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1739, 07-08
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MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU
ROT.
JUILLET. 1739 .
QURICOLLIGIT
SPARGIT
willow
Papi
A PARIS ;
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT , Quai de Conty
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais,
M. DCC . XXXIX.
Avec Aprobation & Privilege du Roys
PUBLIC LIBRARY
335216
ASTOR, LENOX AND AVIS.
TILDEN FOUNDATIONS
1905
LA
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à- vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
3
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
JUILLET. 1739 .
**************************
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
BALAD E.
A Mad. PE..... sur son départ pour la
Campagne.
P.
Our un séjour champêtre & solitaire
Vous allez donc abandonner Paris ?
Que son tumulte ait de quoi vous dé
plaire
A dire vrai je ne suis point surpris ...
Quand des neuf Soeurs les doctes Favoris
Quittent l'ignoble & profane affluence ,
A ij Dicux
1470 MERCURE DE FRANCE
Dieux avec eux entrent en conference ;
Forêts leur sont plus que Palais dorés.
Or donc partez dans cette confiance ;
Nous y perdrons ; mais vous y gagnerez
*
Sapho jadis fuyoit loin du vulgaire ,
Lorsqu'Apollon enflâmoit ses esprits ;
De ses talens vous êtes héritiere ;
Par les destins ils vous furent transmis
Bien entendez en quel sens je le dis.
Entre elle & vous on sçait la difference.
Sapho vantoit de Cypris la puissance ;
A la vertu vos chants sont consacrés.
Comme elle donc usez d'un peu d'absence.
Nous y perdrons , mais vous y gagnerez.
*
Séjour rustique adoucit et tempere ,
Les déplaisirs , les dégoûts , les ennuis ,
Dont à la Ville on ne s'exempte guere ,
Puisque c'est là qu'abondent sots Esprits ,
A mal parler comme à mal faire induits.
Là bas n'aurez semblable déplaisance ;
Ains du Sylvain seulement la fréquence ....
Sylvains amis , bien la respectérez ;
Car la croirez , Diane , à la prestance.
Nous y perdrons , mais vous y gagnerez.
ENVOI
JUILLET 1739 8475
ENVOI
´Ố vous à qui beauté , comme science ,
De maint attrait payent la redevance ,
Or choisissez ce que mieux aimerez.
Si pour un temps n'avons votre présence ;,
Nous y perdrons , mais vous y gagnerez.
****************
DESCRIPTION des Tableaux de
l'Histoire de Tobie , peints dans la Galerie
de M. le Maréchal de Noailles , adressée
par M. Du .... Garde du Corps du Roy ,
à M. de St .... à Arles.
EN
N qualité de Provençal , je sçais que
vous êtes né sensible à tout ce qui regarde
la gloire de la Provence ; pour moi ,
Monsieur , la Bandouliere de Garde du Corps
du Roy , que j'ai l'honneur de porter depuis:
quelques années , me donne , ce me semble,
une espece de droit d'examiner & d'admirer
jusque dans les choses qui paroissent les
moins importantes , le discernement sûr &
le goût exquis de M. le Maréchal de Noailles.
Ces deux objets si differens , & qui nous.
interessent également vous & moi , se trou
veront heureusement raprochés dans la Description
que je vous ai promise de la Galerie
peinte à S. Germain en Laye , de l'ordre &
C iij du
1472 MERCURE DE FRANCE
du choix de M. le Maréchal , par M. Paros
sel, d'Avignon.
Vous aurez le plaisir entier de méditer sur
la perfection de l'Art que vous aimez , & sur
le mérite personnel de l'Artiste ; car je ne m'aviserai
point , par une tentative hors de place,
d'entremêler ici l'éloge du Héros par qui il
a été si favorablement encouragé. Je jouis ,
comme bien d'autres , du plaisir de voir , de
sentir & d'accroître mes connoissances par
l'examen & la refléxion , mais le talent d'écrire
m'a parû jusqu'ici au- dessus de mes
forces ; je ne sçais même s'il ne seroit pas un
peu incompatible avec le métier auquel je
me suis dévoué .
Il n'y a donc qu'un ami tel que vous qui
puisse me faire surmonter la juste défiance
où je suis , par une indulgence sincere , ou
du moins par une discretion mesurée , qui
me mette à couvert d'être reconnu par mes
Brigadiers , qui ( entre vous & moi ) n'aiment
gueres à entendre parler d'autre Art que
de l'Art Militaire , ni d'autre attitude que de
celle d'être bien campé sous les Armes & de
s'en servir de bonne grace.
Vous sçaurez donc , Monsieur : ⠀⠀⠀⠀
mais non , je me trompe ; vous sçavez déja
tout aussi - bien que moi, que Pierre Parossel,
Auteur de l'Ouvrage dont il s'agit , est né à
Avignon , où il est établi , qu'étant venu faire
un
JUILLET. 1739. 1473
un
in voyage à Paris il y a quelque temps , par
pure curiosité , il y fut agréé tout d'une voix
à l'Académie Royale de Peinture , moins
sur sa réputation, que sur la bonté réelle de
quelques - unes de ses Productions.
gens ,
Vous sçavez encore que tout ce qui porte
le nom de Parossel , paroît avoir dès le berceau
un talent décidé pour la Peinture ; om
peut en compter six de ce nom, tous très - habiles
dont trois vivent encore aujourd'hui,
mais quoique vous soyez instruit à cet
égard avec plus de précision que je ne puis
l'être , vous ne serez pas fâché ( vous , M.
qui n'avez jamais voyagé plus loin
que le
Comtat & le Dauphiné ) qu'en cherchant à
rapeller à ma mémoire certains faits qui re
gardent l'objet present , je me mette a portée
de vous en aprendre , chemin faisant ,
quelques-uns qui vous seroient peut - être
échapés.
Joseph Parossel , par qui il est juste de
commencer , & que tous les Curieux connoissent
comme par exellence , sous le nom
de Parossel des Batailles , nâquit à Brignoles
en Provence en 1648. & mourut à Paris en:
1704. âgé de 56. ans..
Il est peu de Peintres François qui ayent
fait plus d'honneur à leur Patrie ; celui- ci
avec tout le feu qu'on a coûtume d'attribuer
aux gens de votre Province , comprit de
A iiij bonne
1474 MERCURE DE FRANCE
bonne heure qu'il falloit encore se distinguer
par une maniere hardie , & par une force de
coloris, que l'Ecole Françoise paroît avoir un
peu négligée , ou du moins n'avoir pas fondée
sur des principes assés constans ; il préfera
sagement le voyage d'Italie à celui de
Flandres ; la vigueur des Tableaux du fameux
Jacques Bourguignon , Jesuite , le frapa , la
fierté des attitudes de Salvator Rose , qui
peignit quasi toujours des Gens de guerre ,
détermina son génie , l'effet dominant du
Tableau lui parut une partie d'autant plus
essentielle , que c'est une espece de Magic
impossibles à réduire en préceptes , à moins
que la Nature n'en fasse quasi tous les frais.
Le voilà donc devenu par goût & par choix,
Peintre de Batailles , un des plus renommés
sans contredit , de son temps , & sans doute,
un des plus fortunés , si l'illustre le Brun lui
eût permis de travailler conjointement avec
lui aux Cartons des Tapisseries qui devoient
concourir à immortaliser les Exploits de
LOUIS LE GRAND, mais le laborieux Peintre
François craignit ( dit- on) le fracas du coloris
du Peintre Provençal ; Parossel fut aplaudi ,
mais remercié , après neanmoins avoir exé
cuté , entr'autres , sur la Cheminée de notre
Salle des Gardes , à Versailles , la représentation
du sanglant Combat de Leuse , avec une
intelligence & une vigueur qui cause de
l'étonnement
JUILLE T. 1739 1475
l'étonnement & presque de la terreur.
L'heureux Vandermeulen fut donc choisi ,
son Pinceau délicat , & dont le brillant sçavoit
se transporter en quelques Groupes
subordonnés , & s'éclipser en d'autres , fut
jugé plus susceptible d'être allié aux graces
légeres & détaillées du premier Peintre , & :
tout grand homme qu'étoit Vandermeulen
peut- être encore , ne dut- il cette préference :
qu'à la circonstance favorable chés les François
, d'être né sous un climat étranger.
Joseph Parossel , dont voilà un Article
assés étendu , eut un frere cadet , qui chercha .
avec assés de succès à imiter la même ma →
niere , & qui peignit long - temps des Sujets
de Guerre à Rome, en Provence, & en Alle
magne , où il est mort.
Ces deux Freres sont peut- être les seuls
qui ayent osé risquer de rehausser quelques--
unes de leurs Draperies avec de véritable of en
poudre, ils vouloient montrer par- là combien
ils croyoient maîtriser l'Art de l'imitation ,
puisqu'ils ne craignoient point de lui associer
la Nature même. Ces essais ont été , à la
verité , plus heureux sous le Pinceau de Parossel
l'aîné ( Joseph ) & il a même poussé
si loin le prestige du coloris , qu'on connoît
quelques-uns de ses Tableaux de Chevalet ,
où, pour terminer l'armure d'un Géneral , ormée
de Pierreries , il y a enchassé , & pour
A y ainsi
1476 MERCURE DE FRANCE
ainsi- dire , serti des Pierres colorées , bien
effectives & assés brillantes , sans que l'harmonie
des couleurs voisines, ni le coup d'oeil
du tout ensemble en ayent souffert aucune
altération.
Mais le fils de ce même Parossel , qu'il
n'est pas possible de passer sous silence , en
suivant une route un peu differente de son
Pere , quoique dans le même genre , ne s'est
pas acquis moins de réputation. Il est un des
anciens Conseillers de l'Académie de Peinture,
& logé par le Roy aux Gobelins , il compose
avec feu & facilité, ses fonds sont d'ordinaire
bien choisis & favorables à son sujet ;
mais la partie où il excelle , c'est la correction
du Dessein ; personne , sans en excepter
son Pere , dont les racourcis ne sont
pas toujours bien exacts , sans en excepter ni
Le Bourguignon , ni Wauvermans , lui- même
personne , dis - je , n'a jamais dessiné un
Cheval avec plus de noblesse , ni mieux saisi
la souplesse , la cadence & la varieté des
mouvemens dont est susceptible ce bel Animal.
Il peut sur ce point entrer en lice avec
Vandermeule , d'ailleurs le caractere mâle &
l'air de tête tantôt fier , tantôt grivois , mais
toûjours animé , qu'il sçait donner aux differens
Guerriers qu'il fait entrer dans ses
vastes compositions , sont encore une chose
dont les Connoisseurs doivent lui sçavoir un
gré singulier.
,
Après
JUILLET. 1739. 1477
Après un Exposé qui vous paroîtra peutêtre
un peu trop voisin de la flaterie , ou du
moins de la prévention , je m'attends que
vous m'allez demander ce qui me reste à dire
de Pierre Parossel son Cousin , dont il s'agit
, principalement dans la Description de
la Galerie de Tobie.
J'avoue que si celui - ci étoit encore un
Peintre de Batailles, je me trouverois un peu
embarassé , ou bien j'aurois été plus succint
dans les Articles précedens , quoiqu'il m'eût
été difficile d'être plus vrai ; mais tranquillisez-
vous , M. sur les ressources de l'Art &
sur sa prodigieuse fécondité.
1
M. Parossel d'Avignon, est proprement ce
qu'on apelle un Peintre d'Histoire ; dès- là
vous devez convenir que son objet embrasse
toutes les differentes branches de la Peinture;
il faut que rien ne soit étranger à celui qui
veut peindre l'Histoire Figure , Draperie ,
Ornemens , Païsages, Animaux , Architecture
, Usage des Nations , étude des moeurs,
même des passions , tout est ou doit être de
son ressort. Ce n'est pas sans y avoir refléchi
qu'Horace a mis ce bel Art de niveau avec
celui de la Poësie.
Un des exemples -les plus favorables pour
le prouver , c'est cette grande Suite de l'His
toire des deux Tobies , que votre habile
Compatriote vient d'achever pour M. le Ma
réchal de Noailles,
A vj.
IL
1478 MERCURE DE FRANCË
Il est temps de vous en rendre compte
plus en détail; la simple exposition de chaque
Tableau , l'uniformité du plan géneral , la
varieté des Sujets particuliers, leur contraste ,
le génie qui ne l'a jamais abandonné un instant
, & qui s'est métamorphosé sous tant
d'images différentes ; tout cela formera en sa
faveur un Eloge plus positif & mieux suivi ,
que quantité de termes rebatus qu'on em
ploye souvent sans les définir , & qui ne laissent
dans l'esprit aucune idée bien distincte
du mérite de l'Ouvrier ; cette méthode de caracteriser
quelqu'un par ses oeuvres , a le mê--
me avantage sur les qualifications indéterminées
, que les belles Scenes de Théatre mises
en action , ont toujours sur celles qui ne se
passent qu'en récit.
PREMIER TABLEAU.
L'Histoire de Tobie , tirée litteralement
'de l'Ecriture Sainte , & qu'on a entrepris de
retracer dans toutes ses circonstances , commence
ici par une peinture touchante de la
Captivité des Israëlites après qu'il eurent été
vaincus par Salmanazar. Le vieux Tobie y
paroît frapé de la plus vive affliction , moins
pour ses propres malheurs , que pour la désolation
de sa Patrie , & l'interruption du
culte sacré. Sa douleur est noble , & sa fermeté
également éloignée de l'abattement &
du
"
JUILLET. 1739: 1475
du murmure , le fait aisément distinguer du
reste de sa Famille & des autres Prisonniers ,
qu'on voit consternés entre les mains du Soldat
vainqueur. L'Epouse du Patriarche suit la
marche, montée sur un Chameau , & tenant
entre ses bras le jeune Tobie son fils ; l'attention
qu'elle a pour préserver ce précieux
dépôt du moindre danger , ne l'empêche pas
de partager , avec émotion , les souffrances
de son vertueux Epoux , qu'elle ne perd pas.
de vûë.
II. TABLEAU.
Ici le vieux Tobie , que sa vertu & le caractere
respectable qui la suit jusque dans
Jes fers , avoient rendu long- temps le Favori
du Roy d'Assyrie , paroît faire un saint usage
des biens que lui a procurés sa faveur ; il ne
les a accepté que pour les répandre dans le
sein de ses infortunés Compatriotes , & pour
soulager leur misere ; il va les chercher sur
des Rochers & dans des retraites presque
inaccessibles , où ils étoient obligés de se cacher,
pour se dérober à la vengeance de Sennacherib
, qui avoit résolu d'exterminer leur
Nation. La charité active & courageuse du
Patriarche , la reconnoissance des Fugitifs
envers leur Bienfaicteur , & l'état déplorable
où ils paroissent réduits , excitent dans ce
Tableau une sorte d'attendrissement auquel
une
1480 MERCURE DE FRANCE
une ame bien née ne peut guere se refuser?
III. TABLEAU.
par-
Tobie lui -même est enfin découvert &
proscrit à son tour ; il avoit mieux aimé
tager la disgrace des Israëlites , que de cesser
de les secourir , il est contraint de céder &
de fuir , mais c'est pour exercer les seuls Actes
d'humanité qui sont encore en sa puissance.
On le voit descendu sous une voute
profonde , & occupé à donner la sépulture
aux malheureuses Victimes de la fureur
du Monarque Assyrien. Le Caveau neparoît
éclairé que par une Lampe , cependant
tout s'y distingue , & l'adresse du Peintre
a sçû lui ménager un clair obscur , qui
ne le cede peut-être point à ceux des Flamans
; qui ont le mieux entendu la distribution
des ombres. Celui- ci n'est guere moins
piquant de lumiere , & il a de plus l'avantage
d'être mis en usage dans un Sujet où il
concourt avec la vérité historique, pour augmenter
encore l'horreur & la compassion.
IV. TABLEAU
Enfin le sage Conducteur du Peuple de
Dieu , épuisé de soins , de fatigues & de chagrins
, ne reçoit pour prix de tout ce qu'il a
fait pour les malheureux , qu'un redoublement
à ses propres maux ; un accident im--
prév
JUILLET. 1739 : 148
prévû le rend aveugle , il est privé du seul
bien qui pouvoit encore le rendre utile à ses
freres , c'est-là pour lui le comble de la misere
; aussi reconnoît -on sur les traits de son
visage , les marques sensibles de son accablement.
Son Epouse elle -même n'ayant plus
la constance de suporter tant de coups redoublés
, paroît en ce moment avoir étouffé
la tendresse qu'elle a pour lui , & l'accabler
des plus injustes reproches.
V. TABLEAU.
Comme il falloit remédier à l'extrême indigence
où étoit tombée la Famille de Tobie,
il eut recours à la seule ressource qui pouvoit
lui rester , & s'étant ressouvenu que
pendant le cours de sa prosperité , il avoit
prêté dix Talens à Gabelus , il fit partir son
fils pour aller lui chercher ce dernier secours.
On voit dans ce Tableau le jeune homme
qui sort de la maison paternelle , en habit
de voyageur , il tient dans ses mains le Billet
qui devoit être remis à Gabelus , pour
toucher la dette. L'Ange Raphaël part avec
lui pour l'accompagner ; sa Mere paroît sur
le seuil de la porte , qui suit son fils des yeux
& du coeur ; ses regards inquiets , expriment
la crainte qu'elle a de ne le plus revoir. On
entrevoit dans un coin du Tableau , & dans
La demi teinte , le vieux Tobic dans le triste
état
1482 MERCURE DE FRANCE
état de son aveuglement & d'un abandon
général.
VI. TABLEAU.
Ce sixième Tableau , est le Sujet le plus
connu ( du moins par raport à la Peinture )
de toute l'Histoire de Tobie . Le jeune voya→
geur ayant été tenté de se baigner sur les
bords du Fleuve du Tygre , fut effrayé à la
vûë d'un Poisson d'une grosseur monstrueu
se. Son sage Conducteur le rassûre , & par
ses conseils il l'encourage à tirer ce Poisson
hors du Fleuve.
Voilà ce que plusieurs Peintres ont execu
té en differens temps & de differentes manieres
; Philipe Laure , Adam Eilzemer , Bartolomé
, & quantité d'autres , s'y sont exercés
avec succès : en effet, un Paysage frais , &
bien ouvert , des Eaux transparantes , deux
Figures de caractere tout different , & dans
une action singuliere & interessante , voilà
la source commune d'un Tableau d'une ordonnance
agréable , & où tout le monde
peut encore puiser; mais ce qui paroîtra peutêtre
donner à celui - ci quelque mérite de
nouveauté , c'est d'apercevoir tout à la fois
dans le jeune Tobie, la frayeur du danger, &
la confiance pour son Guide. Quant à l'Ange
, on remarque dans tout son maintien
cet air serain & cette tranquillité majestueu
se
JUILLET. 1739 1483
se , qui peut seule donner quelque foible
idée d'un Etre supérieur à l'humanité .
VII. TABLEAU.
Ce Sujet n'est pas moins heureux que le
précedent , pour exprimer les diverses agitatations
de l'ame. Le jeune Tobie étoit arrivé
chés Raguel , ami de son Pere ; la vûë de Sara,
fille de son Hôte, avoit captivé son coeur
dès le premier abord ; il la demande en mariage
, & ne veut accepter ni les rafraîchissemens
, ni aucun des devoirs de l'hospitalité
qu'on lui offre , avant de l'avoir obtenuë. La
jeune Sara, frapée du malheur arrivé aux sept
premiers Maris qu'elle avoit perdus , se tient
un peu à l'écart , & paroît encore couverte.
du voile de viduité , ses regards timides
marquent sa modestie , & la honte qu'elle a
de ce qu'on ose encore songer à avoir sa
main. Raguel & son Epouse en sont dans
l'étonnement , leur pitié se manifeste , ils paroissent
s'affliger d'avance ; mais. Tobie , au
lieu de se rebuter , redouble de constance &
de fermeté , tandis que son amour prend de
nouvelles forces.
VIII. TABLEAU.
Sara & son nouvel Epoux Tobie , sont à
genoux autour d'un brasier ardent, où ils ont
jetté le foye du Monstre trouvé dans le Tygre
;
1484 MERCURE DE FRANCE
gre ; ils sont représentés l'un & l'autre au
moment qu'ils adressent à l'Eternel leur priere
fervente ; leurs voeux sont prêts d'être
exaucés , on voit au travers de la fumée qui
s'éleve du Foyer , l'Ange Raphaël qui force
Asmodée , Démon de l'incontinence , à fuir
& a quitter pour jamais cette Chambre nuptiale
, où il avoit fait périr tant de victimes.
IX. TABLEAU:
C'est encore ici un Sujet de nuit. On voit
sur le devant Raguel , qui , à la faveur d'une
lumiere , fait creuser une fosse pour enterrer
son Gendre , n'osant pas se flater qu'il
puisse échaper au sort funeste de ceux qui
Pavoient précédé. L'affliction du Vieillard
est d'autant plus vive , qu'il croit que le mo
ment fatal aproche. Dans l'éloignement, une
jeune fille tient une Lampe à la main & s'avance
doucement vers le lit des nouveaux
Mariés, pour épier si Tobie est encore vivant,
ou si il a subi la même destinée que ses Devanciers.
Toutes ces actions, sont, comme l'on voit,,
prises dans la Nature , & d'une naïveté qui
ne peut manquer de plaire. Le grand Art ,
c'est d'imaginer une composition la plus simple
qu'il est possible , & d'en écarter toat:
ornement étranger, sans qu'on puisse y soupçonner
la moindre stérilité .
I
JUILLET : 1739. 1485
X. TABLEA U.
Le jeune Tobie , toujours sensible à l'état
où il a laissé son Pere , & se promettant de
lui aporter un prompt secours , quitte enfin
la maison de Raguel , son Beau - pere. Cette
séparation nécessaire , cause differens degrés
de tristesse. Le Vieillard voit partir son Gendre
avec un regret sincere , & qui marque
toute son estime . La Mere s'arrache d'entre
leurs bras , & rentre dans sa maison pour se li
vrer à sa douleur. Pour Sara , il paroît que
son attention principale est de se disposer à
suivre bien-tôt son nouvel Epoux. Les Equipages
qui doivent la préceder , paroissent
déja en marche , & occupent une longue file
dans le fond du Tableau.
XI. TABLEAU.
Voici encore un des Sujets le plus connu
& le plus repeté de l'Histoire de Tobie. Feu
M. Antoine Coypel , premier Peintre du
Roy , en a fait un Tableau admirable par la
verité des caracteres & la force des expressions.
Ici le jeune homme paroît de retour dans la
maison paternelle , l'Ange ; son fidele Conducteur
, arrive avec lui , toujours sous l'habit
de voyageur ; il est présent au moment que
Tobie rend la vûë à son Pere , en lui apliquant
1486 MERCURE DE FRANCE
quant sur les yeux une partie du fiel du Poisson
; tous les Assistans sont émus , surpris
& comblés de joye ; cependant chacun témoigne
une admiration qui paroît proportionnée
à l'interêt qu'il prend à cette guérison
surnaturelle .
XII. TABLEAU.
Il ne manquoit plus au vieux Tobie, après
un bonheur si inesperé , que de jouir de la
vûe qu'il venoit de recouvrer , pour recevoir
chés lui sa Belle-fille ; elle arrive peu de jours
après son Epoux ; la joye se redouble dans la
Famille , la beauté de Sara reçoit de justes
éloges , quelques bagages qui la suivoient
entrent dans la maison , on y distingue les
aprêts d'un Festin superbe , enfin tout respire
dans ce Tableau l'union , la gayeté & la sa
tisfaction générale..
XIII. TABLEAU.
و
Le Peintre a choisi pour ce Tableau , l'instant
auquel l'Ange Raphaël est sur le point
de disparoître, il se dévoile des aparences qui
l'avoient jusqu'alors caché, & se fait connoître
à toute la Famille de Tobie ; il augmente
leur reconnoissance & leur surprise , en leur
exposant sa Mission . Les Figures qui occupent
le bas du Tableau , paroissent toutes les
quatre dans une pieuse consternation.
Le
JUILLE T. 1739. 1487
Le fameux Rintbrant a fait un Tableau
"bien singulier mais bien beau , où il a saisi
le même moment ; ce Morceau , peint sur
bois , avec des Figures de 10. à 11. pouces ,
étoit autrefois dans le magnifique Cabinet
du Comte Fraula , à Bruxelles , le sieur Noel
Araignon , la aporté depuis peu à Paris , en
ayant fait l'acquisition à son Inventaire.

XIV. TABLEAU.
Dans le quatorziéme & dernier Tableau ,
le vieux Tobie , prêt à mourir , fait un dernier
effort pour se lever sur son séant. Le
véritablé caractere d'une heureuse prédestination
se decouvre sur son visage , à travers
les traits de la mort. On voit autour de son
lit toute sa Famille éplorée , qui reçoit avec
attention ces belles Instructions si connues
& si rarement pratiquées.
Le Fils, quoique pénetré de douleur, écou
te avec respect, & marque sa parfaite résignation
aux ordres de Dieu. L'affliction des jeunes
Enfans paroît mesurée à leur âge & à la
connoissance qu'ils peuvent avoir de leur
malheur , mais la Mere , qui va perdre soncher
Epoux, est entierement couverte de son
voile ; trait ingénieux , qui a été plus d'une
ois employé dans l'Antiquité & parmi nos
Modernes , & qui retrouve ici naturellement
a place , dans la sage défiance du Peintre ,
de
1488 MERCURE DE FRANCE
de n'oser outrer les ressources de l'Art , en
essayant de rendre sur la toile le comble de )
la douleur.
LES DEUX DESSUS DE PORTE .
Rien ne marque mieux le génie & le goû .
supérieur qui a présidé à la distribution de
cet Ouvrage , que ces deux Morceaux , tout
simples qu'ils sont. Il eût été facile de trouver
encore deux Sujets à glaner dans l'Histoire
de Tobie , mais on a beaucoup mieux aimé
que les deux Dessus de Porte par où l'on entre
dans cette Galerie , fussent ornés de deux
Figures allégoriques , qui pûssent concourir
à former , avec le tout ensemble , une juste
idée de la noblesse du Projet , qui par de
moyen se trouve en quelque façon réuni
sous un seul point de vûë.
Ainsi, on voit d'un côté la Religion Judaï
que personifiée , avec tous les Symboles qui
servent communément à la désigner. De
l'autre côté est peinte une belle Femme , en
vironnée de jeunes Enfans , qui représente
la Charité. Ce sont ces deux Vertus éminentes
qui ont le plus particulierement caracté
risé la Famille de Tobie , & ce sont elles
qu'on retrouve à chaque pas , retracées dans
les 14. Tableaux qu'on vient de décrire.
Tout ce que je puis ajoûter , Monsieur
pour mettre fin à ce long Mémoire , c'est de
recueillir
JUILLE T. 1739. 1489
recueillir , autant qu'il peut être en moi , les
suffrages du Public , & de convenir que l'on
peut , à la verité, avoir vû des Galeries beaucoup
plus vastes & plus enrichies que celle
de M. le Maréchal de Noailles ( aussi n'estce
pas de quoi il s'agit dans celle- ci ) mais il
ne seroit pas aisé d'en trouver une , où l'on
eût plus judicieusement rassemblé l'agréable
joint à l'utile. Tant de Sujets , tirés d'une
même Histoire & pris dans les Livres Saints ,'
ne peuvent manquer d'édifier & d'instruire
tandis que la maniere aisée & naturelle dont
il sont traités , offre à la vûë une varieté d'a
grémens , très- capable d'amuser.
que
,
Pour ce qui est de M. Parossel d'Avignon,
sa touche , sans être heurtée , ni aussi fiere
celle des deux Peintres du même nom ,
dont on a parlé en commençant , est cependant
bien arrêtée & très -juste. Ses contours.
sont fléxibles & disposés avec liberté , ses
fabriques d'un goût nouveau , mêlé d'antique
& de moderne , ses lumieres douces &
vrayes , & son coloris , qui est brillant sans
donner dans l'excès, paroîtroit tenir beaucoup
de celui de l'Ecole de Pierre & de Nicolas
Mignard , si ce n'est que les teintes en sont
bien plus vagues , & qu'il est par consequent
moins pésant & moins crud.
En un mot , sa maniere de composer ese
ingénieuse , sa façon de dessiner, paroît viser
assés
1490 MERCURE DE FRANCE
assés à celle de Pierre de Cortone , c'est même
un goût qu'il a communiqué à ses Eleves,
entr'autres à son Neveu de Rome , & au sieur
Philipe Sauvan , d'Avignon ; ce qui su Firoit
seul pour détruire des imputations injurieuses
, qui d'ailleurs se détruisent par elles
mêmes.
A l'égard de ses airs de tête , il m'a semblé
que tout le monde s'accordoit à leur
trouver de la finesse , de l'expression quand
il le faut , & sur tout des graces.
Heureux les Peintres & les habiles Gens
en tout genre , qui trouvent à déveloper leurs
talens & peut- être même à les faire éclore
par les prévenances , par les conseils & par
les bienfaits d'un Protecteur , dont toutes les
vûës sont élevées , & les décisions si bien
fondées sur le goût , affermi par les connoissances
les plus profondes.
AS. Germain en Laye le 16. May 1739.
ODE ANACREONTIQUE .
Sur le Retour d'une Maîtresse.
QuUe mes désirs , brillante Aurore ,
Yous trouvent paresseuse à ramener le jour ,
Qui doit éclairer le retour
De
JUILLET. 1739 1497
De l'objet que mon coeur adore !
J'attends ma Climene en ces Lieux ;
Paroissez , hâtez- vous de l'offrir à mes yeux.
*
Et vous , Zéphirs , Troupe légere ,
Ministres empressés du charmant Dieu d'Amour ,
De Paphos désertez la Cour ;
Rendez- vous près de ma Bergere.
C'est une autre Vénus , elle a tous ses apas ;
Près d'elle Cupidon méconnoîtra sa Mère ,
Et les Graces suivront ses pas.
Elle part ; déja sur la Plaine
Phébus lance ses traits & fait sentir ses coups
L'Air étincelle , accourez tous ,
Soufflez , redoublez votre haleine ,
Et si votre secours ne suffit pas , Zéphirs
,
Pour rapeller le frais sur le teint de Climene ,
Je vous offre encor mes soupirs.
Tes ... de la Courbes , de Montoire.
QUES#
491 MERCURE DE FRANCE

QUESTION IMPORTANTE ,
nouvellement jugée au Parlement de Paris.
و
" SCAVOIR
, si lorsqu'un Ecclesiastique
, pourvû de la Chancellerie d'une
Eglise Cathédrale est nommé Grand-
» Maître & Principal du College d'une autre
» Ville , cela opere de plein droit la vacance
» de la Chancellerie, & donne lieu à l'impres-
» sion de la Régale pendant la vacance dy
» Siege Episcopal.
FAIT.
Le Sr de Bacq , ancien Professeur & Recteur
de l'Université de Paris , avoit obtenu
en 1724. en vertu de ses Degrés , un Canonicat
de l'Eglise d'Amiens , qu'il permuta en
1728. contre la Chancellerie de la même
Eglise.
En 1726. M. le Cardinal de Noailles , le
Doyen & le Chancelier de PEglise de Paris
nommerent le Sr de Bacq Coadjuteur du Sr
Leullier , qui étoit alors Grand-Maître &
Principal du College du Cardinal le Moine .
Le Sr Leullier étant décedé au mois de Novembre
1732. le S. de Bacq se présenta pour
exercer les fonctions de Grand- Maître &
Principal du College ; il fut traversé par les
Boursiers
JUILLET. 1493 1739.
Boursiers , qui nommerent un autre Principal
; le Sr de Bacq obtint un Arrêt provisoire
portant qu'il feroit les fonctions de Grand-
Maître & Principal du College , & défenses
aux Boursiers de le troubler.
Les Boursiers ayant formé oposition à cet
'Arrêt , insisterent pour faire renvoyer la demande
du Sr de Bacq au Châtelet . L'inci→
dent porté au Parquet sur le déclinatoire , y
demeura indécis .
M. le Procureur Général présenta sa requête
au Parlement , sur laquelle intervint
Arrêt le 7.Septembre 1734. qui ordonna, que
le Grand-Maître , les Boursiers & autres , raporteroient
au Greffe dans un mois les Titres
d'Etablissement , Satuts & Reglemens faits
pour l'administration & la discipline dudit
College , ensemble l'Etat des Biens , Charges
& Revenus , pour le tout communiqué au
Procureur Général du Roy, être par la Cour
statué ce qu'il apartiendroit.
L'Arrêt fut signifié à la Requête de M. le
Procureur Général, tant au Sr de Bacq , qu'aux
Boursiers ; les Parties donnerent leurs Memoires
respectifs , en execution de l'Arrêt .
Au mois d'Avril 1738. lors de l'installation
& prise de possession du Sr de S. Paul ,
en qualité de Curé du College , il y eut des
protestations faites par le Prieur du College,
contre les qualités de Grand-Maître & de
Bij Principal
1494 MERCURE DE FRANCE
Principal , prises par le Sieur de Bacq.
La Régale fut ouverte dans le Diocèse d'Amiens
par le décès de M. Sabbatier , depuis .
le mois de Janvier 1733. jusqu'au mois
d'Août 1734. que M. de la Mothe , à présent
Evêque d'Amiens , prêta le Serment de
fidelité entre les mains du Roy , & satisfit
aux formalités nécessaires pour fermer la Régale.
Le Sr Astoin obtint des Provisions en Régale
de la Chancellerie d'Amiens au mois
de Septembre 1737. trois ans après la clôture
de la Régale. La Chancellerie d'Amiens
fut annoncée par le Brévet comme vacante par
incompatibilité avec la place de Grand-Maî
tre & Principal du College du Cardinal le
Moine , possédée par le Sr de Bacq.
Le Régaliste prit possession par Procureur
le 21. Février 1738.
Le Sr le Clerc , pourvû à titre de permutation
, du même Bénefice , en avoit pris possession
personelle dès le mois de Janvier
précédent. Il s'oposa à la prise de possession
du Régaliste , qui l'assigna en la Grand'-
Chambre du Parlement , & la demande du
Régaliste fut dénoncée au Sr de Bacq , avec
sommation en garantie.
La Cause portée en l'Audience de la
Grand' - Chambre , M. l'Averdy , Avocat, qui
plaidoit pour le Régaliste , disoit que la
Chancellerie
JUILLET. 1739% 1495

Chancellerie d'Amiens avoit vaqué en Régale
par l'incomptabilité de ce Bénefice avec
la place de Grand - Maître & Principal du
College du Cardinal le Moine , possedée pur
le Sr de Bacq.
و
Pour établir cette incompatibilité , on disoit
qu'un Bénefice tel que la Chancellerie:
d'Amiens , qui requiert résidence , est , suivant
les Canons , incompatible avec un autre
Bénefice ou place qui requiert aussi
résidence telle que
la place de Grand-
Maître du College du Cardinal le Moine
que l'adeption d'un second Bénefice ou
place de cette qualité fait vaquer de plein le:
premier Bénefice dont étoit pourvû celui qui
obtient ce second Bénefice ou place incom
patible avec ce premier Bénefice .
M. Masson , Avocat , qui plaidoit pour le
Sr de Bacq, fit voir.
1º. Qu'en matiere d'incompatibilité , il n'y
avoit que la réunion de deux Titres Ecclesiastiques
à charge d'ames ou sujets à résidence
, qui pût opérer la vacance de plein:
droit d'un Benefice; que les autres causes qui.
peuvent rendre deux Benefices incompati
bies , peuvent bien donner lieu a en déclarer
un vacant , mais qu'il ne vaque pas
plein droit.
de :
2°. Que la Principalité d'un College n'est
point un Titre de Bénefice , que ces sortes.
B iij
de:
1496 MERCURE DE FRANCE
teurs ,
de places ne sont que des administrations
profanes & laïcales , des offices purement.
temporels , que tel est le sentiment des Au-
& que la Cour l'avoit ainsi jugé en
1678. en faveur du Sr le Mercier, Principal du
College de la Marche , qui avoit requis , en
vertu de ses Grades , la Cure de S. Germain
de l'Auxerrois , & auquel on oposoit qu'il.
étoit rempli , au moyen de la Principalité du
College de la Marche.
3 °. Que suivant l'Ordonnance de Blois
Article 77. le service personel attaché à
deux places , dont l'une est une administration
profane , & l'autre un Titre Ecclesiastique
, ne peut opérer d'autre vacance de
plein droit , que celle de la place laïcale; que
les Statuts de l'Université ne disent rien de
plus sur ce point que l'Ordonnance de Blois,'
& n'ont pas eû le pouvoir d'introduire la pri
vation de plein droit d'un Bénefice , & que
suivant la Jurisprudence des Arrêts, & notamment
l'Arrêt de Reglement du 15. Décembre
1716. raporté par M. Duperray , en ses
Questions sur le Concordat , Tom. I. page
41. ceux qui possedent des places dans les
Colleges & des Bénefices sujets à résidence
& incompatibles avec leurs places , sont seulement
tenus d'opter , sinon , il est permis
aux Collateurs d'y nommer.
4°. Le Défenseur du Sr de Bacq fit voir
qu'il
JUILLE T. 1739
1497
qu'il n'y avoit aucun genre dincompatibilité
entre la Chancellerie d'Amiens & la place
de Grand- Maître & Principal du College du
Cardinal le Moine , Le Chancelier d'Amiens
n'avoit anciennement d'autres fonctions
que de sceller les Actes qui s'expédiént au
Secretariat de l'Evêché , il pouvoit se faire
supléer dans cet exercice , on lui avoit accordé
une place d'honneur dans le Choeur ,
quand il s'y trouvoit , mais il ne s'ensuit pas
qu'il fût obligé de résider , puisqe son Bénefice
étoit indépendant du Chapitre , & n'avoit
pas été formé pour le service de l'Eglise .
Dans la suite les Evêques ont voulu choisir
des Officiers pour sceller leurs Actes , il
ya eû à ce sujet des Concordats , par les- .
quels l'Evêque a abandonné au Chancelier
un certain revenu, par forme d'indemnité de
l'émolument du Sceau ; & depuis foo. ans
le Chancelier n'a plus de fonctions , ensorte
que rien n'emporte à son égard la nécessité
de résider.
La Chancellerie d'Amiens a bien le titre de
Dignité , mais toute place qui a ce titre n'o
blige pas pour cela à résidence , il y en a une
foule d'éxemples dans les Cathédrales du
Royaume , & les prédécesseurs du Sr de
Bacq, n'ont jamais résidé , lorsqu'ils n'étoient
pas en même-temps Chanoines de l'Eglise
d'Amiens.
B iiij Enfin
1498 MERCURE DE FRANCE
Enfin le Sr de Bacq ajoûtoit qu'il n'avoit
pas été en état de faire son option entre les
deux places. Qu'en matiere d'incompatibilité
, il faut être en état d'oposer au Titulaire
une possession paisible , pour pouvoir conclure
qu'il a laissé prescrire contre lui le
temps de l'option; que si l'on consideroit l'état
du Sr de Bacq , soit au moment , soit depuis
sa nomination à la Principalité du College
du Cardinal le Moine , on trouvoit un
trouble constant & suivi dans cette place de
Principal , & pour justifier ce trouble , il raportoit
toutes les opositions des Boursiers &
autres empêchemens formés à sa prise de
possession ,
, que les procédures faites à ce
sujet avoient continué jusqu'en 1738. qu'au
surplus il avoit prévenu l'époque d'une possession
paisible dans la place de Principal ,
en permutant dès le mois d'Octobre 1737.
la Chancellerie d'Amiens avec le Sr le Clerc,
qui, en étoit en possession , avant que le Régaliste
eût fait aucunes démarches pour faire
paroître ses Provisions.
Par Arrêt rendu en l'Audience de la Grand'-
Chambre le 19. Janvier 1739. la Cour déclara
le Bénefice contentieux n'avoir vaqué
en Régale, maintint le Sr le Clerc en possession
dudit Bénefice , débouta le Régaliste de
sa demande , & le condamna aux dépens.
TRA
JUILLE T.- 1739. 1499
TRADUCTION de trois Epigrammes
de Martial.
Versiculos in me narratur scribere Cinna ,
O
Non scribit, cujus carmina nemo legit. Lib. 3
N dir qu'un Auteur témeraire
A rimer contre moi s'alambique l'esprit ;
Je n'ai garde d'être en colere ;
Faire des Vers que personne ne lit ,
C'est , en vérité , n'en point faire.
Difficilis , facilis , jucundus , acerbus es idem
Nectecum possum vivere nec sine te. Lib. rzi
Tantôt triste , tantôt badin¸
Tantôt poli , tantôt mutin ,
On voudroit , cher Damon , & te fuir & te suivre
Quel parti prendre , dis - le - moi ?
Avec toi je ne sçaurois vivre ,
Je ne sçaurois vivre sans toi.
Semper eris pauper , si pauper es Æmiliane ;
SI
Dantur opes nullis nunc nisi divitibus . Lib. 31
I l'on te sçait dans la misere ,
Ami, tu n'auras jamais rien,
}
S00216
100 MERCURE DE FRANCE
On ne donne aujourd'hui du bien ,
Qu'à celui qui n'en a que faire.
M. Ricaud , de Marseille:
::
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Arras
le 26. May 739. au sujet de l'Artois.
J
'Ai lû & relû la Lettre de M. de Gouve
sur la Societé Litteraire d'Arras , inserée
dans le Mercure d'Avril de cette année.
Comme vous m'en aviez écrit d'une maniere
à m'en faire désirer la lecture , je l'attendois
avec impatience , & je la prônois même par
avance , sur la foi de votre suffrage. Je croyois
ne rien hazarder,mais j'ai lieu maintenant de
me repentir un trop grand zéle pour le nouvel
Etablissement qui vient de se former dans
notre Patrie, vous a fait illusion ; & vous n'avez
point aperçu que M. de Gouve l'avilit &
la deshonore dans le temps même qu'il s'imagine
lui procurer bien de la gloire . Je
crois qu'il aime son Pays , mais beaucoup
moins qu'il ne fait ce nouvel Etablissement ;
il n'a tant abaissé l'un , que pour relever l'autre
avec plus d'éclat.
Qui ne seroit surpris en effet de l'idée qu'il
donne de sa Pattle ? certainement il en trace
un portrait, à ne s'y pas attirer beaucoup d'a
mis
JUILLET. 1739. 1501
mis.On le justifieroit cependant , si ce portrait
avoit quelque ombre de réalité ; mais ce n'es
autre chose qu'un jeu d'imagination ; quiconque
a la moindre connoissance de cette
Province , ne croira jamais que ce soit- là
l'Ouvrage d'un Artesien .
3
» Les Belles- Lettres, dit -il, ont toujours été
» foiblement cultivées dans l'Artois; un reste
de grossierêté Belgique ,mêlé avec des préju
gés populaires , en a écarté les Beaux- Arts;
» la Noblesse y vivoit dans une ignorante oisiveté
, le Peuple peu industrieux , ne pou-
» voit franchir les bornes d'un Commerce
» médiocre ; & les Ecclesiastiques se con-
»tentoient de psalmodier au Lutrin , & d'en-
» tendre leur Breviaire. Le bon goût y étoit
» inconnu , la raison peu perfectionnée ; &
» on regardoit la culture des Belles- Lettres
» comme un écart d'esprit dans les Nobles
» comme un obstacle à la fortune dans les
» Particuliers ; les Bibliotheques étoient pros
» crites , personne n'osoit afronter le ridicu
» le d'un Sçavant.
D
M. de Gouve parle encore de mépris
pour les belles connoissances , mépris qu
traînoit avec soi une politesse rude , malaisée
gênante. Autre phrase non moins jolie..
Cette liante urbanité , qui fait les douceurs de
la vie , passoit pour dissipation, pour étourderie.
Il me semble ici entendre M. de Voltaire
B vj qui
1502 MERCURE DE FRANCE

qui dit à peu près la même chose des Moscovites
, avant qu'ils eussent été civilisés par
le Czar Pierre. Ils croupissoient dans l'ignorance,
dans le besoin de tous les Arts , & dans
l'insensibilité de ces besoins , qui étouffoit toute
industrie. L'Artois étoit - il avant l'établissement
de la Société , ce qu'étoit la Moscovie
il y a 40. ans ?
M. Juvenel , dans une Dissertation sur les
Manufactures , nous aprend que sous l'Empire
de Galien , les Romains faisoient grand
cas des Draps d'Arras , & qu'ils en composoient
leur habit Militaire , apellé Sagum.
On lit de plus dans la Description des Pays-
Bas de Guichardin , imprimée à Amsterdam
1609.p.408. qu'Arras est assés bienpeuplé, &
qu'il y a bonnombre de Marchands & Artisans
de divers Arts & Métiers , & entre autres
ceux qui font les Sarges d' Arras , tant connues
requises dans la plupart des Etats de l'Europe.
Or un Peuple à qui une bonne partie de
l'Europe , à qui les Romains ont eû recours
pour les Manufactures,a- t'il toujours été sans
industrie ? N'est- ce pas- là franchir les bornes
dun Commerce médiocre ?
Je reviens à Guichardin , à l'Endroit que
j'ai déja cité. » De cette même Cité , dit-il ,
"fut natif ce très -puissant & très- vaillant
» Seigneur Artesien Comie , tant renommé
37, ès
JUILLET. 1739 1501
29
ès Commentaires de César. D'Arras est
» encore sorti cet excellent Docteur ès Droits
» François Balduin ( lumiere de notre siecle )
» ainsi que le font juger ses oeuvres écrites
" tant ès Droits que autres Sciences ; & à
» présent y a des Hommes Illustres , Enfans
» de cette Cité , tels que Christophe d' Asson-
» leville , Conseiller du Conseil privé du
Roy , homme qualifié & de très -grand
sçavoir , si bien que depuis il a été mis
» entre les premiers & principaux du Con-
» seil d'Etat ; & Nicolas Bornie , Elû d'Ar-`
» tois , & homme de rare doctrine , grand
"
ود
Orateur , excellent Poëte & grand Histo-
" rien ; cette Ville est encore le Pays de
» Charles de l'Ecluze , homme renommé &
» sçavant aux Langues Latine & Grecque
» & excellent en la connoissance des Simples
; car outre la Doctrine qu'il entend ,
» il a voyagé , & voyage ordinairement par
»les Provinces , pour voir , goûter , ' exami-
» ner & éprouver les choses , l'air qu'on y
respire , les productions de la Terre , leur
propre naturel, afin que mieux il en puisse
» traiter & les décrire plus amplement , ainsi
qu'il le fait connoître par ses belles OEuvres,
"que déja il a fait imprimer , &c.
"
وو
Aucun Auteur n'a jamais regardé les Artésiens
comme ennemis des Belles - Lettres , &
je ne vois pas pourquoi l'Artois seroit un
Théatre
1504 MERCURE DE FRANCE
Théatre peu propre à recevoir les Beaux- Arts.
Les Sçavans y sont estimés , & ce n'a jamais
été sur la science qu'on y a jetté du ridicule.
Les Gossons , les Desmazures , les Heberts
fameux Jurisconsultes , s'y sont attirés beaucoup
de vénération, on n'en parle point avec
mépris. On s'y souviendra toujours de M. de
la Verdure , grand Théologien , qui dans le
siecle dernier s'est fait admirer au milieu de
l'Université de Paris. Il est du petit nombre
de ceux qu'on a cité dès leur vivant ; & rien
n'est plus singulier que ce qui lui est un jour
arrivé. Il argumentoit, sans être connu, à une
These de Sorbonne , son Adversaire se sentant
pressé , & ne sçachant que répondre , le
cita contre lui-même , & dit que tel étoit le
sentiment de la Verdure. Celui - ci affirma
que cela ne pouvoit être ; mais voilà son Livre
, reprit l'autre. Eh bien , répliqua notre
Docteur , voici sa personne : Ego sum la Ver
dure. Louis XIV. qui voulut voir un homme
aussi extraordinaire , récompensa son mérite.
On peut conclure de ce qu'on vient de dire
, que tous les Ecclesiastiques ne se contentent
pas de psalmodier auLutrin, de n'entendre
que
leur Breviaire.
Vous sçavez le triste sort de M. Ansart į
Auteur de deux ou trois Romans , qui furent
favorablement reçûs du Public. Il eut le
malheur de se casser une jambe l'année derniere
JUILLET. 1739. 150s
niere , dont il est mort , âgé de 30. ans ; on
esperoit beaucoup de son génie.
Enfin notre Patrie se réjouit tous les jours
& se glorifie d'avoir donné la naissance au
P. Regnault & à M. l'Abbé Prévôt , si connus
, l'un par sa Physique , & l'autre par
tant d'Ouvrages , qu'on lira , & qu'on lit tous
les jours avec plaisir.
Mais la Societé Litteraire d'Arras , dont
M. de Gouve a bien voulu se charger d'instruire
le Public , est une des plus fortes preu
ves qu'on puisse alleguer contre lui. Si l'Ar
tois étoit tel qu'il le dépeint , tout se seroit
oposé à une pareille nouveauté , & tout y a
donné les mains. Les Associés n'ont eû aucun
obstacle à écarter ; ils ont , je l'avouë ,
des Critiques , des envieux , des ennemis , mais
le mérite en rencontre partout; laissons murmurer
leurs Rivaux , & ne faisons pas le pro
cès à tout un Peuple , qui nourrit dans son
sein , comme tous les autres , une poignée
de gens qui n'aiment pas la lumiere.
Je n'en dirai pas davantage,pour la justification
de notre Patrie , que M. de Gouve
traitoit mal sans y penser, & s'il se plaignoit
de moi , voici ma réponse :
Un instinct né chés tous les hommes ,
Et chés tous les hommes égal , }
Nous force tous tant que nous sommes
D'aimer notre séjour natal.
EABLE
So MERCURE DE FRANCE
CErtain
FABLE.
Ertain Blereau courtisoit une Chatte
L'épouser c'étoit le Pérou ;
Il admiroit la douceur de sa patte ,
Loüoit son beau profil ; on croit tout ce qui flatte';
Minette se crut un bijou.
Pareils propos chés le Sexe crédule
Sont toujours le chemin du coeur ;
-Le Magot le plus ridicule
Devient un Adonis , s'il est adroit fateur.
Le drôle le sçavoit & joüojt bien son rôle ;
Pour plaire à sa Minette il croquoit les Souris
Pour lui plaire il trouvoit des défauts à Cypris
Aussi bien-tôt devint- il son Idole.
A Minette , en vain , des Matoux ,
Gens de poids & d'expérience ,
Vouloient montrer l'extravagance
De prendre un Blereau pour Epoux';
Parens , Amis , tous traités de vieux foux ,
Furent d'abord priés de garder le silence ;
Et répetans encore la même remontrance ,
A coups de griffe ils furent éconduits.
L'Amant épouse enfin ; il entre en jouissance
De tous les biens , c'étoit des Fruits ;
Dicu
TUILLE T. 1739.
7507
Dieu sçait comme il en fit bombance ,
Le Sire avoit de bonnes dents ,
Tout fut croqué dans peu de temps.
La Chatte alors voulut se plaindre ,
Mais par malheur d'Amant si flateur & si doux ,
Il étoit devenu l'Epoux ,
Partant n'avoit plus lieu, de feindre.
Vous vous plaignez , dit-il , fi donc ,. vous moquezvous
?
Eh quoi ! mon cher ... redoutez mon courroux ...
Hélas ! ... encor ? adieu la Belle ,
Soignez bien nos enfans ; arrête , ingrat , dit elle ,
Tous tes sermens , que sont- ils devenus ?
Beau ,mes sermens ! ayez un héritage ,
Vous serez encor ma Vénus ;
མཏྭཱ
Adieu. Peu long fut son voyage ,
Un Chasseur à l'affut en termina le cours ,
Et la Chatte , pour prix de ses folles amours ;
Sans bien & sans amis , resta dans le veuvage.
Belles , dans le choix d'un Epoux
Evitez ces Blereaux si fateurs & si doux.
9
Vous badinez aujourd'hui de ma Fable ;
Peut-être quelque jour en pleurant direz -vous ,
C'est une Histoire véritable.
Darly , d'Aix.
RE1508
MERCURE DE FRANCE
REPONSE de M. le Beuf, Chanoine &
Sous Chantre d'Auxerre , aux. difficultés
formées par M. Joly , Chanoine dela Cha
pelle- au - Riche à Dijon , touchant la patrie
& le nom de Pierre Grognet.
J
L vous paroît , Monsieur , que je me suis
I trompé , lorsque j'ai marqué en 1723-
dans la Préface de l'Histoire de la Prise d'Au→
xerre , que Pierre Grognet étoit né à Touci,
& vous m'oposez la Croix du Maine , qui ,
dans sa Bibliotheque , assûre positivement
que ce Poëte étoit natifd'Auxerre en Bourgogne.
Cet Ecrivain Manceau a lui - même été
trompé par le titre de l'Enchiridion de Pierre
Grognet , & par la qualité d'Altissiodorensis
que Grognet prend lui - même dans une de
ses Epitres. Soyez persuadé , Monsieur, qu'il
n'y a pas assés de fonds à faire sur la qualification
d'Altissiodorensis , pour en conclure
que ceux qui la prennent sont natifs de la
Ville même d'Auxerre. Il faut seulement en
inferer que Grognet étoit natif du Diocèse
d'Auxerre ; & c'est ce qui convient fort bien
avec la Ville de Touci , qui y est renfermée
, & qui n'est éloignée de la Ville
Episcopale que de quatre ou cinq lieuës .
Sans sortir de la Province Ecclesiastique
d'Auxerre
JUILLE T. 1739: 1509
d'Auxerre, je vous aporterai un exemple cond
vaincant.
Dans cinquante ou soixante ans quelque
Bibliographe s'avisera de caractériser les Ecrivains
de la fin du dernier siecle , par le Lieu
de leur naissance , par leurs talens , ou autres
qualités accidentelles. La Philosophie du
célebre Edme Pourchot lui tombera entre
les mains. L'Auteur qui s'y qualifie Senonensis,
sera déclaré par notre futur Bibliographe,
natif de la Ville de Sens : & ce sera précisé
ment la même erreur dans laquelle est tombé
la Croix - du- Maine , & qui vous fait croire
comme à lui , que Grognet qualifié Al
tissiodorensis , étoit natif de la Ville d'Auxer
re. Edme Pourchot ( car il se nommoit ain
si , à la difference du P. Martenne , Benedic
tin , que nous venons de perdre , lequel si◄
gnoit Edmond Martenne ) Edme Pourchot,
dis-je , étoit Senonensis lato modo ; pour parler
philosophiquement. Il étoit né dans le
Diocèse de Sens , sur le Territoire d'un Village
nommé Poilly , qui touche à la lisiere
de celui d'Auxerre , dans un canton qu'on
apelle la Vallée Aillant, du nom d'un Bourg
de cette Contrée. Il étoit si véritablement
de cette Paroisse , qu'on se souvient de ce
* Le saint Patron des ces deux Personnages , étoit
le saint Archevêque de Cantorbery , qui s'apelloit en
Latin Edmundus.
qu'il
ISTO MERCURE DE FRANCE
qu'il dit un jour à la Dame de ce Village qui
étoit venu lui rendre visite à Paris pendant
que plusieurs Membres de l'Université le
Monseigneurisoient chés lui , en sa qualité de
Recteur. S'étant rendu auprès de cette Dame
à la fin de tous les Complimens : N'aure-
Dous pas été surprise , Madame , lui dit- il,
d'entendre traiter de Monseigneur un Paysan
de votre Village ?
Je crois que dans son Epitaphe qui se lit au
mur du Cimetiere de S. Etienne du Mont
du côté du Nord , il est aussi qualifié de
Senonensis. Mais , certainement , il étoit de
Poilly , à trois heuës d'Auxerre , & non pas
de Sens. Ce n'est pas même à Sens qu'il avoit
fait le plus de résidece en Province , mais à
Auxerre. Il y avoit pris les prémieres teintures
des Sciences , & de - là il étoit venu à
Paris.
Il étoit besoin d'insister sur cet exemple
palpable , pour vous prouver, M. qu'Altissiodorensis
ne peut pas toujours signifier qu'on
est natif d'Auxerre ; je me flate que vous en
tomberez d'accord , & que vous abandonnerez
la Croix du Maine sur cet article. Jesuis
fâché de ne pouvoir vous produire les
preuves positives que j'ai eû pour assurer en
1723. que Grognet étoit de Touci . Si j'avois
ici tous mes papiers, peut- être les y retrouverois-
je . En attendant contentez-vous d'a
prendre
JUILLE T. 1739 . ISI1
port
prendre que le nom de Grognet ne subsiste
point à Auxerre , & qu'on ne trouve pas qu'if
yait subsisté ; au contraire , il a été connu à
Touci , & l'est encore très - fort dans les
Villages voisins de cette petite Ville. Il en
est de même du nom de Pourchot , par raà
la Ville de Sens. Je puis encore vous'
faire observer que Grognet donne dans ses
Poësies , des indices qui suffisent pour le
croire natif de Touci , ou au moins de l'un
des Villages qui en est à une lieuë , en tirant
vers Auxerre. Premierement , c'est dans l'arrangement
de sa Description Poëtique des
Villes principales du Royaume , qui est dans
mon Edition in 8 °. depuis le feuillet xlij.
jusqu'au feüillet Ixiiij. Il est vrai qu'aprés
Paris il met Auxerre sur les rangs ; c'est par
ce qu'il étoit du Diocèse. La troisiéme Ville
qu'il décrit , est celle d'Orleans. Touci &
son voisinage , pouvoient être en relation
avec cette Ville ; au moins de nos jours Tour
ci est de la Généralité d'Orleans ; mais peutêtre
que Grognet y avoit étudié , & ensuite
à Bourges , qui est la quatrième Ville dont il
donne la description . Après avoir fait un article
entier de la Ville de Sens , il en joint un
autre expressément sur la Vallée d'Aillant."
Voilà une Vallée pour laquelle il avoit de la
prédilection ; & pourquoi cette préférence ,
sinon parce que la plupart de ses Parens y
faisoient
1512 MERCURE DE FRANCE

faisoient leur demeure , comme encore de
nos jours il y a des Paysans du nom de Grognet
à Parli & en d'autres Villages contigus?
Ši jamais j'ai occasion de faire réïmprimer
ces Descriptions de Villes, vous y verrez sur
cette Vallée d'Aillant , qu'il dit composée de
wingt ou trente Villages , ces trois Vers :
De trois lieuës est loing d'Auxerre ,
Et à la Ville , si je n'erre ,
De Thouci une lieuë près .
Secondement , un indice assés fort qu'il
Etoit né à Toucy , sont les éloges qu'il donne
à un mince Poëte , natif de cette petite
Ville , & qu'il apelle Auxerroys , à raison du
Lieu de sa naissance. Voyez le Mercure de
Juin , page 1000. Castanea ( c'est le nom de
cet Auteur ) est le seul Poëte qu'il produit ,
comme l'un de ses Admirateurs , avec ce titre
: Préambule de Maistre Ayme ( c'est-àdire
Edme ) de Castanea , natifde la Ville de
Tocy, au Diocèse d' Auxerre , Docteur ès Aris
Bachelier en chacun Droit.
Tu as bien besogné , Grosnet ,
Grosnet tu as bien besogné :
Des mots dorés prens gros & net ,
Le superflu tu as rogné.
Ton Livre est plein , & c.
Je
JUILLE T. 1739. 1513'
Je présume , M que vous vous rendrez à
mes raisonnemens , d'autant plus que mon
intention n'est aucunement de vous porter à
retrancher Pierre Grogner de la Bibliotheque
Bourguignone. S'il n'a pas été Bourguignon
par sa naissance , il l'a été par son Bénefice
; car il se qualifie lui -même Prebstre
humble Chapelain d'Auxerre , au feuillet
cxxxviij. où est sa Préface à M. Jehan de
Dinteville , déja citée dans le Mercure de
Mars , page 476. Il y prend aussi le titre de
Licentie en chascun Droit. Ainsi je n'ai pas
eû tout-à- fait tort de soupçoner qu'il avoit
étudié à Orleans ou à Bourges. J'ai oui dire
à feu M. Papillon , qu'il suffisoit qu'un Auteur
eût eû son principal Benefice en Bourgogne
, lorsqu'il n'y étoit pas né , pour être
admis dans sa Bibliotheque. C'est pourquoi
j'espere toujours y voir figurer un jour notre
Pierre Grognet .
Mais , de grace , M. permettez-moi dẹ
vous dire que c'est très- mal-à - propos que
vous l'apellez Gromet dans la Lettre que
vous m'avez adressée par le Mercure de Juin.
Je serois porté à croire que c'est une faute
d'impression de ce Journal , si je ne le lisois
ainsi écrit aux pages 1121. 1122. 1123 ,
1125. 1126. 1127. Mais au moins c'en est
une évidente dans votre Exemplaire imprimé
in-16. & je puis vous assurer que Grogner
n'a
1514 MERCURE DE FRANCE
n'a jamais signé Gromet , quoique quelquefois
en badinant il s'est nommé Grosnet.
Mon Exemplaire in - 8 °. qui est complet , &
dont le dernier feüillet est cotté CXLV . porte
au feüillet anté- pénultiéme , la démonstration
de l'erreur du vôtre. Je ne voulois entrer
dans cette Lettre en aucun détail des
Poësies de notre Homme ; mais comme de
l'erreur sur le Pays natal , on pourroit passer
à une seconde , qui seroit sur le vrai nom ,
je la finirai par le commencement d'une Pié
ce , qui est décisive en ce genre.
ETHIMOLOGIE & Interprétation
d'un Quidam nommé Pierre Grasnet
on Grognet.
EN mon nom je suis nommé Pierre ;
Quant j'ai besoin , je le vais querre ;
Car qui peult servir & ne veult ,
A la fin povreté l'aqueult.
En mon surnom je suis Grosnet ,
Dieu congnoist bien le gros & net ,
D'aultres Grognet suis appellé ,
Aussi j'ayme bien le pellé .
Mais le péché fort me desplaist ,
Car c'est ce qu'aux bons point ne, plaist.
A celle fin que je ne m'eschoys,
Quant
JUILLET. 1739
Quand tu voudras prendre bon chois .
Laisse le petit , prend le gros,
Combien qu'il poise sur le dos.
Laisse le villain , prens le net ,
Et ainsi tu auras Grosner.
Et si tu veux au lieu de s
Ung g mettre , par ceste adresse ,
Grognet pour Grosnet tu auras ;
'Ainsi que changer bien sçauras .
On doit interpreter Grognet ,
Qui contre les pécheurs grognoit ;
Il corrige & corrigera ,
Tant qu'en ce monde durera.
Je suis , Monsieur, &c.
A Paris ce 7. Juillet 17393
Lttttttttt
EP ITR E.
'De M. de Gouve , à Mlle Morel
d'
Haussignemont.
Vous n'êtespus prenez le lait ! Vous
Ous n'êtes point malade , Mademoiselle
, & vous prenez
vous sauvez à la Campagne ,pour qu'il opere
mieux ; ce soin extrême que vous avez de
C yotre
516 MERCURE DE FRANCE
votre santé , nuit furieusement à la mienne ;
vous voulez prévenir en vous une maladie
imaginaire , & cette précaution m'en donne
une réelle. L'absence , ce fleau des coeurs
sensibles , me cause autant de maux que
vous avez d'aimables qualités. Quel malheur,
Mademoiselle ! j'ai perdu ma gayeté &
mon étourderie , & ce que n'ont pu faire les
Jérémiades de tant de graves personages ,
votre départ l'a fait. Il me rend
Plus solitaire qu'un Hermite
Au fond d'un Antre ténébreux ;
Plus inquiet qu'un Joueur qui médite
Sur les coups d'un Cornet douteux ;
Plus impatient qu'un Gouteux ,
Bourgeois de Rheims & de Cithere ;
Plus rêveur qu'un jeune Tendron ,
Qui d'un Amant , loin de sa Mere ,
A pris la premiere leçon ;
Et le Destin qui me tourmente ,
Veut encore , pour m'éprouver ,
Qu'ici mon ame impatiente
Désire de vous retrouver ;
Je devrois plutôt , déloyale ,
Lorsque vous me quittez ainsi ,
Pour rendre la vengeance égale ,
Au moins vous oublier aussi,
Mais
JUILLET.
1739.
1517
Mais qui le pourroit ? Il faudroit n'avoir
point eû le
bonheur de vous
connoître , pour
avoir celui de vous oublier. C'en seroit un
bien grand que de le pouvoir faire pendant
votre absence. On
augmente ses peines,quand
on se retrace ses plaisirs. J'ai beau vouloir
en perdre l'idée , les
vauriens viennent m'agacer
, sous les minois les plus séduisans ;
Ils me rapellent sans pitié
Ces jours où la tendre amitié
Noyoit dans des flots de délices ,
Nos soins , nos ennuis , nos caprices ;
Je crois voir votre esprit brillant ,
Mêlant l'utile à
l'agréable ,
Sous les traits d'une
Nymphe aimable ;
Nous peindre un
aimable Sçavant ,
Et dans un souper
délectable ,
Aprêté par la volupté ,
Faire regner à votre table
Bons mots , Prose , Vers & gayeté .
Du noir
chagrin qui me
consume ,
Plaisirs passés , venez dissiper les horreurs ,
Pourquoi
m'abreuver
d'amertume
Après m'avoir inondé de douceurs
>
Il ne sera pas dit ,
Mademoiselle , que je
souffre plus long-temps. Il n'y a qu'un Héxos
de Roman qui puisse
trouver du plaisir à
Cij enrager
1518 MERCURE DE FRANCE
enrager & à s'en plaindre. Je vous prédis
qu'avant deux jours vous me verrez paroître
S. Cheron ; j'irai y faire des Guirlandes &
des Bouquets pour la Déesse du Village ;
Vous sçavez que c'est une petite Idole à laquelle
j'ai grande dévotion, & que ses beaux
yeux & sa belle taille ont eû souvent mon
encens
J'allois finir , mais vous m'avez demandé
des nouvelles de la Comédie Françoise ,
je vais vous en donner.
Mlle Gaussin a joué le Rôle d'Irene dans
la Tragédie de Mahomet , avec tout le succès
possible. Mlle Dumesnil , remplit les Rôles
de Reines dans la même perfection. Ces
deux Actrices partagent tout Paris .
L'une, imitant l'Oiseau du Maître de la Terre ,
Sur des aîles de feu s'élance dans les Airs ;
Terrible , elle se joue au milieu des Eclairs ,
Et ses superbes mains allument le Tonnerre ;
C'est Phédre , qui , livrée à de brulans transports ;
Aime , accuse Hipolite & descend chés les Morts ;
C'est sa Soeur Ariane , en qui l'ingrat Thésée
Excite les fureurs d'une Amante abusée.
C'est enfin Cléopatre , victime de son am=
bition ; c'est Clitemnestre , qui se livre à de
tendres allarmes ; c'est Elizabeth , qui sacrifie
l'Amour & l'Amant à une vaine formalité
:
JUILLET . 1739 1519
lité : voilà le Portrait de Mlle Dumesnil.
Celui de la Dile Gaussin a été fait d'après
Nature , par M. de Voltaire. Je vais vous dire
en mauvaise Prose , ce qu'il a dit en trèsbeaux
Vers.
Figurez-vous la Reine des coeurs , couchée
sous des Myrthes amoureux ; dépositaire du
Aambeau de l'Amour , faite pour exprimer
les langueurs & pour en inspirer , sa voix
voluptueuse , change ses Spectateurs en
Amans ; elle soupire , elle gémit , elle feint
des larmes , elle nous en arrache de vérita
bles , & les situations les plus chimeriques ,
quand elle en est l'objet , nous paroissent
possibles.
Le Public desire ardemment que M. de
Voltaire mette encore dans un plus grand
jour les talens de ces deux Héroïnes. Qui net
sera pas enchanté quand on les verra joindre
toute la délicatesse de leur Art au sublime &
au pathétique d'un des plus grands hommes.
que nous ayons ? J'ai l'honneur d'être , &c.
Ce premier Juin 1739.
C iij
EX4
1520 MERCURE DE FRANCE
******* ນ
EXPERIENCE
GALANTE
L
Sur la Refrangibilité de la Lumiere.
'Autre jour par hazard dans une Chambre obscure
,
Phébus dardoit les feux d'une lumiere pure ;
Certain petit trou fait exprès ,
Avec le plus heureux succès ,
Transmettoit des Rayons qui baisoient à l'envie
D'un Parquet bien ciré la surface polie ,
Et c'étoit un fond blanc que traçoient tous les traits
Oh çà voyons , dis - je à Climene ,
Si tous ces longs faisceaux de nature homogene
Vont se changer en un instant ,
Et peindre sur un papier blanc
De nos sept couleurs primitives ,
L'émail que l'on nous vante tant.
Mon Prisme interposé contre ces fugitives ,
Je dirigeois mes yeux vers le mur apliqués ,
Pour discerner ces traits nouvellement calqués ;
Lorsque Climene impatiente & vive ,
Va , s'arrête , repasse , & dans la perspective
Interrompit cent fois les rayons refractés ;
Et tant enfin , qu'interceptés
Sur son visage où brille la jeunesse ,
JUILLET. 1739. 1121
Je lui criai , ne bougez pas
Phébus épris de la richesse
Qu'il découvre dans vos apas ,
Veut s'y mêler avec adresse ,
Et vous peindre en nouvelle Iris ;
Là , je fixai mes yeux surpris ;
Là , j'atendois l'Expérience ;
Mais malgré ce qu'en dit Newton ,
Malgré mon Prisme & sa science ,
Je ne vis que du blanc avec du vermillon.
Par M. de la Soviniere , en Anjou!
* Iris , Messagere de Junon , selon les Poëtes , esa
PArc-en-Ciel.
$ $ ! $ ě s ♣ ♣
சுக
REPONSE à la Question de Droit ,
proposée dans le Mercure de Janvier 1739 .
Vant que de répondre à cette Question,'
Al faut observer que les dernieres vo- il
lontés d'un Testateur sont toujours regardées
favorablement ; que son intention est
respectable , lorsque la personne qu'elle favorise
n'est point indigne de cette faveur.
C'est le sentiment de tous les Commentateurs
sur la Coûtume . Rien , dit l'un d'eux ,
n'est plus dû aux hommes , que de leur lais-
Civ ser
1522 MERCURE DE FRANCE
ser libre la volonté derniere , qui ne se peut
changer & qui ne retourne plus . C'est la derniere
consolation qui demeure aux Mourans,'
dit Quintilien , de pouvoir faire passer après
leur mort les dispositions qu'ils ont faites
pendant la vie. Non aliud videtur solatium
mortis , quam voluntas ultrà mortem. Il s'agit
d'éxaminer , suivant la Question quelle
étoit l'intention du Testateur , le but des
Juges dans une Cause de cette espece devant
être qu'elle soit remplie.
2
Caius , dit-on , légue par son Testament
5oo. livres à sa Domestique , pour la récompenser
des services qu'elle lui a rendus . Cette
gratification est faite par un motif de reconnoissance
, & la reconnoissance fut de
tout temps le plus bel apanage de l'humanité.
Mais , comme en comptant on emprunte
souvent le secours des morts , pour couvrir
d'un vernis respectable une chose illicite ,'
les Juges ne sçauroient décider sur cet exterieur.
La forme d'un Acte ( dit un habile
Avocat de nos jours * ) n'en détermine pas toujours
le fond & l'essence. C'est à ce dernier
objet qu'il faut s'attacher particulierement i
& voilà ce que je pense.
Le legs fait par Caius à sa Domestique est
d'abord un legs pur & simple , qui doit se
prendre sur tous les biens dont le Testateur
Paillet des Brunieres.
peut
JUILLET . 1739 3523
peut disposer , & que la Coûtume de Paris.
fixe aux meubles & acquets , & au quint des
Propres. La délegation qui est faite ensuite
de ces 5oo. liv . à prendre sur 1500. liv. dûës
au Testateur par Titius , ne doit être ici regardée
que comme une attention & une
bienveillance particuliere , qui assûre encore
mieux à la Légataire le payement de son legs.
Avant la mort de Caius , Titius , son Débiteur,
a voulu se liberer en payant les 1500
liv. par lui dûës. Etoit- il loisible à ce premier
de refuser une somme mobiliaire ? Ti
tius n'étoit - il pas en droit de la lui offrir ,, de
le contraindre à l'accepter & à lui en donner
quittance ? Le droit est égal entre le Créancier
& le Débiteur ; le premier a l'a voye de
poursuivre pour se procurer son payement ,
le second a celle d'éviter ces poursuites en
s'aquittant. Il n'y a pas de justice à prétendre
qu'un legs , qui , sans cette delegation , se
seroit pris sur les biens de Caius , devienne
caduc par le payement de la somme déleguée.
Ce seroit restraindre dans des bornes
bien étroites la volonté d'un Testateur , que
de la faire dépendre de celle d'un tiers étran ~
ger dans l'affaire..
Si Caius eût légué simplement une som
me à lui dûë par un Particulier , de seroit
alors un legs causé par cette dette seulement ,
pour le payement duquel on ne pourroit se
Су pourvoi
1524 MERCURE DE FRANCE
pourvoir sur les autres biens du Testateur?
Les Héritiers seroient bien fondés à contes
ter ce legs , par la raison que la cause cessant,
l'effet doit cesser aussi. Mais dans la Question
proposée , l'intention du Testateur a été
de laisser à sa Légataire 500. liv. à prendre
sur ses biens , & spécialement sur une somme
de 1500. liv. à lui dûë par Titius . Or ,
comme une hypoteque spéciale ne sçauroit
empêcher la générale , j'infere que le legs
peut se prendre sur les autres biens du Testateur
, & que par conséquent il n'est point
caduc.
Signé , Barbery.
akakakakakakakakakakakakakakak
LE JUGE INTEGRE ,
EPIGRAM MË.
UN Sénechal qui connoissoit le Code ;
Comme à peu près je connois l'Alcoran ,
Et qui trouvoit l'examen incommode ,
Four décider se fit un autre plan.
Il ne lisoit Procédure , ni Titre ,
Mais il panchoit pour le plus libéral §
Or il avint qu'un jour sur ce Chapitre
On intrigua Monsieur le Sénechal.
Deux Champions offrirent même somme ,
H
JUILLET. 1739 1525
"T
Et même poids ; comment diable juger ?
Cet équilibre embarassoit notre homme ;.
De part & d'autre il trouvoit à gruger ,
Bref , ennuyé d'attendre sa Sentence ,
L'un des Plaideurs rèdoublant de finance
De son côté la balance pancha ,
Dont l'autre Sire ardeinment reprocha
Au vieux Robin son peu de conscience ,
Et le Robin repart : Va , malheureux ,
Je n'aurai point de reproche à me faire
Après avoir bien pesé ton affaire ,
En vérité j'ai fait tout pour le mieux.
Par M. S *** D *** , de Bourges
LETTRE de M. Joly , Chanoine de la
Chapelle - au-Riche de Dijon, à M. D. L. R..
sur quelques Sujets de Litterature.
"Ai lû avec un véritable plaisir, Monsieur,,
J'votre
votre Lettre à M. l'Abbé le Beuf , publiée:
dans le Mercure du mois de Septembre dernier
, touchant la plainte à Gassendi , sur
certaines Coûtumes qui se pratiquoient autrefois
à Aix , le jour de la Fête- Dieu , à la
Procession du S. Sacrement.
J'y ai trouvé des Eclaircissemens curieux sur
C vj
Cette
1526 MERCURE DE FRANCE
cette Cérémonie. Ils m'ont servi à rectifier
un point de Critique , dont je fis part l'an
passé à un Gentilhomme de mes Amis , lequel
se dispose à donner au Public l'Histoire
de la Fête des Foux , qui se faisoit anciennement
dans plusieurs Eglises.
Je n'avois jamais rien lû de cette Plainte a
Gassendi , lorsque je tombai un jour sur
la page 449. du Traité des Jeux de M.
Thiers , où l'Auteur parle de cette Piéce.
J'en trouvai le récit trop interessant , pour
ne le point communiquer à M. D * T ** , à
qui la connoissance de cette Plainte pouvoir
être utile, parce qu'elle entroit naturellement
dans son plan.
Le zele de M. Thiers vous est connu
Monsieur , il n'avoit garde d'adoucir les
traits odieux que Neuré trace dans sa Plainte
à Gassendi. Thiers , qui l'attribuë à Naudé ,
ne s'est pas informé si cette invective n'avoit
rien d'outré . Il fait même entendre- que la
solemnité de la Fête-Dieu se célebroît encore
à Aix , avec ces extravagantes cérémonies
, dans le temps où il écrivoit son Traité
des Jeux,
Peut-être que la Plainte à Gassendi , seroit
d'une grande utilité à M. D * T ** , qui
n'a pû la trouver , malgré une seconde Edition
, faite à Geneve en 1700. suivant Bayle
qui en cite un long Passage dans son Dictionaire
JUILLE T. 1739. 1527
tionaire , Article Marot , Note N. Cette Ci
tation , tirée de la page 7r . se raporte à la
page 53. de l'Edition in 4°. qui , selon vous,
Monsieur , n'a que 6r. pages. Ce qui peut
faire conjecturer que cette Edition de Geneve
est in - 12 . on in- 8 ° . Bayle s'est trompé sur
le nom de l'Auteur de la Plainte à Gassendi
puisqu'il donne cet Ecrit à un Avocat nome
mé Muret.
Je crois qu'on doit autant se défier de la
plupart des Ouvrages de Thiers , que de celui
de Neuré , dont vous avez fait voir évi
demment l'injustice dans votre Lettre à Ma
PAbbé le Beuf. Je ne doute point, après l'experience
que j'en ai faite plus d'une fois, qu'il
n'y eût beaucoup à réformer dans les Ecrits
du sçavant Curé de Champrond, & particulié
rement dans son Apologie de M. l'Abbé de
la Trappe, que je viens de lire avec attention;
C'est une Satyre véhémente contre D. Denis
de Sainte - Marthe , Bénedictin , qui venoit
de mettre au jour en 1692. ses Lettres à M
* B Abbé de l'a Trappe , où l'on examine sa Réž
ponse au Traité des Etudes Monastiques.
M. Simon parle de cette Apologie dans une
Lettre qui se trouve à la page 52. du 4. Vofume
de sa Bibliotheque Critique , & page
44. du 4. Tome de ses Lettres Choisies. Ce
qui fait voir avec combien peu de raison ,
dans la Table qui précede le premier Volume
des
1528 MERCURE DE FRANCE
des Lettres de M. Simon , on range cette
Lettre parmi celles qui ont été écrites en
1676.
On voit dans l'Apologie de M. l'Abbé de
la Trappe , page 402. & suivantes , un trait
singulier & digne du bon goût de M. Thiers.
D. Denis de Sainte- Marthe avoit reproché à
M. de la Trappe , qu'il se repetoit trop souvent
dans ses Ouvrages . Voici comment l'Apologiste
défend le saint Abbé : » Vous blâ-
" mez les Ouvrages de M. de la Trappe , par-
» ce que vous croyez qu'il y a trop de repé
titions. Je n'aime pas , dit votre Cheva-
» lier , qu'on me rebatte toujours les mêmes
points de Morale , sous prétexte d'ajoûter
» un Passage qu'on avoit oublié , ou d'en allonger
un autre . Je ne me plaîs pas à lire
» un Ouvrage qui n'est , pour ainsi dire , que
» la Table d'un autre précédent , où je me
» trouve à chaque page renvoyé à d'autres
Je endroits , qu'on ne fait que repeter. gagerois
que la plupart des Passages de la
Réponse (au Traité des Etudes Monastiques)
» sont pris dans les autres Ouvrages de M.
» de la Trappe.
"
»
39
"
» Votre Critique seroit juste , mon Pere ;
répond l'Apologiste , si les répétitions des
» mêmes choses étoient blâmables , par tout
» où elles se rencontrent ; mais il s'en faut
beaucoup que cela soit ainsi. Le Pseaume >>
1354
JUILLET. 1739. 1529
"
135. n'a que 26. Versets ; neanmoins ces
paroles : Quoniam in aternum misericordia
» ejus , y sont répétées vingt six fois. Quo
» niam in saculum misericordia ejus , est répé
» té quatre fois dans les quatre premiers Vert
» sets du Pseaume 117.
Permettez moi , Monsieur , de vous citer
à ce sujet une Réponse ingénieuse , qui se
trouve dans le Santoliana. Un jour un Reli .
gieux de S. Victor fit voir à M. de Santeüil
des Vers qu'il avoit faits , & comme il s'y
étoit servi du mot quoniam , Santeüil , qui
prétendoit que cette expression étoit basse
en Vers , lui récita , pour le railler , tout un
Pseaume , où il se trouve vingt fois quoniam,
comme , Confitemini Domino quoniam bonus,
quoniam misericordia ejus , quoniam salutare
suum , quoniam veritate tuâ , &c. Le Reli
gieux , piqué , lui répliqua fort ingénieusement
par ce Vers de la III.Eglogue de Virgile
Insanire libet quoniam tibi.
Si
»Dans le Cantique des trois Enfans , pour
» suit M.Thiers, Daniel répete trente - sept fois
»la même chose presque en mêmes termes.
Les deux Séraphins que vit le Prophete
» Isaïe ( Isa. 6. 3. ) se disoient l'un à l'autre
à haute voix : Sanctus , Sanctus , Sanctus
"Dominus Deus exercituum , plena est omnis
terra gloria ejus.Les quatre Animaux de l'A-
» pocalipse
1530 MERCURE DE FRANCE
pocalipse répetent sans cesse le jour & la
nuit , Sanctus , Sanctus , Sanctus , Dominus
» Deus omnipotens , qui erat , & qui est , n
qui venturus est. Le Fils de Dieu , dans le
» Jardin des Olives , répete par trois fois
"

y
la même Prieré à son Pere : Oravit tertiò
» eundem sermonem dicens , selon la remarque
» de S. Mathieu . L'Eglise n'est point si fort
» ennemie des répetitions , qu'elle ne s'en
» serve tous les jours dans ses Prieres & dans
» ses Offices. A la Messe on repete six fois
» Kirie eleison , & trois fois Christe eleison
» trois fois Sanctus , trois fois Agnus Dei.
" On repete tous les jours aux Heures Ca-
» noniales les mêmes Hymnes & les mêmes.
Pseaumes ; on repete Gloria Patri , &c. à
la fin de chaque Pseaume , l'Oraison Do-
>> minicale au commencement & à la fin de
» toutes les Heures Canoniales , souvent aus-
» si la Salutation Angélique & le Symbole
» des Apôtres. Le Chapelet est une répeti-
» tion des mêmes paroles & des mêmes
Prieres. Parmi les Prieres de la recomman-
» dation de l'Ame , il y en a une qui n'est
» composée que de quinze Versets , dans la-
» quelle cependant , Libera , Domine , ani-
" mam servi tui , est répeté trente fois. A la
» Procession des Rameaux , on répete six
»fois le Distique , Gloria , Laus , &c. A la
→ Cérémonie de l'adoration de la Croix , on.
22. répers
JUILLET. 1739 1538
repete trois fois en Latin , Sanctus Deus ;
» &c. on le répete autant de fois en Grec ;
» & en quelques Eglises on répete , Crucem
» iuam adoramus , &c. A chaque Verset du
» Pseaume 66. ou du 118. en d'autres , la
Strophe, Crux fidelis , &c. ou dulce lignum,
» &c. Devant & après chaque autre Strophe
» de l'Hymne, Pange, lingua, gloriosi, &c. &
» en d'autres , on répete dix fois , Popule
» meus , &c.
M. l'Abbé de la Trape n'avoit- il pas un
digne Apologiste dans M. Thiers ? Je suis
surpris que cet Auteur ait oublié que dans
les Litanies on répete si souvent , Miserere
nobis , ora pro nobis , &c.
Au reste , dans l'Apologie de M. l'Abbé
de la Trappe , on trouve bien des choses qui
regardent personnellement M. Thiers. Ce
qu'il y a de singulier , c'est que l'Auteur cite
les Loix Divines & Humaines qui punissent
ceux qui font des Libelles diffamatoires
tandis que son Livre est un vrai Libelle contre
la Congregation de S. Maur , en géneral,
& en particulier contre D. Denis de Sainte-
Marthe. On a cependant reconnu le mérite
de ce sçavant Pere , qui est mort en 1725.
Supérieur Général de sa Congrégation ; & la
Livre de M. Thiers a été suprimé.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Dijon le 19. May 1739.
EPI
32 MERCURE DE FRANCE
EPIGRAMME pour mettre à la fin du
Recueil de Poësies , imprimé sous le nom de
Mlle de Malcrais de la Vigne , par l'Auteur
du Rondeau inseré à la page 242. de
même Recueil.
Lorsque Maillard , en fille déguisé ,
S'en fit conter sur les bords du Permesse
Ce ne fut point son Sexe suposé
Qui m'obligea de lui faire caresse ;
Non , cher Lecteur ; sa Verve enchanteresse
De mon encens eut une bonne part ;
Et si Malcrais usurpa ma tendresse ,
Je donne encor mon estime à Maillard.
Par M. Frigot.
DEEZHKELY EXEHFHZEHHHH
REMARQUE de M. J. B. P. G. au
sujet du Médecin du Roy Louis XI.
E lisois dernierement la Description de
Paris , composée par Germain Brice , parmi
un grand nombre de Dissertations qui
gâtent ce Livre , je remarquai l'Histoire de
Coctier , Médecin de Louis XI . Tome 2 .
page 441. Je ne sçai sur quel fondement
l'Auteur avance que Louis XI. revenu des
fourberies de ce Médecin , donna ordre à
Tristan
JUILLE T. 1739. 1533
Tristan de se défaire secretement de lui
que Coctier , averti des Ordres par Tristan
son ami , lui dit en confidence , que si on le
faisoit mourir , il sçavoit de science certaine
que le Roy ne lui survivroit pas long- temps;
ce que Tristan ayant raporté au Roy , qui
craignoit fort la mort , ce Prince ordonna
qu'on laissât Coctier en repos , mais qu'il ne
se présentât plus devant lui ; & qu'à la faveur
de ce stratagême ce rusé Médecin se retira
de la Cour bagues sauves , & fit bâtir la mai♣
son qu'on voit encore ruë S. André des Arts,
où il jouit en repos du fruit de ses fourberies!
Notre Auteur semble vouloir apuyer cette
Histoire sur quelques Passages de Ph. de
Commines , lesquels il transcrit , à son ordi
naire , fort au long.
Mais , selon le même Ph. de Commines
cette Histoire est entierement fausse ; il est
certain que Coctier a assisté Louis XI. jusqu'aux
derniers momens de la vie de ce Roy
Pour le prouver , il suffit de raporter en abre
gé quelques Passages de cet Historien , Edi
tion de 1559. in folio.
Page 177. Louis XI. craignoit tant ledit
Me Coctier , son Médecin , qu'il ne l'eût osé
envoyer hors d'avec lur ; & si s'en plaignoit à
ceux à qui il en parloit , mais ne l'eût ose
shanger , comme il faisoit tous ses autres
Serviteurs , parce que le Médecin , qui con
noissoir
534 MERCURE DE FRANCE
noissoit la foiblesse de son Maître , lui disoit
audacieusement , & même en jurant , que s'il
Penvoyoit , comme il avoit fait tant d'autres ,
il ne vivroit pas huit jours après.
Page 175. Il fut avisé par un Théologien,
peu de temps avant la mort de ce Roy ,
qu'on lui déclareroit qu'il n'avoit plus d'esperance
qu'en la miséricorde de Dieu , & qu'à ces
paroles se trouveroit présent Maître Jacques
Coctier , son Médecin , en qui il avoit toute
espérance , & à qui chacun mois donnoit
dix mille écus , esperant qu'il lui allongeroit
la vie ; & fut prise cette conclusion , par
Maître Olivier , Barbier du Roy , afin que de
tout point il pensât à sa conscience , & qu'il
laissât toute autre pensée.

Et page 169. Quand le Roy , fort soup
çoneux & craintif de son naturel , se fut
encagé & emprisonné lui-même dans le
Château du Plessis- les - Tours , où il mourut;
nul n'y venoit que Monseigneur de Beaujeu
Et à son Médecin ( qui étoit Maître Coctier)
donnoit tous les mois dix mille écus , qui en
einq mois en reçut cinquante quatre mille ;
de Terres , donna aussi grande quantité aux
Eglises , &c.
On voit par ces Passages , que Louis XI.
n'osa jamais renvoyer Coctier , & qu'il étoit
avec lui au Château du Plessis- les - Tours
pendant sa derniere maladie.
JUILLE T. 1739 x535
Il est encore constant que ce n'est qu'a
près la mort de Louis XI. que la Maison en
question fut bâtie . Louis XI. mourut en 1433 .
& cette Maison , ainsi qu'il se voit par l'Ins
cription qui est encore dans son entier , n'a
été bâtie qu'en 1490. 7. ans après la mort de
ce Roy.
A l'égard de la Devise de l'Abricotier, on
peut dire que Cocțier l'avoit choisie après sa
retraite de la Cour , & la mort de son Bienfaicteur
, qu'il s'étoit bâti cette Maison , qui
étoit alors en pleine Campagne , pour y joüir
paisiblement du bien qu'il avoit acquis au
service de Louis XI.
J'ai oui dire qu'on alloit rebâtir cette Maison
de fond en comble ; les Curieux ont lieu
d'esperer du bon goût du Maître auquel elle
apartient , qu'il voudra bien conserver ce
Monument de la foiblesse de Louis XI. pour
son Médecin .
Il seroit à souhaiter qu'on eût aussi conservé
une Inscription en Lettres Gothiques, trèsbien
travaillée en maniere de découpure, qui
étoit à l'ancien Bâtiment de la Chambre des
Comptes , au-dessus de la petite porte qui
avoit issue dans la ruë qui traverse sous l'Arcade.
Cette Inscription en 2. ou 4. Vers Latins
, portoit, autant que je m'en puis souvevenir
, que Charles VIII. avoit commencé ce
Bâtiment,
IMI
1536 MERCURE DE FRANCE
IMITATION de la VI. Satire du II,
Livre d'HORACE : Hoc erat in votis , &c.
Une Maison commode & simple en sa structure,
Proche d'une Fontaine intariffable & pure.
Un Jardin , quelques Champs , un Bosquet par
deffus ;
Voilà ce qu'exigeoient mes voeux , & rien de plus.
C'étoit affés. Les Dieux ont augmenté la dose ;
Tout va bien ; je ne dois souhaiter autre chose ,
Sinon que de leurs dons je puiffe en sûreté
Me conserver l'usage & la proprieté.
Divin Fils de Maïa , si , fuyant l'injuſtice ,
Si , déteftant toujours la fraude & l'artifice ,
Je n'ai jamais voulu , par d'indignes moyens ,
Etablir ma fortune , amaffer de grands biens ;
Si je ne dois jamais tomber dans l'indigence ,
Par mon mauvais ménage ou par ma négligence ;
Si dans le fond du coeur je n'ai jamais formé
Ces désirs dont l'Avare eft sans fin consumé :
O si je devenois encor Proprietaire ,
Dit- il , de ce recoin, quels voeux aurois-je à faire?
* O ! si le sort m'offroit une Urne pleine d'or ,
Comme à celui qui vient de trouver un trésor ,
Qui le met en état d'acheter l'héritage,
Don
JUILLE T. 1739. 15377
Dont il ne joüiffoit qu'à titre de louage !
Qu'Hercule, autant que lui , ne m'a -t'il protegé...
Vains désirs ! si je suis content de ce que j'ai ,
Divin Fils de Maïa , prenez soin de ma vie.
Par cette humble Requête ardemment je vous pri
D'engraiffer les Troupeaux que ma Terre nourrit ;
De me rendre toujours sain de corps & d'esprit ;
Et d'être à l'avenir , comme à votre ordinaire ,
Mon fidele réfuge & mon Dieu tutelaire .
Lors donc que de la Ville échapé par bonheur ,
J'ai pû gagner les Monts où voloit tout mon coeur ,
Banniffant loin de moi mille images confuses ,
J'ai soin de rendre hommage aux Satyres , aux
Muses ;
C'eft par-là, que l'orgueil ne m'a point étourdi ;
C'est par- là , que l'Automne & les Vents du Midi ,
Qui, souvent de la Mort sont les cruels Ministres ,
N'exercent point sur moi leurs ravages siniftres .
Vous , par qui les Mortels actifs , induftrieux ,
Commencent leurs travaux , suivant l'ordre des
Dieux ,
Janus , qui présidez au sort de cet Empire ,
Je n'adreffe qu'à vous tout ce que je vais dire
Des contre-temps fâcheux , des peines , des ennuis
Qu'il me faut suporter à Rome quand j'y suis.
Là , dès le grand matin on m'enleve du gîte ;
Et de quoi s'agit- il ? D'aller tout au plus vite
Servic
538 MERCURE DE FRANCE ·
Servir de caution à certain Emprunteur ;
Car comment excuser la honteuse lenteur
Qu'on me reprochera , si , dans cette occurrence ,
Un plus officieux par hazard me devance ?
Il faut donc déloger , soit que les vents fougueux
Amenent la tempête & la pluye avec eux ,
Soit que dans le plus froid de ces jours qu'il abrege
L'hyver abondamment nous prodigue la nege.
'Au sortir du Prétoire , où la foi du serment
M'a jetté malgré moi dans un engagement ,
Qui pourra bien un jour me causer du dommage ; i
J'arrive , il faut luter pour m'ouvrir un paſſage ,
Au torrent qui m'entraîne oposer les deux bras ;
Preffer , injurier ceux qui n'avancent pas.
J'avance , mais un fat me fait manquer l'affaire .
Alte-là , me dit- il , que voulez -vous donc faire ?
De vos prosperités qui peut troubler le cours ;
» Si Mécéne pour vous s'intereffe toujours ?
C'est tout sucre & tout miel qui coule de sa bouche;
Je manque cependant l'affaire qui me touche.
Quand je suis parvenu sur le Mont Esquilin , *
Je trouve d'importuns ce quartier- là tout plein ,
Et de tous les côtés multipliant mes peines ,
Les affaires d'autrui m'affiégent par centaines.
Roscius , me dit l'un , vous suplie inftamment
Mécéne y demeuroit,
- DA
JUILLET. 1739 1539
De vouloir affifter demain au Jugement
Du Procès qu'il poursuit à la Place du Change.
Les Scribes, me dit l'autre, ont une affaire étrange
» A vous comuniquer avant la fin du jour .
» Aujourd'hui tout le Corps attend votre retour ;
Pensez-y ; cette affaire entre vous est commune.
En ces mots chagrinans quelque autre m'importune;
Eh! par compaffion , daignez à ce Placet
" Me faire de Mécéne aposer le Cachet.
Je tenterai lui dis-je , & pourvû qu'on m'écoute. . :
» Oh ! si vous le voulez , vous le pouvez, sans doute,
Interrompt sur le champ cet homme, en me preffant
D'employer pour cela inon crédit tout - puiffant.
Nous touchons à la fin de la septième année ,
Que je vois succeder à l'heure fortunée
Où Mécéne daigna me mettre au rang des siens.
Or,quel est mon Emploi ? Quels sont nos Entretiens?
Dans son Char quelquefois me faisant prendre
place ,
Il me tient ces discours : » Quelle heure eft-il ;
Horace ? ...
» Pensez-vous qu'à Syrus * Gallina soit égal ? ...
Les matins sont bien froids , pour qui se couvre
mal . ...
Il me confie enfin cent vetilles pareilles ,
Qu'il pourroit confier tout de même aux oreilles
Gladiateurs.
D De
1540 MERCURE DE FRANCE
De ceux qui font métier de garder un secret ,
Comme un vase percé garde l'eau qu'on y met ;
Et voilà jusqu'où va toute sa confidence ;
Tout eft plein de bontés, mais rien n'eft d'importance,
Quoiqu'il en soit pourtant , un Peuple de Rivaux
Trouve de jour en jour cent prétextes nouveaux
D'exercer contre moi sa jalouse rancune .
Voyez-vous, disent ils , ce fils de la Fortune ?
Ce Favori superbe , autrefois humble & doux
» N'auroit pas dédaigné des amis tels que nous .
Un mauvais bruit vient-il causer quelque tumulte ?
Quiconque merencontre , auffi - tôt me consulte.
» Dites- nous ( car enfin , qui peut en parler mieux ?
» Vous devez tout sçavoir , vous , qui hantez les
Dieux * )
» N'avez- vous rien apris de la Guerre des Gétes ?
» Non ; rien, en vérité. Quoi ! badin que vous êtes ,
»Vous raillerez toujours ? Oh ! l'on vous connoît
bien ;
Me confonde le Ciel pourtant si j'en sçais rien .
» Vous , à qui de César l'abord eft si facile ,

Sera-ce en Italie , ou sera- ce en Sicile ,
a Qu'il donnera les Champs promis aux vieux Soldats
?
Quand je viens à jurer que je ne le sçais pas ,
Alors , avec emphase , on m'admire, on m'encense,
Comme un grand Maître en l'art de garder le silence .
* La Cour d'Auguste.
Yains
JUILLE T. 1739. 1544
Vains éloges ! jugez si je suis malheureux ,
Tandis que l'on me croit au comble de mes voeux .
Hélas ! quand te verrai -je , ô ma chere Campagne ?
Quand pourrai -je , éloigné du bruit qui m'accom
pagne ,
Lire ce qu'à produit la docte Antiquité ?
Quand pourrai -je dormir en toute liberté ,
Et dans l'heureux loisir que donne la retraite ,
Oublier les chagrins d'une vie inquiete ?
Féves , qu'en inftruisat jadis ses Auditeurs ,
Le fameux Pithagore avoüa pour ses Soeurs ,
Herbettes, dont la sausse eft suffisamment bonne,
Lorsque d'un peu de lard le suc vous assaisonne
Quand pourrai - je vous voir servir dans ces repas ,
Dont l'apareil tout simple a pour moi tant d'apas?
O gracieuses nuits ! ô nuits , que mon coeur aime
O soupers excellens & dignes des Dieux même ,
Où j'ai le doux plaisir de vivre avec les miens ,
Devant mon foyer propre & de mes propres biens,
Où mes gens sont nou.ris des reftes que je laiffe ,
Où pouvant consulter leur force ou leur foibleffe,
Mes Conviés souftraits à d'incommodes Loix ,
De verres inégaux font usage à leur choix ! !
Là , dans nos entretiens , que la raison éclaire ;
Jamais il ne s'agit , comme chés le vulgaire ,
De sçavoir si Lepos eft beau Danseur ou non
Ni combien vaut d'autrui la Ferme ou la Maison ;
D ii Mais
1342 MERCURE DE FRANCE
Mais de considerer , par un examen sage ,
Ce dont le résultat nous touche davantage ;
Ce qui nous marque au net les regles du devoir ,
Et qu'il nous eft fatal de ne pas bien sçavoir ;
De considerer , dis - je , avec intelligence ,
Si c'eft dans la vertu , si c'est dans l'opulence ,
Que l'Homme doit chercher le souverain bonheur
Quel eft de l'amitié le lien le meilleur ;
Chacun fait à son gré la plus vive peinture ,
L'un de l'utilité , l'autre de la droiture .
Mon voisin Cervius , d'un ton simple & naïf,
Récite cependant quelque Conte instructif ;
Car , s'il arrive enfin qu'un ignorant nous vante
De l'avide Arellus la forrune éclatante ,
Source du plus cruel & du plus vil souci ;
Le même Cervius alors commence ainsi ,
On tient qu'en son rustique & pauvre domicile ,
Jadis le Rat des Champs reçut le Rat de Ville ,
Et vous devez penser qu'envers son vieil Ami
Il ne fut pas honnête & civil à demi.
De ses provisions oeconôme sévere ,
Il vivoit à l'épargne , & pourtant de maniere
Qu'il sçavoit avec joye & libéralité
Remplir tous les devoirs de l'hospitalité.
Que dis-je ? Par son coeur égalant les plus riches ;
Il prodigue d'abord l'avome & les pois -chiches ;
Et, qui plus eft , il sert quelques restes de lard ,
Et
JUILLET. 1739:
1541
Et quelques Raisins secs , conservés à l'écart .
Bref, il n'épargne rien, dans l'espoir que sans faute,
Cette varieté ragoûtera son Hôte ,
Qui , d'un air faftueux , témoignant ses dégoûts ,
Tâte de tous les Mets & les méprise tous ;
Tandis que sur la paille on voit le pauvre Sire ,
Manger un peu de son , se réserver le pire ;
Offrir tout ce qu'il a chés lui de plus exquis
Et faire de son mieux les honneurs du logis.
Enfin , le Rat Bourgeois lui dit : » En conscience
55
Je t'admire , mon Cher , avec ta patience .
2
» Quel plaisir trouves- tu , Campagnard malhe
reux
A vivre confiné dans un Désert affreux
> Veux-tu changer d'état ? A mes avis docile ,
» Viens plutôt avec moi demeurer à la Ville .
» Compagnon de mon sort , préfere désormais
» Le séjour des Humains aux sauvages Forêts.
"
Puisqu'il eft trop certain que tout ce qui respire
» De la cruelle mort doit éprouver l'Empire ;
Que ni grands, ni petits , que ni sages , ni fous
Ne sçauroient éviter ses homicides coups ;
>> Saisis l'occasion que le Destin t'envoye ;
» Vis parmi les plaisirs , l'abondance & la joye ;
» Viens , dis- je , & profitant du reste de tes jours ,
>> Souviens- toi que la vie a des termes bien courts.
Attiré par ces mots , le Villageois sur l'heure
D iij
Quitte
1
C
1
1544 MERCURE DE FRANCE
Quitte d'un pas leger sa champêtre demeure .
De là , sans perdre temps , ils enfilent tous deux
Le chemin de la Ville où s'élancent leurs voeux .
Déja la nuit obscure , en poursuivant sa route ,
A gagné le milieu de la céleste Vɔûte ,
Quand l'un & l'autre arrive en un brillant Palais ,
Où l'yvoire & la Pourpre étalent leurs attraits ;
Où les nombreux reliefs du souper de la veille
Se trouvent entaffés dans plus d'une Corbeille .
Lors donc que poliment le splendide Bourgeois ,
A , sur un riche lit placé le Villageois ,
Non meins bon Serviteur , qu'Hôte aimable , il
s'empresse
D'aporter , de fournir des mets de toute espece ;.
Enfin , tel qu'un habile & prudent Cuisinier ,
De tout ce qu'il présente il goûte le premier,
Le Villageois , montrant une allegreffe extrême ,
De son deftin nouveau s'aplaudit en lui - même ,
Et , couché sur la Pourpre , il garde le maintien
D'un Convive joyeux , qui ne manque de rien.
Quand le bruit d'une porte à l'improvifte ouverte ,
Les chassant de leurs Lits , tous deux les déconcerte
.
Eux , de courir soudain , demi morts & tremblans
Par toute la Maison , que dans le même - temps
Fait retentir des Chiens la troupe domestique.
Le bruit ayant ceffé » Ma foi , dit le Ruftique

Y
› Je .
JUILLET 1739 1545
Je m'en vais. La façon dont on vit en ce Lieu
» Ne m'accommode pás . Adieu , Compere , adieu.
» Paisible dans mon trou , loin de tant d'amer
13
tumes ,
Je serai trop content de vivre de Légumes .
F. M. F..
OBSERVATIONS de Dom J. Delannes ,
, Religieux de Citeaux sur l'Origine die
Salve Regina , &c . attribué à S. Bernard ;
premier Abbé de Clairvaux , & Docteur de
L'Eglife.
A plupart des Hiftoriens qui ont parlé
de l'origine du Salve Regina , l'ont attri
bué à S. Bernard : ils prétendent que ce vénérable
Abbé étant un jour profterné dans :
la grande Eglise de Spire , en Allemagne ,
devant une Image de la Sainte Vierge , à qui
il adressoit fa Priere , avec cette tendre dé--
votion qu'il avoit pour elle , fon coeur , plus
échauffé que de coûtume envers cette Reinet
du Ciel , profera cette Antienne , que l'Eglife
a adoptée depuis dans ses Divins Offices .
ils ajoûtent , & c'eft ici le merveilleux , que
cette Priere qu'il répeta plufieurs fois , fut fi
agréable à la Sainte Vierge , que pour lui en
D iiij témoi1546
MERCURE DE FRANCE
témoigner fa reconnoiffance , l'Image (´or
ne dit point fi elle elle étoit en boffe ou en
peinture ) sortit de sa place , & s'avançant
chaque fois que le Saint prononçoit Salve
Regina , elle lui rendit le falut , & répondit
d'une voix claire & intelligible , que tous les
affiftans pouvoient entendre , SALVE BERNARDE
.
Comme plufieurs Perfonnes fort éclairées
font perfuadées qu'il fuffit de raporter ces
fortes d'Hiftoires pour en découvrir le foible
, & qu'elles portent avec elles leur réfutation,
je n'y ajoûterai rien davantage, sinon
que je crois que le Salve Regina , est plus
ancien que S. Bernard , & que l'Eglife , plus
de cent ans auparavant , s'en fervoit dans fes
Divins Offices .
Je trouve beaucoup de Sçavans, qui croyent
qu'Herman , furnommé Contractus , Moine
Benedictin de l'Abbaye de Richenou, qui vivoit
dans le XI. Siècle , est Auteur de cette dévote
Priere ; qu'il l'avoit composée pour les
Novices de fon Monaftere, & qu'enfuite l'Eglife
l'aprouva , & s'en servit très - utilement.
On l'attribue auffi à d'autres Auteurs, qui ne
font pas moins anciens , tel qu'est Anfelme ,
Evêque de Luques , lequel étoit mort.avant
que Saint Bernard vint au monde ; Pierre ,
Évêque de Compoſtelle , à peu près du
même temps ; enfin chaque Ordre Religieux
JUILLET. 1739 1547
gieux a tâché de s'en faire honneur.
C'eft ce qui a obligé quelques Ecrivains
de l'Ordre de Cîteaux à changer de langage
, & à dire , pour ne pas ôter toute forte
de probabilité à l'Hiftoire de l'Image de
Spire , qu'à la vérité le Salve Regina étoit
déja en usage dans l'Eglife , mais qu'il finissoit
à ces paroles : Poft hoc exilium oftende ;
& que S. Bernard , après l'avoir récité avec
une grande effusion de coeur , y ajoûta ces
trois exclamations fi tendres & fi pathetiques
: ô clemens, ô pia , â dulcis Virgo Maria,
que l'Eglise adopta , en confequence du Miracle
qui fe fit alors ; car ce fut en ce mo
ment , felon eux , que Image parla , &
qu'elle dit , Salve Bernarde. Il femble cependant
que ce Salut de la Sainte Vierge étoit
mieux placé dans le Systême de la premiere
opinion , étant plus naturel qu'après que le
dévôt Abbé eût dit Salve Regina , l'Image lui
répondit Salve Bernarde..
Quoiqu'il en foit , pour mieux établir
cette feconde opinion , on prétend que l'Eglise
de Spire en conferve les monumens ,
qu'à l'endroit où le Saint fe profterna pour
faire fa Priere , on voit trois Cercles de pierre
les uns fur les autres , dans le premier def
quels sont gravées ces paroles , a clemens !
dans le fecond , celles - ci , ô pia ! & dans le
troisième , ô dulcis Virgo Maria ; & que le
Dv Cha
1548 MERCURE DE FRANCE
Chapitre de cette Eglife , fit graver ces paroles
fur le pavé , peu de temps après que l'Image
eût parlé , afin de laiffer à la Pofterité
une preuve éternelle de ce Miracle.
,
Comme je n'ai jamais été à Spire , je ne
prétends point diminuer l'autorité que peut
avoir une telle preuve : mais je fouhaiterois
que ces Auteurs fussent mieux d'accord entre
eux ; car les uns difent que cela est arrivé à
Spire en 1146 , & les autres , dans l'Eglife
du célebre Monastere d'Afligemen en Flandres
, l'an 1147. Manrique , Auteur des
Annales de l'Ordre de Cîteaux voyant
cette contrarieté , s'est avisé de placer cet
Evenement dans les deux Eglifes , afin de
concilier les deux opinions. Certant igitur
Afligemium Spiraque de Imagine Deipara
que Bernardum parentem salutantem resalutaverit.....
nobis ut neutra vincatur , vincat
utraque , repetitum favorem , quod solum superest
, pia credulitate persuasum est. Voilà,
fans doute , ce qui s'apelle un homme accommodant
; mais il est question de fauver
ici les interêts de la vérité.
Au reste , les Flamands font fi perfuadés
que ce Miracle est arrivé chés eux , que ce
seroit manquer de prudence de le contester
dans leur Pays. Les Jésuites de Bruxelles s'y
trouvent eux-mêmes interessés ; car voici de
quelle maniere leurs Ecrivains racontent
cette
JUFLLE T. 1739 1-549
cette Histoire. Saint Bernard , difent - ils ,
(in auetario SS. Belgii ad 20. Augusti ) revenant
d'Allemagne au commencement de
l'année 1147. passa par l'Abbaye d'Aflige
men , & fit tous ses efforts , mais inutile
ment , pour engager les Moines de ce Mó ÷
nastere à prendre la Réforme de Citeaux
comme un autre Elisée , il leur laissa son
Bâton pour ressusciter ces ames mortes },
mais ce Bâton n'eut pas plus d'effer. que celui
du Prophete ; on le garde néanmoins avec
beaucoup de respect dans le Trésor de ce
Monastere, sans que les Moines ayent voulu
entendre parler de Réforme..
*
Jusqu'ici il n'y a rien dont nous ne demeu
rions d'accord. Le Saint , ajoûtent les Chro--
niques de Flandres , étant sur le point de
partir , entra dans l'Eglise pour prendre congé
de la Sainte Vierge i dont l'Image étoit
placée dans une des Chapelles . La Status
étoit de cinq à six pieds de haut , faite d'une
pierre blanche fört tendre , mêlée de Frayes
noires , qui est une espece de pierre : fort
commune dans le Brabant ; elle portoit en
tre ses bras l'Enfant JESUS , avoit un grand !
voile sur sa tête , qui pendoit jusqu'aux
reins , & du reste Habillée à l'antique : le:
picux Abbé s'étant mis à genoux: devant
cette Intage , lui dit d'un ton fort affectif
Je vous salue , ma Reine , & l'Image répondit :
D vj
:
aussie
550 MERCURE DE FRANCE
aussi-tôt : Je vous saluë , Bernard , aparem
ment qu'il y avoit là quelqu'un qui l'entendit
, car le Saint étoit trop humble pour se
vantèr de cette faveur. Quoiqu'il en soit ,
l'Image fut conservée dès lors avec un culte
très-religieux , jusqu'à ce que les Guerres
civiles , qui dans le XVI . Siècle ravagerent.
la Flandre , furent cause de la destruction de
cette Piéce si précieuse ; car un miferable
Calviniste , croyant que la Statue étoit , de
bois, résolut de la brûler pour se chauffer, &
lui ayant donné un grand coup de coignée ,
il la renversa de dessus son Piédestal , & en
tombant elle se partagea en deux piéces égales
: le Prophanateur , effrayé de voir ce qu'il
croyoit de bois , changé en pierre , prit la
fuite . On ramassa promptement ces deux
piéces , & on en fit deux petites Statues
semblables à la grande , dont l'une fe garde:
encore précieusement dans le Monaftere , &
l'autre fut donnée par le Prieur de la Maison
aux PP. Jésuites de Bruxelles ; ensorte que
les uns & les autres se flatent d'avoir l'Image
de la Vierge qui a parlé à S. Bernard , ce qui
attire un grand concours de Peuples dans
leurs Eglises . Je ne prétends point leur contester
ce Monument de la piété des Fideles
mais on me permettra bien d'exposer ici ce
que les plus sçavans Hommes ont pensé au
sujet du Salve Regina
A

JUILLET. 1739. 153*
1°. Les Méditations sur le Salve Regina !
qui se trouvent parmi les Oeuvres faussement
attribuées à S. Bernard , sont constamment
la production d'Anselme , Evêque de
Luques , qui vivoit cent ans avant ce Saint
Abbé. Voyez le II. Tome de l'Edition du Pere
Mabillon . Or l'Antienne en question y est
raportée toute entiere , comme nous la di
sons aujourd'hui , avec ces trois exclamations
: ê clemens ! ô pia ! ô dulcis Virgo Maria?
Selon cette opinion , qui est celle des plus
Labiles Critiques , il n'est pas possible que
S. Bernard soit l'Auteur de cette Priere , pas
même des dernieres paroles : & il est visible
qu'elle étoit déja en usage dans l'Eglise avant
le XII. Siécle , puisque le pieux Evêque de
Luques l'orna d'un Commentaire. Par con
séquent si le miracle de l'Image de la Sainte
Vierge qui a parlé à S. Bernard , soit à Spire,
soit à l'Abbaye d'Afligemen , n'a point d'autre
fondement que la composition de cette
Priere par le S. Abbé , on peut juger de la
vérité de ce Miracle..
2º. Les quatre Sermons sur le Salve Regina
attribués pendant si long- temps à S. Bernard
, qui donnoient lieu de dire qu'il étoit
aussi l'Auteur de l'Antienne , ne sont point
de lui , comme on en convient à présent ,
mais d'un autre Bernard , qui étoit Evêque
de Tolede ; la difference du style, les Poëtes
cond
552 MERCURE DE FRANCE
continuellement cités dans ces Sermons , le
font voir manifestement. Il faut donc cher
cher d'autres preuves de cette Tradition .
3° . Tous les Auteurs ( à l'exception des
Ecrivains de l'Ordre de Cîteaux ) attribuent
le Salve Regina , comme nous l'avons déją
remarqué , à Pierre , Evêque de Compostelle
ou au Moine Herman , ce qui est un
grand préjugé contre la Tradition populaire,
qui le donne à S. Bernard ; mais cette Tradition
est entierement détruite par le Trait
suivant , raporté dans sa Vie. Il y est dit
que sous le Pontificat d'Eugene III , & dans
le temps de la moisson , ce qui ne peut guere
s'entendre que depuis son retour d'Allemagne
, où il avoit prêché la Croisade dès la
seconde année du Pontificat de ce Pape
»Comme le Saint étoit une nuit profondément
enseveli dans le sommeil , il fat
» éveillé tout d'un coup par le bruit éclatant
» d'une Harmonie célefte qu'il entendit dans
» l'Eglise. Le desir de voir ce que c'étoit ,
l'obligea de se lever , & d'aller à l'Eglise :
» en y entrant il vit une troupe d'Esprits bien-
» heureux , qui chantoient les louanges de
» Dieu , & de la Sainte Vierge. Cette Reine
» du Ciel étoit au milieu d'eux , & avoit
رو
ود
33
deux Anges à ses côtés , dont l'un tenoit
» entre ses mains un Encensoir d'or , & Pau-
» tre un Yafe rempli d'un Parfum exquis.
» BerJUILLE
T. 1739 IS
»
و ر
,
Bernard ne fut pas plûtôt entré dans l'Egli-
» se , qu'un de ces deux Anges le vint prendre
»par la main , & le plaça à côté de lui , à la
» droite de la Sainte Vierge. Ils s'avancerent
» ainfi tous quatre de front, jusqu'au pied de
» l'Autel. Alors-les deux Choeurs des Anges,
commencerent à chanter le Salve Regina
» d'une voix élevée , mais si douce & si
» charmante , que le Saint étoit comme hors
» de lui -même , autant touché des pensées
» & des paroles toutes Divines dont cette
» Antienne est composée , que de la mélo-
» die de ces célestes Musiciens : & comme
» ils chantoient fort posément , le Saint eut
» le temps de la retenir , & la mit par écrit ,
» aussi- tôt qu'il fut de retour dans sa chambre
, après quoi il l'envoya au Pape Eu-
"gene III.en le priant d'ordonner que cette
» dévote Priere fût chantée solemnellement
» dans toutes les Eglises de la Chrétienté
» ce qui fut executé ; mais malheureusement
» la Bulle qui en fur expediée , est perdue .
و د
Si cette Vision est véritable , voilà bien
des Questions décidées ; il en résulte , que
S. Bernard , ni aucun homme mortel , n'est
Auteur du Salve Regina , & que cette Antienne
est venue du Ciel , & a été composée
par les Anges ; ainsi l'Histoire de Spire , &
'celle d'Afligemen son renversées ; car l'Auteur
de la Vie de S. Bernard , dit expressément,
1554 MERCURE DE FRANCE
>
ment , que tout le Salve Regina fut chanté
d'un bout à l'autre par les Anges. Ce Récit
prouve encore , que cette Priere n'est pas
non plus aussi ancienne dans l'Eglise , que le
prétendent les Auteurs , qui l'attribuent aux
Evêques Anselme & Pierre ou au Moine
Herman , puisqu'elle n'est que du temps du
Pape Eugene III. lequel , après avoir tenu le
Pontificat huit ans & quelques mois , mourut.
en 1153. Mais on pourra peut- être conclure
de- là , en suposant la vérité de la Vision
de S. Bernard , qu'il est en quelque sorte:
P'Auteur du Salve Regina , non pas pour l'avoir
composé , mais pour l'avoir apris des
Anges , & pour avoir engagé le Pape à le
faire chanter dans l'Eglise Catholique.
A Paris le 20. Juin 1739.
IMITATION de la VI. Satyre du L
Livre d'Horace : Non quia , Maecenas, &c.
BI
Ien que par la Splendeur de fon antique Race,
Dans toute l'Etrurie aucun ne vous efface >
Et que vous deſcendiez d'Ancêtres, qu'autrefois
Bellone a vûs fleurir dans fes premiers Emplois ,
Loin d'imiter ceux qu'enfle une grande Naiffance
Vous
JUILLET . 1739 7555
Vous n'en regardez pas'avec plus d'arrogance
Quiconque , comme moi , dans la baffeffe eft né .
Cher Mécéne , en effet , tout bien examiné ,
Vous jugez qu'il importe affés peu de quel Pere
On soit Fils , quand d'ailleurs on est franc & fin
cere ,
Quand on a le coeur droit & plein de probité.
C'est ainsi qu'en suivant l'exacte verité ,
Vous vous persuadez qu'avant Servius (a) même ¿
Qui , d'un modique état , parvint au rang suprême
Beaucoup d'Hommes vaillans , sortis de vils Ayeux,
Ont souvent mérité des Emplois glorieux ;
Qu'au contraire Lævin , quoique fils d'un grand (b)
Homme ,
Dont la rare valeur chassa Tarquin de Rome ,
Fut , tandis qu'il vécut, presque compté pour rien ;
Même par ce Public , que vous connoissez bien ,
Qui n'écoutant souvent que sa manie insigne ,
Prodigue les honneurs à qui n'en est pas digne ;
Qu'étourdit un grand Nom ; qui trouve mille at
traits
Dans des Titres usés & dans de vieux Portraits.
Que devons-nous penser, & que devons- nous faire
Nous qui sommes si loin des erreurs du Vulgaire à
En tout cas, nous sçaurions à quoi nous en tenir,
(a) Servius Tullius , fixiéme Roy des Romains. Sa
Mere étoit Efclave.
(b) P. Val. Publicola..
Quand
1558 MERCURE DE FRANCE
» Croyez-vous être un Paul (k) ou quelque Mef
fala ? ( !)
Et quant à Novius , dont la voix énergique
» Se feroit distinguer dans la Place publique ,
Parmi le bruit confus de trois Enterremens "
» De deux cent Chariots & d'autant d'Inftrumens ;
» Il fçait se faire oüir , s'il ne fçait autre choſe ,
» Et cette qualité , tout au moins , nous impoſe. "
Voilà ce que l'on dit crûment & fans détour.
Au furplus , j'en reviens à moi , qui dois le jour
Au Fils d'un Affranchi , dont mes Rivaux , fans
cefle ,
Affectent de prôner le néant , la baſſeſſe ;
Rivaux , qui maintenant ne font pas moins jaloux
De l'agrément que j'ai de bien vivre avec vous ,
Qu'ils l'étoient autrefois , lorfqu'ils me voyoient
faire
La noble fonction de Tribun Militaire .
Ce font là néanmoins deux cas biens differens.
Car quand , au pis aller , mes jaloux concurrens
Avec droit auroient pû m'envier cet Office ,
Ils ne peuvent, je crois , fans beaucoup d'injuſtice,
M'envier l'amitié que vous avez pour moi ;
Attendu que toujours vous vous fîtes la loi
( kl ) Paul Emile & Val. Meffala étoient des plus
illuftres Familles de Rome , & font fameux dans l'Hif
toire Romaine.
Da
JUILLE T. 1739.
1559
De n'avoir
pour Amis que des Hommes d'élite ,
Exempts d'ambition & pourvûs de mérite .
Protegé d'un Ami qui me fait tant d'honneur ,
Ce n'est point au hazard que je dois ce bonheur.
D'abord le bon Virgile & Varius enfuite ,
Vous avoient dit mon nom , mon état , ma conduite.
Quand je vins devant vous pour la premiere fois ,
Je fçûs , en peu de mots , prononcés d'une voix
Qu'entrecoupoit fouvent une honte enfantine ,
Vous déclarer au vrai quelle eft mon origine.
Par moi l'éclat du ſang ne fut point allegué ;
Je ne me dis point Fils d'un Pere diſtingué.
Je dis ce que j'étois . Votre réponse ſage ]
Eut cette brieveté qui chés vous eft d'usage.
Je sors. Neuf mois après , me faiſant rapelier ,
Au rang de vos Amis vous daignez m'enrôller .
De mes biens , le plus cher & le plus eſtimable,
C'eſt le bonheur que j'ai de vous être agréable ;
A vous qui difcernez l'honnête du honteux
Et de qui j'ai gagné le zele affectueux ,
Non par aucun éclat dont ait brillé mon Pere ,
Mais par l'integrité qui fait mon caractere .
Au refte , fi , fuyant tous les honteux excès ,
Ma vie eft pure & nette , à quelques défauts près ,'
Qui font en petit nombre & peu confiderables ;
Si ces mêmes défauts, tout au plus, font femblable
Aus
1560 MERCURE DE FRANCE
Aux taches que des yeux les critiques efforts
Découvrent quelquefois fur la peau d'un beau
corps
Si perfonne ne peut , avec quelque juſtice ,
M'objecter les Laïs , la Craffe , l'Avarice ;
Si ( que mon propre Eloge ici me foit permis )
Mon innocence enfin m'attire des Amis ,
Qui de leur amitié me donnent tant de gages ,
Mon Pere fut l'auteur de tous ces avantages.
Ce bon Pere en effet , ce Pere officieux ,
Qui , fimple poffeffeur d'un fonds peu fpacieux ; }
Dans le Monde joüoit un affez mince rôle ,
Ne voulut pourtant point m'envoyer à l'Ecole
D'un certain Flavius , chés qui même les Fils
Des plus qualifiés , des plus Grands du Pays ,
Portant fous le bras gauche , Aprentifs Gens d'Affaires
,
La Bourſe ( 1 ) & la Tablette (m) au Calcul néceſfaires
,
Alloient fe faire inftruire en l'art de fupputer
Combien tel ou tel Prêt doit par mois raporter.
Il ofa ( qui l'eût crû ? ) me transferer à Rome ,
Pour y puifer ces Arts , qui , formant l'honnête-
Homme ,
Des Fils du Chevalier , des Fils du Senateur ,
(1) La Bourfe à Jettons .
(m) Cette Tablette fervoit à pofer les mêmes Jettons.
Cultivent
JUILLET. 1739.
Cultivent dès l'enfance & l'efprit & le coeur.
Mes habits , les Valets qui me fervoient d'escorte ,
Vûs dans une Affemblée , auroient primé deforte
Que , qui ne m'eût connu m'eût pris , avec raiſon ,
Pour l'unique Heritier d'une riche Maiſon.
Mon Pere , s'impofant la plus pénible tâche ,
Avec mes précepteurs partagea fans relâche
Le foin de diriger mon éducation ;
Et , Garde inacceffible à la corruption ,
Il fçut me préferver , par fa prudence extrême ,
De tout acte honteux , de tout reproche même ;
Cimentant dans mon coeur cette pudicité ,
Qui fait de la Vertu la premiere beauté.
Bref, il n'eut point la peur baffe & pufillanime
Que de tant de dépenſe on dût lui faire un crime ,
S'il me falloit , un jour , fans bien & fans apui ,
Etre Crieur public , ou Sergent , comme lui ;
Et , pour me procurer le fimple néceffaire ,
Tirer d'un vil travail un modique falaire .
Moi-même , fi le fort m'eût réduit à ce point ,
De mon Pere aujourd'hui je ne me plaindrois point,
Que dis- je ? tant de frais , tant de munificence ,
Augmente fon éloge & ma reconnoiffance .
Le bon fens m'interdit le foible indigne & vain
De rougir d'un tel Pere , & d'imiter enfin
Quiconque fait fonner que ce n'eft pas fa faute ,
S'il a manqué d'avoir une origine haute ,
S'il
562 MERCURE DE FRANCE
S'il n'a pas pour Ayeux les Premiers de l'Etat,
Je trouve un tel Caufeur auffi fade qu'ingrat ,
Et, bien loin de goûter l'exemple qu'il me donne
Tout autrement que lui, je parle & je raiſonne ;
Car , fi par la Nature il étoit ordonné
Que l'on pût revenir au point où l'on eft né
Et fe choifir alors , dans ce Monde ſi vaſte,
D'autres Parens , au gré de l'orgueil & du fafte
Moi , fans déliberer , je garderois les miens ,
Et je laifferois là ces fiers Patriciens ,
Chargés des ornemens du Pouvoir Confulaire ;
En cela , fou , fans doute , aux yeux du fot vul
gaire ;
Sage aux vôtres peut-être , en ce que d'un fardeau
A
difficile , étant pour
moi nouveau ,
porter
Je ne voudrois fouffrir la pefanteur énorme ,
Ni me réfoudre à prendre une nouvelle forme.
Et j'aurois bien raiſon , car il faudroit dès -lors
Accroître mon Domaine , amaffer des Tréfors ;
Saluer plus de gens ; mener , dans mes voyages ,
Beaucoup de Compagnie , à mes frais , à mes gages,
Ne fortir jamais feul ; avoir des Chariots ;
Nourrir force Valets , nourrir force Chevaux .
Or , je fuis maintenant libre au degré fuprême
D'aller feul , s'il me plaît , jufqu'à Tarente même,
Sur un fimple Mulet , qu'en differens endroits
Et l'homme & la valife écorchent par leur poids.
De
JUILLET. 1563' , 1739.
De mille égards gênans mon état me diſpenſe ,
Et me met à couvert de ces traits qu'on vous lance
Avare Tullius , quand vos façons d'agir
Font mépriſer en vous , fans vous faire rougir ,
La Charge de Préteur , qu'en tout autre on re
doute ;
Quand , dis-je, de Tibur vous enfilez la route ,
Suivi de cinq Valets malpropres , négligés ,
Et d'un vil attirail (n ) indécemment chargés.
Oui , fi mes Revenus font moindres que les vôtres ,
J'ai plus de facultés que vous & que bien d'autres.
Je puis , où bon me femble , aller fans Compagnons.
Je m'informe du prix des choux & des oignons.
Craignant peu les Filoux , craignant peu les Criti
ques ,
Au Cirque , vers le foir, dans les Places publiques
Je vais me promener , errant par - ci , par-là.
Aux Myfteres divins j'affifte , après cela ,
Puis , chés moi , me mocquant des dégoûts qu'ont
les Riches ,
:
Je retourne aux Bignets , aux Raves , aux Pois- chiches.
Mon fouper m'eft fervi par trois Valets difpos.
Un Marbre blanc foûtient ma Coupe & mes, deux
Pots. (0)
(n) Cet attirail , qui eft ſpecifié dans leTexte Latin,
feroit unfort mauvais effet , fi on le specifioit dans une
Traduction en Vers François .
(0) Le Pot à l'Eau & le Pet au Vin.
E De
1564 MERCURE DE FRANCE

De plus , à ma portée est une Aiguiere (p) vile ,
Une Burette , (q) un Plat ; le tout de fimple argile,
Je me couche , au fortir d'un femblable Feſtin
Exemt du foin fâcheux de me lever matin ,
Pour aller exercer l'Ufure dans la Place ,
Où, détournant la tête , & faifant la grimace ,
Le trifte Marfyas ( r) fuit , d'un air confterné ,
Le fuplice de voir Novius ( s ) le puîné.
Je demeure en mon Lit jufqu'à mi-matinée ,
Puis, quand je fuis levé , commençant ma journée,
Ou je marche , ou je lis , ou je mets par écrit
Quelque agreable trait qui s'offre à mon efprit.
'Huile de bon alloi bien - tôt je me parfume
Loin de me conformer à l'immonde coûtume
De Natta, qui, craignant d'amoindrir ſes Tréſors ,
Aux dépens de fa Lampe infecte tout fon corps..
Lorfque par les rayons , qu'il darde & que j'évite ,
Le Soleil plus ardent à me baigner m'invite ,
Je cherche dans le bain un doux contre -poiſon
Aux extrêmes rigueurs de la chaude faifon.
Après avoir dîné , comme il convient de faire ,
(p) Pour laver les mains,
(q) Petit Vafe dans lequel il y avoit de l'Huile
du Vinaigre.
(t) Groupe quireprefentoit le Satyre Marsyas, écor
ché vifpar l'ordre d'Apollon.
(s) C'étoit quelque fripon de Banquier qui tenoitfon
Bureau pis- à-vis du méme Grouper
*Non
JUILLET. 1739. 1565
Non point avidement , mais enfin , de maniere
Que , le reste du jour , mon eftomach à jeun
Ne fait pas tourmenté d'un defir importun ,
Aux charmes du repos tout entier je me livre.
Et c'eſt-là le Deſtin , c'est la façon de vivre
Des bienheureux Mortels libres d'ambition.
J'y trouve cent motifs de confolation ;
Chéri de plus d'Amis , rampant fous moins de
Maîtres ,
En un mot ,
tres ,
vivant mieux que fi mes bons Ancê-
Pere, Ayeul, Bis-ayeul , dans le Monde connus ,
Au Pofte de Quefteur étoient tous parvenus.
P. M. Frigot.
အာ
QUESTION DE DROIT.
ONdemande si la Donation faite
par
un Tuteur à son Mineur , sans être
acceptée , est valable , Et si le Mineur ;
nonobstant le défaut d'acception ,
jouir de l'effet de sa Donation.
› peut
E ij SEANCE
566 MERCURE DE FRANCE
thathththt
SEANCE PUBLIQUE
del Académie de Chirurgie,
LE 26, May 1739. l'Académie de Chirurgie
, établie sous la protection du
Roy , tint sa Séance publique , à laquelle
présida M. de la Peyronie , premier Chirur
gien du Roy.
M. Petit , Sécretaire , lut d'abord les Eloges
de Mrs Dargeat & Bourgeois , que l'A
cadémie a perdus depuis la Séance de 1738.
& il proclama ensuite les deux Piéces qui ont
remporté le double Prix de 1738. sur la
Question ; sçavoir , Si l'on doit amputer le
Carcinome de la Mamelle vuglairement
apellé Cancer.

Il a été vérifié que l'une de ces deux Piéces
est de M. Lafaune , Eleve en Chirurgie de
Hôpital de la Charité , & Etudiant en Médecine,
& que l'Auteur de l'autre Piéce est
M. Le Cat , Chirurgien de Rouen . Ce Prix
est le cinquiéme que cet Auteur aura remporté
, quoique l'Académie l'eût déja prié en
1738.de vouloir bien se reposer sous ses Lauriers.
Elle a crû néanmoins devoir l'admettre
encore cette année dans le nombre des
Concurrens , parce qu'il avoit deja travaillé
sur la matiere du Prix en 1737. c'est- à- dire ,
dans
JUILLET. 1739 1567
dans la même année que cette matiere fut
proposée la premiere fois par l'Académie
pour le Sujet de son Prix. La Proclamation
fut suivie de la lecture d'un Mémoire de M.
Petit , sur le parallele des Maladies de la
vesicule du fiel , avec celles des Maladies
de la vessie urinaire.
M. Petit , après avoir fait valoir les ressources
de l'Analogie , s'en sert avantageusement
pour découvrir les Maladies de la
vesiculé du fiel , & les Remedes qui peu
vent les dompter , par la comparaison qu'il
en fait avec les Maladies de la vessie urinaire,
& avec la cure qui leur convient. La rétention
de la bile dans la veficule du fiel, & les pierres
qui peuvent s'y former , fixent principalement
la vâë de M. Petit ; il commence
par comparer la rétention de la bile , avec la
rétention d'urine . La structure naturelle , &
l'usage des deux vessies , établit l'analogie
entre ces deux Maladies. La situation des
deux mêmes vessies , le caractere , & l'usage
des deux liqueurs qu'elles reçoivent, en font
la difference.
L'une & l'autre de ces vessies reçoivent
leur liqueur, qu'elles retiennent par le moyen
de leur sphincter , jusqu'à ce que ces liqueurs
soient en suffisante quantité , pour exciter
les fibres charnues de ces visceres à se contracter
, & à évacuer ainsi par leurs canaux
E iij
ex1568
MERCURE DE FRANCE
excretoires , la bile ou l'urine qu'elles ont
reçûës .
Telle est la fonction naturelle de ces visceres
; mais si par quelque cause que ce
puisse être , ces canaux ne font point leurs
fonctions , si la bile ne peut s'écouler par le
canal cholidoque , si l'urine ne peut se vuider
par l'uretre , il y aura pour lors rétention
de bile dans la vesicule du fiel , & rétention
d'urine dans la vessie. Le fluide que ces cavités
reçoivent , s'y accumulera , & les dila
tera ; cette dilatation sera suivie de tension
douloureuse , & de tumeur au dehors ; tumeur
qui se manifestera à proportion de la
quantité de la liqueur retenuë.
و
M. Petit , en suivant son parallele , fait une
remarque très-importante pour da Pratique ,
sur la rétention dont l'une & l'autre vessie
peuvent être attaquées. L'urine coule souvent
par regorgement
c'est-à-dire , que
cette liqueur forçant le canal de l'uretre ,
qu'elle dilate , en sort en partie , mais ordinairement
goute à goute , & quelquefois
même en jet , sans que la rétention cesse
puisque l'obstacle subsiste toujours. La bile
coule de même par regorgement , quand
l'obstacle qui s'opose à son cours , cesse ,
sans néanmoins ceder à la force du fluide qui
le presse. Alors la tumeur paroît diminuée
, les excremens sont même teints de
bile
;
JUILLET. 1739. 1569 .
bile , ce qui peut jetter le Chirurgien pew
attentif , dans une double erreur , en lui fai
sant imprudemment conclure , que la tumeur
n'étoit pas bilieuse , ou que la rétention de la
bile a cessé.
M. Petit observe ensuite , que si dans
quelque rétention de bile ou d'urine , ces
Liqueurs peuvent sortir de leur vessie par re
gorgement , il peut aussi arriver dans d'au
tres cas , que ces liqueurs soient retenuës si
exactement qu'aucune goute n'en puisse sor
tir. Le parallele est ici parfaitement soûtenu
par la description des effets qui suivent la rétention
entière de l'une & de l'autre des deux
liqueurs.
Si l'urine est entierement retenue , il faut
ou que le Malade privé des secours de la
Chirurgie , périsse , ou que la nature fasse
effort pour le délivrer ; c'est- à- dire , qu'il
faut qu'il se forme des abscès gangreneux au
Pubis , au Périné , au Scrotum , aux autres
parties que la vessie touche dans sa dilatation
excessive. Ces abscès s'ouvrant d'euxmêmes
, l'uretre ou la vessie se percent , Purine
s'écoule avec le pus , & le malade est
soulagé. Mais de ces abscès causés par la rétention
totale d'urine , la plûpart restent fistuleux
; & dans ces derniers , si l'urine se
conserve un passage libre , sans séjourner
dans des clapiers , alors on n'aura point à
E iiij crain
1570 MERCURE DE FRANCE
craindre ces concretions pierreuses que fe
sédiment déposé par l'urine peut former ;
mais si dans la route que l'urine s'est frayée,
elle s'est au contraire creusé des sinus ou clapiers
où elle croupisse, dans ce cas les graviers
qu'elle dépose dans ces sinus , pourront en
s'unissant , former , & formeront en effet des
pierres de toutes groffeurs , & de toutes figures.
Les mêmes effets suivent la rétention
totale de la bile ; pour s'en convaincre , il
suffit de consulter l'experience ; elle démontre
que la bile aussi retenue , cause par sa
quantité ou par son séjour , des irritations
suivies d'inflammations que l'inflammation
de la vesicule du fiel se porte aux parties
voisines , & cause des adherences ; que par
la suppuration qui survient , & les escarres
qu'elle sépare , la vesicule se perce ; qu'enfin
la bile s'épanche seule , ou porte avec elle
des pierres au voisinage , & même dans des
endroits qui en sont très - éloignés ; c'est- àdire
, que les mêmes phénomenes se rencontrent
soit dans la rétention totale de l'urine
soit dans la rétention totale de la
bile.
,
Du parallele de la rétention dont l'une &
l'autre vessie peuvent être attaquées , M.
Petit passe à la comparaison des pierres qui
peuvent se former dans chacune de ces vessies.
Les
JUILLET . 1739 $ 575
Les pierres urinaires sont connues de tout
le monde des Observations moins communes
, mais non pas moins certaines , nous
ont également convaincus de la formation
& de l'existence des pierres dans la
vesicule du ficl. Plus on presse la compa
raison , & plus on trouve que tout est égal
dans ces corps étrangers , considerés par raport
aux visceres , où ils se forment. Les pier
res engendrées dans l'une & l'autre vessie ,
peuvent bien être assés petites & assés po
Lies , pour enfiler & suivre les canaux excretoires
de ces vessies , & être aussi rejettées
celles de la vessie urinaire avec l'urine , &
celles de la vesicule du fiel avec les excre
mens stercoraux ; mais ces mêmes pierres
tant celles de la vesicule du fiel , qquuee celles
de la vessie urinaire , peuvent être d'un
volume ou d'une forme assés irréguliere ,
ou pour être exactement retenues dans
leur cavité sans pouvoir jamais franchir
l'embouchure, des canaux excretoires
ou pour être invinciblement arrêtées dans le
trajet de ces mêmes canaux , où la force du
fluide pressé peut les engager, sans que néanmoins
elles puiffent en suivre le cours. On
voit aisément qu'il y aura rétention de bile
& d'urine dans ce dernier cas ; & que dans .
le premier , c'est- à- dire , lorsque les pierres
seront entierement retenues dans l'une ou
l'autre
»
E. v
1572 MERCURE DE FRANCE
Pautre veffie , à moins que ces pierres , ce
qui est fort rare , ne soient placées & figu
rées de maniere à ne point gêner les fonce
tions de ces visceres , le Maladé éprouvera
toutes les vives douleurs , & tous les autres
fâcheux accidens qui sont la suite ordinairede
la présence des pierres dans quelqu'une
de ces cavités.
Si les pierres des deux vessies fournissent,
quant à leur formation, & quant à leur effet,
une reffemblance parfaite , il n'en eft pas de
même des signes qui peuvent nous décou
vrir leur existence.
On peut , au moyen de la Sonde , s'affûrer
de la présence de la pierre dans la veſſie urimaire
; mais cette reffource manque pour les:
pierres de la veficule du fiel . On ne peut
connoître leur exiſtence que par des fignes
rationels , qui ne sçauroient avoir la même
certitude , puisqu'ils se réduifent à des conjectures
fondées sur les symptômes qui accompagnent
la maladie , ou sur les accidens
qui ont précédé. Ce n'est pas qu'on ne puiffe
quelquefois s'assûrer de l'existence des pierres
par
des signes sensibles. Si la maigreur
du Malade est fort grande , on peut les apercevoir
au fimple toucher,lorsqu'elles ont une
certaine groffeur , ou lorsqu'il y en a plu
fieurs ensemble. Dans ce dernier cas en
touchant à la région de la veffie du fiel , la
saillie
,
JUILLET. 1739: 1573
saillie ou tumeur que peut former un pareil
amas de pierres , fait que l'on sent un cra
quement , & que même on entend un bruit
semblable à celui des noisettes qu'on aurois
enfermées dans un sac.
Sur ces raports , qu'il seroit assés inu
tile d'envisager , s'il ne conduifoient à la
pratique , M. Petit propose de faire à la
yeficule du fiel , les mêmes opérations
que celles que l'on pratique à la veffie urinaire
, lorfqu'il y a rétention d'urine , ou
pierre dans la veffie . C'est-à- dire , que M.
Petit propose la ponction de la veficule du
fiel , pour évacner la bile retenue , & l'opé
ration de la lithotomie , pour l'extraction
des pierres qui s'y seroient formées : mais
comme l'épanchement de la bile dans la cavité
du ventre , auroit néceffairement des
suites mortelles , M. Petit avertit soigneuse
ment , que tout défend ces opérations , à
moins qu'on ne foit assuré que la veficute
du fiel s'eft rendue adherente aux envelopes
du ventre ; il donne enfuite un détail exact de
tous les fignes qui peuvent faire connoître
Pexiſtence de cette adherence , dont il eft fi
important de s'affûrer. Nous ne fuivrons:
pas M.Petit dans ce détail , tout effentiel
qu'il nous paroît , parce qu'il ne peut être
bien entendu que par les Maîtres de l'Art, &
qu'eux feuls peuvent en bien juger.
Evj
"
Après
574 MERCURE DE FRANCE
Après l'énumeration de ces fignes , qur
caracterifent l'adherence dont on vient de
parler , M. Petit démontre , que dans le cas
de cette adherence , on peut tenter sur la
veficule du fiel , la ponction & la lithotomie
, avec la même sûreté que l'on fait ces
operations sur la veffie urinaire. M. Petit
ne fe contente pas de propofer en général ces
Opérations , il décrit les Inftrumens propres ,
& le Manuel qui convient . Les bornes d'un
Extrait ne nous permettent pas de nous étendre
là - deffus. Nous dirons feulement , d'après
M. Petit , que la ponction qu'il propofe
pour la veficule du fiel , peur & doit ſe faire
de la même maniere que M. Mery l'a imaginée
, pour tirer l'urine de la veffie urinaire
qu'enfin l'Operation de la lithotomie , qu'il
prefcrit pour la veficule du fiel , peut être
comparée à celle que l'on faifoit à la veffie
urinaire , pour en tirer les pierres , fuivant la
méthode du haut Apareil.
M. Petit , ne fonde point feulement l'utilité
des Operations qu'il propofe , sur le
raport de convenance qu'il a fait remarquer ,
foit entre les fonctions des deux veffies , foit
entre les maladies dont elles peuvent être
attaquées ; d'heureufes Experiences viennent
à fon fecours , Experiences dûës, peut- être , à
Ferreur , ou au hazard , mais qui n'en cons→
Batent pas moins le fuccès des Operations:
qu'il
JUILLE T. 1739: 1575
qu'il prefcrit. Il cite l'exemple d'une Dame
, dont on ouvrit la veficule du fiel ,
croyant ouvrir un abfcès ; la playe étane restée
fiftuleuse , & la Malade ayant accepté
F'Operation qui lui fut proposée , on trouva
au fond de la veficule
une pierre de la
groffeur d'un oeuf de pigeon , dont on fit
P'extraction , & la Malade fut guérie . On
voit par là que l'on fit réellement la lithotomie
,, que M. Petit propofe , & que l'on
la fit à deux temps , comme autrefois differens
Lithotomiftes ont fait en deux temps ,
l'Operation de la Taille.
M. Petit finit , en exhortant les Chirurgiens
à une fage hardieffe dans tous les cas
où ces Operations conviennent. Si l'on peut,
dit-il, fans témérité,percer la vesicule du fiel ,
lorfqu'elle eft adherente , on peut , fans témérité
, s'affûrer de l'exiſtence des pierres ,'
au moyen de la Sonde : Et pourquoi , fi on
en trouve , n'en feroit- on pas l'extraction ?
La timidité qui arrêteroit le Chirurgien dans
ce cas , mériteroit le plus grand reproche ,
puifqu'il négligeroit l'unique moyen par lequel
on peut délivrer le Malade de ces
corps étrangers , & le fauver des fâcheux
accidens qui en font les fuites.
M. Sarrault ut enfuite une Obfervation ,
dans laquelle on voit qu'une inflammation
fuivie d'un abscès à l'hypocondre droit ,
Quvrig
1576 MERCURE DE FRANCE
ouvrit à la bile retenue dans la vesicule dir
fiel , une iffuë qui refta fiſtuleuse. Les matieres
de l'abfcès avoient creusé entre les
tégumens & les muſcles de l'abdomen , differens
sinus , où , conformément à ce qu'a
obfervé M. Petit , dans le Mémoire précédent
, la bile déposée dans ces clapiers avoie
formé differentes pierres . M. Sarrault , apellé
pour la cure de cette Fiftule , la fonda , &
découvrit deux sinus , à chacun defquels
il sentit une résistance , qui indiquoit la préfence
d'un corps solide. Il ouvrit ces sinus ;
& y trouva deux pierres considerables , dont
il fit l'extraction. Cette Fiftule , qui depuis
environ un an , avoit réfifté à tous les se
cours qu'on y avoit aporté , guérit parfaitement
par le moyen de cette Opération.
Le troifiéme Mémoire qui fut lû dans
cette Affemblée , fut de M. Angeran le fils.
Ce Chirurgien fut apellé avec son Pere , au
secours d'une femme groffe,qui sur la fin de
fon neuvième mois avoit fait une chûte
laquelle fut suivie d'une perte de sang fi
confiderable , qu'il n'y avoit d'autre moyen
pour terminer cette perte , que d'accoucher
cette femme au plûtôt .
M. Angeran l'entreprit , mais ce fut en
vain ; un obstacle invincible l'empêcha d'en
trer dans la matrice. La femme , épuisée par
cette
JUILLET . 1739. 1577
cette perte , mourut ; il en fit promptement
Fouverture pour sauver l'enfant , ou du
moins pour le baptiser , s'il en étoit encore
temps ; mais cette diligence fut inutile 1
F'enfant étoit déja mort . Curieux de reconnoître
l'obstacle qui l'empêchoit d'entrer
dans la matrice , M. Angeran trouva que
c'étoit le placenta , qui , au lieu d'être situé
au fond de la matrice , s'étoit placé sur son
orifice interne , qu'il couvroit exactement.
Il y avoit contracté de si fortes adherenees
, qu'il étoit impossible de dilater cet
orifice.
- M. Angeran termina cette Observation
par des réfléxions qui paroissent aussi interessantes
que solides . L'ouverture du corps
de la femme dont il parle , nous fait voir
à découvert un obstacle qui étoit peu con-
Au , & nous instruit des seules reffources
que l'Art puiffe fournir en pareil cas ; car
il eft imposible de penetrer dans l'orifice de
la matrice , & de détacher le placenta , qui
y a contracté des adherences invincibles.
Heft évident que le feul parti qu'il y a a
prendre , c'est l'Operation Césarienne.
Le Memoire qui suivit l'Observation de
M. Angeran , roula encore sur la matiere des
Accouchemens . M.Puzos, frapé de la ressem →
blance qu'il y a entre la ftructure & l'action
de la vessie & de la matrice , soupçonne
qu'il
1578 MERCURE DE FRANCE
,
qu'il pourroit y avoir le même raport entre
les maladies de ces deux visceres , & la Cure
qui convient à ces maladies. Fidele à cette
idée , il poursuivit la comparaison des dérangemens
dont ces deux visceres peuvent
être attaqués , & des moyens d'y remedier
& il a reconnu en effet , que la plupart des
maladies , tant de la matrice que de la vessie
, avoient les mêmes causes , produisoient
les mêmes effets & exigeoient des secours de
même nature. Nous ne suivrons pas M. Puzos
dans le détail qu'il fait, & qui supose les
connoissances les plus profondes de l'Art.
>
Pour faire voir les avantages de cette Analogie
, nous nous arrêterons seulement à la
comparaison qu'il fair de la rétention d'urine
, avec la distension excessive de la matrice
, par une trop grande quantité d'eaux.
Par cette surabondance d'eaux , les forces de
ce viscere sont opprimées , desorte qu'il ne,
peut plus opérer les contractions qui sont
nécessaires pour ouvrir l'orifice de l'uterus
& chasser l'enfant alors la matrice ; est dansla
même inaction & dans la même impuissance
que la vessie dans la rétention d'urine.
Dans cette circonstance , le moyen que la
Chirurgie employe pour rétablir l'action de la
vessie , a été aussi le moyen que M. Puzos a
jugé à propos d'employer pour redonner à la
matrice, son action. L'Auteur , à l'imitation
de
JUILLET. 1739. 3579
de l'opération de la sonde , perce les membranes
le plûtôt qu'il peut , pour faire écou
ler les eaux; un entier succès suit son procedé
, la matrice se relâche , reprend ses forces
& pousse l'enfant au - dehors. C'est ainsi que
M. Puzos a eû la consolation de voir finir
heureusement plusieurs travaux , qui , sans
ce moyen , auroient été également funestes
aux Meres & aux Enfans.
La Séance fut terminée par deux Morceaux
d'Histoire ; le premier , qui est de M.
Simon , roule sur l'Histoire des Découvertes
que
l'on a faites sur la nature de la Cataracte
& sur sa Cure . L'Auteur fait voir avec un
détail plein d'érudition , les differentes opinions
qu'on a eûes en differens temps sur
cette maladie , & la suite des progrès , par lesquels
on est parvenu à la connoissance que
nous en avons. Il termine son Mémoire par
l'examen des differentes façons d'operer dont
on s'est servi jusqu'a présent pour guérir cette
maladie.
Le second & par lequel la Séance
a été terminée , & qui roule en partie sur
l'Histoire de la Chirurgie , & des Chirurgiens
de Paris , nous a parù assés interessant
le mettre ici en entier.
pour
Il sortoit de l'Ecole de S. Côme des res
sources pour toutes sortes
de maux ; les maladies
1580 MERCURE DE FRANCE
ladies Veneriennes ravageoient la France, les
misérables qui en étoient infectés étoient
abandonnés à la pourriture, ils ne trouvoient
qu'un surcroît de maux dans les mains de
ceux qui les traitoient , la plûpart n'étoient
que des Spectateurs oisifs & pointilleux ; les
uns prononçoient hardiment que cette maladie
n'étoit qu'un déguisement de la Lepre, les
autres en trouvoient des tracès dans Hypocrate
, qui peut-être ne l'avoit jamais vûë;
fous discouroient curieusement & inutilement
sur les Remedis d'un mal si singulier.
Plusieurs condamnoient ces Rentedes ou les
adoptoient, sans consulter l'expérience. Les
plus sçavans mêmes s'étoient déclarés contre
le Mercure ; d'autres sur la foi de quelques
Ecrivains , l'adoptoient en aveugles ; mais
Thiery de Hery méprisa toutes ces contestations
, il entreprit de découvrir dans l'experience
, le traitement exact des maladies Véneriennes.
Il s'éleva en France comme un
autre B dipe , pour débrouiller cette Enigme
de la Nature.Avant que de former ce dessein,
il avoit puisé les principes de son Art dans le
College de S. Louis , dans ce Lieu même où
nous nous trouvons aujourd'hui assemblés.
Il avoit ensuite cherché des lumieres & des
secours dans d'autres Sciences. Il avoit sur
tour étudié la Médecine sous le Docteur
Houlliers
JUILLET. 1739 1581
Houllier ; Professeur fameux. Eclairé des
préceptes de la Médecine & de la Chirurgie,
il alla consulter l'Expérience à l'Hôtel -Dieus
ses travaux Anatomiques , ses premiers succès
dans la pratique , répandirent son nom
dans Paris ; sa réputation y fit en peu d'années
des progrés qui l'égalerent aux plus
grands Maîtres. Ce fut sur le témoignage du
Public , qui est rarement suspect , en fait de
Chirurgie, que FRANÇOIS I. destina de Hery
à ses Troupes d'Italie.
Les travaux de de Hery sont trop connus
pour que nous entrions ici dans un plus
grand détail ; nous remarquerons seulement
qu'animé par les premiers succès , de Hery
consacra sa vie à la guérison des maladies
Véneriennes , & que ces maladies ne furent
pas stériles pour luis peu de Chirurgiens. y
ont trouvé les récompenses qu'il y a trouvées
, elles lui donnerent enfin plus de cinquante
mille écus , somme considérable dans
ce temps - là ; mais cette haute fortune ne l'ébloüit
pas , elle ne lui communiqua point les
vices qui la suivent ordinairement , je veux
dire , la hauteur & la dureté. Au contraire
elle dévelopa encore mieux dans cet homme
illustre ses qualités bienfaisantes. Il fut compatissant
, tendre , ami fidele . Une Critique
éclairée a désabusé depuis long -temps d'une
Tradition
1582 MERCURE DE FRANCE
Tradition aussi ridicule que mal fondée
qui mettoit sur son compte l'historiette suivante.
La curiosité l'amena , disoit- on , dans l'Eglise
de S. Denis , elle le conduisit dabord au
Tombeau de Charles VIII. Dans un morne
silence , ajoute-t'on , il s'arrêta devant le Monument
, il se prosterna ensuite comme devant
un objet de vénération . Ce mouvement
de pieté surprit ceux qui étoient autour de
lui , ils s'imaginerent qu'il rendoit à ce Roy
le culte qui n'est dû qu'aux Saints . Un Religieux
crut qu'il falloit désabuser cet homme
simple & crédule. Mais, non , répondit
de Hery, je n'invoque point ce Prince , je ne
lui demande rien , la maladie qu'il a aportée
en France m'a comblé de biens , & pour un
si grand bienfait , je lui rends des prieres ,
c'est pour le salut de son ame que je les
adresse à Dieu.
Après avoir lû tout ce qui regardoit Thiery
de Hery , on lût une partie de l'Histoire des
Colots , dont voici quelques traits.
Par de nouvelles Recherches la Chirurgie
sortoit de l'ancienne obscurité , chaque
partie de cet Art attiroit des esprits curieux
, celles qui étoient les plus obscures ,
prenoient du brillant qui frapoit même les
yeux des Sçavans En vain affecte - t'on de dépoüiller
JUILLE T. 1739. 1583
pouiller la Chirurgie moderne , en vain prétend-
on enrichir les Anciens de toutes nos
Découvertes , c'est -là une libéralité interessée
des ennemis de la Chirurgie. Il faut l'avoüer
, notre Art étoit fort borné entre les
mains de nos Anciens. Quelques - unes de
nos Opérations les plus fameuses , n'étoient
pas même ébauchées dans leurs Ouvrages ;
on n'y voit , par exemple , que de miserables
vestiges de l'Opération de la Taille . Ces
vestiges mêmes ne sont que les traces d'une
timidité ignorante. La plupart de ceux qui
avoient la Pierre , ne trouvoient aucun soulagement
dans l'ancienne Chirurgie . Les Enfans
, jusqu'à quatorze ans , pouvoient esperer
quelque ressource , mais après cet âge
PArt étoit stérile pour eux. C'est en France
qu'on a tenté d'étendre ses secours sur tous
les âges. Ces tentatives effrayoient les Chirurgiens
, les préjugés des Anciens les rendoient
suspects. Selon Hypocrate , les blessures
étoient mortelles dans la vessie. Enfin
Germain Colot méprisa ce préjugé , & pour
tirer la Pierre il imagina une Opération qui
sans doute , étoit nouvelle , elle est fort célebre
dans notre Histoire .
Un Archer de Bagnolet étoit condamné à
mort ; heureusement pour lui , il avoit une
maladie dangereuse , le détail n'en est pas
bien
1584 MERCURE DE FRANCE
bien connu l'ignorance des temps ou des
Historiens , l'a obscurcie. Leur récit est
confus ou contradictoire , on y entrevoit
seulement que ce misérable avoit la Pierre ;
mais étoit- elle dans les reins ou dans la vessie
? C'est ce qui n'est décidé par aucun témoignage
certain. Plusieurs s'imaginerent
que cette Pierre étoit placée dans le rein . Meseray
l'assûre, sans nous dire sur quel fondement
il apuye son opinion. Des Historiens
plus anciens & mieux instruits que lui , ne
sont pas aussi décisifs ; mais ils marquene
que cette maladie étoit commune. On avoit
donc des signes certains qui l'annonçoient ?
Or dans ces temps ténebreux de l'Anatomie,
la Pierre des reins ne se montroit que sous
des signes obscurs . Les parties où elle se
forme & où elle grossit , étoient presque inconnues
; les Anatomistes les plus fameux ,
n'étoient ni assés éclairés, ni assés téméraires
pour chercher les Pierres parmi les visceres.
Cette Opération , jugée aujourd'hui impossi
ble par nos plus grands Maîtres , ne pouvoit
dans ces temps grossiers , ni se présenter à
l'esprit , ni être tentée avec succès . Il paroît
donc évident que ce Criminel avoit la Pierre
dans la vessie. Quoiqu'il en soit , il ne dut
la vie qu'à sa Pierre , dont il ne devoit attendre
que la mort L'Opération , qui pouvoit
lc
JUILLET. 1739. 1585
le délivrer de ses maux , fut la seule punition
de son crime ; mais cette punition , qui n'é
toit qu'une grace , étoit aux yeux des Juges ,
un essai qui paroissoit cruel ; on ne voulut
pas y soumettre ce misérable par la violence,
on lui proposa l'Opération comme à un
homme libre , & il la choisir ; on ne négli
gea aucune précaution pour assurer le succès
de cette Epreuve, on résolut d'en charger un
des plus grands Chirurgiens , & ce fut sur
Germain Čolot qu'on jetta les yeux. Il tenta
cette Opération avec une hardiesse éclairée ,
qui devoit donner de grandes esperances ,
dans quinze jours le Malade fut parfaitement
guéri.
&
Mais de si heureux commencemens n'ont
cû que des suites tardives , cette tentative est
restée long-temps dans l'oubli ; au commencement
du XVI. siecle , la curiosité réveilla
lés esprits l'Opération faite sur l'Archer de
Bagnolet , inspira , sans doute , de la hardiesse
à Marianus Sanctus & à Jean des Ro
mains , Chirurgiens Italiens.
Ils chercherent la route qu'on pouvoit ouvrir
à la Pierre ; & enfin par les travaux de
ces hommes illustres , l'art de la tirer dans
tous les âges , devint un art éclairé. Ce qu'il
y a de singulier , c'est que dans ces premiers
progrès cet Art fut rendu aux Colots , ou à
unc
7586 MERCURE DE FRANCE
une Famille du même nom. Le premier qui
reprit les traces de Germain Colot , fut Lan
rent Colot ; c'étoit un homme unique. Tous
les Pays se le disputoient ; on l'apelloit dans
les lieux les plus éloignés. Il étoit dans toute
l'Europe presque la seule ressource de
ceux qui avoient la Pierre. HENRY II. voulut
attacher à la Cour un homme si fameux
ce Prince lui destina la Charge de Chirurgien
ordinaire , & cette place fut rem-.
plie par plusieurs descendans de ce grand
homme.
S
Philipe Colot , son fils , entra dans le College
de S. Louis ; il ne voulut pas que son
secret fût entre les mains d'un seul homme
il associa à ses travaux Severin , Pineau &
Girault ses Confreres. Le premier étoit
Professeur en Chirurgie. Girault ne fut
point méconnoissant , il rendit à la Famille
des Colots le dépôt qu'il en avoit reçû ; il
instruisit François Colot , qui se rendit céle
bre dans toute l'Europe .
L'Art de tailler est donc entré dans Saint
Côme avec les Colots , il s'y est enrichi de
nouvelles connoissances , l'esprit & l'industrie
en ont facilité la pratique , & aujour
d'hui il est plus parfait & plus répandu.
ENIGME
JUILLE T. 1739. 1587
akakakakakakakakakakakakakakak
ENIGM E.
Mon fort est d'être agile , ſimple , franc ,
Droit ou courbé , petit , moyen , ou grand :
Et fi ce n'eft que je séjourne ,
Bien fouvent la tête me tourne.
'Avec deux pieds qui foûtiennent mes pas ,
Je fais l'entrepriſe hardie
De voyager en differens climats ;
Je fuis égal, cependant je varie ;
J'en vois plufieurs en un moment ,
Et mon train ordinaire eft d'agir rondément :
Auffi vient-on, à jufte titre ,
Sur quantité d'objets me prendre pour arbitre.
Je fçais tout le premier la diſtance des Lieux ;
Et jamais le flambeau des Cieux
Ne fournira de courſe fi rapide ,
Que quand gliffant d'un pied, par l'autre je me guide .
J. CHEVRIER , Organiste à Chemillé, E. A.
*************************
J
LOGOGRYPHE.
E fuis un composé de diverfe matiere ,
Je brille & fais briller les Endroits où je fuis.
F De
1588 MERCURE DE FRANCE
De ma beauté , Lecteur , tout le Monde eft épris .
Si de me diffequer par lambeaux on s'ingere ,
On doit trouver un mets fluide & favoureux ,
Un Outil & un Grain : un Compagnon fidele :
Un Sexe , de tout temps ami de la Femelle :
Deux Notes de Mufique un nombre ; ouvre les
yeux ',
Si tu veux encor voir d'une Boiffon exquife
Le limon , ce qui fait fentir de la douleur :
Ce qui donne à ton corps le mouvement , Lecteur ;
Je finis , cat je crains qu'en peu l'on ne m'aviſe,
AUTRE.
Quatre Lettres , pas d'avantage ,
>
Te difent , Lecteur , qui je fuis :
Tâche d'en faire bon ufage
Tu fçauras ce que je produis ;
Certaine Fille de la Fable ,
Qui ne fut point defagreable
Au Dieu qui lance les Eclairs
Et far la Terre & fur les Mers ;
Un Pape d'illuftre Mémoire ;
Ce qu'ont obfervé tous les Saints
Un Adverbe ; trois mots Latins ;
Un Fleuve vanté dans l'Hiſtoire ;
Voilà ce que comprend mon nom :
Le tiens-tu ? Je gage que non.
A.R.D.R.P :
JUILLE T. 1739.
2589
I
AUTR E.
L s'agit maintenant de faire un Acrostiche ;
C'eft juftement , Lecteur , où je me niche ;
Et je veux dans mon nom composé de dix pieds ,
Que l'on compte avec moi dix mots tout diftingués.
Petite Ville fur Loire :
Sur Seine grande Cité :
Prophete d'Antiquité :
Fêted'Hiver, célebre dans l'Hiftoire :
Inftrument de grand bruit :
Autre Inftrument convenable au malade :
Peché peu rare en l'homme de boutade :
Fleuve François , fameux à ce qu'on dit :
Animal étranger, dont on craint la furie :
Saint , réveré dans Picardie ,
Me font paffer dans l'Eau la plupart de ma vie.
Par Duchemin , Muficien à Angers.
LOGOGRYPHUS.
Is tria membra mihi funt : tot funt fignificata.
Cujufcunque domûsprimò ſum janua : Perge.
Francorum in Regno tibi non ignota Moneta ;
Notum deinde vides Perfarum è Regibus unum :
In Libris fcriptus docti ſumſapè Maronis :
In bine duplex animali portio certa
Fij
Me
1590 MERCURE DE FRANCE
Mefine , quod prandere monet ,fubfiftere non vult :
Tandem , fi cupias folers cognofcere nomen ,
Horum fex primum Verborumfumito membrum.
Notior ut fiam tibi , fum Dux , Lector amice.
Par le même,
On a du expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure de Juin , premier Volume
, par, Tombeau , Providence , Incarnation
, Moulins , & Porcus . On trouve dans le
premier Logogryphe, Provence , Rien, Ocre,
Vice , lo , Devoir , Eperon , Nid , Corde ,
Epine. Dans le second , Incarnat , Nation,
Taon , Cor , Roc , Aaron , Caton , Canon.
Dans le troisième, Louis, Lin, Simon , Sinon,
Milon, Minos. Et dans le quatrième , Orcus
Procus, Porus , Corpus , Crus, Corus, Rus , &
Ros.
sont
Les Mots de l'Enigme & des Logogryphes
du second Volume de Juin
'Ombre , Framboise , Jerusalem , Virtus , Carolus
, & Veritas . On trouve dans le second
Logogryphe , Re , Mi , La , Elie , Samuel ,
Ire, Rime, Ami, Raïe , Merle, Mule, Maur,
Marie , Laver , Semer , Suer , Limer, Aimer,
Vêler , Jaser , Saler , Elire , Luire , Salir
Saluer Lier , Mêler , User , Amuser ,
Mier. Dans le troisième , Vir , Tus , de
,
l'EnJUILLET
. 1739 1591
Encens , qui s'écrit souvent sans h , Virus ;
& Irus. Dans le quatrième , Caro , Olus ,
Lucas , Lusca , Acus , Colus , Carus. Et
dans le cinquième , Ver , Ita, Vir , Vis, Vas,
& Vitá.
****************
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Ce Livre eft divisé en quinze Titres , qui
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finis de la matiere qui en fait l'objet ; l'ordre
Chronologique y eft obfervé depuis les
temps les plus reculés de l'Antiquité jusqu'à
présent.
Chaque Titre est distribué en autant de
Chapitres , de Sections , & de Paragraphes,
qu'il a été nécessaire de faire de divisions &
F iiij.
de
1594 MERCURE DE FRANCE
de subdivisions pour l'intelligence de la matiere
, & pour l'aplication exacte des Reglemens
sur chaque partie.
Le premier Titre contient le Traité des
Bâtimens : l'Auteur parle d'abord de l'origine
& du progrès de l'Architecture dans les principales
Nations ; après quoi , il établit ce qui
s'observe pour la largeur & l'allignement
des Ruës , ce qui interesse l'entretenement
des Temples ou des Eglises destinés au Service
Divin , les Privileges de ces Lieux Saints ,'
ceux des Maisons Royales , & des Edifices
publics. De-là il passe aux Regles concernant
les Bâtimens particuliers , où il comprend
tout ce qui regarde les materiaux
qu'on y employe , les Entrepreneurs , les
Maîtres & les Ouvriers qui y travaillent ; les
Jurés - Architectes - Bourgeois , les Maîtres
Généraux des Bâtimens , leur pouvoir , leurs
fonctions , & tout ce qui dépend de la Jurisdiction
de la Maçonnerie
.
La construction des Bâtimens conduit
l'Auteur à parler des Incendies , & il détaille
toutes les précautions que la Police
prend contre les dangers du feu ; les remedes
& les prompts secours qu'elle aporte
quand ces malheurs arrivent ; comme elle
pourvoit à la sûreté des Effets qui échapent
au feu , & les moyens qu'elle employe pour
soulager & secourir ceux qui ont perdu leur
Bien dans l'Incendie.
Après
" JUILLET. 1739. I525
Après les Bâtimens , la plus grande beauté
d'une Ville consiste dans le pavé & le netoyement
des Ruës ; on est entré dans tout
le détail de ces deux parties, l'Auteur l'a jugé
extrêmement nécessaire , tant par l'utilité
que Paris & les bonnes Villes du Royaume
peuvent en retirer , que par raport à l'Etranger
; les plus fameuses Villes de l'Europe
recherchant avec soin les Reglemens qui ont
été faits , en ce genre de Police , pour la Ville
de Paris.
La liberté & la commodité de la voye pu
blique font un autre objet , où l'on a compris
tout ce qui regarde les Saillies , les Etalages
, & les obstacles de toute nature , capables
de causer de l'embarras ou de la difformité
dans les Ruës , & de les rendre moins
sûres , ou moins commodes .
On a compris sous un Titre particulier
toutes les autres parties de l'Embellissement
& de la Décoration publique ; c'est - à-dire ,
tout ce qui concerne les Places vagues , les
Maisons en ruine & inhabitables ; les Ponts,
les Ports , les Abreuvoirs , les Halles , les
Marchés , les Fontaines & les Egoûts , sans
oublier les Places publiques , ni les Monumens
qui y sont érigés à la gloire du Souve
rain , & à l'honneur de la Nation.
L'Auteur faisant voir ensuite de quelle con
sequence il est de fixer une Ville dans des
Fy bornes
1596 MERCURE DE FRANCE
bornes convenables , parle des accroissemens
de Paris sous l'heureux Regne du Roy , & if
donne à cette occasion une suite de la Description
Historique & Topographique de
Paris , à laquelle il a joint un Plan exact de
la Ville & des Fauxbourgs , & un état des
nouvelles Bornes que Sa Majesté y a fait pofer
avec tant de soin & de dépense ; le Plan
est sans contredit le plus exact & le mieux
executé qui ait paru jusqu'à préfent.
Les Voitures de loüage dans les grandes
Villes étant devenuës d'une nécessité presque
indispensable , soit pour la suite des affaires,
soit pour le plaisir & pour la commodité
on raporte tous les établiffemens des Carosses
à l'heure , des Carosses de Remise ; des
Chaifes à bras , & des Chaifes roulantes ; on
y a joint les Bateliers Paffeurs- d'eau , les Bateliers
dits Bachoteurs , & les Charretiers 1
y comprenant aussi les Voitures pour la suite
de la Cour ; & sur tous ces Articles , on a eu
soin de ne rien omettre par raport aux
obligations des Maîtres de ces Voitures , &
aux devoirs de ceux qui sont employés à les
conduire.

Après l'examen exact de tout ce qui peutconcourir
à la beauté & à la commodité de-
F'interieur des Villes l'Auteur sort , pour
ainsi dire , de leur enceinte , pour considerer
les Grands-Chemins , nommés par distinc-
,
tion
JUILLET. 1739. 1597
tion , Chemins Royaux , & sans négliger ceux
de moindre distinction ; il fait voir combient
il est néceffaire de conserver ceux -là dans
leur largeur , de les entretenir solides & bienpavés
, d'empêcher les Proprietaires des Héritages
voisins d'en récreffir le paffage , de les
encombrer ou embarraſſer : il établit en même
temps tout ce qui regarde la construction
des Chemins , leurs réparations , les
fonds qu'on y employe , d'où ils provien
nent , & la difcipline que doivent obferver
les Entrepreneurs & les Ouvriers qui y travaillent.
On passé ensuite aux Postes & au Mèssageries
de France, & l'on fait voir que ces
Etablissemens sont superieurs à tout ce qu'on
a fait en ce genre , dans tous les temps ,
même chés les Romains & que nos Rois
les ont bien moins formés & soûtenus pour
leur service , que pour l'utilité commune ,
par la facilité qu'il y a d'en user en tout
temps & entoute occasion pour les affaires
publiques, & particulieres de la Religion , de
la Justice , de la Guerre , de la Finance &
du Commerce , de même que pour les besoins
& les agrémens de la societé ; on dévelope
avec soin la forme de cette adminis
tration , qui n'avoit point encore été traitée:
avec ordre ; on n'a omis aucune des regles
qui interessent le service des Postes , aussi
E vj biem
2.
1598 MERCURE DE FRANCE
bien que les Coches ou Carosses , les Car
rioles , & les Charettes ou Chariots , éta
blis pour la commodité des Voyageurs ,
& pour le transport des marchandises , l'exactitude
du départ de ces Voitures aux
jours & aux heures prescrits ; la taxe &
l'ordre des Places , les Regiftres que doivent
tenir les Maîtres des Voitures , & ce qu'ils
sont tenus de faire observer à leurs Cochers ,
Voituriers , Roulliers & Charretiers, pour la
sûreté des Personnes & de leurs Effets ,
afin que le Public soit bien & exactement
servi .
Le Traité de la Jurisdiction de la Voirie
termine ce Volume. Divers Tribunaux prétendent
depuis long- temps avoir le Droit
exclusif d'en connoître , & de-là sont sorties
des contestations sans nombre , sur lesquel
les il y a eu quantité de Reglemens , tant du
Conseil du Roy , que des Parlemens ; mais
il n'y en a point encore assés,pour mettre fin
aux conflits , & pour faire cesser la division
dans cette partie de la Justice ; c'est pourquoi
l'Auteur a pris ce temperamment de
donner à chaque Jurisdiction ce qui lui
apartient suivant les Loix & les Reglemens.
Pour le faire avec ordre , il commence par
établir quelle est la nature du Droit de Voirie
, & cela conformément aux plus anciens
Titres,auxTextes des Coûtumes,& aux témoi
gnages
JUILLET. 1739. 1599
gnages des plus graves Auteurs; après quoi il
recherche tout ce qui peut conduire à connoître
si c'est un Droit Royal, s'il apartient dans
toute son étendue au seul Souverain , s'il
peut être transferé à des Seigneurs particuliers
, si c'est un Droit Féodal , ou un Droit
de Justice , si la Voirie fait partie de la Police
générale, ou si on doit la regarder comme
une Justice distincte & séparée. A cette occasion
il examine les anciennes prétentions
du voyer de Paris , il difcute les premiers.
Titres de cet Officier , il le prend dès son
Etablissement connu , & il le suit dans ses
Droits & dans son Exercice , jusqu'à la réünion
de sa Charge à celle de Grand Voyer
de France , dont il raporte , avec le même.
scrupule , les Prérogatives & les Attributions
: il montre ensuite comment les Offices
de Grand- Voyer , & de Voyer particulier ont
été unis aux Charges de Trésoriers de France
; en quel temps ils ont eu la Jurisdiction
contentieuse de la Police de la Voirie , & il
établit que les Apels de leurs Ordonnances
sur le Fait de la Direction de la Voirie , ne
doivent être relevés qu'au Conseil du Roy.
L'Auteur ne s'est point borné à la seule manutention
de la Voirie, il a recueilli tous les
Titres & tous les Reglemens propres & particuliers
aux Jurisdictions qui en connoissent
, & il en a fait un Recueil divisé en autant
1600 MERCURE DE FRANCE
tant de Chapitres qu'il y a de Tribunaux ,
qui contestent entre eux cette competence.
Ainsi les Juges ordinaires , ceux de Police
les Trésoriers de France , les Hauts- Justiciers
, & les Officiers municipaux y trouveront
tout ce qui peut servir à justifier la
possession où ils sont de connoître de la
Voiric.
Pour remplir ce dessein , l'Auteur a tiré
des Registres du Parlement , de la Chambre
des Comptes , du Trésor des Chartres de
France , des anciens Livres du Châtelet , des
Manuscrits qui sont dans les Bibliotheques ,
de tous les Recueils de Capitulaires , d'Ordormances
, de Reglemens , & d'anciennes
Formules , & de tous les Auteurs qui ont
écrit du Droit public , tout ce qui a été faic
sur cette matiere depuis la naissance de la
Monarchie jusqu'à présent.
Il y a joint les Loix des plus célebres Monarchies
, ou Républiques de l'Antiquité, &
il observe ce qu'elles ont de conforme ou de
contraire à nos usages.
Les Dissertations qui accompagnent tout
cet Ouvrage , & qui s'y trouvent sur chaque
matiere , sont remplies de Faits historiques &
curieux , & d'Observations , qui facilitent
aux Lecteurs l'intelligence des Loix , en expliquent
les motifs , en font voir la nécessité
ou l'utilité , & rendent raison de leurs variations
JUILLET. 1739. 1602
tions , ou contrarietés , selon les differentes
circonstances des temps & des lieux.
L'Auteur a repris la continuation du Traité
de la Police , où M. Delamare l'a discon
tinué , mais ce dernier Volume n'a pas seu
lement l'avantage d'être placé à la suite de
cet excellent Ouvrage ; comme il traite uni
quement de la Voirie , & de l'Edilité , ceux
qui sont chargés de cette administration
peuvent l'avoir séparément , parce que c'est
un Traité complet de cette matiere .
HISTOIRE DU CrEL , consideré sea
lon les idées des Poëtes , des Philosophes &
de Moyse , &c. 2. Volumes in- 12. AParis ,
chés la veuve Etienne , ruë S. Jacques , à la
Vertu M. D'CC. XXXIX.
2
L'intention générale de l'Histoire du Ciel
se déclare dabord par le Frontispice. Dans
une très- jolie Estampe , dessinée & gravée
par M. le Bas , on voit le Philosophe Démo
crite , retiré dans les Tombeaux d'Abdére
& fort occupé à tracer les figures des affaissemens
par lesquels il s'imagine que les Atômes
se sont raprochés & ont formé le Monde.
Un Bourgeois d'Abdére , blessé par l'in
utilité de cette étude , prend une Ardoise
qui s'est détachée d'un Tombeau , & y écrie
ces paroles :
Démocrite , à quoi penses-tu ? l'Homme n'est
Ras.
1302 MERCURE DE FRANCE
pas fait pour construire la Terre , mais pour la
cultiver. Les Laboureurs & les Passans qui
lisent ou entendent lire cette Epigramme
, se moquent du Philosophe. L'un hausse
les épaules ; l'autre éclatte de rire ; tous.
sentent que nous avons reçû assés d'intelligence
pour regler notre travail & nos moeurs;
mais que nous avons peu de lumieres sur ce
qui n'a pas été confié à nos soins , ni soumis
à notre gouvernement.
Ce principe si conforme à la sagesse de
Dieu, & à l'expérience que nous faisons de sa
conduite , ne paroît guere suivi dans les
Etudes ordinaires . On s'y occupe peu du
possible , du nécessaire & de l'usuel , mais
on y fait , avec apareil , des recherches pénibles
pour expliquer ce qui nous passe ; &
c'est pour ramener les Etudes des jeunes gens
à leur véritable objet , que l'Auteur entreprend
de leur faire connoître les bornes & la.
portée de leur esprit sur la plus curieuse de.
toutes les questions. Il n'y a personne qui ne
souhaite naturellement, de sçavoir quelle est
l'origine du Monde , comment le Ĉiel & la
Terre ont été construits , quelles sont les in-.
fluences du Ciel sur la Terre , & quelle est
la composition intime de tous ces differens .
corps,
Pour réunir sur cette matiere importante.
ce qu'il est possible d'en sçavoir , l'Auteur
commence
JUILLET. 1739 1603
commence par examiner ce que les plus
beaux génies de l'Antiquité Payenne nous
en ont apris dans les Ecrits qui nous restent.
Il examine ensuite les opinions des Philosophes
des differens âges , sur la structure du
Monde. Il compare en dernier lieu ce que
notre propre expérience nous en aprend ,'
avec ce que les Livres Saints nous en disent.
Il est vrai que les Payens ont converti en
autant de Fables ce qu'ils avoient apris de
leurs Peres sur les mouvemens du Ciel & sur
ses raports avec la Terre ; mais l'Auteur , en
recherchant l'origine de ces contes bizares
découvre une foule de témoignages rendus
par l'Antiquité Payenne , à la vérité de l'Histoire
du Genre Humain & de la Création ;
telle que Moyse nous la raporte. Il est bien
éloigné de penser que les Payens ayent imaginé
leurs Fables d'après les differens traits
raportés dans les Livres Saints , Livres dont
les Payens n'avoient aucune connoissance ;
mais il démontre que tout le Paganisme est
une altération sensible des vérités primitives
& des Coûtumes transmises aux Hébreux &
à toutes les Familles de l'Univers par les Enfans
de Noé.
Tout son premier Tome tend à faire voir,
1º. que les principales Coûtumes de l'Idolatrie
étoient innocentes dans leur origine , &
les mêmes que celles des Hébreux , parcequ'elles
1664 MERCURE DE FRANCE
>
qu'elles couloient de la même source }
relatives au culte du même Dieu &
fondées sur les mêmes esperances. 2°. Que
les figures bizarres que les Idolâtres ont honorées
comme des Dieux , n'étoient dans
leur institution que des Symboles ou des Signes
populaires , destinés à regler l'ordre des
Fêtes & des travaux; mais qu'elles furent prises
dans la suite pour ce qu'elles présentoient
à l'oeil , & converties en autant de Divinités ,
dispersées dans les differentes parties du Ciel.
L'Explication donnée par quelques Anciens
aux Signes de l'Ecrevisse , du Capricorne
& de la Vierge , lui donne lieu de fai
re voir que tous les Signes du Zodiaque sont
des figures Symboliques , destinées à faire
entendre aux Peuples ce qui se pratiquoit
dans la Societé , à mesure que le Soleil pas→
soit sous chacun de ces Signes. Il démontre
que ces Signes sont plus anciens que la
Colonie des Egyptiens , d'où il sait qu'ils
sont d'un établissement antérieur à la disper
sion des Enfans de Noé. Tel est le premier
échantillon des Symboles employés par les
premiers Hommes, pour se regler entre eux,
lorsque notre Ecriture courante n'étoit pas
encore inventée. Par le moyen de ces Figures
& de bien d'autres d'un goût semblable, qui
étoient publiquement exposées en Egypte ,
pour avertir les Habitans , soit du moment
précis
JUILLE T. 1739 1609
précis où le Nilse débordoit, soit du cours du
Soleil , ou de l'ordre des Fêtes , & de la sui
te des travaux rustiques ; l'Auteur fait voir
que les Anciens annonçoient au Peuple tout
ce qui l'interessoit , en plaçant dans les Assemblées
certaines Figures Symboliques, qui
étoient comme autant d'Affiches ou de Si
gnes , dont le sens étoit connu.
>
Ainsi pour faire entendre aux Egyptiens
que la brillante Etoile , nommée la Canicule
, commençoit à se montrer le matin , &
qu'il étoit temps de se retirer avec des provisions
sur des Terrasses elevées , pour s'y
garantir du débordement qui suivoit de près
le lever de cet Astre , on plaçoit dans l'Assemblée
la Figure d'Anubis , c'est - à- dire ,
d'un Donneur d'avis. C'étoit un homme qui
faisoit un signe de la main droite , & à qui
on donnoit la tête & le nom de l'Animal fidele
, qui avertit la Famille des aproches du
voleur. On lui mettoit des aîles aux pieds ,
pour annoncer le besoin d'une prompte retraite,
une marmite au bras, pour marquer le
besoin de provisions , & une perche à la
main , pour avertir d'observer la profondeur
de l'eau , d'où dépendoit le salut de l'E
gypte.
La Sphinx , composée d'un corps de Lion
couché, & d'une tête , de jeune fille , se plaçoit
sur un therme d'uneha uteur déterminée !
pour
170 MERCURE DE FRANCE

pour marquer l'élevation précise qu'il falloit
donner aux Terrasses & pour avertir le
Peuple de demeurer en repos tout le temps
que le Soleil mettroit à parcourir les Signes
du Lion & de la Vierge. Differens Oiseaux
signifioient les differens vents dont il falloit
observer le retour, pour regler certaines Opérations
communes , telles que l'Arpentage
des terres, après la retraite des Eaux , les Semailles
, la culture des Légumes , & c.
L'extrême simplicité de ces premieres Explications
, conduit l'Auteur à examiner le
sens du Soleil , ou du Cercle qu'on voit sur
tant de Figures Egyptiennes. Il montre que
c'est le Symbole de Dieu ; que le Serpent
qu'on y joignoit ordinairement , & qu'on
nommoit EVA, servoit à peindre la vie; qu'un
Conducteur , armé d'un foüet ou d'un Sceptre
, étoit le Symbole du Soleil ou de l'année
qui regle la Nature ; qu'une Mere féconde
, portant differens feuillages , selon les
saisons , avec un Sistre ou un Inftrument de
réjouiffance , étoit le Symbole de la Terre &
des Fêtes qu'on célebroit en chaque saison ,
pour remercier Dieu des productions de la
Terre ; que le Croiffant de Lune , posé sur
la tête de cette Femme , étoit l'annonce de
la Fête de la nouvelle Lune , & c. Que cette
Femme avec une faucille , annonçoit la Fête
du commencement des Moiffons ; avec un
grand
JUILLE T. 1739. 1607
grand Poisson , la Pêche de la fin de l'hyver;
avec une Corne de Chevre sauvage , d'où
sortent des Epis , des Fruits & des Pavots ,
l'abondance & le repos dont on jouit après
toutes les récoltes , à l'entrée de l'hyver.
A l'aide de ces premiers traits & d'une
foule d'autres , que nous ne pouvons raporter
, le Lecteur aperçoit tout d'un coup que
ces Figures , qui n'étoient que des Lettres
des Ecriteaux , ou des Enseignes , propres
avertir le Peuple , sont devenus des Dieux ,
qui on été diftribués dans tous les Aftres &
dans les differentes parties du Ciel & de la
Terre. On a peine à concevoir comment
l'esprit de l'homme s'eft porté jusqu'à cet
égarement. On demande quelle eft l'origine.
de cette étrange méprise.
L'Auteur démontre que c'eft l'ouvrage de
la cupidité & de l'ignorance ; que les Egyp
tiens & tous les Peuples qui imitoient leurs
Usages, plus sensibles aux biens terreftres &
au plaisir , qu'à la juftice , négligerent dans
leurs Fêtes , les leçons de Religion & les
avis de toute espece qu'on leur donnoit
par ces Figures , que l'introduction de
l'Ecriture courante aida encore à faire négliger
le sens de la Symbolique , qui se conferva
dans le cérémonial des Fêtes.
Que les Figures d'Hommes , de Femmes
d'Oiseaux,de Feuillages, de Serpens & d'autres
608 MERCURE DE FRANCE
tres Animaux , furent peu à peu prises gros
sierement pour ce qu'elles présentoient à
l'oeil, qu'on prit Osiris , surmonté d'un Cercle
Solaire , pour un homme qui habitoit
dans le Soleil ; qu'Isis , avec son Croiffant ,
fut prise pour une femme qui faisoit sa résidence
dans la Lunes qu'Anubis , ou le Donneur
d'avis , fut pris pour le Meffager , qui
étoit chargé de signifier leurs ordres ; que
tes Oiseaux avoient auffi commiffion d'aprendre
aux Hommes tout ce qui les interessoit.
De- là l'Idolâtrie , la Divination , les
Augures , & toutes les folies du Paganisme.
L'Auteur entre ici dans un détail interessant.
Chaque page présente une agréable
nouveauté ; & , quoiqu'il ne donne ses pensées
que pour
des conjectures , elles se trouvent
tellement liées & si conformes au sens
naturel de tous les noms des Dieux , qu'il en
résulte une démonstration satisfaisante . L'avantage
qui revient de cette Explication du
Ciel Poëtique , n'est
seulement de pouvoir
enfin rapeller à une origine fort simple
tous ces Dieux & ces Usages si étranges, que
nous trouvons à chaque pas dans les Auteurs
Payens ; mais c'est spécialement de voir que
les idées & les pratiques des Anciens avant
l'introduction de l'Idolâtrie , sont précisément
les mêmes qu'avoient les Enfans de
Noé & les premiers Patriarches ; ce qui donpas
ne
JUILLET. 1739 : 1609
ne une grande idée des Livres de Moyse:
Dans la discuffion que le sçavant Auteur
fait ensuite des differens Systêmes des Philo,
sophes sur l'origine réelle ou possible de lá
Terre & des Cieux , il prouve que tous se
réunissent en un point , qui eft de dire, que
le Monde eft composé d'une matiere com
mune , ou éternellement préexiftante , ou
sortie des mains de Dieu. Tous les Philosophes
, & ensuite les Athées , en contrefaisant
les Philosophes , ont dit qu'une matiere muë
suffisoit pour produire le Monde. M. Pluche
et bien éloigné de penser que nos
grands Philosophes ayent voulu favoriser
PAthéisme.
Mais si l'on démontre à un Athée qui croit
l'éternité de la matiere & du mouvement ,
que la matiere , muë d'une façon générale
, ne peut produire ni un Monde , ni un
grain de Métal déterminé , l'Athéïsme eſt
sans reſſource , on lui enleve l'unique principe
qu'il ait de tout temps effayé de faire valoir.
Or c'est ce qu'on entreprend ici , & on détruit
ce principe imaginaire , non par des raisonnemens
, mais par des Expériences , d'où
il résulte , non seulement contre les Athées ,
mais contre les hypotheses des Philosophes ,
qu'il n'y a point de matiere premiere , qu'il
'y a non plus de matiere en général , que
d'esprit
1610 MERCURE DE FRANCE
'd'esprit en général ; que si Dieu créoit des
Esprits , ce seroit des intelligences Angéliques
ou humaines , & non des Esprits indéterminés
; que, s'il crée un corps, c'eſt un tel
corps , & non un corps en général , qui n'eſt
qu'une pensée ou une idée abstraite ; qu'à la
vérité , les corps mêlangés & les corps organisés
sont composés de differens Elemens ,
qui s'uniffent & se séparent , mais que ces
Elemens , comme l'Eau , l'Air, le Sel , le Feu,
chaque Métal , le Sable , la Terre , &c . sont
des corps invariables en leur nature , que le
mouvement n'a pû les convertir de matiere
premiere en matiere d'une telle nature , puis- '
qu'aucun mouvement imaginable ne peut
changer un grain de fer en autre chose qu'à
ce qu'il eft , ni produire un grain d'or où il
n'y en avoit point , que le mouvement peut
entretenir le Monde , & en varier la Scene ;
mais qu'il n'a pû le former , ni y rien produire
de nouveau ; que c'eft donc un conseil,
une intention déterminée & non un mouvement
qui a fait éclore chaque chose. Il suit
encore des Expériences raportées par l'Auteur
, que le nombre des especes d'Elemens.
eft déterminé & indeftructible dans la nature
, que le nombre des especes organisées eft
également déterminé , ensorte que les Monstres
sont tous sans fécondité , parce que cette
fécondité détruiroit les especes primitives ,
qui
JUILLE T. 1739. 1611
le
qui sont invariables , comme la volonté de
celui qui les a faites . Par - là il se trouve démontré
que la poffibilité d'un Monde provenu
d'une matiere miſe en mouvement d'une
façon générale , & tourbillonnant tant qu'on
voudra , eft une idée infoûtenable
, que
plus petit grain d'or, comme les délinéamens
d'un Moucheron dans fon oeuf, ont befoin
d'une création fpéciale ; & que dans la nature
, le tout & les parties font l'ouvrage d'autant
d'intentions qui leur ont affigné leur
être , leur nature , leur liaifon & leurs fonctions.
On ne comprend rien à ce qu'établiffent
les Philofophes , quand ils veulent conftruire
le Monde par des affaiffemens , par des
tourbillons , ou par des attractions , parce
qu'on fent bien qu'un mouvement général ,
qui ne peut former les délinéamens d'un
poulet, ne peut pas, à plus forte raiſon, organifer
l'Univers. D'ailleurs il eft clair que ces
hypothéfes générales font une pure perte de
temps , puifque le Monde eft fait , & que
Dieu ne nous a donné des lumieres que pour
les chofes qu'il nous a chargés de faire ou de
gouverner. Mais comme il nous invite par
des présens perpétuels à une perpétuelle reconnoiffance
, & à une continuelle activité
il nous a rendus très- clair- voyans fur fes intentions
& fur l'uſage de fes dons. Ainsi no-
Gret
1612 MERCURE DE FRANCE
tre vraye Physique eft de connoître notre
deftination & la portée de notre esprit , de
faire des tentatives , d'étudier la correspondance
de tous les Etres qui nous environnent
, avec nos besoins , & d'en faire valoir
les services pour le profit de la Societé . Cette
Physique, dont l'excellence eft démontrée
par une Expérience de six mille ans , eft précisément
la Physique de Moyse , qui affigne
la création de chaque Elément & de chaque
espece organisées, à autant de volontés spa
ciales , & qui fait consifter le sçavoir de
l'homme , non à étudier la nature de ce qui
l'environne , mais à mettre en oeuvre ce que
Dieu a fait pour lui,
C'eft ainsi
nsi que que M. Pluche a sçû tirer admirablement
bien des Belles Lettres & de la
Philosophie , ce qui étoit le plus capable de
donner aux jeunes gens une vénération profonde
pour les Livres Saints , & pour leur inculquer
même avant qu'ils les ayent lûs , les
premieres vérités de la Révélation. Il finit
par quelques Reflexions très- mesurées , mais
intereffantes , sur les inconvéniens qu'il se- .
roit à desirer qu'on évitât dans la méthode
d'enseigner les Humanités & la Philosophie .
Il n'eft pas étonnant, au refte, que la Cour, la
Ville & la Province , faffent un si bon accueil
à un Auteur qui joint partout la plus grande
modération aux vûës les plus nobles & les
plus
JUILLET. 1739. 1613
plus Chrétiennes. On ne pouvoit faire au Public
un plus beau , ni un plus riche Présent.
LE SIEGE DE CALAIS, Nouvelle Historique
, seconde Edition , en 2. vol. in- 12 .
Le premier de 270. pages , & le second de
282. A la Haye , chés Jean Neaulme, 1739 .
PIECES qui ont remporté le Prix de l'Académie
Royale des Sciences en 1738. selon
la Fondation faite par M. Roüillé de Meslay,
ancien Conseiller au Parlement. A Paris
de l'Imprimerie
Royale, 1739. volume in-4°.
de 217. pages.
L'IMITATION DE J. C. en Vers François
, par Pierre Corneille. A Paris , 1739 .
in- 12 . avec figures . Prix 2. livres ro. sols
reliée ; chés Cavelier , ruë S. Jacques.
LETTRE d'un Médecin à un de ses Amis
de Province , touchant le Remede de M.
Charbonniere. Avec le Jugement de la Faculté
de Médecine de Paris , sur ce Remede.
Brochure in- 12 . de 45. pages , sans date &
sans nom de Ville , ni d'Imprimeur. "
On vient d'achever au Louvre , l'Impression
des deux premiers Volumes du Catalogue
de la Bibliotheque du Roy , & on com
Gij mencera .
1614 MERCURE DE FRANCE
mencera à les débiter vers le 15. du mois
prochain. Ce sont deux in folio , dont l'un
eft pour les Livres imprimés , & l'autre pour
les Manuscrits. Celui des Imprimés comprend
les Textes & les Versions de l'Ecritu
re Sainte , les Interpretes & les Commenta--
reurs , les Liturgies, les Conciles & les Peres
de l'Eglise. L'autre contient le Titre & la
Notice des Manuscrits Hébreux , Samaritains
, Coptes, Egyptiens , Arméniens , Arabes
, Persiens , Turcs , Chinois , Tartares ,
Siamois , & Indiens . On a mis à la tête du
Catalogue des Livres imprimés , un Mémoire
Hiftorique sur la Bibliotheque du Roy.
Le troisiéme & le quatriéme volume sont
sous la Preffe,
JEAN DEBURE , l'aîné , Libraire , Quai
des Auguftins , va inceffamment débiter les
Coûtumes Générales d'Artois , avec les Notes ,
revûës & augmentées par M. Adrien Maillart,
Avocat au Parlement, seconde Edition,
in-folio . Paris 1739. deux Volumes, Cet Ouvrage
,
dont le Commentaire eft extrémement
curieux , tant pour le Droit , que pour
P'Hiftoire , avoit déja parû en 1704. en un
volume in-4°. mais 35. ans de nouvelles Ob
servations sur le cours du Palais , ont rendu
cet Ouvrage très - considerable , & même capital
, en ce qu'il ne contient pas seulement
un
JUILLET. 1739 1615
an Commentaire simple sur la Coûtume de la
Province d'Artois , mais encore un parallele
des autres Coûtumes du Royaume , avec celles
de cette Province,& même un Examen des
Queſtions des Coûtumes avec le Droit Ecrit.
Il y a bien des choses particulieres dans cet
Ouvrage ; outre le Commentaire de Gosson
sur une partie de cette Coûtume , & les Notes
des célebres Charles du Moulin , & François
Bauduin , son Eleve ; l'un & l'autre du
XVI. siecle , M. Maillart y a joint ce que la
Jurisprudence du Royaume a fourni depuis
le temps de ces trois illuftres Ecrivains .
Cette Edition eft enrichie de bien des choses
singulieres. La Chronologie des Rois de
France , auffi bien que celles des Souverains
des Pays - Bas , & des Comtes d'Artois, qui se
trouvoient dans la premiere Edition de cette
Coûtume , ont été fort amplifiées , rectifiées,
& même juftifiées sur les anciennes Chartes,
tant de la Province que du Royaume ; ce
qui rend cet Ouvrage précieux à tous ceux
qui aiment notre Hiſtoire.
On voit ici , pour la premiere fois , les anciens
Usages d'Artois, compilés au commencement
du XIV. siecle , & tirés d'un Manuscrit
de la Bibliotheque du Roy. Cet Ouvra→
ge
reffemble affés aux Etablissemens de Saint
Louis,& au Conseil de Pierre de Fontaine,imprimés
à la fin de l'Hiftoire de S. Louis , de
G iij
M.
1616 MERCURE DE FRANCE
M. du Cange , in-folio , en 1668. ou même
si l'on veut aux Coûtumes de Beauvoisis , rédigées
à la fin du XIII. siecle , & imprimées
en, 1690. sur les Manuscrits , par le sçavant
M. de la Thaumaffierc.
>
Enfin , pour rendre cet Ouvrage plus complet
, M. Maillart y ajoûte une Carte du Ressort
du Conseil Provincial d' Artois , & de ses
Environs , dreffée sur les meilleurs Mémoires
& accompagnée d'un Indice Corographique
, non-seulement de l'Artois , mais
encore des Pays limitrophes ; Indice raporté
aux Carrés qui partagent cette Carte , & par
le moyen desquels on peut aisément trouver .
tous les Endroits qu'elle contient.
LETTRE sur le Bureau Typographique.
Yant vû , Monsieur , par l'expérience
A de plusieurs Ecoles de Paris , & par
les curieuses Relations de votre Journal ,
que la Méthode Interlineaire du Bureau Typographique,
étoit la meilleure pour les prémiers
Elemens de la Version & de la Composition
, & que cette maniere d'enseigner
étoit plus proportionnée à la portée des Enfans
, que ne l'eft la Méthode ordinaire , j'ai
crû en devoir faire usage dans ma Pension ;
rue des Cherbonniers , Fauxbourg S. Marcel,
où j'ai un Jardin près de celui du Val - de-
Grace. Je me flatte , Monsieur , qu'amateur
dut
JUILLET . 1739. 1617
du bien public, vous voudrez bien lui faire
part de cette Nouvelle Litteraire & Pédagogique
, afin que les Parens bien intentionnés
qui souhaiteront avoir la commodité de pouvoir
mettre leurs Enfans dans des Pensions
à Jardin & en bon air , suivant le Systême
du Bureau Typographique , & dans Paris
même , soient instruits de l'Avis que je
prends la liberté de vous donner , en vous
assurant que je suis , & c.
RENOU , Maître ès Arts .
Aprouvé de l'Université.
M. Guillemain , Ordinaire de la Musique
de la Chapelle & de la Chambre du Roy , a
mis au jour depuis quelques mois , un quatriéme
Ouvrage de Musique , qui a pour ti
tre : Sonates à deux Violons sans Basse , que
le Public a reçû favorablement. Comme ses
Sonates ne sont faites précisément que pour
deux Violons , étant mêlées de doubles Cordes
, l'Auteur , par reconnoiffance , vient de
donner un cinquiéme Ouvrage dans le même
genre , qui differe de l'autre , en ce qu'il
pourra s'executer par deux Flûtes traversiede
même que par deux Violons . Il espere
que ces Sonates n'auront pas moins de
succès que les précédentes , étant à la portée
des personnes plus ou moins habiles. Il se
vend aux adresses ordinaires de la Musique.
Le prix est de 6. liv. G iiij
res ,
Une
7618 MERCURE DE FRANCE
Une Perfonne de pieté et de Lettres , prie ceux
qui sçavent quelques particularités au fujet de l'Histoire
du Calvaire , ou Mont- l'alerien , près de Paris
, de vouloir en faire part à l'Auteur du Mercure
, qui en rendra compte ; la raifon de fa Dénomination
de Mont Valerien , puis de Calvaire , &c.
les noms des Peintres & Sculpteurs qui ont travaillé
à tout ce qu'on voit dans les Chapelles , les
noms de ceux qui ont compofé les Explications des
Myfteres , &c. en Vers , & autres Particularités fur
ce fujet.
On écrit de Naples , que depuis la fin du
mois de May , il y paroît tous les jours une Comete
vers le Nord- Oueſt.
Les Lettres de Rome , de la fin de Juin , portent
que les Chaleurs font fi grandes dans toute l'Italie'
que plufieurs perfonnes en font mortes dans la
Campagne, en faisant la Mo ffon.
SUITE des Médailles du Roy.
La Médaille , dont on voit ici la Gravure , & qui
a été préſentée dans le temps à S. M. eſt ſur un fujet
des plus intereffans ; la Paix faite entre la France
& l'Empire. D'un côté eft le Portrait du Roy en
Bufte , avec la Légende ordinaire , LUD. XV . RBX
CHRISTIANISS . Et fur le Revers , une Bellonne
Françoise , ainsi caractériſée par fon habit , femé
de fleurs de Lys , debout à l'ombre d'un Palmier
préfente d'une main un Rameau d'Olivier , & tenant
de l'autre une Torche allumée , elle brûle un
Trophée de Guerre , avec cette Inscription . Pax
INITA CUM GERMANIS . Dans l'Exergue,
M. DCC . XXXVIII
Les
REX
AX
LUD.
CHRISTIANISS
.
PAX
INITA
CUM
GERMANIS
MD CCXXXVIII
Du Vivier in .etfeulp .
THE
NEW
YORK
!
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LEROK
AND
TILDEN
FOUNDATIONG
ib.
JUILLE T. 1739. 1619
Les Coins de la Tête & du Revers de cette Médaille
, font gravés par M. du Vivier , de l'Académie
Royale de Peinture.
T
Pierre-Charles Tremoliere , Peintre d'Histoire ,
natif de Cholet en Poitou , reçû Académicien le 25 .
May 1737. après avoir été agréé le 24. Mars 1736.
& élu Adjoint à Profeffeur le 6. Juillet fuivant
mourut à Paris , dans la 36. année de fon âge , le
11. May dernier. La douceur de fon caractere , fa
probité & la politeffe de fes moeurs , le feront regretter
de tous ceux qui l'ont connu. Né avec un
efprit jufte & délicat , tous fes Ouvrages s'en reffentirent
: il sçut allier aux graces de la compofition
, celles du Pinceau ; génie facile , Peintre aimable
, quels progrès n'auroit-il pas faits , fi une plus
longue carriere lui eût permis d'aprofondir les Mysteres
de son Art, & d'ajoûter aux dons de la Nature,
les secours de l'expérience & de l'étude ? Il étoit
le digne Eleve de M. Vanloo , l'aîné , & il devoit
beaucoup aux talens & au goût d'un illuftre Protec
teur , qui l'honoroit de fon amitié .
Le Same 4. de ce mois , il y eut une Affemblée
génerale à l'Académie Royale de Peinture & Sculp
eure , dans laquelle M. Oudri fut élú Adjoint à Pro
feffeur , à la place de M. Trémoliere , dont on
vient de parler.
y
L'Académie fe prépare à donner le Spectacle d'un
Salon au mois de Septembre prochain , pareil
à celui de l'année paffée , dans lequel le Public
pourra juger des travaux que les divers Membres
de l'Académie ont produits depuis un an..
GV ESTAM
1620 MERCURE DE FRANCE
ESTAMPES NOUVELLES.
L'Art de la Gravûre , qui a fait de fi heureux
progrès en France dans ces derniers temps , s'y foûtient
toujours glorieufement par les babiles Artiftes
qui le profeffent. On trouvera la preuve de cette
Remarque dans une nouvelle Eftampe eu hauteur ,
qui vient de paroître fous le titre de Marche Comi
que, parfaitement gravée par le Sr Ravenet , d'après
le Tableau de feu N. Pater. Elle fe vend chés le Sr
Ravenet , ruë de la Harpe , vis - à- vis la Sorbonne , &
ches le Sr le Bas , même ruë , vis - à - vis la ruë Percée.
On vend dans les mêmes Endroits , une grande
Eftampe en large , toute nouvelle , au moins auſſy .
propre que la précedente ; pour prouver à quel de.
gré de perfection nos habiles Artiſtes ont pouflé
P'Art du Burin . Ce fier Morceau , fous le titre de
Chaffe à l'Italienne , eft gravé par le Sr Philipe le
Bas , d'après le Tableau de Philipe Wauvermans ,
du Cabinet de M. du Pile. Cette Eftampe eft bien
digne de la Dédicace qu'on en a faite au Comte de
Caylus , Philipe de Tubiers , de Grimoard , de Pestel
, de Levi , Confeiller né d'Honneur au Parlement
de Toulouze , ci - devant Colonel d'un Régiment
de Dragons . L'Eftampe repréfente un trèsbeau
Payfage , avec ruines , & une Chaffe du Cerf
au milieu . Elle fait Pendant à une des plus belles
Eftampes qui foient forties des mains du S. le Bas ,
intitulée , le Pot au Lait , que nous avons annoncée
avec le jufte tribut d'éloges, qu'aucun Curieux ne lui
a refusés, dans le Mercure d'Avril dernier, pag. 767%
La Suite des Portraits des Grands Hommes , &
des Perfonnes Illuftres dans les Arts & dans les
Sciences , continue de paroître avec succès chés
Odieuvre
JUILLET. 1739 1621
Odieuvre , Marchand d'Eſtampes , Quai de l'Ecole :
il vient de mettre en vente
CLOTAIRE I. VIIe. Roy de France , mort à
Compiegne en 561. âgé de 64. ans , après deux ans
de Regne fur toute la France , deffiné par A. Boizot
, gravé par G. Duchange.
ANNE- ANTOINETTE-CHRISTINE SOMIS , Epouse
de Carle Vanloo , Peintre du Roy , née à Turin ,
peinte par Vanloo , fils , & gravée par C. Dupuis.
LETTRE écrite à M. D. L. R. le 3 r .
Juillet 1739. au sujet du Remede de Mlle
Stephens , pour la Pierre..
MONSIEUR ,
Le Remede de Mlle Stephens , pour la Pierre & læ
Gravelle , a trop fait de bruit en Angleterre , pour
ne pas mériter l'attention des François. Le Parlement
d'Angleterre a acheté ce Remede & l'a rendu
public , mais il avoit d'abord été proposé par fouscription
, & depuis le 1r. Avril 1738. jusqu'au 24.
Février 1739. les Contributions étoient montées à la
fomme de 1387. livres 13. fols fterlings, c'eft à-dire
environ 31915. livres 19. fols , argent de France ,
& le nombre des Contribuans qui ont fourni cette
fomme , a été de 189. parmi lesquels fe trouvent
des Médecins diftingués , des Chirurgiens célebres
& plusieurs Membres de la Societé Royale de Londres.
11

Avant que ce Remede fût public , il parut à Londres
des Ouvrages qui lui font très- favorables . En
1738. M. David Hartley , publia un Recueil de dix
Observations , & ces Observations prouvent que les
Remedes de Mlle Stephens ont diffous la Pierre , au
G vj moins
1622 MERCURE DE FRANCE
moins en partie , dans ceux qui les ont pris , & qué
d'ailleurs ils ne font pas préjudiciables à la fanté .
9
Le témoignage du Docteur Hartley , mérite d'autant
plus de confiance , que l'Ouvrage eft précedé
d'un Avertiffement dans lequel l'Auteur nous
aprend qu'il a pris lui-même les Remedes de Mlle
Stephens pour des simptômes de la Pierre dans la
veffie & pour quelques foupçons de la Pierre dans
les reins.
Au mois de Mars 1739. le même M. Hartley a
donné un Ouvrage in- 8 ° . de 204. pages , fous le
titre de Nouvelle Expofition des preuves pour contre
les Remedes de Mlle Stephens , pour diffondre la Pierre
, contenant 155. Cas fur cette matiere , avec quelques
Experiences & inftructions . Cet Ouvrage eft
dédié au Président & aux Membres du College
Royal des Médecins de Londres ; il eft fait avec.
beaucoup de candeur , & il eft accompagné d'un
Avis , où l'Auteur marque que tous ces Cas, ou ont.
été donnés par les perfonnes qui en font le fujet ,
ou ont été publiés fur un raport verbal , ou ont été
communiqués de bonne main.
Outre les Observations qui font dans ce Recueil ,,
il y a des Expériences qui me paroiffent extrémement
avantageuses au Remede ; M. Hartley a obfervé
que P'urine de ceux qui ont usé du Remede , a
vraiement le pouvoir de diffoudre & d'entraîner la
Pierre. C'eft , fans doute , la raison pour laquelle
Mlle Stephens recommande de prendre peu de boisson
, d'uriner le moins qu'il eft poffible & de retenir
long- temps fon urine.
Enfin M. Kirkpatrick , Docteur en Théologie &
en Médecine à Belfart en Irlande , vient de publier
la Relation de l'effet du Rentede de Mlle Stephens,
fur lui-même ; cette Relation eft faite avec beaucoup
d'exactitude , elle est écrite avec foin , & fait
honneur
JUILLET: 1739. 1823)
honneur aux Remedes de Mlle Stephens. Cette Relation
eft imprimée à Belfart , in- 8 °. Une partie fe
trouvoit déja dans le Recueil du Docteur Hartley.
Je vous donnerois , M. un détail plus circonftancié
de tous ces Ouvrages , j'entrerois dans le détail
des Obfervations , & je vous rendrois compte des
Expériences , si je ne sçavois que deux habiles Membres
de l'Académie Royale des Sciences préparent
fur la Pierre , un Ouvrage fort étendu ; M. Morand
s'eft chargé de donner une Traduction des Quvrages
du Docteur Hartley , & M. de Bremond a entrepris
de traduire les Expériences du celebre Docteur
Hales , fur la Pierre Humaine , & une Differtation
fur la Pierre de la veffie , imprimée l'année derniere
à Londres ; ces Académiciens n'oublieront pas, fans
doute , de donner une Explication physique de la
formation & de la production de la Pierre. Un pareil
Recueil ne peut être que très-utile , & par la
bonté des Piéces Originales , & par l'habileté de
ceux qui en ont entrepris la Traduction .
J'ai apris auffi , M. que M. Geoffroy , prépare le
Remede de Mlle Stephens , fuivant la Recette qui
été donnée à l'Académie . a
Quoique vous ayez fait imprimer dans votre der
nier Mercure , la Recette des Remedes de Mlle
Stephens , je crois que vous devez avertir encore
Le Public qu'on la vend à Paris , chés Piget , Librai
rc fur le Quay des Auguftins.
Je suis , Monsieur , & c.
CHANSON
24 MERCURE DE FRANCE
Q
CHANSON A MANGER.
U'on ne me parle plus
De Bacchus.
A manger bornons notre gloire.
Trop souvent de son Jus
L'on chanta la victoire.
A force de ronger ,
Si pourtant ma bedaine
Alloit se trop charger ,
Alors , je le veux bien , qu'il vienne ;
C'est un Dieu Roturier ,
Dont l'unique métier
Est de délayer
Ce Mortier.
SPECTACLES.
MAHOMET SECOND , Tragédie
par M. de la Noue , représentée au Théatre
François le 23. Février 1739
Ldie ,
'Extrait que nous avors donné de cette Tragé-
, n'ayant été que d'après les Représentations
, ne nous dispense pas de remplir nos obligations
, depuis que l'impreffion de la Piéce nous
Permet d'en détailler les beautés par raport à la ver
1
. י
16
sification ;
C
ASTOR, LENOK
AND
TILDEN
FOUNDAT
NEW
YORK
JAIC
LIBRARY
.
ABTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
JUILLET. 1739 1625
sification ; il en a parû des Critiques un peu trop
séveres , contre le ftyle figuré qui y regne . Nous
avons fouvent réproché dans nos Journaux aux Auteurs
modernes , l'abus qu'ils en ont fait , l'Epique
prend tous les jours fur le Dramatique , & M. de
Noue s'eft peut- être un peu trop laiffé emporter à
un certain torrent. Nos Lecteurs en jugeront par
les citations de quelques Vers , qui d'ailleurs ont de
grandes beautés.
Au premier Acte , Scene premiere , le Visir ouvre
la Scene avec Achmet , son Confident , & lui dit
Enfin ,felon mes voeux , guidé par sa Captive ,
Ami , c'eft en ce jour que Mahomet arrive.
D'un triomphe pompeux l'apareil impoſant
Hors de ces murs encor le retient dans fon Camp:
Miniftre fans éclat d'une odieuse Fête ,
Il veut qu'ici par moi , fon triomphe s'aprête.
Ah! loin d'y préparer un Trône à fon orgueil ,
Cher Achmet , que ne puis -je y creuser ſon cercueil !
Que ne puis -je flétrir fes Lauriers & fa gloire !
Mais il faut à pas lents marcher vers la victoire.
Du voile de la feinte entourons nos projets ;
La prudence peut feule affûrer leurs ſuccès , ¿c.
Mahomet , je le fçais , n'est point toujours barbare.
De vices , de vertus , affemblage bizare ,
Entraîné par l'effor où son coeur s'oft livré ,
Il porte l'un ou l'autre au ſuprême degré ;
Monftre de cruauté , prodige de clémence ,
Héros dans fes bienfaits , Tyran dans fa vengeance ,
5626 MERCURE DE FRANCE
A fes tranfports fougueux , rien ne peut s'oposer ;
Et dans le feul excès , il sçait fe repofer.
Dans la troisiéme Scene , c'eft Mahomet qui par
le à fes Sujets , & aux Grecs foûmis à son Empire.
Dans ces murs qu'a foûmis ma valeur intrépide ,
Que du Trône Ottoman la Majefté réside , &c.
Feuples , long- temps courbés fous le poids des malheurs
Respirez. Votre Maître eft fensible à vos pleurs .
Votre Maître eft fléchi , l'humanité sacrée,
La Mere des vertus dansfon ame eft entrée :
En vain l'Ambition veut étouffer sa voix ;
Elle crie à mon coeur que mon Peuple a fes droits
C'est elle qui m'aprend qu'un pouvoir fans mesure
Devient pour l'Univers une commune injure , &c.
J'ai vaincu , j'ai conquis , je gouverne à présent.
Des fentimens si beaux ne pouvoient- ils pas fe
paffer de l'enflure des expreffions ?
Dans le fecond Acte , & dans la premiere Scene ,
il s'en faut bien qu'Irene parle fur le même ton, que
l'Auteur a donné au Visir & à Mahomet ; rien n'eſt
si conforme a la véritable Tragédie , que ces Vers
qu'elle adreffe à fa trifte Patrie ;
"
Je te revois enfin , malheureuſe Byfance
Monument éternel de celefte vengeance !
En entrant dans tes murs , j'ai fenti tes douleurs ,
Et mon premier tribut eſt un tribut de pleurs.
Je viens te fecourir ; affermis ma foibleſſe ,
JUILLET. 1627 1739
O Ciel , fais triompher le zele qui mepreſſe.
Efther sçut defarmer le fier Affuerus ;
A mes foibles apas , joints les mêmes vertas.
Voici ce qu'elle dit fur le même ton à Zamis ,
Confidente , qui lui vante les vertus de Mahomet.
N'offre point à mes yeux la trop flateuſe image
D'un Prince dont mon coeur doit détefter l'hommage;
N'égare point , Zamis , un refte de raiſon
Ia
Tropfoible à repouſſer un dangereux poiſon ;
Ses vertus ,fon amour , mon coeur , tout m'intimide ;
Tremblante à chaque pas , fans conſeil & fans guide,
Dans un trifte avenir je n'ofe penetrer ,
Et jufqu'à mon bonheur , tout me faitfoupirer.
J'ai cru trouver la paix dans ce nouvel azile ;
Je l'habite, & mon coeur y devient moins tranquile;
+
C'est ici que mon fort a commencé fon cours ;
C'est ici que mon Pere a vû trancher ſes jours ;
Et moi-même ... ah ! Zamis ... Ciel ! qui me vois
tremblante ;
Je mourrai fans regret , ſi je meurs innocente.
Elle fort un peu de cette aimable simplicité dans
la cinquiéme Scene du même Acte , quand elle ré
pond à Mahomet , qui la déclare libre :
Je l'ai toujours été.
Garant de ma pudeur de ma liberté ,
Regarde ce Poignard, De moi- même , Maitreffe, 2
1628 MERCURE DE FRANCE
J'ai vû d'un oeil égal ta fureur , ta tendreſſe ,
En si , fur moi , le crime eût tentéfon effort ,
Ma vertu fefauvoit dans les bras de la mort.
Mahomet , charmé de la vertu de Theodore &
d'Irene , fait cette exclamation , fur fon ton ordinaire
:
O ! plaifir pour un Roy , rare & voluptueux !
Je'regne fur deux coeurs libres & vertueux.
Combien l'Auteur de cette Tragédie eft different
de lui - même , dans le troisiéme Acte , quand il veut
exprimer les fentimens du coeur , fans emprunter
le fard de l'esprit ! Nous ne pouvons mieux prouver
cette juftice que nous lui rendons , que par quelques
fragmens du Rôle de l'Aga des Janiffaires , qui
a réuni tous les fuffrages ; voici comment il parle
à fon Maître qu'il ofe apeller fon Ami :
Frémis d'horreur.
Tes Soldats révoltés , menacent ta puiſſance ;
Je ſuis leur Chef. Je viens m'offrir à ta vengeance ,
Frape ; mais n'étends point ta colere fur eux ;
Ils veulent t'arracher à des liens honteux , &c.
" Eh quoi donc? repétoit le brave Janiffaire ,
Quoi ? nous l'avons perdi , ce Sultan redouté ,
» Dont l'exemple échauffoit notre intrépidité ?
80
Quoi ! fans pleurer ſa mort,faut - il pleurer ſagloirer
» Lui , qui du Monde entier méditoit la victoire
ל כ
Qui dans Rome captive arborant le Croiffant ,
Devoit voir à ſes pieds l'Universfléchiſſant ,
» Ca
JUILLET .
1629.
1739
ל כ
Ce même Mahomet , plein d'une obſcure flâme ,
Languit depuis deux ans aux genoux d'une femme ;
Et pour elle , rompant les loix de fes Ayeux ,
» Quoiqu'Esclave & Chrétienne , il l'épouse à nos
yeux , &c.
Tu m'as promis la mort ,
Je vais la mériter par un dernier effort .
Dans les bras de l'Amour je méconnois mon Maîtrez
Puifai-je àfa vengeance au moins le reconnoître !
Que fais-tu dans ces murs ? pourquoi laiſſer flétrir
Ces Palmes , ces Lauriers , que tu voulois cueillir ?
Byfance eft fous tes loix ; rentre dans la carriere ;
Ouvre les bras ; l'Europe y vole toute entiere ;
Son Empire eft à toi ; les imprudens Chrétiens
S'empreffent de briguer l'honneur de tes liens ; c;
Ce font- là tes projets , qu'une funefteflamme
·Interrompt , ou plutôt efface de ton ame , ¿c.
Tu rougis ab ! rends moi mon augufte Empereur.
Que la Gloire t'éveille , elle parle à ton coeur , ¿c.
Vainement àfes cris ton ame fe refuse ;
Tu l'entends , Mahomet , & ton trouble t'accuse.
Sous tes coups maintenant puiffai -je être immolé!
J'ai le prix de ma mort , la Gloire t'a parlé.
L'Aga ne parle pas avec moins de force au Visir ,
qui vient l'accuser de trahison. Voici ce qu'il lui
répond :
Quel es-tu , pour vouloir dans le coeur de ton Maître
Force
1630 MERCURE DE FRANCE
;
Forcer les paffions à naître ? à disparoître ?
Quel es-tu , pour oser de fa gloire , à ton grẻ ,
Déterminer l'objet ? en marquer le degré , &c.
Je ne fuis qu'un Soldat , & de mon ignorance ,
Un Visir voudra bien me pardonner l'offence.
J'avois crû qu'un Miniftre apellé par son Roi ,
Lui devoit plus qu'un autre & fon zele & fa foi ,
Que plus il aprochoit du facré Diadême,
Plus fa foumiffion en devoit être extrême
Et qu'un trait refléchi du fuprême pouvoir ,
En effrayant fon coeur , fixoit le devoir.
J'ai crû , que tout sujet , dont Pinsolente audace ,
A côté de fon Prince osoit marquer sa place ,
N'étoit plus qu'un rebelle , un perfide , un ingrat ,
La bonte de fon Maitre , & l'effroi d'un Etat.
J'ai crú, quefans respect regarder la Couronne ,
C'étoit anéantir l'éclat qui l'environne ;
Et qu'à quelque degré qu'on en puiſſe aprocher ,
C'étoit la profaner que d'oser y toucher , ¿ c
Esclave révolté , fonge à te mieux connoître` ;
Loin d'attenter fur lui , tremble aux pieds de ton
Maitre ;
Souviens- toi qu'un Sultan , par le Ciel couronné ,
Peut être condamnable , & non pas condamné.
Si fur toi , fur les tiens , tombe ſon injuſtice ,
S'il entraîne l'Etat au bord du précipice ,
S'il immole fa gloire à de lâches amours ,
JUILLET. 1631 1739.
S'il ternit en un jour l'éclat de tant de jours
Pleure, mais obéis ; c'est là tonfeul partage.
Nous n'ajouterons rien à de si beaux Morceaux ,
ils font plus que fuffisans pour détruire l'injufte idée
qu'on a voulu donner de la Versification d'un Auteur
, qu'on ne peut accuser que d'un peu trop de
hardieffe. Il ne tiendra qu'à lui d'y mettre de juftes
bornes.
Au refte , des Lecteurs , inftruits & amateurs d'une
certaine exactitude , ont été furpris de voir dans
I'Impression de cette Tragédie . La Scene eft à Byzance,
s'agiffant du même Empereur Turc, qui prie
Conftantinople en 1453. c'est à- dire , plus de onze
cent ans après la deftruction de l'ancienne Bizance,
& après la conftruction d'une nouvelle Ville , toute
differente , par l'Empereur Conftantin , qui lui don
na fon nom. On pouvoit imiter M. Racine , qui
dans fa Tragédie imprimée de BAJAZET , a mis : L
Scene eft à Conftantinople, &c . On paffe dans la Versificasion
d'employer quelquefois le nom de Bizance
pour celui de Conftantinople , qui n'eſt pas ŝi heu
reux dans le genre Poëtique , ou pour varier , &c.
La Piéce eft imprimée in - 8 ° . chés Prault , fils , Quas
de Conti.
Le 18. Juillet , les Comédiens François remirent
au Théatre la Tragedie d'Inés de Caftro , de feu M.
de la Mothe , de l'Académie Françoise . Les Spectateurs
d'aujourd'hui font aussi fensibles au pathétique
de cette Piéce , qu'on le fut dans fa
nouveauté , au mois d'Avril 1723. à l'ouverture du
Théatre. Elle attire un fort grand concours ..
Les mêmes Comédiens préparent une Tragédie
nouvelle , fous le titre deBajazet Premier , qui fera
répréſentée
632 MERCURE DE FRANCE
répréſentée dans les premiers jours du mois prochain.
ces ,
L'Académie Royale de Musique continue toujours
avec grand fuccès le Ballet des Fêtes d'Hébé, ou
les Talens Lyriques . Le 14. de ce mois , la Dlle Barbarina
, jeune Danseuse de Parme , qui n'a pas seize
ans accomplis , attira un très grand concours , par
une Entrée qu'elle dansa avec beaucoup de gra-
& plus encore de jufteffe & de legereté ; elle
paffe P'entre chat à huit ec une vivacité furprenante
, & fon caractere de danse eft dans ce-
Jui de Mlle Camargo. Du refte avec de la jeuneffe
, de l'oreille & une force admirable , elle
eft bien faite , & d'une taille convenable , elle i
bup d'agrémens dans fa perfonne , ce qua
donne lieu de croire qu'elle deviendra une Danseuse
du premier ordre , si elle ne l'eft déja , car elle
a réüni tous les fuffrages. Voici les Vers par lesquels
un ingénieux Poëte vient de la célebrer .
Pour exceller dans cet Art si vanté ,
Que Terpsicore a jadis inventé,
Trois qualités font néceſſaires
Grace ,force , légereté ,
Que dans un même objet les Dieux n'aſſemblent gueres;
On les voit dans une Beauté,
Qui loin des Rives de la Seine
Vit d'abord la clarté des Cieux ;
Et de notre lirique Scene ,
Fait aujourd'hui l'ornement precieux.
Le feu qui brille dans fes yeux ,
Enflammeroit un coeur de glace;
Ella
JUILLET. 1739. 1633
Elle n'a rien que de charmanı ;
Chacun des pas que fon pied trace ,
Lui foûmet un nouvel Amant.
A. X. Harduin d'Arras.
EXTRAIT de la Comédie de l'Ecole de la
Raison , en un Acte , de la composition de
M. de la Fosse , r présentée le 20. May
dernier.
ACTEURS.
La Raison ,
La Folie ,
Le Philosohe ,
Le Bourgeois ,
La vieille Coquette ,
Le Suiffe ,
La Dlle Sila ***
La Dlle Biancoleir
Le Sr Riccoboni.
Le Sr Romagnes .
La Dlle Riccoboni.
Le Sr Romagnesi.
Ette Piece a été bien reçûë du Public ; c'eſt le
premier Ouvrage de l'Auteur , qui ait parû sur
le Théatre ; ce coup d'effai donne de grandes esperances
pour l'avenir , avec d'autant plus de raison
que l'Auteur eft fort jeune . Comme c'est ici une de
ces Coinédies à Scenes détachées , qui ne demandent
pas une unité d'action , nous nous contente
* rons d'en extraire quelques Morceaux de differen
tes Scenes. Les premiers. Vers font l'exposition du
Sujet ; les voici.
LA FOLIE.
Quoi la Raison abandonne les Cieux
Pour redescendre fur la Terre !
Retournez -y. Pouvez- vous faire mieux ?
Depuis
34 MERCURE DE FRANCE
Depuis long-temps ici vous êtes étrangere .
Vous, parmi les Humains ! eh ! qu'y voulez- vous fairer
Esperez- vous jamais trouver grace à leurs yeux ?
Parlez; qu'osez- vous entreprendre ?
LA RAISON.
Je veux , si je le puis , éclairer l'Univers.
Quand je vois des Humains les differens travers ,
De certaine pitié , je ne puis me défendre ,
Et je prétends les tirer de vos fers.
La Folie lui fait prévoir les obftacles qui l'empêcheront
de réüffir dans une entreprise si difficile ,
& fe retire pour laiffer un champ libre aux Audiences
qu'elle va donner aux Mortels , inftruits de fon
arrivée. La Raison expose le motif de ſa miſſion
par ce Monologue.
Dieux que je ferai fatisfaite ,
Si je puis réaffir dans ce que je projette!
Je vois avec chagrin les Mortels malheureux
Abimés dans un vrai délire.
Leur bonheur eft l'objet où tendent tous mes voeux.
Je voudrois fur leurs coeurs reprendre mon Empire ,
Je reviens les trouver ; je cherche à les inftruire
Moins pour ma gloire , que pour eux.
2
Un Petit-Maître fe présente le premier & fait un
grand étalage de tous les piéges que fes pareils tendent
aux Belles pour fe faire aimer , sans autre mọ-
tif que la vaine gloire de triompher de leur foiblesse.
Il dit à la Raison :
Tenez
1
JUILLET. 1739. 1635
Tenez , dans le fiecle où nous fommes ,
Vous fçavez que nous autres hommes
Nousfaisons tous l'amour affés ouvertement
Nous voltigeons auprès des Belles ;
Aux Spectacles , dans les ruëlles ,
C'est à qui leur fera le joli Compliment ▾
C'est notre coûtume ordinaire,
Et pour une C qui fait nous plaire ,

Nous feignons de brûler pour cent ;
C'est ce que librement le Sexe ne peut faire
Du moinsfans paroître indécent.
LA RAISON.
Mais ces coftumes - là fontfort extravagantes ,
I
4
Eft-il rien de plus insensé
Que de feindre d'être bleſſé
Pour mille Beautés differentes ,
que vous oubliez ce moment - là paſſé? joe.
Eh! mon cher , quelle eft votre erreur ?
Un tel fuccès peut- il flater la gloire ?
Lorsque c'est à l'Art feul qu'on doit cette victoire ,
A-t'on lieu d'esperer un folide bonheur ?
Non , non , ayez plus de délicateffe ;
Laiffez- la cet Art séducteur ;
Faites briller aux yeux d'une Maîtreſſe
Un caractere bon , qui pour vous l'intereſſe ;
Que le mérite feul parle en votre faveur,
H Aimarca
1636 MERCURE DE FRANCE
Aime -la franchement ; laiffeZ-lui voir fans ceffe
Des feux toujours nouveaux , une fincere ardeur ,
Vous ferez naître en elle une jufte tendreſſe ,.
Et vous ferez sûr de fon coeur.
Dámon , pour tout fruit d'une si fage leçon , rés
pond à la Raison , en la quittant :
A vos Avis je fuis contraire ;
Je fuis pourtant , pour l'ordinaire ,
Un de vos zelés ferviteurs ;
Maispar ma foi , fi vous voulez nous plaire
Accommodez- vous à nos moeurs.
La Raison dit dans un court Monologue :
Que de gens comme lui , qui , par étourderie ,
*
Né daignent point écouter la raison !
Faites-leur voir en quoi gît leur folie ,
Vous n'y gagnerez rien ; pour eux tout eft Chanson.
Nous ne dirons des autres Scenes que ce qui en
fait le fond.
Dans la cinquième , un Bourgeois , Marchand &
Pere de famille , & d'ailleurs très-riche , vient confulter
la Raison fur une affaire qu'il dit importante.
Il a deux Enfans , fçavoir , un garçon & une fille,
Plufieurs Partis fe préfentent pour sa fille ; un jeune
Marquis emporte la préference dans le coeur du Pere.
La Raison lui fait voir tous les désagrémens
qu'il auroit d'un choix fi peu fortable, La Raison
ne pouvant le détourner d'un projet qui lui paroît
fi peu fensé, demande au Bourgeois ce qu'il prétendfaire
de fon fils , le Bourgeois lui répond qu'il voudroit
JUILLE T. 17393 1637
droit bien en faire , au moins un Magiftrat , ce qui
donne lieu à une belle morale , que la Raison lui
fait fur l'importance de cette dignité , que le Bourgeois
fait consifter dans la feule fcience du Droit ,
telle que la jeunelle la poffede , & dans d'autres
bagatelles , comme la Danse , & la Musique. Voici
une Tirade qui a été juſtement aplaudie ; c'eft la
Raison qui parle :
Eft - ce par ce motif qu'un homme raisonnable
Cherche à pourvoir fon fils d'une Chargeſemblable ?
Il ne doit chercher , ſelon moi ,
Qu'à donner un Sujet capable
De proteger le Peuple & de fervir ſon Roy.
Vous ne connoiffez pas tous les devoirs d'un Juge.
Qu'iljoigne le fçavoir aux plus hauts fentimens ;
Qu'en tout temps , des Bons le réfuge ,
=
Il foit auffi la terreur des Méchans ;
Pour les malheureux feuls , quefon coeur foit fenfible;
Qu'à fes genoux une Vénus en pleurs ,
Ne trouve en lui qu'un Juge équitable , infléxible ;
Et que les biens ni les honneurs
Nepuiffent ébranler fon ame incorruptible;
Qu'il fait prêt à facrifier
Son temps fon repos à rendre la juftice ;
Que fur un vainfçavoir , n'afant pas fe fier
Il fe dife , qu'il doit fans ceffe étudier,
Et n'admettre jamais defrivole exercice ;
Queson esprit , juste , éclairé,
Hij

Seacha
1633 MERCURE DE FRANCE
Scache du vrai démêler l'artifice ;
Qu'il ait mille vertus , fans avoir aucun vice ;
Et qu'il poffede tout au fouverain degré.
Voilà le Juge; s'il ſe pouvoit même
Qu'un Mortel en vertus put égaler les Dieux .
Ce feroit peu qu'il eût leur prudence fuprême,
Il devroit être auffi grànd qu'eux.
Dans la feptiéme , il s'agit d'une vieille Co
quette , qui, deux fois veuve, veut brusquer un troisiéme
mariage , quoique peu fatisfaite des précedens
.
La neuvième , roule fur an Philofophe , qui fier
de fa vaine ſcience , regarde tous les Mortels du
haut de fon orgueil ."
Dans la onzième , l'Auteur introduit pour inter
locuteur un Suiffe , qui tourne en ridicule tout ce
qu'on. apelle Petits- Maîtres.
la
La douzième a un personnage de plus que les autres
fçavoir, une Mere & fa fille . Cete Scene eft du
nombre de celles qui ont été fuprimées, pour s'accommoder
au temps que le Théatre prescrit
durée des Piéces ; c'eft la feule où la Raison persua
de les Interlocuteurs ; elle détermine la Mere à marier
fa Fille felon les fentimens de fon coeur.
L'Amant de cette Fille vient remplir la derniere
Scene , & rendre graces à la Raison du bonheur
qu'elle lui a procuré.
Pour donner une espece de régularité à ce genre
de Piéces qui n'en exige guere , la Folie revient fur
la Scene , s'informer des progès que la Raison a
faits dans son Audience , & la régale d'une Fête
qu'elle a ordonnée, pour la délaffer de fes férieuses
Occupations. Voici un Couples du Vaudeville, adrem
sé au Parters.
JUILLET. 1739 1639
Notre jeune Auteur en transe
Se trouve presqu'aux ´abois &
De Pindulgence.
Hélas ! il commence ;
Que faire une premiere fois !
Un Auteur fe fortifie ,
En prenant de vous fa leçon.
Paix , si c'eft folie ;
Mais claquez fort , s'il a raison.
Cette Piéce paroît très- bien imprimée à Paris ,
chés Prault, le Pere, fur le Quai de Gêvres , 1739%
Prix 24. fols.
Le 8. Juillet , l'Opera Comique donna une Piéce
nouvelle d'un Acte , intitulée les Talens Comiques
avec des Divertiffemens. Elle fut fuivie d'une autre
Piéce , donnée à l'ouverture de la Foire , qui a pour
titre , le Repas Allégorique. Ces deux Piéces ont été
coupées par deux Intermedes , composés de plusieurs
Sauteurs Anglois , & d'une Pantomime , qui
termine le Divertiffement.
Le 28. on donna une autre Piéce nouvelle en deux
Actes , intitulée la Fauffe Rupture , précedée d'un
Prologue. Cette Piéce eft ornée de Chants & de
Danses , & terminée par une Pantomime nouvelle ,
executée par des Acteurs & par des Actrices , dont
le plus agé n'a pis plus de dix ans , figurant les Rô
les d'Amans , d'Amoureuses , d'Arlequin , de Pierfot,
& d'autres Personnages Comiques, à la muette
& avec beaucoup d'intelligence.
Les Comédiens de Compiegne , dont on a par
lé , ont continué tous les jours leurs Représen
Hiij tations
640 MERCURE DE FRANCE
?
tations pendant le mois de Juillet , & ont donné
differentes Pieces du Théatre François, entre autres
laPrinceffe d'Elide , les Folies Amoureuses , l'Ecole
des Amis , le Glorieux , la Fille Capitaine , & c. &
du Théatre Italien , la Femme Jalouse , le Faucon
les Deux Arlequins , le Prince Travefti , les Fées, la
Double Inconftance , l'Heureux Stratagéme, Samsom,
&c . Toutes ces Pieces ont presque toujours été accompagnées
de differens Ballets férieux & comiques,
fort bien executés.
Le Roy a honoré cette Troupe deux fois de fa
présence ; il vit le 19. Juillet l'Héritier Ridicule, ancienne
Comédie de Scarron , que S. M. avoit demandée
, cette piéce fut très- bien représentée , après
le foupé du Roy , vers le minuit , avec des Intermedes
à chaque Acte , executés par de bons Sujets.
Les mêmes Comédiens ont aussi donné plusieurs
fois le Bal , dans le goût de ceux de l'Opera , avec
un grand concours.
?
Le 31. il représenterent pour la feconde fois devant
le Roy , les Intrigues d'Arlequín , & les AnimauxRaisonnables
, Piéces très comiques ; on donna
aussi differens Intermedes à chaque Acre. Le
Roy a parû s'y amuser , & a bien voulu permettre
à cette Troupe de prendre le titre de Comédiens da
Roy. S M. a même ordonné au Duc de Gêvres ,
Premier Gentilhomme de fa Chambre , d'en délivrer
un Certificat aux deux Chefs de la Troupe , &
de recommander aux Gouverneurs , Maires , Echevins
& autres Officiers de Police , que S. M. fouhaitoit
que cette Troupe fût protegée, & qu'ils donnaffent
leurs foins pour empêcher qu'elle ne foit
troublée dans fes exercices & c. Ces Comédiens
ont dû faire la clôture de leur Théatre le 2. Août
par les Comédies d'Arlequin poli par l'Amour , d'Arlequin
Hulla , & d'Arcagambis , Piéces du nouveau
Théatre Italien, POE
JUILLET. 1735 1641
POLIEUCTE , TRAGEDIE
Chrétienne de Pierre Corneille , représentée
par les Demoiselles Pensionnaires du Manastere
des D D. de la Trinité , Fauxbourg
S: Antoine. Lettre de M.....
V
Ous devez vous reprocher , Monsieur , de ne
vous être pas trouvé Jeudi dernier 2. Juillet >
jour de la Visitation de la fainte Vierge , chés les
Dames de la Trinité. La Tragédie de Polieucte ,
laquelle je vous avois invité , a été représentée avec
tout le fuccès que j'avois prévu. Presque toutes les
Actrices y ont été aplaudies . Vous auriez été enchanté
du jeu & de la bonne grace de la Demoifelle
Lebre , chargée du Rôle de Pauline , qu'elle
executa au mieux , fur tout par les fentimens dont
elle parut pénetrée , & par la douce énergie de sa
déclimation , aussi fut elle admirée de tout le
monde.
La Demoiselle Tagnet de Blanc pain , en quitoutes
les graces exterieures , & celles de l'esprit fe
trouvent réunies , ne brilla pas moins en représentant
Stratonice.
Le Personnage de Félix fut rempli par la Demoiselle
.... & fut très- dignement rempli. Les De
moiselles Guerard, Baron , & Honoé , ce laifferent
rien à désirer aux Spectateurs , qui leur rendirent
aussi toute la juftice qu'elles méritoient. La Demoiselle
Honoé , cadette , fur tout , fit au delà de
ce que l'on devot attendre d'une jeune Personne
qui sembloit moins faite pour représenter Polyeucte
que pour plaire.
Severe , Demoiselle de l'Hôtel de Longueville ,
a encore furpaffé l'attente de tout le Monde , & a
eu des aplaudiffemens presque égaux à ceux qui ont
été donnés à Pauline & à Stratonice.
Hij
Ce
#642 MERCURE DE FRANCE
Ce grand & pieux Spectacle a été donné dan
une grande Cour , capable de contenir 4. ou 500.
personnes , & fur un Théatre vafte & très- bien décoré.
Plusieurs Personnes d'une haute diſtinction ,
Pont honoré de leur présence, comme la Princeffe
d'Epinoy , la Princeffe de Marsan , la Ducheffe de
Levi , &c . On ne peut rien ajoûter aux louanges
que toutes ces Dames ont donnée aux Actrices . On
peut dire que la Princeffe d'Epinoy les a prodigués
à l'égard de Pauline , dont l'aimable modeftie , au
milieu des Eloges les plus flateurs , a donné lieu aux
autres Dames d'enchérir encore fur tout ce que cette
Princeffe lui a dit de plus obligeant.
Les autres Personnes qualifiées , inftruites de la
part que Madame d'Epinoy prend depuis longtemps
à tout ce qui regarde Stratonice , qu'elle protege
, avec une bonté particuliere , se sont faits un
plaisir de rendre à ce digne Sujet toute la justice qui
lui eft dúë .
Le Spectacle entier a duré trois grandes heures
, & a été suivi d'une magnifique Collation ,
disposée & fervie par les ordres de la Princesse
d'Epinoy , qui a fait aussi tous les frais de
cette Fête .
Je viens de dire le Spectacle entier , car il me refte
à vous parler d'une belle Paftorale qui a fuccedé à
la Tragédie de Polieucte . Cette Paftorale , qui a
parû d'un goût nouveau , eft du Directeur de la
Tragédie , qui ne veut pas être nommé , c'eft , à ce
qu'on m'a dit , le fragment d'un Ouvrage de fa facon
, divisé en IV. Chants. Je n'entrerai là - deffus
dans aucun détail , cela excederoit , fans doute ,
bornes d'une Lettre , me contentant , M. de vous
affûrer que ce Divertiffement a été très - bien executé.
Il finit par une Allégorie ingénieuse , récitée
par Ismene , l'une des meilleures Actrices , & toute
les
JUILLET. 1739. 1643

▲ la gloire de la Princeffe d'Epinoy , désignée fous
un nom, mytologique , &c. Je fuis, Monsieur, &e,
A Paris le 6. Juillet 1739.
NOUVELLES ETRANGERES,"
TURQUIE.
TRADUCTION faite par un Interprete
du Ry , de la Lettre écrite par Hadgi
Geoher , Salahor , ou Grand- Ecuyer dw
Grand Seigneur , aux Con uls des Négo
cians Européens , établis à Smirne.
TRès -Ho ores & sinceres Amis , M s 5- SIEURS LES CONSULS.
Après vous avoir cordialement falués , nous vous
donnons avis de ce que le 19 jour de la Lune de
Sefer , de l'année courante , le Chef des Bandits , le
fcelerat fans foy , Sari Bey Oglou , dont les actions
perverses & crim nelles étoient si funeftes à toutes
les Villes de cette Province , & à tous les Serviteurs
de Dieu , fut enfin entierement défait par la grace
du Très - Haut & par les Armes victorieuses de no
tre très glorieux Empereur , lui & tous les Brigands
qui l'avoient fuivi . La tête tranchée d'un de ses Of
ficiers nommé Cara Oglou , a été envoyée à notre
tres Illuftre Visir Achmet Pacha , un autre de fes
Officiers , nominé Zeker Oglou ayant été pris , a
été envoyé lié & garoté à Guzelbiffar , où il a été
emprisonné dans le Château , pour être ensuite-
Executé & fervir d'exemple ; tous les pareils auront
le même fort..
Hr Ba
1644 MERCURE DE FRANCE
La tête de leur Chef Sari - Bey Oglou a déja paffé
par le tranchant du Glaive & nous avons avis cer
tain qu'elle a été envoyée au même Illuftre Pacha.
Ainsi , graces à Dieu-Tout- puiffant , tout le monde
eft présentement délivré des courses & des Brigandages
de ce maudit Voleur. Et comme nous
fçavons , Meffieurs , que cette bonne nouvelle , qui
réjouira universellement, vous sera particulierement
très - agréable , vous , dis -je , qui êtes Amis de la
Porte de Félicité , nous nous fommes empreffés de
vous la faire fçavoir par cette Lettre , afin d'affûrer
votre tranquillité, & de confirmer votre satisfaction .
Nous vous prions en même temps de ne nous point
effacer de votre memoire .
Ecrit à la Ville Impériale le XX . de la Lune de
Sefer, l'an du Prophete 1152. Signé Hadgi Geober,
Salabor de l'invincible Sultan MAHMOUD KAN .
Cette date revient au 28. May 1739.
Les Lettres de Smirne , portent , que le célebre
Sary, Bey Oglou , Chef des Rebelles de la Natolie,
ayant été surpris par un Corps de Troupes que com.
mandoit le Sélictar Aga , ses Troupes avoient été
mises en fute , qu'il avoit été fait prisonnier dans
cette déroute , & que le Sélictar Aga lui avoit fait
couper la tête , ainsi qu'à la plupart de ſes princis
paux adhérans.
SUEDE.
Létoit parti de Conftantinople au commence-
E Roy a reçû avis que le Baron de Sinclair, qui
ment du mois de Juin dernier , pour retourner à
Stockolm , avoit été attaqué fur les Frontieres de la
Silesie & de la Lusace , par des inconnus , qui l'avoient
assassiné , & lui avoient pris les Papiers.
L'Escadre
JUILLET. 1739 1645
L'Escadre Françoise , commandée par le Marquis
d'Antin , après avoir demeuré à l'ancre pendant
quelques jours à Dahleroë , entra le 11. de ce mois
dans le Port de Stockolm ; le Vaiffeau Amiral le
Bourbon , falua de quinze coups de Canon le Châ→
teau , qui lui répondit de feize.
I baffadeur
ALLEMAGNE.
Er de ce mois, le Marquis de Mirepoix, Ame
tine Fête très- magnifique , à l'occasion de la Paix
conclue entre l'Empereur & S. M. T. C. L'Hôtel de
Lichtenſtein , où ce Miniftre demeure , fut entierement
illuminé , & il y eut trois Tables, la premiere
de quatre-vingt couverts , la seconde de 60. & la
troisiéme de 30. qui furent servies avec autant de
profusion que de délicateffe . Pendant le Repas , on
ft couler plusieurs Fontaines de vin pour le Peuple,
& la Fête fut terminée par un grand Bal .
On a apris d'Allemagne , qu'il y eut le 24. Juin
à Molck , dans l'Apartement de l'Electrice de Baviere
, un Concert auquel l'Impératrice Douairiere
assifta , & que la Princeffe Antoinette y chanta une
Cantate , étant accompagnée par l'Electeur & l'Electrice
, par le Prince Electoral & paf la plus jeune
des Princeffes , laquelle touche déja le Psalterium
avec beaucoup de jufteffe , quoiqu'elle n'ait
pas encore cinq ans accomplis .
Le 25. les Princes & les Princeffes de la Maison
Electorale , représenterent la Tragédie Françoise
d'Athalie, en présence de l'Impératrice Douairiere,
le Rôle d'Athalie fut rempli par la Princeffe Antoi
nette , celui de Josabed , par la Princeffn Therese
celui de Joas , par la troisiéme Princeffe , & celu
d'Abner , par le Prince Electoral ; la maniere dont
H vi
te
646 F MERCURE DE FRANCE
ce Prince & ces Princeffes s'acquitterent de lears
Rôles , causa une admiration génerale ; la Tragédie
fut jouée sur un Théatre , dont les Décorations ,
qui ont été faites à Munich , étoient extrêmement
magnifiques,& dans une Salle affés vaſte, pour contenir
plus de mille Spectateurs..
Ces Lettres ajoûtent que le 4. de ce mois , l'Elec
teur & l'Electrice de Baviere , se rendirent au Château
de Saint Polten , où ils dînerent, & que l'après
midi ayant apris que l'Empereur étoit arrivé avec
PImperatrice à Buckerftorff, Lieu deftiné pour l'entrevûë
que L. M. I. devoient avoir avec ce Prince &
cette Princeffe ils partirent sur le champ avec le Prince
Electoral , pour aller trouver l'Empereur & l'Impe,
ratrice . Is furent reçus à la descente du Caroffe
par le Comte François de Staremberg , Grand-
Ecuyer, qui les complimenta & les conduisit à l'A
partement dans lequel etoient L. M. I. On ouvrit
aussi -tôt la Salle d'Audience , d'où l'Empereur &
l'Imperatrice sortirent pour aller au-devant de l'Elecreur
& de l'Electrice.L'Empereur embraffa l'Electeur
avec de grandes démonſtrations d'amité , & l'Im¬
peratrice , en embraffant aufli l'Electrice , préving
cette Princeffe , qui lui avoit pris la main pour la
baiser. Après que L. M. I. furent rentrées dans la
Salle d'Audience , avec l'Electeur & l'Electrice ,
y introduisit le Prince Electoral , qui , après avoir
ba sé la main à l'Empereur & à l'Imperatrice , leus
fit un Compliment , auquel L. M. I. répondirent
dans des termes qui marquoient la satisfaction qu'ils
avoient de voir ce Prince L'Empereur pafla ensuite
avec l'Electeur dans un Cabinet , & ils y eurent un
entretien , qui dura plus d'une heure . Après cette
Conférence l'Electeur & l'Electrice prirent congé
de L. M. I. lesquelles les reconduisirent jusqu'à la
derniere antichambre , & les embrafferent une se
ende fois,
on
ESPAGNE
JUILLET. 173
L
ESPAGNE.
Roy ayant accedé au Traité de Paix , conclu
entre l'Empereur & le Roy T. Ca la Publication
s'enfite 13. de ce mois avec les cerémonies accoû
tumées , & il y eut des Feux & des Illuminations
dans toute la Ville de Madrid.
24.

Les Lettres du 20. Juillet , portent qu'il y
actuellement , tant dans le Port de Ferol en Galice,
que dans le Port de Cadix , Vaiffeaux de guerre
prêts à mettre à la voile , & que l'on travaille avec
toute la diligence poffible à équiper tous ceux qui
sont en état de servir.
O
ITALIE.
N écrit de Rome , que le 8. du mois der
nier le Connetable Colonne , accomagné de
tous les Seigneurs Feudataires du Royaume de Na
ples , & précedé de la Compagnie des Chevau
Legers , partit du Palais Farnese en cavalcade ,
qu'il alla présenter au Pape la Haquenée , avec
les formalités accoûtumées .
&
Le foir & le lendemain ce Seigneur fit tirer dans
la Place du Palais Farnese, un très - beau Feu d'Artifice
, auquel tous les Cardinaux furent invités , ainsi
que les Miniftres Etrangers. Il y eut dans ces deux
jours , selon l'usage, des Illuminations dans toute la
Ville, & l'on tira la Girandole au Château S. Ange.
Le 29. jour de la Fête de S. Pierre , le Connétable
Colonne alla avec un nombreux cortege de
Caroffes , au Palais d'Espagne , prendre le Cardinal
Aquaviva , qu'il conduisit au Cours .
*
3:
On travaille au Procès verbal de la Vie de la
Princeffe Clementine Sobieska , pour la faire décla
zer Vénerable par la Congregation des Rites.
La
4648 MERCURE DE FRANCE
Le Cardinal de Tencin fire le 12. de ce mois son
Entrée publique à Rome ; tous les Cardinaux envoyerent
chacun , felon l'uſage , hors la Forte du
Peuple , un Gentilhomme pour le complimenter ,
& un Caroffe à fix chevaux pour fervir à lon Cor
tege. Les Princes Romains & toutes les Perfonnes
de diſtinction obſerverent le même céremonial avec
ce Cardinal , qui étant allé defcendre au Palais de
Monte Cavallo , fut admis à l'Audience du Pape , &£´ .
rendit enfuite visite aux deux Cardinaux Miniftres
& à la Princeffe Corfini..
Le 15. S. S tint un Confiftoire , dans lequel ,
après avoir créé Cardinal M. Corio , Gouverneur
de Rome , Elle donna le Chapeau au Cardinal de
Tencin.
ISLE DE CORSE.
N mande de la Baftie , que le Marquis de
Maillebois étoit arrivé à Corte le 24. du mois
dernier , & qu'il y avoit été reçû au bruit des ac
clamations des Habitans de la Ville & des Peuples
de la Campagne , lefquels commencent déja à jour
des avantages de leur foumiffion , en allant libre
ment partout vendre leurs Denrées , & acheter ce
dont ils peuvent avoir beſoin .
Le jour même de l'arrivée du Marquis de Mail
febois à Corte, le St Arrighi , un des Chefs des plus
accredités des Rebelles , vint lui demander au nom
des Pieves de Vico , de Linnaca , & de quelques
autres d'au- delà des Monts , la forme dans laquelle
il exigeoit leur foûmiſſion & la remite de leurs ar
mes , & comme il affûra ce Géneral , que chaque
Village des Pieves , dont il étoit Député , avoit res
mis fes armes entre les mains des Peres du commun
, on ne doute pas que le reste de l'Ile ne prena
ne bien-tôt le parti de l'obéïſſance.
Selom
JUILLET. 1739 1649
Selon les aparences le Marquis de Maillebois
devoit demeurer à Corte jufqu'au 10. ou 12. de ce
mois , pour y recevoir les foûmiflions & les armes
des Pieves , qui ne lui avoient pas encore envoyé de
Députés , & après avoir mis les Troupes en quartiers
de rafraîchiffement , il a du retourner à la
Baftie , afin de travailler avec le Marquis Mari
Commiffaire Géneral de la képublique , à mettre
tout en regle.
Le Baron de Troft eft encore en Corfe avec
quelques-uns de ceux qui l'y ont accompagné , &c
il se reire à mesure que les Troupes Françoiles
avancent.
On a apris depuis que le Marquis de Maillebois
étoit toûjours à Corte, & qu'il y étoit occupé à re
cevoir les armes des Habitans des Pieves d'au -delà
des Montagnes , lefquels venoient en foule ſe remettre
à la clemence du Roy T. C. Il continue
d'arriver à laBaftie des ôtages de diverſes Pieves, & la
communication commence à fe rétablir dans toutes
les parties de l'Ile de Corfe .
Ĉe Général a fait conduire une Barque chargée
de Sel à San Fiorenzo , d'où on le tranſportera avec
des Mulets dans le centre de l'Ifle , qui en manque
depuis fort longtemps. -
On allure que le Marquis de Maillebois mettra
bientôt les Troupes Françoifes en quartiers de ra
fraîchiffement , qu'il en laiffera une Brigade à
Corte , & que le refte fera diftribué depuis cette
Place , d'un côté jufqu'à Vemolafca , & de l'autre
le long du Golo , jusqu'à Borgo , & à Luciana.
On aprend par les dernieres Lettres de la Baſtie
que le Marquis de Maillebois , qui eft toujours à
Corte , y attendoit le 1o. de ce mois les ôtages de
plufieurs Pieves d'au-delà des Montagnes , que deur
des
#650 MERCURE DE FRANCE
pas peu
des principaux Chefs des Rebelles devoient luf
amener ; que ce Géneral avoit envoyé dans cette
partie de l'Isle un Détachement des Troupes Francoifes
fous les ordres d'un Lieutenant Colonel
avec les Miquelets , & qu'il faifoit travailler à des
chemins pour établir la communication de la Baftie
Corte , de Lento à Petralba, & de ce dernier endroit
dans la Balagna , ce qui fera d'un grand avan
tage pour le Pays , & ne contribuëra à cons
Benir les Habitans dans leur devoir.
"Les Sieurs Giacinto Paoli , Louis Ciaferri , Jean-
Jacques Ciavaldini , & quelques autres des principaux
Rebelles , au nombre de 27. fe font embar
ques à la Padulella fur un des Bâtimens de Caprara
, & ils font allés à Portolongone. Il n'y a plus
que deux Chef des Rebelles , qui n'ayent pas voulu
encore fe foûmettre , mais comme le Marquis
de Maillebois a détendu fous peine de la vie de leur
donner azile , il y a aparece qu'ils ne perfifteront
pas encore longtemps dans leur révolte . Les Troupes
Françoifes continueut d'être en très bon étar .
& malgré les chaleurs , il n'y a prefque oina
de malades.
58
GRANDE - BRETAGN 1.
Es Lettres de Londres portent , qu'il fe tint
Wittehall le 21. Juillet un grand Confeil, dans
lequel il fut élo u d'ufer de répréfailles contre les
Vaiffeaux Eſpagnols , & que le foir on publia ne
Proclamation , laquelle porte que les Flotes & les
Vaiffeaux de Guerre de S. M. ainfi que tous les
autres Bâtimens , dont les Capitaines feront pourvus
de Commiffions du Bureau de l'Amirauté ,
pourront arrêter tous les Vaffeaux & Effets aparte
aans.au Roy d'Elpagne , à fes Sujets & à toute auJUILLET.
1739. 3658
are Perfonne qui demeure dans les Pays de la
domination de S. M. C .; que pour cet effet on expédiera
des Lettres Patentes , en vertu defquelles le
Bureau de l'Amirauté fera autorisé à accorder des
Commiſſions à tels Sujets du Roy ou autres , que les
Commiffaires du Bureau jugeront à propos , pour
enlever les Vaiffeaux Efpagnols ; que le haut Tribu
nal de l'Amirauté , & les autres Cours d'Amirauté,
procederont juridiquement au fujet de la confifcation
des Vaiffeaux & des Effets qui feront pris ; que
Je Bureau de l'Amirauté en délivrant des Commiffions
aux Armateurs , leur fera fçavoir les inten
tions du Roy fur la maniere dont ils doivent fë
conduire , & qu'on envoyera des Instructions à ce
fujet à tous les Gouverneurs & Commandans des
Colonies Angloiſes.
Il y a actuellement 106. Vaiffeaux de Guerre en
Commiffion , en y comprenant trois Galiotes a
bombes & huit Brulots , & lorfque leurs équipages
feront complets , le Roy aura à fon fervice 26500.
Matelots.
Le Gouvernement a envoyé ordre au Contre-
Amiral Haddock , dont l'Eſcadre a été renforcée
depuis peu de 8. Vaiffeaux de Guerre de deux Gam
liotes à bombes & de deux Brulots , d'ufer de répréfailles
contre les Vaiffeaux Eſpagnols.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour de Paris , &%. *
Na apris de Compiegne , que le Roy ayant
voulu donnerà Monseigneur le Dauphin une
idée de la maniere d'attaquei & de défendre ung
Place
1652 MERCURE DE FRANCE
Place , & de plusieurs autres operations de guerrez
S. M. a fait élever un Polygone vis - à - vis de la
Terraffe du Château , dans la Plaine qui eft entre
cette Ville & la Forêt. Le Bataillon du Régiment
Royal Artillerie , commandé par M. de la Borie ,
qu'on a fait venir de la Fere , pour l'attaque du
Polygone, ayant établi de l'autre côté de la riviere
ane batterie de canons & de mortiers , pour en
faire une Ecole d'Artillerie , le Roy y eft allé plufieurs
fois , & S. M a toujours été auffi satisfaite de
I diligence avec laquelle les Canoniers ont servi
les batteries , que de leur jufteffe à tirer .
Le Comte d'Eu , Grand Maître de l'Artillerie
& Lieutenant Géneral des Armées du Roy , qui a
commandé toutes les Troupe's qu'on a fait venir à
Compiegne , étoit campé avec le Bataillon du Ré
giment Royal Artillerie entre le Polygone & la riviere
d'Oise , sur laquelle étoit un Pont de Bateaux,
qui communiquoit du Camp du Comte d'Eu à la
Batterie , & qui a servi à faire voir à Monseigneur
le Dauphin , comment on étabit un Pont de Ba
reaux , & comment on le replie.
*
Le Régiment du Roy , Infanterie , deftiné à atta
quer & à défendre le Polygone , se rendit le 7 de
če mois au Village de Venette , & le Roy , accompagné
de Monseigneur le Dauphin , le vit arriver &
former fon Camp dans la Prairie.
Le 9 , le Roy fit la revue de son Régiment : Sa
M. , après avoir paffé à la tête des Bataillons &
dans les rangs , fit faire l'exercice , après lequel
toutes les Compagnies défilerent devant le Roy ,
qui parut très-content de l'état dans lequel il avoit
trouvé son Régiment , & qui eût la bonté d'en
marquer sa satisfaction au Duc de Biron . Le même
jour , le Roy fit la revue des Détachemens des Ré
gimens de Bourbonnois , de Gondrin , & de Blaisois
JUILLET. 1739 1653
sois , qui sont venus à Compiegne , pour servir à
Pattaque du Polygone, & qui ont campé à la gauche
du Bataillon du Régiment Royal Artillerie . S. M.
fut très- satisfaite de ces Détachemens.
Le 12 , le Régiment du Roy s'étant partagé em
deux Corps , on donna à la Reine & à Monseigneur
le Dauphin le Spectacle de l'attaque d'un Camp, & .
d'un Combat. Le lendemain , le Régiment du Roy
paffa la riviere d'Oise sur un Pont de Bateaux , dont
l'établiffement fut favorisé par une faulle attaque
, faite au - deffus de l'endroit où on vouloit le
Jetter.
Le 14 , la tranchée fut ouverte devant le Polyl
gone par deux Boyaux , conduisant à une parallele,
qui embraffoit tout le front de l'attaque. Les jours
suivans , ces travaux furent perfectionnés ; on établit
des batteries de canons & de mortiers , on forma
une seconde parallele , on ouvrit des sapes , on
fit porter des fascines par des détachemens des deux
Compagnies des Mousquetaires de la Garde , on
attaqua les Lunettes , on emporta le Chemin cou
wert , on y établit des logemens qui furent renver
sés par l'effet de plufieurs mines , on fit la descente
du foffé , & le 21 , au soir , on se préparoit à donner
un affaut , lorsque M. d'Allemans , Lieutenant
Colonel du Régiment du Roy , qui défendoit le
Polygone , demanda & obtint une Capitulation ,
après laquelle le Roy vit défiler la Garnison.
Toutes les attaques des Ouvrages du Polygone ,
& les sorties faites par les affiegés , ont été soûte
nuës par un feu continuel d'artillerie & de mousqueterie.
Les differens exercices de guerre & cette
image d'un Siége , font devenus pour Monseigneur
le Dauphin un amusement très -utile , par Patten
tion avec laquelle ce Prince a vû toutes les attaques,
a visité les travaux , en a suivi le progrès , & a interrogé
854 MERCURE DE FRANCE
terrogé ceux qui étoient chargés de cette attaque,
sur les détails qui pouvoient contribuer à son ins
truction . Tout a été conduit avec beaucoup d'ordre
, & l'objet que S. M avoit eû , en faisant artaquer
le Polygone , a été parfaitement rempli par
Fempressement avec lequel les Officiers employés
dans cette occasion, ont donné, chacun pour ce qui
les regardoir, des preuves de leur capacité & du desir
qu'ils ont de mériter l'aprobation de S. M.
Le Roy a soupé dans la tente du Comte d'Eu ,
chés lequel il y a eu tous les jours plusieurs tables
servies avec une grande magnificence. S. M. a fait
Je même honneur au Duc de Biron , lequel a eût
auffi tous les jours plusieurs tables servies avec beau
coup de délicateffe & d'abondance.
- Le 7. Juillet , les R. P. Dominicains du Noviciat
géneral de Paris , célebrerent avec beaucoup de
folemnité la Fête du Bienheureux Pape Benoît XL.
Religieux du même Ordre. Elle commença la
veille. Les premieres Vêpres furent chantées par
Ja Musique , & l'Evêque de Quebec officia au
Salut.
Le lendemain , jour de la Fête la grande Meffe
les Vêpres , le Salut & le Te Deum furent aufh
shantés par la Musique , de la composition de M.
Cordelet. L'Evêque de Metz officia , & le Panégyria
que du Saint fut prononcé par l'Abbé de la Roche
Prédicateur du Roy. Sur les dix heures , le Cardinal
de Polignac y alla faise fa Priere .
Le même jour , les Dominicains de la rue Saint
Jacques , & ceux de la rue S. Honoré célebrerent
la même Fête , avec la même folemnité. L'Evêque
de Lefcar officia à S. Jacques. Le R. P. Corbieres ,
Docteur de Paris, & Prieur de la Maison , prêcha ;
la Musique , extrêmement goûtée , étoit de la
com
JUILLET . 1739. 1655
mposition de M. Clerambault. Le Clergé de la
Paroiffe de S. Roch officia à S. Honoré & le R. P...
Regnault , du même Ordre , Docteur de Paris , &
Prédicateur ordinaire du Roy , y prêcha ..
Le 12 , la Reine entendit les Vêpres dans l'Eglife
des Dominicains de Compiegne , où l'on célebroit
la même Fête ; & le foir , le Roy & la Reine , & les
Cardinaux de Fleury & d'Auvergne aflifterent au
Salut.
$
On écrit de plufieurs Endroits , que cette Fête a
été célébrée avec une grande folemnité dans les
Maisons de l'Ordre de S. Dominique , principalement
à Toulouse , où il y eut le soir des Feux &
des Illuminations . Les RR . PP . Jesuites du College,
voisins de ce Monaftere , marquerent auffi par des
Illuminations , &c. la part qu'ils prenoient à cette
pieuse Réjouiffance.
Les Dames Dominicaines de Poiffy se sont fort
diftinguées dans cette occafion. Elles en avoient
une raison particuliere ; leur Monaftere ayant été
accepté ou aggregé à l'Ordre par le Bienheureux
Pape , lorfqu'il en étoit le Superieur Géneral :
P. F. Nicolaus , tunc Magifter Ordinis , Precibus
moftris annuens devotè fufcepit. Ce font les termes
de la Charte du Roy Philipe le Bel , Petit - Fils de
S. Louis , lequel eft Fondateur de te Monaftere.
Le B. Pape Benoît XI. nommé avant son Exal-i
tation Nicolas Bocaffini , nâquit en 1240. à Trévise
en Italie , alors Ville libre , & aujourd'hui unie à
Ja République de Venife. Son Pere y exerçoit la
Charge de Notaire Imperial ; & le jeune Bocaffins,
fut élevé sous la discipline de son Oncle , Curé
de S. André. A l'âge de 14. ans il entra dans l'Ordre
de S. Dominique , vint à Paris , s'apliqua à
Etude , & enseigna les Sciences. Il remplit ensuite
lespremieres Charges de son Ordre. El Géneral.
1356 MERCURE DE FRANCE
en 1296 , il fut envoyé en France par Boniface VIII.
pour négocier un Traité de Paix entre le Roy très-
Chrétien , le Roy des Romains , & le Roy d'Angleterre
, en quoi il réussit parfaitement. Créé
Cardinal en 1298 par le même Pape , il n'accepta
cette Dignité qu'en verfant des larmes , dit Bernard
Guidonis , Ecrivain de l'Ordre , qui étoit présent .
Il fut ensuite fait Evêque d'Oftie , & envoyé Légat
à Latere dans plusieurs Royaumes du Nord.
Le Pape Boniface étant décedé quelque temps
Après en 1303 , il fut unanimement élû pour remplir
sa place , sous le nom de Benoît XI. La sainteté
de sa vie , ( ayant toujours étroitement gardé
la Regle de son Ordre ) & Pheureux succès de ses
Légations , lui avoient acquis une fi grande répu
tation dans toute l'Europe, qu'on disoit de lui d'une
commune voix : Benedictus qui venit in nomine
Domini. Son Pontificat , quoique court , fut rempli
d'Evenemens fi glorieux & fi avantageux à tout le
Chriftianisme , surtout par la Paix qu'il donna à la
France , troublée par la conduite irréguliere de son
Prédecesseur , que , selon Ciaconius , dans son
Hiftoire des Papes , le Proverbe commun étoit :
Prava in directa , & asperà in vias planas commu--
tavit. Il mourut à Perouse , âgé de 64 ans , & fut
inhumé dans l'Eglise des Dominicains , auprès du
maître Autel. Tous les Historiens en parlent comme
d'un saint & très - grand Pape , dont Dieu a honoré
le Tombeau de plufieurs Miracles. I eft
Auteur de plufieurs beaux Ouvrages sur l'Ecriture-
Sainte , &c .
Le 12 de ce mois , Madame & Madame Henriette,
accompagnées de la Ducheffe de Tallard , Gonvernante
des Enfans de France , & de plufieurs
Dames , vinrent du Château de Versailles à Pa
ris.
JUILLE T. 1739 8657
nis. Mesdames reçûrent les respects du Corps de
Ville au bout du Quai des Thuilleries , & elles allerent
descendre à l'Eglise Métropolitaine , à la porte
de laquelle l'Archevêque de Paris les reçût à la tête
du Chapitre. Elles furent conduites dans le Choeur,
qu elles firent leurs Prieres , & elles entendirent
ensuite, à la Chapelle de la Vierge, la Meffe qui fut
célebrée par un Chapelain du Roy. Au sortir de
P'Eglise Métropolitaine , Mesdames allerent dîner
au Château des Thuilleries dans l'apartement de la
Ducheffe de Ventadour , & elles furent servies par
les Officiers de S. M. Le soir Mesdames se promenerent
dans le Jardin des Thuilleries , & en retournant
à Versailles , elles passerent par le Cours. Les
Peuples qui se sont empressés de se trouver sur le
passage de Mefdames , ont cherché à marquer par
leurs acclamations continuelles la joye que la présence
de ces Princesses leur inspiroit.
Le 15 , Madame & Madame Henriette , accom→
pagnées de la Duchesse de Tallard , Gouvernante
des Enfans de France , & de plusieurs Dames , vinrent
de Versailles à Paris voir l'Hôtel Royal des
Invalides ; elles allerent ensuite à la Communauté
de l'Enfant Jesus , & elles retournerent le soir
Versailles.
&
Le 16 , la Reine entendit la Messe dans l'Eglise
Ju Monastere des Carmelites de Compiegne
S. M. y communia par les mains du Cardinal de
Fleury, son Grand Aumônier.
Le Roy a donné la place d'Intendant du Jardin
Royal des Plantes , vacante par la mort de M. du
Fay , à M. de Buffon , de l'Académie Royale des
Sciences.
Le
858 MERCURE DE FRANCE
Le 28 , le Comte de Schulembourg , Envoye
Extraordinaire du Roy de Dannemarck , eut son
audience publique de congé du Roy à Compiegne ;
il fut conduit à cette audience par le Chevalier de
Saintot , Introducteur des Ambassadeurs , qui étoit
allé le prendre dans les Carosses du Roy & de la
Reine. Il eut ensuite audience publique de la Reine
& de Monseigneur le Dauphin , & il fut reconduit
chés lui dans les Carosses de L. M. avec les cerémoaies
accoûtumées.
LETTRE de M..... Capitaine au Régi-
"
ment de N.... écrite de Châlons le 1. Juil
let , au sujet de la Publication de la Paix
dans cette Ville.
L'écrire,Monsieur, are flate trop , pour ne
A Lettre que vous m'avez fait l'honneur de
vous pas rendre un compte exact de ce qui m'a retenu
en cette Ville pendant plusieurs jours ; n'attrikuez
, je vous prie , mon séjour qu'à ma curiofité ,
naturelle d'ailleurs à un Etranger , & à l'envie de
boire du Vin de Champagne dans sa source : je ne
doute point que sur le récit que je vais vous faire ,
yous ne conveniez qu'on goûte quelquefois en
Province des plaifirs auffi vifs & auf variés qu'à
Paris.
J'arrivai ici de Strasbourg le 23 du mois dernier ,
feus le bonheur d'y trouver un de mes amis , qui
me donna entrée chés M. Le Pelletier de Beaupré ,
Intendant de la Province . Ce Proconsul me reçût
parfaitement bien , il m'engagea avec fa politeffe
ordinaire , à ne choisir d'autre table que la fienne
& m'invita à une Fête qu'il devoit donner le Mardi
à l'occasion de la Paix.
JUILLET. 1739. 165.9.
Je paffe fous filence , M. , ce que je fis jusqu'à ce
jour , vous concevez aisément que j'ai bien employé
mon temps dans une Ville où il y a bonne
compagnie , où l'on aime l'Etranger , où l'on fait
bonne chere , où l'on trouve le meilleur Vin de
Champagne , & oil y a l'une des plus belles Promenades
que j'aye vû .
Le Lundi , veille de la Publication de la Paix ,
toutes les cloches de la Ville annoncerent cette
grande Céremonie par leur carillon , il fut fait en
même temps une falve génerale de plus de cent
Piéces tant Canons que Boëtes. Le Mardi , M. l'Intendant
, que deux Conseillers du Préfidial allerent
prendre en fon Hôtel , arriya fur les 10. heures du
matin au Bailliage Royal ; il fut reçû au haut de
P'Escalier par tous les Officiers de ce Siége . Le Premier
Préfident le complimenta. On avoit élevé
dans l'Auditoire plusieurs Gradins , qui furent
occupés par beaucoup de Dames & de Meffieurs de
confideration . Les Officiers de l'Hôtel de Ville
qui font en grand nombre, s'y étant rendus , ainfi
que l'Election , les Juge & Confuls , & les autres
Jurisdictions qui avoient été invitées. M l'Intendant
se plaça sur le Siége ; l'Avocat du Roy porta la
parole , & fit un fort beau Discours , dans lequel
on trouva l'Eloge du Roy,& celui de M. le Cardinal
Miniftre, parfaitement bien remplis; il n'oublia rien
de ce qui avoit orné le Regne de LoUIS LE GRAND,
dont il fit un jufte parallele avec celui ci ; il vanta
beaucoup la valeur de nos Troupes , à Philisbourg,
à Parme , à Guaftalle ; il rapella la perte de Mrs de
Bervick , & de Villars . Enfin il rendit juftice à M.
PIntendant , & fit connoître combien la Province
lui eft redevable des foins infatigables qu'il se
donne pour y faire fleurir le commerce , & pour y
procurer l'abondance dont elle joüit.
M.
1660 MERCURE DE FRANCE
2.M. P'Intendant parla ensuite avec beaucoup de
dignité & de grace ; il sçut joindre à une grande
facilité , un ſtile fleuri & noble . Je ne comprens
pas , M. comment en si peu de paroles , on pent
dire de si belles choses , & si a propos ; j'aurais
bien souhaité qu'il eût eû la bonté de me communiquer
son Discours , je vous autois envoyé , il
auroit affûrément orné le Mercure de France. Il
ordonna ensuite la lecture de l'Ordonnance qui
annonçoit la Conclufion de la Paix avec l'Empereur,
& par-là finit cette Séance.
M. l'Intendant , à la tête de toutes les Jurifdictions
, sortit du Bailliage & se rendicà la Place de
l'Hôtel de Ville , autour de laquelle étoient plusieurs,
Brigades de la Maréchauffée à cheval , commandées
par le Prévôt general , & la Compagnie
de Arquebuse , qui eft lefte & nombreuse ; it of
donna la publication de la Paix , laquelle , par les
soins des Officiers de Ville , fe fit avec beaucoup
d'apareil & de folemnité, non feulement au carillon
de toutes les cloches , au bruit de differentes falves
de Capons & de Bottes , mais encore au son de
plufieurs Tambours , Fifres , Violons , Hautbois ,
&c. & aux acclamations d'une foule prodigieuse
de Peuple, qui ne ceffa de faire retentir l'air, de ctis
redoublés de Vive le Roy,la Reine, Monseigneur le
Dauphin . Les Chevaliers de l'Arquebuse firent des
décharges particulieres avec beaucoup d'ordre.
Les Officiers de Ville s'étant affembles en leur
Hôtel , ils se rendirent vers les deux heures sur la
Place qui eft vis-à - vis de cer Hôtel , & ils firent la
Publication de la Paix avec les mêmes Cérémonies
& le même. Cortege que le matin ; Publication qui
fut répetée en cing differens Endroits de la Vrle ,
ou des Compagnies de Milice Bourgeoise étoient
sous les Armes ; ils se rendirent ensuite à l'Eglise
Cathé
JUILLET. 1739 1661
Cathédrale; le Te Deum y fut chanté folemnellement
par un Corps de Musique , pendant lequel & après,
Toutes les Cloches carillonnerent ; il fut fait en même
temps plusieurs décharges de tous les Canons &
Boetes ; M. l'Intendant y affifta en Robe rouge ,
avec tous les autres Corps de Jurifdiction , de- là
1 les Officiers de Ville allerent sur la Place du Marché
, allumer un grand Bucher qui y avoit été
dreflé.
-2
(
Jamais dans aucunes Réjoüiffances publiques on
n'a remarqué une auffi véritable joye ; les Habitans
de certe Ville ont un respect &' un amour particulien
pour le Roy , on m'en a cité pluſieurs Traits
qui leur font beaucoup d'honneur , je ne vous en
raporterai qu'un , qui eft attesté par un Monument
public. HENRY IV. paffant à Châlons , dans u
temps où ce Prince avoit besoin d'un prompt secours
, il le trouva dans le coeur & dans la bourse
des Châlonois ; & pour en marquer fa fatisfaction ,
alfit fraper une fort belle Médaille , que j'ai vûë ;
ce Grand Prince y eft repréſenté en Buſte , avec la
Legende ordinaire, & fur le Revers font les Armes
de la Ville, avec cette Inscription : CATALAUNENSIS
FIDEL MONUMENTUM . Admettez , je vous prie
• M. cette digreffion , fi c'en eft une , en faveur
d'une Ville dont je luis devenu le Partisan . »
&
1

Les Officiers de Ville , de retour , firent couler
plufieurs Fontaines de Vin pour le Peuple ; sur les
neuf heures du soir , la façade de l'Hôtel de Ville
fut illuminée en entier, comme elle eft d'une grande
étendue , cette Illumination fit un fort bel effet ;
tous les Bourgeois illuminerent en même temps la
façade de leurs Maifons , allumerent des Feux , &
donnerent plufieurs marques de réjouiffance.
Mais ce qui fit infiniment plus d'éclat , & attira
toute l'attention publique , fut la magnique Fête
Iij que
1662 MERCURE DE FRANCE
;
que M. l'Intendant donna le soir ; il y avoit fait,
inviter toutes les Dames & Demoiselles de la Ville ;
elles font aimables & d'une fort bonne focieté ,
elles y parurent très - galament vétuës : la façade
de l'Hôtel de l'Intendance fut parfaitement illuminée
, l'interieur le fut en plufieurs manieres , & furtout
par des Luftres magnifiques ; il y eut differentes
parties de Jeu , les Salles étoient des mieux ornées
, on fervit en abondance toutes fortes de rafraîchiffemens
rien n'échapa à l'attention de M.
l'Intendant , qui fut fecondé parfaitement par Mad.
fon Epoufe. Vous fçavez , M. que cette Dame joint
à beaucoup de douceur , des graces naturelles , &
une très - grande politeffe , qui la font aimer & refpecter
de tous ceux qui ont l'honneur de la connoître.
Les Jeux furent interrompus par le foupé ,
il y eût trois Tables de 25. Couverts chacune qui
furent fervies avec toute la profufion & toute la délicateffe
poffibles, dignes enfin du sujet de cette Fête,
& de la magnificence de celui qui la donnoit. Au
fond de la Salle étoit dreffé un Buffet fomptueux, &
extrémement illuminé ; fur ce Buffet, où la vaiffelle
d'argent étoit en abondance , on trouvoit les Vins
les plus délicieux de la Province & de celle de Bourgogne
, avec les Liqueurs les plus exquifes. On entendit
pendant tout le Repas une excellente Symphonie
qui étoit placée dans le Jardin.
,
Le Souper fini , le Bal commença ; fur le minuit
on vit l'air rempli d'une infinité de Fusées & de
Serpenteaux , qui occuperent long- temps & agréa
blement les Spectateurs ; on reprit les Danfes & les
Jeux jufqu'au jour ; on ne ceffa cependant de préfenter
des Glaces & des Rafraîchiffemens. Je ne
finirois point , fi j'entrois dans le détail de tous les
plaifirs qui fe font fuccedés dans cette Fête , où
Lout s'ef paflé d'une maniere charmante , & avec
cette
JUILLET. 1739: 1663
cette aimable liberté qui donne le prix aux plaiſirs,
Je fuis , &c.
LETTRE écrite de Caën le 6 Juillet 17393
àl'occafion de la Publication de la Paix.
Ous avez fouhaité , Madame que je vous
Valle le détail des Fêtes données à Caen , je vous
obéis d'autant plus volontiers , que toutes les cir→
conftances de ces Fêtes , font l'Eloge des Perfonnes
qui y ont eu la principale part , & donnent une
idée parfaite du dégré de joye auquel les Habitans
de cette Ville fe font livrés dans un Evenement fi
glorieux pour le Gouvernement , & en particulier
pour M. le Cardinal de Fleuri.
On commençoit à goûter à Caen les fruits des
libéralités de Son Eminence , & des soins vigilans
des principaux Magiftrats de la Ville , à l'occafion
de la chereté des Bleds , quand les ordres du Roy , adreflés à M. l'Intendant pour la Publication de la Paix dans la Généralité de Caën , font venus mettre
le comble à la fatisfaction publique. M. l'Intendant
ayant communiqué
ces ordres aux Maire & Echevins de cette Ville ; ces Mrs choifirent la
veille du jour indiqué par M. l'Evêque de Bayeux , pour le Te Deum , comme le jour le plus propre pour la Cérémonie de cette Publication .
>
on Le Samedi zo Juin , à dix heures du matin
vit fortir de l'Hôtel de Ville , aux acclamations
d'un Peuple innombrable , & au bruit de l'Artille
rie du Château , tous les Officiers qui compofent
le Corps de Ville , & tous ceux de la Bourgeoifie
montés fur des Chevaux proprement équipés , &
précédés de leurs Trompettes & Hautbois ,
cheval : M. de Canchy , Maire , en Robe rouge ,
& les deux premiers Echevins , pris du Corps de la
I iij. No
1664 MERCURE DE FRANCE
Nobleffe , fe faifoient diftinguer dans cette Mar
che , par la liberalité avec laquelle ils répandoient
de l'argent au Peuple à chaque Publication ; leurs
chevaux étoient ornés de houffes de velours cramoisi
, garnies de galons & de crépines d'or , les
Officiers de la Bourgeoifie ayant leur Colonel à leur
fête tous en habit uniforme , faifoient par leur
nombre , & l'ordre de la Marche , l'admiration des
Concitoyens.
Les principaux Quartiers de la Ville ayant été
fucceffivement le Théatre de ce Spectacle interessant
, la Cavalcade fe termina à l'Hôtel de Ville ,
dans une des Salles duquel on avoit preparé un
grand Dîné : Trois tables de quinze Couverts chacune
, y furent fervies avec abondance des mets les
plus exquis.
L'après - dînée ne fut pas moins agréable
aux Habitans de Caën ; l'arrivée de M. le Maréchal
de Coigny , Gouverneur de la Ville , de
Mad. la Maréchale , du Comte de Coigny , leur
fils , & de la Comteffe fon Epouse , leur fournit une
nouvelle Scene de plaifirs.
Mrs les Académiftes , de l'Académie établie à
Caen , fous la direction de M. de la Gueriniere ,
perfuadés qu'il étoit de leur politeffe , & de leur
refpect pour M. le Maréchal , d'aller au - devant de
lui , fe firent voir des premiers ; ils étoient conduits,
par leur Chef, & montés fur des chevaux également
leftes & richement harnachés .
M. le Marquis de Voluire , Colonel du Régiment
Dauphin , avec les principaux Officiers à cheval
précedés des Timballes & Trompettes du Régi-.
ment , & fuivis de deux Compagnies , s'emprefferent
auffi d'aller au devant de M. le Maréchal . La
Compagnie de la Maréchauffée , un Lieutenant à la
tête , les avoit précédés. Toute la Bougeoifie en
armes
3
JUILLET
T: 17393 1505
:
armes , commandéc
par
"
fes Officiers ,étoit rangée
en haye fur fon paffage , & un Peuple innombrable
.
bordoit les rues.
de canon honneur da
Une falve de feps coups aux Maréchaux
de France , annonçi l'arrivée de. ce Général. On vit entrer dans la Ville au milieu de ce brillant Cortege quatre Caroffes artelés de fix chevaux , précedés des Officiers de M. le Maré
chal , à cheval , & fuivis de plufieurs Chaises de. pofte , & de Berlines , pour les Gens de fa fuite. M. le Maréchal , & les Dames étoient attendus
Intendance
M. de Vaftan les reçut avec toute la magnificence
poffible. Un foupé , auquel plus de.
quarante Perfonnes avoient été invitées , fut ſervi
avec autant de délicareffe
que de profuſion , & termina
agréablement
cette premiere journée.
Lieu.
Le lendemain
Dimanche
, M. de Mathan , tenant de Roy de la Ville , donna un fplendide Re- pas à la même Compagnie
. Le foir M. l'Evêque. s'étant rendu dans l'Eglife principale pour la Cére-- monie du Te Deum , & M. le Maréchal , M: l'In- tendant, & tous les Corps qui ont droit d'y affifter, ayant pris leurs places , on chanta un Te Deum
qui fut executé avec beaucoup de précision par la Mufique du Concert de la Ville : on fut fouper enfuite chés M. l'Intendant
, dont l'Hôtel étoit très-ingénieusement
illuminé ; deux Piéces de Vin , élevées aux deux côtés de la grande Porte ,couloient
abondamment
pour le Peuple. Mrs les Maire & Echevins avoient invité quel- ques jours avant les Notables de la Ville à fe trouver
au Bal qu'ils devoient donner. A dix heures du
foir , la Façade & les Cours de l'Hôtel de Ville fe
trouverent illuminées d'une infinité de Lampions ; dans l'interieur , une grande quantité de Bou- gies répandoit une lumiere auffi agreable que né-
Liin ceffaire.
La
1666 MERCURE DE FRANCE
La Salle deſtinée pour le Bal , avoit été difposée
avec beaucoup d'art & de goût. C'eft une Piéce
qui a dans fa longueur plus de 70. pieds , sur 30 .
au moins de hauteur . Dans le fond on avoit élevé
une Feuillée de Verdure , décorée de Guirlandes
de Fleurs naturelles , dans le milieu de laquelle ,
difposée en ceintre , on voyoit le Portrait du Roy
de grandeur naturelle , au-deffus une Couronne, &
divers ornemens en Verdure & en Fleurs . Le tour
de la Salle étoit tendû de riches Tapifferies , avec
des Gradins ; dix Luftres , & un nombre infini de
Girandoles & de Bras , répandoient une grande
clarté.
Le Bal fut précedé d'un Feu d'Artifice , & annon
cé par une décharge générale des canons du Châ
teau ; on s'y rendit de toutes parts avec affluence.
A minuit , la Compagnie qui avoit foupé chés M.
l'Intendant , y arriva ; M. le Maréchal & Mad . la
Comtefe de Coigny , qui honorerent le Bal de
leur préfence , furent agréablement furpris , & de
la magnificence du Lieu , & de la parure des Dames
& des Cavaliers. Le Bal dura jufqu'à huit heures du
matin : Mrs les Maire & Echevins , qui en faifoient *
les honneurs , n'oublierent rien , pour que toutes
fortes de rafraîchiffemens fuffent fervis en abondance.
Auffi- tôt que le départ de M. le Maréchal & de
fa Famille, eutrendu à M. l'Intendant la libre difpo
fition de fes Apartemens , il fongea à ſon tour à fignaler
fon zele & fa joye . Dans laVille de Caen ,ou
les bonnes Maifons font en grand nombre , il eft
impoffible de donner un Repas d'apparat à tant de
Perfonnes , & d'ailleurs les Apartemens de l'Hôtelde
l'Intendance ne le permettroient pas ; les Pauvres
, que M. l'Intendant ne perd point de vûë
ont profité de cette circonitance : on a ſçû qu'il
leur
JUILLET. 17398 1667
leur avoit fait diftribuer du Bled pour une fomme
confiderable. Mais il ne crut pas pouvoir fe difpenfer
de raffembler chés lui les principaux Citoyens
de la Ville , qui par leur naiffance & leur état doi- ,
vent s'intereffer davantage au bonheur public ; &
l'apareil d'un Bal lui parut être une occafion propre
à les y attirer.

L'Hôtel de l'Intendance , affés commode d'ailleurs
, n'a qu'une grande Piéce qui fert de Salle à
manger ; elle fut transformée en peu de temps en
Salle de Bal ; l'entrée représentoit un Salon champêtre
orné de Verdure , au côté droit duquel étoit
une Iffue qui conduifoit dans la Salle , avec des
Gradins pratiqués dans l'enfoncement des Croisées
, & couverts de tapis ; la cheminée étoit
ornée du Portrait du Roy , peint au naturelle
avec des Niches de Verdure pratiquées aux
deux côtés ; tous les murs , depuis les Gradins
jufqu'au Plafond , étoient tapiflés de Verdure ; on
avoit placé dans l'enfoncement des croisées , des
glaces , qui , en répetant les objets , les multiplioient
à l'infini . Des Guirlandes de fleurs natu -´
relles regnoient autour de cette belle Décoration.
Cinq Luftres de cristal , & quantité de Bras attachés
au mur , à un demi - pied de diſtance , & garnis
de fleurs , portoient des Bougies fans nombre. La
Tribune pour la Symphonie , pratiquée fur l'entrée
en forme de Grotte, dont on a parlé , fembloit, par
La conftruction finguliere , être moins l'ouvrage de
P'Art , que de la Nature. Un Parterre de fleurs, placé
avec goût , ornoit toutes les parties de cette
Architecture champêtre.
Ce fut dans ce Lieu fi galamment décoré , que fe
rendirent fucceffivement toutes les Perfonnes invi
tées par M. de Vastan ; il avoit fait illuminer dès les
-neufheures du foir la façade de l'Intendance ; com
Lv me
1668 MERCURE DE FRANCE
-6
me c'étoit le feul Spectacle auquel le Peuple put
prendre part , on n'avoit rien omis de tout ce qui
pouvoit le rendre brillant. La Cour de cet Hôtel
étoit auffi illuminée d'un nombre prodigieux de
Lampions ; le grand Efcalier , les Coridors qui
conduisent aux Apartemens étoient éclairés par
des Luftres garnis de Bougies : tous les Apartemens.
étoient richement meublés ; on y avoit préparé des
Tables de Jeux pour ceux que le Bal n'auroit point
amusé ; deux Piéces aux deux bouts des deux principaux
Apartemens de l'Hôtel, étoient réservés pour.
Jes Buffets .
9
Ce fut à onze heures du foir qu'une falve de 256
Piéces de canon , annonça l'ouverture du Bal ; tou
tes les Perfonnes invitées eurent bientôt rempli
tous les Apartemens ; chacun parut également satisfait
, & de la polite fle avec laquelle il fut reçû , &
de l'ordre qui regnoit partout. On remarqua , que
quoique l'Affemblée fût très-nombreufe elle
n'étoit cependant composée que de ce que la Ville
contient de plus aimable , dans les deux sexes ; les
uns & les autres s'etoient efforcés de contribuer à
la Fête par leur enjoüement & par la magnificence
de leur parure. M. de Vastan , qui en faisoit les
honneurs , foûtint parfaitement dans cette occafion
la dignité de fa place , fans rien négliger de ce que
Ja politeffe & la gayeré demandoient de lui. Pour
répondre à les intentions , des Officiers en grand
nombre , portoient à ci aque inftant des Rafraîchiflemens
, des Glaces , des Fruits , &c. & parcouroient
ainfi tous les Lieux où ils croyoient pouvoir
être utiles.
Vers les fix heures du matin, le Bal & le Jeu fu
rent interrompus , mais ce fut pour faire place à un
nouveau plaifi ; on fervit un déjeûné composé de
tout ce qu'il y a de plus délicat en Patifleries
Jam-
1
JULLLE T. 17397 1669
Jambons , Langues , &c. On y répandit le vin de-
Champagne à grands flots. Enfin , chacun des Invités
, comblé de plaifir & de fatisfaction , fe retira ,
en donnant mille Eloges à l'Auteur d'une Fête auffi
galante , & aufli bien conduite.
IN PACE M.
CARMEN.
G'Allia vifà diu fammas calcare dolofo
Suppofitas cineri certo jam foedere , certa
Jam tibi Pax : Pofitis odiis- tela ergo reconde.
Sic eft : arcta premunt truculentum vincula Martem ,
PAX redit, & cæcâ dudum Sol nube laborans ,
Purpureos vultus dubio tandem exerit orbi.
Luctus mitte tuos , viduo que frigida lecto ,
Inforanes defiderio trahis icta fideli ,
Sponfa , moras , duri poft invida tædia Belli.
:
En tuus ille redux : felices vivite fponfi ,
Non vox deinde tube veftros terrebit amores.
Audiat hoc orbis , venturi audite nepotes.
Fortuna major LODOIX , tanto impere rerum-
Vincendi ipfe modum fibi ponit , fponte redonans
Iras , quas meruere , graves . Procal inclyta Martis
Fulm na, tot bellorum animæ,quorum vaga nufquar
Conftitit ambitio , nufquam fatiata quicvis..
Sanguineas lauros civili paſta cruore
I vj Monftra
1670 MERCURE DE FRANCE
Monftra per æratas acies , & vulnera quærunt ;
PACIS amans LODOIX , PACEM quæfivit in armis .
Olli quamfacilesfpondet Victoria lauros ,
Si viciffe velit ! fed avitæ haud immemor artis ,
Pace beat , Bello nuper quem terruit , hoftem .
At fi quando novos moveat Bellona tumultus
Armorumque furens fopitos ventilet ignes
Gallicafe quantis attollet gloria rebus
"
Hoc duce ! Fulmineis affurgat quantus in armis
Teftis Rhenus , adhuc imis perterritus undis
Teftes , vos Itali , repetito vulnere fractas
Senfit ubi Germanus opes , Aquilafque recifis
Tandem humiles pennis adrepere. Parcite, Gentes,
Lædere ; præcipites in funera veftra ruatis.
Aurea Pax conftet ; quorum bene farta coivit ,
Nunquam difliliat populorum gratia. Noftris
At tu , Summe Deus ( neque enim tibi defiit effe
Cure Gallica res ) precibus bonus annue . Gentis:
Delicia , patriâ ludit DELPHINUS in aulâ ;
Hunc debes regno , regni quo nititur uno
Spes , & Gentis honos ; labentibus expleat annis
Aureolos impune dies. Jam numine plenus
BORBONIO , quantos angufto in pectore verfat
Ille animos ! modo crefce , pii cura una Parentis
Regie crefce Puer ; membris ubi mollibus ætas
Firmior inciderit , folio fublimis avito ,
Ni fpes præcerpat fati vis invida noftras ,
Tu
JUILLET. 1739. 1671
Tu LoDoïcus eris ; pofcunt fic vota tuorum .
GUILELMUS LE NORMAND , Socius
Harcurianus.

Le Roy a donné l'Abbaye de Barbeaux , Ordre
de Cîteaux , Diocèse de Sens , à l'Abbé de Miffy ;
l'Abbaye Réguliere de Dammartin , Ordre de Prémontré
, Diocèse d'Amiens , au Pere Becourt ;
celle des Vignats . Ordre de S. Benoît , Diocèse de
Seez, à la Dame d'Eftampes , Abbeffe de Montreuil,
fous Laon ; & celle de Montreuil fous Laon , Ordre
de Cîteaux , à la Dame de Montmorin de Saint-
Herem , Abbeffe de Mercoite.
M. le Marquis de l'Hospital , Brigadier des Armées
du Roy , & Infpecteur de Cavalerie , a été nommé
par S. M. Ambaffadeur auprès du Roy des deur
Siciles .
L
患:
MORTS , & MARIAGE S.
E ... Juin , Antoine Charpin de Genetines
ancien. Evêque de Limoges , Abbé Commandataire
des Abbayes de la Crefte, Ordre de Cîteaux,
Diocèse de Langres , & du Relec , du même Orare
, Diocèse de S. Paul de Leon , mourut au Château
de Genetines , en la Paroiffe de S. Romain
fous Urfé , Pays de Forêts , Diocèse de Lyon
dans la 75. année de fon âge. Il avoit été d'abord
Chanoine de l'Eglife , & Comte de Lyon , & Vicaire
géneral de l'Evêque de S. Flour. Il eut le 30 .
May 1705. l'Abbaye de Pébrac , Ordre de Prémontré
, Diocèse de S. Flour , & remit en même
temps
1672 , MERCURE DE FRANCE
temps le Brevet de celle de Mauzac , Ordre de Saint ….
Benoît , Diocese de Clermont , qu'il avoit obtenuë
le pi . Avril précédent . I fut nommé le 3 , Avril
1706. à l'Évêché de Limoges , & sacré le 23 Janvier
1707. dans l'Eglife Métropolitaine de 5. Jean
de Lyon, par l'Archevêque du Lieu , affifté des Evêques
de S. Flour , & du Bellay . Il aſſiſta aux Affem-,
blées génerales du Clergé de France tenues à Paris
en 1707. & 1711. & l'Abbaye de la Crefte lui fut
donnée le 15 Août de la même année 171. If
affiſta encore à l'Affemblée géneralé du Clergé tenuë
en 1726. & il en fut un des Préfidens. Il fe
démit de fon Evêché au mois de Decembre 1729.
et obtint alors l'Abbaye du Relec. 11 remit celle de
Pébrac . Il avoit eu pour pere et mere Jean Charpin
, Seigneur de Genetines , d'Augerolles , de
Beaurevoir , de la Tenaudiere , et Marie de la Rivoire
, fa premiere femme , des Seigneurs de Chachac
, & de Baumes , en Vivarais. Là Famille de
Charpin , dont les Aînés sont Seigneurs de la Forêt
des Halles , eft originaire de S. Simphorien - le-
Châtel, en Forêts . & porte d'Azur à une Croix en➡
grelee d'or.
Le 25. Jean Baptifte de Lordat , Gentilhomme
de Languedoc , Brigadier des Armées du Roy , de
la Promotion du premier Août 1734..et Chevalie
de l'Ordre Militaire de 'S. Louis , mourut dans la
49. année de fon âge. Il avoit été ci devant Lieutenant
Colonel du Régiment de Cavalerie de Losaine
, auparavant Headicourts , avec Brevet de
Meftre de Camp. Il en fut fait Meftre de Camp au
lieu du feu Prince de Lixen , le 6, Juin 17 ; 4, et ike
s'en démit au mois d'Avril 1738.
Le 4. Juillet , Anne - Lows- Michele Pelletier
Comte te S. Fargeau , Confeiller au Parlement de .
Paris à la troifiéme Chambre des Enquêtes , où ik
avi
JUILLET. 1739- 1675
avoit été reçû le premier Avril 1735. et auparavant
Avocat du Roy au Châtelet depuis 1732. fils unique
de Michel Robert le Peletier des Forts, Comtede
S , Fargeau , Seigueur du Ménil-Montant , Gouverneur
de la Ville et Château , et Grand Bailli de
Gien , Ministre d'Etat , ci devant Contrôleur Gé .
neral des Finances , et de Marie-Louife de Lamoignon
de Courfon , mourut à Paris , âgé d'environ
laissant un fils et une fille de Charlotte
Marguerite d'Aligre , qu'il avoit épousée le 21
Fevrier 1735. comme on l'a marqué dans le Mercure
du même mois , p. 407.
26. ans ,
Le Perre Imbert Chastre , Confeiller - Secre
taire du Roy , Maison , Couronne de France , et de
ses Finances , veteran , premier Valet de Chambre
du feu Duc d'Orleans , Régent , mourut à
Paris , âgé de 84, à 85, ans , étant né en 1655. IK
étoit veuf de Henriette Prieur , premiere Femme
de Chambre de Marie Françoise de Bourbon , Ducheffe
d'Orleans , & morte .le Tanvier 173541
en laiffe entre-autres deux fils , dont l'aîné Jean-
Gilbert-Pierre-Imbert Chastre de Cangé , est premier
Valet de Garderobe du Roy , et Commiffaire
Ordonnateur de les Guerres , Secretaire des Com .
mandemens & Finances du Duc d'Orleans , &c.
31.

It
Le 13. Joseph Forest , Brigadier des Armées de
Roy , Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , et
ancien Capitaine au Régiment des Gardes Françoises
, mourut à Paris , dans un âge avancé , fans
savoir été marié Il avoit eu un frere aîné , aussi
Capitaine au Régiment des Gardes , connu fous le
nom d'Ogemont , et qui fut tué en 1706. à la Bataille
de Ramillies. Ils étoient fils de Jean Forest ,
Conseiller en la Cour des Aides de Paris , mort le
27. Novembre 1680 et de jeanne Forest , sa fémque
, morte le 2. Août 1706 .
Le
1674 MERCURE DE FRANCE
Le 16. Charles-François de Cisternay du Fay ;
Seigneur de la Queue , le Gencien , & c. ancien
Capitaine au Régiment de Picardie , Intendant général
du Jardin Royal des Plantes , Pensionaire ordinaire
Chimiste de l'Academie Royale des Sciences
de Paris , et Membre de la Societé Royale de
Londres , mourut à Paris , dans la 41. année de son
âge , universellement regretté . Il n'avoit point été
marié , et il étoit fils de feu Charles-Jérôme de
Cisternay , Seigneur du Fay , Capitaine au Régiment
des Gardes Françoises , et de Louise-Elisabeth
Landais , à présent sa veuve.
Le même jour , D. Catherine - Charlotte de Pas
Feuquieres , Dame de Rebenac , veuve depuis le to
Decembre 1725. de Louis-Nicolas le Tellier , Marquis
de Souvré , et de Louvois , Comte de Rebenac,
Chevalier des Ordres du Roy , Maître de ſa Garderobe
, Lieutenant Géneral pour S. M. au Gouver
nement de la haute & baffe Navarre et Pays de
Bearn , Sénéchal d'Epée de la Province de Bearn
avec lequel elle avoit été mariée le 19. Fevrier
1698. mourut dans fon Château de Louvois , âgée
de 66. ans. Elle laiffe un fils et une fille , qui font
François-Louis le Tellier de Rebenac , Marquis de
Souvré , et de Louvois , Comte de Rebenac , Maî
tre de la Garderobe du Roy , Lieutenant Géneral
des Provinces de Bearn , et Navarre , Colonel d'un.
Régiment d'Infanterie , et Brigadier des Armées de
S. M. marié en troisiémes noces le 4. Fevrier 1738.
avec Felicité de Sailly , née le premier Août 1716.
fille de feu Louis Aimard , Sire , et Marquis de
Sailly , Lieutenant Géneral des Armées du Roy
Commandeur de l'Ordre Militaire de S. Louis , et
Gouverneur de S. Venant , dont il a le Marquis de
Louvois , né le 9. Avril dernier ; et Charlotte- Felicité
le Tellier de Souvré , mariée le 19. Juillet

2
17220
JUILLET. 1739. 1679
1722. avec Louis - Philogene Brulart , Marquis de
Puisieux , et de Sillery , Mestre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie , Brigadier des Armées du
Roy , ci-devant fon Envoyé extraordinaire auprès
du Roy des deux Siciles . La Marquife de Souvré, qui
vient de mourir, étoit fille unique et heritiere de feu
François de Pas Feuquieres , Comte de Rebenac ,
Lieutenant Géneral pour le Roy au Gouvernement
de la haute & baffe Navarre , Bearn , & Province
de Toul ; & Sénéchal de Bearn , ci- devant Ambaffadeur
Extraordinaire en Efpagne & en Piémont
mort le 22. Juin 1694. âgé de 45. ans , & de feuë
Anne d'Efquille , héritiere de Rebenac.
Le 19. D. Marie- Françoise-Claire de Grillet de
Briffac , veuve de François de Braque , Seigneur de
Pifcot , de la Cave , &c. apellé le Marquis de Braque
, Colonel du Régiment de la Sarre ; qui fut tué
au Siege de Montmelian en Savoye , le 13. Décem→
bre 1691. & avec lequel elle avoit été mariée en
1685. mourut à Paris , âgée d'environ 69. ans, fans
pofterité , Louis- François Albert , Marquis de Bra
que , Seigneur de la Cave , son fils unique , Lieutenant
Géneral pour le Roy au Gouvernement de
Saintonge , & Angoumois , & Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie , étant mort à Bethune en
1709. à l'âge de 23. ans , & fans avoir été marié
. La défunte étoit fille d'Albert de Grillet ,
Seigneur de Briffac , Lieutenant Géneral des
Armées du Roy , Major de fes Gardes du Corps ,
Lieutenant Géneral des Pays de Saintonge , & Angoumois
, Gouverneur de Guiſe Chevalier de
P'Ordre Militaire de S. Louis , & de Claire-Marie
Garnier.
>
Le 20. Jean- Charles de Cruffol , Duc d'Uzès ;
Pair de France , Prince de Soyon , Comte de Cruffol,
Seigneur & Baron de Florenfac, &c. Chevalier
des
1676 MERCURE DE FRANCE
,
et
des Ordres du Roy , Gouverneur & Lieutenant Gé
neral pour S. M. des Provinces de Saintonge , &
'Angoumois, & Gouverneur particulier des Villes
et Châteaux de Saintes et d'Angoul me , mourut
dans fon Duché d'Uzès , en Languedoc âgé de
63. ans et 6 mois. Il avoit été autrefois Colonel
d'un Régiment d'Infanterie , et s'étoit trouvé dans
la Guerre, qui fut terminée par la Paix de Rifwich,
aux Siéges de Charleroi d'Ath , de Dixmude
de Deinfe , et depuis à la Marche du Pont d'Efpier,
res , et à la Défaite du Prince de Vaud mont près
de Deinfe. Une chute de cheval l'obligea de quitter
le Service en 1702. Etant veuf fans enfans d'Anne-
Hipoite Grimaldi de Monaco motte le 23.
Juillet 1700 i fe remaria le 13 , Mars 1705. avec
Anne-Marguerite de Bullion , fille de feu Charles-
Denis de Bullion , Marquis de Gallardon , et de
Fervaques , Seigneur de Bonnelles & d'Efclimont ,
Prévôt de Paris , Gouverneur du Maine , Perche ,
et Comté de Laval, et de feuë Marie- Anne Rouillé.
Ilaiffe de cette derniere , Charles- Emanuel de
Cruffol de S. Sulpice , Duc d'Uzès , Pair de France ,
Brigadier des Armées du Roy , et ci- devant Colo
nel du Régiment de Medoc , qui fuccede aux Gouvernemens
du feu Duc fon pere , dont il avoit la
survivance. I porte des marques honorables des
bleffures qu'il reçût à la Bataille de Parme en 1734-
Il a épousé Emilie de la Rochefoucaud, file du Duc
et en a des enfans ; et Anne Julie - Françoise de
Cruffol d'Uzès , mariée le 19. Fevrier 1732. avec
Louis- César de la Baume le Blanc de la Valliere ,
Duc de Vaujours , Pair de France , Gouverneur eta
Sénechal de Bourbonnois , en survivance , et Colo
nel d'un Régiment d'Infanterie . La Genealogie de
la Maifon de Cruffol eft raportée dans l'Hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne , tome 3 , p. 762.
&

JUILLET. 1739. 1677
dans le Dictionaire Hiftorique de Morery. 1}
faut aussi voir pour les Additions le Suplément de
1735.
Le 22.Jean- Etienne deThomafin deCabre, Marquis
de S. Paul, Vicomte de Raillane , Baron de Rognac;"
Seigneur de Fuveau , & c. Préſident à Mortier Honoraire
du Parlement de Provence , mourut à Aix
âgé de 79. ans . Il étoit fils de Jean - Baptifte de Tho
massin , Seigneur de Rognac , de S. Paul , et en
partie de Fuveau , aussi Presideur du même Parlement
, et de Gabrielle d'Arbaud, Dame heritiere de
Rognac , et il avoit épousé en premieres nôces en
1681. Claire Cecilé- Eugenie de Clermont , morte
en 1683. fille de François de Clermont-d'Amboise,
Marquis de Monglas , Comte de Chiverny , Che..
valier des Ordres du Roy , et Grand Maître de sa
Garderobe , et d'Elizabeth Hurault de Chiverny
petite- fille du Chancelier de France de ce nom ; et
2. en 1706. Anne - Louise . de Rieu , fille de feu
Bernard de Rieu , Seigneur de Blanville et du Far
gis , Maître d'Hôtel ordinaire du Roy , et de feuë
Claude-Magdelaine Habert de Montmort , fille de
Henri Habert de Montmort , mort Doyen des Maî
tres des Requêtes , et de l'Académie Françoise. De
Ja premiere il avoit eu François Lazare de Thomaffin
de Cabre , Marquis de S. Paul et de Monglas ,
Comte de Raillane , Brigadier des Armées du Roys
dont la mort est raportée dans le Mercure d'Août
1734. page 1889. et de la seconde étoit iffu Jean-
Louis de Thomassin de Cabre de S. Paul , Comte
de Raillane , d'abord Procureur du Roy au Siége
Géneral d'Aix , puis Préfident à Mortier du Patie-
Parlement , mort en 1736. et qui avoit épousé Gabrielle
d'Aimard de Châteaurenard , de laquelle il a
laiffé plusieurs enfans mâles, héritiers de leur Ayeul,
qui vient de mourir . L'Abbé Robert de Briançon
qui
678 MERCURE DE FRANCE
qui parle de la Famille de Thomassin , dans for
Etat de la Noblcffe de Provence , Vol . 3. pag. 122 .
remarque qu'il n'y a pas de Famille dans la Proven
ce , ni peut- être dans le Royaume , qui ait donné
tant d'Officiers dans la Robe , que cette Famille . If
en comptoit en 1693. lorfqu'il publia fon Ouvrage,
jusqu'à 17. tant au Parlement, qu'à la Chambre des
Comptes , Cour des Aides , et Finances de Provence.
On en compte aujourd'hui jufqu'à 24. Avocats
Géneraux , Confeillers , et Préfidens . Elle a aussi
donné an Evêque à Sisteron , qui étoit oncle du
Président , qui vient de mourir.
Le 23. Alexandre Robert d'Hermand , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , ancien Colonel
d'Infanterie , & Ingénieur des Camps & Armées du
Roy , ayant fervi pendant 54. ans , mourut en fon
Logement des Galeries du Louvre , âgé d'environ
68. ans. Il étoit fort eftimé , & il eft extremement
reg et é Il avoit épousé en 17c4. Marie- Margue
rite de Lana Vermillon , dont il laiffe une fille uriqu
S. M. vient de marquer la fatisfaction qu'elle
avot de ſes ſervices , en accordant à ſa Veuve & sa
fille 3000 livres de pension , & la continuation du
Logement aux Galeries du Louvre.
·
Le 25. D .... Aubinot de Montbrun , Epoufe de
François Bunault , Conseiller au Grand Conseil ,
mourut à Paris âgée d'environ 40. ans , étant ac
couchée le 3. précèdent de son 14e enfant , dontel le
n'en a laiffé que 6. de vivans . Elle étoit fille de
Charles Aubinot , Sieur de Montbrun et de Rigné ,
Ecuyer du Roy en fa petite Ecurie , Maréchal des
Logis de la Maison .
Le 28. Louis-Charles , Seigneur de la Blandinie
re", Baron d'Ourville , Seigneur & Patron de Ger
ponville , Motheville-fur Durdant , Bertauville , du
Fay , la Salle , Fremont , Torcy , Chené , Desert ,
Foideruë ,
JUILLE T. 1739. 1679
Foideruë , Petit Riville , & Ginneville , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis, Chef d'Ecadre des
Armées Navales , du 10. Mars 1734. & auparavant
- Capitaine de Vaiffeaux de 1704. mourut à Paris ,
dans la 68. année de fon âge , fons avoir été marié.
Il étoit de Rouen.
Le 30. Antoine Gobelin Comte d'Offemont , mourut
en fon Château d'Offemont , âgé d'environ
78. ans, étant né en 1661. Il étoit veuf depuis 1736.
d'Anne- Françoise de Saint Maiffant , fille de Jean-
Baptifte de Saint Maiffant , Confeiller en la Cour
des Aydes de Paris mort le 15. Mars 1663. & de
Marie des Champs de la Boullerie. Il en laiffe Antoine
Gobelin, Comte d'Offemont , ci devant Con.
feiller au Parlement de Paris , & Nicolas - Louis Gobelin
, apellé le Marquis d'Offemont , Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis , qui a perdu un oeil
d'un coup de feu à la Bataille de Parme en 1734. &
qui a épousé le 29. Juin dernier la Dlle de Bombelles
, fille de Henri-François de Bombelles , Maréchal
de Camp des Armées du Roy , & de défunte
Marie Susanne Françoise le Roux de Raffe ,
Epouse.
fon
Le 31. Pierre Doublet de Crouy , Marquis de Bandeville
, Seigneur de S. Aubin , S. Cyr , &c. Maître,
des Requêtes Ordinaires de l'Hôtel du Roy , reçû
à cette Charge le 20. Juin 1711. et Conseiller Ho
noraire au Parlement de Paris , par Lettres du 24.
Août de la même année, mourut dans la 72e année
de fon âge , étant né le 29. Octobre 1667. Il étoit
fecond fils de Nicolas Doublet , Seigneur de Persan ,
de Crouy , de S. Aubin , &c. Conseiller- Secretaire
du Roy, Maison , Couronne de France et de ſes Fi
nances , et Fermier Géneral des Gabelles de France ,
mort le 23. Mars 1695. et d'Anne de Lair de Saint
Paul , morte le premier Avril 1704. Il avoit été
marié ,
1680 MERCURE DE FRANCE
marié , 1º . le 5. Janvier 1699. avec Marie- Françoise
Pollart , morte le 3. May 1707. à l'âge de
17. ans , et fille de Jacques Poliart , Seigneur de
Villequoy, Conseiller au Parlement de Paris , et de
Marie- Anne Larcher, et 2°.avec .... Mathé de
Vitry-la - Ville , veuve de Rolland-Pierre Gruyn ,
Seigneur de Tigery , Maître de la Chambre aux
Deniers du Roy , mort le 3. Septembre 1721. Il n'a
point eu d'enfans de cette derniere. De la premiere
il laiffe Pierre-François Doublet , Marquis de Bandeville
, reçû Conseiller au Châtelet en 1725. puis
au Parlement de Paris , à la troisiéme des Enquêtes
Janvier 1727. qui étant veuf de Marie Poulletier
mortele€229. Février 1736. aépouse en fecondes
Néces le 21. Avril 1738. Marie-Anne- Catherine
Bigot de Turgeres de Graveron , fille d'un Conseiller
au Parlement de Rouen , & Michel Doublet,
Seigneur de Bauche , reçû Conseiller au même Parlement
, à la quatrième des Enquêtes , le 20. Juil-
Jet 17310
le 11
Sur la fin du mois de Juin dernier , Jean- Baptifte
d'Eyflat du Prat , né le 10. Mars 1720. Mousquetaire
du Roy , dans fa feconde Compagnie , fils
de Jean-François d'Eyffat de Bravard , Seigneur de
Montrond, et de Caire-Françoise du Prat fut marié
au Château du Mayet , avec Dlle Marie- Anne
Hora e de Saulx , de Tavannes , née le 19. Avril
1718. fille de Nicolas de Saulx , dit le Marquis de
Tavonnes ,'Vicomte de Piramont, Baron de Montgilbert
, et du Mayet , et d'Antoinette de Seve de
Flecheres Le nouveau marié a été ſubſtitué aux nom
et Armes du Prat par Jean - François du Prat,ſon grand
oncle maternel , Seigneur des Cornets, et de Ribes.
Le 30 Juillet , Pierre -Jean-François de la Porte ,
Bé au mois de juin 1710. Maître des Requêtes Or
dinaire
JUILLET. 1739. 1681
dinaire de l'Hôtel du Roy , depuis 1734. veuf fans
enfans de Marie-Anne Colette Morgan , morte le
16. Juillet 1735. epousa Dile Annè- Elizabeth le Fé
vre de Caumartin , née le 14. Juillet 1723. fille
d'Antoine Louis - François le Févre , Seigneur de
Căumartin , Marquis de S. Ange , Comte de Mo
ret , Seigneur de Boiffy- le Châtel , Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hôtel du Roy , et d't lizabeth
de Fieubet.
J
APROBATION.
Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France du mois de Juillet , & j'ai
cru qu'on pouvoit en permettre l'impression . A
Paris , le premier Août 1739 .
HARDION.
PLECES
TA BLEN
BCES FUGITIVES. Balade , 1469
Description des Tableaux de l'Hiftoire de Tobie
, peints dans la Galerie du Maréchal de
Noailles , 1 3478
Ode Anacreontique.
Queſtion , jugée au Parlement , &c.
Traduction de trois Epigrammes de Martial ,
Extrait de Lettre au sujet de l'Artois ,
Fable ,
Reponse touchant la Patrie de P. Gregnet ,
1490
1492
1499
1500
1506
1508
Epitre de M. de Gouve , à Mile , &c.
LUKS
Expérience galante , &c . sur la Lumiere ,
1520
Réponse à une Queftion de Droit proposée , 1521
Le Juge integre , Epigramme ,
1524
Lettre
1525
1532
Lettre sur quelques Sujets de Litterature ,
Epigramme sur les Poësies Mlle de Malcrais ,
Remarque au sujet du Medecin du Roy Louis XI.ibid.
Imitation de la VI.Satyre du II . Liv . d'Horace, 1536
Observations sur l'Origine du Salve Regina , 1545
Imitation de la VI . Satyre du I. Liv. d'Horace, 1554
Queſtion de Droit , 1565
Séance publique de l'Académie de Chirurgie , 1.566
Enigme , Logogryphes , 1587
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
& c. 1591
Continuation du Traité de la Police , & c. 1593
Hiftoire du Ciel , & c. 1601
Coûtumes Génerales d'Artois , 1614
Lettre sur le Bureau Typographique ,
1616
Médaille du Roy ,
1618
Académie de Peinture , 1619
Estampes nouvelles , 1620
Lettre au sujet du Remede contre la Pierre , 1621
Chanson notée , 1624
Spectacles. Mahomet II. Tragédie ,
Vers à la Dlle Barbarina , Danseuse ,
ibid.
36321
L'Ecole de la Raison , Comédie , Extrait , 1633
L'Opera Comique ,
1639
Comédiens à Compiegne , ibid
Représentaion de Polioucte , & c. 1641
Nouvelles Etrangeres . Turquie er Suede ,
1643
Allemagne, Espagne , Italie, Corse & Angleterre , 1645
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c. Attaque
& Défense d'une Place de Guerre ,
Fête du Bienheureux Benoît XI , & c .
Publication de la Paix à Châlons ,
1651
1654
1658
Publication de la Paix à Caen ,
1663
In Pacem Carmen ,
1669
Morts , Mariages.
1671
La Médaillegravée doit regarder la page
1618
La Chanson notée , la page
1624
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
A
OUST. 1739 .
QURICOLLIGIT
SPARGIT
Chés
Papillar
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXIX.
Avec Aprobation & Privilege du Roy,
AVIS.
>
'ADRESSE generale eft à
Monfieur
MOREAU , Commis aus
Mercure vis - à - vis la Comédie Franfoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mereure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inflamment , quand on adreſſe
des Lettres on Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous !
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaitevont
avoir le Mercure de France de la
premiere
main, & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
de temps, de les faire porter sur
theure à la Pofte , on aux Meſſageries qu'on
Lui indiquera.
perte
PRIX XXX . SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
A O UST. 1739.
PIECES
*************
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
LA VENGEANCE.
ODE.
Uel Monftre de carnage avide ,
En tous lieux aux Mortels creufe d'af
freux Tombeaux ?
L'implacable fureur qui l'anime & le
guide ,
L'éclaire de fes noirs flambeaux :
Tantôt faifi d'effroi , tantôt rempli d'audace ,
Il parcourt la terreftre Maffe ;
A ij Mille
Mille torrens de fang y naiſſent ſous fes pas :
Mais , o Ciel ! quelle erreur ! ennemi de lui- même
L'Homme s'est fait la loi fuprême
D'idolâtrer fes faux apas !
*
C'estainsi , cruelle Vengeance ,
Que, malgré tes forfaits , les injuftes Humains
Arrachent à Thémis le glaive & la balance ,
Pour les remettre dans tes mains.
Jufqu'à quand verra-t'on , fanguinaire Prothée ,
Ta licence au comble montée
> *
Périger des Autels dans nos barbares coeurs ?
Ne pourrons- nous jamais détcftant tes maximes ;
Ceffer de fervir de victimes
A tes homicides fureurs ?
y
La Nuit vient d'étendre fes voiles ,
Quel fpectacle effrayant étonne mes regards !
Je vois à la lueur des brillantes étoiles ,
Tes Miniftres partout épars .
Mais qu'entends- je ? quels cris ! la Nuit rompt le
filence ;
Quelle barbare violence !
Quels accens douloureux ! quels funebres regrets !
Dans le fang des profcrits vont- ils noyer le Monde ?
Soleil
AOUS T 1739 168
Soleil , hâte-toi , fors de l'onde ,
Viens arrêter tant de forfaits.
Qui vient d'armer ce Parricide
De la Garde des Rois il eft victorieux.
Jufqu'au Trône il s'avance , & déja le perfide
Y perce l'image des Dieux .
Quelle horreur ! mais foudain , Vengeurs du Dia
dême ,
Que de coups l'immolent lui - même !
Il expie à mes yeux fon forfait inhumain .
Monftre , dont je dépeins aujourd'hui l'injuſtice ,
Tu reçois dans un facrifice
Et le Monarque & l'Affaffin,
*
Ta voix vient d'apeller la Guerre ,
Ton foufle dans fa main allume fon flambeau ,
En proye à fes fureurs quel changement ! La Terre
N'eft plus qu'un immenſe Tombeau.
Que de Rois immolés ! que de Villes en cendre !
Ciel que de fang je vois répandre !
!
Serez-vous , Dieux puiffans, fans culte, fans Sujets 1
L'Univers de la Mort va devenir l'Empire ,
Si Bellone ne fe retire,
Pour y laiffer regner la Paix .
A iij Que
1684 MERCURE DE FRANCE
Que d'Illuftres Morts fur l'Aréne !
Quel Démon furieux vient de percer 1 ur flanca
Vengeance , tes Autels par fa rage inhumaine
Sont inondés de flots de fang .
C'eſt toi , Duel altier , dont l'humeur fanguinaire
Nourrit d'une vaine chimere
Les Préjugés cruels dans le fond de nos coeurs :
Toi , qu'on verroit encore affamé de carnage ,
Sans ce Monarque & jufte & ſage ,
Qui fçût éteindre tes fureurs.
*
Cruel fils de Pelops , quels crimes !
Les Enfers en couroux te les ont- ils dictés ?
Non , non , je reconnois la fource des maximes ,
Meres de tant de cruautés .
Tremble , que vas-tu faire , infortuné Thiefte ?
Redoute la Coupe funefte ,
Que t'ofe préfenter un frere furieux ;
Mais, le Soleil recule , ô Ciel ! d'où naît ſa crainte
Frémis , il voit ta bouche teinte
Du fang de tes fils malheureux.
*
Quelle horreur ! grands Dieux ! vos Miniftres
De fon cruel venin ne font pas même exempts ;
Us ofent quelquefois à ſes projets finiftres
Offrir un criminel encens :
Combio
A UUS 1. 17398 1685
Combien en verroit -on,dans des temps de tumulte,
Abandonner votre faint culte ,
Et fans honte arborer fes Etendars fanglans
Si.... Mais, Mufe, où t'entraîne un zele témeraire ?
Tremble à l'aſpect du Sanctuaire ,
Et refpecte fes Habitans .
*
Sous fes efforts , fuperbe Troïe ,
Croulent avec fracas tes murs enfanglantés ;
De la fille du Styx tu vas être la proïe
Par mille crimes déteſtés ,
C'en eft fait ! dans ton fein quel horrible incendie
Vient d'allumer fa perfidie !
Va- t'il dans le néant t'abîmer pour toujours ?
Il s'éteint ! quelle horreur ! quel fpectacle funefte
De toi je ne vois aucun refte
La cendre me cache tes Tours.

*
Que vois-je encor , noire Furie ?
De ta à fon tour Rome fent les effets ;
rage
L'affreux Triumvirat , qu'arme ta barbarie ,
La remplit d'horribles forfaits.
Le fang de toutes parts coule avec abondance ,
Vertu , Mérite , Rang , Naiffance ,
Tout périt ; on ne voit que Morts & que mourans ;
Arrêtez , juftes Dieux ! fa fureur meurtriere ,
A iiij
Ou
Ou pour Citoyens Rome entiere
N'aura bientôt que trois Tyrans.
*
Le Fils attente aux jours du Pere ;
L'Epoux fait expirer l'Epoufe fous les coups ;
Le Frere , fans horreur , répand le ſang du Frere
Tout refpire ton noir courroux.
Criminels Sectateurs de tes Loix déteftables ,
Les Mortels font, de leurs femblables,
A ta cruelle voix , victimes & bourreaux .
C'eſt ainſi que tu fçais , de la fatale Parque ,
Pour le Berger , pour le Monarque ,
Hâter les funeftes ciſeaux.
*
Laiffe-nous , Vengeance inhumaine !
N'infecte plus nos coeurs de ton fatal poiſon ;
Et toi , File du Ciel , Efclave , de ſa chaîne
Triomphe enfin , foible Raifon ;
Rallume ton flambeau , viens éclairer nos ames.
Entretiens- y tes vives flames ;
Tu nous verras foudain, aux pieds des faints Autels,
Loin de tremper nos mains dans le fang de nos
Freres ,
Implorer pour nos Adverfaires
La clémence des Immortels..
Par M. de S. R. de Montpellier,
SUITE
AOUST.
1687 17393
htt
SUITE de la Dissertation de M. Clerot
Avocat au Parlement de Rouen , sur
l'Origine des Peuples du Pays de Caux.
COMMERCE DES GRECS ALEXANDRINS
>
Es differens Successeurs d'Alexandre
ayant établi , comme vous le sçavez, M.
PEmpire desGrecs sur les débris des anciennes
Monarchies de l'Orient, la Ville , qui avoit été
bâtie sous le nom de ce grand Prince en Egypte
,devint la Maîtresse du Commerce de l'Asie,
comme l'avoient été celles de Tyr & de
Sidon. Si nous examinons avec soin les anciens
Auteurs , nous trouverons que la su
perbe Alexandrie, ce composé des differentes:
Nations subjuguées par Alexandre , envoya
ses Vaiffeaux jusqu'aux extremités de la
Terre cela étant constant , ne serons- nous
pas portés à croire , que nos Côtes , qui
étoient toujours le chemin de celles des
Cassiterides , auront eû des Comptoirs de
ces nouveaux Négocians , comme elles en
avoient eû & qu'elles en avoient encore de
ceux de Tyr & de Sidon ? Disons donc que
nos Havres furent alors fréquentés par des
Vaisseaux d'une nouvelle Nation , qui ren--
fermoit en elle des Perses , des Assyriens ,
A. Y
dess
3600 MERCURE DE FRANCE
des Hebreux , & des Egyptiens , tous sous
le nom de Grecs d'Alexandrie , ou , pour
mieux dire , de Helliens ou Hellenistes . Cela ,
joint à ce que nous , sçavons d'une Colonie
, dont l'Origine étoit également Asiatique
, je veux parler des Phocéens, Fondateurs
deMarseille, qui donnerent les Loix , les Coûtumes
& la Religion de cette fameuse Ville
aux Provinces Méridionales de nos Gaules ,
cela , dis - je , ne nous permet pas de douter
que notre Contrée ne soit véritablement de
venue Hellenienne.
Ces nouveaux Etablissemens faits dans notre
Pays , n'abrogerent pas le Culte religieux
des Gaules quant au fond ; car les
Hellenistes , ou Grecs d'Alexandrie , révéroient
le Soleil , pour le moins avec autant
de zele que les Gaulois. Le nom d'Heliopolis
, donné à une de leurs Villes , & celui de
Helli ou Elloi qu'ils portoient eux- mêmes
comme par devoir de Religion , semblent le
démontrer. Il n'y eut donc de changement,
qu'en ce que ceux-ci augmenterent les Cérémonies
, & les rendirent plus mysterieuses.
Par exemple , la premiere idée qu'on s'étoit
formée des bienfaits du Soleil , ne changea
point ; mais au lieu de le nommer Soul et, ou
Globe de Lumiere , comme avoient fait les Belges
grossiers, on lui donna un nom qui fignifioit
, que c'étoit conjointement avec le Feu,
L'Ame
21530 1009
l'Ame de l'Univers ; c'est-à-dire, le Dicu Mithra
des Perses, Solem Mithram sacrumque &
aternum invocans ignem . Q. Curt. Lib . VI.
On révéra toujours l'Image de la Lune , vûë
dans les Marais , au travers des Joncs ou
des Roseaux , & ces Marais furent toujours
sacrés mais au lieu de s'en representer la
consécration sous les noms de Woen , ou
Wen, ou Oen , qui marquoient seulement
le brillant de l'Astre , on se la représenta
sous la figure d'un Monstre marin , dont les
actions & l'écume , désignoient les attributs
de cette espece de Divinité. Enfin , M. cet
Astre que nos Peres avoient révéré dans son
plein , comme une Mere toujours ancienne
& nouvelle , & bienfaisante , sous le nom de
Alp , ou Alb , ou Alf, eut toujours le même
culte , mais sous le nom de l'Isis des
Egyptiens , Lunam Isim nuncupasse.... Isim
verò latinè priscam dicerepossumus . Euseb . de
Præp. Evang . Lib. I. Cap . VI. On ne peut
me contester qu'il y a quantité de Monumens
dans nos Gaules , qui fournissent des.
autorités à ma prétention.
Si les Belges rustiques , venus du Nord
consideroient le Soleil dans son retour
comme un Pere qui revenoit à eux avec de
nouveaux bienfaits , si dans le commencement
deJanvier ils lui dédioient des Fêtes,&
faisoient en son honneur des Repas religieux,
Avj le
1690 MERCURE DE FRAN
ou
le révérant alors sous le nom de Neh el ,
Neo el , nos nouveaux Hôtes , les Egyptiens
se le représenterent comme un divin Voyageur
, qui ne s'étoit éloigné d'eux que pour
Ieur procurer de nouveaux avantages, & pour
revenir avec une nouvelle lumiere . C'est-là le
Thoyt des Egyptiens , le Thoth de ceux d'Alexandrie
, & le Mercure d'Athenes : Quem
Egyptii Thoyt , Alexandrenses Thoth, Graci
Mercurium appellarunt. Euseb . ibid . C'est à
cette Divinité , devenue le 7 beut ou Teutates
des Germains . & des Gaulois , que nos Hellenistes
consacroient chés nous , non seulement
des Fêtes & des Repas myfterieux ,
mais même des Solemnités de toute efpece ,
apellées Theophania. Vous sçavez , M. , ce
que c'étoit que ces Cérémonies , & que
Fon révéroit à Alexandrie toutes les Constellations
, qu'on croyoit avoir quelque relation
avec le Soleil ou avec la Lune, ou avec notre
Terre ;, car ces trois Planetes ont été ensemble
l'objet de la vénération des premiers Peuples
par tout le Monde : on donnoit à ces
Constellations le nom des Animaux qui leur
étoient consacrés , ce qui eft l'origine des
roms de quelques Signes du Zodiaques
mais il est temps de faire l'aplication de toutceci
à nos Etabliemens du Pays de Caux.
Commençons par le Rivage maritime , car
nous n'avons pas oublié que l'interieur du
Pays
17398 год
Pays , ce qui forme aujourd'hui nos Plaines
& nos Campagnes , n'étoit autre chose qu'
une épaiffe Forêt.
J'ai déja parlé d'une ancienne Habitation
apellée Roth magg , sur la Riviere de Bresle ;
j'ai fait voir que dans son origine , cette
Habitation devoit être au bord d'un Lac
consacré au Soleil Levant , & j'ai établi ,
que la vénération augmentant , nos Peres
avoient pratiqué un Gué dans la Riviere ,
soit pour aller & venir en ce Lieu , rendre
leurs hommages Religieux , soit pour communiquer
avec les Belges , lorsqu'ils de
vinrent traitables : cela nous conduit à
penser
qu'on y éleva une espece de Pont , apellé
en Gaulois Bri , ou Brix , ou Bris , selon
les differentes Dialectes. Voyons à présent
ce qui pourroit nous fournir quelques traces,
de nos Négocians d'Alexandrie .
Je dis que ceux- ci étant devenus les maîtres
de ce Lieu religieux , & le rendant de plus
en plus fameux , par les Cérémonies qu'ils
mettoient en usage , on l'aura apelléBrin hel,
Ou Briw Elloi, Brixhel , & Bris Elloi, comme
qui diroit : Le Gué , ou le Paffage Hellien ;,
desorte que dans la suite ce Lieu même
aura donné son nom à la Riviere , si ce
que
dit Dom du Pleffis dans un Mercure , est
vrai , qu'elle a eû le nom de Brisel dès le
temps des Celtes. Vous sçavez , M. , . que
la
plupart
1692 ME
plupart des Rivieres ont pris leur nom de
celui des Lieux considerables qu'elles ont eû
sur leurs bords , & vous en allez même voir
des preuves certaines ; mais il faut auparavant
pafler à l'ancienne Habitation , apellée
Thal , ou Tel , ou Eutel tellao , & Talow ;
j'aurai occafion de revenir à ce que je viens
d'observer sur notre Rothomagus.
Vous vous souviendrez , s'il vous plaît ,
que j'ai représenté ce Comptoir des Phéni
ciens , ou Syriens , comme ayant été situé
entre ce que nous apellons aujourd'hui Arques
& Dieppe , j'ai lieu de présumer qu'il
étoit immédiatement vers l'Endroit où la
Riviere de Neufchatel entre dans celle d'Arques
; & ce qui me détermine , entre- autres
choses , c'est que cette Riviere a porté le
nom de Thel ou Tal , qu'elle tenoit , sans
doute , du principal Lieu qu'elle arrosoit ,
comme elle a eû depuis celui de Deppa , du
Port de ce nom , & comme elle a présentement
celui de Neufchatel, de la Ville du même
nom : mais nos Grecs d'Alexandrie n'auroient-
ils point eû auffi leur Comptoir audessous
de celui- ci , & vers l'Endroit où la
Riviere que nous nommons Eaulne , entre
auffi dans celle que l'importance d'une troisiéme
Habitation a fait apeller Arques ? J'ar
de fortes raisons pour croire qu'il en eft quelque
chose voici celles qui me paroiffent les
plus concluantes,
La
AUUS 1. 1739. 1695
La Riviere d'Eaulne , dans les anciennes,
Chartres , eft apellée Heldona , Eldouna , &
Elna. M. de Valois , dans sa Notitia Gallia
rum , en cite une de l'an 1115. qui peut
nous servir de preuve : Hospitem unum ad
flumen Heldona. Ce nom Heldona ou Eldon
na , annonce quelque Sainte Montagne des
Grecs, ou quelque Limite Grecque , comme le
mot Thal ou celui de Tel , ont annoncé une
Ste Montagne des Phéniciens, & une Limite
Phénicienne ou Syrienne . Vous sçavez en
effet , que Doûnos en Grec , signifie ce que
Thal ou Tel signifie en Phénicien , & vous
n'ignorez pas que Elloi est l'épithete qui mar
que une chose apartenante aux Grecs : ainí
je dis qu'il y a dû avoir un Lieu apellé Ello
dounos sur le bord de la Riviere apellée Eldouna
, & qui ne pouvoit être que vers
FEndroit , où cette Riviere entre dans celle
d'Arques,desorte qu'alors il y avoit pour deux
differentes Nations , deux Comptoirs, peu
éloignés l'un de l'autre , sçavoir , celui de
Fancienne Tal , ou Tel , ou Entel, ou Talow,
qui fut toujours aux Sydoniens , & celui de
la Tal , ouTel , ou Entel Grecque , qui étoit
à ceux d'Alexandrie. En un mot , on peut
dire que le premier Lieu étoit ce que nous
apellons en quelques Endroits la Cité ; &
que le second étoit ce que nous entendons
par la BasseVille. Cela pourroit même avoir
donné
4694 МЕЛ UKE DE FRANCE
donné l'idée d'apeller la Riviere de Neuf
chatel Tale , comme qui diroit la Riviere
dont les Eaux arrosent la double Tal , ou
Tel , ou Entel, ce qui n'auroit point empêché
celle d'Eaulne de prendre le nom particulier
de la nouvelle ou seconde portion ::
In Pago Tellan piscatoriam in tellis .... InPago
Fellan juxta fluvios Tellas & Warennam.
1°. Diplom. de Mabil. & Hift. de S. Denis..
2°. Ch. 12. de la Chr. de Font. Quoi qu'il
en soit , cette seconde Portion paroît l'avoir:
emporté sur l'autre , & c'est ce qui me reste.
à vous exposer.
Je le répete encore ; Doûnos & Bounòs
signifie en Grec ce que Thal ou Tel signifioit.
en Phénicien ; les Gensdu Pays se sont vraisemblablement
mieux accommodés de Elloi
dounos , pour marquer le nouveau Comptoir
dont nous parlons , parce que cela se raporte
assés au mot Dun , dont ils se servoient.
pour désigner une Montagne ; & c'est ce qui
fait qu'au temps des Chartres , dont nous
avons parlé , le nom que ce Comptoir avoit
donné à la Riviere subsistoit encore ;
mais les Grecs s'accommodoient mieux de
Elloi bounòs, pour marquer la même portion
d'Habitation , parce que ce mot s'accordoit.
avec ce qu'on entendoit par Thal ou Tel.
En effet , selon Spelman , cc mot Bounòs ,
signifioit non seulement une Colline , unc
,
Mon
AO UST. 17391 1891
Montagne , mais encore la fin ou l'extremité
de quelque chose , & ce que nous apellons
figurément le Tombeau . C'est ce qui fait
que dans les temps posterieurs , où Banna
& Bonna ont signifié la même chose que
Bounòs en Grec ,
& Thal en Phénicien , on a
nommé ce Lieu Illebonna , Julibanna , & par
corruption Juliobona. Vous joindrez à ceci
ce que dit notre Compatriote M. de Valois
au mot Juliobona Caletorum , ce qui fortifiera
mon sentiment & mes preuves. Je ne suis
cependant pas tout -à- fait de l'avis de ce
Sçavant ; car je pense qu'un Port élevé sur la
Seine , dans le milieu du Territoire ou du
Rivage apellé Caled ou Kaled , à eu auffi le
nom de Illebonna , qu'il conserve encore.

Mais paffons à une autre Habitation de
nos Grecs d'Alexandrie , je veux parler du
Bourg d'Aufay , apellé autrefois Isnelli Villa,
comme je le vois dans Orderic Vital, Lib. 6.
ce sera continuer notre Examen sur ce qui
regarde nos Côtes maritimes. Ce Lieu désigné
dans le même Auteur , sous le nom de
Alfagenfis Cella , ou Alfagiensem Ecclesiam,
n'auroit-il point été une de ces Solitudes
sacrées , où se retiroient les Prêtreffes de la
Lune , sous le nom de Alf, ou Alphòs ? II
étoit encore au onzième siècle dans une Forêt
de l'ancienne Baronie d'Hugleville , pres
que au milieu des Eaux , sur la Riviere de
Scie
1696 MERCURE DE FRANCE
Scie. Il eft environné de Côteaux , l'un des
quels semble plus escarpé que les autres : en
un mot , il étoit tout propre à être consacré
aux Déesses Meres , Mairiabus Aufanis : &
je ne sçais même si l'Eglise de ce Lieu , que
le même Orderic Vital apelle Ecclesiam Sancta
Maria de Alfagio , n'auroit point été substituée
à cette Retraite , d'abord par des Religieuses,
& ensuite par des Chanoines ; car,
quand Guilbert de Hugleville y fonda un
Prieuré en faveur de l'Abbaye de S. Euroulf,
ces Chanoines y demeuroient encore : Pro
sex Canonicis qui tunc ibidem deserviebant.
Order. Vital . Lib. 6.
Mais tout cela ne dit pas affés , il faut des
traces plus sensibles de nos Hellenistes , ou
Grecs d'Alexandrie , & c'eft ce que je trouve
dans le nom même de l'ancien Aufay. En
effet , Isnelli Villa, eſt évidemment un composé
du nom d'Isis , Déeffe des Egyptiens ,
& de celui de Inn- El , que les Gaulois donnoient
à la Lune. N'eft il pas clair que de
ces deux noms , on a fait Is Inn El , & que
cela aura formé une Habitation , apellée dans
la fuite Isnelli Villa ? Au reste , je le repete
l'Endroit de ce Lieu consacré particulierement
à Isis , a pû d'abord être apellé d'un
nom dérivé du Grec Alphos , parce que ,
comme cela fignifie tout à la fois blanc &
ancien , il n'y avoit point de dénomination
qui
A O UST. 1739. 1697
qui fût plus convenable à ce qui apartenoit
à une Déeffe honorée fous le nom d'ancienne
& de blanche. Enfin , ce que nous sçavons
des Usages , dont il refte encore quelques
veftiges dans la Vallée , où ce Lieu eft fitué,
acheve de me persuader ; car il n'y a pas
cent ans qu'on y célebroit encore des Fêtes
à peu près semblables à celles d'Ifis , & la
Cérémonie du Deposuit , qui eft vifiblement
un refte de Solemnité , subftituée à celle où
l'on portoit certaines Figures au bout des
bâtons , y eft encore pratiquée , quoi qu'on
ne la connoiffe plus dans les autres Endroits
du Pays de Caux.
Je sçais ce que dit Orderic Vital, en parlant
du Fondateur de ce Lieu : Burgum constituit ,
&pro imminenti Monte altis fagis obftito Alfagium
nuncupavit. Mais cet Auteur , comme
le remarque fort bien Dom du Pĺeffis , ne
doit pas déterminer en faitd'origine . L'Alfagienfis
Cella , dont il parle , ne portoit pas ce
nom là lorsque c'étoit une Retraite présumée
pour les Prêtreffes d'Ifis , ou lorfque c'étoit
un Territoire consacré à la Lune , fous le
nom de Alb ou Alp , parce que les Côteaux
dont il eft environné , font effectivement
blancs ; Guilbert le lui donna par le terme
Teutonique Alf, qui , felon le Pere Pezeron ,
veut dire la même chofe.
Si nous faisons quelque attention au nom
de
1698 MERCURE DE FRANCE
de Palluel , Lieu autrefois Religieux , fitue
au-deffous du petit Bourg de Vitfleur , en
fuivant le long de la Mer , nous y trouverons
encore nos Helliens , ou Elloi : En effet , le
mot Hel , ou El , précédé du nom Celtique
Pawl, qui felon Camden , a ſignifié un Marais
, défigne parfaitement cette origine , &
fans doute qu'il y avoit autrefois en ce Lieu
un amas d'Eau , qui étoit vénérable à nos
Gaulois : car tout proche , & dans la dépen
dance , eft un autre Lieu , apellé Janville ;
du nom de notre Wen , ou Guen , qui , comme
nous l'avons observé , défignoit chés les
Belges, un Marais consacré : auffi , la Riviere
de Dourdan,dont ce Lieu eft arrosé, a pû être
ainfi nommée dans la suite , du mot Dour, qui
signifie de l'Eau , & de Dinai , en Grec , ou
de Duin , en Gaulois , qui signifient un
Gouffre d'Eau , & peut-être de Dan ou Den,
qui , selon M. Alting , marque en ancien
Frifon , ou vieux Saxon , un Marais ; ou , si
vous voulez , felon Spelman , un Terri
toire rempli de Forêts , de Côteaux & de
Marais .
Dans des temps beaucoup poiterieurs , les
Bourgs Dun , Veules , S. Valery , Vitfleur ,
Fécamp,& autres, étoient remplis de Forêts,
& d'objets de vénération , autant pour les
Syriens ou Phéniciens , que pour les Grecs ,
les Gaulois , & les Germains ; car si le Pere
FourT.
1739 1694
Fournier , comme je l'ai obſervé , a vû dans
les grandes Dalles , les ruines d'une ancienne
Ville , j'y vois de mon côté , quelques Tombeaux
ou quelques Montagnes vénérables,
sous le nom Phénicien Thal ou Tal , d'où
nos Saxons ont fait Dal ; à peu près comme
le Lieu . où eft le Bourg Dun , qui a eû ce
nom de Thal ou Tal , enfuite celui de Tumb,
mot Gaulois , formé du Grec Tumbos , dont
on a fait Tum , enfuite Dum , & enfin Dun.
Si quelqu'autre , comme le sçavant Bochard,
a vû dans le nom d'Estretot l'Astarte de Syrie
, j'y trouve le Thoyt de ceux d'Alexandrie
, parce que je ne doute pas que ce ne
soit d'eux que les Gaules ont reçu leur Theut
ou Teutate. Enfin, le Bourg de Fécamp offre .
encore quelques veftiges de l'ancienne vénération
de nos Gaulois , devenus Helliens , fi
on fait attention que ce Lieu , environné de
Côteaux escarpés , étoit au milieu des Forêts,
& à la jonction de deux Ruiffeaux , groffis
par le reflux de la Mer , & que Waninge y
établit un Monaftere Sancta Trinitatis , où il
mit des Religieufes. Vous sçavez , M..
qu'on ne s'avisoit pas de mettre des Filles
dans des Lieux si deserts , si ce n'est par la
consideration , qu'elles remplaçoient celles
qui avoient été si long- temps l'objet de la
vénération de nos Peres. En effet , celles- ci,
comme les autres , étoient vétuës de blanc
,
d'où
7700 MERCURE DE FRAN
E
57
'd'où vient
que le nom de Blanche
a été en
quelque
maniere
Saint , jusque dans le XIII. Siécle , & que plusieurs
Monasteres
l'ont
retenu , & sont encore apellés les Blanches
;
mais il eft temps de paffer aux rivages de la
Seine .
,
Si je commence par notre Ville de Rouen ,
je ne veux que le nom donné autrefois à notre
Fête des Rois , pour vous convaincre que
les Grecs y ont établi leurs Cérémonies Religieufes
: En effet , il n'y a pas encore deux
cent ans qu'on y apelloit cette Fête , la Ti.
phaine , ou la Tiephaigne. N'eft- il pas évident
que ce nom vient des Teophanies d'Alexandrie
, où l'on faisoit tant d'extravagances
, lors qu'on célébroit ce qu'on apelloit le
Renouvellement du Soleil ? Oui , M. , les Fêtes
des Foux , des Innocens & de l'Asne¸
que nos Peres ont folemnisées avec tant
d'éclat dans Rouen , ces Déguisemens spirituels
en anciens Personnages , ou en Prophetes
, que nous renouvellions chaque année
, le 25. Decembre ; ces Dragons que
nous portons encore au bout des bâtons
comme pour marquer le triomphe de l'Evanpour
gile sur le Démon , mais au fond satisfaire
le Peuple , accoûtumé à de semblables
Spectacles.Enfin , cette Confrairie d'Hommes ,
apellés d'abord Hypodiaconos , puis quelques
Siécles après Fratres Calendarum , ensuite
Go
Coqueluchers , puis Cornets , ou Cornards , ou
Conards , & qui ont donné leur nom à la
Place apellée la Calende , près de notre
Eglise Cathédrale tout cela , dis- je , marque
autant de veftiges des anciennes Theophanies
Grecques , suivies par les Syriens ,
adoptées par les Romains , Soli invicto , &
connues même parmi les Juifs , dans la Fête
nommée, Dedicatio , five Feftum Encoeniorum
sive Luminum.
A ces Origines Grecques , je pourrois en
ajoûter d'autres , qui expliqueroient certains
Usages Religieux , que nous avons conservé
longtemps. Oui , M. , c'est dans les premieres
Cérémonies , Consécrations ou Dévoüemens
de nos Gaulois , devenus Helliens ,
que nous trouvons ces noms anciens & modernes
: Elbu ; Dalbue , Daubeuf , Lebeuf;
Can- ig, Cane- ban, Canteleu, Cantelou , Leonhard
, Leonor , Louviers , Lions , Nivel, Nigel
, Nebel , Hel , Her , Her-bel , Hilaire
Hellier , Fontenelle , Fontenay , Aubin , Aub
her, Aubigny , Aufey, Woen er , Oenwal ,
Oinville , Wem- meije , Gemmeiges Rothber
Rothland , Rotger , Roumare , Rod-bec , Robert
, & ainsi d'une infinité d'autres .
Je reviens au rivage de la Seine ; & comme
nos Grecs n'y faisoient pas absolument leurs
Etabliffemens permanens, parce que ce rivage
leur paroiffoit toujours dangereux, & que tout
leus
1702 MERCURE DE FRANCE
devenus Grecs eurent
>
leur Commerce tendoit , ou vers les Caffi
terides , ou vers les Nations qui étoient audelà
des Belges , je paffe au milieu de ce même
rivage , apellé toujours du nom que les
Phéniciens lui avoient donné , c'est -à- dire ,
Kaled ou Caled.
Nos Gaulois
quelque goût pour le Commerce ; c'est ce
qu'on peut aisément présumer de ce que j'ai
observé , & de ce que j'observerai encore.
En effet , n'eft- il pas évident qu'il y avoit
déja quelque temps que le Commerce leur
avoit apris à aimer l'or , l'argent , les pierreries
, & autres richeffes semblables , & à en
faire leurs principales parures , comme en
Asie ? Si nous faisons attention à ce que
nous disent Tite- Live , Florus & autres du
Sac de Rome par les Gaulois , voifins de
nos Belges , il semble que les Phéniciens ,
qui étoient en réputation d'être trompeurs ,
& d'avoir de fauffes balances , leur avoient
inculqué ces difpositions , qui étoient réellement
étrangeres à la Nation Gauloise. Il eft
donc naturel de penfer que nos Belges voulurent
tenter quelque navigation du côté où
on leur laiffoit toute liberté , c'eſt- à - dire
vers la Seine ; & comme cette Riviere alors
Le préfentoit comme en croiffant , jufques au
Licu où eft maintenant Lislebonne , que
cela
en la rendant plus large , donnoit des Eaux


plus
>
AOUS I. 1739: 1703
plus tranquilles , ou au moins offroit un
un abord plus aisé , il eft évident que ce
fut là où ils commencerent leur tentative ,
ce qui les porta à nommer cet Endroit du
nom de Kale ou Cal , qui , felon le Pere
Pezeron , & autres , fignifie en Celte , un
Port , ou une Station de Navire ; & véritablement
ce pouvoit être leur Port , ou leur
Station par excellence , il n'y en avoit point
d'autre dans leur Territoire . Faifons voir que
ce Port devint dans la fuite quelque chofe
d'important.
Il y a une Médaille Gauloiſe , connuë des
Sçavans , où l'on voit d'un côté une tête qui
femble être de Diane , & au revers , un Cheval
libre , qui a une Anchre dans le poitrail,
avec cette Légende , KALE. Les fentimens
ont été partagés sur cette Médaille ou Monnoye,
cependant on l'attribue communément
à nos Gaulois du Pays de Caux . Pour moi,
M. , je trouve qu'elle a dû être frapée dans
le Lieu dont nous parlons , & vers le temps
de la Guerre des Romains. La figure du Che
val ayant une Anchre dans le poitrail , me
paroît convenir tant à la défignation d'un
Havre Gaulois , qu'à la fituation de ce Lieu
qui n'étoit , comme je l'ai déja dit , près de
la Seine , que parce que cette Riviere faiso t
là un coude ; & puisque le Cheval eft représenté
comme un Animal emporté , cela mar
B
que
que parfaitement bien le danger durrivage..
Enfin , cette tête armée , comme celle de
Diane , mais avec des aîles , convient aux
Consécrations que nos Gaulois faifoient à la
Lune dans les Forêts du Pays. Vous sçavez
que nos Peres repréſentoient la Lune avec des
alles , pour marquer la rapidité du cours de
cet Aftre , & c.
On a au refte trouvé effectivement en..cet
Endroit des Anchres,des Anneaux, & toutes
les marques d'un ancien Port, ce qui démontre
que la Seine venoit autrefois jufques- là ,
& il eft fi évident que cette Riviere s'eft retirée,
que le vieux Port, qui étoit au -dessous
d'un gros Village , ayant une Cure des plus
confiderables du Diocèse , n'eft plus rien
à préfent , & ne produit pas au Curé so.liv.
de revenu.
Je reviens aux Colonies refpectivement
reçûës & envoyées , rien n'eſt ſi évidemment
démontré dans les anciens Auteurs. Pline ,
Liv. 4. place des Bretons vers l'Amienois ,
le Beauvoifis & les Morins , parmi lesquels
quelques- uns ont placé l'ancien Territoire
d'Arques. Céfar , Liv . 15. Chap. 5. de fa
Guerre des Gaules , nous affûre que les Habitans
des Côtes maritimes de la Grande Bretagne
, avoient une origine Belgique . L'ancienne
Carte de cette Isle , nous marque des
Habitations de Peuples Belges , fous leurs
mêmes
AOUST. 17398 1705#
C
mêmes noms d'Arras , d'Amiens & autres :
on voit même dans Guillaume de Malmesbury
, un Archevêque d'Yorck , qui portoit
le nom d'une ancienne Ville , apellée Petua
ria Parifiorum , parce qu'elle étoit une Colonie
des premiers Parifiens. Enfin , Tacite
leve toute difficulté , quand il affûre qu'autrefois
, c'eſt- à - dire , avant lui & avant les
Romains ceux qui cherchoient de nouveaux
Etabliſſemens , ne venoient point par
Terre , mais par Mer : Nec terra olim sed
classibus advehebantur , qui mutare sedes quarebant.
De Mor. Germ.
Il faut donc , M. , vous repréfenter notre
Pays de Caux, comme une Région, qui étoit
le centre du Commerce , pour l'entiere com
munication avec le refte des Belges , les Bretons
& les Germains. Vous n'aurez pas de
peine à vous déterminer , je crois , fi vous
faites attention à ce que j'ai déja obſervé
que l'ancienne Tal , ou Tel , ou Eutel , a été
la premiere qui a fourni des poids & meſures
à tous les Belges , même jufque chés les
Celtes ; que c'eſt dans ce Lieu où l'on a commencé
à faire le premier ufage de la Monnoye
pour toute la Contrée , que cette Ville
a eû long- temps unc autorité de commandement
depuis la Seine jufqu'à la Somme , &
que dans l'efprit des Anciens , qui regar
doient les Morins comme les derniers Peu-
Bij ples
1706 MERCURE DE FRANCE
ples de nos Côtes maritimes , elle pouvoit
bien être ce Port , par lequel Pline nous
affûre qu'on paffoit pour aller en la Grande
Bretagne Unde per Lugdunum ad Portum
Morinorum Britannicum.
La fin pour un autre Mercure;
IMITATION de la II. Epître du I,
Livre d'Horace , qui commence par ces
mots : Trojani Belli Scriptorem , &c.
I Lluf Lluftre Lollius , au même temps qu'à Rome
On vous voit déclamer les Vers de ce grand
Homme ,
Qui chanta d'Ilion les célebres Combats ,
Moi , goûtant à Prénefte un loifir plein d'apas ,
En mon particulier je viens de les relire,
Ces Vers d'un Ecrivain qu'à bon droit on admire ,
Et qui plus amplement & beaucoup mieux encor
Que ne l'ont jamais fait ou Chryfippe ou Crantor,
A fçû nous dévoiler les traits , les caracteres ,
Qu'ont l'Honnête , le Beau , l'Utile & leurs con
traires.
Si rien ne vous occupe , écoutez - moi ; voici
La raifon qui m'engage à le penfer ainfi .
L'ingénieux Poëme en merveilles fertile >
Qui
Qui des Grecs conjurés contre une injuſte Ville,
Décrit les longs travaux , & le Siége entrepris ,.
A cauſe des amours du perfide Pâris
Eft un Tableau naïf où nous font retracées
Les coupables ardeurs , les haînes infensées ,
Dont l'excès trop commun parmi les Souverains
A fait dans tous les temps , le malheur des Humains
Antenor eft d'avis qu'en renvoyant Helene ,
On fappe le motif d'une Guerre inhumaine.
Mais Pâris , que dit -il Follement amoureux
Il ne peut fe réfoudre à devenir heureux.
Neftor , le vieux Neftor, par des difcours folides,
Entre le fier Achille & l'aîné des Atrides ,
Veut inutilement rétablir l'union ,
Sans qui l'effort des Grecs ne peut vaincre Ilion
L'un n'écoute , au mépris d'un Orateur fi fage ,
Que ce que lui confeille un amour qu'on outrage ¿
D'un aveugle courroux tous deux fuivent les loix ;
Les Peuples font punis des caprices des Rois.
Dans Troye & hors de Troye , & la fraude , & le
crime ,
Et la haîne & l'amour ont plus d'une victime :
Funeftes inftrumens des maux où font plongés
Ici , les Affiégeans , & là , les Affiégés .
Ce que peut la Valeur , ce que peut la Prudence ,
Par Homere d'ailleurs eft mis en évidence ,
Dans l'agréable ouvrage où nous eft préſenté
Bij L'exemple
1700 MERCURE DE FRANCE
L'exemple d'un Héros long-temps persécuté ;
De ce divin Ulyffe aux traverfes en proye ,
Qui , lorfqu'il eut détruit la déplorable Troye ,
Connut , pendant le cours de fes longues erreurs ,
De beaucoup de Mortels les Villes & les moeurs ;
Qui fur Mer effuïa des dangers effroyables ;
Qui foûtint conftamment des revers incroyables ,
En voulant par fes foins le conferver le jour ,
Et de fes Compagnons affûrer le retour.
Infenfible aux doux chants des Sirenes flateules ,
Il brava de Circé les potions trompeuſes :
Mais fi , comme les fiens , il s'en fût abreuvé ,
Le Heros , de fa forme incontinent privé ,
En Efclave eût vieilli dans une Isle fatale ,
Devenu Chien immonde , ou bête encor plus fale ,
Pour nous, vils faineans, qui femblons n'être nés ,
Que pour manger les fruits par autrui moiffonnés ;
Qui fervons feulement de nombre entre les Hommes
,
Quel nom méritons-nous ? Le dirai-je ? Nous fommes
Ces vils diffipateurs , dont l'amour indécent
Affiége Pénelope aux frais d'Ulyffe abſent :
Inutile Troupeau , Jeuneffe effeminée ,
Qu'on voit toujours dormir la graffe matinée :
Lâches Antinous , Eurymaques oififs ,
Des délices du corps partifans trop lafcifs ,
Qu'énervo
AOUS' I." 1739. $799
Qu'énerve la molleffe , & dont l'ennui s'empare ,.
Des que vient à ceffer le bruit de la Guitarre.
Quoi ! jeune Pareffeux , les Voleurs diligens:
Se levent dès minuit pour égorger les gens ,
Et toi , pour conſerver une fanté fi chere ,
Aux langueurs du fommeil tu ne peux te fouftraire?
Mais fi , difpos encor , tu ne veux pas veiller ,
Hydropifie un jour te fera travailler ;
Et fi , pour t'appliquer à quelque honnête Etude ,
Tu ne contractes pas la loüable habitude ,
De te faire aporter , en quittant le chevet ,
Une Lampe , un Auteur , dès que l'Aube paroît ,
Où l'Envie , ou l'Amour , ou telle autre manie,
Te livreront fouvent aux traits de l'infomnie .
Quoi ! fervile jouet d'un penchant vicieux ,
Tu te hâtés d'ôter ce qui bleffe tes yeux ,
Toi , qui , de mois en mois & d'année en année ;
Differes de guérir ton ame gangrenée !
Eh ! commence à bien vivre`; ofe être enfin fensé.
C'eſt déja moitié fait que d'avoir commencé.
Commence . N'attends point une heure plus tardive ,
Semblable au Villageois , qui, debout fur la rive
Attend que la Riviere ait achevé for cours :
Cependant elle coule & coulera toujours.
Afin de s'enrichir on court la Terre & l'Onde ;
On s'empreffe à chercher une Epoufe féconde ;
On fait des voeux au Ciel pour avoir des Enfans ;
B iiis Om
On défriche les Bois ; on augmente ſes Champs :
Mais quiconque a deja ce qui peut lui fuffire ,
Regrette follement le furplus qu'il defire.
Des Terres , des Maiſons , des Palais , des Tréfors,
Ne fçauroient extirper ni les fiévres du corps ,
Ni les chagrins amers où l'efprit eft en proye.
L'un manquant de fanté , l'autre manquant de joye;
Terres , Palais, Tréfors ne fervent plus de rien :
Leur trifte Poffeffeur ne peut en joüir bien .
Un Efprit devoré de defirs ou d'allarmes ,
Dans ces riches objets trouve les mêmes charmes,
Que trouve un Chaffieux, dans un brillant Tableau,
Où le Peintre égaya fon fertile Pinceau ,
Qu'un Gouteux moribond trouve dans des Emplâ◄
tres >
Et que trouve un vieux fourd dans des accens folâ
tres.
Si le Vafe n'eft pur , il gåte en peu de temps
La meilleure liqueur qu'on y verfe dedans .
Méprifez les attraits de ces Plaiſirs nuiſibles
Qui fe font acheter par des maux infaillibles.
L'Avare fent toujours augmenter fon befoin :
Vifez à certain but , mais n'allez pas plus loin.
De l'embonpoint d'autrui l'Envieux devient maigre,
Plus nos Deftins font doux,plus fa douleur eft aigre,
L'Envie eft un fuplice , & tout l'art des Tyrans
N'a jamais inventé de fuplices plus grands.
Celui
VA O UST. 1711 1739.
Celui qui ne peut pas réprimer fa colere ,
Voudroit n'avoir point fait le mal que lui fait faire
De fon coeur offensé le premier mouvement ,
Trop prompt à s'affûrer d'un cruel châtiment..
Qu'est- ce que lá colere ? Une courte furie.
A règler votre coeur mettez votre induſtrie
Dès qu'il n'obéit pas , il parle en Souverain ;
Ufez , pour l'arrêter, de la chaîne & du frein .
Le Courfier qu'on dompta dans un âge encor tendre,
Prend toujours le chemin qu'on veut lui faire pren◄
dre :
Heureux effet des foins qui l'ont fi bien inftruit
A fuivre fans délai la main qui le conduit !
Depuis que fur la peau d'une Bête fauvage ,
Ce Chien , dans une Cour , fit fon aprentiſſage ;
Intrépide Limier , chaque jour , dans les Bois.
Il va fe fignaler par de nouveaux Exploits.
Jeunes Gens, abreuvez vos coeurs de ces Maximes;
Prenez dès aujourd'hui ,des Maurs plus magnanimes.
Long-temps le Vafe en foi garde,fans changements
L'odeur qu'il contracta dès le commencement .
Pour moi, je vais mon train, & dans cette carriere,
- Soit qu'enfin vous marchiez ou devant , ou derriere,
Je ne fuis pas fi fou que de m'embaraffer
Da foin de vous attendre , ou de vous devancer.
F. M. Frigot.
By LET
1712 MERCURE DE FRANCE
:
LETTRE de M. l'Abbé de Pompignan , à
M. D. L. R. en lui envoyant la suite de
la Dissertation , commencée par le R. P.
Tournemine , dans le Mercure de May
1739. sur le Témoignage de Josephe en faveur
de JESUS - CHRIST..
J
E rends , Monsieur , à vous , au R. P.
Tournemine, & au Public, ce que je leur
dois. Vous aviez désiré que ce sçavant Religieux
employât pour la défense d'un Témoignage
avantageux à JESUS-CHRIST , une
plume consacrée aux intérêts de la Religion .
Il entra avec joye dans un projet si conforme
aux vûës que son zele lui inspiroit. Il.commença
une Differtation sur cette importante.
matiere , & vous venez de donner au Public
ce qu'il en fit alors. Mais des occupations
multipliées , l'empêcherent de continuer ce
qu'il avoit si heureusement commencé , &
la longue maladie qui a précedé sa mort , le
mit hors d'état d'achever cet Ouvrage , qu'il
avoit extrêmement à coeur.
Il sçavoit , à la vérité , que toutes les preuves
de notre Religion ne sont pas également
nécessaires , & que dans la multitude de celles
qui la confirment , il en eft de si lumineuses,
de si décisives, de si preffantes qu'elles
AOUST. 1713 1739.
les peuvent suffire pour confondre l'incrédu
lité la plus obftinée. Mais après tout , quoiqu'il
jugeât , ainsi qu'il vous le déclare luimême
, que le Témoignage de Josephe en
faveur de Jesus- Chrift , pouvoit être omis ,
sans que les fondemens du Chriftianisme fussent
ébranlés , il ne pouvoit aprouver qu'on
donnât atteinte à un Monument si authentique
& si respectable. Il comprenoit les pernicieuses
conséquences d'une entreprise si
rémeraire . Il voyoit avec douleur les maux
qu'a produits dans les deux derniers siecles ,
& que produit encore tous les jours une Critique
licentieuse , qui franchit toutes limites
, & méprise toute autorité. Il étoit indigné
de voir des Catholiques aprendre à l'Ecole
des Proteftans , a rejetter sur les motifs
les plus frivoles & les plus légeres aparences,
des preuves que les S S. Peres ont apuyées
de leur suffrage. Enfin il étoit convaincu que
rien n'eft plus dangereux que cet esprit, amit
des nouveautés , que l'Eglise n'a point enco
re proscrites, inépuisable en objections , difficile
sur les preuves , & secrettement prévenu
contre elles , esprit que la contagion de
THérésie a porté jusqu'au milieu de nous, &
qui ne devient que trop commun‹ parmi`
ceux qui étudient la Religion.
Il ne faut pas s'étonner qu'avec de pareils
sentimens le P. Tournemine cût si vivement
B. vj entrepris
1714 MERCURE DE FRANCE
entrepris la defense du Témoignage de Jose ?
phe. La maniere dont il l'avoit commencée ,
doit faire regretter qu'il l'ait laissée imparfaite.
Il a soutenu dans ce dernier Ouvrage le
caractere d'esprit qui paroît dans tout ce
qu'il a composé , & qui se découvroit d'une
maniere encore plus sensible à ceux qui entretenoient
avec lui un commerce Litteraire .
Critique éxact & judicieux , il sçavoit dans
une matiere , où les extrémités sont plus
condamnables que dans toute autre , garder
ce sage milieu , si souvent loüé & si peu
connu. Il étoit , sans doute , très - éloigné de
cette crédulité superftitieuse , qui admet sans.
discernement & sans choix , tous les Monumens
que nos Peres nous ont transmis. Mais
en blâmant cet excès , dont on ne s'eft que
trop corrigé , il craignoit encore plus la liberté
sans mesure , que se donnent certains
Critiques , de former des doutes & de raissonner
sur des conjectures . Ennemi des Systêmes
qui n'ont pour mérite que la nouveau
té & la singularité , il croyoit que la gloire de
l'esprit humain consifte , non à dire des choses
nouvelles , mais à dire d'une maniere
nouvelle des choses anciennes. Auffi ses Reflexions
& ses Recherches n'avoient pour
but que d'affermir la foi de nos Myfteres, soit
en apuyant ce qui leur eft favorable , soit en
détruisant ce qui leur eft contraire.C'est à quoj
A UUS I. 1739. 1711
il a employé toute sa vie , cette vafte mémoire,
qui raprochoit les temps les plus éloignés,
& raffembloit , sans les confondre , tant de
connoiffances diverses; cet esprit jufte & pénetrant,
qui saisiffoit communément en chaque
queftion le point de vûë où il falloit
l'envisager pour en juger sainement , cette
imagination vive & abondante , qui donnoit
à la vérité de si belles couleurs , & qui peignoit
le mensonge avec des traits capables
de le rendre odieux à lui- même .
>

On retrouve tout cela , malgré sa vieillesse
dans ce commencement de Dissertation
sur Josephe , & parmi les raisons qu'on a de
regarder sa mort comme une perte pour la
République des Lettres , tout vrai sçavant
doit être affligé qu'il n'ait pû lui - même perfectionner
ce qu'il avoit fait , & finir ce qui
lui restoit à faire. Il m'a substitué en sa place
pour executer le plan qu'il avoit formé. Je
sens bien que dans ce choix il a plus consulté
le sentiment de son coeur , que les lumieres
de son esprit. Il a crû que je pourrois
faire ce qu'il désiroit que je fisse , & il a oublié
la disproportion que son mérite , plus
encore que son âge , mettoit entre lui & moi ,
parce que son amitié avoit jusqu'alors rempli
cet intervalle. J'ai accepté néanmoins un
fardeau , dont, en toute autre occasion , j'eusse
refusé de me charger. Je me suis fait une
Religion
1716 MERCURE DE FRANCE
Religion d'executer ses dernieres volontés
qui toujours respectables , puisque c'étoient
celles d'un mourant , me sont devenuës précieuses
, érant celles d'une Personne à qui je
dois également & le peu que je sçais , & ce
que je pourrai aprendre dans la suite.
Recevez donc , Monsieur , la suite d'un
Ouvrage que vous avez demandé. Il étoit
juste que vous l'eussiez entier , puisque vous
lui avez donné naissance. Je me félicite , en
m'acquitant de ce que je dois à la mémoire
du P, Tournemine , de pouvoir seconder des
intentions aussi droites que les vôtres , &
vous témoigner en même- temps la considé
ration , &c.
A Paris le premier Juin 1739.
Je crois devoir avertir qu'il y a dans l Dissertation
du P. Tournemine une Citation peu
exacte, qu'il auroit , sans doute, corrigée , s'il
avoit cû le temps de revoir & d'achever son
Ouvrage. Il 'assûre qu'Origene dit seulement,
que Josephe ne croyoit pas trop que Jesus-
CHRIST fût le Messie. C'est effectivement
ainsi que Gélénius a rendu les paroles d'Origene.
Quamvis Jesum parum agnoscens pro
Christo. Le P. Tournemine , dans la chaleur
d'une premiere composition , ne se donna
pas la peine de confronter la Traduction de
cet Auteur avec le Texte original ; il n'y au
roit
AU ·S LU 1735. $757
S
toit point vû la modification que Gélénius a
jugé à propos d'y ajoûter. Origene dit formellement
que Josephe n'a point crû à JEsus
, comme au Messie das TH IN
Xprs . La Traduction des Bénedictins est fi
delle , & n'ajoûte point au Texte l'adverbe
parum , qui en affoiblit la signification.
SUITE de la Dissertation commencée par le
R. P.Tournemine , Jésuite , sur le Témoigna
de Josephe en faveur de JESUS - CHRIST. ge
SECONDE OBJECTION.
par LE Témoignage est visiblement inseró
une main étrangere , il ne tient ni à ce qui
précede , ni à ce qui suit.
RE'PONSE.
Pour mettre les Lecteurs en état de juger:
de cette Objection , il faut leur faire envisa
ger toute la suite du Chapitre , où se trouve
Le Passage contefté. Josephe y raporte qua
tre ou cinq Evenemens arrivés aux Juifs sous
le Gouvernement de Pilate, & qui n'ont d'autre
liaison que celle que met entre eux l'ordre
des temps. Pilate ayant voulu faire pren
dre à son Armée des quartiers d'hyver dans
Jérusalem , y fit entrer de nuit des Etendarts
Romains , sur lesquels étoit peinte l'Image
de l'Empereur. Cette action du Gouverneur
irrita
1718 MERCURE DE FRANCE
irrita les Juifs , qui la regarderent comme
une infraction de leur Loy. Plusieurs d'entre
eux accoururent à Césarée , où ils obtinrent
de Pilate , par leurs prieres & par leurs cris
qu'il fit sortir de Jérusalem les Drapeaux !
dont la vûë révoltoit cette Ville superftitieu
se. Une autre entreprise de Pilate ayant excité
parmi les Juifs une sédition , elle n'eut
pas pour eux une iffuë aussi heureuse que la
premiere. Le Gouverneur fit emprisonner les
séditieux par ses Soldats , & ceux- ci s'étant
jettés sur eux , en tuerent & en blefferent un
grand nombre. C'eſt immédiatement après
ce récit , que se trouve le Témoignage en
faveur de Jesus - Chrift. Vers le même temps ,
dit l'Hiftorien , fut Jesus, & c . Ce Temoigna
ge eft suivi de la narration fait Josephe
que
d'un autre malheur arrivé aux Juifs . La supercherie
de quatre hommes de leur Nation
les fit tous chaffer de Rome par Tibere , &
quatre mille d'entre eux furent envoyés en
Sardaigne , pour servir dans ses Armées.
Avant ce fait , l'Hiftorien raconte l'avanture
de Pauline , Dame Romaine , qui fut trompée
d'une maniere si indigne par les Prêtres
du Temple d'Isis. rat aub
Tel eft en abregé le Chapitre, IV, du Livre
XVIII. des Antiquités Judaïques. Le Témorgnage
en faveur de Jesus- Chrift y paroît dé
placé à nos Adversaires. Il se trouve, disent
ils
A UUS 1. 1739. 1719
ils , entre les deux malheurs arrivés aux Juifs ,
l'un à Jérusalem , l'autre à Rome. Il en interrompt
le récit , & l'artifice de celui qui l'a
ajoûté, eft si manifefte , qu'en le retranchant ,
le Texte demeure très - suivi & très lié . Ainsi
fut apaisée la sédition. Voilà par où finit la
narration du premier malheur. Vers le même
temps les Juifs essuyerent une autre disgrace.
Voilà par où commence la narration du second.
Cette liaison eft très naturelle . Ce qui
eft entre deux eft superflu , dit- on , & a été
inseré après coup.
Quand nous conviendrions que Josephe
en parlant de Jesus- Chriſt , a négligé les
transitions , qui, par l'enchainement des faits,
rendent la Narration Hiftorique plus suivie
& plus réguliere , quel inconvénient en résulteroit-
il ? Ignore - t'on que ce défaut, si c'en
eſt toujours un, eft commun aux plus grands
Hiſtoriens ? Denis d'Halicarnaffe ( Epist. ad
Pomp. ) reproche à Thucydide de laiffer souvent
ses récits imparfaits , & d'y jetter par
de fréquentes interruptions, une obscurité qui
embarraffe l'esprit de ses Lecteurs. Hérodote,
dont Josephe a plus imité l'élégance & la
clarté que le style obsur & serré de Thucydide
, Hérodote , le Pere de l'Histoire , a
quelquefois , au jugement de Photius , ( Ext.
LX. ) des digressions qui font perdre de vûë
l'objet principal de l'Hiftoire. Josephe luimême
même , sans aller plus loin , nous fournit
un exemple d'une interruption pareille à celle
que l'on remarque dans le Chapitre que
nous examinons.
Il avoit écrit au commencement dà Chapitre
VIII. du Livre V. de ses Antiquités ,
que les Hébreux vaincus par les Philiftins
avoient été forcés de leur payer un tribut. Il
laiffe -là les Guerres de ces deux Peuples , &
dans le reste du Chapitre & dans tout le suivant,
il ne parle plus que des actions de Sam
son , du Pontificat d'Héli , de l'Hiftoire de
Ruth, Il reprend au Chapitre X. le récit qu'il
avoit interrompu , & il dit que les Hébreux.
firent de nouveau la guerre aux Philistins.
Voilà entre deux Evenemens semblables , une
digression fort longue & qui occupe deux
Chapitres entiers ; & nos Adversaires ne vou
reconnoître que Josephe ait mêlé
dans le récit de deux malheurs arrivés aux ›
Juifs , une digression très - courte & tout autrement
importante que celle , qui dans le
Livre V. coupe le fil de la narration.
dront pas
Eft-il vrai cependant que le Paffage de Josephe
, où il parle de Jesus - Chrift , n'ait aucune
liaison avec ce qui précede & ce qui
suit. ? c'est ce que Snellius avoit d'abord sou
tenu , & ce qu'il proposoit à Chriftophe
Adam Rupert , comme un Argument décisif
contre la vérité de ce Témoignage. Mais
Ce
e sçavant Critique renversa sur lui sa prétendue
démonſtration , & le réduisit à dire
que l'impofteur , qui , selon lui , avoir ajoûté
ce Paffage , n'avoit pas été si ftupide , non ita
plumbeo ingenio , & qu'il l'avoit inseré dans
un lieu affés convenable à son deffein , pour
donner de la vrai - semblance à la suposition.
Rupert lui fit observer que le Témoignage
qui regarde Jesus - Chrift , eft placé dans
Hiftoire de Josephe , comme le Paffage où
il eft parlé de S.Jean Baptifte. Blondel le croit
suposé ; mais je ne connois personne qui ait
adopté une conjecture si hardie. Snellius & .
te Febvre , les ennemis les plus déclarés du
Témoignage en faveur de J. C. reçoiventcelui
- ci , & l'autorité d'Origene , qui touche
presque au temps de Josephe , rend le
sentiment de Blondel insoutenable.
Le Paffage sur S. Jean- Baptifte eft admis
par la plupart de nos Adversaires. Tous les
deux se lisent après deux disgraces , l'une arrivée
aux Juifs, l'autre à Hérode , dont l'Armée
fut défaite par les Généraux d'Arétas ,
Roy de l'Arabie Petrée . Cette seconde disgrace
fut regardée comme un effet de la colere
de Dieu sur Hérode , qui avoit fait mourir
injuftement Jean - Baptifte. Josephe ne
voudroit- il pas faire entendre que le funefte
accident qui causa la mort à tant de Juifs, fur
la punition de l'infâme suplice qu'ils contraignirent
gnirent Pilate de faire souffrir à Jesus - Chrift
Quoiqu'il en soit , si nos Adversaires demandent
qu'on leur montre clairement la
liaison de ce Témoignage avec le refte de la
narration , il eft aisé de les satisfaire. Qu'ils
relisent avec attention le Chapitre dont il eſt
tiré , il verront que les Faits que Josephe y
raporte , détachés les uns des autres , ne sont
lies ensemble que par l'ordre des temps.
Qu'a de commun la Sentence de Tibere , qui
bannit tous les Juifs de Rome , avec une
émcute populaire que Pilate réprima dans la
Judée , par le maffacre de quelques mutins ?
Josephe n'eût-il pas péché contre les regles
de l'Hiftoire, en dépaysant ainsi ses Lecteurs
dans l'espace de quelques lignes , si le peu de
Faits que lui fourniffoit le Gouvernement de
Pilate , ne l'eût obligé de réunir sous un seul
point de vue plusieurs Evenemens qui ne
sont pas liés l'un à l'autre , mais qui sont ar
rivés dans le même temps ?
C'est donc cette conformité des dates qui
a déterminé l'Hiſtorien Juif à parler de Jesus-
Chriſt dans un Chapitre, où il raconte ce qui
s'eſt paffé de plus mémorable , pendant que
Pilate fut Gouverneur de la Judée , & si nos
Adversaires n'étoient pas aussi prévenus qu'ils
le sont , les premieres paroles de ce Témoi
gnage suffiroient pour leur ouvrir les yeux.
Vers le mêmetemps, dit Josephe,fut Jesus, &c.
Si
A O UST. 1739: 1723
Ji cet Ecrivain a voulu parler de Jesus- Chrift ,
où a-t'il dû en parler plus naturellement que
dans l'endroit où il fait l'Hiftoire du Gouvernement
de Pilate , sous lequel notre Sei
gneur a souffert & eft mort,
TROISIEME OBJECTION .
Le style de l'Historien Juif n'est pas reconmoissable
dans le Passage où il est parlé de Jesus-
Christ. Josephe , apellé avec raison le Tite-
Live des Grecs , écrit partout
ailleurs avec pureté
, avec agrément , avec noblesse. Ici , aucontraire
, il est froid , lâche & presque barbare.
Qui peut croire que la même plume ait écrit
dans des styles si différens , ou pour mieux dire
si oposés?
REPONSE.
Nos Adversaires sont , sans doute , bien
sûrs de ce qu'ils avancent , puisqu'ils se
eroyent dispensés de le prouver. Ils supasent
que cette difference de styles eft fi sensible
& si palpable , que tout Lecteur l'apercevra
comme eux. Si cela étoit , on auroit
lieu d'être surpris que tous les yeux euffent
été fermés jusqu'au milieu du dix- septiéme
siécle , pour ne pas voir ce qui eft aussi clair
que les rayons du Soleil , & il seroit en par
iculier fort étrange qu'Eusebe , S. Isidore de
Péluse
1724 MERCURE DE FRANCE
Péluse , Sozomene , Auteurs Grecs , & qui
devoient sçavoir leur Langue , euffent cité
avec tant de confiance, comme de Josephe ,
un Texte qui portoit jusques dans son style
l'empreinte de la suposition.
peu
Je sçais que ce préjugé toucheroit les
Critiques que je réfute. Ce n'eft pas à des
hommes si persuadés de l'étendue de leurs
lumieres & de la jufteffe de leur discerne
ment , qu'il faut alleguer l'autorité de ceur
qui les ont précedés . On les flate plutôt qu'on
ne les confond , en leur disant qu'ils ne pensent
pas comme on a pensé jusqu'à eux. Que
répondront-ils néanmoins à tant de sçavans
Hommes, qui même depuis eux & après les
observations qu'ils ont faites , n'ont point vû
dans Josephe ce qui leur paroît si évident;
qui ont traité de chimerique & d'imaginaire
cette difference qu'ils ont remarquée entre le
style du Témoignage & celui de l'Hiſtorien
Juif?
J'ennuyerois mes Lecteurs, si , parcourant
successivement tous les termes dont est com
posé ce Témoignage , je prétendois en montrer
la conformité avec les expressions dont
Josephe a coûtume de se servir ; mais aussi
je ne répondrois pas à leur attente , si , me
contentant d'oposer à mes Adversaires la
voye de la prescription, j'éludois entierement
le fond de la question. Il vaut mieux pren
dre
AOUST. 1739: 1725
dre un parti mitoyen , & juftifier les principales
expressions qui entrent dans ce célebre
Paffage.
>
Vers le même temps , xard Teтc xporev . Cette
expression eft très- simple & a été employée
par Josephe en une infinité d'endroits.
Malgré sa simplicité , elle n'a pas
échapé à la critique de nos Adversaires . Snellius
ne pouvoit croire que Josephe , qui s'exprime
quelques lignes après d'une maniere
asses semblable , ὑπὸ τῆς αυτές χρόνες , se fut
ainsi repeté dans le même Chapitre. C'est
pousser un peu loin la délicatesse , & un
Grammairien aussi sévere feroit de grands
retranchemens dans Homere , dans Thucydide
, dans quantité d'autres Auteurs , qui
ne craignent pas de répeter les mêmes termes
, lorsqu'ils sont forcés de redire les mêmes
choses. Ces grands hommes , qui connoiffent
les vraies beautés du style , ont laissé
aux petits Esprits cette affectation puerile
de varier les tours de l'expression , lorsque
cette varieté ne peut rendre la narration ni
plus agréable, ni plus intereffante . Josephe ,
meilleur Juge que nos Critiques modernes ,
a suivi ces excellens Maîtres , & on trouve
cette même répetition , que Snellius ne pouvoit
suporter au Chapitre septième du Livre
vingtiéme de ses Antiquités.
I
1726 MERCURE DE FRANCE
Il (a ) étoit le Maître de ceux qui reçoiven
la vérité avec joye. Cette phrase a sur tou
déplu à le Febvre. Il l'apelle une triste &fad
Hégance : Tristem & putidam elegantiam:
Nous laiffons à décider aux Personnes habiles
dans la Langue Grecque , si cette Critique
eft judicieuse. Mais quoiqu'il en soit du
Jugement que porte ici le Febvre , là phrase
qu'il condamne eft certainement de Josephe,
& je ne comprends pas comment il a pû en
douter, puisqu'elle se lit dans le Chapitre
même dont il eft queſtion , devant & après
le Témoignage (6). D'autres endroits des Antiquités
Judaïques , prouvent qu'elle eft familiere
à l'Hiftorien Juif.
Pilate l'ayant condamné au suplice de la
Croix , à l'instigation des premiers de notre
Nation , &c. Voici un terme , (c) qui plus
que tous les autres , désigne le style de Josephe.
Car il n'eſt par ordinaire à tous les
Ecrivains de donner dTITIμar le sens de
punir. Ce mot a quelquefois une signification
toute contraire , & se prend pour honoż
Γ (α ) Διδάσκαλος ἀντρώπων τῶν ἡδονῇ τ' αληθῆ δεχθε
μένων.
( b ) Ηδονή δεξες πας τὸν παγαθον ἔλεγον ,
τω ἱκετείαν ἡδονῇ .
δεχομέν
( C ) Καὶ αυτὸν ἀδείξει τῶν πρώτων ἀνδρῶν παρ'ἡμε
σαυρῷ ἐπιτετιμεκότος.
rer 1
AUUS N 1739% 1727
er, récompenser. Le plus souvent il veut dire
blamer , reprendre ; mais Josephe a coûtume
de s'en servir , comme il s'en sert dans le
Passage que nous examinons. On peut consulter
la Differtation Latine de Charles d'Au
bus , qui en cite beaucoup d'exemples .
Et la Nation (a des Chrétiens qui a pris son
nom de lui , subsiste encore à présent . Blondel
a crû qu'on ne pouvoit apeller çur Nation,
les Juifs & les Gentils réunis dans la même
Eglise par la profeffion de la même Foi.
Mais l'erreur de ce fçavant Homme est vifible
. On a nommé chés les Grecs quà toute
Affemblée d'Hommes en géneral, quelle que
fût l'union de ceux qui la composoient , soit
qu'ils euffent la même Patrie , ou la même
origine , la même demeure , les mêmes desseins
, le même culte. C'est ainsi que Josephe
, après avoir écrit au treiziéme Livre de
fes Antiquités , Chap. IX , qu'Hircan ayant
subjugué les Iduméens , les obligea d'embraffer
la Religion & les Céremonies des
Juifs , apelle presque toujours dans la suite
de son Histoire , ces deux Peuples confondus
en un feul , la Nation Juive , Idaï
κὸν φύλον .
( α ) Εἴτε νῦν τῶν Χριστιανῶν ἀπὸ τόδε ώνομας μένων
οὐκ ἐπέλιπε τὸ φῦλον.
QUA
1720 MERCUNE DE FRANCE
QUATRT'EME ET DERNIERE OBJECTION.
Josephe n'a point été Chrétien. Son Histoire
nous l'aprend. Origene & Theodoret le disent
expressément. Ce n'eft pas tout . Il étoit d'une
Famille Sacerdotale , & de la Seite des Pharifiens
, ennemis mortels de J. C. Comment fe
peut- il doncfaire , qu'il lui ait rendu un témoi
gnage si avantageux ? Est- il croyable qu'un
Juif, un Sacrifica eur, un Pharisien , air aprouvé
la Doctrine de Jesus- Christ , avoué fes miracles
, reconnu sa Divinité & sa Resurrection,
Lait apellé le Christ annoncé par les anciens
Prophetes ?
RE'P ON- SIE .
2

Nos Adversaires multiplient à deffein tout
ce qui peut rendre incroyable le Témoignage
de Josephe en faveur de Jesus- Christ.
Mais quand on leur accorderoit ce qu'ils
prétendent , leur Cause en deviendroit- elle
meilleure & serions- nous réduits à leur
abandonner le Texte qu'ils veulent nous enlever
? Avoir prouvé qu'une chose n'est pas
vraisemblable , est-ce avoir prouvé qu'elle
est fauffe ? Est- on recevable à combattre par
des impoffibilités aparentes un Fait dont la
certitude est démontrée ? Et quels sont les
Juges éclairés , qui souffrissent qu'on s'inscrivit
en faux par des raisonnemens en l'air
contre des Titres originaux , & une poffeffion
imméA
O UST. 1739. 1729
mmémoriale ? S'ils ne s'agissoit que d'un
Fait douteux & problematique , d'un Passage.
leurs:
suspect , on convient avec eux , que
raisons mériteroient d'être écoutées , & il
ne resteroit plus alors , qu'à examiner , si les
principes qu'ils suposent sont vrais , & si les
consequences qu'ils en tirent sont justes.
Mais , puisqu'il est certain ,
autant que peut
l'être une chose de cette nature , que Josephe
a parlé de Jesus -Christ , comme on le
voit dans son Livre des Antiquités , il n'est
plus maintenant question d'examiner si cela
est croyable , ou même possible. Combien
dans les Auteurs de toute espece , de récits ,
d'opinions , de raisonnemens qui donnent
lieu de former les mêmes difficultés que le
Passage de Josephe ? cependant personne ne
s'avise de les soupçonner de suposition . Que
nos Adversaires nous expliquent , s'ils le
peuvent , comment Josephe ( Liv . 10. des
Antiq. ) étant tel qu'ils le dépeignent , a pû
trouver dans la Prise & la Destruction de
Jerusalem par les Romains , l'accomplissement
de la Prophetie de Daniel , Chap . IX.
N'étoit- ce pas reconnoître que les LXX .
Semaines étoient accomplies , que le Christ
étoit déja venu , qu'il avoit été renoncé &
mis à mort par les Juifs Que dit de plus
fort le Témoignage dont on conteste l'au
genticité ?
Cij Cc
#730 MERCURE DE FRANCE
Ce que nous venons de dire , pourroit ,
fuffire à la défense de notre Cause ; mais ce
ne feroit peut-être pas assés pour convaincre
les Efprits difficiles , qui ne fe rendent que
lorfqu'ils ne voyent plus rien d'obscur , &
que tous leurs doutes font pleinement éclaircis.
Il faut donc aller plus loin : il faut concilier
la vraisemblance avec la vérité , &
montrer à nos Adverfaires que Josephe n'a
rien dit dans ſon Témoignage , qu'il n'ait pû
dire fans être Chrétien.

Il a parlé de Jefus - Christ. Mais a- t - il pû
s'en taire ? la fidélité & l'exactitude , qualités
essentielles à une Histoire , & dont il a
prétendu faire l'ornement de la sienne , lui
permettoient- elles ce silence ? La Perfonne
de Jefus- Christ n'étoit- elle pas assés célebre
, fa Vie & fa Mort n'avoient- elles pas fait
assés de bruit , pour qu'il leur donnât place
dans un Ouvrage , où il a voulu écrire tout
ce qui est arrivé de mémorable aux Juifs ?
Juste de, Tyberiade , autre Historien de la
même Nation , n'en a point , dit on , parlé ;
j'en tombe d'accord : mais je conclus de son
silence , que Josephe a dû faire tout le contraire
. Ces deux Auteurs étoient ennemis
déclarés. * Josephe reproche à Juste ses mensonges
& ses infidelités. N'eût-il pas été coupable
du même crime , s'il eût voulu déro-
Voyezla Vie de Josephe , écrite par lui-même.
ber
Ber à la Posterité le nom & l'Histoire de
Jefus- Christ ? Et puifque fon ennemi n'en
avoit rien dit , n'étoit- ce pas pour lui , en
quelque sorte,un motif d'en parler ? Enfin il
a fait mention dans fes Antiquités de S. Jeans
Baptiste & de S. Jacques , qu'il nommefrers
de Jesus , apellé le Christ toutes les raifons
qu'il avoit de garder le filence fur Jefus
Christ , étoient les mêmes pour le Précur
feur & pour l'Apôtre ; toutes celles qui pou
voient le déterminer à parler de l'un & de
Kautre , étoient bien plus fortes à l'égard de
Jefus- Christ. Il n'est donc pas incroyable
qu'il en ait parlé.
Il en a fait un magnifique éloge : doit- on
en être furpris ? Jofephe , il est vrai , étoit
Juif ; mais très- éloigné des injustes préventions
de ce Peuple perfide , contre le Sauveur
, que nous adorons. Elevé dans fa premiere
jeuneffe à l'Ecole de Banus , Essénien
Difciple , felon quelques-uns , de S. Jean-
Baptifte , il n'avoit pû y recevoir que des impreffions
favorables à Jefus- Christ . Si le
crédit des Pharifiens, qui avoient la principale.
part au manîment des Affaires , l'engagea
dans un âge plus avancé à s'attacher à eux
il est à présumer qu'il demeura toujours Essénien
dans le coeur : au moins est- il constant
que dans l'Histoire des Antiquités , écrite
après la ruine de Jerufalem & la Difperfion

Ciij
deá
des Juifs , il loue beaucoup les Efféniens , &
blâme la conduite & les démarches des Pharifiens.

Affranchi dans la fuite de Vefpafien , qui
lui donna fon nom ( Flavius ) il fuivit la
Cour de ce Prince , & celle de fes deux fils,
Tite & Domitien , qui regnerent après lui.
Il y trouva Titus Flavius Clemens & Flavia
Domitilla , tous deux Chrétiens , & Parens
très- proches des Empereurs. Il publia fon
Livre des Antiquités la treizième année de
Domiticn , deux ans avant la sanglante Per
secution que ce Prince fit fouffrir aux Chrétiens.
Serait il incroyable que Jofephe, dans
un temps où la Religion Chrétienne n'étoit
menacée d'aucun péril , voyant des Chrétiens
dans la Famille Imperiale & dans les
premieres Dignités de l'Empire , eût témoi
ené pour Jefus- Christ des fontimens , que
Pinterêt de fa fortune fembloit demander de
Lui autant que l'interêt de la verité ? On a
même plus que des conjectures , pour prou
ver que le zele Pharisaïque , & une haine
aveugle du Christianisme ne conduisoient
pas sa plume . Il à parlé fort avantageuse
ment de S. Jean Baptiste & de S. Jacques ;
Livre 18. Chap. 6. & Livre 10. Chap. 8.
Qui eût pû croire qu'un Juif , un Sacrificateur
, un Pharisien , ( ce sont les expreffions.
de le Fevre ) eût montré tant d'estime & de
respec
respect pour deux Hommes , dont l'un , Précurseur
de Jefus - Christ , lui a rendu témoi--
gnage , & a fait aux Pharisiens des reproches .
framers ; l'autre , Frere & Apôtre de Jefus-
Christ , a été mis à mort par les Prêtres de
la Loi ?:
Il aprouve la Doctrine , & reconnoît les
Miracles de Jefus - Christ. Nous pourrions
être étonnés de ce langage dans un Juif
moderne ; mais nous ne devons pas juger
des difpofitions de Josephe & de tous les
anciens Juifs , par celles où nous voyons
ceux d'aujourd'hui ; & ,pour commencer par
ce qui doit paroître moins fingulier , Josephe
n'a-t- il pas dû rendre la même justice :
aux miracles de Jefus- Christ , que leur rendoient
de fon vivant les Scribes & les Phaaifiens
, fes implacables ennemis , & que
leur ont rendu depuis les Rabins poste
rieurs , & les Payens , tels que Celse , Portphyre
, Julien l'Apostat , qui ont écrit contre
le Christianisme ? Pour ce qui est de sa
Doctrine , il est vrai que ceux qui du temps
de Josephe,étoient surnommés Zelotes, c'està-
dire , Zélateurs ardens de la Loi , comme
de la liberté Juive , la condamnoient & la
pourſuivoient à toute outrance . Mais Josephe
, fi éloigné dans tout le reste , de leurs
vûës , a-t-il dû épouser sur cet unique point
leurs fureurs & leurs emportemens ? N'a-t- il
C.iiij pas
و
>
pas pû aprouver la Morale Chrétienne , A
pure , fi parfaite & fi raifonnable ? N'a til
pas pû admirer la fainteté de Jefus - Christ
& les moeurs innocentes de fes premiers Difciples
? En un mot , fans être Chrétien de
créance & de profeffion , n'a- t-il pas pû l'être
d'estime & d'affection
Ainsi l'étoit Nicomede , dans le temps
qu'il eut avec le Sauveur cette conversation ,
raportée dans l'Evangile de S. Jean , Chap.
3. Il attestoit fes miracles , il le croyoit un
Homme envoyé de Dieu , mais il n'allort
pas plus loin , & il n'imaginoit pas qu'il dût
fonder fur les ruines de la Synagogue , une
nouvelle Eglise , hors de laquelle il n'y eût
plus ni Culte , ni Loi , ni Promeffes. Depuis
même que la Religion Chrétienne , scellée
du Sang de son Auteur , eût été publiée avec
plus d'éclat , & répandue dans
presque tout
I'Univers , nous lifons dans les Actes des
Apôtres , Chap. 18. 19. que des Juifs ,
baptisés par S. Jean , ignoroient s'il y avoit
un Saint-Efprit , & qu'Apollon , si versé dans
les Saintes Lettres , ne connoiffoit d'abord
que le Baptême du Précurseur. C'étoient là
des demi-Chrétiens . Josephe a pû être de ce
nombre ; & si , comme eux , il n'a pas fait
de nouveaux pas pour s'aprocher du Royaume
de Dieu , c'en étoit assés pour un Homane
habile , à la vérité , dans les Ecritures ;
یم
eft
*/57, * 752
pro
eftimable d'ailleurs par fa droiture & fa
bité , mais Courtisan attaché à la fortune , &
par- là , moins touché de son salut.
3.
Enfin , & voici ce qu'il y a de plus incompréhensible
dans le témoignage que Jofephe
rend à Jefus-Christ , il semble être perfuadé
de sa Divinité , il le reconnoît pour le Messie
, il confeffe la vérité de sa Resurrection ,
il assûre que ce dernier prodige & une infinité
d'autres qu'il a operés , ont été prédits
par les Prophetes. Eft - ce un Juif qui parle ,
ou plûtôt n'eft- ce pas un Chrétien qui se
trahit lui -même , en voulant rendre un Juif
trop favorable à Jefus-Christ Ces objections
, déja fpécieufes en elles - mêmes , pa
roiffent sans réplique , lorfqu'on les joint
toutes ensemble , pour les rendre plus fortes
& plus pressantes. Détachons-les les unes
des autres , difcutons- lés succeffivement , &
il nous sera facile de diffiper l'illusion qu'el
peuvent causer.
les
I. Josephe n'a point dit que Jefus- Christ
für Dieu, & c'est par défaut d'attention , que
Sozoméne s'est fervi de fon Témoignage
pour combattre l'impieté Arienne . Il doute.
sil faut apeller Jefus un Hamme . Mais qui ne
voit que c'est là une figure , dont les exemples
font innombrables , & qui , réduite à ſa
jufte valeur , fignifie que la Pefonne qu'on
louie , a quelque chofe d'extraordinaire , de
mer
736 MERCURE DE FRANCE
>
merveilleux d'au - deffus de l'humanité
Ainfi Jofephe a- t- il dit que les miracles de
Moyfe font d'une puillance plus qu'humaine ,
& qu'Elisée a confervé , même après fa mort,
un pouvoir divin. Le foupçonnera-t-on d'avoir
pensé que Moyse & Elisée fuffent des
Dieux ?
II. On ne prouvera jamais que ces paroles :
Il étoit le Chrift , fignifient , dans l'intention
de Jofephe , que Jefus - Chrift étoit véritablement
le Meffie attendu par les Juifs .
Quelques Auteurs les expliquent ainfi : It
étoit regardé comme le Chrift ; & c'eft la traduction
que S. Jerôme en a faite : Credeba: ur
esse Christus. Mais, pour moi, je leur donne
un fens , qui dans le fond revient à celui - là,
mais qui eft pourtant plus fimple & plus naturel.
Jofephe écrivoit fon Histoire pour les
Romains & pour les Grecs : il falloit donc ,
en leur parlant de Jesus , le leur défigner
fous un nom qu'ils connuffent d'avantage ,
& qui fût chés eux d'un usage universel. Or
nous aprenons par les Auteurs profanes ,
( Suet. Tac. Pline. ) que Notre Seigneur n'é
toit point apellé autrement par ces Peuples,
que Chrift. Et Eufebe , Liv. 1. Chap. 3 remarque
comme une preuve de la vertu invi
fible & fouveraine qui étoit en lui , qu'il a été
le feul que les Grecs & les Barbares même
par un langage conſtant & uniforme , ayent
apellé
apelle le Chrift. Il eft donc fort probable ,
que Jofephe par ces paroles , Il étoit le Chrift ,
a voulu dire aux Romains & aux Grecs :
C'est celui que vous connoiffez fous le nom
de Chrift : comme fi un Hiftorien , parlant
d'un'Prince qui a eû deux noms , mais dont
Pun eft plus connu que l'autre , difoit , par
exemple , d'Affuerus Epoux d'Efther , C'étoit
Darius , fils d'Hystaspe.
gnage ,
5.
III. II eft peut-être moins aisé d'expliquer
comment Josephe a pû dire que Jefus - Chriſt
eft aparû résuscité à ses Disciples , & que
les Prophetes avoient annoncé sa Résurrection
, ainfi que fes autres merveilles. Si l'on
en croit la plupart des Défenfeurs du Témoil'Hiftorien
parle ici , non selon sa
propre opinion , mais selon celle des Apôtres
& des Chrétiens ; il ne veut dire autre
chose , finon qu'ils ont assûré que cela étoit
ainfi . Je n'empêche perfonne de fe contenter
de cette réponse , si on la juge suffisante.
Mais s'il m'eft permis de dire ingénûment
ma pensée , c'eft faire une violence manifefte
au Texte de Josephe , que de convertir en
un récit hiftorique , auquel il ne prend aucune
part , des paroles aussi précises & aussi
affirmatives que celles - si : Il aparut trois jours
après à fes Difciples plein de vie les divins
Prophetes ayant prédit de lui ces choses , & une
infinité d'autres merveilles . Après tout , quel
C vi
in>
inconvénient trouve - t- on à reconnoître que
Jofephe a crû la Résurrection de Jefus-
Chrift , & qu'il lui a apliqué une partie des
Propheties qui regardent le Messie ? On sçait
par un Livre fameux parmi les Juifs , ( Le-
Zohar ) qu'ils ont reconnu autrefois un
double Meffie , prédit dans l'ancien Teftament
, l'un pauvre , rebuté , souffrant , &
c'eft celui qu'ils abandonnoient aux Chrétiens
; l'autre glorieux & triomphant , qui
devoit les délivrer de l'efclavage des Ro ,
mains . Si l'on ne juge pas à propos d'attribuer
à Josephe cette bizarre opinion , doiton
nier absolument , qu'éclairé comme il
l'étoit , & faisant profession de candeur &
de fincerité , il n'ait pû ajoûter foi au témoignage
des Apôtres , le moins suspect & le
plus inconteftable qui fût jamais , qu'il n'ait
pû, en comparant des Evenemens dont il ne
pouvoit douter , avec les Prédictions qu'il
lifoit , découvrir leur parfaite conformité e
Eh ! qu'a de plus incompatible avec les sentimens
& la religion de Josephe , l'aplication
qu'il fait à Jefus -Chrift des Oracles facrés ,
que celle qu'il fait ailleurs de la Prophetie de
Daniel, Chap. IX . à la ruine de Jerufalem
par les Romains ? Si cet Hiftorien n'a pas tiré
des aveux que la vérité lui arrachoit , toutes
les conséquences qu'il pouvoit & qu'il devoit
en tirer , c'est , encore une fois , qu'un
Cours
A UUS I. 17398 1737
ger
Courtifan & un Politique peut être fincere
mais qu'il ne peut , fans ceffer d'être ce qu'ib
étoit , entrer dans les dispofitions d'esprit
& de coeur , que la foi exige de lui : Quomodo
vos poteftis credere , qui gloriam ab invicem
accipitis ? dit S. Jean Chap. 5.
Saint Ambroise , s'il eft véritablement
l'Auteur de la Verfion Latine que nous avons
sous le nom d'Hégésippe , De la Guerre des
Juifs , fait sur la conduite de Jofephe , cett
judicieuse réfléxion. Il a été si aveugle , die
ce faint Docteur , qu'il n'a pas crû à ses proprés
paroles. Il a parlé en Historien fidele
parce qu'il a regardé comme un crime de dé
guiser la vérité: il n'a pas cru , à cause de la
duretédeson coeur.... mais son incrédulité même ,
& la répugnanse qu'il a dû avoir à parler
ainfi , ajoutant un nouveau poids à fon témoi
gnage &c. Verum locutus est propter historia fi
dem, quia fallere nefas putabat, & non credidit
propter duritiam cordis.... plus addit teftimonio
quia nec incredulus & invitus negavit.
TRATRADUCTION
de l'Ode XII . du :
III. Livre D'HORACE : Miserarum est..
QuUe je les plains , ces timides Beautés ,
Qui de Parens , pétris d'austerités ,
Nuit & jour redoutant la morale implacable ,
Sous leur Empire insuportable
N'ont jamais pû jouir des plaisirs enchantés
Et de l'Amour & de la Table ! ·
Il n'en est pas ainsi de toi ,
Jeune & charmante Neobule ,.
Pour le fidele Hébrus , Esclave de ta foi
Le feu qui nuit & jour te brûle
Te faisant un destin plus beau ,
T'oblige à quitter , sans scrupule ,
Et ton Aiguille & ton Fuseau.
Ce doux objet de ta tendresse ,
Partout fait briller à tes yeux ,
Qu'il dompte dans le Cirque un Coursier furieux ,
Ou qu'il efface en d'autres Jeux ,
La foûle de Rivaux vaincus par son adresse ;
Ton Hebrus t'ench inte en tous lieux..
Ah ! quels sont tes transports, quand tu vois dans la
Plaine
Le Cerf qu'il poursuivoit , accablé sous ses traits ,
Le
Le Sanglier cruel , caché dans nos Forêts ,
A ses pieds abatu , récompenser sa peine !
M. Ricand , de Marseille.
LLLLL
LETTRE de M. la Marquise de R ....
écrite de Lille.
I
L faut que je commence , Monsieur, par
vous ouvrir mon coeur. Vous êtes surpris,
sans doute , d'un pareil début de la part d'u
ne Personne que vous ne connoissez pas. Eh:
bien , vous m'allez connoître. Retirée à la
Campagne dans un Château de mon Perependant
neuf mois de l'année , ma plus douce
occupation est la lecture ; je la préfere à
tous les autres plaisirs . Ce n'est pas que je
sois insensible aux amusemens de mon Sexe:
& de mon âge ; car il y auroit un peu trop
de caprice à fuir le monde à quinze ans , avec
un visage, qui, dit- on, ne fait pas peur ; mon
Miroir me dit quelquefois de laisser les Morts
pour les vivans , & je ne sçais quel désir me
le dit aussi ; mais les Morts sont si agreables,
aussi ,
qu'on ne peut les quitter ; ils sçavent si bien
nous avertir des dangers que l'on court avec:
les vivans . Hélas !il n'y a qu'inconstance dans
la vie.L'autre jour en lisant F.Strada je tombai
sur le sort funeste d'un de mes Ancêtres
qu'un
qu'un Prince cruel condamna au dernier su
plice , malgré les actions héroïques de ce .
vaillant Guerrier. Ce souvenir me fit verser
des larmes. J'ai aussi éprouvé par moi- même
les traverses de la vie; j'avois un Frere &
un Amant ; mon Frere étoit si aimable ... il
avoit une si grande amitié pour moi...oh ! je
lui rendois bien la pareille ; je l'aimois ...
presque autant que mon Amant. Enfin , M.
ils tomberent malades l'un & l'autre & moururent
presque en même-temps , par la faute
d'un faux Esculape. C'est ce qui a occasionné
la petite Piéce que je vous envoye contre
les Médecins . Foible vengeance , hélas ! cette
double perte n'a pas peu contribué à me fai
re aimer la solitude , quoiqu'il me reste encore
un petit Frere & un Amant , qu'on dit
qui vaut mieux que le Défunt.
Vous serez peut- être étonné qu'une pes
sonne de mon Sexe ait l'intelligence des Auteurs
Latins. J'ai apris à les expliquer , tane
dis que le Précepteur de mon Frere lui don
noit des leçons , & j'y ai si bien réussi , avec
le secours d'une heureuse mémoire, que j'en
tends presque Horace & Virgile, comme vos
Mercures. Je trouve des charmes dans ces
deux Poëtes , que je ne rencontre point dans
les Modernes . Je lis , sur tout , avec une sa
tisfaction infinie les Bucoliques de Virgile..
L'Eté dernier , comme il faisoit un beau
jour
ло Li 1759*
jour , mon Frere eut promesse de son Précepteur
, qu'il auroit la liberté d'aller à la
Chasse, s'il venoit à bout de bien traduire la
III. Ode du premier Livre d'Horace. Mon
Frere , qui s'adressoit ordinairement à moi
lorsqu'on lui donnoit quelque composition
difficile , me pria de l'aider , & vous verrez.
comment je me suis tiré d'affaire , en me livrant
à une brusque saillic qui me vint tout
à coup à l'esprit, au sujet d'une Piéce en Vers
que je vais faire imprimer , & qui est faite il
y a un an. Le Précepteur fut content de la
Version : mais vous serez peut-être plus difficile
que lui. Il permit donc à mon Frere
d'aller chasser avec quelques jeunes gens de
notre voisinage ; je suivis la Chasse avec une
de mes Amies, & nous étions enfoncées dans
un bois fort épais , lorsqu'une personne de
la Troupe nous aporta un nid de petits Oi
seaux. Peu de temps après nous vimes la
Mere qui s'abandonnoit aux plaintes les plus
touchantes , lorsqu'elle s'aperçût de son malheur.
Je me souvins alors de ces beaux Vers
de Virgile , Qualis populeâ , &c. que mon
Frere avoit expliqués la veille , & tandis que
cette pauvre Mere se désoloit , voici com
ment je rendis le Passage de Virgile . Adieu,
Monsieur , vous aurez quelquefois de mes
nouvelles , si j'aprends par vos Journaux que
ma Lettre vous aura fait plaisir , &c.
FRAG
HHHHHHHHHHHHHHXXXXXXE
FRAGMENT dés Géorgiques de Virgile,
l
Livre IV.
Ualis Populeâ marens Philomela sub umbra ,
Amissos queritur foetus , quos durus arator
Observans nido implumes detraxit : at illa
> "
2
Flet noctem , ramo que sedens miserabile carmeny
Inchoat , mastis latè loca questibus implet.
TRADUCTION.
TElle à l'ombre d'un Hêtre, aux Echos des Forêts,
La triste Philomele exprime ses regrets ,
Lorsque d'un Laboureur l'active vigilance
Lui ravit ses petits , sa plus douce espérance
De ses accens plaintifs , & la nut & le jour ,
Elle fait retentir tous les Lieux d'alentour.
Par M. la Marquise de R ....
PARODIE de la HI. Ode du I. Livre..
d'HORACE, Sic te, Diva potens Cypri, &c.
Qu
A mes Vers.
Ue le Dieu qui préside à la double Montagne ,
Enfans de mon loisir , toujours vous accompagne !
Que les Graces , les Jeux , les Ris suivent vos pas !
PuissentPuissent-
ils concourir sans cesse à votre gloire !
Et que des Filles de Memoire
Le Lecteur trouve en vous les dons & les apas !
Vous , dont l'illustre nom vient orner mon Ou•
vrge ,
Daignez favoriser ce fruit de mon jeune âge.
Oui , j'ose l'avancer , celui qui le premier ,
Guidé d'un fol espoir , osa mettre en lumiere
Le foible amusement de sa veine grossiere ,
Avoit le coeur , sans doute , ou de bronze ou d'acier,
S'ouvrit-il , l'imprudent la route du Parnasse ,
Sans redouter les traits des Boileaux de son
temps
Quels funestes périls ! quels écueils évidens ,
N'alla- t'il pas chocquer par sa fatale audace !.
Fut-il voir d'un oeil sec des Censeurs ignorans,
La Troupe toujours prête à mordre ,
Ces Critiques du dernier ordre ,
Contre le vrai mérite en tous lieux aboyans
C'est en vain que le Ciel au foible esprit de l'homma
Avoit long-temps caché l'Art de l'Impression ;
Un Mortel témeraire ( on ignore son nom ,
Mérite-t'il après tout qu'on le nomme › 】
Or ce Mortel guidé par la présomption ,
Ou bien plutôt par le Démon ,
Qui tenta jadis Eve au moyen de la
Un jour trouva l'invention ;
pomme ,
Soudain
Soudain , depuis ce temps paroît Tome sur Tome
Ornés de cent Titres divers
>
On vit soupirer sous la presse
Livres d'une nouvelle espece ,
Ecrits en Prose , Ecrits en Vers
Livres d'amour & de tendresse.
On vit paroître tous les ans
Des Contes , de fades Romans 、
Et mille insipides sornettes ,
Sous les noms * specieux de Journaux , de Gas
zéttes
Vil jouet de l'erreur & de la vanité ,
Par de futiles bagatelles ,
Un Poëte prétend à l'immortalité ,
Et , pour monter au Ciel , il se forge des ailes
La folle Nation que celle des Auteurs !0
Ils briguent une place au Temple de Mémoire ,
Et pensent s'élever au sommet de la gloire ,
Tandis que leurs Ecrits sont sifflés des Lecteurs .
** Il eſt misé de voir ( c'est l'Auteur qui parle ) que
sette Piéce n'est qu'un badinage. On n'a dessein de
choquer personne, ni d'attaquer les Journaux , dont
l'utilité eft reconnuë de tout le monde. L'Auteur n'a-:
pas assés peu de goût,pour blâmer sérieusement l'invention
de l'Imprimerie . C'est aux Livres qu'il doit presque
tout l'agrément dont il joüit dans la vie , & il
s'en faut bien qu'il ne soit du sentiment de ce bon
Bourgeois de Moliere , qui dit;
Yes
AO UST. 1747 1739 .
Yos Livres éternels ne me contentent pas ,
Et , hors un gros Plutarque à mettre mes rabats .
Vous devriez bruler tout ce meuble inutile ,
Et laisser la science aux Docteurs de la Ville.
QUESTION IMPORTANTE,
Jugée en la Cour des Aydes de Paris ,
au mois de Mars 1739.
Si les Biens de la Femme mariée , en Pays de
Drait Ecrit , sont réputés dotaux
ou paraphernaux.
.FAULT.
A Dame Claire Arad de Montmelas.
épousa le Sr Danicourt, qui étoit domicilié
dans le Beaujolois , Pays de Droit Ecrit :
ils ne firent point de Contrat de mariage, parce
que le Mari n'avoit point de biens ; ceux de
la Femme consistoient dans ses droits paternels
& maternels , liquidés à 12000. liv. par
une Transaction passée entre son frere &
elle .
Le 22. Septembre 1732. elle toucha une
somme de sooo . liv. à compte de ses droits
héreditaires : le même jour, elle fit l'acquisition
748 MERCURE DE FRANCE
tion d'un Domaine , situé dans la Paroisse de
Montmelas , en Beaujolois, moyennant 6560.
div. dont elle paya comptant 4060. liv. des
deniers qu'elle venoit de recevoir de son frere
, & le surplus payable dans un an ; elle
stipula dans le Contrat , qu'elle se réservoit
expressément , comme pour biens parapher
naux , la proprieté & jouissance dudit Domaine
, de même que les meubles , y étant,
comme le tout,acquis de ses propres deniers,
suivant l'Acte passé ledit jour entre son frere
& elle , & ce toutefois du consentement
du Sr Danicourt , son mari.
En l'année 1735. le Sr Danicourt fut im .
posé à la Taille dans la Paroisse de Montme→
las ;
la Dame son épouse obtint une Sentence
par défaut en l'Election de Villefranche ,
contre les Consuls de Montmelas , qui leur
fit défenses de se pourvoir pour cette Taille
du mari,sur les fruits & meubles du Domaine
par elle acquis , qu'elle prétendoit être un
paraphernal , dont le mari n'avoit point la
jouissance ; la Sentence ordonna seulement
que la Dame Danicourt & son mari affirmeroient,
qu'il n'y avoit aucun Contrat de mariage
entre eux , sauf aux Consuls à se pour
voir sur les biens du mari.
Les Consuls & Habitans formerent oposition
à cette Sentence , & firent saisir pour
la Taille du Sr Danicourt trois pieces de vin,
pro17395
1749
provenant du Domaine acquis par la Dame
Danicourt , & trouvées dans ledit Domaine
où elle demeuroit avec son mari , & que les
Consuls soûtinrent être un bien Dotal.
La Dame Danicourt ayant demandé la nullité
de cette Saisie , il intervint Sentence
contradictoire , après un Déliberé , qui or
-donna l'execution de la premiere Sentence
fit main- levée de la Saisie des trois pieces de
-vin , & condamna les Consuls aux dépens.
Les Sr & Dame Danicourt affirmerent.
suivant la premiere Sentence , qu'il n'y avoit
eû aucun Contrat de mariage passé entre
eux.
Les Habitans de
Montmelas
interjetterent
apel des deux Sentences & de l'affirmation
.
La Cause fut plaidée
solemnellement pendant
plusieurs
Audiences en la premiere
Chambre de la Cour des Aydes.
M. Regnard , Avocat , qui plaidoit pour
les Apellans , disoit qu'il falloit dabord écarter
l'induction qu'on vouloit tirer de la réserve
en paraphernal , portée par le Contrat
d'acquisition ; que cette stipulation , faite en
fraude des
Créanciers du mari , ne pouvoit
pas changer la nature des biens de la femme,
qui étoient Dotaux.
Suivant l'ordre naturel & le droit comdisoit-
il , tous les biens qu'une femme
mun ,
aporec
$750 MERCURE DE FRANCE
aporte en mariage à son mari , sont toujours
censés donnés ad sustinenda onera matrimonii
, & dès-lors il ne faut point de Contrat
ni de stipulation expresse pour les rendre
Dotaux , ils le sont toujours de droit , à
moins qu'ils ne soient expressément réservés
en paraphernal , ou que la Dot ne soit fixée à
une certaine somme ou quotité de biens ,
auquel cas , le surplus est tacitement réserve
en paraphernal , suivant la maxime : Inclusia
anius , est exclusio alterius.
Il n'est point de l'essence de la Dot, qu'ell
soit constituée expressément , elle peut aussi
l'être tacitement , suivant la Glose de la Loi
72. ff. de Jure Dotium , qui dit que quand 1 .
femme en se mariant , convenit in manur
viri , tout ce qui lui apartient est censé don
né au mari à titre de Dot. Les Loix 30. C
40. D.de Jure Dotium, décident que quane
la femme a fait divorce avec son mari , &
qu'ils reviennent ensemble , la Dot consti
tuée est rétablie tacitement. L'Aurentique
Sed quamvis. Cod. de rei uxoria actione , por
te , que le pere ne peut pas diminuer dans
un second mariage , la Dot qu'il avoit cons
tituée à sa fille dans le premier : la Loi 20
Cod. de Jure Doiium , supose que la Dot est
un accessoire du mariage. La Loi 20. C. de
Pactis, & le §. Per traditionem instit . de rerum
divisione , établissent que le mari s'étant mi
AOUST. 173.9 -1754
n possession des biens de la femme , cela
en fait présumer la tradition , & cette tradi
tion fait présumer la constitution de la
Dot.
que Guy Pape , Quest. 468. 499. estime
les biens sont dotaux , dès
que la tradition
en a été faite au mari , & qu'il en a joüi ,
quoiqu'il n'y en ait point de constitution expresse.
Ferrieres , sur la Question 499. de Guy Pape,'
tient que dans ce cas , le mari a le droit de
percevoir & gagner les fruits des biens de
la femine , à cause des charges du mariage.
1
Telle est aussi l'opinion de du Moulin
sur le Conseil 144.
d'Alexandre , Liv . 5. de
Bretonnier , en ses Questions
alphabetiques,
verbo
Paraphernaux , & de l'Auteur du Traité
des Gains nuptiaux, pages 35. 151. & 304.
De toutes ces Autorités , les Apellans con-
.cluoient que le Domaine en question étoit
un bien dotal.
Me Griffon , Avocat , qui
plaidoit pour
l'Intimée , disoit au contraire , qu'il n'y a de
biens dotaux , que ceux qui sont
constitués
nommément à ce titre , suivant la Loi 9. §.
2.ff.de Jure Dotium, que les biens
parapherfaux
sont tous ceux qui ne sont pas expressément
constitués en Dot , suivant les
Loix S. 8. Cod. de Pactis.
,
D L'e[
1792 MERCURE DE FRANCE
L'opinion la plus suivie , est que la femme
qui s'est mariée sans constitution de Dot ,'
n'est pas censée s'être constituée tous ses
biens , quand même elle en auroit laissé
joüir son mari : Dotalia censeri nequeunt nisi
sa que nominatim & expressè vel data vel promissa
fuerint , dit Alexandre , Conseil 144.
Liv. 5. Tel est le sentiment de Perefus, dans
ses Préleçons sur le Titre du Code de Jure
Dotium, n. 1o. du Président Faber, dans son
·Code; Liv. 5. tit. 9. defin. 3. de Mantica, de
tacitis & ambiguis conventionibus , Liv. 12.
tit. 13. n. 8. de Ranchin , dans ses Conclusions
, Part. 5. Conclus . ·・49. de
Despeisses ,
Part. 1. de la Dot ; Sect. 2. n . j .
de Menochius
, en son Traité de Prafumptionibus , Liv.
3. Presump . 6. n . 5.4. & seq. & d'une foule
.de Docteurs qu'il cita .
C'est aussi la Jurisprudence du Parlement
de Toulouse , suivant les Arrêts raportés par
M. de Cambolas , Liv . 2. chap . 18. Cette
opinion est fondée sur diverses Loix , qui décident
précisément que les biens de la femme
ne sont jamais présumés dotaux , sans
une constitution expresse de Dot.
En effet , suivant la Loi 23. ff. de reg.jur.
La constitution de Dot est un véritable Contrat
ainsi comme les Contrats sont de fait ,
elle doit être prouvée , & ne se peut pré-
>
sumer.
II
AOUST. 17390 1753
I peut y avoir un mariage légitime sans
Dot. L. 11. Cod. de repudiis. Novell. 22. de
his qui nuptias iterant. Ainsi la Dot n'étant
pas un accessoire nécessaire du mariage , il
n'y a point de Dot sans une constitution expresse
.
La Loi 9. §.2. ff. de Jure Dot. décide que la
Dot ne se constituë que par une convention
expresse. L'administration du mari , qui sans
stipulation de Dot , joüiroit des biens de fà
femme, n'emporteroit pas une constitution
tacite de Dot ; une pareille administration
n'ayant pour fondement que la tolerance de
la femme , ou l'étroite amitié qui unit les
conjoints , ou même , selon Gregorius Tolosanus
in Sintagmate juris , Lib. 9. cap. 17. 8.
8. la qualité de mari , qui le constitue Procureur
& Administrateur légitime des biens
de sa femme , lorsqu'il n'y a point de défense
expresse de sa part : desorte que nonobs-
´tant cette jouissance du mari , les biens de la
femme conservent toujours leur qualité naturelle
, qui est celle de biens paraphernaux ;
parce que la femme peut lui en interdire
l'administration, quand bon lui semble, aux
termes de la Loi 8. au Code de Pactis con
ventis.
Enfin, la Loi 9. §. 2. ff. de Jur. Dot. prouve
que les biens paraphernaux de la femme remis
au mari , ne deviennent point dotaux ;
Dij qu'après
1754 MERCURE DE FRANCE
qu'après la dissolution du mariage , la fem
me n'en peut pas demander la restitution
par l'action de Dot , ce qui démontre que
dans quelque temps que ce soit, les biens de
la femme ne peuvent pas être envisagés comme
biens dotaux , s'ils n'ont pas été stipulés
tels par le Contrat de mariage. Cette vérité,
ajoûtoit M. Griffon , se confirme de plus en
plus , si l'on remonte à l'origine de la constitution
des Dots.
Les anciens Romains contractoient leurs
mariages per coemptionem ; la femme & tous
ses biens passoient en la puissance du mari ;
ils se succedoient mutuellement comme
nous l'aprenons de M. Brisson , Lib . sing. de
rit. nupt. de Tiraqueau , ad 4. Leg..connubia
·lem , n. 5. 6. 7.& autres Auteurs.
,
Cette forme de mariage s'étant abolie par
un usage contraire , on prescrivit des Regles
pour les constitutions de Dot. Ulpien , en ses
Fragmens , tit. 6. de Dot. remarque qu'elles
se faisoient de trois manieres. Dos dit- il ,
aut datur , aut dicitur , aut promittitur.
Les Empereurs Theodose , & Valentinien
abrogerent la solemnité des paroles dans la
diction & dans la promesse de la Dot ; mais
toutes les Loix , tant de l'ancien Droit que
du nouveau , suposent toujours une constitution
expresse de Dot , & n'en admettent
point de tacite.
On
On répondoit aussi pour la Dame Danicourt
aux Loix oposées par les Apellans ; ce
qui formoit une discussion très - sçavante ,
mais dont le détail passeroit les bornes qu'-
on est obligé de se prescrire ; on s'est seulement
un peu plus étendu sur les Moyens de
la Dame Danicourt , que sur ceux des Apellans
, parce que la Queſtion a été jugée contre
la Dame Danicourt , & qu'on sera sans
doute bien aise de voir toutes les raisons
qu'elle allégu it , & nonobftant lesquelles
on a jugé que le Domaine en question étoit
un bien dotal.
Par Arrêt rendu en PAudience de la
premiere Chambre de la Cour des Aydes
le 13. Mars 1739. sur les Conclusions de
M. l'Avocat General Bellanger , la Cour
mit l'Apellation & ce dont étoit Apel , au
néant ; emandant , déclara les Saisies bonnes
& valables , & condamna la Dame Danicourt
aux dépens..
,
LE TRIOMPHE DE L'AMOUR.
sur la Raison.
SAg
CANTATE.
Age Raison , Fille des Cieux ,
Présent le plus cher que la bonté des Dieux
Düj
Ait
Ait fait à la Nature humaine ,
Reviens à mon efprit fais entendre ta voix
Mon coeur dégoûté de sa chaîne ,
Veur enfin rentrer sous tes Loix.
>
Heureux , qui dès l'enfance à tes leçons docile ;
Four conduire ses pas , à toi seule eut recours
Jamais un repentir ſterile
N'altera la paix de ses jours.
Ah ! tu m'entends , Raison , & mes yeux font o
verts .
Pourquoi m'entretenir d'une vaine esperance a
Avec quel froid l'ingrate , & quelle indifference
A toujours dédaigné le tribut de mes vers ?
Je n'ai que trop langui dans d'inutiles fers.
Par une prudente inconftance
Perdons le souvenir des maux que j'ai ſoufferts.
C'en est fait la raison m'apelle. :
Thémire , je ne t'aime plus ;
En vain ma mémoire fidelle
Retrace à mes yeux tes vertus .
C'en est fait : la Raison m'apelle ;
Thémire , je ne t'aime plus.
Je n'aime plus Thémire .. Ah ! je m'abuſe encore.
L'Amour , l'Amour fur moi toujours regne en Vainqueur.
ON
Oui , le vain fecours que j'implore ,
Ne fert qu'à redoubler mon zele & mon ardeur. ".
Dès qu'on eft engagé dans l'anroureux Empire ,
Pour briser nos liens la raison a beau dire ,
On n'entend que la voix du coeura
Des Courbes de Mont....
4

REPONSE à l'Auteur de la Traduction
de la III. Elegie du premier Livre des
Tristes d'Ovide , sur sa Lettre au sujet des
Traductions en Vers des anciens Poëtes ,
imprimée dans le Mercure de Juin 1739 .
P. 1330.
L
Es excellentes Traductions en Vers
Monsieur , de quelques Poëmes anciens
, que vous desirez , seroient du goût
géneral ; elles flateroient surtout ceux qui
souhaitent , que la Litterature Françoise
étende encore , s'il est possible , son Empire
& sa réputation , plus loin qu'ils ne le sont.
La Langue Françoise , déja si chérie , n'en
seroit que plus connue ; comme les richesses
de la Peinture & de la Sculpture , le sont
bien davantage , depuis que la Gravûre les a
multipliées & répandues , en quelque sorte ,
dans tout l'Univers. Si les Traductions que
D iiij
Vous
vous proposez , étoient faites , notre Langueoffriroit
, avec les agrémens & l'harmonie de
la Poësie , les productions les plus divines de
l'esprit humain .
que
le
L'espoir des Eloges qui sont dûs aux Esprits
laborieux & zélés , doit animer ceux
qui cultivent la Poësie , à faire des Traductions
en Vers. L'ouvrage est ingrat , il flate
peu l'amour propre ; c'est renoncer en quek
que façon à ses forces , que de l'entreprendre
; desorte qu'il y a lieu de craindre
desir de la gloire , ou plûtôt là vanité humaine
, ne nous en prive encore longtemps.
Un génie, tel qu'il le faut ...pour bien rendre
en Vers François Homere , Virgile. , Horace ,..
voudra-t-il s'affujettir & se refferer à ne penser
que d'après les autres ? Non , il voudra voler.
de ses propres aîles . Les Anglois cependantn'ont
point sur nous le foible avantage d'avoir
seuls de ces Traductions. Si celle d'Ho
mere par M. de la Motte , n'a pas eû le même
succès que celle de M. Lope , les efforts
des deux Poëtes ont été lesmêmes ; l'Anglois
n'a point tenté sur cela plus que le François,
peut - être trouverions- nous plus de Poëtes
traduits en Vers François , qu'en Vers Anglois.
Votre exemple , M. est si beau à imiter ;
plaisc aux Muscs qu'il le soit ! Capable ,
comme vous l'avez fait voir , de produire de
Notic
1. ° /57° 4/19
Votre propre fonds de beaux Ouvrages , vous
avez fçû assujettir
votre génie à l'esclavage
de la Traduction
; car quelque
libre qu'elle
soit , une Traduction
est toujours
une esclave.
Eh ! quelle est celle que vous avez faite ?
elle dispute de beauté avec l'Original
Je
vous avoûrai , qu'aussi - tôt que je l'eus vûë
dans les Observations
sur les Ecrits modernes
( Let. 223. ) je ne pus résister à l'envie
de la comparer
avec le Latin , non dans l'esprit
de Pedantisme
,. que vous redoutez
avec
raison , mais pour confronter
beauté avec
beauté , & pour distinguer
celles qui vous
apartiennent
, de celles qui sont à Ovide. Ce
Parallele me fit un grand plaisir.
Le Professeur en Rhétorique a fait imprimer
depuis , ses Remarques ( Mercure de
Janvier 1739. p. 61. ) J'aurois crû , si j'avois
été en commerce de Litterature avec les
Sçavans , que le Professeur avoit lû mes
Observations , tant quelques- unes des siennes
m'ont parû semblables à celles que je
faisois en même temps que lui. Cette rencontre
est singuliere. Puisque vous promettez
une nouvelle Edition de cette belle Elégie
, permettez que je vous communique ce
que j'y remarquai , il y a plus de six mois
au temps qu'elle parut. Si quelqu'une de
mes Remarques mérite votre attention , vous
en ferez l'usage qu'il vous plaira ; je ne les ai
Dv écrites
écrites , que dans la pensée où je suis , que
c'est rendre hommage aux belles choses , de
les considerer de près.
PREMIERE REMARQUE.
Les quatre premiers Vers de la Traduc
tion , sont d'un ton trop élevé pour une
Elégie , le Traducteur fait une apostrophe.
sublime à la Nuit.
" Toi qui vis mes beaux jours s'éclipser dans tes
ombres ,
Toi qui couvris mes pleurs de tes nuages sombres
, &c.
Ovide refléchit & parle en lui- même. :.
Cum subit illius triftiffime noctis imago ,
Qua mihi supremum tempus in urbe fuit.
Quandje vis mes beaux jours s'éclipser dans les
ombres.
IL.
Deux Amis seulement frapent alors ma vûë,
Tous les autres fuyoient un Ami condamné ;
Le sort d'un malheureux est d'être abandonné.....

7.
Qvide ne voit pas seulement ses deux.
Amis , il leur parle :
Alloquor
A UUS 1. 1739. 1761
Alloquor extremum mæstos abiturus Amicos ,
Qui modo de multis unus & altèr erant .
>
Je parle à deux Amis ; feuls il frapent ma vûë,& c.
III.
» Dans ce cruel moment je sens couler mes larmes ,
» Une épouse éplorée augmente mes allarmes.
Toute la tendresse des expressions Latines
n'est point passée dans le François.
Uxor amansflentem , flens acrius ipsa renebat
Imbre per indignas usque cadente genas.
Où sont ces mots : Uxor amans ; imbre
per indignas genas ? Ovide n'auroit- il point
dit en François ?:
Ma chere & tendre épouse augmente mes allarmes,
Et ses yeux innocens sont éteints dans les larmes.
IV.
De ce spectacle affreux , elle évita l'horreur.
Nec poteras fati certior effe mei.
Ovide parle de sa Fille , qui étoit en Lybie,
forsqu'il partit pour l'exil. Le ton du Traducteur
est trop enflé ,l'horreur de ce specta-
D vj
cle
cle affreux , est bien fort dans une plainte..
La Fille d'Ovide n'évita point ce spectacle ,
son absence lui en sauva l'image affligeante.
De mon fatal destin elle ignoroit l'horreur.
V.
Tel fut le désespoir des Habitans de Troye...
Hacfacies Troja , quum caperetur, erat;
Pour rendre deux Vers Latins , le Traduc
teur a été obligé d'en faire quatre : ils sont
beaux ; mais ils étouffent la voix plaintive
d'Ovide , qui dépeint la tristesse , la consternation
, & non le désespoir.
Tels ont été les pleurs de la Ville de Troye .
V. L..
Formidables voisins de mes humbles foyers..
Capitolia cernens
Que nostre , frustra , juncta fuere Lari:
La pensée & l'antithese , qui sont dans le
Vers François , sont heureuses & frapantes.
Cependant Ovide dit , que les Divinités.
adorées au Capitole voisin de sa maison ,
étoient sourdes à ses gémissemens , il ne
dit point qu'elles fussent formidables à ses
bumbles foyers. Le Vers seroit moins brillant,
misplus juste de cette façon.
2
Inutiles.
Inutiles voisins de mes tristes foyers.
VII.
Toi Fleuve, dont Ovide illustra les Rivages.
Ce Vers apartient tout entier au Traduc
teur. L'éloge qu'il renferme me semble dé
placé dans la bouche d'Ovide , au moment
que la douleur l'accable ; l'orgueil poëtique.
figure mal avec la modestic que le Traducteur
vient de lui prêter en le faisant parler de
ses humbles foyers..
Les Dieux; le sort me jette en des climats sauvages..
VIII.
J'offrirois à Cesar des regrets impuiffants..
Coelestique viro
Dicite
Ovide , dans toute l'Elegie , parle d'Au
guste comme d'un Dieu ; le Traducteur au
roit pû conserver cette flaterie , sur tout en.
cet endroit où il le traite d'Homme céleste ...
J'offre à l'Homme divin des regrets impuissants .
1.X.
Vous le sçavez,grands Dieux, si j'ai crú-le trahir !
• ...
Ut quod sentitis pana quoque sentiat auter。
Le Vers François dit moins que le Latin.
Ovide
1764 MERCURE DE FRANCE
Ovide est persuadé que les Dieux pénetrent
le fond des coeurs ; il les prie de découvrir
le sien à l'Auteur de sa peine ; quelle gran
de idée de la Divinité !
Dieux, qu'il sçache de vous si j'ai crû le trahir.
X*
» Qu'il me punisse hélas ! du moins sans me hair..
Attamen hanc odiis exonerate fugam.
Le Vers ne seroit- il point mieux ainsi ?
Qu'il me bannisse hélas ! sans vouloir me hair .
Ce Vers tient en cet endroit la place d'un
autre qui me paroît plus beau..
Placato possum non miser esse Deo.
Trop heureux , si ce Dieu peut se laisser fléchir !!
Auguste est toujours un Dieu pour Ovid?;
L'Empereur aimoit , sans doute , cet encens ,
puisque le Poëte le brûle devant lui avec.
tant de profusion .
X I.
De nos Lares sacrés embrassant les Autels ,
Elle implore à la fois les Dieux & les Mortels..
Contigit extructos ore tremente focos.
L'Oe
L'Ore tremente du Latin , n'est point exprimé
, le Traducteur auroit pû dire également
:
D'une bouche tremblante embrassant nos Autels ,
Elle implore à la fois , les Lares , les Mortels.
Ces Vers peignent la pieté & la confiance,
que la femme d'Ovide avoit à leurs Dieuxx
Lares..
XII.
Rome, il faut pour jamais renoncer à tes charmes,
C'est le dernier moment qu'on accorde à mes
larmes .
Quidfacerem ! blando Patria retinebar-amore ,
Ultima sed jussa noxerat illa fuge.
Les deux Vers François , qui sont très
beaux , ne rendent point tout le sens d'O
vide : il combat entre l'amour de la Patrie
qui l'arrête, & l'ordre qu'il a reçû de partir à
la fin de la nuit. Cette nuit n'est donc point :
un moment accordé à ses larmes , elle en est le
commencement & la source ce tendre
amour de la Patrie , blandus amor Patrie ,
n'est point assés marqué dans le François ..

Chere Patrie , hélas ! trop sensible à tes charmes ,.
Cette nuit je les perds ! mes yeux versez des larmes ,
XIII
XIII.
J'entends le Citoyen , l'Etranger empressé ;
» Où courez-vous, disois-je , & quel soin vous agite?
» Arrêtez , Rome seule est digne qu'on l'habits .
Ab quoties , aliquo dixi properante , quid urges ?
Vel quo festinas ire , vel unde , vide.
.
Le Traducteur met Ovide dans les ruës
de Rome il parle à ceux qui sortent de la
Ville ; dans le Latin , il est dans l'interieur de
sa maison ; il parle à quelqu'un , à un Exempt,
si l'on veut , qui le pressoit d'obéïr aux ordres
d'Auguste. Le Traducteur vient d'exposer
de fortes raisons , qui l'ont déterminé à
prendre les Vers Latins dans le sens qu'il leur
a donné. Cependant je crois que la Traduction
seroit plus naturelle & plus exacte en
disant
Ah ! plusieurs fois j'ai dit à cet homme empressé ,
Pourquoi partir sitôt quel transport vous agite
Quels lieux vais - je habiter ? c'est Rome que je quita.
X.I.V.
De mon coeur éperdu chere & tendre moitiés
·
Uxor in eternum vivo mihi viva-negatur.:-
Quelque tendre que soit le Vers François. ,
11
il n'exprime point la situation telle qu'elle est
dans le Latin. C'est donner la mort à Ovide
de l'arracher vivant à sa chere Epouse.
On m'arrache vivant à ma chere moitié !.
Ovide conserve pour sa femme toute la
tendresse d'un Amant ; il ne rougit point de
la faire paroître. Leçon utile contre le préjugé
du siécle ; leçon d'autant plus frapante ,.
qu'elle est donnée par le plus tendre & L
plus galant de tous les hommes..
X V.
C'en est fait , je jouis de sa derniere grace.
In lucro eft , qua datur hora mihi.
Le Vers Latin renferme une reflexion mo
rale,qu'on ne retrouve point dans le François.
Ovide dit à sa Famille , à.ses Amis , je veux
passer en vous embrassant cette derniera
heure , elle m'est d'un grand prix..
C'est gagner de fixer ainsi l'heure qui passe.
XV.L.
Non cruel , non , ta perte entraînera la mienne
• •
Non potes avelli , simul hinc , simul ibimus, inquit
L'esprit tragique a saisi le Traducteur ; cet
esprit regne trop dans toute la Traduction ;
Ca
ce n'est pas Didon , dont la Tragédie a cû
de justes éloges , qui parle dans cette Elegie,
c'est Ovide , qui , le coeur brisé de douleur ,
verse des larmes sur ses malheurs;; il ne mérite
point que sa femme le traite de cruel ;.
elle lui dit d'un ton plus tendre , on ne peut
cher Epoux , te séparer de moi , nous resterons
tous deux, ou nous irons ensemble dans les lieux
où César t'éxile...
Cui , cher Epoux , ta perte entraînera la mienne.
XVII.
Compagne de tes pas , comme de tes malheurs.
Accedam profuge sarcina parva rati.
>
Les mots Latins , sarcina parva rati , ne
sont point exprimés en François , ils ont cependant
une délicatesse , une simplicité si
naturelle , qu'elle ne devoit pas échaper. La
femme d'Ovide veut partir avec lui ; pourquoi
s'y oposer ? dit- elle , je peserai si peu
sur le Vaisseau qui t'emmenera....
Foible poids au Vaisseau , je suivrai tes malheurs.
XVIII.
Ses cheveux arrachés tombent sur son visage .
Fedatis pulvere turpi
Crinibus
Le
Le Vers n'auroit-il
pas été plus conforme
à l'Original & moins dramatique , si le Traducteur
avoit dit ?
Ses cheveux négligés tombent sur son visage .
20
XIX.
Déja sur le tillac les flots nous environnent.
·
Pictos verberat unda Deos.
·
Le Tillac est le dessus ou le plus haut pont
d'un Vaisseau , au lieu que les images des
Dieux étoient peintes à la Poupe. On ne peut
point prendre l'un pour l'autre . Si les flots
eussent environné le Tillac , le Vaisseau auroit
été submergé . D'un autre côté le Traducteur
a eû ses raisons pour ne point parle
de ces Images , qui étoient peintes sur les
Vaisseaux . Če détail est froid dans la description
d'une Tempête. Celle du Traducteur
l'emporte de beaucoup sur la Latine ,
elle est plus animée , plus vive , plus remplie
d'émotion & de tumulte. Quel feu , quelle
grandeur, quel fracas dans ses Vers ! ceux- ci
sont des plus beaux que l'on puisse lire .
» Du Ciel rempli d'éclairs les voutes allumées
»Semblent fondre en éclats dans les Mers enflâmées.
Un Vers de toute cette tempête m'a laissé
encore à desirer quelque chose , le voici .
» Venis
Vents ne combattez plus le Dieu qui me puniri
Et me cum magno pareat unda Dio.
·
Ovide souhaite que l'Onde courroucée
obéisse , comme il le fait , au Dieu qui le
punit ; il craint qu'elle ne le raproche de Ro
me , où il ne doit plus aborder , puisqu'Au--
guste l'ordonne .
Mers , comme moi , cedez au Dieu qui me punit.
Voila , M. qu'elles ont été mes Remar
ques sur votre belle Traduction ; vous serez
bien fondé à en regarder quelques- unes comme
de vains scrupules , mais le goût , dono
malgré ma censure , je prendrois des leçons
de vous s'effarouche souvent de peu
chose. J'ai l'honneur d'être , &c.
>
A Paris ce 8. Août 1739-
do
****************
J
EPITRE
De M. Picquet à M .....
Ai l'honneur , Monsieur , de vous envoyer
une petite Piéce dont vous ferez :
P'usage qu'il vous plaira ; mais pour en avoir
Lintelligence , il est bon que vous sçachiez
AO UST. 1739 1779
quel sujet elle a été composée. Un de mes
Amis , d'une humeur agréable & enjoüée ,
m'envoya le 25. de ce mois ,jour de S. Chris-
* tophe , mon Patron , une petite Epitre fort
jolie , où entre autres choses , après s'être
excusé de n'avoir rien que des Vers à me
donner , & des souhaits à me faire, il finit
par ceux - ci.
Ami très- cher , je te souhaite
Autant d'écus dans ta cassete
› Que ton - Patron en peut porter.
Le souhait m'a parû tout- à- fait singulier
j'ai crû devoir lui faire réponse à peu près
sur le même ton; je l'ai fait, & voici la Piece
‹ Gent Cavalier au plat gousset ,
Permettez que je remercie
Votre très - mince Seigneurie
De son joli petit Bouquet ,
Er du joli petit Billet ,
Od votre Muse mal nourrie ,
En s'égayant sur mon sujet ,
Me fait , en phrases poëtiques,
Mille souhaits hyperboliques ,
Et qui n'auront jamais d'effet ;
Quoiqu'il en soit , Ami B ... 2
J'aime cette Muse ingenuë ,
Quoiqu'affamée & demi - nuë ,
J'aime .
1772 MERCURE DE FRANCE
J'aime son élegant caquet.
Je suis sûr qu'au bord du Méandre ,
Jamais Cigne près de mourir ,
Ne chanta sur un son plus tendre
Et plus capable de ravir.
Mais , entre nous , est- il croyable ,
Tandis qu'elle enchante un chacun
Par mainte Chanson délectable ,
Qu'au soir son Maître soit à jeun ?
Cependant le pis de l'affaire ,
C'est que cela n'est que trop vrai ,
Beau Sire , & vous faites l'essai
De la plus chienne de misere
Qui puisse tourmenter les gens.
Pour moi qui suis aussi Confrere
Des pauvrets & des indigens ,
Je vous plains à tous les inftants ,
Et c'est tout ce que je pais faire
Dans ce malheureux temps présent.
Si mon gros Patron , cependant ,
Veu m'aporter , comme vous dites ,
Autant d'Ecus & de Ducats ,
Qu'il en tiendroit entre ses bras ,
Ou sur ses épaules bénites ,
Vous ne vous plaindrez plus du sort ,
Ou , ma foi , vous auriez grand tors
Car si de grands biens je désire ,
C'est
FAOUST. DI739.
1773
C'est bien moins pour moi que pour vous ;
Et j'aurois un plaisir bien doux ,
Si je pouvois un jour , Beau Sire ,
Partager mes biens entre nous .
Fait au galetas poëtique ,
Ou parmi les Rats , les Souris ,
Qui souvent forment ma Musique ,
Mon Apollon en bonnet gris ,
Assis sur un grabat antique ,
Me dictoit de fatras gotique ,
Et les Vers que je vous écris .
Paraphé de notre main blanche ,
Un demi jour avant Dimanche ,
Vers l'heure , où libres de soucis
Guillot & sa femme Perrete
S'aprêtent à quitter Paris
>
Pour aller peupler la Guingette.
శ్రీ శ్రీ
のの
LETTRE de M. *** à l'Auteur des
Observations sur les Ecrits Modernes.
Fenille 257.
St- il si étonnant , Monsieur , qu'après
E avoir lû dans une Feuille du Pour
Contre , que la Langue Grecque étoit en usage
dans les Gaules , une Dame soit curieuse
de sçavoir si le fait est vrai , & que je lui en
dise
1774 MERCURE DE FRANCE
dise mon sentiment ? Je m'en raporte au Public
, qui selon vous , doit deviner quelle
peut être la Dame à qui l'on peut tenir
raisonnablement de semblables propos sur
» la Langue Grecque . Volontiers , que le
Public juge sur cet article , & sur le reste de
vos Observations.
Vous dites 1. que je cite l'autorité de
quelques anciens Auteurs , qui ont dit que
les Galates ou Gallo- Grecs , parloient la même
Langue qu'on parloit à Trêves ; & que
de-là je conclus qu'on parloit Grec à Trêves,
& par conséquent dans les Gaules. Est- ce de
cette preuve seulement que j'infere qu'on
parloit Grec à Trêves & dans les Gaules ?
N'est- ce pas , de plus , sur letémoignage de
Cesar, de Strabon, de Josephe, que je cite , & *
avec eux Leon Trépuce , qui dit que le Grec
étoit si commun dans les Gaules, que les Enfans
le parloient ?
2º. Ce n'est point d'après le Livre des Equi
voques , attribué communément à Xénophon,
que je dis que les Gaulois avoient porté à la
perfection les Elemens de la Langue Grecque,
mais d'après Archiloque , qui raporte qu'Homere
, le Grammairien , qui corrigea cette
Langue & son Alphabet , en forma les Ca-
* Dans un Ouvrage intitulé , Paradoxe sur is
Langue Grecque , imprimé à Paris , chés Robustel ,
-rue S. Jacques.
racteres
A O UST. 1739 : 1775
"racteres tels qu'ils sont à présent , tout semblables
à çeux des Gaulois ; & comme ceuxci
avoient leur Alphabet, avant que Cadmus
vint en Grece, n'en résulte - t'il pas non - seulement
qu'ils n'avoient point emprunté des
Grecs les Elemens de leur Langue , mais encore
qu'avant eux ils les avoient perfectionnés
? Après cela, si vous joignez cette autorité
aux autres que je viens d'alleguer , & que
vous ne l'en sépariez pas , ainsi qu'il semble.
que vous affectiez de le faire , sera- ce si mal
raisonner que de présumer alors de toutes
ces preuves réunies, que les Gaulois n'avoient
pas plus reçû des Grecs la Langue en question
, que ses Elemens' ?
» 3°. Les Grecs avoient emprunté leur sçavoir
des Etrangers. C'est un fait qui n'est
» pas douteux . La Philosophie n'étoit point
née chés eux , ce qui est prouvé par Aristote
, &c. j'en conviens. Or du temps de
César la Philosophie regnoit depuis longtemps
chés les Gaulois . Il y a plus que cela
; je dis que suivant Aristote , Diogenes,
Laërce , &c. les Sciences avoient pris naissance
dans les Gaules ; de plus , qu'elles y
avoient toujours été cultivées. " Donc c'est
» des Gaulois que ces 'Grecs tirerent leur
Philosophie. Donc ils avoient aussi tiré
» d'eux leur Langue. Si vous rejettez la pre
miere de ces deux conséquences , vous avez
93
E
776 MERCURE DE FRANCE
à combattre contre Aristote. Si vous ne rés
pudiez que la seconde , il ne vous reste à la
vérité qu'un foible Adversaire , mais qui n'en
est pas moins disposé à défendre la cause des
Gaulois , nos Ancêtres. Je commencerai
рат
-vous demander si vous convenez 1º. que les
Gaulois n'ayent point emprunté des Grecs
leur Alphabet. 2°. Qu'ils ayent parlé Grec, &
qu'il y ayent écrit , ce sont deux faits fondés
sur des autorités , qui , selon toute aparence,
emporteront votre consentement ; alors il
faudra de nécessité que vous accordiez , ou
que les Grecs ont reçû des Gaulois la Langue
dont il s'agit , ou que c'est d'eux que les.
Gaulois l'ont reçûë. Vous soutiendrez , sans
doute , la derniere proposition de ce Dilême;
mais quelle raison aporterez - vous qui détruise
le sentiment oposé au vôtre ? Pourrezvous
démontrer que , quoique les Gaulois
n'ayent point reçû des Grecs leur Alphabet ,
il n'en est pas de même de leur Langue ; &
que de soutenir le contraire , c'est une opinion
aussi dépourvûë de vrai - semblance que
le voyage des Oyseaux de passage dans la
Lune ?
4. Voici bien des Articles ; ne sembleroitil
pas qu'il s'agit de l'Anatomie d'un Ouvrage
in-folio. De quoi est -il question ? Je demande
, dites- vous , " en quelle Langue les Gau-
Jois auroient pû écrire avec ces Caracteres
» qu'ils
AOUST. 1739. 1777
}
qu'ils avoient; mais vous n'observez pas que
je ne fais cette demande qu'à l'occasion des
quatre Langues qui se disputent le titre de Mere
Langue des Gaulois , qui sont l'Allemand ,
le Belgique , le Bas -Breton & le Grec. Et il pa
roît que vous ignoriez qu'il n'y avoit origi
nairement qu'une Langue dans les Gaules , vu
votre Réponse ; que c'étoit en Belgique ou en
Celtique que les Gaulois écrivoient. Qu'entendez
- vous par Celtique ? le terme est équi
voque ; tantôt il est relatif à toute la Nation
"Gauloise ; tantôt il n'a de raport qu'aux Gaulois
qui habitoient entre la Garonne , la Seine
& la Marne . Si vous le prenez dans co
dernier sens , il s'agit de sçavoir si la Langue
Celtique , ainsi entenduë , est cette Langue
originale de la Nation Gauloise , ou bien la
Belgique. Laquelle des deux ? Et si elles ne
de sont ni l'une ni l'autre , c'est donc la Grecque
; il faut réfuter le principe ou admettre
la conséquence. Voilà ce que je dis , & non
pas ce que vous me faites dire ; que c'est un
fait décidé que la Langue Grecque est cette
Langue des Gaulois que l'on cherche. Je tâche
uniquement à prouver qu'elle l'est , en
observant que l'Histoire ne fait point menzion
qu'on ait jamais vû chés les Gaulois de
Monumens écrits en Celtique , dans le sens
qu'il paroît que vous le prenez , ou en Belgique
; mais bien en Grec. De -là vous pré-
E ij
tendez
778 MERCURE DE FRANCE
tendez que je me contredis , en ce que je conviens
que la liberté d'écrire étoit fort limitée
dans les Gaules , & restrainte aux affaires purement
civiles & de Commerce , sans qu'on
y osât rien écrire ni -sur l'Histoire , ni sur la
Théologie , nisur quelque Science que ce
soit. Il ne nous doit donc rester aucun
» Monument de la Langue des Gaulois ,
» concluez - vous . La conséquence est - elle
juste ? Les Regîtres que César trouva dans le
Camp des Suisses , n'auroient- ils pû nous
rester : Et en quelle Langue étoient - ils écrits?
En Grec , dit César. Prouvez qu'on écrivoit
aussi dans les Gaules , même du temps de
-cet Empereur Romain , en Celtique ou en
Belgique . Est- ce là se contredire ?
5 °. Quelles Observations faites - vous encore
ici ? Vous voulez que ce soit assûrer
qu'Homere étoit Gaulois , lorsque je dis qu'il
n'est pas bien sûr qu'il fût Grec , pendant que
ce n'est qu'un doute que j'établis sur l'incertitude
où les Grecs nous ont laissés touchant
sa Patrie , n'étant pas vrai - semblable que , si
ce Poëte eût été réellement de Grèce , ils
eussent négligé de vérifier & de constater un
Fait de cette importance .De ce doute je présume
, à la vérité , qu'il pouvoit être Gaulois,
parce qu'il y a quelques anciens Auteurs qui le
disent d'Asie ; & que d'ailleurs il est constant
qu'en Asie il y avoit des Gaulois établis , & -
en
on grand nombre , & dès les premiers siecles
ainsi que le remarque Solin . Faites donc
voir qu'il n'étoit point d'Asie , autrement je
serai toujours en droit d'avancer qu'il pouvoit
être Gallo - Grec. Et l'Argument tiré de ses
Ouvrages , n'est point un si foible apui de
mon idée ; votre ironie n'y gâte rien , puisqu'il
est prouvé que la belle Litterature étoit
encore ignorée en Grece long temps après le
Siege de Troye , & que si Pon en croit Porphyre
, elle n'y pouvoit être au plus que
dans son enfance , plus de 400. ans depuis
cette époque. Nai- je donc pas raison de
soûtenir qu'Homere n'auroit pû aprendre
en Grece à composer son Iliade & son
Odissée ?
*
Je vois d'un autre côté , qu'en Europe les
Sciences prirent naissance dans les Gaules ;
qu'elles ne cesserent d'y être cultivées ; qu'on
y écrivoit en Grec , qu'on le parloit , & que
des Colonies Gauloises étoient passées en
Asie avant le temps d'Homere , qui ne pa--
rut qu'environ 300. ans après le Siege de
Troye. Cela posé , qui n'en tirera pas avec
moi cette induction , qu'il est au moins plus
vrai-semblable que ce Poëte ait apris en Asie.
chés les Gaulois , à parler sa Langue , qu'en
Grece avec ceux de ce Pays ? Voilà quel est
* Porphir. Testimonio amplius mille annis post
Moysen, Polydor. Virgile de rer. invent. L. 1. C. 16.
E iij
mon
mon Argument. Est- il si méprisable ? Ce que
Fon pourroit oposer de plus spécieux , seroit
de dire , que le Grec für introduit dans les :
Gaules par les Phocéens, qui s'y sont établis;,
mais pour donner quelque force à cette objection
, il faudroit prouver que ces Phocéens
étoient des Grecs , & non pas des Gaulois
d'Asie , de retour dans les Gaules , leur :
ancienne Patric
J 6°. Quant au Bas- Breton , c'est à vous à
faire voir Fimpossibilité que ce soit un Dialecte
du Grec ; pour moi je me contenterais
de vous repeter que c'est un Fait certain que
la Langue & l'écriture Grecque étoient en
usage dans les Gaules , & en si grand usage ,
que les Actes les plus ordinaires n'étoient
Ecrits qu'en cette Langue. Suis- je donc si
mal fondé à présumer, qu'elle leur étoit aussi :
propre que leur Alphabet , tant qu'on n'opo
sera rien qui démontre le contraire ? Est- ce
Popinion commune qui doit m'arrêter, après .
toutes les raisons qui militent contre elle ?
En voici , encore une qui lui porte un grand
coup ; vous n'ignorez pas que les Gaulois
étoient répandus par toute l'Europe ; qu'ils y
avoient par tout des Colonies , entre autres
en Germanie , en Espagne , en Italie ; & que
plusieurs bons Auteurs anciens comme
Strabon , Diodore de Sicile , Tacite , S. Jérôme
, remarquent que dans tous ces divers
,
Etats
.
Etats on trouvoit des vestiges de la Langue
Grecque , tels que des Inscriptions , des
noms de Villes , de Fleuves , de Montagnes,
& notamment chés les Celtibériens , qui
avoient des Mémoires écrits en Vers Grecs ,
où étoient raportés les Exploits de leurs Ancêtres
depuis 2000. ans . Voyez Strabon &
Diodore de Sicile . A Pégard de l'Italie , vous
ne disconviendrez pas , que le Latin ne soit
dérivé du Grec; or , qui avoit ainsi répandu
par toute l'Europe l'usage de cette Langue ?
Les Grecs , ou les Celtes ? De plus étoit ce
ceux - ci ou les premiers qui pouvoient le plus
contribuer à la rendre féconde ? Car il n'est
pas douteux que la richesse des Langues ne
vienne de l'étendue des Empires , d'autant
plus que , suivant la
suivant la remarque
du sçavant
M. Huet , chaque Peuple ayant ses Coûtu
mes , ses Modes & ses inclinations particulieres
; & chaque Pays ses biens propres &
naturels , il a fallu des termes particuliers
pour les exprimer , & que ces termes ont
passé dans la Langue générale. Ainsi la Langue
Grecque ayant été en usage chés les Gau .
lois , ce qui est indubitable ne s'ensuit- il
pas que c'étoit eux qui l'avoient introduite
dans les diverses parties de l'Europe , où ils
avoient fait passer des Colonies ? Trouverez-
vous après cela qu'il n'y ait point d'aparence
que ce soit là cette Langue Celtique ;
E iiij
>
qui.
qui fut,dans son origine, commune à tous les
Gaulois ? Produisez des titres pareils pour le
Breton & le Belgique. Du même principe , ne
puis-je pas encore conclure que ce fut aussi
des Gaulois qui porterent le Grec en Asie ?
Qu'en pensez-vous ? Mais - à- propos de l'Asie,
où avez-vous pris que les Galates étoient
une Colonie de Gaulois , établie en Grece ?
Est- ce dans la Grece que vous mettez la Galatie
? Je suis persuadé que vous êtes trop
bon Géographe ,pour donner dans une erreur
de cette nature . Ce ne peut être qu'une absence
de votre part ; vous la trouverez dans
votre Feüille , page 34. Après tout , je vous
rends grace de l'ample discussion que vous
avez faite de mon petit Ouvrage , quelque.
méconnoissable qu'il soit aux échantillons
que vous en donnez. Je suis , Monsieur, &c
Ce 30. Juin 1739.
I
ERS de M. de S. Aulaire , sur la Paix
envoyés par S A. S. Madame la Duchesse
du Maine, à S.E.M. le Cardinal de Fleury
Est -il bien vrai , divine Astrée ,
Que d'indissolubles liens
Nous assûnent enfin les véritables biens ,
Dent
1/3 1703
Dont on vit tant de fois notre attente frustrée ?
Les Grands ont- ils enfin apris
Quel est de tes bienfaits le véritable prix ?
Sont-ils destabusés de croire ,
Que sous le titre de Vainqueurs ,
Ils porteroient au loin le pouvoir de la Gloire ?
Infideles objets de leurs avides coeurs ,
Quelles mains ont eu la puissance
De ramener chés les Mortels
La bonne foi , la confiance ,
Nécessaires apuis de tes sacrés Autels !
Tandis que quelque coin du Monde
Gémira des fureurs de Mars ,
Nous verrons donc iei dans une Paix profonde
Fleurir le Commerce & les Arts.
O Ciel ! acheve ces Miracles ,
Fais que l'Homme de vérité
Soit toujours aussi respecté ,
Que les plus célebres Oracles
Le furent de l'Antiquité.
REPONSE de M. le Cardinal ,
Madame la Duchesse du Maine.
J
E me rends enfin , Madame , & je con
sens à laisser jour votre Berger de l'im
mortalité que vous lui accordez; il le merite,.
& ce n'est point ce qu'il dit de flateur pour
moi qui m'engage à l'avouer , mais il est
E v beau
1784 MERCURE DE FRANCE
beau pour la Nation & pour l'humanité,
qu'un homme de près de cent ans , fasse des
leçons à nos Poëtes modernes de la belle &
coulante Versification ; personne ne joint
plus élégamment la rime & la raison ; &
c'est un de ces Miracles qui vous sont si
ordinaires ; que votre Berger vive donc autant
qu'il a déja vécu ; vous l'ordonnez
& si vous lui destinez un survivancier , je
prie Votre Altesse de ne pas oublier un
homme qui défie en Prose votre Berger de
vous respecter plus que lui , & de vous être
plus attaché.
ELOGE du R. P. Dom Edmond
Martenne.
DJean de Losne , petite Ville du. Dio-
Om Edmond Martenne nâquit à Saint
cèse de Langres , en 1654. de Parens distingués
par leur probité , & alliés à plusieurs
Magistrats du Parlement de Dijon. Il s'engagea
de bonne heure dans l'état Religieux ,
& fit Profession de la Vie Monastique à
Rheims , dans l'Abbaye de S. Remi , le 8 .
Septembre 1672. âgé de 18. ans. Né pourfaire
d'importantes découvertes dans l'Èru
dition Ecclésiastique , il s'apliqua aussi - tôt
après
AOUS T. 17391 -1785
après ses études de Théologie , à la recherche
des anciens Usages des Monasteres , &
paffa dans la suite à ceux de l'Eglise . Son
premier Ouvrage est un Commentaire Latin
sur la Regle de S. Benoît , Vol. in-4° . imprimé
à Paris en 1690. Il donna la même année
un Traité De antiquis Monachorum Ritibus
, en deux Volumes in - 4° . La profonde
vénération qu'il avoit pour Dom Claude
Martin , mort à Marmoutiers en odeur de
sainteté , lui fit interrompre ce genre d'étu
de , pour écrire sa Vie , il la fit imprimer à
Tours , in-8 °. en 1697, & l'année suivante à
Roüen , & les Maximes spirituelles de ce
Religieux , in- 12 . En 1700. il donna un
Recueil d'Ecrivains & de Monumens Mo
raux , Hiftoriques & Dogmatiques , sous le
titre , Veterum Scriptorum & Monumentorum
Moralium Collectio nova , in-4°. l'Edition
est de Rouen , aussi -bien que son Traité
De antiquis Ecclesia Ritibus , dont les deux
premiers Volumes parurent en 1700. & le
troisiéme en 1702. Ouvrage qui fut suivi
d'un autre , intitulé : Tractatus de antiqua
Ecclesia Disciplina in celebrandis divinis Officiis
, in 4º. à Lyon , 1706.
Le R. Pere Dom Denis de Sainte - Marthe ,
ayant fait agréer au Chapitre Géneral de la
Congrégation de S. Maur , tenu à Marmoutiers
en 1708. le grand Projet qu'il avoit
E vj formé
1
786 MERCURE DE FRANCE
formé, de refondre l'Ouvrage de ses illustres
Parens, intitulé, Gallia Christiana, on jetta les..
yeux sur D. Edmond Martenne, pour aller rechercher
dans les Archives & les Bibliothéques
des Eglises & des Monasteres du Royaume,
dequoi supléer à ce qui étoit échapé aux
connoiffances des premiers Auteurs , & perfectionner
un Ouvrage , eftimé très- important
, par le jour qu'il répand sur l'Histoire
Ecclésiastique & Civile des Gaules ; surtout
depuis la Fondation de la Monarchie. Le
desir, de contribuer à cet Ouvrage , lui aplanit
toutes les difficultés , il partit, pour son,
premier Voyage l'onziéme Juin 1708. & revint
au mois de Novembre 1713. chargé
d'une moiſſon fi abondante , que sans compter
plus de deux mille Piéces qui doiventservir
de Preuves dans le Gallia Christiana ,
elle forme la meilleure partie des cinq Volumes
in fol. qu'il publia à Paris, en 1717. sous.
le titre , Thesaurus novus Anecdotorum , &c...
Cette Collection , ainsi que tous les autres ,
Ouvrages qu'il a publiés dans ce genre, renferme
un nombre infini de Piéces singulieres
, Fragmens de Conciles & de , Chroniques
, Fondations.d'Eglises , Lettres de plusieurs
Princes , de Papes , d'Evêques , Actes,
Formules , Ordonnances , & dont les Sçavans
font tous les jours usage , & dont ils
Connoissent seuls tous les avantages. Cet
infaAOUST.
1739 17875
mfatigable Ecrivain , & Dom Ursin Durand,
qui a partagé presque tous ses travaux depuis :
1709. ont donné la Description de ce Voyage
en un Volume in - 4°. imprimé à Paris ens
1717. Les Superieurs les obligerent d'en entreprendre
un second , & de pénétrer jus--
qu'en Allemagne en 1719. C'est à ces nouvelles
Recherches que nous devons la Rela--
tion qu'ils firent imprimer à Paris en 1724.
sous le même titre que la précedente : Voyages
Litteraire de deux Religieux de la Congrégation
de S. Maur , aussi - bien que l'Ouvrage
qui a pour titre : Feterum Scriptorum novis- .
sima & Monumentorum Historicorum , Dog-.
maticorum amplissima Collectio , en neufVoi.
in fol. dont les trois premiers ont parû en
1724. & les six derniers en 1733. Edition :
de Paris . Il est bon d'avertir , que les Préfaces
des trois premiers Volumes , qu'on attri
bua mal à propos dans un Journal à Dom
Mopinot , sont de. Dom Martenne & de
Dom Durand. Dans la Préface du second ,
Dom Martenne ayant paru prendre parti
pour l'Abbaye de Stavelo , qui prétend avoir-
Jurisdiction sur celle de Malmedi , les Religieux
de cette derniere en firent paroître
leur mécontentement , dans un Ecrit- divisé
en deux Parties , qui a pour titre : Ignatii
Roderique Disceptationes de Abbatibus , origi
neprimava & hodierna Constitutione Abbatia

rust
བགཅཔ
AVL L
rum inter se unitarum Malbundariensis & Sta
bulenfis , &c. 1. Vol. in -fol. imprimé à Wirzebourg
en 1728. Dom Martenne y fit une
Réponse , divisée de même en deux Parties,
qui fut imprimée à Cologne , 1. Vol. in-fol.
en 1730. sous ce titre : Imperialis Stabulenfis
Monasterii Jura propugnata adversus iniquas
Disceptationes Ignatii Roderici de Abbatibus
origine Stabulensis & Malbundariensis
Monasterii vindice Domno Edmundo Martenne
, Ouvrage qui est moins la discussion
d'une querelle particuliere sur les Prééminences
d'une Abbaye , qu'un Corps de Dissertations
, où sont traités sçavamment plusieurs
Points d'Histoire , de Discipline & de
Diplomatique. Le Public souhaitoit une nou
velle Edition de ses Rits Ecclésiastiques ;
elle parut à Milan sous le faux titre d'Anvers
en 1736. avec des augmentations considerables
, 3. Vol . in-fol. Les Rits Monas--
tiques ont été imprimés dans la même Ville,
in-fol, en 1738. Il obtint des Superieurs , vers
ce même temps , ce que Dom Mabillon
avoir laissé d'Ecrits posthumes pour le VI.
Tome des Annales de l'Ordre de S. Benoît.
Quoique dans l'Eloge de Don Mabillon
prononcé dans l'Académie des Belles Lettres,
on ait dit qu'il manquoir peu de chose à
ce dernier Volume , il s'en falloit beaucoup
qu'il ne fût complet , & Dom Martenne, en
x
ke
FT
*7390
le publiant à Paris cette année 1739. y a inseré
un grand nombre d'Additions & de
Corrections , & il en a fait la Préface. Le :
Mercure de France en a parlé amplement
depuis peu.

Il ne faut pas omettre que Dom Martenne
a.eû part à la nouvelle Edition in-fol . du Spicilege
de Dom Luc Dachery , donnée par
M. de la Barre de l'Académie des Belles- ;
Lettres , & imprimée à Paris en 1723. II .
reste encore de lui en Manuscrits , des Mémoires
pour servir à l'Histoire de la Congrégation
de S. Maur , & pour celle de la
célebre Abbaye de Marmoutiers , pour laquelle
il avoit une prédilection marquée. Il
travailloit à donner deux Tomes des Actes
des Saints de l'Ordre de S. Benoît , pour servir
de Continuation au grand Recueil de
Dom Dachery & de Dom Mabillon ; & il
comptoit donner immédiatement après le-
Recucil de la Vie & des Lettres de S. Thomas
de Cantorbery , lorsqu'il a été attaqué
d'Apoplexie le 20. Juin dernier , dont il est
mort le même jour , âgé de 85. ans , dans
l'Abbaye de S. Germain des Prés , où sa
droiture , sa simplicité , & surtout un attachement
scrupuleux à tous ses devoirs , ne
le faisoient pas moins considerer , que la
vaste étendue de ses connaissances...
>
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure de Juillet par , le Compas
, Email , Lion , Grenouille , & Pastor:
On trouve dans le premier Logogryphe ,
Miel , Male , Lime , Mil , Ami , Ma ; La,
Mi , Mil, Lie , Mal , Ame. Dans le second,
zo , Lin , Loi , Loin , No , in , Lino, Nil . Dans
le troisiéme , Gien , Rouen , Elie , Noël , Or=
gue , Vielle , Ire , Loire , Lion , Eloi . Et dans
le quatrième , Porta , As , Sapor , Tros , Os,
in Homine & Equo , & Rota Horologii..
康康
ENIG ME.
Depuis mille ans & davantage ~
Servant toujours au même usage
Je trace en vain à chaque inftant ,
Quelquefois même en me battant ,
D'un Demi- Cercle la figure ;
De-là vient que tant je murmure ja
Car qui ne se lafferoit pas
D'aller & venir sur ses pas ,
Au gré des Fous , au gré des Sages
Au gré des Laquais & des Pages a
L'un m'amene, à soi doucement ,
tututo
1
L'autre me pousse brusquement ;
Chacun selon sa fantaisie ,
Et l'on ne veut pas que je crie ,..
Quand par d'indignes attentats ,
Souvent punis des Magistrats ,
On veut me faire violence ;
Quelle maudite impertinence !
Mais souvent je sçais m'en venger ; -
Car aux Brigands dans le danger ,
J'opose mes plus grandes forces .
Quoi ! mon cher Lecteur , tu t'efforces
De me chercher quand tu me voi ?
Peux- tu me méconnoître , moi ,,
Qui chaque nuit en grand silence ,
Te garde en défendant tes biens ?
A ce coup , Lecteur , tu me tiens .
*******************
LOGOGRYPHE.
LEcteur , admire ma puiffance ,
Souvent , le croiras- tu ? je retiens en prison
Le Dieu qui m'a donné naissance ;
Mais voyons qui je suis sans plus longue oraison
Sans aucune métamorphose ,
Mon commencement fait la fin de mainte chose ,
Ma tête avec ma queue exprime juftement .
Com
.
Ce qui n'a point de fin , ni de commencement .
Veux-tu sçavoir combien de membres an
donne ?
Neuf. Si tu les sçais combiner ,
Ils vont sans faute te donner
L'Eloge séducteur d'une jeune Perfonne
Une Ville du Limousin ,
Une mesure pour le vin ;.
L'humeur qui te met en furie ;
Les Lettres de Chancelerie
Qui viennent des Ultramontains ,
Le précurseur des lendemains
La Boule , que dans ta jeunesse
Tu poussois avec tant d'adresse ,
L'endroit où tendent tes desseins
La couche où tu mets res poussins&
Le nom d'un fameux Machiniſte ;
Lecteur, suis-moi bien à la piſte,
Tu rencontreras sûrement ,
Chés moi certain médicament :
Qu'assés souvent la Médecine
Te fait passer dans la poitrine ;
Gar enfin que ne suis - je past.
Je donne souvent le trépas
Sous la figure d'une boule ;
Je suis ce qu'au sortir du moule :
En cuir pour couvrir ta maison ;.
mes
Je
Je suis encor ce qu'un Maçon ,
Et tout autre homme de la sorte ,
Quand il va travailler , emporte :
Je suis ce qui défend tes biens .
Qu'ai- je dit , Lecteur ? tu me tiens.
Par M: Lunean ...d'Issoudun en Berry
AUTRE..
IL eft un Oiseau de renom ,
Dont six Lettres forment le nom ,
Ce qu'on lit dans les trois premieres .
Se trouve dans les trois dernieres.
Par M. Desnoyers ; Lieutenant Particulienen
la Prévôté d'Estampes.
LOGOGRYPHUS..
BIsquatuor pedibus me totam Muſica , Lector .
Stipat. Sicapias membratim , tot tibi reddam·
Verba, Suile ; dein Superis rem thure dicasam z
Stagnicolam ; purum genus alto à sanguine Juda ; -
Insuper exhibeo celsi pranuncia Coeli
Signa ; nec incertum do cungtis cuncta regendi
Ritum; pracipitemque animi non denego motum ;
Hoftis adeft Venias , promo victricia tela.
Par Duchemin , Muficien à Angers.
ALIUS
ALLUS.
ME - E primus coluit peccati labe notatus. ·
Sant mihi membra novem , qua si vertantur ut &quura *
esti,
Trojanus primò Princeps Judexque Deorum
Exiftet ; novitatis amans ; quod Apollo coruscate ,
Musca deinde venit cum Persâ Rege subacto ;*
Concita bilis adeft, nec abeft fignum athere fixum
Signum aliud coelefte subit , necnonfera turpis .
Par le même -
****************
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &G***
OUVELLE Edition des Mémoires pour
servir à l'Histoire d'Anne d'AUTRICHE ,
Epouse de Louis XII . Roy de France , par-
Mad, 'de Mötteville , une de ses Favorites ,
in- 12 . 6. volumes . A Paris , chés Ganeau ,
ruë S. Jacques , vis - à- vis S. Yves , à l'Image:
S. Louis.
,
NOUVEAU TRAITE DES ELECTIONS
contenant l'Origine de la Taille , Aydes ,
Gabelles , Octrois & autres Impositions ,..
par
n
795
1. 1739
par M. Vienville , Lieutenant Géneral en chef
à l'Election de Saintes , chés Cavelier , ruc
S. Jacques , à Paris , 1739. in- 8 ° . Prix , cing
- liv . relié .
LES PRINCIPES GENERAUX de la Nature
apliqués au Méchanisme Astronomique , &
comparés aux Principes de la . Philosophic
de M. Newton , par M. de Gamaches , de
l'Académie Royale des Sciences , & Chanoine
Régulier de Sainte Croix de la Bretonnerie
, 1. volume in - 4°. orné de Figures
& de Vignettes . A Paris , chés Charles- Antoine
Jombert , rue ruë S. Jacques , à l'Image
N. D. sous presse.
".
THEATRE de Mrs de Montfleury , Pere &
Fils. Nouvelle Edition , augmentée de trois
Comédies , avec des Mémoires sur la Vie &
les Ouvrages de ces deux Auteurs. Trois
Volumes in- 12. Le premier de 408. pages ,
sans l'Avertissement & la Table des Pièces,
qui sont de 48. Le second de 504. & le troisiéme
de 534. A Paris , Par la Compagnie
des Libraires , 1739. Et se vend chés Gandouin
, Quai des Auguſtins , à la Belle Image
Nyon , Pere , Quai de Conty , à Sainte
Monique , Valleyre , rue S. Severin , à l'Annonciation
, & chés Huart , ruë S. Jacques.
On lit dans l'Avertissement , que. Zacharic
796 MERCURE DE FRANCE
rie Jacob , dit depuis Montfleury , étoit
Gentilhomme il nâquit au Pays d'Anjou ,
wers la fin du seizième siècle , ou au commencement
du dix- septiéme : ses Parens lui
firent faire ses Etudes;l'envoyerent à Acadé
mie,pour y aprendre les Exercices militaires,
& ensuite le firent entrer Page chés M. le
Duc de Guise. Le goût que le jeune Jacob
avoit pour la Comédie , l'attiroit souvent à
ce Spectacle , & lui inspira le defir de se
Faire Comédien , defir qui prévalut sur d'autres
raisons capables de l'en détourner ; il se
retira sans déclarer son projet , & se joignit
à une Troupe qui couroit les Provinces. Ce
fut alors que , pour se déguiser , il prit le
nom de Montfleury. La Troupe Royale
connue sous le titre de Troupe de l'Hôtel de
·Bourgogne , fut bien- tôt instruite des talens
& des succès du nouvel Acteur ; elle l'attira
à Paris , où il fut reçû avec aplaudiffement.
Ce fut , sans doute avant 1637. Il joüa
d'original dans le Cid , & dans les Horaces ;
& Chappuzeau , qui nous indique ces Faits ,
le cite comme un Comédien achevé dès ce
temps -là.
,
En 1638. il épousa Jeanne de la Chalpe
veuve de Pierre Rousseau , Ecuyer Sieur du
Clos,Comédien du Roy : Nous n'oublierons
pas deux circonftances assés singulieres ,
qui ont raport à son mariage , & qui nous
ont
1737. 1797
ont été confirmées par sa petite- fille : Pune,'
que le Cardinal de Richelieu voulut que la
nôce se fît dans sa maison de Ruel ; l'autre ,
que Montfleury étoit si fort entêté de la Comédie
, qu'il voulut qu'on joignît à son nom
de famille celui de Monfleury , & qu'on n'y
mît point d'autre qualité que celle de Comé
dien du Roy.
En 1647. il donna au Public une Tragédie
intitulée la Mort d'Asdrubal : cette Tragédie
fut imprimée à Paris , in- 4°. & dédiée au
Duc d'Epernon ; le Portrait de l'Auteur se
trouve au commencement.
Il mourut au mois de Decembre 1667,
pendant le cours des représentations de la
Tragédie d'Andromaque , qui commençoit à
triompher d'une injuste cabale. L'opinion
la plus reçûë , eft qu'une veine qu'il se caffa,
par les efforts qu'il fit en jouant le Rôle d'Oreste
, fut la cause de sa mort ; quelques
Personnes moins fondées encore , & trop
promptes à saisir les choses singulieres , prétendent
que le cercle de fer que Monfleury
étoit obligé d'avoir , pour soûtenir le poids
énorme de son ventre , n'empêcha point
que par les mêmes efforts son ventre ne
s'ouvrir , & attribuent à cet accident fa mort,
qui suivit de très- près la derniere fois qu'il
monta sur le Théatre. Nous oposerons à ces
deux Faits , le témoignage d'une célebre
Actrice
qu²
Actrice de nos jours , encore vivante , & qu
eft arriere petite -fille de Montfleury. Voic¹
ce qu'elle nous écrit dans sa Lettre du 17.
Fevrier 1739. A l'égard de Monfleury, pere,
il est faux que le Rôle d'Oreste ait été la cause
de sa mort par une veine qu'il s'étoit cassée :
ma grand-mere m'a conté cette mort plusieurs
fois mais les particularités paroîtroient des
fables , fi on les exposoit au jour. Il est seulement
certain que Monfleury étant chés un Marchand
de galons , un Inconnu qui s'y trouva,
Pavertit de songer à lui , parce qu'il étoit-bien
malade. Montfleury ne fit pas grande attention
au discours d'un homme qu'il regardoit comme
un fou; mais de retour chés lui , ayant apris
que la même Personne étoit venu dire à ses domestiques
, que leur Maître étoit en grand dan
ger il se sentit émû , frapé ; il alla le soir
jouer Oreste , revint avec la fièvre , & mourut
en peu de jours. Et dans sa Lettre du 23. du
même mois : Je ne puis vous en donner d'autres
preuves que de l'avoir entendu dire à sa
fille Mlle d'Ennebaut , ma grand- mere . Elle
m'a dit aussi , que comme son pere étoit à l'article
de la mort , plusieurs de ses Camarades ;
les Médecins & le Confesseur étant dans la
chambre , le même Inconnu entra , & dit à
Monfleury , qui le reconnut : Allons , Monsieur
, cela ne sera rien l'on que me donne du
in & un verre. Les Médecins avoient con-
"
damné
damné le malade , & soûtinrent à sa femme
que c'étoit un charlatan : le Confesseur dit que
c'étoit un Sorcier le malade crioit en vain qu'-
on donnât à cet homme ce qu'il demandoit , on
fut sur le point de l'arrêter , c'étoit sur les neuf
beures du soir ; il s'en alla , & étant sur le pas
de la porte , il dit : J'en suis faché , j'aurois
tiré ce pauvre Montfleury d'affaire , mais il
ne passera pas minuit , ce qui arriva.
Nous n'ajoûterons à ce détail aucunes réflexions.
Ce qui doit passer pour constant ,
c'est que, sans veine cassée, sans ventre ou-
Montfleury , après avoir joué le Rôle
d'Oreste , revint chés lui avec une fiévre
qui , en peu de jours , le ' mit au tombeau.

Ce fut une perte pour le Public , c'en fut
une pour ses camarades , c'en fut même une
pour Racine , si l'on en croit M. de Saint-
Evremond , qui , dans sa Lettre , dit : Vous
ave raison de dire que cette Piéce ( Andromaque
) est déchûe par la mort de Montfleury,
car elle avoit besoin de grands Comédiens pour
remplir par l'action ce qui lui manque. Attila,
au contraire , a gagner quelque chose à la
mort de cet Acteurs un grand Comédien eut
trop pou sé un Rôle assés plein de lui- même , &
eut fait faire trop d'impression à sa férocité sur
les ames tendres.

Il n'est pas ici question de contredire ou
F d'ap:
d'aprouver le jugement que M. de S. Evremond-
fait d'Andromaque ; on le raporte uniquement
, parce qu'il donne une idée des
talens de Montfleury, comme Comédien.
Par la même raison , nous donnerons aussi
un Extrait de la Gazette de du Lorens , du
17. Decembre 1667. par laquelle il annonce
sa mort.
Mais n'aguere , en un seul moment ,
Elle mit dans le monument ,
D'un coup de sa fleche mortelle ,
Tant elle est barbare & cruelle
: Envers tous ceux du genre humain
Un Grec , un Sarmathe , un Romain ,
Un Othoman , un Perse , un Scythe ,
Un Espagnol , un Moscovite ,
Un Capitaine , un Empereur ;
Et , voyez quelle est sa furcur ,
UnVillageois , un Secretaire ,
Un Satrape , un Homme d'affaire ,
Un Berger , & maint autre encor ;
Et cette Madame la Mort ,
L'Intendante des Parricides ,
Fit ce grand nombre d'Homicides ,
Et de tout un beau pot pourri ,
En affaffinant Montfleury ,
Qui d'une façon sans égale
Joüan
AOUST. 1739 1801
Joüant dans la Troupe Royale ;
Non les Rôles tendres & doux ,
Mais de transports & de courroux ,
Et lequel a , joüant Oreste ,
Hélas ! joué de tout son reste !
O Rôle tragique & mortel!
Combien tu fais perdre à l'Hôtel
En cet Acteur inimitable !
C'est une perte irréparable .
O vous , qu'il a tant ébaudits ,
Dites pour lui , De profundis.
La réputation de Monfleury , comme excellent
Comédien , auroit passé jusqu'à nous ,
sans la moindre diminution , si Moliere n'y
eût donné atteinte dans son Impromptu de
Verfailles . On ignoroit alors au Théatre l'art
de parler en récitant des Vers tragiques ; le
Spectateur étoit séduit par une prononciation
cadencée , qui tenoit plus du chant que
de la déclamation ; l'Acteur ne sçavoit émouvoir
, qu'en outrant les sentimens ; la ſimple
nature , ornée uniquement des graces nécessaires
pour l'embellir , sans la défigurer ,
paru froide : l'art n'étoit peut--être pas encore
parvenu à ce dégré de perfection d'imiter.
exactement la nature , le goût n'étoit pas
assés sûr , assés éclairé , pour ne se plaire qu'à
cette imitation exacte. C'étoit moins enfin
Fij un
eût
1802 MERCURE DE FRANCE
ry ,
un reproche à faire avec juftice à Montfcade
tomber dans le défaut d'une déclamation
outrée , que ce n'est un mérite à
Moliere d'avoir senti que c'étoit un défaut.
Ajoûtons que Moliere peut avoir chargé la
peinture qu'il fait de notre Acteur, ainfi que
des autres qu'il ne ménage pas davantage.
Indépendamment de l'interêt qu'il avoit
comme Chef de Troupe , à diminuer le mérite
des principaux Comédiens de l'Hôtel de
Bourgogne , il étoit vivement piqué contre
eux , de ce qu'ils avoient représenté sur le
Théatre le Portrait du Peintre , ( cette Comédie
étoit de Boursault ) Critique amere contre
lui , & contre sa Comédie de l'Ecole des
Femmes. On voit encore qu'il tire avantage
de tout , & qu'il s'en prend même à la taille
de Montficury , qu'il cherche à tourner en
ridicule.
En effet , Montfleury étoit fort gros , mais
il étoit le modele de ceux qui vouloient se
dévouer au Théatre . ( Chappuzeau , p. 182. )
Baron l'apelloit son maître , ( Lettre de Mlle
Desmares. ) C'est de lui qu'il avoit reçû les
premieres leçons , aparemment avant l'année
1664 ; temps auquel Moliere obtint du
Roy un ordre, pour faire passer le jeune Baron
, de la Troupe de la Raisin dans la sienne.
Enfin , on ne peut se dispenser de raporter
les paroles du même Chappuzeau ,
déja
AOUSI.. 1739. 18034
ja cité plusieurs fois . Il est rare , dit - il , de
voir un Acteur exceller dans les deux genres ,..
( sérieux & comique , ) & dans tous les ca
racteres , & le Théatre n'a guere eû qu'un
Montfleury,qui se soit rendu si illustre en toute
maniere.
Il laissa quatre Enfans , un fils nommé
Antoine Jacob , qui- prit aussi dans la suite .
le nom de Montfleury , & trois filles , dont
nous aurons occasion de parler. A l'égard de
sa veuve , elle refta à la Comédie : on ne
sçait point dans quel temps elle se retira , orr
voit seulement qu'en 1674. elle jouissois
d'une Pension.
; par
Antoine Jacob étoit né à Paris en 1640. il
fut élevé avec soin
déference pour la
volonté de son Pere , il se fit recevoir Avocat
en 1660. mais son goût pour la Poësie &
pour les Ouvrages de pur bel esprit , ne tarda
pas à se déclarer. Cette même année il
fit paroître , pour son coup d'essai , une Comédie
en un Acte , à laquelle il mit son
nom ; l'année suivante il en donna une autre
; il ne paroît pas qu'il ait jamais suivi le
Barreau , & il a continué à faire des Comédies
Les voici dans l'ordre où elles ont
paru , ou du moins où elles ont été imprimées.
Le Mariage de Rien , Comédie en Vers de
huit syllabes , en un Acte , représentée sur le
Fiij Théatre
1804 MERCURE DE FRANCE
Théatre de l'Hôtel de Bourgogne , dédiée à
Meffire Charles Testu , &c. ( signée Jacob,
Avocat en Parlement. )
Les Bêtes raisonnables , Comédie en un..
Acte en Vers , représentée sur le Théatre de
l'Hôtel de Bourgogne , dédiée à François de
Rostaing , Comte de Bury , &c.
Le Mary sans Femme , Comédie en cinq
Actes en Vers , représentée sur le Théatre de
F'Hôtel de Bourgogne.
Trasibule , Tragi-Comédie.
L'Ecole des Jaloux , ou le Cocu volontaire ,
Comédie en trois Actes en Vers ; représentée
sur le Théatre de l'Hôtel de Bourgogne,.
dédiée aux Cocus , ( signée , Antoine Jacob.
Montfleury.
L'Impromptu de l'Hôtel de Conde , Comédie
en un Acte , en Vers.
C'est une Réponse à l'Impromptu de Ver
sailles , Comédie dans laquelle Moliere avoit
tourné en ridicule là maniere de déclamer
des principaux Acteurs de l'Hôtel de Bourgogne
; Montfleury , Pere , n'y étoit
pas ménagé
ni épargné.
Son fils , déja connu par quelques Piéces
de Théatre , avoit bonne grace à se servir ,
pour venger son Pere, des mêmes armes avec
lesquelles son Pere avoit été attaqué .
De Villiers , Comédien de l'Hôtel de Bourgogne
, & qui avoit aussi été joüé , fit paroître
AUUS 1. 1739.
180500
roître la Vengeance des Marquis , ou Réponse
àl'Impromptu de Versailles , Comédie en un
Acte , en Prose , représentée sur le Théatre
de l'Hôtel de Bourgogne .
Boursault , qui avoit été le moins ménagé
, ne crut pas devoir répondre ; & cette
querelle , qui , entre Moliere & lui , étoit
devenue plus sérieuse par les reproches piquans
, & par les personalités étrangeres à
h qualité d'Auteur , ne fut plus qu'une simple
suite de rivalité , indispensable entre
des Troupes qui aspirent à attirer le Public
chés elles , au préjudice l'une de l'autre.
On nous sçaura peut-être gré de donici
des Vers imprimés à la suite de la premiere
Edition de l'Impromptu de l'Hôtel de
Condé ce sont quatre refrains qui ont cette
particularité d'être sur une seule rime ent
ique, & qui ont raport à la querelle dont nous
venons de parler. L'Auteur est un nommé le
Camus.
REFRAIN sur la Contrecritique ,
à M. Boursault.
Q
Ui ne voit la contre- critique ,
Faire admirablement la nique
A la feinte & fine Critique ,
Ou plutôt louange emphatique ;
Puisque c'est l'apologetique
Fij
Ou
1000 MERCURE DE FRANCE
Où s'exalte un Acteur comique ,
Qui veut passer pour héroïque ,
Qui ne le voit ?
Qui ne voit que par Réthorique ,
Boursault dans l'ordre Académique-
En la maniere qu'il s'explique ,
Rédigé par Art poëtique ,
Fait nargue à. cette Prosaïque ,
Et détruit le Panégyrique
De l'Auteur de l'Ecole Iniques.
Qui ne le voit ?
Qui ne voit l'Hôtel qui se pique ,
De mériter la Palme unique
Pour être beaucoup énergique
En la théatrale pratique
Du Poëme dit Dramatique ,
Peindre un simulé Satirique .
Qui contrefait le fantastique ,
Tondre & barer la sophistique ,
Qu'elle traite comme ironique ;
Qui ne le voit ?
Sur les IMPROMPTUS à M. Montfleury
Q
Le
jeune.
Ui n'entend bruire la Critique ,.
Pour remonter sur sa boutique ,
Qui
SI.. 1739.
1807
Qui déclame dans sa réplique ,
Et réfute qui la syndique ,
D'un efprit chaud & colérique ,
Qu'on peut réputer frénétique ,
D'autant qu'elle est foible en Logique
Qui ne l'entend ?
Qui n'entend la scientifique ,.
Cette adroite Contre - critique ,
D'une Méthode économique ,
Débiter sa Dialec´ique ,"
Ainsi que Montfleury l'indique ,
Dans son attrayante duplique ,
Qui ne peut craindre de triplique ,.
Qui ne l'entend ?
Qui n'entend que par politique ,
La Troupe dite Royalique ,
Propre à tout ce qu'elle s'aplique ,
Dun air galant & magnifique ,
Fait dire à son foüst clac & clique ,
D'une maniere patétique ,
Qui confond un Acteur farcique ,,
Et séme la terreur panique
Dans la Troupe Molierique ;
Qui ne l'entend
I v Sur
1508 MERCURE DE FRANCE
Sur L'ECOLE DES JALOux , au même-
M. Montfleury le jeune .
V Enez tous au Lieu Pindarique ,
Pour voir l'Ecole mirlifique
De Montfleury le versifique ,
Dont l'esprit du tout Angélique
Peut contenter le plus critique ,
Divertir un mélancolique ,
Et désourciller un Stoïque ,
Venez -y tous,
%
Venez tous , beau Sexe & pudique,
Et vous , qui d'humeur pacifique ,.
Etes de l'Ordre Hiérarchique ,
Vous n'y verrez rien de tragique ,
Rien de grossier , mi de rustique
De déplaisant , ni qui s'implique
Contraire au Decret Canoniques.
Venez- y tous.
Venez tous , la Piéce est publique ,
Pour argent on la communique
Au Curieux , au Chimérique ,
Au Marchand , au Géographique ,
Au Médecin , à l'Empirique ,
Au Noble , Artisan , au Chimique ,
Au Charlatan , au Juridique ,
Au
AU
1009
1.
1739.
Au Docte , au Sage , au Lunatique ,
Et souffre jusqu'au Satirique ;
Venez -y tous.
Sur les DIFFERENDS des Troupes dé
PHôtel & du Palais.
Qui
Vi ne sçait quelle est la rubrique-
Des combats reglés sans Musique ,
A coup de langue & non de pique.
De la Troupe Hieroglifique ,
Contre la Troupe Paladique ,
Dont l'une voudroit l'autre étique ,
Ou du moins fort paralitique ;
Qui ne le sçait ?
Qui ne sçait leur faim lucratique ,
Se conjoindre à l'honorifique ,
Pour tirer d'Hôtel & Boutique ,
L'argent qu'on y tient en relique ,
Soit de la nouvelle fabrique ,
De la moderne , ou de l'antique ,.
Sans s'informer - s'il vient d'Afrique ,.
De l'Asie , ou de l'Amérique ,
Pourvû qu'en France on en trafique ;.
Qui ne le sçait 25-
L'Ecole des Filles, Comédie en cinq Acres
en. Vers , dédiée à M. Dreux , Avocar Gé-
E vj
néral
1810 MERCURE DE FRANCE
néral en la Chambre des Comptes ; représentée
sur le Théatre de l'Hôtel de Bourgogne
.
La Femme Juge & Partie , Comédie en
cinq Actes en Vers , dédiée à Messire Nicolas
Potier , Seigneur de Novion , Président à
Mortier , représentée sur le même Théatre.
Le succès de cette Piéce a balancé celui du
Tartuffe. Ce
partage de sentimens ne fait pas .
honneur au goût de nos Peres. Mlle d'Ennebault
joüoit le Rôle de Julie , Raimonda
Poisson , jouoit celui de Bernadille , Mlle:
Beauchateau , les sieurs de Villiers , Hauteroche
& Brecourt , représentoient les autres ,
Rôles.
Procès de la Femme Juge & Partie , Comédie
en un Acte en Vers , représentée sur
le même Théatre.
Le Gentilhomme de Beauce , Comédie en
cinq Actes en Vers , dédiée à LL. AA. les
Princes de Brunswik & de Lunebourg.
Cette Comédie fut jouée à Versailles ,
devant le Duc de Boukingham ,sur unThéatre
dressé dans le petit Parc , par le-Sr Vigarini ..
La Fille Capitaine , Comédie en cinq Actas
en Vers , dédiée à son Altesse M. le
Prince Eugene de Savoye , Comte de Soissons
; representée sur le Théatre de l'Hôtel
de Bourgogne. Mlle d'Ennebault joüoit le
Rôle d'Angélique.
L'AmAOUST.
1739: Torr
L'Ambigu Comique , ou les Amours de
Didon & d'Enée , Tragédie en trois Actes ,
mêlée de trois Intermedes comiques , chacun
en un Acte en Vers , représentée sur le
même Théatre.
Le nouveau Marié. Dom Pasquin d'Avalos.
Le Semblable à soi même.
Le Comédien Pocte , Comédie en cinq Actes
en Vers.
Cette Comédie est d'une composition sin
guliere. Le premier Acte fait une Piece séparée
, qui n'a aucun raport au titre du Co
médien Poëte, il est suivi d'une Scene qui finit
ce même Prologue , & qui annonce une
Piéce en quatre Actes en Vers , dont le sujet
n'a aucun raport avec la premiere , mais qui
a donné le titre géneral de Comédien Poëte ,
parce qu'il est annoncé que c'est une Piéce
faite par un Comédien . Le premier Acte
séparé , a été imprimé in - 12 . sous ce titre
Le Garçon sans conduite.
Il y a quelques Additions dans la premiere.
Scene du Prologue , qui ne sont point
dans la Premiere Edition ..
La Scene , qui est entre un Acteur & un
Poëte, se passe entre Damon & Crispin , son
Valet , & l'Addition roule sur une plaisanterie
contre les cocus , tirée de la suite du
Prologue, laquelle est totalement retranchée,,
& sur une plaisanterie contre les Procureurs,
substituée
1812 MERCURE DE FRANCE
subsituée à celle qui eft dans la même suite
du Prologue contre les Médecins.
Les quatre derniers Actes ont été impri---
més séparément à Caen , in- 12 . Jacques Godes
, 1700. sous ce titre : Les Amans infortunés
& conten's.
En 1732. les Comédiens la représenterent
sous le titre de La Soeur ridicule.
Trigaudin ou Martin Braillard ,
die en cinq Actes en Vers.
Comé
Crispin Gentilhomme , Comédie en cinq
Actes en Vers , non imprimée jusqu'à présent
, mais représentée en 1677.
Toujours d'un beau prétexte on se laisse toucher,
Et certain Abbé qu'on renommer,
Disoit qu'il n'alloit voir le Crispin Gentilhomme ,
Que pour aprendre à bien prêcher .
La Dame Médecin , Comédie en cinq
"Actes en Vers , non imprimée jusqu'à présent
, mais représentée sur le Théatre de
THôtel de Guénégaud . * ·
La Dupe de soi-même , Comédie en cinq
Actes en Vers, non imprimée ; on n'a pû dé--
couvrir la date de sa représentation . Les Manuscrits
de ces trois Pieces nous ont été remis
par Mlle du Plessis , fille de l'Auteur
aujourd'hui vivante..
Voyez le Mercure de Janvier 1678. ptg. 1977
Plu
A
Plusieurs de ces Comédies sont restées aut
Théatre ; mais on ne peut dissimuler qu'il
n'y ait un juste reproche à faire à l'Auteur
sur la licence qu'il s'est souvent donnée
soit dans le choix des Sujets , soit dans les
expressions. La Comédie , plus chaste aujourd'hui
, n'admettroit plus de pareils Ouvrages
, & ceux- ci ne se soûtiennent que
par l'habitude , où l'on est de les voir avec indulgence.
On remarque en général dans les
Piéces de Montfleury de l'esprit , des Vers
heureusement tournés , des images vives &
rendes avec précision , & une grande connoissance
du Monde & du Théatre . Il avoit
beaucoup de Littérature , il sçavoit & parloit
si parfaitement l'Espagnol , que la feuë
Reine , dont il avoit l'honneur d'être connu,
disoit que ceux même du Pays ne- le parloient
pas si bien que lui aussi a- t'il pris
dans leurs Auteurs quelques - uns des Sujets
qu'il a traités.
;
Après s'être long - temps distingué dans
une carriere , où l'on peut tout au plus ac-.
quérir de la gloire , Montfleury prit le parti.
de la Finance .
En 1678. M. Colbert , qui l'aimoit , le
chargea d'une Commission très délicate , &
l'envoya en Provence, pour y faire le recouvrement
des sommes que le Parlement devoit
au Roy ; Montfleury , plus prudent que
ceux
ceux qui y avoient été avant lui , se condui
sit avec tant de sagesse , qu'en ramenant les
esprits , il trouva le secret de satisfaire à la
fois la Cour & le Parlement ; cette Compagnie
lui offrit même une place de Conseiller,
mais sa modestie ne lui permit pas de l'accepter.
Il entra successivement dans plu
sieurs affaires , où il eut occasion de faire
connoître sa probité & ses talens. Le Ministere
, content de sa conduire, lui destina une
place dans les Fermes Générales , & dans
cette vûë, le rapella à Paris en 1684. mais il
tomba malade & mourut à Aix , d'une hy
dropisie le 11. Octobre 1685. Nous n'omettrons
pas, que pendant le cours de sa ma-..
ladie , Monseigneur le Dauphin lui fit écrire
pour l'engager à continuer de travailler pour:
le Théatre , & lui fit offrir une pension .
9.
Il avoit épousé en 1665 , Dlle Marie - Mar
guerite de Soulas , fille de Josias de Soulas ,
Ecuyer , Sieur du Tot , surnommé Floridor,
Comédien du Roy ; de ce Mariage est née
une fille que nous avons déja nommée , &
de qui nous tenons les particularités que
nous venons de raporter.
Le principal mérite de ce Recueil , s'il en
a quelqu'un , poursuit l'Editeur en finissant,
viendra,sans doute, de ce qu'il est plus ample
que ceux d'Amsterdam & de Paris. Aux
Pieces de Montfleury , déja connuës , nous
en
AOUST. 1739. 1815
en ajoûtons trois , qui , jusqu'à présent , n'avoient
point été imprimées. Avec une pareille
augmentation , il a fallu nécessairement
diviser ce Recueil en trois Tomes.
NOUVEAUX AMUSEMENS DU COUR
ET DE L'ESPRIT , Tome quatrième. Dou
Ziéme Prochure , in- 12. 1739. se vend à Paris
, chés la veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf. Le prix est de
24. sols, ainsi que les Brochures précedentes ,
suivant un nouvel Avis qui diminuë la cherté
du troisiéme Volume.
7
D+ Nous n'avons pas parlé de l'Apodimiadie
dont la suite se trouve ici, parce que ces sor
tes d'Ouvrages ne sont pas susceptibles d'un
Extrait interessant . Une Généalogie de Philosophes
, quelquefois détaillée , quelquefois.
confuse, & toujours seche, par la stérilité de
la matiere , ne doit plaire qu'en lisant l'Ouvrage
même. On lira cependant à la fin de
cette seconde Suite , un bon Morceau de
Poësie
que
l'Auteur donne comme un fragment
d'un Poëme de Buchanan . Nous allons
transcrire ici quelques Morceaux qui justifieront
ce que nous avons dit plus d'une fois.
sur ce Recueil , digne à plusieurs égards de
Pattention des Gens de Lettres & des Per
sonnes du Monde.
LET
1816 MERCURE DE FRANCE
LETTRE à Madame de H ***..
ود
و د
» Vous me priez , Madame , de revenir au
plutôt de la Campagne. Si vous ne m'en
priez que comme amie , je pourrai bien ne
" pas satisfaire à la demande que vous me
» faites, & j'userai peut- être de la liberté que
» donne cette qualité. Cependant comme je.
» ne veux pas vous désobliger entierement ,
»je vais vous indiquer un moyen sûr d'être
écoutée. C'est de commander en Maîtres-
» se ; aussi bien je suis las du nom d'ami. Il
» ne fait de moi que le dépositaire des mou-
» vemens de votre coeur , & je voudrois en
» être l'objet. Je m'en étois flaté , lorsque
» vous abusâtes ma bonne foi par ce nom
équivoque d'Ami..
ן כ
Car je croyois , qu'auprès d'un Objet adorable
Un Ami n'est au fond qu'un Amant véritable.
» Je m'étois trompé , & parce que j'ai qua-
» rante ans , vous ne m'avez pas crû propre
» à devenir l'Amant d'une Personne de
""
vingt- quatre , qui joint à toutes les graces
» de son âge , toute la raison du mien. Ik
» me semble cependant que c'est une qua-
" lité que je puis encore soûtenir, autant de
»temps à peu près que vous pourrez faire.
» honneur à celle de femme aimable . La
Nature a pris soin d'assortir nos âges, sans
doute ,
»
#
A OUST 1739 1817
doute , pour assortir nos coeurs. Allons
» Madame , prononcez , & dans peu vous.
» verrez quelle difference il y a entre être
» sans cesse à l'oreille d'un ami , & voir un
» Amant à ses genoux. Que celui - ci est bien
>>- autrement attaché , sincere , généreux ! er
»-effet l'Amitié
&
N'est qu'un sentiment foible , une pente facile ,.
Qui laissant notre coeur à lui-même & tranquille ,
De l'amour propre encor tient trop pour pardonner,
N'aime que par régime , & veut se gouverner.
Mais l'Amour , généreux dans l'oubli de soi-même,
Ne voit , n'agit , ne sent que par l'objet qu'il aime
En cet objet charmant il sçait nous transformer ,
Et, même plus que nous , il nous le fait aimer.
L'Amour ouvre le coeur , l'Amitié le ressere ;
Jusqu'en sa confiance , elle est sombre , sévere ,
Fait valoir son secret mille fois dans un jour ;
L'ouverture de coeur n'apartient qu'à l'Amour.
que
" Vous avez trop bon goût , Madame
»pour désaprouver après cela la liberté
" je prends de me dire avec toute l'attache
» possible , Madame , votre très-obéïssang
serviteur & parfait Amant , D **..
» Revenez.
Réponse.
Votre Maîtresse , de H ***.
LET
1818 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de Madame H ***, am :
Chevalier D ****
» Cher Chevalier , j'ai vû votre Ami le
» Comte de ** . Il est plus beau encore que
» vous ne me l'aviez dít ; mais j'ai grand peur.
» que ce ne soit un Beau sot. Pendant la
» conversation que nous avons eûe ensemble
» & qui a duré plus de deux heures , il n'a
» pas dit deux mots de suite , quoiqu'une de
» mes Amies, qui a de l'esprit infiniment, &
» qui , si je m'y connois , en eut ce jour-là
plus que jamais , fit tout ce qu'elle put
» pour l'exciter.
و و
..
» Vous m'allez dire que c'est presque tant
» mieux , qu'il n'a pas parlé mal à propos
» & que d'un homme qui nous ennuye , &
» d'un fat qui nous étourdit , le premier est
préférable. J'en conviens.
و و
Mais, entre parler mal & ne jamais parler ,
Il se trouve un milieu ; c'est à le démêler
Que consiste l'esprit ; mérite nécessaire
A quiconque prétend nous plaire.
S'il en a , son visage est sûr d'être goûté ;
On y cherche , on y trouve , au défaut de beauté,
Qelque chose de fin , de distingué , d'aimable.
Est-il beau sans esprit il n'est pas suportable.
Sa phisionomie annonçoit dés talens ; ·
On lui sçait mauvais gré d'avoir trompé les gens.
Nous
AUUS I. 1739. 1853
Nous avions décidé qu'il avoit de quoi plaire ,
Son crime est notre crreur , le mépris son salaire.
L'amour propre irrité le veut punir par-là
· De l'esprit qu'il n'a pas & des défauts qu'il a .
» Que faire en effet d'un homme tel que
" celui-là ? L'Amour lui entre par les yeux ,
» & ne va point au-delà. Si par l'illusion des
sens , & sans y mettre rien du sien , il vient
» à plaire sans le sçavoir , il faut faire des
» avances auxquelles il ne répond que par
» un sentiment d'admiration . Sentiment fla-
» teur pour une vanité spéculative, mais non
» pas pour une vanité pratique , & c'est assés
» celle de notre Sexe. Cet aveu , si vous
» l'entendez bien , ne vous laissera pas plus
» long- temps auprès de la Marquise de ***.
» Votre , &c.
, MADRIGAL de M. Dancheten envoyant
à une belle Personne des Vers sur
Adam & Eve, & sur le Jugement de Paris.
Et la Fable & la Vérité
Font voir ce que peut la Beauté.
Adam , trop épris de ses charmes ,
Renonce à de célestes biens ;
Pâris met l'Asie en allarmes ,
Et fait périr tous les Troyens .
C'est une Pomme infortunée ,
Qui
1020 IVIC
Qui d'une affreuse destinée
Fit tomber sur eux le courroux.
* En voyant ces attraits si doux ,
Dont les Graces vous ont ornée ,
Adam l'auroit prise de vous ,
Et Pâris vous l'auroit donnée.
Il nous est impossible d'abreger la Lettre
admirable de feu M. de Sénecé, qui se trouve
à la page 89. Sa longueur n'ennuiera aucun
Lecteur, curieux de Remarques historiques, solides,
amusantes & bien écrites. Nous y renvoyons
avec d'autant plus de confiance , qu'
on ne sçauroit trop profiter des leçons excellentes
qu'un homme éclairé donne aux
Gens de Lettres. M de Senecé finit sa Lettre,
après une vive censure contre l'esprit de
mensonge , de mauvaise foi , qui ont alteré
l'Histoire dans sa source , & abusé le Public
par un déluge de Mémoirés remplis de faussetés.
Voici le dernier souhait qui termine
sa critique , page 130.
» Mais que pretens-je inferer de tout ce
» long raisonnement ? Le voici . Plût aux
» Dieux , disoit un Tyran de Rome , que le
Peuple Romain n'eût qu'une seule tête
» pour la pouvoir abattre d'un seul coup !
» Ce sentiment étoit barbare , impie , digne
d'execration . Rendons -le légitime , en le
"9
*
» tour
>
» tournant sur un autre objet. Plût au Ciel
» que tous ces Romans mitigés, que l'on nous
» débite sous le titre de Mémoires , fussent
» tous réduits à un seul , afin de les pouvoir
" tous confondre , par la seule censure de
» celui que j'attaque ! Ils se parent de noms
» illustres pour nous déguiser leur turpitude;
» ils se couvrent avec insolence du masque
» de la bonne foi , pour égorger la vérité, &
» empoisonner les justes idées que l'on pré-
» tend se former de l'Histoire . Ce seroit -là
les Censeurs devroient exercer toute
» leur sévérité , plûtôt que contre quelques
» Jeux indifferens de Poësie , qui ne tirent
pas à grande consequence , parce que ceux
qui les lisent , ne les prennent que pour le
" prix qu'ils peuvent valoir .
» que
ود
و د
Nous finirons par les deux petites Piéces
suivantes , qui ne sont pas les moins jolies
de cette douzième Brochure.
A une Veuve.
De votre Epoux sur l'imprévu décès
Ne sçachant pas quel compliment vous faire.
Je fus hier du beau fils de Cythere ,
A ce propos , consulter les Décrets.
Ce Dieu sourit , & me montrant son frere ,
Mémoires de M. le Cardinal de Retz.
Voyez
Voyez Hymen , contez - lui vos douleurs ,
Dit- il , sur l'heure il fera votre affaire.
J'y fus : mais las , je n'en eus que des pleurs
Je revins donc au Dieu du tendre Empire :
Mais lui, de rire aussi- tôt qu'il me vit.
Bon , m'écriai- je ! Allons-nous - en- donc dire ,
Qu'Hymen en pleure , & que l'Amour en rit.
Epigramme sur le Froid.
Eh quoi ! s'écrioit Apollon ,
Voyant le froid dans son Empire ;
Pour échauffer notre Vallon
Le bois ne sçauroit donc suffire ?
Bon , bon , dit une des neuf Soeurs ,
Condamnez vîte à la brûlure
Tous les Vers des méchans Auteurs ,
Par-là nous ferons feu qui dure.
REFLEXIONS Historiques & Critiques sur
les differens Théatres de l'Europe , avec les
Pensées sur la Déclamation , par Louis Riccoboni
, à Paris , chés Jacques Guerin , Quai
des Augustins , 1738. Vol . in- 8 °. de 303.pages
, sans l'Epitre au Lecteur , & la Table
des Matieres .
Ce Livre , qui est imprimé depuis l'année
passée , ne nous est tombé que depuis peu
entre les mains ; d'autres Journaux l'ont déja
fait
01. 1739 . 1023
fait connoître ', mais il reste encore bien des
choses à en dire ; dans le peu que nous allons
extraire de cet Ouvrage , nous tâcherons de
ne tomber dans aucune répetition.
En parlant des Opera , l'Auteur àssûre que
jamais aucun Souverain n'a égalé la dépense
que les Venitiens ont faite pour ces sortes de
Représentations , si on en excepte pourtant
Ranuce Farnese , Duc de Parme , qui étonna
I'Italie par les Fêtes, qu'il donna en 1690. à
l'occasion du Mariage du Prince Odoard ,
son Fils . On parle encore aujourd'hui de
deux Opera , qu'il fit executer , un pendant
la nuit , sur le grand Théatre de son Palais ,
& l'autre pendant le jour,sur un vaste Baffin ,
construit exprès dans ses Jardins . Il seroit à
souhaiter que l'on pût donner un détail exact
des Machines , que les habiles Artistes imaginerent
dans cette occasion , & de tout ce
que l'on a executé de merveilleux en ce genre
à Venise , à Rome , à Naples , à Florence,
& dans les autres Villes d'Italie.
Pour ce qui regarde les Décorations & les
Machines , on peut dire qu'aucun Theatre
de l'Europe n'aprochera jamais de la magnificence
, avec laquelle les Opera ont été executés
à Venise ; il y en a qui passeront par
tradition jusqu'aux Siécles les plus reculés ;
on y cite , par exemple , l'Opera , intitulé ,
la Division du Monde , que le Marquis Guide
G Ran-
!
Rangone , fit executer en 1675. à ses dépens,
sur le Théâtre de S. Sauveur. Dans le Berger
d'Amphrise , qu'on donna vingt ans après
sur le Théatre de S. Jean Chrysostome , on
voyoit descendre le Palais d'Apollon , d'une
très -belle & très - grande Architecture , &
construit entierement de Crystaux de differentes
couleurs , lesquels ne cessoient de
tourner les lumieres qu'on avoit placées
derriere , en faisoient sortir continuellement
une quantité si prodigieuse de rayons , que
les yeux des Spectateurs n'en pouvoient presque
soûtenir l'éclat.
Les deux Bibiena , céleb es Architectes ,
& fameux Peintres , actuellement vivans ,
ont fait voir à toute l'Europe par leurs superbes
Décorations , que que sans sans Machines on pouvoit
orner un Théatre , non seulement avec
autant de magnificence , mais encore avec
plus de vraisemblance qu'avec des Machines.
Les Machines sont les effets de la Magie
& du Merveilleux , & l'on a souvent besoin
de se rapeller la construction du Théatre ,
& que tout ce que l'on voit est porté par des
poutres , des cordages , des fers & des contrepoids
, pour se défendre de l'illusion de
nos sens , qui nous persuade que ce que
nous voyons est véritable . En voici un
exemple.
Caton d'Utique , est le sujet d'un Opera
[
que
i
que l'on donna sur le Théatre de S. Jean
Chrysostome en 1701. Comme César n'étoit
pas éloigné de la Ville avec son Armée,
& que les Habitans de la Province lui avoient
préparé une Fête sur le bord de la Riviere
le fond du Théatre représentoit une Campagne
, au milieu de laquelle étoit suspendu
en l'air un Globe représentant une Mapemonde
; on voyoit au bruit des Trompettes
& de la Symphonie , ce Globe s'avancer peut
pcu sur le devant du Théatre , & tout cela
, sans apercevoir les Cordes ou les Machines
qui le tenoient de la sorte . Au moment
où il étoit vis -à - vis de César , il s'ouvroit
en trois parties , qui représentoient les
trois Parties du Monde , connues de son
temps. L'interieur du Globe étoit éclatant
d'or , de Pierréries & de Métaux de toutes
les couleurs , & contenoit plusieurs Musià
ciens.
Quant à la Musique Italienne , dit M.
Riccoboni , toute l'Europe convient , que
vers le milieu du dernier Siècle , elle étoit
parvenuë au dernier degré de perfection , &
qu'elle s'est soûtenue dans cet état jusqu'au
Commencement du Siécle où nous vivons
les Ouvrages de Scarlati , le Pere , de Bononcini
, & de tant d'autres excellens Maîtres
en sont des preuves convaincantes . Mais
depuis vingt ans la grande réputation qu'elle
Gij s'étoit
1826 MERCURE DE FRANCE
:
s'étoit acquise auprès des Etrangers , a beau
coup diminué , parce que la Musique
changé de goût en Italie . En effet aujourd'hui
elle n'eft plus que bizarre , on a mis le
forcé à la place du beau simple , & ceux qui
cherchent l'expression & la vérité, qu'ils sentoient
dans la précédente , ne retrouvent
plus dans celle- ci que des singularités & des
difficultés ils admirent à la vérité la surprenante
capacité des Chanteurs , mais ils n'en
sont point touchés , & ils prétendent , avec
raison , que c'est renverser l'ordre que la
Nature a établi de tous les temps , que de
forcer une voix à executer ce que fait à peine
un Violon & un Hautbois ; voilà pourquoi
la Musique Italienne est aujourd'hui si
éloignée du vrai & de l'expression, & qu'elle
est menacée d'une chute totále , si elle continue
à s'éloigner des routes qui l'ont conduite
à sa perfection passée . Ce nouveau
goût s'est cependant si bien établi en Italie ,
que les Maîtres de Musique , même , ont été
obligés , pour s'y conformer & pour plaire ,
de s'éloigner malgré eux de la simplicité du
Chant & de la Nobleffe de FHarmonie ancienne.
Après avoir nommé les plus célebres Musiciens
Italiens , M. R. parle de la célebre
Cuzzoni , qui a chanté sur le Théatre de
Londres, avec 1500. guinées d'apointemens,
qui
1739. 1024
qui font environ 36000. liv . de notre Monnoye
, ain si que du virtuoso François Bernardi
, dit le Senefino , excellent Musicien ,
qui ne s'eft jamais laiffé entraîner par le goût
de la nouvelle Musique ; mais ce qui ne se
voit presque plus en Italie , & ce qui est fort
rare partout ailleurs c'est qu'il joint à la
beauté de la voix , le mérite de la Déclamamation
, & que l'Acteur ne cede en rien au
Musicien.
,
Je ne dois pas oublier ici , continue l'Auteur ,
la fameuse Faustina Bardoni Asse, dont les tatalens
& les récompenses n'ont point été inferieurs
à ceux de Cuzzoni. C'est à ses talens singuliers,&
à la prodigieuse légereté de sa voix,
que Faustina a l'obligation d'avoir inventé
une nouvelle façon de chanter : comme elle
a extrémement plû dans toute l'Europe , on
a cherché à l'imiter ; mais ses imitateurs
n'ayant ni son organe ni son talent , n'ont
fait que gâter leur maniere, & c'est de cette
mauvaise imitation que vient le mauvais
goût du Chant & de la Composition qui
regne aujourd'hui en Italie , & qui à déja
pallé dans presque tous les Pays de l'Europe.
Je me fuis réservé , dit M. R. de parler
en dernier lieu de M. Carlo Boschi , dit
Farinello , parce que c'est auffi le dernier
& le plus jeune des Musiciens Italiens
G iij
de
1828 MERCURE DE FRANCE
de grande réputation. Il chante dans le
goût de Faustina , mais de l'aveu des plus
grands Connoiffeurs , il est , sans comparaison
, au dessus d'elle , étant parvenu au dernier
dégré de la perfection.
rens ,
Depuis que les Opera ont commencé à
Venise en 1637. on en compte 650. juſqu'en.
1700. Quoiqu'on ne les ait jamais représenté
que dans l'Hyver , il est surprenant qu'on
en ait vû un si grand nombre , tous diffedans
une seule Ville. Il n'en est plus.
de même aujourd'hui ; les Entrepreneurs , ne
voulant point courir les risques de la nouveauté
, remettent les anciens qui ont eû du
succès . On a auffi retranché les Machines qui
coûtoient infiniment , pour avoir des Musiciens
& des Voix du premier ordre , auxquels
on donne ordinairement mille sequins
d'or , qui valent 12000. liv. de France , pour
un Carnaval.
Sur le Théatre Espagnol , M. R. croit que.
ceux qui l'ont mis dans l'état où on le voit
aujourd'hui , peuvent dater ce rétablissement
du milieu du XV. siecle , au lieu que les
Italiens ne comptent leur bonne Comédie
que du commencement du XVI . siecle , &
les François du commencement du XVII .
c'est - à - dire du temps de Moliere.
2.
Les Théatres en Espagne ont une forme
tout -à- fait particuliere ils sont presque
quarrés ,
:
quarrés , & ont trois étages : il n'y a de Loges
qu'au premier rang , & ces Loges ne sont
séparées , comme en France , que par des
barreaux la Loge qui est en face , & audessus
de la porte , qui conduit au Parterre
& au Théatre , s'apelle la Loge de la Ville
parce qu'elle est toujours occupée par un des
Regidores , ou Intendans de Police . Au-dessous
de cette Loge , & du reste de la Façade
, se forme une espece d'Amphithéatre ,
qui s'avance un peu dans le Parterre , & qui
est garni de bancs on le nomme Cazuela ;
il n'y a que les Femmes qui s'y placent ,
&c .
,
Au dessus des premieres Loges , des deux
côtés de la Salle , est un second rang composé
d'une espece de Loges ou petites
Chambres , que l'on apelle Banes ; c'est- là
que se plaçent les Personnes qui ne veulent
pas être vûës. Sur la même ligne , & dans
toute la Façade du fond , eft un espace aufli
vafte que celui de la Cazuela , on le nomme
Tertulia ; c'est où se placent les Moines , les
Prêtres , & autres Personnes , qui veulent
assister au Spectacle avec une sorte de bienséance.
Outre le nombre des Auteurs connus , il y
en a encore un nombre infini d'anonymes
qui , à l'impreffion ne prennent que le nom
ou le titre d'un ingegnio , de dos ou de tres in-
Giiij gegnios.
gegnios. Un Libraire de Madrid a eû la cп-
riosité de rechercher toutes les . Piéces de
Théatre des Auteurs anonymes sous le titre
d'un ingegnio , & c. & quoiqu'il n'ait pas pû
encore en rassembler une suite complette ,
il est cependant parvenu à en faire un Recueil
de 4800. Ajoûtons à cela le nombre
immense de Piéces de Théatre imprimées
avec les noms des Auteurs , & nous verrons
qu'il faudra convenir que les Espagnols sont
les plus riches en Ouvrages de Théatre , &
que toutes les Nations de l'Europe ensemble
ne pourroient en produire une aussi grande
quantité.
Les Italiens & les François , n'ont traité
pendant un longtemps dans leurs Piéces que
des intrigues d'amour. Les Espagnols ont
donné au Point d'honneur la prééminence sur
leur Théatre ; il n'est pas même toujours le
seul mobile de la Scene , & l'on reconnoît
affés par ceux qui les ont imités , combien
Jeurs idées sont singulieres , & avec quelle
facilité les Auteurs de cette Nation inventent
des Sujets ; car il est très- rare que dans
le grand nombre de leurs Comédies , il s'en
trouve dont les idées soient prises ailleurs i
tandis qu'eux seuls en ont fourni à tous les
Poëtes de l'Europe.
On donnera dans le prochain Mercure ,.
conde partie de cet Extrait,
la
L'AAOUS
T. 1739.
L'Académie Espagnole de l'Histoire , célebra à
Madrid le 22. Juin l'Anniversaire de son Etablissement.
L'Assemblée se tint dans la Bibliotheque du
Roy. Elle fut très - nombreuse , & plusieurs Académiciens
lurent de fort beaux Discours sur ce sujet .
On nous a écrit de Flandres une Lettre datée du
14. Juillet , & signée l'Abbé du Termont , qui contient
l'Avis suivant . Les Curieux en Tableaux font
avertis que le Portrait original d'Ovide & de Julie
eft non - feulement trouvé , mais qu'il eft à vendre
au plus offrant , dans la petite Ville de Hazebroucq ,
entre les Villes d'Aire & de Caffel . On s'adreffera
pour cela chés la Dlle Pétronille Vanypré , Marchande
à Hazebroucq . Cette Piéce eft , dit - on , trèscurieuse
& digne d'un Cabinet diftingué , elle eſt
enfermée entre deux glaces , &c .
On nous mande d'Italie ; que la premiere Partie
des Médaillons du Cardinal Alex, Albano , paroît à
Rome , 1. vol. in-folio , avec les Explications de
J'Abbé Venuti. Son Frere , Bibliothequaire & Antiquaire
du Roy de Naples , doit donner l'Explication
de quelques Antiquités trouvées dans ce
Royaume.
La belle Edition du Guichardin de Veniſe , en 2 .
vol. in folio, paroît chés Pasquali , ainfi que le premier
volume in - 4°. des OEuvres de l'Abbé Conti.
Les Tomes XXIII . XXIV . XXV. XXVI .
XXVII. & XXVIII . des Antiquités Grecques &
Romaines de Grævius & Gronovius , paroiffent
auffi chés le même , lequel vient de publier les V.
VI. & VII. Tomes de la réimpreffion du Dictionaire
Géographique de la Martiniere .
A l'égard des Editions , que le même Libraire de
Veniſe a entrepriſes des anciens Auteurs , il travail-
G V le
1832 MERCURE DE FRANCE
fe actuellement à celle de Plaute , avec les Commentaires
de Zauman .
Argelati , a publié à Milan , un premier volume
in-folio des Differtations de Muratori , sur les Antiquités
d'Italie pour le moyen Age , lequel sera
suivi de trois autres Tomes , & un Volume de fon
grand Recueil d'Infcriptions. Argelati a auffi imprimé
COLLIUS de Animalibus Paganorum , un volu
me in-4 . Livre qui étoit fort rare , & il travaille à
nous donner une Bibliotheque des Ecrivains du Milanez
, en 2. volumes in-folio .
On fait à Vérone une Edition des Sermons de
S. Denon , Evêque de cette Ville , avec des Notes
de Ballarini . Et à Brescia , une Edition des Euvres
de S. Philaftre , & de trois autres saints Evêques de
cette Ville . ·
,
LETTRE de M. *** écrite à M.
D. L. R. le 31. Juillet.
Oulez - vous bien , Monfieur , avoir la com-
Vplaifance de donner dans votre Journal la demeure
du fieur Fabre. Je vous l'adreffe avec d'autant
plus de confiance , que je fçais combien vous
vous interessez au progrès des Arts , & que c'eft
rendre fervice à ceux qui ne négligent rien pour
l'Education des Enfans , que de leur indiquer un
Maître qui fçache enfeigner avec patience & par
degrés , non-feulemet les Sciences qu'il eft honteux
d'ignorer , mais encore celles qui conduisent aux
Traités de Mathématiques les plus abftraits . Je fçais.
par moi-même de quoi le Sr Fabre eft capable , je
Îui ai vû former des Eleves avec un fuccès fi fapide,
que je puis certifier qu'il eft en état de fu pléer aux
difpofitions les moins avantageufes. Je su is , &c.
Le
-137
Le Sr Fabre enfeigne les Mathématiques par une
Méthode nouvelle & aisée ; fçavoir , l'Arithméti
que dans toute fon étendue , l'Algébre , la Géométrie
Théorique & Pratique , avec toutes les Parties
qui en dépendent. Il montre auffi la Sphere &
la Géographie , à la portée des Enfans . Il demeure
chés M. de Bufigny , Ecuyer du Roy , aux Ecuries
de Monseigneur , près S. Roch.
ESTAMPES NOUVELLES.
Halte de Cavalerie , Estampe en large , d'après
Wauvermans, gravée par le Sr Baumont chés lequel
elle fe vend , rue de la Harpe , vis - à- vis la ruë de
la Parcheminerie .
La trente -feptiéme Eftampe, gravée d'après Wauvermans
, par le Sr Moyreau , chés lequel elle se
vend , rue Galande , vis - à - vis S. Blaiſe , paroît depuis
peu , fous le titre des Maquignons à la Foire ,
d'après le Tableau original de 29. pouces de large ,
fur 23. de haut , du Cabinet du Chevalier d'Orleans ,
Grand- Prieur de France , Général des Galeres ,
Lieutenant Général des Mers du Levant , à qui elle
eft dédiée.
La Suite des Portraits des Grands Hommes , &
des Perfonnes Illuftres dans les Arts & dans les
Sciences , continue de paroître avec succès chés
Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai de l'Ecole :
il vient de mettre en vente , toujours de la même
grandeur :
CHEREBERT VIII Roy de France , mort au
Châte u de B aye , fur la Garonne , en 570. après
9. aes de Regne , deffiné par A. Boizot , & gravé
par G. Duchange.
G vj THAའ
༠ རྱ 4 གས
THAMAS KOULI - KAN , Sophi de Perse ,
deffiné par Riquart , & gravé par N. Dupuis..
PIERRE ARETIN , né à Arezzo , en Toscame
, mort environ l'an 556. âgé de 65. ans.
Le Sr Filloul , Graveur en Taille- douce , vient
de faire paroître quatre Eftampes nouvelles , qui
représentent les quatre heures du jour ; c'est- à - dire ,
ce qui a parû le mieux convenir au matin , au midi,
à l'après- dîné & au foir.
dont
Il avertit le Public , qu'il met en vente dans fa
maiſon , rue du Foüare , près de la Place Maubert ,
dix Tableaux Originaux , où le feu Sr Pater ,
le mérite eft affés connu , a peint , avec bienséance,
quelques Contes de la Fontaine.
On nous prie de donner avis que la fameuſe Dentifte
de Strasbourg , continuë de vendre & de distribuer
fon Opiate de Corail , pour blanchir les
dents , qui , par fa vertu corrige l'humeur fcorbutique
, fortifie & guérit les gencives écorchées &
enflées ou ulcerées ; elle poffede le fecret de la véritable
Poudre d'Angleterre , pour entretenir lesdents
belles , & les conferver ; cette Opiate eft fort
connue. Elle en envoye à la Cour de France &
dans les Cours Etrangeres ; elle eft très- habile pour
nettoyer les dents avec une adreffe & une legereté
furprenantes ; elle fe transporte dans les Cours d'Almagne
lorsqu'on la demande . Il y a des Pots d'Opiate
de differens prix ; les moindres font de 24. 48 .
Jols 3. livres. Son adreffe eft à Mlle Printz , Dentifte
, au Quartier de la Fofte aux Lettres .
Mrs du Chapitre de l'Eglise de Paris , ont été si
conten's des Motets à grande Symphonie , que leur
Maâtre de Mufique a fait chanter devant la Chapella
I.
aoust
1739.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
JETOR , LENGY Aars
CATIONS TADEN FU
pelle de la Sainte Vierge , les veilles de Pâ
ques & de la Pentecôte de cette année , qu'ils lui
ont permis d'en faire chanter de même les veilles
des grandes Fêtes ; rien ne fera plus propre à donner
de l'émulation, & à perfectionner les Muficiens.
de cette premiere Eglife , dont la réputation eft déja
si bien établie.
AIR A BOIRE..
D Ivin Bacchus , mon coeur foûpire ;
Je n'ai plus de goût pour le vin ;
La jeune & charmante Catin
Me fait négliger ton Empire ;
Ah ! venge- toi , Dieu des Bûveurs
A longs traits fais boire la Belle ;
Quand ton Jus aura fait chanceler la cruelle
Tu me verras voler à tes faveurs.
L'Affichards
SPECI

SPECTACLES.
TRAGEDIE ET BALLET,
représentés au College de LOUIS LE GRAND,
Août 1739 à Paris le .
Sa
CE Spectacle annuel , établi pour la distribution
des Prix , fondés par le Roy ,
est tout- à - fait propre à entretenir l'émulation
de la nombreuse Jeunesse qui compose
ce célebre College. Outre qu'il inspire
l'amour de l'étude & du travail à ceux qui
aspirent aux récompenses que Sa Majesté y
propose , il anime les moins studieux à mériter
un pareil honneur ; il dévelope & produit
des Talens qui souvent resteroient ignorés
dans le silence & dans l'inaction ; enfin
il donne aux Acteurs certain air d'aisance &
d'honnête liberté , qui distingue la jeune
Noblesse tant Françoise , qu'Etrangere ,
élevée dans cette Ecole de vertu , de Litterature
& de politesse.
>
La Tragédie & le Ballet , dont nous ne
traçons ici qu'une légere idée , sont de la
composition du P. de la Sante , Jésuite , l'un
des Professeurs de Rhétorique. Le Sujet de
la Tragédie est Jonathas Machabée ; celui du
Ballet qui lui sert d'Intermede , est l'Origine
des Jeux.
Quel-
>
AOUS T. 1739. 18

Quelques Vers extraits du Prologue de
cette Tragédie , suffiront pour en indiquer
le Sujet , tiré du premier Livre des Machabées
.
Voilà ce qu'aujourd'hui nous offrons fur la Scene ;
Un faint & fage Prince , un vaillant Capitaine ,
Séduit par les apas d'une fauffe amitié ;
Deux Fils avec le Pere , immolés fans pitié ;
Tous trois s'intereffant , dans leur péril extrême ,
Au Dieu qui les afflige , au Peuple qui les aime ,
Et résolus plutôt à verser tout leur fang ,
Qu'à faire une démarche indigne de leur rang.
Un fier Usurpateur fruftré de la victoire ,
Un attentat ſans fruit , un grand projet fans gloire,
Un Tyran , pour lui- même un objet de terreur ,
Pendant que fon Captif triomphe en son malheur ,
Bien sûr que dans le fein d'un Dieu , fouverain Juge,
Le vrai mérite rrouve un azile , un réfuge ,
Et
que fans recourir aux titres faftueux ,
Le plus grand des Héros eft le plus vertueux.
Comme le Programme imprimé détaille
tout le Plan & la conduite de cette Piéce ,
nous nous bornerons à désigner en peu de
mots le caractere des principaux Rôles qui
contrastent parfaitement.
Jonathas est un coeur droit , sincere &
génereux , si zelé pour la Loi de ses Peres ,
&
& pour la gloire de sa Patrie , qu'il ne peut
consentir à nul Traité contraire à l'une ou à
l'autre , & qu'il aime mieux périr avec ce
qu'il a de plus cher , que de racheter sa vie
& sa liberté aux dépens de son devoir.
Tryphon, son ennemi , ambitieux, politique
& perfide , sacrifie tout à sa fortune.
,
Son Frere Iarbas est d'un naturel toút oposé
; bienfaisant , doux , humain , civil & sensible
aux bienfaits , il se déclare en faveur de
Jonathas , tâche de le dérober à la cruauté
de Tryphon , & de lui marquer sa reconnoissance
pour les bons offices dont l'a comblé
le Géneral Israëlite , pendant qu'il étoit
lui-même prisonnier à Jérusalem .
Les deux Personnages des Enfans de Jona
thas , ne sont pas moins interessans ; l'um
charme par son aimable douceur ; l'autre
plaît par un courage & une fermeté supérieu ,
re à son âge & à ses disgraces ; tous deux
font naître une tendre compassion pour leur
infortune.
> La fidélité constante de Nachor , Confident
de Jonathas , est une condamnation ta- .
cire de la perfidie du traître Joadab , faux
ami de ce Héros , &c.
Enfin cette Piece est pleine des plus nobles
& des plus tendres sentimens.Les grandes passions
Théatrales , l'Ambition , l'Interêt , la
Vengeance,les intrigues sourdes,l'Amour paternel
ternel , l'Amitié fraternelle , y sont mises.
dans un jour frapant & capable de toucher le
Spectateur. On voit au troisiéme Acte , une
Scene qu'on peut apeller un coup de Théa
tre des plus heureux. Tryphon prétend user
de clémence , en ne faisant punir que l'un
des deux Enfans . Il fait apeller le Pere avec
eux , & lui donne l'option de celui qu'il aime
micux livrer à la mort. Etrange situation'
pour ce Pere désolé ! Il ne peut se résoudre.
à choisir ni l'un ni l'autre , mais il s'offre à
mourir pour tous les deux , qui s'offrent euxmêmes
à la mort , & aportent des raisons de
préférence , que l'amour seul peut suggerer.
Tryphon voyant le Pere indéterminé sur le
choix , se le réserve à lui seul , & prenant
un parti conforme à sa haine , prépare un
dénoûment des plus tragiques.
La premiere Représentation publique de
cette Tragédie se fit le Dimanche 2. Août ,
sur le Théatre intérieur, où elle fut fortaplaudie
par un grand nombre de Connoisseurs.
Ceux qui dans la seconde Représentation
faite sur le Théatre de la grande Cour ,
devant
une Assemblée de près de quatre mille
personnes , n'étoient placés qu'aux derniers
rangs , & ne se trouvoient pas à portée d'entendre
les Vers , sembloient les lire dans le
geste & dans l'action animée des Acteurs..
Le Rôle de Tryphon fut rempli par M. de
Coligny.
Celui de Jonathas , par M. Faventines
De Simon,Frere de Jonathas , par M.de Rieux.
D'Iarbas , par . M. Martineau de Soleinne.
De Masias , fils aîné de Jonathas , par M. de
Melesse.
D'Achimas , fils cadet de Jonathas , par M.
Girard de Chanais..
De Nabal , Envoyé des Israëlites , par M..
Co:tet.
De Nachor , Confident de Jonathas , par
M. de Montgenet.
De Phégor , Conseiller de Tryphon , par
M. Fredy:
De Joadab , faux ami de Jonathas & de
Tryphon , par
De Courier , par
M. Pellerin.
M. Couchonneaus
Tous ces jeunes Mrs firent leurs Personna-;
ges avec un feu, une justesse , & une préci
sion , qui ne seroient pas indignes des plus .
grands Maîtres.
Pour donner une juste idée du Ballet qui
servit d'Intermede à cette Tragédie , il fautdroit
transcrire tout l'Imprimé ; mais pour
ne point passer les bornes d'un Extrait
nous ne ferons ici qu'effleurer le Dessein , la
division des Actes , & quelques Entrées singulieres.
,
Le Titre , comme nous l'avons dit , est
L'Origine des Jeux . Pour annoblir un Sujet si
peu relevé par lui-même , on a jugé à propos
de
AOU5 1. 1739. ~1845
de chercher l'Origine des Jeux dans les prin
cipaux Traits de la Fable . On s'en tient à la
Division la plus simple & la plus naturelle .
Ainsi , 1 °. Les Jeux de hazard ; 2 ° . Les Jeuxd'Adresse
; 3 ° . Les Jeux d'esprit ; 4°. Les Jeux
de main , fournissent les quatre Parties de
ce Ballet , où l'Auteur déclare qu'on ne prétend
représenter qu'un petit nombre de
Jeux , tant anciens , que modernes , des plus:
connus.
>
L'Ouverture de ce Ballet est des plus riantes.
Jupiter , après la défaite des Géans
songe à prendre quelques divertissemens , &
veut en procurer aux hommes , pour les délasser
du travail , auquel ils étoient soumis
depuis que l'Age d'argent avoit pris la placede
l'Age d'or. Ce Dieu paroît sur un Trône
environné des Dieux , Compagnons de sa
Victoire, Les Ris & les Jeux viennent lui
rendre hommage , & lui offrir leurs services.
Les hommes , fatigués de leurs travaux , sortent
des Grottes & des Bois , où ils s'étoient
retirés pendant l'assaut des Titans. Jupiter
envoye les Ris & les Jeux leur présenter des
Instrumens de Jeux , au lieu des Ouils de
ravail qu'ils tenoient en main , &c.
PREMIERE PARTIE,
Les trois Entrées de la premiere Partie
représentent trois sortes de Jeux de hazard 21
les
%.
ses
Les Cartes , les Dez , le Cavagnole , & leurs
suites. La Fortune assise sur sa Rouë , ayant
à ses côtés le Dieu du Bonheur ou du Gain
& le Dieu du Malheur ou de la Perte ,
deux freres , établit de concert avec eux une
Académie pour ces Jeux. Une Troupe de
Joueurs , conduits par l'Esperance , viennent
s'y rendre avec empressement. La Fraude y
amene plusieurs Escrocs ,qui font leur main , &
se retirent bien contents . Le Desespoir, suivi
de la Rage & des Furies , s'empare de ceux
qui perdent , les trouble , les agite , les tourmente
d'une maniere impitoyable , &c. ...
La Scene change ; Comus qui préside aux
Festins , métamorphose les Tables de Jeux,
en Tables couvertes de bons mets , dont il
régale ceux qui ont gagné , aux dépens de
ceux qui ont perdu , &c. Un spectacle gaï
succede à un spectacle affreux.
Cette varieté divertit beaucoup , & rendit
La Scene , également instructive & agréable.
II. PARTIE.
La premiere Entrée de la seconde Partie ;
destinée aux Jeux d'Adresse , représente le
Palet , le Volant & le Balon , dont l'origine
est fondée sur la Fable . Apollon invente le
Jeu du Palet , il s'y amuse avec Hyacinthe,
son Ami. Zephyre , jaloux d'une si belle
union , soufle violemment le Palet contre la
tête
1739 1843
tête d'Hyacinthe. Celui - ci expire ; Apollon
s'en afflige , Zephyre s'en divertit, & imagine
um Jeu , qui exprime le pouvoir qu'il a dans
PAir. Il tire de ses aîles quelques plumes ,
dont il forme des Volans , que ses Compagnons
se renvoyent en cadence . Les Amis
d'Hyacinthe se saisissent de Zephyre, & l'enferment
dans la peau du Satyre Marsyas .
Apollon irrité , en fait un Balon pour servir
de Joüet à ses Eléves.
La seconde Entrée est une suite de la précedente.
Apollon institue une espece de Jeu
funebre , en l'honneur d'Hyacinte , c'est le
Jeu de Paulme , qu'il veut établir dans un
Edifice de couleur lugubre . Pan survient
avec ses Bergers ; il change les Balles , en
Billes , & les Houlettes de ses Pasteurs , en
Masses de Billard. Il leur aprend à pousser
tes Billes sur le tapis verd d'une Prairie , &
leur trace une légère ébauche du Billard.
La troisiéme Entrée représente des Jeux
Militaires , que Mars & Bellonne inventent,
pour amuser les Soldats des quatre Nations
Belliqueuses , qui ont eû part à la derniere
Guerre. Ces Jeux servent de prélude & d'accompagnement
à la Publication de la Paix .
Les Guerriers , au lieu d'armes , prennent des
rameaux d'Olivier , & suivent le Char du
Héros Pacifique , auteur de leur repos.
Cette Partie fut executée avec tout le succès
ima
imaginable. Chacun reconnut notre Auguste
Monarque dans le Heros Pacifique , & retrouva
dans la Publicationfeinte , une image
naïve de la vraye Publication.
III. PARTIE .
La troisiéme Partie , qui traite de l'origine
des Jeux d'Esprit , c'est -à - dire , des Jeux
où il entre de la réflexion , égale celles qui
l'ont précedée .
D'abord elle met sur la Scene le Jeu des
Echecs , dont l'invention est dûë au Génie de
la Guerre , & au grand Palamede , qui se
sert de ce Jeu pour former les Officiers
Grecs avec leurs enfans , à l'attaque & à la
défense . I regle leur marche sur celle des
Echecs. Mais de jeunes Guerriers , instruits
par Ulysse , trouvant ce Jeu trop apliquant ,'
renversent l'Echiquier , & sur le revers ,
dressent an Jeu de Trictrac , qui divertit autant
, & qui fatigue moins l'esprit.
La maniere dont on représenta sur le sol du
Théatre un grand Echiquier peint , aves les
évolutions quefirent de jeunes Guerriers , vétus
en Piéces , & de petits Enfans vétus en Pions
parût des plus ingénieuses , &surpassa l'attente
de tous les Spectateurs.
Ensuite on en vint aux Jeux de Théatre ;
inventés par Momus , qui donna une Pantomime
fort divertissante , d'où il sçût exclure
la
a bouffonnerie basse . & triviale . Elle ne
endoit qu'à instruire en badinant.
Suivirent les Jeux de Gobelets , ou les Tours
le Gibeciere , inventés par Mercure , qui
ar des prestiges singuliers , fit voir tout à la
ois la subtilité de son esprit , & la dexterité
le sa main.
Ces deux dernieres Entrées ne furent pas renës
avec moins d'aplandiffemens que la pree
niere.
IV. PARTIE.
Le Jeu de Quilles tint la premiere place
parmi les Jeux de main. On en attribue l'origine
à un Rustre Béotien , qui avec ses neuf
Enfans , habitoit au pied du Parnasse , d'où
l entendoit souvent les concerts des Muses
& des grands Poëtes. S'imaginant être devenu
Poëte lui-même avec toute sa famille ,
il ose escalader la docte Montagne , pour
disputer la gloire de la Poësie aux Divinités
du Pinde. Il est puni de son audace . Ses
neuf Enfans , qu'il préferoit aux neuf Muses,
sont changés par elles en neuf Quilles. Le
Pere est précipité par Apollon. En roulant
du haut en bas , il est métamorphosé en
grosse boule. Les Eleves du Permesse forment
de ces nouveaux Etres un Jeu propre
perpetuer la mémoire d'une telle avanture:
La Lutte & le Ceste , inventés par Hercule ,
à
sont

sont l'objet de l'Entrée suivante. De brave:
Lybiens , qui en font l'essai , en viennent a
armes , & font voir que les Jeux de main
dégenerent . quelquefois en querelles sérieuses.
Cette Partie finit par l'origine du Jeu de
Colin Maillard. On en est redevable au Levin
Tiresias , qui , devenu aveugle , ren
contre de jeunes Thébains , qui prennent
plaisir à le contrefaire , & viennent l'un apr
l'autre l'inquieter par des tours badins. Mais
enfin il saisit un de ces folâtres , lui metu
bandeau sur les yeux , & le fait servir à son
tour de Colin - Maillard à ses camarade ,
&c .
Le Public ne trouva pas moins d'agrém in
dans ces Jeux de main que dans les autres.
BALLET GENERAL.
Minerve , Déesse des Beaux Arts & de l
Sagesse , fonde dans l'Elide la célebration
des Jeux Olympiques , auxquels se rend, d
toutes les Parties de la Grece,la plus noble &
la plus florissante Jeunesse , pour y rempor
ter les Prix proposés par le grand Alcide......
L'aplication est trop sensible , pour avoir be
soin d'explication.
Après la distribution des Prix faite aux
Vainqueurs dans ces Jeux solemnels , Mi
nerve craignant que les hommes ne s'attachent
-
་ ་
·
,
tachent trop aux differentes sortes de Jeux
dont on a représenté l'origine dans ce Spectacle
, rassemble tous les Joueurs , & engage
les Divinités , qui ont présidé à l'invention
des Jeux à faire reprendre aux mêmes
Joueurs les Instrumens propres au travail ;
pour leur aprendre qu'il faut user du Jeu avec
moderation , & ne se le permettre que comme
un délassement honnête & innocent , qui
serve à se mieux disposer au travail.
Nous ne doutons pas que le Public ne nous
sçache gré de trouver ici les noms de ceux
qui ont si juftement mérité ses éloges dans
Pexecution de ce Ballet.
Mrs de la Combe ,
De Rieux ,
Couchonneau ,
De S. Aignan ,
Hermant ,
De Sens de Morsan ,
De Mongiraud ,
De Farcy des Granges ,
De Bussy ,
Regnard de Morinville ,
Des Touches
>
De Tournay d'Oisy,
De Bronod ,
Droüart ,
De Elenac ,'
D'Oisy ,
De Radelyffe ;
De Beaumont
De Rohan ,
Colignon ,
De Palis de Luyères ,
De Kerolain ,
De Radelyffe ,
Kenedy ,
Chabanon .
La présence du Comte de la Marche , fils
unique du Prince de Conty , anima ce Spectacle
, & contribua beaucoup à la joye d'une
brillante & nombreuse Assemblée , qui
H s'en
848 MERCURE DE FRANCE
s'en retourna extrêmement satisfaite du goût,
de la varieté , de la noblesse , de l'expression
des Entrées ; du bel ordre , de l'attention ,
du silence , & de la tranquillité qui regnerent
partout dans le cours de l'Action , mais surgrace
, de la propreté , de l'exactitude
, & de la régularité des Danses , executées
par les jeunes Seigneurs , dont la noble
émulation sembloit le disputer aux Maî
tres même , qui les avoient instruits.
tout de la
Les Pas & les figures sont de la composition
de M. Malter l'aîné , qui depuis plusieurs
années , signale son Génie pour cette
sorte d'Exercices , & qui par-là , peut avec
justice , être regardé comme un homme des
plus capables de conduire & de diriger les
plus brillans Spectacles en ce genre. *
L'Action fut terminée par l'Eloge du Roy,'
que l'on félicita sur le succès de ses Armes ,
sur l'heureuse Paix dont il a été l'Arbitre , &
sur le double Hymenée.
Cet Eloge fut prononcé avec beaucoup de
graces par M. de Chanais , & suivi de la Distribution
des Prix , qui se fit avec toute la
décence & la dignité convenables.
Le 6. Août , les Comédienss François représenterent
une Tragédie nouvelle , intitulée
Bajazet Premier ; on en donnera l'analyse,
pour mettre le Publ c en état d'en rendre
un jugement équitable.
A OUST. 1739.
Le 19. Août , la Demoiselle Dumont de la
nouvelle Actrice , débuta dans laTragédie d
dromaque, & y joua le principal Rôle avec des
aplaudiffemens très - bien mérités. Elle eft d'une
très-belle représentation , & joue avec autant de
sentiment , que d'intelligence & de nobleffe ; on eft
fort content d'ailleurs de fon action & de fa voix.
Elle eft fille du Sr Dumont de la Voye , qui étoit
Comédien de la Troupe du Roy depuis l'année
1695. mort en 1726.
Le 8. de ce mois , on donna sur le Théatre de
P'Hôtel de Bourgogne , la premiere représentation
d'une Comédie en Vers & en trois Actes , précedée
d'un Prologue , avec un Divertiffement , intitulée
Les Stratagêmes de l'Amour de la compofition de
M. de Caftera , Auteur d'une autre Comédie qui a
pour titre , Le Phenix , donnée sur le même Théatre
en Novembre 173 1. Les mêmes Comédiens ont
une excellente Piéce Italienne , fous le même titre ,
jouée à l'Hôtel de Bourgogne en 1716. accommodée
au Théatre par le Sr Riccoboni le Pere , qui y
jouoit le principal Rôle avec un aplaudiffement gé.
neral. Voyez le Mercure d'Avril 1726. page 805 .
On donna la même année sur le Théatre de POpera
, un Ballet sous le même titre , de Mrs Roy &
Destouches , & dont l'Extrait fe trouve dans le
Mercure qu'on vient de citer.
On repete actuellement à l'Opera un Ballet nouveau
en trois Actes, précedé d'un Prologue , intitulé
Zaide , qu'on doit donner le mois prochain. Le
Poëme eft de M. de la Mare , & la Musique de
M. Roycr
Le 18. Août , la Dlle Barbarina , dont les talens
pour la Danse se dévelopent tous les jours de plus
Hij en
dansa après le Ballet des Fêtes d'Hebé ,
Académie Royale de Musique continuë de
eprésenter , un Pas de Deux avec un nouveau
Danseur Italien . Ces deux excellens , Sujets sont
generalement aplaudis par un concours prodigieux :
il faut avouer qu'on n'a peut être encore rien vû
dans ce caractere Pantomime & burleſque , de fi
furprenant ni de fi fingulier.
Le Sr Blondi, qui a brillé longtemps fur le Théatre
de l'Opera , & l'un des plus beaux Danfeurs
qui ayent parû , neveu & Elève du fameux Beau-
Champ , Compofiteur des Ballets du Roy , fous
Louis XIV. & fils de N. Blondi , aujourd'hui vivant
, mourut à Paris en peu de jours , le 13. de çe
mois , âgé de près de 70. ans ; il avoit succedé au
feu Sr Pecourt , dans la compofition des Ballets de
l'Académie Royale de Mufique , mort en Avril
1729. Le célebre Dupré , Danseur inimitable , qui
réunit toutes les perfections de l'Art , remplace,
avantageufement , pour la compofition des Ballets,
la perte que l'Académie vient de faire.
Les Comédiens Italiens ont fait auffi une perte
des plus confiderables , en la perfonne de Thomaffe
Vicentini , nâtif de Boulogne ; il mourut le 19. de
ce mois après une longue maladie , âgé de 57. ans.
Il étoit venu avec la Troupe en 1716. Il a toujours
joué le Rôle d'Arlequin avec un aplaudiffement géneral.
Jamais Acteur n'a été plus Pantomime ,
plus balourd , & plus naturel , & n'a joué avec tant
de fineffe , & de
graces. Il ne reste plus de cette
ancienne Troupe que la Dlle Riccoboni Flaminia ,
le Sr Mario , & la Dlle Silvia , fon Epouſe.
LET
AOUS T. 1739. 1851"
LETTRE écrite de Compiegne le dernier
Juillet 1739. à M. ***
A Cour a été ici des plus brillantes ; l'attaque
Ldu Fort Polygonne a attiré un concours prodigieux
d'Etrangers , & on peut dire qu'on n'y a ja
mais eû tant de differens amuſemens , fans compter
une Troupe de Comédiens , qui a joué tous les
jours ; jufqu'au départ du Roy. C'est celle du Sr
Moylin le cadet , & de le Sage le Cadet , fort connuë
dans differentes Villes du Royaume , où elle a toujours
joué avec beaucoup de fuccès . Le Roy les a
honoré deux fois de fa présence , comme vous aurez
pû le voir dans le Mercure de France du mois dernier.
S. M. parut très- contente des deux Repréſentations
qu'Elle a vû , & en témoigna publiquement
fa fatisfaction , qui leur à valû le titre de Comédiens
du Roy , dont le Duc de Gèvres , Premier Gentil- .
homme de fa Chambre , leur a délivré un Certificat.
Au refte cette Troupe eft très - bien affortie ,
le Sr Moylin , qui en eft le Chef , eft l'Auteur de
la derniere Piéce que le Roy a vûë , il y a joué le
Rôle d'Arlequin , avec beaucoup d'intelligence & de
légereté ; il a été très bien ſecondé par les autres
Acteurs , en Scaramouche , Pierrot , & c . qui ont
mérité les aplaudiffemens qu'ils ont reçûs . Le Sr le
Sage s'eft auffi diftingué dans les Rôles sérieux
ayant d'ailleurs l'avantage d'une fort belle voix . La
Chanteuse a executé differentes Cantates qui ont
fait beaucoup de plaifir . Les Srs Lefevre & Pasourel
font les principaux Danfeurs , de même que les
Diles Lefevre & Dupuis , & chacun dans leur genre
ent fait paroître leurs differens talens .
Hiij NOU-
>
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Conftan
tinople le 11. Juin 1739.
M France à la Porte ,a pris le titre d'Ambafla-
R le Marquis de Villeneuve , Ambaffadeur de
deur Extraordinaire & Plenipotentiaire , & en cette
qualité , il a eû Audience de Congé du G. S. & du
Caïmacan.
Ces Audiences ont été des plus magnifiques , la
Porte ayant donné à M. l'Ambaffadeur une Garde
de 100. Janiffaires avec leurs Officiers , & Son Excellence
ne fort plus de fon Palais , que cette Garde
ne l'accompagne. Voici un petit détail au sujet du
Cartege de M. l'Ambaffadeur , quand il eut Audiance
du G. S. & du Caïmacan .
les.
S. Excellence fortit de fon Palais , précedée de
vingt Janiffaires de la Porte , avec leurs habits de
cérémonie , lefquels étoient fuivis de 80. Chaoux
à cheval , avec leurs Bonnets de cérémonie ,
100. Janiffaires de la Garde de l'Ambaffeur marchant
deux à deux avec leurs Officiers . L'Ecuyer de
S. Excellence venoit enfuite , très bien monté , lequel
étoit fuivi par 12. Domestiques conduifant 11 .
chevaux de main , harnachés fuperbement à la
Françoife , & 12. autres Domeftiques pour les Caparaçons.
Ces 24. Domestiques étoient habillés à la
Turque. Le Maître d'Hôtel, les Chefs de Cuifine
& d'Office , &c . venoient enfuite parfaitement bien
montés , lefquels étoient fuivis de 12. autres Domeftiques
habillés à la Hongroife, portant la Livrée
3
de
de S. Excellence , & de 24. Valets de pied : marchoient
enfuite huit Enfans de Langue à cheval , &
fix Valets de Chambre de l'Ambaffadeur auffi trèsbien
montes , avec de riches habits uniformes , pareils
à ceux des autres Officiers .
Quatre Drogmans précedoient immédiatement
M. l'Amb ffadeur , lequel étoit monté fur un magnifique
Cheval , & très richement harnaché , dont
le Caïmacan avoit fait préfent à S. Excellence le
jour de l'Audience ; & le jour de celle du
Grand Seigneur , S. H. lui avoit fait préfen: aufſi
d'un des plus beaux Chevaux de fon Ecurie , fuperbement
harnaché .
M. l'Ambaffade ur avoit à fa droite le Chiaoux-
Bachi , & à fa gauche le Capigi-Bachi , tous deux
Pachas à trois queues ; les Secretaires de l'Ambaffadeur
venoient enfuite , avec toute la Nation Françoife
, les Capitaines de Vaiffeaux François , & leurs
Officiers, tous très bien montés, ce qui formoit un
Cortege de plus de 150. Cavaliers François ; & je
puis vous assurer qu'on n'a jamais vû d'Audience
d'Ambaffeur plus remplie de magnificence.
Le G. S. fit préfent à Son Excellence d'une
fuperbe Vefte de Samour , & fit diftribuer 80. Caftans
pour les principaux de fa fuite ; le Caïmacan
fit auffi préfent à S. Excellence d'une Vefte d'Hermine
, & fit diftribuer 60. Caftans aux principales.
Perfonnes qui le fuivoient .
RUSSIE.
N écrit de Petersbourg que le Marquis de
Botta,que l'Empereur le
fadeur Extraordinaire , pour faire la demande de la
Princeffe Anne de Meckelbourg , fit le 13. du mois
paffé fon Entrée publique à Petersbourg , & que le
Hiuj
14.
14.
il eut une Audience de la Czarine , à laquelle
demanda la jeune Princeffe , au nom de l'Empereur
, pour le Prince Antoine -Ulric de Bevern .
S. M. Cz. donna enfuite Audience à M. de
Cram , Miniftre Plenipotentiaire du Duc de Bevern,
& les Articles du Contrat de mariage de la Princeffe
furent fignés par le Marquis de Botta , pour
P'Empereur ; par M. Tfcerkaskoy , Miniftre du Cabinet
, pour la Czarine , & par M. de Cram , pour
le Duc de Bevern .
Le 15. les Seigneurs & Dames de la Cour s'étant
affemblés dans l'apartement de la Czarine , S. M.
Cz. monta en caroffe vers les dix heures du matin ,
pour conduire la Princeffe Anne de Meckelbourg
à l'Eglife de N. D. de Cafan , où devoit fe faire la
célebration du Mariage de cette Princeffe , & la
marche fe fit dans l'ordre fuivant.
Une Compagnie des Grenadiers dupremier Régi
ment des Gardes à pied ; le Caroffe du Grand Maréchal
de laCour ,précedé de ſa Livrée à pied & de quatre
Pages à cheval ; les autres Grands Officiers & les
Gouverneurs de Provinces , chacun dans un caroffe
attele de fix chevaux , comme celui du Grand Maréchal
; un Détachement des Gardes à cheval , avec
un Timbalier & deux Trompettes ; le caroffe du
Grand Maître des Cérémonies , ceux des Confeillers
Privés , & ceux des Présidens des Confeils ,
après lefquels venoient ceux des Miniftres ; quatre
Coureurs , fix Heyduques & 24. Valets de pied du
Duc de Curlande , à pied ; fix de fes Pages & deux
de fes Gentilshommes , à cheval , le Prince Héréditaire
de Curlande & le Prince Charles , fon frere ,
dans un caroffe à huit chevaux . Un autre caroffe
attelé auſſi de huit chevaux , dans lequel le Duc de
Curlande étoit avec fon premier Ecuyer & fon premier
Chambellan ; un fecond Détachement des,
Gardes
A OUS T. 1739. 1855
;
Gardes à cheval ; quarante Valets de pied de la Czarine
; fes Dames & fes Demoifelles d'Honneur
& celles de la Princefle Anne de Meckelbourg ,
dans plufieurs caroffes à fix chevaux les Trompettes
de la Chambre ; 12. Pages de S. M. Cz . à
cheval ; un de fes caroffes , dans lequel étoit la
Princeffe de Curlande ; la Czarine dans un carofle
attelé de huit chevaux , & aux deux côtés duquel
marchoient un grand nombre de fes Pages . La
Princefle Anne de Mecke bourg étoit dans le même
carofle à là gauche de S. M. Cz . vis - à - vis de
laquelle étoit la Princeffe Elizabeth Petrowna , &
l'autre place du devant du caroffe étoit occupée par
la Ducheffe de Curlande . Le Caroffe de la Czarine
étoit fuivi d'un Détachement des Gardes du Corps ,
& la marche étoit fermée par les caroffes des
Dames de la Cour , & par une Compagnie de
Grenadiers du fecond Régiment des Gardes à
pied.
Les Régimens des Gardes à pied , & les autres
Régimens qui compofent la Garnifon de Petesbourg
, étoient en haye & fous les armes dans les
rues par lesquelles la Czarine paffa , & ils battirent
aux champs pendant toute la marche.
Lorfque la Princeffe Anne de Meckelbourg descendit
de caroffe , le Prince Héreditaire de Curlande
lui préfenta la main , & il la conduifit à la
place qui lui avoit été préparée dans l'Eglife , où le
Prince Antoine Ulric de Bevern s'étoit rendu avec
un magnifique cortege quelque temps avant que la
Czarine y arrivât . S. M. Cz . s'étant placée fur fon *
Prie -Dieu , elle y fit fa priere , & après que le Duc
de Curlande eut conduit à l'Autel le Prince Antoine
Ulric de Bevern , elle y conduifit la Princeffe
Anne de Meckelbourg .
Pendant que l'Archevêque de Wologda donna
Hv la
1856 MERCURE DE FRANCE
la Bénediction Nuptiale à cette Princeffe & au
Prince fon Epoux , il y eut une falve génerale des
canons qui étoient placés devant l'Eglife , & de
ceux de la Citadelle & de l'Arfenal , ainfi que de la
moufqueterie des Troupes de la garnifon . Après la
céremonie la Czarine retourna au Palais avec le
même cortege qui l'avoit accompagné à l'Eglife ;
& le Marquis de Botta , Ambaffadeur Extraordimaire
de l'Empereur , dans une Audience qu'il eut
de la Princefle de Bevern , lui remit les Préfens que
PImperatrice a envoyés à cette Princeffe .
Le même jour la Czarine reçut , ainfi que le
Frince & la Princeffe de Bevern , les complimens
des Miniftres d'Etat & de la principale Nobleffe , &
elle dîna en public avec ce Prince & cette Princeffe,
Ja Princeffe Elizabeth Petrowna , le Duc & la Ducheffe
de Curlande , le Prince Héreditaire & le
Prince Charles de Curlande , & la Princeffe leur
foeur.
Il y eut le foir au Palais un Bal qui dura juſqu'à
minuit , & toutes les Maifons de la Ville forent
illuminées , auffi bien que les Yachts de S. M. Cz .
Le lendemain , le Marquis de Botta eur fon Audience
de congé de la Czarine , & S. M. Cz . donna
un fecond Bal , qui ne fut pas moins magnifique
que le premier.
On repréfenta le 17. une Paftorale fur le grand
Théatre en préfence de la Cour , & le 18. il y eut
une Mafcarade , compofée de quatre Quadrilles .
La Princeffe de Bevern étoit à la tête de la premiere
; la feconde étoit conduite par la Princeffe
Elizabeth Petrowna , & les deux autres l'étoient
par la Ducheffe & la Princeffe de Curlande.
Le 19 on tira un très beau Feu d'artifice , & toues
les maifons de la Ville furent illuminées , de
même que le jour de la célebration du Mariage.
On
1739. 1057
On a apris fur la fin du mois dernier , que le
Pacha qui commande en Valachie ; a fait empaler
foixante Habitans de cette Province , qui ont été
foupçonnés d'entretenir des intelligences avec le
Comte de Munich.
RESCRITde l'Imperatrice de Russie , à ses
Miniftres anx Cours Etrangeres.
Ndune Lettre de Grundberg , par lequel nous
Ous recevons par la Pofte de Berlin , l'Extrait
aprenons avec une furprife inexprimable , ce qu'on
dit être arrivé à un Officier Suedois nommé
Sinclair.
>
Notre réputation , notre honneur , nos intentions
chrétiennes & notre magnanimité , font ( graces
Dieu fi bien établis dans le monde , qu'il n'y aura
aucun homme de bien qui voudroit foupçonner ,
que Nous , ou les Nôtres , ayons tant foit peu de
part dans cet aflaffinat ; deforte qu'il feroit inutile
de nous donner des mouvemens pour le perfuader
au Public.
Cependant , comme tout ce qu'on a débité publiquement
( quoique , à ce que nous efperons ,
fans fondement ) dans toute l'Europe depuis le
commencement de la derniere Diette de Suede , touchant
les mauvaiſes intentions de cette Couronne
contre Nous , & l'Alliance à conclure entre Elle
& l'Ennemi hereditaire du Nom Chrétien, n'eft que
trop connu , & que par cette railon quelques- uns
pourroient être portés à penfer que , pour décou
vrir une chofe dont le bonheur & la sûreté de tant
de millions d'hommes dépendoit , & qui feroit fans
doute fort dangereufe pour Nous , nos Royaumes
& nos Sujets , Nous pourrions avoir quelque part à
cet Evenement , d'autant plus que dans l'Extrait il
H vj eft
▪༠ )
eft fait mention des deux Officiers Ruffes qu'oa
fupofe les Auteurs de cet attentat , Et comme de
l'autre côté notre honneur & notre confcience Nous
font trop chers pour pouvoir aprouver des moyens .
vils à découvrir un fecret de quelque confequence .
qu'il pût être , & que jufqu'ici nous n'avons pas
ajoûté foi à tous les bruits fus mentionnés qui ont
couru dans le monde , & qui ne fçauroient jamais
nous porter à d'autre chofe qu'à ce que le fens com--
mun & la prudence exigent naturellement d'un
chacun ; Nous avons jugé néceffaire , auffi -tôt après
la réception dudit Extrait , d'ordonner , comme
nous le faifons par la Présente , à tous nos Miniftres
qui fe trouvent aux Cours Etrangeres , de
déclarer publiquement en notre Nom , tant de
bouche , que par écrit , felon que les circonftances ,
de chaque Lieu le demanderont , que non feulement
Nous n'avons , ni prenons la moindre part à.
ce lâche attentat , en cas qu'il fe trouve vérifié ,
( puiſque jufqu'à préfent Nous n'en fçavons rien
que ce que ledit Extrait contient , ) mais que Nous .
le regardons plutôt comme une action infâme , &
tout - à -fait indigne de notre honneur & de notie
dignité , & que nous le déteftons au dernier point.
Nous ne nous contentons pas de cette déclaration
, mais nous avons en outre , fait prier & requerir
S. M. I. Romaine & S. M. Royale de Pologne
, fur les Territoires de qui ledit Áſſaſſinat a dû
être commis , pour que dans leurs Etats ils donnent
les ordres les plus précis , afin de faire des recherches
après ces Meurtriers ; & en cas qu'on les
attrape , de les mettre en prifon , pour que le Public
puiffe fçavoir à qui attribuer cette action
noire.
Et , quoique nous ne fçaurions jamais croire que
quelqu'un de nos Gens ait été capable d'oublier,
jufqu'à
739. 1859
jufqu'à un tel point fon honneur & fa confcience ,
cependant Nous déclarons deplus , que nous employerons
tous les moyens , & ne ceflerons de pourfuivre
les Affaffins , qu'on ne les ait arrêtés , & que
tout le monde ne voye combien nous abhorrons de
pareilles lâchetés , & que sûrement nous ne permettrons
jamais qu'on entreprenne quelque chose
qui foit tant foit peu contraire à l'amitié & alliance
qui fubfifte heureufement entre Nous & la Couronne
de Suede , & dont nous ferons toujours
grand cas , étant fincerement portée de la cultiver
& maintenir conftament de notre mieux ..
O
SUEDE.
N mande de Stokolm , que le Roy ayan
voulu voir le Vaiffeau de Guerre , le Bourbon ,
que monte le Marquis d'Antin , Commandant de
PEfcadre Françoise , S. M. vint en cette Ville de
Carelsberg le 25. du mois paffé , & fe rendit dans
un Yacht à bord de ce Vaiffeau , où elle fut reçûë
au bruit des falves réiterées de l'Artillerie des Vaisseaux
de l'Eſcadre , & où elle trouva fur le pont les
Soldats en haye , la bayonnette au bout du fufil .
Après que le Roy eut vifité l'intérieur du Vaiſſeau ,
S. M. retourna à terre , & elle fut faluée , en fortant
, par une nouvelle décharge génerale d'Artillerie
& de Moufqueterie. ,
Le 26. le Marquis d'Antin donna fur le même
Vaiffeau un magnifique repas , auquel il invita tous
les Miniftres Etrangers , ainfi que les principaux
Seigneurs & plufieurs Dames de la Cour.
M.de Beſtuchef, Miniftre de la Cz.ayant remis aux
Miniftres du Roy une Déclaration de S. M. Cz , au
fujet du meurtre du Baron de Sinclair ; le Roy a fair
réponte à cette Déclaration , qu'il aprenoit avec .
plaifir ,
860 MERCURE DE FRANCE
plaifir , que la Czarine faifoit faire des informations.
pour découvrir les Auteurs de cet affaffinat ; qu'il
avoit ordonné de fon côté , de faire les perquifitions
néceffaires , & qu'il y avoit lieu d'efper er que
les Coupables ne demeureroient pas impunis
On a apris depuis que le Roy a mandé à M. de
Rindwick , fon Miniftre à Vienne , d'engager l'Empereur
à permettre que S. M. Suedoife 'des
envoye
Commiffaires en Silefie , pour faire des perquifitions
au fujet du meurtre dont on vient de parler ,
& à ordonner à la Régence de la Province , de travailler
avec ces Commiffaires à découvrir , s'il eſt
poffible , les Auteurs de l'affaffinat.
ALLEMAGNE.
les
Na apris de Vienne, que le Géneral Wallis ,
qui étoit campé à Mirava , près s Lignes de
Belgrade, ayant eû avis le 18. du mois paflè , que
Turcs s'étoient avancés à Ravona , & qu'ils le dispofoient
à paffer la Morave , il envoya ordre au
Comte de Neuperg , de venir le joindre à Wifniza
, où l'Armé Imperiale alla camper le foir. Ce
Géneral y refta de 19. & le zo pour attendre les
Troupes du Compte de Neuperg , & comme elles
n'étoient point arrivées le 21. au matin , il fe détermina
ce jour-là à s'avancer jufqu'à Vineza ou
Deux Ponts , pour être plus à portée d'être informé
des mouvemens des Ennemis. Il aprit en y arrivant
, que l'Armée des Turcs étoit à Semendria ,
& que plufieurs Détachemens de leurs Troupes s'étoient
avancés aux environs de Kroska , potte trèsavantageux
& fitué entre Semendria & Belgrade.
Sur cet avis , le Géneral Wallis après avoir tenu un
Confeil de Guerre , prit la résolution de s'emparer
du pofte de Kioska , avant que les Turcs pûffent
s'en
1
*157• 1005
s'en rendre Maîtres . Ce Géneral fe mit en marche
la nuit du 21. au 22. ayant lafle le commandement
de l'Armée au Prince de Saxe Hildburgshau--
sen , auquel il ordonna de le fuivre , & il prit les
devants avec 18 Compagnies de Grenadiers & 14.
Régimens de Cavalerie . Il arriva le 22. vers les
cinq beures du matin avec fon Détachement , à la
vûë de Kroska , où il trouva les Ennemis . Il les attaqua
tur le champ avec affes de fuccès , mais le
Régiment de . Cavalerie de Hoenzollern , s'étant
trop avancé , fut envelopé & si vivement preffé par
les Turcs que ne pouvant plus fe foûtenir , il fe
replia en defordre fur les Troupes qui le fuivoient,
& il y jetta un telle confufion , que le Géneral Wale
lis fut forcé de fe retirer fur les hauteurs , pour tâcher
d'y rallier fes Troupes .
Dans ce temps , le Prince de Saxe Hildburgshausen
, arriva avec toute l'Armée , & ayant reconnu
la fituation dangereuse dans laquelle se trouvoit
le General Walis , il s'empara du feul pofte qui
pouvoit favorifer fa retraite .
Les Turcs firent tous leurs effors pour obliger le
Prince de Saxe Hilaburgshauten d'abandonner ce
pofte ; ils l'attaquerent plufieurs fois , & malgré
leur feu , qui fut très-vif , & qui dura depuis midi
jusqu'à l'entrée de la nuit , ils furent toujours repoullés
, & enfin contraints d'abandonner leur attaque
.
Le Géneral Wallis fe retira dans le Camp qu'il
avoit occupé la veille & le lendemain a midi , il y
fut joint par le Comte de Neuperg Le Géneral Wallis
& le Prince de Saxe Hildburgshaufen , furent d'avis
, dans le Confeil de guerre , tenu le 23. au main
, d'attaquer les Turcs une feconde fois , mais le
léfaut de fubfiftance , détermina le refte des Géeraux
qui avoient été apellés au Confeil , à ne
point
1862 MERCURE DE FRANCE
point fuivre l'avis du Géneral Wallis. Dans cette:
Action , les Géneraux Lerzner & Caraffa , & le
Prince de Waldeck , Colonel , ont éré tués ; le Prince
de Waldek , l'aîné , & le Comte de Thaun , ont
été blessés à mort.
Le lendemain , les Turcs firent avancer un Corps
de Troupes jufqu'à la portée du canon du Camp dus
Géneral Wallis , & le Pacha qui commandoit ce
Corps , voulut faire attaquer les Gardes avancées
par un Détachement de Spahis , mais le Comte de
Neuperg étant arrivé avec fes Troupes au Camp
qu'occupoit l'Armée Impériale , les Turcs furent
obligés de fe retirer.
Le Géneral Wallis alla camper le 24. à Mirava,.
& les Turcs , qui ce jour- là n'avoient fait aucun
mouvement. , étant allés le 25. dans le Camp de
Wisniza , que les Impériaux avoient quitté , le.
Géneral Wallis fe détermina à repaffer le Danube.
Il fit tranfporter de l'autre côté de la Save les malades
& les bleffés ; il ordonna en même- temps , que
les bagages commençaffent à défiler fur le Pont de
Belgrade , & le 26. au matin , il décampa de Mirava
, pour aller fe pofter le long de la Riviere du
Témes.
Dès que l'Armée Impériale eut pris le parti de
repaffer le Danube , les Turcs fe rendirent à Mira--
va , & étant entrés le 27. dans les Lignes de Belgrade
, ils commencerent à canoner cette Place . Ils
avoient détaché dès le 23. un Corps de Troupes asfés
confiderable , & ils l'avoient fait marcher vers le
Bannat , dans le deffein de le ravager , d'ôter la
fubfiftance à l'Armée Impériale , de foûtenir le poste
qu'ils avoient pris à Panzova , & de faciliter les
convois néceffaires à l'execution de leurs projets.
Sur l'avis que le Géneral Wallis reçut de la marche
de ce Corps de Troupes , il réfolut de l'aller
attaquer ,
attaquer ; il paffa la Riviere de Temes , & le 29. du
mois dernier , il joignit les Ennemis , les défit , &
s'empara de leur Camp.
Cet avantage remporté fur les Turcs , leur ôte
le moyen de remonter le Danube avec leurs Vaisseaux
, & d'envoyer par eau des vivres à leur Armée.
Il met le Bannat à couvert des invasions des
Ennemis , il assûre la communication avec Belgrade
, il rend celle avec la Tranfilvanie ; & les Troupes
commandées par le Prince de Lobckwitz , sont
plus libres .
Le Géneral Wallis voulant mettre en sûreté le
Pays qui eft fur le bord de la Save , il y a envoyé le
General Baleyra avec cing Régimens.
Quelques Lettres écrites de l'Armée , avoient
donné lieu de croire que le Prince de Heffe n'avoit
éré que bleffé dans le Combat de Kroska , mais depuis
on a apris qu'il y avoit été tué. Voici d'autres
particularités qu'on a aprises depuis.
L'Armée Impériale étant allé camper le 26. du
mois dernier près de Ponza , de l'autre côté du Danube
, les Turcs entrerent le lendemain dans les
Lignes de Belgrade , & ils firent un fi grand feu
d'Artillerie fur les Vaiffeaux de guerre , & fur l'un
dés Ponts , qu'on fut obligé de le replier, & de fai
re éloigner les Vaiffeaux.
Le 28. les . Ennemis drefferent une Batterie contrela
Ville , & ils commencerent le foir à la canoner ;
ils y jetterent auffi pendant la nuit plufieurs Bombes,
qui ne cauferent aucun dommage confidérable.
Deux autres Batteries , qu'ils établirent cette même
nuit , tirerent le 29. fans interruption , & un
détachement de leurs Troupes donna un affaut dư
côté de la porte de Sabatsch , mais il fut repouffé .
Pendant que les Turcs paroiffoient feulement occupés
du deffeia de former le Siége de Belgrade , le
Séraskien
Séraskier de Widdin s'étoit avancé à Panzova avec
un Corps de Troupes , pour entrer dans le Bannar
de Temeswar , & pour ôter à notre Armée , en ravageant
cette Province , les moyens d'en tirer des
vivres & des fourages.
Sur l'avis de la marche de ce Séraskier , le Comte
de Neuperg paffa le Temes , par ordre du Comte
de Wallis avec neuf Bataillons & deux Régimens
de Cuiraffiers , & la nuit du 27. au 28. le Comte de
Wallis le fuivit avec neuf autres Bataillons , trois
Régimens de Cavalerie , & un de Dragons A peine
ces Troupes furent- elles de l'autre côté de la
Temes , qu'elles aperçurent les Ennemis qui les at
tendo ent en Bataille , mais comme le Corps de
Troupes que commandoit le Baron de Seheer , &
auquel le Comte de Wallis avoit donné ordre de
venir le joindre , n'arriva au Camp que le 28. au
foir , les Impériaux ne jugerent point à propos d'en- ..
gager le Combat..
Le 29. le Comte de Wallis ayant laiffé dans fon
Camp un Détachement de mille hommes de Cava →
lerie pour garder les bagages , il marcha dans la réfolution
d'attaquer les Turcs , qui endirent avec
beaucoup d'impétuofité fur l'aile gauche , commandée
par le Prince de Saxe Hildburgshaufen.
Quelques efforts qu'ils fiffent pour rompre cette
aile , ils ne purent y réüffir , mais ils penetrerent
dans le Corps de Bataille , & ayant mis en défor
dre quelques Bataillons , ils crurent être victorieux .
Ce ne fut pas pour long- temps , car le Régiment
du Comte Charles Palfi les repouffa , & plufieurs de
leurs Officiers de diftinction furent tués en cette
occafion.
La vivacité de leur attaque ayant été rallentie par
cet échec ; le Comter de Wallis eut le temps d'é-
Lendre fes Troupes fur un plus grand front , & ilfe
difpofoit
difpofoit à continuer le Combat , lorsque les Ennemis
fe retirerent précipitamment . On a trouvé dans
le Camp des Turcs quelques bagages qu'ils n'out
pa emmener avec eux.
ITALIE.
Es Lettres de Rome portent que le 20. du mois
Ldernier,le Pape tint un Confiftoire , dans le
?
quel S. S. fit la cérémonie de fermer & d'ouvrir la
bouche au Cardinal de Tencin , à qui Elle donna le
Titre de S. Nerée & S. Achille. Le Pape donna dans .
le même Confiftoire le Chapeau au Cardinal Corio.
La Secretairerie d'Etat a expedié le Bref , par lequel
M. Lercari eft nommé Vice - Légat d'Avignon,
à la place de M. Bondelmonte.
Le Cardinal Corfini donna le 21. à l'occafion de
la Promotion des nouveaux Cardinaux , un magnifique
repas , auquel tous les Cardinaux créés par le
Pape Regnant furent invités , ainsi que le Duc de-
Saint Aignan , Ambaffadeur du Roy de France ; les
deux Fils de cet Ambaffadeur ; le Bailly de Tencin ,
Géneral des Galeres de la Religion ; le Lord Dumbare
; l'Abbé de Canillac , & les Prélats Crescenzi ,
Palavicini , & Cavalchini.
On mande de Genes , que M. de Jonville , Envoyé
Extraordinaire du Roy de France , eut le 28 .
une Audience particuliere du Doge , & qu'il fut
conduit à cette Audience par les quatre Députés que
le Sénat avoit envoyés pour le complimenter de la
ppaarrtt de la République.
Le Duc de Modene s'étant rendu à Genes avec
les deux Princeffes fes foeurs , la Ducheffe de Modene
, fon Epouse , y arriva le 31. du mois dernier
& le Duc de Modene étant venu de Campomorone,
petit Village à cinq lieues de Genes , où il étoit de
puis
puis trois ou quatre jours , alla dans une Gondole
avec l'Envoyé de l'Empereur au devant de cette
Princeffe .
Lorsqu'il monta fur la Galere , à bord de laquel
le étoit la Ducheffe de Modene , le Marquis de
Maulevrier, Commandant de l'Escadre qui a conduit
cette Princeffe à Genes , le fit faluer de quatre
coups de canon , & ordonna qu'on battît aux champs,
& que les Troupes de la Galere miffent la bayonette
au bout du fufil La Ducheffe de Modene reçût le
Duc au haut de l'efcalier de la Galere , & ils de- -
meurerent dans la Chambre de Poupe avec le Marquis
de Maulevrier ; & les principaux Officiers de
l'Efcadre jufqu'à neuf heures du foir , qu'ils débarquerent.
La Ville falua la Ducheffe de quarante
coups de canon , & les Galeres de France de trois »
décharges génerales d'Artillerie & de Moufqueterie
, & cette Princeffe étant defcendue au pied du a
Fanal , elle fut conduite à S. Pierre d'Arena , où on
lui avoit préparé un Palais.
Le Duc & la Ducheffe de Modene ont déclaré
qu'ils vouloient garder l'incognito , & ils ont remer-"
cié les fix Nobles & les fix Dames , que le Sénat
avoit nommés pour les accompagner. Le 2. de ce
mois , le Marquis de Maulevrier , dîna chés le Duc
de Modene , avec plufieurs Officiers de l'Escadre
Françoise, & la Ducheffe de Modene dîna le 3. avec
ce Prince & les Princeffes de Modene , à bord de
Ja Galere que monte le Marquis de Maulevrier .
Le Duc & la Ducheffe de Modene partirent le 6 .
pour fe rendre à Modene , & les Galeres de France
mirent à la voile le même jour pour Marſeille.
La Ducheffe de Modene a fait préfent au Marquis
de Maulevrier de fon Portrait dans une Tabatiere de
Laque du Japon , montée en or , &'enrichie de Diamans
. Quoique cette Princeffe ait voulu garder Pin
cognito
Π 34. 1737. 1007
cognito, on lui a donné à Genes plufieurs Fêtes , dont
quelques- unes ont éte très- magnifiques , & elle a par
fatisfaite de l'empreffement que toute la Nobleſſe à
fait paroître pour lui rendre agréable le féjour de
tette Ville.
L
ISLE DE CORSE.
E 17. Juillet , les deux Galeres de S. M. T. Ch.
partirent de la Baftie pour Ajaccio , où les
Brigantins s'étoient rendus quelques jours auparavants
, & tous les Bâtimes François s'affemblerent
à Calvi & à San- Fiorenzo , pour retourner à Marfeille
.
Le Marquis de Maillebois eft toujours occupé à
recevoir les Armes & les ôtages des Habitans , lesquels
montrent beaucoup d'empreffement à se foûmettre
, à l'exception de deux ou trois Chefs , qui
demandent qu'on leur accorde une Capitulation , &
qui s'obstinent à ne remettre leurs Armes qu'au
moment de leur embarquement.
Le Marquis de Maillebois ayant ordonné au Vice-
Conful de France d'aller declarer aux Chefs de
quelques Pieves de l'autre côté des Montagnes ,
que ceux qui ne fe remettroient pas à la clémence
du Roy de France , feroient traités avec la derniere
rigueur , deux Galiotes ont conduit ce Vice-
Conful a Porticiolo , d'où il s'eft rendu à Sartene ,
Capitale de la Province de la Rocca.
Lorsque ce Vice- Conful y a fait publier l'Amnistie
, les Habitans ont marqué par de grandes acclamations
la joye avec laquelle ils recevoient cette
nouvelle preuve de la clémence de S. M. T. C. Ils
ont fait une falve génerale de leurs Armes , & le
Vice-Conful eft retourné à Corte avec les ôtages &
les Armes de toutes les Pieves vers lefquelles il avoit
été député.
1868 MERCURE DE FRANCE
Il ne reste plus dans cette partie de l'Ifle qu'une
Pieve qui differe de fe foûmettre , jufqu'à ce qu'on
ait accordé des Paffeports au Baron de Troft , & à
quelques autres Adhérens du Baron de Neuhoff , &
& l'on peut regarder actuellement cette Ifle comme
entierement foûmife .
Selon les derniers avis reçus , Mrs Luc Ornano,
Michel Foffano , Balifone & Flacco , & plufieurs autres
des principaux Chefs des Rebelles , ont été
trouver à Corte le Marquis de Maillebois , qui fe
porte beaucoup mieux , & qui en eft parti le 26. du
mois paffé avec un Détachement de 600. Grenadiers
, pour fe rendre à Ajaccio , où il eft arrivé le
28.
Ce Géneral a fait arrêter à Corte plufieurs perfonnes
, entre autres le Supérieur & deux Freres
Lais du Convent d'Ommeffa , qu'on accuſe d'avoir
donné retraite au fils du nommé Schizzetto de Soveria
, qui a refufé jufqu'à préfent de fe foûmettre.
Les dernieres nouvelles confirment , que le Marquis
de Maillebois étoit parti de Corte le 26.du mois passéavec
14. Compagnies de Grenadiers , 150. Hussards
, les Volontaires , les Miquelets , & environ
5oo. hommes de Piquet , pour aller à Ajaccio, d'où
il doit fe rendre vers la Pieve de Talaro , la feule
de toute l'Ifle , qui ne foit pas encore foumile.
2.
Le Prévôt de Żicaro s'eft mis à la tête des Habitans
de cette Pieve , dans laquelle on dit qu'il y
1200. hommes en état de porter les Armes , en y
comprenant un grand nombre de Criminels & de
vagabonds qui s'y font réfugiés .
Le bruit court que le Baron de Troft ,
parent du
Baron de Neuhoff , eft parmi eux , & que la confiance
qu'ils ont dans la fituation avantageufe
de leur Canton , rempli de Montagnes , dont
quelques- unes font de fort difficile accès , leur fat
efperer
ST. 1739. 1869
efperer d'obtenir une Capitulation particuliere, mais
on compte les réduire par la famine .
Dès qu'ils auront remis leurs Armes , ce Général
fe rendra à Campoloro , & il diftribuera des quartiers
aux Troupes qui y refteront jusqu'à - ce que les
chaleurs , qui font exceffives cette année dans l'Ile
de Corfe , foient diminuées .
Quatre des Habitans de cette Ifle ayant été proserits
, on a défendu , fous peine de la vie , de leur
donner afile ni fecours , & l'on a promis une récompenfe
à ceux qui pourront les arrêter , ou indiquer
les Lieux de leur retraite .
Le Marquis de Maillebois a fait occuper par
des
Détachemens des Troupes Françoifes les Tours de
Giralato , de Garzalo , de Galeria & de Porto , qui
font dans les environs de Calvi.
ESPAGNE,
N travaille à Madrid à de grands préparatifs
pour les Fêtes que l'on doit donner à l'arrivée
de Madame , au- devant de laquelle Leurs Majeftés
iront à quelque diftance de cette Ville.
Mrs Keene & Caftries , Miniftres Plénipotentiaires
de S. M. Br. n'ont point encore été rapellés par
la Cour d'Angleterre , & le Marquis de Villarias ,
Secretaire d'Etat & del Despacho Universal , leur a
déclaré que leurs perfonnes n'étant point défagréables
au Roy , ils pouvoient refter à Madrid , nonobftant
la rupture des Conférences.
On a apris de la Haye , par l'Equipage d'un Vaisseau
qui y eft arrivé le 21. de ce mois des Côtes de
Bifcaye , que les Vaiffeaux des Affogues étoient ar
rivés dans le Port de San - Andero , fitué entre Bil
bao & le Paffage.
GRANDE
GRANDE BRETAGNE.
O
N aprend de Londres , que l'Avocat General
du Roy d'Angleterre , & celui de l'Amirauté ,
remirent le 28. du mois dernier au Confeil , en
conféquence des ordres qui leur avoient été donnés
le 21. le Projet des Lettres Patentes , par lesquelles
les Commiffaires de l'Amirauté font autorifés à accorder
des Commiffions , pour ufer de repréfailles
contre les Efpagnols.
Le Capitaine d'un Bâtiment , revenu depuis peu
"de la nouvelle Angleterre , a raporté qu'on y avoit
apris que deux Vaiffeaux de guerre & une Galiote
du Roy d'Espagne , s'étoient emparés dans la Baye
de Honduras , d'un Vaiffeau Anglois ; de deux Chaloupes
de la Bermude , & de deux autres Bâtimens,
& qu'ils en avoient emmené l'Equipage.
On affûre à préfent que cette Cour ne rapellera
Mrs Keene & Caftries, fes Miniftres Plénipotentiai--
res à Madrid, qu'en cas que Don Thomas Giraldino
reçoive ordre de S. M. C. de retourner en Eſpagne.
Le Gouvernement voulant éviter les inconvéniens
que les repréfailles contre les Eſpagnols pourroient
faire naître avec d'autres Puiffances , il a été
ordonné au Bureau de l'Amirauté , d'inferer dans
les Lettres de marque , qu'il eſt défendu , tant aux
Efcadres du Roy , qu'aux Capitaines des Vaiſſeaux
armés en courſe , de prendre aucun Bâtiment Eſpagnol
fur les Côtes des Etats des Puiffances neutres,
& que tous Capitaines , qui feront des prifes , ne
pourront toucher à la carguaifon ni en rien détourner;
qu'il leur eft enjoint expreffement de conduire
les Vaiffeaux avec leurs charges dans un des Ports
de ce Royaume , où l'on prononcera fur la validité
de leurs prifes , & que s'il s'y trouve des Marchandifes
dont l'entrée foit défendue en Angleterre par
quelque
1 /37• 1071
quelque Acte du Parlement , elles feront déposées
dans les Magazins du Roy , où elles demeureront
jufqu'à- ce que les Perfonnes auxquelles elles feront
adjugées , trouvent l'occafion de les faire fortir
du Pays.
xxxxxXXXXX EXEEXXXXXX
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E 8. Juillet , Charles Colonne , Romain , Car-
Ldinal Diacre,du Titre de Sainte Agathe des
Goths à la Suburra, mourut à Rome, âgé de 73. ans,
7. mois & 21. jours , étant né à Rome le 17. Novembre
1665. & de 33. ans 1. mois , & 22. jours
de Cardinalat , ayant été créé par Clement X I. Pape
, le 17. May 1706. Il étoit alors Majordôme du
Palais Apoftolique , Charge dont Innocent XII . l'avoit
pourvû le 2. Mars 1696. & dans laquelle son
Succeffeur l'avoit continué . Il étoit troiliéme fils
de Laurent Colonne , Prince de Palliaro & de Castiglion
. Duc de Tagliacoti , Grand Connétable du
Royaume da Naples , Prince de Seuil à Rome
Grand d'Espagne , Chevalier de la Toison d'Or ,
mort le 15. Avril 1689. agé de 53. ans , & de Marie
Mancini , Niece de Jules Mazarin , Cardinal ,
premier Miniftre en France , morte au mois de
May 1715.

Le 19. Août , François de la Rochefoucaud , apellé
le Marquis de Montendre , Feldt- Maréchal Géneral
de Cavalerie des Armées de la Grande- Bretagne, &
Maître Géneral de l'Ordonnance de l'Artillerie en
Irlande , qui avoit fervi avec diſtinction dans toutes
les Guerres du Roy Guillaume , & de la Reine Anne
d'Angleterre , mourut à Londres, âgé d'environ
71. ans. Il avoit été marié le 2. May 1710. avec la
I fille
ע
ΓΙΑ WE
fille unique d'ezechiel , Baron de Spanheim , Miniftre
d'Etat , & Ambaffadeur du Roy de Pruffe en
Angleterre , célebre par les fçavans Ouvrages qu'il
a donnés au Public , & mort à Londres le 7. Novembre
1710. dans la 81. année de fon âge. Il ne
paroît pas qu'il en laiffe des Enfans. Le Défunt
étoit frere aîné de Louis de la Rochefoucaud , Marquis
de Montendre , ancien Capitaine de Vaiffeaux
du Roy , ci-devant Capitaine- Colonel des Suiffes
de la Garde de feu Charles de France , Duc de Berry
, & le feul reftant de la Branche des Marquis de
Montendre , n'ayant point d'Enfans de Suzanne
d'Argouges , fon Epouse.
ADDITION
Aux Nouvelles Etrangeres.
Na apris en dernier lieu de Vienne , que le
Camp de Panzova , que l'Armée Impériale
occupoit depuis le 30. Juillet , étant peu commode,
& les Troupes y manquant de fubfiftance, le Feldt-
Maréchal Comte de Wallis retourna le 3. Août
à celui de Jabouka .
Il prit ce parti , sur ce qu'il avoit été informé que
les Turcs faifoient remonter la Temes à une partie
de leurs Saïques , pour l'empêcher de repaffer cette
Riviere d'ailleurs , l'Armée en campant à Jabouka
confervoit la communication avec Belgrade , & elle
couvroit le Magaſin établi à Betzкereck fur la Riviere
de Kuftos .
La marche d'un Corps des Troupes des ennemis ,
lequel s'eft avancé vers la Temes dans le deffein de
s'emparer d'un Pofte fur cette Riviere , a obligé le
Comte de Wallis de s'en raprocher & d'aller camper
à Tomarchouwiza.
Le
AOUST. 17397 1879
Le Seraskier de Widdin , après avoir fait avec le
détachement qu'il commande , divers mouvemens
du côté de Vipalanka , & après y avoir fait conduire
un train confiderable d'artillerie , eft revenu dans
le Pofte de Panzova.
La Ville de Bellegrade eft entiérement inveſtie du
côté de la Terre par les Turcs, qui , depuis le 28 du
mois dernier , n'ont point cessé de tirer fur cette
Place , quoiqu'on leur ait démonté trois Batteries .
Pendant quelques jours ils ont parû s'attacher
principalement à ruiner les maifons de la Ville
mais ils ont établi depuis eu une nouvelle Batterie,
avec laquelle ils ont commencé à battre le Baftion
de S. Charles .
Quelques efpions ont raporté que le Gand Vifir
avoit ordonné de préparer un grand nombre d'échelles
, ce qui fait conjecturer qu'il fe dispose à
tenter un aflaut.
Le Géneral Suckoff , qui commande dans la Place,
ne néglige rien pour retarder le progrès des travaux
des Affiegeans , & pour fe mettre en état de faire
une longue réfiftance . Il a obligé les vieillards, les
femmes & les enfans , de fortir de la Ville , & il n'y
a gardé que le nombre d'Ecclefiaftiques , néceffaire
pour célebrer l'Office divin & pour adminiftrer les
Sacremens .
On a élevé par fon ordre trois potences , une
dans la gande Place , la feconde à la Porte de Wirtemberg,
& la troifiéme dans le Faubourg des Ras
ciens , pour y pendre les mutins & les deferteurs .
Le Grand Vifir ayant détaché il y a quelques jours
4000. Janiffaires du côté de Sabatsch , on croyoit
qu'il avoit pris la réfolution de s'en rendre maître,
mais jusqu'à préfent ce Fort n'a pas été attaqué. On
a apris par un Rascien qui avoit été fait prisonnier,
qui s'eft échapé des mains des Tures, qu'ils avoient
I ij perdu
1874 MERCURE DE FRANCE
perdu beaucoup de monde dans le combat de
Kroska.
La perte que les Impériaux ont faite en cette occafion
, n'eft pas moins confidérable, & ſuivant une
Lifte qui paroît dans le public , il y a cû 117. Officiers
de tués & 210. de bleffés , fans y comprendre
le Prince de Walbeck , l'aîné, & le Comte de Daun,
Lieutenants Feld- Maréchaux , le Prince de Birkenfeldt,
les Comtes de Geisruck & de Grune , Majors
Géneraux, & dix Colonels , qui font les Comtes de
Marulli , de Berckold , de Muffere & de Circourt ,
& les Barons de Wefel , de Thunghen , de Terzy ,
de Pretzner , Jean Villanova . & Théodore Moron .
Le nombre des Soldats blessés monte à 5376. &
celui des tués à près de 5500,
On vient d'aprendre de Genes , que le bruit s'y
étoit répandu que les Habitans de la Pieve de Talaro
paroissoient peu disposés à fuivre l'exemple du
refte des Corfes , & les dernieres Lettres du Marquis
de Maillebois, marquent qu'on devoit les attaquer
par quatre endroits , s'ils ne rendoient pas leurs
Armes , & ne donnoient pas des ôtages dans le
temps qui leur avoit été accordé.
Le Marquis d'Ossonville , que ce Géneral avoit
envoyé pour attaquer 600. Rebelles , qui s'étoient
retranchés à six mille de Baftalica , leur a tué beaucoup
de monde , & il les a chassés du pofte qu'ils
⚫ccupoient.
Le 4. Août un Détachement de 80. hommes ,
qui soûtenoient des Travailleurs , qu'on avoit fait
avancer, pour réparer un chemin, ayant essuyé une
décharge de Mousqueterie d'environ 5oo. Montagnards
qui étoient en embuscade derriere des Rochers
, ce Détachement , malgré le grand feu des
Rebelles , marcha à eux , pénetra dans les défilés ,
A O UST. 1739.- 1875
& obligea les Rebelles de fe retirer. Il y a eu en
cette occafion de la part des François cinq hommes
de blessés & quatre de tués, du nombre desquels eft
un Officier du Régiment de la Sarre
Une Troupe de Bandits a tué vers le Pont de Go
lo, le Maître d'Hôtel du Marquis du Châtel , Maréchal
de Camp , & les Soldats qui lui servoient d'es
corte , ont été tous tués ou blessés .
FRANCE .
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E premier de ce mois , la Reine , accompagnée
L desDanes de la Cour, alla à l'Eglife du Monaftere
de la Vifitation de Compiegne , & S. M.
donna le Voile à la Niece d'un de fes Officiers. Le
Sermon fut fait par l'Abbé de la Pauſe , Prédicateur
ordinaire du Roy .
La Reine , qui étoit partie de Compiegne le 3
a refté à Chantilly jufqu'au s. au foir qu'elle
s'est renduë à Verfailles . Monfeigneur le Dauphin
y arriva le 2.
Le Roy alla le 3. de Compiegne à Chantilly'
& S. M. y a refté jufqu'au 6. au foir , qu'elle retourna
à Verſailles .
Le 7. dans l'Affemblée Génerale du Corps de Vil
le , M. de Saintfray' , Notaire , & M. l'Enfant ,
rent élus Echevins.
fu+
Le 2. les Chevaliers , Commandeurs , & Offi
I iij. ciers
1876 MERCURE DE FRANCE
dertiers
de l'Ordre du S. Esprit , s'étant rendus vers
les onze heures dans le Cabinet du Roy , S. M. y tint
un Chapitre, dans lequel le Marquis de Lamina , Ambaffadeur
du Roy d'Eſpagne, & qui avoit été propofé
dans le Chapitre , tenu le 17. du mois de May
nier, pour être Chevalier , fut admis , après que
l'Abbé de Pomponne , Chancelier des Ordres du
Roy , eur raporté qu'il avoit fatisfait à ce qui eft.
prekrit par les Statuts . Dans ce Chapitre , le Roy
accorda au Marquis de Lamina la permiffion de
porter dès à prefent la Croix & le Cordon de l'Or.
dre du S. Esprit.
Le 13 , les Députés de la Province de Languedoc
eurent Audience du Roy. Ils furent préfentés à
S. M par le Prince de Dombes , Gouverneur de la
: Province , & par le Comte de Saint Florentin , Secretaire
d'Etat , & conduits en la maniere accoûtumée
, par le Marquis de Brezé , Grand - Maître des
Céremonies, & par M. Defgranges , Maître des Céremonies.
La Députation étoit compofée , pour le
Clergé , de l'Evêque de Montpellier , qui porta la
parole ; du Vicomte de Polignac , pour la Nobleffe;
de Mrs Goudar & de Saint Laurent , Députés du
Tiers- Etat , & de M. de Montferrier , Syndic Géneneral
de la Province . Le même jour ces Députés
eurent Audience de la Reine , de Monfeigneur le
Dauphin & de Mesdames de France.
Le 14. Madame , & Madame Henriette , entendirent
la Meffe dans la Chapelle du Château ~
Verfailles, & communierent par les mains de l'Abbé
Paigne , Chapelain du Roy.
Le 15. de ce mois , Fête de l'Affomption de la
Sainte Vierge , le Roy & la Reine entendirent dans
la
AOUS T. 1739. 1877
la Chapelle du Château de Verſailles , la Meffe qui
fut chantée par la Mufique.
L'après midi , le Roy accompagné de Monseigneur
le Dauphin , du Duc de Chartres , du Prince
de Dombes & du Comte d'Eu , affifta aux Vêpres
& à la Proceffion , à laquelle l'Abbé Broffeau , Chapelain
de la Chapelle de Mufique , officia ; la Reine
entendit les Vêpres dans la Tribune.
Le même jour, la Reine communia par les mains
du Cardinal de Fleury , fon Grand Aumônier.
Le même jour , l'Archevêque de Paris , fit après
les Vêpres , avec le Clergé de l'Eglife de N. D. la
Proceffion folemnelle qui fe fait tous les ans en mémoire
du Vou que Louis XIII . avoit fait pour obtenir
du Ciel, par l'interceflion de la Sainte Vierge ,
la fécondité de la Reine. Nous avons rendu compre
dans le Mercure d'Août 1738. qui étoit l'année centainaire
, depuis que le Royauine reconnoît la Mere
de Dieu pour fa Patronne fpéciale, de toutes les formalités
qui s'obfervent au fujet de cette Proceffion,
à laquelle le Parlement , la Chambre des Comptes,
la Cour des Aydes , le Prevôt des Marchands , les
Echevins & autres Officiers du Corps de Ville af-
Aftent.
Le 16. l'Evêque de Quebec fut Sacré dans la Chapelle
du Séminaire de S. Sulpice , par l'ancien Evê--
que de Quebec , affifté des Evêques de Treguier &
de Bethleem .
Le Roy ayant résolu d'augmenter ſes Troupes
d'Infanterie d'un Régiment , fous le titre de Royal
Corfe , Sa Majefté en a nommé Colonel , le Comté
de Vence , qui étoit Lieutenant dans de Régiment
des Gardes Françoiſes.
I iiij Sa
Sa Majesté a nommé l'Archevêque de Toulouse
à l'Archevêché de Narbonne , & Elle a donné à l'Abbé
de Nicolai , le Prieuré de Sainte Catherine du
Val des Ecoliers .
Le 25. de ce mois , Fête de S. Louis , la Proce
fion des Carmes du Grand Convent , à laquelle le
Corps de Ville affifta , alla , fuivant la coûtume ,
à la Chapelle du Palais des Thuilleries , où ces Religieux
dirent la Meffe.
L'Académie Françoise celebra le même jour la
Fête de S. Louis, dans la Chapelle du Louvre. Pendant
la Meffe , on chanta un Pleaume en Mufique
de la compofition du fieur Dornel , & l'Abbé de
Saint Vincent prononça le Panégyrique du Saint.
L'après midi , l'Académie diftribua les Prix d'Eloquence
& de Poefie, dont le premier a été rempor
par M. Nicolas , & le fecond par M. Linan .

L'Académie Royale des Sciences & celle des Inse
criptions & Belles Lettres, célebrerent la même Fête
dans l'Eglife des Prêtres de l'Oratoire , où le Panégyrique
du Saint fut prononcé par le Pere Saint Hilaire
, de la Doctrine Chrétienne . Il y eut auffi pendant
la Meffe un beau Moret de la compofition du
feur Dubuffet..
Le même jour , Fête de S. Louis , le Concert
d'Inftrumens que P'Académie Royale de Mufique
donne tous les ans au Château des Thuilleries ,
Poccafion de la Fête du Roy , a été executé par un
grand nombre d'excellens Symphoniſtes de la même
Académie , qui jouerent differens Morceaux de
Mufique de M. de Lully , & d'autres Maîtres modernes,
Ал
AOUST. 1879
1739%
Au mois de Juillet dernier , la Cour étant à Compiegne
, M. de Blamont , Surintendant de la Mufique
du Roy en Semestre , fit chanter en Concert
le Prologue & les cinq Entrées qui compofent l'ingénieux
Ballet de l'Europe Galante , executé dans
la plus grande perfection ; les principaux Rôles furent
remplis par les Dlles Mathieu , Defchamps ,
Abec , Daigremont , Huguenot & Rotiffet , & par
les Srs Daigremont , le Begue , Dubourg , Gode--
neche , Benoît & Jeliot..
Le 27. du même mois , on concerta le Prologue:
& le premier Acte d'Amadis de Gaule.
Le 8. Août , la Cour étant à Verſailles , on chanta
les derniers Actes du même Opera.
Le 17. la Reine entendit l'Opera d'Iphigenie
qui fut continué le 19. & le 22. par les mêmes
Acteurs.
Le 27. M. de Blamont donna un Concert à la
Reine , composé du Prologue d'un Ballet , fait à
l'occafion du Mariage de MADAME , dont le Sujet eft
allégorique à ce grand Evenement . Les Paroles font:
de M *** & la Mufique , de M. de Blamont. S. M.
parut très-fatisfaite de ce Divertiffement.
La Fête de Sainte Anne , Patronne de M. de
Vendeuil , Ecuyer du Roy , très - connu dans l'Europe
, pour les excellens Hommes de cheval qu'il
a formés , auroit dû être célebrée le 27. Juillet ,
mais elle a été remise au 23. de ce mois. Plufieurs
des Gentilshommes qui devoient la donner , étant
Officiers & Moufquetaires du Roy , & par conséquent
abfens pour leur Service , avoient fait prier
M. de Vendeuil , qu'elle fût remife jufqu'à ce jour ,,
auquel les Seigneurs & Dames invités fe font ren
dus à l'Académie Royale fur les dix heures du foir..
Après un bruit de Timballes , Trompettes & Hauts
Ly
bois
882 ME KUUKE DE FRANCE
lation , laquelle leur fut accordée , avec tous les
honneurs de la guerre.
7
*
M. de Roudarelle & toute fa Troupe , ont don
né en cette occafion des preuves d'une grande conduite
& d'une experience confommée ; le même :
jour la garnifon défila par la bréche ; on fe rejoi
gnit enfuite de part & d'autre hors des retranchemens
, & tous ces Meffieurs concoururent , pour
marquer aux Dames de la Ville , qui avoient honoré
ce Spectacle de leur préfence , combien on y
étoit fenfible , on les pria en même temps d'agréer
une Fête qui a été magnifique , & dont elles ont :
tén oigné beaucoup de fatisfaction .
On fe propofe l'année prochaine , d'élever un
Polygone d'une plus grande étendue , & qui s'apuyera
fur un bras de la Riviere d'Oife , dont l'attaque
& la défenſe ſeront exactement conduites dans
toutes les regles de l'art..
EXTRAIT d'une Lettre écrite de S. Denis
contenant ce qui s'eft paffé de plus confidera
ble , lorfque Monseigneur le Dauphin eft?
venu à l'Abbaye Royal de S. Denis , le Dimanche
deuxième jour du mois d'Août 1739
M
R le Duc de Châtillon fit fçavoir aux Reli
gieux de l'Abbaye de S. Denis , que Mon,
feigneur le Dauphin , paffant par S. Denis , au retour
de Compiegne , le Dimanche 2. Août , s'arrê
teroit à l'Abbaye , où il dineroit , & enfuite verroit
ce qu'il y a de curieux dans l'Eglife & dans le Monaftere
, & qu'il arriveroit fur le midi.
Trois jours auparavant , les Officiers, de Monfeigneur
étoient venus à l'Abbaye , pour choifir les
Lieux dont ils avoient befoin pour préparer le Dîné
, &c ,. Les
13
AUUS 1739 1883
Les Religieux fe difpoferent de leur côté à recevoir
ce Prince avec les cerémonies requifes . Lorfque
les groffes avertirent qu'il aprochoit de la
Ville , ils fe rendirent dans la Nef avec leurs habits .
de Choeur , & fe rangerent dès deux côtés sur deux.
lignes . Enfuite le Réverend Pere , Grand Prieur de
1'Abbaye , précedé de tous les Officiers , au nombre:
de vingt- deux , revétus de riches Chapes de velours
violet , ornées de fleurs- de - lys d'or , s'avança
vers la Porte de l'Eglife , pour recevoir Monfeigneur
le Dauphin , à qui il préfenta le Dais , dont
il le remercia. Le R. Pere , Grand Prieur , luž
ayant enfuite préfenté la vraie Croix & l'Eau béni
te , lui fit le Compliment qui fuit.
MONSEIGNEUR ,
La Piete , qui vous conduit dans ce Saint- Lieu , eft
héreditaire dans l'Augufte Maison de nos Rois . Ces.
grands Monarques ont mis dans tous les temps les.
Saints Martyrs , Patrons de cette Abbaye , au nombra
de leurs principaux Protecteurs & ils ont crû devoir
à leur crédit auprès de Dieu la profperité de la Monar
chie. Nous avons la joie , Monseigneur , de vous voir.
inftruit des mêmes principes , & animé du même
efprit , venir avec confiance implorer la même protection.
ces ;
Les rares talens que nous admirons en vous , Mon
Seigneur , flatent , il eft vrai , nos plus douces esperan
mais ils ne nous touchent qu'autant que nous les
voyons accompagnés de ces Vertus naiffantes , dont le
progrès doit vous rendre véritablement grand devant
Dieu , vousfaire devenir la félicité des Peuples .
Le Héros admire en vous , Monfeigneur , cette no
ble ardeur que vous faites apercevoir , ce defir empreffé
de tout fçavoir , cet heureux génie capable de
tout aprendre , ce goût exquis pour tous les Arts , cetta
adrefle
1884 MERCURE DE FRANCE
adreffe merveilleuse pour tous les Exercices , cette pénetration
qui fe difpofe à tout prévoir , ce courage qui
fe prépare à tout entreprendre ; le Héros , dis-je , l'admire,
& croit déja vous voir marcbant fur les traces
de nos plus grands Rois , la terreur des ennemis ou des
jaloux de la Monarchie.
Pour nous , Monfeigneur , levant les yeux au Ciel,
sous le béniffons dans un humble & refpectueuxfilen
cs , des graces qu'il répand fur vous , des Vertus qu'it
forme dans votre coeur , de ce profond respect que vous
avez pour l'Etre Suprême , devant lequel les plus
grands Monarques ne font que cendre & pouffiere ; de
cet amour tendre & refpectueux que vous témoignez
pour un Roy , pour une Reine , dignes de tous vos
fentimens , de cette attention aux Inftructions fi Chrétiennes
que vous donnent les grands Hommes que
Providence a mis auprès de vous ; de ce coeur bon go
compatiffant pour un Peuple dont vous faites les délices
.
la
Nous le prions de remplir de la profperité la moins
interrompuë , des jours infiniment précieux , & qui
font l'objet des voeux les plus ardens que nous offrons
journuit. Heureux , fi notre zele le plus vif& le
plus refpectueux vous fait agréer nos hommages & nous
mérite l'honneur de votre protection !
Le Compliment fini , Monfeigneur remercia le
P. Grand Prieur , & fe recommanda à fes Prieres.
Le Prince n'ayant pas voulu fe mettre ſous lê Dais ,
on le porta derriere lui.
Les Chantres commencerent un Répons , que l'on
pourfuivit jufqu'à ce que Monfeigneur fût arrivé à
fon Prie Dieu , préparé au milieu du Sanctuaire
devant le grand Autel , qui étoit découvert & paré
des plus riches ornemens . Le Répons étant fini , &
le R. Pere Grand Prieur ayant dit l'Oraifon , on
conduifit Monfeigneur au Sallon Royal où il devoit
dîner. Il
AOUST. 1739 1885,
Il fe mit à table un peu après midi , & mangea
feul. M. le Duc de Châtillon étoit affis à la droite
& lui coupoit les viandes . Les Portes du Monaſtere
ayant été ouvertes , tout le monde accourut , pour
avoir la confolation de voir le Prince .
Après fon dîné , on le laiffa feul avec quelquesuns
de fes Officiers , pour prendre fa récreation
ordinaire , & M. le Duc de Châtillon , M. l'Evêque
de Mirepoix , & les Seigneurs de la fuite du Prince,
illerent dîner dans une Salle proche le Chapitre , où
il y avoit une table de douze couverts.
M. le Duc de Châtillon étant revenu auprès de
Monfeigneur, il lui préfenta le R. P. Laneau , Superieur
Géneral de la Congrégation de S. Maur ,
qui étoit venu de Paris , avec les Affiftans & fon
Secretaire , pour rendre fes devoirs au Prince , qui
les remercia , & fe recommanda à leurs Prieres .
Après cela , on conduifit le Prince au Refectoire ,
& au Dortoir : il entra dans la Chambre du Pere
Prieur , & dans celle du Pere Maître des Céremonies.
On le mena auffi à la Chapelle de l'Infirmerie,
et à l'Apoticairerie, où il y a beaucoup de curiofités
. Tous les Lieux par où il paffoit étoient remplis
de monde.
De- là, Monfeigneur alla à l'Eglife , où il vit tous
les Tombeaux , & enfin au Tréfor , où il confidera
tout avec plaifir & attention , faifant plufieurs queftions
qui marquoient fon efprit & fon jugement.
Etant defcendu du Trésor , il retourna au Sallon
& un moment après il revint à l'Eglife , où les Re-
Higieux s'étoient rendus pour le faluer de nouveau ,
& le conduire jufqu'à fon Caroffe , au fon de
toutes les Cloches , & aux acclamations du Peuple.
MORTS;
DE FRANCE
*****X * XXXXXXXXX
MORTS , NAISSANCES
& Mariage.
L
E 4 Août , l'Archevêque de Narbonne , Fri
mat de la Gaule Narbonnoise , & Président né
des Etats de la Province de Languedoc , mourut à
Narbonne , dans la 73. année de son âge. Il se nom.
moit René-François de Beauvau du Rivau , & étoit.
fils de Jacques de Beauvau 3. du nom , Marquis da
Rivau , Baron de S. Gaffien , Seigneur de Luffay
& de S. Michel du Chavaigne , Chevalier de l'Ordre
du Roy , Maréchal des Camps & Armées de
S. M. Capitaine - Colonel des Cent Suiffes de la Gar
de du Corps de Gafton Jean- Baptifte , Fils de France
, Duc d'Orleans , & mort le f . Juillet 1702 .
l'âge de 76. ans , & de Marie - Diane de Camper de
Saugeon , morte âgée de 82. ans le 30 Juin de la
même année 1702. Il fut d'abord Chanoine de l'Eglife
de Sarlat , & obtint l'Abbaye de S. Victor en
Caux , Ordre de S. Benoît , Diocèse de Rouen , le
22. Avril 1685. Il prit le Bonnet de Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , le 13. May 16941
& fut enfuite Vicaire Géneral de Pierre - François
de Beauvau du Rivau , fon oncle , Evêque de Sarlat.
Il fut nommé à l'Evêché de Bayonne le premier
Novembre 1700. & ayant été sacré le 17. Juillet
1701. à Paris , dans l'Eglise du Noviciat des Jesui
tes , par l'Archevêque d'Auch , fon Métropolitain,
affifté des Evêques de Langres , & d'Avranches , il
prêta Serment de fidelité entre les mains du Roy ,
le 22. du même mois. Il fut transferé le 23. Avril
1707. à l'Evêché de Tournai , pour lequel il prêta
Serment
AOUST. 17393 1887
Serment au Roy le 7. Avril 1708 Après la prise
de cette Ville par les Alliés contre le Roy en 1709.
il fe retira à Paris , & ayant refusé de prêter Serment
à l'Empereur , fon Temporel fut faisi. Il fur
nommé au mois de Juillet 1713. à l'Archevêché de
Toulouse , à cause duquel il fit un nouveau Serment
de fidélité au Koy le 7. Janvier 1714. L'année
fuivante il affifta en qualité de Député de ſa Province
, à l'Aflemblée génerale du Clergé de France ,
qui fut tenuë à Paris , et en 1716. étant Député des
Etats de Languedoc pour le Clergé de la Province,
il harangua le Roy à Versailles , à la tête de la Députation
, le 2. Septembre. I fut transferé au mois
de Novembre 1719. à l'Archevêché de Narbonne,
pour lequel il prêta encor Serment au Roy le 4.
Août 1721. Le Prieuré de Pommier aigre - lès -Chinon
, de l'Ordre de Grandmont , Diocèle de Tours,
lui avoit été donné au mois de Janvier de la même
année 1721. Il fut Député de fa Province , et un
des Présidens à l'Affemblée génerale du Clergé qui
fut tenue en 1723. Le 17. Octobre de la même an
née, il obtint l'Abbaye de N. D. de Bonneval , Ordre
de Câteaux , Diocèse de Rodez ; et le 2. Fevrier
de l'année fuivante , il fut nommé Commandeur de
l'Ordre du S. Elprit. Il en reçut la Croix, et le Cardon
le 3. Juin fuivant . Il affifta encore et fut auffi
un des Présidens aux Affemblées génerales du Clergé
de 1725. et 1726. et il célebra la Meffe du Saint
Efprit à l'ouverture de la derniere .
Le même jour , Leonor de Romigny , Prêtre, Doc
teur en Théologie de la Faculté de Paris , de la Maifon
et Societé de Sorbonne , du 6. Novembre 1710.
Chanoine de l'EglifeMétropolitaine de Paris , depuis
le 21. Juin 1723. et Abbé Commandataire de l'Abbaye
de S. Mahé , fin de terre , Ordre de S. Benoît,
Diocese de S. Paul de Leon , du mois de Novembre
>
1888 MERCURE DE FRANCE
bre 1723. Vicaire General de l'Archevêque de Paris
, depuis le mois de Septembre 1729. mourut
agé de 59. ans. Il avoit exercé le Syndicat de Sorbonne
pendant plus de seize ans , ayant été élu à
cette place le 1. Juillet 1721. & l'ayant remplie
jusqu'au 1. Octobre 1737 .
eux ,
Le 5. Dame Marie Denise Talon 2 veuve
depuis le 28. Février 1731. d'Omer Pucelle , Seigneur
d'Orgemont , de Darsy , &c. Maréchal de
Camp des Armées du Roi , & Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , qu'elle avoit épousé le
25, Juin 1707. avec dispense de Rome , à cause de
la consanguinité du 3. au 4. degré , qui étoit entre
mourut à Paris , agée de 65. ans accomplis ,
étant née au mois de Juillet 1674. Elle étoit fille
de Jean Omer Tálon , Trésorier de France à Póitiers
, mort le 24. Mars 1680. à l'age de 35. ans ,
& de D. Marguerite de Lestandart de Gruchy , sa
femme , qui se remaria en 1697. avec Jean François
de Crequy , Marquis de Wicquenghen. La D.
d'Orgemont laisse une fille unique , mariée en
1730. avec M. de Galiffet .
Le 21. Charles-François de la Baume le Blane ,
Duc de la Valliere , Pair de France , Gouverneur
Lieutenant Géneral pour le Roy , & Sénéchal de la
Province de Bourbonnois , & Lieutenant Géneral
des Armées de S. M, mourut à Paris dans la 70 .
année de son âge , étant né le 23. Janvier 1670.
Ses Services & ses Emplois sont raportés dans les
Lettres Patentes d'Erection du Duché & Pairie de
la Valliere , en sa faveur, du mois de Février 1723 .
lesquelles sont insérées dans l'Histoire des Grands.
Officiers de la Couronne , tom. 5. p. 478. à la
suite desquelles se trouve la Généalogie de sa
Maison . Le Défunt ne laisse de son mariage avec
Marie Therese de Noailles , fille de feu Anne Jules
AOUST. 1739 1889
les , Duc de Noailles , Pair & Maréchal de France '
& de Marie-Françoise de Bournonville , sa veuve
que Louis- César de la Baume le Blanc , Duc de la
Valliere , Pair de France , apellé le Duc de Vaujour
, Gouverneur & Senéchal de Bourbonnois ,
& Colonel d'un Régiment d'Infanterie par commiffion
du 1. Juillet 1727. marié le 19. Février
1732. avec Anne Julie Françoise de Crussol d'Uzés
, fille du Duc d'Uzès , dont on a raporté la
mort dans le Mercure de Juillet dernier , p. 1675 ,
de laquelle il a Charles - Marie de la Baume le
Blanc , Marquis de la Valliére , né le 15. Janvier
1736
Le 12.Juillet fur baptisée en l'Eglise de S. Sulpice
à Paris Marie - Eleonore - Eugenie , fille de François-
Charles de Levis , Marquis de Château - Morant ,
Mestre de Camp d'un Régiment de Cavalerie , &
de D. Philiberte Languet de Rochefort , sa femme.
Le 11. Août fut baptisé dans la même Eglise
Leon- Eugene- Louis, fils de Louis - François , Comte
de Maulde , ancien Capitaine de Cavalerie , & de
D. Marguerite-Felicité de Conflans de S. Remi ,
son Epouse.
Le 4. Août Louis - Marie le Boulanger , Conseiller
au Parlement de Paris , à la premiere Chambre
des Enquêtes , où il a été reçu le 16. Mars
1725 fils d'Antoine - Charles le Boulanger, Conseiller
honoraire en la grand - Chambre du même Parlement
, & de D. Louise -Elisabeth - Guillaume de
Chavaudon , fut marié avec la fille unique de Jacques
Pichon de Madiéres , Maître ordinaire en la
Chambre des Comptes de Paris.
Nombre
1890 MERCURE DE FRANCE
Nombre des Baptêmes , Mariages , Enfans
Trouvés, & Morts de la Ville & Fauxbourgs
de Paris pendant l'année 1738. sçavoir :
Baptêmes ,
Mariages ,
Enfans Trouvés ,
Morts
18617
4247
2786
19120
19581
451
10
Maisons Religieuses Hommes & Filles
Au Cimetiere des Etrangers ,
Partant le nombre des Morts de l'année
1738. excede celui des Baptêmes de
Le nombre de Baptêmes de 173 8. eft diminué
de celui de 1737. de
Celui des Mariages eft augmenté de
Celui des Morts eft augmenté de
Celui des Enfans trouvés eft diminué de
964
IISO
89
903
128
ARREST NOTABLE.
N mande de Luneville du 15. Juin dernier
qu'onyavoitZubire des Lettres Patentes en
forme de Déclaration du Roy STANISLAS , Roy
de Pologne , Duc de Loraine , &c. dont voici ka
teneur.
STANISLAS , Roy de Pologne , &c . A tous
ceux qui ces Présentes verrcnt , Salut. Depuis que
la Divine Providence Nous a apellé au Gouverne
ment de ces Etats , Nous avons mis toute notre
application à y maintenir l'ordre dans les differen-
Les parties d'Adminiſtration , esperant d'affurer par
cette
A O UST. 1739 1891
serte voye le bonheur de nos Sujets ; mais voulan
donner des marques plus particulieres de notre
Affection Paternelle à ceux d'entre - eux qui font les
plus délaiffés , foit du côté du Spirituel , foit du côté
du Temporel , Nous n'avons rien trouvé qui pût
mieux remplir nos vûës sur ces deux objets de Charité
, qu'un Etabliffement à perpetuité de Miffionaires
, qui répandant la Parole de Dieu , & diftribuant
des Aumônes , fucceflivement dans les Paroif.
fes de nos Etats , contribuaffent à y entretenir la
Pieté , & à y foulager l'indigence , furtout dans celles
de la Campagne , où ces fecours font moins
abondans. Et connoissant en géneral le zéle & les
talens des Peres de la Compagnie de Jefus pour ces
Fonctions Apoftoliques , dont ils donnent tous les
jours des preuves édifiantes , Nous avons résolu de
leur en confier le foin , pour être exercées fous
l'Autorité des Evêques Diocésains par un nombre
fuffifant de Millionaires au choix des Superieurs ,
pour la fubfiftance & l'entretien defquels , enfemble
pour les Aumônes , dont la diftribution leur fera
confiée pendant le cours de leurs Miſſions , Nous
affignerons les fonds néceffaires. A CE'S CAUSES &
autres , à ce Nous mouvans , de notre certaine
Science, pleine Puiffance & Autorité Royale , Voulons
& nous plaît ce qui fuit.
Article I. Que fuivant l'Accord fait avec le Pere
Provincial de la Compagnie de Jefus , de la Province
de Champagne , ratifié par le P. Général , il
fera établi à perpetuité dans la Maifon du Noviciat
des Jefuites de notre bonne Ville de Nancy , buit
Miffionaires de ladite Compagnie , qui feront chaque
année des Miffions avec Paprobation des Evêques
, qui en fixeront le nombre , les Lieux & la
durée , chacun dans fon Diocèse . Sçavoir , quatre
dans celui de Toul , & quatre , moitié de l'année ,
dans
1892 MERCURE DE FRANCE
dans celui de Metz , moitié dans les autres Dioce
ses de nosdits Etats , fucceffivement & par propertion
à leur étendue.
II. Faifons Don à ladite Maifon de la fomme de
626000. liv. Monnoye de France , en Contrats fur
P'Hôtel de Ville de Paris , de la rente desquelles il
fera employé annuellement 10000. liv. de France à
la diftriburion des Aumônes dans les Paroisses où se
feront les Miffions , aux véritables Pauvres ,
tels
que les Curés , Seigneurs , ou autres Perfonnes notables
les indiqueront , & le furplus à la fubfiftance,
entretien , frais de Voyages , & autres généralement
quelconques , defdits Millionaires & des Miffions.
III. Il fera établi dans lefdites Miffions chaque année
pendant trois jours avec la permiffion des Evêques,
une Priere publique pour demander à Dieu, le
premier jour la Conversion des Pecheurs, le fecondla
Profperité de la FAMIK ROYALE DE FRANCE,
& le troisiéme le repos des ames de nos très-chers
& très-honorés PERE IT MERE , de la NÔTRE , et
de celle de la Reine , après notre décès. Lesquelles
trois intentions feront auffi recommandées aux Peu
ples par lefdits Miffionaires dans le cours de leurs
Miffions. SI DONNONS EN MANDEMENT &c.
Donné en notre Ville de Luneville , le 21. Mai
1739. Signé , STANIS LAS , Roy.
,
On fera obligé de donner deux Volumes du Mercure
de France au mois de Septembre , pour pouvoir inférer
les Relations Defcriptions des Cérémonies , Fêtes
publiques , Feux d'artifices , Illuminations , Décorations
, c. pour célebrer le Mariage de MADAME DE
FRANCE avec le PRINCE DON PHILIPE , Infant
d'Espagne. On prie les Magiftats des Villes de Provinces
d'envoyer, fans perte de temps , les Relations des
Fêtes qu'on y donnera à cette occaſion , ainfi que dans
les Villes d'Espagne.
APROBATION.
J
Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France du mois d'Août , &, j'ai
cru qu'on pouvoit en permettre l'impression. A
Paris , le premier Septembre 1739 .
HARDION.
P
TABL E.
IECES FUGITIVES. La Vengeance , Ode , 1681
Suite de la Differtation fur l'origine des Peuples
du Pays de Caux ,
Epitre d'Horace , Imitation ,
1687
1706
Suite de la Differtation commencée par le P. Tour→
nemine sur le Témoignage de Josephe , 1712
Traduction d'une Ode d'Horace , 740
Lettre de la Marquife de R. & fragment des Georgi
ques de Virgile , traduit , &c. 1741
Parodie de la III.Ode du premier Liv.d'Horace, 1744
Queſtion importante , jugée depuis peu ,
Le Triomphe de l'Amour fur la Raiſon ,
1747
1755
Réponse à l'Auteur de la Traduction de la troisième
Elégie du premier Livre des Triftes d'Ovide, 1757
Epitre de M. Piquet , à M. . . . 1770
Lettre à l'Auteur des Obfervations fur le Ecrits mo--
dernes , 1773
Vers du Marquisde S. Aulaire, fur la Paix, &c. 1782
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX-ARTS,
Eloge du Pere Martenne ,
Enigme , Logogryphes , &c .
& c.
Le Théatre de Montfleury ,
1784
1790
1794
1795
Nouveaux Amuſemens du Coeur & de l'Efprit, 1815
Reflexione
Reflexions Hiftoriques fur les Théatres de l'Europe ;
&c.
Eftampes nouvelles , & c.
Chanson notée , & c
suites , &c.
1822
1833
1835
Spectacles . Tragédie & Ballet repréfentés aux Jé-
1836
Nouvelles Etrangeres. Turquie et Ruffie , &c. 1852
Refcript de la Czarine , &c.
Suede , Allemagne et Italie ,
1857
1859
Isle de Corse , Espagne & Grande -Bretagne , 1867.
Morts des Pays Etrangers ,
Addition aux Nouvelles Etrangeres ,
1871
1872
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c . 1875
Attaque du Fort construit devant Noyon , 1880
Extrait d'une Lettre écrite de S. Denis , sur ce qui
s'est paffé à la réception de Monseigneur le Dauphin
dans l'Abbaye , & c.
Morts , Naiffances et Mariage ,
1882
1886
Nombre des Baptêmes , Mariages , Enfans Trouvés
& Morts , &c. à Paris en 1738.
Arrêt notable ,
Errata de Juillet.
1890
ibid.
Page 1481. ligne 28. lui , ofexcemot.P. 1435 1. 14. plein, ajoutez droit. P. 1553. 1. 2. du bas
fon , l. font . P. 1633. 1. 12. Philofohe , 1. Philosophe.
P. 1667. 1. 16. naturelle , . naturel.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 1703. ligne 6. Pezeron lisez Pezron . P. 1758. 1. 22. Lope , 1. Pope. P. 1760. l . 14. les
1. tes. P. 1772. 1. 4. fon , l . ton . Ibid. 1. 21. veu ,
1. veut.
La Chanson notée doit regarder la page 1830
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le