GRATIA PLE. Les caracteSEPTEMBRE.
1739 2119
res sont à peu près les mêmes. Les R. n'y
sont pourtant pas si bien formées que sur le
vôtre , mais la plus grande difference & la
plus considerable , c'est qu'au lieu de l'Ecu
de France , qui ne se trouve pas sur le mien,
on y voit plusieurs figures , un triangle au
milieu , surmonté d'une Fleur - de -lys ; audessous
une figure qui forme trois côtés
d'un quarré , & qui est terminée aux deux
bouts par deux anneaux ; enfin au- dessous de
celle -là , une autre piéce longue , terminée
pareillement aux deux bouts par deux anneaux.
de
Je vous avoüe , M. R. P. qu'avant que
lire votre Explication , je croyois mon Jetton
beaucoup plus ancien que le Regne de
Louis XI. Je me fondois sur la Croix fleurdelisée
du Revers, que j'ai vûe d'une Figure
presque semblable sur des Monnoyes du Roy
Jean , & de Charles V, dans un Tarif fait en
l'année 1641 .
>
Je me fondois encore plus sur les Figures
du côté oposé , qui me paroissent d'un goût
bien ancien , & que j'ai retrouvé aussi sur
une petite Monnoye , que j'ai dans mon Cabinet
, du Prince Alfonse , frere de S. Louis,
Comte de Poitiers & d'Auvergne , avec cette
Legende, AL FVNSVS COMES D. G.
RIOMENSIS.
Je m'étois donc persuadé , un peu trop
légere
120 MERCURE DE FRANCE
pas
marquoient la
légerement , sans doute , que mon Jetton
avoit été frapé du temps de S. Louis ; mais
quand je tâchois de découvrir à quelle occasion
il pouvoit avoir été frapé , je n'étois
toujours d'accord avec moi même.
Quelquefois je pensois que ces especes
d'anneaux que l'on voit aux extrémités des
figures de mon Jetton ,
captivité de Saint Louis
sa prison en Egypte ; que le
bole de la Sainte Trinité étant surmonté
d'une Fleur - de- lys , signifioit la confiance
que ce saint Roy eut toujours en Dieu dans
ses plus grandes afflictions ; & qu'enfin la
Legende AVE MARIA GRATIA PLENA ,
étoit un témoignage que dans cette extré
mité , il implora la protection de la Mere
de Dieu , & qu'il en ressentit les effets .
و
je veux dire
triangle , syn-
D'autres fois je m'imaginois , peut--être
plus témerairement encore , que toutes ces
Figures ensemble représentoient une Eglise ;
j'étois porté à le croire , à la vûë de plusieurs
Monnoyes de nos Rois de la seconde Race,
que je trouve dans le Recueil gravé du Cabinet
de feu M. François Petau , Conseiller
au Parlement de Paris , Planches 38. 41. &
44. mais surtout , Planche 43. Monnoye 12 .
où l'on voit une Figure assés semblable , avec
cette difference néanmoins , qu'au lieu d'une
fleur-de-lys , le triangle est surmonté d'une
Croix
SEPTEMBRE. 1739: 212 F
Croix ; la Legende SCI . MARTINI . ne
permet pas de douter que ce ne soit la figure
d'une Eglise .
Je faisois attention que S. Louis a fait bâ
tir plusieurs Eglises en l'honneur de la Sainte
Vierge , & nommément votre Eglise de la
rue S. Jacques , au raport de Belleforêt ent
ses Annales , & de Jacques du Breuil , dans
ses Antiquités de Paris . J'ajoûtois que du
temps de S. Louis la Confrairie du Rosaire ,
établie depuis peu par S. Dominique , étoit
encore dans sa nouveauté & dans toute sa
ferveur , qu'on ne peut pas douter que Saint
Louis ne se soit enrôlé dans cette sainte Milice
; & de tout cela , je concluois que mon
Jetton pouvoit avoir été frapé pour perpetuer
par son type la mémoire de la Fondation
de votre Eglise par S. Louis , & par sa Legende
, celle de l'Association de ce S. Roy
à la Confrairie du Rosaire.
J'en étois là , M. R. P. lorsque votre Jetton
, & l'Explication que vous en avez donnée
sont venus renverser toutes mes idées ;
car enfin , puisque la fabrique , la Legende ,
le Revers & les caracteres de nos deux Jettons
sont semblables , à peu de chose près ,
il est sans difficulté qu'ils ont été frapés à
peu près dans le même temps Or l'Ecu de
votre Jetton , chargé de trois fleurs- de- lys
2. & 1, semble d'abord indiquer un temps
bien
2122 MERCURE DE FRANCE
bien posterieur à S. Louis , puisque Charles
V. est le premier de nos Rois qui a réduit à
trois les fleurs de- lys sans nombre dont l'Ecu
de France étoit chargé avant lui.
!
Je vous avoie cependant que , si cette
raison étoit seule , elle ne paroîtroit pas toutà-
fait décisive , puisque de votre aveu on
voit un Ecu à trois fleurs- de- lys sur les Angelots
de Philipe de Valois , &
que même
Philipe le Hardi , fils de S. Louis , avoit trois
Aeurs- de-lys à son Contre -scel. Ce dernier
Fait , dont vous donnez le sçavant Pere Mabillon
pour garant , nous laisse la liberté de
penser que longtemps avant Charles V. l'Ecu
de France étoit assés arbitrairement , tantôt.
& le plus souvent , semé de fleurs - de-lys
sans nombre , & quelquefois chargé seulement
de trois fleurs- de -lys , & que le Roy
Charles V. voulut qu'on s'en tint desormais
à ce nombre fixe de trois : or, cela étant , il
ne seroit pas impossible que S. Louis eût
quelquefois employé lui - même l'Ecu de
France à trois fleurs- de-lys ; vous sentez mieux
que moi le peu de force que doit avoir l'argument
négatif dans ces sortes de matieres.
Mais une raison , qui paroît sans replique,
en faveur de votre sentiment , c'est celle- que
vous tirez de la fabrique des lettres ; vous
assûrez qu'elle est du quinziéme siècle , je
n'ai
SEPTEMBRE. 1739 2123.
n'ai garde de vous contredire là-dessus, vous
êtes beaucoup mieux que moi au fait des
differens caracteres qui ont été en usage dans
les siécles passés , vous êtes à portée de les
confronter par vous- même vous n'avez
donc pas avancé légerement cette décision ,
ainsi je me fais un honneur de souscrire à votre
sentiment,& je reconnois que toutes mes
conjectures doivent lui céder.
>
Permettez-moi seulement , M.-R. P. de
vous représenter qu'ayant actuellement sous
les yeux l'Histoire Généalogique de la Maison
d'Auvergne , par Justel , j'y trouve , sans
aller plus loin , plusieurs Sceaux du temps
de S. Louis , ou environ , dont les caracteres
ont beaucoup de ressemblance avec ceux de
votre Jetton ; tels sont entre-autres , le Sceau
de Raimond , Vicomte de Turenne , page
44. des Preuves , & celui de Marguerite de
Montlaur, page 47. Je trouve encore des
caracteres assés ressemblans sur la Monnoye
du Roy Jean , qui porte au revers une Croix
fleurdelisée, comme nos Jettons, page 34. du
Tarifde 1641. desorte que je serois tenté de
croire , qu'en fixant au quinzième siècle la
fabrique des caracteres gravés sur votre Jetton
, vous n'avez prétendu exclure que les
temps poſterieurs , auxquels les lettres Gothiques
ont cessé d'être en usage.
Quoiqu'il en soit , je prends la liberté de
Yous
124 MERCURE DE FRANCE
vous demander ce que vous pensez des figures
qui font fur mon Jetton , & quel peut
être leur raport avec la pieuse Legende AVE
MARIA GRATIA PLENA. Ces mêmes
figures sur la Monnoye du Prince Alfonse ,
n'excitent pas moins ma curiosité ; je ne sçais
si vous auriez connoiffance de cette petite
Monnoye , qui est à peu près de la grandeur
d'un denier , & d'un métal femblable à nos
anciens fols ; vous êtes peut-être furpris de
la qualité qu'on y donne à ce Prince , COMÉS
RIOMENSIS. Il faut en effetprendre
un interêt particulier à l'Hiftoire d'Auvergne,
pour fçavoir que la Comté d'Auvergne ayant
été confifquée en 1210.parle Roy Philipe Augufte,
fur le Comte Gui II , laVille de Clermont
ne fut pas compriſe dans la confifcation
, parce que le Comte Guy l'avoit remise
en dépôt depuis l'année 1202. entre les
mains de Robert , Evêque de Clermont , fon
frere ; Philipe - Augufte la laiffa à cet Evêque ,
sans doute , pour le dédommager des mauvais
traitemens qu'il avoit essuyés de la part
'du Comte Guy.
,
Dans la suite, Saint Louis, en 1 240. donna
la Comté d'Auvergne en Apanage au Prince
Alfonse son frere . Ce Prince prétendit
que la Ville de Clermont étant la Capitale
du Comté d'Auvergne , devoit être aussi le
Chef-Lieu de son Apanage , & voulut en
prendre
SEPTEMBRE. 1739 2125
prendre possession ; mais Guy de la Tour ,
alors Evêque de Clermont , s'y oposa , par
la raison que l'Apanage du Prince Alfonse
en Auvergne , ne consistant que dans les
Terres confisquées sur le Comte Guy , Clermont
ne pouvoit faire partie de son Apanage
, puisqu'il n'avoit pas été compris dans la
confiscation , & parce qu'enfin il ne tenoit
cette Ville que du Roy , & qu'elle ne relevoit
que de lui. Ce qui fut ainsi décidé par
un Arrêt du Parlement de Paris , suivant le
témoignage de M. Sanaron dans ses Origines
de Clermont , pages 43. & 73. de l'Edition
in-folio.
,
Alors Alfonse , privé par cet Arrêt de la
Ville de Clermont , jetta les yeux sur celle
de Riom, pour en faire le Chef- Lieu de sa
Comté dans cette vûë il accorda aux Habitans
plusieurs Privileges , par une Charte
Latine , datée d'Aimargues , près Aiguesmortes
, au mois de Juillet 1270. laquelle se
conserve en original dans les Archives de la
Ville de Riom , où l'on en garde encore une
ancienne Traduction en Langage du Pays ;
j'ai dans mon Cabinet une Copie autentique
de l'une & de l'autre , collationnée sur les
Originaux depuis l'année 1611. par M. Chaduc
, Conseiller au Présidial de Riom , dont
j'ai donné l'Eloge dans les Mémoires de
Trévoux du mois de Mars 1727.
II. Vol
,
B La
2126 MERCURE DE FRANCE
-
La Ville de Riom commença dès -lors à
devenir considerable , & ce fut sans doute
par reconnoissance pour le Prince Alfonse
son Binfaicteur , que les Habitans de cette
Ville , firent fraper , avec sa permission , cette
petite Monnoye , dans laquelle ils le nomment
leur Comte , COMES RIOMENSIS,
qualité qu'il n'a jamais prise ailleurs , pas
même dans la Charte des Privileges qu'il leur
accorda. Je suis , & c.
LES OISEAUX Disciples du Serin ;
& le Rossignol.
FABLE ALLEGORIQUE .
UN Serin élevoit une troupe d'Oiseaux ,
Chardonnerets , Pinçons , Linotes , Etourneaux ;
Pour exercer leur petite mémoire ,
R
Et leur faire acquerir quelques raïons de gloire
Il leur aprit plusieurs morceaux
Des plus beaux Airs anciens & nouveaux.
Quand ils les sçuûrènt bien (' c'eft - à - dire sans faute)
Il eft temps , leur dit-il , de former un Concert ;
C'eft aflés répeter la Note ;
Je veux que vous chantiez enfin à Livre ouvert ,
Et que vous inyitiez à votre aprentiffage
Les
SEPTEMBRE . 1739. 2127
Les plus fçavans Oiseaux de tout le voisinage.
Chacun s'engage avec plaisir
A bien jouer son petit rôle ;
On prend jour , au Serin ils tinrent tous parole ,
Même au- delà de son defir :
Partout on n'entendoit que des battemens d'aîle ,
Pour aplaudirà leurs effais ;
Tant , que leur légere cervelle
Présuma trop de leurs succès .
Mais certain Rossignol , Chantre auſſi bon que
sage ,
Leur tint cet inftructif langage . `
Jeune & volage Peuple aîlé ,
A travers vos tranſports mes yeux ont démêlé ,
Qu'il n'eft aucun de vous qui ne se croye un
Maître ;
Dépouillez cette erreur féconde en maints fauxpas
; .
Sçachez qu'on ne commence à l'être ,
Que lorsqu'on croit ne l'être pas.
Par M. de St. R. de Montpellier.
Bij LET2128
MERCURE
DE FRANCE
i̟ į į į ė į i̟ ♣ ė į į į į i̟ i̟ ó̟ o̟ i̟ i̟ !!!!
శ్రీ శ్రీ
LETTRE sur un Projet d'Ouvrage , av
sujet des Antiquités Grecques & Romaines ,
écrite de Paris le 16 Juin 1739. par
Déd. **
J
M.
E prends , Monsieur , la liberté de vous
écrire , pour vous faire part d'un Ouvrage,
dont mon zele pour le Public , & l'envie
de lui être utile , m'ont fait concevoir le dessein
, & auquel je travaille actuellement
. Il
aura pour titre : Dictionaire Abregé des Antiquités
Grecques Romaines , à l'usage des
jeunes Gens. Ouvrage qui m'a paru absolument
nécessaire pour l'intelligence
des Auteurs
Classiques. Il formera un petit Volume
in- 12. dont j'espere que la forme & la
modicité de son prix , concourront
à le
rendre plus commun , & engageront les Peres
& Meres à le donner à leurs Enfans qui
étudient : au moins c'est la fin que je me
propose.
L'Education étant tout à la fois ce qu'il y
a de plus important & de plus difficile , je
crois qu'on ne peut mieux employer son
temps , qu'à procurer aux jeunes Gens des
Ouvrages , qui en aplanissant les principales
difficultés , inséparables des premieres Etudes
, diminuent quelque chose de l'amertu
me
SEPTEMBRE . 1739 2129
me , que, privés de ce secours, ils éprouvent
tous les jours à les surmonter. La Science
est une acquisition qui coûte infiniment à la
nature . Nous sommes , il est vrai , les Enfans
d'un Pere qui la posseda par infusion 3
mais dequoi lui servit & à nous ce rare avan
tage ? Pere rebelle , l'ignorance est devenue
notre honteux partage pour avoir voulu
trop sçavoir, il nous a réduits à la triste condition
de tout ignorer. L'esprit de l'homme
, autrefois si fertile , ne produit plus que
des ronces & des épines : il faut maintenant
arroser les Livres de nos sueurs & de nos fatigues
pendant plusieurs années , pour aprendre
bien peu de chose ; car qu'est - ce que
la
science du plus habile homme , comparée
avec ce qu'il ignore ? Quelles difficultés pour
percer ce nuage épais qui couvre les Sciences
? Quelle attention à ménager la foiblesse
de l'esprit d'un Enfant , dont les puiffances
ne se dévelopent que successivement & par
dégré , à étudier ses progrès , & à propor
tionner ses instructions à son état présent ?
Mais c'est surtout dans les Elemens & les
premiers Principes des Sciences , qu'on
éprouve ces difficultés rebutantes . Combien
d'Enfans , qui chaque jour en secret , trempent
de leurs larmes le Rudiment & la
Méthode ? Il est donc à desirer que d'habiles
Gens , qui ont éprouvé eux-mêmes ces
Biij diffi2130
MERCURE DE FRANCE
difficultés , s'apliquent à simplifier le plus
qu'il sera possible , les premiers Principes de
chaque Science , en arrachant ces épines qui
les environnent , pour frayer à la Jeunesse
une route moins pénible. Mais , graces à la
fertilité de notre Siècle , déja de grands
Hommes , d'illustres Citoyens , tout dévoués
au bien de leur Patrie , ont rempli plus de
la moitié de ce Projet . C'est aussi afin d'y
entrer pour quelque chose, que je me suis déterminé
à travailler pour leur faciliter ces premieres
Etudes . J'ai l'honneur d'être précedé
dans cette carriere par de célebres Auteurs ,
des Génies du premier ordre , * dont le nom
seul fait l'éloge ; imitateur de leur zele , je
souhaiterois l'être de leurs lumieres & de
leurs rares talens . Cependant ils n'ont pû
tout faire , & il m'a parû qu'il manquoit aux
Enfans un petit Livre , qui leur servant
comme de Commentaire , leur procurât Pintelligence
d'une infinité de termes répandus
dans les Auteurs Classiques , qui leur sont
étrangers. En effet , sans ce secours , ces Auteurs
sont pour eux des Livres scellés . Il est
vrai que Mrs les Professeurs , chargés du
soin de leur instruction , ont soin de les leur
expliquer toutes les fois que l'occasion s'en
* M. Rollin , M. Lenglet Dufresnoy , M. Reftaut
Le P. Joubert , le P. Pomey , M. Dupuy , M. Rivard
, ¿e.
préSEPTEMBRE.
1739 2131
présente : mais leurs paroles , semblables aux
traces qu'on fait sur le sable ou sur l'eau ,
sont bien- tôt effacées de la mémoire de ces
Enfans. Il est donc nécessaire de les mettre
à portée d'avoir continuellement sous leurs
yeux ces Explications , dans un Livre qui
leur tienne lieu d'un Maître vivant , auquel
ils puissent avoir recours toutes les fois qu'-
ils en auront besoin.
Le tigre de cet Ouvrage annonce assés le
but que je me propose . Mon dessein n'est
pas de donner un Dictionaire complet des
Antiquités Grecques & Romaines , l'Ouvrage
seroit inutile aux Sçavans , qui en ont
assés d'autres sur cette matiere , & surpasse→
roit de beaucoup ma capacité : j'ai seulement
en vûë de donner un petit Abregé
qui ne renferme simplement que ce qu'il est
essentiel aux Enfans de sçavoir , pour bien
entendre les Auteurs qu'on leur fait étudier
dans ces premieres années , pour leur aprendre
le Latin & l'Histoire ancienne . Je tâche
de ne rien dire qui ne leur soit utile, & dans
cette vûë je ne charge point cet Abregé d'un
détail trop sçavant , & n'y fais point parade
d'une vaine érudition , qui ne serviroit qu'à
confondre leurs idées, & à surcharger à pure
perte leur mémoire.
Je n'entre point dans la Mythologie : ce
sujet me paroît assés amplement traité par
Bij de
2132 MERCURE DE FRANCE
de bons Auteurs , dont les Ouvrages sont
fort communs , & d'un prix très modique ;
c'est pourquoi je juge qu'il est inutile d'en
traiter , joint à ce que je ne pourrois le faire
sans exceder les bornes que je me prescris
dans cet Ouvrage. Entre tous ces Livres de
Mythologie , le plus méthodique , & par
conséquent le plus propre , selon moi , pour
les Enfans , c'est celui intitulé : Méthode
pour
aprendre l'Histoire des faux Dieux de l'Antiquité
, ou le Panthéon Mystique. Cet (a) excellent
Livre a été composé en Latin , par le
R. P. Pomey , Jésuite , à la mort duquel les
Humanités ont tant perdu . C'est à M. Tenand
que nous sommes redevables de la
Traduction Françoise , dont on a la seconde
Edition beaucoup plus commode , & trèsexactement
corrigée. » Le Plan en est simple
& très- bien imaginé , dit le Traduc-
» teur dans son Avertissement. On supose
qu'un Etranger , à qui le P. Pomey a don-
» né le nom de Paléophile , qui signifie
» Curieux de connoître l'Antiquité , vient à
» Rome pour en voir les Monumens. Mys-
» tagogue , qui est le nom qu'on donnoit an-
» ciennement à ceux qui étoient chargés de
» montrer les Raretés aux Etrangers , com-
و د
ور
(a) Ce Livre eft en deux Volumes in- 12 . brochés ,
imprimé à la Haye , chés Swart. La seconde Edition
eft de 1732.
>> mence
SEPTEMBRE. 1739 2133
mence par le conduire au Panthéon.....
» dans lequel tous les Dieux de l'un & de
» l'autre sexe avoient leurs Statuës .... Mys-
»
tagogue , en faisant remarquer à Paléophile
» toutes ces Statuës , lui enseigne la Fable
» d'un bout à l'autre . Tel est le dessein de
» ce Livre . Il m'a paru très- très -propre , ajoûte-
» t- il , à flater & à fixer en même temps
l'imagination des jeunes Gens , à qui j'ai
» voulu principalement faciliter l'Etude de
» la Mythologie par cette Traduction. « Il
seroit à souhaiter que ce Livre fût plus commun
par une Impression de Paris.
>>
Je donne à mon Ouvrage la forme d'un
Dictionaire , parce que cet ordre me paroît
le plus simple , & par consequent plus à la
portée des jeunes Gens. Ils y trouveront les
mots Latins tels qu'ils sont dans leurs Auteurs
, avec les mots François , & l'explication
familiere. Au moyen de cet ordre , je
crois qu'il leur sera facile de chercher les
éclaircissemens dont ils auront besoin en lisant
ces Auteurs. Un autre avantage que pro
cure cet ordre , & qui n'est pas moins considerable
, c'est celui de la varieté : car quel
Ouvrage est plus varié qu'un Dictionaire , &
par consequent quel Ouvrage est plus propre
à la Jeunesse , dont la légereté & l'in
constance font le caractere dominant , &
dont l'esprit est incapable d'aplication ?
Bv Pour
2134 MERCURE DE FRANCE
>
Pour ce qui regarde l'usage qu'il convien
dra faire de ce Livre , il me semble qu'il sera
à propos de le metre entre les mains des
Enfans avec le Rudiment , le leur faire lire.
tout entier plusieurs fois , par forme de délassement
; leur en faire même aprendre tous
les jours quelque chose par mémoire . Ils
trouveront dans cette étude de quoi piquer
leur curiosité & des roses qui les dédommageront
des épines de la Grammaire. Je
me flate que le temps qu'ils y employeront
ne sera pas un temps perdu. Lorsqu'ils viendront
à lire les Auteurs , dont ce Livre est
comme la clef, ils marcheront par une route
frayée , un chemin battu : la plupart des difficultés
qui les arrêtent ordinairement s'évanouiront
: j'en fais Juges Mrs les Professeurs.
Je dis la même chose d'un bon Livre de
Mythologie , soit qu'on se détermine pourcelui
que je viens d'indiquer , ou en faveur
d'un autre : car il ne faut pas séparer ces deux
Livres , puisque l'étude en est inséparable ;
autrement ce seroit manquer le but.
Je n'ai garde de me faire honneur du travail
des autres , & je suis bien éloigné de
cacher ou de déguiser , par un sot orgueil ,
ce que je prends dans les Auteurs qui ont
traité la même matiere. Je ne prétens d'autre
gloire que celle de Copiste j'avoue même
que je ne me donnerois pas cette peine
SI
SEPTEMBRE . 1739. 2135
si ces Livres étoient plus communs , moins
chers , & surtout plus à la portée des jeunes
Etudians. J'ai consulté avec toute l'attention
dont je suis capable , & autant que mes autres
occupations me l'ont permis , les anciens
Auteurs originaux , & les Commentateurs ,
pour
m'assûrer de la certitude des matieres
que je traite ; desorte que je n'avance rien
sans garant , comme on le verra par les citations.
Il me seroit facile de m'aider dans ce
travail , de plusieurs bons Livres d'Antiqui
tés qui sont dans les mains des Sçavans :
mais entre tous ces Livres , j'en ai choisi
deux qui me paroissent les plus propres au
dessein que je me propose dans ce petit Ouvrage
, & qui en seront la base & le fondement
; c'est l'excellent Ouvrage des Antiquités
Romaines de Rosin , & le Dictionaire
des Antiquités Grecques & Romaines , de M.
P'Abbé Danet. (a) Ce fut par cet Ouvrage ,
qui est dédié à Monseigneur le Dauphin ,
qu'il acheva de fournir la pénible carrière qui
lui avoit été marquée par M. le Duc de Montausier
, chargé de l'Education de ce Prince.
" Le dessein que j'ai toujours eu , dit l'Au-
» teur dans sa Préface , de contribuer à l'é-
» tude des Belles- Lettres , & de faciliter à la
Jeunesse l'intelligence des Auteurs Latins ,
» & particulierement des Poëtes , a produit
(a) Imprimé en 1698. in-4°. de 786. pages .
,
B vj
Le
2136 MERCURE DE FRANCE
сс
» le nouvel Ouvrage que je donne mainte
» nant au Public. « Cependant cet Auteur ;
dont les autres Ouvrages sont fort bons , a
succombé dans celui - ci sous le poids de son
sujet , & il ne nous a pas tenu parole . Ce
Dictionaire qu'il destinoit pour les jeunes
Gens , n'est guere propre qu'aux Sçavans .
Il n'a pas été assés maître de sa matiere : cet
Ouvrage seroit plus propre à accabler leur
esprit & leur mémoire , par un détail trop
sçavant , & une érudition trop recherchée ,
qu'à les instruire. Il nous a même donné
beaucoup plus que son titre ne promet : il
auroit pû y ajoûter les Antiquités Hébraïques
, dont il fait le détail à mesure que
l'occasion s'en présente. Enfin tout lui paroît
également propre à son dessein , le Sacré
& le Prophane , la Mythologie , l'Histoire ,
la Géographie , les Genealogies , la Morale ,
la Théologie , la Jurisprudence , & c. rien
n'en est exclus.
.
Mais ce n'est pas le seul défaut qu'on remarque
dans ce Livre , lorsqu'on le lit avec
attention. L'ordre est , sans contredit, ce qui
donne le prix aux belles choses : sans lui il
n'y a plus que de l'imperfection dans les plus
siches productions de l'Art , comme dans
celles de la Nature. Cependant le défaut
d'ordre regne dans presque tout le cours de
cet Ouvrage. On y aperçoit un Auteur , qui ,
accablé
SEPTEMBRE. 1739 2137
accablé par la multitude de ses materiaux !
les place sans examen , sans distinction :
d'où il résulte beaucoup de confusion dans
les matieres qu'il trajte. Les répétitions y
sont fréquentes , & il se contredit dans plusieurs
endroits. D'ailleurs son style est trop
négligé , & sa diction n'est pas pure. J'avoüe
pourtant que je me suis servi fort - utilement
de son Ouvrage : mais en imitant ses
perfections , j'ai tâché d'éviter ses défauts.
Voilà tout ce que j'avois à dire sur le dessein
& le Plan de mon Ouvrage . Faites - moi
la grace , Monsieur , d'inserer dans votre
prochain Mercure , cette Lettre, par laquelle,
protestant de la foibleffe de mes lumieres ,
j'implore celles des Sçavans , pour l'execution
de ce Projet : ils obligeront le Public
en ma Personne. L'Ouvrage a des
difficultés que je n'avois pas prévûës : j'avoue
que je me suis engagé un peu trop
témérairement dans ce travail , & sans consulter
assés mes forces ; mais un peu d'indulgence
de la part des Personnes éclairées
& surtout de Mrs les Professeurs , qui , je
l'espere , voudront bien m'honorer de leurs
conseils , m'aidera à franchir le pas & à fournir
ma carriere. Un Auteur , & surtout un
Auteur tel que moi , ne sçauroit penser trop
modestement sur ses productions : & quoique
plusieurs Personnes de mérite paroissent
aprou
4138 MERCURE DE FRANCE
>
aprouver mon Ouvrage , il n'y aura que la
voix publique capable de me rassûrer. Je
prie les Sçavans qui auront la bonté de
m'honorer de leurs avis , de le faire par la
voye de votre Mercure : j'aurai pour eux tous
les égards , & toute la reconnoissance dont
ils sont dignes . Je vous prie , Monsieur
d'être persuadé que personne ne peut vous
honorer plus que je le fais.
*************************
DESCRIPTION D'HAUTOT,
Maison de Plaisance proche de Rouen
apartenant à M. Le Couteux des Aubris
Négociant & Banquier à Rouen.
Près des bords où la Seine , en son lit tortueux ,
Porte dans l'Océan son cours majeſtueux :
Sur le penchant d'un Mont eft un Coteau fertile ,
Une Enceinte , où les Dieux fixeroient leur azile.
Le Soleil précédé de l'Aurore & du Jour ;
De ses premiers rayons éclaire ce séjour ,
L'enflâme du plus haut de sa vafte carriere ,
Et le regarde encor en quittant l'Hemisphere.
De son humide sein l'Onde éleve des Vents ,
Qui changent les Etés en d'éternels Printemps ;
Et l'ardeur du Soleil & temperée & pure ,
De ces Climats épais ranimant la nature
DE
SEPTEMBRE. 1739 2139
Du Vignoble fleuri repousse les frimats ,
Et germe dans le Nord des Vins doux & muscats.
De ce Côteau fécond l'oeil sur ces Prés s'abaiffe
Là , des Hameaux voisins folâtre la Jeunesse.
Bergeres , gardez . vous de ces sombres Bosquets ,
On s'y sent attiré par des charmes secrets ,
Le tendre Amour y regne , & caché pour séduire,
Jamais l'Amant en vain n'y plaît & n'y soupire.
Que vois-je ? des Vaisseaux poussés du sein des
Mers ,•
Partis de tous les Ports de ce vafte Univers ,
Pavillons déployés , s'étendent sur la Seine ;
Le flux les aporta , le reflux les ramene .
Au-delà , que d'objets par le hazard rangés !
Sur leur varieté mes yeux sont partagés ,
Des Clochers perçans l'air de leurs fleches altieres ,
D'ambitieux Châteaux entourés de chaumieres ,
Des Terres , des Vergers , où des hommes heureux
Cultivent de leurs mains les champs de leurs
Aycux
Recueillent à l'envi dans l'Eté , dans l'Automne ,
Les Moissons de Cérès , & les fruits de Pomone.
Des Spectacles divers , des lointains spatieux ,
Des objets reculés qui s'échapent aux yeux ,
Des
2140 MERCURE DE FRANCE
Des Montagnes , des Bois qui vont se joindre aux
nuës ,
De la Terre & des Cieux les bornes confondues.
Que ne puis-je tracer d'un élegant Pinceau ,
Les Déesses , les Dieux de ce riant Coteau !
Ces Dames, d'agrémens toujours environnées ,
Qui semblent pour penser & pour plaire être nées
Ces hommes généreux , favoris de Plutus ,
Et sous qui ce Dieu riche , est le Dieu des Vertus ;
Je finis par un trait cette foible Peinture ,
Maison commode , où l'Art embellit la Nature ,
HAUTOT , vous renfermez sous vos brillans. lambris
,
De beaux yeux , de bons coeurs , de sublimes esprits.
MEMOIRE historique sur la Montre des
Officiers du Châtelet de Paris.
'E 25. Mai dernier , qui étoit le premier
Lundi d'après le Dimanche de la Trinité
, les Officiers du Châtelet de Paris ;
firent dans cette Ville leur Cavalcade , apellée
communément la Montre , qu'ils font
tous les ans à pareil jour.
M. le Prévôt de Paris n'est point de cette
Cavalcade , il se tient chés lui pour la recevoir
;
SEPTEMBRE . 1739 214X
voir : elle n'est composée que d'une partie
des Officiers , qui lui sont subordonnés.
Ceux qui sont obligés d'y assister ne peu
vent s'en dispenser , à moins qu'ils n'ayent
quelque excuse légitime.
Ils sont tous à cheval deux à deux. La
Marche commence par les 80. Huifliers ou
Sergens à cheval , qui sont tirés tous les ans
des 130. qui composent cette Communauté
, pour faire le Service de la Police avec
les Commissaires : ils ont à leur tête leurs
Timballes Trompettes , Hautbois
› ,
un
Etendart , & tous les Attributs de la Juſtice,
comme le Casque , la Cuiraffe , les Gantelets
, le Bâton de Commandement , la Main
de Juſtice.
Après eux , viennent les 180. Sergens à
Verge , qui sont tirés tous les ans des 236.
qui composent la Communauté , pour faire
le Service de la Police . Ils sont aussi précédés
de leurs Timballes & Trompettes , &
des mêmes marques d'honneur que les Huissiers
à cheval.
Ces deux Compagnies d'Huiffiers ne sont
point en robe ni en habit uniforme ; la plûpart
sont habillés de noir , & les autres de
diverses couleurs .
Les 120. Huiffiers Priseurs viennent ensuite
en robe , & sur des chevaux couverts de
housses noires
Les
1142 MERCURE DE FRANCE
Les 20. Huissiers - Audianciers marchent
après eux , habillés & montés de même.
Ils sont suivis de douze Commissaires au
Châtelet , députés d'entre les 48. qui composent
cette Compagnie , lesquels sont en robe
de soye noire ; d'un de Mrs les Avocats du
Roy , de Mrs les Lieutenans Particuliers , &
M. le Lieutenant Civil , qui sont en robes
rouges. Les Greffiers du Châtelet & quelques
Huiffiers ferment la Marche.
Toute cette . Cavalcade va chés M. le
Chancelier , chés M. le Premier Président ,
chés M. le Procureur Géneral , & chés M. le
Prévôt de Paris.
Le lendemain M. le Lieutenant Civil mande
en la Chambre du Conseil les Huiffiers
contre lesquels il y a quelque plainte , pour
malversation commise en leur Office , &
s'ils se trouvent coupables , il les interdit &
les condamne en telle autre peine que le cas
le requiert.
La Cérémonie de la Montre est si ancienne
, que l'on n'en trouve point l'établissement.
Quelques Officiers du Châtelet tiennent
par tradition qu'anciennement le Prévôt
de Paris se promenoit ce jour - là dans la
Ville avec ses Officiers , tant pour faire luimême
la Police , que pour recevoir de vive
voix les Plaintes que le Peuple pouvoit avoir
à faire contre quelqu'un des Officiers , que
l'on
SEPTEMBRE. 1739
2143
l'on n'auroit peut -être pas osé poursuivre
juridiquement , à cause du crédit qu'il pouvoit
avoir dans le Siége : lorsque le délit se
trouvoit léger , le Prévôt de Paris y statuoit
sur le champ s'il étoit plus grave , il alloit
en rendre compte aux premiers Magistrats ,
pour sçavoir d'eux quel Reglement ils vouloient
faire à cette occasion ; & de - là est
venu , à ce que l'on prétend , l'usage de vifiter
les premiers Magistrats dans le cours de
cette Cavalcade .
Mais cette opinion ne paroît guere bien
fondée ; car anciennement les Prévôts de
Paris n'étoient que des Fermiers comptables
de la Prévôté , qui n'avoient aucune part à
l'administration de la Juftice. Quoiqu'il en
soit , depuis Etienne Boileau , qui fut institué
en 1251. par S. Louis , Prévôt ou Garde
de la Prévôté de Paris , & que l'on regarde
comme le premier de ceux qui ont vraiment
exercé cet Office , loin que les Prévôts de
Paris se soient trouvés à la Cavalcade dont
nous parlons , il est au contraire d'usage
qu'ils se tiennent chés eux pour
la recevoir.
les
D'autres tiennent que les Visites que
Officiers du Châtelet font aux premiers Magiftrats
dans le cours de cette Cavalcade ;
sont un devoir de bienséance & de civilité
que ces Officiers rendent à leurs Superieurs ,
&
144 MERCURE DE FRANCE
que cette Cérémonie n'a jamais eu d'autre
objet , ce qui paroît assés vraisemblable.
*
Il paroît seulement singulier que les Officiers
du Châtelet , qui sont tous Gens de
robe longue , à l'exception des Huiffiers à
cheval & à Verge , faffent leurs visites à cheval
. On pourroit dire que cela a été ainsi
établi dans un temps où Paris n'étoit pas
encore pavé , que comme le terrain en étoit
fort bas & plein de bouës , & que l'on n'avoit
point encore l'usage des caroffes , les
Gens de robe , auffi bien que ceux des autres
états , alloient par la Ville , montés sur des
mules ou sur des chevaux ; mais cela n'expliqueroit
point la raison pour laquelle les
Officiers du Châtelet marchent auffi avec
des Timballes , des Trompettes, & autres attributs
militaires , ni pourquoi on a donné à
cette Cérémonie le nom de Montre , qui
n'est pas un terme de Pratique ni de Discipline
des Tribunaux , & qui est au contraire
le nom qu'on donnoit anciennement aux
Affemblées & Revûës des Gens de Guerre ,
ou de la Nobleffe , & Gens tenans noblement
, convoqués pour le Ban & l'Arriere-
Ban ; nom que l'on donne encore aux Revûës
générales de certaines Milices Bourgeoises
, qu'en d'autres Endroits l'on nomme
Parades,
Pour
SEPTEMBRE. 1739 2145
nos
Pour connoître l'origine de ces usages , il
faut observer que toute Juftice eft émanée
du Roy , que nos Rois rendoient autrefois
eux-mêmes la Juftice à leurs Sujets . L'ancien
Style du Châtelet , imprimé en 1521 ,
dit sur la fin , qu'il faut noter que le Roy notre
Sire est Prévôt de Paris , & icelle Prévôté
baille en garde. En effet on tient
, que
Rois , & singulierement S. Louis , alloient
souvent en Personne rendre la Juftice au
Châtelet de Paris , & que c'est de-là qu'il y
a toujours un Dais en la Chambre de l'Audience
du Châtelet , ce qui ne se trouve en
aucun autre Siége ni Cour Superieure , excepté
lorsque le Roy y tient son Lit de
Juſtice .
, Dans la suite , le détail des Affaires d'Etat
ayant augmenté avec la Puiffance de nos
Rois , ils confierent l'adminiftration de la
Juftice aux Pairs & autres Grands du Royaume
, qui étoient tous par état Chevaliers ;
c'eft- à-dire , faisant profeffion de porter les
Armes : desorte que c'eft une erreur de crois
re que l'adminiftration de la Juſtice ne convienne
qu'aux Gens de Robe , & de placer
la Robe dans le Tiers Etat , puisqu'au contraire
l'administration de la Juftice a toujours
été le devoir du Prince , & l'un des
principaux Emplois de la Nobleffe . En effet,
n'avons- nous pas encore les Ducs & Pairs
qui
2146 MERCURE DE FRANCE
qui viennent rendre la Juftice dans les Cours
Superieures , & des Chevaliers d'Honneur
en plufieurs Cours & autres Tribunaux , qui
y représentent la nobleffe ? & les Baillis &
Sénéchaux que nos Rois ont établi dans chaque
Province , ont toujours été depuis leur
inftitution , & sont encore des Officiers d'Epée
; ils siégent dans les Tribunaux l'épée au
côté & le Bâton de Commandement à la
main ; ils convoquent dans l'occasion le Ban
& l'Arriere-Ban , & le conduisent jusqu'au
Lieu d'affemblée des Troupes.
Dans les commencemens de l'institution
'des Baillis & Sénéchaux , il n'y avoit point
encore de Gouverneurs ni de Capitaines dans
les Provinces & Villes , ensorte que les Baillis
& Sénéchaux , & leurs Lieutenans , com-`
mandoient toutes les Troupes & Milices de
leur Reffort : alors même les Gens de guerre
n'étoient pas tous des Ordonnances du Roy ,
c'eſt- à-dire , à sa solde ; les Baillis & Sénéchaux
, & autres Grands du Royaume , avoient
des Troupes à leur solde ; les Baillis & Sénéchaux
se servoient des Troupes qu'ils commandoient
, tant pour veiller à la sûreté du
Pays , que pour prêter main- forte à l'exécution
des Jugemens , comme on y employe
encore quelquefois les Troupes du Roy
lorsqu'il s'agit de quelque Expedition importante.
Les
SEPTEMBRE. 1739. 2147
Les Baillis & Sénéchaux choisissoient chacun
dans leur Ressort un certain nombre de
Gens attachés à eux , auxquels ils donnoient
des Commiffions de Sergens , ou Serregens, qui
furent ainsi apellés , non pas de ce qu'ils arrêtoient
ceux contre lesquels on exerçoit la
contrainte par corps , mais plûtôt parce qu '
ils étoient préposés pour faire serrer les files
des Bandes , soit du Ban & Arriere - Ban , soit
des autres Troupes que commandoient les
Baillis & Sénéchaux , & ces Sergens étoient
plus Militaires que Praticiens , ils étoient
feulement moindres que les fimples Chevaliers
; non feulement ils prêtoient main-forte,
à l'adminiſtration de la Juftice , mais ils fervoient
auſſi à la Guerre ; il y en avoit qu'on
apelloit Sergens à cheval & armés , & d'autres
, Sergens à pied , les uns & les autres
étoient foudoyés pour le Service Militaire.
En 1192. Philipe - Augufte , qui étoit alors
dans la Terre - Sainte , établit une Compa
gnie reglée de Sergens d'Armes , ou Porte-
Maffes , pour la Garde de fon Corps , afin
de garantir fa Personne du Prince infidele
des Affaffins , dit le Vieux la Montagne : ce
même Roy en avoit à pied & à cheval , sous
le nom d'Huissiers- Sergens-d' Armes , dont il
fut vaillament fervi à la Bataille de Bovines
en 1214. contre l'Empereur Othon. S. Louis
en avoit de même , dont il fut bien fervi
са
2148 MERCURE DE FRANCE
en 1229. & c'eſt à ces Sergens - d'Armes que
quelques-uns raportent l'origine de l'établissement
des Gardes du Corps du Roy , qui
après avoir porté fucceffivement la Maffe ,
'Arc , l'Arbalête , le Javelot , la Lance , ont
enfin pris le Moufqueton , qu'ils portent aujourd'hui.
D'autres difent , que ce font les
Huiffiers de la Chambre du Roy , qui ont
fuccedé à ces Sergens - d'Armes : quoiqu'il
en foit , il eft certain qu'ils étoient réputés
Militaires , & c'eft par cette raison que le
Conétable connoiffoit de leurs affaires,
Après ces Obfervations , on ne trouvera
pas étonnant que l'on ait donné le nom de
Montre à la Cavalcade des Officiers du Châtelet
de Paris , ni que les Huiffiers & Sergens
y affiftent à cheval l'épée au côté , avec
des Timballes & Trompettes , des Etendarts,
& autres Attributs militaires.
En effet , depuis S. Louis , la Prévôté de
Paris a toujours été tenuë par des Perfonnes
de grande confideration , dont plufieurs ont
en même temps rempli d'autres Emplois distingués
dans les Armées , tels que M. de
Bullion , actuellement Prévôt de Paris , qui
eft en même temps Maréchal des Camps &
'Armées du Roy.
Les Prévôts de Paris font en cette qualité
Officiers d'Epée, comme les Baillis & les Sénéchaux,
dont toutes les Prérogatives leur sont
som:
SEPTEMBRE . 1739: 2149
communes > car la Prévôté de Paris comprend
auffi le Bailliage , & c'eft même proprement
le premier Bailliage du Royaume :
le Bailli du Palais , prétend néanmoins avoir
séance en la Grand'- Chambre du Parlement
au-dessus du Prévôt de Paris , mais ordinairement
ils ne s'y rencontrent point ensemble
; & en tout cas , le Prévôt de Paris a
bien d'autres Prérogatives que n'a pas le Bailli
du Palais.
Le Prévôt de Paris a le droit d'assembler
Je Ban & l'Arriere - Ban, lorsqu'il est convoqué
dans la Prévôté de Paris : il est vétu de
noir , & en habit court , avec le petit manteau
, une cravate plissée , un chapeau en
forme de tocque , garni d'une plume noire ;
il siége ainsi l'épée au côté , même` au Parlement
, lorsqu'il y prend place sur le Banc
des Baillis & des Sénéchaux , à l'ouverture du
Rôle de Paris ; il tient à la main une_canne
ou un Bâton blanc , garni d'une pomme , &
d'un bout d'yvoire , pour marque de son
autorité , & du droit qu'il a de commander
le Ban & l'Arriere-ban. Il est précedé de ses
douze Huiffiers Fieffés , qu'on nomme autre
ment les Sergens de la douzaine , lesquels sont
revétus d'une espece de cotte - d'armes , &
armés de Halebardes dorées .
Les Huilliers à cheval , qui marchent les
premiers à la Montre , sont , à mon avis , les
11. Vol. C plus
2150 MERCURE DE FRANCE
plus anciens Sergens du Prévôt de Paris , &
leur premier nom étoit celui de Sergens à
cheval , car il n'y avoit point encore d'Huissiers
établis pour le Service de l'Auditoire :
dans la suite ils se sont fait apeller Huissiers
Sergens à cheval ; & enfin comme le nom
d'Huissier leur a paru plus doux que celui
de Sergent , ils ont quitté tout-à-fait le nom
de Sergens , pour prendre celui d'Huissiers
à cheval ; ils ont été institués à cheval , pour
aller faire au loin toutes sortes d'expeditions ;
ces Sergenteries étoient la plûpart, des Fiefs
ou Offices feodaux , sans aucun Domaine ni
Justice, &les Commiffions du Prévôt de Pariscontenoient
autrefois cette adresse: Aupre
mier notre Sergent à cheval , Fieffé ou à Verge,
Il y a encore de ces Sergenteries fieffées en
Normandie & en Poitou,où on nomme ceux
qui en sont pourvus , Sergens Châtelains.
,
,
Pour ce qui est des Sergens à Verge , qui
prennent auffi le nom d'Huissiers à Verge
ils ont été ainsi nommés , parce que , suivant
leur institution , ils devoient porter une Verge
ou Bâton , & en toucher ceux contre lesquels
ils faisoient des Exploits , ce qui ne se
pratique plus.
A l'égard des Huiffiers- Priseurs , dont
l'institution n'est pas , à beaucoup près , si
ancienne, ils ont toujours été regardés comme
Officiers de Robe , auffi affistent - ils
en
SEPTEMBRE. 1739. 2151
en Robe à la Montre du Châtelet.
Les Huiffiers- Audienciers sont auffi Gens
de Robe , & ce sont les seuls qui devroient
porter le titre d'Huiffiers , étant réellement
les seuls qui servent dans l'Auditoire , & qui
en ouvrent & ferment la
porte. On ne fçait pourquoi
les Commissai- res ne vont à la Montre
, qu'au
nombre
de
douze
; il n'y en avoit
peut -être pas davan- tage, lorsque
cette Cérémonie
a été établie
. ou l'on a trouvé
à propos
de laisser
les
autres
à leurs fonctions
pour la sûreté
pu- blique
.
ÔnOn ne sçait non plus pourquoit les
Conseillers au Châtelet ne vont pas à cette
Cérémonie , car leur institution est beaucoup
plus ancienne que
,
celle des Lieutenans
Particuliers , & autres Officiers qui y
affistent : en effet ils furent créés vers l'an
1300. Alors le Prévôt de Paris ne jugeoit pas
lui -même toutes les contestations , il ne faisoit
proprement que convoquer les Parties
pardevant lui ; il prenoit conseil des Avocats
pour les Causes qui se jugeoient à l'Audience
: lorsqu'il s'agissoit d'un Point de Droit
difficile , il renvoyoit aux Conseillers , qui
jugeoient en la Chambre Civile : lorsqu'il´
s'agissoit de Faits & de Preuves , il renvoyoit
aux Commiffaires.
Avant qu'il y eût des Conseillers du Châ-
Cij telet
2152 MERCURE DE FRANCE
telet , le Prévôt de Paris ne jugeoit point }
cela lui étoit même défendu ; il convoquoit
seulement les Parties : c'étoient les Echevins
qui étoient Juges ordinaires , concurramment
avec plusieurs autres Juges de Seigneurs.
Mais depuis qu'Etienne Boileau fut
fait Prévôt de Paris , & que l'on eut créé des
Conseillers au Châtelet , ces Conseillers rendirent
la Justice ordinaire , & le Prévôt de
Paris commença à rendre des Ordonnances .
Les Echevins cesserent de juger toutes sortes
de Cauſes , ils mirent à leur tête le Prévôt
des Marchands , ou de la Marchandise de
l'Eau , que l'on apelloit auparavant ,
Prévôt
de la Confrairie des Marchands.
C'est ainsi que la Prévôté de Paris a changé
peu à peu de forme , & qu'au lieu d'Officiers
féodaux & militaires , dont elle étoit d'abord
composée , comme la plupart des autres
Baillages Royaux , elle est devenuë un Tribunal
ordinaire & reglé , composé seulement
de Magistrats & d'autres Officiers de Robe ,
du moins de Justice , à l'exception de M.
le Prévôt de Paris , lequel, indépendamment
des Emplois militaires qu'il peut posseder ,
& qui sont compatibles avec la Prévôté de
Paris , est toujours par état & en qualité de
Prévôt de Paris , Officier d'Epée , comme les
Grands Baillis & les Sénéchaux.
MAS
SEPTEMBRE. 1739. 2153
hhhhhhhhh
MAXIMES EN COMPARAISONS.
J
Par M*** à l'Auteur du Mercure.
'Ai toujours été surpris , Monsieur , que
les Comparaisons , qui ont tant de beauté
dans l'Ecriture Sainte, même dans lesAuteurs .
Grecs , Latins , Espagnols , Italiens , &c. &
qui ont été si bien employées & reçûtës par
la plupart de toutes les Nations , n'ayent jamais
fait grande fortune dans la nôtre. La
justesse & la précision en font le mérite ."
Ainsi il semble que dès que ces deux qualités
s'y rencontrent , elles ne devroient pas
moins être de notre goût , qu'elles le sont
de celui des Etrangers. Rien ne rend plus
sensible une pensée abstraite , & rien ne paroît
plus devoir soulager les personnes qui
craignent la fatigue de penser. J'ai été surpris
de voir paroître depuis peu une Brochure
imprimée à Londres , où il s'en trouve un
assés grand nombre , & dont plusieurs m'ont
parû assés justes : le goût que j'ai toujours eu
pour ce genre d'écrire , m'a fait imaginer d'en
mettre quelques unes en Vers , dans la vûë
de leur donner encore plus de force & de
précision. Je vous les envoye, & je suis, & c .
Ciij
MA+
1
2154 MERCURE DE FRANCE
MAXIME S.
A Commettre le crime un coeur qui s'accoûtume,
N'est jamais sans un trouble amer ;
11 engendre , tel que le fer
Une rouille qui le consume.
L'absence sur les coeurs fait differens effets ;
Elle éteint la flamme legere ,
Et par un effort tout contraire ,
D'un amour plus ardent elle aiguise les traits .
Ainsi le même vent qui soufle une bougie ,
Accroît un incendie .
Comme le grand nombre de pieds
N'en hâte pas plus l'Ecrevisse ,
Les Serviteurs multipliés
N'en rendent pas plus de service .
A l'ombre du Cadran le faux ami pareil ,
Nous voyant dans l'éclat , à nous suivre s'engage ;
Il nous quitte au moindre nuage ,
Qui de notre fortune obscurcit le Soleil .
Dans le Monde le Temps joue un different rôle ,
Il cloche pour les uns , pour les autres il vôle ,
Conduisant à la fois l'allegresse & l'ennui .
Les
SEPTEMBRE. 1739. 2155.
Les plaisirs montent sur ses aîles ;
Mais les soins devorans & les peines cruelles
Marchent en clochant comme lui.
Plus la haute vertu s'éleve & se déploye ,
Plus elle eft exposée aux traits calomnieux.
La santé la plus forte est la premiere proye
Du mal contagieux.
On ne peut soûtenir , qu'à force de prudence ,
La grande renommée , & la grande dépense .
Toute science abstraite , à de trop foibles yeux
N'est qu'une Monnoye inconnuë ;
Elle est tout au plus devenuë
La Médaille des curieux.
Les desirs les plus doux qu'inspire le bel âge ,
Sont un poison pernicieux ;
Tel est pour le Malade un mets délicieux ,
Qu'il ne peut manger sans dommage .
La réprimande est à l'esprit ,
Ce qu'au corps est la médecine .
Il est un temps qui la preſcrit ,
Et fa meſure détermine
Son fecours , utile ou fatal ,
A faire du bien ou du mal.
C iiij
Les
2156 MERCURE DE FRANCE
Les esprits vifs & transcendans
Font les fautes les plus nuisibles .
Tels les coursiers les plus ardens
Font les chûtes les plus terribles .
Au Miniftre souvent le Peuple , sans raison ;
Impute d'un Projet la malheureuse issuë ,
Tel à son Médecin le Malade attribuë
Le défaut de sa guérison .
Plus la menace éclate & plus elle eft frivole ;
Elle cause peu de frayeur ;
Le courroux s'échape du coeur •
Dès qu'il donne dans l'hyperbole .
Dans un Conseil nombreux , rarement la saison
Se fait entendre & suit une exacte juſtice .
Plusieurs petits cailloux forment une Maison ;
Plusieurs esprits ne font qu'un mauvais Edifice.
Pour un Brave eft- ce assés de ne point redouter
Les armes que forge l'enclume ?
Non. Il doit encore affronter
Des Hommes la langue & la plume.
Tel Auteur dans des Vers qu'il veut trop châtier ,
Réforme tant de fois , tranche , suprime , taille ,
Qu'ils deviennent enfin la clef du Serrurier ,
Qu'à force de polir , il réduit en limaille.
SEPTEMBRE . 1739. 2157
Un coeur que rien n'ébranle & qui jamais ne rampe,
Eft tel que l'arme à feu de la plus fine trempe ,
Qui d'un coup foudroyant produit l'impulsion ,
Sans en sentir l'impreffion.
Trop d'embonpoint détruit la santé la plus forte
Tel le poids des fruits rompt la branche qui les
porte.
La dispute eft une carriere ,
Où les Sçavans jamais ne combattent sans fruit.
Tel le choc des cailloux produit
Le feu qui forme la lumiere.
Le conseil sage & salutaire
Eft la pilulle de l'esprit ;
Qu'importe qu'on la trouve amere è
Le grand point , c'eft qu'elle guérit..
La Foi doit luire seule , & la Theologie
Montre à soumettre la raison.
On doit éteindre sa bougie ,
Si- tôt que le Soleil paroît sur l'horison
N'obliger qu'une fois eft une gloire vaine ;
Lorsque l'on fait du bien , on ne doit point ceffer
Les anneaux ne forment de chaîne
Qu'autant qu'on les sçait enchasser.
CY Le
2158 MERCURE DE FRANCE
Le vieux Heros de soi parle sans suffisance ;
Le jeune fait sonner le moindre de ses coups ;
Tel le fleuve profond coule dans le filence ,
Quand le ruisseau murmure à travers les cailloux.
Le Jeu , ( paffion trop commune )
Eft un gouffré , un sable mouvant D
Où s'engloutit assés souvent
L'édifice de la fortune.
La faute de l'Homme privé
Ne tombe que sur sa personne
Mais celle de l'Homme élevé
Frape tout ce qui l'environne.
L'une eft mal de complexion ,
L'autre , mal de contagion.
"
La Coquette en amour peut plaire ;
L'Hymen veut un feu moins brillant ;"
On goûte d'un vin petillant ;
On n'en fait point son ordinaire.
Le manege aux honneurs conduit mieux
prit ;
Le mérite a peu de credit ;
Il n'eft qu'une lance sans pointe,
Quand la fortune n'eft pas jointe
Al'adresse qui le régit..
que l'es-
L'ad
SEPTEMBRE, 1739. 2159
L'aproche des Grands eft fatale
A qui les voit trop frequemment ;
On doit voir dans l'éloignement
Une figure colossale.
Tel paroît tout fçavoir qui ne fçait rien à fond ;
Il eſt ſemblable à l'oeil , qui dans fon étendue
Embrasse tant d'objets qu'ensemble il les confond,
Sans que sur aucun d'eux il arrête sa vûë.
Les feuls défauts d'autrui nous font apercevoir
A quel point eft honteux celui qui nous possede.
La reflexion du miroir .
Seule peut à la femme aprendre qu'elle eft laide. .
Un chimerique bien dont l'espoir nous séduit ,
Semble un bonheur présent, & l'ame en eft déçûë ;
Tel un arbre plaît à la vûë
Quoiqu'il ne produise aucun fruit.
Une grande Action qui couronne un Heros ,
Jusqu'à ses moindres Faits donne un air d'impor
tance ;
Tel un seul chiffre , qui devance
Un amas d'impuissans zeros ,
Leur donne une valeur immense.
Dans les disputes du Barreau
C'est l'ignorant qui crie & dont la voix domine ;
Cvj
2160 MERCURE DE FRANCE
Il croit trouver dans sa poitrine
Ce qui manque dans son cerveau.
L'Homme prudent doit vivre dans le monde
De même qu'une Armée en Pays ennemi ;
Elle est toujours en garde, & partout fait la ronde ,
Elle veille d'un oeil quand l'autre eft endormi.
Le Stoicien voudroit faire
Précisément tout le contraire
De ce que fit jadis Deucalion pour nous ;
En nous formant tels que nous sommes ;
L'un changça les cailloux en hommes ,
L'autre voudroit changer les hommes en cailloux.
Tout ment dans le menteur ; ses larmes & sa joye,
Son visage , son gefte , & tous ses pas sont feints;
L'or pur se corrompt dans ses mains ;
Tout y devient fausse monnoye.
Peu d'Ecrivains pratiquent la Morale
Qu'ils débitent pieusement
Le Charlatan prend rarement
Les grands remedes qu'il étale ,
Un homme à doucereux jargon
Prend & la pensée & le ton
De la Belle qu'il veut surprendre.
eft semblable à l'Oiseleur
Jont
SEPTEMBRE. 1739 2161
Dont le ramage séducteur
Contrefait l'Oiseau qu'il veut prendre.
C'est trop peu pour de tendres coeurs ,
De borner toutes leurs ardeurs
A voir l'objet qui sçût leur plaire.
Dans un arbre on n'aime les fleurs
Que par les fruits qu'on en efpere.
Le Sujet révolté s'ouvre par son for fait
A la mort un honteux paffage ;
Le vers à soye ainsi se fait 1
Un tombeau de son propre ouvrage.
La fortune releve en vain
L'Homme fans mérite & sans graces.
Un Nain monté sur des échaffes ,
Anos yeux n'eft jamais qu'un Nain.
L'Abeille perd , dit- on , l'aiguillon & la vie
Dans le venin qu'elle a versé.
Tel l'Auteur de la calomnie
Voit retomber sur lui le trait qu'il a lancé.
EX
2162 MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre du R. P. Dom
Jacques Duval , Bénédictin de la Congrégation
de S. Maur , sur l'Article LXXV.
du Journal de Trévoux du Mois d'Août
dernier.
E
N lisant , Monsieur , les Mémoires pour
l'Histoire des Sciences & des beaux
Arts du Mois d'Août dernier , premiere
Partie , des Recherches Géographiques sur
quelques Villes des Gaules , m'ont semblé
mériter une plus particuliere attention.
Quoique l'Auteur ait été prévenu tout récemment
dans la plus grande partie de ses
Remarques , par Dom Martin Bouquet
Recueil des Historiens des Gaules , Tome I.
page 106. & qu'il ait placé auparavant lui
Alisincum à Anisi , Decetia à Decize , Nivernum
à Nevers , Condate à Cosne , Brivodurum
à Briare ; & qu'il ait ignoré , comme le
Bénédictin que je viens de nommer ,
meilleurs Géographes , la position de Belea,
ou Belca , il faut convenir qu'il y a du neuf
dans quelques- unes de ses Recherches : Ce
qu'il dit , par exemple , de la situation de
Genabum Carnutum , est un Systême nouveau
; mais il ne paroît pas mieux fondé que
celui qui faisoit de Genabum & de Gien une
& nos
même
même Cité , Systême que l'Auteur combat
avec succès , d'après les sçavans Hommes
Joseph Scaliger , & Adrien de Valois .
Pourquoi , sans néceffité , charger nos
Cartes Géographiques d'une Ville nouvelle ?
Orleans est le Lieu qui , de toute Antiquité,'
a été affigné à Genabum. Est-il quelque Point
d'Histoire qui s'accorde mal avec cette position
? Et quand pour plaire à l'Auteur ;
nous placerions cette Ville à une lieuë audessous
d'Orleans nous donneroit- on les
moyens de justifier notre complaisance envers
le Public , ou par quelque Inscription ,
ou par quelqu'une de ces marques qui subsistent
quelquefois mille ans & davantage ,
dans les mêmes Endroits où les grandes
Villes ont été bâties ?
,
Rapeller dans cette Lettre toutes les
Preuves qu'Adrien de Valois , & tant d'autres
Sçavans ont données, d'un sentiment qui
fait une même Ville de Genabum & d'Orleans
, ce seroit faire un Volume à de
peu
frais il suffit de remarquer que Joseph Scaliger
estimoit,que ceux qui plaçoient Genabum
partout ailleurs , avoient contr'eux les
Commentaires de César & beaucoup d'autres
Monumens.
Pour fortifier néanmoins , s'il est possible,
le témoignage d'Aimoin & de Hugues , tous
deux Moines de l'Abbaye de Fleuri , à six
lieuës
4104 M EA
FRANCE DE
lieues d'Orleans , témoins sûrs par conse
quent de la Tradition du Pays , dans le X.
& le XII. siécles , qui assûrent en termes
formels , qu'Orleans & Genabum sont une
même Ville , Genabum ubi nunc Aurelianis ;
pour fortifier , dis -je , ce témoignage , j'averris
que j'ai sous les yeux une Description des
Gaules manuscrite , dont l'écriture est au
moins du XIII . siécle , où on lit ces mots :
Genabum , qua & Aurelianus dicitur.
Le Dissertateur paroît convenir , que si
Genabum est précisément Orleans , cette position
s'accorde assés avec ce que disent l'Itineraire
d'Antonin , & l'Auteur de la Table
'de Peutinger , qu'il y avoit dans les Gaules
une Ville nommée Cenabum , ou Genabum
à trente -sept mille de Briare ; cela ne suffitil
pas pour n'en faire qu'une même Ville ?
Mais si l'Empereur Aurelien , dit-il , a donné
son nom à l'ancien Genabum , pourquoi trouvons
-nous au IV. siécle , long- temps après
cet Empereur , une Ville nommée Genabum,
& non Aurelia , ou Aurelianum ?
Je demande à mon tour à l'Auteur , d'où
vient qu'on n'a encore pû accoûtumer les
Peuples à donner la dénomination d'Enguien
à Montmorenci , d'Arpajon à Châtres , de
Lorge à Quintin en Bretagne , de Rohan-
Rohan à Frontenai , &c. ? Les raisons sont
les mêmes ; force de l'habitude , caprice
entêtement des Peuples.
Dans
SEPTEMBRE. 1739. 2165
,
Dans le IV . V. & VI . siécles il y a aparence
qu'on apelloit encore tout communément
Orleans Genabum , à l'exception , peutêtre
dans des Actes publics ; en falloit- il davantage
pour autoriser un Historien à l'apeller
tantôt Aurelianum tantôt Genabum :
comme a fait Gregoire de Tours ? Dans le
XII. & XIII . siécles on n'avoit point encore
réussi à deshabituer , du moins une
grande partie du Peuple , de l'ancienne dénomination
: donc il étoit du devoir de l'Ecrivain
d'avertir qu'il n'existoit qu'une même
Ville sous deux noms differens & Genabum
qua, Aurelianus dicitur. C'est ce qui est arrivé
à Autun , Edua que & Auguſto lunum disitur;
à Nevers , Nivedunus que & Never
nus dicitur. On en peut voir d'autres exemples
ailleurs ; mais singulierement pour ce
qui concerne Nevers , dans le Manuscrit que
j'ai cité.
1
C'est à l'occasion de cette derniere Ville
que l'Auteur des Recherches fait mention
que
d'une souscription du premier Concile d'Arles
en l'année 3 14. en ces termes : Ex eadem
Provincia ( Lugdunensi ) Civitate Niveduno
Evotus Episcopus , Pitulinus Exorcifta. Cette
découverte a toutes les graces de la nouveau
té : on ne la lit ni dans les Imprimés , ni dans
aucun Manuscrit connu ; elle a échapé aux
Scavans Jésuites , Editeurs des Conciles , &
1166 MERCURE DE FRANCE
à Dom Coutant , Bénédictin , dans son Re
cueil des Lettres des Papes..
L'Auteur des Recherches Géographiques
veut -il être garant de cette Souscription?Ou ,
comme il ne la raporte que d'après l'Effai sur
l'Histoire du Nivernois , imprimé dans le
Mercure du Mois de Decembre 1738 , voudra
-t- il engager ce dernier Auteur à indiquer
au Public les sources où il a puisé ? Si
la souscription est authentique , elle donne
lieu à bien des discussions litteraires .
Il en résultera 1 ° . que M. de Valois a eu
tort d'avancer que nous avons toutes les
sous criptions de ce fameux Concile, & qu'il
n'y a assisté que trente- quatre Evêques, tout
au plus.
2º. On sera assûré, qu'il y avoit un Evêque
au commencement du IV. siécle dans quelqu'une
des Villes des Gaules , qui portoient
le nom de Nivédunus.
3. Suposé qu'on vint à bout de démontrer
que Nivedunus , dont il est parlé dans la
souscription , fût Nion , Civitas Equestrium
Noiodunus , Cité de la Province Sequanoise,
comme le prétend l'Auteur des Recherches,
il faudra passer par- dessus cette foule d'autorités
, qui prouvent que la Province Sequa
noise , toute Celtique qu'elle fût , avoit été
détachée de Lyon , & incorporée dans la
Belgique , sous Augufte.
SEPTEMBRE. 1739. 2167
4°. Dans la même suposition , on conclûra
que depuis cette Epoque , il y a eu une cinquiéme
Province Lionnoise , sentiment que
le R. P. Labbe adopte dans sa Géographie
Episcopales mais qui paroissoit jusqu'ici dépourvû
de preuves , & surtout du témoigna
ge des Anciens.
A Paris le 19. Septembre 1739.
*********************
CANTATILLE
.
Oui , c'eft trop differer à chanter sur ma Lyre
L'objet dont je porte les fers .
Toi qui dictes les tendres airs ,
Viens dans mon fein , Mufe , & m'infpire.
Fais voir pour te venger du Dieu qui fait aimer ,
Que ceux qu'il tient fous fon Empire
Sçavent encor l'art de rimer.
Si ton secours que je reclame
Excitoit autant de tranſports ,
Qu'Amour mit dans mon coeur de flâme ,
J'attendrois tout de mes efforts."
Themire bientôt moins fevere
Prêteroit l'oreille à mes fons :
Ce que juſqu'à présent mes foupirs n'ont pu faire
Je
2168 MERCURE DE FRANCE
Je le devrois peut- être à mes tendres chanfons.
Peut-être... Mais quel froid fuccede à mon audace
Quelle timidité s'empare de mes fens
C'en eft fait tout mon feu se glace ,
Et je ne formerois que des airs impuiffans.
C'est donc en vain que je t'implore ,
Et tu crains de m'enflammer.
Pour chanter l'objet que j'adore ,
Faut- il que je ceffe d'aimer ?
Dieu du Pinde , est- ce jalousie ?
Ou , pour exprimer les tranfports
D'une ame tendrement faifie
N'as-tu point de sons assés forts ?
Pour aimer la feule Themire ,
De l'Amour j'ai fubi les loix :
Oui je l'aime : mais mille fois
Plus que mes Vers ne peuvent dire.
Des Courbes.
Le 14. Juillet 1739.
LET
SEPTEMBRE. 1739 : 2169
LETTRE de M.B ..... au sujet d'u
Ouvrage intitulé l'Examen du Vuide ,
ou Espace Newtonien.
U prie ,

y a
Ne Personne de consideration m'ayant
Monfieur , de lui dire mon sentiment
sur une Brochure qui a paru il
quelque temps , sous le titre de l'Examen du
Vuide, on Espace Newtonien, &c. je l'ai fait
dans une Dissertation que je lui ai adressée .
Quelques Amis à qui j'ai lû cette Dissertation
, m'ont conseillé de vous en envoyer un
Extrait , & m'ont fait esperer que vous voudriez
bien lui donner une place dans votre
Journal. J'ai crû devoir déferer à leur sentiment
, en vous donnant dans cette Lettre
l'Analyse raisonnée de ce petit Ouvrage.
Je commençois par un détail historique
'des révolutions que les Cieux ont éprouvées
dans l'esprit des hommes depuis la naissance
de la Philosophie. Les Anciens les suposoient
solides comme le cristal & le diamant.
Descartes les a pulverisés , en conservant
leur plénitude , & Newton les a suprimés
, en y introduisant le Vuide . C'est le
contraste de ces deux opinions qui a fait
naître la petite Brochure sur laquelle j'ai été
obligé de donner mon sentiment.
L'Auteur
2170 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur de l'Examen , pour rejetter le
Vuide avec plus de sûreté , ne veut point
admettre d'autre espace , d'autre étenduë
que l'étenduë materielle. C'est à ce Point
particulier , que je me suis attaché. Quelque
métaphysique & quelque abstraite que soit
cette matiere , j'espere , Monsieur , que vous
voudrez bien inserer ce que j'ai à en dire
dans votre Mercure . On y voit tous les
jours avec plaisir des Questions de Physique
, de Gnomonique , qui souvent ne
sont pas moins épineuses que celle que je
traite ici .
C'est donc à ce Point , où l'Auteur confond
l'étendue avec la matiere , que je me
suis particulierement arrêté. J'ai tâché de
prouver qu'il est un espace , une étendue indépendante
de toute matiere anterieure à
elle , éternelle , nécessaire , immense , im
mobile , indivisible , &c.
1º. On ne peut se représenter un triangle ,
une figure plane terminée de tous côtés par
trois lignes , sans concevoir en même tems une
étendue ulterieure au triangle . Ce n'est point
la matiere qui met l'esprit dans cette nécessités
on pourroit suposer qu'elle n'existe pas,
parce qu'elle a été créée. C'est donc une
étendue aussi nécessaire que l'idée que nous
en avons , qui produit cet effet dans notre
esprit. Si donc nos idées nous représentent
cette
SEPTEMBRE. 1739. 2171
cette étendue , comme existant nécessairement
, nous sommes bien fondés à conclure
de leur raport , que véritablement il existe
une étendue nécessaire , parce que nos idées,
comme l'ont démontré Descartes & Mallebranche
, nous sont données pour juger de
ce que les Etres sont en eux-mêmes , comme
les sens , pour juger de ce qu'ils sont par raport
à nous. On ne doit pas oublier ce principe
, qui est le fondement de toute bonne
Philosophie.
2º. Arrêtons-nous encore un moment à la
consideration de ce triangle. Que Dieu n'en
produise qu'un seul,au lieu de toute la maſſe
de la matiere , qu'il en fasse les trois lignes
solides ; abandonnons , si vous le voulez ,
Pétendue que nous avons démontrée être
au delà , je dis qu'on en conçoit néceffairement
une interieure , & qui n'est point ma
tiere. Il y a de l'espace entre les trois lignes
qui composent ce triangle , elles ne se touchent
point ; autrement il faudroit dire que
dans un triangle la somme de deux lignes
n'est pas plus longue qu'une seule ; que
toutes les lignes qu'on peut tirer d'un point
à un point ,la droite n'est point la plus cour
te ; ce qui est absurde . Voici donc un espace
qu'on conçoit exister nécessairement , & qui
n'est point matiere .
de
3. Remontons par la pensée au temps où
Dieu
2172 MERCURE DE FRANCE
Dieu a créé la matiere. S'il ne produit par
hypothese qu'un globe d'un pied de diametre
; ce corps aura toutes les proprietés qui
apartiennent à la matiere , il sera mobile
Dieu pourra le mouvoir ; mouvoir un corps,
c'est le faire changer de place ; il y aura donc
de l'espace au - delà .
4°. Si toute la masse de la matiere créée
ne consistoit qu'en quelques globes spheriques
, disent encore les Newtoniens , il y
auroit nécessairement du vuide entr'eux ;
car les spheres ne peuvent s'entre - toucher
qu'en un seul point ; c'est , répond l'Auteur
de l'Examen , suposer le vuide. Non , pouvons
- nous répliquer , c'est prouver qu'on a
nécessairement l'idée du vuide de l'espace ;
& comme on ne peut se faire des Etres de
raison , c'est prouver qu'il existe véritablec'est
le démontrer. En effet , n'est- ce
pas borner la toute -puissance de Dieu , & sa
souveraine liberté , que de prétendre qu'il
n'a pû créer telle quantité de matiere qu'il
lui a plû , la diviser comme il l'a jugé à propos
, & donner aux parties divisées telle figure,
qu'il lui a paru convenable ? S'il a choisi
la figure spherique , on conçoit évidemment
des intervales vuides de matiere , & on ne
les conçoit , que parce que l'espace existe
nécessairement .
>
5°. Vous connoissez cet argument si rebatu
SEPTEMBRE . 1739 .
2173
,
batu dans l'Ecole : Comme Dieu a créé la
matiere , il peut l'anéantir ; s'il anéantissoit
tous les corps qui sont dans une chambre , à
l'exception des planchers & des murs , la
distance, l'espace qui est entre-eux subsisteroit
toujours ; un espace qui ne peut être
anéanti , existe nécessairement .
6°. Si le Monde est fini en étenduë , on
conçoit nécessairement de l'espace au - delà, &
ces espaces ne sont point imaginaires , parce
qu'ils sont l'immensité même de Dieu . Transportez
par la pensée un homme à l'extremité
du monde , il pourra étendre le bras au -delà ;
ce n'est que la matiere qui peut arrêter l'activité
, le mouvement de la matiere , il n'y
en a point ; ce sera donc un espace qui recevra
mon bras ; il existe donc nécessairement.
7°. Il en est de l'espace comme de la durée
: il est une durée nécessaire ; elle n'existe
point relativement aux êtres , mais les êtres
créés existent relativement à elle : elle est
égale pour ceux qui la passent dans le plaisir
ou dans la peine ; elle coule avec la même
rapidité & pour les Sauvages de l'Amérique
, qui vivent sans y faire attention , &
pour les Peuples les plus policés , qui en reglent
la mesure par les révolutions périodi
ques du Soleil & de la Lune , & par le retour
des Saisons. Si Dieu eût anéanti le Monde
II. Vol. aussi- D
·
2174 MERCURE DE FRANCE
au temps
aussi - tôt après l'avoir créé pour le reproduire
où nous nous trouvons, il se seroit
toujours écoulé une durée qui eût répondu
aux six ou sept mille ans que les Chronologistes
comptent depuis sa premiere produc
tion.
8°. Cette durée nécessaire , cette étenduë
nécessaire , sont deux modifications qui apartiennent
à la substance divine . M. L'Herminier
, célebre Théologien de ce siècle , a
prouvé cette vérité par une foule de Passages
de l'Ecriture & de la Tradition , qu'il cit
dans son Traité des Attributs , auquel je renvoye
le Lecteur.
9°. La Doctrine oposée à celle que j'éta→
blis ici , est infiniment dangereuse , en ce
qu'elle est favorable au Spinosisme. Selon
Descartes , & l'Auteur de l'Examen , l'étendue
& la matiere sont la même chose ; on
démontre qu'il est une étenduë nécessaire
& éternelle or tout ce qui est nécessaire &
éternel , ou est Dieu , ou apartient à Dieu ;
donc , selon le principe de Descartes , la
matiere ou est Dieu , ou apartient à Dieu ,
comme une de ses modifications essentielles
,
:
10°. On ne peut tirer la même induction
de nos principes , parce qu'il y a une difference
totale entre l'étendue primitive que
nous admetons , & la matiere. Le corps est
mo..
SEPTEMBRE. 1739 2175
م ت
mobile & divisible ; l'espace n'est ni l'un ni
l'autre. Dans la matiere , ses parties qui existent
les unes à côté des autres , sont autant
de substances , ce qui la rend naturellement
impenetrable. Les parties de l'espace ne sont
point des substances , ce qui fait qu'il est
pénetrable , perméable , insensible. La matiere
a des parties résistantes séparables ; les
parties de l'espace ne résistent point , ne se
séparent point. L'étendue immaterielle est
toujours la même , ne change point de situation
, de grandeur , de figure : la matiere
seule est susceptible de ces changemens . Cet
espace nécessaire est le lieu interne & externe
des corps , ils le pénetrent & s'y meuvent.
Il est la vraie regle de leur mouvement,
parce que lui seul est immobile. En'un mot,
l'un est incréé , l'autre créé ; l'un existe nécessairement
, & l'autré contingemment.
Ce sont là les principales preuves que j'ai
crû devoir oposer à l'Auteur anonyme de
l'Examen du Vuide , ou Espace Newtonien
pour combattre son Systême : Heureux si
elles peuvent mériter votre aprobation.
Je suis , Monsieur , & c.
1
A Rouen le 18. Juillet 1739.
Dij ENIGME
2176 MERCURE DE FRANCE
ENIGM E.
Victime de la sûreté ,
Helas je brûle & me consume ,
Pour l'Amour , pour l'Etat , en Hyver , en Eté
Pour un rien sans cesse on m'allume.
J'ai cependant souvent de glorieux Emplois :
Des secrets , révérés des Princes & des Rois ,
Gardienne & Dépositaire ,
;
Je les tiens enfermés jusqu'au bout de la Terre §
Et mon Porteur ne peut , sans enfreindre les Loix,
Ni m'alterer , ni percer leur mystere.
Enfin si la Parque cruelle
Etend quelqu'un dans le cercueil ,
J'en donne au loin la premiere nouvelle ,
Et j'en porte même le deuil .
Flocard , à Paris.
LOGOS
SEPTEMBRE. 1739. 2177
************************
LOGOGRYPHES
Adressés à Mlle ***
· par A. X. Harduin
d'Arras.
I. EN VO I.
Non , je ne trouve point d'assés forte couleur ,
Pour exprimer quelle fut ma douleur ,
Quand j'aperçus qu'un instant de colere
M'avoit rendu , Philis , criminel à vos yeux.
Pour moi tous les plaisirs devinrent ennuyeux
Le jour même qui nous éclaire ,
Me parut un Bien superflu ;
Eft- il un bien qui puiffe plaire
Quand au beau Sexe on a déplû !
Mais quoi ! par un trait magnanime ,
Déja vous oubliez mon crime !
Ah ! votre générosité
Ne céde qu'à votre beauté.
Qu'un Lutin sans pitié me serre dans ses griffes ,
Si je deviens ingrat , après un tel pardon .
Pour prix de vos bontés , vous exigez un don ;
Il faut vous composer deux ou trois Logogryphes :
En voici toujours un , que je viens de forger ;
Heureux , s'il peut vous engager
A me demander le deuxième :
Diij
Phi
2178 MERCURE DE FRANCE
Philis , oui , pour vous obliger >
Je sçaurai , s'il le faut , aller jusqu'au dixième .
Qu
LOGOGRYPHE.
Vatre lettres en tout de vos combinaisons,
Feront aujourd'hui la matiere.
A les bien arranger livrez vous toute entiere
Les plaçant de quatre façons ,
Vous ferez quatre mots chacun de quatre lettres ;
Un terme fort connu parmi les Géometres ,
Un poids , un Divertiffement ,
Où l'on boit , mange , rit , chante , danse ample
ment ;
Et pour finir , un digne Patriarche ,
Dont les Neveux jadis habiterent dans l'Arche
11. ENVOI
P Hilis , pour expier mon crime ;
Vous ordonnez donc que je rime.
Sans manquer à ce que je dois ,
De travailler pour vous je ne puis me défendre ;
Mais quand on obéit à de si douces loix ,
Le Devoir perd bien - tôt ses droits ;
Le seul Plaisir se fait entendre.
LOGO
SEPTEMBRE . 1739. 2179
J
LOGOGRYPHE.
E suis l'objet le plus charmant
Qu'on admire dans la Nature :
Cinq pieds font toute ma structure :
Otez- en deux , je deviens l'instrument ,
Qu'une belle & tendre Princesse
Sçût employer avec adresse ,
Pour assurer les jours de son Amant.
Mais que ma premiere partie
Maintenant soit anéantie ,
Et qu'un seul membre allonge le restant
Vous verrez naître au même instant
Un composé de matiere solide ,
Environné de matiere liquide.
Les mêmes pieds posés dans un ordre nouveau
Offrent ce qui du vin sépare le tonneau .
Qu'on remette mon tout dans sa forme premiere
;
Qu'on difloque mes os d'une affreuse maniere ,
Qu'on taille , qu'on retranche ; & bien- tôt on verra
Un mot souvent métaphorique ,
Qui designe un esprit mordant & satyrique ,
Un terme injurieux , un arbre , & catera.
D iiij
III.
2180 MERCURE DE FRANCE
JE
III. EN VOI
E le repete encor , Philis , ô qu'il eft doux
De travailler pour vous !
Je vous offre un nouvel hommage ;
Dieux pourquoi voulez-vous que ce soit le der
nier ?
Peut-être la longueur de ce troisiéme ouvrage
Sçaura trop bien vous ennuyer;
Mais si par-là je suis coupable ,
Ah ! que ma faute est pardonnable !
Peut- on sans regret voir finir
Le plaisir que l'on goûte à vous entretenir ?
Non , non si la raison n'eût arrêté ma plume
>
Si j'avois crû mon coeur , j'aurois fait un Volume,
DA
LOGOGRYPHE.
Ans mon entier j'abuse & divertis les sots!
Mon nom renferme une foule de mots .
En sept lettres je vous présente
Un membre de l'Etat , dont la bouche éloquente
S'ouvre pour la sûreté
De nos biens ou de notre ame.
En six lettres j'annonce une jeune Beauté ,
Pour qui d'une ardente flamme
Jupiter fut transporté ;
Puis en cinq un esprit sublime ;
Qui
SEPTEMBRE. 1739 2181
Qui dans le beau feu qui l'anime ,
Semble tenir de la Divinité ..
Mortel heureux qui charme & la Cour & la Ville
Par ses immortelles chansons ,
Et que pourtant le Vulgaire imbécile
Croit digne d'habiter les Petites - Maisons .
En cinq lettres aussi je vous nomme un Ouvrage ,
Que de nos plus beaux Arts enfante l'assem
blage ,
Une Muse , un fatal revers
Le plus riche Pays qui soit dans l'Univers ,
Et ce qui fut créé par le Maître du Monde , ·
Pour les seuls habitans de l'onde .
En quatre je produis un certain sentiment
Incompatible avec la moindre joye ,
Un crime que Themis punit séverement ,
Sans oublier un instrument ,
Que pour le bien des nez chaque jour on era
ploye .
En trois lettres un Element ,
Deux vilains animaux de taille differente ,
Une exhalaison dégoûtante ,
Qui parfois nous échape, après un long repas ,
Une autre exhalaison , qui sort d'un lieu plus bast
En deux , un Fleuve d'Italie ,
Qui d'un jeune Eventé châtia la folie ,
Un bien, qui fait l'objet de nos voeux empressés ,
DV Fans
2182 MERCURE DE FRANCE
Sans qu'il puisse jamais à nos besoins suffire.
J'offre encor .... mais c'en est assés ;
Je ne finirois pas , si je voulois tout dire.
LOGOGRYPHUS
.
UNdeni mihi sunt fratres ; à Numine prisco
Obtineo nomen, Lector amice , meum .
Nonis è membris conflato in nomine parent
Numen , lenta senex , Haresiarcha , furor ;
Reddere quod debet Judex , quod tempore verno
Arridet , crebro quod pede proteritur ;
Per mare quod vehitur , volitat quod in aëra vastos
Quod nitidis limphis arida prata rigat ;
Perge , Domus aditus , virtus , scyphus , uxor aselli ,
Ille cui pectus fervet avaritia ;
Incola poftremo limosa rauca Paludis .
Quis sim dic , & eris magnus Apollo mihi.
FOURNIER DE VILLECERF , Maître des
Eaux & Forêts de la Maîtrise Royale
du Gasyre .
NOU:
SEPTEMBRE. 1739. 2183.
! ! ! ! ! !
į į ƒ j j j jg g á § § § § § § § § 8
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS, & c.
divisé
en douze Livres , avec un Discours
Préliminaire à la tête de chaque Livre , & à
la fin de chaque Tome , un Recueil de Maximes
spirituelles , de Sentences , & de pieuses
Affections tirées du corps de l'Ouvrage
selon la Doctrine , l'Esprit & la Méthode de
S. François de Sales , à Lyon , chés Placide
Jaguenod , & à Paris , chés H. L. Guerin
trois vol. in- 12 . de 1563. pages ; sans compter
les Préfaces & les Tables.
TRAITE DE L'AMOUR DE DIEU ,
>
HISTOIRE GENERALE & Particuliere des
Finances , où l'on voit l'Origine , l'Etablissement
, la Perception & la Régie de toutes
les Impositions , dressée sur les Piéces authentiques
, par M. du Frêne de Francheville,
3. Volumes in-4° . à Paris chés de Bure ,
Paîné , Quai des Augustins , du côté du Pont
S. Michel, à Saint Paul . Tarif de 1664. deux
Volumes in-4°. Tome I. de 938. pages le
second , de 1022 ; Tome III . Histoire de la
Compagnie des Indes , de 660. pages, 1738 .
"
PRINCIPES DE L'HISTOIRE , pour l'Educa
D vj tion
2184 MERCURE DE FRANCE
tion de la Jeunesse , Sixième année , Histoire
de l'Eglise , par M. l'Abbé Lenglet du
Fresnoy , Vol. in - 12. de 626. pages , sans le
Préliminaire & les Tables , à Paris , chés
de Bure , l'aîné , Quai des Augustins , du
côté du Pont S. Michel , à S. Paul , 1739 .
CURIOSITE FRUCTUEUSE , Ouvrage dédié
aux Curieux interessés , à Paris , chés
Bauche , pere , Quai des Augustins , &
Christophe David , ruë de la Bouclerie , Brochure
in-8°. 1739-
HISTOIRE ROMAINE depuis la Fondation
de Rome jusqu'à la Bataille d'Actium , c'està-
dire jusqu'à la fin de la République , par
M.-Rollin , ancien Recteur de l'Université
Tome II , à Paris , chés la Veuve Etienne
Libraire , rue S. Jacques , vis- à -vis la ruë du
Plâtre , à la Vertu , 1732. Prix , 3. liv.
SUITE du Catalogue raisonné des Ouvra
ges d'Adrien Turnebe
27. ARRIANI Periplus Ponti- Euxini , Adr.
Turnebo Interprete.
2
28. OPPIANI de Venatione Libri quatuor
ita conversi ab Adr. Turnebo , ut singula verba
singulis respondeant. Paris. 1555. in4° •
M. Huet assûre dans son Livre de Claris
Interpretibus , qu'il ne lui manquoit rien de
tout
SEPTEMBRE: 1739 2184
tout ce qui fait la gloire d'un Interprete accompli
, parce qu'il sçavoit les deux Lan
gues en perfection , & qu'il écrivoit avec
justesse & avec exactitude. Son style est
serré , concis , & sans inutilités. Il ne s'écarte
jamais de son Auteur , & son Discours
est toujours d'une grande netteté ; accompa
gné d'agrémens & de beautés naturelles.
29. M. TULLII Ciceronis Paradoxa qua
tuor in Gracam Linguam conversa. Tomus
HI. pp. 112. Les petits Ouvrages contenus
dans ce Tome , sont les suivans.
30.
,
Libellus de Methodo. Paris . 1600. in-
8°. avec les deux Ouvrages suivans.
31. De calore Libellus. Ibid.
32. De Vino Libellus. Ibid. Cum PremioFoan
nis Caselii. Helmstad. 1619. in - 4°. It. Avec
Joan. Henr. Meibomii de cervisiis , potibusque
& ebriaminibus extra vinum aliis Commentarius.
Helmstad. 1668. in - 4°
33. Oratio habita post J. Tusani mortem ,
cum in ejus locum suffectus est .
34. Præfatio in Thucydidem. C'est un Discours
qu'il prononça au commencement de
ses Leçons sur Thucydide.
35. Præfatio in Dionysium Alexandrinum:
Autre Discours semblable.
36. Oratio habita , cum Philosophiam profi
teri coepit.
37. Præfatio in Timaum Platonis..
381
2186 MERCURE DE FRANCE
38: Prafatio in Phadonem Platonis de Ani
morum immortalitate. Paris. 1595. in- 8 °.
39. Epistola ad Carolum Maximilianum
Francorum Regem.
40. Epistola Graca ad Michaëlem Hospitalium.
Il l'avoit mise à la tête d'Eschyli
Tragoedia sex ,
Græcè edita , Paris. 1552
in-8°.
41. Epistola Græca ad Aimarum Ranconetum
;tirée d'une Edition Grecque de Sophocle
, qu'il avoit donnée avec des Scholies
Grecques à Paris en 1553. in-4°.
42. Epistola Greca ad Cardinalem
Lotharingium.
Il l'avoit mise devant une Edition
Grecque de Philon , qu'il publia à Paris cn
1552. infolio.
43. Epistola Greca ad Lancilotum Carlum
Episcopum. C'est l'Epitre dédicatoire de son
Edition Grecque de Synesius , qui parût à
Paris en 1553. in -folio.
44. Epistola Greca ad Nicolaum Mallarium
Theologum. A la tête de S. Clementis Romani
de Gestis S. Petri Epitome , Græcè & Latinè.
Paris. 1555. in-4°.
45. Epistola Graca ad Joachimum Camerarium
.
46. Poëmata. Paris. 1580. in -8 ° . Ils avoient
déja paru
,
du moins en partie dans Leodegarii
à Quercu Farrago Poëmatum. Paris.
1560. in- 16. It. A la suite des Poësies de
Bu
SEPTEMBRE. 1739. 2187
*
Bucanan dans une Edition de l'an 1568. in-
8°. Gruter les a auffi inserés dans les Delicia
Poëtarum Gallorum. Il en a parû séparément
quelques pièces , dont il faut faire ici unc
mention particuliere .
47. Panegyricus de Calisio capto. Paris.
1558. in-8° . pp . 23. It. Dans le troisième
Volume de Schardii Scriptores rerum Germa».
nicarum.
48. Epithalamium Francisci Valesii , Francia
Delphini , & Maria Stuarta Scotorum
Regina. Paris. 1558. in - 8 °.
49. De nova captanda utilitatis è Litteris
ratione Epistola ad Leoquernum. Paris. 1559 .
in- 8°. en Vers .
Cette Piéce qui a été traduite en Vers
françois par Joachim du Bellay , & se trouve
dans le Recueil de ses OEuvres sous le titre
de Nouvelle maniere de faire son profit des
Lettres , est une Satyre contre Pierre Paschal
, pauvre Auteur de ce temps - là , qui
promettoit bien des choses , & n'en a publié
que fort peu.
5. Ad Michaëlem Hospitalem Epistola de
'Minimorum Judicum Jurisdictione tollenda
Paris. 1560. in - 8 °. en Vers.
51. Ad Sotericum gratis docentem. C'est
une Satyre contre les Jésuites , en 72. Vers
qu'Etienne Pasquier traduisit en autant de
François , & publia sous ce titre , Contre
2188 MERCURE DE FRANCE
le Sotérique enseignant gratis. Paris. in- 4
Turnebe , qui , à l'exemple des autres Professeurs
de l'Université de Paris , regardoit
les Jésuites comme des concurrens incommodes
, d'autant plus redoutables , qu'ils
s'offroient à enseigner gratuitement , fit contre
eux cette Satyre , qu'il adressa au Sotericus
, nom tiré de Soter , synonime Grec de
l'Hebreu Jesus , pour donner à entendre
Sotericus est le même que Jesuita.
que
52. Francisci Duareni Funebre Carmen:
Dans un Recueil publié par Louis Russard
sous ce titre : Adriani Turnebi , Joannis Anrati
, & Doctorum aliquot Virorum Epitaphia
in Franc. Duarenum Jurisconsultorum hujus
memoria facilè principem. Paris. 1559. in-4° .
53. Joachimi Bellaii , Andini Poëta Tu
mulus , à la suite de ses OEuvres.
Le Recueil des Duvres de Turnebe est
terminé par diverses Piéces faites sur sa mort,
Il ne faut pas les oublier ici.
Epistola que verè exponit obitum Adr . Turnebi
, Regii Professoris. Adjecta sunt nonnulla
Epitaphia in memoriam tanti Viri ab amicis
piis , iisdemque doctissimis conscripta . Paris.
1565. in- 4° . pp. 36. Cette Lettre tend à
montrer qu'il est mort dans les sentimens des
Protestans.
Oratio Funebris de vita & interitu Adr.
Turnebi , habita Lutetia in Regio Auditorio ,
Anno
SEPTEMBRE. 1739. 2189
'anno Domini 1565. mense Decembri , per Lea
degarium à Quercu.
In Adr. Turnebi obitum Joannis Passeratii
Elegia. Paris. 1565. in - 4° . pp. 7.
Il y a encore quelques autres Ouvrages
qui ne sont point dans le Recueil , dont je
viens de parler , entre - autres ses Adversaria;
qu'il faut joindre aux précedens .
mus 1 .
54. ADRIANI Turnebi Adversariorum To
2. Libri 24. Paris. in-4° . le premier
en 1564 , & le second en 1565. Avec
une Epitre dédicatoire au Chancelier de
l'Hôpital , datée du 15. Juillet 1564. Tomus
tertius Libros sex continens. Paris . 1573. infolio.
Cette troisiéme Partie a été tirée de ses
Papiers après sa mort par Adrien Turnebe
son fils , qui l'a donnée au Public , avec une
Epitre de sa façon à la tête. L'Ouvrage a été
depuis réimprimé , avec quelques Ameliorations
sous ce titre , Adversariorum Tomi tres
Autorum loci , qui in his sine certa nota apellabantur
, suis locis inserti , auctoribusque suis
adscripti sunt . Additi sunt indices tres. Paris.
1580. in-folio. En un seul Volume . It. Basilex.
1581. in-folio. It. Argentorati . 1599. ind
folio. Ce Livre a mérité l'estime des Sçavans.'
En effet l'Auteur y corrige & y explique tant
d'endroits difficiles de toutes sortes d'Ecrivains
Grecs & Latins , qu'on ne peut qu'y
admirer sa sagacité , & son érudition. Ce
qu'il
2190 MERCURE DE FRANCE
qu'il y a de loüable en lui , est qu'il ne lui
arrive jamais de relever durement ni de reprendre
les Sçavans , à qui il donne au contraire
les louanges qu'ils méritent , contre
l'ordinaire des Critiques , qui se deshonorent
souvent , & se rendent méprisables par
la maniere dont ils traitent ceux qui courent
la même carriere qu'eux.
55. Præfatio Aristotelis Librorum X. de Moribus
ad Nicomachum, Græcè & Latinè . Heidelbergæ.
1560. in - 8 °. Cette Edition est
marquée dans le Catalogue de la Bibliothéque
d'Ausbourg.
56. GREGORII Palama Prosopopaia ; sive
Orationes dua Fudiciales , Mentis corpus accu
santis , & corporis se defendentis , unà cum
Judicum sententia. Græcè, edente Adr. Turnebo.
Paris. 155 3. in 4º .
57. Commentari in Quintiliani 12. Libros
Institutionum Oratoriarum. Paris. 1556. in 4°.
On prétend que ces Commentaires sont de
Turnebe , quoi qu'ils n'en portent point le
nom .
·
58. GUILLELMI Morelii Observationes in
Ciceronis Libros V. de Finibus bonorum &
malorum Paris. 1545. in - 4°. On assûre dans
le Pithaana que ces Observations sont de
Turnebe .
59. Annotationes in Epistolas Ciceronis ad
Familiares. Dans l'Edition de ces Epitres,
don
SEPTEMBRE. 1739. 2191
donnée par Henri Etienne en 1577. in- 8
60. Note in Martialis Epigrammata. Dans
'Edition de cet Auteur faite à Leyde en
1619. in- 12 .
61. Annotationes in Plautum. Dans les Editions
de cet Auteur faites à Anvers en 1566.
in- 12 ; à Basle en 1568. in - 8 °. & en quelques
autres.
62. Note in T. Livium. Dans l'Edition de
cet Auteur faite à Francfort en 1612. in - 8 °.
63. Pontis Casareani , & Machinarum ad
Massiliam explicatio. Dans l'Edition de César
donnée par Jungerman à Francfort en
1606. in-4° . Cette Explication & les autres
dont je viens de parler ci- dessus , sont tirées
de ses Adversaria.
64. POLTROTUS Merans Adriani Turnebi.
Genevæ. 1567. in-4°. pp. 11. Cette Piéce de
Vers avoit été imprimée auparavant à Basle,'
aussi tôt après la mort de Turnebe , mais on
en avoit tiré peu d'Exemplaires , qui d'ailleurs
n'étoient pas exacts. Le Laboureur l'a
insérée dans ses Notes sur Castelnau. C'est
L'Eloge de Poltrot , qui tua en 1563. le Duc
de Guise. Il n'est pas sûr que cet Ouvrage
soit de Turnebe , quoi qu'on ait mis son nom
à la tête , & que le style soit semblable au
sien. L'omission qui en a été faite dans le
Recueil de ses OEuvres , est du moins un motifd'en
douter.
MB2192
MERCURE DE FRANCE
1
MEMOIRES DE CONDE ' , ou Recueil pour
servir à l'Histoire de France , contenant ce
qui s'est passé de plus mémorable dans ce
Royaume sous les Regnes de François H. &
de Charles IX . Nouvelle Edition , augmentée
d'un grand nombre de Piéces curieuses
qui n'ont jamais été imprimées , & enrichie
d'une Préface historique , de Notes critiques
de plusieurs Portraits , & des Plans de
differentes Batailles. Cinq Volumes in-4° .
A Londres , chés Claude du Bosse , J. Nillor
Compagnie. M. DCC. XXXIX .
>
Entre les differens Recueils , qui compo
sent la suite commencée à l'an 1537. il n'en
est guere de plus curieux que celui à qui on
donne le nom de Mémoires de Condé , &
qui renferme un grand nombre de singularités
arrivées sous les deux Regnes de François
II. & Charles IX. Ce Recueil formoit
les cinq Volumes in 8 ° . dont le dernier finit
à l'an 1570. Etant devenu assés rare , on a
pris le parti de le réimprimer avec des aug
mentations , qui consistent en Piéces fugitives
, puisées en differens Manuscrits, curieux
& estimés , en plusieurs Lettres originales de
Charles IX, de Henri III. alors Duc d'Anjou
, & du Duc d'Alençon , ses Freres , de
Catherine de Medicis , du Prince de Condé ,
de François , Duc de Guise , du Conétable
Anne de Montmorency , du Chancelier de
l'Hô
SEPTEMBRE. 1739. 2193
Hôpital , de l'Amiral de Coligny ; & surtout
cinq Mémoires très curieux , qui furent
trouvés dans la poche du Prince de Condé ,
lorsqu'il fut tué à la Bataille de Jarnac . Un
Journal non encore imprimé, de ce qui s'est
passé en France depuis la mort de Henri II.
jusque vers la fin de 1569. tiendra un rang
considerable dans ce Recueil. Il a été com
posé à Paris dans le temps même par une
Personne d'une Famille illustre . Il contient
plusieurs Faits importans , & des Piéces qui
ne se trouvent pas ailleurs. Cet Ouvrage
sera accompagné de Notes très - intereffantes!
& précedé d'une Préface Historique , dans
laquelle on dévelopera le caractere de ceux
qui ont joué les premiers rôles dans ces
temps -là , & d'un Mémoire critique sur les
Faits les plus mémorables de l'an 1565.
Quoique ces Mémoires regardent principalement
la France ; ils interessent cependant
toute l'Europe , dont presque tous les
Peuples prirent alors parti dans les Guerres
de la Religion. Le Pape & Philipe II. Roy
d'Espagne , envoyerent des Troupes à Char
les IX.
Il sortit d'Allemagne des Corps nombreux
'de Reistres & de Lansquenets , dont les uns
servirent dans les Armées de ce Prince , &
les autres dans celles du Parti contraire
Elisabeth , Reine d'Angleterre , donna d
se cou
2194 MERCURE DE FRANCE
secours à ceux de la R. P. R. Les Anglois
furent même pendant quelque temps en
possession du Havre de Grace ; & Guillaume
, Prince d'Orange , Fondateur de la République
des Provinces Unies , & Ludovic ,
Comte de Naffau , son frere , vinrent en
France pour combattre avec eux.
AVIS AUX SOUSCRIPTEURS.
Cet Ouvrage sera en cinq Volumes in 4°.
avec Figures & Vignettes , & on n'en tirera
que 550. Exemplaires ; sçavoir , 500. en petit
papier , & so. en grand.
Les Souscripteurs pourront avoir des Exemplaires
En petit papier à 36. livres.
1
En grand papier à 54. livres , en payant
d'avance 18. livres pour le petit papier , &
27. livres pour le grand papier.
Ceux qui n'auront point souscrit , payeront
pour chaque Exemplaire en petit papier,
45. livres , & en grand papier , 66. livres.
Chaque Volume aura au moins 80. feüilles
; & tout l'Ouvrage sera en état d'être dés
livré dans le courant de l'année 1741 .
,
Pour s'assûrer d'avance des Exemplaires
qu'on voudra retenir on s'adressera aux
principaux Libraires des Provinces & des
Pays Etrangers.
M.
SEPTEMBRE . 17397 2195
M. Gayot de Pitaval vient de publier deux
nouveaux Volumes de son grand Recueil des
Causes célebres & interessantes , sçavoir le
XIII & le XIV. On les trouve chés Guill,
Cavelier , ruë S. Jacques , la Veuve Delaulne,
Le Gras , & de Nulli.
Le principal Sujet du premier de ces deux
Volumes , est la grande Affaire du Maréchal
Duc de Montmorenci , décapité à Toulouse,
en 1632 , dont l'Histoire occupe près des
trois quarts du Livre . L'Auteur a fait entrer
dans cette Histoire plusieurs particularités
qui avoient échapé aux autres Ecrivains . I
dit sur la fin : » Comme le Duc de M. fut.
décapité dans la Cour de l'Hôtel de Ville ,
» où étoit la Statuë d'Henri IV., on dit que
" le Visage du Pere & le coeur de Louis XIII.
qui ne voulut jamais lui accorder sa grace
» étoient de marbre :
و د
39

OraPatris , Nati vifcera, marmor erant,
C'est le dernier de quatre beaux Vers La
tins qui furent faits à Toulouse sur ce sujet :
on sera peut être bien aise de les trouver ici
dans leur entier.
Ante Patris Statuam , Nati implacabilis irâ
Occubui , indigna morte , manuque cadens,
Neuter illorum ingemuit mea fata videndo ;
Ora Patris , Nati viscera , marmor erant.
LG
2196 MERCURE DE FRANCE
Le reste de ce Volume contient la Cause
de la Dlle Ferrand , que le Parlement a rétablie
dans son état , par Arrêt du mois de
Mars 1738. & celle d'un Negre qui a été déclaré
libre dès son arrivée en France.
Le XIV . & dernier Volume est rempli par
l'Histoire toute récente du Procès de la Dlle
de Kerbabu , de celui de Marie Vernat , Religieuse
, quoique Mineure , malgré l'oposition
de ses Pere & Mere , &c. des Démêlés d'entre
le Duc & la Duchesse de Mazarin, & c. & enfin
par un Mémoire pour la Dlle Avrillon ,
demandant séparation d'avec le Sr de Sorny,
son Mari.
Nous avons plus d'une fois rendu justice
aux talens & au travail de M. de Pitaval , à
l'occasion des précédens Volumes de cette
ucile Compilation.
>
à
La Veuve de feu M. Vaultier , Lieutenant-
Provincial de l'Artillerie , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , donne avis qu'elle
fait réïmprimer actuellement chés la Veuve
Delaulne Libraire , ruë S. Jacques
l'Empereur , deux Ouvrages de feu son mari,
dont l'un est intitulé : Journal des Marches ,
Campemens , Batailles , Sieges & Mouvemens
des Armées du Roy en Flandres , & de celles
des Alliés , depuis l'an 1690. jusqu'en 1694.
clusivement ; & l'autre : Observations sur
Part
SEPTEMBRE . 1739. 2197
tart de faire la Guerre , suivant les maximes
des plus grands Généraux , en deux Volumes
in- 12 . qui se vendront six livres les deux
reliés.
>
RECUEIL des Pièces de Poësie présentées à
TAcadémie des Belles Lettres de Marseille ,
pour le Prix de l'Année M. DCC . XXXIX . Brochure
in- 12 . A Marseille , chés P. Boy.

On lit à la tête de ce Recueil l'Avertissement
qui suit. L'Académie a adjugé , selon
l'usage , le 25. Août , Fête de Saint Louis ,
le Prix fondé par M. le Maréchal Duc de
Villars , son Fondateur , à un Poëme , dont
Auteur est M. l'Abbé Le Mercier , de
Paris.
Elle avertit le Public , que le 25. Août ,
Fête de S. Louis de l'année prochaine 1740 .
elle adjugera le Prix à un Discours d'un quart
d'heure , ou tout au plus d'une demi - heure
de lecture , dont le sujet sera : L'idée que les
autres ont de nous entre plus que nous ne pensons
dans celle que nous avons d'eux.
}
Ce Prix sera une Médaille d'or de la valeur
de 300. livres , portant d'un côté le
Buste de M. le Maréchal Duc de Villars
de l'autre ces mots : Premium Academia
Massiliensis , entourés d'une Couronne de
Lauriers.
,
On adressera les Ouvrages , comme de
II. Vol, E cou
2198 MERCURE DE FRANCE
coûtume , à M. de Chalamont de la Vis->
clede , Sécretaire perpetuel de l'Académic
des Belles Lettres de Marseille , ruë de l'Evêché
, à Marseille. On affranchira les Paquets
à la Poste
sans quoi ils ne seront
point retirés ; ils ne seront reçûs que jusqu'au
premier May inclusivement ; les Auteurs n'y
mettront point leurs noms , mais une Sentence
tirée de PEcriture Sainte , des Peres
de l'Eglise , ou dés Auteurs Prophanes ; ils
marqueront à M. le Sécretaire une Adresse
à laquelle il envoyera son Récepissé.
S'ils souhaitent que leurs noms soient imprimés
à la tête de leurs Ouvrages , ils doivent
les envoyer avec leurs Titres à une Personne
domiciliée à Marseille , qui les remettra
à M. le Sécretaire le 25. Juillet , non plûtôt
, ni plus tard.
On prie les Auteurs de prendre les mesures
nécessaires pour n'être point connus.
avant la décision de l'Académie , de ne point
signer les Lettres qu'ils pourront écrire à
M. le Sécretaire , de ne point lui présenter
eux-mêmes leurs Ouvrages en feignant de
n'en être pas les Auteurs , ni se faire con
noître à lui , ou à quelque autre Académi
cien ; & on les avertit que s'ils sont connus
par leur faute, leurs Ouvrages seront exclus
du Concours , aussi bien que tous ceux
en faveur desquels on aura sollicité , & tous
ceux
SEPTEMBRE. 1739. 2199
ceux qui contiendront quelque chose de
libre .
trop
L'Auteur qui aura remporté le Prix , viendra
le recevoir dans la Salle de l'Académie
le 25. Août , jour de la Séance publique destinée
à l'adjuger , s'il est à Marseille , & s'il
est absent , il envoyerà à une Personne domiciliée
à Marseille , le Récepissé de M. le
Sécretaire , moyennant lequel , le Prix sera
remis à cette Personne.
Le Poëme qui a remporté le Prix , avoit
pour sujet L'AGRICULTURE , & c'est la premiere
Piéce de ce Recueil ; elle est suivie de
quatre Odes , & d'un autre Poëme sur le
même sujet , composés par differens Auteurs.
Ces Pieces , auxquelles on a accordé
Phonneur de l'impression , ont aparemment
concouru pour le Prix. La Brochure dont
nous rendons compte , ne contient aucune
Instruction pas même sur ce qui s'est passé
dans l'Assemblée publique du 25. Août dernier
, & c.
L'ACADEMIE DES JEUX FLORAUX
distribuera le 3. May de l'année 1745. ses
quatre Prix.
Le premier est une Amaranthe d'or , de la
valeur de 400. livres , destinée à une Ode.
Le second est une Violette d'argent , de là
valeur de 250. livres , destinée à un Poëme
E ij
de
2200 MERCURE DE FRANCE
de 60. Vers au moins , & de roo . au plus.
Le Sujet de cete sorte de Poëme doit être
héroïque , ou dans le genre noble , & les
Vers en doivent être Alexandrins.
Le troisiéme Prix est une Eglantine d'ar
gent , de la valeur de 250. livres , qui est
destinée à une Piéce de Prose , d'un quart
d'heure ou d'une petite demi- heure de lecture
, dont le Sujet sera pour l'année 1740.
L'élevation dégrade souvent les hommes en les
faisant connoître.
Le quatrième Prix est un Souci d'argent !
de la valeur de 200. livres. Il est destiné à
une Elegie , à une Idyle , ou à une Eglogue,
Ces trois genres d'Ouvrages concourent ensemble
pour le même Prix , & doivent être
tous trois en Vers Alexandrins , sans mêlange
de Vers d'autre mesure. Les Auteurs sont
avertis de ne pas se négliger sur les Rimes.
Outre les quatre Prix ordinaires , l'Acadé
mie en distribuëra à l'avenir , à commencer
l'année 1740. un cinquième , destiné à un
Sonnet , fait à l'honneur de la Vierge . C'est
un Lys d'argent , de la valeur de 60. livres.
Ce Prix a été fondé par feu Messire Gabriel
Vandages de Malepeire , Conseiller du Roy,
Doyen du Sénéchal de Toulouse,
Le Sujet de tous les Ouvrges de Poësie est
au choix des Auteurs.
Les Ouvrages qui ne sont que des Imita
tions
SEPTEMBRE. 1739 : 2201
tions ou des Traductions , ceux qui ont parû
dans le Public , ceux qui traitent des Sujets
donnés par d'autres Académies , les Ouvrages
qui ont quelque chose de burlesque , de
satyrique , de contraire aux bonnes moeurs ;
ceux dont les Auteurs se font connoître
avant le Jugement , & pour lesquels ils sol- .
licitent ou font solliciter , n'entrent pas dans
le concours pour les Prix .
Les Auteurs qui traitent les Matieres
Théologiques , doivent faire mettre au bas
de leurs Ouvrages , l'Aprobation de deux
Docteurs en Théologie .
des
Les Auteurs feront remettre dans tout le
mois de Janvier de l'année 1740. par
Personnes domiciliées à Toulouse , à M. le
Chevalier Dalies , Secretaire Perpétuel de
l'Académie des Jeux Floraux , demeurant
rue des Couteliers à Toulouse , trois copies
bien lisibles de chaque Ouvrage , qui sera
désigné seulement par une Devise ou Sentence.
M. le Secretaire en écrira la réception
dans son Registre , le nom , la qualité ou
Profession , & la demeure des Personnes
qui les lui auront remis , lesquelles signeront
son Registre , & il leur expédiera le Récépissé
des Ouvrages .
On ne doit pas envoyer les Ouvrages par
la Poste en droiture à M. le Sécretaire
cette voye exposant les Auteurs à des surpri-
E iij ses,
2202 MERCURE DE FRANCE
ses , & mettant l'Académie hors d'état de
prendre les sûretés convenables , pour leur
faire remettre les Prix , si leurs Ouvrages en
sont trouvés dignes.

Ceux qui auront remporté des Prix , seront
obligés , s'ils sont à Toulouse , de venir
les recevoir eux mêmes l'après-midi du
troisième jour du mois de May , à l'Affemblée
publique de la Distribution des Prix ,
qui se fait dans le grand Consistoire de l'Hôtel
de Ville. S'ils sont hors de portée de venir
les recevoir eux - mêmes, ils doivent envoyer
une Procuration en bonne forme à une Personne
domiciliée à Toulouse , pour les recevoir
de M. le Sécretaire , en lui remettant la
Procuration des Auteurs , & les Récepissés
des Ouvrages .
On ne peut remporter que trois fois chacun
des Prix que l'Académie diftribue. Les
Auteurs qu'on reconnoîtra en avoir obtenu
un plus grand nombre , en seront exclus , de
même que ceux qu'on découvrira en avoir
remporté sous des noms suposés,
Après que les Auteurs se seront fait connoître
, on leur donnera des Atteftations ;
portant qu'un tel , une telle année , pour tel
Ouvrage par lui composé , a remporté un tel
Prix , & l'Ouvrage en original sera attaché à
cette Atteftation , sous le contre - scel des.
Jeux .
Ceux
SEPTEMDA E. 1739. 2203
Ceux qui auront remporté trois Prix, l'un
desquels sera l'Amaranthe, qui est le Prix destiné
à l'Ode , pourront obtenir des Lettres
de Maître des Jeux Floraux , & seront du
Corps des Jeux , avec droit d'assister & d'opiner
, commes Juges , aux Assemblées particulieres
& publiques qui se font pour le
Jugement des Ouvrages & pour la distribution
des Prix .
Ouvrages qui ont remporté les Prix au Jugement
de l'Académie , la présente année 1739 .
L'Ode qui a pour Titre , les Egaremens de
la Raison sans la Foi , & pour Devise , Non
decet humano judicio divina pensitari , a remporté
le premier Prix.
Le Poëme qui a pour Titre , les Invalides ,
& pour Devise , Non audita cano , a rem
porté le second.
L'Elégie qui a pour Titre , Ismene, & pour
Devise, Si l'Amour s'allarme aisément,souvent
il s'apaise de même , a remporté le quatrième.
Le Prix du Discours a été réservé.
On verra dans le Recueil de l'Académie
les noms des Auteurs qui ont remporté ces
trois Prix .
Elle aura à distribuer l'année prochaine
1740 , outre les quatre Prix de l'année , & le
nouveau que l'on a annoncé , deux Prix
d'Ode , deux Prix de Poëme , un Prix de
E iiij
Dise
2204 ME UKE DE FRANCE
Discours , réservés les années précédentes ,
& le Prix du Discours de cette année ; ce
qui fera en tout onze Prix .
C'est avec un extrême regret , que l'Académic
se voit forcée à réserver tant de Prix.
Elle souhaiteroit que l'abondante moisson
réveillât l'émulation des Auteurs.
Prix proposé par l'Académie de Chirurgie .
L
'Académie de Chirurgie établie à Paris
sous la protection du Roy , desirant
contribuer au progrès de cet Art , & à l'utifité
publique , propose pour le Prix de l'année
1740. le Sujet suivant.
Déterminer les differentes especes de Réper
cussifs , leur maniere d'agir , & l'usage qu'on
en doit faire dans les differentes Maladies Chirurgicales.
Ceux qui travailleront sur ce Sujet répondront
aux vûës de l'Académie , en rangeant
par ordre & dans leurs classes les Képercussifs
, tant simples que composés , selon leur
genre , & avec leurs differentes formules ,
égard aux especes de Maladies , & aux differentes
parties , où les uns doivent être apli
qués préférablement aux autres.

Ils auront soin d'apuyer leurs sentimens
sur l'experience & sur l'Observation.
Ils sont priés d'écrire en François ou en
Latin , & d'avoir attention que leurs Ecrits
soient fort lisibles,
SEPTEMBRE . 1739 : 2205
Ils mettront à leurs Mémoires une marque
distinctive , comme Sentence , Devise , Paraphe
, ou Signature ; & cette marque sera
couverte d'un papier collé , ou cacheté , qui
ne sera levé qu'en cas que la Piéce ait remporté
le Prix.
Ils auront soin d'adreffer leurs Ouvrages
francs de port à M. Petit , Sécretaire de l'Académie
de Chirurgie de Paris , ou les lui
feront remettre entre les mains.
Toutes Personnes de quelque qualité &
Pays qu'elles soient , pourront aspirer au
Prix ; on n'excepte que les Membres de l'Académie
.
Le Prix est une Médaille d'or de la valeur
de 200. livres, qui sera donnée à celui qui,au
jugement de l'Académie , aura fait le meil
leur Mémoire sur le Sujet proposé.
La Médaille sera délivrée à l'Auteur même;
qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part ; l'un ou l'autre représentant
la marque distinctive, & une Copie
nette du Mémoire.
Les Ouvrages seront reçûs jusqu'au der-·
nier jour de Mars 1740. inclusivement , &
l'Académie à son Assemblée publique de la
même année , qui se tiendra le Mardi d'après
la Fête de la Trinité , proclamera la Piéce qui
aura remporté le Prix .
2206 MERCURE DE FRANCE
PONTIFICAL E ROMANUM Clementis VIII. o
Urbani VIII. PP. auctoritate recognitum , nunc denuò
curâ Annibalis , S. Clementis Presb. Cardinalis
Albani S. Romana Ecclefia Camerarii , & c. editum
in- 8 ° . parvo . Bruxellis 1735. Se vend à Paris , chés
Jean de Bure l'aîné , Quai des Auguſtins , à l'Image
S. Paul.
>
On fçait l'ufage & la néceffité de ce Livre , qui
eft le guide que doivent fuivre tous les Evêques
dans les fonctions du miniftere Epifcopal ; il n'eft
pas moins néceffaire aux Grands Vicaires des Evêques,
& à ceux qui font députés pour faire quelques.
fonctions importantes auffi bien qu'à ceux qui
font auprès des Evêques mêmes dans le temps de
leurs cérémonies . Il avoit été imprimé d'abord à
Rome , & enfuite réimprimé à Paris , l'un & l'autre
in-folio , avec des figures , qui marquoient les
differentes fituations des fonctions qu'on y explique
. On l'avoit depuis réimprimé à Paris & ailleurs
en petite forme in- 12 . mais d'un caractere fi menu,
qu'il n'étoit prefque d'aucun usage.
Le Cardinal Annibal Albano, l'un des Neveux du
feu Pape Clement XI, a pris foin de faire réimprimer
cet Ouvrage , & c'eft fur cette derniere Edition
, que celle- ci , qui eft de Bruxelles , a éte faite
l'ancienne Edition in- 12 . n'avoit pas de figures , lefquelles
font un ornement néceffaire dans celle de
Bruxelles ; elles font bien deffinées & affés bien gravées
; & par-là , cette Edition , qui eft d'un caractere
affés gros & affés lifible, peut fupléer à l'Edition
in-folio de Rome, dont la grandeur du volume
eft quelquefois à charge en bien des cérémonies; elle
vaut beaucoup mieux pour l'ufage , que la petite
Edition in- 12. qui n'avoit pas de figures , & dont la
petiteffe du caractere , & même du volume , fatiguoit
les yeux, quoiqu'on ne laiffe pas de la recherSEPTEMBRE
. 1739. 2207
chercher. Il peut aisément fe relier en trois parties
comme l'in -folio , commodité que n'avoit
cienne Edition in- 12.
pas l'an-
Le Sr Villette, fils , & la Veuve Spé, ruë S. Jacques,
à Paris , avertiffent le Public & les Marchands de
Provinces , que le Calendrier choifi pour l'année
1740. enrichi de Cartes Géographiques , & d'un
nouveau Plan de Paris , eft fous Preffe ; qu'il fe
donnera au commencement de Novembre , & qu'ik
fera augmenté d'une explication touchant l'origine
du Calendrier.
M. Seguin , Avocat au Parlement de Bretagne , a
fait imprimer chés Gilles Le Barbier , Imprimeur à
Rennes , en une Brochure de 13. pages avec figu→
res , une Démonstration Arithmétique & Géométrique
de la Vraye Quadrature du Cercle , qu'il a
découverte , par laquelle il prétend faire voir inconteftablement
, que la jufte raison du Diametre
du Cercle à fa circonference , eft comme de 200 .
à 625. précises ; outre la facilité de deux Méthodes
les plus sûres, qu'il enfeigne pour trouverfauſſi par
les Lignes , avec la Regle & le Compas , cette
Quadrature mathématiquement exacte.
Note des Livres de Médecine & de Belles
Lettres que Cavelier , Libraire à Paris
vient de recevoir des Pays Etrangers.
A curious herbal containing fire hundred cuts , of
the moft vseful Plants. Which are now uſed in the
Practice of Physick. Engraved on folio copper Plates
after Drawings taken from the life by Elizabeth
Blackwell. To which is added a short Description
of y Plants , and their common uses in Physick
Vol. I. fol. London. 1737~
Ho
2208 MERCURE DE FRANCE
Hoffmanni ( Frid. ) Medicina rationalis systema
tica tomi quarti Pars quinta , faisant le huitiéme
Volume 4° . Hala Magdeburgica. 1739.
·
Halæ. 1739.
Opufcula Medica varii argumenti . 4º.
( Gafpari ) De Medicamentis Officinalibus tam
fimplicibus quam compofitis , Libri duo, quibus accesserunt
Remedia Medicinalia 4° . Lugduni Batavorum.
1738.
Pott ( Jo. ) Exercitationes Chymica de sulphuribus
metallorum , de auripigmento , de folutione corporum
particulari , de terra foliata Tartari , de acido .
nitrioli vinoso , de acido nitri vinoso. 4°. Berolini.
1738.
• Observationum & Animadversionum
Chymicarum pracipuè circa fal commune , acidum
falis vinosum , wismuthum verfantium collectio
prima. 4°. Berolini. 1739 .
Mazini ( Jo. ) Mechanices morborum defumpta à
motufanguinis. 4°. Offenbaci. 1731.
Bofchetti ( Bart. ) De falivatione mercuriali. 4°
Francofurti
. 1732.
Cocchii ( Ant. ) Epiftola Phyfico- Medica ad Laneifum
& Morgagnum . 4° . Francofurti. 1732 .
Medicorum Silefiacorum Satyra Specimem fextum.
8°. Lipfiæ.1738 .
Selecta Medica Francofurtenfia Volumen fextum.
3 °. Lipsia. 1738...
Rumphius ( Georg. ) Thefaurus Imaginum Pifsium
, Teftaceorum & Cochlearum, quibus accedunt
Conchylia. fol. cum figuris. Lugduni Batavorum.
1711.
r
Mangeti ( Jo. ) Bibliotheca Medico -Practica , qua
omnes humani corporis morbofa affectiones artem
Medicam propriè fpectantes , ordine alphabetico explicantur
ac enodantur. Editio altera, fol. 8, vol. Gene-
18. 1732
Lan
SEPTEMBRE. 1739. 2209
/
Lanzoni ( Jo. ) Opera omnia Medica & Philolo
gica , fcilicet de venenis Citrologia , Zoologia , de
Clyfteribus , Lachrymis , de Allio , Confultationes
Medica de Balfamatione Cadaverum. 4°. 3. vol.
Laufannæ. 1738 .
Ramazzini ( Bern. ) Opera omnia Medica Phyfiologica
de Morbis Principum, Virginum , & Artifi
sum. 4°. Genevæ. 1717.
L'Art de conferver la fanté des Princes & des
Religieuses , avec les avantages de la Vie sobre ,
par Cornaro. in- 12 . Leyde. 1734.
Haller ( Alb. ) Defcriptio Foetus bicipitis ad pectora
connati , ubi in caufas monftrorum ex principiis
anatomicis inquiritur. 49. cum figuris . Hannovera
1739.
Bergeri (Jo. ) Phyfiologia Medica feu de Natura
humana Tractatus. 4° . Francofurti. 1737 .
Beccheri ( Jo. ) Phyfica fubterranea profundam
Jubterraneorum genefin oftendens . 4° . Lipfiæ. 1738 .
Goelicke ( And. ) Introductio in Hiftoriam Litterariam
Anatomes . 4° . Francofurti . 1738 .
Alberti ( Mic. ) Tentamen Lexici realis Obfervationum
Medicarum ex variis Auctoribus selectiorum.
4°. 2. vol. Halæ Magdeburgicæ. 1727. & 1731.
Commentatio in conftitutionem crimina→
lem Carolinam Medica variis titulis & articulis comprehenfa
. 4°. Halæ. 1739 .
• ·
Blondel ( Jac. ) Differtation Physique sur la force
de l'imagination des Femmes enceintes fur le Fo
tus. 8 °. Leyde. 1737.
Harris ( Gualt. ) De Morbis acutis Infantum. 8°.
Amftelodami. 1736.
Berner ( Gott. ) Exercitatio Phyfico- Medica de
efficacia ufu aëris mechanico in corpore humano.
8°. Amftelodami . 1738 .
Alpini Profp. ) Hiftoria Ægypti naturalis Opus
pofthu
2210 MERCURE DE FRANCE
poſthumum. 4°. 2. vol. cum figuris . Lugduni Batavorum
. 1732.
Wepferi (Jo. ) Hiftoris Apsplecticorum Obfervationibus
Anatomicis Medicis illuftrata. 8 ° . Amstelodami.
1724.
Barbeyrac , Differtations fur les Maladies de la
Poitrine , du Coeur , de l'Eftomach , Vénériennes ,
& de quelques autres particulieres , in- 12 . Amfterdam
. 1731.
Burmanni ( Joa. ) Thefaurus Zeylanicus exhibens
Plantas in Infula Zeylana nafcentes. 4º. cum figuris .
Amftelodami . 1737.
Linnæi ( Caroli ) Critica Botanica in quâ nomina
Plantarum generica , fpecifica , & variantıa examini
fubjiciuntur. Accedit Joannis Browallii de neceffitate
Hiftoria naturalis difcurfus. 8°. Lugduni Batavorum ,
1737.
Blancardi ( Steph. ) Lexicon Medicum renovatum ,
in quo totius Artis Medica termini ufitati dilucidè ac
breviter exponuntur. 8° . Lugduni Batavorum . 1735.
Juncker ( Jo. ) Con pectus Chemia Theoretico- Prac
tica Tomus alter. 4° . Halæ Magdeburgicæ. 1738.
Stahlii ( Georgii ) Theoria Medica vera Physiologiam
& Pathologiam exhibens. Editio altera sum Prafatione
Junckeri. 4° . Hala 1737.
Theichmeyeri ( Herm. ) Inftitutiones Chemia dogmatica
experimentalis . 4°. cum figuris. Genæ , &
1729.
.. Elementa Anthropologie five Theoria
Corporis humani. 4° . cum figuris . Genæ . 1738 .
Van Zelft. ( Theod. ) Libellus fingularis de Podagra
dolore colico, fcorbuticofimili, Pietonico Emulo
3°. Amftelodami . 1738.
Fantoni ( Joa. ) Opufcula Medica & Physiologica
4. cum figuris. Genevæ. 1738 .
Wedelii ( Geor. ) Opiologia . Editio 3. 4° . Gene:
1739 Decas
SEPTEMBRE. 1739 2211
Becas cafuum Elinico Medicorum ex propriápraxi
enatorum ad publicam Rei Medica utilitatem .
Le Lieutenant Genéral du Bailliage de Boulogne
eut l'honneur , ces jours paffés , de préfenter au
Roy plufieurs Médailles Antiques , qui ont été
trouvées , en creufant le nouveau Port de la même
Ville , parmi lesquelles il y en a trois d'or , dont
l'une de Galba , l'autre d'Antonin Pie , & la troifiéme
de Vitellius . S. M. l'a honoré de la belle
Médaille d'or qui a été frapée au sujet de l'acquifition
de la Loraine. D'un côté c'eft le Portrait du
Roy en Bufte avec l'Infcription ordinaire. LUD. XV.
REX CHRISTIANISS . , & fur le Revers , on voit
Minerve , qui le Caducée à la main , conduit au
pied de for. Trône la Loraine , repréfentée fous le
fymbole d'une Femme couronnée de Tours , laquelle
préfente au Roy l'Ecu des Armes de Loraine
& de Bar. Pour Légende , MINERVA PACIFERA ,
& dans l'Exergue , LOTARING . et Bar. RegnO
ADD. M. DCC . XXXVII .
QUESTION
.
Un Ayeul legue une fomme de 2000. livres à fa
petite - Fille , payable lorfqu'elle fera Majeure , ou
qu'elle fe mariera , & inftitue dans le même Teftament
pour fon Heritier univerfel fon Fils , Pere de
cette petite Fille .
L'Ayeul mort , le Pere marie fa Fille fans l'émanciper
, & lui fait une conftitution de Dot trèsproportionnée
à fes facultés , fans qu'il foit fait ,
dans le Contrat de Mariage , aucune mention du
Legs fait par l'Ayeul .
Le Mariage accompli , la Fille étant devenuë
majeure de vingt cinq ans , veut faire affigner fon
Pere
2212 MERCURE DE FRANCE
Pere , pour le faire condamner à lui payer les
2000. que fon Ayeul lui a léguées .
On demande 1º. fi cette Fille peut, en ce cas ,
reçûë en Jugement contre fon Pere ?
être
20. Si le Pere n'a pas le droit de retenir pendant
fa vie la jouiffance de ce Legs , dont l'ufufruit ne
lui a pas été expreffément prohibé ?
Cette Queftion fe préfente fouvent dans les Pays
de Droit Ecrit , & cependant on n'en trouve point
de Décifion préciſe.
PROGRAMME de l'Académie Royale des Belles
Lettres , Sciences & Arts de Bordeaux .
L'Académie propofe à tous les Sçavans de l'Europe
, un Prix fondé à perpetuité par feu M. le Duc
de la Force. C'eft une Médaille d'or de la valeur
de trois cent livres .
On en doit diftribuer deux le 25. Août 1740. Un
de ces Prix eft deftiné à celui qui expliquera avec
le plus d'évidence & de folidité , la caufe de la Fertilité
des Terres. Sujet déja propofé ; mais qu'on
s'eft déterminé à publier de nouveau , pour donner
aux Phyficiens le temps d'apuyer leurs recherches
d'un plus grand nombre d'obfervations & d'experiences
. L'autre Prix eft deſtiné à celui qui donnera
le fyftême le plus probable fur l'Origine des Fontaines
des Rivieres.
Les Differtations ne feront reçûës pour le concours
, que jufqu'au premier du mois de May prochain.
Elles peuvent être en François ou en Latin
on demande qu'elles foient écrites en caracteres
bien lifibles .
Pour donner aux Auteurs le temps néceffaire à
la perfection de leurs Ouvrages , on les avertit que
le Sujet du Prix de l'année fuivante 1741. fera la
caufe phyfique de la couleur des Negres , de la qualité
de .
SEPTEMBRE . 1739 2213
de leurs Cheveux , & de la dégeneration de l'un
de l'autre.
Au bas des Differtations il y aura une Sentence ,
& l'Auteur mettra dans un Billet féparé & cacheté
la même Sentence , avec fon nom , fon adreffe & fes
qualités , d'une façon qui ne puiffe pas former d'équivoque
.
Les Paquetsferont affranchis de Port , & adreßés
à M. Sarrau , Sécretaire de l'Académie , ruë de Gour
gues ; ou au Sr Brun , Imprimeur , Aggrégé de l'Académie
, ruë S. Jâmes.
Le Prix de cette année , fur la caufe de la chaleur
de la froideur des Eaux Minerales , a été remporté
par le R. P. Antoine Cavalery , de la Compagnie
de Jefus , à Toulouſe,
Le Pere Berrier , de l'Oratoire , Profeffeur de Phi
lofophie au Mans , a remporté le Prix fur la Question
, Si l'air de la respiration paffe, dans le fang.
A M. LINANT ,
Qui a remporté cette année le Prix de Poësie
en Académie Françoise .
U Dieu des Vers , LINANT , avez reçû
Un beau Préfent , & qui vaut maint Ecu ,
Pour votre Piéce & fublime & parfaite ;
Que l'on vous paye autant chaque Vertu ,
Mon cher ami , votre fortune eft faite.
Par M. l'Abbé Tart
Du 12. Septembre 1739.
ESTAMPES
2214 MERCURE DE FRANCE
ESTAMPES COLOR E'E S.
Ce n'eft pas pour la premiere fois que nous parlons
de cette ingénieuse invention , qui vrailem
blablement paffera à la derniere Pofterité , & illustrera
notre Siècle , & le génie de M. Le Blon , qui
en eft l'Auteur. Ce Journal eft le premier Héraut
qui a publié les merveilles de cet Art naiffant , au
mois de Décembre 1727. page 2677. nous avons
fait remarquer ce qu'il avoit d'agréable & d'utile
pour l'Anatomie , la Botanique , & l'Hiftoire natutrelle
; pour les Plantes , les Fleurs , les Infectes , les
Poiffons , les Coquilles , les Oifeaux , &c. Nous
nous fommes encore affés étendus fur la méchanique
de cette nouvelle Invention l'année derniere
dans le Mercure d'Août , page 1802. en publiant
fes premiers Effais. Aujourd'hui nous annonçons ,
avec une extrême fatisfaction , un Portrait du Roy,
dans le goût de ces mêmes Impreffions Pittoresques,
que le Sr Le Blon vient de mettre au jour , & qui
eft genéralement aprouvé . Un amour peut - être
trop tendre pour les beaux Arts , ne nous aveugle
point ; comme Portrait , ce morceau peut n'être
pas entierement parfait , quoique tout le monde en
paroiffe content , mais il s'agit du nouvel Art , de
Î'Art de peindre avec trois couleurs , fans pinceau ,
par le moyen du Burin & de l'impreffion , & de
Pavantage qu'il y aura deformais , 1º . de multiplier
les Tableaux & les Portraits , 2º. de les avoir
à des prix très-modiques ; 3 °. d'avoir,par ce moyen,
quelque chofe d'aflés fini , qui puiffe décorer & faire
quelque plaifir à la vûë.
Ce nouveau Portrait fe vend à Paris , chés la
Veuve Boivin , rue S. Honoré , à la Regle d'or ;
chés le Sr Paillard , Marchand Papetier , ruë neuve
des Petits - Champs , près l'Hôtel de Toulouze ,
chés
SEPTEMBRE. 1739 2211
bés le Sr de Mortain , Pont Notre- Dame , & chés
le Sr Contat , au bas de la ruë S. Jacques.
Les foins continuels que nous prenons d'inftruire
le Public de tout ce qui arrive d'avantageux pour
les Arts , nous font laifir avec joye l'occafion de lui
annoncer les excellens morceaux de Peinture de
CHARLES LE BRUN & d'EUSTACHE LE SUEUR , qui
fout dans la Maiſon du Préfident Lambert , à préfent
l'Hôtel du Châtelet , deffinés par Bernard Picart
, & gravés par lui , & par plufieurs autres bons
Maîtres. Cette Suite , qui confifte en quarante
Planches , executées avec autant de goût , que de
précifion , eft accompagnée d'une Defcription de
tous les Sujets , ainsi que de l'Architecture de cette
belle Maiſon , l'objet de l'admiration de tous les
Etrangers & de tous les Connoiffeurs . C'eft aux
foins du Sr Duchange , Graveur du Roy , auffi connu
par les talens , que par fon amour pour tout ce
qui peut contribuer au progrès des Beaux Arts, que
le Public eft redevable de ce bel Ouvrage.
La Vente s'en fera chés lui , ruë S. Jacques , audeffus
de la rue des Mathurins.
Puifque l'occafion s'en préfente , nous ne négli
gerons point , comme nous avons fait jufqu'ici ,
d'aprendre au Public , que c'eft à M. Duchange
qu'on doit les belles Eftampes de la Galerie du
Luxembourg , peinte par Rubens , gravées par lui
& par les meilleurs Maîtres.
On a apris de Rome , que le 13. Août le Signor
Jean Giordani , célebre Sculpteur, jetta dans la Fon.
derie du Vatican une Statue , représentant le Pape ,
laquelle doit être placée dans la Sale du Capitole,
La
2216 MERCURE DE FRANCE
Le Sr Marc-Antoine Eidous , ci- devant Ingénieur
'des Armées du Roy d'Espagne , donne avis qu'il fe
diſpoſe à faire part au Public des Connoiffances
qu'il a acquises dans les Mathématiques , le Génie,
le Deffein , &c . & d'y former en très- peu de temps'
les Perfonnes qui lui donneront leur confiance. Sa
demeure eft au Fauxbourg S. Germain , dans la
Cour du Dragon de Ste Marguerite , près le Carrefour
S. Benoît , chés le Sr Chretien , à l'Hermitage.
Le Sr Lefcure , ci-devant Chirurgien des Gardest
du Corps de la Reine d'Eſpagne , diftribuë par Privilege
, un Remede fpécifique pour la guérifon de
l'Epilepfie ou Mal caduc , Vapeurs convulfives &
fimples ; il eft , dit-on très - fouverain dans toutes
les maladies qui attaquent le genre nerveux .
Ce Remede eft facile à prendre ; il opere avec
douceur & peut le transporter par tout.
Le Sr Lefcure eft en état de nommer plufieurs
Perfonnes qui en ont éprouvé l'effet falutaire
, même dans des efpeces de Vapeurs beaucoup
plus fâcheufes , telle que l'Epilepfie ; mais comme
il fe fait un devoir de ne jamais les citer , il croit y
fupléer , en difant , que plufieurs célebres Médecins
en ont vû les bons fuccès , & rendent témoignage
de la bonté de ce Remede , nommé Sel aurifique ; il
donne la maniere de le prendre .
Le Sr Lefcure demeure à Paris , à côté de la Comédie
Françoiſe , chés M. Guerfan , Luthier ; ceux
qui lui écriront des Provinces auront foin d'affran
chir leurs Lettres.
·
Le Sr Rofa , demeurant rue S. André des Arcs ,
près le Pont S. Michel , à l'Enfeigne du Bandage
d'or couronné , continue toujours avec fuccès de
s'apliquer à la guériſon radicale des Defcentes de
Boyaux ,
SEPTEMBRE. 1739 2217
Boyaux , il affûre en avoir guéri près de 700. perfonnes
à Paris , & aux environs , tant Hommes ,
Femmes & Enfans .
que
Il entreprend des Malades , qui restent chés lui
en Penfion .
Il reçoit de même des Aprentifs , moyennant une
fomme convenue pour chacun pendant un an.
A l'égard des Ban ages qu'il fait fans fer , il les
conftruit toujours de même , & en a un grand débit
, tant pour le Nombril que pour les Aînes , &
pour toutes fortes de Defcentes .
Ceux qui fe trouvent incommodés de la Maladie
ci-deffus , auront foin de prendre la meſure juſte de
leur corps , tant pour le Nombril que pour les Aînes.
Les Bandages & les Remedes fe tranſportent
partout , & chacun peut les apliquer lui-même : on
affranchira les Ports de Lettres.
EXPOSITION DE TABLEAUX,
Sculptures , Gravûres , Desseins , & autres
Ouvrages de l'Académie Royale de Peinture
Sculpture , établie à Paris , sous la proż
tection du Roy.
Ette Expofition , qui a commencé le 6. Sep-
Ctembre , a duré jufques & compris le 30. du
même mois , dans le grand Salon du Louvre. Elle
avoit été ordonnée , felon l'intention du Roy , par
M. Orry , Miniftre d'Etat , Contrôleur Géneral des
Finances, Directeur Géneral des Bâtimens , Jardins,
Arts & Manufactures du Roy , & Vice-Protecteur
de l'Académie.
Nous avons déja parlé plufieurs fois , & affés
au long , du plaifir que font ces Expofitions , & de
leur utilité , par l'émulation qu'elles excitent. On
peut voir là- deffus les Mercures de Septembre
1737
218 MERCURE DE FRANCE
1737. page 2013. & Octobre 1738. page 2178 .
Nous ferons aujourd'hui très - fommaires , & quoique
nous ayons recueilli avec beaucoup de foin &
plus encore d'impartialité , les fentimens du Public,
dont nous ne fommes ici que l'Echo , nous ne ferons
aucune remarque fur les Ouvrages que le plus
grand nombre n'a pas honoré de fes fuffrages. Au
refte , la gloire de l'Académie a été celebrée par les
Connoiffeurs du meilleur goût , tant François qu'Etrangers,
& l'on eft unanimement convenu que notre
Ecole mérite de plus en plus la préference qu'on
lui accorde depuis long - temps fur toutes les autres.
Dans les Tableaux dont on va parler , on n'a prétendu
, dans l'arrangement des Articles , donner aucun
rang ni préference entre les Auteurs , & comme
il y a un petit Livre imprimé , contenant la
Defcription & les dimenſions de chaque Morceau ,
auquel on peut avoir recours , nous avons cru
cette année pouvoir nous difpenfer de les mettrë
tous. Des Perfonnes très- intelligentes & véritablement
amies des Beaux- Arts , nous ont confeillé de
paffer par- deffus quelques articles , pour abreger.
Auffi-bien nous nous fommes affés étendus , &
peut- être trop , l'année paffée , en rendant compte
du dernier Salon , & des Ouvrages expofés ; nous
terminâmes l'Article par ces Reflexions .
cha-
L'Académie veut bien de temps en temps rendre un
efpece de compte au Public de fes travaux , & faire
voir les progrès des Arts qu'elle cultive, en manifeftant
au grandjour les Ouvrages de fes illuftres Membres
dans les divers genres qu'elle embraffe , afin que
cun fubifle le Jugement des Gens éclairés , réunis dans
le plus grand nombre , & qu'il reçoive le tribut de
louanges les cenfures qu'il mérite , en encourageant &
les vrais talens , en réprimant la fauffe gloire de
ceux qui ne font pas encore affés dévelopés , & qui ,
firs
SEPTEMBRE. 1739 : 2219
fiers d'avoir d'illuftres Confreres ,fe croyentſouvent auffi
habiles qu'eux , & négligent leur Art. Mais arrê
tons nous ; l'Académie , dont les lumieres font fans
bornes , fçait mieux que perfonne , que la trop grande
indulgence , comme la trop grande féverité , font également
contraires au progrès des Arts .
On lit ce qui fuit à la tête du petit Livre dont on
vient de parler. Le Lecteur pourra y avoir recours
pour les Articles qu'il ne trouvera pas dans l'abregé
que nous allons donner .
» Les fuccès qu'ont eû les dernieres Expofitions ,
35 ayant déterminé le Roy à en ordonner une pareille
cette année , l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture , toujours attentive à fes devoirs ,
" n'a rien négligé pour répondre aux intentions de
S. M.
» Ce grand Prince , aufli bienfaifant qu'éclairé ,
39 non content d'aimer & de proteger les Beaux-
» Arts, veille fans ceffe à ce qui peut en augmenter
» la gloire ; & c'eft à cette heureufe difpofition que
» le Public eft redevable d'une troifiéme Fête , où
» les travaux des excellens Maîtres ne feront pas
» moins l'éloge du Miniftere , que celui de la
» France .
59
Nous ajoûterons que le Public n'a pas trouvé
cette magnifique Décoration tout- à-fait auffi abon
dante que les années dernieres , ce qu'on doit attribuer
aux principaux Chefs de l'Académie ; qui ,
Couronnés tant de fois , & contens de la grande
réputation dont ils jouiffent , fe repofent fous leurs
Lauriers , & à l'abfence de divers illuftres Artiſtes
tels que MIS DE TROY, Ecuyer , Confeiller , Secre
taire du Roy Maiſon , Couronne de France &
de fes Finances , Chevalier de l'Ordre de S. Michel,
Directeur de l'Académie de France à Rome. VANLoo,
le Pere , à la Cour d'Angleterre , à Londres .
>
SILVES
£220 MERCURE DE FRANCE
SILVESTRE , à la Cour du Roy de Pologne , Electeur
de Saxe , à Dresde. VANLO0, Fils , Peintre du
Roy d'Espagne, à Madrid. BOUSSEAU, Sculpteur du
Roy d'Efpagne , auffi à Madrid. VAN SCHUPPEN ,
Directeur de l'Académie Aulique de Peinture &
Sculpture de l'Empereur , à Vienne. PESNE , Premier
Peintre du Roy de Pruffe, à Berlin . ROSALBA
CARRIERA à Venife. JEAN-PAUL PANINI , à
Rome. PELLEGRINI , à Veniſe , &c. Mais une autre
caufe de ce que le Public a remarqué fur la
moindre quantité d'Ouvrages , car on fçait qu'un
même Morceau n'eft jamais expofé deux fois , ) ne
viendroit-elle point de ce que l'efpace d'un an n'eft
pas tout- à- fait fuffifant pour entreprendre & finir
avec foin des Ouvrages capables de mériter les fuf
frages du Public , & foutenir la gloire de l'Academie
?
CATALOGUE abregé des Ouvrages de
Mrs les Peintres , Sculpteurs & Graveurs
de l'Académie , aujourd'hui vivans , exposés
au Salon du Louvre.
>
DE MM . CARLO - VANLOO , Profeffeur.
r. L'Adoration des Rois , grand Tableau en hauteur
ceintré. 2. La Défaite de Porus grand Tablean
ceintré pour le Roy d'Eſpagne . C'eſt une autre compofition
plus noble & plus hardie que celle qui parut
l'année derniere. 3. S. Sébastien , lié & percé de
fleckes , un Ange paroît dans l'action de les lui tirer
; les figures de grandeur naturelle . Ce Morceau
a reçû de grnades louanges du Public , ainfi que les
deux autres du même Auteur , dont nul Amateur
des Beaux-Arts n'ignore les grands talens.
BOUCHET , Profeffeur. 1. Pfiché , conduite par Zéphire
dans le Palais de l'Amour , pour être mis en
Tapis
SEP 1 EMDA Ľ. 1739. 2221
Tapiflerie. 2. L'Aurore & Cephale . 3. Paysage, où
il y a un Moulin & un torrent d'eau , Morceau extrêmement
pittorefque ; on fçait affés ce que les
Tableaux de cet habile Maître ont d'harmonieux ,
de piquant & de gay..
NATOIRE , Profeffeur. 1. Vénus , qui préſente
l'Amour à la Nymphe Calipso. 2. Telemaque dans
Pifle de Calipso parmi les_Nymphes , careſſant l'Amour.
3-• Galatée fur les Eaux. Le Public a trouvé
ces Compofitions nobles & délicatement peintes.
OUDRY. 1. Bouquetin de Barbarie. 2. La Fable
du Pêcheur du peit Poiffon . 3. Un Tigre dans fa
Loge , & des Dogues qui l'agacent à travers des barreaux.
4. Un Loup Cervier de la Louifiane , combattant
contre-deux Dogues. f . Paysage , avec Vaches,
Moutons ; un jeune garçon fur un âne , &c. 6. Autre
Payfage, une femme conduifant une Vache &
des Moutons , un Chien dans une Loge , &c. 7. Un
Lapin une Perdrix acrochés , fur un fond clair en
rond. 8. Une Hure de Sanglier , un Canard , du Celery
, &c. . Une Gazelle. M. Oudry a parû aux
yeux du Public toujours auffi fécond qu'admirable
dans fes Ouvrages.
CHARDIN . 1. Une Dame prenant du Thé. 2. L'Amuſement
frivole d'un jeune homme qui fait des bouteilles
de favon. 3. La Gouvernante. 4. La Pourvoyeufe.
s. Les Tours de Cartes , 6. La Ratiffeufe de
Navets. Si nous raportions ici tous les éloges qu'on
a donnés aux Ouvrages de ce Peintre féduisant,
cet article occuperoit plus de place qu'aucun autre.
Le jeune Ecolier grondé par fa Gouvernante, pour
avoir fali fon chapeau , eft le Morceau qui s'eft attiré
le plus de fuffrages . Le petit Tableau des Tours
de Cartes , dont le coloris eft fi aimable , a eû
beaucoup de Partiſans.
TOCQUE . 1. Le Portrait de Monseigneur le Dau-
LL. Vol. F phin
2222 MENUURE UE ENANCT
phin , en pied , près d'une Table , fur laquelle font
une Sphere , des Cartes de Géographie , des Plans
de Siéges & de Batailles , &c . Ce Portrait a attiré
un très-grand concours. 2. Portrait en Bufte de
M. Massé. 3. Celui de M. Laugeois, la main apuyée
fur un Livre. 4. Portrait de M. Daudé, 3
LANCRET. 1. Un Payfage , où eft, un Berger , te
nant une Cage. 2. Des Enfans qui ornent un Mou
ton de guirlandes de fleurs. 3. Des Enfans qut jouent,
au pied de boeuf. 4. Un Déjeûné ou Repos de Chaffe,
5. Dame àfa Toilette , prenant du Caffé. 6. Les deuxe
Amis , Conte de la Fontaine. Ce petit Tableau eft
traité avec beaucoup de goût & de fineffe . 7. Deux
petis Tableaux pendant , en large , dont l'un repréfente
la cinquiéme Scene du dernier Acte de la Comédie
du Philofophe marié de M. Deftouches, prife
dans le temps de l'exclamation de l'Oncle , qui
dit avec transport : Ahla Philofophie a troublé fa
cervelle ! L'autre repréfente une Scene (de la Comédie
du Glorieux , du même Auteur. Ce font
auffi des Portraits reffemblans des Acteurs & des
Actrices , qui jouent dans ces deux Pieces . M. Lan ,
cret eft en poffeffion de plaire dans tous les Ouvrages
, qu'il produit.
RESTOUT , Profeffeur. 1. Le Repos de la Sainte
Famille en Egypte , grand Tableau ceintré en hauteur.
2. S. Vincent de Paul , prêchant , les Auditeurs
font habillés comme du temps de Louis XIII . 3.
Alexandre dans l'Attelier d'Apelles . Il donne fa
Maîtreffe Campafpe à ce fameux Peintre , qui en
étoit devenu amoureux. La compofition, le deffein
& le coloris de cet habile Peintre , foûtiennent la
grande réputation qu'il s'eft acquife .
DESPORTES. Grand Tableau en large , de 14,
pieds , fur onze , repréfentant une Negreffe de dis
sinction , portéeſur ſon Hamac on Branle , par deux
grands
SEPTEMBRE. 1739. 2223
grands Negres ; elle tient d'une main un Parafol de
plumes de diverfes couleurs , & de l'autre un Arc &
des fleches , avec un fond de Payſage , conforme au
climat du Pays. Diverſes fortes de Plantes , d'Arbuftes
& d'Arbres , comme Latiers , Palmiers fauvages
, &c. fur lefquels on voit divers Singes &
Oifeaux d'efpeces fingulieres . Le bas du Tableau
eft occupé par un Radeau flotant, par un grand nombre
de Poiffons , de forme & de couleur finguliere;
& par des Filets pour la Pêche , &c. On voit auffi fur
la Terraffe de derriere, deux Moutons de Barbarie,
d'une efpece très rare , ainfi que plufieurs Oifeaux,
comme des Herclans , le Roy des Corbeaux , l'Oi
feau Royal , &c. Ce Tableau doit être mis en Tapifferie
à la Manufacture Royale des Gobelins. Il a
attiré une grande foule de Spectateurs , qui a admiré
le génie , la fécondité & la force du coloris de
Phabile Peintre, dans un âge affés avancé .
AVED. 1. Le Portrait de Mad . Arlon , filant de
la Soye. 2. Portrait fort hiftorié, de Mad. Duplex de
Baquancourt , en deshabillé galant à ja Toilette. 3 .
Celui du Marquis de Crevan, avec une Armure. 4.
Portrait du Comte de Magnac , tenant celui de fon
Illuftre Pere , Lieutenant Géneral . 5. Portrait de
Mad. de Saint Lambert , en Nayade . 6. Portrait
de M. de Farcy, apuyé sur une Table . M. Aved doit
être bien content de la juftice que le Public éclairé
a rendu à fes Ouvrages & aux progrès rapides qu'il
a faits dans la Peinture .
DE LA TOUR. 1. Le Portrait en paſtel, de M. de
Fontpertuis , Confeiller au Parlement. 2. Celui de
M. Dupouch , apuyé fur le dos d'un Fauteüil. 3. Portrait
du Frere Fiacre , Religieux Picpus de Nazareth.
Nous avons entendu dire à des Curieux du
premier ordre , & très difficiles à contenter , que la
Nature doit être jaloufe des Ouvrages de M. de la
Fij Tour
2,224 MERCURE DE FRANCE
Tour ; en effet on ne peut pas pouffer plus loin l '
mitation fine , délicate & ingénieuſe.
GALLOCHE , Profeffeur, très habile dans les principes
de fon Art , & qui a fait d'illuftres Eleves. La
Cananée , Tableau en hauteur,
GREVEMBROECK , Tableau de 5 pieds de large ,
fur 3. de haut. Väë de Paris , jufqu'au Pont de Séve
, prife d'un Pavillon de l'Arfenal; Ouvrage immenfe
, qu'on peut regarder comme le triomphe
de la patience .
DROUAIS. Divers petits Portraits d'Hommes &
de Femmes en miniature , dans une bordure avec
une glace; entre autres Morceaux , une Veftale , &c.
MANGLAR , Académicien. Deux Marines , dont
P'une repréſente un temps calme & un clair de Lune,
& l'autre une Tempête avec naufrage. On a donné
bien des éloges à ces deux Morceaux , qu'on peut
voir dans le Cabinet de M. Adam , l'aîné . On préfere
le premier à l'autre , il paroît auffi plus piquant
, fur tout par les coups de clair , donnés avec
une grande entente, fur la furface de l'onde, provenant
des rayons de la Lune & du Fanal qui eft à la
Poupe d'un Vaiffeau . Ces deux Tableaux ont été
envoyés de Rome,
BOUCHARDON. 1. Un Bas- Relief en plâtre , representant
S. Charles , qui , dans une Proceffion
folemnelle , demande à Dieu la ceffation de la Peste
, dont la Ville de Milan étoit affligée . Ce Bas-
Relief s'execute actuellement en Bronze pour un
des Autels de la Chapelle du Château de Verfailles.
Ce Sujet a été traité d'une maniere differente , dans
un grand Bas Relief de Marbre , par PIERRE PUGET
, illuftre Marfeillois , qu'on apelle à jufte titre
le Michel-Ange de la France. Le saint Archevêque
de Milan y eft repréſenté dans l'état de la plus
grande humiliation , priant avec ferveur pour détourner
SEPTEMBRE. 1739 2225
*
tourner le fleau de la Pefte , &c. Ce beau Morceau ,
ou ce Chef- d'oeuvre , qui excite la pitie & inspire
la terreur , eft confervé précieulement dans la Salle
du Bureau de la Santé , établi à l'entrée du Port de
Marſeille , pour la vifite des Bâtimens qui y arrivent,
venant de Lieux-fufpects de Pefte . Dans le nouveau
Bas Relief, qui donne lieu à la remarque qu'on vient
de faire , toutes les fineffes & le fublime de l'Art , y
font employes , l'expreffion va jusqu'au pathétique
le plus touchant , mais fans fraper les yeux & le
coeur des horreurs de la Pefte . 2. Modele en Terre
cuite , qui repréfente Bacchus victorieux , & qui invite
les hommes à fe liver au plaifir qu'il leur prépare..
Modele de même Terre , d'une petite Statuë
, qu'on doit executer en Marbre pour le Roy ; il
représente l'Amour , qui , avec les Armes de Mars ,
fe fait un Arc de la Maffuë d'Hercule ; fier de fa
puiffance & s'aplaudiffant d'avoir défarmé deux Divinités
fi redoutables, le fils de Vénus témoigne par
un ris malin , la fatisfaction qu'il reffent de tous les
coeurs qu'il va bleffer ; penfée auffi fine que poëtique
, & digne du célebre BOUCHARDON .
ADAM , l'aîné. 1. Modele d'un Groupe iſolé , repréfentant
deux Nymphes , pêchant , l'une montée fur
un Rocher , & l'autre affife , les jambes dans la Mer,
s'efforçant toutes les deux de tirer un filet chargé de
Poiffons , dans lequel se trouve pris un petit Triton ;
la joye eft très-bien exprimée fur le vifage des Nymphes
, auffi bien que le défir de ne pas laiffer
échaper leur proye . M. Adam execute actuellement
ce Morceau en Marbre de huit pieds de haut , les
Figures ayant . pieds 6. pouces de proportion . Il
eft deſtiné pour le Jardin du Château de la Muerte ,
& doit faire pendant à un Retour de Chaffe du même
Auteur , qui fera pofé dans peu. C'eft auffi un
Groupe de deux Nymphes Chaferelles , Compagnes de
Fiij Diane,
2226 MERCURE DE FRANCE
Diane , dont l'une éleve fes bras pour attacher à la
branche d'un arbre un Héron , de la Chaffe qu'elle
vient defaire ; la jeune Compagne , qui eſt affiſe &
qui paroît fatiguée , lui donne un Arc & un Carquois
pour former un Trophée . 2. Modele d'un
Portrait en Bufte , de grandeur naturelle , de M. Rigaud
, Peintre du Roy , & Chevalier de l'Ordre de
S. Michel , Recteur & ancien Directeur de l'Académie
.
ADAM , le cadet. 1. Modele , repréſentant la Justice
avec fes attributs , executé en grand, fur un ordre
d'Architecture , qui forme la principale entrée de
la Chmbre des Comptes de Paris. Il y a du même
Auteur , la Prudence & deux Amours qui couronnent
P'entrée , & qui tiennent un Cartouche en Bas-Relief.
C'eft une Terre cuite , que repréfente la Prudence ,
dont le principal attribut eft le Miroir , tenant un
Serpent , & c .
Les Ouvrages de ces deux illuftres Freres ont reçû
du Public un aplaudiffement unanime .
LA DATTE. I. Judith , apuyée fur la tête d'Holopherne
, Figure Svelte , noble & frapante. 2. Modele
en Terre , reprefentant la Sainte Vierge en pied,
tenant l'Enfant Jefus. 3. Modele en Terre cuite de
la Tête de S. Paul , plus grande que le naturel . Le
Public a donné des Eloges bien mérités à cet habile
Sculpteur, qui a fait de très-grands progrès en peu
de
temps .
VERBECK. Un Groupe en platre , repréſentant
Minerve & fes attributs . Le Public a parû extrêmement
content de ce Morceau.
DUVIVIER , MEDAILLES. I. La Réunion de la
Loraine à la France , 1737. 2. Le Sujet de la Paix ,
1738. 3 .
Nouvelle Tête du Maréchal de Villars.
Crayons de Médailles . 4. Mercure descendant des
Cieux , tenant une Corne d'abondance . s . Le Soleil
an
SEPTEMBRE. 1739. 2227

au Zénit , qui en écartant les frimats , répand Jes
rayons fur une Campagne de bled, où des Moiffonneurs
travaillent. ( JETTONS . 1. Une Tête du Roy . 2 .
Trefor Royal , 1738. 3. Bâtimens du Roy , 1738. ,
4. Tète de N. Renneaume , Doyen de la Faculté de
- Médecine. 5. Tête de M. Bourdelin , Doyen de la
Faculté , idem.
MAROLLES , Ingénieur du Roy. Deux Deffeins
à la plume , dont l'un , dédié à M. le Contro
leur General , repréfente la Vüë en Perspective de
fon Château de la Chapelle , près Nogent fur Seine ,
& l'autre , celle de la Place Royale de Bordeaux . Le
Public a fort aplaudi à la délicateffe , à la légereté
& à la précifion de ces deux Deffeins .
LE BAS , Graveur . Deux Sujets en large ; le Pot
au lait , & la Chafe à l'Italienne , gravés d'après
Wauvermens , avec beaucoup d'intelligence . Ily
-'avoit d'autres Eftampes heureufement gravées par
Mrs COCHIN , d'après M. Chardin ; AVELING 7
MOYRSAU , LARMESSIN , & C.

SPECTACLES.
EXTRAIT des Caprices du Coeur & de
L'Esprit , Comédie en trois Actes en Prose
de la composition de M. Delisle.
ACTEURS.
2
Dorimon , Pere d'Angélique , le Sr Mario)
-Dorante , Amant d'Isabelle , le Sr Romagnesi.
Valere, Amant d'Angelique , le Sr Riccoboni.
Fiiij Ange
2228 MERCURE DE FRANCE
Angelique , promise à Dorante , la Dile Rica
coboni:
Isabelle , niece de Dorimon,promise à Valerè,
la Dlle Silvia.
Lisette , Suivante d'Angélique , la Dlle Thomassin.
Frontin , Valet de Dorante , le Sr Deshayes.
La Scene est à la Campagne,ches Dorimon.
DLisette
1
Orimon ouvre la Scene , & demande à
Lisette ce qu'elle dit de Dorante , qu'il
destine à sa fille , & de Valere , à sa niece !
Lisette répond : qu'ils sont aimables l'un &
l'autre , que M. Valere est vifo brillants
mais que M. Dorante lui plaît infiniment , par-
•ce qu'on remarque en lui un homme sensé, d'u
ne douceur qui charme , malgré son air sérieux .
Dorimon se flate d'avoir réussi dans le choix
de ces Epoux pour sa fille & pour sa
niece , attendu qu'Angelique , à qui il destine
Dorante , est Philosophe comme lui , &
qu'Isabelle est vive & enjouée comme Va-
Tere. Elles arrivent , & Dorimon leur dit
qu'il vient leur parler d'une affaire sérieuse .
Il leur aprend que c'est de Mariage ; Isabelle
ne trouve point cela fi sérieux , mais
Angélique pense differemment. Dorimon
' sort pour aller joindre les deux Amans , &
les amene ensuite à ses Filles . Isabelle témoigne
sa joye à sa Cousine de ce qu'on va les
marier
SEPTEMBRE. 1739. 2229
marier ; Angélique en est toute triste , au
contraire , parce que , dit- elle , le Mariage
nous lie à un homme, dont on ne connoît souvent
ni l'esprit ni le caractere. Là- dessus elle fait
le Portrait des Amans , qui métamorphosent
leurs défauts en des qualités aimables & qui,
pour paroître aux yeux de leur Maîtresses , fe
peignent tout différens de ce qu'ils sont. Isa
belle répond qu'elle croit que les femmes ne
doivent rien aux hommes du côté de la diffimulation.
Leur conversation est interrompuë
par l'arrivée de Dorimon & des deux Amans.
Cette entrevûë se passe en politesses, & Dorimon
laisse les quatre Amans ensemble, pour
aller donner quelques ordres.C'est ici où Angélique
& Isabelle découvrent leur penchant,
Angélique trouve Dorante trop cauftique, &
Isabelle ne voit en Valere qu'un étourdi ; elles
en jugent par les traits satyriques que lâ
che Dorante, & par le ton folâtre de Valere,
qui dit que Dorante se fâche de tout ce qui le
choque, & que pour lui , il rit de tout ce qui le
fache . Dorimon vient les rejoindre ; Isabelle:
exagere à son Oncle le caractere & l'esprit de
Dorante ; Angélique louie aussi beaucoup ce
lui de Valere , ce qui fait dire à Dorimon ::
Cela est plaisant , chacune vante l'Amant de
sa Cousine , & n'ose , par pudeur , faire l'éloge
du sien. Lisette annonce que l'on a servi ; la
Compagnie se retire , Lisette retient Dorimon
E v pour
2230 MERCURE DE FRANCE
pour lui demander, si ces Amans prennent du
goût les uns pour les autres. Dorimon , transporté
de joye , lui aprend que le sort justifie
son choix, & qu'on ne sçauroit voir d'esprits
plus simpathiques , ni d'Amans mieux assortis
; il se retire en recommandant à Lisette
de songer à ce qu'il lui a dit tantôt , qui eſt
de sonder le coeur de ces Demoiselles pour
leurs Amans.Frontin arrive, qui eft frapé de la
beauté de Lisette , qu'il prend pour l'une des
Maîtresses de la Maison. Après que Lisette
l'a détrompé , il s'enhardit , & lui dit : Tu ne
perdras rien au respect que Frontin commence
à perdre pour toi. Lisette lui demande ce qu'il
cherche. Frontin répond : un Maître , & j'y
trouve une Maîtresse. Ils s'entretiennent
après de leurs Maîtres , & chacun les peint
au naturel avec des traits și comiques , que
cette Scene a été fort aplaudie.
Angélique & Lisette commencent le second
Acte. Cette fille sage & éclairée , dit , que
plus elle examine Dorante , moins elle le
goûte , & qu'elle ne veut absolument point
de lui ; elle lui trouve trop d'esprit , & elle
craint qu'il ne soit trop prévenu de ses lumieres
. Elle avoue qu'elle a précisément les
mêmes défauts qu'elle reproche à Dorante..
Cette conformité , dit- elle , dans notre fa--
çon de penser , rendroit nécessairement notre
commerce dangereux. Il faut , ajoûte- t'elle ,
SEPTEMBRE. 1739 2231
&
à Dorante une femme docile , & à moi un
Epoux qui ait plus de flexibilité d'esprit . Elle
charge Lisette d'aller trouver Dorimon ,
de l'instruire des dispositions de son coeur.
Valere arrive plongé dans la rêverie , ce qui
l'empêche de voir Angélique , & c'est justement
cette jeune personne qui l'occupe.
Elle se montre à lui , ce qui le déconcerte un
peu , mais il prend le dessus , & lui avoue
que c'étoit à elle qu'il rêvoit. Angélique eft
fort surprise de cette nouvelle , & lui fait
entendre qu'il eft destiné pour sa Cousines
mais Valere persiste à l'assurer qu'il connoît
tout le mérite d'Isabelle , mais qu'Angélique
a triomphé de son coeur. Enfin Angélique
lui avoue qu'elle n'est pas plus raisonnable
que lui , & qu'elle n'a nul penchant pour
Dorante. Valere , charmé , se jette à ses genoux
, & lui demande la permission d'esperer,
puisqu'il peut l'aimer, sans trahir l'amitiéqu'il
a pour Dorante. Angélique le releve &
lui dit : Donnez- moi la main , je veux vous
faire revenir de votre erreur& vous rendre à ma
Cousine. Dorante entre, & voyant fuir Angé
lique , il ne doute point qu'elle n'ait de l'éloignement
pour lui , & il en est fort aise.
Il convient que c'est une fille d'esprit, & ajoûte
: Unefemme , dit- il , est naturellement impérieuse
mais son orgueil n'a point de barnes
Lorsqu'elle se croit des talens supérieurs à son
E vj i . Sexer
2230 MERCURE DE FRANCE
pour lui demander, si ces Amans prennent dut
goût les uns pour les autres. Dorimon, transporté
de joye , lui aprend que le sort justifie
son choix, & qu'on ne sçauroit voir d'esprits
plus simpathiques , ni d'Amans mieux assortis
; il se retire en recommandant à Lisette
de songer à ce qu'il lui a dit tantôt , qui eft
de sonder le coeur de ces Demoiselles pour
leurs Amans.Frontin arrive , qui eft frapé de la
beauté de Lisette , qu'il prend pour l'une des
Maîtresses de la Maison. Après que Lisette
l'a détrompé , il s'enhardit , & lui dit : Tu ne
perdras rien au respect que Frontin commence
à perdrepour toi. Lisette lui demande ce qu'il
cherche. Frontin répond : un Maître , & j'y
trouve une Maîtresse. Ils s'entretiennent
après de leurs Maîtres , & chacun les peint
au naturel avec des traits si comiques , que
cette Scene a été fort aplaudie.
Angélique & Lisette commencent le second
Acte. Cette fille sage & éclairée , dit , que
plus elle examine Dorante , moins elle le
goûte , & qu'elle ne veut absolument point
de lui ; elle lui trouve trop d'esprit , & elle
craint qu'il ne soit trop prévenu de ses lumieres.
Elle avoue qu'elle a précisément les
mêmes défauts qu'elle reproche à Dorante..
Cette conformité , dit- elle , dans notre façon
de penser, rendroit nécessairement notre
commerce dangereux . Il faut , ajoûte- t'elle ,
SEPTEMBRE. 1739 2231
à Dorante une femme docile , & à moi un
Epoux qui ait plus de flexibilité d'esprit. Elle
charge Lisette d'aller trouver Dorimon , &
de l'instruire des dispositions de son coeur.
Valere arrive plongé dans la rêverie , ce qui
l'empêche de voir Angélique , & c'est justement
cette jeune personne qui l'occupe.
Elle se montre à lui , ce qui le déconcerte un
peu , mais il prend le dessus , & lui avoue
que c'étoit à elle qu'il rêvoit. Angélique eft
fort surprise de cette nouvelle , & lui fait
entendre qu'il eft destiné pour sa Cousine ;
mais Valere persiste à l'assurer qu'il connoît
tout le mérite d'Isabelle , mais qu'Angélique
a triomphe de son coeur. Enfin Angélique
lui avoue qu'elle n'est pas plus raisonnable
que lui , & qu'elle n'a nul penchant pour
Dorante. Valere , charmé , se jette à ses genoux
, & lui demande la permission d'esperer,
puisqu'il peut l'aimer , sans trahir l'amitié
qu'il a pour Dorante. Angélique le releve &
lui dit : Donnez- moi la main , je veux vous
faire revenir de votre erreur & vous rendre à ma
Cousine. Dorante entre, & voyant fuir Angelique
, il ne doute point qu'elle n'ait de l'éloignement
pour lui , & il en est fort aise .
Il convient que c'est une fille d'esprit, & ajoû
te: Unefemme , dit- il , est naturellement impérieuse
mais son orgueil n'a point de barnes
Lorsqu'elle se croit des talens supérieurs à son
E vj Sexer
2234 MERCURE DE FRANCE
;
Frontin ,qui a entendu la fin de la Scene , cons
çoit que le départ est differé , & qu'il pourra
revoir Lisette. Il projette cependant de se
divertir aux dépens de son Maître , & il lui
dit que les chevaux sont prêts. Dorante lui
répond qu'il ne part point , parce qu'il est
amoureux. Frontin prend le change, & croit
que c'est Angelique qu'il aime. Dorante se
retire , & Frontin , voyant venir Dorimon ,
se prépare à lui faire confidence de ce`qui se
passe. Dorimon entre , en disant : Je crains
que mes précautions ne soient inutiles & sij'ai
Le coup d'oeil bon ces jeunes gens , que je
croyois se convenir si bien , n'ont pas grand
penchant les uns pour les autres. Frontin le
détrompe . Dorimon joyeux le récompense
d'une si bonne nouvelle. Lisette vient , &
dit tout le contraire de Frontin. Angelique ,
dit- elle , ne peut souffrir Dorante , il est trop
Philosophe pour elle ; Dorante de son côté n'eft
pas plus tendre : quant à Isabelle , elle trouve
Valere tropjeune & trop vif pour elles enfin
la sympathie a tout gâté. Dorimon cite Frontin
pour garant de l'amour réciproque qui
vient de naître , Lisette soûtient son systê
me ; Dorimon sort pour s'éclaircir de la vé
rité. Lisette est fâchée contre Frontin de ce
qu'il a trompé Dorimon ; Frontin assûre que
ce qu'il lui a dit est si vrai qu'il en a reçû de
Fargent , & qu'il a
l'atrop
de probité pour
voir
SEPTEMBRE. 1739. 2237
ей
Voir pris , si ce qu'il lui a dit n'étoit pas sincere.
Pour le lui prouver , il lui fait un conte
extravagant. Voyant , dit- il , que mon Maitre
, Valere , Angelique , Isabelle , & vous
Mile Lisette , étiez rebelles à l'amour , je l'ai
été chercher en poste pour vous mettre tous à la
raison ; je l'ai aporté en croupe. Ce petitfripon
d'Amour na pas eû plûtôt mis pied à terre, qu’-
il afait des siennes , & nos Amans s'aiment à
présent à lafolie . Lisette ne veut rien croire
de tout cela ; il la laisse avec Angelique ,
pour s'en éclaircir ; elle veut lui persuader
qu'elle aime Dorante , & Angélique l'assûre
qu'il n'en est rien , qu'il lui est insuportable,
& qu'en voulant ramener Valere à sa cousire
, elle à découvert en lui des sentimens &
des façons si aimables , qu'elle a été forcée
de l'aimer lui-même; Lisette dit à cela qu'elle
commence à n'y rien comprendre . Isabelle ,
qu'Angélique a fait avertir , arrive ; elles
s'expliquent enfemble sur leurs sentimens
avec finesse. Dorimon , qui a entendu qu'-
elles se disoient amoureuses , croit qu'elles
aiment ceux qu'il leur destine , & se félicite
d'avoir fait un choix de leur goût. Lisette
dit à part : Il ne se félicitera pas long- temps.
Angélique & Isabelle le desabusent , & lui
avoient qu'elles n'ont aucun penchant, ni Angélique
pour Dorante,ni Isabelle pourValere,
Ce qui jette Dorimon, dans une grande sur-
9
prise
2236 MERCURE DE FRANCE
prise . Les Amans viennent , & Dorimon les
fait expliquer. Dorante avoue qu'il aime Isabelle
, & Valere , que tout son amour eft
pour Angélique. Comme Dorimon les eftime
également , il lui est indifferent qui des
deux soit son Gendre ou son Neveu . Il promet
de faire consentir leurs Parens à ces mariages
, auxquels il donne les mains. Les
Amans en témoignent leur joye . Frontin ,
qui étoit chargé d'une Fête , la fait executer,
après avoir eû l'aveu de Lisette de devenir
son Epoux. Le Divertissement étoit fort
brillant ; la Mufique est du Sr Blaise , Baffon
de la Comédie Italienne , & le Ballet de la
compofition des Srs Riccoboni & Deshayes ;
on a executé une Entrée de deux Sabotiers &
de deux Sabotieres , qui a fait beaucoup de
plaifir. Cette Entrée étoit dansée par les Srs:
Deshayes & Thomassin , & par les deux Dlles
Thomaffin.
Le 5. Septembre , l'Académie Royale de
Mufique donna la premiere représentation
du. Ballet Héroïque en trois Actes , précédé
d'un Prologue , intitulé : Zaide , Reine de
Grenade. Le Poëme est de M. de la Marre
& la Mufique de M. Royer , Auteur de la
Tragédie de Pyrrhus , joüée en 1730.
Ce Ballet a été parfaitement bien reçû du
Public , tant par raport aux Paroles, que par
Laport
SEPTEMBRE. 1739: 223.7
raport à la Mufique. Le Poëte l'annonce à
la tête du Livre , par ce court Avertiffement.
Le sujet de ce Poëme eft , à peu de chose près ,
imaginé ; il n'y a d'historique que la haine des
·Zégris & des Abencerages , Maisons éterneltement
divisées , comme celles d'Yorck & de
Lancastre , en Angleterre.
Le Théatre représente au Prologue , le
Palais de Mars , avec tous les Attributs du
Dieu de la Guerre. Ce Dieu parlant à sa Suite
, s'exprime ainsi :
De l'Univers , entre- eux , les Dieux font le partage
Tout cede à mon pouvoir , ma gloire est mon ou
vrage .
Je difpenfe à mon gré les Lauriers & les Fers :
Arbitre du bonheur & Maître des revers &
Je répands la terreur , j'inspire le courage;
Et je tiens dans mes mains le fort de l'Univers
Fameux Guerriers , Peuple invincible
Accourez à ma voix ;
Reconnoiffez le Dieu terrible ,
A qui vous devez vos Exploits.
La Suite de Mars répete ces quatre derniers
Ver Une douce symphonie annonce l'Amour
; Mars exhorte ses Guerriers à défendre
leurs coeurs contre Cupidon , qui en est le
Tyran , & leur dit :
Ce Dieu regne en Tyran dans nos coeurs abbatus ;
Lad
238 MERCURE DE FRANCE
La gloire ne peut rien sur une ame qu'il bleffe ,
Pour perdre un fiècle de vertus
Il ne faut qu'un jour de foibleffe .
>
L'Amour , irrité de l'outrage que Mars lur
fait , lui dit :
Un seul regard de ma Mere
Suffit pour vous ramener,
Venus , invoquée par son Fils , descend des
Cieux. A peine Mars l'aperçoit , qu'il rentre
dans fes chaînes ; après quelques reproches ,
cette tendre Déesse lui fait grace en faveur
de son repentir. Mars invite ses Guerriers à
se partager entre l'Amour & la Gloire , par
ces Vers :
Tendres Amans , Guerriers terribles ,
Formez les concerts les plus doux ;
Amans, soyez Guerriers, Guerriers, soyez sensibles ;
La Gloire & les Plaisirs ne sont faits que pour vous.
La Suite de Venus & celle de Mars , unies
ensemble , forment le Divertiffement de ce
Prologue.
Au premier Acte , le Théatre représente un
Amphithéatre , préparé pour célébrer la nais
sance de Zaïde , Reine de Grenade.

Zulema , Prince Maure , & Chef de la
Maison des Zegris , ouvre la Scene avec
Octave , Prince Napolitain , & Isabelle ,
i
Prin
SEPTEMBRE 1739 : 2130
Princesse Napolitaine ; ces deux Amans sont
Esclaves , & passent pour Frere & Soeur.
Zulema expose le sujet de la Fête qu'on va
célebrer , par ces Vers :
Zaïde fait aimer ses Loix .;
Ses Sujets fortunés ont oublié les Rois.
Ce jour , marqué par sa naiffance ,
De fes Peuples charmés va signaler l'amour
Et le mien feul , dans ce beau jour ,
Hélas ! est réduit au filence.
Zulema charge Isabelle , Esclave & Con
fidente de Zaïde , de s'interesser pour son
amour auprès de cette Reine à qui il l'a donnée
; Isabelle lui répond galamment :
Vos Exploits , mieux que moi , lui parleront pour
vous.
Sur de pareils garans , Prince , daignez m'en croire
L'Amour vous fera des jaloux ,
Autant que vous en fait la gloire .
Octave & Isabelle , dans cette seconde
Scene, font connoître leur rang, leur amour,
& leur malheureuse situation. Dans la crainte
où ils sont , que Zulema ne se venge sur
eux du mépris de son amour , & du triontphe
d'Almanzor , son Rival , ils prennent le
parti de se ménager auprès de leurs Maîtres,
& de ne les point irriter.
Zaïde
240 MERCURE DE FRANCE
Zaïde vient ; elle s'annonce' bord en
Reine , par la maniere dont el parle à sa
Suite , à qui elle ordonne de se retirer ; elle
retient auprès d'elle Isabelle & Octave , qu'-
elle honnore de sa confiance . Elle leur fait
entendre qu'elle aime , sans leur nommer
l'objet de son amour ; il lui prédisent un
heureux succès , & la pressent de nommer un
Roy , qui sera son premier Sujet ; elle leur
répond :
Il n'eft pas temps encor de nommer mon vainqueur;
Allez ; préparez- vous à chanter sa victoire ,
Et refpectez les secrets de mon coeur.
Zaïde , après avoir congédié Octave &
Isabelle , fait connoître ce qui se passe dans
son coeur , par ce beau Monologue :
Témoins de mon indifference ,
Lieux charmans , aprenez mon secret en ce jour ;
t
Quand je bravois l'Amour & sa puiffance ,
Je ne connoiffois pas Almanzor & l'Amour , &c.
Les Sujets de Zaïde viennent célebrer la
Fête qui a été annoncée dès la premiere Sce
ne. Octave & Isabelle en font les principaux
ornemens , par des Chants qui expriment
énigmatiquement l'amour dont ils brûlent
secrettement l'un pour l'autre. La Fête commence
par un Choeur généralement aplaudi ;
en
SEPTEMBRE:
2248 17397
en voici les paroles , adressées à Zaïde ;
Regne à ja is sur un Peuple qui t'aime ,
Plus brillant par ta beauté ,
Par tes vertus , par ta bonté ,
Que par l'éclat du Diadême.
Zaïde marque sa reconnoissance à ses Su
jets ; elle les invite à venir avec elle dans les
Forêts , à une partie de Chasse , & leur promet
de icur donner un Roy avant la fin du
jour. Cet Acte finit par le beau Choeur dont
nous venons de parler , & qu'on ne se lasse
point d'entendre.
Isabelle commence le second Acte par un
Morologue , où elle fait entendre qu'elle
craint à chaque instant quelque nouveau
malheur , sans expliquer d'où peut naître
cette crainte.
Amanzor paroît pour la premiere fois , &
demande à Isabelle le même secours auprès
de Zaïde , que son Rival a éxigé d'elle . II
implore avec tant d'ardeur, qu'il croit avoir
entendu de Zaïde qui survient ; il dit à
ecte Reine qu'il adore :
Vous m'avez entendu ; prenez votre victime ;
Reine , dans vos regards je lis votre courroux i
Si l'amour vous paroît un crime ,
Je suis coupable ; vengez vous.
Zaïdd .
242 MERCURE DE FRANCE
1
Zaïde prend le change ; elle croit que c'est
à Isabelle que s'adresse l'amour, dont Almanzor
se fait un crime ; elle éclate contre Isabelle
, qui calme ses transports jaloux par ces
mots :
A mes genoux , il adoroit Zaïde.-
Zulema vient annoncer la Chasse qui doit
faire le Divertissement de ce second Acte
Plus hardi qu'Almanzor , il parle de son
amour à Zaïde , & la presse de choisir un
Roy ; Zaïde lui répond :
Sur le choix de mon coeur je ne vous puis rien dire
Mais on verra bientôt qu'il n'avoit pour objets ,
:
Que la grandeur de mon Empire
Et le bonheur de mes Sujets.
Les Chasseurs & les Chasseresses se ras
semblent auprès de Zaïde. Cette Fête est
des plus brillantes qu'on ait encore vûës dans
ce genre de Musique.
Zulema finit cet Acte par un Monologue,
dans lequel il fait éclater sa jalousie. On
auroit souhaité quelque action antérieure
qui eût pû y donner lieu ; au lieu qu'elle ne
paroît fondée que sur ces deux Vers :
Dans un regard plus tendre que timide
J'ai connu d'Almanzor l'espoir ambitieux , & c.
crû que cela dûr suffire , pour
On n'a pas
mettre
mettre dans la bouche de Zulema ces deux
Vers :
Cruelle , affreuse préference ,
Tu portes dans mon coeur le feu de la vengeance.
Au troisiéme Acte , le Théatre représente
une Galerie , où l'on voit un Trône à deux
places , dressé pour la Fête du Mariage de
Zaide d'Almanzor.
Zaïde fait connoître qu'Almanzor lui a
sauvé la vie , qu'un Monstre affreux lur
auroit étée , sans sa valeur. Le prix que
Zaïde donne à ce service éclattant , enhar
dit Almanzor à lui parler de son amour ;
Zade , loin d'en être irritée lui répond avec
aucoup de douceur.
Vous profitez du seul moment
je ne puis punir un aveu témeraire ;
L'Amant mérite ma colere ;
Mais le vainqueur obtient la grace de l'Amant.
Certe Scene est très - ingénieusement dia
Toguće On y aprend que Zulema auroit pèr
cé le coeur à Almanzor , si Octave n'eût re
poassé le coup mortel.
Octave vient annoncer à Zaïde que Zule
ma , suivi d'une troupe de Rebelles , immole
tout à sa fureur ; Almanzor sort , pour
primer l'audace de ce Rival jaloux,

Après
2244 MERCURE DE FRANCE
Après un Monologue , où Zaïde marque
les allarmes qu'elle sent pour le péril où son
'Amant va s'exposer. Isabelle vient redoubler
sa crainte , & fait connoître la sienne , par
raport à son Amant , qui combat avec Almanzor
; cela lui donne occasion de déclarer
sonvéritable sort à Zaïde. On auroit vous:
lu que cette exposition eût été dans l'Acte
précedent , où elle auroit parû mieux placée,
que
dans un dernier Acte , où tout doit être
en action & en passion .
Almanzor revient victorieux de son Rival ,
qui a été réduit à s'embarquer pour se dérober
au châtiment que sa révolte méritoit.
Zaïde nomme Almanzor pour son Epoux ,
& pour Roy de Grenade. Les Peuples témoi
gnent leur joye par ce Choeur.
Regnez ; qu'à vos voeux tout réponde
Jouissons désormais du bonheur le plus doux
Avec des Maîtres tels que vous
Nous le serons bien-tôt du Monde.
Zaïde rend la liberté à Octave & à Isabelle
, qui , se joignant aux deux autres
Amans heureux , chantent avec eux un Quathor,
géneralement & très-justement aplaudi
On auroit voulu que le fond de la Piéce
fût un peu plus interessant ;
plus satisfait de la Versification que
Plan. La Musique a fait beaucoup de plaisir
L'Académie
on a
été
du
SEPTEMBRE . 1759. 2245.
L'Académie Royale de Mufique continue les Repréfentations
du Ballet de Zaide , avec fuccès. La
Dlle Barbarina y danfe toujours d'une maniere très
brillante , ainfi que le St Rainaldy , Napolitain , qui
paffe pour le plus excellent Pantomime qu'on ait
va en France ; ils danfent enfemble plufieurs Entrées
dans differens genres de Pantomime , qu'on
ne fe laffe point de voir.
"
Les Comédiens François , qui font reftés à Paris ,
la moitié de la Troupe étant à Fontainebleau préparent
trois petites Piéces d'un Acte chacune , avec
un Prologue, qu'on jouera dans les commencemens
du mois d'Octobre , sçavoir 1. l'Ecole du Monde. 2.-
Le Médecin de l'Esprit. 3. Esope au Parnaffe.
Le 2. Septembre , les Comédiens Italiens remirent
au Théatre une Comédie Italienne en Profe & .
en trois Actes , intitulée la Cameriera , dans laquel
le le Sr Alexandre Ciavarelli , Napolitain , âgé de
trente trois ans , débuta pour la premiere fois dans
le Rôle de Scapin ; il joua avec beaucoup d'intelligence
, de vivacité & de précifion , le Rôle de Fourbe
intriguant. Cette Piece, qui eft très- comique par
un continuel Jeu de Théatre d'Arlequin , de Scapin
& d'une Soubrette , avoit été jouée fur le même
Théatre au mois de Juin 1716. fous le titre
d'Arlequin Mari de la Femme de son Maitre , ou la
Cameriera Nobile, La Dlle Riccoboni la jeune , &
le Sr Romagnezy , qui ont rempli dans cette Piéce
( qui eft toute en Italien ) les Perfonnages de la Cameriera
& de fon Amant , ont joué leurs Rôles en
François .
Le 17. les mêmes Comédiens donnerent une Pié .
ce nouvelle en Vers & en trois Actes , qui a pour
titre les Talens à la mode , de la compofition de M.
II. Vol, G de
2246 MERCURE DE FRANCE
par
de Boiffy. Cette Comédie , qui eft généralemere
aplaudie , eft terminée par un Ballet Pantomime
fous le titre des Mufes Rivales , tiès -ingénieufement
composé par le Sr Riccoboni , & très - bien execucuté
les Acteurs de la Piéce . Nous entrerons
dans un plus grand détail dans le Mercure prochain
fur ces nouvautés , qui attirent tous les jours
de nombreuſes Affemblées . Voici une petite galanterie
M. Peffelier , Auteur de l'Ecole du Temps,
que
adreffe à fon Confrere , fur le fuccès de fa Piéce.
Non , non , il n'est pas sûr que la Posterité
Accorde son suffrage à chaque nouveauté ,
Dont notre siecle s'accommode ;
Mais malgré le caprice & la légereté
Du Public inconstant , que l'uniformité
Rebute , fatigue , incommode ,
Par leur beau coloris , par leur varieté ,
Tes Talens , cher Boissy , seront toujours de mode.
Et peuvent aspirer à l'immortalité.
Le 25. Août , Fête de S. Louis , on donna fur le
Théatre de l'Opera Comique , à onze heures du
foir , un Bal public , à l'occafion de la Fête du Roy ;
la Sale fut très- décorée , & parfaitement bien
éclairée , de-même que toutes les rues de la Foire .
On y dansa toute la nuit , & il y eut un grand
concours de Masques .
Le 2. Septembre , on donna fur le même Théatre
, une Piéce nouvelle d'un Acte , avec un Divertiffement
, & differens Vaudevilles , intitulée le Mivoir.
Elle fut fuivie d'une Pantomime nouvelle ,
dont les principaux Perfonnages font l'Amour , Diane
, fes Nymphes , & Endimion , accompagnés de
plufieurs
SEPTEMBRE. 1739. 2247
plufieurs Chaffeurs , qui executent un très -joli
Divertiffement , qui termine la Piéce .
Le 19. on donna une autre Piéce nouvelle , mê →
lée d'Intermedes , qui a pour titre les Réjouiſſances
Publiques ; elle fut fuivie d'une Pantomime nouvelle
, très -bien executée par les Anglois . Ce dernier
Divertissement a pour titre Arlequin Peintre
Muficien.
On doit donner fur le même Théatre le premier
Octobre , une derniere Piéce nouvelle d'un Acte ,
qui a pour titre Harmonide , Parodie de l'Opera de
Žaide , avec une nouvelle Pantomime ; ces deux
nouveautés feront continuées jufqu'au 10. du même
mois , jour de la clôture de la Foire.
****************
NOUVELLES ETRANGERES.
RUSSIE.
Es nouvelles de l'Armée , de la fin du mois
L dernier ,portent que fur les avis qu'on reçut
T
au commencement du même mois , de la marche
d'un Corps de Troupes Ottomanes , qui s'étoit
assemblé dans un bois voisin de Choczin , & qui s'étoit
avancé à un mille du Camp Comte de Munich
, on fit le fignal ordinaire , & on tira trois
coups de canon pour rapeller les fourageurs , lefquels
n'étant qu'à une très - petite diftance des Ennemis ,
ne purent éviter d'en être attaqués . L'Officier qui
commandoit le Détachement deftiné à foûtenir les
Fourageurs , leur ordonna de fe faire un retranchement
de leurs Chariots , & s'étant pofté fur une
hauteur avec fon Détachement & quelques piéces
de canon , il s'y défendit avec tant de valeur , qu'il
G ij denna
2248 MERCURE DE FRANCE
donna le temps aux Piquets & aux Milices qu'on envoya
à fon fecours , d'aller le joindre.
Le Comte de Munich marcha lui - même bientôt
après à la tête de deux Compagnies des Gardes
du Corps de la Czarine & de plufieurs Compagnies
de Grenadiers , pour le dégager , & à peine ces
Troupes furent elles rangées en bataille , que les
Ennemis chargerent vivement celles qui étoient
placées à la gauche . Le feu fut très - vif de part &
d'autre , & lon combattit long- temps fans que la
victoire fe déclarât pour aucun des deux partis ;
mais les Comtes Charles de Biron , & le Baron de
Lohwendal , Lieutenans Feldt- Maréchaux , s'étant
avancés avec douze Bataillons & le Régiment des
Grenadiers à cheval , pour foûtenir le Comte de
Munich , les Ennemis prirent le parti de fe retirer.
Les Mofcovites demeurerent fur le champ de
bataille , jufqu'à - ce qu'ils les euffent perdus de vûë,
& le foir le Comte de Munich retourna joindre
P'Armée au Camp de Sinkouze. Du nombre des
Officiers que les Mofcovites ont perdu en cette occafion
, font M. Kiesling , Lieutenant Colonel dans
les Troupes de Saxe , qui a été tué auprès du Com .
te de Munich , dont il étoit Adjudant , & M. Novati
, Major d'un Régiment de Huffards . On a enlevé
aux Ennemis trois Drapeaux , & une grande quantité
de chevaux . Un Murfe des Tartares a été fait
prifonnier. Les Ennemis étoient commandés par le
Pacha de Choczin , qui avoit fous fes ordres ies Sultans
Iflam & Nied Girey .
On a apris depuis qu'il y avoit eû une autre Action
qui s'étoit paffée le 20. Août entre l'Armée
Ottomane & celle du Comte de Munich , en cette
maniere. Le Pacha de Choczin ayant attaqué les
Molcovites, il enfonça d'abord l'avantgarde , la mit
en défordre & s'empara de quarante piéces de ca-
поп.
2
SEPTEMBRE . 1739. 224%
non . Il ne garda pas long - temps cet avantage, & la
valeur avec laquelle le reite desTroupes fecourut celles
qui avoient été ébranlées par le premier choc des
Turcs , obligea ces derniers de plier à leur tour &
d'abandonner une partie des canons qu'ils avoient
pris. La perte a été très - confidérable de part & d'au.
tre , & il eft refté près de 8000. tant Turcs que Tartares
, fur le champ de Bataille . Les Turcs ont fait
plufieurs prifonniers , du nombre defquels eft le
Major General Stockman , qui commandoit l'avant ,
garde de l'Armée Moscovite.
Depuis ce combat , les Turcs fe font retranchés
fous le canon de Choczin , & le Comte de Munich
s'eft allé camper à un mille de cette Place . Une
partie des Tartares eft retournée du côté du Niester
T & quelques- uns de leurs Détachemens ont
paffé dans les environs de Kaminieck , où ils ont
enlevé une grande quantité de Beftiaux .
Le Pacha de Choczin a reçû de Bender un renfort
de 6000. Janiffaires & de 2000. Spahis .
Outre les deux Actions qui fe font paffées le 2 .
& le 20. Août entre les Turcs & les Mofcovites , il
y en a eû une tro fiéme , dont on a apris les particularités
fuivantes.
Les Turcs écamperent la nuit du 26. au 27. &
allerent occuper les Lignes qu'ils avoient conftruites
près de Choczin & qui étoient défendues par quitre
batteries , dont deux étoient au milieu & les
deux autres aux extremités du Camp . Le Seraskier
de Bender établit fon quartier au centre , & il donna
le commandement de la droite au Pacha de
Choczin , & celui de la gauche à Dziengeli Pacha.
Le 27. à fept heures du matin , les Moscovites
s'avancerent vers les retranchemens des Turcs ,
& s'étant poftés entre une Digue & un Marais ,
ils drefferent deux batteries , l'une près du
Marais
G
2250 MERCURE DE FRANCE
Marais , & l'autre un peu plus haut du côté de la
Campagne. Vers les neuf heures , les deux Armées
commencerent de part & d'autre à fe canonner .
Le feu continua fans interruption jusqu'à deux heu
res après midi , & les Troupes de la Czarine , qui
pendant ce temps s'étoient aprochées des Lignes en
ordre de bataille , s'étant repliées fur leur droite , &
ayant paffé le long des retranchemens des Turcs ,
en faifant toujours front , elles allerent fe pofter
vis - à- vis de l'aile gauche de l'Armée Ottomane .
Le 28. le Comte de Munich attaqua les lignes ,
& pendant qu'il chargeoit de front les Turcs , une
partie de fon Armée les prit en flanc & les força
dans leurs retranchemens . Les Turcs ayant été obligés
d'abandonner leur Camp , les Moſcovites s'en
emparerent , & ils y ont trouvé un grand nombre
de mortiers & de canons.
Le Seraskier de Bender campa la nuit ſuivante
avec les Troupes Ottomanes à une lieuë de Choczin
; le Pacha qui commande dans certe Place , s'y
rendit le 29. & le Sultan de Bialogrood retourna
le lendemain vers le Niefter avec les Tartares .
Peu de temps après on aprit que l'Armée Ottomane
ayant abandonné fes lignes , & le Comte
de Munich ayant fait fommer le Pacha de Choczin
de lui remettre cette Place , ce Pacha s'étoit rendu
fans aucune réſiſtance , & que le 29. Août les Moscovites
étoient entrés dans la Ville , où ils avoient
trouvé 200. canons de bronze & une grande quantité
de munitions de guerre & de bouche , & que
le Comte de Munich avoit fait conduire la Garnifon
à Kiow.
Les mêmes Lettres portent , que le Prince Cantimir
étoit allé à Jaffy , pour s'y faire reconnoître
Hofpodar de Moldavie. Ce Seigneur eft frere du
Prince Cantimir , Ambaffadeur de la Czarine à la
Cour
SEPTEMBRE . 1739 2251
Cour de France , & fils du feu Prince Cantimir ;
Hofpodar de Moldavie , qui prit le parti du Czar
Pierre I. dans la guerre que ce Prince eut avec
Charles XII . Roy de Suede.
fés
Suivant l'état qu'on a dreffé des dommages caupar
les Tartares dans les Provinces des Frontie
res du Royaume de Pologne , ils ont tué environ
600. perfonnes , & ils ont fait efclaves 9660. tant
hommes que femmes & enfans ; ils ont enlevé
60co. chevaux , 3000. boeufs & plus de 150000*
moutons , le nombre des maifons qu'ils ont brulées,
monte à près de 4000. & le dégât qu'ils ont fait eft .
tel que les terres ne pourront de plufieurs années
être rétablies .
Le Palatin de Kiovie , Grand - Géneral de la Couronne
, a envoyé cet Etat au Kan de Crimée , ainfi
qu'au Grand Vifir & au Seraskier de Bender , & il
a fait demander en même-temps la liberté de tous
les Polonois qui ont été faits efclaves . On assûre
que le Roy donnera ordre aux Miniftres qui doi
vent aller de fa part à Conftantinople & à Biaccasaray
, d'éxiger douze millions de timpfes pour indemnité
, & 2c . florins pour chaque Polonos qui
a été tué
par les Tartares , ou qui eft mort en allant
à l'efclavage.
ALLEMAGNE ET HONGRIE.
E Comte de Wallis étant parfaitement rétabli
de fon indifpofition, fet rétabis
paffé au Camp de Semlin , & il y eut une longue
conférence avec le Prince de Saxe Hildsburghaufen.
11
Il reçut le même jour un Courier , par lequel il
aprit que le Géneral Schmettau étoit arrivé la veille
à Belgrade , & qu'étant allé vifiter les Ouvrages
de la Place , il avoit été bleffé au pied par l'éclat
d'une bombe.
Giiij Il
2252 MERCURE DE FRANCE
11 aprit par le même Courier , que les Ennemis
avoient donné le 24. un affaut à une redoute fituée
fur le bord du Danube , mais qu'ils avoient été re-
Fouffés , que depuis ils avoient redoublé leur feu
contre le baftion de fainte Elizabeth , & qu'ils
avoient 200. Canons & 30. mortiers en batterie . Ce
Courier ajoûta que 170 Payfans s'étant embarques
la nuit du 23 au 24. pour aller fervir dans la Place
en qualité de Pionniers , les Bâtimens fur lefquels
' ils étoient , avoient été attaqués par les Turcs , qui
avoient faits presque tous ces Payfans prifonniers ,
ainfi que le Baron de Muffling & la plupart des Officiers
& des Soldats de leur efcorte.
à
Le lendemain le Comte de Wallis retourna à Sardock
, d'où il fit décamper le Corps de Troupes qui
y étoit refté , & s'étant avancé à Bellegisch avec ce
Corps , il y attendit le Prince de Saxe Hildsburghausen
qui alla P'y joindre. Les Troupes fe repcferent
le 23. & elles fe remirent en marche le 29 .
la pointe du jour , pour fe rendre au Camp de Banoffza
, fur le bord de la Save. Peu de temps après
qu'elles y furent arrivées , le Comte de Wallis fur
informé que le même jour les Turcs avoient donné
un affaut à un Fort qui eft fitué vis - à - vis de Belgrade
, de l'autre côté du Danube , & qu'ils n'avoient
pas eû plus de fuccès dans ce fecond affaut que dans
celui qu'ils avoient donné le 24 .
Sur cette nouvelle , il partit auffi - tôt pour aller
donner à Belgrade plufieurs ordres concernant la
défenfe du Fort qui avoit été attaqué le matin par
les Ennemis. Ces derniers ayant invefti ce Fort dès
le foir nême , un Détachement des Troupes Impériales
paffa le Danube la nuit fuivante , pour les
obliger de renoncer à leur entrepriſe.
Le 31. les Ennemis redoublerent le feu de leur
Artillerie contre Belgrade & contre le nouveau Foft
que
SEPTEMBRE. 1739 : 2253
que
le Comte de Wallis faifoit conftruire dans une
des Ifles voisines.
Le Comte de Herberstein , Major Géneral , qui
étoit campé à Sluinziza , en Croatie , avec 8000.
hommes , détacha le 8. Août M. Pozzi , pour ravager
les environs de Wihach , & M. Pozzi , non
feulement brula plufieurs Villages , mais encore enleva
une grande quantité de Beftiaux . Sur l'avis du
dégât qu'il commettoit , les Turcs firent marcher
contre lui un Corps de Troupes , qui n'ayant pû le
joindre , tomba fur la Corbavie , dont il pilla presque
tous les Lieux fans défense , & fit efclaves la
plupart des Habitans .
M. Pozzi , qui étoit retourné avec ſon butin au
Camp du Comte de Herberstein, fe remit en marche
le 12. par ordre de ce Major General , avec un Détachement
confidérable , qui fut renforcé de 1500.
hommes de Milices fur la Frontiere de la Corbavie,
& le 14. vers les quatre heures du matin , il attaqua
les Ennemis. Après un combat qui dura juſqu'à
trois heures après midi , les Turcs furent mis en
défordre. Un grand nombre s'eft retiré dans l'Albanie
Vénitienne , malgré les efforts que les Habi
tans de cette Province ont faits pour leur en défendre
l'entrée. Les Ennemis ont perdu environ
1000. hommes dans cette Action , & on leur a fait
100. prifonniers , du nombre defquels eft un de
leurs principaux Officiers , nommé Ali - Beg. On
leur a apris 12. Drapeaux , beaucoup de bagages ,
deux pièces de Campagne , & quelques munitions
de guerre.
Le Comte de Mercy d'Argenteau arriva à Vienne
de Hongrie le 9. Septembre au foir , il remit à
l'Empereur une Lettre , par laquelle le Comte de
Wallis mande à S. M. I. que les Articles prélimi
naires de la Paix ont été fignés le 31. du mois
G V d'Août
2254 MERCURE DE FRANCE
d'Août dernier dans le Camp des Turcs par le Grand
Vifir & par le Comte de Neuperg.
Il a été ftipulé par un de ces Articles , que l'Empereur
cederoit Beigrade au Grand Seigneur , à
condition que lès nouvelles Fortifications feroient
rafécs ; que les Impériaux, en pourroient retirer
P'Artillerie , les munitions de guerre & de bouche ,
& géneralement tout ce qui eft à l'uſage de la Garnifon
, & qu'en attendant on livreroit une Porte aux
Turcs. Les autres Articles n'ont pas encore été rendus
publics ; mais le bruit court qu'on eft convenų
que S. M. I. rendroit la Servie à Sa Hauteffe , & que
tout le Bannat de Temeswar demeureroit à l'Empereur
, à l'exception de la Ville d'Orfova , que le
G. S. gardera , & dont on laiffera fubfifter les Fortifications.
Immédiatement après la fignature des Articles
préliminaires , le Comte de Neuperg donna avis au
Baron de Suckow , Commandant de Belgrade , que
la Paix étoit concluë , & qu'il eût à livrer une porte.
Le Baron de Suckow ayant répondu qu'il avoit
ordre de S. M. I. de fe défendre jufqu'à la derniere
extrémité , le Comte de Wallis , à l'autorité duquel
il fallut avoir recours , lui envoya dire qu'il pouvoit
en toute sûreté fe conformer à ce que lui avoit
marqué le Comte de Neuperg , & livrer la porte
dont on conviendroit . Ce Géneral l'informa en
même temps des pouvoirs que le Comte de Neuperg
avoit reçûs de l'Empereur. Sur ces affûrances ,
le Baron de Suckow remit dès le foir même aux
Turcs la porte de Wirtemberg , qui fut occupée par
400. Janiffaires , & la préſence du Comte de Neuperg
n'étant plus néceffaire au Camp du Grand Vifir
, il revint le premier Septembre au Camp Impérial
, où l'on publia le même jour la ceflation des
Actes d'hoftilité.
Le
SEPTEMBRE. 1739.
2255
Le 2. le Comte de Wallis alla trouver le Grand
Vifir , & il fe rendit avec ce Premier Miniftre dans
Belgrade, pour donner ordre qu'on démolît les Fortifications.
La ceffation d'hoftilités ayant été publiée
auffi dans le Camp des Turcs, le Grand Vifir a
rapellé les Troupes qu'il avoit fait marcher vers la
Save, & leur a fait rompre les Ponts qu'elles avoient
commencé à jetter fur cette Riviere ."
Le Grand Vifir a déja rendu la liberté à plufieurs
Officiers Impériaux qui étoient prifonniers dans fon
Camp. Depuis la fignature des Articles préliminaires
, une partie de l'Armée du Grand Vifir s'eft mi-
- fe en marche pour ſe rendre en Moldavie , & pour
obliger le Comte de Munich de repasser le Niefter .
L'Empereur a nommé le Comte de Neuperg &
le Baron de Tahlman , fes Miniftres Plénipotentiaires
, pour regler avec ceux du Grand Seigneur
les conditions de la Paix entre les deux Puissances.
On mande de Belgrade , que le Grand Vifir y a
fait publier que Sa Hautesse accorderoit une entiere
liberté de Religion & plufieurs Privileges aux Habitans
qui voudroient y refter , & qu'il avoit fait
fur tout des offres très - avantageufes aux Médecins
& aux Pharmaciens qui y font établis .
On a apris de Breme , que la nuit du 22. au 23 .
Septembre , le Tonnerre y étoit tombé fur le Magafin
à Poudre , & que plus de 2000. Maifons
avoient été endommagées par cet accident . Le
Tonnerre eft tombé en quelques autres endroits de
la Ville , & y a mis le feu , mais le prompt fecours
que les Habitans ont aporté , a empêché l'incendie
de faire des progrès conſidérables.
G vi ISLS
2256 MERCURE DE FRANCE
ISLE DE CORSE.
Es Lettres écrites au commencement de ce
L mois › portent que le Marquis de Maillebois
ayant apris dans le temps qu'il fe diſpoſoit à attaquer
la Pieve de Talaro , que celle d'Olmeto s'étoit
de nouveau révoltée , il fut obligé de fufpendre
fon expédition contre la premiere de ces deux
Pieves , & qu'il envoya , pour réduire la feconde
un Détachement qui fit rentrer ailément les Habitans
dans le devoir , la plupart étant venus bientôt
demander à genoux leur pardon . On s'eft faifid'un
Religieux Récolet , dont les difcours féditieux
avoient beaucoup contribué à leur Révolte , & l'on
inftruit actuellement fon procès .
Il y a eu 25. ou 30. Soldats , tant tués que bleffés,
dans l'expédition d'Olmeto . Afin d'ôter aux Pieves
voifines les moyens de fuivre l'exemple de cette
Pieve , le Marquis de Maillebois, qui leur avoit laissé
leurs Armes , pour qu'elles pûffent fe défendre
contre les courfes des Rebelles de Talaro , les fait
toutes défarmer. Tout ce qu'il y a de profcrits &
de scelerats dans l'Ifle , fe font retirés dans cette
derniere Pieve , où les Rebelles ont fait faire
Ingénieur , qu'ils ont avec eux , plufieurs retranchemens,
fur lefquels ils comptent beaucoup pour leur
défenfe. Comme fuivant les aparences ils ont peu
de vivres & de munitions , on efpere les réduire par
la famine .
par un
Leus partis continuent de commettre divers dé- `
fordres , & l'on travaille à les refferrer , de maniere
qu'ils ne puiffent plus fortir du Pays qu'ils occupent.
On compte que le Marquis de Maillebois marchera
inceffamment contre les Rebelles avec un Corps
de 3000. hommes , tandis qu'un autre Corps , auifi
confidérable que ce premier, les attaquera d'un autre
côté.
SEPTEMBRE.
1739 2257
côté . Les Pieves de deçà les Montagnes paroiffent
fort tranquilles & même bien intentionnées .
Les avis reçus à la fin de ce mois , portent , que le
Marquis de Maillebois, après avoir fait défarmer les
Pieves d'Olmeto , d'Iftria , & de la Rocca , s'étoit
rendu le 28. du mois d'Août dernier à fainte Marie
d'Ornano , où il avoit établi fon quartier géneral ,
& qu'il fe difpofoit à attaquer inceffamment les Rebelles
de la Pieve de Talaro , en cas qu'ils perfiftassent
à refuſer de ſe foûmettre . On assûre que plufieurs
d'entre eux ont déja aporté leurs armes,& qu'il ne reste
plus à réduire que le Canton de Ziccaro , dont les
Habitans flatés de l'efpérance qu'on n'entreprendra
point de les forcer dans leurs Montagnes , font plus
obstinés que les autres dans leur révolte.
S'il eft vrai , comme on le mande de plufieurs endroits
, que la plupart des Déserteurs fe foient retirés
de l'Ile de Corfe , il eft à préfumer què les Rebelles
fe voyant feuls & deftitués de fecours , prendront
enfin le parti de l'obéiſſance .
Le Marquis de Maillebois a fait arrêter à Nebbio
plufieurs complices du nommé Mazacchino , qui
continue de faire des courfes avec une Troupe de
bandits , & qui vole & tue toutes les perfonnes qu'il
rencontre. Tous les ôtages des Pieves de deçà les
Montagnes ont été renvoyés chés eux.
Les dernieres Lettres marquent que le Marquis
de Maillebois fe préparoit à attaquer le 20 de ce
mois les Rebelles de la Pieve de Ziccaro avec la plus
grande partie des Troupes Françoifes , & qu'il étoit
occupé à achever de défarmer les Habitans des environs
de cette Pieve , afin de n'avoir point à craindre
qu'ils l'inquietent pendant fon expédition.
Ces Lettres ajoûtent qu'il étoit arrivé à la Baſtie
un Lieutenant Colonel & quelques autres Officiers
du nombre de ceux qui étoient passés en Corſe avec
le
2258 MERCURE DE FRANCE
le Baron de Neuhoff , & qu'après avoir obtenu leur
pardon , ils s'étaient embarqués pour Livourne . Ils
ent raporté que le Baron de Troft étoit a Ajaccio ,
où il s'eft marié avec une Demoiſelle d'une des Familles
les plus diftinguées de l'ifle,
Il y a toujours plufieurs troupes de Bandits qui
parcourent le Pays couvert ; celle d'un nommé
Schizzetto , enleva il y a quelque temps près d'Ọ-
messa quatorze Mulets chargés d'avoine , que des
Domestiques conduifoient à Corte . Ces Brigands
ont tué un Soldat & en ont blessé un autre , & ils
ont pris un Sergent , que leur Chef a offert de rendre
, pourvu qu'on mit en liberté fa femme , qui eft
dans les prifons d'Omessa ,
ESPAGNE.
Na apris de Madrid, que Mrs Keene & Castries
, Miniftres Plénipotentiaires du Roy de
la Grande Bretagne , ayant été rapellés par S.M.Br,
ils sont partis au commencement de ce mois , pour
retourner à Londres , & que l'on attend incessamment
à Madrid Don Thomas Géraldino , à qui
S. M. C. a envoyé ordre de quitter l'Angleterre
fans prendre congé.
On a reçû avis que cinq Vaiffeaux Anglois ayant
été furpris par un calme près des Côtes du Royaume
d'Efpagne, quelques Galeres du Roy s'en étoient
emparées.
Les Lettres de Sant- Andero marquent qu'on
avoit débarqué l'argent & les marchandises qui
étoient à bord des Affogues , & qu'on devoit tranfporter
ces effets à Burgos , où iis demeureroient en
dépôt jufqu'à nouvel ordre. Le bruit court que
S. M. C. prendra un Indult de neuf pour cent sur
ces effets.
SEPTEMBRE. 1739 2259
Il parut le 8. du mois passé une Déclaration par
laquelle le Roy ordonne à tous les Anglois qui
sont en Efpagne , d'en fortir dans le terme de
huit jours ,fous peine d'être arrêtés & d'être traités
comme prifonniers de guerre .
Depuis la publication de la Déclaration du Roy touchant
les Lettres de Represailles , on a arrêté huit
Vaiffeaux Anglois à Malaga, et trois à Alicante . Deux
Bâtimens de la même Nation , qui revenoient deTerre
Neuve , ont été retenus dans le Port de Bilbao . Les
cinq Vaiffeaux qu'on a pris depuis peu fur les Côtes
du Royaume de Grenade, étoient chargés de vivres
pour l'Eſcadre du Contre- Amiral Haddock , & les
Galeres qui s'en font emparées , étoient comman
dées par Don Dhuarto Domas , Général des Galeres.
S. M a permis à tous les habitans des Côtes ,
d'armer des Bâtimens pour aller en courfe contre
les Anglois.
Quoique l'Infant Don Philipe foit parfaitement
rétabli de fon indifpofition , les Médecins n'ont pas
jugé à propos qu'il s'exposât aux fatigues d'un long
voyage , & il n'ira au devant de Madame de France
que jufqu'à Alcala , où le Roy & la Reine fe rendront
auffi pour recevoir cette Princeffe . Tous les
Ambaffadeurs & les Ministres Etrangers y accompagneront
Leurs Majeftés.
NAPLES.
Lde la Reine ,on doit renvoyer
E bruit court , qu'à l'exception du Confeffeur
à Drefde tous
Les Allemands qui ont fuivi cette Princeffe .
Les Vaiffeaux Anglois qui étoient dans le Port de
Naples , en font partis , depuis que le Roy d'Angleterre
a ordonné que fes Vaiffeaux ufaffent de repréfailles
contre les Efpagnols ; cependant il a été
xéfolu
2260 MERCURE DE FRANCE
réfolu que S. M. demeureroit neutre par raport aux
differends du Roy d'Eſpagne avec le Roy d'Angleterre,
& er confequence le Marquis de Montealegre
, Secretaire d'Etat , a fait sçavoir au Conful de
la Nation Angloife , que les Vaiffeaux Anglois continueroient
d'être reçûs dans les Ports du Royaume
de Naples & dans ceux de la Sicile.
On mande de Livourne , que le Conful qui y réfide
de la part du Roy de Suede , devoit fe rendre dans
peu à Alger , afin de renouveller les Traités entre
S. M. Suedoife & les Algeriens , & qu'on attendoit
inceffamment de cette derniere Ville la Baronne de
Vaffold , qui fut prife l'année derniere fur un Vaiffeau
Venitien par un Corfaire , un Juif ayant été
chargé d'envoyer à Livourne trois mille sequins
pour le rachat de cette Dame,
PORTUGA L.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Lisbonne,
contenant la Relation de l'arrivée de Mad.
la Duchesse de Cadaval en Portugal.
E 25. Juin , Mad . la Ducheffe de Cadaval est
Lentrée en Portugal pat la Province de Beira;
Jachinte Lopes Tavares , Maréchal de Camp , Gouverneur
d'Almeïda , qui commande les Troupes de
cette Province , la vint recevoir sur la Frontiere , &
après l'avoir félicité , lui & les principaux Officiers
de la Place , sur son arrivée , il monta à cheval , &
s'alla mettre à la tête d'un Régiment de Cavalerie
qui étoit en Bataille à une portée de fufil du Ruiffeau
qui sépare le Portugal de l'Eſpagne , les Officiers
la saluerent de l'épée ; on lui abati les Etendarts
; & les trois Efcadions , après avoir fait trois
décharges de carabines , détacherent vingt Cavaliers
SEPTEMBRE. 1739. 2261
liers & un Cornette , qui marcherent à l'avantgarde
de son Excellence & la fuivirent en colonne
jufqu'à Almeita ; sur le glacis de cette Place ,
étoient formés en Bataille sur deux hayes , deux
Bataillons d'Infanterie ; le Gouverneur de la Place
s'alla mettre à la tête ; lui & tous les Officiers firent
le salut du Sponton , on abatit les Drapeaux , & les
deux Bataillons firent trois décharges de moufquet.
En entrant dans la Place, l'on tira vingt & un coups
de canon , & une Compagnie de Grenadiers monta
la garde à la porte du Palais où Son Excellence fut
loger , qui apartient à Don Denis de Almeïda ,
Gentilhomme de la Chambre de l'Empereur , &
Maréchal de Camp de ses Armées le soir le Gou ,
verneur aporta les Clefs de la Ville à Son Excellence
sur une Salve de vermeil , & lui demanda le nom
du Saint , elle donna Saint Antoine & Lisbonne , ce
qu'elle fit pendant son séjour en cetre Ville . Soir
& matin , le Gouverneur & tous les Officiers de la
Place , venoient faire leur cour à son Excellence .
Au fortir de la Place , on fit à Son Excellence les
mêmes honneurs qu'on lui avoit fait à son Entrée ;
le Régiment de Cavalerie l'accompagna jusqu'à la
Riviere de Coa , une Compagnie , jufqu'à Pinheb ,
& un Détachement , jufqu'à Tentugal . Dans cette
Ville , Son Excellence fut reçue de fes Vaſſaux avec
toutes fortes de réjouiflances ; il y eut pendant trois
jours des Illuminations , des Feux d'artifice , &
deux Combats de Taureaux .
Dans la route de Tentugal à Lisbonne , M. &
Mad. la Ducheffe pafferent à Nazareth , pour y voir
une Vierge miraculeuse , que l'on vient implorer
de toutes parts ; la grande Place de ce Bourg étoit
bordée de la Bourgeoisie , qui étoit fous les armes,
& qui fit trois décharges ; leurs Excellences entrerent
dans l'Eglife pour y faire leurs Prieres ; on y
chanta
2262 MERCURE DE FRANCE
chanta le Te Deum , & les deux jours qu'ils séjour
nerent là , il y eut de grandes Illuminations & des
Feux d'artifices , & ils eurent le divertiffement de la
Pêche. Le R. Pere Thomas de S. Payo , Abbé Général
de la Congregation de S. Bernard , Confeil
ler de Sa Majesté , & fon Grand Aumônier les reçut
auffi à Alcobaça , avec beaucoup de magnifi
cence .
Le 8. du mois d'Août, fur les dix heures du matin,
le Duc & la Duchesse arriverent au Bourg de S. Antoine
du Tojal ayant devant eux quatre Choeurs de
Trompettes & Timballiers du Roy, vêtus de velours
couleur de feu, tous couverts de galons d'or ; Leurs
Excellences entrerent dans la belle Maison de campagne
du Cardinal Patriarche de Lisbonne , & furent
reçues dans la Chapelle , avec un Te Deum ,
chanté par l'excellente Mufique de Son Eminence ,
qui fut suivi d'une Messe aussi en musique , à l'intention
de Leurs Excellences.
François- Xavier Soaves , Chevalier de l'Ordre de
Chrift , Contrôleur de Son Eminence , avoit fait
préparer avec abondance , tout ce qu'il y a de
plus délicat , pour recevoir non feulement Leurs
Excellences , & toute leur Suite , mais encore un
nombre infini de Seigneurs & de Dames, qui étoient
venus au-devant d'eux. L'après-dîné , Leurs Excellences
continuerent leur Voyage au Campo-
Grande, & furent loger dans une autre Maifon de
campagne du Cardinal Patriarche de Lisbonne ; ils
y séjournerent jufqu'au 11 , d'où ils partirent à cinq
heures après dîné , pour faire leur Entrée publique
à Lisbonne , toute la Cour s'y trouva en caroffe à
six chevaux , & chacun y parut avec ses plus beaux
Equipages.
A la suite de tous les Grands du Royaume , marchoit
, dans un caroffe du Duc , à fix chevaux , M.
Giraldes ,
SEPTEMBRE. 17397 2263
?
Chevalier
Giraldes , Conseiller au Parlement
de l'Ordre de Chrift , Juge des Chevaliers , &
Chancelier du Duc. Après lui , venoit un carosse
du Roy , où étoit le Duc , le Comte de la Marck ,
cousin de la Duchesse , Mrs les Marquis de Tavora
& d'Alegrette , tous deux neveux du Duc : à vingt
pas du caroffe du Duc , marchoit un Muletier , menant
par la main une Mule , qui portoit un Marchepied
de velours vert , couvert d'une couverture
de velours auffi vert, garnie de galon d'or , qui sert
quand la Duchesse monte ou defcend de carosse ;
M. Tonnelet, Chevalier de l'Ordre de Christ, Gouverneur
de Villa- Ruiva , Capitaine de Cavalerie au
service de France, Ecuyer du Duc , qui a eû l'horneur
d'aller chercher la Duchesse en France , & dẹ
la conduire en Portugal , suivoit monté sur un
fuperbe cheval richement harnaché , ayant devant
lui deux files de Valets de pied , le chapeau bas
derriere , venoit une Litiere , dont l'imperiale &
les couvertures des Mulets étoient de velours vert ,
bordées d'or ; & un Carosse à fix chevaux , dont
Pimperial étoit de velours cramoisi brodé d'or.
On n'a encore rien vû de si parfait que ces deux
Voitures , tant pour le bon goût de la Peinture &
de la forme , que pour la richesse de l'étoffe , de la
broderie & des harnois . Venoit ensuite un des plus
beaux carosses du Roy , dans lequel étoit Madame
la Duchesse , avec Mad. la Comtesse d'Alvor ,
belle- soeur , & Mad . la Comtesse de Villa - nova ,
sa niéce ; à chaque portiere du carosse marchoient
quatre Pages de la Chambre du Duc , superbement
habillés ; Mile de Grignoncourt , qui étoit venuë
de France avec Madame la Duchesse , suivoit dans
un carosse à six chevaux : :: deux autres carosses du
Duc, remplis d'Officiers de sa Maison , précédoient
;
sa
les
2264 MERCURE DE FRANCE
les deux carósses des deux Comtesses , qui étoient
dans le carosse avec la Duchesse .
Ce magnifique Cortege traversa toute la Ville ,
passant par les principales rues pour arriver à Pedrouços
, Maison de campagne du Duc , à une lieuë
de Lisbonne , dont la situation au bord de la Mer,
eft des plus belles qu'il y ait. La magnificence des
Meubles , & la beauté des Peintures , & de la Porcelaine
, la faisoient paroître un Lieu enchanté ; la
Duchesse defcendit , étant menée par le Comtë
d'Alvoir , fon beau- frere , & le Marquis de Tavora
:
:
>
son neveu , lui portoit la queue : toutes les
Dames , & les Seigneurs de la Cour étoient là pour
la recevoir , & lui faire compliment sur fon arri
vée dans une des Salles d'en haut , il y avoit une
Table pour les Dames , fervie avec autant de profufion
que de délicatesse ; on y voyoit quatre Buffets
couverts de Vaiffelle de vermeil , la plupart en
relief , d'un ouvrage ancien & parfait en bas
dans une galerie , on voyoit un grand Buffet rempli
jusqu'au haut de la Salie , de Vaiffelle femblable
à l'autre , & une Table qui en occupoit la longueur,
pour les Seigneurs , fervie comme celle des Dames;
du centre de la Corbeille du milieu , fortoit un Jet
d'eau qui formoit un Bouquet , lequel , avec la
quantité de bougies qui éclairoient cette Salle , faifoit
un effet charmant ; pendant le repas , les
Trompettes & Tumballiers du Roy ne difcortinuerent
point .
Le lendemain il y eut un grand repas pour les Parens,
& le furlendemain un autre repas pour toute la Cour.
Les Parens et Amis du Duc firent quelques jours après
un Carouſel , pour divertir la Ducheffe , où toute
la Cour se trouva , il fut fuivi d'un Soupé tous les
jours fuivans , la Ducheffe reçut les Vifites de la
:
Cour ,
SEPTEMBRE. 1739 .
2265
Cour , à qui on préfentoit des rafraîchiffemens de
toute efpece , avec la Mufique . Le premier Septembre
, jour de la naiffance du Duc , il y eut un Dîné
pour tous les Parens , & le foir , Musique & Danse,
avec une Collation . Le 3. du même mois , jour que
la Reine avoit déterminé , pour que la Ducheffe
allât prendre séance , Son Excellence fut dîner à
Lisbonne , avec M. le Duc. Sur les quatre heures
& demie , elle partit de fon Palais , de la même maniere
qu'elle avoit fait fon Entrée , à l'exception
qu'elle alloit feule dans le caroffe du Roy , & que
le Marquis d'Abrante , autre beau- frere , lui donnoit
la main , & le Marquis de Niza lui portoit la
queue , ses Equipages entrerent dans la petite Cour
du Palais , honneur qui n'est dû qu'aux Duches ,
avec les Pages de la Chambre ; elle fut conduite
par toute la Cour jufqu'à la porte de la Chambre
de la Reine , qui la reçut avec beaucoup
de marques
de diftinction & d'amitié , ainsi que la Princeffe du
Brefil , & toutes deux lui firent beaucoup de ques
tions.
La Ducheffe fe fit admirer par fon air noble &
gracieux lorfqu'elle entra , & fit fes révérences &
son compliment à la Reine & à la Princeffe du Brefil
; jamais on n'a vû tant de monde à aucune céré→
monie , & jamais aucune n'a été aplaudie fi géné→ ·
alement de la Nobleffe & du Peuple .
Le 7 , jour de la naiffance de la Reine , Son Excellence
fut complimenter Sa Majefté , qui lui fit
l'honneur de lui parler dans fon Cabinet , diftinction
qu'elle n'a point fait aux autres , & enfuite la
Ducheffe affifta à la Serenade , que Sa Majefté donna
à toute la Cour.
Les derniers avis reçus de Lisbonne , portent qu'on
y avoit apris de Bengale , que les Indiens qui habi .
tent
2266 MERCURE DE FRANCE
tent dans les environs de Goa , s'étoient affemblés
au nombre de çoooo , pour faire la Guerre aux
Portugais , & pour les chaffer des Lieux qu'ils possedent
fur les Côtes des Indes Orientales .
A
GRANDE BRETAGNE.
Vant que de quitter la Ville de Londres , Don
Thomas Geraldino a fait imprimer une Traduction
Angloife de la Déclaration , dans laquelle
le Roy d'Efpagne expofe les raifons qui l'ont déterminé
à ordonner à fes Sujets d'ufer de reprefailles
contre ceux de S. M. Br.
M. Pierre Pery , Agent du Roy d'Eſpagne pour
les affaires qu'a S. M. C. avec la Compagnie de la
Mer du Sud , s'embarqua le 17. du mois passé à
bord d'un Vaiffeau Portugais pour Lisbonne , d'où
il devoit fe rendre à Madrid.
Le Contre -Amiral Haddock a donné avis aux
Commiffaires du Bureau de l'Amirauté , qu'un des
Vaiffeaux de son Escadre avoit pris un Bâtiment
Efpagnol , fur lequel on avoit trouvé plufieurs canons
de fonte , des armes pour 10000. hommes ,
oo. barils de poudre.
&
FESTE
SEPTEMBRE . 1739. 2267
FESTE DONNE'E par Mrs les Prévôt
des Marchands Echevins de la Ville de
Paris , pour le Mariage de MADAME DE
FRANCE avec l'Infant DON PHILIPE ,
executée le Samedi 29. Août 1739.
I
A Capitale du Royaume n'a peut -être
jamais mieux répondu à la grande idée
qu'on en a dans le monde entier , que dans
la magnificence qu'elle a fait éclater dans
cette occasion. Nous allons tâcher de tracer
ici un leger crayon de ce pompeux Spectacle
, afin que nos Lecteurs puissent s'en
former une idée aprochante de la vérité ; car
qui oseroit se promettre de trouver des idées
assés vives , des expreffions assés fortes , &
un coloris assés vrai , pour peindre à tous
les yeux le Tableau ravissant qui est resté
dans la mémoire de plus de 500. mille Spectateurs
? Ce nombre étonnera , sans doute ,
mais nous ne craignons pas d'être démentis
par ces mêmes Spectateurs , & le Lecteur
* On n'avoit point vû en France un pareil Evenement
depuis l'année 1615 , que Elizabeth de
France , Fille aînée du Roy Henri le Grand & de la
Reine Marie de Medicis , épousa Philipe IV . Roy
d'Espagne.
pourra
2268 MERCURE DE FRANCE

pourra en juger par la description que nous
allons donner ; commençons par le Lieu de
la Scene .
Le Fleuve qui traverse Paris , & qui le sépare
en deux parties presque égales , forme après
cette séparation, entre le Pont Neuf & le Pont
Royal un Canal de 480. toises ,sur plus de 150
de largeur, qui coule entre deux magnifiques
Quais de pierre de taille , à la hauteur d'environ
six toises de la surface de l'eau , ' selon
que les Eaux sont plus ou moins abondantes
, avec des Apuis & des Trotóirs ou Bánquetes
, & un terrain pavé de 15. à 18. toises
jusques- aux Maisons bâties, sur un même
alignement, ornées de terrasses , balcons & de
grandes croisées, simetrisées jusqu'aux roîts :
pour ne rien oublier de ce qui a servi comme
de Parterre à un Peuple immense , disons un
mot des Barges , ou terrain compris entre le
pied du Quai jusqu'au rivage , qui dans les
basses Eaux , est à divers endroits de 20. à
30. toises , où l'on avoit dressé quantité d'Echaffauts
solides & bien ornés , sans compter
les bancs & les chaises qui étoient à milliers.
Une petite Description du Pont - Neuf ne
sera pas ici inutile. Ce grand & magnifique
Ouvrage , fut entrepris sous le Regné de
Henri III. On en jetta les Fondemens le Saniedi
30. May 1578 , sous la conduite de
Jacques
SEPTEMBRE . 1739. 2269
Jacques Androit du Cerceau , fameux Architecte.
Le Roy, accompagné de la Reine,
Catherine de Medicis , sa mere , qui la premiere
avoit , dit -on , conçû l'idée de cette
grande Entreprise , &c. y mit la premiere
Pierre avec beaucoup d'apareil. Mais ces
travaux furent bien - tôt négligés , & ensuite
interrompus par les troubles du Royaume :
les quatre Piles du côté de la rue Dauphine ,
furent à peine élevées à fleur d'eau dans la
premiere année. Henri IV. y fit mettre la
derniere main , & il fut fini à la fin d'Octobre
1604 , sous la conduite de Guillaume
Marchand , &c.
La largeur entiere de ce Pont est de 12?
toises , en y comprenant l'épaisseur du Parapet.
Toute cette étenduë est divisée en trois
parties ; celle du milieu , destinée pour les
carosses & les grosses voitures , est de cinq
toises , & le reste pour les deux Trotoirs ; cette
mesure se trouve cependant inégalement
distribuée , parce qu'il a fallu poser le Pont
unpeu obliquement, à cause del'inégalité du
canal de la riviere , & aussi pour prendre la
route plus droite , & plus directement alignée
aux rues qui y aboutissent.
Sur chaque Pile il y a une avance en demi
cercle de la largeur de la Pile. Tout au tour
de ces Tourelles , & dans toute la longueur
du Pont , qui est de 160. toises , il regne
II.Vol H une
2270 MERCURE DE FRANCE
une corniche fort solide , portée sur de grandes
consoles , soûtenues ou arrêtées par de
beaux mascarons , ce qui fait une très- belle
décoration.
Ce Pont , le plus utile & le plus fréquenté
, par le concours extrême qui s'y trouve
continuellement , & qui donne une grande
& magnifique idée du Peuple immense que
da Ville de Paris contient , est un des plus
beaux & des mieux ordonnés, Quelque description
qu'on lise dans les Voyageurs , il
est certain que cet ouvrage l'emporte sur
tous ceux de cette espece dont on a connoissance.
Sa structure est d'une très - grande
correction & d'une solidité parfaite . Sa longueur
s'étend sur les deux bras de la Seine à
l'endroit où ils se réunissent , après avoir
formé l'Isle du Palais . On doit encore compter
entre les grandes beautés de ce Pont , le
point- de- vûe incomparable , qui passe pour
un des plus surprenans du monde. Un des
plus célebresVoyageurs des derniers siècles,
assûre n'avoir rien vû ailleurs de plus beau ,
mettant cette Vûë entre les trois plus belles
qu'il avoit remarquées dans ses longs voyages,
qui est celle de l'entrée du Port de Constantinople
, celle du Port de Goa , Capitale des
Etats que le Roy de Portugal possede dans
les Indes prientales , & enfin celle du Pont-
Neuf de Paris.
* Tavernier,
Cette
SEPTEMBRE. 1739. 2271
Cette magnifique Vûë s'étend à droite
sur le Louvre, qui présente d'abord une longue
suite de superbes Edifices de la plus
grande magnificence ; & à gauche , sur le
Quai parallele à celui du Louvre , l'Hôtel de
Conty , l'Eglise des Théatins , quantité d'Hôtels
, ou plutôt de Palais bâtis à la moderne
, & d'un grand goût ; mais surtout le ma→
gnifique College des Quatre Nations , remarquable
par son Dôme , & par la principale
Entrée de l'Eglise , dont l'Architecture,
formée de colomnes , est d'une riche &
grande maniere. La face circulaire est terminée
par deux gros Pavillons quarrés , qui interrompent
le Point de- vûë & l'alignement
du Quai , en avançant beaucoup plus qu'il
ne faudroit. Cette difformité n'a jamais parû
si choquante aux Parisiens que dans cette
occasion , en dérobant à un très - grand nombre
de Perfonnes , le Spectacle du Pont-
Neuf.
Germain Brice , Auteur de la Description
de Paris , a publié avant nous , la remarque
que nous venons de faire , & que le Public
fait continuellement . Le même Auteur en
fait une autre , au sujet de la belle vûë du
Pont- Neuf. Il faut avouer , dit-il , que les
Maisons bâties sur les autres Ponts de Paris,
retranchent un des plus grands charmes de cette
vie incomparable , laquelle ne trouveroit au-
Hij сип
2272 MERCURE DE FRANCE
,
cun obstacle du côté du Palais & de l'Isle No
tre-Dame comme elle n'en a point du côté due
Louvre , où elle a toute l'étenduë qu'elle peut
avoir, pour découvrir sans peine les plus beaux
objets que les yeux puissent desirers & sans cette
facheuse interruption , la grandeur entière de
la Ville se pourroit découvrir , ce qui rendroit
encore cette Vue infiniment plus parfaite &
bien plus magnifique , &c.
Pour mettre entierement au fait du Lieu
de la Scene de ce grand Spectacle , & qu'il ne
manque rien au Lecteur intelligent , pour
pouvoir se prêter à sa magnifique décoration
, il nous reste à donner ici une petite
Description du Pont Royal.
Ce bel Edifice sert comme d'avenue & répond
très-noblement à la grandeur & à la Majefté
du Louvre. Il est soutenu de quatre piles
& de deux culées , qui forment cinq Arches ,
dont les ceintres sont d'un trait aussi correct
que hardi , & d'une très - grande solidité . Sa
Longueur est de 72. Toises , partagées en
onze parties , tant pleines que vuides , dont
les deux extremités sont les deux culées de
six Toises chacune , & cinq Arcades. Celle
du milieu est de douze Toises de vuide , les
deux d'après , d'onze chacune , & celle des
extremités , de dix. Les quatre piles ont
chacune 14. pieds d'épaiffeur. Toutes ces
parties raportées ensemble , font les 72.
1
Toises
SEPTEMBRE. 1739. 2173
4
Toises de la longueur du Pont , dont la voye
est de 52. pieds , surquoi l'on a pris 9. pieds
pour chaque trotoir , sans compter deux
autres pieds pour l'épaisseur des Parapets.
Les extremités du Pont sont en trompes
fort larges , & d'une coupe très -ingenieuse ,
pour en faciliter plus commodément l'entrée
aux carosses & aux grosses voitures ; & de
chaque côté dans toute la longueur , il y a
des trotoirs , à l'imitation du Pont- Neuf
pour la commodité des Gens de pied.
Les Fondemens en furent jettés en Octo
bre 1685 , & rien ne fut négligé de toutes
les choses qui devoient contribuer à la soli
dité d'un Edifice public , exposé à la fureur
des débordemens & à la rapidité d'une gran
de Riviere , qui en cet endroit est plus pro
fonde & plus étroite qu'elle n'est partout
ailleurs. Tout l'Edifice est extrémement simple
& n'a aucun ornement. Les Desseins
toute la conduite & la perfection de ce grand
Ouvrage , font dûs à la capacité du Frere
Romain , Dominicain , originaire de Liége ,
mort à Paris depuis environ 10. ou 12. ans ,
dans la Maifon du Noviciat.
Pour embellir le rivage de la Riviere audelà
du Pont Royal , dont l'espace n'est occupé
que par des Maisons, qui ne répondent
point du tout à la beauté des Thuilleries ;
& pour procurer une route aisée & conveni
Hiij ble
* 274 MERCURE DE FRANCE
ble à l'Hôtel Royal des Invalides , on a
commencé un grand Quai , qui doit être
poussé jufqu'à 400. Toises de longueur en
descendant , & beaucoup au - delà de l'endroit
qui répond à l'Esplanade ou Porte de
la Conference.
Il doit être de dix Toises de largeur , avec
un trotoir de neuf pieds , le long du Parapet.
D'espace en espace , il y aura des rampes
en glacis , pour l'enlevement des marchandises
& pour des abreuvoirs telles
qu'on en voit au Quai Malaquais , depuis le
College des Quatre Nations , jusqu'au Pont
Royal , qui a la même largeur.
,
LE TEMPLE DE L'HYMEN ;
Décoration du Feu d' Artifice , &c. sur les
Desseins du Chevalier Servandoni , Peintre
& Architecte du Roy.
E tous les Monumens publics érigés à
Diala mémoire des Grands Hommes , il
n'en est point de plus avantageusement exposé
, ni qui produise un plus bel effet , que
la Statue Equestre en bronze , du Roy Henri
IV. Elle est placée à l'extremité de l'Isle du
Palais , au milieu d'une Esplanade ou Plateforme
en corps avancé sur la Riviere , qui
sépare le Pont Neuf en deux parties , revêtue
d'un
SEPTEMBRE. 1739 227
d'un Quai solide de pierre de taille , à l'endroit
où la Riviere se rejoint , pour reprendre'son
canal naturel qui est d'une très -grande
largeur en cet endroit. Cette situation
est d'autant plus heureuse , qu'elle est dans
le Lieu le plus passant & le plus fréquenté
de toute la Ville , & qu'elle est exposée à la
vûë de tous côtés, même dans des distances
très -éloignées. Ce beau Lieu , susceptible
de toute la magnificence imaginable , par sa
vaste étendue , & la riche décoration des
superbes Edifices qui l'entourent , avoit été
choisi pour le principal objet , & comme le
chef-lieu de la Fête . C'est là qu'on éleva le
Temple de l'Hymen , en Portique dans le
goût Antique , de 120. pieds de face & de
80. pieds de haut , sans y comprendre la
hauteur de l'apui & de la Terrasse de l'Eperon
, dont on vient de parler , qui servoit de
baze ou de stilobate continu , de 40. pieds
de haut.
Le premier ordre du Temple étoit composé
de 32. colomnes de 4. pieds de diametre
& de 33. pieds de fust , d'ordre Dorique
, formant un quarré long de 8. colomnes
de face , sur quatre de retour avec leurs bazes
, chapiteaux , entablemens & balustrades ,
servant d'apui à une galerie en terrasse de
105. pieds de long , divisée par des piédestaux,
Au dessus de cette terrasse & à l'aplomb
Hij
des
2276 MERCURE DE FRANCE
des colomnes du milieu , s'élevoit un socle
en attique , foriné de compartimens ornés de
bas-reliefs , & couronné de 12. vases. Deux
corps solides étoient construits dans l'interieur
, dans lesquels on avoit pratiqué des
escaliers.
Ce socle formoit une seconde terrasse
d'où partit la grande Girande , composée de
plus de 5000. fusées , au- dessus d'un Soleil
brillant , de 60. pieds de diametre , dont la
splendeur ne se peut décrire.
Toute la construction de cet Edifice étoit
en relief, ainsi que les Plafonds , enrichis
de compartimens en Mosaïque , guillochis ,
rosettes , festons , &c. à l'imitation des anciens
Temples , comme on le voit encore
à Rome au fameux Pantheon , le micux
conservé de tous ceux qui nous restent
de l'antiquité , & dont on a imité les ornemens
dans l'ouvrage dont nous parlons
qui ne differe d'ailleurs des anciens Edifices
Grecs & Romains d'ordre Dorique , que par
les bazes que le Chevalier Servandoni a jugé
à propos de donner à ses colomnes , pour
s'accommoder
à l'usage du siécle où nous vivons. Il les a élevées sur des socles d'environ
4. pieds de haut , servant comme de re- pos aux balustrades
de même hauteur , qui sont entre les entrecolonemens
. C'est la seule
difference
que le nouvel Edifice ait avec
семх
SEPTEMBRE. 1739 : 2277
eux de l'Antiquité , où les colomnes d'ordre
Dorique , étoient presque toujours posées
sur le rez-de - chaussée , quoique sans
kazes. A cela près , toutes les proportions y
ent été si bien gardées , que les meilleurs
connoisseurs ont été parfaitement satisfaits ;
ces colomnes ayant huit diametres un quart
de longueur , qui est la veritable proportion
que l'espace des entrecolonemens exige de
citte ordonnance . On voit par le plan géometral
& l'élevation de tout l'Edifice , que
le Chevalier Servandoni a fait graver , &
qu'on donne ici en taille - douce , qu'il devoit
yavoir un second ordre Ionique ; mais que
letemps trop bref pour l'execution , a fait
qu'on s'est contenté du premier ordre Dorique
, composé de 24. colomnes isolées & de
8. pilastres , se groupant au massif des dégrés
, pour monter au haut de l'Edifice , &
formant un quarré long , comme on l'a dit.
Vingt - huit Statues isolées de ronde bosse,
de dix pieds de proportion , représentant dizerses
Divinités , avec leurs symboles & attributs
, faisoient un très- bel effet ; elles,
étoient posées sur les piédestaux de la balustrade
, à l'aplomb des colomnes.
On a préféré pour tout cet Edifice & pour
ses ornemens , la couleur de pierre blanche
à celle des differens marbres qu'on auroit pû
imiter ; & en effet , outre que la couleur:
HY blan
2278 MERCURE DE FRANCE
blanche a toujours plus de relief , surtout
aux lumieres & dans les ténebres , la vrai →
semblance est aussi plus naturelle , & l'illusion
plus vraie & plus certaine , ce Temple
faisant effectivement aux yeux l'effet d'ur
Edifice réel , construit depuis long- temps e
pierre de taille , dans la plus noble simplicité
, & selon les regles les plus exactes dr
l'Architecture , sans ornement & sans mé
lange d'aucun faux brillant.
La Terrasse en saillie , qui portoit le Tenple
, étoit décorée en face d'une Architectue
qui formoit trois arcades & deux pilastres en
avant- corps dans les angles ; on voyoit ausi
dans chacun des deux côtés une arcade a
compagnée de ses pilastres. Toute cette de
coration étoit formée par des refands & bossages
rustiques , & elle étoit parfaitement
d'accord avec le Temple. Tous les membres
de l'Architecture étoient dessinés par dis
lampions. De l'interieur des arcades , à la hauteur
de l'imposte , sortoient des cascades ,
napes & torrens de feu qui faisoient un effet
fort surprenant
.
Noublions pas que sur la Terrasse de ce
Bâtiment du Temple , s'élevoit un Attique ,
porté par des colomnes interieures , & orné
de paneaux chargés de bas- reliefs , comme
on peut le voir dans l'Estampe ci -jointe ,
les mutules & trygliphes de l'Entaainsi
que
bleSEPTEMBRE.
1739. 2279
Element. Des Vases ornés de Sculptures
étoient posés au haut de l'attique à l'aplomb
des colomnes .
Ces corps solides des escaliers étoient or
nés d'Architecture & de Bas - reliefs , de Niches
, de Statuës , &c .
Aux deux côtés de cet Edifice , s'élevoieng
Le long des Parapets du Pont- Neuf , 36. Pirmides
, dont 18. de 40. pieds de haut , &
18. de 26 , qui se joignoient par de grandes
Consoles , & qui portoient des Vases sur leur
Sommet. Cette Décoration , préparée particilierement
pour l'Illumination , accompa
gnoit le Bâtiment du milieu. Elle étoit du
dessein de M. Gabriel , Premier Architecte
du Roy.
DECORATION DE LA RIVIERE,
Illumination , &c.
D
Ans le milieu du Canal que forme la
Seine, & vis-à- vis le Balcon préparé pour
Leurs Majestés , aussi riche que bien entendu
, sur les Desseins de M. Gabriel , dont
on a déja parlé , s'élevoit un Temple transparant
, composé de huit Portiques en arca
des & pilastres , avec figures & ornemens ,
festons de fleurs , & c. formant un Salon à
huit pans , du milieu desquels s'élevoit une
Colomne transparante , qui avoit le double
de la hauteur des Portiques , & qui étoit ter-
H vj
minée
,
2280 MERCURE DE FRANCE
minée par un Globe aussi transparent , seme
de Fleurs- de- Lys & de Tours , faisant allusion
aux Armes de France & d'Espagne.
Tous les chassis de ce Temple, qui sembloit
consacré à Apollon , étoient peints & présentoient
aux yeux mille objets differens ,
ornemens , bas - reliefs , &c. Il paroissoit
construit sur des Rochers , entre lesquels on
avoit pratiqué des escaliers qui y condui
soient.
Ce Salon , disposé en gradins , & destin
pour la Musique , étoit rempli des plus ha
biles Symphonistes, sous la conduite de Mr
Rebel & Francoeur , au nombre de plus de
160. Instrumens , Violons , Trompettes ,
Cors de chasse , Hautbois , Tambourins
&c. Ce Concert commença par des Fanfa
res , d'une maniere vive & bruyante , au mo
ment que le Roy parut sur son Balcon ; il se
fit entendre tant que dura la Fête , & ne fut
interrompu que par les acclamations réïterécs
du Peuple.
Entre ce Temple & le Pont-Neuf, étoient
quatre grands Bateaux en Monstres Marins,
destinés à jetter de l'Artifice . Il y en avoit
quatre autres dans la même position entre le
Temple & le Pont Royal , lesquels donnerent
le spectacle de divers combats les uns
contre les autres , vomissant de leurs gueules
& de leurs marines des feux étincelans, d'un
volume
SEPTEMBRE. 1739. 2281
volume prodigieux , par la quantité de fusées
, de serpenteaux , & autres artifices sans
nombre & de diverses couleurs , qui produisoient
un spectacle aussi admirable que surprenant
par leurs effers , les uns traçant en
l'air des figures fingulieres ; les autres tombant
comme épuisés dans les eaux , y reprenoient
une nouvelle force , & y formoient
des piramides & des gerbes de feu , des soleils
, &c.
La Joûte commença la Fête. Il y avoit
deux troupes de Joûteurs , l'une à la droite,
& l'autre à la gauche du Temple. Chacune
étoit composée de 20. Joûteurs & de 36.
Rameurs.Les Maîtres de la Joûte étoient dans
des Bateaux particuliers . Tous les Joûteurs.
étoient habillés de blanc uniformément & à la
légere. Leurs vêtemens, leurs bonnets, & leurs.
jarretieres étoient ornés de touffes de rubans .
de differentes couleurs , avec des Echarpes
de taffetas , & c. Ils joûterent avec beaucoup
d'adresse , de force , & de résolution , &
avec un zele & unc ardeur admirables . M. le.
Prévôt des Marchands récompensa les deux
Joûteurs victorieux par un Prix de la valeur.
de 20. pistoles chacun , & d'une Médaille. /'
•Comme la présence du Chevalier Servandoni
étoit néceffaire en plufieurs Endroits
pour hâter & faire executer à propos les ins
tructions qu'il avoit données, il parut dans un
34
petit
2282 MERCURE DE FRANCE
petit Canot , orné de sculpture dorée sur un
fond bleu , avec un Pavillon ou Etendart à
la Poupe , portant les Armes de France &
d'Espagne , & pour Rameurs , quatre des
plus fiers Matelots de la Riviere , en Negres,
avec des ceintures & un fimple tonnclet
& c. Il fut aplaudi à plusieurs reprises par
le
Public , qui a fort aprouvé l'ordonnance ingenieuse
de la Fête dont il avoit le soin & la
conduite .
la
A la premiere obscurité de la nuit , on vit
paroître l'Illumination , qui fucceffivement
en chassa toutes les ténebres , & fit regner
clarté du plus beau jour dans un efpace immenfe
& fur un Peuple innombrable , répandu
fur le pavé , & preffé comme au Parterre
de la Comédie , sur les échaffauts , aux fenêtres
, aux balcons , & sur des terrasses
richement & ingenieusement ornées , cee qui
se joignant à la varieté des couleurs des ha-1
bits , & à la parure recherchée & brillante
des hommes & des femmes , dont la clarté
des lumieres relevoit encore l'éclat , faisoit
un coup - d'oeil & divers points de perspective
, dont la vâë étoit également frapée d'étonnement
& d'admiration .
L'Illumination commença par le Temple
de l'Hymen , dont tout l'Entablement étoit
profilé de lumieres , ainfi que les balustrades,
sur lesquelles s'élevoient de grands Lustres ou
Girandoles
SEPTEMBRE . 1739 2183
Girandoles en Ifs , dans les entrecolomnes ,
formés par plus de 100. lumieres chacun.
Toute la suite des Piramides & Pilastres
chantournés, avec leurs Piédeſtaux réunis par
des Confoles , dont on a parlé , élevés sur les
Parapets du Pont , à droite & à gauche ,
étoit couverte d'Illuminations & faisoit
un effet admirable , ainfi que toute la
décoration de la Terrasse en saillie , dont
tous les refands & les ceintres étoient profilés
& chargés de gros Lampions & de terrines.
>
Ce qui faisoit encore un point de vûë enchanté
, & qui répondit parfaitement à la
magnificence de cette Illumination , c'étoit
de voir le long des deux Quais , sur le Pont-
Neuf & le Pont Royal , des Lustres composés
chacun d'environ 8o. grosses Lumieres
suspendus aux mêmes endroits où l'on met
ordinairement les Lanternes , au nombre de
plus de cent. On assûre que toute cette
Illumination montoit à plus de 50000. lumieres.
Voici une forte d'Illumination toute nouvelle
à Paris , & qui a fait un très - grand plaisir.
C'étoient 70. ou 80. petits Bâtimens de
differentes formes & gabaris , dont la mâture
les vergues, les agrès, & les cordages étoient
dessinés par de petites Lanternes de verre , et.
mouvantes , au nombre de plus de dix mille
Lumieres.
Cette
2284 MERCURE DE FRANCE
Cette brillante Flote entra dans le grand
Canal du côté du Pont neuf, & après diverses
especes de marches figurées , elle se divi
sa en quatre Quadrilles , & vint border les
rivages de la Seine , entre le Pont- Neuf & le
Pont Royal.
Un même nombre de Bateaux de formes.
fingulieres , & chargés de divers artifices
allerent se placer alternativement avec les
Bateaux de Lumieres. Le Salon octogone
transparent ,, paroissoit comme au centre de
cette brillante & galante Flote , & sembloit
sortir du sein des Feux & des Eaux.
Ce jour-là , ou plûtôt cette brillante nuit,
toute la Ville de Paris fur illuminée , sans
Feux & sans Artifices dans les ruës , pour
éviter les accidens , comme il étoit prescrit
par l'Ordonnance de Police ,, dictée par la
Prudence , que nous avons raportée dans le
premier Volume du. Mercure de ce mois ,
mais on ne sçauroit entrer dans ce détail immense
, cependant nous ne croyons pas pou
voit nous dispenser de dire un mot de quelques
Illuminations particulieres du. Quai des
Théatins , vis - à - vis les Galeries du Louvre ,
qui faisoient un fort bel effet , & qui d'ailleurs
étoient en perspective du Balcon
du Roy. Entre autre , l'Hôtel de Bouillon
se faisoit distinguer ; toutes les croisées
, la principale Porte , & la Terrasse ,
étoient
4
SEPTEMBRE. 1739. 2289
étoient illuminées par des Girandoles d'une
forme agreable , inventées par les Srs Pochet
& B. de Neuville , qui sont très- entendus
pour ces sortes d'entreprises .
La façade du College Mazarin étoit auffi
illuminée magnifiquement , c'est- à- dire , le
demi- ceintre , à droite & à gauche du Portail
, dont tout le couronnement , la corniche
& les autres membres de l'Architecture
étoient profilés de Lumieres , & le milieu
étoit marqué par une Etoile d'Illumination
de 12. pieds de diametre : les croisées étoient
ornées de Piramides , & de Girandoles de
Lumieres , &c.
FEU D'ARTIFICE.
LE signal ,pour commencer. le superbe
Spectacle des divers genres d'Artifices
préparés pour la Fête , fut donné par les Canons
de la Ville , & les Boëtes d'Artillerie ;
placés sur le bord de la Riviere , au bas du
Quai des Orfèvres. Aussi- tôt on vit s'élancer
dans les Airs , de chaque côté du Temple
de l'Hymen , 300. Fusées d'honneur
d'une grande beauté , tirées 12. à 12. dont
l'effet fut admiré & aplaudi ; elles partirent
des huit Tourelles du Pont Neuf , qui font
face au Pont Royal. A quoi succederent
sur les mêmes Tourelles , 180. Pots à Aigret
tes & des Gerbes d'artifice , disposées en Piramides.
2286 MERCURE DE FRANCE
ramides. Une suite de Gerbes parut aussi- tôt
sur la Tablette de la Corniche du Pont ;
& le grand Soleil fixe de 60. pieds de diametre
, dont on a déja parlé , parut dans tou
te sa splendeur au milieu de l'entablement.
Directement au- dessous , on avoit placé un
grand Chiffre d'Illumination de couleurs differentes
, imitant l'éclat des Pierreries , lequel
, avec la Couronne dont il étoit surmonté
, avoit 30. pieds de haut. Et aux côtés,
vis - à-vis les entre- colomnes du Temple,
on voyoit deux autres Chiffres d'artifice de
10. pieds de haut , formant les Noms des
Illustres Epoux , en feu bleu , qui faisoient
un effet surprenant. *
* Avec quelque entente des couleurs , on peut
faire des chofes capables d'étonner & de charmer. Il
n'eft pas fi furprenant aujourd'hui de faire des feux ,
des lumieres & même des Fusées coloriées ; la Limaille
de fer , mêlée avec la poudre , fait un feu
blanc & vif; auffi l'employe - t'on dans les Etoiles ,
Lances , Soleils , &c . La Limaile de Cuivre , donne
du verdâtre ou bleuâtre ; le Salpêtre, du rougeâtre ;
le fouffre, du Citrin ; la Poix , du rouge noir , &c.
rece-
A la vérité , les Fusées font peu propres
voir des nuances ; affujetties à monter , les Drogues
qui leur donnent la couleur , peuvent s'alterer par
leur quantité & leur qualité. On charge leurs têtes
ordinairement d'Etoiles , de Serpenteaux , de pluyes
de feux , de toutes couleurs . Des Gerbes coloriées
feroient d'un vif bien agréable à la vûë , auffi bien
que des Soleils rouges, verds, bleux , & c . & encore
OR
A
SEPTEMBRE. 1739. 2287
On avoit placé sur les deux trotoirs du
Pont-Neuf , à la droite & à la gauche du
Temple , au de-là de l'Illumination des Pi
ramides , 200. Caisses de Fusées de partement
, de, cinq à six douzaines chacune.
Ces Caisses , tirées cinq à la fois , succede
rent aux Fusées d'honneur , à commencer de
chaque côté, depuis les premieres, auprès du :
Temple , & successivement jusqu'aux extré→
mités à droite & à gauche.
Tout de suite on vit paroître les Cascades
ou Napes de feu rouge , sortant des cinq Arcades
de l'Eperon du Pont-Neuf , qui sem
bloient percer l'Illumination , dont les trois
façades étoient revétuës , & dont les yeux
pouvoient à peine soûtenir l'éclat . En même
plus, fi la diverfité des couleurs regnoit avec entente
dans les rayons d'un même Soleil ; il n'y auroit rien
de si brillant . Les Lances bien diverfifiées & bien
entenduës , ne feroient pas moins d'effet . On pourroit
colorier auffi avec l'intelligence des couleurs les
Serpenteaux , Lardons , Pots à feu , Trompes , &c.
Les Illuminations , fur tout avec la Cire , le Suif ,
la Refine , & les diverfes huiles , font très - fufceptibles
de varieté & d'entente de couleurs. Naturellement
les huiles donnent differentes teintes , & l'on
peut y aider beaucoup avec des Drogues .
Par les Lanternes , fur tout , on peut faire des
chofes merveilleufes , avec des verres , des corues ,
des gazes , des taffetas , des papiers huifés ou vernis
,fur tout en donnant à ces Lanternes quelque
mobilité.
temps
4188 MERCURE DE FRANCE
temps le Combat des Dragons commença
& le Feu d'eau couvrit presque toute la surface
de la Riviere .
Au Combat des Dragons succederent les
Artifices d'eau , dont les huit Bateaux , placés
avec cimétrie parmi les Bateaux de Lumieres
, étoient chargés. Au même Endroit ;
dans un ordre different , étoient 36 Cascades
ou Fontaines d'artifice , d'environ 30.
pieds de haut , dans de petits Bateaux , mais
qui paroissoient sortir de la Riviere .
*
Ce Spectacle des Cascades , dont le fignal
avoit été donné par un Soleil tournant ,
avoit été précedé d'un berceau d'Etoiles produit
par 160. Pots à Aigrettes , placés au bas
de la Terrasse de l'Eperon.
Quatre grands Bateaux , servant de Magasins
à l'Artifice d'eau , étoient amarrés près
des Arches du Pont-Neuf , au courant de la
Riviere , & quatre autres pareils du côté du
Pont Royal. L'Artifice qu'on tiroit de ces
Bateaux , consistoit dans un grand nombre
de gros & petits Barils , chargés de Gerbes
& de Pots , qui remplissoient l'air de
Serpenteaux , d'Etoiles & de Genoüillieres.
Il y avoit aussi un nombre considérable de
* Tous ces signaux étoient placés de maniere que
le Roy pouvoit les voir de fon Balcon , & être ins
eruit parlà des differens spectacles qui fe fuccedoient
les uns aux autres.
Gerbes
SEPTEMBRE. ~1739″ ´ 1189
Gerbes à jetter à la main , & de Soleils tour
mans sur l'eau .
La fin des Cascades fut le signal de la grande
Girande , sur l'attique du Temple , qui
étoit composée de près de 6000. Fusées. On
y mit le feu par les deux extremités au mê
me instant , & au moment qu'elle parut , les
deux petites Girandes d'accompagnement
placées sur le milieu des Trotoirs du Pont-
Neuf, de chaque côté , composées chacune
d'environ 500. Fusées , partirent , & l'on entendit
une derniere salve de canon , qui termina
cette magnifique Fête.
Tout l'Artifice étoit de la Compofition de
M. Elric , Saxon , Capitaine d'Artilleric
dans les Troupes du Roy de Prusse.
BAL donné à l'Hôtel de Ville le 30. Août
1739. à l'occasion du Mariage de MADAME
, par ordre de Mrs les Prévôt des
Marchands& Echevins de la Ville de Paris,
D
Es trois grandes Salles dans lesquelles
on dansa , la premiere etoit formée
dans la Cour , dont la disposition & l'Architecture
, composée d'Arcades & d'une double
Colonade à deux étages , contribuoient
naturellement à l'ingénieuse & riche décoration
dont cette Salle fut ornée. Pour la
rendre
#190 MERCURE DE FRANCE
·
rendre plus magnifique & plus brillante par
la varieté des couleurs , toute l'Architecture
fut peinte en Marbre de différentes especes ,
imitant ceux dont les couleurs étoient les
plus vives , les mieux assorties & les plus
convenables à la clarté des lumieres & aux
divers ornemens de Sculpture de relief , rehaussés
d'or , représentant differens Sujets
très - bien imaginés , & caractérisés par des
attributs convenables au sujet de la Fête.

Au fond de cette Cour , changée en Salle
de Bal , on avoit construit un magnifique
Balcon en Amphithéatre , qui étoit rempli
d'un grand nombre de Simphonistes . L'intérieur
de toutes les Arcades étoit en gradins
couverts de Tapis , en forme de Loges ,
d'une très - belle disposition , & d'une grande
commodité pour les Masques , auxquels
on pouvoit servir des rafraîchissemens par
les derrieres , sans compter la richesse & la
varieté des habits , qui augmentoit encore la
magnificence de cette Salle . Elle étoit couverte
d'un Plafond de niveau , & éclairée
d'un très - grand nombre de Lustres , de Girandoles
, & de Bras , à plusieurs branches ,
dont l'ordonnance faisoit un effet admirable.
,
La grande Salle de l'Hôtel de Ville , qui
s'étend sur toute la façade , servant de seconde
Salle , étoit décorée d'Etoffe jaune ,
enrichie d'ornemens en argent , avec un
grand
1
SEPTEMBRE. 1739 2298
grand Amphithéatre pour la Simphonie. Les
embrasures & les Croisées étoient disposées
en Estrades & en Gradins , le tout riche
ment orné & éclairé par un grand nombre
de bougies.
>
La troisiéme Salle pour le Bal , étoit disposée
dans la Salle , dite des Gouverneurs
décorée d'Etoffe bleue , ornée de galons
& gaze d'or , ainsi que l'Amphithéatre pour
Ia Simphonie , & éclairée par unc infinité de
lumieres , placées avec art.
Par les Croisées de ces deux Salles on
voyoit dans la premiere Salle , & l'on peut
assûrer que ce coup d'oeil étoit admirable.
On communiquoit d'une Salle à l'autre par
un grand Apartement , richement orné &
décoré de belles Tapisseries.
Auprès de ces trois Salles on avoit dressé
des Buffets décorés avec beaucoup d'art , &
munis de toutes sortes de rafraîchissemens ,
les plus exquis , qui furent offerts & distribués
avec autant d'ordre & d'abondance que
de politesse.
On compte que le concours des Masques
a monté à plus de 8000. depuis les huit heures
du soir , que le Bal commença , jusqu'à
huit heures du matin. Toute cette Fête se
passa avec tout le plaisir , l'ordre & la tranquillité
qu'on pouvoit desirer , & avec une
satisfaction & un aplaudissement géneral.
Les
2292 MERCURE DE FRANCE
Les ordres avoient été si bien donnés, que
la Place de Greve & toutes les avenues furent
toujours très- libres, ensorte qu'on abordoit
à l'Hôtel de Ville fort facilement , sans
accidens & sans tumulte. Des Fallots sur des
Poteaux , éclairoient la Place & le Port de
la Greve , jusque vers le Pont Marie , où l'on
avoit soin de faire défiler & ranger les carosses
; il y avoit des barrieres sur le rivage ,
pour prévenir les accidens.
Toutes les dispositions de cette grande
Fête ont été conservées dans leur état parfait
pendant huit jours , pour donner au Peuple
la liberté de les voir.
L'execution de cette Fête a été suivie sous
FInspection du Sr Beansire , Architecte du
Roy & de la Ville.
ODE
AM. TURGOT , Prévôt des Marchands,
sur la Fête donnée par la VILLE , au sujet
du Mariage de MADAME DE FRANCE
A
avec DON PHILIPE D'ESPAGNE.
Puis du Temple de Mémoire ,
Beaux Arts , chers Enfans de la Paix ,
TURGOT assûre votre gloire ;
Assûrez
SEPTEMBRE. 1739. 2293
Assurez la sienne à jamais .
Consacrez nos pompeux Spectacles ;
Du récit de tant de Miracles
Etonnez la Pofterité ;
Que le merveilleux de la Fable ,
Dans ce qu'il a de moins croyable ,
Serve l'exacte Vérité .
I.
c'2
La nuit sous d'épaisses ténèbres
Déroboit un Temple à nos yeux ,
Pareil aux Monumens célebres
Que Rome élevoit à ces Dieux ,
Quand les Hyades curieuses
Avec leurs urnes ' pluvieuses ,
S'aprochent dans l'obscurité ;
Tout redoute leur influence
LOUIS paroît , & sa présence
Ramene la sérenité. ( a )
Du fond de son lit pacifique
Le Dieu de la Seine à l'instant
Fait de la Fête magnifique ..
Sortir le prélude éclatant ;
Mille barques illuminées
De ses Nayades étonnées
Eclairent le profond séjour
(a ) La pluye cessa dès que le Roy parut.
II. Vol. I. Superbes
2294 MERCURE DE FRANCE
Superbes & galants phosphores, b
Qui figurent autant d'aurores ,
Messageres du plus beau jour.
L'auguste Temple qu'on découvre
Se change en Palais de Vulcain ;
Sa Forge épouventable s'ouvre ;
Le Cyclope agit , & soudain
L'Eclair brille , la nuë éclate ,
La flamme vole , se dilate
On voit la foudre fans horreur ;
C'est l'Art ingénieux qui tonne ,
Qui , maître des feux de Bellone
Se fait un jeu de leur fureur.
e ;
La Nymphe d'abord égayée ,
Et qui sortoit de ses roseaux •
Bien-tôt se replonge effrayée
Dans le paisible sein des Eaux ¿
Mais la flamme agile & rebelle
La suit , revient , rentre avec elle ,
Serpente , & voltige à l'entour
Alors le Triton qu'elle embrasse ,
Doit à la frayeur une grace ,
Qu'il espere en vain de l'amour.
Cependant un Vésuve énorme
Vomit un lumineux torrent
Qui
SEPTEMBRE. 1739. 2295
Qui se divise , & se transforme
En plus d'un objet different ;
En Napes , Cascades , Colonnes ,
Gerbes , Girandoles , Couronnes ,
Il tombe , s'éleve , s'accroît ;
Et par tout la flamme croisée
Compose une voute embrasée ,
Qui se dissipe & reparoît.
GRAND Roy , quelle magnificence
Couronnant tes heureux projets ,
Fait briller le goût de la France ,
Et le zele de tes Sujets !
Au gré d'une sçavante audace ,
La Nature change de face ;
Etoiles & Soleils nouveaux
Par mille rayons qui renaissent ,
Charment les regards , & paroissent
Transporter les Cieux sur les Eaux.
Mais quel autre pro lige encore *
Succede au prodige éclipsé ?
Quel est ce nouveau Météore ,
Qui sous nos yeux reste fixé ?
Sa lumiere que l'on contemple ;
Nous trace dans les Airs un Temple ;
* L'Illumination du Pont-Neuf.
I ij Séjone
2296 MERCURE DE FRANCE
Séjour des Graces & des Ris .
Plus bas ( a ) cent couleurs differentes
Peignent sur les Ondes ardentes
La riante Echarpe d'Iris.
Là , dans sa fougue mesurée ,
Le Dieu des lyriques Concerts ,
Eleve jusqu'à l'Empirée ,
Les sons dont il frape les Airs ;
De la France & de l'Ibérie
11 chante la Tige fleurie ,
Qui de l'Hymen orne le front ;
Il chante la Paix & la Guerre
Qu'en sage Arbitre de la Terre
LOUIS , tour-à-tour interrompt,
7
L'Ame héroïque & vertueuse
Qu'il reçut ... Mais c'est trop oser ;
A ton ardeur impétueuse ,
Muse , il est temps de s'oposer ;
Mesurant un peu mieux ta force ,
Résiste à la fla.euse amorce
Que t'offre un facile début ;
Un Cirque a de juftes limites
La gloire est aux bornes prescrites
Et la honte au delà du but .
( a ) La Sale de Musique
SEPTEMBRE. 1739. 2297
toi dont les soins & les veilles
Ont préparé ces nobles jeux ;
De qui tant d'utiles merveilles
Déja rendoient le nom fameux ;
Turgot , toi qui dans notre Histoire
Seras le modele & la gloire
De la suprême Edilité ,
Vois nos hommages unanimes
Et d'avance , en lisant ces rimes ,
Jouis de l'immortalité .
L'Ole qu'on vient de lire, nous a été envoyée
corrigée par l'Auteur.
RELATION de ce qui s'est passé en
Poitou , à l'occasion du Passage de
MADAME DE FRANCE.
L'Aplication de M. le Nain , Intendant de la
Generalité de Poitiers , a rendre les chemins
praticables & plus foides , avoit été en quelque
forte le prélude des prépatatifs ; l'entreprife n'en
étoit pas facile , dans une étendue de près de 40.
licues,c'eft -à - dire depuis la Haye jufqu'à deux licies
de S. Jean d'Angely. Auffi- tôt que le Mariage de
MADAMB eut été déclaré , M. le Nain , avec les Ingénieurs
de la Province , vifita de nouveau ce long
espace.
Il fit fuspendre les travaux des autres chemins ,
& n'eut d'atention que pour ceux qui étoient fur la
rouse de Madam , Ces nouveaux travaux perfec-
I j tionnerent
1298 MERCURE DE FRANCE
1 Y
tionnerent & embellirent les chemins par des ali
gnemens , des plantations , des caillotages , des
coupures de Montagnes , des adouciffemens , des
pentes , &c. enforte qu'on auroit pû y prendre par
choix , le plaifir de la promenade ce qui fut
remarqué par MADAME & par toute fa Cour. Entre
autres travaux , le Quai de la Porte de Paris à
Poitiers , eft digne d'une attention particuliere ;
étant de plus de mille toifes de longueur; & par la
vigilance de M. l'Intendant , plus de la moitié en a
été faite en moins de fix mois.
Le 10. Septembre , M. le Nain , fe rendit à la
Haye , qui eft la derniere Ville de la Generalité de
Tours , il y reçût les ordres de Madame .
Le 11. MADAME continua fa route ; un détachement
fort lefte de la Maréchauffée de Poitou , com
mandée par le Prévôt Géneral , marchoit à la têtedu
cortege , la Princeffe arriva à Chatellerault de:
bonne heure , & alla occuper l'Apartement qui lui
avoit été préparé dans le Château du Prince de
Talmont , Duc de Chatellerault. Quelque temps:
après elle reçut les respects du Corps de Ville & les
présens ordinaires de Coutellerie .
, י
Le 12 MADAME partit de Chatellerault, & à quelque
diftance de Poitiers , on lui fervit des rafraichiffemens
. MADAME vit avec bonté une Troupe
affés nombreuſe , composée de tout ce qu'il y avoit
de mieux fait & de plus diftingué dans la Bourgeoi
fie de la Ville , en habits uniformes , tous très - lestes
& très-bien montés , formés en Efcadrons , l'épée
haute , les Officiers à la tête . Cette Troupegroffit
enfuite le cortege de la Princeffe.
On avoit conftruit à la Porte de S. Lazare un espece
de Salon Isolé en Arc de Triomphe , & fort
orné,dans lequel MADAME fut haranguée à la Portiede
fon Caroffe par le Maire de Poitiers, à la têteSEPTEMBRE
. 1739. 1299
du Corps de Ville , qui furent reçûs fort gracieu
fement.
Les Compagnies de la Milice Bourgeoife , la
Colonelle , la Compagie des Grenadiers celle des
Chevaliers de l'Arquebuse , étoient en habit d'ordonnance
celle des Maître Jurés des Corps & Mé
tiers , attira une atention particuliere par leurs ha
bits variés de differentes couleurs , & qui ont u
raport convenable à chaque Profeffion , cet ufage eft
établi dans cette grande Ville depuis plufieurs fiecles;
ils parurent dans cet équipage qui tient du Gotique
, ce qui offroit aux yeux un fpectacle extremement
bizarre & fort varié , lequel piquoit également
la curiofité des Etrangers & des Citoyens , car
cette montre ne fe fait que dans les plus grandes
folemnités
Tous ces divers Corps de Milice occupoient les
avenues , pour contenir la populace & pour maintenir
le bon ordre. Toutes les rues par où la Princeffe
paffa étoient tendues de belles Tapifleries.
La Maiſon de Madame de S. Chartras avoit été
chofie pour le logement de MADAMS , Comme la
plus convenable , étant fituée fur la Place Royale ,
longue de 48. toiles , fir 40 de largeur . M.Pintedant
& Madame l'Intendante fe trouverent à la descente
du caroffe .
"
Peu de temps après l'arrivée de MADAME, ce qu'il
y avoit de plu. diftingué dans la Nobleffe de la Ville
& de la Province , lui fut préfenté par la Ducheffe
de Tallard. Les Maire & Echevins vinrent ensuite
préfenter les préfens de la Ville.
En arrivant , MADAME Vit un Peuple infini assemblé
fur cette Place , qui témoignoit beaucoup d'ent
preffement pour la voir. Cette circonftance la détermina
à paffer , accompagnée de la Ducheffe de
Tallard & de toute fa Cour , fur un grand Balcon ,
Liiij faig
2300 MERCURE DE FRANCE
fait exprès, qui regne fur toute la façade de la Mai
fon. Le Peuple marqua par des acclamations réitérées
, la joye que fa préfence infpiroit à toute la
Ville , & fon admiration redoubloit en parcourant
des
yeux tout ce que ce Balcon contenoit de brillant
& d'augufte .
La Princeffe , de fon côté, joüiffoit d'un fpectacle
fort amufant, de voir l'agitation & les divers mouvemens
d'un grand nombre d'Ouvriers, qui travailloient
avec beaucoup de zele & d'empreffement
pour célebrer fon augufte préfence.
Le Lendemain 13. MADAME alla entendre la
Meffe à la Cathédrale.M . l'Evêque , à la tête de fon
Chapitre , la complimenta à la porte de l'Eglife; &
lui préfenta l'Eau benite.
A fon retour elle reçût dans fon Apartement les
Complimens de divers Corps , préfentés par M.
Defgranges , Maître des Céremonies , d'abord du
Chapitre de S. Hilaire ; l'Abbé d'Armagnac , Tréforier
, à la tête du Chapitre , porta la parole , &
n'oublia pas d'obferver que le Roy ne dédaigne pas
de joindre à tous les titres auguftes qui lui font particulierement
confacrés , celui de Chef & d'Abbé de
S. Hilaire , il parla enfuite de Madame , comme du
premier gage dont il a plû à Dieu de récompenfer
les vertus de la Reine , fon augufte Mere ; il releva
l'éducation que la Princeffe avoit reçûë des mains
les plus habiles à cultiver depuis un fiecle dans la
Maifon de France , les divers préfens du Ciel , & à
conduire de grandes Ames du berceau jufqu'au
Trône ; il finit par ces paroles : Mais , Madame
en attendant que le fecret de vos deftinées , éclatte aux
yeux de l'Europe, & qu'il parte du fein de ces Confeils
* C'étoit anciennement une Abbaye de l'Ordre
de S. Benoît , qui depuis a été sécularisée.
SEPTEMBRE. 1739. 2302
où réfide fous les yeux de Dieu toute la profondeur de
la fageffe humaine , daignez recevoir l'offrande des
vaux des facrifices que nous ne manquerons pas
de renouveller tous les jours pour vous devant. ces mê→
mes Autels , que la pieté de tant de Souverains , vos
Ancêtres,a élevés à la fainteté de l'une des plus grandes
lumieres de l'Eglife ; il vouloit parler de S. Hilaire
, de ce grand Evêque de Poitiers , de cet Ange
Tutelaire de la Ville , & c.
La Princeffe fut haranguée par l'Univerfité , le .
Recteur , âgé de 21. ans , portant la parole.
7 M. le Lieutenant Géneral du Préfidial , le cinquiéme
de fon nom , prononça le Difcours fuivant.
MADAME,
Nous aportons à vos pieds les hommages des Juges
despremiers Magiftrats de cette Ville , nous venons
contempler avec une respectueuse admiration , l'auguste
Fille de notre Maître. Pardonnez , Madame , aux.
transports de notre joye , elle exprime le bonheur dont
nous jouiffons ; nos yeux ne fe laffent point de regarder
en vous , la vivante image du meilleur de tous les
Rois. Pere de fes Peuples , il va le devenir , fi on ofe
ainfi parler , de tous les Peuples de l'Europe ; les Princeffes
fes Filles , élevées fous les yeux d'une Reine, l'objet
de nos vénérations , inftruites par fes exemples ,
par les foins illuftres auxquels leur éducation a été
confiée , porteront leurs vertus bienfaifantes dans les
differens Empires où leurs hautes diftinées les apellent ,
& l'Europe enrichie de nos préfens , ne fer désormais
qu'une même Famille , doni notre auguste Monarque
fera le Pere , comme il en est déja le Modérateur am
PArbitre.
Vous , Madame , deftinée à faire le bonheur d'un
Prince avec qui le même fang vous lie , vous trouve
rez en lui ces mêmes vertus , ornées de toutes les graces
de l'esprit & de la jeuneſſe.
Iv Fous
2302 MERCURE DE FRANCE
Vous allez faire l'ornement l'amour d'une Cour
dont on a toujours admiré la puiſſance & lafageſſe ,
vous ferez l'augufte lien qui va reunir les deux Royales
branches de la Maifon de Louis le Grand.
Que le Ciel répande fes bénédictions fur une union
formée par les vues d'une politique fi fainte , fi noble
fi digne de la fageffe qui y préfide !
Pour nous , Madame , que votre préſence penetre
de joye yn de raviffement , nos coeurs & nos voeux
vous fuivront dans tous les évenemens de votre illuftre
vie ; daigne le fouverain Moteur des déftinées , en regler
la gloire & la félicité sur nos désirs & fur vos
vertus !
Le Bureau des Finances ſe préfenta ensuite , & le-
Préfident portant la parole , dit : que dans l'auguste
Alliance qui venoit de se former , il y avoit une
correspondance religieufe des fentimens du Roy
aux mouvemens de la Providence qui choifit MADAME
pour être le fçeau d'une union qui doit faire
la tranquillité & le bonheur de l'Europe ; .ce Compliment
fut fuivi de l'Election .
Vers les cing heures, on fit un Concert , dans l'Apartement
de la Princeffe , où on chanta une Idile às
grand Choeur , composée exprès par le Sr. Clerambault.
Le lieu de la Scene repréfentoit la Vûë de
Poitiers du côté que Madame Y était arrivée , & les
rivages de la Riviere du Clain, qui baignent les murs.
de la Ville ,foù l'on voit les ruines refpectables d'un
Château antique. Le Dieu du Clain , les Nymphes,
& les Habitans de fes bords étoient les Personnages.
de l'Idile, & s'adreffant à la Déefle de la Paix ,
ils
s'exprimoient ainfi :-
Bille de la victoire & mere des plaifirs" ,
Divine Paix, vous comblez nos défirs ;
C'est peu d'avoir éteint le flambeau de la guere ;
C'e
SEPTEMBRE. 1739. 2303
C'eft peu d'avoir banni la crainte & les foupirs ,
L'Amour a profité de ces heureux loifirs
Que vous procurez à la Terre ;
De fes liens les plus charmans
Et que du fang des Dieux la gloire encor refferre »
Il vient d'unir les coeurs de deuxjeunės Āmans.
Une des Nymphes chante les paroles ſuivantes
Tel fut d'Hebé l'Hymen avec Alcide ,
Du beau Sang de Louis, quefa fageffe guide,
La fplendeur va s'étendre encor ;
C'est le fruit des Confeils où Minerve préſidé ,
Sous les traits même de Neftor.
Le refte du Divertiffement exprimoit les loüan .
ges de la Princeffe ; fur l'efperance de fes hautes
deftinées , & c.
Un Trône vous attend .
C'est au Sang des Bourbons à les occuper tous.
Sur les vues du Ciel à fón égard , fur la tendre
impatience de Don Philipe , & enfin fur le prix de
Fa conquête d'un coeur , tel que celui de ce Prince:
Le Poëte s'exprime ainft :
Regnérfur un coeur auſſi grand' .
Vaut bien l'Empire des deux Mondes.
M. le Nain , qui joint à la dignité de fa Magiftra
ture , toutes les graces du goût & de la politeffe,,
voulut ajoûter à ce divertiffement une Ariete Efpágnole
, qui fut heureusement exécutée par une jeune
Demoifelle de fa Ville , dont la voix eft fort
追踪étendue
2304 MERCURE DE FRANCE
étendue & fort belle. Son habillement à l'Espagno
le & fon aparition très-prompte , donna encore
plus d'agrément à la Scene , & la Princeffe lui en
témoigna fa fatisfaction avec bonté .
Après le foupé , MADAMB paffa fur fon Balcon
voir les Feux & les Illuminations.
pour
Au milieu du fond de la Place on avoit élevé un
Temple d'ordre Dorique , caracterisé par les attributs
de l'Hymen , avec des Colonnes couplées , Bazes
& Chapiteaux , foutenant un Entablement couronné
d'un Fronton , dans le Tympan duquel on
voyoit les Armes de France & d'Espagne , avec suports
& Trophées d'Armes , & fur le fommet,la Figure
de l'Hymen. A droite & à gauche , à l'aplomb
des Colonnes on avoit posé quatre Vales
fur des Acroteres. On lifoit dans la frife cette Inscription
.
FELICI CONNUBIO , JUNCTIS PRINCIPIBUS BOR
BON IS, PHILIPPO ET LUDOVICA , ELIZABETHA
MUNICIPES PICTAVII EREXERUNT .
Entre les deux colonnes à droite , on avoit placé la
figure de Minerve qui paroiffoit présider à une alliance
qui assûre la paix de l'Europe. Au- deffus ,
étoient deux Médaillons ; dans le premier étoient
peints , un Rocher dans le milicu , d'où partoient
deux fources , & au- bas de chaque côté , deux
baffins avec chacun un jet d'eau avec cette Devife :
ALTI ET ORIGINE AB ALTA .
Le fecond Médaillon repréfentoit la Ville de
Poitiers , & une Prairie dans laquelle ferpentoit une
riviere avec ces mots :
PRATER FLUUS ORNAT .
Entre les deux autres colonnes à gauche , étoit
la figure d'Hercule. Au - deffus étoient deux autres
Médaillons ; dans le premier étoit peinte une caiffe ,
où d'un même tronc fortoient un Citronier & un
Oranger avec cette Deviſe :
SEPTEMBRE. 1739. 1305
CON IM LI ASSURGUNT SUCCO.
Dans le deuxième , étoient reprefentées deux
Planettes en co jonction avec cette Devile :
CONJUNCTI FULGENT SPLENDORE NOVO .
Dans l'arcade qui formoit l'entrée du Temple ,
élevée fur un grand Perron , on avoit placé un
Tableau tra : fparent , repréfentant la France & l'ELpagne
qui fe donnoient la main , défignées par leurs
attributs , ces figures avoient huit pieds de propartion
. Il y avoit au - deffus & dans un nuige , un
Cupidon tenant d'une main le flambeau de l'Hymen
, & de l'autre deux coeurs , le tout furmonté
d'un grand cartouche avec ces deux Vers Latins
qui font d'autant plus remarquables , qu'ils fortent
de la Plume d'un Poëte âgé de 14 ans , dont le
pere, Ingénieur de la Province , a montré beaucoup
de zele & d'empreffement dans cette occaſion :
QUOD NATURA INCEPIT , AMOR NUNC PERFICIT
IDEM .
QUE SANGUIS JUNXIT PECTORA . JUNGIT HYMEN
Cette brillante décoration étoit terminée de chaque
côté par deux grandes piramides de lumieres ,
furmontées par un fallot lumineux ornées de Médaillons
& de Devifes allégoriques au fujet de la
Fête , du même Au eur , le tout ingénieufement
illuminé par une très grande quantité de lampions ,
ce qui produifoit un fort bel effet .
On avoit formé fur le terrain de cette Place dars
la partie la plus étendue , deux efpeces de boules en
gradins de lumiere de feize toifes de long fur huit
de large , avec plattebandes garnies d'O angers.
On voyoit dans le milieu les chiffres de Don
PHILIPPE & de MADAME , le tout formé par des.
fampions. Au tour de la Place regnoit une plattebande
de lumiere & dans les travées des arbres, 40
Ifs formés par des lampions faifoient ungrand effet.
2306 MERCURE DE FRANCE
Le pied d'eftal & le pourtour de la grille qui enferme
la Statue de Louis XIV . & qui occupe le
milieu de cette Place , étoient auffi garnis d'un
très-grand nombre de lampions .
Toute cette Illumination formoit un ſpectacle
également gracieux & nouveau , qui fut encore
embelli par un Feu d'artifice bien.executé ; pendant
tout le tems que MADAME parut fur le Balcon
il partit fans ceffe & à la fois des fufées de la droite
& de la gauche de la Place , qui se réuniffant dans
le milieu , formoient un berceau , & rempliffoient
toute la Place d'étoiles , de ferpenteaux , & d'artifices
, nuancés de differentes couleurs.
Le 14. il y eut un nouveau Feu d'artifice , avec
beaucoup plus de varieté , & la Place fur illuminée
dans un goût tout different.
Le même jour , MADAME fe trouva un peu indifpofée.
M. le Nain , toujours attentif à ce qui
pouvoit amufer la Princeffe , fit venir dans fon Appartement
une troupe de petits Sauteurs, galamment
habillés , dont le plus jeune , âgé feulement de cinq
ans, fe fit remarquer par fa force & par fon adreffe,
les autres & tous enſemble exercerent leurs talens
par des fauts & des tours de foupleſſe dont MADAMS.
parut fatisfaite.
M. le Nain , connoiffant combien la Ville de
Poitiers étoit épuifée , fon plus grand foin fut de
retenir le zele ardent de fes Habitans qui ne connoiffoient
plus de bornes dans cette occafion , mais
il ne crut pas devoir en ufer ainsi , pour ce qui le
regardoit perfonnellement.
Les tables qu'il a tenuës chés lui matin & foir , de
cinquante couverts, fervies avec autant de délicateffe
que de profufion, en font une bonne preuve. Les mamieres
nobles & engageantes de M. l'Intendant & de
Madame l'Intendante avoient attiré chés lui les Perfonnes
SEPTEMBRE. 1739 230
fonnes les plus diftinguées , & les principaux Officiers
de la fuite de la Princeffe , fans compter les
Dames et les Gentilshommes les plus qualifiés de
la Province , foit à Poitiers , foit dans les autres
Villes , fur la route de la Princeffe ; il y eut auffi des
tables fervies pour les Gentilshomines , les Pages ,
Gardes du Roy , & c . et dans les longues traites , it
y avoit des altes fervies en viandes froides , en
gras er en maigre , et quantité de rafraîchiffemens
pour toute la fuite de MADAME.
On s'eft non-feulement recrié fur la grande et
magnifique chere de M. l'Intendant , mais encore
fur la fomptuofité et la décoration des Desserts
fervis en cristaux , qu'on voyoit en figures , Animaux
, Fleurs et Fruits , le tout en fucre. Entre
ces differentes décorations , on en voyoit une qui
repréfentoit les Monts Pirenées et leur fommet
couvert de neiges . Des Amours paroissoient entre
des Mirthes , des Jafmins , des Orangers , &c. fls
fembloient s'avancer vers l'Hymenée , qui paroisfoit
dans un Parterre orné de Jets d'eau , de Cafcades
, de Vafes , de Buftes , & c.
MADAME partit de Poitiers le 15%. et alla coucher
le même jour à Lufignan , et le 16. à Melle ;
Fa Compagnie de Cavalerie du Régiment de Fiennes
qui eft en quartier dans cette petite Ville ,
au-devant d'elle , et l'accompagna le lendemain
jufqu'à Briou.
vint
MADAME , après avoir passé par Aulnay qui eft
fur la Frontiere du Poitou , continua fa route par
Ja Saintonge , très- fatisfaite de l'empressement et
du zele des Magiftrats , de la Noblesse , et de la
Province de Poitou.
Suite
2308 MERCURE DE FRANCE
Suite de la Route de MADAME DE FRANCE.
A DA M B arriva le 23. Septembre à Blaye
Matrons he arrivade 23d,. du Fauye
bourg , les Jurats en Robes de cérémonies , de
Damas couleur de feu & blanc , complimenterent
MADAME , préfentés par M. des Granges , Maître
des cérémonies , le premier Jurat portant la parole.
La Princeffe avança dans le Fauxbourg à travers une
double haye de Milice Bourgeoife tous les armes
jufqu'à l'entrée du Glacis de la Citadelle , ou un
gros détachement du Régiment d'Anjou , formoit
auffi une double haye , jufqu'à la Maifon qui lui
avoit été préparée, & où elle eut une Garde de 50.
Soldats avec un Drapeau.´
M. de Girenton , Lieutenant de Roy , & Commandant
à Blaye , fut préfenté à MADAME. Toute
l'Artillerie de la Citadelle , celle de la Tour de l'lfle,
qu'on nomme communément le Pafté , Fortereffe
au milieu de la Riviere , & celle du Fort de Médoc,
fit une falve genérale.
Les Jurats préfenterent à la Princeffe le Préfent
de Ville , confiftant en plufieurs grandes corbeilles;
pleines de bouteilles de Vins exquis , de Canarie
de Frontignan , de Grave , de Medoc , & c. La Ducheffe
de Tallard , Gouvernante des Enfans de France
, ayant fait aporter une Coupe d'or , le Jurat qui
étoit à la tête du Corps de Ville , & qui avoit offert
le Préfent , eut l'honneur d'en verfer à MADAME ,
qui le goûta & le trouva fort bon .
A l'entrée de la nuit , toutes les Maifons de la
Ville furent illuminées , & l'on vit dans les airs
quantité de Fusées volantes , qui firent un très-grand
effet.
Le lendemain , vers les fept heures du matin , la
Princeffe
SEPTEMBRE. 1739. 2309
Princeffe , après avoir entendu la Meffe dans fa
Chapelle , all en chaife à porteur , paffant entre
une double haye , de même que le jour précédent ,
jufqu'au Lieu de l'Embarquement , où les Jurats en
Robes de cérémonie, eurent encore l'honneur de la
complimenter.
PASSAGE DE MADAME A BORDEAUX.
R Boucher , Intendant de Bordeaux , ayant
M concerté avec les Jurats tout ce qu'il convenoit
de faire pour recevoir la Princeffe ; deuxJurats,
& le Procureur - Syndic de l'Hôtel de Ville , fe rendirent
à Blaye le 23. Septembre , où la Princeffe arriva
le même jour , & ils eurent l'honneur de lui'
préfenter la Maiſon Navale pour la tran'porter à
Bordeaux : Cette Maifon Navale eft un Bâtiment
du Port, d'environ 50. Tonneaux , dans lequel , au
lieu de Ponts , on avoit fait préparer un Logement
très fpacieux & fort commodément diftri
bué , avec une Galerie qui regne tout autour au bas
des fenêtres. L'Apartement deftiné pour МАГАМЕ,
étoit meublé de velours cramoisi , enrichi de ga ons
& crêpines d'or en feftons , avec un Da's pareil .
Quelques Compagnies de jeunes Gens de Bordeaux
avoient fait armer de petites Barques très galamment
ornées ; & étant arrivés à Blaye en même
temps que la Maiſon Navale , ils obtinrent la permiffion
de la Princeffe de faire tirer fous les fenêtres
de la Maifon ( où un Apartement lui avoit été
préparé ) une grande quantité de Fusées volantes ,
au fon d'un nombre prodigieux d'inftrumens de
toute espece , dont leurs Barqu s étoient remplies,
& ils donnerent enfuite le Bal pendant la Nuit aux
Perfonnes de la fuite de la Princeffe.
Les Jurats ayant eu Audiance de MADAME , préfentés
2310 MERCURE DE FRANCE
fentés
par M. des Granges , ils eurent l'honneur de
fouper avec Madame la Ducheffe de Tallard ,
les avoit invités .
qui
Le lendemain 24 , ils fe rendirent au Port de
Blaye , où la Princeffe s'embarqua dans la Maifon
Navale , donnant la main droite à M. le Duc de
Tallard , & la gauche au Jurat qui avoit porté la
parole la veille , dans la Harangue qu'il fit à MADAME,
au nom de la Ville de Bordeaux.
La Maiſon Navale étoit remorquée par quatre
chaloupes très leftes & très-bien ornées , montées
de 10 Matelots chacune , en habits neufs de leur
profeffion. Aux deux côtés de la Maifon Navale ,
étoient les deux Brigantins de M. l'Intendart & de
M. de Roftan , Commiffaire Ordonnateur de la
Marine, bien équipés. Les Officiers du Roy & autres
Perfonnes de la fuite de la Princeffe , qui n'avoient
pu avoir place dans la Mailon Navale , occupoient
ces deux Bâtimens. Il y avoit auffi à côté de
la Maiſon Navale , deux petits Bâtimens , remplis
de Muficiens , & plus de quarante Barques ou Chaloupes
differentes , fort ornées , & remplies de Gens
vêtus d'habits Grotefques & finguliers , & armées
de plufieurs Piéces de petits Canons.
Cette galante Flote étant partie de Blaye avant
huit heures du matin , par le plus beau temps
monde , fut faluée de tous les canons de la Citadelle
de Blaye , & de ceux de tous les Vaiffeaux qui
étoient dans ce Port ; au bruit de cette artillerie
fucceda un moment de calane , qui fut interrompu
par une Symphonie de Trompettes , Timballes
& autres Inftrumens de Guerre & de Marine , qui
étoient diftribués dans les diferentes Chaloupes ;
après ces Fanfares , la petite arti lerie de la Flote ,
fit auffi plufieurs falves , & enfuite les Inftrumens de
Mufique formerent une Symphonie fort agreable
Ces trois fortes de Divertiflemens fe fuccederent
SEPTEMBRE. 1739. 2311
alternativement pendant cinq heures , que dura le
trajet de Blaye à Bordeaux , qui eft de le t lieues :
on fervit vers les neuf heures dans la Maiſon Navale
un Déjeûné froid.
Au refte , le coup d'oeil de cette Flote , joint
à celui des bords de la Garonne , ornés de magnifiques
Maifons de campagne , formoient un
fpectacle fi agreable , que la Princeffe , charmée de
ce beau Point -de-vûe , refta pendant presque tout
le temps fur les Galeries.
La Maiſon Navale arrivant à l'entrée du Port de
Bordeaux , la Princeffe fut faluée par le canon
du Château Trompette , des autres Forts , & de la
Ville , & en paffant au milieu des deux Rangs que
formoient les Navires qui étoient en très-grand
nombre dans le Port , ornés de leurs Flâmes & Pavois,
elle fut auffi faluée du canon de chaque Navire.
Toutes les Maifons du Fauxbourg des Chartrons &
de la Ville , qui donnent fur la Riviere ,
dans une
étendue de plus de deux lieuës , étoient remplies
jufque fur les toits , d'une quantité prodigieufe de
Perfonnes , dont les démonftrations de joye & les
acclamations étoient exceffives.
Enfin la Maifon Navale , après avoir remonté
jufqu'à la Porte de Ste Croix , refoula la Marée ,
pour aborder à la Porte des Salinieres , où la Princeffe
débarqua fur un Pont qui y avoit été placé ;
elle en fortit , apuyée fur M. le Duc de Tallar !, à
droite , & à gauche , fur le Ju at député ; M. lem
Comte de segur , Sous-Maire de Bordeaux , à la
tête du Corps de Ville , eut l'honneur de complimenter
la Princeffe , qui reçût avec bonté les marques
de refpect & de joye que fa préfence infpiroit ;
enfuite M. le Sous Maire eut l'honneur de lui donner
la main , pour monter dans la chaile à porteur
qui devoit la conduire à l'Hôtel de Ville, où le Roy
aroit bien voulu conferver aux Jurats la diftinction
2312 MERCURE DE FRANCE
de recevoir & de loger MADAME , & d'en confier la
garde à la Milice Bourgeoite.
La Princeffe étoit précédée par les Soldats du
Guet de la Ville , leurs Officiers à leur tête , magnifiquement
habillés . Les Gardes du Roy marchoient ,
à cheval autour de la Chaife , & les Troupes Bourgeoifes
formoient une double have , depuis la Porte'
des Salinieres jufqu'à l'Hôtel de Ville , où la Princeffe
entra dans l'Apartement qui lui avoit été pré- ·
paré , & fe trouvant un peu fatiguée , elle ſe mit
au lit , & y refta quelque temps. Cette nuit & les
faivantes , il y eut des Illuminations magnifiques'
dans toute la Ville.
La Garde Bourgeoife étoit composée de l'élite
des jeunes Gens de la Ville , vêtus en uniforme de
camelot couleur de feu , avec des veftes de moire
d'argent , les chapeaux bordés de Points d'Espagne,
& des Piumets de differentes couleurs , pour diftinguer
les quatre Compagnies , qui ont été relevées
chaque jour fucceffivement pour la Garde de la
Princeffe .
Le lendemain de fon arrivée , elle reçût les Préfens
de la Ville , & fut complimentée par toutes les
Cours , & par les differens Corps.
Le foir , le Corps de Ville fit tirer un magrifique
Feu d'Artifice vis à vis les fenêtres de l'Apartement
de MADAME.
Le Samedi matin 26. la Princeffe fe rendit fur le
Port , avec un Détachement de la Milice de fa Garde
, pour voir lancer à l'Eau un Vaiffeau , auquel
elle donna le nom d' nfante , les Jurats avoient fair
préparer un Pavillon pour la Princeffe , d'où e le vit
cette manoeuvre , qui fe fit fort heureulement , &
dont elle parut fatisf.ite.
De là la Princeffe fe rendit à l'Eglife Cathédrale
de S. André , elle fut reçue à la Porte par M. l'Ar
chevêque de Bordeaux , qui la complimenta à la
SEPTEMBRE. 1739 2313
rète de fon Clergé . Enfuite elle entendit la Meffe,
& aflifta au Te Deum , qui furent chantés en Mufique.
Les avenues de la Cathédrale étoient bordées
d'une double haye des Troupes Bourg oifes .
L'après midi, la Princeff. alla au Château Trompette,
où elle reçût tous les Honneurs Militaires , &
enfuite à la Comedie , pour voir reprefenter. Le Chevalier
à la mode , fur le Théatre de la nouvelle Salle
que la Ville a fait conftru re, & danslaquelle il y a eu
Bal pendant les trois nuits du séjour de 1 Princeffe .
MADAME le rendit après fon foupé à l'Hôtel des
Fermes , pour y voir les Illuminations du Port. Cer
Hôtel ef compo é d'un Corps de Bátiment fuperbe,
qui forme un des Pavillons d'en oignûre de la Place
Royale , que la Ville a fait conitruire , & dans laquelle
doit être placée la Statue Equeftre du Roy.
La principale face du Bâtiment regarde à Riviere ,&
la Princeffe, qui étoit placée aux Balcons des Fe êtres
de cet Hộ el , parut fort fatisfaite de la beauté
& de l'étendue du Port , que ia multitude prodigieule
d'Illumination , foit des Vaiffeaux , foit des
Maifons de la Ville ou di Fauxbourg des Ceartrous
, ta foit découvrir auffi diftinctement & avec
autant de facilité , qu'en pein jour.
Le Cô eau vis-à- vis cette magnifique Illumina
tion , quo qu'à une diſtance très - conſiderable audelà
du Port , par la réflexion des lumieres dans
l'eau , paroiffoit auffi diftinctement que dans le plus
beau jour ; ce qui formoit un fpectacle auffi agreable
que fingulier.
Pendant la Princeffe fut fur fon balcon , on
que
tira un grande quantité d'Artifice fur le Qua & fur
Je Port.
Le Dimanche 27. MADAME partit vers les dix
heures du matin , au bruit de toute l'artillerie de la
Ville & des Forts , pour te rendre à Caftres ; le
Jurats eurent l'honneur de l'accompagner hors d
2314 MERCURE DE FRANCE
les la Ville , & de la complimenter ; & il a paru par
réponſes de la Princeffe , qu'elle étoit fatisfaite
des foins & des attentions des Jurats , qui pendant
fon séjour à Bo: deaux ont toujours tenu trois
Tables de douze couverts chacune , & n'ont rien
nég igé , foit pour procurer dans la Ville l'abondance
de toutes fortes de vivres , fous les ordres de
M. l'Intendant , foit pour y maintenir le bon ordre
& la Police , dont l'aminiſtration leur eſt confiée ,
comme premiers Juges.
MORT.
E .. Septembre , Dame Jeanne Orry;
Lépoufe de Louis Benigne Berthier , Seigneur de
Sauvigny , ancien Préfident en la cinquiéme Chambre
des Enquêtes du Parlement de Paris , avec lèquel
elle avoit été mariée au mois de Juillet 1708.
mourut en l'Abbaye de Longchamp près de Paris,
âgée d'environ 1. ans , laiffant Louis Jean Berthier
de Sauvigny , Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy , & Intendant de la Généralité de
Moulins , marié le 5. Juin 1736. avec Louiſe Bernarde
Durey , fille de Pierre Durey , Ecuyer ,
Sr d'Harnoncour , Receveur Général des Finances
du Comté de Bourgogne , & de Françoise de la
Marque. La Préfidente Berthier étot foeur germai
ne de Philbert Orry , Comte de Vignory , Ministre
,
& Confeiller d'Etat ordinaire , & au Conſeil
Royal , Contrôleur Général des Finances , & Directeur
Général des Bâtimens du Roy , & fille de feu
Jean Orry , Confeiller- Secretaire du Roy , Préfident
à Mortier du Parlement de Metz , Seigneur
de Vignory , de Fulvy , & de la Chapelle , mort au
mois de Novembre 1719. & de Marie Efmonin , fa
premiere femme.
APROBATION.
' Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le second Vo ume du Mercure de France du mois
de Septembre , & j'ai cru qu'on pouvoit en permettre
L'impression. A Paris , le dix Octobre 1739 .
HARDION.
TABL E.
IECES FUGITIVES. Le Maître d'Ecole ,Conte, 2103
Poqueftion de Droit , & c
Imitation de Milton sur la Lumiere ,
2108
2114
Lettre fur un jetton dont on a donné l'Explication,
2116
Les Oiseaux Disciples du Serin & du Roffignol ,
Fable ,
2126
Lettre fur un Projet au fujet des Antiquités Grec-
2128
ques & Romaines ,
Description d'Hotot , Maifon de Plaiſance , 2138
Mémoire fur la Montre des Officiers du Châtelet
de Paris ,
Maximes en comparaiſon ,
2140
2153
Extrait d'une Lettre sur un Article du Journal de
Trévoux ,
2162
Cantatille 2167
Lettre fur l'Examen du vuide , 2169
Enigine , Logogryphes , &c . 2.176
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX-ARTS,
&c.
3183
Suite des Ouvrages d'André Turnebe , 2184
Memoires de Condé , &c. 2192
Recueil des Causes Célebres , 2195
Recueil de Piéces de Poësies présentées à l'Acadé
mie de Marseille & Prix proposé . &c.
Académie des Jeux Floraux , Prix , & c .
Prix proposé par l'Académie de Chirurgie ,
Pontificale Romanum ,
2197
2199
2204,
2206
Livres nouveaux , arrivés des Pays Errangers , 2207
Médailles antiques , trouvées à Boulogne ,
Queſtion
Academie de Bordeaux , Programme ,
22II
ibid.
2212
Vers à M de Linant , sur le Prix de Poësie , 2213
Estampes colorées ,
Nouvelles Estampes d'après le Brun , & c.
2214
2215
Exposition de Tableaux au Salon du Louvre , 2217
Spectacles , Extrait des Caprices du coeur & de l'esprit
, &c.
Zaide , Reine de Grenade Ballet ,
2127
2236
Theatre François & Italien , les talens à la mode 2245
Nouvelles Etrangeres . Ruffie Allemagne et Hongrie
.
Isle de Corse , Espagne et Naples ,
2247
2255
2266
Portugal , arrivée de la Ducheffe de Cadaval , 2260
Grande Bretagne ,
Fête donnée à Paris pour le Mariage de Madame ,
2267
Relation de ce qui s'est passé en Poitou au Passage
de Madame ,
Suite de la Route de Madame ,
Réception de Madame à Bordeaux ,
Mort , & c.
Errata du I. Vol. de Septembre.
Page 2061. ligne 5. autres , lisez , Antres.
P. 2076. 1. 29. Roneuveaux , l. Roncevaux.
Fantes à corriger dans ce Livre.
Page 2172. ligne 25 qu'il , lisez , qui.
P. 2265. 1. 15. Duches , Ducheffes.
La Planche gravée doit regarder la page
2297
2308
23.09
2314
2277
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
OCTOBRE . 1739 .
GIT IS PAROT
COLLIGIT
Chés
Papillos
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XXXIX .
Avec Aprobation & Privilege du Roy,
LA
AVIS.

'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU Commis an
Mercure , vis - à - vis la Comédie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets caehetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervirde cette voye
pour les faire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
parte de temps , & de les faire porte ur & de
T'heure à la Pofte , ou aux Meſſageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS,
Chaitr
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
OCTOBRE. 1739 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
EPITRE DE PAULINE, Epouse
de Seneque , à Néron , lorsqu'il eut fait
mourir ce Philosophe.
L
Isez , Prince , ces traits que j'ai gravés
pour vous
Offriront à vos yeux un spectacle bien
doux
Vous vous plaisez à voir les pleurs d'un misérable,
Chaque trait vous peindra le malheur qui m'accable;
Vous pourrez, en voyant l'excès de ma douleur ,
A ij Jouir
2316 MERCURE DE FRANCE
Jouir du doux plaisir d'en être seul l'Auteur.
Mon Epoux, par votre ordre, en ce moment expire,
Vous sçavez qu'il étoit l'apui de votre Empire ;
La veuve pourroit- elle oser vous demander
Une grace qu'on peut aisément accorder ?
Elle n'espere pas , que touché de ses larmes ,
Vous daigniez partager ses mortelles allarmes.
Votre coeur insensible aux droits de l'amitié ,
Scait encor moins , Seigneur , s'attendrir par pitié.
Un coeur tendre sçait seul, quelle douleur extrême
On ressent quand la mort enleve ce qu'on aime.
Ce que je vous demande est plus aisé pour vous ,
C'est de me réunir à mon fidele Epoux.
Nous avons toujours eu des sentimens semblables,
Tous les deux innocents , ou tous les deux coupables.
Pourquoi nous voulez -vous traiter differemment ?
Hâtez ma mort , ma vie est mon plus grand tourment
;
Les soins que mon Epoux a pris de votre Enfance,
Sans doute , exigeroient cette reconnoissance ;
Mais ce que ne pourroit un Tyran par bonté ,
Ne le peut- il pas faire au moins par cruauté ?
carnage
Quoi , de tous vos Parens le sang & le
Auroit-il pû , Seigneur , assouvir votre rage ?
Vous disiez autrefois , quel plaisir, si ma main
'Pouvoit verser le sang de tout le Genre humain !
Les effets ont suivi ces terribles menaces ;
Par
OCTOBRE . 1739 231
Par tout de vos fureurs on reconnoît les traces .
Achevez , rendez - vous digne de votre nom ,
Faire des malheureux , est l'emploi de Néron .
Songez que dans l'excès du chagrin qui m'opprime
Je pourrois à vos coups ravir une victime.
Barbare , hâtez-vous , profitez des instans ,
L'excès de ma douleur me donne peu de temps.
Ne souffrez pas qu'à Rome un innocent périsse ,
Que vous n'ayez vous-même ordonné son suplice.
,
DON fait au Roy Louis XIV. par
Hypolite de Bethune Comte de Selles ;
Marquis de Chabris , &c . Chevalier de ses
Ordres , Chevalier d'Honneur de la Reine ,
Conseiller d'Etat d'Epée , &c. d'une Biblio.
theque de Manuscrits Originaux d'Histoire
& de Politique , &c . qui interessent particulierement
la France .
DEP
Epuis ce que nous avons dit en passant
du Don fait au feu Roy , d'une Bibliotheque
de Manuscrits Originaux par le Comte
de Bethune , de Selles , à l'occasion de la
Mort de la Dame Comtesse de Rouville , sa
Fille , plusieurs Personnes qui s'attachent à
l'Histoire Litteraire du Royaume, peu instruites
sur ce Fait important, nous ont prié, tant en
A iij
leur
2318 MERCURE DE FRANCE
leur nom , qu'en celui du Public , de leur
donner là- dessus les éclaircissemens nécessaires.
Nous nous sommes d'autant plus portés
à les satisfaire , que ces sortes de Sujets
sont tout- à-fait du Ressort de ce Journal ,
& qu'on n'a point encore vû cette matiere
traitée dans le détail , & avec l'exactitude
qu'elle mérite.
Pour nous en acquiter dignement & avec
une entiere connoissance de cause ,nous avons
crû devoir remonter à la source , & raporter
les Pieces authentiques & originales, qui , en
instruisant tout d'un coup nos Lecteurs , seront
en même-temps les preuves les plus solides
qu'on puisse donner du Fait Litteraire
que nous nous sommes engagés à traiter.
Nous
commencerons par les Lettres Patentes
du Roy , adressées à Mrs de la Chambre
des Comptes , par lesquelles S. M. accepte
le Don du Comte de Bethune , lui .
rend toute la justice qui lui est duë , & veut
bien entrer dans des détails , qui sont ici
d'une grande conséquence.
LOUIS , par la Grace de Dieu , Roy de
France & de Navarre , à tous présens & à
venir , Salut. La mémoire des recommandables
services qu'à rendus à la France sous les
Regnes des Rois Henry III . Henry IV. surnommé
le GRAND , & Louis XIII.
notre très - honoré Seigneur & Pere , le feu
Sr
OCTOBRE. 1739. 2315
› Sr Comte de Bethune , de Selles & de Charost
, Chevalier de nos Ordres , Gouverneur
de la Personne de notre très- cher & très - amé
Oncle le Duc d'Orleans , second Fils du Roy
Henry le Grand , Premier Gentilhomme de
sa Chambre , Sur- Intendant de sa Maison ,
& Lieutenant de sa Compagnie des Gendarmes
, Lieutenant de Roy en Bretagne , Chef
du Conseil des Dépêches Etrangeres , & le
plus ancien Conseiller d'Etat , l'ayant été cinquante-
six ans , lesquels services ont signale
son zele , sa prudence & sa capacité , tant
par ses diverses Ambassades Ordinaires &
Extraordinaires à Rome , Venise , Savoye ,
en Allemagne, Angleterre , Ecosse, & autres
grands Emplois dont il a été honoré , notamment
celui qu'il eut dans le Royaume
d'une si particuliere confiance , par l'envoi
vers la Reine Marie de Médicis, notre Grand' .
Mere , s'étant retirée de Blois à Angoulême,'
en l'année 1619. lesquels l'ont occupé presque
toute sa vie , ne nous doit pas être moins
agréable que ses laborieux & utiles soins
que marque le Recueil de très- grand nombre
de Manuscrits Originaux qu'il a laissés ,
montant à 2000. Volumes & plus , & que
notre amé & féal Chevalier de nos Ordres
& Chevalier d'Honneur de la Reine , notre
très - chere Epouse & Compagne, le Sr Comte
de Bethune , son Fils aîné , nous a suplié
A iiij vouloir
2320 MERCURE DE FRANCE
vouloir accepter. Comme c'est une recher
che & un travail de soixante & dix années ,
bien avancé par le Pere , amplifié & achevé
par le Fils , & que la dignité & rareté des
Matieres dont il est rempli , a donné sujet
aux Princes Etrangers , de lui en faire proposer
le transport hors le Royaume , avec des
avantages qu'un autre moins zelé , génereux
& fidele que lui , eût pû n'en être pas seulement
tenté , mais les eût volontiers acceptés
, il a crû auffi qu'un Ouvrage de cette
nature & de cette importance , devoit être
conservé en son entier , & que pour empêcher
qu'après sa mort il ne fût divisé par ses
héritiers en autant de portions qu'il y aura de
têtes au partage de ses biens , ces Manuscrits
devoient être unis & incorporés aux autres
Piéces rares de notre Couronne , & mis dans
notre Château du Louvre , pour y être gar
dés à perpétuité , ensemble les Tableaux
Originaux & Crayons des plus excellens
Peintres d'Italie & de France , anciens &
modernes , les Statues & les Bustes antiques
de Marbre & de Bronze , dont il a voulu
augmenter son Présent , pour les avoir jugés
dignes de notre curiosité , & d'avoir place
parmi nos autresRaretés ; ces nobles sentimens
étant des effets du zele & de l'amour qu'il a
pour nous, & pour perpétuer le nom qu'il porte
, nous avons crû ne pouvoir lui donner
une
OCTOBRE . 1739 2321.
une plus particuliere marque de notre bienveillance
, & de la considération que nous
avons pour tout ce qui le touche , qu'en
aprouvant & recevant ce qu'il désire , sans
néanmoins avoir voulu consentir à la résolution
qu'il avoit prise , & dont il nous avoit
instamment supplié de faire ôter de ces Volumes
Manuscrits les Armes de sa Maison ;
pour y faire mettre les Nôtres , ce que nous
lui avons expressément défendu , pour ne
pas ôter à la Posterité , la particuliere connoissance
de celui à qui notre Couronne
est obligée du Don , qui nous en a été fait
& aux Rois nos Successcurs : NOUS , POUR
CES CAUSES , & pour perpétuer le souvenir
de l'action si honnête que fait ledit Sr Comte
de Bethune , son affection si véritable &
si particuliere à notre Personne , à notre service
, & à l'honneur qui est dû à ce grand &
si curieux travail , Avons dit & déclaré , disons
& déclarons par ces Présentes , signées
de notre main & fait contre-signer par le Sécretaire
de nos Commandemens , ayant le
Département de notre Maison , que nous
avons accepté & acceptons de bon coeur le
Présent qu'il nous a fait des Manuscrits Originaux
en deux mille Volumes & plus , des
Tableaux Originaux & Crayons aussi des
plus excellens Peintres d'Italie & de France ,
anciens & modernes , & des Statues & Bus-
A v tes
2322 MERCURE DE FRANCE
tes de Marbre & de Bronze antiques , &
dont ledit Sr de Bethune s'est obligé de nous
fournir les Inventaires en forme dans un an ,
pour être le tout incorporé & mis , sçavoir
les Volumes Manuscrits en la garde de qui il
nous plaira ordonner , comme aussi les Statuës
& Bustes de Marbre & de Bronze antiques
, au bas desquels ceux qui les auront en
garde , certifieront le reçû des choses y mentionnées
, pour nous en répondre & pour
nous les représenter toutes les fois que nous
leur commanderons , sans que rien puiffe en
être vendu ni donné par nous ni nos Successeurs
, pour quelque cause que ce puiffe être ,
attendu que nous les avons déclarés de la nature
des autres Meubles de notre Couronne ,
& que nous ne les avons acceptés qu'à cette
condition. SI DONNONS EN MANDEMENT
à nos Amés & Féaux les Gens tenant notre
Chambre des Comptes à Paris › que ces
Présentes il ayent à faire enregistrer , & tenir
la main que ce qu'elles contiennent soit inviolablement
gardé & observé , car tel est
notre plaisir, & afin que ce soit chose ferme
& stable à toujours , nous avons fait mettre
notre Scel à ces Présentes , sauf en autres
choses notre droit & l'autrui en toutes >
DONNE' à Paris au mois de Décembre l'an
de grace mil six cent soixante-trois & de notre
Regne le vingt- uniéme , Signé LOUIS,
&
DRE 1739 • 2323
& sur le Repli , PAR LE ROY ; de Guene
gaud , Visa , Seguier. Pour servir aux Lettres
Patentes portant l'acceptation par le Roy
du Don fait à Sa Majesté par le Comte de
Bethune , d'un nombre de Manuscrits , Tableaux
, Crayons & Ouvrages de Sculpture ,
scellées du grand Sceau de Cire verte , sur
Lacs de Soye rouge & verte. Et à côté du
Visa est écrit , Registrées en la Chambre des
Comptes , oui & ce requerant le Procureur
Géneral du Roy , pour avoir lieu & être
executées selon leur forme & teneur , à la
charge que lesdits Manuscrits , Tableaux
Crayons , Statues & Bustes tiendront lieu
de Meubles de la Couronne , & que copies
des Inventaires , signées dudit Sr Comte de
Bethune , & certifiées de celui qui en aura
charge , seront mises & déposées au Greffe
de la Chambre , pour y avoir recours quand
besoin sera. Ce dixiéme Janvier mil six cent
soixante-quatre , Signé , Richer.
Suivent deux Arrêts en parchemin , de la
Chambre des Comptes , rendus au sujet dé
l'Enregistrement des Lettres Patentes cidessus.
!
VEUpar la Chambre les Lettres Patentes
du Roy , données à Paris au mois de Decembre
dernier , signées LOUIS , & sur le
reply , par le Roy de GUENEGAUD & scellée
, par lesquelles & pour les causes &
A vj
consi2344
MEN
UE FRANCE
,
2
considerations y contenuës , Sa Majesté a dit
& déclaré , qu'Elle a accepté de bon coeur
le présent qui lui a été fait par le Sieur Comte
de Bethune , Chevalier de ses Ordres & Chevalier
d'Honneur de la Reine , des Manuscripts
Originaux en deux mille Volumes &
plus , des Tableaux originaux & Crayons des
plus excellens Peintres d'Italie & de France ,
anciens & modernes , & des Statues & Bustes
de Marbre & de Bronze antiques , &
dont ledit Sieur Comte de Bethune s'est
obligé de fournir les Inventaires en forme ,
dans un an , pour être le tout incorporé &
mis , sçavoir les Volumes de Manuscripts en
la garde de qui il plaira à Sa Majesté ordonner
, comme aussi lesdits Tableaux , Statues
& Bustes , au bas desquels ceux qui les auront
en garde certiffieront le reçû des choses
y mentionnées , pour en répondre & les représenter
toutes les fois que Sadite Majesté
jeur commandera , sans que rien en puisse
être ôté, vendu ni donné , pour quelque cause
que ce puisse être , attendu qu'Elle les a
déclarées de la nature des autres meubles de
sa Couronne , & qu'Elle ne les a acceptés
qu'à cette condition , comme plus au long
le contiennent lesdites Lettres , Conclusions
du Procureur Genéral du Roy & tout Consideré
LA CHAMBRE a ordonné & ordonne
lesdites Lettres estre registrées pour avoir
>
lieu ,
OCTOBRE. 1739. 2325
lieu , & estre executées selon leur forme &
teneur , à la charge que lesdits Manuscrits,
Tableaux , Crayons , Statues & Bustes tiendront
lieu de meubles de la Couronne , &
que copies des Inventaires , signées dudit
Sieur Comte de Bethune , & certiffiées de
celui qui en aura la charge , seront mises &
deposées au Greffe de la Chambre , pour y
avoir recours quand besoin sera. Fait le Dixiéme
Janvier Mil six cens soixante quatre ;
Collationné , Extrait des Registres de la
Chambre des Comptes , Signé Richer.
}
Ce Jour Le Procureur Général venû au
Bureau , à présenté les Lettres d'acceptation
du Don fait au Roy par le Sr Comte de Bethune
de plusieurs Manuscripts originaux de
Lettres , Traités , & autres Actes , & a remonstré
que ce present est de telle consideration
, qu'il est obligé d'en faire cognoistre
l'importance à la Chambre & de lui dire
qu'il est d'autant plus digne d'un si grand
Monarque , qu'il y peut trouver de quoi satisfaire
son Esprit & sa curiosité dans la connoissance
genérale & particuliere des Affaires
de son Royaume , puisqu'il contient en
plus de deux mille Volumes originaux , tous
les Secrets de l'Etat & de la Politique depuis
quatre cent tant d'années , Aussi a - t'il esté
envié & recherché par des Têtes couronnées
avec des offres fort advantageuses audit Sr.
Comte
2326 MERCURE DE FRANCE
Comte de Bethune , dont il n'a pas esté ten
té , bien loin d'avoir voulu s'en prévaloir ,
jugeant assés d'ailleurs qu'il n'estoit deub
qu'au Roy seul , à qui il a esté si agréable ,
qu'il en a voulu laisser des marques éternelles
à la Posterité . ayant desiré que les Registres
de la Chambre fussent dépositaires de la
gratitude & générosité d'un Subjet qui a fait
une action si honneste & si louable , c'est
pourquoi il estimoit que la Chambre , se
conformant en ce rencontre aux intentions
dù Roy , ordonneroit avec joye & avec Eloge
en faveur d'une Personne du merite & de
la Naissance de Monsieur le Comte de Bethune
, que les Lettres seroient régistrées ;
ainsi qu'il le requeroit, après quoi ledit Procureur
Genéral , retiré LA CHAMBRE ayant
mis l'affaire en deliberation A ORDONNE ' lesdites
Lettres estre registrées , comme il est
porté par l'Arrest de cedit jour dixiéme Janvier
Mil six cent soixante quatre , Extrait des
Registres du Plumitif de la Chambre des
Comptes , Signé Richer.
Au reste , toutes les Expeditions qu'on
vient de raporter , copiées sur les Originaux,
ne sont que l'execution de ce qui s'étoit
passé , dit & arrêté peu de temps auparavant
entre le Roy & M. le Comte de Bethune ,
dans la Visite dont ce Grand Prince voulut
bien l'honorer à son Hôtel , Cloître S. Thomas
OCTOBRE. 1739. 2327
mas du Louvre , étant au Lit malade , de la
maladie dont il mourut. C'est en cette occasion
que le Comte de Bethune , touché d'une
nouvelle marque si distinguée des bontés
du Roy son Maître , sentit croître en lui le
desir qu'il avoit toujours eû de donner à Sa
Majesté , & à tous les Rois ses Successeurs ,
la plus noble & la plus précieuse Portion de
son heritage ; & nous sçavons que le Roy ne
se retira point d'auprès de l'Illustre Malade ,
que cette grande Affaire n'eût été consom →
mée par l'acceptation du Don en question ,
& par l'engagement de la Parole Royale sur
ce sujet.
Il nous reste à raporter sommairement
l'Instruction que nous avons prise à la Bibliotheque
du Roy , pour ce qui concerne
les Manuscrits , faisant la principale partie du
Don en question.
c'est ain- Les Manuscrits de BETHUNE
si qu'on les nomme dans la Bibliotheque
Royale , sont divisés en deux Classes. Les
uns sont Historiques & Politiques en même
temps. Les autres traitent de diverses matieres.
Ceux de la premiere Classe , font dans la
Bibliotheque de S. M. un Corps d'onze cent
soixante & quinze Volumes , depuis le N °.
8422 , jusqu'au Nº. 9597.
Ceux de la seconde Classe sont dispersés
dans
2328 MERCURE DE FRANCE
dans toutes les matieres , ou tous les genres
de Litterature , qui forment le Corps de la
Bibliotheque Royale. Il y en a aussi quelques-
uns dans les Recueils d'Estampes &
de Desseins , qui sont dans la même Bibliotheque.
que
Voici ce que contiennent en général les
Manuscrits Historico - Politiques. Ce sont
des Lettres , Actes , Traités , Contracts, &c.
tous originaux , qui concernent particulierement
l'Histoire de France , depuis le Regne
de Philipe de Valois , jusqu'à la Majorité du
feu Roy Louis XIV. Ce qu'il y a de plus
curieux dans ce grand Recueil , sont les Lettres
originales des Rois & Princes du Sang ,
la plupart très interessantes , & qui servent
à éclaircir ou des Points d'Histoire , ou le
Droit Public.
On y trouve surtout , les Négociations des
Ambassadeurs , & notamment celles de Philipe
de Bethune , qui a passé presque toute sa
vie en diverses Ambassades des plus importantes.
Tous les Volumes qui forment ensemble
les deux Classes de Manuscrits , dont on vient
de parler , sont in -folio , bien reliés en trèsbeau
Maroquin du Levant ; & chaque Volume
est orné des Armes de la Maison de Bethune
, que le Roy défendit expressément
d'ôter , comme il est dit dans les Lettres
Patentes.
Le
OCTOBRE. 1739 2325
Le Pere le Long , de l'Oratoire , a parlé
de ces Manuscrits , avec quelque détail , dans
sa Bibliotheque des Historiens de France. Le
P. de Montfaucon ne s'y est pas arrêté en
particulier , dans le second Volume de son
grand Ouvrage Bibliotheca Bibliothecarum ,
où il parle de la Bibliotheque de Sa Majesté.
On aprend enfin dans le troisiéme Tome
'des Preuves de l'Histoire de Paris & c . par les
Peres Felibien & Lobineau , que les Lettres
Patentes , ci-devant énoncées , & enregistrées
à la Chambre des Comptes , furent
aussi enregistrées au Parlement ,
suivant
l'Arrêt raporté dans le même Volume des
Preuves de l'Hiftoire de Paris , ( page 197. )
Cet Arrêt est du 4. Janvier 1664. & sert de
preuve à ce qui est dit très- sommairement
du Don fait au Roy par le Comte de Bethune
dans le second Volume de cette Histoire
, (page 1493 , ) à l'occasion de la Bi
bliotheque de S. M.
Nous ne sçaurions terminer ce que nous
avions à dire au sujet du Don fait au Roy, de la
Bibliotheque de Manuscrits originaux du
Comte de Bethune,d'une maniere plus conve
nable,qu'en ajoûtant l'Eloge de l'Illustre SeigneurPhilipe
deBethune , sonPere,lequel pour
avoir projetté, commencé & beaucoup avancé
ce précieux Recueil , en doit être regardé
comme
2230 MERCURE DE FRANCE
comme le premier Auteur. Cet Eloge , déja
touché dans les Lettres Patentes du feu Roy ,
se trouve parfait & entierement fini dans le
Bref authentique d'un grand Papé , que nous
allons raporter , & dont l'Original nous a
été communiqué par les mêmes Personnes
respectables , qui ont bien voulu nous mettre
entre les mains les autres Piéces originales
, dont nous venons de rendre compte au
Public.
URBANUS PAPA VIII.
Charissime in Chrifto , Fili noster, Salutem.
Si Romam Nobili Viro Bethunio Oratoriplau
dentem audire posset Majestas tua , gauderet
planè tam insigni omnium ordinum benevolentia
in Urbe , Nationum Patriâ , coli Gallici nominis
gloriam. Profectò Ille ita prudentia artes
munivit studio pietatis ,ut palàm docuerit Christianissimi
Regis negotiafoeliciter curaripropugnatione
Ecclesiastica Authoritatis , Quarè prameritus
patrocinium Omn potentis , in cujus
manu sunt corda regnantium , creditur isthic
uberes etiam percepturus è Regali beneficentia
fructus virtutum suarum : Certè non modo Pontificiis
sed publicis etiam votis annuet Majestas
tua,dum tanti Viri senectut.m meritorum magis
magnitudine , quam annorum numero venerabilem,
iis decorabit solatii ;, que illus riafaventis
Regis beneficia habeantur. Hic certè si cateri
OCTOBRE. 1739 233
>
teri Oratores imitatione prudentiffimi Bethunii
erudiantur , fatebimur augeri nobis gaudia decora
Nationibus. Planè dum auspiciis , ductuque
Majestatis tue triumphantes Galli cornua
perduellis impietatis in patrio Regno confringerent
, Minister tuus in hac Religionis arce ita
populares suos in officio continuit , ut à subditis
Regis Christianiffimi peti possent in Urbe exempla
modestia. Complectimur brachiis Apoſtolica
Charitatis Oratorem hunc Româ decedentem
, & quem sine ' comeatu Pontificii amoris
planè ampliffimo isthùc reverti non patimur
ab eo perferri volumus honorificum hoc Judicii
nostri publici plausus testimonium. Testari
Ille poterit Charitatis Apostolica magnitudinem
in Majestatem tuam, & Regnatricem Gallia- ·
rum Domum , cujus triumphis cupimus accedere
in presenti Bellorum procellâ , Pacem Italia
tibi gloriosam , Nobis salutarem ; ac Majestati
tua Paternam benedictionem amantiffimè impartimur.
Datum Rome apud S. Mariam Majorem
, die vigefimo Maii 1630. Pontificatus
Nostri annô septimô ; Signat. Joannes Ciampolus.
,
Nous ne pourrions enfin omettre,sans injus
tice, l'Evenement mémorable , auquel Philipe
de Bethune, ce grand Amateur de la Vertu &
des Lettres a eû tant de part. Nous voulons
parler ici de l'Erection et de l'Etabliffement de
la Congregation des Bénedictins de S. Maur;
en
2332 MERCURE DE FRANCE
en France , dont les suites ont été si heureuses
, si favorables à la Religion , & à la plus
solide Litterature : mais Etablissement si fort
traversé par de grandes & longues contradictions
, qu'il ne fallut pas moins pour en
venir à bout , que le zele d'un pieux &
puissant Roy , & le génie superieur d'un Ministre
des plus éclairés , des plus religieux &
des plus propres pour conduire & pour ter
miner avec succès une Affaire si importante.
C'est ce que fit Philippe de Bethune dans le
temps de sa derniere Ambassade Extraordinaire
à Rome , dont l'Epoque est marquée
par le Bref d'Urbain VIII . que nous venons
de raporter
.
La reconnoissance de cette Illustre Con
gregation,a été égale au service que ce grand
Homme rendit alors à la Religion , & aux
Benedictins de S. Maur en particulier . On
peut assûrer que sa memoire sera toujours
parmi eux dans une singuliere véneration .
C'est sans doute cette juste reconnoissance
qui a donné lieu au Monument qui se voit à
l'Abbaye S. Germain des Prés , dans l'apartement
du R. P. Genéral ; sçavoir un grand Tableau
, & d'une bonne main , dans lequel sont
représentés les premiers Peres Bénedictins de
S. Maur , aux pieds du Pape , recevant la
Bulle de confirmation, &c. & Philippe de Bethune
qui les présente au S. Pere .
Philippe
OCTOBRE 1739. 2333
Philipe de Bethune mourut plein d'années,'
de mérite , & de gloire , le .
4649. âgé de 84. ans .

DE SENE PODAGRO
ET BIBAGE
.
-T'Entatum podagrá Senem vacerram ;
Nec vini tamen abstinentiorem ,
Visens Archigenes : Amice , dixit ,
Cado
parcere , si sapis , memento ;
Fons est ille tuus unicus podagra.
Audivit placide Senex monentem ?
Et grates , specie probantis , egit.
Verùm poft aliquot dies reversus
Ad agrumMedicus , scyphos ut illum
Vertentem reperit meraciores
Heu ! quidfacis ? inquit , at vacerra
Fentem sicco mea, ut vides , podagra.
t
Par M. de la Monnoyo !
TRADUCTION
.
CHés Soulot , vieux Bûveur attaqué de la Goute ,
Alla jadis un Médecin ;
Mon cher ami , dit-il , dit-il , écoute :
Veux2334
MERCURE DE FRANCE
Veux-tu guérir ? Oui , sans doute ,
Répond le Biberon ; c'eft bien là mon deffein .
Tant mieux , reprend Purgon , lui touchant dans la
maio ,
C,à promets-moi de mieux tremper ton vin ;
Aux discours des Gourmets ne prête plus l'oreille ,
Et sois certain que la Bouteille
Eft la source du mal qui cause ton chagrin,
A ces mots le Gouteux , docile en aparence ,
Fait semblant de goûter la severe ordonnance ,
Et déclare la guerre au doux Jus du Raisin.
Mais peu de jours après le Docteur vénérable
Va voir notre malade ; il le surprend à Table
Parmi les Verres & les Pots ,
Quoi , dit- il , eft-ce là cet homme si traitable
Qui parut faire cas de mes sages propos ?
Ton erreur , Insensé , ne peut être durable ;
Hélas ! je plains ton sørt fatal .
Tout doux, répond Soulot, je me porte à merveille,
Votre sçavoir eft sans égal ,
Et vous m'avez apris qu'en vuidant ma Bouteille ,
Je taris la source du Mal.
M. Ricaud, de Marseille,
SUITE
OCTOBRE. 1739: 2335
SUITE de l'Essai d'un Traité Historique
de la Croix de N. S. JESUS- CHRIST.
N
VI. Partie.
Ous avons vû dans la Ve Partie de cet
Essa , imprimée dans le II. Volume
du Mercure du mois de Decembre 1738.
p. 2778 , que selon le P. Morin , de l'Oratoire,
dans son Histoire de la Délivrance de l'Eglise
par l'Empereur Constantin, &c. il y eut deux
Eglises , distinctes l'une de l'autre , bâties
dans la Ville de Jérusalem , par les ordres de
Constantin ; & que selon M. de Tillemont ,
Tome VII . des Mémoires pour servir à l'Histoire
de l'Eglise , Art. V. page 10. & Note
IV. sur sainte Helene , à la fin du même Tome
, page 640. tous les Edifices dont il est
parlé dans Eusebe & dans les autres Auteurs,
construits à Jérusalem , ne faisoient qu'une
seule & même Eglise . Sur quoi nous avons
observé que le sentiment de M. de Tillemont
ne s'accorde point avec celui des Chrétiens
Orientaux , dequoi il y a une preuve précise ,
que j'ai raportée ,
Depuis , cherchant à m'instruire , & à
éclaircir encore davantage ce Fait particulier ,
qui m'a parû interessant par raport à mon
Projet & à la verité historique , j'ai ajoûté à
mes
2337 MERCURE DE FRANCE
mes premieres connoissances , celles dont je
vais rendre un compte sommaire , avant que
de passer
à l'Article de la Dédicace de la
même Eglise , que j'ai déja annoncée , faite
par les Peres du Concile de Tyr.
D'abord j'ai été surpris de trouver que
M. de Valois , après avoir traduit l'Endroit
d'Eusebe dans les termes que j'ai raportés
qui marquent qu'il y eût deux Eglises édifiées
à Jerusalem par les ordres de Constantin
; je suis surpris , dis- je , que cet Interprete
d'Eusebe ,, peu d'accord avec lui - même
, ou déterminé par d'autres motifs , se
soit avisé d'écrire ensuite tout le contraire
de ce qui se trouve dans l'Auteur original ; &,
ce qui me paroît plus étrange , c'est qu'il
cite ce même Auteur pour garant du sentiment
qu'il a embrassé sur le Fait en question.
- Entendons là - dessus M. de Valois luimême
, dans une Lettre écrite à un de ses
Amis , laquelle se trouve imprimée à la fin
de ses Notes sur l'Histoire Ecclesiastique
d'Eusebe , page 304. de l'Edition de Paris ,
1659.
HENRICI Valefi Epiftola ad Amicum de
Anaftafi Martyrio Hierosolymitano.
» Quæris à me quid sentiam tum de Num-
» mo Paschalini in quo ANACTACIC nomen
inscriptum est , tum de loco S. Hie-.
» ronymi
1
OCTOBRE. 1739. 2337
ubi
» ronymi in Epistolâ ad Pammachium ,
» dicit : Cum de Anastasi pergeretis ad Cru
» cem , &c. in quorum interpretatione cum
» Jacobum Sirmondum , & Joannem Tris-
» tannum dissentire videas , meam de hac
» Quæstione sententiam requirendam pu̟-
» tasti.
ود
ود
ود
ود
""
>
Optime quidem , ut solet , Jacob . Sir-
» mondus ANACTACIN in illo Paschalini
Nummo , Templum esse docuit Sepulchro
Domini superstructum. Sed quod idem
» ait in triplici Nummo, p . 9. Constantinum
Magnum diversis in locis duas Basilicas
» erexisse unam in loco Passionis quæ
Martyrium & Crux dicta est , alteram in
» loco Resurrectionis quæ Anastasis & Do-
» minicum dicebatur ; in hoc assentiri non
" possum. Unicam enim Basilicam à Cons-
» tantino Magno Hierosolymis ædificatam
prodit Eusebius tum in Oratione de Lau-
» dibus Constantini p. 466. tum in Libro
» III. & IV . de ejus Vita. Cui consentit Auc-
» tor Itinerarii Hierosolymitani , qui iisdem
» ferè temporibus scripfit , quibus Eusebius,
Idib. Decemb . 1650 .
Cette Lettre bien examinée , m'a fait pas
ser de la surprise à la reconnoissance , je suis
en effet obligé d'avouer que M. de Valois
me rend ici un service important , sans lui
j'aurois B
2338 MERCURE DE FRANCE
j'aurois peut-être longtemps ignoré , qu'une
Médaille Grecque, avec l'Inscription ANACTACIC
, Resurrection , laquelle regarde précisément
l'Eglise bâtie sur le S. Sepulchre ,
a été autrefois le sujet d'une conteftation Litteraire
entre le sçavant P. Sirmond & Jean
Tristan de S. Amant , Antiquaire de réputa
tion ; contestation qui se renouvelle aujourd'hui
dans l'Ouvrage que j'ai entrepris : cela
me donnera lieu d'examiner à montour cette
Médaille , & de voir ce qui a été écrit de
part & d'autre sur ce sujet , sans blier le
Passage de S. Jerôme , que j'avois déja vû
discuté dans le Pere Morin , & le fond qu'on
peut faire sur l'autorité de l'Auteur du Voyage
de Jerusalem , que cite M. de Valois en
faveur de son sentiment.
Le desir d'avancer dans mon Entreprise ;
ne me permet pas d'entrer , quant à présent
dans cette discussion ; je me contenterai de
raporter ici , par provision , la Réponse du
R. P. Tournemine , à l'Eclaircissement que
j'ai cû l'honneur de lui demander , au sujet
du P. Sirmond , ne sçachant pas dans lequel
de ses Ouvrages ce grand Homme , à l'occasion
de la Médaille Grecque mentionnée cidessus
, s'est déclaré pour le sentiment de
deux Eglises construites à Jerusalem, par les
ordres de l'Empereur Constantin.
» Le P. Sirmond , m'écrit le P. Tournemine
ܕ
OCTOBRE . 1739. 2339
"
mine, dans sa Lettre du 9. Mars 1739 ,n'a
parlé des deux Eglises de Jerusalem , que
» dans le premier Article d'un petit Livre ,
» intitulé Triplex Nummus & c. Il y prouve
و د
solidement l'opinion que vous suivez. M.
» de Valois a voulu la combattre , mais sans
» succès. Il change le Texte des Auteurs
» il en donne de nouvelles Traductions ; &
après tous ces Artifices , les Auteurs mê-
» me , altérés , comme il lui plaît , décident
» contre lui ; & il est obligé de convenir ,
» qu'y avoit à l'endroit de la Resurrection,
» un Edifice sacré , qu'il appelle Adicula
» que cet Edifice sacré étoit séparé du Martyrium
de quatre-vingt pas , & qu'on les
» avoit rejoints par des Portiques. N'est - ce
» pas convenir de la distinction des deux
» Eglises ?
ر و
و د
Je n'aurois plus rien à ajoûter ici sur ce
sujet , si je n'avois pas sçû que M. D. G.
Auteur d'un Traité sur la Priere publique ,
a composé un autre Ouvrage de pieté , intitulé
Explication du Mystere de la Passion
de Notre Seigneur J. C. suivant la Concorde,
&c. Que cet Ouvrage a été publié en plusieurs
Volumes , dont deux portent pour
Titre le Tombeau de J. C. ou Explication du
Mystere de la Sepulture,&c. imprimés à Bruxelles
en 1731. & 1732. C'est dans la seconde
Partie, qui fait le dernier de ces deux
Bij Tomes
1
2340 MERCURE
DE FRANCE
Tomès que l'Auteur , chap . VII . p. 110. a
entrepris d'éclaircir. Si Constantin nefit bâtir
qu'une Eglise à Jerusalem , ou s'il en fit bâtir
trois , comme l'ont prétendu quelques Auteurs.
Tel eft le Titre de ce Chapitre , que j'ai lû
avec toute l'attention possible ; & voici ce
que je crois pouvoir en dire.
ger
k
En premier lieu , PAuteur me paroît chand'abord
l'état de la Question , qui consiste
précisément à sçavoir , s'il y eût une ou
deux Eglises bâties dans Jerusalem par les
ordres de Constantin ; une troisiéme Eglise ,
dont il ne s'agit pas ici , embarasse cette
Question , & peut augmenter les difficultés.
2º. Je conviens , à quelques égards , avec
cet Auteur , que la question bien aprofondie
, se réduit presque à une dispute de
mots. Mais je ne conviens pas que les diférens
noms donnés aux Edifices de Constantin
; noms qui , comme je l'ai dit ailleurs ,
ont jetté de la confusion sur cette matiere
; je ne conviens pas , dis - je , avec lui ,
que ces noms marquent seulement les diférentes
Parties d'une même Basilique , & les
différens raports aux Mysteres qu'on a cu
deffein d'y honorer , ou , comme il s'exprime
dans la suite . » C'est une feule & même
Eglise , qui est tout à la fois l'Eglise du
Calvaire , de la Croix , du Sepulcre & de
"" la
OCTOBRE. 1739 : · 2341
»Résurrection , &c. ce que je ne sçaurois
encore une fois , me persuader , malgré toutes
les authorités qu'il cite , & qu'il croit lui
être favorables.
3°. Le même Auteur a senti la difficulté
de concilier le Passage de S. Jerôme , dont
j'ai parlé ci-devant , avec son opinion. Ce
S. Docteur , dans sa Lettre à Pammaque , la
LXI . du II . Tome, s'exprime ainsi à l'égard de
Jean,Evêque de Jerusalem, & de S. Epiphane :
Cum de Anastasi pergeretis ad Crucem. Si l'Eglise
de la Résurrection , ou l'Anastasie, étoit la
même que celle de la Croix
celle de la Croix , comment ces
Prélats alloient ils de l'une à l'autre ? C'est
aussi l'objection que se fait M. D. G. & qu'il
ne pousse pas aussi loin qu'on le pourroit.
» La Réponse , dit-il tout de suite , n'est
pas difficile . Il y avoit dans une même
Eglise un Lieu destiné à honorer là Résur-
» rection de J. C. , & ce Lieu étoit celui du
» S. Sepulchre ; & il y en avoit un autre
» consacré à l'honneur de la Croix , & c'é-
» toit le Calvaire : on alloit de l'un de ces
» Lieux à l'autre ; & l'intervale pouvoit être
» long , puisque l'Eglise qui les renfermoit ,
» étoit , selon , Eusebe , d'une très - grande
» étenduë .
و د
Voilà une Reponse tirée du Systême de
l'Auteur , qu'il répete pour la troisiéme fois ,
mais qui ne satisfait pas à la véritable diffi-
B iij culté,
2342 MERCURE DE FRANCE
culté , qui résulte du Passage de S. Jerôme
Eusebe , il est vrai , dit que Constantin fic
bâtir sur le Lieu du S. Sepulchre, une Basili
que d'une étendue immense , mais il ne dit
pas qu'il ne fit élever que cet Edifice ; bien
loin de le dire , il ajoûte tout de suité , qu'il
fit aussi construire un Bâtiment sacré en
l'honneur de la Sainte Croix : Ad Locum
Dominici Sepulchri Basilicam immensa ampliiudinis
, & Ædem sacram in honorem sanctæ .
Crucis , omni magnificentia genere exornavit.
M. D. G. lui- même , reçoit & a employé
cette interpretation fidele du Texte Grec
d'Eusebe ; mais loin d'y voir la réfutation
'de son sentiment , en reconnoissant qu'il est
parlé là de deux Edifices distincts Fun de
T'autre , il s'en sert pour apuyer sa Réponse ,
que nous venons de voir au Passage formel
de S. Jerôme , qui établit la duplicité & la
distinction des Bâtimens dont il s'agit ici.
que
Cependant une chose louable dans cet Aureur
, & qui fait honneur à sa bonne foi ,
c'est que malgré la prévention où il paroît
être sur ce sujet , il ne diffimule point une
forte objection qu'on lui peut faire , & qui
ruine son sentiment .
On peut objecter à cela dit- il , ce que
le saint Moine Antiochus écrivoit du rétablissement
des Eglises que les Perses avoient
brûlées à Jerusalem , au temps de Gosroës
&
OCTOBRE. 1739. 2345
& d'Heraclius ; car ces Eglises étoient , sans
doute , celles que Constantin avoit fait bâtir
; & il paroît que celles du Calvaire , de la
Résurrection , & de la Croix , étoient differentes
; car après avoir donné de grandes
louanges à Modefte , qui tenoit la place de
Zacharie , Evêque de Jerusalem , retenu dans
les liens par les Perses , il ajoûte ce qui
suit.
» Il s'aplique avec tout le foin poffible à
» relever les Temples de notre Sauveur J.C.
» que le feu des Barbares a réduits en cendres
, & ces Temples font ceux du Saint
» Calvaire , de la fainte Réfurrection , de la
» vénerable Croix , à qui tout honneur est
» dû , de l'Eglife qui eft la Mere des autres
Eglifes , & de celle de la fainte Afcenfion ,
qu'il rebârit, depuis les fondemens .
"
"

Il n'y a aucune difficulté , continuë M.
D. G. fur l'Eglife bâtie fur le Mont de Sion
qu'Antiochus apelle la Mere des Eglifes , ni
fur l'Eglife bâtie fur le Mont des Oliviers ,
que la distance des Lieux sépare des autres;
mais il n'y a rien qui oblige à faire trois Egli
fes differentes de celles du Calvaire , de la
Résurrection , & de la Croix , parce que la
Basilique bâtie par Conftantin , comprenoit
tous ces Sanctuaires particuliers , &c.
* Il a raison de dire , la distance des Lieux,le Mont
deSion et le Mont des Oliviers étant hors de la Ville,&c.
Biiij J'ai
2344 MERCURE DE FRANCE
J'ai déja dit que l'objection que nous ve →
nons de voir & que M. D. G. n'a point diffi
mulée , eft forte ; mais ne diffimulons point
auffi que sa Réponse à cette objection , tirée
du témoignage formel d'un Auteur irréprochable
, eft bien foible , si on peut apeller
Réponse , ce que l'Auteur a déja dit & répeté
; si on peut , dis-je , donner pour solution
ce qui eft le sujet même de la queſtion
& de la difficulté , comme fait ici notre dévot
Auteur.
»
Pour apuyer cependant la foiblesse de cette
Réponſe , il ajoûte ces paroles : » Et certainement
il eût été très - difficile que dans
» l'intervale du Calvaire au Sepulchre , qui
» étoit fort borné , & qu'un ancien Itineraire,
( Itinerarium Burdigalense , seu Jeroso-
» limit . ) réduit à quatre- vingt pas , ou à un
jet de pierre , on cût pû bâtir trois grandes
Eglifes entierement séparées.
39
وو
ود
"
M. de Valois avoit déja cité ce même Itimeraire
dans fa Lettre Latine , ci - devant raportée
, pour fortifier son sentiment , contraire
à celui du P. Sirmond , fur le même
sujet ; ajoûtant que l'Auteur de cet Itineraire, `
vivoit prefque du temps d'Eusebe , qui , selon
Valois , ne parle que d'une feule Eglife
bâtie fous Conftantin dans Jerufalem.
Voyons si cet Itineraire peut être ici de
quelque authorité . Premierement , nulle
preuve
OCTOBRE. 1739. 2345
preuve que l'Auteur en queftion fût prefque
contemporain d'Eusebe. Les meilleurs Critiques
le placent au contraire dans le VI . siécle
: mais , quel que soit cet Auteur , & en
quelque siècle du Chriftianifme qu'il ait vécu
, on ne peut pas lire ce qu'il a écrit de la
Ville de Jerusalem , terme & principal sujet
de fon Itineraire , fans s'apercevoir qu'il erre
prefque à chaque ligne de fon Difcours , où
l'on trouve un excès de crédulité , & un défaut
de Critique , des plus marqués .
Il n'étoit pas encore entré dans la Ville
Sainte , qu'il nous parle d'une Fontaine dans
laquelle une femme n'a qu'à fe laver pour
devenir enceinte ; & tout de fuite , il a vû
aux environs de Sichem les mêmes Platanes
que planta le Patriarche Jacob , &c.
Entré dans Jerusalem , il dit qu'il y a deux
grandes Pifcines aux côté du Temple ( ad
latus Templi ) bâties par Salomon. Plus avant
dans la Ville , il y a , ajoûte - t - il , deux autres
Pifcines à cinq Portiques , nommées
Bethsaida , où les Malades de plusieurs années
, étoient guéris. Il nous parle ensuite
d'une Tour fort élevée , laquelle , felon fon
Difcours , extrêmement embroüillé en cet
endroit , feroit tout enſemble un reſte du
Temple & du Palais de Salomon ; c'est-là
qu'on voit même , felon lui , la chambre où
ce grand Roy écrivit fon Livre DE LA SAGESSE :
Bv Ibi
2346 MERCURE DE FRANCE
'
Ibi etiam constat cubiculus in quo sedit , 5
Sapientiam conscripsits avec cette circonstance
admirable , que le toit ou la couverture
de cette chambre étoit tout d'une piece , &
faite d'une feule & même pierre.
,
Je reviens au Temple de Salomon , dont
il falloit , felon notre Auteur , qu'il y eût encore
de grands reftes , s'il étoit vrai , commé
il le dit , que sur un Marbre placé vis- à- vis
de l'Autel , on voyoit encore le sang de Zacharie
aussi frais comme si on venoit de le
répandre : In marmore ante Aram sanguinem
Zacharia ibi dicas bodie fusum. Ensuite il
nous parle de deux Statues de l'Empereur
Hadrien ,que l'on voyoit encore , fans compter
la Maifon d'Ezechias , Roy de Juda , la
Pifcine de Siloë avec ses quatre Portiques , &
enfin cette merveilleufe Fontaine , qui coule
régulierement pendant six jours & six nuits ,
& qui au feptième jour fe repofe , gardant le
Sabbath entier , & ne coulant ni le jour , ni
la nuit.
Dans la même Ville on monte au Mont de
Sion , ( ce sont encore les termés de l'Auteur
, ) & on y voit les vestiges de la Maiſon
de Caiphe. La Colomne de la Flagellation de
J. C. s'y trouve encore . C'est dans l'enceinte
des Murs de Sion qu'on voit le Lieu où le
Palais de David étoit bâti ; mais de sept Synagogues
qu'il y avoit autrefois , il n'en refte
plus
OCTOBRE. 1739: 2347,
plus qu'une , &c. En fortant de l'enceinte
du Mont de Sion , en tirant vers la Porte que
l'Auteur apelle Neapolitanam , on trouve
dans l'Endroit qu'il désigne , certains Murs,
restés de la Maifon de Pilate.
C'est par cette belle Topographie et sî
bien arrangée , que l'Auteur de l'Itineraire
nous mene au Calvaire & au S. Sepulchre
&c. mais il est bon de l'entendre lui - même
fur ce fujet , qui fait ici notre principale attention.
A finiftrâ autem parte est Monticulus Golgotha
, ubi Dominus crucifixus est. Inde quasi
ad lapidem missum est Crypta ubi Corpus ejus
positumfuit & tertiâ die refurrexit. Ibidem modojussu
Constantini Imperatoris Basilica facta
est , id est Dominicum mira pulchritudinis ,
habens ad latus Exceptoria,unde aqua levatur,
& Balneum à tergo, ubi Infantes lavantur.
Dans la suite de fon Narré , en parlant du
Mont des Oliviers , il nous fait remarquer
une Pierre posée à l'endroit , où Judas Iscariote
trahit JESUS - CHRIST. A droite de ce
Mont , continue- t- il , est encore le Palmier,
dont la Jeunesse de Jerusalem coupa des
branches & des rameaux pour en joncher le
chemin devant le Sauveur , &c. Deux Monumens
se préfentent peu loin de là , lef
quels , dit l'Auteur , font d'une admirable
beauté ; dans l'un repofe le Prophete Ifaïe ,
В vj
&
2348 MERCURE DE FRANCE
& dans l'autre , Ezechias , Roy des Juifs.
Revenant fur le Mont des Oliviers , où le
Sauveur a , dit-il , inftruit fes Apôtres, il parle
en deux mots de la Basilique qui y fut bâtie
par les ordres de Conftantin. Et à une petite
diſtance , est un petit Mont , Monticulus
fur lequel le Seigneur monta pour prier , &
où Moyse & Elie parurent , ayant avec lui
Pierre & Jean.
Le Voyageur fort enfin de Jerufalem , prenant
le chemin de Jericho . Il trouve fur ce
chemin le même Sycomore , fur lequel le
petit Zachée monta, pour voir J. C. Enfin , à
une diſtance marquée , eft la Fontaine d'Elizée
; autrefois , dit - il , si une femme avoit bû
de cette Eau , elle devenoit fterile.
Il paffe enfuite à Bethleem , Licu de la
Naiffance du Sauveur , remarquant que
Conftantin y fit auffi bâtir une grande Eglife.
Peu loin de Bethléem eft , dit- il , la Fontaine
dans laquelle Philipe baptisa l'Eunuque
Ethiopien , puis le Terebinthe fous lequel
Abraham demeura , auprès duquel il creusa
un Puits , confera avec les Anges , & prit
de la nourriture, Autre Bafilique d'une
grande beauté , bâtie en ce Licu par les ordres
du même Empereur. Du Terebinthe il
nous mene à Cebron , où eft un Monument
quarré , tout conftruit de grandes & belles
pierres , dans lequel furent déposés Abraham
,
OCTOBRE. 17397- 2349
ham , Ifaac , Jacob , Sara , Rebecca , & Lia.
Ainfi finit la Narration, que j'ai abregée, de
l'Auteur inconnu de l'Itineraire en question,'
que j'ai lûe pour la premiere fois , dans le
fecond Tome du * Theatrum Geographia veteris
, &c. de Bertius , imprimé à la suite de
l'Itineraire d'Antonin.
J'ai déja fait fentir l'ignorance , la crédulité
& le défaut de critique de cet Ecrivain. Qui
ne s'étonnera en effet , de lui voir remarquer
à Jerufalem & aux environs , les mêmes
Monumens d'Antiquité , les mêmes chofes
fingulieres qu'on y voyoit avant la totale &
derniere deftruction de cette Ville par Hadrien
, long-temps après l'Empereur Conftantin
, qui y fit bâtir ces grandes Basiliques
dont il ne dit de chacune qu'un mot ?
C'eſt cependant cet Auteur , fur l'authorité
duquel M. de Valois , & enfuite M. D. G. fe
font apuyés , pour foûtenir
que Conftantin
ne fit bâtir qu'un feul Temple
dans l'enceinte
de la Jerufalem
, bâtie depuis Hadrien. Il
eft vrai que l'Auteur
dont nous parlons ne
fait mention
que d'une Bafilique
: mais qui
nous dira qu'il n'a pas omis cette moindre
Eglife , dont Eufebe parke immédiatement
après la grande & très -ample Bafilique
, édifiée
par les ordres du même Conftantin
? Il
a bien omis celle du Mont de Sion , qui eſt
* I. Vol. fol. 1mftelodami
ex Officina Hondii, 1619 .
серсп-
2350 MERCURE DE FRANCE
cependant certaine , en parlant des Temples
que ce premier Empereur Chrétien fit construire
hors des murs de Jerusalem moderne.
C'est , dje , ce grave Auteur , qui , le
premier , a déterminé que , du Calvaire au
Sepulchre du Sauveur , il n'y a qu'un jet de
pierre , ce que les Partifans de cette opinion
ont évalué à quatre- vingt pas. Je conviens
que l'éloignement n'étoit pas considerable ,
mais je ne conviens pas que dans cet Espace,
ou pour mieux dire , fur ces deux Lieux , &
en prenant du terrain aux environs , on n'ait
pû bâtir une grande Bafilique , & une moindre
Eglife tout à la fois , & que ces deux
Edifices ne fuffent diftincts & séparés l'un
de l'autre.
Nous avons à Paris un Exemple en petit ,
mais fenfible , de cette poffibilité dans les
deux Eglises de l'Abbaye de Ste Genevieve
& de la Paroisse de S. Etienne du Mont , lesquelles
sont séparées & diftinctes l'une de
Pautre, & occupent cependant un même terrain
, un espace aussi borné , à proportion
que celui dont on vient de parler.
J'ai dit au commencement que le desir
d'avancer dans mon entreprise , ne me permettoit
pas d'entrer dans certaines discuffions,
c'est dans cet esprit que j'abandonné ici la
critique qu'il y auroit lieu de faire sur plusieurs
OCTOBRE. 1739. 2351
sieurs Articles de la Narration de l'Auteur
anonyme ; me contentant d'observer qu'il y
a tout lieu de croire que c'est d'après lui , &
sur sa foible authorité , que quelques Voyageurs
Modernes de la Terre- Saite ont aprê
té à rire à des Lecteurs intelligens , en nous
donnant des Narrations fabuleuses de toutes
les choses qu'ils ont vûës à Jerusalem &
ailleurs dans la Palestine , lesquelles ne subsistent
plus depuis plusieurs siècles.
On peut mettre à la tête de ces Voyageurs
l'Auteur du BOUQUET SACRE', composé des
Roses du Calvaire , des Lys de Bethleem , des
Jacinthes d'Olivet , & de plusieurs autres rares
& belles Pensées de la Terre Sainte. Par le
R. P. BOUCHER, Mineur Observantin, I. Vol.
8°. Rouen, M. DC. LVI. Ce Livre , bicn
muni d'Aprobations de Théologiens du même
Ordre , contient les choses les plus hardies
& les plus singulieres , dans le genre
que je viens de dire . Je n'en citerai que l'Endroit,
fans rien détailler , ou l'Auteur parle du
Temple de Salomon, L. II . page 210. sous ce
Titre imposant : PEINTURE du Temple de
Salomon , tel qu'il est à présent. On est tout
étonné de voir là , jusqu'où peut aller la simplicité
, l'ignorance , ou la témerité d'un
Ecrivain , qui veut absolument narrer du
Merveilleux aux dépens du bon sens & de la
vérité.
Mais
2354 MERCURE DE FRANCE
& qui revint aisément de son préjugé, en me
donnant le temps de dire , & de soûtenir
par de bonnes Authorités , que l'Eglise du
S. Sepulchre de Jerusalem , qu'en voit aujourd'hui
, quelque belle , grande & magnifique
qu'elle soit , n'est nullement celle , ni
partie de celle , ou de celles que Constantin
fit édifier sur les précieux Monumens de notre
Rédemption.
Ces Edifices primitifs n'ont pas subsité
pendant tant de siécles , comme je le démontrerai
quand l'ordre Chronologique de
mon Ouvrage le demandera , il me suffira
d'observer ici , que cette belle Eglise d'aujourd'hui
, visitée par les Pelerins de Jérusa
lem , n'est pas la premiere , ni même la se
conde de celles qui après la ruine totale des
Edifices de Constantin , ont été bâties , non
pas pour les égaler en grandeur & en magnificence
, mais pour les représenter foiblement
, suivant les differens temps , & suivant
le pouvoir des Princes sous lesquels on
en a fait la dépense.
Il y a cependant lieu de s'étonner que la
plupart des Voyageurs , qui ont été à Jerusalem
, tant ceux dont les Relations sont imprimées,
que les autres, n'ayent point fait làdeffus
le discernement nécessaire
quel il ne faut , ce me semble , qu'une médiocre
Litterature , & le bon sens.
pour
le-
La
OCTOBRE. 1739 : 2355
La derniere de ces Relations imprimécs
qui contiennent l'erreur que je combats ici ,
est toute récente ; nous la devons au R. P.
Jean-Baptiste Labat , qui a publié en 1735 .
les Mémoires du Chevalier d'Arvieux , & c.
homme si versé dans les Langues , dans les
Histoires Orientales , qui a fait d'ailleurs un
si long séjour dans la Palestine , & qui cependant
nous parle comme les autres ,
( Chap. XI. page 117. ) du second Tome
intitulé , De l'Eglise du Saint Sepulchre.
Cette Eglise , dit- il , a été bâtie par
par Sainte Helene
, après qu'elle eût trouvé la Croix de Notre
- Seigneur , &c.
************.
EPITRE Critique à M. de la Bergerie
sur le mauvais goût de la plûpars
des Concerts.
Non , ce ne fut point le fracas
D'une bruyante Simphonie ,
Qui , domptant le Dieu du Trépas ,
Rendit Euridice à la vie.
*
De la Lire les doux accords
Seuls opérerent ce miracle ;
Seuls , du sombre Tyran des morts
Ils triompherent sans obstacle.
Seuls ;
2356 MERCURE DE FRANCE
Seuls , sans autre accompagnement ,
Ils charmerent aussi les Arbres ,
Et trouverent du sentiment
Dans les Rochers & dans les Marbres.
*
D'où nous vient donc ce nouveau goût ,
Judicieux la Bergerie ,
Dont je vois adopter par tout
La fantasque bizarrerie
*
Nos Concerts ne nous touchent plus ;
Si le monstrueux assemblage
De trente Instrumens superflus ,
N'y fait un Bachique tapage.
*
Le caprice y donne la Loi ,
De sa Sphere chacun s'égare.
Cher ami , de grace , dis -moi
D'où nous vient un goût si barbare ?
*
Dans le choix , dans l'assortiment ,
La raison n'est point regardée ;
Et pour l'espace rarement
La proportion est gardée.
Mettre
OCTOBRE. 1739 2357
Mettre une Cloche au Cabinet ,
C'est faire preuve de folie ;
Un Colosse sur un Buffet ,
N'est pas une moindre manie .
*
Je vois pourtant dans un réduit
Non sans une extréme surprise ,
Donner des Concerts , dont le bruit
Etourdiroit dans une Eglise.
He
Et pour les rendre plus nouveaux
S'y joint maint Instrument Champêtre ,
Propre à défier les Echos
A l'ombre d'un Chêne ou d'un Hêtre .
Instrumens grossiers , maladroits ,
De qui le rustique langage
Prouve qu'ils sont faits pour les Bois ,
Et pour les Fêtes de Village .
*
Mortels , si fâchés d'être sourds
Votre sort devient suportable ;
Le goût qui regne de nos jours
Vous prête une main secourable.
Enfia ,
358 MERCURE DE FRANCE

Enfin , grace aux efforts de l'Art ,
Vous pourrez ouir nos merveilles ?
Et ce sera même un hazard ,
Si vous ne bouchez vos oreilles,
C
La précieuse qualité
Perd le droit de nous satisfaire ;
En revanche , la quantité
Trouve le secret de nous plaire.
*
Cette extravagante fureur
Nous viendroit- elle d'Italie ?
Non. En fait de bizarrerie
Le François fut toujours Auteur.
LETTRE de M. l'Abbé Poncy de Neuville,
à M. de **** contre les Faiseurs
V

d'Horoscopes.
Ous m'avez permis , Monsieur , d'entrer
en lice avec vous ; je n'aurai point
recours à la Théologie , nos armes seront éga
les ; c'eft par le seul raisonnement , & le raisonnement
le plus naturel , que je prétens
vous démontrer la vanité des Horoscopes ,
& l'impoſture de ceux qui les tirent ; j'entre
en
OCTOBRE.
1739. 2359
en matiere , daignez m'honorer d'une attention
favorable.
A quoi sont attachées les prédictions de
vos Aftrologues ? à un inftant déterminé qui
fait paroître les Aftres au Ciel dans une certaine
situation , de laquelle dépend la deftinée
de celui , dont ils font l'Horoscope.
Vous dites avec eux que les Aftres sont
l'unique cause des divers évenemens qui doivent
partager votre vie , sans avoir égard au
tempérament que reçut votre corps dans le
point fixe qui acheva sa formation ou qui la
commença ; car si une fois yous y avicz
égard , les Aftres ne seroient plus que des
causes génerales , dont l'influence seroit diverse
, selon la diversité des sujets , comme
l'est celle de la pluye sur les Plantes differenres
d'un Jardin.
Vous ajoûtez que cette cause fatale n'étant
pas simple , mais composée de plusieurs Astres
, qui sont dans un mouvement perpetuel
, elle change d'activité à tout moment ;
comme ceux- ci changent de situation , d'où
vous conclucz qu'il faut étudier chaque instant
de ce mouvement avec un soin trèsgrand
, & une diligence incroyable , mais
aussi, quand vous l'avez rencontré , vous vous
faites fort de me dire tout ce qui doit m'arriver.
Merveille étrange ! sept Planettes & quelques
2360 MERCURE DE FRANCE
ques Etoiles fixes , dont affés souvent la
meilleure partie eft absente ou cachée sous
l'horison , font dans un instant toute ma destinée
. Par tout ailleurs je vois que les causes
matérielles ont besoin de quelque temps
pour agir ; mais les Aftres plus habiles , font
tout dans un moment ; je dis tout ce qui
concerne la durée d'une vie longue & diversifiée
de mille incidens ; car ,enfin , si leur action
se terminoit à un seul effet présent ,
comme seroit , par exemple , la foibleffe ou
la force du corps , je pourrois vous accorder,
pour ne point avoir de querelle avec vous
que, comme le fer qu'on a rougi au feu , prend
la trempe auffi - tôt qu'il eft jetté dans l'eau ,
de même , le corps de l'enfant sortant du
ventre de sa mere , comme d'une fournaise
où il a reçû la chaleur de la vie , prend son
tempérament particulier,auffi -tôt qu'il respire
l'air & qu'ily reçoit l'impreffion des Aftres
qui n'agiffoient pas si librement sur lui , tandis
qu'il étoit renfermé dans son obscure
prison.
Mais en vérité , Monfieur , eft- il croyable ,
qu'à ce premier inſtant les Aftres jettent les
semences de tout ce qui doit lui arriver durant
plufieurs années ? Et fi l'opinion de saint
Thomas eft vraye , qui foûtient qu'après une
vie longue, il ne refte pas une feule partie des
femences qu'on a reçûës de fa mere,il faudra
donc
>
OCTOBRE. 1739. 23611
donc ou que ces influences paffent d'un fujet
à un autre , ou qu'elles foient inutiles à
prédire le temps & le genre de mort .
Je vous croirois peut - être , fi ces Agens
fouverains n'apliquoient leur action qu'à un
feul enfant ; mais puis -je croire qu'une quinzaine
ou une vingtaine d'Aftres foient capables
de faire la deftinée de plufieurs milliers
d'enfans qui viennent en même temps au
monde.
Encore s'ils n'avoient tous que la même
deftinée , mais quand je vois que chacun
d'eux a la fienne particuliere ; quand je vois
que vous voulez qu'au même inftant indivible,
ces mêmes Aftres faffent encore la deftinée
d'une infinité d'Animaux & de Plantes ,
je vous avoue que je suis transporté & que
je ne puis revenir de mon étonnement ; je
sçais bien que l'Arithmétique donne des regles
pour connoître au vrai toutes les conjonctions
poffibles des 23. Lettres de l'Alphabeth
, & qu'elle les porte bien loin, mais
je n'ignore pas qu'elle termine celles des fept
Planetes à 120. qui ne peuvent arriver que
succeffivement , auffi bien que celles qu'ils
ont de temps en temps avec les Etoiles fixes ;
comment donc pouvoir trouver dans une
seule conjonction d'Aftres toutes les conjonctures
qui entrecoupent la vie , non - seulement
d'un homme , mais de tous ceux qui
naiffent C
1
2362 MERCURE DE FRANCE
naiſſent en même - temps en divers endroits
de la Terre ?
Quand même cet inftant de conjonction
entre les Aftres pourroit faire la deſtinée de
plufieurs hommes , votre Aftrologie n'auroit
pas sujet d'en tirer avantage pour l'établissement
de ses prédictions ,
و
Parce que quelque diligence qu'on aporelle
ne sçauroit connoître cet inftant ;
les Horloges ne peuvent rendre un service
bien sûr dans cette occafion.
Les Aftrolabes sont sujets à pluſieurs défauts
qui en rendent affés rare la fabrique
exacte ; outre cela , de mille Horoscopes , à
peine en trouverez-vous quatre , où ce dernier
Inftrument ait été employé , puisque la
plupart ne sont dreffés que sur le raport d'une
femme , qui , quoiqu'elle porte le nom
de ssaaggee ,, ne laiffe d'être sujette
pas sujette à tromper
& à être trompée.
Je veux encore que l'Aftrologue soit dans
P'attente lui-même pour s'en servir, il ne faut
qu'une nuée pour troubler tous ses préparatifs
, ou quelque autre malheur affes ordinaire
& qui eft sans remede, quand il arrive ,
Le Zodiaque a de grands vuides entre les
douze Signes dont il eft marqué ; il ne sçauroit
à chaque moment faire paroître des
Etoiles ; sans elles cependant comment tirer
un parfait Horoscope ?
Le
OCTOBRE. 1739. 2363
Le mouvement de ces Etoiles eft auffi rapide
que l'action de vos plus habiles Aftrologues
eft lente;pour peu de temps qu'ils employent
à les spéculer , elles changent leurs
aspects & conséquemment leurs influences ;
d'où vous infererez aisément que dans cette
suite de momens , tous differemment critiques,
il eft presque impoffible qu'on ne prenne
l'un pour l'autre & qu'on ne laiffe échaper
le véritable.
C'eft ce que Nigidius expliquoit par la
comparaison de la Roue d'un Potier , sur laquelle
on ne peut marquer deux points au
même endroit , avec quelque promptitude
qu'on travaille , fi la roue eft dans le fort de
son mouvement, car après qu'elle sera arrêtée
, on les verra affés éloignés l'un de l'autre .'
C'eſt pour cela que tous les soins qu'on se
donne pour trouver ce moment fatal, se terminent
à un Environ qui les rend inutiles , &
qu'après avoir marqué l'année , le mois , la
semaine , le jour & l'heure de la naiffance ,
on eft contraint de terminer cette gradation,
en disant que cette heure eft avancée d'environ
tant de minutes , ce qui eft la même
de
chose , que fi l'on avoüoit qu'on ne sçauroit
rien dire qui soit propre à établir un Horoscope
, puisqu'il dépend , non - seulement
d'une minute , mais d'un inftant déterminé
qu'il n'eft pas poflible de connoître . Je dis
Cij plus,
,
23 4 MERCURE DE FRANCE
.
-
plus , la connoiffance de ce moment eft, inutile
, fi elle n'eft précedée ou accompagnée
de celle d'un autre qui lui sert comme de
fondement, c'eſt celui de la naiſſance , ou de
la conception de l'enfant.
Le temps précis de la seconde eft fort incertain
, les meres se trompent fort souvent,
& la formation de leur fruit ne se fait pas dans
un inftant.

La connoiffance qu'on peut tirer de la naişsance
, n'eft pas moins incertaine ; les diverses
parties du corps de l'enfant sortent l'une
après l'autre & à divers inftants , & ainfi les
Aftrologues ont tort d'attacher leurs prédictions
à un seul inſtant , qui ne pourroit donner
la deftinée qu'à la tête, puisqu'elle paroît
ordinairement la premiere.
Car de vouloir attendre le moment auquel
P'enfant commence à respirer, c'eft soûmettre
les influences du Ciel à un peu d'air , sans autre
raison que celle d'un caprice opiniâtre .
La tête ne sçauroit trouver toute sa deſtinée
dans le temps qui lui eft affecté, puisque
les deux yeux qui sortent au même instant
qu'elle , en ont une si differente , que
P'un souvent eft clair & sain jusqu'à la
mort , & l'autre eft inutile par quelque accident
, dès le commencement de la vie .
Mais si le premier inftant ne fait pas la destinée
génerale, il n'y a guére d'aparence que
Jes
OCTOBRE. 1739. 2365
les autres soient , ou plus puiffants , ou plus
favorables.
Il y a des Aftres , dites - vous , qui préſident
aux grandes révolutions , & qui en diverses
rencontres , l'emportent sur les influences .
des autres qui ont dominé à la naiffance des
Personnes particulieres.
Ainfi dans un naufrage , les Horoscopes des .
Particuliers , qui portoient que les uns mourroient
par le glaive , les autres par le feu , les
autres dans leur lit , cedent à celui du Vaisseau
qui a un Aftre plus fort. Je vous paffe
cette supofition , mais après cela , comment
vos Docteurs ont - ils l'effronterie de vouloir
rien prédire de certain pour les Particuliers
puisque au même inftant qu'ils s'apliquent à
faire un Horoscope particulier , ils ne sçauroient
étendre leurs pensées jusqu'à la
deſtinée universelle du genre humain , &
quand ils le pourroient , cette connoiffance.
suffiroit- elle pour attacher à l'inftant de la
naiffance d'une personne tous les évenemens
de sa vie , fi en même - temps ils ne devinent
ce que quantité d'autres , dont ils n'ont jamais
eû aucune nouvelle, doivent contribuer
par une libre élection , ou à un évenement
particulier , ou à l'enchainement qui les lie
tous ensemble ? c'eſt ce qui eft évident quand
ils prédisent la Papauté à un homme qui ne
sçauroit y arriver , que par le consentement
de plusieurs autres .
C iij Ce
2366 MERCURE DE FRANCE
Ce n'eft pas tout , il faudroit que tout ce
qui s'eft paffé depuis le commencement du
Monde , eût une connexité de dépendance
particuliere avec l'Horoscope d'un seul, puisque
cette diversité d'évenemens qui partagent
les jours de sa vie , supose les rencontres
de diverses personnes à qui il a affaire ,
& ces personnes ne se trouveroient pas dans
les conjonctures qui produisent ces évenemens
, fi elles n'y avoient été portées par
d'autres qui y ont été succeffivement engagées
par d'autres auffi , & sic processus in infinitum
. Ce que j'ai dit jusqu'à présent suffiroit
pour vous détromper , mais vos Aftrologues
vous en ont imposé & par leurs grands
mots & par leurs expériences . Je vais tâcher
de réfuter les uns & les autres.
Ne vous étonnez point de ces mots pompeusement
farouches , dont ils tâchent de
couvrir les myfteres de leur ignorance .
Ils vous disent que la figure qu'ils tracent
pour faire votre Horoscope , eft la plus augufte
que la Mathématique ait inventée.
parce qu'étant composée de fix cercles qui
se coupent en deux points oposés , elle fait
la division de tout le Ciel en douze Maisons,
entre lesquelles on fait paffer pour la premiere
celle qui étant toute cachée , a commencé
à paroître au moment de votre naiſſance ,
auffi eft- elle nommée la Maison de la vie ,
parce
OCTOBRE. 1739. 2367
parce qu'elle marque la complexion & les
autres accidens du corps.
Celle qui suit s'apelle la Porte de l'Enfer ;
mais sous ce nom effroyable eft cachée l'espérance
des richeffes que vous pourrez acquérir
par votre propre induſtrie.
On donne à la troisiéme le nom de Déeffe;
elle contient tout ce qui concerne les forces
que la Nature vous donnera , les petits voya
ges que vous ferez .
Les autres ont des noms autant & plus extravagans
que ceux -ci.
Après avoir diftribué les Planetes en leurs
Maisons , avec quelques Etoiles des plus illuftres
, vos Aftrologues vous parlent des directions
qui font marcher une Planete ; ils
font retentir bien haut ces mots myſterieux
Dhylee & Dalcochoden , qu'ils n'entendent
pas eux-mêmes.
Sans aller plus loin , il me suffit , Monfieur,'
de vous faire remarquer que cette divifion
du Ciel , plutôt en douze Maisons qu'en
huit , eft un effet de la bizarrerie des Aftrologues
, qui n'ont encore pû s'accorder à
prendre les deux points des intersections de
ces Cercles ou aux Poles du Zodiaque , ou
à ceux de l'Equateur , ou à la section du
Méridien & de l'Horison , & quand même
ils s'accorderoient , toutes leurs remarques
seroient inutiles pour nos Antipodes & pour
C iiij
ceux
2368 MERCURE DE FRANCE
ceux qui habitent sous les Poles, parce qu'ils
n'ont pas les mêmes aparitions des Signes
du Zodiaque & des Planetes que nous avons ;
ainfi la plus belle qualité qu'ait la Science ,
qui eft d'être universelle , manque à l'Aftrologie
, quand elle se sépare de l'Aftronomie,
pour faire bande à part .
Venons aux Expériences ; l'Hiftoire des
Empereurs Romains vous eſt favorable ,
vous m'alleguez avec emphase l'Aftrologue
Spurina , qui marqua à Jules César les Ides
de Mars , commes fatales à sa vie .
Vous m'alleguez Nigidius , qui , faisant
l'Horoscope d'Augufte naiffant , le deftina à
l'Empire du Monde ; l'élevation de Néron
& la mort de sa Mere , toutes deux prédites
& vérifiées par l'effet.
L'Histoire des derniers siécles vous en
fournit deux , que vous avez oubliés ; l'incomparable
Pic de laMirande n'eut point d'autre
réfutation des douze Livres qu'il a écrits
contre les Aftrologues , que la prédiction de
l'année de sa mort , dont l'évenement ne fut
que trop véritable. Je veux bien vous aprendre
encore qu'un Aftrologue ayant prédit à
Galeas , Duc de Milan , qu'un de ses Vaffaux
le tueroit dans une grande affemblée , &
étant forcé de découvrir lui - même ce qu'il
avoit apris de son Horoscope particulier , il
répondit qu'il mourroit aufli en bonne compagnie
OCTOBRE. 1739. 2369
pagnie de la chute d'une poutre ; l'un & l'autre
arriva. Le Duc , pour rendre la prédiction du
Devin fauffe , le fit conduire au gibet, & comme
il paffoit sous une Tour pour aller au Licu
du suplice , une poutre se détacha & l'écrasa ;
le même jour le Duc entrant dans l'Eglise de
S. Etienne , qui étoit pleine de Peuple , à
l'occasion de la Fête du Saint qu'on solemnisoit,
eft poignardé par une main inconnus,
vous triomphez , Monsieur , me voilà cɔnfondu
, dites - vous ; non , Monsieur , car je
vous réponds , après S. Auguſtin.
Premierement , que ces prédictions ne sont
pas les effets de la Science des Aftrologues ,
mais de l'intelligence qu'ils ont très - souvent
avec le Démon , qui ne sçait pas l'avenir ,
Dieu seul le connoît , mais qui fait part de
ses conjectures à ceux qui lui vendent leurs
ames.
Secondement , que la Providence divine
permet quelquefois que les Dérnons rencontrent
en prédisant , pour punir ceux qu'une
longue suite de crimes entraîne à vouloir pénetrer
l'avenir, & qu'enfin elle précipite dans
l'abyme du libertinage ; trompés qu'ils sont
par l'éclat imposant de ses prédictions , qui
ont leur effet , ils quittent la souveraine vérité
& s'abandonnent au pere du mensonge ;
en un mot , Dieu se venge d'eux , en permettant
que ce qu'on leur a prédit arrive , quand
C v
il
2370 MERCURE DE FRANCE
il eft fâcheux , ou en empêchant qu'il n'arrive
quand il eft favorable .
3 °. Que fi le Démon n'a aucune part à ces
prédictions , la seule sagacité naturelle , qui
eft ordinairement accompagnée de beaucoup
d'impudence dans un faiseur d'Horoscope ,
se hazarde aisément à prophetiser , après
qu'elle s'eft inftruite curieusement de l'humeur,
des parens , & de la vie dela
qu'elle prend pour objet.
personne
Navez-vous pas remarqué qu'il eft bien
'difficile de jouer long- temps aux Dez , sans
amener enfin un bon point ; de-même il ne
faut pas s'étonner que parmi un grand nombre
de prédictions fauffes , il s'en trouve
quelques - unes de véritables .
Si tout ce que j'ai l'honneur de vous dire
n'eft pas capable de vous désabuser,avant que
de permettre aux Aftrologues de faire l'Horoscope
de votre vie , faites celui de leur science;
il n'eft pas besoin de consulter les Aſtres,
mais de les consulter sur les Aftres , interrogez
-les sur l'effence de ces Corps lumineux
& en particulier sur celle du Soleil & de la
Lune , qui sont les plus visibles .
Parlez-leur des Macules de l'un & de l'autre
, des Eccentriques & des Epycycles , &
souvenez-vous que le tribut que payoient autrefois
les Aftrologues dans Alexandrie , s'apelloit
le tribut des sots , parce que dit Suidas
,
,
DK E. 1739. 2371
das , reconnus ignorans, ils n'étoient consultés
que par des ignorans .
S'ils sont en état de vous répondre , soyez
persuadé qu'eux-mêmes alors connoiffent fort
bien l'impofture de leurs prédictions , &
qu'ils ne défendent l'Aftrologie que comme
une Mere pauvre tâche de défendre l'honneur
de sa fille , qui la nourrit de ses dé
bauches .
Enfin raisonnez là- deffus comme ce Philosophe
fi chéri de l'Empereur Adrien ; si les
prédictions de vos Aftrologues vous sont favorables
, ou elles seront fauffes & elles vous
tourmenteront en vous faisant attendre un
bien qui n'arrivera jamais ; ou elles seront véritables
& elles vous feront languir dans l'attente
, pour vous ôter la fleur , pour ainfi dire
du plaisir , à l'arrivée du bien attendu .
Si elles vous sont désavantageuses, & qu'elles
soient fauffes , une longue crainte vous
fera autant & plus de mal que le mal même;
si elles sont véritables , vous serez malheureux
en effet, après l'avoir été long -temps en
idée, & concluez de tout ceci que l'incertitude
de l'avenir eft un des grands biens queDieu
ait fait à l'homme ; toutes les richeffes de
Craffus , toute la gloire de Pompée , n'auroit
servi , dit Ciceron , qu'à les affliger davantage,
s'il euffent sçû le genre de mort qui les
attendoit. J'ai l'honneur d'être , & c.
C vj
LET
Į į įį į į į į į $!
LETTRE en Triolets. A Mr Etienne L.
M. N.T. G. N. de Bordeaux.
DEpuis plus de quinze ou vingt jours
Je n'ai de vous aucune Lettre ,
Quoique j'en attende toûjours
Depuis plus de quinze ou vingt jours,
Qui peut interrompre leur cours ?
N'en verrai - je donc point paroître ?
Depuis plus de quinze ou vingt jours
Je n'ai de vous aucune Lettre. '
*
D'en recevoir à tout moment
Je n'ai qu'une vaine eſperance ;
J'attends très-inutilement
D'en recevoir à tout moment :
Un auffi long retardement
Fait foupçonner votre filence ;
D'en recevoir à tout moment
Je n'ai qu'une vaine efperance .
*
Vos Lettres ne paroiffent point ;
J'ai beau chaque jour en attendre ,
Et vous écrire sur ce point ,
Vos Lettres ne paroiffent point.
Mes
OCTOBRE . 1739 2373 1739
Mes doutes s'étendent bien loin ;
A quel motif dois - je m'en prendre ?
Vos Lettres ne paroiffent point ,
J'ai beau chaque jour en attendre.
*
D'aucun mal vous n'étes atteint ;
Je le fçais par mainte Ecriture :
Quoique je l'euffe d'abord craint ,
D'aucun mal vous n'étes atteint.
C'estvotre amitié qui s'éteint ;
Car , ( très- bonne eft ma conjecture )
D'aucun mal vous n'êtes atteint ,
Je le fçais par mainte Ecriture.
*
Mon ſoupçon ne vous fait point tort ;
Ce que je vaux vous en affûre :
Vous fuis-je rien , vivant , ou mort ?
Mon foupçon ne vous fait point tort.
C'eſt à moi de plaindre monfort ;
Pour vous , la consequence eft sûre )
Mon foupçon ne vous fait point tort.
Ce que je vaux vous en affûre.
*
Pour vous faire voir cet Ecrit
J'ai pris une nouvelle route.
Dans le Mercure j'ai tout dit ,
Pour
2374 MERCURE DE FRANCE
Pour vous faire voir cet Ecrit.
G…….. ſe , qui chaque mois le lit ,
Vous en avertira ſans doute :
Pour vous faire voir cet Ecrit
J'ai pris une nouvelle route.
L. P. N. K. V. R. de Bayonne
***that*: 患患患
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Arras , à
M. l'Abbé Le Beuf le 14. Août 1739. par
M. Le Febvre , Vicaire de la Paroisse de
S. Gery, au sujet de la Societé Litteraire de
cette Ville , &c.
Ouffrez , Monsieur que j'ose ajoûter
quelques réflexions à ce qui fait la matiere
des vôtres , inserées dans le premier
Volume du Mercure de Juin de cette année,
sur ce qui regarde le génie des Habitans de
la Ville d'Arras , & quelques particularités
sur cette Ville par raport aux Lettres , & c.
» La Bourgogne , dites- vous , Monsieur ,
" & l'Artois , ont eû trop de raport en-
» semble sous vos derniers Ducs , pour que
» vous regardiez avec des yeux indifferens
-» l'estime ou le mépris qu'on voudroit faire
» des Esprits de cette derniere Province.
Votre Lettre à M. Fenel , Chanoine de l'Eglise
UDNE. 1739. 2375
glise Métropolitaine de Sens , ne laisse apercevoir
aucun doute sur la sincerité de vos
sentimens à cet égard. Nous y voyons avec
une joye que j'aurois peine à vous exprimer ,
toute l'étendue de celle que vous faites éclater
au sujet du nouvel Etablissement de la
Societé Litteraire d'Arras. Les Hommes sçavans
ont toujours paru sensibles à ce qui
peut donner de l'accroissement aux Sciences
, & de la perfection aux beaux Arts .
,
Que de
graces n'avons-nous pas à rendre à
M. de Gouve & à quelque
autre , dont le zele pour leur commune
Patrie se manifeste
d'une maniere
à les mettre à couvert du
soupçon
de flater tant soit peu le portrait
qu'ils viennent
de présenter
au Public ! La
France ignoreroit
encore qu'il y a dans cette
Capitale une Académie
naissante
, s'ils n'avoient
pris soin d'orner de concert son ber
ceau de fleurs artistement
répanduës
.
Ceux qui pensent sainement ne peuvent
cependant se persuader, que jamais le Public
prenne le change à cet égard , & qu'après le
prétendu bannissement des Belles Lettres de
cette Province , Théatre presque continuel
de la Guerre , les Muses proscrites l'ayent
toujours regardée comme leur ennemie capitale
, avec laquelle il n'étoit pas possible d'avoir
la paix , ni d'entretenir aucun commerce
Litteraire.
Par
Parlons sans figure , Monsieur. Je vous
avouë , pour moi qui me pique de franchise ,
que j'aime à la faire éclater dans toutes les
occasions où il s'agit de la gloire de ma Patrie
, & la Lettre que j'ai l'honneur de vous
écrire , en sera une preuve authentique .
و ت
Malgré l'aplication constante des Associés ,
qui honorent l'Enfance de cette Académie
à l'étude de l'Histoire & de la Langue Françoise
, tous conviennent qu'elle est redevable
de ses heureux commencemens , moins
à leurs utiles découvertes , qu'au commerce
poli des honnêtes Gens . C'est une Ecole d'érudition
& de bon goût , où chacun , sans
présider en Maître , peut instruire les autres ,'
& profiter à son tour : où les Dames même ,
peu jalouses du titre flateur de Sçavantes ,
s'expriment d'une façon propre à le mériter ,
avec une aisance , une pureté de langage , &
une délicatesse d'esprit qui ne se ressent nullement
de cette grossiereté Belgique , de cette
Politesse rude , mal aisée & gênante , dont on
nous a fait une si étrange peinture .
On peut sans flaterie , publier comme
vous , Monsieur , qu'il y a actuellement dans
Arras des Esprits très - délicats , & en bon
nombre, comme il y en a eû dans les siècles
passés qu'on y a composé des Livres , &
d'excellens Livres en tout genre de Litterature.
La Bibliotheque seule de l'Abbaye
Royale
OCTOBRE . 1739. 2377
Royale de S. Vaast , conserve une foule de
Monumens antiques , qui sont autant de
témoignages éclatans & durables du profond
sçavoir de leurs Auteurs , presque tous Artésiens.
Théologiens , Philosophes , Jurisconsultes
, Historiographes , Mythologistes,
Orateurs , Poëtes , Traducteurs ; Poëtes ,
enfin , qui ne le cedent point en gentillesse
d'esprit , aux Troubadours de Provence
&c.
Parmi les Sçavans Artésiens , dont je pourrois
faire ici une longue énumeration , jet
choisirai ceux qui ont donné le plus de lustre
à l'Etat Ecclesiastique , par préference aux
autres . Le premier qui s'offre dans nos ( a)
Annales , après la séparation du Siége d'Arras
de celui de Cambrai , qui se fit environ
l'an 1093. est l'Evêque Robert , né à Arras.
Il marcha constamment sur les traces de son
Prédecesseur Lambert , recommandable par
son éminente piété , ainsi que par ses doctes
& excellentes Prédications: Etant Archidiacre
de notre Eglise , il eût le bonheur de
voir de ses propres yeux ( comme il s'exprime
dans sa Lettre au Pape Gelaze II . ) le
Saint Cierge ,.vulgairement apellé la Sainte
Chandelle , que la Bienheureuse Vierge Marie
aporta du Ciel , pour la guérison du Feu
(a ) Gazet , dans son Histoire Ecclesiastique des
Pays-Bas , p. 113.
ardent
2378 MERCURE DE FRANCE
ardent : Quam nostris oculis à Beatiffimâ Virgine
Maria vidimus afferri ; ce sont ses termes
, que certaines raisons , qui pourront se
déveloper dans la suite , m'obligent d'inserer
ici.
J'omets dans la suite des Evêques d'Arras, ·
ceux dont la Patrie ne me paroît pas certaine
, comme Frémaut , Archidiacre d'Ostrevent
, mort en 1186 ; Pontius , aussi Archidiacre
d'Arras , Personnage prudent & affable.
Ce zelé défenseur de l'Immunité Ecclesiastique
, mourut l'an 1231. & il eût pour
Successeur dans l'Episcopat
Asson , auparavant Archidiacre d'Ostrevent
, hatif du Village de Diéval , au Diocèse
d'Arras , homme sçavant & vertueux , qui
par ses doctes & pieuses Prédications , confirma
le Peuple en la Foi Catholique , contre
l'Hérésie des Albigeois. S. Louis érigea de
son temps le Pays d'Artois en Comté , & le
donna pour Apanage à Robert de France
son Frere , en 1236 .
en-
>
Gerard de Dainville , III. ou IV. du nom,
natif d'Artois , d'abord Evêque d'Arras ,
suite de Teroüanne , & enfin de Cambrai ,
que son mérite reconnu , joint à une haute
noblesse , fit passer successivement à ces
trois Siéges. Il déceda à Cambrai l'an 1378 .
Ce saint & sçavant Evêque eût un frere , Archidiacre
d'Ostrevent , Chanoine d'Arras
&
.OCTOBRE. 1739 . 1739 2379
& Conseiller du Roy , lequel fonda le College
de Dainville à Paris , des Biens de cet
Evêque , & d'un autre frere , nommé Jean ,
Grand Ecuyer de France.
Pierre de Ranchicourt , VII . du nom , fils
du Seigneur de Ranchicourt , au Diocèse
d'Arras , Protonotaire Apostolique , fut sacré
Evêque à Rome par le Pape. Il étoit
homme benin & affable , dit notre Auteur ,
prudent & bien avisé. Il gouverna son Evêché
fort sagement l'espace de 36. ans , mais
parmi les troubles & durant les guerres qui
désolerent cette Province , surtout par la
prise & la reprise d'Arras , sous le Regne de
Louis XI. dont nous parlerons bientôt . I
mourut l'an 1499 .
Nous voici arrivés , M. aux Evêques Bourguignons
, qui , successivement avec ceux
d'Arras, ont rempli dignement le Siége d'Arras
, presque l'espace d'un siècle entier. Je
ne pense pas qu'on puisse rien ajoûter à l'Eloge
abregé qu'en fait l'Historicn Gazet ; il
me suffira de le copier fidelement.
» Antoine Perenot , natif de Bourgogne ,
» fut avancé à cet Evêché d'Arras , étant fort
» jeune ; mais il avoit été fort bien dressé aux
» Lettres & en bonnes moeurs. Il étoit d'un
esprit vif ; il devint très- accort & accom
»pli , tant dans l'exercice de sa Charge Pastorale
, que dans le manîment des Affaires
» d'Etat,
"
2380 MERCURE DE FRANCE
» d'Etat. Le Roy Philipe , qui s'étoit servi
» utilement du Pere en son Privé Conseil
» voulut se servir du Fils en la même qualité,
ور
ود
"
s'apercevant qu'il secondoit le Pere en sça-
» voir , en jugement, prudence & conseil, &
>> surtout en vertu & prud'homie ; voire en
» respect de ces belles & insignes qualités ,
» le Pape Pie IV. lui envoya le Chapeau
» rouge de Cardinal. Il fut amateur & fau-
» teur des Gens sçavans & vertueux . « Il
fut depuis Archevêque de Malines , ensuite
établi Viceroi de Naples , de - là apellé au
Grand Conseil de la Cour d'Espagne , dont
il gouverna le Royaume , pendant que Sa
Majesté Catholique alla prendre possession
de celui de Portugal. Il mourut en Espagne.
l'an 1568.
Il eût pour successeur dans l'Evêché d'Ar◄
ras François de Richardot , aussi Bourguignon
de Nation , qu'on peut apeller le Fléchier
de son siécle , habile Théologien. » Il étoit
99
و د
également versé en toutes autres Sciences
» & Disciplines. Il étoit si excellent Orateur ,
» qu'il a éte plusieurs fois requis de haran-
" guer devant les Princes , aux Funerailles
» des Rois , & en diverses Assemblées con-
" siderables , voire au Concile de Trente ,
» avec grande admiration des Assistans ; tant
» il étoit subtil & solide en Doctrine , ner-
» veux en raisons , riche en Sentences , co-
» pieux
OCTOBRE. 1739. 2381
ود
رد
pieux en paroles , poli en son langage , &
grave en actions : mais surtout l'excel-
» lente pieté & vertu qui reluisoit en sa
» vie , rendoit son Oraison persuasive. Il
» fut un des principaux Auteurs & Con-
» ducteurs de l'Erection de l'Université de
» Douay , qu'il honora de plusieurs belles
Harangues. Dans les grands troubles qui
» arriverent l'an 1566 , par ses ferventes Pré-
» dications il entretint son Peuple sous l'obéissance
de son Prince , sans aucun remû-
» ment d'Etat , ni changement de Religion .
Après avoir dignement administré sa Char-
" ge l'espace de 13. ans , Dieu l'apella de
» ce monde l'an 1574. pour le guerdonner au
» Ciel , ayant laissé çà bas , une immortelle
gloire & splendeur de son nom .
:
"
39
ود
On lit ces paroles sur son Epitaphe :
D. Francisco Richardoto Burgundo Atrebatum
Episcopo , Viro in omni Disciplinarum genere
versatissimo ac Concionatori eloquentissimo ,
&'c.
Je vous avoie , M. , que je ne me lasse
point de rassembler ici les Traits merveilleux
qui peuvent le plus contribuer à la gloire de
ces deux grands Hommes ; mais je suis contraint
d'abreger , pour dire un mot de leurs
successeurs en mérite , comme dans l'Episcopat.
Matthien Moulart , Artesien , natif de
S. Mar2382
MERCURE DE FRANCE
S. Martin-lez-Arras , succeda à ce vertueux
& sçavant Prélat. Etant Abbé de S. Guislain ,
en Hainaut , il fut chargé de plusieurs Commissions
honorables, entr'autres, d'une Députation,
ou , comme l'apelle notre Historien ,
d'une Ambassade de la part du Pays , vers Sa
Majesté Catholique , dont il s'acquitta avec
telle dexterité & prudence, que peu de temps
après , il fut élevé à la Dignité Episcopale
du Lieu de sa naissance. Il a fondé un College
dans l'Université de Douay ; il mourut le
2. Juillet 1600 .
Jean du Ploich , ou , comme on prononce
aujourd'hui , du Plouïch , issû d'une noble
Famille d'Aire, en Artois , monta sur le Siége
Episcopal , qu'il ne tint que deux ans, car il
mourut le premier Juillet 1602. » Ses Maî-
» tres jugerent qu'il seroit un grand Person-
» nage , par la vivacité & jugement d'esprit
qu'il fit paroître durant le cours de ses Etudes
, tant en son bas âge , aux Arts Libe-
» raux , que par après, aux plus hautes Sciences.
39
»
Sa réputation s'étant peu à peu répanduë
partout , l'Archiduc Albert l'employa dans
plusieurs Négociations des plus importantes,
par l'assurance qu'il avoit de ses insignes qualités.
Dans une Lettre que ce Prince lui adressa
, lorsqu'il n'étoit encore qu'Archidiacre
& Chanoine de S. Omer , nous le voyons
placé à la tête du Clergé d'Amiens , aussitôt
OCTOBRE. 1739 2383
tôt après la réduction de cette Ville sous l'obéissance
du Roy d'Espagne ; ensuite ,
» avancé à la vacance de quelques Siéges
Episcopaux , & enfin dénommé "
و د
par
les
» Serenissimes Archiducs à celui d'Arras
qu'il accepta par le conseil de ses Amis ,
» & à la sollicitation d'autres graves & ver-
» tueux Personnages.
Son successeur dans l'Episcopat , fut Jean
de Richardot , VII. du nom , natif d'Arras ,
fils de Jean de Richardot Président des
,
,
Conseils d'Etat & Privé de Sa Majesté Catholique
, neveu de François de Richardor ,
aussi Evêque d'Arras , dont je viens de faire
mention. Après avoir heureusement achevé
le cours de ses Etudes dans les plus fameuses
Universités d'Espagne , fut fait à son
retour , Conseiller du Roy Catholique en
son Conseil Privé. Et depuis , les Serenissimes
Archiducs ayant fait preuve de ses rares
qualités , l'envoyerent pour leur Ambassadeur
vers Sa Sainteté , où étant , ils le nommerent
à cet Evêché l'an 1602 , laquelle nomination
fut très agréable au S. Pere , qui la
confirma aussi - tôt . L'an 1609. il fut élû Archevêque
de Cambrai . Je laisse à la Posterité,
ajoûte en finissant l'Historien dont j'extrais
cette suite , à discourir amplement de ses Faits
plus insignes.
Je me suis contenté , M. , de suivre exactement
2384 MERCURE DE FRANCE
tement , ce fidele Historiographe des Pays-
Bas , Curé de Sainte Marie- Magdeleine , Paroisse
de cette Ville , parce qu'il m'a parû
aussi sûr & plus succinct que Meyere dans
ses Annales de Flandres , quoique plus diffus
que * Locrius , autre Curé d'Arras , natif
de Saint Pol , Ville du Comté d'Artois ;
j'aprends qu'un Chanoine de notre Cathédrale
travaille actuellement à traduire ses
Ouvrages , pour les publier dans la suite .
Ajoûterai -je , M. , à l'honneur de ma Province
, que non seulement elle a fourni dans
les cinq & six derniers siécles des Sujets extrêmement
versés dans les belles connoissances,
& qu'un mérite universellement reconnu
, a élevés aux premieres Dignités de l'Eglise
? Mais encore comme si elle en eût
cû un trop grand nombre , qu'elle en a prêté
en quelque sorte aux Provinces voisines ,
pour occuper per leurs Siéges Episcopaux ? Que
les noms de ces sçavans Evêques , nés à Arras
, ne sont - ils connus du Public , comme
ils le sont de vous , Monsieur ! je ne me vèrrois
pas dans l'obligation d'en parler ici. Je
n'en choisis que deux , pour abreger,
Le premier , Evêque de Namur , après
l'érection de cette Ville en Evêché l'an 1569 .
est Anthoine Havet , de l'Ordre S. Domini-
* Son vrai nom étoit de Locre , Curé de S. Nicolas,
sur les Fossés,
que ,
OCTOBRE. 1739 2385
que , Docteur en Théologie , lequel , pour sa
grande science & éloquence , fut volontiers oüi
des Rois & Princes en la Cour , étant Confesseur
& Prédicateur de Marie , Reine de Hongrie
, dit le même Historien.
Neuf ans après , c'est -à- dire , l'an 1578 .
Jean Sarrasin , déja Abbé de S. Vaast , fut
élû , d'une voix unanime , pour Chef de l'Eglise
Métropolitaine de Cambrai , par le vénérable
College de cette Ville , garni d'Hommes
de marques , prudens & experts.
Jeune encore , il fut envoyé par son Abbé
dans les célebres Universités de Paris & de
Louvain ; & c'est spécialement en celle - ci
qu'il montra , ( dit l'Auteur déja cité , ) la
gaillardise de son gentil esprit , par les Oraisons
Latines qu'il eût ès Assemblées publiques.
Desorte que dès- lors il s'acquit beaucoup de
réputation. Il passa ensuite à differentes Prélatures
, où , chargé des Affaires les plus importantes
, il fut plusieurs fois envoyé en
Ambassade , dans les circonstances les plus
hazardeuses , comme Séditions civiles des
Pays- Bas,& Réconciliation des Provinces Belgiques
, dans lesquelles il fit paroître par tant
d'insignes & héroïques Exploits , une maîtresse
experience de toutes choses ; comme aussi une
prudence consommés en conseil. Aussi , en récompense
de ses grands mérites , obtint - il en
sa faveur , par une grace speciale du Pape &
D du
2386 MERCURE DE FRANCE
du Roy Catholique , la réunion des deux
premiers Benefices des Pays Bas ; sçavoir ,
Ï'Abbaye Royale de S. Vaast , avec l'Arche
vêché de Cambrai.
Je passe sous silence les noms des Doctes
'Artesiens , d'un ordre inferieur , soit Ecclésiastiques
, soit Religieux , qui se sont dis
tingués dans la connoissance & par la culture
des beaux Arts ; le grand nombre me
conduiroit trop loin je résiste toutefois à
regret au doux penchant qui nous porte ,
comme malgré nous , à fonder la gloire de
notre Patrie , sur celle que s'acquerent d'il-
Justres Citoyens , sans parler du desir de la
venger d'un injurieux mépris , aisé à se communiquer
, sur le témoignage imposant d'un
Auteur inconnu jusqu'ici , &c. Mais revenons
à notre Societé Litteraire .
On y porte fur des Ouvrages divers un jugement
d'autant plus sain , qu'on n'y est point
dirigé par l'esperance, ni arrêté par la crainte.
La liberté du suffrage n'est pas un des moins
beaux Privileges d'un Pays de Franchise. Insensiblement,
M, je viens à l'endroit de votre
Lettre , dont vous permettez à M, Fenel d'aprofondir
la cause . "Ses réflexions sur ce sujet
vaudroient infiniment mieux que les miennes
, pour répondre à l'attente du Public :
mais son silence me fait présumer qu'il n'est
peut-être pas pourvû des Piéces propres à
Vous
OCTOBRE. 1739 2387.
vous donner l'éclaircissement que vous desirez.
Je vais donc supléer à son défaut, par
l'exposition de Preuves décisives . Ce sont
d'anciennes Chartes , qui sont propres , &
pour ainsi dire , personnelles à cette Provin
ce ; de-là vient que n'ayant point été dépaysées
, ( excusez ce terme ) elles ont échapé à
vos recherches. Je ne sçais même comment
j'ai pû me procurer l'entrée de ce Sanctuaire
impénétrable ; mais que n'osc -t- on point
tenter , & dequoi ne vient- on point à bout ,
dans la vûë de seconder les vôtres , & de dissiper
les nuages qui nous ont tenu cachée
jusqu'ici la véritable origine du nom de
Franchise?
Le premier sens que vous lui donnez , caracterise
parfaitement les Peuples de cette
Contrée , & nous nous en glorifierions aussi
ouvertemeut que les Habitans de votre Province
, si nous n'étions retenus par la crainte
de blesser la délicatesse de certaines Gens,
qui ne voyent pas volontiers qu'on fasse parade
des qualités les plus naturelles.
Il est hors de doute , M. , que ce mot fignifie
dans son origine , Exemption , Affranchissement
, Immunité , &c. Avant que d'en
exposer la Preuve , je crois qu'il ne sera pas
inutile de prévenir le Lecteur sur ce qui y a
donné occasion. Pour cela rapellons brièvement
le triste souvenir des indignités & des
Dij inolen2388
MERCURE DE FRANCE
insolences qui se commirent par les Gens de
Guerre de part & d'autre , ( comme le raporte
l'Historien des Pays- Bas ) durant &
après le Siége d'Arras , où Louis XI. commandoit
en Personne. Elles furent telles de
la
part des Assiegés , qu'elles attirerent l'indignation
du Monarque à un point , qu'il
se crût obligé d'en punir les principaux Auteurs
d'une maniere éclatante , & de condamner
une grande partie des Bourgeois au
bannissement.
Nous aprenons par les Lettres Patentes de
Charles VIII. datées du 13. Janvier 1483 .
portant rétablissement de tous les Bourgeois
de la Ville & Cité d'Arras , qui en avoient
été expulsés sous le Regne précédent , nous
aprenons , dis-je , qu'ils allerent la plûpart,
partagés en diverses Colonies , habiter dans
la Ville de Paris , & en d'autres Villes du
Royaume . Nous voyons même par une
Charte de Louis XI . du mois de Mars 1476 ,
que quelques - uns s'étoient réfugiés ès Pays
de Flandres , & autre part , pour se mettre à
couvert de la colere des nouveaux Conquérans
, & ne point voir de leurs yeux , l'héritage
de leurs Concitoyens bannis , passer en
des mains étrangeres , en devenant l'héritage
de ce grand nombre de Marchands & Gens
mécaniques de tous états , métiers , &c. que ce
Piace , pour dejustes raisons , avoit convoqués
OCTOBRE . 1739. 2389
qués de plusieurs bonnes Villes de son Royaume,
pour les faire peupler & habiter les Ville &
Cité de Franchise , paravant nommées Arras.
( Charte de Louis XI . du mois de Juillet
1481. concernant la Ville d'Arras.
Par cette suite d'expulsions & de bannissemens
volontaires , la Ville d'Arras , si peuplée
sous Philipe , Duc de Bourgogne , tué
à la Bataille de Nancy en 1476 , étoit devenuë
presque déserte . D'ailleurs , trois Chartes
, ou Edits d'abolition , de Louis XI . accordés
presque consécutivement , à l'humble
suplication des Gens des trois Etats des Pays &
Comé d'Artois , & de la Ville d'Arras , font
bien connoître la grandeur des troubles auxquels
tout le Pays étoit en proye ; & de plus ,
toute l'étendue de l'indulgence dont ce
Prince ne se lassoit point d'user envers des
Sujets qui avoient irrité plus d'une fois la sévérité
de sa justice.
Pour obvier à ces inconveniens , & remettre
les choses sur l'ancien pied , en rapellant
les fugitifs , » Le Roy , de sa grace singu-
» liere , accorde d'abord l'abolition générale
» de tous crimes & offenses perpetrés à l'en-
» contre de sa Royale Majesté , à tous ceux
qui se sont mis & se mettront incessam-
» ment sous son obéissance..... Item , le Roy
" a octroyé à tous ceux dudit Pays , & même
de ladite Ville d'Arras , qu'ils puissent
Dij
""
>>
fran2390
MERCURE DE FRANCE
D
ود
franchement retourner à tous leurs hérita →
" ges , &c . Et si aucuns s'étoient retrais ès
Pays de Flandres ou autre part , ils pour-
" ront retourner franchement à tous les biens
» meubles & immeubles en l'état qu'ils sont...
» Item , le Roy a octroyé en outre , que toutes
» les Villes dudit Pays d'Artois , joüiront
» de tous leurs Privileges , Libertés , Franchises
, ainsi qu'ils ont fait le temps passé ,
» & mêniement du temps du bon Duc Philipe
, que Dieu absoille , &c. ( Charte de
Louis XI. du mois de Mars 1476.
و د
Ces trois Chartes ne sont , pour ainsi dire
, que des dispositions prochaines à la substitution
du nom de Franchise à celui d'Arras
. Nous y trouvons cependant le véritable
motif, qui , cinq ans après , porta ce Monarque
à faire le changement qu'il avoit si fort
à coeur , ainsi que le retour de la plupart des
anciens Habitans , qui , de leur côté , s'étoient
expatriés avec peine.
a
Mais voici quelque chose de plus positif.
Dans les Lettres Patentes du même Monarque
, expediées en la Ville de Chartres , au
mois de Juillet 1481. & enregistrées au Parlement
de Paris le 28. Août de la même année.
Après l'exposition de plusieurs beaux &
grands Privileges octroyés aux Habitans des
Ville & Cité de Franchise . Cette Charte est
la vraie Epoque à laquelle on doit raporter
L'origine
ཞ་ ་ OCTOBRE
. 1739. 2391
f'origine de Franchise , ainsi que de divers
Reglemens pour la Police & sûreté de la
Ville ; le tout contenu en soixante & dix Articles
, le 71. est conçû en ces termes :
و ر
LXI.
» Item. En ensuivant nos premieres Ordon-
» nances , & à ce que le nom de nosd . Ville
» & Cité , qui paravant étoient dites , nom-
» mées & apellées les Cité & Ville d'Arras ,
» soit confirmé & confirmant ce qui a été &
" est par nous fait & ordonné , & que à tou-
"jours soit mémoire des grandes Franchises
» & Libertés qu'avons données & octroyées
» à ceux qui habiteront & feront leurs demeures
en nosd . Ville & Cité , Voulons &
» nous plaît que à perpetuité nosd. Ville &
Cité soient nommées & apellées en leur
» nom Franchise , sans que à jamais l'on
» les puisse ou dire par écrit , de bouche , ne
» autrement nommer ou apeller Arras ,
&
39
לכ
lequel nom d'Arras , nous avons suprimé
» & aboli,suprimons & abolissons, & prohi
" bons & deffendons de non jamais nommer,
» ou apeller nosd . Ville & Cité de Franchise,
» par le nom d'Arras , sur peine d'en être
» punis griévement , & lequel nom de Franchise
nous avons imposé & imposons à
" nosd. Ville & Cité , & voulons qu'elles
» soient ainsi écrites , dites , nommées &
apellées à perpetuité.. D iiij Et
2392 MERCURE DE FRANCE
;
>
Et pour qu'il ne reste plus à l'avenir aucu
signe public , qui puisse retracer la mémoire
du nom d'Arras , le Roy veut en
consequence , que dorénavant , à la place
des anciennes Armoiries on substituë
" un Ecu d'Azur semé de Fleurs- de -Lvs
» d'or , & dedans , l'Image de Monsieur
» Saint Denis , très-glorieux Martyr , tenant
» son Chef entre ses deux mains , lesquelles
» Armes seront gravées sur le grand Sceau de
ود
l'Echevinage , avec une F. au milieu , pour
» le Contre- Scel , qui signifie Franchise , &
» deux petits Anges à côté de S. Denis , & c.
» Ordonnant en outre que lesdites Armes
» seront peintes ou élevées au - dessous des
» Armes de France à toutes les Portes des
» Ville & Cité , sans qu'elles puissent être
» muées ne changées dorénavant en quelque
» forme ou maniere, & c.
J'aurois encore , M. , à vous raporter d'autres
Anecdotes assés singulieres , sur ce qui
se passa après la Prise d'Arras , & à l'Entrée
de Louis XI. en cette Ville , dont je ne pense
pas qu'aucun Historien , ni même le P. Daniel
, si exact d'ailleurs , ait jamais fait mention
; mais en voilà bien assés pour cette fois
sur ce sujet. Il me suffit d'avoir fait connoître
par des Preuves authentiques , la véritable
origine du nom de Franchise , & la culture
des Beaux Arts en ce Pays, pendant une
longue suite d'années.. 11
OCTOBRE . -1739 . 2393
Il faut également convenir , que l'Artois a
fourni presque dans tous les temps autant de
bons Esprits , que de bons Soldats. Une
Preuve à laquelle je ne vois point de repli
que , c'est celle que je trouve dans le magnifique
Atlas , grand in folio , en plusieurs Volumes
, imprimés en Hollande , chés Jean
Blaen : Voici en queis termes pompeux il
commence la Description de la Ville d'Arras.
" La puissante & superbe Ville d'Arras
ajoûtée aux Trophées de Louis XIII . Roy
» Très-Chrétien , par Messeigneurs les Ma-
» réchaux de Chaûnes , de Chastillon , & de
la Milleraye , que Blacu consacre à ces
» Illustres Généraux , & à la mémoires des
» Siécles. « Puis il ajoûte :
»
>
Atrebati oriundus bellicosiffimus ille &for
tiffimus Comius , quem in Commentariis suis
tantoperè celebrat Casar. Item magnus ille
Franciscus Balduinus Jurisconsultus excellens,
ن م
complurium in utroque Jure voluminum
Scriptor. Inter Viros illustres Atrebatenses
numerantur etiam Christophorus Assonvillius ,
Dominus Altovilla , Vir insigniter doctus ,
longo rerum usu experientiffimus , Regi per motus
civiles & turbas , utiliffimam sapè navavit
operam. Nicolaus Bornius * Electus Artefia
rare cujusdam eruditionis Vir , Orator & Poëta
cultiffimus. Tum insignis quoque & gravis
* Nicolas le Borgne ..
DY Histo
,
2394 MERCURE DE FRANCE
Hiftoricus Carolus Clusius vir utrâque Lingua
doctiffimus , & in cognitione fimplicium planè
fingularis : quod abundè teftantur egregiè ejus
Scriptajam in lucem emissa. Franciscus Moncans,
Dominus Florevallius & Electus Arthefia,
Vir egregiè doctus , & Scriptis clarus.
Ajoûtons ce que l'un des célebres Professeurs
de Rhétorique du College de Louis
LE GRAND , dit dans une Harangue publique
à la loüange des Peuples de ces Provinces
; que par la constance & l'infatigabilité de
leurs travaux , ils sont très -propres à tirer la
vérité du Puits.
J'ai l'honneur d'être , & c .
**************************
L'INFIDELITE ,
O D E.
DEE mille erreurs source fatale ,
Cruelle fille des Enfers ,
Du poison , que ta bouche exhale
Cesse d'infecter l'Univers.
Assés tes fraudes sacrileges
Ont conduit l'homme dans les pieges
Que lui préparoit ta fureur ;
Il est temps , malgré tes caprices ,
Qu'éloigné du sentier des vices ,
L'amour du vrai guide son coeur.
Non ;
OCTOBRE. 1739. - 2398
Non , la vertu pure & sincere
Dédaigne ces honteux détours ,
Que ton adresse mensongere
Sçait apeller à son secours ;
De cette équitable Déesse
Toujours la rigueur vengeresse
Poursuit les complots odieux.
Jamais la trompeuse imposture ;
Sous le masque de la droiture ,
N'a pû trouver grace à ses yeux.
*
Rempli d'une héroïque audace , (a)
Mitridate dans son malheur ,
Veut-il au fort de sa disgrace ,
Estre de Rome le vainqueur
Sur le rivage du Bosphore ,
La même ardeur qui le devore
A rassemblé tous ses guerriers ,
Il va donc rétablir sa gloire ,
Et dans une illustre victoire ,
Moissonner de nouveaux Lauriers.
of
Mais quelle valeur criminelle ,
Grand Roy , s'opose à tes desseins ?
(a) L'Infidelité dans la guerre , prouvée par la tra
hison de Pharnace contre son Pere Mitridate.
D vj
Тв
2396 MERCURE DE FRANCE
Tu parois ..... un fils infidelle
T'arrête & te livre aux Romains ;
Par ce Rebelle ton Armée
Sur tes dangers trop allarmée ,
N'est plus qu'un corps de révoltés ;
Tu les combats ; leur perfidie
Te voit même en perdant la vie ,
Punir leurs infidélités.
*
Que vois - je ? quel trait parricide (a )
Frape le Chef d'un grand Etat !
Par quelle main de sang avide
Est conduit cet assassinat
Tremble , César , Kome conspire.
L'horreur que ton pouvoir inspire ,
Souleve un peuple d'ennemis ;
Mais au milieu de la tempête ,
Le coup qui tombe sur ta tête
Part du meilleur de tes amis,
*
Ainsi , victime d'un faux zele , (b)
Du devoir étouffant la voix ,
(a) L'Infidelité dans l'amitié , prouvée par la fin
tragique de César.
(b) L'Infidelité aux Loix , prouvée par le meurtre
semmis par l'un des Horaces , en la personne de 50
Soeur .
Vit-On
OCTOBRE. 1739! 2397
Nit-on le Romain infidele
Enfraindre les plus saintes Loix ;
Ainsi la soeur avec le frere ,
Cedant aux feux de la colere ,
Trahirent toute humanité ,
Et pour se permettre des crimes ,
Ils adopterent les maximes
Que dicte l'Infidélité.
*
De cette infernalle Megere ( a )
Comment donc éviter les traits a
L'aimable Reine de Cithere ,
De sa Cour m'offre les atraits ;
J'y cours , j'aime ; déja Thémire
Répond à l'ardeur qu'elle inspire ,
Sa tendresse me rend heureux ;
Ciel ! mon bonheur fuit comme un songe
Et l'Infidelité me plonge
Dans le malheur le plus affreux .
*

Contre ce Monstre impitoyable , (b)
C'est à toi seul que j'ai recours
Hymen , ton flambeau secourable
Fera le bonheur de mes jours ,
(a) L'Infidelité dans l'Amour.
(b) L'Infidelité dans le Mariage.
2398 MERCURE DE FRANCE
A la faveur de sa lumiere ,
Je te suis dans cette carriere ,
Où mes amours sont satisfaits ;
Plaisirs trompeurs ! frivole attente !
L'Infidelité plus puissante ,
Répand son fiel sur tes bienfaits,
*
Arrête , Furie execrable ,
Respecte des feux innocens ;
Mais quoi ! ta fureur implacable
Se plaît à croître mes tourmens ;
Déja par tes efforts séduire ,
Mon ingrate Epouse médite
De trahir nos chastes amours ,
Et pour changer de destinée
M'offre la Coupe empoisonnée ;
Qui tranche le fil de mes jours.
*!
D'un si déplorable ravage , (a)
Mortels , ne nous étonnons plus ,
L'Infidelité dans sa rage ,
Cherche à détruire les vertus ;
En est-ce assés ? non , ses maximes ,
Pour introduire tous les crimes ,
Attaquent le Maître des Cieux ;
(a) L'Infidelité , source de l'Athéisme.
C'est
OCTOBRE . 1739 2399
C'est elle dont l'audace impie
Aprend à traiter de folie ,
L'existance du Dieu des Dieux.
Par M. ** de Toulouse:
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du premier Volume du Mercure de
Septembre , par l'Enigme , Nature , Frons &
Mille. On trouve dans le second Logogryphe
, Fons , Ros , Os ; & dans le troisiéme ,
Ille , & Mel.
Le mot de l'Enigme du second Volume de
Septembre est la Cire d'Espagne ; le premier
Logogryphe doit s'expliquer par ces quatre
Lettres , C , E , N , O , avec lesquelles on
peut composer quatre mots , Cône , Once ,
Nôce , Enoc.
Le second
par Fille, qui renferme Fil , Ile ;
Lie , Fiel , Fi , If. Le troisième par Operateur
, d'où l'on peut tirer les mots suivans ,
sçavoir en sept Lettres , Orateur , en six ,
Europe, en cinq, Poëte, Opera, Erato , Perte,
Pérou , Arete ; en quatre, Peur , Rapt, Rape;
en trois , Eau, Pou , Rat , Rot , Pet ; en deux,
Pô & Or. Et le quatrième par Januarius ,
dans lequel on trouve Janus , Anus , Arius,
Ira , Jus Rus , Via , Navis , Avis , Rivus ,
Janua , Vis , Vas , Asina , Avarus, & Rana.
ENIGME
2400 MERCURE DE FRANCE
j ƒ ƒ ƒ f f f g
ENIGM E.
Toutes choses , Lecteur, peuvent me¨composer ;
Je ne suis fait que pour embarasser ;
Celui qui me donne naissance
Ne me la donne souvent
Qu'assés difficilement ,
Dès que je suis créé , pour certain Lieu de France
On me fait aussi-tôt partir ,
Ou selon mon mérite on me met en usage ,
Et j'ai bien d'autres Lieux encore à parcourir ;
Là, je me trouve en proye au plus cruel outrage,
Là , d'impitoyables Bourreaux ,
Pour faire de mon sein sortir des corps nouveaux ,
Mettent le mien à la torture ;
Mais s'ils sont assés durs que de me déchirer ;
En leur rendant injure pour injure .
'Aussi j'ai le plaisir de les faire enrager ;
Car telle fut de tout temps ma nature.
Par M. P. J. T. V. de Ronen!
Lo
OCTOBRE. 1739 2407
**************************
LOGOGRYPHE.
M Agnanimes guerriers , qui dans toute la Terre
Vous faites admirer par des Exploits si beaux,
C'est moi qui vous anime aux plus rudes assauts ;
Retranchez - moi le col , cette vertu guerriere
Va produire à l'instant le plus cruel des maux .
A
Par le même.
AUTR E.
Ssortiment bizare , quelquefois
D'assés differentes especes ,
De plusieurs touts je fuis un choix ,
Non pas pour faire plusieurs piéces.
Six Elemens , un redoublé ,
Donnant mon nom, dénotent ma nature.
Otez -en deux , le reste point troublé ,
Je vous fervis jadis , Lecteur, de couverture.
6.4. 3. & 7. trifte contagion ;
Mere , pour ton Enfant crains mon infection,
4. 3.7. 5. 2. non ; fans mon miniſtere ,
Un métier des plus bas ne pourroit plus ſe faire;
Du tout une lettre de moins ,
Vous pouvez voir un état domestique ,
Ou bien cette noble rubrique
Que
#402 MERCURE DE FRANCE
Que les bons Cavaliers ont aprise avec foins.
3. 4. 1. 7. toujours à craindre ,
On parle dans Paris de mes tristes effets.
Ici retrancheż 3. car je ne veux rien feindre ;
Cher Lecteur , votre vie eſt un de mes bienfaits.
1. 4. & 3. l'homme juste mérite.
"
Plus 7. un Messager m'a toujours à fa fuite.
Enfin il est aisé d'y furprendre un préfent
Un Sage de la Perfe , un Efprit , une bête ,
Deux côtés avec une tête ,
Et ce que les Vieillards publient rarement.
M
AUTRE.
Es fix lettres mifes de fuite ,
Font le nom d'un Auteur fameux
Par fa vertu , par fon mérite ,
Et que l'on révere en tous lieux :
Mais , ô choſe bien finguliere !
Les mettant d'une autre maniere
Je deviens une paffion ,
Qui toujours trouble la raison ;
Une pierre dure & grisâtre ;
Mot que fouvent prononce un Fat ;
Une Prefqu'Ifle ; un grand Prélat ;
Une Nation idolâtre ;
Ce qu'un bon Pere Capucin
Ne doit point porter dans fa poche :
OCTOBRE. 1739 240
Ce que le fameux Aretin
Chercha fouvent dans fa caboche ;
Un Arbre ; un des quatre Elemens ;
Ce qu'il faut à l'homme fans dents ;
Ville célebre en Italie ;
Autre en France ( qu'on dit jolie ) ;
Objet digne de notre amour ;
Un mot latin , qui fignifie
Ce que Damon , comme Sylvie ,
Le Bourgeois & l'Homme de Cour
Ne pourront éviter un jour ;
Efpece d'Etoffe de soye
Qu'on porte toujours avec joye ,
Quand on apréhende l'Hyver ;
Chés les Turcs un nom refpectable ;
Certaine Fille de la Fable ,
Qui fçut plaire au bon Jupiter ;
Puis deux Notes de la Muſique ,
Avec un Oiseau domeſtique ,
Nom refpecté chés les Anglois ,
Peu fêté chés les Hollandois.
Vouloir en dire davantage ,
Ce feroit n'être guere ſage ;
Je finis donc , mon cher Lecteur ,
Et fuis du meilleur de mon coeur
Votre plus humble ferviteur.
A. R. D. R. P
2404 MERCURE DE FRANCE
LOGOGRYPHU S.
LEctor amans
arcana mibi tu credere amoris
Ne dubita: reddam fida ministeria.
Scinde caput, subitò ante oculos innafcitur arbor
Transfer ex hujus fructibus esse potes .
Tolle caput ventremque meum
>
T
mea cauda superfit.
Hic procul à strepitu regnat amica quies .
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
E Journal des Sçavans , qui avoit été
interrompu depuis le mois de May dernier
, vient d'être continué , au grand contentement
de tous les Gens de Lettres , &
nous aprenons avec beaucoup de satisfaction
qu'on a pris de justes mesures pour l'avenir.
Nous avons lû avec plaisir celui du mois de
Juin , qui commence par un Extrait du
premier Tome d'un Ouvrage des plus importans
& des plus intereffans pour la Nation ;
sçavoir , le grand RECUEIL des Historiens des
Gaules de la France , contenant tout ce qui
a été fait par les Gaulois , & ce qui s'est passé
dans les Gaules avant l'arrivée des François,
plusieurs autres choses qui regardent les François
, depuis leur origine jusqu'à CLOvis . Par
Dom
OCTOBR E. 1739 2405
Dom Martin Bouquet , Prêtre & Religieuse
Benedictin de la Congrégation de S. Maur
Tome I. A Paris , aux dépens des Libraires
Affociés , 1738. Chés Gabriel Martin , J,
Baptiste Coignard, Pierre - Jean Mariette,Hypolite-
Louis Guerin , & Jacques Guerin ,
folio , pp. 882 .
in
Cet Extrait est si ample & si bien fait
qu'il n'y a que le Livre même qui puiffe instruire
plus pleinement , c'eft auffi ce qui nous
dispensera de rendre Compte de ce Livre
dans notre Journal.
Le IV. Volume in folio des Actes des Saints
du mois d'Août , a été publié à Rome & à
Anvers , & on le trouve à Paris chés Debure,
l'aîné. Ce Volume , qui eft le XXXVI . dẹ
la grande Compilation des Bollandiſtes , &
le IV. du mois d'Août ne contient que cinq
jours , le 20. & les 4. suivans. Tout le Monde
sçavant conroît l'Histoire des Acta Sanctorum
, &c. commencée & continuće à Anvers
, & sçait combien on eft redevable aux
veilles & aux travaux des Sçavans & infatigables
Compilateurs ; ce sont aujourd'hui
les RR. PP. Jean Pinius , & Guillaume Cuperus
, de la Compagnie de Jesus , qui coutinuent
d'enrichir le Public d'un trésor si
précieux.
>
Le fieur Mathieu Fabregou , habile Botaniste
& Démonstrateur , vient de donner fon
III.
2406 MERCURE DE FRANCE
III. Vol. de la Descriptiption des Plantes , qui
naissent ou se renouvellent aux Environs de
Paris , avec leurs usages dans la Médecine
dans les Arts. L'Auteur soutient dans ce
nouveau Tome , qu'il n'y a point de Plantes
Hermaphrodites , ni mâles , ni femelles.
Le IV . Tome est sous Presse.
Debure l'aîné va imprimer incessamment
La Vie de Philipe , Roi de Macédoine , com
posée par feu M. Olivier , de Marseille , de
'Académie des Belles- Lettres , déja connu
par plusieurs Ouvrages de goût & d'érudi
tion.
LES VIES des Hommes illustres de la
France , depuis le commencement de la Monarchie
jusqu'à present , par M. d'Auvigny
6. vol. 8°.AAmsterdam, & se vendent à Paris
chés le Gras , Grand Salle du Palais , à l'L
couronnée. M. DCC . XXXIX . Le Titre seul de
ce Livre , qui est d'ailleurs bien écrit , annonce
quelque chose de curieux & d'intéressant
; nous nous promettons d'en rendre
incessamment un compte éxact.
Antoine Ristori , Libraire à Florence , a
imprimé le premier volume d'un bel Ouvrage
sur les anciens Sceaux , dont il parle
de la maniere qui suit , dans une feuille volante
, qui nous est tombée entre les mains.
» Essa é una illustrazione erudita di molti ,
» & molti Sigilli antichi che ha preſo á fare
il
OCTOBRE. 1739:
2407
il sign. Domenico Maria Manni , Accade-
» mico Fiorentino , e Lettore di Lingua Tof-
» cana nel Seminario Archiepifcopale di Firenze
: Opera affolutamente necessaria ,
❤ non che utile per l'Illustrazione , per l'Am
» pliazione , & per la Correzione di molti
» İstorici della noſtra Italia....... 1. Sigilli
» fono de' Secoli - bassi , & sono di Monar-
" chi , & di Principi , Ecclesiastici , o Seco-
» lari , di Chiese di Vefcovi , di Commu
nita , di Persone , che hanno avuto Giuris
dizione , di Notai , di Famigli , & percio
» l'opera e intitolata OSSERVAZIONI Istoriche
» sopra alcuni antichi Sigilli. Sona quest'Odistributa
in vari Tomi in 4° in buona
» pera
>> Carta , & c ..
>
Le Libraire ajoûte que les Gravûres des
Sceaux , des Vignettes , & d'autres Ornemens
enrichiront cet Ouvrage , & que
ceux qui voudront souscrire pour l'acquerir ,
en payeront un tiers de moins , que les autres
Acheteurs &c. On trouvera le prix , & les
conditions dans le Prospectus , qui a été envoyé
chez les Libraires des principales Villes
de l'Europe.
ESSAI DE PHYSIQUE , par M. Pierre Van
Muffchenbroek , Profeffeur de Philofophie &
de Mathématiques à Utrecht , avec une Def
cription de nouvelles fortes de Machines
Pneuma
2408 MERCURE DE FRANCE
Pneumatiques , & un Recueil d'Expériences,
par M. J. V. M. traduit du Hollandois par
M. Pierre Maffuet , Docteur en Médecine .
2. Vol. in-4° . avec beaucoup de Planches
& de Figures. A Leyden , chés Samuël Luchtmans
, 1739.
,
ABREGE' de l'Anatomie du Corps Humain,
où l'on donne une Defcription courte
& exacte des parties qui le compofent , avec
leurs ufages , par M. Chirurgien Juré
à Paris. Seconde Edition , augmentée de
quelques Obfervations , dont les unes regardent
l'Anatomie , & les autres la Chirurgie.
A Paris , chés P. G. le Mercier , ruë
S. Jacques , au Livre d'Or. 2. Vol. in - 12 .
1739.
EXPLICATION de divers Monumens finguliers
, qui ont raport à la Religion des
plus anciens Peuples , avec l'Examen de la
derniere Edition des Ouvrages de S. Jerôme,
& un Traité fur l'Aftrologie Judiciaire . Ouvrage
enrichi de Figures en Taille Douce ;
par le R. P. Dom ***. Religieux Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur. 1. Vol .
in-4°. 1739. A Paris , chés Lambert , &
Durand , rue S. Jacques.
HISTOIRE ROMAINE depuis la Fondation
de
OCTOBRE: 17398 2409
de Rome jufqu'à la Bataille d'Actium , c'eſtà-
dire , jufqu'à la fin de la République . Par
M. Rollin , Ancien Recteur de l'Univerfité
de Paris , Profeffeur d'Eloquence Royal , &
Affocié à l'Académie des Infcriptions & Belles
Lettres. Tome fecond , à Paris , chés la
Veuve Etienne , Libraire , ruë S. Jacques ,
à la Vertu , 1739 .
EXAMEN & REFUTATION des Elémens
de la Philofophie de Newton , de M. de
Voltaire , avec une Differtation fur la Réflexion
& la Réfraction de la Lumiere , par M.
Jean Banieres. A Paris , rue S. Jacques , chés
Lambert , & Durand , 1739. Vol . in - 12 . de
100. pages pour la Differtation , & de 300 .
environ pour l'Ouvrage .
LA MYTHOLOGIE & les Fables expliquées
par l'Hiftoire , par M. l'Abbé Banier , de
' Académie des Belles Lettres. 1. Vol . in - 4°
ou deux Vol . in 12. A Paris , chés Briaffon ,
Libraire , ruë S. Jacques , à la Science . C'eſt
le commencement d'un grand Ouvrage , qui
fera achevé d'être imprimé en 1740. avant le
mois de Juillet .
DU SAINT ET FREQUENT USAGE des Sa
cremens de Pénitence & d'Euchariſtie , par
Le R. P. Pallu , de la Compagnie de Jefus.
E A
2410 MERCURE DE FRANCE
A Paris , chés Chardon , rue Galande , près
la Place Maubert , à la Croix d'Or ; Berton
ruë S. Victor ; Lambert , ruë S. Jacques , &
Durand , même ruë , 1739. Vol , in- 12 .
>
LA VIE de S. Dominique de Guzman , Fondateur
de l'Ordre des Freres Prêcheurs
avec l'Hiftoire abregée de fes premiers Difciples
, par le R. P. A. Touron , Religieux
du même Ordre. 1. Vol in -4°. AParis
chés Giffey , rue de la vieille Bouclerie . Borde
let , rue S. Jacques . M. DCC . XXXIX.
L'Auteur de cette Vie eft le même , qui
nous donna il y a environ deux ans la Vie
de S. Thomas d'Aquin ; Ouvrage , dont on
a rendu compte dans ce temps-là , & auquel
nous croyons que le Public a rendu toute la
juftice qu'il méritoit ; les faits y étoient détaillés
avec foin , de longues réflexions convenables
au fujet s'y trouvoient en abondance
; que d'attraits pour un Lecteur ,
dont la picté l'emporte fur l'efprit de curiofité
! mais dans la Vie dont il s'agit ici , on
fe trouvera flaté d'y voir une rnéthode & un
ftile également convenables au fujet . Serré
fans être obfcur , nourri de réflexions morales
fans profufion , également éloigné de ce
merveilleux outré qui déplaît & d'une citique
trop fcrupuleufe ; c'eft le propre du
nouvel Ouvrage du R. P. Touron. Il eft divifé
OCTOBRE . 1739 241
vifé en fix Livres , qui renferment une Hiftoire
complette de la Vie de l'illuftre Fondateur
des Dominicains , & l'Hiſtoire abregée
de fes premiers Difciples. L'Auteur y a
joint une Differtation pour conftater la defcendance
de S. Dominique de l'illuftre Maifon
de Guzman , objet peut-êtr affés indifférent
, quand il s'agit de la vie d'un Héros
qui faifoit confifter toute fa gloire dans l'humilité
chrétienne , la pauvreté & le renoncement
à ces titres faftueux , que d'autres.
ambitionnent avec tant d'ardeur ; mais objet
d'ailleurs utile , pour faire voir qu'une pieté
éminente n'eft pas incompatible avec un
haut rang & de grandes richeffes , furtout ,
quand prévenu de la grace de J. C. on s'en
détache auffi généreufement que le fit S. Do-.
minique de Guzman.
LES GENEALOGIES Hiftoriques des Rois ,
Ducs & Comtes de Bourgogne , expofées dans
des Cartes généalogiques & chronologiques :
avec des explications hiftoriques , & les Ar-.
moiries de chaque Famille. In -4° . à Paris
1738. chés le Gras , au Palais , Giffart &
Briaffon , rue S. Jacques , & la Veuve Piffot
à la defcente du Pont- Neuf.
Voici proprement une Defcription hiſtorique
& généalogique de toutes les Provinces
compriſes autrefois fous les noms de
E ij Royaumes
2412 MERCURE DE FRANCE
Royaumes de Bourgogne & d'Arles ; dans
laquelle on trouve en même temps une connoiffance
exacte de toutes les Maifons qui
ont poffedé ces Provinces à quelque titre
que ce puiffe être. Ce Volume qui eft le IV.
du grand Ouvrage que l'Auteur a entrepris ,
eft également curieux & intéreffant , tant
par le grand nombre d'Armoiries & de Cartes
généalogiques , dont il eft orné , que par
les recherches & les nouvelles découvertes
qu'on y trouve,
Nous fommes refferrés dans des bornes
trop étroites , pour entreprendre de raporter
ici tout ce qui eft digne de la curiofité du
Lecteur. Nous nous contenterons de lui
donner la Table des Chapitres renfermés
dans les VIII. Livres , qui font la diftribution
de ce Volume .
Livre I. Chapitre I. des anciens Rois Bourguignons
II . des Rois de Bourgogne de la
;
Race de Clovis.
Livre II. Chap . I. des Ducs de Bourgogne
jufqu'au xI. fiecle . Des Comtes de Dijon.
1. Branche des Ducs de Bourgogne , II .
Branche des Ducs de Bourgogne , Chap. II,
des Comtes de Sens : des Seigneurs de Cour
tenai , iffus des Comtes de Sens. III. des
Comtes d'Autun . IV . des Comtes de Chalons;
de la Maiton de Semur , iffue des Comtes
de Chalons ; des Seigneurs de Donzi , iſſus
de
OCTOBRE. 1739. 2413
de ceux de Semur ; de la Maifon de Vergi ,
iffue de celle de Semur . V. des Comtes de
Macon & de Vienne. VI . Des anciens Comtes
de Nevers , d'Auxerre & de Tonnerre ; des
Comtes de Nevers de la II . Branche de
Bourgogne ; Comtes & Ducs de Nevers de
la Maifon de Cleves Ducs de Nevers de la
Maifon de Gonzague , Ducs de Nevers de la
Maifon Mazarini Mancini ; des Seigneurs de
Craon de la Suze & de Sablé , iffus des anciens
Comtes de Nevers. VII . Des Comtes
d'Auxerre & de Tonnerre de la Maifon de
Chalons. VIII . Des anciens Sircs de Bourbon.
Livre III. Chap. I. des Rois de la Bourgogne
Cisjurane & Transjurane de la Race
Carlienne. II . Des Rois d'Arles. III . Des
Rois de la Bourgogne Transjurane & d'Arles
iffus des Comtes d'Altorff. IIe , Race de ces
Rois de la Maifon de Franconie , III . Race
de la Maifon de Souabe.
Livre IV. Chap. I. Art. I. Des Ducs de
Zeringhen & de Teck, II. Des Comtes de
Lentzbourg & de Bade , en Suiffe . III . Des
Comtes de Kibourg. IV. Des Comtes de
Rappersweil. V. Des Comtes de Homberg.
VI. Des Comtes de Thierstein. V II. Des
Comtes de Habsbourg , de Loniffembourg
& de Denbigh. VIII . Des Comtes de Toggembourg.
IX . Des Comtes de Werdemberg.
II. Des Barons de Fauffigni.
E iij
Livre
2414 MERCURE DE FRANCE
Livre V. Chap. I. Des Comtes de Bourgogne
& d'Auffone ; de la Maifon de Chalons ;
des Sires d'Oifelet. II. Des Comtes de Montbelliard
& de Ferrette , de la Maiſon de
Montfaucon ; des Comtes de Sarbruck &
Sires de Commerci , iffus des Seigneurs de
Montfaucon. III . Des anciens Comtes de
Neuchatel : des Comtes de Neuchatel des
Maifons de Tribourg , de Bade- Hochberg
& d'Orleans- Longueville. Des Comtes de
Nidon , d'Arberg & de Valengin.
Livre VI . Chap. I. De la Breffe , des Sires
de Baugé , de Coligni , de Thoire-Villars , de
Montluel. II. Des Comtes de Lion & de
Forex. III. Des Sires de Beaujolois.
Livre VII. Chap. I. Des anciens Comtes
d'Albon & de Viennois ; des Dauphins de la
Maifon de Bourgogne : des Dauphins de la
Maifon de la Tour du Pin ; des Seigneurs
de Viennois , des Sires de Vinay . Chap . II.
Des Comtes de Valentinois & de Diois, de la
Maifon de Poitiers ; des Seigneurs de S. Vallier
, des Seigneurs de Vadans.
Livre VIII. Chap. I. Des anciens Comtes
d'Arles & de Provence. Des Comtes de Provence
de la Maifon de Barcelone , des Comtes
de Provence des deux Races d'Anjou.
II. Des Marquis de Provence , & Comtes
Venaiffins. III. Des Comtes de Forcalquier
& de la Maifon de Sabran . IV. Des Vicomtes
de
OCTOBRE. 1739. 2415
de Marfeille. V. Des anciens Princes d'Orange,
de la Maifon de Baux , des Princes d'Orange
de la Maifon de Naffau.
On ajoutera à ce petit détail que les Curieux
en ces matieres ne feront pas fâchés de
voir , comment l'Auteur a rectifié la Généalogie
des Comtes de Chalons donnée par le
P. Chifflet , & celles de Vergi & de Donzi
par le fçavant Duchêne : avec quelle netteté
& précifion il a expofé XVI differens fiftêmes
fur l'origine des Comtes d'Habsbourg ,
dont il y a une Branche cadette , fubfiftant
aujourd'hui en Angleterre; ils trouveront enfin
quantité de Généalogies nouvelles , qui n'avoient
pas encore été imprimées. Entr'autres
celles des Barons d'Oifeler , iffus des Comtes
de Bourgogne ; des Seigneurs de Viennois, defcendus
d'un fils naturel du dernier Dauphin
dont la Poſterité fubfifte encore en Dauphiné
, des Sires de Baux Princes d'Orange, de la
Maifon de Sabran , &c . Au fujet de laquelle
on peut remarquer que Garfinde de Sabran ,
Héritiere du Comté de Forcalquier , qu'elle
porta par alliance dans la Maifon Royale
d'Arragon , fut Ayeule de quatre Reines ;
fçavoir , de Marguerite de Provence , Reine
de France , Epoufe de 5. Loüis ; d'Eleonor
Reine d'Angleterre , mariée au Roy Henry
III. de Sancie , Femme de Richard d'Angleterre
, Roy des Romains ; & de Beatrix
E iiij Comtelle
2416 MERCURE DE FRANCE
Comteffe de Provence , Epoufe de Charles
de France , Roy de Sicile , frere de Saint
Loüis.
Ce Volume qui eft , comme on l'a dit
le IV. des Généalogies hiftoriques , fe vend
détaché à ceux qui le fouhaitent , auſſi -bien
que le III. qui renferme la Maiſon de France .
L'Auteur ayant eu cette attention de répeter
dans le IV. Volume , quelques Tables généalogiques
qui fe trouvent dans le III.
telles que celles des deux Branches de
Bourgogne & d'Anjou , & celle de Longueville
, afin que chacun de ces Volumes fût
indépendant de l'autre , & pût s'acheter féparément
; attention dont le Public. doit lui
fçavoir affurément quelque gré , & que tous
les Auteurs n'ont pas.
NOUVEAUX AMUSEMENS DU COUR ET
DE L'ESPRIT Treiziéme Brochure , in 11 .
se vend à Paris , chés Bienvenu , Libraire au
Nom de Jesus, quai des Auguftins, à la descente
du Pont-Neuf , attenant la ruë Dauphine.
Le prix est de vingt - quatre sols.
Quoique nous ayons lû avec satisfaction
les deux premiers Actes d'une Tragédie intitulée
Zulima, de la composition de M. d'Arnaud
, qui font à la tête de cette Brochure ,
il n'eft guére poffible de donner un extrait
fuivi d'une Piéce qui n'eſt pas achevée.
On
OCTOBRE. 1739 . 2417
On pourra juger par quelques morceaux ,
du mérite de la verfification.
Zulima Inca , Empereur du Pérou , Amant
d'une Princeffe Chrétienne , apellée ici Elvire
, fille d'Henrique & promifè à Alphonse,
a pour Rivaux ce même Alphonfe , & Zorofmin
Cacique , premier Miniftre de l'Empire.
Autant qu'on en peut juger fur deux
Actes , l'intérêt paroît être à peu près le même
que celui de l'Alzire de M. de Voltaire!
Elvire femble moulée fur Zaire & Zulima
fur Zamore . La Scêne eft à Cuzco , Capi
tale du Pérou , dans le Palais des Incas .
Au premier Acte , Scéne premiere , Emir
Confident de Zorofmin, débute par ces vers
Enfin nous triomphons , Seigneur , & la victoire
Couronne Zulima d'une immortelle gloire.
Les Mutins confondus et défaits à ma voix
Des Enfans du Soleil reconnoissent les Loix .
J'ai parlé ; la terreur a contraint leur audace ;
Je les ai vû frémir , trembler , demander grace ,
Tomber à mes genoux , les arroser de pleurs
Et d'un pardon honteux mandier les faveurs,
Je leur ai peint l'Inca , lassé de tant d'offenses
A leurs murs embrasés allumant ses vengeances
Foudroyant leur Pays , leurs Temples, leurs Palais ,
Et leur donnant la mort, sans leur donner lapaix , & C..
Mais quoi vous vous taisez.... quel crime ai-je
commis
E
Emir
2418 MERCURE DE FRANCE
Emir ne seroit plus au rang de vos amis !
Seigneur , éclaircissez ce funeste mystere ,
Parlez ....
Zorofmin découvre par degrés fa paffion
pour Elvire , & trouve dans Emir un auftere
Cenfeur , qui lui fait un grand crime d'ofer
aimer une Chrétienne . Dans la Scéne III.
Zulima embaraffe bien fon Miniftre en déclarant
fon amour pour Elvire , qu'il lui ordonne
d'amener. Zorofmin dit en s'en allant.
J'obéïs malgré moi , mais ce coeur outragé
D'un Rival odieux brûle d'être vengé.
Elvire vient & demande la mort à l'Em
pereur fon Amant. On annonce des Chrétiens
échapés aux coups de Zulima qui expieront
les mépris de l'ingrate , fi elle ne devient
fenfible . Qu'eſt - il beſoin de tui commander
, puifque dans la Scêne VII . Elvire
foupire pour celui qu'elle vient de défefpérer
fon coeur eft une mer orageufe où il
s'éleve des tempêtes en faveur d'Alphonſe ;
Toi , malheureux Alphonse , objet de ma constance
Ne me reproche plus un amour qui t'offense , &c.
Elle penfe au moins de même fur Zulima
dont elle dit.
Au moment même , hélas ! où je veux le haïr ,
Je
OCTOBRE. 2419 1739 .
Je fais d'autres fermens de ne point obéir .
Au fecond Acte , Zulima s'écrie ,
Où suis - je ? quel transport s'empare de mon ame ?
Quel Dieu vient rallumer une coupable flamme !
Traînant partout mes maux , mes feux , mon désespoir
,
J'aime , j'adore Elvire , & je crains de la voir ! & c.
Malheureux Souverains , quel eft votre bonheur !
Ne fçaurez-vous jamais regner sur votre coeur ?
Images des Dieux même , Idoles de la Terre ,
Le Trône eft notre autel , notre encens le tonnerre,
L'intérêt notre Loi. Nous tenons en nos mains
Les vengeances du Ciel & le sort des Humains .
Mais , que cette grandeur souvent nous importune !
Déchirés par l'amour , soumis à la fortune ,
Victimes des remords , qu'enfantent nos fureurs ,
Odieux à nous-même , en proye à mille horreurs ,
Sans amis , sans plaifirs , & toujours redoutables ,
Nous naissons vertueux & nous mourons coupables!
Une femme aujourd'hui va recevoir les voeux
De ce coeur que la gloire échauffoit de fes feux ! &c.
Dans la Scéne quatrième , les Chrétiens
paroiffent enchaînés , du nombre defquels
font Henrique Pere d'Elvire , & Alphonfe ,
à qui elle a été promife en mariage. Celle ci
E vi arrive
2420 MERCURE DE FRANCE
arrive dans la Scéne V. Zulima la nomme
au grand étonnement des deux Efpagnols .
Cela forme une fituation très- intéreffante ,
où la fureur de Zulima , la tendreffe d'Henrique
, l'amour d'Alphonfe , & la vertu d'Elvire
généreufe & fidele à fon époux , n'épargnent
rien pour toucher l'Empereur , qui
ne promet rien qu'aux conditions d'être
aimé.
Elvire reftée feule avec fon Pere , lui avouë
fa foibleffe pour Zulima : mais fidelle àſon
Epoux , elle immole fon Amant . L'Acte fecond
finit par cette déclamation d'un Améş
ricain , contre l'Amour,
?
Destructeur des vertus , Tiran , qui dans tes fers
Tiens enchaînés les Rois , ces Dieux de l'Univers ,
Jusqu'à quand , lâche Amour , d'une honteuse
yvresse
Séduiras-tu des cours fermés à la tendresse ?
C'est aux Européens à trembler sous tes loix ,
La vertu seule ici fait entendre sa voix ;
Et ce Sexe enchanteur qu'en Europe on adore ,
Est encor un Tiran que l'Amérique ignore.
Nous renvoyons au Livre ceux qui aiment
les Projets. On en trouvera un ( page 202. )
pour le progrès de la Poësie Lyrique. Cela doit
intéresser les Amateurs d'un Spectacle brillant
,
OCTOBRE. 1739. 2427
lant , où par un assemblage ſurprénant , les
charmes de la Poësie , unis à ceux du Chant ,
de la Symphonie , de la Danse , de la Peinture
, & du Dramatique , forment un Tout
aussi sublime que gracieux , aussi touchant
qu'agréable , & aussi amusant que varić. Si
l'Opera a tous ces avantages , à quoi bon ,'
pourroit on dire , proposer un Projet pour
en perfectionner la Poësie ? Car on en fait
ici un tableau qui ne laisse rien à désirer.
L'Auteur paroît fentir lui-même les difficultés
de son Projet , & dit avec modestie ,
qu'il fe foumet avec plaisir au jugement de
ceux qui pourroient avoir des idées plus justes
&plus heureuses , trop content de les avoir
occasionnées , trop heureux s'il pouvoit seulement
être la premiere cause de l'utilité
procureroit une belle & noble émulation.
Le Lecteur partisan des Amusemens , aura'
été , sans doute , fort content de l'Histoire
pathétique & touchante qui est dans cette
brochure. Le Stile en est naturel , vif, serré.
Elle est remplie de situations tendres & délicates.
Le motif de l'Auteur eft louable.
Puisse-t'elle , ( dit- il page 239. ) ramener au
Lien Conjugal les Personnes de l'un & de
l'autre Sexe , qui se croyent autorisées à s'en
écarter ! faire disparoître , ou du moins oublier
un titre peu honorable qu'on donne à tant de
Maris ! Puisse- t'elle leur assurer la posses
తా
que
sian
2422 MERCURE DE FRANCE
sion d'un bien que la Religion & les Loixe
n'ont réservé que pour eux ! faire pour jamais
eux !
rentrer dans les ménages , la paix & l'union
que l'inconstance en a bannie ! rendre à leurs
justes propriétaires tant de présens de lafortul'on
voit souvent passer en des mains
ne J que
étrangeres ! &c.
Nous choisissons dans les Poësies qui
suivent un morceau qui paroît être d'une
bonne main.
LE VRAI PLAISIR.
A Mademoiselle B......
DEE tous les Plaisirs nécessaires
Que , pour nous étourdir sur nos tristes miferes ,
Placerent ici - bas les sages Immortels ,
Que l'on m'approuve , ou qu'on me blâme }
Jevous dirai , Philis , celui qui pour mon ame
A les charmes les plus réels.
On me voit jouir du commerce
De Gens , d'âge , d'état , d'Eſprit , de coeur divers .
Plaisirs vains & trompeurs ! je trouve qu'à travers ,
Quelque fouci toujours , quelque amertume perce.
J'ai fréquenté plus d'une fois
Ces Mortels nos égaux par l'ame & le visage ,
Mais à qui de tout temps des papiers , & l'usage
Sur nous ont donné quelques droits
Don
OCTOBRE.
1739 2423
Dont l'arrogance nous invite
A leur offrir un encens précieux ,
Digne de payer le mérite
De leurs mémorables Ayeux ,
Dont jamais aucun d'eux n'hérite .
Pour un moment qu'un mot , qu'un souris gra
cieux
M'accorderont les traits d'une figure humaine ,
Il en est mille où j'éprouve la peine ,
De voir que je suis à leurs yeux ,
Faute de rang & de noblesse ,
Un animal d'une autre espece.
J'ai vu ces Mortels que d'abord
Confondit avec moi le caprice du sort
Qui nés pour être misérables
"
Sont pourtant parvenus au faîte du bonheur ,
Qui ne tenant rien de l'honneur ,
Par nos communs égards se trouvent compara
bles
A ceux qui doivert tout à fis Loix respectables ;
Ces Mignons , en un mot , de l'aveugle Plutus ,
Dont les biens , fruits honteux des plus lâches ra
pines ,
Relevent les tristes ruines
Des Palais , qu'autrefois habitoient les Vertus.
Ces Mortels , enyvrés de leur haute puissance ,
Oubliant que le Dieu , qu'ils étouffent d'encens ,
N'eut pour moi de ma vie égard ni complaisance ,
2424 MERCURE DE FRANCE
Et paroissant payer un tribut aux accens
De celui que le Pinde encense ,
M'ont , comme à leurs pareils , prodigué leur présence
.
A mes yeux ,
à mon goût leur orgueil fastueux
Offrit plus d'une fois leurs banquets sompueux.
Tout a pu s'y trouver : Societé choisie ,
Mets exquis , Vins fameux , meilleurs que l'Ambroisie
.
J'ai presque toujours acheté
Ces plaisirs , acceptés par un morne silence :
Pour tout ce que je dis , leur air d'indifférence
M'en fait une nécessité .
Il faut que mon esprit se fasse violence ,
Et consente qu'impunément
Ils fassent au bon sens outrage sur outrage ,
Lorsque sans nul discernement
Ils hazardent , sur tout , leur blâme & leur suf
frage .
Ardent à découvrir un moment précieux ,
J'ai vû ces Reines en peinture ,
Qui peignent fi - bien à nos yeux
Les passions qu'en nous excite la Nature ;
Je croyois rencontrer les mêmes sentimens ,
Que leur art les force à connoître :
Un Entretien fit disparoître
Ces favorables jugemens .
L'Actrice n'a pour tout mérite ,
OCTOBRE. 1739. 2425
Si vous mettez à part son talent séducteur
Que la présomption & l'extrême hauteur
Des Personnages qu'elle imite .
Son efprit toujours occupé

Des illustres Amans qui lui rendent hommage ,
Par aucun autre soin n'est jamais dissipé .
On la voit de leurs feux raporter l'avantage
Au penchant de leurs tendres coeurs ;
Et ne refléchir point que ses foibles rigueurs ,
Leur vanité , leur goût pour le libertinage ,
Ont seuls causé leur esclavage.
J'ai vu ces sublimes Esprits
Qui , par leurs merveilleux Ecrits ,
Jouiront des honneurs d'une vie immortelle ;
Mais leur societé ne m'a point semblé telle
Que la fait fupofer leur langage divin .
Entre l'Auteur qui parle , & l'Auteur Ecrivain
Quelle difparité n'ai- je pas remarquée ?
Leur verve , fans relâche à rimer apliquée ,
Dans ces gens , orgueilleux de leurs rares fecrets ,
M'a fait voir , comme ailleurs , des gens fots &
muets .
Les Blavets , les Guignons ont fait à mes oreilles
Entendre leurs doctes merveilles ;
Des Lullys , des Rameaux j'écoutai les Chanfons
Ces plaisirs , pour d'autres , folides ,
Me femblent avec eux entraîner mille vuides ,
EC
2426 MERCURE DE FRANCE
Et je les fens bien- tôt s'enfuir avec les Sons .
Quel est , me direz -vous , le Plaisir désirable ,
Dont , felon vous , on doit être le plus charmé ?
C'est le plaisir d'aimer un Objet adorable ,
Et d'être sûr d'en être aimé .
Nous sommes priés d'avertir que le prix
'du troisiéme Volume de ces Amusemens ne
doit être que de vingt - quatre fols pour chaque
Brochure , ainsi que pour la présente
& celles qu'on pourra donner dans la suite.
Ceux qui voudroient avoir des corps complets
de cet Ouvrage , peuvent s'adresser
aussi au sieur ME'RIGOT , Libraire près
le Quai des Augustins , rue Gît- le - Coeur , à
l'image faint Louis . On rendra compte incessamment
de la quatorziéme Brochure , qui
commence à se répandre dans le Public.
PUB . TERENTII COMEDIA , nunc primum Italicis
Verfibus reddita , cum Perſon rum figuris ari
accuratè incifis ex Ms. Codice Bibliotheca Varicana ,
in folio Urbini fumptibus Hieronymi Mainardı anno
1736. ſe trouvent à Paris chés Jean De bure l'aîné ,
Quai des Augustins , à l'Image S. Paul .
On eft obligé aux Libraires qui ne s'en tiennent
pas feulement au commerce des Livres de la Nation
, mais qui ont encore foin de faire venir des
Pays Etrangers ce qui s'y imprime de plus curieux .
C'eft de ce genre qu'eft cette Edition de Terence ,
qui eft très-chere , & même qui commence à devenir
rare en Italie Elle est dédiée au Roy de Pologne
, Frederic Augufte , qui poffede aujourd'hui
cette
OCTOBRE . 1739-
2427
sette Couronne. Elle fe diftingue de bien des manieres
; 1º . Par un Texte Latin, imprimé avec beaucoup
de foins & de correction , mais dont la bafe
a été l'Edition d'Elzevir de 1635 , publiée par Daniel
Heinsius. Si on ne l'a point égalé par la beauté
du caractere on peut dire qu'on l'a furpassé pour
l'exactitude de l'impreffion , de la ponctuation & de
l'ortographe ; choses abfolument néceffaires dans
un Auteur comme Terence , dont le Difcours bref,
concis & familier demande cette attention .
2º. Ce qui diftingue cette Edition , font les gravûres
des Mafques & des anciens Habillemens de la
Comédie Latine , que l'on a tirées du fameux Exemplaire
du Vatican , fi célebre parmi les Sçavans ,
pour fa beauté & fon antiquité ; il eft vrai que Mad.
Dacier en avoit donné les Mafques & les Habillemens
, dans fa Verfion Françoife de Terence , dans
l'Edition de Rotterdam de 1717. mais il n'y a que
le trait que Picart même un peu déguisé , en voulant
y répandre les graces du Deffein & de la Gravure
, au lieu que l'Edition d'Urbin y joint encore
les Habillemens ; ce qui ne fert pas peu pour l'intelligence
du Texte.
30. Enfin une Verfion Italienne , que l'on joint
à côté du Texte , fait le principal mérite de cette
Edition . Elle eft de M. Fortiguerra , né à Piftoye en
Italie , & qui s'eft fat eftimer à Rome par fes talens
pour les Sciences utiles , & par la connoiffance
de la belle Litterature.Il a été Prélat domeftique des
quatre derniers Papes , Clement XI . Innocent XIII .
Benoît XIII. & Clement XII . & enfin il eſt mort
Secretaire de la Congregation de la Propagande , le
17. Fevrier 1735 .
On publie cette Verfion , qui eft belle & fort
eftimée des Connoiffeurs , comme la premiere qui
ait paru en Vers Italiens. Cependant , quoiqu'en
dife
2428 MERCURE DE FRANCE
dife le Titre du Livre , on fçait que l'on imprima à
Venile en 1544. en forme in - 8 °. une Traduction
en Vers de l'Andrienne & de l'Eunuque de Jean
Juftiniani de Candie. Il eft vrai que ce n'eſt pas une
Verfion entiere, & qu'il n'y en a de complettes en
cette Langue , que les Verfions en Proſe , données
à Venife en 1538. 1542. & 1544. & une autre inà
Rome , de Chriftophe Rofario , en 1612 .
12.
Il n'y a point de Commentaires , parce qu'on
peut y fupléer par les Figures , & par l'élegante
Traduction de M. Fortiguerra , ou par celui de
Fabrini. Il feroit utile que l'Italie qui a repris le
goût de la belle Litterature , continuât de pareilles
Impreffions.
ne :
Le même Libraire imprime actuellement La Vis
de Philipe , Roy de Macédoine , & Pere d'Alexandre
le Grand ; on ne connoiffoit ce Prince que trèsimparfaitement
: M. de Toureil en avoit parlé dans
les Préliminaires de fesaductions de Démofthe-
M. Rollin s'en étoit fervi avantageuſement
comme il fait des autres Modernes dans fon Hiftoire
Ancienne ; máis cet Ouvrage , qui vient de M. Oli.
vier , célebre Avocat de Marfseille , a devancé l'Im
preffion, par la réputation qu'il a chés les Perfonnes
de goût , qui ont reconnu qu'elle étoit travaillée
fur les Originaux mêmes ; & l'on eſpére
que de l'impreffion en augmentera le mérite dans
le Public .
Il paroît deux nouveaux Tomes de l'HISTOIRE
de l'Eglise Gallicane , dédiée à Nos Seigneurs du
Clergé de France , &c. fçavoir , le IX. & le X.
Cette Hiftoire qui avoit été interrompue par la mort
du Pere Longueval, Jésuite . Auteur des huit Volumes
précedens , arrivée au mois de Janvier 1735. est
continuée par le Pere Fontenay , auffi Jésuite. On
trouve
OCTOBRE . 1739 2429
Houve ces deux nouveaux Volumes , premiers fruits
de fon travail , chés J. B. Coignard , Louis Guerin ,
Jacques Rolin , fils,
Montalant , Imprimeur-Libraire , Quai des Au
guftins à Paris , donne avis au Pubic qu'il a reçu
de Hollande , & qu'il débite le Sixiéme & dernier
Volume des Difcours fur la Bible par Mrs Saurin &
de Beaufobre , avec les Figures de Picart , de toutes
les grandeurs de Papier que l'on fouhaitera. On
y trouve auffi des Corps entiers du même Ouvrage.
& les Tomes séparés de toutes fortes de formats.
Huart , Libraire Imprimeur de Monfeigneur le
Dauphin , & Briaffon , Libraire , ruë S. Jacques , à
Paris , ont imprimé les inft tutions de Médecine de
M. Herman Boerhaave , traduites par M. de la Mettrie
, en 2. vol . in - 12.
Le nom de ce fameux Médecin , & fa fcience
profonde dans cet Art , font un sûr garant de l'utilité
que le Public do t ret rer de ce bel Quvrage
qui eft ordinairement la bafe du fçavoir de ceux qui
profeffent la Médecine . Les mêmes Libraires débitent
auffi les Ouvrages fuivaus des mêmes Auteurs.
Les Aphorifmes , fur la connoiffance & cure
des Maladies . 1. vol . in-8 ° 1738.
La Matiere Médicale , pour fervir à la compofition
des Remedes indiqués dans les Aphorifmes à
Laquelle on a joint les Opératious Chimiques du mê
me Auteur. 1. vol . in- 12. 1739.
Nouveau Traité de la petite Verole , avec la
Théorique-Chimique , de M. Boerhaave , vol. in
17.Sons preffe.
De
2430 MERCURE DE FRANCE
De M. DE LA METTRIE , Docteur
en Médecine.
Nouveau Traité des Maladies vénériennes. 1.vol.
in- 12.
Traité du Vertige , avec une Defcription d'une
Maladie hifterique , & une Lettre à M. Aftruc , fervant
de Réponse à la Critique qu'il a fait d'une Dif
fertation de l'Auteur , fur les Maladies vénériennes.
1. vol. in- 12 .
Abregé de toute la Médecine Pratique , ou les
Sentimens des plus habiles Mé lecins , fur toutes les
Maladies , traduits de l'Ouvrage de M. Allen , avec
les Formules , aprouvés par les plus habiles Praticiens
. 6. vol. in - 12.
Traité complet de Chirurgie , contenant des.
Obfervations & Réfl . xions fur toutes les Maladies
Chirugicales. Par M. de la Motte , Chirurgien de
P'Hôpital du Roy, en baffe Normandie. 4. vol.in- 12 .
De M CROISSANT DE GARENGEOT ;
Démonftrateur Royal en Chirurgie , & Membre
de la Societé Royale de Londres.
Traité des Operation's de Chirurgie , fondé fur le
Méchanique des Organes de l'Homme , & fur la
Théorie & la Pratique la plus autorisée , enrichi
de figures en tailles douces. 3. vol. in- 12 .
Nouveau Traité des Inftrumens de Chirurgie les
plus utiles , & de plufieurs nouvelles Machines propres
pour les Maladies des Os , enrichi de foixante
& fix figures en tailles douces , avec leurs explications
. 2. vol . in 12 .
La Miotomie humaine & canine , augmentée
d'une Miologie , nouvelle Edition augmentée.
in- 12 . Reflexions
OCTOBRE. 1739. 2431
Refléxions fur les Playes , ou la Méthode de
proceder à leur Curation , fuivant les principes les
plus modernes , avec des Marques & des Obfervations
les plus inftructives fur les Playes des trois
ventres , par M. Faudacq. 1. vol . in - 12 .
Ludovici-Joannis le Thieulier , in Univerfitate
Parifienfi Facultatis Saluberrima Doctoris Regentis ,
Regis Confiliarii , in majori Confilio Medici ordinarii
, Obfervationes Medico- Practica. 1. vol . in - 12.
Les Proprietés de la Médecine , par raport à la
vie civile , par M. de Santeul . in- 12. 1739 .
De M. HOFFMANN , Premier Médecin du Roy
de Pruffe , &c.
La Médecine raifonnée , traduite par M. Brulier ,
in 12. 2. vol. 1739 .
On imprime chés Briaffon , le refte des Ouvrages
de cet Auteur.
Il paroît à Luneville un Ouvrage afcetique , imprimé
à Bar- le - Duc , qui a été reçû avec beaucoup
d'accueil de la Cour de Loraine. On comprend que
ce Livre eft dans le fond une Apologie de l'Etat
Religieux , contre lequel bien des Gens aujourd'hui
fe préviennent. L'Auteur a choifi l'Ordre des Carmelites
, pour présenter aux Gens du monde une
belle image de la pure vertu , & du bonheur de
ceux qui la fuivent. Cet Ouvrage ſe fait lire , &
intereffe . C'eft un Superieur qui parle toujours à
fes filles ; mais avec fentiment , & avec onction .
L'Epître dédicatoire à la Reine de Pologne , prévient
d'abord. Tout le style de cet Ouvrage eft
fententieux & laconique ; il imite les Afcetiques de
S. Basile , & les Portraits que nous a donnés Saint
Chry2432
MERCURE DE FRANCE
1
Chryfoftome , de la Vie folitaire : la diction en est
fort orrée & fleurie , mais la parure n'eft point inutile
, même dans les Difcours Chrétiens . M. Desfois
, Secretaire de M. le Chancelier de Loraine ,
eft l'Editeur de ce Livre .
AVIS aux Curieux d'Horlogerie.
Omme il y a des Perfonnes qui témoignent
Cbeaucoup d'emprefferennes
d'Horlogerie , qui a été annoncé dans le fecond
Volume du Mercure de France , Decembre 1735 .
P. 2823 le Sr Thiout l'aîné , fe croit obligé de donner
avis que ce Traité s'avance beaucoup . Il y a
déja 92. Planches , gravées par M. d'HeuÏland. ' Il
efpere que cet Ouvrage , qui contiendra deux Volumes
in 4 ° . paroîtra au commencement de l'année
prochaine. Si les Amateurs de l'Art veulent contribuer
à l'augmentation de cet Ouvrage , le Sr
Thiout eft prêt à recevoir ce qu'ils voudront bien
lui communiquer. Il leur rendra toute la juftice qui
leur eft due , en annonçant de qui ces Ouvrages
viennent , ainſi qu'il a fait de ceux qui lui ont été
envoyes. Sa demeure eft , Quai Pelletier à Paris ,
la Pendule d'Equation .
Il vient de finir une Pendule curieuſe de nouvelle
conftruction , dont le mouvement n'a que 5. pouces
de haut fur 4. de large , & qui renferme cepen.
dant ce que P'Art à de plus ingenieux, avec autant de
folidité, que fi elle étoit d'un plus grand Volume.
1º. Elle fonne d'elle- même l'heure , les quarts ,
& les demi- quarts , ce que l'on ne croit pas avoir
encore paru.
2º. Elle répete d'elle - même & quand on veut ,
l'heure à chaque quart & demi- quart ; c'est- à - dire ,
qu'elle répete huit fois par heure ; elle va cependant
OCTOBRE.
1739 2433
dant dix jours fans être remontée. Par le moyen
d'un bouton , on impofe filence à cette Répetition ;
& par un autre bouton , on acheve de donner le
filence à toute cette Sonnerie.
3. Elle eft à Répetition à l'ordinaire , mais elle
répete de plus les demi-quarts.
4°. Elle a auffi un Réveil d'une conftruction
nouvelle , beaucoup plus commode & plus folide
que ceux qu'on a faits jufqu'à préſent .
. Elle marque les heures & les minutes du
Temps vrai & du Tems moyen , & fonne l'heure du
Temps vrai , d'une maniere fi fimple , que la compofition
n'occupe aucune place qui puiffe porter
préjudice au refte de l'ouvrage ; ce qui en augmen
te beaucoup la commodité.
6. Pour remplir le bas du Cadran , l'Auteur a
trouvé moyen d'y placer les quantiémes de Mois
de Lune , & fes phaſes ; de façon qu'on peut les
faire mouvoir fans déranger la Sonnerie ni les
Eguilles.
7°. Afin de n'avoir rien à defirerpour la perfection
de l'Ouvrage , le Sr Thiout y a ajoûté un nouvel
échapement , qui fait aller la Pendule d'une jufteffe
admirable. Les Connoiffeurs qui l'ont vûë , conviennent
que cette Pendule eft des plus ingenieuſes
qui ayent encore parû,& en même temps, des moins
embaraffantes , puiſque la Boëte n'a que 7. pouces
de haut , ou environ .
M. Steiner , le fils , très - habile Horloger à Zurich
, a conftruit une Machine d'autant plus furprenante
, que l'affemblage des parties qui la compofent
, en paroît difficile . Elle confifte en trois
parties. La premiere , eft une Pendule qui fonne
les heures & les quarts fur fix cloches , & qui les
répete fur le champ quand on tire une corde. Elle
F montre
2434 MERCURE DE FRANCE
montre le jour du mois & de la ſemaine . Au deffus
du grand Cadran , on en voit un petit divisé en 60.
parties , dont l'Index répond à une Spirale d'Archimede
, à laquelle eft attaché le Pendule ; deforte
qu'on n'a qu'à reculer ou avancer l'Index d'autant
de minures que la Montre avance ou recule , & par
là on regle la Montre plus aisément qu'en élevant
ou en baiffant la Lentille. La feconde partie , eft un
Carillon de 16. cloches , qui joue 6. airs , menuets,
& c. L'Auteur a entrepris d'empêcher la defagreable
confufion des fons , & il y a réüffi , deſorte que
l'on n'entend le fon que dans le moment où le
marteau touche la cloche , comme au Clavecin ,
dont la corde ceffe de fonner , fi- tôt que la touche
remonte. La troifiéme partie , eſt un Clavecin qui
joue parfaitement bien , par le moyen de cette
Montre , quatre Piéces de quatre Maîtres differens,
fçavoir , de Hendel , Blavet , Francoeur , & Steiner.
L'Auteur a inventé une nouvelle espece de
touches qui n'ont pas befoin d'être plumées , comme
celles des Clavecins ordinaires , & qui cependant
durent toujours . On peut toucher ce Clavecin
indépendament de la Montre ; & on peut par fon
moyen accelerer , ou retarder le mouvement des
airs qu'il joue . Toutes ces trois parties , dont l'une
releve l'autre , font enfermées dans un Bureau de
Noyer , proprement travaillé , & qui a la forme
d'un Bureau à écrire ; il eft garni de huit Tiroirs ,
deforte que, de toutes ces Machines , on n'en voit
que le Cadran . Plufieurs Perſonnes avoient entrepris
d'ajuster un Clavecin avec une Montre , mais
fans effet. L'Auteur eft le premier qui en ait furmonté
toutes les difficultés ; il eft bon Mathémati
cien , & fort eftimé de M. Jean Bernoulli , Profeffeur
en Mathématique à Bafle. Il a travaillé fort
longtemps en Angleterre , & travaille à préfent à
une
OCTOBRE . 1739
2435
fine nouvelle espece de Montre de poche , dont
M. Jean Bernoulli lui a fourni l'idée .
Le Public eft averti qu'il y a une belle suite de
fix cent Médailles Imperiales Antiques, d'argent , à
vendre , parmi lesquelles il s'en trouve beaucoup
de rares. Il y a auffi à vendre beaucoup de Médailles
Antiques de grand Bronze , & des Têtes rares ,
bien confervées . Il faut s'adreffer à M. Embry ,
Banquier , raë Guenegaud , du côté du Quai.
Le Samedi 19. Septembre , l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture , tint une Affemblée
genérale & extraordinaire , à dix heures du matin
où M. Orry , Miniftre d'Etat , Contrôleur Genéral
des Finances , Vice- Protecteur , après avoir été
complimenté au nom de la Compagnie , par M.
Lépicié , Graveur du Roy , & Sécretaire de l'Académie
, fit la diftribution des grands Prix , fçavoir,
Le premier de Peinture , au Sr le Lorrain.
Le premier de Sculpture , au Sr Vallé.
Le fecond de Peinture , au Sr le Sueur , & le ſecond
de Sculpture , au Sr Mignot.
Enfuite ce Miniftre diftribua les petits Prix pour
le Deffein.
*************************
A M. AVED ,
De l'Académie de Peinture.
P Eindre des traits , copier un visage ,
C'est un secret que peut donner l'usage ;
C'est un secret qui devient si commun ,
Que , grace au Ciel , il cesse d'en être un.
Fij Eft
2436 MERCURE DE FRANCE
Est-il au Monde Etat , Province , Ville ,
Où l'on n'ait pas cette adresse futile ,
Qui , didactique & froide en ses transports ,
Croit peindre l'homme en peignant ses dehors ?
Mais de sçavoir décrire sur la Toile
Le coeur humain , son penchant , son Etoile ;
Dans un regard , sur un sourcil parlant ,
Tracer l'état , les moeurs & le talent ;
Faire que l'ame , à travers des prunelles ,
Pousse au dehors de vives étincelles ;
Sçavoir enfin donner à la Couleur
Le mouvement , le soufle , la chaleur ;
Et par l'effet de cet adroit sistême ,
Mettre en suspens la Nature elle- même ;
C'est un secret assés rare partout ,
Dont la recette est un présent du goût .
Oui , cher Aved , c'est la seule Nature ,
Qui sçait fournir cette méthode sûre .
Pour la saisir , il faut l'étudier ,
Et comme toi s'en rendre l'Ecolier.
Ceux que ta main consacre , immortalise ,
Seront toujours revûs avec surprise .
Leur caractere , au bout de ton Pinceau
Se fait sentir. Dans ton sçavant Tableau
Tout ce qu'ils sont , en un point se rassemble ;
Tu peins le corps & l'ame tout ensemble ;
El
OCTOBRE 2437 1739.
Et de-là , vient que tes riches Portraits ,
Répetant l'homme , animant tous ses traits ,
Plus éloquens , plus vrais que l'Ecriture ,
Font son Histoire à la Race future.
Rends par ton Art , à nos derniers Neveux ,
De notre temps tous les hommes fameux .
Et vous , Beautés , dont l'aimable jeunesse ,
Malgré vos soins , court après la vieillesse ,
Par ce Pinceau , l'inconstance des temps
Respectera vos charmes éclatans.
Sur votre bouche il fixera les Graces ,
Et sans jamais abandonner vos traces ,
Le tendre Amour , en dépit de la mort ,
De vos attraits éternisant le sort ,
Leur produira dans le cours de chaque âge ,
De tous les coeurs la tendresse & l'hommage.
ESTAMPES NOUVELLES.
Il paroît une Eftampe en hauteur , d'après un Tableau
de M. Jaurat , gravée par le Sr Charpentier ,
chés lequel elle fe vend , rue S. Jacques , au Cocq.
On trouve auffi chés lui une belle Eſtampe au large
, fous le titre de Mariage d'Alexandre de Roxane
; gravée par B. Picart , fur ún Tableau d'Ant.
Coppel , d'après un Deffein de Raphael.
On trouvera chés le même Graveur, deux grands
Almanachs , dont l'un repréfente pour le grand fujet
, la Decoration du Feu d'artifice tiré à Madrid ,
à l'occafion du Mariage de Madame de France avec
Fiij Don
2438 MERCURE DE FRANCE
*
Don Philipe , Infant d'Efpagne ; & dans des Cartouches
en bas , la Cérémonie du Mariage , la Décoration
du Feu du Pont- Neuf, le Feu de Versailles,
& le Feu de l'Ambaffadeur d'Eſpagne , tiré fur la
Seine. L'autre , la Publication de la Paix & la marche
, &c. à Paris ; & dans les Cartouches du baş ,
le Dieu Mars , foulant aux pieds des Armes , & tenant
dans un ovale , le Camp de Compiegne , fait
pour Monſeigneur le Dauphin. La Paix favorifant
Jes Beaux - Arts , & le Feu tiré devant l'Hôtel de
Ville. Les Adieux de MADAME , &c.
Amphitrite fur un Dauphin; elle retient un Amour
qui lui enleve les ornemens de fa coëffure , d'après
un très -beau Tableau de feu M. Tremolieres; Eftampe
en large , gravée par M. Feffard , chés qui elle
fe vend , Cloître S. Germain de l'Auxerrois.
Le Sr Baillieul , Géographe & Graveur du Roy
pour les Finances , met au jour , avec privilege de
Sa Majefté , une fuite d'Eftampes concernant les
Fêtes publiques qui fe font données au fujet du
Mariage de Madame Premiere de France avec Don
Philipe II . Infant d'Eſpagne , tant à Verſailles , qu'à
Paris & aux Environs. Il fait une Collection génerale
de toutes les Fêtes données à cette occafion ,
ainfi qu'à la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin.
Le foin qu'il prend pour la fatisfaction des Curieux,
lui fait efperer que les Perfonnes qui auront entre
leurs mains des Originaux , & qui défireroient les
voir graver , voudront bien les lui communiquer ,
pour les joindre à la Suite. On trouve déja chés lui
gravés , le Feu du Pont-Neuf.
Le Salon de la Mufique.
Le Trône du Roy.
Le Feu d'artifice , tiré devant l'Hôtel de Ville , à
l'occafion de la Paix.
L'Illu
OCTOBRE . 1739. 2439
L'Illumination que le Prince de Leichteinftein ,
Ambaffadeur de l'Empereur , a fait faire à la même
occafion .
L'Illumination de la ruë de la Ferronnerie ..
Et la Salle du Bal de l'Hôtel de Ville .
Chaque Sujet, gravé fur une demie feuille de grand
Raifin , par tout ce qu'il y a de meilleurs Graveurs .
On trouve auffi à la même Suite , l'Estampe que
le Chevalier Servandoni a fait graver , du Feu du
Pont- Neuf, tel qu'il devoit être."
Un Affortiffement géneral de toutes les Eftam-4
pes modernes concernant l'Hiftoire & la Géographie
. Il demeure ruë Galande, à côté d'un Coutelier .
La veuve Chereau , donne avis aux Amateurs d'Estampes
, qu'elle vient d'acquerir les Planches & les
Euvres complets du célebre WATTEAU, dont le nom
feul fait l'éloge dans l'efprit de tous les Connoiffeurs,
par l'habileté où il a porté le genre galant dont il
eft l'Auteur , ces Planches ont été gravées par les
plus habiles Graveurs de ce temps , aux frais de M.
de Julienne , Chevalier de l'Ordre de S. Michel , lequel
a aporté fes foins & fon bon goût pour la perfection
de l'Ouvrage , par l'amitié qui l'uniffoit
avec feu Watteau .
Comme les OEuvres complets de ce fameux Pein
tre fe vendoient cinq cent livres , la veuve Chereau
les réduit à deux cent cinquante livres , pour faciliter
le Public à pouvoir jouir de ces belles Producrions.
Elle a de- même diminué de moitié celles qui
fe vendront en détail , au choix de l'Acheteur. Elle
demeure ruë S. Jacques , aux deux Piliers d'or.
Le Sr Schiriman , Perfan de Nation , arrivé à Paris
depuis peu , a fait voir
aportés , dont l'un eft un
deux Diamans qu'il
Bouton , pefant 62 .
Fij grains ,
2440 MERCURE DE FRANCE
grains , & l'autre , une Pendeloque d'une très-belle
forme , de 95. grains. Il eftime ces deux Pierres
Sooooo . livres.
On aprend de Lisbonne , que Don Jofeph Suares
de Silva , Chevalier de l'Ordre de Chrift , & Académicien
de l'Académie Royale de l'Hiftoire , mourut
le 26. Août dernier , dans la 67. année de fon
âge. Il étoit connu dans la République des Lettres
par plufieurs Poëfies, & par les Memoires qu'il a fait
imprimer en 4. Volumes , pour fervir à l'Hiftoire
du Roy Jean I.
On a apris de Naples , qu'on a trouvé parmi les
cendres, vomies dans la derniere irruption du Mont
Vefuve , il y a deux ans , une Emeraude très - dure,
avec des taches fanguines , fi large , qu'on en a fait
une Bague pour la Reine, après y avoir gravé deffus
Je Mont Vefuve , & au-deffous une Deviſe Latine ,
pour faire voir qu'elle a été jettée parmi les cendres
de cette Montagne. Plufieurs croyent que cette
Pierre a pâ apartenir à quelqu'un de ceux que la
curiofité a portés fur cette Montagne , & qui y
ont péri.
On écrit de Londres , que le 12. de ce mois , le
Colonel Fulles , pendant la haute Marée , fit dans
la Tamife , l'épreuve d'une nouvelle Barque de fon
invention , laquelle après avoir été coulée à fond ,
fe releva , & fe vuida de l'eau qui y étoit entrée.
Le Sr Gerfaint , Marchand , Pont Notre - Dame ,
qui , depuis quelques années , fait des voyages pour
recueillir des chofes rares en tout genre de Curiofités,
eft revenu depuis peu à Paris avec une Collection
confidérable de Morceaux uniques, & qui donnent
OCTOBRE. 1739. 2441
nent des preuves de fon goût & de fon discernement
; les termes dont on pourroit fe fervir avec
juſtice , pour en parler au vrai , paroîtroient peutêtre
trop forts , il vaut mieux laiffer la liberté aux
Amateurs d'en porter leur jugement , en les invitant
à les aller voir . On fçait affés le defintereffement
& l'affabilité avec lefquels il reçoit ceux que la finple
curiofité attire chés lui . Voici en peu de mots un
abregé de ce que l'on a le plaifir d'y admirer.
Des Tableaux du meilleur temps de plufieurs
grands Maîtres , comme , Rubens , Salvator Rose ,
D. Teniers, Gaspre , Berghens, Vauvremens , Metzu ,
Corneille Polemburg , Snyders , c.
Des Pagodes & autres Ouvrages de Porcelaine
d'ancien Japon , d'une rare beauté ; des Figures des
Indes , branlantes & non branlantes , d'un caractetere
très- fingulier , & d'un deffein admirable.
Deux Paravents d'Etoffe des Indes , avec Figures
, Paysage , Terraffes & Animaux de Relief; c'cft
une chofe unique dans fon efpece , & propre à faire
un Meuble des plus parans & des plus finguliers .
Des Ouvrages de Cire , très - finis ; des Coquillages
, d'un très- beau choix , & nombre d'autres Piéces
curieuſes , dont le détail nous devient impoſſible,
mais entre autres , une partie considérable d'Ouvrages
extrêmement délicats , du plus beau & du
plus ancien Laque , noir & or , avanturiné , émaillé
& fur-doré ; en Boetes & Cabinets d'une varieté
infinie , & on peut dire exquise ; on ne rifque rien
d'avancer qu'il n'y a jamais eu en ce genre un amas
de Morceaux fi piquans & fi beaux ; on fçait la rareté
de ces Pieces aujourd'hui , & on ne fera pas
étonné d'en voir une fi belle Suite , lorfque l'on
aprendra que c'eft le Cabinet complet du plus grand
Curieux qu'il y eût en Hollande , où ces Morceaux
font i recherchés & fi eftimés. Il y a plus de 80.
F V ans
2442 MERCURE DE FRANCE
ans que ces Piéces préciéufes & d'une confervation
furprenante , étoient confervées dans une Famille,
de pere en fils .
Le Sr Gerfaint a établi cette année un nouveau
Commerce de Quinquailles & autres Marchandifes
ufuelles , & de goût , qui peuvent fatisfaire les Curieux
les plus difficiles, par leurs formes & leur propreté,
ne fe chargeant que de chofes utiles,agréables
à la vûë , & faites par les Ouvriers les plus habiles.
Il eft en état d'accommoder les Marchands & les
Particuliers , de quantité de chofes, à des prix très--
raifonnables.
M. d'Hermand , ancien Colonel d'Infanterie ,
& Ingénieur des Camps & Armées du Roy , étant
mort au mois de Juillet dernier , nous croyons faire
plaifir aux Amateurs de Curiofités en tout genre,
qui compofoient fon Cabinet , d'annoncer au Public
qu'il fera mis en vente vers la fin de l'année ;
on y trouvera , pour la Géométrie , grand nombre
de Machines & de Modeles de Forces Mouvantes ,
de Mécanique , d'Architecture Civile & Militare ,
&c. tous les differens Inftrumens de Mathématique,
dont plufieurs font d'une invention nouvelle , en
or , en argent & en cuivre , travaillés par les meilleurs
Ouvriers de France & d'Angleterre.
Tout ce qui peut regarder l'Optique , la Perspective
, la Peinture & la Sculpture , y eft raffemblé
avec soin , comme Bronzes , Modeles en Terre
cuite , Tableaux , Deffeins , Eftampes , & des Cires
d'une grande perfection , entre autres les cinq Batailles
d'Alexandre ; en Bas- relief , d'après M. le
Brun .
Il y a plufieurs Statues & Vafes de Bronze , antiques
& modernes , dont la plupart font montés
fur des Pieds de Marqueterie, ornes de Bronze doré ;
ils
OCTOBRE . 1739. 2443
il y en a de très-rares , dont quelques - uns font de
Groupes de plufieurs figures , comme la Daphné
pourfuivie par Apollon , le Laocoon & fes enfans ,
Didon fur fon bucher , &c. Ce dernier eft unique
& fort eftimé .
>
Il y a plufieurs Tableaux de l'Ecole Flamande de
Corneille Poelembourg , de Breugle de Velours , & c .
Les Deffeins & les Eftampes , font dans des Portefeuilles
très - propres , dont la plûpart font colés
à chaffis fur du papier du grand Aigle , &c . On
n'entrera point dans un plus grand détail de cette
ample Collection , on n'en peut prendre une jufte
idée que par la vûë des Portefeuilles mêmes.
Il y a un gran nombre de Cartes Géographiques
& differens Atlas , dont un eft en fix volumes , contenant
les Cartes Maritimes de tous les Ports de Mer
de l'Europe .
Quoique les Livres de ce Cabinet ne forment pas
un objet auffi confiderable que les autres parties qui
le compofent , on en trouvera pourtant 4000. Vo→
lumes , dont le Catalogue fera rendu public.
Le Sr Chedeville , le cadet , vient de donner au Public
les Galanteries amusantes , Pieces pour deux
Mufettes , Vielles & autres Inftrumens . Il efpere
qu'ils n'auront pas moins de fuccès que les Amusemens
de Bellonne , fon fixiéme OEuvre. Il a auffi donné
un Livre pour la Flute , qui eft fon feptiéme
OEuvre , qu'on joue fur la Mufette & fur la Vielle ,
par transpofition . Il fe vend chés lui , ruë des Bourdonnois
, & aux Adrefes ordinaires.
F vj L'HY
2444 MERCURE DE FRANCE
L'HYVER , CHANSON.
Les Paroles & la Musique sont de M. Morel,
TAndis que le Soleil s'éloigne de nos têtes ,
Et que les Aquilons ravagent ces Climats ,
Rions , chantons , en dépit des frimats ;
Que l'Amour & Bacchus s'unissent à nos Fêtes,
Laissons tomber la neige à gros flocons ;
Que sur nos Champs glacés l'Astre du jour palisse,
Que Borée en fureur se déchaîne & mugisse ;
Rien ne m'étonne , amis , quand je tiens ces flacons
Echauffé du beau feu des yeux de ma Silvie ,
Je ne regrette plus celui du Dieu du jour ;
Je bois , je la fais boire , & l'échauffe à mon tour ;
J'attens ici l'Eté , sans que l'Hyver m'ennuye.
SPEC
18 LINCK A
ONE
PUS
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIORA
,
OCTOBRE. 1739: 2445
ののᎣ
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Tragédie nouvelle de
Thélamire, représentée au Théatre François
le 6. Juillet 1739 .
ACTEURS.
Thélamire, fils de Cydnus, crû légitime Roy
de Sicile ,
le Sr Dufresne
.
Elismene
, cruë fille de Cydnus
, laDileGaussin
.
Amintas
, Gouverneur
de Thélamire
, devenu
Ministre
,
le Sr Sarrazin
:
Licas,Confident
d'Amintas
,le Sr la Torilliere
.
Barsine,Suivante
d'Elismene
,la Dlle Jouvenot
.
Lictimen
,Capitaine
des Gardes,leSr du Breüil.
Philax , Officier
du Palais , le Sr Fierville
.
La Scene est à Syracuse , dans le Palais des
Rois de Sicile.
L
'Auteur de cette Tragédie n'ayant pas
voulu se nommer , pour des raisons
qu'il nous laisse ignorer , fait entendre dans
une courte Préface , * qu'il en a interrompu
les représentations pour d'autres raisons qu'il
ne nous fait pas mieux connoître que les pré-
La Piéce est imprimée , Quai des Auguſtins , in 8 ° .
chés le Breton,
cedentes.
2446. MERCURE DE FRANCE
cedentes . Il déclare qu'il n'auroit point fait
de Préface , s'il n'eût crû devoir détromper
le Public des bruits qui attribuoient fa Piece
à differens Auteurs , qui par -là fe trouvoient
compromis. Voici comme il parle lui - même.
Je suplie le Public d'être persuadé de la fausseté
des discours frivoles qui se sont tenus à
cette occasion ; comme ils sont sans fondement ,
ils tomberont sans doute d'eux - mêmes , sans
qu'il soit necessaire que l'on en prévienne les sui
tes: les Personnes que certe injustice regarde,en
sont si persua lées , qu'elles ont bien voulu ne
pas exiger de moi que je fisse connoître le véri
table Auteur de cette Tragédie. Il ajoute modestement
que sans les raisons essentielles qui
l'obligent à garder sin secret , il l'auroit publié
le
Le premier , moins par amour propre , que par
amour de la vérité. L'Auteur anonime pousse
la modestie plus loin au commencement de
cette courte Préface. Voici encore ses propres
termes. Je n'aurois même point fait de
Préface , sije ne m'étois crû obligé de désavouer
les bruits qui se sont répandus ; ils ont fait attribuer
Thelamire à des personnes que je n'ai
pas dû laisser compromettre.
Au reste , quel que soit l'Auteur de cette
Tragédie nous ne croyons pas qu'il se
compromit beaucoup en l'avoüant ; elle n'est
pas sans défaut , mais elle ne manque pas
de beautés ; elle eft dans le genre simple ,
genre
OCTOBRE. 1739. 2447
genre qui demande beaucoup d'élégance
au défaut d'action , et par conséquent trèsdifficile
à se soutenir par lui-même. Le Public
en va juger par l'extrait.
Au premier Acte , Amintas , Gouverneur
de Thélamire , fils de Cydnus , & cependant
crû légitime Roy de Sicile , fait connoître
à Licas son Confident , le dessein
qu'il a formé de faire régner fon fils , en
détrônant Thélamire , & lui dit qu'il en a
les moyens entre les mains ; il acheve de
s'expliquer en ces mots :
Je conçois ta surprise ,
Mais aprends les motifs d'une telle entreprise ;
Et puisqu'en ce moment je me fie à ta foi ,
Il faut te réveler le secret du feu Roi.
Pour fruit de son Hymen , n'ayant eu qu'une fille,
Et voulant assûrer le Sceptre à sa famille ,
Un échange secret contenta ses souhaits.
Il fit pendant la nuit aporter au Palais
Un enfant de Cydnus , & c.
Tu sçais jusqu'où monta la faveur de Cydnus ;
Mais que ses envieux noircirent ses vertus ;
Et le Roi qui depuis connut son innocence ,
Voulut que cet échange en fût la récompense.
Timante de ce coup fut le seul Confident ,
Et ne l'a qu'à moi-seul découvert en mourant, & c.
Thélamire
2448 MERCURE DE FRANCE
Thélamire en un mot n'est point le sang du Roi ;
Il est fils de Cydnus , et Sujet comme moi.
Ce secret ignoré le rend seul notre Maître ;
Pour le perdre , il suffit de le faire connoître ;
Mais je sens que mes soins seront infructueux
Si je n'arrache pas Elismene à ses voeux.
La crainte d'Amintas eſt bien fondée:
Thélamire veut dès le même jour épouser
Elismene qu'il aime ; cette Elismene eft cette
même fille , au lieu de laquelle le feu Roi a
subftitué Thélamire , quoiqu'elle ne passe
que pour la fille de Cydnus. Amintas ne
peut donc élever son fils Atis sur le Trône ,
qu'en lui faisant épouser la seule Princeffe
qui peut lui en apporter les droits par son
Hymen. Cependant avant que d'employer
la force ouverte , Amintas a recours à l'artifice
. Il a déja pris des mesures dont on
sera instruit dans l'Acte suivant ; dans celui-
ci il se contente de tâcher de détourner
Thélamire de l'Hymen qu'on eft prêt à célébrer
; mais il n'y employe que des raisons
de politique , qui ne produisent aucun
effet .
"
Elismene commence le second Acte avec
Barsine , sa Confidente , à qui elle aprend
ce qui vient de se passer à son égard dans
le Temple. Voici comme elle s'explique au
sujer
OCTOBRE. 1739 2449
sujet de son Hymen avec Thélamire , qu'elle
aime autant qu'elle en eft aimée.
J'ai voulu ce matin qu'un secret sacrifice
A cet Hymen si cher rendit le Ciel propice ;
Mon coeur charmé d'un sort si doux , si glorieux ,
Croyoit pouvoir déja remercier les Dieux ;
Mais à peine aux Autels je m'étois prosternée ,
La flamme s'est éteinte ; » Arrête , infortunée ,
M'a crié le Grand Prêtre , &c.
» Entends la voix du Dieu qui daigne t'éclairer, &c .
Elifmene ne dit ici que ce que l'Oracle
contient ; c'eſt que Thélamire mourra , fi
elle l'épouſe . Effrayée de cet Oracle , elle regarde
cet Hymen comme le comble des
malheurs, & fe détermine à y refuſer ſon confentement
: Thélamire vient ; il ne fçait que
penfer du trouble dont fa chere Elifmene eft
agitée ; elle l'accable d'un refus , qu'il ne
fçait à quoi attribuer , elle ne l'apuye que
fur des raifons de politique qui paroiffent
frivoles à fon Amant , qu'elle quitte fans lui
en dire davantage.
que
Thélamire foupçonne Elifmene de quelfecrette
infidélité ; il en fait confidence
à Amintas , qui ne fçait que trop à quoi s'en
tenir , ayant fuborné le Grand Prêtre , dont
'Oracle a fait prendre à Eliſmene la réſolution
2450 MERCURE DE FRANCE
tion qui caufe le trouble de Thélamire . Cet
artificieux Miniftre perfifte dans le deffein
de détourner Thélamire d'un Hymen dont
Elifmene , dit- il , prévoit mieux les conféquences
que lui ; Thélamire n'écoute que fa
jaloufie , & ordonne à Amintas de fonder le
coeur d'Elifinene , pour découvrir quel eſt le
Rival qu'elle lui préfere.
Au troifiéme Acte , Amintas , conformément
à l'ordre qu'il a reçû de fon Maître ,
dit à Elifmene qu'il l'envoye vers elle , pour
fçavoir les raifons qui peuvent la porter à
refufer le Sceptre , qu'il veut mettre entre
fes mains , il ajoute , contre l'intention du
Roy :
Outré de vos refus , Madame , dès demain ,
Il va porter ailleurs sa Couronne et sa main:
Elifmene peu touchée de la menace qu'Amintas
lui fait , de voir porter ailleurs une
Couronne qu'elle refufe , lui répond avec
une fierté digne de fon courage :
Je refuse aujourd'hui la main de Thélamire ;
Mon destin l'a voulu , Seigneur , j'y dois souscrire,
Mais je crains que mon coeur ne vous soit
connu ;
pas
L'Amour peut tout sur moi , mais rien sur ma vertu.
Amintas va plus loin ; il fait connoître à
Elifmene
OCTOBRE . 1739. 2451
Elifmene tous les malheurs qui font attachés
à l'ambition , & lui dit qu'elle feroit plus
heureuſe dans un tang moins élevé ; voici
comme il s'explique en faveur de fon fils
fans pourtant le nommer.
Je fçais dans cette Cour , que d'un jeune Héros
Vos yeux depuis long - temps ont troublé le repos ;
Sa personne , son nom , sont dignes de vous plaire ;
Le respect jusqu'ici l'a contraint à se taire ;
Mais si vous consentez à recevoir sa main ,
L'Amour même à vos pieds le conduira demain .
C'est pour vous que je parle , et vous devez m'en
croire :
L'Hymen seul aujourd'hui peut sauver votre gloire.
Elifmene eft fi étonnée d'un confeil auquel
elle n'avoit garde de s'attendre , qu'elle en
interrompt le cours : elle fait même fentir
à Amintas qu'elle en eft indignée , & qu'elle
le foupçonne de trahifon envers fon Maître.
Amintas fe retire , en lui difant que Thélamire
lui rendra plus de juftice qu'elle : nous
verrons à la fin de cet Acte comment il fe
tirera d'un fi mauvais pas.
Après une Scéne entre Elifmene & fa
Confidente , dans laquelle cette malheureuſe
Princeffe fait connoître le regret qu'elle a
d'avoir donné lieu à Thélamire de la foupçonner
2452 MERCURE DE FRANCE
3.
çonner d'infidélité , Thélamire vient , il fait
quelques reproches à Elifmene fur fa prétendue
infidélité ; cette Princeffe fe juftifie par
l'Oracle qu'elle a reçû , & qui eft conçu en
ces termes :
Etouffe ton fatal amour :
Frémis du penchant qui t'attire ;
Garde-toi d'accepter la main de Thélamire ,
Cet Hymen odieux va lui coûter le jour.
Cet Oracle diffipe les foupçons jaloux du
Roy , il en demande pardon à Elifmene. La
Princeffe lui aprend ce qui lui rend Amintas
fufpect à elle- même ; Thélamire indigné de
la perfidie d'Amintas , ordonne qu'on le
cherche & qu'on l'amene devant lui. Amintas
ne croit pas pouvoir mieux regagner la confiance
de fon Maître , qu'en lui aprenant
qu'il ne s'eft opofé à fon Hymen , que parce
qu'il étoit un incefte , attendu qu'Elifmene
eft fa four ; il prouve ce qu'il avance par un
Billet du feu Roy qu'on lui a remis entre les
mains ; voici ce qu'il contient.
De ma fille ,en mourant , je veux fixer le sort ;
Mon coeur à le cacher eut toujours trop de peine ;
J'eus mes raisons : je veux du moins qu'après ma
mort
On sçache qu'elle vit sous le nom d'Elismene .
Thélamire
OCTOBRE. 1739 2453
Thélamire & Elifmene font également
frapés d'une nouvelle fi fatale à leur amour ,
ils fe retirent dans le deffein de fe fuir avec
foin ; & Amintas , s'aplaudiſſant du
qu'il vient de leur porter , finit cet Acte par
ces quatre vers ;
coup
Profitons du désordre , où ce revers les jette ;
Pour les Ambitieux la pitié n'est point faite ;
Et puisque leur malheur doit couronner mon fils ,
Achevons d'accabler d'innocens ennemis.
Au quatrième & cinquiéme Actes , Elifmene
dépofe fa douleur dans le fein de
Barfine ; elle gémit d'un amour qu'elle n'a
pas la force d'éteindre ; elle fe détermine à
chercher fon dernier fecours dans les bras
de la mort : elle fe retire à l'aproche d'Amyntas.
Licas , Confident de ce dernier ,
lui fait entendre que la Lettre du feu Roy ,
qui vient de renverfer le projet de l'Hymen
de Thélamire & d'Elifmene , laiffe toujours
Thélamire en poffeffion du Trône ; Amintas
lui répond qu'il a entre les mains de quoi le
détrôner dans une Lettre de Cydnus , qu'il
montrera quand il en fera tems. Il veut s'allurer
du Peuple & de fes amis,avant que de porter
ce dernier coup : Thélamire eft fi éloigné
d'avoir la moindre défiance d'Amintas , qu'il
fe détermine à donner Eliſmene à fon fils ;
Amintas
2454 MERCURE DE FRANCE
Amintas lui en marque la plus vive reconnoiffance
, mais il ne laiffe pas de vouloir
achever son ouvrage pour affurer le Trône
à Atis . Thélamire fait apeller Elif
mene , & lui propofe l'Hymen d'Atis.
La Princeffe le prie de la laiffer maîtreffe
de fon coeur ; mais Thélamire continuant
à la preffer d'un engagement , qui lui paroît
néceffaire pour conferver leur innocence
, elle y confent enfin. Atis épouſe
Elifmene ; mais à peine font-ils unis , qu'Amintas
montre au Peuple affemblé dans le
Temple la Lettre de Cydnus , par laquelle
l'échange eft déclaré : Philas , Officier du
Palais vient aprendre cette perfidie à Thélamire
, qui n'eft fenfible qu'à la douleur
mortelle de voir Elifmene entre les bras d'un
autre. Amintas n'en demeure pas-là ; il excite
le Peuple à prendre les armes contre
Thélamire , & à couronner Atis , comme
époux de leur véritable Souveraine ; Lictimen
Capitaine des Gardes le punit de cette
perfidie , & vient annoncer à Thélamire que
cet orage eft diffipé ; il ajoute qu'Atis , défavoüant
tout ce que fon pere a fait en fa
faveur , a renoncée au don qu'Elifmene lui a
fait de fa main , & l'a remiſe en liberté de
nommer un Röy ; cette derniere nouvelle
met Thelamire au comble de fa joye ; mais
cette joye eft de peu de durée : Élifmene
vient
OCTOBRE 1739 2455
vient la détruire , par la cruelle précaution
qu'elle a prife de s'empoifonner , avant que
d'aller à l'Autel. Elle expire aux yeux de
Thélamire , après l'avoir nommé Roy. Thélamire
veut fe tuer , on l'en empêche. Il finit
la Tragédie par ces vers :
Elle meurt,Dieux cruels ! dont la rigueur m'oprime,
J'ai tout fait pour vous plaire , et j'en suis la victime.
EXTRAIT des Talens à la Mode , Comédie
en Vers , en trois Actes , de la
composition de M. de Boissy , représentée
au Theatre Italien , le 17. Septembre.
ACTEURS.
Geronte , Partisan de la vieille Musique
Isabelle ,
le Sr Romagnesi.
la Dlle Riccoboni.
Lucinde, Filles de Geronte , laDlle Thomassin
Melanie,
la Dlle Silvia:
Leandre , qui aime & réunit tous les Talens,'
le Sr Riccoboni.
L'Epine , Valet de Leandre , le Sr Deshayes.
La Scene est chés Geronte.
Cette Piéce a confirmé l'estime générale
qu'on a pour les Productions de M. de
Boissy. Ce dernier succès n'a point démenti
celui de la plupart de ses Ouvrages de Théatre.
Le Sujet en est choisi le plus heureusement
2456 MERCURE DE FRANCE
sement du monde ; le Ballet des Talens en a
fait naître l'idée , & le Feu d'artifice qu'on a
tiré , dans le temps que ce joli Ballet étoit le
plus en vogue , y est entré naturellement.
La division des trois Actes , dont cette Co
médie est composée , est d'autant plus convenable
, qu'elle roule sur la Poësie , la Musique
, & la Danse , qui ont rempli les Fêtes
d'Hebé , ou les Talens Lyriques de M. Rameau
; mais comme cette Divifion ne pouvoit
vrai - semblablement remplir qu'une ou
deux Scénes de chaque Acte , nous suprimerons
dans cet Extrait , celles qui n'ont
servi qu'à donner à la Piéce la juste étenduë
qu'on y demande.
Au premier Acte
Isabelle & Lucinde
Filles de Geronte , ouvrent la Scene ; la premiere
fait des Vers , & la feconde compose
de la Musique. Ifabelle prie Lucinde de
mettre en chant une Cantatille de fa façon ,
elle en expose le Sujet par ces quatre Vers :
Un Sujet dont encor j'ai la tête remplie ,
Et qui doit exciter votre Art comme le mien ;
Ce font les Jeux , dont la magnificence
Vient d'étonner & d'amuser la France.
Lucinde lui promet d'y réussir , pourvû
que les Vers foient dignes du chant qu'elle
y veut mettre. Une troifiéme Soeur qui
s'apelle

OCTOBRE. 1739 : 2457
s'apelle Mélanie , & qui aime passionné
ment la Danse , vient remplir la feconde
Scene , & porte fon Talent jusqu'au Ciel.
Voici comme elle s'exprime au fujet des
Opera :
Point de Recitatif. Il assomme ; il ennuye ;
Le plus beau ne vaut pas un fimple Rigaudon
Vive les Airs de Violon !
Tout Paris , comme moi , les aime à la folie.
Geronte , Pere des trois Soeurs à Talens mo
dernes , & qui n'aime que Lully , s'emporte
fur-tout contre Mélanic , à qui il entend
dire en arrivant :
..... · Ƒ'ai là , dans ma cervelle
Le Plan d'un Balet très -joli ;
Il fera dans un goût de Mufique nouvelle.
Geronte voyant avec regret que fes trois
Filles donnent dans le goût nouveau , leur
propose à chacune un Mari , qui les remette
dans le bon chemin ; aucune de fes trois
Filles n'accepte l'Epoux qu'on lui destine ;
l'une le trouve vieux , l'autre laid , l'autre
fot. Geronte leur répond :
Oh ! que de discours inutiles !
Il est bien sot ! il est bien vieux !
Il est bien laid ! vous êtes difficiles ;
G Reposez2458
MERCURE DE FRANCE
Reposez- vous sur moi ; je fais tout pour le mieux
Et je ne veux point de replique .
Je vous laisse , & je vais au Caffé de ce pas ,
Deffendre le parti de la bonne Musique
Contre les Novateurs , Gens amis du fracas ,
Qui , l'attaquant par ignorance ,
Veulent définir fon essence ,
Et qui ne la connoissent pas.
A peine Geronte est - il forti , qu'un valer,
qui ne connoît aucune des Soeurs , après
quelques quiproquo , leur donne à chacune
un Billet , figné Leandre ; il contient trois
especes de Rendez - vous, chés elles- mêmes.
Le premier à trois heures , le fecond à cinq ,
& le troifiéme plus tard ; elles prennent le
Billet à l'insçu Pune de l'autre , & fe retirent.
Léandre ne tarde pas à venir : L'Epine,
fon valet , Porteur des Billets doux , lui dit ,
qu'il s'est parfaitement acquitté de fa commission
: ce Léandre est un homme qui rassemble
en lui feul les divers Talens de routes
les trois Soeurs ; mais qui est bien éloi,
gné d'en abuser comme elles : voici comme
il parle à fon valet , au fujet des trois Soeurs
en queftion.
1
Je viens les voir ici pour la premiere fois .
Je veux les mieux connoître , avant de faire un
choix ,
Mc
OCTOBRE. 1739 2459
Me fixer est d'ailleurs un pas que je redoute.
Mon coeur est indécis , & mon esprit les goute ,
Egalement toutes les trois.
Une certaine fympathie ,
Que font naître chés moi leurs charmes differents
Entr'elles tient mon ame & mes desirs errants ;
Je veux , & j'ai de quoi foutenir la partie :
Je me retourne & me replie ,
Et felon leur goût , je les fers.
Isabelle l'Aînée aime la Poësie ,
Avec elle , je fais des Vers ;
Avec Lucinde , je solfie ;
Et je bats l'entrechat auprès de Mélanie.
Isabelle vient ; Léandre lala voyant
dans un enthousiasme poëtique , fe cache
pour la furprendre ; elle écrit quelques vers
qu'elle laiffe imparfaits fur une table, & auxquels
elle va rêver ailleurs. Leandre vient en
ajoûter quelques- uns. Ifabelle revenant , eft
fort furpriſe de ce nouveau travail qu'elle
attribue à un Génie ; Léandre fe montre enfin
à fes yeux ; ils verfifient enſemble fur la
Rime en ême , comme la plus abondante.
Géronte furvient , il eft très-furpris de trouver
un homme auprès de fa Fille ; heureusement
pour Léandre , Géronte se trouve
être un de fes meilleurs amis ; ils s'embras-
Gij - sent
2460 MERCURE DE FRANCE
sent tendrement. Geronte le remercie de
la vifite qu'il lui rend , & le prie de lui faire
fouvent l'honneur de le voir chés lui . If
lui raconte une querelle qu'il vient d'avoir
dans un Caffé avec un Antilullyfte . Léandre
foufcrit à tous fes fentimens ; ils finiffent ce
premier Acte , par ce Duo d'Armide ;
Poursuivons jusqu'au trépas
L'ennemi qui nous offense , &c .
Léandre & l'Epine ouvrent le fecond Acte
. Léandre après avoir dit à l'Epine tout
ce qui s'eft paffé entre lui & Géronte , ſe
définit lui- même par ces vers qui n'ont pas
fait un des moindres agrémens de la Piéce .
Aprends , l'Epine , à me connoître bien.
Je prends de tout le bon et l'agréable ,
Et je n'épouse aucun parti sur rien,
Chaque chose ici - bas a sa face estimable ;
Je la saisis toûjours , pour en dire du bien .
Par ce tempéramment , et par cet art aimable ,
Je sçais à Pindulgence allier l'équité , &c.
Oui , je fuis avec soin la partialité ;
A tout amusement , elle est toûjours nuisible.
Chaque Musique a sa beauté ,
A leurs accords divers mon oreille est sensible ;
Je trouve mon bonheur dans cette égalité ,
EI
OCTOBRE. 2461 1739. 1739 .
Et mon plaisir par elle est augmenté.
Du tendre Atys , de l'aimable Thésée ',
J'adore la simplicité .
Oui ; par leur mélodie aussi tendre qu'aisée
Le sentiment est imité ;
Jusques au fond de mon ame attendrie ,
Son doux pouvoir se fait sentir ;
Mon coeur est le premier toûjours à l'aplaudir ;
La nature est partout si bien peinte et saisie ,
Qu'il en soupire de plaisir ,
Et se méprend à la copie.
Mais , de ces Opéra , quels que soient les attraits ,
Leurs graces douces et touchantes
Ne ferment point mes yeux sur les beautés frapantes
,
Sur les coups pleins d'audace , et les sublimes traits
Dont brillent Hippolite et les Indes galantes.
Quelle harmonie ! & Ciel : quels accompagnemens !
Quels tourbillons ! quels éclairs surprenans
, &c.
J'admire et bénis le génie ,
Dont les hardis travaux et la mâle vigueur
Ont enrichi Paris des trésors d'Italie.
Quelques Critiques ont voulu que ce dernier
portrait fut ironique ; mais l'impartiaque
Léandre lité a déclarée , avant
G iij
que d'exprimer
2462 MERCURE DE FRANCE
primer fon fentiment , nous perfuade que
ce dernier éloge eft auffi fincere. que le prcmier.
En voici un qui n'a paru fufpect à
perfonne.
Où suis- je ? et qu'est- ce que j'entends ?
Ah ! c'est un Dieu qui chante. Ecoutons ; il m'enflamme.
Jusqu'où vont les éclats de son gosier flateur ?
De la voute des Cieux ils percent la hauteur ;
Sur l'aîle de ses sons je sens voler mon ame ;
Je crois des Immortels partager la grandeur ;
La voix de ce divin Chanteur .
Est tantôt ún Zéphir qui vole dans la plaine ,
Et tantôt un Volcan , qui part , enleve , entraîne
Et dispute de force avec l'art de l'Auteur.
ג
Nous allons paffer quelques Scenes intermédiaires
, qui , quoique très - ingénieuſes
ne font qu'acceffoires au principal objet que
nous nous fommes propofe . Lucinde fe
trouve exactement au fecond rendez -vous ,
marqué pour les cinq heures ; comme elle
eft Muficienne , Léandre s'escrime avec elle
dans ce genre . La Cantatille dont Ifabelle
a fait les vers , y eft chantée avec des agrémens
infinis. Géronte qui furvient est trèsétonné
, qu'un prétendu Partifan de fon cher
Lully chante avec fa Fille dans le goût moderne
OCTOBRE . 1739. 2463
1
derne. Léandre fe juftifie en lui difant , qu'il
ne lui donne des leçons fi ridicules & fi outrées
, que pour lui en faire fentir toute l'extravagance.
Géronte donne dans le piége
& fait de nouvelles proteftations d'amitié
à un Maître fi ingénieux , & finit l'Acte par
Ces vers :
Continuez , mon cher Léandre ,
Cultivez le bon goût au sein de ma maison ;
Je veux qu'à l'avenir vous y donniez le ton .
Plus nous avons donné d'étendue aux Actes
précédens , moins nous en donnerons à ce
dernier , pour ne point paffer les bornes ordinaires
que nous prefcrivons à nos Extraits.
Ifabelle & Lucinde commencent ce troifié
me Acte ; chacune d'elles fe flate d'époufer
fon Amant. Elles plaignent le fort de Mélanie
, qui n'a pas encore la même efpérance.
Elles fe difpofent à aller à l'Opéra. Tandis
qu'Ifabelle en va chercher les paroles qu'elle
a laiffées fur fa table , Lucinde dit à l'Epine
, qui survient , de dire à son Maître qu'elle
l'attend à l'Opera , & qu'il l'y trouvera à
coup sûr.
L'Epine qui ne sçait point que Lucinde
doit aller à l'Opera avec sa Soeur , veut s'en
informer à leur suivante, qui entre , une vielle
en main ; il n'en a point d'autre réponse que
G iiij
trois
2464 MERCURE DE FRANCE
trois airs commencés , continués & repris ä
chaque interrogation. Léandre qui arrive
éprouve le même sort. La Joueuse de vielle
s'étant retirée sans qu'on en ait pu arracher
un seul mot , Léandre fe dispose à remplir
son troifiéme rôle avec Mélanie , qui se
rend auprès de lui à l'heure marquée ; ce rôle
s'exécute parfaitement bien de part & d'autre
; la danfe n'eft interrompue que par d'ingénieuses
aplications qu'on fait de la danse
à l'amour en voici quelques- unes :

Léandre.
Ce dévelopement annonce que mon coeur
Va devant vous dévoiler sa langueur.
Mélanie.
Ec mouvement soudain, qu'un trouble feint anime,
Prouve au moins que je sçais bien jouer la pudeur.
Léandre.
Chassez une injuste frayeur ;
Ce pas de Loure vous exprime
La plus parfaite et la plus tendre estime .
Mélanie.
Et je réponds à cet aveu discret
Par quatre pas de menuet , &c .
Léandre
OBKE. 1739. 2465
Léandre.
Que mon bonheur est doux ! que ma joye est parfaite
!
Et que ma victoire a d'éclat !
Je vais la célebrer par un double entrechat , &c. ,
Lucinde qui arrive de l'Opéra , où elle n'a
point trouve de place , trouve ces Danseurs
dans une attitude fi tendre , qu'elle ne peut
s'empêcher d'en prendre quelque ombrage .
Isabelle , qui ne tarde pas aufli à revenir ,
acheve de déveloper le myftere . Géronte la
suit de près , il propofe son aînée en miriage
à Léandre , qui se défend de faire un
choix entre des soeurs , qui poffedent fi
bien des talons dont il eft enchanté . Mélanie
pour finir l'embarras de cet Amant volage
, parle ainfi à son Pere & à ses Rivales,
Attendez . Il me vient une bonne pensée ;
De finir la dispute elle m'offre un moyen ,
Qui paroît le plus simple et même le plus sage.
Pour juger quel talent doit avoir l'avantage ,
Et couronner l'une de nous ,
Il faut qu'en lice ils entrent tous.
Si vous voulez l'aprouver l'une et l'autre ,
Chacune , nous pouvons faire briller le nôtre ,
Tout à l'heure , dans un Balet ,
G v Dont
2466 MERCURE DE FRANCE
Dont j'ai conçu le plan , et qui vient au sujet ,
Ce sont les trois Muses Rivales ,
Differentes de goût , mais en mérite égales.
Celles dont mon art a fait choix ,
Sont Melpomene , Erato , Terpficore ,
Qui se disputent à la fois
L'honneur de soumettre à leurs loix
Le génie agréable et plus léger encore , &c .
Le parti proposé par Mélanie eft accepté
par Géronte même , qui promet de donmer
Léandre à la Muse victorieuse. Terpficore
l'emporte sur ses Rivales. Mélanie , qui
représente la Muse de la Danse , donne la
main à Léandre ; & la Piéce finit par le
Balet proposé , dont nous allons tâcher de
donner une légere idée.
LES MUSES RIVALES , Ballet Pantomime
, dont les Acteurs représentent , Melpomene
, Erato , Terpficore , un Génie ,
leur Suite,
Le Théatre s'ouvre , & fait voir un Palais
magnifique. Melpomene y paroît endormie.
Les Songes funeftes viennent à plufieurs
reprises au tour d'elle troubler son sommeil.
Le Génie paroît & veut s'aprocher de Melpomene
; elle s'éveille , & dans un grand
trouble
OCTOBRE . 1739 2467
Trouble , elle court après le Génie , qui de
son côté la cherche avec empreffement , mais
les Songes viennent toujours les séparer. Enfin
Melpomene arme de son poignard le
Génie , les Songes effrayés prennent la fuite.
La Muse de la Tragédie & le Génie reſtent
seuls. Ce dernier exprime par ses pas & par
ses geftes une déclaration d'amour dans le
genre tragique , &c. Ils cédent la place à
Erato & à sa Suite .
Le Génie affis auprès de Melpomene , la
quitte , malgré les efforts que la Muse tragique
fait pour le retenir , & fuit Erato qui le
conduit sur un lit de gazon ; elle lui présente
une Flute dont elle l'oblige de jouer , &
les sons mélodieux qu'il en tire réellement
paroiffent accompagnés par la Muse avec sa
Lyre. Ce même morceau joué en écho par
l'Orcheſtre , eft dansé par les Suivans d'Erato.
Terpficore paroît avec sa Suite ; auffi- tôt le
Génie quitte Erato , pour aller joindre la Muse
de la Danse . Erato prend la fuite , comme
avoit fait Melpomene ; le Génie & Terpficore
expriment leur union par plufieurs
Danfes de divers caracteres , & une Contredanse
finit cet ingénieux Balet , dont la mu
fique eft de M. Blaise , Basson de la Comédie
Italienne , & les pas de la compofition
de M. Riccoboni , qui a la meilleure part
G vj.
avec
2468 MERCURE DE FRANCE
avec la Demoiselle Silvia , à l'exécution
brillante du Balet. C'est lui qui remplit le
personnage du Génie , après avoir rempli
dans la Piéce ceux de Poëte , de Muficien ,
& de Danseur.
Le 16. Septembre , les Comédiens François remirent
au Théatre la Tragedie de Rhadamiste , de
M. de Crebillon , de l'Académie Françoise , dans
laquelle le fieur Prin , nouvel Acteur , joua le premier
Rôle avec aplaudissement . Le même Acteur
avoit déja debuté fur le même Théatre en Septembre
1733 , & avoit joué les premiers Rôles dans la
Tragédie de Tiridate , & dans la Comédie du
François à Londres.
Le 23 , il joua le même Rôle du François à
Londres , & celui du Comte d'Essex.
Le 26. ils remirent au Théatre la Tragédie d'Atrée
Thieste , de M. de Crebillon ; la nouvelle
Actrice joua le Rôle de Theodamie avec aplaudissement.
Le 14. Octobre , les mêmes Comédiens donnerent
trois Pieces nouvelles d'un Acte chacune , &
en Vers , précedées d'un Prologue , & terminées
par un Divertissement. La premiere a pour Titre
l'Ecole du Monde ; la feconde , le Medecin de l'Esprit
; & la derniere , Efope au Parnasse . Celle - ci a
été très - goutée : elle est de M. Pesselier. On en
parlera plus au long
Le 8. les Comédiens Italiens donnerent la onziéme
Représentation de la Comédie des Talens à
la Mode , dont on vient de donner l'Extrait , &
qui est toujours très-gontée. ils jouerent ensuite
celle d'Arlequin Hulla , dans laquelle le sieur Antonio
OCTOBRE . 2465 17397
tonio Catolini , originaire d'Italie joua le Rôle
d'Arlequin . Le même Acteur avoit déja paru sur
le même Theatre au mois d'Octobre 17 6 , &
avoit joué le Rôle d'Arlequin dans la Comédie de
la Surprise de l'Amour ; le lendemain les mêmes
Comédiens fe rendirent à Fontainebleau à la fuite
de la Cour.
L'Académie Royale de Musique qui continuë
toujours avec fuccès le Balet Heroïque de Zaïde
donna le 27. Octobre un Acte nouveau , intitulé
Momus Amoureux , avec un Divertissement , à la
fin duquel la Dlle Barbarina , & le fieur Rainaldi-
Faufan , danferent une Pantomine nouvelle , qui
est extrémement goutée , & dont l'exécuion est
inimitable.
NOUVELLES ETRANGERES.
LR
TURQUIE E T PERSE.
E bruit qui a couru de la mort de Thamas-
Kouli- Kan , paroît être sans fondement , & fi
ce Prince a été tué , ce ne fçauroit être dans fon
Expédition contre le Grand Mogol , puifqu'on a
reçû des avis certains que ce dernier ayant cherché
à fe fauver après la perte de cinq Batailles ,
qui ont été fui ies de la prife de la Capitale de fon
Empire , il avoit été fait prifonnier & conduit à
Thamas Kouli Kan , qui lui a laiſſé ſes Etats , à
condition que ce Prince lui cederoit le Caboulistan
, & s'engageroit à lui payer un tribut .
On a apris depuis de Petersbourg, que la nouvelle
2470 MERCURE DE FRANCE
le des progrès des Armes de Thamas Kouli - Kan du
côté des Indes , vient d'être confirmée par une am
ple Relation , que fon Amballadeur a préfentée à
la Czarine , & qui contient le détail de la derniere
victoire remportée par ce Prince fur le Grand Mogol.
Cette Relation marque que l'Armée du derrier
étoit compofée de près de 300000. hommes d'Infanterie
& de 100000. de Cavalerie , & que ce Prince
avoit too. Elephans ; que les Perfes auffi fupérieurs
à leurs Ennemis dans l'art de faire la guerre, ]
qu'ils leurs étoient inferieurs en nombre, les avoient
mis en déroute , que le Grand Mogol ayant été
abandonné de la plus grande partie de fes Troupes,
& étant contraint de chercher fon falut dans la fuite,
Thamas Kouli- Kan l'avoit pourſuivi , & ne lui avoit
acord la Paix , qu'à condition que ce Prince iui aban
donneroit tous les tréfors , lui payeroit un tribu:, &
lui cederoit les Provinces de Cabouliſtan & deLahor.
Selon quelques avis reçûs de Perfe , Thamas Kouli
- Kan paroît déterminé à établir fa demeure à Candahar,
pour être plus à portée de contenir dans l'o
béiffance les Pays qu'il a nouvellement conquis , &
l'on dit qu'il laiffera fon fils Eresa Guli à Ifpaham ,
pour gouverner le Royaume de Perfe en qualité
de Viceroy. Erefa Guli a pris , par ordre de fon
Pere, le titre de Veliacht , qu'on donne en Perſe aux
feuls heritiers préfomptifs de la Couronne ; il exerce
à Ispaham tous les Actes de fouveraineté , & y
reçoit les mêmes honneurs qu'on rend au Roy.
Le bruit court qu'erefa Guli a fait étrangler pendant
l'absence de fon Pere le Schach Thainas , dernier
Sophi de Perfe, que Thamas Koui- Kan fit dé--
pofer il y a quelques années, fous prétexte que par fa
conduite il s'étoit rendu incapable de regner. On
assûre auffi que le fils du Schach Thamas , que Kouk-
Kan avoit placé fur le Trône , après la dépofition
OCTOBRE. 1739 2471
tion du Sophi , & qui a occupé le Trône , jusqu'
ce queThamas Kouli -Kan fe foit fait déclarer Roy,
a éprouvé le même fort. Thamas Kouli -Kan a
chargé Erefa Guli de continuer la guerre contre les
Lesghies , Nation qui habite le Mont Caucafe.
RUSSIE.
L'Armée Mofcovite s'étant avancée le 23. Aode vers la Riviere de Rokitaw , & le Comte de
Munich ayant fait jetter des Ponts pour paffer cette
Riviere , les Tartares fe préfenterent pour dis
puter le paffage , mais à peine eut - on fait contre
eux quelques décharges d'Artillerie , qu'ils fe retirent
avec précipitation.
Comme le Comte de Munich aprit par fes Espions
, que le Seraskier de Bender paroiffoit être
dans le deffein de l'attaquer avec toutes fes Troupes
, qui étoient compofées de 20000. Janiflaires ,
d'un pareil nombre de Spahis , & d'environ 50000 .
Tartares , ce General réfolut de le prévenir , &
ayant laiffé la groffe Artillerie & les Equipages fous
Peſcorte d'un détachement confidérable , commanpar
le Major General Chrouschoff , il ſe mit en
marche pour s'aprocher des Eunemis.

Les Mofcovites pafferent fans obftacle la Rivieres
d'Aremtscha & plufieurs défilés dans lesquels les
Turcs auroient pû les arrêter long - temps , s'ils
avoient eû la précaution de fe faifir de certains postes
avantageux. Quand on eût gagné les hauteurs,
on découvrit le Camp des Ennemis , & on s'aperçut
qu'ils l'abandonnoient & qu'ils défiloient vers
Choczin.
Il y eut le 24. après midi , une Action de peu
d'importance entre les deux Armées , & le Major
Général Stokman , qui commandoit l'avant- garde
de
2472 MERCURE DE FRANCE
de celle de la Czarine , fut fait prifonnier par les
Tartares .
Le Comte de Munich , après avoir fait repofer
les Troupes le 25 , continua fa marche le 26. & les
Mofcovites ayant paffé les Rivieres d'Iniskowsky &
de Saloczensky , ils arriverent vers les huit heures
du foir , à la portée du canon des Turcs, qui étoient
retranchés fous Choczin , & dont le Camp étoit
défendu par plufieurs batteries . Auffi - tôt les Enne .
mis fortirent de leurs lignes & chargerent avec
beaucoup de vivacité les Troupes Ruffiennes , ils
furent repouffés de tous côtés , & le Comte de Munich
établit fon Camp à Vroshitza.
M. Fermer , Maréchal des Logis de l'Armée , lequel
alla la nuit fuivante avec un détachement de
250. Dragons , pour marquer des logemens dans
quelques Villages voifins , fut envelopé par un détachement
de Turcs & de Tartares , mais il fur
bien - tôt dégagé par les Gardes du Corps de la Czarine
& par un Régiment de Cavalerie , qui allerent
à fon fecours Les Turcs canonnerent le Camp, & y
jetterent des bombes pendant toute la nuit , & ils
l'attaquerent en plufieurs endroits mais fans fuccès .
Cependant le Comte de Munich le trouvoit dans
une fituation qui pouvoit donner de l'inquiétude ;
l'Armée n'avoit d'autre retranchement que celui
qu'elle s'étoit fait avec fes cuariots & les chevaux
de frife , celle des Turcs bordoit de toutes parts ce
retranchement , qui ne pouvoit tenir long- temps
contre le feu de leur cano , on manquoit de tourages
, & il falloit faire un fort long détour pour en
aller chercher . Dans cette extremit le Comte de
Munich fe détermina le 27 à attaquer les Ennemis .
Comme il s'étoit aperçu que les Tucs avoient laissé
à la gauche de leurs retranchemens , une ouver
ture d'environ 50. pas, afin de faire fortir & rentrer
leus
OCTOBRE. 1739. 2473
leur Cavalerie , il fit une fauffe attaque à la droite
avec fix Régimens , 30. piéces de canon & quelques
mortiers.
Le Seraskier de Bender ayant porté fes principales
forces de ce côté , le Comte de Munich , qui
avoit fait défiler beaucoup de Troupes vers la gauche
, à l'infçu des Ennemis , alla ſe mettre à la tête
de ces Troupes , & marcha vers l'endroit de leurs
retranchemens , qui étoit ouvert , pour pénetrer
par- là dans leur Camp.
Dès que les Turcs eurent vû ce mourement ,
les
Janiffaires défilerent de la droite à la gauche avec
du canon & une grande quantité de Gabions , &
ils drefferent fur une hauteur une batterie , dont le
grand feu n'empêcha pas les Mofcovites de s'avan
cer Tambour battant & Enfeignes deployées .
A cinq heures après midi , les Ennemis attaquerent
en même -temps le centre & les deux aîles de
l'Armée , & ils éprouverent partout une telle réfistance
, que les Janiffaires fatigués d'avoir fait inutilement
plufieurs tentatives pour enfoncer l'Armée
, ſe débanderent & prirent la fuite . La Cavalerie
Turque & les Tartares tinrent en ore ferme
pendant plus de deux heures , deforte qu'on ne pût
arriver que fur les neuf heures du foir au Camp des
Ennemis. Toutes leurs Troupes l'avoient abandonné
, & l'on y trouva 19. canons de bronze , 4.
mortiers , & une grande quantité de munitions de
guerre & de fourage.
Le 29. le Comte de Munich détacha 20000.
hommes pour aller reconnoître les environs de
Choczin , & le refte de l'Armée après avoir traverfé
le bois voifin de cette Place , alla camper à
Daischowse .
L'Armée fe remit en marche le lendemain au
matin , & elle arriva à la porté du moufquet des
Fauxbourgs
2474 MERCURE DE FRANCE
"
Fauxbourgs de Choczin fans avoir rencontré aucun
détachement des Troupes Ottomanes. Quelques
Payfans qu'on amena au Comte de Munich ,
lui ayant raporté que le Pacha de Choczin , après
la Bataille étoit rentré presque feul dans la Ville , &
qu'il ne s'y trouvoit qu'environ 300 Janiffaires
parce que le refte de la Garniſon que le Seraskier
de Bender avoit fait venir dans les lignes pour renforcer
fon Armée , s'étoit difpersé dans la campagne
pendant la déroute des Turcs , au lieu de fe retirer
dans la Place , le Comte de Munich fit fommer
les Habitans d'ouvrir leurs portes .
Un Officier de Javiffaires fe rendit au Camp des
Mofcovites , par ordre du Pacha , & il pria qu'on
accordât quelques heures à la Garnison , pour
déliberer
fur le parti qu'elle prendroit . Etant revenu
après le temps qui lui fut marqué , il demanda de
Ja part du Pacha , qu'on lui permit de fortir de la
Ville avec les 300. Janiffaires, & qu'on les conduisit
jusqu'au Danube . Le Comte de Munich déclara
qu'il vouloit que le Pacha & les Janiffaires fe rendiffent
prifonniers de guerre , & comme il fit avancer
en même temps plufieurs Compagnies de Grénadiers
au pied de l'Efplanade , pour donner l'as
saut, avec menace de paffer la Garnifon & les Habitans
au fil de l'épée , s'ils attendoient la derniere
extrêmité , le Pacha accepta les conditions imposées
par ce Géneral .
A trois heures après midi un Officier des
Janiffaires aporta les clefs de la Ville , & le fecond
Régiment des Gardes à pied de la Czarine , prit
poffeffion des portes , après quoi le Pacha fe rendit
à la Tente du Comte de Munich , à qui il remit fon
Sabre. La Ville fut abandonnée au pillage , & les
Soldats y ont fait un butin très- conſidérable.Le Major
Général Stokman , qui étoit gardé dans Choc◄
zin ,
OCTOBRE. 1739. 2475
zin , avec 16. autres prifonniers de guerre , a été
remis en liberté .
Le 31. le Comte de Munich mit garnifon dans
la Place , dont on a trouvé tous les Magafins abondamment
pourvûs , & les Ramparts garnis d. 180.
piéces de canon . Ce Géneral a nommé le Major
Géneral Crouschoff , pour y commander , & M,
Dadian , Lieutenant Colonel d'Artillerie , pour y
faire les fonctions d'Ingénieur en Chef. Il y a laiffé
cinq Bataillons & il a fait enfermer dans la Citadelle
tout ce qu'on a enlevé aux Ennemis.
Le 3. Septembre , le Pacha de Choczin & les
Janiffaires qui étoient dans la Place , partirent du
Camp du Comte de Munich , pour aller à Kiow ,
od on les a conduits avec une eſcorte .
La faifon n'étant pas encore avancée , & le Com
te de Munich voulant profiter de la confternation
des Ent emis , l'Armée décampa le 4 , pour tâcher
de s'emparer de Jaffy Capitale de la Moldavie ,
& pour y faire reconnoîtte le Prince Cantimir ,
que la Czarine a nommé Hofpodar de cette Province.
Un détachement du Corps des Troupes que le
Baron de Stoffeln , Lieutenant- Feldt- Maréchal ,
commande en Ukraine , ayan: defcendu le Borystene
avec deux Chaloupes , l'une de vingt rameurs,
l'autre de dix , & quelques Barques de Cofaques de
Saporovie , il rencontra près d'Oczakow quatre
Bâtimens Turcs , dont deux prirent la fuite ; il artaqua
les deux autres , auxquels il coupa la retraite,
& il en prit un qui étoit de 24. rames , & fur le
quel il y avoit 20. Janiffaires ; le Capitaine de l'autre
Bâtiment fe fit fauter en l'air avec fon Equipage.
L'Atteman de Woiskowoy , un des Chefs des
Colaques du Tanais , a mandé à S. M. Cz,, que
fur
2476 MERCURE DE FRANCE
far la nouvelle de la marche de 4000. Tartares de
Crimée & du Cuban qui s'étoient avancés du
côté du Czerkaskoy , il avoit détaché 2000. Golaques
, qui les ayant attaqués dans le defert voifin
du Tanais , les avoient mis en déroute après un
combat fort vif, qui avoit doré depuis midi jufqu'au
foir. Il eft demeuré de la part des ennemis environ
200. hommes fur la place , & le nombre de leurs
blessés eft beaucoup plus confiderable. On leur a
fait beaucoup de prifonniers , parmi lesquels eft le
Porte-Etendart du Seraskier du Cuban , dont on a
pris l'Etendart. Les Ennemis étoient commandés
par le Sultan Kalga , qui avoit fous fes ordres le
Seraskier du Cuban , & Selim Girey , & les deux
Fils du Kan de Crimée étoient avec le Sultan
Kalga.
Donduck Ombro a dépêché un Courier à la
Czarine , pour lui donner avis que le 25. du mois
d'Août dernier, il avoit battu un détachement confiderable
des Tartares du Cuban , commandé par le
Sultan Chargan Girey , fils de Batchi Girey & neveu
du Seraskier du Cuban ; que le Sultan Chargan
Girey avoit été tué , & qu'il étoit fort regretté des
Tartares à caufe de fa valeur & de fon habileté.
On a apris en même temps que les Tartares de
Chondru avoient pris la réfolution de ſe ſouftraire à
la domination du Grand Seigneur , & de fe mettre
fous la protection de Sa Majefté Cz .
On a apris en dernier lieu que le Comte de
Munich , après avoir donné les ordres néceffaires
pour la sûreté de la Ville de Choczin , avoit marché
vers Jaffy , Capitale de la Moldavie ; que dans
toute la route on avoit trouvé abondamment des
vivres & des fourages ; qu'il ne s'étoit préfenté
aucun Corps de Turcs ni de Tartares , & qu'aucun
Soldat n'avoit deferté ; que lorfque l'Armée étoit
arrivée
OCTOBRE.
1739. 2477
arrivée près de Jaffy , l'ancien Hofpodar de Moldavie
, qui y faifoit la réfidence , s'étoit retiré avec tous
fes adherens , & que les principaux Habitans ayant
à leur tête un Archevêque & deux Evêques du Rit
Grec , étoient venus lui aporter les clefs de la Ville ;
que tout le Pays avoit fuivi l'exemple de la Capitale,
& s'étoit foumis à la Czarine.
ALLEMAGNE ET HONGRIE .
COPIE des Articles Préliminaires conclus
au Camp Ottoman le premier Septembre.
AU NOM DE DIEU MISERICORDIEUX .
A Paix qui avoit été ci - devant conclue entre
Lie S. Empire Romain & l'Empire Ottoman ,
= ayant été rompue par des accidens & des cauſes
imprévues , le Très - Magnifique & Très- Augufte
Empereur des Romains Charles V I. pour éviter
une plus grande effufion de fang , & dans la vûë de
-procurer le repos à fes Sujets , a voulu faire fucce .
der l'amitié à l'inimitié : La Médiation de la France
ayant à cet effet été requise & acceptée , le
Marquis de Villeneuve , Ambaffadeur Extraordinaire
de S. M. T. C. à la Porte Ottomane , auroit
3 non feulement rempli ladite Médiation , mais mê ~
me agi d'abord comme Plénipotentiaire de S. M. I.
en vertu des Pleins Pouvoirs qui lui avoient été
sadreffé, à ce fujet ; mais l'Armée Ottomane s'étant
- dans la fuite trouvée devant Belgrade , S. M. I. &
5 Cath . , dans la vûë de parvenir plûtôt au rétabliſſe-
= ment de la Paix & de la tranquillité de fes Provinces
, Nous auroit donné les Pleins Pouvoirs pour
travailler à cette négociation & la conclure , en
Consequence de quoi Nous nous serions rendus au
Camp
2478 MERCURE DE FRANCE
Camp Ottoman & dans la Tente de M. l'Ambaffa
deur de France , chargé de ladite Médiation , &
après diverfes Conferences tenues , conjointement
avec le fusdit Ambaffadeur & du confentement du
Très Magnifique Mehemed- Pacha , Grand Vifir
avec le très-heureux Aly - Pacha de Bofnie , Aly-
Pacha de Romelie , & fous les yeux de Haffan-
Aga , Aga des Janiffaires , &c. il auroit été convenu
des Articles Préliminaires fuivans , fous la
Garantie de S. M. T. C. , & par la Médiation du
fusdit Ambaffadeur.
>
Art. I. La Fortereffe de Belgrade , que les Armes
Imperiales ont occupée en 1717 , fera renduë
à l'Empire Ottoman , avec fon ancienne Enceinte
les Réparations qui y ont été faites & les Ouvrages
qui y font inséparablement attachés . On laiffera à
l'Empire Ottoman les Magafins à Poudre , Arcenaux
, Cafernes , & tous les Edifices publics & particuliers
qui exiftent dans la Ville. Le reste des nouvelles
Fortifications , Murailles & Fortins , tant du
Château que de la Ville , jufqu'aux Chemins Couverts
& Glacis inclufivement , ainfi que celles qui
fe trouvent vis- à- vis , tant au - delà du Danube que
de la Save , feront démolies , avec cette condition
qu'on ne caufera aucun dommage à ce qui a été cedé.
II . La Fortereffe de Sabacz fera pareillement
rendue à l'Empire Ottoman , dans l'état où elle fe
trouvoit anciennement & fous les conditions ftipu
lées à l'égard de la Fortereffe de Belgrade . Toute
l'Artillerie qui fe trouve dans Belgrade & Sabacz ,
ainfi que les Munitions de Guerre , Vivres , & autres
chofes pareilles & tranfportables , y compris
les Vaiffeaux de Guerre & autres Bâtimens qui font
fur les deux Fleuves , apartenant à S. M. I. , refteront
en fon pouvoir , & en échange il reftera à la
Porte Ottomane defdites Places de Belgrade & de
Sabacz
OCTOBRE . 1739 2479
Sabacz , tout ce qui a été ftipulé ci - deffus.
III . S. M. I. cede à la Porte la Province de Servie
où le trouve Belgrade : Le Danube & la Save feront
les Limites des Provinces apartenant aux deux Empires
, & pour ce qui eft de la Botnie , les Limitesen
feront les mêmes qu'elles étoient par le Traité de
Car'owitz .
IV. S. M. I. cede à la Porte toute la Valachie
Autrichienne , y compris la Partie montueule . Elle
lui laiffera en même temps le Fort de Perifchan qu'
elle y a conftruit , & qui fera démoli , fans pouvoir
être rétabli par la Forre.
V. L'e & la Fortereffe d'Orfova , & le Fort Ste
Elizabeth resteront à l'Empire Ottoman dans leur'
entier : Le Bannat de Temefwar restera de même
dans fon entier à S. M. I. jufqu'aux confins de la
Valachie Autrichienne , à l'exception de la petite
Plaine ou Langue de Terre , qui eft vis - à - vis de
Pille d'Orsova , & qui fe trouve renfermée par les
Ruiffeaux de Zerna , qui vient de Méadia ,
par le
Danube , par un Ruiffeau qui fert de Confin à la
Valachie Autrichienne , & enfin par les premieres
hauteurs des Montagnes dudit Bannat &c . laquelle
Plaine reftera à l'Empire Ottoman ; étant néanmoins
convenu , que fi les Turcs peuvent parvenir
à détourner la Riviere de Zerna , de façon qu'elle
paffe derriere le Vieux Orfova , en ce cas ledit Lieu
de Vieux Orfova , fans y comprendre fon Terri
toire , devenant contigu à ladite Langue de Terre ,
apartiendra à la Porte , fans cependant qu'elle puiffe
jamais fortifier cet endroit , etant accordé , à l'effet
de ce que deffus , à la Porte le terme d'une année
pour détourner ladite Riviere de Zerna ; passé lequel
temps elle perdra tout droit fur ledit Lieu de
Vieux Orlova , qui restera à l'Empereur . Les Fortifications
de Méadia , qui restent à S. M. I. feront
detrui2480
MERCURE DE FRANCE
détruites inceffamment par la Porte , fans pouvoir
être rétablies par S. M I. , qui ne pourra pas non
plus rétablir celles qu'on eft convenu de démolis
fur la Save & le Danube.
on
Cinq jours après la Signature des préfens Préli
minaires , celui de la Signature non compris ,
mettra la main à la démolition , qui fera continuée
fans relâche fous les yeux des Commiffaires que la
Porte nommera. On prendra toutes les précautions
poffibles pour qu'elle soit faite selon qu'il a
été convenu , & elle fera finie dans le terme qui
fera fixé , après avoir conferé avec les Ingenieurs .
Pour sûreté de l'execution de cette démolition , il
fera donné de la part de S. M. 1. & Cath . des ôtages
d'une qualité convenable , qui pafferont dans
le Camp Ottoman , cinq jours après la signature
des Préliminaires. Les Comm.ffaires Turcs entreront
en même temps dans Belgrade , & les ôtages
refteront auprès du Grand Vifir , jufqu'à ce que la
démolition foit finie . Après qu'on aura démoli les
Fortifications près de la Porte de Wirtemberg , elle
fera confignée à un Vifir , qui logera avec 500 .
hommes dans la Maiſon du Prince Alexandre, ou
dans les Cafernes , d'où on tirera une Barriere , qui
séparera ce Quartier du refte de la Ville , dont la
communication fera interdite aux Troupes , l'entrée
n'en étant permise qu'au Commandant , &
aux Officiers du Corps des Troupes de foo. Janilfaires,
qui n'entreront dans la Ville ¡qu'après qu'on
en aura démoli les Fortifications , & qu'elle aura
été évacuée . Ce qui fera pareillement obfervé à
l'égard du Château , dont les Troupes Ottomanes
ne pourront prendre poffeffion qu'après la démolition
entiere de ce qui doit être détruit , & l'évacuation
de ce qui doit être emporté.
Les Hoftilités & Contributions cesseront du jour
d :
OCTOBRE. 1739 . 2481
de la fignature des Préliminaires , & les Eſclaves ,
qui pourront être faits depuis ladite fignature , seront
réciproquement reftitués : il eft en outre convenu
, que du jour de la fignature defdits Prélimi
naires , il fera donné des ordres , pour faire retirer
inceffamment les Troupes Ottomanes qui font
dans le Bannat de Temefwar , à l'exception de
celles qui feront occupées à rafer Méadia .
Il fera accordé un plein Pardon aux sujets des
deux Empires , qui dans le cours de cette Guerre
peuvent avoir pris parti contre leur Souverain , &
notamment aux habitans de Méadia.
Dix jours après la fignature des Préliminaires , il
fera tenu des Conferences pour parvenir à un Traité
définitif.
Lorfque ces Préliminaires , qui doivent fervir de
Baze au Traité définitif , feront acceptés & fignés ,
il fera pareillement tenu tout de fuite des Conferences
pour travailler à la Paix entre la Porte Ottomane
& S. M. de toutes les Ruffies , par l'entremise de
Son Exc . M. l'Ambaſſadeur de France , Médiateur
Plénipotentiaire de cette Puiffance .
RATIFICATION des Articles
CR
Préliminaires.
HARLES par la Mifericorde Divine , & c.
Reconnoiffons & fçavoir faifons par les Préfentes
à tous ceux à qui il apartient,tant pour Nous
que pour nos Heritiers & Succeffeurs , que Dieu
ayant permis , qu'après des Conferences tenues au
Camp des Turcs près de Belgrade entre notre Miniftre
Plénipotentiaire y envoyé à cet effet avec des
Pleins Pouvoirs d'une part , & les Miniftres Plénipotentiaires
du Sereniffime & très - Puiflant Prince
le Sultan , Empereur en Afe & dans la Grece , pa-
H reille2482
MERCURE DE FRANCE
reillement munis des Pleins Pouvoirs de l'autre
part , & par le Médiateur du Séreniffime & très-
Puiffant Prince Louis XV. Roy Très- Chrétien , on
eft convenu de certains Articles Préliminaires
de Paix & d'Amitié entre Nous & le fufdit Séreniffime
Prince & Seigneur Sultan , lefquels Articles
Préliminaires doivent fervir de Baze au Traité définitif
de Paix . Comme Nous voulons accomplir le
contenu defdits Articles avec la même integrité
avec laquelle Nous fommes entrés en Négociation,
Nous Aprouvons & Ratifions de notre part , de notre
certaine fcience , après une mûre Déliberation
& dans la meilleure forme les fufdites Conditions
& Articles , ainfi qu'ils fe trouvent insérés mot à
mot ci deffus , comme Nous les aprouvons & rati❤
fions en vertu de la Préfente , promettant fur notre
Parole Impériale & Royale , tant pour Nous que
pour nos Heritiers & Succeffeurs , de tenir , d'obferver
, & d'accomplir fincerement & inviolablement
tous les Articles en genéral & chacun en particulier
, auffi long - temps que de l'autre part on ne
fera aucune action ou mouvement contraires à la
Paix : Nous voulons & Nous avons réfolu que nos
fufdits Heritiers & Succeffeurs , les obfervent &
accompliffent avec la même force , & Nous nous y
obligeons, ainfi que nosdits Heritiers & Succeffeurs,
de la maniere la plus efficace , le tout fans aucune
fraude : En foi de quoi Nous avons figné les Préfentes
de notre propre main , & y avons fait appofer
notre Sccau Impérial . Fait à Vienne , & c .
TRAOCTOBRE.
1739!
2483
TRADUCTION DU RESCRIPT.
de l'Empereur à tous ses Ministres dans
les Cours Etrangeres .
Ous avez été informé dans fon temps des
V circonftances, qui ont accompagné l'imprudente
& malheureufe attaque de Krotzka . Malgré
nos ordres réiterés de ne pas négliger d'avancer
vers la Moravie , le Comte de Wailis s'eft laiffé
prévenir par l'Ennemi à Semendria , ce qui a tiré
après foi tous les autres malheurs . Sous divers prétextes
frivoles & interpretations mal tournées des
ordres qu'il recevoit , il s'eft retardé plus qu'il ne
devoit dans les Lignes de Belgrade , & a par- là
commencé à faire fouffrir la Cavalerie . Les plaintes
qui s'accumuloient là- deffus , l'ont enfin déterminé
à faire quelque mouvement ; mais fi tard ,
que l'Ennemi ne l'a pas feulement prévenu à Semendria
, mais même au Pofte important de Krotzka.
On avoit ordonné au Comte de Wallis , qu'en
cas que le Grand Vifir vint à s'aprocher de lui , il
devoit lui livrer Bataille , non par des Corps séparés
, mais avec toute l'Armée affemblée . Cependant
, par une opofition directe à ces ordres , le
Comte de Wallis , après avoir perdu le temps le
plus précieux , fous prétexte d'atten re le Corps du
Comte de Neuperg , il prit tout d'un coup la résolution
non feulement de ne plus attendre ce Corps ,
mais même de faire l'attaque avec la feule Cavalerie
qu'il avoit avec lui & dix-huit Compagnies de
Grenadiers , & cela dans un Pofte où la grande difficulté
de pouvoir agir avec la Cavalerie ne lui étoit
pas inconnue.
Il rendit compte de cette réfolution le 21. Juillet,
& fous prétexte du danger qu'il y auroit de retarder
, il l'a d'abord executé . On ne l'a apris ici que
Hij
le
1434 MERCURE DE FRANCE
le 26. du même mois , quoique l'attaque fût déja
commencée le 21. à la pointe du jour.
Malgré la fituation avantageufe de l'Eunemi , la
valeur des Troupes auroit vrai- femblablement furmonté
toutes les difficultés , fi on les avoit condui
tes autrement. Mais on ne leur laiffa pas le temps
de fe former , & l'attaque fe fit d'une maniere
contraire à toutes les regles militaires , ce que
l'on n'auroit jamais pu prévoir d'un Général
auffi experimenté que l'eft le Comte de Wallis. Une
femblable attaque ne pouvoit auffi avoir d'autres
fuites , que ce qui eft effectivement arrivé . Il est
même furprenant que la Cavalerie étant entierement
en defordre , l'Infanterie feule ait pû arrêter
dans le milieu de la victoire , la fougue d'un Ennemi
auffi agile , que le font les Turcs. Deforte qu'à
Krotzka ce ne font pas les Troupes qui ont manqué
, mais bien la conduite d'icelles . Et ce que l'Infanterie
a fait , eft une preuve convainquante de ce
qu'on auroit du efperer, fi en attendant le Corps du
Comte de Neuperg , on avoit attaqué en bon ordre
de Bataille . Comme le nombre des morts & des
bleffés dans cette action n'alloit pas au- delà de 6000 .
hommes, & que le Corps du Comte de Neuperg qui
joignit enfuite le Comte de Wallis , montoit au
double , les fuites fatales qui s'en font fuivies auroient
fort bien pû être prévenues , fi au lieu , comme
nous l'avions ordonné expressément , de renforcer
l'Armée par tous les moyens poffibles , on
ne l'avoit pas encore ruiné d'avantage ; car elle a
malheureufement beaucoup plus fouffert par les
mouvemens & les marches très- pénibles qui ont
fuivi , qu'elles n'avoient fait à Krotzka. Et comme
l'on avoit négligé jufqu'alors de fe fervir utilement
des moyens qu'on avoit en main pour la rétablir, on
ne fongea à les employer , que lorque le temps ne
permettoit plus de le faire. Il n'eft pas moins vrai"
OCTOBRE 1739 248
que, fans faire avancer l'Armée à Vipalanka, contre
Pavis du refte des Généraux , on n'auroit pû affés
profiter de l'avantage remporté à Panczova , ſi le
Comte de Wallis n'avoit pas encore manqué dans
cette occafion à faire les difpofitions néceflaires .
Il étoit impoffible de remedier d'ici à tout ce qui
eft dit ci deffus , puifqu'il étoit impoffible de croire
que le Comte de Wallis feroit de telles fautes , &
qu'il étoit encore plus impoffible de comprendre
quelque chofe à fes Relations. Les Lettres particulieres
qu'il répandoit de part & d'autre
contenoient
plus que tout ce qu'il a jamais écrit à Nous
& au Confeil de Guerre. Il n'a jamais répondu catégoriquement
ni aux ordres fignés de notre propre
main , ni à ceux du Confeil de Guerre. Ce qu'il
promettoit un jour de Pofte , étoit évanoui le jour
de Pofte fuivant. Et on a reçû plufieurs fois par un
même Courier des Relations de differentes dates ,
qui ne s'accordoient aucunement . Il ne s'eft pas
moins rendu très - coupable en ce qui regarde les
Négociations de la Paix. Il n'avoit d'autre Plein-
Pouvoir , que ceux qu'on donne ordinairement aux
Généraux Commandans contre les Turcs. Cepen
dant il a tout embrouillé à cet égard , faifant la
plupart des chofes de fa tête , & prefque tout- à -fait
contre les ordres exprès qu'il avoit. Nous avons
été obligés par là de lui coinmander de ne fe plus
mêler des affaires de la Paix , afin qu'il pût d'autant
plus vaquer au Militaire & à la confervation
des Troupes , en fubftituant le Plein - Pouvoir au
Comte de Neuperg. Nous avons fait choix du dernier
, parce qu'après la Paix de Paffarowitz , il
avoit été employé à regler les Limites , & qu'il
s'étoit alors bien acquitté de fa Commiſſion .
Avant cette défenſe , le Comte de Wallis avoit ,
à notre inſçû , envoyé plufieurs fois le Comte de
Hiij Groff
2486 MERCURE DE FRANCE
Groff au Grand Vifir , & s'étoit engagé dans une
Correfpondance tout- à-fait indécente & dangereufe
à plufieurs égards , furtout par raport à Belgrade ;
ce qui , entre- autres , avoit été la principale raifon
qui nous avoit porté à lui ôter le ménagement
tout ce qui regarde la Paix , & de toute la Correfpondance
qui y a du raport.
de
Déja , le 2. Août , c'est-à- dire , deux jours après
l'Action heureufe de Panczova , lui , Comte de
Wallis ,
fait connoître , non pas à Nous , ni à
notre Confeil de Guerre mais dans une Lettre
>
particuliere , que Belgrade étoit certainement perdu
, qu'il ne falloit plus compter fur les Troupes ,
ni fur les Officiers , qui étoient tous découragés ;
deforte que les chofes étoient tout - à- fait defefperées
, & qu'il n'y avoit point de temps à perdre pour
acheter la Paix par la reddition de Belgrade. Il a
réïteré la même chofe dans plufieurs Lettres d'un
jour de Poſte à l'autre , & à -Ñous- mêmes enſuite
dans des termes plus preffans , ajoûtant qu'il
n'y avoit pas de jour , ni même d'heure à perdre.
Il eft aisé de juger combien nous avons été touchés
par-là. D'abord que nous eûmes avis de l'affaire
de Krotzka , nous défiant avec raiſon du fentiment du
Comte de Wallis , nous avons demandé aux autres
Généraux , & furtout au Baron de Suckow, Commandant
de Belgrade , leur fentiment par écrit , fur
le moyen de conferver cette importante Fortereffe ,
mais jufqu'à préfent nous n'avons pas encore reçû
celui du dernier , & le Comte de Wallis ne nous
a envoyé ceux des Généraux que le 14 Août ,
qui ne nous ont par confequent été rendus que
le 20 .
Quoique le Comte de Wallis ait repréſenté toujours
par fes Relations & Lettres , le danger fi grand
& fi preffant, nous ne nous fommes pas laiffés aller
OCTOBRE . 1739. 2487
à confentir à l'expédient qu'il propofoit avec tant
d'empreffement , par la jufte méfiance que nous
avions conçue de lui , & l'avons encore moins authorisé
jufques - là ; mais au contraire nous avons
été d'autant plus confirmés dans la résolution de
ne lui lailler aucune part dans la Négociation de
la Pix ; nous a ons pourtant , quoique contre notre
intention , & uniquement pour n'avoir rien à
nous reprocher devant Dieu ni devant le Monde ,
quoiqu'il en pût arriver , crû , qu'il étoit néceffaire
de nous informer fi ce que le Général Commandant
réiteroit étoit fondé , ou non , & nous avons
authorisé le Comte de Neuperg dans la plus grande
extremité , c'eſt à - dire , en cas qu'il n'y eût abfolument
plus moyen de fauver Belgrade , à ceder
anx Turcs , contre d'autres avantages pour la sûreté
de nos très - fideles Etats héreditaires , que nous
lui avions prefcript fpécifiquement , une partie ,
mais fort éloignée de tout ce qu'il a accordé aux
Turcs ; & les mains avoient été liées au Comte de
Neuperg , de la maniere la plus forte qu'il foit
humainement poffible de le faire dans des ordres &
inftructions , & il lui eft impoffible de produire
quelque chose qui foit figné de notre main , pour
juft fier la moindre partie de fon accord , ou pour
P'excufer aucunement .
On n'en eit pas resté à ces bévûës , quoique fi
grandes en elles mêmes. Nous n'avons jamais pensé
à lui permettre , & encore moins à lui ordonner
d'aller au Camp des Turcs , comme il a fait . Il n'y
en a pas un mot dans notre Lettre du 11. Août ,
qui eft pourtant la feule qu'il a reçûë avant cette
démarche qui eft la fource de tant de Maux . Mais
fans s'informer , & encore moins attendre notre
volonté , oùi , même fans nous en rendre compte,
il s'eft déja rendu au Camp des Turcs le 18. Août ,
Hiiij &
2488 MERCURE DE FRANCE
& par consequent il s'eft livré entre leurs mains ,
avant que d'avoir commencé à traiter avec eux ; car
il n'a pas feulement pourvû à sa sûreté par des ôta-,
ges , comme c'eft la coutume ; & ce qui eft prefque
incroyable , quoi qu'il ne foit que trop vrai ,
nous ne fçavons pas encore jufqu'à préfent ce qui a
précedé fon arrivée audit Camp, ce qui s'y eft paffé,
ou ce qui y a du raport . Le Comte de Wallis s'eft
contenté de marquer le 18. Août , c'est- à- dire , le
même jour que cela eft arrivée , que le Comte de
Neuperg étoit allé au Camp des Turcs, deforte que
nous ne l'avons fçû que le 23. en géneral , & lorfqu'il
n'étoit plus temps de remédier au mal . Et
comme notre Confeil de Guerre nous informa que
le Baron de Suckow , ce brave Commandant ,
dars
une Lettre du 14. Août , affûroit que fi l'Armée de
Wallis venoit camper à Semlin , il fe faifoit fort de
défendre certainement Belgrade tout le mois de
Septembre , quoique le Comte de Wallis foutint
deux jours auparavant que la Place étoit abfolument
perdue . Nous ordonnâmes encore le même
jour , non feulement que l'Armée devoit aller à
Semlin , mais entre- autres , nous marquâmes au
Comte de Neuperg , que nous avions lieu d'être
perfuadés que Belgrade n'étoit abfolument point en
danger , c'eft ce dont il devoit avoir foin de s'informer
du Commandant même , avant que d'entrer
en négociation , puifque tout dépendoit de la
confervation de cette Place , deforte qu'on ne lui
laiffa pas ignorer le 23. Août que le cas de l'extremité
, n'exiftoit pas , & qu'il ne pouvoit pas être
authorisé à aller plus loin que ce qui s'étoit paffé
l'hyver précedent , par raport au Plan de la Paix ,
par où Orfova devoit être rafé & la Servie nous ferois
reftée jufqu'à la Morava.
Cette
OCTOBRE. 1739. 2489
Cette Lettre de notre main du 23. Août auroit
pû & dû parvenir au Comte de Neuperg le 28 , &
par consequent affés à temps avant la fatale fignature
des Préliminaires , & fuivant le raport du
Comte de Wallis , elle lui eft effectivement parvenuë
alors , à moins que les Turcs ne l'ayent retenuë.
Mais le Comte de Neuperg ( ce qui eft un exemple
inoui ) n'a pas marqué un mot pendant tout le
temps qu'il a été au Camp des Turcs , de tout ce
qui s'eft paffé dans l'ouvrage important de la Paix,
ni à nous , ni au Confeil de Guerre , ni ( à ce que
nous fçavons ) à qui que ce foit. Ce qu'il cherche à
préfent à excufer , fous prétexte de la crainte de fe
rendre fufpect aux Turcs. Cependant il en a agi
de même depuis , excepté qu'il a accompagné l'envoi
de la Copie défectueufe des Préliminaires d'une
Relation courte qui ne fignifie rien , & qui n'éclairciffoit
aucun Point de fa Négociation .
Le Comte de Wallis même , a paru très-furpris
les 24, 25, & 26. Août , d'un ſilence fi extraordinaire
; c'eft pourquoi ayant reçu ce raport du Comte
de Wallis par un Exprès , nous envoyâmes le 31 .
au Comte de Neuperg des ordres fi séveres, & tels
qu'il a avoué qu'il y avoit reconnu d'avance notre
extrême indignation , fur ce qu'en attendant il
avoit fait avant qu'il pût les recevoir , fans que ni
lui , ni le Comte de Wallis fe foient laiffés détourner
par-là de l'execution de ceux qui avoient été
accordés , quoique cet ordre foit arrivé avant le terme
fixé pour le commencement de l'execution avant
la ratification , ce qui eft un exemple inoui .
" Le 2. de ce mois , on reçut ici du Camp Turc
des avis , non pas par le Comte de Neuperg , mais
par le Marquis de Villeneuve , par lesquels on
cut la premiere nouvelle , que le premier , fans
Hy s'emba
2490 MERCURE DE FRANCE
s'embaraffer de nos ordres , & en excedant d'une
maniere inexcufable , le pouvoir qui lui avoit été
remis par le Comte de Wallis , avoit dès le commencement
de la Négociation offert Belgrade rasé
aux Turcs , au lieu que lui , Marquis de Villeneu
ve , fe conformant exactement à notre intention ,
leur avoit conftament donné à entendre le contraire.
Nous avons été extrêmement frapés de cet avis ,
& nous avons , fuivant le fentiment unanime de .
notre Miniſtere , réfolú d'ôter d'abord au Comte de
Neuperg tout pouvoir de traiter de la Paix .
Mais malheureufement ces précautions , & beaucoup
d'autres , qu'il feroit trop long de détailler .
ici , furent en partie inutiles , & en partie trop
tardives.
Huit jours après avoir reçu avis que le Comte de
Neuperg étoit allé au Camp des Turcs , il a pris la
réfolution de figner des Préliminaires dans lefquels
il ne s'eft pas tenu à un feul Point de fes ordres ;
& ce qu'il y a de plus mauvais , c'eſt qu'il a accordé
aux Turcs un terme plus court pour l'execution,
qu'il étoit abfolument néceffaire pour nous en faire
parvenir l'avis .
Il a déja été fuffifament remarqué ci- deffus, que
nous ne nous étions laiffes porter à authoriser le
Comte de Neuperg à ceder Belgrade dans la derniere
extrémité aux Turcs , que contre notre intention
, & pour n'avoir rien à nous reprocher , vû les
fauffes & artificieufes repréfentations qui nous
avoient été faites de l'état défefperé des affaires , &
que Belgrade étoit abfolument perdu , & cela en
ftipulant réciproquement la demolition d'Orfova ,
& la ceffion entière du Bannat ; & que dès que
nous fumes informés de la taufleté de ces affertions ,
nous fîmes notifier au Comte de Neuperg , que le ›
cas de néceffité extrême n'existoit pas , non feulement
OCTOBRE. 1739. 249 L
ment ce cas là n'éxiftoit pas ; mais le Comte de
Neuperg a dû fçavoir mieux & plutôt que nous , &
même avant que d'aller au Camp des Turcs , la
faufleté de ce qui avoit été avancé fi malicieufement.
Le Géneral Suckow , lequel par fa brave défense
, s'eft acquis tant de mérite auprès de Nous &
de notre Maifon Archiducale , & auprès de toute la
Chrétienté , avoit , comme il eft dit ci- deſſus ,
afluré déja , fous la date du 14. Août , qu'il défendroit
Belgrade jufqu'à la fin de Septembre , pourvû
que l'Armée vint à Semlin. L'état des affaires ne
s'eft pas feulement empiré, mais au contraire il s'eft
amelioré ; & lors de la fignature des Préliminaires ,
il n'y a oit aucun danger aparent , encore moins
extrême pour Belgrade , bien au contraire , des
efperances pretque certaines de fauver la Place , par
ou entre autres l'Armée Turque auroit été entiererement
ruinée .
Après cinq femaines de tranchée ouverte , les
Poftes avancés de l'Ennemi étoient à 5. ou 600. pas
des Poftes avancés de la Place ; la breche n'étoit
d'aucune confideration , & les ouvrages de derriere
étoient auffi forts que le Baftion même où étoit la
breche. Le Fort fur la Borzi avoit repouffé deux
affauts , le bord oposé du Danube étoit plus affuré ,
& par l'aproche de l'Armée à Semlin , en conformité
de nos ordres , l'Ennemi ne pouvoit pas paffer
la Save .
Supofez même que le Comte de Neuperg , parce
qu'il étoit plus comme Prifonn er que comme Miniftre
au Camp Turc , n'eût pas une connoiffance
exacte de fes affaires , il devoit pourtant en fçavoir
affés pour ne pas exceder & agir directement contre
fon pouvoir.
Il fit lui-même dire en fecret le 23. Août au Ba→
xon Suckow , par Schwangheim , qui revenoit du
Camp Hvj
2492 MERCURE DE FRANCE
Camp des Turcs , qu'une vigoureufe défenſe de
Belgrade , étoit l'unique moyen de forcer l'Ennemi
trop orgueilleux , à faire une Paix raiſonnable.
Mais comment eft - il poffible d'accorder , que luimême
, fuivant le raport , & à la grande ſurpriſe
de l'Ambaffadeur de France , a d'abord après fon
arrivée au Camp, offert Belgrade aux Turcs, & que
çe qu'il a fait dire à Suckow n'étoit pas fuffifant
pour lui infpirer la pensée que la ceffion de Belgrade
ne fignifioit rien , ou n'étoit pas néceffaire ? &
que par consequent il ne pouvoit jamais ſe croire
authorisé à le faire ? Eft -ce que par là n'étoit pas
ſuffiſament fondé tout ce que nous avons marqué
dans nos Lettres au Comte de Neuperg, & tout ce
que notre premier Chancelier , Comte de Sintzendorff,
a marqué au Marquis de Villeneuve ; fçavoir,
que fi on vouloit fe prêter à la demande du Grand
Visir , par raport à Belgrade , il s'en prévaudroit ,
en cas qu'il vit qu'il ne pourroit pas l'emporter de
force , & l'idée de la démolition de Belgrade , qui
eft venue du Grand Vifir même eft une preuve
évidente qu'il n'avoit pas grande efperance de pouvoir
s'en rendre maître . Du moins le Comte de
Neuperg ayant les mains fi étroitement liées par
raport à Belgrade , devoit , s'il avoit quelque doute
touchant le plus ou le moins de défenſe que la Place
pourroit faire , s'informer auprès de nous ,
attendre nos ordres , ce qui eft bien le moins
qu'un Miniftre puiffe faire même dans des chofes
de moindre importance.
&
Mais nonobftant tout cela , lui , Comte de Neuperg
, n'a pas feulement cedé Belgrade , mais plufieurs
autres Points qui excedent fon Plein- Pouvoir
, & qui font directement contraires à nos ordres
; mais outre cela , fans attendre notre aprobation
ou defaveu , duquel dépend pourtant la va
lidité
OCTOBRE. 1739: 2493
fidité de ce qu'un Miniftre fait , il a ftipulé un ter
me fi court pour l'execution de ce qu'il a accordé
aux Turcs , qu'une Porte de Belgrade devoit leur
être , & leur à effectivement été remife , avant que
nous ayons pu aprendre la fatale conclufion des
Préliminaires , & le 6. la démolition a dû être
commencée ; & à ce que nous avons apris depuis ,
on n'a pas même attendu ce terme ftipulé pour y
travailler.
Un femblable procedé ne sçauroit être aprouvé ,
quand même le Comte de Neuperg auroit obſervé
auffi exactement nos ordres , qu'il les a manifefte-
Fient tranfgreffés . Mais comme le dernier cas est
arivé dans tous les Points & dans toutes les Claufes
, on ne peut & on ne doit les regarder que
comme un Evenement dont il n'y a point d'exemple
dans l'Hiftoire , & lequel eft à préfent fi incroyable
, qu'on ne pouvoit pas le prévoir , encore ,
moins le prévenir.
Le Comte de Neuperg s'eft oublié dans tous les
autres Points , auffi-bien que dans le premier, d'une
maniere incroyable , & imprévuë , déforte qu'on
ne pouvoit pas l'empêcher.
En voyant le contenu du fecond Article , nous
n'avons pas pu le comprendre ; on lui avoit , à la
verité , permis d'offrir la démolition de Sabatſch
contre celle d'Orfova , en gardant Belgrade , ce qui
leur avoit auffi été proposé par le Marquis de Villeneuve
, fur l'infinuation claire qui lui en avoit été
faite d'ici. Comment pouvoit- il donc accorder par
furcroît , ce qu'il n'avoit permiffion de céder que
séparément , laiffer Orfova entier aux Turcs , & ceder
Sabatfch avec les vieilles Fortifications , à quoi
le Grand Vifir , dans la, vuë de fortir avec honneur
de devant Belgrade , n'auroit pas fongé ? Comment
a-t-on pu prévoir d'avance d'ici , que le Comte
de
2494 MERCURE DE FRANCE
de Neuperg feroit tout le contraire de ce qui lui“
étoit prefcrit ?
Quant à ce qui a été dit des Fortifications de
la Bofnie dans l'Article III , il n'y en a pas un mot
dans nos Lettres , & nous ne fçavons pas qu'il en
ait jamais été queftion. Qui auroit pu penfer qu'un
Serviteur , un Sujet , & un Miniftre , fans aucune
néceffité , difpo eroit , de fa propre authorité , des
Etats de fon Maître La prévoyance humaine ne
peut pas , en verité , s'étendre à de tels Evenemens
.
La ceffion de la Valachie Autrichienne dans le
quatriéme Article , étoit annexée comme une cont
dition fine qua non . A ce que les chemins faits depuis
le Traité de Paffarowitz , ne fuffent pas rétablis,
& quoique les Turcs ne puiffent pas s'en affranchir
, il ne convenoit pourtant pas au Comte
de Neuperg d'obmettre ce que nous avons expreffément
commandé . Outre ce qui a été dit ci - deffus
par raport à l'ifle & la fortereffe d'Orfova, le Comte
de Neuperg étoit auffi peu autorisé à laiffer la
moindre partie du Bannat , ni a confentir au temperament
par raport au vieux Orfova . Outre quantité
d'autres fautes , de difformités & expreffions non
convenables , qui feroient trop longues à inferer ici .
La conclufion des Préliminaires eft le plus mau -
vais , & ce qui nous fait le plus de peine de tout
quoique fuivant les derniers avis , le Traité avec la
Ruffe eft fur le point d'être conclu , cependant le
Comte de Neuperg n'a pas eû le foin qu'il devoit des
interêts de cette Cour , on n'a point ftipulé de termes
pour les ratifications , ni pour la durée de la
Paix ; & qui auroit bien pû croire que le Comte de
Neuperg , comme on homme de bon fens , eût pû
fixer l'execution des Préliminaires à 5. jours , & celuide
la Négociation du Traité définitif à dix , contre
OCTOBRE. 1739 2499
tre le fens clair de notre Lettre du 11. Août.
Cette execution précipitée , eft ce qui rend lui &
le Comte de Wallis plus coupables , car quoiqu'il
fût défendu à celui- ci de fe mêler des affaires de la
Paix , il ne pouvoit pas s'enfuivre que fans nos ordres
, & fur un fimple billet de M. de Neuperg , ildût
d'abord proceder à livrer & à démolir une Fortereffe
aufli importante que Belgrade , & en livrer
une porte aux Turcs ; ce qui eft contre toutes les
regles Militaires , quand même l'importance de fa
confervation n'eût pas été fi fouvent réiterée dans
nos Lettres & dans les Refcrits du Confeil de guerre.
Par cette execution précipitée , toutes les délibé
rations ont été rendues inutiles , tous les remedes ,
impoffibles , & nos propres Serviteurs nous ont ôté ,
la liberté de défaprouver ce qu'ils ont accorde aux
Turcs contre notre interêt , celui de nos Royaumes ,
& Etats , & celui de toute la Chrétienté ..
Les Turcs méme dans toutes ces circonstances
n'auroient pas pû prendre mal , fi nous avions rejetté
les Préliminaires fignés & conclus , plutôt par un
prifonnier que par un Miniftre ; nous y étions auffi
entierement réfolus , suivant Pavis unanime de tout
notre Miniftere & fuivant notre inclination , fans
Pexecution prématurée , & nous avions déja fait dire
au Marquis de Mirepoix que la garantie de la France
ne pouvoit pas avoir lieu fans notre confentement;
on avoit déja préparé & on alloit envoyer la Lettre
pour cet effet au Comte de Neuperg , quand on reçut
le 10. au matin avis que l'execution étoit commencée
, fur quoi il n'y avoit plus rien à faire qu'à
valider les Fréliminaires nuls par la ratification
qu'on nous extorquoit .
Et nous n'obferverons pas moins religieufement
lefdits Préliminaires , que fi toutes les circonstances
ci- deſſus n'avoient pas exifté , & tout comme s'ils nous
étoient
2496 MERCURE DE FRANCE
étoient auffi avantageux qu'ils nous font préjudicia→
bles. Comme nous avons fait prier le Marquis de
Villeneuve d'en affurer la Porte , & comme nous
l'avons ordonné au Comte de Neuperg.
Mais comme notre honneur , dignité , la bonne
foi ,& même la conscience, exigent que nous faffions
connoître au-dedans & au dehors du Pays, ce qui eſt
arrivé ; auſſi avons - nous d'abord écrit à la Czarine ,
& avons enfuite trouvé à propos que toute la fuite
de l'affaire fut notifiée par le Rescript à toutes les
Cours de l'Europe , avec cette obfervation , que
comme d'un côté nous defaprouvons extrêmement
les Préliminaires fignés , de l'autre nous les obferverons
exactement après l'échange des Ratifications;
que le Comte de Neuperg n'a pas feulement extrê
mement excedé fon Plein Pouvoir; mais qu'il a aussi
agi directement contre les ordres ; que notre Miniftre
d'ici n'y a ni part , ni faute , & qu'enfin dans
fon temps nous ne manquerons pas de faire ce que
la juftice pourra exiger. Car tel eft , & c . & nous
reftons
, & c.
LETTRE de l'Empereur à la Czarine:
DienteLettre,je me sens le coeur penetre de la plus
Ans le temps que j'écris à Votre Majefté la prévive
douleur. J'ai été bien moins touché de la nouvelle
du Siege de Belgrade , entrepris par les Ennemis , ¿
-des avantages qu'ils ont remportés , qu'en aprenant ces
jours- ci les honteux Articles Préliminaires conclus par
le Comte de Neuperg. On ne trouvera dans l'Hiftoire ·
des fiecles paffés aucun veftige d'un Evenement pareil
à celui qui arrive de nos jours . J'étois fur le point›
empêcher la fatale & trop précipitée execution de ces
Préliminaires , lorfque j'aprens qu'on y a déja procede
Avant même que de m'en avoir communiqué le des--
sein
OCTOBRE. 1739. 2497
sein. C'est ainsi que je me vois lier les mains par ceux
qui devoient mettre toute leur gloire à m'obéir. Tous
ceux qui ont aproché de ma Perfonne depuis cette triste
Epoque , font autant de témoins de l'excès de ma douleur,
& quoique pendant le cours de ma vie j'aye éprou
vé quantité de revers , je n'en ai certainement point
effiyé de pareil , & qui m'ait affligé d'une maniere
plus fenfible. V. M. eft en droit de fe plaindre de quel
ques-uns qui devoient être foumis à mes ordres , mais
je n'y trempe en aucune façon . Quoique toutes les forces
de l'Empire Ottoman fuffent tournées contre Moi ,
je ne me fuis point découragé , & je n'en ai pas moins
fait tout ce qui pouvoit contribuer au bien de la Cauſe
commune. Je ne manquerai pas auffi de faire dansfon
temps ce que la justice vengereffe demande de Moi.
Dans ce funefte enchainement de malheurs , il me reste
cependant encore une confolation , c'est qu'on ne
pourra point les rejetter fur moi. La faute en eft entiérement
à ceux de mes Officiers qui ont ratifié les malheureux
Préliminaires ,à mon inſçû , contre mon intention
, & même contre ma défenfe expreffe ; mais je
dois néanmoins me conformer à ce qui a été une fois
ratifié , quoiqu'injustement . Ilfaut garder exactement
la foi , même aux Infideles , pendant qu'ils l'obfervent
de leur côté. Cependant les heureux fuccès des Armes
victorieufes de V. M. devant Choczin , doivent vous
procurer des conditions plus avantageuſes qu'Elle n'en
auroit pu obtenir jusqu'à présent , & je ne doute point
que la Paix entre V. M. & la fublime Porte ne foit
concluë en même- temps que la mienne. C'est ce que
j'ai maintenant de plus à coeur , ainsi que de perpétuer
les liens qui m'attachentfi heureusement à V.M. mal
gré toutes les machinations de ceux qui voudroient les
voir diffous. Je conviens le premier , que les Comtes de
Wallis & de Neuperg font extrêmement coupables.
Mais V.M. reconnoîtra de plus en plus la fincerité des
Sentimens
2498 MERCURE DE FRANCE
fentimens que j'ai pour elle, & auxquels je n'ai manqué
ni ne manquerai jamais en la moindre chofe..
L'Empereur prétend , comme on vient de le voir ,
que le Comte de Neuperg a de beaucoup excedé
fes pouvoirs en fignant les Articles Préliminaires ,
& il a marqué un très - grand mécontentement de la
conduite de ce Géneral & de celle du Comte de
Wallis. Il a envoyé à cette occafion à tous ſes Mi.
niftres dans les Cours Etrangeres le Rescript dont
on vient de lire la Traduction , dans lequel il expofe
les fujets qu'il croit avoir de fe plaindre de ces
deux Géneraux .
Lorfque le Comte deWallis & le Comte de Neuperg
font revenus du Camp des Turcs , où ils ont
figné le Traité , le premier à reçû ordre de remettre
au Baron de Seheer le commandement de l'Armée
Impériale , & de fe rendre à Sigeth , pour y
demeurer aux arrêts , jufqu'à ce que S. M. I. lui
fafle fçavoir les intentions. Ce Feldt - Maréchal
été conduit fous une eſcorte , & on lui a donné des
Gardes. Le Comte de Neuperg a été conduit auffi
fous une eſcorte à Raab , où il eft gardé par un
détachement de Dragons.
y
On a apris depuis que le Feldt -Maréchal Comte
de Wallis , après avoir remis au Feldt-Maréchal de
Seheer le commandement de l'Armée , s'eft rendu
au Lieu qui lui a été marqué pour la quarantaine,
qu'il a écrit au Confeil de guerre une longue Lettre
, dans laquelle il assûre qu'il n'a aucun reproche
à fe faire ; que depuis que l'Empereur a jugé à
propos de l'honorer du titre de Géneral de fes
Troupes , il s'eft toûjours conduit de la maniere
que fon devoir & fon honneur l'exigeoient , &
que dans ce qui regarde l'execution des Articles
Préliminaires de la Paix , il s'eft conformé , ainfi
qu'il a crû être obligé de le faire , à ce dont un
Officie
OCTOBRE .
2499 1739 .
Officier Géneral revêtu des Pleins Pouvoirs de
S. M. I. étoit convenu avec le Grand Vifir .
Il paroît aufli une Apologie du Comte de Neuperg
, qui prétend prouver dans cet Ecrit , qu'il n'a
point excede fes pouvoirs.
On aprend Se Ratisbonne , que la nouvelle de la
disgrace des Comtes de Wallis & de Neuperg avoit
été confirmée par le Refcript que la Diette de l'Empire
a reçû de la part de l'Empereur, & qui eft femblable
à celui que S. M. I. a envoyé à fes Miniftres
dans les Cours Etrangeres , dont on vient de parler.
On mande de Hambourg , qu'on y avoit reçû
plufieurs Exemplaires d'un Ouvrage composé par un
Jurifconfulte de Nuremberg , & qui eſt intitulé :
Examen Hiftorique du fameux differend concernant
la fucceffion de Juliers de Bergue , & de l'état de
cette affaire depuis le quatorziéme fiécle jusqu'à l'année
1739. L'Auteur , fans prendre parti pour aucun
des Prétendans , expofe fimplement les raifons fur
lefquelles ils fondent leurs droits . Après avoir raporté
les differens titres du Prince de Sultzbach ,
& ceux par lefquels la Maiſon de Brandebourg &
celle de Saxe fe croyent autorisées à disputer à ce
Prince les Duchés de Bergue & de Juliers , il parle
de la prétention du Grand Duc de Tofcane fur le
Duché de Cleves , & de celle des Maiſons de Bouillon
& de la Marck fur le Comté de la Marck.
O
ISLE DE CORSE.
Na reçû avis que le 20 Septembre , les Troupes
Françoifes , divifées en quatre Corps ,
étant entrées par quatre differens endroits dans la
Pieve de Ziccaro , une partie des Rebelles de cette
Pieve s'étoit déterminée à implorer la clémence
du Roy Très - Chrétien ; que le Marquis
da
2500 MERCURE DE FRANCE
de Maillebois , après avoir été joint par le Marquis
du Chaftel , Maréchal de Camp , & par M. de Larnage
, Brigadier , qui commandoient chacun un
Corps féparé , s'étoit avancé pour attaquer le refte
des Rebelles dans le pofte de Ziccaro, où ils s'étoient
retranchés ; qu'ils n'avoient fait qu'une très - foible
réfiftance & qu'ayant abandonné ce poſte , ils s'é
toient retirés fur le haut d'une Montagne fort escarpée.
Le Marquis de Maillebois les y a inveftis &
ne leur a accordé que quatre jours pour ſe foumet .
tre ; ainfi l'on s'attend à aprendre inceffamment, ou
qu'ils ont remis leurs Armes , ou qu'ils ont été forcés
dans leurs retranchemens . Comme ils manquent
de vivres , & qu'ils ne peuvent efperer de fecours ,
il y a lieu de croire qu'ils prendront le parti de l'obéiffance,
Dans l'attaque du pofte de Ziccaro , les François
n'ont eu qu'un Soldat de blaffé , & il n'y a eû
du côté des Rebelles que trois hommes de tués , du
nombre defquels on prétend qu'eft le Baron de Troft,
parce que quelques Habitans de la Pieve de Ziccard
ont assûré que des Armes qui ont été trouvées par
un Grec dans la Cam agne , apartenoient à ce Baron .
Les nommés Felix Schizzetto & Mazacchino ,
deux celebres Bandits qui ont commis beaucoup
de defordres & d'affaffinats pendant les troubles ,
ont demandé leur pardon , & on le leur a accordé ,
ainfi qu'à ceux de leur fuíte , à condition qu'ils fortiront
de l'Ile de Corse dans le temps qui leur a été
prefcrit.
>
Une douzaine de Soldats ayant été detachés pour
aller arrêter dans la Pieve d'Alezani , le nommé
Garello qui a été ci- devant un des Chefs des Rebelles
, & qu'on foupçonne d'être encore d'intelligence
avec eux , il ſe mit en défenſe avec plufieurs
de fes complices , & après avoir tué ou bleſſé queiques
OCTOBRE. 1739 2501
ques Soldats de ce Détachement , il s'eft retiré de
nouveau dans les Montagnes.
Felix Schizzetto , après avoir obtenu ſon pardon ,
s'est retiré à Livourne . Ainfi peu à peu on purge
l'ile de tous ceux qui étoient les plus capables d'y
entretenir le trouble et d'y commettre des defordres.
Depuis que le Marquis de Maillebois a quitté le
Gamp d'Ornano , les Rebelles qui s'étoient retranchés
sur le sommet de la Montagne del Cuscione ,
se sont réfugiés dans les Bois voisins . Ils y sont exposés
aux injures du temps et sans vivres , et par
conséquent il est difficile qu'ils puissent y faire un
long séjour , surtout lorsque la mauvaise saison
commencera à se faire sent r . Aussi plusieurs d'entr'eux
sont déja venus implorer la clémence du
Roy de France ; tous ceux des Piéves de Sarmini et
de Scopamena ont remis leurs armes , et ont demandé
la permission de retourner dans leurs Habitations
, et il n'y a plus que ceux qui demeuroient
à Ziccaro , dont on n'a pu encore vaincre l'obstination.
Les derniers avis reçûs portent que le reste des
Rebelles qui s'étoient refugiés dans les Bois voisins
de la Montagne del Cuscione , ont enfin demandé
leur amnistie à M. de Larnage,Brigadier des Armées
du Roy de France , que le Marquis de Maillebois
avoit laissé pour achever de les réduire . On assure
que le Prevôt de Ziccaro , qui avoit paru si résolu
de se défendre jusqu'à la derniere extrémité , et qui
exhortoit les autres d'en faire de même , s'est aussi
remis à la clémence de S. M. T. C.
La Piéve de la Rocca est à présent entierement
soumise par les soins du Marquis du Chaſtel , le.
quel étoit attendu le 11. de ce mois à Ajaccio.
Ce qui a le plus contribué au découragement des
Insulaire
2502 MERCURE DE FRANCE
Insulaires qui persistoient encore dans leur révolte ,
c'est la prise faite vers Porto Vecchio , par le Che
valier de Bouville , Commandant la Barque la Legere
, d'un Pinque de quatre Canons et de vingt
Pierriers , qui étoit venu pour embarquer une partie
des kebelles , et pour porter des vivres et des
munitions de guerre aux autres.
Il arriva de France à la Bastie le 8. Octobre ; un
Courier du Cabinet , qui partit auffitôt pour aller
joindre le Marquis de Maillebois à Ajaccio , d'où
ce Géneral devoit se mettre en marche au plus tard
le 15. pour retourner à la Baſtie .
Ce Géneral a laissé à Ziccaro et dans les environs
les Régimens de la Sarre et de Forez , avec cinq
Compagnies de Grenadiers et les Miquelets . On
prépare les quartiers d'hiver pour le reste des Trou❤
pes , dont on doit envoyer quatre Bataillons à la
Bastie et trois à Calvi . Deux Compagnies de Hussards
se sont déja rendues dans la premiere de ces
deux Villes , et elles doivent s'y embarquer pour
revenir en France.
On ecrit de Genes , qu'une Galere de la Répu
blique , venue depuis peu de la Bastie , ayant rencontré
un Pinque Corsaire de Barbarie avec une
Galiotte , attaqua ces deux Bâtimens , et qu'elle
étoit prête à s'emparer de la Galiotte , lorſque les
Turcs de la Chiourme commencerent à se révolter
et à voguer de maniere que la Galere reculoit au
lieu d'avancer. Ils pousserent même leur temerité
jusqu'à empêcher qu'on ne tirât le Coursier. Heureusement
il y avoit sur la Galere une soixantaine
de Soldats, de plus qu'on n'a coutume d'y en embar
quer , et moyennant ce Renfort , on fut en état de
faire rentrer les Rebelles dans leur devoir , mais les
Corsaires s'échaperent . S'ils se fussent aperçus de
ce désordre , ils auroient pu s'emparer de la Galere
OCTOBRE. 1739. 2503
re , au Capitaine de laquelle on parle de faire le
procès , parce qu'on prétend qu'il ne s'est pas conduit
dans cette occasion comme il le devoit. Un deg
Esclaves de la Chiourme s'est tué de désespoir d'avoir
manqué l'occasion de favoriser ses Compatrio
tes et de se remettre en liberté.
ESPAGNE,
N fait des perquisitions exactes dans tous les
Ports de ce Royaume, pour découvrit si les
Marchands Anglois n'y ont point laissé des Marchandises
en dépôt chés les Habitans.
Un Bâtiment de cette Nation , qui étoit à Cadix ,
s'étant trouvé hors d'état de mettre à la voile dans
le temps qu'on y attendoit l'ordre pour les represailles
, et ce Vaisseau ne pouvant être radoubé assés
promptement , le Capitaine l'a vendu à un des
principaux Négocians de Cadix. Le Bureau de l'Amiraute
a declaré ce Vaisseau confiscable , prétendant
que dans une pareille conjoncture un Espagnol
pas dû P'acheter , et cette affaire a été renvoyée
au Conseil du Commerce.
n'a
On a reçu avis qu'un Armateur de Valence Уз
avoit conduit un Vaisseau Anglois richement chargé
, qui revenoit de Smirne , et qu'un autre Armateur
s'étoit emparé d'une Fregate de la même Nation
à quelque distance du Ferol.
Le nombre des Bâtimens que les Espagnols ont
pris aux Anglois depuis les represailles , eft à peu
près le même que celui des Vaisseaux qui ont été
enlevés par les derniers aux Espagnols , et ceux- ci
prétendent avoir l'avantage , et que les Bâtimens
qu'ils ont perdus sont moins considerables que
ceux dont ils se sont rendus maîtres .
On dit que le Roy , pour engager un plus grand
nombre
2504 MERCURE DE FRANCE
nombre de ses Sujets à aumer des Vaisseaux , ne
retiendra rien sur leurs prises , et qu'il les exemptera
même des droits de l'Amirauté .

On mande de la Province de Galice, que M. Goubert
qui s'aplique au relevement des Vaisseaux ,
avoit passé plusieurs cordages sous la quille de l'un
des Vaisseaux qui ont péri dans la Baye de Vigo ,
et que la réussite de son opération étoit constatée
par le Procès verbal que Don Manuel Rodriguez
Villarino , Commissaire de Marine , en a fait sur
les Lieux. Cette opération ayant été regardée longtemps
comme la plus difficile de celles qui sont necessaires
pour relever les Vaisseaux , on commence
à ne plus douter de la possibilité du relevement.
GRANDE BRETAGNE.
Na apris de Gibraltar , que le Vaiffeau de
Guerre le Glocefter , commandé par le Capitaine
Clinton , ayant attaqué un Vaiffeau Eſpagnol
près d'Oran , le Lord Montagu Berrie , premier
Lieutenant du Glocefter , avoit été tué en allant à
l'abordage . Ce Lord qui étoit frere du Duc d'Ancester
, laiffe deux enfans.
Un Vaiffeau de Guerre Eſpagnol et un Armateur
de la même Nation , fe font emparés du Saint-
Georges , Vaiffeau qui revenoit de Gallipoli , et
dont on eftime la Charge 10000. liv . fterlings . Les
Espagnols ont pris cinq autres Vaiffeaux Anglois,
& une Chaloupe qui apartient à un Vaiffeau de
Guerre , & qui étoit à la cape près de Seilly , pour
attendre les Vaiffeaux Marchands , & pour en
enlever les Matelots.
y
On a envoyé deux Vaiffeaux de Guerre du côté
des Carraques , pour affûrer dans la Mer voifine la
navigation des Anglois , dont le commerce a ſouf,
feit
OCTOBRE. 1739 .
2505
fort un préjudice confiderable par les frequentes
prifes qu'ont faites les Efpagnols.
Le 13. du mois paffé plufieurs Négocians qui
font le commerce en Italie & en Portugal , présenterent
une Requête au Roy , pour le fuplier d'endes
Elcadres croifer devant les Ports Neutres
voyer
de ces Pays , la navigation y étant devenue trèsdangereufe
à caufe du grand nombre d'Armateurs
Efpagnols qui fe trouvent dans les Mers voisines.
HOLLANDE ET PAYS-BAS.
R Horace Walpool , avant son départ pour
MAngleterre,a remis au Président de Passemblée
des Etats Géneraux des Provinces -Unies ,
un Mémoire qui porte , que le Roy de la Grande-
Bretagne , en le rapellant , lui a ordonné d'assûrer
les Etats Géneraux , lorfqu'il prendroit congé d'eux ,
de la haute eftime et de la sincere amitié de S. M.
Br . et du tendre interêt qu'Elle prend à tout ce qui
peut concerner les avantages de la République
dont elle regarde la prosperité et la conservation ,
comme inséparables des interêts de sa Couronne .
Ce Ministre ajoûte dans son Memoire , que c'est
sur ce principe que le Roy d'Angleterre prend des
soins continuels pour cultiver et affermir une bonne
et parfaite intelligence avec la République , et que
S. M. Br. a concerté avec les Etats Generaux les
mesures qu'elle a crû les plus propres à maintenir
la tranquillité commune , que le Roy de la Grande-
Bretagne se flate , que s'il est obligé de faire la
guerre , la République , toûjours fidele à ses Alliés
voudra bien , aussitôt que la constitution de son
Gouvernement le lui permettra , agir de maniere à
faire paroître que l'union entre S. M Br . et la République
n'est pas moins étroite dans les temps dif-
I ficiles
2505 MERCURE DE FRANCE
ficiles et critiques que pendant la Paix ; que S. M.
Br. de son côté ne se départira jamais de ses sentimens
d'affection pour les Etats Géneraux , sentimens
dont Elle a fait jusqu'ici la regle de sa conduite
envers des Alliés qui lui sont et lui seront
toûjours infiniment chers, M Walpool finit en demandant
aux Etats Géneraux la permission de pouvoir
, après leur avoir exposé les dispositions de
S. M. Br. leur protester qu'il conservera en son
particulier un respect profond et constant pour leur
Assemblée et une vive reconnoissance du favorable
accueil qu'il en a reçû pendant le cours de son Ambassade
, aussi -bien que des attentions obligeantes
et des marques de confiance dont ils ont bien voulu
Phonorer dans toutes les affaires qu'il a eu à traiter
avec la République .
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E 28. Août, Christian , Prince de Nassau- Dillen-
Lbourg,Comte de Catzenbogen,deVianen
et de Dietz , Seigneur de Beilstein , &c . mourut
subitement d'une attaque d'apoplexie , étant à la
Chasse , âgé de 51. ans et 17. jours , étant né le 11.
Août 1688. Il étoit fils de Henri Prince de Nassau-
Dillenbourg mort le 18. Avril 1701. et de Dorothée
Elizabeth , née Duchesse de Liegnitz en Siléfie
, morte le 9. Juin 1691. Il avoit fuccedé à la
Régence de Dillenbourg par la mort de Guillaume
fon frere aîné , le 21. Septembre 1724. Il avoit
époufé le 15. Mai 1725. Ifabelle Charlotte , née le
2. Janvier 1692. fille de feu Henri Cafimir Prince
de Naffau- Dietz , Stadthouder de Frife , & d'Henriette
OCTOBRE . 1739. 2507
riette Amelie d'Anhalt - Deffau . Il n'en laiffe point
d'enfans ; c'eſt pourquoi Guillaume Charles Henri
Frifon , Prince de Naffau - Dietz , ou Orange , gendre
du Roi d'Angleterre Georges II . comme plus
proche parent en l'abfence de Guillaume Hiacin
te , Prince de Naffau - siegen , qui réfide à Madrid
en Espagne , depuis 1728. a fait prendre poffeffion
de la Ville & du Territoire de Dillenbourg , du
Comté de Hadamar , & de la Ville de Hernborn
toute l'importante fucceffion de la Maifon de Naffau
, de la Branche de Catezenellbogen , le regardant
, comme en étant le dernier rejetton , après le
decès du Prince Guillaume Hiacinte .
·
Le 12. Septembre , Erneft Louis , Landgrave
de Heffe Darmstadt , Prince de Hirfcfeld ,
Comte de Catzenellnbogen , de Dietz , de Ziegenhayn
, de Nidda , de Schaumbourg , d'iffenbourg ,
& de Budingen , Seigneur d'Eppftein , de Pleffe ,
d'itter , & de Franckenfein , Chevalier des Ordres
de l'Elephant , Danois , et de S. Hubert , Platin ,
mourut à Jagersbourg , âgé de 71. ans 8 mois &
28. jours , étant né le 15. Decembre 1667. & dans
la 52. année de fa Régence qu'il avoit commencée
le 6. Février 1688. Il étoit fils de Louis V I. du
nom , Landgrave de Heffe - Darmstadt , mort le 24 .
Avril 1678. & d'Elizabeth Dorothée de Saxe- Gotha
, fa feconde femme , morte le 24. Août 1709 .
Il avoit été marié le 10. Decembre 1687. avec Dorothe
Charlotte , fille d'Albert , Margrave de
Brandebourg Anfpach , née le 19. Novembre 1661 .
& morte le 15. Novembre 1705. Des enfans qu'il
en avoit eus , il ne reste de vivante que Frederique
Charlotte , née le 8. Septembre 1698. & mariée le
28. Novembre 1720. avec Maximilien , Prince de
Helle Caffel , fecond frere du Roy de Suede . Le
fils aîné du feu Landgrave de Heffe - Darmſtadt
I ij qui
2508 MERCURE DE FRANCE
qui étoit Louis Prince hereditaire de Darmstadt ,
Lieutenant General , Feldt Marechal des Armées de
l'Empereur , mort au mois de Mars 1732 .
à l'âge
de 41. ans, avoit époufé Charlotte Chriftine- Magdeleine
Jeanne , Comteffe de Hanau , morte le premier
Juillet 1726. âgée de 26. ans , & en a laiffé
entr'autres , trois fils , dont l'aîné fuccede aux Etats
de fon Ayeul , qui vient de mourir .
Le 3. Octobre , Da Caterine de Portugal , Ducheffe
de Veragua , Comteffe de Gelves , Dame de
la Reine regnante d'Espagne , mourut à Madrid ,
à l'âge de 58. ans. Elle étoit Veuve de Jacques-
François Fitz-James Stuart , Grand Amirante des
Indes , Duc de Veragua , à caufe d'elle ; de Berwick
, & de Liria , Grand d'Efpagne de la premiere
Claffe , Pair d'Angleterre , Chevalier des Ordres
de la Toifon d'Or & de S. André, & de S. Alexandre
de Ruffie , Gentilhomme de la Chambre de S. M.
Cath. Lieutenant Géneral de fes Armées , fon Ambaffadeur
Extraordinaire auprès du Roy des deux
Siciles , & auparavant à Vienne , & en Ruffie ,
amort à Naples , à l'âge de 41. ans , le 2. Juin 1738.
Elle avoit été mariée avec lui le Decembre
31.
1716. Elle en laiffe des enfans, entr'autres, deux ou
trois fils . Elle étoit fille de Don Pierre- Emmanuel
Nunno Colomb de Portugal , Duc de Veragua , &
de la Vega , Grand d'Efpagne de la premiere Claffe,
Marquis de la Jamaïque , Comte de Gelves , Grand
Amirante des Indes , Chevalier de la Toifon d'Or
Prefident du Confeil des Ordres , mort le 10. Septembre
1710. & de Da Terefe- Marine d'Ayala de
Tolede . Elle étoit devenue l'heritiere de ſa Maiſon
par la mort du dernier Duc de Veragua , fon frere ,
de fes enfans.
FRANCE,
?
OCTOBRE. 1739 2509

FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c
LE 2 Octobre , la Reine entendit la Meffe
dans la Chapelle du Château de Ver
failles & Sa Majefté communia par les mains
de l'Abbé de Pontac , son Aumônier en
quartier.
Le lendemain la Reine partit de Versailles ,
& Sa Majefté arriva le même jour à Fontainebleau
, où le Roy s'étoit rendu la veille du
Château de Villeroy .
Sa Majesté a accordé au Marquis de Boëffe,
l'Enseigne Colonelle de son Régiment d'Infanterie
, commandé par le Duc de Biron.
Le Roy a auffi accordé au Prince de Monaco
, l'Agrément du Régiment de Tallard,
vacant par la mort du Duc d'Hoftun..
Sa Majefté a fait présent au Marquis de
La Mina Ambaffadeur d'Espagne , de son
Portrait enrichi de diamans , & la Reine a
fait présent du sien à la Marquise de La Mina,
Epouse du même Ambaffadeur ; ce dernier
Portrait eft enrichi de diamans fur un Brace-
Iiij
let
2510 MERCURE DE FRANCE
let de Perles , renfermé dans une Boëtte de
Lacque , garnie d'or.
Le Roy a accordé à M. Binet , Capitaine,
'Aide- Major du Régiment de Souvray , Majorité
du nouveau Régiment de Royal Corfe .
Le 12 le Roy prit le deuil pour la mort
'du Landgrave de Heffe Darmstadt.
Le 14 , M. Crescenti , Archevêque de Nazianze
& Nonce Ordinaire du Pape , eut fa
premiere Audience particuliere du Roy, étant
conduit par le Chevalier de Saintot , Introducteur
des Ambaffadeurs , qui le conduiſit
ensuite à celles de la Reine & de Monfeigneur
le Dauphin .
,
Le 15 , les Chanoines de S. Thomas du
Louvre s'étant affemblés dans leur Chapitre ,
au nombre de neuf, le Clocher tomba tout
d'un coup sur la voûte de l'Eglise , & l'enfonça
: fix de ces Chanoines furent ensevelis
sous les ruines , & les trois autres s'étant
trouvés plus près de la porte , eurent le bonheur
de se sauver. Les fix Chanoines qu'on
a retiré morts , sont Mrs Martel , Leblanc
Badin , Vanel , Gerard & l'Archer ; ils furent
inhumés le lendemain dans le Cavcau
de la même Eglise.
M.
OCTOBRE. 1739. 2511
,
M. l'Archevêque de Paris a nommé à deux
de ces Canonicats , qui sont à sa collation
l'Abbé Royer , & l'Abbé Guitton
Porte - Croix.
son
Le 19 , jour de la Fête de Saint Potentien
& de Saint Savinien , Patrons du Diocèse
de Sens , Monseigneur le Dauphin fit rendre
à l'Eglise de la Paroiffe de Fontainebleau , les
Pains bénits , qui furent présentés par l'Abbé
d'Andelot , Aumônier du Roy , en quartier.
,
Les Octobre , la Cour étant à Fontainebleau
, il y eut Concert chez la Reine ;
M. de Blamont Surintendant de la Mufique
du Roy fit chanter de l'Opéra de Thésée ,
le Prologue & le premier Acte , dont les
principaux Rôles furent très bien rendus par
les Demoiselles Rotiffet , Abec , Deschamp ,
Godeneche & Huguenot , & par les Sieurs
Godeneche , d'Angerville , Dubourg & Richer.
Le même Opera fut continué le 7 & le
12 du même mois.
Le 14 & le 2r , on concerta la Paſtorale
Héroïque de Diane & d'Endimion , mise en
mufique par M. de Blamont , dont la compofition
& Pexécution ont paru faire beaucoup
de plaifir ; les premiers Rôles ont été remplis
par les mêmes Sujets , & par les Sieurs
Jélyot & Poirier.
I iiij
Le
2512 MERCURE DE FRANCE
Le 6 Octobre , les Comédiens François
joüerent à Fontainebleau la Comédie des
Femmes Sçavantes , & la petite Piéce du Galant
Coureur que le Roy honora de sa présence.
Le 8 , la Tragédie d'Ariane & le Médecin
malgré lui.
Le 13 , l'Homme à bonnes fortunes , & la
Comteffe d'Efcarbagnas .
Le
15 , Inés de Caftro , & le Dédit.
Le 20 , le Muet , & le Rendez- vous,
Le 22 , Atrée & Thiefte , & la premiere
représentation d'une petite Piéce nouvelle de
M. Fagan , intitulée le Marié fans le fçavoir
, ou le Contract.
Le 27 , la Coquette , & le Galant Jardinier.
Le 29 , Andromaque. La Demois elle Lavoy
, nouvelle Actrice , joiia avec aplaudiffement
le premier Rôle ; & la petite Piece des
Précieufes Ridicules . Après la premiere Piéce
, la Demoiselle Barbarina dansa seule un
Entrée , & après la seconde Piéce, elle dansa
encore avec le Sieur Rainaldi la premiere
Pantomime qu'ils avoient déja dansé sur le
Théatre de l'Opera . Ces deux excellens Sujets
ont fait beaucoup de plaifir à toute la
Cour.
Le io , les Comédiens Italiens jouerent
auf
OCTOBRE . 1739 2513
auffi à la Cour l'Amant Prothée , & les Mafcarades
Amoureufes.
Le 17 , la Fille Arbitre , & Agnès de
Chaillot , Parodie de la Tragédie d'Inès de
Caftro , qui fit beaucoup de plaifir. Le Sieur
Antoni nouvel Acteur , joüa le Rôle d'Arlequin
dans la premiere Piéce.
Le 24 , les Talens à la mode , qui furent
auffi goûtés à la Cour , qu'ils l'avoient deja
été à l'Hôtel de Bourgogne. On donna
ensuite la Silphide dans laquelle les Sieurs
Antoni ( dont on vient de parler , & Chiavarelli
, autre nouveau Comédien qui a déja
débuté à Paris ) joüerent deux differens
Rôles.
Le 23 Octobre , une Troupe étrangeres
de Sauteurs Anglois ouvrit à Fontainebleau
fon Théatre ; ils y firent leurs Exercices par
des sauts , des tours de soupleffe & d'équilibre
surprenans. Un jeune garçon âgé d'environ
douze ans a été fort aplaudi . Ces Exercices
finiffent par une Pantomine très -amu
sante.
BENEFICES DONNE'S
le 14 Octobre 1739.
L'Evêché de Comminges vacant par la
démiffion de M. Lubiere du Bouchet.
2514 MERCURE DE FRANCE
à M. de Laftie , Prêtre Vicaire Général
de Tarbes .
Le Prieuré Commandataire , Conventuel
& Electif de Puychevrier , sous le titre de
N. D. d'Entrefin & l'Espau , Diocèse de
Poitiers & son annexe d'Hauterive
cant par la démiffion de M. Junot , à M.
Roger Langlois , Prêtre , Docteur en Théologie.
,
va-
Le Prieuré de S. Pardoux la Riviere , Ordre
de S. Dominique , vacant par la démiffion
de la Dame de Boiseuif , à la Dame Augelle
de Boiseuil , Religieuse Profeffe dudit
Prieuré.
'SUITE de la Route de MADAME DE FRANCE .
N partant de Bordeaux , MADAME alla coucher
ENCastres,le lendemain à Castres , le lendemain àà LLaannggoonna,eetcddee--llàà à
Bazas, où elle fut reçue dans le Palais Episcopal par
l'Evêque de Bazas qui la harangua en ces termes.
MADAME ,
Les acclamations publiques et les fetes brillantes gui
vous accompagnent et qui vous survent , font l'honneur
de la Nation et la gloire du Trône où vous êtes
née.
Pour nous , Madame , nous reconnoissons que l'appareil
le plus pompeux ne seroit pas encore au gré de
nos désirs , et ne répondroit que foiblement aux respects
et aux hommages que nous avons l'honneur de vous
rendre. Fille aînée de la Maison de France , vous
étes vous-míme , Madame , par toutes les grandeurs
gui
OCTOBRE. 1739. 2515
qui vous environnent, un spectacle plus grand que tous
ceux que nous voudrions pouvoir vous donner.
Née dans le sein de la paix , élevée et nourrie dans
les bras de la victoire , formée par les mains de la sagesse
et sous les yeux d'un Roy et d'une Reine qui ont
toujours fait marcher devant vous l'exemple et le modele
des plus grandes vertus , vous allez vous unir à
un Royal Epoux , dans lequel vous retrouvez tous vos
Ayeux et tous les Rois dont vous êtes descenduë.
Telle est , Madame , encore votre gloire , que quel -
que distance qu'il y ait de Versailles à Madrid, vousy
arriverez sans sortir des terres de votre propre famille,
et sans avoir d'autres Provinces à parcourir que celles
du Roy votre auguste Pere , ou celles du Roy des Espagnes
et des Indes , dont vous devenez la Fille. Jamais
alliance avoit-elle formé une chaine d'une pareille
étendue , et qui touche de l'un à l'autre pole ?
Je me trompais , Madame , il y a déja bien des siécles
que la route vous en est tracée par Blanche de Castille
, mere de S. Louis , et renouvellée presque de nos
jours par Anne et Marie- Thérese d'Autriche , toutes
trois vos augustes Ageules . Et c'est , Madame , sur
leurs pas que
dans l'âge le plus tendre vous allez rendre
à l'Espagne ce que l'Espagne a tant de fois donné
à la France. Comme elles , vous y portez la paix en y
reportant toutes leurs vertus ; et en attendant les Conronnes
que la Providence vous réserve , vous regnerez
, Madame , dans tous les coeurs , parce que nous
voyons avec ravissement que vous faites regner dans
be voire , la bonté , l'affabilité , la modestie , la doueeur
, et ce qui est le fondement de toutes les solides
grandeurs , la piété , l'innocence, et la paix.
A l'entrée de la nuit le grand Portail de la Ca→
thédrale , ainsi que toute la façade et celle de l'Evê`
ché qui est attenant , parurent illuminés avec beau
coup d'art et de simétrie . On avoit dressé un Peu
·I vjd'Ar.
2516 MERCURE DE FRANCE
d'Artifice qui fut tiré très-heureusement vis-à-vis
de l'Apartement qui avoit été préparé pour la Princesse
, et dont elle parut fort satisfaite .
Des paroles tirées du Cantique des Cantiques ,
Veni sponsa mea , &c. furent chantées le lendemain
30. Seprembre , en grand Choeur dans la Chapelle
de l'Evêché , à la Messe de MADAME , par la Musique
de la Cathédrale , après quoi cette Princesse
monta en Carosse , pour aller coucher à Capitoux.
Le premier Octobre , à Roquefort de Marsan.
Le 2. au Mont de Marsan.
Le 4. à Tartare.
Le 5. à Dax.
Le 6. à S. Vincent , & c.
ARRIVE'E & séjour de MADAME à Bayonne,
ADAME arriva à Bayonne le 8. Octobre 1739.
Mvers les quatre heures du soir par un très beau
jour. Quatre Députés de la Ville avoient été dès la
veille présenter les premiers respects à cette Princesse
, à S. Vincent , où elle coucha. M. Dulivier ,
un des Echevins , porta la parole .
En arrivant à Bayonne , MADAME arrêta au bout
du Pont du S. Esprit , où M. de Rolmontpellier ,
Maire de la Ville , eut l'honneur de la haranguer
en Robe de cérémonie à la tête des Magistrats et
des Notables , suivis de tout le Guet de la Ville sous
les armes en habits neufs uniformes ; Madame répondit
fort gracieusement . La Marche continua ; le
premier bataillon du Régiment d'Eu bordoit la haye
sur le Pont et dans le réduit ; ensuite les deux bataillons
de la Milice bourgeoise de 700. hommes ,
chacun, fort lestes , avec leurs Drapeaux , bordoient
La Place contigue au réduit du Pont .
Sept Compagnies du second bataillon du même
OCTOBRE. 1739. 2517
Régiment , bordoient le Pont Majour , qui traverse
la Ville et qui aboutit aux rues qui menent
à la Cathédrale,jusqu'au Palais Episcopal où l'Evêque
de Bayonne attendoit la Princesse ,pour lui présenter
ses respects , et pour la conduire à l'Apartement
qu'on lui avoit préparé .
Sur son passage , toutes les rues étoient jonchées
de Laurier et de Myrthe , et toutes les maisons tapissées.
L'Artillerie des Remparts , des Châteaux , de
la Citadelle , ainsi que celle de tous les Vaisseaux
du Port , firent une salve génerale . Le Canon
de la Ville en batterie sur la Place de la Maison de
Ville , fit la derniere salve .
-
Le Corps des Magistrats en Robes , alla offrir à
MADAMB les Présens de la Ville , qui par le choix
et l'arrangement , parurent plaire à MADAME ; ils
consistoient en Jambons , en Vins du Pays, rouge
et blanc , en Vin de Tancio et de Cherés , en fruits
rares, et en Confitures recherchées , dans des boëtes
très propres , avec les Ecussons de France &
d'Espagne , et ornées galamment de Myrthe , de .
Laurier et d'une très - grande quantité de noeuds de
Rubans de diverses couleurs , qui décoroient aussi
les douze grandes corbeilles qui contenoient ces
Présens. Ils furent présentés au son des Trompettes
et au bruit des Tambours de la Ville , battant une
marche singuliere et extrêmement gaye , M. le:
Maire eut encore à cette occasion l'honneur de
complimenter MADAME.
Au retour , le Corps de Ville alluma le Feu public
au bruit d'une seconde salve de son Artillerie.
A l'entrée de la nuit , toute la Ville fut illuminée ,
et les maisons susceptibles d'ornemens , le furent
avec beaucoup d'art et de goût , mais principale-..
ment tout l'Hôtel de Ville , le Gouvernement , et
La Maison de M. le Maire. Le
2518 MERCURE DE FRANCE
Le Canon de la Ville fit une troisiéme salve de
son Artillerie , et ce fur le signal pour les Fusées
volantes . On en vit à l'inftant une très-grande quantîté
s'élancer dans les airs de presque tous les quartiers
de la Ville. On répeta la même chose le lendemain
, que MADAME séjourna à Bayonne, les boutiques
ayant été fermées pendant ces deux jours.
Des Ordres supérieurs ayant arrêté les Fêtes extraordinaires
que la Ville avoit intention de donner
, les Habitans y ont suplée par d'autres démonstrations
de joye , par des danses publiques , dans le
goût du Pays , et les ruës de la Ville étoient autant
de Salles de Bal.
MADAME alla le 9. entendre la Messe à la Cathédrale
; l'Evêque de Bayonne lui présenta l'Eau
benite , et l'harangua à la tête de son Clergé.
A l'heure ordinaire , la Princesse dîna à son grand
couvert. Il y eut un grand concours de la principale
Noblesse de la Ville et de la Campagne , ou
chacun s'empressoit à l'envi de faire sa Cour.
Madame vit tout ce monde avec bonté .
A cinq heures , Madame alla à la Comédie ; le
Balcon où elle étoit placéé étoit fort orné , ainsi
que toute la Salle . Elle parut fort contente des Comédiens
et du brillant de toute l'Assemblée .
MADAME Soupa aussi à son grand couvert avec
la même affluence de monde que le matin,paroissant
très- satisfaite du zele et de l'empressement des
Magistrats et des Habitans de Bayonne.
MADAME partit le lendemain pour se rendre sur
la Frontiere , aux acclamations du Peuple , au bruit
de toute l'Artillerie , et avec les mêmes cérémonies
observées à son arrivée , jouissant d'une santé parfaite
après les fatigues d'un aussi long voyage.
MADAME arriva le 11. Octobres à S. Jean
Pied-de- Port. On lui a rendu dans tous les Lieux
de
OCTOBRE. 1739 2519
de son passage , depuis Versailles jusqu'à cette Place
Frontiere , les honneurs dûts à sa naissance , et ils
ont été accompagnés de fêtes et de réjouissances ,
dans lesquelles il n'a pas été possible de mettre des
bornes aux effets du zele et de la joye des Sujets du
Roy , dont nous avons donné des détails circonstanciés
dans le premier et le second Vol . de Septembre
, et dans celui de ce mois . Il nous restera à parler
des Fêtes qui seront données en Espagne , à
l'occasion de cet Auguste Mariage , et pour les
quelles on a fait de grands préparatifs . Finissons cet
article par ce qui s'est passé sur la Frontiere.
Le Prince de Masseran , Envoyé par le Roy et la
Reine d'Espagne , pour complimenter MADAME ,
s'acquitta de cette fonction aussi-tôt après qu'elle
fût arrivée à S. Jean Pied- de- Port , et lui présenta
de leur part une magnifique parure de Diamans.
Le soir du même jour , le Duc de Solferino ,
Grand-Maître de la Maison de Madame , et chargé
par le Roy d'Espagne de la recevoir et de la conduire
, la Marquise de Leyde , sa Camarera Mayor ,
ses autres principaux Officiers et ses Dames , vinrent
à S. Jean Pied - de- Port , et lui rendirent leurs
respects.
Le 12. le Duc de Tallard , et le Duc de Solferino
, chargés l'un par le Roy de remettre , et l'autre
par le Roy d'Espagne , de recevoir la Personne
de MADAME , eurent une Conférence à laquelle assisterent
M. de Verneuil , Secretaire de la Chambre
et du Cabinet du Roy , et Introdacteur des Ambassadeurs
; et M. le Gendre , Secretaire de la
Chambre de S. M. C. Commissaires du Roy et du
Koy d'Espagne , pour signer les Actes de remise
et de reception , et dans laquelle fut reglé tout ce
qui concernoit , tant le cérémonial de cette foncuon
, que la forme de ces Actes.
Ma2320
MERCURE DE FRANCE
Madame partit de S. Jean Pied- de- Port le 13
et arriva sur le midi à la Maison qui avoit été cons →
truite à Ventartea par les ordres de S. M. et du
Roy Catholique .
Les Actes de remise et de réception ayant été
signés par les Commissaires de L. M. Madame fut
remise par le Duc de Tallard entre les mains du
Duc de Solferino , et elle partit une demie heure
après , pour aller coucher à Roncevaux , étant accompagnée
et servie avec la même dignité et la
même magnificence à tous égards , qu'elle l'a été
en France. Les Personnes, à qui le Roy avoit confié
la conduite et le service de Madame , ont reçû
des marques de la satisfaction du Roy d'Espagne
par des présens proportionnés au rang et à l'état
de chacune , mais tous également dignes de la
grandeur et de la magnificence de S. M. C.
****************
L
MORTS , NAISSANCE
Mariage.
E 8. Septembre , Pierre de Maffo , Seigneur de
la Ferriere , Senechal de Lyon , & Comman
dant pour le Roy dans les Provinces de Lyonnois
Forêts & Beaujolois , mourut à Lyon , dans la 74.
année de fon âge. Il avoit été autrefois premier
Capitaine du Regiment de Cavalerie de Villeroy ,
& il avoit acheté la Charge de Senechal de Lyon
de François d'Aix , Comte de la Chaize . Il étoit fils
d'un Prevôt des Marchands de la Ville de Lyon ,
& avoit époufé en 1703. la Dlle de Chaponey
de la Province de Dauphiné. La Famille de Maffo
eft originaire de la Ville de Lyon , & d'une ancienne
OCTOBRE: 1739 : 2527
ienne Nobleffe. La filiation en eft raportée depuis
Pan 1400. par Guichenon dans fon Hiftoire de
Breffe & de Bugey , 2e. Partie , contenant entr'autres
, les origines des Villes , Châteaux , & c . Art.
du Trembley , p . 118.
Le 17. René Joachim de Chenedé , Marquis de
Rozay , près de Mantes , premier Valet de Chambre
de feue Madame la Dauphine , Aycule du Roy ,
& depuis premier Valet de Garderobe , & enfuite
premier Valet de Chambre du feu Duc de Berry
Chevalier des Ordres de N. D. du Mont- Carmel
& de S. Lazare de Jerufalem , reçû le 29. Janvier
1696. mourut à Paris , dans un âge avancé . Il étoit
fils de Joachim de Chenedé , Confeiller au Préfidial
d'Angers , Maire de la Ville d'Angers en 1661.
& 1662. depuis Confeiller , Avocat & Procureur
du Roy en l'Election de Paris , mort le 8. Avril
1694. & de Loüife Aveline , & il avoit épousé en
1700. Anne- Gabielle Bachelier , fille de feu Gabriel
Bachelier , premier Valet de Garderobe du Roy ,
& du Duc de Bourgogne , depuis Dauphin , & de
Françoise de Vilmandy. Il en avoit eu des enfans.
Le 19. D. Marie -Jeanne Fourrel , femme de
Claude-Jofeph Dorat , Seigneur de la Barre , Auditeur
ordinaire en la Chambre des Comptes de
Paris , avec lequel elle avoit été mariée en 173 !.
étant Veuve depuis le mois de Novembre 1730. de
Guillaume Gaillard , auffi Auditeur en la même
Chambre des Comptes , mourut dans un âge peu
avancé.
Le même jour , Charles-Pierre Nan, Seigneur des
Arpentis, Confeiller en la Grand- Chambre du Parlement
de Paris , mourut âgé d'environ 66. ans , étant
né en 1673. Il avoit été reçû Confeiller le 22. Juin
1701. & étant Doyen de la Cinquiéme Chambre
des Enquêtes , il monta à la Grand- Chambre au
mois
2522 MERCURE DE FRANCE
mois d'Août 1730. Il étoit fils de François Nau
Confeiller au Grand Confeil , & ancien Lieutenant
Géneral au Bailliage de Touraine , & Siége Préfidial
de Tours , mort le 7. Avril 1702. & de défunte
Marie Helene Mathé , fa femme , qui étoit
fille de Charles Mathé , auffi Confeiller au Grand
Confeil , & Lieutenant Genéral de Tours , & d'Helene
Durand . Le fieur Nau qui vient de mourir
avoit épousé Françoife Choppin , fille de feu René
Choppin , Seigneur d'Arnouville , Gouzangré ,
Chafton , &c. ci devant Lieutenant Criminel de la
Prevôté & Vicomté de Paris , & de Marie Foy ,
morte le 9. Mars dernier. Il en laiffe deux fils &
une fille , mariée avec le fieur de Bonna : re , reçû
Confeiller au Grand Confeil le 18 Juillet 1731.
Le même jour , Louis - Charles d'Hoftun , Duc
d'Hoftun , Pair de France , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Tallard , le quatriéme des fix petits.
Vieux , par Commission du 10. Juillet 1732. mourut
à Poitiers , dans la 24. année de fon âge , étant
né le 15. Fevrier 1716. Il étoit fils unique , & feul
enfant de Marie-Jofeph d'Hostun , Duc d'Hostun ,
Pair de France , Comte de Tallard , Seigneur du
Duché de Lesdiguieres , & c. apellé le Duc de Tallard
, Chevalier des Ordres du Roy , Gouverneur ,
& Lieutenant Géneral du Comté de Bourgogne
Gouverneur Particulier de Befançon , Brigadier des
Armées de S. M. & ci - devant Colonel du Régiment
de Tallard , & de Marie - Isabelle Angélique-
Gabrielle de Rohan - Soubi'e , Gouvernante des Enfans
de France. Le jeune Duc d'Hostun , étoit veuf
fans enfans de Marie-Victoire de Prye , dont la
mort est raportée dans le Mercure du mois d'Août
1738. p. 1875.
Le 23 , Jean Fraguier de Buy , Seigneur du Mée ,
Chevalier non Profès de l'Ordre de S. Jean de Jeru
falem ,
OCTOBRE . 1739. 2523
falem , dans lequel il avoit été reçu de minorité an
Grand Prieuré de France le 8 Juin 1688. mourut à
fa Terre du Mée , près de Me'un , dans la 55. année
de fon âge , étant né le 16 Novembre 1684. Il
étoit frere puîné de Martin Fraguier , Seigneur de
Chauconin , Préfident de la Chambre des Comptes
de Paris , & de Jean François Fr guier , Chevalier
Profès de l'Ordre de S. Jean de Jeruflem , tous
trois fils de Nicolas Fraguier , Seigneur de Longperrier
, & de Quincy , mort Confeiller en la
Grand'- Chambre du Parlement de Paris , le 17.
Novembre 1721. âgé de 69. ans , & de Jeanne-
Charpentier , fa veuve , ci -devant Dame du Mée ,
actuellement vivante .
Le même jour , Jofeph Hiacinte- François Boylesve
, Seigneur de Chamballan , Confeiller de la
Grand' - Chambre du Parlement de Bretagne , où
il avoit été reçu le 25. Juin 1701. mourut à Paris ,
à l'Hôtel de Tours âgé de 72. ans , laiffant entreautres
enfans , François- Jofeph Marie Boylesve ,
Seigneur de Chamballan , reçu Confeiller le 24
Avril 1724. & enfuite Président de la premiere
Chambre des Enquêtes du même Parlement le 18 .
Août 1728 .
Le 25 , Vincent François des Maretz , Evêque de
3. Malo , Prieur Commandataire de Saint Denis de
Nogent- le - Rotrou , de l'Ordre de Clugny , Dio-
Lèse de Chartres , mourut en fon Diocèse dans la
81. année de fon âge , & la 37. de fon Epifcopat . Il
avoit dès fa premiere jeuneffe embraffé le parti de
Epée , sous le nom de Sieur de Vouzy , & après
voir fervi fur mer pendant fix ans en qualité d'Enseigne
, de Lieutenant , & de Capitaine de Vaiss
aux , il passa du Service maritime à celui de terre.
Il fut fuccessivement Lieutenant en 1678. Ai .
de-Major en 1679. & enfin Capitaine au Régiment
des
2524 MERCURE DE FRANCE
des Gardes Françoises , le 8. Octobre 1680. Il quit
ta le Service en 1687. & ayant embrassé l'Etat Ec
clesiastique , il obtint le Prieuré de S. Denis de
Nogent -le - Rotrou , & fut fait Vicaire Général du
Diocèse de Rouen à Pontoise , & Agent Général
du Clergé de France. Il fut nommé le 15. Avril
1702. à l'Evêché de S. Malo, en Bretagne, qui fut
préconisé & proposé pour lui à Rome les 12. Juin,
& 31. Juillet fuivans , ensuite dequoi il fut sacré le
17. Septembre de la même année au Seminaire de
S. Magloire à Paris , par le Cardinal de Noailles ,
Archevêque de Paris , assisté des Evêques de Riez
& de Blois , & le lendemain 18. il prêta le Serment
de fidelité entre les mains du Roy. Il fut deux fois
Député des Etats de Bretagne pour le Clergé , &
en cette qualité il harangua , àla tête des Députés
de cette Province , le feu Roy le s . Janvier 1707 .
& le Roy regnant , le 18. Decembre 1715. Il étoit
cinquiéme fils de feu Nicolas des Maretz , Marquis
de Maillebois , de Bleny , & de Rouvray , Baron
de Châteauneuf en Timerais Seigneur & Baron de
Bourbonne- les - Bains , Seigneur de Couvron , Fors
arsel , Ministre d'Etat , Commandeur des Ordres
du Roy , ci -devant Contrôleur Genéral des Finances
, mort le 4. Mai 1721. âgé de 73. ans , & de
feuë Magdeleine Béchameil , morte le 14. Juin
1725. à l'âge de 70. ans .
Le 26. Jean-Marie Herment , Seigneur de Fume
chon , Confeiller au Parlement de Paris , de la premiere
Chambre des Enquêtes , où il avoit été reçu
le 16. Juillet 1732. mourut âgé de 27. ans , & fans
avoir été marié . Il étoit fils unique de Jean Her
ment , Ecuyer , Docteur- Régent de la Faculté de
Médecine en l'Univerfité de Paris , Confeiller
Médecin ordinaire du Roy , & de fes Châteaux de
la Bastille , & de Vincennes , premier Médecin de
la
OCTOBRE. 1739 : 2528
la Ducheffe du Maine , & Médecin - Major du Régiment
des Gardes Suiffes , & de fa premiere
femme.
Le 8. Septembre nâquit & fut baptisé Hippolite-
Jean-René, fils de Jean- François-Joseph d'Inkerque,
Comte de Toulongeon , & de Champlite , Mestre de
Camp de Cavalerie , Cornette de la Compagnie des
Chevau - Legers de la Garde ordinaire du Roy , &
de D. Anne -Prospere Cordier de Launay , mariés
le 17. Novembre 1736. Il eut pour Parain & Maraine
, Jacques- René Cordier de Launay , Seigneur
des grandes & petites Verrieres , fon Ayeul maternel
, Tréforier Genéral de l'Extraordinaire des Guerres
, & Contrôleur de la Compagnie des Chevau-
Legers de la Garde du Roy , & D. Gabrielle - Françoise
d'O , femme de Pierre - Gafpard de Clermont,
Marquis de Gallerande , Chevalier des Ordres du
Roy, Lieutenant Genéral de fes Armés , Grand
Bailli de Dole , premier Ecuyer du Duc d'Orleans.
Le 26. fut célebré à. S. Euſtache le Mariage de
Nicolas - Hiacinthe de Montvalat , Comte d'Antragues
, Meftre de Camp de Cavalerie , Guidon de Ja
Compagnie des Gendarmes Dauphins , du mois
d'Octobre 1731. fils de feu Gaſton de Montvalat ,
Seigneur Comte d'Antragues , ci -devant Capitaine
au Régiment des Gardes Françoifes, et de D. Louife-
Marguerite de Pleurre de Romilly , avec Dlle Louife
Olive Felicité Bernard , née le 7. Juillet 1722,
feconde fille de Jacques Bernard , Comte de Coubert
, Seigneur de Longueil , et de Grifolles , Maître
des Requêtes ordinaires de l'Hôtel du Roy , Sur-
Intendant des Domaines , Maiſon et Finances de la
Reine , Grand -Croix , Prévôt et Maître des Céremonies
de l'Ordre Royal et Militaire de S. Louis
et
2525 MERCURE DE FRANCE
et de D. Louiſe Olive Frottier de la Cofte Meſſe
liere . Le Marié eft d'une ancienne Nobleffe d'Auvergne
, où eft fituée la Terre de Montvalat . Elle
eft connue dès le 14e fiecle . La Terre d'Antragues
en Rouergue , Diocèfe de Rhodez , eft entrée dans
cette Mailon au commencement du 17e fiecle ' , par
le Mariage de Henri de Montvalat , Seigneur de
la Guifardie et de Neuféglife , en Rouergue , avec
Paule de Vialar , fille de Jean Raimond de Vialar ,
Seigneur d'Antragues , et de Catherine de Cat de
Covral. Le nouveau Marié avoit eû pour frere aîné
Jean Gafton de Montvalat, Comte d'Antragues, Enfeigne
de la Compagnie des Gendarmes Dauphins ,
mort le 13. Octobre 1731. dans la 29. anné de fon
âge , n'ayant point eû d'enfans d'Anne - Gabrielle
Boulet, qu'il avoit épousée le 31.Janvier précedent.
Cette Dame , qui eft fille de feu Nicolas Boulet ,
Seigneur d'Ouchamp , Verzenay , et Courtabeuf ,
Confeiller au Parlement de Paris , et de feuë Anne-
Elizabeth du Noyer , s'eft remariée le 21. Fevrier
176. avec .... Creufet, Sr de Richerand , Capitaine
de Cavalerie dans le Régiment Royal Rouffillon
J
APROBATION.
' Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier ;
le Mercure de France du mois d'Octobre , & j'ai
crû qu'on pouvoit en permettre l'impression . A
Paris , le premier Novembre 1739.
PH
HARDION.
TABLE .
IECES FUGITIVES . Epitre à Pauline , & c . 2315
Don fait au Roy d'une Bibliotheque de Manuscrits
2317
De Sene Podagro , & c . et Traduction ,
Suite du Traité Hiftorique fur la Croix.
2333
2335
ipitre Critique fur le mauvais goût des Concerts ,
Lettre
Lettre contre les Faiseurs d'Horoſcopes ,
Lettre en Triolets , & c .
2355
2358
2372
Extrait d'une Lettre fur la Societé Litteraire d'Arras,
2374
L'Infidélité , Ode, 2394
Enigme , Logogryphes , & c . 2899
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX -ARTS , ~
&c. Journal des Sçavans , & c . 2404
Recueil des Hiftoriens des Gaules & de la France
f & c . ibid.
Les Actes des Saints du mois d'Août , &c. 2405
Les Vies des Hommes Illuftres de la France , 2406
Nouvel Ouvrage fur les anciens Sceaux , &c . ibid .
La Vie de S. Dominique de Guzman , &c . 2410
Généalogies Hiftoriques des Rois , Ducs & Comtes
de Bourgogne , 2411
Nouveaux Amulemens du Coeur et de l'Esprit, 2416
Le Vrai Plaitir , à Mlle B. . . . .
Pub. Terentii Comoedia ,
....
Nouveaux Livres de Médecine , &c.
Memoire fur l'Horlogerie ,
2422
2426
2429
2432
Pendule finguliere , avec Clavecin et Carillon , 2433
Académie de Peinture , Prix donnés , 2435
Vers adreflés à M. Aved , de la même Académie ,
Estampes nouvelles ,
ibid.
2437
Une Suite d'Estampes , concernant les Fêtes publi
ques , &c.
2438
Les OEuvres complets de Watteau , &c . 2439
L'Hyver , Chaníon notée , 2444
Spectacles , Tragédie de Thélamire , Extrait , 2445
Les Talen à la Mode , Comedie , Extrait . 2455
Les Mufes Rivales , Balet , 2466
NouNouvelles
Etrangeres . Turquie et Perſe ; 2469
Ruffie , Allemagne et Hongrie , &c. 2471
Articles Préliminaires conclus , & c. 2477
Ratification des Articles , & c.
2481
Rescript de l'Empereur à tous fes Miniftres , 2483
Lettre de l'Empereur à la Czarine , 2496
Isle de Corse , & c . 2499
Espagne et Grande Bretagne , 2503
Hollande et Pays- Bas , 2505
2506 Morts des Pays Etrangers ,
France , Nouvelles de la Cour, de Paris , &c. 1509.
Suite de la Route de Madame de France , son arrivée
à Bazas , et Harangue ,
A Bayonne ,
2514
A S. Jean Pied - de- Port , et Remise , &c.
2516
2518
2520 Morts , Naiffance et Mariage ,
P
Errata du I. Vol. de Septembre.
Age 2060. ligne 17. de la Tour, lisez, du Tour
Errata du II. Vol. de Septembre:
PAge 2213. ligne 16. Berrier , lisez , Bertier ,
d'Aix.
P. 2305. 1. 30. boules en gradins, l . Boulaingrains,
P. 2348. l . 3. du bas , Cebron , l . Cedron .
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 2361. lig. 14. indivible 362. 1. 17. rare , , lisex , indivifible .
rarement.
P. 2428. 1. 27. de , ôtez ce mot,
La Chanson notée doit regarder la page *
2444
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le