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MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT
MAY. 1739.
QURICOLLIGIT
SPARGIT
Chés
Papillos
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques .
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ;
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XXXIX.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
.
$ 34 MERCURE DE FRANCE
La Coquette n'aura ni Galant ni Tendreffe ;
Phébus abjurera la Langue du Permesse ;
Thomas Diafoirus ne paroîtra plus
Sot.
L'yvrogne abhorrera le doux jus du
Les jaillissantes Eaux seront sans
L'Officier ne sçaura ce que c'est qu'une
Qn verra les Agneaux devenir
Freffoir ;
Réservoir ;
Mine.
Furieux ;
Le Parterre siffler Atys &
Proserpine ;
Si je fais Bouts -Rimés , plaisans ou
Sérieux.
Le Maire.
DISSERTATION
du R. P. Tournemine,
sur le Témoignage de Josephe , en faveur de
JESUS -CHRIST , adressée à M. D. L. R.
P
Ourquoi , Monsieur , votre amitié impérieuse
exige- t'elle de moi que je vous
écrive mon sentiment sur le fameux témoignage
* de Josephe ? Livre XVIII. Chap. 4.
* Ce témoignage contient ce qui suit , fidelcment
traduit sur le Texte Grec de Josephe . En ce
meme-temps parut JESUS , Homme fage ; fi toutefois
on doit l'apeller un homme ; car il fit une infinité de
Prodiges , il enfeigna la Verité à tous ceux qui la
des
MAY. 1739% 839
des Antiquités. Plus de quatre-vingt Ecrivains
ont exercé leur Esprit sur le même sujet
; n'ont- ils pas épuisé la matiére , &
m'ont-ils laissé quelqu'Argument , quelque
conjecture pour ou contre à déterrer ? Seriez
-vous content si ma déférence pour un
Ami sçavant & curieux ne produisoit qu'une
compilation ? Non , sans doute , & je serois.
plus mécontent que vous ; mais l'amitié vous
fait présumer que je pourrai donner un nouveau
jour à cette Question , embarrassée par
tant de disputes sans fin. J'atends moins de
mon travail, je tenterai pourtant l'entreprise ,
& les Lecteurs sans prévention , jugeront
peut -être que j'ai poussé quelques preuves
plus loin qu'on ne les avoit poussées , que
j'ai rendu plus sensible la foiblesse de quelque
objection spécieuse , & la hardiesse des.
conjectures que nos Adversaires proposent
avec le plus de confiance , enfin,que j'ai donné
1
voulurent entendre. Il eut plufieurs Difciples qui embrafferent
fa Doctrine , tant des Gentils que des Juifs .
Il étoit le CHRIST ; ( S. Jérôme lit , credebatur effe
Chriftus ) & Pilate , pouflé par l'envie des premiers
de notre Nation l'ayant fait crucifier , cela n'empêcha
pas que ceux qui avoient été attachés à lui dès le
commencement , ne continuaffent à l'aimer. Il leur
aparut vivant trois jours après ſa Mort ; les Propbetes
ayant prédit & fa Réſurrection , & plufieurs autres
shofes qui le regardoient. Et encore aujourd'hui la
Secte des Chrétiens fubfifte & porte fon Nom.
A iij 2
836 MERCURE DE FRANCE
à la dispute un tour plus arrangé & plus dégagé
d'incidens & de disgressions , & par
conséquent plus net & plus facile à comprendre
.
C'est, je le repete , le désir de vous plaire,
plus que l'interêt de la Religion , qui me fait
entrer dans ce combat Litteraire. Le Christianisme
reçoit , à la vérité , quelque avantage
du Témoignage de Josephe , mais il peut
s'en passer : La certitude des Faits sur lesquels
il est fondé , brille d'une évidence fi
pleine , fi constante , fi autorisée par les ennemis
même de notre sainte Religion , les
Juifs , Celse , Porphyre , Julien l'Apostat ,
que le Témoignage de l'Historien Juif peut
paroître superflu.
Pour bien juger de la conteftation , transportons
- nous d'abord au temps de sa Naissance
.
L'Eglife étoit , après quatorze fiecles de
poffeffion tranquille , en état de regarder le
témoignage de Josephe comme hors de
toute atteinte , quand au milieu du seizième
fiécle on commença d'en contefter la validité.
Sebaftien Lepufculus , Allemand, a écrit
que Giphanius , Jurisconsulte , soupçonnoit
quelque Chrétien d'avoir suposé ce témoignage
: Lepufculus n'en convient pas , & réfute
folidement ce foupçon. Luc Ofiander
s'eft expliqué plus nettement dans un Abregé
de
MAY. 17397 837
de l'Hiftoire Eccléfiaftique , une raison bien
foible l'a déterminé. Jofephe , dit- il , auroit
dû profeffer le Christianisme , s'il pensoit ce
que le Passage exprime ; le Passage ne contient
rien que Josephe n'ait pû dire sans être
Chrétien , nous le montrerons .
Voilà l'origine des doutes & des disputes
sur ce Témoignage ; & dans quel temps devient-
il incertain ? Quand Luther , quand
cette foule de Novateurs , ayant renversé
toutes les bornes qui gênoient la témérité ,
soûmettent à leur examen les Jugemens de
tous les fiécles passés , se livrent aux conjectures
les plus bizarres ; c'eſt dans l'Ecole de
ces Novateurs , que les Censeurs de Josephe
se sont enhardis à proposer les doutes les
moins fondés contre son Témoignage .
Il est vrai que la crédulité de quelques
fiécles où le goût du merveilleux & des fictions
pieuses , avoit regné , offroit une ample
matiere à la critique ; mais comme il arrive
d'ordinaire , que les Révoltés , après
avoir secoué le joug de l'autorité , ne s'arrêtent
pas à la réforme des abus , vain prétexte
de leur révolte ; qu'ils se laissent emporter
l'amour outré de la liberté , & qu'ils attaquent
les usages les plus sagement établis
l'esprit de nouveauté , fier de son succès
-dans la destruction des fables , ose pousser
l'audace de ses supofitions arbitraires jusque
A iij
à
sur
333 MERCURE DE FRANCE
sur les vérités reconnuës. Le foible de notre
Esprit est de douter aisément , & on s'affectionne
aux doutes , par l'orgueil secret de ne
pas penser comme le Public ; cette distinc-"
tion flate , & flate mal - à- propos , elle flate
pourtant. On devroit s'apercevoir qu'être
different du reste des hommes , est plus souvent
un défaut qu'une perfection.
Enfin , après quatorze fiécles , des Novateurs
forment , proposent des doutes sur le
Témoignage de Josephe en faveur de JESUSCHRIST
ce sont des Chrétiens ; mais ce
sont des Chrétiens séparés du reste des Chrétiens
; des Chrétiens révoltés contre l'autorité
qui gouverne les Chrétiens : faut- il les
écouter? Les écouteroit -on dans un Tribunał
légitime & sage ? Ils avoient que tous les
Manuscrits , sans exception d'un seul , contiennent
le Témoignage contesté , que pendant
quatorze fiécles personne ne l'a révoqué
en doute ; ils ne viennent proposer que
des doutes , des soupçons , des conjectures
,
les écouteroit - on dans aucun Tribunal ?
Ecoutons- les cependant , & confondonsles
.
Qu'alléguent ces hommes suspects contre
le consentement de quatorze fiècles , contre
l'autorité de tous les Manuscrits ?
1°. Quelques Docteurs de l'Eglise , Juftin,
Clement Alexandrin , Origene , n'ont point
aporté
MAY.
8.39
1739.
sporté ce Témoignage en disputant contre
les Juifs , Photius n'en fait pas mention dansl'Extrait
de Josephe.
2º. Il paroît que ce Témoignage est ajot
té, & qu'il interrompt la narration.
3°. Le ſtile est different du ftile de l'Hifto
rien Juif.
4° . Enfin Josephe n'a pû parler de Jesus--
CHRIST , Comme il en parle , s'il n'étoit
Chrétien , &. sûrement il ne l'a jamais
été.
Toutes les objections de nos adversaires se
réduisent à ces quatre difficultés .
Avant que de les résoudre, arrêtons - nous
un peu à confiderer l'excès véritablement
déraisonnable des conjectures de quelquesuns
de nos adversaires.
Cloppenbourg & Suellius imaginent ce que
Josephe avoit écrit , ils suposent qu'il s'exprimoit
de la maniere la plus injurieuse pour
JESUS-CHRIST & pour sa sainte Mere , & ils
présument qu'un Chrétien a substitué ces
que nous lisons. Sur quelle preuve apuyentils
une conjecture fi hazardée ? Sur aucune ,
ils devinent. En vérité un esprit entraîné par
l'imagination ,, ppaarr la corruption du coeur ,
par l'incrédulité , s'éloigne étrangement de.
la raison.
D'autres accusent Eusebe de la supofition
de ce Témoignage. La plus légere refléxios
Av leur
840 MERCURE DE FRANCE
leur auroit fait sentir combien le Projet qu'ils
attribuoient à un homme sage , seroit peu
sage . Eusebe auroit-il suposé un Passage de
Josephe sans néceffité , certain d'être convaincu
par tous les Manuscrits qui existoient ?
Personne ne réclame cependant , pas même
Julien l'Apostat , témoin de la fraude : Ce
soupçon a-t-il la moindre ombre de vraisemblance
P
Faisons encore une réfléxion suffisante ,
pour déterminer toutes les Personnes sensées ..
Comparons les Censeurs du Témoignage
avec ses Défenseurs .
Je le vois reçû , cité par Eusebe , par S. Jérôme
, par S. Ambroise , par S. Ifidore de
Peluse , par Sozomene , par Caffiodore , qui
avoit tout lû , & affemblé tous les Manuscrits.
Ils l'ont cité sans être contredits..
Chaque fiécle , pendant quatorze cent ans , a
produit de nouvelles autorités en faveur du
Témoignage.
Quand il est attaqué après une fi longue &
fi paifible poffeffion , les Auteurs les plus
distingués par leur Erudition , les Critiques :
les plus fensés & les plus suivis se déclarent
pour l'autenticité du Témoignage ; Sixte de
Sienne , Baronius & Casaubon , fi oposés :
l'un à l'autre , & d'accord sur cet Article ,
Polevin , Bellarmin , Henri Valois , François
de Roye , M. Huet , le Pere Pagi , le
3.
Pere
MAY 17398 841
Pere Alexandre , M. de Tillemon , le Pere
Bonjour , le Pere Honoré de Sainte Marie
M. l'Abbé d'Houteville .
"
Les soupçons nés dans les Sectes Protestantes
, ont été combattus , détruits par les:
plus doctes Protestans , après les Centuriateurs
; par Munster , Schikard , Casaubon ,
Calixte , Voffius le Pere , Alting , Cocceius
Christophe Adam , Rupert , Bosius , Reinefius
, Multerus , Virdung , Vitfius , Videlius ,
Grabbe : j'omets , plufieurs autres Proteftans .
moins célebres , qui ont foûtenu avec chaleur
que ce Témoignage étoit légitime.
L'Angleterre , fi féconde en opinions fingulieres
, fi rigoureuse dans l'examen des
Preuves de la Religion , condamnable assû
rément de l'excès de cette rigueur , a vû ses
Ecrivains les plus sçavans , ses Critiques less
plus écoutés , Usserius , Cave , Spencer , Parker
, Hudson , s'élever contre les Conjectu--
res hazardées des Cenfeurs audacieux du
Témoignage. Vhiston , le téméraire Vhiston
, dont nulle borne n'arrête la critique , a
entrepris dans une Differtation imprimée , la
défense du même Témoignage..
Je ne dois pas oublier ni Isaac Voffins , f
versé dans la lecture de Josephe , son Ecrivain
favori , Isaac Voffius , qu'on ne peur
foupçonner de crédulité , il s'en faut beau
Coup ; ni Charles d'Aubur , Prêtre Anglicans,
A vi, qui
842 MERCURE DE FRANCE
qui , dans un Ouvrage Latin , a épuisé la
Queſtion , & renversé sur les Censeurs du
Témoignage , toutes leurs Objections ; ni
David Martin , Miniftre Prétendu Réformé,
réfugié en Hollande , dont la Differtation
véritablement fçavante , véritablement judicieuse
, a paru en 1717. à Utrecht.
Les Critiques du Témoignage foûtiendront-
ils la comparaison ? Luc Öfiander est
suivi de Cloppenbourg , de Suellius ; j'ai déja
fait connoître l'étrange égarement de leur
imagination , ils ne voyent pas dans tous les
Manufcrits de Josephe ce qu'on y lit , ils y
voyent ce qui n'y fut jamais , ils rêvent ce
que Jofephe y avoit mis , felon eux , & les
raifons qu'ont eu les Chrétiens de ſubſtituer
ce qu'on lit , ce qu'on a lû pendant quatorze
fiécles dans tous les Manuscrits: au refte ils ne
confirment leur conjecture purement_arbitraire
, par aucune preuve ; c'eſt un vrai fonge.
Christophe- Adam Rupert , connu par. des
Eclairciffemens doctes , sages , exacts sur
plufieurs Auteurs anciens , Critique sûr ,
réfuta par des Lettres écrites à Suellius qu'on
lit dans le Recueil de Christophe Arnold
imprimé séparément , & réimprimé dans la
derniere Edition de Jofephe , qui a paru en
Hollande .
les
Louis Cappel , hardi Conjectureur , & déclaré
pour la fupofition du Témoignage de
JoMAY.
843 17397
,
Jofephe , ne put goûter les vifions de Eloppenbourg
& de Suellius , & il en montra ›
la témérité , dans une Lettre écrite à Clop--
penbourg. Néanmoins la Secte Protestante
, toujours contraire à l'Antiquité , fournit
des nouveaux Cenfeurs du Témoignage.
Blondel n'omit rien pour le rendre fufpect.
Mais perfonne ne fe fignala plus dans cette
infulte,faite aux Saints Peres, que Taneguy *
Le Febvre , habile Litterateur, mais Critique
Avanturier , Apoftat de la Religion Catholique
, dont les Ecrits découvrent l'irréligion
& la corruption de moeurs , qui en étoit la
caufe ; il attaqua avec autant de chaleur que
d'audace le Témoignage , & ofa même avancer
qu'Eufebe l'avoit suposé , conjecture infoûtenable
, je l'ai fait voir. N'est- ce pas une
forte préfomption en faveur de la Religion
que deux admirateurs , deux Commentateurs
de Lucrece , Gifanius & Le Febvre . fe
foient efforcés de réfuter le Témoignage ?
Gifanius a le premier de tous , imprimé quelque
chofe là - deffus . Le Febvre a combatu le
Témoignage avec une espece d'acharnement ;
leur motif frape les yeux. De Roye , Sçavant
eftimé, réfuta exactement Le Febvre ,dans une
Differtation Latine, imprimée à la fin de fon
Hiftoire Latine de Berenger. La foibleſſe de
l'Ouvrage de Le Febvre , découverte CC
par
* Epiftola ad Chabrolium.
>
Cri844
MERCURE DE FRANCE
Critique judicieux , fut démontrée , renver
sée par l'Illuftre M. Huet, Ami de Le Febvre,
dans fa Démonftration Evangélique,Tome I..
page 32. de la troifiéme Edition .
Il manqueroit quelque dégré de probabi-
Lité à cette Preuve de notre Religion , fi Le
Clerc & Simon ne l'avoient pas combatuë ,
toujours occupés à répandre des doutes sur
les Faits , sur les Raisons qui confirment la
Foi. Leur filence sur ce Témoignage en auroit
marqué du mépris , ils en ont fenti l'importance
, puifqu'ils l'ont attaqué. Je n'examine
point fi les Differtations qu'ils ont imprimées
sont leur Ouvrage , ou s'ils les tenoient
de la main de deux autres Ecrivains
dont la réputation en matiere de Critique ,
eft affés mal établie ; je ne ferai attention
qu'aux foupçons que ces Differtations tâchent
d'infinuer , elles ne contiennent rien
qui doive allarmer. Le Pere Honoré de
Sainte Marie , & M. l'Abbé d'Houteville
font les derniers , qui , parmi nous , ſe ſoient
oposés aux Critiques indifcrets. Le Pere
Honoré , trop attaché à l'interpretation qu'il
donne au Paſſage , s'est exposé à des Répliques
embarassantes . M. l'Abbé d'Houteville
, dans La Religion prouvée par les Faits,.
page 77 : a réuni dans un point de vûë & de
force les raisons , assûrément convaincantes,
qui établissent l'autenticité du Témoignage :
ces :
MAY. 17396
345
ces Faits , ces raisons ont reçû un nouveaus
jour , une nouvelle fermeté du tour ingénieux
, clair , élegant , arrangé , qu'il sçair:
donner à tout ce qu'il écrit.
Nos Adversaires ont mis tout en usage:
pour groffir leur petit nombre ; ils se glorifient
du suffrage de plufieurs Sçavans sur des
raports fort incertains , ils imposent hardiment
à d'autres. Paganin s'est plaint que
Salmeron , Salien , Mafcardi , ne regardoient:
pas Josephe comme un Historien sans défaut
; c'en eft assés pour que Suellius orne:
faussement de ces noms illuftres , la Lifte
des Cenfeurs du Témoignage de Josephe..
Salmeron n'en a jamais parlé. Salien , le
docte Salien , si prévenu contre Josephe
qui ne lui pardonne rien , qui pouffe trop
loin sa rigide censure contre un Historiens
estimable , quoique fort éloigné de l'infaillibilité
, Salien reçoit le Témoignage pourlégitime
dans la Préface du 20. Tome de ses
Annales.
93
Parlons encore de deux Sçavans qui joüent :
un Perſonnage remarquable dans cette Dispute
, Lambecius & Daubur: Lambecius a
pris un parti vraiment fingulier , Tome VIII .
de ses Coinmentaires Latins , De Bibliotheca
Casarea , page 4. & suivantes ; il reconnoît
que le Paffage contesté est de Josephe , qu'il :
n'est point alteré ; mais il prétend , & pré-e
ten .
146 MERCURE DE FRANCE
il
tendra seul , que c'est une fine ironie , que
Josephe n'a eu en vûë que de décrier JESUSCHRIST
; il dépense beaucoup d'esprit , met
à la torture & son imagination , & la fignifi
cation naturelle des termes : après tout ,
ne laiffe au Lecteur quel'étonnement, qu'une:
pareille idée soit venuë à un Critique sçavant
d'ailleurs , & partout ailleurs sensé : exemple
qui doit inspirer de la défiance pour les
routes écartées..
Daubur , François réfugié en Angleterre ; .
ne s'en est pas assés défié. Il remporteroit
une pleine victoire sur les Critiques trop audacieux
dans son Ouvrage Latin sur ce Té--
moignage,fi lui-même n'y hazardoit une conjecture
, que le Texte de S. Paul contredit
évidemment. Il réunit dans une seule Personne
Epaphrodite & Epaphras , fi distingués
par l'Apôtre , & distingués par deux noms
d'une étymologie & d'une fignification trèsdifferentes
, Epaphras , écumeux , Epaphrodite
, agréable. Il ne s'arrête pas là , il transforme
ces deux hommes , l'un , Apôtre de
Colosse , l'autre , Apôtre de Philippe , en
un troisième , avec lequel ils n'ont rien de
commun , dans Epaphrodite , Affranchi de .
Neron , Ami de Josephe , pour qui l'Historien
Juif a composé les Antiquités Judaïques.
Les Lecteurs doivent maintenant apliquer.
la
MAY. 1739. 847
Ia comparaison , s'ils sont versés dans l'Histoire
Littéraire . S'ils pesent le mérite des
Ecrivains dans une juste balance , le poids.
de l'autorité des Défenseurs du Témoignage,
l'emportera infiniment sur l'autorité légere
des Censeurs qui l'ont attaqué .
Je me suis arrêté à ces dehors de la Question
, sans craindre néanmoins d'entrer dans
le fond de la Dispute. Je vais examiner scrupuleusement
les Objections de nos Adversaires
; ils en proposent quatre.
PREMIERE OBJECTION.
,
Si le Témoignage est depuis quelques siècles
dans tous les Manuscrits , il n'y a pas toujours
été. Clément Alexandrin , Justin , Tertullien
Origene , Saint Chrysostême , Theodoret , Pho
tius , ne l'ont pas lû dans les Manuscrits de
leur temps , ils l'auroient cité , surtout écrivant
contre les Juifs.
REPONSE..
Pour que l'Objection eût quelque force ,
il faudroit que les Anciens , sur lesquels on
s'apuye , eussent écrit que le Témoignage
n'étoit point dans Josephe ; ni ces Auteurs ,
ni aucun autre ne l'a dit. Ils ne l'ont
pas
cité , dit- on , avec complaisance. Avant que
prononcer si affirmativement , ne faudroit-
il pas avoir sous les yeux tous leurs
de
Our
348 MERCURE DE FRANCE
S
Ouvrages ? Sçait- on s'ils ne l'ont point cité
dans tant de leurs Ecrits dont nous regreton
la perte ? Disons plus , ont - ils dû le cite
dans ceux qui nous restent ? Il ne paroît pas
que Clement Alexandrin ait eu occafion
d'avoir recours à ce Témoignage . Justin ,
Tertullien , Origene , Saint Chrysoftôme ,
n'ont pas dû le citer , ils sentoient qu'on
rétorqueroit contre eux cette citation imprudente
. Vous faites grand fond tous , auroit-
on dit , sur les aveux de Josephe , cependant
il n'a pas abandonné le Judaïfme.
Son exemple fait sur nous plus d'impreffion
que ses discours ; ainfi le Témoignage n'étoit
pas une preuve pour les Juifs , qui
d'ailleurs ont un grand mépris pour Josephe .
Donc on n'a pas dû leur alléguer ce Témoignage
en écrivant contre eux. Justin , Tertullien
, Origene , S. Chrysostôme l'ont lû
dans leurs Manuscrits , & ne l'ont pas cité ,
parce qu'ils n'ont pas jugé à propos de le
citer. Origene , dans sa Réponse à Celse
raporte ce que Josephe a écrit de S. Jean-
Baptiste & de S. Jacques , il ne craignoit pas
la rétorfion . Ces aveux de Josephe étoient
d'autant plus importans , qu'il avoit conservé
plus d'attachement pour le Judaïsme .
Juif opiniâtre , ne reconnoiffant pas JESUS-
*
* Origene , Livre I. contre Celse , sur le Chapitre
XIII. de S. Mathien .
CHRIST
MAY . 849
1739.
و
CHRIST pour le Meffie. Il confeffoit cepen
dant , que son Précurseur , celui qui l'avoir
annoncé aux Juifs , étoit un saint homme
d'une morale pure , fi révéré de la Nation
qu'on crut communément que Dieu avoit
vengé sa mort par la défaite entiere d'une
Armée d'Herode . Il reconnoiffoit que Saint
Jacques étoit d'une vertu admirée , & qu'on
se souleva contre la violence & l'injustice de
sa mort , dont l'Auteur porta bientôt la
peine.
Quelques réfléxions ôteront à l'Objection
tout ce qui lui resteroit de force. Justin se
propose d'établir J. C. eft le Meffie , par
la seule autorité des Prophetes , reconnus
par
que
les Juifs. Tertullien a écrit dans le même
dessein. Le Témoignage de Josephe n'entroit
point dans leur projet. Nos Adversai
res , pour rendre l'Objection plus pressante ,
font dire à Origene , à Theodoret , que Josephe
a nié que J. C. fût le Meffie , ils ne le
disent pas. Theodoret dit qu'il n'a pas crû
la Prédication Chrétienne. Origene dit qu'il
n'a pas trop crû que J. C. fût le Meffie. Je
ne me prévaudrai pas du défaut de mémoire
d'Origene , il altere un peu le Passage de
Josephe touchant Saint Jacques , en le raportant
, il fait dire à l'Historien Grec plus
qu'il ne dit. J'en pourrois conclure qu'il
n'avoir pas. à la main les Manuscrits de Josephe
,
850 MERCURE DE FRANCE
phe , & qu'ainsi son inattention au Passage
qui regarde J. C. doit moins surprendre , je
néglige cette remarque on n'a recours à
des argumens foibles , à des conjectures ,
que dans la disette de preuves convaincan-
>
tes . Elles ne me manquent pas .
Pour Theodoret , nos incredules ou l'ont
lû avec une étrange précipitation , ou l'ont
raporté avec une coupable infidélité . Theodoret
dit à la fin de son Commentaire sur
Daniel , que Josephe n'a pû se déterminer à
eacher la vérité , quoiqu'il n'ait pas été docile à
la Prédication Chrétienne, Cette proposition
génerale de Theodoret , insinue affés clairement
, que ce sçavant Pere n'ignoroit pas le
Témoignage rendu à J. C. par l'Historien
Juif; & qu'on ne dise pas que cet éloge de
la bonne foi de Josephe , ne regarde que ce
qu'il avoue de Daniel. S'il ne s'agiffoit que
du Prophete , pourquoi Theodoret parleroitil
de la Prédication Chrétienne ? J'ai déja
diffipé le doute qu'on veut faire naître du
silence de S. Chrysostôme dans ses Homélies
contre les Juifs , en observant que nous
n'avons qu'une partie de ces Homélies , &
que les Peres n'ont pas dû oposer ce Témoi
gnage à l'incrédulité des Juifs. Je pourrois
en demeurer là , fi je n'avois une preuve ,
assûrément forte , que S. Chrysostome n'a
pas ignoré le Témoignage de Josephe ,
&
qu'il
MAY.
1739. 85x
qu'il en a senti la force. Isidore de Peluse ;
le fidele Disciple du saint Docteur , instruit
par lui -même , l'employe , ce * Témoigna
ge , & le fait valoir. Isidore étoit Critique ,'
& n'auroit pas manqué d'observer que ce
Témoignage ne se trouvoit pas dans quelques
Manuscrits , s'il avoit manqué dans
quelqu'un. Donc ceux qui ne l'ont pas cité ,
ont eu des raisons de ne le pas citer. Leur
silence n'emporte point la suposition du Témoignage
on avanceroit témérairement
qu'il n'étoit pas dans leurs Exemplaires.
>
Ceux qui l'ont cité , avoient des raisons
plus fortes de ne le pas omettre , & ces raisons
ajoûtent un nouveau poids à leur autorité.
Eusebe & Saint Jerôme le raportent en
Historiens. Saint Ambroise l'insere dans un
Abregé Latin de l'Hiftoire des Guerres des
Juifs & des Romains , écrites par Josephe.
Revenons à nos Adversaires ; réduits au
seul Photius,il ne leur restera pas,quand même
nous l'abandonnerions , un Ecrivain du neuviéme
siécle nous incommoderoit-il ? Affoibliroit-
il le témoignage unanime & constant
de plus de sept siécles ? Quel avantage
reste , leur aporte Photius ? A- t- il écrit
le Témoignage de Josephe n'étoit pas dans
* Epift. Lib. IV.
au
que
quelques
812 MERCURE DE FRANCE
quelques Manuscrits , qu'il le regardoit
comme suposé , ou comme alteré ? Non :
Dans un Extrait des Antiquités de Josephe ,
( c'est le CCXXXVIII . Extrait , où l'on ne
reconnoît point Photius , & qui est aparemment
un de ceux que le sage Critique Henri
de Valois assûroit être d'une autre main. )
Extrait informe confus , dont l'Auteur
ne read aucun compte de l'Ouvrage de
Josephe , & se fixe à l'Histoire d'Hero .
de , Extrait où il fait entrer plufieurs Faits
omis par Josephe , entr'autres la Naissance
de JESUS - CHRIST , le Maffacre des Innocens ,
sans avertir que Josephe n'en a point parlé ,
où l'Auteur copie exactement Josephe dans
le récit du suplice de S. Jacques , & n'avertit
point qu'il emprunte de Josephe cette
narration. C'est assûrément conjecturer au
hazard , que de tirer quelques concluſions
d'un parcil Extrait , surtout à l'égard de ce
qui ne s'y trouve pas.
Je suis surpris de n'avoir point aperçu dans
cette multitude d'Ecrits pour & contre le
Témoignage , une remarque importante.
Nous avons dans la Bibliotheque de Photius
de la meilleure Edition ( celle de Rouen ) deux
Extraits des Antiquités de Josephe , l'un au
Titre LXXVI. qui porte le caractere de Photius
dans le tour qu'il donne à ses Extraits &
dans le ftile. Comme il s'y borne à l'Histoire
des
1
MAY. 1739. 853
qu'il
des Pontifes Juifs & à la Vie de Josephe , &
omet tant de Faits importans raportés
dans cette Histoire, parce qu'il les supose trop
connus , ou parce qu'il a coûtume , dans la
plûpart de ses Extraits , de ne s'attacher qu'à
une partie de l'Ouvrage dont il parle , il n'eft
pas surprenant qu'il ne s'arrête pas aux témoignages
touchant JESUS - CHRIST , Saint
Jean - Baptiste , S. Jacques , qui étoient assûrément
fort vulgaires .
L'autre Extrait eft le CCXXXVIII. On
ne comprend pas pourquoi Photius auroit
fait deux Extraits du même Livre , & cette
raison suffiroit pour rendre le second sus
pect , d'ailleurs il est indigne de Photius ;
mais qu'il soit de lui , fi l'on veut , j'ai montré
qu'on n'en peut rien conclure contre le
Témoignage.
9
Le Doute de Photius , repliqueront nos
Adversaires , nous est connu par un autre
Extrait plus exact du Traité de l'Univers
attribué à Josephe , Photius ne peut convenir
qu'il soit de lui , parce que l'Auteur reconnoît
J. C. pour le Meffie.
Nos Adversaires employent à l'ordinaire
les artifices usités , quand on soûtient une
mauvaise cause. Je leur ai déja reproché des
citations infidelles ; il faut encore leur faire
le même reproche.
Photius craint d'attribuer à Josephe le
Traité
54 MERCURE DE FRANCE
Traité de l'Univers , non fimplement parce
que l'Auteur reconnoît JESUS -CHRIST pour
le Meffie , mais parce qu'il y parle de sa
génération éternelle.
Nos Adversaires cherchent encore dans un
autre Extrait de Photius le fondement de quelque
soupçon. Photius , en parlant de Jufte de
Tyberiade dans l'Article XXXIII . reproche
aux Ecrivains Juifs leur filence sur J.Č. Loin
que cet Extrait puiffe donner occafion à nos
Adversaires de soupçoner le Témoignage
de Josephe en faveur de JESUS- CHRIST , il
me fournit une preuve de l'autenticité de ce
Témoignage .
Photius , ce Sçavant d'une lecture immen
se , l'avoit lû , cité par Eusebe , par S. Isidore
, par Sozomene : il l'avoit lû dans les
Manuscrits de Josephe . Ce Témoignage ré
futoit le reproche fait à la Nation Juifve ,
& jettoit même une espece de ridicule sur
l'accusation ; car Photius dans cet Extrait
parle beaucoup de Josephe : c'étoit là l'oc
cafion preffante de produire ses soupçons
( s'il en avoit eu contre le Témoignage ) de
faire remarquer qu'il n'étoit pas dans tous les
Manuscrits , s'il manquoit dans quelqu'un.
Photius ne dit rien de semblable, il n'attaque
point le Témoignage ; il le croit donc hors
d'atteinte. Poussons la complaisance plus
loin qu'elle ne doit aller, Laiffons nos Adver
saires
MAY. 1739 855
saires imaginer , sans aucun fondement , que
Photius a soupçonné la supofition ; ce soupçon
lui a paru fi foible , qu'il n'a osé l'oposer
au sentiment universel, & qu'il a eu honte de
l'avoir formé, ce soupçon. Tranchons la difficulté
, nos Adversaires citent Photius infidelement
; il ne dit pas qu'aucun Ecrivain Juif
n'ait parlé de JESUS - CHRIST ; il dit que l'af
fectation de n'en point parler , eft le vice
commun de leur Nation , maniere de parler
qui n'exclut pas quelque exception : dire
qu'une opinion est commune ce n'est
pas dire qu'elle est générale . Il faut donc
que nos Adversaires nous abandonnent Pho
tius , & qu'ils confeffent que toute l'Antiquité
Chrétienne , malgré leurs recherches
ne leur offre pas un seul Ecrivain , je dis un
seul , qui ait marqué se défier de la vérité
du Témoignage.
En attendant la Suite.
L'AR AIGNE'E ET LE MOUCHERON.
FABLE.
Par M. D'ARNAUD .
U Ne Araignée avoit pris dans ses lacs
Un Moucheron ; l'Insecte miserable
B Se
856 MERCURE DE FRANCE
Se voyant proche du trépas ,
A son ennemie implacable ,
Tint , dit l'Hiftoire , sur ce cas
Ce discours lamentable.
Aprenez-moi comment j'ai mérité la mort ;
De quel crime fuis -je coupable ?
M'a- t'on vû rompre votre Fort ?
De vos petits ai-je abregé le sort ?
Eh ! de vous nuire en quoi suis - je capable ,
Moi qui ne puis qu'à grand' peine voler ?
Que ma jeuneffe infortunée
Mes larmes . .. • A ces mots il cefla de parler.
Cette Harangue émût fort l'Araignée.
Tenir sa proye , & la laiffer aller
Paroîtra chose difficile ,
Cependant
Elle donua la vie à l'Insecte imprudent.
Cet accident
Eût dû le rendre plus habile ;
Le malheur doit nous être utile.
Mais de cette leçon
Peu fe fouvint l'Infecte volatile ;
Peu , certes faux , voire en nulle façon ;
A s'égarer Jeuneſſe eſt très -facile ,
C'eſt ſon défaut ; avint deux jours après ,
Soit imprudence , ou deſtinée ,
Que l'étourdi retomba dans les rets
De
MAY.
1739 857
De la même Araignée.
Il eut beau cette fois prier , gémir , pleurer ,
L'autre à fes cris fe montrà fourde ,
Pour qu'on lui pardonnât la fauté étoit trop lourde,
Il n'étoit plus temps de la réparer ;
1
Peut-être ce jour-là pout comble d'infortune ,
L'Araignée étoit-elle à jeun ,
Le Moucheron fut traité d'importun
Sans autre forme aucune ,
De deux morceaux on n'en fit qu'un.
Des Imprudens telle eft la fin commune ;
Lorſqu'un premier malheur n'a pu les corriger ;
Dans un ſecond bientôt ils vont fe replonger.
REPONSE de M. de Gouve , à la:
Lettre de M. le Marquis de ... sur l'abus
qu'on fait de l'Esprit.
Ermettez-moi , Monfieur , de hazarder
P quelques refléxions en réponse à votre
Lettre insérée dans le Mercure de Décembre
dernier , page 2752.
On abuse de l'Esprit , dites -vous , vous
voulez corriger cet abus,vous assûrez que rien.
n'est plus dangereux pour le bon Goût ; ily
auroit peut-être quelque chose de plus dan-
Bij gereux
358 MERCURE DE FRANCE
.
gereux , M. , ce seroit de n'en point avoir
du tout ; mais cet ábús eft- il aussi géneral que
vous le dites ? le Siécle de Louis XIV . que
vous admirez aux dépens de celui- ci , a - t- il
été préservé de la contagion ?
!
Vous concluez , M. du particulier au général.
Quelques mauvais Ecrivains , à peine
connus , vous aigriffent contre tous les Auteurs
; ne fçavez-vous pas que la voix des
Mævius , des Rupilicus , n'eft pas comptée
dans la République des Lettres ? que ce sont
les Virgiles & les Horaces qui décident du
Goût ? Manquons-nous aujourd'hui de ces
derniers ? Le Public , dont vous condamnez
la facilité , ne les juge.t- il pas avec une rigueur
extrême ? Qu'importe que Mad. la Comteffe
dé ... ai prodigué des Etoges à cinq ou fix
beaux Esprits , qui dans un siécle moins amateur
des fausses lumieres , ne s'attireroient que
du mépris , ne peut- elle pas favoriser le faux
Esprit , comme vous semblez faire peu de cás
du véritable ? Mais , dites-vous , on en répand
trop. Eh quand en a - t-on jamais répandu
plus à propos ? Parcourez les Ouvra
ges de - nos bons Auteurs un Sentiment y
est préferé aux plus belles Anti-theses ; nos-
Dames sont dégoûtées aujourd'hui du Brillant
affecté de Voiture ; & combien y en at'il
qui écrivent avec plus d'Esprit , & cependapt
avec plus de naturel que lui ?
J'ai
MAY
8 519 17397
7
J'ai peine à concilier vos idées. Ce Siècle
est éclairé , ce Siècle eft superficiel. Quelle
contradiction ! Comme si vous me difiez.::
Cet homme est riche , cet homme est pauvre
. Ce Siècle est superficiel ! Avez - vous jetté
les yeux, en avançant cette propofition , sur
tant de Membres de l'Académie des Sciences,
qui,peu fatisfaits des recherches ordinaires
, vont dans des Climats étrangers étudier la
Nature , l'interroger elle- même ? Que de
clartés ne répand on point tous les jours sur
les ténebres de la Philosophie ? Que de Systêmes
reçûs dans le dernier Siécle, sans être
entendus , creusés dans le nôtre avec intel
ligence , ont été trouvés incompatibles avec
la vérité ? Le Sexe même, qui ne connoiffoit.
que des Madrigaux & des Epigrammes , ne
se révolte plus à Pafpect des épines de la
Philosophie , & nous le voyons briller autant
par les études sérieuses , que par ses charmes?
Ne sçait-on pas qu'une Dame de la premiere
distinction a concouru en dernier lieu pour
le Prix de l'Académie des Sciences ? De
vingt- huit Ouvrages que des Philosophes de
tous les Pays de l'Europe avoient présentés
il n'y en a eu que fix qui ayent difputé le
Prix ; l'Ouvrage de cette Dame est un des
fix , & il est aisé de voir qu'il auroit eu une
place plus honorable , sans certains principes
un peu hardis que l'Académie n'a pû admet
Biij
tre .
860 MERCURE DE FRANCE
tre . Je vous demande , M. , si tout cela deshonore
notre Siècle au point que vous le
dites ?
177
Şi l'on vous en croit , M. , l'abus s'est
auffi glissé dans le Barcau , vous n'y voyez
plus de ces fameux Jurisconsultes , qui éclairoient
du flambeau de la vérité les Causes les
plus obscures , maîtres de l'Esprit par leurs raifons
, & du Coeur par leur éloquence . Comptez-
vous donc pour rien les Cochins , les le
Normands , les Aubris , &c. ? Leur préfererez-
vous les le Maîtres , les Patrus , fi célebres
peut-être , pour avoir été dans leur
temps les seuls qui ayent aproché de l'Eloquence
, quoiqu'ils ne l'ayent pas parfaitement
connuë ? Vous blâmez l'abus de l'Esprit
! Quelle imagination s'est donné un
essort moins reglé que ces Mrs Leurs Plaidoyers
sont des Discours putement Académiques.
Siquelquefois le raisonnement , les
moyens , les preuves s'y montrent , de combien
d'ornemens étrangers ne font- ils pas
furchargés ? Ils n'avoient pas cette vraie Eloquence,
ornée d'elle -même par fa fimplicité,
fublime par fa force, qui ne tend qu'à fon but
fans s'écarter,pour cueillir des fleurs frivoles.
Steriles par nature , ennuyeux par art ,
Orateurs que Grammairiens , ils n'avoient ni
la préciſion , ni la méthode qui regne à préfent
dans nos Plaidoyers. Le bon Avocat
moins
n'eft
MA Y. 861
1739:
n'eft pas celui qui se morfond dans fon cabinet
à arranger des mots & des périodes ,
mais celui que la foule y vient confulter. Que
vous ayez été ennuyé à une Audience , je le
crois bien. Tous les génies ne sont pas- de
la même force ; vous euffiez pû , M. prendre
au Palais une dofe d'ennui auffi forte
dans le Siècle précedent ; on y voyoit alors
auffi de médiocres Avocats ; n'imputez donc
point à un Corps entier le défectueux de
quelque Membre foible.
Vous vous sauvez du Bareau à la Comédie
Françoise ; je vous y fuis , on repréſente une
Tragédie , elle n'a que du clinquant. Nouveau
fujet d'invectives ; laiffons achever la
Piéce , & pour vous en fauver l'ennui , discourons
ensemble .
La Piéce eft mauvaife , donc le temps des
bonnes Tragédies eft paffé. Fauffe confequence.
Les Piéces des Coras , des Boyers ,
des Pradons , ne méritoient que des fiflets ;
Racine dans le même temps donnoit dés
Chef- d'oeuvres. Les Poëmes médiocres qui
paroiffent aujourd'hui , n'empêchent point
que l'Auteur de la Henriade ne faffe verfer
bien des larmes au Parterre , ne le console de
la perte de Corneille & de Racine , ne foit
peut-être plus égal , plus tendre que le prémier
, quelquefois plus tragique que le fecond.
Je dois beaucoup de respect au grand
В ін
Cor852
MERCURE DE FRANCE
Corneille , c'eft le Pere du Théatre ; mais
permettez - moi de vous dire qu'il tombe un
peu dans le défaut que vous condamnez.
C'est lui qui met souvent l'Esprit à la place
du Sentiment , qui retourne . sa pensée , qui
prodigue les Antitheses. Je ne veux pas
examiner ici , fi dans les endroits où il est
sublime , il n'est pas quelquefois empoulé ;
fi la politique & ces conteftations ingénieuses
qu'il a mises sur le Théatre , sont le vrai but
de la Tragédie ; s'il a sçû toûjours exciter
la terreur & la pitié . Je me borne uniquement
à vous faire voir que c'eft précisément
chés lui qu'on trouve cet abus de l'Esprit
que vous imputez à nos Modernes . Plus
jaloux que vous , M. , d'étayer par de bonnes
preuves ce que j'avance , je vais vous
mettre quelques Morceaux de ses Oeuvres
sous vos yeux . Lisons
Si toutefois après ce coup mortel du sort ,
J'ai de la vie assés pour chercher une mort.
Qu'eft ceci , Fabian ? quel nouveau coup de foudre
Tombe sur mon bonheur & le réduit en poudre ?
De mon Trône en son ame elle prend la moitié,
Ou de son vain orgueil les cendres rallumées ,
Pouffent déja dans l'air de nouvelles fumées .
EftMAY.
1739. 863
Elt-il une conftance à l'épreuve du foudre ,
Dont ce crucl Arrêt met notre espoir en poudre ? ,
Eft-il un coup de foudre à comparer aux coups ,
Que ce cruel Arrêt vient de lancer sur nous ? +
D'où son oeil femble encor à longs traits se saouler,
Du sang des malheureux qu'elle vient d'immoler.
!
Je soupirois pour vous en combattant pour elle.
Je combatrois pour ellé en soûpirant pour vous.
Ma plus douce esperance est de perdre l'espoir.
Ou Rome à ses Agens donne un pouvoir bien large,
Ou vous êtes bien lent à faire votre charge,
J'irai sous mes Ciprès accabler ses Lauriers.
Preffé de toutes parts des coleres céleftes ,
Il en vient deffus vous faire fondre les reftes.
Et sa tête qu'à peine il a pú dérober ,
Toute prête de cheoir , cherche avec qui tomber.
Ces montagnes de Morts privés d'honneurs su
prêmes ,
Que la Nature force à se venger eux mêmes ,
Et dont les troncs pourris exhalenr dans les vents ,
Dequoi faire la guerre au reste des vivans. s
Elle fuit, mais en Parthe, en nous perçant le cour
BY Si
864 MERCURE DE FRANCE
Si c'eft présomption de croire ce miracle', i " - ~
C'est une impiété de douter de l'Ofacle.
En quittant les douceurs de cet espoir flotant ,
Je mourrai de douleur , mais je mourrai content .
Auffi-bien sous mes pas c'eft creuser un abîme ,
Que retenir ma main sur la moitié du crime.
Il n'avoit que fix mois , & lui perçant le flanc ,
On en fit dégouter plus de lait que
de sang .
La vapeur de mon sang ira groffir la foudre ,
Que Dieu tient déja prête à te réduire en poudre.
Je m'en consolerai , quand je verrai Phocas
Croire affermir son Trône en se coupant le bras .
Du crime glorieux qui cause nos débats ,
Sire , j'en suis la tête , il n'en eft que le bras , &c.
Le bon Goût n'a pas toujours été universel
, on a fait de mauvais Ouvrages dans
les Siècles d'Augufte & de Louis XIV. La
cabale qui les avoit fait réussir , a disparu ,
ils sont reftés dans l'oubli. Dans 1oo . ans
on parlera d'Amafis , de Rhadamifte , d'Oedipe
, de Zaïre , d'Alire , & on ne se souviendra
plus que nous ayons cû de mauvai
ses Piéces.
J'en娄
17391 7865
MA Y.
#
J'entends tous les jours des Auteurs dont
les Ouvrages sont mal reçûs du Public ; se
plaindre de la corruption du Goût , rien n'eft
plus naturel ; un malade se plaint de la
Nature.
*
Pour plaire , il faut donner du neuf , le
Public eft raffafié , il eft à table depuis 80 .
ans , il faut réveiller son apetit par des salmis
& des liqueurs....
Voici , M. mes sentimens , il n'y a au
jourd'hui rien de déplorable dans la République
des Lettres , que l'acharnement de
l'Envie à nuire au vrai mérite,
J'ai l'honneur d'être , &c. mb
t
ODE au Roy , dédiée à S. E. Monseigneur
le Cardinal DE FLEURY.
MONSEIGNEUR ,
+
Permettez -moi de présenter à Votre Eminence
les essais d'une Müse qui ose consacrer ses
premiers Chants à la gloire du Roy. Un Ouvrage
, où en célebrant le retour de la Paix ,
on tache de donner à notre Auguste Monarque
le tribut de louanges qui est dû à ses vertus ,
devoit point paroître sous d'autres auspices
que sous les vôtres. Vous les avez cultivées ,
B vj
ne
Mon866
MERCURE DE FRANCE
Monseigneur , ces Vertus Royales , & vous
avez, avec toute l'Europe , la consolation de les
voir chaque jour fructifier. Puisse Votre Eminence
, jouir long- temps d'un spectaclefi cher à
votre coeur , & fi satisfaisant pour nous ! Puissions-
nous à notre tour goûter à jamais les délices
de cette Paix précieuse , qu'il vient de
donner à ses ennemis , & dont nous sommes
également redevables & à sa modération , & à
votre sagesse ! Il n'apartenoit qu'à Sa Majesté
d'en imposer les conditions , comme il n'apartenoit
qu'à V. E. de mériter une confiance unanime
de la part de toutes les Puissances , & de
devenir en quelque sorte le Ministre de toute
' Europe. Quelle gloire pour vous , Monsei
gneur, de voir tant de Nations differentes, vous
combler à l'envi de bénédictions , & ne s'exprimer
, en parlant de V. E. qu'avec les sentimens
d'un coeurFrançois ! Heureux , Monseigneur
qui pourroit transmettre tant de gloire à la
Posterité Heureux moi- même , fi encouragé
par un succèsfavorable , je pouvois faire un
jour des efforts dignes de vous , & vous donner
par là un témoignage autentique du profond
-respect avec lequel je suis de V. E. &c !
PORTES , Chanoine de Laon.
T
ODE
MA Y. -17392 8678
Οι
ODE AUAU ROY ,
SUR LA PAIX
Ui , je céde au feu qui m'inspire ,
Soûtiens mes transports , Dieu des Vers ;.
C'est à toi de toucher ma Lyre ,
Padreffe à LOUIS mes Concerts.
LOUIS , Pere de la Patrie
Par qui la Discorde en furie ,,
Voit tous ses Projets confondus ;
Et qui , sourd aux cris de la Gloire ,
Vient , dans les bras de la Victoire
Fermer le Temple de Janus.
**
France , pouvois-tu moins attendre :
Du Héros qui regne sur toi ?
Ton propre bonheur doit t'aprendre
Quelle est la douceur de sa Loi.
Il craint les Dieux ; les Dieux fenfibles :
Lui prêtent leurs fecours vifibles ;
Thémis dans fon fein l'a nourri ;
Et toujours lui fervant de guide ,
Minerve à ses Conſeils préfide ,
Sous le nom du Sage FLEURI.
*
Qui
868 MERCURE DE FRANCE
Qui n'eût point cru , fous fon Empire ,
Jouir d'une éternelle Paix ?
Mais lorsque tout l'Enfer confpire ,
Comment échaper à ses traits ?
Tremblez , Peuples ; Mégere avance
Sur fes pas marche la Vengeance ,
Déja tout s'émeur à la voix ;
Et par
mille coups de Tonnerre
Elle fait entendre à la Terre ,
La derniere raiſon des Rois.
*
O vous , qui de cette Euménide
Servez l'impétueux courroux ,
De votre fureur homicide
Fiers Ennerais , qu'attendez - vous ?
Epris d'une fauffe eſperance ,
Contre le deftin de la France
Vous êtes vainement armés
L'air mugit , l'orage s'éleve ;
Mais c'eft fur vous -même que creve
La tempête que vous formez .
*
Dans leurs Conquêtes éclatantes ,
Viens , Mufe , fuivons nos Guerriers ,
Ah ! combien leurs mains triomphantes
Moiffonnent d'immortels Lauriers !
Ici
MAY. 869
17395
\
Ici , Barwic menace , tonne ;
Là , fur les traces de Bellone
Marche le Vainqueur de Denain ,
Le Pô confterné fe retire ;
Il voit dans Villars , il admire
Ce qu'admira cent fois le Rhin."
*
Mais quels font ces jeunes Monarques ,
Dont l'aspect frape mes regards ,
Qui défiant Mars & les Parques
A l'envi courent aux hazards ?
Ils avancent , leurs yeux s'enflâment
Le fer à la main , ils reclament
Des Sujets ufurpés fur eux ;
? Et le front ceint du Diadême
Ils achetent de leur Sang même
La gloire de les rendre heureux,
* !
Paroiffez , Troupes Germaniques ,
Guerriers fameux par tant d'Exploits ,
Voyons fi vos coeurs héroïques
Soûtiendront l'effort des François F
Mais quoi ! déja la Terre fume ,
Le Salpêtre en fureur s'allume ;
Parme ne voit que fang , qu'horreur.
La valeur eft partout égale .
E
870 MERCURE DE FRANCE
Et l'audace que l'Aigle étale ,
De nos Lys accroît la fplendeur.
*
Pourſuivez , François , que la gloire .
En tous lieux conduiſe vos pas !
Retracez , s'il fe peut , l'hiftoire
Des Vendômes , des Catinats .
L'Ennemi frémillant de rage
De votre intrépide courage
Croit n'avoir vû que les effais :
Qu'il vienne aux Portes de Guaftalle ;
Par une déroute totale ,
Payer l'ombre d'un vain fuccès.
Mais pour nos Légions fidelles
Tant de gloire eft encore trop peu
Philifbourg réunit contre elles
Eugene , l'eau , le fer , le feu.
Le François qu'anime la peine ,
Par fa valeur étonne Eugene
Dans les flots ofe fe plonger;
Au fer , au feu ſemble infenfible
Et n'évite un danger terrible ,
Que par un plus affreux danger.
Là , quels Princes vois-je paroître 4
Mille Lauriers ornent leur front .
Cleft
MAY. 871
1739:
C'est vous , peut-on vous méconnoître ,
Brave Conti , vaillant Clermont à
Tandis qu'en affiégeant les Villes ,.
Vous aprenez , nouveaux Achilles ,
L'Art d'en devenir les Vainqueurs ,
Un Art plus beau , plus falutaire ,
On l'aprend de vous , c'eft de faire :
La conquête de tous les coeurs.
**
C'eſt par ces Conquêtes folides ,
Qu'un Héros chéri , reſpecté ,
Mieux que par fes Exploits rapides ,
S'affûre l'immortalité.
Ainfi LOUIS éteint fa foudre.
Lorfque prêt à tout mettre en poudre ,
On n'attend de lui que des fers ,
La Paix renaît fous ſes aufpices ;
Plus flaté d'être les délices
Que la terreur de l'Univers.
*
Fayez donc , Monftre impitoyable
Diſcorde , quittez nos climats ,
Affés , votre haine implacable.
A nourri l'ardeur des combats ; -
Et vous enfin , Vierge . Sacrée ,
Du haut de la voûte azurée ,
Venez ,
872 MERCURE DE FRANCE
Venez , aimable Paix , regnez ,
Rendez - nous ces jours pleins de charmes ,
le bruit des armes
Ces plaifirs que
Avoit trop long- temps éloignés .
*
C'en eft fait , Paffreuſe Bellone
Ceffe enfin de lancer fes coups ;
Ne tremblez plus , triſte Pomone ,
Riches Cerès , raffûrez -vous ,
Que dis-je ? Grand Roi , dans la Françe
N'avons-nous pas vû l'abondance
Regner comme au ſein de la Paix ?
Et quand tout craignoit ton Tonnerre ,
Rien nous annonçoit-il la Guerre ,
Que la fplendeur de tes hauts Faits ?
*
Jouis de ta gloire fuprême ,
LOUIS , quand nous en joüiffons ;
Toi , FLEURI , dans fa gloire même
Connois le fruit de tes leçons.
Et vous qui craigniez le naufrage ,
Peuples , goûtez après l'orage ,
Les douceurs d'un calme ferein.
Qu'à vos juftes voeux tout réponde !:
LOUIS eft l'Arbitre du Monde ;
Le bonheur du Monde eft certain,
EX
MAY 875
1739.
EXTRAITS de trois Memoires lus à la
derniere Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences.
R de Thuri ( Cassini le fils ) lut un
M Mémoire où il rend compte au Public
des Opérations
Géométriques
qu'il a faites en
1737. & 1738. lesquelles tendent à une Description
Géométrique
& exacte de toute la
France ; il a d'abord rapellé ce qui avoit été
fait les quatre années précédentes , & a fait
voir ensuite par le détail de ces Opérations ,
le progrès de cet Ouvrage , qui comprend la
description de toutes les Côtes de l'Ocean
& de celles de la Mer Méditerranée, & donne
, pour ainsi dire , les limites de la partie
Occidentale de la France & de toute sa partie
Méridionale.
Ses Opérations l'ayant conduit dans le Languedoc
& la Provence , il a eû occasion de
faire plusieurs Expériences de Physique , &
de vérifier celles qu'il avoit faites à Paris au
Printemps de l'année derniere sur la propagation
du son , & qui sembloient laisser à
désirer que l'on examinât si la difference des
climats n'influeroit point sur la vitesse du
son , & si la Mer & la disposition des milieux
que le son auroit à parcourir, n'accellereroit
874 MERCURE DE FRANCE
que
I
reroit pas , ou sa retarderoit propagation ; il
a trouvé par dés Expériences répetées , faites
avec un Canon de 24. livres de balles , que
la vitesse du son dáns un temps calme , &
tel fat le milieu qu'il eut à parcourir
étoit de 173 T. dans une seconde , ce
qui s'accorde parfaitement à la détermination
qui résultoit des Expériences faites à Paris
; il a fait aussi diverses Experiences sur la
hauteur du Mercure à differentes élevations ,
mais comme elles ne lui ont pas parû suffisantes
pour les éclaircissemens qu'il en vouloit
tirer , il attend, avant que de rien prononcer,
le résultat de plusieurs autres qu'il se propose
de faire dans le voyage qu'il doit entreprendre
cette année , & dont il a exposé lès vûës,
qui sont aussi interessantes pour les Sciences,
qu'utiles au Public.
>
Le plan qu'il s'est formé pour la Descrip
tion de la France par des Opérations Trigonométriques
, ayant été de les raporter toutes
à la ligne méridienne de Paris , qui tra
verse le Royaume dans toute son étendue ,
depuis le Nord jusqu'au Midi , il est évident
que l'exactitude de son travail dépend de la
précision avec laquelle on a déterminé l'étendue
& la direction de cette Ligne , &
quoiqu'il paroisse que l'on a pris toutes les
précautions possibles pour l'execution de
cet Ouvrage , il est cependant très - difficile
d'éviter.
'M A Y.
875 1739.
d'éviter de petites erreurs , qui , en se multipliant
, peuvent en produire une très - considérable
dans une étendue aussi grande que
cette Ligne qui est près de 5ooooo . T.
Il se propose donc, de vérifier de nouveau
cette Méridienne; la perfection à laquelle les
Instrumens ont été portés, les deffauts qu'on
y a corrigés par une longue experience , &
les additions que l'on y a faites pour en rendre
l'usage plus facile , & en même - temps
plus exact , semblent lui promettre un heureux
succès , mais , outre l'avantage qu'il espere
retirer de la vérification de cette Ligne
, pour ce qui concerne l'intérieur de la
France , il a encore une autre vue , qui n'est
pas de moindre conséquence , qui est de déterminer
la grandeur du degré en France
pour le comparer à celui qui résulte des Observations
du Nord , & à celles que l'on doit
faire sous l'Equateur ; & comme les Observátions
du Nord , comparées à celles de M.
Picard , donnent à la Terre la figure d'un
Sphéroïde aplati vers les Poles , tandis que
celles qui ont été faites dans l'étenduë de la
France , senibloient donner une autre figure
à la Terre , il convient de découvrir d'où
viennent les differences qu'on a observées en
France , & de faire des Observations exprès
pour déterminer la figure de la Terre .
•
Pour cet effet il mesurera cette année un
Arc
876 MERCURE DE FRANCE
"
Arc de la circonférence de la Terre vers l'extrémité
méridionale du Royaume , pour le
comparer au degré mesuré vers le Cercle Polaire
, & avoir un terme de comparaison plus
éloigné , ce qui rendra l'inégalité des degrés
plus sensible ; il fera aussi des Observations
à Bourges , dont la situation est la plus avantageuse
pour comparer les differences de Latitude
, avec les distances mesurées sur la
Méridienne.
Pour déterminer les distances des Etoiles
au Zénith, & connoître la grandeur de l'Arc
Céleste, il a fait construire par le Sr Langlois
un Secteur de 6. pieds de rayon , dont le
Limbe comprend environ 52 °. de sorte que
l'on pourra observer avec cet Instrument les
Etoiles de part & d'autre,du Zénith à la distance
de 26°. & déterminer la distance du So
leil au Zénith , au Solstice d'Eté ; la solidice"
de cet Instrument
, les additions que l'on a
faites pour en rendre l'usage facile , les véri
fications que l'on en a faites , ne laissent rien
à désirer, & confirment
toute l'excellence
de
cet Instrument
.
M. de Thuri porte ses vûës encore plus
loin ; il veut mesurer quelques degrés en
Longitude sur un parallele , par le moyen
des feux que l'on fera à la plus grande distance
possible, avec de la Poudre à Canon !
qu'il a trouvé , par ses Experiences sur le son
trèsMAY.
1739. 877
très-propre à être aperçû de fort loin ; il dit
avoir vû avec évidence la lumiere des 6. liv.
de Poudre allumée dans l'air libre , à la distance
de 80009. T. ou de près de 2. dégrés
sur ce parallele , de sorte qu'il aura par ce.
moyen la mesure de 2º . d'un parallele & son.
raport au degré du Méridien correspondant ,
ce qui ne contribuera pas peu à la détermina
tion plus exacte de la figure de la Terre . ' i
Le Mémoire de M. Duhamel , rouloit sur
une Racine , qui a la vertu de teindre en
rouge les Os des Animaux vivans .
Au mois de Fevrier 1737. dit - il , M.
Geoffroi communiqua à l'Académie l'Observation
suivante , extraite d'une Lettre que
M. le Chevalier Sloane lui avoit écrite.
» M. Belchier , Chirurgien , Membre de
" cette Societé , dînant un jour chés un
ر و
Teinturier qui travaille en Toile peinte ,
n remarqua , que dans du Porc frais qu'on
» avoit servi sur la table , & dont la chair
» étoit de bon goût , les Os étoient rouges.
» Il demanda la cause d'un effet si singulier ,
» & on lui dit que ces sortes de Teinturiers
» se servoient de la Racine de Garence avec
» des préparations de fer , d'alun , & de su-
" cre de Saturne , pour former leur deffein, et
» qu'ensuite ils faisoient bouillir ces Toiles
" peintes avec du son de farine , pour les
» décharger d'un rouge foncé dont elles s'é-
» toient
878 MERCURE DE FRANCE
» toient surchargées. Enfin pour ne pas per-
» dre ce son , qui a absorbé l'excedent de la
» couleur rouge , on le mêle avec l'aliment
» ordinaire des Pourceaux , & c'est ce qui
produit cet effet sur leurs Os , sans affec-
» ter d'une maniere sensible ni les chairs , ni
» les membranes , ni les cartilages , ni aucu
» ne autre partie du corps .
وو
Pour vérifier l'Observation de M. Belchier,
M. Duhamel enferma des Poulets , & leur
donna pour toute nourriture une pâtée faite
avec du gruau de froment , & de la Racine
de Garence pulvérisée. Cette mangeaille les
dégoûta , & même les incommoda fort ;
cependant , après en avoir usé pendant quinze
jours , leurs Os étoient de couleur de
rose.
M. Duhamel crut qu'il pourroit parvenir
à teindre les Os d'un plus beau rouge , s'il
prenoit des animaux qu'on pût empâter , &
auxquels il fût le maître de faire avaler lat
Garence à grande dose : dans cette intention
, il choisit des Pigeoneaux qu'il nour
rit avec une pâtée semblable à celle qu'il
avoit donnée aux Poulets ; seulement , pour
mieux reconnoître l'effet de la Garence ;
il réserva deux Pigoneaux , qu'il nourrit
avec le gruau seul ; ceux- ci profiterent à
merveille , digeroient bien , & avoient bon
apétit ; les autres étoient toujours tremblans;
ils
MAY: 879
1739.
ils digeroient mal & étoient fort dégoûtés .
On tua le dixième jour ceux qui avoient été
nourris de Garence , comme ceux qui n'avoient
mangé que du gruau , on les disséqua
; mais nous ne suivrons pas M. Duhamel
dans le détail anatomique qu'il a raporté
dans son Mémoire ; nous avertirons
seulement que tous les Os , même les plus
petits , étoient rouges comme du carmin ,
la capsule de l'humeur vitrée étoit cramoisi
la membrane veloutée du jabot & des intestins
, étoit rouge ; mais les membranes
exterieures de ces visceres , de même que
toutes les autres parties molles , sans en excepter
les cartilages & les épiphises , étoient
dans l'état ordinaire à ces parties. Nous ne
raporterons point les conjectures que M.
Duhamel propose , pour expliquer comment
la fécule colorante de la Garence , se porte
particulierement sur les Os , sans affecter
les parties molles ; mais elles l'ont conduit
à penser que les Os des jeunes animaux
aquerroient plus promptement & plus efficacement
la teinture rouge , que les Os des
animaux adultes. L'experience a justifié sa
pensée , & les Os des Pigoneaux en duvet,
rouges comme de l'écarlate en trois
jours , au lieu que les Os de deux forts Dindons,
n'ont été de couleur de rose, après
avoir été nourris de pâtée deGarence pendant
quinze jours.
ont
été
que
C Om
880 MERCURE DE FRANCE
›
On vient de voir des Pigeoneaux dont
les Os ont été teints d'un beau rouge couleur
de feu en trois jours ; c'est à peu près
le temps qu'il leur faut pour acquerir ce degré
de teinture . Par d'autres Experiences sur des
Pigeoneaux de même âge ,il a reconnu qu'en
36. heures leurs Os étoient d'une couleur de
rose vif , & qu'en 24. heures ils étoient du
moins couleur de chair.
Ces dernieres Experiences font voir avec
quelle promptitude se fait la distribution du
suc nouricier dans les animaux de cette espece
, qui doivent prendre toute leur croissance
en quelques mois.
Comme on doit auffi inferer de ces Experiences
, qu'il y a des Médicamens végétaux
qui se portent sur les Os , & qui par
consequent pourroient remédier à plusieurs
de leurs maladies , il a crû devoir employer
la Garence dans cette vûë ; mais n'étant
pas le maître de faire naître dans les Os
de ces animaux des maladies de different
il s'est borné à examiner quel seroit
genre,
son effet dans une fracture.
Pour cela , il choifit quatre Pigeoneaux
forts & vigoureux , il leur caffa à chacun cet
Os de la jambe , qu'on apelle communément
le Pillon , on en fit sur le champ la réduction,
qu'on affujetit par un bandage ; deux de ces
Pigeons furent nourris avec le gruau & la
Garence ,
MAY. 881 1739.
Garence , & les deux autres
fimplement avec
le gruau. Ces derniers , malgré la douleur
que
devoit causer leur bleffûre , eurent toujours
bon apétit , & au bout de buit jours ,
ils
commencerent à se promener avec leur
apareil ; les autres
tomberent dans les accidens
dont on a déja parlé ; on tua ces quatre
Pigeons le
quatorziéme jour pour en examiner
le cal..
Celui des Pigeons qui
n'avoient pas mangé
de Garence , étoit petit , serré & fort uni ;
celui des Pigeons nourris avec cette Racine
étoit gros , spongieux , inégal , il en şortoit
des especes de végétations , il se brisoit entre
les doigts & s'y réduisoit en petits grains. II
eft vrai que l'état
souffrant de ces animaux,'
occafionné
par leur bleffûre, &
augmenté par
une
nourriture qui leur étoit
contraire , pouvoit
retarder la parfaite réunion de leurs Os.
Cependant M. Duhamel croit qu'il résulte de
cette
Experience, & de plufieurs autres qu'il a
executées , que la Garence , prise
interieurement,
eft plus nuifible que salutaire dans le
cas des fractures.
La Garence n'eft pas
probablement la
seule matiere végetale qui peut changer la
couleur des Os ;
cependant il a effayé , sans
succès ; le Bois d'Inde ,
l'Orcanette , & le
Curcuma. Il faut aparemment
une teinture
plus fixe , comme disent les Teinturiers , &
Cij moins
882 MERCURE
DE FRANCE
moins susceptible
d'altération
; M. Duhamel
prouve que la Garence
est de ce genre , en raportant
les tentatives
qu'il a faites pour
enlever cette couleur étrangere
aux Os , par
les déboüillis
qu'on employe
pour éprouver les teintures
; mais le détail de ces Experiences
nous meneroit
trop :
loin.
L'Analogie
que M. Duhamel
a remarquée entre la nutrition
des Animaux
& celle des
Plantes , l'a engagé à essayer fi la teinture
de Garence
pourroit
s'introduire
dans les
vaisseaux
de quelques
- unes , ce qui réüisissant
, serviroit
beaucoup
à en dévoiler
l'organisation
; mais comme ces Experiences
ne sont point finies ; il proinet seulement
d'en
rendre compte dans une autre occasion
.
M. de Buffon fit la lecture d'un Mémoire
sur
la conservation
& le rétabliffement
des Forêts.
Après s'être plaint de la disette de Bois & du déperissement
des Forêts , l'Auteur dit
que tous nos Projets à cet égard doivent se
réduire à conserver
les Bois qui nous reftent,
& à renouveller
une partie de ceux que nous avons détruits ; ces deux objets font les deux
Parties de son Mémoire
.
Les moyens
de conservation
, sont , 1 La supreffion
des Baliveaux
, dont le bois
n'est jamais de bonne qualité , & dont l'ombre
& la transpiration
fait geler les Taillis ,
comme
MAY: 1739% 883
comme l'Auteur le prouve par plufieurs Ob
servations.
5
2. L'établiſſement d'un temps fixe pour
la coupe des Réserves des Ecclesiastiques &
Gens de main- morte , au lieu de l'usage où
l'on eft de donner des Permiffions arbitraires
, que le credit obtient plus souvent que
le besoin. Selon les Experiences de M. de
Buffon , faites avec une Sonde , ce temps ,
doit être fixé dans une terre forte , à. 5o. ans ,
pour deux pieds & demi de profondeur , à
70. pour trois pieds & demi , & à 100. ans,
pour quatre pieds & demi & au- delà de:
profondeur ; & dans un terrain leger , à 40 ,
Go , & 80 ans ; au bout de ce temps les .
Arbres commencent à s'alterer.
3. L'usage de commencer la coupe d'un
Bois du côté du Nord , pour prévenir les
mauvais effets de la gelée , au moins pendant
les deux ou trois premieres années ; un grand .
nombre d'Observations ayant apris à l'Auteur
, que la gelée fait tout périr au midi à
l'abri du vent , tandis qu'elle épargne tout .
au Nord , & dans les Endroits où il peut .
paffer.
4°. Un Reglement pour la conservation
des Arbres isolés qui restent encore dans les
Landes & les Communes de plusieurs Provinces
, parce que ces Arbres isolés fournissent
des Piéces courbes pour la Marine ; M.
Ciij de
884 MERCURE DE FRANCE
de Buffon raporte ici les Experiences qu'il
a faites pour faire des Bois courbes ; elles ne
demandent aucune dépense , & ne peuvent
manquer de réüffir .
5º. L'âge le plus avantageux pour couper
les Bois taillis , ce qui varie selon les terrains;
M. de Buffon annonce les belles & ingénieuses
Experiences qu'il a commencées pour
s'assûrer de l'inſtant où le bois commence à
croître de moins en moins , c'est -à - dire ,
l'instant où l'on doit l'abattre pour en tirer le
plus grand profit poffible.
›
6°. L'établiſſement d'une Pratique aisée &
fort utile, c'est d'écorcer & laisser mourir sur
pied lesArbres dont on veut tirer du bois de
service. M. de Buffon a trouvé que par cette
operation le bois devenoit bien plus dur &
bien plus fort ; il s'en eft assûré , en faisant
rompre sous des poids de 10. & 12. milliers
des Poutres tirées de ces Arbres écorcés , &
des Poutres tirées d'autres Arbres pris dans
le même terrain ; l'aubier , ou bois blanc ,
devient par l'écorcement & le dessechement
sur pied , auffi dur & auffi fort que le coeur
de chêne ensorte que l'on ne sera plus
obligé de le retrancher , comme on l'a toujours
fait jusqu'ici. Enfin M. de Buffon fait
plufieurs autres remarques utiles sur la Police
des Bois , & sur les changemens qu'il conviendroit
de faire aux Reglemens des Forêts,
,
que
MAY.
885
1739.
.
que F'on suprime , de peur
trait trop long.
de rendre cet Exoù
La seconde Partie contient les moyens de
renouveller les Bois. Tous les Auteurs d'Agriculture
, François ou Etrangers , ont donné
sur cela des Avis qu'il eft impoffible de
suivre ; M. de Buffon prouve que toutes leurs
Experiences ont été faites en petit dans des
Pépinieres , dans des Jardins , & il assûre
que l'on ne peut les executer en grand , sans
se jetter dans des dépenses qui excederoient
dix fois la valeur des Bois ; il cherche les
moyens de planter sans dépense , & raporte
un nombre prodigieux d'Essais qu'il a faits
en grand dans un terrain de 80. arpens ,
il a semé & planté de toutes les façons imaginables.
Il raporte une Operation préliminaire
, qui a dû lui coûter bien de la peine
& du temps , mais dont il résultera une
grande utilité ; il a divisé la moitié de ce
grand terrain en quarts d'arpent , & à tous
les angles de ces quarts d'arpent , il a fait
sonder avec une tarriere la profondeur du
terrain , & il a raporté sur un Plan la Note
de cette profondeur , & de la qualité de la
pierre qui se trouvoit au-dessous de la terre :
ainfi il a le Plan de la superficie & du fond
de sa Plantation , Plan qu'il sera aisé de comparer
avec la Production. On jugera par là
de la difference que l'inégalité de profondeur
C iiij
à ઇ.
386 MERCURE DE FRANCE
du sol produit sur l'accroissement du bois ,
ce qui est entierement ignoré , & on décidera
sûrement l'âge où l'on doit abatre les
Futayes. Nous passons sous silence le détail
des Experiences , quoiqu'il soit très-curieux ,
& nous ne raporterons que les principauxrésultats
. Pour planter un terrain en friche ,
dont le gazon eft bien garni & fort épais ,
ce qui indique presque toujours une terre
forte & mêlée de glaise , il suffit de mettre
le gland sous l'herbe en Automne , il perce
& s'enfonce de lui - même ; mais fi le terrain
a été cultivé , il faut conserver le gland dans
de la terre pendant l'Hyver , faire labourer
une seule fois au Printemps , & semer les
glands germés dans le niême temps . Au
contraire dans les terres légeres , soit en friche,
soit cultivées, il faut labourer une seule
fois en Automne , & semer le gland dans
cette même Saison. Dans les bonnes terres ,
qui tiennent le milieu entre les terres fortes
& les terres légeres , il faut semer les glands
avec de l'avoine , pour prévenir la naissance
des mauvaises herbes , qui dans ces bons terrains
étouffent les jeunes plans. Ces résultats
viennent à la suite d'une grande quantité dé
Faits & de raisonnemens qui ne laissent aucun
doute sur cette matiere. M. de Buffon a
poussé ses recherches jusqu'au point de vouloir
connoître les especes de terrains qui
SOUS
MAY. 887 1739
sont absolument contraires à la végétation ;
& pour cela , il a fait remplir plusieurs caisses;
de matieres toutes differentes , comme de
la glaise pure , du gravier , gros comme des
noisettes , du fumier pourri , de sable , &c.
Toutes ces differentes matieres ont produit ;
le gland a levé partout , d'où M. de Buffon :
conclut , que dans presque tous les terrains
on peut semer du bois de Chêne , & que
dans le petit nombre dès terrains & des situations
où le Chêne ne peut pas venir, on peut
planter d'autres Arbres , comme des Pins ,
des Sapins , &c. qui demandent un terrain
tout different de celui qui convient au Chêne
. A cette occasion , M. de Buffon raporte
des Faits bien curieux , & nous aprend qu'if
ya un très-grand nombre d'especes d'Arbres
utiles , comme les Cyprès , les Planes , les
Cedres du Liban , & plus de cent autres
sortes d'Arbres de Canada , de Virginie , de
Sibérie , & de plusieurs autres Climats , qui
peuvent s'élever en France , & croître sans
aucune culture ; en pleine terre ; il a élevé
lui-même toutes ces especes differentes dans
des Pépinieres , où il en a actuellement une
très -grande quantité , & il annonce un Ouvrage
,
où il donnera le détail de la culture -
de tous ces Arbres étrangers qu'il a déja naturalisés..
Cv L'OR
888 MERCURE DE FRANCE
****************
L'ORGUEIL ,
O D E.
Loin de moi , Monftre plein d'audace ;
Tu fais de vains efforts pour entrer dans mon coeur
Mon néant me présente un remede efficace
Contre ton poison enchanteur ;
Non , je ne craindrai plus la force de tes armes ;
Je connois l'abus de tes charmes ;
1
Tu caches ton venin sous les plus belles fleurs ;
Tu me montres de loin une amorce flateuse ;
Mais cette aparence trompeuse
N'eft qu'un abîme de douleurs.
*
Oui , trop déplorables victimes ,
Nous devons à l'orgueil notre malheureux sort ;
Son audace premiere a creusé nos abîmes ,
Ses piéges nous donnent la mort ;
Et pour surcroît des maux , dont l'offenfe eft suivie
Nous naissons sans avoir la vie.
Ah ! perfide Serpent , tes attraits captieux
Nous ont subftitué mille peines affreuses ;
Dès- lors , nos meres malheureuses
N'ont plus fait que des malheureux ,
Captif
MAY. 889
1739.
Captifdu tyran de ses Peres ,
L'Homme encor , animé de son soufle mortel ,
Ne sçauroit réprimer ces effors téméraires ,
Hors de son état naturel ;
Son coeur , des paffions victime déplorable
Ose s'eftimer indomptable.
S'il se voit malheureux , il en est irrité
Contre le Ciel il leve une tête rebelle
Et l'injuftice criminelle
Vange ensuite sa vanité .
*
Tantôt , sur un tas de richeffe
Ce superbe Mortel élevé fierement ,
Ne daigne pas sur ceux que l'indigence preffe:
Jetter un regard seulement .
( Aveugle ! ainfi l'Orgueil , à ton ame captive ,.
Cache ta misere effective ; ).
Ou d'un mérite vain follement prévenu ,,
Il s'érige lui-même un fastueux trophée ,
D'où son impudence exaltée ,
Foule aux pieds jusqu'à la vertu..
*
Pour lui son erreur a des charmes ;:
Mais qui peut s'apuyer sur le fafte mondain ,
Si le plus fier Vainqueur , par l'effort de ses armes à
Ne peut pas changer son deftin
C vj Qu'il
890 MERCURE DE FRANCE
Qu'il batte l'Ennemi sur la Terre & sur l'Onde ;
Qu'il dompte l'un & l'autre monde ;
Il meurt , il meurt enfin , & ce trifte revers
Réduit cet Homme , craint autant que le Tonnerre
Dans les entrailles de la Terre
A servir de pâture aux vers.
{
*
O vous qui , malgré la mort même ;
Attendez un triomphe au-delà du cercueil ,
Hommes , montrez-nous donc si cet honneur su
prême
A dequoi flater votre orgueil :
Quand la mort au milieu de vos vaftes conquêtes ;
Abattra vos illuftres têtes ,
On traitera le sort d'injufte , de jaloux ;
On gravera vos noms au Temple de Mémoire ;
On exaltera votre gloire ;
Mais qui ? des Hommes comme vous.
Par P. Fabre
DIS÷
MAY. --1739.- 89*
2
888888888
DISSERTATION de M. A. G. sur
une Médaille Grecque de Diadumenien
frappée à Ephese,&c . Suplément à la VIII.
Lettre du Voyage Litteraire de Normandie.
V
Ous me faites souvenir , Monfieur ,
fort à propos de l'engagement que j'ai
pris avec vous , & avec le Public dans le
Mercure du mois d'Août 173.2 . où eſt imprimée
la huitiéme Lettre que je vous ai
écrite au sujet de mon Voyage de Normandie.
Je vous fais mes excuses sur le retardement
; mais il est toujours temps de bien
faire & de s'acquiter. Voici enfin la Dissertation
de M. Galland , sur la rare Médaille
Grecque de l'Empereur Diadumenien , avec
la Figure du Philosophe Heraclite sur le
Revers, frapée par les Ephefiens , & trouvée
dans les ruines d'une ancienne Ville de la
Basse Normandie : singularités & circonstances
qui méritoient toute la sagacité
d'un Antiquaire tel qu'étoit M. Galland ,
digne Membre de l'Académie Royale des
Inscriptions & Belles Lettres Professeur
des Langues Orientales au College Royal ,
& Antiquaire du Roy. Je ne serai ici
que son Copiste ou son Echo , à l'exception
cependant de la Gravûre de la Médaille en
question ,
و
,
392 MERCURE DE FRANCE
question , faite par mes soins , d'après un
Dessein original que M. G. joignit à la Lettre
que vous allez lire , & qui mérite bien à
tous égards le nom de Dissertation.
MONSIEUR ,
Pendant le séjour que j'ai fait à Paris cette
année 1705 , M. Foucault , Intendant de la
Généralité de Caën , profita du loisir des
Paysans de Vieux , à deux lieuës de cette
Ville , & en leur donnant lieu de gagner leur
vie , pendant la cessation des autres travaux
de la campagne , il les employa à continuer
la découverte d'un grand Edifice Romain
dont il avoit déterré depuis deux ans une
partie confiderable , par des soins dignes de
son amour pour l'Antiquité .
Cette Partie étoit un Bain très - solidement
bâti avec toutes ses dépendances , selon la
disposition & les dimensions qu'on peut
lire dans Vitruve . On y travailloit encore à
mon retour à Caën ; & comme les Paysans
avoient trouvé beaucoup de Médailles antiques
, en remuant la terre , M. Foucault ,
le lendemain de mon arrivée , me donna à.
examiner tout ce qu'on lui en avoit aporté.
Il y en avoit environ deux cent de toutes
grandeurs , du haut & du bas Empire , toutes
couvertes de rouille & de terre ; elles ne
P'étoient pas néanmoins de maniere , que je
ne
MAY. 1739.
893
ne m'aperçûsse aisément qu'il n'y avoit ni
Type ni Revers rare , & qu'il n'y en avoit
pas une auffi, qui ne fût dans le Cabinet de
M. Foucault. Une seule de ces Médailles se
trouva tellement cachée sous la rouille , qu'il
me fut absolument impoffible de reconnoître
d'abord de qui elle étoit. Je pris mon
temps le même jour pour la nétoyer , & en
travaillant sur l'Inscription du côté de la
tête , je fus extrêmement surpris d'apercevoir
des Lettres Grecques. Quelle aparence en
effet y avoit-il qu'on dût trouver au Lieu
d'où elle venoit d'autres Médailles que des
Médailles Latines ? Je continuai mon petit
travail , & je fus surpris encore d'avantage
de trouver sur celle - ci , le nom & le surnom
de Diadumenien dans cette Inscription
M. ONEA . AIAAOTMENIANOC. M. Opel.
Diadumenianus. Je ne fus pas long- temps à
découvrir la tête de cet Empereur en Buste
jusqu'aux épaules , & sans couronne de Laurier.
Je m'apliquai ensuite à nétoyer le Revers
, & j'eus bien -tôt trouvé le motGrec
EQECION , qui me fit connoître , que la Médaille
avoit été frapée à Ephese. Et peu de
temps après , je vis paroître fort nettement
celui d'HPAKAEITOC & non pas HPAKAEITOY
, qui eût été le nom du Magistrat,
sous l'autorité duquel la Médaille avoit été
frapée.
>
>
Je
894 MERCURE DE FRANCE
Je nétoyai enfin tout le Type du Revers
& quand j'eus achevé , je vis sans peine la
figure d'un Vieillard debout , à longue barbe
, la phisionomie triste & mélancholique ,
revétu du Manteau de Philosophe , le bras
droit nud , hors du Manteau , la main un
peu élevée, avec une Massuë sur le bras gau
che, armée de clous , laquelle il tenoit de bas.
en haut.
La Massuë ne m'arrêta pas un moment
& je n'eus pas la pensée d'en conclure , que
ce fut la Figure d'Hercules , le mot HPA-,
KAEITOC , l'air & l'habillement indiquoient
assés , qu'elle représentoit le Philosophe
Héraclite . Héraclite étoit Ephesien , consideration
qui acheva de me confirmer dans
le sentiment que c'étoit ce Philosophe ,
dont je voyois la Figure. M. Foucault , qui
eut une joye très - sensible d'avoir fait une
acquisition si peu attenduë , n'en eut pas
une autre pensée , non plus que le Pere Albert
, Augustin Déchaussé autre Connoisseur
, lequel étoit venu de Paris exprès , pour
voir M. Foucault & son Cabinet .
,
J'achevai enfin de néroyer entierement la
Médaille , & je la rendis aussi entiere , &.
presque aussi belle , que si on l'eût nouvellement
frappée. Le Relief de la tête, & celui .
de la Figure du Revers est très - beau : les
Lettres sont extraordinairement élevées , & le
temps
THE NEW YE
PUBLIC LIANA.
ABTOR , LENCX
TILDEN FOUNDATIONS,
MOTICA
A
COCCION
HUPAKA
LACITOC
MAY. 1739 895
ge
que
temps & la roüille ont fait si peu de dommaà
la Médaille , qu'on ne s'aperçoit presd'aucune
alteration ; elle est enfin telle
que vous la trouverez représentée dans la
Gravûre que je joins à ma Lettre , faite par
une main habile.
Il y a déja quelque temps , M. , que j'ai
fait une Dissertation , dans laquelle j'ai tâché
de prouver , que les Ruines que l'on voit à
Vieux , où la Médaille a été trouvée , sont
celles de l'ancienne Ville des Viducaciens
dont Pline & Ptolomée ont parlé. Ce qu'on
y a déterré depuis ce temps - là , m'a confirmé
dans mon opinion.
,
Dès que j'eus reconnu que la Médaille
étoit Grecque , qu'elle étoit de Diadumenien
, & qu'elle avoit été frapée à Ephese ,
je me demandai à moi - même comment
elle pouvoit avoir été aportée de l'Asie , jusqu'à
la Ville des Viducaciens , à l'extrémité
de l'Europe , & même de la Terre , peu
loin des bords de l'Ocean. Je n'hesitai pas à
répondre , que je devois m'en étonner aussi
peu , que de ce qu'on trouve des Médailles
Latines frapées à Rome , jusque dans les extremités
de l'Asie , comme l'experience jour
naliere le fait voir. Dans un Empire aussi
grand que celui des Romains , il n'étoit pas
plus impossible de trouver en quelque endroit
que ce soit , de la Monnoye d'Or
d'Ar
896 MERCURE DE FRANCE
d'Argent , ou de Bronze , frapée par l'auto
rité du Sénat , qu'il l'est aujourd'hui , de
trouver des Louis d'Or , & d'autres Piéces
de Monnoye de France en Canada , à Cayenne
, & dans les autres Colonies Françoises
de l'Amérique. Il est vrai , que le Commerce
s'y fait plûtôt par Echange que par
Monnoye ; mais il ne laisse pas d'être
vrai , qu'on y trouve de la Monnoye Françoise.
A mesure que les Romains faisoient des
Conquêtes , les Légions y portoient & répandoient
leur Monnoye dans chaque Pays
& cette Monnoye circuloit , & se communiquoit
par le Commerce des Provinces les
unes avec les autres. Et enfin , comme le
Commerce étoit libre entre les trois Parties
du Monde alors connu , il est aisé de comprendre
de quelle maniere la Monnoye pouvoit
passer d'une Partie du Monde dans
l'autre comme encore aujourd'hui on a
en France des Monnoyes d'Allemagne , d'Italie
& d'Espagne , même de Turquie , de
Perse , & des Indes , & qu'on voit de celles
de France dans tous les Etats que je viens de
nommer.
Quelque Viducacien qui avoit voyagé en
'Asie , du temps des Empereurs Macrin &
Diadumenien , peut avoir raporté d'Ephese
La Médaille dont nous parlons , non pas
pour
MAY. 1739: 897
pour s'en servir comme d'une Monnoye
mais pour la faire voir dans son Pays , & la
conserver par curiosité ; c'est ce que prouve
indirectement la conservation de cette Piéce
: c'est ainsi qu'encore aujourd'hui , nos
Voyageurs raportent ordinairement des Piéces
de Monnoye , frappées au coin des Princes
Souverains des Pays , où ils ont voyagé ,
pour en conserver la mémoire. On ne sçauroit
douter que bien des Grecs & des Romains
n'ayent eu là-dessus le même goût que
l'on a encore aujourd'hui.
Qu'il y ait eû parmi eux des Curieux d'anciennes
Monnoyes , cela eſt tout évident par
une Loi du Digeste , tirée d'un Ouvrage du
Jurisconsulte Pomponius ad Sabinum , qui
marque que l'usufruit des anciennes Monnoyes
d'or & d'argent , dont on se servcit ,,
c'est -à- dire , que l'on conservoit de la même
maniere que des Pierres gravées , pouvoit
être legué : Numismatum aureorum , vel argenteorum
veterum , quibus pro gemmis uti solent
, ususfructus legaripotest.
Ce sont les anciennes Monnoyes d'or &
d'argent , mentionnées dans cette Loi , dont
on ne faisoit d'autre usage que de les garder ,
& les conserver , qui m'obligent d'expliquer
Gemma par des Pierres gravées. Il ne paroît
pas qu'on puisse donner à ce terme une autre
signification
Les
198 MERCURE DE FRANCE
Les Romains la lui ont donnée , & ils s'em
sont servis communément en ce sens- là ;,
cela est évident par ce Passage de Pline , où
il est marqué que Emilius - Scaurus ,
dont
Sylla avoit épousé la Mere , fut le premier.
Romain qui eut la curiosité de faire amas de
Pierres gravées . Gemmas plures quod peregrino
appellant nomine Dactyliothecam , primus omnium
habuit Rome Privignus Sylla , Scaurus.
On doit d'autant moins en douter , que.
l'on sçait assés que les Grecs & les Romainsn'ont
guere porté des Bagues , que pour
leur:
servir de Cachet , & que pour cela leurs Bagues
étoient gravées en creux de Têtes , de.
Figures humaines , d'Animaux , d'Oiseaux
& d'autres Types ou Symboles , selon le
goût & la passion de chaque Particulier .
Les Médailles Latines de Diadumenien
sont rares , en quelque Métal & de quelque,
forme que ce soit, les Grecques le sont beaucoup
davantage. Ainfi il est aisé de juger de.
la rareté de celle dont nous parlons , par le
Type d'Héraclite , qu'elle représente , lequel
n'a paru encore sur aucune Médaille.
Les Types des Revers des Médailles Latines
des Empereurs Romains , ne représensent
ordinairement que des choses qui ont
zaport aux vertus ou aux Actions des Empereurs.
Il en est autrement des Médailles des
Villes Grecques , frapées au coin des mêmes
Empereurs
M A Y. 1739 899
Empereurs. On voit par celles qui nous restent
, qu'elles y faisoient représenter les Têtes
de chaque Empereur , d'un côté , par devoir
, en considération du Privilege dont elles
joüissoient , & qu'au Revers elles faisoient
très-communément mettre des Types,'
qui les regardoient en particulier , comme
leurs Divinités, leurs Temples , leurs Fonda
teurs , les Jeux publics qu'elles célebroient
&c.
Quelques-unes même de ces Villes se sont
fait un honneur d'y représenter les Hommes
Illustres dans les Sciences & dans les Beaux
Arts , qui avoient pris naissance chés- elles.
C'est ce que les Smyrniens ont fait à l'égard
d'Homere , les 'Samiens à l'égard de Pytha
gore , les Insulaires de Cos à l'égard d'Hypocrate
, comme on le voit par une Médaille
du Cabinet de M. Foucault , & les Mytileniens
par une Médaille de Sapho , que j'ai
vûë , & que M. Spon a fait graver.
ނ
Sur la Médaille qui fait le sujet de ma
Lettre , nous voyons que les Ephesiens ont
fait la même chose à l'égard d'Heraclite , à
qui leur Ville a donné la naissance , le mettant
par là en parallele avec leur Temple de
Diane , si célebre , dont quelques- unes de
leurs Médailles nous ont conservé la forme
exterieure , & en donnant à ce Philosophe
cette marque de reconnoissance de l'honneur
goo MERCURE DE FRANCE
neur qu'il leur faisoit , ils s'en firent un trèsgrand
à eux-mêmes. On peut dire en effet
qu'alors ils réparerent , en quelque façon , le
peu de considération que leurs Ancêtres
avoient eû pour sa vertu & pour sa sagesse ,
en chassant ignominieusement de leur Ville
le fameux Hermodore , son bon ami, Homme
d'un grand génie , & capable d'établir
un bon Gouvernement, comme il le fit connoître
ailleurs que chés les Ephesiens.
On présume qu'Hermodore avoit voulu
faire des remontrances à ses Concitoyens sur
le déreglement où ils étoient tombés , leur
persuader de rentrer en eux-mêmes , & de
s'engager à l'observation des Loix qu'il étoit
prêt de leur donner . Les Ephesiens , au contraire
, au lieu de profiter des avantages que
Hermodore s'offroit de leur procurer , firent
tumultuairement la Loi que Voici. Que personne
de nous ne s'éleve au- dessus des autres s
si quelqu'un a cette présomption , qu'il aille des
meurer ailleurs avec d'autres
que nous.
Ciceron a rendu cette Loi en Latin , sur les
termes Grecs qu'il avoit trouvés dans un Ouvrage
d'Héraclite , qui subsistoit de son
temps. On trouve encore aujourd'hui les
mêmes termes dans Strabon & dans Diogene
Laërce , qui les ont conservés. Voici la
Traduction Latine : Nemo de nobis unus ex
vellat , sed si quis extiterit, alio in locô & apud
alios sit,
MA Y. 951 17397
Hermodore , contraint d'obéir , se réfugia
en Italie , & alla jusqu'à Rome , où il
fut reçû avec une distinction si marquée ,
que les Decemvirs , nommés pour cette réception
, suivirent ses bons avis dans la publication
des Loix des douze Tables, qui ont
servi de baze à la Grandeur de la République
Romaine ; il leur fut même d'un grand secours
à les interpreter , la plûpart ayant été
tirées de la Langue Grecque : Quarum ferendarum
aucthoremfuisse Decemviris Hermodorum
quemdam Ephesium exulantem in Italiâ ,
quidam retulerunt. Ce sont les paroles du Jurisconsulte
Pomponius , qui ne paroît pas
assés instruit sur ce Fait ; mais ce que dit Pline
, de la Statue dont Hermodore fut honoré
dans Rome , à cette considération , éri
gée dans la Place du Comice , empêche qu'on
n'en puisse douter. Hermodori Ephesii Statua
in Comitio Legum quas Decemviri Scribes
bant , Interpretis , publicè dicata.
Heraclite fut dans une affliction inexprimable
de la perte d'un ami si digne de son
amitié ; il fut encore plus indigné de l'injustice
atroce & sans exemple des Ephésiens ;
ce qui lui fit dire & écrire , que pour avoir
chassé Hermodore d'un maniere si indigne ,
dont l'ignominie retomboit sur eux , ils méritoient
tous la mort , depuis les plus adultes
jusqu'aux plus vieux, & qu'il falloit que ceux
qui
Do MERCURE DE FRANCE
qui étoient au-dessus de cet âge , abandonnassent
la Ville. Il pensoit ainsi , de crainte
aparemment que cette Jeunesse n'y contractât
la même méchanceté.
Cependant les Ephesiens reconnurent leur
faute , lorsqu'il n'étoit plus temps ni en leur
pouvoir de la réparer ; ils prierent Heraclite
de supléer à l'absence d'Hermodore , & de
leur donner des Loix , mais notre Philosophe
qui connoissoit à fond combien le désordre
étoit grand à Ephese , ne voulut pas
s'engager dans une entreprise , de laquelle il
ne croyoit pas qu'il pût sortir avec honneurs
il s'abstint, au contraire, d'avoir aucun commerce
avec ses Compatriotes. Religieux ob◄
servateur de sa résolution , il alloit souvent
prendre l'air tout seul au Temple de Diane!
Comme il s'y divertissoit un jour à joüer
avec de petits Enfans , plusieurs Ephesiens ,
qui ne sçavoient que penser de cette action ,
si peu digne, en aparence , d'un tel Philoso
phe, s'assemblerent au tour de lui avec étonnement
: » qu'avez - vous à me demander
» leur dit il , ne vaut-il pas mieux que je fas-
» se ce que je fais, que de me mêler du Gou-
» vernement avec d'aussi méchantes Gens
» que les Ephesiens ?
Il prit enfin à notre Philosophe un tel dé
goût du Monde , qu'il sortit de la Ville , &
se retira dans les Montagnes voisines , où il
ne
MAY . 1739.
502
ne vivoit que d'herbes & de fruits sauvages ,
genre de vie auquel il n'étoit pas accoûtumé,
& qui lui causa enfin une hydropisie , cela
l'obligea de revenir à la Ville pour essayer
quelques Remedes , qui ne réussirent point ,
ensorte que , selon plusieurs Auteurs , if
mourut bien-tôt après , & selon d'autres if
guérit, & finit ses jours par une autre maladie .
il
L'Histoire n'aprend rien davantage de la
Vie d'Héraclite. Comme il ne s'agit pas ici
de sa doctrine , nous n'en dirons rien . On
remarquera seulement qu'il n'eut aucun Maître
dans l'étude des Sciences, quoique Pithagore
, Xenophane , & quelques autres Philosophes
, eussent parû un peu avant lui ; aussī
a -t'il écrit que , tout ce qu'il sçavoit , il l'avoit
acquis par ses propres Méditations.
Quant à ses Moeurs , on l'a accusé de s'être
mis par orgueil au dessus de tous les autres
Sçavans , & d'avoir méprisé tous les Grands
Hommes qui l'avoient devancé , comme Homere
, Hesiode , Pithagore , Xenophane ,
Hecatée , & c .
Cette accusation est fondée , sur ce qu'il
disoit que la multitude de connoissances que
P'on acquiert les uns des autres , ne forme
pas l'esprit , & que le but du Sage doit être
uniquement d'avoir une Regle sûre , & cer
taine pour agir en toutes choses & en toute
pccasion. Il vouloit qu'on chassât Homere
Ꭰ . igno904
MERCURE DE FRANCE
ignominieusement de toutes les Assemblées
publiques des Grecs , à l'occasion des Jeux
Sacrés , c'est-à-dire , des Jeux Olympiques
des Phytiques , des Néméens, des Ithmiens,
des Corinthiens , & des autres , célébrés en
differens Lieux , à l'imitation de ceux-ci,
Au reste , en nommant Homere , qui ne vivoit
plus il y avoit long- temps , Héraclite
entendoit parler de ceux qui faisoient profession
de réciter les Vers de ce Prince de
la Poësie Grecque , qui se trouvoient exprès
dans ces Assemblées , pour en régaler les
Grecs.
›
Héraclite enfin étoit un Philosophe aus
tere & rigide , qui vouloit que les Hommes
agissent en Hommes en toutes choses, c'està
- dire , avec la droite raison , & qu'ils éloignassent
d'eux tout ce qui étoit capable de
les en détourner . Ses Paroles & ses Ecrits
obscurs , lui ont fait donner le nom de
Ténébreux , EXOTIVOS , & son insensibilité
pour tout ce que les autres Hommes recherchent
avec tant d'ardeur , celui de dans
Exempt de paffions.
›
Tel étoit Héraclite , que nous voyons représenté
sur la Médaille des Ephesiens. On
ne trouve rien dans les anciens Auteurs , de
la grande oposition qu'il y avoit entre lui &
Démocrite , comme on le dit communément
, jusqu'à prétendre que l'un ne faisoit
que
MAY. 1739.
905
que pleurer , pendant que Démocrite rioit
de toutes choses . Il n'y a que Lucien , qui
ait publié cette circonftance , qu'il a fans
doute inventée , dans le Dialogue , où Jupiter
& Mercure vendent les Philofophes à
Pencan. Les bons Critiques pensent , que
Lucien a voulu se divertir , & faire rire ses
Lecteurs , & qu'on ne doit pas prendre à la
lettre , tout ce que cet Ecrivain , Plaisant de
Profeffion , a écrit .
109 ,
,
En effet ces deux Philofophes n'étoient
pas proprement contemporains : Héraclite
qui n'a vécu que 60. ans , floriffoit en la 69 .
Olympiade , & Démocrite , qui en a vécu
florissoit en la 80. pour le plus
tard . Il eft vrai que Démocrite , qui mettoit
le souverain bien dans ce qu'il apelloit d'un
nom qu'il avoit inventé , pour se faire mieux
entendre , c'eft - à- dire , vivant dans une tranquillité
parfaite & conftante de l'ame, exemp
te de crainte , de superftition , & de toutes
passions , philosophoit avec une grande
gayeté d'esprit mais nous ne devons pas
croire que cette gayeté lui fit faire des extravagances.
Il n'y avoit qu'un Peuple , aussi
grossier que les Abderitains , capable de
prendre cette gayeté pour une folie . Il n'est
pas probable aussi, qu'Héraclite ait eû la foiblesse
que Lucien lui attribuë. Il faut toujours
faire une grande difference des senti-
Dij mens
906 MERCURE DE FRANCE
mens raisonnables , d'avec ceux d'un Rhétheur
, qui se soucie peu de dire la vérité ,
pourvû qu'il plaise , en faisant rire.
Les Ephesiens n'avoient pas aparemment
attendu jusqu'au temps de Diadumenien
à rendre à la vertu d'Héraclite l'honneur
qu'elle méritoit. Il est vraisemblable que
long- temps auparavant ils lui avoient élevé
chés eux une , ou même plusieurs Statuës ,
qui ont ensuite servi de modéle , pour le représenter
parfaitement sur les Médailles . Il
refte à examiner quelle raison les Magiftrats
d'Ephese peuvent avoir eû , de faire représenter
notre Philosophe armé d'une Maffuë.
Il est d'abord certain , que la Maffuë ne
fut pas une arme particuliere à Hercules
elle a éte commune à plusieurs autres Personnages
, même de son temps , ce qui fait
voir qu'elle a été en usage avant ce Héros :
c'étoit aussi une arme assés naturelle , dont
il est aisé de voir, que chacun pouvoit se servir
dans ces premiers temps, & que l'Art n'en
avoit pas encore inventé d'autres.
Thesée , contemporain d'Hercule , enleva
au brigand Periphate , autrement apellé
apuváτns ,porte Massue,celle dont il affommoit
les Paffans auprès d'Epidaure , & Thesée s'en
servit ensuite lui - même.
Nestor , dans l'Iliade , reprend les jeunes
gens de ce que pas un d'eux n'avoit le courage
MAY. 17397 907
rage d'accepter le défi que venoit de leur
faire Hector , de se battre contre lui seul à
seul . Il les encourage par son exemple , &
il leur raconte de quelle maniere , à la fleur
de son âge , étant au Siége d'Ytué , en Elide,
il s'étoit battu contre Eventhalion , & lui
avoit enlevé la Maffue dont il étoit armé. Il
fait même l'hiftoire de cette Maffuë . Licur→
gue , Roy de Némée , en avoit fait présent à
Eventhalion , & auparavant il en avoit desarmé
le Roy Arsitĥous ; enfin il s'étoit si
fort diftingué par la Maffuë , que les Grecs
lui en avoient donné le nom de Kepurnes ,
dont Periphate fut aussi apellé
comme
on vient de l'observer. On voit par ce
détail que la Massuë étoit beaucoup plus
ancienne qu'Hercule.
Uliffe , dans le récit qu'il fait à Alcinous
de sa descente aux Enfers , raconte qu'il y
avoit remarqué Orion avec la Maffuë d'airain
, dont il avoit terraffé les Bêtes féroces
dans les Montagnes. Poliphéme se servoit
aussi de la Maffuë ; Uliffe fait la description
de celle qu'il avoit préparée , & qui étoit encore
verte, grosse presque comme un mât de
Navire. Enfin Enée , dans Virgile , ( Eneid.
III. ) combattant contre Turnus , tua deux
braves Grecs , armés chacun d'une Maffuë :
Nec longe Cyffea durum
Immanemque Gyam fternentes agmina Clava .
D iij
I
908 MERCURE DE FRANCE
Il eft inutile de citer un plus grand nom
bre d'authorités , pour prouver un Fait qui
n'est pas douteux , sçavoir que la Maffuë étoit
une arme commune du temps d'Hercule
même avant lui , & qu'elle le fut long-temps .
après lui .
Il n'eft donc pas étrange qu'Héraclite paroisse
armé d'une Maffue sur la Médaille des
Ephesiens , & l'on ne doitpas croire que l'on
prene ici le change , & que ce que l'on pense
être la Figure d'Héraclite,ne le soit pas, mais
que c'est celle d'Hercule . Jamais en effet
Hercule n'a porté la barbe ni l'habit de Phi
losophe : toute la difficulté , c'est de sçavoir
quelle raison eurent les Ephesiens de donner
une Maffuë à Héraclite .
Dans le peu que j'ai raporté de la Vie de
ce. Philosophe , qu'en sortant d'Ephese il s'étoit
retiré dans les Montagnes , quel inconvenient
y auroit-il de penser qu'un homme
de bon sens tel
, que Héraclite l'étoit , avoit
songé en même temps à sa sûreté , & au
moyen de se défendre contre les Bêtes féroces
, qu'il pouvoit rencontrer dans sa solitude
il n'a pu en trouver de plus conque
de se munir d'une arme
simple & naturelle , comme la Maffuë , qui
devoit être encore d'usage dans son temps.
On ne pourroit pas absolûment rejetter
cette raison : il semble d'abord que les Ephe
venable
,
siens
-MAY. 1739.
909
siens n'en ayent pas eû d'autre , en donnant
la Maffue à Héraclite , dans les Statuës qu'ils
lui ont érigées , & sur la Médaille de Diadumenien.
Cependant on ne peut presque
pas disconvenir qu'ils ne l'ayent fait par
les
motifs que nous allons voir.
ses ,
Anthistene , Chef des Philosophes Cyni
ques , prit , au raport de Diogene Laërce ,
parmi les Grecs , Hercule , & parmi les Perle
Grand Cyrus , pour le modéle de la
vie dure & auftere , qu'il avoit embrassée .
Pour imiter Hercule exterieurement par quelque
endroit , il se munit d'une Maffuë ; peutêtre
même l'eût -il encore imité en se couvrant
de la dépouille d'un Lion , s'il eût cru
qu'on l'eût souffert avec cet habit dans Athe
nes , d'où il étoit , & où il faisoit sa demeure
.
Lucien étoit bien persuadé , que tous les
Philosophes Cyniques , & Anthistene luimême
se fussent habillés de cette maniere
bizarre , s'ils eussent osé le faire , quand il
introduit Menippe vétu de la peau d'un
Lion , à son retour des Enfers , où il étoit
allé consulter l'ombre de Tiresias. Comme
Anthistene vit qu'il ne pouvoit imiter son
Héros par cette autre distinction , il quitta.
l'habillement de dessous , & se contenta d'un
Manteau , qu'il fit doubler , afin d'être moins
exposé aux injures du temps.
D iiij Dio910
MERCURE DE FRANCE
Diogene , qui vivoit du temps d'Anthis
tene , & qui fit profession de l'imiter dans
ses austerités & dans ses Dogmes , ne prit la
Maffuë , ou le Bâton , qu'après une maladie,
& il continua de la porter , particulierement
lorsqu'il voyageoit. Cratès & ses autres Disciples
, tous les Philosophes enfin , qui voulûrent
se diftinguer , en s'écartant de la vie
ordinaire des autres hommes , suivirent le
même exemple.
Lucien, dans le même Dialogue, déja cité ,
de la vente des Philosophes les plus signalés
par Jupiter & par Mercure , marque plus
précisément , pourquoi les Philosophes Cyniques
affectoient de porter la Maffuë . Diogene
, selon les paroles qu'il lui met à la bouche
, interrogé par le Marchand qui veut l'acheter
, sur les raisons qu'il avoit euës , de
s'être proposé d'imiter Hercule , répond , que
le Manteau dont il est couvert , lui tient lieu
de la dépouille du Lion , & que la Maffuë
dont il est armé, étoit la marque de la guerre
qu'il faisoit aux voluptés , c'est-à-dire , aux
vices , à l'imitation d'Hercule, qui l'avoit faite
aux Monstres & aux Tyrans.
Héraclite a été le premier des Philosophes ,'
qui a déclaré cette guerre , & qui a livre des
combats continuels aux vices , tant qu'il a
vécu. Anthistene , Diogene , & tous les autres
Philofophes , peut-être plus aufteres dans
leur
MAY. 911 1739
eût
leur maniere de vivre , mais plus zélés que
kui , n'ont fait que l'imiter en cela , avec cette
difference , que leur ostentation défaut
qu'on ne peut reprocher à Héraclite
empêché le fruit de leur morale , quand ils
auroient trouvé des hommes disposés à
les écouter. Il n'eft douc pas contre la vraisemblance,
de dire que les Ephesiens lui ont
mis à la main le même symbole que ces Philosophes
prirent long-temps après lui .
Je n'oublierai pas ici que Leonard Augus
tin , dans le Livre qu'il a publié des Pierres
gravées , a donné le nom d'Héraclite à la
XXIII.qu'il apelle Cameo, du nom Italien, dont
est venu parmi nous celui de Camayeu , à
caufe que la Figure est en relief sur l'original.
Cette Figure est de front , & repréfente un
Vieillard' debout avec une fort longue barbe
defcendant jufqu'au deffous de la poitrine, la
mélancolie peinte sur le vifage , le bras gauche
envelopé d'un Manteau , avec la main
pendante. Comme le nom d'Héraclite ne sc
lit point sur la Pierre , il n'y a fans doute que
Fair de la Figure gravée , qui ait pû autorifer
& déterminer Leonard Augustin à la prendre
pour Héraclite. Peut-être repréſente-t
elle un autre Philofophe ; mais le nom de
ee Philosophe , marqué sur notre Médaille
de Diadumenien , empêche de douter que
ce ne foit ſa Figure que l'on y voit , & sa
DY Figure
912 MERCURE DE FRANCE
Figure d'autant plus vraie , qu'elle vient d'E
phefe , Lieu de fa naiffance.
Le même Camayeu repréſente de l'autre
côté une autre Figure , qui eft gravée à la
page suivante ; L. Auguftin a trouvé bon de
lui donner le nom de Démocrite ; mais autant
qu'on le peut conjecturer, la seule raison qu'il
en a euë , c'est qu'elle est sur le Revers de
la premiere Figure , par lui nommée Héra→
clite ; cependant , à bien considerer cette
seconde Figure, elle n'a pas moins l'air triſte
& mélancolique que la précedente , & parcela
même , le nom d'Héraclite ne lui convient
pas moins. Il lui convient même da
vantage , par le Bâton qu'il tient à la main
en ce que ce Bâton reffemble fort à une
Maffuë par le bas , qui eft plus gros que le
haut, Enfin fi on compare les deux Figures
attentivement , & qu'on veuille absolument
leur donner un nom , on trouvera que celui
d'Héraclite , repréſenté dans une attitude
differente , leur convient mieux qu'aucun
autre .
Telle eft , M. , la Differtation de M. Gal
land , fur une Médaille aussi rare & aussi
curieuſe , en tous fens , que celle dont vous .
voyez ici la Gravûre. L'Original eft dans le
Cabinet du Duc de Parme , depuis la mort :
de M. Foucault. Il m'eft venu depuis,une au→
tre Médaille de Bronze , trouvée dans les
mêmes
›
MAY. 1739.
913
mêmes Ruines de Vieux , auprès de Caën ,
laquelle m'a été envoyée de cette derniere
Ville par M. de Chezelles. Je la trouve auſſi
singuliere que celle de Diadumenien ; elle
est Afriquaine , & j'espere en faire aussi
part au Public .
Je suis , Monsieur , & c.
A Paris , le 30. Avril 1739.
ADIEUX A LA POESIE.
DEgagé de tes fers , fatale Poësie ,
Je renvoye aujourd'hui les Vers à la Folie.
Aux rayons du bons Sens , dont l'éclat me confond ,
Ta beauté difparoît , & le charme fe rompt.
Va , cours , fui loin de moi , dangereuse Déeffe ,
Tu n'as que trop long- temps , perfide Enchante
reffe
,
Enyvré mes esprits d'un aimable poison ,,
Et fait parler mes sens , plus haut que la raison :
Je ne veux plus , joüet de tes brillans preſtiges ,
Prendre , pour beaux transports de bizarres vertiges
Et courant à l'honneur par des sentiers gliffans ,
A des Phantômes vains immoler le bon Sens.
Fuis donc ; mais non demeure ; en dépit de tes
charmes ,
>
Dvi
914 MERCURE DE FRANCE
La raison va te vaincre avec tes propres armes.
C'est elle qui mnspire , & déja son flambeau
M'éclaire , & me conduit à la source du beau .
D'elle seule empruntant les couleurs néceffaires
Pour peindre d'Apollon les frivoles chimeres
Je veux que l'Univers , de ce Dieu fabuleux
Connoisse en mes accens les charmes dangereux
Né du fein de l'orgueil , pernicieux langage
Des trop simples Mortels tu sçus gagner l'home
mage ;
Ton venin déguisé sous de riantes fleurs ,
En flatant leurs esprits , se glissa dans leurs coeurs
Et bientôt la raison séduite par tes charmes ,,
Se jetta dans tes fers , & te rendit les armes.
Parles , n'est - ce pas toi , dont les inventions
Remplirent l'Univers de folles visions ?.
Par toi , la Vérité couverte de nuages
Vit le Mensonge altier lui ravir nos hommages ,
Affranchir les esprits de son joug odieux ,
Et de nos Paffions nous faire autant de Dieux.
Homere le premier , dont le rare génie
Sçût marier la Fable aux sons de l'harmonie ,,
Quel usage fit-il de ton Art suborneur ?
Hélas du monde entier aimable empoisoneur
1
chanta dans ses Vers majestueux , sublimes ,
Des Dieux foibles , brûlans de feux illégitimes ;
Injuftes
M A Y. 1739.
Injuftes , violens , vindicatifs , jaloux ,
Au fommet de l'Olympe auffi foibles que nous.
Protecteurs des forfaits , dont ils donnoient l'e
xemple ,
Et plus dignes enfin du foudre que d'un Temple.
Tels font pourtant les Dieux , à qui tes Favoris
De leur veine infenfée alloient porter les fruits.
Mais à quoi bon chercher, dans un Siécle prophane
Des témoins qu'aujourd'hui le nôtre enfin con
damne ?
Ton adreffe perfide , avec plus de succès ,›
Au milieu des dangers nous fait goûter la Paix.
Sous le mafque trompeur d'une fauffe innocence
Helas ! combien de fois caches- tu l'impudence
Qui mieux
2. que toi du vice , avec dexterité ,
Nous dérobe l'horreur , & la difformité ?
Qui , flatant avec art nos plus tendres caprices ;
Plus doucement nous mene à d'affreux précipices
Libertins , dont le crime allume les defirs ,
Qu'il plonge mollement dans le sein des plaifirs ;
N'est-ce point quelque Muse , aux pinceaux im
modeftes ,..
Qui fcut vous infpirer des tranfports fi funeftes
Quel autre , dites moi , vous a fi bien apris
A braver les remords qui gênent vos esprits ?
A traiter la Raison de pédante sévere ,
De Tyran importun dont il se faut défaire a
976 MERCURE DE FRANCÈ
Et ne voyant la Mort que dans l'éloignement ,.
A donner au Plaifir jufqu'au moindre moment.
Trop heureux ! fi de Dieu la fuprême juſtice
Par vous n'eft transformée en injufte fuplice.
Arrêtez , s'écriera quelque aveugle rimeur ,
Me taxant d'ignorance & de mauvaise humeur
Diftinguez avec foin des Poëtes prophanes ,
Ceux qui de la Vertu fe rendent les organes ::
Jy foufcris , mais de cent , dont les noms font fameux
,
A peine en trouve t-on quatre de vertueux ;
Et le reste accablé sous le poids de leurs crimes ,
De fes charmes trompeurs fe trouvent les victimes,
Mais foit , je veux encor que leurs inventions
Ne réveillent jamais le feu des paffions :
Voyons fi par ton Art l'Homme devenu fage ,,
Fixe mieux les écarts de fon eſprit volage ,
Et fi dans les liens qui retiennent ſon coeur
Il peut jamais trouver un folide bonheur.
Efclave du Public , encor plus de foi- même ,
´Il pourſuit vainement un phantôme qu'il aime.
Ce nom , cette fumée , où tendent tous fes voeux
Le trahiffent toujours loin de le rendre heureux ;
En bute aux jugemens d'un Critique sévere ,
Le fruit de fon travail eſt ſouvent la mifere ;
Du rang , ou fon efprit s'eft fait apercevoir ,
Sans un fâcheux éclat , il ne fçauroit décheoir .
Mille
MAY.
317
1739.
Mille fois dans le jour , en maudiffant la rime ,
Il voudroit ſe ſouftraire au Tyran qui l'oprime ..
Mais en vain de fes fers il veut fe délivrer ,
Du poiſon qu'il détefte il aime à s'enyvrer.
dangereux poifon ! ô trop fatale yvreffe !!
Qui séduifit mon coeur dès fa tendre jeuneſſe ;
Et toi , Dieu fabuleux , fource de mes malheurs
Je te rens tes Lauriers arrosés de mes pleurs.
Puiffe- tu de ces Lieux pour toujours difparoître !!
Oui , mon coeur te renonce , & veut te mécon
noître.
Aujourd'hui pour toujours je rejette ta Loi ;
Je l'ai dit , c'en eft fait ; va , fuï , retire -toi.
DE CHAVIGNY , Penfionaire de l'Académie
Royale de J***
** uthhhhhhhhh
LETTRE au sujet des Remarques sur la
Boucherie de l'Aport de Paris, &c . insérées
dans le Mercure du mois de Mars 17398
Page 439.
Efori
N lisant , M. les Remarques faites sur
l'origine du droit qu'ont certainesFamilles
dans les Boucheries de Paris , que vous avez
publiées dans votre Journal de Mars , j'étois
étonné que et Ouvrage paroissant parti
d'u
nst
18 MERCURE DE FRANCE
ne bonne main , eût néanmoins un défauc
essentiel. Cedéfaut consiste , en ce que l'Auteur
a crûqueParis étoit encore renfermé tout
entier dans l'Iisle , lorsque Philipe Auguste.
fit élever à la fin du XII . siécle des murs dans
les terres du côté du Nord & au- dessous de
la Montagne de Sainte Geneviève , vers le
Midi. Pourroit-il venir en pensée qu'un
Prince s'avisât de fermer de murs une pleine
campagne, dénuée de maisons & d'Habitans
& que la clôture précedât l'habitation ? Cela
ne me paroît pas croyable. C'est ce que je
me disois à moi- même,en lisant cette Piéce
qui d'ailleurs est fort bonne. J'ai trouvé à la
fin une correction du sentiment de l'Auteur,'
Jaquelle vient de vous & c'est avec grande
raison que vous n'avez pas permis que votre
Journal fût rempli d'une opinion sur la clô¬
ture de Paris , telle que celle de cet Anony
me , laquelle est , selon moi , un vrai Para
doxe..
J'apris dernierement , au retour de la Séance
Académique du Mardi après Quasimodo ;
jour de la rentrée de l'Académie des Belles-
Lettres , que M. Bonami s'étoit proposé d'y
lire ( si le temps l'eût permis ) une Dissertation
sur l'antiquité de l'enceinte de Paris vers
le Septentrion , qu'il fait encore plus ancienne
que ce que vous marquez d'après M. de
la Mare, & on ajoûta, que l'on avoit oüi dire
qu'il
MAY. 1739.
919
qu'il devoit paroître bien- tôt dans votre
Journal ou ailleurs , un Ouvrage de M. l'Abbé
le Beuf, qui prouvoit la très - haute antiquité
de cette Enceinte . Votre Anonyme ,
enfoncé , à ce qu'il paroît , dans la Jurisprudence
, ne s'informe guere de ce qui se trame
parmi les Historiens. Sans l'erreur dans la
quelle il est tombé , ses Remarques me paroissoient
être à l'abri de la critique, au moins
je n'y voyois rien à reprendre. Il connoît
mieux que personne l'origine des Boucheries
de Paris , mais on ne peut lui accorder qu'il
ait bien rencontré sur l'antiquité des Encein
tes de cette Ville . Je suis , &c. * *
A Paris ce 13. Avril 17395
STANCES ,
SUR L'IMMACULE'E CONCEPTION,
ARGUMENT.
La Gloire de M. le Maréchal de Barwik
triomphe du Tombeau.
Destin , cruel Destin ! Arrêt irrévocable !
Tout doit subir la mort le pouvoir ,la grandeur ,
Les trésors , les honneurs & la force indomptable
Ne peuvent nous soustraire aux traits de sa fureur.
La
20 MERCURE DE FRANCE
La mort peut foudroyer les plus illustres Têtes ;
Tremblez, vaillans Héros, magnanimes Guerriers,
Hélas ! voyez Barwik au fort de ses Conquêtes ,
Rencontrer des Cyprès en cherchant des Lauriers.
*
"
Quel malheur pour l'Europe & pour toute la Terre!
Barwik sert de victime à l'aveugle Atropos ;
La France perd un Chef, Mars un foudre de guerre,
L'Espagne un Défenseur , l'Univers un Héros.
*
Ne soyons point surpris que la Parque inhumaine
Par un Globe homicide ait terminé son sort ;
Il suivit de trop près les traces de Turenne ,
Pour ne pas mériter une aussi belle mort.
*
Que dis je il n'est point mort; sa valeur éclatante
Ses Vertus , ses Exploits , le rendent immortel
Dans le sein de la Mort , sa gloire triomphante
S'éleve dans nos coeurs un Trophée éternel .
Allusion.
Vierge , tu dois à Dieu ta brillante Victoire ,
Barwik à sa valeur doit l'immortalité ,
La fureur de la Mort n'a pu ternir sa gloire ;.
L'Enfer n'a jamais pû terair ta pureté.
LET:
MAY. 1739 925
****************
LETTRE de M. de Juvenel , à M. D. L. R..
sur la Verrerie.
1
L parut dans votre Journal de Juillet
1738. M. un Ecrit avec ce Titre : Remar
ques concernant le Verre .... extraites d'une
Lettre écrite de Picardie. Celui qui en est
l'Auteur, n'a pas entendu ce que je dis dans
ma Dissertation Historique sur les Manufactures
, Article de la Vitrerie . Voici mes termes:
Il est certain que le Verre dont on faisoit
depuislong-temps de fort beaux Ouvrages , n'a
été employé aux Vitres que par les Modernes
& que c'est une invention des derniers siecles.
Il est évident par la simple lecture & par
la suite du discours , que c'est à l'ancienneté
de l'Art de faire le Verre, que j'opose la nouveauté
de l'usage de nos Vitres. J'ajoûte qu'il
n'est pas étonnant que les Anciens ayent
ignoré la Vitrerie , parce que , nés dans un
Pays très - chaud , en le comparant au nôtre ,
ils se servoient, au lieu de Vitres , de jalousies
ou de rideaux. J'observe , ensuite , que
ce ne fut que vers les derniers temps
de la
République , que les Romains , gâtés par un
fuxe excessif, s'aviserent d'employer la Pier
re Spéculaire ; & je dis ensuite nettement ,
que
922 MERCURE DE FRANCE
1
que c'est dans les Pays froids qu'on a inven
té , les Vitres. Il est visible que je n'attribue
pas cette invention au quinziéme ni au seiziéme
siécle ; et il est clair que par le mot
d'Anciens , j'entens les Orientaux , cest-àdire
, les Hébreux , les Egyptiens & les Phéniciens
, & même les Romains , & que je
comprens sous la dénomination de Moder
nes , les Peuples Septentrionaux , les Nations
Germaniques , qui fonderent de nou
veaux Etats sur les ruines de l'Empire Ro
main.
La nécessité est la Mere des Arts. Il est à
croire que les Francs & les autres Barbares ,
pour se garantir des injures de l'air , substituerent
aux Pierres transparentes, fendues en
feuilles minces , de petites pieces de Verre
de forme ronde , comme celles qu'on apelle
Cives. Car il est certain que les' premieres
Vitres de Verre blanc ont été faites de cette
maniere. On s'en sert encore en Allemagne ;
ce qui paroît indiquer le lieu de leur origine.
Je conviens avec le sçavant Auteur des
Remarques , qu'il y avoit des fenêtres vitrées
dans le sixième siecle. Le Texte de Gregoire
de Tours est trop formel , pour pouvoir en
douter ; mais je suis persuadé qu'en ce tempslà
, l'usage n'en étoit pas fort commun. Les
Vitres étoient pour lors un ornement qui
distinguoit les Eglises les plus riches , & les
Palai
MAY.
1739 923
Palais de nos Rois , des Maisons des Particuliers
& peut-être des grands Seigneurs.
L'habile Critique paroît trop versé dans l'Histoire
du premier âge de notre Monarchie ,
pour ignorer quelle étoit la pauvreté des
Peuples vaincus , & la simplicité des moeurs
de leurs Vainqueurs. Nous voila donc d'accord
sur ce point ; & s'il reste encore quelque
chose à éclaircir , il ne s'agira que d'une
question de mots . Il y a une infinité de
disputes , dont le principal objet est l'ambiguité
des termes , que l'un prend dans un
sens, & l'autre dans un autre. Ces sortes de
contestations cesseroient bien-tôt , si l'on
avoit soin de fixer les idées , & de marquer
ce que l'on entend, par les termes qui sont le
sujet de la dispute,
,
Ce que je viens de dire me paroît assés
clair & assés précis , pour qu'on ne prenne
plus le change sur les noms d'Anciens & de
Modernes , & sur l'usage que j'ai fait de ces
termes dans ma Dissertation. Mais me
dira-t'on, pouviez- vous en faire un tel usage?
De quel droit apellez- vous Modernes , Grégoire
de Tours & ses Contemporains , qui
vivoient onze cent ans avant vous ? Grégoire
de Tours , je l'avoue Pavoüe sera un Historien
ancien & très- ancien , si vous le com
parez avec Mezerai , ou avec le P. Daniel
& je lui donnerois volontiers le premier
> >
rang
24 MERCURE DE FRANCE
rang pour l'ancienneté, s'il s'agissoit des Ecri
vains de l'Histoire de France . Mais si, sortant
des bornes étroites de mon siecle & de mon
Pays , je parcours tous les âges du Monde
& passe en revûe tous les Empires , je trouve
Gregoire de Tours d'une date bien récente ;
je lui refuse la qualité d'Ancien, après l'avoir
donnée , non -seulement à Manethon & à
Berose , mais encore à Saluste & à Tacite.
Il seroit plus difficile de prouver que l'usage
de nos Vitres est une invention des der.
niers siecles , & cette expression , prise à la
rigueur , pourroit paroître hazardée & peu
exacte . Cependant des Sçavans s'en sont servis
avant moi , quand ils ont parlé de la Vitrerie
& de quelques autres inventions , qui,
de leur propre aveu , n'ont pas été inconnues
aux Anciens . M. Félibien des Avaux , est
un bon garant sur cette matiere . Il joignoit à
un goût exquis , une singuliere érudition , &
dans un excellent Ouvrage, qu'il fit sous les
yeux de l'Académie Royale d'Architecture
il s'exprime ainsi : » Quoique l'invention du
» Verre soit très -ancienne & qu'il y ait
» long- temps qu'on en fait de très - beaux
"
و د
و ر
,
Ouvrages , l'Art neanmoins de l'employer
» aux Vitres n'est venu que long - temps
après , & on peut le considerer comme
.une invention des derniers siecles , ( Princi →
pes de l'Architecture , &c. Liv. 1. Chap. 21.
pag.
•
MAY.
925 1739.
page 244. de l'Edition in -4°. de Paris
1676. )
Il y avoit du temps de Pline , des Meules
qui tournoient par le moyen de l'eau , pour
broyer les grains , néanmoins comme la maniere
dont il en parle, ( Hist. Natur . Lib . 18 .
Cap. 10. ) fait voir que cette invention étoit
alors peu parfaite & peu commune ; les Sçavans
s'accordent à l'attribuer aux Modernes,
& à la faire passer pour une invention des
'derniers siécles .
L'Auteur du Discours de l'Existence de
Dieu & de l'immortalité de l'Ame, observe,
qu'il y a lieu de se consoler de la perte de
plusieurs inventions anciennes , parce que
celles , dit- il , qu'on a trouvées depuis pen
sont plus commodes & plus faciles. Et le
premier exemple qu'il en donne est celui des
Moulins. ( Essais de Morale, Tome 2. Trai
té 2. )
» On a sçû de tout temps , dit l'Auteur
» de l'Art de penser , que le vent & l'eau
» avoient une grande force pour mouvoir les
" corps ; mais les Anciens n'ayant pas assés
» examiné quels pouvoient être les effets de
» ces causes , ne les avoient point apliqués ,'
» comme on a fait depuis par le moyen des
» Moulins , à un grand nombre de choses
" très-utiles à la Societé humaine . ( Part. 4.
Ch. 2. ) Voilà l'invention des Moulins refuséc
2 MERCURE DE FRANCE
sée aux Anciens , pour la donner aux Mo¬
dernes.
On fait honneur aux Modernes de la découverte
de la circulation du sang ; & l'on a
raison. Cependant de bons Auteurs ( le R.P.
Rapin & M. d'Almeloveen) assûrent qu'Hipocrate
& Aristote n'ont pas ignoré cette
admirable Méchanique , qu'on regarde comme
la base & le fondement de la Médecine.
Mais , parce que ces Grands Hommes n'ont
fait qu'entrevoir cette vérité , && que leurs
Disciples ne l'ont point aprofondie , & ont
négligé d'en faire usage , je ne crois pas que
les Partisans de l'Antiquité doivent faire un
crime aux Modernes, de se rendre propres &
la théorie & la pratique de la circulation .
Voilà tout ce que j'ai à répondre à l'Au
teur des Remarques. Je me serois expliqué
plus clairement dans ma Dissertation , si je
m'étois aperçû de l'ambiguité des termes , &
je sçais bon gré au Sçavant Critique, d'avoir
fait naître l'occasion de les éclaircir .
Je suis , &c.
A Pezenas le 24. Mars 1739;
SONNET
MA Y.
1739: 927
SONNET .
Sur la petite Vérole , dont plusieurs Dames
de cette Ville ont été attaquées.
V
Eux- tu faire au beau Sexe une guerre
nelle ,
Détestable fleau des Graces & des Ris ?
Sous les traits empestés de ta rage cruelle ,
Je vois des plus beaux teins disparoître les lis.
éter-
Chaque jour , chaque instant , une Beauté nouvelle
Tombe , & voit ses apas défigurés , Aétris ;
Et portant ton poison de plus belle en plus belle ,
Tu sembles par dégrés t'aprocher de Cloris.
Vole à son aide , Amour , partage mes allarmes ;
De ses beaux- yeux , sur tout , songe à sauver les
charmes ;
C'est de la main des Dieux l'Ouvrage le plus beau
J'ose exiger de toi cette faveur extrême ;
Pour moi ; pour mille.Amans ; que dis-je ! Pour
toi-même ;
De si beaux feux éteints, que devient ton flambeau
E
QUES
928 MERCURE
DE FRANCE
QUESTION
DE DROIT
.
Proposée au Mercure de Janvier 1739.
REPONSE.
& pour
lui
Aius
,
Aius
par son Testament
légue
une
somme
de soo. livres
à sa Domestique
,
pour
la récompenser
de tous
les soins
qu'elle a cû de lui pendant
sa maladie
,
assûrer
le payement
de cete somme
de soo .
livres
livres
,
I foo.
il la délégue
sur celle
de à lui due par Titius
. Quelque
temps
après
Titius
paye à Caïus
cette
son Testament
, somme
de 1500.
livres
; Caius
n'en
fait aucune
mention
sur son Testament
, sa voloņté
étant
toujours
que cette
somme
de soo.
livres
soit payée
à sa Domestique
( comme
il
est à croire
) car il n'avoit
délégué
cette
somme
sur celle
de 1500.
livres
à lui dûë
par
Titius
, que pour
en faciliter
le payement
.
Caius
meurt
, la Légataire
demande
la délivrance
du legs
à elle fait , les Héritiers
de
Caius
la lui refusent
, disant
que son legs est
que
caduc
, attendu
qu'il
est déterminatif
, &
la somme
sur laquelle
il étoit
à prendre
, a
été payée
au Défunt
depuis
son Testament
.
On demande
si elle n'est pas en droit
, en
ce
W
MAY.
17398 929
ce cas , de reprendre le legs sur les autres
biens de la succession , & s'il est vrai qu'il
soit caduc ?
Réponse.
Les Héritiers de Caius sont mal fondés a
refuser la délivrance du legs , sous prétexte
que Caius a reçû de Titius les 1500. livres
que ce dernier lui devoir, il n'y a rien de déterminatif
dans la disposition de Caius , que
la somme de 500. livres qu'il légue à sa Domestique
; il ne dit pas que cette somme ne
pourra être prise que sur celle de 1500, liv .
à lui dûë par Titius , sa volonté n'est pas déterminative
à cet égard , mais seulement dé
monstrative , indicative ; la délégation qu'il
fait de sco. liv. sur 1500. livres , n'est qu'une
désignation qu'il ajoûte pour mettre ses Héritiers
en état d'acquiter le legs avec plus de
facilité. Ainsi, qu'au jour du décès de Caius,
Titius soit son débiteur ou non , cela est indifferent
à la Légataire cette condition
n'ayant point été imposée par le Testateur ,
le legs est pur & simple , & par conséquent,
il est dû par les Héritiers.
>
C'est ainsi que la Loi Quidam 96. au Digeste
de Legat. 1. décide cette Question en
faveur d'une Légataire , à qui il avoit été légué
400. Pieces d'or , à recevoir en partie des
mains de l'Agent du Testateur, & déléguées
E ij
en
1930 MERCURE DE FRANCE
:
,
en partie sur d'autres sommes ; toutes ces
sommes au temps. de son décès , se trouverent
employées à d'autres usages. On demandoit
si le legs étoit dû. Le Jurisconsulte
répondit , qu'il étoit plus vrai -semblable de
penser que le Pere deFamille n'avoit eû d'autre
vue que d'indiquer à ses Héritiers des moyens
faciles pour recouvrer 400. Pieces d'or , que
de s'imaginer qu'il eût voulu attacher une
condition à un legs qui étoit pur & simple
c'est pourquoi , dit- il , les 400. Pieces seront
dûës. Quidam Testamento vel Codicillis , ita
Legavit. Aureos quadringentos Pamphila dari
volo , ita ut infra scriptum est Ab Julio actore
aureos tot , & in castris quos habet tot , & in
numerato quos habeo tot. Post multos annos eadem
voluntate manente dece sit , cum omnes
summa in alios usus essent translate ; quæro an
debeatur fideicommissum. Respondi , verisimilius
est Patrem Familias demonstrare potius
hæredibus voluisse unde aureos quadringentos
sine incommodo Rei familiaris contrahere possint
, quam conditionem fideicommisso injecisse ,
quod initio purè datum esset ; & ideo quadringenti
Pamphila debebuntur.
ODE
MAY. 17398 937
O DE
Imitation d'Horace , Diffugere nives123)
E Nfin PHyver rempli d'orages
A cédé la place au Printemps ;
Les Arbres , les Prés & les Champs ,
>
Se couvrent de nouveaux feuillages .
*
La Terre , par un changement :
Qui charme toute la Nature ,
Quitte son ancienne figure
Et prend un plus riche ornement.
*
Dans les confins de leurs limites
Les Fleuves déja revenus ,
Pour le présent , ne sortent plus
Des bornes qui leur sont prescrites.
*
Les Nymphes , avec les trois Soeurs ,
Qu'on fait présider à la danse ,
Exerçant leurs corps en cadence ,,
Osent déja former des Chours.
*
E iij Deg
32 MERCURE DE FRANCE
Des ans la course si légere ,
Des jours si promptement passés
La vitesse fait voir assés ,
Que notre vie est passagere.
*
Après la Saison de l'Hyver
Arrive le Printemps aimable ,
L'Eté tout aussi peu durable
Vient-il On le voit achever.
*
L'Automne commence à paroître ,
Il nous prodigue ses présens ;
Mais les tempêtes & les vents ,
Le font aussi -tôt disparoître.
*
La Lune , en ramenant les Mois ;
Répare bien- tôt les outrages
Que le Ciel chargé de nuages ,
Paroît souffrir pendant les froids.
*
Mais quand , privés de la lumiere ;
Nous revoyons le riche Ancus ,
Le Fils d'Anchise , avec Tullus ,
Nous ne sommes plus que poussiere
*
Qui
MAY. 933 1739
Qui de nous peut être certain ,
Que pour lui la Bonté céleste
Daigne encor au jour qui lui reste
Ajoûter le jour de demain ›
*
Un Héritier plein d'artifice ,.
S'envahira , perdra bien - tôt
Le riche fruit de vos travaux ,
Peut-être de votre avarice ..
*
Quand une fois vous serez mort ,
Lorsque Minos inexorable ,
Par un Arrêt irrévocable ,
Aura prononcé votre sort .
Non , votre science profonde ,
Torquatus , votre qualité ,
Votre rang , votre pieté ,
Ne vous remettront point au Monde..
*
Diane même ne put pas ;
Retirer son chaste Hypolite ,
Plongé dans l'ombre du Cocite ,
Depuis son malheureux trépas
E iiij Malgré
734 MERCURE DE FRANCE
Malgré les prieres d'Orphée ,
Pirithous trop insensé ,
Demeure encor où l'a placé ,
De Pluton la gloire offensée.
Par M. P. J. T. V. de Rouen.
LETTRE de M. P... à M. G.... sur?
la nouvelle Ortographe.
V
Ous me demandez , Monsieur , si j'aprouve
la nouvelle maniere d'ortographier
, & si je blâme les élisions introduites
indifferemment dans la Prose , dans la Versification
, même dans la Prononciation de
notre Langue . Puisqu'il ne s'agit ici que de
mon sentiment , je vais vous l'exposer pour
Vous satisfaire .
L'Ortographe est en général l'art de tracer
les Lettres des mots d'une Langue , conformément
à sa prononciation. Ecrire ou embarrasser
ces mots de Caracteres ou de Lettres
qui ne se prononcent point , c'est pécher
contre cet Art & ses principes , & par conséquent
contre la Langue , dont il est l'interprete
; c'est faire deux Langues d'une seule ,
s'il est permis de dire ainsi ; c'est la rendre
composée sur le papier , tandis qu'elle est
simple
MAY.
935 1739.
simple dans sa prononciation ; c'est l'exposer
à un mépris universel de la part de tout
Etranger , qui ne trouveroit pas une moindre
difficulté à aprendre à la prononcer , qu'à la
lire ; c'est en un mot la rendre étrangere à
ceux même auxquels elle est naturelle . Ces
raisons & tant d'autres qui se présentent à
l'esprit & qu'il n'est pas possible de raporter
dans une Lettre , me portent à aprouver la
nouvelle Ortographe , differente de l'ancienne
maniere d'ortographier, par la suppression :
dans les mots , des Lettres qui sont inutiles à
leur prononciation , & par l'addition d'au
tres Lettres , trouvées nécessaires pour rectifier
les mots & corriger leur prononciation.
A l'égard des élisions souffertes indifferemment
dans la Prose , dans la Versification
que l'usage a même introduites dans la prononciation
; s'il , qu'il , qu'elle , qu'oni , &c.
je ne les regarde pas comme fautes d'Ortographe
, mais plutôt comme un vice de la 1
Langue , formé par l'usage, J'aurois à ce su
jet plusieurs Observations àvous faire , dans
lesquelles je n'entrerai point ici, crainte d'être
trop long, Je dirai -seulement , pour établir
mon opinion , que c'est aller contre le génie.
d'une Langue , que de tronquer les mots qui
Texpliquent ; à la vérité , la Langue Latine
Mere de la nôtre , a permis aux Poëtes l'élision;
mais pour l'ordinaire, ou plutôt jamais
E v elle :
936 MERCURE DE FRANCE
>
elle ne s'écrit & ne se prononce point. On
pourroit aussi sur ce pied- là réserver à la Poësie
Françoise les élisions de notre usage. Les
choses étant entieres, au fond, il est indécent
d'estropier une Langue si vantée d'ailleurs
au défrichement de laquelle on a si heureusement
travaillé . Quant à l'usage , il seroit
ridicule de ne pas faire élider les mots que
je viens de marquer pour exemples . Enfin ,
Monsieur , pour vous déclarer aussi mon
sentiment à cet égard , je crois devoir tenir
pour l'usage , quoique je le regarde comme
mauvais , résolu néanmoins de changer cette
ancienne facon d'écrire & de parler , s'il
plaît aux Maîtres de l'usage de la révoquer.
Je suis , &c.
A Paris , le 28. Avril 1739.
On a du expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure d'Avril , par le Domino,
Interdiction , Porcus , & Arar. On trouve
dans le premier Logogryphe , Trinité , Or ,
Code, Indice , Trident , Cotentin , Ire , Corne,
Cor , None , Jonc Triton , Citron , Dijon ,
Cintre , Tin , Ode , Nitre , Trône , Roc , Onde,
Conti , Tendre , Diction , Conte , Corde, Trot,
Ronce & dans le troifiéme , Rara , &
Ara.
ENIGME .
MA YA 17398 937
hothi
ENIGME.
D'Ans l'Egypte autrefois de vils adorateurs ,
L'Encenfoir à la main venoient me rendre hommage) .
Le Peuple , le Sçavant , & le prétendu Sage ,
De ce culte payen étoient observateurs.
L'Hébreu dans le Défert , nourri d'un Pain céleſte ,
Suivant trop ses defirs vains & capricieux ,
Ofa me préferer à la Manne des Cieux ,
Moi qui fers tout au plus dans un repas agrefte.
Quoique je fois déchû de ce premier état ,
Un Systême nouveau répand avec éclat ,
Que la Terre empruntant ma forme triviale ,
Comme moi repréfente une figure ovale :
Encor avec cela quelques proprietés
Me confolent du moins. Lecteurs qui m'écoutez ,
Si vous ouvrez mon fein par vos communes armes,
Vous en ferez punis , vous verferez des larmes :-
Il eft vrai , je pourrai par vous être mangé ;
Mais ſi je meurs , au moins je me ſerai vengé.
LOGOGRYPHE..
E Ntier , j'habite plus la Ville , que la Cour ;.
Mais en me combinant , j'habite les Montagnes ,
E vj
2
Les
938 MERCURE DE FRANCE.
Les Bois , quelquefois les Campagnes ;
Je fuis ce qui fuccede au jour ;
Un modéle de patience ;
Petite Province de France ;
;
Ce que , dit-on , rusé Normand
Ne répond qu'en fe mariant
Agréable fleur printaniere ;
Ce que l'on voit dans les Forêts ;
De tous les chiens le friand mets ;
D'un Oifon le pere & la mere ; .
Ce que le timide Nocher
Defire fouvent d'accrocher ;
Un Saint révéré dans l'Eglife ,
Et qu'au Palais on préconise ;
Un Inftrument harmonieux ;
Ce qui compofe les femaines ;
Ce qu'accompagnent bien des peines
Un terme fort reſpectueux ;
D'un Infecte le fin ouvrage ; ›
Un Oifeau qu'on entend chanter ,
Dont la chair eft bonne à manger ;
Un mets en Carême d'uſage ;
De Mufique le fecond ton.
Neuf Lettres compoſent mon nom
Je n'en dirai pas davantage.
A. R. D. R. P
LOGO
MAY. 17397
LOGOGRYPHUS,
Į Niegra , mortales animos & Numina flecto,
-
Unum de membris attrahe. Tunc volito..
Si duo tollantur , Parnaffi fum incola Montis.
AftJum , orbata tribus , beftia , Lector , edaxi
Par P. J. V. de Rouen.
ALIUS.
Conſpiciorfemper maculata, & fordida , Lecter,
1
Scinde pedes medios , beftiafortis ero.-
Si me fubvertas , vilem confpexeris adem ;
Inque meis membris membra videbis avis .
A'LIUS.
Par le même.
INtegra fi fumar , Lector , fum beftia reptans ;
Unumfcinde pedem , beftia fum volitans .
Par le même.
NOU940
MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.-
SUITE du Catalogue raifonné des Ouvrages
du P. Fronton du Duc.
ONSTANTINI Harmenopuli Liber de
COpinionibus Hæreticorum , qui singulis
temporibus extiterunt , & de Fide orthodoxâ.
B.P. Tom . I. p. 533 .
CYRILLI , Archiepifcopi Hierosolymitani ,
Oratio de Occursu Domini & Symeonis. B. P.
Tom . 1. p. 849 .
DIONYSII , Archiepiscopi Alexandrini ,
Epistola adversùm Paulum Samosatensem.B.P.
Tom. 1. p. 273. Ejusdem Epiftola ad Bafilidem
Episcopum. Ibid. p. 36. On voit dans cette
Lettre, quelle est l'ancienne Discipline sur le
Jeûne du Samedi Saint.
DOROTHEI , Archimandrita , Prac ptiones
diversa & utiles , de vitâ rectè & piè instituendâ.
B. P. Tom. 1. p. 742. -
EUTHYMII , Monachi , Ismaëlitarum Confutatio.
B. P. Tom. 2. p. 292. L'Auteur donne
ici le nom d'Ismaëlites aux Mahométans.
GERMANI , Archiepiscopi Conftantinopolitani
Encomium in S. Deiparam. B. P. Tom..
MAY. 17398
948
2. p. 445. Ejusdem Oratio in S. Virginis Deipara
Nativitatem. Ibid . p . 450. Ejusdem Oratio
in S. Virginis Maria Dormitionem . Ibid.
P.- 459.
GREGENTII Archiepifcopi Tephrensis ;
Disputatio cum Herbano Judæo. B. P. Tom. 1.
p. 194.
S. GREGORII Papa I. Liturgia. B. P. Tom.
2. p. 325..
28.
GREGORII Papa II. Epistola dua de Saeris
Imaginibus ad Leonem Isauricum..... Nota in
priorem Epistolam. Dans le IX. Tome des
Annales du Cardinal Baronius , ann. 726.
n°. 28. dans le XIX..Tome des Conciles du
Louvre,p.1o. dans le VII.Tome du P.Labbe,
col. 7. Ces deux Lettres furent écrites en
Latin , & traduites en Grec. L'Original se
perdit une copie de la Traduction se conservoit
dans la Bibliothèque du Cardinal
Charles de Loraine, Archevêque de Rheims.
Le P. Fronton l'y trouva , remit les deux
Lettres en Latin , & les envoya au Cardinal
Baronius.
:
S. GREGORII , Episcopi Nyffeni , Opuscula ;
Grec. Lat. Interprete Frontone Ducao Ingolftadii
, 1596.... in- 8 ° . 1599. in- 8 ° . Quelques
Catalogues mettent ce second Recueil
en 1598.
S. GREGORII , Episcopi Nysseni , Opera.
Paris. 1603. in-fol. Cette Edition est purement
47 MERCURE DE FRANCE
ment Latine. Ejusdem Opera , Grac. Lat.
Paris. 1615. in fol. deux Tomes. Il est dit
dans la Préface : Licet Editione Operum
S. Joannis Chrysostomi adhuc distineretur vir
doctiffimus Fronto Ducans , suo tamen subsidio
nos juvare non deftitit , cum & delectus habendus
esset Codicum Mss , & variantes Lectiowes
camjudicio alia pra aliis amplectende , &
nota in varios Libros olim emendatos recog
noscenda , atque huic Editioni adaptanda :
essent:
ADDENDA Notis Frontonis: Ducai in S.Gregorii
Nysseni Opera: Dans l'Appendix ad S.
Basilii Opera. Paris. 1618. in fol.
S. GREGORII Nysseni Opera , Grac. Lat:
Paris. 1638. in fol. 3.Tomes. Cette Edition est
moins belle que celle de 1615.mais elle est
plus ample & plus commode , en ce qu'elle
renferme tous les Ouvrages de S. Gregoire de
Nysse , & qu'on trouve toutes les Notes bien :
Fangées. Du reste elle est peu correcte..
1. NOTE ad Metaphrasim S.Gregorii Thaumatargi
in Ecclesiasten. Dans l'Edition des Oeu
vres de ce Pere. Paris. 1622. &. 1623. infolio.
HERMIA , Philosophi Christiani , Gentilium
Philosophorum irrisie B. P. Tom. 1. p. 187 .
HESYCHII Presbyteri Sermo de Temperantia
Virtute. B. P. Tom. 1. p. 985. Ejusdem
Homilia de S. Maria. Ibid. Tom. 2. p. 424-
NOTE
ΜΑΥ. 1739: 943
NOTE in quadam Hieronymi Loca. Dans
rEdition de S. Jerôme , Paris , 1609. Francfort
, 1648. 1o. vol.
S. HIPPOLYTI , Episcopi & Martyris , Liber
de Consummatione Mundi & de Antichristo.
B. P. Tom . 2. p. 342
S. JACOBI Apostoli , Hierosolymitani Epis
copi , divina Liturgia. B. P. Tom. 2. p . 7.
S. IGNATII Martyris Epistola . B. P. Tom.
I. p. I.
S. JOANNIS Chrysostomi Opuscula , Lat:
Grae. Ingolstadii , 1593. in-8°.
PANEGYRICI Tractatus XVII. de Sanctis
Apostolis , Martyribus & Patriarchis ; Grac.-
Lat.cam Notis. Burdigala , 1601. in- 8 °.
TRACTATUUM Decas de diversis Novi
Testamenti Locis. Burdigala , 1604. in-8°.
TRACTATUS de Negatione Petri & de
Cruce , &c. Paris. 1606 : in-4°
LAUDATIO Sanctorum omnium , qui Martyrium
toto Terrarum orbe sunt passi. Paris.
1606. in-4° .
S. JOANNIS Chrysostomi Opera omnia , nunc
primum Græcè & Latinè edita. Fronto Ducaus
variantes Lectiones è Mss. Codicibus erutas
selegit , veterem interpretationem editarum olim.
Homiliarum recensuit , aliarum novam addidit
, utramque Notis illustravit, Paris. in -fol
Fom . 1. 1609. Tom . 2 : 3. 4. 1614. Tom. 5
1616. Tom. 6. 1624. Item Paris. 1636. Item
Fran
944 MERCURE DE FRANCE
Francofurti, 1698. Les Tomes 1. 4. & 6. sont
enrichis de Notes , que les Personnes intelligentes
prisent beaucoup.
En 1613. il procura une Edition de S. Jean
Chrysostome purement Latine . Paris , 1613 .
in-fol. 6. Tomes. Item , Anvers 16 14. infol.
5. Tomes. Item , Lyon , 1687. in-fol?
6. Tomes. Voici le sentiment de M. Simon
sur le travail du P. Fronton. Après avoir
observé que l'Edition de Savill , qui est toute
Grecque , ne peut être à l'usage d'une infinité
de Personnes , il ajoûte : L'Edition Grecque
& Latine du P. Fronton du Duc est
presque la seule qui soit recherchée. Mais
comme ce sçavant Jésuite ne nous a donné
que les fix premiers Tomes , on est obligé
d'avoir recours pour les autres Tomes à l'Edition
de Morel , ou à celle de Commelin.
Vous sçavez qu'il y a deux Editions des
fix Volumes du P. Fronton , & que la premiere
est la meilleure . S'il avoit mis des
Notes sur tout S. Chrysostôme , comme il
en a mis sur quelques Tomes , & principament
sur le fixiéme , son Edition seroit en-
Gore plus estimable. Elles renferment une
Critique judicieuse , & d'excellentes Recherches
tant sur les Livres Mss. que sur les Im
primés. Il seroit à souhaiter , que nous eussions
un S. Chrisostôme entier de la main de
ce Jésuite.
M
MAY. 1739.
949
M. Simon dit ailleurs : Le Bibliothécaire :
( M. Du Pin ) a eu raison de louer l'Edition
Latine de Fronton du Duc , imprimée à Paris
en 1613. En effet c'est la plus exacte que
nous ayons de toutes les Editions Latines.
des Ouvrages de S. Chrysostome , comme le-
P. Labbe la remarqué. Ex Latinis , dit ce
Pere , qua hoc saculo emerserunt
ea mihi
maximè probatur, utpote omnium absolutissima,
que anno 1613. Parisiis prodiit castigata studio
R. P. Frontonis Ducei. M. Du Pin a encore
raison de blâmer l'Edition Latine qui
a été imprimée depuis peu d'années à Lyon ,
avec quelques Additions , parce que tout y
est confus & sans ordre , qu'elle est chargée:
de plusieurs choses inutiles.... & pleine de:
fautes d'impression..... Il devoit ajoûter que
les Notes de ce sçavant Jésuite sont excellentes
, & qu'elles donnent une grande connoissance
des Ouvrages de S. Chrysostôme ,
étant remplies d'une infinité de belles Remarques
Critiques.
,
S. JOANNIS Damasceni Opera. Paris. 1603.
in-fol. Item , Paris. 1619. in -fol. Ces Editions
sont plus correctes & plus amples que les
précédentes. L'Editeur y ajouta quelques.
Ouvrages nouvellement découverts , & des
Notes sur le Livre de Haresibus , dans lequel
il remplit une lacune considerable.
JOANNIS Moschi Pratum spirituale. B. P.
Tom. 2. p. 1ass.
NOTE
946 MERCURE DE FRANCE
NOTA in Librum I. S. Irenai de Haresibur
Ces Notes ne vont pas au- delà du Chapitre
18. Elles se trouvent dans les Editions de
S. Irenée faites par François Feuardent. Cologne
, 1596. in -fol. Paris , 1675. in -fol. &
dans la belle. Edition de D. René Massuet.
Paris , 1710. in-fol.
S. LEONIS Magni Epistola ad-Flavianum»,
Grac. Lat. B. P. Tom. 1. p. 485..
S. MARCI Evangelista Liturgia. B.P. Tom .
2. P. 24..
MARCI EremitaOpera que extant. B. P
Tom. 1. p. 869.
S. MAXIMI Liber de Ecclesiasticâ MYSTAGOGIA
, sive Liturgia expositio. B. P. Tom. 2. -
P. 166..
NEMESII , Episcopi Emisseni , Liber de Na
turâ Hominis. B. P. Tom. 2. p. 464 .
NICEPHORI Callisti Ecclesiastica Historie "
Libri XVIII. in duos Tomos distincti, ac Gracè
nunc primum editi : adjecta est Latina interpretatio
Joannis Langi à Frontone Ducao , cum
Gracis collata & recognita. Paris. Cramoisy.
1630. infol. Cette Edition , dit un Criti
que , est la seule qui soit estimée. L'Epître
Dédicatoire au Cardinal de Richelieu est de
Nicolas Rigault ; le Manuscrit Grec sur lequel
elle a été faite , étoit dans la Bibliothé
que de Mathias Corvin , Roy de Hongrie &
de Boheme. A la prise de Bude ppaarr les Turcs,
M A Y.
17397 974
A
il fut porté avee le reste du Butin à Constantinople
& vendu. Un Hongrois , qui aimoit
les Livres , l'acheta & le porta en son
Pays . Là , il tomba entre les mains de Georges
Log , Homme de Lettres & Conseiller
de Ferdinand , Roy des Romains . Ce Prince
instruit de l'utilité de ce Livre pour l'Histoire
Ecclesiastique , voulut qu'il fût traduit
en Latin. Jean Lang , Allemand , fit la Traduction
, & le Manuscrit fut déposé dans la
Bibliothèque Imperiale , à Vienne. Comme
il étoit unique , le P. Fronton du Duc
souhaitoit passionément de le voir imprimé
, afin que l'Ouvrage multiplié par l'im
pression , ne fût plus en danger de périr.
1
Le célebre Jacques - Auguste de Thou , qui
se faisoit honneur de contribuer au progrès
de la Litterature , entra dans les vûës du
P. Fronton , & employa son crédit & ses
offices , pour faire venir le Manuscrit à Paris.
Sebastien Tengnagel , Bibliothécaire de l'Empereur
, obtint l'agrément de son Maître
pour cet envoi. Il en donna avis au P. Fron
ton en 1614. & exigea que le Manuscrit fût
renvoyé sans délai ; qu'avant l'impression , la
Version de Lang ou Langus , que l'on vouloit
joindre au Texte Grec , fût exactement revûë
& corrigée ; & que l'Imprimé fût dédié
à l'Empereur. Ces conditions parurent équitables
; on les accepta , & le P. Fronton premis
948 MERCURE DE FRANCE
&
mit de les remplir. Il reçût le Manuscrit le
29. Avril 1615. & le jour même il le porta
à M.de Thou , qui étoit dans une grande
impatience de le voir. Il avoit donné parole
que l'Ouvrage seroit imprimé chés les Cramoisys
, sous la direction du P. Fronton ,
aux conditions proposées par le Bibliothécaire
de Vienne. Quand il se vit Maître du
Manuscrit , il changea absolûment , & voulut
que la copie & l'impreffion fussent faites
par Henri Estienne , fils de Charles , aux
frais & profit de Jérôme Drouart , son Li
braire ; que
la Version de Langus fût donnée
telle qu'elle étoit , & sans être revûë ni retouchée
; que Nicolas Rigault prît soin de
P'Edition , enfin que le Livre lui fût dédié à
lui-même, & non à l'Empereur.
La Mort de M. de Thou arrivée le 17. Mat
1617. ne leva pas toutes les difficultés. Henri
Estienne saisi du Manuscrit , ne voulut pas
le rendre , de peur que l'impreffion ne se fit
par un autre. Il fallut que Sebastien Cramoisy
lui comptât 500. écus d'or , pour retirer
l'Original & la copie , & pour avoir le Privilege.
Ce ne fut que sur la fin de 1620. que le
le Manuscrit revint au P. Fronton . Après la
la mort de ce Pere , il fut confié au P. Sir
mond avec les autres Papiers du défunt. En
1627. le Volume fut rendu à Sebastien Tengnagel,
le premier de Fevrier. Les Cramoisys
com
MAY. 1739.
*949
commencérent à imprimer sous la conduite
de Nicolas Rigault la même année 1627.
L'Edition seroit sans contredit plus
estimable , si elle s'étoit faite sous les yeux
du P. Fronton ; si les tracasseries arrivées an
sujet du Manuscrit ne l'avoient pas empêché
de donner plus de temps à le revoir , ou si
du moins dans l'impression on avoit eû égard
à toutes ses Notes .
On ne fut pas content à Vienne , que le
Livre n'eût pas été dédié à l'Empereur.
Lambecius se plaignit auffi que l'on n'eût
donné aucune marque de reconnoissance à
Sebastien Tengnagel, ni à Robert Scheilder,
à qui on avoit obligation de l'envoi du Manuscrit.
Ces plaintes immortalisées par Lamg
becius , qui les a inserées dans le plus considerable
de ses Ouvrages , ne peuvent tomber
que sur celui , qui voulut se charger du soin
de l'Edition de l'Histoire de Nicephore . Il
est vrai que , dans le temps de l'impression ,
la France étoit en guerre avec la Maison
d'Autriche , & que ce n'étoit pas la saison
de dédier à Paris des Livres à l'Empereur , ou
de publier les obligations qu'on lui avoit.
Nicolas Rigault étoit grand Courtisan du
Cardinal de Richelieu , & l'on peut croire ,
que dans cette circonstance , toutes ses démarches
furent reglées par ce Miniftre , à qui
rien n'échapoit.
FRON
MERCURE DE FRANCE
FRONTONIS Ducai Epistola ad Sebastianum
Tengnagelium. Il faut voir Petri Lambeci
Commentar. de Bibliothecâ Casar. Windob.
Liv. I. p. 455. & suivantes. Ces Lettres sont
au nombre de trois , la premiere & la derniere
en Latin , l'autre en François. Je les
place ici , parce qu'elles concernent l'Edition
dont je viens de parler. La troisiéme ne doit
point être négligée par un Sçavant , qui voudroit
travailler sur l'Hiftoire de Nicephore
Calliste.
NICETE Commentarius de Ordine qui tunc
observatur , cum quis è Saracenismo ad Christianorum
fidem transfugit. B. P. Tom . 2.
P.233.
NICOLAI Cabasila compendiosa Expositie
Saera Liturgie. B. P. Tom. 2. p. 200 .
NICOLAI , Episcopi Methonensis , Responsio
ad eos quihesitant, aiuntque consecratumpanem
vinum , non esse Corpus Domini nostri Jesų
Christi. B. P. Tom. z. p. 272.
NILI , Monachi , Capitula paranetica. B.P
Tom. 2. p. 1168.
OLYMPIODORI Commentarius in Ecclesias
ten. B. P. Tom. 2. p. 602.
PALLADII Histeria Laufiaca . B. P. Tom
2. p. 893.
NOTE in Palladii Historiam Lanfiacam
B. P. Tom. 2. à la fin du Volume.
PANTALEONIS , Diaconi , Sermo de Luminibus
MAY. 1739:
951
minibus Sanctis. B. P. Tom. 2. p. 442.
IN Sanctum Paulinum Nota Amabea Frontonis
Ducai & Heriberti Rofweydi. Dans l'Edition
des Oeuvres de S. Paulin , donnée par
Heribert Rofweyde.
PAULINI Episcopi Nolani , Operà. Antuerpia.
Plantin. 1622. in - 8 . à la page 743 .
PHILOTHEI Laudatio trium Pontificum
Orbis Terra Doctorum , Bafilii Magni , Gregorii
Theologi & Joannis Chrysostomi. B. P.
Tom. 2. p. 313.
PROCLI , Archiepiscopi Constantinopolitans,
Epistola de Fide ad Armenios. B. P. Tom. 1 .
P. 309.
PSELLI Expofitio Cantici Canticorum, Ver
fibus politicis. B. P. Tom. 2. p. 681. On sçait
que parmi les Grecs modernes , les Vers Politiques
sont des Vers , où l'on garde le nom.
bre des Syllabes , sans égard à leur quantité,
c'est- à- dire , sans faire attention , si elles sont
longues ou breves.
SAMONE , Gaza Archiepiscopi , Disceptai
tio de Eucharistia cum Saraceno. B. P. Tom.
12. p. 277.
SENTENTIA Veterum Patrum , de Usu venerandarum
Imaginum , in VII. Synodo comprobata.
B. P. Tom. 1. p. 725 .
TATIANI , Assyrii , Oratio ad Gracos. B.P:
Tom. I. p . 160.
NOTE in Tatianum. B. P. Tom. 1. à la fin
F du
952 MERCURE DE FRANCE
4
du Vol. & dans l'Edition de Tatien faite à
Oxford , 1700. in- 8 °.
THALASSII , Abbatis , Centuria IV. de Ca
ritate & Continentiâ. B. P. Tom. 2. p.1179.
THEODORETI , Episcopi Cyri , Opera. Le
P. Fronton écrivoit à Sebastien Tengnagel le
13. Fevrier 1621. Scito à nobis prælo adornari
Theodoreti Opera , que accitis Italorum auxiliis
exscribi cuncta curavimus. Le P. Sirmond
écrivoit au même Tengnagel le 2. Septembre
1626. Theodoretum magna ex parte con
fectum habebat. Quod deerat supplere ipse ,
licet impar , institui ; fi Deus mihi , post Concilia
Gallicana, quibus adhuc destineor, vitam
wiresque concesserit.
THEODORI Abucara Opuscula contra Hareticos
, Judæos & Saracenos . B. P. Tom. 1 ,
P. 367.
THEODORI Balsamonis Expofitio in Cano
nes . Parif. 1618. in-fol.
THEODORI , Raythenfis Prefbyteri , Exer
citatio de Incarnatione Domini. B. P. Tom. I.
P. 319 .
THEOPHILI , Anthiocheni , ad Autolycum
Libri tres , contra Calumniatores Christiana
Relligionis . B. P. Tom. 1. p. 104.
NOTA in Libros Theophili ad Antolycum.
B. P. Tom. 1. à la fin du Vol, & dans l'Edition
d'Oxford , 1700. in-8°.
THEORIANI Disputatio cum Catholico
Arme.
MAY..
953 1739
Armeniorum. B. P. Tom 1. p. 439.
TIMOTHEL ,
Presbyteri
Hierosolymitani ,
Oratio de
Prophetâ
Symeone ,
B. P. Tom. 2. p . 844.
Dei suceptore.
TITI ,
Bostrorum Episcopi ,
Expofitio in
Evangelium
secundùm Lucam. B. P. Tom. 2,
P. 762.
ZACHARIE , Mitylenes Episcopi , Liber de
Mundi Opificio , contra Philosophos. B. P.
Tom. I. p . 331 .
NOTA in Libram Zacharia. B. P. Tom. 1 .
à la fin du Volume .
ZONARAS in Canones
Apostolorum & Conciliorum
. Parif. 1618. in-fol.
Le P. Fronton du Duc avojt formé le plan
d'une Edition de la Bible Grecque , selon la
Verfion que S. Jerôme nommè commune
distinguée de la Version des Septante . C'est
l'idée qu'il donna de son Ouvrage à Tengnagel
, en lui écrivant le 13. Fevrier 1621 .
Græcorum Bibliorum Editionem
communem nobis
suscipiendam
duximus , additis obelis &
asteriscis in iis locis , in quibus à textu septúaginta
Interpretum dissentit. Il regardoit cet
Ouvrage comme son capital . In Bibliis Sacris
, dit le P. Sirmond dans "a Lettre à Tengnagel
, que j'ai déja citée , multum ac dili
genter laborarat, unumque hoc opus præ cæteris
urgebat. Sed vereor ut in posterum sperare
Liceat , propter novam Editionem Graco - Lati
Fij
nam,
954 MERCURE DE FRANCE
nam,qua hicjam inchoata est, curante, ut audio,
Joanne Morino , è Congregatione Oratorii ,
viro docto. Dans une Lettre manuscrite de
L. Holstenius à M. de Peiresc , datée de
Rome le 7. Mars 1637. on lit ces paroles.
Que P. Fronto Duceus in Editionem Romanam
septuaginta Interpretum observavit , Parifiis
adservantur , & accuratè olim de iis mihi nar.
razit optimus ille & doctiffimus Sirmondus.
que
Ces Extraits montrent que Sarrau étoit
mal informé , lorsqu'en 1648, il écrivit à
Jacques Usserius sa Lettre 189. où il supose
le P. Fronton avoit travaillé à une nouvelle
Edition des Septante , ce qui est démenti
par Fronton lui - même. Mais Sarrau
cite le P. Sirmond ; Guy Patin le cite aussi
souvent , & n'en est pas plus cru.
Le P. Fronton avoit encore en tête une
Edition des Conciles Grecs . Il s'en expliquoit
ainsi à Tengnagel , en lui écrivant le
24. Fevrier 1615. après l'avoir entretenu de
sa Bibliothèque des Peres , Grecque & Latine.
Concilia Graca prius , ut spero , pralo
subjicientur. Les amas qu'il avoit faits pour
cet Ouvrage , n'ont pas été inutiles au P.
Labbe .
Enfin le P. Fronton du Duc pensoit à une
Edition des Oeuvres de S. Cyrille d'Alexan-
Arie. Le P. Sirmond dit : Ad Cyrillumpauciora
collegerat , que usui tamen esse poffint ,
si
MA Y. 1739. 959
Les
si quis hic aliquando ad eam curam animum
adjiciet. Il écrivoit lui -même : Cyrilli fragmenta
non pauca ex Libris quatuor in Joannem
, qui perierunt , ope Catenarum Niceta
Heraclienfis recuperare conati sumus.
quatre Livres perdus sont les f . 6. 7. & 8.
Jean Aubert , dernier Editeur de S. Cyrille ,
eut de Luc Holstenius les 4. & 5. Livres.
Holstenius les avoit dérobés à un Jésuite
Sicilien , nommé Jean- Baptiste Giattini , qui
les avoit trouvés dans l'Ile de Chio , & aportés
à Rome , pour les faire imprimer. Holstenius
raconte cette avanture dans ses Lettres
, qui sont encore manuscrites seulement.
Antoine Teissier attribuë au P. Fronton du
Duc , une Vie de S. Gregoire le Grand. C'est
à faux.
y
Les autres Sçavans dont il est parlé dans
ce même XXXVIII . Volume du P. Niceron,
sont , B. Accolti , J. Aventin , N. Barthelemi
, J. Cabassut , P. Hay du Chastelet
J. Dlugoss , F. de Salignac de la Motte Fenelon
, G. le Fevre de la Boderie , O. Finé ,
A. Firenzuola , F. Gacon , J. G. Gevart. M.
Glandorp , M. le Roy de Gomberville , B.
Guyard , M. Hankius , R. Hospinien , F.
Justiniani , J. Keppler , L. Keppler , A.
Krantz , J. de Laët , C. Loos , A. Mancinelli
, M. Mercati , A. Munting , J. le Quien,
de la Neufville , J. Regiomontan , B. Rhe-
Fúj nanus
956 MERCURE DE FRANCE
nanus , J. Rhodius , H. Sussaneau , J. Ta
bouet , J. Tillotson , J. Tritheme ; P. P.
Vergerio , l'ancien , P. P. Vergerio , le jeune,
A. de Wicquefort , & J. Wimphelingius.
EPITOME de la Bibliothèque Orientale &
Occidentale , qui comprend la Navigation
& la Géographie ; Ouvrage de Don Antoine
de Leon Pinelo , du Conseil de S. M. C. dans
la Cour Souveraine de Seville , & grand Historiographe
des Indes , augmenté & corrigé
depuis peu, & qui comprend tous les Auteurs
qui ont écrit sur les Indes Orientales & Occidentales
& les Royaumes voiſins , à sçavoir
la Chine , la Tartarie , le Japon , la Perse ,
l'Armenie , l'Ethiopie , & c. Dédié au Roy
d'Espagne , Philipe V. & présenté par les
mains du Marquis de Torrenuova , Secretaire
Général des Finances des Indes & de la
Marine. Trois Volumes in fol. à deux colomnes
, à Madrid , de l'Imprimerie de François
Martinet Abad , ruë de l'Olivo Baxe , 1737
L'Ouvrage est en Espagnol.
BREVIARIUM SAGIENSE , Illustriff. ac Rev.
in Chrifto Patris D. D. Jacobi Caroli - Alexandri
Lallemant , Episcopi Sagienfis &c. an.
toritate , ac venerabilis ejusdem Capituli consensu
editum. Parisiis , M. DCC. XXXVII.
Il y a déja près de quarante ans qu'on a
com
MAY. 17397
957
commencé dans la Province de Normandie
à prendre le goût nouveau dans la composition
des Offices divins , c'est-à- dire de tirer
de l'Ecriture Sainte toutes les Parties qui se
chantent en Chant Grégorien ', à corriger les
Légendes , & à admettre des Hymnes plus
poëtiques , plus élegantes que les anciennes ,
&c. Dès l'année 1704. l'Eglise de Lisieux
donna l'exemple sous l'Episcopat de M. de
Matignon. Celle de Rouen , qui est la Métropolitaine
, a réformé son Breviaire sur ca
plan nouveau. On a vû depuis celle d'Evreux
imiter l'exemple de la Métropole , & tout
nouvellement l'Eglise de Bayeux. Le Bre
viaire de Séez que l'on annonce ici , quoi
qu'anterieur pour la date à celui de Bayeux ,
· ne fait de commencer à paroître
dans le Diocèse , pour lequel il a été com,
posé. Sans entrer dans le détail de tout ce
qui fait le mérite de ce nouvel Ouvrage , &
qui peut lui être commun avec plusieurs autres
, on se bornera ici à faire observer qu'il
n'y a guere de Diocèse , dont l'Histoire Ec
clesiastique paroisse si bien aprofondie dans
les Légendes du Breviaire , que celui de Séez ,
ensorte qu'on peut dire, qu'autant que la Ville
de Séez , & les Lieux notables du Diocèse
sont bien traités dans le Dictionaire Géogra
phique Universel de la France de l'an 1727.
par les soins de feu M, l'Abbé des Thuilleries,
Fiiij autang
que
1
958 MERCURE DE FRANCE
autant la Vie des Saints & Saintes de ce Pays
est sçavamment compilée dans l'Abregé qu'
en fournit le Breviaire de 1737. Une particularité
encore, qu'il est bon de faire remarquer
, c'est qu'à la fin de chaque Légende
des Saints , de quelques Pays qu'ils soient ,
( s'ils se trouvent avoir quelques Eglises sous
leur invocation dans le Diocèse de Séez ) on
en a marqué le nombre . On n'entrera ici en
détail que de celles qui y sont marquées
sous le titre des Saints de France. Il y a ; par
exemple , en ce Diocèse cinquante fix Eglises
sous l'invocation de S. Martin de Tours ,
vingt- fix sous celle de S. Germain d'Auxerre :
quatorze sous le nom de S. Hilaire de Poitiers
, treize sous celui de S. Oüen de Roüen,'
onze de S. Aubin d'Angers , dix de S. Remi
de Rheims , neuf de S. Denis de Paris , sept
de S. Sulpice de Bourges , fix de S. Quentin ;
S. Paterne , Evêque d'Avranches , & Saint
Agnan d'Orleans , ont chacun cinq Eglises
sous leur invocation. S. Médard de Soiffons,
S. Victur du Mans , S. Vigor de Bayeux , &
S. Ceneric ou Celerin , Abbé , en ont chacun
trois S. Lomer , Ste Honorine , Saint
Caprais , Martyr d'Agen , S. Gildard , Évêque
de Rouen , & S. Herbland , Abbé , chacun
deux : & plusieurs autres Saints particuliers
au Royaume , ou à la Province de Rouen ,
ou bien au Diocèse de Séez , en ont chacun
:
unc
MAY .
959 1739.
une. C'est ce qui pourra faire plaisir à ceux
qui voudroient travailler à un Pouillé général
de la France , & aux Curieux de l'Histaire
Ecclessiastique.
MENZIKOF, Tragédie, par M. de Morand.
A la Haye , chés Zacharie Chastelain , & se
vend à Paris , chés Prault , Fils , Quai de
Conti , à la descente du Pont neuf.
Un Avertissement du Libraire , aprend
que c'est ici la Tragédie de Phanalar , représentée
& imprimée à Paris , remise sous
les vrais Noms qu'elle portoit d'abord, qu'on
y a réparé l'Histoire , la Géographie , & la
Chronologic qui se trouvent un peu forcées
dans celle de Phanazar , ce que le changement
des Noms fait à la hâte avoit causé , &
qu'enfin l'on y a rétabli bien des Vers , que
l'Auteur avoit été obligé de changer , ou de
suprimer. On trouve de plus à la fin de cette
Edition d'Hollande , une Copie de l'Epître
qui avoit été destinée à Sa Majesté Czarienne ,
lorsque l'Auteur croyoit qu'on ne l'empêcheroit
pas de faire paroître sur la Scene le
Czar PIERRE LE GRAND . Voici la comparaison
qu'il fait dans cette Epître de ce Héros
avec l'Imperatrice regnante .
Il a rassemblé les beaux Arts , & vous les
faites fleurir ; il a bâti des Villes , & vous les
embellissez ; il a construit des Vaisseaux ,
¿
F v vons
960 MERCURE DE FRANCE
vous leur donnez l'essor ; il a reculé les bara
rieres de ses Etats , & vous les rendez impénétrables
; il a apris à ses Peuples l'art de vaincre,
& vous leur aprenez celui d'user dignement
de la victoire ; il leur a donné des Loix ;
vous les faites observer ; il vous a laissé une
Cour nombreuse , & vous la rendez aussi polie
& aussi magnifique qu'aucune qui soit en Europe
; il s'estfait craindre de ses Ennemis, vous
vous enfaites aimer : en un mot , il a commencé
le bonheur de son Empire , & vous l'achevez.
DE CREDULITATE in Doctrinis; Oratio habita
in Regio LUDOVICI MAGNI Collegio à
Carolo Porée , Societatis Jesu Sacerdote
postridie Nonas Decembres anno MDCCXXVIII.
Parifiis apud M. Bordelet. MDCCXXXIX .
?
L'Objet de l'Orateur , est de faire voir combien
il importe de ne pas trop croire , ou de
ne pas croire assés en matiere de Sciences ,
In doctrinis quanti referat, neque nimis , neque
minus credere. Sans nous arrêter à des Eloges
inutiles , quand il s'agit d'un aussi grand
Orateur que le P. Porée , sans entrer aussi
dans un grand détail sur le contenu de cet
Cuvrage , qui demande d'être lû dans son
entier , nous nous contenterons d'en tracer
le plan & l'ordonnance.
Il est aisé de comprendre qu'il est presque
toujours dangereux de tomber dans les deux
vices
MAY.
961 1739.
vices qui sont ici combattus ; ne pas croire
assés , croire trop , sont des éçüeils qu'on
ne peut trop éviter. L'Orateur , en parconrant
les différens Etats de la vie , le fait voir
d'une maniere fort sensible. Dans la Politique
on ne peut trop se précautionner contre
ces deux défauts ; il en est de même à l'Armée
, au Barreau , dans le commerce de la
vie , dans l'interieur des familles , dans la
République des Lettres , dans la Religion
où il fait voir les malheurs que ces défauts
entraînent presque toujours avec eux.
Il s'arrête aux Sciences sacrées & prophanęs.
Dans toutes les deux on se trompe en
ne croyant pas assés , ou croyant plus qu'il
ne convient : cependant , ajoûte - t - il , comme
les fautes que l'on commet en croyant
trop en matiere de Religion , ou ne croyant
pas assés dans les Sciences prophanes , sont
plus légeres , ou assés rares , leviùs peecatur
vel rarius , je me,bornerai , dit-il , à faire voir
les défauts que l'on doit principalement éviter
; le Lecteur , par ce que je dirai sur ceuxci
, jugera aisément des autres dont je ne
parlerai point. Telle est la division de son
Discours . Dans les Sciences prophanes , prenez
garde de trop croire ; dans le Sacré , evitez
de ne pas croire assés. Ces deux points
sont importans ; mais celui de croire trop en
matiere de Religion , source d'idolatrie &
F vj da
962 MERCURE DE FRANCE
de superstition , l'est - il moins ? & peut-on
dire qu'en ce genre leviùs peccatur vel rariùs ?
Quoiqu'il en soit , l'Orateur fait voir d'abord
les dangers de trop croire dans le genre prophane.
de
Comme la plupart se font une espece
mérite de leur crédulité en ce genre , le P.
Porée , pour les détromper , fait voir qu'il
est aussi honteux que dangereux de donner
dans ce défaut. Il est honteux , ce défaut
parce qu'il supose l'ignorance & un manque
de jugement , ignorance des Esprits , des
Arts & des Opinions . On eft ignorant en
fait d'Esprit , en ce qu'on supose qu'un Ouvrage
, sorti de la plume d'un Homme d'esprit
, doit être parfait , & ainſi on ignore les
bornes de l'Esprit humain. Il prend de là occasion
de passer en revûë les plus beaux Esprits
que nous connoissions , d'en faire le portrait,!
de déveloper leurs talens & leurs défauts.
Descartes semble d'une main avoir dévoilé
la Nature , & de l'autre avoir mis , sans y
penser , un voile sur l'Erreur ; Mallebranche,
à force de penser , ne reconnoît en lui- même
presque aucune faculté qui pense , Dieu
faisant tout en l'homme , & l'homme voyant
tout en Dieu : notre grand Poëte Comique ,
qui , soit qu'il imite les Anciens , soit qu'il
prenne dans son propre fond , est toujours
inimitable , en faisant quelquefois rire outre
mesure!
MAY. 1739. 963
mesure , devient lui - même un objet ridicule.
Corneille , dont les Tragédies égalent
en beauté celles des Atheniens , & surpassent
celles des Romains , est quelquefois tombé
aussi bas , que l'essor qu'il avoit pris paroissoit
élevé , ainsi les chûtes des grands Hom
mes sont aussi périlleuses que leur éléva
tion paroît grande ; & même plus ils s'élevent
haut , plus leur ruine semble prochaine.
Il ne faut donc pas être trop crédule à l'égard
des Esprits éminens , qui , semblables aux
Astres du Firmament , sont sujets à des Eclipses
& à des Déclinaisons.
Les Arts ne demandent pas moins de cir
conspection , ils ont leur commencement ,
leur progrès , & leur point de perfection. En,
vain done regarde- t - on Homere comme
parfait , il a des beautés admirables ; mais.
l'Art se fait bien mieux sentir dans Virgile.
Il faut lire le Parallele que fait l'Auteur de
ces deux grands Poëtes , après lequel il fait
ses refléxions sur tous les autres Poëtes, tant
Latins que François ; toutcela mérite d'être
lû attentivement .
=
Il vient ensuite aux Opinions , puis
au défaut de jugement , qui fait regarder
aux Anglois leur Newton comme le
seul Philosophe qui mérite un respect aussi
aveugle pour ses Opinions . , que nos
vieux Péripatéticiens en avoient autrefois
384 MERCURE DE FRANCE
›
fois
pour
Ariftote . Le même défaut rend.
les Lutheriens & les autres Sectaires, uniquement
amateurs des Ouvrages qui sortent de
quelqu'un d'entre eux ; les Espagnols & plusieurs
autres , uniquement attachés à ceux
de leurs Académies ou Societés , les Editeurs
les Interpretes Hollandois , attentifs
à relever leurs Editions au- dessus des
autres ; les François , friands des nouveautés
& des Ouvrages frivoles. Il veut , sans
doute parler ici des femmes , ou d'un
petit nombre de Gens de mauvais goût , qui
ne sont nullement avoués de la Nation . Tous
ces défauts étant également honteux , &
étant la source de la crédulité , rendent celleci
honteuse.
,
Mais elle n'est pas moins dangereuse , &
pour le prouver , l'Orateur fait voir qu'elle.
est un obstacle au progrès de toutes les Sciences
; il parle de la Physique , que la trop
grande crédulité a si long-temps retenue dans
ses fers ; de l'Astronomie , qui n'a mérité ce
nom , que depuis qu'elle a secoué le joug de
la crédulité ; il en est de même de la Géométrie
, de l'Arithmétique & des autres
Sciences , que l'excès de crédulité avoit tenuës
, pour ainsi dire , renfermées sous le
sceau de l'ignorance . L'Eloquence n'en a
pas moins souffert , & cé défaut a produit le
préjugé de ceux qui ne croyent pas, qu'en fait
de
MAY. 17391
989
de Latinité on puisse imiter d'autres Auteurs
que le seul Ciceron , qu'on ne doit pas mê
me se servir d'autres termes que des siens ,
comme s'il étoit le seul qui eût parlé ou écrit
en Latin , ou que ses Ouvrages fussent tous
parvenus jusqu'à nous , ou qu'enfin son style
convint à toutes sortes de genres. Le P
Porée combat vivement ce défaut , & il finit
sa premiere Partie en exhortant ses Auditeurs
à éviter la crédulité en tout genre.
Le Philosophe , sans trop s'atacher aux
opinions des Anciens , s'ils ne sont fondés
en raisons , doit , dit- il , prendre garde d'ê
tre crédule à l'égard des Modernes , si l'expérience
ne confirme leurs Découvertes ; on
ne doit ajoûter foi à ce que racontent les
Historiens , sur tout les faiseurs d'Anecdotes ,
qu'autant que leur prudence & leur probité
sont exemptes de tout soupçon. Les Orateurs
& les Poëtes ne méritent pas plus de
confiance , si on ne connoît leur doctrine.
On ne doit rien donner à l'amour ou à la
haine , en un mot , à llaa ccuuppiiddiittéé , quand il
s'agit de quelque Ouvrage que ce puisse être,
soit de nos Compatriotes , soit des Etrangers.
C'est ainsi que finit la premiere Partie
qui regarde les Sciences profanes.
>
Le second objet de ce Discours, qui regar?
de le défaut de croyance dans les choses sacrées
, est traité avec la même force & le
même
66 MERCURE DE FRANCE
même ordre . On fait voir qu'il est honteux
de ne pas croire assés en fait de Religion , &
qu'il n'en résulte pas un moindre danger.
L'Orateur peint ensuite les differentes especes
d'incrédules ; les Athées , auxquels il
fait voir par le Nom même de Dieu , par
l'ordre admirable qui regne dans l'Univers ,'
par leur propre existence , qu'il existe une
Cause suprême , qui est Dieu ; les Spinosistes
, auxquels il fait voir l'absurdité de leur
Systême . Aux nouveaux Epicuriens, il aprend
que s'il existe un Dieu , il faut lui rendre le
culte qui lui est dû, & qu'il exige de nous ; il
les renvoye à la lecture de l'Ecritare Sainte
( le lait & la nourriture de tous les Chrétiens
pour s'instruire de la maniere dont il
veut être honoré ; il ; leur montre la divinité
de notre Religion , fondée sur ces saints Livres
, par l'accomplissement des Prophéties ,
par des Miracles sans nombre , bien constatés
& opérés en sa faveur. Il démontre qu'on
doit soumettre ses lumieres à celles de la
Foy & aux Mysteres Sacrés , apuyés de l'aurorité
d'un Dieu , qui ne peut nous tromper.
Il prouve que notre Religion es la seule véritable
.
En peignant le Mahometisme , il le réfute;
en faisant le portrait de ceux qui évoquent
tout au Tribunal de leur raison , il fait voir
qu'ils en sont entierement dépourvûs , en
faisant
MAY. 1739. 964
faisant connoître Baile , il aprend à s'en défier
; il montre le ridicule du Systême des.
Tolérans , qui , en voulant s'accorder avec
toutes les Religions , toutes les Sectes , quoiqu'incompatibles
entr'elles , ne peuvent par
conséquent s'accorder avec eux- mêmes , &
font voir par-là qu'ils n'ont véritablement aucune
Religion. Il attaque les Esprits forts ;
auxquels il fait entendre qu'ils ne sont que
foiblesse; que leur folie, leur imprudence, &
leur témérité , leur tiennent lieu de force ; a
tous il fait voir la honte & les dangers de
leurs égaremens, & finit tout ce Discours en
exprimant pathétiquement les sentimens de
pieté , que tout le monde connoît assés au
Religieux Orateur. Nous finissons ici cet
Extrait , peut-être trop long , eû égard aux
bornes que nous nous sommes prescrites !
trop court cependant , si on considere les
beautés & les excellentes choses dont le
Discours , que nous abregeons, est rempli
TRAITE' de l'Ortographe Françoise , en
forme de Dictionaire , enrichi de Notes Critiques
& de Remarques sur l'étymologie &
le genre des mots , la conjugaison des Verbes
irréguliers , & les variations des Auteurs,
in 8 °. de 422. pages , sans la Préface de 60.
pages. A Poitiers , chés Jacques Faulcon
& J. Félix Faulcon , Imprimeurs - Libraires
3739.
Ce
968 MERCURE DE FRANCE
Cet Ouvrage sera , sans doute , d'un
grand secours à un très grand nombre de
personnes qui ont négligé d'aprendre une
chose qu'il est honteux d'ignorer, & qui peu
vent , au moyen de ce Dictionaire , rectifier
peu à peu & sans peine , leur maniere d'écrire
, tenant ce Livre sur leur table & y
ayant recours toutes les fois qu'ils sont en
doute sur la maniere d'écrire un mot.Comme
doute sur la Livre
susceptible d'Extrait
,
ce n'est pas iiccii un
nous n'entrerons pas dans un plus grand détail
sur ce qu'il contient de méthodique &
d'utile. On ne sçauroit trop en recommander
l'usage aux personnes nées & élevées
dans la Province , & sur tout aux Dames ,
qui , si nous osons le dire sans blesser les
respectueux égards qu'on leur doit , sont sujettes
à faire des écarts singuliers en Orto
graphe.
>
NOUVEAUX AMUSEMENS DU COEUR
ET DE L'ESPRIT. Brochure onzième , in
12. 1739. se trouve à Paris , chés Chaubert
& Didot , à l'entrée du Quai des Augustins
du côté du Pont S.. Michel. Le prix est de
trente sols.
Cette nouvelle Partie commence par un
petit Ouvrage intitulé
Miroir Litteraire.
L'Auteur a égayé sa matiere par quantité d'Anecdotes
curieuses & amusantes , pour cette
espece
MAY 17390
969
ย
espece deLecteurs qui ne veut être qu'amusée.
Il y a même de la Critique assaisonnée de
quelques traits de plaisanterie. Voici un
échantillon du style de l'Ecrivain, page 298 .
» Enfin je restai seul avec la Vérité & un
» tiers ; c'étoit le Doute , plus incommode
» encore & plus humiliant qu'elle . Nous
» venons , me dit - il , la Vérité , ma fille &
» moi , de dissiper les aparences trompeuses
» qui vous présentoient la Poësie sous une
» forme séduisante ; elle va achever de vous
» en faire voir les désagrémens , écoutez - là.
» Il disparut à ces mots. Moi , pour me pré-
» parer au discours édifiant qu'elle m'alloig
» tenir, je me mis à bailler avec toute l'éner
gie possible.
" Qu'est- ce , me dit en riant la Vérité ? On
» diroit que vous assistés ..... à quelque
» Sermon métaphysiquement alambiqué, où
»l'on s'endort, en disant : Ab que cela est beau Į
» P. 300. elle continuë en ces termes,
Mon fils , je ne suis pas ce que je vous parois ,
Dogmatique , absoluë , en un mot décisive.
Mon caractere est la simplicité ;
Ma Compagne est la modestie ;
Et je n'emprunte point dans ma démarche unie ;
Et les Pompons de l'Art , & la sévérité
D'une
970 MERCURE DE FRANCE
D'une sombre Philosophie ,
Qui , contente de commander ,
Veut convaincre , & jainais n'a sçû persuader .
Le sentiment , voilà mon Interprete , & c.
Tout de suite le Poëte rend hommage à
M. de Voltaire , mais il s'égare quand il dit ,
Homere estMichel Ange & Voltaire estateau.
Comparaison mal sonante , & qui décele un
Auteur qui n'a guere voyagé dans l'Empire
des Beaux - Arts .
M. R .... s'exprime mieux , page 295 ;
lorsqu'il dit :
Déja je savourois l'yvresse
D'un songe
heureusement trompeur ,
Dont la douceur enchanteresse ,
Me plaçoit à côté du lumineux Auteur ,
Qui de Corneille a toute la grandeur ,
Et de Racine a toute la tendresse ,
Voltaire enfin ; lorsqu'un triste Démon ,
Tel que ceux qu'invita le lugubre Platon ,
(Qui , fait de poëtique étoffe ,
N'eut que le nom de Philosophe ; }
Vint dissiper la douce illusion
Qui flatoit de mon coeur la juste ambition,
C'étoit la Vérité , redoutable ennemie
De ces préjugés ténebreux ,
De la foible ignorance Enfans présomptueux ,
MAY . 1739.
974
Et qui font cependant le charme de la vie.
L'homme éclairé souvent est le plus malheureux, & c.
Il paroît que la Vérité est de mauvaise humeur
contre le divin Platon , qu'elle ridiculise
passablement , au sujet de l'exclusion formelle
qu'il avoit donnée aux Poëtes dans sa
République.
و د
Page 301. C'est , me dit- elle , une preu-
» ve qu'il n'étoit pas si divin qu'on l'a bien
» voulu dire; un bon esprit tire parti de
» tout .... Un Poëte , également méprisa-
» ble dans son goût & dans son coeur , avoit
travesti Socrate pour l'exposer aux railleries
» d'une populace , qui dès - lors ne se fit plus
un scrupule de sacrifier un homme dont
» elle avoit osé se moquer. Il jugeoit de tout
» les Poëtes par un Farceur , & de toutes les
» Piéces par une Parade , qui ne pouvoit
» amuser que des gens fatigués de leur oisiveté
, que des Athéniens , & peut- être en-
» core des Parisiens .
"
1 » Je l'interrompis alors , protestant de
ne vouloir plus l'entendre.
Ah ! dangereuse Vérité ,
Lui dis-je , avec vivacité ,
Vous êtes une Déité profane
Qu'il faut bannir de la Societé !
Dire du mal d'Aristophane ,
Qu'une
72 MERCURE DE FRANCE
Qu'une Moderne a commenté ,
Comme un Auteur d'un goût inimitable ,
Plein de délicatesse , ainsi que de gayeté ,
Qui respire partout l'exacte probité ,
La pudeur même ; enfin irreprochable !
On m'a dit vrai , je le vois bien ,
Vous ne cherchez qu'à nous surprendre
Et qui voudroit vous entendrę ,
Ne deviendroit bon à rien .
Vous me feriez une guerre éternelle
Avec ces immenses Esprits ,
Qui , grace à leur mémoire orgueilleuse & fidelle ,
Se donnent pour Sçavans, & ne sont qu'Erudits .
» Il est vrai , me répondit- elle, que depuis
long- temps je suis broüillée avec les Com-
» mentateurs. Je voudrois que , lorsqu'on
» n'a point de bonnes raisons à dire , l'on
a avoüât son insuffisance , ou du moins que
» l'on se tût. Et cela n'accommode point ces
» Messieurs , qui , à tort & à travers , veulent
paroître instruits. Mais laissons - les
» tels qu'ils sont ; & puisque vous craignez
» leur colere , n'en parlons plus , & c.
» Nous avons choisi sans affectation ces
endroits du Miroir Litteraire , dont nous
» ne pouvons parler plus au long. Il est évi-
» dent que c'est un homme d'esprit qui en
> est l'Auteur.
Faisons
MAY. 1739.
973
1
Faisons connoître plus particulierement
la Brochure par quelques échantillons de
Poësie. L'Epitre de M. d'Arnaud à M. H ***
nous a parû mériter attention.
O To1 , qui du flambeau de la Philosophie
Eclairas le premier le berceau de ma vie ,
Toi , qui , de mille attraits ornant la verité ,
Sans énerver sa force , adoucis sa fierté ,
Et sçais associer , par un rare assemblage ,
L'esprit d'un Courtisan & l'ame d'un vrai Sage ,
Aprends-moi par quel art tu pus vaincre tes sens ,
Au Char de la Raison enchaîner ces Tyrans ,
Corriger les défaut de la Nature même ,
Dans l'étude du vrai trouver le bien suprême ,
Et sçachant te connoître , ainsi que t'ignorer ,
Marcher à la vertu , sans jamais t'égarer ?
Ensuite le Poëte , devenu Philosophe
critique Descartes , se déclare pour l'attraction
& le systême de l'harmonie des couleurs
; Locke n'est pas oublié . Revenu aux
Muses , il ajoûte :
Des Muses quelquefois recherchant les guirlandes ,
Nous irons leur porter nos voeux & nos offrandes .
La main des Amours même allumera l'encens ,
Les Graces, les Plaisirs , offriront nes présens.
De
074 MERCURE DE FRANCE
- De ce Temple fameux Voltaire est le Grand- Prêtre;
Les Beaux-Arts réunis l'ont adopté pour Maître.
En vain , d'un sein fécond enfantant des poisons ,
L'Envie a de cet Astre obscurci les rayons ;
Toujours plus éclatant & vainqueur des nuages ,
Il a sçû dissiper ces foudres , ces orages ,
Qui formés dans la nuit des plus noirs attentats ,
Ont vomi sur ses feux un déluge d'ingrats.
Oui , j'ai vû contre lui la haine & l'artifice ,
Pour cernir ses vertus , s'unir à l'injustice ;
Des ..., des amis , à sa perte animés ,
Tourner contre son sein leurs traits envenimés .
J'ai vu d'autres Titans , vils Enfans de la Terre ,
A cet Esprit divin oser porter la guerre ,
L'attaquer , le combattre , & loin de l'accabler ,
Le couvrir de débris , sans pouvoir l'ébranler , & c. '
Le Madrigal de M. de Bonneval , sur la
Naissance du fils de feu M. le Comte de
Choiseul de Meuse , est ingénieux .
Quel est donc ce Comte nouveau ?
Ce n'est pas un Comte pour rire ;
Je vois cependant qu'il inspire
La joye autour de son berceau.
Suivant l'Oracle du Parnasse ,
Que je puis publier par tout ,
Je ne vois pas non plus qu'il passe
Pour
MAY.
17358 975
Pour un Comte à dormir debout.
Je vais réveler ce mystere ,
L'Hymen y veut bien consentir
L'Amour le sçait , il l'a vû faire ,
C'est un Conte fait à plaisir.
Cette Brochure termine le troisième Vo
fume des Nouveaux Amusemens.
SETHOS , Tragédie nouvelle , dédiée au
GRAND CORNEILLE , chés la veuve
Pissot , à la descente du Pont-Neuf , Quai
de Conty , à la Croix d'or. Prix 24 sols.
,
Nous avons apris que cette Piece ;
annoncée dans le Mercure du mois dernier
est de M. Tanevot. Le débit de cet
Ouvrage & le plaisir qu'il fait à la lecture
, sont un sûr garant du succès. En voici
Le Sujet.
Osoroth , Roy de Memphis , avoit épousé
en secondes Nôces Daluca ; il l'avoit aimée
du vivant de Nephté , sa premiere femme ,
qui lui avoit laissé un fils nommé Sethos ; ce
Prince devint bien -tôt l'objet de la haîne
de sa Belle- mere , qui ayant donné deux autres
fils à Osoroth , conjura la mort de Sethos
, pour faire tomber la Couronne à Beon,
l'aîné du second lit. Sethos , jeune Prince
plein de courage , & de vertu , fit de bonne
G. heure
976 MERCURE DE FRANCE
heure sa premiere Campagne ; Daluca avoit
pris ses mesures pour l'y faire périr , & en
effet dans une Action qui se passa près de
Coptos , il fut percé de plusieurs coups
par des gens qu'elle avoit apostés , & fut
laissé pour mort sur le champ de bataille ; il
revint toutesfois de ses blessures , & se trouva
seulement Prisonnier de guerre . Il ne
voulut point se faire connoître aux Vainqueurs,
& l'idée lui vint alors de s'abandonner
à la Fortune, ou plutôt à un heureux naturel
, soutenu d'une Education Royale ; &
de chercher par cette seule voye à se faire
an grand nom; il y parvint. D'exploits en exploits,
il soûmit l'Afrique entiere , mais il ne
la soûmit que pour en policer les Peuples, &
leur donner une forme de Gouvernement
sous lequel ils pussent être heureux , après
quoi il leur rendit leur liberté , & cessant
d'être Conquérant , il resta à jamais leur Législateur,
On n'avoint point douté de sa mort
Memphis , il en fut absent 15. ans, & l'au
roit peut- être été plus long-temps, s'il n'eûr ,
apris qu'un certain Chef des Arabes , à la tête
d'une puissante Armée , étoit entré en
Egypte , où il se faisoit passer pour Sethos ,
& vouloit s'emparer de tous ses droits.
Cette nouvelle obligea le vrai Sethos de repasser
en Egypte ; il y parut sous le nom de
Cheres,le même qu'il avoit pris depuis qu'il
MAY. 1739: 977
en étoit sorti ; il vainquit les Arabes , dont
le Chefétoit un Esclave de Sethos , nommé
Asares , qui l'avoit suivi à Coptos. Cet As'étoit
sauvé avec une partie de
sares >
son Armée
pour
,
& étoit retourné en Arabie
lever de nouvelles Troupes ; cependant
Sethos , après sa victoire , arriva à Thanis
toujours sous le nom de Cheres. Spanius y
regnoit ; il avoit une fille , nommée Spanie ;
Sethos la vit , & tous deux prirent de l'amour
l'un pour l'autre , mais sans avoir le
temps de se le déclarer, car Asares ayant fait
encore une descente en Egypte , Sethos fut
obligé de l'aller combattre , il le vainquit
une seconde fois , détruisit toute son Armée
& le prit lui-même : c'est alors qu'il reconnut
son Esclave ; il l'amena avec lui à Memphis
, où Sethos , crû Cheres , fut reçû avec
d'autant plus de joye , que cette guerre avoit
donné beaucoup d'allarmes.
Sethos se fit reconnoître. Daluca fut au désespoir
de voir ressusciter celui qu'elle avoit
crû mort ; cela dérangeoit tous ses projets.
Maîtresse absolue du Roy , son Mari , elle
l'avoit disposé à céder sa Couronne à Beon ,
son fils aîné , & on n'atendoit que la fin de
la guerre pour cette abdication ; d'un autre
côté elle avoit fiancé Pamphos , son second
fils avec Spanie , Princesse de Tanis , qui ve
noit d'arriver à la Cour. Ce qui irritoit da .
Gij vantage
978 MERCURE DE FRANCE
vantage Daluca , c'est qu'Osoroth ayant re
connu Sethos , n'avoit point balancé , suivant
son projet d'abdication , de le faire
monter sur le Trône. A l'égard de ce Prince,
sa surprise fut extrême de trouver Spanie .
Memphis qui devoit épouser Pamphos; il déclara
son amour à cette Princesse & protesta
qu'il ne prétendoit point la céder à son frere,
mais Spanie , sans cacher à Sethos les sentimens
de tendresse qu'elle avoit conçus pour
lui, l'assûre qu'elle ne recevra jamais sa main;
que la politique de Spanius, son Pere, y apor
toit un obstacle invincible , ce Prince ayant
pour maxime de ne la point marier à un
Prince qu fût Roy , ou pût l'être par lui - même
, de peur que le Royaume de Tanis ae
devint dans la suite une Province des Etats
de son Gendre ; qu'elle étoit résoluë d'obéïr
à son Pere , & que rien ne seroit capable de
la distraire de cette obéissance. Sethos se fla
te que lorsqu'il aura instruit de sa naissance
& de son amour le Roy de Tanis , ce Prince
changera de sentiment. Cependant Daluca
conjure de nouveau contre Sethos ; elle veut
engager ses fils à le faire périr , & leur présente
unpoignard pour en armer leurs mains
Les Princes ont horreur de cette proposition,
& leur Mere voyant qu'elle ne peut rien ob
tenir d'eux, feint de se rendre à leur raisons ;
elle jette les yeux sur Asares , comme plus
propre
MAY
17397 979
propre , par la bassesse de sa naissance , a
servir sa haine. Sethos avoit génereusement
pardonné à cet Esclave ; il paroît se prêter à
ce que la Reine exige de lui , mais c'est pour
avoir le secret de la conjuration , & le réve-
Fer à Sethos , ce qu'il fair ; ce Prince en avertit
son Pere , qui court aussi - tôt chés la Reine
; elle confesse tout , prend du poison , &
vient elle -même déclarer à Sethos tout ce
qu'elle avoit tramé contre lui. Ce Prince
rapellant alors toute sa magnanimité , nonseulement
renonce à son amour en faveur de
Pamphos , mais , par reconnoissance de ce
que Beon lui avoit sauvé la vie dans le dernier
Combat , il lui cede la Couronne
croyant d'ailleurs conserver assés de lustre
par la dignité de Conservateur de toute l'Egypte
, que ses Rois lui avoient conférée , à
F'occasion de ses victoires sur les Arabes
Enfin sa grande ame est flatée de faire des
heureux en tout genre , & de remettre les
choses dans l'état où il les avoit trouvées à
son arrivée à Memphis.
>
Comme on a été obligé de donner à cet
Extrait un peu d'étendue , nous remettrons
au mois prochain à raporter des fragmens de
la Piéce , pour en faire connoître le style &
la Poësie.
MOULINET PREMIER , Parodie de
Güj
MANO980
MERCURE DE FRANCE
MAHOMET SECOND , représentée sur
le Théatre de l'Opera Comique , à la Foire
S. Germain , le 15. Mars , A Paris , chés la
yeuve Allovel , Quai de Gêvres , à la Croix
Blanche , 1739 .
L'Auteur de cette Parodie n'a pas encore
jugé à propos de se nommer , quoique le
succès de son Ouvrage ait semblé l'y engager;
cette modestie fait voir qu'il est capable de
s'élever plus haut. Il rend justice à la Tragé
die qu'il a prise pour objet de son badinage ;
on le peut voir
par cette Epitre qu'il a mise
à la tête de sa Parodie.
Moulinet à Mahomet.
Reçoi , cher Mahomet , un hommage sans fard.
Cette Epitre est le fruit de ma reconnoissance.
A Moulinet tu n'as aucune part ;
Mais cependant il te doit la naissance ,
Et je suis ton Enfant Bâtard. 曹
Comment cela ? C'est un mystere.
Je vais le dévoiler. La Folie est ma Mere ;
En t'écoutant débiter avec Art
Ces nobles sentimens , que le Public admire
A ta conduite sans écart ,
A mille traits qui bravent la Satyre ,
L'Amour , en ta faveur , la perça de son dard ;
Elle sent aussi- tôt une bizarre verve ,
Et dans son cerveau calotin ›
Mc
MAY.
1739. ་
Me conçoit , ainsi que Jupin
Conçut la divine Minerve.
Trois jours à me former elle s'évertua ;
Et puis ... , adshit .... m'éternua.
De cette boutade , ou saillie ,
Tu ne dois pas être irrité ;
Ta gloire n'est point avilie ;
Depuis long-temps , toi seul as mérité
L'honneur que te fait la Folie.
Au Lecteur.
Air : De tous les Capucins du Monde , &c.
N'éxaminez point , je vous prie ,
Cet avorton de la Folie.
Il fut fait sans attention ;
Joué dans un désordre extrême ;
Imprimé sans refléxion ;
Et l'on doit le lire de même.
Le peu de cas que l'Auteur de cette Paro
die, soit modestie , soit justice, qu'il rend au
genre de son propre Ouvrage , nous dispense
d'en donner unExtrait enforme; nous croyons
donc que nos Lecteurs voudront bien se
contenter de ce simple Argument.
Moulinet, Commandant un Parti de Hous
sards , ayant pillé un Village , s'est amouraché
de la Fille de Nicodême , Fermier d'un
Château, que son amour lui a fait respecter.
G iiij La
98 MERCURE DE FRANCE
La Rancune , son Lieutenant , trouve trèsmauvais
qu'il ait frustré la Troupe qu'il commande
, du butin qui étoit le principal objet
de l'attente commune; cette raison , jointe
à l'envie qu'il a de lui succedeṛ dans cet
Emploi , le porte à conspirer contre lui , &
à traverser le Mariage qu'il a projetté avec
Colette, c'est le nom de son Amante. Sabre de
bois,son ami, s'opose d'abord à la conspiration ,
& lui représente sur tout , qu'il apréhende que
Titata, leur Maréchal des Logis , qui ne veut
obéir qu'à la Rancune , dont il a formé les
moeurs , ne le contredise, tout son frere qu'il
est. La Rancune lui répond qu'il sçaura bien
il ajoûte que Nicodeme , Pere de
Colette,, que l'on croyoit mort , vient d'arriver
secrettement au Village ; qu'il ignore que ,
sa fille soit au pouvoir de Moulinet , qu'il
Fattend pour l'en instruire , & qu'il ne dou
te point qu'il ne se joigne à la conspiration.
Nicodême, instruit par la Rancune du rapt
de Colette, est transporté de courroux contre
le Ravisseur , mais la Rancune voyant venir
Nicodême , le fait sortir , pour mieux tromper
Moulinet , qui le croit mort.
le
gagner ;
Moulinet déclare hautement le Mariage
qu'il a résolu avec Colette ; la Rancune veut
s'y oposer , mais Moulinet lui impose silence
& sort en lui disant : Obéis . La Rancune
arrête un des Suivans de Moulinet & lui dit:
Aproche
MAY. 1739. 983
Aproche , mon ami ,
De mes complots secrets inutile complice .. ,
Mais tu feras bien mieux de n'entrer point en lice
Ta figure , ton geste , ainsi que tes discours ,
Des beautés de l'intrigue interromproient le cours
Nous n'avons pas besoin d'un si sot caractere.
On conçoit fort aisémert que ces six Vers
tombent sur l'inutilité du Rôle du Muph
ti dans la Tragédie parodiée .
Tout le reste de la Piéce n'est qu'une imitation
de la Tragédie de Mahomet Second ,
Acte par Acte, & Scene par Scene ; l'Auteur
en a suivi le plan , de maniere à faire sentir
aux Spectateurs tout ce qui se passe dans la
Tragédie, sur laquelle il a prétendu s'égayer;
il n'en a changé que la fin , pour rendre sa
Parodie plus propre au Théatre de l'Opera
Comique. Voici comment il a fini la Piéce .
Les Houssards veulent faire passer Colette
par les baguettes ; Nicodême , son Pere
vient annoncer cette triste nouvelle à Moulinet
, qui en devient furieux ; il veut sortin
pour la garantir de cet outrage ; mais il en
est empêché par Claudine , Suivante de Co
lette , qui lui dit : De la joye ! de lajoye ! Co-
Lette a désarmé les Houssards ; ils la trouvent
si belle , qu'ils voudroient tous l'épouser. Titata,
Maréchal des Logis , lui vient confirmer cette
heureuse nouvelle , & chante sur l'Air de la
Marche Françoise ; Ratapatapan , Gar
&Go
984 MERCURE DE FRANCE
Voyant sur son sein blanc
Des fripons d'Amours un Groupe
On s'écrie à l'instant
Sarpędié la belle Enfant !
Nous excusons son Amant.
Qu'elle soit de la Troupe
Et qu'il la mene en croupe ,
Ratapatapan !
Suivant le Régiment.
Moulinet chante à son tour , sur l'Air
Jeunes coeurs laissez- vous prendre.
Enfin Colette me reste ;
Aucun ne me la conteste.
N'allons pas à contre- temps
Faire un dénouement funeste ;
Si l'Amour a des tourmens ,
C'est la faute des Amans.
MEMOIRE HISTORIQUE & Génealogique
fur la Maifon de Bethune. Par M. Du Buiffon
Brochure in 4º de 26 pages. A Paris , de l'Imprimerie
de Prault , P 1e , Quai de Gêvres , au Paradis
, M nec. XXXIX. Avec Aprobation & Privilege
du Roy:
La Maison de Bethune , de Flandres , eft une de
celles dont le fçavant André du Chesne a écrit:
L'Hiftoire dans le fiécle dernier , & il en eft peu .
dont l'ancienneté , l'illuftration & la grandeur des
Alliances , ayent été auffi taciles à
prouver.
Entre
MAY.
1739. 985
Entre les opinions sur l'origine de cette Maiſon,
du Chesne a préferé celle qui la fait descendre des
anciens Comtes d'Artois , bien avant dans le dixiéme
fiécle ; opinion qui a prévalu , parce qu'en effet
elle a paru là mieux fondée.
D'autres Auteurs ont crû voir fa tige , ou dans
celle des Othons , Empereurs d'Allemagne, ou dans
celle de la Maison d'Autriche ; mais leur fentiment
femble moins vrai - femblable. C'eſt un point dont
on s'interdira la discuffion ; à quoi ſerviroit- elle
Comment même la faire exactement ? ceux qui ont
étudié notre Hiftoire, fçavent combien fes premiers
temps sont obscurs & incerta ns.
Robert , dit Faiffeus , Seigneur de la Ville de Bethune
, & Advoué de S. Vaaft d'Arras , vivoit fous
Hugues Capt , avant l'an mille de l'Ere Chrétienne.
C'est de ce Robert dont du Chesne fait la Tige
de la Maison de Bethune , proprement dite ; c'eft
de lui qu'il en commence la filiation . On ne remontera
pas plus haut ; huit fiécles prouvés , font:
une affés grande antiquité. D'ailleurs , on fent ai
sément par les Dignités dont Robert étoit revétu ,
combien fes Ancêtres devoient déja avoir de nom
bleffe & d'ancienneté.
Il unifloit deux des plus grands Titres que l'on
connût alors , celui de Seigneur de Bethune , Ville
qui faisoit la premiere Baronie du Comté d'Artois,
honorée de ce Titre dans tous les temps ; & celui
d'Advoué que les Souverains , même les plus
grands , fe glorifioient de porter , puisque l'Hiftoire
nomme parmi ceux qui l'ont eû , Charlemagne,
Louis , Roy de Germanie , Frederic I. Duc de Loraine
, Théodoric , fon fils , & un grand nombre
d'autres Princes
La Pofterité de Robert , héritiere de fon élevation
, eut les Titres qu'il avoit , & y en ajoûta par
G. vis
des
986 MERCURE DE FRANCE
des Alliances. L'Hiftoire & les Monumens prouvent
que tout ce qui caractérisoit alors la Grandeur lui
apartint ; on lui trouve cimier , armes , cri de
guerre ; peut-être même qu'avec un peu plus de
recherches , on lui trouveroit le droit de Monnoye;
l'usage du temps , & d'autres circonftances , forment
en fa faveur , à l'égard de ce droit , une préfomption
qu'il femble que l'on pourroit aisément
changer en certitude.
Répandue en differentes Branches , elle fit par
tout des Chevaliers Bannerets , Droit attaché à la
Haute Nobleffe uniquement , Droit auffi qui défigne
les poffeffions & la puiffance ; car dans l'origi
ne, Chevalier Banneret fignifie Homme noble
Seigneur de grand Fief ; conduisant fes Vaffaux à
la Guerre fous fa Banniere .
Mais qui pourroit disputer ces avantages à la
Maison de Bethune , en ne considérant même que
fes Alliances dès les temps dont nous allons, parler
3.
On lit dans Guillaume de Tyr , que Philipe d'Al
sace , Comte de Flandres , fouhaita de marier les .
deux héritieres du Royaume de Jérusalem , fes proches
parentes , avec les deex fils de Robert V. Seigneur
de Bethune , qui l'avoient accompagné a
Voyage de la Terre Sainte en 1177. Cette double
Alliance ne s'éxecuta point ; mais vers 1250. Ma .
bault fille de Robert VII. Seigneur de Bethune
épousa Guy de Dampierre , Comte de Flandres , &
les Monumens raportes par du Chesne , dans les
preuves dont il a apuyé fon Hiftoire , donnent à
cette Mahault les Titres de Dame de Bethune , Teremonde
, Richebourg , & Warnefton , Advoüée:
d'Arras.
Le même Hiftorien , parlant de la fécondité de
cette Dame , remarque qu'elle fut très-grande , &
que sa Pofterité , par fucceffion de temps , s'affit
prefque fur tous les Trônes de l'Europe .
MAY. 984 1739.
&
Depuis cette Alliance , la Seigneurie de Bethune
paroît avoir été unie au Comté de Flandres ,
avoir servi de Titres à plufieurs Enfans des Comtes
de Flandres , même aux aînés . Il est certain au
moins, que Robert , fils de Guy de Dampierre & de
Mahault de Bethune , l'a porté jusqu'au temps ou
il a succedé à son Pere au Comté de Flandres ; &
qu'après Robert , Guy de Namur , autre fils de Guy
de Dampierre , iffu d'un second Mariage de ce
Prince avec Ifabeau de Luxembourg , l'a porté auffi :
observations. que l'on fait, pour justifier ce qu'on a
dit de la consideration où la Seigneurie de Bethune
étoit dès ces temps reculés .
Plus anciennement , c'est- à- dire, en 1140. Guil
laume I. Seigneur de Bethune , avoit épousé Clemence
d'Oisi , petite- fille d'Ade de Hainault ; &
par ce Mariage , il avoit donné pour parens à ses
Enfans , Baudouin , Comte de Hainault & de Flandres
, Empereur de Conftantinople , Louis VIII.
Roy de France , Pierre de Courtenai , Comte d'Aus
xerre , Empereur de Conftantinople , Frederic IIS
Roy de Sicile & Empereur des Romains , les Seigneurs
de Beaujeu , de Montpenfier , &c.
Vers 1215. Daniel de Bethune avoit épousé Euftache
de Châtillon , fille de Gaucher de Châtillon,
Comte de Saint Pol qui l'avoit raproché des Allances
contractées par Guillaume I. & lui en avoit procuré
beaucoup d'autres auffi illustres , telles que
celles d'Othon , Duc de Meranie , à caufe de Béatrix
de Bourgogne sa femme ; Alix de Dreux , Princesse
de la Maison de France ; Jeanne , Comtesse de
Flandres ; Marguerite , Comtesse de Hainault ; Jean
II. Comte de Roucy , &c.
Vers 1270. Guillaume de Bethune , Seigneur de
Locres , Hebuterne , &c . arriere - neveu de Daniel,
dont nous venons de parler , épousa Jeanne de
Neelle
188 MERCURE DE FRANCE
Neelle , surnommée de Fallevi , petite - fille d'Aliz
de France , Comtesse de Ponthieu ; laquelle lui
donna pour beau-frere & belle-soeur uterins ,
dinand de Castille , & Alienor de Castille , qui
épousa Edouard I. Roy d'Angleterre ..
Fer-
En 131. Jean de Bethune , dit de Locres , Seigneur
de Vandeüil & du Verger , petit - fil de Guil-
Jaume , épousa Jeanne de Couci , qui descendoit ,
par sa mere, de Henri , Conte de Vienne , en Ardenne
, & de Marguerite de Courtenai autre source
des plus éclatantes Alliances . puisque Marguerite
de Courtenai étoit arriere - petite -fille de Louis
le Gros , Roy de France , & d'Alix de Savoye.
En 1368. Robert , autre petit - fils de Guillaume ,
épousa Jeanne de Châtillon , fils de Gaucher , Seigneur
de Porcean , & , de Jeanne de Conflans , Dame
de Blancafort , mariage qui raprocha encore les
Maisons de Bethune & de Châlon , & les fit par
ticiper aux Alliances que chacune avoit contractées..
En 1401. Jean de Bethune de Locres , II. du nom ,
fils puîné de Jean I. dont nous venons de parler
épousa Isabeau d'Estouteville , qui lui procura l'Alliance
& la Parenté des Ducs de Bretagne , des
Comtes de Dreux , de Rouci , de Vendôme , &c.
En 1480. Jean de Bethune , troisième du nom
épousa Jeanne d'Anglure , fille de Simon , dit Sala
din d'Anglure de la Maiſon de ce nom , si connue
par l'Hiftoire des Croisades , ces pieuses folies- de
nos Peres.
En 1929. Jean de Bethune , quatrième du nom
Baron de Baye , & c. épousa Anne de Melun , Dame
de Rosni . &c. fille de Huues de Melun , Vicomte
de Gad , & de Jeanne de Hoornes , qui renouvella
les anciennes Alliances de la Maison de Bethune en
Flandres , & lui en fit contracter de nouvelles avec
prefque tous les Souverains regnans alois en Europe.
Lia
MAY. 7739% 989
La brièveté qu'un fimple Mémoire exige , n'a pas
permis de s'étendre davantage sur les Seigneurs de
La Maison de Bethune , qui ont vécu jusqu'au seiziéme
siécle . Borné à crayonner une idée de leur
Antiquité , de leur Filiation , de l'illustration & de
la fplendeur où ils ont eté jusque-là , ce qu'on en
a dit , a paru fuffifant.
En effet , la fuite des Générations de cette Maison
pendant six siécles les époques des differentes
Branches qu'elle a produites pendant le même in
tervale , la distinction des Seigneurs qui ont apar➡
tenu à chacune de ces Branches , des details sur ces
Seigneurs , leurs alliances particulieres , leurs ac
tions , leurs titres , les places qu'ils ont remplies
les Ordres dont ils ont été honorés , toutes ces cho
fes euffent donné à cet ouvrage une longueur qui ne
pouvoit lui convenir , & qu'on a clû devoir s'interdire
par cette raiſon .
Ceux qui voudront de plus grands éclairciffemens
sur ces differens objets . peuvent consulter du Chefne
; ils trouveront dans cet Historien la Branche
des Seigneurs de Congy & d'Hoftel qui s'est con
fondue dans la Maison de Choifeul Praſlain ; celle
des Barons de Balfour , établie en Ecosse , où eile
subsiste peut-être encore ; celle des Seigneurs de
Bethfan , ou Beffan , dans la Paleftine , qui semble
s'être éteinte en 1300 & celle des Seigneurs de
Carenci , en Flandres , dont la Pofterité , en partie ,
se trouve confondue dans la Pofterité de nos Rois,
& des Rois d'Angleterre & d'Ecoffe de la Maifon
Sturt.
Outre ce que du Chefne contient , nous savons
qu'il y a en Artois actuellement , des Seigneurs du
nom de Bethune , qui raportent leur origine à la
Branche de Carency , & qui forment one Branche
divisée depuis très-long-temps , en deux Descen
dances
998 MERCURE DE FRANCE
•
dances ou Branches. Leurs Chefs aujourd'hui sont
Eugene- François de Bethune Desplanques , Marquis
d'Hesdigneul ; & François -Eugene de Bethune
Desplanques de Saint - Venant. Le Réverend Pere
Antoine le Pez , Religieux de Saint Vaaft d'Arras
a fait la Généalogie de ces Seigneurs , & elle a été
présentée à M. le Duc de Charoft , Armand , second
du nom en 1695. Si l'Auteur y eût joint des
preuves , le Public lui en eût eû obligation ; nous
les aurions indiquées , & elles auroient éclairci ce
qui regarde ces Seigneurs jusqu'au seizième siècle.
Quant aux temps pofterieurs , nous aurions tâché
d'en donner la Généalogie , comme nous allons
donner celle des Branches de Sulli , d'Orval , de
Selles & de Charoft ; mais on sent bien que , faute
de certitudes & de lumieres , le silence nous devient
néceffaire à ces égards . Nous exhortons Mrs d'Hefdigneul
& de Saint - Venant à supléer à ce que nous
sommes forcés d'omettre , & nous reprenons le fil
de ce Mémoire.
A Jean de Bethune , quatrième du nom , le dernier
dont nous avons indiqué les Alliances , succeda
son fils François de Bethune , Baron de Rosni
&c. Il épousa Charlote Dauvet de Rieux , dont il
eut plusieurs enfans ; Louis , mort sans pofterité ;
Maximilien , que ses . Services sous le Regne de
Henri IV . illustrerent autant que fa naiffance , &
éleverent aux plus grandes Places ; Salomon , dont
la pofterité eft éteinte ; Charles , mort en bas âge ;
Philipe , Comte de Seles & de Charoft , non
moins recommandable à la France , que Maximi-
Hien ; & Jacqueline , qui épousa Elie de Gontault ,
Gouverneur de Bearn , & Viceroi de Navarre.
C'eft de Maximilien & de Philipe , enfans de
François , que sont iffuës les Branches de Sulli ,
d'Orval , de Selles & de Charoft , dont on va donner
MAY. 17392 991
er la Généalogie détaillée . On se flate que l'at
tention avec laquelle on le fera , en gardant l'ordre
d'aînesse , pourra rendre ce Mémoire utile à la
Maison de Bethane en lui offrant , dans un court
espace , & l'Etat de tous ceux qui ont composé &
qui composent ces Branches , & le Degré de chacune
; connoissances dont la nécessité est aisée à
sentir , mais que l'on n'a pas toujours dans les
Maisons étenduës .
y
Branche de Sulli.
Maximilien de Bethune , premier du nom , Due
de Sulli , Prince Souverain de Henrichemont & de
Boisbelle , Grand Maître de l'Artillerie , Pair &
Maréchal de France , Marquis de Kosni , &c . épou
sa , en premieres nôces , Anne de Courtenai , dont
il eut Maximilien II. & en secondes , Rachel de
Cocheflet , d'une Maison que l'on croit originaire
d'Ecosse , si ancienne qu'on la trouve établie en
France dès le Regne de Charles VII. Maximilien I.
eut de son second mariage , Alpin , mort en bas
age ; Guy , mort de même ; César , filleul d'Henry
IV. décedé à dix ans ; François , qui a formé la
Branche des Comtes d'Orval ; Henri , N.... &
Catherine , qui moururent jeunes ; Marguerite , qui
fut mariée en 1605. à Henri Duc de Rohan ,
Prince de Leon , Pair de France ; & Louise , qui
épousa le 29 Mai 1620. Alexandre de Levis , Marquis
de Mirepoix. Les Memoires que Maximilien I.
a laissés sous le titre d'Economies Royales , les Histoires
générales & particulieres de son temps , &
encore mieux la confiance conftante , l'eftime & la
confideration d'un des plus grands & des plus éclaïrés
de nos Rois ( Henri IV . ) prouvent son mérite ,
& fes fervices. La Terre de Sulli fut érigée en
Duché
992 MERCURE DE FRANCE
Duché- Pairie , en fa faveur , en Février 1606. qua
tre ans avant la mort funefte du Monarque dont
nous venons de parler.
Maximilien deuxième du nom , Marquis de Rosni,
&c. fut Sur-Intendant des Fortifications , Gouverneur
de Mantes & de Gergeau , & ensuite Grand-
Maître de l'Artillerie , fur la démiffion de Maximilien
I. fon pere , avant lequel il mourut en 1634. I
avoit épousé Françoise de Blanchefort de Crequi ,
fille de Charles de Blanchefort de Crequi , Prince
de Poix , & de Magdelaine de Bonnes l'Efdiguieres,
laquelle étoit fille du fameux Conétable de ce nom;
& il eut de fon mariage avec elle , Maximilien-
François de Bethune , troifiéme du nom , dont l'ar◄
ticle fuit , & Louiſe de Bethune , morte fans
alliance .
Maximilien- François , troisiéme du nom , deuziéme
Duc de Sulli , Prince de Henrichemont & de
Boisbelle , Marquis de Rosni , &c. épousa en 1639.
Charlotte Seguier , fille de Pierre Seguier , Chance
lier de France , illuftre par fon mérite & fa dignité.
Il eut de fon mariage Maximilien - Pierre - François ,
Magdeleine - Françoife , qui entra en Religion
Marguerite- Louife , mariée à Armand de Grammont
, Comte de Guiche , & enfuite à Henri de
Daillon , mort Duc du Lude , & Marie- Thereſe
morte jeune. Après la mort de Maximilien -François
, arrivée en 1661. Charlotte Seguier , fa veuve,
époufa Henri de Bourbon , Duc de Verneuil , Légitimé
de France.
Maximilien- Pierre - François , troifiéme Duc de
Sulli , Pair de France , Chevalier des Ordres du
Roy , Prince de Henrichemont & de Boisbelle , & c.
eut pour enfans , Maximilien- Pierre- François - Nicolas
, & Maximilien Henri , dont les articles suivront
celui-ci ; Louife -Henriette & Louife-Elifabeth
MAY. 1739
993
beth , Religieuses , & Charlotte , morte jeune.
Louife - Elifabeth , vit encore actuellement au Monaftere
de la Vifitation de Sainte Marie à S. Denys;
elle eft dans un âge extrémement avancé .
Maximilien- Pierre - François- Nicolas , quatriéme
Duc de Sulli , mourut en 1712. fans laiffer de posterité
de Magdeleine-Armande du Cambout , fille
d'Armand du Cambout , Duc de Coiflin , Pair de
France , Chevalier des Ordres du Roy ,
d'une ancienne
Maifon de la Province de Bretagne , dont il
reste encore une Branche. Leur mariage avoit été
célébré en 1689 .
Maximilien - Henri , cinquième Duc de Sulli ,
frere puîné de Maximilien-Pierre - François Nicolas
, fucceda à fes Titres , & mourut Gouverneur
de Mantes & de Gien , Lieutenant Géneral au Gou→
vernement du Vexin François ; & Chevalier des
Ordres du Roy , le 2 Fevrier 1729. après avoir
comme fes Ancêtres , dignement fervi l'Etat. II
avoit épousé N.... Guyon , veuve en premieres
nôces de N.... Foucquet , Comte de Vaux , mais
il n'en a point laiffé de pofterifté . En lui a fini , par
mâles , la Branche de Bethune-Sulli , dont le Duché
a paſſé dans la Branche d'Orval , de laquelle
nous allons parler , par Louis- Pierre Maximilien de
Bethune , apellé alors le Marquis de Bethune , petitfils
de François de Bethune , qui étoit fils de Maximilien
de Bethune , premier Duc de Sulli . Sur la
conteftation qui s'étoit élevée pour la fucceffion au
Duché de Sulli , entre Louis Pierre-Maximilien de
Bethune , & Armand de Bethune , fon grand oncle,
apellé l'Abbé, & enfuite le Comte d'Orval, un Arrêt
rendu au Confeil des Dépêches le 13 Mars 1730. a
adjugé le Duché au premier , en en payant le prix
au fecond .
Louis- Pierre- Maximilien , fixiéme Duc de Sulli
Chea
994 MERCURE DE FRANCE
•
Chevalier de l'Ordre de la Toifon d'Or &c. a tế
Meftre de Camp du Régiment de la Reine , Infanterie
, & Premier Gentilhomme de la Chambre de
Mo. Geur le Duc de Berri. Nous le mettons dans
cette Branche , quoi qu'il foit de celle d'Orval
parce qu'il continue le titre de Duc de Șulli , qui
lui a été adjugé & qui lui apartenoit . Il a épousé
Louife Delmarets , fille de N.... Defmarets
Miniftre d'Etat , Controlleur Géneral des Finances,
Commandeur des Ordres du Roy , &c. & niéce de
Jean - Baptifte Colbert , ce Miniftre qu'il fuffit de
nommer pour le louer . Il a de cette Dame deux filles
, Louife - Nicolle de Bethune , * mariée à Louis-
Vincent Marquis de Goesbriant, Lieutenant Général
des Armées du Roy , Chevalier des Ordres , &c.
Et Magdeleine - Henriette Maximilienne de Bethune
non mariée. L'Ordre de la Toifon d'Or a été donné
au Duc de Sulli en Eſpagne , où il étoit allé en
1714. reporter le Collier de feu Monfieur le Duc
de Berri , après la mort de ce Prince.
Branche d'Orval.
>
•
François de Bethune , Comte , & enfuite Due
d'Orval , fils puîné de Maximilien I. Duc de Sulli
a été Chevalier des Ordres du Roy , premier Ecuyer
de la Reine Anne d'Autriche , Grand Voyer de
France , & Sur-Intendant des Bâtimens. Il a été
marié deux fois. 1º. En 1620. à Jacqueline de
Caumont , fille de Jacques Nompar de Caumont
Duc de la Force , Chevalier des Ordres du Roy ,
Pair & Maréchal de France , & de Charlotte de
Gontault de Biron , laquelle étoit fille du premier
Maréchal de Biron. 2 °. En . à Anne de Harville
de Paloiſeau , fille du Marquis de ce nom. Du
* Le Pere Anselme, Hift. Géneal. des Grands Officiers
de la Couronne , la nomme Nicolle Maximilienne..
•
premier
MAY. 173.97 995
•
morte
premier lit , François de Bethune a eu Maximilien
Leonor , tué à la priſe de Piombino en 1646 ; Ma- 、
ximilien alpin , qui va avoir fon Article ; Philipe
qui n'a laiffé qu'une fille Religieufe, Marguerite-
Angelique , Abbeffe de S. Pierre de Rheims ; Françoise
& Anne- Leonore , mortes à Port-Royal , àરે
Paris Du fecond lit , il a eu Louis- Armand , un
autre Armand , & Anne - Marie - Eleonore ,
Abb. ff de Giffe. Il mourut en 1678. âgé de qua.
tre- vingt ans , honoré de Lettres Patentes de Duc,
qui avoient été accordées à fes Services Ces Lettres
expediées en 1652. portoient érection de Pairie ;
mais elles n'ont point été regiſtées. Les Maisons
de Biron , de Caumont & de Harville- Paloiſeau
avec lesquelles il s'allia , font trop connues , pour
qu'on fe croye obligé de donner ici des éclaircissemens
fur elles.
>
Maximilien Alpin , devenu l'aîné des enfans de
François , par la mort de Maximilien -Leonor ,
mourut en 1692. laiffant de fon mariage avec Catherine
de la Porte , iffuë d'anciennes familles de
Robe de Paris & de Roiien , Maximilien-François ,
dont l'Article va fuivre ; Louis - Georges , mort fans
pofterité ; Anne , Catherine & Françoise , dont la
derniere seule a été mariée ; elle époufa en 1689.
François- Armand , Marquis de Caulaincourt , du
quel elle eft veuve , & a des enfans .
Maximilien-François , Marquis de Courville &
de Villebon , &c. mourut avant Maximilien Alpin,
fon pere en 1688. Il avoit épousé, l'année qui pré
Ceda fa mort, Jeanne-Catherine-Henriette d'Orleans
de Rothelin, de laquelle il laiffa un fils pofthume,quí
fut nommé Louis-Pierre- Maximlien de Bethune,
Ce dernier , Louis - Pierre- Maximilien , eſt celui å
qui le Duché de Sulli a été adjugé en 1730. fur
Armand de Bethune fon grand oncle , comme on
Pa obfervé ci-devant. Quant
h
998 MERCURE DE FRANCE
Quant à Armand de Bethune , Abbé & enſuite
Comte d'Orval , Prince Souverain de Henrichemont
&de Boisbelle , & c, il étoit un des fils puînés
de François , Duc d'Orval. Les Principautés de Henrichemont
& de Boisbelle lui ayant été adjugées
dans la Succeffion de Maximilien- Henri , cinquiéme
Duc de Sulli , il en prit les Titres . Il mourut
octogenaire à Paris , le 23. Janvier 1737. laiffant
defon mariage avec Marie-Jeanne Auberi de Vaftan,
an fils nommé :
Maximilien-Antoine-Armand de Bethune , Prince
de Henrichemont & de Boisbelle , qui eft né le 18 .
Août 1730. & qui continue la Branche d'Orval,
La suite pour un autre Mercure.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de la Rochelle
le 10. May 1739.
'Académie ne tint sa Séance publique d'après
Lla S. Martin ,que le 10. Decembre ,M.l'Abbé
de Gennes , Directeur , en fit l'ouverture par un
Discours sur la difficulté d'acquerir & de conserver
la faveur des Grands. Le Pere Jaillot , de l'Oratoire
, lut ensuite une Dissertation sur l'origine de
la Rochelle , il commença ainsi : Tout ce qui n'auroit
pas quelque raport à l'Histoire de la Rochelle , me
distrairoit d'un travail que je dois regarder comme une
de mes plus importantes occupations , c. En effet
le Pere Jaillot travaille depuis plusieurs années , à
rassembler les materiaux de cet Edifice ; ses soins
ses dépenses & son assiduité, lui en ont procuré plus
qu'il n'avoit d'abord osé l'esperer. Voici la fin de
certe Dissertation . Telsfurent , Mrs , les commencemens,
les progrès , & les accroiffemens de la Rochelle,
>
dont
MAY.
997 1739.
dont le Port , qui ne peut être celui des Saintongeois
dont parle Ptolomée , s'eft accrû peu à peu , & à me-"
sure que ceux de Chatelaillon & d'Angoulins se sont
comblés , dont les premiers Habitans ont signalé leur
courage en 737. contre les Sarrasins , & en 932. contre
les Danois les Saxons , & dont les murailles
n'ont cependant commencé d'être bâties qu'environ
Pan 1136 &c. Le Public vit avec plaisir que les
Epoques de l'établissement de la Rochelle , étoient
fixées par deux Victoires mémorables , & que cette
Ville guerriere , fut utile à l'Etat dès son or gine .
Cette Séauce fut terminée par deux Discours , Pun,
de M. Vaslin , sur l'usage qui permet de dire du
bien de son coeur , & qui défend d'en dire de son
esprit ; l'autre , de M. d'Hasterel , Prévôt Général ,
dans lequel il fit entrer l'Eloge de M. de Marassé
son Prédecesseur.
La Séance d'après Pâques se tint le 15. Avril , elle
fut ouverte par M. Richard , Directeur , qui lut une
Dissertation sur l'origine de la Navigation , & la
construction des Bâtimens des Anciens . Le Pere
Valois prononça ensuite un Discours sur les Louanges
, c'est-à-dire , sur la précaution avec laquelle il
faut les donner & les recevoir. M. l'Abbé Brians
nouvel Académicien , termina cette Séance par un
Discours sur l'utilité & les agrémens des Belles-
Lettres dans tous les âges de la vie ; je me borne à
vous raporter quelques traits qui regardent le Prince
Protecteur. Posseder , dit l'Orateur , dans un dégré
éminent toutes les vertus que l'on protege , & ranimer
des beaux Arts dont on sçait connoître le prix , se ren.
dre les délices d'une Cour où regne ce que le sentiment
a de plus délicat , ce que lapolireffe a de plus exquis , le
mérite de plus choifi ; s'attirer encore l'admiration avec
Les suffrages des Etrangers , jaloux d'avoir des Conty
pour Rois , & de montrer au Nerd étonné des qualités
F
9% MERCURE DE FRANCE
fe brillantes ; telle fut , M. la magnanimité de ces
grands Princes , dont le digne rejetton réunit aujour →
hui tous les traits ; un zele aussi éclairé que le votre
gaura les celebrer, &c.
L'Académie Royale des Sciences n'ayant trouvé
aucune des Piéces, envoyées pour le Prix de l'année
1738 , qui lui ait paru fatisfaire pleinement à la
Queftion proposée , s'eft déterminée à couronner
les trois Piéces qui lui ont paru les meilleures. Elles
font imprimées dans l'ordre de leur envoi. La premiere
eft de M. Leonard Euler , de l'Académie Impériale
des Sciences de Pétersbourg. Elle eft écrite
en Latin , & a pour titre : Dissertatio de Igne , in
quâ ejus natura & proprietates explicantur.
La feconde eft du P. Lozeran de Fiefc , de la
Compagnie de Jesus. Discours sur la Propagation
du Feu.
La troisiéme Piece , Explication de la Nature de
Feu, & de sa propagation , eft de M. le Comte de
Crequy .
9
Outre ces trois Discours , le Recueil contient
encore deux autres Piéces que l'Académie a consenti
qui fussent imprimées , sur le témoignage
que lui ont rendu les Commissaires du Prix , que
quoi qu'ils n'ayent pû aprouver l'idée qu'on donne
de la Nature du Feu , en chacune de ces Piéces
elles leur ont parû être des meilleures de celles qui
bnt été envoyées, en ce qu'elles suposent une grande
lecture , & une grande connoissance des bons Ouvrages
de Phyfique , & qu'elles sont remplies de
Faits très-bien exposés , & de beaucoup de vûës.
La premiere eft , à ce qu'assurent des gens bien
informés , de la Marquise du Chatelet , & la fecon
de , d'un de nos premiers Poëtes,
On
MAY. 1739: 999
On a apris de Lyon , que l'Académie des Beaux
Arts qui y eft établie , tint une Affemblée publique
le 13
du mois dernier , dont le R. P. Duclos
Jefuite , qui y préfidoit , ouvrit la Séance par le
Difcours fuivant,
ME
ne voit
ESSIEURS ,
D
Le Public n'a pas de peine à comprendre l'utilité
qu'il peut retirer de nos Exercices ; mais comme il ne
juge de ce qu'on fait , que par ce qu'il voit , & qu'il
guere que l'écorce ; comme il ignore communément
combien il y a loin, des grands projets à l'éxécution
, combien il y a de difference entre déterminer
des principes , en faire une application éxacte
combien il faut de foins de temps pour les détails
de la pratique , il fe laiffe quelquefois emporter à
cette impatience fi naturelle à ceux qui ne pensent
qu'à jouir des avantages qu'on leur promet , fans fe
beaucoup inquiéter de ce qu'il en doit coûter à ceux
qui font chargés de les procurer. Ce n'est pas là un
mal à l'égard des personnes qui , ayant des talens
ont befoin qu'on les preffe pour les mettre en oeuvre
mais c'est un écueil qui pourroit en engager d'autres
à fe trop preffer , à donner des ébauches précipitées.
•
·
Pour tenir les derniers sur leurs gardes , cette Aca
démio ne veut rien laiſſer paroître , qu'après l'avoir
fait paffer par une mûre & ferieuse difcuffion , o
elle nomme des Commiffaires qui examinent à loifir
tout ce qui fe propose de neuf dans ses Conférences :
mais auffi par égard pour l'impatience du Public , go
dans la vue de profiter de ce que cette impatience
de propre à entretenir parmi nous l'amour du travail
alle s'eft obligée à rendre compte publiquement deux
H fois
Fooo MERCURE DE FRANCE
fois l'année de fes occupations , elle a fixé un
temps chaque mois , où il eft libre à tout le monde de
prendre lecture des Mémoires qui sont en dépôt chés
M. le Secretaire. On va voir par la liste de ceux qui
ont été fournis depuis le mois de Desembre dernier,
combien nos richesses vont en augmentant.
CATALOGUE des Mémoires lus dans
l'Académie des Beaux Arts , depuis l'Af-
Semblée publique du mois de Decembre der
nier.
M'ec
E'MOIRE fur le Méchanisme des Pompes ,
avec le projet d'une Pompe foulante & afpirante
, d'une nouvelle construction.
MEMOIRE sur la nature & la cause des Voleans
, avec un Examen Phyfique du Mont Vesuve
en particulier.
MEMOIRE sur le mouvement musculaire
dans les animaux , pour servir de principe à l'application
qu'on en veut faire aux forces mouvantes
inanimées.
MEMOIRE Sur les Eaux , & particulierement
sur les Etangs , & leur construction .
PROJET & Essai d'une Description Critique,
dés Ouvrages de Sculpture , Peinture , & Architec
ture de cette Ville de Lyon.
MEMOIRE OU Réfléxions générales sur le
Commerce , qui doivent servir de principe aux
conséquences qu'on en tirera pour le Commerce
de cette Ville en particulier.
7 OBSERVATIONS METEREOLOGIQUES , faites à
Lyon & à Toulon pendant l'année 1738 , & la
Comparaifon des unes avec les autres .
Le Correfpondant qu'a cette Académie dans
l'Univer,
MAY. 1739. 1001,
Université de Tubinge , nous a envoyé des Réflé-,
xions fur un Ver trouvé dans le Pancréas d'une
Femme.
Celui que nous avons dans l'Inftitut de Boulogne
, en Italie , nous fait part d'un Discours qui
doit servir de Préface à la Vie qu'il a faite de l'illustre
Comte de Marcilly , de l'Académie Royale
des Sciences de Paris , & Fondateur de l'Institut .
• Conféquemment à l'entreprise qu'a fait l'Académie
du grand Ouvrage de la Méchanique des Arts
& Metiers , on a fourni trois Mémoires. Le premier
, pour servir de Chapitre Préliminaire aux
Ouvrages en Fer ; le fecond, sur les Ouvrages en
Fer blanc ; & le troifiéme , sur la Méchanique des
Epingles. Ces Mémoires , à des yeux éclairés
n'ont rien de petit ou de commun , pas même
leur objet.
ธ
On lut l'année derniere à l'Assemblée publique
d'après Pâques , un Mémoire sur les Echos . L'Auteur
en a fait depuis peu une application à la Salle
publique du Concert de cette Ville , pour en corriger
les défauts , & la rendre plus résonnante .
Voici , sans doute , un Titre bien intéressant &
bien curieux. MEMOIRE où l'on fait voir la pos◄
sibilité , & même la facilité d'un projet qui procure
un agrandissement considérable , & un embellissement
magnifique à la Ville de Lyon , qui
met tous les artifices à Eau , & principalement les
Moulins à bled , en état de travailler également en
tout temps , & qui , évitant ce que d'autres projets
avoient donné d'ombrages à la Province de Dau
phiné , pourvoit efficacement à la sûreté de la
Navigation sur le Rhône , dans cette partie qui est
autour de la Ville. Il s'en faut bien que Lyon ait
profité de tous les avantages qu'il peut tirer des
deux Rivieres , sur lesquelles il est fi heureuse-
Hij
ment
roo2 MERCURE DE FRANCE
ament fitué. Content de ce que la pure Nature lui a
donné , il n'a , ce femble , pas encore pensé à ce
qu'elle lui offre , fi elle est un peu aidée. Si une
fois le projet , dont on vient de parler , s'éxécuroit
, il n'y auroit plus lieu à un pareil reproche.
On finit par les deux Mémoires qui ont été des
tinés à remplir la Séance d'aujourd'hui. Le premier,
sur la Construction & les avantages d'un nouvel
Instrument,qu'on pourra apeller Quartier Captotrique
, pour prendre les hauteurs sur Terre , &
sur Mer , & servir en même temps de Compas de
variation. •
Le second , sur la dissolution , suspension , &
précipitation des Corps folides dans les fluides
mais avant que d'en commencer la lecture , M. le
Secrétaire doit nous aider à remplir un devoir à
l'égard d'un Académicien que la mort nous a enlevé
. Son âge , ses talens , son caractere , son zele
pour cette Académie , meritent tous nos regrets ,
& nous ne pouvons nous consoler de cette perte ,
qu'en jettant les yeux sur les nouvelles acquifitions
que nous avons faites.
M. Chriftin , Secrétaire perpetuel de l'Académie
, fit ensuite l'Eloge Historique de M. Guilhaumat
, Maître Chirurgien de cette Ville , decede
le 19 Decembre 1738 , à l'âge de 36 ans. L'eſtime
& l'affection de la Compagnie pour un Sujet distingué
dans son Art , qui , toujours occupé de ses
devoirs , s'en étoit fait un de porter à jufte titre le
nom d'Académicien , eurent lieu d'être satisfaites
de cet Eloge. Il est vrai , naturel , exact , & bien
écrit ; M. Chriftin seroit sorti de son propre ca¬
ractere , s'il l'avoit fait autrement.
M. Borde , après avoir parcouru les désavanta →
de toutes les differentes sortes d'Inftrumens
ges
dont on s'eft servi jusqu'ici pour prendre les hau
teurs
MA Y. 1739 1003
reurs sur Terre & sur Mer , fit voir & expliqua à
Assemblée le modele de celui qu'on apelle Quartier
Captrotique , & qui est de son invention . Tout
y est neuf, & digne du génie fingulier qu'a , surtout
pour les Mechaniques , son Auteur . On n'y a
remarqué aucun des défauts dontfon a parlé La cons
truction demande cette exactitude qui est le pro
pre de tous les Inftrumens de Mathématique ; mais
elle n'a rien que de fort fimple. Les degrés de
hauteur sont marqués sur un quart de Cercle mobile
, & une piéce très- ingenieuse , donne les sou
divisions. La même operation , qui donne la hau
teur de l'Aftre , donne la variation de l'Aiguille
aimantée.
M. Rey , Docteur en Medecine , termina la
féance par une Explication Phyfique & Geométrique
de la maniere dont les Solides sont disfous
, reftent fuspendus , & se précipitent dans les
Auides. La fatisfaction de l'Assemblée à la lecture
du Mémoire précedent , ne fut point interrompue
les aplaudiffemens ne firent que changer d'objet.
Effectivement le ftyle de M. Rey étoit clair , ses
raisonnemens étoient solides , fes recherches ingénieuses
, & les conséquences qu'il tiroit , étoient
utiles . Il avoit pensé autrefois differemment sur ce
qui faisoit la matiere de la seconde partie de sa
Differtation , & la franchiſe avec laquelle il se
corrigeoit lui - même , ne fut pas une des choses ,
qui lui fit le moins d'honneur.
L'Académie des Jeux Floraux distribuera , le troifiéme
May de l'année 1740. fes quatre Prix .
Le premier eft une Amaranthe d'or , de la valeur
de 400 livres, deſtiné à une Ode .
Le second eft une Violette d'argent , de la valeur
de 250 livres , destiné à un Poëme de foixante Vers
Hij
au
1004 MERCURE DE FRANCE
•
au moins , & de cent Vers au plus . Le Sujet de
cette forte de Poëmes doit être héroïque , ou dans
le genre noble ,,& les Vers en doivent être Ale
xandrins.
Le troifiéme Prix eft une Eglantine d'argent , de
la valeur de 250 livres , qui eſt deſtiné à une Piéce
de Profe , d'un quart d'heure ou d'une petite demieheure
de lecture , dont le Sujet sera pour l'année
1740. L'Elévation dégrade souvent les Hommes en
les faisant connoître .
Le quatriéme Prix eft un Souci d'argent , de la
valeur de 200 livres. Il eſt deſtiné à une Elegie , à
une Idylle ou à une Eglogue. Ces trois genres d'Ouvrages
concourent ensemble pour le même Prix , &
doivent être tous trois en Vers Alexandrins , sans
mélange de Vers d'autre mesure. Les Auteurs sont
avertis de ne pas se négliger sur les Rimes.
Outre les quatre Prix ordinaires , l'Académie en
diſtribuera à l'avenir , à commencer l'année 1740.
un cinquième , deftiné à un Sonnet fait à l'honneur
de la Vierge. C'eft un Lys d'argent , de la
valeur de 60 livres. Ce Prix a été fondé par feu
Meffire Gabriel Vandages de Malepeire , Confeiller
du Roy Doyen du Sénéchal de Toulouse . •
Le Sujet de tous les Ouvrages de Poëfie est au
choix des Auteurs .
Les Ouvrages qui ne sont que des Imitations ou
des Traductions , ceux qui ont paru dans le Public ,
ceux qui traitent des Sujets donnés par d'autres
Académies , les Ouvrages qui ont quelque chose de
burlesque , de fatyrique , de contraire aux bonnes
moeurs , ceux dont les Auteurs se font connoître
avant le Jugement, & pour lefquels ils follicitent ou
font folliciter , n'entrent pas dans le concours pour
les Prix.
Les Auteurs qui traitent des Matieres Théologi
ques
MAY
100 1739
ques , doivent faire mettre au bas de leurs Ouvrages
l'Aprobation de deux Docteurs en Théologie.
Les Auteurs feront remettre , dans tout le mois
de Janvier 1740. par des Perfonnes domiciliées à
Toulouſe , à M. le Chevalier Daliés , Sécretaire
Perpetuel de l'Académie des Jeux Floraux , demeugant
dans la Ruë des Coûteliers à Touloufe , trois
Copies bien lifibles de chaque Ouvrage , qui fera
défigné feulement par une Devife ou Sentence . M.
le Sécretaire en écrira la réception dans fon Regi
tre , le Nom , la Qualité ou Profeffion , & la demeure
des Perfonnes qui les lui auront remis , lesquelles
figneront fon Regître , & il leur expediera
le Récépissé des Ouvrages .
On ne doit pas envoyer les Ouvrages par la Pofte
en droiture à M. le Sécretaire , cette voye expofant
les Auteurs à des ſurpriſes , & mettant l'Académie
hors d'état de prendre les sûretés convenables pour
leur faire remettre les Prix , fi leurs Ouvrages en
font trouvés dignes.
Ceux qui auront remporté des Prix , feront obli
gés , s'ils font à Toulouſe , de venir les recevoir
eux-mêmes , l'après-midi du troifiéme jour du mois
de Mai , à l'Affemblée publique de la Diſtribution
des Prix , qui le fait dans le grand Confiftoire de
P'Hôtel de Ville. S'ils font hors de portée de venig
les recevoir eux - mêmes , ils doivent envoyer une
Procuration en bonne forme à une Perſonne domiciliée
à Toulouſe , pour les recevoir de M. le Sécretaire
, en lui remettant la Procuration des Auteurs
& les Récepiffés des Ouvrages.
On ne peut remporter que trois fois chacun des
Prix que l'Académie diſtribuë: Les Auteurs qu'on
reconnoîtra en avoir obtenu un plus grand nombre
en feront exclus , de même que ceux qu'on découvrira
en avoir remporté fous des Noms suposés.
Hi
Après
Yoo MERCURE DE FRANCE
Après que les Auteurs fe feront fait connoître
on leur donnera des Atteftations , portant , qu'un
tel , une telle année , pour tel Ouvrage par lui composé
, a remporté un tel Prix , & l'Ouvrage er
Original fera attaché à cette Atteftation , sous le
Contre - Scel des Jeux .
Ceux qui auront remporté trois Prix , l'un desquels
fera l'Amaranthe , qui eft le Prix deſtiné à l'Ode
pourront obtenir des Lettres de Maître des Jeux Flo-
Faux , & feront du Corps des Jeux , avec droit d'af
fifter , & d'opiner , comme Juges , aux Affemblées
particulieres & publiques, qui fe font pour le Jugement
des Ouvrages & pour la Diftribution des Prix.
Ouvrages qui ont remporté les Prix au Jugemens
de l'Académie , la présente année 1739.
L'Ode qui a pour Titre , LES EGAREMENS DE LA
RAISON SANS LA FOI , & pour Devile , Non deces
humano judicio divina penfitari , a remporté le premier
Prix .
Le Poëme qui a pour Titre , LES INVALIDES , &
pour Devile , Non audita cano > a remporté le
second.
L'Elégie qui a pour Titre , ISMENE , & pour Devife
, Si l'Amour s'allarme aisément ,fouvent il s'ag
paife de même , a remporté le quatrième.
Le Prix du Discours a été réfervé .
les
On verra dans le Recueil de l'Académie ,
Noms des Auteurs qui ont remporté ces trois Prix.
Elle aura à diftribuer l'année prochaine 1740
outre les quatre Prix de l'année , & le nouveau que
l'on a annoncé , deux Prix d'Ode , deux Prix de
Poëme , un Prix de Difcours réfervés les années
précedentes , & le Prix du Difcours de cette année ;
ce qui fera en tout onze Prix.
C'e
M.A Y. 173.9. 1007
C'eft avec un extrême regret , que l'Académie fe
voit forcée à réferver tant de Prix . Elle fouhaite
roit que l'abondante Moiffon réveillât l'émulation
des Auteurs.
Le rétablissement de la Santé de S. A. S. M. le
Duc de Chartres , qui a causé une joye universelle,
a donné lieu à plusieurs Piéces de Poësies. Celles
qui ont été composées dans le College Royal des
Jésuites de cette Ville , ont été imprimées chés Le
Mercier , & fort aplaudies . Elles forment un Recueil
de 44 pages, qui porte pour titre : IN RECUPE
RATAM Sereniffimi Carnotenfium Ducis Valetudinem
Fefti plaufus editi in Regio LUDOVICI MAGNI Collegio
Societatis JESU. Le Recueil eft precedé d'une
Dédicace en Vers François à S. A. R. Madame la
Duchesse d'Orleans. Il y a des Pieces Latines , il y
en a de Françoises , toutes d'un très - bon goût , &
qur sont de mains de Maîtres.
Les Ecoliers de Rhétorique du même College ,' ont
aufli donné des marques de leur zele . Ce qu'ils ont
écrit sur cet agreable Sujet leur fait beaucoup d'honneur
; il est imprimé à part dans le même Recueil
chaque Piece de Vers Latins est traduite en Vers
François. Le tout est terminé par plufieurs Epigrammes
Latines traduites enVers François Les deux premieres
sont adreffées à M. le Duc d'Orleans , & à
M. le Duc de Chartres , les autres aux principaux
Officiers de la Maison d'Orleans. Nous ne rapor
terons que la premiere , qui regarde M. le Comte
d'Argenson , Chancelier de S. A. S.
Dum premit hinc morbus natum , dolor inde Parentem ,
Utriufque , Comes fide , dolore doles.
Quis geminum sanet , quem sentis pectore , luctum
Reftituatque animo gaudia prima tuo ?
H&
F008 MERCURE DE FRANCE
Qui Puero vitam , qui Patri gaudia reddit.
Ille , tibi reddit gaudia prima , dies .
TRADUCTION.
Le Fils est menacé par la Parque cruelle ;
Et du Pere attendri tu vois couler les pleurs :
ILLUSTRE CHANCELIER , à tous les deux fidele ,
Ton coeur de tous les deux partage les douleurs,
Mais non ; le Fils joüit d'une santé nouvelle ,
Le Pere ne fait plus entendre de soûpirs ;
Illuftre Chancelier , pour tous deux plein de zele
Ton coeur de tous les deux partage les plaifirs.
ESTAMPES NOUVELLES.
Il paroît une Estampe d'après le Tableau origi
nal de Ph. Wauvermans , qui est dans le Cabinet
de M. Barezt, ayant 18. pouces de large sur 14 de
haut. Elle est intitulée , Défilé de Cavalerie , & dém
diée à M. de Beauffan , Intendant de la Géneralité
Orleans. Elle se vend rue S. Jacques , vis-à- vis
la rue de la Parcheminerie , chés le Sr Beaumont
qui l'a gravée .
Dix Eftampes en large de l'Hiftoire de Don Qui
chotte , fort bien composées , deffinées d'une bonne
main , & dont les Caracteres font fort bien rendus.
L'Ortographe , dans l'Explication des Sujets qu'on
lit au bas en François & en Eſpagnol , eft un peu
i
négli
MAY. 1739. 1009
> négligée. Ces Eftampes fe vendent ruë Saing
Jacques , chés Radigue.
Le magnifique Tableau Allégorique de la Réu
nion de la Loraine à la Couronne de France , peint
pár M. Delobel , de l'Académie Royale de Peinture,
&c. dont nous avons donné la Description dans le
Mercure de Janvier dernier , a été placé dans le
Cabinet de Sa Majesté , qui a eu la bonté d'en mar
quer sa satisfaction .
Ce même Tableau vient d'être gravé par le Sr
Cochin , de la même Academie , dont le mérite &
les talens sont connus depuis long - temps. Il demeure
présentement sur le Pont Notre-Dame
attenant la Pompe..
LIVRE DE DESSEIN en hauteur , qui representent
les Parties du Corps humain , & des Figures entie
res , gravées d'après les plus grands Peintres modernes
, tels que Mrs Vanloo , Parocel , Boucher
& Lancret , & d'après les Tableaux du fameux Le
Sueur, qu'on voit au Cloître des Chartreux de Paris
; on y trouve auffi plufieurs Figures habillées à
la Françoise . Ce Livre qui contient 20 Feuilles
est gravé par J. P. Le Bas , Graveur du Roy , & se
vend à Paris , chés l'Auteur , au bas de la ruë de la
Harpe , vis-à vis le Soleil d'or , & chés Ravenet
Graveur , au haut de la même ruë , vis-à vis la
Sorbonne ,, 17.39.
La Suite des Portraits des Grands Hommes , &
des Perfonnes. Illuftres dans les Arts & dans les
Sciences , continue de paroître avec succès cbés
Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai de l'Ecole
il vient de mettre en vente
CLOWES L. V. Roy de France , mort à Paris le 27%
Hvj, Not
Toro MERCURE DE FRANCE
Novembre 511. après 30. ans de Regne , deffiné
par Boisot , & gravé par C. Dupuis.
JEAN LAW , Controlleur Géneral des Finances
sous la Regence , né à Edimbourg , mort à Venise
âgé de 60. ans , peint par Hiacinthe Rigault , &
gravé par C. F. Schmidt.
•
On écrit de Londres que le 17. du mois dernier,
la Chambre des Communes résolut en grand Commité
sur le Subfide , d'accorder au Roy 5000 livres.
fterlings , lesquelles doivent être employées à
acheter le remede de la Dame Stephens , pour gué¬
nir de la Pierre.
On a apris de Petersbourg , que les Mathémati
ciens , que Sa Majefté Czarienne avoit envoyés à
Kerntschuska , & qui se proposoient de pénet er
dans la partie la plus septentrionale de l'Afie , pour
tâcher de découvrir fi cette Partie du Monde ne fait
qu'un Continent avec l'Amerique , n'ont
ter leur entrepriſe.
ри ехесц
Le Sr de la Serre , fait sçavoir aux Académies &
Concerts de Mufique , qu'il a composé diverses.
Pieces Latines O filii & filia, une Messe , les
Pseaumes 149. Cantate Domino , c. le 150. Laudate
Dominum , &c. le Te Deum , &c. toutes à
grand Choeur , & Symphonie , d'un goût nouveau,
Il demeure à Paris , rue Baillif , près la Place des.
Victoires , chés Mad . Prudhomme , à la Ville de
Calais , & au petit Suisse..
Le Sr Le Maire , l'aîné , ci -devant premier Violon
de Monseigneur le Comte de Toulouse , vient
de donner un premier Livre de Sonates , gravé par
Mile Michelon , qui est très- goûté . Le Prix eft
de
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRART
ABTOR , LENOX AN
TILDEN FOUNDATICI
THE
NEW
YORK
PUBLIC
MERY
212
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONĖ
,
π
MAY. 1739: YOIL
de 6. liv. en blanc. Il se vend à Paris , chés l'Auà
teur , ruë de Buffy , près le petit Marché ; dans la ruë
du Roule , à la Croix d'er , & dans la ruë S. Hono
vé , à la Regle d'or.
****************
CHANSON.
M Es
soupirs
Font mes plaifirs ;
A d'aimables defirs
Ils livrent mon ame ;
Pour deux beaux yeux
Je sens une flâme ,
Qui m'éleve au rang des Dieux :
Nuit & jour , je songe à Silvie ;,
L'Amour me convie
De l'aimer tendrement ,
Eternellement..
La belle sçait mon martyre ,
Elle sourit à mes feux ;
J'entrevois que son coeur soûpire ;
Je touche au moment d'être heureux.
L'Affichard
SPEC
TOY MERCURE DE FRANCE
SPECTACLES.
'Académie Royale de Mufique remit au Théa
tre la Tragédie de Polidore . Cet Opera avoiɛ
été donné pour la premiere fois le 15. Février 1720.
avec succès. Le Public, qui l'avoit justement aplaudi
alors , le revoit avec beaucoup de plaisir . Comme
on n'en donna point d'extrait en ce temps -là , nous
avons crû devoir dédommager nos Lecteurs de l'ou
bli qu'on en avoit fait, & c'eſt ce qui nous a portés à
en donner cette Analyse .
Le Théatre reprétente au Prologue , l'endroit le
plus délicieux de l'Isle de Cythere . Les Tritons &
les Nereides font rangés fur les Côtes ; un Triton
chante :
Que rien ne trouble nos Concerts.
Que les vents & les flots , dans une paix profonde,
Reconnoifent le Dieu des Mers ,
Et la Souveraine de l'Onde.
Ils viennent embellir le paiſibleſéjour ,
Où regnent Venus & l'Amour , &ica
Ce qui suit eft repeté par les Choeurs.
Volez , Zéphirs , volez für la liquide Plaine
Regnez avec les Ris , les Plaisirs & les Jeux;
Qu'on ne respire ici que votre douce haleine ::
Fiers Aquilons , vents orageux ,
Qu'Eole à jamais vous enchaîne ;
Ne troublex point la paix de l'Empire amoureux:
Neptune
MAY.
Torf 1739.
Neptune & Thétis fortent de la Mer & viennent
ordonner l'anniversaire du jour de la naiffance de
Vénus. Cette Déeffe defcend des Cieux pour leur
en nfarquet fa reconnoiffance ; à la fin de la Fête
elle adreffe ces Vers à Thétis :
Malgré le zele ardent , qui pour moi vous anime ,
Il me fouvient toujours , génereufe Thétis ,
Qu'un Peuple qui m'est cher , fut la trifte victime
De la valeur de votre Fils.
1
Si vous voulez que je l'oublie`,
Il faut que par d'aimables noeuds
Lefang d'Achile au Jang d'Hector s'allie , &c.
Ces Vers amenent le Sujet de la Tragédie; Neptune
Thétis confentent à l'Hymen propofé par Thétis
& finiffent le Prologue par ces quatre Vers ré
petés par le Chour :
Puiffe la plus belle chaîne
Couronner un fi beau jour !:
Il n'apartient qu'à l'Amour,
De triompher de la Haîne..
Au premier Acte , le Théatre repréfente uno
Place publique. On voit dans le milieu un Autel
élevé en l'honneur de Mars , Dieu Tutelaire de la
Thrace , dont Sestos , Capitale , est le lieu de la.
Scene.
Ilione , ouvre la Scene ; elle eft fille de Priam , &
mariée en fecondes Nôces avec Polymneftor , Roy
de Thrace. Elle s'exprime ainfi :-
Implacable Dieu de la Guerre ,
Con
1014 MERCURE DE FRANCE
C'eft en vain que dans ta fureur
Tufais trembler toute la Terre ;
En vain tu la remplis de carnage & d'horreur
C'est toi- même que j'en atteste ;
Non; tu n'as rien de fi cruel
Que la Paix fanglante &funeſte ,
Qu'on va juxer fur ton Autel , &c.
Ce Monologue , que la Dlle Antier avoit chanté
dans la naiffance de cet Opera , vient d'être chanté
par la même Actrice , avec autant de force & autant
de grace qu'il l'avoit été autrefois ; les aplaudiffemens
dont le Public l'a honorée dans tout
"
>
le cours de la Piece sont une preuve de la
juftice qu'il rend au vrai mérite. Timante , Vieillard
Troyen a qui Penfance de Deiphile , fils
de Polymneftor, & celle de Polydore , fils de Priam,
ont été confiées , vient la raffûrer. Elle avoit interrogé
Theano , celebre Magicienne , fur le fort
de fon frere Polydore . Theano lui avoit fait cette
éponſe :
Malgré le ferment qui l'engage ,
Polymneftor te doit faire trembler.
De la Paix , quel que foit l'otage ,
Calchas l'attend pour l'immoler.
Voici comment Timante la raffûre
Reine , votre douleur m'arrache
Unfecret qu'avec foin dès long- temps je vous cache
Polydore lefils du Roy ,
Bar vous , dès leur plus tendre enfance
On
MAY. TOF
17393
Ont été commis à ma foi.
Polydore est fauvé , ¿x.
Par un échange heureux , j'ai trompé la vengeance
De vos plus cruels Ennemis , &c.
Quelques Vers qu'on a retranchés de cette Scea
ne , étoient fi néceffaires pour l'intelligence , qu'on
a lieu de croire qu'ils ont été suprimés par une
main étrangere , qui est tombée par - là dans l'inconvénient
dont Horace fait fentir qu'on ne sçau
roit trop se garder :
Obfcurus fio.
Brevis effe laboro ?
En effet , cinq ou fix Vers retranchés ont produit
une obfcurité où l'on n'étoit pas tombé dans la nouveauté
de cette Tragédie : voici ces Vers tels qu'ils
font dans la premiere Edition .
Ilione voyant que Polymneftor va livrer fon pro
pre fils au lieu de Polydore , dit à Timante , qui a
fait l'échange :
Arrachons Deiphile an fort le plus affreux.
Timante lui répond :
Fruit d'unpremier Hymen, vous n'êtes pointſa Mere 3
Songez à fauver votre Frere.
De la fupreffion de ces Vers , n'aît un double in
convénient. Deiphile n'étant pas nommé , on n'entend
rien au fonge du troifiéme Acte ; ce fonge fi
nit par ces Vers :
Tout retèntit de cris horribles ,
Cial
13 MERCURE DE FRANCE
Ciel à travers ces bruits confus ,
Je n'entends que ces mots terribles :
Deiphile n'est plus.
Deiphile n'ayant pas été nominé , les Spectateurs
ne sçavent qui il eft ; le fecond inconvénient , c'eft
qu'on croit qu'Ilione a laiffé facrifier fon propre
fils , pour fauver fon frere , ce qui n'eft pas dans la
Nature. Nous nous flatons qu'on nous pardonnera
cette petite digreffion que l'Auteur nous a demandée .
Ilione n'oublie rien pour détourner Polymneftor
du parricide affreux qu'il va commettre. Cette Scene
a encore été racourcie aux dépens de quelques
beautés , mais moins nécessaires pour l'intelligence
du Sujet. Ce premier Acte finit par la Paix , jurée
entre les Grecs & les Thraces , fur l'Autel de Mars.
Voici le Serment :
Dieu , Protecteur de cet Empire ,
O Mars , redoutable vengeur ,
Par cet Autel , par la terreur
Que ton nom sacré nous inſpire ,
Nous nous juvons d'être à jamais unis.
Que les parjures foient punis.
Ce Duo repeté par le Choeur , eft un des plus
beaux Morceaux qu'on puiffe entendre , & a rapellé
aux Spectateurs quelques traits du beau Choeur
de Jepthé; nous ne croyons pas, qu'on en puiffe faire
un plus jufte éloge. Stenelus , Ambaffadeur des
Grecs , s'en retourne vers leur Flote , après avoir
dit à Polymneſtor :
Nos Vaiſſeaux fur ces bords ont conduit la Princeffe ;
Seigneur
MAY." 17398 Tor
Seigneur, à leursfermens fideles à leur tour ,
Les Grecs vont remplir leur promeſſe;
Ils n'attendent que mon retour.
Le Théatre repréſente au fecond Acte , la Rade
de Seftos. On découvre au loin la Flote des Grecs,
dont une partie s'avance lentement vers le Rivage.
Ilione fait entendre que le fils du Roy eft immolé
& qu'elle craint que Polidore , fon frere , n'éprouve
un jour le même fort ; elle invoque Neptune &
Jupiter , & les prie par un beau Monologue de dis
perfer la Flote des Grecs. Polidore , cru Deiphile
témoigne à Ilione la crainte qu'il a de l'affliger par
fon Hymen avec Deidamie, fille d'Achille ; Ilione
y donne fon confentement & fe retire , de peur
d'en trop dire. Le faux Deiphile s'aplaudit de son
bonheur dans un Monologue géneralement goûté
& très-bien chanté par le Sr le Page , il s'exprime
ainfi ,
Du plus charmant efpeir je goûte la douceur ;
L'Amour va couronner maflâme ;
Aux plus heureux tranſports j'abandonne mon ame ;
Plaifirs , qui m'enchantez , regnez feuls dans mon
coeur, &c.
Voyant aborder le Vaiffeau qui conduit la Prin
ceffe , qu'il aime & dont il eſt aimé , il court au¬
devant d'elle , en difant :
<- 1:3
2
L'Amour ne réferve qu'à moi ,
La gloire du premier hommage.
Le refte de cet Acte fe paffe en Complimens entre
Polymneftor , Polidore & Deidamie , cette Princes
se
1018 MERCURE DE FRANCE
se ordonne la Fête par ces paroles , adreffées aur
Grecs qui l'ont conduite fur ce Rivage.
Vous qui m'avez conduite en ce lieu fortuné,
Du plus grand des Mortels , chantez l'augufte Meres
Achille , dont la gloire encor vous eft fi chere ,
A reçû de Thetis le jour qu'il m'a donné , &c.
Chantez , animez vos Concerts ;
Signalez , à l'envi , votre reconnoiſſance ;
Publiez les bienfaits , celebrez la puissance
De la Souveraine des Mers.
Cette annonce amene une Fête de Matelots , des
plus brillantes. M. Baptiftin , Auteur de cet Opera ,
y a ajoûté un Tambourin , où l'on voit encore bril
ler le beau feu dont il étoit animé , quand il compo
fa cet Opera. La Fête étant finie , Polymneftor ter
mine l'Acte par ces deux Vers :
Dieu d'Hymen, bâte - toi de defcendre des Cieux';
Viens achever le bonheur de ces lieux.
Le faux Deiphile commence le troifiéme Acte
avec Deidamie dans le Temple de l'Hymen ; cette
tendre Princeffe lui raconte un fonge qu'elle a fait,
dans lequel l'Ombre de fon Pere Achille lui eft aparuë
, & lui a témoigné qu'elle aprouvoit l'Hymen
où on l'engageoit , mais qu'un péril affreux menaçoit
fon Epoux , l'Ombre s'étant retirée après lui
avoir dit que le Deftin lui défendoit d'en dire davantage
; Deidamie dit qu'elle a voulu le ſuivre, mais
qu'elle l'a perdue dans l'ombre de la nuit , voici la
fin du Songe en queſtion :
Dieux !puis-je ,fans frémir , achever ce qui refte ?
Hélas
MAY. 1019
1739
Hélas ! à cet objet fi cher
Succede un Spectacle funefte.
Je vois briller par tout & laflâme & le fer ;
Tout retentit de cris horribles.
Ciel à travers ces bruits confus ,
Je n'entends que ces mets terribles :
Deiphile n'eft plus.
Ce Songe , dont la Mufique employe ce qu'il y
de plus fort pour l'expreffion , ne perd rien de
fa beauté par le talent de celle qui le chante ; il fuffit
pour en convaincre nos Lecteurs , de dire qu'il
eft executé par la Dhe Peliffier , l'une des plus grandes
Actrices, qui ayent brillé fur ,le Théatre de l'O .
pera.
La Fête de ce troifiéme Acte eft celebrée par les
Prêtres & les Prêtreffes de l'Hymen . Le Sr Malterre,
furnommé l'Anglois , & la Dlle Salé , dont le nom
feul eft un éloge , y danfent une nouvelle Entrée
ajoûtée par M. Baptiftin , au gré de tous les Spectateurs.
Les deux Amans s'aprochent de l'Autel ; le
Ciel irrité par le meurtre du vrai Deiphile , fait
gronder le Tonnerre. Le Grand - Prêtre dans l'enthoufiafme
, chante ces Vers :
Que vois-je ? quel effroi de mon ame s'empare !
Quels cris font retentir l'Antre affreux du Tenare .
Eccutons Manes gémiflants • ...
Vous demandez une Victime ;
Son nom ? ...
>
ah ! vous glace mes sens ;
Vous voulez expier le crime par le crime !
Dieux quifaut- il venger ? Dieux quifaut-ilpunir?
Ja
20 MERCURE DE FRANCE
Je ne puis regarder ,fans une horreur extrême
Ni le paffé , ni l'avenir.
Roy , Peuples , frémiſſez ; l'Enfer frémit lui-même.
Cette fureur du Grand- Prêtre fait aflés connoître
le parricide qui vient d'être commis fur la Flote
Grecque ; Stenelus , qui arrive en même temps
acheve de l'expliquer par ce qu'il dit, parlant à Polymneſtor
, refté feul fur le Théatre avec lui : voici
comment il s'exprime :
Du fein du Malheureux , à l'Autel présenté ,
Calchas retire à peine un bras enſanglanté ,
Le coup mortel ,fuivi d'un éclat de Tonnerre,
Fait frémir à la fois
}
les Flots & les Airs ;
Le Ciel étincellant d'éclairs ,
Marquefon courroux à la Terre.
Calchas , de la Victime interroge le flanc ,
Et rompant enfin le filence :
Non , dit-il , ce n'est pas le fang
Que demande notre vengeance.
>
L'Acte finit par la réfolution que prend Polym
neftor d'interrogei Fimante , à qui Ilione , comme
nous l'avons dit, a confié la garde des deux Princes
dans leur enfance , & par celle que forme Stenelus,
de partir avec Deidamie.
Au quatriéme Acte , le Théatre repréſente les
Jardins du Palais de Polymneftor. Deidamie fe
plaint de la rigueur de fon fort , qui va l'arracher
pour jamais à fon Amant. Le faux Deiphile , qui
vient la trouver, ne peut consentir à une féparation
cruelle , & s'emporte contre les Grecs d'une ma
niere
MAY. 173 1021
miere à rapeller à Deidamie le Songe qu'elle a fait.
Elle ne peut le fléchir ; il fort pour aller fe mettre
à la tête des Thraces qui font atachés à lui. Polymneftor
vient avec Ilione & dit à Deidamie , que pour
fatisfaire les Grecs,il va interroger Theano; la Princeffe
lui répond :
Theano blefferoit mes yeux ;
Confultez l'Enfer avec elle ;
Je ne confulte que les Dieux.
Ilione n'a pas moins de repugnance à entendre
Theano ; mais Polymneftor la contraint de refter.
Theano vient ; elle obéit malgré elle au Roy , qui
lui dit :
Calchas de Polidore a cru percer le flane ,
Et ce même Calchas demande encor son sang.
Theano évoque l'ombre de Polydore ; & comme
elle n'obéit pas à sa voix , elle dit qu'il n'a pas été
immolé ; Polymneftor lui dit de redoubler ses Enchantemens.
Voici comme elle parle en dernier
lieu à l'ombre qu'elle veut évoquer :
Eh bien ! qui que tu sois , malheureuse viðime ,
Viens , sors du tenebreux abiga
Deiphile paroît à cette seconde évocation , &
dit à Polymneftor :
Pere cruel , que veux- tu de ton Fils ?
L'ombre étant redescendue dans les Enfers , Polynneftor
jure de la venger par la mort de Po'ydore
, caché sous le nom de Deiphile ; ce qui
donne lieu à un très-beau Duo , qui finit cet Acte.
Le
022 MERCURE DE FRANCE
Le dernier Acte étant plus rempli d'action
qu'aucun des précedens , nous met dans une necessité
indispensable de n'en dire que ce qui est
absolument necessaire pour l'intelligence de la
Piéce.
Polydore , qui ne se connoît pas encore pour ce
qu'il est , a assemblé tout ce qu'il y a de braves
Thraces , à qui il fait entendre la perfidie des Grecs,
qui redemandent la Princesse , dont ils ont juré
Thymen avec lui. Les Thraces lui promettent de
deffendre jufqu'à la derniere goute de leur fang un
dépôt fi facré , ce qui amene un choeur admirable.
Ilione vient auprès de son cher Frere, suivie d'une
troupe de Troyens qui l'avoient accompagnée en
Thrace, lors de son hymen avec Polymneftor ; elle
declare au prétendu Fils de Polymneftor , qu'il eft
Fils de Priam . Les Thraces & les Troyens le reconnoissent
également pour leur Roi , Deidamie
qui survient , suspend le dessein qu'il a d'aller ,
sans différer , combattre les Grecs , descendus sur le
rivage. Il fe fait connoître à sa Princesse pour ce
même Polidore dont elle a juré la mort , comme
Frere de celui qui l'a donnée à Achille son Pere ;
cette Scene de reconnoiffance a été generalement
aplaudie. Deidamie effrayée de la menace que font
les Grecs derriere le Théatre , & qui confifte dans
ce Vers : Que le Fils de Priam périfle , se trouve à
peu près dans la fituation , où le bruit du Tonnerre
met Thetis , dans l'excellent Opera de Thetis
& Pelée. Voici la fin de la Scene de reconnois
sance :
Polidore.
C'est à vous d'ordonner du sort de Polidore :
Doit-il vivre doit- il mourir ?
Quel que soit son deftin , vous l'y verrez courir.
Deidamic,
MAY. 1739. 1023
Deidamie.
Va , fatal Ennemi , que malgré moi j'adore ;
E
A mon coeur éperdu ne demande plus rien ;
Et fais mieux ton devoir , que je ne fais le mien.
Polidore n'attendoit qu'une réponse fi favorable
, pour aller combattre les Grecs . Il en triomphe
; & Polymneftor furieux vient se tuer aux
yeux des Spectateurs. Cette fin tragique a déplu ;
on auroit mieux aimé que la Piece finit par une
Fête , dont le Mariage de Polidore & de Deidamie
auroit fourni le Sujet ; l'Auteur a promis de
se conformer aux desirs du Public , à la reprise
du même Opera qui est renvoyée à l'Automne .
Nous en parlerons en son temps.
Le 21. Mai , la même Académie donna un Ballet
nouveau qui a pour titre les Fêtes d'Hebé , ou les
Talens Lyriques , mis en Mufique par M. Rameau ,
Auteur d'Hypolite & Aricie , des Indes Galantes
& de Caftor & Pollux , nous ne manquerons pas
d'en donner l'analyse dans le prochain Mercure .
་ ་
Sur la fin du mois dernier les Comédiens François
remirent au Theatre la Tragédie d'Ariane , de
Thomas Corneille , dans laquelle la Dlle Dumefnil
a joué dans la grande perfection , le principal rôle ,
qu'elle n'avoit jamais joué , ni vû jouer : elle a été
-auffi généralement aplaudie dans la Tragédie de
--Guftave , de M. Piron , qu'on vient de remettre ,
& dans laquelle cette Actrice , dont les talens font.
tous les jours de nouveaux progrès , remplit le rôle
de Leonor. Cette Piece qui fut donnée dans sa nouveauté
au mois de Fevrier 1733 , eut un plein fuccès
, elle n'a pas moins fait de plaisir à la reprise !,
on en peut voir l'Extrait dans le Mercure du même
mois page 354º
I La
1024 MERCURE DE FRANCE
Le 20 May , les Comédiens Italiens donnerent
une Comédie nouvelle , en Vers , en un Acte , avec
un Divertiffement ; intitulée l'Ecole de la Raifon .
Elle a été reçûë favorablement du Public , on en
parlera plus au long..
La Dile Urfule Aftori , de Venise , Chanteuse de
la Comédie Italienne , mourut les May , agée
d'environ 48 ans , elle étoit arrivée à Paris en 1716
avec la Troupe.
NOUVELLES ETRANGERES,
о
ALLEMAGNE ,
N aprend de Vienne , que quelques- uns des
Chevaliers , que le Grand- Maître & la Religion
de Malthe , envoyent en Hongrie pour fervir
fur les Frégates Impériales,y font arrivés,& que l'on
y attend inceffamment le Corps de Matelots qu'ils
ont conduit à Trieſte.
Les Avis reçûs de Belgrade , portent que le Baron
de Goldi avoit formé le projet de donner un autre
cours à la Morave , afin que cette Riviere , au lieu
de fe jetter dans le Danube près de Semendria , s'y
jette dans les environs de Belgrade.
L'Aga Turc, qui commande à Jagonida, ayant envoyé
un Officier des Troupes Ottomanes à Rudnick
, pour exiger le payement des Contributions ,
& cet Officier y ayant commis plufieurs violences ,
il l'a fait étrangler en préfence des Députés qui font
allés le trouver pour lui porter les plaintes des Habitans,
ITALIN
MAY.
1025 1739.
ITALIE.
Lfon la Pefte o de la Guerre contre les Turcs,
E Pape a ordonné pour toute l'Italie , à l'occa
un Jubilé folemnel , dont l'ouverture a dû le faire
le 3. de ce mois .
On mande de Florence , que le Grand- Duc & la
Grande-Ducheffe de Toscane , y étoient revenus de
Sienne le 4. que le Prince de Sainte-Croix y étoit
arrivé de Rome le 6. & que le lendemain il avoit
présenté de la part du Pape, la Rose d'or à la Gran
de Ducheffe que le Grand - Duc s'étoit déterminé
à aller à Turin pour voir la Reine de Sardaigne , fa
Soeur , & qu'ayant deffein de faire par Mer une
partie de ce voyage , il avoit envoyé ordre à Livourne
, de faire partir les Galeres pour Lerice , où
il compte de s'embarquer pour Genes , où l'on a fait
beaucoup de préparatifs pour les Fêtes qu'on fe
propofe de lui donner , & les Députés que le Sénat
envoye à ce Prince , font déja partis pour le rendre
par terre à la Spécie , où ils s'embarqueront fur
deux Galeres qui y font , & dont les Capi aines
doivent suivre les ordres de M. Céfar Caltaneo
Chef de la Députation . Si les Députés ne rencontrent
point le Grand-Duc fur la route , ils iront à
Livourne , pour le complimenter au nom de la République
, & ils l'accompagneront jusqu'à Genes ,
avec les Galeres . Le Grand- Duc logera dans un
Palais qui apartient au Prince Doria , & qui eft hors
de la Ville . Mais on a apris depuis que les fréquentes
tempêtes ont empêché ce Prince de s'embarquer;
& qu'il a pris fa route par terre pour le rendre à
Milan avec la Grand Ducheffe. La République dèstinoit
au Grand- Duc de magnifiques présens , &
toute la Nobleffe avoit fait beaucoup de dépense
pour paroître avec éclat dans les Fêtes qu'on devoit
donner. Iij ISLE
1026 MERCURE DE FRANCE
ISLE DE CORSE.
GJacinto Paoli, un des Chefs des Rebelles , a
fait publier une espece de Manifefte pour juftifier
la conduite qu'ils ont tenue depuis l'arrivée des
Troupes Françoises dans leur lle , & ce Manifefte
eft conçu dans des termes beaucoup plus moderés
que les précedens .
On a apris depuis , que le Marquis de Maillebois.
étoit arrivé à la Baftie le 15. que le Marquis de
Mari étoit allé au- devant de lui, & que le Régiment
de Cambrefis étoit parti de la Baftie pour San-Fiorenzo
, où ce Régiment devoit s'embarquer pour se
rendre à Calvi. Ces Avis ajoûtent qu'une Galiote
Etrangere avoit mouillé dernierement à Campoloro
, & qu'elle y avoit débarqué quelques Munitions
de
guerre , & plusieurs Paffagers , du nombre desquels
on dit qu'eft le neveu du Baron de Neuhoff.
Les dernieres Lettres reçues de la Baftie , affûrent
Parrivée du Convoi parti d'Antibes , composé de
75. Bâtimens , dont les un font entrés dans le Port
de la Baftie , & les autres ont mouillé à Calvi & à
San-Fiorenzo .
Le 28. du mois dernier , le Marquis de Maille
bois alla examiner les chemins qui conduisent à Casinca
, à Borgo & à Luciana , pour les faire accommoder
; il a fait couper les Arbres & les brouffailles
des environs , pour prévenir les embuscades...
On aprend de Genes , qu'une Galere de la Répu
blique y a amené la Galiote Etrangere , qui porta
dernierement aux Rebelles quelques munitions de
guerre , & qu'elle s'en eft emparée fans être obligée
de livrer combat , parce que les Rebelles , après
avoir pris les munitions, & 900. sequins qui étoient
à bord de cette Barque , avoient ôté les Armes &
les habits à toutes les Personnes de l'Equipage,
On
MAY. 1739- 1017
On affûre que le Baron de Troft , parent du Baron
de Neuhoff , étoit du nombre des Paffagers que
ceite Galiotte a conduits en Corse , & qu'il étoit
débarqué à Campoloro ; on ajoûte que les Rebelles
Payant nommé Commandant en Chef de leurs
Troupes , avoient voulu le mener dans leurs quattiers
, pour le faire reconnoître en cette qualité ;
mais qu'il avoit jugé plus à propos de demeurer
dans le Convent d'Arezzo , d'où il a fait publier
que ceux qui avoient abandonné le parti des Rebelles
, ne devoient point craindre d'être inquietés
pour le paffé , s'ils alloient le joindre avant un cer◄
tain temps prescrit.
NAPLES.
Es Commissaires nommés par la Chambre.
Royale de Sainte Claire pour donner leurs avis
sur les plaintes faites par les Habitans de cette Ville
contre les Officiers de l'Inquifition , ayant fait leur
raport , cette Chambre a jugé que ces plaintes
étoient fondées , & elle a renouvellé l'Ordonnance
qui défend aux Inquifiteurs d'imposer aucune pénifence
secrette aux personnes qu'ils feront arrêter .
ESPAGNE,
N doit former inceffamment la Maison de
Infant Don Philipe , & le bruit court que l'e
Prince de Mafferan fera nommé pour porter les
présens à Madame de France.
GRANDE - BRETAGNE.
N mande de Londres , que les Equipages des
Vailleaux l'Halifax &le Wilmington , qui re
viennent de Bengale , ont raporté que la Ville de
I iij Balseras
1028 MERCURE DE FRANCE
les
Balseras ayant été inveſtie par les Chaticans ,
Habitans avoient lâché leurs Ecluses pour obliger
leurs Ennemis de lever le Siege , & que l'orsqu'on
avoit fait écouler les eaux après la retraite des Assiegeans
, la grande quantité de l'oissons qui étoient
demeurés à sec , avoit tellement infecté l'air , qu'il
étoit mort beaucoup de personnes , tant des naturels
du Pays , que des étrangers , que le Commerce y
attire .
FRANC E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Es. May, le Roy prit le deüil pour la mort
de la Princeffe de Conty , premiere Doüairiere,
que S. M. quitta le 26.
Le 7. de ce mois au soir , le Roy & la Reine sont
partis de Versailles pour le Château de Marly , d'où
Leurs Majeftés revinrent le 15 .
M. de Court , Lieutenant Général des Armées.
Navales , a été nommé Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis.
r
L'Abbaye de Trois -Fontaines , O. C. D. de Chalons-
sur-Marne , de 4000 liv . de rente , vacante
depuis le 26. Juillet 1737. par la mort de Henry
de Thyard de Bissy , Cardinal , Evêque de Meaux ,
a été donnée à Pierre-Guerin de Tencin , Archevêque
d'Embrun , sacré à Rome le 2. Juillet 1724
Abbé et Comte de Vezelay , Diocèse d'Autun , depuis
MAY. 17397 1029
puis le 15. Avril 1702. créé et déclaré
Cardinal
,
23. Février
dernier.
fe
La Charge de Lieutenant Général de la Haute et
Basse - Bretagne , vacante par la mort du Marquis
de Châteaurenaud , a été accordée à Alexis-Magdeleine-
Rosalie , Duc de Chastillon , Pair de France.
Chevalier des Ordres du Roy , Lieutenant Général
de ses Armées , Grand Billy d'Haguenau , Gouverneur
de Monseigneur le Dauphin.
Joachim- Jacques Trotti , Marquis de la Chétardie
, Ministre du Roy auprès du Roy de Prusse
depuis 1732. et Colonel du Régiment de Tournaisis
, par Commission du 20. Février 1734. a été
nommé par S. M. son Ambassadeur auprès de la
Czarine ; et le Marquis de Valori , a été nommé
Ministre auprès du Roy de Prusse.
L'agrément du Régiment de Conti , Cavalerie ,
dont François-Ifaac de la Cropte , Comte de Bourzac
, qui en étoit Mestre de Camp Lieutenant
depuis le 24. Janvier 1733. se démet , a été donné
à Charles-Marie , Marquis de Choiseul- Beaupré ,
Mestre de Camp de Cavalerie, et Souslieutenant de
la Compagnie des Gendarmes Ecossois , depuis le
mois d'Août 1733 .
Celui du Régiment de Flandres , Infanterie , vacant
par la démission de .... de Coninghau
Gentilhomme de Bourgogne , Brigadier des Armées
du Roy , qui l'avoit obtenu le 6. Juin 1734. a été
donné à Joseph - Maurice- Annibal de Montmorency-
Luxembourg, Marquis de Breval , né le 15. Octobre
1717. et second Fils de Chrétien- Louis de Mont
morency Luxembourg , Maréchal de France .
Er celui du Régiment de Brie , pareillement d'Infanterie
, vacant par la démiffion de Guillaume
Marquis du Bellay , de la Branche des Seigneurs
de la Courbe , Brigadier des Armées du Roy , qui
I iiij en
1030 MERCURE DE FRANCE
en étoit Colonel en Chef , à . . . . . de Vignerot du
Plessis - Richelieu , Fils d'Armand- Louis du Plessis-
Richelieu , Duc d'Aiguillon , Pair de France.
Claude- Elizée de la Bruyere de Court , Lieutenant
Général des Armées Navales du Roy , du 27.
Mars 1728. et Premier Maître-d'Hôtel du Duc
d'Orléans , a été nommé Commandeur de l'Ordre
Militaire de S. Louis .
Le Gouvernement de la Ville et Arsenal de Grenoble
, vacant par la démission de . . . . Emé de
Guiffrey de Monteynard , Comte de Marcieu , a
été donné au Marquis de Marcieu , son fils , qui a
été marié le 23. Avril dernier , avec la fille unique
de Guillaume Choart , Seigneur de Buzanval , ancien
Mestre de Camp de Cavalerie , et ci- devant
Capitaine-Lieutenant de la Compagnie des Chevaux-
Légers de la Reine.
Le 17. Fête de la Pentecôte , les Chevaliers ;
Commandeurs , et Officiers des Ordres du Roy ,
s'étant rendus vers les dix heures du matin dans le
Cabinet de S. M. le Roy tint un Chapitre , dans
lequel le Maréchal de Puységur , le Marquis d'A
varey , le Marquis de Guerchy , le Marquis de Sa
vines , le Comte de la Luzerne , le Comte de Cambis
, le Marquis de Fenelon , le Marquis de Mirepoix
, et le Marquis d'Auxy , qui avoient été proposés
le 2 du mois de Février dernier , pour être
Chevaliers , furent admis, après que l'Abbé de Pomponne
, Chancelier des Ordres du Roy , eût raporté
qu'ils avoient satisfait à ce qui est prescrit par les
Statuts . Dans ce Chapitre , le Marquis de la Mina ,
Ambassadeur du Roy d'Espagne , fut nommé Chevalier
, et le Roy accorda au Marquis de Fenelon ,
Ambassadeur de S. M. en Hollande , et au Marquis
de Mirepoix , son Ambassadeur auprès de l'Empeircu
MAY. 1739. 1031
reur , la permission de porter la Croix et le Cordon
de l'Ordre du Saint - Esprit , jusqu'à ce qu'ils ayent
prêté serment et reçû le Colier des mains de S. M.
Le Chapitre étant fini , le Maréchal de Puységur
, les Marquis d'Avarey , de Guerchy , et de
Savines ; les Comtes de la Luzerne , et de Cambis ,
et le Marquis d'Auxy , qui s'étoient rendus dans
Apartement du Roy en Habits de Novices , furent
introduits par le Marquis de Breteuil , Prevôt
et Maître des Cérémonies des Ordres du Roy ,
dans le Cabinet de S. M. et ils furent reçûs Chevaliers
de l'Ordre de S. Michel .
Le Roy sortit ensuite de son Apartement pour
aller à la Chapelle : S. M. étoit précedée du Duc
d'Orléans , du Duc de Bourbon , du Comte de
Clermont , du Prince de Conty du Prince de
Dombes , du Comte d'Eu , et des Chevaliers, Commandeurs
et Officiers de l'Ordre . Les Novices marchoient
entre les Chevaliers et les Officiers : le
Cardinal de Polignac , et le Cardinal d'Auvergne ,
étoient derriere S. M. Le Roy , devant lequel les
deux Huissiers de la Chambre portoient leurs Masses
, étoit en Manteau , le Colier de l'Ordre pardessus
, ainsi que celui de l'Ordre de la Toison
d'Or .
Après la Grande Messe qui fut célebrée par
I'Abbé Brosseau , Chapelain de la Chapelle de Musique
, le Roy quitta son Prie - Dieu , et monta à
son Trône auprès de l'Autel , où les nouveaux Chevaliers
furent reçûs par le Roy avec les Cérémonies
accoûtumées . Le Marquis de Livry , et le
Comte de Matignon furent Parains du Maréchal de
Puységur et du Marquis d'Avarey : le Marquis de
Farvaques et le Marquis de Prye , le furent du
Marquis de Guerchy et du Marquis de Savines : le
Vicomte de Beaune , et le Maréchal de Coigny , le
Ly furent
1
1032 MERCURE DE FRANCE
furent du Comte de la Luzerne , du Comte de
Cambis , et du Marquis d'Auxy. Les nouveaux
Chevaliers ayant pris leurs places suivant leurs
rangs , le Roy sortit de la Chapelle , et S. M. fut
reconduite dans son Apartement en la maniere ordinaire.
La Reine , Monseigneur le Dauphin , Madame ;
Madame Henriette , et Madame Adelaide , entendirent
la même Messe dans la Tribune.
L'après-midi , le Roy et la Reine , accompagnés
de Monseigneur le Dauphin , entendirent le Sermon
de l'Abbé Loguet , Doyen de l'Eglise Royale et
Collégiale , de Mantes ; ensuite L. L. M. M. assist
rent aux Vêpres ,qui furent chantées par la Musique.
Le 16. la Reine communia dans la Chapelle du
Château , par les mains du Cardinal de Fleury ,
son Grand Aumônier.
Le 28. Fête du S. Sacrement , le Roy , accompa
gné du Duc d'Orleans , du Duc de Chartres , du
Comte de Clermont , du Prince de Dombes , du
Comte d'Eu , et de ses principaux Officiers , se
rendit à l'Eglise de la Paroisse du Château de Versailles
, où S. M. entendit la Grande Messe , après
avoir assisté à la Procession , qui suivant l'usage
alla à la Chapelle du Château . La Reine se rendit
à la Chapelle , lorsque la Procession y arriva .
A la fin de ce mois , le tems s'est échauffé de
maniere que l'ardeur dans l'air étoit excessive , ce
qui a d'autant plus surpris , qu'au 25. May , on n'a
voit pas encore vû paroître un seul Habit d'Eté.
MADRIGAE
MAY.
1739. 1033
MADRIGAL
Sur le long Hyver de 1739.
Ne soyons plus surpris du temps ;
E
Le Soleil nous abandonne :
L'Hyver fait la guerre au Printemps ;
Bacchus querelle Pomone :
2
Ceres se refufe à nos Champs :
Jupiter finis cette guerre ;
Pour nous daigne accorder ces Dieux r
Ne peux-tu faire dans les Cieux ,
Ce que Fleury fait sur la terre ?
A
A Amiens.
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Embrun
le 20. Avril 1739.
J
E ne vous ferai point le détail de nos Réjouis
saunces au sujet dé la Promotion de notre Ar--
chevêque. Festins , Cavalcades , Feux d'Artifice ,
Illuminations , tout a été employé pour la célebrer..
Mais je voudrois pouvoir vous peindre cette joye
si vraye et`si vive qui nous animoit tous , et qui
assaisonnoit si bien nos plaisirs . Elle a été géné
rale , et il n'étoit pas aisé de distinguer ceux qui
sont plus particulièrement attachés à S. E, Nous
Lvj
atten.
1034 MERCURE DE FRANCE
attendons avec impatience . son retour en cette
Ville , et sa présence redoublera encore nos transports.
Mais hélas ! nous ne le possederons pas longtemps.
L'alegresse et les ris feront bientôt place à
la douleur et aux larmes . Voilà , comme disoit
Me de Sevigné , le malheur du bonheur , &c,
Le 2. et le 4. May , il y eut Concert chés la
Reine où l'on acheva de concerter l'Opéra de
Scanderberg dont la Musique est des Sieurs Rebel
& Francoeur. Les principaux Rôles furent très - bienremplis
par les Diles Huguenot et Mathieu , et par
les Sieurs Benoit et Jeliot , le reste de cet Ouvrage
mérita les aplaudissemens de la Cour.
Le 9. les 11. et le 13. la Reine entendit à Marly
l'Opera de Callirhoé , de la composition de M.
Destouches , Surintendant de la Musique du Roy.
La D'le Mathieu y remplit le premier Rôle , et les
Srs Jeliot et Benoit , ceux d'Agenor et de Coresus.
La Dlle Huguenot fut chargée du Rôle de la Victoire
dans le Prologue .
Les 20 23. etas . on chanta dans le Salon de la
Reine le Balet de la Paix , mis en Musique par les
mêmes Auteurs de Scanderberg. L'Acte de Baucis
entr'autres fut très-goûté.
Le 7. May , Fête de l'Ascension , le 17. Jour de la
Pentecôte , et le 28. jour de la Fête - Dieu , il y eur
Concert Spirituel au Château des Thuilleries, ou l'on
exécuta plusieu s Motets de M. de la Lande , qui
furent suivis de differe
rens Concerto joués sur le Violon
et sur la Flute par les Srs Guignon , Aubert et
Blavet , il y a eu aussi differens petits Motets à voix
seule , chantés par les meilleurs Sujets du Concert ..
MORTS.
MAY. 1037 1739:
MORTS , NAISSANCES
& Mariages.
Lines ,épouse de Jacques Pineau , Seigneur de
E 24 Avril dernier , Dame Marguerite de Gen
Viennay , la Péchellerie , Lucé , &c . Conseiller au
Parlement de Paris ,& c.Doyen de la Premiere Chambre
des Enquêtes , avec lequel elle avoit été mariée
le 26. Mars 1709. mourut dans la 61 année de son
âge. Elle étoit fille unique de feu Pierre de Gennes,
Ecuyer , Conseiller & Procureur du Roy en la Sénechaussée
& Siege Présidial du Mans , & de Marguerite
de Cordouan , & elle laiffe pour enfans
Jacques Pineau de Lucé , Maître des Requêtes de
l'Hôtel du Roy , depuis 1737. & auparavant Conseiller
au Parlement depuis 1730. Jean Baptifte-
Charles Pineau de Viennay , Abbé Commandataire
de l'Abbaye de Turpenay , Ordre de Saint Benoît ,
Diocèse de Tours , depuis 1733. Antoine - Marie
Pineau de Viennay , Enseigne au Regiment des
Gardes Françoises depuis 1733. Anne - Genevieve
Pineau de Viennay , mariée le 11 Juin 1736. avec
Michel Rolland des Escottais , Seigneur de Chantilly
, en Anjou, & Marguerite- Catherine - Jacquette
Pineau de Viennay , non encore mariée.
Le 25. Dame Marie- Renée de Bellefouriere, Marquise
de Soyecourt de Guerbigny , & de Maisons ,
Comteffe de Tilloloy , &c. veuve depuis le premier
Fevrier 1695. de Timoleon Gilbert de Seigliere ,
Seigneur de Boisfranc , Breüilpont , Lorey , &c.
Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy ,
Chancelier , Garde des Sceaux , & Chef du Conseil
de Philipe , Fils de France , Duc d'Orleans , en
survivance
183 MERCURE DE FRANCE
survivance de son pere ; qu'elle avoit épousé au
mois de Fevrier 1682. mourut à Paris , âgée de 82
ans . Elle étoit fille aînée de Charles - Maximilien-
Antoine de Bellefouriere , Marquis de Soyecourt ,
& de Guerbigny , Comte de Tilloloy , de Roye
de Tupigny , &c. Chevalier des Ordres du Roy ,
Grand-Maître de la Garde-Robe , Grand Veneur de
France , Gouverneur des Ville & Citadelle de Rüe
mort le 12 Juillet 1679. & de Marie-Renée de
Longueil de Maisons , morte le premier Octobre :
1712. Elle étoit devenue la principale heritiere de
sa Maison , par la mort de deux freres qu'elle avoit,
& qui furent tués tous deux à la Bataille de Fleurus
le premier Juillet 1690 sans avoir été mariés .
Elle prit,depuis qu'elle fut veuve, la qualité de Bellefouriere.
Elle avoit aussi herité seule au mois d'Oc- .
tobre 1732. des Propres de René- Prosper de Lon
gueil , fils unique du dernier Président de Maisons,
& le seul qui restoit de cette branche , dont les
Biens étoient confiderables . La défunte avoit eu
pour enfans Joachim- Adolphe de Seigliere , Marquis
de Soyecourt , dont la mort est raportée dans
le Mercure du mois de Mai 1738. page 1021. où
l'on a fait mention de son mariage & de ses enfans
; & Marie- Louise de Seigliere de Boisfranc
née le 10 Mars 1688. & mariée le 22 Mars 1710.
avec Louis- Marie- René Saguier , Marquis de Luigné
, en Anjou , Lieutenant de Roy au Gouverne
ment du bas Poitou .
•
> Le 26. mourut à Paris , âgé de 75 ans Don
Antoine Graus de Pinos , Baron de Berbas , Meftre
de Camp reformé à la suite de la Garnison de
Perpignan .
Le 27. Dame- Claude-Jaqueline- Françoise Petit
de Passy , épouse de Charles de Marnais de Saint-
André , Seigneur Comte de Vercel en Dauphiné ,
Exempt
MAY. 1739 Togg
,
Exempt des Gardes du Corps du Roy , Meſtre de
Camp de Cavalerie , & Gouverneur de Dole en
Franche-Comté , avec lequel elle avoit été mariée
le troisiéme Novembre 1734. mourut à Paris ,
âgée d'environ vingt neuf ans . Elle avoit été
mariée en premieres nôces le dix - neuf Decembre
1726. avec Jacques-Etienne Canaye , Seigneur de
Montreau , sous le Bois de Vincennes , Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy mort sans
enfans , le 2 Juillet 1732. Elle laisse de son second
mariage une fille unique , nommée Charlotte - Joseph
de Marnais de Saint André , & née le 18 Août
1735. La défunte étoit fille de feu François - Nicolas
Petit , Seigneur de Passy , Lieutenant Géneral
d'Epée au Bailliage et Siége Préfidial de Sens , &
de Dame Jacqueline- Marguerite Richer , sa veuve,
à présent épouse depuis le 22 Juillet 1738. de René
de Thumery , Seigneur de Boiffife .
Le 29. Alexandre de Bruscoli , Conseiller du Roy,
& Auditeur ordinaire en fa Chambre des Comptes
de Paris , reçû à cette Charge le 7. Septembre 1703.
mourut âgé de 19. ans. Il étoit fils, de feu Jacques
Bruscoli , auffi Auditeur en la même Chambre des
Comptes , mort le 17. May 1703. & de Marguerite
de Marines , morte le 30. Mars 1685. & veuf fans
enfans de Bonne - Françoise Parent , qu'il avoit
épousée le 15. Avril 1711. & laquelle mourut en
1733 à l'âge de 39. ans. Elle étoit fille de Michel
Parent Sieur de Charompré , & de Françoiſe Poignant.
Le même jour , Anne-Marie-Joseph de Loraine ;
Comte , et Prince de Guise sur Moselle , Comte
d'Harcourt , de Montlaur , et de S. Romaise , Marquis
de Maubec , & c . mourut à Paris , âgé de 60
ans accomplis , moins un jour , étant né le 30.
Avril 1679. Il étoit fils de feu Alfonfe - Henri-
Charles
08 MERCURE DE FRANCE
Charles de Loraine , Comte et Prince d'Harcourt
mort au mois de Février 1719. et de défunte Françoise
de Brancas , Marquise de Maubec , Comtesse
de Clermont en Beauvoisis , Dame du Palais de la
Reine Marie- Therese , et morte le 13. Avril 1715.
Le Prince de Guise avoit été d'abord destiné à l'Etat
Ecclésiastique . Il fut Titulaire du Prieuré d'Har
court , en Normandie , et il obtint le 25. Décem
bre 1697. l'Abbaye de la Grace , O. S. B. Dioc
de Carcassonne . Il étoit aussi Bachelier en Théologie
de la Faculté de Paris , de la Maison et Societé
de Sorbonne , mais François de Loraine
Prince de Montlaur , son frere puîné , qui étoit
destiné par sa famille pour soûtenir le nom de sa
Branche particuliere , étant mort, il se démit de ses
Bénéfices , et se maria le 2. Juillet 1705. avec Marie-
Louise-Chrétienne de Castille , Marquife de
Montjeu , dont on a raporté la mort dans le Mer
cure de Janvier 1736 , p . 173. Il laisse d'elle Louis-
Marie-Léopold de Loraine , né le 17. Décembre
1720. et Elizabeth Sophie de Loraine, Duchesse de
Richelieu. Il laisse aussi une petite fille,fille de feuë
Louise-Henriette Françoise de Loraine , Duchesse
de Bouillon, sa fille aînée , morte le
Mars 1737.
31.
Le premier May, mourut à Paris Pierre de Varin,
Sr de Senneville , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , et ancien Capitaine et Major du Régiment
de Dragons de Hautelort , âgé de 87. ans
et le 2. il fut inhumé à S. Sulpice.
Le même jour , Emmanuel Rousselet , Marquis
de Châteaurenaud en Touraine , Comte de Crau.
zon , Porzay , Poulmic , et Rosmadec , en Bretagne
, Vicomte d'Artois , et de Mordelles , Seigneur
de la Poissonniere de la Giraud ere ,
et Rocheneuve , Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , Capitaine de Vaisseaux
du
MAY.
1039 1739
·
Lieutenant Géné
du Roy , depuis 1710. et
ral pour Sa Majesté au Gouvernement de la
Haute et Basse Bretagne , mourut à Paris , à
Page de 44. ans. Il étoit resté par la mort de ses
deux freres aînés , seul fils de François- Louis Rousselet
, Marquis de Châteaurenaud , Vice -Amiral ,
et Maréchal de France , Capitaine General de la
Mer pour le Roy d'Espagne , Chevalier des Ordres
du Roy , Lieutenant Général pour S. M. au Gou-`
vernement de la Haute et Basse - Bretagne , Com
mandant en Chef dans cette Province , mort le 15 .
Novembre 1716. dans la 80. année de son âge , et
de Marie-Anne - Renée de la Porte , Dame héritiere
d'Artois , de Crozon , & c. morte au mois d'Octobre
1696. Le Marquis de Châteaurenaud qui vient
de mourir , avoit été marié , 1º . le zo . Février
1713. avec Marie- Emilie de Noailles , morte le 7
Mai 1723. laquelle étoit fille de feu Anne- Jules de
Noailles , Duc d'Ayen , Pair , et Maréchal de
France , Chevalier des Ordres du Roy , &c. et de
Marie- Françoise de Bournonville , sa Veuve ; et
20. le 18. Juillet 1724. avec Anne-Julie de Montmorency
, fille de Leon de Montmorency , Chef
du Nom , et des Armes de sa Maison , et de Marie-
Magdeleine Jeanne Poussemothe de l'Eftoile de
Montbriseüil. Il avoit eu de la premiere un fils ,
qui est mort en bas- âge. De la seconde , il ne laisse
que Marie Anne Rousselet de Châteaurenaud , née
le zo . Octobre 1716. et Marie- Charlotte Rousseler
de Châteaurenaud , née le 20. Septembre 1728 .
·
Le même jour D. Marie Doujat , veuve depuis
le to Mai 1734. d'Antoine Subtil , Auditeur ordinaire
en la Chambre des Comptes de Paris , qu'elle
avoit épousé le 30 Janvier 1684 , mourut à Paris ,
dans la 84 année de son age , étant née le 7 Août
1656. Elle étoit fille de Jean Doujat , mort Doyen,
des
1040 MERCURE DE FRANCE
des Conseillers au Parlement de Paris , & agé de ,
89 ans , 6 . mois , le 18 Janvier 1710. & de feuë
Catherine Targer . Elle laisse des enfans , entr'autres
une fille mariée avec M. Biberon de Cormery,
ci devant Secretaire des Commandemens
du feu Duc d'Orleans , Petit - Fils de France , &
Receveur General des Bois & Domaines de la Généralité
de Paris .
>
Le 3. Anne
Marie
de
Bourbon
, legitimée
de
France
, Princeffe
de
Conti
, premiere
Douairiere
,
mourut
en
fon
Hôtel
, à Paris
, après
une
longue
maladie
, &
de
grandes
fouffrances
, pendant
lef
quelles
elle
a donné
de fréquentes
marques
de
fa
pieté
, & de
fa réfignation
à la volonté
de
Dieu
.
Elle
étoit
agée
de 72.ans
, 7 mois
, 1. jour
, étant
née
au
Château
de
Vincennes
, le z . Octobre
1666
, &
elle
avoit
été
mariée
le
16.
Janvier
1680.
avec
Louis
Armand
de
Bourbon
, Prince
de
Conti
Comie
de
Pezenas
, Seigneur
Chatelain
de
Pifle-
Adam
, most
fans
pofterité
à Fontainebleau
, le 9.
Novembre
1685
, dans
la 25.
année
de
fon
âge
.
Cette
Princeffe
fut
enterrée
le
5.au
foir
dans
l'Eglife
de S.Roch
,fa Paroiffe
,fans
aucune
pompe
ni cérémonie
, ainfi
qu'elle
l'avoit
demandé
par
fon
teftament
.
Le
9.
Antoine
Alexandre
de
Canonville
, Marquis
de Raffetot
, Lieutenant
Gén
, des
Armées
du
Roy
, &
Chevalier
de
l'Ordre
militaire
de S. Louis
, mourut
à Paris
, âgé
de
75
ans
. Il avoit
été
d'abord
deftiné
à l'Etat
Eccléfiaftique
, &
l'Abbaie
de Sorde
, O. S
B.
Dioc
. d'Aix
, lui
avoit
été
donnée
au
mois
de
Mars
679
Mais
il
renonça
à cet
Etat
en
1682
,
pour
prendre
le parti
de
l'Epée
. Il fut
fait
en
1690
.
Colonel
du
Régiment
de
Brie
, Infanterie
, à la
tête
duquel
il fe diftingua
à la
Bataille
de Fridlin
gue
, le 14.
Octobre
1702.
Il fut
fait
Brigadier
Je 23.
Décembre
fuivant
, & fervit
au
mois
de
Septembre
MAY. 17397 1041
tembre 1703. au Siége de Brifac ; en 1705. il eut
la Croix de S. Louis , & fut élevé au Grade de
Maréchal de Camp le 20. Mars 1709 , & enfin à
celui de Lieutenant Général le 30. Septembre 1718 .
Il étoit fils d'Alexandre de Canonville , Marquis de
Raffetot , Seigneur de Beuzeville , Melleville , Veneville
, Guevres , Vinacourt , mort le 27. Janvier
1682. agé de 42. ans , & de Henriette - Catherine
de Gramont , morte Religieufe Profeffe dans le
Monaftere des Benedictines du S. Sacrement , de
la rue Caffette , à Paris , le 25. Mars 1695. Il avoit
épousé en premieres nôces , au mois de Septembre
1682. Henriette-Françoife de Pertuis , fille de Gui
de Pertuis , Maréchal de Camp , & Gouverneur de
Menin , & d'Elizabeth- Angelique- Adrienne de Ca➡
nonville. Elle mourut au Château de Bas , dans le
Païs de Caux en 1710 , laiffant un fils apellé le
Comte de Raffetot , Colonel du Régiment de Brie ,
par la démiffion de fon Pere , & mort à Rouen au
mois d'Avril 1726. fans avoir été marié ; & une
fille , qui s'eft faite Religieufe du S. Sacrement au
commencement de l'année 1731. Le Marquis de
Raffetot , fon pere , s'étoit remarié le 26. Decem→
bre 1730 avec la Dlle de Teron , fille de la Com
teffe de Raymond.
Le 18. Avril il naquit une fille à Charles-Anne
Sigifmond de Montmorency - Luxembourg , Duc d'Olonne
, Colonel du Regiment de Saintonge , de fon
Mariage avec D. Marie -Anne-Etiennette de Bulfion
de Fervaques .
Le 23. naquit Louis, fils premier né de Louis
François de Pardieu , Seigneur , Comte d'Avremé
nil , & de Dame Gabrielle- Elizabeth de Beauvau ,
mariés le 17. Février 1738. Il a eu pour Parain
H
"
Louis
1
1042 MERCURE DE FRANCE
Louis Marquis de Brancas - Cerefte , Grand d'Eſpa➡
gne Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Gé¬
néral de fes Armées , Commandant en chef
pour
S. M. dans la Province de Bretagne , & pour Maraine
Elizabeth de Beauvau , Ducheffe doüairiere de
Rochechouart-Mortemart. La Mere du nouveau né
étoit fille de feu Gabriel - Henri de Beauvau , Marquis
de Montgauger , Comte de Criflé , dont la
mort est raportée dans le Mercure du mois de Juil¬ !
let 1738. p . 166 2 .
Le 26. Avril , le Fils du Marquis d'Andlaw ;
Gentilhomme d'Alface , Meftre de Camp d'un Re- \
giment de Cavalerie , Gendre du Comte de Polastron
, Sous Gouverneur de Monfeigneur le Dauphin
, reçut dans la Chapelle du Château de Verfailles
, les Cérémonies du Baptême ; il eut pour
Parain & pour Maraine , Monfeigneur le Dauphin
& Madame Adelaide , la Cérémonie fut faite par
le Cardinal de Rohan , Grand Aumônier de France
en préfence du Curé de la Paroiffe du Château
Ja Reine , accompagnée de Madame , & de Madame
Henriette , affifta à cette Cérémonie dans la
Tribune.
Le 29. Anne Jean-Baptifte Goiflard , Seigneur de
Baillé , Confeiller au Parlement de Paris , à la qua➡
triéme Chambre des Enquêtes , épouſa la fille unique
de François Mugueux , Avocat au Parlement ,
& de feue D. Marie-Marguerite Arrault , sa femme
, morte le 27. Janvier 1737. Le Marié eft le
fecond Fils de feu Anne-Charles Goiflard , Seigneur
de Monsabert, Conseiller en la Grand Chambre
du Parlement de Paris , dont la mort eft rapor
tée dans le Mercure d'Octobre 1733. page 2308.
& de D. Marie- Louise de Riants , sa premiere
femme.
LG
t
C
MAY. 1739. 1041
Le 26. Mai Nicolas Henin , Seigneur de Longue
toise , Conseiller au Parlement de Paris , à la Premiere
Chambre des Enquêtes , fils aîné de Nicolas
Henin , Conseiller au Grand Conseil , mort le 13.
Avril 1737. et de D. Anne - Henriette Brice , morte
le 10. Novembre fut mariée avec Dlle Anne-
Louise Goiflard , soeur de celui , dont on vient de
rapporter le mariage , et fille comme lui de feu
Anne Charles Goiflard , Seigneur de Montsabert
, et de Marie -Louise de Riantz , sa première
femme.
-
1734.
LETTRE écrite d'Aurillac le 29. Avril
1739. Service fait pour feu M. le Duc
de Tresmes , &c.
A -Ville d'Aurillac vous prie, Monfieur de vous
Lfoir bien inserer dans votre Journal , que hier
elle fit faire dans l'Eglise Paroiffiale , un Service
solemnel , avec toute la pompe poffible , pour le
repos de l'ame de François- Bernard Potier , Duc de
Tresmes, &c.en reconnoissance des continuels bienfaits
qu'elle reçoit depuis soixante ans de S.. E. M. le
Card . de Gesvres, Abbé & Comte d'Aurillac, son frere
puîné , & des dons confidérables que cette Eminence
a faits aux Pauvres de l'Hôpital. La Meffe fut solemnellement
célebrée M. l'Abbé de la Vergne,
Vicaire Géneral & Official , & chantée par la Mufique.
Les Officiers Municipaux en Robes de Céremonie,
ceux du Présidial & de l'Election , enfin les
Officiers de Juftice de l'Abbaye, affifterent à cet
ce Pompe funebre , à la fin de laquelle les Cordeliers
& les Carmes , qui s'y étoient rendus procèssionnellement
, chanterent un Répons . Le Com-
Ruandant de la Maréchauffée ; avoit placé sa Troupar
PC
044 MERCURE DE FRANCE
pe à droite & à gauche du Catafalque .
Les Prêtres de la Communauté de la même Eglise,
ont fait ce matin un Service particulier à la même
intention. Le Chapitre S. Geraud doit faire demain
le sien , & chaque Communauté Séculiere & Réguliere
doit suivre succeffivement cet exemple. Ces
Services seront terminés par celui que la Nobleffe
se dispose de faire.
On donnera deux Volumes le mois pre
chain pour pouvoir employer plusieurs Piéces
que nous croyons , dignes d'intereser le Lecteur.
J
APROBATION.
'Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le Mercure de France du mois de May , &
Pai cru qu'on pouvoit en permettre l'impression
A Paris , le premier Juin 1739 .
HARDION.
TABLE.
IECES FUGITIVES . Sonnet , 833
P Dissertation sur le Témoignage de Josephe en
faveur de J. Ch .
L'Araignée & le Moucheron , Fable
834
855
Réponse à la Lettre sur l'abus qu'on fait de l'esprit,
857
Ode
865
Ode au Roy sur la Paix , dédiée au Cardinal de
Fleury ,
Discours las à l'Académie des Sciences ,Extraits ,873
L'Orgueil , Ode ,
888
Dissertation sur une Médaille Grecque de Diaduménien
, &c.
Adieux à la Poësie , &c.-
891
913
Lettre au sujet des Remarques sur la Boucherie de
l'Aport de Paris ,
Stances , &c . la Gloire du Maréchal de Barwick ,
917
919
Lettre sur la Verrerie , & c. 921
Sonnet sur la petite Vérole 927
Question de Droit , & c. et Réponse 928 Ode , Imitation d'Horace ,
931
934
937
Lettre sur une nouvelle Géographie ,
Enigme , Logogryphes ,
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX -ARTS ,
&c. Suite du Catalogue des Ouvrages du P.
Fronton le Duc ,
Epitome de la Bibliotheque Orientale , &c .
Breviarium Sagiense , c.
Menzikof , Tragédie , &c .
De Credulitate in Doctrinis , &c.
940
956
ibid.
959
960
Traité de l'Ortographe Françoise , &c. ›
9.67
Nouveaux Amusemens , & c. 968
Madrigal ,
974
Sethos , Tragédie , &c. 975
979 Moulinet Premier , Parodie de Mahomet ,
Memoire Historique & Généalogique sur la Maison
de Bethune , 984
Séance publique, de l'Académie de la Rochelle ,
&c. 996
'Assemblée publique de l'Académie des Beaux - Arts
à Lyon , Discours , &c. Catalogue des Mémoires
lûs ,
L'Académie des Jeux Floraux , Prix , &c.
&c. 999
1003
Poësies
Poësies Latines à l'occasion de la Convalescence de
Monseigneur le Duc de Chartres ,
Estampes nouvelles ,
Chanson notée ,
pectacles . Polydore , Extrait ,
Ariane & Gustave , Tragédies remisas ,
1007
1008
ΙΟΙΙ
1012
1023
Nouvelles Errangeres . Allemagne & Italie , 1024
Corse , Naples , Espagne & Grande-Bretagne, 1028
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c . 1028
Nouveaux Chevaliers Cordons Bleux , 1030
Madrigal , &c. 1033
Lettre écrite d'Embrun ibid.
Morts , Naiffances & Mariages , &c. 1035
Obseques du Duc de Tresmes à Aurillac , 1043
(
C
Errata de Mars.
PAge 187. ligne 26. Roteur , lisez Retour.
A la Table , Diogne , lisez , Diogene.
Errata d'Avril.
PAge 681. ligne 22. Re , lisex , Regle.
P. 687. 1. 13. rapelient , I. rapellent.
P. 692. I. 5. Gourre , l . Gouve.
1. è.
§. 760. 1. 21. a l'alme , l . all'ame . Lig. 22. e ,
Lig. 25. Dona , l . Donna. Ibid. al'ta , l. alv
Lig. 26. vede , l . vide .
F. 761. 1. 3. siavinti , l . sien vinti . Ibid. parlen , l
parlin: Lig. 4. grande, !. grandi . Lig. 5. De qu
1. De quel. Ibid. ve , l . e. Lig. 6. nervedi , lis.
rivedi P. 763. 1. 16. Elle , 1. Elles . P. 767. qu'il
1. qu'elle . P.808.1. 9. Grusalemme, l . Gierusalem.
La Médaillegravée doit regarder la page
-La Chanson notée , la page
895
IC
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
JUIN
. 1739.
PREMIER VOLUME.
糖
COLLIGIT
SPARGIT
billow
01
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty.
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXIX .
11e Avec Aprobation & Privilege du Roy
AVIS.
L
>
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comédie Franfoife
, à Paris, Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
Les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
theure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PAIX XXX, SOLS,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
AV
JUIN. 1739.
PIECES FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
LE ROSSIGNOL ET LA FAUVETTE ,
FABLE.
N Roffignol , & jeune , & tendre
Chantoit les douceurs de l'Amour :
Une Fauvette vint l'entendre ,
Et devint fenfible à fon tour :
Le feu naiflant qui la dévore ,
Sous le voile de la pudeur ,
Ne peut fe reconnoître encore
i. Vol. A ij
Qu'à
1046 MERCURE DE FRANCE
Qu'à quelque legere rougeur.
Cependant cette flâme augmente ;
Elle lui consume le coeur ,
Elle bat de l'aîle , elle chante ,
Tant , qu'elle en instruit son vainqueur.
Après quelque cérémonie ,
D'usage chés Oiseaux bien nés
L'Amour étant de la partie ,
Nos Amans furent moins gênés :
Les doux propos , ris , & caresse ,
Coups de bec , ne coûtent plus rien ;
On jure conftance , tendreffe ;
A s'aimer on met le vrai bien
1
1 ;
Avec le jour on recommence
Mille plaifirs toujours nouveaux ;
L'amour de Fauverte dispense
L'Amant de craindre des Rivaux .
Ce couple , qui sur la verdure
Goûtoit tous les plaifirs des Dieux ,
Veut même nid , même pâture ,
Dans l'espoir d'être plus heureux ;
Hymen enfin les met enſemble ;
Ils deviennent indifferens .
'A ces traits , Lecteur , il me semble
Que tu vois l'image du temps .
Par M. De L.... de Bourbon l'Archambault:
ESSAI
JUIN. 1739 1047
****:
ESSAI sur l'Histoire du Nivernois ,
M. Pierre de Franay. Lettre VI .
G
par
Obertus , quarante - uniéme Evêque de
Nevers , a vécu sous les Pontificats de
Marin & d'Agapet , seconds.
Dans le Cartulaire de l'Eglise de Nevers
on trouve une Charte de Gobertus , datée de
la douzième année du Regne de Louis d'Outremer
, ce qui se raporte à l'année 948 .
parce que Louis d'Outremer a commencé
de regner en l'année 936.
Ce fut pendant l'Episcopat de Gobertus ;
que Berthe , femme , ou selon d'autres , fille
de Seguien , Comte de Nevers , donna à
notre Eglise la Seigneurie de Viviers , d'où
dépendent les Eglises de Drüi & de Sougi ;
l'Eglise de Saint Pere à Ville est auffi comprise
dans cette Donation , que Berthe fait
pour elle & pour Seguien , qu'elle nomme
son Seigneur.
Natranus , Abbé de Saint Pierre le vif de
Sens, de Ferriere, & de Saint Remi de Soissons
, a succedé à Gobertus , & a été notre
quarante deuxième Evêque , sous le Regne
de Lothaire II . & sous les Pontificats de Jean
XIII. & de Domnus II .
Ce Prélat a donné à l'Eglise de Nevers la
A iij Cha
1048 MERCURE DE FRANCE
ge
Chapelle de S. Médard , assise au Village
d'Arsenboiii , celle de S. Vincent , au Villade
Prie sur l'Ixeure , & celle de S. Estien
ne , au Village de Sauvigni , dont le nommé
Tétérins étoit Doyen ; la Charte est de l'année
968. qui eft la 32. année du Regne
de Lothaire. Par cette Charte il ordonne à
ses Chanoines de manger en commun dans
ún Réfectoire , ce qui marque que les Chanoines
de Nevers commençoient alors à se
dégoûter de cette vie commune , & affectoient
de vivre en leur particulier.
Cet Evêque est entré dans l'Episcopat environ
Fan 958. il vivoit encore en 972. il est
mort le jour de la Saint Mathias . C'étoit un
homme violent , qui consultoit peu le droit
& la raison , & employoit ordinairement la
force pour faire réussir ses desseins ; il avoit
détruit les trois Abbayes qu'il avoit possedées
; il y a lieu de penser qu'il ne traita
pas mieux son Eglise , lorsqu'il fut fait Evêque.
Patianus , quarante-troisiéme Evêque de
Nevers , occupa le Siège Episcopal en 978 .
sous les Regnes de Lothaire , de Louis V. &
de Hugues Capet ; les Papes qui ont siégé
dans ce temps - là , sont Benoît VII . Jean
XIV. & Jean XV.
Roclonus , que d'autres nomment Rodenus,
quarante- quatriéme Evêque de Nevers , lui
succeda
JUIN. 1739
1049
•
sacceda environ l'an 988. suivant l'opinion
de Coquille , Hugues Capet & Robert son
fils regnant pour lors en France , Jean XV.
étoit Souverain Pontife.
Ce Roclenus passe pour un mauvais Admi
nistrateur ; il dépouilla son ' Evêché de plus
sieurs Biens qui lui apartenoient , & entreautres
, des Eglises de Varennes & de Méausse
, qu'il donna à ses Parens ; & c'est pour
ce sujet , que Hugues III . qui a été depuis
Evêque de Nevers , dans une Charte accuse
Roclenus de n'avoir eu aucune affection pour
son Eglise , & d'avoir été Evêque de nom
seulement.
Roclenus ne laissa pas de donner à cette
Eglise la Chapelle de Balerai , mais c'étoit
une légere liberalité , & qui ne pouvoit pas
entrer en compensation avec les dissipations
qu'il avoit faites.
Dans les Rescrits qu'on a de lui , il nomme
en premier lieu le Prévôt de son Eglise ,
ensuite le Doyen , & apelle ses Chanoines
Freres servans in Canobio Sancti Cirici , ce
qui marque que les Chanoines de Nevers
vivoient encore en communauté , suivant
qu'il avoit été établi au Concile d'Aix - la-
Chapelle , tenu sous l'Empereur Louis le
Débonnaire .
Roclenus assista à la Dédicace de l'Eglise de
Sens , faite par l'Archevêque Seguien , en
A uij pré
Toro MERCURE DE FRANCE
présence d'Hébert d'Auxerre , & de Milon
de Troyes. Pendant son Episcopat , on vit
s'élever la fameuse querelle entre les Abbés
& les Evêques; ces derniers pretendoient exiger
le Serment de fidelité des Abbés, lors de
leur bénédiction .
On tint plusieurs Conciles de son temps ;
au sujet de la déposition d'Arnoul , Archevêque
de Rheims , & de l'élection de Gerbert
à cet Archevêché.
Mais le Concile où Roclenus prit le plus
'de part , est celui qui fut tenu à Rome en
998. par le Pape Gregoire V. en présence de
l'Empereur Othon III .
Dans ce Concile composé de 27. Evêques ,'
la plûpart Italiens , le Mariage du Roy Robert
, avec Berthe sa parente , fut déclaré
nul , & ce fut le principal objet du Concile ;
on y traita aussi une autre matiére interessante
pour notre Evêque de Nevers . Guy ,
Evêque du Puy en Vélay , avoit nommé
Estienne , son neveu , pour succeder à son
Evêché ; Estienne , sans autre titre , & sans
avoir été élû par le Clergé , se fit ordonner
Evêque du Puy , par Daimbert , Archevêque
de Bourges , & par Roclenus de Nevers . On
trouvoit dans cette affaire trois nullités ; le
défaut d'élection la qualité des Evêques
qui avoient fait la consécration , qui n'étoient
pas de la Province ; enfin ledéfaut du
nombre
,
JUIN:
1739 1051
,
nombre de ces Evêques , qui devoit être de
trois suivant les Canons ; aussi le Concile
annulla le tout , & il fut ordonné que le
Peuple & le Clergé éliroient un autre Evêque
; l'Archevêque de Bourges & l'Evêque
de Nevers furent suspendus de la Communion
, jusqu'à ce qu'ils eussent satisfait au
Saint Siége; néanmoins Daïmbert & Roclenus
peu de temps après , firent révoquer par le
Pape cette suspension , soit qu'ils se fussent
justifiés véritablement ou qu'ils eussent
obtenu par une autre voye cette révoca
tion.
J
Dans un Concile tenu à Saint Denis en
France , vers l'année 996. auquel assisterent
les Suffragans de Sens , les Evêques proposerent
d'ôter les Dixmes aux Moines & aux
Laïques ; les Moines de Saint Denis , choqués
de cette proposition , exciterent , diton
, un tumulte, sollicités par Abbon, Abbe
de Fleuri- sur-Loire , & les Evêques furent
obligés de se retirer : on ajoûte que Seguien,
Archevêque de Sens , que l'âge rendoit plus:
pesant que les autres , reçut dans sa retraite
un coup de fer entre les épaules..
Roclenus a vécu jusqu'à l'an 1012. OU 132
& a eu pour successeur Gerandus , ou Gerar
dus , quarante - cinquiéme Evêque de Nevers ,
dont nos Annalistes ne disent autre chose
sinon qu'il a vécu sous le Roy Robert , &
AV SQUIS
1052 MERCURE DE FRANCE
sous les Pontificats de Benoît VIII. & de
Jean XIX .
Il est à propos d'observer ici , que vers
l'année 1022. et sous l'Episcopat de Gerardus,
l'Hérésie dite d'Orleans , fut découverte ; les
Chefs de cette Hérésie étoient , Estienne
Confesseur de la Reine Constance , Epouse
du Roy Robert , & Lisoye , Chanoine de
PEglise de Sainte Croix d'Orleans : ces deux
Ecclésiastiques s'étoient laissé séduire par
une femme Italienne , qui avoit aporté à
Orleans les semences de cette Hérésie , dans
laquelle on trouvoit les Erreurs des Manichéens
, jointes au Libertinage des Gnostiques
; certe Hérésie s'étendit depuis dans
une grande partie de la France , & notre
Ville de Nevers n'en fut point exempte .
Cn tint sur ce sujet un Concile à Orleans
auquel Léoteric, Archevêque de Sens, présidas
Estienne & Lisoye furent convaincus par
l'artifice d'Aréfaste , qui avoit feint d'être de
leurs difciples , pour mieux pénétrer leurs
sentimens ; la Reine Constance se laissant
aller à son indignation contre Estienne , lui
creva un oeil avec une baguette qu'elle tenoit
à la main ; mais cette peine ne fut que le
prélude d'un plus grand suplice , ces deux
malheureux ayant été brûlés vifs dans la Ville
d'Orleans.
Ce fut pendant l'Episcopat du même Evêque
JUIN 1739. 1053
,
que , que se fit la Guerre entre Robert , Roy
de France , & Landri , Comte de Nevers ,
au sujet de la succession du Duché de Bourgogne
, vacant par la mort de Henry , dernier
Duc , oncle du Roy Robert. Cette
Guerre ne fut point heureuse pour Landri
Comte de Nevers ; il fut obligé de ceder le
Duché de Bourgogne au Roy , & tout ce
qu'il gagna , fut qu'il cessa d'être Vassal du
Duc de Bourgogne & qu'il rendit som
Comté relevant immédiatement de la Cou
ronne.
,
,
Hugues II . dit le Grand , quarante- sixiéme
Evêque , fut successeur de Gerardus ; ses
Parens donnerent de l'argent , à son insçû
, pour le faire élire Evêque ; l'ambition
de ses Parens le servit mal car il méritoit .
l'Evêché , & il n'avoit assûrément pas be
soin de l'acheter.
Son Episcopat commença environ l'an
1029. sous le Pontificat du Pape Jean XIX.
& sous le Regne du Roy Robert.
Au commencement de son Episcopat
c'est- à- dire , en 1030. il y eut en France une
famine générale , laquelle dura trois ans ; la
disette fut si grande , qu'il y eut des hommes:
qui tuerent d'autres hommes pour les manger
; on vendit l'argenterie & les ornemens
des Eglises pour soulager la misere des Pauvres
; belle matiere à un pieux Evêque ,
A vj pour
1054 MERCURE DE FRANCE
pour exercer son zele & sa charité !
Une maladie , apellée la maladie des Ardens
se fit ensuite sentir en plusieurs Lieux ; notre
Province n'en souffrit pas beaucoup , elle
exerça sa fureur principalement dans la Neustrie
, & du côté de Paris ; on disoit que Dieu
punissoit les Peuples qui n'avoient pas voulu
accepter la sainte Tréve , établie par les Evêques
, &c.
Un troisième mal , qui n'étoit pas moindre
que les deux autres , desoloit la France ,
c'étoit la Simonie , qui s'exerçoit sans scrupule
& sans crainte dans tout l'Occident , &
jusque dans Rome ; la plupart des Evêques
étoient Simoniaques , ou ordonnés par des
Simoniaques ; enfin le mal étoit si général ,
que le Pape Clement II. desesperant d'y
trouver du remede , fit tenir un Concile à
Rome en 1047. par lequel il fut ordonné
qu'un Evêque , ou un Ecclesiastique , ordonné
par un Prélat Simoniaque , ne laisseroit
pas d'exercer ses fonctions , après avoir
fait seulement quarante jours de pénitence.
Le Pape Leon IX. animé d'un plus grand
zele , entreprit de détruire totalement la Simonie,
& convoqua pour cela un Concile à
Rheims. Herimar , Abbé de S. Remi , avoit
fait bâtir de nouveau l'Eglise de son Abbaye;
il pria le Pape , qui étoit alors à Cologne ,
d'en faire la Dédicace ; le Pape lui promit
qu'il
JUIN 1739. 105$
>
qu'il se rendroit à Rheims sur la fin du mois
de Septembre suivant c'étoit en 1049 .
Henri I. Roy de France , avoit auffi promis
de se trouver à cette Cérémonie , & au
Concile qui devoit se tenir ensuite , mais
il en fut détourné par les Seigneurs de sa
Cour & par des Ecclesiastiques , qui craignoient
les Decrets du Concile ; le Roy pria
même le Pape de remettre son voyage à un
autre temps .
Le Pape arriva cependant à Rheims le
jour de S. Michel ; Hugues de Nevers , avec
les Evêques de Senlis & d'Angers , furent
députés pour aller au -devant de lui . Ils
marcherent en Procession , suivis du Clergé
, des Abbés & des Moines , & le reçûrent
à l'Eglise de Saint Remi , qui étoit
en ce temps - là hors de l'enceinte de la Ville ;
Hugues étoit un Prélat qui sçavoit faire sa
Cour , au surplus homme respectable par
sa vertu , grand Théologien , & habile dans
le maniment des affaires ; la Cérémonie de
la Dédicace fut faite , & ensuite on s'assembla
en Concile dans l'Eglise nouvellement
consacrée ; la Châsse de S. Remi fut mise
sur le grand Autel , pour imprimer plus de
respect aux Peres du Concile..
La premiere Seffion fut tenue le 3. Octobre
; 1 : Pape et vingt Evêques composoient
ce Concile , on y comptoit encore environ
cinquante
05 MERCURE DE FRANCE
cinquante Abbés et plufieurs Ecclésiastiques
pour éviter la contestation qui s'éleva sur le
rang entre l'Archevêque de Rheims et celui
de Treves , le Pape ordonna que l'Archevêque
de Rheims regleroit les rangs fans tirer à
conséquence. L'Archevêque plaça le Pape
au milieu du Choeur , le visage tourné du
côté de l'Orient ; il se placa lui-même à la
droite vis-à- vis le Pape , et plaça l'Archevêque
de Tréves à la gauche. Au Midi , étoit
l'Archevêque de Lyon , & au Septentrion
'Archevêque de Befançons, chaque Archevêque
avoir plusieurs Evêques à fes côtés , Hugues
de Nevers suivoit immédiatement l'Archevêque
de Besançon ; les Abbés étoient
assis derriere les Evêques , Pierre Diacre et
Chancelier de l'Eglise de Rome , faisoit la
fonction de Promoteur du Concile , par ordre
du Pape.
L'objet de cette Assemblée étoit de corriger
les abus de l'Eglise dans les Gaules , et
entr'autres la Simonis , que les Canons ap
pellent , pessimum crimen.
Le Promoteur commença sa fonction em
sommant les Evêques de déclarer s'ils avoient
reçû ou donné les Ordres par Simonie
de s'en purger par serment , sous peine d'Anathême.
et
Les Archevêques de Tréves et de Besançon
ne firent aucune difficulté de faire leur
serment
JU IN. 1739. 1057
serment , l'Archevêque de Rheims demanda
un délai , et dit qu'il s'expliqueroit sur cet
article avec le Pape en particulier ; les Evêques
prêterent aussi serment de leur innocence
; il n'y en eut que quatre qui n'oserent
jurer , sçavoir les Evêques de Langres , de
Nevers , de Coûtances , et de Nantes.
Avant la seconde Session , qui se tint le lendemain
4. Octobre , fArchevêque de Rheims
fit sa déclaration touchant la Simonie aut
Pape , en particulier , dins une Chapelle de
PEglife de S. Remi , apellée la Chapelle de la
Trinité ; ensuite la Session étant commencée
, et l'Archevêque étant sommé de répondre,
il demanda . qu'il lui fût permis de pren
re conseil, ce qui lui étant accordé , il s'adressa
à l'Archevêque de Besançon , et aux Evêques
de Soissons , d'Angers , de Nevers ,
de Senlis , et de Nantes ; il délibera avec eux,
et chargea l'Evêque de Senlis de sa défense ;
cet Evêque déclara que l'Archevêque de
Rheims n'étoit point coupable de Simonie
on demandi le ferment à l'Archevêque , il
proposa encore un nouveau délai , & l'affaire
fut renvoyée au Concile , qui devoit se
tenir à Rome au mois d'Avril suivant.
Dans la troisiéme Session , l'Evêque de
Nevers avoüa que ses Parens avoient donné
de l'argent pour son élection , mais à son
inscû; il se confessa coupable en même temps
de
o58 MERCURE DE FRANCE
de plusieurs fautes qui le rendoient , disoit-il,
indigne de l'Episcopat , et ajoûta que si le
Pape et le Concile vouloient le lui permettre,
il renonceroit à sa Dignité , plutôt que de la
garder au préjudice des Loix et de sa conscience
; et en disant ces paroles , il mit sa
Croffe aux pieds du Pape. Jure , lui dit le
Souverain Pontife , que l'argent a été donné à
votre insçû ; en même temps l'Evêque se purgea
là- dessus par serment , et le Pape touché
de son humilité et de son repentir , le rétablit
dans sa dignité , du confentement du
Concile , et lui fit donner une nouvelle
Crosse.
L'Evêque de Nantes fut déposé , comme
convaincu de Simonie par sa propre confession;
celui de Langres prit la fuite , et fut excommunié;
on dit que l'Archevêque de Besançon
chargé de sa défense , ne put trouver l'usage
de la parole , en voulant le justifier , et ce
silence fut regardé comme un miracle par les
Peres du Concile ; le Pape et le Concile ex
communierent encore l'Archevêque de Sens,
et plusieurs Evêques , qui avoient refusé d'assister
au Concile , et qui avoient mieux aimé
suivre le Roy à l'Armée; il y eut plusieurs Seigneurs
pareillement excommuniés pour avoir
contracté des mariages incestueux ou peu légitimes,
et pour avoir fait des violences aux Ecclésiastiques;
ce Concile, dont le principal but
étoit
JUIN 1739
7055
Etoit de détruire la Simonie , défendit de rien
exiger pour la sépulture, pour le Baptême , et
pour l'administration des autres Sacremens .
Le voyage du Pape entrepris et executé
sans le consentement du Roy , le Concile
qui avoit suivi, les dépositions et excommunications
faites dans ce Concile , tout cela ,
dis-je , ne pouvoit manquer de déplaire à ce
Prince et à fes Ministres ; mais comme on ne
vouloit point faire d'éclat , on prit le parti de
la dissimulation , et ces dépositions et excommunications
subsisterent , quoiqu'elles
fusent pour la plûpart peu régulieres .
La suite de cette Lettre pour le prochain
'Mercure.
ΙΜΙΤΑΤΙΟΝ
De la IX . Ode du second Livre d'HORACE :
Non semper imbres , &c.
LA Pluye impétueuse est quelquefois bannie
Des lieux où sa fureur a long-tems éclaté :
Il est des mois heureux , où même l'Arménie
Du Soleil entrevoit la divine clarté,
*
Après
1060 MERCURE DE FRANCE
Après la piquante froidure ,
Zéphire échauffe nos vallons ;
Et raporte à nos Bois cette riche verdure ,
Que leur avoient ôté les fougueux Aquilons
*
Après un violent orage ,
Neptune calme enfin ses flots
Rien n'effacera- t'il la trop funeste image
Qui cause tes sanglots
*
Phébus , en ouvrant sa carriere ,
Voit tes yeux noyés dans les pleurs:
La nuit , en chassant la lumiere ,
Ne sçauroit chasser tes douleurs.
*
De ton fils bien-aimé la perte irréparable
Ne devroit plus , Damon , te faire soûpirer
Penses-tu , cher ami , quà tes cris favorable,
La Parque du tombeau voudra le retirer
Antiloque du Styx aborda le rivage ,
Au printems de ses jours :
Nestor pleura ce fils ; mais il étoit trop sage ,
Pour le pleurer toujours.
*
Hecube
JUIN
.
1061 1739
Hecube murmura contre les Destinées ,
Quand la mort vint fraper l'aimable Troilus
Mais a- t'elle perdu de nombreuses années
En regrets superflus &
*
D'une langueur trop injuste
Brise les fers odieux ;
Et chante avec moi d'Auguste
Les triomphes glorieux.
*
Il vient d'acquérir chés les Scytes
Les honneurs les plus éclatans ;
Il a sçû resserrer en d'étroites limites
Ces Peuples inconstans.
*
Deux Fleuves dont les Eaux, avec un bruit horrible
S'élevoient fierement ,
Maintenant asservis à ce Prince terrible ,
Coulent paisiblement .
A. X. Harduin , d'Arras.
LETTRE
062 MERCURE DE FRANCE
LETTRE du Pere Bougeant Jésuite ]
à M. l'Abbé Savalette , Conseiller an
Grand Conseil .
C
>
'Est inutilement MONSIEUR , que
vous me conseillez de garder le silence
sur l'Amusement Philosophique que j'ai donné
au Public. Quand un homme de mon état
a eu le malheur de publier un Ouvrage , capable
de causer le moindre scandale , il n'a
pas deux partis à prendre ; il faut qu'il le dé
favoüe hautement , et qu'il en demande publiquement
pardon au Ciel et à la Terre.
Voilà la regle , et je ne sçache rien qui doive
y faire une exception pour moi . Je dis plus :
si je pouvois me flatter, comme l'amitié vous
le persuade , d'avoir acquis dans le monde
quelque estime par mes Moeurs , par ma Religion
et par mes Ouvrages , ce seroit pour
moi dans la circonstance où je me trouve
une nouvelle obligation de m'expliquer. Ainsi
, MONSIEUR , puisque l'Amusement Philosophique
a causé du scandale , il est juste que
j'effuie l'humiliation que mérite un Auteur ,
qui produit un pareil Ouvrage. Je vous proteste
donc , et comme je désire que vous
rendiez cette Lettre publique , c'eſt le protester
JUIN.
1739 1063
tester publiquement , que je suis au désespoir
d'avoir composé et publié l'Amusement
Philosophique sur le langage des Bêtes : que
dès que j'ai été informé des jugemens désavantageux
qu'on en portoit , j'en ai été véritablement
afflige ; et que je l'aurois suprimé ,
si jen avois été le maître .
Je me suis fait illusion à moi-même , je
l'avoue. Je voulois simplement exposer les
divers systêmes des Philosophes sur la connoissance
des Bêtes , et j'ai donné lieu aux
Efprits peu attentifs , de penser , que j'aprouvois
celui qui les supose animées par des
Diables ; quoique je croye avoir fuffisamment
fait connoître qu'il n'étoit pas de mon
goût, et qu'en effet, malgré ce que j'en ai pû
dire par voye d'amusement , je ne l'aye jamais
regardé que comme une imagination bisarre
et presque folle. Dans cette exposition des
divers systêmes , je ne prétendois que donner
aux raisonnemens un tour leger , et pro-.
pre à interesser par une sorte de badinage ;
et par- là même , j'ai malheureusement donné
occasion de croire , que je traitois peu respectueusement
des objets qui touchent à la
Religion. Dans l'explication que je fais du
langage des Bêtes , je n'ai eu en vûë que d'exe
poser diverses observations de l'Histoire naturelle
des animaux, avec des réflexions conyenables
à mon sujet , et on a trouvé de l'indécenc
1064 MERCURE DE FRANCE
décence dans cette explication . Voilà mon
crime. Je rougis de m'être attiré des reproches
si sensibles à un homme de mon état ;
et il n'y a rien à quoi je ne me déterminasse ,
pour effacer les impressions qu'ils peuvent
faire dans le Public.
Ce que je puis cependant vous ajoûter avec
vérité , et ce qui met au moins , ce me semble
, à couvert mes intentions , c'est qu'en
composant cet Ouvrage que je condamne aujourd'hui
, il ne m'est pas venu dans l'esprit
qu'il dût paroître condamnable : et ce qui le
prouve bien sensiblement, c'est le peu de précaution
que j'ai pris pous laisser ignorer que
j'en fusse l'Auteur ; c'est la franchise avec laquelle
je l'ai avoué à diverses Personnes
avant qu'il commençât à faire du bruit ; c'est
la bonne foi avec laquelle j'ai donné mon
Manuscrit à lire à quelques amis , qui ne
m'en ont fait qu'une critique fort légere ; .
c'est l'ingénuité avec laquelle j'ai présenté
moi- même l'Ouvrage à l'autorité publique
pour être muni d'Aprobation et de Privilé
ge ; c'est enfin la sécurité où j'ai toûjours été
sur le succès de l'Ouvrage . Il faisoit déja du
bruit , et je n'en voulois rien croire. Quelques
amis m'en faisoient craindre des suites
désagréables , et je ne pouvois me le persuader.
Peut - être l'illusion dureroit- elle encore ,
si je n'avois été enfin déſabusé par des autorités
JUIN
1739 1069
1
rités respectables , que je ne pouvois foupçonner
de prévention, ni de mauvaise volonté.
Apellez comme il vous plaira,MONSIEUR ,
cette espece de simplicité si singuliere : mais
quelque nom qu'on puisse lui donner , ce
n'est après tout que simplicité ; et si je suis
assés heureux pour que le Public me rende
cette justice , j'ai lieu d'espérer qu'en condamnant
l'Ouvrage il pardonnera à l'Auteur,
et qu'après m'avoir jugé avec une sévérité
contre laquelle je ne réclâme point , il me
plaindra avec encore plus de bonté .
Du reste , MONSIEUR , Soyez persuadé , je
vous prie , qu'en m'expliquant avec vous
comme je viens de le faire , et en vous marquant
le désir que j'ai que vous n'en fassiez
point aux autres un secret , je n'ai point eû
d'autre vûë que celle de m'acquiter de ce
que j'ai crû devoir à l'édification publique.
Je ne cherche point à changer ma situation
présente. Quoiqu'on puisse penser qu'elle
m'est désagréable , j'y ai cependant trouvé
'des avantages qui me la rendent chere : et
ne m'eût- elle procuré que celui de penser
sainement sur l'Ouvrage que je défavoüe ,
je croirai devoir toute ma vie rendre graces
à Dieu de me l'avoir ménagée.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A la Flèche ce 12. Avril 1739.
TRA
036 MERCURE DE FRANCE
TRADUCTION de la XV. Ode du
troisiéme Livre d'HORACE : Uxor pauperis
Ibici. Contre Chloris vieille coquette.
E pouse du pauvre Ibicus ,
Quand deviendras-tu raisonnable !
N'attens pas que l'âge t'accable ,
Renonce au culte de Vénus.
La Parque de près te menace ,
Et par un contraste odieux ,
On te voit encor prendre place ,
Et te mêler avec audace
" Parmi les danses et les jeux
D'une jeunesse qui t'efface.
Que Pholoé
Suive à son gré
L'amoureux transport qui l'enchante ,
Que jusqu'à leurs retranchemens ,
Plus pétulante
Que la Bacchante ,
Elle aille assaillir ses Amans ;
Et que Nothus qu'elle idolâtre
La rende encore plus folâtre
Que n'est la Chévre dans les champs,
Tout
JUIN. 1739. 1067
Tout convient , tout sied à son âge ;
De Fleurs nouvelles se parer ,
De Vin , de plaisirs s'enivrer ,
Des jeunes ans c'est l'apanage .
Pour toi , le parti le plus sage ,
Vieille Chloris , c'est de filer
Et de songer à ton ménage.
Par M. le Coeur.
QUESTION DE DROIT.
Proposéedans le Mercure deJanvier 1739.
SECONDE REPONSE.
C
a
Aius par son Testament , légue une
somme de soo. liv. à sa Domestique ,
pour la récompenser de tous les soins qu'elle
à cûs de lui dans sa maladie ; & pour lui
assûrer le payement de cette somme , il la
délegue sur celle de 1500. liv. à lui dûë par
Titius ; quelque temps après son Teſtament,
Titius paye à Caïus cette somme de 1500 .
liv. Caïus n'en fait aucune mention sur son
Teftament , sa volonté étant toujours que
cette somme de 500. liv. soit payée à sa Domeſtique
, comme il est à croire ; car il n'a-
1.Vol. B voit
1068 MERCURE DE FRANCE
voit délegué cette somme sur celle de 1500 .
liv. dûë par Titius ,, qquuee ppoouurr lui en faciliterle
payement. Caïus meurt ; la Légataire demande
la délivrance de son Legs , les Heritiers
de Caïus le lui refusent , disant , que
son Legs est caduc , attendu qu'il est déterminatif,
& que la somme sur laquelle il étoit
à prendre , a été payée au défunt depuis son .
Testament,
›
On demande si elle n'est pas en droit en
ce cas , de reprendre son Legs sur les autres
Biens de la Succeffion , & s'il est vrai que
son Legs soit caduc.
Réponse.
Le Legs n'est point caduc , & elle est en
droit de le répeter contre l'Héritier , sur les
autres Biens de la Succeffion.
On peut dire pour les raisons de douter,
que ce Legs eft déterminatif & limitatif;
qu'il ne peut être pris que sur les 1500, livres
dûës par Titius , & que ces 1500. livres une
fois payées & remboursées à Caïus de son
vivant & après le Testament fait , le Legs
cesse & demeure sans effet , ce remboursement
étant une ademption tacite & l'extinc
tion de la créance , n'étant pas absolûment
forcée , Hic extinguitur ipsa substantia. On
peut encore raporter le Sentiment de M.
Cujas sur la L. 59. au Dig. De Legat. 3. Si
quis,
JUIN. 1739: 1069
7
quis , dit-il , legaverit quod sibi Titius debet
legata videtur actio , eamque ab Hærede cedi
oportet , nil præterea , non summam præftari
comprehensam. Il s'ensuit de ce Sentiment
que l'Heritier , dans la Question présente
auroit été obligé de consentir que la Domestique
fût payée de ses 5oo . liv . sur les 1500,
dûës par Titius , & que même il auroit du
lui en donner la facilité ; mais comme il n'eft
point tenu au - delà , & qu'il n'y a plus d'obligation
, ni conséquemment d'action , il
ne peut être contraint de payer le Legs de
500. liv.
En vain dira- t- on encore , que ce Legs est
causé pour Service , ce qui doit le rendre
favorable , puisque la Légataire n'a point
d'action , pour demander de Récompense ,
& la Donation étant volontaire , le Legs est
révoqué.
On peut aller encore plus loin ; car c'est
une Maxime constante , que si un Testateur
légue un Héritage , & que dans la suite il
l'échange , cé Legs n'a plus de lieu : la Maxime
, Subrogatum sapit naturam subrogati ,
n'ayant pas lieu dans ce cas : car la Légataire
ne peut demander que ce qui lui a été expres
sément légué.
Mais les raisons de décider sont beaucoup
plus fortes ; car dès que les Services sont
constans,le Legs est rémuneratoire, ce qui le
Bij rend
1070 MERCURE DE FRANCE
rend déja favorable. Mais il y a plus , c'est
que l'on ne doit regarder l'Affignat qui en eft
fait sur les 1500. liv. dûës par Titius , que
comme démonstratif , & le privilege spécial
sur cette somme ne déroge point au général ;
s'il y avoit dans le Teftament : Je legue 5oo.
liv. à prendre sur 1500. liv. à moi düës , &c .
cela souffriroit beaucoup plus de difficulté ,
& les raisons de douter pourroient être de
quelque poids ; mais ici ce n'est qu'une simple
démonstration, car le Testateur a légué à sa
Domestique soo liv. & ce n'eft que pour en
assûrer le payement , qu'il les a déléguées à
prendre sur les 1500. liv . â lui dûës ; c'est ainsi
qu'il s'est expliqué , & par là on voit que
son intention est qu'il légue sur tous ses
Biens ; mais que pour éviter toute discussion
avec l'Héritier , la Légataire prendra son
Legs sur la somme dûë par Titius ; d'où il
faut conclure , que si Titius ne doit plus
elle le prendra sur les Biens échûs à l'Héritier
; car c'est l'opinion commune des Docteurs
, que , pour connoître și un Legs est
démonstratif , ou déterminatif , il faut distinguer
la disposition d'avec l'execution ;
parce que si l'assignat se trouve dans la disposition
, le Legs est déterminatif & limitatif.
Si au contraire l'assignat ne se trouve
que dans l'execution , il n'est que démonsratif
, ce qui se rencontre ici, On peut
1
dire
JUIN. 1071 1739:
dire encore , que le Testateur na pas légué
spécialement soo. livres sur Titius , ce qui
doit donner à la Légataire une action contre
l'Heritier.
A ces raisons , qui suffiroient pour décider
en faveur de la Légataire , se joint l'autorité
d'un Arrêt du Parlement de Bordeaux
raporté dans la premiere Partie du Journal
du Palais , par lequel on a jugé , que la Loi
Si unquam de revoc. Donat. n'avoit point lieu
au préjudice d'une Donation faite pour récompense
du Services , & que la survenance
d'Enfans n'anéantissoit point la Donation ;
il est vrai que les Services étoient constans ;
car une pareille Donation n'est traitée favorablement
, que parce qu'on la regarde comme
præmium eximii laboris. Ainsi si la survenance
d'Enfans n'a pas empêché l'effet d'une
telle Donation , à plus forte raison les
moyens de l'Héritier ne prévaudront - ile
pas contre le Legs.
BEUVILLE , Avocat.
Bij
MAT072
MERCURE DE FRANCE
į į į į į į į į į į į į § § § . § . §
MADRIGAL ,
A une Dlle qui invitoit l'Auteur à décrire en
Vers une Fête où ils se trouverent ensemble.
Quoiqu'en Vers aisément je vous fasse ma cour ,
Vous me dites en vain qu'il faut que je m'aprête
A chanter la superbe Fête ,
Que Damis à Talant nous donna l'autre jour.
Eh ! comment voulez-vous qué ma Muse décrive
Tout ce qui s'est passé dans ce séjour si doux ?
Tandis que vous étiez à tout voir attentive ,
Je vous voyois , Camille , & ne voyois que vous.
Par M. C. **
LETTRE écrite de Rome le 24.
1739. sur les Horloges Françoises
Italiennes.
Avril
Ous lûmes dernierement , Monsieur
Ndansle Mercure du mois de Fevrier
1739. un Mémoire de M. Julien , dans le-
'quel nous sommes attaqués ; nous vous
prions d'inserer dans votre Mercure la Réponse
J.UIN. 1739: 1673
ponse ci -jointe. Peut-être que M. Julien
vous envoyera quelques Lettres que nous
lui écrivimes autrefois familierement
comptant pas qu'elles dûssent jamais paroître
; vous pouvez , si vous le jugez à propos,
les inserer dans le Mercure , en n'omettant
rien de ce qui regarde la matiere , mais nous
vous prions de retrancher toutes les autres
bagatelles qui pourroient faire de la peine à
M. Julien. Nous sommes , M. &c.
******* ***********
REPONSE de deux Mathématiciens , an
Mémoire de M. Julien , inseré dans le
Mercure du mois de Fevrier 1739.
I
Ly a quelque temps qu'il s'éleva à Roma
une dispute entre quelques Particuliers ,
touchant la préference que l'on devoit donner
à l'Horloge Françoise sur Italienne . Les
uns , qui avoient M. Julien à leur tête , prétendoient
que deux Horloges , l'une Françoise
, & l'autre Italienne , parfaitement conformes
dans leur révolution journaliere ,
étant une fois d'accord , conviendroient tellement
ensemble dans la suite , que sans toucher
à l'Horloge Italienne , elle marqueroit
toujours 24. heures au coucher du Soleil , ou,
ce qui revient au même , une demi- heure
après le coucher du Soleil , comptant dans
celle
Bij
1074 MERCURE DE FRANCE
celle- ci , les heures à la maniere Italienne
d'un coucher à l'autre , & dans celle -là , à la
maniere Françoise , c'est- à- dire , d'un midi
à l'autre. Les autres soûtenoient au contraire
, que pour cela il étoit nécessaire de toucher
à l'Horloge Italienne . Ce dernier sentiment
étoit le nôtre , & celui de tous les
Astronomes , confirmé par M. Cassini , qu'
on consulta sur cette matiere . M. Julien ,
dans le Mémoire que nous venons de citer,
propose une autre question , à laquelle il
aplique la réponse que les Astronomes consultés
avoient faite à celle que nous venons
'd'exposer , & il en conclut qu'ils sont tous
dans l'erreur. Voici les raisonnemens dont
nous nous servions , pour démontrer qu'il
falloit dans le cas proposé , avancer ou retar
der l'Horloge Italienne.
Nous suposons d'abord , comme reçû de
tout le monde , que les jours comptés depuis
un midi jusqu'à l'autre midi , sont toujours
égaux , parce que la difference en est si pe
tite , qu'on la néglige dans l'usage civil . Le
Soleil se couche tous les jours dans differens
Points de l'Horizon : Suposons donc qu'il se
couche aujourd'hui dans un Point donné de
l'Horizon ; & faisons passer par ce Point un
Cercle horaire , ce Cercle dans la révolution
de la Sphere retournera le jour suivant au
même Point de l'Horizon , & le Soleil qui
avance
JUIN.
1075 1739.
avance dans l'Ecliptique , ne se trouvera pas
avec ce même Cercle horaire sur l'Horizon ,
car ce Cercle horaire coupe PEcliptique dans
le même Point , où étoit le Soleil au coucher
du jour précédent ; donc le Soleil arrivera
à l'Horizon plûtôt ou plus tard que ce Cercle
horaire , & par conséquent le temps compris
entre le coucher du jour précédent &
celui du jour suivant , n'est point égal au
temps compris entre le moment où le Soleil
se trouve dans le Méridien , & le moment
où il retourne au même Méridien , puisque
tout Cercle horaire est un Méridien. Nous
ajoûtions que c'étoit le sentiment des Astronomes
, qui , pour éviter ces inégalités , n'ont
point voulu commencerle jour par le lever ou
le coucher du Soleil, mais par le midi, comme
on peut le voir dans l'Aftronomie du P. Tacquet
, Scolie de la page 55. & dans les autres.
Suposant donc que l'Horloge marque exac →→
tement dans une de ses révolutions , le temps
qui s'écoule depuis un midi jusqu'à l'autre ,
elle ne peut marquer exactement par la méme
révolution , le temps qui se passe depuis !
un coucher jusqu'à l'autre , puisque ces deux
temps sont inégaux , comme nous venons de
le démontrer Done si l'Horloge Italienhe
marque dans une de ses révolutions le temps
qui s'écoule d'un coucher à l'autre , il faudra
nécessairement y toucher pour l'accorder
'B.v. aves
1076 MERCURE DE FRANCE
avec l'Horloge Françoise , qui marque le tems
qui se passe depuis un Midi jusqu'à l'autre.
>
Nous faisions encore un autre raisonnement
facile et à la portée de tout le monde ;
le voici en peu de mots. Suposons que
deux Horloges , l'une Françoise , et l'autre
Italienne , fassent leur révolution dans le
même temps , et que vers l'Equinoxe du
Printems , on compte 6. heures après Midi
sur l'Horloge Françoise au coucher du Soleil
, et 24. heures sur l'Horloge Italienne.
Les jours augmentant continuellement jusqu'au
Solstice d'Eté , quelques semaines
après l'Equinoxe, on comptera 6. heures après
Midi sur l'Horloge Françoise , quoique le
Soleil soit encore sur l'Horison , et que par
conséquent il ne soit point encore 24 heures,
en comptant 24. heures au coucher du Soleil.
Sur tout cela , M. Julien , dans un écrit
qu'il nous envoya dernierement , nous renvoye
au Colombat , pour prouver que le
temps qui s'écoule d'un Midi à l'autre , est
égal au temps qui s'écoule d'un coucher à
l'autre , nous nous en tenons volontiers à
cette autorité. Il est vrai que vers les Solstices
, il n'y a pas
a pas de difference sensible entre
ces deux temps ; mais si l'on prend quel
qu'autre temps de l'année qu'on voudra , le
Colombat est tout- à - fait oposé à M. Julien .
Par exemple , le premier de Mai , le Soleil
se
JUIN. 1739.
1077
se couche à 7. heures 15. minutes , et le second
à 7. heures 17. minutes ; il y a par conséquent
deux minutes de difference entre
le temps qui s'écoule d'un coucher à l'autre
et celui qui se passe d'un Midi à l'autre ,
puisque d'un Midi à l'autre , il n'y a que
24. heures , et que depuis 7. heures 15. minutes
du soir jusqu'à 7. heures 17. minutes ,
il y a 24. heures et 2. minutes. Cette difference
s'accumule tous les jours.
Au reste , cette question nous paroît si
claire et à toutes les personnes tant soit peu
entendues dans ces matieres , que nous ne
voulons point perdre de temps à répondre
davantage aux Ecrits dont nous menace M.
Julien.
htt
ເ
MADRIGA L.
I Mmense et sombre-nuage
Dont tous les Cieux sont converts ,
Par ta fuite rends hommage
A la Beauté que je sers :
En faveur de son voyage .
Suspens tes eaux dans les airs ;
Ou , s'il n'est pas en toi de retenir l'orage
Dirige sur moi seul tous tes petits ruisseaux ,
機
1078 MERCURE DE FRANCE
Ne crains point de percer ni ma peau ni mes os
Pénetre- moi , fi tu veux , juſqu'à l'ame ,
Quand fur mon coeur tu devrois t'épuifer ,
Tu ne fuffirois pas pour éteindre la flâme
Dont fes yeux ont fçû l'embrafer.
Par M. P. D. C. D.
LETTRE de M. D. L. R. écrite à M.
l'Abbé Le Fournier , de l'Abbaye S. Victor
de Marseille , de l'Académie Royale des
Belles Lettres au sujet d'une Edition des
Lettres de François Malaval , &c.
I de donner auPublic lesLettres de notre
fçavant Aveugle de Marseille , & celles qui
lui ont été écrites pendant le cours d'une
fort longue vie , par des Personnes de considération
, ou par des Sçavans distingués, de
l'Europe. Je suis même engagé là- dessus envers
le Public par ce que j'ai dit de cette entreprise
dans le Mercure de Janvier 1729.
Ensorte , M. que vous avez un double droit
de me demander aujourd'hui , ce que j'ai
fait jusqu'à present , & ce que j'espere de
faire , pour l'entiere exécution de mon Projet.
C'est sur quoi je vais tâcher de vous satisfaire
dans cette Lettre. Après
L est vrai , Monsieur , que j'ai entrepris
JUIN. 1077
1739.
Après avoir donné l'Eloge de M. Malaval,
décédé au mois de Mai 1719 , à l'age d'environ
92 ans , dans le Mercure de Juin 1723 .
Je m'apliquai avec beaucoup de foin à la
recherche de fes Lettres , & de celles des
Sçavans avec lesquels il a été en commerce!
Ma premiere idée fut de m'adresser aux
R. R. P. P. Feuillans de Marseille , Propriétaires
de la Bibliotheque & de tous les Papiers
du savant Aveugle , suivant ses dernieres
dispositions. Je le fis par l'entremise de
M. l'Abbé de Vaccon , Chanoine de la Cathedrale
, neveu de l'ancien Evêque d'Apt
& frere du dernier Evêque de Viviers. Cet
Abbé , Amateur des Lettres , obligeant , &
officieux Ami , me donna d'abord de grandes
esperances : je conserve encore ses Lettres.
On travaille , me disoit-il , par
»
ور
celle
du 8. Novembre 1723 , à vous procurer
» incessamment les Lettres & les Ecrits qu'a
» laissés M. Malaval : comme il amassoit
» tout , il y a beaucoup de choses inutiles
parmi ses Papiers , qu'il faut feparer d'avec
» ce qui vous convient. Une autre Lettre du
17 Fevrier 1724. portoit ce qui suit. Les
PP. Feuillans m'ont déja ramassé plusieurs
Ouvrages de M. Malaval : les uns sont
parfaits , les autres ne le sont pas. Man-
» dez-moi par quelle voye je pourrai vous.
» envoyer tout cela , qui formera un balot
assés embarrassant , &c.
ود
"
Vous
ر د
1
180 MERCURE DE FRANCE
» Vous jugez bien , Monsieur , ce que je
dûs répondre à cette Lettre , & que l'en.
" voi du balot , pour lequel je donnai toutes
sortes de facilités , n'a jamais tenu à
» M. l'Abbé de V. ni à moi.
Il se passa deux ans entiers , fans que je
fusse plus avancé dans ma recherche du côté
des P P. Feuillans , lorsque mon officieux
Abbé m'écrivit , que ces Religieux avoient
actuellement chés eux leur R.P. Provincial .
fans l'aveu & la permission duquel il n'étoit
pas possible de consommer l'affaire en queftion
, me conseillant de profiter de l'occa
fion , & de m'adresser directement à ce
Superieur.Je profitai de l'avis & du conseil: la
Lettre que je me donnai l'honneur de lui écri
re fût bien recuë , & voici la Réponse prompte
& obligeante qui me vint de sa part.
» Monfieur , que nous vous fommes obligés
de vouloir bien vous interesser pour
un Bienfaicteur , dont la memoire nous
nest si précieufe ! Je ne doute pas , Mon-
» sieur , que vous ne la fassiez revivre géné-
» reusement. Votre nom feul , fi connu
par
>> mi les Sçavans , m'en répond , & je fuis
» très convaincu que la Providence vous a
confié ce grand Oeuvre .
» Mais quand je pense aux fentimens de
» pieté , où j'ai vû fi fouvent ce Serviteur
de Dieu aux pieds des Autels , permettez-
» moj
JUIN. 1739. 7.081
»moi de le dire , Monsieur , je ne fçais fi
"toutes les plumes des hommes peuvent
exprimer ce qu'on voyoit , ce qu'on fen-
» toit même , que Dieu opéroit en lui.
99
» M. Malaval étoit mon ami particulier ;
j'ai eu l'avantage de le consulter durant
quinze années de fuite , & dans un temps.
» où me trouvant engagé à la Superiorité ,
» à la Prédication & à la Direction , dans
» un âge peu avancé , j'avois extrémement
» besoin de fes conseils. Je les ai toujours
» trouvés fi fages, fi fensés, fi fçavans même,
lorsque le fujet le demandoit , que je bénis
" tous les jours la Providence de m'avoir
≫ procuré un Maître d'une Erudition fi pro-
» fonde , & d'une pieté fi folide ; heureux
» fi je fçais en faire un bon usage !
"
23
» A l'égard des Papiers que vous me de-
» mandez , M. il y en a la charge d'un mu-
» let , & fur toutes fortes de matieres. Je
» vous dirai même qu'ils ne font pas encore
» trop bien rangês , une petite Communauté
» de quatre ou cinq Religieux , qui a effuyé
» tous les malheurs de la pefte , qui eft
"
chargée de beaucoup d'Offices , des foins
» d'un Temporel , & du fervice du Public ;
» n'a pas beaucoup de temps de refte ; mais
» faites- moi la grace , M. de me dire sur
» quelles matieres vous éxigez ces Papiers ,
» & je prendrai toutes les précautions neces-
» saires
1882 MERCURE DE FRANCE
» saires pour vous les faire tenir ; je dis tou
tes les précautions , parce qu'il faut que
»j'en écrive à notre R. P. Général , les Meu-
» bles Propres d'un Monastere ne pouvant
» être divertis fans fa permiffion , encore
n'eft- elle que provifionnelle , & il faut
après cela qu'il in fasse aprouver au Chapi-
» tre Général , ce sont nos Loix.
وو
" Ce qui me fâche beaucoup , M. c'est
" que je suis obligé de partir inceffament
"pour Lyon ; j'ai pourtant déja écrit pour
»votre affaire , à notre R. P. Général , qui
» est à son Abbaye , près de Toulouze ,j'aurai
" sa réponſe dans une quinzaine de jours ;
» & comme je ne doute pas qu'elle ne soit
» favorable , j'aurai l'honneur de vous en
» écrire à Paris , & je n'oublirai rien pour
" exécuter vos ordres , & sur cela , & sur
» tout ce qu'il vous plaira me commander.
Je fuis , M. avec beaucoup de respect ,
» Votre très-humble & très obéïllant fervi-
Pro
» teur , figné F. Jacques de faint Juft ,
" vincial des Feuillans.
A Marseille , le 7. Ottobre 1726.
En attendant le fuccès de ces favorables:
dispofitions , voyons , Monfieur , celui qu'eut
une Lettre que j'écrivis presqu'en même
temps au R. P. Malaval , Dominicain , &
digne Neveu de notre illustre Aveugle . On
m'avoit
JUIN 1739. 108
m'avoit affuré que ce bon Religieux avoit
entre les mains quantité de fes Papiers. Il en
convint à la réception de ma Lettre ; & fçachant
l'usage que je me propofois d'en faire,
il remit , le plus gracieusement du monde ,
ceux dont je vais vous parler à M. l'Abbé
de Vaccon, qui me les fit tenir à la premiere
occafion.
Je dois mettre à la tête de tout , un Re
cueil d'environ 120 Lettres d'érudition , de,
pieté , d'amitié , & c. écrites par M. Malaval
à diverſes Perſonnes , depuis l'année 1648
juſqu'en 1662. Ce Recueil forme un petit
Vol. in 4° . relié en parchemin , & me fait
juger que notre Sçavant gardoit des Copies
de tout ce qu'il écrivoit à fes Amis , ou que
ce que j'apelle Copie , étoit peut - être l'Original
même des Lettres qu'il dictoit à ſon
Secrétaire , lefquelles celui-ci ne faisoit que
transcrire , & mettre en meilleure forme
quand il étoit queftion de les envoyer. Quoi
qu'il en foit , ce Recueil me fit un extrême
plaifir ; car sans cela je n'aurois pas encore
dix Lettres de M. Malaval en ma poffeffion.
Quelques-unes de celles dont je viens de
parler font écrites en latin.
Ce précieux Recueil étoit accompagné
d'environ cent Lettres originales , tant de
M. Malaval , que de plusieurs Personnes de
toutes fortes d'Etats ; elles font extrémement
honneur
4
1084 MERCURE DE FRANCE
honneur à sa Mémoire , & peuvent servir à
éclaircir, & à illuftrer son Hiftoire Litteraire ,
outre le profit qu'on en peut tirer du côté
de l'inftruction , s'agiffant presque toujours
de quelque matiere de Religion , d'Hiftoire,
de Critique , &c. fans compter beaucoup
d'Anecdotes & c.
Parmi ces Lettres , qui commencent à
Pannée 1659 , & finiffent à 1714 , il y en a
du Cardinal Bona , du Cardinal le Camus ,
des Evêques de Vaifon , Suarez , de Comminges
, de Sifteron , de Cavaillon , de Nîmes
, Flechier, de Marſeille, Vintimille , d'Agen
, de Gap , de Graffe, Megrigni , des Généraux
des Chartreux , des Feuillans , des
Servites , du Commandeur de Cujes , Glan
deve , qui paroît avoir été l'Ami de coeur
de notre Sçavant ; de Meffieurs Deftoublon,
Robias, d'Argenfon, depuis Garde des Sceaux,
Begon , Intendant des Galeres , puis de Rochefort
, du R. P. de la Chaize , de l'Abbé
de la Chambre , du P. Theophile Raynaud ,
de M. Moreri , du P. Noël Alexandre , du
P. Cabaffut de l'Oratoire , de M. Maggliabechi
, de M. Rigord , & d'autres Personnes
de Lettres, diftinguées , malgré même la diverfité
de Religion , comme Mrs Juſtel ,
Spon &c. & autres habiles Proteftans.
›
Cette acquifition , au refte, qui a commené
à m'enrichir, & que je dois toute, comme
je l'ai
JUIN. 17393 1089
Je l'ai dis , au zele & à la politeffe du R. P.
Malaval , n'a encore fervi qu'à me faire afpirer
au recouvrement du Trésor entier , par
les differentes lumieres qu'elle m'a données ,
& que je n'avois affurément pas , lorsque j'ai
fait l'éloge de M. Malaval , & que j'ai com
mencé la Recherche de tout ce qui pouvoit
regarder ce Sçavant.
J'ai tiré ma principale Inftruction d'un
Mémoire écrit par le P. Malaval , qui accompagnoit
tout ce qu'il a bien voulu m'en
voyer. C'eft proprement un Sommaire Historique
de la Vie & des Ouvrages de son illuftre
Parent, tant imprimés que manuscrits.
C'eſt par ce Mémoire que j'ai apris , entre
autres chofes , les Particularités fuivantes,
& qui ont un raport direct à mon Projet.
1º. On y cite un Cahier des Lettres écrites
à fon Neveu , Novice , remplies d'avis falutaires
, & d'une folide pieté. 2°. Plufieurs
Copies de Lettres écrites par M. Malaval aux
Cardinaux d'Etrées , Le Camus , & de Janfon
, à l'Archevêque de Paris , aux Evêques
de Comminges , de Marfeille , d'Apt &c.
. Deux Lettres particulieres par lui écrites
à l'Evêque d'Apt, Forefta , qui juftifient combien
fes fentimens étoient éloignés de ceux
de Molinos , qu'il condamne dans tous fes
principes , & conféquences , déclarant en
même temps fa parfaite foumiffion aux Dé-
3 .
crets
1086 MERCURE DE FRANCE
crets de l'Eglife , aux Deciſions des Papes &c.
Il fe plaint dans les mêmes Lettres de la dureté
avec laquelle M. Boffuet , Evêque de
Meaux l'a traité dans fon Livre , & dans fon
mandement fur la matiere en queftion.
4°. Plufieurs autres Lettres écrites à des
Perfonnes de la premiere diſtinction , parmi
lefquelles il y en a deux , l'une écrite au Pape ,
l'autre au Roy Louis XIV. au ſujet des bruits
qui s'étoient répandus à fon défavantage depuis
la condamnation du Livre de la Pratique
de la Contemplation &c. fuivie de l'Explication
& de la Juftification de fes fentimens
, qu'il avoit publié , avec la Déclaration
d'une entiere foumiffion à l'Eglife , aux Décrets
du S. Siege & c.
5°. Lettres écrites à la Superieure & aux principales
Officieres du Monaftere des Urfulines
de la petite Ville de Barjol , dans lef
quelles notre Pieux Sçavant leur trace à chacune
les juftes idées de leurs differens Emplois.
6º. Autre Cayer de Lettres édifiantes écri
tes à differentes Perfonnes de pieté , ou d'une
Erudition particuliere. 7. Autre Cayer de
42. Lettres fpirituelles. 8 °. Plufieurs autres
Lettres de Pieté & de Litterature , écrites à
M. de Caftelane Seigneur d'Auzet , &c.
9. Une Lettre de près de 30. pages , adressée
à un Curé du Diocèse de Marſeille , conJUIN.
1739. 1087
tre la Neutralité , en fait de Religion.
Je ne parlerai point ici , Monfieur , des
Ouvrages , tant imprimés que Manufcrits
de la Compofition de M. Malaval , qui font
mentionnés dans le même Mémoire , qui accompagnoit
ce que le P. Malaval eut la
bonté de m'envoyer de Lettres manufcrites :
parce que ces Lettres , & non les autres Ouvrages
, font l'unique objet de mon Entrepriſe.
Le dernier Article de ce Memoire acheve
de m'inftruire pleinement , & me prouve
deux chofes ; la premiere , que le P. Malaval
ne m'a envoyé qu'une partie des Lettres de
fon Oncle , qui font entre fes mains , ou
en celles de la Famille . La feconde , que les
R R. Peres Feuillans de Marfeille font poffeffeurs
de la principale partie de l'Heritage
litteraite de l'illuftre Défunt. Vous en jugerez
, M. par les termes du Mémoire , qui
finit ainfi :
"
» C'eſt tout ce qui nous refte des Ouvra
»ges manufcrits de M. Malaval : Les R. R
»P. P. Feuillans de cette Ville , heritiers de
»fa Bibliotheque,, pourront en fournir plu-
»fieurs autres. J'oubliois qu'il nous refte
» encore entre les mains quantité de Lettres
écrites à M. Malaval par des Perfon-
» nes de la premiere diſtinction , qui l'eſti-
» moient infiniment : il y en a une , entre
autres !
1088 MERCURE DE FRANCE
» autres de la Reine Chriſtine de Suede , rem-
» plie de marques d'une haute confidération.
Elle eft datée du 28. Octobre 1692 , &
» plufieurs du Cardinal Cibo , qui font pareillement
beaucoup d'honneur à fa mé-
>> moire .
Vous me demanderez , fans doute , Monfieur
, & il eft temps que je vous prévienne ,
en achevant de vous rendre compte ; vous
me demanderez , dis-je , fi j'ai eu foin de
tirer de M. Rigord , mon Compatriote , &
mon Ami particulier , les Lettres en trèsgrand
nombre qu'il a reçues de M. Malaval,
pendant une liaifon des plus étroites , laquelle
a duré plus de 40. années , & n'a été
interrompuë que par la mort.
Helas ! Monfieur , c'eft peut- être la premiere
penſée qui m'eft venue , après avoir
formé l'Entrepriſe dont il eft ici queſtion :
mais penſée infructueufe & demeurée fins
éxécution par les differentes circonstances
où nous nous fommes trouvés , cet illuftre
Ami & moi. D'abord M. Rigord me promit
tout ce que je pouvois defirer là- deffus
loüant mon deffein & c . c'étoit peu de temps
après le décès de M. Malaval , & alors il
étoit Subdélegué de l'Intendant de Provence
à Marſeille , c'eft- à- dire , chargé de beaucoup
d'affaires , que fon zele pour le fervice
du Roy , & pour le bien public multiplìoit
encore
>
JUIN.
1089 1739
Encore beaucoup par malheur la contagion
affligea Marſeille l'année d'après , vous fçavez
, M. à quel point fut portée cette calamité
publique , & le temps qu'elle dura ,
vous fçavez aufli que les travaux de M. Ri
gord n'eurent alors plus de bornes . Il fallut
par neceffité laiffer paffer toute la cataſtro
phe , avant que de remettre ma demande &
fa promeffe fur le tapis.
C'est ce que je fis , M. dès que la discré
tion pût me le permettre , mais je ne fus pas
plus avancé. Notre infatigable Subdélegué ,
qui avoit la confiance de la Cour , & celle
qui
de l'Intendant, faifoit alors des arrangemens,
pour reparer les maux paffés , & pour éviter
ceux qui pouvoient furvenir , ce qui fit traîner
en longueur , & enfin échouer l'opération
qu'il m'avoit promiſe.
19
» Vous ignorez , fans doute , m'écrivit- il
» un jour , en répondant à une de mes Let-
» tres un peu preffante , que tous mes Pa-
» piers de Litterature font contenus dans
» cent cinquante Portefeuilles , tous arran
gés felon l'ordre des Matieres. Les Lettres
« de M. Malaval ont fuivi neceffairement
» cet ordre , ainfi il s'agit de les chercher
" en differents endroits , de les lire de nou-
❞ veau pour ne vous rien envoyer d'inu
» tile ; & enfin de vous faire copier tout ce
» qui me paroîtra digne d'entrer dans votre
>> Recueil
ود
›
Logo MERCURE DE FRANCE
Recueil. Vous voyez quel temps & que
» loiſir cela demande . J'ai , par malheur, un
fort honnête homme de Secrétaire , mais à
qui il faut paffer , en faveur de fa probité ,
» une grande ignorance , furtout de notre
Langue , & une Ortographe barbare , de
forte que je fuis obligé de lui dicter , nonfeulement
les mots , mais très-ſouvent les
» lettres de certains mots , &c. c'eſt à quoi
» on eft réduit dans les Provinces & c.
?
Qu'est- il arrivé de ce temporiſement , &
'de ces difficultés : c'eft , Monfieur , que M.
Rigord , avec toute fa bonne volonté , &
toute fon amitié , eſt enfin décedé, fans me
rien envoyer , mourant comme il avoit vécu
le 20. Juillet 1727 , c'eſt-à- dire la plume à la
main , & fe facrifiant pour le Public.
Selon fes dernieres difpofitions , fa Bibliotheque
eft entrée dans celle de M. Le Bret
P. Préfident , & Intendant de Provence , lequel
avoit déja acquis fon Cabinet de Médailles
; & tous fes Papiers de Litterature
de toute efpece , ont été remis aux R. R.
P. P. Jefuites de la Maiſon de S. Jaume, de
Marſeille .
En faisant mes Complimens de condoléance
à fa Famille , j'expofai en particulier
au P. Honoré Rigord , Jefuite , fon Frere
ce qui s'étoit paffé entre nous au fujet des
Lettres de M. Malaval &c. priant ce Pere de
vouloir
,
JUIN. 1739.
1091
vouloir bien entrer dans mes vûës , & de
reparer , autant qu'il le pourroit , la perte .
que je venois de faire , en me procurant le
tout ou partie de ce que M. fon Frere m'avoit
promis. Le P. Rigord me répondit le
plus obligeamment du monde , & m'envoya
même quelques Papiers , mais non pas de la
qualité de ceux que je demandois , me priant
cependant de les lui renvoyer quand je m'en
ferois fervi . C'eft de quoi je me fuis acquité,
en remettant ces Papiers au R. P. Rigord ,
fon Neveu , Jefuite du College de Louis
Le Grand , l'Oncle Jefuite étant décedé à
Marſeille depuis ce temps - là .
>
Enfin je m'avifai de m'adreffer à M. le
Préſident de M. dont l'illuftre Pere , Confeiller
au Parlement d'Aix , avoit été en
grande relation avec M. Malaval , lequel a
eû la bonté de me promettre des Copies de
tout ce qu'il a entre les mains de Lettres intéreffautes
de notre fameux Aveugle , & je
puis affûrément compter fur cette promeffe ,
dont l'éxécution a été interrompuë par un
voyage d'Italie &c.
Voilà , Monfieur , un compte exact de
toutes mes démarches fur le fujet en queftion
, & l'état où je me trouve actuellement
par raport à mon Projet. J'efpere que vous
youdrez bien m'aider de vos confeils , dans
ces circonstances , peut-être même de votre
Vols I. C Minis1092
MERCURE DE FRANCE
part
Ministere. Les R R. Peres Feuillans sont du
District de votre Abbaye , vous pourriez les :
à me faire
engager
des Lettres qu'ils ont
entre les mains , laissant à part tout ce qui.
de mon Projet , suivant que je m'en
étois expliqué avec le R: P. Provincial, dont
vous avez vû la Lettre &c. Mais en voilà
bien assés fur ce sujet .
n'est pas
Je suis bien aise que vous ayez reçu le vis
Tome des Annales Benedictines . Vous aurez
été frapé , sans doute , du travail immense
de Dom Martene , Editeur de ce nouveau
Volume , et qui a et qui a ajoûté beaucoup de
choses singulieres de son propre fonds, malgré
son âge d'environ 85. ans. Le Trait qui
concerne la beauté de Pontia , Abbesse de S.
Sauveur de Marseille , circonstance particulierement
exprimée dans la Charte de son
Election de l'Année 1040. ne vous aura
point échapé.
, Au reste , Monsieur , Dom Martene en
parlant de l'Abbaye que je viens de nommer
, avoit trouvé une occasion bien favorable
, et toute naturelle , de retracter , du
moins de rectifier, ce qu'il a écrit de bonne
foi dans son Voyage Littéraire , au sujet des
Lieux soûterrains de cette Abbaye &c . Lisez
ce que j'ai déja écrit là-dessus dans le Mercure
de Septembre 1722. page 36.Je suis,&c.
A Paris , le 1. May 1739.
POUR
JUIN.
1093 1739.
1
POUR Mlle de S.... par le Chevalier de
S. Hubert , Capitaine de Cavalerie.
OMUS voyant que son Empire
MOM
Perdoit de son autorité ,
M'envoya chercher , pour me dire ,
Que non loin de cette Cité ,
Dans un séjour où tout rapelle
Les jours heureux des premiers temps ,
Séjour , où l'aimable Printemps
Est annoncé par Philomele ,
Je trouverois une jeune Beauté ,
Digne de regner à Çithére ,
Qu'il m'ordonnoit de nommer Chanceliere
De fes Etats : je m'en suis acquité.
Depuis ce jour, Momus voit la Victoire ,
Grace à son jeu badin, marcher sous ses drapeaux ;
Mais , d'éterniser sa mémoire
Je me mêlai mal à propos ;
C'eft aux dépens de mon repos
Que j'ai travaillé pour sa gloire,
A Beauvais , ce 3. May 1739.`
C ij
SE
1094 MERCURE DE FRANCE
SECONDE LETTRE de M. l'Abbé
le Beuf, Chanoine d'Auxerre , au sujet
des Poësies de Pierre Grógnet.
Il est juste,
Lest juste , Monsieur , de vous tenir la
parole que je vous ai donnée , de faire
passer entre vos mains la Liste rimée des
anciens Poëtes , dont Grognet a orné son
Recueil. J'apelle ce Catalogue une Liste
rimée , plûtôt qu'une Poësie : vous y verrez
que l'Auteur ne se gêne pas extrêmement ,
pour varier sa rime , de maniere qu'elle
puisse contenter les esprits difficiles. La répetition
du même mot dans un autre sens ,
fait souvent tout le fond de sa variété ; et
pour y parvenir , if est obligé de produire
des pensées qui paroissent assés grotesques,
Vous en jugerez vous-même .
Grognet , après avoir parlé de quelques
Poëtes plus anciens que lui , nomme ses
contemporains , et surtout ceux qui vivoient
dans son Pays. Je vous avoüerai que sans
lui , ces derniers me seroient restés inconnus
quoique j'aye bien feüilleté les Bibliotheques
de l'Auxerrois. Les Poësies de
tous ces gens - là sont aparemment tombées
dans l'oubli , à mesure que les Livres se
sont usés , à force d'être lûs,
Pour
JUIN. 17397 1095
Pour ce qui est de mon Exemplaire des
Poësies de Grognet , il est à l'épreuve des
mains les plus fortes , étant imprimé sur du
parchemin très - épais ; c'est une précaution
qui est utile à l'égard des Livres portatifs , et
qu'on ne met cependant guére en usage aujourd'hui
, qu'à l'égard des Livres de l'Office
Divin. Je souhaite que la Liste que je vais
donner,puisse attirer de la part des Curieux
répandus dans Paris , et dans les Provinces ,
quelques Notices de ces Poëtes obscurs.
Peut être y en a - t'il parmi eux un grand nombre
qui ont travaillé pour ces Pieces , qu'on
apelloit anciennement les Mysteres. Ainsi
ceux qui écrivent sur l'ancien Théatre François
, pouvant les revendiquer , doivent aussi
les connoître.
De la LOUANGE et excellence des bons
Facteurs qui bien ont composé en rime ,
tant de-çà que de-là les Monts.
PLusieurs ont été bons Facteurs
Et de maintz Livres vrays Auteurs ;
Et premier Maistre Alain Chartier
De mains bons propos est chartier.
Mechinot a fait les Lunettes
Des Princes , et Sentences nettes ,
Bien moralles sans pallier ,
C iij
1096 MERCURE DE FRANCE
Et George aussi l'avanturier.
Dentes je mectz en ma rubriche
Pource que son sens est moult riche ,
D'Enfer parle et de Paradis :
Théologie est moult en ses dictz.
Aussi Petrarque Florentin
Bon Facteur vulguaire et Latin.
Jean Bocace n'est des derniers
Maints Livres a fait singuliers.
Seraphin natif d'Ytalie
Etoit de bonne Poësie ;
Glaume Loris fit le Romant
De la Rose subtilement
Avecques Maistre Jehan de Mun.
Mais point n'est utile au commun ,
Comme témoigne Jehan Gerson
Qui des vertus avoit le son .
Quant au regard de Pathelin
Trop praticqua son pathelin .
Girard Vaillot de l'Auxerrois
Etoit Facteur Latin-François.
Maistre Françoys nommé Villon
Bien sçavoit rimer sur billon ,
Tant jours ouvriers , comme Dimenche
Quant il cerchoit ses repues franches.
Quant
JUIN.
1097 1739
Quant au regard de Coquillart
C'étoit un Composeur gaillart.
Pierre Fabry est autenticque ,
Bien le monstre en sa réthoricque.
Jehan Regnier le bailly d'Auxerre
Point ne tenoit son peuple en serre :
Des fortunes bien composa
Et en belle rime posa.
Laisser ne fault point Molinet ,
Car il a bien son moulin net ;
Et aussi Maistre Jehan le Maire
Tant prose que rithme sçait faire.
Maistre Rogier de Collerie
C'est un Docteur de collerie ;
A faire epistres et rondeaux ,
compose très -fort- beaulx. Il les
Jean Bouchet est homme sçavant ,
Point n'en voy qui aille devant.
Jehan Marot et Guillaume Cretin
Ont bien fait ouir leur retin.
Et de présent Clement Marot
Faict merveille , et Rodin Perot ,
Dudict Marot la grande doctrine
Démonstre bien sa clementine.
C iiij
Octavian
3098 MERCURE DE FRANCE
Octavian de Sainct Gelais
Virgile et Ovide en Françoys
Composa auctentiquement ,
Chacun le scet évidemment.
Maistre Martial homme saige
Fist les Vigiles en beau langaige
Du Roy Charles de grand renom
Qu'on nomme septième du nom.
Maistre Gilles nommé Cybille ,
Il s'est montré très-fort habille ;
Car il a tout traduit Thérance
Où il y a mainte Sentence .
Jehan Dupin a faict en sa vie
Champ vertueulx dit Mandevie :
Des visions bien composa
Qu'en rithme et en prose posa.
Maistre Myro et Maistre Cruche
Estoient bons joueux sans reprouche.
André de la Vigne sans erre
A faict le blason de la Guerre.
'Albin nommé des Avenelles
Bien composa bonnes nouvelles ,•
Rithmant le remede d'amours ,
Dont plusieurs ont faict grand clamours.
René Maré n'est à obmettre
Cas
JUIN. 1099
17397
Car il a bon sens et bon mettre.
Ung autre René Pelletier ,
Se dit grand maistre en ce mestier.
Et ung autre Jacques Colin
Peult estre dit Dieu Apolin :
Tant en sçavoir comme éloquence
De tel peu trouverez en France.
On l'a veu de si bel arroy ,
Qu'il est admis Lecteur du Roy.
L'esclave fortune se venge
Du sainct nombre de cette renge.
Du Pont Alais nul ne débat
Qu'il ne face à chascun esbat
Et quant à ses gentilz suppostz.
Assez disent motz à propos.
Maistre Jehan d'Ivry de Beauvois
De composer scet moult de voix ;
A Sens y a Maistre Calabre ,
Qui rithme en branche et en labre.
A tous propos sans rien obmettre ,
Tant soit en prose , comme en metre
Nous avons Maistre Jehan Bergier ,
Qui des Loix est dict grand bergier.
Robert Porcin devers Auxerre
C. x
1000 MERCURE DE FRANCE
Bien scet coucher sa rime en serre.
Mere sotte appelle Gringoire
Est dit docteur en ceste affaire.
Nul n'est homme tant soit mynchot
Qui doyve contemner Vachet ,
Car de rithmer scet la praticque
Regaillardant tout phantasticque .
De Castanea de Thoucy
Scet bien rithmer sans grant soucy ,
Tant en latin comme en francoys ,
Bon est facteur de l'Auxerroys.
Celluy Castanea rithma
François et latin estima ,
Son compendiole l'enseigne ,
Aussi faict noix , figue et chasteigne..
Guillaume Michel dit de Tours
De bien rithmer en scet les tours
Et pour se monstrer des delivres ,
Plusieurs il a traduit de livres.
Maistre Jacques Barochien
De bien composer n'en craint rien ,
Gilles Corrozet promptement
Compose bien parfaictement.
Ung autre Facteur est Bourron
Qui n'est point nourry de mourron ,
Tant
JUIN LIOI
1739
Tant du soir que du matin
Rithme en françois et en latin.
Nous avons Anthoine d'Uzès
Lequel bien parla des excès ,
L'esperon fit de discipline
Où l'on peult voir bonne doctrine..
Loys Choquet et Dadonville
Rithment aux champs et à la Ville ,
Et plusieurs autres done le nom
M'est incogneu , auront renom .
Il y auroit peut- être , M. de quoi former
un Volume entier à quiconque entrepren.
droit de donner une Notice de tous les
Personages qui sont nommés ci - dessus..
Entre les cinq Auxerrois que j'y aperçois
Jehan Regnier est connu de tout le monde ;
et on a déja fait mention de lui et de
ses Poësies , dans le Mercure de Juillet
1725. pag. 1603. Roger de Collerie a été
aussi celebré dans les Mercures depuis un
an ou environ. Girard Vaillot , et Castanea
sont des noms tout-à -fait nouveaux pour
moi. A l'égard de Robert Porcin , j'ai quelque
idée d'avoir vû son nom parmi ceux.
des Chanoines de la Cathédrale d'Auxerre ,
sous le Regne de François Premier. Il pourroit
bien avoir composé en Vers la représen
C vj tation
1102 MERCURE DE FRANCE
tation de la Vie de S. Germain qui fut jože
alors , ( c'étoit le terme dont on se servoit )
en présence de toute la Ville . Je dis ceci de
mémoire , n'ayant point ici tous mes Recüeils
, où les époques sont marquées .
*
Au reste, est - on obligé de connoître tous
ces petits Poëtes en Province , puisqu'à Paris
à peine connoît- on ceux qui y ont travaillé
il y a deux cent ans ? J'ai trouvé dans
une des Bibliotheques de la même Ville ,
un Manuscrit de Chants Royaux. Ce sont
des Vers héroïques en forme de Ballades et
toutes Poësies pieuses dont les Auteurs sont
marqués au bas des pages. Comme ce morceau
se raporte assés à celui que je viens
de produire , je vais vous nommer sculement
tous ces anciens Poëtes.
Jehan Duval.
Pierre Binel.
Julien Hebert.
Guillaume Durand.
Frere Nicole le Forestier
Julien des Hayes.
J. Dubois.
Guillaume Tyband.
Jehan Couppel.
Jean Mallard.
Innocent Tournemotte.
Jehan Baillebache , Sergent.
* A Notre-Dame. Cod. M.. 190.
JUIN
TTUL 1739
•
Mre Pierre Gaultier.
'Nicolas Vatel.
Frere Benoist Bar.
Julien le Galloys.
Pierre Benard.
P. du Doal.
Hervé Fierabras.
Maistre François Robert , Prieur:
Maistre Clement Hebert.
Nicolas Fournyer.
Genffroy le Prevost.
Nicolas Baudry.
Coppin.
Nicole Boyssel.
Henry Toulouze.
Jehan Maurice.
Nicole de Mandeville.
Romain Breard.
Robert Becquet.
Frere Nicole Le Forestier , Soûprieur des Celestins.
François Robert , Procureur.
Robert Bellanger.
Jo. le Blond , Curia Parlamenti Advocatus:
Remarquez qu'il y a trois Religieux dans
ce Catalogue et des Gens de plusieurs sortes
d'états . Le Parnasse n'a jamais été fermé à
personne ; chacun pouvoit boire aux Fon
taines de l'Hélicon.
Je suis , & c.
A Paris ce 18, Avril 1739+
104 MERCURE DE FRANCE
PLAINTES
D'Adam à Eve après fon peché , tirées
Q
de Milton.
U’ai-je fait ? Qu'as -tu fait chere , & cruelle
Epouse , ?
Quoi ! de notre bonheur es-tu si peu jalouse ?
As-tu donc oublié la grace que ton Dieu
T'a faite , en te plaçant dans cet aimable Lieu
Accablé par l'horreur que mon crime m'infpire ,
Pour la premiere fois je frémis ; je foûpire :
Une voix redoutable , interprete du Ciel ,
M'annonce au fond du coeur que je suis criminel.
Quel trouble ! je ressens les plus vives allarmes ;
En doutes-tu , perfide Ah ! voi couler mes lar
mes.
Pourquoi donc sans scrupule , au monstre seducteur
Malheureuse , ouvrois- tu les portes de ton coeur ?
Il parle contre Dieu ; tu l'écoutes ; Quel crime !
Tu fais plus , tu le crois , et tombes dans l'a
bîme.
Mais ce n'est point assés ; Abusant de ma foi ;
Tu partages ton crime , et tes maux avec moi .
A quelle triste épreuve as -tu mis ma tendresse ?
Que jevais payer cher un moment de foiblesse !
Le
JUIN
1739 TTOY
Le traître disoit bien que nous serions changés ;
Dans quel funefte état nous nous voyons plongés
Ah ! le voile est rompu , c'en est fait , nos yeux
s'ouvrent.
1
Mais quels tristes objets que d'horreurs ils dé
couvrent !
Le bien que nous perdons , et le mal qui nous
perd ,
et le Tartare ouvert ;
>
Le Ciel fermé pour nous ,
La foi , la pureté , l'honneur , et l'innocence
Nous avons tout perdu ; funeste connoissance !
Détestable sçavoir , qui par un coup fatal ,
Nous montre nos malheurs , en nous montrant le
mal !
Premiers trésors d'un coeur où regnoit la Justice
Vous êtes remplacés par l'orgueil , et le vice.
Quels monstres viennent-ils d'enfanter dans mon
sein !
D'affreufes passions j'y vois naître un essein ;
La haîne , le soupçon , le dépit qui m'enflam
me ,
Sont les tyrans cruels , les bourreaux de mon
ame ,
Qui , chargés par le Ciel du soin de me punir ,
Pour déchirer mon coeur semblent se réunir.
Et pour comble de maux , le remords infléxible
Me traîne au Tribunal d'un Juge incorruptible.
Déja le crime en nous regne de toutes parts ,
Et tout nous fait rougir , jusques à nos regards.
Ca
Fro3 MERCURE DE FRANCE
Ce corps , de mon esprit le ministre et l'esclave ,
S'érige en Souverain ; le maîtrise ; le brave ;
Et par tout où le trouble , et l'horreur me con
duit ,
Le crime me précede , et lå honte me suit.
Eh ! comment désormais de ce Dieu que j'of
`fense ,
Pourrai-je soûtenir la terrible présence ?
Helas ! Qu'attendons-nous ? dans les plus sombres
Lieux ,
Fuyons - le , dérobons notre honte à ses yeux.
Je me sens criminel , en faut- il davantage ?
Arbres , pour me couvrir , prêtez -moi votre ombrage
,
Epargnez- moi du Ciel l'importune clarté ;
Tout retrace à mes yeux mon infidelité .
Je m'abhorre , et me fuïs , Dieu , punissez un traî
tre ,
Coupable , malheureux , et trop digne de l'être.
N
REFLEXION Ș.
Ous ne nous attachons jamais fortement
, si auparavant nous n'avons reconnu
des qualités aimables dans la personne
qui nous attire , & s'il arrive que par inclination
JUIN
1739. 1107
clination notre coeur se soit laissé aller à la
douceur du penchant , nous le faisons tout
d'un coup revenir d'un choix si bizare , en
nous servant à propos des lumieres de notre
esprit.
Les jeunes gens ne sont pas ordinairemend
capables d'une véritable amitié , parce que
toutes leurs passions étant tumulteuses , ils
n'ont pas cette équité d'esprit que demande
une belle union , & par- là ils rompent tou
tes les mesures de l'amitié .
C'est un grand secret dans l'amitié, de sça
voir obliger ses amis avec des avances si gé
nereuses , qu'ils ne se lassent jamais de recevoir
les bons offices que nous leur rendons,
Ce n'est pas assés, pour devenir heureux ,de
travailler à son bonheur particulier , il faut
en chemin faisant , avoir en vûë celui des
autres ; en ne voulant être heureux qu'à condition
que les autres le soient avec nous
nous assûrons véritablement notre fortune, &
cette conduite marque à tout le monde un
amour propre bien reglé.
La subordination qui se maintient depuis tant
de siécles parmi les hommes, est le caractere
yéritable de la Divinité qui gouverne tous
Les
1108 MERCURE DE FRANCE
les ordres du Monde , sans le secours de la
quelle tout tomberoit dans le désordre &
dans la confusion .
Il y a bien souvent plus à profiter avec
'des esprits médiocres qu'avec de certains sçavans
, parce que nous concevons facilement
tout ce que les premiers nous proposent, comme
n'étant point au - dessus de nos lumieres ;
& pour les autres , ils sortent rarement
d'eux-mêmes pour descendre jusqu'à
nous , aussi ne voyent- ils jamais le point &
le degré de notre esprit , pour l'élever selon
sa portée.
comme
C'est un mauvais remede qu'une belle solitude
pour nous guérir de nos passions, nous
avons beau , pour ainsi dire , nous cacher à
nous-mêmes , il faut que notre raison s'en
mêle , si nous voulons véritablement revenir
de nos erreurs.
Il n'y a point de bride plus sûre contre
nos passions, que la Religion , elle apaise ce
qu'il y a dans nous - mêmes d'agité, elle adoucit
ce qu'il y a de farouche , elle se saisit du
coeur par les charmes d'un plaisir innocent
qu'elle inspire , & enfin après avoir assûré
nos passions contre nous -mêmes , elle nous
rend bienfaisans & officieux à tout le monde
, & jusqu'à nos ennemis.
JUI N. 17393 1109
Il y a des rencontres dans la vie, où toute
notre précaution est inutile; les pas que nous
faisons pour nous éloigner de certains dangers
, nous en aprochent, les voyes que nous
prenons pour nous en détourner , nous y
conduisent , & une fausse sûreté séduisant
notre esprit , nous fait tomber sûrement
dans le malheur que nous apréhendions.
Les belles qualités que nous recevons de
la Nature sont comme des Diamans bruts ; il
faut que l'éducation les polisse , parce que
les talents dont elle nous fait présent , ne
viennent jamais à nous dans leur perfection,
que par miracle.
Quelqu'excellent Maître que nous ayons
pour nous instruire , il ne sçauroit presque
jamais vaincre la malignité d'un mauvais naturel
; ce n'est pas la faute du Maître , mais
c'est qu'il en est à peu près de l'esprit des
hommes comme des Métaux , dont les uns
résistent au feu , les autres , au contraire , lui
cédent.
Il faut un Modele pour former un Hom
me rare , nous naissons bien pour la Vertu ,
mais nous ne naissons pas avec elle , & pour
arriver à sa perfection , il faut y être conduit
comme par la main..
Les
fin MERCURE DE FRANCE
1
Les Poëtes auroient bien fait de placer le
Fleuve Léthé dans le Palais de la Fortune 3
car aussi- tôt qu'on y est entré , on oublic
tout ; sa naissance , sa premiere condition ,
es parens , ses amis & leurs services ; enfin
on oublie Dieu , on s'oublie soi -même.
La Fortune ne sçauroit mieux décrier ses
faveurs , qu'en les prodigant à ceux qui ne
les méritent pas.
Ce qui fait que les gens riches ont beau
coup de parens & que les pauvres n'en ont
presque pas , c'est que les Généalogies chan
gent presque toujours avec la fortune.
De toutes les parties qui composent la
science de la Fortune, il n'en est point de si
nécessaire que celle qui enseigne à pénetrer
le secret d'autrui ; il faut moins sçavoir ce
qu'on pense soi-même , que ce que pensent
les autres , comme quand on jouë au Trictrac
, on doit moins sçavoir son jeu , que le
jeu de son Adversaire ; car tout le monde est
l'Adversaire d'un homme qui veut faire fortune.
Etrange condition pourtant , qui nous
oblige à regarder tous les hommes qui nous
environnent, comme nos ennemis.
Quelque aparence & quelque exemple
même
JUIN. IIIF 1739
même qu'il y ait du contraire , l'amour est
assûrément , pour faire fortune , la voye la
plus dangereuse , la plus incertaine & celle
qu'on doit le moins rechercher.
La Fortune se jouë souvent du mérite ;
mais on a souvent vû aussi que le merite se
jouë à son tour de la Fortune , & la force ;
pour ainsi dire , à le suivre.
C'est une étrange chose que la Fortuno
& le désir. Car tel a fait une fortune honnête
, qui seroit mort de joye , s'il avoit sçû
indubitablement il y a vingt ans qu'il en
viendroit là , & qui aujourd'hui meurt de
chagrin , parcè qu'il ne va pas plus loin.
Peschiamo tutti nell' Oceano , ma con diversi
ordini ; chi piglia un maggine , e chi pi '
glia una Balena.
Un homme qui se contente de ce qu'il a
ne mérite pas , en quelque maniere , ce qu'il
possede ; il faut au moins mettre la fortune
dans son tort , disent les Ambitieux.
La Fortune tient lieu de mérite à quelquesuns
, à d'autres elle tient lieu de tout.
Il est plus difficile de recevoir les faveurs
de
1112 MERCURE DE FRANCE
•
de la Fortune, sans s'en orgueillir, qu'il n'est
difficile de souffrir ses revers , sans se laisser
abattre.
On doit également redouter les faveurs &
les caprices de la Fortune , car souvent ce
qu'on tient, ou ce qu'on espere d'elle , ne récompense
pas de ce qu'on en doit craindre.
Si l'exemple de Salomon n'en étoit une preuve
convaincante on auroit de la peine à
croire qu'on puisse se lasser d'être heureux .
>
Le souverain bonheur consiste dans ces
'deux points ; à posseder ce qu'on aime , & à
aimer ce qu'on possede.
C'est le comble du parfait bonheur que
'd'être heureux , & d'en être estimé digne.
Il y autant d'égarement à se refuser les choses
qui sont en usage , agréables & faciles
à avoir , qu'à rechercher les difficiles &
superfluës.
Il y a des plaisirs qui sont plus sensibles
par le souvenir ou par l'esperance que l'on
en a , qu'ils ne le sont , lorsqu'on en jouit.
L'esperance d'une faveur est plus douce que
le souvenir du passé ne le peut être ; le regret
JUIN.
1113 1739.
gret diminue quelquefois le plaisir , le désir .
le redouble & l'anime.
Les plaisirs passent si vîte , qu'à peine sçaiton
s'ils sont plaisirs , & quoique la douleur
qui les suit d'ordinaire , en corrompe toute
la douceur , les hommes les recherchent
avec une extrême avidité.
Ceux-là vivent plus à leur aise dans le
Monde, qui n'ont ni trop, ni trop peu. Suavissimè
illi mihi videntur in terris vivere , quibus
nihil est quod nimium desit , aut quod ninimium
redundet.
L'indifference pour les plaisirs , nous délivre
de beaucoup de chagrins. L'homme ne
devroit ici bas aspirer à autre chose qu'à la
privation de la douleur.
Le repos & la fuite des douleurs , étoit la
volupté en quoi Epicure faisoit consister le
souverain bien .
Après la tranquillité de l'esprit , la santé,
du corps est le plus grand bien.
Les hommes ne sçavent ni s'occuper , ni
se divertir. Ils se surchargent d'affaires , ou
ils se plongent dans des dissipations excessi
ves
1114 MERCURE DE FRANCE
ves. Qui prendroit un juste temperemment
entre le travail & le plaisir , vivroit laborieux
sans peine , & joyeux sans oisiveté.
Je ne sçais, si le plaisir qu'on donne à la
personne aimée , lorsqu'on la voit , ne fait
pas la plus sensible partie de celui qu'on reçoit
soi-même , en la voyant,
Tel a assés de force pour suporter sa disgrace
, qui en manque pour soûtenir sa
prospérité.
Les exemples corrigent bien autrement que
les discours .
Dans beaucoup de résolutions , le jour
suivant est le précepteur du précedent.
Ceux- là souffrent avec plus de patience
d'être repris, qui méritent le plus d'être loüés.
Nulli patientius reprehenduntur , quam qui
maximè laudari merentur. Pline.
Il est bien difficile de se corriger de ses
défauts dans la prosperité. On croit toujours
avoir , raison lorsqu'on est heureux .
Le Monde a perdu son innocence ; tout
est foible & malade. Pour operer le bien , il
faut s'accommoder à l'imperfection de la
matiere ,
JUIN. 1739:
1115
matiere ; se défaire de cette vertu austere
dont notre siécle n'est pas capable ; suporter
ce qu'on ne sçauroit réformer ; dissimuler les
fautes qui ne peuvent être corrigées , & ne
point toucher à des maux qui puissent découvrir
l'impuissance des remedes ; décrier
laMédecine & rendre ridicules les Médecins.
C'est presque toujours notre orgueil qui
nous fait reprendre les autres de leurs défauts,
pour leur persuader que nous en sommes
exempts.
Le châtiment qui vient d'un homme irrité,'
doit être regardé plutôt comme une vengeance
que comme une correction.
Impedit ira animum , ne possit cernere verum.
Le
pauvre métier
que
celui de Censeur
!
on ne gagne
à l'exercer
que la haine
de ceux
qu'on
reprend
, & souvent
on ne corrige
personne
.
Secretè amicos admone ; lauda palam.
La correction la plus efficace est celle qui
ressemble le moins à une correction .
Bien des gens sont dans l'opinion , que la
belle galanterie corrige plus de vices, qu'elle
ne détruit de vertus,
1. Vol. D II
1116 MERCURE DE FRANCE
Il est très-bon de s'accoûtumer à profiter
du mal , puisqu'il est si ordinaire , & que le
bien est si rare ; sans compter qu'on se corrige
quelquefois mieux par la vûë du mal ,
que par l'exemple du bien.
Il est inutile de reprendre les personnes
qui ne veulent pas connoître leurs défauts
ou qui ne veulent pas les avouer.
Le plus court & le plus infaillible moyen
de se défaire des Censeurs , c'est de se corriger.
Soerate.
Et plus en Criminel ils pensent m'ériger,
Plus , croissant en ventu ,je songe me venger,
Despreaux , Epit. VII.
EPITRE SUR LES VRAIS AMIS,
A M. Piltiere.
A Imable Eleve d'Uranie ,
Toi , qui de mon ame attendrie
Seras dans tous les temps la plus chere moitié;
Elevons dans nos coeurs un Temple à l'Amitié,
Que cette innocente Déesse
Y regne , y triomphe sans cesse ,
Consactons-lui toujours nos voeux ;
>
Cher
JUIN. 17398 1117
Cher Piltiere , que la tendresse
De ce Temple soit la Prêtresse ;
Pour Victimes enfin immolons- nous tous deux ;
Que la séduisante richesse
N'éblouisse jamais ta charmante jeunesse ;
Laisse des désirs si honteux
A ces coeurs nés dans la bassesse ;
Que tes sentimens génereux
Te servent en tout temps de Titres de Noblesse
Des sentimens si beaux nous annoblissent mieux ,
Qu'une longue suite d'Ayeux.
•
L'Ambition nous trompe , aveugles que nous
sommes !
Un ami véritable est un présent des Cieux.
Nous jugeons cependant du mérite des hommes ,
Par un éclat trompeur , par un rang glorieur ;
Crois cet avis , mon cher Piltiere ,
Par ces préjugés odieux
Prends garde de soüiller ton heureux caractere ;
Les Rois possedent la Grandeur,
Les Amis goûtent le bonheur.
Tandis que le Printemps , couronné de verdure ,
Avec ses doigts fleuris , embellit la Nature ,
Fidele Ami , si quelquefois
Tu portes tes pas dans nos Bois ,
Contemple les Oiseaux , ils vivent sans contrainte¿
Leur instinct les conduit dans le sein des Plaisirs
Dij
118 MERCURE DE FRANCE
Ils laissent aux Humains & le trouble & la crainte;
On ne connoît chés eux ni remords ni soupirs ;
Les voit-on souhaiter un pompeux Equipage ?
Contens de leur sombre feuillage ,
Ils consultent leur coeur & non point leur plumage.
Pour s'unir l'un à l'autre & suivre leurs désirs ,
>
Ils voltigent sans crainte où leur coeur les convie ;
Hélas ! petits Oiseaux , que je vous porte envie !
Profitons des leçons de ces heureux Oiseaux
Cher ami , laissons - là ces argumens frivoles ,
Qui fatiguent l'esprit sans soulager les maux,
Un Pédant peut mugir sur les bancs des Ecoles ;
Pour nous , cherchons le vrai bonheur
Dans la tendre amitié plutôt que dans l'erreur
D'un Philosophe qui tadotte ;
Oui , cherchons ce bonheur , songeons à l'obtenir ,
Sans envier jamais au sublime Aristote
La gloire de le définir .
Par M. le Clerc.
. LETTRE
JUIN.
1119 1739
LETTRE de M. Joly , Chanoine de la
Chapelle- au-Riche de Dijon , à M. l'Abbé
'le Beuf, Chanoine & Sous- Chantre d'Au-
S
xerre.
Ouffrez , Monsieur , qu'un homme qui
vous est entierement inconnu , prenne la
liberté de vous demander quelques éclaircissemens
sur la Lettre que vous avez insérée
dans le Mercure du mois de Mars dernier.
Vous paroissez avoir quelque curiosité d'aprendre
si feu M. l'Abbé Papillon a parlé de
Pierre Grognet dans sa Bibliotheque Manuscrite
de Bourgogne. Comme c'est à vous ,
Monsieur , qu'il est presque uniquement redevable
des Ecrivains Auxerrois que renferme
cet Ouvrage , ainsi qu'il m'en a quelquefois
fait l'aveu, il a crû aparemment que Grognet
étoit né à Touci , suivant que vous le
dites à la page 72. de la Préface de votre Histoire
de la Prise d'Auxerre.
Si M. Papillon a eû connoissance de cet
Auteur, comme je me le persuade aisément,
il a crû , sans doute , que vous étiez mieux
instruit que la Croix- du- Maine, qui fait naître
Pierre Grognet à Auxerre . Je ne ferois
point difficulté de préferer votre témoignage
à celui de ce Bibliothecaire , souvent peu
Diij exact
1120 MERCURE DE FRANCE
exact , s'il ne m'étoit tombé depuis peu entre
les mains quelques Ouvrages de Grognet ,
où l'Auteur-lui -même en differens endroits
se dit Auxerrois.
Vos Recherches sur cet Auteur ont excité
les miennes, eû égard à l'interêt que je prends
à la Bibliotheque de Bourgogne. Cette Lettre
pourra servir de Suplément à la vôtre , &
même d'addition au Manuscrit de M. l'Abbé
Papillon , à moins que vous ne me fassiez la
grace de me communiquer les raisons qui
vous portent à croire que Pierre Grognet
étoit né à Touci .
Je ne sçais si cet Ecrivain a cû de la réputation
du temps de François I , mais il me
semble qu'il est aussi connu aujourd'hui
qu'aucun autre Auteur de son espece , j'ajoûte
même, autant qu'il le mérite. La Croixdu-
Maine & du Verdier , en parlent assés
amplement , de-même que de ses Ouvrages
dans leurs Bibliotheques Françoises , & ce
premier , à la page 400. de la sienne , le dic
positivement natif d'Auxerre en Bourgogne.
Ce Bibliothecaire cite une Edition des Mots
dorés de 1543. à Paris , chés Alain Lotrain ,'
& depuis chés Jean Bonfons. Ou la Croixdu-
Maine se trompe en écrivant 1543. pour
1533. ou c'est une Edition de ce que vous
apellez l'Extrait du second Volume , ou enfin
c'en est encore une du second Volume des
Mats dorés.
Du
JUIN. 1739'. 112
Du Verdier en cite une autre des mêmes
Mots dorés in - 8 ° à Paris , chés Denis Janot
sans date . Est- ce le second Volume , ou sim
plement l'Extrait ? Le Titre de cette Edition
est different de celui que vous citez , comme
vous pouvez le voir page 1017.de sa Bibliotheque
. Il differe ausi de celle que j'ai actuel
lement entre les mains.
Il me paroît , Monsieur , que vous n'avez
point vû cette derniere , qui est Gothique,
Ce n'est certainement point la même que
la vôtre ; vous en jugerez bien-tôt. Voici
le Titre de la mienne : Les Mots dorez du
grant saige Cathon, en Françoys & Latin
avecques plusieurs bons & très- utilles enseignemens
, proverbes , adaiges , authorisez & dicts
maraulx des saiges, proufitables à ung chacuns
nouvellement revûs & corrige avec plusieurs
aultres bon enseignemens adjoustez oultre la
précédente impression. Et en la fin du dict Vo
lume sont insérées aulcunes propositions subtilles
problêmatiques & énigmatiques , Sentences, ensemble
l'interprétation d'icelles pour la consola
tion des Auditeurs.Cum Privilegio.On les vend
à Paris , à la ruë neufve Notre - Dame¸ à l'Enseigne
S. Nicolas , in 16. sans date.
Pierre Gromet ( car c'est ainsi qu'il signe
ici son nom , quoiqu'il écrive toujours en
Latin Grosnetus ) dédie son Livre à Henri de
Valois , Daulphin «de France , & à Charles
D iiij Duc
T122 MERCURE DE FRANCE
Duc d'Angoulesme . Ce qui prouve clairement
que cette Edition ne sçauroit être antérieure´
a 1536. puisque Henri de Valois , qui fut
depuis le Roy Henri II . ne devint Dauphin
qu'après la mort de François , son frere aîné,
arrivée le 10. Août de cette année . On lit
dans cette Epitre Dédicatoire une singularité
dont je vous fais part,d'autant plus volon
tiers , que cette Epitre manque dans votre
Exemplaire Gothique ; c'est que Gromet donne
à ces Princes la qualité de Majesté . Je
sçais que ce glorieux Titre se trouve dans
plusieurs Lettres écrites à quelques Personnes
distinguées par leur rang , sur tout aux
Evêques. Mais je n'aurois pas crû que cet
usage eût été en vigueur jusqu'en 1536. &
peut -être Gromet est - il le seul qui en ait honoré
de son temps d'autres que des Monarques
. Il ajoûte dans cette Epitre , qui est
vrai - semblablement differente de celle qui
se trouve dans votre Edition in- 8 ° . Qu'après
avoir écrit le second Volume des Mots dorez
du saige Cathon, avec un Enchiridion des vertus
morales & intellectuables , il a considéré de
vor , visiter & augmenter ce premier Volume.
Il entend , sans doute , votre Edition Gothique
, qui doit être antérieure à celle ci, puisque
les solutions des questions énigmati- .
ques , qui manquent dans la vôtre , se trouvent
dans la mienne . Je prens pour exemple
JUIN. 1739-
1123
ple les Vers que vous citez , & dont voici le
premier :
Homme qui oncques ne fut né.
On lit au bas , de- même que dans l'Edition
de la veuve Bonfons , c'est Adam. Je ne
vous en raporterai plus que deux exemples
assés courts , pour ne pas ennuyer beaucoup.
Ad Sylvam vado renatum cum cane quinto ,
Quod capio perdo , quod fugit hoc habeo.
A la Forest m'en vays chasser
Avecques cinq chiens à trasse ,
Ce que je prends , je perds & tiens
Ce qui s'enfuit , ay & retiens ,
Or devinez de cette affaire ,
Comme cela se pourroit faire.
y
C'est quand on va chasser en sa tête avec
ques cinq doits de la main , pour prendre &
tuer ces petites bestes.
Je crois que ce Commentaire de Gromet
est assés clair. Au reste il y a faute de rime
dans le premier Vers ; & l'Auteur l'avoit
peut- être écrit de la maniere suivante , ou à
peu près , du moms il auroit dû le faire :
Au bois je m'en vais à la chasse..
7
A Paris un homme a eû la tête tranchée
quatre- vingt Cordeliers eurent la tête cou
D v pée 1
1124 MERCURE DE FRANCE
pée , & en tout n'y fut trouvé qu'ung Tré
passé.
C'est-à- dire , un Quidam eut en Grève la tête
tranchée , & quatre- vingt Cordeliers allerent
querir ladite tête , pour inhumer dans leur
Convent.
Si vous ne m'aviez apris , Monsieur , que
ces Mots dorés sont un Extrait de l'in-8 °.
j'aurois été tenté d'en douter , & voici par
quelle raison. A quel propos l'Auteur a- t'ik
intitulé son Livre : Second Volume des Mots
dorés , s'il n'a pas eû dessein d'en donner un
premier ? Or ce premier ne pourroit- il pas
être l'in- 16 . qu'il auroit composé d'abord, &
qu'il n'auroit jugé à propos de publier qu'après
le second ? Je ne fais cette remarque
qu'en tremblant , parce que je n'ai jamais vû
FEdition in - 8 °.
Quoiqu'il en soit , ces Mots dorés ne sont
autre chose qu'une Traduction en Vers François
des Distiques attribués mal- à - propos
l'ancien Caton , par Vigneul Marville , qui ,
pour le dire en passant , assûre,, page 64. du
Tome I. de ses Mêlanges , Edition de 1725.
qu'il ne sçait sur quel fondement certains Cri
tiques prétendent que les Distiques de Caton ne
sont point de cet ancien Romain , mais de quelque
demi Chrétien qui s'est couvert de son nom..
Je serois , ajoûte- t'il , plutôt de l'avis de ceux
qui pensent que ce petit Ouvrage est véritablement
JUIN. 1739.
1125
ment de Caton. & c. Pour être de ce sentiment
il faut n'avoir pas lû le second Livre de ces
Distiques , au commencement duquel l'Auteur
fait mention de Lucain. Finissons cette
digression. Gromet a aussi traduit en Vers le
Prologue de ces Distiques , & a fait préce
der le tout d'un autre Prologue aussi en Vers
de sa façon, Voici comme il traduit le der
nier Distique , ou plutôt les deux derniers
Vers , puisque ce sont des Hexamétres :
Miraris verbis nudis me scribere versus ;
Hos brevitas sensus fecit conjungere binos
Tu t'esbahis de ta Doctrine ,3
De Cathon lequel pour le mieux
A fait son Livre cher & digne ,
Par Vers & Couplets deux à deux..
Il termine sa Traduction de la maniere
suivante :
Mais d'icelui le Translateur ,
Sans perdre temps , & pour s'esbatre ,
Comme simple & humble Orateur ,
De deux Vers en a couché quatre.
bis
Vous sçavez , Monsieur , que les railleurs
apliquent ce dernier Vers des Distiques de
Caton : Hos brevitas sensus fecit conjungere
nos , aux Moines qui sont obligés de sortir
accompagnés
D vj Puisque
1126 MER CURE DE FRANCE
Puisque je suis en goût de citer , je vais
transcrire quelques Morceaux singuliers de
la composition de Gromet , lesquels suivent
la Version des Distiques de Caton :
Si je m'esbas , faisant Rondeaux en ryme
Le plus souvent en rimant je m'enrime ;
Bref, c'est pitié d'entre nous Rimailleurs ;;
Čar vous trouvez assés de rime ailleurs ,
Et quand vous plaît , mieux que moi rimassez,
Des biens avez & de la rime assés
Mais moi , à tout ma rime & ma rimaille ,
Je ne soustiens , dont je suis bien marri , maille.
Il me semble avoir lû quelque chose de
semblable dans Tabourot. On peut deviner
aisément lequel des deux est le Plagiaire..
Question d'ung Légiste à ung Hermite..
Homme , que fais tu en ce bois ?
Au moins parle à moi , se tu daignes..
Réponse dudict Hermite.
Je regarde ces fils d'Iraignes ,
Qui sont semblables à vos droicts ,,
Grosses Mouches en tous endroits.
Y passent , menuës y sont prises .
Povres gens sont sujets aux Loix ,,
Et les Grands en font à leurs guises.
* D'Araignées..
Dicton
JUIN. 1739. FT27
Dicton des Barbiers contre ceux qui portent
trop grande barbe..
Qui veult sçavoir que barbe non rasée ,
Quel honneur fait à celui qui la porte
Cogneu qu'elle est au menton mal aisée ;,
Et que plusieurs en ont fait leur risée ,
Et la beauté du visaige transporte ,
Conclure on peut , à tous je m'en raporte ,
En ung bref mot , voire sans flaterie ,
Que le Porteur la portant en emporte
Petit honneur , & grande moquerie.
Graces après le repas .
Louange à Dieu , paix aux Vivans ,
Et Paradis aux bien BEUVANS
Joye & repos aux Trépassez ,
>
Et à nous , quand serons passez. Amen .
Je pourrois peut -être , Monsieur , vous
donner ce Quatrain pour preuve que Gromet
étoit Bourguignon ; car il n'y a guere
qu'un homme de cette Province , qui s'avisât
de faire le souhait contenu dans le se ÷
cond Vers. Mais vous me répondriez , sans:
doute , que si cet Auteur n'est pas né en
Bourgogne , il est du moins de la lisiere . Jes
vais donc tâcher de prouver plus sérieusement
& plus solidement qu'il étoit d'Auxer
re. J'aurai par-là occasion de faire mention
de
128 MERCURE DE FRANCE
de quelques- uns de ses Ouvrages , dont je
ne vous entretiendrai pas long temps , parce
qu'ils se trouvent , pour la plupart , dans la
Croix -du- Maine & dans du Verdier.
Ce dernier nous aprend que Grosnet ( ces
deux Bibliographes le nomment ainsi ) a fait
le Manuel on Promptuaire des Vertus Mora-
Les & intellectuables , imprimé à Paris , chés
Pierre Sergent , in- 8°. sans date. Je ne connois
point ce Livre. L'Auteur en a parlé dansson
Epitre Dédicatoire des Mots dorés. Est- ce
la même chose que celui-ci ? Enchiridion
virtutum , sive compendiolum morale Petri
Grosneti Altissiodorensis , Artium Magistri ,
necnon in utroque jure Licentiati , in optima
Aristotelis Moralia introductorium . Parisiis
apud Johannem Longis . Cum Privilegio. 15 3 4º
in- 16.
Vous voyez , MMoonnssiieeuurr ,, qquuee l'Auteur se
dit Auxerrois. Il signe son nom en Latin
Grosnetus. Mais il est toujours suivi de ce
mot : Altissiodorensis . Après cette Epitre suit
une autre , à la tête de laquelle on lit : Hu
manissimos , necnon clarissimos fratres & Dominos
,Gulielmum Claromontensem Præsulem,
Antonium à Prato , Dominum de Nantoil-
Leto, Petrus Grosnetus , Altissiodorensis Salvere
jubet.
On trouve encore quelques autres Ouvra
ges de Grognet dans la Croix- du-Maine &
dans
JUIN. 17390 TIZ
dans du Verdier. Je ne vous en citerai plus
qu'un. La Croix- du-Maine dit qu'il a écrit
premierement en Latin , et depuis traduit en
François un Livre intitulé : Le desenhortement
du pechéde Luxure, & généralement de tous les
pechés mortels, imprimé à Paris l'an 15:37. Je
n'ai point vû la Traduction ; mais j'ai l'Original
, qui est relié avec l'Enchiridion dont
je viens de parler ; en voici le Titre : Hand
inutile libidinis , sive Luxuria dehortamentum,
cum Laicis , tum Ecclesiasticis viris utilissi
mum , nec non accommodatissimum . 15382
Cum Privilegio , Parisiis , apud Dyonisium Jay
notium. In- 16.
J'ai peine à concilier la date de 1537-
que la Croix -du-Maine donne à la Traduc
tion , avec celle de l'Original , qui est de
1538. c'est vrai- semblablement une faute de
ce Bibliothecaire . Le Livre , qui est dédié
au Cardinal Louis de Bourbon , Archevêque
de Sens , ne contient qu'un tissu de Citations
triviales d'anciens Auteurs en Prose &
en Vers , comme vous vous en apercevrez ,
si vous le parcourez un jour. Je ne repeterai
point que l'Auteur s'y nomme plusieurs
fois Altissiodorensis. Ce qu'il y a de singulier
dans tous les Ouvrages que j'ai vus de
Grognet, c'est qu'il n'y a point de chiffres au
haut des pages. La même chose s'observet'elle
dans votre in- 8°. & dans votre Edition
Gothique
Au
1130 MERCURE DE FRANCE
Au reste , Monsieur , l'amitié qui a été entre
vous & feu M. l'Abbé Papillon , aussibien
que votre zele pour la République des
Lettres , & pour votre Patrie , à qui vous
faites tant d'honneur , m'engagent à vous
aprendre qu'on va mettre incessamment
sous presse à Dijon , sa Bibliotheque des Auteurs
de Bourgogne. Comme je suis chargé
de l'Edition de cet Ouvrage , je prendrai la
liberté de vous demander , dans le temps ,
quelques éclaircissemens sur les Ecrits que
Vous avez mis au jour. J'espere que vous
voudrez bien me les donner. Si vous
connoissez quelques autres Ouvrages de
Grognet , qui ne soient pas dans la Croixdu-
Maine , ni dans du Verdier , suposé que
cet Ecrivain soit d'Auxerre , je vous prie de
me les indiquer , & de me croire avec res
pect, &c.
A Dijon le 25. Avril 1739.
TRAIT
JUI N. 1739 113
****************
TRAIT D'HISTOIRE
.
C
Alexandre & la Gloire.
E fameux Grec qui mit l'Asie en cendre ,
Fut en naissant couronné de lauriers
Il reçut au berceau le grand nom d'Alexandre
Et fut dès son printemps , l'Exemple des Guerriers
;
Il venoit de soumettre Arbelle ,
Quand la gloire de Mars en superbe appareil ,
S'offrit à lui dans le sommeil ;
Au bout de l'Univers je t'attends , luit dit- elle ,
&
Pars , vole où ton bonheur t'apelle ;
De ses beautés épris à son reveil ,
Il va toujours cherchant ce phantôme de gloire ;
De combats en combats , de victoire en victoire ;
Devant ses pas , phantôme fuit ;
Et Conquerant toujours le suit ;
Tant qu'à la fin les limites du monde
Bornent feuls du Vainqueur la course vagabonde ;
De ses travaux alors il croit cueillir le fruit ;
Il se montre à la Mer , l'Ocean sur la rive
Le voit traînant la Victoire captive ,
* Alexandre en grec signifie Vir fortis ,
courageux ; Heros.
homme
EL
1132 MERCURE DE FRANCE
Et craint d'être à son char avec elle enchaîné .
Devant son fier Heros , la gloire fugitive
Se trouve au rendez- vous donné,
Mais le sort change , et ce Roy fortuné
Tombe sous les coups de la Parque.
Tout disparoît , Heros , Monarque ,
Sceptres , lauriers, il ne reste aujourd'hui
Qu'un vain souvenir d'Alexandre ,
La Gloire encore est fidelle à sa cendre ,
Elle suit à son tour un phantôme , pour lui.
M. L. Poncy Neuville:
*****************
DESCRIPTION d'une nouvelle Ma
chine. Lettre écrite de Nevers le 13. May
1739.
J'
'Allai voir hier un de mes Amis , M. qui
se pique de Philosophie , & qui vit en
Philosophe. Ses plus grandes occupations
ne l'empêchent point de se coucher regu
lierement à neuf heures , & de se lever à
quatre. Il a pris , dit- il , cette méthode des
Jesuites , qui s'en trouvent fort bien , &
pour leur santé & pour leur étude. Ces jours
passés , voulant éprouver son éxactitude , je
m'avisai d'entrer chés lui sur les neuf heures
du soir , je pénétrai jusqu'à sa chambre ,
&
je
JUIN. 1739% 1133
je le trouvai effectivement entre deux draps !
qui,en attendant le sommeil,lisoit lesMondes
de FONTENELLE à la lueur d'une petite lampe
de crystal. Après un moment de conversation
; vous êtes , dit-il , mon Ami ; entre
Amis on ne se gêne point ; je sens le sommeil
venir , vous trouverez bon que j'en
profite , & que je me jette entre ses bras :
cependant allumez cette bougie , & allez
joindre mon Frere dans son Apartement ; il
est plus en état que moi de profiter de l'honneur
de votre visite. J'obéis , & comme je
me disposois à éteindre la lampe , je fus
très- surpris de voir un petit éteignoir s'ab
baisser de lui-même , & l'éteindre fort pro
prement , je suspendis l'effet de ma curiosi
té,par respect pour le sommeil de mon Ami;
mais le lendemain j'allai lui faire part
de ma
surprise,& le prier de me mettre au fait. Ouvrez
, me dit-il , cette boëte , & voyez vousmême
ce qu'elle renferme. J'ouvre , & voici
en quoi consiste la petite machine . Ce sont
d'abord deux petits morceaux de bois , placés
perpendiculairement à quatre ou cinq
pouces l'un de l'autre , & fichés dans le
Fond de la boëte. Leur hauteur est aussi
de quatre ou cinq pouces , ils ont chacun
à l'extrémité d'en haut , un trou pour rece
voir les deux bouts d'un aissieu , qui doit y
⚫ourner fort librement. Cet aissieu est tra
versé
1134 MERCURE DE FRANCE
versé à angles droits par une petite broche
de fil de fer , de moyenne grosseur ; de..
maniere cependant , qu'une des parties de la
broche est plus longue que l'autre d'un bon
tiers. Elle doit avoir en tout sept ou huic
pouces de longueur. A l'extrémité de la partie
qui est plus longue , est attaché un petit
éteignoir. A l'extrémité de l'autre partie qui
est plus courte , est aussi attaché un cône
dont la pointe qui est en bas , est percée
d'un petit trou , de demi ligne de diametre
tout au plus. La longueur inégale des deux
parties de la broche, fait que l'éteignoir est
en bas , tandis que le cône renversé est en
haut. Au fond de la boëte est un tiroir plein
de sable très- fin . C'est de ce sable qu'on
remplit le petit cône renversé. Ce poids l'oblige
de descendre : mais il arrive qu'au
bout d'un quart d'heure , ou plus , si l'on
veut y mettre plus de sable , les cônes reviennent
à leur premiere situation , parce
que le sable s'est écoulé par le petit trou
dont j'ai parlé , & alors l'éteignoir , en retombant
, éteint la lampe qu'on a mis pour
cela à une juste diftance de la machine. La
boëte sert à en cacher le méchanisme , & à
empêcher les ordures de se mêler au sable.
Elle s'ouvre par en haut pour laisser la liberté
de verser le sable dans le cône renverse
: elle a encore à côté une ouverture
сд
JUIN. 17396
1135
en fente pour le jeu de la petite broche , qui
soûtient l'éteignoir. Voilà , Monsieur , une
machine aussi simple qu'utile . Chacun peut
se la procurer sans beaucoup de frais, moyennant
quoi , on s'endort le livre à la main ,
sans craindre les accidens du feu , qui ne
sont que trop ordinaires , si l'on n'use d'une
grande précaution. Je fuis &c.
Nic. Levermé.
C
FABLE .
Upidon dans l'Olimpe étant avec les Dieux ,
S'exerçoit sur son Arc , lorsque , par avanture ,
S'écarte un Trait audacieux ,
Dont la Souveraine des Cieux
Reçût une blessure .
Jupiter aussi-tôt craint le sort de Vulcain ,
Un feu séditieux s'allume dans ses veines
L'Amour s'échape soudain ,
Jupiter , le foudre en main ,
>
Le poursuit , & des airs il fend les vastes plaines ,
Mais son effort est vain ;
L'Amour vole toujours , & fuit à tire d'aíle ,
Jupin le suit jusques dans ses climats ;
Mais tout à coup d'une jeune mortelle
Il voit briller les plus charmans apas :
C'étoie
133 MERCURE DE FRANCE
C'étoit Iris qu'il prit pour l'Amour même ,
Vêtuë en Amazone , au fond d'une forêt
Qui, lasse de chasser reposoit en secret ;
Il alloit la fraper dans son courroux extrême ,
Lorsque la Belle ouvrit les yeux ;
De ces yeux enchanteurs il part un trait de flâme
Qui vient fraper le Monarque des Cieux.
Une tendre pitié s'empare de son ame ,
Il reconnoit Iris à ces traits précieux.
Alors ils bannit les allarmes ,
Le repos en son coeur est bientôt de retour :
Iris , en faveur de tes charmes
Il pardonne à l'Amour.
Par Madame L. V.
Skakaka
EXTRAIT d'une Lettre écrite à M.
Fenel , Chanoine de l'Eglise Metropolitaine
de Sens , par M. Lebeuf , Chanoine d Anxerre
, au sujet de l'Etabliffement de la So-.
cieté Litteraire d'Arras.
Ermettez , Monsieur , que je me ré-
Pjouisse avecvous ,au sujet du nouvel
›
Etablissement que le Mercure de France
nous aprend qu'on forme à Arras : je veux
dire la Societé Litteraire dont M. de Gouve
nous a marqué le Projet. Si vous tenez à
cette
JUIN. 8 1137 1739:
tette ville là par quelque endroit , je puis
ne la point regarder aussi avec des yeux indifferens
, étant la premiere de celles que
j'ai vûës dans ma jeunesse, au fortir de Paris,
& dont je fus tenté d'étudier dèslors les
Antiquités Liturgiques . Vous sçavez que
toute éloignée qu'elle est de la Bourgogne ,
ma patrie , il a été un temps auquel elle y
avoit quelque raport , & principalement
sous nos derniers Ducs. Nous eûmes alors ,
nous autres Bourguignons , de grandes relations
avec l'Artois , & plusieurs autres Contrées
des Païs -bas. Je ne fçais même fi ce ne
fut pas dans ces temps-là, que quelques usages
passerent d'un Pays dans l'autre. C'est
pour cela, M. que je ne voudrois pas queM.
de Gouve nous eut representé la Province
d'Artois comme un Pays fi engourdi à l'égard
des Belles- Lettres.
J'y ai connu des Esprits très - délicats , &
j'y en connois encore. On y a écrit comme
ailleurs : on y a composé des Livres , on y a
aimé la lecture. Il est vrai que la disette de
Monumens, Romains n'y a pas excité cette
ardeur pour la connoissance des Antiquités
Romaines & Grecques , qu'on a remarqué
dans les Provinces meridionales des. Gaules
mais avez-vous fait attention , que c'est
dans l'Artois , & dans le voisinage , que
l'on a d'abord imiré la Provence , soit dans
138 MERCURE DE FRANCE
la composition des Poësies vulgaires , soit
dans les Traductions des anciens Livres en
la Langue du Peuple ? Vous pourrez en voir
un jour les preuves dans mon Traité Historique
sur l'antiquité des Traductions en
Langue Françoise , que je ne puis achever,'
que je ne sois entierement au bout des autres
Occupations dont vous sçavez qu'on m'a
chargé , & dont j'attends la fin avec quelque
sorte d'impatience.
Au reste , M. je crois que vous serez
charmé avec moi de la franchise avec laquelle
s'expliquent les Artésiens. Cette qualité
si oposée à celle que le Vulgaire attribue
à une autre Nation venuë du Nord , a
pû les lier anciennement d'amitié avec les
Bourguignons , qui ne s'en glorifioient pas
moins qu'eux. Je vous laisse maintenant à
refléchir sur le nom de Franchise , que le
Roy Louis XI . voulut faire porter à la Ville
d'Artas , au lieu de son ancien nom , en
quoi cependant il ne put réüffir , que pour
quelque temps. Soit que ce fut dans le sens
que ce mot signifie Exemption , Affranchissement
, Immunité , soit que ce fut dans l'autre
sens , dans lequel je l'ai employé plus
haut , il n'est pas hors de propos d'en aprofondir
la cause. Louis XI. accorda des
Privileges particuliers à plusieurs autres Villes
, comme à Beauvais , &c : mais il n'en
fit
JUIN.
1139 1739
fit point changer le nom ; & sans doute que
le nom de Franchise n'auroit pas convenu
indifferemment à toutes. Je n'ai pas oublié
dans mes Mémoires sur l'Histoire civile
d'Auxerre ce que j'en ai lû dans un Compte
de la Communauté des Habitans. Jean Řegnier
, Bailli d'Auxerre , partit le 21. Juin
1483 , accompagné d'un Notable , & se
rendit auprès du Roy Louis XI. à Tours ,
où ils trouverent le Gouverneur d'Auxerre
venu de Franchise. Je ne connois parmi les
Modernes que le P. Daniel qui ait fait observer
, que lors qu'on lit dans des Monumens
de ce temps - là le nom de Franchise
pour un nom de Lieu , il faut entendre
par
là la Ville d'Arras. Tous les Dictionaires
omerent cette circonstance remarquable ,
qui me paroît cependant être naturellement
de leur competence.
Quoi qu'il en soit de l'origine du nouveau
nom que Louis XI. essaya de donner à
la Ville d'Arras , je crois que Cambray &
Arras étant peu éloignés l'un de l'autre, &
à peu près dans la même temperature ,
loge que les deux derniers Dictionaires
Geographiques ont fait en général des Esprits
du Cambresis , peut s'étendre égale
ment sur l'Artois. Je suis , &c.
1. Vol.
A Paris , ce 16. May 1739 .
l'é-
E L'A
140 MERCURE DE FRANCE
XXXXXXXXX XXXXXXXXXXXX
L'AMOUR DESARME'
PAR LA RAISON.
LAA Raison curieuse, un jour
Alloit incognito dans l'Iſle de Cythere ,
Et parcourant ce beau Séjour ,
Alle vit à l'écart dans un Lieu solitaire
Cupidon qui dormoit sur la tendre Fougere ,
Les Plaisirs , les Jeux , & les Ris ,
Qui l'accompagnent d'ordinaire ,
Comme lui s'étoient endormis.
Profitons de cette avanture ,
Dit- elle , saisissons son Arc & son Carquois ,
Désarmons ce Tyran de toute la Nature ,
Chaque jour il ravit des Sujets à mes Loix :
Aussi-tôt d'une main hardie ,
Cette redoutable Ennemie ,
Rompit ses Traits , éteignit son Flambeau ;
Elle se promettoit une entiere vengeance ,
Mais ce Dieu s'éveillant trompe son esperance
Il met en sureté ses Aîles , son Bandeau ;
Seulement de ses Armes
Il ramasse en fuyant , quelques tristes débris
Qu'il ne peut s'empêcher d'arroser de ses larmes ,
Et
JUIN
11141 1739.
Et dans l'instant revole vers Cypris.
Amour , dit- on , depuis un tel outrage .
Ne blesse plus que foiblement ;
L'inconstance & l'aveuglement
Lui sont reſtés pour apanage.
Par Mlle B. de Verdun,
12
****************
EXTRAIT d'une Lettre adressée il y a quelques
années à Dom Nicolas Touftain , Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur
tiré de l'Original de M. *** touchant les
Lieux nommés mal à propos , Villeneuveaux-
Aulnes , La Villette -aux- Aulnes.
QVoique votresanté , mon R. Pere, ne
vous permette pas , depuis que vous
êtes retiré à Chelles , de travailler à la nou
velle Edition du Gloffaire de Du Cange
je crois cependant qu'elle n'est point en si
mauvais état , que vous ne vous faflicz un
plaifir de creufer encore de temps en temps
dans l'Etymologie de quelques Noms , ou
du moins de lire ce qui y a raport , lorsqu'il
renferme quelque chose de singulier. Je ne
doute point que vous n'ayez déja fait plus
Dom Toußlain , qui avoit ramassé des mate
riaux pour cette Edition , est mort à Lagny le 16.
Octobre 1731
E ij
d'une
1142 MERCURE DE FRANCE
'd'une fois le chemin qu'il y a de Chelles à
Lagny , & quepar conséquent vous n'ayez
passé assés souvent dans le Village de Villeneuve
, qui est à moitié de la route. Mais
Vous serez -vous aperçu que plusieurs Cartes
de Géographie apellent ce petit Village ou
Hameau, du nom de Villeneuve aux Aulnes ?
Elles ne se conforment point en cela aux
deux Pouillés de Paris , raportés dans Du
Breuil & à celui que le Sr Alliot a donné en
1626. où ce Village est nommé Villanova ad
Asinos. M. de Valois , dans la Liste des Villages
du Diocèse de Paris , qu'il a jointe à sa
Notice des Gaules , convient auffi de la réalité
du nom de Villanova ad Asinos ; & il
ajoûte , que ce Village est ainsi dénommé
›
,
multitudine Asinorum . Mais pourquoi y
avoit-il une plus grande quantité d'Asnes en
ce Lieu que dans les autres Villages ? c'est ce
qu'il ne dit pas , & qu'il a peut-être cru audessous
de ses recherches. Loca
**
Pour moi , je vous communiquerai sans
façon la pensée qui m'eft venue, depuis que j'ai
fçuque ce font les Peres Trinitaires,autrement
dits Mathurins , qui y possedent le principal
Domaine , & qui y ont ce qu'ils apellent
parmi eux une Miniftrerie , c'est- à - dire une
Eglise avec une Habitation & une Ferme.
Le Gloffaire , a l'augmentation duquel vous
avez travaillé , m'a renvoyé à lá Chronique
d'Al-
1
JUIN. 1739.
1143
,
d'Alberic , à l'occasion du mot : Asinorum
Ordo , qui est à la Lettre A. Ce Moine Cistercien
de Trois Fontaines au Diocèse de
Châlons , qui vit établir de son temps
l'Ordre des Trinitaires au Diocèse de Me ux,
en parle assés au long à l'an 1198. & il nous
aprend qu'ils ne voyagoient que sur des
Asnes ou sur des Mulets , par esprit d'humilité
& de pauvreté Quod Asinos & Mulos
equitant , primò fuit institutum causâ bumilita
tis,& causâ etiam paupertatis.Une autre Chronique
imprimée au second Tome du Spicilege
, met aussi à l'an 1198. l'Institution de
l'Ordre de la Sainte Trinité , quem solebant →
dit l'Auteur , appellare Ordinem Asinorum,
eò quod Asinos equitabant , non Equos ; c'est
la Chronique de S. Médard de Soissons. Du
Boulay avoit raporté cet Endroit au second
Tome de l'Histoire de l'Université de Paris
page 524. Et si on doutoit de cette apellation
, il n'y auroit qu'à ouvrir la Regle de
ces mêmes Religieux , contenue dans le premier
Livre des Epîtres du Pape Innocent
III. Edition de Venise , page 306. Equos non
ascendant , y est-il dit , nec etiam habeant
sed Asinos tantùm liceat ascendere , datos vel
accomodatos , vel de propriis nutrituris susceptos.
Il est vrai qu'il y eut un adoucissement
à cet Article , accordé par Clement IV. en
1267. & qu'on permit l'usage des Chevaux
E iij
aux
7144 MERCURE DE FRANCE
aux Peres de l'Ordre , pourvû que ce ne fussent
pas des Chevaux magnifiques ; le Glos
saire en fournit la preuve : mais les premiers
Statuts avoient établi un usage ; & cet usage
de ne voir que des Asnes dans leurs Fermes
ou leurs Métairies , fit apeller du nom
de Ville aux Asnes les Villages où ces animaux
étoient en si grand nombre ; rien
n'étoit plus naturel parmi les Gens de la
campagne , que de parler suivant leurs connoissances.
La force du premier Statut fut si grande ,
que
le surnom des Asnes se trouvoit encore
lié à celui des Religieux en question l'an
1330. C'est votre Glossaire même qui me le
fournit , dans un Compte de la Maison du
Roy de cette année - là , où je lis sur l'Article
des Mathurins de Fontainebleau les mots
suivans : Les Freres des Asnes de Fontainebliant
, où Madame fut espousée , &c.
,
C'est donc en vain que quelques Notaires
ou Géographes modernes , s'avisent d'écrire
Villeneuve-aux- Aulnes , pour faire éclipser
la dénomination de Villeneuve aux Asnes.
Outre que le Territoire n'est point de la na
ture de ceux où l'on plantoit des Aulnes ;
les anciens Titres réclameront toujours contre
cette entreprise. Mais quelle petitesse
d'esprit , que de se facher de ce qu'on apelle
ee Lieu Villeneuve aux Asnes Tous les Lieux
qui
JUIN. 1739
1145
qui portent le nom d'Asnieres , & qui sont
en grand nombre , n'ont- ils pas la même
origine ? Je ne dis pas qu'ils ayent pour
cela apartenu aux Mathurins ; mais ces.
Asnieres étoient des réceptacles d'Asnes ,
soit l'utilité des Moulins , soit pour
pour
le
transport des Marchandises d'un Lieu à un
autre. Voit-on qu'on se soit avisé de changer
ce nom d'Asnieres en celui d'Aulnieres , &
certains Ponts nommés Ponts aux Asnes
>
que
dans l'usage , commencent
maintenant
à être
apellés Ponts aux Aulnes ? Nullement
. Consultez
la Carte des Environs
de Paris par
Jaillot , elle est exacte dans ces deux der
niers points. Le Pont aux Asnes y est nettement
marqué entre le Ménil & Villeneuve
sous Dammartin. On ne peut m'oposer
qu'
un ancien Mercure
Galant ; c'est celui d'Octobre
1711. où , à la page 133. en raportant
la Cérémonie
de la Dédicace
de la nouvelle
Eglise d'Asnieres
proche Paris , l'Historien
donne à ce Village le nom de Belle-Isle
place de celui d'Asnieres
. J'avoue que c'estlà
l'exemple
d'une entreprise
sur la Géographie
: mais l'Auteur
a fait voir en plus d'un
endroit
de son court Narré , qu'il étoit mal
instruit , & peut- être n'est - ce que dans l'Imprimé,
qu'on a substitué
Belle- Ifle à Asnieres,
pour éviter le contraste
de deux mots l'un
sur l'autre. Il faut consulter
cet Imprimé.
E iiij
›
en
Ainsi ,
147 MERCURE DE FRANCE
,
Ainsi , mon R. P. je crois que vous në
feriez pas mal de faire ajoûter ma Remarque
au bout de l'Article d'Asinorum Ordo dans
la seconde Edition du Glossaire de Du
Cange , & d'insinuer qu'on ait à insister sur
la Villeneuve aux Asnes , qui est de votre
connoissance. Je pourrois vous citer encore
la Villette aux Asnes , qui est une autre Miniftrerie
des Mathurins , un peu par- delà le
Village de Villepeinte , du Diocèse de Paris,
à l'entrée de celui de Meaux , à trois lieuës
seulement de Villeneuve aux Asnes. On se
laisse également séduire sur le véritable nom
de ce Lieu ; & comme s'il étoit indécent
que le nom de l'Asne fût prononcé par un
Géographe ou par un Notaire , on voit encore
substituer dans les Cartes & dans les
Actes au nom de la Villette aux Asnes, celui
de la Villette aux Aulnes . Mais sortons de
toutes ces âneries , & qu'il n'en soit plus
parlé. Il n'est pas nécessaire en finissant , de
vous faire remarquer la raison pour laquelle
les Mathurins de Paris ont cessé les premiers
d'être apellés de Ordine Asinorum. Vous la
sentez à merveille , quand vous pensez au
choix que l'Université de cette fameuse Ville
avoit fait de leur Maison pour la tenuë de ses
Assemblées. N'en disons pas davantage.
A A....le 2. Janvier 1727.
Les
JUIN
1739 1147
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure de May , sont , Oignon Bourgeois
, Mufica , Macula, & Aspis. On trouve
dans le premier Logogryphe , Ours , Soir
Job , Brie , Oui , Rose , Bois , Os , Oie, Rive,
Ives , Orgues , Jours , Vie , Sire , Soïe , Grive
, Ris , Rés dans le second , Musca, Musa,
Mus ;dans le troisième , Mula, Caula, Ala;
& dans le quatrième , Apis.
ENIGM E.
Lecteur , je suis discret , religieux , tranquile
J'aime les ombres de la Nuit ,
Je sers de retraité , où d'azile .
Rien, que je sçache, ne me nuit.
Certain dépôt en mon sein je conserve ,
Qu'un jour je rendrai promptement ;
Car enfin il faut que je serve
A mettre au jour le Juste & le Méchant.
C'est vainement que tout conspire
A m'éviter , ou même à me braver;
Malgré l'horreur que mon nom seul inspire
Tôt ou tard on vient me trouver.
CA
Ev LO
148 MERCURE DE FRANCI
M
LOGOGRYPHE.
Es Etats sont plus grands que ceux de tous
les Rois ,
Et je me rends ce témoignage T
Qu'en mon Gouvernement je suis toujours plue
sage
Que n'ont jamais été leurs Loix.
Pour t'aider à me bien connoître ,
Prends chaque membre de mon corps
Moi , pour te découvrir mon être ,
J'en fais faire jouer moi - même les refforts.
De dix pieds , piends-en huit , je suis Province en
France ,
Païs fertile , abondant en tout bien :
1.
Avec quatre , on me voit dans la pure indigence 3
Privé de tout , que suis- je ? Rien :
Deux avec deux , je suis dans la Peinture =
Avec autant , je corromps tout Mortel ,
Fuis-moi , si tu prétends au Ciel :
Avec deux , on me voit double & triple figure ¿
Avec fix , au Maître je plais :
Encore autant , la Botte j'accompagne :
Avec trois, on me trouve à la Ville , en Campagne,
Au sommet des Maisons , surtout dans les Forêts :
Arec cinq autres pieds le Voleur me déteste ,
B
JUIN.
1739. 1149
Et me fuit autant que la peste :
Cinq autres te pourroient causer de la douleur ;
de finir , adieu mon cher Lecteur.
Il est temps
Par Duchemin , Muſicien à Angers.
AUTRE.
U
Tu t'abuses , Lecteur
si tu veux me cons
>
prendre.
Crois- tu de bonne foi facilement me prendre ?
Non , non ; car dans mon Corps tout eft myſte
rieux ;
Je ne puis dévoiler que mon nom à tes yeux.
D'onze pieds que jadis me donna la Nature ,
Prens -en huit , on se sert de moi dans la Peinture :
Avec six , j'ai partout de differentes moeurs :
Quatre me font voler & j'ai beaucoup de soeurs :
A la Chaffe avec trois ,j'anime & j'encourage ;
Renverse-les , souvent je cause le paufrage ;
Avec cinq pieds , je suis Grand Prêtre des Hebreux
Pareil nombre me fait un Censeur rigoureux :
Encor cinq , cher Lecteur , pour finir l'analyse ,
Par mon secours dans peu la Ville sera prise.
Par le même
E vi 404
F150 MERCURE DE FRANCE
AUTRE.
Lecteur , je suis Ville de France ,
Petite ou grande , il n'y fait rien.
Sept pieds forment mon existence
Qui tous unis, sans rompre le lien ,
Te servent pour ta vie & pour ta subsistance ;
Enfin sans leur secours tu ne vivrois pas bien.
Je porte dans mon corps le nom très -respectable
D'un sage Potentat , dont l'aimable douceur
Fait de ses Sujets le bonheur ¿
Que son Regne , Grand Dieu , soit paisible & du
rable !
Un Pape très - ancien qui porte dans son nom
Un fleuve du Levant & de très-grand renom 3.
Ce qui couvre Philis , Amaranthe & Damon :
Un Saint du nombre des Apôtres ,
Dont la Fête se fait presque après tous les autres à
De Crotone un bon Citoyen ,
D'auffi bon apétit qu'aucun Italien;.
Un Juge des Enfers, jadis Roy de Candle ,
Petit- fils d'Agenor, grand Roy de Phénicie :
Un Homme pour qui Ciceron
Fit autrefois une belle Oraison :
Je n'en dirai pas davantage.
Pour abreger mon amusant Ouvrage.
Par le même.
LOGO!
JUIN 57398
SI
LOGOGRYPHUS
.
I me scire velis , Lector , sex collige membra ;
Sordida , dum spiro , turpis me per luta volvo ;
Aspectusque oculos , & nomen vulnerat aures.
Scinde caput ; videas subitò ( mirabile dictuy
Qui modo contemptus squallenti infoece jacebat ;
Nunc dominari umbras , solioque sedere supremo
Adde caput , membrumque unum ſi vertere tentas ,
Jucundam foveo tenero sub pectore flammam.
Abripe sed quartum. Mærens heu ! vidit Hydaspes
Pellai juvenis me succubuisse phalangi.
Dirige nunc ; totumque novo rursum ordine versans
Si solidum cernis , si quid tractabile palpas ,
Me semper palpas , me certò cernis ubique.
Invenias in me quod te suspendit euntem ;
Quod placidas imis turbat de sedibus undas ,
Quod generat flores , & quod mane irrigat hortos
Multa alia omitto. Sed tandem hoc accipe , Lecton
Horrent me vivum ; cuncti me postea laudant.
Muhi mi similes vita. Poft funera pauci.
DE CHIBAU , de S. Jean de Luzi
NOUS
1132 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES LITTERAIRES
H
DES BEAUX ARTS , &c.
ARMONIE des deux Spheres Céleste
& Terrestre , ou l'Art de connoître
la Situation , la Route & la Difference
de toutes les Parties de la Terre , par le
Soleil & par les Etoiles , dédiée à S. A. S.
M. le Prince Souverain de Dombes. Par M.
> J. Griffon son Aumônier , Principal du
College de Toissey , Correspondant
de
l'Académie Royale des Sciences.I.Vol. in-4°.
de 477. pages , sans l'Epître , la Préface &
la Table. A Paris chés P. G. Le Mercier , ruč
S. Jacques , au Livre d'or. M. DCC. xxxix.
Le Prix du Livre relié est de 9. liv.
Ce Livre est divisé en deux Parties : en
tête de la premiere Partie sont des Préliminaires
, qui caracterisent le Systême , & mettent
dans tout son jour l'idée qu'il présente.
Six sortes de Tables en un ordre très - clair
morceau même d'Imprimerie agreable à la
vûë ) font la matiere de cette premiere Partie :
deux desquelles forment unĊalendrier Aftronomique
& Géographique , pour toutes les
heures de chaque jour & de chaque nuit de
PAnnée.
Les
JUIN 173% 113
-Les premieres Tables contiennent les Cor
respondances Solaires , qui font connoître le
Point de la Terre & celui de la Mer , sur
lequel le Soleil porte perpendiculairement
d'un intervalle à l'autre. Les seize Correspondances
attribuées à chaque jour , ne ser
vent que pour quatre jours de suite : il en
succede d'autres , produites par les change
mens de la Déclinaison du Soleil. Les 16 de
4 en 4 jours en font 128 à chaque mois , &
le nombre de 1536 en un an.
Ces Désignations des divers Lieux par le
Soleil , ne sont que pour l'Espace entre les
Tropiques , qui est de 47 dégrés en Latitude
: Le Firmament fournit par les Etoiles
diverses Correspondances en toute Latitude.
Les secondes Tables du Livre , plus satisfaisantes
encore au coup d'oeil que les premieres
, sont remplies de brillantes Etoiles ,
correspondantes aux principales parties de la
Terre & de la Mer : elles sont figurées dans
ces Tables , & leurs grandeurs s'y diftinguent
, selon l'Eclat qu'elles ont au Firma
ment.
Ce qu'il y a de favorable au Systême , c'est
que depuis Paris , & des Provinces voifines,
on a sur l'Horison une moitié du Ciel , qui
couvre toute la Terre habitée à la distance
en ligne droite de 2250 lieuës . Cet
Eloignement suffit , pour pouvoir porter les
Cor
4 MERCURE DE FRANCE
Correspondances Célestes & Terrestres , jusques
aux parties les plus reculées de l'un &
de l'autre Continent.
Par ces Correspondances d'Etoiles , le
Livre offre de demi-heure en demi- heure
l'Etat du Ciel , toujours désigné par un seul
dégré passant au Méridien , avec une Etoile ,
qui est alors le signal du moment d'obseryer
une multitude d'autres Etoiles choisies ,
que l'on verra perpendiculairement éclairer
sur une égale multitude de Lieux indiqués.
Les heures & minutes du temps , à vérifier
chaque Etat du Ciel , sont annoncées exac
tement à chaque nuit.
Toutes ces Correspondances d'Etoiles sont
au nombre d'environ 1800 : quoique le Catalogue
des Etoiles mises en oeuvre n'excede
pas celui de 180 : c'est qu'une même Etoile,
apliquée successivement sur divers Lieux
produit dans sa Révolution aparente plusieurs
Correspondances differentes.
En une nuit de douze heures , on pourroit
vérifier la moitié de ces 1800 Correspondances
, ce qui feroit 900 ; mais en réduisant
le nombre à 800 par chaque nuit , en
trente jours elles donneront 24000 Corres
pondances , & la somme sera de 192000
pour les 365 jours qui composent l'année ;
Car un même Etat du Ciel ne pouvant être
observé deux nuits de suite à la même heu
xe !
JUIN. 1739.
1157
ře , la diversité des heures fait varier les Ob
servations , & les multiplie à l'infini . Les
quatre Tables suivantes , dont on n'offre pas
ici le détail , concourent à former la prodigieuse
quantité des Correspondances proposées
, & rempliffent la premiere Partie de
ce Volume , en y comprenant leurs explications.
La seconde Partie contient six Traités !
qui sont destinés à guider les Commençans
dans l'Etude de l'Astronomie ; ce sont des
Elemens , qui expliquent clairement ce qu'il
y a
d'essentiel à sçavoir dans la Pratique de
cette Science. On en retranche ce que la
Géométrie & la Trigonométrie ont de
hérissé Ensorte que les jeunes Gens de douze
à quatorze ans , sont à portée de com
prendre & d'aprendre en fort peu de temps
tout ce qu'il y a d'interessant dans ce Volume.
On en a fait plusieurs expériences avec
un heureux succès , avant l'impression du
Livre.
Voici comment les Astres , dans ce Systême
, peuvent faire connoître la Situation ;
la Route , & la Distance de chaque Lieu. On
propose pour exemple la Ville de México ;
en Amérique.
Les 18 May & 25 Juillet , la déclinaison
du Soleil étant de 20 dégrés , semblable à la
Latitude de México , ce grand flambeau du
jour
1156 MERCURE DE FRANCE
jour passe alors au - dessus de cette Ville. Et,
comme elle est plus occidentale de 106 dégrés,
que leMéridien de Paris, lefquels équivalent
à une difference de 7 heures 4 minutes
: il suit néceffairement que les 18 May &
25 Juillet le Soleil éclairera perpendiculairement
sur México , quand il sera 7
4 minutes du soir à Paris.
,
heures
L'Etoile Arcturus de premiere grandeur ;
ayant à peu près la même déclinaison de 20
dégrés , est également zénit de México ,
une fois toutes les 24 heures : c'est- à - dire
précisément 7 heures 4 minutes après avoir
passé par le Méridien de Paris.
Lorsque le Soleil , ou bien Arcturus brillent
au- dessus de México , & qu'on en fait
l'observation , on est orienté exactement du
côté de la Terre , où cette Ville est placée :
le Point Céleste qui lui répond,en désigne la
Situation pour cet instant beaucoup plus parfaitement
qu'aucune Carte Géographique ou
Marine ne pourroit l'indiquer. Et ce moyen
de faire du Firmament une Mappe- Monde ,'
est bien plus propre à graver la position de
chaque Lieu dans la mémoire des jeunes
Gens , que ne peuvent y contribuer les Cartes
ordinaires.
La Route de México est aussi facile à indiquer
, que sa Situation : c'est -à- dire la ligne
droite , qui aboutit vers ce Lieu de l'Amérique
JUIN. 1739.
1157
que , quand le Soleil ou Arcturus éclairent
au-dessus de cette Ville. La perpendiculaire
qui en descend , coupe l'horison à un point
déterminé , auquel se raporte la soûtangente
depuis l'oeil de l'Observateur ; & cette ligne
prolongée aboutit certainement au Lieu annoncé.
Si le point de l'horison , où le passage
de cette même ligne est arrêté , a sa
fixation au 18 dégré de Nord - Ouest : la répétition
de cette ligne au 180 dégré retracera
toujours la route vers México , sans qu'il
soit nécessaire de la diriger vers ce point de
l'horison , quand le Soleil , ou bien quelque
Etoile , ou Planete éclairent sur ce Lieu.
La Distance , entre le Païs de l'Observateur
& México , se peut fixer aussi aisément que
la situation & là route de ce Lieu. On peut
la connoître de deux façons , par le Ciel &
par les Cartes Géographiques. La vûë des
Astres servira à cette fixation, en comptant les
dégrés d'un zénit à l'autre , entre celui de l'Observateur
& celui du Lieu indiqué. Un Quart
de Cercle dressé , sera l'Instrument propre
à cette Opération. Quand Arcturus ou le
Soleil arrivent au - dessus de la Ville de México
, si l'Alidade présente une difference de
80 dégrés , on en conclûra une distance de
2000 lieuës par la ligne droite d'ici à cette
Ville d'Amérique. Les Cartes Géographi
ques donneront la même détermination , si
1158 MERCURE DE FRANCE
la projection des dégrés est exacte . 4 dégrés
donnent 100 lieuës ; 40 dégrés font 1000
lieuës , & 80 dégrés 2000 lieuës .
Tout le Livre de l'Harmonie des deux
Sphéres tend à faire étudier la Terre par le
Ciel , & le Ciel par la Terre ; & sur tout à
fixer le raport de l'un avec l'autre , selon ces
expressions qui caractérisent le Systême :
Puncta notanda plagis Cæleftibus , indita Terra:
Sydera dum Terram , sydera Terra docet :
LA MARINE peut se servir ainsi des mê
mes Correspondances comprises dans ce
Volume , ou bien en créer de nouvelles à
l'inftar de celles- ci . Sur un Vaisseau prêt de
faire voile depuis Dieppe vers México , par
la Vera-Cruz : si l'on a égard à la fixation
des 18 dégrés de l'horison , où vise la ligne
droite qui aboutit vers ce Lieu , elle sera
d'une sorte d'utilité , pour diriger la Prouë
de ce Bâtiment avec une justesse , qui paroît
équivaloir à celle des meilleurs Înstrumens
employés à cet usage.
Ces dix-huit dégrés ajoutés aux 15 de déclinaison
de la Boussole , donnent 3 3 dégrés;
retranchez ces 33 dégrés des 90 , du quart
de l'horison à Nord- Ouest ; le restant , qui
sera de 57 dégrés , marquera la difference
entre la ligne où vise la Boussole , & la ligne
qui aboutit au point de l'horison , tendant à
México
JUIN. 1739. 1159
México. Pendant le cours de la Navigation,
si l'on conserve la même direction déſignée
par l'Angle de 57 dégrés avec la Boussole
on aura la certitude d'avancer en ligne droite
vers la Ville en question. Cependant cet
Angle sera susceptible des variations de la
Boussole : on l'augmentera , ou bien on le
diminuera , selon que la déclinaison de la
Boussole paroîtra changer.
>
on
Les Dérivations continuelles sembleront
alterer cette direction ; mais ces Dérivations
elles -mêmes seront ordinairement mesurées,"
proportionnées & déterminées relativement
à la direction indiquée . Si l'on sçait
qu'il faut dériver de dix dégrés au Nord ,
ôtera ces dix dégrés des 57, & l'Angle ne
sera que
de 47. Si la Dérivation au contraire
mene à dix dégrés vers le Midi , on les ajoû
tera à l'Angle , qui deviendra un Arc de 67
dégrés.
Lorsqu'on aura passé les écueils , & que le
Vaisseau aura la liberté de reprendre la ligne
droite , le Pilote s'en assûrera , en reprenant
l'Angle de 57 degrés , sauf les variations de
La Boussole , auxquelles on aura tel égard
que de raison.
Si l'Amplitude de l'horison donne plus de
dégrés au Nord , que n'en a la Latitude du
Lieu , ou du Port vers lequel on veut abor
der , on changera insensiblement la direction
du
1160 MERCURE DE FRANCE
peu 2 'du point d'horison , & on en diminuera
peu l'Amplitude. Au contraire , si l'Amplitude
de l'horison , où passe la ligne de Direction
, est moindre que la Latitude du
Port , on portera plus au Nord - Ouest la ligne
de Direction , dans la Proportion convenable
à la distance du Lieu , & aux progrès
de la Navigation vers ce même Lieu. C'est à
Mrs les Marins de déterminer ces sortes de
differences dans la précision exacte , qui se
trouvera toujours avoir un raport au Systême
de l'Harmonie des deux Spheres.
LETTRE à M. de B .... ou Essais sur le
goût de la Tragédie, contenant plusieurs Piéces
, tant en Prose qu'en Vers , à Amfterdam,
chés Henri Schelte , 1738. in-8° . & se vend
à Paris , chés Prault fils , Quai de Conty.
Ce Livre , qui contient environ cent pages
, paroît mériter l'attention des Amateurs
du Théatre , autant par raport à la matiere
qui y est traitée , que par la maniere ingé
nieuse dont l'Auteur a trouvé le secret d'é
gayer un sujet, qui, par lui-même,ne paroissoit
pas susceptible de beaucoup d'ornemens
en ce genre .
L'Editeur , dès l'ouverture du Livre , nous
annonce que les differentes Piéces qui le
composent , ont été trouvées par lui en
fort mauvais état dans le Cabinet du Sr.D ,
L. P.
JUIN. 17392 1161
L. P. qui venoit de mourir , & dont il étoit
ami particulier.
19
Le portrait qu'il fait du défunt , prépare finement
le Lecteur à ne point chercher la derniere
perfection dans des Ouvrages , auxquels la
mort imprévue de l'Auteur , ne lui a pas laissé
Le temps de mettre la derniere main : si tant
est pourtant ( ajoûte - t- il ) que sa paresse &
son indifference pour ses productions lui
eussent permis de le faire .... » Mon ami ,
» continuë- t- il , travailloit beaucoup , rédigeoit
peu. Lui venoit- il quelques idées
» sur un sujet qui lui plaisoit ? il les saisissoit
» d'abord avec ardeur & en tiroit parti. Sa vi-
» vacité lui faisoit alors oublier sa paresse,jusqu'à
ce que cette derniere reprenant le des-
→ sus,lui fit tomber la plume de la main, ce qui
» ordinairement ne tardoit guere. A la bon-
» ne heure si une autre idée sur le même su-
» jet se présentoit naturellement à son esprit
, & pouvoit concourir à achever , ou
perfectionner son dessein ; sans quoi tout
» restoit imparfait : il n'y pensoit plus. Ajoû-
» tez à cela que jamais la pensée de corriger
» & de limer un Ouvrage , ne lui est venuë;
» si ce n'est qu'il vint par hazard à s'aperce
voir , en ramassant ses materiaux épars ,
qu'ils pouvoient faire un Ensemble supor-
» table , & méritoient d'être mis en ordre ,
& corrigés ... Ne regardez donc , M. , les
အ
39
» morceaux
162 MERCURE DE FRANCE
» morceaux que je vous envoye aujourd'hui,
» & que je n'ai point extraits, sans peine,du
fatras de son Cabinet , que comme des
Esquisses très-hazardées de ce qu'il avoit
» dessein de faire .
>>
»
La premiere Piéce , & la plus considerable
'de ce Recueil , est une Epître en Vers libres
, adressée à M. de Voltaire , sur le goût
de la Tragédie Françoise . » Cette Piéce , dit
» l'Editeur , que j'ai trouvée très informe ,
pleine de ratures & de lacunes , a pourtant
été finie , & envoyée à celui pour qui
elle étoit faite : c'est ce que je vois par une
» Lettre de M. de Voltaire , dont je rendrai
compte ci - après.... Tout ce que je puis
faire , c'est d'essayer de remplir les vuides,
» en cherchant à travers les ratures , l'esprit
& le dessein de l'Auteur , afin de vous
donner une idée de la contexture du tout.
L'Auteur se peint , au commencement de
l'Epître , comme un jeune homme , que la
paffion de rimer & de se faire un nom , avoit
séduit pendant quelque temps. Mais convaincu
par l'experience de peu d'années ,
qu'on ne sçauroit faire de bons Vers , sans
connoître le Goût , il s'occupe à chercher le
Temple de ce Dieu ; c'est à Paris qu'il se
rend , pour en aprendre la route ; M. Rollin
veut bien la lui faire connoître , & lui enseimoyens
d'accourcir son voyage ; il
gner les
est
JUIN 1739
1163
Est enfin prêt d'arriver au but , lorsqu'il
trouve le chemin barré par une foule d'Auteurs
subalternes , dont il est forcé d'entendre
les idées creuses sur tous les genres de
Poësies , & en particulier sur la Tragédie ,
qui est celui pour lequel il se sent le plus de
penchant .
L'un de ces Fâcheux , parle d'une Piéce ,
qu'il dit devoir paroître au premier jour ,
dont le seul Titre excite les ris de l'Assemblée.
Cet homme , zélé sectateur du nonvean
, prétend justifier son goût en frondant
la plupart des Regles des Anciens. Le détail
dans lequel il entre sur ce sujet , est plein
d'esprit & de feu ; il n'y manque que de la
solidité. Cependant l'Auteur a trouvé l'art
de rendre les raisonnemens de son Apôtre du
Goût nouveau si specieux , qué s'il les avoit
mis dans la bouche d'un autre Personnage, il
ne seroit pas étonnant que ceux qui ignorent
les vrais Mysteres de Melpomene s'y laissassent
séduire. Cette partie de l'Epître , qui
contient au moins 150 Vers , est en général
bien versifiée , & mérite d'être lûë. Nous
n'en raporterons que quelques Traits.
Flatons , puisqu'il le faut, un Parterre cauftique,
Réveillons sa langueur par de brillans portraits ,
Inventons pour lui plaire un nouveau Goût Tragique
,
1.Vol.
E Qu
1164 MERCURE DE FRANCE
Qui soit vif, & frapant ; je réponds du succès.
L'humeur de nos François , active , petulante ,
Trouve , plus que jamais , les détails ennuyeux;
Et, quelque beaux qu'ils soient , leur ame impatiente
Lear préfera toujours un Vers mélodieux :
On les reproche encore à l'Auteur des Horaces ;
Evitons -les donnons des sentimens nouveaux ;
Le feu soutient jusqu'aux défauts ,
Et la langueur fait expirer les graces.
Ne l'intereffons plus qu'à force d'Action ;
Et s'il en coûte au vraisemblable ,
Le charme séducteur de la Compaffion
Scut toujours rendre, suportable
L'Intrigue la moins raisonnable ,
Pourvû qu'il en naquît beaucoup d'Emotion.
Le Novateur finit enfin sa Harangue par
ces Vers , qui ne sont pas les moins beaux
de l'Ouvrage,
Ménageons l'Interêt , c'est l'ame du Théatre :
Saififfons tous les Traits qui peuvent l'augmenter.
·Des Spectacles frapans le Public idolâtre ,
Permet , pour l'émouvoir , qu'on ose tout tenter.
Pour atteindre à ce but, employons la contrainte;
*Corneille,
S'it
JUIN
1739: 1165
il est fourd anx sanglots , aux pleurs , à l'amitié ;
Chés le Peuple toujours la terreur & la crainte
Ouvrent le coeur à la pitié .
Le Voyageur enfin , dépêtré des Importuns
qui l'environnoient , & poursuivant son chemin
avec ardeur vers le Temple du Dieu du
Goût , est arrêté par une Personne qu'il se
rapelle d'avoir vûë parmi ceux qu'il vient de
quitter. Il craint son abord ; mais il est bientôt
rassûré par les discours que lui tient l'Inconnu
, Homme spirituel , aimable , & pensant
jufte , qui s'offre à lui servir de guide , &
lui dévoile toutes les absurdités des maximes
qu'ils viennent d'entendre .
Ennemi plus que vous, dit-il, des brillantes erreurs,
J'aurois pû réfuter ce frivole Systême ;
Mais j'ai l'oreille faite aux cris des Novateurs ,
Et toujours le vrai Goût se défend par lui- même.
Mille Auteurs aveuglés , en vain pour l'imiter ,
A leurs foibles esprits ont donné la torture ;
Jamais l'Art le plus grand ne se fera goûter
S'il s'éloigne de la Nature.
L'Inconnu poursuit quelque temps sur le
même ton , & donne au jeune Poëte tous
les conseils qu'un Ami sage & consommé
dans la Poëtique, peut donner. Ce Morceau
Fij est
166 MERCURE DE FRANCE
eft travaillé , & paroît avoir coûté à l'Auteu
plus que le refte.
Un feuillet qui manque au Manuscrit
met l'Editeur dans l'impoffibilité de nous
aprendre le succès du Voyage de nos deux
Pelerins. Il est contraint de sauter tout d'un
coup à la conclusion de l'Epître , où l'Auteur
dit , en parlant de l'Inconnu à M. de
Voltaire :
Je ne le quittai qu'à regret ....
Cependant mon ame calmée ,
Déja d'un feu nouveau paroiffoit animée ,
Et dès le même soir j'en éprouvai l'effet.
Enfin , par le conseil de cet Ami fidele ,
J'osai te prendre pour modele .
Si j'en euffe conau de plus digne que toi ,
Tu ne te verrois pas importuné par moi ....
Je fais ton Ecolier , & fais gloire de l'être ;
Si j'ai quelque Talent , tes Ecrits l'ont formé;
Trop heureux de n'avoir rimé
Qu'après avoir fçû te connoître ! & c.
La Piéce suivante est une Lettre de M. de
Voltaire à l'Auteur , par laquelle ce célebre
Poëte le remercie très - gracieusement de l'Epître
dont on vient de voir l'Extrait. Cette
Lettre , quoique courte , est tellement marquée
au coin de celui qui l'écrit , qu'on ne
peut l'y méconnoître.
Ов O
JUIN. 17397
1167
On trouve aussi deux Lettres assés lon
gues , mais d'un style très -familier & enjoué,
qu'on supose avoir été envoyées à l'Auteur
par un de ses Amis , au sujet de l'Epî
tre à M. de Voltaire , & d'une Tragédie que
l'Auteur composoit alors. Le fond de ces
Lettres roule sur les matieres traitées dans
l'Epître , & sur plusieurs Piéces modernes ,
dont on donne les beautés pour modeles dn
vrai Goût Tragique.
Les bornes que nous sommes prescrites
ne nous permettent pas d'en faire une lon
gue analyse. Ce qu'on en peut dire de plus ,
c'est qu'elles sont pleines de réfléxions & de
préceptes très- propres à former le Goût.
On voit ensuite deux Scenes détachées
d'une Tragédie de l'Auteur , qui ne s'est
point trouvée parmi ses Papiers. La premiere
, est un Monologue d'un Ministre qui
gémit d'être obligé de servir un Tyran , sur
L'esprit duquel l'honneur & les Loix ne peu
vent rien. Comme elle n'est pas fongue
nous croyons qu'on ne sera pas fâché de la
voir ici toute entiere.
Vous , qu'un heureux destin a soumis à des Rois ,
Qui n'ont que le devoir & la Vertu pour Loix ;
Dont l'ame à la Raiſon est toujours affervie ,
Miniftres fortunés , que je vous porte envie ! ....
Aimés , chéris de tous , même de vos Rivaux ,
Fiij Your
1168 MERCURE DE FRANCE
Vous jouiffez en paix du fruit de vos travaux.
Connus par vos bienfaits, plus que par la victoire,
Les vertus du Monarque accroissent votre gloires ·
de l'envie écartant les fureurs ,
Et vos noms ,
Près de leurs noms facrés font gravés dans les
coeurs.
Hélas ! que nos deftins different l'un de l'autre !
Le mien , eft d'être Efclave , & vous faites le vôtre.
Juftes , tout vous chérit ; je crains jufqu'à mon Roi ;,
Et les maux qu'il produit rejailliffent sur moi.
L'autre Scene fe passe entre le même Aca
teur & le fils du Tyran. Nous n'en raporterons
qu'un Trait.
Ce jeune Prince veut engager le Miniſtre
à faire échouer quelques Projets de son Pere,
qui lui paroissent criminels ; & préssentant la
maniere dont sa proposition va être reçûë ,
il s'exprime ainsi :
Ah ! quelques foient les droits du Prince ou du
Sujet ,
Est- ce être criminel d'empêcher un forfait
Le Miniftre lui répond :
Dieux ! Qu'entens- je ? ...... Oui c'eſt l'être ; & le
prétendu zele
Qu'on opofe à son Roy , n'en eft pas moins re
belle ;
Il n'eft qu'un attentat à ſon autorité,
Quand
JUIN. 1739
1169
Quand il ofe éclater contre fa volonté .
Maître de fe vanger , de punir , ou d'abſoudre ,
Vive image des Dieux , quand ils lancent la foudre,
Qu'aux yeux de fes Sujets un Roy paroiffe errer ,
Ils peuvent en gémir , mais fans en murmurer.
Vous , Prince , que le Sang apelle à la Couronne,
Malgré tout le pouvoir que ce haut rang vous
donne ,
Songez , que quoiqu'il ofe , il doit être obéi...
Puiffiez-vous l'oublier , en regnant après lui.
Le reste du Livre contient une Lettre en
Prose & enVers , écrite par l'Auteur à M. de
Voltaire sur sa Tragédie d'Alzire ; & une
Piéce de Poësie légere , adressée aux Dames
d'Arras , sur une Question badine qu'elles
avoient proposée à l'Association Litteraire
de cette Ville.
Ces dernieres Piéces sont fort goûtées ; il
s'en faut pourtant de beaucoup que le Livre
dont il s'agit soit sans défauts. On y trouvera
des négligences impardonnables en plus
d'un endroit. Mais l'Editeur nous a prévenus
là - dessus dès l'entrée de l'Ouvrage ; & si
l'Auteur avoit assés vécu , on voit bien qu'il
étoit en état de les corriger.
TRAITE'S des Récompenses & des Peines
Eternelles , tirés des Livres Saints. Par M.
Fiiij
l'Abbé
178 MERCURE DE FRANCE
l'Abbé Le Pelletier , Chanoine de l'Eglise de
Rheims. Vol. in- 12 . de 396. pages , ches
Ganeau , rue Saint Jacques , à Saint Louis.
M. DCC . XXXIX.
L'Auteur a bien raison de dire dans son
Avertissement , que jamais il ne fût de matiere
plus importante , plus interessante , que
celle qu'il traite dans cet Ouvrage. Point de
Verité plus clairement énoncée dans les Sain
tes Ecritures , plus manifefte dans toute la
Tradition , plus répandue dans toutes les
Prieres de l'Eglise , dans toutes les Liturgies
du Monde Chrétien , que celle qui est renfermée
dans le Dogme fondamental de l'Eternité
des Récompenses & des Peines. Il
eft cependant étonnant , ajoûte le Pieux Au4
teur , que dans un Siecle si fecond en Ecris
vains , on fasse tant de mauvais Livres ,
qu'on écrive si peu sur le sujet que j'ai entrepris
de traiter, & qui sera toujours inépuisable.
Il croit que les Prédicateurs & les
Pafteurs en géneral n'insistent pas assés sur
ces grandes Verités , si capables d'operer de
grands fruits. Denis le Chartreux , Bellarmin,
M. Nicole , le P. Dupont , ont travaillé sur
te même sujet ; mais leurs Ouvrages , au sentiment
de notre Auteur , sont imparfaits ;
incomplets , non assés précis , pour la plûpart
trop abstraits , trop théologiques , peu
à la portée de tout le monde , &c . Pour lus
sans
JUIN 17397
1171
Fans rien copier de ceux qui l'ont précedé ;
il a , dit-il , tout tiré des abondantes & intarissables
Sources des Livres Saints , surtout
du Nouveau Testament , en ajoûtant cependant
quelques Traits des Peres , & des Actes
les plus autentiques des premiers Martyrs.
Il proteste enfin avec humilité que s'il y a
quelque chose de bon , d'édifiant , d'ins
tructif, de touchant dans cet Ouvrage , il ne
vient pas de lui , mais uniquement de celui
de qui tout bien procede .
Il ne faut pas s'étonner si avec de tels se
cours, & dans de pareilles dispositions , l'Auteur
nous a donné un bon Livre . On y
trouve en effet avec de l'onction & de grands
sentimens de pieté , de l'ordre , de la méthode
, & plusieurs Traits d'Eloquence, sans
parler de la bonté du style , & de la pureté
du langage.
SUITE du Memoire Historique & Généalogique
sur la Maison de Bethune.
Branche de Selles & Chabris.
Philipe de Bethune , Comte de Selles & de Charoft
, Marquis de Chabris , &c . frere paîné de Maximilien
I. Duc de Sulli , fut Gentilhomme de la
Chambre du Roy Henri III. Chevalier de l'Ordre
du S. Esprit , Gouverneur de Rennes , Lieutenant
Général au Gouvernement de Bretagne , Ambaffa
deur en Ecoffe , à Rome & en plufieurs autres
Couts. L'Hiftoire dit de lui , qu'il unit la bonne
Ey foi
1172 MERCURE DE FRANCE
foi à l'habileté dans les affaires ; éloge rare & prés
cieux , qu'elle renouvellera pour le digne Miniftre
qui nous gouverne fous l'autorité du Roy , & que
personne n'aura mieux mérité . Philipe eut deux
femmes , 1 °. Catherine le Boutheiller de Senlis
fille de Philipe le Boutheiller de Senlis , Seigneur
de Monci-le- vieil & de Vincüil , Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roy ; d'une Maison aflés
ancienne & affés noble ,pour que la Tradition commune
, au raport de Duchesne , l'ait fait descendre
des anciens Comtes de Senlis. 2° . Marie d'Alegre
de l'illuftre Maison de ce nom . Sa premiere femme
feule lui donna des enfans ; Philipe , mort jeu→
ne ; Hipolite , dont l'Article fuit ; Henri , qui prit
P'Etat Ecclefiaftique , & mourut Archevêque de
Bourdeaux ; Louis , qui forma la Branche des Ducs
de Charoft ; & Marie , qui épousa François Annibal
, Duc d'Eftrées , Pair & Maréchal de France. *
Philipe mourut en 1649. âgé de 88. ans , ayant
vécu fous fix de nos Rois ; François II . Charles IX..
Henri III. Henri IV . Louis XIII. & Louis XIV .
Hipolite , devenu l'aîné de fes freres , par la mort
prématurée de celui qui le précedoit , fut Comte
de Selles, Marquis de Chabris , premier Gentilhomme
de M. le Duc d'Orleans , Frere unique de Louis
XIII . Chevalier de l'Ordre du S. Esprit , Chevalier
d'Honneur de la Reine ,Conseiller d'Etat d'Epée
&c. Il mourut en 166 § . après avoir donné au Roy
plus de 2500. Volumes manuscrits , * recueillis par
fon Pere & par lui. Il eut d'Anne- Marie de Beau-
* La Maison d'Efirées s'eft éteinte en 1738. par
La mort de N .... d'Eftrées , Pair & Maréchal de
France , Vice-Amiral , &c.
* Ces Manuscrits font diftingués & cottés Bethun ,
la Bibliotheque du Roy.
villiers.
JUIN. 1739.
1173
villiers de Saint-Aignan,qu'il avoit épousée en 1629.
Philipe , mort fans pofterité ; Henri , dont l'Article
fuivra celui - ci , Armand, mort Evêque du Puy ;
François Gafton , dont la pofterité fera raportée
après celle de Henri ; François Annibal , dont la
pofterité fuivra celle de François Gafton ; Hipolite ,
mort Evêque de Verdun ; Louis , dont la pofterité
fera raportée après celle de François Annibal ; Anne
Berthe, & Marie, Abbeffes en differens Convens ;
Catherine , morte veuve de Joseph de Tertulle ,
Marquis de la Roque ; & Marie , morte veuve de
François de Rouville , Marquis de Meus , Gouverneur
d'Ardres & du Comté de Guines
Henri, devenu l'aîné des enfans d'Hipolite, mou
rut en 1690. laiffant de fon Mariage avec Marie-
Anne Dauvet , fille de Nicolas Dauvet , Comte
Desmarets , Grand Fauconnier de France , fix enfans
; Louis , dont l'Article fuit ; Anne Marie, apellé
l'Abbé de Bethune, qui vit ; Marie-Henri ,Chevalier
de Bethune, Capitaine de Vaiffeau, qui vit auffi &
n'eft point marié ; N ..... Demoiselle , décedée
nouvellement , & deux filles , mortes Chanoineffes
à l'Abbaye de Remiremont.
*
*
Louis , Comte de Bethune , fils aîné de Henri ,
eft mort Lieutenant Général des Armées Navales
Commandant à Rochefort , en 1734. Il a laiffé de
fon mariage avec N .... de la Combe , veuve en
premieres Nôces de N .... Seigneur d'Yberville
Capitaine de Vaiffeau , deux enfans qui vivent .
Armand-Louis , Marquis de Bethune , qui vient
d'avoir l'agrément de Sa Majefté pour un Guidon
de Gendarmerie , & qui étoit Capitaine dans Royal
* Le Pere Anselme , Hiftoire Généalogique des
Grands Officiers de la Courouns , le nomme François
Annibal.
Rouffillon E vj
174 MERCURE DE FRANCE
Rouffillon Cavalerie ; & Armande de Bethune , De
moiselle.
François - Gafton , Marquis de Bethune , Comte
de Selles , &c. quatrième enfant d'Hipolite Comte
de Selles & de Charoft , mourut en Suede le 4. Octobre
1692. après avoir été succeffivement Envoyé
Extraordinaire en Baviere pour le Mariage de Monfieur
, Frere unique de Louis XIV. Gouverneur de
Cleves , Commandant en Chef les Troupes laiffées.
dans le même Pays , Chevalier des Ordres du Roy,
chargé de conferer les mêmes Ordres à Jean Sobieski
, Roy de Pologne , Ambaffadeur auprès de
ce Prince , Ambaffadeur en Suede , & par tout digne
de fes Emplois. Un zele vif pour la gloire de
Ja France & du Roy , fut l'ame de fes actions. Il le
préfera au foin de sa fortune. De-là , la fplendeur
où il vécut dans fes Ambaffades.. De- là auffi, l'apel
qu'il fit au Comte de Thaun , Ministre de l'Empereur
en Pologne , pour punir ce Comte de quelques
discours peu mesurés, où il s'étoit emporté contre
Louis XIV. Cette affaire obligea la Cour de Vienne
à rapeller le Comte de Thaun , & donna une fi
grande idée du Comte de Bethune au Roy Sobieski
,fon beau- fiere , que des Ambaffadeurs de Hongrie
étant venus demander à ce Monarque un Roy
de fa Familie, il n'héfita pas à le leur proposer, & a
leur promettre de l'apuyer de toutes les forces contre
la Maison d'Autriche. François Gaſton avoit
épousé le 11. Décembre 1668. Marie-Louiſe de
Pa Grange d'Arquien , fille de Henri de la Grange ,
Marquis d'Arquien , mort Chevalier des Ordres du
Roy & Cardinal , & foeur de Marie- Casimire de la
Grange d'Arquien , Reine de Pologne. Il eut quatre
enfans de fon mariage. 1. Louis , Marquis de Be
thune, Meftre de Camp de Cavalerie, tué à Hoftect
En Août1704. 2°. Louis- Marie- Victoire , Comte de
Bethune
JU Í N. 17391 " 1179
Bethune , dont l'Article fuivra celui-ci . 3 ° . Marie
Cafimire , mariée en premieres Nôces au Prince de
Radzewils Cleeki , dont elle n'a point eû d'enfans ; &
en fecondes nôces , à Alexande Paul , Comte de
Sapieha , Grand- Maréchal de Lithuanie, duquel elle
a cû trois fils & une fille. 4º. Jeanne- Marie, mariée
à Jean , Comte de Joblonowski , Enseigne de la
Couronne de Pologne , & depuis fucceffivement Pa
latin de Volhinie & de Ruffie .
Le defir de faciliter à la Maison de Bethune , & à
ceux qui écriront fur elle par la fuite , la chaîne des
Alliances de cette Maison en Pologne , que la distance
des Lieux & le peu de communication feroient
peut- être perdre trop aisément , engage à donner
ici la Pofterité des Comteffes Sapieha & de Joblonowski.
On fe flatte que le motif de cette digres
sion la rendra excusable .
"
La Comtefle Sapieha , Marie - Cafimire de Bethu
ne , a eû , 1º. Cafimir , Géneral de l'Artillerie de
Lithuanie , mort à Fraunftad en Août 1738. laissant
un fils & une fille de N .... Princeffe de
Radziwil fille du Prince de Radziwil , Grand
Chanchelier de Lithuanie . 2° . Joseph, actuellement
Evêque de Vilna. 39. Sanislas Starofte de Gulbinski,
marié à une de fes parentes, fille de N .... Sapicha,
Starofte de Dobraisky . 4° . Marie - Louise , mariée
en premieres nôces à N .... Wieloposky , Staros
te d'Opocrinski , dont elle n'a point eû d'enfans ;. &
en fecondes , à Antoine- Michel Potoski , Palatin
de Betsz , dont elle a un fils nommé Jean.
La Comteffe Joblonowski, Jeanne- Marie de Bethune
, a eû , 1º. Stanislas , Palatin de Rawa , marié
en premieres nôces à Marie-Anne Potoska; dont
il n'a point eû d'enfans ; & en fecondes , à N.
de Broniz , qui lui a donné un fils nommé Barnabé
2. Jean Cajetan , Starofte Czehrin , marié à
N
1 MERCURE DE FRANCE
N .... Wielokurska , dont il n'a point d'en
fans. 3 °. Démetrius , Starofte de Swik , marié à
N .... Szembeck , de laquelle il a un fils nommé
Chriftophe. 4° Marie Louise , mariée à Charles-
Frederic de la Trimouille , Comte de Taillebourg,
fait Duc de Châtellerault lors de fon mariage , dont
elle a un fils nommé Stanislas de la Trimouille ,
Comte de Taillebourg . Catherine , mariée au
Duc Maximilien de Tencryn Offolinski , Cheva-
Lier de l'Ordre du S. Esprit , Grand- Maître de la
Maison du Roy de Pologne , Duc de Loraine Stanislas
I. & ci-devant Grand - Trésorier de la Couronne
de Pologne. 6 °. Et Louise , Religieuse du
S. Sacrement à Léopold .
On revient à ce qui fait l'objet de ce Memoire.
Des deux enfans mâles de François Gaſton , Marquis
de Bethune , l'aîné tué à Hoftect en Août
1704. n'a point été marié,
1
A l'égard du puîné, Louis - Marie-Victoire , Comte
de Bethune , Maréchal des Camps & Armées du
Roy , Grand Chambellan du Roy de Pologne, Duc
de Loraine Stanislas I. il a été marié deux fois ; la
premiere , avec Henriette de Harcourt de Beuvron,
fille de François , Marquis de Beuvron , Chevalier
des Ordres du Roy , & foeur du Maréchal d'Harcourt
que fa capacité dans le Commandement a
fait trouver fi digne d'y avoir été élevé ; de plusieurs
enfans qu'il a eu de ce mariage , il ne reste actuel
lement que Marie - Cafimire - Therese - Genevieve-
Emmanuelle de Bethune , qui avoit épousé en premieres
nôces François Rouxel de Medavy,Marquis
de Grancey , Lieutenant Général des Armées du
Roy , Gouverneur de Dunkerque , frere du Maréchal
de Grancey , & qui eft à present femme de
Louis- Augufte Foucquet , connu fous le nom de
Comte de Belle-Isle , Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenan
JUIN. 1739 1777
Lieutenant Général de fes Armées , Gouverneur de
Metz , & Commandant dans les Trois Evêchés -
dignités que fes talens pour la Guerre lui ont fait
obtenir , & au- deffus desquelles on le croit encore.
Louis- Cézar de Bethune , Comte des Bordes , Mes
tre de Camp de Cavalerie , mort au Camp d'Agelsheim
en Juillet 1735. fans avoir été marié , étoit
du même lit que la Comteffe de Belle-Isle . En fecondes
nôces le Comte de Bethune a épousé Ma
rie-Françoise Potier de Gêvres , fille de François-
Bernard Potier , Duc de Tresmes , Pair de France
Chevalier des Ordres du Roy Gouverneur de Paris,
de laquelle il a actuellement trois enfans vivans,,
non encore établis ;. Armand - Louis- François , né ài
Paris le 23. Septembre 1717. Joachim Cafimir-
Leon , né au Château d'Apremont le 31. Juillet
1724. & Marie - Eleonore - Augufte , née au même
Lieu le 30. Janvier 1727. Personne n'ignore que
la Maison de Potier a formé deux Branches également
diftinguées dans la Robe & dans l'Epée , par
les Hommes rares qu'elle y a donné , mais les bons
Citoyens, les Sujets fidéles en particulier , fe fouviennent
toujours avec respect , de la génereuse
hardieffe de N .... Potier , Président au Parlement
de Paris , qui demanda publiquement au Duc
de Mayenne , lapermiffion de fe retirer vers Henri
IV. dans le temps de la Ligue : Je vous regarderai
toujours comme mon Bienfaicteur , lui dit - il , mais je
ne puis vous regarder comme mon Maître . Trait de
fidelité que M. de Voltaire a paraphrasé dans sa
Henriade , avec la dignité qu'il sçait donner aux fu--
jets qu'il traite.
François- Annibal de Bethune , Chef d'Escadre .
&c. étoit le cinquiéme fils d'Hipolite , Comte de
Selles , &c. il avoit épousé Renée le Borgne de l'Es
quiffiou , dont il a laiffé :
Jeanne
* MERCURE DE FRANCE
"
Jeanne-Louise de Bethune , actuellement veuve
fans enfans , de Fabien Albert du Quesnel , Marquis
de Coupigni , mort le 9. Juillet 1734.
Louis de Bethune , Marquis de Chabris, &c. Gouverneur
d'Ardres & du Comté de Guines , étoit le
Leptiéme fils d'Hipolite , Comte de Selles , &c. II
avoit épousé en 1677. Elisabeth le Marchand du
Grippon , veuve d'Edme-Leonard de Rasés , Marquis
de Monisine , Colonel du Régiment de Champagne.
Cetre Dame étoit fille de Jacques le Marchand
, Seigneur Châtelain du Grippon , &c. Président
au Parlement de Normandie , & de Suzanne
de Vaffi , laquelle étoit fille de Jacques de Vaffi ,
Chevalier de l'Ordre du Roy , Gentilhomme ordinaire
de fa Chambre , &c. & de Louise de Montgommeri
, de l'ancienne Maison de ce nom. Louis
de Bethune a eû de fon mariage avec la Marquise de
Monisme.
Hipolite de Bethune , Marquis de Chabris , & c .
Meftre de Camp de Cavalerie , qui vit actuellement
, & n'a point de pofterité. Et N .... de
Bethune , mort en bas âge.
C'est par la Branche dont on vient de décrire la
filiation, que s'eft renouvellé , de nos jours , l'honneur
que la Maison de Bethune a eû tant de fois
de s'allier aux Maisons Souveraines de l'Europe .
On croit devoir donner ici une légere idée d'un
Evenement si naturellement lié aux matieres de ce
Memoire .
En quelque considération que fut la Maison de
la Grange, qui a produit un Maréchal de France , un
Cardinal , des Chevaliers des Ordres , &c. & qui a.
formé trois Branches ; celle des Marquis d'Arquien,
celle des Seigneurs de Villedonné , & celle des Seigneurs
de Vieux- Châtel & de Foüilloi , elle l'eft
dévenuë encore davantage par Marie- Cafimire de
la
JUIN 1739. 1179
la Grange d'Arquien , morte Reine de Pologne , &
par Marie-Louise de la Grange d'Arquien, fa foeur,
morte Marquise de Bethune.
Marie-Cafimire de la Grange d'Arquien , femme
de Jean Sobieski , Roy de Pologne , qu'elle avoit
épousé le 6. Juillet 1665. eut huit enfans de ce Monarque
, fi Grand par fes Victoires fur les Infideles,
la délivrance de Vienne . Quatre moururens
jeunes. Les quatre autres furent , &
par
1. Jacques-Louis- Henri Sobieski , Prince de
Pologne , mort à Zolkiew , en Ruffie le 17. Décembre
1737. lequel avoit épousé Hedwige- Elisabeth-
Amélie de Baviere Neubourg , fille de Phi
lipe- Guillaume , Electeur Palatin , Duc de Neubourg
, & d'Elisabeth- Amélie de Heffe d'Armſtad,
& foeur de l'Impératrice , femme de l'Empereur
Leopold I. de la Reine d'Espagne , veuve de Charles
II . de la Reine de Portugal , femme de Pierre
II . de la Ducheffe de Parme , femme d'Odoacre II.
des Electeurs Palatin & de Tréves , & de l'Evêque
d'Ausbourg.
2º. Alexandre Benoît Stanislas , mort garçon
Rome le 19. Novembre 1714.
3. Conftantin - Philipe Uladislas , mort à Zolkiew
le .... Juillet 1725. fans pofterité . *
4. Et Therese - Cunegonde - Cafimire ( nommée
dans Moréri , Therese- Charlotte - Cafimire ) qui a
été feconde femme de Maximilien- Emanuel , Electeur
, Duc de Baviere , ce Prince illuftre que nous
avons vu fi long-temps en France. Elle mourut à
Venise le 10. Mars 1730.
Jacques-Louis- Henri Sobieski , a eû fix enfans
* Les Princes Alexandre Conftantin , ont été
Chevaliers de l'Ordre du S. Esprit ; le Prince Jasİ
ques leur aîné , étoit Chevalier de la Toison d'Or.
r8o MERCURE DE FRANCE
de fon mariage. 1. Jean. 2 °. Marie- Léopoldine
3. Marie-Magdeleine ; tous trois morts en bas âge.
4. Marie - Cafimire, morte à 28. ans , fans avoir été
mariée. °. Marie-Charlotte , née en 1697. mariée
par Procureur à Neuff en Silesie le 25. Août 1723 .
& en personne , à Strasbourg le zo. Septembre fuivant
, avec Frederic - Maurice- Cafimir de la Tour-
Bouillon , Prince de Turenne , qui mourut par accident
dix jours après fon mariage ; & remariée le
2. Avril 1724. en vertu de dispense de Rome du 6.
Mars précedent, avec Charles - Godefroi de la Tour-
Boullon , à présent Duc de Bouillon , Grand-
Chambellan de France , dont jelle a deux enfans
N.... de la Tour - Bouillon , Prince de Turenne
né le 26. Janvier 1728. & Marie - Louise-Henriette-
Jeanne , née le 15. Août 1725. 6° . Et Marie-Clémentine
, née en 1701. mariée à Rome le 3. Sepe
tembre 1719 à Jacques d'Angleterre , connu fous
le nom de Chevalier de Saint- Georges ; laquelle eft
morte le 18 Janvier 1735. laiffant du Prince fon
époux , Charles - Edouard - Louis - Philipe- Cafimir ,
& Henri-Benoît d'Angleterre , Princes de la plus
grande esperance, en qui vit l'illuftre nom de Stuart.
y
Quant à Therese Cunegonde - Cafimire Sobieska,
femme de Maximilien- Emanuel , Electeur Duc de
Baviere , elle a donné neuf enfans au Prince fon
époux , dont quatre reftent , Charles - Albert , Electeur
de Baviere , qui a épousé Marie - Amélie d'Autriche
, fille puinée de l'Empereur Joseph , & foeur
de Marie -Josephe d'Autriche , femme de Frederic-
Augufte III . Electeur de Saxe , actuellement Roy
de Pologne , fur l'abdication de Stanislas I. Clément-
Augufte Electeur de Cologne , Jean - Théodore
, Evêque de Ratisbonne & de Freysinghen ; &
Marie -Anne , Religieuse.
Charles-Albert , Electeur de Baviere , a plusieurs
enfaus
JUIN. 1187 1739
anfans ; & Ferdinand-Marie , son frere , Duc de
Baviere , Comte Palatin du Rhin , mort à Munich
le 9. Décembre 1738. en a laissé deux.
par
A l'égard de Marie Louise de la Grange d'Ar
quien , épouse de François Gafton , Marquis de Be
thune , Comte de Seiles , &c . Jeanne - Marie de Be
thune , l'une de fes filles , eft devenuë
fon ma
riage avec Jean , Comte de Joblonowski , Palatin
de Volhinie , & ensuite de Ruffie , tante maternelle
du Roy de Pologne , Duc de Loraine Stanislas I.
& grande tante maternelle de Marie Leczinska ,
Reine de France , Princeffe digne par les vertus du
Trône augufte où elle eſt affise.
Branche de Charof.
Louis de Bethune , Comte , & ensuite Duc de
Charoft , Pair de France , Capitaine des Gardes du
Corps , Chevalier des Ordres du Roy , &c. étoit le
quatriéme fils de Philipe de Bethune , Comte de
Selles & de Charoft. Ses Services lui mériterent les
dignités brillantes où il fut élevé . Il mourut en
1681. âgé de 77. ans , laiſſant deux enfans de N.....
Lescalopier , fa femme ; Armand , dont l'Article
fuit ; & Louise-Anne , mariée en 1665. à Alexandre
de Melun , Prince d'Epinoi , Chevalier des Or
dres du Roy. L'érection du Duché- Pairie de Be
thune-Charoft a été faite par Lettres du mois de
Mars 1672. vérifiées le 11. Août 1690 .
Armand , fecond Duc de Charoft , fucceda aux
dignités de fon Pere , & les mérita comme lui. II
épousa en 1657. Marie Foucquet , fille de Nicolas
Foucquet , Miniftre d'Etat , de laquelle il eut Ar
mand , qui fuit ; Nicolas , mort Abbé de Tréport ;
une fille non nommée , morte en bas âge ; Marie-
Hipolite, & Marie-Armande, qui fe firent Religieu
fes , Marie-Anne , morte à onze ans , & Louis-Basile,
Chevalier de Charoft , qui vit, Arman
181 MERCURE DE FRANCE
Armand , fecond du nom , troisiéme Duc de
Charoft , non moins illuftre que fon Pere & for
Ayeul , hérita de toutes leurs dignités , & y joignit
le 13. Août 1722. celle de Gouverneur du
Roy , en laquelle il affifta le 25. Octobre de la
même année , à la céremonie du Sacre de ce Monarque
; ce Seigneur eft vivant. Il a eû d'un premier
mariage avec Louise - Therese de Melun d'Epinoi
, la cousine germaine , Louis-Joseph de Bethune
, Marquis de Charoft , tué à la Bataille de
Malplaquet en 1709. & Paul- François de Bethune,
dont l'Article fuit. Et , d'un fecond mariage avec
Catherine de Lamet , il a eû Michel-François de
Bethune , Comte de Charoſt , mort en 1711 .
Paul-François , quatriéme Duc de Charoft , Pair
'de France , fur la démiffion de fon Pere , Capitaine
des Gardes de Corps , Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant Général de fes Armées , &c. n'eſt
pas moins l'héritier des vertus qu'on a toujours admirées
dans fa Branche , qu'il l'eſt de l'illuftration
qu'elle a reçûë. Il porte à la Cour le titre de Duc
de Bethune. Veuf de Julie- Chriftine - Regine Gor
ge d'Antraigue , il en a eû Marie-Julie , Religieuse;
Armand , Marquis de Charoft , tué à Clausen en
1735. Bafile , mort en 1736. Marie-Françoise ,
mariée à Antoine- Paul -Jacques d'Eftuer de Kelen ,
Comte de la Vauguyon , Colonel du Régiment de
Beauvoisis , & c. Marie- Charlotte , mariée à René
de Froulay , Marquis de Teffé , Grand d'Eſpagne ,
Colonel du Régiment de la Reine , Infanterie , premier
Ecuyer de la Reine , &c. Anne-Françoise
morte jeune. Et
François-Joseph de Bethune, Duc d'Ancenis , qui a
épousé Elisabeth-Marthe de Roye de la Rochefou
cault , de laquelle il a déja un fils que l'on nomme :
Armand-Joseph de Bethune , Marquis de Charoft.
Pan
JUIN.
1187
1739.
Par la naiffance de ce dernier , M. le Duc de Charoft
, Armand , ſecond du nom , voit comme Louis
XIV. fa Pofterité jusque dans fon arriere petit-fils.
On résume ce Memoire par une Lifte des Seigneurs
Dames du Nom & de la Maison de Bethune
des Branches de Sulli , d'Orval , de Selles de
Charoft , qui vivent en France en la présente année
1739. l'ordre des Branches & d'Aineffe gardé.
Branche de Sulli.
Louise- Henriette de Bethune , Religieuse.
Branche d'Orval.
2. Louis-Pierre-Maximilien de Bethune , Duc de
Sulli .
3. Louise-Nicole de Bethune , Marquise de Goes
briant.
4. Magdeleine-Henriette-Maximilienne de Bethune
, Demoiselle.
3. Françoise de Bethune, Marquise de Caulaincourt,
. Maximilien-Antoine - Armand de Bethune , Prin
ce de Henrichemont & de Boisbelle.
Branche de Selles & de Chabris,
7. Armand-Louis , Marquis de Bethune , Guidon
de Gendarmerie.
8. Armande de Bethune , Demoiselle.
9. Anne -Marie de Bethune , Abbé .
10. Marie- Henri , Chevalier de Bethune , Capi
raine de Vaiffeau.
11. Louis-Marie -Victoire , Comte de Bethune.
12. Armand- Louis-François de Bethune , Comte
des Bordes.
13. Joachim- Cafimir- Leon de Bethune .
14. Marie- Cafimire - Therese - Geneviève - Emmanuelle
de Bethune , Comteffe de Belle - Isle.
184 MERCURE DE FRANCE
15. Marie-Eleonore Augufte de Bethune.
16. Jeanne- Louise de Bethune , Marquise de Cou
pigni.
17. Hipolite de Bethune , Marquis de Chabris.
Branche de Charoft.
18. Armand de Bethune , Duc de Charoft .
19. Paul- François de Bethune , Duc de Bethune.
20. François-Joseph de Bethune , Duc d'Ancenis.
21. Armand - Joseph de Bethune Marquis de
Charoft.
>
22. Marie- Julie de Bethune , Religieuse.
23. Marie- Françoise de Bethune , Comteffe de la
Vauguyon.
24. Marie-Charlotte de Bethune,Marquise de Teffé.
15. Louis Bafile de Bethune, Chevalier de Charoft.
Aprobation.
J'ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le présent Manuscrit intitulé , Memoire Hiftorique
Généalogique sur la Maison de Bethune ; & je
l'ai trouvé conforme à l'Hiſtoire de cette Maison ,
faite par André du Chesne , Hiftoriographe de
France , imprimée en 1639. Fait à Paris ce 17 .
Avril 1739 .
Signé , Clairambault.
Le Privilege eft au Glaneur François.
Nous avons reçu l'Avertiffement qui fuit de Jean
Neaulme , Libraire à la Haye.
Le Projet que j'ai publié pour la Souscription des
Actes Publics d'Angleterre, recueillis par M. RYMER ,
étant entierement dispersé , je me trouve obligé de
le réimprimer , afin de le pouvoir communiquer
aux Personnes qui ne l'ont pas encore vû , & qui
ferome
JUIN. 1739% 1115
Teront peut-être bien aises , à l'occasion du Tome I
que je viens d'achever que je délivre actuellement
aux Souscripteurs , de sçavoir en quoi consifte cette
Souscription. Mais comme , par le Volume même,
on pourra voir de quelle maniere il eft executé , ib
n'eft pas néceffaire que j'ajoûte à ce Plan , un Effai
du Caractere & du Format de l'Ouvrage . Je ne
mettrai donc ici que le Projet même de la Souscrip
sion , tel qu'il a été publié d'abord , & dont je rem
plirai exactement les Conditions envers tous ceux
qui ont fouscrit jusqu'à présent.
Il n'eft pas difficile de fentir pourquoi le nombre
des Souscriptions n'a pas été rempli , malgré l'empreffement
que le Public avoit d'abord témoigné
pour cette entreprise. Les moyens qu'on a mis en
oeuvre pour la faire échouer , ont fait craindre à
bien des personnes qu'elle ne s'executât point
Mais cette crainte n'est plus de faison ; il eſt vrai
aujourd'hui que le Livre s'imprime , puisqu'en voi-
Là déja un Volume ; il eft vrai auffi qu'il s'achevera,
puisque le fecond Tome eft déja fous preffe , qu'il
va bon train , & que l'on peut en voir les feuilles
chés le Libraire . Il eft vrai enfin qu'il n'en a imprimé
en tout que 500. Exemplaires en papier or
dinaire, & que so. en grand papier ; ainsi il eft plus
qu'aparent que l'Edition sera bien- tôt enlevée .
Mais pour fatisfaire le Public , sans rien chan
ger cependant au premier Plan de la Souscription ,
qu'il veut maintenir fur le même pied jusqu'à la fin
de l'Ouvrage , il offre à ceux qui voudront fouscrire
encore , de recevoir leurs Souscriptions durant
tout le cours de l'impreffion du ſecond Volume ,
jusqu'au jour feulement qu'il le publiera , moyen
nant S. florins d'augmentation fur tout l'Ouvrage ,
lesquels ne fe payeront qu'en recevant le dernier
Tome , ce qui revient à io. fols par Volume , l'un
portant
186 MERCURE DE FRANCE
portant l'autre. Mais lorsque le fecond Tome pa
roîtra , le prix de la Souscription augmentera de s
autres florins pour ceux qui n'auront pas fouscrit
alors, & ainsi de suite, jusqu'à la fin de l'impreffion;
chaque Voulume qui paroîtra augmentera de s . florins
la Souscription pour les nouveaux Souscripteurs
; ce qui aura lieu , tant qu'il reftera des Exemplaires.
Par ce moyen , le Libraire fe trouvera foulagé
, fans que les premiers Souscripteurs ayent
lieu de fe plaindre.
Comme il eft jufte que le Libraire ne foit pas
erop long-temps en avance , & qu'il puiffe compter
fur la rentrée des payemens de Souscription , il
avertit que tous ceux qui n'auront pas retiré leurs
Exemplaires fix mois après la publication de chaque
Tome , payeront ro. fols de plus par Volume. Et
au cas que l'on paffat de beaucoup le fusdit terme
de 6. mois , ce qui lui donneroit lieu de craindre
qu'il ne lui reftât des Exemplaires imparfaits , il fe
réserve le droit de retirer des mains des Souscripteurs
les Volumes qui leur auront déja été livrés ,
en leur remboursant ce qu'ils auront payé .
Il est néceffaire d'avertir aussi , que fuivant le cal
eul le plus exact qu'il a été poffible de faire , tout
POuvrage en dix Volumes , y compris la Traduc
tion des Piéces Angloises , ne paffera pas le prix de
120. florins , argent de Hollande , à compter fur le
pied du Projet & des Souscriptions reçûës jusqu'à
présent .
On eft occupé actuellement à graver en cuivre les
Copies figurées de plusieurs Actes anciens , afin d'en
faire voir la vraye forme , & on les diftribuëra tou
tes à la fois.
Comme on ne peut avoir tous les noms des Soussripteurs
que vers la fin de l'impreffion , on les
mettra à la tête du dernier Volume . C'eft ce Volume
JUIN. 1739 1187
Fume auffi qui fera numeroté , & auquel on joindrà
le Privilege.
Avant que de finir , il eft bon de faire remarquer
un nouvel avantage de cette Edition ; c'eft qu'on y
a marqué exactement en marge avec une Etoile ,
l'endroit où commencent toutes les pages
des 20.
Volumes de l'Edition de Londres. Par ce moyen ,
quand on voudra cousulter un Acte cité dans quel
que Ouvrage déja imprimé , on pourra trouver la
page auffi aisément que dans l'Edition de Londres
même ; au lieu que F'Edition de Londres deviendra
inutile à ceux qui voudront chercher les Actes qui
pourront être cités à l'avenir par les Auteurs ,
qui
employeront cette nouvelle Edition.
Au reste , on a été obligé de partager chaque
Volume en quatre Parties , afin de le mettre sur
plusieurs preffes à la fois , & de pouvoir les délivrer
au terme fixé .
PROJET de Souscription pour l'Impression
des Actes publics d'Angleterre , recueillis
par M. RYMER.
Le Public eft trop persuadé de l'utilité de cet
Ouvrage , pour qu'il soit néceffaire d'en faire l'éloge.
On fçait l'usage que M. de Rapin en a fait dans
la composition de son Histoire d'Angleterre. Les
Extraits qu'il a donnés de ces Actes dans la Bibliotheque
Choisie & Ancienne & Moderne de M. le
Clerc , & qui ont été imprimés ensuite avec les Remarques
de M.Tindal , fur l'Hiftoire de M.de Rapin,
ont fait connoître les grands fecours que l'on peut
tirer de ce Recueil , non- seulement pour l'Histoire
d'Angleterre , mais pour celle de tous les Etats
de l'Europe. Le Livre s'eft peu répandu , à
cause de la grande cherté ; les Editions qui en ont
1 Vol. G paru ,
188 MERCURE DE FRANCE
M
paru, ayant été vendues,l'une 100. Guinées l'Exem
plaire, Pautre so. quoiqu'il n'y eût alors que XVII.
Volumes. Comme il y a peu de personnes en état
de faire cette dépense , & que ceux même qui le
pourroient, ont fouvent de la peine à s'y réfoudre
Pai crû faire plaisir aux uns & aux autres, d'en don
ner une Edition , dont le prix n'ira à plus de dix
Guinées, & qui aura ces deux avantages fur les précedentes.
pas
1. Une Table génerale des Matieres pour tout le
Recueil , au lieu que dans les autres Éditions il y
en a une particuliere pour chaque Volume , ce qui
eft très-incommode .
11. Une Traduction Françoise des Piéces qui
font en Anglois. Elle m'a paru néceffaire , parce
que la Langue Angloise n'eſt pas auffi géneralement
zépandue que la Françoise ou la Latine. Mais afin
qu'on ne la foupçonne point d'infidélité , & pour
mettre le Lecteur en état de corriger les fautes, s'il
s'y en trouve , l'Original & la Traduction feront
imprimés à côté l'un de l'autre , fur deux colonnes.
Le Caractere , à la vérité , ſera moins gros que
celui des Editions d'Angleterre; mais on verra par le
Volume qui paroît , qu'il l'eft encore affés pour ne
point fatiguer la vue , & plus que quantité d'autres
Livres , qui font entre les mains de tout le monde,
sels que le Dictionaire de Moreri , &c.
CONDITIONS.
Les 20. Volumes de l'Edition d'Angleterre feront
réduits à 10. Volumes in-folio , qui feront environ
2000. feuilles , en y comprenant le peu de Figures ,
Titres &c. qui doivent
2000. feuilles à dutes , font
qui le payeront de la maniere fuivante.
9.
y entrer.
.. •
f. 112. 10.
JUIN
1739. 1189
In fouscrivant fr 10.
En recevant les Volumes , depuis le I. jusqu'au
IX. f. 10. à chaque Volume , ce
ๆ qui fait pour les IX. premiers Volumesf. 90.
En recevant le Tome X. f. 12. 14
f. 112. 10
Les Exemplaires en grand papier coûteront, comme
à l'ordinaire, un tiers de plus, sçavoir f. 168. 15
dont on payera f. 15. en fouscrivant , f. 15. en res
cevant chacun des IX. premiers Volumes , & f. 18.
5. en recevant le dernier.
S'il y a plus ou moins de 2000. feuilles , les Souscripteurs
payeront à proportion fur le pied de 9.
dutes pour le petit papier , & l'on tiendra compte
de ce cette difference fur le dernier payement. t
Outre le prix marqué ci-deffus , on payera en recevant
le dernier Volume quatre dures de plus ,
ftant pour le grand papier que pour le petit ) pour
toutes les feuilles où les Piéces Angloises feront traduites
en François. Comme il n'y a qu'environ cent
ans qu'ona commencé d'écrire les Actes en Anglois,
cela ne fera point un objet considérable , n'ayant
lieu que dans les trois ou quatre derniers Volumes
de l'Edition d'Angleterre.
On n'imprimera que so. Exemplaires , à moins
qu'il ne fe trouvât un plus grand nombre de Souscriptions
, auquel cas le Libraire promet de n'en pas
imprimer un seul au- delà du nombre fouscrit ; & afin
que le Public en pariffe être affûré , on mettra à la
tête du Livre une Liste des Souscripteurs , & tous
les Exemplaires seront numérotés. S'il paroît de
nouveaux Volumes dans la fuite , le Libraire s'engage
à les donner aux mêmes conditions.
L'Ouvrage fera imprimé fur de beau papier & du
nême caractere que l'Ellai .
Gij On
195 MERCURE DE FRANCE
On pourra fouscrire chés les principaux Libraire
'de l'Europe.
La troisiéme Edition des Elemens de Géométrie ,
de M. Rivard , in- 4° . vient d'être mise en vente.
L'Auteur fe croit obligé d'avertir que cette troisiéme
Edition eft plus correcte & plus ample que la
seconde , qui se vendoit chés Henry , & qui se vend
présentement chés Clouzier , Bordelet & Savoye, ruë
S. Jacques.
&
Čes Libraires ont mis un nouveau Frontispice qui
porte , Nouvelle Edition , au lieu de Seconde ,
M. DCC. XXXIX. au lieu de M. DCC .. XXXVIII. Elle
a même parû dès l'année 1737. Voici quelques
marques pour diftinguer la troisiéme Edition de la
feconde , indépendemment du Titre. Les derniers
Articles du Traité des Fractions , Livre second de la
premiere Partie sçavoir , 208. 209. 210. 211,
212. qui sont dans la troisiéme Edition , ne se trouvent
pas dans la seconde . Pareillement dans le
Traité des Solides , Livre troisiéme de la Geométrie
, l'Article 64. & les fix fuivans ; de même l'Ar-
& les
141.
fuivans de la troisiéme Ediquatre
tion ne font pas dans la feconde . Enfin dans le Suplément
qui eft à la fin, on trouvera six Théorêmes,
quatre Problêmes & une nouvelle Planche à la page
224. qui feront encore reconnoître la troisiéme
Edition . On pourroit ajoûter plusieurs autres Articles
qui ne sont point dans la seconde Edition ; mais
il suffit d'avoir cité les précedens. Au refte il n'y a
pas de danger de se méprendre, si on s'adresse chés
Jean Desaint , ruë S. Jean de Beauvais , qui débite
la troisiéme & derniere Edition . Ce 30. April 1739 .
ticle
Les Freres de Tournes , achevent d'imprimer une
Collection entiere des OEuvres Latines de M. Hoff-
Man
JUIN. 17392 F198
man , célebre Médecin ; cette Edition fera en six
Volumes in-folio. L'Auteur leur a fourni fes Cor
rections & quelques Ouvrages qui paroîtront ici
pour la premiere fois . On trouvera cette nouvelle
Edition à Paris , chés Hipolite- Louis Guérin , Librais
re, rue S. Jacques.
La Collection des Historiens de France s'imprime
sans discontinuation . Le premier Volume de
cet important Ouvage eft entierement achevé. Il
sera suivi dans deux mois, du Tome fecond. Les Libraires
de Paris qui executent ce bel Ouvrage , n'épargnent
rien pour sa perfection. On voit à la tête
de ce premier Volume une Dédicace au Roy , en
forme d'Inscription , très - proprement gravée fur le
deffein de M. Edme Bouchardon , en tête de laquelle
eft un Médaillon du Roy , &c . Les Souscriptions
pour cet Ouvrage feront ouvertes dans le mois de
Juin à Paris , chés Gabriel Martin , Jean- Baptiste
Coignard P. Jean Mariette & les Freres Guerin.
Les Freres Guerin impriment la Traduction du
Traité des Opérations de Chirurgie de M. Sharp ,
fameux Chirurgien de Londres. Čet Ouvrage formera
un feul Volume in-12 . avec des figures qui
représentent les Inftrumens de Chirurgie , dont on
trouve l'usage dans cet Ouvrage.
Les mêmes Libraires donneront dans peu les Obe
servations de Médecine de la Societé d'Edimbourg
traduites en François , accompagnées de figures.
On trouve chés Hipolite- Louis Guerin , ruë Saint
Jacques , la nouvelle Edition faite à Londres , du
Manilius , du Docteur Bentley , Volume in-4º. trèsbien
executé. Cette Edition étoit attenduë depuis
plus de vingt ans.
Gij On
1191 MERCURE DE FRANCE
On mande de Ratisbonne , qu'on y avoit apris de
Wurtzbourg , que l'Evêque Prince de Wurtzbourg,
a fait publier dans fes Etats un Edit , pour ordonner
la fupreffion d'un Livre qui parut l'année derniere ,
& qui eft intitulé : Brevis Notitia Monafterii Ebracensis,
Ordinis Cifterciensis . Cet Edit porte que l'Auteur
de ce Livre paroît ne l'avoir composé que dans le
deffein de noircir de la maniere la plus fausse & la
plus fcandaleuse la mémoire de plusieurs Evêques de
Wurtzbourg , & celle de quelques autres Princes
& Etats de l'Empire , & qu'il pousse la témérité
jusqu'à attaquer les droits inconteftables de la Souveraineté
& de l'autorité Episcopale. Ce Prince dé❤
fend , fous de rigoureuses peines , par le même Edit,
d'introduire de nouveaux Exemplaires de ce Livre
dans les Etats , & il enjoint à tous les Sujets de por.
ter à la Chambre de la Régence Episcopale , ceux
qu'ils ont actuellement .
Jean-Baptifte Pasquali , Libraire à Venise , continue
d'imprimer de bons Livres Latins & Italiens
& des Traductions Italiennes d'Ouvrages François
eftimés en Italie. Voici ce que nous avons crû devoir
Extraire de fon dernier Catalogue.
Arte del pensare , che contiene oltre le Regole
communi , molte nuove Offervazioni per formare
il giudizio , 1. Vol. in-8. 1737.
Auventure di Telemaco , 1. Vol. in 88. 1737.
Citta , Fortezze , è Lurghi principali della Spagna,
e Portogallo, intagliate in Rome, 2. Vol . in 4ª.
Istoria di Luigi XIV . 8. Vol. in-8 °. 1737.
Metodo per studiare la Storia , del Langlet ,
Vol. in-8°. 1736.
Per studiare la Geografia , 5. Vol. in- 12.-1735i
Mescolanze d'Egidio Menagio, 1. Vol . in- 8 ° . 1736
Storia della Polonia , 2. Vol, in- 12. 1737.
M
JUIN. 1739. 119
+
M.de Gourné , Prêtre , Auteur des Tables Géographiques,
pour faciliter l'intelligence de l'Ecriture
Sainte , des Historiens & des Poëtes , & fervir d'in
troduction à la Géographie ancienne & moderne ,
dont nous avons parlé dans plusieurs de nos Journaux,
diſtribuë actuellement fon AFRIQUE , dédiée,
comme ses autres Tables , à M. Hérault , Conseil
ler d'Etat , Lieutenant Géneral de Police . Cette
Nouvelle Feuille présente le même ordre & les mê
mes facilités que les précedentes .
la
Come il n'y a rien d'ancien à remarquer &
dire fur l'Amérique , qui n'a été découverte qu'en
1492. elle eft feulement comprise dans la Mappemonde
, n'étant pas fusceptible du même détail que
les autres Parties de la Terre . Cet Ouvrage , fur la
Carte Génerale , fe trouvant présentement compler,
P'Auteur fe dispose à faire graver des Tables particulieres
dans le même goût , fur la France , l'Italie
F'Allemagne , Espagne , l'Angleterre , la Grece ,
Terre-Sainte , &c. Les Libraires ; Marchands d'Es¬
tampes & autres , qui voudront diftribuer ces Ou
vrages dans les Provinces , n'auront qu'à s'adreffer
à lui ; il demeure à Paris , rue S. Martin , vers saint
Julien des Ménêtriers , à côté du Bureau des Marchands
Tapiffiers ; & demeurera à la S. Remi prochain
, rue S. Jacques , à la porte cochere vis - à- vis
P'Eglise & la rue des Mathurins.
Le Mercredi 13. May , l'Académie Royale des
Sciences procéda à l'Election des trois Sujets qu'elle
présente au Roy, dont un , au choix de S. M. doit
remplir la place de Pensionnaire Botanifte , vacante
depuis quelque temps par la mort de M. Reneaume.
Parmi ces trois Sujets , deux peuvent être de l'Académie
, & un au moins doit être Externe.
Les trois Sujets qui ont eu la pluralité des fuffra
& inj ges
1194 MERCURE DE FRANCE
ges , sont , Mrs Bernard Juffieu , & de Buffon , de
la Compagnie ; & M. Joseph Juffieu , Externe .
Le Samedi 23. Le Comte de Maurepas écrivit à
l'Académie que le Roy avoit choisi M. Bernard
Juffieu pour remplir cette Place.
Le sieur Guillemain , Ordinaire de la Musique de
la Chapelle & de la Chambre du Roy, vient de donner
au Public un second Livre de douze Sonnates à
Violon ſeul , avec la Baffe continuë ; l'Auteur a
composé cet Ouvrage pour la facilité des personnes
plus ou moins habiles , & il espere que le Public
le recevra auffi favorablement que le premier Livres
il a donné auffi en même- temps six Sonnates à deux
Violons_fans Baffe , qui ont eu l'aprobation des
Connoiffeurs ; le même Auteur doit donner encore
au premier jour six nouvelles Sonnates à deux Violons
fans Baffes , qui seront moins difficiles que les
précedentes , & qui pourront être executées également
fur la Flute Traversiere. On trouvera ces Ouvrages
chés la veuve Boivin , ruë S. Honoré , à la
Regle d'or , & chés le Clerc , ruë du Roule , à la
Croix d'or , 1739 .
Le sieur Briart , qui demeuroît dans la Cour
Cardinalle , vis- à-vis le Bailliage , demeure à présent
ruë Abbatiale , vis- à- vis le côté du Palais , &
toûjours dans la Cour Abbatiale de S. Germain des
Prés à Paris..
Il fait depuis peu une Effence d'Ognifiori , ou de
toutes Fleurs , d'une odeur agréable , on en met
quelques goutes dans l'eau dont on fe lave après avoir
été rasé , elle blanchit l'eau ; les Dames s'en fervent
pour le décraffer ; elle rend la peau douce & unie
& ne nuit point au teint ; on la vend 15. sols l'once
; les plus petites Bouteilles font d'environ cinq
ences.
NEW
PUBLIC
LIBR
ASTOR
LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
JUIN. 1739% 1195
Il continue avec succès, à faire la véritable Effence
de Savon à la Bergamotte , & autres odeurs
douces , dont on fe fert pour la barbe , au lieu de
Savonnette. Les Dames s'en fervent auffi pour re
laver le visage & les mains . On la vend huit fols
Ponce. Les plus petites Bouteilles font d'environ .
onces. Il avertit que les Bouteilles ont toujours été
cachetées ; au tour du Cachet on y lit fon nom &
La demeure ; il y a une Bouteille représentée dans
Te milieu du Cachet, où il y a le nom de la Liqueur.
Il fait auffi de bons Cuirs à repaffer les Rasoirs ,
avec lesquels il ne faut point de Pierre à éguiser .
H les vend depuis 40. fols jusqu'à 60 fols , à un côté
; & à deux côtés differens , depuis 4. livres jusqu'à
8. livres. Il donne les manieres de s'en fervir .
Doux
AIR.
Jus , en passant
dans mon coeur
N'y laisse aucun des traits de l'ingrate Climene ;
Coule , coule , brise ma chaîne ;
De l'Amour rens-toi le vainqueur.
Pour oublier cette Beauté charmante ,,
Tous mes efforts sont superflus ,
Quand j'ai bien bû , je la vois plus brillante ,
Et je l'aime mille fois plus.
GY SPEC
1196 MERCURE DE FRANCE
****************
SPECTACLES,
EXTRA ITde l'Amant Prothée , Comédie
en Vers & en trois Actes , par le sieur
Romagnesi , représentée pour la premiere
fois par les Comédiens Italiens , le S.
Mars
fort aplaudie du Public.
Quoiqu'il y ait beaucoup d'esprit dans
les détails de cette Piéce,nous nous restreindrons
à donner une espece d'Argument
du fond. La Scene se passe dans le Château
d'Orphise.
Dans le premier Acte , Blaise , Jardinier ,
Concierge du Château , fait confidence à
Perette sa femme , du tour qu'il joue à trois
Amans de leur Maîtresse Orphise , qui lui
promettent une grande récompense. Il lui
dit qu'il a fait tenir trois Lettres de ces trois
Rivaux à Orphise , qui veut s'en divertir.
Perette aprouve un dessein dont il doit revenir
de l'argent , & se retire après avoir promis
de le seconder.
Un quatrième Amant se présente ; Blaise
le
ke reconnoît pour Valere , fils du Seigneur
d'une Terre du voisinage ; Valere , sans l'apercevoir
, fait entendre dans un Monolo
que qu'il est Amoureux d'Orphise ; il apercoin
JUIN. 1739. 1197
oit enfin le Jardinier & se propose de le
mettre dans ses interêts , à la faveur de vingt
Louis qu'il a dans sa bourse ; cela fait ouvrir
lesyeux à Blaise, qui s'en promet encore plus.
Valere entre en composition avec Blaise ; les
vingt louis offerts sont d'abord refusés , mais
ún Diamant que Valere y joint , fait accep
ter le tout. Blaise avoue à Valere, qu'il a trois
Rivaux qui l'ont chargé chacun d'une Lettre
pour Madame , à qui les trois Lettres ont été
données par son moyen. Valere en conçoit
une mauvaise idée , qui degrade Orphise
dans son esprit ; mais le Jardinier- Concierge
La réhabilite dans son coeur, en lui disant que
sa Maîtresse veut seulement s'en divertir , &
que c'est pour cela qu'elle consent à voir ces
trois Soupirans. Valere comprend par la ma
niere dont Blaise les fait parler , que l'un est
Anglois , l'autre Normand , & le troisiéme
Gaston:
C'est sur ces trois sortes de personnages
qu'il forme son plan ; il veut les contrefaire
rous trois , & leur donner un ridicule qui les
fasse congédier par Orphise. Pour exécuter
ce projet comique , il exige de Blaise qu'au
eun de ces iroquois ne puisse voir Orphise ,
& que tout accès auprès d'elle leur soit ferme
par Perette , sa femme & par luis Blaise
lui promet tout. Valere sort pour aller donner
ordre à tout ce qui est nécessaire à l'exé
G vi cution
# 198 MERCURE DE FRANCE
cution de son projet. L'Anglois se présente
Blaise & lui demande des nouvelles de sa
Lettre à Orphise ; Blaise lui répond que Ma
dame consent à le voir , mais que ce ne sera
que demain , à cause d'un mal de tête qui ne
lui permet pas de voir personne ; il ne laisse
pas d'atraper dix guinées que l'Anglois lui
donne , en attendant mieux ; à peine a - t'il
reçû cet argent , que le Normand survient ;
pour se tirer d'embarras , il dit à ce dernier
de se bien garder de parler de son amour devant
ce Cavalier, qui est le Frere de Madame,
& qui seroit furieux , s'il sçavoit ce tripotage.
Il dit en même-temps à l'Anglois , qu'il est
F'oncle d'Orphise , & qu'il ne veut pas abso-
Jûment qu'elle se remarie , afin que tout son
bien vienne un jour à ses Enfans.
Blaise s'étant retiré , le Normand entreprend
de gagner le prétendu frere d'Orphise;
l'Anglois forme à peu près le même dessein
envers l'oncle prétendu ; il lui demande sa
niece en mariage ; le Normand , qui a une.
niece dont il seroit ravi d'être défait , la lui
promet ; mais à condition qu'en revanche il
lui accordera sa soeur ; l'Anglois lui répond
qu'il n'a point de soeur ; le Normand prend
cela pour un refus , & lui répond à son tour
qu'il n'a point de niece.. Blaise , au fond du
Théatre , veut empêcher le Gascon d'entrer ,
attendu que
des deux Cavaliers qu'il voit
Fun
JUI N. 1739. 579%
1
ter , pour
Fun est frere d'Orphise & l'autre son oncle
ce troisiéme Rival ne laisse pas de les accosles
mettre dans ses interêts. Limi
broglio augmente ; le Gascon & l'Anglois
mettent l'épée à la main , & le Normand les
laisse faire , pour leur succeder , s'il viennent
à se tuer. Blaise vient au bruit des épées ; ils
se réunissent tous trois contre lui , & veu
lent le punir de les avoir trompé . Voici la
réponse de Blaise :
Vous me devez récompense , au contraire ;
C'est pour vous empêcher de vous entr'assommer ;
Que j'avions fait ce coup de Maître ;
Mais puisque vous avez l'honneur de vous con
noître ,
Le mal est fait , partant bien loin de vous chémer,
Piquez chacun votre âne , & jettez les oeillades ;
Faites des complimens , les présens à la main ;
Faites danser Madame avec des. Sérenades ,
à la boutra peut être en train.
Le Gascon , qui a déja préparé une Fête
aprouve ce conseil , & l'Anglois & le Nor
mand consentent à en être les Spectateurs
Nous ne donnons de cette Fête que le der
nier Couplet du Vaudeville ; le voici :
Quand une Piéce nouvelle
Déplait au commencement ,
Sans
MERCURE DE FRANCE
Sans fracas , elle chancelle
+
Et le Parterre contre elle
Murmure tout doucement
Mais si le froid continuë
Aussi fort qu'auparavant ,
Qn entend crever la nuë ,
L'Auditeur crache , éternuë,
Et siffle comme le vent,
Ce Couplet fait sentir que l'Auteur se dé
fioit un peu de son premier Acte , mais qu'il
comptoit sur les deux suivans , dont le der
nier , sur tout , a fait le succès de sa Piéce.
Valere & Blaise commencent le second
Acte ; Blaise assûre Valere que, malgré la Fête
que le Gascon vient de donner à Orphise ,
elle n'a vu aucun de ses Rivaux ; cette cir◄
constance est nécessaire pour le tour que Va
lere veut leur jouer, comme on verra dans la
suite , tous les habits qui doivent servir aux
differens travestissemens , sont chés Perette.
Blaise s'étant retiré , Lisette , Suivante d'Orphise,
vient. Valere la reconnoît, pour lui en
avoir conté autrefois sous la forme d'un Valet
& sous le nom de l'Olive. Elle est fort
en colere contre lui , mais il la désarme par
une promesse de cinq cent louis & d'un jeu
ne mari. I met Lisette au fait des
personna
ges qu'il veut jouer auprès d'Orphise ,pour les
rendre
JUIN 17393 1201
tendre ridicules à ses yeux. Lisette lui ré÷
pond :
Mais aurez-vous l'accent Gascon les tons Now
mands ?
Et le ramage Anglois a
Valerę lui répond :
Plaisante bagatelle !
J'ai voyagé partout ?
Lisette lui promet de lui rendre auprès de
sa Maîtresse tous les bons offices qui dépen
dront d'elle.
Orphise vient. Voici comment Valere dé
bute en contrefaisant le Gascon
Sandis ! les yeux d'un Linx en seroient éblouis
Non , jamais la Fille de l'Onde
De graces & d'attraits n'eut un tel apareil,
Lorsque les rayons du Soleil
It l'écume des flots la donnerent au Monde.
Vit- on jamais rien de pareil
Quels yeux brillans ! quel teint vermeil k
Elle est toute adorable , ou l'Enfer me confonde.
Orphise étonnée d'un pareil début , demande
à Lisette à qui s'adresse un semblable
compliment ; Lisette lui répond:
Il ne m'étonne nullement
1202 MERCURE DE FRANCE
Il est puisé dans la Garonne ;
Donnez-vous-en le divertissement
Valere continuë ainsi :
Du jour que je vous vis , je reçûs une attaque ,
Qui m'atterra, sans pouvoir dire non.
Vos
yeux font sur un coeur les effets du Canon ,
Faut- il s'en étonner ? C'est l'Amour qui les braque.
Dans la suite de la Scene , Valere lâche des
impertinences affectées , qui obligent Orphi
se à dire tout bas à Lisette :
Donne ordre de ma part que s'il revient ici ,
On le
renvoye.
Orphise s'étant retirée , Lisette dit à Valere
ce qu'Orphise lui a ordonné tout bas. Valere
est charmé d'avoir déplu à ce qu'il aime ,'
puisque par-là il a un Rival de moins. Après
une Scene entre Lisette & Blaise , dont on
peut se passer pour l'intelligence de la Piéce,
Orphise revient ; elle ne peut cacher à Lisette
qu'elle a trouvé ce Gascon bien fait , &
qu'il seroit aimable , s'il n'étoit pas si impertinent
; Lisette en convient; elle lui parle
d'un nouvel Amant qui vaut bien mieux ;
c'est de Valere qu'elle parle ; voici comme
elle s'explique. :.
Oni,
JUI N.
1739. 1203
Qui , de l'Amour vous voyez l'Interprete ;
Je viens vous offrir de sa part
Un jeune Amant, bien fait , riche & qui vous adore
Noble , spirituel .
Orphise lui répond :
Et comment'donc à peu près est - il fait
Comme notre Gascon ?
L'adroite Lisette lui répond :
C'est presque son portrait.
Valere revient en Normand › avec une
grande mouche sur la joüe. Il ne fait pas.
moins bien ce second Rôle , qu'il a fait le
premier ; il affecte de prendre Lisette pour
Orphise , & montre tant de ridicule , qu'Orq
phise , après lui avoir deffendu de la voir ja
mais , dit à Lisette :
Je me repens de cette complaisance ,
Qui n'opose à tes voeux aucune résistance.
Je ne voulois point voir de tels originaux.
Elle en est si dégoûtée , qu'elle ne veut
pas aller plus loin , quoiqu'il lui reste encore
l'Anglois à voir. La fourberie se découvre.
Un moment après les trois Originaux , dont
Valere en a déja copié deux , arrivent furieux
contre Blaise , qu'ils amenent , & qu'ils veu
leng
1204 MERCURE DE FRANCE
lent assommer ; ils expliquent à Orphise le
sujet de leur courroux. Orphise les congé
die , en les assûrant qu'elle panira son Jardinier
; elle reste avec Lisette , à qui elle re
proche la supercherie qu'elle vient de lui
faire ; Lisette se voyant decouverte, confesse
tout; elle lui dit que Valere est l'Amant dont
elle lui a parlé , & qui a parû sous le nom
du Gascon ; elle ajoûte :
Il paroîtra bien- tôt sous le nom du troisiéme ;
Il faut ne vous plus rien cacher
J'aurois à me le reprocher ;
+
Ce Valere , en un mot , est celui qui vous aime;
Orphise piquée du tour que Valere lui d
joué , dit à Lisette de faire venir Blaise &
Perette. Nous ne disons rien du second
Divertissement , pour abreger.
Orphise ouvre le dernier Acte par ce court
Monologue :
Oui , je prétends contre Valere
Employer au plutôt le projet médité ;
Il faut que sa témérité
Reçoive un trop juste salaire.
On ne m'offense point avec impunité.
→ Dans la seconde Scene, Orphise interroge
Blaise & Perette sur tout ce qui s'est passé
entre
JUIN. 17397
1209
entre Valere & eux ; Blaise n'est pas aussi
sincere que Perette , qui confesse franchement
que Valere a donné vingt louis à son
Mari , & un beau Diamant pour elle. Orphise
irritée , demande à voir le Diamant ;
dont la beauté lui fait dire tout bas & aves
attendrissement :
Ah ! le pauvre Garçon ! il m'aime.
Elle renvoye Blaise & Perette , & leur or
donne de dire aux trois Rivaux , sçavoir , 1e
Gascon , l'Anglois & le Normand , de se
rendre tous trois auprès d'elle. Orphise dit à
Lisette que pour se venger de la temerité de
Valerere , elle veut choisir un Epoux entre
ses trois Rivaux ; Lisette lui répond que
par- là , elle se rendra malheureuse, puisqu'el
le n'en aime aucun des trois ; Orphise lui dit
qu'elle proposera son Hymen d'une maniere
à être refusée , & que par-là elle ne court
aucun risque ; elle ajoûte :
Je ne suis point la dupe
Du motif qui les fait agir ;
Mon bien, qu'ils prétendent régir
Est l'objet seul qui les occupe ;
Il faut les prévenir ce soir ,
Que d'un procès considérable
La perte subite m'accable.
D'un air triste à l'instant je me présenterai ,
1107 MERCURE DE FRANCE
1.
Et pour mieux mépriser Valere ,
A sès Rivaux je m'offrirai.
Tu jugeras alors si leur flâme est sincere.
Par ce moyen , je jouis du plaisir
De les convaincre tous de leur fausse tendresse
Et de Valere enfin , je confonds à loisir
Et l'esperance & l'orgueilleuse adresse .
Elle n'en dit pas davantage à Lisette , qui
ne sçait que penser de ce projet de vengeance
; Valere vient en Anglois , & lui fait une
déclaration d'amour à genoux. Orphise luf
fait un crime de ce respect , qui sent plus le
remerciment , qu'un premier compliment.
Après l'avoir long- temps embarassé par des
questions équivoques ; elle lui avoue , avec
une espece d'ingénuité , qu'elle ne peut accepter
l'offre de son coeur , attendu qu'elle a
déja fait choix d'un Cavalier qui s'apelle Va
lere , & qu'elle aime sans Favoir vû ; elle
poursuit en ces termes :
Il doit me prouver son ardeur
Par un moyen singulier , je l'avoue ;
Mais l'Amour est enfant ; il faut bien qu'il se joue
Je m'y préterai de bon coeur.
doit , le croiriez vous ? sous diverses figures ,
Passer ici pour trois de ses Rivaux ,
Et , pour les supplanter , m'en faire des peintures
Qui
JUI N. 1207 1739.
Qui les fassent passer pour francs Originaux,
Je veux qu'il jouisse en son ame
Du plaisir de remplir un projet si charmant ,
Et je n'attends , pour couronner sa flâme ,
Que son dernier déguisement.
Valere , à ce discours , craignant qu'il ne
soit découvert , ou du moins trahi par ceux
à qui il s'est confié , se jette aux pieds d'Or
phise , qui lui fait de sanglants reproches de
sa supercherie , & lui défend de la voir jamais
; elle ne peut pourtant s'empêcher de
dire tout bas :
Lisette avoit raison ; il est très -séduisant .
Lisette vient lui annoncer que les trois
Amans arrivent ; Orphise , sous prétexte de
quelque affaire , sort , elle ordonne à Valere
de sortir aussi , & à Lisette de bien remplir
les ordres dont elle l'a chargée , elle fait entendre
la raison qui lui fait emmener Valere
par cet àparté:
Elle lui diroit tout , s'il demeuroit ici .
Lisette execute ponctuellement les ordres
d'Orphise ; les trois Amans se refroidissent
à la nouvelle de la perte qu'Orphise a faite
de tous ses D Orphise revient avec Valere
, qui n'est instruit de rien ; elle confirme
aux
208 MERCURE DE FRANCE
aux trois Rivaux interessés , ce que Lisette
vient de leur dire ; elle s'en console en aparence
, par l'amour qu'ils ont pour elle
Comme elle les a apellés , pour choisir un
Epoux entre eux, elle commence par le Gas
con ; voici sa réponse :
Je suis pourvû d'une Commanderie ,
Et ne puis épouser que clandestinement.
Elle passe au Normand, qui lui dit :
Je suis trop malheureux en femme ;
La mienne se noya ; Dieu veüille avoir son ame!
Encor m'accusa- t'on d'avoir part au décès ;
Vous n'êtes pas fort heureuse en procès ,
A ce que l'histoire raconte ;
#
Et nous ferions pietre societé ;
Qu'ainsi chacun de son côté
Garde son guignon pour son compte.
Enfin elle vient à l'Anglois , qui lui répond
Vous vous mocquez de moi ;
Madame me choisit quand il n'a plus personné !
Parti ! la préférence est bonne !
Adieu ; pour vous , jamais plus me revoir.
Valere , nonobstant le mépris qu'Orphise
a fait éclater pour lui,en lui préferant trois
indignes Rivaux , lui dit :
D’uac
JUIN. 1739. 1209
D'une flâme parfaite >
Ingrate , connoissez jusqu'où va le pouvoir.
De tous vos biens la perte malheureuse
Ne doit point effrayer une ame génerease ; &c.
Mais après cette préference ,
Donnée à de lâches Rivaux ,
Voilà de quoi je me prévaux.
Orphise , je vous offre encore
Une main qui pourra réparer vos malheurs ;
Lasse de m'accabler par d'injustes rigueurs ,
Aimez enfin l'Amant qui vous adore.
Orphise ne peut tenir contre tant de gé.
nérosité ; elle le désabuse sur la perte de ses
biens ; elle lui pardonne ses trois travestissemens
, & lui donne son coeur & sa main. La
Comédie finit par une Nôce de Village , qui
se trouve par hazard dans la Cour du Cha
teau d'Orphise . Voici le dernier Couplet du
Vaudeville chanté la Dlle Sylvia. par
Qu'on aplaudisse une Piéce
Dans le Fauxbourg Saint Germain ,
On y voit long-temps la presse ;
Pendant trois mois tout est plein .
Mais , malgré la réussite ,
Venir plusieurs fois de suite ,
Chés ces Acteurs Iroquois ,
C'est trop Bourgeois.
210 MERCURE DE FRANCE;
La Musique des trois divertissemens est du
Sieur Blaise , & très- bien caractérisée , & la com→
position des Ballets , du Sr Riccoboni ; la varieté
des Pas a fait beaucoup de plaisir . Cette Piece est
imprimée chés Briasson , rue S. Jacques.
Le 27. May , les Comédiens François remirent
au Théatre la Tragi -Comédie en Vers & en trois
Actes , avec un Prologue & un Divertissement , intitulée
, Basile Quitterie , de la composition de
M. Gantier. Certe Piéce avoit été donnée dans sa
nouveauté au mois de Janvier 1723. On en trouvera
un Extrait , assés au long , du Prologue & de la
Piéce , dans le Mercure de Février de la même année
, page 404. Dans cette Reprise , les deux principaux
Rôles sont joués par la Dlle Gaussin , & par
le Sieur Grandval ; ceux de D. Quichotte & de
Sancho , par les Srs Armand & Poisson , &c .
Le S. de ce mois
, les mêmes
Comédiens
donnerent
la Comédie
gratis
, en réjouissance
de la Publication
de la Paix
; ils représenterent
la Comédie
de Pourceaugnac
, & celle
des
Trois
Cousines
.
L'Assemblée
fut
des
plus
complettes
, & tout
se
passa
avec
beaucoup
d'allegresse
& de contentement
.
Quelques
Spectateurs
en bonne
humeur
, & comiquement
plaisans
, mêlerent
leur
gayeté
à celle
des
Acteurs
& des
Actrices
, danserent
avec
elles
& les
saluerent
poliment
, leur
présenterent
à boire
, & c.
Entre
autres
un
Charbonnier
& un Farinier
de la
Halle
, avec
les habits
de leur
Profession
, accompagnés
de Mesdames
leurs
Epouses
, qui
étoient
placés
sur le Théatre
, divertirent
beaucoup
, toute
PAssemblée
, par
diverses
saillies
à propos
, & sans
Ja moindre
indécence
.
Le 9. les Comédiens Italiens donnerent le même
plaisir
•
JUIN. 1211 1739.
plaisir au Public. Ils représenterent à l'Hôtel de
Bourgogne , la Comédie de Timon le Misantrope &
celle d'Arlequin Hulla, qui ne divertirent pas moins
le Peuple de la Halle , que celui des autres Quar.
tiers de Paris..
L'Académie Royale de Musique continue tou
jours avec succès , le nouveau Ballet des Fêtes d'Hébé
, ou les Talens Lyriques. On en trouvera l'Extrait
dans le prochain Mercure .
ment
Le 14. Juin au soir , la même Académie fit executer
un grand Concert d'Instrumens , avec Timballes
& Trompettes , dans le Jardin des Tuille
ries , à l'occasion de la Publication de la Paix. ,
Les portes furent ouvertes ce jour - là indifferemtout
le monde . Cette Symphonie fut trouvée
admirable , par la beauté & le choix des Pieces &
par l'excellence de l'execution . Le Concert commença
à neuf heures & ne finit qu'à onze , avec
une affluence prodigieuse de très beau Moude &
des Gens de tous Etats, qui parurent prendre beau
coup de plaisir à cette Fête.
,
On écrit de Rome , que le Roy de Portugal ,
voulant à l'imitation de S. M. C. établir un
Opera dans la Capitale de ses Etats , il a donné au
Chevalier Gamba , la Commission de chercher à
Rome des Acteurs & des Actrices , pour les en
voyer à Lisbonne .
1. Vole H NOU
1212 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE ET PERSE.
1
Na apris d'Ispahan , que Thamas Kouli - Kan
étoit occupé à faire la guerre aux Aghuans ,
qui , malgré la prise de Candahar , refusent encore
de le reconnoître , & qu'ils ont entraîné dans leur
révolte quelques -unes des Provinces qui confinent
avec les Indes , & les dernieres nouvelles qu'on a
reçues de son Camp , marquent qu'il s'est emparé
des Villes de Caboul , de Moultan & de Kichmir .
Les Habitans de la Ville de Mascate , située sur
la Côte Méridionale du Golfe Persique , vis- à - vis
d'Ormus , ayant refusé de payer le Tribut qu'ils
doivent à la Perse , Taguy- Kan , Gouverneur de
Chiras , a invefti cette Ville , dans l'esperance de la
prendre par famine , mais les Habitans ont fait une
fortie , dans laquelle ils ont tué environ 2000.
hommes , & ils l'ont obligé de lever le blocus. C'est
la seconde tentative qu'on a faite inutilement pour
les foumettre , & la premiere avoit déja coûté la vie
à beaucoup des meilleurs Soldats des Troupes Persanes.
La Nation des Lesguis , qui eft demeurée fidele
au Roy Thaimas, a fait une course dans les Provinces
Septentrionales du Royaume de Perse , & elle y
a ravagé une grande étendue de Pays . Thamas
Kouli-Kan a promis aux Géorgiens de leur acorder
divers Privileges , s'ils vouloient lever à leur dépens
un Corps de Troupes , pour s'oposer à leurs entreprises.
Le Gouverneur de Tauris a reçû ordre de former
des
JUIN
1739. t213
des Magasins dans fon Gouvernement , & d'en as
sembler les Milices.
On doit envoyer plusieurs Molas ou Docteurs
dans la Province de Candahar , pour inftruire dans
la Religion Mahometane les Habitans des Villes &
Villages , qui font fous l'obéiffance de Thamas-
Kouli- Kan.
On mande de Conftantinople , du 14. Mars
que le 28. Février les Envoyés de Suede ont donné
ala Porte la Frégate Suedoise , avec son chargement
, évalués à cent mille Piaftres , & onze mille
fusils , à la place du Vaiffeau de guerre qui a fait
naufrage ; en forte que moyennant 19. mille fusils »
qu'ils ont promis de faire encore venir de Suede , la
Porte tiendra quitte cette Couronne des obligations
de Charles XII .
Le 2. Mars , cet Envoyés on eû Audience du
Grand Visir , & le 10 , ils l'ont euë du G. Seigneur.
Le 11. on reçut avis que l'Ambaffadeur de Perse
Aly Merdam Khan , mourut dans l'Asie Mineure
fon Collegue a fait agréer à la Porte , qu'il fuspendit
fa route jusqu'à - ce qu'il eût reçû de nouveaux
ordres de Schah Nadir.
Par les nouvelles du 30. Mars , on a apris que le
Grand Seigneur s'étant déterminé à déposer le Grand
Visir Mehemet Jaghia Pacha , Sa Hauteffe lui envoya
le 22. redemander les Sceaux de l'Empire , &
que le 27. elle fit partir le Selictar Aga pour les
porter à Ayvas Mehemet Pacha , Séraskier de
Widden .
"
Mehemet Jaghia Pacha , a été relegué dans l'lfle
de Stangio , fituée dans l'Archipel , sur les Côtes de ,
la Natolie . On attend inceffamment Ayvas Mehemet
Pacha à Andrinople , où il prendra poffeffion
de l'Etendart de Mahomet , avec les céremonies accoûtumées
, & comme il eft d'un caractere doux ,
7
Hij OM
1214 MERCURE DE FRANCE
on espere que les négociations commencées , pour
parvenir à un accommodement entre la Porte & les
Cours de Vienne & de Petersbourg , auront plus de
fuccès que fous le Miniftere précedent.
Le bruit court que le Grand Seigneur a invité le
Marquis de Villeneuve , Ambaffadeur du Roy de
France , à fe rendre à Andrinople , afin de conférer
avec le nouveau Grand Visir fur les moyens
d'avancer la conclusion de la Paix.
Achmet Pacha , qui commande les Troupes que
le Grand Seigneur a fait marcher contre Sary Bey
Oglou , a attaqué ce Rebelle , & il l'a obligé d'a
bandonner le Fort où il s'étoit retiré.
RUSSIE.
N mande de Petersbourg , que des Voleurs
font entrésde nuit dans plusieurs Eglises , od
ils ont ouvert des Tombeaux ›
pour s'emparer
de la dépouille des Morts qui y sont enfermés. La
Czarine a fait publier une Ordonnance , qui porte
la peine de mort contre ceux qui commettront des
vols de cette nature .
Donduk- Ombro , Kan des Cosaques , tributaires
de la Czarine , lui a dépêché un Courier pour l'informer
qu'un Corps de fes Troupes , après avoir
brulé toutes les habitations des Circaffiens de Tre- ·
vuge , avoit attaqué un Corps considérable de Tarqui
étoit campé près de la Riviere de Changouse
, & qu'ayant tué un grand nombre des Ennemis
, il avoit mis le refte en fuite . On affûre que
les Cosaques ont fait 3000. Tartares prisonniers, &
qu'ils ont pris 4000. Chevaux , 800. Boeufs & près
de cent mille Moutons,
tares ,
SUADA
JUIN: 1215 1739
SUEDE.
N écrit de Stokolm , que le Roy s'étant renda
Nerite de Paflemblée de la Diette, le Com
te de Tessin , qui en eft Maréchal , remercia S. M.
au nom des Etats , de fes foins paternels , & c . Après
avoir parlé des inquiétudes que la derniere maladie
du Roy a donné à tous les Habitans du Royaume ,
il demanda à S. M. la permiffion de témoigner à la
Reine la reconnoiffance qu'elle avoit inspirée aux
Etats , en voulant bien fe charger de la Régence du
Royaume , pendant que le Roy n'avoit pû vacquer
aux foins du Gouvernement.
Il finit l'Eloge de la Reine , en, disant que cette
Princeffe , par fon amour pour la Nation , & plus .
encore par fa tendreffe conftante pour le Roy, avoit
gagné tous les coeurs des Suedois ; que l'Hiftoire
de fa vie feroit une leçon & un exemple pour toutes
les Reines & pour toutes les Princesses Régentes
, & que les suédois & les Etrangers étoient également
convaincus, que fes qualités éminentes Pau
roient rendue digne du Trône , quand elle n'y auroit
pas été placée par fa naiflance.
ALLEMAGNE.
Es Troupes qu'ont fournies les Princes & Cercles
de l'Empire , en y comprenant celles de
Cologne , de Wirtemberg & de Wurtzbourg , qui
font en marche , pour fe rendre en Hongrie , montent
à 42000. hommes , & l'on compte qu'avec ces
Troupes l'Empereur fera en état de former une Armée
de 80000. hommes.
On aprend de Vienne , que le Baron de Beden4
bour,gqui y réside en qualité de Miniftre de l'Elec
eur de Tréves , & M. de Heunisch , qui y eft char
Hijj gé
1216 MERCURE DE FRANCE
gé des affaires du Roy de Sardaigne , reçûrent le -
20. May dernier des mains de l'Empereur , au nom
de l'Abbé Prince de Fulde , l'Inveftiture de cette
Principauté & des Fiefs qui en dépendent.
O
ITALIE.
N écrit de Rome , que le 3. du mois dernier ,
le mauvais temps empêcha qu'on ne fit la Proceffion
génerale , par laquelle on devoit commencer
le Jubilé , mais que le Clergé Séculier & Régulier
de cette Ville s'affembla à l'Eglise Neuve , out
15. Cardinaux se trouverent avec un grand concours
de Peuple , & que le Cardinal Vicaire , après qu'on
eut récité les Litanies , donna la Benediction du
S. Sacrement , à laquelle le Pape avoit attaché les
mêmes Indulgences qu'à la Proceffion.
L
NAPLE S.
E Marquis de Puysieux , qui a résidé à Naples
pendant quelques années en qualité d'Ambassadeur
de S. M. T. C. eut le 16. Avril fon Audience
de congé du Roy & de la Reine , & il fut conduit
à ces Audiences par le Marquis Aquaviva , Introducteur
des Ambaffadeurs. Le 22. il partit pour
reverir en France , & M. Tiquet , fon Secretaire ,
est demeuré à Naples , chargé des affaires du Roy,
T. C.
On a apris par l'Equipage d'un Bâtiment Anglois,
arrivé d'Afrique , qu'un Corsaire de Tripoli s'étoit
emparé depuis quelque temps d'un Vaiffeau Vénitien
, lequel alloit à Meffine , & à bord duquel étoit
le, Baron de Vasoldt, Major Géneral dans les Troupes
Impériales , avec fon Epouse & sa Niece. Ce
Baron peu de temps après être tombé entre les
mains
JUIN. 1739: 1219
mains des Infideles , eft mort des bleffures qu'il
avoit reçûës , en défendant fa liberté. Son Epouse
& fa Niéce ont été faites Esclaves , ainsi que leurs
Domeſtiques , & elles ont été conduites à Tripoli.
L5
FLORENCE.
E 27. Avril , jour fixé pour le départ du Grand
Duc & de la Grande Ducheffe , ce Prince &
cette Princeffe , après avoir entendu la Meffe dans
la Chapelle du Palais , fe rendirent chés l'Electrice
Palatine Douairiere , pour prendre congé d'elle , &
fur le midi ils partirent au bruit du Canon des deux
Forterefles. A quelque diftance , hors la porte
de San- Gallo , le Grand Duc fe fépara de la Grande
Ducheffe , & prit le chemin de Livourne avec le
Prince Charles , fon Frere , & la Grande Ducheffe
' continua fa route vers Bologne.
L'Electrice Palatine Douairiere , à laquelle le
Grand Duc avoit proposé de fe charger de la Régence
, ayant représenté que fon peu de fanté ne
Tui permettoit pas, de l'accepter , ce Prince a établi
un Confeil de Régence , composé de tous les Miniftres
d'Etat , qui font reftés à Florence.
Toutes les affaires du Gouvernement feront reglées
par ce Conseil , qui veillera à faire observer
les Loix , à favoriser le Commerce , & les progrès
des Arts & des Sciences , à entretenir l'abondance
à conserver la tranquillité publique , & à faire adminiftrer
exactement la Juftice . Il connoîtra feul
des affaires qui peuvent concerner l'Ordre Militaire
de S. Etienne , &c . On a publié un Edit , par lequel
le Grand Duc ordonne d'avoir pour ces Confeils
le même respect & la même foumiffion qu'on
'auroit pour lui & pour fes Ordres.
On écrit de Modene , que la Grande Ducheffe de
H
Toscane
1218 MERCURE DE FRANCE
J
Toscane étant arrivée à Rivalta le 28. Avril, elle
fut reçue par le Duc de Modene & par les Princesses
, qui la conduisirent à Reggio . Peu après être
descendue de Caroffe , elle fe rendit avec le
Duc au grand Théatre , pour y voir représenter un
nouvel Opera , dont le premier Acte étoit à peine.
fini , qu'on reçut avis que le Grand Duc de Toscane
, n'ayant point jugé à propos de s'embarquer á
Livourne , venoit d'arriver à Rivalta. Le Spectacle
fut interrompu à cette occasion , & la Grande Du
cheffe remonta en caroffe avec le Duc & les Princeffes
, pour aller au- devant du Grand Duc, Toute
la Cour retourna à Reggio avec ce Prince , qui asfifta
, ainsi que la Grande Ducheffe , à la représentátion
de l'Opera .
Le foir , le Grand - Duc & la Grande Ducheffe de
Toscane , fouperent avec le Duc & les Princeffes ,
& il y cut plusieurs Tables magnifiquement fervies
pour les personnes de leur fuite.
Le Grand Duc,& la Grande Ducheffe partirent le
lende main pour Parme , d'où après avoir rendu visite
à la Ducheffe Douairiere de Parme, ils continue,
rent leur route pour aller coucher à Plaisance .
Le 2. de ce mois , ce Prince arriva de Plaisance à
Tortone , & il fut falué , en entrant dans la Ville ,
par une décharge génerale de l'Artillerie des Remparts
, & de la Mousqueterie de la Garnison , qui
étoit en haye fous les Armes dans les ruës par lesquelles
il paffa.
Ce Prince s'étant rendu le lendemain à Alexan
drie , le Marquis de Careil , qui étoit allé au-devant
de lui à quelques mille de la Ville avec trois carosses
à six chevaux , le conduisit à l'Hôtel du Gouvernement
, devant lequel étoient plusieurs Bataillons
& Escadrons en bataille . Toutes ces Troupes ,
à la tête desquelles le Marquis de Careil fe mit ,
défilerent
JUIN. 1219 1739.
défilerent fous les fenêtres de l'Apartement du
Grand Duc , & le Régiment de Piémont demeura
pour la garde.
L'après midi , le Grand Duc partit d'Alexandrie,
pour le rendre à Turin , & à trois postes de cette
Ville , il trouva le Chevalier de Salmatorci , qui l'y .
attendoit avec les caroffes du Roy. Il arriva à Turin
vers les dix heures du soir , étant accompagné
du Prince Charles de Loraine , fon frere , & on le
mena d'abord à l'Apartement qui lui avoit été préparé.
Leurs Majeftés allerent l'y trouver , & peu
après on se mit à table.
Le jour fuivant , après avoir rendu visite au Duc
de Savoye , lequel n'étant pas encore parfaitement
rétabli de fon indisposition , n'avoit pu aller chés
lui , il paffa dans l'Apartement de la Reine , chés
laquelle il y eut le foir Jeu & Concert .
Le 5. Le Grand Duc partit pour Milan , où il a
dû arriver le 6.
On a apris de Genes , que M. de Campredon, qui'
y a résidé pendant plusieurs années en qualité d'Envoyé
du Roy de France , eft parti pour revenir à
Paris , & que M. de Jonville , ci-devant chargé des
affaires de S. M. T. C. à Bruxelles , doit aller le
remplacer.
ISLE DE CORSE.
Na apris que le Marquis de Maillebois avoie
marqué un endroit du côté de Ficabruna, pour
former une ligne , & mettre par ce moyen la Campagne
couvert de toute insulte de la part des Rebelles
, dont aucun n'a paru pendant ces mouvemens.
à
Les mêmes avis marquent que M. de Villemurs
étoit parti de Calvi pour Algaiola , d'où il avoit ens
HY voy!
1220 MERCURE DE FRANCE
"
voyé le lendemain à la pointe du jour un détache
ment pour occuper le pofte de Corbara , peu éloigné
de Santa Reparata , & dont on s'étoit rendu
maître , fans qu'il fe fût tiré un feul coup de fusil
une trentaine de Rebelles qui gardoient ce pofte ,
ayant pris la fuite avant l'arrivée des Troupes Françoises
. Cet Evenement a jetté l'allarme dans plusieurs
Villages voisins , dont les Habitans n'ont pas
ceffé les jours fuivans de fonner le Tocsin , pour
demander du fecours aux Rebelles. Il eft accouru un
grand nombre de ces Montagnards fur les hauteurs ,
mais aucun n'est descendu dans la Plaine , & ils fe
font contentés de proférer beaucoup d'injures contre
la République , en observant cependant de crier
de temps en temps , Vive le Roy de France.
Les Lettres de la fin du mois dernier , portent
que le Pont de Pierre , qui eft à la Plage du Torrent
de Golo , n'étant pas affés sûr pour le paffage des
Troupes , on avoit résolu d'y conftruire un Pont de
bois , qu'on avoit fait partir le 15. fur des Bâteaux,
& que l'on avoit fait marcher mille Soldats & deux
cent Huffards , pour se rendre par terre au Lieu où
il devoit être débarqué , afin d'en faciliter l'établis—
sement . Qu'on devoit fortifier ce Pont , & y mettre
quatre piéces de Canon & un détachement, pour le
garder , de crainte que les Rebelles n'entrepriffent
de le bruler ,
On a apris en même- temps , que M. de Villemur
occupoit tous les environs de Calvi & d'Agaiola , où
les Huffards étoient campés , & qu'il avoit ordre de
n'attaquer aucun pofte jusqu'à l'arrivée du Marquis
de Maillebois.
Le Baron de Troft eft toujours dans les Montagnes
de l'Isle , & le bruit couroit qu'il étoit occupé
lever un Bataillon de roo. hommes, & qu'il affûroit
qu'avant la fin du mois dernier le Baron de
Neuhoff
JUIN. JUIN 1221
1739.
Neuhoff viendroit rejoindre les Rebelles , & qu'il
leur ameneroit un fecours considérable.
On a apris en dernier lieu que deux Galeres de
France arriverent à la Baftia le 18. May , & que
quatre Brigantins , qui en avoient été séparés par le
mauvais temps , avoient relâché à Savonne le 28 .
On affûre que les Rebelles font en mouvement
pour venir fecourir la Balagna , où Hiacinto Paoli
s'eft déja rendu avec environ soo . hommes , dans le
deffein de contenir les Habitans , qui après avoir
tenu une Affemblée génerale , ont envoyé par un
Religieux Récolet à M. de Villemur , une Lettre
dans laquelle ils le fuplient de leur procurer une
Amniftie génerale , pour raffärer les Peuples allar
més , & leur donner moyen de fe remettre à la vo→
lonté du Roy de France.
J
On vient d'aprendre par un Courier dépêché
par le Marquis de Maillebois , que ce General
ayant marché le deux de ce mois avec toutes
les Troupes qu'il avoit à la Baftia , il s'eft avancé
jusqu'à la Chapelle de S. Nicolas , qui eft à l'extré
mité du Nebio. Le lendemain à la pointe du jour , d
a partagé ces Troupes en plusieurs Corps , & a fair
attaquer les Rebelles dans les Poftes qu'ils occu
poient dans les gorges & fur les hauteurs de San
Giacomo & de Bigono . Les Rebelles ont été chaffés,
de ces Poftes, & ils ont été obligés de fe foumettre ,
de fournir des ôtages , & d'aporter leurs Armes.
Pendant que le Marquis de Maillebois faisoit atta
quer les Rebelles du côté du Nebio , les Troupes
qu'il avoit envoyées dans la Balagna , fous les or
dres du Marquis du Châtel , fe font mises en mar
che , & en s'emparant de Monte-Maggiore , de
Catari , du Convent de Marcaffo , & de plusieurs
autres Poftes , elles ont forcé les Rebelles de cette.
Province de fe foumettre , et de rendre leurs Armes
H vi ESPAGNE
222 MERCURE DE FRANCE
•
Ӧ
ESPAGNE..
N mande de Madrid , que la Reine Premiere
Doüairiere , eft arrivée depuis peu à Guadalaxara
, où elle a été reçûë au bruit des acclamations
des Habitans, qui ont fait à cette occasion des Feux,
des Illtiminations , & plusieurs autres Réjoüiffances
publiques .
GRANDE BRETAGNE.
Es Seigneurs firent le 23. May , la premiere
Lecture du Bill, par lequel la Chambre des
Communes a affigné tous les ans un fonds de 15000
livres fterlings , pour l'entretien du Duc de Cumberland
, & 6000. pour celui de chacune des Princesses.
Ils allerent ensuite présenter leur Adreffe au Roy
au sujet du Traité conclu avec S. M. Danoise , &
le Roy leur répondit :
MYLORDS , je regarde votre Adreſſe comme une
marque de votre zele de votre affection pour ma
Personne & pour mon Gouvernement . Vous pouvez
compter que je ne me fervirai de la confiance que vous
mettez en moi, que pour défendre les véritables interêts
de men Peuple.
On a apris par l'Equipage d'un Vaiffeau arrivé sur
La fin du mois paffé de la Jamaïque , qu'il y avoit
eû dernierement entre un détachement des Troupes
du Roy & les Negres Rebelles , un Combat trèsvif
, dans lequel il y avoit eu beaucoup de monde
de tué de part & d'autre , mais que les Negres avoient
été obligés de prendre la fuite , et que les Anglois
les ayant poursuivis jusque dans les Montagnes
les Rebelles avoient offert de fe foûmettre , pourvû
qu'on leur accordât la liberté , avec la permiffion
de former des Plantations ; qu'ils avoient obtenu
ces
JUIN.. 17390 12Z
ces conditions , et qu'ils s'étoient engagés de leur
part , à ne plus troubler la tranquillité des Anglois,
et à les fecourir de tout leur pouvoir dans toutes les
occasions.
On écrit de Londres , que le Vaiffeau la Marie ;
commandé par le Capitaine Swalde , a pris fur .
une des Côtes du Royaume d'Angleterre , une Ba¬
leine de 60. pieds de long.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 28 May , Fête du S. Sacrement , le Roy & la
3
du Château de Verfailles , & le soir leurs Majeftés
affifterent au Salut , qui fut chanté par la Mufique.
Le 4 Juin, jour de l'Octave, le Roy, accompagné
du Duc d'Orleans , du Duc de Chartres , du Comte
de Clermont , du Prince de Dombes & du Comte
d'Eu , fe rendit à l'Eglife de la Paroiffe du Château,
& S. M. y entendit la grande Meffe , après avoir
affifté à la Proceffion .
Pendant l'Octave , le Roy & la Reine , Monsei
gneur le Dauphin & Mefdames de France ont affifté
tous les jours au Salut dans differentes Eglifes.
Le 29 du mois dernier , le Roy fit au Champ de
Mars , près du Château de Marly , la revûë des
quatre Compagnies des Gardes du Corps,& de celle
des Grenadiers à cheval ; S. M. paffa dans les rangs
& les vit défiler, La Reine , Monfeigneur le Dau
phia
224 MERCURE DE FRANCE
phin & Mefdames de France se trouverent à cette
revûë .
Le 2 de ce mois , le Roy accompagné de Monfeigneur
le Dauphin , fit dans la Cour du Château
de Verfailles la revue des deux Compagnies des
Mousquetaires de la Garde de S. M. Le Roy paffa
dans les rangs , & après qu'ils eurent fait l'exercice
, S. M. les vit défiler . La Reine & Mefdames
virent cette révûë de l'apartement du Comte de
Clermont.
Dans la premiere Compagnie le Roy a accordé
un Brevet de Mestre de Camp à M. de Fages , Maréchal
des Logis , M. de Martigni a été nommé
Sous-Brigadier , à la place de M. de Puibusquet ,
qui s'est retiré. M. de la Coudre , premier Maréchal
des Logis , a eu une Pension de cent piftoles.
Le Comte de Castelane & le Marquis de Champignelles
, Cornettes , le Chevalier de Mazieres &
Mrs de Taurine & Roblatre , ont été faits Chevaliers
de S. Louis.
Dans la feconde Compagnie, le Marquis de Coetlogon,
Enfeigne, les Chevaliers Douville & Dufon,
& M. Dufon,Mousquetaires , ont été faits Chevaliers
de S. Louis. M. de Châteauneuf , Maréchal des Logis
, s'est retiré avec 1500 liv. de pension.
Florent-Jean de Valliere , Lieutenant Géneral
des Armées du Roy , du 20 Fevrier 1734 , & de
PArtillerie de France , Directeur Géneral des Batail-
Ions du Régiment Royal Artillerie & des Ecoles
Militaires , & Commandeur de l'Ordre Royal &
Militaire de S. Louis à 4000 liv. de pension , du
premier Août 1734 , en a été nommé Grand-
Croix , avec la pension de 6000 livres , à la place
de Louis- Dominique de Cambis , devenu Cordon-
Bleu.
Le
JUI N. 1739:
1229
Les de ce mois , pendant la Meffe du Roy.
l'Evêque de Soiffons qui avoit été ſacré le 31 du
mois dernier dans l'Eglife Métropolitaine de Rouen,
prêta Serment de fidelité entre les mains de S. M.
Martin du Bellay , Prêtre du Diocèse d'Amiens ,
Abbé Commandataire de l'Abbaye de S. Melaine ,
à Rennes , en Bretagne , depuis le mois de Mars
1725. Vicaire Géneral de l'Archevêque de Tours ,
qui a été un des Députés de la Province de Tours
a la derniere Assemblée génerale du Clergé de
France , tenue à Paris en 1735. a été nommé à
P'Evêché de Frejus , Suffragant d'Aix en Provence ,
vacant depuis le mois de Mars dernier , par la mort
de Pierre-Joseph de Caftellane , dernier Titulaire.
Il est frere puîné de Guillaume du Bellay , Brigadier
des Armées du Roy , de la Promotion du premier
Août 1734, ci-devant Colonel da Régiment
de Brie , dont il s'eft démis au mois de May der
nier. Ils sont fils l'un et l'autre de François du
Bellay , Seigneur de la Courbe , mort le 2 Fevrier
1709. et de D. Marthe- Sufanne de Rochechouart➡
Montigny tante de l'Evêque d'Evreux .
Généalogie de l'illuftre et ancienne Maifon du
Bellay , se trouve dans le Dictionaire de Moreri ,
Edition de 1725 & 1732 , avec les Eloges de quelques-
uns des Grands Hommes qui en sont sortis. Il
y a déja eû dans le quinziéme fiécle un Evêque de
Frejus de cette Maiſon.
, La
Louis Annibal- Augufte de Farcy de Cuillé,fils d'An
nibal- Auguste de Farcy , Seigneur de Cuillé , entre
Vitré et Laval, Confeiller en la Grand' - Chambre du
Parlement de Rennes , et de Renée- Catherine-
Hiacinte du Moulin du Broffay , d'une ancienne
Maiſon , a été nommé en même temps à l'Evêché
de Quimper , en Bafle-Bretagne , Suffragant de.
Tours
1226 MERCURE DE FRANCE
Tours , vacant depuis le mois de Janvier dernier ,
par le décès de François- Hiacynte de Ploeuc du
Tymeur.
Le 9 l'Abbé
Duc de Biron
, Pair de France
,
fut reçû au Parlement
, & il y prit séance
avec les
cérémonies ordinaires .
>
Le Chevalier d'Erlack , Lieutenant Géneral des
Armées de Sa Majesté , & Colonel du Régiment
des Gardes Suiffes ; M. de Rouffet de Girenton ,
Maréchal de Camp , & le Chevalier d'Allemans
Brigadier , & Lieutenant- Colonel du Régiment du
Roy , Infanterie , ont été nommés par Sa Majefté
Commandeurs de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint Louis.
Le 3. de ce mois
, le Duc
de Châtillon
, Gouverneur
de Monfeigneur
le Dauphin
, prêta
Serment
de fidelelité
entre
les mains
de S. M. pour
la Charde
Lieutenant
Géneral
de la Haute
& Baſſe-
· Bretagne
.
ge
Le 9 , après midi , le Roy partit du Château de la
Meute , passa sur le Rempart de Paris pour aller
coucher à Chantilly , d'où S. M. fe rendit à Compiegne
le fur- lendemain.
Le 10 , la Reine partit de Verfailles , & alla déjeuner
à Séve , chés la Princeffe d'Armagnac , d'où.
S. M. traverfa la Plaine de Grenelle , & vint par la
rue du Bac & le Pont Royal jufqu'au Pont tournant
des Tuilleries ,où fes relais l'attendoient . S. M.
entra dans Paris par la rue S. Honoré , & en fortit
par la rue & la Porte S. Denis . La Reine s'arrêta à
la Ville de S. Denis , pour faire fa Priere dans l'Eglife
JUIN
n27
1739.
glife Royale de ce Lieu , où S. M. refta quelque
temps , & arriva le foir au Château de Chantilly ,&h
Elle y séjourna le lendemain
Le 13 , Monfeigneur le Dauphin partit de Ver
failles , & arriva le même jour au Château de Chan
tilly , & en partit le lendemain pour Compiegne.
Le 28 May , jour de la Fête du S. Sacrement , le
Cardinal de Tencin , Archevêque d'Embrun , reçûr
le Bonnet des mains de l'Abbé Aureli , Camerier
Secret du Pape , & nommé par Sa Sainteté , pour
aporter le Bonnet à ce Cardinal . Cette Cére
monie fut faite dans l'Eglise Métropolitaine d'Embrun
.
LETTRE du Roy , écrite à M. l'Archeve
que de Paris , pour faire chanter le Te
Deum , au sujet de la publication de la
Paix.
Mac à mes Aunes, ut à celles de mes
On Coufin , les succès qu'il a plû à Dieu
Alliés dans la derniere Guerre , m'ont donné les
moyens de la terminer plus promptement que je ne
l'aurois efperé. J'ai conclu avec l'Empereur un
Traité définitif , qui a été figné le dix huit Novem
bre de l'année derniere ; & le confentement de
toutes les Puiffances qui avoient eu part à la Guer
re , me met en état d'annoncer aujourd'hui à mes
Peuples le parfait rétabliffement de la Paix. Il ne me
refte plus qu'à rendre graces à Dieu d'avoir mani
fefté la bonté & fa mifericorde , par le concours
unanime de tant de Princes , à perpetuer le repos
& la tranquillité de l'Europe : Et je vous écris cette
Lettre
1228 MERCURE DE FRANCE
Lettre , pour vous faire fçavoir que je defire que
vous faffiez chanter le Te Deum , dans l'Eglife Métropolitaine
de ma bonne Ville de Paris , & autres
de votre Diocèfe , avec les Solemnités accoûtumées
en pareil cas , au jour & à l'heure que le Grand
Maître ou le Maître des Céremonies vous dira de ma
part. Sur ce , je prie Dieu qu'il vous ait , mon Coufin
, en la fainte & digne garde. Ecrit à Versailles
le 28 May 1739. Signé , LOUIS ; Et plus bas ,
Phelypeaux . Et au dos eft écrit : A mon Coufin
P'Archevêque de Paris , Pair de France , Comman
deur de l'Ordre du Saint Efprit.
MANDEMENT de M. l'Archevêque
de Paris , du 29 May 1739. qui ordonne
de chanter le Te Deum dans toutes les
Eglises de son Diocèse , en actions de graces
du rétabliffement de la Paix.
C
- HARLES GASPARD - GUILLAUME , &C.
L'Ouvrage de la Paix , Mes très chers Freres
, cft heureuſement confommé. Le Roy , plus
jaloux de mériter le nom de Pere de ses Sujets
que le titre ambitieux de Conquérant , a préféré
notre foulagement & notre repos à tout ce que lui
promettoient l'ardeur de fes Troupes & les premiers
fuccès de fes Armes. Dans le temps même qu'il
paroiffoit le plus occupé du deffein de foûtenir la
Guerre avec vigueur , la modération & fon amour
pour les Peuples , le difpofoient à écouter les propofitions
qu'on pourroit lui faire pour éteindre un
feu , qui menaçoit l'Europe entiere d'un embraſement
géneral.
C'eft en fuivant les difpofitions de cet Augufte
Monarque , & en fe conformant à fes volontés
qu'un
C
1
JUIN. 1739: 1229
qu'un Miniftre , dont la droiture a infpiré aux
Etrangers la même confiance que fon zele & fes
fervices lui ont méritée de fon Souverain , a d'a◄
bord ménagé une Sufpenfion d'Armes , qui nous a
fait goûter par avance les fruits de la Paix. Il a enfuite
confacré fes foins & fes veilles à la conclufion
d'un Traité qui , par les avantages qu'i ! procure à
un Roy , dont les interêts doivent nous être chers ,
a mis ce Prince en état de ceder fans regret un
Trône , où les vertus & les Suffrages d'une Nation
libre , l'avoient placé.
Mais quelque part qu'ayent les hommes à ce
évenement , il ne nous eft pas permis d'y mécon
noître l'Ouvrage de celui qui tient en fa main
les Coeurs des Rois , & qui les fait fervir à ſon gré
aux deffeins de mifericorde ou de juftice qu'il forme
fur leurs Sujets. C'est le Seigneur * qui fait la
Paix & qui créé la Guerre avec toutes les calamités
qui l'accompagnent. Juge équitable & severe , il
employe celle- ci comme l'un des plus redoutables
Aleaux de sa colere pour punir nos crimes : Pere
tendre et compatiffant , notre repentir le désarme
et lui fait suspendre le châtiment que notre ingra
titude et notre révolte avoient mérité .
Remercions ce Dieu de la Paix du Don précieux
qui fait le sujet de notre joye , et signalons notre
reconnoiffance par de folemnelles actions de
graces.
Animés par le succès de nos premiers Voeux
conjurons-le d'affermir ce qu'il a operé en notre
faveur , en rendant éternelle l'amitié des Princes
qui concourent aujourd'hui à la tranquillité de
l'Europe , et dont l'union fait tout à la fois leur
propre sûreté & le bopheur des Peuples soumis à
leur Puiffance . A ces causes , & c.
2
*Ego Dominusfaciens pacem
Ifai . 45.
creans malum .
MAN230
MERCURE DE FRANCE
MANDEMENTdu Grand Prieur de l'Ab:
baye de Saint Germain des Prés , immédiate
au S. Siége ; au sujet de la Paix générale ,
publiée par ordre du Roy , le premier de
Juin.
Ean-Baptiste Floyrac , Grand - Prieur de l'Ab
2
diate au S. Siége , & Vicaire Général de S. A. S.
M. le Comte de Clermont , Prince du Sang
Abbé Commandataire de ladite Abbaye : A tous les
Fideles de notre Jurifdiction , Salut en Notre- Seigneur
JESUS- CHRIST .
Le Roy des Rois et le Seigneur des Armées , est
auffi le Dieu de la Paix ; son bras n'eft plus apesanti
sur nous ; les armes lui font tombées des
mains ; il va faire reposer fon Peuple dans le fein de
la Paix. Pour préparer ce glorieux Evenement , il
a donné à notre Augufte Monarque ce cocur pacifique
, qui fut le caractere du plus grand de tous les
Rois , et lui a infpiré une juste confiance dans un
Ministre également droit et éclairé . Le calme est
rendu à toute l'Europe ; les interêts des differens
Princes font ménagés à leur fatisfaction , et les
Peuples ont l'efperance certaine de jouir des fruits
de la Paix. Que les Temples , Mes chers Freres ,
retentiffent de nos actions de graces : Ecrions - nous
avec l'Ecriture : Que la présence de celui qui annonce
la Paix , eft aimable ! et continuons nos voeux pour
la durée d'un Regne si avantageux à l'Eglise , si glorieux
pour la France , et si,cher à toutes les Nations
de l'Europe.
A ces causes , Jeudi prochain , quatrième de Juin;
es chantera après Vêpres le Te Deum , le Pleaume
Exaudiat
JUIN. 1739. 1237:
Exaudiat , l'Oraiſon pro gratiarum actione , et celle .
pour le Roy , dans l'Eglise Abbatiale de S. Germain
des Prés. Fait à Paris ce deux Juin 1739. Signé Fr.
JEAN- BAPTISTE FLOYRAC. Et plus bas , par commandement
du Révérend Pere Prieur , Signé Fr.
LOUIS LEMERAULT.
• Tout ce que portoit ce Mandement fut executé
avec toute la folemnité poffible , & le soir il y eût
des Feux de joye , de grandes Illuminations , des
Fusées volantes , &c . On tira auffi quantité de
Boëtes & plusieurs coups de Coulevrines , dont le
bruit s'étoit déja fait entendre durant le Te Deum.
Enfin , on ne peut rien ajoûter aux démonstrations
de joye qui éclata dans tout ce Diſtrict.
MANDATUM Ampliffimi Rectoris.
N
Os Armandus Princeps de Rohan - Ventadour
Rector Univerfi Studii Parifienfis , omnibus
Doctoribus , Magiftris , ac Scholaribus , Salutem.
Quartus jam annus eft , ex quo Gallia fe belli
tumultu vacare gaudet , & , ante confummatam
pacem , pacis bona fructufque praguftat . Illa tamen ,
fi fpempignufque pacis , at fiduciam omnis expertem
cura nondum affumpferat. Advenit tandem ille
dies ,, quo Rex Optimus fecuriorem ac pleniorem tam
lati muneris ufuram populis fuis folemni promulgatione
defponderi voluit. Poterat fane Ludovicus , allectus
prafertim dulcedine vincendi , juftis de caufis fufcep
tum, & felicibus coeptum afpiciis bellum , ulterius
protrahere. Sed maluit , civium fanguini parcendo .
Pacificus Patria Pater , quam , faventi indulgendo
fortuna , hoftium Triumphator appellari. Satis
habuit dudum interquiefcentem fufcitaffe armorum
Gallicorum gloriam , & , infigni paucorum annorum
experimento , toti Europa oftendiffe , quid laceffita for-
1
tifima
232 MERCURE DE FRANCE
tiffima Gentis virtus poffet . Neque verò modus conci
Tianda pacis minus , quàm ipfa Pax , ad immortale
Ludovici decus confert . Non illa tardis moliminibus,
non per coecas ambages , non plenis fufpicionum as
caute arum legationibus , ad exitum perducta fuit.
Omnia comperta Ludovici fapientia fideique & ab
hoftibus ab fociis permiffa funt. Reducem igitur
ad nos Optimi Principis beneficio falutemus ac deofcu
lemur Pacem, & intertextas lauro oleâque Regio
Capiti coronas innectamus . Superfundenti ſe latitia
( modò tamen fine lafcivia ) habenas laxet Regum
eadem primogenita Filia , & alma Doctrinarum pavens
, Univerfitas noftra , ad quam non ultimus reftiauta
pacis fructus pertinet. Amant enim quietem
otium Artes noftra , qua , & fi inter bellicos motus
nonplanèconticefcunt , obftrepente tamen quodammodo
laficorum ac tubarum clangore perturbantur.
Igitur , donec folemniore ritu & publicis Supplica=
tionibus debita Belli & Pacis Deo gratia perfolvantur
, jubemus in omnibus Collegiis die Martis fecunda .
menfis Junii , poft Solemne Sacrum, cantari Hymnum
Te Deum , cum Pfalmo Exaudiat.
·Deinde , ne , in communi omnium Ordinumgaudio
, numerofa juventus , qua apud nos in Religionis
decus , in Regis obfequium , in ſpem Gentis educatur,
propria atatis & indolis fua oblectatione defraudetur
volumus , diebus Luna , Martis & Mercurii proximè
futuris , intermiffio omni docendi difcendique munere
Scholas noftras feriari.
,
Datum in dibus noftris Sorbona - Pleffais , die
Sabbathi trigefimâ menfis Maii , Anno Domini millefimofeptingentefimo
trigefimo-nono.
Le 12 de ce mois il y eut une Proceffion folemnelle
de Mrs de l'Univerfité , pour les motifs énoncés
dans le Mandement de M. le Recteur , dont
voici la difpofition. SUP
JUIN. 17397 1233
SUPPLICATIONES
Univerfitatis
Studiorum .
Os Armandus Princeps de Rohan - Ventadour ,
N Rector Univerfi Studii Farifienfis , mandamus
pracipimufque omnibus & fingulis ejufdem Univerfita
ais Doctoribus, Magiftris , Clientibus , & Adminif
tris , cujufcunque fint conditionis , aut gradûs , ut me
mores juris-jurandi quo fuam Academia fidem obftrinxerunt,
die Veneris duodecimâ menfis Junii adfint apud
Maturinenfes , horâ fefqui-feptima matutina , ornati
ut decet , inde ad Adem Deo facram ſub invocatione
Sancti Sulpitii ritè proceffuri , Deo Optimo Maximo
piè fupplicaturi pro Fidelium concordia , harefeon extirpatione
, hujufce florentiffimi Regni falute ; pro Regis
Regina , Sereniffimi Delphini , totiufque Regia
Profapia incolumitate , noftra Academia tranquillitate
& dignitate , frugibus terra , aëris ſalubri temperie ,
cunctis rebus humano generi fecundùm Deum neceffariis.
Inprimis autem gratias rependamus immortales
fummo Regum Regnorumque Domino , quòd . post
quam Regi noftro Auguftiffimo , in hoftes bellanti ,
potentiam & gloriam atque victoriam , dedit , per
ejufdem fapientiam ac moderationem pacem & otium
dedit in Ifraël. Idcircò poft Solemne Sacrum cantabitur
Hymnus Te Deum , ac deinde eâdem frequentiâ
ordine redibitur .
Datum Lutetia Parifiorum in Edibus noftris Sorbona-
Pleffais , die Luna octava menfis Junii , Anno
Domini millefimo feptingentefimo trigefimo- nono.
On ne peut rien ajoûter à la célebrité de cette
Proceffion , à laquelle affifterent plus de mille Per
fonnes du Corps ou de la dépendance de l'Univer
fité. Tout ce qui fe paffa à S Sulpice fur ce fujet
fût également augufte et édifiant. M. le Curé , qui
avoit
234 MERCURE DE FRANCE
•
avoit célebré folemnellement la Meffe , fût complianente
en Latin par l'Orateur préposé par M. le
Recteur , et il répondit de même avec beaucoup
'd'éloquence et de dignité au Discours de l'O
rateur.
ORDONNANCE du Roy , du 28 May
pour la publication de la Paix.
O
N fait à fçavoir à tous , qu'une bonne , ferme
, ſtable et folide Paix , avec une reconciliation
entiere et fincere , a'été faite et accordée entre
Très-Haut , Très - Excellent & Très- Puiffant Prince
Louis , par la Grace de Dieu , Roy de France et de
Navarre , notre fouverain Seigneur , Et Très-Haut,
Très-Excellent & Très Puiffant Prince CHARLES ,
Empereur , & les Seigneurs Electeurs , Princes &
Etats de l'Empire , leurs Vaffaux , Sujets & Serviteurs
en tous leurs Royaumes , Pays , Terres &
Seigneuries de leur obéiffance : Que ladite Paix eft
génerale entr'eux , & leurfdits Vaffaux & Sujets ; &
qu'au moyen d'icelle , il leur eft permis d'aller ,
venir , retourner & féjourner en tous les Lieux defdits
Royaumes , Etats & Pays , négocier & faire
commerce de marchandiſes , entretenir correfpondance
, & avoir communication les uns avec les
et ce en toute liberté , franchiſe et sûreté
tant par Terre que par Mer et fur les Rivieres et
autres Eaux , et tout ainfi qu'il a été ou dû être fait
en temps de bonne , fincere et amiable Paix , telle
que celle qu'il a plû à la Divine Bonté de donner
audit Seigneur Roy , et auxdits Seigneurs Empe-
Electeurs , Princes et Etats de l'Empire , et à
leurs Peuples et Sujets ; et pour les y maintenir , il
eft très- expreffément défendu à toutes Perfonnes
de quelque qualité et condition qu'elles foient ,
d'enautres
,
reur ,
?
JU1 -N. 1739
1235
›
entreprendre , attenter ou innover aucune chaſe
au contraire ni au préjudice d'icelle , fur peine
d'être punis feverement comme infracteurs de Paix
et perturbateurs du repos public . Er afin que perfonne
ne puiffe en prétendre caufe d'ignorance , la
préfente fera lûë , publiée et affichée où befoin
fera . Fait à Verfailles , le 28 May 1739. Signé Louis..
Et plus bas , Amelot.
ORDONNANCE de Police , du 30 May ;
qui enjoint aux Habitans de cette Ville &
Fauxbourgs de Paris , de fermer leur's Boutiques
Mardi prochain 2. Juin 1739 .
d'allumer desFeux le foir du même jour au- ·
devant de leurs maiſons , en réjoüiſſance de
la Publication de la Paix.
S&
Ur ce qui nous a été repréſenté par le Procureur
du Roy , que la joye déja répandue dans le
Public eft fondée fur des motifs trop intereffans
pour qu'il croye nécellaire de l'exciter tout de nouveau
par le devoir de son miniftere ; et qu'il n'au
roit aujourd'hui à faire entendre la voix , que pour
la joindre à celle de tous les Citoyens de cette Capitale
, et ſe récrier avec eux : Heureux les Peuples
dont le Roy eft pacifique ! qui fçait que faire la
guerre , c'eft le droit des Souverains , mais que
d'en regler en maître la durée fur les befoins des
Sujets , c'eft le chef-d'oeuvre de leur puiflance ;
comme c'eft le chef-d'oeuvre de leur bonté et de la
modération, que d'aimer à s'arrêter au milieu de la
Victoire , pour ne recueillir que les feuls fruits de
la Paix. Qu'il s'en tiendroit donc aux voeux et aux
acclamations publiques de refpect , d'amour et de
reconnoiffance pour le meilleur de tous les Rois
1. Vol. mais
236 MERCURE DE FRANCE
•
2.
→
mais que pour fatisfaire à l'ufage , et obéir à l'Ar
rêt du Parlement de ce jour , il eft obligé de requerir
, que fous les peines ordinaires , il foit par Nous
ordonné à tous les Bourgeois et Habitans de cette
Ville , de faire allumer mardi 2. du mois de Juin
jour auquel fera chanté un Te Deum à Notre-Dame,
des feux devant leurs portes , et qu'il ſoit défendu
à tous Particuliers de tirer des fufées et petars dans
les rues , conformément à nos précedentes Ordonnances.
Sur quoi faifant droit , Nous ordonnons
que mardi 2. du mois de Juin , les Boutiques feront
et demeureront fermées pendant toute la journée
et que le foir tous les Bourgeois et Habitans feront
tenus de faire allumer des feux devant leurs portes ;
& cependant faifons défenſes de tirer aucunes fufées
ni petars , et enjoignons expressément à tous
Propriétaires et principaux Locataires des maiſons
de faire fermer les fenêtres , lucarnes et généralement
toutes les ouvertures des greniers dépendans
de leurfdites maifons ; comme auffi de faire fermer
les fenêtres des angars et écuries , ainfi que les foûpiraux
des caves et autres endroits dans lesquels il
y auroit de la paille , du foin , du bois , et autres
matieres et marchandiſes combuſtibles ; et notamment
enjoignons aux Marchands Epiciers , Chandeliers
et Grainiers , de fe conformer à notre préfente
Ordonnance , et ce fous les peines portées par
les précedentes : Mandons aux Commiffaires du
Châtelet , chacun dans leur quartier , de tenir la
main à l'execution de notre préfente Ordonnan
ce , &.c.
>
Le premier de ce mois , la Publication de la Paix
entre le Roy et l'Empereur ſe fit avec les cérémonies
ordinaires dans les principales Places de Paris.
Le Châtelet et le Corps deVille fe trouverent à cette
PubliJUIN.
173979
1237
Publication , qui fut faite par le Roy d'Armes , accompagné
des Herauts , au bruit des Timballes et
Trompettes , et des acclamations réiterées du
Peuple.
Le 2. Juin on chanta dans l'Eglise Métropolitaine,
en actions de graces de la Paix , le Te Deum,
auquel l'Archevêque de Paris officia Pontificalement.
Le Chancelier de France à la tête du Confeil
y affifta , ainfi que le Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aydes , l'Univerfité et le
Corps de Ville. Le foir , on tira devant l'Hôtel de
Ville un très - beau Feu d'artifice , & il y eut dans
toutes les rues des Feux et d'autres marques de
réjoüiffance .
Cette folemnité fut annoncée la veille et le lendemain
matin par des décharges de toutes les Boettes
et du Canon de la Place de Greve et de la Baſtille.
Le 3 au matin , le Parlement , la Chambre
des Comptes , la Cour des Aides , la Cour des Monnoyes
, et le Corps de Ville eurent audience du .
Roy , et ils complimenterent S M. fur la Paix
L'après midi , le Grand Confeil , l'Univerfité et
l'Académie Françoife , complimenterent le Roy sur
le même fujet.
Ils furent tous présentés par le Comte de Maurepas
, Miniftre et Secretaire d'Etat , et conduits par
le Marquis de Brezé , Grand Maître des Cérémonies
, et par M. Defgranges , Maître des Cérémonies.
COMa38
MERCURE DE FRANCE
COMPLIMENT fait . au Roy par M.
Chopin , premier Préſident de la Cour des
Monnoyes , le 3 Juin 1739. fur la Paix
conclue avec l'Empereur.
SIRE ,
Le plus grand honneur que vos Cours Souveraines
puiffent recevoir , eft celui de paroitre aux pieds de
Votre Majefté.
Heureux , lorfqu'en lui donnant des marques publiques
de notre refpect , nous avons encore à y joindre
les fentimens de la reconnoiffance ; lorfqu'en félieitant
Votre Majefté ſur ses profperités , nous avons à
la remercier de fes bienfaits.
Qui n'a point reconnu dans les douceurs de la Paix
dont Votre Majesté nous a fait jouir avant même
qu'elle fût concluë , que vous avez préféré le repos
public aux avantages que la fuperiorité de vos armes
vous promettoient ?
Les premiers fuccès n'ont point excité Votre Majefté
a s'en procurer de nouveaux , & dès que votre juftice
a étéfatisfaite , vous n'avez plus laiſſé agir que votre
bonté.
Tel eft , SIRE , l'effet de la Sagefle de votre gouvernement
, tel eft l'effet de l'amour de Votre Majefté
pour fon Peuple. Daignez , SIRE , le lui conferver,
nous le demandons à Votre Majefté avec le même zele
que nous demandons à Dieu la confervation de
otre Perfonne Sacrée ; c'eft à quoi , SIRE , nous
bornons tous nos fouhaits pour Votre Majefté, &pour
nous-mêmes.
COM
JUIN 237 1739
COMPLIMENT fait au Roy par M.
Gouault , Avocat Général de la Cour des
Monnoyes le 3 Juin 1739, sur la Paix
conclue avec l'Empereur.
SIRE ,
Les Victoires de Votre Majefté ont été le sujet de nos
acclamations ; la Paix qu'elle donne à l'Europe fatt
aujourd'hui l'objet de notre reconnoiſſance la plus vive
la plus profonde.
Les plus fieres Nations fe font enfinfoûmiſes & ont
respecté la justice de vos prétentions ; la valeur de vos
Armées nous a conquis des Provinces entieres , mais la
bonté de Votre Majefté , votre amour pour fes Peuples,
ont fufpendu le cours de vos Triomphes.
La prudence de vos Confeils , également admirée de
tous les Souverains , a fçû defarmer l'ennemi qui com
battoit contre fes propres interêts , & nous devons à la
Sagefle du Traité qu'elle a dicté , une Paix glorieuſe,
dont la douceur s'eft déjafaitfentir , qui va pourjamais
éteindre la difcorde , & pofer l'inébranlablefon
dement de la félicité publique.
Les Sonnets qu'on va lire au fujet de la Paix ,
ont été préfentés le 3. Juin , à Versailles , par l'Auau
Roy , à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin
et à Mefdames de France , qui les ont reçûs
avec bonté,
teur
T
Alle
1140 MERCURE DE FRANCE
*************
Alla Sacra Real Maeftà di LUIGI XV.
Re diFrancia, e di Navarra,
pel giorno della pubblicazion della Pace.
L'Autor riguardando ilfuo Ritratto, cosìfavella,
Сніг
SONET TO.
Hi è costui , che di Vittoria adorno
Tanto trionfa in be' color dipinto ?
LUIGI , or leggo , è quei DECIMO QUINTO ,
Ma non fo di qual stirpe , e qual soggiorno.
Chi è dunque mai quest' alto Eroe , che intorno
Di bandiere , già tolte all' Oste , è cinto ?
Che Scettro ha in mano , e a comandare è accinto
Del fier Nimico a Città vinte , e a scorno
..Questi , la Fama a me risponde in Terra ,
E ' il gran Monarca , al cui poter foggiace
Di Francia il Regno , e che ' l Nimico atterra ;
Questi è 'l gran Re , temuto ognor dal Trace ,
Ch'alla Germania , ed all'Italia guerra
Porta , e alla Gallia alta Vittoria , e Pace .
Di Vostra Sacra Real Maestà
mo mo mo
L'Umiliff . Divotiff . e Obbligariff . Servo
Giovan Francesco NENCI,
JUIN. 1241 1739:
**
A Sua Eminenza il Signor Cardinal DI FLEURI
Primo Miniftro del Re Criftianiffimo ,
pelgiorno della pubblicazion della Pace.
L'Autorcosì parla , volto al fuo Ritratto.
Q
SONETT O.
Úefti è FLEURI ; ben melo dice il fronte
D'oftro adorno , e la man , che tanto impera
Nel Franco Regno ; Egli è quell' alta e vera
Della Pace d'Europa occulta fonte.
Ne fol di Pace ; di Vittorie conte
Ancor è , che fan gir la Gallia altera ;
·Ond' è degno , per far fua gloria intera
Di trionfar ful Vaticano Monte.
S'al Re diè palma , a Lui dia lode il Vinto ;
E ben odo che a Lui l'Italia , e Vienna
Così parla , il ver dice , e fon convinto :
vinto
Tu ancor Vittoria , e Pace infulla Senna
Dai , facro Eroe , ch' ai combattuto , e
Col fenno , coi Configli , e colla penn
Di Vostra Eminenza
mo mo mo
L'Umiliff . Divotiff . e Obbligatiff . Servo
Giovan Francesco NENCI .
Liiij Le
242 MERCURE DE FRANCE
Le Dimanche Juin , le Prince de Lichtensteins
Ambaffadeur de l'Empereur à la Cour de France ,
fit faire une très - belle Illumination , à l'occaſion
de la publication de la Paix , devant la face de l'Hôtel
de Nesle ( du côté de la Terraffe ) où cet Ambaffadeur
demeure. La Décoration de cette Illumination
contenoit 39 toiſes de face , fur 64 pieds de
hauteur. On y voyoit deux Arcs de Triomphe
l'un traverfant la rue de Beaune , et l'autre adoffé
au petit Hôtel de Mailly , ornés de Pilaftres d'Ordre
Rustique , avec Cintres , Corniches , Piramides et
Vafes pour couronnement ; et dans le Timpan des
Arcs de Triomphe , il y avoit des Guirlandes de
feu , qui foûtenoient des Girandoles de 60 lumie
res chacune , dont l'effet étoit fort agréable.
A côté des Arcs de Triomphe , s'élevoient deux
Pavillons ; l'un adoffé fur la Galerie de l'Hôtel de
Nesle , et l'autre fur la face du petit Hôtel de
Mailly ; chacun de ces Pavillons étoit orné de deux
Pilaftres de Refend , montant jufqu'en haut des
Pavillons , avec Plintes , Frontons , et un Portique,
au- deffus duquel étoit un Mufle ou Tête de Lion
doré,de quatre pieds de proportion, d'où fortoit une
Fontaine de vin, qui coula pendant tout le temps de
P'Illumination. Ce Portique étoit terminé par une
Croiſée ornée d'un Bandeau de Lumieres , et d'un
Fronton accompagné d'un Luftre au milieu , foùtenu
par des Guirlandes de fleurs. Au- deffus de
chacun des Pilaftres étoit une grande Piramide de
feu , et fur le Comble de chaque Pavillon , s'élevoit
fur un Piedeſtal une Girandole portant 80 Lumiéres
; les vives-arrêtes du Comble profilées de Terrines,
venant joindre les Piramides.
A côté de ces Pavillons , s'élevoient trois Portiques
, avec des Bandeaux de Lumieres au pourtour,
les Archivolets foûtenant des Girandoles et des Va-
Les
JUIN. 1739.
fes au-deffous , de differentes formes ; au deffus
des Portiques étoient des Croifées , ornées d'un
Bandeau de Lumieres avec Fronton , et au milieų
de chaque Croifée étoit fufpendu un Luftre avec
des Guirlandes de fleurs, Au- deffus de chaque Pilastre
, dans les Trumeaux des Croisées , il Y avoit
de grands Vafes fur des Piédeftaux ; au-deffus et au
milieu des Croifées et Trumeaux étoient des Vafes,
dont les formes étoient variées ; et la Corniche de
l'Entablement étoit garnie de Lumieres.
La grande partie du milieu étoit ornée de quatre
Pilaftres de Refend , et de trois grands Portiques ,
avec des Bandeaux & des Archivolets , foûtenant
trois grandes Girandoles , avec des Vafes au-deffous
fur des Piédeftaux. Au-deffus du Portique du mi-
Hieu étoient les Armes de l'Empereur , qui montoient
jufqu'au Fronton , appuyées fur les deux Pi
laftres du milieu , et au- deffus des deux autres Por
tiques , étoient des Croifées ornées d'un Bandeau »
de Lumieres , et d'un Fronton avec des Luftres au
-milieu , ornés de Guirlandes de fleurs . Au - deffus
de la Corniche d'Entablement , il y avoit une Atti
que pofée fur les quatre Pilaftres de Refend , avec
Corniche pour couronnement de l'Attique. Audeffus
des quatre Pilaftres s'élevoient des Girandoles
, et au milieu une autre grande Girandole fur un
Piédeltal , le tout garni de Lumieres ; ce qui faifoit
un effet admirable , quoique le Vent du Nord n'ait
pas entierement favorisé ce brillant et ingénieux
Spectacle.LY
,
Illumination contenoit , tant en Lampions ,
Terrines, que grands Lampions à -plaque ,la quantité
de 28000 Lumieres .
i
Le Deffein de ce grand Edifice est du St Defmas -
rais , Architecte des Batimens du Roy , et èxecûté
par le St Berthelin do Newville , um na:our
you nɔ auszuɔc , and st 16 ordinaire
KCURE DE FRANCE
ordinaire des menus Plaifirs du Roy.
Le Prince de Lichtenstein donna le lendemain un
superbe Diner , où les Miniftres d'Etat , ceux des
Princes Etrangers , et les Perfonnes de la premiere
diftinction de la Cour et de la Ville , fe trouverent
au nombre de plus de 80 perfonnes ; il y avoit trois
Tables , dont la premiere étoit de 45 couverts , et
les autres de 25 chacune. Ce Repas fut fervi avec
autant de délicateffe que de profufion.
On donnera dans le prochain Journal des détails
plus circonftanciés , au fujet de la Cavalcade pour la
Publication de la Paix , la Defcription du Feu d'arifice
, du Feftin de l'Hôtel de Ville , &c.
On donnera auffi la repréſentation en Taille
douce de l'Illumination dont on vient de parler
qu'on grave actuellement.
Le Prince de Conty , à la fanté duquel tout le
monde s'intereffe , eft bien guéri d'un abfcès confidérable
fous l'aiffelle , dont les Chirurgiens croyoient
l'ouverture inévitable , par l'aplication d'un Onquent
venu de Turquie , dont le Sr Darmagnac ,
fon Apoticaire , a la Recette , et eft le feul qui le
compofe.
Il a auffi une Eau fpécifique pour les coups de
tête , éprouvée par des fuccès journaliers , dont on
zefpire deux ou trois fois le jour par le nez environ
une cueillerée chaque fois ; s'il y a même quelque
contufion , on aplique deffus une compreffe imbibée
de cette Eau.
On donne avis au Public , que le Sr Jacques
Le Clerc , ancien Juge- Conful de la Rochelle , a
été nommé Syndic des Creanciers de la Succeſſion
de feu Sr Jean Bruflé , Procureur du Roy de la
Monnoye
JUIN. 72451 1739.
"
*
"
Monnoye de cette Ville , et que le Sr Le Clero
a trouvé dans les Papiers de cette Succeffion , la
Copie d'un Compte que le Sr Brulé a déposé au
Siége de l'Amitauté le 21 Janvier 1718 , et le 6
Fevrier 1722. par lequel il paroît qu'il revient quelque
chofe aux Actionaires du Vaiffeau du Roy
PIndien , armé à Rochefort par le Sr Dereaux Ardouin
, et commandé par M. le Chevalier de la
Sauzaye. Ceux qui feront Porteurs d'Actions fur
ce Vaiffeau , pourront s'adreffer au St Le Clerc,
à la Place Habert , qui donnera tous les éclaircif
femens qu'il pourra ; il font priés d'affranchir leurs
Lettres , parce que le Sr Le Clerc n'eſt pas Syndic
des Actionaires .
j j j s j s r r į į の
MORTS, NAISSANCES
E nommé Laurent Courtillet , cft mort depuis
Lipeu dans la Paroiffe de S. Aubin le Guichard
près de Fontaine- l'Abbé , en Normandie , âgé de
104. ans.
Le 10. Mai , Frere Urse -Victor Tambonneau ,
Bailly , Grand- Croix de l'Ordre de Saiut Jean de
Jérusalem , Commandeur des Commanderies de
Beauvais en Gâtinois , & de la Feüillée en Aquitaine
, Receveur du commun Trésor de cet Ordre , au
Grand Prieuré de France , mourut dans l'Enclos du
Temple à Paris, dans la 53. année de son âge , étant
né le IS. Février 1687. Il avoit été reçû de minorité
dans la Religion de Malthe , au Grand- Prieuré
de Francele 26 Août 1690.On a ci-devant fait mention
de fes Pere et Mere à l'occasion de la mort de la
Dlle Tambonneau , fa four , et de celle de fon fre-
I vi
re
ACURE DE FRANCE
c aîné , raportées dans les Mercures du mois d'Aoûr
1736. page 1929. et du mois de Janvier 1737.
page 156.
Le 17. Antoine- Charles de Gontaut de Biron ,
Duc de Lauzun , Pair de France , Capitaine au Régiment
du Roy , Cavalerie , fils unique de feu Charles-
François-Armand de Gontaut , Duc de Biron ,
Pair de France , Brigadier des Armées du Roy , dont
la mort eft raportée dans le Mercure de Janvier
1736. page 181. & de D. Marie - Adelaïde de Grammont
, fa veuve , mourut à Saarebourg , âgé d'environ
22. ans , fans avoir été marié. Par la mort ,
Jean -Louis de Gontaut de Biron , fon Oncle, Diacre,
Chanoine honoraire de l'Eglise de Paris , et Abbé
Commandataire des Abbayes de Moiffac & de Cadouin
, devient l'aîné de fa Famille et héritier présomptif
du Duché & Pairie de Biron.
Le 18. Jacques- Philipe de Prunelé , Seigneur du
grand Hôtel des Carneaux, de Chalo S. Mard , en
partie , du grand Guignard für Authon en Beauce ,
de Morville , &c. ancien Lieutenant de l'Artillerie,
mourut au grand S. Mard , près d'Estampes , Diocèse
de Chartres , dans la 74. année de ſon âge
étant né à Tignonville en Beauce , le 20. Décembre
1665. Son Mariage et les enfans qu'il en a eû ,
font mentionnés dans la Génealogie de la Maison
de Prunelé, qui fe trouve dans le Suplément du Dictionnaire
Hiftorique de 1735.
Le 27. Charles de Nocé , Chevalier , Seigneur de
Fontenay , et de la Chapelle , ci-devant Premier
Gentilhomme de la Chambre du feu Duc d'Orleans,
Régent en France , dont il avoit obtenu le Brevet
avec 10000. livres de pension , au mois de Juin
1719. et auparavant Maître de sa Garderobe, mourut
à S. Germain en Laye , âgé de 75. ans. Il avoit
épousé au mois de Février 1690. Marguerite de
Rambouillet
JUIN. 1739.
1247
Rambouiller , veuve de Guillaume Scott , Seigneur
de la Mesangere , de Boscherville , &c . Conseiller
au Parlement de Normandie , et fille d'Antoine de:
Rambouillet , Seigneur de la Sabliere , Conseiller-
Secretaire du Roy , et de Marguerite Heffin ; elle
mourut le 30. Novembre 1714 âgée de 57. ans . Il
n'en avoit point eû d'enfans. Il étoit fils de feu
Charles de Nocé , Seigneur de. Fontenay , la Chapelle
, qui avoit été Sous - Gouverneur du feu Düc
d'Orleans , et auparavant Gouverneur de Charles-
Paris d'Orleans- Longuevillé , Comte de S. Paul , et
qui mourut le IO. Mars 1704. âgé de 87. ans , et de
Marie le Roy, fa femme , morte âgée de 75. ans le
21. Octobre 1714. laquelle étoit fille de Marin le
Roy , Seigneur de Gomberville ., l'un des Quarante
de l'Académie Françoise..
Le 31. Gaspard Pecou , Conseiller du Roy , Maître
Ordinaire Honoraire en la Chambre des Comptes
de Paris , ou'il avoit été reçû le . 3. Avril 1699 .
mourut dans un âge avancé. Il étoit fils de feu
Jean-Baptiste Pecou , Conseiller- Secretaire du Roy,
Maison , Couronne de France & de fes Finances ,
& Contrôleur Géneral des Gabelles de France , mort
lè 4. Février 1694. & de Marie du Puis , et il étoit
veuf d'Anne-Marie- Gabrielle de Morlon , morte le
12. Août 1716. fille de feu Antoine dé Morlon, Capitaine
des Gardes de la Porte de feu Philipe , fils
de France , Duc d'Orléans , & de feuë Anne de Les
pée. Il l'avoit épousée le 24 Septembre 1696. II.
laiffe d'elle Joseph- Gaspard Pécou , reçû Maître
Ordinaire en la Chambre des Comptes de Paris
par la résignation de son Pere , le 6 Septembre
1728. et marié le 23. Août 1728. avec la Dlle Laideguive.
Le premier Juin , D. Henriette Fitz-James , civant
Dame du Palais de la Reine , & épouse de
Jean7248
MERCURE DE FRANCE
Jean- Baptifte-Louis de Clermont- d'Amboise , Mare
quis de Renel , et de Montglat , Comte de Chiverni
, Baron de Rupt , Seigneur de Delain , Bailly
et Gouverneur de Chaumont en Baffigny , Grand-
Bailly de Provins , Maréchal des Camps et Armées
du Roy , avec lequel elle avoit été mariée le 7. Novembre
1722. mourut à Chatou , près de Paris
dans la 34. année de fon âge , étant née le 16. Septembre
1705. Elle étoit fille du feu Maréchal Duc
de Berwick , dont on a parlé fort au long en ra➡
portant la mort dans le Mercure de Juin 1734
fecond volume , page 1449.
Le 4. Jean - Maurice Durand de Chalas , Seigneur
de Mathougues , Pringy , la Tour du Bos , & c . Président
en la Chambre des Comptes de Dijon , Secre
taire du Roy, Maison , Couronne de France et de fes
Finances, ci- devant Receveur General des Finances
en Champagne, et Conseiller au Conseil du feu Duc
d'Orleans , Régent en France , mourut à Paris ,
dans la 74. année de fon âge . Il avoit été marié le
s . Février 1709. avec Louise Durey , fille de feu
Pierre Durey , Conseiller- Secretaire du Roy , &
Receveur General des Finances au Comté de Bourgogne
, et de défunte Jeanne- Magdeleine Brunet.
Il en laiffe un fils , nommé Alexis -Jean Durand
Sieur de Lagny , Lieutenant de Roy en Champagne
, qui a épousé le 17. du mois de Septembre
1736. Die Marie -Anne- Philiberte Durand d'Auffy
de S. Urain , fa Cousine , fille du Grand-Maître des
Eaux et Forêts des Duché et Comté de Bourgogne
, Breffe et Alsace , et une fille nommée Jeanne
-Philiberte Durand de Chalas , et mariée le 19%
Juin 1731. avec Etienne- Pierre Maffon de Maisonrouge
, Receveur General des Finances d'Amiens ,'
Il avoit eû un fils aîné , dont la mort eſt raportée
dans le Mercure du mois de Novembre 1732. page
25076
3.
1
JUIN. 1739. 1249
•
1507. Le Sr de Chalas , qui vient de mourir , a
fait par fon Teftament plusieurs Legs pieux aux
Pauvres et aux Hôpitaux de Paris , ainsi qu'à l'Hôpital
de la Charité de Montcenis en Bourgogne , fa
Patrie , dont il étoit Fondateur.
Le 8. Jean-François de Billy , Chevalier , Seigneur
de la Ville Tartre , &c. Meftre de Camp de Cavalerie
, Chevalier des Ordres Royaux & Militaires de
S. Louis & de S. Lazare , Premier Gentilhomme de
la Chambre de Louis de Bourbon Condé , Comte de
Clermont , Prince du Sang , mourut à Paris , âgé de
66.ans,étant né le 28. May 1673. Il fut inhumé dans
PEglise Paroiffiale de S.Paul le 9 Juin. Il étoit le 17e
defon nom de pere en fils & de la Branche aînée de
fa Maison ; il descendoit des anciens Seigneurs
de Billy fur Ourcq , près Muret en Vallois , déja illuftrés
dès l'année 1080. ainsi qu'on le voit dans les
Memoires de Caftelnau , Livre 7. Chap. 4. et Tome
fecond, page 639. de l'Edition de Bruxelles 1731. Il
fut reçû Page du Roy en fa petite Ecurie , en Mars
1688. il suivit Monseigneur le Dauphin en cette
qualité au Siege de Philisbourg , & s'y diftinga à la
prise de l'Ouvrage à Corne , ainsi qu'il eft raporté
dans les Nouvelles publiques de cette année . Il entra
dans les Mousquetaires en 1690. & eut le pied
percé d'un coup de pistolet à fa premiere Campagne;
il fut Cornette de Dragons dans le Régiment
du Roy en 1691. & Capitaine dans le même Régiment
en 1694. il fervit piusieurs années dans ce
Corps avec diftinction. Le Prince de Conty Francois-
Louis de Bourbon , le demanda au Roy & se
l'attacha en qualité de Gentilhomme Ordinaire de
fa Chambre , après la mort de ce Prince , il paffa en
la même qualité à Louis de Bourbon Condé , & ensuite
au Duc de Bourbon. Le 29. Avril 1717.il fut Capitaine
des Gardes de Charles de Bourbon Condé ,
Comte
250 MERCURE DE FRANCE
"
Comte de Charolois , il accompagna ce Prince en
Hongrie , dans la même année il eut le Brevet de
Meftre de Camp de Cavalerie , avec la Croix de
l'Ordre de S. Louis en 1721. En Octobre 1723. il
fut reçu Chevalier de S. Lazare , & le 16. du même
mois le Roy lui accorda une pension de 2000. liv.
fur l'Abbaye de S. Bertin de S. Omer; au mois de
Décembre fuivant , il fut Premier Gentilhomme de
la Chambre de Louis de Bourbon Condé , Comte
de Clermont. Il étoit fils d'Elie de Billy, Chevalier,
Seigneur de la Grand - Court , Montguignard , la
Ville Tartre , &c. qui avoit été Page de Louis
de Bourbon , Comte de Soiffons , tué à la Ba
taille de la Marfée , près Sedan , le 6 Juillet
1641. & qui après avoir fuivi dans plusieurs Campagnes
le Prince de Condé , Louis de Bourbon , dit
le Grand Condé , avoit été Premier Ecuyer d'Anne-
Geneviève de Bourbon Condé , Ducheffe de Longueville
, Soeur de ce Prince ; il eft mort , fort âgé
en 1713 . & de Louise-Marie de Bridieu , Dame
d'Honneur de cette Princeffe à sa mort en 1679.-
Elle eft morte en 1714. Il étoit veuf de Marie-Adelaïde
Favieres , fille de Guillaume Favieres , Maître
des Comptes , Seigneur du Pleffis le Veneur, &c. &
de Catherine de Feu de Charmois. Il laiffe de se
Mariage , Jean François - Louis de Billy , Cornette
dans le Régiment de Clermont, Cavalerie . La Maison
de Billy eft originaire du Vallois , comme on le voit
dans l'Hiftoire Généalogique des Grands Officiers
de la Couronne , par le Pere Anselme , troisiéme
Edition , à Paris en 1726. Tome fecond , page
117. Le plus ancien Titre de cette Maison , cité
par le Pere Anselme , par lequel il paroît qu'elle
étoit déja diftinguée dans la Nobleffe , eft de l'année
1142 Ses Armes font vairées d'Or, &e d'Azur -
à deuxfasces de Greules, to no aliq
Le
JUI N.
125r 1739.
Le 7. Juin , fut baptisé à S. Euftache , Charles-
François-Hiacinte , né le même jour , fils de Hiacinte
Hocquart , Seigneur de Montfermeil, Fermier
Géneral des Fermes Unies du Roy , & de D: Marie-
Anne Gaillard de la Bouexiere , fon Epouse. Les
Parain & Maraine ont été. Jacques- Charles - Chrétien
, Seigneur de Galais , & Dile Luce Hocquart ,
Tante paternelle du nouveau né .
Le 11. les Céremonies du Baptême furent fupléées
dans la Chapelle du Palais du Luxembourg ,
Marie-Louise- Barnabée , née & ondoyée le 21.
Février dernier , fille de Louis - Robert Malet , apellé
le Marquis de Graville , & ci- devant le Marquis
de Valsemey , Brigadier des Armées du Roy , &.
Meftre de Camp , Lieutenant du Régiment d'Or
leans , Cavalerie , & de D. Françoise de Jauche
Bouton de Chamilly, fon Epouse , Comteffe Douairiere
de Clere. Elle eut pour Maraine Marie- Louise--
Elizabeth d'Orleans , Reine seconde Douairiere
d'Espagne , & pour Parain , Louis - Philipe d'Or
leans , Duc de Chartres.
***************▴▴▴▴▴▴▴▴
ARRESTS NOTABLES , &c.
A
RREST du 27. Janvier , portant Reglement
pour les differentes fortes de Papiers qui fe fa
briquent dans le Royaume , contenant 61. Articles ,
dont S. M. ordonne l'execution , auquel Reglement
on a joint le Tarif du poids que S. M. veut que pesent
les Rames des differentes fortes de Papiers qui
fe fabriquent dans le Royaume , fur le pied de la
live pesant feize onces , poids de Marc comme
auffis
1252 MERCURE DE FRANCE
auffi des largeurs & hauteurs que doivent avoir les
feuilles de Papier des differentes fortes fpécifiées
après le Tarif.
Le poids fixé pour les Rames des differentes fortes
de Papiers compris dans le Tarif , fera le même
pour les Papiers des differentes qualités d'une même
forte , foit Fin , Moyen , Bulle , Vanant ou
Gros-bon , &c.
AUTRE du 6. Mars , dont la teneur fuit .
Le Roy étant informé qu'on vient de faire paro
tre un Ouvrage imprimé fans nom d'Auteur ni
d'Imprimeur , Tans Privilege ni Permiffion , fous le
titre de Discours fur le Concile de Florence , à l'occasion
de l'Arrêt du Parlement du 16. Décembre
1737. Sa Majesté auroit jugé à propos de s'en faire
rendre compte ; & elle auroit reconnu , qu'on ne
pouvoit regarder cet Ouvrage que comme un Libelle
également condamnable , foit par la licence.
avec laquelle fon Auteur ose attaquer les intentions
même de ceux que leur caractere & leur vertu auroient
dû mettre à couvert des traits de fa malignité,
foit par les propositions et les expressions contraires
aux maximes du Royaume , ou capables d'y
émouvoir les esprits , qu'on a affecté de répandre
dans cet Ouvrage. Et comme il ne tend d'ailleurs
qu'à renouveller témerairement une queftion , fur
laquelle le Roy a expliqué fes intentions par l'Arrêt
que S. M. a rendu le 16. Mars 1738. Elle a cru
quele maintien de fon autorité, & la conservation de
la tranquillité publique, exigeoient également qu'elle
arrêtât promptement le cours d'un Ecrit si dangereux
, à quoi voulant pourvoir , S. M. a ordonné &
ordonne que ledit Ouvrage imprimé fous le titre de
Discours fur le Concile de Florence , à l'occasion de
P'Arrêt du Parlement du 16. Décembre 1737. fera &
demeurera
JUIN. 1739: 1253
demeurera fuprimé. Enjoint à tous ceux qui en ont .
des Exemplaires , de les remettre inceffamment au
Greffe du Conseil , pour y être lacerés ; fait S. M.
très-expreffes inhibitions & défenses à tous Imprimeurs
, Libraires , Colporteurs ou autres , de quelque
état , qualité ou condition qu'ils foient , d'imprimer
vendre , débiter , ou autrement diftribuer
ledit Ouvrage , à peine de punition exemplaire
, &c .
2
AUTRE du 31. qui fixe le nombre des Imprimeurs
dans le Royaume .
Par les considérations exposées dans cet Arrêt ,
S. M. ordonne ce qui eft porté dans les Articles qui
'fuivent.
તે
I. Le nombre des Imprimeurs demeurera fixé ,
fçavoir , à trente- six à Paris, à douze dans chacune
des Villes de Lyon & de Rouen ; à dix dans chacune
des Villes de Bordeaux & de Toulouse , à six
dans les Villes de Strasbourg & de Lille ; à quatre
dans chacune des Villes d'Aix , Besançon , Caën ,
Dijon, Douay, Grenoble , Nantes , Orleans et Rennes
; à trois dans chacune des Villes de Marseille &
de Troyes ; à deux dans chacune des Villes d'Alençon
, Amiens , Angers , Angoulême , Arras ,
Bayonne , Bourges , Châlons- sur - Marne , Chartres
, Clermont , Dunkerque, la Rochelle , le Mans ,
Limoges , Metz , Montauban , Montpellier , Moulins
, Saint Omer , Pau , Poitiers , Rheims , Soiffons
& Tours; à un dans chacune des Villes d'Abbeville,
Agen , Alby , Avranches , Aurillac , Ausch , Autun,
Auxerre , Bayeux , Beauvais , Beziers , Blois , Boulogne
, Bourg - en- Breffe , Saint- Brieux , Cahors ,
Cambray, Caftres , Châlon - sur - Saone , Chaumont,
Colmar , Compiegne , Condom, Coutances , Dieppe
, Dinan , Dole , Evreux , la Fleche , le Havre-
>
de- Grace ,
254 MERCURE DE FRANCE
de- Grace , Langres , Laon , Lisieux , Mâcon ,
Maubeuge , Meaux , Mende , Montargis , Narbon-
Nevers , Niort , Nismes , Noyon , Périgueux ,
Perpignan, Pezenas , Provins , le Puy , Saint-Quentin
, Quimper , Rhodez , Riom , Rochefort , Saintes
, Salins , Saumur, Senlis , Sens , Toul , Toulon ,
Tulles , Valence , Valenciennes , Vannes , Verdun,
Vezoul , Villefranche en Routergue & Vitry.
II. Les Imprimeries qui font établies actuellement
dans les Villes ci - après nommées , demeure
ront suprimées , sçavoir , dans les Villes d'Aire ,
Amboise , Armentieres , Baugé , Beaune , Calais ,
Carcaffonne , Caftelnaudary , Chafteaugontier,
Chaftelleraut , Chaſtillon - sur- Seine , Chinon , Dol
en Bretagne , Eu , Saint-Flour, Fontenay , Gray ,
Saint Jean - d'Angely, Joinville , Laval , Libourne ,
Saint- Lo , Loches , Lons- le- Saulnier , Loudun ,
Saint- Maixent, Mantes, Melun , Sainte- Menehould ,
Montbriffon , Morlaix , Nuitz , l'Orient , Saint - Paulde-
Leon , Peronne , Redon , Sarlat , Sedan , Séez ,
Thouars , Treguier , Valognes , Vendôme , Villefranche
en Beaujolois , Vire , & Vitré .
III : Les Reglemens de la Librairie & Imprimerie
feront executés felon leur forme et teneur ; et en
conséquence , Sa Majeſté fait défenses aux Officiers
de Police , & à tous autres , de quelque qualité et
condition qu'il foient , d'autoriser à l'avenir des
Imprimeurs à exercer l'Art d'Imprimerie , et aux
Imprimeurs de s'immiscer dans ladite Profeffion ,
en vertu de quelques Privileges que ce puiffe être,
fans avoir fait aparoir à M. le Chancelier , de leurs
titres & capacités , et fans avoir obtenu un Arrêt
du Conseil , pour y être reçûs ; le tout en la maniere
accoûtumée.
IV. Les places des Imprimeurs qui feront décecedés
, ne feront point remplies à l'avenir, tant que
lea
J-U1 N. 1739.
12:55
leurs veuves continueront d'exercer l'Imprimerie.
Enjoint S. M. aux Lieutenans Géneraux et autres
Officiers de Police , d'observer et faire observer exactement
les dispositions contenues au present Arrêt,
et aux Sieurs Intendans et Commiffaires départis dans
lés Provinces , d'y tenir la main , chacun en ce qui
les regarde , et d'informer exactement M. le Chan
celier , des contraventions qui pourroient y être faites
, &c.
AUTRE du 16 May , portant exemption des
Droits d'Entrée fur les Beftiaux des Pays Etrangers
qui entreront dans le Royaume , à commencer du
premier Juin 1739. jusqu'au dernier Décem. 1740.
par
AUTRE du 17 , qui ordonne l'execution de celui
du premier Mars dernier , pour le dernier Tirage
de la Loterie Royale ; et qui fixe les Lots du
dernier Tirage. Par lequel S. M. ordonne que l'Arrêt
de fon Confeil du premier Mars dernier , fera
executé felon fa forme et teneur ; et en confequence
, que la derniere portion de la Loterie Royale
établie Edit du mois de Décembre 1737. fera
tirée le 30 du préfent mois , en la maniere prefcrite
par ledit Edit , & fuivant qu'il en a été usé à
l'égard du premier Tirage fait le 10 Decembre de
l'année derniere . Veut Sa Majefté , qu'audit deuriéme
et dernier Tirage , il y ait quatre cent quarante-
neuf Lots , fçavoir , cent cinquante-fept de
mille livres , cent trente- cinq de deux mille livres ,
quatre - vingt- dix de trois mille livres , vingt - deux
de cinq mille livres , treize de fix mille livres ,
de neuf mille livres , neuf de dix mille livres , quatre
de quinze mille livres , cinq de vingt mille livres
chacun, un de 30000 livres , un de 50000. livres , et
un de 65000. livres , payables en argent; et deux au-
·
neuf
trgs
253 MERCURE DE FRANCE
tres Lots , l'un de cinq mille livres , et l'autre de
quatre mille livres de rente viagere . Ordonne en
outre Sa Majefté , que les Billets auxquels ne fera
point échû de Lot , foient , après ledit Tirage , convertis
en rentes viageres au profit des Porteurs ,
raifon de vingt livres de rente viagere pour chaque
Billet , fuivant et ainfi qu'il eft porté par ledit Edit.
Le second Volume du Mercure est actuelle
ment sous presse , & paroîtra incessamment.
J
APROBATION.
'Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le premier Volume du Mercure de France du
mois de Juin , & j'ai cru qu'on pouvoit en permet
tre l'impression. A Paris , le 26. Juin 1739.
HARDION.
TABLE.
IECES FUGITIVES. Le Rossignol & la
Fauvette , Fable •
Effai sour l'Histoire du Nivernois ,
Ode , Imitation d'Horace ,
1045
1047
1059
Lettre du Pere Bougeant , Jesuite , sur l'Amusement
, &c.
Odé d'Horace , Traduction ,
Question de Droit proposée , &c,
Madrigal ,
1062
1066
1067
1072
Lettre
Lettre sur les Horloges Françoises & Italiennes ;
'Autre Madrigal ,
Ibid.
1077
Lettre au sujet d'une Edition des Lettres de F. Malaval
,
Vers à Mlle de S .....
1078
1093
Seconde Lettre au sujet des Poësies de Pierre
Grognet , 1094
Plaindes d'Adam à Eve, & c . tirées de Milton , 1104
Reflexions ,
Epitre sur les Vrais Amis ,
1106
1116
Lettre de M. Joly , à M. le Beuf , au sujet de Pierre
Grognet , &c.
'Alexandre et la Gloire , Tait d'Histoire ,
Description d'une nouvelle Machine ,
Fable ,
1119
1131
1132
1135
Lettre au sujet de l'Etabliffement de la Societé Litteraire
d'Arras ,
L'Amour désarmé par la Raison ,
1136
1140
Extrait d'une Lettre touchant les Lieux nommés
mal à propos Villeneuve-aux-Aulnes , la Viletteaux-
Aulnes ,
Enigme , Logogryphes ,
1141
1147
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX-ARTS ,
&c. Harmonie des deux Shreres Célestes & Ter
restres , &c.
2
1152
Lettre à M. de B .... ou Effais sur le goût de la
Tragédie , 1160-
Traité des Récompenses et des peines éternelles ,
1169
Suite du Memoire sur la Maison de Bethune, 1171
Projet de Souscription des Actes publics d'Anglerecueillis
M. Rymer , *
par 1184
terre ,
Troisiéme
Edition
des Elemens
de Géometrie
, 1190
Livres
nouveaux
, imprimés
à Venise
, 1192
L'Afrique de M. de Gourné , Table Géograp. 1193
Air noté ,
1195
Spectacles
Spectacles. L'Amant Protée , Extrait ; THE
La Comédie gratis au Théatre François et au Théatre
Italien > 1210
Concert public aux Tuilleries
1217
Nouvelles Etrangeres . Turquie et Perse ,
1212
Russie , Suede & Allemagne , 2214
kalie , Naples , Florence & Isle de Corse , 1216
Espagne & Grande-Bretagne ,
1222
1226
1218-
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c. 1223
Lettre du Roy , écrite à l'Archevêque de Paris , au
sujet du Te Deum pour la Paix ,
Mandement de l'Archevêque de Paris ,
Mandement du Grand- Prieur de l'Abbaye de saint
Germain des Prés , sur le même sujet , 1230
Mandatum Amplissimi Rectoris , et Procession de
l'Université , &c.
Ordonnance du Roy pour la publication de la Paix,
1237
1234
Ordonnance de Police pour la publication de la Paix ,
&c.
Compliment fait au Roy
1235-
1237
Autre de la Cour des Monnoyes , 7238
Sonnet Italien au Roy , sur la Paix , 1240
Autre à M. le Cardinal de Fleury , 1245
Illumination de l'Hôtel du Pince de Lichtensteim ,
Ambassadeur › 1242
Morts , Naiffances , &c, 3245
Arrêts Notables ,
1252
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1168. ligne 19. quelques, lisez, quels que,
Part13 me ,quelque
P. 1192. 1. 28. Lurghi , 1. Luoghi,
Ibid. 1. 29. Rome , 1. rame.
1 .
P. 1230. I. 16. Peutle , . Peuple. 4
La Chanson notée doit regarder la page
1194
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
JUIN. 1739 .
SECOND VOLUME.
JURICOLLIGIT
SPARGIT
Papillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT , Quai de Conty
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXIX .
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
L
A VIS.
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
vondront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ŏuvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , on les Particuliers qui fouhaitevont
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
Ini indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
•
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT.
AV
JUIN. 1739.
*****
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
ODE
A l'imitation de celle d'HORACE : Solvitur
acris hiems , & c. L. I.
D
Eja les aimables Zéphirs
Refusent leurs douces ha'eines ,
Et l'Hyver ramenant nos peines ,
Chasse la Saison des plaisirs ;
Tout est triste dans la Nature ;
A l'or de ses riches moissons ,
11. Vol. A ij Que
1258 MERCURE DE FRANCE
Que relevoit des fleurs la riante peinture ,
On voit succeder les glaçons ;
Déja dans leurs sombres retraites
Les Bergers attentifs, renfermant leurs Troupeaux
Ne font plus , à l'envi , repeter aux Echos
Les tendres sons de leurs Musetes ;
Tout languit , tout est aux abois ,
Tout n'offre qu'un triste présage ,
Phébus à son lever ne reçoit plus l'hommage
Du chant des Hôtes de nos bois.
Bien-tôt Philomele plaintive ,
Du froid évitant les rigueurs ,
Va chanter sur une autre Rive
Le doux récit de ses malheurs ;
Le murmure d'une Onde claire ,
Et le bruit flateur des Ruisseaux ,
N'invitent plus Morphée à verser ses Pavots
Sur les yeux fatigués d'une aimble Bergere.
Amis , ne prenons point de part
Au triste état de la Nature ;
Loin d'ici l'importun murmure ,
Sur les maux imprévus que lesort nous départ ;
Noyons ces noirs soucis dans le jus de la treille ,
Voici le temps où les amis ,.
Près du feu rassemblés , an fond d'une bouteille
Déposent leurs secrets & leurs sens endormis ;
Tout rapelle la Tombe noire ,
Le
JUIN.
1259 17397
Le Destin trompe notre espoir ;
Bûvons ; il n'est plus temps de boire
Quand on est descendu dans le sombre manoir.
De Loire.
SUITE & fin de la VI. Lettre de
M. de Frasnay , sur l'Histoire
du Nivernois .
L
'Année suivante 1o5o. il y eut trois Con
ciles tenus contre l'Hérésie de Bérenger,
Archidiacre d'Angers & Ecolâtre de Tours ,
qui enseignoit que la substance du Pain &
du Vin restoit dans l'Eucharistie après la
consécration , & que le Corps & le Sang de
JESUS - CHRIST n'y étoient que sacramentallement.
Le premier de ces Conciles fut tenu à
Rome immédiatement après Pâques , suivant
que le Pape l'avoit promis.
Le second fut assemblé par ordre du même
Pape en la Ville de Verceil , au mois de Septembre
; & le troisiéme fut tenu à Paris au
mois d'Octobre suivant.
Hugues de Nevers affifta & souscrivit au
Concile de Verceil ; le Pape Leon , qui con-
Roiffoit son mérite , l'avoit invité à se trou-
A iij
ver
1260 MERCURE DE FRANCE
ver à cette Affemblée , & Hugues fut bien
aise de lui donner cette preuve de sa soûmiffion
& de sa reconnoiffance ; après le
Concile , Hugues alla à Rome pour saluer le
Pape , & au retour ce Prélat mourut en
chemin.
Hugues avoit affifté en 1048. à un Concile
que Geldüin , Archevêque de Sens , fit tenir
en cette Ville , & dans lequel il confirma la
Fondation faite par Thibaud , Comte de
Champagne , d'un Monaftere en la Ville de
Provins ; on dit qu'il avoit encore aſſiſté à
un Concile tenu la même année en la Ville
de Troyes.
En 1030. pendant l'Episcopat de Hugues,
'Alix , Comteffe de Nevers , fille de Richard
HI. Duc de Normandie , & petite- fille du
Roy Robert , fit bâtir & fonda le Monaftere
des Religieuses Bénedictines de la Fermeté
sur l'Ixeure.
Hugues donna à ses Chanoines l'Abbaye
de S. Trohès - lès - Nevers , avec les Moulins
& Héritages qui en dépendent , les Eglises
de S. Franchi , de S. Firmin de Buffi , & de
Saint Benin ; Roclenus avoit fait don de ces
Eglises à ses Parens , qui s'en dépouillerent
volontairement à la sollicitation de Hu
gucs.
Le même Evêque donna encore à son Chapitre
deux Fours , dont l'un étoit affis proche
C
JUIN 1739. 1268
le Cloître , & l'autre proche le Dortoir des
Chanoines.
En ros1 . commença l'Episcopat de Mana
ginus, succeffeur de Hugues le Grand , lequel
a duré jusqu'à l'année 1058. sous le Regne
d'Henri I. & sous les Pontificats de Leon
IX. de Victor II . & d'Eftienne X. Nos Annaliſtes
ne nous aprennent rien de particu
lier touchant cet Evêque . En 1053. pendant
son Epifcopat il y eut deux Conciles affemblés
, auxquel préfida Hildebrand , Legat du
Pape ; l'un fut tenu à Tours , où Bérenger
abjura son Héréfie , mais de bouche seulement
; l'autre fut tenu à Lyon ; on y déposa
fix Evêques , & on y remarqua qu'un Evêque
fimoniaque ne put jamais prononcer le
Nom du S. Esprit.
Il faut raporter au temps de l'Epicopat de
Manginus , un prétendu miracle arrivé dans
la Ville de Nevers , au sujet d'un Clerc qui
étoit à l'extremité , & qui fut guéri par une
apparition de la Sainte Vierge : ce miracle se
trouve écrit dans les Oeuvres du Cardinal
Pierre Damien ; mais cet Auteur déferoit un
peu trop aux raports d'autrui , & suivoit or
dinairement les mouvemens de sa pieté , plûtôt
que les regles d'une certaine prudence ,
& c.
Hugues III. qui est nommé dans les Chartes
Hugo tertins , ou par contraction Huger .
A iiij
LIUS
1262 MERCURE DE FRANCE
tius , étoit neveu de Hugues le Grand , & de
Geoffroi , Evêque d'Auxerre .
Il fit son Entrée à Nevers le jour de tous
les Saints de l'année 1058. sous le Pontificat
d'Etienne X. & sous le Regne d'Henri
I.
Lors de cette Entrée il fit lire son Teftament
, par lequel il donnoit par forme de
Donaire , la moitié de ses Biens à son Eglise,
qu'il regardoit comme son épouse , & cn
même temps il disposoit de l'autre moitié au
profit des Veuves , des Pelerins & des Pauvres
, comme ses enfans , & encore au profit
des Religieuses de Notre- Dame & des
Religieux de S. Etienne.
Cet Acte fut lû en présence de Geoffroi¿
Evêque d'Auxerre,& de Guillaume II . Comte
de Nevers , témoin & imitateur de la générosité
de son Evêque.
En effet , en 1083. le Comte Guillaume ;
pendant l'Episcopat de Hugues III . commença
à rebâtir & fonda de nouveau le Monaftere
& l'Eglise de S. Etienne , qui avoient
été bâtis par S. Colomban le jeune , & qui
étoient presque totalament détruits.
En 1085. le Comte Guillaume , du consentement
de Hugues III . mit entre les mains
du Prieur de la Charité le Prieuré de Saint
Victor de Nevers , qui lui avoit été donné à
titre de Fief par le Roy ; ce Prieuré est
encore
JUIN 1739 1263
Encore aujourd'hui de la Collation du Prieur
de la Charité.
Hugues III. assista au Sacre & au Cou
ronnement de Philipe I. qui fut sacré à
Rheims , du vivant d'Henri I. son pere , le
jour de la Pentecôte 23. Mai 1059. Cette
cérémonie fut faite par Gervais de Bellesme,
Archevêque de Rheims , en présence des
Légats du Pape , qui ne furent que simples
témoins , il y avoit 24. Evêques , plufieurs
Abbés , & les Grands du Royaume , mais il
n'est fait aucune mention des Pairs .
La même année 1059. au mois d'Avril;
Hugues s'étoit trouvé au Concile de Rome ,
tenu sous le Pontificat de Nicolas II. La Simonie
fut profcrite dans ce Concile ; on y
traita aussi de l'Héréfie de Bérenger , qui
étoit présent , & qui fut contraint d'abjurer
ses Erreurs , suivant la Formule que le Cardinal
Humbert lui avoit mise entre les mains ;
mais au sortir du Concile il révoqua son abjuration
, & fit des Ecrits injurieux contre le
Cardinal Humbert.
Hugues étoit par son Patrimoine Seigneur
de Lurce le Bourg ; il fonda en 1088. dans
son Fief un Prieuré sous le nom de S. Gervais
; ce Pricuré subsiste encore aujourd'hui
: il donna aux Chanoines de son Eglise
l'Abbaye de S. Arigle de Nevers , tenue en
Fief de notre Evêque , par Geoffroy , Evệ-
Av
que
1264 MERCURE DE FRANCE
*
que d'Auxerre
> son oncle , qui voulut
bien consentir à cette Donation.
Il donna encore aux Chanoines de Nea
vers un Droit de Pêche , & il marque dans
l'Acte de cette Donation , que son intention
est , que du poisson qui sera pris , les Chanoines
vivent le jour de S. Cyr , qui étoit
pour eux un jour d'abstinence & de jeûne ;
les Chanoines ont aboli ce jeûne & ont perdu
le Droit de Pêche : on observe sur cette Donation
, qu'elle fut aprouvée & amortie par
Guillaume Comte de Nevers ; cet Acte
pourroit prouver le Droit d'Amortissement,
prétendu par les Ducs de Nevers.
En
1077:
>
Hugues III mourut dans notre Ville environ
l'an 1089. & fut inhumé dans le Monastere
de S. Etienne , comme il l'avoit defiré.
il fut tenu un Concile à Autun ,
dans lequel il fut parlé de la déposition de
plusieurs Evêques , on y fit aussi mention de
Robert, fils de Guillaume I. Comte de Nevers
& d'Auxerre : ce jeune Seigneur avoit été
ordonné Evêque d'Auxerre avant l'âge porté
par les Canons ; mais comme son élection
etoit pure , exempte même du soupçon de
Simonie , & qu'il n'avoit point pris l'investiture
des mains du Roy , quoiqu'il fût son
Parent , il fut maintenu dans le Siége d'Auxerre.
Il mourut à Nevers en 1096. Dans la
suite de cette Histoire nous parlerons plus
?
JUIN. 17398 1265
au long de ce Prélat , qui apartient proprement
à notre Eglise par sa naiffance.
Gui II. quarante - neuviéme Evêque de
Nevers , a succedé à Hugues III . en 1089 .
sous le Pontificat d'Urbain II. & sous le
Regne de Philipe I.
En 1094. il y eut dans le Nivernois & dans
La Bourgogne une grande mortalité ; ce malheur
servit à rendre les hommes plus dociles
à la voix des Pasteurs ; la crainte d'une
mort prochaine les détacha du monde , &
les fit penser sérieusement à leur Salut.
>
En 1077. Gregoire VII. établit , ou rétablit
la Primatie de Lyon , & y soûmit les
Métropoles de Roiien , de Tours , & de
Sens.
Au Concile de Clermont , tenu en 1095.
par le Pape Urbain II. en personne , cette
Primatie fut confirmée , les Archevêques de
Rouen & de Tours s'y soûmirent , ainsi que
Leurs Suffragans ; l'Evêque de Nevers & les
autres Suffragans de Sens y consentirent
aussi ; Richer , Archevêque de Sens , qui
prétendoit lui-même être Primat , résista
seul ; & pour cela il fut interdit dans le
Concile de l'usage du Pallium , & de l'exer
cice de sa superiorité sur ses Suffragans ; Richer
étant mort cette année , Daïmbert fut
élû à sa place ; Hugues , Archevêque de
Lyon , & Légat du Pape , exigea de lui un
A vj ser
>
1268 MERCURE DE FRANCE
serment d'obéïssance & sur son refus
Hugues s'oposa à son Sacre , & le retarda
de quatorze mois ; l'affaire fut depuis accomodée
, & l'Archevêque de Lyon joüit aujourd'hui
tranquillement du Droit de Pri
matie.
C'est dans ce même Concile de Clermont
que fut publiée la premiere Croisade , qui
cut de grands succès , & dans laquelle Godefroy
de Bouillon , Baudouin , Comte de
Flandres & les autres Seigneurs croisés ,
après plusieurs Victoires , conquirent sur les
Infideles les Principautés d'Edesse & d'Antioche
, & prirent enfin la Ville de Jérusalem,
où ils fonderent un Royaume.
En 1097. le Monastere & l'Eglise de Saint
Etienne furent achevés de bâtir , & la Dédicace
en fut, faite le 13. Décembre de la même
année par Gui , Evêque de Nevers , assisté
d'Yves Evêque de Chartres ; Gautier de
Châlons & Humbaud d'Auxerre se trouverent
aussi à cette céremonie ; ces Evêques
accepterent l'Acte de Fondation par lequel
le Comte Guillaume donne à Hugues
Abbé de Cluni , & à l'Eglise de Cluni le
Monaftere & l'Eglise de S. Etienne , qu'il
avoit fait bâtir , le Bourg de S. Etienne , avec
les Vassaux étant dans ce Bourg , les Droits
& Coûtumes qui lui apartiennent , & qu'il
étoit dans l'usage de percevoir l'Eglise, enfin
,
de
JUIN 3739 9269
de Saint Pierre au Fauxbourg de Nevers!
Le Comte Guillaume avant sa mort , fit
préparer la pierre de son Tombeaur , sur la
quelle il est représenté à genoux , offrant à
Dieu & à la fainte Vierge , en présence des
Evêques , l'Eglise & le Bourg de S. Etienne ,
il tourne en même temps la tête d'un autre
côté , en signe d'une veritable & perpetuelle
aliénation ; on voit encore cette Tombe dans
l'Eglise de S. Etienne , ou repose le Corps
du Comte.
Du temps de Gui , Evêque de Nevers
Archambaut de Bourbon fit hommage à l'Evêché
de Nevers de la moitié de Châteaux
sur l'Allier , du Veurdre , de Cosne en
Bourbonnois , d'Azi en Surjour , de Beaulieu,
de la Chapelle aux Chats , d'Iseure - lès- Moulins
, d'Infi , & de l'Abbaye de Cusset , qui
sont aujourd'hui pour la plûpart incorporés
dans le Duché de Bourbonnois .
Pendant l'Episcopat du même Gui II. les
Chanoines de Nevers donnerent à l'Abbaye
de S. Laurent & S. Hilaire , au Diocèse d'Auxerre
, l'Eglise & Prieuré de S. Loup & Saint
Gildard au Fauxbourg de Nevers , à condition
que les Religieux de ce Prieuré diroient
un Anniversaire de Messes pour les Cha
noines décédés , & auroient pour cela une
année du revenu de leurs Prébendes , à compter
du jour de leur décès ; mais depuis il a
été
1268 MERCURE DE FRANCE
été reglé que l'Abbé de S. Laurent pourroit
envoyer dans ce Prieuré deux Religieux , qui
aideroient à faire le Service dans l'Eglise Cathédrale
, & diroient des Messes pour les
Chanoines morts , & qu'il joüiroient chacun
d'une Prébende.
Hervé , successeur de Gui II. & cinquantiéme
Evêque de Nevers , avoit eté Chanoine
d'Auxerre ; il parvint à l'Episcopat en
1103. du Regne de Philipe 1. & sous le
Pontificat de Paschal II. Les Comtes de Ne
vers étoient en même temps Comtes d'Auxerre
, & ce double Domaine établissoit un
commerce entre ces deux Villes » par le
moyen duquel les Gens de mérite de l'une
de ces Villes , passoient souvent à l'autre
pour en remplir les Dignités.
>
On trouve une Lettre , écrite dans le Concile
d'Etampes , par laquelle Daimbert de
Sens , Yves de Chartres , Guillaume de Paris,
Jean d'Orleans , Gautier de Meaux , & Humbaud
d'Auxerre , prient Philipe , Evêque de
Troyes, de se trouver à la consecration d'Hervé,
Evêque de Nevers.
Notre Prélat confirma la Donation faite
par les Chanoines de Nevers à l'Abbaye de
S. Laurent , du temps de Gui II.
En 1104. il assista au Concile de Troyes,
assemblé par Richard , Evêque d'Albane
Légat du Pape en France ; ce Concile fut
tenu
JUIN T129 1739-
tenu au commencement d'Avril ; on y vit
trois Archevêques , celui de Rheims , celu
de Tours , & celui de Sens , avec un nombre
considerable d'Evêques Hubert , Evêque
de Senlis , accusé de vendre les Ordres , faute
de preuves , fut renvoyé sur son serment ;
l'élection de Godefroy pour l'Evêché d'Amiens
, fut confirmée dans ce Concile , & il
fut renvoyé à l'Archevêque de Rheims pour
être sacré.
Il y a aparence qu'Hervé assista en person
ne ou par Procureur au Concile de Baugenci
, tenu la même année 1104. dans le
quel le Roy Philipe I. fut absous de l'Excommunication
prononcée contre lui , au
sujet de ses amours avec Bertrade , fille du
Comte de Montfort.
Il assista aussi à la Dédicace de l'Eglise dur
· Prieuré de la Charité sur Loire , dont la céré
monie fut faite par le Pape Paschal II. en présence
de Léger , Archevêque de Bourges , de
Daïmbert , Archevêque de Sens , de Humbaud
, Evêque d'Auxerre , & de plusieurs
autres Prélats.
CON
20 MERCURE DE FRANCE
CONTINUATIONDes
Plaintes d'Adam après son péché. Imitées
de Milton.
DANS
Ans quel gouffre de maux me fuis-je donc jetté ?
Quoi ! voir si-tôt la fin de ce Monde enchanté ;
Où, Roy de la Nature , encor plus de moi- même ,
Je ne devois fléchir que fous l'Etre fuprême ?
Où , j'aurois pú toujours , au gré de mon defir ,
Dans un coeur innocent apeller le plaifir ?
Plaifir fenfible , & vif , quoique pur , & durable ,
Tel qu'il coule du ſein de l'Etre inalterable ?
O funeftes foûpirs , ô regrets fuperflus !
Mon crime a tout changé ; ce Regne heureux n'eft
plus.
Tout mon bonheur m'échape, & ne laiſſe à ſa place
Qu'un fouvenir cruel , qu'une inutile trace.
ge
C'en eft fait , jufte Dieu , contre un Sujet pervers
Déja ton bras vengeur foûleve l'Univers.
Le Ciel s'arme de feux , les Elemens en guerre
Sur ma tête coupable allument le Tonnerre
Et me font foûtenir , dans un fragile corps
Un choc tumultueux , qui mine fes refforts .
L'Animal , autrefois tremblant àma préſence,
M'intimide àfon
tour , & brave ma puiſſance
De Roy de l'Univers , j'en deviens le rebut ;
;
EX
JUIN: 1739.
1271
Et jufqu'aux Vers , fur moi tout exige un tribut.
Bientôt l'affreuſe mort , qui déja m'environne....
Qu'ai-je dit ? A ce nom , je tremble , je friffonne,
Encore , si mon Juge adouciffant fa Loi ,
Permettoit que mes maux n'accablaffent que moi ,
Si le déluge affreux de fa jufte colere ,
Epargnoit les Enfans , en tombant fur le Pere ;
Je pourrois.... mais hélas ! mon fort eſt arrêté ;
Je ferai le bourreau de ma pofterité ;
Le Ciel veut qu'à jamais avec moi condamnée ,
Elle puiſe en mon fang fa vie infortunée ;
Et pour tout héritage , ô déplorable fort !
Je ne lui laifferai que le crime , & la mort .
Déja , je crois la voir , je la vois trop féconde ,
Soüiller de fes forfaits l'Univers qu'elle inonde ;
Et méprifant les Loix d'un trop jufte Vengeur ,
Adorer fes penchans , confacrer fon erreur.
Grand Dieu ! de quels fleaux ta fevere juſtice
Va de mes Defcendans châtier la malice ?
Je les entens gémir fous les coups rigoureux
Dont les frape ton bras apefanti fur eux.
Hélas , combien de fois , fe livrant au murmure ,
Maudiront -ils l'auteur de leur naiffance impure è
Cruel , me diront-ils , par quel affreux revers ,
As-tu pû dans ta perte , entraîner l'Univers ?
Toi feul as fait la faute , & nous portons la peine.
Par toi , nos triftes jours ne font plus qu'une chaîne
Da
1272 MERCURE DE FRANCE
De travaux , de foucis , de peines , de douleurs ,
Adam , cruel Adam , toi feul fais nos malheurs.
Voilà ce que pourra me reprocher ma race ;
Eh ! que lui répondrai- je ? & penfer qui me glace t
Que ne fuis-je au moment , où la nuit du tombeau
Eteindra de mes jours le funefte flambeau !
Où , poudre que je fuis , je redeviendrai poudre ;
Trop heureux de me voir à couvert de ta foudre...
Mais que fçais -je ? la mort en fixant mon deftin ,
De mes maux feroit- elle ou le comble ? ou la fin
Peut -être dans les bras d'une mort dévorante ,
L'ame vivra toujours , quoique toujours mourante,
Peut-être qu'en fouffrant je commence à mourir ,
Et qu'éternellement je vivrai pour fouffrir.
En voulant le percer , je groffis le nuage :
Enfans infortunés ! voilà votre héritage.
Le crime en eft le fond , la mort en eft le fruit.
A le confumer feul , que ne fuis - je réduit ?
Plût à Dieu que fur moi fa terrible colere !
Epuisât fa rigueur & fouhait témeraire !
Pourrois-tu foûtenir , Mortel audacieux ,
Un fardeau plus pefant que la Terre & les Cieux ?
O trifte conscience , ô mortelles atteintes ,
Quel combat dans mon coeur de defirs, & de craintes!
Ne valoit-il pas mieux , efclave infortuné ,
Ou ne jamais pecher , ou n'être jamais né.
Par un Pere de l'Oratoire.
ME
JUIN. 17398 1273
METHODE pour trouver la declinaison
des Plans Verticaux , par la seule Trigono
métrie rectiligne , par M. Deparcieux , Mar.
tre de Mathématiques.
L
A Gnomonique seroit une Science de
peu d'étude , si tous les Plans , où l'on
se propose de faire des Cadrans étoient horisontaux
, ou qu'étant verticaux ou inclinés
, l'on en pût connoître la déclinaison
aussi facilement que l'on connoît fi un Plan
est horisontal , ce qui a toujours été la plus
grande difficulté pour ceux qui ont voulu
traiter la Gnomonique sçavamment, ainsi que
ra fait M. de la Hire : on peut voir que pres
que tous les Problêmes qui sont dans le Trai
té qu'il en a fait , tendent à cela , quoique
tous énoncés pour trouver différentes choses.
Mais , quoiqu'il fût l'Auteur de la plûpart
des sçavantes Methodes qui sont dans son
Livre , il n'hésitoit cependant pas de dire à
ses Amis , qu'il ne s'en servoit jamais , &
qu'il ne croyoit même pas,qu'il fut possible de
bien faire un Cadran sans le calcul Trigonométrique.
- Cette Science est , sans contredit , une
des plus belles parties des Mathématiques ,
&
274 MERCURE DE FRANCE
& des plus amusantes pour ceux qui l'en
rendent bien ; elle a toujours été estimée
parmi les Sçavans , & le seroit aujourd'hui
de tout le monde , par la necessité où chacun
est de pouvoir bien régler les Montres
ou les Pendules qu'on a dans chaque maison
, depuis que l'Horlogerie s'est perfectionnée
jusqu'au point où elle l'est . Mais parmi
un certain monde , cette Science a bien
perdu de l'estime qu'on en a eu , & qu'on
en devroit encore avoir ; car bien des
quoique d'ailleurs remplis d'esprit , mais peu
initiés dans les vérités mathématiques , la
regardent comme un métier , & même quelques-
uns comme une Science incertaine.
gens ,
,
D'où peut donc être venu ce mépris ?
si ce n'est d'un nombre d'Auteurs tels
que les P. P. de la Madelaine , Bobinet ;
Pardies , & leurs imitateurs , qui dans les
Traités qu'ils en ont faits , ont donné à entendre
qu'ils mettoient cette Science à la
portée de tout le monde , au moyen des
Sciateres , du Déclinatoire , ou Boussole
& de plusieurs autres Methodes aussi défectueuses
que celles - là . On sçait que les principes
des Sciateres sont vrais ; mais on sçait
aussi que la pratique n'en vaut rien , comme
le dit fort bien M. de la Hire dans sa Gno
monique.
Ces Traités où les Sçavans n'ont considere
que
JUIN 1739 1275
que la théorie & le principe de ces Instrumens
, sont tombés entre les mains de gens
qui ont crû qu'il suffisoit de sçavoir lire
pour pratiquer ce qui y est enseigné : cela a
produit autant de Faiseurs de Cadrans
qu'il y a eu de Cadrans à faire . Dès qu'un
Ouvrier a sçû mener une Perpendiculaire
& faire un Angle d'un certain nombre de
degrés déterminé , il a voulu tracer des
Cadrans ; cela est si vrai , que nous voyons
tous les jours , non- seulement les Peintres
& les Maçons , que l'on a tant vilipendés à
cet égard , depuis environ un an , mais encore
des Compagnons Menuisiers , des Charpentiers
, des Charons , jusqu'à des Cochers ,
& même des Porteurs de charbon , s'ingerer
d'en faire pour le Public ; & leurs Čadrans
s'accordant aussi peu entr'eux que
leurs Professions , ont fait regarder la Gnomonique
comme une Science incertaine , &
ont , en quelque sorte , avili cette belle partie
de l'Astronomie dans l'esprit de ceux
qui ne sont pas Geometres ou Astronomes.
Je ne dis pas que ces prétendus Gnomonistes
ayent tort de faire des Cadrans pour
ceux qui s'adressent à eux , ils sont dans la
bonne foi , car ils croyent bien faire ; mais.
il est étonnant que parmi des gens qui se
piquent d'avoir du bon sens , il s'en trouve
d'assés dépourvûs de jugement , pour croire
qu'ils
1278 MERCURE DE FRANCE
qu'ils les puissent bien faire . Peut- on penser
que Mrs de la Hire , Picart , & plusieurs
autres grands Académiciens , eussent voula
se donner la peine de monter sur les échaffauts
, s'ils avoient crû qu'un Ouvrier eût pû
les bien faire.
J'ai dit ailleurs & ci- dessus , que la plus
grande difficulté de la Gnomonique étoit
de trouver la déclinaison des Plans ; & j'ose
bien assûrer , après plusieurs Sçavans , qu'on
ne la peut avoir exactement que par le cal
cul Trigonométrique , assûrance dont je ne
crains pas d'être démenti par les Sçavans ;
mais comme je ne sçache pas qu'on l'ait
trouvée , que par la Trigonométrie spheririque
, connue de peu de personnes , voici
le moyen de la trouver par la Trigonométrie
rectiligne , qui est bien plus communé
ment étudiée .
Je supose qu'on ait une regle de 4 ou 5
pieds de long , de bon bois , comme du
Cormier ou du Poirier sauvageon , elle seroit
encore meilleure de cuivre. Divisez la
longueur d'une de ses grandes faces en deux
ou trois mille parties par des paralleles &
des transversales ; il seroit encore plus commode
d'avoir un Compas à verge , suivant
la construction que j'en ai donnée à M.
Lordelle , Ingénieur pour les Instrumens de
Mathématique , à l'Ange Gardien , Quai
des
JUI N. 1739. 1277
des Morfondus. On trouve sur les faces de
Ja regle de ce Compas , outre l'Echelle cidessus
, deux Echelles , des cordes pour differens
rayons , d'une utilité infinie pour
ceux qui entendent le Calcul .
>
Soit PC DI. le Plan vertical , dont il faut
trouver la declinaison , plantez - y un Stile
-courbe KS ( figure 1. ) qui ait une plaque
percée au bout , cherchez le pied du Stile P,
& repetez trois ou quatre fois l'opération qui
a servi à le trouver , afin de l'avoir exactement
; menez par ce pied P la Verticale PI
& l'Horisontale P C. lorsque l'ombre de la
plaque sera sur le plan , marquez un point D
au milieu de l'ovale de lumiere que donne le
rayon du Soleil , qui passe par le trou S de la
plaque. Concevez ensuite de ce point D une
Perpendiculaire menée sur la Verticale PI ,
qui est la plus courte distance de D à PI;
prenez-la avec un Compas , & la portez sur
I'Echelle des parties égales de votre Regle ,
-pour voir combien elle en contient. Je supose
qu'elle en contienne 793 ; écrivez ce nom-
>bre le long de la ligne correspondante d'une
semblable figure que vous aurez faite sur du
papier , observant de représenter le point D,
-de côté ou d'autre de la Verticale PI , comme
il est sur le Plan . Prenez aussi la Perpendiculaire
DC , ou la plus courte distance
à l'Horisontale PC , portez-la de même sur
P'Echelle
278 MERCURE DE FRANCE
Echelle , pour voir combien elle contient
de parties ; je supose qu'elle en contienne
514 , écrivez ce nombre le long de la ligne
qui la représente dans la figure que vous
avez fait sur le papier ; faites- en autant pour
la hauteur du Stile ou Perpendiculaire PS ;
que je supose de 486 des mêmes parties.
La hauteur du Stile PS étant perpendi
culaire au Plan , l'Angle S P C est droit , de
même que l'Angle S CD ; car la ligne D C
tend au Zenit & au Nadir , étant la commune
section de la muraille qu'on supose
verticale , & du vertical du Soleil , dont le
triangle S CD fait partie ; cette ligne DC
est donc perpendiculaire au plan du triangle
PCS , qui est une portion de l'horison ,
comme il est aisé de le voir ; l'Angle SCD
est donc droit .
Le Triangle DSC étant une portion du
Vertical , où étoit le Soleil , à l'instant qu'on
a marqué le point d'ombre D , on voit ,
que l'Angle DSC est la hauteur que le So-
Teil avoit sur l'horison , au même instant
& que l'Angle PCS est celui que faisoit le
Vertical du Soleil , avec le plan que j'apelle
Distance du Vertical du Soleil an Plan. Il
faut commencer par trouver ces deux Angles.
On trouvera P CS , en disant :
PC. 793. Distance du point d'ombre à la
Verticale ,
Est au Sinus total. Comme
JUIN. 17398 1279
Comme PS. 486. hauteur du Stile
Est à la tangente de l'Angle P C S, distance
du Vertical du Soleil, an plan que l'on trouvera
'de 31. deg. 30. m .
On pourroit trouver dans le même Triangle
PCS , l'Hypotenuse CS , afin de connoître
deux côtés du Triangle rectangle
DCS , & trouver ensuite l'Angle DSC ;
par une Analogie semblable à la précedente ;
mais on évitera une Analogie , en disant :
La hauteur du Stile PS , 486.
Est au finus de l'Angle trouvé PCS , 31 .
'deg. 30. m.
Comme DC. 514, distance du point d'ombre
à l'Horisontale
ر
Est à la tangente de l'Angle DSC , hauteur
du Soleil sur l'Horifon , que l'on trouvera de
28. d. 55.m. & demi.
qui étant corrigée de la réfraction , reste
28. deg. 54. min.
Cette Analogie est fondée sur ce que prenant
CS , pour rayon ou sinus total, PS ,
devient le sinus de l'Angle PCS , & DC ,
la tangente de l'Angle CSD , donc &c .
Ce que j'ai dit jusqu'ici se trouve à peu près
de la même maniere dans les Ecrits de Mrs de
la Hire & Picart, & dans le Livre de M. Bion.
Il faut maintenant trouver l'Angle que
fait le Vertical du Soleil avec le Meridien ,'
ou , ce qui est la même chose , l'Arc de
11. Vol. B l'Hori280
MERCURE DE FRANCE
"
-
41 .
'Horison , ou de quelque Almicantarat com
pris entre le Meridien & le Vertical, où étoit
le Soleil , au moment de l'opération. Pour
y parvenir,soit menée une ligne (fig.3 .)MN,
d'une longueur quelconque , qui représentera
l'Horison du Lieu où l'on est ; du milieu
O , comme centre , décrivez le demi
cercle MDPN , qui représentera le Meridien
. Prenez l'Arc M Q , égal au complément
de l'élévation du Pole : à Paris de
d. 9. m, menez la ligne QO , qui représentera
l'Equateur , prenez l'Arc DQ, égal
à la déclinaison du Soleil , au moment de
L'opération , que je supose de 12. d. 24, m,
vers le Septentrion , si elle étoit méridio
nale , on la prendroit de l'autre côté de l'Equateur
QO , allant de Qvers L ; menez la
ligne D F , parallele à QO , qui représentera
le parallele , où étoit le Soleil ; prenez
les Arcs ML , NK , chacun égal à la hauteur
du Soleil , que nous avons trouvée cidevant
après l'avoir corrigée de la refraction
, de 28. deg. 54. m. menez la ligne
LK, qui représentera l'Almicantarat ou
étoit le Soleil , divisez cette ligne en deux.
également au point C , d'où comme centre
& de l'intervalle CL ou ČK décrivez le
demi cercle LBK , qui sera la moitié de
l'Almicantarat où étoit le Soleil , que l'on a
couché sur le plan du Meridien , en le faisant
JUIN 17395 1287
sant tourner sur la ligne LK : Par le point
A , où le parallele D F du Soleil coupe l'Almicantarat
L K , élevez à la même L K , la
Perpendiculaire AB , & l'Arc LB , mésure
de l'Angle AC B , est celui qu'il faut trouver.
Mais il faut auparavant bien concevoir
tout ce que représente cette Figure , qui est
ce qu'on apelle Analemme.
>
Pour cela il faut s'imaginer être hors de la
Sphere du monde , & à distance infinie du
côté d'Orient , si la hauteur du Soleil a été
observée le matin , & du côté d'Occident
si elle a été observée l'après - midi . Pour lors,
si nous suposons que l'observation ait été
faite le matin , le Meridien paroîtra un vrai
cercle MD PN , dont on ne représente ici
que la moitié , l'Orient paroîtra en O , l'Horison
paroîtra une ligne droite MN , PEquateur
sera représenté par la droite QO,
faisant avec l'Horison MN , l'Angle MOQ,
égal au Complément de la latitude. Le Pole
sera vû vers P ; le parallele du Soleil paroîtra
une ligne droite DF , parallele à l'Èquateur
QO, distant entr'eux de la valeur de
l'Arc QD , qui est la déclinaison du Soleil,
L'Almicantárat du Soleil paroîtra une ligne
droite LK ,parallele à l'Horison M N, & éloignés
entr'eux de la quantité ML ou NK, qui
est la hauteur du Soleil sur l'Horison ; le Soleil
paroîtra au point A , où se coupent son pa-
Bij
rallele
1282 MERCURE DE FRANCE
rallele & son Almicantarat , dont le dernier
est ici représenté par le demi cercle L BK ,
que l'on a couché sur le plan du Meridien ,
en le faisant mouvoir sur son diametre LK ;
la Perpendiculaire B A sera la commune Section
des plans du parallele du Soleil & de
son Almicantarat , qui est celle qu'on abaisseroit
du Soleil perpendiculairement sur le
plan du Meridien ; la ligne BC sera la commune
Section de l'Almicantarat & du Vertical
du Soleil , & ACB est l'Angle que fait
le Vertical du Soleil avec le Meridien , que
j'apelle distance du Vertical du Soleil au
Meridien ; c'est cet Angle qu'il s'agit de
trouver. Si la hauteur du Soleil avoit été
prise l'après- midi , ce seroit lá même figure ;
mais vue par derriere à travers le papier. On
comprendra plus facilement ce que cette Figure
représente , si on l'exécute en carton.
Pour bien entendre ce qui suit , il faut
avoir bien compris , & avoir même présente
la construction de la Table des Sinus tangentes
& secantes.
Suposons donc que le point d'ombre D, dont
nous avons parlé ci-devant , ait été pris le
matin à la latitude de Paris 48. deg. 51. m.
un jour que la déclinaison du Soleil étoit
septentrionale de 12. deg. 24. m..
1- Suivant la construction de la Table des
Sinus , si le rayon OM , ou OQ étoit divisé
JUIN. 1739. 1283
1
visé en 100000. parties égales , LG , Sinus
de la hauteur du Soleil qu'on a trouvé cidevant
de 28. deg. 54. m. en contiendroit
48328 , ainsi qu'on le trouve dans la Table
des Sinus , vis à-vis 28. deg. 54. m. mais
parce qu'à la suite des Table de Sinus , &c.
on n'a la Table des Logarithnies des nombres
pris de suite , que jusqu'à 1c000 , &
que je veux me servir de ces nombres à
cause de la facilité que donnent les Logarithmes
, je supose que le Rayon OQ n'est
divisé qu'en 1oooo . parties , pour lors le
Sinus LG sera seulement de 48333 écrivez
ce nombre le long de LG ; prenez dans la
page vis -à-vis le Sinus de Complément 8755 ,
valeur de la ligne CL ou CB , son égale
que vous écrirez le long de cette derniere
CB. Ajoûtez la déclinaison du Soleil QD
12. deg. 24. m. à la hauteur de l'Equateur
MQ. 41. deg. 9. m. la somme sera 3. deg.
33. m ; cherchez - en le Sinus que vous trouverez
de 8044 ; écrivez - le le long de DE ;
prenez le Sinus de son Complément , qui
sera 5941 , & l'écrivez le long de la ligne
EO , égale à I C ; ôtez à present L G égal à
IE 4833 de DDEE 88004444 ,, il restera 3211 pour
la ligne ID. L'Angle A ID est droit , &
1,Angle IAD est égal à l'Angle MOQ.
41. deg. 9. m. Complément de la latitude ;
ainsi l'on trouvera A , en disant : Į
B iij
:.
La
1284 MERCURE DE FRANCE
La Tangente IA D de 41. deg. 9. m.
Est à ID 3211 .
Comme le Sinus total
Est à I A que l'on trouvera de 3674 ,
qu'il faut ôter de la ligne CI. 5941 , resta
2267 , pour la ligne AC ; dites à present
B C.
8755 ,
Est au Sinus total ,
Comme CA 2267 3
Est au Sinus de l'Angle ABC , -
que l'on trouvera de 15. deg. o . m. dont le
Complément 75. deg. o. m. sera la valeur
de l'Angle requis A Č B.
Si l'on trouvoit la ligne IA égale à la
ligne IC , l'Angle ICB seroit droit , & le
Vertical du Soleil seroit le premier Vertical ;
si I A étoit plus grande que IC , l'Angle
ICB seroit obtus , ce qui peut arriver , lors
que le Soleil est dans les Signes Septentrionaux
; il faut dans ce cas ôter IC de IA ,
& faire l'Analogie comme ci- devant.
Maintenant,pour parvenir à connoître la dé
clinaison des Plans, il faut s'imaginer que chaque
Cercle (fig.4.5.6.&c. )NDMO représente
l'Horison, N. le Nord, M. le Midi , O. l'Orient,
D. l'occident PC. la commune Section
de la muraille avec l'Horison ,& SC, celle du
Vertical du Soleil avec le même Horison.
L'Angle que l'on vient de trouver , se trouve
ici l'Angle SCM , fait par les communes
Sections
1
JUIN. 1739. 1285
1
Sections MC , SC du Meridien , & du
Vertical du Soleil avec l'Horison ; & lAngle
SC P est celui que l'on a ci- devant trouvé
sur la premiere Figure , qui est la distance
du Vertical du Soleil au plan ; il sera donc
- aisé de connoître l'Angle MCP , suivant
que le point d'ombre aura été marqué à
droite de la Section verticale P I , comme
en la Figure seconde , ou à gauche , comme
en la Figure premiere ; & soit que le même
point ait été marqué le matin ou l'aprèsmidi.
Je vais expliquer chaque cas. Je dési
gnerai toujours l'Angle du Vertigal du Soleil
avec le plan par l'Arc S P , qui en est la
mesure ; & l'Angle du Vertical du Soleil
avec le Meridien par l'Arc S M.
Les points d'ombre étant pris le matin & à
droite de la Verticale.
(fig. 4. Si PS est plus grand que MS ,
la différence PM est le Complément de la
declinaison , qui est du Midi à l'Orient.
(fig. 5. ) Si P.S est moindre que MS , &
la différence P M soit moindre que 90.
que
deg. elle est encore le Complément de la
déclinaison qui est du Nord à l'Orient.
+
(fig. 6. ) Mais fi la différence P M est plus
grande que 90. deg. le surplus sera la déclinaison
qui sera du Nord à l'Occident.
Lespoints d'ombre étant encore pris le matin,
mais à gauche de la Verticale.
•
В iiij Ц
286 MERCURE DE FRANCE
Il faudra toujours ajoûter M S. à SP.
(fig. 7. ) Si la somme est moindre que 90
deg. le Complément sera la déclinaison du
plan du Midi à l'Occieent.
(fig. 8. ) Si la somme est plus grande que
so. deg. & moindre que 180 , l'excès sur
90. deg. sera la déclinaison du Midi à l'Orient.
(fig. 9. ) Et enfin , si la somme est plus
grande que 180. deg. le surplus sera le Complément
de la déclinaison, qui sera du Nord
à l'Orient.
Les points d'ombre étant pris l'après- midi į
& à gauche de la Verticale.
(fig. 10. ) Si P S est plus grand que MS,
la différence P M est le Complément de la
déclinaison , qui est du Midi à l'Occi
dent.
&
(fig. 11. ) Si P S est moindre que MS ;
que
la différence PM soit moindre que
90. deg. elle est encore le Complément de
la déclinaison , qui est du Nord à l'Occident.
(fig. 12. ) Mais si la différence PM est
plus grande que 90. deg. le surplus sera la
déclinaison , qui sera du Nord à l'Orient.
Les points d'ombre étant encore pris l'aprèsmidi
, mais à droite de la Verticale.
Il faudra toujours ajoûter M S à S P.
(fig. 13. ) Si la somme est moindre que
204
JUIN. 1739. 1287
90. degrés , le Complément sera la déclinaison
du plan du Midi à l'Orient.
(fig. 14. ) Si la somme est plus grande que
90 , & moindre que 180 , l'excès sur 90 .
deg. sera la déclinaison , qui sera du midi à
l'Occident .
(fig. 15. ) Et enfin , si la somme est plus
grande que 180. deg. le surplus sera le Complément
de la déclinaison , qui sera du Nord
à l'Occident.
Il faut observer de marquer les points
d'ombre avant dix heures ou après 2. heures.
On a répandu dans le Public , que les
Cadrans les mieux faits n'avoient que T'heure
de Midi qui fut juste ; Qui est- ce qui peut
l'avoir fait , si ce n'est quelques Artistes traceurs
de Meridiennes , qui n'en sçachant
pas davantage , se servent de cette raison
pour cacher leur ignorance à cet égard , &
souvent sans pouvoir dire pourquoi,ni comment,
un Cadran bien fait devroit avancer le
matin & retarder le soir ? car je conviens avec
eux, qu'il y a quelque différence sensible aux
heures que le Soleil marque , en se levant
& en se couchant , causée par la refraction :
mais cette différence disparoît à mesure que
le Soleil s'éleve sur l'Horison , tant parce
que la réfraction diminuë , que parce qu'elle
se fait , en suivant les lignes horaires , d'au
tant mieux qu'elles sont plus près de midi ;;
Bv de
1288 MERCURE DE FRANCE
de sorte qu'il n'y en a sensiblement aucune
entre 10. & 2.heures en Hyver, entre 7 , & 5.em
Eté , & à proportion dans l'entre -deux ; ainsi
ceux qui font des Meridiennes , devroient
s'ils le sçavoient faire , mettre quelques
heures avant & après Midi , lorsque la place
le permet , pour ne pas assujettir les personnes
qui les font faire , à attendre l'instant de
Midi , & à n'avoir souvent rien .
Si on veut cependant croire qu'il y ait
encore quelque difference aux environs de
midi , je donnerai dans quelqu'un des Mercures
suivans , pour ceux qui les font trigonométriquement
, uunnee Méthode pour les
tracer , de maniere que toutes les heures
du jour soient aussi justes que celle de
midi ; c'est-à- dire , la maniere de faire un
Cadran , qui ne soit point sujet aux réfractions
, ou qui marque l'heure vraie en tout
temps , ainsi que je l'ai pratiqué cette annéc-
ci à un second Cadran que j'ai fait pour
M. le Marquis d'Houel , Capitaine aux Gardes
Françoises. Ce Cadran marque l'heure
de cinq en cinq minutes , & le lever & le
coucher du Soleil , de demi heure en demi
heure , ou la longueur des jours , d'heure
en heure.
LES
роди
c
514
D
K
AND
TILDEY
FOLIDATH
K
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR ,
LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
JUIN. 1739 1289
LES TROIS LOUCHES.
FABLE.
TRois Louches voyageoient ensem
ble ,
Mais tous trois avec leurs six yeux ,
En marchant , n'en alloient pas mieux.
Sçavoir où ; le fait ne me semble
Par lui-même assés curieux .
Vers differens objets ils égaroient leur vûë ,
L'un à droit , l'autre à gauche en fixoit l'étenduë
Et le troisiéme au Ciel apliquoit son regard ;
Mais aucun devant soi ne tournoit sa prunelle
Pour guide its suivoient le hazard .
Ce Dieu ne leur fût pas fidele ,
Nos trois Louches ainsi menés ,
1
Rencontrent sur leurs pas une fosse profonde ,
Ils s'y jettent tous trois, l'un par l'autre entraînés.
La Fable en Morale est féconde :
Dans ces yeux faux , je peins les faux esprits..
Qu'il en est peu sur le goût , les Sciences
Du beau , du vrai , solidement épris ,
Et qui ne soient égarés , & surpris
Far préjugés , par vaines aparences !
2:
B vj Te
1290 MERCURE DE FRANCE
Je peins ces coeurs attirés par l'erreur ,
Et qui , sans suivre une route certaine ,
Volent , au gré du penchant qui les mene ,
Hors des sentiers du devoir , du bonheur.
Par M. Tart.
JikJik Jkjkjkjkjkjkjkakakakakakak
CONTINUATION de l'Extrait die
VI.Tome des Annales Bénédictines , composé
par Dom Mabillon & publié par
Dom Martenne. Lettre de M. Le Beufsur
ce Sujet , avec quelques Remarques sur des
Articles notables..
,
V
Ous avez bien compris , Monsieur
qu'il étoit impoffible de rendre compte
dans une simple Lettre , du sixième Tome
des Annales , donné par Dom Mabillon. On
ne vous a entretenu jusqu'ici (a) que de ce
qui est plus remarquable dans le 73. Livre.
Voici ce que j'ai trouvé de plus digne d'attention
& de plus singulier dans le 74. & les,
trois suivans.
L'Ordre de Citeaux allant toujours en
augmentant , communiqua son Institut à des
Maisons de Filles. Dom Mabillon soûtient
que ce fut à Tart , Lieu situé à une lieuë de
(4) Mercure de Janvier 1739..
JUIN. 1735 1298
au-
Citeaux , que se fit d'abord cette propaga
tion en 1125. & non pas à Montreuil
dessous de Laon , quoique le Moine Herman
qui vivoit alors ,l'ait crû ainsi .
Parmi les dix-neuf difficultés qui s'éleve
rent entre les Cluniciens & les Cisterciens ,
il y eut un plaisant Article . C'étoit le second
: les Cisterciens objecterent d'abord
aux Cluniciens , quod in admittendis ad Professionem
novitûs annuam probationem non ser
varent. 2 °. quod pelliceas & femoralia gefta=
rent. La dispute sur ce second Article, en ce
qui regarde les calçons fut un objet qui mérita
l'attention du célebre Rupert , Abbé de
Diutz , proche Cologne. Ecrivant son troisiéme
Livre sur la Regle de S. Benoît , il dit
que l'usage d'en porter n'étoit point oposé à
fa Regle de ce Saint . Ille enim , dit - il , brac
cas non auferre habentibus , sed quantum valuit
dare voluit non habentibus . Habentes nos
sumus , continuë Rupert , qui in Provinciis
- braccatis habitamus. Non habentes Scoti sunt
&Britanni : nec multo minus illi inter quos ipse
Pater habitavit : quippe ubi hodièque veftigia
supersunt ejusdem moris nequaquam honesti, sicut
& nos ipsi vidimus , cum in locis illis hospitantes
, inter homines divaricatos ad prunas
sederemus.
>
Dom Mabillon n'avoit garde d'omettre
e témoignage de Jean d'Ipres , touchant la
..I
rési
1292 MERCURE DE FRANCE
résidence des Abbés dans leur Monastere
Il raporte , après cet Auteur , que Jean ,
Abbé de Saint- Bertin , étant allé un jour de
l'Epiphanie à la Cour de Charles , Comte
de Flandres , pour se plaindre d'un Seigneur
voisin qui l'inquietoit , Monsieur l'Abbé , lui
dit le Comte, en le voyant, qui est - ce qui dira
aujourd'hui la Messe pour vous dans votre
Eglise ? L'Abbé lui ayant répondu qu'il y
avoit cent Moines dans son Monastere , le
Comte ajoûta : Il étoit de votre devoir , Mon.
sieur l'Abbé , un jour de si grande Fête , de
faire l'Office avec vos Freres , & de manger
avec eux. C'est pour cela que nos Prédecesseurs
vous ont donné tant de Biens. Ensuite le pieux
Comte ordonna qu'on avertit le Chevalier
qui vexoit cet Abbé , de se tenir en repos ,
& de cesser ses poursuites , sinon qu'il séviroit
contre lui.
On regardera comme une chose extraotdinaire
, de voir des Religieux se donner la
discipline pour une faute de leur Abbé.
C'est ce qui dut arriver dans l'Abbaye de
Trois- Fontaines , au Diocèse de Châlons ;
Fan 1127. si les avis de S. Bernard y furent
suivis.
Le 75. Livre , qui comprend la suite de
l'année 1127. avec l'année 1129. & les trois
autres suivantes , a aussi ses particularités,
Dom Mabillon , prévoyant que ses Lecteurs
G
JUIN.
1739. 1297
ne se plairoient point au récit qu'il fait des
Procès que les differens Monasteres ont eûs
entre -eux , s'excuse en ces termes : Etfi ejusmodi
litibus recensendis fortè Lectori tadium
afferamus , tamen eas omnino præterire non
sinunt historia leges » tum quia rebus aliis majoris
momenti illustrandis conducunt, tum quia
ejusmodi rixarum expositio alios ab his litibus
avertere potest , dum illi attenderint quo sæpe
ducat litigandi nimius ardor , ne dicamfuror
Il dit ceci à l'occasion du procedé des Religieux
de Saint Seine contre les Chanoines
de Saint Etienne de Dijon , qu'on voit bien
qu'il n'aprouve pas. Il ajoûte cependant en
suite : Neque tamen lites omnes , si modòjuste
sint,& moderatè tractentur , damnare est ani
mus , in quibus aliquando constantiâ opus est;
abi occurrunt adversarii iniqui & pervicaces
qui nec humanitate nec ratione vinci poffint.
>
On ne peut lire , sans être frapé , la petite
Epitaphe qui se voit à Virzbourg, alors nom
mé Herbepolis. C'est au Livre 76. num. 65.
Elle est conçue en ces termes : Hîc jacer
Macarius primus Abbas hujus loci , per quens
omnipotens Deus vinum in aquam convertit. Ce
miracle,bien different de celui des Nôces de
Cana , ne sera certainement jamais demandé
dans les Pays Vignobles. Aussi ne fut- il operé
en Allemagne que par un saint Abbé qui ne
pouvoit souffrir le vin, & qui voulut toujours
s'en
2294 MERCURE DE FRANCE
s'en priver par mortification. Un jour qu'on
lui en avoit servi malgré lui , il fit le changement
miraculeux dont je viens de parler. Čet
Abbé Macaire étoit Ecossois d'origine.
L'Auteur des Annales n'oublie point par
mi les Evenemens mémorables de l'Ordre
de saint Benoît , ceux qui sont arrivés parmi
les Chartreux. Aussi , num. 27. raporte -t- il
à l'an 1133. le malheur qui arriva à la grande
Chartreuse où de prodigieuses masses
de neges s'étant détachées des montagnes ,
tomberent sur les cellules des Religieux , de
telle sorte qu'il y en eut six ou sept d'étouffés.
*
›
On voit à la page 303. le jugement que
porta Abailard sur la varieté des usages des
Eglises, confirmé par Dom Mabillon, en ces
termes : Hactenus Abaëlardus, cujus hâc in re
sententia non improbanda , immò laudanda eft.
Il dit à la page 309. un petit mot contre les.
Poëtes , qui dans les Hymnes de l'Eglise ,
admettent de trop fréquentes élisions , qui
canium exasperant , cum verba elidunt. Les
Hymnes de faint Bernard sur faint Victor ,
Prêtre de Champagne , n'avoient point ce
défaut : mais on doit aussi avouer qu'elles
étoient un peu trop plates.
On peut lire dans ce Volume à la
page
327. les difficultés qui se trouverent à l'Etabliffement
de la Fête de la Conception de la
Sainte
JUIN. 1739. 1291
Sainte Vierge , même parmi les Moines . Le
dévot faint Bernard , & Pierre de Celles ;
depuis Evêque de Chartres
n'étoient pas
,
pour cette Fête ; encore moins Pothon ,
Prêtre & Moine de l'Abbaye de Prum :
Nicolas , Moine de faint Albań en Angle
terre , en prit la défense , & depuis elle a été
très-autorisée.
La quinziéme Lettre du sixième Livre de
Pierre le Venerable , Abbé de Cluny , a
fourni à Dom Mabillon un Texte très- cu
rieux , où l'Auteur se plaint des Religieux
de son Ordre,qui faisoient gras. Je ne raporterai
point tout le Passage , de crainte d'être
trop long : on y lit ces mots : Totum annum¸
nulla , præter sextam , exceptâ Feriâ , in absumendis
carnibus continuant ... Faba , caseus
ova , ipfi etiam pisces jam in nauseam verfi
sunt .... Assus aut elixus porcus ... gallina
prorsus omne quadrupes aut volatile domesticum
sanctorum Monachorum mensas operiunt!
Sed viluerunt jam & ista.... Lustranda sunt
nemora , venatoribus opus est . Aucupum arte ;
phasciani , perdices , turtures capiendi sunt ,
ne servus Dei fame pereat. Il semble par ce
Passage , que Pierre le Vénerable se mêloit
quelquefois de railler. Il faut le lire dans l'O
riginal.
A l'an 1144. Lib . 78. num . 24. le sçavant
Annaliste parle des prétentions qu'eurent en
même
"
296 MERCURE DE FRANCE
même temps deux Eglises de Bénedictins sur
le corps de S. Loup , Archevêque de Sens.
Le differend fut terminé, dit- il , par Hugues,
Archevêque de la même Ville , qui fit voir
au Peuple , dans l'Eglise de Sainte Colombelès-
Sens le corps de ce Saint ; d'où il résulta
qu'il n'étoit pas dans l'Eglise de faint Loup,
de No , proche Provins , où l'on avoit prétendu
l'avoir , Dom Mabillon insinuë que
ce n'étoient que lesHabitans de cette Paroisse
qui le croyoient ainsi ; mais on voit par ce
qui arriva lors que les mêmes prétentions furent
réveillées dans les siecles suivans, & par
la part que le Parlement prit en 1404. à la
décision de cette querelle, que ce furent ceux
qui possedoient le Prieuré de faint Loup de
No , qui se disoient encore alors possesseurs
du corps de faint Loup. Je raporterois ici ce
que j'ai lû là- dessus dans les Registres du
Parlement , si je ne craignois de trop étendre
cet Extrait. Cette Eglise de No ( de Nando)
avoit été donnée à l'Abbaye de faint Pierre
le vif , par l'Archevêque Sevin , fuivant la
Chronique de Clarins. Ce Village de No ,
devenu célebre par cet Endroit , ne sera
peut- être pas oublié dans la nouvelle Edition
du Dictionaire Géographique de M. de la
Martiniere. L'Eglise en est belle , ( le Portique
surtout dont la structure m'a parû du
onziéme au douziéme siecle . La Châsse que
j'y
JUIN. 17393 1297
J'y vis , portoit à l'exterieur la preuve que ce
ne sont point les Os de faint Loup qu'elle a
contenus, ou qu'elle contient , puisqu'on y a
représenté un Saint à qui on coupe la tête
elle est de bas argent , mais assés ancienne.
La derniere remarque que je ferai aujour
d'hui , sera touchant la Dévotion qu'eurent
les Peuples , surtout du côté de Chartres &
de la Normandie , à contribuer à l'avance
ment des Eglises qui étoient à bâtir. Hugues,
Archevêque de Rouen , écrivoit en 1145. à
Thierry , Evêque d'Amiens , qu'on avoit vû
depuis peu les hommes à Chartres , s'aviser
de tirer eux - mêmes les charettes & chariots,
& toutes les voitures nécessaires pour le
Bâtiment de la Cathédrale , & que même i
s'étoit operé des miracles en ces sortes de
labeurs , entrepris par dévotion : que ceux
du Diocèse de Rouen , munis de sa béné
diction , avoient été à Chartres travailler de
la même maniere , & à leur exemple , les
Peuples des autres Diocèses de Normandie
Ces voyages & ces travaux s'entreprenoient
avec de saintes dispositions : on ne partoit
point, sans s'être confessé ni sans s'être récon
cilié ; ainsi les Procès étoient alors assoupis.
La troupe de Pelerins se créoit un Chef, &
c'étoit lui qui , lorsqu'on étoit arrivé à Chartres
, donnoit le rang à chacun pour tirer tel
ou tel chariot , pousser telle ou telle broüer
,
se
1298 MERCURE DE FRANCE
te , & ce qui est admirable , ces travaux se
faisoient en silence , & ceux qui étoient partis
malades , s'en retournoient guéris. Haimon
, Abbé de Saint Pierre- sur - Dive ,
áu
Diocèse de Séez , écrivit vers le même temps
à certains Anglois , qu'on avançât par le même
moyen l'Edifice de son Eglise , qui avoit
été interrompu depuis bien des années ; les
Gentilshommes mêmes de Normandie , &
les femmes travaillerent à voiturer le vin ,
le bled , l'huile , la chaux , les pierres , les
bois . Ils étoient , dit- il , quelquefois plus de
mille à tirer un chariot , tant hommes que
femmes , & cela se faisoit avec un humble
silence ; si dans les Lieux de Station quelqu'un
ouvroit la bouche , c'étoit pour se dire
pécheur & criminel. Si quelqu'un s'offroit
pour travailler , sans avoir auparavant pardonné
à son ennemi , les Prêtres rejettoient
son offrande. Car selon le récit de cet Abbé,
c'étoient des Prêtres qui servoient de Chartiers
, & tous leurs discours n'étoient que
pour porter à la pénitence.
Il parle des guérisons miraculeuses qu'il
avoit vû s'operer en ces occasions ; de l'invo
cation qu'on y faisoit fréquemment de la
Mere de Dieu , & il ajoûte une merveille
qui paroîtra incroyable . C'est qu'un jour ,
ceux qui tiroient un de ces chariots étant
arrivés à un Endroit apellé le Port Ste Marie,
Leg
JUIN. 17398 1299
les flots de la Mer s'arrêterent tout à coup
Il paroît que ces travaux ne se faisoient que
dans la belle saison ; la nuit on mettoit des
cierges sur les chariots qui environnoient
l'Eglise , & là on veilloiten chantant des
Hymnes & des Cantiques.
Haimon atteste , comme l'Archevêque de
Roüen , que c'étoit à Chartres que cet usage
nouveau avoit pris son origine , & que de là
il s'étoit étendu presque par toute la Normandie
, surtout à l'égard des Eglises du
Titre de la Sainte Vierge. Dom Mabillon
renvoye pour le reste de la Lettre d'Haimon,
à l'Appendix , où je l'ai cherchée inutilement.
Dom Martene , à qui j'ai fait remarquer
ce défaut , m'a apris , que quoiqu'elle
cût été promise , il l'a omise à dessein , parce
qu'elle a été imprimée séparément toute
entiere , & qu'on pouvoit s'en passer dans
un Volume déja assés gros d'ailleurs. J'ai
trouvé en effet depuis dans la Bibliothéque
Historique de France du P. le Long , au
nombre 5459 , l'indication de la Traduction
de cette Lettre , faite par Dom Bernard Blanchet
, Benedictin , & imprimée à Caen en
1671. Dom Martene s'étant remis à l'esprit
cette Edition , s'est aussi ressouvenu d'une
Eglise voisine de Tours , qui a été bâtie en
six semaines dans le siecle dernier , quoique
située sur une montagne ; & cela , parce que
le
1300 MERCURE DE FRANCE
le Peuple accelera l'ouvrage par ses travaux.
Ceci me conduit à une réflexion toute natu
relle sur l'Eglise de Notre-Dame de Chartres.
Je l'ai examinée avec grande attention
depuis quelque temps , & je n'ai pû me
convaincre que l'Edifice soit du onzième
siécle. Il ne m'a paru que du douzième , en
y comprenant même les vestibules des côtés ;
car pour ce qui est du Portail de devant
qui n'a point de vestibule , c'est un morceau
bien plus ancien , & ce qui y est contigu
dans le dedans , est aussi d'un
genre de
structure different du reste. Les travaux
de tant de milliers de Gens , attestés par
deux Ecrivains contemporains , me paroissent
prouver suffisamment , que ce fut vers
le milieu du douziéme siecle que le gros de
P'Edifice fut fait , outre que le goût de l'ou
vrage y'est conforme, autant que je puis m'y
connoître. Si l'on a pû se méprendre sur
Pantiquité de l'Eglise de Saint Denis , en
France , telle qu'on la voit aujourd'hui ,
ainsi que Dom Felibien en convient , ( Hift.
de l'Abb. de S. Denis , page 227. ) & qu'on
ait attribué à Suger un ouvrage , qui n'est
que du treiziéme siecle , il n'est pas extraordinaire
qu'on prenne à Chartres pour un
ouvrage du onzième siecle , ce qui n'est que
du douzième. On pourroit raporter encore
d'autres exemples d'erreurs assés sembla
bles
JUIN.
1301 1739
J
bles en ce genre. Mais je m'écarte un peu
trop du dessein que j'ai eu de donner un
Extrait de Livre . Je suis , &c.
A Paris ce 30. Avril 1739 .
*************************
LE SAVETIER CRITIQUE.
J
CONTE.
•
Adis à Rome , ou peut- être à Paris ,
Le Lieu ne m'est présent à la mémoire ,
Un jeune Peintre , à ce que dit l'Histoire
Des Connoisseurs cherchant doctes avis ,
Dans le milieu d'une Place publique
Fit exposer aux traits de la Critique
Certain Tableau qu'il venoit de finir.
Maint Petit- Maître auffi - tôt d'accourir.
Baguette en main , d'un air de fuffifance ,
L'un du Sujet condamnoit l'ordonnance ;
L'autre ,fans goût & fans difcernement ,
Sur le dessein exerçoit ſa cenfure.
Tel on verroit un Aveugle ignorant
Sur les couleurs porter fon jugement.
Ce n'est assés. Relief & portraiture ,
Et coloris , & lumiere & pinceau ,
Ombres que fçais-je ? Enfin dans ce Tablean ,
Toile
302 MERCURE DE FRANCE
Toile , chaffis , tout , juſqu'au quadre même ,
Fut critiqué par un mépris extrême .
'A ces difcours notre modeste Auteur
Au fond de l'ame enrageoit de bon coeur ,
Et renfermant fon dépit & fa rage ,
'Alloit ckés lui faire emporter l'Ouvagre ,
Quand tout à coup un Maître Savetier ,
Examinant à ſon tour la Peinture ,
Jetta d'abord les yeux fur la chauffure ,
Et doctement critiqua le Soulier .
Bon , dit le Peintre , en Maître du Métier
C'es - là parler , j'aprouve la cenſure .
Mais tout bouffi de ce premier fuccès ,
Sur pieds & mains , habits , tête & vifage ,
Il veut porter ses grotesques arrêts.
Pour faire court , le reste de l'ouvrage
Alloit fubir un fort peu different ,
Quand irrité contre ce fanatique ,
L'Auteur piqué , lui dit en l'arrêtant ,
Maître Crépin , regagnez la Boutique.
NE SUTOR ULTRA CREPIDAM.
Par M. à Senlis.
OBSER
JUIN. 1739 1303
,
OBSERVATIONS de M. Menard ,
Conseiller au Présidial de Nîmes sur
quelques anciens Monumens , qui ont été déconverts
en creusant la Fontaine de cette Ville.
Adressées à M. le Marquis d'Aubais.
J
E me sens agréablement flaté , Monsieur,
par l'honneur que vous m'avez fait , de
jetter les yeux sur moi , pour vous donner
une Relation des Découvertes , que l'on a
faites dans la Fontaine de Nîmes , au mois
d'Août dernier. Quelque desir que j'aye de
contenter votre curiosité , je crains , avec
fondement , que mes forces ne répondent
pas au choix dont vous m'honorez ; & j'ai
grand sujet de douter , que vous , & les Sçavans
de Paris à qui vous la voulez communiquer
, puissiez en être satisfaits. Cependant
je ne sçaurois résister à vos ordres , &
je me ferai toujours une loi inviolable de
m'y conformer. Voici donc la Relation que
vous souhaitez : j'y ai joint quelques Observations
que je soûmets entierement aux vôtres
; je ne les hazarde , que parce que j'espere
que vous les lirez avec indulgence.
Vous sçavez , Monsieur , que c'est à M.
P'Evêque de Nîmes que nous sommes redevables
de ces heureuses Découvertes . Son
II.Vol. C in1304
MERCURE DE FRANCE
intention n'étoit pas cependant de travailler
pour les Curieux & pour les Antiquaires : il
n'a eu en vûë que le bien public , & l'utilité
des Citoyens. A peine fut-il en possession
de cet Evêché , qu'il s'attacha à procurer à
cette Ville les avantages qui lui manquent.
Persuadé que le Négoce en fait un des plus
riches ornemens , & que l'on ne sçauroit
aporter trop de soins à le faire fleurir , il
sentit que l'abondance des eaux pouvoit
beaucoup y contribuer , soit par le lavage ,
soit par la teinture des soyes & des laines
& qu'il falloit mettre tout en oeuvre pour la
procurer aux Habitans , qui pouvoient aussi
en retirer divers autres avantages pour les
commodités de la vie.
S
La Fontaine fut donc le premier objet des
vûës de ce Prélat. Il en confera avec les
Consuls on apella des Personnes intelligentes
, & on les consulta sur les moyens
qu'il y avoit à prendre pour exécuter le projet.
On suivit là- dessus les idées que donna
M. Guiraud , habile Ingénieur de cette Ville,
digne neveu du célebre Claude Guiraud
qui s'est distingué dans le dernier siecle , par
ses hautes connoissances dans la Physique &
dans les Mathématiques , & qui aura place
parmi les Hommes illustres , dont les vies
doivent entrer , comme vous sçavez , dans
mon Histoire de Nîmes. Il fut donc résolu
de
JUIN. 17390
1305
de déterrer les anciens Aqueducs , par où
l'eau de la Fontaine étoit distribuée dans la
Ville, afin de les fermer, & de conserver par
cette voye une aussi grande quantité d'eau
qu'il seroit possible ; on attendit pour cela le
fort de la sécheresse , & alors on commença
à creuser en divers endroits du Bassin.
Cette premiere operation a fait reparoître
à nos yeux quantité de débris d'Antiquité ,
qui nous prouvent qu'il y a eu en cet Endroit
plusieurs superbes Edifices. Les pluyes
qui survinrent bientôt , firent cesser l'ouvrage
, & nous ont privé de satisfaire notre
entiere curiosité ; car il reste encore beaucoup
de choses ensevelies. On n'a pas même
découvert les Aqueducs que l'on cherche ,
quoiqu'on ait creusé bien avant. La chose no
me surprend pas ; cette Ville a été si souvent
exposée aux incursions des Sarrasins &
des Normands , que les uns & les autres la
renverserent presque de fond en comble :
ils auroient voulu faire perdre la source de
notre Fontaine , afin de rendre la Ville deserte
; & je ne doute pas qu'ils n'en ayent
comblé le Bassin,au point que nous le voyons
aujourd'hui. Leurs pernicieux efforts devinrent
pourtant inutiles , les eaux se firent jour
à travers tous ces décombres , & la Source
se rétablit par elle-même.
On nous fait esperer la continuation de ce
Cij pro .
1306 MERCURE DE FRANCE
projet pour l'Eté prochain , par les secours
que la Province nous pourra fournir ; avec
quoi les Sçavans pourront porter des conjectures
beaucoup plus solides sur toutes ces
Piéces d'Antiquité. Ce qu'on a découvert se
réduit à diverses Parties.
1. Après avoir creusé dans le Bassin de la
Fontaine jusqu'à six pieds & demi , on découvrit
deux Demi- cercles , avec quatre dégrés
en amphitheatre , & les débris d'un
cinquième, qui faisoient face à la Source, du
côté du Temple , avec un corps de bâtiment
contigu au derriere de ces deux Demi- cercles,
qui se terminoit à la hauteur du dernier dégré,
& qui paroît avoir été pavé de pierres dures
& plates : on a trouvé les vestiges de ce pavé.
Ces deux Demi- cercles ne sont pas bien
longs , ils n'ont pas plus de huit toises d'étendue
, & ils ne paroissent pas avoir eu
plus d'élevation que ce qui reste du plus haut
& dernier des cinq dégrés , parce que sur le
quatrième , il n'y a que la place où étoit posé
le cinquième , & que le mur de face ne se
termine pas plus haut , ce qui démontre que
l'ouvrage finissoit là. L'élevation eſt donc
de deux toises . Les pierres qui forment
les dégrés , pouvoient servir de sieges ,
car elles sont creusées en gondole d'un demi
- pouce , & arrondies sur l'arrête.
La forme & la position de ces deux Demicercles
,
JUIN. 1739
1307
cercles qui se trouvoient fort peu éloignés
du Temple , donnent lieu de croire que c'é
toit-là où les Prêtres des Divinités , dont le
culte y étoit honoré , se rendoient en cérémonie,
pour faire les Lustrations publiques ,
où l'on employoit toujours de l'eau pure : &
comme les Lustrations étoient accompagnées
d'un Sacrifice , la victime pouvoit être immolée
sur cette espece de Terrasse , que
formoit
le bâtiment contigu aux deux Demicercles
, & qui pouvoit aller aboutir jusqu'au
devant du Temple , où se consommoient
toutes les cérémonies de l'Expiation.
de
Vous sçavez , Monsieur , que rien n'étoit
plus usité parmi les Anciens que ces sortes
de Sacrifices. Ils pratiquoient les Lustrations
à l'égard d'un Lieu public , comme d'une
Ville entiere , ou d'un Temple ; ils les prati
quoient aussi à l'égard d'un Homme ,
toute une Armée , & de tout un Troupeau .
C'étoient des Expiations observées ,pour pu
rifier les Personnes & les Edifices soüillés
par quelque crime , ou par quelqu'autre impureté.
Ainsi la proximité de la Fontaine &
du Temple , fait conjecturer que c'étoit ici
que nos anciens Habitans pratiquoient la céremonie
des Lustrations.
2º. On a découvert les vestiges de l'ancienne
enceinte de la Fontaine. C'étoient
deux murs , dont la figure forme un angle
C fij obtus
1308 MERCURE DE FRANCE
obtus rentrant; & dans le Point où ils abou
tissent , étoit placé un escalier dont il ne
reste que les trois premieres marches , qui
ont une toife de longueur. C'étoit- là , sans
doute , l'entrée de la Fontaine.
Le côté de cette enceinte qui touche le
rocher , n'avoit pas plus de onze toises de
longueur , & on n'a rien trouvé au- delà , qui
puisse marquer qu'il allât plus loin . La raison
en est sensible : du côté du Couchant &
du Septentrion , les eaux de la Fontaine
alloient baigner le rocher , car il ne faut pas
croire qu'il y eût un chemin de ce côté-là ,
tel qu'on le voit aujourd'hui ; desorte que
comme le courant de la Source portoit vers
L'Orient, ce fut là seulement que les Romains
firent leur enceinte. Ils la firent en deux murs,
qui forment un angle obtus , afin de donner
plus de facilité au courant des eaux qui sont
très-rapides , lorsque la Fontaine grossit , &
les faire passer sous les arches dont je parlerai
bientôt , d'où on les distribuoit par tout
où il étoit néceffaire : & pour mieux comprimer
ces eaux , & les porter de ce côté-là,
on avoit fait un gros mur , qui touchoit les
deux Demi- cercles dont j'ai parlé ; ce mur
avoit sept toises de longueur.
Il faut observer que ces murs d'enceinte ;
dont nous n'avons découvert que cinq toises
d'élevation en avoient beaucoup plus, et qu'ils
14
JUIN. 17398 1309
ne se terminoient pas là où nous les voyons
finir , ce qui paroît par la seule inspection .
°. Du côté du Midi , à l'extrémité du mur
d'enceinte , on a découvert les pieds droits.
de trois arches seulement , qui ont trois pieds
& demi de large. Il paroît qu'il y en avoir
davantage , & qu'ils alloient se terminer à
POccident au pied du Rocher en droite ligne .
Leur usage ne me paroît pas
douteux : ils
doivent avoir servi à porter un Aqueduc qui
conduisoit dans le Bassin de la Fontaine les
eaux du célebre Pont du Gard , qui venoient
de celle d'Eure , près d'Usès . L'Aqueduc du
Pont du Gard , uniquement construit pour
les Habitans de Nîmes , & pour l'augmentation
de leur Fontaine , passoit , comme on
en peut juger , par les vestiges qui nous en
restent , au pied du Côteau qui fait face à là
Ville , & sur lequel on a bâti la Citadelle
il regnoit le long du chemin qui conduit à
la Fontaine , en venant de la Porte de la Bouquerie
, & se terminoit enfin à ce dernier
Aqueduc , dont on a découvert les pieds
droits , d'où les eaux se dégorgeoient dans le
Bassin ; ce qui devoit , à mon avis , former
un très-magnifique spectacle. Du reste , le
niveau y étoit parfaitement bien observé ;
car le Bassin de la Fontaine étoit beaucoup
plus profond qu'il ne l'est , même depuis les
derniers travaux. Les arches de cet Aqueduc
Cij
ser7310
MERCURE DE FRANCE
servoient à donner le cours aux eaux ; &
c'étoit là où elles devoient avoir leur issuë.
4°. A dix ou douze toises de distance de
ces pieds droits , on a découvert un Bâtiment
quarré , qui est un vrai Stylobate , fait en
forme de Piedestal , orné d'une frise tout au
tour. Ce Bâtiment a dix toises de longueur ,
sur huit de largeur , & six pieds huit pouces .
de hauteur.
,
Un peu plus loin , à quatre ou cinq toi
ses de distance vers l'Orient , on a trouvé un
mur cintré , qui fait face à l'angle de ce Bâtiment
du côté du Midi , & de la même
hauteur ; il alloit répondre par un mur parallele
à un autre mur cintré qui étoit vis- à - vis
L'autre angle de ce Piédestal , & qui devoit
regner tout au tour. On a trouvé dans l'espace
qui est entre le mur cintré , & le Piédeftal
, un pavé fait avec de grandes pierres
froides.
Sur la Frise du Stylobate , étoit une Corniche
qui est détruite . On en juge par la derniere
assise , dont les pierres ne font pas ,
pour la plûpart , toute l'épaisseur du mur en
dedans ce qui fait voir que ce n'étoit- là
qu'un soubassement de quelque Edifice beau
coup plus élevé . Peut- être même y avoit- il
des colomnes élevées sur ce Piédeftal ; car
on a trouvé en ce même Endroit quantité
de corniches , de chapiteaux , & de mor
ceaux
JUIN
1311 1739.
ceaux de colomnes , qui annoncent quelque
superbe dessein.
Les pierres de l'Edifice en Piédeſtal ne sont
pas si proprement taillées en dedans que
celles du dehors ; elles sont toutes brutes ,
cequi donne lieu de croire que l'interieur
étoit comblé. A quoi il faut ajoûter qu'on
n'y a point découvert de pavé en le sondant,
comme on en a trouvé dans l'espace qui est
entre ce Bâtiment , & le mur cintré dont j'ai
parlé.
Il est bien difficile , Monsieur , de conjecturer
au vrai l'usage & la destination de
ces Edifices son n'a pas poussé la découverte
assés loin cependant il me paroît par ce
que nous en avons vû,que ce doit avoir été là
La place de quelques Thermes ; tout nous
invite à adopter ce sentiment ; la Fontaine
pouvoit fournir les eaux fuffisantes pour
cette sorte d'usages : les murs cintrés devoient
être accompagnés de quelques autres
petits Edifices qui formoient les differentes
sortes de Bains pratiqués par les Anciens ,
comme Tepidarium , le Bain d'eau tiéde
Refrigerium , celui d'eau fraîche , Calidarium,
celui d'eau chaude , Temperatum , le temperé.
Tous ces petits Edifices devoient être
couverts d'un dome , à l'exemple des anciens
Bains de Rome , comme ceux d'Agrippa &
de Diocletien , dont on voit le dessein parmi
Cy Les
1312 MERCURE DE FRANCE
les Antiquités Romaines. Il doit y avoir eu
aussi une Conserve , ou Réservoir , destiné
à contenir les eaux , d'où on les diftribuoit
dans les Bains ; & il peut se faire que le Stylobate
étoit cette Conserve même.
Il faut remarquer que c'étoit- là le seul
Endroit de toute la Ville , où l'on pouvoit
trouver cette quantité d'eau , si nécessaire
pour les Bains des Anciens . Ce qui me fortifie
encore dans mon opinion , c'est que
non loin de là , en creusant un Canal pour
conduire les eaux d'une Ecluse ou Mortel
liere que l'on a construite , on a découvert
des masses de pierres énormes , qui doivent
être les fondations de quelque superbe Edifice
public ; ce qui ne peut convenir , surtout
en cet Endroit , qu'à un Bâtiment des
tiné pour des Bains.
Il est à présumer que tous ces Edifices
êtoient ornés de belles Statues , à l'imitation
de tous les autres Bâtimens , faits pour des
Thermes , où vous sçavez , Monsieur , que
tes Anciens employoient une magnificence
& une dépense extraordinaires. J'établis
cette conjecture , sur un très- beau Pi
rout nud de marbre blanc , beaucoup plus
grand que la grandeur naturelle , car il a
plus de treize pouces de longueur ; il a été
trouvé en cet Endroit même ; on le juge
être d'une femme : il paroît avoir été
quel
JUIN
1313
1739:
quelque grande Statuë , placée vraisemblament
sur le faîte de l'Edifice .
Ce sont-là toutes les découvertes qui se
sont faites en Bâtimens ; à quoi j'ajoûterai
que toutes les pierres dont sont construits
, soit les Demi - cercles du Bassin , soit
les Murs d'enceinte , soit le Stylobate , &
tout le reste , sont de la même nature que
celles que l'on a employées au Temple de la
Fontaine , & aux Arenes. La Carriere d'où
on les tiroit , n'est pas éloignée d'ici , c'est
celle qui est située dans un Quartier apellé
Roquemaliere , derriere la Tourmagne , à un
demi-quart de lieuë de la Ville , en l'Endroit
où eft un Echo assés remarquable.
Il me refte , Monsieur , à vous parler de
quelques autres découvertes que l'on a faites
dans la Fontaine , qui ne consistent poing
en Bâtimens , mais qui pourront vous faire
quelque plaisir. Ce sont deux Pierres antiques
, dont l'une eft un Cippe quarré , deftiné
, come le sont toutes ces sortes de Mo
numens , à faire des Libations & des Sacrifices
aux Dieux Manes. Celui- ci fut érigé en
Thonneur de quelque riche Citoyen de Ni
mes ,dont nous sçaurions les qualités , si le
temps n'avoit entierement rongé les caracteres
de l'Inscription : je n'y ai pû découvrir
que la premiere ligne , où se lit:
3
M. COMINIO.
Cvj
Cette
314 MERCURE DE FRANCE
Cette Pierre fut trouvée auprès des pieds
droits de l'Aqueduc dont j'ai parlé : ce qui
paroîtroit bien surprenant, si on pensoit que
le Tombeau eût été là ou aux environs ,
car nous sçavons que c'étoit une Loi inviolable
parmi les Anciens , de ne brûler , ni
d'ensevelir les corps dans l'enceinte des Villes
; la Loi des douze Tables y eft formelle :
Intra urbem mortuum ne sepelito , neve urito.
Or la Fontaine étoit alors enclavée dans la
Ville , la chose n'eft pas douteuse . Il faut
donc croire que ce Monument a été transporté
dans ces quartiers- là par quelque Curieux
ou qu'il ne regardoit que la mémoire
de quelque Sacrifice fait aux Dieux Manes
pour Marcus Cominius , en suposant qu'il ait
été érigé tout auprès du Temple de la Fontaine.
La seconde Pierre eft beaucoup plus satisfaisante
, quoique l'Inscription que l'on y lit
ne soit qu'un fragment. C'eſt une Pierre plate-
& très- blanche , sans ornemens , qui a quatre
pieds six pouces de hauteur : elle n'a que
deux pieds quatre pouces de largeur , mais
elle paroît en avoir eu une fois encore autant,
car elle eft coupée par le milieu. On y lit ces
mots en très- beaux caracteres , & qui pa
roissent être du siecle d'Augufte , où les
Statuaires & les Ouvriers étoient très-habiles
:
Q
JUIN.
1739
Q. IVLIV....
BVCCA. A.....
NEMAVSO . V....:
Il n'y a que ces trois lignes , tout le refte
de la Pierre eft uni , & il n'y a jamais eu de
caracteres . Je ne crois pas qu'on puisse les
expliquer autrement que de cette maniere :
Quintus Julius Bucca Aram Nemauso vovit.
C'étoit donc un Autel que Quintus Julius
Bucca avoit consacré au Dieu Nemausus.
Voici , Monsieur , le Génie de la Ville bien
clairement désigné. Nous avons quantité
d'autres Monumens qui servent à fortifier
celui-ci , & qui prouvent que les Habitans
de Nîmes avoient consacré un culte particulier
au Dieu de leur Ville..
Je ne sçais même si cette Inscrip
tion trouvée dans le Bassin de la Fontaine ,
auprès du mur d'enceinte , ne nous doit pas.
déterminer à croire que la Fontaine a été
de tout temps apellée Nemausus , & si elle
n'a pas ensuite donné le nom à la Ville
même. Ausone & M. de Thou ont été,
de ce sentiment , & il me paroît solide : ne
scavons-nous pas que les Anciens hono
roient d'un culte religieux les Etangs & les
Sources ?
De- là je conclûrois encore sans peine
que
1316 MERCURE DE FRANCE
que le Temple bâti auprès de la Fontaine
& qu'on a assés légerement apellé le Temple
de Diane , aura été érigé en l'honneur du
Dieu Nemansns , le Génie Tutelaire de la
Fontaine. On aura joint encore à son culte
celui des principales Divinités adorées dans
ce Canton par les Volces Arecomiques ,
dont Nîmes étoit la capitale : ç'aura été pour
ces Divinités que l'on aura construit les
douze Niches qui paroissent dans ce Temple
, & où leurs Statues auront été placées ,
pour faire l'objet du culte public . Je vous
prie de faire quelque attention à ces conjectures
; je les crois plausibles , mais je les soû
mets volontiers à votre jugement.
(
·
Si quid novifti reatiùs iftis ,
Candidus imperti :finon , his utere mecum.
Hor. Ep . VI. L. I.
Enfin , Monsieur on a trouvé par-ci ;
par-là , dans le creux de la Fontaine , &
tout auprès , quantité de Médailles , qui
n'ont pourtant rien de remarquable, & qui
sont toutes fort communes. Ce sont des
Antonins & des Diocletiens , dont les Revers
ne sont point rares du tout. On y a
trouvé en plus grand nombre des Médailles
de la Colonie , vous ne sçauriez croire com+
bien ces COL. NEM. sont ici communs :
сп
JUIN
1377 1739.
en en trouve dans la campagne presqu'à cha
que pas , pour peu que l'on creuse.
Puisque nous sommes sur les découvertes
de cette Ville , permettez -moi , Monsieur ,
de vous faire part de celles d'un Tombeau
antique qu'on a trouvé il y a près de trois
semaines , dans une Vigne , auprès de l'ancien
Monastere de S. Bausile . Il y avoit de
dans , outre une grande Urne de verre pour
contenir des cendres , six petits Lacrymatoires
de même matiere , une Lampe sépulchrale
de bronze, & ce qui eft le plus remar
quable ,une Ascia de fer ,avec son manche,
de fer aussi. On avoit bien vû dans ce Pays
la figure de l'Ascia représentée sur quantité
de Pierres sépulchrales; mais je ne sçache pas
qu'on en ait encore trouvé dans les Tombeaux
mêmes . Tous ces Morceaux m'ont
été remis par le Proprietaire de la Vigne , &
je les garde précieusement ; l'Ascia surtout
mérite d'être conservée.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A
Nimes le 15.•
Décembre 173.8%.
TRA
* 310 MEA Ε ΓΕ ΓNANCE
TRADUCTION
De l'Ode 24. du premier Livre d'Horace ;
Quis desiderio sit pudor , modus ?
Irgile , qu'ai-je apris quel malheur déplora⇒
Excite tes regrets ?
Laisse couler tes pleurs , ta tristesse est louable ,
Et juste en son excès.
*
Melpomene , aide-moi ; viens tirer de ma lyre
De lugubres accords
Qu'ils puissent de mon coeur , qui sans cesse soûpire
,
Exprimer les transports !
*
Quintile n'est donc plus ? la Parque meurtriere
Vient d'abréger ses jours ,
Et le dernier sommeil , accablant sa paupiere ,
La ferme pour toujours,
*
O verité sans fard ! ô soeur de la Justice ,
Incorruptible foi !
Ο
JUIN.
1319 1739
Od trouver un Mortel , dont le coeur réunisse
Tant de vertus en foi
*
Tous les coeurs vertueux , de l'illustre Quintile
Ont plaint le triste sort ;
Mais helas ! en est- il ; qui plus que toi , Virgile ;
Ait dû pleurer sa mort ?
*
A quoi bon , cher Ami , ces pleurs cette tristesse▸
Le sort en est jetté ;
Les Dieux , les justes Dieux à ta vive tendresse
Ne l'avoient que prêté.
Ah quand même ta Lyre harmonieuse , & ten
dre ,
Nous enchanteroit plus ;
Que ce Thrace vanté , qui se faisoit entendre
Aux bois mêmes émus
*
Non , tu ne verrois pas la Parque interessée
A ta vive douleur ,
Rendre , pour t'apaiser , à son ombre glacée
Le sang , & la couleur.
*
Si-tôt que notre fil , helas ! trop peu durable
Tombe sous fon cizeau ,
Riem
1320 MERCURE DE FRANCE
Rien ne peut engager sa main inézorable
A tourner le fuseau.
Loi dure ! mais égale à qui le Prince cede ,
Comme le peuple obscur.
Souffrons donc , sans nous plaindre , un malheur
fans remede ,
Il en sera moins dur
Par M. Strickland , Anglois , de l'Académie
Royale de J....
EXTRAIT de la Dissertation de Mad.
L. M. D. C. Sur la Nature du Feu .
L
E Public a vû cette année un des Evenemens
les plus honorables pour les
Beaux Arts de près de trente Dissertations
présentées par les meilleurs Philosophes de
l'Europe , pour les Prix que l'Académie
Royale des Sciences devoit distribuer l'année
1738. Il n'y en eût que cinq qui concoururent,
& l'une de ces cinq étoit d'une Dame
dont le haut Rang étoit le moindre avan¬
tage.
L'Académie a jugé cette Piéce digne de
Fimpression , & vient de la joindre à celles
qui ont eu le Prix. On sçait que c'est , en
effet ,
JUIN. 1739
7322
effet , être couronné , que d'être imprime
par ordre de cette Compagnie.
Le premier Prix d'Eloquence que donna
autrefois l'Académie Françoise , fut rempor
tée par une Personne du même sexe. Le
Discours sur la Gloire , composé par Mlle
de Scuderi , sera long- temps mémorable par
cette époque ; mais on peut dire , sans flaterie
, que l'Essai de Physique de l'illustre
Dame dont il est ici question , est autant aur
dessus du Discours de Mlle Scuderi , que
les veritables connoissances sont au- dessus
de l'art de la parole , sans qu'on prétende
en cela diminuer le mérite de l'Eloquence
Le Sujet étoit la Nature du Feu & sa Pro
pagation. L'Ouvrage dont on rend compte ,
est fondé en partie sur les idées du grand
Newton , sur celles du célébre M. Sgra
vesende , actuellement vivant
Tout sur les Expériences & les Découver
tes de Boerhaave , qui dans sa Chimie a
traité à fond cette matiere , & l'Europe sça
vante sçait avec quel succès .
ز
mais sur
Il est vrai que ces Notions ne sont pas
généralement goûtées par Messieurs de l'A
cadémie des Sciences ; & quoique l'Acadé
mie en corps n'adopte aucun systême , ce
pendant il est impossible que les Académi
ciens n'adjugent pas le Prix aux opinions les
plus conformes aux leurs . Car toutes choses,
d'ail
Y322 MERCURE DE FRANCE
'd'ailleurs égales , qui peut nous plaire , quë
celui qui est de notre avis ?
C'est ainsi qu'on couronna , il y a quel
ques années , un bon Ouvrage du R. Pere
Maziere , dans lequel il est dit , qu'on ne
s'avisera plus d'admettre désormais les forces
vives de calculer la quantité du mouvement
par le produit de la masse & du quarré de
la vitesse. Calcul assés proscrit alors dans
l'Académie ; mais cette même Académie fit
aussi imprimer l'excellente Dissertation de M.
Bernoulli, qui a mis le sentiment contraire dans
un si beau jour, qu'aujourd'hui plusieurs Académiciens
ne font nulle difficulté d'admettre
les forces vives , & le quarré de cette
vitesse.
Voici à peu près un cas pareil ; le R. Pere
de Fiesce , Jésuite , assûre dans sa Dissertation
, qui a remporté un des Prix , que le
-Feu Elementaire est une chimére , parce
qu'on n'en a jamais vû , & que le Feu est un
mixte composé de sels de soufre , d'air , & de
matiere étherée.
Le R. Pere traite donc de chimeres les admirables
idées de Boerhaave , nous sommes
bien éloignés de vouloir rabaisser l'Ouvrage
du sçavant Jésuite que nous estimons sincérement
; mais nous pensons avec la plûpart
des grands Physiciens de l'Europe , qu'il est
absolument impossible que le Feu soit un
Nous mixte.
JUIN.
1323 17398
Nous ne nous arrêterons pas beaucoup à
combattre cette idée , qu'on ne doit point
admettre de Feu Elementaire , parce qu'il est
invisible ; car l'air est souvent invisible , &
cependant il existe ; la matiere étherée est
bien invisible , bien douteuse , & cependant
le R. Pere de Fiesce l'admet. Il ne paroît
pas vrai , non plus , que nos yeux voyent le
Feu ; car il n'y a point de Feu plus ardent
sur la terre , que la pointe du Cone lumineux
, au foyer d'un verre ardent ; cependant
, comme le remarque très bien la Dame
illustre , qui a fait tant d'honneur aux sentimens
de Boerhaave , on ne voit jamais ce
Feu , que lors qu'il touche quelque objet.
Nous voyons les choses matérielles embra
sées ; mais pour le Feu qui les embrase , il
est prouvé que nous ne le voyons jamais ,'
car il n'y a pas deux sortes de Feu : cet être
qui dilate tout , qui échauffe tout , ou qui
éclaire tout , est le même que la lumiere :
or la lumiere sert à faire voir , & n'est
elle- même jamais aperçuë , donc nous n'apercevons
jamais le Feu pur , qui est la même
chose que la lumiere.
E
Mais
pour être
convaincu
que le Feu ne
sçauroit
être un mixte
produit
par d'autres
mixtes
, il semble
qu'il suffit
de faire les Réfléxions
suivantes
.
Qu'entendez- vous par ce mot produire ?
S
324 MERCURE DE FRANCE
Si le Feu n'est que dévelopé , n'est que délivré
de la prison où il étoit , lors qu'il commence
à paroître , il existoit donc déja , il y
avoit donc une substance de Feu , un Feu
élémentaire caché dans les corps dont il
échape.
corps Si le Feu est un mixte composé des
qui le produisent , il retient donc la substance
de tous ces corps. La lumiere est donc
de l'huile , du sel , du soufre ; elle est donc
l'assemblage de tous les corps. Cet être si
simple , si different des autres êtres , est
donc le résultat d'une infinité de choses auxquelles
il ne ressemble en rien , n'y auroit-il
dans cette idée une contradiction manipas
feste ? Et n'est- il pas bien singulier que dans
un temps où la Philosophie enseigne aux
hommes, qu'un brin d'herbe ne sçauroit être
produit , & que son germe doit être aussi
ancien que le monde , on puisse nous dire ,
que le Feu répandu dans toute la nature est
une production des sels & des soufres , &
de la matiere étherée &c ? Quoi ! je serai
contraint d'avoüer , que tout l'arrangement,
que tout le mouvement possible ne pouront
jamais former un grain de moutarde ? Et j'oserois
assûrer , que le mouvement de quelques
végétaux , & d'une prétendue matiere
éthérée , fait sortir du néant cette substance
de Feu , cette même substance inaltérable
que
JUIN.
1325 1739.
1
que le Soleil nous envoye , qui a des propriétés
si étonnantes , si constantes , qui
seule s'infléchit vers les corps , se réfracte
seule , & seule produit un nombre fixe de
couleurs primitives ?
Que cette idée du fameux Boerhaave , &
des Philosophes modernes est belle , c'està-
dire , vraie ! Que rien ne se peut changer en
rien ; nos corps se détruisent à la verité ;
mais les choses dont ils sont composés , restent
à jamais les mêmes. Jamais l'eau ne
devient terre ; jamais la terre ne devient eau.
Il faut avouer que le grand Newton fut
trompé par une fausse expérience de Boyle ,
quand il crut que l'eau pouvoit se changer
en terre , les expériences de Boerhaave ont
prouvé le contraire. Le Feu est comme les
autres Elemens des corps , il n'est jamais
produit d'un autre , il n'en produit aucun.
Cette idée si philosophique , si vraie , s'ac
corde encore mieux que toute autre avec la
puissante sagesse de celui qui a tout créé
& qui a répandu dans l'Univers une foule
incroyable d'êtres , lesquels peuvent bien se
mêler , se confondre , aider au dévelopement
les uns des autres , mais jamais se convertir
en d'autres substances .
*
Je prie chaque Lecteur d'aprofondir
cette opinion , & de voir si elle tire sa subli-
* Cet Extrait nous viens d'un jeune homme.
mité
1326 MERCURE DE FRANCE
mité d'une autre source que de la verité,
A cette verité l'Auteur ajoûte l'opinion ,
que le Feu n'est point pésant ; & j'avouë
que , quoique j'aye embrassé l'opinion contraire
, après les Boerhaave & les Musbenbroefts
, je suis fort ébranlé par les raisons
qu'on voit dans la Dissertation.
Je ne sçais si toutes les autres matieres ,
ayant reçu de Dieu la propriété de la gravitation
, il n'étoit pas nécessaire qu'il y en
eût une qui servit à désunir continuellement
des corps , que la gravitation tend à.
réunir sans cesse ; le Feu pouroit bien être
l'unique Agent qui divise ce que le reste
assemble. Au moins , si le Feu est pésant ,
on doit être fort incertain sur les Expériences
qui paroissent déposer en faveur de son
poids , & qui toutes , en prouvant trop , ne
prouvent rien : il est beau de se défier quelquefois
de l'Expérience même.
L'illustre Auteur semble prouver par l'Expérience
, & par le raisonnement , que le
Feu tend toujours à l'équilibre , & qu'il est
également répandu dans tout l'espace . Elle
éxamine ensuite comment & en quelle proportion
le Feu agit , & il est à croire , que
ces recherches , si bien faites , & si bien
exposées , auroient eu le Prix , si on n'y
avoit ajoûté une opinion trop hardie.
Cette opinion est, que le Feu n'est ni esprit
ni matiere i
JUIN. 8739 1327
;
ni matiere ; c'est, sans doute, élargir la Sphere
de l'Esprit humain , & de la Nature , que
de reconnoître dans le Créateur la puissance
de former une infinité de Substances
qui ne tiennent ni à cet être purement per
sant , dont nous ne connoissons rien , sinon
la pensée, ni à cet être étendu , dont nous
ne connoissons que l'étendue divisible , figurable
, & mobile ; mais il est bien hardi ,
peut-être , de refuser le nom de matiere au
Feu , qui divise la matiere , & qui agit ,
comme toute matiere , par son mouvement.
24
Quoi qu'il en soit de cette idée , le reste
n'en est ni moins éxact , ni moins vrai. Tout
le Physique du Feu reste le même , toutes
ses propriétés subsistent ; & je ne connois
d'erreurs capitales en Physique , que celles
qui vous donnent une fausse oeconomie de
la Nature. Or , qu'importe que la Lumiere
soit un être à part , ou un être semblable
à la matiere , pourvû qu'on démontre que
c'est un Element doüé de propriétés qui
n'apartiennent qu'à lui ? C'est par là qu'il
faut considérer cette Dissertation ; elle seroit
très -estimable , si elle étoit de la main.
d'un Philosophe uniquement occupé de ces
Recherches mais qu'une Dame occupée
d'ailleurs de soins domestiques , du gouver
nement d'une Famille , & de beaucoup d'af
faires , ait composé un tel Ouvrage , je ne
1. Vol. D sçais
1328 MERCURE DE FRANCE
sçais rien de si glorieux pour son siecle , &
pour le temps éclairé dans lequel nous vivons.
Un des plus sages Philosophes de nos
jours , M. l'Abbé Conti , noble Venitien ,
qui a toujours cultivé la Poësie & les Mathématiques
, ayant lû l'Ouvrage de cette
Dame , ne pût s'empêcher de faire sur le
champ ces Vers Italiens , qui font également
honneur & au Poëte & à Madame la Marquise
du Chaſtelet , les voici :
Si d'Urania e d'Amor questa e la figlia
Cui del bel globo la custodia diero
L'infaillibili Parche , e'l sommo impere
Su tutta l'Amorosa ampia Famiglia ,)
Ad Amore nel volto , ella somiglia
Ad Urania nel rapido pensiero ;
Che sa d'ogni astro , il moto
› e il sentiero
E onde argentea habbia luce , aurea , vermiglia ¿
Non t'inganni mi disse , il franco vate
Ma costei non da Urania , e d'Amore
Ma da Minerva , e d'Apollo ebbe i natale
Come a Minerva , a lec furo svelate
秦
L'opre di Giove , et delle il genitore ,
Proporle, qua'l , oracolo a mortale,
1
LES
JUIN
17397
LES DEUX ASNONS.
FABLE.
103
Par M. l'Abbé Poncy - Neuville.
SEigneurs Asnons suoient sous différens far
deaux ,
L'un étoit chargé d'or , & l'autre de fagots.
Baudet portant le fa'x ignoble ,
Dit à Baudet portant riche metal
Sous charge d'or , tu dois hennir , comme un che
val ;
Et tel que le Seigneur de l'abondant Vignoble ,
Où nous passons , marcher negligemments
Faire le petit important, →
Et conformer ta voix à tá haute fortune ;
Oui, c'est bien dit, repart le Compagnon }
Je vais entonner de façon
Qui ne semblera pas commune ;
Tout aussi- tôt Richard Asnon
Se rengorgeant , haussant le ton
Croit -imiter de Bucephale
Le fier hennissement ,
Et Pardeul Martiale g
L'autre Baudet sourit malignement
Dij ( Autant
1330 MERCURE DE FRANCE
( Autant que Baudet peut le faire ; )
Renard railleur les écoutoit tous deux
Et se trouvant au milieu d'eux ,
Dit à celui que dupoit son confrere ,
Vous vous donnez mal à propos
Bien du tourment pour suivre une chimere
;
Sous l'or, comme sous les fagots
Bête azine est faite pour braire.
LETTRE à M. T..... au sujet des
Traductions en Vers des anciens Poëtes ;
&G.
V
Ous voudriez donc , mon cher Ami
que nous cussions dans notre Langue
'd'excellentes Traductions en Vers de quelques
Poëmes anciens. Il est vrai que nous sommes
inférieurs en cette partie à nos voisins
les Anglois. Cela vous fâche. Vous n'êtes
pas moins bon Citoyen qu'Amateur zelé des
Talens & des Arts. Mais ne suffit- il pas
pour la gloire de notre Parnasse , que nos
Originaux passent à la posterité , après avoir
servi de modéle à nos Contemporains ?
Qu'importe , après tout, qu'Homere , qu'Euripide,
Sophocle , HHoorraaccee , soient traduits ,
оц
JUIN 1739. 7331
›
ou non, en Vers françois, si les Comédies de
Moliere , les Tragédies de Corneille , de
Racine , de M. de Crébillon , les Poësies
de Despreaux , celles de M. Rousseau , la
Henriade , & les autres Ouvrages de son
Auteur , mettent la France à côté de la
Grece & de l'Italie ancienne ? Que feroient
de plus de belles Traductions ? elles nous
tireroient du rang d'infériorité où nous sommes
dans ce genre d'écrire , assés obscur
parmi nous. C'est- là , si je ne me trompe ,
votre idée ; elle a fait naître les Réfléxions
dont je vais vous faire part.
Loin de mépriser les Traductions en vers,
je suis persuadé qu'elles illustreroient un
Auteur , qui auroit assés de génie pour y
réussir éminemment. Je ne crains point d'avancer
que ce travail exige un talent pres4
que égal à celui du Poëte, qu'on entreprend de
traduire. Quelle gloire ne doit donc pas être
attachée au succès ? La Traduction d'Homere
par M. Pope passe communément pour le
plus bel Ouvrage de cet illustre Ecrivain ;
& n'eut- il fait que cela , l'Angleterre le
compteroit , avec raison , au nombre de ses
premiers Poëtes."
Il seroit à souhaiter que les nôtres s'apli
quassent dans leurs momens perdus à mettre
en Vers quelques Piéces de l'Antiquité. Je
veux que leur gloire n'en fût pas augmen-
Diij
tée ;
332 MERCURE DE FRANCE
tée , ce qui est faux ; ils enrichiroient notre
Langue des tours , des expressions , des idées
qui lui manquent, quelque superiorité qu'elle
ait d'ailleurs sur les autres. J'excepte la Grecque
& la Latine . Un Homme de Lettres qui
ne sert sa Patrie , ni dans la Profession
des Armes , ni dans la Magistrature , ne doit
pas demeurer inutile au Bien public . Or il
peut y contribuer , en travaillant à perfectionner
les Sciences , les Arts , & sur tout
la Langue maternelle.
+
Fundet opes Latiumque beabit divite lingua.
Ce dernier objet a donné lieu à l'Institution
de l'Académie Françoise : Etablissement digne
de la grandeur & de la majesté de nos
Rois.
Chaque Ecrivain en particulier , doit être
animé du même desir. Pourquoi certaines
matieres sont- elles interdites à notre Versification
? Pourquoi , par exemple , tous les
termes d'Art & de Science sont- ils relégués
par les Poëtes aux fonds des Dictionaires ?
quelle mauvaise économie , de ne pas jouir
d'un fonds qui nous apartient ! Il est vrai
que notre malheureuse délicatesse nous a
prescrit là - dessus des regles que nous craignons
de violer. Des Vers sur la Physique ,
sur l'Astronomie , sur l'Agriculture , cffaroucheroient
nos Lecteurs frivoles. Les Auteurs
n'aiment
1
JUIN. 1739: 7333
n'aiment point à faire les frais d'une expérience
équivoque : & c'est cette timidité
qui retarde le progrès des Talens.
Vous me faites une longue énumération
des excellens Traducteurs Anglois. J'y trouve
leurs Poëtes les plus estimés : les Dryden
, les Addisson , les Pope , &c... il est
humiliant pour nous de n'avoir à leur oposer
que la Pharsale de Brébeuf , mille fois
plus boursoufflée dans le François que dans
le Latin , avec les Géorgiques languissantes ,
& la froide Eneïde de Segrais .
Je suis mortifié, pour l'honneur de notre
Littérature Françoise , que Racine & Despreaux
n'ayent pas éxécuté le dessein qu'ils
avoient eû de traduire l'Iliade. Je sçais que
les différens morceaux que Despreaux a traduits
de quelques Poëtes Grecs dans le Traité
de Longin , ne sont pas tous de la même
force. Mais figurons- nous un moment toute
l'Iliade écrite en aussi beaux Vers que
ceux- ci :
L'Enfer s'émeut au bruit de Neptune en furie .
Pluton sort de son Trône , il pâlit , il s'écrie :
Il a peur que ce Dieu dans cet affreux sejour
D'un coup de son Trident ne fasse entrer le jour.
Et par le centre ouvert de la terre ébranléc ,
Ne fasse voir du Stix la rive désolée.
D iiij
Ne
1334 MERCURE DE FRANCE
Ne découvre aux vivans cet Empire odieux
Abhorré des Mortels , & craint même des Dieux .
*
*
Sur un Bouclier noir ſept Chefs impitoyables
Epouvantent les Dieux de sermens effroïables ;
Sur un Taureau mourant qu'ils viennent d'égorger
Tous , la main dans le fang , jurent de se venger.
Ils en jurent la Peur , le Dieu Mars , & Bellone.
Il a fallu beaucoup de force & d'enthou
siasme ,pour rendre vivement des idées si terribles.
Il faut donc être grand Poëte pour
traduire dans ce degré de perfection.
י
Nous avons le commencement du Poëme
'de Lucrece , mis en Vers par M. Hainaut.
Ce Morceau n'est connu que d'un petit
nombre d'Amateurs des belles choses , qui
ne se consoleront jamais , que cette tentative
admirable ait été interrompue par la mort
prématurée de l'Auteur. N'avez-vous pas lû
vingt fois avec un nouveau plaisir les Vers
suivans , que je veux copier ici pour la satisfaction
de ceux qui ne connoissent ni Lucrece
ni Hainaut ?
On a vû les Mortels traîner long -temps leur vie ,
Sous la Religion durement asservie ;
* Serment des sept Chefs devant Thebes , Tragedie
Eschale.
LongJUIN.
1739
Longtemps du haut du Ciel ce phantome effi
A lancé fur la Terre un regard foudroyant ;
Mais un Grec, le premier, plein d'une fage auda
L'ofa voir d'un oeil fixe & l'infulter en face :
Tout ce qu'on dit des Dieux ne pût l'en détourner.
La Terre cut beau fremir, le Ciel eut beau tonner;
Il n'en fut que plus vif à percer l'impofture ,
Et plus prompt à s'ouvrir le fein de la Nature.
Dans l'enceinte du Monde il fe crut trop ferré ; -
Le Ciel ne futpas même assés vafte à fon gré.
Rien ne lui fit obftacle , & ce puiſſant Génie
Courut de l'Univers la carriere infinie..
1
Nous pouvons dire , fans être accusés de
trop de prévention pour nos Ecrivains , que:
la Traduction de Marchetti , Ouvrage infi
niment estimable , n'a rien d'égal à cet En
droit du Poëte François . Comparons un trait
de l'Original avec les Vers des deux . Tra
ducteurs..
Quem necfama Deum , necfulmina, nec minitantii
Murmure compressit Cælum , fed eò magis acrem
Virtutem irritat animi , confringere ut arcta
Naturaprimus portarum clauftra cupiret..
Ergo vivida vis animi pervicit , & extra
Proceffit longe flammansia moenia mundi ::
Atque omne immenfum peragyavit mente, animoque
DY Que
336 MERCURE DE FRANCE
Queſti non panentò ne Ciel tonante ,
Nè tremuoto che'l mundo empia d'Orrore,
Ne fama degli Dei , ne fulmin torto
Ma qua l'acciar fu dura alpina cote
Quanto s'agita più , tanto più fplende
Tal dell ' animo fuo mai fempre invitto
Nelle difficoltà crebbe il desiog tal
Di fpezzar pria d'ogn' altro i chiusi e faldi
Chiostri , e le porte di Natura aptire.
Cosi vins ' egli , e con l'Eccelsa mente
Varcando oltre a' confin del nostro mondo
Fu bastante a capir ſpazio infinito .
Marchetti.
Tout ce qu'on dit des Dieux ne pût l'en détourner,
La Terre eutbeau frémir,le Ciel eut beau tonner,& c .
Vous qui connoissez si bien la force & la
justesse des beaux Vers , ne trouvez - vous
pas une difference infinie entre les Périodes
allongées de l'Auteur Italien , & la précision
énergique du Traducteur François ? D'ailleurs
pourquoi affoiblir les pensées hardies
de Lucrece par une comparaison assés médiocre
de l'acier qu'on aiguise sur la Pierre ?
Je vous ai déja dit qu'on ne pouvoit trop
estimer la Traduction de Marchetti. Il faud
avoir eu autant de courage que de talent ,
pour entreprendre & pour achever avec succès
JUIN
1337 17391
cès la Traduction d'un Ouvrage Philosophique
de plus de sept mille Vers. Et quelle
Philosophie ! Ce n'est point l'imagination
riante du sublime Descartes ; les Tourbillons
, la Matiere subtile , les Experiences
singulieres. C'est encore moins le Systême
admirable des couleurs. Vous n'y voyez aucune
de ces Découvertes que nous devons à
la Spéculation de nos Philosophes Modernes
, & que M. de Voltaire a si heureusement
exprimées dans sa brillante Epître à
Mad. la Marquise du Châtelet . C'est un
assemblage de Principes obscurs , d'Idées.
absurdes , qui ne pouvoient se soûtenir que
par l'agrément du style . Les détails ont sauvé
le fonds de l'Ouvrage. Je doute qu'il y ait:
dans Virgile un Morceau qui puisse être
comparé pour la force & - pour la beauté des
Vers à la Description de la Peste d'Athenes .
C'est un Endroit qu'on ne sçauroit lire tranquillement
, & qui inspire , autant d'effroi
que d'admiration. Quelque prévenu que je
sois en faveur du Poëte inimitable , dont la
Lecture fait tous les jours mes délices ' , je :
ne sçaurois mettre en parallele la Peste des
Animaux dans le troisiéme Livre des Géor
giques , avec celle que je viens de vous ra
peller. Mais pour arriver à ces tirades iso
lées de Lucrece , il faut essuyer des cinq ou
six cent Vers d'une sécheresse insuportable..
D vj
Com+
# 338 MERCURE DE FRANCE
Comme nous n'avons parlé dans nos Lettres
, que des Ouvrages des Anciens , je ne
cite point en notre faveur les Traductions de
deux Poëmes de M. Pope , par M. l'Abbé
du Resnel. Elles méritent les plus grands
éloges. Vous n'avez pas oublié ce que je
vous écrivis l'année derniere , de l'Essai sur
'Homme. Nous ne sommes pas si dépourvûs
de Traductions en Prose , nous en avons
d'excellentes ; elles sont trop connues pour
en faire le détail ; toutes celles de M. l'Abbé
d'Olivet sont de ce nombre.
Après tant d'Ouvrages respectables , oserai
-je , mon cher Ami , vous dire un mot de
la Traduction de cette charmante Elégic
d'Ovide , Cum subit illius tristiffima noctis
imago , &c ? ... Les loüanges qu'elle a reçûës
des Gens de Lettres du premier ordre , n'ont
pû la sauver de la critique d'un Professeur
anonyme. Ikm'accuse de n'avoir par entendu
Ces deux Vers :
Ah quoties aliqua dixi properante , quid urges &
Vel quo festines ire , vel unde ? veni.
ن م
Il est évident , selon lui , que ces paroles
veulent dire : Ah ! pourquoi me pressez- vous
tant? Voyez d'où vous voulez que je parte ,
où vous me pressez d'aller. Ce sens est naturel
, je l'avoue , & quand je ne l'aurois pas
Aperçu dans le Texte, Heinsins , dont je me
servois
JUIN. 1739.
¥ 33岁
servois , me l'auroit indiqué. Mais malgré
une autorité si sçavante , cette expression
Quo feftines ire ne me parut pas signifier
en bonne Latinité , Où me pressez- vous d'ai
ler ? J'étois persuadé que le Verbe Feftinare
ne peut regarder que le Lieu , ad Urbem , ad
Villam , in Locum quemdam , &c... & qu'on
ne dit point , Festinare aliquem. Après ce
petit examen de Grammaire , je me déterminai
pour une interpretation aussi naturelle
que l'autre , & d'un sentiment plus
délicat
J'entens le Citoyen , l'Etranger empressé :
Où courez- vous , disois -je , & quel soin vous agite?
Arrêtez , Rome seule est digne qu'on l'habite .
En effet , il n'est personne , s'il lui est arri
vé de quitter par force des Lieux aimés , à
une certaine heure , la nuit , par exemple ;
dans de certains momens , je supose les plus
tendres, qui n'ait raporté tout ce qu'il voyoit,
tout ce qu'il entendoit à sa situation présente.
Car le sentiment naît des moindres
circonstances. Qu'un Amant se sépare d'une
Maîtresse qu'il adore , rencontre- t - il quelqu'un
qui parte en même temps que lui ? il
le plaint ,il le blâme de s'éloigner d'un séjour
délicieux , d'un Lieu habité par .... Julie ,
si c'est Ovide qui est exilé . C'est le propre
de
T340 MERCURE DE FRANCE
de l'Homme de ne voir que soi dans autrui.
,
Je vous prie cependant de consulter des
Personnes éclairées en fait de Latinité. J'avoûrai
ma faute , si j'en ai fait une , & je la
corrigerai . J'observe tous les jours des contradictions
si marquées entre les Traduc-.
teurs & les Commentateurs , que ce qui est
noir chés l'un , est blanc chés l'autre . Il ne
seroit pas singulier qu'il me fût échapé un
contre-sens. Il n'en eft pas de même de la
feconde méprise qui m'est reprochée par le
Profeffeur. Je n'ai point confondu le Capitole
avec le Palais , deux Edifices aussi differens
à Rome , que le Palais où l'on rend
la Justice , eft different à Paris , de celui des
Tuilleries. Mais je fuis convaincu qu'Ovide
en partant de Rome étoit plus occupé du
Palais de l'Empereur , que des Dieux & des
Déeffes du Capitole. Il n'ofa , par respect
ou par crainte , défigner une Maiſon qui lui
étoit fi chere & fi funefte. Pour moi qui
n'ai pas , à beaucoup près , la même confideration
pour Augufte , j'ai voulu rendre les
adieux d'Ovide encore plus intereffans. Je
n'ai point entaffé le Mont Palatin fur la Roche
Tarpéïenne . J'ai laiffée le Capitole où il
étoit. Je n'ai voulu voir que le Palais de
l'Empereur , & je ne dois pas m'en repentir ,
puifque l'apostrophe d'Ovide a paru plus
touJUIN.
1739. 1341
Touchante dans la Traduction que dans l'Original.
C'eft un avantage que ce Poëte m'a
fourni lui-même. Content de me laiffer inferieur
à lui dans tout le refte , il m'a aidé
à le surpaffer dans cet endroit. J'ai entrevû
fes fentimens ; il n'a osé les exprimer. J'ai été
plus hardi. Je n'avois pas à craindre le voyage
de Tomes.
M. de Voltaire n'a pas extrémement goûté
les scrupules du Profeffeur anonyme. Je vous
envoye ce qu'il m'a écrit à ce fujet. Mais je
vous fuplie de n'en faire aucun usage. Il m'avoit
déja fait part de deux Objections plus
importantes. Elles sont dignes de l'étendue
de ses lumieres. L'évidence de l'une m'a frapé.
La voici.
Je vais à présent vous faire une querelle de
Physicien.
Verfaque ab axe fuo parrhafis arctos erat.
Vous rendez ainsi ce Vers :
Mais déja près du Pole où l'ont placé les Dieux ,
L'Aftre de Caliſto diſparoît à nos yeux.
L'Astre de Califto , s'il vous plaît , ne disparoît
point ainsi : la Constellation tourne toujours
à nosyeux autour d'un Pointfixe ; & il
s'agit-là , non pas de son occultation , mais de
son plus grand abaissement. C'est une chose
qu'il faut absolument corriger,fi vous retouchez
se bel Ouvrage.
Je
1342 MERCURE DE FRANCE
Je pourrois répondre à la rigueur , que le
fever & le coucher des Etoiles , selon les
Poëtes , est different du lever & du coucher
de ces mêmes Etoiles , selon les Astrono
mes. Chés les premiers , une Etoile se leve,
quand elle sort des rayons du Soleil. Elle se
couche , quand elle commence à se plonger
dans les rayons. C'est ce qu'on apelle lever
& coucher héliaque. Mais pourquoi bleſſer
les Principes de l'Astronomie ? Nous sommes
dans un siécle où la Poësie commence à s'enrichir
des idées de tous les Arts & de toutes
les Sciences. Ce trésor n'avoit pas encore été
ouvert à nos Poëtes.
J'ai changé les deux Vers critiqués par M.
de Voltaire. Je les place ici en attendant une
occafion de réimprimer l'Elégie d'Ovide .
Mais déja près du Pole où les Dieux l'ont placé ,
L'Aftre de Califto tourne fon Char glacé.
Cette Lettre ne roulant que sur des Tra
ductions , je ne veux point vous parler aujourd'hui
de mes autres travaux Litteraires.
Pour me familiariser avec l'Anglois , je me suis
amusé à traduire la Priere univerfelle de M..
Pope. C'eft une Paraphrase Philofophique
du Pater noster. Il n'y a que 52. Vers dans
ma Traduction comme dans l'Original. Ri
mes croisées , Vers de deux mefures differentes,
partagés en quatrains, Vous trouverez
que
JUIN. 1343 1739
que je me fuis un peu trop affujetti . Mais j'ai
voulu conferver la force & la précision du
Texte , autant que me l'a permis la difficulté
de traduire , & le peu de connoiffance que
j'ai de la Langue Angloife. Je vous abandonne
ce Morceau . Vous le fuprimerez , ou
vous en ferez ufage. Je me repofe de tout
fur votre amitié .
A Montauban le
13
Avril 1739
MADRIGAL ,
Aune Dlle qui avoit demandé à l'Auteur urð
Livre intitulé : Oracles des Sybilles ,
afin d'y tirer au sort.,
CE Livre en Oracles fertile ,
Pour vous , comme pour moi , me paroît inutile ;
Vous-même secondant ou blâmant mon transport ,
Vous pouvez d'un seul mot décider de mon sort :
Et si quelque desir , Philis , vous sollicite
D'aprendre quel destin vous réserve l'Amour
Consultez plutôt tour- à-tour
Vos apas & votre mérite.
Par M. C ** ..
CONTEC344
MERCURE DE FRANCE
: ຈ
CONJECTURES sur l'Origine
des Vents.
Tavoir conjuré pour dépouiller lalune du
Ous nos Physiciens modernes semblent
pouvoir absolu qu'elle conservoit depuis un
temps immémorial sur les choses terreftres ::
on ne pouvoit autrefois planter , semer , se
faire saigner , & se faire couper les cheveux
que sous son bon plaisir, mais son regne est
Fassé , elle n'est plus de mode ; & Descartes
ne lui a laissé de soin que celui du Flux &
Reflux de la Mer. On a donné aux Vents
une partie des effets dont on a dépoüillé la
Lune ; mais si quelque Physicien entreprenoit
de faire voir que les Vents n'ont d'autre
Cause que la Lune il faudroit revenir à
l'ancien sentiment , & convenir que la Lune
agit au moins indirectement sur les choses
d'ici-bas..
>
En admettant avec Descartes l'effet de la
Lune sur la Mer , pourquoi la privera -t- on
de tout effet sur la Terre ? Si la preffion a
assés de force pour abaisser les eaux de la
Mer , & les chasser vers leurs bords , pourquoi
n'en auroit- elle pas assés pour comprimer,
l'air qui se rencontre sur son passage ,
& le faire , pour ainsi dire , refluer vers les
enJUIN.
17398 1345
endroits où il trouvera un espace plus libre ?
Les difficultés de ce Systême seront les mêmes
, que celles qui se rencontrent dans
celui du Reflux , selon Descartes , & recevront
les mêmes solutions.
Si quelque habile Physicien se vouloit
donner la peine de déveloper ce Systême
nous en pourrions tirer quelque probabilité
sur l'Origine des Vents . S'il réussissoit à le
prouver
Mrs les Modernes seroient forcés.
de regarder la Lune comme cause premiere:
de tous les admirables effets , dont l'Auteur
du Spectacle de la Nature fair honneur aux
Vents.
ATroyes , ce dernier Avril 1739 .
LE PAUVRE ET LE RICHE ,
Q
FABLE.
Ui sçait se contenter d'honnête pauvreté ;
Rarement est en bute à la néceffité ;
C'est l'utile leçon qu'à certain Homme riche
Faisoit certain Manant aisé , mais retenu ;
J'aime mieux , disoit-il , mes Troupeaux & ma
Niche
Que vos Palais dorés & votre revenu.
dans mon simple Hermitage ; Tranquile possesseur
De
T346 MERCURE DE FRANCE
De quelques modiques deniers ,
Du pain , tant qu'il m'en faut , des fruits , force
laitage ;
Tout cela me plaît d'avantage
Que vos trésors cachés , que vos vastes Greniersi
Un jour , environ plein un verre ,
Le Riche ayant eu besoin d'eau ,
Dédaigna le secours qu'offroit un clair Ruisseau
Et fut puiser àla Riviere ';:
Sous ses pieds le terrain manqua
Les Torrens d'alentour franchirent leur barriere ,
Et la rapidité du Fleuve l'entraîna.
Souvent l'Ambitieux se plonge dans l'abîme ,
Plus le péril eft grand , moins il en fuit l'excès,
Enfin d'un sot orgueil il devient la victiine ;
Sage crainte eft toujours. Mere du bon succès.
.
De Mont..... Reth.... à Rouen.
အာ
LETTRE à M. D. R. sur les Bureaux
pour la Musique, & sur les Bureaux pour
Les Enfans sourds & muets.
MONSIEUR ,
Quand le Mercure de France n'auroit sur
Les autres Journaux , que l'avantage de pouvoir
JUIN. 17398 1347
voir publier chaque mois ce qu'il y a de
plus nouveau dans la République des Lettres
, les Auteurs & les Lecteurs doivent
sentir le mérite de cette grande commodité.
Je continue donc, Monsieur , d'en profiter,
pour avoir l'honneur de vous dire , qu'en
attendant la suite des abus & des pensées
diverses , sur la Méthode Typographique &
sur l'Education des Enfans , j'ai été obligé
de travailler à la maniere de construire ,
d'étiqueter & de garnir un Bureau pour la
Musique. J'ai trouvé qu'un Casseau de huit
rangs & de seize logettes chacun, donneroit
sur chaque Clef toutes les Notes rondes
blanches, noires , croches , doubles - croches
pointées & non pointées , les petites Notes
d'agrément noires , croches , doubles- croches
, triples- croches , tous les intervalles
tous les agrémens & tous les signes nécessaires
pour mettre d'abord un Enfant en état
de copier toute sorte de Musique , & daprendre
ensuite à la lire & à la chanter avant
que de sçavoir écrire.
:
Après avoir travaillé pour les Enfans qui
ont le bonheur de parler & d'entendre , j'ai
entrepris la maniere de construire , d'étique
ter & de garnir un Bureau pour les Enfans
sourds & muets de l'un & de l'autre sexe
& je me flate de l'avoir trouvée par un Casseau
de six rangs & de trente logettes de
chacun
1348 MERCURE DE FRANCE
chacun à l'ordinaire ; par le moyen duquel
Bureau on pourra montrer aux Sourds &
muets tous les Arts & toutes les Sciences qui
n'ont aucun raport avec les sons. On voit parlà
qu'il seroit très-possible de faire un Bureau
pour un Enfant aveugle de naissance ou par
accident.
S'il y a des idées innées dans l'Homme ,
les Sourds en joüissent ; mais , quand il faudroit
suposer que les idées ne nous viennent
que par la porte ou l'entremise des cinq
sens , il ne s'ensuit pas qu'un Homme privé
de quelqu'un des sens , ne puisse devenir
très- habile par l'usage & la pratique des autres
. On pourroit à cette occasion faire voir
jusques où peut aller la science de chaque
sens en particulier , indépendant l'un de
l'autre , & la science de deux , de trois , de
quatre & de cinq sens réunis , combinés &
associés pour la communication , la comparaison
, l'échange & le commerce des objets
& des idées . Le grand secret consiste donc
à trouver les meilleures routes possibles pour
arriver à l'esprit de l'Enfant sourd & muet ,
& pour lub aprendre par le moyen des objets
visibles & sensibles , à lire , à écrire ,
l'Arithméthique , le Dessein , la Grammaire
Françoise , la Morale , & enfin les Principes
& les Maximes de la Religion - Pratique .
Je n'ai pas besoin d'en dire davantage pour
être
JUIN. 17397
1349
་
être compris des Maîtres de Typographie
surtout de ceux qui se vantent d'avoir perfectionné
la nouvelle Méthode ; c'est aux
Parens à y prendre garde , & à voir si ces
Réformateurs font mieux , que ce qui est
prescrit & démontré dans la Bibliothéque
des Enfans in-4° . Si des Maîtres de Paris ;
sans avoir jamais vû l'Auteur , sans avoir vû
travailler des Enfans Typographes dans des
Ecoles publiques , ou dans des Maisons particulieres
, si ces Maîtres , dis -je , sans aucune
lumiere , sans aucun secours de la Tradition
Typographique , se sont mis en état de
bien montrer la Typographie par la seule
lecture du Livre in- 4°. on ne sçauroit trop
donner de louanges à leur intelligence & à
deur sagacité , mais il semble que les Parens
seront toujours fondés dans leur préjugé
légitime contre des Maîtres , qui , avant que
de se charger de l'Education des Enfans ,
auront négligé de voir l'Auteur , de voir des
Ecoles & des Maisons de Typographie . Un
Maître de Province , loin de Paris , privé du
secours oral , ou de la Tradition immédiate
& pratique , fait comme il peut ; on doit
même lui sçavoir bon gré de son courage
de son zele , & de son entreprise ; pròfitera
de l'avis qui voudra .
J'ai l'honneur d'être , &c.
ENIGME.
1350 MERCURE DE FRANCE
T
ENIGM E.
Out Pays m'eft connu . Du plus haut des Montagnes
Je defcends le matin , j'y regrimpe le ſoir ;
Quoiqu'on m'y puiffe toujours voir ,
Ainfi qu'aux plus razes campagnes ,
Sans la clarté, fouvent je ne fuis rien :
'Auſſi ſuis-je ſans elle , & m'opoſe à fon bien,
Je vais devant , à côté , par derriere ,
Sans laiffer de veftige , & ſans faire aucun bruit÷
Par la chaleur on me cherche , on me ſuit.
Mais à ce trait jugez fi je fuis fiere :
Vîte , allons ; l'épée à la main :
Fuffiez-vous vingt , je paffe mon chemin.
Accordez tout ceci : Quiconque peut me craindre
Paffe pour Poltron fouverain.
Dans mon Néant je puis former un Nain ,
De taille énorme à ne le pouvoir peindre.
J. CHEVRIER ,Organiſte à Chemillé , E. A.
LOGOGRYPHE.
Quoique fruit d'un fimple Arbriſſeau ;
Je vaux cependant quelque chofe ;
Cas
JUI N.
1739. 9351
Car dans plus de fept pieds , fans force de cerveau
,
L'on trouve Rome , Rime , Rofe ,
Un Pere de l'Eglife , un grand Légiflateur ,
Un modele de patience ,
Ce qui , quand on a froid , procure la chaleur ;
Une Province de la France .
Un des fils de Junon. Parfum de forte odeur.
Une Vertu Théologale.
Un Arbre toujours verd. L'oposé de la nuit.
Ce qui du Monde entier fauva la Capitale.
Ce qui fouvent répété , nuit.
Lecteur , il ne faut plus rien dire ;
Je crois vous être trop connu.
Dans Fraife cependant on trouve encore Sire.
Ah ! qu'ai-je dit ? tout eft perdu.
D
J. B. A. Benoît de Meaux ,
AUTR E.
Ans une Ville de renom ,
Trouvez trois notes de Musique ,
Deux grands Prophetes , Paſſion ,
Qu'on peut dire diabolique.
Ce qu'un Eleve d'Apollon
Cherche dans fon Art tyrannique ;
II. Vol. Tre
1352 MERCURE DE FRANCE
Trésor précieux , un Poisson ,
Un Infecte , Homme colérique.
Deux Elémens , Oiſeau vanté ,
Un Animal fort entêté ,
Un faint Abbé , Femme très -ſage.
Dix-huit Infinitifs François ,
Que j'ai bien compté par mes doigts ;
Je n'en puis dire davantage.
A. R. D. R. P.
LOGOGRYPHUS.
PRimafronte bonum longè pretiofius aure
Exhibeo partes verò cumfcindor in aquas ,
Una virum prabet ; folum decet altera Numen.
Senis ex membris libeat fi tollere quartum ,
Horrida Locufta , Circeſque piacula promam.
Rurfus tolle caput , Danaumque repente videbis ,
Cujus paupertas totum eft celebrata per orbem.
Par M.... du Château du Loir,
ALIUS.
Uaras , invenies. Sanctusfum , Lector amice.
Me mea divinum faciunt attingere lumen
Facta ,fed hic fileo ... nimiùm ne dicere cogar.
V₁
JUIN. 2353 1739:
Ut tibifim notus , difcerpito membra Beati
Officium cujus non fit de Martyre. Vertas.
Inverfumfi ritè modis non nofcere poffes
Bis fenis nomen , quaras me menfe Novembri.
Gefto cibum duplicem tibi ( pingue macrumque )
Sum Verbi Scriptor divini : lumine torva :
Me tangit ; me Sexus amat ; me Sexus honorat :
Sum tandem locus , arcus , uro , calor , oraque ; nec plus.
Par Duchemin , Muſicien à Angers.
ALIUS.
Ex verbis Chrifti , fum certè ipſiſſima Chriſtus.
Tres prima decorant Prata colore novo :
Tres iterùm capias ; dubias res affero , Lector :
Cum totidem rursùsfigura Dei :
Jungatur capiti venter , dein ultima ventri ;
Nil mecum timeas , fum valida atque potens ;
Si fervetur idem numerus , tibi pocula promam :
Mefine cum quatuor vivere non poteris.
Par le même.
Eij
NOU354
MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS, & c.
H
ISTOIRE D'EPAMINONDAS , pour servir
de Suite aux Hommes Illustres de
Plutarque , avec des Remarques Critiques'
& Historiques , & les Observations de M.
le Chevalier de Folard , Mestre de Camp
d'Infanterie sur les principales Batailles
d'Epaminondas , par M. l'Abbé Seron de la
Tour. 1739. in- 12 . AParis , chés Didot , ruë
du Hurepoix, à la Bible d'or, 2. liv . brochée .
***
,
3
NOTES ET RESTITUTIONS sur le Commentaire
de Maître Charles du Moulin ,
concernant les Fiefs ; par Maître Etienne
R* Avocat au Parlement , qui y a joint
ne Conference des Editions posthumes
avec les précedentes , par laquelle on connoît
tout ce qui est Addition ou changement
posthume , & dans laquelle on trouve
tout ce qui est dans les précédentes Editions
, & qui n'est point dans les Editions
posthumes. A Paris au Palais , chés J. N.
le Clerc , 1739. in- 4°. de 488. pp . fans la
Préface de 19. L'Ouvrage est en Latin.
HIS
JUIN. 17397
7355
HISTOIRE de l'Académie Royale de l'His
toire Portugaise , par D. Manuel Tellez de
Sylva , Marquis d'Alegrete , Sécretaire de
cette Académie ; dédiée au Roy de Portugal
Don Jean V. Tom . I. in-4° . se trouve à Lisbonne
, chés Joseph - Antoine de Sylva , Im
primeur de l'Académie , 1727. de 412. pag.
sans la Préface. L'Ouvrage est en Portugais.
J
MEMOIRES SUR LA GUERRE , tirés des
Originaux de M *** avec plusieurs Mémoires
concernant les Hôpitaux Militaires ,
présentés au Conseil en 1736. par M ***
A Paris , chés Rollin , fils , Quai des Augustins
, à S. Athanase , 1739. Deux Parties
en un Volume in- 1 2.
SERMONS ET HOMELIES sur les Mysteres
de Notre- Seigneur , de la Sainte Vierge , &
sur d'autres Sujets . Par M. Jerôme de Paris ,
Grand Vicaire & Official de Nevers . Tome
I. A Paris , chés Didot , & Nyon , fils , Qui
des Augustins , 1739. in - 12.
LE NOUVEAU QUARTIER ANGLOIS , ou
Description & Usage d'un nouvel Instrument
pour observer la Latitude sur Mer:
Par M. d'Après de Mannevillette , Lieute-.
nant de Vaisseaux de la Compagnie des Indes.
A Paris , chés Lambert , à la Sagesse
E iij
&
356 MERCURE DE FRANCE
& Durand, à S.Landry, ruë S.Jacques, 1739.
Brochure in - 12.
HISTOIRE DES DUCS DE BRETACNE , &
des differentes Révolutions arrivées dans
cette Province. Histoire particuliere de la
Ligue en Bretagne. Dissertation Historique
sur l'Origine des Bretons , sur leurs Etablis
semens dans l'Armorique , & sur leurs premiers
Rois. Ouvrages divisés , chacun en
deux Tomes , par M. l'Abbé des Fontaines.
A Paris , chés Nyon , fils , Rollin , & dAmonneville
, Quai des Augustins , & Clousier,
ruë S. Jacques.
NOUVEAU TRAITE' des Maladies Véné
riennes , par M. de la Mettrie , Docteur en
Médecine. A Paris , rue S. Jacques , chés
Huart , à la Justice , & Briasson , à la Science
, 1739. Volume in- 12 . de 240. pages.
NOUVEAUX AMUSEMENS DU COEUR
ET DE L'ESPRIT. A la Haye , chés Za
charie Châtelain , 1738 .
LE COMMENCEMENT DE L'HISTOIRE DE
L'EGLISE , ou Paraphrase sur les Actes des
Apôtres ; avec le Texte Latin à la marge , &
des Notes tirées des Peres & des meilleurs
Commentateurs ; par un Religieux Bénédictin
da
JUIN. 1739 1337
de la Congrégation de S.Vanne, & de S. Hy
dulphe. A Paris , chés la Veuve Ganeau,
Libraire , rue S. Jacques , aux Armes de
Dombes , & Ganeau , Libraire , rurë S. Jac
ques , à Saint Louis , 1738. Deux Volumes
in 12. Le premier Tome de 286. pages , le
second de 302 .
LETTRE de M. l'Abbé Carbasus , à M.
de *** Auteur du Temple du Goût , sur la
mode des Instrumens de Musique , avec
l'Origine de la Vielle , Ouvrage curieux &
interessant pour les Amateurs de l'Harmonie.
A Paris , chés la Veuve Allovel , Quai
de Gêvres , à la Croix blanche , prix 1 2. sols,
petite Brochure de 45. pages , 1739 .
"
Dès la troisiéme page , l'Auteur s'exprime
ainsi : » La Muzette & la Vielle n'ont pour
principal objet qu'un dessus ; tout le bruit
» qui les accompagne est un charivari conti-
» nuel , auquel on peut ajoûter le croas-
» sement des Grenouilles pour accompagne-
» ment ; &
le murmure
pour contre- Baffe ,
» ou ronflement que fait la Rouë d'un Coû
» telier , &c.
"
"
» Si l'on dépouille la Vielle de ses Bourdons,
on entendra un deffus maigre & déplaisant,
quand il sera destitué de la confu-
» sion qui cachoit ses défauts , & la méprise
» seroit grave de comparer ce dessus à la
E iiij » beauté
1358 MERCURE DE FRANCE
" beauté de celui d'un Violon , tout autre
» ment articulé avec l'Archet. On doit donc
» conclure la Vielle en tout ou en par-
, que
» tie est très- inférieure , & qu'elle ne peut
» convenir qu'à des Villageois totalement
ignares de bonne Mufique .
"
ود
t
1
,
" Que peut- on penser du goût de plu-
" sieurs Symphonistes , qui , loin de refu-
» ser de concerter avec ces Instrumens , se
» confondent volontiers avec le cornement
»perpetuel de leurs insuportables Bourdons?
» Ignorent- ils que le sérieux est l'Antipode
» de ces Instrumens burlesques ? Et quand
» il y auroit quelque beauté dans le sujet du
» Chant , la précision & la netteté y seroient
» étouffées dans la confufion.
" Ce n'est point le goût , encore moins la
» raison , mais la mode qui a arraché ces
» Instrumens de la main des Aveugles & des
» Pastres , chés qui nos Ancêtres les avoient
relegués. Leur facilité les a rendus com-
» muns , sans leur donner plus de mérite.
"
» Il faut même devenir Pantomime , pour
» leur attirer quelque succès ; & sans les
grimaces de ceux qui en joüent , ils ne
» seroient pas suportables aux oreilles Musi-
» ciennes , après qu'on les a écoutés plus
» d'un quart d'heure.
Après s'être ainsi exprimé au propre, P'Auteur
de la Lettre emploie ensuite l'ironie en ces
termes ;
JUIN.
1359 1739.
و ر
termes : J'ai joué autrefois de la Guitarre
» dit la Marquise .... & j'en ai là une très-
» ornée , qui m'a bien coûté de l'argent .
» Comme il est nécessaire d'avoir deux Vielles
, rep it le Maître , & que la Guitarre
» n'est plus à la mode , je vous en ferai faire
" une Vielle organisée . Quoi ! M. , dit la
Marquise , sacrifier cet Instrument pour....
" Eh , Mad. votre scrupule m'étonne , reprit
» le Maître ; vous n'êtes donc pas informée
» que c'est le seul usage que l'on fait aujour
» d'hui des Théorbes, des Luths , & des Guitarres
? Ces Instrumens Gothiques & mé-
" prisables , sont en dernier ressort méta-
"morphosés en Vielles ; c'est - là leur tom-
" beau.
رد
»Le véritable caractere de la Flûte , dig
» l'Auteur plus bas , est évanoui , & ne se
"reconnoît plus ; les Organistes seuls con-
» servent encore l'idée de la modération
»dans laquelle cet Instrument doit se res-
" traindre.
» Les grands Novateurs en Musique ne
» trouvent rien de difficile , ni de trop rapi
de ; tout leur est pollible. Au lieu d'une
» liaison harmonieuse qui devroit être dans
» leurs chants , c'est une sécheresse aride
» causée par des batteries d'intervalles , lorsqu'ils
s'efforcent de faire béguayer trois ou
" quatre parties sur cet Instrument borné.
ر د
E v L'oy
1360 MERCURE DE FRANCE
99
99
›
" L'oreille Musicienne a beau être à l'affue
» de quelque suite de sons , elle se trouve-
» leurée par la vitesse extravagante de l'exe-
" cution , qui , comme le Violon , estropie
chaque partie ; desorte que le premier
» dessus , le second , la taille , & la basse ne
»se font entendre que par hoquets , tous
» chants tronqués & avortés , qui n'enfan-
» tent que le desordre & la confusion ; en
"joüant tout, ils ne jouent rien. A force de
broder , on ne voit plus le fond de l'étoffe ..
» Sçavez - vous quel est le Remora de ces fa-
» meux Athletes ? C'est de jouer, L'autrejour
»maCloris, ou quelque autre fimple Brunette,
» comme le fameux la Barre les joüoit. Ce
• » Musicien a connu mieux qu'un autre ,
les justes bornes de cet Instrument , quà
sont le tendre & le pastoral ; & s'est contenté
d'y jouer une seule partie , sçavam
» ment ménagée par des sons naturels
» agréables & charmans ; mais cette pruden-
» ce eft gauloise aujourd'hui , tant il est vrai
» que tout fléchit devant le Goût du temps
" & de la Mode.
"
,
" La mode & le caprice du Siécle ont auffi
» étendu leur empire sur la Danse , qu'on a
»fort alterée en l'accompagnant de trop
» d'ornemens , de vivacités , de sauts & de
→ pas pressés , qu'on ne connoiffoit pas dus
temps de nos Peres , où chaque espece de
22 Danse
JUIN. 17391
1361
Danse ne sortoit point des bornes conve-
» nables à son caractere , & où la grace &
» la nobleffe n'avoient rien d'ourré.
L'ARITHMETIQUE DES GEOMETRES , OW
nouveaux Elemens de Mathématiques ; contenant
la Théorie & la Pratique de l'Arithmétique
, une Introduction à l'Algebre & à
F'Analyse , avec la Résolution des Equations
du second & du troifiéme dégré , les Raisons
, Proportions & Progreffions Arithmétiques
& Géométriques , les Combinaisons ;
Arithmétique des Infinis , les Logarithmes,
Les Fractions Décimales , &c. par M. l'Abbé
Deidier. A Paris , chés Charles - Antoine
Jombert , Libraire du Roy pour l'Artillerie &
le Génie , rue S. Jacques , vis- à-vis la ruë des
Mathurins. 1739-
Cet Ouvrage est le premier volume du
nouveau Cours de Mathématiques , dont le
Projet, qui se trouve chés le même Libraire,
a paru au commencement de l'année. Le
second Volume , qui a pour titre, La Science
du Géometre , va paroître inceffamment , &
les deux autres feront achevés d'imprimer
vers le milieu de 1740. Le but de l'Auteur
est d'élever les Commençans à ce qu'il y a
de plus relevé dans les Mathématiques ,sang
qu'ils ayent befoin de recourir aux Maîtres ;
ce qui ne peut manquer d'être d'une grande
E vj
utilites
362 MERCURE DE FRANCE
utilité , surtout dans les Provinces , où les
bons Maîtres ne se trouvent pas aisément .
La méthode & la clarté qui regnent dans ces
Ouvrages , jointes au choix & à l'arrangement
des matieres , font voir que l'Auteur
n'a rien oublié pour bien remplir fon deffein,
& on a tout lieu d'efperer que le Public en
portera le même jugement.
- TRAITE' fur les Lettres de Change , con
tenant l'Analyſe & Démonftration inſtructive
de la valeur des Termes qui la compofent
, de leurs Effets & Conféquences , & c.
par M. Fuleman. A Paris , chés Hourdel , à
l'entrée du Quai des Auguftins , du côté dụ
Pont S. Michel ; Girard , Grand '- Salle du
Palais , vis - à- vis la Grand' - Chambre , au
nom de Jefus ; Charles - Antoine Jombert .
rue Saint Jacques , à l'Image Notre- Dame ,
1739. in- 12 . de 334. pages , fans la Préface
& la Table des Chapitres.
L'Auteur de ce Traité , fait voir, combien
il eft important à toute Perfonne , qui fait
tenir, ou qui reçoit de l'argent par le moyen
des Lettres de Change , d'en bien sçavoir la
forme. 5
Il démontre quelles précautions il eft néceffaire
de prendre dans les differens termes
des Lettres de Change.
Il donne la définition de ces Lettres , à
laquelle
JUIN 1365 17393
laquelle on doit fe conformer , en retranchant
tous les termes ambigus & équivo
ques.
Il expofe combien il importe de bien
connoître la force des termes , & d'en faire
une jufte aplication .
Il fait voir les inconveniens & les Procès
qui naiffent d'une Lettre composée en termes
fujets à interpretation , & donne les moyens
de les prévenir.
›
Il obferve combien on doit aporter d'attention
& de circonſpection à ne tirer remettre
, prendre & n'endoffer que des Lettres
qui feront dans la forme requiſe par le
Droit & par la Coûtume.
Il démontre la maniere & l'ordre que l'on
doit obferver à porter les Lettres fur les
Livres.
Enfin , il expofe que fes Obfervations
quoiqu'étendues , font néanmoins conformes
au fens des Reglemens que quelques
Souverains on eû foin de donner au fujet de
la forme des Lettres de Change.
On imprime actuellement chés Gregoire Dupuis ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Couronne d'or.
La Religion Chrétienne prouvée par les Faits , par M.
l'Abbé Houtteville , de l'Académie Françoise . Cette
nouvelle Edition fera confidérablement augmentée :
elle paroîtra à la S. Martin , le premier Volume
étant fait , & le fecond fort avancé.
Montalane
364 MERCURE DE FRANCE
Montalant , Libraire , Quai des Auguftins à Paris
, donne avis au Public , qu'il a reçû d'Hollande
l'Ouvrage , dont on va voir le Titre . Il vendra séparément
celui de M. Barbeyrac aux Perfonnes qui
ne voudront que la Tête du Corps Diplomatique ,
& non la Suite il donnera l'un & l'autre de ces
Livres de quelque grandeur de Papier que l'on ſouhaitera.
i
SUPPLEMENT au Corps Univerfel Diplomatique
du Droit des Gens , contenant l'Hiftoire des anciens
Traités , ou Recueil Hiftorique & Chronologique
des Traités répandus dans les Auteurs Grecs
& Latins , & autres Monumens de l'Antiquité , depuis
les temps les plus reculés jufques à l'Empire
de Charlemagne. Par M. Barbeyrac , Docteur en
Droit , & Profeffeur en la même Faculté dans l'Univerfité
de Groningue ; pour fervir d'Introduction
au Corps Univerfel Diplomatique : Un Recueil des
Traités d'Alliance , de Paix , de Trève , de Neutralité
, de Commerce & de Garantie , des Conventions
, Pactes , Concordats , & autres Contrats &c.
qui avoient échapé aux premieres recherches de
M. Du Mont ; continué jufqu'à préfent par M.
Rouffer ; enrichi d'une Table générale des Matieres
contenue dans le Corps Diplomatique & dans le
Suplément : Avec le Cérémonial Diplomatique des
Cours de l'Europe , ou Collection des Actes , Mémoires
& Relations qui concernent les Dignités
Titulatures , Honneurs & Prééminences ; les Fonctions
publiques des Souverains , leurs Sacres , Couronnemens
, Mariages , Baptêmes , Enterremens ,
Les Ambaffadeurs , leurs Immunités & Franchiſes ,
Jeurs Démêlés , &c. Recueilli en partie par M. Du
Mont : Mis en ordre & confiderablement augmenté
par M. Rouffet , Membre des Académies des Scien-
Ces.de S. Petersbourg & de Berlin . Ce Recueil a cinq
Volumes
>
JUIN. 1739.
1368
Volumes in-Folio , dont l'Ouvrage de M. Barbeyrac
en fait un , le Recueil des Traités deux , & le Cérémonial
Diplomatique deux autres .
,
André Delaguette , Libraire , rue S Jacques , au
deffus de la rue des Noyers , au Bon Paſteur , &&
S. Antoine vient de faire l'acquifition des Fonds
de Librairie des Srs Edme Couterot & Antoine Chippier.
Il donne avis qu'on trouve dans cette Boutique
beaucoup de Livres de Piété , plufieurs de
Théologie , de Littérature & d'Hiftoire ; & un
Affortiment confiderable d'Uſages . Romains des Impreffions
de Paris , de Lyon , d'Anvers & de Cologne
, de differentes grandeurs , avec tous les Offi
ces nouveaux jufqu'à ce jour.
Le Mercredi 3. Juin , l'Académie Royale des
Sciences élut M. de Buffon de la Compagnie , &
M. Jofeph Juffien , Externe , pour les deux sujets
qui , au choix du Roy , doivent remplir la place
d'Affocié Botanifte , vacante , depuis que M. Bernard
Juffieu eft devenu Pensionaire.
Le Samedi 13. le Comte de Maurepas écrivit à
Académie que le Roy avoit chois M. de Buffon,
Morts d'Hommes Hluftres.
La Religion , la Compagnie de Jefus , & tous les
'Amateurs de la belle & folide Littérature , ont fait
une perte confiderable en la Perfonne du R.P. Joseph
Tournemine , qui mourut le 16 du mois de May
dernier , dans la Maifon Profeffe de cette Ville ,
âgé d'environ 79. ans. Son efprit de prévoyance
dans cette derniere maladie , & les foins d'un fçavant
& fidele Ami , qui avoit & méritoit toute fa
confiance , nous ont mis en état de donner inces--
sammeng
1366 MERCURE DE FRANCE
samment au Public toute la fuite de la Differtation
de ce fçavant Homme , fur un fujet des plus importans
, dont on a vû la premiere Partie dans le
Mercure du mois paffé .
Le 14. Juin , déceda en la Ville de Saint Amand-
Berzy , le Sr Jean Godin , âgé de 96. ans , étant
né en 1643. Il étoit pere du Sr Godin , ancien
Avocat en la Cour, & ayeul du Sr Godin , de l'Académie
Royale des Sciences , Envoyé par ordre du
Roy au Perou , fous l'Equateur, pour connoître la
configuration de la Terre. Ce grand âge ſurprenoit
moins , que le bon jugement , la netteté de la plume
& la fermeté du corps qu'il avoit confervée juſ
qu'au dernier moment , & avec étonnement de tous
ceux qui le connoiffoient .
Dom Edmond Martene , Bénédictin de la Congrégation
de S. Maur , Auteur de plufieurs Ouvr
ges d'Erudition Ecclefiaftique , & en dernier lieu ,
de l'Edition du VI. Tome des Annales de l'Ordre
de S. Benoît , mourut le 20. Juin dans le Monaftere
de S. Germain des Prés , âgé d'environ 84..ans.
ESTAMPES NOUVELLES.
Il paroît depuis peu une Eftampe en hauteur
d'après un Tableau ingénieufement composé par
M. Courtin , & gravée par C Mathey , fous le titre
de l'Amour Medecin . On la vend chés le Sr Surugue,
ruë des Noyers , vis-à-vis S. Yves.
La trente-fixiéme Eftampe que le Sr Moyreau a
gravée depuis peu , d'après Philipe Wauvermans ,
fe vend chés lui , ruë Galande , vis - à - vis S. Blaife ;
c'eft un tyver , on voit dans un Payfage , des Maifons
, des Arbres , des Bucherons coupant du bois ,
un Cheval chargé , des Traîneaux fur la glace , &c.
Voici
JUIN. 1739. 1367
Voici encore deux Eftampes toutes nouvelles
très- bien gravées par le Sr C. N. Cochin , chés qui
elles fe vendent , fur le Pont N. Dame , d'après
deux Tableaux originaux de M. Chardin , du Cabi
ner du Chevalier de la Roque , d'une très -heureuſe
compofition,dans le goût de Teniere , & capables d'en
foûtenir le parallele , au fentiment du Public éclairé,
qui les a vûs exposés au dernier Sallon . Les Eftampes
, fous les Titres de la Fontaine & de la Blan
chiffenfe , font de la même grandeur , ayant is .
pouces & demi de large , fur 14. de haut .
La derniere Eftampe qui vient de paroître , eft le
Triomphe d' Amphitrite , grande compofition en lar
ge , Efquiffe de M. Bouchardon , gravée à l'eau
par C ** & terminée au Burin par Et. Feffard
chés qui elle fe trouve, au Cloître S. Germain l'Auxerrois.
forte
La Suite des Portraits des Grands Hommes & des
Personnes Illuftres dans les Arts & dans les Sciences
, continue de paroître avec succès chés Odicure,
Marchand d'Eftampes , Quai de l'Ecole ; il vient
de mettre en vente , toujours de la ineme grandeur
:
CHILDEBERT I. VI. Roy de France , mort en
558. après 47. ans de Regne , deffiné par Boizot ,
-gravé par Ravenel.
CHARLES ROLLIN , ancien Recteur de l'Univerfité
, Profeffeur d'Eloquence au College Royal , de
l'Académie des Belles- Lettres , né à Paris en janvier
1661. peint par Fontaine , gravé par N. Dupuis.
Il paroît depuis peu deux Vues de Rennes , gra
vées par feu M. Milcent , Ingenieur du Roy dans
la Marine , connu par plufieurs Ouvrages dans ce
genre a
368 MERCURE DE FRANCE
gente , qui lui ont fait beaucoup d'honneur. L'une,
eft l'Elevation en Perſpective de l'Hôtel de Ville de
Rennes , dans lequel le tiennent les Etats de la
Province ; de la Tour de l'Horloge , & du Préfidial ,
conftruits dans la Place neuve , fur les Deffeins de
M. Gabriel , Premier Architecte du Roy fous la
conduite de Mrs Abeilles , pere & fils , & Huguet ,
Ingenieurs , deffinées , & dédiées au Comte de
Toulo se , Amiral de France , & Gouverneur de
Bretagne. La feconde , l'Elevation en Perſpective de
la nouvelle Place du Palais de Rennes , conftruite
auffi & réformée fur les Deffeins de M. Gabriel ,
fou la conduite des Srs Abeille , le Mouffeux &
Huguet. C'eft la véritable repréfentation de la Fête
qui s'eft donnée lors de l'Elevation de la Statuë
Equeftre de Louis XIV . posée par le Sr Chevalier
Entrepreneur le 6. Juillet 1726. je Corps de Ville
préfent & les quinze Compagnies de Milice
Bougeoife fous les Armes , dédiée au Comte de
Toulouse.
Ces Ouvrages fe vendent chés la Veuve Milcent,
ruë de la Savaterie , à l'Hôtel Pepin , laquelle efpere
de continuer cette Suite , fur les Deffeins qui
lui font reftés de fon Epoux , & fur les Planches
commencées .
;
on
Ils fe vendent auffi chés le Sr Defrochers , Graeur
du Roy , & de fon Academie de Peinture &
Sculpture , rue du Foin , près la ruë S. Jacques ;
trouvera les quatre Vues de Paris , en deux Feuilles
chacune deux Vües de Malthe , comme auffi
deux ües du Havre de Grace , dont l'une eft la
Conftruction des Vaiſſeaux , & la Place de Bordeaux,
où doit être érigée la Statuë Equeftre de Louis XV .
Le Sr Deftochers donne avis qu'il continue actuellement
de graver les Hommes Illuftres , dont on
peut faire un Corps d'Hiſtoire , & un Recueil de
Poëfies,
JUIN. 1739 1369
Poëfies , lefquels feront quatre gros Volumes in -4°.
& in-fol. en toute forte de genre , & qui font fa
vorablement reçûs du Public. Il a reçû depuis peu
une Médaille d'or de Sa Majeſté Imperiale , & une
du Prince d'Armstadt , ces Princes faifant cas de fes
salens.
Pierre Yver , demeurant fur la Heere- Gracht ,
entre le Oude-Spiegel- Straat , & le Romeins Arm
Steeg , à Amfterdam , avertit qu'on trouve chés lui
le Portrait de Son Eminence André- Hercules , Cardinal
de Fleury , Grand Aumônier de la Reine
Miniftre d'Etat , Grand Maître & Sur- Intendant des
Poftes , peint par Hiacinte Rigaud , & gravé par le
fameux J. Houbraken. Le Prix eft de cinq Florins.
J
VER S.
Adis le fameux Diogenes ,
En plein jour fa Lanterne en main
Cherchait un Homme dans Athenes ,
Il le chercha toujours en vain.
Le Cynique aujourd'hui plus ſage ,
De tout l'Univers aplaudi ,
( Quel affront pour l'Areopage ! )
Vient de le trouver dans FLEURI.
PREMIER LIVRE DE CHAMARURI,contenant dow
ze Deffeins d'Habits d'Hommes,gravés de grandeur
naturelle. Ouvrage utile aux Etrangers, & aux jeumes
François qui defirent fe perfectionner dans cet
>
Arti
1370 MERCURE DE FRANCE
Art ;; par le Sr Henry , fe vend à Paris chés le Sr Monfe,
Marchand de Dorure , ruë Dauphine à la Ville de
Londres. Prix du Livre entier , 4. livres , la moitié
ou fix Deffeins , 12. liv. grand in-folio . 1739.
* On lit dans un Avertiffement , que l'Auteur de
ces Deffeins s'eft déterminé , d'autant plus volon
tiers , à les donner au Public , que pendant une
longue fuite d'années il a étudié le goût de la Nation
Françoife dans cette partie , & que perfonne
ne s'eft encore avisé de rien publier en ce genre .
Les François font en poffeffion d'inventer les
Modes d'habits & de les enrichir ; prefque toutes
les Cours de l'Europe trouvent du plaifir à les imiter,
à cause de l'air également noble & galant qu'ils
fçavent donner à leurs ajuftemens .
On a tracé avec foin dans cet Ouvrage ſix Deffeins
de Chamarure d'Habits , quatre de Surtouts
& deux d'Habits de Livrée , l'Auteur y a raffemblé
tout ce qu'il y a de plus nouveau & de plus en vogue
; chaque Planche eft cottée d'une lettre alphabetique,
pour diftinguer l'une de l'aatre , au défaut
de nom que ces Deffeins ne peuvent avoir.
Ce n'eft point aux feuls Etrangers qu'on offre cer
Ouvrage , les jeunes Gens qui fe deftinent en France
à cet Art y trouveront dequoi fe former le
goût, & pourront acquerir par ce fecours , des connoiffances
qu'ils ne peuvent avoir qu'après bien de la
pratique ; les Maîtres n'ofant pas leur confier d'abord
des Habits de conséquence , n'ayant pas eû fous
leurs yeux d'affés bons Modeles , & d'affés bons
Principes de Deffein, qui leur ayent donné assés de
lumiere , d'intelligence , & d'invention , pour donner
aux Habits cet air de nobleffe & de goût qu'on
attribue à notre Nation ; la plupart s'abandonnant
à leur imagination , faifissent des idées bizarres &
choquantes , & assemblent confusément des figures,
2.
qui
JUIN.
1739. 1371
qui n'ont rien de naturel , & que tous les bons
Maîtres condamnent .
On a tâché dans ce Livre de marquer les Principes
et les Regles que l'on doit obferver dans la
Chamarure.
1. Les Deffeins qu'on propofe pour Modeles
font de grandeur naturelle , afin d'éviter la difficulté
qu'il y auroit eû d'executer en grand un Deffein
fait en petit.
.Les Paremens de Manches font auffi attachés
au revers de chaque Deffein , afin de faire connoître
l'harmonie et le raport effentiel , qui doit regner
dans la décoration principale et dans les orne
mens de chaque partie .
3º. On trouvera la diftinction qui doit être en
e les Figures ou Ecuffons , qui compofent le Def
Lein , par le jour ou par le vuide qu'on y a ménagé
avec régularité.
4º. Ön confeille de commencer toujours par la
Poche , & de continuer le Deffein en remontant ,
parce qu'il eft très- difficile , en commençant par le
haut , de faire arriver jufte le Deffein , pour l'accor
der avec celui de la Poche.
. Tous les Deffeins font tracés avec des galons
droits , unis , et à dents . On a jugé qu'ils font les
plus propres , pour former des Figures régulieres :
Ce n'eft pas qu'on ne puiffe les executer avec du
galon à colonnes traînées , mais ils perdroient de
leur grace , s'il étoit feftonné , parce que les creux
et les ventres feroient fouvent de fauffes opofitions,
et altereroient l'ordre qui doit être invariable
femblable dans les jours.
et
6°. Il feroit à propos qu'on ne prît pas toutes
fortes de largeurs de galon indiftinctement pour
l'execution de ces Deffeins ; on coureroit riſque de
leur ôter de la grace , parce que les Ecussons ne
pourroicar
1372 MERCURE DE FRANCE
pourroient plus être , ni en même nombre , ni en
même ordre , ou ils formeroient des maffes confu-
Yes , ce qu'on doit abfolûment éviter.
Le Sr Monfe , chés lequel ce Livre fe vend , fournira
le galon fait exprès dans les proportions de
chaque Deffein.
C'eſt aux Maîtres dans cet Art , à juger fi mon
travail peut être , dit l'Auteur , de quelque utilité
à leurs Eleves , et fi je leur ai épargné le temps et
la peine de donner des leçons , et de faire des corrections
détaillées .
Qu'on ne me reproche pas , ajoûte -t - il , d'avoir
obmis l'aunage du galon pour chaque Deffein , it
n'eft pas poffible de le dire avec jufteffe pour chaque
efpece de taille.
On doit obferver auffi que les Deffeins qu'on
'donne pour les Surtouts , peuvent être continués en
Habits , et ceux-ci retranchés en Surtouts ; les Mo
deles de Livrée peuvent auffi être changés.
Si le Public paroît content de ce premier Ouvrage
, l'Auteur projette de le continuer , à meſure
que la nouveauté aura introduit des changemens
confiderables dans les Modes , promettant aux
Maîtres qui lui feront part de leur invention dans
ce genre , de leur en faire honneur , en les faifant
connoître pour Inventeurs.
Le Sr de Blegny , Bourgeois de Paris , donne
avis au Public , qu'il s'eft attaché depuis pluſieurs
années , avec beaucoup de foins et de recherches
à faire une Collection d'environ 3500. Jettons de
cuivre , fort curieux , dont la plus grande partie
font à fleurs de coins.
SÇAVOIR ,
Ceux qui concernent l'Eglife & le Clergé. Ceux
des
JUIN.
7373 17398
des Rois , Reines , Princes et Princeffes de France ,
depuis près de 400 ans. Des Rois , Reines , Prin
ces et Princeffes Etrangers. Ceux des Officiers de
La Maiſon du Roy . Des Ducs et Pairs de France.
Des Chanceliers , Gardes des Sceaux de France , er
Miniftres d'Etat. Du Tréfor Royal , de l'Ordinaire
et Extraordinaire des Guerres. De la Chambre aux
Deniers du Roy , Parties Cafuelles , et de tous les
Domaines du Roy. De la Marine , des Galeres , et
de l'Artillerie de France . De toutes les Cours Superieures
, et autres. Des Prévôts des Marchands
et Echevins de la Ville de Paris , et de Lyon. Ceux
des Pays d'Etats , et des Maires des Villes du Royaume.
Des Intendans et Maîtres des Requêtes , Tréforiers
, et Controlleurs. Une très grande quantité
de Jettons armoriés , de toutes les grandes , anciennes
et illuftres Maifons et Familles de France , et
autres. Jettons de l'Univerfité , Faculté de Médecine
, et des Arts et Métiers . Autres fur un grand
nombre d'Evenemens finguliers de l'Espagne et de
la Hollande. Des Portraits de vénérables Perfonnages
, bien reffemblans , en Jettons , et quantité
d'autres très - curieux dont on peut faire le
détail.
Le Sr de Blegny y a ajoûté une fuite de tous les
Rois de France , depuis Pharamond , jufques et
compris le Regne de Louis XIV. Sur chaque Revers
fe trouve le commencement du Regne de chaque
Roy , leurs actions les plus remarquables , leur
Race , et la durée de leur Regne. Les Curieux qui
voudront acquerir cette fuite de Jettons , s'adrefferont
au Sr de Blegny , qui demeure à Paris , en
la Maiſon faifant le coin des rues des Nonaindieres
et de Jouy , près l'Hôtel d'Aumont.
Le St Lebas , Ingenieur pour les Inftrumens de
Ma
374 MERCURE
DE FRANCE
Mathématique du Roy , logé aux Galleries da
Louvre , s'étant depuis long-temps apliqué à trouver
la véritable compofition des Miroirs de Télefcopes
à réflexion , ⚫a enfin réüſſi , les conftruifant
au- deflus de tous ceux qui ont été faits juſqu'à
préfent en differens Pays , fuivant le ſentiment de
plufieurs Connoiffeurs , qui les ont comparés les
uns avec les autres , & qui n'ont fait aucune difficulté
de donner leur aprobation à ceux qu'a fait
le Sr Lebas , lequel a deplus ajoûté une Piéce pour
obferver le Soleil , dequoi beaucoup de Curieux lui
fçavent bon gré. Plufieurs Seigneurs lui en ayant
demandé d'un plus petit volume , et propres à
mettre dans la poche , il s'eft apliqué à y conferver
la même perfection qu'à ceux qui font beaucoup
plus grands . Ceux que nous annonçons ,
n'ont que 6. pouces de longueur , et font l'effet
d'une Lunette de trois pieds . Il continuë affidûment
à travailler aux uns et aux autres , afin de ſe
mëttre en état de contenter les Curieux , et d'attirer
par ce moyen les aplaudiffemens qu'il a tâché
de mériter par fon travail. On fçait affés la réputation
qu'il s'eft acquife pour tout ce qui regarde
POptique , & furtout pour les grandes et petites
Lunettes d'obfervation , ainfi que pour les Lorgnettes
d'Opera , les Microſcopes univerfels , &c.
Cleret, Marchand d'Eftampes , fur le Quai de
la Feraille , avertit les Curieux , que l'on a fait une
Copie de la Sainte Face de Mellan , déja indiquée
dans le Mercure d'Août 1738.et que lui feul poffede
la Planche originale .
LETTRE
JUIN.
1739 1375
J
LETTRE à M. de *** an fujes
de la Penfion d'Alfort.
'Avois lû comme vous , Monsieur , ce qui parut
et
dans le Mercure de Mai de l'année derniere
Touchant l'établiffement de la Penfion d'Alfort ,
j'avois été charmé dès- lors du Plan qu'on y propofoit
; cependant je n'avois pas cû occasion d'aller
fur les Lieux , pour en voir l'execution par moimême
, et je ne m'y suis transporté depuis peu
que pour être en état de vous répondre avec connoissance
de cause . J'ai donc examiné avec soin
la méthode usitée dans cette Pension , et j'y ai vâ
réaliser bien des idées que j'avois euës moi-même
sur la façon d'enseigner , mais , idées que je n'avois
point suivies , n'ayant pas été en lieu d'en faire
usage.
Plusieurs sçavans Grammairiens et Philosophes
ont travaillé dans ces derniers temps à perfectionner
le Systême de l'Education . M. l'Abbé de Saint
Pierre , M. Fleury , M. Rollin , M. Dumas & quelques
autres , fournissent là- dessus de grandes lumieres
, et ils ont marqué dans le détail tour ce
qui se peut faire en cela de plus efficace et de plus
raisonnable . Néanmoins quoiqu'on ait reconnu
l'importance et la juftesse de leurs réflexions , il ne
paroît pas jusqu'ici qu'on en ait assés profité , et
Î'on peut dire en général , que l'Education publique
se mene à peu près comme auparavant.
Quoiqu'il en soit , il semble que c'eſt pour entrer
dans les vûës de ces Auteurs , et pour contribuer
, autant qu'il eft possible , à ce perfectionement
si desiderable , que s'eft formée la Pension
d'Alfort.
II. Vol. Un
•
1376 MERCURE DE FRANCE
Un des grands défauts du Systême ordinaire ,
s'est le peu de soin que l'on prend de cultiver le
premier âge des Enfans . On ne songe guere à leur
procurer des Maîtres , ni des Instructions suivies ,
avant leur sixième ou septième année , et cette
attention serot , après tout , d'une utilité bien
médiocre dans la pratique de la méthode vulgaire,
puisque , faute de moyens proportionnés à leur
foiblesse , elle ne peut les avancer en aucune sorte,
s'ils ne sont déja passablement au fait de la lecture
et de l'écriture , ce qui dans cette méthode , emporte
souvent bien des années, et cause d'ordinaire
aux Maîtres et aux enfans bien de la peine et du dégoût.
On n'en sçauroit dire autant de l'institution
d'Alfort , la Typographie qu'on y cultive , outre
qu'elle facilite beaucoup ces premiers Elemens
produit encore un autre bien considerable , en ce
que sans les suposer ni les attendre elle fournit
toujours des moyens pour donner à la premiere
enfance des instructions utiles , variées et amusantes
sur l'Ortographe et la Prononciation , sur les
Rudiméns Latins- François , et sur l'Acquifition des
mots , sur tous les Elemens de l'Histoire et de la
Géographie , sur les Figures et sur les Nombres ,
et généralement sur toute cette Partie de la Litterature
sensible , qui ne supose que des mains et une
langue , des yeux et des oreilles , de l'imagination
et de la mémoire.
Il eft donc visible que la Méthode Typographique
exerçant de bonne heure les Enfans , et supléant
même à l'Ecriture , on peut employer avec
fruit au moins trois ou quatre années , qui sont
pour l'ordinaire , ou tout- à -fait perdues , ou extrémement
négligées : cependant ces premieres
apnées mises à profit , sont d'une grande utilité
pour
JUI N. 1377 1739.
pour la suite des Etudes , elles font naître le goût
elles disposent à l'aplication , et c'est de- là principalement
que dépend le succès de l'institution
litteraire . Si l'on manque une fois ces premiers
commencemens , c'est une perte qui devient souvent
irréparable , et qui influë presque toujours sur
le reste de la vie .
Un autre avantage de l'Instruction d'Alfort ,
c'est le choix qu'on y fait des Exercices et des
Etudes . Les Maîtres de cette nouvelle Ecole , ont
parfaitement compris quel doit être le but de l'Education
: Ils m'ont paru bien persuadés que te
temps précieux de la Jeunesse , devoit être naturellement
employé à faire acquisition des connoissances
qui sont les plus nécessaires pour se conduire
dans le monde . En un mot , ils regardent
proprement l'Education comme l'aprentissage des
choses que l'on doit sçavoir et que l'on doit pratiquer
dans la Societé civile , et conséquemment ils
exercent leurs Eleves sur tout ce qui peut être le
plus utile dans la vie , à quelque âge et en quelque
état que l'on se trouve .
C'est dans cette vûë qu'ils s'apliquent à bien
montrer la lecture sur toutes sortes de caracteres et
de chiffres imprimés ou manuscrits, sur toutes sortes
de sujets en Prose et en Vers , sujets qui sont choi
sis exprès , pour amuser et pour instruire , ce.qui
donne de bonne heure aux Enfans une entrée facile
dans les Livres . Ils cultivent également l'Ecriture
et l'Ortographe , et surtout l'Arithmetique ,
Science , comme l'on sçait , fort négligée dans les
Pensions et dans les Colleges , mais qui fait un
des grands objets de l'Education d'Alfort ils
; y
joignent les Principes du Dessein et de la Géometrie
, l'Histoire et la Fable , la Sphere et la Géographie
, la Musique et la Danse.
Fij
Au
378 MERCURE DE FRANCE
Au surplus ,.leur principal Exercice roule sur la
Composition Françoise et sur l'Explication des
Auteurs Latins , en quoi ils choisissent avec raison
ceux qu'ils jugent les plus propres non seulement
à former le style , mais encore à donner des Principes
pour les Sciences et pour les Moeurs. Ansi ,
loin de se borner aux Auteurs Classiques , ils font
voir plusieurs Livres qu'on n'explique point d'ordinaire
, entr'autres , les Instituts de Justinien ,
Quvrage que je crois très utile pour l'instruction
de la Jeunesse . Ils montrent aussi les Regles de la
Poësie dans les deux Langues , sans insister néanmoins
sur la Versification ; car ces Mrs n'exigent
de leurs Disciples aucune de ces Opérations difficiles
, qui suposent de grands talens ou de grands
efforts d'aplication . Pour ce qui est du Grec , ils
ne s'y attachent, qu'autant qu'il faut, pour entendre
les étymologies , à moins que les Parens n'en demandent
davantage .
Au reste , Monsieur , non content d'examiner
la Méthode , j'ai voulu sonder le caractere et le
génie des Maîtres , et il m'a paru que c'étoient
des Gens bien intentionnés , des Grammairiens , et
des Philosophes , qui par zele et par goût , se sont
livrés à l'Education , et qui ont négligé pour cela
des Etablissemens plus avantageux et plus eftimés
dans le monde.
:
A l'égard de la Religion , elle fait le premier
objet qu'ils envisagent , c'est dequoi je me suis
particulierement instruit , et surquoi on s'est bien
expliqué dans le Mercure de May 1738 faire
aimer l'ordre , la raison et la vérité ; inspirer sans
cesse l'esprit de modération , le respect et l'attachement
pour les Superieurs , la justice et l'humanité
pour tous les hommes ; ce n'est point là bâtir
en l'air , ni fonder la Religion sur la mémoire ;
mais
JUIN. 1739. 1379
mais c'est diriger les sentimens et les actions , c'est
former des hommes pour en faire des Chrétiens ;
et pour mieux entretenir ces dispositions dans les
Enfans , on leur fait remarquer sur le vice et la
vertu , sur le juste et l'injuste les divers exemples
que fournit l'Histoire , et ceux même que fournis
P'usage ordinaire de la vie.
Ne balancez donc point , Monsieur , à leur
envoyer vos Enfans , ils ont des femmes entendues
pour en avoir soin , c'est pourquoi l'inconvenient
du bas âge ne doit point vous arrêtér , j'en ai vâ
chés eux, qui n'ont pas plus de trois ans , et qui s'y
portent à merveille , à quoi contribuent beaucoup
le séjour et l'air de la campagne. J'ai été charmé
des progrès qu'ils font , et encore plus de l'empressement
qu'ils ont pour les exercices de leurs
Bureaux .
Je le comprends mieux que jamais ; plus les
Enfans sont jeunes , plus il est aisé de les gagner
et de les plier ; plus on a de temps pour les instruire
, et plutôt ils sont en état de pénétrer dans
les Sciences , ou d'entrer dans le Service , dans le
Commerce ou dans les Affaires . C'est aussi ce que
ces Mrs ne cessent de représenter , et sur quoi ils
fondent principalement le succès de l'Education .
Ils ne promettent pas de faire des prodiges ni
d'infuser les connoissances ou les habitudes ; ils
suposent toujours le temps et l'aplication de la
part des sujets , et ils y ajoûtent seulement du leur ,
le zele et l'assiduité , la méthode et le choix dans
les Etudes , outre qu'ils instruisent par eux- mêmes;
sans se reposer sur des Maîtres gagés , ordinairement
novices et peu capables .
Cette Pension pourroit convenir encore à de
jeunes Gens d'un certain âge , lesquels ayant e
le malheur d'être négligés dans l'enfance , vou-
F iij
droient
1380 MERCURE DE FRANCE
il seroit même
droient tout de bon se remettre à l'Etude , et répas
rer la perte des premieres années :
difficile de trouver un Lieu plus favorable pour
un tel dessein. Là , de jeunes Gens , éloignés des
dissipations et du tumulte , employeroient utilement
trois ou quatre années pour se perfectionner
sur la Lecture , l'Ortographe , l'Ecriture , l'Arithmetique
, l'Histoire et la Géographie , pour acquerir
en même temps une connoissance raisonnable
du François et du Latin , et pour puiser des notions
importantes sur les Arts et les Sciences qui sont le
plus d'usage dans la vie.
Tout cela est du ressort de ces Mrs , et fait partie
de leur Plan , qui , je l'avoue , ne me paroît plus
aussi difficile , que je l'avois jugé d'abord. Je conçois
maintenant qu'il est aisé de parler Science et
raison à de jeures Gens bien intentionnés , et qu'on
peut les familiariser par l'explication par les entretiens
et par les lectures , avec les Auteurs les plus
estimés en chaque genre . C'est aussi ce que j'ai vû
faire dans la Pension d'Alfort , et que j'ai extremement
aprouvé.
Du reste on y fournit , au choix des Parens , et
pour un prix modique , l'hab liement , l'entretien ,
les meubles , et les autres choses nécessaires pour
la subsistance et pour l'Education Vous pour
rez vous adresser sur le Lieu même , ou , si vous
voulez , à Paris , chés M. Marin , Clerc de la Sainte
Chapelle au Palais.
La Maison d'Alfort , grande et bien logeable ,
est située , comme vous çavez , près de Charenton,
dans le voisinage de Paris , et dans une belle exposition
L'Enclos , qui es des plus étendus , renferme
Vignes , Terres labourées , Bois, Potagers, et
Baffe- cour . Je suis , &c.
Sujets
JUIN. 17397 1381
Sujets à traiter.
Abregé Hiftorique & Géographique des Mers ,
Fleuves , Rivieres , Torrens , Ruiffeaux , Fontaines
& Sources d'Eaux Minerales & autres remarquables
, enfemble des Etangs , Lacs , Marais , Puits ,
Viviers , &c où il eft parlé des chofes merveilleufes
qu'on y trouve ; des Animaux , Poiffons & Coquilles
, Arbres , Plantes , & Fruits aquatiques ;
Métaux , & Mineraux , Congellations , & autres
Productions ; avec un Recueil d'Infcriptions de
Fontaines , &c .
อ
Ou
Differtation Hiftorique fur les differentes manieres
de fe falüer , des Baifers , des Embraffides.
& des autres façons de fe témoigner de l'amitié ,
fe rendre des refpects & des bienséances , en ufage
parmi les hommes : des Titres & qualités qu'on
donne & qu'on exige parmi les Grands . Enſemble
des Souhaits , des Complimens , des Deferences ,
des Honneurs , Marques honorifiques , &c ,
Hiftoire des Batailles les plus mémorables de
Terre & de Mer ; des Combats & Défaites ; des
Campemens , Marches & Ketraites fingulieres.
Enſemble , des Sieges , Retranchemens , Surpriſes
& Attaques confiderables & c. où l'on donne un
Précis de ce qui s'eft paffé de plus remarquable
dans chacune de ces Actions , chés les Anciens &
chés les Modernes de toutes Nations .
>
Cet Ouvrage fera enrichi de Remarques & d'Ob .
fervations critiques , de Recherches curieufes , &
de quantité d'Eftampes.
Catalogue des Livres & Privileges vendus au Sr
Juin , Marchand de Papier , rue du Petit Pont , à
Fiiij Paris ,
•
1382 MERCURE DE FRANCE
Paris , par le Sr P. J. Ribou , & dont le débit ſe fait
chés le Sr Pierre de Bats , Libraire
au Palais , dans
la Grand'- Salle , au feptiéme
Pilier , vis- à- vis lą
Cour des Aydes , à S. François
. Sçavoir
:
Oeuvres de Théatre.
De M. Baron , 2 vol . in - 12 .
De M. Hauteroche , 3 vol . in- 12
De M. La Grange - Chancel ,
3 vol. in- 12 avec figures ,
De M. de Champmeſlé , 2 vol . in- 12.
De M. Dancourt , 8 vol . in 12 .
De M. La Foffe , un vol. in - 12.
Sous Preffe.
7
S live
liv. 10 f.
7 liv. 10 f
4 liv. 10 f.
20 liv.
2 liv. 10 f.
Théatre de M. Regnard , nouvelle Edition , revûë ,
corrigée & augmentée .
Après que l'Edition des Oeuvres de M. Regnard ,fera
achevée , on mettra fous Preffe le Théatre de M. le
Grand.
Autres Livres.
L'Hiftoire de Gil- blas de Santillanne , par M.
le Sage , 4 vol. in - 12 , avec Figures. 10 liv.
Nouveau Recueil des plus beaux Secrets de Méde
cine , par M. Lemery , 4 vol. in - 12 , nouvelle
Edition . 10 liv.
Ecole parfaite des Officiers de Bouche , 1 vol . in-12,
nouvelle Edition , avec Figures , 2 liv. 10 f.
Mémoires de M. le Marquis de Monglat , 4 vol .
in- 12.
I
Io liv. Le Sr Juin s'eft attaché à faire fes Editions plus
belles plus correctes que celles qui ont paru juſqu'à
préfent , & il en paraphera les premieres pages , afin
que le Public reconnoiffe avec plus de facilité les Exemplaires
qui ne feront pas defes Editions,
Mrs
JUIN. 1739.
1383
Mrs les Magiftrats & Avocats de tous les Parlemens
& Jurifdictions du Royaume , font avertis que
le Sr N. Caranove , Imprimeur - Libraire Juré de
Toulouſe , donnera inceffamment un Volume inquarto
, intitulé : Traité de la Révocation & nullité
des Donations , Legs , Inftitutions , Fideicommis o
Elections d'Heritiers par l'ingratitude , l'incapacité
l'indignité des Donataires , Heritiers , Légataires ,
Subftitués & Elús à une Succeffion . Par Noble
de la R.... Ecuyer & Avocat au Parlement de
Provence .
Cet Ouvrage eft dédié au Duc de Villars.
9
Le Siége des Matieres qui font comprifes dans
fon Traité , eft la célebre Loi Generaliter 10. Cod.
de Revocand. Donat , unic . de la Loi Uniq. Cod. de
ingrat . liberis , touchant la Révocation des Donations
, Legs , &c . pour caufe d'ingratitude . Il examine
& décide tous les cas qui les rendent nuls
ce qui eft compris dans dix Livres , lefquels contiennent
; Sçavoir , les dix premiers , quatorze
Queftions ou Chapitres chacun , & la fuite entiere
du Livre Dixiéme , vingt- huit Queftions ou Chapitres
, fans y comprendre la Dédicace , la Préface,.
& les Tables des Matieres & celles des Cha
pitres.
Il vient, enfuite à l'incapacité des Donataires ,,
Légataires , &c. dont il difcute les Questions célebres
& notables qui les concernent , elles font:
en grand nombre , & il les décide par la difpofition
des Loix Civiles , par l'autorité des Ordonnances
, Edits & Déclarations du Roy , par la
Jurifprudence des Cours Souveraines du Royau
me , & par l'opinion commune de Docteurs. Il
pe prend rien fur fon compte , & il a pour
& pour fondement de bons & sûrs garans ..
L'Auteur traite enfin les Queftions qui regar-
Ev
bafe
deus
#384 MERCURE DE FRANCE
,
dent l'indignité des Donataires , Heritiers , Léga
taires &c. dont les Queftions prennent leur
fource dans le titre du ff. de His qua ut indignis , &e.
& dans celui du Code de His quibus ut indignis
le champ eft vafte , & la matiere très - abondante.
Ilfe vend à Paris chés P. Giffart , ruë S. Jacques,
à Sainte Therefe.
Mad. Boivin , ruë S. Honoré , à la Regle d'or ,,
vend un nouveau Livre de Piéces de Clavecin ,
de la compofition de M. Handel , V. Ouvrage ,
dont le Prix eft de 7. liv . Elle vend auffi le Portrait
de M. Handel gravé par Schmidt. Prix
1. liv. f. On lit ces Vers au bas du Portrait :
4.
Ici , graces aux doctes veilles.
D'un Artifte laborieux ,,
Celui qui fait partout le charme des oreilles ,
Fait auffi le plaifir des yeux.
J
LETTRE de M. B. à M.D.L. R.
E fçais , Monfieur , que vous vous faites un
vrai plaifir d'inftruire le Public des nouvelles
Découvertes qui fe font dans tous les Arts. Le Sr
Gabriel , Chimifte , vient d'en faire une auffi utile
qu'agreable. La connoiffance qu'il a des Simples
& de leurs proprietés , fon zele pour le bien public
, l'ont déterminé il y a long-temps à travailler
avec une aplication dont lui feul eft capable.
L'Elixir nommé Garrus a excité fon émulation ; fes.
recherches l'ont convaincu de la bonté de ce Remede
, fans lui ôter l'efperance d'en compoſer un ,
dont les proprietés fuflent plus étendues , & le fe
Cours plus prompt , & plus efficace. On doit à fes
lone
JUIN. 1739. 1385
longues méditations l'ELIXIR SOUVERAIN , qui
fait déja tant de bruit , & dont une infinité de
Perfonnes ont reffenti les heureux effets foit
pour les Coliques , la Dyffenterie , les Fiévres de
toute efpece , les Indigeftions , les Foibleffas d'eftomach
, les Vomiffemens , la petite Verole ,
Rougeole , &c.
la
La modicité du Prix de ce Remede , met tout le
monde en état de s'en fervir. La Bouteille de demi-
feptier , eft de huit livres ; celle contenant la
moitié du demi-feptier , de quatre livres .
Il demeure à Paris dans la Cour du Temple ,
chés M. Fagot , Marchand de Vin.
Le Sr Sorraiz , Chirurgien Eſpagnol , ci-devant
Chirurgien des Ambaffadeurs de S. M. C. , reçû à
S. Côme pour la guérifon des Defcentes ou Hernies
s'étant apliqué particulierement à connoître
la conftruction des Parties où fe forment les Defcentes
ou Hernies , & les differentes maladies qui
arrivent à toutes les Parties , a fait des obfervations
& des réflexions très-exactes , pour empêcher qu'il
n'arrive à ces Parties de fâcheux accidens , comme
on le voit arriver tous les jours , faute d'un
bon bandage : & pour cet effet , il a inventé & fait
plufieurs fortes de Bandages pour toutes fortes de
Defcentes , plus utiles & plus commodes ceux
que
qui ont paru jufqu'à préfent. Les uns font unis , &
les autres à refforts ; avec ceux qui font à refforts
les malades ont l'avantage & la facilité de compri
mer ou lâcher le Couffinet fur la Partie affligée ,
d'un demi-quart de ligne de diftance de plus ou de
moins. Avec tous ces Bandages , les Malades peu--
vent faire toutes fortes d'exercices ; comme monter
à cheval , courir la pofte , faire des armes , & fe
mettre dans toutes fortes d'attitudes , fans fe bleffer
E vj
1386 MERCURE DE FRANCE
ni s'incommoder , avec la facilité de mettre le Bandage
à la poche & de coucher avec. Il avertit
qu'il fait tenir avec les Bandages , les Parties dans
leur lieu naturel , quelque vieille & invetérée que
foit la Defcente , fans adherance : méthode inconnuë
jufqu'à préfent , & de plufieurs fortes pour le
nombril , dit exhomphale , & pour toutes fortes
d'aneuvrines dans les articulations , avec la facilité
de donner le mouvement ; comme il l'a donné en
dernier lieu au bras droit de M. Le Beau , Concierge
de M. le Duc lequel avoit depuis près d'un
an fon bras en écharpe, condamné de le tenir le
refte de fes jours de même , fon bras étant devenu
très extenué par les differentes compreffions de
Bandages , & fon aneuvrifme augmentant toujours
, préfentement fon bras a pris l'embonpoint
comme à la partie opofée , l'aneuvriſme diminuée,
& la pultation des deux bras égale , fe fervant de
fon bras en toutes sortes d'exercices .
la
Il a inventé auffi un Bandage d'argent , très- utile
& très commode pour remettre & retenir dans
fa fituation naturelle la matrice aux femmes fujettes
au relâchement ou chute de cette partie ; feul
moyen pour qu'elles puiffent guérir , fans compter
gra de commodité dont l'Auteur poffede la méthode
, qui eft de la faire accommoder par elles--
mêmes , fans aucun fecours étranges. Il fait auffi
des Bandages d'a gent pour la chute du fondement,
laiffant paffer le vent & les matieres liquides ; &
des Bandages pour prévenir les Defcentes quipourroient
arriver aux Perfonnes qui courent la
pofte , qui aprennent à monter à cheval , & à faire
des armes. Il fait encore un Sufpenfoir très - commode
pour ceux qui montent à cheval ou marchent
beaucoup , ou qui ont des varicoceles , fans aucuns
liens entre les cuiffes , entretenant les parties ar
naturel .
11
JUIN. 1739
1387
Il a fait de grands progrès , entre- autres , fur
une Perfonne très- connue dans le Public , qui
avoit une Defcente fi confiderable , que depuis
fix ou fept ans fes parties n'étoient point rentrées
, & étoit obligée de garder la chambre
& le plus fouvent le lit ; de façon qu'aujourd'hui
elle monte à cheval , va à la chaffe , &c. Il a eû le
bonheur de guérir plufieurs Perfonnes de 30 , 40 &
So ans , qui avoient de vieilles Defcentes , Papar
plication & le séjour de fes Baudages , entre autres,
le Frere Antoine , Capucin , Apoticaire , rue Saint
Honoré , âgé de 63 ans , d'une vieille Deſcente de
plus de 40 ans , par conféquent il guérit plus facilement
les jeunes Gens. L'Auteur entreprend les
Malades jufqu'à Pentiere guériſon ,. & il ne prend
rien qu'après qu'ils font guéris . Les Perfonnes curieufes
de la vérité de fes Opérations , n'ont qu'à
voir l'Hifto re de l'Académie des Sciences de Paris,
de l'année 1730.
Le Sr Sorraiz , eft obligé , pour l'utilité publique,
d'avertir ceux qui voudront de fes Ouvrages , de
prendre bien exactement la meſure de la circonference
du corps , médiatement à la racine de l'os
pubis , & marquer le côté affligé , & s'il eft affligé
des deux côtés , il faut auffi prendre la diftance d'un
anneau à l'autre , & marquer le côté le plus affligé,
comme auffi la qualité de la maladie & la grandeur.
de la Perfonne , en marquant combien elle a de
pieds de hauteur , & fi elle eft graffe ou maigre ;
obfervations très - néceffaires pour foulager les Malades
que l'Auteur ne pourra voir lui - même.
Il demeure rue des Cordeliers , vis - à- vis la ruë
Haute-Feuille , entre S. Cofme & les Cordeliers , où
eft fon Tableau fon Enfeigne. On le trouve les
après- midi , depuis deux heures jusqu'à cinq,
M
7388 MERCURE DE FRANCE
>
M. Chycoineau , Confeiller d'Etat , & Premier
Médecin du Roy , ayant été informé de la guériſon
de plufieurs Perfonnes de confidération , par les
Remedes composés depuis plus de 40 ans par Mad.
de l'Eftrade , a bien voulu , pour l'utilité & le fou-
Jagement du Public , donnner fon Aprobation pour
les débiter ; fçavoir , une Eau contre Dartres vives
& farineufes , Boutons Rougeurs , Taches de
Rouffeur , & autres Maladies de la Peau , & un
Baume blanc en confiftance de Pomade , qui ôte les
cavités & les rougeurs après la petite Verole , les
taches jaunes , le hale , &c. Ces Remedes fe gardent
tant que
l'on veut , & peuvent ſe tranſporter
partout. Les Bouteilles de cette Eau font de 2. 3. 4.
6. livres & au- deffus , felon la grandeur. Les Pots
de Baume blanc font de 3.liv . 10. fols , & les demi
de I. liv. 15. fols .
Mad. de l'Eftrade demeure à Paris , ruë de la Comédie
Françoife , chés un Grainetier , au premier
Apartement. Il y a une Affiche au-deffus de la Porte.
丸
SPECTACLES.
EXTRAIT du nouveau Ballet représenté
le 21. May par l'Académie Royale de Musique
, qui a pour titre : Les Fêtes d'Hebé
ou Les Talens Lyriques.
'Auteur du Poëme est anonyme ; & M.
L'Aumeau,dont les talens sont assés con-
,
nus , l'a mis en Musique : le Public a rendu
au dernier la justice qu'il mérite ; pour le
premier
JUIN. 1739. 1389
premier , nous ne serons que ses Echosa
Voici ce qu'il dit lui -même de sa Versification
, dans une Lettre imprimée à la tête de
son Opera , écrite à M. Rameau .
Vous me fachez beaucoup , Monsieur
quoi ? il faut abfolument que le Poëme d'un
Ballet soit imprimé avant la représentation ?.
Je me flatois qu'on pourroit se soustraire à l'usage,
& qu'il nous suffiroit d'exposer simplement
le sujet de chaque Entrée . Songez donc
que je n'ai jamais compté vous envoyer qu'un
enchaînement de Scenes , qui prêtassent à la
Musique & au Spectacle : & en vérité des
Scenes ainsi sacrifiées , ne prétendent point à la
Lecture. Au moins, pour ma consolation , quand
des Connoisseurs vous reprocheront d'avoir
travaillé sur une Versification bien differente
de celle qui réussit aujourd'hui , qu'ils sachent ,
je vous prie , que j'en ai dit avant eux tout ce
qu'ilspourront en dire. Eh! la Musique
de notre Ballet soit goûtée autant que je crois
qu'elle érite de l'être , & , pour cette fois-ci
n'en demandons pas d'avantage.
J
que
&
pour
lui
Que ce soit modestie ou sincerité , qui
fasse parler l'Auteur dans cette Lettre , c'est
ce que nous n'examinerons pas ;
faire voir que nous l'en croyons aveuglément
sur sa parole , nous nous abstiendrons des
citations ordinaires dont nos Extraits sont
ornés. Le Sujet du Prologue , est Hebé qui
versoit
1390 MERCURE DE FRANCE
versoit le Nectar à la table des Dieux ; mais
leur inconstance ayant obligé cette Déesse à
abandonner l'Olympe , elle chercha sur la
Terre un azile plus heureux. Natalis Comes.
Le Théatre représente une Campagne riante ;
on découvre le Mont Olympe dans l'enfoncement.
Momus & Hebé ouvrent la Scene . Momus
dit galammnnt à cette Déesse que son exil
va faire le bonheur de la Terre.
Les Graces viennent faire leur Cour à la
Déesse de la Jeunesse . L'une porte l'Arc de
P'Amour , & l'autre son Carquois , la troisiéme
va prendre l'Amour , & l'amene auprès
d'Hebé. Hebé , charmée de l'honneur
que le Dieu de Cythere lui fait , lui dit qu'
elle ne regrette plus le séjour des Cieux.
L'Amour invite les Habitans des prochains
Bocages à venir rendre leurs hommages à
Hebé. Ces Bergers sont Theffaliens. L'Amour
annonce le sujet du Ballet, en ordonant
à Polimnie & à Terpsicore de faire triompher
les Talens Lyriques sur les bords de la Seine,
où il va les suivre avec Hebé . Hebé monte
dans un Char.. L'Amour & Zephire volent à
ses côtés.
, LA POESIE . Premiere Entrée dont le
sujet est Sapho, surnommée dans l'Antiquité la
dixième Muse , qui fleuriffoit à Lesbos en même
temps qu' Alcée , un des plusfameux Poëtes de
Lo
JUIN. 1398 1739.
la Grece. Ce n'est point ici Sapho , telle que
l'Histoire la dépeint dans les dernieres années
de fa vie. C'est Sapho , jeune encore , touchée
des talens d'Alcée , goûtant les charmes du
mystere , & digne des hommages d'une Cour
éclairée.
On a suposé l'exil d Alcée , pour jetter de
Pinterêt , s'il est possible , dans une Entrée de
Ballet. L'Action se passe dans la journée même
, où l'Arrêt d'Alcée est prononcé. On tâche
enfin de conserver à ce Poëte le caractere emporté
que lui donne Horace : Alcxi minaces
camoenæ,
Le Théatre représente un Bosquet , dans
le fond duquel on distingue deux Portiques
de verdure. Sapho se plaint de l'exil prononcé
contre Alcée par Hymas , Roy de
Lesbos , à la sollicitation de Theleme, Favori
de ce Prince , & Rival d'Alcée.
Sapho , ne doutant point de la perfidie
de Theleme , prend le parti de la feinte , &
le prie de faire ensorte que le Roy , au retour
de la chasse , puisse venir dans sa solitude
, où elle a préparé des Jeux. Theleme
donne dans le piége , & lui promet d'amener
le Roy.
Alcée , avant que d'executer l'ordre qui
l'exile , vient prendre congé de Sapho. Elle
lui aprend que Theleme est son Rival , &
que c'est lui qui le fait exiler. Alcée éclate
1
392 MERCURE DE FRANCE
en imprécations contre son Ennemi. Le
Roy vient , Alcée se retire . Sapho donne une
Fêre au Roy. Ces Jeux consistent dans une
Allégo ie , convenable à l'exil d'Alcée . Une
Nayade se plaint de l'inconstance d'un Ruisseau
, qui , loin de suivre sa premiere pente
, a detourné son cours ; le Fleuve qui a
fait le mal de cette Nayade plaintive , ramene
le Ruisseau fugitif vers sa chere Nayade.
Le Roy , touché de cette ingénieuse
allégorie , & de la générosité du Fleuve , qui
rejoint deux Amans , fait connoître à Sapho
combien il est pénétré de cet exemple , Sapho
l'invite à le suivre , & lui expose la perfidie
de Theleme , qui la sépare de son cher
Alcée. Le Roy lui promet de révoquer l'exil
de son Amant ; Theleme se retire ; Alcée
paroît , & se jette aux pieds du Roy. Cette
Allégorie est suivie d'une Fête Marine .
7
LA MUSIQUE. Seconde Entrée. En voici le
sujet.
Tirtéefut envoyé d' Athenes aux Lacédémo
niens pour commander dans la Guerre qu'ils
avoient contre les Habitans de Messene. L'Assassinat
de Théléclès , prédécesseur de Licurgue,
étoit le principal sujet de cette Guerre: le courage
se rallentissoit de part & d'autre ; mais Tirtée,
instruit dès son enfance dans l'Art séduisant
de la Musique , rassembla un jour tout le Peuple
de Lacédémone , en chantant sur le ton
Lydien;
JUIN. 1739. 1391
Lydien , &, passant tout à coup au mode Phrygien
, sa voix inspira tant d'ardeur aux Soldats
, qu'ils volerent au Champ de Bataille , &
les Lacédémoniens remporterent une Victoire
qui sembloit pancher du côté de l'Armée de
Platon , Plutarque .
Méssene .
Le Théatre représente le Peristille d'un
Temple.
Iphise , Princesse du Sang de Licurgue
ouvre la Scene. Elle se rapelle tendrement
le jour où Tirtée , à la faveur de ses chants ,
trouva le chemin de son coeur. Licurgue ,
sortant du Temple , vient aprendre à Iphise
l'Oracle qui vient d'y être prononcé , en ces
termes :
Peuples , la main d'Iphife
A Tirtée eft promiſe.
Sans l'aveu de la gloire on forme ces liens
Le Ciel qui pour vous s'intereffe ,
Deftine à la Princeffe
Le Vainqueur des Meffeniens.
Licurgue ajoûte que Tirtée est prêt à bra
ver le hazard d'une Bataille , & qu'il a attesté
Mars & tous les Dieux , qu'il triomphera
des Ennemis de Lacédémone.
Licurgue , par le feu qui regne dans ses
chants , remplit ses Soldats d'une nouvelle
ardeur ; ils ne demandent que le combat &
S
394 MERCURE DE FRANCE
se flatent de la Victoire : Tirtée profite du
transport guerrier qu'il vient de leur inspi
rer ; il se met à leur tête , & les mene aux
Ennemis.
Pendant que les Lacédémoniens sont aux
mains avec les Messeniens , un nouvel Oracle
annonce la Victoire à Iphise. Tirtée revient
triomphant. Une Fête guerriere céle
bre le bonheur des Lacédémoniens , de Tir
tée & d'Iphise.
LA DANSE. Troisième Entrée.
SUJET. Mercure , selon plusieurs Mytolo
gistes , étoit le Dieu de tous les Arts. Paroîtrat-
il hors de vraisemblance qu'on l'ait représenté
amoureux d'une Bergere , qui mérite , par ses
talens , d'être admise à la Cour de Terpficores
Le Théatre représente un Bocage. On dicon
vre un Hameau dans l'éloignement.
Mercure fait entendre dans un court Mo
nologue , que l'Amour l'Amour lui promet la conquête
du plus aimable objet. Voyant aprocher
le Berger Eurilas , il sort pour quitter
son Caducée , & pour reparoître en Berger ,
une Houlette à la main.
Eurilas se fiate d'être aimé d'Eglé , quoi
qu'il n'ait jamais découvert son amour à
cette aimable Bergere ; il croit que le grand
art pour triompher d'une Belle est de
lui cacher les tendres sentimens qu'on a pour
elle .
>
Меке
JUIN. 1739 1393
Mercure revient en Berger ; comme il se
dit Etranger , il prie Eurilas de l'instruire de
ce qui se passe
se passe dans ce Hameau . Eurilas lui
aprend que la Bergere Eglé doit venir au
Temple de l'Hymen , faire choix d'un heureux
Epoux : il ajoûte qu'elle est la Nymphe
la plus chere de Terpsicore , & que cette
Muse , pour prix de sa Danse , lui promet
la chaîne la plus belle . Mercure raille finement
Eurilas , & le flate qu'il va l'emporter
sur tous ses Rivaux . Eurilas au bruit d'un
Hautbois qui lui annonce Eglé , se retire , de
peur que ses yeux ne trahissent le secret de
son coeur.
,
Eglé paroît , dansant au son du Hautbois
qui vient de l'annoncer ; elle fe partage quelque
temps entre Palemon , qui la fait danser,
& Mercure , qui par ses chants imite le Hautbois.
Elle se détermine en faveur de Mer
cure ; Palemon se retire , & par dépit il brise
son Hautbois. La déclaration d'amour entre
Mercure & Eglé , a fait beaucoup de plaisir.
La Dlle Mariette & le Sr Jeliote , qui ont
rempli ces deux Rolles , les ont parfaitement
bien rendus , & au gré des Connoisseurs
les plus délicats . Mercure ne peut lui cacher
plus long- temps qu'un Dieu est sa conquête,
& la prie de le préferer à tous ses Rivaux
dans le choix qu'elle va faire .
Les Bergers du Hameau s'assemblent ,
&
SE
1.
396 MERCURE DE FRANCE
se disputent la gloire d'être choisis par Eglé,
elle danse devant eux ; ils aspirent tous à la
guirlande dont elle doit couronner son vainqueur
; mais Mercure l'emporte. Eurilas se
console de cette préference , par une espece
de mépris marqué dans ces Vers :
Pour un autre Eglé ſe déclare !
Efpoir flateur , qu'êtes-vous devenu ?
Mais que je fuis vengé par un choix fi bizare !
Il falloit à fon coeur un Berger inconnu .
Mercure venge Eglé de ce prétendu mé
pris , en se faisant connoître. Ce dernier
Acte a obtenu la préference sur les deux précédens
, ayant été généralement goûté , &
les plus difficiles ne se lassant pas de le
voir.
La seconde Entrée de ce Ballet n'ayant pas
été généralement goûtée , comme on vient
de le voir , on en a réformé quelques Endroits
, & par-là on l'a mise en état d'être
aplaudie. Voici l'arrangement des Scenes.
Dans la premiere , Iphise se plaint aux
Dieux , dont l'Oracle veut que sa main soit
Le prix du Vainqueur des Messeniens . Dans
la seconde , Tirtée , Amant d'Iphise , vient
rassûrer sa Princesse par ces Vers.
Princeffe , du Deftin craignez moins le courroux.
Je vais , en ma faveur , faire expliquer l'Oracle ;
De
JUIN.
1397 1739:
De nos Guerriers je conduirai les coups ;
Quand les Dieux ont paru déclarés contre nous
Leur voix à votre Amant opofoit cet obſtacle ,
Pour le rendre digne de vous.
"
Pour préparer les Spectateurs au prodige
que la Musique va produire , il rapelle à
Iphise le souvenir de la Victoire qu'elle a
déja remportée sur les Atheniens rebelles ,
dont elle desarma la fureur ; il finit par ce
trait :
Le fuccès de mes chants eft plu sûr en ce jour.
Apollon feul alors avoit monté ma Lyre .
Si leur charme eft fi fort lors qu'Apollon m'inſpire,
Que ne feront-ils pas , inſpirés par l'Amour ?
Tirtée , après avoir rassûré Iphise , apelle
les Guerriers qui doivent le suivre. Il leur
parle des Heros qui ont fondé leur Empire ;
Il les invite à marcher sur leurs traces ; &
voyant qu'ils brûlent de la même ardeur
dont il eft animé , il les mene au combat
ou plûtôt à la Victoire. Iphise , pendant que
Tirtée va combattre , implore le fecours des
Dieux par ces Vers :
Veillez fur ces Guerriers , juftes Dieux que j'im➡
plore ;
Protegez , Dieux puiffans , un Heros que j'adore :
yous caufez tous les maux que j'éprouve en ce jour,
Vous
398 MERCURE DE FRANCE
Vous voulez que l'Hymen ait l'aveu de la gloire ;
Commandez donc à la Victoire
De prendre l'aveu de l'Amour.
Ces six Vers ont remplacé avantageusement
le Pas de Cinq , qui disoit à peu près
la même chose , mais d'une maniere moins
claire.
Après un Hymne adressé à Apollon par
Les Dames de Sparte' , le son de la Trompette
annonce la Victoire de Tirtée ; il vient
en confirmer le bruit , & la célebrer par des
Chants & par des Danfes. Cette Entrée finit
par ce Due, chanté par Tirtée & par Iphise.
Nos craintes ,
Nos plaintes
Ont defarmé les Dieux :
Nos chaînes ,
Nos peines ,
Tout nous eft précieux.
Hymen , Amour ,
Voici votre grand jour ;
Regnez , triomphez tour à tour ;
Formez les noeuds ,
Qui vont nous rendre heureux.
Regnez , fervez de beaux feux.
Les Comédiens François préparent une Tragédie
nouvelle , fous le titre de Thelamire , qui fera
donnée
JUIN.
1739 1399
Jonnée au commencement du mois prochain. On
prétend que c'eft la même qui avoit déja été préfentée
aux Comédiens , fous le titre de Philoxene .
Le 25. Juin , les Comédiens Italiens donnerent
la premiere repréſentation d'une Piéce nouvelle en
Profe & en trois Actes , avec un très joli Divertiflement
, intitulée , Les Caprices du Coeur de l'Ef
prit. Cette Comédie , qui eft de la compoſition de
M. Delife , fort connu par plufieurs autres bonnes
Piéces jouées fur le même Théatre , a été reçûë
favorablement , nous en donnerons l'analyſe au
plutôt .
Le 15. le Sr Sticotti , originaire de Venife , nouvel
Acteur, âgé de dix - neuf ans , débuta fur le Théa
tre Italien , dans la Comédie de la Surpriſe de l'Amour
, & joua le principal Rolle , dans lequel il fut
aplaudi. Il a paru encore dans d'autres Piéces avec
le même fuccès . Le Pere & le Frere aîné du nouvel
Acteur , font de la même Troupe.
Le 30. Juin , le Lieutenant Géneral de Police fit
l'ouverture de la Foire S. Laurent avec les cérémonies
accoûtumées . Ce Magiftrat avoit rendu fon
Ordonnance le 16. du même mois , concernant ce
qui doit être obfervé par les Marchands qui y font
établis , & qui renouvelle la défenſe des Jeux , & c.
Le même jour , l'Opera Comique fit auffi l'ouverture
de ſon Théatre par une Piéce nouvelle , intitulée
, les trois Prologues , mêlée de Chants & de
Danfes fort variés & fort bien executés . Ce Divertiffement
eft terminé par une Pantomime en
Scenes muettes , executée par une Troupe Etrangere
avec beaucoup de précifion .
On mande de Compiegne , qu'il y a une affés
. II. Vol. G bonne
1400 MERCURE DE ANCE
bonne Troupe de Comédiens , le Roy ayant bien
voulu permettre qu'elle y reftât pendant le séjour
que la Cour y fera. Le Sr Moylin , qui en eft l'Entrepreneur
, & un des premiers Acteurs , y a fait
conftruire une Loge dans les Foffés du Cours , près
de la Riviere , adoffée au Rempart. Elle a 102.
pieds de long fur 33. de large , avec un Plafond à
22. pieds d'élevation . Cette Loge renferme un
Théatre aflés fpacieux , & au tour de la Salle un
rang de premieres & fecondes Loges , avec un
Parquet , & un Parterre qui peut contenir 400.
Perfonnes.
Cette Troupe , qui est composée d'environ 25.
Perfonnes , joie indifferemment les Piéces de l'ancien
& du nouveau Théatre Italien , & pluſieurs du
Théatre François. On y execute très- bien des Ballets
sérieux et comiques .
On fir l'ouverture de ce Théatre le 21. Juin , par
la Comédie intitulée , l'Embarras des Richeffes , avec
fes agrémens, Piéce du nouveau Théatre Italien . On
en a joué enfuite plufieurs autres du même Théatre
, & entr'autres , Arlequin Sauvage , la Vie eſt
un Songe , Timon le Misantrope , Arlequin Enfant ,
Statue Perroquet , &c. Les mêmes Comédiens
jouent auffi les Piéces du Théatre François , & ont
représenté les Menechmes , le Préjugé à la mode, ¿c.
& differens Ballets Pantomimes , qui ont fait beau
coup de plaifir. Les jours de Chaffe , la Comédie
ne commence qu'après dix heures du foir , & les
autres jours à fix heures . On paye les mêmes Prix.
qu'on paye à Paris à la Comédie Françoife.
Voici plusieurs Fragmens de la Tragédie
de Sèthos , comme nous les avons promis le
mois dernier; & pour mettre plus de liaisons
entreJUI
N. 1739.
1401
Entre-eux , Hous avons crû devoir les accompagner
d'une espece d'Analyse de la
Piéce.
Au premier Acte , Céphise dit à Spanie que
tout se prépare pour son Mariage avec Pamphos
, & que Cheres victorieux arrive avec
son Amant. Spanie témoigne quelque chagrin
; Céphise lui en demande la cause , cette
Princesse s'explique alors sur l'amour que
lui avoit inspiré Cheres lorsqu'il parut મે
Tanis.
Tu fçais que de tout temps , infenfible à l'amour ,
D'un oeil indifferent je voyois à la Cour
Ces flots d'Adorateurs qui cherchant à me plaire ,
Innondoient chaque jour le Palais de mon Pere :
Amans ambitieux , que dans leurs voeux fecrets ,
Le Trône charmoit plus que mes foibles attraits.
Sans la raiſon d'Etat , une amoureuſe flâme ,
N'avoit pû juſqu'alors , fe gliffer dans mon ame ,
Et j'attendois toujours , pour nommer mon vain
queur ,
Que mon Pere & mon Roy difposât de mon coeur.
Ce coeur donc, libre encor, goûtoit un fort paiſible,
Quand un fameux Héros vint le rendre fenfible ,
Ce Héros, dont l'Egypte admire les Exploits,
Sans naiffance , dit-on , mais plus grand que les
Rois :
Eh ! qu'importe le fang qui coule dans fes veines !
Gij
DC
1402 MERCURE DE FRANCE
De la fource du Nil les recherches font vaines,
Qui fait la renommée eft affés glorieux ;
La fublime Vertu n'a pas befoin d'Ayeux.
Cet illuftre Inconnu , Guerrier & Pacifique ,
Après avoir été le falut de l'Afrique ,
Avoir fait adopter à cent Peuples divers
Ces Vertus que l'Egypte enfeigne à l'Univers ,
Triomphant de l'Erreur & de la Barbarie ,
Cheres , l'heureux Cheres revoyoit fa Patrie ,
Quand l'Arabe en fareur précipitant ſes pas ,
Déja nous menaçoit d'envahir nos Etats.
Contre ce fier Torrent , Cheres eft une Digue ,
A la tête des fiens , & de fon fang prodigue ,
Il combat en Vainqueur , & fes heureux Drapeaux
Pourfuivent l'Ennemi jufque dans fes Vaiffeaux.
Tanis reçût bientôt ce Héros falutaire ,
Il parut comme un Dieu dans la Cour de mo
Pere.
Eh qui reffemble plus à la Divinité ,
Que ceux qui des Humains font la félicité ?
Elle fait entendre que Cheres avoit parû
aussi l'aimer , mais qu'il fut obligé de repar
tir de Tanis pour combattre les Arabes , &
que bientôt après elle fut destinée au Prince
qui va l'épouser. Surquoi elle dit ;
Pamphos a des vertus , & fans antipathie ,
Céphise , à fon deftin je puis me voir unie ;
Mais
•
JUIN 1739 1403
Mais fi l'on m'eût permis de ferrer d'autres noeuds,
Sois sûre que Cheres auroit eû tous mes voeux .
Daluca arrive , qui lui confirme la Victoire
Temportée sur les Ennemis , & la célébration
prochaine de son Mariage , Spanie se retire .
Daluça, qui se croit au comble de ses voeux,
se rapelle avec complaisance la conduite
qu'elle a tenue pour réussir dans ses desseins,
& en entretient Merope dans ces termes :
t
Au moment que Nephté defcendit chés les Morts ,
Pour occuper fon lit je fis tous mes efforts ;
Et bientôt , fans avoir la qualité de Reine ,
Du Roy , de fes Etats , je me vis Souveraine
Ma naiffance fembloit m'exclure de ce rang :
L'Art furvint , où manquoit la dignité du fang.
D'un Prince effeminé je furpris la tendreffe ,
L'Epouſe fur le Trône annoblit la Maîtreffe ;
Et faiſant taire enfin , & l'Egypte , & ſes Loix ,
Je me vis en état de lui donner des Rois .
J'éloignai des Confeils ces Miniftres severes ,
Dujoug que j'impofois dangereux adverſaires .
Je fis plus , je changeai la face de la Cour ,
Des aufteres Vertus elle étoit le séjour ,
Des Jeux & des Plaifirs elle devint l'azile ;
Aleurs douces leçons la Jeuneffe docile ,
S'amollit aisément au fein des voluptés ;
Et fuivant à l'envi d'aimables nouveautés
1
Giilj
Aban
1404 MERCURE DE FRANCE
Abandonna ces Arts , ces nobles Exercices ,
Qui laiffoient ignorer jufques au nom des vices ;
Elevoient le génie , annobliffoient les coeurs ,
Fortifioient les corps , & diftinguoient nos moeurs
Ainfi dans mon Palais ouvert à la molleffe ,
De vains amuſemens nouriffoient la pareffe ,
Et je voyois partout le Regne des Plaifirs
Former des Courtiſans au gré de mes defirs.
Ceux qui de la Vertu ſuivoient les loix ſuprêmés ,
Craignoient ma Politique & s'exiloient eux-mêmes
;
De leur fageffe auftere ils délivroient mes yeux ,
A ma nouvelle Cour ils étoient odieux ;
Car , comme tu le vois , je l'avois composée
D'une jeune Nobleffe & vaine & méprisée ,
De Miniftres vendus aux paffions des Grands ,
Dignes de mes Projets, indignes de leurs rangs.
Elle dit qu'elle a fait mourir Sethos , à quoi
elle ajoûte : 1
Ainfi la route au Trône à mon fils fut ouverte.
Oforoth fut d'abord fenfible à cette perte ;
Mais ce Prince peu propre à nourrir la douleur ,
Dans les bras du Plaifir oublia fon malheur.
Toute l'autorité dans mes mains fut remife ,
La Cour, plus que jamais , fut rampante & ſoûmiſe,
Le Roy n'oſe pas voir ce que j'ai pu tramèr ;
Quand il ouvre les yeux , je fçais les lui fermer;
pû
Moid
JUIN. 140 17397
*
S
Moi-même j'ai choifi tout ce qui l'environne ,
Et nul , fans mon aveu , n'aproche fa Perfonne.
Par cet art de regner , je fais ce qu'il me plaît ,
D'un Epoux foupçonneux , qui dans le fond me
hait ,
Que mon pouvoir offenfe , & mes careffes gênent,
Qui voit fouvent le piége où mes avis l'entraînent;
Mais qui foible , & toujours facile à gouverner ,
N'a jamais été Roy , que pour me couronner.
>
Mais elle est troublée par un songe où elle
a cru voir Sethos. Osoroth lui présente Cheres
& à son aspect elle croit reconnoître
celui qu'elle avoit vû dans ce songe . Cheres
fait , à sa priere , le récit du dernier combat,
dans lequel , comme il le remarque , le Prince
Beon lui avoit sauvé la vie . Osoroth est
impatient de voir le Chef des Ennemis , qui
avoit été fait Prisonnier ; Cheres prie Osoroth
d'assembler son Conseil , pour y examiner
ce Prisonnier ; Daluca veut s'y oposer
, mais Osoroth aprouve la proposition
de Cheres .
La premiere Scene du, second Acte se passe
entre Sethos & Amedes. Cet Amedes avoit
été Gouverneur du Prince , & il en étoit
séparé depuis le combat de Coptos. Sethos
lui fait un Portrait de Daluca en ces ter
mes :
G üiij Daluca
406 MERCURE DE FRANCE
Daluca , qu'un fang vil loin de nous a fait naître,
Sçût s'emparer du Trône & du coeur de son Maître,
Cette Femme, fuivant fon orgueilleux projet,
1
N'a fait de fon Epoux que fon premier Sujet.
De-là font nés les maux que fouffre cet Empire ;
Mes yeux en font témoins, & mon coeur en foûpire,
Ce n'eft plus cet Etat jadis fi floriſſant ;
Je n'ai trouvé partout qu'un Peuple gémiffant.
J'ai vu les Champs deferts , les Villes defolées ,
Les Temples abattus , leurs Offrandes pillées ,&c.
Que vous dirai je enfiu ? l'infàme trahiſon ,
Les embûches , les fers , le meurtre , le poifon,
Le crime triomphant , l'innocence oprimée ,
Font voir fi Daluca dément fa renommée.
Après une autre Scene entre Osoroth &
Sethos , toujours cru Cheres , dans laquelle
il aprend que la Princeffe Spanie est arrivée à
la Cour , pour y épouser Pamphos , paroît
Daluca avec ceux qui composent le Conseil.
C'est- là que l'Auteur a placé la reconnoissance
de Sethos . Nous n'extrairons rien de
ces Scenes , parce qu'elles sont trop liées
'ensemble , & que d'ailleurs elles méritent
bien , surtout par la beauté des sentimens ,
d'être lûes dans la Piéce ; nous ajoûterons
seulement qu'Osoroth après avoir reconnu
son fils dans le prétendu Cheres , lui cede sa
Cou
JUI N. 1407 1739
Couronne. Daluca termine l'Acte.
Monologue .
par ce
ร
Ainfi tous mes Projets s'en vont s'évanoüir !
De mon defaſtre affreux le cruel va joüir !
Mon plus grand ennemi me tient en fa puiffance ,
Il peut lancer fur moi les traits de fa vengeance
Et voilà tout le fruit des travaux de vingt ans !
Voilà ce qu'ont produit mes forfaits éclatans !
Sethos vit ! Sethos regne ! effroyable pensée !
Qu'à l'afpect d'un Rival mon ame eft couroucée !
Comment s'eft- il fouftrait à la perfide main ,
Qu'à Coptos autrefois j'armai contre fon fein ?
Dieux cruels ! vous avez trompé mon eſperance ,
Et fur un faux raport prenant trop d'affûrance ,
Ma Politique habile a formé vainement
"
J
Des deffeins que le fort renverfe en un moment,
C'en eft fait. Je succombe . O defefpoir ! O rage ! ...
Mais dois-je donc céder au Deftin qui m'outrage !
Rempliffons ce Palais de troubles & d'horreurs :
Sar ton Trône , Sethos , crains encor mes fureurs .
Daluca ne connoît les remords ni les larmes
Sans combattre du moins je ne rends point les
armes.
Bravons tous les malheurs qui me font préparés.
Je puis je puis porier des coups plus affûrés. 2.
Dans mon jufte dépit , oprimant qui m'oprime ,
Comme j'ai commencé finiffors par le crime.
Gv Spanie
1408 MERCURE DE FRANCE
Spanie & Céphise ouvrent le troisiéme
'Acte. Céphise veut flater l'amour de Spanie
pour Sethos , qui étant devenu Roy
cédera pas , J
ne
dit- elle sa Maîtreffe à son frere .
Spanie , fondée sur la Politique de son Pere,
qui ne veut point la marier à un Prince qui
soit Roy , ou qui puiffe l'être par lui même
ne se prête point à l'espoir que Céphise veut
lui donner. Voici comme elle s'exprime à ce
sujet.
71
Tu préfumes beaucoup . Le Sort m'eſt fi contraire ,
Que je n'efpere rien , quand tout veut que j'efpere.
Je retrouve , Céphise , un Amant glorieux ,
Un Héros dont cent Rois compofent les Ayeux ,
"
Que dans tous ses Projets conduit la Vertu même ,
Un Prince tout puiffant, né pour le rang suprême,
Mais fi- tôt qu'il y monte , il eft perdu pour moi.
Mon Pere , tu le fçais , s'en eft fait une loi .
Non , pour fon Frere enfin Sethos n'eft point à
craindre.
Le Sort n'en veut qu'à moi , Spanie eft ſeule à
plaindre.
D'un amour malheureux je dois me détacher ,
Un mérite parfait avoit fçû me toucher,
Mon trop fenfible coeur s'en eft laiffé furprendre;,
Mais de tant de vertus pouvoit- il fe défendre ?
Et quelle ame bien née , en voyant ce Heros ,
Céphise , peut encor conferver fon repos ?
Que
JUIN. 1409 1739.
Que l'Amour eft puiſſant quand il naît de l'Eftime !
Qu'il en coûte pour vaincre une ardeur légitime !
Je fçaurai , toutefois , fidelle à mon devoir ,
Combattre & furmonter un amour ſans eſpoir ;
A fortir de mon coeur je fçaurai le contraindre
La Vertu l'alluma ; la Vertu va l'éteindre.
Et Pamphos , que je dois regarder comme Epoux,
Va devenir l'objet de mes voeux les plus doux.
Céphire aporte differentes raisons pour combattre
celles de Spanie , qui persiste toujours
dans la même pensée , & semble vouloir
douter de l'amour de Sethos , sous prétexte
qu'il tarde trop à la voir. Sethos arrive . H
commence par s'excuser auprès de la Princesse
, du mystere qu'il lui a fait à Tanis de
son nom & de sa naissance. Spanie lui répond
:
Ce que j'aprend's , Seigneur , de votre deſtinée ,
Quoiqu'allés imprévu , ne m'a point étonnée:
Sorti du Sang des Rois , vous pourriez chés les
Dieux ,
Sans me furprendre encor me montrer vos Aycux
Cette immortalité que le Ciel vous deſtine ,
Vous rend digne à mes yeux d'une telle origine..
Cheres étoit fi grand par fes nobles Travaux ,
Qu'il ne s'éleve point en devenant Sethos ;
Et s'il eft revêtu de la toute- puiffance "
G. vj
LA
410 MERCURE DE FRANCE
༈
Le mérite l'eût fait , ainfi que la naiffance.
Ce doit m'être , Seigneur , un fpectacle bien doux ,
De voir du moins Sethos Frere de mon Epoux.
3
Sethos lui déclare toute sa passion pour
elle , & proteste qu'il ne souffrira point que
l'hymen de Pamphos s'accomplisse. Il presse
Spanie de s'expliquer en sa faveur , sur quoi
elle lui dit :
Si vous jugiez en Roy , du coeur d'une Princeffe ,
Vous ne feriez jamais expliquer fa tendreſſe ;
Vous fçauriez que foûmife à de feveres Loix ,
D'aimer ou de hair , elle n'a pas le choix .
Plus on eft prêt du Trône , & plus on eft Efclave
A l'abri de nos fers la liberté nous brave ;
Loin du fuperbe joug que l'on porte à la Cour,
Chés les fimples Mortels elle fait fon séjour ,
Et voit d'un oeil content l'auftere obéiſſance ,
Tyrannifer en nous une illuftre Naiffance.
Mais , après tout , Seigneur , il nous eft glorieux
D'immoler à l'Etat nos faûpirs & nos voeux.
Du moins fi notre Sexe , ennemi des ailarmes ,
Ne fçauroit fuporter le tumulte des armes ,
Ni ces fameux Travaux dont la Gloire eft le Prix,
Autant qu'il eft en nous , fervant notre Pays ,
Nous lui facrifions le choix d'un hymenée ,,
D'où dépend quelquefois toute la deſtinée.
Sur
JUIN 1739% 1411
#5
Sur cette réponse , Sethos se persuade que
le coeur de Spanie incline pour Pamphos ; &
;
il se trouve d'autant plus malheureux , qu'il
n'aura jamais la force de vaincre fon amour.
Spanie lui dit alors :
Eh ! bien , recevez -en l'exemple d'une Femme
Peut-être aurois- je dû fous des voiles difcrets
Vous cacher de mon coeur les fentimens fecrets.
Mais s'il fort de ma bouche un aveu trop fincere
Je vous estime affés pour ofer vous le faire .
Le Deftin nous impofe une commune Loi ,
Et je ne vous crois pas moins de vertu qu'à moi.
Sçachez , loin qu'à vos voeux mon ame fût rebelle,,
Que nos coeurs ont brûlé d'une ardeur mutuelle ; ?
Que dans le mien , Seigneur , l'Amour avoit lancé
Ce trait , ce même trait dont vous fûtes bleflé ;
Je connus fon Triomphe , & n'en pris point d'al
Farmes ,
Le cruel m'attaquoit par de trop belles armes
›
II me montroit en vous cent vertus à la fois ,
Le Vainqueur des Tyrans , & le Vengeur des Rois.
Je me faifois fouvent raconter votre hiſtoire
Et me flatois un jour d'en partager la gloire.
Quel eût été mon fort ! .... je l'avouerai , Seigneur ,?
Vivre votre compagne eût fait tout mon bonheur.
Soûtenez ma Vertu, Dieux puiffans que j'implore.
L'efperance s'éteint, & mon feu brûle cacore :
Ne
1412 MERCURE DE FRANCE
Ne vous offenfez pas , en condamnant mes voeux ,
Des foûpirs que m'arrache un amour vertueux.
Et vous , Seigneur , & vous , auteur de cette flâme ,
Ne vous prévalez point d'avoir lu dans mon ame.
Et bien loin deformais de prétendre à mon coeur ,
Aprenez de Spanie à vaincre votre ardeur.
Sethos , au comble du bonheur , se promet
tout de la déclaration que vient de lui
faire Spanie ; mais cette Princesse , loin de
lui laisser sur cela aucune espérance , l'assûre
en le quittant , que sa main ne sçauroit être
à lui , & qu'elle va la donner , avec le Trône
de Tanis , à Pamphos.
Ce Prince arrive & demande à Séthos ,
son agrément sur ce Mariage. C'est une des
situations de la Piéce qui , vrai- semblablement
, auroit fait un coup de Théatre heureux
, si elle eût été représentée.
Pour revenir à notre Extrait , Séthos ordonne
à Pamphos de renoncer à son amour ,
& cette Scene est suivie d'une autre entre
Daluca & Pamphos , qui lui aprend l'amour
de Séthos pour Spanie . Elle lui ordonne de
se joindre à son frere pour executer un projet
qu'elle a formé .
L'Acte finit par une Scene entre Séthos &
Amedes , qui combat l'Amour de ce Prince.
Osoroth ,allarmé de ce qu'il vient d'aprendre
concernant l'amour de Sethos pour Spanie
comJUIN
1413 1739
Commence le quatriéme Acte avecAmedes &
l'exhorte à détourner Séthos de cette Passion
La Reine paroît, Osoroth veut la rassûrer sur
les inquietudes qu'elle peut prendre à ce su
jet , & il la quitte pour aller voir son fils.
Beon & Pamphos arrivent , Daluca leur
expose en détail tout ce qu'elle a fait pour.
leur élevation , & la politique qu'elle a tenue
pour procurerun Trône à l'un avant le temps,
& à l'autre un Hymen d'autant plus glorieux
qu'il est suivi d'une Couronne , puis elle .
ajoûte :
Mais quel coup imprévû nous menace en ce jour !
On veut vous dérober les fruits de ma tendreffe ,
A vous , une Couronne ; à vous une Maîtreffe. ›
Ur frere ( eh ! que sçait -on si c'eſt le vrai Sethos ? )
Seroit pour nous , mes fils , une source de maux ,
Si les plus grands revers allarmoient mon courage ,
Ou qu'on pût fous mes yeux détruire mon Ou
vrage.
Non,vous m'avez coûté, pour combler vos souhaits,
Trop de soins, de travaux, même trop de forfaits ;
D'un Hymen glorieux , & du pouvoir ſuprême
J'ai depuis trop long-temps , flaté deux fils que
j'aime ,
Pour laiffer leur fortune errer au gré du fort ,
Et la voir aujourd'hui faire nauffrage au Port.
Uniffons- nous ensemble , ofons fur une Barbare
Reprendre
1414 MERCURE DE FRANCE
Reprendre tous les biens dont son orgueil s'empare
Spanie eft à l'Autel , & le Trône eſt tout prêt ,
Princes , ne confultez qu'un si cher interêt.
Quelque foit , après tout , ce Mortel témeraire ,
C'est toujours plus , ntes fils , un ennemi qu'un
frere ;
Ne délibérons plus ; voici * votre vengeur ,
Atmez -en votre main pour lui percer le coeur .
Les deux Princes témoignent de cet attentät
toute l'horreur qu'on peut penser. Daluca
poursuit :
Lâches enfans ! ainfi vous trompez mon espoir.
Ce fer bleffe vos yeux , & vous n'osez le voir :
Mais s'il ne peut paffer dans vos mains trop timides,
S'il me refte , sçachez , fils ingrats & perfides ,
Qu'en la mienne du moins il peut verfer du fang ;
Oui , de votre Héros je percerai le flanc.
On a laiflé jadis échaper ma victime ,
Je la tiens , & moi -même acheverai mon crime.
Il faut bien, quand mes fils m'ordonnent de mourir,
M'armer du seul moyen qui peut me secourir.
Eh quoi quand vous n'osez facrifier un frere ,
Cruels , héfitez vous d'immoler votre Mere
Il fait ce qu'à Coptos autrefois j'entrepris ,
Et le reffentiment anime ses efprits ;
* Elle tire un Poignard.
Doutez
JUIN... 1739 1415
>
Doutez-vous que craignant encor son ennemie ,
Pour affûrer les jours , il n'attente à ma vie ?
Ne vous contentez -pas d'aprouver les deffeins ;
Courez vous joindre à lui , foyez mes affaffins
Rendez-lui par ma mort un important ſervice ,
Il mérite , fans doute , un fi grand sacrifice ,
Signalez contre moi votre zele pour lui ,
Aux dépens de mes jours achetez son apui ,
Sceptrè , Mere , Maîtreffe , en proye à fa puiffance,
Que de titres acquis fur fa reconnoiffance !
Barbares , courez donc allumer fon courroux
Et je vais de ce pas me livrer à vos coups.
Ce fer vous prévenant , fe fera reconnoître ,
Il parviendra , du moins , jusques à votre Maître ;
Je n'ofe efperer plus ; puiffai -je toutefois ,
Avant que d'expirer vous immoler tous trois !
Les deux Princes persistent dans leurs sen
timens vertueux. Ils employent les motifs
les plus touchans , pour gagner leur Mere.
Beon fait un dernier effort en lui parlant
ainsi :
Quelqu'amour que l'on ait pour la toute- puiffance,
On ne sçauroit changer l'ordre de la naiffance.
Le Trône peut- il plaire à des coeurs génereux ,
Quand il devient le prix d'un parricide affreux ?
Je cede aux Loix du fort ; &je vois sans murmure
Un Prince recueillir les Droits de la Nature.
UI
Puiffai - je
1415 MERCURE DE FRANCE
Puiflai-je n'avoir pas d'autres sujets de pleurs !
Si la foif de regner , s'emparant de nos coeurs ,
Rend la mort des aînés un forfait néceffaire ,
Ce forfait , à son tour , pourroit foüiller mon frere
Et pour me préſerver du Deftin de Sethos ,
Il faudroit que ma main s'étendît fur Pamphos.
Funeſte ambition , qui d'un Trône fublime ,
Chafferoit la vertu , pour y placer le crime !
Faites ceffer le cours de nos cruels ennuis ,
Daignez voir dans Sethos le frere de vos fils ,
Ou si pour lui , Madame , une haine implacable ,
A nos voeux empreffés vous rend inexorable ,
Vengez- vous fur vos fils ; en leur perçant le flanc ,
Vos mains, du même coup , feront couler fon fang.
Puniffez des ingrats qui vous défobéiffent ,
Percez, dis-je, percez des coeurs qui vous trahiſſent.
Mais plutôt que vos pleurs calment votre courroux
Pour le fléchir , hélas ! j'embraffe vos genoux ,
Penetré de douleur , j'oſe efperer encore
D'obtenir à vos pieds la grace que j'implore , & c.
Daluca paroît se rendre à ces raisons , elle
renvoye les Princes , en les assûrant qu'elle a
totalement changé de sentiment , mais à pei
ne sont ils sortis , qu'elle s'écrie :
Il falloit rompre ainsi ce funefte entretien ;
Mais , en diffimulant, quel efpoir eft le mien !
JUIN
1417 1739
En dépit de mes foins , tous mes projets échoüents
Conçûs , formés pour eux , mes fils les désavoient
Il ne manquoit donc plus à mon fort malheureux ,
Que d'avoir mis au jour des enfans vertueux
·Daluca , toujours la même , croit qu'Asa
res , cet Esclave qui avoit voulu se faire pas
ser pour Sethos , sera plus propre à son des
sein. Elle le fait venir & exige de lui , sous
peine de la vie , & des plus cruels suplices ,
de poignarder Sethos . Asares lui promet tout
ce qu'elle veut , & quand il s'est retiré , Daluca
s'exprime ainsi :
Dieux ! je respire enfin ; d'une prompte vengeance
L'efpoir peut déformais s'emparer de mon coeur ....
Mais quel trouble ſecret condamne ma rigueur!..
Ah ! ceffons d'écouter un remords qui m'abuſe.
Sethos vit ; je fuis Mere , & voilà mon excuſe ;
Ce n'eft pas au moment qu'il faut executer
Sur de vaines terreurs qu'on doit fe confulter ;
De ces foibleffes d'ame un grand coeur fe défie
Et quoiqu'on puiffe ofer le fuccès juſtifie .
Cependant allons voir jufqu'où , pour me venger
Le rebelle Asares ofera s'engager.
Au bord du précipice habite l'épouvante.
Rafermiffons fa main , peut-être chancelante ,
Eclairons tous les pas , mais en guidant ſes coups
Prévenons le danger , s'il retomboit fur nous.
Dan's
418 MERCURE DE FRANCE
Dans le cinquiéme Acte , Pamphos se
plaint à Spanie d'avoir trouvé un Rival dans
la personne de Sethos ; il la conjure de rassûrer
son amour allarmé ; & cette Princesse
lui promet sa main . Sethos survient, & trouvant
Pamphos avec Spanie , dit à son frere :
Prince , vous oubliez , puiſqu'il faut vous le dire ,
Ce refpect , que tantôt j'avois fçû vous prefcrite ,
Vous auriez dû, je crois , renonçant à vos voeux
D'un amour qui m'offenſe avoir éteint les feux .
Pamphos lui répond :
>
Brulé des mêmes feux dont vous osez vous plaindre,
Jugez - vous donc , Seigneur , qu'on puiffe les
éteindre
Et faites-vous ce tort aux plus charmans attraits ,
De penser que d'un coeur ils s'effacent jamais ›
Quand on veut me réduire à cet effort fuprême ,
Je rapelle à l'inftant un Héros à lui- même ;
S'il croit que de l'Amour on peut brifer les fers ,
Il en doit plus que moi , l'exemple à l'Univers ...
Sethos reste avec Spanie , & lui fait des
reproches de favoriser les voeux de son Rival
; Spanie ne diffimule point la résolution
où elle est d'accomplir son Hymen avec
Pamphos, & sur ce que Sethos veut recourir
au Roy Spanius , Pere de la Princesse pour
rompre ce Mariage ; elle lui dit :
Qud
JUIN. 1419 1739.
Quel est votre deffein ? Croirai-je qu'un grand Roy
Ose en induire un autre à violer fa foy ?
Voulez - vous , en fuivant un projet témeraire ,
Pour m'obtenir , Seigneur , deshonorer mon Pere
Ce Prince , qui jaloux de reffembler aux Dieux ,
Dans ce qu'il a promis , eft fidele comme eux,
Romproit une alliance après l'avoir jurée !
Que devient donc des Rois la parole sacrée ?
Que devient cette foi qu'ils daignent nous donner ;
Et que, même sans crime , on ne peut soupçonner
Sethos , qui s'eft acquis une gloire fi pure ,
Pour pouvoir l'enseigner , connoît il le parjure ??
Sethos accuse encore Spanie d'indifference
pour lui , & cette Princesse ajoûte :
Cruel ! pouvez- vous bien douter de ma tendreffe
Que voit donc votre amour , s'il ne s'aperçoit pas
Des tourmens que j'endure en ces rudes combats ?
L'Auteur de mes foupirs , peut-ils les méconnoître ?
Plût au Ciel qu'au- dehors on les vît moins paroître!
Hélas ! que votre fort eft different du mien !
Si vous voulez , Seigneur , libre de tout lien ,
Ne pouvant être à moi , vous n'êtes à personne.
Mais c'est peu de vous perdre , il faut que je me
donne ,
Et qu'un trifte devoir tyrannicant mon coeur ,
Dans tout autre que vous , me choififfe un vainqueur.
Etouffant
1420 MERCURE DE FRANCE
Etouffant mon amour, en renonçant au vôtre ,
Il faut , il faut qu'en moi j'en faffe naître un autre,
Que je change d'objet & brule conftamment ,
Que j'adore celui qui m'ôte mon Amant.
Ce n'est pas tout encore. Il faut, pour mon suplice,
De vos cruels foupçons effuyer l'injuſtice .
Sous tant de maux divers mon efprit abattu ,
Me fait en ce moment craindre pour ma vertu ;
Sauvons-là des périls où votre amour l'expoſe .
Adieu , Je vais fubir la loi que l'on m'impoſe.
D'un tel effort , Seigneur , foyez du moins jaloux.
Suit ce Monologue de Sethos.
Que refous- tu ? Sethos ! que prétend ton audace è
Veux-tu , las de prier , employer la menace è
Veux-tu livrer toujours d'inutiles combats ,
Et ravir une main qui ne ſe donne pas ?
Prétends tu , contre un frere , uſer de violence ,
Et plus loin qu'il ne faut , étendre ta puiſſance ?
Quand des tranſports de joye annoncent ton retour,
Que tu reçois les voeux de ta nouvelle Cour
Ne pouvant triompher d'une vaine tendreffe
Veux-tu changer en pleurs la publique allegreffe !
Offenfer & ton Pere & le Roy de Tanis?
Séparer des Amans qu'eux mêmes ont unis ?
Voir Memphis détefter un amour tyrannique è
Et l'Egypte rougir du Héros de l'Afrique ?
Pour ton Regne naiſſant , ah ! quel augure
affieux !
Tes
JUIN. 1739.
1421
>
Tes premiers pas au Trône ont fait des malheureux;
Ta gloire diſparoît & ton courage expire .
L'Amour étend fur toi fon redoutable Empire.
Au Char de ce Vainqueur honteufement lié
N'es- tu donc pas encore affés humilié ?
Tandis que de tes feux vainement allarmée ,
La raifon ne peut rien fur ton ame enflâmée ,
Une femme plus forte en connoît le pouvoir ,
Se furmonte elle-même & t'aprend ton devoir.
Hélas ! c'eſt ſa vertu qui me la rend plus chere ,
Plus cet effort eft grand, plus elle fçait me p laire ,
Son ame magnanime ajoûte des attraits
Aux charmes dont mon coeur a reffenti les traits
Et malgré la rigueur d'un refus qui m'outrage ,
Mon feu, loin de s'éteindre , en brûle d'avantage.
Asares demande à parler en secret à Sethos
; il lui déclare la conjuration que Daluca
a tramée contre lui. Osoroth arrive , il
aprend les complots de la Reine, court chés
elle
, pour lui en faire des reproches. Daluca
confesse tout , prend du poison , & se présente
à Sethos. Elle lui déclare tout ce
qu'elle a tramé contre lui ; elle meurt. Se
thos rendu tout entier à son héroïsme , termine
la Piece comme il a été dit dans l'Argument
qu'on en a inséré dans le Mercure
du mois dernier.
NOU422
MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES ETRANGERES,
TURQUIE ET PERSE,
N écrit de Conftantinople , qu'on le promet
beaucoup du nouveau Grand VisirAriasMehemet
Pacha , ci - devant Seraskier de Widden , lea
quel s'eft acquis beaucoup de réputation dans la
Campagne de 1737.
On a nommé Caïmacan , ou Gouverneur de
Conftantinople , & Lieutenant du G. Visir, Achmet
Pacha , le même qui a déja exercé cette Charge , &
revenu depuis peu de l'Afie mineure , après avoir
diffipé les Rebelles , & forcé Sary Bey Gglou d'abandonner
de Château qui lui avoit fervi de retraite.
Le Capitan Pacha a été nommé Vekil , ou Lieutenant
du Caïmacan .
On affûre que Sary Bey Oglou a été arrêté à
Tocat.
Une Lettre écrite de Surate , fur la Côte des Indes
Orientales, où les François ont un Etabliffement, arrivée
par un Vaiffeau de la Compagnie des Indes de
France,porte ce qui fuit. Da 23.Août 1738. Par les
nouvelles qui font venues ici de la Cour du Mogol,
on a fçu que Schah - Nadir , nouveau Roy de Perfe,
ci- devant nommé Thamas Kouli - Kan , après avoir
pris la Ville de Candahar , dans la Province de
même nom , dont le Siége a duré un an , a conduir
fon Armée dans la Province voifine , nommée Cabouleftan
, limitrophe des Etats du Mogol , qu'il a
toute réduite fous fon obéiffance . Peu de temps
avant la prise de Caboul , qui en eft la Capitale
cinq mille femmes ou filles fe font tuées de defefpoirs
JUIN. 1739
1423
poir , craignant la violence des Soldats. Il y avoit
parmi elles deux mille femmes groffes . Schah-
Nadir marche à grandes journées vers Dely . Toute
la Cour du Roy Mogol eft dans la confternation, ne
Içachant comment pouvoir refifter à ce Conquerant,
furtout dans les facheufes circonftances où font les
Affaires de ce dernier Roy . Les Homras , ou Grands
du Royaume font dans la defunion , & fe font rendus
prefque indépendans , desorte que leurs interêts
étant differens , il faut néceffairement qu'il y
ait bientôt un changement dans ce Royaume par
le choix d'un nouveau Souverain , ou s'attendre de
voir ce même Royaume fubjugué par les armes de
Schah- Nadir.
On écrit d'Afrique , que les Concurrens qui prétendent
au Trône de Maroc , continuent de fe
faire la guerre plus vivement que jamais , & que
Muley Abdalla , lequel s'étoit retiré vers les Frontieres
de la Guinée , y a affemblé une Armée confiderable
de Noirs , avec laquelle il s'eft rendu du
côté de Taradante .
ALLEMAGNE .
Na apris que le 30. May , le Grand Duc &
la Grande Ducheffe de Toscane arriverent
d'Italie à Roffaw , près de Vienne , & qu'étant
montés fur le champ dans les caroffes que l'Empereur
avoit envoyés au- devant d'eux , ils fe rendirent
au Château de Laxembourg.
Le Traité de Paix conclu à Vienne le 18. Novem .
bre 1738. entre l'Empereur & Sa Majeſté Très-
Chrétienne , contient XI . Articles . Le premier &
le fecond roulent fur les affûrances reípectives de
cultiver fincerement une vraie Amitié , & une
H étroite
2424 MERCURE DE FRANCE
étroite Union , entre l'Empereur & l'Empire , d'un
côté , & le Roy de France , de l'autre ; d'oublier
toutes les hoftilités paffées , &c. & de renvoyer
fans rançon , les Prifoniers qui pourroient encore
refter .
Le troifiéme Article pose pour Bafe de la Paix l'Execution
des Traités de Weftphalie de Nimegue ,
Ryfwick & de Bade.
3.
Le quatriéme contient les Articles Préliminaires
qui furent fignés à Vienne le
Octobre 1735 ; la
Convention faite le 11. Avril 1736. fur l'execution
de ces Préliminaires , & celle qui fut ſignée le 28,
Août de la même année pour la ceffion & la remiſe
actuelle du Duché de Loraine au Koy de Pologne
Staniflas I. Par cette derniere convention , S. M,
T. C. fe charge des Dettes d'Etat , ou qui fe trouvent
hypotequées fur la Loraine & le Barrois.
Par le cinquiéme Article , l'Empereur promet
de ne jamais pourfuivre la Defincameration du Duché
de Caftro , & du Comté de Ronciglione.
Le fixiéme Article contient l'Acte d'Abdication
du Roy de Pologne Staniņas I. , avec trois autres
Actes figués à Vienne , pour ce qui regarde les
affaires de Pologne : un Acte par lequel S. M. T. C.
reconnoît le Roy Augufte , & un autre par lequel
la Czarine & le Roy Augufte reconnoiffent le Roy
Stanillas 1.
:
Le feptiéme Article contient en premier lieu les
Déclarations fignées par l'Empereur , le Roy d'Efpagne
& le Roy des Deux Siciles , concernant l'effectuation
des Articles de la Paix enfuite le Diplôme
de l'Empereur , pour la Ceffion des Royaumes
de Naples & de Sicile , & des Ports de Toscane ,
au Roy des Deux Siciles. Les Diplômes du Roy
d'Elpagne & du Roy des deux Siciles , pour la
Ceflion de Parme & de Plaifance à l'Empereur , &
de
་ ་ 1 JUI N. 117392 :] ! 1428
,
de la Succeffion Eventuelle de Tofcane à la Maiſon
de Loraine & une Déclaration fignée à Compiegne
par le Miniftre de l'Empereur , fur quelques
Points à regler amiablement entre l'Empereur , le
Roy d'Espagne & le Roy des Deux Siciles .
Dans l'Article huitiéme font le Diplôme de
l'Empereur , pour la Ceffion du Novarois & du
Tortonneis , &c. au Roy de Sardaigne , & l'Acceffion
de ce Prince aux Préliminaires .
~ Le neuviéme eft l'Acte de Ceffion du Duc de
Loraine de fes Etats , & par le dixiéme le Roy de
France s'engage à la garantie de la Pragmatique
Sanction .
Les deux autres Articles concernent l'Acquit des
Impofitions & Contributions , la Démolition de
quelque's Forts , les Reglemens des Limites à
faire , &c. Aran
Après l'Article feparé , qui regarde les Titres
non reconnus , fuivent les Ratifications de l'Empereur
& du Roy de France , l'Acceffion du Roy de
Sardaigne avec une Déclaration , pour renvoyer à
un Eclairciffement la Prétention de ce Prince sur
Serravalle , les Acceffions du Roy d'Espagne, & du
Roy des Deux Siciles .
૩
•
DANNEMARCK.
1 1
N aprend de Coppenhague , que l'Eſcadre
Françoise commandée par le Marquis d'Antin
y étoit arrivée le 26. Juin , & que M de Chavigny,
Envoyé Extraordinaire du Roy de France ,
s'étoit rendu sur le champ à bord du Vaiffeau Le
Bourbon , pour rendre vifite au Marquis d'Antin ,
qu'il avoit engagé de defcendre à terre avec
principaux Officiers de l'Efcadre.
6
les
Hij ITALIB
4
1426 MERCURE DE FRANCE
ITALI E.
N écrit de Rome que tous les Feudataires du
Royaume de Naples ont reçû ordre , de se
trouver à la Cavalcade qui devoit le faire le 28. de
ce mois , pour la présentation de la Haquenée..
C
1 I. (
NAPLE S.
Roy a nommé le Duc de Caftro- Pignano
Lfon ambaffadeuri auprès du Roy de France ,
Ja place du Prince de la Torella - Caraccioli .
LE
ISLE DE CORSE.
રે
E28 . May le Marquis de Maillebois . fit.
avancer du côté de la Balagna les Bataillons de
Chaillou , de Flandres , de Bearn , Ide Forez , de
Baffigny , de Cambrefis , d'Aunix , & d'Agenois ;
le Régiment de Huffards d'Efterhafi , & un Déta¬
chement de Volontaires Corfes , & ces Troupes
marcherent fous les ordres du Marquis du Chatel ,
Maréchal de Camp
་
On a apris depuis que le Marquis de Maillebois
étoit parti de la Baftia le 2. de ce mois avec les
Compagnies de Grenadiers des deux Bataillons
d'Auvergne , de ceux de Montmorency , d'Ouroy ,
de la Sarre , de Royal Rouffillon , de Nivernois , &
de l'Ile de France , deux Piquets de chaque Bataillon
, un Détachement de Huffards , & quelques
Miquelets. Ce Général s'avança avec ces Troupes,
jufqu'à la Chapelle de S. Nicolas , qui eft à l'extre
mité du Nebio , & il y fut joint le même jour à
minuit par les Bataillons qu'il avoit laiſſés à la
Baftia , & qui marcherent fous les ordres de M.
Rouflet de Girenton , Maréchal de Camp.
NO JUIN 1739 3427
Le 3. au matin , le Marquis de Maillebois partagea
ces Troupes en plufieurs Corps , dont trois
fu : ent commandés par le Marquis de Luffan , Colonel
du Régiment de la Sarre , par le Marquis de
Cruffol , Colonel du Régiment del'Isle de France , &
par le Marquis d'Avarey , Colonel du Régiment de
Nivernois . Ces Détachemens attaquerent les Rebel
les dans les differens Poftes qu'ils occupoient fur les
hauteurs de San Jacomo & de Bigomo , & les ayant
chaffés de ces Poftes , ils les forcerent de fe loumettre
, de donner des ôtages , & d'aporter leurs
armes.
Le même jour , le Marquis du Chatel ayant par-
Lagé en deux Corps les Troupes qu'il avoit fous
fes ordres , il en donna un à M. de Villemur , Co →
lonel du Régiment de Baffigny , lequel ayant mar
ché fur la droite par les hauteurs qui dominent fur
le Valegio , le, Convent de Marcaffo , Catari , &
Monte Maggiore , foûmit tout ce Pays. Le Marquis
du Chatel avec l'autre Corps de Troupes mar
cha vers Monticello , Santa Reparata , le Convent
d'Aregno , & San Antonino , & il força les Rebelles
qui défendoient ces Poftes , de fe foûmetre. Le
refte de la Balagna a pris le même parti , & le 3.
au foir , cette Province étoit prefque entierement
defarmée. Le même Courier a raporté ; que le
Marquis de Maillebois étoit à San Fiorenzo , où il
devoit refter quelques jours , pour finir le defarmement
des Pieves qu'il a forcées de fe foûmettre
.
Le 17. il alla camper à Paftoreccia , pour y rece
voir les armes des Pieves de Roftino , de Cazaconi,
de Talcini , d'Omena , & de Corte , lefquelles lui
avoient déja envoyé des Députés , pour l'affûrer de
leur foumiſſion aux volontés du Roy de France.
Hiij Ce
428 MERCURE DE FRANCE
Ce Général a détaché M. Rouffet de Girenton
du côté des Pieves de la Marine avec le Régiment
d'Ouroy , & les deux Régimens de Huffards , &
Pon compte qu'il obligera bientôt les Pieves de
Verde , de Serra , d'Aleffani , & de Campoloro , de
fe foûmettre. Celles de Cazinca , de Moriani , &
de Tavagna , ont aporté leurs armes , & donné des
Stages .
Le Marquis de Maillebois doit demeurer quelque
temps à Corte , pour faire les Sommations né →
ceffaires aux Pieves d'au -delà des Montagnes , &
pour y former un Etabliffement pour les Troupes
qu'il fe propofe de lailler de ce côté.
On écrit de la Baftie du 26. Juin , que Louis Ciaferri
, Giacinto de Paoli , & Brandone de Tavagna,.
trois des principaux Chefs des Rebelles , ont accepté
l'Amniftie qui a été publiée , & qu'ils font
alle trouver à Roftino le Marquis de Maillebois
qui s'eft rendu peu de jours après à Corte.
On a apris en même temps , que ce Général
avoit accordé à fept autres Chefs des Rebelles la
permiffion de s'embarquer, chacun avec fix perfonnes
, pour le retirer dans quelque autre Pays . Toute
la partie de l'Ile de Corfe en deça des Monts eft
actuellement foûmife , & le Marquis de Maillebois
a déja reçû des Députés de quelques Pieves de l'au
tre côté.
Un Parti des Rebelles a arrêté un Religieur de
POrdre de S. François , & après l'avoir marqué au
vifage avec un fer chaud , ils l'ont renvoyé au Lieu
d'où il venoit , ce qui a tellement indigné le Marquis
de Maillebois , qu'il a réfolu de punir les Auteurs
de cette violence , d'une maniere qui puiffe
effrayer ceux qui font capables de fe porter à de
pareils excès.
GRANDS
JUIN. 1739. 1429
L
GRANDE - BRETAGNE.
E 25. Juin , le Roy fe rendit à la Chambre
des Pairs , & fit aux Chambres le Difcours
fuivant.
: MYLOR S ET MESSFEURS.
La diligence avec laquelle vous avez terminé les
Affairespubliques , fur lesquelles vous aviez à déliberer
, m'engage à mettre fin à cette Séance du Parle→
ment , & à vous mettre en état de jouir des agrémens
que vous offre cette Saifon . Vous avez déclaré fi manifeftement
vos fentimens , tant à l'égard de la conduite
paffée de la Cour d'Espagne , que par raport aux
mesures qu'il pourroit être néceffaire de prendre en
confequence du parti auquel elle fe déterminera , a
vous m'avez tellement mis en état d'agir dans tous
les Evenemens , felon que l'exigeront l'honneur &
l'interêt de ma Couronne , qu'il ne pourra arriver aucun
inconvenient , de ce que je ne ferai point à portée
d'avoir votre affiftance immédiate pendant la vacance
du Parlement. Me conftant entierement aux affûrançes
que vous m'avez données avec tant de zele é d'u—_
nanimité , que vous me foûtiendriek efficacement dans
toutes les occafions où il s'agiroit d'executer les réfolutions
des deux Chambres , je ne manquerai pas de
faire tous mes efforts , pour défendre les Droits inconteftables
de ma Couronne , & pour répondre à lajufte
attente de mon Peuple.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES.
Je vous remercie de ce que vous avez pourvû avec
tant d'ardeur aux dépenses néceſſaires pour l'année
courante ; le Subfide extraordinaire , que vous m'avez
accordé, pour augmenter mes forces de Mer & de
Terre , eft une fi forte preuve non feulement de votre
affection pour ma Perfonne de votre confiance en
mai , mais encore de l'attention que vous avez conftam.
Hiiij. ment
1430 MERCURE DE FRANCE
ment pour le fervice de la Patrie , que je ne puis affés
louer votre zele pour l'interêt la sûreté de mes
Royaumes .
MYLORDS ET MESSIEURS ,
Je fuis perfuadé , qu'il eft inutile de vous recomman
der , de confiderer sérieusement les fuites funeftes dont
peut être menacée une Nation divisée , animée o
séduite par les artifices & par les infinuations malignes
que la Fourbe & la méchancetéfurgerent. Les avantages
que nos ennemis communs s'attendent de retirer
des diffentions des inimitiés qui ſe fomentent dans
tout le Royaume fous des prétextes malfondés , ne font
que trop évidens. Que tous ceux quifont profeſſion d'étre
zélés partifans des Loix , des Droits des Libertés
de leur Patrie , s'uniffent pour défendre ces biens
inestimables. Que l'honneur , la profperité , & la sûreté
du Royaume deviennent une Caufe commune , do fasfent
ceffer toutes les divifions , afin que par votre unanimité
vous puissiez rendre vaines les efperances de nos
ennemis.
Le Duc de Cumberland & les quatre Princeffes ;
qui avoient accompagné ce jour là S. M. à la Chambre
des Seigneurs , le leverent & faluerent le Roy
& le Parlement , lorfque S. M. déclara qu'elle donnoit
fon confentement au Bill qui accorde une Penfion
au Duc de Cumberland & à chacune des Princeffes.
Le 23. les Commiffaires de l'Amirauté mirent en
Commiffion les Vaiffeaux de guerre le Namur, de
90. canons , la Princeffe Caroline & la Princeffe de
Naffau , chacun de 80 , le Lyon & le Superbe , chacun
de 60 , & le Weymouth , de so . Ils mirent auffi
le lendemain en Commiffion le Vaiffeau l'Oxford
de so. canons.
Le Chevalier Jean Norris , Vice-Amiral d'Angleferre
JUIN. 17397
1431
`terre , arbora le 27. fon Pavillon à bord du Vaisseau
le Namur à Chatham , & le 28. le Bureau de
P'Amirauté expedia des ordres dans tous les Ports ,
pour qu'on n'en laiffât fortir aucun Bâtiment .
Outre l'Eſcadre qui doit faire voile de Chatham
fous les ordres du Chevalier Jean Norris , on en
équipe à Portsmouth & à Plimouth trois autres.
Le bruit court qu'une de ces Escadres , laquelle
sera de treize Vaiffeaux & de deux Galiottes à bombes
, ira inceffamment joindre à Port-Mahon celle
du Contre-Amiral Haddock.
MORTS , NAISSANCE
des Pays Etrangers.
mort
E rz. Juin , Georges- Albert Duc de Saxe-
Wellenfels- Barbi , & sa Réfidence de
Barbi , dans la 46. année de son âge , étant né le
9. Avril 1694. Il étoit fils de Henri , Duc de Saxe-
Weissenfels , Résident à Barbi , Prévôt de Magdebourg
, Chevalier de l'Ordre de l'Aigle Blanc ,
le 16. Février 1728. & d'Elizabeth - Albertine d'Anhalt
Deffau , morte le 5. Octobre 1706. Il avoit été
marié le 18. Février 1721. avec Augufte-Louife ,
fille de Chrétien-Ulrich , Duc de Würtemberg-
Oels , & de Sophie- Guillelmine d'Ooftfrife . Il fit
divorce & fe fépara d'elle en 1732. elle eft morte
dans un Château de la Principauté d'Oëls en Silefie
, le 5. Janvier dernier , fans avoir eû d'enfans
& âgée de 41. ans , étant née le 11. Janvier 1698.com
Le 13. D. Sophie- Chriftine - Louife , née Margrave
de Brandebourg- Culmbach, Epoufe d'Alexandre
Ferdinand , Prince Héreditaire de la Tour & Taffis,
avec lequel elle avoit été mariée le 11. Avril 1731
H *
1432 MERCURE DE FRANCE
mourut à Bruxelles en Brabant , dans la 30. année
de fon âge , étant née le 4. Janvier 17.10 . Elle avoit
embraffé la Religion Catholique en 1732 & elle
étoit fille aînée de Georges Frederic - Charles , Mar
grave de Bandebourg- Culmbach , & depuis 1726.
de Bareith ; & de Dorothée , fon Epouse , née Ducheffe
de Holftein - Beck. Elle a eû deux fils , l'un
le 2. Juin 1733. & l'autre le 5. Décembre 1736. &c.
une fille , née le 27. Octobre 1734, & nommée
Louife -Charlotte- Augufte.
La nuit du 16. au 17. Charles Frederic , Duc de
Holftein- Gottorp , & de Schlewisch, mourut au Château
de Rolfbagen , près de Kielh , âgé de 39. ans,
un mois, 18. jours, étant né à Stockholm en Suede,
le 29 Avril 1700. Il étoit fils unique de Frederic
Duc de Holftein- Gottorp , & de Schleswich qui
fut tué le 19. Juillet 1702 , à la Bataille de Kliflow,
près de Cracovie en Pologne , & de Hedwige Sophie
fille de Charles XI. Roy de Suede , morte à
Stockholm le 22. Décembre 1708. Il avoit pris la
Régence de fes Etats au mois de Janvier 1717. depuis
il fe rendit à Pétersbourg,& fuivit la Cour de feu
Pierre , Czar de Mofcovie , qui le fit Chevalier de
fon Ordre de S. André en 1722. Les Etats de Suede
, affemblés à Stockholm , lui accorderent le Titre
d'Alte fle Royale , par Acte du 29. Juin 1723.-
avec promeffe de le comprendre dans le nombredes
Princes qui pourroient être proposés pour fucceder
à la Couronne, après la mort du Roy & de la
Reine , fa Tante , actuellement regnans , ce que le
Roy & le Sénat confirmerent. Il fut marié à Pétersbourg
le premier Juin 1725. avec Anne Petrowna ,
fille aînée de Pierre Alexiowits , Czar & Grand-
Duc de Mofcovie , & de Catherine Alexiowna , sa:
feconde femme , qui fut reconnue , après la mort
de fon Mari , Czarine & Grande- Ducheffe de Mos-
Covie
JUIN 1739: 1433
Covie. Le jour même de fon Mariage , la Czarine ,
fa Belle-mere , le déclara Géneraliffime de fes Armées
, & le 23. Avril 1726. elle le nomma Lieutenant
Colonel du Régiment de fes Gardes ; mais
après la mort de cette Princeffe , il quitta la Cour
de Ruffie , & retourna dans fes Etats . Il fit fon Entrée
publique à Kielh , Lieu de la Réfidence ordinai
re , avec la Ducheffe fon Epoufe le 24. Août 1727.
Cette Princeffe mourut dans la même Ville de Kielh ,
le 1 May 1728. âgée de 19. ans , deux mois &
18. jours , laissant un fils unique , nominé Charles
Pierre -Ulric , & né à Kielh le 21. Février 1728. à
préfent Duc de Holftein Gottorp , & de Schleswick,,
par la mort du Duc , fon Pere . Ce Prince n'étant
pas encore en âge de gouverner , Adolphe - Fréderic
Duc de Holſtein Gottorp , Evêque de Lubeck , font
Coufin , ayant sur lui le germain, a pris la Régence
de fes Etats , fous le titre de Duc Adminiſtrateur.
On aprend de Londres , que la Dame Hazard eft
morte en Amérique , dans la centiéme année de
fon âge, & qu'elle laiffe 205. Enfans de fes descen--
dans vivans.
Le 31. Mars fut bâtifée à Munich , par le Comte
de Koenigffeld , Doyen de l'Eglife Cathedrale de
Freyfingen , Jofephine-Antonine- Marie Walburge-
Emanuelle- Felicité - Regule , née le jour précédent ,
Alle de Charles- Albert Cajetan Jean -Jofeph -Geor
ges , Duc de la haute & baffe Baviere , Electeur , &
Grand Echanfon du S. Empire Rom. & de Marie-
Amelie-Jofeph-Anne- Therefe Cordule, née Archi
ducheffe d'Autriche , fon Epoufe ; par la naiffance
dé cette Princeffè la Famille de l'Electeur Duc de
Baviere fe trouve actuellement compoſée d'un Prince
, & de 4. Princeſſes ,
Hvj FRAN
1434 MERCURE
DE FRANCE
FRANC E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 21. de ce mois , le Roy fit rendre à
LFEglise
Compiegne , les Pains - benits , qui furent
présentés par l'Abbé Daydie , Aumônier du
Roy , en quartier , accompagné d'un Maître
d'Hôtel , d'un Contrôleur & du Trésorier
des Aumônes & Offrandes de S. M..
Le 23. le Roy fit à Compiegne , la Revûë
du Bataillon Royal Artillerie , dont les Cadets
défilerent par quatre devant la Reine ;
& les Soldats par douze. Le même jour , le
Roy fut présent à l'Ecole des Canoniers, qui
firent plusieurs décharges de Canons & de
Mortiers , pointés à un Poteau , posé sur
une petite Côte , distante de 1200. toises.
Le 28. la Reine fit rendre à l'Eglise de la
Paroisse du Château , les Bains - Benits , qui
furent présentés par l'Abbé de Saint - Hermi-
Son Aumônier en quartier , accompagné
d'un Maître d'Hôtel & d'un Contrôleur.
ne
Le même jour , le Roy; la Reine , les
Princes
JUIN. 1739 1435
1
Princes & Princesses , Seigneurs & Dames
de la Cour , étant allés au Salut à l'Eglise de
S. Corneille , on Chanta le Te Deum à l'occasion
de la Paix , qui fut publiée le 27. à
Compiegne ; on tira à cette occasion le Canon
des Remparts , & il y eut grande Illumination
à l'Hôtel de Ville & par toute la
Ville.
La Duchesse de Modene partit de Paris le
29. de ce mois , pour retourner à Modene i
cette Princesse avoit pris congé du Roy &
de la Reine avant le départ de Leurs Majestés
pour le Château de Compiegne.
Le 6. Juin , on executa au Concert de la
Reine, à Versailles, le Prologue & le premier
Acte de l'Enlevement d'Europe , Tragédie ,
qui n'a pas encore été donnée au Public. Le
Poëme & la Musique sont de la composition
de M. de Bethizy. Les principaux Rôles
ont été chantés par les Diles Matthien , Huguenot
& Daigremont. Ce qu'on a entendu
de cette Piece a beaucoup plû à la Cour , &
la Reine a eû la bonté d'en marquer ellemême
sa satisfaction à l'Auteur..
Le 13. la Cour étant à Compiegne , la
Reine entendit le Prologue & le premier
Acte de l'Opera de Telemaque , mis en Musique
1436 MERCURE DE FRANCE
sique par M. Destouches , Sur - Itendant de
la Musique du Roy ; il fut continué le 15 .
& le 20. Les Rôles de Calypso & d'Eucharis ,
furent très bien remplis par les Dlles Huguenot
& de Romainville , ainsi que celui
Adraste ..par le Sr Benoît.
Le 22. le 25. & le 27. on chanta l'Opera
de Semiramis , du même Auteur , dont l'execution
fut rendue avec beaucoup de suc
cès , par les mêmes Acteurs..
›
Le Chapitre Général des Bénedictins de
la Congregation de Saint Maur , Ordre de-
Saint Benoît , s'étant assemblé dans l'Abbaye
de Marmoutiers - lez- Tours , le 30. Avril
dernier , les neuf Définiteurs choisis , selon
les Constitutions, par tout le Chapitre , pour
regler les affaires temporelles & spirituellesde
la Congrégation , élûrent au premier
Scrutin , & d'une voix unanime , pour Supérieur
Général Dom René l'Aneau , lequel
après avoir été successivement Prieur en differentes
Abbayes , Visiteur de la Province de
France , Assistant des trois derniers Généraux
, l'espace de neuf ans , Vicaire Général
après la mort de Dom du Pré , dernier Général
, décedé le 30. Décembre 1736. avoit
déja été trouvé digne de remplir cette Place
à la Diette tenuë d'ans l'Abbaye de S. Germain
des Prés , du mois de May de l'année
1737+
JUIN 1739. 1437
1737. Il fut proclamé Géneral le 19. de
May dernier , & on lui a donné pour Assistans
( ou. Conseillers ) Dom Pierre du Biez
Président du dernier Chapitre Général , &
ci- devant Prieur des Abbayes de S. Denis &
de S. Germain des Prés , & Dom Jacques-
Nicolas Maumousseau , Abbé de S. Vincent
du Mans..
On s'est trompé dans le Mercure de May
dernier , en marquant , page 1029. que l'agrément
du Régiment de Conti , Cavalerie
avoit été donné à Charles-Marie , Marquis,
de Choiseul-Beaupré ; celui qui a eû ce Régi
ment est César- Gabriel de Choiseul , Marquis
de la Riviere, apellé le Comte de Choi
seul , & qui étoit depuis le mois d'Avril
1738. Capitaine- Lieutenant des Chevau- Le
gers de Bretagne.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Moulins
le 23. Juin 1739. Fête donnée
M
Publication de la Paix.
pour
las
K de Sauvigny , Intendant de Bour
bonnois , donna avant- hier en cette:
Ville une Fête aussi magnifique que bien ordonnée
.. Les Réjouissances publiques com-
'mencerent par une Cavalcade, toute la Bourgeoisie
étant sous les Armes. Le Te Deum
fuc
1438 MERCURE DE FRANCE
fut chanté solemnellement dans la Collégia
le. Quelques Musiciennes qualifiées, y firent
briller leur belle voix ; on tira le soir un
Feu d'artifice sur la Place , dont le corps
étoit orné de Peintures , de Devises , & c.
On y voyoit aussi des Illuminations inge
nieuses.
La Fête commença chés M. l'Intendant ,
par un très- beau Concert , après lequel M.
& Mad. de Sauvigni , accompagnés de tout
ce qu'il y avoit de Personnes distinguées
dans la Ville , allerent voir tirer le Feu , des
fenêtres de l'Hôtel de Ville , dont l'execution
fut parfaite , après quoi on revint à l'Intendance
, où l'on trouva quatre Tables dres
sées, de trente couverts chacune, servies avec
autant de magnificence que de goût & de
délicatesse. On se récria principalement sur
l'ordre , l'arrangement , la finesse & la propreté
de l'Entremets , & plus encore sur la
varieté , la délicatesse & le coup d'oeil agréable
du Dessert , servi en Parterre , en Terrasses
& en Bosquets , où l'on voyoit quantité:
de figures & d'animaux au Caramel , & de
plusieurs autres sortes de Fruits imités , & c.
Toutes sortes de Vins & les Liqueurs les plus.
exquises furent servis en abondance .
Il y eut ensuite un grand Bal , dont Mad.
l'Intendante fit les honneurs , avec le Marquis
de Vogné , Colonel du Régiment d'Anjou
JUIN. 1739
1439
jou , Cavalerie .Quantité d'aimables Dames
des plus qualifiées de la Ville & des environs
de Moulins , continuerent le Bal avec
les Gentilshommes de la Province , & quantité
d'Officiers de distinction , tels que, le
Comte de Joyeuse , les Marquis de Lostange
, de la Charce , d'Amfreville , de Montlezun
des Gouttes , de Montesquiou , &c.
On servit en abondance pendant le Bal , toutes
sortes de Glaces & de Rafraichissemens ,
de Bassins de Confitures & toutes sortes de
Fruits de la saison. La Cour & la façade de
la Maison étoient illuminées avec art, & deux
Fontaines de Vin , placées aux côtés de la
principale Porte , coulerent pendant la nuiɛ
pour le Peuple.
PUBLICATION DE LA PAIX
faite à Paris , le premier Juin 1739 .
ORDRE DE LA MARCHE.
N
Euf Inspecteurs de Police , à cheval
en habits uniformes d'Ecarlate , galonnés
d'or , suivis de la Cavalerie de la Ville ,
portant l'Epée haute . Sçavoir :
Le Timbalier & les trois Trompettes de la
Ville.
Le Colonel des Gardes de la Ville.
Deux Officiers des mêmes Gardes &
fre Brigadiers,
qua
Huis
1440 MERCURE DE FRANCE
Huit Gardes , marchant quatre à quatre.
Les trois Guidons de la Ville.
deux Offi 32. Gardes , marchant 4. के 4-
ciers à la queue , tous en uniformes.
INFANTERIE . Le Colonel des Gardes
de la Ville , & deux autres Officiers ; quatre
Hautbois. 36. Gardes , marchant 4. à 4. Le
Tambour Major de la Ville; un Fifre & quatre
autres Tambours. 36. Gardes , par 4.
quatre autres Tambours . Les trois Enseignes
des Gardes , & 72. Gardes , par 4. Des Sergens
à leurs postes & sur les ailes.
›
GUET A PIE D. Quatre Lieutenans
seize Soldats , marchant par 4. Quatre Tambours
, un Fifre. Trois cent Soldats , par 4.
Trois Exempts ; le Guidon , portant le Drapeau
dans le centre , & quatre Exempts à la
queue. Le Major , l'Ayde-Major & quelques
Sergens sur les aîles .
GUET A CHEVAL . Un Timbalier &
quatre Trompettes . M. Duval , Commandant
du Guet , monté superbement , suivi de
quatre Officiers. Marchoient ensuite 120.
Cavaliers , par 4. Deux Officiers & le Porte
Etendart dans le centre. Quatre Officiers
fermant la Marche. Le Major & l'Ayde -Ma
jor sur les aîles.
LE CHATELET ET LE CORPS DE VILLE .'
Les Huissiers à Verge , les Huissiers Aus
dienciers
JUYN. 17398 1441
dienciers , & le premier Huissier du Châtetelet
, à cheval , à la droite ; les Huissiers &
le premier Huissier de l'Hôtel de Ville, à la
gauche.
Les Cromornes, Fifres , Tambours , Trom
pettes , Timbales & Hautbois de la Cham
bre & des Ecuries du Roy.
Les six Hérauts d'Armes.
Le Roy d'Armes , tenant à sa main l'Ora
donnance du Roy , qu'il devoit publier ,
ayant à sa droite , M. Vimont , Greffier du
Châtelet, & à sa gauche M. Taitbout, Gref
fier en Chef de l'Hôtel de Ville .
<
>
Un Détachement du Guet à pied , & un
autre des Gardes de la Ville , marchoient le
long des Officiers du Châtelet,& des Officiers
de l'Hôtel de Ville , pour maintenir l'ordre
A DROITE , M. Hérault , Conseiller d'E
tat, Lieutenant Général de Police . M. Negre,
Lieutenant Criminel, Mrs le Noir & Gueret
de Voisins , Lieutenans Particuliers. Six de
Mrs les Conseillers au Châtelet , & M. Mo
reau , Avocat du Roy , à la place de M. son
Pere , Procureur du Roy. Six de Mrs les
Commissaires au Châtelet , tous très - bien,
montés ; les Huissiers à Cheval du Châtelet,
les derniers.
A GAUCHE , M. Turgot, Conseiller d'Etat
Prévôt des Marchands , M. Veron , premier
Echevin ; M. Mény , second Echevin ; M. la
Roy
1442 MERCURE DE FRANCE
Roy de Ferteüil , troisiéme Echevin ; M. Ger
main , quatrième Echevin ; M. Moriau , Procureur
& Avocat du Roy de la Ville. M. Boucot
, Receveur de la Ville. Six de Mrs les
Conseillers de Ville , & quatre de Mrs les
Quartiniers.
Quarante Inspecteurs de Police fermoient
la Marche.
En sortant de l'Hôtel de Ville & de la
Place de Greve , la Cavalcade prit par le
Quai Pelletier , & les rues Planchemibraye ,
des Arcis , des Lombards , S. Denis , La Feronnerie
, S. Honoré , S. Nicaise , & par le
Carousel , vis - à- vis le Palais des Tuilleries !
où se fit la premiere Proclamation , au son
des Trompettes , Timbales , Hautbois , &
au bruit des Tambours. Ces Fanfares furent
repetées à chaque Publication, à quoi se mêloient
les cris de Vive le Roy , d'un grand
Peuple , dont on n'entreprend pas d'exprimer
la joye.
On se remit en marche , & toujours dans
le même ordre , par l'autre bout de la rue
S. Nicaise , par le premier Guichet du Louvre,
le Quai des Galeries du Louvre, à droite ,
le Pont Royal , les Quais Malaquais & de
Conty , le Pont- Neuf, le Quai des Orfévres,
les rues S. Louis , & de Sainte Anne , par la
Cour du Palais , devant le May. DEUXIEME
PUBLICATON ,
Pas
JUI N. 1739. 1443
Par les rues de la vieille Draperie , de la
Lanterne , le Pont Notre - Dame , le Quai
Pelletier , devant l'Hôtel de Ville. TROISIEME
PUBLICATION .
Par les rues du Mouton , de la Tixeranderie,
de la Coutellerie , du Crucifix S. Jacques de la
Boucherie , devant le grand Châtelet. Qua-
TRIEME PUBLICATION .
Par les ruës S. Denis & de la Truanderie ;
à la Halle , vis - à- vis le Pilory. CINQUIEME
PUBLICATION.
Par la pointe S. Eustache , les ruës Montmartre
, des Fossés- Montmartre , Place des
Victoires. SIXIE ME PUBLICATION .
Par la rue de la Feüillade , la rue Neuve des
Petits-Champs , la Place de Louis le Grand.
SEPTIEME PUBLICATION .
Par la rue S. Honoré , jusqu'à la Croix du
Tiroir. HUITIEME PUBLICATION .
Par les rues S. Honoré , du Roulle , & de la
Monnoye , sur le Pont - Neuf , vis - à- vis la
Staue Équestre du Roy Henry IV. NEUVIE
ME PUBLICATION .
Par le Pont- Neuf, le Quai des Augustins ,
la rue du Hurepoix , la Place du Pont Saint
Michel. DIXIEME PUBLICATION,
P Par les rues de la vieille Bouclerie S. Sez
verin , Galande , la Place Maubert . ONZIE
ME PUBLICATION .
Par les rues S. Victor & des Bernardins , le
Quai
#444 MERCURE DE FRANCE
Quai de la Tournelle , le Pont de la Tournelle
, la rue des deux Ponts , le Pont -Marie ;
la rue des Nonaindieres , les rues neuve de
Fourcy , S. Antoine , ruë Royale , & la Place
Royale. DOUZIEME PUBLICATION .
Par les rues de l'Echarpe des Francs- Bourgeois
, vieille rue du Temple , le bout de la ruë
S. Antoine , la Place Baudoyer , où se fit la
TREIZIEME ET DERNIERE PUBLICATION.
Cette brillante & magnifique Marche , qui
étoit partie de l'Hôtel de Ville à onze heures
du matin , y arriva à cinq heures du soir
par les rues du Monceau S. Gervais & du
Martroy..
Il y a 25. ans qu'on n'avoit vû de Publication
de Paix à Paris , & de memoire
d'homme, on n'en avoit point vû de si belle,
ni de si bien ordonnée . On la grave actuellement
en Taille - douce.
DINER-SOUPER dans la grande Salle
de l'Hôtel de Ville , ordonné par M. le
Prévôt des Marchands , & c. pour Mrs les
Officiers du Châtelet & du Corps de Ville.
U
Ne Table de 35. pieds de long , & de
50. Couverts , fut servie avec la derniere
magnificence , à sept heures du soir ,
au retour de la Publication de la Paix. Le.
milieu de la Table , sur sa longueur , étoit
Occupé par un Filet dormant de 30, pieds de
long,
JUI N. 1739 1443
long , dont le magnifique Surtout d'Orfél
vrerie , apartenant à la Ville , marquoit le
milieu . Aux côtés du Surtout , étoient pla
cés , en Figures de ronde- bosse, de 24. pouces
de proportion.
,
1º. La Renommée, en Marbre blanc , tenant
sa Trompette d'une main, & un Rameau d'O
livier de l'autre , dont le bout tomboit sur
l'Ecusson des Armes de la Ville de Paris ; au
bas de cette Figure , étoient divers Groupes
de petites Figures d'Enfans, tenans des Trompettes
& des branches d'Olivier , le tout enfermé
dans une Balustrade de Marbre blanc
& vert campan.
2 Le Morceau répondant au précédent ,
& dans les mêmes proportions , étoit Le
Génie de la France , en Marbre , sous la
figure d'un jeune homme , dont la Draperie
étoit semée de Fleurs de Lys , la main droite
posée sur les Armes du Roy , & tenant de la
main gauche un Rameau d'Olivier , qui
couvroit les Armes de la Ville , ses pieds posés
sur des Trophées d'Armes.La Figure étoit
entourée de divers Génies de la Paix , tenant
des Symboles , & semblant annoncer la joye
publique , avec balustrade au tour.
3°. Un Guerrier , frapé d'étonnement &
renversé sur des Trophées d'Armes , son
Glaive brisé dans sa main , en Bronze antique,
la Déese de la Paix au - dessus , en Mar
bre
443 MERCURE DE FRANCE
1
bre blanc , lui présentant l'Olivier pacifique,
& beaucoup de Génies de la Paix , en Bronze,
dans la même action , le tout entouré d'un
Treillage vert , avec les ornemens , or &
rouge.
Ce Morceau , qui répondoit au préce
'dent, étoit aussi un Athlete , renversé de même
sur des Trophées d'Armes , en Bronze
& dans les mêmes proportions , effrayé par
une Figure Allégorique de Jupiter , en Marbre
, tenant au lieu de Foudre , le Symbole
de la Paix , les Génies , comme dans l'autre ,
en Bronze , avec un Treillage tout senblable .
5. La Déesse de la Paix , en Marbre , tenant
d'une main une branche d'Olivier sur
les Armes de France , & de l'autre une Corne
d'abondance sur les Armes de la Ville.
On voyoit au bas un Berger apuyé nonchalamment
auprès de son Troupeau , & quantité
de Génies de la Paix , tenant des Cornes
d'abondance, avec une Balustrade en Marbre
blanc & vert campan , dont les contours répondoient
aux premieres.
6. Minerve , avec son Casque , debout ;
son Egide & son Armure à ses pieds , & autres
Trophées d'Armes , tenant une branche
d'Olivier au- dessus des Armes de France, &
de l'autre main un Compas. On voyoit divers
Génies des Arts , groupés autour de Minerve
, portant chacun les divers Symboles
des
JUIN. 1739
1447
des Arts , le tout en Marbre blanc , avec une
Balustrade qui faisoit simétrie avec les premieres
.
Ces six Morceaux en figures de ronde-bosse,
étoient moulés d'après les plus grands Maîtres
, & reparés à ne rien laisser à désirer aux
Gens de goût. La matiere de tous ces Ouvrages
étoit de Sucre Royal , avec l'odeur de la fleur
d'Orange , du Cédra , de la Bergamotte , de
la Vanille , & c. d'une délicatesse & d'un
goût exquis , délicatesse , non- seulement au
goût , mais aux yeux , qui étoit encore renduë
plus sensible , par un luisant semblable
à celui du Marbre & du Bronze , & encore
par la transparance au travers des lumieres ;
le corps de chaque Figure ayant à peine l'épaisseur
d'un Louis d'or ; ensorte qu'une Figure
de 24. pouces ne pesoit pas 20. onces.
Nous n'entrerons point dans le détail du
Repas , servi par le sieur Duparc , Maître
d'Hôtel de la Ville , dont la réputation
est assés connue. Il fut servi à six Services
, en y comprenant les Entremets & le
Dessert , lequel formoit autour des sept Piéces
dormantes , dont on a parlé , un Parterre
bien dessiné & très-varié , avec une Palissade
regnante au tour. Ce Parterre étoit orné
de 120. Vases de differentes grandeurs & de
differens Marbres & Bronses , couronnés de
fleurs & de feuillages , le tout en Sucre .
II. Vol. I Tous
1448 MERCURE DE FRANCE
Tous ces Ouvrages de Sucrerie , sont de la
main du sieur Procope.
FEU D'ARTIFICE.
A conftruction du Feu de la Paix étoit d'une
forme piramidale, Pélevation en étoit de so
pieds , fur 40. par fa bafe , formant un plan quarté
, dont les angles étoient conftruits de façon
A recevoir des adouciffemens, qui arboutoient le piédeftal
de la Piramide , lequel étoit orné de Pilaftres
couplés , portant leur entablement & fronton fur
chaque face ; l'Architecture étoit d'Ordre Dorique ;
entre les Pilaftres , dans le milieude chaque façade,
étoit une grande Niche , dans laquelle on voyoit
des Fleuves , des Oliviers , des Groupes d'Enfans ,
tenant les Attributs de la Paix , au- devant des Pilastres,
étoient des Statues en Marbre blanc, représentant
la Paix , l'abondance , &c . au- deffus defquelles
étoient des Médaillons en bas -reliefs , avec attributs,
ornés de feftons de fleurs ; en haut , au pourtour
du piédeftal , s'élevoient plusieurs marches, avec des
contours qui leur fervoient d'apuis entre des balustrades
. Sur ces marches pofoit la Piramide à paus
coupés , enrichie de Sculptures de ronde boffe , laquelle
étoit terminée par un Globe , plein d'Artifige
, ainfi que feize Vafes de differentes formes , qui
l'accompagnoient , l'Architecture , la Peinture & la
Sculpture , étoient employées avec art , d'un goût
fingulier & agréable. Tout l'Edifice étoit peint en
Marbre de coloris , les fleurs & autres Ornemens
dorés , & le tout ensemble , faifoit un effet tel que
le Public en a été fort fatisfait.
EXE.
JUIN 1739. 1449
EXECUTION DE L'ARTIFICE.
Après plufieurs Salves de 20 Piéces de Canon &
de cent Boëtes , ce brillant Spectacle commença
par un prodigieux nombre de Fufées d'honneur
, tirées par trois . Plus de 40. douzaines de
Lances à feu & à Sauciffons , garniffoient & éclai
roient les quatre faces du Corps du Feu.
Trente Caifles d'Artifice , plenes de Fufées de
doubles Marquifes , étoient placées fur la grande
Terraffe , avec plus de cent douzaines de Pots &
feu ; & fur la Balustrade de la même Terraffe , 40 .
Jets , dont 20. à Aigrettes. Quatre Soleils tournans
au milieu des quatre faces , & quatre autres fur les
Angles.
Quatre grands Soleils fixes , au - deffus des quatre
tournans. Quatre Pates d'Oyes , devant les faces du
grand piédeſtal de la Piramide , avec Jets & Pots à
Aigrettes, & fur les angles du même piédeſtal, quatre
grands Pots à Aigretes . Au pied de la Piramide ,
fur les gradins , étoient placés environ cent douzaines
de Pors à feu , & douze grands Pots à Aigretes
fur le piédeftal des quatre faces de la Piramide
, fur le fommet de laquelle étoient trois grands
Pots à Aigretes , groupés . Trois grandes Fleurs- de-
Lys lumineuses , formées par 20. ou zɔ . douzaines
de Lances .
Les quatre faces de la Piramide , étoient garnies
par environ 5o. autres Jets , & les quatre angles
exterieurs du Corps du Feu , par quatre Caſcades
ou Fontaines de feu.
La premiere Girande , étoit compofée de fix
Caiffes , chacune au moins de 20. douzaines de
Fufées de doubles Marquifes.
La feconde , compoſée de près de 30. douzaines
de Pots à feu , & de fix Caifles de plus de 25.
I ij
dou-*
zaines
50 MERCURE DE FRANCE
zaines de Fufées , toutes en Etoiles. Douze Balons
d'air, placés dans l'enceinte, au bas du Feu , & douze
Bombes d'Artifice , tirées fur des Mortiers , placés
auprès des Canons , & pointés fur le Feu.
Les Croifées de l'Hôtel de Ville étoient occupées
par quantité de Princeffes , de Dames , de Seigneurs
& de Miniftres Etrangers ; on fervit en très grande
abondance les rafraîchiffemens les plus exquis .
La grande Salle & tout l'intérieur de l'Hôtel de
Ville, étoient ornés & éclairés avec goût & magnificence
.
La Décoration du Feu & l'execution font dụ
Chevalier Servandoni , & l'Infpection génerale de
cette Fête , a été confiée aux foins vigilans & à la
capacité de M. Beaufire , Architecte du Roy & de
la Ville.
Voici la Planche gravée en Taille -douce , que
nous avons promise , en donnant la Defcription de
la magnifique Illumination de l'Hôtel du Prince de
Lichtenftein, Ambaffadeur de l'Empereur, à la Cour
de France, au fujes de la Paix , dans le dernier Mercure
, page 1242. Nous ne doutons pas que cette
Eftampe , très bien gravée , ne faffe plaifir à ceux
qui ont marqué tant d'empreffement pour en voir.
le brillant effet dans la Repréſentation . Elle ne
peut manquer d'en donner une idée auffi complete
qu'agréable à ceux qui ne l'ont pas vûë .
Nous n'épargnerons ni foins ni peines pour donner
à nos Lecteurs une pareille Planche , qui leur
mette fous les yeux le pompeux apareil d'une fuperbe
Fête , à laquelle le Marquis de la Mina , Ambafladeur
du Roy d'Efpagne à la Cour de France ,
fait travailler avec ardeur , pour célebrer le Mariade
MADAME DE FRANCE avec le Prince d'Efpagne
DOM PHILIPE . On éleve la principale Décoge
ration
JUIN. 1739. 1450
ation fur le Quai du Louvre , au bord de la
Seine , vis- à-vis l'Hôtel de Son Excellence .
Nous ferons encore plus attentifs à donner la
efcription & la Repréfentation du grand Specta
le qu'on doit donner dans les Jardins de Verſailles,
en face du Château , à la même occafion .
LaVille de Paris doit auffi célebrer cet augufte Mariage
, fur le magnifique Canal que forme la Seine ,
terminé par le Font- Neuf & le Pont Royal , entre
les deux Quais des Galeries du Louvrre & des
' Théatins , heureuſe fituation , s'il y en a en Europe
, également propre pour donner un grand Spectacle
, & pour contenir le plus grand nombre de
Spectateurs à une diſtance convenable . Le principal
objet d'une majestueufe & finguliere Décora
tion , d'une étenduë & d'une élevation conſidérable,
fera adoffée & élevée à l'Eperon du Pont-Neuf, qui
en marque le milieu. Cela ne peut pas manquer de
produire un grand effet. Les Perfonnes refpectables
, d'une grande étenduë de lumieres & d'un
difcernement exquis , qui ont ordonné l'apareil de
ces fuperbes Fêtes , & les habiles Artiſtes qui y font
employés , font efperer un plein fuccès . Nous défisons
, avec tout le Public , d'en voir la Repréſentation
en Taille-douce , dans le goût de l'Eſtampe
que nous annonçons.
I iij RE
1452 MERCURE DE FRANCE
RECETTE des Remedes de Mlle JEANNE
STEPHENS , pour guérir la Pierre & la
Gravelle , avec la maniere de les préparer
☞ de les donner ; publiée par ordre du Parlement
d'Angleterre , à la fin de l'Acte qui
accorde à cette Demoiselle une récompense
ce cinq mille livres sterlings. ( 1 ).
C
Es Remedes font une Poudre , une Décoction
& des Pilules .
La Poudre eft compofée de coquilles d'oeufs calcinés
& de Limaçons calcinés.
Pour faire la Décoction , on met bouillir quelques
herbes dans de l'eau , avec une boule , compo
fée de Savon , de petit Creffon ( 2 ) ſauvage , brulể
jufqu'à noirceur , (3 ) & de Miel.
Les Pilules font faites avec des Limaçons calcinés,
de la graine de Carotte 4) fauvage , de la graine
de Bardane , ( Burdock . ) des fruits de Fréne ( Asben
Keys . ) des Grateculs , ( 5 ) des fruits ou bayes
d'Aubépine . ( 6 ) ( le tour brûlé jufqu'à noirceur ) du
Savon & du Miel.
(1 ) C'est environ 114 mille liv. de notre Monnoye
(2 ) Nafturtium fylveftre , capfulis criftatis . Inft.
Swines - Creff
(3) C'est - à - dire , juſqu'à- ce que la Plante ne ren-
-de plus de fumée.
(4 ) Daucus vulgaris . Cluf. Wild Carott.
(5 ) Rofa , fylveftris , inodora , feu canina. Park,
Theat. Hipf
(6) Melpilus Apii folio , fylveftris fpinofa five
Oxyacanta. C. B. P. Hawes,
Prépa
JÚ ÍN. ··1739.·
145 $
Préparation de la Poudre
Prenez des coquilles d'oeufs de Poules bien
feches , bien nettes , & où il ne foit rien refté
des Blancs . Ecrafez- les bien avec les mains , & rempliffez-
en légerement un Creufet de la douziéme
grandeur , c'est-à-dire , un Creufet contenant près
de trois chopines . Placez ce Creufet dans le feu
couvrez- le d'une tuile , mettez des charbons pardeffus
, & tenez le au milieu d'un feu clair très - vio
lent , jufqu'à- ce que les coquilles d'oeufs foient cal
cinées au gris blanc ,& qu'elles ayent acquis un goût
acre falé. Cette Opération demande au moins 8. heures.
Quand les coquilles auront été ainfi calcinées ,
mettez- les dans un vaiffeau de terre bien fec , & bien
net , que vous ne remplirez que jusqu'aux trois
quarts , afin que les coquilles trouvent de l'efpace ,
lorfqu'elles viendront à être humectées ; placez dans
un lieu fec ce vaiffeau , & laiffez- le découvert pendant
deux mois , mais pas davantage. Dans cet intervalle
de temps , les coquilles d'oeufs prendront
un goût plus doux , & la partie qui fera fuffifamment
calcinée , deviendra affés fine pour paffer à
travers un tamis de crin ordinaire ; car il faut la tamifer.
Pareillement , il faut prendre des Limaçons de
Jardin avec leurs coquilies , les bien nettoyer , en
remplir un Creufet de la même grandeur que celui
qui a fervi pour les coquilles d'oeufs , couvrir ce
Creufer , le placer au feu comme dans l'Opération
précedente,& l'y laiffer jufqu'à- ce que les Limaçons.
ayent ceffé de fumer , c'eft à- dire , pendant environ
une heure,mais il ne faut pas qu'il y refte davantage ..
Auffi- tôt qu'on aura retiré les Limaçons du Creufet,.
il faudroit les réduire dans un mortier en une pou
dre fine , qui doit devenir d'un gris fort obſcur ,
L Remarque.
1456 MERCURE DE FRANCE
feulement que durera fon incommodité , car il faut
avoir grande attention en tout temps d'empêcher le
dévoyement , parce qu'il entraîneroit les Remedes ;
& fi même, par malheur , le dévoyement furvient ,
il faut augmenter la dofe de la Poudre , qui eft aftringente
, ou diminuer celle de la Décoction , qui
eft laxative , ou bien avoir recours à quelque autre
moyen, fuivant l'avis des Médecins.
Pendant l'ufage de ces Remedes , il ne faut point
manger de mets falés , il ne faut point boire de vin
rouge ni de lait ; il faut prendre peu de liquide ,
& faire un exercice modéré , afin que Purine s'impregne
davantage de ces Remedes , & qu'elle foit
retenue plus long temps dans la veffie.
Si l'eftomach ne peut pas fuporter la Décoction
il faut prendre après chaque dofe de Poudre , un
fixiéme de la Boule préparée pour les Pilules.
•
Si la Perfonne eft âgée , d'une conſtitution foible
ou fort abatue par les douleurs ou par la perte de
Papétit , il faut faire entrer dans la compofition de
la Poudre , une plus grande doſe de Limaçons calcinés
; on peut même , fuivant l'exigence des cas ,
augmenter cette dofe jufqu'à ce qu'il y ait parties.
égales de Poudre de Limaçons & de Poudre decoquilles
d'oeufs. On peut auffi , pour les mêmes
raifons , diminuer la quantité des deux Poudres &
celle de la Décoction ; mais fi la perfonne peut en
foutenir la dofe ordinaire , cela n'en fera que
mieux.
Aux Herbes & aux Racines dont on vient de
parler , Mile Stephens en a quelquefois fubftitué
d'autres , comme la Mauve ordinaire , la Gimauve,
la Millefeuille rouge & blanche , la Dent de Lion
le Creffon d'eau-& la Racine de Cran. ( Cochlearia
folio cubitali. Inft. ) Elle n'a trouvé dans toutes ces .
Plantes aucune difference effentielle,
Le
JUIN. 17398
$457
Le principal ufage des Pilules ett dans des accès:
de Gravelle , accompagnés de douleurs dans les.
Reins & de vomiffemens , & dans des fupreffions
d'urine , occasionnées par une obftruction dans les
uretéres. Il faut dans ces cas que le Malade prenne
toutes les heures , jour & nuit , s'il ne repofe
pas , cinq Pilules jufqu'à ce que fes douleurs foient
diffipées. Les Perfonnes fujettes à la Gravelle , ou
à rendre du gravier , en préviendront la formation,.
fi elles prennent tous les jours dix ou quinze de ces
Pilules.
Cette Recette a été publiée à Londres , le 27. Juin
1739. N. S. & certifiée véritable .
Cette Piéce , imprimée en 8. pages in- 12. a été
traduite par M. de Bremond , de l'Académie Royale
des Sciences , & lûë dans une des Affemblées de
l'Académie . Cette Compagnie a défiré que la Recette
des Remedes de Mlle Stephens fût publiée:
promptement ; & elle travaille à en faire des Expé
riences.
Nouveaux Certificats enfaveur du Spécifique
contre l'Apoplexie , de M. Arnoult , Mar
chand Droguifte , rue des cinq Diamans à
Paris , seul Possesseur du vrai Remede.
MNevers,déclare par la Lettre du 8. May 1739.
que depuis quatre ans qu'il porte le Spécifique du
Sr Arnoult , il n'a pas fenti la moindre vapeur qui
aprochât de l'Apoplexie ; que plufieurs de fes Amisauxquels
il l'a confeillé , & qui avoient déja été
attaqués plufieurs fois d'Apoplexie , le remercient :
journellement du bien que leur a procuré ce Spe
cifique .
R: Samuel Serrurier , Marchand de Draps à
Iivj Mi.
458 MERCURE DE FRANCE
M. l'Abbé de Refuge , à Bar - le-Duc , attefte auffi
par fa Lettre du 2. Juin 1739. que depuis fix mois.
qu'il fait ufage du Specifique , il n'a fenti aucun des
étourdiffemens ni tournoyemens de tête , auxquels.
il étoit fort fujet depuis très long-temps .
M. Hodan , ancien Officier , & Chevalier de Saint.
Louis , à Abbeville , par fa Lettre du 13. Avril ,
marque qu'il a fait ufage du Remede du Sr Arnoult
au mois de Janvier dernier,à la fuite d'une Apoplexie
qui le furprit dans le commencement du même.
mois , dont il eut la langue très - embaraffée , juſqu'au
moment de l'aplication du Sachet , quoi
qu'il eût été faigné plufieurs fois du pied & du bras,
& qu'il eût pris l'Emetique , & que depuis l'uſage
qu'il fait de ce Specifique , il eft libre de ſa langue ,
&fe porte à merveille.
9.
M. Nicolas-François Bouché , Agent des Affaires .
'de M. Orry , Contrôleur Général des Finances
pan fon Certificat du 12. Avril 17.39. attefte , que,
Marguerite Sainsaulieux , fa femme , alors âgée de
66 ans , le 24 Avril 1735. fut attaquée d'Apoplerie
& Paralyfie sur toute la moitié de son corps.
du côté droit , & que le 27. Octobre 1736. elle
eut une feconde attaque ; qu'il fit faire alors uſage
a fa femme du Specifique du Sr Arnoult , & que
depuis ce temps-là il ne lui eft rien arrivé. Ce Fait
eft confirmé par M des Boves , premier Valet de
Chambre de M. Orry , & par M. Barbier , auffi
fon Valet de Chambre.
M. Denis Delife , Ecuyer , Capitaine-Exempt de
la Prévôté de l'Hôtel du Roy , certifie le 19 Avril,
1739. fa guériſon , operée par ce Specifique ; après .
une Apoplexie & Paralifie qui le furprirent le premier
jour de l'année 1735. pour lequel accident il .
a été faigné du pied fept fois , & une fois du bras ,,
dans l'intervalle d'une journée , & après avoir pris
inuJUIN.
1739. 1459
inutilement les Remedes ufités. M. des Boves , &
M. Barbier confirment encore ce Fait , pour s'être
paffé fous leurs yeux.
30
39
Je fouffigné Pierre de la Plaine , Commis au
» Greffe du Confulat de Paris depuis 32. ans , âgé
» de 69. ans , certifie que depuis près de deux ans:
» j'ai eu quatre attaques d'Apoplexie ; que le 4.
» Avril dernier , veille de la Quasimodo , je fus en-
»core furpris d'une cinquiéme attaque , mais bien:
plus confiderable que les précédentes , puifqu'elle
» a été fuivie d'une Paralifie fur toute la partie
→ droite de mon corps , ayant la tête entreprise &
» la bouche de travers ; j'avois entierement perdu
» toute connoissance & l'ufage de la langue ; que
» M. Desjours , Maître Chirurgien à Paris , me
»voyant dans cet état , me fit plufieurs faignées du
bras & du. pied , & me fit prendre l'Emétique &
les Remedes néceffaires en pareille occafion ;
» mais que malgré fes foins à m'adminiftrer les
» Remedes ufités , je fuis resté dans cet état l'eſpace
» de deux jours & demi , fans aucune connoiffance
ni foulagement . Quelques Perfonnes de mes
amis , qui avoient connoiffance des Effets furprenans
du Specifique de M..Arnoult contre l'Apoplexie
, l'ayant proposé à mon Epouse & à ma
Famille , en préfence de M. des jours , qui luimême
tout le premier le confeilla on m'en t
faire alors ufage , me faifant abandonner tous les
» autres Remedes ; deux jours après le Sachet fe
» trouva entierement diffipé & fondu , là connois-
» sance me revint avec la liberté de la langue & de
» mes membres paralytiques ; le premier de mes
» foins fut d'envoyer chercher le Sr Arnoult , pour
2 être témoin de cet Evenement , qui nous furprit
» tous ; le Sr Arnoult me remit alors un second .
» Sachet au col , & depuis , avec l'ufage que j'en ai
fait
1460 MERCURE DE FRANCE
55
לכ
» fait , j'ai , graces à Dieu , la liberté de ma langue
& de tous mes membres , marchant & écrivant
bien , fans avoir eû depuis aucune atteinte de ce
Mal : c'eft le témoignage que je me fens obligé
» de rendre à la Vérité . Fait à Paris ce 15. Juin
1739. Signé , De la Plaine.
3
Ce Fait eft attefté & figné par toute la Famille
entiere , & les amis , qui ont été témoins de cet
Evenement , & par le Chirurgien , qui en donne
fon Certificat ci deffous .
ג כ
Je fouffigné Claude des Jours , Chirurgien Juré
à Paris , certifie que tous les Faits contenus au
préfent Certificat , font très -véritables , pour
» s'être paffés fous mes yeux , ayant été mandé dès
» le commencement de l'Accident ,"
& ayant moi-
» même conseillé l'usage du Specifique de M. Arnoult
contre l'Apoplexie qui a procuré au Malade-
» ci - deffus nommé une entiere & parfaite guérifon,
» ce que je certifie en mon ame & confcience très-
» véritable. A Paris , ce 24 Juin 1739. Signé ,
» des Jours. ཙི ཏི
Je fouffigné , Chirurgien Juré à Paris , certifie
à qui il apartiendra , que ma Femme eft tombée
» il y a environ cinq ans en Apoplexie & Paralifie
» en deux fois differentes , au sçû de M. Pouffe ,
» Médecin , & de plufieurs autres , tant Médecins
59
Chirurgiens , qu'autres ; que l'on me confeilla
» alors de lui faire porter le petit Sachet , que M.
» Arnoult diſtribuë , ce que j'ai fait avec exactitu
» de ; & depuis qu'elle le poite , elle n'a eû aucune
attaque ni difpofition ; ce que je certifie vé-
» ritable . Fait à Paris , ce 4 Juillet 1739. Signé ,
» Feburier.
Comme la vertu de ce Specifique se confirme
tous les jours par de nouveaux fuccès , que depuis
plus de 38. ans que le Public en fait usage , on n'a
encore
JUIN. ∙1739% 146
encore vû perfonne de ceux qui le portent , soit en
qualité de Préfervatif , soit en qualité de Remede ,
qui il soit arrivé le moindre accident d'Apoplexie ;、
le filence des Adverfaires étant la meilleure preuve
qu'on en puiffe donner , c'eft ce qui a excité bien
des Gens tant à Paris qu'en Province , à le contre
faire , d'où il eft arrivé plufieurs accidens d'Apoplexie
à ceux qui ont fait usage de ces Sachets su
posés & vendus , quoique contrefaits , comme étant
les mêmes , ou sortant de chés le Sr Arnoult. Ce
qui eft prouvé par nombre de Certificats des Personnes
auxquelles le malheur eft arrivé . Pour ob◄.
vier à un abus fi préjudiciable , le Sr Arnoult déclare
, qu'outre qu'il le faut tenir de chés lui - même
, chacun de ces Sachets sera accompagné d'un.
Imprimé figné de lui , & que fans l'accompagnement
de cette Signature , on ne doit ajoûter aucune
foi au Remede que l'on presenteroit comme
venant de lui.
MORTS.
Lcomandataire du Prieuré de ste catherine du
E 28. May, Jean Charles Portail , Prêtre, Prieur
Val des Ecoliers , à Paris , mourut dans la 63. année
de son âge , étant né le 19. Novembre 1676.
11 avoit été ci - devant de la Congrégation de l'Oratoire
, & s'étoit fait connoître par ses talens pour
la Prédication , ayant prêché dans les principales
Chaires de Paris , & en 1722. au Louvre devant le
Roy. Il fut reçû Chanoine de l'Eglife de Paris le 9 .
Novembre 1724. & quitta alors la Congrégation
de l'Oratoire. Le Roy lui donna, au mois de Juin
17274
146 MERCURE DE FRANCE
1727. le Prieuré de Sainte Catherine , qu'il laiffe
vacant . Il avoit réfigné son Canonicat au mois de
Decembre 1728. Il étoit frere puîné d'Antoine
Portail , Seigneur de Vaudreuil , mort Premier Préfident
du Parlement de Paris , le 3. May 1736 .
Le...Juin, le Vicomte de Montboiffier ,Sous- Lieute
nant au Régiment des Gardes Françoises , fils puîné
de Philipe - Claude de Montboiffier de Canilliac
Capitaine-Lieutenant de la seconde Compagnie des
Moufquetaires du Roy , & Lieutenant Général de
ses Armées , & de D. Marie-Anne- Geneviève de
Maillé , fon Epouſe , mourut à Paris..
Le 17. le fils aîné de Gilles Brunet , Seigneur
d'Evry , Maître des Requêtes Honoraire de l'Hôtel
du Roy , ci-devant Intendant en Auvergne , & en
Bourbonnois , & de défunte D. Françoise -Susanne
Bignon , fa femme , morte le 15. Fevrier 1738.
mourut à l'âge de 23. ans.
Le 19. D. Catherine Elisabeth d'Arnollet Lochefontaine
, veuve de Louis Abraham de Sahuguet , Seigneur
de Termes, Gentilhomme de Champagne , originaire
de Limofin, ci -devant Capitaine d'Infanterie,
mourut à Paris , âgée d'environ 79. ans . Elle étoit
soeur aînée de la Dame Berrier de Ravenoville , dont
la mort eft raportée dans le Mercure de Janvier dernier
, page 182. Elle laiffe deux ou trois filles -mariées
, & un fils , qui eft Jean-Baptifte de Sahuguet,
Seigneur de Termes , ci- devant Capitaine de Cavalerie
dans le Régiment de Conty , depuis Chayla
qui eft veuf d'Elisabeth - Rence Berrier , fa coufine
germaine , morte à l'âge de 32 ans , le 21. Novembre
1727. de laquelle il . a . un fils , & une
fille.
Jean -Aimé du Mas , Seigneur de Montgermont,
Conseiller Honoraire du Parlement de Paris , où il
avoit été reçû à la quatriéme Chambre des Enquêtes ,
Je
JUIN. 1739 1463
·
540
le 18.May 1691. & qui s'étoit démis de ſa Charge en
1714. mourut à Paris , âgé de 68. ans. Il étoit fils
aîné de feu Claude du Mas , Secretaire & Greffier
du Conseil Privé du Roy , & Fermier Général des
Fermes Unies , mort le 15. Mars 1693. âgé de
ans , & de Françoise Solu , morte le 7. Avril 1701 .
femme en secondes nôces de François le Juge
Seigneur de Bagnolet , auffi Fermier Général . Celui
qui vient de mourir , avoit épousé Catherine- Hilaire
Bernard de Montgermont , fille unique , & seule
héritiere de feu Jacques Bernard , Seigneur de
Montgermont , Prengy , Brinville , Hocquay ,
partie & de Neu llan , Lieutenant des Chaffes de
Fontainebleau , mort en 1695. & d'Anne - Marie le
Jay de la Neuville ; il la laiffe veuve , âgée de 44-
7. à 45. ans , & mere de deux fils .
en
Le 23. Dame Louife de Gontaut de Biron , veuve
sans enfans , depuis le 13. Octobre 1724. de Jo
seph Marie d'Urfé de Lafcaris , Marquis d'Urfé
& de Baugé , Comte de Sommerive , Grand Bailli
de Forez , ci - devant l'un des Seigneurs affidus auprès
de la Perfonne du Dauphin , Ayeul du Roy
Louis XV. & Capitaine - Lieutenant de fa Compagnie
de Chevau -Legers , auparavant Lieutenant des
Gardes du Corps du Roy , & Lieutenant Général
au Gouvernement du Haut & Bas Limofin , avec
lequel elle avoit été mariée le 19. Septembre 1684.
mourut à Paris , âgée d'environ 77. ans . Elle avoit
été élevée Fille d'Honneur de Madame la Dauphine
, Ayeule du Roy regnant. Elle fut depuis Dame
d'Honneur de Marie- Anne de Bourbon , Légitimée
de France , Princeffe Doüairiere de Conty, morte le
3. May dernier. Elle étoit fille de François de Gon
taut , Seigneur de Biron , Baron de S. Blancard ,
Lieutenant Général des Armées du Roy , mort le
22. Mars 1700. & d'Elisabeth de Coffé de Briffac
more
1464 MERCURE DE FRANCE
morte le 18. Décembre 1679. Elle a fait fon Léga
taire universel , Charles Antoine de Gontaut de
Biron , son neveu , apellé le Marquis de Gontaut ,
Colonel d'un Régiment d'Infanterie , & troifiéme
fils du Maréchal Duc de Biron.
Le 25. Henriette- Françoife de Bullion , Demoiselle
de Montlouet , mourut à Paris , âgée de 71. ans.
Elle étoit fille de François de Bullion , Marquis de
Montlouet , de Maule , & de S. Amand , Comte de
Preuves , Premier Ecuyer , & Commandant la
Grande Ecurie du Roy , mort au mois de Juillet
1671. & de Louise - Henriette- Marie Rouault , Da
me de Thiembrune , morte le 18. Avril 1687
Le 26. Louis-Marie Victoire Fouquet , Chevalier
de l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem , mourut
à Mets en bas âge. Il avoit été reçû Chevalier de
Minorité dans le Prieuré de France , au lieu de
celui de Champagne , dans lequel il étoit né , par
an Brefparticulier. Il étoit second fils de Louis-
Augufte Fouquet , Comte de Belle - Isle & de Gisors
, Chevalier des Ordres du Roy , Lieutenant
Général de ses Armées , Gouverneur de la Ville
de Mets , & Commandant dans les trois Evêchés ;
& de Dame Marie- Therefe - Cafimire- Emmanuelle-
Geneviève de Bethune , fille du Comte de Bethune,
de la Branche de Selles , Maréchal de Camp des
Armées du Roy , Grand Chambellan du Roy de
Pologne , Duc de Loraine , & de D. Henriette de
Harcourt de Beuvron , foeur du Maréchal d'Har
court.
EX
JUIN. 1739. 146
EXTRAITd'une Lettre écrite de Manosque
´en Provence, au mois de May dernier, sur la
mort du Marquis de Villeneuve.
E 22. Avril dernier Laprès na nous eûmes la douleur ,
cette Ville M. le Marquis de Villeneuve , Seigneur
de Clumens , Puimichel , Caliaus , &c . âgé d'environ
82. ans. Il avoit épousé en 1695. Mlle de Saint
Etienne , encore vivante ; il laiffe de son mariage
deux fils & une fille : l'aîné épousa à Paris en 1727:
la veuve du Président de Fortia ; le cadet , qui eft
Ecclefiaftique , fut nommé en 172 5. à l'Abbaye de
S.Gildas de Rhuis , Diocèse de Vannes en Bretagne.
Le Marquis deVilleneuve étoit refpecté ,aimé & efti
mé de tous ceux qui le connoiffoient . Une fi grande
perte pour cette Ville,& pour tout fon voifinage, ex
cite d'autant plus nosjuftes regrets , qu'il étoit l'Arbitre
général de tous les differends qui furvenoient
dans le Pays , il prévenoit d'ailleurs & affiftoit dans
leurs befoins les Perfonnes affligées du côté de l'indigence.
Il s'épuisoit lui-même pour foulager la mifere
d'autrui. Enfin il regardoit une journée comme
perdue pour lui , celle où il n'avoit pû rendre quel.
que fervice , & il ne s'en paffoit prefque aucune dans
laquelle il n'eût obligé quelqu'un. Tout étoit digne
en lui de fon illuftre Naiffance , & de son antique
Nobleffe , qui depuis les siècles les plus reculés
, a tenu l'un des premiers rangs dans cette Province
, &c. La Maison de Villeneuve porte de gueu
les , à trois Lances frettées d'Or , accompagnées de
petits Ecuffons d'Argent , & sur le tout un Ecuffon
Azur à la Fleur-de - Lys d'Or.
On a omis dans le premier Volume de Juin , de
marquer
1466 MERCURE DE FRANCE
marquer que M l'Abbé de Farcy de Cuillé Evêque de
Quimper , a deux freres , l'un Confeiller au même
Parlement , & le Chevalier de Cuillé, Chevalier de
Malthe , Enfeigne de Vaiffeaux , actuellement fur
le Danube , au Détachement que la Religion a envoyé
au fecours de l'Empereur . La Famille des
Farcy , porte Fretté d'Or d'Azur ; elle a donné
plufieurs Confeillers & Préfidens au Parlement de
Rennes , fous le nom de Farcy de la Daguerie , &
de Pontbriant .
La Dame du Moulin , la mere , ( d'une Branche
établie depuis peu en Bretagne ) fort d'une très - ancienne
Maifon , qui a produit de Grands Hommes ,
entre - autres , Pierre du Moulin , Archevêque de
Toulouse , Denis du Moulin , Evêque de Paris , &
Cardinal. Les Armes de cette Maison , sont d'Argent
à la Croix anchrée de Sable , chargée au milieu
d'une Coquille d'Or. Elle a des Alliances avec les
plus grandes Maifons , comme celles de Courtenay,
de Rouvroy , de S Simon , de Villiers de l'Isle
Adam , de l'Hopital , de Beauveau , Fleurigny ,
d'Efpence , Bochart , Champigny , &c.
HXXXXXX ***
ARREST NOTABLE , &c.
A
RREST du 11. Avril dont la teneur fuit?
Le Roy étant informé qu'on répand depuis
quelques jours dans le Public , un Mémoire imprimé
fans nom d'Auteur ni d'Imprimeur , fans Privilege
ni Permiffion , fous le titre de Mémoire pour
PUniverfité , où l'on montre qu'elle ne peut révoquer
fon Apel , Sa Majefté auroit jugé à propos de s'en
faire rendre un compte exact , & Elle auroit reconnu
que, foit par les invectives , les déclamations:
vior
JUIN. 1407 1739
violentes , & les faux principes qu'on y a raffemblés
contre une Décifion de l'Eglife , qui eft devenue
Loy de l'Etat , foit par la malignité &
l'emportement qui regnent dans le ftyle de cet
Ouvrage , ou par la témérité avec lesquelles on ofe
s'y élever contre les Perfonnes les plus refpectables,
on ne peut regarder un tel Ecrit , que comme un
Libelle féditieux & diffamatoire , qui ne tend qu'à
émouvoir les efprits , & à les prévenir , ou même
à les foulever également contre les deux Puiffances
que Dieu a établies fur la Terre , pour y maintenir,
Par leur concorde , la paix & la tranquillité publique
: Qu'il eft même d'autant plus important d'arrêter
promptement le cours d'un Ouvrage fi condamnable
, qu'on affecte de diftribuer en même
temps une nouvelle Edition qu'on a fait faire d'un
ancien Ecrit intitulé , Expofition des motifs de l'Apet
interjetté par l'Univerfité de Paris le 5. Octobre 1718 .
c. ce qui ne peut avoir pour objet , que de favorifer
& de renouveller en quelque maniere , de pareils
Apels , contre la difpofition de la Déclaration
du 4. Août 1720. à quoi étant néceffaire de pourvoir
, le Roy étant en fon Confeil , a ordonné &
ordonne , que ledit Ecrit intitulé , Mémoire pour
PUniversité, où l'on montre qu'elle ne peut révoquer
fon Apel , fera & demeurera fuprimé , comme contenant
des propofitions & des expreffions téméraires
, contraires au refpect & à la foumiffion dûs aux
deux Puiffances , tendantes à émouvoir les efprits ,
& à troubler la tranquillité publique ; Enjoint à tous
ceux qui en ont des Exemplaires , de les remettre
inceffamment au Greffe du Sieur Herault , Confeiller
d'Etat , Lieutenant Géneral de Police , pour y
y être lacerés : Fait Sa Majesté très-expreffes inhi
bitions & défenſes à tous Imprimeurs , Libraires ,
Colporteurs & autres , de quelque état , qualité ou
condi2468
MERCURE DE FRANCE
condition qu'ils foient , d'en imprimer , vendre
débiter ou autrement diftribuer , à peine de punition
exemplaire : Ordonne que pardevant ledit Sr Herault
, & à la requête du Procureur de Sa Majeſté
au Châtelet , il fera informé contre ceux qui ont
imprimé ou fait imprimer , vendu ou diftribué
ledit Mémoire , pour être enfuite procedé contre
eux fuivant la rigueur des Ordonnances : Ordonne
en outre Sa Majefté , que ledit Ecrit intitulé , Expofition
des motifs de l'Apel interjetté par l'Univerfité
de Paris le s. Octobre 1718. &c. enſemble tous autres
Ecrits tendans à faire valoir encore , оц même
à renouveller de pareils Apels , feront & demeureront
fuprimés , à l'effet de quoi , ceux qui en ont
des Exemplaires , feront tenus de les remettre audit
Greffe de la Police , &c .
Ji
APROBATION.
'Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le second Volume du Mercure de France du
mois de Juin , & j'ai cru qu'on pouvoit en permettre
l'impression. A Paris , le premier Juillet 1739.
HARDION.
TABLE.
IECES FUGITIVES. Ode à l'Imitation
d'Horace , & c. 1257
Suite & fin de la VI. Lettre fur l'Hiftoire du Niver-
" nois ,
Continuation des Plaintes d'Adam ,
1259
1270
Méthode pour trouver la déclinaison des Plans ver-
-ticaux , &c. & figure 1273
Les
trois Louches , Fable , &c. 1289
tinuation de l'Extrait du VI . Tome des Annales
Bénedictines , & Remarques , & c.
Le Savetier Critique , Conte ,
1290
1301
Observations sur quelques anciens Monumens découverts
en creusant la Fontaine de Nîmes, 1303
Ode d'Horace , Traduction ,
1318
Extrait d'une Differtation fur la nature du Feu , 1320
Les deux Asnons , Fable , 1329
Lettre au fujet des Traductions des anciens Poëtes
&c.
Madrigal ,
Conjectures fur l'origine des Vents ,
Le Pauvre & le Riche , Fable ,
1330
1343
1344
1345
Lettre fur les Bureaux pour la Mufique & fur les
Bureaux pour les Enfans fourds & muets , 1346
Enigme , Logogryphes , 1350
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS;
& c. 1354
Lettre de l'Abbé Carbasus , fur la mode des Inftrumens
de Mufique, avec l'origine de la Vielle, 1357
L'Arithmétique des Géométres , 1361
Traité fur les Lettres de Change , &c . 1362
Suplément au Corps Universel Diplomatique du
Droit des Gens , &c. 1364
Morts d'Hommes Illuftres , 1364
Estampes nouvelles , Portraits et Vers , 1366
Livre de Chamarures , & c. 1369
Collection de Jettons , &c. 1372
Sr Lebas ,
Nouvelles Lunettes à refléxion , ou Télescopes du
Lettre au fujet de la Penfion d'Alfort ,
1374
1375
1383
Traité de la Révocation de nullité des Donations ,
& c.
Quvrage & Portrait de M. Haudel , Muficien, 1384
Elixir fouverain du Sr Gabriel , Chymifte , &c. ibid
Bandages du Sr Sorraiz , &c. 1385
Spectacles
Spectacles. Les Fêtes d'Hebé , ou les Tafens Ly
ques , Ballet ,
,
Troupe de Comédiens à Compiegne ,
Extrait de la Tragédie de Sethos
Nouvelles Etrangeres . Turquie et Perse ,
Allemagne , Dannemarck ,
13
13
3.41
142-
142
Italie, Naples, Isle de Corse & Grande-Bretagne, 142
Morts , Naiffance des Pays Etrangers , 14
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 143
Fête à Moulins , fur la Paix , 1437
Publication de la Paix à Paris , 1439
Dîner-Souper à l'Hôtel de Ville , 1444
Feu d'Artifice , & c.
1448
Recette de Mlle Stephens , pour la Pierre , 1452
1457
Morts , 1461
1466
Spécifique contre l'Apoplexie ,
Arrêt Notable ,
Errata du premier volume de Juin.
Page 1073. ligne 14, &,brez cemot& lisez frere du dermer Evêque de Viviers & de l'Evêque
d'Apt d'aujourd'hui .
Fautes à corriger dans ce Livre.
1.
Page 1291. ligne re.novitus, lisez, novitiis. Ibid. ligne 15. Diutz , l. Duitz. P. 1293. 22. Herbepolis
, 1. Herbipolis . P. 1305. l . 13. notre entiere ,
1. entierement notre . P. 1306. l . 13. derriere , l. au
dos. P. 1308. l. 15. le courant de la Source partoit ,
1. la Source couloit. P. 1349. l. 1. compris , l. entend
. P. 1400. l . 20. dix , l. onze. P. 1445. l. 13 .
de , l. en. >
La Planche gravée doit regarder la page
La Planche de l'Illumination , la page
1288
1450
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT
MAY. 1739.
QURICOLLIGIT
SPARGIT
Chés
Papillos
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques .
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ;
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XXXIX.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
.
$ 34 MERCURE DE FRANCE
La Coquette n'aura ni Galant ni Tendreffe ;
Phébus abjurera la Langue du Permesse ;
Thomas Diafoirus ne paroîtra plus
Sot.
L'yvrogne abhorrera le doux jus du
Les jaillissantes Eaux seront sans
L'Officier ne sçaura ce que c'est qu'une
Qn verra les Agneaux devenir
Freffoir ;
Réservoir ;
Mine.
Furieux ;
Le Parterre siffler Atys &
Proserpine ;
Si je fais Bouts -Rimés , plaisans ou
Sérieux.
Le Maire.
DISSERTATION
du R. P. Tournemine,
sur le Témoignage de Josephe , en faveur de
JESUS -CHRIST , adressée à M. D. L. R.
P
Ourquoi , Monsieur , votre amitié impérieuse
exige- t'elle de moi que je vous
écrive mon sentiment sur le fameux témoignage
* de Josephe ? Livre XVIII. Chap. 4.
* Ce témoignage contient ce qui suit , fidelcment
traduit sur le Texte Grec de Josephe . En ce
meme-temps parut JESUS , Homme fage ; fi toutefois
on doit l'apeller un homme ; car il fit une infinité de
Prodiges , il enfeigna la Verité à tous ceux qui la
des
MAY. 1739% 839
des Antiquités. Plus de quatre-vingt Ecrivains
ont exercé leur Esprit sur le même sujet
; n'ont- ils pas épuisé la matiére , &
m'ont-ils laissé quelqu'Argument , quelque
conjecture pour ou contre à déterrer ? Seriez
-vous content si ma déférence pour un
Ami sçavant & curieux ne produisoit qu'une
compilation ? Non , sans doute , & je serois.
plus mécontent que vous ; mais l'amitié vous
fait présumer que je pourrai donner un nouveau
jour à cette Question , embarrassée par
tant de disputes sans fin. J'atends moins de
mon travail, je tenterai pourtant l'entreprise ,
& les Lecteurs sans prévention , jugeront
peut -être que j'ai poussé quelques preuves
plus loin qu'on ne les avoit poussées , que
j'ai rendu plus sensible la foiblesse de quelque
objection spécieuse , & la hardiesse des.
conjectures que nos Adversaires proposent
avec le plus de confiance , enfin,que j'ai donné
1
voulurent entendre. Il eut plufieurs Difciples qui embrafferent
fa Doctrine , tant des Gentils que des Juifs .
Il étoit le CHRIST ; ( S. Jérôme lit , credebatur effe
Chriftus ) & Pilate , pouflé par l'envie des premiers
de notre Nation l'ayant fait crucifier , cela n'empêcha
pas que ceux qui avoient été attachés à lui dès le
commencement , ne continuaffent à l'aimer. Il leur
aparut vivant trois jours après ſa Mort ; les Propbetes
ayant prédit & fa Réſurrection , & plufieurs autres
shofes qui le regardoient. Et encore aujourd'hui la
Secte des Chrétiens fubfifte & porte fon Nom.
A iij 2
836 MERCURE DE FRANCE
à la dispute un tour plus arrangé & plus dégagé
d'incidens & de disgressions , & par
conséquent plus net & plus facile à comprendre
.
C'est, je le repete , le désir de vous plaire,
plus que l'interêt de la Religion , qui me fait
entrer dans ce combat Litteraire. Le Christianisme
reçoit , à la vérité , quelque avantage
du Témoignage de Josephe , mais il peut
s'en passer : La certitude des Faits sur lesquels
il est fondé , brille d'une évidence fi
pleine , fi constante , fi autorisée par les ennemis
même de notre sainte Religion , les
Juifs , Celse , Porphyre , Julien l'Apostat ,
que le Témoignage de l'Historien Juif peut
paroître superflu.
Pour bien juger de la conteftation , transportons
- nous d'abord au temps de sa Naissance
.
L'Eglife étoit , après quatorze fiecles de
poffeffion tranquille , en état de regarder le
témoignage de Josephe comme hors de
toute atteinte , quand au milieu du seizième
fiécle on commença d'en contefter la validité.
Sebaftien Lepufculus , Allemand, a écrit
que Giphanius , Jurisconsulte , soupçonnoit
quelque Chrétien d'avoir suposé ce témoignage
: Lepufculus n'en convient pas , & réfute
folidement ce foupçon. Luc Ofiander
s'eft expliqué plus nettement dans un Abregé
de
MAY. 17397 837
de l'Hiftoire Eccléfiaftique , une raison bien
foible l'a déterminé. Jofephe , dit- il , auroit
dû profeffer le Christianisme , s'il pensoit ce
que le Passage exprime ; le Passage ne contient
rien que Josephe n'ait pû dire sans être
Chrétien , nous le montrerons .
Voilà l'origine des doutes & des disputes
sur ce Témoignage ; & dans quel temps devient-
il incertain ? Quand Luther , quand
cette foule de Novateurs , ayant renversé
toutes les bornes qui gênoient la témérité ,
soûmettent à leur examen les Jugemens de
tous les fiécles passés , se livrent aux conjectures
les plus bizarres ; c'eſt dans l'Ecole de
ces Novateurs , que les Censeurs de Josephe
se sont enhardis à proposer les doutes les
moins fondés contre son Témoignage .
Il est vrai que la crédulité de quelques
fiécles où le goût du merveilleux & des fictions
pieuses , avoit regné , offroit une ample
matiere à la critique ; mais comme il arrive
d'ordinaire , que les Révoltés , après
avoir secoué le joug de l'autorité , ne s'arrêtent
pas à la réforme des abus , vain prétexte
de leur révolte ; qu'ils se laissent emporter
l'amour outré de la liberté , & qu'ils attaquent
les usages les plus sagement établis
l'esprit de nouveauté , fier de son succès
-dans la destruction des fables , ose pousser
l'audace de ses supofitions arbitraires jusque
A iij
à
sur
333 MERCURE DE FRANCE
sur les vérités reconnuës. Le foible de notre
Esprit est de douter aisément , & on s'affectionne
aux doutes , par l'orgueil secret de ne
pas penser comme le Public ; cette distinc-"
tion flate , & flate mal - à- propos , elle flate
pourtant. On devroit s'apercevoir qu'être
different du reste des hommes , est plus souvent
un défaut qu'une perfection.
Enfin , après quatorze fiécles , des Novateurs
forment , proposent des doutes sur le
Témoignage de Josephe en faveur de JESUSCHRIST
ce sont des Chrétiens ; mais ce
sont des Chrétiens séparés du reste des Chrétiens
; des Chrétiens révoltés contre l'autorité
qui gouverne les Chrétiens : faut- il les
écouter? Les écouteroit -on dans un Tribunał
légitime & sage ? Ils avoient que tous les
Manuscrits , sans exception d'un seul , contiennent
le Témoignage contesté , que pendant
quatorze fiécles personne ne l'a révoqué
en doute ; ils ne viennent proposer que
des doutes , des soupçons , des conjectures
,
les écouteroit - on dans aucun Tribunal ?
Ecoutons- les cependant , & confondonsles
.
Qu'alléguent ces hommes suspects contre
le consentement de quatorze fiècles , contre
l'autorité de tous les Manuscrits ?
1°. Quelques Docteurs de l'Eglise , Juftin,
Clement Alexandrin , Origene , n'ont point
aporté
MAY.
8.39
1739.
sporté ce Témoignage en disputant contre
les Juifs , Photius n'en fait pas mention dansl'Extrait
de Josephe.
2º. Il paroît que ce Témoignage est ajot
té, & qu'il interrompt la narration.
3°. Le ſtile est different du ftile de l'Hifto
rien Juif.
4° . Enfin Josephe n'a pû parler de Jesus--
CHRIST , Comme il en parle , s'il n'étoit
Chrétien , &. sûrement il ne l'a jamais
été.
Toutes les objections de nos adversaires se
réduisent à ces quatre difficultés .
Avant que de les résoudre, arrêtons - nous
un peu à confiderer l'excès véritablement
déraisonnable des conjectures de quelquesuns
de nos adversaires.
Cloppenbourg & Suellius imaginent ce que
Josephe avoit écrit , ils suposent qu'il s'exprimoit
de la maniere la plus injurieuse pour
JESUS-CHRIST & pour sa sainte Mere , & ils
présument qu'un Chrétien a substitué ces
que nous lisons. Sur quelle preuve apuyentils
une conjecture fi hazardée ? Sur aucune ,
ils devinent. En vérité un esprit entraîné par
l'imagination ,, ppaarr la corruption du coeur ,
par l'incrédulité , s'éloigne étrangement de.
la raison.
D'autres accusent Eusebe de la supofition
de ce Témoignage. La plus légere refléxios
Av leur
840 MERCURE DE FRANCE
leur auroit fait sentir combien le Projet qu'ils
attribuoient à un homme sage , seroit peu
sage . Eusebe auroit-il suposé un Passage de
Josephe sans néceffité , certain d'être convaincu
par tous les Manuscrits qui existoient ?
Personne ne réclame cependant , pas même
Julien l'Apostat , témoin de la fraude : Ce
soupçon a-t-il la moindre ombre de vraisemblance
P
Faisons encore une réfléxion suffisante ,
pour déterminer toutes les Personnes sensées ..
Comparons les Censeurs du Témoignage
avec ses Défenseurs .
Je le vois reçû , cité par Eusebe , par S. Jérôme
, par S. Ambroise , par S. Ifidore de
Peluse , par Sozomene , par Caffiodore , qui
avoit tout lû , & affemblé tous les Manuscrits.
Ils l'ont cité sans être contredits..
Chaque fiécle , pendant quatorze cent ans , a
produit de nouvelles autorités en faveur du
Témoignage.
Quand il est attaqué après une fi longue &
fi paifible poffeffion , les Auteurs les plus
distingués par leur Erudition , les Critiques :
les plus fensés & les plus suivis se déclarent
pour l'autenticité du Témoignage ; Sixte de
Sienne , Baronius & Casaubon , fi oposés :
l'un à l'autre , & d'accord sur cet Article ,
Polevin , Bellarmin , Henri Valois , François
de Roye , M. Huet , le Pere Pagi , le
3.
Pere
MAY 17398 841
Pere Alexandre , M. de Tillemon , le Pere
Bonjour , le Pere Honoré de Sainte Marie
M. l'Abbé d'Houteville .
"
Les soupçons nés dans les Sectes Protestantes
, ont été combattus , détruits par les:
plus doctes Protestans , après les Centuriateurs
; par Munster , Schikard , Casaubon ,
Calixte , Voffius le Pere , Alting , Cocceius
Christophe Adam , Rupert , Bosius , Reinefius
, Multerus , Virdung , Vitfius , Videlius ,
Grabbe : j'omets , plufieurs autres Proteftans .
moins célebres , qui ont foûtenu avec chaleur
que ce Témoignage étoit légitime.
L'Angleterre , fi féconde en opinions fingulieres
, fi rigoureuse dans l'examen des
Preuves de la Religion , condamnable assû
rément de l'excès de cette rigueur , a vû ses
Ecrivains les plus sçavans , ses Critiques less
plus écoutés , Usserius , Cave , Spencer , Parker
, Hudson , s'élever contre les Conjectu--
res hazardées des Cenfeurs audacieux du
Témoignage. Vhiston , le téméraire Vhiston
, dont nulle borne n'arrête la critique , a
entrepris dans une Differtation imprimée , la
défense du même Témoignage..
Je ne dois pas oublier ni Isaac Voffins , f
versé dans la lecture de Josephe , son Ecrivain
favori , Isaac Voffius , qu'on ne peur
foupçonner de crédulité , il s'en faut beau
Coup ; ni Charles d'Aubur , Prêtre Anglicans,
A vi, qui
842 MERCURE DE FRANCE
qui , dans un Ouvrage Latin , a épuisé la
Queſtion , & renversé sur les Censeurs du
Témoignage , toutes leurs Objections ; ni
David Martin , Miniftre Prétendu Réformé,
réfugié en Hollande , dont la Differtation
véritablement fçavante , véritablement judicieuse
, a paru en 1717. à Utrecht.
Les Critiques du Témoignage foûtiendront-
ils la comparaison ? Luc Öfiander est
suivi de Cloppenbourg , de Suellius ; j'ai déja
fait connoître l'étrange égarement de leur
imagination , ils ne voyent pas dans tous les
Manufcrits de Josephe ce qu'on y lit , ils y
voyent ce qui n'y fut jamais , ils rêvent ce
que Jofephe y avoit mis , felon eux , & les
raifons qu'ont eu les Chrétiens de ſubſtituer
ce qu'on lit , ce qu'on a lû pendant quatorze
fiécles dans tous les Manuscrits: au refte ils ne
confirment leur conjecture purement_arbitraire
, par aucune preuve ; c'eſt un vrai fonge.
Christophe- Adam Rupert , connu par. des
Eclairciffemens doctes , sages , exacts sur
plufieurs Auteurs anciens , Critique sûr ,
réfuta par des Lettres écrites à Suellius qu'on
lit dans le Recueil de Christophe Arnold
imprimé séparément , & réimprimé dans la
derniere Edition de Jofephe , qui a paru en
Hollande .
les
Louis Cappel , hardi Conjectureur , & déclaré
pour la fupofition du Témoignage de
JoMAY.
843 17397
,
Jofephe , ne put goûter les vifions de Eloppenbourg
& de Suellius , & il en montra ›
la témérité , dans une Lettre écrite à Clop--
penbourg. Néanmoins la Secte Protestante
, toujours contraire à l'Antiquité , fournit
des nouveaux Cenfeurs du Témoignage.
Blondel n'omit rien pour le rendre fufpect.
Mais perfonne ne fe fignala plus dans cette
infulte,faite aux Saints Peres, que Taneguy *
Le Febvre , habile Litterateur, mais Critique
Avanturier , Apoftat de la Religion Catholique
, dont les Ecrits découvrent l'irréligion
& la corruption de moeurs , qui en étoit la
caufe ; il attaqua avec autant de chaleur que
d'audace le Témoignage , & ofa même avancer
qu'Eufebe l'avoit suposé , conjecture infoûtenable
, je l'ai fait voir. N'est- ce pas une
forte préfomption en faveur de la Religion
que deux admirateurs , deux Commentateurs
de Lucrece , Gifanius & Le Febvre . fe
foient efforcés de réfuter le Témoignage ?
Gifanius a le premier de tous , imprimé quelque
chofe là - deffus . Le Febvre a combatu le
Témoignage avec une espece d'acharnement ;
leur motif frape les yeux. De Roye , Sçavant
eftimé, réfuta exactement Le Febvre ,dans une
Differtation Latine, imprimée à la fin de fon
Hiftoire Latine de Berenger. La foibleſſe de
l'Ouvrage de Le Febvre , découverte CC
par
* Epiftola ad Chabrolium.
>
Cri844
MERCURE DE FRANCE
Critique judicieux , fut démontrée , renver
sée par l'Illuftre M. Huet, Ami de Le Febvre,
dans fa Démonftration Evangélique,Tome I..
page 32. de la troifiéme Edition .
Il manqueroit quelque dégré de probabi-
Lité à cette Preuve de notre Religion , fi Le
Clerc & Simon ne l'avoient pas combatuë ,
toujours occupés à répandre des doutes sur
les Faits , sur les Raisons qui confirment la
Foi. Leur filence sur ce Témoignage en auroit
marqué du mépris , ils en ont fenti l'importance
, puifqu'ils l'ont attaqué. Je n'examine
point fi les Differtations qu'ils ont imprimées
sont leur Ouvrage , ou s'ils les tenoient
de la main de deux autres Ecrivains
dont la réputation en matiere de Critique ,
eft affés mal établie ; je ne ferai attention
qu'aux foupçons que ces Differtations tâchent
d'infinuer , elles ne contiennent rien
qui doive allarmer. Le Pere Honoré de
Sainte Marie , & M. l'Abbé d'Houteville
font les derniers , qui , parmi nous , ſe ſoient
oposés aux Critiques indifcrets. Le Pere
Honoré , trop attaché à l'interpretation qu'il
donne au Paſſage , s'est exposé à des Répliques
embarassantes . M. l'Abbé d'Houteville
, dans La Religion prouvée par les Faits,.
page 77 : a réuni dans un point de vûë & de
force les raisons , assûrément convaincantes,
qui établissent l'autenticité du Témoignage :
ces :
MAY. 17396
345
ces Faits , ces raisons ont reçû un nouveaus
jour , une nouvelle fermeté du tour ingénieux
, clair , élegant , arrangé , qu'il sçair:
donner à tout ce qu'il écrit.
Nos Adversaires ont mis tout en usage:
pour groffir leur petit nombre ; ils se glorifient
du suffrage de plufieurs Sçavans sur des
raports fort incertains , ils imposent hardiment
à d'autres. Paganin s'est plaint que
Salmeron , Salien , Mafcardi , ne regardoient:
pas Josephe comme un Historien sans défaut
; c'en eft assés pour que Suellius orne:
faussement de ces noms illuftres , la Lifte
des Cenfeurs du Témoignage de Josephe..
Salmeron n'en a jamais parlé. Salien , le
docte Salien , si prévenu contre Josephe
qui ne lui pardonne rien , qui pouffe trop
loin sa rigide censure contre un Historiens
estimable , quoique fort éloigné de l'infaillibilité
, Salien reçoit le Témoignage pourlégitime
dans la Préface du 20. Tome de ses
Annales.
93
Parlons encore de deux Sçavans qui joüent :
un Perſonnage remarquable dans cette Dispute
, Lambecius & Daubur: Lambecius a
pris un parti vraiment fingulier , Tome VIII .
de ses Coinmentaires Latins , De Bibliotheca
Casarea , page 4. & suivantes ; il reconnoît
que le Paffage contesté est de Josephe , qu'il :
n'est point alteré ; mais il prétend , & pré-e
ten .
146 MERCURE DE FRANCE
il
tendra seul , que c'est une fine ironie , que
Josephe n'a eu en vûë que de décrier JESUSCHRIST
; il dépense beaucoup d'esprit , met
à la torture & son imagination , & la fignifi
cation naturelle des termes : après tout ,
ne laiffe au Lecteur quel'étonnement, qu'une:
pareille idée soit venuë à un Critique sçavant
d'ailleurs , & partout ailleurs sensé : exemple
qui doit inspirer de la défiance pour les
routes écartées..
Daubur , François réfugié en Angleterre ; .
ne s'en est pas assés défié. Il remporteroit
une pleine victoire sur les Critiques trop audacieux
dans son Ouvrage Latin sur ce Té--
moignage,fi lui-même n'y hazardoit une conjecture
, que le Texte de S. Paul contredit
évidemment. Il réunit dans une seule Personne
Epaphrodite & Epaphras , fi distingués
par l'Apôtre , & distingués par deux noms
d'une étymologie & d'une fignification trèsdifferentes
, Epaphras , écumeux , Epaphrodite
, agréable. Il ne s'arrête pas là , il transforme
ces deux hommes , l'un , Apôtre de
Colosse , l'autre , Apôtre de Philippe , en
un troisième , avec lequel ils n'ont rien de
commun , dans Epaphrodite , Affranchi de .
Neron , Ami de Josephe , pour qui l'Historien
Juif a composé les Antiquités Judaïques.
Les Lecteurs doivent maintenant apliquer.
la
MAY. 1739. 847
Ia comparaison , s'ils sont versés dans l'Histoire
Littéraire . S'ils pesent le mérite des
Ecrivains dans une juste balance , le poids.
de l'autorité des Défenseurs du Témoignage,
l'emportera infiniment sur l'autorité légere
des Censeurs qui l'ont attaqué .
Je me suis arrêté à ces dehors de la Question
, sans craindre néanmoins d'entrer dans
le fond de la Dispute. Je vais examiner scrupuleusement
les Objections de nos Adversaires
; ils en proposent quatre.
PREMIERE OBJECTION.
,
Si le Témoignage est depuis quelques siècles
dans tous les Manuscrits , il n'y a pas toujours
été. Clément Alexandrin , Justin , Tertullien
Origene , Saint Chrysostême , Theodoret , Pho
tius , ne l'ont pas lû dans les Manuscrits de
leur temps , ils l'auroient cité , surtout écrivant
contre les Juifs.
REPONSE..
Pour que l'Objection eût quelque force ,
il faudroit que les Anciens , sur lesquels on
s'apuye , eussent écrit que le Témoignage
n'étoit point dans Josephe ; ni ces Auteurs ,
ni aucun autre ne l'a dit. Ils ne l'ont
pas
cité , dit- on , avec complaisance. Avant que
prononcer si affirmativement , ne faudroit-
il pas avoir sous les yeux tous leurs
de
Our
348 MERCURE DE FRANCE
S
Ouvrages ? Sçait- on s'ils ne l'ont point cité
dans tant de leurs Ecrits dont nous regreton
la perte ? Disons plus , ont - ils dû le cite
dans ceux qui nous restent ? Il ne paroît pas
que Clement Alexandrin ait eu occafion
d'avoir recours à ce Témoignage . Justin ,
Tertullien , Origene , Saint Chrysoftôme ,
n'ont pas dû le citer , ils sentoient qu'on
rétorqueroit contre eux cette citation imprudente
. Vous faites grand fond tous , auroit-
on dit , sur les aveux de Josephe , cependant
il n'a pas abandonné le Judaïfme.
Son exemple fait sur nous plus d'impreffion
que ses discours ; ainfi le Témoignage n'étoit
pas une preuve pour les Juifs , qui
d'ailleurs ont un grand mépris pour Josephe .
Donc on n'a pas dû leur alléguer ce Témoignage
en écrivant contre eux. Justin , Tertullien
, Origene , S. Chrysostôme l'ont lû
dans leurs Manuscrits , & ne l'ont pas cité ,
parce qu'ils n'ont pas jugé à propos de le
citer. Origene , dans sa Réponse à Celse
raporte ce que Josephe a écrit de S. Jean-
Baptiste & de S. Jacques , il ne craignoit pas
la rétorfion . Ces aveux de Josephe étoient
d'autant plus importans , qu'il avoit conservé
plus d'attachement pour le Judaïsme .
Juif opiniâtre , ne reconnoiffant pas JESUS-
*
* Origene , Livre I. contre Celse , sur le Chapitre
XIII. de S. Mathien .
CHRIST
MAY . 849
1739.
و
CHRIST pour le Meffie. Il confeffoit cepen
dant , que son Précurseur , celui qui l'avoir
annoncé aux Juifs , étoit un saint homme
d'une morale pure , fi révéré de la Nation
qu'on crut communément que Dieu avoit
vengé sa mort par la défaite entiere d'une
Armée d'Herode . Il reconnoiffoit que Saint
Jacques étoit d'une vertu admirée , & qu'on
se souleva contre la violence & l'injustice de
sa mort , dont l'Auteur porta bientôt la
peine.
Quelques réfléxions ôteront à l'Objection
tout ce qui lui resteroit de force. Justin se
propose d'établir J. C. eft le Meffie , par
la seule autorité des Prophetes , reconnus
par
que
les Juifs. Tertullien a écrit dans le même
dessein. Le Témoignage de Josephe n'entroit
point dans leur projet. Nos Adversai
res , pour rendre l'Objection plus pressante ,
font dire à Origene , à Theodoret , que Josephe
a nié que J. C. fût le Meffie , ils ne le
disent pas. Theodoret dit qu'il n'a pas crû
la Prédication Chrétienne. Origene dit qu'il
n'a pas trop crû que J. C. fût le Meffie. Je
ne me prévaudrai pas du défaut de mémoire
d'Origene , il altere un peu le Passage de
Josephe touchant Saint Jacques , en le raportant
, il fait dire à l'Historien Grec plus
qu'il ne dit. J'en pourrois conclure qu'il
n'avoir pas. à la main les Manuscrits de Josephe
,
850 MERCURE DE FRANCE
phe , & qu'ainsi son inattention au Passage
qui regarde J. C. doit moins surprendre , je
néglige cette remarque on n'a recours à
des argumens foibles , à des conjectures ,
que dans la disette de preuves convaincan-
>
tes . Elles ne me manquent pas .
Pour Theodoret , nos incredules ou l'ont
lû avec une étrange précipitation , ou l'ont
raporté avec une coupable infidélité . Theodoret
dit à la fin de son Commentaire sur
Daniel , que Josephe n'a pû se déterminer à
eacher la vérité , quoiqu'il n'ait pas été docile à
la Prédication Chrétienne, Cette proposition
génerale de Theodoret , insinue affés clairement
, que ce sçavant Pere n'ignoroit pas le
Témoignage rendu à J. C. par l'Historien
Juif; & qu'on ne dise pas que cet éloge de
la bonne foi de Josephe , ne regarde que ce
qu'il avoue de Daniel. S'il ne s'agiffoit que
du Prophete , pourquoi Theodoret parleroitil
de la Prédication Chrétienne ? J'ai déja
diffipé le doute qu'on veut faire naître du
silence de S. Chrysostôme dans ses Homélies
contre les Juifs , en observant que nous
n'avons qu'une partie de ces Homélies , &
que les Peres n'ont pas dû oposer ce Témoi
gnage à l'incrédulité des Juifs. Je pourrois
en demeurer là , fi je n'avois une preuve ,
assûrément forte , que S. Chrysostome n'a
pas ignoré le Témoignage de Josephe ,
&
qu'il
MAY.
1739. 85x
qu'il en a senti la force. Isidore de Peluse ;
le fidele Disciple du saint Docteur , instruit
par lui -même , l'employe , ce * Témoigna
ge , & le fait valoir. Isidore étoit Critique ,'
& n'auroit pas manqué d'observer que ce
Témoignage ne se trouvoit pas dans quelques
Manuscrits , s'il avoit manqué dans
quelqu'un. Donc ceux qui ne l'ont pas cité ,
ont eu des raisons de ne le pas citer. Leur
silence n'emporte point la suposition du Témoignage
on avanceroit témérairement
qu'il n'étoit pas dans leurs Exemplaires.
>
Ceux qui l'ont cité , avoient des raisons
plus fortes de ne le pas omettre , & ces raisons
ajoûtent un nouveau poids à leur autorité.
Eusebe & Saint Jerôme le raportent en
Historiens. Saint Ambroise l'insere dans un
Abregé Latin de l'Hiftoire des Guerres des
Juifs & des Romains , écrites par Josephe.
Revenons à nos Adversaires ; réduits au
seul Photius,il ne leur restera pas,quand même
nous l'abandonnerions , un Ecrivain du neuviéme
siécle nous incommoderoit-il ? Affoibliroit-
il le témoignage unanime & constant
de plus de sept siécles ? Quel avantage
reste , leur aporte Photius ? A- t- il écrit
le Témoignage de Josephe n'étoit pas dans
* Epift. Lib. IV.
au
que
quelques
812 MERCURE DE FRANCE
quelques Manuscrits , qu'il le regardoit
comme suposé , ou comme alteré ? Non :
Dans un Extrait des Antiquités de Josephe ,
( c'est le CCXXXVIII . Extrait , où l'on ne
reconnoît point Photius , & qui est aparemment
un de ceux que le sage Critique Henri
de Valois assûroit être d'une autre main. )
Extrait informe confus , dont l'Auteur
ne read aucun compte de l'Ouvrage de
Josephe , & se fixe à l'Histoire d'Hero .
de , Extrait où il fait entrer plufieurs Faits
omis par Josephe , entr'autres la Naissance
de JESUS - CHRIST , le Maffacre des Innocens ,
sans avertir que Josephe n'en a point parlé ,
où l'Auteur copie exactement Josephe dans
le récit du suplice de S. Jacques , & n'avertit
point qu'il emprunte de Josephe cette
narration. C'est assûrément conjecturer au
hazard , que de tirer quelques concluſions
d'un parcil Extrait , surtout à l'égard de ce
qui ne s'y trouve pas.
Je suis surpris de n'avoir point aperçu dans
cette multitude d'Ecrits pour & contre le
Témoignage , une remarque importante.
Nous avons dans la Bibliotheque de Photius
de la meilleure Edition ( celle de Rouen ) deux
Extraits des Antiquités de Josephe , l'un au
Titre LXXVI. qui porte le caractere de Photius
dans le tour qu'il donne à ses Extraits &
dans le ftile. Comme il s'y borne à l'Histoire
des
1
MAY. 1739. 853
qu'il
des Pontifes Juifs & à la Vie de Josephe , &
omet tant de Faits importans raportés
dans cette Histoire, parce qu'il les supose trop
connus , ou parce qu'il a coûtume , dans la
plûpart de ses Extraits , de ne s'attacher qu'à
une partie de l'Ouvrage dont il parle , il n'eft
pas surprenant qu'il ne s'arrête pas aux témoignages
touchant JESUS - CHRIST , Saint
Jean - Baptiste , S. Jacques , qui étoient assûrément
fort vulgaires .
L'autre Extrait eft le CCXXXVIII. On
ne comprend pas pourquoi Photius auroit
fait deux Extraits du même Livre , & cette
raison suffiroit pour rendre le second sus
pect , d'ailleurs il est indigne de Photius ;
mais qu'il soit de lui , fi l'on veut , j'ai montré
qu'on n'en peut rien conclure contre le
Témoignage.
9
Le Doute de Photius , repliqueront nos
Adversaires , nous est connu par un autre
Extrait plus exact du Traité de l'Univers
attribué à Josephe , Photius ne peut convenir
qu'il soit de lui , parce que l'Auteur reconnoît
J. C. pour le Meffie.
Nos Adversaires employent à l'ordinaire
les artifices usités , quand on soûtient une
mauvaise cause. Je leur ai déja reproché des
citations infidelles ; il faut encore leur faire
le même reproche.
Photius craint d'attribuer à Josephe le
Traité
54 MERCURE DE FRANCE
Traité de l'Univers , non fimplement parce
que l'Auteur reconnoît JESUS -CHRIST pour
le Meffie , mais parce qu'il y parle de sa
génération éternelle.
Nos Adversaires cherchent encore dans un
autre Extrait de Photius le fondement de quelque
soupçon. Photius , en parlant de Jufte de
Tyberiade dans l'Article XXXIII . reproche
aux Ecrivains Juifs leur filence sur J.Č. Loin
que cet Extrait puiffe donner occafion à nos
Adversaires de soupçoner le Témoignage
de Josephe en faveur de JESUS- CHRIST , il
me fournit une preuve de l'autenticité de ce
Témoignage .
Photius , ce Sçavant d'une lecture immen
se , l'avoit lû , cité par Eusebe , par S. Isidore
, par Sozomene : il l'avoit lû dans les
Manuscrits de Josephe . Ce Témoignage ré
futoit le reproche fait à la Nation Juifve ,
& jettoit même une espece de ridicule sur
l'accusation ; car Photius dans cet Extrait
parle beaucoup de Josephe : c'étoit là l'oc
cafion preffante de produire ses soupçons
( s'il en avoit eu contre le Témoignage ) de
faire remarquer qu'il n'étoit pas dans tous les
Manuscrits , s'il manquoit dans quelqu'un.
Photius ne dit rien de semblable, il n'attaque
point le Témoignage ; il le croit donc hors
d'atteinte. Poussons la complaisance plus
loin qu'elle ne doit aller, Laiffons nos Adver
saires
MAY. 1739 855
saires imaginer , sans aucun fondement , que
Photius a soupçonné la supofition ; ce soupçon
lui a paru fi foible , qu'il n'a osé l'oposer
au sentiment universel, & qu'il a eu honte de
l'avoir formé, ce soupçon. Tranchons la difficulté
, nos Adversaires citent Photius infidelement
; il ne dit pas qu'aucun Ecrivain Juif
n'ait parlé de JESUS - CHRIST ; il dit que l'af
fectation de n'en point parler , eft le vice
commun de leur Nation , maniere de parler
qui n'exclut pas quelque exception : dire
qu'une opinion est commune ce n'est
pas dire qu'elle est générale . Il faut donc
que nos Adversaires nous abandonnent Pho
tius , & qu'ils confeffent que toute l'Antiquité
Chrétienne , malgré leurs recherches
ne leur offre pas un seul Ecrivain , je dis un
seul , qui ait marqué se défier de la vérité
du Témoignage.
En attendant la Suite.
L'AR AIGNE'E ET LE MOUCHERON.
FABLE.
Par M. D'ARNAUD .
U Ne Araignée avoit pris dans ses lacs
Un Moucheron ; l'Insecte miserable
B Se
856 MERCURE DE FRANCE
Se voyant proche du trépas ,
A son ennemie implacable ,
Tint , dit l'Hiftoire , sur ce cas
Ce discours lamentable.
Aprenez-moi comment j'ai mérité la mort ;
De quel crime fuis -je coupable ?
M'a- t'on vû rompre votre Fort ?
De vos petits ai-je abregé le sort ?
Eh ! de vous nuire en quoi suis - je capable ,
Moi qui ne puis qu'à grand' peine voler ?
Que ma jeuneffe infortunée
Mes larmes . .. • A ces mots il cefla de parler.
Cette Harangue émût fort l'Araignée.
Tenir sa proye , & la laiffer aller
Paroîtra chose difficile ,
Cependant
Elle donua la vie à l'Insecte imprudent.
Cet accident
Eût dû le rendre plus habile ;
Le malheur doit nous être utile.
Mais de cette leçon
Peu fe fouvint l'Infecte volatile ;
Peu , certes faux , voire en nulle façon ;
A s'égarer Jeuneſſe eſt très -facile ,
C'eſt ſon défaut ; avint deux jours après ,
Soit imprudence , ou deſtinée ,
Que l'étourdi retomba dans les rets
De
MAY.
1739 857
De la même Araignée.
Il eut beau cette fois prier , gémir , pleurer ,
L'autre à fes cris fe montrà fourde ,
Pour qu'on lui pardonnât la fauté étoit trop lourde,
Il n'étoit plus temps de la réparer ;
1
Peut-être ce jour-là pout comble d'infortune ,
L'Araignée étoit-elle à jeun ,
Le Moucheron fut traité d'importun
Sans autre forme aucune ,
De deux morceaux on n'en fit qu'un.
Des Imprudens telle eft la fin commune ;
Lorſqu'un premier malheur n'a pu les corriger ;
Dans un ſecond bientôt ils vont fe replonger.
REPONSE de M. de Gouve , à la:
Lettre de M. le Marquis de ... sur l'abus
qu'on fait de l'Esprit.
Ermettez-moi , Monfieur , de hazarder
P quelques refléxions en réponse à votre
Lettre insérée dans le Mercure de Décembre
dernier , page 2752.
On abuse de l'Esprit , dites -vous , vous
voulez corriger cet abus,vous assûrez que rien.
n'est plus dangereux pour le bon Goût ; ily
auroit peut-être quelque chose de plus dan-
Bij gereux
358 MERCURE DE FRANCE
.
gereux , M. , ce seroit de n'en point avoir
du tout ; mais cet ábús eft- il aussi géneral que
vous le dites ? le Siécle de Louis XIV . que
vous admirez aux dépens de celui- ci , a - t- il
été préservé de la contagion ?
!
Vous concluez , M. du particulier au général.
Quelques mauvais Ecrivains , à peine
connus , vous aigriffent contre tous les Auteurs
; ne fçavez-vous pas que la voix des
Mævius , des Rupilicus , n'eft pas comptée
dans la République des Lettres ? que ce sont
les Virgiles & les Horaces qui décident du
Goût ? Manquons-nous aujourd'hui de ces
derniers ? Le Public , dont vous condamnez
la facilité , ne les juge.t- il pas avec une rigueur
extrême ? Qu'importe que Mad. la Comteffe
dé ... ai prodigué des Etoges à cinq ou fix
beaux Esprits , qui dans un siécle moins amateur
des fausses lumieres , ne s'attireroient que
du mépris , ne peut- elle pas favoriser le faux
Esprit , comme vous semblez faire peu de cás
du véritable ? Mais , dites-vous , on en répand
trop. Eh quand en a - t-on jamais répandu
plus à propos ? Parcourez les Ouvra
ges de - nos bons Auteurs un Sentiment y
est préferé aux plus belles Anti-theses ; nos-
Dames sont dégoûtées aujourd'hui du Brillant
affecté de Voiture ; & combien y en at'il
qui écrivent avec plus d'Esprit , & cependapt
avec plus de naturel que lui ?
J'ai
MAY
8 519 17397
7
J'ai peine à concilier vos idées. Ce Siècle
est éclairé , ce Siècle eft superficiel. Quelle
contradiction ! Comme si vous me difiez.::
Cet homme est riche , cet homme est pauvre
. Ce Siècle est superficiel ! Avez - vous jetté
les yeux, en avançant cette propofition , sur
tant de Membres de l'Académie des Sciences,
qui,peu fatisfaits des recherches ordinaires
, vont dans des Climats étrangers étudier la
Nature , l'interroger elle- même ? Que de
clartés ne répand on point tous les jours sur
les ténebres de la Philosophie ? Que de Systêmes
reçûs dans le dernier Siécle, sans être
entendus , creusés dans le nôtre avec intel
ligence , ont été trouvés incompatibles avec
la vérité ? Le Sexe même, qui ne connoiffoit.
que des Madrigaux & des Epigrammes , ne
se révolte plus à Pafpect des épines de la
Philosophie , & nous le voyons briller autant
par les études sérieuses , que par ses charmes?
Ne sçait-on pas qu'une Dame de la premiere
distinction a concouru en dernier lieu pour
le Prix de l'Académie des Sciences ? De
vingt- huit Ouvrages que des Philosophes de
tous les Pays de l'Europe avoient présentés
il n'y en a eu que fix qui ayent difputé le
Prix ; l'Ouvrage de cette Dame est un des
fix , & il est aisé de voir qu'il auroit eu une
place plus honorable , sans certains principes
un peu hardis que l'Académie n'a pû admet
Biij
tre .
860 MERCURE DE FRANCE
tre . Je vous demande , M. , si tout cela deshonore
notre Siècle au point que vous le
dites ?
177
Şi l'on vous en croit , M. , l'abus s'est
auffi glissé dans le Barcau , vous n'y voyez
plus de ces fameux Jurisconsultes , qui éclairoient
du flambeau de la vérité les Causes les
plus obscures , maîtres de l'Esprit par leurs raifons
, & du Coeur par leur éloquence . Comptez-
vous donc pour rien les Cochins , les le
Normands , les Aubris , &c. ? Leur préfererez-
vous les le Maîtres , les Patrus , fi célebres
peut-être , pour avoir été dans leur
temps les seuls qui ayent aproché de l'Eloquence
, quoiqu'ils ne l'ayent pas parfaitement
connuë ? Vous blâmez l'abus de l'Esprit
! Quelle imagination s'est donné un
essort moins reglé que ces Mrs Leurs Plaidoyers
sont des Discours putement Académiques.
Siquelquefois le raisonnement , les
moyens , les preuves s'y montrent , de combien
d'ornemens étrangers ne font- ils pas
furchargés ? Ils n'avoient pas cette vraie Eloquence,
ornée d'elle -même par fa fimplicité,
fublime par fa force, qui ne tend qu'à fon but
fans s'écarter,pour cueillir des fleurs frivoles.
Steriles par nature , ennuyeux par art ,
Orateurs que Grammairiens , ils n'avoient ni
la préciſion , ni la méthode qui regne à préfent
dans nos Plaidoyers. Le bon Avocat
moins
n'eft
MA Y. 861
1739:
n'eft pas celui qui se morfond dans fon cabinet
à arranger des mots & des périodes ,
mais celui que la foule y vient confulter. Que
vous ayez été ennuyé à une Audience , je le
crois bien. Tous les génies ne sont pas- de
la même force ; vous euffiez pû , M. prendre
au Palais une dofe d'ennui auffi forte
dans le Siècle précedent ; on y voyoit alors
auffi de médiocres Avocats ; n'imputez donc
point à un Corps entier le défectueux de
quelque Membre foible.
Vous vous sauvez du Bareau à la Comédie
Françoise ; je vous y fuis , on repréſente une
Tragédie , elle n'a que du clinquant. Nouveau
fujet d'invectives ; laiffons achever la
Piéce , & pour vous en fauver l'ennui , discourons
ensemble .
La Piéce eft mauvaife , donc le temps des
bonnes Tragédies eft paffé. Fauffe confequence.
Les Piéces des Coras , des Boyers ,
des Pradons , ne méritoient que des fiflets ;
Racine dans le même temps donnoit dés
Chef- d'oeuvres. Les Poëmes médiocres qui
paroiffent aujourd'hui , n'empêchent point
que l'Auteur de la Henriade ne faffe verfer
bien des larmes au Parterre , ne le console de
la perte de Corneille & de Racine , ne foit
peut-être plus égal , plus tendre que le prémier
, quelquefois plus tragique que le fecond.
Je dois beaucoup de respect au grand
В ін
Cor852
MERCURE DE FRANCE
Corneille , c'eft le Pere du Théatre ; mais
permettez - moi de vous dire qu'il tombe un
peu dans le défaut que vous condamnez.
C'est lui qui met souvent l'Esprit à la place
du Sentiment , qui retourne . sa pensée , qui
prodigue les Antitheses. Je ne veux pas
examiner ici , fi dans les endroits où il est
sublime , il n'est pas quelquefois empoulé ;
fi la politique & ces conteftations ingénieuses
qu'il a mises sur le Théatre , sont le vrai but
de la Tragédie ; s'il a sçû toûjours exciter
la terreur & la pitié . Je me borne uniquement
à vous faire voir que c'eft précisément
chés lui qu'on trouve cet abus de l'Esprit
que vous imputez à nos Modernes . Plus
jaloux que vous , M. , d'étayer par de bonnes
preuves ce que j'avance , je vais vous
mettre quelques Morceaux de ses Oeuvres
sous vos yeux . Lisons
Si toutefois après ce coup mortel du sort ,
J'ai de la vie assés pour chercher une mort.
Qu'eft ceci , Fabian ? quel nouveau coup de foudre
Tombe sur mon bonheur & le réduit en poudre ?
De mon Trône en son ame elle prend la moitié,
Ou de son vain orgueil les cendres rallumées ,
Pouffent déja dans l'air de nouvelles fumées .
EftMAY.
1739. 863
Elt-il une conftance à l'épreuve du foudre ,
Dont ce crucl Arrêt met notre espoir en poudre ? ,
Eft-il un coup de foudre à comparer aux coups ,
Que ce cruel Arrêt vient de lancer sur nous ? +
D'où son oeil femble encor à longs traits se saouler,
Du sang des malheureux qu'elle vient d'immoler.
!
Je soupirois pour vous en combattant pour elle.
Je combatrois pour ellé en soûpirant pour vous.
Ma plus douce esperance est de perdre l'espoir.
Ou Rome à ses Agens donne un pouvoir bien large,
Ou vous êtes bien lent à faire votre charge,
J'irai sous mes Ciprès accabler ses Lauriers.
Preffé de toutes parts des coleres céleftes ,
Il en vient deffus vous faire fondre les reftes.
Et sa tête qu'à peine il a pú dérober ,
Toute prête de cheoir , cherche avec qui tomber.
Ces montagnes de Morts privés d'honneurs su
prêmes ,
Que la Nature force à se venger eux mêmes ,
Et dont les troncs pourris exhalenr dans les vents ,
Dequoi faire la guerre au reste des vivans. s
Elle fuit, mais en Parthe, en nous perçant le cour
BY Si
864 MERCURE DE FRANCE
Si c'eft présomption de croire ce miracle', i " - ~
C'est une impiété de douter de l'Ofacle.
En quittant les douceurs de cet espoir flotant ,
Je mourrai de douleur , mais je mourrai content .
Auffi-bien sous mes pas c'eft creuser un abîme ,
Que retenir ma main sur la moitié du crime.
Il n'avoit que fix mois , & lui perçant le flanc ,
On en fit dégouter plus de lait que
de sang .
La vapeur de mon sang ira groffir la foudre ,
Que Dieu tient déja prête à te réduire en poudre.
Je m'en consolerai , quand je verrai Phocas
Croire affermir son Trône en se coupant le bras .
Du crime glorieux qui cause nos débats ,
Sire , j'en suis la tête , il n'en eft que le bras , &c.
Le bon Goût n'a pas toujours été universel
, on a fait de mauvais Ouvrages dans
les Siècles d'Augufte & de Louis XIV. La
cabale qui les avoit fait réussir , a disparu ,
ils sont reftés dans l'oubli. Dans 1oo . ans
on parlera d'Amafis , de Rhadamifte , d'Oedipe
, de Zaïre , d'Alire , & on ne se souviendra
plus que nous ayons cû de mauvai
ses Piéces.
J'en娄
17391 7865
MA Y.
#
J'entends tous les jours des Auteurs dont
les Ouvrages sont mal reçûs du Public ; se
plaindre de la corruption du Goût , rien n'eft
plus naturel ; un malade se plaint de la
Nature.
*
Pour plaire , il faut donner du neuf , le
Public eft raffafié , il eft à table depuis 80 .
ans , il faut réveiller son apetit par des salmis
& des liqueurs....
Voici , M. mes sentimens , il n'y a au
jourd'hui rien de déplorable dans la République
des Lettres , que l'acharnement de
l'Envie à nuire au vrai mérite,
J'ai l'honneur d'être , &c. mb
t
ODE au Roy , dédiée à S. E. Monseigneur
le Cardinal DE FLEURY.
MONSEIGNEUR ,
+
Permettez -moi de présenter à Votre Eminence
les essais d'une Müse qui ose consacrer ses
premiers Chants à la gloire du Roy. Un Ouvrage
, où en célebrant le retour de la Paix ,
on tache de donner à notre Auguste Monarque
le tribut de louanges qui est dû à ses vertus ,
devoit point paroître sous d'autres auspices
que sous les vôtres. Vous les avez cultivées ,
B vj
ne
Mon866
MERCURE DE FRANCE
Monseigneur , ces Vertus Royales , & vous
avez, avec toute l'Europe , la consolation de les
voir chaque jour fructifier. Puisse Votre Eminence
, jouir long- temps d'un spectaclefi cher à
votre coeur , & fi satisfaisant pour nous ! Puissions-
nous à notre tour goûter à jamais les délices
de cette Paix précieuse , qu'il vient de
donner à ses ennemis , & dont nous sommes
également redevables & à sa modération , & à
votre sagesse ! Il n'apartenoit qu'à Sa Majesté
d'en imposer les conditions , comme il n'apartenoit
qu'à V. E. de mériter une confiance unanime
de la part de toutes les Puissances , & de
devenir en quelque sorte le Ministre de toute
' Europe. Quelle gloire pour vous , Monsei
gneur, de voir tant de Nations differentes, vous
combler à l'envi de bénédictions , & ne s'exprimer
, en parlant de V. E. qu'avec les sentimens
d'un coeurFrançois ! Heureux , Monseigneur
qui pourroit transmettre tant de gloire à la
Posterité Heureux moi- même , fi encouragé
par un succèsfavorable , je pouvois faire un
jour des efforts dignes de vous , & vous donner
par là un témoignage autentique du profond
-respect avec lequel je suis de V. E. &c !
PORTES , Chanoine de Laon.
T
ODE
MA Y. -17392 8678
Οι
ODE AUAU ROY ,
SUR LA PAIX
Ui , je céde au feu qui m'inspire ,
Soûtiens mes transports , Dieu des Vers ;.
C'est à toi de toucher ma Lyre ,
Padreffe à LOUIS mes Concerts.
LOUIS , Pere de la Patrie
Par qui la Discorde en furie ,,
Voit tous ses Projets confondus ;
Et qui , sourd aux cris de la Gloire ,
Vient , dans les bras de la Victoire
Fermer le Temple de Janus.
**
France , pouvois-tu moins attendre :
Du Héros qui regne sur toi ?
Ton propre bonheur doit t'aprendre
Quelle est la douceur de sa Loi.
Il craint les Dieux ; les Dieux fenfibles :
Lui prêtent leurs fecours vifibles ;
Thémis dans fon fein l'a nourri ;
Et toujours lui fervant de guide ,
Minerve à ses Conſeils préfide ,
Sous le nom du Sage FLEURI.
*
Qui
868 MERCURE DE FRANCE
Qui n'eût point cru , fous fon Empire ,
Jouir d'une éternelle Paix ?
Mais lorsque tout l'Enfer confpire ,
Comment échaper à ses traits ?
Tremblez , Peuples ; Mégere avance
Sur fes pas marche la Vengeance ,
Déja tout s'émeur à la voix ;
Et par
mille coups de Tonnerre
Elle fait entendre à la Terre ,
La derniere raiſon des Rois.
*
O vous , qui de cette Euménide
Servez l'impétueux courroux ,
De votre fureur homicide
Fiers Ennerais , qu'attendez - vous ?
Epris d'une fauffe eſperance ,
Contre le deftin de la France
Vous êtes vainement armés
L'air mugit , l'orage s'éleve ;
Mais c'eft fur vous -même que creve
La tempête que vous formez .
*
Dans leurs Conquêtes éclatantes ,
Viens , Mufe , fuivons nos Guerriers ,
Ah ! combien leurs mains triomphantes
Moiffonnent d'immortels Lauriers !
Ici
MAY. 869
17395
\
Ici , Barwic menace , tonne ;
Là , fur les traces de Bellone
Marche le Vainqueur de Denain ,
Le Pô confterné fe retire ;
Il voit dans Villars , il admire
Ce qu'admira cent fois le Rhin."
*
Mais quels font ces jeunes Monarques ,
Dont l'aspect frape mes regards ,
Qui défiant Mars & les Parques
A l'envi courent aux hazards ?
Ils avancent , leurs yeux s'enflâment
Le fer à la main , ils reclament
Des Sujets ufurpés fur eux ;
? Et le front ceint du Diadême
Ils achetent de leur Sang même
La gloire de les rendre heureux,
* !
Paroiffez , Troupes Germaniques ,
Guerriers fameux par tant d'Exploits ,
Voyons fi vos coeurs héroïques
Soûtiendront l'effort des François F
Mais quoi ! déja la Terre fume ,
Le Salpêtre en fureur s'allume ;
Parme ne voit que fang , qu'horreur.
La valeur eft partout égale .
E
870 MERCURE DE FRANCE
Et l'audace que l'Aigle étale ,
De nos Lys accroît la fplendeur.
*
Pourſuivez , François , que la gloire .
En tous lieux conduiſe vos pas !
Retracez , s'il fe peut , l'hiftoire
Des Vendômes , des Catinats .
L'Ennemi frémillant de rage
De votre intrépide courage
Croit n'avoir vû que les effais :
Qu'il vienne aux Portes de Guaftalle ;
Par une déroute totale ,
Payer l'ombre d'un vain fuccès.
Mais pour nos Légions fidelles
Tant de gloire eft encore trop peu
Philifbourg réunit contre elles
Eugene , l'eau , le fer , le feu.
Le François qu'anime la peine ,
Par fa valeur étonne Eugene
Dans les flots ofe fe plonger;
Au fer , au feu ſemble infenfible
Et n'évite un danger terrible ,
Que par un plus affreux danger.
Là , quels Princes vois-je paroître 4
Mille Lauriers ornent leur front .
Cleft
MAY. 871
1739:
C'est vous , peut-on vous méconnoître ,
Brave Conti , vaillant Clermont à
Tandis qu'en affiégeant les Villes ,.
Vous aprenez , nouveaux Achilles ,
L'Art d'en devenir les Vainqueurs ,
Un Art plus beau , plus falutaire ,
On l'aprend de vous , c'eft de faire :
La conquête de tous les coeurs.
**
C'eſt par ces Conquêtes folides ,
Qu'un Héros chéri , reſpecté ,
Mieux que par fes Exploits rapides ,
S'affûre l'immortalité.
Ainfi LOUIS éteint fa foudre.
Lorfque prêt à tout mettre en poudre ,
On n'attend de lui que des fers ,
La Paix renaît fous ſes aufpices ;
Plus flaté d'être les délices
Que la terreur de l'Univers.
*
Fayez donc , Monftre impitoyable
Diſcorde , quittez nos climats ,
Affés , votre haine implacable.
A nourri l'ardeur des combats ; -
Et vous enfin , Vierge . Sacrée ,
Du haut de la voûte azurée ,
Venez ,
872 MERCURE DE FRANCE
Venez , aimable Paix , regnez ,
Rendez - nous ces jours pleins de charmes ,
le bruit des armes
Ces plaifirs que
Avoit trop long- temps éloignés .
*
C'en eft fait , Paffreuſe Bellone
Ceffe enfin de lancer fes coups ;
Ne tremblez plus , triſte Pomone ,
Riches Cerès , raffûrez -vous ,
Que dis-je ? Grand Roi , dans la Françe
N'avons-nous pas vû l'abondance
Regner comme au ſein de la Paix ?
Et quand tout craignoit ton Tonnerre ,
Rien nous annonçoit-il la Guerre ,
Que la fplendeur de tes hauts Faits ?
*
Jouis de ta gloire fuprême ,
LOUIS , quand nous en joüiffons ;
Toi , FLEURI , dans fa gloire même
Connois le fruit de tes leçons.
Et vous qui craigniez le naufrage ,
Peuples , goûtez après l'orage ,
Les douceurs d'un calme ferein.
Qu'à vos juftes voeux tout réponde !:
LOUIS eft l'Arbitre du Monde ;
Le bonheur du Monde eft certain,
EX
MAY 875
1739.
EXTRAITS de trois Memoires lus à la
derniere Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences.
R de Thuri ( Cassini le fils ) lut un
M Mémoire où il rend compte au Public
des Opérations
Géométriques
qu'il a faites en
1737. & 1738. lesquelles tendent à une Description
Géométrique
& exacte de toute la
France ; il a d'abord rapellé ce qui avoit été
fait les quatre années précédentes , & a fait
voir ensuite par le détail de ces Opérations ,
le progrès de cet Ouvrage , qui comprend la
description de toutes les Côtes de l'Ocean
& de celles de la Mer Méditerranée, & donne
, pour ainsi dire , les limites de la partie
Occidentale de la France & de toute sa partie
Méridionale.
Ses Opérations l'ayant conduit dans le Languedoc
& la Provence , il a eû occasion de
faire plusieurs Expériences de Physique , &
de vérifier celles qu'il avoit faites à Paris au
Printemps de l'année derniere sur la propagation
du son , & qui sembloient laisser à
désirer que l'on examinât si la difference des
climats n'influeroit point sur la vitesse du
son , & si la Mer & la disposition des milieux
que le son auroit à parcourir, n'accellereroit
874 MERCURE DE FRANCE
que
I
reroit pas , ou sa retarderoit propagation ; il
a trouvé par dés Expériences répetées , faites
avec un Canon de 24. livres de balles , que
la vitesse du son dáns un temps calme , &
tel fat le milieu qu'il eut à parcourir
étoit de 173 T. dans une seconde , ce
qui s'accorde parfaitement à la détermination
qui résultoit des Expériences faites à Paris
; il a fait aussi diverses Experiences sur la
hauteur du Mercure à differentes élevations ,
mais comme elles ne lui ont pas parû suffisantes
pour les éclaircissemens qu'il en vouloit
tirer , il attend, avant que de rien prononcer,
le résultat de plusieurs autres qu'il se propose
de faire dans le voyage qu'il doit entreprendre
cette année , & dont il a exposé lès vûës,
qui sont aussi interessantes pour les Sciences,
qu'utiles au Public.
>
Le plan qu'il s'est formé pour la Descrip
tion de la France par des Opérations Trigonométriques
, ayant été de les raporter toutes
à la ligne méridienne de Paris , qui tra
verse le Royaume dans toute son étendue ,
depuis le Nord jusqu'au Midi , il est évident
que l'exactitude de son travail dépend de la
précision avec laquelle on a déterminé l'étendue
& la direction de cette Ligne , &
quoiqu'il paroisse que l'on a pris toutes les
précautions possibles pour l'execution de
cet Ouvrage , il est cependant très - difficile
d'éviter.
'M A Y.
875 1739.
d'éviter de petites erreurs , qui , en se multipliant
, peuvent en produire une très - considérable
dans une étendue aussi grande que
cette Ligne qui est près de 5ooooo . T.
Il se propose donc, de vérifier de nouveau
cette Méridienne; la perfection à laquelle les
Instrumens ont été portés, les deffauts qu'on
y a corrigés par une longue experience , &
les additions que l'on y a faites pour en rendre
l'usage plus facile , & en même - temps
plus exact , semblent lui promettre un heureux
succès , mais , outre l'avantage qu'il espere
retirer de la vérification de cette Ligne
, pour ce qui concerne l'intérieur de la
France , il a encore une autre vue , qui n'est
pas de moindre conséquence , qui est de déterminer
la grandeur du degré en France
pour le comparer à celui qui résulte des Observations
du Nord , & à celles que l'on doit
faire sous l'Equateur ; & comme les Observátions
du Nord , comparées à celles de M.
Picard , donnent à la Terre la figure d'un
Sphéroïde aplati vers les Poles , tandis que
celles qui ont été faites dans l'étenduë de la
France , senibloient donner une autre figure
à la Terre , il convient de découvrir d'où
viennent les differences qu'on a observées en
France , & de faire des Observations exprès
pour déterminer la figure de la Terre .
•
Pour cet effet il mesurera cette année un
Arc
876 MERCURE DE FRANCE
"
Arc de la circonférence de la Terre vers l'extrémité
méridionale du Royaume , pour le
comparer au degré mesuré vers le Cercle Polaire
, & avoir un terme de comparaison plus
éloigné , ce qui rendra l'inégalité des degrés
plus sensible ; il fera aussi des Observations
à Bourges , dont la situation est la plus avantageuse
pour comparer les differences de Latitude
, avec les distances mesurées sur la
Méridienne.
Pour déterminer les distances des Etoiles
au Zénith, & connoître la grandeur de l'Arc
Céleste, il a fait construire par le Sr Langlois
un Secteur de 6. pieds de rayon , dont le
Limbe comprend environ 52 °. de sorte que
l'on pourra observer avec cet Instrument les
Etoiles de part & d'autre,du Zénith à la distance
de 26°. & déterminer la distance du So
leil au Zénith , au Solstice d'Eté ; la solidice"
de cet Instrument
, les additions que l'on a
faites pour en rendre l'usage facile , les véri
fications que l'on en a faites , ne laissent rien
à désirer, & confirment
toute l'excellence
de
cet Instrument
.
M. de Thuri porte ses vûës encore plus
loin ; il veut mesurer quelques degrés en
Longitude sur un parallele , par le moyen
des feux que l'on fera à la plus grande distance
possible, avec de la Poudre à Canon !
qu'il a trouvé , par ses Experiences sur le son
trèsMAY.
1739. 877
très-propre à être aperçû de fort loin ; il dit
avoir vû avec évidence la lumiere des 6. liv.
de Poudre allumée dans l'air libre , à la distance
de 80009. T. ou de près de 2. dégrés
sur ce parallele , de sorte qu'il aura par ce.
moyen la mesure de 2º . d'un parallele & son.
raport au degré du Méridien correspondant ,
ce qui ne contribuera pas peu à la détermina
tion plus exacte de la figure de la Terre . ' i
Le Mémoire de M. Duhamel , rouloit sur
une Racine , qui a la vertu de teindre en
rouge les Os des Animaux vivans .
Au mois de Fevrier 1737. dit - il , M.
Geoffroi communiqua à l'Académie l'Observation
suivante , extraite d'une Lettre que
M. le Chevalier Sloane lui avoit écrite.
» M. Belchier , Chirurgien , Membre de
" cette Societé , dînant un jour chés un
ر و
Teinturier qui travaille en Toile peinte ,
n remarqua , que dans du Porc frais qu'on
» avoit servi sur la table , & dont la chair
» étoit de bon goût , les Os étoient rouges.
» Il demanda la cause d'un effet si singulier ,
» & on lui dit que ces sortes de Teinturiers
» se servoient de la Racine de Garence avec
» des préparations de fer , d'alun , & de su-
" cre de Saturne , pour former leur deffein, et
» qu'ensuite ils faisoient bouillir ces Toiles
" peintes avec du son de farine , pour les
» décharger d'un rouge foncé dont elles s'é-
» toient
878 MERCURE DE FRANCE
» toient surchargées. Enfin pour ne pas per-
» dre ce son , qui a absorbé l'excedent de la
» couleur rouge , on le mêle avec l'aliment
» ordinaire des Pourceaux , & c'est ce qui
produit cet effet sur leurs Os , sans affec-
» ter d'une maniere sensible ni les chairs , ni
» les membranes , ni les cartilages , ni aucu
» ne autre partie du corps .
وو
Pour vérifier l'Observation de M. Belchier,
M. Duhamel enferma des Poulets , & leur
donna pour toute nourriture une pâtée faite
avec du gruau de froment , & de la Racine
de Garence pulvérisée. Cette mangeaille les
dégoûta , & même les incommoda fort ;
cependant , après en avoir usé pendant quinze
jours , leurs Os étoient de couleur de
rose.
M. Duhamel crut qu'il pourroit parvenir
à teindre les Os d'un plus beau rouge , s'il
prenoit des animaux qu'on pût empâter , &
auxquels il fût le maître de faire avaler lat
Garence à grande dose : dans cette intention
, il choisit des Pigeoneaux qu'il nour
rit avec une pâtée semblable à celle qu'il
avoit donnée aux Poulets ; seulement , pour
mieux reconnoître l'effet de la Garence ;
il réserva deux Pigoneaux , qu'il nourrit
avec le gruau seul ; ceux- ci profiterent à
merveille , digeroient bien , & avoient bon
apétit ; les autres étoient toujours tremblans;
ils
MAY: 879
1739.
ils digeroient mal & étoient fort dégoûtés .
On tua le dixième jour ceux qui avoient été
nourris de Garence , comme ceux qui n'avoient
mangé que du gruau , on les disséqua
; mais nous ne suivrons pas M. Duhamel
dans le détail anatomique qu'il a raporté
dans son Mémoire ; nous avertirons
seulement que tous les Os , même les plus
petits , étoient rouges comme du carmin ,
la capsule de l'humeur vitrée étoit cramoisi
la membrane veloutée du jabot & des intestins
, étoit rouge ; mais les membranes
exterieures de ces visceres , de même que
toutes les autres parties molles , sans en excepter
les cartilages & les épiphises , étoient
dans l'état ordinaire à ces parties. Nous ne
raporterons point les conjectures que M.
Duhamel propose , pour expliquer comment
la fécule colorante de la Garence , se porte
particulierement sur les Os , sans affecter
les parties molles ; mais elles l'ont conduit
à penser que les Os des jeunes animaux
aquerroient plus promptement & plus efficacement
la teinture rouge , que les Os des
animaux adultes. L'experience a justifié sa
pensée , & les Os des Pigoneaux en duvet,
rouges comme de l'écarlate en trois
jours , au lieu que les Os de deux forts Dindons,
n'ont été de couleur de rose, après
avoir été nourris de pâtée deGarence pendant
quinze jours.
ont
été
que
C Om
880 MERCURE DE FRANCE
›
On vient de voir des Pigeoneaux dont
les Os ont été teints d'un beau rouge couleur
de feu en trois jours ; c'est à peu près
le temps qu'il leur faut pour acquerir ce degré
de teinture . Par d'autres Experiences sur des
Pigeoneaux de même âge ,il a reconnu qu'en
36. heures leurs Os étoient d'une couleur de
rose vif , & qu'en 24. heures ils étoient du
moins couleur de chair.
Ces dernieres Experiences font voir avec
quelle promptitude se fait la distribution du
suc nouricier dans les animaux de cette espece
, qui doivent prendre toute leur croissance
en quelques mois.
Comme on doit auffi inferer de ces Experiences
, qu'il y a des Médicamens végétaux
qui se portent sur les Os , & qui par
consequent pourroient remédier à plusieurs
de leurs maladies , il a crû devoir employer
la Garence dans cette vûë ; mais n'étant
pas le maître de faire naître dans les Os
de ces animaux des maladies de different
il s'est borné à examiner quel seroit
genre,
son effet dans une fracture.
Pour cela , il choifit quatre Pigeoneaux
forts & vigoureux , il leur caffa à chacun cet
Os de la jambe , qu'on apelle communément
le Pillon , on en fit sur le champ la réduction,
qu'on affujetit par un bandage ; deux de ces
Pigeons furent nourris avec le gruau & la
Garence ,
MAY. 881 1739.
Garence , & les deux autres
fimplement avec
le gruau. Ces derniers , malgré la douleur
que
devoit causer leur bleffûre , eurent toujours
bon apétit , & au bout de buit jours ,
ils
commencerent à se promener avec leur
apareil ; les autres
tomberent dans les accidens
dont on a déja parlé ; on tua ces quatre
Pigeons le
quatorziéme jour pour en examiner
le cal..
Celui des Pigeons qui
n'avoient pas mangé
de Garence , étoit petit , serré & fort uni ;
celui des Pigeons nourris avec cette Racine
étoit gros , spongieux , inégal , il en şortoit
des especes de végétations , il se brisoit entre
les doigts & s'y réduisoit en petits grains. II
eft vrai que l'état
souffrant de ces animaux,'
occafionné
par leur bleffûre, &
augmenté par
une
nourriture qui leur étoit
contraire , pouvoit
retarder la parfaite réunion de leurs Os.
Cependant M. Duhamel croit qu'il résulte de
cette
Experience, & de plufieurs autres qu'il a
executées , que la Garence , prise
interieurement,
eft plus nuifible que salutaire dans le
cas des fractures.
La Garence n'eft pas
probablement la
seule matiere végetale qui peut changer la
couleur des Os ;
cependant il a effayé , sans
succès ; le Bois d'Inde ,
l'Orcanette , & le
Curcuma. Il faut aparemment
une teinture
plus fixe , comme disent les Teinturiers , &
Cij moins
882 MERCURE
DE FRANCE
moins susceptible
d'altération
; M. Duhamel
prouve que la Garence
est de ce genre , en raportant
les tentatives
qu'il a faites pour
enlever cette couleur étrangere
aux Os , par
les déboüillis
qu'on employe
pour éprouver les teintures
; mais le détail de ces Experiences
nous meneroit
trop :
loin.
L'Analogie
que M. Duhamel
a remarquée entre la nutrition
des Animaux
& celle des
Plantes , l'a engagé à essayer fi la teinture
de Garence
pourroit
s'introduire
dans les
vaisseaux
de quelques
- unes , ce qui réüisissant
, serviroit
beaucoup
à en dévoiler
l'organisation
; mais comme ces Experiences
ne sont point finies ; il proinet seulement
d'en
rendre compte dans une autre occasion
.
M. de Buffon fit la lecture d'un Mémoire
sur
la conservation
& le rétabliffement
des Forêts.
Après s'être plaint de la disette de Bois & du déperissement
des Forêts , l'Auteur dit
que tous nos Projets à cet égard doivent se
réduire à conserver
les Bois qui nous reftent,
& à renouveller
une partie de ceux que nous avons détruits ; ces deux objets font les deux
Parties de son Mémoire
.
Les moyens
de conservation
, sont , 1 La supreffion
des Baliveaux
, dont le bois
n'est jamais de bonne qualité , & dont l'ombre
& la transpiration
fait geler les Taillis ,
comme
MAY: 1739% 883
comme l'Auteur le prouve par plufieurs Ob
servations.
5
2. L'établiſſement d'un temps fixe pour
la coupe des Réserves des Ecclesiastiques &
Gens de main- morte , au lieu de l'usage où
l'on eft de donner des Permiffions arbitraires
, que le credit obtient plus souvent que
le besoin. Selon les Experiences de M. de
Buffon , faites avec une Sonde , ce temps ,
doit être fixé dans une terre forte , à. 5o. ans ,
pour deux pieds & demi de profondeur , à
70. pour trois pieds & demi , & à 100. ans,
pour quatre pieds & demi & au- delà de:
profondeur ; & dans un terrain leger , à 40 ,
Go , & 80 ans ; au bout de ce temps les .
Arbres commencent à s'alterer.
3. L'usage de commencer la coupe d'un
Bois du côté du Nord , pour prévenir les
mauvais effets de la gelée , au moins pendant
les deux ou trois premieres années ; un grand .
nombre d'Observations ayant apris à l'Auteur
, que la gelée fait tout périr au midi à
l'abri du vent , tandis qu'elle épargne tout .
au Nord , & dans les Endroits où il peut .
paffer.
4°. Un Reglement pour la conservation
des Arbres isolés qui restent encore dans les
Landes & les Communes de plusieurs Provinces
, parce que ces Arbres isolés fournissent
des Piéces courbes pour la Marine ; M.
Ciij de
884 MERCURE DE FRANCE
de Buffon raporte ici les Experiences qu'il
a faites pour faire des Bois courbes ; elles ne
demandent aucune dépense , & ne peuvent
manquer de réüffir .
5º. L'âge le plus avantageux pour couper
les Bois taillis , ce qui varie selon les terrains;
M. de Buffon annonce les belles & ingénieuses
Experiences qu'il a commencées pour
s'assûrer de l'inſtant où le bois commence à
croître de moins en moins , c'est -à - dire ,
l'instant où l'on doit l'abattre pour en tirer le
plus grand profit poffible.
›
6°. L'établiſſement d'une Pratique aisée &
fort utile, c'est d'écorcer & laisser mourir sur
pied lesArbres dont on veut tirer du bois de
service. M. de Buffon a trouvé que par cette
operation le bois devenoit bien plus dur &
bien plus fort ; il s'en eft assûré , en faisant
rompre sous des poids de 10. & 12. milliers
des Poutres tirées de ces Arbres écorcés , &
des Poutres tirées d'autres Arbres pris dans
le même terrain ; l'aubier , ou bois blanc ,
devient par l'écorcement & le dessechement
sur pied , auffi dur & auffi fort que le coeur
de chêne ensorte que l'on ne sera plus
obligé de le retrancher , comme on l'a toujours
fait jusqu'ici. Enfin M. de Buffon fait
plufieurs autres remarques utiles sur la Police
des Bois , & sur les changemens qu'il conviendroit
de faire aux Reglemens des Forêts,
,
que
MAY.
885
1739.
.
que F'on suprime , de peur
trait trop long.
de rendre cet Exoù
La seconde Partie contient les moyens de
renouveller les Bois. Tous les Auteurs d'Agriculture
, François ou Etrangers , ont donné
sur cela des Avis qu'il eft impoffible de
suivre ; M. de Buffon prouve que toutes leurs
Experiences ont été faites en petit dans des
Pépinieres , dans des Jardins , & il assûre
que l'on ne peut les executer en grand , sans
se jetter dans des dépenses qui excederoient
dix fois la valeur des Bois ; il cherche les
moyens de planter sans dépense , & raporte
un nombre prodigieux d'Essais qu'il a faits
en grand dans un terrain de 80. arpens ,
il a semé & planté de toutes les façons imaginables.
Il raporte une Operation préliminaire
, qui a dû lui coûter bien de la peine
& du temps , mais dont il résultera une
grande utilité ; il a divisé la moitié de ce
grand terrain en quarts d'arpent , & à tous
les angles de ces quarts d'arpent , il a fait
sonder avec une tarriere la profondeur du
terrain , & il a raporté sur un Plan la Note
de cette profondeur , & de la qualité de la
pierre qui se trouvoit au-dessous de la terre :
ainfi il a le Plan de la superficie & du fond
de sa Plantation , Plan qu'il sera aisé de comparer
avec la Production. On jugera par là
de la difference que l'inégalité de profondeur
C iiij
à ઇ.
386 MERCURE DE FRANCE
du sol produit sur l'accroissement du bois ,
ce qui est entierement ignoré , & on décidera
sûrement l'âge où l'on doit abatre les
Futayes. Nous passons sous silence le détail
des Experiences , quoiqu'il soit très-curieux ,
& nous ne raporterons que les principauxrésultats
. Pour planter un terrain en friche ,
dont le gazon eft bien garni & fort épais ,
ce qui indique presque toujours une terre
forte & mêlée de glaise , il suffit de mettre
le gland sous l'herbe en Automne , il perce
& s'enfonce de lui - même ; mais fi le terrain
a été cultivé , il faut conserver le gland dans
de la terre pendant l'Hyver , faire labourer
une seule fois au Printemps , & semer les
glands germés dans le niême temps . Au
contraire dans les terres légeres , soit en friche,
soit cultivées, il faut labourer une seule
fois en Automne , & semer le gland dans
cette même Saison. Dans les bonnes terres ,
qui tiennent le milieu entre les terres fortes
& les terres légeres , il faut semer les glands
avec de l'avoine , pour prévenir la naissance
des mauvaises herbes , qui dans ces bons terrains
étouffent les jeunes plans. Ces résultats
viennent à la suite d'une grande quantité dé
Faits & de raisonnemens qui ne laissent aucun
doute sur cette matiere. M. de Buffon a
poussé ses recherches jusqu'au point de vouloir
connoître les especes de terrains qui
SOUS
MAY. 887 1739
sont absolument contraires à la végétation ;
& pour cela , il a fait remplir plusieurs caisses;
de matieres toutes differentes , comme de
la glaise pure , du gravier , gros comme des
noisettes , du fumier pourri , de sable , &c.
Toutes ces differentes matieres ont produit ;
le gland a levé partout , d'où M. de Buffon :
conclut , que dans presque tous les terrains
on peut semer du bois de Chêne , & que
dans le petit nombre dès terrains & des situations
où le Chêne ne peut pas venir, on peut
planter d'autres Arbres , comme des Pins ,
des Sapins , &c. qui demandent un terrain
tout different de celui qui convient au Chêne
. A cette occasion , M. de Buffon raporte
des Faits bien curieux , & nous aprend qu'if
ya un très-grand nombre d'especes d'Arbres
utiles , comme les Cyprès , les Planes , les
Cedres du Liban , & plus de cent autres
sortes d'Arbres de Canada , de Virginie , de
Sibérie , & de plusieurs autres Climats , qui
peuvent s'élever en France , & croître sans
aucune culture ; en pleine terre ; il a élevé
lui-même toutes ces especes differentes dans
des Pépinieres , où il en a actuellement une
très -grande quantité , & il annonce un Ouvrage
,
où il donnera le détail de la culture -
de tous ces Arbres étrangers qu'il a déja naturalisés..
Cv L'OR
888 MERCURE DE FRANCE
****************
L'ORGUEIL ,
O D E.
Loin de moi , Monftre plein d'audace ;
Tu fais de vains efforts pour entrer dans mon coeur
Mon néant me présente un remede efficace
Contre ton poison enchanteur ;
Non , je ne craindrai plus la force de tes armes ;
Je connois l'abus de tes charmes ;
1
Tu caches ton venin sous les plus belles fleurs ;
Tu me montres de loin une amorce flateuse ;
Mais cette aparence trompeuse
N'eft qu'un abîme de douleurs.
*
Oui , trop déplorables victimes ,
Nous devons à l'orgueil notre malheureux sort ;
Son audace premiere a creusé nos abîmes ,
Ses piéges nous donnent la mort ;
Et pour surcroît des maux , dont l'offenfe eft suivie
Nous naissons sans avoir la vie.
Ah ! perfide Serpent , tes attraits captieux
Nous ont subftitué mille peines affreuses ;
Dès- lors , nos meres malheureuses
N'ont plus fait que des malheureux ,
Captif
MAY. 889
1739.
Captifdu tyran de ses Peres ,
L'Homme encor , animé de son soufle mortel ,
Ne sçauroit réprimer ces effors téméraires ,
Hors de son état naturel ;
Son coeur , des paffions victime déplorable
Ose s'eftimer indomptable.
S'il se voit malheureux , il en est irrité
Contre le Ciel il leve une tête rebelle
Et l'injuftice criminelle
Vange ensuite sa vanité .
*
Tantôt , sur un tas de richeffe
Ce superbe Mortel élevé fierement ,
Ne daigne pas sur ceux que l'indigence preffe:
Jetter un regard seulement .
( Aveugle ! ainfi l'Orgueil , à ton ame captive ,.
Cache ta misere effective ; ).
Ou d'un mérite vain follement prévenu ,,
Il s'érige lui-même un fastueux trophée ,
D'où son impudence exaltée ,
Foule aux pieds jusqu'à la vertu..
*
Pour lui son erreur a des charmes ;:
Mais qui peut s'apuyer sur le fafte mondain ,
Si le plus fier Vainqueur , par l'effort de ses armes à
Ne peut pas changer son deftin
C vj Qu'il
890 MERCURE DE FRANCE
Qu'il batte l'Ennemi sur la Terre & sur l'Onde ;
Qu'il dompte l'un & l'autre monde ;
Il meurt , il meurt enfin , & ce trifte revers
Réduit cet Homme , craint autant que le Tonnerre
Dans les entrailles de la Terre
A servir de pâture aux vers.
{
*
O vous qui , malgré la mort même ;
Attendez un triomphe au-delà du cercueil ,
Hommes , montrez-nous donc si cet honneur su
prême
A dequoi flater votre orgueil :
Quand la mort au milieu de vos vaftes conquêtes ;
Abattra vos illuftres têtes ,
On traitera le sort d'injufte , de jaloux ;
On gravera vos noms au Temple de Mémoire ;
On exaltera votre gloire ;
Mais qui ? des Hommes comme vous.
Par P. Fabre
DIS÷
MAY. --1739.- 89*
2
888888888
DISSERTATION de M. A. G. sur
une Médaille Grecque de Diadumenien
frappée à Ephese,&c . Suplément à la VIII.
Lettre du Voyage Litteraire de Normandie.
V
Ous me faites souvenir , Monfieur ,
fort à propos de l'engagement que j'ai
pris avec vous , & avec le Public dans le
Mercure du mois d'Août 173.2 . où eſt imprimée
la huitiéme Lettre que je vous ai
écrite au sujet de mon Voyage de Normandie.
Je vous fais mes excuses sur le retardement
; mais il est toujours temps de bien
faire & de s'acquiter. Voici enfin la Dissertation
de M. Galland , sur la rare Médaille
Grecque de l'Empereur Diadumenien , avec
la Figure du Philosophe Heraclite sur le
Revers, frapée par les Ephefiens , & trouvée
dans les ruines d'une ancienne Ville de la
Basse Normandie : singularités & circonstances
qui méritoient toute la sagacité
d'un Antiquaire tel qu'étoit M. Galland ,
digne Membre de l'Académie Royale des
Inscriptions & Belles Lettres Professeur
des Langues Orientales au College Royal ,
& Antiquaire du Roy. Je ne serai ici
que son Copiste ou son Echo , à l'exception
cependant de la Gravûre de la Médaille en
question ,
و
,
392 MERCURE DE FRANCE
question , faite par mes soins , d'après un
Dessein original que M. G. joignit à la Lettre
que vous allez lire , & qui mérite bien à
tous égards le nom de Dissertation.
MONSIEUR ,
Pendant le séjour que j'ai fait à Paris cette
année 1705 , M. Foucault , Intendant de la
Généralité de Caën , profita du loisir des
Paysans de Vieux , à deux lieuës de cette
Ville , & en leur donnant lieu de gagner leur
vie , pendant la cessation des autres travaux
de la campagne , il les employa à continuer
la découverte d'un grand Edifice Romain
dont il avoit déterré depuis deux ans une
partie confiderable , par des soins dignes de
son amour pour l'Antiquité .
Cette Partie étoit un Bain très - solidement
bâti avec toutes ses dépendances , selon la
disposition & les dimensions qu'on peut
lire dans Vitruve . On y travailloit encore à
mon retour à Caën ; & comme les Paysans
avoient trouvé beaucoup de Médailles antiques
, en remuant la terre , M. Foucault ,
le lendemain de mon arrivée , me donna à.
examiner tout ce qu'on lui en avoit aporté.
Il y en avoit environ deux cent de toutes
grandeurs , du haut & du bas Empire , toutes
couvertes de rouille & de terre ; elles ne
P'étoient pas néanmoins de maniere , que je
ne
MAY. 1739.
893
ne m'aperçûsse aisément qu'il n'y avoit ni
Type ni Revers rare , & qu'il n'y en avoit
pas une auffi, qui ne fût dans le Cabinet de
M. Foucault. Une seule de ces Médailles se
trouva tellement cachée sous la rouille , qu'il
me fut absolument impoffible de reconnoître
d'abord de qui elle étoit. Je pris mon
temps le même jour pour la nétoyer , & en
travaillant sur l'Inscription du côté de la
tête , je fus extrêmement surpris d'apercevoir
des Lettres Grecques. Quelle aparence en
effet y avoit-il qu'on dût trouver au Lieu
d'où elle venoit d'autres Médailles que des
Médailles Latines ? Je continuai mon petit
travail , & je fus surpris encore d'avantage
de trouver sur celle - ci , le nom & le surnom
de Diadumenien dans cette Inscription
M. ONEA . AIAAOTMENIANOC. M. Opel.
Diadumenianus. Je ne fus pas long- temps à
découvrir la tête de cet Empereur en Buste
jusqu'aux épaules , & sans couronne de Laurier.
Je m'apliquai ensuite à nétoyer le Revers
, & j'eus bien -tôt trouvé le motGrec
EQECION , qui me fit connoître , que la Médaille
avoit été frapée à Ephese. Et peu de
temps après , je vis paroître fort nettement
celui d'HPAKAEITOC & non pas HPAKAEITOY
, qui eût été le nom du Magistrat,
sous l'autorité duquel la Médaille avoit été
frapée.
>
>
Je
894 MERCURE DE FRANCE
Je nétoyai enfin tout le Type du Revers
& quand j'eus achevé , je vis sans peine la
figure d'un Vieillard debout , à longue barbe
, la phisionomie triste & mélancholique ,
revétu du Manteau de Philosophe , le bras
droit nud , hors du Manteau , la main un
peu élevée, avec une Massuë sur le bras gau
che, armée de clous , laquelle il tenoit de bas.
en haut.
La Massuë ne m'arrêta pas un moment
& je n'eus pas la pensée d'en conclure , que
ce fut la Figure d'Hercules , le mot HPA-,
KAEITOC , l'air & l'habillement indiquoient
assés , qu'elle représentoit le Philosophe
Héraclite . Héraclite étoit Ephesien , consideration
qui acheva de me confirmer dans
le sentiment que c'étoit ce Philosophe ,
dont je voyois la Figure. M. Foucault , qui
eut une joye très - sensible d'avoir fait une
acquisition si peu attenduë , n'en eut pas
une autre pensée , non plus que le Pere Albert
, Augustin Déchaussé autre Connoisseur
, lequel étoit venu de Paris exprès , pour
voir M. Foucault & son Cabinet .
,
J'achevai enfin de néroyer entierement la
Médaille , & je la rendis aussi entiere , &.
presque aussi belle , que si on l'eût nouvellement
frappée. Le Relief de la tête, & celui .
de la Figure du Revers est très - beau : les
Lettres sont extraordinairement élevées , & le
temps
THE NEW YE
PUBLIC LIANA.
ABTOR , LENCX
TILDEN FOUNDATIONS,
MOTICA
A
COCCION
HUPAKA
LACITOC
MAY. 1739 895
ge
que
temps & la roüille ont fait si peu de dommaà
la Médaille , qu'on ne s'aperçoit presd'aucune
alteration ; elle est enfin telle
que vous la trouverez représentée dans la
Gravûre que je joins à ma Lettre , faite par
une main habile.
Il y a déja quelque temps , M. , que j'ai
fait une Dissertation , dans laquelle j'ai tâché
de prouver , que les Ruines que l'on voit à
Vieux , où la Médaille a été trouvée , sont
celles de l'ancienne Ville des Viducaciens
dont Pline & Ptolomée ont parlé. Ce qu'on
y a déterré depuis ce temps - là , m'a confirmé
dans mon opinion.
,
Dès que j'eus reconnu que la Médaille
étoit Grecque , qu'elle étoit de Diadumenien
, & qu'elle avoit été frapée à Ephese ,
je me demandai à moi - même comment
elle pouvoit avoir été aportée de l'Asie , jusqu'à
la Ville des Viducaciens , à l'extrémité
de l'Europe , & même de la Terre , peu
loin des bords de l'Ocean. Je n'hesitai pas à
répondre , que je devois m'en étonner aussi
peu , que de ce qu'on trouve des Médailles
Latines frapées à Rome , jusque dans les extremités
de l'Asie , comme l'experience jour
naliere le fait voir. Dans un Empire aussi
grand que celui des Romains , il n'étoit pas
plus impossible de trouver en quelque endroit
que ce soit , de la Monnoye d'Or
d'Ar
896 MERCURE DE FRANCE
d'Argent , ou de Bronze , frapée par l'auto
rité du Sénat , qu'il l'est aujourd'hui , de
trouver des Louis d'Or , & d'autres Piéces
de Monnoye de France en Canada , à Cayenne
, & dans les autres Colonies Françoises
de l'Amérique. Il est vrai , que le Commerce
s'y fait plûtôt par Echange que par
Monnoye ; mais il ne laisse pas d'être
vrai , qu'on y trouve de la Monnoye Françoise.
A mesure que les Romains faisoient des
Conquêtes , les Légions y portoient & répandoient
leur Monnoye dans chaque Pays
& cette Monnoye circuloit , & se communiquoit
par le Commerce des Provinces les
unes avec les autres. Et enfin , comme le
Commerce étoit libre entre les trois Parties
du Monde alors connu , il est aisé de comprendre
de quelle maniere la Monnoye pouvoit
passer d'une Partie du Monde dans
l'autre comme encore aujourd'hui on a
en France des Monnoyes d'Allemagne , d'Italie
& d'Espagne , même de Turquie , de
Perse , & des Indes , & qu'on voit de celles
de France dans tous les Etats que je viens de
nommer.
Quelque Viducacien qui avoit voyagé en
'Asie , du temps des Empereurs Macrin &
Diadumenien , peut avoir raporté d'Ephese
La Médaille dont nous parlons , non pas
pour
MAY. 1739: 897
pour s'en servir comme d'une Monnoye
mais pour la faire voir dans son Pays , & la
conserver par curiosité ; c'est ce que prouve
indirectement la conservation de cette Piéce
: c'est ainsi qu'encore aujourd'hui , nos
Voyageurs raportent ordinairement des Piéces
de Monnoye , frappées au coin des Princes
Souverains des Pays , où ils ont voyagé ,
pour en conserver la mémoire. On ne sçauroit
douter que bien des Grecs & des Romains
n'ayent eu là-dessus le même goût que
l'on a encore aujourd'hui.
Qu'il y ait eû parmi eux des Curieux d'anciennes
Monnoyes , cela eſt tout évident par
une Loi du Digeste , tirée d'un Ouvrage du
Jurisconsulte Pomponius ad Sabinum , qui
marque que l'usufruit des anciennes Monnoyes
d'or & d'argent , dont on se servcit ,,
c'est -à- dire , que l'on conservoit de la même
maniere que des Pierres gravées , pouvoit
être legué : Numismatum aureorum , vel argenteorum
veterum , quibus pro gemmis uti solent
, ususfructus legaripotest.
Ce sont les anciennes Monnoyes d'or &
d'argent , mentionnées dans cette Loi , dont
on ne faisoit d'autre usage que de les garder ,
& les conserver , qui m'obligent d'expliquer
Gemma par des Pierres gravées. Il ne paroît
pas qu'on puisse donner à ce terme une autre
signification
Les
198 MERCURE DE FRANCE
Les Romains la lui ont donnée , & ils s'em
sont servis communément en ce sens- là ;,
cela est évident par ce Passage de Pline , où
il est marqué que Emilius - Scaurus ,
dont
Sylla avoit épousé la Mere , fut le premier.
Romain qui eut la curiosité de faire amas de
Pierres gravées . Gemmas plures quod peregrino
appellant nomine Dactyliothecam , primus omnium
habuit Rome Privignus Sylla , Scaurus.
On doit d'autant moins en douter , que.
l'on sçait assés que les Grecs & les Romainsn'ont
guere porté des Bagues , que pour
leur:
servir de Cachet , & que pour cela leurs Bagues
étoient gravées en creux de Têtes , de.
Figures humaines , d'Animaux , d'Oiseaux
& d'autres Types ou Symboles , selon le
goût & la passion de chaque Particulier .
Les Médailles Latines de Diadumenien
sont rares , en quelque Métal & de quelque,
forme que ce soit, les Grecques le sont beaucoup
davantage. Ainfi il est aisé de juger de.
la rareté de celle dont nous parlons , par le
Type d'Héraclite , qu'elle représente , lequel
n'a paru encore sur aucune Médaille.
Les Types des Revers des Médailles Latines
des Empereurs Romains , ne représensent
ordinairement que des choses qui ont
zaport aux vertus ou aux Actions des Empereurs.
Il en est autrement des Médailles des
Villes Grecques , frapées au coin des mêmes
Empereurs
M A Y. 1739 899
Empereurs. On voit par celles qui nous restent
, qu'elles y faisoient représenter les Têtes
de chaque Empereur , d'un côté , par devoir
, en considération du Privilege dont elles
joüissoient , & qu'au Revers elles faisoient
très-communément mettre des Types,'
qui les regardoient en particulier , comme
leurs Divinités, leurs Temples , leurs Fonda
teurs , les Jeux publics qu'elles célebroient
&c.
Quelques-unes même de ces Villes se sont
fait un honneur d'y représenter les Hommes
Illustres dans les Sciences & dans les Beaux
Arts , qui avoient pris naissance chés- elles.
C'est ce que les Smyrniens ont fait à l'égard
d'Homere , les 'Samiens à l'égard de Pytha
gore , les Insulaires de Cos à l'égard d'Hypocrate
, comme on le voit par une Médaille
du Cabinet de M. Foucault , & les Mytileniens
par une Médaille de Sapho , que j'ai
vûë , & que M. Spon a fait graver.
ނ
Sur la Médaille qui fait le sujet de ma
Lettre , nous voyons que les Ephesiens ont
fait la même chose à l'égard d'Heraclite , à
qui leur Ville a donné la naissance , le mettant
par là en parallele avec leur Temple de
Diane , si célebre , dont quelques- unes de
leurs Médailles nous ont conservé la forme
exterieure , & en donnant à ce Philosophe
cette marque de reconnoissance de l'honneur
goo MERCURE DE FRANCE
neur qu'il leur faisoit , ils s'en firent un trèsgrand
à eux-mêmes. On peut dire en effet
qu'alors ils réparerent , en quelque façon , le
peu de considération que leurs Ancêtres
avoient eû pour sa vertu & pour sa sagesse ,
en chassant ignominieusement de leur Ville
le fameux Hermodore , son bon ami, Homme
d'un grand génie , & capable d'établir
un bon Gouvernement, comme il le fit connoître
ailleurs que chés les Ephesiens.
On présume qu'Hermodore avoit voulu
faire des remontrances à ses Concitoyens sur
le déreglement où ils étoient tombés , leur
persuader de rentrer en eux-mêmes , & de
s'engager à l'observation des Loix qu'il étoit
prêt de leur donner . Les Ephesiens , au contraire
, au lieu de profiter des avantages que
Hermodore s'offroit de leur procurer , firent
tumultuairement la Loi que Voici. Que personne
de nous ne s'éleve au- dessus des autres s
si quelqu'un a cette présomption , qu'il aille des
meurer ailleurs avec d'autres
que nous.
Ciceron a rendu cette Loi en Latin , sur les
termes Grecs qu'il avoit trouvés dans un Ouvrage
d'Héraclite , qui subsistoit de son
temps. On trouve encore aujourd'hui les
mêmes termes dans Strabon & dans Diogene
Laërce , qui les ont conservés. Voici la
Traduction Latine : Nemo de nobis unus ex
vellat , sed si quis extiterit, alio in locô & apud
alios sit,
MA Y. 951 17397
Hermodore , contraint d'obéir , se réfugia
en Italie , & alla jusqu'à Rome , où il
fut reçû avec une distinction si marquée ,
que les Decemvirs , nommés pour cette réception
, suivirent ses bons avis dans la publication
des Loix des douze Tables, qui ont
servi de baze à la Grandeur de la République
Romaine ; il leur fut même d'un grand secours
à les interpreter , la plûpart ayant été
tirées de la Langue Grecque : Quarum ferendarum
aucthoremfuisse Decemviris Hermodorum
quemdam Ephesium exulantem in Italiâ ,
quidam retulerunt. Ce sont les paroles du Jurisconsulte
Pomponius , qui ne paroît pas
assés instruit sur ce Fait ; mais ce que dit Pline
, de la Statue dont Hermodore fut honoré
dans Rome , à cette considération , éri
gée dans la Place du Comice , empêche qu'on
n'en puisse douter. Hermodori Ephesii Statua
in Comitio Legum quas Decemviri Scribes
bant , Interpretis , publicè dicata.
Heraclite fut dans une affliction inexprimable
de la perte d'un ami si digne de son
amitié ; il fut encore plus indigné de l'injustice
atroce & sans exemple des Ephésiens ;
ce qui lui fit dire & écrire , que pour avoir
chassé Hermodore d'un maniere si indigne ,
dont l'ignominie retomboit sur eux , ils méritoient
tous la mort , depuis les plus adultes
jusqu'aux plus vieux, & qu'il falloit que ceux
qui
Do MERCURE DE FRANCE
qui étoient au-dessus de cet âge , abandonnassent
la Ville. Il pensoit ainsi , de crainte
aparemment que cette Jeunesse n'y contractât
la même méchanceté.
Cependant les Ephesiens reconnurent leur
faute , lorsqu'il n'étoit plus temps ni en leur
pouvoir de la réparer ; ils prierent Heraclite
de supléer à l'absence d'Hermodore , & de
leur donner des Loix , mais notre Philosophe
qui connoissoit à fond combien le désordre
étoit grand à Ephese , ne voulut pas
s'engager dans une entreprise , de laquelle il
ne croyoit pas qu'il pût sortir avec honneurs
il s'abstint, au contraire, d'avoir aucun commerce
avec ses Compatriotes. Religieux ob◄
servateur de sa résolution , il alloit souvent
prendre l'air tout seul au Temple de Diane!
Comme il s'y divertissoit un jour à joüer
avec de petits Enfans , plusieurs Ephesiens ,
qui ne sçavoient que penser de cette action ,
si peu digne, en aparence , d'un tel Philoso
phe, s'assemblerent au tour de lui avec étonnement
: » qu'avez - vous à me demander
» leur dit il , ne vaut-il pas mieux que je fas-
» se ce que je fais, que de me mêler du Gou-
» vernement avec d'aussi méchantes Gens
» que les Ephesiens ?
Il prit enfin à notre Philosophe un tel dé
goût du Monde , qu'il sortit de la Ville , &
se retira dans les Montagnes voisines , où il
ne
MAY . 1739.
502
ne vivoit que d'herbes & de fruits sauvages ,
genre de vie auquel il n'étoit pas accoûtumé,
& qui lui causa enfin une hydropisie , cela
l'obligea de revenir à la Ville pour essayer
quelques Remedes , qui ne réussirent point ,
ensorte que , selon plusieurs Auteurs , if
mourut bien-tôt après , & selon d'autres if
guérit, & finit ses jours par une autre maladie .
il
L'Histoire n'aprend rien davantage de la
Vie d'Héraclite. Comme il ne s'agit pas ici
de sa doctrine , nous n'en dirons rien . On
remarquera seulement qu'il n'eut aucun Maître
dans l'étude des Sciences, quoique Pithagore
, Xenophane , & quelques autres Philosophes
, eussent parû un peu avant lui ; aussī
a -t'il écrit que , tout ce qu'il sçavoit , il l'avoit
acquis par ses propres Méditations.
Quant à ses Moeurs , on l'a accusé de s'être
mis par orgueil au dessus de tous les autres
Sçavans , & d'avoir méprisé tous les Grands
Hommes qui l'avoient devancé , comme Homere
, Hesiode , Pithagore , Xenophane ,
Hecatée , & c .
Cette accusation est fondée , sur ce qu'il
disoit que la multitude de connoissances que
P'on acquiert les uns des autres , ne forme
pas l'esprit , & que le but du Sage doit être
uniquement d'avoir une Regle sûre , & cer
taine pour agir en toutes choses & en toute
pccasion. Il vouloit qu'on chassât Homere
Ꭰ . igno904
MERCURE DE FRANCE
ignominieusement de toutes les Assemblées
publiques des Grecs , à l'occasion des Jeux
Sacrés , c'est-à-dire , des Jeux Olympiques
des Phytiques , des Néméens, des Ithmiens,
des Corinthiens , & des autres , célébrés en
differens Lieux , à l'imitation de ceux-ci,
Au reste , en nommant Homere , qui ne vivoit
plus il y avoit long- temps , Héraclite
entendoit parler de ceux qui faisoient profession
de réciter les Vers de ce Prince de
la Poësie Grecque , qui se trouvoient exprès
dans ces Assemblées , pour en régaler les
Grecs.
›
Héraclite enfin étoit un Philosophe aus
tere & rigide , qui vouloit que les Hommes
agissent en Hommes en toutes choses, c'està
- dire , avec la droite raison , & qu'ils éloignassent
d'eux tout ce qui étoit capable de
les en détourner . Ses Paroles & ses Ecrits
obscurs , lui ont fait donner le nom de
Ténébreux , EXOTIVOS , & son insensibilité
pour tout ce que les autres Hommes recherchent
avec tant d'ardeur , celui de dans
Exempt de paffions.
›
Tel étoit Héraclite , que nous voyons représenté
sur la Médaille des Ephesiens. On
ne trouve rien dans les anciens Auteurs , de
la grande oposition qu'il y avoit entre lui &
Démocrite , comme on le dit communément
, jusqu'à prétendre que l'un ne faisoit
que
MAY. 1739.
905
que pleurer , pendant que Démocrite rioit
de toutes choses . Il n'y a que Lucien , qui
ait publié cette circonftance , qu'il a fans
doute inventée , dans le Dialogue , où Jupiter
& Mercure vendent les Philofophes à
Pencan. Les bons Critiques pensent , que
Lucien a voulu se divertir , & faire rire ses
Lecteurs , & qu'on ne doit pas prendre à la
lettre , tout ce que cet Ecrivain , Plaisant de
Profeffion , a écrit .
109 ,
,
En effet ces deux Philofophes n'étoient
pas proprement contemporains : Héraclite
qui n'a vécu que 60. ans , floriffoit en la 69 .
Olympiade , & Démocrite , qui en a vécu
florissoit en la 80. pour le plus
tard . Il eft vrai que Démocrite , qui mettoit
le souverain bien dans ce qu'il apelloit d'un
nom qu'il avoit inventé , pour se faire mieux
entendre , c'eft - à- dire , vivant dans une tranquillité
parfaite & conftante de l'ame, exemp
te de crainte , de superftition , & de toutes
passions , philosophoit avec une grande
gayeté d'esprit mais nous ne devons pas
croire que cette gayeté lui fit faire des extravagances.
Il n'y avoit qu'un Peuple , aussi
grossier que les Abderitains , capable de
prendre cette gayeté pour une folie . Il n'est
pas probable aussi, qu'Héraclite ait eû la foiblesse
que Lucien lui attribuë. Il faut toujours
faire une grande difference des senti-
Dij mens
906 MERCURE DE FRANCE
mens raisonnables , d'avec ceux d'un Rhétheur
, qui se soucie peu de dire la vérité ,
pourvû qu'il plaise , en faisant rire.
Les Ephesiens n'avoient pas aparemment
attendu jusqu'au temps de Diadumenien
à rendre à la vertu d'Héraclite l'honneur
qu'elle méritoit. Il est vraisemblable que
long- temps auparavant ils lui avoient élevé
chés eux une , ou même plusieurs Statuës ,
qui ont ensuite servi de modéle , pour le représenter
parfaitement sur les Médailles . Il
refte à examiner quelle raison les Magiftrats
d'Ephese peuvent avoir eû , de faire représenter
notre Philosophe armé d'une Maffuë.
Il est d'abord certain , que la Maffuë ne
fut pas une arme particuliere à Hercules
elle a éte commune à plusieurs autres Personnages
, même de son temps , ce qui fait
voir qu'elle a été en usage avant ce Héros :
c'étoit aussi une arme assés naturelle , dont
il est aisé de voir, que chacun pouvoit se servir
dans ces premiers temps, & que l'Art n'en
avoit pas encore inventé d'autres.
Thesée , contemporain d'Hercule , enleva
au brigand Periphate , autrement apellé
apuváτns ,porte Massue,celle dont il affommoit
les Paffans auprès d'Epidaure , & Thesée s'en
servit ensuite lui - même.
Nestor , dans l'Iliade , reprend les jeunes
gens de ce que pas un d'eux n'avoit le courage
MAY. 17397 907
rage d'accepter le défi que venoit de leur
faire Hector , de se battre contre lui seul à
seul . Il les encourage par son exemple , &
il leur raconte de quelle maniere , à la fleur
de son âge , étant au Siége d'Ytué , en Elide,
il s'étoit battu contre Eventhalion , & lui
avoit enlevé la Maffue dont il étoit armé. Il
fait même l'hiftoire de cette Maffuë . Licur→
gue , Roy de Némée , en avoit fait présent à
Eventhalion , & auparavant il en avoit desarmé
le Roy Arsitĥous ; enfin il s'étoit si
fort diftingué par la Maffuë , que les Grecs
lui en avoient donné le nom de Kepurnes ,
dont Periphate fut aussi apellé
comme
on vient de l'observer. On voit par ce
détail que la Massuë étoit beaucoup plus
ancienne qu'Hercule.
Uliffe , dans le récit qu'il fait à Alcinous
de sa descente aux Enfers , raconte qu'il y
avoit remarqué Orion avec la Maffuë d'airain
, dont il avoit terraffé les Bêtes féroces
dans les Montagnes. Poliphéme se servoit
aussi de la Maffuë ; Uliffe fait la description
de celle qu'il avoit préparée , & qui étoit encore
verte, grosse presque comme un mât de
Navire. Enfin Enée , dans Virgile , ( Eneid.
III. ) combattant contre Turnus , tua deux
braves Grecs , armés chacun d'une Maffuë :
Nec longe Cyffea durum
Immanemque Gyam fternentes agmina Clava .
D iij
I
908 MERCURE DE FRANCE
Il eft inutile de citer un plus grand nom
bre d'authorités , pour prouver un Fait qui
n'est pas douteux , sçavoir que la Maffuë étoit
une arme commune du temps d'Hercule
même avant lui , & qu'elle le fut long-temps .
après lui .
Il n'eft donc pas étrange qu'Héraclite paroisse
armé d'une Maffue sur la Médaille des
Ephesiens , & l'on ne doitpas croire que l'on
prene ici le change , & que ce que l'on pense
être la Figure d'Héraclite,ne le soit pas, mais
que c'est celle d'Hercule . Jamais en effet
Hercule n'a porté la barbe ni l'habit de Phi
losophe : toute la difficulté , c'est de sçavoir
quelle raison eurent les Ephesiens de donner
une Maffuë à Héraclite .
Dans le peu que j'ai raporté de la Vie de
ce. Philosophe , qu'en sortant d'Ephese il s'étoit
retiré dans les Montagnes , quel inconvenient
y auroit-il de penser qu'un homme
de bon sens tel
, que Héraclite l'étoit , avoit
songé en même temps à sa sûreté , & au
moyen de se défendre contre les Bêtes féroces
, qu'il pouvoit rencontrer dans sa solitude
il n'a pu en trouver de plus conque
de se munir d'une arme
simple & naturelle , comme la Maffuë , qui
devoit être encore d'usage dans son temps.
On ne pourroit pas absolûment rejetter
cette raison : il semble d'abord que les Ephe
venable
,
siens
-MAY. 1739.
909
siens n'en ayent pas eû d'autre , en donnant
la Maffue à Héraclite , dans les Statuës qu'ils
lui ont érigées , & sur la Médaille de Diadumenien.
Cependant on ne peut presque
pas disconvenir qu'ils ne l'ayent fait par
les
motifs que nous allons voir.
ses ,
Anthistene , Chef des Philosophes Cyni
ques , prit , au raport de Diogene Laërce ,
parmi les Grecs , Hercule , & parmi les Perle
Grand Cyrus , pour le modéle de la
vie dure & auftere , qu'il avoit embrassée .
Pour imiter Hercule exterieurement par quelque
endroit , il se munit d'une Maffuë ; peutêtre
même l'eût -il encore imité en se couvrant
de la dépouille d'un Lion , s'il eût cru
qu'on l'eût souffert avec cet habit dans Athe
nes , d'où il étoit , & où il faisoit sa demeure
.
Lucien étoit bien persuadé , que tous les
Philosophes Cyniques , & Anthistene luimême
se fussent habillés de cette maniere
bizarre , s'ils eussent osé le faire , quand il
introduit Menippe vétu de la peau d'un
Lion , à son retour des Enfers , où il étoit
allé consulter l'ombre de Tiresias. Comme
Anthistene vit qu'il ne pouvoit imiter son
Héros par cette autre distinction , il quitta.
l'habillement de dessous , & se contenta d'un
Manteau , qu'il fit doubler , afin d'être moins
exposé aux injures du temps.
D iiij Dio910
MERCURE DE FRANCE
Diogene , qui vivoit du temps d'Anthis
tene , & qui fit profession de l'imiter dans
ses austerités & dans ses Dogmes , ne prit la
Maffuë , ou le Bâton , qu'après une maladie,
& il continua de la porter , particulierement
lorsqu'il voyageoit. Cratès & ses autres Disciples
, tous les Philosophes enfin , qui voulûrent
se diftinguer , en s'écartant de la vie
ordinaire des autres hommes , suivirent le
même exemple.
Lucien, dans le même Dialogue, déja cité ,
de la vente des Philosophes les plus signalés
par Jupiter & par Mercure , marque plus
précisément , pourquoi les Philosophes Cyniques
affectoient de porter la Maffuë . Diogene
, selon les paroles qu'il lui met à la bouche
, interrogé par le Marchand qui veut l'acheter
, sur les raisons qu'il avoit euës , de
s'être proposé d'imiter Hercule , répond , que
le Manteau dont il est couvert , lui tient lieu
de la dépouille du Lion , & que la Maffuë
dont il est armé, étoit la marque de la guerre
qu'il faisoit aux voluptés , c'est-à-dire , aux
vices , à l'imitation d'Hercule, qui l'avoit faite
aux Monstres & aux Tyrans.
Héraclite a été le premier des Philosophes ,'
qui a déclaré cette guerre , & qui a livre des
combats continuels aux vices , tant qu'il a
vécu. Anthistene , Diogene , & tous les autres
Philofophes , peut-être plus aufteres dans
leur
MAY. 911 1739
eût
leur maniere de vivre , mais plus zélés que
kui , n'ont fait que l'imiter en cela , avec cette
difference , que leur ostentation défaut
qu'on ne peut reprocher à Héraclite
empêché le fruit de leur morale , quand ils
auroient trouvé des hommes disposés à
les écouter. Il n'eft douc pas contre la vraisemblance,
de dire que les Ephesiens lui ont
mis à la main le même symbole que ces Philosophes
prirent long-temps après lui .
Je n'oublierai pas ici que Leonard Augus
tin , dans le Livre qu'il a publié des Pierres
gravées , a donné le nom d'Héraclite à la
XXIII.qu'il apelle Cameo, du nom Italien, dont
est venu parmi nous celui de Camayeu , à
caufe que la Figure est en relief sur l'original.
Cette Figure est de front , & repréfente un
Vieillard' debout avec une fort longue barbe
defcendant jufqu'au deffous de la poitrine, la
mélancolie peinte sur le vifage , le bras gauche
envelopé d'un Manteau , avec la main
pendante. Comme le nom d'Héraclite ne sc
lit point sur la Pierre , il n'y a fans doute que
Fair de la Figure gravée , qui ait pû autorifer
& déterminer Leonard Augustin à la prendre
pour Héraclite. Peut-être repréſente-t
elle un autre Philofophe ; mais le nom de
ee Philosophe , marqué sur notre Médaille
de Diadumenien , empêche de douter que
ce ne foit ſa Figure que l'on y voit , & sa
DY Figure
912 MERCURE DE FRANCE
Figure d'autant plus vraie , qu'elle vient d'E
phefe , Lieu de fa naiffance.
Le même Camayeu repréſente de l'autre
côté une autre Figure , qui eft gravée à la
page suivante ; L. Auguftin a trouvé bon de
lui donner le nom de Démocrite ; mais autant
qu'on le peut conjecturer, la seule raison qu'il
en a euë , c'est qu'elle est sur le Revers de
la premiere Figure , par lui nommée Héra→
clite ; cependant , à bien considerer cette
seconde Figure, elle n'a pas moins l'air triſte
& mélancolique que la précedente , & parcela
même , le nom d'Héraclite ne lui convient
pas moins. Il lui convient même da
vantage , par le Bâton qu'il tient à la main
en ce que ce Bâton reffemble fort à une
Maffuë par le bas , qui eft plus gros que le
haut, Enfin fi on compare les deux Figures
attentivement , & qu'on veuille absolument
leur donner un nom , on trouvera que celui
d'Héraclite , repréſenté dans une attitude
differente , leur convient mieux qu'aucun
autre .
Telle eft , M. , la Differtation de M. Gal
land , fur une Médaille aussi rare & aussi
curieuſe , en tous fens , que celle dont vous .
voyez ici la Gravûre. L'Original eft dans le
Cabinet du Duc de Parme , depuis la mort :
de M. Foucault. Il m'eft venu depuis,une au→
tre Médaille de Bronze , trouvée dans les
mêmes
›
MAY. 1739.
913
mêmes Ruines de Vieux , auprès de Caën ,
laquelle m'a été envoyée de cette derniere
Ville par M. de Chezelles. Je la trouve auſſi
singuliere que celle de Diadumenien ; elle
est Afriquaine , & j'espere en faire aussi
part au Public .
Je suis , Monsieur , & c.
A Paris , le 30. Avril 1739.
ADIEUX A LA POESIE.
DEgagé de tes fers , fatale Poësie ,
Je renvoye aujourd'hui les Vers à la Folie.
Aux rayons du bons Sens , dont l'éclat me confond ,
Ta beauté difparoît , & le charme fe rompt.
Va , cours , fui loin de moi , dangereuse Déeffe ,
Tu n'as que trop long- temps , perfide Enchante
reffe
,
Enyvré mes esprits d'un aimable poison ,,
Et fait parler mes sens , plus haut que la raison :
Je ne veux plus , joüet de tes brillans preſtiges ,
Prendre , pour beaux transports de bizarres vertiges
Et courant à l'honneur par des sentiers gliffans ,
A des Phantômes vains immoler le bon Sens.
Fuis donc ; mais non demeure ; en dépit de tes
charmes ,
>
Dvi
914 MERCURE DE FRANCE
La raison va te vaincre avec tes propres armes.
C'est elle qui mnspire , & déja son flambeau
M'éclaire , & me conduit à la source du beau .
D'elle seule empruntant les couleurs néceffaires
Pour peindre d'Apollon les frivoles chimeres
Je veux que l'Univers , de ce Dieu fabuleux
Connoisse en mes accens les charmes dangereux
Né du fein de l'orgueil , pernicieux langage
Des trop simples Mortels tu sçus gagner l'home
mage ;
Ton venin déguisé sous de riantes fleurs ,
En flatant leurs esprits , se glissa dans leurs coeurs
Et bientôt la raison séduite par tes charmes ,,
Se jetta dans tes fers , & te rendit les armes.
Parles , n'est - ce pas toi , dont les inventions
Remplirent l'Univers de folles visions ?.
Par toi , la Vérité couverte de nuages
Vit le Mensonge altier lui ravir nos hommages ,
Affranchir les esprits de son joug odieux ,
Et de nos Paffions nous faire autant de Dieux.
Homere le premier , dont le rare génie
Sçût marier la Fable aux sons de l'harmonie ,,
Quel usage fit-il de ton Art suborneur ?
Hélas du monde entier aimable empoisoneur
1
chanta dans ses Vers majestueux , sublimes ,
Des Dieux foibles , brûlans de feux illégitimes ;
Injuftes
M A Y. 1739.
Injuftes , violens , vindicatifs , jaloux ,
Au fommet de l'Olympe auffi foibles que nous.
Protecteurs des forfaits , dont ils donnoient l'e
xemple ,
Et plus dignes enfin du foudre que d'un Temple.
Tels font pourtant les Dieux , à qui tes Favoris
De leur veine infenfée alloient porter les fruits.
Mais à quoi bon chercher, dans un Siécle prophane
Des témoins qu'aujourd'hui le nôtre enfin con
damne ?
Ton adreffe perfide , avec plus de succès ,›
Au milieu des dangers nous fait goûter la Paix.
Sous le mafque trompeur d'une fauffe innocence
Helas ! combien de fois caches- tu l'impudence
Qui mieux
2. que toi du vice , avec dexterité ,
Nous dérobe l'horreur , & la difformité ?
Qui , flatant avec art nos plus tendres caprices ;
Plus doucement nous mene à d'affreux précipices
Libertins , dont le crime allume les defirs ,
Qu'il plonge mollement dans le sein des plaifirs ;
N'est-ce point quelque Muse , aux pinceaux im
modeftes ,..
Qui fcut vous infpirer des tranfports fi funeftes
Quel autre , dites moi , vous a fi bien apris
A braver les remords qui gênent vos esprits ?
A traiter la Raison de pédante sévere ,
De Tyran importun dont il se faut défaire a
976 MERCURE DE FRANCÈ
Et ne voyant la Mort que dans l'éloignement ,.
A donner au Plaifir jufqu'au moindre moment.
Trop heureux ! fi de Dieu la fuprême juſtice
Par vous n'eft transformée en injufte fuplice.
Arrêtez , s'écriera quelque aveugle rimeur ,
Me taxant d'ignorance & de mauvaise humeur
Diftinguez avec foin des Poëtes prophanes ,
Ceux qui de la Vertu fe rendent les organes ::
Jy foufcris , mais de cent , dont les noms font fameux
,
A peine en trouve t-on quatre de vertueux ;
Et le reste accablé sous le poids de leurs crimes ,
De fes charmes trompeurs fe trouvent les victimes,
Mais foit , je veux encor que leurs inventions
Ne réveillent jamais le feu des paffions :
Voyons fi par ton Art l'Homme devenu fage ,,
Fixe mieux les écarts de fon eſprit volage ,
Et fi dans les liens qui retiennent ſon coeur
Il peut jamais trouver un folide bonheur.
Efclave du Public , encor plus de foi- même ,
´Il pourſuit vainement un phantôme qu'il aime.
Ce nom , cette fumée , où tendent tous fes voeux
Le trahiffent toujours loin de le rendre heureux ;
En bute aux jugemens d'un Critique sévere ,
Le fruit de fon travail eſt ſouvent la mifere ;
Du rang , ou fon efprit s'eft fait apercevoir ,
Sans un fâcheux éclat , il ne fçauroit décheoir .
Mille
MAY.
317
1739.
Mille fois dans le jour , en maudiffant la rime ,
Il voudroit ſe ſouftraire au Tyran qui l'oprime ..
Mais en vain de fes fers il veut fe délivrer ,
Du poiſon qu'il détefte il aime à s'enyvrer.
dangereux poifon ! ô trop fatale yvreffe !!
Qui séduifit mon coeur dès fa tendre jeuneſſe ;
Et toi , Dieu fabuleux , fource de mes malheurs
Je te rens tes Lauriers arrosés de mes pleurs.
Puiffe- tu de ces Lieux pour toujours difparoître !!
Oui , mon coeur te renonce , & veut te mécon
noître.
Aujourd'hui pour toujours je rejette ta Loi ;
Je l'ai dit , c'en eft fait ; va , fuï , retire -toi.
DE CHAVIGNY , Penfionaire de l'Académie
Royale de J***
** uthhhhhhhhh
LETTRE au sujet des Remarques sur la
Boucherie de l'Aport de Paris, &c . insérées
dans le Mercure du mois de Mars 17398
Page 439.
Efori
N lisant , M. les Remarques faites sur
l'origine du droit qu'ont certainesFamilles
dans les Boucheries de Paris , que vous avez
publiées dans votre Journal de Mars , j'étois
étonné que et Ouvrage paroissant parti
d'u
nst
18 MERCURE DE FRANCE
ne bonne main , eût néanmoins un défauc
essentiel. Cedéfaut consiste , en ce que l'Auteur
a crûqueParis étoit encore renfermé tout
entier dans l'Iisle , lorsque Philipe Auguste.
fit élever à la fin du XII . siécle des murs dans
les terres du côté du Nord & au- dessous de
la Montagne de Sainte Geneviève , vers le
Midi. Pourroit-il venir en pensée qu'un
Prince s'avisât de fermer de murs une pleine
campagne, dénuée de maisons & d'Habitans
& que la clôture précedât l'habitation ? Cela
ne me paroît pas croyable. C'est ce que je
me disois à moi- même,en lisant cette Piéce
qui d'ailleurs est fort bonne. J'ai trouvé à la
fin une correction du sentiment de l'Auteur,'
Jaquelle vient de vous & c'est avec grande
raison que vous n'avez pas permis que votre
Journal fût rempli d'une opinion sur la clô¬
ture de Paris , telle que celle de cet Anony
me , laquelle est , selon moi , un vrai Para
doxe..
J'apris dernierement , au retour de la Séance
Académique du Mardi après Quasimodo ;
jour de la rentrée de l'Académie des Belles-
Lettres , que M. Bonami s'étoit proposé d'y
lire ( si le temps l'eût permis ) une Dissertation
sur l'antiquité de l'enceinte de Paris vers
le Septentrion , qu'il fait encore plus ancienne
que ce que vous marquez d'après M. de
la Mare, & on ajoûta, que l'on avoit oüi dire
qu'il
MAY. 1739.
919
qu'il devoit paroître bien- tôt dans votre
Journal ou ailleurs , un Ouvrage de M. l'Abbé
le Beuf, qui prouvoit la très - haute antiquité
de cette Enceinte . Votre Anonyme ,
enfoncé , à ce qu'il paroît , dans la Jurisprudence
, ne s'informe guere de ce qui se trame
parmi les Historiens. Sans l'erreur dans la
quelle il est tombé , ses Remarques me paroissoient
être à l'abri de la critique, au moins
je n'y voyois rien à reprendre. Il connoît
mieux que personne l'origine des Boucheries
de Paris , mais on ne peut lui accorder qu'il
ait bien rencontré sur l'antiquité des Encein
tes de cette Ville . Je suis , &c. * *
A Paris ce 13. Avril 17395
STANCES ,
SUR L'IMMACULE'E CONCEPTION,
ARGUMENT.
La Gloire de M. le Maréchal de Barwik
triomphe du Tombeau.
Destin , cruel Destin ! Arrêt irrévocable !
Tout doit subir la mort le pouvoir ,la grandeur ,
Les trésors , les honneurs & la force indomptable
Ne peuvent nous soustraire aux traits de sa fureur.
La
20 MERCURE DE FRANCE
La mort peut foudroyer les plus illustres Têtes ;
Tremblez, vaillans Héros, magnanimes Guerriers,
Hélas ! voyez Barwik au fort de ses Conquêtes ,
Rencontrer des Cyprès en cherchant des Lauriers.
*
"
Quel malheur pour l'Europe & pour toute la Terre!
Barwik sert de victime à l'aveugle Atropos ;
La France perd un Chef, Mars un foudre de guerre,
L'Espagne un Défenseur , l'Univers un Héros.
*
Ne soyons point surpris que la Parque inhumaine
Par un Globe homicide ait terminé son sort ;
Il suivit de trop près les traces de Turenne ,
Pour ne pas mériter une aussi belle mort.
*
Que dis je il n'est point mort; sa valeur éclatante
Ses Vertus , ses Exploits , le rendent immortel
Dans le sein de la Mort , sa gloire triomphante
S'éleve dans nos coeurs un Trophée éternel .
Allusion.
Vierge , tu dois à Dieu ta brillante Victoire ,
Barwik à sa valeur doit l'immortalité ,
La fureur de la Mort n'a pu ternir sa gloire ;.
L'Enfer n'a jamais pû terair ta pureté.
LET:
MAY. 1739 925
****************
LETTRE de M. de Juvenel , à M. D. L. R..
sur la Verrerie.
1
L parut dans votre Journal de Juillet
1738. M. un Ecrit avec ce Titre : Remar
ques concernant le Verre .... extraites d'une
Lettre écrite de Picardie. Celui qui en est
l'Auteur, n'a pas entendu ce que je dis dans
ma Dissertation Historique sur les Manufactures
, Article de la Vitrerie . Voici mes termes:
Il est certain que le Verre dont on faisoit
depuislong-temps de fort beaux Ouvrages , n'a
été employé aux Vitres que par les Modernes
& que c'est une invention des derniers siecles.
Il est évident par la simple lecture & par
la suite du discours , que c'est à l'ancienneté
de l'Art de faire le Verre, que j'opose la nouveauté
de l'usage de nos Vitres. J'ajoûte qu'il
n'est pas étonnant que les Anciens ayent
ignoré la Vitrerie , parce que , nés dans un
Pays très - chaud , en le comparant au nôtre ,
ils se servoient, au lieu de Vitres , de jalousies
ou de rideaux. J'observe , ensuite , que
ce ne fut que vers les derniers temps
de la
République , que les Romains , gâtés par un
fuxe excessif, s'aviserent d'employer la Pier
re Spéculaire ; & je dis ensuite nettement ,
que
922 MERCURE DE FRANCE
1
que c'est dans les Pays froids qu'on a inven
té , les Vitres. Il est visible que je n'attribue
pas cette invention au quinziéme ni au seiziéme
siécle ; et il est clair que par le mot
d'Anciens , j'entens les Orientaux , cest-àdire
, les Hébreux , les Egyptiens & les Phéniciens
, & même les Romains , & que je
comprens sous la dénomination de Moder
nes , les Peuples Septentrionaux , les Nations
Germaniques , qui fonderent de nou
veaux Etats sur les ruines de l'Empire Ro
main.
La nécessité est la Mere des Arts. Il est à
croire que les Francs & les autres Barbares ,
pour se garantir des injures de l'air , substituerent
aux Pierres transparentes, fendues en
feuilles minces , de petites pieces de Verre
de forme ronde , comme celles qu'on apelle
Cives. Car il est certain que les' premieres
Vitres de Verre blanc ont été faites de cette
maniere. On s'en sert encore en Allemagne ;
ce qui paroît indiquer le lieu de leur origine.
Je conviens avec le sçavant Auteur des
Remarques , qu'il y avoit des fenêtres vitrées
dans le sixième siecle. Le Texte de Gregoire
de Tours est trop formel , pour pouvoir en
douter ; mais je suis persuadé qu'en ce tempslà
, l'usage n'en étoit pas fort commun. Les
Vitres étoient pour lors un ornement qui
distinguoit les Eglises les plus riches , & les
Palai
MAY.
1739 923
Palais de nos Rois , des Maisons des Particuliers
& peut-être des grands Seigneurs.
L'habile Critique paroît trop versé dans l'Histoire
du premier âge de notre Monarchie ,
pour ignorer quelle étoit la pauvreté des
Peuples vaincus , & la simplicité des moeurs
de leurs Vainqueurs. Nous voila donc d'accord
sur ce point ; & s'il reste encore quelque
chose à éclaircir , il ne s'agira que d'une
question de mots . Il y a une infinité de
disputes , dont le principal objet est l'ambiguité
des termes , que l'un prend dans un
sens, & l'autre dans un autre. Ces sortes de
contestations cesseroient bien-tôt , si l'on
avoit soin de fixer les idées , & de marquer
ce que l'on entend, par les termes qui sont le
sujet de la dispute,
,
Ce que je viens de dire me paroît assés
clair & assés précis , pour qu'on ne prenne
plus le change sur les noms d'Anciens & de
Modernes , & sur l'usage que j'ai fait de ces
termes dans ma Dissertation. Mais me
dira-t'on, pouviez- vous en faire un tel usage?
De quel droit apellez- vous Modernes , Grégoire
de Tours & ses Contemporains , qui
vivoient onze cent ans avant vous ? Grégoire
de Tours , je l'avoue Pavoüe sera un Historien
ancien & très- ancien , si vous le com
parez avec Mezerai , ou avec le P. Daniel
& je lui donnerois volontiers le premier
> >
rang
24 MERCURE DE FRANCE
rang pour l'ancienneté, s'il s'agissoit des Ecri
vains de l'Histoire de France . Mais si, sortant
des bornes étroites de mon siecle & de mon
Pays , je parcours tous les âges du Monde
& passe en revûe tous les Empires , je trouve
Gregoire de Tours d'une date bien récente ;
je lui refuse la qualité d'Ancien, après l'avoir
donnée , non -seulement à Manethon & à
Berose , mais encore à Saluste & à Tacite.
Il seroit plus difficile de prouver que l'usage
de nos Vitres est une invention des der.
niers siecles , & cette expression , prise à la
rigueur , pourroit paroître hazardée & peu
exacte . Cependant des Sçavans s'en sont servis
avant moi , quand ils ont parlé de la Vitrerie
& de quelques autres inventions , qui,
de leur propre aveu , n'ont pas été inconnues
aux Anciens . M. Félibien des Avaux , est
un bon garant sur cette matiere . Il joignoit à
un goût exquis , une singuliere érudition , &
dans un excellent Ouvrage, qu'il fit sous les
yeux de l'Académie Royale d'Architecture
il s'exprime ainsi : » Quoique l'invention du
» Verre soit très -ancienne & qu'il y ait
» long- temps qu'on en fait de très - beaux
"
و د
و ر
,
Ouvrages , l'Art neanmoins de l'employer
» aux Vitres n'est venu que long - temps
après , & on peut le considerer comme
.une invention des derniers siecles , ( Princi →
pes de l'Architecture , &c. Liv. 1. Chap. 21.
pag.
•
MAY.
925 1739.
page 244. de l'Edition in -4°. de Paris
1676. )
Il y avoit du temps de Pline , des Meules
qui tournoient par le moyen de l'eau , pour
broyer les grains , néanmoins comme la maniere
dont il en parle, ( Hist. Natur . Lib . 18 .
Cap. 10. ) fait voir que cette invention étoit
alors peu parfaite & peu commune ; les Sçavans
s'accordent à l'attribuer aux Modernes,
& à la faire passer pour une invention des
'derniers siécles .
L'Auteur du Discours de l'Existence de
Dieu & de l'immortalité de l'Ame, observe,
qu'il y a lieu de se consoler de la perte de
plusieurs inventions anciennes , parce que
celles , dit- il , qu'on a trouvées depuis pen
sont plus commodes & plus faciles. Et le
premier exemple qu'il en donne est celui des
Moulins. ( Essais de Morale, Tome 2. Trai
té 2. )
» On a sçû de tout temps , dit l'Auteur
» de l'Art de penser , que le vent & l'eau
» avoient une grande force pour mouvoir les
" corps ; mais les Anciens n'ayant pas assés
» examiné quels pouvoient être les effets de
» ces causes , ne les avoient point apliqués ,'
» comme on a fait depuis par le moyen des
» Moulins , à un grand nombre de choses
" très-utiles à la Societé humaine . ( Part. 4.
Ch. 2. ) Voilà l'invention des Moulins refuséc
2 MERCURE DE FRANCE
sée aux Anciens , pour la donner aux Mo¬
dernes.
On fait honneur aux Modernes de la découverte
de la circulation du sang ; & l'on a
raison. Cependant de bons Auteurs ( le R.P.
Rapin & M. d'Almeloveen) assûrent qu'Hipocrate
& Aristote n'ont pas ignoré cette
admirable Méchanique , qu'on regarde comme
la base & le fondement de la Médecine.
Mais , parce que ces Grands Hommes n'ont
fait qu'entrevoir cette vérité , && que leurs
Disciples ne l'ont point aprofondie , & ont
négligé d'en faire usage , je ne crois pas que
les Partisans de l'Antiquité doivent faire un
crime aux Modernes, de se rendre propres &
la théorie & la pratique de la circulation .
Voilà tout ce que j'ai à répondre à l'Au
teur des Remarques. Je me serois expliqué
plus clairement dans ma Dissertation , si je
m'étois aperçû de l'ambiguité des termes , &
je sçais bon gré au Sçavant Critique, d'avoir
fait naître l'occasion de les éclaircir .
Je suis , &c.
A Pezenas le 24. Mars 1739;
SONNET
MA Y.
1739: 927
SONNET .
Sur la petite Vérole , dont plusieurs Dames
de cette Ville ont été attaquées.
V
Eux- tu faire au beau Sexe une guerre
nelle ,
Détestable fleau des Graces & des Ris ?
Sous les traits empestés de ta rage cruelle ,
Je vois des plus beaux teins disparoître les lis.
éter-
Chaque jour , chaque instant , une Beauté nouvelle
Tombe , & voit ses apas défigurés , Aétris ;
Et portant ton poison de plus belle en plus belle ,
Tu sembles par dégrés t'aprocher de Cloris.
Vole à son aide , Amour , partage mes allarmes ;
De ses beaux- yeux , sur tout , songe à sauver les
charmes ;
C'est de la main des Dieux l'Ouvrage le plus beau
J'ose exiger de toi cette faveur extrême ;
Pour moi ; pour mille.Amans ; que dis-je ! Pour
toi-même ;
De si beaux feux éteints, que devient ton flambeau
E
QUES
928 MERCURE
DE FRANCE
QUESTION
DE DROIT
.
Proposée au Mercure de Janvier 1739.
REPONSE.
& pour
lui
Aius
,
Aius
par son Testament
légue
une
somme
de soo. livres
à sa Domestique
,
pour
la récompenser
de tous
les soins
qu'elle a cû de lui pendant
sa maladie
,
assûrer
le payement
de cete somme
de soo .
livres
livres
,
I foo.
il la délégue
sur celle
de à lui due par Titius
. Quelque
temps
après
Titius
paye à Caïus
cette
son Testament
, somme
de 1500.
livres
; Caius
n'en
fait aucune
mention
sur son Testament
, sa voloņté
étant
toujours
que cette
somme
de soo.
livres
soit payée
à sa Domestique
( comme
il
est à croire
) car il n'avoit
délégué
cette
somme
sur celle
de 1500.
livres
à lui dûë
par
Titius
, que pour
en faciliter
le payement
.
Caius
meurt
, la Légataire
demande
la délivrance
du legs
à elle fait , les Héritiers
de
Caius
la lui refusent
, disant
que son legs est
que
caduc
, attendu
qu'il
est déterminatif
, &
la somme
sur laquelle
il étoit
à prendre
, a
été payée
au Défunt
depuis
son Testament
.
On demande
si elle n'est pas en droit
, en
ce
W
MAY.
17398 929
ce cas , de reprendre le legs sur les autres
biens de la succession , & s'il est vrai qu'il
soit caduc ?
Réponse.
Les Héritiers de Caius sont mal fondés a
refuser la délivrance du legs , sous prétexte
que Caius a reçû de Titius les 1500. livres
que ce dernier lui devoir, il n'y a rien de déterminatif
dans la disposition de Caius , que
la somme de 500. livres qu'il légue à sa Domestique
; il ne dit pas que cette somme ne
pourra être prise que sur celle de 1500, liv .
à lui dûë par Titius , sa volonté n'est pas déterminative
à cet égard , mais seulement dé
monstrative , indicative ; la délégation qu'il
fait de sco. liv. sur 1500. livres , n'est qu'une
désignation qu'il ajoûte pour mettre ses Héritiers
en état d'acquiter le legs avec plus de
facilité. Ainsi, qu'au jour du décès de Caius,
Titius soit son débiteur ou non , cela est indifferent
à la Légataire cette condition
n'ayant point été imposée par le Testateur ,
le legs est pur & simple , & par conséquent,
il est dû par les Héritiers.
>
C'est ainsi que la Loi Quidam 96. au Digeste
de Legat. 1. décide cette Question en
faveur d'une Légataire , à qui il avoit été légué
400. Pieces d'or , à recevoir en partie des
mains de l'Agent du Testateur, & déléguées
E ij
en
1930 MERCURE DE FRANCE
:
,
en partie sur d'autres sommes ; toutes ces
sommes au temps. de son décès , se trouverent
employées à d'autres usages. On demandoit
si le legs étoit dû. Le Jurisconsulte
répondit , qu'il étoit plus vrai -semblable de
penser que le Pere deFamille n'avoit eû d'autre
vue que d'indiquer à ses Héritiers des moyens
faciles pour recouvrer 400. Pieces d'or , que
de s'imaginer qu'il eût voulu attacher une
condition à un legs qui étoit pur & simple
c'est pourquoi , dit- il , les 400. Pieces seront
dûës. Quidam Testamento vel Codicillis , ita
Legavit. Aureos quadringentos Pamphila dari
volo , ita ut infra scriptum est Ab Julio actore
aureos tot , & in castris quos habet tot , & in
numerato quos habeo tot. Post multos annos eadem
voluntate manente dece sit , cum omnes
summa in alios usus essent translate ; quæro an
debeatur fideicommissum. Respondi , verisimilius
est Patrem Familias demonstrare potius
hæredibus voluisse unde aureos quadringentos
sine incommodo Rei familiaris contrahere possint
, quam conditionem fideicommisso injecisse ,
quod initio purè datum esset ; & ideo quadringenti
Pamphila debebuntur.
ODE
MAY. 17398 937
O DE
Imitation d'Horace , Diffugere nives123)
E Nfin PHyver rempli d'orages
A cédé la place au Printemps ;
Les Arbres , les Prés & les Champs ,
>
Se couvrent de nouveaux feuillages .
*
La Terre , par un changement :
Qui charme toute la Nature ,
Quitte son ancienne figure
Et prend un plus riche ornement.
*
Dans les confins de leurs limites
Les Fleuves déja revenus ,
Pour le présent , ne sortent plus
Des bornes qui leur sont prescrites.
*
Les Nymphes , avec les trois Soeurs ,
Qu'on fait présider à la danse ,
Exerçant leurs corps en cadence ,,
Osent déja former des Chours.
*
E iij Deg
32 MERCURE DE FRANCE
Des ans la course si légere ,
Des jours si promptement passés
La vitesse fait voir assés ,
Que notre vie est passagere.
*
Après la Saison de l'Hyver
Arrive le Printemps aimable ,
L'Eté tout aussi peu durable
Vient-il On le voit achever.
*
L'Automne commence à paroître ,
Il nous prodigue ses présens ;
Mais les tempêtes & les vents ,
Le font aussi -tôt disparoître.
*
La Lune , en ramenant les Mois ;
Répare bien- tôt les outrages
Que le Ciel chargé de nuages ,
Paroît souffrir pendant les froids.
*
Mais quand , privés de la lumiere ;
Nous revoyons le riche Ancus ,
Le Fils d'Anchise , avec Tullus ,
Nous ne sommes plus que poussiere
*
Qui
MAY. 933 1739
Qui de nous peut être certain ,
Que pour lui la Bonté céleste
Daigne encor au jour qui lui reste
Ajoûter le jour de demain ›
*
Un Héritier plein d'artifice ,.
S'envahira , perdra bien - tôt
Le riche fruit de vos travaux ,
Peut-être de votre avarice ..
*
Quand une fois vous serez mort ,
Lorsque Minos inexorable ,
Par un Arrêt irrévocable ,
Aura prononcé votre sort .
Non , votre science profonde ,
Torquatus , votre qualité ,
Votre rang , votre pieté ,
Ne vous remettront point au Monde..
*
Diane même ne put pas ;
Retirer son chaste Hypolite ,
Plongé dans l'ombre du Cocite ,
Depuis son malheureux trépas
E iiij Malgré
734 MERCURE DE FRANCE
Malgré les prieres d'Orphée ,
Pirithous trop insensé ,
Demeure encor où l'a placé ,
De Pluton la gloire offensée.
Par M. P. J. T. V. de Rouen.
LETTRE de M. P... à M. G.... sur?
la nouvelle Ortographe.
V
Ous me demandez , Monsieur , si j'aprouve
la nouvelle maniere d'ortographier
, & si je blâme les élisions introduites
indifferemment dans la Prose , dans la Versification
, même dans la Prononciation de
notre Langue . Puisqu'il ne s'agit ici que de
mon sentiment , je vais vous l'exposer pour
Vous satisfaire .
L'Ortographe est en général l'art de tracer
les Lettres des mots d'une Langue , conformément
à sa prononciation. Ecrire ou embarrasser
ces mots de Caracteres ou de Lettres
qui ne se prononcent point , c'est pécher
contre cet Art & ses principes , & par conséquent
contre la Langue , dont il est l'interprete
; c'est faire deux Langues d'une seule ,
s'il est permis de dire ainsi ; c'est la rendre
composée sur le papier , tandis qu'elle est
simple
MAY.
935 1739.
simple dans sa prononciation ; c'est l'exposer
à un mépris universel de la part de tout
Etranger , qui ne trouveroit pas une moindre
difficulté à aprendre à la prononcer , qu'à la
lire ; c'est en un mot la rendre étrangere à
ceux même auxquels elle est naturelle . Ces
raisons & tant d'autres qui se présentent à
l'esprit & qu'il n'est pas possible de raporter
dans une Lettre , me portent à aprouver la
nouvelle Ortographe , differente de l'ancienne
maniere d'ortographier, par la suppression :
dans les mots , des Lettres qui sont inutiles à
leur prononciation , & par l'addition d'au
tres Lettres , trouvées nécessaires pour rectifier
les mots & corriger leur prononciation.
A l'égard des élisions souffertes indifferemment
dans la Prose , dans la Versification
que l'usage a même introduites dans la prononciation
; s'il , qu'il , qu'elle , qu'oni , &c.
je ne les regarde pas comme fautes d'Ortographe
, mais plutôt comme un vice de la 1
Langue , formé par l'usage, J'aurois à ce su
jet plusieurs Observations àvous faire , dans
lesquelles je n'entrerai point ici, crainte d'être
trop long, Je dirai -seulement , pour établir
mon opinion , que c'est aller contre le génie.
d'une Langue , que de tronquer les mots qui
Texpliquent ; à la vérité , la Langue Latine
Mere de la nôtre , a permis aux Poëtes l'élision;
mais pour l'ordinaire, ou plutôt jamais
E v elle :
936 MERCURE DE FRANCE
>
elle ne s'écrit & ne se prononce point. On
pourroit aussi sur ce pied- là réserver à la Poësie
Françoise les élisions de notre usage. Les
choses étant entieres, au fond, il est indécent
d'estropier une Langue si vantée d'ailleurs
au défrichement de laquelle on a si heureusement
travaillé . Quant à l'usage , il seroit
ridicule de ne pas faire élider les mots que
je viens de marquer pour exemples . Enfin ,
Monsieur , pour vous déclarer aussi mon
sentiment à cet égard , je crois devoir tenir
pour l'usage , quoique je le regarde comme
mauvais , résolu néanmoins de changer cette
ancienne facon d'écrire & de parler , s'il
plaît aux Maîtres de l'usage de la révoquer.
Je suis , &c.
A Paris , le 28. Avril 1739.
On a du expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure d'Avril , par le Domino,
Interdiction , Porcus , & Arar. On trouve
dans le premier Logogryphe , Trinité , Or ,
Code, Indice , Trident , Cotentin , Ire , Corne,
Cor , None , Jonc Triton , Citron , Dijon ,
Cintre , Tin , Ode , Nitre , Trône , Roc , Onde,
Conti , Tendre , Diction , Conte , Corde, Trot,
Ronce & dans le troifiéme , Rara , &
Ara.
ENIGME .
MA YA 17398 937
hothi
ENIGME.
D'Ans l'Egypte autrefois de vils adorateurs ,
L'Encenfoir à la main venoient me rendre hommage) .
Le Peuple , le Sçavant , & le prétendu Sage ,
De ce culte payen étoient observateurs.
L'Hébreu dans le Défert , nourri d'un Pain céleſte ,
Suivant trop ses defirs vains & capricieux ,
Ofa me préferer à la Manne des Cieux ,
Moi qui fers tout au plus dans un repas agrefte.
Quoique je fois déchû de ce premier état ,
Un Systême nouveau répand avec éclat ,
Que la Terre empruntant ma forme triviale ,
Comme moi repréfente une figure ovale :
Encor avec cela quelques proprietés
Me confolent du moins. Lecteurs qui m'écoutez ,
Si vous ouvrez mon fein par vos communes armes,
Vous en ferez punis , vous verferez des larmes :-
Il eft vrai , je pourrai par vous être mangé ;
Mais ſi je meurs , au moins je me ſerai vengé.
LOGOGRYPHE..
E Ntier , j'habite plus la Ville , que la Cour ;.
Mais en me combinant , j'habite les Montagnes ,
E vj
2
Les
938 MERCURE DE FRANCE.
Les Bois , quelquefois les Campagnes ;
Je fuis ce qui fuccede au jour ;
Un modéle de patience ;
Petite Province de France ;
;
Ce que , dit-on , rusé Normand
Ne répond qu'en fe mariant
Agréable fleur printaniere ;
Ce que l'on voit dans les Forêts ;
De tous les chiens le friand mets ;
D'un Oifon le pere & la mere ; .
Ce que le timide Nocher
Defire fouvent d'accrocher ;
Un Saint révéré dans l'Eglife ,
Et qu'au Palais on préconise ;
Un Inftrument harmonieux ;
Ce qui compofe les femaines ;
Ce qu'accompagnent bien des peines
Un terme fort reſpectueux ;
D'un Infecte le fin ouvrage ; ›
Un Oifeau qu'on entend chanter ,
Dont la chair eft bonne à manger ;
Un mets en Carême d'uſage ;
De Mufique le fecond ton.
Neuf Lettres compoſent mon nom
Je n'en dirai pas davantage.
A. R. D. R. P
LOGO
MAY. 17397
LOGOGRYPHUS,
Į Niegra , mortales animos & Numina flecto,
-
Unum de membris attrahe. Tunc volito..
Si duo tollantur , Parnaffi fum incola Montis.
AftJum , orbata tribus , beftia , Lector , edaxi
Par P. J. V. de Rouen.
ALIUS.
Conſpiciorfemper maculata, & fordida , Lecter,
1
Scinde pedes medios , beftiafortis ero.-
Si me fubvertas , vilem confpexeris adem ;
Inque meis membris membra videbis avis .
A'LIUS.
Par le même.
INtegra fi fumar , Lector , fum beftia reptans ;
Unumfcinde pedem , beftia fum volitans .
Par le même.
NOU940
MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.-
SUITE du Catalogue raifonné des Ouvrages
du P. Fronton du Duc.
ONSTANTINI Harmenopuli Liber de
COpinionibus Hæreticorum , qui singulis
temporibus extiterunt , & de Fide orthodoxâ.
B.P. Tom . I. p. 533 .
CYRILLI , Archiepifcopi Hierosolymitani ,
Oratio de Occursu Domini & Symeonis. B. P.
Tom . 1. p. 849 .
DIONYSII , Archiepiscopi Alexandrini ,
Epistola adversùm Paulum Samosatensem.B.P.
Tom. 1. p. 273. Ejusdem Epiftola ad Bafilidem
Episcopum. Ibid. p. 36. On voit dans cette
Lettre, quelle est l'ancienne Discipline sur le
Jeûne du Samedi Saint.
DOROTHEI , Archimandrita , Prac ptiones
diversa & utiles , de vitâ rectè & piè instituendâ.
B. P. Tom. 1. p. 742. -
EUTHYMII , Monachi , Ismaëlitarum Confutatio.
B. P. Tom. 2. p. 292. L'Auteur donne
ici le nom d'Ismaëlites aux Mahométans.
GERMANI , Archiepiscopi Conftantinopolitani
Encomium in S. Deiparam. B. P. Tom..
MAY. 17398
948
2. p. 445. Ejusdem Oratio in S. Virginis Deipara
Nativitatem. Ibid . p . 450. Ejusdem Oratio
in S. Virginis Maria Dormitionem . Ibid.
P.- 459.
GREGENTII Archiepifcopi Tephrensis ;
Disputatio cum Herbano Judæo. B. P. Tom. 1.
p. 194.
S. GREGORII Papa I. Liturgia. B. P. Tom.
2. p. 325..
28.
GREGORII Papa II. Epistola dua de Saeris
Imaginibus ad Leonem Isauricum..... Nota in
priorem Epistolam. Dans le IX. Tome des
Annales du Cardinal Baronius , ann. 726.
n°. 28. dans le XIX..Tome des Conciles du
Louvre,p.1o. dans le VII.Tome du P.Labbe,
col. 7. Ces deux Lettres furent écrites en
Latin , & traduites en Grec. L'Original se
perdit une copie de la Traduction se conservoit
dans la Bibliothèque du Cardinal
Charles de Loraine, Archevêque de Rheims.
Le P. Fronton l'y trouva , remit les deux
Lettres en Latin , & les envoya au Cardinal
Baronius.
:
S. GREGORII , Episcopi Nyffeni , Opuscula ;
Grec. Lat. Interprete Frontone Ducao Ingolftadii
, 1596.... in- 8 ° . 1599. in- 8 ° . Quelques
Catalogues mettent ce second Recueil
en 1598.
S. GREGORII , Episcopi Nysseni , Opera.
Paris. 1603. in-fol. Cette Edition est purement
47 MERCURE DE FRANCE
ment Latine. Ejusdem Opera , Grac. Lat.
Paris. 1615. in fol. deux Tomes. Il est dit
dans la Préface : Licet Editione Operum
S. Joannis Chrysostomi adhuc distineretur vir
doctiffimus Fronto Ducans , suo tamen subsidio
nos juvare non deftitit , cum & delectus habendus
esset Codicum Mss , & variantes Lectiowes
camjudicio alia pra aliis amplectende , &
nota in varios Libros olim emendatos recog
noscenda , atque huic Editioni adaptanda :
essent:
ADDENDA Notis Frontonis: Ducai in S.Gregorii
Nysseni Opera: Dans l'Appendix ad S.
Basilii Opera. Paris. 1618. in fol.
S. GREGORII Nysseni Opera , Grac. Lat:
Paris. 1638. in fol. 3.Tomes. Cette Edition est
moins belle que celle de 1615.mais elle est
plus ample & plus commode , en ce qu'elle
renferme tous les Ouvrages de S. Gregoire de
Nysse , & qu'on trouve toutes les Notes bien :
Fangées. Du reste elle est peu correcte..
1. NOTE ad Metaphrasim S.Gregorii Thaumatargi
in Ecclesiasten. Dans l'Edition des Oeu
vres de ce Pere. Paris. 1622. &. 1623. infolio.
HERMIA , Philosophi Christiani , Gentilium
Philosophorum irrisie B. P. Tom. 1. p. 187 .
HESYCHII Presbyteri Sermo de Temperantia
Virtute. B. P. Tom. 1. p. 985. Ejusdem
Homilia de S. Maria. Ibid. Tom. 2. p. 424-
NOTE
ΜΑΥ. 1739: 943
NOTE in quadam Hieronymi Loca. Dans
rEdition de S. Jerôme , Paris , 1609. Francfort
, 1648. 1o. vol.
S. HIPPOLYTI , Episcopi & Martyris , Liber
de Consummatione Mundi & de Antichristo.
B. P. Tom . 2. p. 342
S. JACOBI Apostoli , Hierosolymitani Epis
copi , divina Liturgia. B. P. Tom. 2. p . 7.
S. IGNATII Martyris Epistola . B. P. Tom.
I. p. I.
S. JOANNIS Chrysostomi Opuscula , Lat:
Grae. Ingolstadii , 1593. in-8°.
PANEGYRICI Tractatus XVII. de Sanctis
Apostolis , Martyribus & Patriarchis ; Grac.-
Lat.cam Notis. Burdigala , 1601. in- 8 °.
TRACTATUUM Decas de diversis Novi
Testamenti Locis. Burdigala , 1604. in-8°.
TRACTATUS de Negatione Petri & de
Cruce , &c. Paris. 1606 : in-4°
LAUDATIO Sanctorum omnium , qui Martyrium
toto Terrarum orbe sunt passi. Paris.
1606. in-4° .
S. JOANNIS Chrysostomi Opera omnia , nunc
primum Græcè & Latinè edita. Fronto Ducaus
variantes Lectiones è Mss. Codicibus erutas
selegit , veterem interpretationem editarum olim.
Homiliarum recensuit , aliarum novam addidit
, utramque Notis illustravit, Paris. in -fol
Fom . 1. 1609. Tom . 2 : 3. 4. 1614. Tom. 5
1616. Tom. 6. 1624. Item Paris. 1636. Item
Fran
944 MERCURE DE FRANCE
Francofurti, 1698. Les Tomes 1. 4. & 6. sont
enrichis de Notes , que les Personnes intelligentes
prisent beaucoup.
En 1613. il procura une Edition de S. Jean
Chrysostome purement Latine . Paris , 1613 .
in-fol. 6. Tomes. Item , Anvers 16 14. infol.
5. Tomes. Item , Lyon , 1687. in-fol?
6. Tomes. Voici le sentiment de M. Simon
sur le travail du P. Fronton. Après avoir
observé que l'Edition de Savill , qui est toute
Grecque , ne peut être à l'usage d'une infinité
de Personnes , il ajoûte : L'Edition Grecque
& Latine du P. Fronton du Duc est
presque la seule qui soit recherchée. Mais
comme ce sçavant Jésuite ne nous a donné
que les fix premiers Tomes , on est obligé
d'avoir recours pour les autres Tomes à l'Edition
de Morel , ou à celle de Commelin.
Vous sçavez qu'il y a deux Editions des
fix Volumes du P. Fronton , & que la premiere
est la meilleure . S'il avoit mis des
Notes sur tout S. Chrysostôme , comme il
en a mis sur quelques Tomes , & principament
sur le fixiéme , son Edition seroit en-
Gore plus estimable. Elles renferment une
Critique judicieuse , & d'excellentes Recherches
tant sur les Livres Mss. que sur les Im
primés. Il seroit à souhaiter , que nous eussions
un S. Chrisostôme entier de la main de
ce Jésuite.
M
MAY. 1739.
949
M. Simon dit ailleurs : Le Bibliothécaire :
( M. Du Pin ) a eu raison de louer l'Edition
Latine de Fronton du Duc , imprimée à Paris
en 1613. En effet c'est la plus exacte que
nous ayons de toutes les Editions Latines.
des Ouvrages de S. Chrysostome , comme le-
P. Labbe la remarqué. Ex Latinis , dit ce
Pere , qua hoc saculo emerserunt
ea mihi
maximè probatur, utpote omnium absolutissima,
que anno 1613. Parisiis prodiit castigata studio
R. P. Frontonis Ducei. M. Du Pin a encore
raison de blâmer l'Edition Latine qui
a été imprimée depuis peu d'années à Lyon ,
avec quelques Additions , parce que tout y
est confus & sans ordre , qu'elle est chargée:
de plusieurs choses inutiles.... & pleine de:
fautes d'impression..... Il devoit ajoûter que
les Notes de ce sçavant Jésuite sont excellentes
, & qu'elles donnent une grande connoissance
des Ouvrages de S. Chrysostôme ,
étant remplies d'une infinité de belles Remarques
Critiques.
,
S. JOANNIS Damasceni Opera. Paris. 1603.
in-fol. Item , Paris. 1619. in -fol. Ces Editions
sont plus correctes & plus amples que les
précédentes. L'Editeur y ajouta quelques.
Ouvrages nouvellement découverts , & des
Notes sur le Livre de Haresibus , dans lequel
il remplit une lacune considerable.
JOANNIS Moschi Pratum spirituale. B. P.
Tom. 2. p. 1ass.
NOTE
946 MERCURE DE FRANCE
NOTA in Librum I. S. Irenai de Haresibur
Ces Notes ne vont pas au- delà du Chapitre
18. Elles se trouvent dans les Editions de
S. Irenée faites par François Feuardent. Cologne
, 1596. in -fol. Paris , 1675. in -fol. &
dans la belle. Edition de D. René Massuet.
Paris , 1710. in-fol.
S. LEONIS Magni Epistola ad-Flavianum»,
Grac. Lat. B. P. Tom. 1. p. 485..
S. MARCI Evangelista Liturgia. B.P. Tom .
2. P. 24..
MARCI EremitaOpera que extant. B. P
Tom. 1. p. 869.
S. MAXIMI Liber de Ecclesiasticâ MYSTAGOGIA
, sive Liturgia expositio. B. P. Tom. 2. -
P. 166..
NEMESII , Episcopi Emisseni , Liber de Na
turâ Hominis. B. P. Tom. 2. p. 464 .
NICEPHORI Callisti Ecclesiastica Historie "
Libri XVIII. in duos Tomos distincti, ac Gracè
nunc primum editi : adjecta est Latina interpretatio
Joannis Langi à Frontone Ducao , cum
Gracis collata & recognita. Paris. Cramoisy.
1630. infol. Cette Edition , dit un Criti
que , est la seule qui soit estimée. L'Epître
Dédicatoire au Cardinal de Richelieu est de
Nicolas Rigault ; le Manuscrit Grec sur lequel
elle a été faite , étoit dans la Bibliothé
que de Mathias Corvin , Roy de Hongrie &
de Boheme. A la prise de Bude ppaarr les Turcs,
M A Y.
17397 974
A
il fut porté avee le reste du Butin à Constantinople
& vendu. Un Hongrois , qui aimoit
les Livres , l'acheta & le porta en son
Pays . Là , il tomba entre les mains de Georges
Log , Homme de Lettres & Conseiller
de Ferdinand , Roy des Romains . Ce Prince
instruit de l'utilité de ce Livre pour l'Histoire
Ecclesiastique , voulut qu'il fût traduit
en Latin. Jean Lang , Allemand , fit la Traduction
, & le Manuscrit fut déposé dans la
Bibliothèque Imperiale , à Vienne. Comme
il étoit unique , le P. Fronton du Duc
souhaitoit passionément de le voir imprimé
, afin que l'Ouvrage multiplié par l'im
pression , ne fût plus en danger de périr.
1
Le célebre Jacques - Auguste de Thou , qui
se faisoit honneur de contribuer au progrès
de la Litterature , entra dans les vûës du
P. Fronton , & employa son crédit & ses
offices , pour faire venir le Manuscrit à Paris.
Sebastien Tengnagel , Bibliothécaire de l'Empereur
, obtint l'agrément de son Maître
pour cet envoi. Il en donna avis au P. Fron
ton en 1614. & exigea que le Manuscrit fût
renvoyé sans délai ; qu'avant l'impression , la
Version de Lang ou Langus , que l'on vouloit
joindre au Texte Grec , fût exactement revûë
& corrigée ; & que l'Imprimé fût dédié
à l'Empereur. Ces conditions parurent équitables
; on les accepta , & le P. Fronton premis
948 MERCURE DE FRANCE
&
mit de les remplir. Il reçût le Manuscrit le
29. Avril 1615. & le jour même il le porta
à M.de Thou , qui étoit dans une grande
impatience de le voir. Il avoit donné parole
que l'Ouvrage seroit imprimé chés les Cramoisys
, sous la direction du P. Fronton ,
aux conditions proposées par le Bibliothécaire
de Vienne. Quand il se vit Maître du
Manuscrit , il changea absolûment , & voulut
que la copie & l'impreffion fussent faites
par Henri Estienne , fils de Charles , aux
frais & profit de Jérôme Drouart , son Li
braire ; que
la Version de Langus fût donnée
telle qu'elle étoit , & sans être revûë ni retouchée
; que Nicolas Rigault prît soin de
P'Edition , enfin que le Livre lui fût dédié à
lui-même, & non à l'Empereur.
La Mort de M. de Thou arrivée le 17. Mat
1617. ne leva pas toutes les difficultés. Henri
Estienne saisi du Manuscrit , ne voulut pas
le rendre , de peur que l'impreffion ne se fit
par un autre. Il fallut que Sebastien Cramoisy
lui comptât 500. écus d'or , pour retirer
l'Original & la copie , & pour avoir le Privilege.
Ce ne fut que sur la fin de 1620. que le
le Manuscrit revint au P. Fronton . Après la
la mort de ce Pere , il fut confié au P. Sir
mond avec les autres Papiers du défunt. En
1627. le Volume fut rendu à Sebastien Tengnagel,
le premier de Fevrier. Les Cramoisys
com
MAY. 1739.
*949
commencérent à imprimer sous la conduite
de Nicolas Rigault la même année 1627.
L'Edition seroit sans contredit plus
estimable , si elle s'étoit faite sous les yeux
du P. Fronton ; si les tracasseries arrivées an
sujet du Manuscrit ne l'avoient pas empêché
de donner plus de temps à le revoir , ou si
du moins dans l'impression on avoit eû égard
à toutes ses Notes .
On ne fut pas content à Vienne , que le
Livre n'eût pas été dédié à l'Empereur.
Lambecius se plaignit auffi que l'on n'eût
donné aucune marque de reconnoissance à
Sebastien Tengnagel, ni à Robert Scheilder,
à qui on avoit obligation de l'envoi du Manuscrit.
Ces plaintes immortalisées par Lamg
becius , qui les a inserées dans le plus considerable
de ses Ouvrages , ne peuvent tomber
que sur celui , qui voulut se charger du soin
de l'Edition de l'Histoire de Nicephore . Il
est vrai que , dans le temps de l'impression ,
la France étoit en guerre avec la Maison
d'Autriche , & que ce n'étoit pas la saison
de dédier à Paris des Livres à l'Empereur , ou
de publier les obligations qu'on lui avoit.
Nicolas Rigault étoit grand Courtisan du
Cardinal de Richelieu , & l'on peut croire ,
que dans cette circonstance , toutes ses démarches
furent reglées par ce Miniftre , à qui
rien n'échapoit.
FRON
MERCURE DE FRANCE
FRONTONIS Ducai Epistola ad Sebastianum
Tengnagelium. Il faut voir Petri Lambeci
Commentar. de Bibliothecâ Casar. Windob.
Liv. I. p. 455. & suivantes. Ces Lettres sont
au nombre de trois , la premiere & la derniere
en Latin , l'autre en François. Je les
place ici , parce qu'elles concernent l'Edition
dont je viens de parler. La troisiéme ne doit
point être négligée par un Sçavant , qui voudroit
travailler sur l'Hiftoire de Nicephore
Calliste.
NICETE Commentarius de Ordine qui tunc
observatur , cum quis è Saracenismo ad Christianorum
fidem transfugit. B. P. Tom . 2.
P.233.
NICOLAI Cabasila compendiosa Expositie
Saera Liturgie. B. P. Tom. 2. p. 200 .
NICOLAI , Episcopi Methonensis , Responsio
ad eos quihesitant, aiuntque consecratumpanem
vinum , non esse Corpus Domini nostri Jesų
Christi. B. P. Tom. z. p. 272.
NILI , Monachi , Capitula paranetica. B.P
Tom. 2. p. 1168.
OLYMPIODORI Commentarius in Ecclesias
ten. B. P. Tom. 2. p. 602.
PALLADII Histeria Laufiaca . B. P. Tom
2. p. 893.
NOTE in Palladii Historiam Lanfiacam
B. P. Tom. 2. à la fin du Volume.
PANTALEONIS , Diaconi , Sermo de Luminibus
MAY. 1739:
951
minibus Sanctis. B. P. Tom. 2. p. 442.
IN Sanctum Paulinum Nota Amabea Frontonis
Ducai & Heriberti Rofweydi. Dans l'Edition
des Oeuvres de S. Paulin , donnée par
Heribert Rofweyde.
PAULINI Episcopi Nolani , Operà. Antuerpia.
Plantin. 1622. in - 8 . à la page 743 .
PHILOTHEI Laudatio trium Pontificum
Orbis Terra Doctorum , Bafilii Magni , Gregorii
Theologi & Joannis Chrysostomi. B. P.
Tom. 2. p. 313.
PROCLI , Archiepiscopi Constantinopolitans,
Epistola de Fide ad Armenios. B. P. Tom. 1 .
P. 309.
PSELLI Expofitio Cantici Canticorum, Ver
fibus politicis. B. P. Tom. 2. p. 681. On sçait
que parmi les Grecs modernes , les Vers Politiques
sont des Vers , où l'on garde le nom.
bre des Syllabes , sans égard à leur quantité,
c'est- à- dire , sans faire attention , si elles sont
longues ou breves.
SAMONE , Gaza Archiepiscopi , Disceptai
tio de Eucharistia cum Saraceno. B. P. Tom.
12. p. 277.
SENTENTIA Veterum Patrum , de Usu venerandarum
Imaginum , in VII. Synodo comprobata.
B. P. Tom. 1. p. 725 .
TATIANI , Assyrii , Oratio ad Gracos. B.P:
Tom. I. p . 160.
NOTE in Tatianum. B. P. Tom. 1. à la fin
F du
952 MERCURE DE FRANCE
4
du Vol. & dans l'Edition de Tatien faite à
Oxford , 1700. in- 8 °.
THALASSII , Abbatis , Centuria IV. de Ca
ritate & Continentiâ. B. P. Tom. 2. p.1179.
THEODORETI , Episcopi Cyri , Opera. Le
P. Fronton écrivoit à Sebastien Tengnagel le
13. Fevrier 1621. Scito à nobis prælo adornari
Theodoreti Opera , que accitis Italorum auxiliis
exscribi cuncta curavimus. Le P. Sirmond
écrivoit au même Tengnagel le 2. Septembre
1626. Theodoretum magna ex parte con
fectum habebat. Quod deerat supplere ipse ,
licet impar , institui ; fi Deus mihi , post Concilia
Gallicana, quibus adhuc destineor, vitam
wiresque concesserit.
THEODORI Abucara Opuscula contra Hareticos
, Judæos & Saracenos . B. P. Tom. 1 ,
P. 367.
THEODORI Balsamonis Expofitio in Cano
nes . Parif. 1618. in-fol.
THEODORI , Raythenfis Prefbyteri , Exer
citatio de Incarnatione Domini. B. P. Tom. I.
P. 319 .
THEOPHILI , Anthiocheni , ad Autolycum
Libri tres , contra Calumniatores Christiana
Relligionis . B. P. Tom. 1. p. 104.
NOTA in Libros Theophili ad Antolycum.
B. P. Tom. 1. à la fin du Vol, & dans l'Edition
d'Oxford , 1700. in-8°.
THEORIANI Disputatio cum Catholico
Arme.
MAY..
953 1739
Armeniorum. B. P. Tom 1. p. 439.
TIMOTHEL ,
Presbyteri
Hierosolymitani ,
Oratio de
Prophetâ
Symeone ,
B. P. Tom. 2. p . 844.
Dei suceptore.
TITI ,
Bostrorum Episcopi ,
Expofitio in
Evangelium
secundùm Lucam. B. P. Tom. 2,
P. 762.
ZACHARIE , Mitylenes Episcopi , Liber de
Mundi Opificio , contra Philosophos. B. P.
Tom. I. p . 331 .
NOTA in Libram Zacharia. B. P. Tom. 1 .
à la fin du Volume .
ZONARAS in Canones
Apostolorum & Conciliorum
. Parif. 1618. in-fol.
Le P. Fronton du Duc avojt formé le plan
d'une Edition de la Bible Grecque , selon la
Verfion que S. Jerôme nommè commune
distinguée de la Version des Septante . C'est
l'idée qu'il donna de son Ouvrage à Tengnagel
, en lui écrivant le 13. Fevrier 1621 .
Græcorum Bibliorum Editionem
communem nobis
suscipiendam
duximus , additis obelis &
asteriscis in iis locis , in quibus à textu septúaginta
Interpretum dissentit. Il regardoit cet
Ouvrage comme son capital . In Bibliis Sacris
, dit le P. Sirmond dans "a Lettre à Tengnagel
, que j'ai déja citée , multum ac dili
genter laborarat, unumque hoc opus præ cæteris
urgebat. Sed vereor ut in posterum sperare
Liceat , propter novam Editionem Graco - Lati
Fij
nam,
954 MERCURE DE FRANCE
nam,qua hicjam inchoata est, curante, ut audio,
Joanne Morino , è Congregatione Oratorii ,
viro docto. Dans une Lettre manuscrite de
L. Holstenius à M. de Peiresc , datée de
Rome le 7. Mars 1637. on lit ces paroles.
Que P. Fronto Duceus in Editionem Romanam
septuaginta Interpretum observavit , Parifiis
adservantur , & accuratè olim de iis mihi nar.
razit optimus ille & doctiffimus Sirmondus.
que
Ces Extraits montrent que Sarrau étoit
mal informé , lorsqu'en 1648, il écrivit à
Jacques Usserius sa Lettre 189. où il supose
le P. Fronton avoit travaillé à une nouvelle
Edition des Septante , ce qui est démenti
par Fronton lui - même. Mais Sarrau
cite le P. Sirmond ; Guy Patin le cite aussi
souvent , & n'en est pas plus cru.
Le P. Fronton avoit encore en tête une
Edition des Conciles Grecs . Il s'en expliquoit
ainsi à Tengnagel , en lui écrivant le
24. Fevrier 1615. après l'avoir entretenu de
sa Bibliothèque des Peres , Grecque & Latine.
Concilia Graca prius , ut spero , pralo
subjicientur. Les amas qu'il avoit faits pour
cet Ouvrage , n'ont pas été inutiles au P.
Labbe .
Enfin le P. Fronton du Duc pensoit à une
Edition des Oeuvres de S. Cyrille d'Alexan-
Arie. Le P. Sirmond dit : Ad Cyrillumpauciora
collegerat , que usui tamen esse poffint ,
si
MA Y. 1739. 959
Les
si quis hic aliquando ad eam curam animum
adjiciet. Il écrivoit lui -même : Cyrilli fragmenta
non pauca ex Libris quatuor in Joannem
, qui perierunt , ope Catenarum Niceta
Heraclienfis recuperare conati sumus.
quatre Livres perdus sont les f . 6. 7. & 8.
Jean Aubert , dernier Editeur de S. Cyrille ,
eut de Luc Holstenius les 4. & 5. Livres.
Holstenius les avoit dérobés à un Jésuite
Sicilien , nommé Jean- Baptiste Giattini , qui
les avoit trouvés dans l'Ile de Chio , & aportés
à Rome , pour les faire imprimer. Holstenius
raconte cette avanture dans ses Lettres
, qui sont encore manuscrites seulement.
Antoine Teissier attribuë au P. Fronton du
Duc , une Vie de S. Gregoire le Grand. C'est
à faux.
y
Les autres Sçavans dont il est parlé dans
ce même XXXVIII . Volume du P. Niceron,
sont , B. Accolti , J. Aventin , N. Barthelemi
, J. Cabassut , P. Hay du Chastelet
J. Dlugoss , F. de Salignac de la Motte Fenelon
, G. le Fevre de la Boderie , O. Finé ,
A. Firenzuola , F. Gacon , J. G. Gevart. M.
Glandorp , M. le Roy de Gomberville , B.
Guyard , M. Hankius , R. Hospinien , F.
Justiniani , J. Keppler , L. Keppler , A.
Krantz , J. de Laët , C. Loos , A. Mancinelli
, M. Mercati , A. Munting , J. le Quien,
de la Neufville , J. Regiomontan , B. Rhe-
Fúj nanus
956 MERCURE DE FRANCE
nanus , J. Rhodius , H. Sussaneau , J. Ta
bouet , J. Tillotson , J. Tritheme ; P. P.
Vergerio , l'ancien , P. P. Vergerio , le jeune,
A. de Wicquefort , & J. Wimphelingius.
EPITOME de la Bibliothèque Orientale &
Occidentale , qui comprend la Navigation
& la Géographie ; Ouvrage de Don Antoine
de Leon Pinelo , du Conseil de S. M. C. dans
la Cour Souveraine de Seville , & grand Historiographe
des Indes , augmenté & corrigé
depuis peu, & qui comprend tous les Auteurs
qui ont écrit sur les Indes Orientales & Occidentales
& les Royaumes voiſins , à sçavoir
la Chine , la Tartarie , le Japon , la Perse ,
l'Armenie , l'Ethiopie , & c. Dédié au Roy
d'Espagne , Philipe V. & présenté par les
mains du Marquis de Torrenuova , Secretaire
Général des Finances des Indes & de la
Marine. Trois Volumes in fol. à deux colomnes
, à Madrid , de l'Imprimerie de François
Martinet Abad , ruë de l'Olivo Baxe , 1737
L'Ouvrage est en Espagnol.
BREVIARIUM SAGIENSE , Illustriff. ac Rev.
in Chrifto Patris D. D. Jacobi Caroli - Alexandri
Lallemant , Episcopi Sagienfis &c. an.
toritate , ac venerabilis ejusdem Capituli consensu
editum. Parisiis , M. DCC. XXXVII.
Il y a déja près de quarante ans qu'on a
com
MAY. 17397
957
commencé dans la Province de Normandie
à prendre le goût nouveau dans la composition
des Offices divins , c'est-à- dire de tirer
de l'Ecriture Sainte toutes les Parties qui se
chantent en Chant Grégorien ', à corriger les
Légendes , & à admettre des Hymnes plus
poëtiques , plus élegantes que les anciennes ,
&c. Dès l'année 1704. l'Eglise de Lisieux
donna l'exemple sous l'Episcopat de M. de
Matignon. Celle de Rouen , qui est la Métropolitaine
, a réformé son Breviaire sur ca
plan nouveau. On a vû depuis celle d'Evreux
imiter l'exemple de la Métropole , & tout
nouvellement l'Eglise de Bayeux. Le Bre
viaire de Séez que l'on annonce ici , quoi
qu'anterieur pour la date à celui de Bayeux ,
· ne fait de commencer à paroître
dans le Diocèse , pour lequel il a été com,
posé. Sans entrer dans le détail de tout ce
qui fait le mérite de ce nouvel Ouvrage , &
qui peut lui être commun avec plusieurs autres
, on se bornera ici à faire observer qu'il
n'y a guere de Diocèse , dont l'Histoire Ec
clesiastique paroisse si bien aprofondie dans
les Légendes du Breviaire , que celui de Séez ,
ensorte qu'on peut dire, qu'autant que la Ville
de Séez , & les Lieux notables du Diocèse
sont bien traités dans le Dictionaire Géogra
phique Universel de la France de l'an 1727.
par les soins de feu M, l'Abbé des Thuilleries,
Fiiij autang
que
1
958 MERCURE DE FRANCE
autant la Vie des Saints & Saintes de ce Pays
est sçavamment compilée dans l'Abregé qu'
en fournit le Breviaire de 1737. Une particularité
encore, qu'il est bon de faire remarquer
, c'est qu'à la fin de chaque Légende
des Saints , de quelques Pays qu'ils soient ,
( s'ils se trouvent avoir quelques Eglises sous
leur invocation dans le Diocèse de Séez ) on
en a marqué le nombre . On n'entrera ici en
détail que de celles qui y sont marquées
sous le titre des Saints de France. Il y a ; par
exemple , en ce Diocèse cinquante fix Eglises
sous l'invocation de S. Martin de Tours ,
vingt- fix sous celle de S. Germain d'Auxerre :
quatorze sous le nom de S. Hilaire de Poitiers
, treize sous celui de S. Oüen de Roüen,'
onze de S. Aubin d'Angers , dix de S. Remi
de Rheims , neuf de S. Denis de Paris , sept
de S. Sulpice de Bourges , fix de S. Quentin ;
S. Paterne , Evêque d'Avranches , & Saint
Agnan d'Orleans , ont chacun cinq Eglises
sous leur invocation. S. Médard de Soiffons,
S. Victur du Mans , S. Vigor de Bayeux , &
S. Ceneric ou Celerin , Abbé , en ont chacun
trois S. Lomer , Ste Honorine , Saint
Caprais , Martyr d'Agen , S. Gildard , Évêque
de Rouen , & S. Herbland , Abbé , chacun
deux : & plusieurs autres Saints particuliers
au Royaume , ou à la Province de Rouen ,
ou bien au Diocèse de Séez , en ont chacun
:
unc
MAY .
959 1739.
une. C'est ce qui pourra faire plaisir à ceux
qui voudroient travailler à un Pouillé général
de la France , & aux Curieux de l'Histaire
Ecclessiastique.
MENZIKOF, Tragédie, par M. de Morand.
A la Haye , chés Zacharie Chastelain , & se
vend à Paris , chés Prault , Fils , Quai de
Conti , à la descente du Pont neuf.
Un Avertissement du Libraire , aprend
que c'est ici la Tragédie de Phanalar , représentée
& imprimée à Paris , remise sous
les vrais Noms qu'elle portoit d'abord, qu'on
y a réparé l'Histoire , la Géographie , & la
Chronologic qui se trouvent un peu forcées
dans celle de Phanazar , ce que le changement
des Noms fait à la hâte avoit causé , &
qu'enfin l'on y a rétabli bien des Vers , que
l'Auteur avoit été obligé de changer , ou de
suprimer. On trouve de plus à la fin de cette
Edition d'Hollande , une Copie de l'Epître
qui avoit été destinée à Sa Majesté Czarienne ,
lorsque l'Auteur croyoit qu'on ne l'empêcheroit
pas de faire paroître sur la Scene le
Czar PIERRE LE GRAND . Voici la comparaison
qu'il fait dans cette Epître de ce Héros
avec l'Imperatrice regnante .
Il a rassemblé les beaux Arts , & vous les
faites fleurir ; il a bâti des Villes , & vous les
embellissez ; il a construit des Vaisseaux ,
¿
F v vons
960 MERCURE DE FRANCE
vous leur donnez l'essor ; il a reculé les bara
rieres de ses Etats , & vous les rendez impénétrables
; il a apris à ses Peuples l'art de vaincre,
& vous leur aprenez celui d'user dignement
de la victoire ; il leur a donné des Loix ;
vous les faites observer ; il vous a laissé une
Cour nombreuse , & vous la rendez aussi polie
& aussi magnifique qu'aucune qui soit en Europe
; il s'estfait craindre de ses Ennemis, vous
vous enfaites aimer : en un mot , il a commencé
le bonheur de son Empire , & vous l'achevez.
DE CREDULITATE in Doctrinis; Oratio habita
in Regio LUDOVICI MAGNI Collegio à
Carolo Porée , Societatis Jesu Sacerdote
postridie Nonas Decembres anno MDCCXXVIII.
Parifiis apud M. Bordelet. MDCCXXXIX .
?
L'Objet de l'Orateur , est de faire voir combien
il importe de ne pas trop croire , ou de
ne pas croire assés en matiere de Sciences ,
In doctrinis quanti referat, neque nimis , neque
minus credere. Sans nous arrêter à des Eloges
inutiles , quand il s'agit d'un aussi grand
Orateur que le P. Porée , sans entrer aussi
dans un grand détail sur le contenu de cet
Cuvrage , qui demande d'être lû dans son
entier , nous nous contenterons d'en tracer
le plan & l'ordonnance.
Il est aisé de comprendre qu'il est presque
toujours dangereux de tomber dans les deux
vices
MAY.
961 1739.
vices qui sont ici combattus ; ne pas croire
assés , croire trop , sont des éçüeils qu'on
ne peut trop éviter. L'Orateur , en parconrant
les différens Etats de la vie , le fait voir
d'une maniere fort sensible. Dans la Politique
on ne peut trop se précautionner contre
ces deux défauts ; il en est de même à l'Armée
, au Barreau , dans le commerce de la
vie , dans l'interieur des familles , dans la
République des Lettres , dans la Religion
où il fait voir les malheurs que ces défauts
entraînent presque toujours avec eux.
Il s'arrête aux Sciences sacrées & prophanęs.
Dans toutes les deux on se trompe en
ne croyant pas assés , ou croyant plus qu'il
ne convient : cependant , ajoûte - t - il , comme
les fautes que l'on commet en croyant
trop en matiere de Religion , ou ne croyant
pas assés dans les Sciences prophanes , sont
plus légeres , ou assés rares , leviùs peecatur
vel rarius , je me,bornerai , dit-il , à faire voir
les défauts que l'on doit principalement éviter
; le Lecteur , par ce que je dirai sur ceuxci
, jugera aisément des autres dont je ne
parlerai point. Telle est la division de son
Discours . Dans les Sciences prophanes , prenez
garde de trop croire ; dans le Sacré , evitez
de ne pas croire assés. Ces deux points
sont importans ; mais celui de croire trop en
matiere de Religion , source d'idolatrie &
F vj da
962 MERCURE DE FRANCE
de superstition , l'est - il moins ? & peut-on
dire qu'en ce genre leviùs peccatur vel rariùs ?
Quoiqu'il en soit , l'Orateur fait voir d'abord
les dangers de trop croire dans le genre prophane.
de
Comme la plupart se font une espece
mérite de leur crédulité en ce genre , le P.
Porée , pour les détromper , fait voir qu'il
est aussi honteux que dangereux de donner
dans ce défaut. Il est honteux , ce défaut
parce qu'il supose l'ignorance & un manque
de jugement , ignorance des Esprits , des
Arts & des Opinions . On eft ignorant en
fait d'Esprit , en ce qu'on supose qu'un Ouvrage
, sorti de la plume d'un Homme d'esprit
, doit être parfait , & ainſi on ignore les
bornes de l'Esprit humain. Il prend de là occasion
de passer en revûë les plus beaux Esprits
que nous connoissions , d'en faire le portrait,!
de déveloper leurs talens & leurs défauts.
Descartes semble d'une main avoir dévoilé
la Nature , & de l'autre avoir mis , sans y
penser , un voile sur l'Erreur ; Mallebranche,
à force de penser , ne reconnoît en lui- même
presque aucune faculté qui pense , Dieu
faisant tout en l'homme , & l'homme voyant
tout en Dieu : notre grand Poëte Comique ,
qui , soit qu'il imite les Anciens , soit qu'il
prenne dans son propre fond , est toujours
inimitable , en faisant quelquefois rire outre
mesure!
MAY. 1739. 963
mesure , devient lui - même un objet ridicule.
Corneille , dont les Tragédies égalent
en beauté celles des Atheniens , & surpassent
celles des Romains , est quelquefois tombé
aussi bas , que l'essor qu'il avoit pris paroissoit
élevé , ainsi les chûtes des grands Hom
mes sont aussi périlleuses que leur éléva
tion paroît grande ; & même plus ils s'élevent
haut , plus leur ruine semble prochaine.
Il ne faut donc pas être trop crédule à l'égard
des Esprits éminens , qui , semblables aux
Astres du Firmament , sont sujets à des Eclipses
& à des Déclinaisons.
Les Arts ne demandent pas moins de cir
conspection , ils ont leur commencement ,
leur progrès , & leur point de perfection. En,
vain done regarde- t - on Homere comme
parfait , il a des beautés admirables ; mais.
l'Art se fait bien mieux sentir dans Virgile.
Il faut lire le Parallele que fait l'Auteur de
ces deux grands Poëtes , après lequel il fait
ses refléxions sur tous les autres Poëtes, tant
Latins que François ; toutcela mérite d'être
lû attentivement .
=
Il vient ensuite aux Opinions , puis
au défaut de jugement , qui fait regarder
aux Anglois leur Newton comme le
seul Philosophe qui mérite un respect aussi
aveugle pour ses Opinions . , que nos
vieux Péripatéticiens en avoient autrefois
384 MERCURE DE FRANCE
›
fois
pour
Ariftote . Le même défaut rend.
les Lutheriens & les autres Sectaires, uniquement
amateurs des Ouvrages qui sortent de
quelqu'un d'entre eux ; les Espagnols & plusieurs
autres , uniquement attachés à ceux
de leurs Académies ou Societés , les Editeurs
les Interpretes Hollandois , attentifs
à relever leurs Editions au- dessus des
autres ; les François , friands des nouveautés
& des Ouvrages frivoles. Il veut , sans
doute parler ici des femmes , ou d'un
petit nombre de Gens de mauvais goût , qui
ne sont nullement avoués de la Nation . Tous
ces défauts étant également honteux , &
étant la source de la crédulité , rendent celleci
honteuse.
,
Mais elle n'est pas moins dangereuse , &
pour le prouver , l'Orateur fait voir qu'elle.
est un obstacle au progrès de toutes les Sciences
; il parle de la Physique , que la trop
grande crédulité a si long-temps retenue dans
ses fers ; de l'Astronomie , qui n'a mérité ce
nom , que depuis qu'elle a secoué le joug de
la crédulité ; il en est de même de la Géométrie
, de l'Arithmétique & des autres
Sciences , que l'excès de crédulité avoit tenuës
, pour ainsi dire , renfermées sous le
sceau de l'ignorance . L'Eloquence n'en a
pas moins souffert , & cé défaut a produit le
préjugé de ceux qui ne croyent pas, qu'en fait
de
MAY. 17391
989
de Latinité on puisse imiter d'autres Auteurs
que le seul Ciceron , qu'on ne doit pas mê
me se servir d'autres termes que des siens ,
comme s'il étoit le seul qui eût parlé ou écrit
en Latin , ou que ses Ouvrages fussent tous
parvenus jusqu'à nous , ou qu'enfin son style
convint à toutes sortes de genres. Le P
Porée combat vivement ce défaut , & il finit
sa premiere Partie en exhortant ses Auditeurs
à éviter la crédulité en tout genre.
Le Philosophe , sans trop s'atacher aux
opinions des Anciens , s'ils ne sont fondés
en raisons , doit , dit- il , prendre garde d'ê
tre crédule à l'égard des Modernes , si l'expérience
ne confirme leurs Découvertes ; on
ne doit ajoûter foi à ce que racontent les
Historiens , sur tout les faiseurs d'Anecdotes ,
qu'autant que leur prudence & leur probité
sont exemptes de tout soupçon. Les Orateurs
& les Poëtes ne méritent pas plus de
confiance , si on ne connoît leur doctrine.
On ne doit rien donner à l'amour ou à la
haine , en un mot , à llaa ccuuppiiddiittéé , quand il
s'agit de quelque Ouvrage que ce puisse être,
soit de nos Compatriotes , soit des Etrangers.
C'est ainsi que finit la premiere Partie
qui regarde les Sciences profanes.
>
Le second objet de ce Discours, qui regar?
de le défaut de croyance dans les choses sacrées
, est traité avec la même force & le
même
66 MERCURE DE FRANCE
même ordre . On fait voir qu'il est honteux
de ne pas croire assés en fait de Religion , &
qu'il n'en résulte pas un moindre danger.
L'Orateur peint ensuite les differentes especes
d'incrédules ; les Athées , auxquels il
fait voir par le Nom même de Dieu , par
l'ordre admirable qui regne dans l'Univers ,'
par leur propre existence , qu'il existe une
Cause suprême , qui est Dieu ; les Spinosistes
, auxquels il fait voir l'absurdité de leur
Systême . Aux nouveaux Epicuriens, il aprend
que s'il existe un Dieu , il faut lui rendre le
culte qui lui est dû, & qu'il exige de nous ; il
les renvoye à la lecture de l'Ecritare Sainte
( le lait & la nourriture de tous les Chrétiens
pour s'instruire de la maniere dont il
veut être honoré ; il ; leur montre la divinité
de notre Religion , fondée sur ces saints Livres
, par l'accomplissement des Prophéties ,
par des Miracles sans nombre , bien constatés
& opérés en sa faveur. Il démontre qu'on
doit soumettre ses lumieres à celles de la
Foy & aux Mysteres Sacrés , apuyés de l'aurorité
d'un Dieu , qui ne peut nous tromper.
Il prouve que notre Religion es la seule véritable
.
En peignant le Mahometisme , il le réfute;
en faisant le portrait de ceux qui évoquent
tout au Tribunal de leur raison , il fait voir
qu'ils en sont entierement dépourvûs , en
faisant
MAY. 1739. 964
faisant connoître Baile , il aprend à s'en défier
; il montre le ridicule du Systême des.
Tolérans , qui , en voulant s'accorder avec
toutes les Religions , toutes les Sectes , quoiqu'incompatibles
entr'elles , ne peuvent par
conséquent s'accorder avec eux- mêmes , &
font voir par-là qu'ils n'ont véritablement aucune
Religion. Il attaque les Esprits forts ;
auxquels il fait entendre qu'ils ne sont que
foiblesse; que leur folie, leur imprudence, &
leur témérité , leur tiennent lieu de force ; a
tous il fait voir la honte & les dangers de
leurs égaremens, & finit tout ce Discours en
exprimant pathétiquement les sentimens de
pieté , que tout le monde connoît assés au
Religieux Orateur. Nous finissons ici cet
Extrait , peut-être trop long , eû égard aux
bornes que nous nous sommes prescrites !
trop court cependant , si on considere les
beautés & les excellentes choses dont le
Discours , que nous abregeons, est rempli
TRAITE' de l'Ortographe Françoise , en
forme de Dictionaire , enrichi de Notes Critiques
& de Remarques sur l'étymologie &
le genre des mots , la conjugaison des Verbes
irréguliers , & les variations des Auteurs,
in 8 °. de 422. pages , sans la Préface de 60.
pages. A Poitiers , chés Jacques Faulcon
& J. Félix Faulcon , Imprimeurs - Libraires
3739.
Ce
968 MERCURE DE FRANCE
Cet Ouvrage sera , sans doute , d'un
grand secours à un très grand nombre de
personnes qui ont négligé d'aprendre une
chose qu'il est honteux d'ignorer, & qui peu
vent , au moyen de ce Dictionaire , rectifier
peu à peu & sans peine , leur maniere d'écrire
, tenant ce Livre sur leur table & y
ayant recours toutes les fois qu'ils sont en
doute sur la maniere d'écrire un mot.Comme
doute sur la Livre
susceptible d'Extrait
,
ce n'est pas iiccii un
nous n'entrerons pas dans un plus grand détail
sur ce qu'il contient de méthodique &
d'utile. On ne sçauroit trop en recommander
l'usage aux personnes nées & élevées
dans la Province , & sur tout aux Dames ,
qui , si nous osons le dire sans blesser les
respectueux égards qu'on leur doit , sont sujettes
à faire des écarts singuliers en Orto
graphe.
>
NOUVEAUX AMUSEMENS DU COEUR
ET DE L'ESPRIT. Brochure onzième , in
12. 1739. se trouve à Paris , chés Chaubert
& Didot , à l'entrée du Quai des Augustins
du côté du Pont S.. Michel. Le prix est de
trente sols.
Cette nouvelle Partie commence par un
petit Ouvrage intitulé
Miroir Litteraire.
L'Auteur a égayé sa matiere par quantité d'Anecdotes
curieuses & amusantes , pour cette
espece
MAY 17390
969
ย
espece deLecteurs qui ne veut être qu'amusée.
Il y a même de la Critique assaisonnée de
quelques traits de plaisanterie. Voici un
échantillon du style de l'Ecrivain, page 298 .
» Enfin je restai seul avec la Vérité & un
» tiers ; c'étoit le Doute , plus incommode
» encore & plus humiliant qu'elle . Nous
» venons , me dit - il , la Vérité , ma fille &
» moi , de dissiper les aparences trompeuses
» qui vous présentoient la Poësie sous une
» forme séduisante ; elle va achever de vous
» en faire voir les désagrémens , écoutez - là.
» Il disparut à ces mots. Moi , pour me pré-
» parer au discours édifiant qu'elle m'alloig
» tenir, je me mis à bailler avec toute l'éner
gie possible.
" Qu'est- ce , me dit en riant la Vérité ? On
» diroit que vous assistés ..... à quelque
» Sermon métaphysiquement alambiqué, où
»l'on s'endort, en disant : Ab que cela est beau Į
» P. 300. elle continuë en ces termes,
Mon fils , je ne suis pas ce que je vous parois ,
Dogmatique , absoluë , en un mot décisive.
Mon caractere est la simplicité ;
Ma Compagne est la modestie ;
Et je n'emprunte point dans ma démarche unie ;
Et les Pompons de l'Art , & la sévérité
D'une
970 MERCURE DE FRANCE
D'une sombre Philosophie ,
Qui , contente de commander ,
Veut convaincre , & jainais n'a sçû persuader .
Le sentiment , voilà mon Interprete , & c.
Tout de suite le Poëte rend hommage à
M. de Voltaire , mais il s'égare quand il dit ,
Homere estMichel Ange & Voltaire estateau.
Comparaison mal sonante , & qui décele un
Auteur qui n'a guere voyagé dans l'Empire
des Beaux - Arts .
M. R .... s'exprime mieux , page 295 ;
lorsqu'il dit :
Déja je savourois l'yvresse
D'un songe
heureusement trompeur ,
Dont la douceur enchanteresse ,
Me plaçoit à côté du lumineux Auteur ,
Qui de Corneille a toute la grandeur ,
Et de Racine a toute la tendresse ,
Voltaire enfin ; lorsqu'un triste Démon ,
Tel que ceux qu'invita le lugubre Platon ,
(Qui , fait de poëtique étoffe ,
N'eut que le nom de Philosophe ; }
Vint dissiper la douce illusion
Qui flatoit de mon coeur la juste ambition,
C'étoit la Vérité , redoutable ennemie
De ces préjugés ténebreux ,
De la foible ignorance Enfans présomptueux ,
MAY . 1739.
974
Et qui font cependant le charme de la vie.
L'homme éclairé souvent est le plus malheureux, & c.
Il paroît que la Vérité est de mauvaise humeur
contre le divin Platon , qu'elle ridiculise
passablement , au sujet de l'exclusion formelle
qu'il avoit donnée aux Poëtes dans sa
République.
و د
Page 301. C'est , me dit- elle , une preu-
» ve qu'il n'étoit pas si divin qu'on l'a bien
» voulu dire; un bon esprit tire parti de
» tout .... Un Poëte , également méprisa-
» ble dans son goût & dans son coeur , avoit
travesti Socrate pour l'exposer aux railleries
» d'une populace , qui dès - lors ne se fit plus
un scrupule de sacrifier un homme dont
» elle avoit osé se moquer. Il jugeoit de tout
» les Poëtes par un Farceur , & de toutes les
» Piéces par une Parade , qui ne pouvoit
» amuser que des gens fatigués de leur oisiveté
, que des Athéniens , & peut- être en-
» core des Parisiens .
"
1 » Je l'interrompis alors , protestant de
ne vouloir plus l'entendre.
Ah ! dangereuse Vérité ,
Lui dis-je , avec vivacité ,
Vous êtes une Déité profane
Qu'il faut bannir de la Societé !
Dire du mal d'Aristophane ,
Qu'une
72 MERCURE DE FRANCE
Qu'une Moderne a commenté ,
Comme un Auteur d'un goût inimitable ,
Plein de délicatesse , ainsi que de gayeté ,
Qui respire partout l'exacte probité ,
La pudeur même ; enfin irreprochable !
On m'a dit vrai , je le vois bien ,
Vous ne cherchez qu'à nous surprendre
Et qui voudroit vous entendrę ,
Ne deviendroit bon à rien .
Vous me feriez une guerre éternelle
Avec ces immenses Esprits ,
Qui , grace à leur mémoire orgueilleuse & fidelle ,
Se donnent pour Sçavans, & ne sont qu'Erudits .
» Il est vrai , me répondit- elle, que depuis
long- temps je suis broüillée avec les Com-
» mentateurs. Je voudrois que , lorsqu'on
» n'a point de bonnes raisons à dire , l'on
a avoüât son insuffisance , ou du moins que
» l'on se tût. Et cela n'accommode point ces
» Messieurs , qui , à tort & à travers , veulent
paroître instruits. Mais laissons - les
» tels qu'ils sont ; & puisque vous craignez
» leur colere , n'en parlons plus , & c.
» Nous avons choisi sans affectation ces
endroits du Miroir Litteraire , dont nous
» ne pouvons parler plus au long. Il est évi-
» dent que c'est un homme d'esprit qui en
> est l'Auteur.
Faisons
MAY. 1739.
973
1
Faisons connoître plus particulierement
la Brochure par quelques échantillons de
Poësie. L'Epitre de M. d'Arnaud à M. H ***
nous a parû mériter attention.
O To1 , qui du flambeau de la Philosophie
Eclairas le premier le berceau de ma vie ,
Toi , qui , de mille attraits ornant la verité ,
Sans énerver sa force , adoucis sa fierté ,
Et sçais associer , par un rare assemblage ,
L'esprit d'un Courtisan & l'ame d'un vrai Sage ,
Aprends-moi par quel art tu pus vaincre tes sens ,
Au Char de la Raison enchaîner ces Tyrans ,
Corriger les défaut de la Nature même ,
Dans l'étude du vrai trouver le bien suprême ,
Et sçachant te connoître , ainsi que t'ignorer ,
Marcher à la vertu , sans jamais t'égarer ?
Ensuite le Poëte , devenu Philosophe
critique Descartes , se déclare pour l'attraction
& le systême de l'harmonie des couleurs
; Locke n'est pas oublié . Revenu aux
Muses , il ajoûte :
Des Muses quelquefois recherchant les guirlandes ,
Nous irons leur porter nos voeux & nos offrandes .
La main des Amours même allumera l'encens ,
Les Graces, les Plaisirs , offriront nes présens.
De
074 MERCURE DE FRANCE
- De ce Temple fameux Voltaire est le Grand- Prêtre;
Les Beaux-Arts réunis l'ont adopté pour Maître.
En vain , d'un sein fécond enfantant des poisons ,
L'Envie a de cet Astre obscurci les rayons ;
Toujours plus éclatant & vainqueur des nuages ,
Il a sçû dissiper ces foudres , ces orages ,
Qui formés dans la nuit des plus noirs attentats ,
Ont vomi sur ses feux un déluge d'ingrats.
Oui , j'ai vû contre lui la haine & l'artifice ,
Pour cernir ses vertus , s'unir à l'injustice ;
Des ..., des amis , à sa perte animés ,
Tourner contre son sein leurs traits envenimés .
J'ai vu d'autres Titans , vils Enfans de la Terre ,
A cet Esprit divin oser porter la guerre ,
L'attaquer , le combattre , & loin de l'accabler ,
Le couvrir de débris , sans pouvoir l'ébranler , & c. '
Le Madrigal de M. de Bonneval , sur la
Naissance du fils de feu M. le Comte de
Choiseul de Meuse , est ingénieux .
Quel est donc ce Comte nouveau ?
Ce n'est pas un Comte pour rire ;
Je vois cependant qu'il inspire
La joye autour de son berceau.
Suivant l'Oracle du Parnasse ,
Que je puis publier par tout ,
Je ne vois pas non plus qu'il passe
Pour
MAY.
17358 975
Pour un Comte à dormir debout.
Je vais réveler ce mystere ,
L'Hymen y veut bien consentir
L'Amour le sçait , il l'a vû faire ,
C'est un Conte fait à plaisir.
Cette Brochure termine le troisième Vo
fume des Nouveaux Amusemens.
SETHOS , Tragédie nouvelle , dédiée au
GRAND CORNEILLE , chés la veuve
Pissot , à la descente du Pont-Neuf , Quai
de Conty , à la Croix d'or. Prix 24 sols.
,
Nous avons apris que cette Piece ;
annoncée dans le Mercure du mois dernier
est de M. Tanevot. Le débit de cet
Ouvrage & le plaisir qu'il fait à la lecture
, sont un sûr garant du succès. En voici
Le Sujet.
Osoroth , Roy de Memphis , avoit épousé
en secondes Nôces Daluca ; il l'avoit aimée
du vivant de Nephté , sa premiere femme ,
qui lui avoit laissé un fils nommé Sethos ; ce
Prince devint bien -tôt l'objet de la haîne
de sa Belle- mere , qui ayant donné deux autres
fils à Osoroth , conjura la mort de Sethos
, pour faire tomber la Couronne à Beon,
l'aîné du second lit. Sethos , jeune Prince
plein de courage , & de vertu , fit de bonne
G. heure
976 MERCURE DE FRANCE
heure sa premiere Campagne ; Daluca avoit
pris ses mesures pour l'y faire périr , & en
effet dans une Action qui se passa près de
Coptos , il fut percé de plusieurs coups
par des gens qu'elle avoit apostés , & fut
laissé pour mort sur le champ de bataille ; il
revint toutesfois de ses blessures , & se trouva
seulement Prisonnier de guerre . Il ne
voulut point se faire connoître aux Vainqueurs,
& l'idée lui vint alors de s'abandonner
à la Fortune, ou plutôt à un heureux naturel
, soutenu d'une Education Royale ; &
de chercher par cette seule voye à se faire
an grand nom; il y parvint. D'exploits en exploits,
il soûmit l'Afrique entiere , mais il ne
la soûmit que pour en policer les Peuples, &
leur donner une forme de Gouvernement
sous lequel ils pussent être heureux , après
quoi il leur rendit leur liberté , & cessant
d'être Conquérant , il resta à jamais leur Législateur,
On n'avoint point douté de sa mort
Memphis , il en fut absent 15. ans, & l'au
roit peut- être été plus long-temps, s'il n'eûr ,
apris qu'un certain Chef des Arabes , à la tête
d'une puissante Armée , étoit entré en
Egypte , où il se faisoit passer pour Sethos ,
& vouloit s'emparer de tous ses droits.
Cette nouvelle obligea le vrai Sethos de repasser
en Egypte ; il y parut sous le nom de
Cheres,le même qu'il avoit pris depuis qu'il
MAY. 1739: 977
en étoit sorti ; il vainquit les Arabes , dont
le Chefétoit un Esclave de Sethos , nommé
Asares , qui l'avoit suivi à Coptos. Cet As'étoit
sauvé avec une partie de
sares >
son Armée
pour
,
& étoit retourné en Arabie
lever de nouvelles Troupes ; cependant
Sethos , après sa victoire , arriva à Thanis
toujours sous le nom de Cheres. Spanius y
regnoit ; il avoit une fille , nommée Spanie ;
Sethos la vit , & tous deux prirent de l'amour
l'un pour l'autre , mais sans avoir le
temps de se le déclarer, car Asares ayant fait
encore une descente en Egypte , Sethos fut
obligé de l'aller combattre , il le vainquit
une seconde fois , détruisit toute son Armée
& le prit lui-même : c'est alors qu'il reconnut
son Esclave ; il l'amena avec lui à Memphis
, où Sethos , crû Cheres , fut reçû avec
d'autant plus de joye , que cette guerre avoit
donné beaucoup d'allarmes.
Sethos se fit reconnoître. Daluca fut au désespoir
de voir ressusciter celui qu'elle avoit
crû mort ; cela dérangeoit tous ses projets.
Maîtresse absolue du Roy , son Mari , elle
l'avoit disposé à céder sa Couronne à Beon ,
son fils aîné , & on n'atendoit que la fin de
la guerre pour cette abdication ; d'un autre
côté elle avoit fiancé Pamphos , son second
fils avec Spanie , Princesse de Tanis , qui ve
noit d'arriver à la Cour. Ce qui irritoit da .
Gij vantage
978 MERCURE DE FRANCE
vantage Daluca , c'est qu'Osoroth ayant re
connu Sethos , n'avoit point balancé , suivant
son projet d'abdication , de le faire
monter sur le Trône. A l'égard de ce Prince,
sa surprise fut extrême de trouver Spanie .
Memphis qui devoit épouser Pamphos; il déclara
son amour à cette Princesse & protesta
qu'il ne prétendoit point la céder à son frere,
mais Spanie , sans cacher à Sethos les sentimens
de tendresse qu'elle avoit conçus pour
lui, l'assûre qu'elle ne recevra jamais sa main;
que la politique de Spanius, son Pere, y apor
toit un obstacle invincible , ce Prince ayant
pour maxime de ne la point marier à un
Prince qu fût Roy , ou pût l'être par lui - même
, de peur que le Royaume de Tanis ae
devint dans la suite une Province des Etats
de son Gendre ; qu'elle étoit résoluë d'obéïr
à son Pere , & que rien ne seroit capable de
la distraire de cette obéissance. Sethos se fla
te que lorsqu'il aura instruit de sa naissance
& de son amour le Roy de Tanis , ce Prince
changera de sentiment. Cependant Daluca
conjure de nouveau contre Sethos ; elle veut
engager ses fils à le faire périr , & leur présente
unpoignard pour en armer leurs mains
Les Princes ont horreur de cette proposition,
& leur Mere voyant qu'elle ne peut rien ob
tenir d'eux, feint de se rendre à leur raisons ;
elle jette les yeux sur Asares , comme plus
propre
MAY
17397 979
propre , par la bassesse de sa naissance , a
servir sa haine. Sethos avoit génereusement
pardonné à cet Esclave ; il paroît se prêter à
ce que la Reine exige de lui , mais c'est pour
avoir le secret de la conjuration , & le réve-
Fer à Sethos , ce qu'il fair ; ce Prince en avertit
son Pere , qui court aussi - tôt chés la Reine
; elle confesse tout , prend du poison , &
vient elle -même déclarer à Sethos tout ce
qu'elle avoit tramé contre lui. Ce Prince
rapellant alors toute sa magnanimité , nonseulement
renonce à son amour en faveur de
Pamphos , mais , par reconnoissance de ce
que Beon lui avoit sauvé la vie dans le dernier
Combat , il lui cede la Couronne
croyant d'ailleurs conserver assés de lustre
par la dignité de Conservateur de toute l'Egypte
, que ses Rois lui avoient conférée , à
F'occasion de ses victoires sur les Arabes
Enfin sa grande ame est flatée de faire des
heureux en tout genre , & de remettre les
choses dans l'état où il les avoit trouvées à
son arrivée à Memphis.
>
Comme on a été obligé de donner à cet
Extrait un peu d'étendue , nous remettrons
au mois prochain à raporter des fragmens de
la Piéce , pour en faire connoître le style &
la Poësie.
MOULINET PREMIER , Parodie de
Güj
MANO980
MERCURE DE FRANCE
MAHOMET SECOND , représentée sur
le Théatre de l'Opera Comique , à la Foire
S. Germain , le 15. Mars , A Paris , chés la
yeuve Allovel , Quai de Gêvres , à la Croix
Blanche , 1739 .
L'Auteur de cette Parodie n'a pas encore
jugé à propos de se nommer , quoique le
succès de son Ouvrage ait semblé l'y engager;
cette modestie fait voir qu'il est capable de
s'élever plus haut. Il rend justice à la Tragé
die qu'il a prise pour objet de son badinage ;
on le peut voir
par cette Epitre qu'il a mise
à la tête de sa Parodie.
Moulinet à Mahomet.
Reçoi , cher Mahomet , un hommage sans fard.
Cette Epitre est le fruit de ma reconnoissance.
A Moulinet tu n'as aucune part ;
Mais cependant il te doit la naissance ,
Et je suis ton Enfant Bâtard. 曹
Comment cela ? C'est un mystere.
Je vais le dévoiler. La Folie est ma Mere ;
En t'écoutant débiter avec Art
Ces nobles sentimens , que le Public admire
A ta conduite sans écart ,
A mille traits qui bravent la Satyre ,
L'Amour , en ta faveur , la perça de son dard ;
Elle sent aussi- tôt une bizarre verve ,
Et dans son cerveau calotin ›
Mc
MAY.
1739. ་
Me conçoit , ainsi que Jupin
Conçut la divine Minerve.
Trois jours à me former elle s'évertua ;
Et puis ... , adshit .... m'éternua.
De cette boutade , ou saillie ,
Tu ne dois pas être irrité ;
Ta gloire n'est point avilie ;
Depuis long-temps , toi seul as mérité
L'honneur que te fait la Folie.
Au Lecteur.
Air : De tous les Capucins du Monde , &c.
N'éxaminez point , je vous prie ,
Cet avorton de la Folie.
Il fut fait sans attention ;
Joué dans un désordre extrême ;
Imprimé sans refléxion ;
Et l'on doit le lire de même.
Le peu de cas que l'Auteur de cette Paro
die, soit modestie , soit justice, qu'il rend au
genre de son propre Ouvrage , nous dispense
d'en donner unExtrait enforme; nous croyons
donc que nos Lecteurs voudront bien se
contenter de ce simple Argument.
Moulinet, Commandant un Parti de Hous
sards , ayant pillé un Village , s'est amouraché
de la Fille de Nicodême , Fermier d'un
Château, que son amour lui a fait respecter.
G iiij La
98 MERCURE DE FRANCE
La Rancune , son Lieutenant , trouve trèsmauvais
qu'il ait frustré la Troupe qu'il commande
, du butin qui étoit le principal objet
de l'attente commune; cette raison , jointe
à l'envie qu'il a de lui succedeṛ dans cet
Emploi , le porte à conspirer contre lui , &
à traverser le Mariage qu'il a projetté avec
Colette, c'est le nom de son Amante. Sabre de
bois,son ami, s'opose d'abord à la conspiration ,
& lui représente sur tout , qu'il apréhende que
Titata, leur Maréchal des Logis , qui ne veut
obéir qu'à la Rancune , dont il a formé les
moeurs , ne le contredise, tout son frere qu'il
est. La Rancune lui répond qu'il sçaura bien
il ajoûte que Nicodeme , Pere de
Colette,, que l'on croyoit mort , vient d'arriver
secrettement au Village ; qu'il ignore que ,
sa fille soit au pouvoir de Moulinet , qu'il
Fattend pour l'en instruire , & qu'il ne dou
te point qu'il ne se joigne à la conspiration.
Nicodême, instruit par la Rancune du rapt
de Colette, est transporté de courroux contre
le Ravisseur , mais la Rancune voyant venir
Nicodême , le fait sortir , pour mieux tromper
Moulinet , qui le croit mort.
le
gagner ;
Moulinet déclare hautement le Mariage
qu'il a résolu avec Colette ; la Rancune veut
s'y oposer , mais Moulinet lui impose silence
& sort en lui disant : Obéis . La Rancune
arrête un des Suivans de Moulinet & lui dit:
Aproche
MAY. 1739. 983
Aproche , mon ami ,
De mes complots secrets inutile complice .. ,
Mais tu feras bien mieux de n'entrer point en lice
Ta figure , ton geste , ainsi que tes discours ,
Des beautés de l'intrigue interromproient le cours
Nous n'avons pas besoin d'un si sot caractere.
On conçoit fort aisémert que ces six Vers
tombent sur l'inutilité du Rôle du Muph
ti dans la Tragédie parodiée .
Tout le reste de la Piéce n'est qu'une imitation
de la Tragédie de Mahomet Second ,
Acte par Acte, & Scene par Scene ; l'Auteur
en a suivi le plan , de maniere à faire sentir
aux Spectateurs tout ce qui se passe dans la
Tragédie, sur laquelle il a prétendu s'égayer;
il n'en a changé que la fin , pour rendre sa
Parodie plus propre au Théatre de l'Opera
Comique. Voici comment il a fini la Piéce .
Les Houssards veulent faire passer Colette
par les baguettes ; Nicodême , son Pere
vient annoncer cette triste nouvelle à Moulinet
, qui en devient furieux ; il veut sortin
pour la garantir de cet outrage ; mais il en
est empêché par Claudine , Suivante de Co
lette , qui lui dit : De la joye ! de lajoye ! Co-
Lette a désarmé les Houssards ; ils la trouvent
si belle , qu'ils voudroient tous l'épouser. Titata,
Maréchal des Logis , lui vient confirmer cette
heureuse nouvelle , & chante sur l'Air de la
Marche Françoise ; Ratapatapan , Gar
&Go
984 MERCURE DE FRANCE
Voyant sur son sein blanc
Des fripons d'Amours un Groupe
On s'écrie à l'instant
Sarpędié la belle Enfant !
Nous excusons son Amant.
Qu'elle soit de la Troupe
Et qu'il la mene en croupe ,
Ratapatapan !
Suivant le Régiment.
Moulinet chante à son tour , sur l'Air
Jeunes coeurs laissez- vous prendre.
Enfin Colette me reste ;
Aucun ne me la conteste.
N'allons pas à contre- temps
Faire un dénouement funeste ;
Si l'Amour a des tourmens ,
C'est la faute des Amans.
MEMOIRE HISTORIQUE & Génealogique
fur la Maifon de Bethune. Par M. Du Buiffon
Brochure in 4º de 26 pages. A Paris , de l'Imprimerie
de Prault , P 1e , Quai de Gêvres , au Paradis
, M nec. XXXIX. Avec Aprobation & Privilege
du Roy:
La Maison de Bethune , de Flandres , eft une de
celles dont le fçavant André du Chesne a écrit:
L'Hiftoire dans le fiécle dernier , & il en eft peu .
dont l'ancienneté , l'illuftration & la grandeur des
Alliances , ayent été auffi taciles à
prouver.
Entre
MAY.
1739. 985
Entre les opinions sur l'origine de cette Maiſon,
du Chesne a préferé celle qui la fait descendre des
anciens Comtes d'Artois , bien avant dans le dixiéme
fiécle ; opinion qui a prévalu , parce qu'en effet
elle a paru là mieux fondée.
D'autres Auteurs ont crû voir fa tige , ou dans
celle des Othons , Empereurs d'Allemagne, ou dans
celle de la Maison d'Autriche ; mais leur fentiment
femble moins vrai - femblable. C'eſt un point dont
on s'interdira la discuffion ; à quoi ſerviroit- elle
Comment même la faire exactement ? ceux qui ont
étudié notre Hiftoire, fçavent combien fes premiers
temps sont obscurs & incerta ns.
Robert , dit Faiffeus , Seigneur de la Ville de Bethune
, & Advoué de S. Vaaft d'Arras , vivoit fous
Hugues Capt , avant l'an mille de l'Ere Chrétienne.
C'est de ce Robert dont du Chesne fait la Tige
de la Maison de Bethune , proprement dite ; c'eft
de lui qu'il en commence la filiation . On ne remontera
pas plus haut ; huit fiécles prouvés , font:
une affés grande antiquité. D'ailleurs , on fent ai
sément par les Dignités dont Robert étoit revétu ,
combien fes Ancêtres devoient déja avoir de nom
bleffe & d'ancienneté.
Il unifloit deux des plus grands Titres que l'on
connût alors , celui de Seigneur de Bethune , Ville
qui faisoit la premiere Baronie du Comté d'Artois,
honorée de ce Titre dans tous les temps ; & celui
d'Advoué que les Souverains , même les plus
grands , fe glorifioient de porter , puisque l'Hiftoire
nomme parmi ceux qui l'ont eû , Charlemagne,
Louis , Roy de Germanie , Frederic I. Duc de Loraine
, Théodoric , fon fils , & un grand nombre
d'autres Princes
La Pofterité de Robert , héritiere de fon élevation
, eut les Titres qu'il avoit , & y en ajoûta par
G. vis
des
986 MERCURE DE FRANCE
des Alliances. L'Hiftoire & les Monumens prouvent
que tout ce qui caractérisoit alors la Grandeur lui
apartint ; on lui trouve cimier , armes , cri de
guerre ; peut-être même qu'avec un peu plus de
recherches , on lui trouveroit le droit de Monnoye;
l'usage du temps , & d'autres circonftances , forment
en fa faveur , à l'égard de ce droit , une préfomption
qu'il femble que l'on pourroit aisément
changer en certitude.
Répandue en differentes Branches , elle fit par
tout des Chevaliers Bannerets , Droit attaché à la
Haute Nobleffe uniquement , Droit auffi qui défigne
les poffeffions & la puiffance ; car dans l'origi
ne, Chevalier Banneret fignifie Homme noble
Seigneur de grand Fief ; conduisant fes Vaffaux à
la Guerre fous fa Banniere .
Mais qui pourroit disputer ces avantages à la
Maison de Bethune , en ne considérant même que
fes Alliances dès les temps dont nous allons, parler
3.
On lit dans Guillaume de Tyr , que Philipe d'Al
sace , Comte de Flandres , fouhaita de marier les .
deux héritieres du Royaume de Jérusalem , fes proches
parentes , avec les deex fils de Robert V. Seigneur
de Bethune , qui l'avoient accompagné a
Voyage de la Terre Sainte en 1177. Cette double
Alliance ne s'éxecuta point ; mais vers 1250. Ma .
bault fille de Robert VII. Seigneur de Bethune
épousa Guy de Dampierre , Comte de Flandres , &
les Monumens raportes par du Chesne , dans les
preuves dont il a apuyé fon Hiftoire , donnent à
cette Mahault les Titres de Dame de Bethune , Teremonde
, Richebourg , & Warnefton , Advoüée:
d'Arras.
Le même Hiftorien , parlant de la fécondité de
cette Dame , remarque qu'elle fut très-grande , &
que sa Pofterité , par fucceffion de temps , s'affit
prefque fur tous les Trônes de l'Europe .
MAY. 984 1739.
&
Depuis cette Alliance , la Seigneurie de Bethune
paroît avoir été unie au Comté de Flandres ,
avoir servi de Titres à plufieurs Enfans des Comtes
de Flandres , même aux aînés . Il est certain au
moins, que Robert , fils de Guy de Dampierre & de
Mahault de Bethune , l'a porté jusqu'au temps ou
il a succedé à son Pere au Comté de Flandres ; &
qu'après Robert , Guy de Namur , autre fils de Guy
de Dampierre , iffu d'un second Mariage de ce
Prince avec Ifabeau de Luxembourg , l'a porté auffi :
observations. que l'on fait, pour justifier ce qu'on a
dit de la consideration où la Seigneurie de Bethune
étoit dès ces temps reculés .
Plus anciennement , c'est- à- dire, en 1140. Guil
laume I. Seigneur de Bethune , avoit épousé Clemence
d'Oisi , petite- fille d'Ade de Hainault ; &
par ce Mariage , il avoit donné pour parens à ses
Enfans , Baudouin , Comte de Hainault & de Flandres
, Empereur de Conftantinople , Louis VIII.
Roy de France , Pierre de Courtenai , Comte d'Aus
xerre , Empereur de Conftantinople , Frederic IIS
Roy de Sicile & Empereur des Romains , les Seigneurs
de Beaujeu , de Montpenfier , &c.
Vers 1215. Daniel de Bethune avoit épousé Euftache
de Châtillon , fille de Gaucher de Châtillon,
Comte de Saint Pol qui l'avoit raproché des Allances
contractées par Guillaume I. & lui en avoit procuré
beaucoup d'autres auffi illustres , telles que
celles d'Othon , Duc de Meranie , à caufe de Béatrix
de Bourgogne sa femme ; Alix de Dreux , Princesse
de la Maison de France ; Jeanne , Comtesse de
Flandres ; Marguerite , Comtesse de Hainault ; Jean
II. Comte de Roucy , &c.
Vers 1270. Guillaume de Bethune , Seigneur de
Locres , Hebuterne , &c . arriere - neveu de Daniel,
dont nous venons de parler , épousa Jeanne de
Neelle
188 MERCURE DE FRANCE
Neelle , surnommée de Fallevi , petite - fille d'Aliz
de France , Comtesse de Ponthieu ; laquelle lui
donna pour beau-frere & belle-soeur uterins ,
dinand de Castille , & Alienor de Castille , qui
épousa Edouard I. Roy d'Angleterre ..
Fer-
En 131. Jean de Bethune , dit de Locres , Seigneur
de Vandeüil & du Verger , petit - fil de Guil-
Jaume , épousa Jeanne de Couci , qui descendoit ,
par sa mere, de Henri , Conte de Vienne , en Ardenne
, & de Marguerite de Courtenai autre source
des plus éclatantes Alliances . puisque Marguerite
de Courtenai étoit arriere - petite -fille de Louis
le Gros , Roy de France , & d'Alix de Savoye.
En 1368. Robert , autre petit - fils de Guillaume ,
épousa Jeanne de Châtillon , fils de Gaucher , Seigneur
de Porcean , & , de Jeanne de Conflans , Dame
de Blancafort , mariage qui raprocha encore les
Maisons de Bethune & de Châlon , & les fit par
ticiper aux Alliances que chacune avoit contractées..
En 1401. Jean de Bethune de Locres , II. du nom ,
fils puîné de Jean I. dont nous venons de parler
épousa Isabeau d'Estouteville , qui lui procura l'Alliance
& la Parenté des Ducs de Bretagne , des
Comtes de Dreux , de Rouci , de Vendôme , &c.
En 1480. Jean de Bethune , troisième du nom
épousa Jeanne d'Anglure , fille de Simon , dit Sala
din d'Anglure de la Maiſon de ce nom , si connue
par l'Hiftoire des Croisades , ces pieuses folies- de
nos Peres.
En 1929. Jean de Bethune , quatrième du nom
Baron de Baye , & c. épousa Anne de Melun , Dame
de Rosni . &c. fille de Huues de Melun , Vicomte
de Gad , & de Jeanne de Hoornes , qui renouvella
les anciennes Alliances de la Maison de Bethune en
Flandres , & lui en fit contracter de nouvelles avec
prefque tous les Souverains regnans alois en Europe.
Lia
MAY. 7739% 989
La brièveté qu'un fimple Mémoire exige , n'a pas
permis de s'étendre davantage sur les Seigneurs de
La Maison de Bethune , qui ont vécu jusqu'au seiziéme
siécle . Borné à crayonner une idée de leur
Antiquité , de leur Filiation , de l'illustration & de
la fplendeur où ils ont eté jusque-là , ce qu'on en
a dit , a paru fuffifant.
En effet , la fuite des Générations de cette Maison
pendant six siécles les époques des differentes
Branches qu'elle a produites pendant le même in
tervale , la distinction des Seigneurs qui ont apar➡
tenu à chacune de ces Branches , des details sur ces
Seigneurs , leurs alliances particulieres , leurs ac
tions , leurs titres , les places qu'ils ont remplies
les Ordres dont ils ont été honorés , toutes ces cho
fes euffent donné à cet ouvrage une longueur qui ne
pouvoit lui convenir , & qu'on a clû devoir s'interdire
par cette raiſon .
Ceux qui voudront de plus grands éclairciffemens
sur ces differens objets . peuvent consulter du Chefne
; ils trouveront dans cet Historien la Branche
des Seigneurs de Congy & d'Hoftel qui s'est con
fondue dans la Maison de Choifeul Praſlain ; celle
des Barons de Balfour , établie en Ecosse , où eile
subsiste peut-être encore ; celle des Seigneurs de
Bethfan , ou Beffan , dans la Paleftine , qui semble
s'être éteinte en 1300 & celle des Seigneurs de
Carenci , en Flandres , dont la Pofterité , en partie ,
se trouve confondue dans la Pofterité de nos Rois,
& des Rois d'Angleterre & d'Ecoffe de la Maifon
Sturt.
Outre ce que du Chefne contient , nous savons
qu'il y a en Artois actuellement , des Seigneurs du
nom de Bethune , qui raportent leur origine à la
Branche de Carency , & qui forment one Branche
divisée depuis très-long-temps , en deux Descen
dances
998 MERCURE DE FRANCE
•
dances ou Branches. Leurs Chefs aujourd'hui sont
Eugene- François de Bethune Desplanques , Marquis
d'Hesdigneul ; & François -Eugene de Bethune
Desplanques de Saint - Venant. Le Réverend Pere
Antoine le Pez , Religieux de Saint Vaaft d'Arras
a fait la Généalogie de ces Seigneurs , & elle a été
présentée à M. le Duc de Charoft , Armand , second
du nom en 1695. Si l'Auteur y eût joint des
preuves , le Public lui en eût eû obligation ; nous
les aurions indiquées , & elles auroient éclairci ce
qui regarde ces Seigneurs jusqu'au seizième siècle.
Quant aux temps pofterieurs , nous aurions tâché
d'en donner la Généalogie , comme nous allons
donner celle des Branches de Sulli , d'Orval , de
Selles & de Charoft ; mais on sent bien que , faute
de certitudes & de lumieres , le silence nous devient
néceffaire à ces égards . Nous exhortons Mrs d'Hefdigneul
& de Saint - Venant à supléer à ce que nous
sommes forcés d'omettre , & nous reprenons le fil
de ce Mémoire.
A Jean de Bethune , quatrième du nom , le dernier
dont nous avons indiqué les Alliances , succeda
son fils François de Bethune , Baron de Rosni
&c. Il épousa Charlote Dauvet de Rieux , dont il
eut plusieurs enfans ; Louis , mort sans pofterité ;
Maximilien , que ses . Services sous le Regne de
Henri IV . illustrerent autant que fa naiffance , &
éleverent aux plus grandes Places ; Salomon , dont
la pofterité eft éteinte ; Charles , mort en bas âge ;
Philipe , Comte de Seles & de Charoft , non
moins recommandable à la France , que Maximi-
Hien ; & Jacqueline , qui épousa Elie de Gontault ,
Gouverneur de Bearn , & Viceroi de Navarre.
C'eft de Maximilien & de Philipe , enfans de
François , que sont iffuës les Branches de Sulli ,
d'Orval , de Selles & de Charoft , dont on va donner
MAY. 17392 991
er la Généalogie détaillée . On se flate que l'at
tention avec laquelle on le fera , en gardant l'ordre
d'aînesse , pourra rendre ce Mémoire utile à la
Maison de Bethane en lui offrant , dans un court
espace , & l'Etat de tous ceux qui ont composé &
qui composent ces Branches , & le Degré de chacune
; connoissances dont la nécessité est aisée à
sentir , mais que l'on n'a pas toujours dans les
Maisons étenduës .
y
Branche de Sulli.
Maximilien de Bethune , premier du nom , Due
de Sulli , Prince Souverain de Henrichemont & de
Boisbelle , Grand Maître de l'Artillerie , Pair &
Maréchal de France , Marquis de Kosni , &c . épou
sa , en premieres nôces , Anne de Courtenai , dont
il eut Maximilien II. & en secondes , Rachel de
Cocheflet , d'une Maison que l'on croit originaire
d'Ecosse , si ancienne qu'on la trouve établie en
France dès le Regne de Charles VII. Maximilien I.
eut de son second mariage , Alpin , mort en bas
age ; Guy , mort de même ; César , filleul d'Henry
IV. décedé à dix ans ; François , qui a formé la
Branche des Comtes d'Orval ; Henri , N.... &
Catherine , qui moururent jeunes ; Marguerite , qui
fut mariée en 1605. à Henri Duc de Rohan ,
Prince de Leon , Pair de France ; & Louise , qui
épousa le 29 Mai 1620. Alexandre de Levis , Marquis
de Mirepoix. Les Memoires que Maximilien I.
a laissés sous le titre d'Economies Royales , les Histoires
générales & particulieres de son temps , &
encore mieux la confiance conftante , l'eftime & la
confideration d'un des plus grands & des plus éclaïrés
de nos Rois ( Henri IV . ) prouvent son mérite ,
& fes fervices. La Terre de Sulli fut érigée en
Duché
992 MERCURE DE FRANCE
Duché- Pairie , en fa faveur , en Février 1606. qua
tre ans avant la mort funefte du Monarque dont
nous venons de parler.
Maximilien deuxième du nom , Marquis de Rosni,
&c. fut Sur-Intendant des Fortifications , Gouverneur
de Mantes & de Gergeau , & ensuite Grand-
Maître de l'Artillerie , fur la démiffion de Maximilien
I. fon pere , avant lequel il mourut en 1634. I
avoit épousé Françoise de Blanchefort de Crequi ,
fille de Charles de Blanchefort de Crequi , Prince
de Poix , & de Magdelaine de Bonnes l'Efdiguieres,
laquelle étoit fille du fameux Conétable de ce nom;
& il eut de fon mariage avec elle , Maximilien-
François de Bethune , troifiéme du nom , dont l'ar◄
ticle fuit , & Louiſe de Bethune , morte fans
alliance .
Maximilien- François , troisiéme du nom , deuziéme
Duc de Sulli , Prince de Henrichemont & de
Boisbelle , Marquis de Rosni , &c. épousa en 1639.
Charlotte Seguier , fille de Pierre Seguier , Chance
lier de France , illuftre par fon mérite & fa dignité.
Il eut de fon mariage Maximilien - Pierre - François ,
Magdeleine - Françoife , qui entra en Religion
Marguerite- Louife , mariée à Armand de Grammont
, Comte de Guiche , & enfuite à Henri de
Daillon , mort Duc du Lude , & Marie- Thereſe
morte jeune. Après la mort de Maximilien -François
, arrivée en 1661. Charlotte Seguier , fa veuve,
époufa Henri de Bourbon , Duc de Verneuil , Légitimé
de France.
Maximilien- Pierre - François , troifiéme Duc de
Sulli , Pair de France , Chevalier des Ordres du
Roy , Prince de Henrichemont & de Boisbelle , & c.
eut pour enfans , Maximilien- Pierre- François - Nicolas
, & Maximilien Henri , dont les articles suivront
celui-ci ; Louife -Henriette & Louife-Elifabeth
MAY. 1739
993
beth , Religieuses , & Charlotte , morte jeune.
Louife - Elifabeth , vit encore actuellement au Monaftere
de la Vifitation de Sainte Marie à S. Denys;
elle eft dans un âge extrémement avancé .
Maximilien- Pierre - François- Nicolas , quatriéme
Duc de Sulli , mourut en 1712. fans laiffer de posterité
de Magdeleine-Armande du Cambout , fille
d'Armand du Cambout , Duc de Coiflin , Pair de
France , Chevalier des Ordres du Roy ,
d'une ancienne
Maifon de la Province de Bretagne , dont il
reste encore une Branche. Leur mariage avoit été
célébré en 1689 .
Maximilien - Henri , cinquième Duc de Sulli ,
frere puîné de Maximilien-Pierre - François Nicolas
, fucceda à fes Titres , & mourut Gouverneur
de Mantes & de Gien , Lieutenant Géneral au Gou→
vernement du Vexin François ; & Chevalier des
Ordres du Roy , le 2 Fevrier 1729. après avoir
comme fes Ancêtres , dignement fervi l'Etat. II
avoit épousé N.... Guyon , veuve en premieres
nôces de N.... Foucquet , Comte de Vaux , mais
il n'en a point laiffé de pofterifté . En lui a fini , par
mâles , la Branche de Bethune-Sulli , dont le Duché
a paſſé dans la Branche d'Orval , de laquelle
nous allons parler , par Louis- Pierre Maximilien de
Bethune , apellé alors le Marquis de Bethune , petitfils
de François de Bethune , qui étoit fils de Maximilien
de Bethune , premier Duc de Sulli . Sur la
conteftation qui s'étoit élevée pour la fucceffion au
Duché de Sulli , entre Louis Pierre-Maximilien de
Bethune , & Armand de Bethune , fon grand oncle,
apellé l'Abbé, & enfuite le Comte d'Orval, un Arrêt
rendu au Confeil des Dépêches le 13 Mars 1730. a
adjugé le Duché au premier , en en payant le prix
au fecond .
Louis- Pierre- Maximilien , fixiéme Duc de Sulli
Chea
994 MERCURE DE FRANCE
•
Chevalier de l'Ordre de la Toifon d'Or &c. a tế
Meftre de Camp du Régiment de la Reine , Infanterie
, & Premier Gentilhomme de la Chambre de
Mo. Geur le Duc de Berri. Nous le mettons dans
cette Branche , quoi qu'il foit de celle d'Orval
parce qu'il continue le titre de Duc de Șulli , qui
lui a été adjugé & qui lui apartenoit . Il a épousé
Louife Delmarets , fille de N.... Defmarets
Miniftre d'Etat , Controlleur Géneral des Finances,
Commandeur des Ordres du Roy , &c. & niéce de
Jean - Baptifte Colbert , ce Miniftre qu'il fuffit de
nommer pour le louer . Il a de cette Dame deux filles
, Louife - Nicolle de Bethune , * mariée à Louis-
Vincent Marquis de Goesbriant, Lieutenant Général
des Armées du Roy , Chevalier des Ordres , &c.
Et Magdeleine - Henriette Maximilienne de Bethune
non mariée. L'Ordre de la Toifon d'Or a été donné
au Duc de Sulli en Eſpagne , où il étoit allé en
1714. reporter le Collier de feu Monfieur le Duc
de Berri , après la mort de ce Prince.
Branche d'Orval.
>
•
François de Bethune , Comte , & enfuite Due
d'Orval , fils puîné de Maximilien I. Duc de Sulli
a été Chevalier des Ordres du Roy , premier Ecuyer
de la Reine Anne d'Autriche , Grand Voyer de
France , & Sur-Intendant des Bâtimens. Il a été
marié deux fois. 1º. En 1620. à Jacqueline de
Caumont , fille de Jacques Nompar de Caumont
Duc de la Force , Chevalier des Ordres du Roy ,
Pair & Maréchal de France , & de Charlotte de
Gontault de Biron , laquelle étoit fille du premier
Maréchal de Biron. 2 °. En . à Anne de Harville
de Paloiſeau , fille du Marquis de ce nom. Du
* Le Pere Anselme, Hift. Géneal. des Grands Officiers
de la Couronne , la nomme Nicolle Maximilienne..
•
premier
MAY. 173.97 995
•
morte
premier lit , François de Bethune a eu Maximilien
Leonor , tué à la priſe de Piombino en 1646 ; Ma- 、
ximilien alpin , qui va avoir fon Article ; Philipe
qui n'a laiffé qu'une fille Religieufe, Marguerite-
Angelique , Abbeffe de S. Pierre de Rheims ; Françoise
& Anne- Leonore , mortes à Port-Royal , àરે
Paris Du fecond lit , il a eu Louis- Armand , un
autre Armand , & Anne - Marie - Eleonore ,
Abb. ff de Giffe. Il mourut en 1678. âgé de qua.
tre- vingt ans , honoré de Lettres Patentes de Duc,
qui avoient été accordées à fes Services Ces Lettres
expediées en 1652. portoient érection de Pairie ;
mais elles n'ont point été regiſtées. Les Maisons
de Biron , de Caumont & de Harville- Paloiſeau
avec lesquelles il s'allia , font trop connues , pour
qu'on fe croye obligé de donner ici des éclaircissemens
fur elles.
>
Maximilien Alpin , devenu l'aîné des enfans de
François , par la mort de Maximilien -Leonor ,
mourut en 1692. laiffant de fon mariage avec Catherine
de la Porte , iffuë d'anciennes familles de
Robe de Paris & de Roiien , Maximilien-François ,
dont l'Article va fuivre ; Louis - Georges , mort fans
pofterité ; Anne , Catherine & Françoise , dont la
derniere seule a été mariée ; elle époufa en 1689.
François- Armand , Marquis de Caulaincourt , du
quel elle eft veuve , & a des enfans .
Maximilien-François , Marquis de Courville &
de Villebon , &c. mourut avant Maximilien Alpin,
fon pere en 1688. Il avoit épousé, l'année qui pré
Ceda fa mort, Jeanne-Catherine-Henriette d'Orleans
de Rothelin, de laquelle il laiffa un fils pofthume,quí
fut nommé Louis-Pierre- Maximlien de Bethune,
Ce dernier , Louis - Pierre- Maximilien , eſt celui å
qui le Duché de Sulli a été adjugé en 1730. fur
Armand de Bethune fon grand oncle , comme on
Pa obfervé ci-devant. Quant
h
998 MERCURE DE FRANCE
Quant à Armand de Bethune , Abbé & enſuite
Comte d'Orval , Prince Souverain de Henrichemont
&de Boisbelle , & c, il étoit un des fils puînés
de François , Duc d'Orval. Les Principautés de Henrichemont
& de Boisbelle lui ayant été adjugées
dans la Succeffion de Maximilien- Henri , cinquiéme
Duc de Sulli , il en prit les Titres . Il mourut
octogenaire à Paris , le 23. Janvier 1737. laiffant
defon mariage avec Marie-Jeanne Auberi de Vaftan,
an fils nommé :
Maximilien-Antoine-Armand de Bethune , Prince
de Henrichemont & de Boisbelle , qui eft né le 18 .
Août 1730. & qui continue la Branche d'Orval,
La suite pour un autre Mercure.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de la Rochelle
le 10. May 1739.
'Académie ne tint sa Séance publique d'après
Lla S. Martin ,que le 10. Decembre ,M.l'Abbé
de Gennes , Directeur , en fit l'ouverture par un
Discours sur la difficulté d'acquerir & de conserver
la faveur des Grands. Le Pere Jaillot , de l'Oratoire
, lut ensuite une Dissertation sur l'origine de
la Rochelle , il commença ainsi : Tout ce qui n'auroit
pas quelque raport à l'Histoire de la Rochelle , me
distrairoit d'un travail que je dois regarder comme une
de mes plus importantes occupations , c. En effet
le Pere Jaillot travaille depuis plusieurs années , à
rassembler les materiaux de cet Edifice ; ses soins
ses dépenses & son assiduité, lui en ont procuré plus
qu'il n'avoit d'abord osé l'esperer. Voici la fin de
certe Dissertation . Telsfurent , Mrs , les commencemens,
les progrès , & les accroiffemens de la Rochelle,
>
dont
MAY.
997 1739.
dont le Port , qui ne peut être celui des Saintongeois
dont parle Ptolomée , s'eft accrû peu à peu , & à me-"
sure que ceux de Chatelaillon & d'Angoulins se sont
comblés , dont les premiers Habitans ont signalé leur
courage en 737. contre les Sarrasins , & en 932. contre
les Danois les Saxons , & dont les murailles
n'ont cependant commencé d'être bâties qu'environ
Pan 1136 &c. Le Public vit avec plaisir que les
Epoques de l'établissement de la Rochelle , étoient
fixées par deux Victoires mémorables , & que cette
Ville guerriere , fut utile à l'Etat dès son or gine .
Cette Séauce fut terminée par deux Discours , Pun,
de M. Vaslin , sur l'usage qui permet de dire du
bien de son coeur , & qui défend d'en dire de son
esprit ; l'autre , de M. d'Hasterel , Prévôt Général ,
dans lequel il fit entrer l'Eloge de M. de Marassé
son Prédecesseur.
La Séance d'après Pâques se tint le 15. Avril , elle
fut ouverte par M. Richard , Directeur , qui lut une
Dissertation sur l'origine de la Navigation , & la
construction des Bâtimens des Anciens . Le Pere
Valois prononça ensuite un Discours sur les Louanges
, c'est-à-dire , sur la précaution avec laquelle il
faut les donner & les recevoir. M. l'Abbé Brians
nouvel Académicien , termina cette Séance par un
Discours sur l'utilité & les agrémens des Belles-
Lettres dans tous les âges de la vie ; je me borne à
vous raporter quelques traits qui regardent le Prince
Protecteur. Posseder , dit l'Orateur , dans un dégré
éminent toutes les vertus que l'on protege , & ranimer
des beaux Arts dont on sçait connoître le prix , se ren.
dre les délices d'une Cour où regne ce que le sentiment
a de plus délicat , ce que lapolireffe a de plus exquis , le
mérite de plus choifi ; s'attirer encore l'admiration avec
Les suffrages des Etrangers , jaloux d'avoir des Conty
pour Rois , & de montrer au Nerd étonné des qualités
F
9% MERCURE DE FRANCE
fe brillantes ; telle fut , M. la magnanimité de ces
grands Princes , dont le digne rejetton réunit aujour →
hui tous les traits ; un zele aussi éclairé que le votre
gaura les celebrer, &c.
L'Académie Royale des Sciences n'ayant trouvé
aucune des Piéces, envoyées pour le Prix de l'année
1738 , qui lui ait paru fatisfaire pleinement à la
Queftion proposée , s'eft déterminée à couronner
les trois Piéces qui lui ont paru les meilleures. Elles
font imprimées dans l'ordre de leur envoi. La premiere
eft de M. Leonard Euler , de l'Académie Impériale
des Sciences de Pétersbourg. Elle eft écrite
en Latin , & a pour titre : Dissertatio de Igne , in
quâ ejus natura & proprietates explicantur.
La feconde eft du P. Lozeran de Fiefc , de la
Compagnie de Jesus. Discours sur la Propagation
du Feu.
La troisiéme Piece , Explication de la Nature de
Feu, & de sa propagation , eft de M. le Comte de
Crequy .
9
Outre ces trois Discours , le Recueil contient
encore deux autres Piéces que l'Académie a consenti
qui fussent imprimées , sur le témoignage
que lui ont rendu les Commissaires du Prix , que
quoi qu'ils n'ayent pû aprouver l'idée qu'on donne
de la Nature du Feu , en chacune de ces Piéces
elles leur ont parû être des meilleures de celles qui
bnt été envoyées, en ce qu'elles suposent une grande
lecture , & une grande connoissance des bons Ouvrages
de Phyfique , & qu'elles sont remplies de
Faits très-bien exposés , & de beaucoup de vûës.
La premiere eft , à ce qu'assurent des gens bien
informés , de la Marquise du Chatelet , & la fecon
de , d'un de nos premiers Poëtes,
On
MAY. 1739: 999
On a apris de Lyon , que l'Académie des Beaux
Arts qui y eft établie , tint une Affemblée publique
le 13
du mois dernier , dont le R. P. Duclos
Jefuite , qui y préfidoit , ouvrit la Séance par le
Difcours fuivant,
ME
ne voit
ESSIEURS ,
D
Le Public n'a pas de peine à comprendre l'utilité
qu'il peut retirer de nos Exercices ; mais comme il ne
juge de ce qu'on fait , que par ce qu'il voit , & qu'il
guere que l'écorce ; comme il ignore communément
combien il y a loin, des grands projets à l'éxécution
, combien il y a de difference entre déterminer
des principes , en faire une application éxacte
combien il faut de foins de temps pour les détails
de la pratique , il fe laiffe quelquefois emporter à
cette impatience fi naturelle à ceux qui ne pensent
qu'à jouir des avantages qu'on leur promet , fans fe
beaucoup inquiéter de ce qu'il en doit coûter à ceux
qui font chargés de les procurer. Ce n'est pas là un
mal à l'égard des personnes qui , ayant des talens
ont befoin qu'on les preffe pour les mettre en oeuvre
mais c'est un écueil qui pourroit en engager d'autres
à fe trop preffer , à donner des ébauches précipitées.
•
·
Pour tenir les derniers sur leurs gardes , cette Aca
démio ne veut rien laiſſer paroître , qu'après l'avoir
fait paffer par une mûre & ferieuse difcuffion , o
elle nomme des Commiffaires qui examinent à loifir
tout ce qui fe propose de neuf dans ses Conférences :
mais auffi par égard pour l'impatience du Public , go
dans la vue de profiter de ce que cette impatience
de propre à entretenir parmi nous l'amour du travail
alle s'eft obligée à rendre compte publiquement deux
H fois
Fooo MERCURE DE FRANCE
fois l'année de fes occupations , elle a fixé un
temps chaque mois , où il eft libre à tout le monde de
prendre lecture des Mémoires qui sont en dépôt chés
M. le Secretaire. On va voir par la liste de ceux qui
ont été fournis depuis le mois de Desembre dernier,
combien nos richesses vont en augmentant.
CATALOGUE des Mémoires lus dans
l'Académie des Beaux Arts , depuis l'Af-
Semblée publique du mois de Decembre der
nier.
M'ec
E'MOIRE fur le Méchanisme des Pompes ,
avec le projet d'une Pompe foulante & afpirante
, d'une nouvelle construction.
MEMOIRE sur la nature & la cause des Voleans
, avec un Examen Phyfique du Mont Vesuve
en particulier.
MEMOIRE sur le mouvement musculaire
dans les animaux , pour servir de principe à l'application
qu'on en veut faire aux forces mouvantes
inanimées.
MEMOIRE Sur les Eaux , & particulierement
sur les Etangs , & leur construction .
PROJET & Essai d'une Description Critique,
dés Ouvrages de Sculpture , Peinture , & Architec
ture de cette Ville de Lyon.
MEMOIRE OU Réfléxions générales sur le
Commerce , qui doivent servir de principe aux
conséquences qu'on en tirera pour le Commerce
de cette Ville en particulier.
7 OBSERVATIONS METEREOLOGIQUES , faites à
Lyon & à Toulon pendant l'année 1738 , & la
Comparaifon des unes avec les autres .
Le Correfpondant qu'a cette Académie dans
l'Univer,
MAY. 1739. 1001,
Université de Tubinge , nous a envoyé des Réflé-,
xions fur un Ver trouvé dans le Pancréas d'une
Femme.
Celui que nous avons dans l'Inftitut de Boulogne
, en Italie , nous fait part d'un Discours qui
doit servir de Préface à la Vie qu'il a faite de l'illustre
Comte de Marcilly , de l'Académie Royale
des Sciences de Paris , & Fondateur de l'Institut .
• Conféquemment à l'entreprise qu'a fait l'Académie
du grand Ouvrage de la Méchanique des Arts
& Metiers , on a fourni trois Mémoires. Le premier
, pour servir de Chapitre Préliminaire aux
Ouvrages en Fer ; le fecond, sur les Ouvrages en
Fer blanc ; & le troifiéme , sur la Méchanique des
Epingles. Ces Mémoires , à des yeux éclairés
n'ont rien de petit ou de commun , pas même
leur objet.
ธ
On lut l'année derniere à l'Assemblée publique
d'après Pâques , un Mémoire sur les Echos . L'Auteur
en a fait depuis peu une application à la Salle
publique du Concert de cette Ville , pour en corriger
les défauts , & la rendre plus résonnante .
Voici , sans doute , un Titre bien intéressant &
bien curieux. MEMOIRE où l'on fait voir la pos◄
sibilité , & même la facilité d'un projet qui procure
un agrandissement considérable , & un embellissement
magnifique à la Ville de Lyon , qui
met tous les artifices à Eau , & principalement les
Moulins à bled , en état de travailler également en
tout temps , & qui , évitant ce que d'autres projets
avoient donné d'ombrages à la Province de Dau
phiné , pourvoit efficacement à la sûreté de la
Navigation sur le Rhône , dans cette partie qui est
autour de la Ville. Il s'en faut bien que Lyon ait
profité de tous les avantages qu'il peut tirer des
deux Rivieres , sur lesquelles il est fi heureuse-
Hij
ment
roo2 MERCURE DE FRANCE
ament fitué. Content de ce que la pure Nature lui a
donné , il n'a , ce femble , pas encore pensé à ce
qu'elle lui offre , fi elle est un peu aidée. Si une
fois le projet , dont on vient de parler , s'éxécuroit
, il n'y auroit plus lieu à un pareil reproche.
On finit par les deux Mémoires qui ont été des
tinés à remplir la Séance d'aujourd'hui. Le premier,
sur la Construction & les avantages d'un nouvel
Instrument,qu'on pourra apeller Quartier Captotrique
, pour prendre les hauteurs sur Terre , &
sur Mer , & servir en même temps de Compas de
variation. •
Le second , sur la dissolution , suspension , &
précipitation des Corps folides dans les fluides
mais avant que d'en commencer la lecture , M. le
Secrétaire doit nous aider à remplir un devoir à
l'égard d'un Académicien que la mort nous a enlevé
. Son âge , ses talens , son caractere , son zele
pour cette Académie , meritent tous nos regrets ,
& nous ne pouvons nous consoler de cette perte ,
qu'en jettant les yeux sur les nouvelles acquifitions
que nous avons faites.
M. Chriftin , Secrétaire perpetuel de l'Académie
, fit ensuite l'Eloge Historique de M. Guilhaumat
, Maître Chirurgien de cette Ville , decede
le 19 Decembre 1738 , à l'âge de 36 ans. L'eſtime
& l'affection de la Compagnie pour un Sujet distingué
dans son Art , qui , toujours occupé de ses
devoirs , s'en étoit fait un de porter à jufte titre le
nom d'Académicien , eurent lieu d'être satisfaites
de cet Eloge. Il est vrai , naturel , exact , & bien
écrit ; M. Chriftin seroit sorti de son propre ca¬
ractere , s'il l'avoit fait autrement.
M. Borde , après avoir parcouru les désavanta →
de toutes les differentes sortes d'Inftrumens
ges
dont on s'eft servi jusqu'ici pour prendre les hau
teurs
MA Y. 1739 1003
reurs sur Terre & sur Mer , fit voir & expliqua à
Assemblée le modele de celui qu'on apelle Quartier
Captrotique , & qui est de son invention . Tout
y est neuf, & digne du génie fingulier qu'a , surtout
pour les Mechaniques , son Auteur . On n'y a
remarqué aucun des défauts dontfon a parlé La cons
truction demande cette exactitude qui est le pro
pre de tous les Inftrumens de Mathématique ; mais
elle n'a rien que de fort fimple. Les degrés de
hauteur sont marqués sur un quart de Cercle mobile
, & une piéce très- ingenieuse , donne les sou
divisions. La même operation , qui donne la hau
teur de l'Aftre , donne la variation de l'Aiguille
aimantée.
M. Rey , Docteur en Medecine , termina la
féance par une Explication Phyfique & Geométrique
de la maniere dont les Solides sont disfous
, reftent fuspendus , & se précipitent dans les
Auides. La fatisfaction de l'Assemblée à la lecture
du Mémoire précedent , ne fut point interrompue
les aplaudiffemens ne firent que changer d'objet.
Effectivement le ftyle de M. Rey étoit clair , ses
raisonnemens étoient solides , fes recherches ingénieuses
, & les conséquences qu'il tiroit , étoient
utiles . Il avoit pensé autrefois differemment sur ce
qui faisoit la matiere de la seconde partie de sa
Differtation , & la franchiſe avec laquelle il se
corrigeoit lui - même , ne fut pas une des choses ,
qui lui fit le moins d'honneur.
L'Académie des Jeux Floraux distribuera , le troifiéme
May de l'année 1740. fes quatre Prix .
Le premier eft une Amaranthe d'or , de la valeur
de 400 livres, deſtiné à une Ode .
Le second eft une Violette d'argent , de la valeur
de 250 livres , destiné à un Poëme de foixante Vers
Hij
au
1004 MERCURE DE FRANCE
•
au moins , & de cent Vers au plus . Le Sujet de
cette forte de Poëmes doit être héroïque , ou dans
le genre noble ,,& les Vers en doivent être Ale
xandrins.
Le troifiéme Prix eft une Eglantine d'argent , de
la valeur de 250 livres , qui eſt deſtiné à une Piéce
de Profe , d'un quart d'heure ou d'une petite demieheure
de lecture , dont le Sujet sera pour l'année
1740. L'Elévation dégrade souvent les Hommes en
les faisant connoître .
Le quatriéme Prix eft un Souci d'argent , de la
valeur de 200 livres. Il eſt deſtiné à une Elegie , à
une Idylle ou à une Eglogue. Ces trois genres d'Ouvrages
concourent ensemble pour le même Prix , &
doivent être tous trois en Vers Alexandrins , sans
mélange de Vers d'autre mesure. Les Auteurs sont
avertis de ne pas se négliger sur les Rimes.
Outre les quatre Prix ordinaires , l'Académie en
diſtribuera à l'avenir , à commencer l'année 1740.
un cinquième , deftiné à un Sonnet fait à l'honneur
de la Vierge. C'eft un Lys d'argent , de la
valeur de 60 livres. Ce Prix a été fondé par feu
Meffire Gabriel Vandages de Malepeire , Confeiller
du Roy Doyen du Sénéchal de Toulouse . •
Le Sujet de tous les Ouvrages de Poëfie est au
choix des Auteurs .
Les Ouvrages qui ne sont que des Imitations ou
des Traductions , ceux qui ont paru dans le Public ,
ceux qui traitent des Sujets donnés par d'autres
Académies , les Ouvrages qui ont quelque chose de
burlesque , de fatyrique , de contraire aux bonnes
moeurs , ceux dont les Auteurs se font connoître
avant le Jugement, & pour lefquels ils follicitent ou
font folliciter , n'entrent pas dans le concours pour
les Prix.
Les Auteurs qui traitent des Matieres Théologi
ques
MAY
100 1739
ques , doivent faire mettre au bas de leurs Ouvrages
l'Aprobation de deux Docteurs en Théologie.
Les Auteurs feront remettre , dans tout le mois
de Janvier 1740. par des Perfonnes domiciliées à
Toulouſe , à M. le Chevalier Daliés , Sécretaire
Perpetuel de l'Académie des Jeux Floraux , demeugant
dans la Ruë des Coûteliers à Touloufe , trois
Copies bien lifibles de chaque Ouvrage , qui fera
défigné feulement par une Devife ou Sentence . M.
le Sécretaire en écrira la réception dans fon Regi
tre , le Nom , la Qualité ou Profeffion , & la demeure
des Perfonnes qui les lui auront remis , lesquelles
figneront fon Regître , & il leur expediera
le Récépissé des Ouvrages .
On ne doit pas envoyer les Ouvrages par la Pofte
en droiture à M. le Sécretaire , cette voye expofant
les Auteurs à des ſurpriſes , & mettant l'Académie
hors d'état de prendre les sûretés convenables pour
leur faire remettre les Prix , fi leurs Ouvrages en
font trouvés dignes.
Ceux qui auront remporté des Prix , feront obli
gés , s'ils font à Toulouſe , de venir les recevoir
eux-mêmes , l'après-midi du troifiéme jour du mois
de Mai , à l'Affemblée publique de la Diſtribution
des Prix , qui le fait dans le grand Confiftoire de
P'Hôtel de Ville. S'ils font hors de portée de venig
les recevoir eux - mêmes , ils doivent envoyer une
Procuration en bonne forme à une Perſonne domiciliée
à Toulouſe , pour les recevoir de M. le Sécretaire
, en lui remettant la Procuration des Auteurs
& les Récepiffés des Ouvrages.
On ne peut remporter que trois fois chacun des
Prix que l'Académie diſtribuë: Les Auteurs qu'on
reconnoîtra en avoir obtenu un plus grand nombre
en feront exclus , de même que ceux qu'on découvrira
en avoir remporté fous des Noms suposés.
Hi
Après
Yoo MERCURE DE FRANCE
Après que les Auteurs fe feront fait connoître
on leur donnera des Atteftations , portant , qu'un
tel , une telle année , pour tel Ouvrage par lui composé
, a remporté un tel Prix , & l'Ouvrage er
Original fera attaché à cette Atteftation , sous le
Contre - Scel des Jeux .
Ceux qui auront remporté trois Prix , l'un desquels
fera l'Amaranthe , qui eft le Prix deſtiné à l'Ode
pourront obtenir des Lettres de Maître des Jeux Flo-
Faux , & feront du Corps des Jeux , avec droit d'af
fifter , & d'opiner , comme Juges , aux Affemblées
particulieres & publiques, qui fe font pour le Jugement
des Ouvrages & pour la Diftribution des Prix.
Ouvrages qui ont remporté les Prix au Jugemens
de l'Académie , la présente année 1739.
L'Ode qui a pour Titre , LES EGAREMENS DE LA
RAISON SANS LA FOI , & pour Devile , Non deces
humano judicio divina penfitari , a remporté le premier
Prix .
Le Poëme qui a pour Titre , LES INVALIDES , &
pour Devile , Non audita cano > a remporté le
second.
L'Elégie qui a pour Titre , ISMENE , & pour Devife
, Si l'Amour s'allarme aisément ,fouvent il s'ag
paife de même , a remporté le quatrième.
Le Prix du Discours a été réfervé .
les
On verra dans le Recueil de l'Académie ,
Noms des Auteurs qui ont remporté ces trois Prix.
Elle aura à diftribuer l'année prochaine 1740
outre les quatre Prix de l'année , & le nouveau que
l'on a annoncé , deux Prix d'Ode , deux Prix de
Poëme , un Prix de Difcours réfervés les années
précedentes , & le Prix du Difcours de cette année ;
ce qui fera en tout onze Prix.
C'e
M.A Y. 173.9. 1007
C'eft avec un extrême regret , que l'Académie fe
voit forcée à réferver tant de Prix . Elle fouhaite
roit que l'abondante Moiffon réveillât l'émulation
des Auteurs.
Le rétablissement de la Santé de S. A. S. M. le
Duc de Chartres , qui a causé une joye universelle,
a donné lieu à plusieurs Piéces de Poësies. Celles
qui ont été composées dans le College Royal des
Jésuites de cette Ville , ont été imprimées chés Le
Mercier , & fort aplaudies . Elles forment un Recueil
de 44 pages, qui porte pour titre : IN RECUPE
RATAM Sereniffimi Carnotenfium Ducis Valetudinem
Fefti plaufus editi in Regio LUDOVICI MAGNI Collegio
Societatis JESU. Le Recueil eft precedé d'une
Dédicace en Vers François à S. A. R. Madame la
Duchesse d'Orleans. Il y a des Pieces Latines , il y
en a de Françoises , toutes d'un très - bon goût , &
qur sont de mains de Maîtres.
Les Ecoliers de Rhétorique du même College ,' ont
aufli donné des marques de leur zele . Ce qu'ils ont
écrit sur cet agreable Sujet leur fait beaucoup d'honneur
; il est imprimé à part dans le même Recueil
chaque Piece de Vers Latins est traduite en Vers
François. Le tout est terminé par plufieurs Epigrammes
Latines traduites enVers François Les deux premieres
sont adreffées à M. le Duc d'Orleans , & à
M. le Duc de Chartres , les autres aux principaux
Officiers de la Maison d'Orleans. Nous ne rapor
terons que la premiere , qui regarde M. le Comte
d'Argenson , Chancelier de S. A. S.
Dum premit hinc morbus natum , dolor inde Parentem ,
Utriufque , Comes fide , dolore doles.
Quis geminum sanet , quem sentis pectore , luctum
Reftituatque animo gaudia prima tuo ?
H&
F008 MERCURE DE FRANCE
Qui Puero vitam , qui Patri gaudia reddit.
Ille , tibi reddit gaudia prima , dies .
TRADUCTION.
Le Fils est menacé par la Parque cruelle ;
Et du Pere attendri tu vois couler les pleurs :
ILLUSTRE CHANCELIER , à tous les deux fidele ,
Ton coeur de tous les deux partage les douleurs,
Mais non ; le Fils joüit d'une santé nouvelle ,
Le Pere ne fait plus entendre de soûpirs ;
Illuftre Chancelier , pour tous deux plein de zele
Ton coeur de tous les deux partage les plaifirs.
ESTAMPES NOUVELLES.
Il paroît une Estampe d'après le Tableau origi
nal de Ph. Wauvermans , qui est dans le Cabinet
de M. Barezt, ayant 18. pouces de large sur 14 de
haut. Elle est intitulée , Défilé de Cavalerie , & dém
diée à M. de Beauffan , Intendant de la Géneralité
Orleans. Elle se vend rue S. Jacques , vis-à- vis
la rue de la Parcheminerie , chés le Sr Beaumont
qui l'a gravée .
Dix Eftampes en large de l'Hiftoire de Don Qui
chotte , fort bien composées , deffinées d'une bonne
main , & dont les Caracteres font fort bien rendus.
L'Ortographe , dans l'Explication des Sujets qu'on
lit au bas en François & en Eſpagnol , eft un peu
i
négli
MAY. 1739. 1009
> négligée. Ces Eftampes fe vendent ruë Saing
Jacques , chés Radigue.
Le magnifique Tableau Allégorique de la Réu
nion de la Loraine à la Couronne de France , peint
pár M. Delobel , de l'Académie Royale de Peinture,
&c. dont nous avons donné la Description dans le
Mercure de Janvier dernier , a été placé dans le
Cabinet de Sa Majesté , qui a eu la bonté d'en mar
quer sa satisfaction .
Ce même Tableau vient d'être gravé par le Sr
Cochin , de la même Academie , dont le mérite &
les talens sont connus depuis long - temps. Il demeure
présentement sur le Pont Notre-Dame
attenant la Pompe..
LIVRE DE DESSEIN en hauteur , qui representent
les Parties du Corps humain , & des Figures entie
res , gravées d'après les plus grands Peintres modernes
, tels que Mrs Vanloo , Parocel , Boucher
& Lancret , & d'après les Tableaux du fameux Le
Sueur, qu'on voit au Cloître des Chartreux de Paris
; on y trouve auffi plufieurs Figures habillées à
la Françoise . Ce Livre qui contient 20 Feuilles
est gravé par J. P. Le Bas , Graveur du Roy , & se
vend à Paris , chés l'Auteur , au bas de la ruë de la
Harpe , vis-à vis le Soleil d'or , & chés Ravenet
Graveur , au haut de la même ruë , vis-à vis la
Sorbonne ,, 17.39.
La Suite des Portraits des Grands Hommes , &
des Perfonnes. Illuftres dans les Arts & dans les
Sciences , continue de paroître avec succès cbés
Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai de l'Ecole
il vient de mettre en vente
CLOWES L. V. Roy de France , mort à Paris le 27%
Hvj, Not
Toro MERCURE DE FRANCE
Novembre 511. après 30. ans de Regne , deffiné
par Boisot , & gravé par C. Dupuis.
JEAN LAW , Controlleur Géneral des Finances
sous la Regence , né à Edimbourg , mort à Venise
âgé de 60. ans , peint par Hiacinthe Rigault , &
gravé par C. F. Schmidt.
•
On écrit de Londres que le 17. du mois dernier,
la Chambre des Communes résolut en grand Commité
sur le Subfide , d'accorder au Roy 5000 livres.
fterlings , lesquelles doivent être employées à
acheter le remede de la Dame Stephens , pour gué¬
nir de la Pierre.
On a apris de Petersbourg , que les Mathémati
ciens , que Sa Majefté Czarienne avoit envoyés à
Kerntschuska , & qui se proposoient de pénet er
dans la partie la plus septentrionale de l'Afie , pour
tâcher de découvrir fi cette Partie du Monde ne fait
qu'un Continent avec l'Amerique , n'ont
ter leur entrepriſe.
ри ехесц
Le Sr de la Serre , fait sçavoir aux Académies &
Concerts de Mufique , qu'il a composé diverses.
Pieces Latines O filii & filia, une Messe , les
Pseaumes 149. Cantate Domino , c. le 150. Laudate
Dominum , &c. le Te Deum , &c. toutes à
grand Choeur , & Symphonie , d'un goût nouveau,
Il demeure à Paris , rue Baillif , près la Place des.
Victoires , chés Mad . Prudhomme , à la Ville de
Calais , & au petit Suisse..
Le Sr Le Maire , l'aîné , ci -devant premier Violon
de Monseigneur le Comte de Toulouse , vient
de donner un premier Livre de Sonates , gravé par
Mile Michelon , qui est très- goûté . Le Prix eft
de
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRART
ABTOR , LENOX AN
TILDEN FOUNDATICI
THE
NEW
YORK
PUBLIC
MERY
212
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONĖ
,
π
MAY. 1739: YOIL
de 6. liv. en blanc. Il se vend à Paris , chés l'Auà
teur , ruë de Buffy , près le petit Marché ; dans la ruë
du Roule , à la Croix d'er , & dans la ruë S. Hono
vé , à la Regle d'or.
****************
CHANSON.
M Es
soupirs
Font mes plaifirs ;
A d'aimables defirs
Ils livrent mon ame ;
Pour deux beaux yeux
Je sens une flâme ,
Qui m'éleve au rang des Dieux :
Nuit & jour , je songe à Silvie ;,
L'Amour me convie
De l'aimer tendrement ,
Eternellement..
La belle sçait mon martyre ,
Elle sourit à mes feux ;
J'entrevois que son coeur soûpire ;
Je touche au moment d'être heureux.
L'Affichard
SPEC
TOY MERCURE DE FRANCE
SPECTACLES.
'Académie Royale de Mufique remit au Théa
tre la Tragédie de Polidore . Cet Opera avoiɛ
été donné pour la premiere fois le 15. Février 1720.
avec succès. Le Public, qui l'avoit justement aplaudi
alors , le revoit avec beaucoup de plaisir . Comme
on n'en donna point d'extrait en ce temps -là , nous
avons crû devoir dédommager nos Lecteurs de l'ou
bli qu'on en avoit fait, & c'eſt ce qui nous a portés à
en donner cette Analyse .
Le Théatre reprétente au Prologue , l'endroit le
plus délicieux de l'Isle de Cythere . Les Tritons &
les Nereides font rangés fur les Côtes ; un Triton
chante :
Que rien ne trouble nos Concerts.
Que les vents & les flots , dans une paix profonde,
Reconnoifent le Dieu des Mers ,
Et la Souveraine de l'Onde.
Ils viennent embellir le paiſibleſéjour ,
Où regnent Venus & l'Amour , &ica
Ce qui suit eft repeté par les Choeurs.
Volez , Zéphirs , volez für la liquide Plaine
Regnez avec les Ris , les Plaisirs & les Jeux;
Qu'on ne respire ici que votre douce haleine ::
Fiers Aquilons , vents orageux ,
Qu'Eole à jamais vous enchaîne ;
Ne troublex point la paix de l'Empire amoureux:
Neptune
MAY.
Torf 1739.
Neptune & Thétis fortent de la Mer & viennent
ordonner l'anniversaire du jour de la naiffance de
Vénus. Cette Déeffe defcend des Cieux pour leur
en nfarquet fa reconnoiffance ; à la fin de la Fête
elle adreffe ces Vers à Thétis :
Malgré le zele ardent , qui pour moi vous anime ,
Il me fouvient toujours , génereufe Thétis ,
Qu'un Peuple qui m'est cher , fut la trifte victime
De la valeur de votre Fils.
1
Si vous voulez que je l'oublie`,
Il faut que par d'aimables noeuds
Lefang d'Achile au Jang d'Hector s'allie , &c.
Ces Vers amenent le Sujet de la Tragédie; Neptune
Thétis confentent à l'Hymen propofé par Thétis
& finiffent le Prologue par ces quatre Vers ré
petés par le Chour :
Puiffe la plus belle chaîne
Couronner un fi beau jour !:
Il n'apartient qu'à l'Amour,
De triompher de la Haîne..
Au premier Acte , le Théatre repréfente uno
Place publique. On voit dans le milieu un Autel
élevé en l'honneur de Mars , Dieu Tutelaire de la
Thrace , dont Sestos , Capitale , est le lieu de la.
Scene.
Ilione , ouvre la Scene ; elle eft fille de Priam , &
mariée en fecondes Nôces avec Polymneftor , Roy
de Thrace. Elle s'exprime ainfi :-
Implacable Dieu de la Guerre ,
Con
1014 MERCURE DE FRANCE
C'eft en vain que dans ta fureur
Tufais trembler toute la Terre ;
En vain tu la remplis de carnage & d'horreur
C'est toi- même que j'en atteste ;
Non; tu n'as rien de fi cruel
Que la Paix fanglante &funeſte ,
Qu'on va juxer fur ton Autel , &c.
Ce Monologue , que la Dlle Antier avoit chanté
dans la naiffance de cet Opera , vient d'être chanté
par la même Actrice , avec autant de force & autant
de grace qu'il l'avoit été autrefois ; les aplaudiffemens
dont le Public l'a honorée dans tout
"
>
le cours de la Piece sont une preuve de la
juftice qu'il rend au vrai mérite. Timante , Vieillard
Troyen a qui Penfance de Deiphile , fils
de Polymneftor, & celle de Polydore , fils de Priam,
ont été confiées , vient la raffûrer. Elle avoit interrogé
Theano , celebre Magicienne , fur le fort
de fon frere Polydore . Theano lui avoit fait cette
éponſe :
Malgré le ferment qui l'engage ,
Polymneftor te doit faire trembler.
De la Paix , quel que foit l'otage ,
Calchas l'attend pour l'immoler.
Voici comment Timante la raffûre
Reine , votre douleur m'arrache
Unfecret qu'avec foin dès long- temps je vous cache
Polydore lefils du Roy ,
Bar vous , dès leur plus tendre enfance
On
MAY. TOF
17393
Ont été commis à ma foi.
Polydore est fauvé , ¿x.
Par un échange heureux , j'ai trompé la vengeance
De vos plus cruels Ennemis , &c.
Quelques Vers qu'on a retranchés de cette Scea
ne , étoient fi néceffaires pour l'intelligence , qu'on
a lieu de croire qu'ils ont été suprimés par une
main étrangere , qui est tombée par - là dans l'inconvénient
dont Horace fait fentir qu'on ne sçau
roit trop se garder :
Obfcurus fio.
Brevis effe laboro ?
En effet , cinq ou fix Vers retranchés ont produit
une obfcurité où l'on n'étoit pas tombé dans la nouveauté
de cette Tragédie : voici ces Vers tels qu'ils
font dans la premiere Edition .
Ilione voyant que Polymneftor va livrer fon pro
pre fils au lieu de Polydore , dit à Timante , qui a
fait l'échange :
Arrachons Deiphile an fort le plus affreux.
Timante lui répond :
Fruit d'unpremier Hymen, vous n'êtes pointſa Mere 3
Songez à fauver votre Frere.
De la fupreffion de ces Vers , n'aît un double in
convénient. Deiphile n'étant pas nommé , on n'entend
rien au fonge du troifiéme Acte ; ce fonge fi
nit par ces Vers :
Tout retèntit de cris horribles ,
Cial
13 MERCURE DE FRANCE
Ciel à travers ces bruits confus ,
Je n'entends que ces mots terribles :
Deiphile n'est plus.
Deiphile n'ayant pas été nominé , les Spectateurs
ne sçavent qui il eft ; le fecond inconvénient , c'eft
qu'on croit qu'Ilione a laiffé facrifier fon propre
fils , pour fauver fon frere , ce qui n'eft pas dans la
Nature. Nous nous flatons qu'on nous pardonnera
cette petite digreffion que l'Auteur nous a demandée .
Ilione n'oublie rien pour détourner Polymneftor
du parricide affreux qu'il va commettre. Cette Scene
a encore été racourcie aux dépens de quelques
beautés , mais moins nécessaires pour l'intelligence
du Sujet. Ce premier Acte finit par la Paix , jurée
entre les Grecs & les Thraces , fur l'Autel de Mars.
Voici le Serment :
Dieu , Protecteur de cet Empire ,
O Mars , redoutable vengeur ,
Par cet Autel , par la terreur
Que ton nom sacré nous inſpire ,
Nous nous juvons d'être à jamais unis.
Que les parjures foient punis.
Ce Duo repeté par le Choeur , eft un des plus
beaux Morceaux qu'on puiffe entendre , & a rapellé
aux Spectateurs quelques traits du beau Choeur
de Jepthé; nous ne croyons pas, qu'on en puiffe faire
un plus jufte éloge. Stenelus , Ambaffadeur des
Grecs , s'en retourne vers leur Flote , après avoir
dit à Polymneſtor :
Nos Vaiſſeaux fur ces bords ont conduit la Princeffe ;
Seigneur
MAY." 17398 Tor
Seigneur, à leursfermens fideles à leur tour ,
Les Grecs vont remplir leur promeſſe;
Ils n'attendent que mon retour.
Le Théatre repréſente au fecond Acte , la Rade
de Seftos. On découvre au loin la Flote des Grecs,
dont une partie s'avance lentement vers le Rivage.
Ilione fait entendre que le fils du Roy eft immolé
& qu'elle craint que Polidore , fon frere , n'éprouve
un jour le même fort ; elle invoque Neptune &
Jupiter , & les prie par un beau Monologue de dis
perfer la Flote des Grecs. Polidore , cru Deiphile
témoigne à Ilione la crainte qu'il a de l'affliger par
fon Hymen avec Deidamie, fille d'Achille ; Ilione
y donne fon confentement & fe retire , de peur
d'en trop dire. Le faux Deiphile s'aplaudit de son
bonheur dans un Monologue géneralement goûté
& très-bien chanté par le Sr le Page , il s'exprime
ainfi ,
Du plus charmant efpeir je goûte la douceur ;
L'Amour va couronner maflâme ;
Aux plus heureux tranſports j'abandonne mon ame ;
Plaifirs , qui m'enchantez , regnez feuls dans mon
coeur, &c.
Voyant aborder le Vaiffeau qui conduit la Prin
ceffe , qu'il aime & dont il eſt aimé , il court au¬
devant d'elle , en difant :
<- 1:3
2
L'Amour ne réferve qu'à moi ,
La gloire du premier hommage.
Le refte de cet Acte fe paffe en Complimens entre
Polymneftor , Polidore & Deidamie , cette Princes
se
1018 MERCURE DE FRANCE
se ordonne la Fête par ces paroles , adreffées aur
Grecs qui l'ont conduite fur ce Rivage.
Vous qui m'avez conduite en ce lieu fortuné,
Du plus grand des Mortels , chantez l'augufte Meres
Achille , dont la gloire encor vous eft fi chere ,
A reçû de Thetis le jour qu'il m'a donné , &c.
Chantez , animez vos Concerts ;
Signalez , à l'envi , votre reconnoiſſance ;
Publiez les bienfaits , celebrez la puissance
De la Souveraine des Mers.
Cette annonce amene une Fête de Matelots , des
plus brillantes. M. Baptiftin , Auteur de cet Opera ,
y a ajoûté un Tambourin , où l'on voit encore bril
ler le beau feu dont il étoit animé , quand il compo
fa cet Opera. La Fête étant finie , Polymneftor ter
mine l'Acte par ces deux Vers :
Dieu d'Hymen, bâte - toi de defcendre des Cieux';
Viens achever le bonheur de ces lieux.
Le faux Deiphile commence le troifiéme Acte
avec Deidamie dans le Temple de l'Hymen ; cette
tendre Princeffe lui raconte un fonge qu'elle a fait,
dans lequel l'Ombre de fon Pere Achille lui eft aparuë
, & lui a témoigné qu'elle aprouvoit l'Hymen
où on l'engageoit , mais qu'un péril affreux menaçoit
fon Epoux , l'Ombre s'étant retirée après lui
avoir dit que le Deftin lui défendoit d'en dire davantage
; Deidamie dit qu'elle a voulu le ſuivre, mais
qu'elle l'a perdue dans l'ombre de la nuit , voici la
fin du Songe en queſtion :
Dieux !puis-je ,fans frémir , achever ce qui refte ?
Hélas
MAY. 1019
1739
Hélas ! à cet objet fi cher
Succede un Spectacle funefte.
Je vois briller par tout & laflâme & le fer ;
Tout retentit de cris horribles.
Ciel à travers ces bruits confus ,
Je n'entends que ces mets terribles :
Deiphile n'eft plus.
Ce Songe , dont la Mufique employe ce qu'il y
de plus fort pour l'expreffion , ne perd rien de
fa beauté par le talent de celle qui le chante ; il fuffit
pour en convaincre nos Lecteurs , de dire qu'il
eft executé par la Dhe Peliffier , l'une des plus grandes
Actrices, qui ayent brillé fur ,le Théatre de l'O .
pera.
La Fête de ce troifiéme Acte eft celebrée par les
Prêtres & les Prêtreffes de l'Hymen . Le Sr Malterre,
furnommé l'Anglois , & la Dlle Salé , dont le nom
feul eft un éloge , y danfent une nouvelle Entrée
ajoûtée par M. Baptiftin , au gré de tous les Spectateurs.
Les deux Amans s'aprochent de l'Autel ; le
Ciel irrité par le meurtre du vrai Deiphile , fait
gronder le Tonnerre. Le Grand - Prêtre dans l'enthoufiafme
, chante ces Vers :
Que vois-je ? quel effroi de mon ame s'empare !
Quels cris font retentir l'Antre affreux du Tenare .
Eccutons Manes gémiflants • ...
Vous demandez une Victime ;
Son nom ? ...
>
ah ! vous glace mes sens ;
Vous voulez expier le crime par le crime !
Dieux quifaut- il venger ? Dieux quifaut-ilpunir?
Ja
20 MERCURE DE FRANCE
Je ne puis regarder ,fans une horreur extrême
Ni le paffé , ni l'avenir.
Roy , Peuples , frémiſſez ; l'Enfer frémit lui-même.
Cette fureur du Grand- Prêtre fait aflés connoître
le parricide qui vient d'être commis fur la Flote
Grecque ; Stenelus , qui arrive en même temps
acheve de l'expliquer par ce qu'il dit, parlant à Polymneſtor
, refté feul fur le Théatre avec lui : voici
comment il s'exprime :
Du fein du Malheureux , à l'Autel présenté ,
Calchas retire à peine un bras enſanglanté ,
Le coup mortel ,fuivi d'un éclat de Tonnerre,
Fait frémir à la fois
}
les Flots & les Airs ;
Le Ciel étincellant d'éclairs ,
Marquefon courroux à la Terre.
Calchas , de la Victime interroge le flanc ,
Et rompant enfin le filence :
Non , dit-il , ce n'est pas le fang
Que demande notre vengeance.
>
L'Acte finit par la réfolution que prend Polym
neftor d'interrogei Fimante , à qui Ilione , comme
nous l'avons dit, a confié la garde des deux Princes
dans leur enfance , & par celle que forme Stenelus,
de partir avec Deidamie.
Au quatriéme Acte , le Théatre repréſente les
Jardins du Palais de Polymneftor. Deidamie fe
plaint de la rigueur de fon fort , qui va l'arracher
pour jamais à fon Amant. Le faux Deiphile , qui
vient la trouver, ne peut consentir à une féparation
cruelle , & s'emporte contre les Grecs d'une ma
niere
MAY. 173 1021
miere à rapeller à Deidamie le Songe qu'elle a fait.
Elle ne peut le fléchir ; il fort pour aller fe mettre
à la tête des Thraces qui font atachés à lui. Polymneftor
vient avec Ilione & dit à Deidamie , que pour
fatisfaire les Grecs,il va interroger Theano; la Princeffe
lui répond :
Theano blefferoit mes yeux ;
Confultez l'Enfer avec elle ;
Je ne confulte que les Dieux.
Ilione n'a pas moins de repugnance à entendre
Theano ; mais Polymneftor la contraint de refter.
Theano vient ; elle obéit malgré elle au Roy , qui
lui dit :
Calchas de Polidore a cru percer le flane ,
Et ce même Calchas demande encor son sang.
Theano évoque l'ombre de Polydore ; & comme
elle n'obéit pas à sa voix , elle dit qu'il n'a pas été
immolé ; Polymneftor lui dit de redoubler ses Enchantemens.
Voici comme elle parle en dernier
lieu à l'ombre qu'elle veut évoquer :
Eh bien ! qui que tu sois , malheureuse viðime ,
Viens , sors du tenebreux abiga
Deiphile paroît à cette seconde évocation , &
dit à Polymneftor :
Pere cruel , que veux- tu de ton Fils ?
L'ombre étant redescendue dans les Enfers , Polynneftor
jure de la venger par la mort de Po'ydore
, caché sous le nom de Deiphile ; ce qui
donne lieu à un très-beau Duo , qui finit cet Acte.
Le
022 MERCURE DE FRANCE
Le dernier Acte étant plus rempli d'action
qu'aucun des précedens , nous met dans une necessité
indispensable de n'en dire que ce qui est
absolument necessaire pour l'intelligence de la
Piéce.
Polydore , qui ne se connoît pas encore pour ce
qu'il est , a assemblé tout ce qu'il y a de braves
Thraces , à qui il fait entendre la perfidie des Grecs,
qui redemandent la Princesse , dont ils ont juré
Thymen avec lui. Les Thraces lui promettent de
deffendre jufqu'à la derniere goute de leur fang un
dépôt fi facré , ce qui amene un choeur admirable.
Ilione vient auprès de son cher Frere, suivie d'une
troupe de Troyens qui l'avoient accompagnée en
Thrace, lors de son hymen avec Polymneftor ; elle
declare au prétendu Fils de Polymneftor , qu'il eft
Fils de Priam . Les Thraces & les Troyens le reconnoissent
également pour leur Roi , Deidamie
qui survient , suspend le dessein qu'il a d'aller ,
sans différer , combattre les Grecs , descendus sur le
rivage. Il fe fait connoître à sa Princesse pour ce
même Polidore dont elle a juré la mort , comme
Frere de celui qui l'a donnée à Achille son Pere ;
cette Scene de reconnoiffance a été generalement
aplaudie. Deidamie effrayée de la menace que font
les Grecs derriere le Théatre , & qui confifte dans
ce Vers : Que le Fils de Priam périfle , se trouve à
peu près dans la fituation , où le bruit du Tonnerre
met Thetis , dans l'excellent Opera de Thetis
& Pelée. Voici la fin de la Scene de reconnois
sance :
Polidore.
C'est à vous d'ordonner du sort de Polidore :
Doit-il vivre doit- il mourir ?
Quel que soit son deftin , vous l'y verrez courir.
Deidamic,
MAY. 1739. 1023
Deidamie.
Va , fatal Ennemi , que malgré moi j'adore ;
E
A mon coeur éperdu ne demande plus rien ;
Et fais mieux ton devoir , que je ne fais le mien.
Polidore n'attendoit qu'une réponse fi favorable
, pour aller combattre les Grecs . Il en triomphe
; & Polymneftor furieux vient se tuer aux
yeux des Spectateurs. Cette fin tragique a déplu ;
on auroit mieux aimé que la Piece finit par une
Fête , dont le Mariage de Polidore & de Deidamie
auroit fourni le Sujet ; l'Auteur a promis de
se conformer aux desirs du Public , à la reprise
du même Opera qui est renvoyée à l'Automne .
Nous en parlerons en son temps.
Le 21. Mai , la même Académie donna un Ballet
nouveau qui a pour titre les Fêtes d'Hebé , ou les
Talens Lyriques , mis en Mufique par M. Rameau ,
Auteur d'Hypolite & Aricie , des Indes Galantes
& de Caftor & Pollux , nous ne manquerons pas
d'en donner l'analyse dans le prochain Mercure .
་ ་
Sur la fin du mois dernier les Comédiens François
remirent au Theatre la Tragédie d'Ariane , de
Thomas Corneille , dans laquelle la Dlle Dumefnil
a joué dans la grande perfection , le principal rôle ,
qu'elle n'avoit jamais joué , ni vû jouer : elle a été
-auffi généralement aplaudie dans la Tragédie de
--Guftave , de M. Piron , qu'on vient de remettre ,
& dans laquelle cette Actrice , dont les talens font.
tous les jours de nouveaux progrès , remplit le rôle
de Leonor. Cette Piece qui fut donnée dans sa nouveauté
au mois de Fevrier 1733 , eut un plein fuccès
, elle n'a pas moins fait de plaisir à la reprise !,
on en peut voir l'Extrait dans le Mercure du même
mois page 354º
I La
1024 MERCURE DE FRANCE
Le 20 May , les Comédiens Italiens donnerent
une Comédie nouvelle , en Vers , en un Acte , avec
un Divertiffement ; intitulée l'Ecole de la Raifon .
Elle a été reçûë favorablement du Public , on en
parlera plus au long..
La Dile Urfule Aftori , de Venise , Chanteuse de
la Comédie Italienne , mourut les May , agée
d'environ 48 ans , elle étoit arrivée à Paris en 1716
avec la Troupe.
NOUVELLES ETRANGERES,
о
ALLEMAGNE ,
N aprend de Vienne , que quelques- uns des
Chevaliers , que le Grand- Maître & la Religion
de Malthe , envoyent en Hongrie pour fervir
fur les Frégates Impériales,y font arrivés,& que l'on
y attend inceffamment le Corps de Matelots qu'ils
ont conduit à Trieſte.
Les Avis reçûs de Belgrade , portent que le Baron
de Goldi avoit formé le projet de donner un autre
cours à la Morave , afin que cette Riviere , au lieu
de fe jetter dans le Danube près de Semendria , s'y
jette dans les environs de Belgrade.
L'Aga Turc, qui commande à Jagonida, ayant envoyé
un Officier des Troupes Ottomanes à Rudnick
, pour exiger le payement des Contributions ,
& cet Officier y ayant commis plufieurs violences ,
il l'a fait étrangler en préfence des Députés qui font
allés le trouver pour lui porter les plaintes des Habitans,
ITALIN
MAY.
1025 1739.
ITALIE.
Lfon la Pefte o de la Guerre contre les Turcs,
E Pape a ordonné pour toute l'Italie , à l'occa
un Jubilé folemnel , dont l'ouverture a dû le faire
le 3. de ce mois .
On mande de Florence , que le Grand- Duc & la
Grande-Ducheffe de Toscane , y étoient revenus de
Sienne le 4. que le Prince de Sainte-Croix y étoit
arrivé de Rome le 6. & que le lendemain il avoit
présenté de la part du Pape, la Rose d'or à la Gran
de Ducheffe que le Grand - Duc s'étoit déterminé
à aller à Turin pour voir la Reine de Sardaigne , fa
Soeur , & qu'ayant deffein de faire par Mer une
partie de ce voyage , il avoit envoyé ordre à Livourne
, de faire partir les Galeres pour Lerice , où
il compte de s'embarquer pour Genes , où l'on a fait
beaucoup de préparatifs pour les Fêtes qu'on fe
propofe de lui donner , & les Députés que le Sénat
envoye à ce Prince , font déja partis pour le rendre
par terre à la Spécie , où ils s'embarqueront fur
deux Galeres qui y font , & dont les Capi aines
doivent suivre les ordres de M. Céfar Caltaneo
Chef de la Députation . Si les Députés ne rencontrent
point le Grand-Duc fur la route , ils iront à
Livourne , pour le complimenter au nom de la République
, & ils l'accompagneront jusqu'à Genes ,
avec les Galeres . Le Grand- Duc logera dans un
Palais qui apartient au Prince Doria , & qui eft hors
de la Ville . Mais on a apris depuis que les fréquentes
tempêtes ont empêché ce Prince de s'embarquer;
& qu'il a pris fa route par terre pour le rendre à
Milan avec la Grand Ducheffe. La République dèstinoit
au Grand- Duc de magnifiques présens , &
toute la Nobleffe avoit fait beaucoup de dépense
pour paroître avec éclat dans les Fêtes qu'on devoit
donner. Iij ISLE
1026 MERCURE DE FRANCE
ISLE DE CORSE.
GJacinto Paoli, un des Chefs des Rebelles , a
fait publier une espece de Manifefte pour juftifier
la conduite qu'ils ont tenue depuis l'arrivée des
Troupes Françoises dans leur lle , & ce Manifefte
eft conçu dans des termes beaucoup plus moderés
que les précedens .
On a apris depuis , que le Marquis de Maillebois.
étoit arrivé à la Baftie le 15. que le Marquis de
Mari étoit allé au- devant de lui, & que le Régiment
de Cambrefis étoit parti de la Baftie pour San-Fiorenzo
, où ce Régiment devoit s'embarquer pour se
rendre à Calvi. Ces Avis ajoûtent qu'une Galiote
Etrangere avoit mouillé dernierement à Campoloro
, & qu'elle y avoit débarqué quelques Munitions
de
guerre , & plusieurs Paffagers , du nombre desquels
on dit qu'eft le neveu du Baron de Neuhoff.
Les dernieres Lettres reçues de la Baftie , affûrent
Parrivée du Convoi parti d'Antibes , composé de
75. Bâtimens , dont les un font entrés dans le Port
de la Baftie , & les autres ont mouillé à Calvi & à
San-Fiorenzo .
Le 28. du mois dernier , le Marquis de Maille
bois alla examiner les chemins qui conduisent à Casinca
, à Borgo & à Luciana , pour les faire accommoder
; il a fait couper les Arbres & les brouffailles
des environs , pour prévenir les embuscades...
On aprend de Genes , qu'une Galere de la Répu
blique y a amené la Galiote Etrangere , qui porta
dernierement aux Rebelles quelques munitions de
guerre , & qu'elle s'en eft emparée fans être obligée
de livrer combat , parce que les Rebelles , après
avoir pris les munitions, & 900. sequins qui étoient
à bord de cette Barque , avoient ôté les Armes &
les habits à toutes les Personnes de l'Equipage,
On
MAY. 1739- 1017
On affûre que le Baron de Troft , parent du Baron
de Neuhoff , étoit du nombre des Paffagers que
ceite Galiotte a conduits en Corse , & qu'il étoit
débarqué à Campoloro ; on ajoûte que les Rebelles
Payant nommé Commandant en Chef de leurs
Troupes , avoient voulu le mener dans leurs quattiers
, pour le faire reconnoître en cette qualité ;
mais qu'il avoit jugé plus à propos de demeurer
dans le Convent d'Arezzo , d'où il a fait publier
que ceux qui avoient abandonné le parti des Rebelles
, ne devoient point craindre d'être inquietés
pour le paffé , s'ils alloient le joindre avant un cer◄
tain temps prescrit.
NAPLES.
Es Commissaires nommés par la Chambre.
Royale de Sainte Claire pour donner leurs avis
sur les plaintes faites par les Habitans de cette Ville
contre les Officiers de l'Inquifition , ayant fait leur
raport , cette Chambre a jugé que ces plaintes
étoient fondées , & elle a renouvellé l'Ordonnance
qui défend aux Inquifiteurs d'imposer aucune pénifence
secrette aux personnes qu'ils feront arrêter .
ESPAGNE,
N doit former inceffamment la Maison de
Infant Don Philipe , & le bruit court que l'e
Prince de Mafferan fera nommé pour porter les
présens à Madame de France.
GRANDE - BRETAGNE.
N mande de Londres , que les Equipages des
Vailleaux l'Halifax &le Wilmington , qui re
viennent de Bengale , ont raporté que la Ville de
I iij Balseras
1028 MERCURE DE FRANCE
les
Balseras ayant été inveſtie par les Chaticans ,
Habitans avoient lâché leurs Ecluses pour obliger
leurs Ennemis de lever le Siege , & que l'orsqu'on
avoit fait écouler les eaux après la retraite des Assiegeans
, la grande quantité de l'oissons qui étoient
demeurés à sec , avoit tellement infecté l'air , qu'il
étoit mort beaucoup de personnes , tant des naturels
du Pays , que des étrangers , que le Commerce y
attire .
FRANC E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Es. May, le Roy prit le deüil pour la mort
de la Princeffe de Conty , premiere Doüairiere,
que S. M. quitta le 26.
Le 7. de ce mois au soir , le Roy & la Reine sont
partis de Versailles pour le Château de Marly , d'où
Leurs Majeftés revinrent le 15 .
M. de Court , Lieutenant Général des Armées.
Navales , a été nommé Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis.
r
L'Abbaye de Trois -Fontaines , O. C. D. de Chalons-
sur-Marne , de 4000 liv . de rente , vacante
depuis le 26. Juillet 1737. par la mort de Henry
de Thyard de Bissy , Cardinal , Evêque de Meaux ,
a été donnée à Pierre-Guerin de Tencin , Archevêque
d'Embrun , sacré à Rome le 2. Juillet 1724
Abbé et Comte de Vezelay , Diocèse d'Autun , depuis
MAY. 17397 1029
puis le 15. Avril 1702. créé et déclaré
Cardinal
,
23. Février
dernier.
fe
La Charge de Lieutenant Général de la Haute et
Basse - Bretagne , vacante par la mort du Marquis
de Châteaurenaud , a été accordée à Alexis-Magdeleine-
Rosalie , Duc de Chastillon , Pair de France.
Chevalier des Ordres du Roy , Lieutenant Général
de ses Armées , Grand Billy d'Haguenau , Gouverneur
de Monseigneur le Dauphin.
Joachim- Jacques Trotti , Marquis de la Chétardie
, Ministre du Roy auprès du Roy de Prusse
depuis 1732. et Colonel du Régiment de Tournaisis
, par Commission du 20. Février 1734. a été
nommé par S. M. son Ambassadeur auprès de la
Czarine ; et le Marquis de Valori , a été nommé
Ministre auprès du Roy de Prusse.
L'agrément du Régiment de Conti , Cavalerie ,
dont François-Ifaac de la Cropte , Comte de Bourzac
, qui en étoit Mestre de Camp Lieutenant
depuis le 24. Janvier 1733. se démet , a été donné
à Charles-Marie , Marquis de Choiseul- Beaupré ,
Mestre de Camp de Cavalerie, et Souslieutenant de
la Compagnie des Gendarmes Ecossois , depuis le
mois d'Août 1733 .
Celui du Régiment de Flandres , Infanterie , vacant
par la démission de .... de Coninghau
Gentilhomme de Bourgogne , Brigadier des Armées
du Roy , qui l'avoit obtenu le 6. Juin 1734. a été
donné à Joseph - Maurice- Annibal de Montmorency-
Luxembourg, Marquis de Breval , né le 15. Octobre
1717. et second Fils de Chrétien- Louis de Mont
morency Luxembourg , Maréchal de France .
Er celui du Régiment de Brie , pareillement d'Infanterie
, vacant par la démiffion de Guillaume
Marquis du Bellay , de la Branche des Seigneurs
de la Courbe , Brigadier des Armées du Roy , qui
I iiij en
1030 MERCURE DE FRANCE
en étoit Colonel en Chef , à . . . . . de Vignerot du
Plessis - Richelieu , Fils d'Armand- Louis du Plessis-
Richelieu , Duc d'Aiguillon , Pair de France.
Claude- Elizée de la Bruyere de Court , Lieutenant
Général des Armées Navales du Roy , du 27.
Mars 1728. et Premier Maître-d'Hôtel du Duc
d'Orléans , a été nommé Commandeur de l'Ordre
Militaire de S. Louis .
Le Gouvernement de la Ville et Arsenal de Grenoble
, vacant par la démission de . . . . Emé de
Guiffrey de Monteynard , Comte de Marcieu , a
été donné au Marquis de Marcieu , son fils , qui a
été marié le 23. Avril dernier , avec la fille unique
de Guillaume Choart , Seigneur de Buzanval , ancien
Mestre de Camp de Cavalerie , et ci- devant
Capitaine-Lieutenant de la Compagnie des Chevaux-
Légers de la Reine.
Le 17. Fête de la Pentecôte , les Chevaliers ;
Commandeurs , et Officiers des Ordres du Roy ,
s'étant rendus vers les dix heures du matin dans le
Cabinet de S. M. le Roy tint un Chapitre , dans
lequel le Maréchal de Puységur , le Marquis d'A
varey , le Marquis de Guerchy , le Marquis de Sa
vines , le Comte de la Luzerne , le Comte de Cambis
, le Marquis de Fenelon , le Marquis de Mirepoix
, et le Marquis d'Auxy , qui avoient été proposés
le 2 du mois de Février dernier , pour être
Chevaliers , furent admis, après que l'Abbé de Pomponne
, Chancelier des Ordres du Roy , eût raporté
qu'ils avoient satisfait à ce qui est prescrit par les
Statuts . Dans ce Chapitre , le Marquis de la Mina ,
Ambassadeur du Roy d'Espagne , fut nommé Chevalier
, et le Roy accorda au Marquis de Fenelon ,
Ambassadeur de S. M. en Hollande , et au Marquis
de Mirepoix , son Ambassadeur auprès de l'Empeircu
MAY. 1739. 1031
reur , la permission de porter la Croix et le Cordon
de l'Ordre du Saint - Esprit , jusqu'à ce qu'ils ayent
prêté serment et reçû le Colier des mains de S. M.
Le Chapitre étant fini , le Maréchal de Puységur
, les Marquis d'Avarey , de Guerchy , et de
Savines ; les Comtes de la Luzerne , et de Cambis ,
et le Marquis d'Auxy , qui s'étoient rendus dans
Apartement du Roy en Habits de Novices , furent
introduits par le Marquis de Breteuil , Prevôt
et Maître des Cérémonies des Ordres du Roy ,
dans le Cabinet de S. M. et ils furent reçûs Chevaliers
de l'Ordre de S. Michel .
Le Roy sortit ensuite de son Apartement pour
aller à la Chapelle : S. M. étoit précedée du Duc
d'Orléans , du Duc de Bourbon , du Comte de
Clermont , du Prince de Conty du Prince de
Dombes , du Comte d'Eu , et des Chevaliers, Commandeurs
et Officiers de l'Ordre . Les Novices marchoient
entre les Chevaliers et les Officiers : le
Cardinal de Polignac , et le Cardinal d'Auvergne ,
étoient derriere S. M. Le Roy , devant lequel les
deux Huissiers de la Chambre portoient leurs Masses
, étoit en Manteau , le Colier de l'Ordre pardessus
, ainsi que celui de l'Ordre de la Toison
d'Or .
Après la Grande Messe qui fut célebrée par
I'Abbé Brosseau , Chapelain de la Chapelle de Musique
, le Roy quitta son Prie - Dieu , et monta à
son Trône auprès de l'Autel , où les nouveaux Chevaliers
furent reçûs par le Roy avec les Cérémonies
accoûtumées . Le Marquis de Livry , et le
Comte de Matignon furent Parains du Maréchal de
Puységur et du Marquis d'Avarey : le Marquis de
Farvaques et le Marquis de Prye , le furent du
Marquis de Guerchy et du Marquis de Savines : le
Vicomte de Beaune , et le Maréchal de Coigny , le
Ly furent
1
1032 MERCURE DE FRANCE
furent du Comte de la Luzerne , du Comte de
Cambis , et du Marquis d'Auxy. Les nouveaux
Chevaliers ayant pris leurs places suivant leurs
rangs , le Roy sortit de la Chapelle , et S. M. fut
reconduite dans son Apartement en la maniere ordinaire.
La Reine , Monseigneur le Dauphin , Madame ;
Madame Henriette , et Madame Adelaide , entendirent
la même Messe dans la Tribune.
L'après-midi , le Roy et la Reine , accompagnés
de Monseigneur le Dauphin , entendirent le Sermon
de l'Abbé Loguet , Doyen de l'Eglise Royale et
Collégiale , de Mantes ; ensuite L. L. M. M. assist
rent aux Vêpres ,qui furent chantées par la Musique.
Le 16. la Reine communia dans la Chapelle du
Château , par les mains du Cardinal de Fleury ,
son Grand Aumônier.
Le 28. Fête du S. Sacrement , le Roy , accompa
gné du Duc d'Orleans , du Duc de Chartres , du
Comte de Clermont , du Prince de Dombes , du
Comte d'Eu , et de ses principaux Officiers , se
rendit à l'Eglise de la Paroisse du Château de Versailles
, où S. M. entendit la Grande Messe , après
avoir assisté à la Procession , qui suivant l'usage
alla à la Chapelle du Château . La Reine se rendit
à la Chapelle , lorsque la Procession y arriva .
A la fin de ce mois , le tems s'est échauffé de
maniere que l'ardeur dans l'air étoit excessive , ce
qui a d'autant plus surpris , qu'au 25. May , on n'a
voit pas encore vû paroître un seul Habit d'Eté.
MADRIGAE
MAY.
1739. 1033
MADRIGAL
Sur le long Hyver de 1739.
Ne soyons plus surpris du temps ;
E
Le Soleil nous abandonne :
L'Hyver fait la guerre au Printemps ;
Bacchus querelle Pomone :
2
Ceres se refufe à nos Champs :
Jupiter finis cette guerre ;
Pour nous daigne accorder ces Dieux r
Ne peux-tu faire dans les Cieux ,
Ce que Fleury fait sur la terre ?
A
A Amiens.
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Embrun
le 20. Avril 1739.
J
E ne vous ferai point le détail de nos Réjouis
saunces au sujet dé la Promotion de notre Ar--
chevêque. Festins , Cavalcades , Feux d'Artifice ,
Illuminations , tout a été employé pour la célebrer..
Mais je voudrois pouvoir vous peindre cette joye
si vraye et`si vive qui nous animoit tous , et qui
assaisonnoit si bien nos plaisirs . Elle a été géné
rale , et il n'étoit pas aisé de distinguer ceux qui
sont plus particulièrement attachés à S. E, Nous
Lvj
atten.
1034 MERCURE DE FRANCE
attendons avec impatience . son retour en cette
Ville , et sa présence redoublera encore nos transports.
Mais hélas ! nous ne le possederons pas longtemps.
L'alegresse et les ris feront bientôt place à
la douleur et aux larmes . Voilà , comme disoit
Me de Sevigné , le malheur du bonheur , &c,
Le 2. et le 4. May , il y eut Concert chés la
Reine où l'on acheva de concerter l'Opéra de
Scanderberg dont la Musique est des Sieurs Rebel
& Francoeur. Les principaux Rôles furent très - bienremplis
par les Diles Huguenot et Mathieu , et par
les Sieurs Benoit et Jeliot , le reste de cet Ouvrage
mérita les aplaudissemens de la Cour.
Le 9. les 11. et le 13. la Reine entendit à Marly
l'Opera de Callirhoé , de la composition de M.
Destouches , Surintendant de la Musique du Roy.
La D'le Mathieu y remplit le premier Rôle , et les
Srs Jeliot et Benoit , ceux d'Agenor et de Coresus.
La Dlle Huguenot fut chargée du Rôle de la Victoire
dans le Prologue .
Les 20 23. etas . on chanta dans le Salon de la
Reine le Balet de la Paix , mis en Musique par les
mêmes Auteurs de Scanderberg. L'Acte de Baucis
entr'autres fut très-goûté.
Le 7. May , Fête de l'Ascension , le 17. Jour de la
Pentecôte , et le 28. jour de la Fête - Dieu , il y eur
Concert Spirituel au Château des Thuilleries, ou l'on
exécuta plusieu s Motets de M. de la Lande , qui
furent suivis de differe
rens Concerto joués sur le Violon
et sur la Flute par les Srs Guignon , Aubert et
Blavet , il y a eu aussi differens petits Motets à voix
seule , chantés par les meilleurs Sujets du Concert ..
MORTS.
MAY. 1037 1739:
MORTS , NAISSANCES
& Mariages.
Lines ,épouse de Jacques Pineau , Seigneur de
E 24 Avril dernier , Dame Marguerite de Gen
Viennay , la Péchellerie , Lucé , &c . Conseiller au
Parlement de Paris ,& c.Doyen de la Premiere Chambre
des Enquêtes , avec lequel elle avoit été mariée
le 26. Mars 1709. mourut dans la 61 année de son
âge. Elle étoit fille unique de feu Pierre de Gennes,
Ecuyer , Conseiller & Procureur du Roy en la Sénechaussée
& Siege Présidial du Mans , & de Marguerite
de Cordouan , & elle laiffe pour enfans
Jacques Pineau de Lucé , Maître des Requêtes de
l'Hôtel du Roy , depuis 1737. & auparavant Conseiller
au Parlement depuis 1730. Jean Baptifte-
Charles Pineau de Viennay , Abbé Commandataire
de l'Abbaye de Turpenay , Ordre de Saint Benoît ,
Diocèse de Tours , depuis 1733. Antoine - Marie
Pineau de Viennay , Enseigne au Regiment des
Gardes Françoises depuis 1733. Anne - Genevieve
Pineau de Viennay , mariée le 11 Juin 1736. avec
Michel Rolland des Escottais , Seigneur de Chantilly
, en Anjou, & Marguerite- Catherine - Jacquette
Pineau de Viennay , non encore mariée.
Le 25. Dame Marie- Renée de Bellefouriere, Marquise
de Soyecourt de Guerbigny , & de Maisons ,
Comteffe de Tilloloy , &c. veuve depuis le premier
Fevrier 1695. de Timoleon Gilbert de Seigliere ,
Seigneur de Boisfranc , Breüilpont , Lorey , &c.
Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy ,
Chancelier , Garde des Sceaux , & Chef du Conseil
de Philipe , Fils de France , Duc d'Orleans , en
survivance
183 MERCURE DE FRANCE
survivance de son pere ; qu'elle avoit épousé au
mois de Fevrier 1682. mourut à Paris , âgée de 82
ans . Elle étoit fille aînée de Charles - Maximilien-
Antoine de Bellefouriere , Marquis de Soyecourt ,
& de Guerbigny , Comte de Tilloloy , de Roye
de Tupigny , &c. Chevalier des Ordres du Roy ,
Grand-Maître de la Garde-Robe , Grand Veneur de
France , Gouverneur des Ville & Citadelle de Rüe
mort le 12 Juillet 1679. & de Marie-Renée de
Longueil de Maisons , morte le premier Octobre :
1712. Elle étoit devenue la principale heritiere de
sa Maison , par la mort de deux freres qu'elle avoit,
& qui furent tués tous deux à la Bataille de Fleurus
le premier Juillet 1690 sans avoir été mariés .
Elle prit,depuis qu'elle fut veuve, la qualité de Bellefouriere.
Elle avoit aussi herité seule au mois d'Oc- .
tobre 1732. des Propres de René- Prosper de Lon
gueil , fils unique du dernier Président de Maisons,
& le seul qui restoit de cette branche , dont les
Biens étoient confiderables . La défunte avoit eu
pour enfans Joachim- Adolphe de Seigliere , Marquis
de Soyecourt , dont la mort est raportée dans
le Mercure du mois de Mai 1738. page 1021. où
l'on a fait mention de son mariage & de ses enfans
; & Marie- Louise de Seigliere de Boisfranc
née le 10 Mars 1688. & mariée le 22 Mars 1710.
avec Louis- Marie- René Saguier , Marquis de Luigné
, en Anjou , Lieutenant de Roy au Gouverne
ment du bas Poitou .
•
> Le 26. mourut à Paris , âgé de 75 ans Don
Antoine Graus de Pinos , Baron de Berbas , Meftre
de Camp reformé à la suite de la Garnison de
Perpignan .
Le 27. Dame- Claude-Jaqueline- Françoise Petit
de Passy , épouse de Charles de Marnais de Saint-
André , Seigneur Comte de Vercel en Dauphiné ,
Exempt
MAY. 1739 Togg
,
Exempt des Gardes du Corps du Roy , Meſtre de
Camp de Cavalerie , & Gouverneur de Dole en
Franche-Comté , avec lequel elle avoit été mariée
le troisiéme Novembre 1734. mourut à Paris ,
âgée d'environ vingt neuf ans . Elle avoit été
mariée en premieres nôces le dix - neuf Decembre
1726. avec Jacques-Etienne Canaye , Seigneur de
Montreau , sous le Bois de Vincennes , Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy mort sans
enfans , le 2 Juillet 1732. Elle laisse de son second
mariage une fille unique , nommée Charlotte - Joseph
de Marnais de Saint André , & née le 18 Août
1735. La défunte étoit fille de feu François - Nicolas
Petit , Seigneur de Passy , Lieutenant Géneral
d'Epée au Bailliage et Siége Préfidial de Sens , &
de Dame Jacqueline- Marguerite Richer , sa veuve,
à présent épouse depuis le 22 Juillet 1738. de René
de Thumery , Seigneur de Boiffife .
Le 29. Alexandre de Bruscoli , Conseiller du Roy,
& Auditeur ordinaire en fa Chambre des Comptes
de Paris , reçû à cette Charge le 7. Septembre 1703.
mourut âgé de 19. ans. Il étoit fils, de feu Jacques
Bruscoli , auffi Auditeur en la même Chambre des
Comptes , mort le 17. May 1703. & de Marguerite
de Marines , morte le 30. Mars 1685. & veuf fans
enfans de Bonne - Françoise Parent , qu'il avoit
épousée le 15. Avril 1711. & laquelle mourut en
1733 à l'âge de 39. ans. Elle étoit fille de Michel
Parent Sieur de Charompré , & de Françoiſe Poignant.
Le même jour , Anne-Marie-Joseph de Loraine ;
Comte , et Prince de Guise sur Moselle , Comte
d'Harcourt , de Montlaur , et de S. Romaise , Marquis
de Maubec , & c . mourut à Paris , âgé de 60
ans accomplis , moins un jour , étant né le 30.
Avril 1679. Il étoit fils de feu Alfonfe - Henri-
Charles
08 MERCURE DE FRANCE
Charles de Loraine , Comte et Prince d'Harcourt
mort au mois de Février 1719. et de défunte Françoise
de Brancas , Marquise de Maubec , Comtesse
de Clermont en Beauvoisis , Dame du Palais de la
Reine Marie- Therese , et morte le 13. Avril 1715.
Le Prince de Guise avoit été d'abord destiné à l'Etat
Ecclésiastique . Il fut Titulaire du Prieuré d'Har
court , en Normandie , et il obtint le 25. Décem
bre 1697. l'Abbaye de la Grace , O. S. B. Dioc
de Carcassonne . Il étoit aussi Bachelier en Théologie
de la Faculté de Paris , de la Maison et Societé
de Sorbonne , mais François de Loraine
Prince de Montlaur , son frere puîné , qui étoit
destiné par sa famille pour soûtenir le nom de sa
Branche particuliere , étant mort, il se démit de ses
Bénéfices , et se maria le 2. Juillet 1705. avec Marie-
Louise-Chrétienne de Castille , Marquife de
Montjeu , dont on a raporté la mort dans le Mer
cure de Janvier 1736 , p . 173. Il laisse d'elle Louis-
Marie-Léopold de Loraine , né le 17. Décembre
1720. et Elizabeth Sophie de Loraine, Duchesse de
Richelieu. Il laisse aussi une petite fille,fille de feuë
Louise-Henriette Françoise de Loraine , Duchesse
de Bouillon, sa fille aînée , morte le
Mars 1737.
31.
Le premier May, mourut à Paris Pierre de Varin,
Sr de Senneville , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , et ancien Capitaine et Major du Régiment
de Dragons de Hautelort , âgé de 87. ans
et le 2. il fut inhumé à S. Sulpice.
Le même jour , Emmanuel Rousselet , Marquis
de Châteaurenaud en Touraine , Comte de Crau.
zon , Porzay , Poulmic , et Rosmadec , en Bretagne
, Vicomte d'Artois , et de Mordelles , Seigneur
de la Poissonniere de la Giraud ere ,
et Rocheneuve , Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , Capitaine de Vaisseaux
du
MAY.
1039 1739
·
Lieutenant Géné
du Roy , depuis 1710. et
ral pour Sa Majesté au Gouvernement de la
Haute et Basse Bretagne , mourut à Paris , à
Page de 44. ans. Il étoit resté par la mort de ses
deux freres aînés , seul fils de François- Louis Rousselet
, Marquis de Châteaurenaud , Vice -Amiral ,
et Maréchal de France , Capitaine General de la
Mer pour le Roy d'Espagne , Chevalier des Ordres
du Roy , Lieutenant Général pour S. M. au Gou-`
vernement de la Haute et Basse - Bretagne , Com
mandant en Chef dans cette Province , mort le 15 .
Novembre 1716. dans la 80. année de son âge , et
de Marie-Anne - Renée de la Porte , Dame héritiere
d'Artois , de Crozon , & c. morte au mois d'Octobre
1696. Le Marquis de Châteaurenaud qui vient
de mourir , avoit été marié , 1º . le zo . Février
1713. avec Marie- Emilie de Noailles , morte le 7
Mai 1723. laquelle étoit fille de feu Anne- Jules de
Noailles , Duc d'Ayen , Pair , et Maréchal de
France , Chevalier des Ordres du Roy , &c. et de
Marie- Françoise de Bournonville , sa Veuve ; et
20. le 18. Juillet 1724. avec Anne-Julie de Montmorency
, fille de Leon de Montmorency , Chef
du Nom , et des Armes de sa Maison , et de Marie-
Magdeleine Jeanne Poussemothe de l'Eftoile de
Montbriseüil. Il avoit eu de la premiere un fils ,
qui est mort en bas- âge. De la seconde , il ne laisse
que Marie Anne Rousselet de Châteaurenaud , née
le zo . Octobre 1716. et Marie- Charlotte Rousseler
de Châteaurenaud , née le 20. Septembre 1728 .
·
Le même jour D. Marie Doujat , veuve depuis
le to Mai 1734. d'Antoine Subtil , Auditeur ordinaire
en la Chambre des Comptes de Paris , qu'elle
avoit épousé le 30 Janvier 1684 , mourut à Paris ,
dans la 84 année de son age , étant née le 7 Août
1656. Elle étoit fille de Jean Doujat , mort Doyen,
des
1040 MERCURE DE FRANCE
des Conseillers au Parlement de Paris , & agé de ,
89 ans , 6 . mois , le 18 Janvier 1710. & de feuë
Catherine Targer . Elle laisse des enfans , entr'autres
une fille mariée avec M. Biberon de Cormery,
ci devant Secretaire des Commandemens
du feu Duc d'Orleans , Petit - Fils de France , &
Receveur General des Bois & Domaines de la Généralité
de Paris .
>
Le 3. Anne
Marie
de
Bourbon
, legitimée
de
France
, Princeffe
de
Conti
, premiere
Douairiere
,
mourut
en
fon
Hôtel
, à Paris
, après
une
longue
maladie
, &
de
grandes
fouffrances
, pendant
lef
quelles
elle
a donné
de fréquentes
marques
de
fa
pieté
, & de
fa réfignation
à la volonté
de
Dieu
.
Elle
étoit
agée
de 72.ans
, 7 mois
, 1. jour
, étant
née
au
Château
de
Vincennes
, le z . Octobre
1666
, &
elle
avoit
été
mariée
le
16.
Janvier
1680.
avec
Louis
Armand
de
Bourbon
, Prince
de
Conti
Comie
de
Pezenas
, Seigneur
Chatelain
de
Pifle-
Adam
, most
fans
pofterité
à Fontainebleau
, le 9.
Novembre
1685
, dans
la 25.
année
de
fon
âge
.
Cette
Princeffe
fut
enterrée
le
5.au
foir
dans
l'Eglife
de S.Roch
,fa Paroiffe
,fans
aucune
pompe
ni cérémonie
, ainfi
qu'elle
l'avoit
demandé
par
fon
teftament
.
Le
9.
Antoine
Alexandre
de
Canonville
, Marquis
de Raffetot
, Lieutenant
Gén
, des
Armées
du
Roy
, &
Chevalier
de
l'Ordre
militaire
de S. Louis
, mourut
à Paris
, âgé
de
75
ans
. Il avoit
été
d'abord
deftiné
à l'Etat
Eccléfiaftique
, &
l'Abbaie
de Sorde
, O. S
B.
Dioc
. d'Aix
, lui
avoit
été
donnée
au
mois
de
Mars
679
Mais
il
renonça
à cet
Etat
en
1682
,
pour
prendre
le parti
de
l'Epée
. Il fut
fait
en
1690
.
Colonel
du
Régiment
de
Brie
, Infanterie
, à la
tête
duquel
il fe diftingua
à la
Bataille
de Fridlin
gue
, le 14.
Octobre
1702.
Il fut
fait
Brigadier
Je 23.
Décembre
fuivant
, & fervit
au
mois
de
Septembre
MAY. 17397 1041
tembre 1703. au Siége de Brifac ; en 1705. il eut
la Croix de S. Louis , & fut élevé au Grade de
Maréchal de Camp le 20. Mars 1709 , & enfin à
celui de Lieutenant Général le 30. Septembre 1718 .
Il étoit fils d'Alexandre de Canonville , Marquis de
Raffetot , Seigneur de Beuzeville , Melleville , Veneville
, Guevres , Vinacourt , mort le 27. Janvier
1682. agé de 42. ans , & de Henriette - Catherine
de Gramont , morte Religieufe Profeffe dans le
Monaftere des Benedictines du S. Sacrement , de
la rue Caffette , à Paris , le 25. Mars 1695. Il avoit
épousé en premieres nôces , au mois de Septembre
1682. Henriette-Françoife de Pertuis , fille de Gui
de Pertuis , Maréchal de Camp , & Gouverneur de
Menin , & d'Elizabeth- Angelique- Adrienne de Ca➡
nonville. Elle mourut au Château de Bas , dans le
Païs de Caux en 1710 , laiffant un fils apellé le
Comte de Raffetot , Colonel du Régiment de Brie ,
par la démiffion de fon Pere , & mort à Rouen au
mois d'Avril 1726. fans avoir été marié ; & une
fille , qui s'eft faite Religieufe du S. Sacrement au
commencement de l'année 1731. Le Marquis de
Raffetot , fon pere , s'étoit remarié le 26. Decem→
bre 1730 avec la Dlle de Teron , fille de la Com
teffe de Raymond.
Le 18. Avril il naquit une fille à Charles-Anne
Sigifmond de Montmorency - Luxembourg , Duc d'Olonne
, Colonel du Regiment de Saintonge , de fon
Mariage avec D. Marie -Anne-Etiennette de Bulfion
de Fervaques .
Le 23. naquit Louis, fils premier né de Louis
François de Pardieu , Seigneur , Comte d'Avremé
nil , & de Dame Gabrielle- Elizabeth de Beauvau ,
mariés le 17. Février 1738. Il a eu pour Parain
H
"
Louis
1
1042 MERCURE DE FRANCE
Louis Marquis de Brancas - Cerefte , Grand d'Eſpa➡
gne Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Gé¬
néral de fes Armées , Commandant en chef
pour
S. M. dans la Province de Bretagne , & pour Maraine
Elizabeth de Beauvau , Ducheffe doüairiere de
Rochechouart-Mortemart. La Mere du nouveau né
étoit fille de feu Gabriel - Henri de Beauvau , Marquis
de Montgauger , Comte de Criflé , dont la
mort est raportée dans le Mercure du mois de Juil¬ !
let 1738. p . 166 2 .
Le 26. Avril , le Fils du Marquis d'Andlaw ;
Gentilhomme d'Alface , Meftre de Camp d'un Re- \
giment de Cavalerie , Gendre du Comte de Polastron
, Sous Gouverneur de Monfeigneur le Dauphin
, reçut dans la Chapelle du Château de Verfailles
, les Cérémonies du Baptême ; il eut pour
Parain & pour Maraine , Monfeigneur le Dauphin
& Madame Adelaide , la Cérémonie fut faite par
le Cardinal de Rohan , Grand Aumônier de France
en préfence du Curé de la Paroiffe du Château
Ja Reine , accompagnée de Madame , & de Madame
Henriette , affifta à cette Cérémonie dans la
Tribune.
Le 29. Anne Jean-Baptifte Goiflard , Seigneur de
Baillé , Confeiller au Parlement de Paris , à la qua➡
triéme Chambre des Enquêtes , épouſa la fille unique
de François Mugueux , Avocat au Parlement ,
& de feue D. Marie-Marguerite Arrault , sa femme
, morte le 27. Janvier 1737. Le Marié eft le
fecond Fils de feu Anne-Charles Goiflard , Seigneur
de Monsabert, Conseiller en la Grand Chambre
du Parlement de Paris , dont la mort eft rapor
tée dans le Mercure d'Octobre 1733. page 2308.
& de D. Marie- Louise de Riants , sa premiere
femme.
LG
t
C
MAY. 1739. 1041
Le 26. Mai Nicolas Henin , Seigneur de Longue
toise , Conseiller au Parlement de Paris , à la Premiere
Chambre des Enquêtes , fils aîné de Nicolas
Henin , Conseiller au Grand Conseil , mort le 13.
Avril 1737. et de D. Anne - Henriette Brice , morte
le 10. Novembre fut mariée avec Dlle Anne-
Louise Goiflard , soeur de celui , dont on vient de
rapporter le mariage , et fille comme lui de feu
Anne Charles Goiflard , Seigneur de Montsabert
, et de Marie -Louise de Riantz , sa première
femme.
-
1734.
LETTRE écrite d'Aurillac le 29. Avril
1739. Service fait pour feu M. le Duc
de Tresmes , &c.
A -Ville d'Aurillac vous prie, Monfieur de vous
Lfoir bien inserer dans votre Journal , que hier
elle fit faire dans l'Eglise Paroiffiale , un Service
solemnel , avec toute la pompe poffible , pour le
repos de l'ame de François- Bernard Potier , Duc de
Tresmes, &c.en reconnoissance des continuels bienfaits
qu'elle reçoit depuis soixante ans de S.. E. M. le
Card . de Gesvres, Abbé & Comte d'Aurillac, son frere
puîné , & des dons confidérables que cette Eminence
a faits aux Pauvres de l'Hôpital. La Meffe fut solemnellement
célebrée M. l'Abbé de la Vergne,
Vicaire Géneral & Official , & chantée par la Mufique.
Les Officiers Municipaux en Robes de Céremonie,
ceux du Présidial & de l'Election , enfin les
Officiers de Juftice de l'Abbaye, affifterent à cet
ce Pompe funebre , à la fin de laquelle les Cordeliers
& les Carmes , qui s'y étoient rendus procèssionnellement
, chanterent un Répons . Le Com-
Ruandant de la Maréchauffée ; avoit placé sa Troupar
PC
044 MERCURE DE FRANCE
pe à droite & à gauche du Catafalque .
Les Prêtres de la Communauté de la même Eglise,
ont fait ce matin un Service particulier à la même
intention. Le Chapitre S. Geraud doit faire demain
le sien , & chaque Communauté Séculiere & Réguliere
doit suivre succeffivement cet exemple. Ces
Services seront terminés par celui que la Nobleffe
se dispose de faire.
On donnera deux Volumes le mois pre
chain pour pouvoir employer plusieurs Piéces
que nous croyons , dignes d'intereser le Lecteur.
J
APROBATION.
'Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le Mercure de France du mois de May , &
Pai cru qu'on pouvoit en permettre l'impression
A Paris , le premier Juin 1739 .
HARDION.
TABLE.
IECES FUGITIVES . Sonnet , 833
P Dissertation sur le Témoignage de Josephe en
faveur de J. Ch .
L'Araignée & le Moucheron , Fable
834
855
Réponse à la Lettre sur l'abus qu'on fait de l'esprit,
857
Ode
865
Ode au Roy sur la Paix , dédiée au Cardinal de
Fleury ,
Discours las à l'Académie des Sciences ,Extraits ,873
L'Orgueil , Ode ,
888
Dissertation sur une Médaille Grecque de Diaduménien
, &c.
Adieux à la Poësie , &c.-
891
913
Lettre au sujet des Remarques sur la Boucherie de
l'Aport de Paris ,
Stances , &c . la Gloire du Maréchal de Barwick ,
917
919
Lettre sur la Verrerie , & c. 921
Sonnet sur la petite Vérole 927
Question de Droit , & c. et Réponse 928 Ode , Imitation d'Horace ,
931
934
937
Lettre sur une nouvelle Géographie ,
Enigme , Logogryphes ,
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX -ARTS ,
&c. Suite du Catalogue des Ouvrages du P.
Fronton le Duc ,
Epitome de la Bibliotheque Orientale , &c .
Breviarium Sagiense , c.
Menzikof , Tragédie , &c .
De Credulitate in Doctrinis , &c.
940
956
ibid.
959
960
Traité de l'Ortographe Françoise , &c. ›
9.67
Nouveaux Amusemens , & c. 968
Madrigal ,
974
Sethos , Tragédie , &c. 975
979 Moulinet Premier , Parodie de Mahomet ,
Memoire Historique & Généalogique sur la Maison
de Bethune , 984
Séance publique, de l'Académie de la Rochelle ,
&c. 996
'Assemblée publique de l'Académie des Beaux - Arts
à Lyon , Discours , &c. Catalogue des Mémoires
lûs ,
L'Académie des Jeux Floraux , Prix , &c.
&c. 999
1003
Poësies
Poësies Latines à l'occasion de la Convalescence de
Monseigneur le Duc de Chartres ,
Estampes nouvelles ,
Chanson notée ,
pectacles . Polydore , Extrait ,
Ariane & Gustave , Tragédies remisas ,
1007
1008
ΙΟΙΙ
1012
1023
Nouvelles Errangeres . Allemagne & Italie , 1024
Corse , Naples , Espagne & Grande-Bretagne, 1028
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c . 1028
Nouveaux Chevaliers Cordons Bleux , 1030
Madrigal , &c. 1033
Lettre écrite d'Embrun ibid.
Morts , Naiffances & Mariages , &c. 1035
Obseques du Duc de Tresmes à Aurillac , 1043
(
C
Errata de Mars.
PAge 187. ligne 26. Roteur , lisez Retour.
A la Table , Diogne , lisez , Diogene.
Errata d'Avril.
PAge 681. ligne 22. Re , lisex , Regle.
P. 687. 1. 13. rapelient , I. rapellent.
P. 692. I. 5. Gourre , l . Gouve.
1. è.
§. 760. 1. 21. a l'alme , l . all'ame . Lig. 22. e ,
Lig. 25. Dona , l . Donna. Ibid. al'ta , l. alv
Lig. 26. vede , l . vide .
F. 761. 1. 3. siavinti , l . sien vinti . Ibid. parlen , l
parlin: Lig. 4. grande, !. grandi . Lig. 5. De qu
1. De quel. Ibid. ve , l . e. Lig. 6. nervedi , lis.
rivedi P. 763. 1. 16. Elle , 1. Elles . P. 767. qu'il
1. qu'elle . P.808.1. 9. Grusalemme, l . Gierusalem.
La Médaillegravée doit regarder la page
-La Chanson notée , la page
895
IC
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
JUIN
. 1739.
PREMIER VOLUME.
糖
COLLIGIT
SPARGIT
billow
01
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty.
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXIX .
11e Avec Aprobation & Privilege du Roy
AVIS.
L
>
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comédie Franfoife
, à Paris, Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
Les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
theure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PAIX XXX, SOLS,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
AV
JUIN. 1739.
PIECES FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
LE ROSSIGNOL ET LA FAUVETTE ,
FABLE.
N Roffignol , & jeune , & tendre
Chantoit les douceurs de l'Amour :
Une Fauvette vint l'entendre ,
Et devint fenfible à fon tour :
Le feu naiflant qui la dévore ,
Sous le voile de la pudeur ,
Ne peut fe reconnoître encore
i. Vol. A ij
Qu'à
1046 MERCURE DE FRANCE
Qu'à quelque legere rougeur.
Cependant cette flâme augmente ;
Elle lui consume le coeur ,
Elle bat de l'aîle , elle chante ,
Tant , qu'elle en instruit son vainqueur.
Après quelque cérémonie ,
D'usage chés Oiseaux bien nés
L'Amour étant de la partie ,
Nos Amans furent moins gênés :
Les doux propos , ris , & caresse ,
Coups de bec , ne coûtent plus rien ;
On jure conftance , tendreffe ;
A s'aimer on met le vrai bien
1
1 ;
Avec le jour on recommence
Mille plaifirs toujours nouveaux ;
L'amour de Fauverte dispense
L'Amant de craindre des Rivaux .
Ce couple , qui sur la verdure
Goûtoit tous les plaifirs des Dieux ,
Veut même nid , même pâture ,
Dans l'espoir d'être plus heureux ;
Hymen enfin les met enſemble ;
Ils deviennent indifferens .
'A ces traits , Lecteur , il me semble
Que tu vois l'image du temps .
Par M. De L.... de Bourbon l'Archambault:
ESSAI
JUIN. 1739 1047
****:
ESSAI sur l'Histoire du Nivernois ,
M. Pierre de Franay. Lettre VI .
G
par
Obertus , quarante - uniéme Evêque de
Nevers , a vécu sous les Pontificats de
Marin & d'Agapet , seconds.
Dans le Cartulaire de l'Eglise de Nevers
on trouve une Charte de Gobertus , datée de
la douzième année du Regne de Louis d'Outremer
, ce qui se raporte à l'année 948 .
parce que Louis d'Outremer a commencé
de regner en l'année 936.
Ce fut pendant l'Episcopat de Gobertus ;
que Berthe , femme , ou selon d'autres , fille
de Seguien , Comte de Nevers , donna à
notre Eglise la Seigneurie de Viviers , d'où
dépendent les Eglises de Drüi & de Sougi ;
l'Eglise de Saint Pere à Ville est auffi comprise
dans cette Donation , que Berthe fait
pour elle & pour Seguien , qu'elle nomme
son Seigneur.
Natranus , Abbé de Saint Pierre le vif de
Sens, de Ferriere, & de Saint Remi de Soissons
, a succedé à Gobertus , & a été notre
quarante deuxième Evêque , sous le Regne
de Lothaire II . & sous les Pontificats de Jean
XIII. & de Domnus II .
Ce Prélat a donné à l'Eglise de Nevers la
A iij Cha
1048 MERCURE DE FRANCE
ge
Chapelle de S. Médard , assise au Village
d'Arsenboiii , celle de S. Vincent , au Villade
Prie sur l'Ixeure , & celle de S. Estien
ne , au Village de Sauvigni , dont le nommé
Tétérins étoit Doyen ; la Charte est de l'année
968. qui eft la 32. année du Regne
de Lothaire. Par cette Charte il ordonne à
ses Chanoines de manger en commun dans
ún Réfectoire , ce qui marque que les Chanoines
de Nevers commençoient alors à se
dégoûter de cette vie commune , & affectoient
de vivre en leur particulier.
Cet Evêque est entré dans l'Episcopat environ
Fan 958. il vivoit encore en 972. il est
mort le jour de la Saint Mathias . C'étoit un
homme violent , qui consultoit peu le droit
& la raison , & employoit ordinairement la
force pour faire réussir ses desseins ; il avoit
détruit les trois Abbayes qu'il avoit possedées
; il y a lieu de penser qu'il ne traita
pas mieux son Eglise , lorsqu'il fut fait Evêque.
Patianus , quarante-troisiéme Evêque de
Nevers , occupa le Siège Episcopal en 978 .
sous les Regnes de Lothaire , de Louis V. &
de Hugues Capet ; les Papes qui ont siégé
dans ce temps - là , sont Benoît VII . Jean
XIV. & Jean XV.
Roclonus , que d'autres nomment Rodenus,
quarante- quatriéme Evêque de Nevers , lui
succeda
JUIN. 1739
1049
•
sacceda environ l'an 988. suivant l'opinion
de Coquille , Hugues Capet & Robert son
fils regnant pour lors en France , Jean XV.
étoit Souverain Pontife.
Ce Roclenus passe pour un mauvais Admi
nistrateur ; il dépouilla son ' Evêché de plus
sieurs Biens qui lui apartenoient , & entreautres
, des Eglises de Varennes & de Méausse
, qu'il donna à ses Parens ; & c'est pour
ce sujet , que Hugues III . qui a été depuis
Evêque de Nevers , dans une Charte accuse
Roclenus de n'avoir eu aucune affection pour
son Eglise , & d'avoir été Evêque de nom
seulement.
Roclenus ne laissa pas de donner à cette
Eglise la Chapelle de Balerai , mais c'étoit
une légere liberalité , & qui ne pouvoit pas
entrer en compensation avec les dissipations
qu'il avoit faites.
Dans les Rescrits qu'on a de lui , il nomme
en premier lieu le Prévôt de son Eglise ,
ensuite le Doyen , & apelle ses Chanoines
Freres servans in Canobio Sancti Cirici , ce
qui marque que les Chanoines de Nevers
vivoient encore en communauté , suivant
qu'il avoit été établi au Concile d'Aix - la-
Chapelle , tenu sous l'Empereur Louis le
Débonnaire .
Roclenus assista à la Dédicace de l'Eglise de
Sens , faite par l'Archevêque Seguien , en
A uij pré
Toro MERCURE DE FRANCE
présence d'Hébert d'Auxerre , & de Milon
de Troyes. Pendant son Episcopat , on vit
s'élever la fameuse querelle entre les Abbés
& les Evêques; ces derniers pretendoient exiger
le Serment de fidelité des Abbés, lors de
leur bénédiction .
On tint plusieurs Conciles de son temps ;
au sujet de la déposition d'Arnoul , Archevêque
de Rheims , & de l'élection de Gerbert
à cet Archevêché.
Mais le Concile où Roclenus prit le plus
'de part , est celui qui fut tenu à Rome en
998. par le Pape Gregoire V. en présence de
l'Empereur Othon III .
Dans ce Concile composé de 27. Evêques ,'
la plûpart Italiens , le Mariage du Roy Robert
, avec Berthe sa parente , fut déclaré
nul , & ce fut le principal objet du Concile ;
on y traita aussi une autre matiére interessante
pour notre Evêque de Nevers . Guy ,
Evêque du Puy en Vélay , avoit nommé
Estienne , son neveu , pour succeder à son
Evêché ; Estienne , sans autre titre , & sans
avoir été élû par le Clergé , se fit ordonner
Evêque du Puy , par Daimbert , Archevêque
de Bourges , & par Roclenus de Nevers . On
trouvoit dans cette affaire trois nullités ; le
défaut d'élection la qualité des Evêques
qui avoient fait la consécration , qui n'étoient
pas de la Province ; enfin ledéfaut du
nombre
,
JUIN:
1739 1051
,
nombre de ces Evêques , qui devoit être de
trois suivant les Canons ; aussi le Concile
annulla le tout , & il fut ordonné que le
Peuple & le Clergé éliroient un autre Evêque
; l'Archevêque de Bourges & l'Evêque
de Nevers furent suspendus de la Communion
, jusqu'à ce qu'ils eussent satisfait au
Saint Siége; néanmoins Daïmbert & Roclenus
peu de temps après , firent révoquer par le
Pape cette suspension , soit qu'ils se fussent
justifiés véritablement ou qu'ils eussent
obtenu par une autre voye cette révoca
tion.
J
Dans un Concile tenu à Saint Denis en
France , vers l'année 996. auquel assisterent
les Suffragans de Sens , les Evêques proposerent
d'ôter les Dixmes aux Moines & aux
Laïques ; les Moines de Saint Denis , choqués
de cette proposition , exciterent , diton
, un tumulte, sollicités par Abbon, Abbe
de Fleuri- sur-Loire , & les Evêques furent
obligés de se retirer : on ajoûte que Seguien,
Archevêque de Sens , que l'âge rendoit plus:
pesant que les autres , reçut dans sa retraite
un coup de fer entre les épaules..
Roclenus a vécu jusqu'à l'an 1012. OU 132
& a eu pour successeur Gerandus , ou Gerar
dus , quarante - cinquiéme Evêque de Nevers ,
dont nos Annalistes ne disent autre chose
sinon qu'il a vécu sous le Roy Robert , &
AV SQUIS
1052 MERCURE DE FRANCE
sous les Pontificats de Benoît VIII. & de
Jean XIX .
Il est à propos d'observer ici , que vers
l'année 1022. et sous l'Episcopat de Gerardus,
l'Hérésie dite d'Orleans , fut découverte ; les
Chefs de cette Hérésie étoient , Estienne
Confesseur de la Reine Constance , Epouse
du Roy Robert , & Lisoye , Chanoine de
PEglise de Sainte Croix d'Orleans : ces deux
Ecclésiastiques s'étoient laissé séduire par
une femme Italienne , qui avoit aporté à
Orleans les semences de cette Hérésie , dans
laquelle on trouvoit les Erreurs des Manichéens
, jointes au Libertinage des Gnostiques
; certe Hérésie s'étendit depuis dans
une grande partie de la France , & notre
Ville de Nevers n'en fut point exempte .
Cn tint sur ce sujet un Concile à Orleans
auquel Léoteric, Archevêque de Sens, présidas
Estienne & Lisoye furent convaincus par
l'artifice d'Aréfaste , qui avoit feint d'être de
leurs difciples , pour mieux pénétrer leurs
sentimens ; la Reine Constance se laissant
aller à son indignation contre Estienne , lui
creva un oeil avec une baguette qu'elle tenoit
à la main ; mais cette peine ne fut que le
prélude d'un plus grand suplice , ces deux
malheureux ayant été brûlés vifs dans la Ville
d'Orleans.
Ce fut pendant l'Episcopat du même Evêque
JUIN 1739. 1053
,
que , que se fit la Guerre entre Robert , Roy
de France , & Landri , Comte de Nevers ,
au sujet de la succession du Duché de Bourgogne
, vacant par la mort de Henry , dernier
Duc , oncle du Roy Robert. Cette
Guerre ne fut point heureuse pour Landri
Comte de Nevers ; il fut obligé de ceder le
Duché de Bourgogne au Roy , & tout ce
qu'il gagna , fut qu'il cessa d'être Vassal du
Duc de Bourgogne & qu'il rendit som
Comté relevant immédiatement de la Cou
ronne.
,
,
Hugues II . dit le Grand , quarante- sixiéme
Evêque , fut successeur de Gerardus ; ses
Parens donnerent de l'argent , à son insçû
, pour le faire élire Evêque ; l'ambition
de ses Parens le servit mal car il méritoit .
l'Evêché , & il n'avoit assûrément pas be
soin de l'acheter.
Son Episcopat commença environ l'an
1029. sous le Pontificat du Pape Jean XIX.
& sous le Regne du Roy Robert.
Au commencement de son Episcopat
c'est- à- dire , en 1030. il y eut en France une
famine générale , laquelle dura trois ans ; la
disette fut si grande , qu'il y eut des hommes:
qui tuerent d'autres hommes pour les manger
; on vendit l'argenterie & les ornemens
des Eglises pour soulager la misere des Pauvres
; belle matiere à un pieux Evêque ,
A vj pour
1054 MERCURE DE FRANCE
pour exercer son zele & sa charité !
Une maladie , apellée la maladie des Ardens
se fit ensuite sentir en plusieurs Lieux ; notre
Province n'en souffrit pas beaucoup , elle
exerça sa fureur principalement dans la Neustrie
, & du côté de Paris ; on disoit que Dieu
punissoit les Peuples qui n'avoient pas voulu
accepter la sainte Tréve , établie par les Evêques
, &c.
Un troisième mal , qui n'étoit pas moindre
que les deux autres , desoloit la France ,
c'étoit la Simonie , qui s'exerçoit sans scrupule
& sans crainte dans tout l'Occident , &
jusque dans Rome ; la plupart des Evêques
étoient Simoniaques , ou ordonnés par des
Simoniaques ; enfin le mal étoit si général ,
que le Pape Clement II. desesperant d'y
trouver du remede , fit tenir un Concile à
Rome en 1047. par lequel il fut ordonné
qu'un Evêque , ou un Ecclesiastique , ordonné
par un Prélat Simoniaque , ne laisseroit
pas d'exercer ses fonctions , après avoir
fait seulement quarante jours de pénitence.
Le Pape Leon IX. animé d'un plus grand
zele , entreprit de détruire totalement la Simonie,
& convoqua pour cela un Concile à
Rheims. Herimar , Abbé de S. Remi , avoit
fait bâtir de nouveau l'Eglise de son Abbaye;
il pria le Pape , qui étoit alors à Cologne ,
d'en faire la Dédicace ; le Pape lui promit
qu'il
JUIN 1739. 105$
>
qu'il se rendroit à Rheims sur la fin du mois
de Septembre suivant c'étoit en 1049 .
Henri I. Roy de France , avoit auffi promis
de se trouver à cette Cérémonie , & au
Concile qui devoit se tenir ensuite , mais
il en fut détourné par les Seigneurs de sa
Cour & par des Ecclesiastiques , qui craignoient
les Decrets du Concile ; le Roy pria
même le Pape de remettre son voyage à un
autre temps .
Le Pape arriva cependant à Rheims le
jour de S. Michel ; Hugues de Nevers , avec
les Evêques de Senlis & d'Angers , furent
députés pour aller au -devant de lui . Ils
marcherent en Procession , suivis du Clergé
, des Abbés & des Moines , & le reçûrent
à l'Eglise de Saint Remi , qui étoit
en ce temps - là hors de l'enceinte de la Ville ;
Hugues étoit un Prélat qui sçavoit faire sa
Cour , au surplus homme respectable par
sa vertu , grand Théologien , & habile dans
le maniment des affaires ; la Cérémonie de
la Dédicace fut faite , & ensuite on s'assembla
en Concile dans l'Eglise nouvellement
consacrée ; la Châsse de S. Remi fut mise
sur le grand Autel , pour imprimer plus de
respect aux Peres du Concile..
La premiere Seffion fut tenue le 3. Octobre
; 1 : Pape et vingt Evêques composoient
ce Concile , on y comptoit encore environ
cinquante
05 MERCURE DE FRANCE
cinquante Abbés et plufieurs Ecclésiastiques
pour éviter la contestation qui s'éleva sur le
rang entre l'Archevêque de Rheims et celui
de Treves , le Pape ordonna que l'Archevêque
de Rheims regleroit les rangs fans tirer à
conséquence. L'Archevêque plaça le Pape
au milieu du Choeur , le visage tourné du
côté de l'Orient ; il se placa lui-même à la
droite vis-à- vis le Pape , et plaça l'Archevêque
de Tréves à la gauche. Au Midi , étoit
l'Archevêque de Lyon , & au Septentrion
'Archevêque de Befançons, chaque Archevêque
avoir plusieurs Evêques à fes côtés , Hugues
de Nevers suivoit immédiatement l'Archevêque
de Besançon ; les Abbés étoient
assis derriere les Evêques , Pierre Diacre et
Chancelier de l'Eglise de Rome , faisoit la
fonction de Promoteur du Concile , par ordre
du Pape.
L'objet de cette Assemblée étoit de corriger
les abus de l'Eglise dans les Gaules , et
entr'autres la Simonis , que les Canons ap
pellent , pessimum crimen.
Le Promoteur commença sa fonction em
sommant les Evêques de déclarer s'ils avoient
reçû ou donné les Ordres par Simonie
de s'en purger par serment , sous peine d'Anathême.
et
Les Archevêques de Tréves et de Besançon
ne firent aucune difficulté de faire leur
serment
JU IN. 1739. 1057
serment , l'Archevêque de Rheims demanda
un délai , et dit qu'il s'expliqueroit sur cet
article avec le Pape en particulier ; les Evêques
prêterent aussi serment de leur innocence
; il n'y en eut que quatre qui n'oserent
jurer , sçavoir les Evêques de Langres , de
Nevers , de Coûtances , et de Nantes.
Avant la seconde Session , qui se tint le lendemain
4. Octobre , fArchevêque de Rheims
fit sa déclaration touchant la Simonie aut
Pape , en particulier , dins une Chapelle de
PEglife de S. Remi , apellée la Chapelle de la
Trinité ; ensuite la Session étant commencée
, et l'Archevêque étant sommé de répondre,
il demanda . qu'il lui fût permis de pren
re conseil, ce qui lui étant accordé , il s'adressa
à l'Archevêque de Besançon , et aux Evêques
de Soissons , d'Angers , de Nevers ,
de Senlis , et de Nantes ; il délibera avec eux,
et chargea l'Evêque de Senlis de sa défense ;
cet Evêque déclara que l'Archevêque de
Rheims n'étoit point coupable de Simonie
on demandi le ferment à l'Archevêque , il
proposa encore un nouveau délai , & l'affaire
fut renvoyée au Concile , qui devoit se
tenir à Rome au mois d'Avril suivant.
Dans la troisiéme Session , l'Evêque de
Nevers avoüa que ses Parens avoient donné
de l'argent pour son élection , mais à son
inscû; il se confessa coupable en même temps
de
o58 MERCURE DE FRANCE
de plusieurs fautes qui le rendoient , disoit-il,
indigne de l'Episcopat , et ajoûta que si le
Pape et le Concile vouloient le lui permettre,
il renonceroit à sa Dignité , plutôt que de la
garder au préjudice des Loix et de sa conscience
; et en disant ces paroles , il mit sa
Croffe aux pieds du Pape. Jure , lui dit le
Souverain Pontife , que l'argent a été donné à
votre insçû ; en même temps l'Evêque se purgea
là- dessus par serment , et le Pape touché
de son humilité et de son repentir , le rétablit
dans sa dignité , du confentement du
Concile , et lui fit donner une nouvelle
Crosse.
L'Evêque de Nantes fut déposé , comme
convaincu de Simonie par sa propre confession;
celui de Langres prit la fuite , et fut excommunié;
on dit que l'Archevêque de Besançon
chargé de sa défense , ne put trouver l'usage
de la parole , en voulant le justifier , et ce
silence fut regardé comme un miracle par les
Peres du Concile ; le Pape et le Concile ex
communierent encore l'Archevêque de Sens,
et plusieurs Evêques , qui avoient refusé d'assister
au Concile , et qui avoient mieux aimé
suivre le Roy à l'Armée; il y eut plusieurs Seigneurs
pareillement excommuniés pour avoir
contracté des mariages incestueux ou peu légitimes,
et pour avoir fait des violences aux Ecclésiastiques;
ce Concile, dont le principal but
étoit
JUIN 1739
7055
Etoit de détruire la Simonie , défendit de rien
exiger pour la sépulture, pour le Baptême , et
pour l'administration des autres Sacremens .
Le voyage du Pape entrepris et executé
sans le consentement du Roy , le Concile
qui avoit suivi, les dépositions et excommunications
faites dans ce Concile , tout cela ,
dis-je , ne pouvoit manquer de déplaire à ce
Prince et à fes Ministres ; mais comme on ne
vouloit point faire d'éclat , on prit le parti de
la dissimulation , et ces dépositions et excommunications
subsisterent , quoiqu'elles
fusent pour la plûpart peu régulieres .
La suite de cette Lettre pour le prochain
'Mercure.
ΙΜΙΤΑΤΙΟΝ
De la IX . Ode du second Livre d'HORACE :
Non semper imbres , &c.
LA Pluye impétueuse est quelquefois bannie
Des lieux où sa fureur a long-tems éclaté :
Il est des mois heureux , où même l'Arménie
Du Soleil entrevoit la divine clarté,
*
Après
1060 MERCURE DE FRANCE
Après la piquante froidure ,
Zéphire échauffe nos vallons ;
Et raporte à nos Bois cette riche verdure ,
Que leur avoient ôté les fougueux Aquilons
*
Après un violent orage ,
Neptune calme enfin ses flots
Rien n'effacera- t'il la trop funeste image
Qui cause tes sanglots
*
Phébus , en ouvrant sa carriere ,
Voit tes yeux noyés dans les pleurs:
La nuit , en chassant la lumiere ,
Ne sçauroit chasser tes douleurs.
*
De ton fils bien-aimé la perte irréparable
Ne devroit plus , Damon , te faire soûpirer
Penses-tu , cher ami , quà tes cris favorable,
La Parque du tombeau voudra le retirer
Antiloque du Styx aborda le rivage ,
Au printems de ses jours :
Nestor pleura ce fils ; mais il étoit trop sage ,
Pour le pleurer toujours.
*
Hecube
JUIN
.
1061 1739
Hecube murmura contre les Destinées ,
Quand la mort vint fraper l'aimable Troilus
Mais a- t'elle perdu de nombreuses années
En regrets superflus &
*
D'une langueur trop injuste
Brise les fers odieux ;
Et chante avec moi d'Auguste
Les triomphes glorieux.
*
Il vient d'acquérir chés les Scytes
Les honneurs les plus éclatans ;
Il a sçû resserrer en d'étroites limites
Ces Peuples inconstans.
*
Deux Fleuves dont les Eaux, avec un bruit horrible
S'élevoient fierement ,
Maintenant asservis à ce Prince terrible ,
Coulent paisiblement .
A. X. Harduin , d'Arras.
LETTRE
062 MERCURE DE FRANCE
LETTRE du Pere Bougeant Jésuite ]
à M. l'Abbé Savalette , Conseiller an
Grand Conseil .
C
>
'Est inutilement MONSIEUR , que
vous me conseillez de garder le silence
sur l'Amusement Philosophique que j'ai donné
au Public. Quand un homme de mon état
a eu le malheur de publier un Ouvrage , capable
de causer le moindre scandale , il n'a
pas deux partis à prendre ; il faut qu'il le dé
favoüe hautement , et qu'il en demande publiquement
pardon au Ciel et à la Terre.
Voilà la regle , et je ne sçache rien qui doive
y faire une exception pour moi . Je dis plus :
si je pouvois me flatter, comme l'amitié vous
le persuade , d'avoir acquis dans le monde
quelque estime par mes Moeurs , par ma Religion
et par mes Ouvrages , ce seroit pour
moi dans la circonstance où je me trouve
une nouvelle obligation de m'expliquer. Ainsi
, MONSIEUR , puisque l'Amusement Philosophique
a causé du scandale , il est juste que
j'effuie l'humiliation que mérite un Auteur ,
qui produit un pareil Ouvrage. Je vous proteste
donc , et comme je désire que vous
rendiez cette Lettre publique , c'eſt le protester
JUIN.
1739 1063
tester publiquement , que je suis au désespoir
d'avoir composé et publié l'Amusement
Philosophique sur le langage des Bêtes : que
dès que j'ai été informé des jugemens désavantageux
qu'on en portoit , j'en ai été véritablement
afflige ; et que je l'aurois suprimé ,
si jen avois été le maître .
Je me suis fait illusion à moi-même , je
l'avoue. Je voulois simplement exposer les
divers systêmes des Philosophes sur la connoissance
des Bêtes , et j'ai donné lieu aux
Efprits peu attentifs , de penser , que j'aprouvois
celui qui les supose animées par des
Diables ; quoique je croye avoir fuffisamment
fait connoître qu'il n'étoit pas de mon
goût, et qu'en effet, malgré ce que j'en ai pû
dire par voye d'amusement , je ne l'aye jamais
regardé que comme une imagination bisarre
et presque folle. Dans cette exposition des
divers systêmes , je ne prétendois que donner
aux raisonnemens un tour leger , et pro-.
pre à interesser par une sorte de badinage ;
et par- là même , j'ai malheureusement donné
occasion de croire , que je traitois peu respectueusement
des objets qui touchent à la
Religion. Dans l'explication que je fais du
langage des Bêtes , je n'ai eu en vûë que d'exe
poser diverses observations de l'Histoire naturelle
des animaux, avec des réflexions conyenables
à mon sujet , et on a trouvé de l'indécenc
1064 MERCURE DE FRANCE
décence dans cette explication . Voilà mon
crime. Je rougis de m'être attiré des reproches
si sensibles à un homme de mon état ;
et il n'y a rien à quoi je ne me déterminasse ,
pour effacer les impressions qu'ils peuvent
faire dans le Public.
Ce que je puis cependant vous ajoûter avec
vérité , et ce qui met au moins , ce me semble
, à couvert mes intentions , c'est qu'en
composant cet Ouvrage que je condamne aujourd'hui
, il ne m'est pas venu dans l'esprit
qu'il dût paroître condamnable : et ce qui le
prouve bien sensiblement, c'est le peu de précaution
que j'ai pris pous laisser ignorer que
j'en fusse l'Auteur ; c'est la franchise avec laquelle
je l'ai avoué à diverses Personnes
avant qu'il commençât à faire du bruit ; c'est
la bonne foi avec laquelle j'ai donné mon
Manuscrit à lire à quelques amis , qui ne
m'en ont fait qu'une critique fort légere ; .
c'est l'ingénuité avec laquelle j'ai présenté
moi- même l'Ouvrage à l'autorité publique
pour être muni d'Aprobation et de Privilé
ge ; c'est enfin la sécurité où j'ai toûjours été
sur le succès de l'Ouvrage . Il faisoit déja du
bruit , et je n'en voulois rien croire. Quelques
amis m'en faisoient craindre des suites
désagréables , et je ne pouvois me le persuader.
Peut - être l'illusion dureroit- elle encore ,
si je n'avois été enfin déſabusé par des autorités
JUIN
1739 1069
1
rités respectables , que je ne pouvois foupçonner
de prévention, ni de mauvaise volonté.
Apellez comme il vous plaira,MONSIEUR ,
cette espece de simplicité si singuliere : mais
quelque nom qu'on puisse lui donner , ce
n'est après tout que simplicité ; et si je suis
assés heureux pour que le Public me rende
cette justice , j'ai lieu d'espérer qu'en condamnant
l'Ouvrage il pardonnera à l'Auteur,
et qu'après m'avoir jugé avec une sévérité
contre laquelle je ne réclâme point , il me
plaindra avec encore plus de bonté .
Du reste , MONSIEUR , Soyez persuadé , je
vous prie , qu'en m'expliquant avec vous
comme je viens de le faire , et en vous marquant
le désir que j'ai que vous n'en fassiez
point aux autres un secret , je n'ai point eû
d'autre vûë que celle de m'acquiter de ce
que j'ai crû devoir à l'édification publique.
Je ne cherche point à changer ma situation
présente. Quoiqu'on puisse penser qu'elle
m'est désagréable , j'y ai cependant trouvé
'des avantages qui me la rendent chere : et
ne m'eût- elle procuré que celui de penser
sainement sur l'Ouvrage que je défavoüe ,
je croirai devoir toute ma vie rendre graces
à Dieu de me l'avoir ménagée.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A la Flèche ce 12. Avril 1739.
TRA
036 MERCURE DE FRANCE
TRADUCTION de la XV. Ode du
troisiéme Livre d'HORACE : Uxor pauperis
Ibici. Contre Chloris vieille coquette.
E pouse du pauvre Ibicus ,
Quand deviendras-tu raisonnable !
N'attens pas que l'âge t'accable ,
Renonce au culte de Vénus.
La Parque de près te menace ,
Et par un contraste odieux ,
On te voit encor prendre place ,
Et te mêler avec audace
" Parmi les danses et les jeux
D'une jeunesse qui t'efface.
Que Pholoé
Suive à son gré
L'amoureux transport qui l'enchante ,
Que jusqu'à leurs retranchemens ,
Plus pétulante
Que la Bacchante ,
Elle aille assaillir ses Amans ;
Et que Nothus qu'elle idolâtre
La rende encore plus folâtre
Que n'est la Chévre dans les champs,
Tout
JUIN. 1739. 1067
Tout convient , tout sied à son âge ;
De Fleurs nouvelles se parer ,
De Vin , de plaisirs s'enivrer ,
Des jeunes ans c'est l'apanage .
Pour toi , le parti le plus sage ,
Vieille Chloris , c'est de filer
Et de songer à ton ménage.
Par M. le Coeur.
QUESTION DE DROIT.
Proposéedans le Mercure deJanvier 1739.
SECONDE REPONSE.
C
a
Aius par son Testament , légue une
somme de soo. liv. à sa Domestique ,
pour la récompenser de tous les soins qu'elle
à cûs de lui dans sa maladie ; & pour lui
assûrer le payement de cette somme , il la
délegue sur celle de 1500. liv. à lui dûë par
Titius ; quelque temps après son Teſtament,
Titius paye à Caïus cette somme de 1500 .
liv. Caïus n'en fait aucune mention sur son
Teftament , sa volonté étant toujours que
cette somme de 500. liv. soit payée à sa Domeſtique
, comme il est à croire ; car il n'a-
1.Vol. B voit
1068 MERCURE DE FRANCE
voit délegué cette somme sur celle de 1500 .
liv. dûë par Titius ,, qquuee ppoouurr lui en faciliterle
payement. Caïus meurt ; la Légataire demande
la délivrance de son Legs , les Heritiers
de Caïus le lui refusent , disant , que
son Legs est caduc , attendu qu'il est déterminatif,
& que la somme sur laquelle il étoit
à prendre , a été payée au défunt depuis son .
Testament,
›
On demande si elle n'est pas en droit en
ce cas , de reprendre son Legs sur les autres
Biens de la Succeffion , & s'il est vrai que
son Legs soit caduc.
Réponse.
Le Legs n'est point caduc , & elle est en
droit de le répeter contre l'Héritier , sur les
autres Biens de la Succeffion.
On peut dire pour les raisons de douter,
que ce Legs eft déterminatif & limitatif;
qu'il ne peut être pris que sur les 1500, livres
dûës par Titius , & que ces 1500. livres une
fois payées & remboursées à Caïus de son
vivant & après le Testament fait , le Legs
cesse & demeure sans effet , ce remboursement
étant une ademption tacite & l'extinc
tion de la créance , n'étant pas absolûment
forcée , Hic extinguitur ipsa substantia. On
peut encore raporter le Sentiment de M.
Cujas sur la L. 59. au Dig. De Legat. 3. Si
quis,
JUIN. 1739: 1069
7
quis , dit-il , legaverit quod sibi Titius debet
legata videtur actio , eamque ab Hærede cedi
oportet , nil præterea , non summam præftari
comprehensam. Il s'ensuit de ce Sentiment
que l'Heritier , dans la Question présente
auroit été obligé de consentir que la Domestique
fût payée de ses 5oo . liv . sur les 1500,
dûës par Titius , & que même il auroit du
lui en donner la facilité ; mais comme il n'eft
point tenu au - delà , & qu'il n'y a plus d'obligation
, ni conséquemment d'action , il
ne peut être contraint de payer le Legs de
500. liv.
En vain dira- t- on encore , que ce Legs est
causé pour Service , ce qui doit le rendre
favorable , puisque la Légataire n'a point
d'action , pour demander de Récompense ,
& la Donation étant volontaire , le Legs est
révoqué.
On peut aller encore plus loin ; car c'est
une Maxime constante , que si un Testateur
légue un Héritage , & que dans la suite il
l'échange , cé Legs n'a plus de lieu : la Maxime
, Subrogatum sapit naturam subrogati ,
n'ayant pas lieu dans ce cas : car la Légataire
ne peut demander que ce qui lui a été expres
sément légué.
Mais les raisons de décider sont beaucoup
plus fortes ; car dès que les Services sont
constans,le Legs est rémuneratoire, ce qui le
Bij rend
1070 MERCURE DE FRANCE
rend déja favorable. Mais il y a plus , c'est
que l'on ne doit regarder l'Affignat qui en eft
fait sur les 1500. liv. dûës par Titius , que
comme démonstratif , & le privilege spécial
sur cette somme ne déroge point au général ;
s'il y avoit dans le Teftament : Je legue 5oo.
liv. à prendre sur 1500. liv. à moi düës , &c .
cela souffriroit beaucoup plus de difficulté ,
& les raisons de douter pourroient être de
quelque poids ; mais ici ce n'est qu'une simple
démonstration, car le Testateur a légué à sa
Domestique soo liv. & ce n'eft que pour en
assûrer le payement , qu'il les a déléguées à
prendre sur les 1500. liv . â lui dûës ; c'est ainsi
qu'il s'est expliqué , & par là on voit que
son intention est qu'il légue sur tous ses
Biens ; mais que pour éviter toute discussion
avec l'Héritier , la Légataire prendra son
Legs sur la somme dûë par Titius ; d'où il
faut conclure , que si Titius ne doit plus
elle le prendra sur les Biens échûs à l'Héritier
; car c'est l'opinion commune des Docteurs
, que , pour connoître și un Legs est
démonstratif , ou déterminatif , il faut distinguer
la disposition d'avec l'execution ;
parce que si l'assignat se trouve dans la disposition
, le Legs est déterminatif & limitatif.
Si au contraire l'assignat ne se trouve
que dans l'execution , il n'est que démonsratif
, ce qui se rencontre ici, On peut
1
dire
JUIN. 1071 1739:
dire encore , que le Testateur na pas légué
spécialement soo. livres sur Titius , ce qui
doit donner à la Légataire une action contre
l'Heritier.
A ces raisons , qui suffiroient pour décider
en faveur de la Légataire , se joint l'autorité
d'un Arrêt du Parlement de Bordeaux
raporté dans la premiere Partie du Journal
du Palais , par lequel on a jugé , que la Loi
Si unquam de revoc. Donat. n'avoit point lieu
au préjudice d'une Donation faite pour récompense
du Services , & que la survenance
d'Enfans n'anéantissoit point la Donation ;
il est vrai que les Services étoient constans ;
car une pareille Donation n'est traitée favorablement
, que parce qu'on la regarde comme
præmium eximii laboris. Ainsi si la survenance
d'Enfans n'a pas empêché l'effet d'une
telle Donation , à plus forte raison les
moyens de l'Héritier ne prévaudront - ile
pas contre le Legs.
BEUVILLE , Avocat.
Bij
MAT072
MERCURE DE FRANCE
į į į į į į į į į į į į § § § . § . §
MADRIGAL ,
A une Dlle qui invitoit l'Auteur à décrire en
Vers une Fête où ils se trouverent ensemble.
Quoiqu'en Vers aisément je vous fasse ma cour ,
Vous me dites en vain qu'il faut que je m'aprête
A chanter la superbe Fête ,
Que Damis à Talant nous donna l'autre jour.
Eh ! comment voulez-vous qué ma Muse décrive
Tout ce qui s'est passé dans ce séjour si doux ?
Tandis que vous étiez à tout voir attentive ,
Je vous voyois , Camille , & ne voyois que vous.
Par M. C. **
LETTRE écrite de Rome le 24.
1739. sur les Horloges Françoises
Italiennes.
Avril
Ous lûmes dernierement , Monsieur
Ndansle Mercure du mois de Fevrier
1739. un Mémoire de M. Julien , dans le-
'quel nous sommes attaqués ; nous vous
prions d'inserer dans votre Mercure la Réponse
J.UIN. 1739: 1673
ponse ci -jointe. Peut-être que M. Julien
vous envoyera quelques Lettres que nous
lui écrivimes autrefois familierement
comptant pas qu'elles dûssent jamais paroître
; vous pouvez , si vous le jugez à propos,
les inserer dans le Mercure , en n'omettant
rien de ce qui regarde la matiere , mais nous
vous prions de retrancher toutes les autres
bagatelles qui pourroient faire de la peine à
M. Julien. Nous sommes , M. &c.
******* ***********
REPONSE de deux Mathématiciens , an
Mémoire de M. Julien , inseré dans le
Mercure du mois de Fevrier 1739.
I
Ly a quelque temps qu'il s'éleva à Roma
une dispute entre quelques Particuliers ,
touchant la préference que l'on devoit donner
à l'Horloge Françoise sur Italienne . Les
uns , qui avoient M. Julien à leur tête , prétendoient
que deux Horloges , l'une Françoise
, & l'autre Italienne , parfaitement conformes
dans leur révolution journaliere ,
étant une fois d'accord , conviendroient tellement
ensemble dans la suite , que sans toucher
à l'Horloge Italienne , elle marqueroit
toujours 24. heures au coucher du Soleil , ou,
ce qui revient au même , une demi- heure
après le coucher du Soleil , comptant dans
celle
Bij
1074 MERCURE DE FRANCE
celle- ci , les heures à la maniere Italienne
d'un coucher à l'autre , & dans celle -là , à la
maniere Françoise , c'est- à- dire , d'un midi
à l'autre. Les autres soûtenoient au contraire
, que pour cela il étoit nécessaire de toucher
à l'Horloge Italienne . Ce dernier sentiment
étoit le nôtre , & celui de tous les
Astronomes , confirmé par M. Cassini , qu'
on consulta sur cette matiere . M. Julien ,
dans le Mémoire que nous venons de citer,
propose une autre question , à laquelle il
aplique la réponse que les Astronomes consultés
avoient faite à celle que nous venons
'd'exposer , & il en conclut qu'ils sont tous
dans l'erreur. Voici les raisonnemens dont
nous nous servions , pour démontrer qu'il
falloit dans le cas proposé , avancer ou retar
der l'Horloge Italienne.
Nous suposons d'abord , comme reçû de
tout le monde , que les jours comptés depuis
un midi jusqu'à l'autre midi , sont toujours
égaux , parce que la difference en est si pe
tite , qu'on la néglige dans l'usage civil . Le
Soleil se couche tous les jours dans differens
Points de l'Horizon : Suposons donc qu'il se
couche aujourd'hui dans un Point donné de
l'Horizon ; & faisons passer par ce Point un
Cercle horaire , ce Cercle dans la révolution
de la Sphere retournera le jour suivant au
même Point de l'Horizon , & le Soleil qui
avance
JUIN.
1075 1739.
avance dans l'Ecliptique , ne se trouvera pas
avec ce même Cercle horaire sur l'Horizon ,
car ce Cercle horaire coupe PEcliptique dans
le même Point , où étoit le Soleil au coucher
du jour précédent ; donc le Soleil arrivera
à l'Horizon plûtôt ou plus tard que ce Cercle
horaire , & par conséquent le temps compris
entre le coucher du jour précédent &
celui du jour suivant , n'est point égal au
temps compris entre le moment où le Soleil
se trouve dans le Méridien , & le moment
où il retourne au même Méridien , puisque
tout Cercle horaire est un Méridien. Nous
ajoûtions que c'étoit le sentiment des Astronomes
, qui , pour éviter ces inégalités , n'ont
point voulu commencerle jour par le lever ou
le coucher du Soleil, mais par le midi, comme
on peut le voir dans l'Aftronomie du P. Tacquet
, Scolie de la page 55. & dans les autres.
Suposant donc que l'Horloge marque exac →→
tement dans une de ses révolutions , le temps
qui s'écoule depuis un midi jusqu'à l'autre ,
elle ne peut marquer exactement par la méme
révolution , le temps qui se passe depuis !
un coucher jusqu'à l'autre , puisque ces deux
temps sont inégaux , comme nous venons de
le démontrer Done si l'Horloge Italienhe
marque dans une de ses révolutions le temps
qui s'écoule d'un coucher à l'autre , il faudra
nécessairement y toucher pour l'accorder
'B.v. aves
1076 MERCURE DE FRANCE
avec l'Horloge Françoise , qui marque le tems
qui se passe depuis un Midi jusqu'à l'autre.
>
Nous faisions encore un autre raisonnement
facile et à la portée de tout le monde ;
le voici en peu de mots. Suposons que
deux Horloges , l'une Françoise , et l'autre
Italienne , fassent leur révolution dans le
même temps , et que vers l'Equinoxe du
Printems , on compte 6. heures après Midi
sur l'Horloge Françoise au coucher du Soleil
, et 24. heures sur l'Horloge Italienne.
Les jours augmentant continuellement jusqu'au
Solstice d'Eté , quelques semaines
après l'Equinoxe, on comptera 6. heures après
Midi sur l'Horloge Françoise , quoique le
Soleil soit encore sur l'Horison , et que par
conséquent il ne soit point encore 24 heures,
en comptant 24. heures au coucher du Soleil.
Sur tout cela , M. Julien , dans un écrit
qu'il nous envoya dernierement , nous renvoye
au Colombat , pour prouver que le
temps qui s'écoule d'un Midi à l'autre , est
égal au temps qui s'écoule d'un coucher à
l'autre , nous nous en tenons volontiers à
cette autorité. Il est vrai que vers les Solstices
, il n'y a pas
a pas de difference sensible entre
ces deux temps ; mais si l'on prend quel
qu'autre temps de l'année qu'on voudra , le
Colombat est tout- à - fait oposé à M. Julien .
Par exemple , le premier de Mai , le Soleil
se
JUIN. 1739.
1077
se couche à 7. heures 15. minutes , et le second
à 7. heures 17. minutes ; il y a par conséquent
deux minutes de difference entre
le temps qui s'écoule d'un coucher à l'autre
et celui qui se passe d'un Midi à l'autre ,
puisque d'un Midi à l'autre , il n'y a que
24. heures , et que depuis 7. heures 15. minutes
du soir jusqu'à 7. heures 17. minutes ,
il y a 24. heures et 2. minutes. Cette difference
s'accumule tous les jours.
Au reste , cette question nous paroît si
claire et à toutes les personnes tant soit peu
entendues dans ces matieres , que nous ne
voulons point perdre de temps à répondre
davantage aux Ecrits dont nous menace M.
Julien.
htt
ເ
MADRIGA L.
I Mmense et sombre-nuage
Dont tous les Cieux sont converts ,
Par ta fuite rends hommage
A la Beauté que je sers :
En faveur de son voyage .
Suspens tes eaux dans les airs ;
Ou , s'il n'est pas en toi de retenir l'orage
Dirige sur moi seul tous tes petits ruisseaux ,
機
1078 MERCURE DE FRANCE
Ne crains point de percer ni ma peau ni mes os
Pénetre- moi , fi tu veux , juſqu'à l'ame ,
Quand fur mon coeur tu devrois t'épuifer ,
Tu ne fuffirois pas pour éteindre la flâme
Dont fes yeux ont fçû l'embrafer.
Par M. P. D. C. D.
LETTRE de M. D. L. R. écrite à M.
l'Abbé Le Fournier , de l'Abbaye S. Victor
de Marseille , de l'Académie Royale des
Belles Lettres au sujet d'une Edition des
Lettres de François Malaval , &c.
I de donner auPublic lesLettres de notre
fçavant Aveugle de Marseille , & celles qui
lui ont été écrites pendant le cours d'une
fort longue vie , par des Personnes de considération
, ou par des Sçavans distingués, de
l'Europe. Je suis même engagé là- dessus envers
le Public par ce que j'ai dit de cette entreprise
dans le Mercure de Janvier 1729.
Ensorte , M. que vous avez un double droit
de me demander aujourd'hui , ce que j'ai
fait jusqu'à present , & ce que j'espere de
faire , pour l'entiere exécution de mon Projet.
C'est sur quoi je vais tâcher de vous satisfaire
dans cette Lettre. Après
L est vrai , Monsieur , que j'ai entrepris
JUIN. 1077
1739.
Après avoir donné l'Eloge de M. Malaval,
décédé au mois de Mai 1719 , à l'age d'environ
92 ans , dans le Mercure de Juin 1723 .
Je m'apliquai avec beaucoup de foin à la
recherche de fes Lettres , & de celles des
Sçavans avec lesquels il a été en commerce!
Ma premiere idée fut de m'adresser aux
R. R. P. P. Feuillans de Marseille , Propriétaires
de la Bibliotheque & de tous les Papiers
du savant Aveugle , suivant ses dernieres
dispositions. Je le fis par l'entremise de
M. l'Abbé de Vaccon , Chanoine de la Cathedrale
, neveu de l'ancien Evêque d'Apt
& frere du dernier Evêque de Viviers. Cet
Abbé , Amateur des Lettres , obligeant , &
officieux Ami , me donna d'abord de grandes
esperances : je conserve encore ses Lettres.
On travaille , me disoit-il , par
»
ور
celle
du 8. Novembre 1723 , à vous procurer
» incessamment les Lettres & les Ecrits qu'a
» laissés M. Malaval : comme il amassoit
» tout , il y a beaucoup de choses inutiles
parmi ses Papiers , qu'il faut feparer d'avec
» ce qui vous convient. Une autre Lettre du
17 Fevrier 1724. portoit ce qui suit. Les
PP. Feuillans m'ont déja ramassé plusieurs
Ouvrages de M. Malaval : les uns sont
parfaits , les autres ne le sont pas. Man-
» dez-moi par quelle voye je pourrai vous.
» envoyer tout cela , qui formera un balot
assés embarrassant , &c.
ود
"
Vous
ر د
1
180 MERCURE DE FRANCE
» Vous jugez bien , Monsieur , ce que je
dûs répondre à cette Lettre , & que l'en.
" voi du balot , pour lequel je donnai toutes
sortes de facilités , n'a jamais tenu à
» M. l'Abbé de V. ni à moi.
Il se passa deux ans entiers , fans que je
fusse plus avancé dans ma recherche du côté
des P P. Feuillans , lorsque mon officieux
Abbé m'écrivit , que ces Religieux avoient
actuellement chés eux leur R.P. Provincial .
fans l'aveu & la permission duquel il n'étoit
pas possible de consommer l'affaire en queftion
, me conseillant de profiter de l'occa
fion , & de m'adresser directement à ce
Superieur.Je profitai de l'avis & du conseil: la
Lettre que je me donnai l'honneur de lui écri
re fût bien recuë , & voici la Réponse prompte
& obligeante qui me vint de sa part.
» Monfieur , que nous vous fommes obligés
de vouloir bien vous interesser pour
un Bienfaicteur , dont la memoire nous
nest si précieufe ! Je ne doute pas , Mon-
» sieur , que vous ne la fassiez revivre géné-
» reusement. Votre nom feul , fi connu
par
>> mi les Sçavans , m'en répond , & je fuis
» très convaincu que la Providence vous a
confié ce grand Oeuvre .
» Mais quand je pense aux fentimens de
» pieté , où j'ai vû fi fouvent ce Serviteur
de Dieu aux pieds des Autels , permettez-
» moj
JUIN. 1739. 7.081
»moi de le dire , Monsieur , je ne fçais fi
"toutes les plumes des hommes peuvent
exprimer ce qu'on voyoit , ce qu'on fen-
» toit même , que Dieu opéroit en lui.
99
» M. Malaval étoit mon ami particulier ;
j'ai eu l'avantage de le consulter durant
quinze années de fuite , & dans un temps.
» où me trouvant engagé à la Superiorité ,
» à la Prédication & à la Direction , dans
» un âge peu avancé , j'avois extrémement
» besoin de fes conseils. Je les ai toujours
» trouvés fi fages, fi fensés, fi fçavans même,
lorsque le fujet le demandoit , que je bénis
" tous les jours la Providence de m'avoir
≫ procuré un Maître d'une Erudition fi pro-
» fonde , & d'une pieté fi folide ; heureux
» fi je fçais en faire un bon usage !
"
23
» A l'égard des Papiers que vous me de-
» mandez , M. il y en a la charge d'un mu-
» let , & fur toutes fortes de matieres. Je
» vous dirai même qu'ils ne font pas encore
» trop bien rangês , une petite Communauté
» de quatre ou cinq Religieux , qui a effuyé
» tous les malheurs de la pefte , qui eft
"
chargée de beaucoup d'Offices , des foins
» d'un Temporel , & du fervice du Public ;
» n'a pas beaucoup de temps de refte ; mais
» faites- moi la grace , M. de me dire sur
» quelles matieres vous éxigez ces Papiers ,
» & je prendrai toutes les précautions neces-
» saires
1882 MERCURE DE FRANCE
» saires pour vous les faire tenir ; je dis tou
tes les précautions , parce qu'il faut que
»j'en écrive à notre R. P. Général , les Meu-
» bles Propres d'un Monastere ne pouvant
» être divertis fans fa permiffion , encore
n'eft- elle que provifionnelle , & il faut
après cela qu'il in fasse aprouver au Chapi-
» tre Général , ce sont nos Loix.
وو
" Ce qui me fâche beaucoup , M. c'est
" que je suis obligé de partir inceffament
"pour Lyon ; j'ai pourtant déja écrit pour
»votre affaire , à notre R. P. Général , qui
» est à son Abbaye , près de Toulouze ,j'aurai
" sa réponſe dans une quinzaine de jours ;
» & comme je ne doute pas qu'elle ne soit
» favorable , j'aurai l'honneur de vous en
» écrire à Paris , & je n'oublirai rien pour
" exécuter vos ordres , & sur cela , & sur
» tout ce qu'il vous plaira me commander.
Je fuis , M. avec beaucoup de respect ,
» Votre très-humble & très obéïllant fervi-
Pro
» teur , figné F. Jacques de faint Juft ,
" vincial des Feuillans.
A Marseille , le 7. Ottobre 1726.
En attendant le fuccès de ces favorables:
dispofitions , voyons , Monfieur , celui qu'eut
une Lettre que j'écrivis presqu'en même
temps au R. P. Malaval , Dominicain , &
digne Neveu de notre illustre Aveugle . On
m'avoit
JUIN 1739. 108
m'avoit affuré que ce bon Religieux avoit
entre les mains quantité de fes Papiers. Il en
convint à la réception de ma Lettre ; & fçachant
l'usage que je me propofois d'en faire,
il remit , le plus gracieusement du monde ,
ceux dont je vais vous parler à M. l'Abbé
de Vaccon, qui me les fit tenir à la premiere
occafion.
Je dois mettre à la tête de tout , un Re
cueil d'environ 120 Lettres d'érudition , de,
pieté , d'amitié , & c. écrites par M. Malaval
à diverſes Perſonnes , depuis l'année 1648
juſqu'en 1662. Ce Recueil forme un petit
Vol. in 4° . relié en parchemin , & me fait
juger que notre Sçavant gardoit des Copies
de tout ce qu'il écrivoit à fes Amis , ou que
ce que j'apelle Copie , étoit peut - être l'Original
même des Lettres qu'il dictoit à ſon
Secrétaire , lefquelles celui-ci ne faisoit que
transcrire , & mettre en meilleure forme
quand il étoit queftion de les envoyer. Quoi
qu'il en foit , ce Recueil me fit un extrême
plaifir ; car sans cela je n'aurois pas encore
dix Lettres de M. Malaval en ma poffeffion.
Quelques-unes de celles dont je viens de
parler font écrites en latin.
Ce précieux Recueil étoit accompagné
d'environ cent Lettres originales , tant de
M. Malaval , que de plusieurs Personnes de
toutes fortes d'Etats ; elles font extrémement
honneur
4
1084 MERCURE DE FRANCE
honneur à sa Mémoire , & peuvent servir à
éclaircir, & à illuftrer son Hiftoire Litteraire ,
outre le profit qu'on en peut tirer du côté
de l'inftruction , s'agiffant presque toujours
de quelque matiere de Religion , d'Hiftoire,
de Critique , &c. fans compter beaucoup
d'Anecdotes & c.
Parmi ces Lettres , qui commencent à
Pannée 1659 , & finiffent à 1714 , il y en a
du Cardinal Bona , du Cardinal le Camus ,
des Evêques de Vaifon , Suarez , de Comminges
, de Sifteron , de Cavaillon , de Nîmes
, Flechier, de Marſeille, Vintimille , d'Agen
, de Gap , de Graffe, Megrigni , des Généraux
des Chartreux , des Feuillans , des
Servites , du Commandeur de Cujes , Glan
deve , qui paroît avoir été l'Ami de coeur
de notre Sçavant ; de Meffieurs Deftoublon,
Robias, d'Argenfon, depuis Garde des Sceaux,
Begon , Intendant des Galeres , puis de Rochefort
, du R. P. de la Chaize , de l'Abbé
de la Chambre , du P. Theophile Raynaud ,
de M. Moreri , du P. Noël Alexandre , du
P. Cabaffut de l'Oratoire , de M. Maggliabechi
, de M. Rigord , & d'autres Personnes
de Lettres, diftinguées , malgré même la diverfité
de Religion , comme Mrs Juſtel ,
Spon &c. & autres habiles Proteftans.
›
Cette acquifition , au refte, qui a commené
à m'enrichir, & que je dois toute, comme
je l'ai
JUIN. 17393 1089
Je l'ai dis , au zele & à la politeffe du R. P.
Malaval , n'a encore fervi qu'à me faire afpirer
au recouvrement du Trésor entier , par
les differentes lumieres qu'elle m'a données ,
& que je n'avois affurément pas , lorsque j'ai
fait l'éloge de M. Malaval , & que j'ai com
mencé la Recherche de tout ce qui pouvoit
regarder ce Sçavant.
J'ai tiré ma principale Inftruction d'un
Mémoire écrit par le P. Malaval , qui accompagnoit
tout ce qu'il a bien voulu m'en
voyer. C'eft proprement un Sommaire Historique
de la Vie & des Ouvrages de son illuftre
Parent, tant imprimés que manuscrits.
C'eſt par ce Mémoire que j'ai apris , entre
autres chofes , les Particularités fuivantes,
& qui ont un raport direct à mon Projet.
1º. On y cite un Cahier des Lettres écrites
à fon Neveu , Novice , remplies d'avis falutaires
, & d'une folide pieté. 2°. Plufieurs
Copies de Lettres écrites par M. Malaval aux
Cardinaux d'Etrées , Le Camus , & de Janfon
, à l'Archevêque de Paris , aux Evêques
de Comminges , de Marfeille , d'Apt &c.
. Deux Lettres particulieres par lui écrites
à l'Evêque d'Apt, Forefta , qui juftifient combien
fes fentimens étoient éloignés de ceux
de Molinos , qu'il condamne dans tous fes
principes , & conféquences , déclarant en
même temps fa parfaite foumiffion aux Dé-
3 .
crets
1086 MERCURE DE FRANCE
crets de l'Eglife , aux Deciſions des Papes &c.
Il fe plaint dans les mêmes Lettres de la dureté
avec laquelle M. Boffuet , Evêque de
Meaux l'a traité dans fon Livre , & dans fon
mandement fur la matiere en queftion.
4°. Plufieurs autres Lettres écrites à des
Perfonnes de la premiere diſtinction , parmi
lefquelles il y en a deux , l'une écrite au Pape ,
l'autre au Roy Louis XIV. au ſujet des bruits
qui s'étoient répandus à fon défavantage depuis
la condamnation du Livre de la Pratique
de la Contemplation &c. fuivie de l'Explication
& de la Juftification de fes fentimens
, qu'il avoit publié , avec la Déclaration
d'une entiere foumiffion à l'Eglife , aux Décrets
du S. Siege & c.
5°. Lettres écrites à la Superieure & aux principales
Officieres du Monaftere des Urfulines
de la petite Ville de Barjol , dans lef
quelles notre Pieux Sçavant leur trace à chacune
les juftes idées de leurs differens Emplois.
6º. Autre Cayer de Lettres édifiantes écri
tes à differentes Perfonnes de pieté , ou d'une
Erudition particuliere. 7. Autre Cayer de
42. Lettres fpirituelles. 8 °. Plufieurs autres
Lettres de Pieté & de Litterature , écrites à
M. de Caftelane Seigneur d'Auzet , &c.
9. Une Lettre de près de 30. pages , adressée
à un Curé du Diocèse de Marſeille , conJUIN.
1739. 1087
tre la Neutralité , en fait de Religion.
Je ne parlerai point ici , Monfieur , des
Ouvrages , tant imprimés que Manufcrits
de la Compofition de M. Malaval , qui font
mentionnés dans le même Mémoire , qui accompagnoit
ce que le P. Malaval eut la
bonté de m'envoyer de Lettres manufcrites :
parce que ces Lettres , & non les autres Ouvrages
, font l'unique objet de mon Entrepriſe.
Le dernier Article de ce Memoire acheve
de m'inftruire pleinement , & me prouve
deux chofes ; la premiere , que le P. Malaval
ne m'a envoyé qu'une partie des Lettres de
fon Oncle , qui font entre fes mains , ou
en celles de la Famille . La feconde , que les
R R. Peres Feuillans de Marfeille font poffeffeurs
de la principale partie de l'Heritage
litteraite de l'illuftre Défunt. Vous en jugerez
, M. par les termes du Mémoire , qui
finit ainfi :
"
» C'eſt tout ce qui nous refte des Ouvra
»ges manufcrits de M. Malaval : Les R. R
»P. P. Feuillans de cette Ville , heritiers de
»fa Bibliotheque,, pourront en fournir plu-
»fieurs autres. J'oubliois qu'il nous refte
» encore entre les mains quantité de Lettres
écrites à M. Malaval par des Perfon-
» nes de la premiere diſtinction , qui l'eſti-
» moient infiniment : il y en a une , entre
autres !
1088 MERCURE DE FRANCE
» autres de la Reine Chriſtine de Suede , rem-
» plie de marques d'une haute confidération.
Elle eft datée du 28. Octobre 1692 , &
» plufieurs du Cardinal Cibo , qui font pareillement
beaucoup d'honneur à fa mé-
>> moire .
Vous me demanderez , fans doute , Monfieur
, & il eft temps que je vous prévienne ,
en achevant de vous rendre compte ; vous
me demanderez , dis-je , fi j'ai eu foin de
tirer de M. Rigord , mon Compatriote , &
mon Ami particulier , les Lettres en trèsgrand
nombre qu'il a reçues de M. Malaval,
pendant une liaifon des plus étroites , laquelle
a duré plus de 40. années , & n'a été
interrompuë que par la mort.
Helas ! Monfieur , c'eft peut- être la premiere
penſée qui m'eft venue , après avoir
formé l'Entrepriſe dont il eft ici queſtion :
mais penſée infructueufe & demeurée fins
éxécution par les differentes circonstances
où nous nous fommes trouvés , cet illuftre
Ami & moi. D'abord M. Rigord me promit
tout ce que je pouvois defirer là- deffus
loüant mon deffein & c . c'étoit peu de temps
après le décès de M. Malaval , & alors il
étoit Subdélegué de l'Intendant de Provence
à Marſeille , c'eft- à- dire , chargé de beaucoup
d'affaires , que fon zele pour le fervice
du Roy , & pour le bien public multiplìoit
encore
>
JUIN.
1089 1739
Encore beaucoup par malheur la contagion
affligea Marſeille l'année d'après , vous fçavez
, M. à quel point fut portée cette calamité
publique , & le temps qu'elle dura ,
vous fçavez aufli que les travaux de M. Ri
gord n'eurent alors plus de bornes . Il fallut
par neceffité laiffer paffer toute la cataſtro
phe , avant que de remettre ma demande &
fa promeffe fur le tapis.
C'est ce que je fis , M. dès que la discré
tion pût me le permettre , mais je ne fus pas
plus avancé. Notre infatigable Subdélegué ,
qui avoit la confiance de la Cour , & celle
qui
de l'Intendant, faifoit alors des arrangemens,
pour reparer les maux paffés , & pour éviter
ceux qui pouvoient furvenir , ce qui fit traîner
en longueur , & enfin échouer l'opération
qu'il m'avoit promiſe.
19
» Vous ignorez , fans doute , m'écrivit- il
» un jour , en répondant à une de mes Let-
» tres un peu preffante , que tous mes Pa-
» piers de Litterature font contenus dans
» cent cinquante Portefeuilles , tous arran
gés felon l'ordre des Matieres. Les Lettres
« de M. Malaval ont fuivi neceffairement
» cet ordre , ainfi il s'agit de les chercher
" en differents endroits , de les lire de nou-
❞ veau pour ne vous rien envoyer d'inu
» tile ; & enfin de vous faire copier tout ce
» qui me paroîtra digne d'entrer dans votre
>> Recueil
ود
›
Logo MERCURE DE FRANCE
Recueil. Vous voyez quel temps & que
» loiſir cela demande . J'ai , par malheur, un
fort honnête homme de Secrétaire , mais à
qui il faut paffer , en faveur de fa probité ,
» une grande ignorance , furtout de notre
Langue , & une Ortographe barbare , de
forte que je fuis obligé de lui dicter , nonfeulement
les mots , mais très-ſouvent les
» lettres de certains mots , &c. c'eſt à quoi
» on eft réduit dans les Provinces & c.
?
Qu'est- il arrivé de ce temporiſement , &
'de ces difficultés : c'eft , Monfieur , que M.
Rigord , avec toute fa bonne volonté , &
toute fon amitié , eſt enfin décedé, fans me
rien envoyer , mourant comme il avoit vécu
le 20. Juillet 1727 , c'eſt-à- dire la plume à la
main , & fe facrifiant pour le Public.
Selon fes dernieres difpofitions , fa Bibliotheque
eft entrée dans celle de M. Le Bret
P. Préfident , & Intendant de Provence , lequel
avoit déja acquis fon Cabinet de Médailles
; & tous fes Papiers de Litterature
de toute efpece , ont été remis aux R. R.
P. P. Jefuites de la Maiſon de S. Jaume, de
Marſeille .
En faisant mes Complimens de condoléance
à fa Famille , j'expofai en particulier
au P. Honoré Rigord , Jefuite , fon Frere
ce qui s'étoit paffé entre nous au fujet des
Lettres de M. Malaval &c. priant ce Pere de
vouloir
,
JUIN. 1739.
1091
vouloir bien entrer dans mes vûës , & de
reparer , autant qu'il le pourroit , la perte .
que je venois de faire , en me procurant le
tout ou partie de ce que M. fon Frere m'avoit
promis. Le P. Rigord me répondit le
plus obligeamment du monde , & m'envoya
même quelques Papiers , mais non pas de la
qualité de ceux que je demandois , me priant
cependant de les lui renvoyer quand je m'en
ferois fervi . C'eft de quoi je me fuis acquité,
en remettant ces Papiers au R. P. Rigord ,
fon Neveu , Jefuite du College de Louis
Le Grand , l'Oncle Jefuite étant décedé à
Marſeille depuis ce temps - là .
>
Enfin je m'avifai de m'adreffer à M. le
Préſident de M. dont l'illuftre Pere , Confeiller
au Parlement d'Aix , avoit été en
grande relation avec M. Malaval , lequel a
eû la bonté de me promettre des Copies de
tout ce qu'il a entre les mains de Lettres intéreffautes
de notre fameux Aveugle , & je
puis affûrément compter fur cette promeffe ,
dont l'éxécution a été interrompuë par un
voyage d'Italie &c.
Voilà , Monfieur , un compte exact de
toutes mes démarches fur le fujet en queftion
, & l'état où je me trouve actuellement
par raport à mon Projet. J'efpere que vous
youdrez bien m'aider de vos confeils , dans
ces circonstances , peut-être même de votre
Vols I. C Minis1092
MERCURE DE FRANCE
part
Ministere. Les R R. Peres Feuillans sont du
District de votre Abbaye , vous pourriez les :
à me faire
engager
des Lettres qu'ils ont
entre les mains , laissant à part tout ce qui.
de mon Projet , suivant que je m'en
étois expliqué avec le R: P. Provincial, dont
vous avez vû la Lettre &c. Mais en voilà
bien assés fur ce sujet .
n'est pas
Je suis bien aise que vous ayez reçu le vis
Tome des Annales Benedictines . Vous aurez
été frapé , sans doute , du travail immense
de Dom Martene , Editeur de ce nouveau
Volume , et qui a et qui a ajoûté beaucoup de
choses singulieres de son propre fonds, malgré
son âge d'environ 85. ans. Le Trait qui
concerne la beauté de Pontia , Abbesse de S.
Sauveur de Marseille , circonstance particulierement
exprimée dans la Charte de son
Election de l'Année 1040. ne vous aura
point échapé.
, Au reste , Monsieur , Dom Martene en
parlant de l'Abbaye que je viens de nommer
, avoit trouvé une occasion bien favorable
, et toute naturelle , de retracter , du
moins de rectifier, ce qu'il a écrit de bonne
foi dans son Voyage Littéraire , au sujet des
Lieux soûterrains de cette Abbaye &c . Lisez
ce que j'ai déja écrit là-dessus dans le Mercure
de Septembre 1722. page 36.Je suis,&c.
A Paris , le 1. May 1739.
POUR
JUIN.
1093 1739.
1
POUR Mlle de S.... par le Chevalier de
S. Hubert , Capitaine de Cavalerie.
OMUS voyant que son Empire
MOM
Perdoit de son autorité ,
M'envoya chercher , pour me dire ,
Que non loin de cette Cité ,
Dans un séjour où tout rapelle
Les jours heureux des premiers temps ,
Séjour , où l'aimable Printemps
Est annoncé par Philomele ,
Je trouverois une jeune Beauté ,
Digne de regner à Çithére ,
Qu'il m'ordonnoit de nommer Chanceliere
De fes Etats : je m'en suis acquité.
Depuis ce jour, Momus voit la Victoire ,
Grace à son jeu badin, marcher sous ses drapeaux ;
Mais , d'éterniser sa mémoire
Je me mêlai mal à propos ;
C'eft aux dépens de mon repos
Que j'ai travaillé pour sa gloire,
A Beauvais , ce 3. May 1739.`
C ij
SE
1094 MERCURE DE FRANCE
SECONDE LETTRE de M. l'Abbé
le Beuf, Chanoine d'Auxerre , au sujet
des Poësies de Pierre Grógnet.
Il est juste,
Lest juste , Monsieur , de vous tenir la
parole que je vous ai donnée , de faire
passer entre vos mains la Liste rimée des
anciens Poëtes , dont Grognet a orné son
Recueil. J'apelle ce Catalogue une Liste
rimée , plûtôt qu'une Poësie : vous y verrez
que l'Auteur ne se gêne pas extrêmement ,
pour varier sa rime , de maniere qu'elle
puisse contenter les esprits difficiles. La répetition
du même mot dans un autre sens ,
fait souvent tout le fond de sa variété ; et
pour y parvenir , if est obligé de produire
des pensées qui paroissent assés grotesques,
Vous en jugerez vous-même .
Grognet , après avoir parlé de quelques
Poëtes plus anciens que lui , nomme ses
contemporains , et surtout ceux qui vivoient
dans son Pays. Je vous avoüerai que sans
lui , ces derniers me seroient restés inconnus
quoique j'aye bien feüilleté les Bibliotheques
de l'Auxerrois. Les Poësies de
tous ces gens - là sont aparemment tombées
dans l'oubli , à mesure que les Livres se
sont usés , à force d'être lûs,
Pour
JUIN. 17397 1095
Pour ce qui est de mon Exemplaire des
Poësies de Grognet , il est à l'épreuve des
mains les plus fortes , étant imprimé sur du
parchemin très - épais ; c'est une précaution
qui est utile à l'égard des Livres portatifs , et
qu'on ne met cependant guére en usage aujourd'hui
, qu'à l'égard des Livres de l'Office
Divin. Je souhaite que la Liste que je vais
donner,puisse attirer de la part des Curieux
répandus dans Paris , et dans les Provinces ,
quelques Notices de ces Poëtes obscurs.
Peut être y en a - t'il parmi eux un grand nombre
qui ont travaillé pour ces Pieces , qu'on
apelloit anciennement les Mysteres. Ainsi
ceux qui écrivent sur l'ancien Théatre François
, pouvant les revendiquer , doivent aussi
les connoître.
De la LOUANGE et excellence des bons
Facteurs qui bien ont composé en rime ,
tant de-çà que de-là les Monts.
PLusieurs ont été bons Facteurs
Et de maintz Livres vrays Auteurs ;
Et premier Maistre Alain Chartier
De mains bons propos est chartier.
Mechinot a fait les Lunettes
Des Princes , et Sentences nettes ,
Bien moralles sans pallier ,
C iij
1096 MERCURE DE FRANCE
Et George aussi l'avanturier.
Dentes je mectz en ma rubriche
Pource que son sens est moult riche ,
D'Enfer parle et de Paradis :
Théologie est moult en ses dictz.
Aussi Petrarque Florentin
Bon Facteur vulguaire et Latin.
Jean Bocace n'est des derniers
Maints Livres a fait singuliers.
Seraphin natif d'Ytalie
Etoit de bonne Poësie ;
Glaume Loris fit le Romant
De la Rose subtilement
Avecques Maistre Jehan de Mun.
Mais point n'est utile au commun ,
Comme témoigne Jehan Gerson
Qui des vertus avoit le son .
Quant au regard de Pathelin
Trop praticqua son pathelin .
Girard Vaillot de l'Auxerrois
Etoit Facteur Latin-François.
Maistre Françoys nommé Villon
Bien sçavoit rimer sur billon ,
Tant jours ouvriers , comme Dimenche
Quant il cerchoit ses repues franches.
Quant
JUIN.
1097 1739
Quant au regard de Coquillart
C'étoit un Composeur gaillart.
Pierre Fabry est autenticque ,
Bien le monstre en sa réthoricque.
Jehan Regnier le bailly d'Auxerre
Point ne tenoit son peuple en serre :
Des fortunes bien composa
Et en belle rime posa.
Laisser ne fault point Molinet ,
Car il a bien son moulin net ;
Et aussi Maistre Jehan le Maire
Tant prose que rithme sçait faire.
Maistre Rogier de Collerie
C'est un Docteur de collerie ;
A faire epistres et rondeaux ,
compose très -fort- beaulx. Il les
Jean Bouchet est homme sçavant ,
Point n'en voy qui aille devant.
Jehan Marot et Guillaume Cretin
Ont bien fait ouir leur retin.
Et de présent Clement Marot
Faict merveille , et Rodin Perot ,
Dudict Marot la grande doctrine
Démonstre bien sa clementine.
C iiij
Octavian
3098 MERCURE DE FRANCE
Octavian de Sainct Gelais
Virgile et Ovide en Françoys
Composa auctentiquement ,
Chacun le scet évidemment.
Maistre Martial homme saige
Fist les Vigiles en beau langaige
Du Roy Charles de grand renom
Qu'on nomme septième du nom.
Maistre Gilles nommé Cybille ,
Il s'est montré très-fort habille ;
Car il a tout traduit Thérance
Où il y a mainte Sentence .
Jehan Dupin a faict en sa vie
Champ vertueulx dit Mandevie :
Des visions bien composa
Qu'en rithme et en prose posa.
Maistre Myro et Maistre Cruche
Estoient bons joueux sans reprouche.
André de la Vigne sans erre
A faict le blason de la Guerre.
'Albin nommé des Avenelles
Bien composa bonnes nouvelles ,•
Rithmant le remede d'amours ,
Dont plusieurs ont faict grand clamours.
René Maré n'est à obmettre
Cas
JUIN. 1099
17397
Car il a bon sens et bon mettre.
Ung autre René Pelletier ,
Se dit grand maistre en ce mestier.
Et ung autre Jacques Colin
Peult estre dit Dieu Apolin :
Tant en sçavoir comme éloquence
De tel peu trouverez en France.
On l'a veu de si bel arroy ,
Qu'il est admis Lecteur du Roy.
L'esclave fortune se venge
Du sainct nombre de cette renge.
Du Pont Alais nul ne débat
Qu'il ne face à chascun esbat
Et quant à ses gentilz suppostz.
Assez disent motz à propos.
Maistre Jehan d'Ivry de Beauvois
De composer scet moult de voix ;
A Sens y a Maistre Calabre ,
Qui rithme en branche et en labre.
A tous propos sans rien obmettre ,
Tant soit en prose , comme en metre
Nous avons Maistre Jehan Bergier ,
Qui des Loix est dict grand bergier.
Robert Porcin devers Auxerre
C. x
1000 MERCURE DE FRANCE
Bien scet coucher sa rime en serre.
Mere sotte appelle Gringoire
Est dit docteur en ceste affaire.
Nul n'est homme tant soit mynchot
Qui doyve contemner Vachet ,
Car de rithmer scet la praticque
Regaillardant tout phantasticque .
De Castanea de Thoucy
Scet bien rithmer sans grant soucy ,
Tant en latin comme en francoys ,
Bon est facteur de l'Auxerroys.
Celluy Castanea rithma
François et latin estima ,
Son compendiole l'enseigne ,
Aussi faict noix , figue et chasteigne..
Guillaume Michel dit de Tours
De bien rithmer en scet les tours
Et pour se monstrer des delivres ,
Plusieurs il a traduit de livres.
Maistre Jacques Barochien
De bien composer n'en craint rien ,
Gilles Corrozet promptement
Compose bien parfaictement.
Ung autre Facteur est Bourron
Qui n'est point nourry de mourron ,
Tant
JUIN LIOI
1739
Tant du soir que du matin
Rithme en françois et en latin.
Nous avons Anthoine d'Uzès
Lequel bien parla des excès ,
L'esperon fit de discipline
Où l'on peult voir bonne doctrine..
Loys Choquet et Dadonville
Rithment aux champs et à la Ville ,
Et plusieurs autres done le nom
M'est incogneu , auront renom .
Il y auroit peut- être , M. de quoi former
un Volume entier à quiconque entrepren.
droit de donner une Notice de tous les
Personages qui sont nommés ci - dessus..
Entre les cinq Auxerrois que j'y aperçois
Jehan Regnier est connu de tout le monde ;
et on a déja fait mention de lui et de
ses Poësies , dans le Mercure de Juillet
1725. pag. 1603. Roger de Collerie a été
aussi celebré dans les Mercures depuis un
an ou environ. Girard Vaillot , et Castanea
sont des noms tout-à -fait nouveaux pour
moi. A l'égard de Robert Porcin , j'ai quelque
idée d'avoir vû son nom parmi ceux.
des Chanoines de la Cathédrale d'Auxerre ,
sous le Regne de François Premier. Il pourroit
bien avoir composé en Vers la représen
C vj tation
1102 MERCURE DE FRANCE
tation de la Vie de S. Germain qui fut jože
alors , ( c'étoit le terme dont on se servoit )
en présence de toute la Ville . Je dis ceci de
mémoire , n'ayant point ici tous mes Recüeils
, où les époques sont marquées .
*
Au reste, est - on obligé de connoître tous
ces petits Poëtes en Province , puisqu'à Paris
à peine connoît- on ceux qui y ont travaillé
il y a deux cent ans ? J'ai trouvé dans
une des Bibliotheques de la même Ville ,
un Manuscrit de Chants Royaux. Ce sont
des Vers héroïques en forme de Ballades et
toutes Poësies pieuses dont les Auteurs sont
marqués au bas des pages. Comme ce morceau
se raporte assés à celui que je viens
de produire , je vais vous nommer sculement
tous ces anciens Poëtes.
Jehan Duval.
Pierre Binel.
Julien Hebert.
Guillaume Durand.
Frere Nicole le Forestier
Julien des Hayes.
J. Dubois.
Guillaume Tyband.
Jehan Couppel.
Jean Mallard.
Innocent Tournemotte.
Jehan Baillebache , Sergent.
* A Notre-Dame. Cod. M.. 190.
JUIN
TTUL 1739
•
Mre Pierre Gaultier.
'Nicolas Vatel.
Frere Benoist Bar.
Julien le Galloys.
Pierre Benard.
P. du Doal.
Hervé Fierabras.
Maistre François Robert , Prieur:
Maistre Clement Hebert.
Nicolas Fournyer.
Genffroy le Prevost.
Nicolas Baudry.
Coppin.
Nicole Boyssel.
Henry Toulouze.
Jehan Maurice.
Nicole de Mandeville.
Romain Breard.
Robert Becquet.
Frere Nicole Le Forestier , Soûprieur des Celestins.
François Robert , Procureur.
Robert Bellanger.
Jo. le Blond , Curia Parlamenti Advocatus:
Remarquez qu'il y a trois Religieux dans
ce Catalogue et des Gens de plusieurs sortes
d'états . Le Parnasse n'a jamais été fermé à
personne ; chacun pouvoit boire aux Fon
taines de l'Hélicon.
Je suis , & c.
A Paris ce 18, Avril 1739+
104 MERCURE DE FRANCE
PLAINTES
D'Adam à Eve après fon peché , tirées
Q
de Milton.
U’ai-je fait ? Qu'as -tu fait chere , & cruelle
Epouse , ?
Quoi ! de notre bonheur es-tu si peu jalouse ?
As-tu donc oublié la grace que ton Dieu
T'a faite , en te plaçant dans cet aimable Lieu
Accablé par l'horreur que mon crime m'infpire ,
Pour la premiere fois je frémis ; je foûpire :
Une voix redoutable , interprete du Ciel ,
M'annonce au fond du coeur que je suis criminel.
Quel trouble ! je ressens les plus vives allarmes ;
En doutes-tu , perfide Ah ! voi couler mes lar
mes.
Pourquoi donc sans scrupule , au monstre seducteur
Malheureuse , ouvrois- tu les portes de ton coeur ?
Il parle contre Dieu ; tu l'écoutes ; Quel crime !
Tu fais plus , tu le crois , et tombes dans l'a
bîme.
Mais ce n'est point assés ; Abusant de ma foi ;
Tu partages ton crime , et tes maux avec moi .
A quelle triste épreuve as -tu mis ma tendresse ?
Que jevais payer cher un moment de foiblesse !
Le
JUIN
1739 TTOY
Le traître disoit bien que nous serions changés ;
Dans quel funefte état nous nous voyons plongés
Ah ! le voile est rompu , c'en est fait , nos yeux
s'ouvrent.
1
Mais quels tristes objets que d'horreurs ils dé
couvrent !
Le bien que nous perdons , et le mal qui nous
perd ,
et le Tartare ouvert ;
>
Le Ciel fermé pour nous ,
La foi , la pureté , l'honneur , et l'innocence
Nous avons tout perdu ; funeste connoissance !
Détestable sçavoir , qui par un coup fatal ,
Nous montre nos malheurs , en nous montrant le
mal !
Premiers trésors d'un coeur où regnoit la Justice
Vous êtes remplacés par l'orgueil , et le vice.
Quels monstres viennent-ils d'enfanter dans mon
sein !
D'affreufes passions j'y vois naître un essein ;
La haîne , le soupçon , le dépit qui m'enflam
me ,
Sont les tyrans cruels , les bourreaux de mon
ame ,
Qui , chargés par le Ciel du soin de me punir ,
Pour déchirer mon coeur semblent se réunir.
Et pour comble de maux , le remords infléxible
Me traîne au Tribunal d'un Juge incorruptible.
Déja le crime en nous regne de toutes parts ,
Et tout nous fait rougir , jusques à nos regards.
Ca
Fro3 MERCURE DE FRANCE
Ce corps , de mon esprit le ministre et l'esclave ,
S'érige en Souverain ; le maîtrise ; le brave ;
Et par tout où le trouble , et l'horreur me con
duit ,
Le crime me précede , et lå honte me suit.
Eh ! comment désormais de ce Dieu que j'of
`fense ,
Pourrai-je soûtenir la terrible présence ?
Helas ! Qu'attendons-nous ? dans les plus sombres
Lieux ,
Fuyons - le , dérobons notre honte à ses yeux.
Je me sens criminel , en faut- il davantage ?
Arbres , pour me couvrir , prêtez -moi votre ombrage
,
Epargnez- moi du Ciel l'importune clarté ;
Tout retrace à mes yeux mon infidelité .
Je m'abhorre , et me fuïs , Dieu , punissez un traî
tre ,
Coupable , malheureux , et trop digne de l'être.
N
REFLEXION Ș.
Ous ne nous attachons jamais fortement
, si auparavant nous n'avons reconnu
des qualités aimables dans la personne
qui nous attire , & s'il arrive que par inclination
JUIN
1739. 1107
clination notre coeur se soit laissé aller à la
douceur du penchant , nous le faisons tout
d'un coup revenir d'un choix si bizare , en
nous servant à propos des lumieres de notre
esprit.
Les jeunes gens ne sont pas ordinairemend
capables d'une véritable amitié , parce que
toutes leurs passions étant tumulteuses , ils
n'ont pas cette équité d'esprit que demande
une belle union , & par- là ils rompent tou
tes les mesures de l'amitié .
C'est un grand secret dans l'amitié, de sça
voir obliger ses amis avec des avances si gé
nereuses , qu'ils ne se lassent jamais de recevoir
les bons offices que nous leur rendons,
Ce n'est pas assés, pour devenir heureux ,de
travailler à son bonheur particulier , il faut
en chemin faisant , avoir en vûë celui des
autres ; en ne voulant être heureux qu'à condition
que les autres le soient avec nous
nous assûrons véritablement notre fortune, &
cette conduite marque à tout le monde un
amour propre bien reglé.
La subordination qui se maintient depuis tant
de siécles parmi les hommes, est le caractere
yéritable de la Divinité qui gouverne tous
Les
1108 MERCURE DE FRANCE
les ordres du Monde , sans le secours de la
quelle tout tomberoit dans le désordre &
dans la confusion .
Il y a bien souvent plus à profiter avec
'des esprits médiocres qu'avec de certains sçavans
, parce que nous concevons facilement
tout ce que les premiers nous proposent, comme
n'étant point au - dessus de nos lumieres ;
& pour les autres , ils sortent rarement
d'eux-mêmes pour descendre jusqu'à
nous , aussi ne voyent- ils jamais le point &
le degré de notre esprit , pour l'élever selon
sa portée.
comme
C'est un mauvais remede qu'une belle solitude
pour nous guérir de nos passions, nous
avons beau , pour ainsi dire , nous cacher à
nous-mêmes , il faut que notre raison s'en
mêle , si nous voulons véritablement revenir
de nos erreurs.
Il n'y a point de bride plus sûre contre
nos passions, que la Religion , elle apaise ce
qu'il y a dans nous - mêmes d'agité, elle adoucit
ce qu'il y a de farouche , elle se saisit du
coeur par les charmes d'un plaisir innocent
qu'elle inspire , & enfin après avoir assûré
nos passions contre nous -mêmes , elle nous
rend bienfaisans & officieux à tout le monde
, & jusqu'à nos ennemis.
JUI N. 17393 1109
Il y a des rencontres dans la vie, où toute
notre précaution est inutile; les pas que nous
faisons pour nous éloigner de certains dangers
, nous en aprochent, les voyes que nous
prenons pour nous en détourner , nous y
conduisent , & une fausse sûreté séduisant
notre esprit , nous fait tomber sûrement
dans le malheur que nous apréhendions.
Les belles qualités que nous recevons de
la Nature sont comme des Diamans bruts ; il
faut que l'éducation les polisse , parce que
les talents dont elle nous fait présent , ne
viennent jamais à nous dans leur perfection,
que par miracle.
Quelqu'excellent Maître que nous ayons
pour nous instruire , il ne sçauroit presque
jamais vaincre la malignité d'un mauvais naturel
; ce n'est pas la faute du Maître , mais
c'est qu'il en est à peu près de l'esprit des
hommes comme des Métaux , dont les uns
résistent au feu , les autres , au contraire , lui
cédent.
Il faut un Modele pour former un Hom
me rare , nous naissons bien pour la Vertu ,
mais nous ne naissons pas avec elle , & pour
arriver à sa perfection , il faut y être conduit
comme par la main..
Les
fin MERCURE DE FRANCE
1
Les Poëtes auroient bien fait de placer le
Fleuve Léthé dans le Palais de la Fortune 3
car aussi- tôt qu'on y est entré , on oublic
tout ; sa naissance , sa premiere condition ,
es parens , ses amis & leurs services ; enfin
on oublie Dieu , on s'oublie soi -même.
La Fortune ne sçauroit mieux décrier ses
faveurs , qu'en les prodigant à ceux qui ne
les méritent pas.
Ce qui fait que les gens riches ont beau
coup de parens & que les pauvres n'en ont
presque pas , c'est que les Généalogies chan
gent presque toujours avec la fortune.
De toutes les parties qui composent la
science de la Fortune, il n'en est point de si
nécessaire que celle qui enseigne à pénetrer
le secret d'autrui ; il faut moins sçavoir ce
qu'on pense soi-même , que ce que pensent
les autres , comme quand on jouë au Trictrac
, on doit moins sçavoir son jeu , que le
jeu de son Adversaire ; car tout le monde est
l'Adversaire d'un homme qui veut faire fortune.
Etrange condition pourtant , qui nous
oblige à regarder tous les hommes qui nous
environnent, comme nos ennemis.
Quelque aparence & quelque exemple
même
JUIN. IIIF 1739
même qu'il y ait du contraire , l'amour est
assûrément , pour faire fortune , la voye la
plus dangereuse , la plus incertaine & celle
qu'on doit le moins rechercher.
La Fortune se jouë souvent du mérite ;
mais on a souvent vû aussi que le merite se
jouë à son tour de la Fortune , & la force ;
pour ainsi dire , à le suivre.
C'est une étrange chose que la Fortuno
& le désir. Car tel a fait une fortune honnête
, qui seroit mort de joye , s'il avoit sçû
indubitablement il y a vingt ans qu'il en
viendroit là , & qui aujourd'hui meurt de
chagrin , parcè qu'il ne va pas plus loin.
Peschiamo tutti nell' Oceano , ma con diversi
ordini ; chi piglia un maggine , e chi pi '
glia una Balena.
Un homme qui se contente de ce qu'il a
ne mérite pas , en quelque maniere , ce qu'il
possede ; il faut au moins mettre la fortune
dans son tort , disent les Ambitieux.
La Fortune tient lieu de mérite à quelquesuns
, à d'autres elle tient lieu de tout.
Il est plus difficile de recevoir les faveurs
de
1112 MERCURE DE FRANCE
•
de la Fortune, sans s'en orgueillir, qu'il n'est
difficile de souffrir ses revers , sans se laisser
abattre.
On doit également redouter les faveurs &
les caprices de la Fortune , car souvent ce
qu'on tient, ou ce qu'on espere d'elle , ne récompense
pas de ce qu'on en doit craindre.
Si l'exemple de Salomon n'en étoit une preuve
convaincante on auroit de la peine à
croire qu'on puisse se lasser d'être heureux .
>
Le souverain bonheur consiste dans ces
'deux points ; à posseder ce qu'on aime , & à
aimer ce qu'on possede.
C'est le comble du parfait bonheur que
'd'être heureux , & d'en être estimé digne.
Il y autant d'égarement à se refuser les choses
qui sont en usage , agréables & faciles
à avoir , qu'à rechercher les difficiles &
superfluës.
Il y a des plaisirs qui sont plus sensibles
par le souvenir ou par l'esperance que l'on
en a , qu'ils ne le sont , lorsqu'on en jouit.
L'esperance d'une faveur est plus douce que
le souvenir du passé ne le peut être ; le regret
JUIN.
1113 1739.
gret diminue quelquefois le plaisir , le désir .
le redouble & l'anime.
Les plaisirs passent si vîte , qu'à peine sçaiton
s'ils sont plaisirs , & quoique la douleur
qui les suit d'ordinaire , en corrompe toute
la douceur , les hommes les recherchent
avec une extrême avidité.
Ceux-là vivent plus à leur aise dans le
Monde, qui n'ont ni trop, ni trop peu. Suavissimè
illi mihi videntur in terris vivere , quibus
nihil est quod nimium desit , aut quod ninimium
redundet.
L'indifference pour les plaisirs , nous délivre
de beaucoup de chagrins. L'homme ne
devroit ici bas aspirer à autre chose qu'à la
privation de la douleur.
Le repos & la fuite des douleurs , étoit la
volupté en quoi Epicure faisoit consister le
souverain bien .
Après la tranquillité de l'esprit , la santé,
du corps est le plus grand bien.
Les hommes ne sçavent ni s'occuper , ni
se divertir. Ils se surchargent d'affaires , ou
ils se plongent dans des dissipations excessi
ves
1114 MERCURE DE FRANCE
ves. Qui prendroit un juste temperemment
entre le travail & le plaisir , vivroit laborieux
sans peine , & joyeux sans oisiveté.
Je ne sçais, si le plaisir qu'on donne à la
personne aimée , lorsqu'on la voit , ne fait
pas la plus sensible partie de celui qu'on reçoit
soi-même , en la voyant,
Tel a assés de force pour suporter sa disgrace
, qui en manque pour soûtenir sa
prospérité.
Les exemples corrigent bien autrement que
les discours .
Dans beaucoup de résolutions , le jour
suivant est le précepteur du précedent.
Ceux- là souffrent avec plus de patience
d'être repris, qui méritent le plus d'être loüés.
Nulli patientius reprehenduntur , quam qui
maximè laudari merentur. Pline.
Il est bien difficile de se corriger de ses
défauts dans la prosperité. On croit toujours
avoir , raison lorsqu'on est heureux .
Le Monde a perdu son innocence ; tout
est foible & malade. Pour operer le bien , il
faut s'accommoder à l'imperfection de la
matiere ,
JUIN. 1739:
1115
matiere ; se défaire de cette vertu austere
dont notre siécle n'est pas capable ; suporter
ce qu'on ne sçauroit réformer ; dissimuler les
fautes qui ne peuvent être corrigées , & ne
point toucher à des maux qui puissent découvrir
l'impuissance des remedes ; décrier
laMédecine & rendre ridicules les Médecins.
C'est presque toujours notre orgueil qui
nous fait reprendre les autres de leurs défauts,
pour leur persuader que nous en sommes
exempts.
Le châtiment qui vient d'un homme irrité,'
doit être regardé plutôt comme une vengeance
que comme une correction.
Impedit ira animum , ne possit cernere verum.
Le
pauvre métier
que
celui de Censeur
!
on ne gagne
à l'exercer
que la haine
de ceux
qu'on
reprend
, & souvent
on ne corrige
personne
.
Secretè amicos admone ; lauda palam.
La correction la plus efficace est celle qui
ressemble le moins à une correction .
Bien des gens sont dans l'opinion , que la
belle galanterie corrige plus de vices, qu'elle
ne détruit de vertus,
1. Vol. D II
1116 MERCURE DE FRANCE
Il est très-bon de s'accoûtumer à profiter
du mal , puisqu'il est si ordinaire , & que le
bien est si rare ; sans compter qu'on se corrige
quelquefois mieux par la vûë du mal ,
que par l'exemple du bien.
Il est inutile de reprendre les personnes
qui ne veulent pas connoître leurs défauts
ou qui ne veulent pas les avouer.
Le plus court & le plus infaillible moyen
de se défaire des Censeurs , c'est de se corriger.
Soerate.
Et plus en Criminel ils pensent m'ériger,
Plus , croissant en ventu ,je songe me venger,
Despreaux , Epit. VII.
EPITRE SUR LES VRAIS AMIS,
A M. Piltiere.
A Imable Eleve d'Uranie ,
Toi , qui de mon ame attendrie
Seras dans tous les temps la plus chere moitié;
Elevons dans nos coeurs un Temple à l'Amitié,
Que cette innocente Déesse
Y regne , y triomphe sans cesse ,
Consactons-lui toujours nos voeux ;
>
Cher
JUIN. 17398 1117
Cher Piltiere , que la tendresse
De ce Temple soit la Prêtresse ;
Pour Victimes enfin immolons- nous tous deux ;
Que la séduisante richesse
N'éblouisse jamais ta charmante jeunesse ;
Laisse des désirs si honteux
A ces coeurs nés dans la bassesse ;
Que tes sentimens génereux
Te servent en tout temps de Titres de Noblesse
Des sentimens si beaux nous annoblissent mieux ,
Qu'une longue suite d'Ayeux.
•
L'Ambition nous trompe , aveugles que nous
sommes !
Un ami véritable est un présent des Cieux.
Nous jugeons cependant du mérite des hommes ,
Par un éclat trompeur , par un rang glorieur ;
Crois cet avis , mon cher Piltiere ,
Par ces préjugés odieux
Prends garde de soüiller ton heureux caractere ;
Les Rois possedent la Grandeur,
Les Amis goûtent le bonheur.
Tandis que le Printemps , couronné de verdure ,
Avec ses doigts fleuris , embellit la Nature ,
Fidele Ami , si quelquefois
Tu portes tes pas dans nos Bois ,
Contemple les Oiseaux , ils vivent sans contrainte¿
Leur instinct les conduit dans le sein des Plaisirs
Dij
118 MERCURE DE FRANCE
Ils laissent aux Humains & le trouble & la crainte;
On ne connoît chés eux ni remords ni soupirs ;
Les voit-on souhaiter un pompeux Equipage ?
Contens de leur sombre feuillage ,
Ils consultent leur coeur & non point leur plumage.
Pour s'unir l'un à l'autre & suivre leurs désirs ,
>
Ils voltigent sans crainte où leur coeur les convie ;
Hélas ! petits Oiseaux , que je vous porte envie !
Profitons des leçons de ces heureux Oiseaux
Cher ami , laissons - là ces argumens frivoles ,
Qui fatiguent l'esprit sans soulager les maux,
Un Pédant peut mugir sur les bancs des Ecoles ;
Pour nous , cherchons le vrai bonheur
Dans la tendre amitié plutôt que dans l'erreur
D'un Philosophe qui tadotte ;
Oui , cherchons ce bonheur , songeons à l'obtenir ,
Sans envier jamais au sublime Aristote
La gloire de le définir .
Par M. le Clerc.
. LETTRE
JUIN.
1119 1739
LETTRE de M. Joly , Chanoine de la
Chapelle- au-Riche de Dijon , à M. l'Abbé
'le Beuf, Chanoine & Sous- Chantre d'Au-
S
xerre.
Ouffrez , Monsieur , qu'un homme qui
vous est entierement inconnu , prenne la
liberté de vous demander quelques éclaircissemens
sur la Lettre que vous avez insérée
dans le Mercure du mois de Mars dernier.
Vous paroissez avoir quelque curiosité d'aprendre
si feu M. l'Abbé Papillon a parlé de
Pierre Grognet dans sa Bibliotheque Manuscrite
de Bourgogne. Comme c'est à vous ,
Monsieur , qu'il est presque uniquement redevable
des Ecrivains Auxerrois que renferme
cet Ouvrage , ainsi qu'il m'en a quelquefois
fait l'aveu, il a crû aparemment que Grognet
étoit né à Touci , suivant que vous le
dites à la page 72. de la Préface de votre Histoire
de la Prise d'Auxerre.
Si M. Papillon a eû connoissance de cet
Auteur, comme je me le persuade aisément,
il a crû , sans doute , que vous étiez mieux
instruit que la Croix- du- Maine, qui fait naître
Pierre Grognet à Auxerre . Je ne ferois
point difficulté de préferer votre témoignage
à celui de ce Bibliothecaire , souvent peu
Diij exact
1120 MERCURE DE FRANCE
exact , s'il ne m'étoit tombé depuis peu entre
les mains quelques Ouvrages de Grognet ,
où l'Auteur-lui -même en differens endroits
se dit Auxerrois.
Vos Recherches sur cet Auteur ont excité
les miennes, eû égard à l'interêt que je prends
à la Bibliotheque de Bourgogne. Cette Lettre
pourra servir de Suplément à la vôtre , &
même d'addition au Manuscrit de M. l'Abbé
Papillon , à moins que vous ne me fassiez la
grace de me communiquer les raisons qui
vous portent à croire que Pierre Grognet
étoit né à Touci .
Je ne sçais si cet Ecrivain a cû de la réputation
du temps de François I , mais il me
semble qu'il est aussi connu aujourd'hui
qu'aucun autre Auteur de son espece , j'ajoûte
même, autant qu'il le mérite. La Croixdu-
Maine & du Verdier , en parlent assés
amplement , de-même que de ses Ouvrages
dans leurs Bibliotheques Françoises , & ce
premier , à la page 400. de la sienne , le dic
positivement natif d'Auxerre en Bourgogne.
Ce Bibliothecaire cite une Edition des Mots
dorés de 1543. à Paris , chés Alain Lotrain ,'
& depuis chés Jean Bonfons. Ou la Croixdu-
Maine se trompe en écrivant 1543. pour
1533. ou c'est une Edition de ce que vous
apellez l'Extrait du second Volume , ou enfin
c'en est encore une du second Volume des
Mats dorés.
Du
JUIN. 1739'. 112
Du Verdier en cite une autre des mêmes
Mots dorés in - 8 ° à Paris , chés Denis Janot
sans date . Est- ce le second Volume , ou sim
plement l'Extrait ? Le Titre de cette Edition
est different de celui que vous citez , comme
vous pouvez le voir page 1017.de sa Bibliotheque
. Il differe ausi de celle que j'ai actuel
lement entre les mains.
Il me paroît , Monsieur , que vous n'avez
point vû cette derniere , qui est Gothique,
Ce n'est certainement point la même que
la vôtre ; vous en jugerez bien-tôt. Voici
le Titre de la mienne : Les Mots dorez du
grant saige Cathon, en Françoys & Latin
avecques plusieurs bons & très- utilles enseignemens
, proverbes , adaiges , authorisez & dicts
maraulx des saiges, proufitables à ung chacuns
nouvellement revûs & corrige avec plusieurs
aultres bon enseignemens adjoustez oultre la
précédente impression. Et en la fin du dict Vo
lume sont insérées aulcunes propositions subtilles
problêmatiques & énigmatiques , Sentences, ensemble
l'interprétation d'icelles pour la consola
tion des Auditeurs.Cum Privilegio.On les vend
à Paris , à la ruë neufve Notre - Dame¸ à l'Enseigne
S. Nicolas , in 16. sans date.
Pierre Gromet ( car c'est ainsi qu'il signe
ici son nom , quoiqu'il écrive toujours en
Latin Grosnetus ) dédie son Livre à Henri de
Valois , Daulphin «de France , & à Charles
D iiij Duc
T122 MERCURE DE FRANCE
Duc d'Angoulesme . Ce qui prouve clairement
que cette Edition ne sçauroit être antérieure´
a 1536. puisque Henri de Valois , qui fut
depuis le Roy Henri II . ne devint Dauphin
qu'après la mort de François , son frere aîné,
arrivée le 10. Août de cette année . On lit
dans cette Epitre Dédicatoire une singularité
dont je vous fais part,d'autant plus volon
tiers , que cette Epitre manque dans votre
Exemplaire Gothique ; c'est que Gromet donne
à ces Princes la qualité de Majesté . Je
sçais que ce glorieux Titre se trouve dans
plusieurs Lettres écrites à quelques Personnes
distinguées par leur rang , sur tout aux
Evêques. Mais je n'aurois pas crû que cet
usage eût été en vigueur jusqu'en 1536. &
peut -être Gromet est - il le seul qui en ait honoré
de son temps d'autres que des Monarques
. Il ajoûte dans cette Epitre , qui est
vrai - semblablement differente de celle qui
se trouve dans votre Edition in- 8 ° . Qu'après
avoir écrit le second Volume des Mots dorez
du saige Cathon, avec un Enchiridion des vertus
morales & intellectuables , il a considéré de
vor , visiter & augmenter ce premier Volume.
Il entend , sans doute , votre Edition Gothique
, qui doit être antérieure à celle ci, puisque
les solutions des questions énigmati- .
ques , qui manquent dans la vôtre , se trouvent
dans la mienne . Je prens pour exemple
JUIN. 1739-
1123
ple les Vers que vous citez , & dont voici le
premier :
Homme qui oncques ne fut né.
On lit au bas , de- même que dans l'Edition
de la veuve Bonfons , c'est Adam. Je ne
vous en raporterai plus que deux exemples
assés courts , pour ne pas ennuyer beaucoup.
Ad Sylvam vado renatum cum cane quinto ,
Quod capio perdo , quod fugit hoc habeo.
A la Forest m'en vays chasser
Avecques cinq chiens à trasse ,
Ce que je prends , je perds & tiens
Ce qui s'enfuit , ay & retiens ,
Or devinez de cette affaire ,
Comme cela se pourroit faire.
y
C'est quand on va chasser en sa tête avec
ques cinq doits de la main , pour prendre &
tuer ces petites bestes.
Je crois que ce Commentaire de Gromet
est assés clair. Au reste il y a faute de rime
dans le premier Vers ; & l'Auteur l'avoit
peut- être écrit de la maniere suivante , ou à
peu près , du moms il auroit dû le faire :
Au bois je m'en vais à la chasse..
7
A Paris un homme a eû la tête tranchée
quatre- vingt Cordeliers eurent la tête cou
D v pée 1
1124 MERCURE DE FRANCE
pée , & en tout n'y fut trouvé qu'ung Tré
passé.
C'est-à- dire , un Quidam eut en Grève la tête
tranchée , & quatre- vingt Cordeliers allerent
querir ladite tête , pour inhumer dans leur
Convent.
Si vous ne m'aviez apris , Monsieur , que
ces Mots dorés sont un Extrait de l'in-8 °.
j'aurois été tenté d'en douter , & voici par
quelle raison. A quel propos l'Auteur a- t'ik
intitulé son Livre : Second Volume des Mots
dorés , s'il n'a pas eû dessein d'en donner un
premier ? Or ce premier ne pourroit- il pas
être l'in- 16 . qu'il auroit composé d'abord, &
qu'il n'auroit jugé à propos de publier qu'après
le second ? Je ne fais cette remarque
qu'en tremblant , parce que je n'ai jamais vû
FEdition in - 8 °.
Quoiqu'il en soit , ces Mots dorés ne sont
autre chose qu'une Traduction en Vers François
des Distiques attribués mal- à - propos
l'ancien Caton , par Vigneul Marville , qui ,
pour le dire en passant , assûre,, page 64. du
Tome I. de ses Mêlanges , Edition de 1725.
qu'il ne sçait sur quel fondement certains Cri
tiques prétendent que les Distiques de Caton ne
sont point de cet ancien Romain , mais de quelque
demi Chrétien qui s'est couvert de son nom..
Je serois , ajoûte- t'il , plutôt de l'avis de ceux
qui pensent que ce petit Ouvrage est véritablement
JUIN. 1739.
1125
ment de Caton. & c. Pour être de ce sentiment
il faut n'avoir pas lû le second Livre de ces
Distiques , au commencement duquel l'Auteur
fait mention de Lucain. Finissons cette
digression. Gromet a aussi traduit en Vers le
Prologue de ces Distiques , & a fait préce
der le tout d'un autre Prologue aussi en Vers
de sa façon, Voici comme il traduit le der
nier Distique , ou plutôt les deux derniers
Vers , puisque ce sont des Hexamétres :
Miraris verbis nudis me scribere versus ;
Hos brevitas sensus fecit conjungere binos
Tu t'esbahis de ta Doctrine ,3
De Cathon lequel pour le mieux
A fait son Livre cher & digne ,
Par Vers & Couplets deux à deux..
Il termine sa Traduction de la maniere
suivante :
Mais d'icelui le Translateur ,
Sans perdre temps , & pour s'esbatre ,
Comme simple & humble Orateur ,
De deux Vers en a couché quatre.
bis
Vous sçavez , Monsieur , que les railleurs
apliquent ce dernier Vers des Distiques de
Caton : Hos brevitas sensus fecit conjungere
nos , aux Moines qui sont obligés de sortir
accompagnés
D vj Puisque
1126 MER CURE DE FRANCE
Puisque je suis en goût de citer , je vais
transcrire quelques Morceaux singuliers de
la composition de Gromet , lesquels suivent
la Version des Distiques de Caton :
Si je m'esbas , faisant Rondeaux en ryme
Le plus souvent en rimant je m'enrime ;
Bref, c'est pitié d'entre nous Rimailleurs ;;
Čar vous trouvez assés de rime ailleurs ,
Et quand vous plaît , mieux que moi rimassez,
Des biens avez & de la rime assés
Mais moi , à tout ma rime & ma rimaille ,
Je ne soustiens , dont je suis bien marri , maille.
Il me semble avoir lû quelque chose de
semblable dans Tabourot. On peut deviner
aisément lequel des deux est le Plagiaire..
Question d'ung Légiste à ung Hermite..
Homme , que fais tu en ce bois ?
Au moins parle à moi , se tu daignes..
Réponse dudict Hermite.
Je regarde ces fils d'Iraignes ,
Qui sont semblables à vos droicts ,,
Grosses Mouches en tous endroits.
Y passent , menuës y sont prises .
Povres gens sont sujets aux Loix ,,
Et les Grands en font à leurs guises.
* D'Araignées..
Dicton
JUIN. 1739. FT27
Dicton des Barbiers contre ceux qui portent
trop grande barbe..
Qui veult sçavoir que barbe non rasée ,
Quel honneur fait à celui qui la porte
Cogneu qu'elle est au menton mal aisée ;,
Et que plusieurs en ont fait leur risée ,
Et la beauté du visaige transporte ,
Conclure on peut , à tous je m'en raporte ,
En ung bref mot , voire sans flaterie ,
Que le Porteur la portant en emporte
Petit honneur , & grande moquerie.
Graces après le repas .
Louange à Dieu , paix aux Vivans ,
Et Paradis aux bien BEUVANS
Joye & repos aux Trépassez ,
>
Et à nous , quand serons passez. Amen .
Je pourrois peut -être , Monsieur , vous
donner ce Quatrain pour preuve que Gromet
étoit Bourguignon ; car il n'y a guere
qu'un homme de cette Province , qui s'avisât
de faire le souhait contenu dans le se ÷
cond Vers. Mais vous me répondriez , sans:
doute , que si cet Auteur n'est pas né en
Bourgogne , il est du moins de la lisiere . Jes
vais donc tâcher de prouver plus sérieusement
& plus solidement qu'il étoit d'Auxer
re. J'aurai par-là occasion de faire mention
de
128 MERCURE DE FRANCE
de quelques- uns de ses Ouvrages , dont je
ne vous entretiendrai pas long temps , parce
qu'ils se trouvent , pour la plupart , dans la
Croix -du- Maine & dans du Verdier.
Ce dernier nous aprend que Grosnet ( ces
deux Bibliographes le nomment ainsi ) a fait
le Manuel on Promptuaire des Vertus Mora-
Les & intellectuables , imprimé à Paris , chés
Pierre Sergent , in- 8°. sans date. Je ne connois
point ce Livre. L'Auteur en a parlé dansson
Epitre Dédicatoire des Mots dorés. Est- ce
la même chose que celui-ci ? Enchiridion
virtutum , sive compendiolum morale Petri
Grosneti Altissiodorensis , Artium Magistri ,
necnon in utroque jure Licentiati , in optima
Aristotelis Moralia introductorium . Parisiis
apud Johannem Longis . Cum Privilegio. 15 3 4º
in- 16.
Vous voyez , MMoonnssiieeuurr ,, qquuee l'Auteur se
dit Auxerrois. Il signe son nom en Latin
Grosnetus. Mais il est toujours suivi de ce
mot : Altissiodorensis . Après cette Epitre suit
une autre , à la tête de laquelle on lit : Hu
manissimos , necnon clarissimos fratres & Dominos
,Gulielmum Claromontensem Præsulem,
Antonium à Prato , Dominum de Nantoil-
Leto, Petrus Grosnetus , Altissiodorensis Salvere
jubet.
On trouve encore quelques autres Ouvra
ges de Grognet dans la Croix- du-Maine &
dans
JUIN. 17390 TIZ
dans du Verdier. Je ne vous en citerai plus
qu'un. La Croix- du-Maine dit qu'il a écrit
premierement en Latin , et depuis traduit en
François un Livre intitulé : Le desenhortement
du pechéde Luxure, & généralement de tous les
pechés mortels, imprimé à Paris l'an 15:37. Je
n'ai point vû la Traduction ; mais j'ai l'Original
, qui est relié avec l'Enchiridion dont
je viens de parler ; en voici le Titre : Hand
inutile libidinis , sive Luxuria dehortamentum,
cum Laicis , tum Ecclesiasticis viris utilissi
mum , nec non accommodatissimum . 15382
Cum Privilegio , Parisiis , apud Dyonisium Jay
notium. In- 16.
J'ai peine à concilier la date de 1537-
que la Croix -du-Maine donne à la Traduc
tion , avec celle de l'Original , qui est de
1538. c'est vrai- semblablement une faute de
ce Bibliothecaire . Le Livre , qui est dédié
au Cardinal Louis de Bourbon , Archevêque
de Sens , ne contient qu'un tissu de Citations
triviales d'anciens Auteurs en Prose &
en Vers , comme vous vous en apercevrez ,
si vous le parcourez un jour. Je ne repeterai
point que l'Auteur s'y nomme plusieurs
fois Altissiodorensis. Ce qu'il y a de singulier
dans tous les Ouvrages que j'ai vus de
Grognet, c'est qu'il n'y a point de chiffres au
haut des pages. La même chose s'observet'elle
dans votre in- 8°. & dans votre Edition
Gothique
Au
1130 MERCURE DE FRANCE
Au reste , Monsieur , l'amitié qui a été entre
vous & feu M. l'Abbé Papillon , aussibien
que votre zele pour la République des
Lettres , & pour votre Patrie , à qui vous
faites tant d'honneur , m'engagent à vous
aprendre qu'on va mettre incessamment
sous presse à Dijon , sa Bibliotheque des Auteurs
de Bourgogne. Comme je suis chargé
de l'Edition de cet Ouvrage , je prendrai la
liberté de vous demander , dans le temps ,
quelques éclaircissemens sur les Ecrits que
Vous avez mis au jour. J'espere que vous
voudrez bien me les donner. Si vous
connoissez quelques autres Ouvrages de
Grognet , qui ne soient pas dans la Croixdu-
Maine , ni dans du Verdier , suposé que
cet Ecrivain soit d'Auxerre , je vous prie de
me les indiquer , & de me croire avec res
pect, &c.
A Dijon le 25. Avril 1739.
TRAIT
JUI N. 1739 113
****************
TRAIT D'HISTOIRE
.
C
Alexandre & la Gloire.
E fameux Grec qui mit l'Asie en cendre ,
Fut en naissant couronné de lauriers
Il reçut au berceau le grand nom d'Alexandre
Et fut dès son printemps , l'Exemple des Guerriers
;
Il venoit de soumettre Arbelle ,
Quand la gloire de Mars en superbe appareil ,
S'offrit à lui dans le sommeil ;
Au bout de l'Univers je t'attends , luit dit- elle ,
&
Pars , vole où ton bonheur t'apelle ;
De ses beautés épris à son reveil ,
Il va toujours cherchant ce phantôme de gloire ;
De combats en combats , de victoire en victoire ;
Devant ses pas , phantôme fuit ;
Et Conquerant toujours le suit ;
Tant qu'à la fin les limites du monde
Bornent feuls du Vainqueur la course vagabonde ;
De ses travaux alors il croit cueillir le fruit ;
Il se montre à la Mer , l'Ocean sur la rive
Le voit traînant la Victoire captive ,
* Alexandre en grec signifie Vir fortis ,
courageux ; Heros.
homme
EL
1132 MERCURE DE FRANCE
Et craint d'être à son char avec elle enchaîné .
Devant son fier Heros , la gloire fugitive
Se trouve au rendez- vous donné,
Mais le sort change , et ce Roy fortuné
Tombe sous les coups de la Parque.
Tout disparoît , Heros , Monarque ,
Sceptres , lauriers, il ne reste aujourd'hui
Qu'un vain souvenir d'Alexandre ,
La Gloire encore est fidelle à sa cendre ,
Elle suit à son tour un phantôme , pour lui.
M. L. Poncy Neuville:
*****************
DESCRIPTION d'une nouvelle Ma
chine. Lettre écrite de Nevers le 13. May
1739.
J'
'Allai voir hier un de mes Amis , M. qui
se pique de Philosophie , & qui vit en
Philosophe. Ses plus grandes occupations
ne l'empêchent point de se coucher regu
lierement à neuf heures , & de se lever à
quatre. Il a pris , dit- il , cette méthode des
Jesuites , qui s'en trouvent fort bien , &
pour leur santé & pour leur étude. Ces jours
passés , voulant éprouver son éxactitude , je
m'avisai d'entrer chés lui sur les neuf heures
du soir , je pénétrai jusqu'à sa chambre ,
&
je
JUIN. 1739% 1133
je le trouvai effectivement entre deux draps !
qui,en attendant le sommeil,lisoit lesMondes
de FONTENELLE à la lueur d'une petite lampe
de crystal. Après un moment de conversation
; vous êtes , dit-il , mon Ami ; entre
Amis on ne se gêne point ; je sens le sommeil
venir , vous trouverez bon que j'en
profite , & que je me jette entre ses bras :
cependant allumez cette bougie , & allez
joindre mon Frere dans son Apartement ; il
est plus en état que moi de profiter de l'honneur
de votre visite. J'obéis , & comme je
me disposois à éteindre la lampe , je fus
très- surpris de voir un petit éteignoir s'ab
baisser de lui-même , & l'éteindre fort pro
prement , je suspendis l'effet de ma curiosi
té,par respect pour le sommeil de mon Ami;
mais le lendemain j'allai lui faire part
de ma
surprise,& le prier de me mettre au fait. Ouvrez
, me dit-il , cette boëte , & voyez vousmême
ce qu'elle renferme. J'ouvre , & voici
en quoi consiste la petite machine . Ce sont
d'abord deux petits morceaux de bois , placés
perpendiculairement à quatre ou cinq
pouces l'un de l'autre , & fichés dans le
Fond de la boëte. Leur hauteur est aussi
de quatre ou cinq pouces , ils ont chacun
à l'extrémité d'en haut , un trou pour rece
voir les deux bouts d'un aissieu , qui doit y
⚫ourner fort librement. Cet aissieu est tra
versé
1134 MERCURE DE FRANCE
versé à angles droits par une petite broche
de fil de fer , de moyenne grosseur ; de..
maniere cependant , qu'une des parties de la
broche est plus longue que l'autre d'un bon
tiers. Elle doit avoir en tout sept ou huic
pouces de longueur. A l'extrémité de la partie
qui est plus longue , est attaché un petit
éteignoir. A l'extrémité de l'autre partie qui
est plus courte , est aussi attaché un cône
dont la pointe qui est en bas , est percée
d'un petit trou , de demi ligne de diametre
tout au plus. La longueur inégale des deux
parties de la broche, fait que l'éteignoir est
en bas , tandis que le cône renversé est en
haut. Au fond de la boëte est un tiroir plein
de sable très- fin . C'est de ce sable qu'on
remplit le petit cône renversé. Ce poids l'oblige
de descendre : mais il arrive qu'au
bout d'un quart d'heure , ou plus , si l'on
veut y mettre plus de sable , les cônes reviennent
à leur premiere situation , parce
que le sable s'est écoulé par le petit trou
dont j'ai parlé , & alors l'éteignoir , en retombant
, éteint la lampe qu'on a mis pour
cela à une juste diftance de la machine. La
boëte sert à en cacher le méchanisme , & à
empêcher les ordures de se mêler au sable.
Elle s'ouvre par en haut pour laisser la liberté
de verser le sable dans le cône renverse
: elle a encore à côté une ouverture
сд
JUIN. 17396
1135
en fente pour le jeu de la petite broche , qui
soûtient l'éteignoir. Voilà , Monsieur , une
machine aussi simple qu'utile . Chacun peut
se la procurer sans beaucoup de frais, moyennant
quoi , on s'endort le livre à la main ,
sans craindre les accidens du feu , qui ne
sont que trop ordinaires , si l'on n'use d'une
grande précaution. Je fuis &c.
Nic. Levermé.
C
FABLE .
Upidon dans l'Olimpe étant avec les Dieux ,
S'exerçoit sur son Arc , lorsque , par avanture ,
S'écarte un Trait audacieux ,
Dont la Souveraine des Cieux
Reçût une blessure .
Jupiter aussi-tôt craint le sort de Vulcain ,
Un feu séditieux s'allume dans ses veines
L'Amour s'échape soudain ,
Jupiter , le foudre en main ,
>
Le poursuit , & des airs il fend les vastes plaines ,
Mais son effort est vain ;
L'Amour vole toujours , & fuit à tire d'aíle ,
Jupin le suit jusques dans ses climats ;
Mais tout à coup d'une jeune mortelle
Il voit briller les plus charmans apas :
C'étoie
133 MERCURE DE FRANCE
C'étoit Iris qu'il prit pour l'Amour même ,
Vêtuë en Amazone , au fond d'une forêt
Qui, lasse de chasser reposoit en secret ;
Il alloit la fraper dans son courroux extrême ,
Lorsque la Belle ouvrit les yeux ;
De ces yeux enchanteurs il part un trait de flâme
Qui vient fraper le Monarque des Cieux.
Une tendre pitié s'empare de son ame ,
Il reconnoit Iris à ces traits précieux.
Alors ils bannit les allarmes ,
Le repos en son coeur est bientôt de retour :
Iris , en faveur de tes charmes
Il pardonne à l'Amour.
Par Madame L. V.
Skakaka
EXTRAIT d'une Lettre écrite à M.
Fenel , Chanoine de l'Eglise Metropolitaine
de Sens , par M. Lebeuf , Chanoine d Anxerre
, au sujet de l'Etabliffement de la So-.
cieté Litteraire d'Arras.
Ermettez , Monsieur , que je me ré-
Pjouisse avecvous ,au sujet du nouvel
›
Etablissement que le Mercure de France
nous aprend qu'on forme à Arras : je veux
dire la Societé Litteraire dont M. de Gouve
nous a marqué le Projet. Si vous tenez à
cette
JUIN. 8 1137 1739:
tette ville là par quelque endroit , je puis
ne la point regarder aussi avec des yeux indifferens
, étant la premiere de celles que
j'ai vûës dans ma jeunesse, au fortir de Paris,
& dont je fus tenté d'étudier dèslors les
Antiquités Liturgiques . Vous sçavez que
toute éloignée qu'elle est de la Bourgogne ,
ma patrie , il a été un temps auquel elle y
avoit quelque raport , & principalement
sous nos derniers Ducs. Nous eûmes alors ,
nous autres Bourguignons , de grandes relations
avec l'Artois , & plusieurs autres Contrées
des Païs -bas. Je ne fçais même fi ce ne
fut pas dans ces temps-là, que quelques usages
passerent d'un Pays dans l'autre. C'est
pour cela, M. que je ne voudrois pas queM.
de Gouve nous eut representé la Province
d'Artois comme un Pays fi engourdi à l'égard
des Belles- Lettres.
J'y ai connu des Esprits très - délicats , &
j'y en connois encore. On y a écrit comme
ailleurs : on y a composé des Livres , on y a
aimé la lecture. Il est vrai que la disette de
Monumens, Romains n'y a pas excité cette
ardeur pour la connoissance des Antiquités
Romaines & Grecques , qu'on a remarqué
dans les Provinces meridionales des. Gaules
mais avez-vous fait attention , que c'est
dans l'Artois , & dans le voisinage , que
l'on a d'abord imiré la Provence , soit dans
138 MERCURE DE FRANCE
la composition des Poësies vulgaires , soit
dans les Traductions des anciens Livres en
la Langue du Peuple ? Vous pourrez en voir
un jour les preuves dans mon Traité Historique
sur l'antiquité des Traductions en
Langue Françoise , que je ne puis achever,'
que je ne sois entierement au bout des autres
Occupations dont vous sçavez qu'on m'a
chargé , & dont j'attends la fin avec quelque
sorte d'impatience.
Au reste , M. je crois que vous serez
charmé avec moi de la franchise avec laquelle
s'expliquent les Artésiens. Cette qualité
si oposée à celle que le Vulgaire attribue
à une autre Nation venuë du Nord , a
pû les lier anciennement d'amitié avec les
Bourguignons , qui ne s'en glorifioient pas
moins qu'eux. Je vous laisse maintenant à
refléchir sur le nom de Franchise , que le
Roy Louis XI . voulut faire porter à la Ville
d'Artas , au lieu de son ancien nom , en
quoi cependant il ne put réüffir , que pour
quelque temps. Soit que ce fut dans le sens
que ce mot signifie Exemption , Affranchissement
, Immunité , soit que ce fut dans l'autre
sens , dans lequel je l'ai employé plus
haut , il n'est pas hors de propos d'en aprofondir
la cause. Louis XI. accorda des
Privileges particuliers à plusieurs autres Villes
, comme à Beauvais , &c : mais il n'en
fit
JUIN.
1139 1739
fit point changer le nom ; & sans doute que
le nom de Franchise n'auroit pas convenu
indifferemment à toutes. Je n'ai pas oublié
dans mes Mémoires sur l'Histoire civile
d'Auxerre ce que j'en ai lû dans un Compte
de la Communauté des Habitans. Jean Řegnier
, Bailli d'Auxerre , partit le 21. Juin
1483 , accompagné d'un Notable , & se
rendit auprès du Roy Louis XI. à Tours ,
où ils trouverent le Gouverneur d'Auxerre
venu de Franchise. Je ne connois parmi les
Modernes que le P. Daniel qui ait fait observer
, que lors qu'on lit dans des Monumens
de ce temps - là le nom de Franchise
pour un nom de Lieu , il faut entendre
par
là la Ville d'Arras. Tous les Dictionaires
omerent cette circonstance remarquable ,
qui me paroît cependant être naturellement
de leur competence.
Quoi qu'il en soit de l'origine du nouveau
nom que Louis XI. essaya de donner à
la Ville d'Arras , je crois que Cambray &
Arras étant peu éloignés l'un de l'autre, &
à peu près dans la même temperature ,
loge que les deux derniers Dictionaires
Geographiques ont fait en général des Esprits
du Cambresis , peut s'étendre égale
ment sur l'Artois. Je suis , &c.
1. Vol.
A Paris , ce 16. May 1739 .
l'é-
E L'A
140 MERCURE DE FRANCE
XXXXXXXXX XXXXXXXXXXXX
L'AMOUR DESARME'
PAR LA RAISON.
LAA Raison curieuse, un jour
Alloit incognito dans l'Iſle de Cythere ,
Et parcourant ce beau Séjour ,
Alle vit à l'écart dans un Lieu solitaire
Cupidon qui dormoit sur la tendre Fougere ,
Les Plaisirs , les Jeux , & les Ris ,
Qui l'accompagnent d'ordinaire ,
Comme lui s'étoient endormis.
Profitons de cette avanture ,
Dit- elle , saisissons son Arc & son Carquois ,
Désarmons ce Tyran de toute la Nature ,
Chaque jour il ravit des Sujets à mes Loix :
Aussi-tôt d'une main hardie ,
Cette redoutable Ennemie ,
Rompit ses Traits , éteignit son Flambeau ;
Elle se promettoit une entiere vengeance ,
Mais ce Dieu s'éveillant trompe son esperance
Il met en sureté ses Aîles , son Bandeau ;
Seulement de ses Armes
Il ramasse en fuyant , quelques tristes débris
Qu'il ne peut s'empêcher d'arroser de ses larmes ,
Et
JUIN
11141 1739.
Et dans l'instant revole vers Cypris.
Amour , dit- on , depuis un tel outrage .
Ne blesse plus que foiblement ;
L'inconstance & l'aveuglement
Lui sont reſtés pour apanage.
Par Mlle B. de Verdun,
12
****************
EXTRAIT d'une Lettre adressée il y a quelques
années à Dom Nicolas Touftain , Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur
tiré de l'Original de M. *** touchant les
Lieux nommés mal à propos , Villeneuveaux-
Aulnes , La Villette -aux- Aulnes.
QVoique votresanté , mon R. Pere, ne
vous permette pas , depuis que vous
êtes retiré à Chelles , de travailler à la nou
velle Edition du Gloffaire de Du Cange
je crois cependant qu'elle n'est point en si
mauvais état , que vous ne vous faflicz un
plaifir de creufer encore de temps en temps
dans l'Etymologie de quelques Noms , ou
du moins de lire ce qui y a raport , lorsqu'il
renferme quelque chose de singulier. Je ne
doute point que vous n'ayez déja fait plus
Dom Toußlain , qui avoit ramassé des mate
riaux pour cette Edition , est mort à Lagny le 16.
Octobre 1731
E ij
d'une
1142 MERCURE DE FRANCE
'd'une fois le chemin qu'il y a de Chelles à
Lagny , & quepar conséquent vous n'ayez
passé assés souvent dans le Village de Villeneuve
, qui est à moitié de la route. Mais
Vous serez -vous aperçu que plusieurs Cartes
de Géographie apellent ce petit Village ou
Hameau, du nom de Villeneuve aux Aulnes ?
Elles ne se conforment point en cela aux
deux Pouillés de Paris , raportés dans Du
Breuil & à celui que le Sr Alliot a donné en
1626. où ce Village est nommé Villanova ad
Asinos. M. de Valois , dans la Liste des Villages
du Diocèse de Paris , qu'il a jointe à sa
Notice des Gaules , convient auffi de la réalité
du nom de Villanova ad Asinos ; & il
ajoûte , que ce Village est ainsi dénommé
›
,
multitudine Asinorum . Mais pourquoi y
avoit-il une plus grande quantité d'Asnes en
ce Lieu que dans les autres Villages ? c'est ce
qu'il ne dit pas , & qu'il a peut-être cru audessous
de ses recherches. Loca
**
Pour moi , je vous communiquerai sans
façon la pensée qui m'eft venue, depuis que j'ai
fçuque ce font les Peres Trinitaires,autrement
dits Mathurins , qui y possedent le principal
Domaine , & qui y ont ce qu'ils apellent
parmi eux une Miniftrerie , c'est- à - dire une
Eglise avec une Habitation & une Ferme.
Le Gloffaire , a l'augmentation duquel vous
avez travaillé , m'a renvoyé à lá Chronique
d'Al-
1
JUIN. 1739.
1143
,
d'Alberic , à l'occasion du mot : Asinorum
Ordo , qui est à la Lettre A. Ce Moine Cistercien
de Trois Fontaines au Diocèse de
Châlons , qui vit établir de son temps
l'Ordre des Trinitaires au Diocèse de Me ux,
en parle assés au long à l'an 1198. & il nous
aprend qu'ils ne voyagoient que sur des
Asnes ou sur des Mulets , par esprit d'humilité
& de pauvreté Quod Asinos & Mulos
equitant , primò fuit institutum causâ bumilita
tis,& causâ etiam paupertatis.Une autre Chronique
imprimée au second Tome du Spicilege
, met aussi à l'an 1198. l'Institution de
l'Ordre de la Sainte Trinité , quem solebant →
dit l'Auteur , appellare Ordinem Asinorum,
eò quod Asinos equitabant , non Equos ; c'est
la Chronique de S. Médard de Soissons. Du
Boulay avoit raporté cet Endroit au second
Tome de l'Histoire de l'Université de Paris
page 524. Et si on doutoit de cette apellation
, il n'y auroit qu'à ouvrir la Regle de
ces mêmes Religieux , contenue dans le premier
Livre des Epîtres du Pape Innocent
III. Edition de Venise , page 306. Equos non
ascendant , y est-il dit , nec etiam habeant
sed Asinos tantùm liceat ascendere , datos vel
accomodatos , vel de propriis nutrituris susceptos.
Il est vrai qu'il y eut un adoucissement
à cet Article , accordé par Clement IV. en
1267. & qu'on permit l'usage des Chevaux
E iij
aux
7144 MERCURE DE FRANCE
aux Peres de l'Ordre , pourvû que ce ne fussent
pas des Chevaux magnifiques ; le Glos
saire en fournit la preuve : mais les premiers
Statuts avoient établi un usage ; & cet usage
de ne voir que des Asnes dans leurs Fermes
ou leurs Métairies , fit apeller du nom
de Ville aux Asnes les Villages où ces animaux
étoient en si grand nombre ; rien
n'étoit plus naturel parmi les Gens de la
campagne , que de parler suivant leurs connoissances.
La force du premier Statut fut si grande ,
que
le surnom des Asnes se trouvoit encore
lié à celui des Religieux en question l'an
1330. C'est votre Glossaire même qui me le
fournit , dans un Compte de la Maison du
Roy de cette année - là , où je lis sur l'Article
des Mathurins de Fontainebleau les mots
suivans : Les Freres des Asnes de Fontainebliant
, où Madame fut espousée , &c.
,
C'est donc en vain que quelques Notaires
ou Géographes modernes , s'avisent d'écrire
Villeneuve-aux- Aulnes , pour faire éclipser
la dénomination de Villeneuve aux Asnes.
Outre que le Territoire n'est point de la na
ture de ceux où l'on plantoit des Aulnes ;
les anciens Titres réclameront toujours contre
cette entreprise. Mais quelle petitesse
d'esprit , que de se facher de ce qu'on apelle
ee Lieu Villeneuve aux Asnes Tous les Lieux
qui
JUIN. 1739
1145
qui portent le nom d'Asnieres , & qui sont
en grand nombre , n'ont- ils pas la même
origine ? Je ne dis pas qu'ils ayent pour
cela apartenu aux Mathurins ; mais ces.
Asnieres étoient des réceptacles d'Asnes ,
soit l'utilité des Moulins , soit pour
pour
le
transport des Marchandises d'un Lieu à un
autre. Voit-on qu'on se soit avisé de changer
ce nom d'Asnieres en celui d'Aulnieres , &
certains Ponts nommés Ponts aux Asnes
>
que
dans l'usage , commencent
maintenant
à être
apellés Ponts aux Aulnes ? Nullement
. Consultez
la Carte des Environs
de Paris par
Jaillot , elle est exacte dans ces deux der
niers points. Le Pont aux Asnes y est nettement
marqué entre le Ménil & Villeneuve
sous Dammartin. On ne peut m'oposer
qu'
un ancien Mercure
Galant ; c'est celui d'Octobre
1711. où , à la page 133. en raportant
la Cérémonie
de la Dédicace
de la nouvelle
Eglise d'Asnieres
proche Paris , l'Historien
donne à ce Village le nom de Belle-Isle
place de celui d'Asnieres
. J'avoue que c'estlà
l'exemple
d'une entreprise
sur la Géographie
: mais l'Auteur
a fait voir en plus d'un
endroit
de son court Narré , qu'il étoit mal
instruit , & peut- être n'est - ce que dans l'Imprimé,
qu'on a substitué
Belle- Ifle à Asnieres,
pour éviter le contraste
de deux mots l'un
sur l'autre. Il faut consulter
cet Imprimé.
E iiij
›
en
Ainsi ,
147 MERCURE DE FRANCE
,
Ainsi , mon R. P. je crois que vous në
feriez pas mal de faire ajoûter ma Remarque
au bout de l'Article d'Asinorum Ordo dans
la seconde Edition du Glossaire de Du
Cange , & d'insinuer qu'on ait à insister sur
la Villeneuve aux Asnes , qui est de votre
connoissance. Je pourrois vous citer encore
la Villette aux Asnes , qui est une autre Miniftrerie
des Mathurins , un peu par- delà le
Village de Villepeinte , du Diocèse de Paris,
à l'entrée de celui de Meaux , à trois lieuës
seulement de Villeneuve aux Asnes. On se
laisse également séduire sur le véritable nom
de ce Lieu ; & comme s'il étoit indécent
que le nom de l'Asne fût prononcé par un
Géographe ou par un Notaire , on voit encore
substituer dans les Cartes & dans les
Actes au nom de la Villette aux Asnes, celui
de la Villette aux Aulnes . Mais sortons de
toutes ces âneries , & qu'il n'en soit plus
parlé. Il n'est pas nécessaire en finissant , de
vous faire remarquer la raison pour laquelle
les Mathurins de Paris ont cessé les premiers
d'être apellés de Ordine Asinorum. Vous la
sentez à merveille , quand vous pensez au
choix que l'Université de cette fameuse Ville
avoit fait de leur Maison pour la tenuë de ses
Assemblées. N'en disons pas davantage.
A A....le 2. Janvier 1727.
Les
JUIN
1739 1147
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure de May , sont , Oignon Bourgeois
, Mufica , Macula, & Aspis. On trouve
dans le premier Logogryphe , Ours , Soir
Job , Brie , Oui , Rose , Bois , Os , Oie, Rive,
Ives , Orgues , Jours , Vie , Sire , Soïe , Grive
, Ris , Rés dans le second , Musca, Musa,
Mus ;dans le troisième , Mula, Caula, Ala;
& dans le quatrième , Apis.
ENIGM E.
Lecteur , je suis discret , religieux , tranquile
J'aime les ombres de la Nuit ,
Je sers de retraité , où d'azile .
Rien, que je sçache, ne me nuit.
Certain dépôt en mon sein je conserve ,
Qu'un jour je rendrai promptement ;
Car enfin il faut que je serve
A mettre au jour le Juste & le Méchant.
C'est vainement que tout conspire
A m'éviter , ou même à me braver;
Malgré l'horreur que mon nom seul inspire
Tôt ou tard on vient me trouver.
CA
Ev LO
148 MERCURE DE FRANCI
M
LOGOGRYPHE.
Es Etats sont plus grands que ceux de tous
les Rois ,
Et je me rends ce témoignage T
Qu'en mon Gouvernement je suis toujours plue
sage
Que n'ont jamais été leurs Loix.
Pour t'aider à me bien connoître ,
Prends chaque membre de mon corps
Moi , pour te découvrir mon être ,
J'en fais faire jouer moi - même les refforts.
De dix pieds , piends-en huit , je suis Province en
France ,
Païs fertile , abondant en tout bien :
1.
Avec quatre , on me voit dans la pure indigence 3
Privé de tout , que suis- je ? Rien :
Deux avec deux , je suis dans la Peinture =
Avec autant , je corromps tout Mortel ,
Fuis-moi , si tu prétends au Ciel :
Avec deux , on me voit double & triple figure ¿
Avec fix , au Maître je plais :
Encore autant , la Botte j'accompagne :
Avec trois, on me trouve à la Ville , en Campagne,
Au sommet des Maisons , surtout dans les Forêts :
Arec cinq autres pieds le Voleur me déteste ,
B
JUIN.
1739. 1149
Et me fuit autant que la peste :
Cinq autres te pourroient causer de la douleur ;
de finir , adieu mon cher Lecteur.
Il est temps
Par Duchemin , Muſicien à Angers.
AUTRE.
U
Tu t'abuses , Lecteur
si tu veux me cons
>
prendre.
Crois- tu de bonne foi facilement me prendre ?
Non , non ; car dans mon Corps tout eft myſte
rieux ;
Je ne puis dévoiler que mon nom à tes yeux.
D'onze pieds que jadis me donna la Nature ,
Prens -en huit , on se sert de moi dans la Peinture :
Avec six , j'ai partout de differentes moeurs :
Quatre me font voler & j'ai beaucoup de soeurs :
A la Chaffe avec trois ,j'anime & j'encourage ;
Renverse-les , souvent je cause le paufrage ;
Avec cinq pieds , je suis Grand Prêtre des Hebreux
Pareil nombre me fait un Censeur rigoureux :
Encor cinq , cher Lecteur , pour finir l'analyse ,
Par mon secours dans peu la Ville sera prise.
Par le même
E vi 404
F150 MERCURE DE FRANCE
AUTRE.
Lecteur , je suis Ville de France ,
Petite ou grande , il n'y fait rien.
Sept pieds forment mon existence
Qui tous unis, sans rompre le lien ,
Te servent pour ta vie & pour ta subsistance ;
Enfin sans leur secours tu ne vivrois pas bien.
Je porte dans mon corps le nom très -respectable
D'un sage Potentat , dont l'aimable douceur
Fait de ses Sujets le bonheur ¿
Que son Regne , Grand Dieu , soit paisible & du
rable !
Un Pape très - ancien qui porte dans son nom
Un fleuve du Levant & de très-grand renom 3.
Ce qui couvre Philis , Amaranthe & Damon :
Un Saint du nombre des Apôtres ,
Dont la Fête se fait presque après tous les autres à
De Crotone un bon Citoyen ,
D'auffi bon apétit qu'aucun Italien;.
Un Juge des Enfers, jadis Roy de Candle ,
Petit- fils d'Agenor, grand Roy de Phénicie :
Un Homme pour qui Ciceron
Fit autrefois une belle Oraison :
Je n'en dirai pas davantage.
Pour abreger mon amusant Ouvrage.
Par le même.
LOGO!
JUIN 57398
SI
LOGOGRYPHUS
.
I me scire velis , Lector , sex collige membra ;
Sordida , dum spiro , turpis me per luta volvo ;
Aspectusque oculos , & nomen vulnerat aures.
Scinde caput ; videas subitò ( mirabile dictuy
Qui modo contemptus squallenti infoece jacebat ;
Nunc dominari umbras , solioque sedere supremo
Adde caput , membrumque unum ſi vertere tentas ,
Jucundam foveo tenero sub pectore flammam.
Abripe sed quartum. Mærens heu ! vidit Hydaspes
Pellai juvenis me succubuisse phalangi.
Dirige nunc ; totumque novo rursum ordine versans
Si solidum cernis , si quid tractabile palpas ,
Me semper palpas , me certò cernis ubique.
Invenias in me quod te suspendit euntem ;
Quod placidas imis turbat de sedibus undas ,
Quod generat flores , & quod mane irrigat hortos
Multa alia omitto. Sed tandem hoc accipe , Lecton
Horrent me vivum ; cuncti me postea laudant.
Muhi mi similes vita. Poft funera pauci.
DE CHIBAU , de S. Jean de Luzi
NOUS
1132 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES LITTERAIRES
H
DES BEAUX ARTS , &c.
ARMONIE des deux Spheres Céleste
& Terrestre , ou l'Art de connoître
la Situation , la Route & la Difference
de toutes les Parties de la Terre , par le
Soleil & par les Etoiles , dédiée à S. A. S.
M. le Prince Souverain de Dombes. Par M.
> J. Griffon son Aumônier , Principal du
College de Toissey , Correspondant
de
l'Académie Royale des Sciences.I.Vol. in-4°.
de 477. pages , sans l'Epître , la Préface &
la Table. A Paris chés P. G. Le Mercier , ruč
S. Jacques , au Livre d'or. M. DCC. xxxix.
Le Prix du Livre relié est de 9. liv.
Ce Livre est divisé en deux Parties : en
tête de la premiere Partie sont des Préliminaires
, qui caracterisent le Systême , & mettent
dans tout son jour l'idée qu'il présente.
Six sortes de Tables en un ordre très - clair
morceau même d'Imprimerie agreable à la
vûë ) font la matiere de cette premiere Partie :
deux desquelles forment unĊalendrier Aftronomique
& Géographique , pour toutes les
heures de chaque jour & de chaque nuit de
PAnnée.
Les
JUIN 173% 113
-Les premieres Tables contiennent les Cor
respondances Solaires , qui font connoître le
Point de la Terre & celui de la Mer , sur
lequel le Soleil porte perpendiculairement
d'un intervalle à l'autre. Les seize Correspondances
attribuées à chaque jour , ne ser
vent que pour quatre jours de suite : il en
succede d'autres , produites par les change
mens de la Déclinaison du Soleil. Les 16 de
4 en 4 jours en font 128 à chaque mois , &
le nombre de 1536 en un an.
Ces Désignations des divers Lieux par le
Soleil , ne sont que pour l'Espace entre les
Tropiques , qui est de 47 dégrés en Latitude
: Le Firmament fournit par les Etoiles
diverses Correspondances en toute Latitude.
Les secondes Tables du Livre , plus satisfaisantes
encore au coup d'oeil que les premieres
, sont remplies de brillantes Etoiles ,
correspondantes aux principales parties de la
Terre & de la Mer : elles sont figurées dans
ces Tables , & leurs grandeurs s'y diftinguent
, selon l'Eclat qu'elles ont au Firma
ment.
Ce qu'il y a de favorable au Systême , c'est
que depuis Paris , & des Provinces voifines,
on a sur l'Horison une moitié du Ciel , qui
couvre toute la Terre habitée à la distance
en ligne droite de 2250 lieuës . Cet
Eloignement suffit , pour pouvoir porter les
Cor
4 MERCURE DE FRANCE
Correspondances Célestes & Terrestres , jusques
aux parties les plus reculées de l'un &
de l'autre Continent.
Par ces Correspondances d'Etoiles , le
Livre offre de demi-heure en demi- heure
l'Etat du Ciel , toujours désigné par un seul
dégré passant au Méridien , avec une Etoile ,
qui est alors le signal du moment d'obseryer
une multitude d'autres Etoiles choisies ,
que l'on verra perpendiculairement éclairer
sur une égale multitude de Lieux indiqués.
Les heures & minutes du temps , à vérifier
chaque Etat du Ciel , sont annoncées exac
tement à chaque nuit.
Toutes ces Correspondances d'Etoiles sont
au nombre d'environ 1800 : quoique le Catalogue
des Etoiles mises en oeuvre n'excede
pas celui de 180 : c'est qu'une même Etoile,
apliquée successivement sur divers Lieux
produit dans sa Révolution aparente plusieurs
Correspondances differentes.
En une nuit de douze heures , on pourroit
vérifier la moitié de ces 1800 Correspondances
, ce qui feroit 900 ; mais en réduisant
le nombre à 800 par chaque nuit , en
trente jours elles donneront 24000 Corres
pondances , & la somme sera de 192000
pour les 365 jours qui composent l'année ;
Car un même Etat du Ciel ne pouvant être
observé deux nuits de suite à la même heu
xe !
JUIN. 1739.
1157
ře , la diversité des heures fait varier les Ob
servations , & les multiplie à l'infini . Les
quatre Tables suivantes , dont on n'offre pas
ici le détail , concourent à former la prodigieuse
quantité des Correspondances proposées
, & rempliffent la premiere Partie de
ce Volume , en y comprenant leurs explications.
La seconde Partie contient six Traités !
qui sont destinés à guider les Commençans
dans l'Etude de l'Astronomie ; ce sont des
Elemens , qui expliquent clairement ce qu'il
y a
d'essentiel à sçavoir dans la Pratique de
cette Science. On en retranche ce que la
Géométrie & la Trigonométrie ont de
hérissé Ensorte que les jeunes Gens de douze
à quatorze ans , sont à portée de com
prendre & d'aprendre en fort peu de temps
tout ce qu'il y a d'interessant dans ce Volume.
On en a fait plusieurs expériences avec
un heureux succès , avant l'impression du
Livre.
Voici comment les Astres , dans ce Systême
, peuvent faire connoître la Situation ;
la Route , & la Distance de chaque Lieu. On
propose pour exemple la Ville de México ;
en Amérique.
Les 18 May & 25 Juillet , la déclinaison
du Soleil étant de 20 dégrés , semblable à la
Latitude de México , ce grand flambeau du
jour
1156 MERCURE DE FRANCE
jour passe alors au - dessus de cette Ville. Et,
comme elle est plus occidentale de 106 dégrés,
que leMéridien de Paris, lefquels équivalent
à une difference de 7 heures 4 minutes
: il suit néceffairement que les 18 May &
25 Juillet le Soleil éclairera perpendiculairement
sur México , quand il sera 7
4 minutes du soir à Paris.
,
heures
L'Etoile Arcturus de premiere grandeur ;
ayant à peu près la même déclinaison de 20
dégrés , est également zénit de México ,
une fois toutes les 24 heures : c'est- à - dire
précisément 7 heures 4 minutes après avoir
passé par le Méridien de Paris.
Lorsque le Soleil , ou bien Arcturus brillent
au- dessus de México , & qu'on en fait
l'observation , on est orienté exactement du
côté de la Terre , où cette Ville est placée :
le Point Céleste qui lui répond,en désigne la
Situation pour cet instant beaucoup plus parfaitement
qu'aucune Carte Géographique ou
Marine ne pourroit l'indiquer. Et ce moyen
de faire du Firmament une Mappe- Monde ,'
est bien plus propre à graver la position de
chaque Lieu dans la mémoire des jeunes
Gens , que ne peuvent y contribuer les Cartes
ordinaires.
La Route de México est aussi facile à indiquer
, que sa Situation : c'est -à- dire la ligne
droite , qui aboutit vers ce Lieu de l'Amérique
JUIN. 1739.
1157
que , quand le Soleil ou Arcturus éclairent
au-dessus de cette Ville. La perpendiculaire
qui en descend , coupe l'horison à un point
déterminé , auquel se raporte la soûtangente
depuis l'oeil de l'Observateur ; & cette ligne
prolongée aboutit certainement au Lieu annoncé.
Si le point de l'horison , où le passage
de cette même ligne est arrêté , a sa
fixation au 18 dégré de Nord - Ouest : la répétition
de cette ligne au 180 dégré retracera
toujours la route vers México , sans qu'il
soit nécessaire de la diriger vers ce point de
l'horison , quand le Soleil , ou bien quelque
Etoile , ou Planete éclairent sur ce Lieu.
La Distance , entre le Païs de l'Observateur
& México , se peut fixer aussi aisément que
la situation & là route de ce Lieu. On peut
la connoître de deux façons , par le Ciel &
par les Cartes Géographiques. La vûë des
Astres servira à cette fixation, en comptant les
dégrés d'un zénit à l'autre , entre celui de l'Observateur
& celui du Lieu indiqué. Un Quart
de Cercle dressé , sera l'Instrument propre
à cette Opération. Quand Arcturus ou le
Soleil arrivent au - dessus de la Ville de México
, si l'Alidade présente une difference de
80 dégrés , on en conclûra une distance de
2000 lieuës par la ligne droite d'ici à cette
Ville d'Amérique. Les Cartes Géographi
ques donneront la même détermination , si
1158 MERCURE DE FRANCE
la projection des dégrés est exacte . 4 dégrés
donnent 100 lieuës ; 40 dégrés font 1000
lieuës , & 80 dégrés 2000 lieuës .
Tout le Livre de l'Harmonie des deux
Sphéres tend à faire étudier la Terre par le
Ciel , & le Ciel par la Terre ; & sur tout à
fixer le raport de l'un avec l'autre , selon ces
expressions qui caractérisent le Systême :
Puncta notanda plagis Cæleftibus , indita Terra:
Sydera dum Terram , sydera Terra docet :
LA MARINE peut se servir ainsi des mê
mes Correspondances comprises dans ce
Volume , ou bien en créer de nouvelles à
l'inftar de celles- ci . Sur un Vaisseau prêt de
faire voile depuis Dieppe vers México , par
la Vera-Cruz : si l'on a égard à la fixation
des 18 dégrés de l'horison , où vise la ligne
droite qui aboutit vers ce Lieu , elle sera
d'une sorte d'utilité , pour diriger la Prouë
de ce Bâtiment avec une justesse , qui paroît
équivaloir à celle des meilleurs Înstrumens
employés à cet usage.
Ces dix-huit dégrés ajoutés aux 15 de déclinaison
de la Boussole , donnent 3 3 dégrés;
retranchez ces 33 dégrés des 90 , du quart
de l'horison à Nord- Ouest ; le restant , qui
sera de 57 dégrés , marquera la difference
entre la ligne où vise la Boussole , & la ligne
qui aboutit au point de l'horison , tendant à
México
JUIN. 1739. 1159
México. Pendant le cours de la Navigation,
si l'on conserve la même direction déſignée
par l'Angle de 57 dégrés avec la Boussole
on aura la certitude d'avancer en ligne droite
vers la Ville en question. Cependant cet
Angle sera susceptible des variations de la
Boussole : on l'augmentera , ou bien on le
diminuera , selon que la déclinaison de la
Boussole paroîtra changer.
>
on
Les Dérivations continuelles sembleront
alterer cette direction ; mais ces Dérivations
elles -mêmes seront ordinairement mesurées,"
proportionnées & déterminées relativement
à la direction indiquée . Si l'on sçait
qu'il faut dériver de dix dégrés au Nord ,
ôtera ces dix dégrés des 57, & l'Angle ne
sera que
de 47. Si la Dérivation au contraire
mene à dix dégrés vers le Midi , on les ajoû
tera à l'Angle , qui deviendra un Arc de 67
dégrés.
Lorsqu'on aura passé les écueils , & que le
Vaisseau aura la liberté de reprendre la ligne
droite , le Pilote s'en assûrera , en reprenant
l'Angle de 57 degrés , sauf les variations de
La Boussole , auxquelles on aura tel égard
que de raison.
Si l'Amplitude de l'horison donne plus de
dégrés au Nord , que n'en a la Latitude du
Lieu , ou du Port vers lequel on veut abor
der , on changera insensiblement la direction
du
1160 MERCURE DE FRANCE
peu 2 'du point d'horison , & on en diminuera
peu l'Amplitude. Au contraire , si l'Amplitude
de l'horison , où passe la ligne de Direction
, est moindre que la Latitude du
Port , on portera plus au Nord - Ouest la ligne
de Direction , dans la Proportion convenable
à la distance du Lieu , & aux progrès
de la Navigation vers ce même Lieu. C'est à
Mrs les Marins de déterminer ces sortes de
differences dans la précision exacte , qui se
trouvera toujours avoir un raport au Systême
de l'Harmonie des deux Spheres.
LETTRE à M. de B .... ou Essais sur le
goût de la Tragédie, contenant plusieurs Piéces
, tant en Prose qu'en Vers , à Amfterdam,
chés Henri Schelte , 1738. in-8° . & se vend
à Paris , chés Prault fils , Quai de Conty.
Ce Livre , qui contient environ cent pages
, paroît mériter l'attention des Amateurs
du Théatre , autant par raport à la matiere
qui y est traitée , que par la maniere ingé
nieuse dont l'Auteur a trouvé le secret d'é
gayer un sujet, qui, par lui-même,ne paroissoit
pas susceptible de beaucoup d'ornemens
en ce genre .
L'Editeur , dès l'ouverture du Livre , nous
annonce que les differentes Piéces qui le
composent , ont été trouvées par lui en
fort mauvais état dans le Cabinet du Sr.D ,
L. P.
JUIN. 17392 1161
L. P. qui venoit de mourir , & dont il étoit
ami particulier.
19
Le portrait qu'il fait du défunt , prépare finement
le Lecteur à ne point chercher la derniere
perfection dans des Ouvrages , auxquels la
mort imprévue de l'Auteur , ne lui a pas laissé
Le temps de mettre la derniere main : si tant
est pourtant ( ajoûte - t- il ) que sa paresse &
son indifference pour ses productions lui
eussent permis de le faire .... » Mon ami ,
» continuë- t- il , travailloit beaucoup , rédigeoit
peu. Lui venoit- il quelques idées
» sur un sujet qui lui plaisoit ? il les saisissoit
» d'abord avec ardeur & en tiroit parti. Sa vi-
» vacité lui faisoit alors oublier sa paresse,jusqu'à
ce que cette derniere reprenant le des-
→ sus,lui fit tomber la plume de la main, ce qui
» ordinairement ne tardoit guere. A la bon-
» ne heure si une autre idée sur le même su-
» jet se présentoit naturellement à son esprit
, & pouvoit concourir à achever , ou
perfectionner son dessein ; sans quoi tout
» restoit imparfait : il n'y pensoit plus. Ajoû-
» tez à cela que jamais la pensée de corriger
» & de limer un Ouvrage , ne lui est venuë;
» si ce n'est qu'il vint par hazard à s'aperce
voir , en ramassant ses materiaux épars ,
qu'ils pouvoient faire un Ensemble supor-
» table , & méritoient d'être mis en ordre ,
& corrigés ... Ne regardez donc , M. , les
အ
39
» morceaux
162 MERCURE DE FRANCE
» morceaux que je vous envoye aujourd'hui,
» & que je n'ai point extraits, sans peine,du
fatras de son Cabinet , que comme des
Esquisses très-hazardées de ce qu'il avoit
» dessein de faire .
>>
»
La premiere Piéce , & la plus considerable
'de ce Recueil , est une Epître en Vers libres
, adressée à M. de Voltaire , sur le goût
de la Tragédie Françoise . » Cette Piéce , dit
» l'Editeur , que j'ai trouvée très informe ,
pleine de ratures & de lacunes , a pourtant
été finie , & envoyée à celui pour qui
elle étoit faite : c'est ce que je vois par une
» Lettre de M. de Voltaire , dont je rendrai
compte ci - après.... Tout ce que je puis
faire , c'est d'essayer de remplir les vuides,
» en cherchant à travers les ratures , l'esprit
& le dessein de l'Auteur , afin de vous
donner une idée de la contexture du tout.
L'Auteur se peint , au commencement de
l'Epître , comme un jeune homme , que la
paffion de rimer & de se faire un nom , avoit
séduit pendant quelque temps. Mais convaincu
par l'experience de peu d'années ,
qu'on ne sçauroit faire de bons Vers , sans
connoître le Goût , il s'occupe à chercher le
Temple de ce Dieu ; c'est à Paris qu'il se
rend , pour en aprendre la route ; M. Rollin
veut bien la lui faire connoître , & lui enseimoyens
d'accourcir son voyage ; il
gner les
est
JUIN 1739
1163
Est enfin prêt d'arriver au but , lorsqu'il
trouve le chemin barré par une foule d'Auteurs
subalternes , dont il est forcé d'entendre
les idées creuses sur tous les genres de
Poësies , & en particulier sur la Tragédie ,
qui est celui pour lequel il se sent le plus de
penchant .
L'un de ces Fâcheux , parle d'une Piéce ,
qu'il dit devoir paroître au premier jour ,
dont le seul Titre excite les ris de l'Assemblée.
Cet homme , zélé sectateur du nonvean
, prétend justifier son goût en frondant
la plupart des Regles des Anciens. Le détail
dans lequel il entre sur ce sujet , est plein
d'esprit & de feu ; il n'y manque que de la
solidité. Cependant l'Auteur a trouvé l'art
de rendre les raisonnemens de son Apôtre du
Goût nouveau si specieux , qué s'il les avoit
mis dans la bouche d'un autre Personnage, il
ne seroit pas étonnant que ceux qui ignorent
les vrais Mysteres de Melpomene s'y laissassent
séduire. Cette partie de l'Epître , qui
contient au moins 150 Vers , est en général
bien versifiée , & mérite d'être lûë. Nous
n'en raporterons que quelques Traits.
Flatons , puisqu'il le faut, un Parterre cauftique,
Réveillons sa langueur par de brillans portraits ,
Inventons pour lui plaire un nouveau Goût Tragique
,
1.Vol.
E Qu
1164 MERCURE DE FRANCE
Qui soit vif, & frapant ; je réponds du succès.
L'humeur de nos François , active , petulante ,
Trouve , plus que jamais , les détails ennuyeux;
Et, quelque beaux qu'ils soient , leur ame impatiente
Lear préfera toujours un Vers mélodieux :
On les reproche encore à l'Auteur des Horaces ;
Evitons -les donnons des sentimens nouveaux ;
Le feu soutient jusqu'aux défauts ,
Et la langueur fait expirer les graces.
Ne l'intereffons plus qu'à force d'Action ;
Et s'il en coûte au vraisemblable ,
Le charme séducteur de la Compaffion
Scut toujours rendre, suportable
L'Intrigue la moins raisonnable ,
Pourvû qu'il en naquît beaucoup d'Emotion.
Le Novateur finit enfin sa Harangue par
ces Vers , qui ne sont pas les moins beaux
de l'Ouvrage,
Ménageons l'Interêt , c'est l'ame du Théatre :
Saififfons tous les Traits qui peuvent l'augmenter.
·Des Spectacles frapans le Public idolâtre ,
Permet , pour l'émouvoir , qu'on ose tout tenter.
Pour atteindre à ce but, employons la contrainte;
*Corneille,
S'it
JUIN
1739: 1165
il est fourd anx sanglots , aux pleurs , à l'amitié ;
Chés le Peuple toujours la terreur & la crainte
Ouvrent le coeur à la pitié .
Le Voyageur enfin , dépêtré des Importuns
qui l'environnoient , & poursuivant son chemin
avec ardeur vers le Temple du Dieu du
Goût , est arrêté par une Personne qu'il se
rapelle d'avoir vûë parmi ceux qu'il vient de
quitter. Il craint son abord ; mais il est bientôt
rassûré par les discours que lui tient l'Inconnu
, Homme spirituel , aimable , & pensant
jufte , qui s'offre à lui servir de guide , &
lui dévoile toutes les absurdités des maximes
qu'ils viennent d'entendre .
Ennemi plus que vous, dit-il, des brillantes erreurs,
J'aurois pû réfuter ce frivole Systême ;
Mais j'ai l'oreille faite aux cris des Novateurs ,
Et toujours le vrai Goût se défend par lui- même.
Mille Auteurs aveuglés , en vain pour l'imiter ,
A leurs foibles esprits ont donné la torture ;
Jamais l'Art le plus grand ne se fera goûter
S'il s'éloigne de la Nature.
L'Inconnu poursuit quelque temps sur le
même ton , & donne au jeune Poëte tous
les conseils qu'un Ami sage & consommé
dans la Poëtique, peut donner. Ce Morceau
Fij est
166 MERCURE DE FRANCE
eft travaillé , & paroît avoir coûté à l'Auteu
plus que le refte.
Un feuillet qui manque au Manuscrit
met l'Editeur dans l'impoffibilité de nous
aprendre le succès du Voyage de nos deux
Pelerins. Il est contraint de sauter tout d'un
coup à la conclusion de l'Epître , où l'Auteur
dit , en parlant de l'Inconnu à M. de
Voltaire :
Je ne le quittai qu'à regret ....
Cependant mon ame calmée ,
Déja d'un feu nouveau paroiffoit animée ,
Et dès le même soir j'en éprouvai l'effet.
Enfin , par le conseil de cet Ami fidele ,
J'osai te prendre pour modele .
Si j'en euffe conau de plus digne que toi ,
Tu ne te verrois pas importuné par moi ....
Je fais ton Ecolier , & fais gloire de l'être ;
Si j'ai quelque Talent , tes Ecrits l'ont formé;
Trop heureux de n'avoir rimé
Qu'après avoir fçû te connoître ! & c.
La Piéce suivante est une Lettre de M. de
Voltaire à l'Auteur , par laquelle ce célebre
Poëte le remercie très - gracieusement de l'Epître
dont on vient de voir l'Extrait. Cette
Lettre , quoique courte , est tellement marquée
au coin de celui qui l'écrit , qu'on ne
peut l'y méconnoître.
Ов O
JUIN. 17397
1167
On trouve aussi deux Lettres assés lon
gues , mais d'un style très -familier & enjoué,
qu'on supose avoir été envoyées à l'Auteur
par un de ses Amis , au sujet de l'Epî
tre à M. de Voltaire , & d'une Tragédie que
l'Auteur composoit alors. Le fond de ces
Lettres roule sur les matieres traitées dans
l'Epître , & sur plusieurs Piéces modernes ,
dont on donne les beautés pour modeles dn
vrai Goût Tragique.
Les bornes que nous sommes prescrites
ne nous permettent pas d'en faire une lon
gue analyse. Ce qu'on en peut dire de plus ,
c'est qu'elles sont pleines de réfléxions & de
préceptes très- propres à former le Goût.
On voit ensuite deux Scenes détachées
d'une Tragédie de l'Auteur , qui ne s'est
point trouvée parmi ses Papiers. La premiere
, est un Monologue d'un Ministre qui
gémit d'être obligé de servir un Tyran , sur
L'esprit duquel l'honneur & les Loix ne peu
vent rien. Comme elle n'est pas fongue
nous croyons qu'on ne sera pas fâché de la
voir ici toute entiere.
Vous , qu'un heureux destin a soumis à des Rois ,
Qui n'ont que le devoir & la Vertu pour Loix ;
Dont l'ame à la Raiſon est toujours affervie ,
Miniftres fortunés , que je vous porte envie ! ....
Aimés , chéris de tous , même de vos Rivaux ,
Fiij Your
1168 MERCURE DE FRANCE
Vous jouiffez en paix du fruit de vos travaux.
Connus par vos bienfaits, plus que par la victoire,
Les vertus du Monarque accroissent votre gloires ·
de l'envie écartant les fureurs ,
Et vos noms ,
Près de leurs noms facrés font gravés dans les
coeurs.
Hélas ! que nos deftins different l'un de l'autre !
Le mien , eft d'être Efclave , & vous faites le vôtre.
Juftes , tout vous chérit ; je crains jufqu'à mon Roi ;,
Et les maux qu'il produit rejailliffent sur moi.
L'autre Scene fe passe entre le même Aca
teur & le fils du Tyran. Nous n'en raporterons
qu'un Trait.
Ce jeune Prince veut engager le Miniſtre
à faire échouer quelques Projets de son Pere,
qui lui paroissent criminels ; & préssentant la
maniere dont sa proposition va être reçûë ,
il s'exprime ainsi :
Ah ! quelques foient les droits du Prince ou du
Sujet ,
Est- ce être criminel d'empêcher un forfait
Le Miniftre lui répond :
Dieux ! Qu'entens- je ? ...... Oui c'eſt l'être ; & le
prétendu zele
Qu'on opofe à son Roy , n'en eft pas moins re
belle ;
Il n'eft qu'un attentat à ſon autorité,
Quand
JUIN. 1739
1169
Quand il ofe éclater contre fa volonté .
Maître de fe vanger , de punir , ou d'abſoudre ,
Vive image des Dieux , quand ils lancent la foudre,
Qu'aux yeux de fes Sujets un Roy paroiffe errer ,
Ils peuvent en gémir , mais fans en murmurer.
Vous , Prince , que le Sang apelle à la Couronne,
Malgré tout le pouvoir que ce haut rang vous
donne ,
Songez , que quoiqu'il ofe , il doit être obéi...
Puiffiez-vous l'oublier , en regnant après lui.
Le reste du Livre contient une Lettre en
Prose & enVers , écrite par l'Auteur à M. de
Voltaire sur sa Tragédie d'Alzire ; & une
Piéce de Poësie légere , adressée aux Dames
d'Arras , sur une Question badine qu'elles
avoient proposée à l'Association Litteraire
de cette Ville.
Ces dernieres Piéces sont fort goûtées ; il
s'en faut pourtant de beaucoup que le Livre
dont il s'agit soit sans défauts. On y trouvera
des négligences impardonnables en plus
d'un endroit. Mais l'Editeur nous a prévenus
là - dessus dès l'entrée de l'Ouvrage ; & si
l'Auteur avoit assés vécu , on voit bien qu'il
étoit en état de les corriger.
TRAITE'S des Récompenses & des Peines
Eternelles , tirés des Livres Saints. Par M.
Fiiij
l'Abbé
178 MERCURE DE FRANCE
l'Abbé Le Pelletier , Chanoine de l'Eglise de
Rheims. Vol. in- 12 . de 396. pages , ches
Ganeau , rue Saint Jacques , à Saint Louis.
M. DCC . XXXIX.
L'Auteur a bien raison de dire dans son
Avertissement , que jamais il ne fût de matiere
plus importante , plus interessante , que
celle qu'il traite dans cet Ouvrage. Point de
Verité plus clairement énoncée dans les Sain
tes Ecritures , plus manifefte dans toute la
Tradition , plus répandue dans toutes les
Prieres de l'Eglise , dans toutes les Liturgies
du Monde Chrétien , que celle qui est renfermée
dans le Dogme fondamental de l'Eternité
des Récompenses & des Peines. Il
eft cependant étonnant , ajoûte le Pieux Au4
teur , que dans un Siecle si fecond en Ecris
vains , on fasse tant de mauvais Livres ,
qu'on écrive si peu sur le sujet que j'ai entrepris
de traiter, & qui sera toujours inépuisable.
Il croit que les Prédicateurs & les
Pafteurs en géneral n'insistent pas assés sur
ces grandes Verités , si capables d'operer de
grands fruits. Denis le Chartreux , Bellarmin,
M. Nicole , le P. Dupont , ont travaillé sur
te même sujet ; mais leurs Ouvrages , au sentiment
de notre Auteur , sont imparfaits ;
incomplets , non assés précis , pour la plûpart
trop abstraits , trop théologiques , peu
à la portée de tout le monde , &c . Pour lus
sans
JUIN 17397
1171
Fans rien copier de ceux qui l'ont précedé ;
il a , dit-il , tout tiré des abondantes & intarissables
Sources des Livres Saints , surtout
du Nouveau Testament , en ajoûtant cependant
quelques Traits des Peres , & des Actes
les plus autentiques des premiers Martyrs.
Il proteste enfin avec humilité que s'il y a
quelque chose de bon , d'édifiant , d'ins
tructif, de touchant dans cet Ouvrage , il ne
vient pas de lui , mais uniquement de celui
de qui tout bien procede .
Il ne faut pas s'étonner si avec de tels se
cours, & dans de pareilles dispositions , l'Auteur
nous a donné un bon Livre . On y
trouve en effet avec de l'onction & de grands
sentimens de pieté , de l'ordre , de la méthode
, & plusieurs Traits d'Eloquence, sans
parler de la bonté du style , & de la pureté
du langage.
SUITE du Memoire Historique & Généalogique
sur la Maison de Bethune.
Branche de Selles & Chabris.
Philipe de Bethune , Comte de Selles & de Charoft
, Marquis de Chabris , &c . frere paîné de Maximilien
I. Duc de Sulli , fut Gentilhomme de la
Chambre du Roy Henri III. Chevalier de l'Ordre
du S. Esprit , Gouverneur de Rennes , Lieutenant
Général au Gouvernement de Bretagne , Ambaffa
deur en Ecoffe , à Rome & en plufieurs autres
Couts. L'Hiftoire dit de lui , qu'il unit la bonne
Ey foi
1172 MERCURE DE FRANCE
foi à l'habileté dans les affaires ; éloge rare & prés
cieux , qu'elle renouvellera pour le digne Miniftre
qui nous gouverne fous l'autorité du Roy , & que
personne n'aura mieux mérité . Philipe eut deux
femmes , 1 °. Catherine le Boutheiller de Senlis
fille de Philipe le Boutheiller de Senlis , Seigneur
de Monci-le- vieil & de Vincüil , Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roy ; d'une Maison aflés
ancienne & affés noble ,pour que la Tradition commune
, au raport de Duchesne , l'ait fait descendre
des anciens Comtes de Senlis. 2° . Marie d'Alegre
de l'illuftre Maison de ce nom . Sa premiere femme
feule lui donna des enfans ; Philipe , mort jeu→
ne ; Hipolite , dont l'Article fuit ; Henri , qui prit
P'Etat Ecclefiaftique , & mourut Archevêque de
Bourdeaux ; Louis , qui forma la Branche des Ducs
de Charoft ; & Marie , qui épousa François Annibal
, Duc d'Eftrées , Pair & Maréchal de France. *
Philipe mourut en 1649. âgé de 88. ans , ayant
vécu fous fix de nos Rois ; François II . Charles IX..
Henri III. Henri IV . Louis XIII. & Louis XIV .
Hipolite , devenu l'aîné de fes freres , par la mort
prématurée de celui qui le précedoit , fut Comte
de Selles, Marquis de Chabris , premier Gentilhomme
de M. le Duc d'Orleans , Frere unique de Louis
XIII . Chevalier de l'Ordre du S. Esprit , Chevalier
d'Honneur de la Reine ,Conseiller d'Etat d'Epée
&c. Il mourut en 166 § . après avoir donné au Roy
plus de 2500. Volumes manuscrits , * recueillis par
fon Pere & par lui. Il eut d'Anne- Marie de Beau-
* La Maison d'Efirées s'eft éteinte en 1738. par
La mort de N .... d'Eftrées , Pair & Maréchal de
France , Vice-Amiral , &c.
* Ces Manuscrits font diftingués & cottés Bethun ,
la Bibliotheque du Roy.
villiers.
JUIN. 1739.
1173
villiers de Saint-Aignan,qu'il avoit épousée en 1629.
Philipe , mort fans pofterité ; Henri , dont l'Article
fuivra celui - ci , Armand, mort Evêque du Puy ;
François Gafton , dont la pofterité fera raportée
après celle de Henri ; François Annibal , dont la
pofterité fuivra celle de François Gafton ; Hipolite ,
mort Evêque de Verdun ; Louis , dont la pofterité
fera raportée après celle de François Annibal ; Anne
Berthe, & Marie, Abbeffes en differens Convens ;
Catherine , morte veuve de Joseph de Tertulle ,
Marquis de la Roque ; & Marie , morte veuve de
François de Rouville , Marquis de Meus , Gouverneur
d'Ardres & du Comté de Guines
Henri, devenu l'aîné des enfans d'Hipolite, mou
rut en 1690. laiffant de fon Mariage avec Marie-
Anne Dauvet , fille de Nicolas Dauvet , Comte
Desmarets , Grand Fauconnier de France , fix enfans
; Louis , dont l'Article fuit ; Anne Marie, apellé
l'Abbé de Bethune, qui vit ; Marie-Henri ,Chevalier
de Bethune, Capitaine de Vaiffeau, qui vit auffi &
n'eft point marié ; N ..... Demoiselle , décedée
nouvellement , & deux filles , mortes Chanoineffes
à l'Abbaye de Remiremont.
*
*
Louis , Comte de Bethune , fils aîné de Henri ,
eft mort Lieutenant Général des Armées Navales
Commandant à Rochefort , en 1734. Il a laiffé de
fon mariage avec N .... de la Combe , veuve en
premieres Nôces de N .... Seigneur d'Yberville
Capitaine de Vaiffeau , deux enfans qui vivent .
Armand-Louis , Marquis de Bethune , qui vient
d'avoir l'agrément de Sa Majefté pour un Guidon
de Gendarmerie , & qui étoit Capitaine dans Royal
* Le Pere Anselme , Hiftoire Généalogique des
Grands Officiers de la Courouns , le nomme François
Annibal.
Rouffillon E vj
174 MERCURE DE FRANCE
Rouffillon Cavalerie ; & Armande de Bethune , De
moiselle.
François - Gafton , Marquis de Bethune , Comte
de Selles , &c. quatrième enfant d'Hipolite Comte
de Selles & de Charoft , mourut en Suede le 4. Octobre
1692. après avoir été succeffivement Envoyé
Extraordinaire en Baviere pour le Mariage de Monfieur
, Frere unique de Louis XIV. Gouverneur de
Cleves , Commandant en Chef les Troupes laiffées.
dans le même Pays , Chevalier des Ordres du Roy,
chargé de conferer les mêmes Ordres à Jean Sobieski
, Roy de Pologne , Ambaffadeur auprès de
ce Prince , Ambaffadeur en Suede , & par tout digne
de fes Emplois. Un zele vif pour la gloire de
Ja France & du Roy , fut l'ame de fes actions. Il le
préfera au foin de sa fortune. De-là , la fplendeur
où il vécut dans fes Ambaffades.. De- là auffi, l'apel
qu'il fit au Comte de Thaun , Ministre de l'Empereur
en Pologne , pour punir ce Comte de quelques
discours peu mesurés, où il s'étoit emporté contre
Louis XIV. Cette affaire obligea la Cour de Vienne
à rapeller le Comte de Thaun , & donna une fi
grande idée du Comte de Bethune au Roy Sobieski
,fon beau- fiere , que des Ambaffadeurs de Hongrie
étant venus demander à ce Monarque un Roy
de fa Familie, il n'héfita pas à le leur proposer, & a
leur promettre de l'apuyer de toutes les forces contre
la Maison d'Autriche. François Gaſton avoit
épousé le 11. Décembre 1668. Marie-Louiſe de
Pa Grange d'Arquien , fille de Henri de la Grange ,
Marquis d'Arquien , mort Chevalier des Ordres du
Roy & Cardinal , & foeur de Marie- Casimire de la
Grange d'Arquien , Reine de Pologne. Il eut quatre
enfans de fon mariage. 1. Louis , Marquis de Be
thune, Meftre de Camp de Cavalerie, tué à Hoftect
En Août1704. 2°. Louis- Marie- Victoire , Comte de
Bethune
JU Í N. 17391 " 1179
Bethune , dont l'Article fuivra celui-ci . 3 ° . Marie
Cafimire , mariée en premieres Nôces au Prince de
Radzewils Cleeki , dont elle n'a point eû d'enfans ; &
en fecondes nôces , à Alexande Paul , Comte de
Sapieha , Grand- Maréchal de Lithuanie, duquel elle
a cû trois fils & une fille. 4º. Jeanne- Marie, mariée
à Jean , Comte de Joblonowski , Enseigne de la
Couronne de Pologne , & depuis fucceffivement Pa
latin de Volhinie & de Ruffie .
Le defir de faciliter à la Maison de Bethune , & à
ceux qui écriront fur elle par la fuite , la chaîne des
Alliances de cette Maison en Pologne , que la distance
des Lieux & le peu de communication feroient
peut- être perdre trop aisément , engage à donner
ici la Pofterité des Comteffes Sapieha & de Joblonowski.
On fe flatte que le motif de cette digres
sion la rendra excusable .
"
La Comtefle Sapieha , Marie - Cafimire de Bethu
ne , a eû , 1º. Cafimir , Géneral de l'Artillerie de
Lithuanie , mort à Fraunftad en Août 1738. laissant
un fils & une fille de N .... Princeffe de
Radziwil fille du Prince de Radziwil , Grand
Chanchelier de Lithuanie . 2° . Joseph, actuellement
Evêque de Vilna. 39. Sanislas Starofte de Gulbinski,
marié à une de fes parentes, fille de N .... Sapicha,
Starofte de Dobraisky . 4° . Marie - Louise , mariée
en premieres nôces à N .... Wieloposky , Staros
te d'Opocrinski , dont elle n'a point eû d'enfans ;. &
en fecondes , à Antoine- Michel Potoski , Palatin
de Betsz , dont elle a un fils nommé Jean.
La Comteffe Joblonowski, Jeanne- Marie de Bethune
, a eû , 1º. Stanislas , Palatin de Rawa , marié
en premieres nôces à Marie-Anne Potoska; dont
il n'a point eû d'enfans ; & en fecondes , à N.
de Broniz , qui lui a donné un fils nommé Barnabé
2. Jean Cajetan , Starofte Czehrin , marié à
N
1 MERCURE DE FRANCE
N .... Wielokurska , dont il n'a point d'en
fans. 3 °. Démetrius , Starofte de Swik , marié à
N .... Szembeck , de laquelle il a un fils nommé
Chriftophe. 4° Marie Louise , mariée à Charles-
Frederic de la Trimouille , Comte de Taillebourg,
fait Duc de Châtellerault lors de fon mariage , dont
elle a un fils nommé Stanislas de la Trimouille ,
Comte de Taillebourg . Catherine , mariée au
Duc Maximilien de Tencryn Offolinski , Cheva-
Lier de l'Ordre du S. Esprit , Grand- Maître de la
Maison du Roy de Pologne , Duc de Loraine Stanislas
I. & ci-devant Grand - Trésorier de la Couronne
de Pologne. 6 °. Et Louise , Religieuse du
S. Sacrement à Léopold .
On revient à ce qui fait l'objet de ce Memoire.
Des deux enfans mâles de François Gaſton , Marquis
de Bethune , l'aîné tué à Hoftect en Août
1704. n'a point été marié,
1
A l'égard du puîné, Louis - Marie-Victoire , Comte
de Bethune , Maréchal des Camps & Armées du
Roy , Grand Chambellan du Roy de Pologne, Duc
de Loraine Stanislas I. il a été marié deux fois ; la
premiere , avec Henriette de Harcourt de Beuvron,
fille de François , Marquis de Beuvron , Chevalier
des Ordres du Roy , & foeur du Maréchal d'Harcourt
que fa capacité dans le Commandement a
fait trouver fi digne d'y avoir été élevé ; de plusieurs
enfans qu'il a eu de ce mariage , il ne reste actuel
lement que Marie - Cafimire - Therese - Genevieve-
Emmanuelle de Bethune , qui avoit épousé en premieres
nôces François Rouxel de Medavy,Marquis
de Grancey , Lieutenant Général des Armées du
Roy , Gouverneur de Dunkerque , frere du Maréchal
de Grancey , & qui eft à present femme de
Louis- Augufte Foucquet , connu fous le nom de
Comte de Belle-Isle , Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenan
JUIN. 1739 1777
Lieutenant Général de fes Armées , Gouverneur de
Metz , & Commandant dans les Trois Evêchés -
dignités que fes talens pour la Guerre lui ont fait
obtenir , & au- deffus desquelles on le croit encore.
Louis- Cézar de Bethune , Comte des Bordes , Mes
tre de Camp de Cavalerie , mort au Camp d'Agelsheim
en Juillet 1735. fans avoir été marié , étoit
du même lit que la Comteffe de Belle-Isle . En fecondes
nôces le Comte de Bethune a épousé Ma
rie-Françoise Potier de Gêvres , fille de François-
Bernard Potier , Duc de Tresmes , Pair de France
Chevalier des Ordres du Roy Gouverneur de Paris,
de laquelle il a actuellement trois enfans vivans,,
non encore établis ;. Armand - Louis- François , né ài
Paris le 23. Septembre 1717. Joachim Cafimir-
Leon , né au Château d'Apremont le 31. Juillet
1724. & Marie - Eleonore - Augufte , née au même
Lieu le 30. Janvier 1727. Personne n'ignore que
la Maison de Potier a formé deux Branches également
diftinguées dans la Robe & dans l'Epée , par
les Hommes rares qu'elle y a donné , mais les bons
Citoyens, les Sujets fidéles en particulier , fe fouviennent
toujours avec respect , de la génereuse
hardieffe de N .... Potier , Président au Parlement
de Paris , qui demanda publiquement au Duc
de Mayenne , lapermiffion de fe retirer vers Henri
IV. dans le temps de la Ligue : Je vous regarderai
toujours comme mon Bienfaicteur , lui dit - il , mais je
ne puis vous regarder comme mon Maître . Trait de
fidelité que M. de Voltaire a paraphrasé dans sa
Henriade , avec la dignité qu'il sçait donner aux fu--
jets qu'il traite.
François- Annibal de Bethune , Chef d'Escadre .
&c. étoit le cinquiéme fils d'Hipolite , Comte de
Selles , &c. il avoit épousé Renée le Borgne de l'Es
quiffiou , dont il a laiffé :
Jeanne
* MERCURE DE FRANCE
"
Jeanne-Louise de Bethune , actuellement veuve
fans enfans , de Fabien Albert du Quesnel , Marquis
de Coupigni , mort le 9. Juillet 1734.
Louis de Bethune , Marquis de Chabris, &c. Gouverneur
d'Ardres & du Comté de Guines , étoit le
Leptiéme fils d'Hipolite , Comte de Selles , &c. II
avoit épousé en 1677. Elisabeth le Marchand du
Grippon , veuve d'Edme-Leonard de Rasés , Marquis
de Monisine , Colonel du Régiment de Champagne.
Cetre Dame étoit fille de Jacques le Marchand
, Seigneur Châtelain du Grippon , &c. Président
au Parlement de Normandie , & de Suzanne
de Vaffi , laquelle étoit fille de Jacques de Vaffi ,
Chevalier de l'Ordre du Roy , Gentilhomme ordinaire
de fa Chambre , &c. & de Louise de Montgommeri
, de l'ancienne Maison de ce nom. Louis
de Bethune a eû de fon mariage avec la Marquise de
Monisme.
Hipolite de Bethune , Marquis de Chabris , & c .
Meftre de Camp de Cavalerie , qui vit actuellement
, & n'a point de pofterité. Et N .... de
Bethune , mort en bas âge.
C'est par la Branche dont on vient de décrire la
filiation, que s'eft renouvellé , de nos jours , l'honneur
que la Maison de Bethune a eû tant de fois
de s'allier aux Maisons Souveraines de l'Europe .
On croit devoir donner ici une légere idée d'un
Evenement si naturellement lié aux matieres de ce
Memoire .
En quelque considération que fut la Maison de
la Grange, qui a produit un Maréchal de France , un
Cardinal , des Chevaliers des Ordres , &c. & qui a.
formé trois Branches ; celle des Marquis d'Arquien,
celle des Seigneurs de Villedonné , & celle des Seigneurs
de Vieux- Châtel & de Foüilloi , elle l'eft
dévenuë encore davantage par Marie- Cafimire de
la
JUIN 1739. 1179
la Grange d'Arquien , morte Reine de Pologne , &
par Marie-Louise de la Grange d'Arquien, fa foeur,
morte Marquise de Bethune.
Marie-Cafimire de la Grange d'Arquien , femme
de Jean Sobieski , Roy de Pologne , qu'elle avoit
épousé le 6. Juillet 1665. eut huit enfans de ce Monarque
, fi Grand par fes Victoires fur les Infideles,
la délivrance de Vienne . Quatre moururens
jeunes. Les quatre autres furent , &
par
1. Jacques-Louis- Henri Sobieski , Prince de
Pologne , mort à Zolkiew , en Ruffie le 17. Décembre
1737. lequel avoit épousé Hedwige- Elisabeth-
Amélie de Baviere Neubourg , fille de Phi
lipe- Guillaume , Electeur Palatin , Duc de Neubourg
, & d'Elisabeth- Amélie de Heffe d'Armſtad,
& foeur de l'Impératrice , femme de l'Empereur
Leopold I. de la Reine d'Espagne , veuve de Charles
II . de la Reine de Portugal , femme de Pierre
II . de la Ducheffe de Parme , femme d'Odoacre II.
des Electeurs Palatin & de Tréves , & de l'Evêque
d'Ausbourg.
2º. Alexandre Benoît Stanislas , mort garçon
Rome le 19. Novembre 1714.
3. Conftantin - Philipe Uladislas , mort à Zolkiew
le .... Juillet 1725. fans pofterité . *
4. Et Therese - Cunegonde - Cafimire ( nommée
dans Moréri , Therese- Charlotte - Cafimire ) qui a
été feconde femme de Maximilien- Emanuel , Electeur
, Duc de Baviere , ce Prince illuftre que nous
avons vu fi long-temps en France. Elle mourut à
Venise le 10. Mars 1730.
Jacques-Louis- Henri Sobieski , a eû fix enfans
* Les Princes Alexandre Conftantin , ont été
Chevaliers de l'Ordre du S. Esprit ; le Prince Jasİ
ques leur aîné , étoit Chevalier de la Toison d'Or.
r8o MERCURE DE FRANCE
de fon mariage. 1. Jean. 2 °. Marie- Léopoldine
3. Marie-Magdeleine ; tous trois morts en bas âge.
4. Marie - Cafimire, morte à 28. ans , fans avoir été
mariée. °. Marie-Charlotte , née en 1697. mariée
par Procureur à Neuff en Silesie le 25. Août 1723 .
& en personne , à Strasbourg le zo. Septembre fuivant
, avec Frederic - Maurice- Cafimir de la Tour-
Bouillon , Prince de Turenne , qui mourut par accident
dix jours après fon mariage ; & remariée le
2. Avril 1724. en vertu de dispense de Rome du 6.
Mars précedent, avec Charles - Godefroi de la Tour-
Boullon , à présent Duc de Bouillon , Grand-
Chambellan de France , dont jelle a deux enfans
N.... de la Tour - Bouillon , Prince de Turenne
né le 26. Janvier 1728. & Marie - Louise-Henriette-
Jeanne , née le 15. Août 1725. 6° . Et Marie-Clémentine
, née en 1701. mariée à Rome le 3. Sepe
tembre 1719 à Jacques d'Angleterre , connu fous
le nom de Chevalier de Saint- Georges ; laquelle eft
morte le 18 Janvier 1735. laiffant du Prince fon
époux , Charles - Edouard - Louis - Philipe- Cafimir ,
& Henri-Benoît d'Angleterre , Princes de la plus
grande esperance, en qui vit l'illuftre nom de Stuart.
y
Quant à Therese Cunegonde - Cafimire Sobieska,
femme de Maximilien- Emanuel , Electeur Duc de
Baviere , elle a donné neuf enfans au Prince fon
époux , dont quatre reftent , Charles - Albert , Electeur
de Baviere , qui a épousé Marie - Amélie d'Autriche
, fille puinée de l'Empereur Joseph , & foeur
de Marie -Josephe d'Autriche , femme de Frederic-
Augufte III . Electeur de Saxe , actuellement Roy
de Pologne , fur l'abdication de Stanislas I. Clément-
Augufte Electeur de Cologne , Jean - Théodore
, Evêque de Ratisbonne & de Freysinghen ; &
Marie -Anne , Religieuse.
Charles-Albert , Electeur de Baviere , a plusieurs
enfaus
JUIN. 1187 1739
anfans ; & Ferdinand-Marie , son frere , Duc de
Baviere , Comte Palatin du Rhin , mort à Munich
le 9. Décembre 1738. en a laissé deux.
par
A l'égard de Marie Louise de la Grange d'Ar
quien , épouse de François Gafton , Marquis de Be
thune , Comte de Seiles , &c . Jeanne - Marie de Be
thune , l'une de fes filles , eft devenuë
fon ma
riage avec Jean , Comte de Joblonowski , Palatin
de Volhinie , & ensuite de Ruffie , tante maternelle
du Roy de Pologne , Duc de Loraine Stanislas I.
& grande tante maternelle de Marie Leczinska ,
Reine de France , Princeffe digne par les vertus du
Trône augufte où elle eſt affise.
Branche de Charof.
Louis de Bethune , Comte , & ensuite Duc de
Charoft , Pair de France , Capitaine des Gardes du
Corps , Chevalier des Ordres du Roy , &c. étoit le
quatriéme fils de Philipe de Bethune , Comte de
Selles & de Charoft. Ses Services lui mériterent les
dignités brillantes où il fut élevé . Il mourut en
1681. âgé de 77. ans , laiſſant deux enfans de N.....
Lescalopier , fa femme ; Armand , dont l'Article
fuit ; & Louise-Anne , mariée en 1665. à Alexandre
de Melun , Prince d'Epinoi , Chevalier des Or
dres du Roy. L'érection du Duché- Pairie de Be
thune-Charoft a été faite par Lettres du mois de
Mars 1672. vérifiées le 11. Août 1690 .
Armand , fecond Duc de Charoft , fucceda aux
dignités de fon Pere , & les mérita comme lui. II
épousa en 1657. Marie Foucquet , fille de Nicolas
Foucquet , Miniftre d'Etat , de laquelle il eut Ar
mand , qui fuit ; Nicolas , mort Abbé de Tréport ;
une fille non nommée , morte en bas âge ; Marie-
Hipolite, & Marie-Armande, qui fe firent Religieu
fes , Marie-Anne , morte à onze ans , & Louis-Basile,
Chevalier de Charoft , qui vit, Arman
181 MERCURE DE FRANCE
Armand , fecond du nom , troisiéme Duc de
Charoft , non moins illuftre que fon Pere & for
Ayeul , hérita de toutes leurs dignités , & y joignit
le 13. Août 1722. celle de Gouverneur du
Roy , en laquelle il affifta le 25. Octobre de la
même année , à la céremonie du Sacre de ce Monarque
; ce Seigneur eft vivant. Il a eû d'un premier
mariage avec Louise - Therese de Melun d'Epinoi
, la cousine germaine , Louis-Joseph de Bethune
, Marquis de Charoft , tué à la Bataille de
Malplaquet en 1709. & Paul- François de Bethune,
dont l'Article fuit. Et , d'un fecond mariage avec
Catherine de Lamet , il a eû Michel-François de
Bethune , Comte de Charoſt , mort en 1711 .
Paul-François , quatriéme Duc de Charoft , Pair
'de France , fur la démiffion de fon Pere , Capitaine
des Gardes de Corps , Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant Général de fes Armées , &c. n'eſt
pas moins l'héritier des vertus qu'on a toujours admirées
dans fa Branche , qu'il l'eſt de l'illuftration
qu'elle a reçûë. Il porte à la Cour le titre de Duc
de Bethune. Veuf de Julie- Chriftine - Regine Gor
ge d'Antraigue , il en a eû Marie-Julie , Religieuse;
Armand , Marquis de Charoft , tué à Clausen en
1735. Bafile , mort en 1736. Marie-Françoise ,
mariée à Antoine- Paul -Jacques d'Eftuer de Kelen ,
Comte de la Vauguyon , Colonel du Régiment de
Beauvoisis , & c. Marie- Charlotte , mariée à René
de Froulay , Marquis de Teffé , Grand d'Eſpagne ,
Colonel du Régiment de la Reine , Infanterie , premier
Ecuyer de la Reine , &c. Anne-Françoise
morte jeune. Et
François-Joseph de Bethune, Duc d'Ancenis , qui a
épousé Elisabeth-Marthe de Roye de la Rochefou
cault , de laquelle il a déja un fils que l'on nomme :
Armand-Joseph de Bethune , Marquis de Charoft.
Pan
JUIN.
1187
1739.
Par la naiffance de ce dernier , M. le Duc de Charoft
, Armand , ſecond du nom , voit comme Louis
XIV. fa Pofterité jusque dans fon arriere petit-fils.
On résume ce Memoire par une Lifte des Seigneurs
Dames du Nom & de la Maison de Bethune
des Branches de Sulli , d'Orval , de Selles de
Charoft , qui vivent en France en la présente année
1739. l'ordre des Branches & d'Aineffe gardé.
Branche de Sulli.
Louise- Henriette de Bethune , Religieuse.
Branche d'Orval.
2. Louis-Pierre-Maximilien de Bethune , Duc de
Sulli .
3. Louise-Nicole de Bethune , Marquise de Goes
briant.
4. Magdeleine-Henriette-Maximilienne de Bethune
, Demoiselle.
3. Françoise de Bethune, Marquise de Caulaincourt,
. Maximilien-Antoine - Armand de Bethune , Prin
ce de Henrichemont & de Boisbelle.
Branche de Selles & de Chabris,
7. Armand-Louis , Marquis de Bethune , Guidon
de Gendarmerie.
8. Armande de Bethune , Demoiselle.
9. Anne -Marie de Bethune , Abbé .
10. Marie- Henri , Chevalier de Bethune , Capi
raine de Vaiffeau.
11. Louis-Marie -Victoire , Comte de Bethune.
12. Armand- Louis-François de Bethune , Comte
des Bordes.
13. Joachim- Cafimir- Leon de Bethune .
14. Marie- Cafimire - Therese - Geneviève - Emmanuelle
de Bethune , Comteffe de Belle - Isle.
184 MERCURE DE FRANCE
15. Marie-Eleonore Augufte de Bethune.
16. Jeanne- Louise de Bethune , Marquise de Cou
pigni.
17. Hipolite de Bethune , Marquis de Chabris.
Branche de Charoft.
18. Armand de Bethune , Duc de Charoft .
19. Paul- François de Bethune , Duc de Bethune.
20. François-Joseph de Bethune , Duc d'Ancenis.
21. Armand - Joseph de Bethune Marquis de
Charoft.
>
22. Marie- Julie de Bethune , Religieuse.
23. Marie- Françoise de Bethune , Comteffe de la
Vauguyon.
24. Marie-Charlotte de Bethune,Marquise de Teffé.
15. Louis Bafile de Bethune, Chevalier de Charoft.
Aprobation.
J'ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le présent Manuscrit intitulé , Memoire Hiftorique
Généalogique sur la Maison de Bethune ; & je
l'ai trouvé conforme à l'Hiſtoire de cette Maison ,
faite par André du Chesne , Hiftoriographe de
France , imprimée en 1639. Fait à Paris ce 17 .
Avril 1739 .
Signé , Clairambault.
Le Privilege eft au Glaneur François.
Nous avons reçu l'Avertiffement qui fuit de Jean
Neaulme , Libraire à la Haye.
Le Projet que j'ai publié pour la Souscription des
Actes Publics d'Angleterre, recueillis par M. RYMER ,
étant entierement dispersé , je me trouve obligé de
le réimprimer , afin de le pouvoir communiquer
aux Personnes qui ne l'ont pas encore vû , & qui
ferome
JUIN. 1739% 1115
Teront peut-être bien aises , à l'occasion du Tome I
que je viens d'achever que je délivre actuellement
aux Souscripteurs , de sçavoir en quoi consifte cette
Souscription. Mais comme , par le Volume même,
on pourra voir de quelle maniere il eft executé , ib
n'eft pas néceffaire que j'ajoûte à ce Plan , un Effai
du Caractere & du Format de l'Ouvrage . Je ne
mettrai donc ici que le Projet même de la Souscrip
sion , tel qu'il a été publié d'abord , & dont je rem
plirai exactement les Conditions envers tous ceux
qui ont fouscrit jusqu'à présent.
Il n'eft pas difficile de fentir pourquoi le nombre
des Souscriptions n'a pas été rempli , malgré l'empreffement
que le Public avoit d'abord témoigné
pour cette entreprise. Les moyens qu'on a mis en
oeuvre pour la faire échouer , ont fait craindre à
bien des personnes qu'elle ne s'executât point
Mais cette crainte n'est plus de faison ; il eſt vrai
aujourd'hui que le Livre s'imprime , puisqu'en voi-
Là déja un Volume ; il eft vrai auffi qu'il s'achevera,
puisque le fecond Tome eft déja fous preffe , qu'il
va bon train , & que l'on peut en voir les feuilles
chés le Libraire . Il eft vrai enfin qu'il n'en a imprimé
en tout que 500. Exemplaires en papier or
dinaire, & que so. en grand papier ; ainsi il eft plus
qu'aparent que l'Edition sera bien- tôt enlevée .
Mais pour fatisfaire le Public , sans rien chan
ger cependant au premier Plan de la Souscription ,
qu'il veut maintenir fur le même pied jusqu'à la fin
de l'Ouvrage , il offre à ceux qui voudront fouscrire
encore , de recevoir leurs Souscriptions durant
tout le cours de l'impreffion du ſecond Volume ,
jusqu'au jour feulement qu'il le publiera , moyen
nant S. florins d'augmentation fur tout l'Ouvrage ,
lesquels ne fe payeront qu'en recevant le dernier
Tome , ce qui revient à io. fols par Volume , l'un
portant
186 MERCURE DE FRANCE
portant l'autre. Mais lorsque le fecond Tome pa
roîtra , le prix de la Souscription augmentera de s
autres florins pour ceux qui n'auront pas fouscrit
alors, & ainsi de suite, jusqu'à la fin de l'impreffion;
chaque Voulume qui paroîtra augmentera de s . florins
la Souscription pour les nouveaux Souscripteurs
; ce qui aura lieu , tant qu'il reftera des Exemplaires.
Par ce moyen , le Libraire fe trouvera foulagé
, fans que les premiers Souscripteurs ayent
lieu de fe plaindre.
Comme il eft jufte que le Libraire ne foit pas
erop long-temps en avance , & qu'il puiffe compter
fur la rentrée des payemens de Souscription , il
avertit que tous ceux qui n'auront pas retiré leurs
Exemplaires fix mois après la publication de chaque
Tome , payeront ro. fols de plus par Volume. Et
au cas que l'on paffat de beaucoup le fusdit terme
de 6. mois , ce qui lui donneroit lieu de craindre
qu'il ne lui reftât des Exemplaires imparfaits , il fe
réserve le droit de retirer des mains des Souscripteurs
les Volumes qui leur auront déja été livrés ,
en leur remboursant ce qu'ils auront payé .
Il est néceffaire d'avertir aussi , que fuivant le cal
eul le plus exact qu'il a été poffible de faire , tout
POuvrage en dix Volumes , y compris la Traduc
tion des Piéces Angloises , ne paffera pas le prix de
120. florins , argent de Hollande , à compter fur le
pied du Projet & des Souscriptions reçûës jusqu'à
présent .
On eft occupé actuellement à graver en cuivre les
Copies figurées de plusieurs Actes anciens , afin d'en
faire voir la vraye forme , & on les diftribuëra tou
tes à la fois.
Comme on ne peut avoir tous les noms des Soussripteurs
que vers la fin de l'impreffion , on les
mettra à la tête du dernier Volume . C'eft ce Volume
JUIN. 1739 1187
Fume auffi qui fera numeroté , & auquel on joindrà
le Privilege.
Avant que de finir , il eft bon de faire remarquer
un nouvel avantage de cette Edition ; c'eft qu'on y
a marqué exactement en marge avec une Etoile ,
l'endroit où commencent toutes les pages
des 20.
Volumes de l'Edition de Londres. Par ce moyen ,
quand on voudra cousulter un Acte cité dans quel
que Ouvrage déja imprimé , on pourra trouver la
page auffi aisément que dans l'Edition de Londres
même ; au lieu que F'Edition de Londres deviendra
inutile à ceux qui voudront chercher les Actes qui
pourront être cités à l'avenir par les Auteurs ,
qui
employeront cette nouvelle Edition.
Au reste , on a été obligé de partager chaque
Volume en quatre Parties , afin de le mettre sur
plusieurs preffes à la fois , & de pouvoir les délivrer
au terme fixé .
PROJET de Souscription pour l'Impression
des Actes publics d'Angleterre , recueillis
par M. RYMER.
Le Public eft trop persuadé de l'utilité de cet
Ouvrage , pour qu'il soit néceffaire d'en faire l'éloge.
On fçait l'usage que M. de Rapin en a fait dans
la composition de son Histoire d'Angleterre. Les
Extraits qu'il a donnés de ces Actes dans la Bibliotheque
Choisie & Ancienne & Moderne de M. le
Clerc , & qui ont été imprimés ensuite avec les Remarques
de M.Tindal , fur l'Hiftoire de M.de Rapin,
ont fait connoître les grands fecours que l'on peut
tirer de ce Recueil , non- seulement pour l'Histoire
d'Angleterre , mais pour celle de tous les Etats
de l'Europe. Le Livre s'eft peu répandu , à
cause de la grande cherté ; les Editions qui en ont
1 Vol. G paru ,
188 MERCURE DE FRANCE
M
paru, ayant été vendues,l'une 100. Guinées l'Exem
plaire, Pautre so. quoiqu'il n'y eût alors que XVII.
Volumes. Comme il y a peu de personnes en état
de faire cette dépense , & que ceux même qui le
pourroient, ont fouvent de la peine à s'y réfoudre
Pai crû faire plaisir aux uns & aux autres, d'en don
ner une Edition , dont le prix n'ira à plus de dix
Guinées, & qui aura ces deux avantages fur les précedentes.
pas
1. Une Table génerale des Matieres pour tout le
Recueil , au lieu que dans les autres Éditions il y
en a une particuliere pour chaque Volume , ce qui
eft très-incommode .
11. Une Traduction Françoise des Piéces qui
font en Anglois. Elle m'a paru néceffaire , parce
que la Langue Angloise n'eſt pas auffi géneralement
zépandue que la Françoise ou la Latine. Mais afin
qu'on ne la foupçonne point d'infidélité , & pour
mettre le Lecteur en état de corriger les fautes, s'il
s'y en trouve , l'Original & la Traduction feront
imprimés à côté l'un de l'autre , fur deux colonnes.
Le Caractere , à la vérité , ſera moins gros que
celui des Editions d'Angleterre; mais on verra par le
Volume qui paroît , qu'il l'eft encore affés pour ne
point fatiguer la vue , & plus que quantité d'autres
Livres , qui font entre les mains de tout le monde,
sels que le Dictionaire de Moreri , &c.
CONDITIONS.
Les 20. Volumes de l'Edition d'Angleterre feront
réduits à 10. Volumes in-folio , qui feront environ
2000. feuilles , en y comprenant le peu de Figures ,
Titres &c. qui doivent
2000. feuilles à dutes , font
qui le payeront de la maniere fuivante.
9.
y entrer.
.. •
f. 112. 10.
JUIN
1739. 1189
In fouscrivant fr 10.
En recevant les Volumes , depuis le I. jusqu'au
IX. f. 10. à chaque Volume , ce
ๆ qui fait pour les IX. premiers Volumesf. 90.
En recevant le Tome X. f. 12. 14
f. 112. 10
Les Exemplaires en grand papier coûteront, comme
à l'ordinaire, un tiers de plus, sçavoir f. 168. 15
dont on payera f. 15. en fouscrivant , f. 15. en res
cevant chacun des IX. premiers Volumes , & f. 18.
5. en recevant le dernier.
S'il y a plus ou moins de 2000. feuilles , les Souscripteurs
payeront à proportion fur le pied de 9.
dutes pour le petit papier , & l'on tiendra compte
de ce cette difference fur le dernier payement. t
Outre le prix marqué ci-deffus , on payera en recevant
le dernier Volume quatre dures de plus ,
ftant pour le grand papier que pour le petit ) pour
toutes les feuilles où les Piéces Angloises feront traduites
en François. Comme il n'y a qu'environ cent
ans qu'ona commencé d'écrire les Actes en Anglois,
cela ne fera point un objet considérable , n'ayant
lieu que dans les trois ou quatre derniers Volumes
de l'Edition d'Angleterre.
On n'imprimera que so. Exemplaires , à moins
qu'il ne fe trouvât un plus grand nombre de Souscriptions
, auquel cas le Libraire promet de n'en pas
imprimer un seul au- delà du nombre fouscrit ; & afin
que le Public en pariffe être affûré , on mettra à la
tête du Livre une Liste des Souscripteurs , & tous
les Exemplaires seront numérotés. S'il paroît de
nouveaux Volumes dans la fuite , le Libraire s'engage
à les donner aux mêmes conditions.
L'Ouvrage fera imprimé fur de beau papier & du
nême caractere que l'Ellai .
Gij On
195 MERCURE DE FRANCE
On pourra fouscrire chés les principaux Libraire
'de l'Europe.
La troisiéme Edition des Elemens de Géométrie ,
de M. Rivard , in- 4° . vient d'être mise en vente.
L'Auteur fe croit obligé d'avertir que cette troisiéme
Edition eft plus correcte & plus ample que la
seconde , qui se vendoit chés Henry , & qui se vend
présentement chés Clouzier , Bordelet & Savoye, ruë
S. Jacques.
&
Čes Libraires ont mis un nouveau Frontispice qui
porte , Nouvelle Edition , au lieu de Seconde ,
M. DCC. XXXIX. au lieu de M. DCC .. XXXVIII. Elle
a même parû dès l'année 1737. Voici quelques
marques pour diftinguer la troisiéme Edition de la
feconde , indépendemment du Titre. Les derniers
Articles du Traité des Fractions , Livre second de la
premiere Partie sçavoir , 208. 209. 210. 211,
212. qui sont dans la troisiéme Edition , ne se trouvent
pas dans la seconde . Pareillement dans le
Traité des Solides , Livre troisiéme de la Geométrie
, l'Article 64. & les fix fuivans ; de même l'Ar-
& les
141.
fuivans de la troisiéme Ediquatre
tion ne font pas dans la feconde . Enfin dans le Suplément
qui eft à la fin, on trouvera six Théorêmes,
quatre Problêmes & une nouvelle Planche à la page
224. qui feront encore reconnoître la troisiéme
Edition . On pourroit ajoûter plusieurs autres Articles
qui ne sont point dans la seconde Edition ; mais
il suffit d'avoir cité les précedens. Au refte il n'y a
pas de danger de se méprendre, si on s'adresse chés
Jean Desaint , ruë S. Jean de Beauvais , qui débite
la troisiéme & derniere Edition . Ce 30. April 1739 .
ticle
Les Freres de Tournes , achevent d'imprimer une
Collection entiere des OEuvres Latines de M. Hoff-
Man
JUIN. 17392 F198
man , célebre Médecin ; cette Edition fera en six
Volumes in-folio. L'Auteur leur a fourni fes Cor
rections & quelques Ouvrages qui paroîtront ici
pour la premiere fois . On trouvera cette nouvelle
Edition à Paris , chés Hipolite- Louis Guérin , Librais
re, rue S. Jacques.
La Collection des Historiens de France s'imprime
sans discontinuation . Le premier Volume de
cet important Ouvage eft entierement achevé. Il
sera suivi dans deux mois, du Tome fecond. Les Libraires
de Paris qui executent ce bel Ouvrage , n'épargnent
rien pour sa perfection. On voit à la tête
de ce premier Volume une Dédicace au Roy , en
forme d'Inscription , très - proprement gravée fur le
deffein de M. Edme Bouchardon , en tête de laquelle
eft un Médaillon du Roy , &c . Les Souscriptions
pour cet Ouvrage feront ouvertes dans le mois de
Juin à Paris , chés Gabriel Martin , Jean- Baptiste
Coignard P. Jean Mariette & les Freres Guerin.
Les Freres Guerin impriment la Traduction du
Traité des Opérations de Chirurgie de M. Sharp ,
fameux Chirurgien de Londres. Čet Ouvrage formera
un feul Volume in-12 . avec des figures qui
représentent les Inftrumens de Chirurgie , dont on
trouve l'usage dans cet Ouvrage.
Les mêmes Libraires donneront dans peu les Obe
servations de Médecine de la Societé d'Edimbourg
traduites en François , accompagnées de figures.
On trouve chés Hipolite- Louis Guerin , ruë Saint
Jacques , la nouvelle Edition faite à Londres , du
Manilius , du Docteur Bentley , Volume in-4º. trèsbien
executé. Cette Edition étoit attenduë depuis
plus de vingt ans.
Gij On
1191 MERCURE DE FRANCE
On mande de Ratisbonne , qu'on y avoit apris de
Wurtzbourg , que l'Evêque Prince de Wurtzbourg,
a fait publier dans fes Etats un Edit , pour ordonner
la fupreffion d'un Livre qui parut l'année derniere ,
& qui eft intitulé : Brevis Notitia Monafterii Ebracensis,
Ordinis Cifterciensis . Cet Edit porte que l'Auteur
de ce Livre paroît ne l'avoir composé que dans le
deffein de noircir de la maniere la plus fausse & la
plus fcandaleuse la mémoire de plusieurs Evêques de
Wurtzbourg , & celle de quelques autres Princes
& Etats de l'Empire , & qu'il pousse la témérité
jusqu'à attaquer les droits inconteftables de la Souveraineté
& de l'autorité Episcopale. Ce Prince dé❤
fend , fous de rigoureuses peines , par le même Edit,
d'introduire de nouveaux Exemplaires de ce Livre
dans les Etats , & il enjoint à tous les Sujets de por.
ter à la Chambre de la Régence Episcopale , ceux
qu'ils ont actuellement .
Jean-Baptifte Pasquali , Libraire à Venise , continue
d'imprimer de bons Livres Latins & Italiens
& des Traductions Italiennes d'Ouvrages François
eftimés en Italie. Voici ce que nous avons crû devoir
Extraire de fon dernier Catalogue.
Arte del pensare , che contiene oltre le Regole
communi , molte nuove Offervazioni per formare
il giudizio , 1. Vol. in-8. 1737.
Auventure di Telemaco , 1. Vol. in 88. 1737.
Citta , Fortezze , è Lurghi principali della Spagna,
e Portogallo, intagliate in Rome, 2. Vol . in 4ª.
Istoria di Luigi XIV . 8. Vol. in-8 °. 1737.
Metodo per studiare la Storia , del Langlet ,
Vol. in-8°. 1736.
Per studiare la Geografia , 5. Vol. in- 12.-1735i
Mescolanze d'Egidio Menagio, 1. Vol . in- 8 ° . 1736
Storia della Polonia , 2. Vol, in- 12. 1737.
M
JUIN. 1739. 119
+
M.de Gourné , Prêtre , Auteur des Tables Géographiques,
pour faciliter l'intelligence de l'Ecriture
Sainte , des Historiens & des Poëtes , & fervir d'in
troduction à la Géographie ancienne & moderne ,
dont nous avons parlé dans plusieurs de nos Journaux,
diſtribuë actuellement fon AFRIQUE , dédiée,
comme ses autres Tables , à M. Hérault , Conseil
ler d'Etat , Lieutenant Géneral de Police . Cette
Nouvelle Feuille présente le même ordre & les mê
mes facilités que les précedentes .
la
Come il n'y a rien d'ancien à remarquer &
dire fur l'Amérique , qui n'a été découverte qu'en
1492. elle eft feulement comprise dans la Mappemonde
, n'étant pas fusceptible du même détail que
les autres Parties de la Terre . Cet Ouvrage , fur la
Carte Génerale , fe trouvant présentement compler,
P'Auteur fe dispose à faire graver des Tables particulieres
dans le même goût , fur la France , l'Italie
F'Allemagne , Espagne , l'Angleterre , la Grece ,
Terre-Sainte , &c. Les Libraires ; Marchands d'Es¬
tampes & autres , qui voudront diftribuer ces Ou
vrages dans les Provinces , n'auront qu'à s'adreffer
à lui ; il demeure à Paris , rue S. Martin , vers saint
Julien des Ménêtriers , à côté du Bureau des Marchands
Tapiffiers ; & demeurera à la S. Remi prochain
, rue S. Jacques , à la porte cochere vis - à- vis
P'Eglise & la rue des Mathurins.
Le Mercredi 13. May , l'Académie Royale des
Sciences procéda à l'Election des trois Sujets qu'elle
présente au Roy, dont un , au choix de S. M. doit
remplir la place de Pensionnaire Botanifte , vacante
depuis quelque temps par la mort de M. Reneaume.
Parmi ces trois Sujets , deux peuvent être de l'Académie
, & un au moins doit être Externe.
Les trois Sujets qui ont eu la pluralité des fuffra
& inj ges
1194 MERCURE DE FRANCE
ges , sont , Mrs Bernard Juffieu , & de Buffon , de
la Compagnie ; & M. Joseph Juffieu , Externe .
Le Samedi 23. Le Comte de Maurepas écrivit à
l'Académie que le Roy avoit choisi M. Bernard
Juffieu pour remplir cette Place.
Le sieur Guillemain , Ordinaire de la Musique de
la Chapelle & de la Chambre du Roy, vient de donner
au Public un second Livre de douze Sonnates à
Violon ſeul , avec la Baffe continuë ; l'Auteur a
composé cet Ouvrage pour la facilité des personnes
plus ou moins habiles , & il espere que le Public
le recevra auffi favorablement que le premier Livres
il a donné auffi en même- temps six Sonnates à deux
Violons_fans Baffe , qui ont eu l'aprobation des
Connoiffeurs ; le même Auteur doit donner encore
au premier jour six nouvelles Sonnates à deux Violons
fans Baffes , qui seront moins difficiles que les
précedentes , & qui pourront être executées également
fur la Flute Traversiere. On trouvera ces Ouvrages
chés la veuve Boivin , ruë S. Honoré , à la
Regle d'or , & chés le Clerc , ruë du Roule , à la
Croix d'or , 1739 .
Le sieur Briart , qui demeuroît dans la Cour
Cardinalle , vis- à-vis le Bailliage , demeure à présent
ruë Abbatiale , vis- à- vis le côté du Palais , &
toûjours dans la Cour Abbatiale de S. Germain des
Prés à Paris..
Il fait depuis peu une Effence d'Ognifiori , ou de
toutes Fleurs , d'une odeur agréable , on en met
quelques goutes dans l'eau dont on fe lave après avoir
été rasé , elle blanchit l'eau ; les Dames s'en fervent
pour le décraffer ; elle rend la peau douce & unie
& ne nuit point au teint ; on la vend 15. sols l'once
; les plus petites Bouteilles font d'environ cinq
ences.
NEW
PUBLIC
LIBR
ASTOR
LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
JUIN. 1739% 1195
Il continue avec succès, à faire la véritable Effence
de Savon à la Bergamotte , & autres odeurs
douces , dont on fe fert pour la barbe , au lieu de
Savonnette. Les Dames s'en fervent auffi pour re
laver le visage & les mains . On la vend huit fols
Ponce. Les plus petites Bouteilles font d'environ .
onces. Il avertit que les Bouteilles ont toujours été
cachetées ; au tour du Cachet on y lit fon nom &
La demeure ; il y a une Bouteille représentée dans
Te milieu du Cachet, où il y a le nom de la Liqueur.
Il fait auffi de bons Cuirs à repaffer les Rasoirs ,
avec lesquels il ne faut point de Pierre à éguiser .
H les vend depuis 40. fols jusqu'à 60 fols , à un côté
; & à deux côtés differens , depuis 4. livres jusqu'à
8. livres. Il donne les manieres de s'en fervir .
Doux
AIR.
Jus , en passant
dans mon coeur
N'y laisse aucun des traits de l'ingrate Climene ;
Coule , coule , brise ma chaîne ;
De l'Amour rens-toi le vainqueur.
Pour oublier cette Beauté charmante ,,
Tous mes efforts sont superflus ,
Quand j'ai bien bû , je la vois plus brillante ,
Et je l'aime mille fois plus.
GY SPEC
1196 MERCURE DE FRANCE
****************
SPECTACLES,
EXTRA ITde l'Amant Prothée , Comédie
en Vers & en trois Actes , par le sieur
Romagnesi , représentée pour la premiere
fois par les Comédiens Italiens , le S.
Mars
fort aplaudie du Public.
Quoiqu'il y ait beaucoup d'esprit dans
les détails de cette Piéce,nous nous restreindrons
à donner une espece d'Argument
du fond. La Scene se passe dans le Château
d'Orphise.
Dans le premier Acte , Blaise , Jardinier ,
Concierge du Château , fait confidence à
Perette sa femme , du tour qu'il joue à trois
Amans de leur Maîtresse Orphise , qui lui
promettent une grande récompense. Il lui
dit qu'il a fait tenir trois Lettres de ces trois
Rivaux à Orphise , qui veut s'en divertir.
Perette aprouve un dessein dont il doit revenir
de l'argent , & se retire après avoir promis
de le seconder.
Un quatrième Amant se présente ; Blaise
le
ke reconnoît pour Valere , fils du Seigneur
d'une Terre du voisinage ; Valere , sans l'apercevoir
, fait entendre dans un Monolo
que qu'il est Amoureux d'Orphise ; il apercoin
JUIN. 1739. 1197
oit enfin le Jardinier & se propose de le
mettre dans ses interêts , à la faveur de vingt
Louis qu'il a dans sa bourse ; cela fait ouvrir
lesyeux à Blaise, qui s'en promet encore plus.
Valere entre en composition avec Blaise ; les
vingt louis offerts sont d'abord refusés , mais
ún Diamant que Valere y joint , fait accep
ter le tout. Blaise avoue à Valere, qu'il a trois
Rivaux qui l'ont chargé chacun d'une Lettre
pour Madame , à qui les trois Lettres ont été
données par son moyen. Valere en conçoit
une mauvaise idée , qui degrade Orphise
dans son esprit ; mais le Jardinier- Concierge
La réhabilite dans son coeur, en lui disant que
sa Maîtresse veut seulement s'en divertir , &
que c'est pour cela qu'elle consent à voir ces
trois Soupirans. Valere comprend par la ma
niere dont Blaise les fait parler , que l'un est
Anglois , l'autre Normand , & le troisiéme
Gaston:
C'est sur ces trois sortes de personnages
qu'il forme son plan ; il veut les contrefaire
rous trois , & leur donner un ridicule qui les
fasse congédier par Orphise. Pour exécuter
ce projet comique , il exige de Blaise qu'au
eun de ces iroquois ne puisse voir Orphise ,
& que tout accès auprès d'elle leur soit ferme
par Perette , sa femme & par luis Blaise
lui promet tout. Valere sort pour aller donner
ordre à tout ce qui est nécessaire à l'exé
G vi cution
# 198 MERCURE DE FRANCE
cution de son projet. L'Anglois se présente
Blaise & lui demande des nouvelles de sa
Lettre à Orphise ; Blaise lui répond que Ma
dame consent à le voir , mais que ce ne sera
que demain , à cause d'un mal de tête qui ne
lui permet pas de voir personne ; il ne laisse
pas d'atraper dix guinées que l'Anglois lui
donne , en attendant mieux ; à peine a - t'il
reçû cet argent , que le Normand survient ;
pour se tirer d'embarras , il dit à ce dernier
de se bien garder de parler de son amour devant
ce Cavalier, qui est le Frere de Madame,
& qui seroit furieux , s'il sçavoit ce tripotage.
Il dit en même-temps à l'Anglois , qu'il est
F'oncle d'Orphise , & qu'il ne veut pas abso-
Jûment qu'elle se remarie , afin que tout son
bien vienne un jour à ses Enfans.
Blaise s'étant retiré , le Normand entreprend
de gagner le prétendu frere d'Orphise;
l'Anglois forme à peu près le même dessein
envers l'oncle prétendu ; il lui demande sa
niece en mariage ; le Normand , qui a une.
niece dont il seroit ravi d'être défait , la lui
promet ; mais à condition qu'en revanche il
lui accordera sa soeur ; l'Anglois lui répond
qu'il n'a point de soeur ; le Normand prend
cela pour un refus , & lui répond à son tour
qu'il n'a point de niece.. Blaise , au fond du
Théatre , veut empêcher le Gascon d'entrer ,
attendu que
des deux Cavaliers qu'il voit
Fun
JUI N. 1739. 579%
1
ter , pour
Fun est frere d'Orphise & l'autre son oncle
ce troisiéme Rival ne laisse pas de les accosles
mettre dans ses interêts. Limi
broglio augmente ; le Gascon & l'Anglois
mettent l'épée à la main , & le Normand les
laisse faire , pour leur succeder , s'il viennent
à se tuer. Blaise vient au bruit des épées ; ils
se réunissent tous trois contre lui , & veu
lent le punir de les avoir trompé . Voici la
réponse de Blaise :
Vous me devez récompense , au contraire ;
C'est pour vous empêcher de vous entr'assommer ;
Que j'avions fait ce coup de Maître ;
Mais puisque vous avez l'honneur de vous con
noître ,
Le mal est fait , partant bien loin de vous chémer,
Piquez chacun votre âne , & jettez les oeillades ;
Faites des complimens , les présens à la main ;
Faites danser Madame avec des. Sérenades ,
à la boutra peut être en train.
Le Gascon , qui a déja préparé une Fête
aprouve ce conseil , & l'Anglois & le Nor
mand consentent à en être les Spectateurs
Nous ne donnons de cette Fête que le der
nier Couplet du Vaudeville ; le voici :
Quand une Piéce nouvelle
Déplait au commencement ,
Sans
MERCURE DE FRANCE
Sans fracas , elle chancelle
+
Et le Parterre contre elle
Murmure tout doucement
Mais si le froid continuë
Aussi fort qu'auparavant ,
Qn entend crever la nuë ,
L'Auditeur crache , éternuë,
Et siffle comme le vent,
Ce Couplet fait sentir que l'Auteur se dé
fioit un peu de son premier Acte , mais qu'il
comptoit sur les deux suivans , dont le der
nier , sur tout , a fait le succès de sa Piéce.
Valere & Blaise commencent le second
Acte ; Blaise assûre Valere que, malgré la Fête
que le Gascon vient de donner à Orphise ,
elle n'a vu aucun de ses Rivaux ; cette cir◄
constance est nécessaire pour le tour que Va
lere veut leur jouer, comme on verra dans la
suite , tous les habits qui doivent servir aux
differens travestissemens , sont chés Perette.
Blaise s'étant retiré , Lisette , Suivante d'Orphise,
vient. Valere la reconnoît, pour lui en
avoir conté autrefois sous la forme d'un Valet
& sous le nom de l'Olive. Elle est fort
en colere contre lui , mais il la désarme par
une promesse de cinq cent louis & d'un jeu
ne mari. I met Lisette au fait des
personna
ges qu'il veut jouer auprès d'Orphise ,pour les
rendre
JUIN 17393 1201
tendre ridicules à ses yeux. Lisette lui ré÷
pond :
Mais aurez-vous l'accent Gascon les tons Now
mands ?
Et le ramage Anglois a
Valerę lui répond :
Plaisante bagatelle !
J'ai voyagé partout ?
Lisette lui promet de lui rendre auprès de
sa Maîtresse tous les bons offices qui dépen
dront d'elle.
Orphise vient. Voici comment Valere dé
bute en contrefaisant le Gascon
Sandis ! les yeux d'un Linx en seroient éblouis
Non , jamais la Fille de l'Onde
De graces & d'attraits n'eut un tel apareil,
Lorsque les rayons du Soleil
It l'écume des flots la donnerent au Monde.
Vit- on jamais rien de pareil
Quels yeux brillans ! quel teint vermeil k
Elle est toute adorable , ou l'Enfer me confonde.
Orphise étonnée d'un pareil début , demande
à Lisette à qui s'adresse un semblable
compliment ; Lisette lui répond:
Il ne m'étonne nullement
1202 MERCURE DE FRANCE
Il est puisé dans la Garonne ;
Donnez-vous-en le divertissement
Valere continuë ainsi :
Du jour que je vous vis , je reçûs une attaque ,
Qui m'atterra, sans pouvoir dire non.
Vos
yeux font sur un coeur les effets du Canon ,
Faut- il s'en étonner ? C'est l'Amour qui les braque.
Dans la suite de la Scene , Valere lâche des
impertinences affectées , qui obligent Orphi
se à dire tout bas à Lisette :
Donne ordre de ma part que s'il revient ici ,
On le
renvoye.
Orphise s'étant retirée , Lisette dit à Valere
ce qu'Orphise lui a ordonné tout bas. Valere
est charmé d'avoir déplu à ce qu'il aime ,'
puisque par-là il a un Rival de moins. Après
une Scene entre Lisette & Blaise , dont on
peut se passer pour l'intelligence de la Piéce,
Orphise revient ; elle ne peut cacher à Lisette
qu'elle a trouvé ce Gascon bien fait , &
qu'il seroit aimable , s'il n'étoit pas si impertinent
; Lisette en convient; elle lui parle
d'un nouvel Amant qui vaut bien mieux ;
c'est de Valere qu'elle parle ; voici comme
elle s'explique. :.
Oni,
JUI N.
1739. 1203
Qui , de l'Amour vous voyez l'Interprete ;
Je viens vous offrir de sa part
Un jeune Amant, bien fait , riche & qui vous adore
Noble , spirituel .
Orphise lui répond :
Et comment'donc à peu près est - il fait
Comme notre Gascon ?
L'adroite Lisette lui répond :
C'est presque son portrait.
Valere revient en Normand › avec une
grande mouche sur la joüe. Il ne fait pas.
moins bien ce second Rôle , qu'il a fait le
premier ; il affecte de prendre Lisette pour
Orphise , & montre tant de ridicule , qu'Orq
phise , après lui avoir deffendu de la voir ja
mais , dit à Lisette :
Je me repens de cette complaisance ,
Qui n'opose à tes voeux aucune résistance.
Je ne voulois point voir de tels originaux.
Elle en est si dégoûtée , qu'elle ne veut
pas aller plus loin , quoiqu'il lui reste encore
l'Anglois à voir. La fourberie se découvre.
Un moment après les trois Originaux , dont
Valere en a déja copié deux , arrivent furieux
contre Blaise , qu'ils amenent , & qu'ils veu
leng
1204 MERCURE DE FRANCE
lent assommer ; ils expliquent à Orphise le
sujet de leur courroux. Orphise les congé
die , en les assûrant qu'elle panira son Jardinier
; elle reste avec Lisette , à qui elle re
proche la supercherie qu'elle vient de lui
faire ; Lisette se voyant decouverte, confesse
tout; elle lui dit que Valere est l'Amant dont
elle lui a parlé , & qui a parû sous le nom
du Gascon ; elle ajoûte :
Il paroîtra bien- tôt sous le nom du troisiéme ;
Il faut ne vous plus rien cacher
J'aurois à me le reprocher ;
+
Ce Valere , en un mot , est celui qui vous aime;
Orphise piquée du tour que Valere lui d
joué , dit à Lisette de faire venir Blaise &
Perette. Nous ne disons rien du second
Divertissement , pour abreger.
Orphise ouvre le dernier Acte par ce court
Monologue :
Oui , je prétends contre Valere
Employer au plutôt le projet médité ;
Il faut que sa témérité
Reçoive un trop juste salaire.
On ne m'offense point avec impunité.
→ Dans la seconde Scene, Orphise interroge
Blaise & Perette sur tout ce qui s'est passé
entre
JUIN. 17397
1209
entre Valere & eux ; Blaise n'est pas aussi
sincere que Perette , qui confesse franchement
que Valere a donné vingt louis à son
Mari , & un beau Diamant pour elle. Orphise
irritée , demande à voir le Diamant ;
dont la beauté lui fait dire tout bas & aves
attendrissement :
Ah ! le pauvre Garçon ! il m'aime.
Elle renvoye Blaise & Perette , & leur or
donne de dire aux trois Rivaux , sçavoir , 1e
Gascon , l'Anglois & le Normand , de se
rendre tous trois auprès d'elle. Orphise dit à
Lisette que pour se venger de la temerité de
Valerere , elle veut choisir un Epoux entre
ses trois Rivaux ; Lisette lui répond que
par- là , elle se rendra malheureuse, puisqu'el
le n'en aime aucun des trois ; Orphise lui dit
qu'elle proposera son Hymen d'une maniere
à être refusée , & que par-là elle ne court
aucun risque ; elle ajoûte :
Je ne suis point la dupe
Du motif qui les fait agir ;
Mon bien, qu'ils prétendent régir
Est l'objet seul qui les occupe ;
Il faut les prévenir ce soir ,
Que d'un procès considérable
La perte subite m'accable.
D'un air triste à l'instant je me présenterai ,
1107 MERCURE DE FRANCE
1.
Et pour mieux mépriser Valere ,
A sès Rivaux je m'offrirai.
Tu jugeras alors si leur flâme est sincere.
Par ce moyen , je jouis du plaisir
De les convaincre tous de leur fausse tendresse
Et de Valere enfin , je confonds à loisir
Et l'esperance & l'orgueilleuse adresse .
Elle n'en dit pas davantage à Lisette , qui
ne sçait que penser de ce projet de vengeance
; Valere vient en Anglois , & lui fait une
déclaration d'amour à genoux. Orphise luf
fait un crime de ce respect , qui sent plus le
remerciment , qu'un premier compliment.
Après l'avoir long- temps embarassé par des
questions équivoques ; elle lui avoue , avec
une espece d'ingénuité , qu'elle ne peut accepter
l'offre de son coeur , attendu qu'elle a
déja fait choix d'un Cavalier qui s'apelle Va
lere , & qu'elle aime sans Favoir vû ; elle
poursuit en ces termes :
Il doit me prouver son ardeur
Par un moyen singulier , je l'avoue ;
Mais l'Amour est enfant ; il faut bien qu'il se joue
Je m'y préterai de bon coeur.
doit , le croiriez vous ? sous diverses figures ,
Passer ici pour trois de ses Rivaux ,
Et , pour les supplanter , m'en faire des peintures
Qui
JUI N. 1207 1739.
Qui les fassent passer pour francs Originaux,
Je veux qu'il jouisse en son ame
Du plaisir de remplir un projet si charmant ,
Et je n'attends , pour couronner sa flâme ,
Que son dernier déguisement.
Valere , à ce discours , craignant qu'il ne
soit découvert , ou du moins trahi par ceux
à qui il s'est confié , se jette aux pieds d'Or
phise , qui lui fait de sanglants reproches de
sa supercherie , & lui défend de la voir jamais
; elle ne peut pourtant s'empêcher de
dire tout bas :
Lisette avoit raison ; il est très -séduisant .
Lisette vient lui annoncer que les trois
Amans arrivent ; Orphise , sous prétexte de
quelque affaire , sort , elle ordonne à Valere
de sortir aussi , & à Lisette de bien remplir
les ordres dont elle l'a chargée , elle fait entendre
la raison qui lui fait emmener Valere
par cet àparté:
Elle lui diroit tout , s'il demeuroit ici .
Lisette execute ponctuellement les ordres
d'Orphise ; les trois Amans se refroidissent
à la nouvelle de la perte qu'Orphise a faite
de tous ses D Orphise revient avec Valere
, qui n'est instruit de rien ; elle confirme
aux
208 MERCURE DE FRANCE
aux trois Rivaux interessés , ce que Lisette
vient de leur dire ; elle s'en console en aparence
, par l'amour qu'ils ont pour elle
Comme elle les a apellés , pour choisir un
Epoux entre eux, elle commence par le Gas
con ; voici sa réponse :
Je suis pourvû d'une Commanderie ,
Et ne puis épouser que clandestinement.
Elle passe au Normand, qui lui dit :
Je suis trop malheureux en femme ;
La mienne se noya ; Dieu veüille avoir son ame!
Encor m'accusa- t'on d'avoir part au décès ;
Vous n'êtes pas fort heureuse en procès ,
A ce que l'histoire raconte ;
#
Et nous ferions pietre societé ;
Qu'ainsi chacun de son côté
Garde son guignon pour son compte.
Enfin elle vient à l'Anglois , qui lui répond
Vous vous mocquez de moi ;
Madame me choisit quand il n'a plus personné !
Parti ! la préférence est bonne !
Adieu ; pour vous , jamais plus me revoir.
Valere , nonobstant le mépris qu'Orphise
a fait éclater pour lui,en lui préferant trois
indignes Rivaux , lui dit :
D’uac
JUIN. 1739. 1209
D'une flâme parfaite >
Ingrate , connoissez jusqu'où va le pouvoir.
De tous vos biens la perte malheureuse
Ne doit point effrayer une ame génerease ; &c.
Mais après cette préference ,
Donnée à de lâches Rivaux ,
Voilà de quoi je me prévaux.
Orphise , je vous offre encore
Une main qui pourra réparer vos malheurs ;
Lasse de m'accabler par d'injustes rigueurs ,
Aimez enfin l'Amant qui vous adore.
Orphise ne peut tenir contre tant de gé.
nérosité ; elle le désabuse sur la perte de ses
biens ; elle lui pardonne ses trois travestissemens
, & lui donne son coeur & sa main. La
Comédie finit par une Nôce de Village , qui
se trouve par hazard dans la Cour du Cha
teau d'Orphise . Voici le dernier Couplet du
Vaudeville chanté la Dlle Sylvia. par
Qu'on aplaudisse une Piéce
Dans le Fauxbourg Saint Germain ,
On y voit long-temps la presse ;
Pendant trois mois tout est plein .
Mais , malgré la réussite ,
Venir plusieurs fois de suite ,
Chés ces Acteurs Iroquois ,
C'est trop Bourgeois.
210 MERCURE DE FRANCE;
La Musique des trois divertissemens est du
Sieur Blaise , & très- bien caractérisée , & la com→
position des Ballets , du Sr Riccoboni ; la varieté
des Pas a fait beaucoup de plaisir . Cette Piece est
imprimée chés Briasson , rue S. Jacques.
Le 27. May , les Comédiens François remirent
au Théatre la Tragi -Comédie en Vers & en trois
Actes , avec un Prologue & un Divertissement , intitulée
, Basile Quitterie , de la composition de
M. Gantier. Certe Piéce avoit été donnée dans sa
nouveauté au mois de Janvier 1723. On en trouvera
un Extrait , assés au long , du Prologue & de la
Piéce , dans le Mercure de Février de la même année
, page 404. Dans cette Reprise , les deux principaux
Rôles sont joués par la Dlle Gaussin , & par
le Sieur Grandval ; ceux de D. Quichotte & de
Sancho , par les Srs Armand & Poisson , &c .
Le S. de ce mois
, les mêmes
Comédiens
donnerent
la Comédie
gratis
, en réjouissance
de la Publication
de la Paix
; ils représenterent
la Comédie
de Pourceaugnac
, & celle
des
Trois
Cousines
.
L'Assemblée
fut
des
plus
complettes
, & tout
se
passa
avec
beaucoup
d'allegresse
& de contentement
.
Quelques
Spectateurs
en bonne
humeur
, & comiquement
plaisans
, mêlerent
leur
gayeté
à celle
des
Acteurs
& des
Actrices
, danserent
avec
elles
& les
saluerent
poliment
, leur
présenterent
à boire
, & c.
Entre
autres
un
Charbonnier
& un Farinier
de la
Halle
, avec
les habits
de leur
Profession
, accompagnés
de Mesdames
leurs
Epouses
, qui
étoient
placés
sur le Théatre
, divertirent
beaucoup
, toute
PAssemblée
, par
diverses
saillies
à propos
, & sans
Ja moindre
indécence
.
Le 9. les Comédiens Italiens donnerent le même
plaisir
•
JUIN. 1211 1739.
plaisir au Public. Ils représenterent à l'Hôtel de
Bourgogne , la Comédie de Timon le Misantrope &
celle d'Arlequin Hulla, qui ne divertirent pas moins
le Peuple de la Halle , que celui des autres Quar.
tiers de Paris..
L'Académie Royale de Musique continue tou
jours avec succès , le nouveau Ballet des Fêtes d'Hébé
, ou les Talens Lyriques. On en trouvera l'Extrait
dans le prochain Mercure .
ment
Le 14. Juin au soir , la même Académie fit executer
un grand Concert d'Instrumens , avec Timballes
& Trompettes , dans le Jardin des Tuille
ries , à l'occasion de la Publication de la Paix. ,
Les portes furent ouvertes ce jour - là indifferemtout
le monde . Cette Symphonie fut trouvée
admirable , par la beauté & le choix des Pieces &
par l'excellence de l'execution . Le Concert commença
à neuf heures & ne finit qu'à onze , avec
une affluence prodigieuse de très beau Moude &
des Gens de tous Etats, qui parurent prendre beau
coup de plaisir à cette Fête.
,
On écrit de Rome , que le Roy de Portugal ,
voulant à l'imitation de S. M. C. établir un
Opera dans la Capitale de ses Etats , il a donné au
Chevalier Gamba , la Commission de chercher à
Rome des Acteurs & des Actrices , pour les en
voyer à Lisbonne .
1. Vole H NOU
1212 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE ET PERSE.
1
Na apris d'Ispahan , que Thamas Kouli - Kan
étoit occupé à faire la guerre aux Aghuans ,
qui , malgré la prise de Candahar , refusent encore
de le reconnoître , & qu'ils ont entraîné dans leur
révolte quelques -unes des Provinces qui confinent
avec les Indes , & les dernieres nouvelles qu'on a
reçues de son Camp , marquent qu'il s'est emparé
des Villes de Caboul , de Moultan & de Kichmir .
Les Habitans de la Ville de Mascate , située sur
la Côte Méridionale du Golfe Persique , vis- à - vis
d'Ormus , ayant refusé de payer le Tribut qu'ils
doivent à la Perse , Taguy- Kan , Gouverneur de
Chiras , a invefti cette Ville , dans l'esperance de la
prendre par famine , mais les Habitans ont fait une
fortie , dans laquelle ils ont tué environ 2000.
hommes , & ils l'ont obligé de lever le blocus. C'est
la seconde tentative qu'on a faite inutilement pour
les foumettre , & la premiere avoit déja coûté la vie
à beaucoup des meilleurs Soldats des Troupes Persanes.
La Nation des Lesguis , qui eft demeurée fidele
au Roy Thaimas, a fait une course dans les Provinces
Septentrionales du Royaume de Perse , & elle y
a ravagé une grande étendue de Pays . Thamas
Kouli-Kan a promis aux Géorgiens de leur acorder
divers Privileges , s'ils vouloient lever à leur dépens
un Corps de Troupes , pour s'oposer à leurs entreprises.
Le Gouverneur de Tauris a reçû ordre de former
des
JUIN
1739. t213
des Magasins dans fon Gouvernement , & d'en as
sembler les Milices.
On doit envoyer plusieurs Molas ou Docteurs
dans la Province de Candahar , pour inftruire dans
la Religion Mahometane les Habitans des Villes &
Villages , qui font fous l'obéiffance de Thamas-
Kouli- Kan.
On mande de Conftantinople , du 14. Mars
que le 28. Février les Envoyés de Suede ont donné
ala Porte la Frégate Suedoise , avec son chargement
, évalués à cent mille Piaftres , & onze mille
fusils , à la place du Vaiffeau de guerre qui a fait
naufrage ; en forte que moyennant 19. mille fusils »
qu'ils ont promis de faire encore venir de Suede , la
Porte tiendra quitte cette Couronne des obligations
de Charles XII .
Le 2. Mars , cet Envoyés on eû Audience du
Grand Visir , & le 10 , ils l'ont euë du G. Seigneur.
Le 11. on reçut avis que l'Ambaffadeur de Perse
Aly Merdam Khan , mourut dans l'Asie Mineure
fon Collegue a fait agréer à la Porte , qu'il fuspendit
fa route jusqu'à - ce qu'il eût reçû de nouveaux
ordres de Schah Nadir.
Par les nouvelles du 30. Mars , on a apris que le
Grand Seigneur s'étant déterminé à déposer le Grand
Visir Mehemet Jaghia Pacha , Sa Hauteffe lui envoya
le 22. redemander les Sceaux de l'Empire , &
que le 27. elle fit partir le Selictar Aga pour les
porter à Ayvas Mehemet Pacha , Séraskier de
Widden .
"
Mehemet Jaghia Pacha , a été relegué dans l'lfle
de Stangio , fituée dans l'Archipel , sur les Côtes de ,
la Natolie . On attend inceffamment Ayvas Mehemet
Pacha à Andrinople , où il prendra poffeffion
de l'Etendart de Mahomet , avec les céremonies accoûtumées
, & comme il eft d'un caractere doux ,
7
Hij OM
1214 MERCURE DE FRANCE
on espere que les négociations commencées , pour
parvenir à un accommodement entre la Porte & les
Cours de Vienne & de Petersbourg , auront plus de
fuccès que fous le Miniftere précedent.
Le bruit court que le Grand Seigneur a invité le
Marquis de Villeneuve , Ambaffadeur du Roy de
France , à fe rendre à Andrinople , afin de conférer
avec le nouveau Grand Visir fur les moyens
d'avancer la conclusion de la Paix.
Achmet Pacha , qui commande les Troupes que
le Grand Seigneur a fait marcher contre Sary Bey
Oglou , a attaqué ce Rebelle , & il l'a obligé d'a
bandonner le Fort où il s'étoit retiré.
RUSSIE.
N mande de Petersbourg , que des Voleurs
font entrésde nuit dans plusieurs Eglises , od
ils ont ouvert des Tombeaux ›
pour s'emparer
de la dépouille des Morts qui y sont enfermés. La
Czarine a fait publier une Ordonnance , qui porte
la peine de mort contre ceux qui commettront des
vols de cette nature .
Donduk- Ombro , Kan des Cosaques , tributaires
de la Czarine , lui a dépêché un Courier pour l'informer
qu'un Corps de fes Troupes , après avoir
brulé toutes les habitations des Circaffiens de Tre- ·
vuge , avoit attaqué un Corps considérable de Tarqui
étoit campé près de la Riviere de Changouse
, & qu'ayant tué un grand nombre des Ennemis
, il avoit mis le refte en fuite . On affûre que
les Cosaques ont fait 3000. Tartares prisonniers, &
qu'ils ont pris 4000. Chevaux , 800. Boeufs & près
de cent mille Moutons,
tares ,
SUADA
JUIN: 1215 1739
SUEDE.
N écrit de Stokolm , que le Roy s'étant renda
Nerite de Paflemblée de la Diette, le Com
te de Tessin , qui en eft Maréchal , remercia S. M.
au nom des Etats , de fes foins paternels , & c . Après
avoir parlé des inquiétudes que la derniere maladie
du Roy a donné à tous les Habitans du Royaume ,
il demanda à S. M. la permiffion de témoigner à la
Reine la reconnoiffance qu'elle avoit inspirée aux
Etats , en voulant bien fe charger de la Régence du
Royaume , pendant que le Roy n'avoit pû vacquer
aux foins du Gouvernement.
Il finit l'Eloge de la Reine , en, disant que cette
Princeffe , par fon amour pour la Nation , & plus .
encore par fa tendreffe conftante pour le Roy, avoit
gagné tous les coeurs des Suedois ; que l'Hiftoire
de fa vie feroit une leçon & un exemple pour toutes
les Reines & pour toutes les Princesses Régentes
, & que les suédois & les Etrangers étoient également
convaincus, que fes qualités éminentes Pau
roient rendue digne du Trône , quand elle n'y auroit
pas été placée par fa naiflance.
ALLEMAGNE.
Es Troupes qu'ont fournies les Princes & Cercles
de l'Empire , en y comprenant celles de
Cologne , de Wirtemberg & de Wurtzbourg , qui
font en marche , pour fe rendre en Hongrie , montent
à 42000. hommes , & l'on compte qu'avec ces
Troupes l'Empereur fera en état de former une Armée
de 80000. hommes.
On aprend de Vienne , que le Baron de Beden4
bour,gqui y réside en qualité de Miniftre de l'Elec
eur de Tréves , & M. de Heunisch , qui y eft char
Hijj gé
1216 MERCURE DE FRANCE
gé des affaires du Roy de Sardaigne , reçûrent le -
20. May dernier des mains de l'Empereur , au nom
de l'Abbé Prince de Fulde , l'Inveftiture de cette
Principauté & des Fiefs qui en dépendent.
O
ITALIE.
N écrit de Rome , que le 3. du mois dernier ,
le mauvais temps empêcha qu'on ne fit la Proceffion
génerale , par laquelle on devoit commencer
le Jubilé , mais que le Clergé Séculier & Régulier
de cette Ville s'affembla à l'Eglise Neuve , out
15. Cardinaux se trouverent avec un grand concours
de Peuple , & que le Cardinal Vicaire , après qu'on
eut récité les Litanies , donna la Benediction du
S. Sacrement , à laquelle le Pape avoit attaché les
mêmes Indulgences qu'à la Proceffion.
L
NAPLE S.
E Marquis de Puysieux , qui a résidé à Naples
pendant quelques années en qualité d'Ambassadeur
de S. M. T. C. eut le 16. Avril fon Audience
de congé du Roy & de la Reine , & il fut conduit
à ces Audiences par le Marquis Aquaviva , Introducteur
des Ambaffadeurs. Le 22. il partit pour
reverir en France , & M. Tiquet , fon Secretaire ,
est demeuré à Naples , chargé des affaires du Roy,
T. C.
On a apris par l'Equipage d'un Bâtiment Anglois,
arrivé d'Afrique , qu'un Corsaire de Tripoli s'étoit
emparé depuis quelque temps d'un Vaiffeau Vénitien
, lequel alloit à Meffine , & à bord duquel étoit
le, Baron de Vasoldt, Major Géneral dans les Troupes
Impériales , avec fon Epouse & sa Niece. Ce
Baron peu de temps après être tombé entre les
mains
JUIN. 1739: 1219
mains des Infideles , eft mort des bleffures qu'il
avoit reçûës , en défendant fa liberté. Son Epouse
& fa Niéce ont été faites Esclaves , ainsi que leurs
Domeſtiques , & elles ont été conduites à Tripoli.
L5
FLORENCE.
E 27. Avril , jour fixé pour le départ du Grand
Duc & de la Grande Ducheffe , ce Prince &
cette Princeffe , après avoir entendu la Meffe dans
la Chapelle du Palais , fe rendirent chés l'Electrice
Palatine Douairiere , pour prendre congé d'elle , &
fur le midi ils partirent au bruit du Canon des deux
Forterefles. A quelque diftance , hors la porte
de San- Gallo , le Grand Duc fe fépara de la Grande
Ducheffe , & prit le chemin de Livourne avec le
Prince Charles , fon Frere , & la Grande Ducheffe
' continua fa route vers Bologne.
L'Electrice Palatine Douairiere , à laquelle le
Grand Duc avoit proposé de fe charger de la Régence
, ayant représenté que fon peu de fanté ne
Tui permettoit pas, de l'accepter , ce Prince a établi
un Confeil de Régence , composé de tous les Miniftres
d'Etat , qui font reftés à Florence.
Toutes les affaires du Gouvernement feront reglées
par ce Conseil , qui veillera à faire observer
les Loix , à favoriser le Commerce , & les progrès
des Arts & des Sciences , à entretenir l'abondance
à conserver la tranquillité publique , & à faire adminiftrer
exactement la Juftice . Il connoîtra feul
des affaires qui peuvent concerner l'Ordre Militaire
de S. Etienne , &c . On a publié un Edit , par lequel
le Grand Duc ordonne d'avoir pour ces Confeils
le même respect & la même foumiffion qu'on
'auroit pour lui & pour fes Ordres.
On écrit de Modene , que la Grande Ducheffe de
H
Toscane
1218 MERCURE DE FRANCE
J
Toscane étant arrivée à Rivalta le 28. Avril, elle
fut reçue par le Duc de Modene & par les Princesses
, qui la conduisirent à Reggio . Peu après être
descendue de Caroffe , elle fe rendit avec le
Duc au grand Théatre , pour y voir représenter un
nouvel Opera , dont le premier Acte étoit à peine.
fini , qu'on reçut avis que le Grand Duc de Toscane
, n'ayant point jugé à propos de s'embarquer á
Livourne , venoit d'arriver à Rivalta. Le Spectacle
fut interrompu à cette occasion , & la Grande Du
cheffe remonta en caroffe avec le Duc & les Princeffes
, pour aller au- devant du Grand Duc, Toute
la Cour retourna à Reggio avec ce Prince , qui asfifta
, ainsi que la Grande Ducheffe , à la représentátion
de l'Opera .
Le foir , le Grand - Duc & la Grande Ducheffe de
Toscane , fouperent avec le Duc & les Princeffes ,
& il y cut plusieurs Tables magnifiquement fervies
pour les personnes de leur fuite.
Le Grand Duc,& la Grande Ducheffe partirent le
lende main pour Parme , d'où après avoir rendu visite
à la Ducheffe Douairiere de Parme, ils continue,
rent leur route pour aller coucher à Plaisance .
Le 2. de ce mois , ce Prince arriva de Plaisance à
Tortone , & il fut falué , en entrant dans la Ville ,
par une décharge génerale de l'Artillerie des Remparts
, & de la Mousqueterie de la Garnison , qui
étoit en haye fous les Armes dans les ruës par lesquelles
il paffa.
Ce Prince s'étant rendu le lendemain à Alexan
drie , le Marquis de Careil , qui étoit allé au-devant
de lui à quelques mille de la Ville avec trois carosses
à six chevaux , le conduisit à l'Hôtel du Gouvernement
, devant lequel étoient plusieurs Bataillons
& Escadrons en bataille . Toutes ces Troupes ,
à la tête desquelles le Marquis de Careil fe mit ,
défilerent
JUIN. 1219 1739.
défilerent fous les fenêtres de l'Apartement du
Grand Duc , & le Régiment de Piémont demeura
pour la garde.
L'après midi , le Grand Duc partit d'Alexandrie,
pour le rendre à Turin , & à trois postes de cette
Ville , il trouva le Chevalier de Salmatorci , qui l'y .
attendoit avec les caroffes du Roy. Il arriva à Turin
vers les dix heures du soir , étant accompagné
du Prince Charles de Loraine , fon frere , & on le
mena d'abord à l'Apartement qui lui avoit été préparé.
Leurs Majeftés allerent l'y trouver , & peu
après on se mit à table.
Le jour fuivant , après avoir rendu visite au Duc
de Savoye , lequel n'étant pas encore parfaitement
rétabli de fon indisposition , n'avoit pu aller chés
lui , il paffa dans l'Apartement de la Reine , chés
laquelle il y eut le foir Jeu & Concert .
Le 5. Le Grand Duc partit pour Milan , où il a
dû arriver le 6.
On a apris de Genes , que M. de Campredon, qui'
y a résidé pendant plusieurs années en qualité d'Envoyé
du Roy de France , eft parti pour revenir à
Paris , & que M. de Jonville , ci-devant chargé des
affaires de S. M. T. C. à Bruxelles , doit aller le
remplacer.
ISLE DE CORSE.
Na apris que le Marquis de Maillebois avoie
marqué un endroit du côté de Ficabruna, pour
former une ligne , & mettre par ce moyen la Campagne
couvert de toute insulte de la part des Rebelles
, dont aucun n'a paru pendant ces mouvemens.
à
Les mêmes avis marquent que M. de Villemurs
étoit parti de Calvi pour Algaiola , d'où il avoit ens
HY voy!
1220 MERCURE DE FRANCE
"
voyé le lendemain à la pointe du jour un détache
ment pour occuper le pofte de Corbara , peu éloigné
de Santa Reparata , & dont on s'étoit rendu
maître , fans qu'il fe fût tiré un feul coup de fusil
une trentaine de Rebelles qui gardoient ce pofte ,
ayant pris la fuite avant l'arrivée des Troupes Françoises
. Cet Evenement a jetté l'allarme dans plusieurs
Villages voisins , dont les Habitans n'ont pas
ceffé les jours fuivans de fonner le Tocsin , pour
demander du fecours aux Rebelles. Il eft accouru un
grand nombre de ces Montagnards fur les hauteurs ,
mais aucun n'est descendu dans la Plaine , & ils fe
font contentés de proférer beaucoup d'injures contre
la République , en observant cependant de crier
de temps en temps , Vive le Roy de France.
Les Lettres de la fin du mois dernier , portent
que le Pont de Pierre , qui eft à la Plage du Torrent
de Golo , n'étant pas affés sûr pour le paffage des
Troupes , on avoit résolu d'y conftruire un Pont de
bois , qu'on avoit fait partir le 15. fur des Bâteaux,
& que l'on avoit fait marcher mille Soldats & deux
cent Huffards , pour se rendre par terre au Lieu où
il devoit être débarqué , afin d'en faciliter l'établis—
sement . Qu'on devoit fortifier ce Pont , & y mettre
quatre piéces de Canon & un détachement, pour le
garder , de crainte que les Rebelles n'entrepriffent
de le bruler ,
On a apris en même- temps , que M. de Villemur
occupoit tous les environs de Calvi & d'Agaiola , où
les Huffards étoient campés , & qu'il avoit ordre de
n'attaquer aucun pofte jusqu'à l'arrivée du Marquis
de Maillebois.
Le Baron de Troft eft toujours dans les Montagnes
de l'Isle , & le bruit couroit qu'il étoit occupé
lever un Bataillon de roo. hommes, & qu'il affûroit
qu'avant la fin du mois dernier le Baron de
Neuhoff
JUIN. JUIN 1221
1739.
Neuhoff viendroit rejoindre les Rebelles , & qu'il
leur ameneroit un fecours considérable.
On a apris en dernier lieu que deux Galeres de
France arriverent à la Baftia le 18. May , & que
quatre Brigantins , qui en avoient été séparés par le
mauvais temps , avoient relâché à Savonne le 28 .
On affûre que les Rebelles font en mouvement
pour venir fecourir la Balagna , où Hiacinto Paoli
s'eft déja rendu avec environ soo . hommes , dans le
deffein de contenir les Habitans , qui après avoir
tenu une Affemblée génerale , ont envoyé par un
Religieux Récolet à M. de Villemur , une Lettre
dans laquelle ils le fuplient de leur procurer une
Amniftie génerale , pour raffärer les Peuples allar
més , & leur donner moyen de fe remettre à la vo→
lonté du Roy de France.
J
On vient d'aprendre par un Courier dépêché
par le Marquis de Maillebois , que ce General
ayant marché le deux de ce mois avec toutes
les Troupes qu'il avoit à la Baftia , il s'eft avancé
jusqu'à la Chapelle de S. Nicolas , qui eft à l'extré
mité du Nebio. Le lendemain à la pointe du jour , d
a partagé ces Troupes en plusieurs Corps , & a fair
attaquer les Rebelles dans les Poftes qu'ils occu
poient dans les gorges & fur les hauteurs de San
Giacomo & de Bigono . Les Rebelles ont été chaffés,
de ces Poftes, & ils ont été obligés de fe foumettre ,
de fournir des ôtages , & d'aporter leurs Armes.
Pendant que le Marquis de Maillebois faisoit atta
quer les Rebelles du côté du Nebio , les Troupes
qu'il avoit envoyées dans la Balagna , fous les or
dres du Marquis du Châtel , fe font mises en mar
che , & en s'emparant de Monte-Maggiore , de
Catari , du Convent de Marcaffo , & de plusieurs
autres Poftes , elles ont forcé les Rebelles de cette.
Province de fe foumettre , et de rendre leurs Armes
H vi ESPAGNE
222 MERCURE DE FRANCE
•
Ӧ
ESPAGNE..
N mande de Madrid , que la Reine Premiere
Doüairiere , eft arrivée depuis peu à Guadalaxara
, où elle a été reçûë au bruit des acclamations
des Habitans, qui ont fait à cette occasion des Feux,
des Illtiminations , & plusieurs autres Réjoüiffances
publiques .
GRANDE BRETAGNE.
Es Seigneurs firent le 23. May , la premiere
Lecture du Bill, par lequel la Chambre des
Communes a affigné tous les ans un fonds de 15000
livres fterlings , pour l'entretien du Duc de Cumberland
, & 6000. pour celui de chacune des Princesses.
Ils allerent ensuite présenter leur Adreffe au Roy
au sujet du Traité conclu avec S. M. Danoise , &
le Roy leur répondit :
MYLORDS , je regarde votre Adreſſe comme une
marque de votre zele de votre affection pour ma
Personne & pour mon Gouvernement . Vous pouvez
compter que je ne me fervirai de la confiance que vous
mettez en moi, que pour défendre les véritables interêts
de men Peuple.
On a apris par l'Equipage d'un Vaiffeau arrivé sur
La fin du mois paffé de la Jamaïque , qu'il y avoit
eû dernierement entre un détachement des Troupes
du Roy & les Negres Rebelles , un Combat trèsvif
, dans lequel il y avoit eu beaucoup de monde
de tué de part & d'autre , mais que les Negres avoient
été obligés de prendre la fuite , et que les Anglois
les ayant poursuivis jusque dans les Montagnes
les Rebelles avoient offert de fe foûmettre , pourvû
qu'on leur accordât la liberté , avec la permiffion
de former des Plantations ; qu'ils avoient obtenu
ces
JUIN.. 17390 12Z
ces conditions , et qu'ils s'étoient engagés de leur
part , à ne plus troubler la tranquillité des Anglois,
et à les fecourir de tout leur pouvoir dans toutes les
occasions.
On écrit de Londres , que le Vaiffeau la Marie ;
commandé par le Capitaine Swalde , a pris fur .
une des Côtes du Royaume d'Angleterre , une Ba¬
leine de 60. pieds de long.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 28 May , Fête du S. Sacrement , le Roy & la
3
du Château de Verfailles , & le soir leurs Majeftés
affifterent au Salut , qui fut chanté par la Mufique.
Le 4 Juin, jour de l'Octave, le Roy, accompagné
du Duc d'Orleans , du Duc de Chartres , du Comte
de Clermont , du Prince de Dombes & du Comte
d'Eu , fe rendit à l'Eglife de la Paroiffe du Château,
& S. M. y entendit la grande Meffe , après avoir
affifté à la Proceffion .
Pendant l'Octave , le Roy & la Reine , Monsei
gneur le Dauphin & Mefdames de France ont affifté
tous les jours au Salut dans differentes Eglifes.
Le 29 du mois dernier , le Roy fit au Champ de
Mars , près du Château de Marly , la revûë des
quatre Compagnies des Gardes du Corps,& de celle
des Grenadiers à cheval ; S. M. paffa dans les rangs
& les vit défiler, La Reine , Monfeigneur le Dau
phia
224 MERCURE DE FRANCE
phin & Mefdames de France se trouverent à cette
revûë .
Le 2 de ce mois , le Roy accompagné de Monfeigneur
le Dauphin , fit dans la Cour du Château
de Verfailles la revue des deux Compagnies des
Mousquetaires de la Garde de S. M. Le Roy paffa
dans les rangs , & après qu'ils eurent fait l'exercice
, S. M. les vit défiler . La Reine & Mefdames
virent cette révûë de l'apartement du Comte de
Clermont.
Dans la premiere Compagnie le Roy a accordé
un Brevet de Mestre de Camp à M. de Fages , Maréchal
des Logis , M. de Martigni a été nommé
Sous-Brigadier , à la place de M. de Puibusquet ,
qui s'est retiré. M. de la Coudre , premier Maréchal
des Logis , a eu une Pension de cent piftoles.
Le Comte de Castelane & le Marquis de Champignelles
, Cornettes , le Chevalier de Mazieres &
Mrs de Taurine & Roblatre , ont été faits Chevaliers
de S. Louis.
Dans la feconde Compagnie, le Marquis de Coetlogon,
Enfeigne, les Chevaliers Douville & Dufon,
& M. Dufon,Mousquetaires , ont été faits Chevaliers
de S. Louis. M. de Châteauneuf , Maréchal des Logis
, s'est retiré avec 1500 liv. de pension.
Florent-Jean de Valliere , Lieutenant Géneral
des Armées du Roy , du 20 Fevrier 1734 , & de
PArtillerie de France , Directeur Géneral des Batail-
Ions du Régiment Royal Artillerie & des Ecoles
Militaires , & Commandeur de l'Ordre Royal &
Militaire de S. Louis à 4000 liv. de pension , du
premier Août 1734 , en a été nommé Grand-
Croix , avec la pension de 6000 livres , à la place
de Louis- Dominique de Cambis , devenu Cordon-
Bleu.
Le
JUI N. 1739:
1229
Les de ce mois , pendant la Meffe du Roy.
l'Evêque de Soiffons qui avoit été ſacré le 31 du
mois dernier dans l'Eglife Métropolitaine de Rouen,
prêta Serment de fidelité entre les mains de S. M.
Martin du Bellay , Prêtre du Diocèse d'Amiens ,
Abbé Commandataire de l'Abbaye de S. Melaine ,
à Rennes , en Bretagne , depuis le mois de Mars
1725. Vicaire Géneral de l'Archevêque de Tours ,
qui a été un des Députés de la Province de Tours
a la derniere Assemblée génerale du Clergé de
France , tenue à Paris en 1735. a été nommé à
P'Evêché de Frejus , Suffragant d'Aix en Provence ,
vacant depuis le mois de Mars dernier , par la mort
de Pierre-Joseph de Caftellane , dernier Titulaire.
Il est frere puîné de Guillaume du Bellay , Brigadier
des Armées du Roy , de la Promotion du premier
Août 1734, ci-devant Colonel da Régiment
de Brie , dont il s'eft démis au mois de May der
nier. Ils sont fils l'un et l'autre de François du
Bellay , Seigneur de la Courbe , mort le 2 Fevrier
1709. et de D. Marthe- Sufanne de Rochechouart➡
Montigny tante de l'Evêque d'Evreux .
Généalogie de l'illuftre et ancienne Maifon du
Bellay , se trouve dans le Dictionaire de Moreri ,
Edition de 1725 & 1732 , avec les Eloges de quelques-
uns des Grands Hommes qui en sont sortis. Il
y a déja eû dans le quinziéme fiécle un Evêque de
Frejus de cette Maiſon.
, La
Louis Annibal- Augufte de Farcy de Cuillé,fils d'An
nibal- Auguste de Farcy , Seigneur de Cuillé , entre
Vitré et Laval, Confeiller en la Grand' - Chambre du
Parlement de Rennes , et de Renée- Catherine-
Hiacinte du Moulin du Broffay , d'une ancienne
Maiſon , a été nommé en même temps à l'Evêché
de Quimper , en Bafle-Bretagne , Suffragant de.
Tours
1226 MERCURE DE FRANCE
Tours , vacant depuis le mois de Janvier dernier ,
par le décès de François- Hiacynte de Ploeuc du
Tymeur.
Le 9 l'Abbé
Duc de Biron
, Pair de France
,
fut reçû au Parlement
, & il y prit séance
avec les
cérémonies ordinaires .
>
Le Chevalier d'Erlack , Lieutenant Géneral des
Armées de Sa Majesté , & Colonel du Régiment
des Gardes Suiffes ; M. de Rouffet de Girenton ,
Maréchal de Camp , & le Chevalier d'Allemans
Brigadier , & Lieutenant- Colonel du Régiment du
Roy , Infanterie , ont été nommés par Sa Majefté
Commandeurs de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint Louis.
Le 3. de ce mois
, le Duc
de Châtillon
, Gouverneur
de Monfeigneur
le Dauphin
, prêta
Serment
de fidelelité
entre
les mains
de S. M. pour
la Charde
Lieutenant
Géneral
de la Haute
& Baſſe-
· Bretagne
.
ge
Le 9 , après midi , le Roy partit du Château de la
Meute , passa sur le Rempart de Paris pour aller
coucher à Chantilly , d'où S. M. fe rendit à Compiegne
le fur- lendemain.
Le 10 , la Reine partit de Verfailles , & alla déjeuner
à Séve , chés la Princeffe d'Armagnac , d'où.
S. M. traverfa la Plaine de Grenelle , & vint par la
rue du Bac & le Pont Royal jufqu'au Pont tournant
des Tuilleries ,où fes relais l'attendoient . S. M.
entra dans Paris par la rue S. Honoré , & en fortit
par la rue & la Porte S. Denis . La Reine s'arrêta à
la Ville de S. Denis , pour faire fa Priere dans l'Eglife
JUIN
n27
1739.
glife Royale de ce Lieu , où S. M. refta quelque
temps , & arriva le foir au Château de Chantilly ,&h
Elle y séjourna le lendemain
Le 13 , Monfeigneur le Dauphin partit de Ver
failles , & arriva le même jour au Château de Chan
tilly , & en partit le lendemain pour Compiegne.
Le 28 May , jour de la Fête du S. Sacrement , le
Cardinal de Tencin , Archevêque d'Embrun , reçûr
le Bonnet des mains de l'Abbé Aureli , Camerier
Secret du Pape , & nommé par Sa Sainteté , pour
aporter le Bonnet à ce Cardinal . Cette Cére
monie fut faite dans l'Eglise Métropolitaine d'Embrun
.
LETTRE du Roy , écrite à M. l'Archeve
que de Paris , pour faire chanter le Te
Deum , au sujet de la publication de la
Paix.
Mac à mes Aunes, ut à celles de mes
On Coufin , les succès qu'il a plû à Dieu
Alliés dans la derniere Guerre , m'ont donné les
moyens de la terminer plus promptement que je ne
l'aurois efperé. J'ai conclu avec l'Empereur un
Traité définitif , qui a été figné le dix huit Novem
bre de l'année derniere ; & le confentement de
toutes les Puiffances qui avoient eu part à la Guer
re , me met en état d'annoncer aujourd'hui à mes
Peuples le parfait rétabliffement de la Paix. Il ne me
refte plus qu'à rendre graces à Dieu d'avoir mani
fefté la bonté & fa mifericorde , par le concours
unanime de tant de Princes , à perpetuer le repos
& la tranquillité de l'Europe : Et je vous écris cette
Lettre
1228 MERCURE DE FRANCE
Lettre , pour vous faire fçavoir que je defire que
vous faffiez chanter le Te Deum , dans l'Eglife Métropolitaine
de ma bonne Ville de Paris , & autres
de votre Diocèfe , avec les Solemnités accoûtumées
en pareil cas , au jour & à l'heure que le Grand
Maître ou le Maître des Céremonies vous dira de ma
part. Sur ce , je prie Dieu qu'il vous ait , mon Coufin
, en la fainte & digne garde. Ecrit à Versailles
le 28 May 1739. Signé , LOUIS ; Et plus bas ,
Phelypeaux . Et au dos eft écrit : A mon Coufin
P'Archevêque de Paris , Pair de France , Comman
deur de l'Ordre du Saint Efprit.
MANDEMENT de M. l'Archevêque
de Paris , du 29 May 1739. qui ordonne
de chanter le Te Deum dans toutes les
Eglises de son Diocèse , en actions de graces
du rétabliffement de la Paix.
C
- HARLES GASPARD - GUILLAUME , &C.
L'Ouvrage de la Paix , Mes très chers Freres
, cft heureuſement confommé. Le Roy , plus
jaloux de mériter le nom de Pere de ses Sujets
que le titre ambitieux de Conquérant , a préféré
notre foulagement & notre repos à tout ce que lui
promettoient l'ardeur de fes Troupes & les premiers
fuccès de fes Armes. Dans le temps même qu'il
paroiffoit le plus occupé du deffein de foûtenir la
Guerre avec vigueur , la modération & fon amour
pour les Peuples , le difpofoient à écouter les propofitions
qu'on pourroit lui faire pour éteindre un
feu , qui menaçoit l'Europe entiere d'un embraſement
géneral.
C'eft en fuivant les difpofitions de cet Augufte
Monarque , & en fe conformant à fes volontés
qu'un
C
1
JUIN. 1739: 1229
qu'un Miniftre , dont la droiture a infpiré aux
Etrangers la même confiance que fon zele & fes
fervices lui ont méritée de fon Souverain , a d'a◄
bord ménagé une Sufpenfion d'Armes , qui nous a
fait goûter par avance les fruits de la Paix. Il a enfuite
confacré fes foins & fes veilles à la conclufion
d'un Traité qui , par les avantages qu'i ! procure à
un Roy , dont les interêts doivent nous être chers ,
a mis ce Prince en état de ceder fans regret un
Trône , où les vertus & les Suffrages d'une Nation
libre , l'avoient placé.
Mais quelque part qu'ayent les hommes à ce
évenement , il ne nous eft pas permis d'y mécon
noître l'Ouvrage de celui qui tient en fa main
les Coeurs des Rois , & qui les fait fervir à ſon gré
aux deffeins de mifericorde ou de juftice qu'il forme
fur leurs Sujets. C'est le Seigneur * qui fait la
Paix & qui créé la Guerre avec toutes les calamités
qui l'accompagnent. Juge équitable & severe , il
employe celle- ci comme l'un des plus redoutables
Aleaux de sa colere pour punir nos crimes : Pere
tendre et compatiffant , notre repentir le désarme
et lui fait suspendre le châtiment que notre ingra
titude et notre révolte avoient mérité .
Remercions ce Dieu de la Paix du Don précieux
qui fait le sujet de notre joye , et signalons notre
reconnoiffance par de folemnelles actions de
graces.
Animés par le succès de nos premiers Voeux
conjurons-le d'affermir ce qu'il a operé en notre
faveur , en rendant éternelle l'amitié des Princes
qui concourent aujourd'hui à la tranquillité de
l'Europe , et dont l'union fait tout à la fois leur
propre sûreté & le bopheur des Peuples soumis à
leur Puiffance . A ces causes , & c.
2
*Ego Dominusfaciens pacem
Ifai . 45.
creans malum .
MAN230
MERCURE DE FRANCE
MANDEMENTdu Grand Prieur de l'Ab:
baye de Saint Germain des Prés , immédiate
au S. Siége ; au sujet de la Paix générale ,
publiée par ordre du Roy , le premier de
Juin.
Ean-Baptiste Floyrac , Grand - Prieur de l'Ab
2
diate au S. Siége , & Vicaire Général de S. A. S.
M. le Comte de Clermont , Prince du Sang
Abbé Commandataire de ladite Abbaye : A tous les
Fideles de notre Jurifdiction , Salut en Notre- Seigneur
JESUS- CHRIST .
Le Roy des Rois et le Seigneur des Armées , est
auffi le Dieu de la Paix ; son bras n'eft plus apesanti
sur nous ; les armes lui font tombées des
mains ; il va faire reposer fon Peuple dans le fein de
la Paix. Pour préparer ce glorieux Evenement , il
a donné à notre Augufte Monarque ce cocur pacifique
, qui fut le caractere du plus grand de tous les
Rois , et lui a infpiré une juste confiance dans un
Ministre également droit et éclairé . Le calme est
rendu à toute l'Europe ; les interêts des differens
Princes font ménagés à leur fatisfaction , et les
Peuples ont l'efperance certaine de jouir des fruits
de la Paix. Que les Temples , Mes chers Freres ,
retentiffent de nos actions de graces : Ecrions - nous
avec l'Ecriture : Que la présence de celui qui annonce
la Paix , eft aimable ! et continuons nos voeux pour
la durée d'un Regne si avantageux à l'Eglise , si glorieux
pour la France , et si,cher à toutes les Nations
de l'Europe.
A ces causes , Jeudi prochain , quatrième de Juin;
es chantera après Vêpres le Te Deum , le Pleaume
Exaudiat
JUIN. 1739. 1237:
Exaudiat , l'Oraiſon pro gratiarum actione , et celle .
pour le Roy , dans l'Eglise Abbatiale de S. Germain
des Prés. Fait à Paris ce deux Juin 1739. Signé Fr.
JEAN- BAPTISTE FLOYRAC. Et plus bas , par commandement
du Révérend Pere Prieur , Signé Fr.
LOUIS LEMERAULT.
• Tout ce que portoit ce Mandement fut executé
avec toute la folemnité poffible , & le soir il y eût
des Feux de joye , de grandes Illuminations , des
Fusées volantes , &c . On tira auffi quantité de
Boëtes & plusieurs coups de Coulevrines , dont le
bruit s'étoit déja fait entendre durant le Te Deum.
Enfin , on ne peut rien ajoûter aux démonstrations
de joye qui éclata dans tout ce Diſtrict.
MANDATUM Ampliffimi Rectoris.
N
Os Armandus Princeps de Rohan - Ventadour
Rector Univerfi Studii Parifienfis , omnibus
Doctoribus , Magiftris , ac Scholaribus , Salutem.
Quartus jam annus eft , ex quo Gallia fe belli
tumultu vacare gaudet , & , ante confummatam
pacem , pacis bona fructufque praguftat . Illa tamen ,
fi fpempignufque pacis , at fiduciam omnis expertem
cura nondum affumpferat. Advenit tandem ille
dies ,, quo Rex Optimus fecuriorem ac pleniorem tam
lati muneris ufuram populis fuis folemni promulgatione
defponderi voluit. Poterat fane Ludovicus , allectus
prafertim dulcedine vincendi , juftis de caufis fufcep
tum, & felicibus coeptum afpiciis bellum , ulterius
protrahere. Sed maluit , civium fanguini parcendo .
Pacificus Patria Pater , quam , faventi indulgendo
fortuna , hoftium Triumphator appellari. Satis
habuit dudum interquiefcentem fufcitaffe armorum
Gallicorum gloriam , & , infigni paucorum annorum
experimento , toti Europa oftendiffe , quid laceffita for-
1
tifima
232 MERCURE DE FRANCE
tiffima Gentis virtus poffet . Neque verò modus conci
Tianda pacis minus , quàm ipfa Pax , ad immortale
Ludovici decus confert . Non illa tardis moliminibus,
non per coecas ambages , non plenis fufpicionum as
caute arum legationibus , ad exitum perducta fuit.
Omnia comperta Ludovici fapientia fideique & ab
hoftibus ab fociis permiffa funt. Reducem igitur
ad nos Optimi Principis beneficio falutemus ac deofcu
lemur Pacem, & intertextas lauro oleâque Regio
Capiti coronas innectamus . Superfundenti ſe latitia
( modò tamen fine lafcivia ) habenas laxet Regum
eadem primogenita Filia , & alma Doctrinarum pavens
, Univerfitas noftra , ad quam non ultimus reftiauta
pacis fructus pertinet. Amant enim quietem
otium Artes noftra , qua , & fi inter bellicos motus
nonplanèconticefcunt , obftrepente tamen quodammodo
laficorum ac tubarum clangore perturbantur.
Igitur , donec folemniore ritu & publicis Supplica=
tionibus debita Belli & Pacis Deo gratia perfolvantur
, jubemus in omnibus Collegiis die Martis fecunda .
menfis Junii , poft Solemne Sacrum, cantari Hymnum
Te Deum , cum Pfalmo Exaudiat.
·Deinde , ne , in communi omnium Ordinumgaudio
, numerofa juventus , qua apud nos in Religionis
decus , in Regis obfequium , in ſpem Gentis educatur,
propria atatis & indolis fua oblectatione defraudetur
volumus , diebus Luna , Martis & Mercurii proximè
futuris , intermiffio omni docendi difcendique munere
Scholas noftras feriari.
,
Datum in dibus noftris Sorbona - Pleffais , die
Sabbathi trigefimâ menfis Maii , Anno Domini millefimofeptingentefimo
trigefimo-nono.
Le 12 de ce mois il y eut une Proceffion folemnelle
de Mrs de l'Univerfité , pour les motifs énoncés
dans le Mandement de M. le Recteur , dont
voici la difpofition. SUP
JUIN. 17397 1233
SUPPLICATIONES
Univerfitatis
Studiorum .
Os Armandus Princeps de Rohan - Ventadour ,
N Rector Univerfi Studii Farifienfis , mandamus
pracipimufque omnibus & fingulis ejufdem Univerfita
ais Doctoribus, Magiftris , Clientibus , & Adminif
tris , cujufcunque fint conditionis , aut gradûs , ut me
mores juris-jurandi quo fuam Academia fidem obftrinxerunt,
die Veneris duodecimâ menfis Junii adfint apud
Maturinenfes , horâ fefqui-feptima matutina , ornati
ut decet , inde ad Adem Deo facram ſub invocatione
Sancti Sulpitii ritè proceffuri , Deo Optimo Maximo
piè fupplicaturi pro Fidelium concordia , harefeon extirpatione
, hujufce florentiffimi Regni falute ; pro Regis
Regina , Sereniffimi Delphini , totiufque Regia
Profapia incolumitate , noftra Academia tranquillitate
& dignitate , frugibus terra , aëris ſalubri temperie ,
cunctis rebus humano generi fecundùm Deum neceffariis.
Inprimis autem gratias rependamus immortales
fummo Regum Regnorumque Domino , quòd . post
quam Regi noftro Auguftiffimo , in hoftes bellanti ,
potentiam & gloriam atque victoriam , dedit , per
ejufdem fapientiam ac moderationem pacem & otium
dedit in Ifraël. Idcircò poft Solemne Sacrum cantabitur
Hymnus Te Deum , ac deinde eâdem frequentiâ
ordine redibitur .
Datum Lutetia Parifiorum in Edibus noftris Sorbona-
Pleffais , die Luna octava menfis Junii , Anno
Domini millefimo feptingentefimo trigefimo- nono.
On ne peut rien ajoûter à la célebrité de cette
Proceffion , à laquelle affifterent plus de mille Per
fonnes du Corps ou de la dépendance de l'Univer
fité. Tout ce qui fe paffa à S Sulpice fur ce fujet
fût également augufte et édifiant. M. le Curé , qui
avoit
234 MERCURE DE FRANCE
•
avoit célebré folemnellement la Meffe , fût complianente
en Latin par l'Orateur préposé par M. le
Recteur , et il répondit de même avec beaucoup
'd'éloquence et de dignité au Discours de l'O
rateur.
ORDONNANCE du Roy , du 28 May
pour la publication de la Paix.
O
N fait à fçavoir à tous , qu'une bonne , ferme
, ſtable et folide Paix , avec une reconciliation
entiere et fincere , a'été faite et accordée entre
Très-Haut , Très - Excellent & Très- Puiffant Prince
Louis , par la Grace de Dieu , Roy de France et de
Navarre , notre fouverain Seigneur , Et Très-Haut,
Très-Excellent & Très Puiffant Prince CHARLES ,
Empereur , & les Seigneurs Electeurs , Princes &
Etats de l'Empire , leurs Vaffaux , Sujets & Serviteurs
en tous leurs Royaumes , Pays , Terres &
Seigneuries de leur obéiffance : Que ladite Paix eft
génerale entr'eux , & leurfdits Vaffaux & Sujets ; &
qu'au moyen d'icelle , il leur eft permis d'aller ,
venir , retourner & féjourner en tous les Lieux defdits
Royaumes , Etats & Pays , négocier & faire
commerce de marchandiſes , entretenir correfpondance
, & avoir communication les uns avec les
et ce en toute liberté , franchiſe et sûreté
tant par Terre que par Mer et fur les Rivieres et
autres Eaux , et tout ainfi qu'il a été ou dû être fait
en temps de bonne , fincere et amiable Paix , telle
que celle qu'il a plû à la Divine Bonté de donner
audit Seigneur Roy , et auxdits Seigneurs Empe-
Electeurs , Princes et Etats de l'Empire , et à
leurs Peuples et Sujets ; et pour les y maintenir , il
eft très- expreffément défendu à toutes Perfonnes
de quelque qualité et condition qu'elles foient ,
d'enautres
,
reur ,
?
JU1 -N. 1739
1235
›
entreprendre , attenter ou innover aucune chaſe
au contraire ni au préjudice d'icelle , fur peine
d'être punis feverement comme infracteurs de Paix
et perturbateurs du repos public . Er afin que perfonne
ne puiffe en prétendre caufe d'ignorance , la
préfente fera lûë , publiée et affichée où befoin
fera . Fait à Verfailles , le 28 May 1739. Signé Louis..
Et plus bas , Amelot.
ORDONNANCE de Police , du 30 May ;
qui enjoint aux Habitans de cette Ville &
Fauxbourgs de Paris , de fermer leur's Boutiques
Mardi prochain 2. Juin 1739 .
d'allumer desFeux le foir du même jour au- ·
devant de leurs maiſons , en réjoüiſſance de
la Publication de la Paix.
S&
Ur ce qui nous a été repréſenté par le Procureur
du Roy , que la joye déja répandue dans le
Public eft fondée fur des motifs trop intereffans
pour qu'il croye nécellaire de l'exciter tout de nouveau
par le devoir de son miniftere ; et qu'il n'au
roit aujourd'hui à faire entendre la voix , que pour
la joindre à celle de tous les Citoyens de cette Capitale
, et ſe récrier avec eux : Heureux les Peuples
dont le Roy eft pacifique ! qui fçait que faire la
guerre , c'eft le droit des Souverains , mais que
d'en regler en maître la durée fur les befoins des
Sujets , c'eft le chef-d'oeuvre de leur puiflance ;
comme c'eft le chef-d'oeuvre de leur bonté et de la
modération, que d'aimer à s'arrêter au milieu de la
Victoire , pour ne recueillir que les feuls fruits de
la Paix. Qu'il s'en tiendroit donc aux voeux et aux
acclamations publiques de refpect , d'amour et de
reconnoiffance pour le meilleur de tous les Rois
1. Vol. mais
236 MERCURE DE FRANCE
•
2.
→
mais que pour fatisfaire à l'ufage , et obéir à l'Ar
rêt du Parlement de ce jour , il eft obligé de requerir
, que fous les peines ordinaires , il foit par Nous
ordonné à tous les Bourgeois et Habitans de cette
Ville , de faire allumer mardi 2. du mois de Juin
jour auquel fera chanté un Te Deum à Notre-Dame,
des feux devant leurs portes , et qu'il ſoit défendu
à tous Particuliers de tirer des fufées et petars dans
les rues , conformément à nos précedentes Ordonnances.
Sur quoi faifant droit , Nous ordonnons
que mardi 2. du mois de Juin , les Boutiques feront
et demeureront fermées pendant toute la journée
et que le foir tous les Bourgeois et Habitans feront
tenus de faire allumer des feux devant leurs portes ;
& cependant faifons défenſes de tirer aucunes fufées
ni petars , et enjoignons expressément à tous
Propriétaires et principaux Locataires des maiſons
de faire fermer les fenêtres , lucarnes et généralement
toutes les ouvertures des greniers dépendans
de leurfdites maifons ; comme auffi de faire fermer
les fenêtres des angars et écuries , ainfi que les foûpiraux
des caves et autres endroits dans lesquels il
y auroit de la paille , du foin , du bois , et autres
matieres et marchandiſes combuſtibles ; et notamment
enjoignons aux Marchands Epiciers , Chandeliers
et Grainiers , de fe conformer à notre préfente
Ordonnance , et ce fous les peines portées par
les précedentes : Mandons aux Commiffaires du
Châtelet , chacun dans leur quartier , de tenir la
main à l'execution de notre préfente Ordonnan
ce , &.c.
>
Le premier de ce mois , la Publication de la Paix
entre le Roy et l'Empereur ſe fit avec les cérémonies
ordinaires dans les principales Places de Paris.
Le Châtelet et le Corps deVille fe trouverent à cette
PubliJUIN.
173979
1237
Publication , qui fut faite par le Roy d'Armes , accompagné
des Herauts , au bruit des Timballes et
Trompettes , et des acclamations réiterées du
Peuple.
Le 2. Juin on chanta dans l'Eglise Métropolitaine,
en actions de graces de la Paix , le Te Deum,
auquel l'Archevêque de Paris officia Pontificalement.
Le Chancelier de France à la tête du Confeil
y affifta , ainfi que le Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aydes , l'Univerfité et le
Corps de Ville. Le foir , on tira devant l'Hôtel de
Ville un très - beau Feu d'artifice , & il y eut dans
toutes les rues des Feux et d'autres marques de
réjoüiffance .
Cette folemnité fut annoncée la veille et le lendemain
matin par des décharges de toutes les Boettes
et du Canon de la Place de Greve et de la Baſtille.
Le 3 au matin , le Parlement , la Chambre
des Comptes , la Cour des Aides , la Cour des Monnoyes
, et le Corps de Ville eurent audience du .
Roy , et ils complimenterent S M. fur la Paix
L'après midi , le Grand Confeil , l'Univerfité et
l'Académie Françoife , complimenterent le Roy sur
le même fujet.
Ils furent tous présentés par le Comte de Maurepas
, Miniftre et Secretaire d'Etat , et conduits par
le Marquis de Brezé , Grand Maître des Cérémonies
, et par M. Defgranges , Maître des Cérémonies.
COMa38
MERCURE DE FRANCE
COMPLIMENT fait . au Roy par M.
Chopin , premier Préſident de la Cour des
Monnoyes , le 3 Juin 1739. fur la Paix
conclue avec l'Empereur.
SIRE ,
Le plus grand honneur que vos Cours Souveraines
puiffent recevoir , eft celui de paroitre aux pieds de
Votre Majefté.
Heureux , lorfqu'en lui donnant des marques publiques
de notre refpect , nous avons encore à y joindre
les fentimens de la reconnoiffance ; lorfqu'en félieitant
Votre Majefté ſur ses profperités , nous avons à
la remercier de fes bienfaits.
Qui n'a point reconnu dans les douceurs de la Paix
dont Votre Majesté nous a fait jouir avant même
qu'elle fût concluë , que vous avez préféré le repos
public aux avantages que la fuperiorité de vos armes
vous promettoient ?
Les premiers fuccès n'ont point excité Votre Majefté
a s'en procurer de nouveaux , & dès que votre juftice
a étéfatisfaite , vous n'avez plus laiſſé agir que votre
bonté.
Tel eft , SIRE , l'effet de la Sagefle de votre gouvernement
, tel eft l'effet de l'amour de Votre Majefté
pour fon Peuple. Daignez , SIRE , le lui conferver,
nous le demandons à Votre Majefté avec le même zele
que nous demandons à Dieu la confervation de
otre Perfonne Sacrée ; c'eft à quoi , SIRE , nous
bornons tous nos fouhaits pour Votre Majefté, &pour
nous-mêmes.
COM
JUIN 237 1739
COMPLIMENT fait au Roy par M.
Gouault , Avocat Général de la Cour des
Monnoyes le 3 Juin 1739, sur la Paix
conclue avec l'Empereur.
SIRE ,
Les Victoires de Votre Majefté ont été le sujet de nos
acclamations ; la Paix qu'elle donne à l'Europe fatt
aujourd'hui l'objet de notre reconnoiſſance la plus vive
la plus profonde.
Les plus fieres Nations fe font enfinfoûmiſes & ont
respecté la justice de vos prétentions ; la valeur de vos
Armées nous a conquis des Provinces entieres , mais la
bonté de Votre Majefté , votre amour pour fes Peuples,
ont fufpendu le cours de vos Triomphes.
La prudence de vos Confeils , également admirée de
tous les Souverains , a fçû defarmer l'ennemi qui com
battoit contre fes propres interêts , & nous devons à la
Sagefle du Traité qu'elle a dicté , une Paix glorieuſe,
dont la douceur s'eft déjafaitfentir , qui va pourjamais
éteindre la difcorde , & pofer l'inébranlablefon
dement de la félicité publique.
Les Sonnets qu'on va lire au fujet de la Paix ,
ont été préfentés le 3. Juin , à Versailles , par l'Auau
Roy , à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin
et à Mefdames de France , qui les ont reçûs
avec bonté,
teur
T
Alle
1140 MERCURE DE FRANCE
*************
Alla Sacra Real Maeftà di LUIGI XV.
Re diFrancia, e di Navarra,
pel giorno della pubblicazion della Pace.
L'Autor riguardando ilfuo Ritratto, cosìfavella,
Сніг
SONET TO.
Hi è costui , che di Vittoria adorno
Tanto trionfa in be' color dipinto ?
LUIGI , or leggo , è quei DECIMO QUINTO ,
Ma non fo di qual stirpe , e qual soggiorno.
Chi è dunque mai quest' alto Eroe , che intorno
Di bandiere , già tolte all' Oste , è cinto ?
Che Scettro ha in mano , e a comandare è accinto
Del fier Nimico a Città vinte , e a scorno
..Questi , la Fama a me risponde in Terra ,
E ' il gran Monarca , al cui poter foggiace
Di Francia il Regno , e che ' l Nimico atterra ;
Questi è 'l gran Re , temuto ognor dal Trace ,
Ch'alla Germania , ed all'Italia guerra
Porta , e alla Gallia alta Vittoria , e Pace .
Di Vostra Sacra Real Maestà
mo mo mo
L'Umiliff . Divotiff . e Obbligariff . Servo
Giovan Francesco NENCI,
JUIN. 1241 1739:
**
A Sua Eminenza il Signor Cardinal DI FLEURI
Primo Miniftro del Re Criftianiffimo ,
pelgiorno della pubblicazion della Pace.
L'Autorcosì parla , volto al fuo Ritratto.
Q
SONETT O.
Úefti è FLEURI ; ben melo dice il fronte
D'oftro adorno , e la man , che tanto impera
Nel Franco Regno ; Egli è quell' alta e vera
Della Pace d'Europa occulta fonte.
Ne fol di Pace ; di Vittorie conte
Ancor è , che fan gir la Gallia altera ;
·Ond' è degno , per far fua gloria intera
Di trionfar ful Vaticano Monte.
S'al Re diè palma , a Lui dia lode il Vinto ;
E ben odo che a Lui l'Italia , e Vienna
Così parla , il ver dice , e fon convinto :
vinto
Tu ancor Vittoria , e Pace infulla Senna
Dai , facro Eroe , ch' ai combattuto , e
Col fenno , coi Configli , e colla penn
Di Vostra Eminenza
mo mo mo
L'Umiliff . Divotiff . e Obbligatiff . Servo
Giovan Francesco NENCI .
Liiij Le
242 MERCURE DE FRANCE
Le Dimanche Juin , le Prince de Lichtensteins
Ambaffadeur de l'Empereur à la Cour de France ,
fit faire une très - belle Illumination , à l'occaſion
de la publication de la Paix , devant la face de l'Hôtel
de Nesle ( du côté de la Terraffe ) où cet Ambaffadeur
demeure. La Décoration de cette Illumination
contenoit 39 toiſes de face , fur 64 pieds de
hauteur. On y voyoit deux Arcs de Triomphe
l'un traverfant la rue de Beaune , et l'autre adoffé
au petit Hôtel de Mailly , ornés de Pilaftres d'Ordre
Rustique , avec Cintres , Corniches , Piramides et
Vafes pour couronnement ; et dans le Timpan des
Arcs de Triomphe , il y avoit des Guirlandes de
feu , qui foûtenoient des Girandoles de 60 lumie
res chacune , dont l'effet étoit fort agréable.
A côté des Arcs de Triomphe , s'élevoient deux
Pavillons ; l'un adoffé fur la Galerie de l'Hôtel de
Nesle , et l'autre fur la face du petit Hôtel de
Mailly ; chacun de ces Pavillons étoit orné de deux
Pilaftres de Refend , montant jufqu'en haut des
Pavillons , avec Plintes , Frontons , et un Portique,
au- deffus duquel étoit un Mufle ou Tête de Lion
doré,de quatre pieds de proportion, d'où fortoit une
Fontaine de vin, qui coula pendant tout le temps de
P'Illumination. Ce Portique étoit terminé par une
Croiſée ornée d'un Bandeau de Lumieres , et d'un
Fronton accompagné d'un Luftre au milieu , foùtenu
par des Guirlandes de fleurs. Au- deffus de
chacun des Pilaftres étoit une grande Piramide de
feu , et fur le Comble de chaque Pavillon , s'élevoit
fur un Piedeſtal une Girandole portant 80 Lumiéres
; les vives-arrêtes du Comble profilées de Terrines,
venant joindre les Piramides.
A côté de ces Pavillons , s'élevoient trois Portiques
, avec des Bandeaux de Lumieres au pourtour,
les Archivolets foûtenant des Girandoles et des Va-
Les
JUIN. 1739.
fes au-deffous , de differentes formes ; au deffus
des Portiques étoient des Croifées , ornées d'un
Bandeau de Lumieres avec Fronton , et au milieų
de chaque Croifée étoit fufpendu un Luftre avec
des Guirlandes de fleurs, Au- deffus de chaque Pilastre
, dans les Trumeaux des Croisées , il Y avoit
de grands Vafes fur des Piédeftaux ; au-deffus et au
milieu des Croifées et Trumeaux étoient des Vafes,
dont les formes étoient variées ; et la Corniche de
l'Entablement étoit garnie de Lumieres.
La grande partie du milieu étoit ornée de quatre
Pilaftres de Refend , et de trois grands Portiques ,
avec des Bandeaux & des Archivolets , foûtenant
trois grandes Girandoles , avec des Vafes au-deffous
fur des Piédeftaux. Au-deffus du Portique du mi-
Hieu étoient les Armes de l'Empereur , qui montoient
jufqu'au Fronton , appuyées fur les deux Pi
laftres du milieu , et au- deffus des deux autres Por
tiques , étoient des Croifées ornées d'un Bandeau »
de Lumieres , et d'un Fronton avec des Luftres au
-milieu , ornés de Guirlandes de fleurs . Au - deffus
de la Corniche d'Entablement , il y avoit une Atti
que pofée fur les quatre Pilaftres de Refend , avec
Corniche pour couronnement de l'Attique. Audeffus
des quatre Pilaftres s'élevoient des Girandoles
, et au milieu une autre grande Girandole fur un
Piédeltal , le tout garni de Lumieres ; ce qui faifoit
un effet admirable , quoique le Vent du Nord n'ait
pas entierement favorisé ce brillant et ingénieux
Spectacle.LY
,
Illumination contenoit , tant en Lampions ,
Terrines, que grands Lampions à -plaque ,la quantité
de 28000 Lumieres .
i
Le Deffein de ce grand Edifice est du St Defmas -
rais , Architecte des Batimens du Roy , et èxecûté
par le St Berthelin do Newville , um na:our
you nɔ auszuɔc , and st 16 ordinaire
KCURE DE FRANCE
ordinaire des menus Plaifirs du Roy.
Le Prince de Lichtenstein donna le lendemain un
superbe Diner , où les Miniftres d'Etat , ceux des
Princes Etrangers , et les Perfonnes de la premiere
diftinction de la Cour et de la Ville , fe trouverent
au nombre de plus de 80 perfonnes ; il y avoit trois
Tables , dont la premiere étoit de 45 couverts , et
les autres de 25 chacune. Ce Repas fut fervi avec
autant de délicateffe que de profufion.
On donnera dans le prochain Journal des détails
plus circonftanciés , au fujet de la Cavalcade pour la
Publication de la Paix , la Defcription du Feu d'arifice
, du Feftin de l'Hôtel de Ville , &c.
On donnera auffi la repréſentation en Taille
douce de l'Illumination dont on vient de parler
qu'on grave actuellement.
Le Prince de Conty , à la fanté duquel tout le
monde s'intereffe , eft bien guéri d'un abfcès confidérable
fous l'aiffelle , dont les Chirurgiens croyoient
l'ouverture inévitable , par l'aplication d'un Onquent
venu de Turquie , dont le Sr Darmagnac ,
fon Apoticaire , a la Recette , et eft le feul qui le
compofe.
Il a auffi une Eau fpécifique pour les coups de
tête , éprouvée par des fuccès journaliers , dont on
zefpire deux ou trois fois le jour par le nez environ
une cueillerée chaque fois ; s'il y a même quelque
contufion , on aplique deffus une compreffe imbibée
de cette Eau.
On donne avis au Public , que le Sr Jacques
Le Clerc , ancien Juge- Conful de la Rochelle , a
été nommé Syndic des Creanciers de la Succeſſion
de feu Sr Jean Bruflé , Procureur du Roy de la
Monnoye
JUIN. 72451 1739.
"
*
"
Monnoye de cette Ville , et que le Sr Le Clero
a trouvé dans les Papiers de cette Succeffion , la
Copie d'un Compte que le Sr Brulé a déposé au
Siége de l'Amitauté le 21 Janvier 1718 , et le 6
Fevrier 1722. par lequel il paroît qu'il revient quelque
chofe aux Actionaires du Vaiffeau du Roy
PIndien , armé à Rochefort par le Sr Dereaux Ardouin
, et commandé par M. le Chevalier de la
Sauzaye. Ceux qui feront Porteurs d'Actions fur
ce Vaiffeau , pourront s'adreffer au St Le Clerc,
à la Place Habert , qui donnera tous les éclaircif
femens qu'il pourra ; il font priés d'affranchir leurs
Lettres , parce que le Sr Le Clerc n'eſt pas Syndic
des Actionaires .
j j j s j s r r į į の
MORTS, NAISSANCES
E nommé Laurent Courtillet , cft mort depuis
Lipeu dans la Paroiffe de S. Aubin le Guichard
près de Fontaine- l'Abbé , en Normandie , âgé de
104. ans.
Le 10. Mai , Frere Urse -Victor Tambonneau ,
Bailly , Grand- Croix de l'Ordre de Saiut Jean de
Jérusalem , Commandeur des Commanderies de
Beauvais en Gâtinois , & de la Feüillée en Aquitaine
, Receveur du commun Trésor de cet Ordre , au
Grand Prieuré de France , mourut dans l'Enclos du
Temple à Paris, dans la 53. année de son âge , étant
né le IS. Février 1687. Il avoit été reçû de minorité
dans la Religion de Malthe , au Grand- Prieuré
de Francele 26 Août 1690.On a ci-devant fait mention
de fes Pere et Mere à l'occasion de la mort de la
Dlle Tambonneau , fa four , et de celle de fon fre-
I vi
re
ACURE DE FRANCE
c aîné , raportées dans les Mercures du mois d'Aoûr
1736. page 1929. et du mois de Janvier 1737.
page 156.
Le 17. Antoine- Charles de Gontaut de Biron ,
Duc de Lauzun , Pair de France , Capitaine au Régiment
du Roy , Cavalerie , fils unique de feu Charles-
François-Armand de Gontaut , Duc de Biron ,
Pair de France , Brigadier des Armées du Roy , dont
la mort eft raportée dans le Mercure de Janvier
1736. page 181. & de D. Marie - Adelaïde de Grammont
, fa veuve , mourut à Saarebourg , âgé d'environ
22. ans , fans avoir été marié. Par la mort ,
Jean -Louis de Gontaut de Biron , fon Oncle, Diacre,
Chanoine honoraire de l'Eglise de Paris , et Abbé
Commandataire des Abbayes de Moiffac & de Cadouin
, devient l'aîné de fa Famille et héritier présomptif
du Duché & Pairie de Biron.
Le 18. Jacques- Philipe de Prunelé , Seigneur du
grand Hôtel des Carneaux, de Chalo S. Mard , en
partie , du grand Guignard für Authon en Beauce ,
de Morville , &c. ancien Lieutenant de l'Artillerie,
mourut au grand S. Mard , près d'Estampes , Diocèse
de Chartres , dans la 74. année de ſon âge
étant né à Tignonville en Beauce , le 20. Décembre
1665. Son Mariage et les enfans qu'il en a eû ,
font mentionnés dans la Génealogie de la Maison
de Prunelé, qui fe trouve dans le Suplément du Dictionnaire
Hiftorique de 1735.
Le 27. Charles de Nocé , Chevalier , Seigneur de
Fontenay , et de la Chapelle , ci-devant Premier
Gentilhomme de la Chambre du feu Duc d'Orleans,
Régent en France , dont il avoit obtenu le Brevet
avec 10000. livres de pension , au mois de Juin
1719. et auparavant Maître de sa Garderobe, mourut
à S. Germain en Laye , âgé de 75. ans. Il avoit
épousé au mois de Février 1690. Marguerite de
Rambouillet
JUIN. 1739.
1247
Rambouiller , veuve de Guillaume Scott , Seigneur
de la Mesangere , de Boscherville , &c . Conseiller
au Parlement de Normandie , et fille d'Antoine de:
Rambouillet , Seigneur de la Sabliere , Conseiller-
Secretaire du Roy , et de Marguerite Heffin ; elle
mourut le 30. Novembre 1714 âgée de 57. ans . Il
n'en avoit point eû d'enfans. Il étoit fils de feu
Charles de Nocé , Seigneur de. Fontenay , la Chapelle
, qui avoit été Sous - Gouverneur du feu Düc
d'Orleans , et auparavant Gouverneur de Charles-
Paris d'Orleans- Longuevillé , Comte de S. Paul , et
qui mourut le IO. Mars 1704. âgé de 87. ans , et de
Marie le Roy, fa femme , morte âgée de 75. ans le
21. Octobre 1714. laquelle étoit fille de Marin le
Roy , Seigneur de Gomberville ., l'un des Quarante
de l'Académie Françoise..
Le 31. Gaspard Pecou , Conseiller du Roy , Maître
Ordinaire Honoraire en la Chambre des Comptes
de Paris , ou'il avoit été reçû le . 3. Avril 1699 .
mourut dans un âge avancé. Il étoit fils de feu
Jean-Baptiste Pecou , Conseiller- Secretaire du Roy,
Maison , Couronne de France & de fes Finances ,
& Contrôleur Géneral des Gabelles de France , mort
lè 4. Février 1694. & de Marie du Puis , et il étoit
veuf d'Anne-Marie- Gabrielle de Morlon , morte le
12. Août 1716. fille de feu Antoine dé Morlon, Capitaine
des Gardes de la Porte de feu Philipe , fils
de France , Duc d'Orléans , & de feuë Anne de Les
pée. Il l'avoit épousée le 24 Septembre 1696. II.
laiffe d'elle Joseph- Gaspard Pécou , reçû Maître
Ordinaire en la Chambre des Comptes de Paris
par la résignation de son Pere , le 6 Septembre
1728. et marié le 23. Août 1728. avec la Dlle Laideguive.
Le premier Juin , D. Henriette Fitz-James , civant
Dame du Palais de la Reine , & épouse de
Jean7248
MERCURE DE FRANCE
Jean- Baptifte-Louis de Clermont- d'Amboise , Mare
quis de Renel , et de Montglat , Comte de Chiverni
, Baron de Rupt , Seigneur de Delain , Bailly
et Gouverneur de Chaumont en Baffigny , Grand-
Bailly de Provins , Maréchal des Camps et Armées
du Roy , avec lequel elle avoit été mariée le 7. Novembre
1722. mourut à Chatou , près de Paris
dans la 34. année de fon âge , étant née le 16. Septembre
1705. Elle étoit fille du feu Maréchal Duc
de Berwick , dont on a parlé fort au long en ra➡
portant la mort dans le Mercure de Juin 1734
fecond volume , page 1449.
Le 4. Jean - Maurice Durand de Chalas , Seigneur
de Mathougues , Pringy , la Tour du Bos , & c . Président
en la Chambre des Comptes de Dijon , Secre
taire du Roy, Maison , Couronne de France et de fes
Finances, ci- devant Receveur General des Finances
en Champagne, et Conseiller au Conseil du feu Duc
d'Orleans , Régent en France , mourut à Paris ,
dans la 74. année de fon âge . Il avoit été marié le
s . Février 1709. avec Louise Durey , fille de feu
Pierre Durey , Conseiller- Secretaire du Roy , &
Receveur General des Finances au Comté de Bourgogne
, et de défunte Jeanne- Magdeleine Brunet.
Il en laiffe un fils , nommé Alexis -Jean Durand
Sieur de Lagny , Lieutenant de Roy en Champagne
, qui a épousé le 17. du mois de Septembre
1736. Die Marie -Anne- Philiberte Durand d'Auffy
de S. Urain , fa Cousine , fille du Grand-Maître des
Eaux et Forêts des Duché et Comté de Bourgogne
, Breffe et Alsace , et une fille nommée Jeanne
-Philiberte Durand de Chalas , et mariée le 19%
Juin 1731. avec Etienne- Pierre Maffon de Maisonrouge
, Receveur General des Finances d'Amiens ,'
Il avoit eû un fils aîné , dont la mort eſt raportée
dans le Mercure du mois de Novembre 1732. page
25076
3.
1
JUIN. 1739. 1249
•
1507. Le Sr de Chalas , qui vient de mourir , a
fait par fon Teftament plusieurs Legs pieux aux
Pauvres et aux Hôpitaux de Paris , ainsi qu'à l'Hôpital
de la Charité de Montcenis en Bourgogne , fa
Patrie , dont il étoit Fondateur.
Le 8. Jean-François de Billy , Chevalier , Seigneur
de la Ville Tartre , &c. Meftre de Camp de Cavalerie
, Chevalier des Ordres Royaux & Militaires de
S. Louis & de S. Lazare , Premier Gentilhomme de
la Chambre de Louis de Bourbon Condé , Comte de
Clermont , Prince du Sang , mourut à Paris , âgé de
66.ans,étant né le 28. May 1673. Il fut inhumé dans
PEglise Paroiffiale de S.Paul le 9 Juin. Il étoit le 17e
defon nom de pere en fils & de la Branche aînée de
fa Maison ; il descendoit des anciens Seigneurs
de Billy fur Ourcq , près Muret en Vallois , déja illuftrés
dès l'année 1080. ainsi qu'on le voit dans les
Memoires de Caftelnau , Livre 7. Chap. 4. et Tome
fecond, page 639. de l'Edition de Bruxelles 1731. Il
fut reçû Page du Roy en fa petite Ecurie , en Mars
1688. il suivit Monseigneur le Dauphin en cette
qualité au Siege de Philisbourg , & s'y diftinga à la
prise de l'Ouvrage à Corne , ainsi qu'il eft raporté
dans les Nouvelles publiques de cette année . Il entra
dans les Mousquetaires en 1690. & eut le pied
percé d'un coup de pistolet à fa premiere Campagne;
il fut Cornette de Dragons dans le Régiment
du Roy en 1691. & Capitaine dans le même Régiment
en 1694. il fervit piusieurs années dans ce
Corps avec diftinction. Le Prince de Conty Francois-
Louis de Bourbon , le demanda au Roy & se
l'attacha en qualité de Gentilhomme Ordinaire de
fa Chambre , après la mort de ce Prince , il paffa en
la même qualité à Louis de Bourbon Condé , & ensuite
au Duc de Bourbon. Le 29. Avril 1717.il fut Capitaine
des Gardes de Charles de Bourbon Condé ,
Comte
250 MERCURE DE FRANCE
"
Comte de Charolois , il accompagna ce Prince en
Hongrie , dans la même année il eut le Brevet de
Meftre de Camp de Cavalerie , avec la Croix de
l'Ordre de S. Louis en 1721. En Octobre 1723. il
fut reçu Chevalier de S. Lazare , & le 16. du même
mois le Roy lui accorda une pension de 2000. liv.
fur l'Abbaye de S. Bertin de S. Omer; au mois de
Décembre fuivant , il fut Premier Gentilhomme de
la Chambre de Louis de Bourbon Condé , Comte
de Clermont. Il étoit fils d'Elie de Billy, Chevalier,
Seigneur de la Grand - Court , Montguignard , la
Ville Tartre , &c. qui avoit été Page de Louis
de Bourbon , Comte de Soiffons , tué à la Ba
taille de la Marfée , près Sedan , le 6 Juillet
1641. & qui après avoir fuivi dans plusieurs Campagnes
le Prince de Condé , Louis de Bourbon , dit
le Grand Condé , avoit été Premier Ecuyer d'Anne-
Geneviève de Bourbon Condé , Ducheffe de Longueville
, Soeur de ce Prince ; il eft mort , fort âgé
en 1713 . & de Louise-Marie de Bridieu , Dame
d'Honneur de cette Princeffe à sa mort en 1679.-
Elle eft morte en 1714. Il étoit veuf de Marie-Adelaïde
Favieres , fille de Guillaume Favieres , Maître
des Comptes , Seigneur du Pleffis le Veneur, &c. &
de Catherine de Feu de Charmois. Il laiffe de se
Mariage , Jean François - Louis de Billy , Cornette
dans le Régiment de Clermont, Cavalerie . La Maison
de Billy eft originaire du Vallois , comme on le voit
dans l'Hiftoire Généalogique des Grands Officiers
de la Couronne , par le Pere Anselme , troisiéme
Edition , à Paris en 1726. Tome fecond , page
117. Le plus ancien Titre de cette Maison , cité
par le Pere Anselme , par lequel il paroît qu'elle
étoit déja diftinguée dans la Nobleffe , eft de l'année
1142 Ses Armes font vairées d'Or, &e d'Azur -
à deuxfasces de Greules, to no aliq
Le
JUI N.
125r 1739.
Le 7. Juin , fut baptisé à S. Euftache , Charles-
François-Hiacinte , né le même jour , fils de Hiacinte
Hocquart , Seigneur de Montfermeil, Fermier
Géneral des Fermes Unies du Roy , & de D: Marie-
Anne Gaillard de la Bouexiere , fon Epouse. Les
Parain & Maraine ont été. Jacques- Charles - Chrétien
, Seigneur de Galais , & Dile Luce Hocquart ,
Tante paternelle du nouveau né .
Le 11. les Céremonies du Baptême furent fupléées
dans la Chapelle du Palais du Luxembourg ,
Marie-Louise- Barnabée , née & ondoyée le 21.
Février dernier , fille de Louis - Robert Malet , apellé
le Marquis de Graville , & ci- devant le Marquis
de Valsemey , Brigadier des Armées du Roy , &.
Meftre de Camp , Lieutenant du Régiment d'Or
leans , Cavalerie , & de D. Françoise de Jauche
Bouton de Chamilly, fon Epouse , Comteffe Douairiere
de Clere. Elle eut pour Maraine Marie- Louise--
Elizabeth d'Orleans , Reine seconde Douairiere
d'Espagne , & pour Parain , Louis - Philipe d'Or
leans , Duc de Chartres.
***************▴▴▴▴▴▴▴▴
ARRESTS NOTABLES , &c.
A
RREST du 27. Janvier , portant Reglement
pour les differentes fortes de Papiers qui fe fa
briquent dans le Royaume , contenant 61. Articles ,
dont S. M. ordonne l'execution , auquel Reglement
on a joint le Tarif du poids que S. M. veut que pesent
les Rames des differentes fortes de Papiers qui
fe fabriquent dans le Royaume , fur le pied de la
live pesant feize onces , poids de Marc comme
auffis
1252 MERCURE DE FRANCE
auffi des largeurs & hauteurs que doivent avoir les
feuilles de Papier des differentes fortes fpécifiées
après le Tarif.
Le poids fixé pour les Rames des differentes fortes
de Papiers compris dans le Tarif , fera le même
pour les Papiers des differentes qualités d'une même
forte , foit Fin , Moyen , Bulle , Vanant ou
Gros-bon , &c.
AUTRE du 6. Mars , dont la teneur fuit .
Le Roy étant informé qu'on vient de faire paro
tre un Ouvrage imprimé fans nom d'Auteur ni
d'Imprimeur , Tans Privilege ni Permiffion , fous le
titre de Discours fur le Concile de Florence , à l'occasion
de l'Arrêt du Parlement du 16. Décembre
1737. Sa Majesté auroit jugé à propos de s'en faire
rendre compte ; & elle auroit reconnu , qu'on ne
pouvoit regarder cet Ouvrage que comme un Libelle
également condamnable , foit par la licence.
avec laquelle fon Auteur ose attaquer les intentions
même de ceux que leur caractere & leur vertu auroient
dû mettre à couvert des traits de fa malignité,
foit par les propositions et les expressions contraires
aux maximes du Royaume , ou capables d'y
émouvoir les esprits , qu'on a affecté de répandre
dans cet Ouvrage. Et comme il ne tend d'ailleurs
qu'à renouveller témerairement une queftion , fur
laquelle le Roy a expliqué fes intentions par l'Arrêt
que S. M. a rendu le 16. Mars 1738. Elle a cru
quele maintien de fon autorité, & la conservation de
la tranquillité publique, exigeoient également qu'elle
arrêtât promptement le cours d'un Ecrit si dangereux
, à quoi voulant pourvoir , S. M. a ordonné &
ordonne que ledit Ouvrage imprimé fous le titre de
Discours fur le Concile de Florence , à l'occasion de
P'Arrêt du Parlement du 16. Décembre 1737. fera &
demeurera
JUIN. 1739: 1253
demeurera fuprimé. Enjoint à tous ceux qui en ont .
des Exemplaires , de les remettre inceffamment au
Greffe du Conseil , pour y être lacerés ; fait S. M.
très-expreffes inhibitions & défenses à tous Imprimeurs
, Libraires , Colporteurs ou autres , de quelque
état , qualité ou condition qu'ils foient , d'imprimer
vendre , débiter , ou autrement diftribuer
ledit Ouvrage , à peine de punition exemplaire
, &c .
2
AUTRE du 31. qui fixe le nombre des Imprimeurs
dans le Royaume .
Par les considérations exposées dans cet Arrêt ,
S. M. ordonne ce qui eft porté dans les Articles qui
'fuivent.
તે
I. Le nombre des Imprimeurs demeurera fixé ,
fçavoir , à trente- six à Paris, à douze dans chacune
des Villes de Lyon & de Rouen ; à dix dans chacune
des Villes de Bordeaux & de Toulouse , à six
dans les Villes de Strasbourg & de Lille ; à quatre
dans chacune des Villes d'Aix , Besançon , Caën ,
Dijon, Douay, Grenoble , Nantes , Orleans et Rennes
; à trois dans chacune des Villes de Marseille &
de Troyes ; à deux dans chacune des Villes d'Alençon
, Amiens , Angers , Angoulême , Arras ,
Bayonne , Bourges , Châlons- sur - Marne , Chartres
, Clermont , Dunkerque, la Rochelle , le Mans ,
Limoges , Metz , Montauban , Montpellier , Moulins
, Saint Omer , Pau , Poitiers , Rheims , Soiffons
& Tours; à un dans chacune des Villes d'Abbeville,
Agen , Alby , Avranches , Aurillac , Ausch , Autun,
Auxerre , Bayeux , Beauvais , Beziers , Blois , Boulogne
, Bourg - en- Breffe , Saint- Brieux , Cahors ,
Cambray, Caftres , Châlon - sur - Saone , Chaumont,
Colmar , Compiegne , Condom, Coutances , Dieppe
, Dinan , Dole , Evreux , la Fleche , le Havre-
>
de- Grace ,
254 MERCURE DE FRANCE
de- Grace , Langres , Laon , Lisieux , Mâcon ,
Maubeuge , Meaux , Mende , Montargis , Narbon-
Nevers , Niort , Nismes , Noyon , Périgueux ,
Perpignan, Pezenas , Provins , le Puy , Saint-Quentin
, Quimper , Rhodez , Riom , Rochefort , Saintes
, Salins , Saumur, Senlis , Sens , Toul , Toulon ,
Tulles , Valence , Valenciennes , Vannes , Verdun,
Vezoul , Villefranche en Routergue & Vitry.
II. Les Imprimeries qui font établies actuellement
dans les Villes ci - après nommées , demeure
ront suprimées , sçavoir , dans les Villes d'Aire ,
Amboise , Armentieres , Baugé , Beaune , Calais ,
Carcaffonne , Caftelnaudary , Chafteaugontier,
Chaftelleraut , Chaſtillon - sur- Seine , Chinon , Dol
en Bretagne , Eu , Saint-Flour, Fontenay , Gray ,
Saint Jean - d'Angely, Joinville , Laval , Libourne ,
Saint- Lo , Loches , Lons- le- Saulnier , Loudun ,
Saint- Maixent, Mantes, Melun , Sainte- Menehould ,
Montbriffon , Morlaix , Nuitz , l'Orient , Saint - Paulde-
Leon , Peronne , Redon , Sarlat , Sedan , Séez ,
Thouars , Treguier , Valognes , Vendôme , Villefranche
en Beaujolois , Vire , & Vitré .
III : Les Reglemens de la Librairie & Imprimerie
feront executés felon leur forme et teneur ; et en
conséquence , Sa Majeſté fait défenses aux Officiers
de Police , & à tous autres , de quelque qualité et
condition qu'il foient , d'autoriser à l'avenir des
Imprimeurs à exercer l'Art d'Imprimerie , et aux
Imprimeurs de s'immiscer dans ladite Profeffion ,
en vertu de quelques Privileges que ce puiffe être,
fans avoir fait aparoir à M. le Chancelier , de leurs
titres & capacités , et fans avoir obtenu un Arrêt
du Conseil , pour y être reçûs ; le tout en la maniere
accoûtumée.
IV. Les places des Imprimeurs qui feront décecedés
, ne feront point remplies à l'avenir, tant que
lea
J-U1 N. 1739.
12:55
leurs veuves continueront d'exercer l'Imprimerie.
Enjoint S. M. aux Lieutenans Géneraux et autres
Officiers de Police , d'observer et faire observer exactement
les dispositions contenues au present Arrêt,
et aux Sieurs Intendans et Commiffaires départis dans
lés Provinces , d'y tenir la main , chacun en ce qui
les regarde , et d'informer exactement M. le Chan
celier , des contraventions qui pourroient y être faites
, &c.
AUTRE du 16 May , portant exemption des
Droits d'Entrée fur les Beftiaux des Pays Etrangers
qui entreront dans le Royaume , à commencer du
premier Juin 1739. jusqu'au dernier Décem. 1740.
par
AUTRE du 17 , qui ordonne l'execution de celui
du premier Mars dernier , pour le dernier Tirage
de la Loterie Royale ; et qui fixe les Lots du
dernier Tirage. Par lequel S. M. ordonne que l'Arrêt
de fon Confeil du premier Mars dernier , fera
executé felon fa forme et teneur ; et en confequence
, que la derniere portion de la Loterie Royale
établie Edit du mois de Décembre 1737. fera
tirée le 30 du préfent mois , en la maniere prefcrite
par ledit Edit , & fuivant qu'il en a été usé à
l'égard du premier Tirage fait le 10 Decembre de
l'année derniere . Veut Sa Majefté , qu'audit deuriéme
et dernier Tirage , il y ait quatre cent quarante-
neuf Lots , fçavoir , cent cinquante-fept de
mille livres , cent trente- cinq de deux mille livres ,
quatre - vingt- dix de trois mille livres , vingt - deux
de cinq mille livres , treize de fix mille livres ,
de neuf mille livres , neuf de dix mille livres , quatre
de quinze mille livres , cinq de vingt mille livres
chacun, un de 30000 livres , un de 50000. livres , et
un de 65000. livres , payables en argent; et deux au-
·
neuf
trgs
253 MERCURE DE FRANCE
tres Lots , l'un de cinq mille livres , et l'autre de
quatre mille livres de rente viagere . Ordonne en
outre Sa Majefté , que les Billets auxquels ne fera
point échû de Lot , foient , après ledit Tirage , convertis
en rentes viageres au profit des Porteurs ,
raifon de vingt livres de rente viagere pour chaque
Billet , fuivant et ainfi qu'il eft porté par ledit Edit.
Le second Volume du Mercure est actuelle
ment sous presse , & paroîtra incessamment.
J
APROBATION.
'Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le premier Volume du Mercure de France du
mois de Juin , & j'ai cru qu'on pouvoit en permet
tre l'impression. A Paris , le 26. Juin 1739.
HARDION.
TABLE.
IECES FUGITIVES. Le Rossignol & la
Fauvette , Fable •
Effai sour l'Histoire du Nivernois ,
Ode , Imitation d'Horace ,
1045
1047
1059
Lettre du Pere Bougeant , Jesuite , sur l'Amusement
, &c.
Odé d'Horace , Traduction ,
Question de Droit proposée , &c,
Madrigal ,
1062
1066
1067
1072
Lettre
Lettre sur les Horloges Françoises & Italiennes ;
'Autre Madrigal ,
Ibid.
1077
Lettre au sujet d'une Edition des Lettres de F. Malaval
,
Vers à Mlle de S .....
1078
1093
Seconde Lettre au sujet des Poësies de Pierre
Grognet , 1094
Plaindes d'Adam à Eve, & c . tirées de Milton , 1104
Reflexions ,
Epitre sur les Vrais Amis ,
1106
1116
Lettre de M. Joly , à M. le Beuf , au sujet de Pierre
Grognet , &c.
'Alexandre et la Gloire , Tait d'Histoire ,
Description d'une nouvelle Machine ,
Fable ,
1119
1131
1132
1135
Lettre au sujet de l'Etabliffement de la Societé Litteraire
d'Arras ,
L'Amour désarmé par la Raison ,
1136
1140
Extrait d'une Lettre touchant les Lieux nommés
mal à propos Villeneuve-aux-Aulnes , la Viletteaux-
Aulnes ,
Enigme , Logogryphes ,
1141
1147
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX-ARTS ,
&c. Harmonie des deux Shreres Célestes & Ter
restres , &c.
2
1152
Lettre à M. de B .... ou Effais sur le goût de la
Tragédie , 1160-
Traité des Récompenses et des peines éternelles ,
1169
Suite du Memoire sur la Maison de Bethune, 1171
Projet de Souscription des Actes publics d'Anglerecueillis
M. Rymer , *
par 1184
terre ,
Troisiéme
Edition
des Elemens
de Géometrie
, 1190
Livres
nouveaux
, imprimés
à Venise
, 1192
L'Afrique de M. de Gourné , Table Géograp. 1193
Air noté ,
1195
Spectacles
Spectacles. L'Amant Protée , Extrait ; THE
La Comédie gratis au Théatre François et au Théatre
Italien > 1210
Concert public aux Tuilleries
1217
Nouvelles Etrangeres . Turquie et Perse ,
1212
Russie , Suede & Allemagne , 2214
kalie , Naples , Florence & Isle de Corse , 1216
Espagne & Grande-Bretagne ,
1222
1226
1218-
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c. 1223
Lettre du Roy , écrite à l'Archevêque de Paris , au
sujet du Te Deum pour la Paix ,
Mandement de l'Archevêque de Paris ,
Mandement du Grand- Prieur de l'Abbaye de saint
Germain des Prés , sur le même sujet , 1230
Mandatum Amplissimi Rectoris , et Procession de
l'Université , &c.
Ordonnance du Roy pour la publication de la Paix,
1237
1234
Ordonnance de Police pour la publication de la Paix ,
&c.
Compliment fait au Roy
1235-
1237
Autre de la Cour des Monnoyes , 7238
Sonnet Italien au Roy , sur la Paix , 1240
Autre à M. le Cardinal de Fleury , 1245
Illumination de l'Hôtel du Pince de Lichtensteim ,
Ambassadeur › 1242
Morts , Naiffances , &c, 3245
Arrêts Notables ,
1252
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1168. ligne 19. quelques, lisez, quels que,
Part13 me ,quelque
P. 1192. 1. 28. Lurghi , 1. Luoghi,
Ibid. 1. 29. Rome , 1. rame.
1 .
P. 1230. I. 16. Peutle , . Peuple. 4
La Chanson notée doit regarder la page
1194
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
JUIN. 1739 .
SECOND VOLUME.
JURICOLLIGIT
SPARGIT
Papillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT , Quai de Conty
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXIX .
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
L
A VIS.
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
vondront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ŏuvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , on les Particuliers qui fouhaitevont
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
Ini indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
•
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT.
AV
JUIN. 1739.
*****
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
ODE
A l'imitation de celle d'HORACE : Solvitur
acris hiems , & c. L. I.
D
Eja les aimables Zéphirs
Refusent leurs douces ha'eines ,
Et l'Hyver ramenant nos peines ,
Chasse la Saison des plaisirs ;
Tout est triste dans la Nature ;
A l'or de ses riches moissons ,
11. Vol. A ij Que
1258 MERCURE DE FRANCE
Que relevoit des fleurs la riante peinture ,
On voit succeder les glaçons ;
Déja dans leurs sombres retraites
Les Bergers attentifs, renfermant leurs Troupeaux
Ne font plus , à l'envi , repeter aux Echos
Les tendres sons de leurs Musetes ;
Tout languit , tout est aux abois ,
Tout n'offre qu'un triste présage ,
Phébus à son lever ne reçoit plus l'hommage
Du chant des Hôtes de nos bois.
Bien-tôt Philomele plaintive ,
Du froid évitant les rigueurs ,
Va chanter sur une autre Rive
Le doux récit de ses malheurs ;
Le murmure d'une Onde claire ,
Et le bruit flateur des Ruisseaux ,
N'invitent plus Morphée à verser ses Pavots
Sur les yeux fatigués d'une aimble Bergere.
Amis , ne prenons point de part
Au triste état de la Nature ;
Loin d'ici l'importun murmure ,
Sur les maux imprévus que lesort nous départ ;
Noyons ces noirs soucis dans le jus de la treille ,
Voici le temps où les amis ,.
Près du feu rassemblés , an fond d'une bouteille
Déposent leurs secrets & leurs sens endormis ;
Tout rapelle la Tombe noire ,
Le
JUIN.
1259 17397
Le Destin trompe notre espoir ;
Bûvons ; il n'est plus temps de boire
Quand on est descendu dans le sombre manoir.
De Loire.
SUITE & fin de la VI. Lettre de
M. de Frasnay , sur l'Histoire
du Nivernois .
L
'Année suivante 1o5o. il y eut trois Con
ciles tenus contre l'Hérésie de Bérenger,
Archidiacre d'Angers & Ecolâtre de Tours ,
qui enseignoit que la substance du Pain &
du Vin restoit dans l'Eucharistie après la
consécration , & que le Corps & le Sang de
JESUS - CHRIST n'y étoient que sacramentallement.
Le premier de ces Conciles fut tenu à
Rome immédiatement après Pâques , suivant
que le Pape l'avoit promis.
Le second fut assemblé par ordre du même
Pape en la Ville de Verceil , au mois de Septembre
; & le troisiéme fut tenu à Paris au
mois d'Octobre suivant.
Hugues de Nevers affifta & souscrivit au
Concile de Verceil ; le Pape Leon , qui con-
Roiffoit son mérite , l'avoit invité à se trou-
A iij
ver
1260 MERCURE DE FRANCE
ver à cette Affemblée , & Hugues fut bien
aise de lui donner cette preuve de sa soûmiffion
& de sa reconnoiffance ; après le
Concile , Hugues alla à Rome pour saluer le
Pape , & au retour ce Prélat mourut en
chemin.
Hugues avoit affifté en 1048. à un Concile
que Geldüin , Archevêque de Sens , fit tenir
en cette Ville , & dans lequel il confirma la
Fondation faite par Thibaud , Comte de
Champagne , d'un Monaftere en la Ville de
Provins ; on dit qu'il avoit encore aſſiſté à
un Concile tenu la même année en la Ville
de Troyes.
En 1030. pendant l'Episcopat de Hugues,
'Alix , Comteffe de Nevers , fille de Richard
HI. Duc de Normandie , & petite- fille du
Roy Robert , fit bâtir & fonda le Monaftere
des Religieuses Bénedictines de la Fermeté
sur l'Ixeure.
Hugues donna à ses Chanoines l'Abbaye
de S. Trohès - lès - Nevers , avec les Moulins
& Héritages qui en dépendent , les Eglises
de S. Franchi , de S. Firmin de Buffi , & de
Saint Benin ; Roclenus avoit fait don de ces
Eglises à ses Parens , qui s'en dépouillerent
volontairement à la sollicitation de Hu
gucs.
Le même Evêque donna encore à son Chapitre
deux Fours , dont l'un étoit affis proche
C
JUIN 1739. 1268
le Cloître , & l'autre proche le Dortoir des
Chanoines.
En ros1 . commença l'Episcopat de Mana
ginus, succeffeur de Hugues le Grand , lequel
a duré jusqu'à l'année 1058. sous le Regne
d'Henri I. & sous les Pontificats de Leon
IX. de Victor II . & d'Eftienne X. Nos Annaliſtes
ne nous aprennent rien de particu
lier touchant cet Evêque . En 1053. pendant
son Epifcopat il y eut deux Conciles affemblés
, auxquel préfida Hildebrand , Legat du
Pape ; l'un fut tenu à Tours , où Bérenger
abjura son Héréfie , mais de bouche seulement
; l'autre fut tenu à Lyon ; on y déposa
fix Evêques , & on y remarqua qu'un Evêque
fimoniaque ne put jamais prononcer le
Nom du S. Esprit.
Il faut raporter au temps de l'Epicopat de
Manginus , un prétendu miracle arrivé dans
la Ville de Nevers , au sujet d'un Clerc qui
étoit à l'extremité , & qui fut guéri par une
apparition de la Sainte Vierge : ce miracle se
trouve écrit dans les Oeuvres du Cardinal
Pierre Damien ; mais cet Auteur déferoit un
peu trop aux raports d'autrui , & suivoit or
dinairement les mouvemens de sa pieté , plûtôt
que les regles d'une certaine prudence ,
& c.
Hugues III. qui est nommé dans les Chartes
Hugo tertins , ou par contraction Huger .
A iiij
LIUS
1262 MERCURE DE FRANCE
tius , étoit neveu de Hugues le Grand , & de
Geoffroi , Evêque d'Auxerre .
Il fit son Entrée à Nevers le jour de tous
les Saints de l'année 1058. sous le Pontificat
d'Etienne X. & sous le Regne d'Henri
I.
Lors de cette Entrée il fit lire son Teftament
, par lequel il donnoit par forme de
Donaire , la moitié de ses Biens à son Eglise,
qu'il regardoit comme son épouse , & cn
même temps il disposoit de l'autre moitié au
profit des Veuves , des Pelerins & des Pauvres
, comme ses enfans , & encore au profit
des Religieuses de Notre- Dame & des
Religieux de S. Etienne.
Cet Acte fut lû en présence de Geoffroi¿
Evêque d'Auxerre,& de Guillaume II . Comte
de Nevers , témoin & imitateur de la générosité
de son Evêque.
En effet , en 1083. le Comte Guillaume ;
pendant l'Episcopat de Hugues III . commença
à rebâtir & fonda de nouveau le Monaftere
& l'Eglise de S. Etienne , qui avoient
été bâtis par S. Colomban le jeune , & qui
étoient presque totalament détruits.
En 1085. le Comte Guillaume , du consentement
de Hugues III . mit entre les mains
du Prieur de la Charité le Prieuré de Saint
Victor de Nevers , qui lui avoit été donné à
titre de Fief par le Roy ; ce Prieuré est
encore
JUIN 1739 1263
Encore aujourd'hui de la Collation du Prieur
de la Charité.
Hugues III. assista au Sacre & au Cou
ronnement de Philipe I. qui fut sacré à
Rheims , du vivant d'Henri I. son pere , le
jour de la Pentecôte 23. Mai 1059. Cette
cérémonie fut faite par Gervais de Bellesme,
Archevêque de Rheims , en présence des
Légats du Pape , qui ne furent que simples
témoins , il y avoit 24. Evêques , plufieurs
Abbés , & les Grands du Royaume , mais il
n'est fait aucune mention des Pairs .
La même année 1059. au mois d'Avril;
Hugues s'étoit trouvé au Concile de Rome ,
tenu sous le Pontificat de Nicolas II. La Simonie
fut profcrite dans ce Concile ; on y
traita aussi de l'Héréfie de Bérenger , qui
étoit présent , & qui fut contraint d'abjurer
ses Erreurs , suivant la Formule que le Cardinal
Humbert lui avoit mise entre les mains ;
mais au sortir du Concile il révoqua son abjuration
, & fit des Ecrits injurieux contre le
Cardinal Humbert.
Hugues étoit par son Patrimoine Seigneur
de Lurce le Bourg ; il fonda en 1088. dans
son Fief un Prieuré sous le nom de S. Gervais
; ce Pricuré subsiste encore aujourd'hui
: il donna aux Chanoines de son Eglise
l'Abbaye de S. Arigle de Nevers , tenue en
Fief de notre Evêque , par Geoffroy , Evệ-
Av
que
1264 MERCURE DE FRANCE
*
que d'Auxerre
> son oncle , qui voulut
bien consentir à cette Donation.
Il donna encore aux Chanoines de Nea
vers un Droit de Pêche , & il marque dans
l'Acte de cette Donation , que son intention
est , que du poisson qui sera pris , les Chanoines
vivent le jour de S. Cyr , qui étoit
pour eux un jour d'abstinence & de jeûne ;
les Chanoines ont aboli ce jeûne & ont perdu
le Droit de Pêche : on observe sur cette Donation
, qu'elle fut aprouvée & amortie par
Guillaume Comte de Nevers ; cet Acte
pourroit prouver le Droit d'Amortissement,
prétendu par les Ducs de Nevers.
En
1077:
>
Hugues III mourut dans notre Ville environ
l'an 1089. & fut inhumé dans le Monastere
de S. Etienne , comme il l'avoit defiré.
il fut tenu un Concile à Autun ,
dans lequel il fut parlé de la déposition de
plusieurs Evêques , on y fit aussi mention de
Robert, fils de Guillaume I. Comte de Nevers
& d'Auxerre : ce jeune Seigneur avoit été
ordonné Evêque d'Auxerre avant l'âge porté
par les Canons ; mais comme son élection
etoit pure , exempte même du soupçon de
Simonie , & qu'il n'avoit point pris l'investiture
des mains du Roy , quoiqu'il fût son
Parent , il fut maintenu dans le Siége d'Auxerre.
Il mourut à Nevers en 1096. Dans la
suite de cette Histoire nous parlerons plus
?
JUIN. 17398 1265
au long de ce Prélat , qui apartient proprement
à notre Eglise par sa naiffance.
Gui II. quarante - neuviéme Evêque de
Nevers , a succedé à Hugues III . en 1089 .
sous le Pontificat d'Urbain II. & sous le
Regne de Philipe I.
En 1094. il y eut dans le Nivernois & dans
La Bourgogne une grande mortalité ; ce malheur
servit à rendre les hommes plus dociles
à la voix des Pasteurs ; la crainte d'une
mort prochaine les détacha du monde , &
les fit penser sérieusement à leur Salut.
>
En 1077. Gregoire VII. établit , ou rétablit
la Primatie de Lyon , & y soûmit les
Métropoles de Roiien , de Tours , & de
Sens.
Au Concile de Clermont , tenu en 1095.
par le Pape Urbain II. en personne , cette
Primatie fut confirmée , les Archevêques de
Rouen & de Tours s'y soûmirent , ainsi que
Leurs Suffragans ; l'Evêque de Nevers & les
autres Suffragans de Sens y consentirent
aussi ; Richer , Archevêque de Sens , qui
prétendoit lui-même être Primat , résista
seul ; & pour cela il fut interdit dans le
Concile de l'usage du Pallium , & de l'exer
cice de sa superiorité sur ses Suffragans ; Richer
étant mort cette année , Daïmbert fut
élû à sa place ; Hugues , Archevêque de
Lyon , & Légat du Pape , exigea de lui un
A vj ser
>
1268 MERCURE DE FRANCE
serment d'obéïssance & sur son refus
Hugues s'oposa à son Sacre , & le retarda
de quatorze mois ; l'affaire fut depuis accomodée
, & l'Archevêque de Lyon joüit aujourd'hui
tranquillement du Droit de Pri
matie.
C'est dans ce même Concile de Clermont
que fut publiée la premiere Croisade , qui
cut de grands succès , & dans laquelle Godefroy
de Bouillon , Baudouin , Comte de
Flandres & les autres Seigneurs croisés ,
après plusieurs Victoires , conquirent sur les
Infideles les Principautés d'Edesse & d'Antioche
, & prirent enfin la Ville de Jérusalem,
où ils fonderent un Royaume.
En 1097. le Monastere & l'Eglise de Saint
Etienne furent achevés de bâtir , & la Dédicace
en fut, faite le 13. Décembre de la même
année par Gui , Evêque de Nevers , assisté
d'Yves Evêque de Chartres ; Gautier de
Châlons & Humbaud d'Auxerre se trouverent
aussi à cette céremonie ; ces Evêques
accepterent l'Acte de Fondation par lequel
le Comte Guillaume donne à Hugues
Abbé de Cluni , & à l'Eglise de Cluni le
Monaftere & l'Eglise de S. Etienne , qu'il
avoit fait bâtir , le Bourg de S. Etienne , avec
les Vassaux étant dans ce Bourg , les Droits
& Coûtumes qui lui apartiennent , & qu'il
étoit dans l'usage de percevoir l'Eglise, enfin
,
de
JUIN 3739 9269
de Saint Pierre au Fauxbourg de Nevers!
Le Comte Guillaume avant sa mort , fit
préparer la pierre de son Tombeaur , sur la
quelle il est représenté à genoux , offrant à
Dieu & à la fainte Vierge , en présence des
Evêques , l'Eglise & le Bourg de S. Etienne ,
il tourne en même temps la tête d'un autre
côté , en signe d'une veritable & perpetuelle
aliénation ; on voit encore cette Tombe dans
l'Eglise de S. Etienne , ou repose le Corps
du Comte.
Du temps de Gui , Evêque de Nevers
Archambaut de Bourbon fit hommage à l'Evêché
de Nevers de la moitié de Châteaux
sur l'Allier , du Veurdre , de Cosne en
Bourbonnois , d'Azi en Surjour , de Beaulieu,
de la Chapelle aux Chats , d'Iseure - lès- Moulins
, d'Infi , & de l'Abbaye de Cusset , qui
sont aujourd'hui pour la plûpart incorporés
dans le Duché de Bourbonnois .
Pendant l'Episcopat du même Gui II. les
Chanoines de Nevers donnerent à l'Abbaye
de S. Laurent & S. Hilaire , au Diocèse d'Auxerre
, l'Eglise & Prieuré de S. Loup & Saint
Gildard au Fauxbourg de Nevers , à condition
que les Religieux de ce Prieuré diroient
un Anniversaire de Messes pour les Cha
noines décédés , & auroient pour cela une
année du revenu de leurs Prébendes , à compter
du jour de leur décès ; mais depuis il a
été
1268 MERCURE DE FRANCE
été reglé que l'Abbé de S. Laurent pourroit
envoyer dans ce Prieuré deux Religieux , qui
aideroient à faire le Service dans l'Eglise Cathédrale
, & diroient des Messes pour les
Chanoines morts , & qu'il joüiroient chacun
d'une Prébende.
Hervé , successeur de Gui II. & cinquantiéme
Evêque de Nevers , avoit eté Chanoine
d'Auxerre ; il parvint à l'Episcopat en
1103. du Regne de Philipe 1. & sous le
Pontificat de Paschal II. Les Comtes de Ne
vers étoient en même temps Comtes d'Auxerre
, & ce double Domaine établissoit un
commerce entre ces deux Villes » par le
moyen duquel les Gens de mérite de l'une
de ces Villes , passoient souvent à l'autre
pour en remplir les Dignités.
>
On trouve une Lettre , écrite dans le Concile
d'Etampes , par laquelle Daimbert de
Sens , Yves de Chartres , Guillaume de Paris,
Jean d'Orleans , Gautier de Meaux , & Humbaud
d'Auxerre , prient Philipe , Evêque de
Troyes, de se trouver à la consecration d'Hervé,
Evêque de Nevers.
Notre Prélat confirma la Donation faite
par les Chanoines de Nevers à l'Abbaye de
S. Laurent , du temps de Gui II.
En 1104. il assista au Concile de Troyes,
assemblé par Richard , Evêque d'Albane
Légat du Pape en France ; ce Concile fut
tenu
JUIN T129 1739-
tenu au commencement d'Avril ; on y vit
trois Archevêques , celui de Rheims , celu
de Tours , & celui de Sens , avec un nombre
considerable d'Evêques Hubert , Evêque
de Senlis , accusé de vendre les Ordres , faute
de preuves , fut renvoyé sur son serment ;
l'élection de Godefroy pour l'Evêché d'Amiens
, fut confirmée dans ce Concile , & il
fut renvoyé à l'Archevêque de Rheims pour
être sacré.
Il y a aparence qu'Hervé assista en person
ne ou par Procureur au Concile de Baugenci
, tenu la même année 1104. dans le
quel le Roy Philipe I. fut absous de l'Excommunication
prononcée contre lui , au
sujet de ses amours avec Bertrade , fille du
Comte de Montfort.
Il assista aussi à la Dédicace de l'Eglise dur
· Prieuré de la Charité sur Loire , dont la céré
monie fut faite par le Pape Paschal II. en présence
de Léger , Archevêque de Bourges , de
Daïmbert , Archevêque de Sens , de Humbaud
, Evêque d'Auxerre , & de plusieurs
autres Prélats.
CON
20 MERCURE DE FRANCE
CONTINUATIONDes
Plaintes d'Adam après son péché. Imitées
de Milton.
DANS
Ans quel gouffre de maux me fuis-je donc jetté ?
Quoi ! voir si-tôt la fin de ce Monde enchanté ;
Où, Roy de la Nature , encor plus de moi- même ,
Je ne devois fléchir que fous l'Etre fuprême ?
Où , j'aurois pú toujours , au gré de mon defir ,
Dans un coeur innocent apeller le plaifir ?
Plaifir fenfible , & vif , quoique pur , & durable ,
Tel qu'il coule du ſein de l'Etre inalterable ?
O funeftes foûpirs , ô regrets fuperflus !
Mon crime a tout changé ; ce Regne heureux n'eft
plus.
Tout mon bonheur m'échape, & ne laiſſe à ſa place
Qu'un fouvenir cruel , qu'une inutile trace.
ge
C'en eft fait , jufte Dieu , contre un Sujet pervers
Déja ton bras vengeur foûleve l'Univers.
Le Ciel s'arme de feux , les Elemens en guerre
Sur ma tête coupable allument le Tonnerre
Et me font foûtenir , dans un fragile corps
Un choc tumultueux , qui mine fes refforts .
L'Animal , autrefois tremblant àma préſence,
M'intimide àfon
tour , & brave ma puiſſance
De Roy de l'Univers , j'en deviens le rebut ;
;
EX
JUIN: 1739.
1271
Et jufqu'aux Vers , fur moi tout exige un tribut.
Bientôt l'affreuſe mort , qui déja m'environne....
Qu'ai-je dit ? A ce nom , je tremble , je friffonne,
Encore , si mon Juge adouciffant fa Loi ,
Permettoit que mes maux n'accablaffent que moi ,
Si le déluge affreux de fa jufte colere ,
Epargnoit les Enfans , en tombant fur le Pere ;
Je pourrois.... mais hélas ! mon fort eſt arrêté ;
Je ferai le bourreau de ma pofterité ;
Le Ciel veut qu'à jamais avec moi condamnée ,
Elle puiſe en mon fang fa vie infortunée ;
Et pour tout héritage , ô déplorable fort !
Je ne lui laifferai que le crime , & la mort .
Déja , je crois la voir , je la vois trop féconde ,
Soüiller de fes forfaits l'Univers qu'elle inonde ;
Et méprifant les Loix d'un trop jufte Vengeur ,
Adorer fes penchans , confacrer fon erreur.
Grand Dieu ! de quels fleaux ta fevere juſtice
Va de mes Defcendans châtier la malice ?
Je les entens gémir fous les coups rigoureux
Dont les frape ton bras apefanti fur eux.
Hélas , combien de fois , fe livrant au murmure ,
Maudiront -ils l'auteur de leur naiffance impure è
Cruel , me diront-ils , par quel affreux revers ,
As-tu pû dans ta perte , entraîner l'Univers ?
Toi feul as fait la faute , & nous portons la peine.
Par toi , nos triftes jours ne font plus qu'une chaîne
Da
1272 MERCURE DE FRANCE
De travaux , de foucis , de peines , de douleurs ,
Adam , cruel Adam , toi feul fais nos malheurs.
Voilà ce que pourra me reprocher ma race ;
Eh ! que lui répondrai- je ? & penfer qui me glace t
Que ne fuis-je au moment , où la nuit du tombeau
Eteindra de mes jours le funefte flambeau !
Où , poudre que je fuis , je redeviendrai poudre ;
Trop heureux de me voir à couvert de ta foudre...
Mais que fçais -je ? la mort en fixant mon deftin ,
De mes maux feroit- elle ou le comble ? ou la fin
Peut -être dans les bras d'une mort dévorante ,
L'ame vivra toujours , quoique toujours mourante,
Peut-être qu'en fouffrant je commence à mourir ,
Et qu'éternellement je vivrai pour fouffrir.
En voulant le percer , je groffis le nuage :
Enfans infortunés ! voilà votre héritage.
Le crime en eft le fond , la mort en eft le fruit.
A le confumer feul , que ne fuis - je réduit ?
Plût à Dieu que fur moi fa terrible colere !
Epuisât fa rigueur & fouhait témeraire !
Pourrois-tu foûtenir , Mortel audacieux ,
Un fardeau plus pefant que la Terre & les Cieux ?
O trifte conscience , ô mortelles atteintes ,
Quel combat dans mon coeur de defirs, & de craintes!
Ne valoit-il pas mieux , efclave infortuné ,
Ou ne jamais pecher , ou n'être jamais né.
Par un Pere de l'Oratoire.
ME
JUIN. 17398 1273
METHODE pour trouver la declinaison
des Plans Verticaux , par la seule Trigono
métrie rectiligne , par M. Deparcieux , Mar.
tre de Mathématiques.
L
A Gnomonique seroit une Science de
peu d'étude , si tous les Plans , où l'on
se propose de faire des Cadrans étoient horisontaux
, ou qu'étant verticaux ou inclinés
, l'on en pût connoître la déclinaison
aussi facilement que l'on connoît fi un Plan
est horisontal , ce qui a toujours été la plus
grande difficulté pour ceux qui ont voulu
traiter la Gnomonique sçavamment, ainsi que
ra fait M. de la Hire : on peut voir que pres
que tous les Problêmes qui sont dans le Trai
té qu'il en a fait , tendent à cela , quoique
tous énoncés pour trouver différentes choses.
Mais , quoiqu'il fût l'Auteur de la plûpart
des sçavantes Methodes qui sont dans son
Livre , il n'hésitoit cependant pas de dire à
ses Amis , qu'il ne s'en servoit jamais , &
qu'il ne croyoit même pas,qu'il fut possible de
bien faire un Cadran sans le calcul Trigonométrique.
- Cette Science est , sans contredit , une
des plus belles parties des Mathématiques ,
&
274 MERCURE DE FRANCE
& des plus amusantes pour ceux qui l'en
rendent bien ; elle a toujours été estimée
parmi les Sçavans , & le seroit aujourd'hui
de tout le monde , par la necessité où chacun
est de pouvoir bien régler les Montres
ou les Pendules qu'on a dans chaque maison
, depuis que l'Horlogerie s'est perfectionnée
jusqu'au point où elle l'est . Mais parmi
un certain monde , cette Science a bien
perdu de l'estime qu'on en a eu , & qu'on
en devroit encore avoir ; car bien des
quoique d'ailleurs remplis d'esprit , mais peu
initiés dans les vérités mathématiques , la
regardent comme un métier , & même quelques-
uns comme une Science incertaine.
gens ,
,
D'où peut donc être venu ce mépris ?
si ce n'est d'un nombre d'Auteurs tels
que les P. P. de la Madelaine , Bobinet ;
Pardies , & leurs imitateurs , qui dans les
Traités qu'ils en ont faits , ont donné à entendre
qu'ils mettoient cette Science à la
portée de tout le monde , au moyen des
Sciateres , du Déclinatoire , ou Boussole
& de plusieurs autres Methodes aussi défectueuses
que celles - là . On sçait que les principes
des Sciateres sont vrais ; mais on sçait
aussi que la pratique n'en vaut rien , comme
le dit fort bien M. de la Hire dans sa Gno
monique.
Ces Traités où les Sçavans n'ont considere
que
JUIN 1739 1275
que la théorie & le principe de ces Instrumens
, sont tombés entre les mains de gens
qui ont crû qu'il suffisoit de sçavoir lire
pour pratiquer ce qui y est enseigné : cela a
produit autant de Faiseurs de Cadrans
qu'il y a eu de Cadrans à faire . Dès qu'un
Ouvrier a sçû mener une Perpendiculaire
& faire un Angle d'un certain nombre de
degrés déterminé , il a voulu tracer des
Cadrans ; cela est si vrai , que nous voyons
tous les jours , non- seulement les Peintres
& les Maçons , que l'on a tant vilipendés à
cet égard , depuis environ un an , mais encore
des Compagnons Menuisiers , des Charpentiers
, des Charons , jusqu'à des Cochers ,
& même des Porteurs de charbon , s'ingerer
d'en faire pour le Public ; & leurs Čadrans
s'accordant aussi peu entr'eux que
leurs Professions , ont fait regarder la Gnomonique
comme une Science incertaine , &
ont , en quelque sorte , avili cette belle partie
de l'Astronomie dans l'esprit de ceux
qui ne sont pas Geometres ou Astronomes.
Je ne dis pas que ces prétendus Gnomonistes
ayent tort de faire des Cadrans pour
ceux qui s'adressent à eux , ils sont dans la
bonne foi , car ils croyent bien faire ; mais.
il est étonnant que parmi des gens qui se
piquent d'avoir du bon sens , il s'en trouve
d'assés dépourvûs de jugement , pour croire
qu'ils
1278 MERCURE DE FRANCE
qu'ils les puissent bien faire . Peut- on penser
que Mrs de la Hire , Picart , & plusieurs
autres grands Académiciens , eussent voula
se donner la peine de monter sur les échaffauts
, s'ils avoient crû qu'un Ouvrier eût pû
les bien faire.
J'ai dit ailleurs & ci- dessus , que la plus
grande difficulté de la Gnomonique étoit
de trouver la déclinaison des Plans ; & j'ose
bien assûrer , après plusieurs Sçavans , qu'on
ne la peut avoir exactement que par le cal
cul Trigonométrique , assûrance dont je ne
crains pas d'être démenti par les Sçavans ;
mais comme je ne sçache pas qu'on l'ait
trouvée , que par la Trigonométrie spheririque
, connue de peu de personnes , voici
le moyen de la trouver par la Trigonométrie
rectiligne , qui est bien plus communé
ment étudiée .
Je supose qu'on ait une regle de 4 ou 5
pieds de long , de bon bois , comme du
Cormier ou du Poirier sauvageon , elle seroit
encore meilleure de cuivre. Divisez la
longueur d'une de ses grandes faces en deux
ou trois mille parties par des paralleles &
des transversales ; il seroit encore plus commode
d'avoir un Compas à verge , suivant
la construction que j'en ai donnée à M.
Lordelle , Ingénieur pour les Instrumens de
Mathématique , à l'Ange Gardien , Quai
des
JUI N. 1739. 1277
des Morfondus. On trouve sur les faces de
Ja regle de ce Compas , outre l'Echelle cidessus
, deux Echelles , des cordes pour differens
rayons , d'une utilité infinie pour
ceux qui entendent le Calcul .
>
Soit PC DI. le Plan vertical , dont il faut
trouver la declinaison , plantez - y un Stile
-courbe KS ( figure 1. ) qui ait une plaque
percée au bout , cherchez le pied du Stile P,
& repetez trois ou quatre fois l'opération qui
a servi à le trouver , afin de l'avoir exactement
; menez par ce pied P la Verticale PI
& l'Horisontale P C. lorsque l'ombre de la
plaque sera sur le plan , marquez un point D
au milieu de l'ovale de lumiere que donne le
rayon du Soleil , qui passe par le trou S de la
plaque. Concevez ensuite de ce point D une
Perpendiculaire menée sur la Verticale PI ,
qui est la plus courte distance de D à PI;
prenez-la avec un Compas , & la portez sur
I'Echelle des parties égales de votre Regle ,
-pour voir combien elle en contient. Je supose
qu'elle en contienne 793 ; écrivez ce nom-
>bre le long de la ligne correspondante d'une
semblable figure que vous aurez faite sur du
papier , observant de représenter le point D,
-de côté ou d'autre de la Verticale PI , comme
il est sur le Plan . Prenez aussi la Perpendiculaire
DC , ou la plus courte distance
à l'Horisontale PC , portez-la de même sur
P'Echelle
278 MERCURE DE FRANCE
Echelle , pour voir combien elle contient
de parties ; je supose qu'elle en contienne
514 , écrivez ce nombre le long de la ligne
qui la représente dans la figure que vous
avez fait sur le papier ; faites- en autant pour
la hauteur du Stile ou Perpendiculaire PS ;
que je supose de 486 des mêmes parties.
La hauteur du Stile PS étant perpendi
culaire au Plan , l'Angle S P C est droit , de
même que l'Angle S CD ; car la ligne D C
tend au Zenit & au Nadir , étant la commune
section de la muraille qu'on supose
verticale , & du vertical du Soleil , dont le
triangle S CD fait partie ; cette ligne DC
est donc perpendiculaire au plan du triangle
PCS , qui est une portion de l'horison ,
comme il est aisé de le voir ; l'Angle SCD
est donc droit .
Le Triangle DSC étant une portion du
Vertical , où étoit le Soleil , à l'instant qu'on
a marqué le point d'ombre D , on voit ,
que l'Angle DSC est la hauteur que le So-
Teil avoit sur l'horison , au même instant
& que l'Angle PCS est celui que faisoit le
Vertical du Soleil , avec le plan que j'apelle
Distance du Vertical du Soleil an Plan. Il
faut commencer par trouver ces deux Angles.
On trouvera P CS , en disant :
PC. 793. Distance du point d'ombre à la
Verticale ,
Est au Sinus total. Comme
JUIN. 17398 1279
Comme PS. 486. hauteur du Stile
Est à la tangente de l'Angle P C S, distance
du Vertical du Soleil, an plan que l'on trouvera
'de 31. deg. 30. m .
On pourroit trouver dans le même Triangle
PCS , l'Hypotenuse CS , afin de connoître
deux côtés du Triangle rectangle
DCS , & trouver ensuite l'Angle DSC ;
par une Analogie semblable à la précedente ;
mais on évitera une Analogie , en disant :
La hauteur du Stile PS , 486.
Est au finus de l'Angle trouvé PCS , 31 .
'deg. 30. m.
Comme DC. 514, distance du point d'ombre
à l'Horisontale
ر
Est à la tangente de l'Angle DSC , hauteur
du Soleil sur l'Horifon , que l'on trouvera de
28. d. 55.m. & demi.
qui étant corrigée de la réfraction , reste
28. deg. 54. min.
Cette Analogie est fondée sur ce que prenant
CS , pour rayon ou sinus total, PS ,
devient le sinus de l'Angle PCS , & DC ,
la tangente de l'Angle CSD , donc &c .
Ce que j'ai dit jusqu'ici se trouve à peu près
de la même maniere dans les Ecrits de Mrs de
la Hire & Picart, & dans le Livre de M. Bion.
Il faut maintenant trouver l'Angle que
fait le Vertical du Soleil avec le Meridien ,'
ou , ce qui est la même chose , l'Arc de
11. Vol. B l'Hori280
MERCURE DE FRANCE
"
-
41 .
'Horison , ou de quelque Almicantarat com
pris entre le Meridien & le Vertical, où étoit
le Soleil , au moment de l'opération. Pour
y parvenir,soit menée une ligne (fig.3 .)MN,
d'une longueur quelconque , qui représentera
l'Horison du Lieu où l'on est ; du milieu
O , comme centre , décrivez le demi
cercle MDPN , qui représentera le Meridien
. Prenez l'Arc M Q , égal au complément
de l'élévation du Pole : à Paris de
d. 9. m, menez la ligne QO , qui représentera
l'Equateur , prenez l'Arc DQ, égal
à la déclinaison du Soleil , au moment de
L'opération , que je supose de 12. d. 24, m,
vers le Septentrion , si elle étoit méridio
nale , on la prendroit de l'autre côté de l'Equateur
QO , allant de Qvers L ; menez la
ligne D F , parallele à QO , qui représentera
le parallele , où étoit le Soleil ; prenez
les Arcs ML , NK , chacun égal à la hauteur
du Soleil , que nous avons trouvée cidevant
après l'avoir corrigée de la refraction
, de 28. deg. 54. m. menez la ligne
LK, qui représentera l'Almicantarat ou
étoit le Soleil , divisez cette ligne en deux.
également au point C , d'où comme centre
& de l'intervalle CL ou ČK décrivez le
demi cercle LBK , qui sera la moitié de
l'Almicantarat où étoit le Soleil , que l'on a
couché sur le plan du Meridien , en le faisant
JUIN 17395 1287
sant tourner sur la ligne LK : Par le point
A , où le parallele D F du Soleil coupe l'Almicantarat
L K , élevez à la même L K , la
Perpendiculaire AB , & l'Arc LB , mésure
de l'Angle AC B , est celui qu'il faut trouver.
Mais il faut auparavant bien concevoir
tout ce que représente cette Figure , qui est
ce qu'on apelle Analemme.
>
Pour cela il faut s'imaginer être hors de la
Sphere du monde , & à distance infinie du
côté d'Orient , si la hauteur du Soleil a été
observée le matin , & du côté d'Occident
si elle a été observée l'après - midi . Pour lors,
si nous suposons que l'observation ait été
faite le matin , le Meridien paroîtra un vrai
cercle MD PN , dont on ne représente ici
que la moitié , l'Orient paroîtra en O , l'Horison
paroîtra une ligne droite MN , PEquateur
sera représenté par la droite QO,
faisant avec l'Horison MN , l'Angle MOQ,
égal au Complément de la latitude. Le Pole
sera vû vers P ; le parallele du Soleil paroîtra
une ligne droite DF , parallele à l'Èquateur
QO, distant entr'eux de la valeur de
l'Arc QD , qui est la déclinaison du Soleil,
L'Almicantárat du Soleil paroîtra une ligne
droite LK ,parallele à l'Horison M N, & éloignés
entr'eux de la quantité ML ou NK, qui
est la hauteur du Soleil sur l'Horison ; le Soleil
paroîtra au point A , où se coupent son pa-
Bij
rallele
1282 MERCURE DE FRANCE
rallele & son Almicantarat , dont le dernier
est ici représenté par le demi cercle L BK ,
que l'on a couché sur le plan du Meridien ,
en le faisant mouvoir sur son diametre LK ;
la Perpendiculaire B A sera la commune Section
des plans du parallele du Soleil & de
son Almicantarat , qui est celle qu'on abaisseroit
du Soleil perpendiculairement sur le
plan du Meridien ; la ligne BC sera la commune
Section de l'Almicantarat & du Vertical
du Soleil , & ACB est l'Angle que fait
le Vertical du Soleil avec le Meridien , que
j'apelle distance du Vertical du Soleil au
Meridien ; c'est cet Angle qu'il s'agit de
trouver. Si la hauteur du Soleil avoit été
prise l'après- midi , ce seroit lá même figure ;
mais vue par derriere à travers le papier. On
comprendra plus facilement ce que cette Figure
représente , si on l'exécute en carton.
Pour bien entendre ce qui suit , il faut
avoir bien compris , & avoir même présente
la construction de la Table des Sinus tangentes
& secantes.
Suposons donc que le point d'ombre D, dont
nous avons parlé ci-devant , ait été pris le
matin à la latitude de Paris 48. deg. 51. m.
un jour que la déclinaison du Soleil étoit
septentrionale de 12. deg. 24. m..
1- Suivant la construction de la Table des
Sinus , si le rayon OM , ou OQ étoit divisé
JUIN. 1739. 1283
1
visé en 100000. parties égales , LG , Sinus
de la hauteur du Soleil qu'on a trouvé cidevant
de 28. deg. 54. m. en contiendroit
48328 , ainsi qu'on le trouve dans la Table
des Sinus , vis à-vis 28. deg. 54. m. mais
parce qu'à la suite des Table de Sinus , &c.
on n'a la Table des Logarithnies des nombres
pris de suite , que jusqu'à 1c000 , &
que je veux me servir de ces nombres à
cause de la facilité que donnent les Logarithmes
, je supose que le Rayon OQ n'est
divisé qu'en 1oooo . parties , pour lors le
Sinus LG sera seulement de 48333 écrivez
ce nombre le long de LG ; prenez dans la
page vis -à-vis le Sinus de Complément 8755 ,
valeur de la ligne CL ou CB , son égale
que vous écrirez le long de cette derniere
CB. Ajoûtez la déclinaison du Soleil QD
12. deg. 24. m. à la hauteur de l'Equateur
MQ. 41. deg. 9. m. la somme sera 3. deg.
33. m ; cherchez - en le Sinus que vous trouverez
de 8044 ; écrivez - le le long de DE ;
prenez le Sinus de son Complément , qui
sera 5941 , & l'écrivez le long de la ligne
EO , égale à I C ; ôtez à present L G égal à
IE 4833 de DDEE 88004444 ,, il restera 3211 pour
la ligne ID. L'Angle A ID est droit , &
1,Angle IAD est égal à l'Angle MOQ.
41. deg. 9. m. Complément de la latitude ;
ainsi l'on trouvera A , en disant : Į
B iij
:.
La
1284 MERCURE DE FRANCE
La Tangente IA D de 41. deg. 9. m.
Est à ID 3211 .
Comme le Sinus total
Est à I A que l'on trouvera de 3674 ,
qu'il faut ôter de la ligne CI. 5941 , resta
2267 , pour la ligne AC ; dites à present
B C.
8755 ,
Est au Sinus total ,
Comme CA 2267 3
Est au Sinus de l'Angle ABC , -
que l'on trouvera de 15. deg. o . m. dont le
Complément 75. deg. o. m. sera la valeur
de l'Angle requis A Č B.
Si l'on trouvoit la ligne IA égale à la
ligne IC , l'Angle ICB seroit droit , & le
Vertical du Soleil seroit le premier Vertical ;
si I A étoit plus grande que IC , l'Angle
ICB seroit obtus , ce qui peut arriver , lors
que le Soleil est dans les Signes Septentrionaux
; il faut dans ce cas ôter IC de IA ,
& faire l'Analogie comme ci- devant.
Maintenant,pour parvenir à connoître la dé
clinaison des Plans, il faut s'imaginer que chaque
Cercle (fig.4.5.6.&c. )NDMO représente
l'Horison, N. le Nord, M. le Midi , O. l'Orient,
D. l'occident PC. la commune Section
de la muraille avec l'Horison ,& SC, celle du
Vertical du Soleil avec le même Horison.
L'Angle que l'on vient de trouver , se trouve
ici l'Angle SCM , fait par les communes
Sections
1
JUIN. 1739. 1285
1
Sections MC , SC du Meridien , & du
Vertical du Soleil avec l'Horison ; & lAngle
SC P est celui que l'on a ci- devant trouvé
sur la premiere Figure , qui est la distance
du Vertical du Soleil au plan ; il sera donc
- aisé de connoître l'Angle MCP , suivant
que le point d'ombre aura été marqué à
droite de la Section verticale P I , comme
en la Figure seconde , ou à gauche , comme
en la Figure premiere ; & soit que le même
point ait été marqué le matin ou l'aprèsmidi.
Je vais expliquer chaque cas. Je dési
gnerai toujours l'Angle du Vertigal du Soleil
avec le plan par l'Arc S P , qui en est la
mesure ; & l'Angle du Vertical du Soleil
avec le Meridien par l'Arc S M.
Les points d'ombre étant pris le matin & à
droite de la Verticale.
(fig. 4. Si PS est plus grand que MS ,
la différence PM est le Complément de la
declinaison , qui est du Midi à l'Orient.
(fig. 5. ) Si P.S est moindre que MS , &
la différence P M soit moindre que 90.
que
deg. elle est encore le Complément de la
déclinaison qui est du Nord à l'Orient.
+
(fig. 6. ) Mais fi la différence P M est plus
grande que 90. deg. le surplus sera la déclinaison
qui sera du Nord à l'Occident.
Lespoints d'ombre étant encore pris le matin,
mais à gauche de la Verticale.
•
В iiij Ц
286 MERCURE DE FRANCE
Il faudra toujours ajoûter M S. à SP.
(fig. 7. ) Si la somme est moindre que 90
deg. le Complément sera la déclinaison du
plan du Midi à l'Occieent.
(fig. 8. ) Si la somme est plus grande que
so. deg. & moindre que 180 , l'excès sur
90. deg. sera la déclinaison du Midi à l'Orient.
(fig. 9. ) Et enfin , si la somme est plus
grande que 180. deg. le surplus sera le Complément
de la déclinaison, qui sera du Nord
à l'Orient.
Les points d'ombre étant pris l'après- midi į
& à gauche de la Verticale.
(fig. 10. ) Si P S est plus grand que MS,
la différence P M est le Complément de la
déclinaison , qui est du Midi à l'Occi
dent.
&
(fig. 11. ) Si P S est moindre que MS ;
que
la différence PM soit moindre que
90. deg. elle est encore le Complément de
la déclinaison , qui est du Nord à l'Occident.
(fig. 12. ) Mais si la différence PM est
plus grande que 90. deg. le surplus sera la
déclinaison , qui sera du Nord à l'Orient.
Les points d'ombre étant encore pris l'aprèsmidi
, mais à droite de la Verticale.
Il faudra toujours ajoûter M S à S P.
(fig. 13. ) Si la somme est moindre que
204
JUIN. 1739. 1287
90. degrés , le Complément sera la déclinaison
du plan du Midi à l'Orient.
(fig. 14. ) Si la somme est plus grande que
90 , & moindre que 180 , l'excès sur 90 .
deg. sera la déclinaison , qui sera du midi à
l'Occident .
(fig. 15. ) Et enfin , si la somme est plus
grande que 180. deg. le surplus sera le Complément
de la déclinaison , qui sera du Nord
à l'Occident.
Il faut observer de marquer les points
d'ombre avant dix heures ou après 2. heures.
On a répandu dans le Public , que les
Cadrans les mieux faits n'avoient que T'heure
de Midi qui fut juste ; Qui est- ce qui peut
l'avoir fait , si ce n'est quelques Artistes traceurs
de Meridiennes , qui n'en sçachant
pas davantage , se servent de cette raison
pour cacher leur ignorance à cet égard , &
souvent sans pouvoir dire pourquoi,ni comment,
un Cadran bien fait devroit avancer le
matin & retarder le soir ? car je conviens avec
eux, qu'il y a quelque différence sensible aux
heures que le Soleil marque , en se levant
& en se couchant , causée par la refraction :
mais cette différence disparoît à mesure que
le Soleil s'éleve sur l'Horison , tant parce
que la réfraction diminuë , que parce qu'elle
se fait , en suivant les lignes horaires , d'au
tant mieux qu'elles sont plus près de midi ;;
Bv de
1288 MERCURE DE FRANCE
de sorte qu'il n'y en a sensiblement aucune
entre 10. & 2.heures en Hyver, entre 7 , & 5.em
Eté , & à proportion dans l'entre -deux ; ainsi
ceux qui font des Meridiennes , devroient
s'ils le sçavoient faire , mettre quelques
heures avant & après Midi , lorsque la place
le permet , pour ne pas assujettir les personnes
qui les font faire , à attendre l'instant de
Midi , & à n'avoir souvent rien .
Si on veut cependant croire qu'il y ait
encore quelque difference aux environs de
midi , je donnerai dans quelqu'un des Mercures
suivans , pour ceux qui les font trigonométriquement
, uunnee Méthode pour les
tracer , de maniere que toutes les heures
du jour soient aussi justes que celle de
midi ; c'est-à- dire , la maniere de faire un
Cadran , qui ne soit point sujet aux réfractions
, ou qui marque l'heure vraie en tout
temps , ainsi que je l'ai pratiqué cette annéc-
ci à un second Cadran que j'ai fait pour
M. le Marquis d'Houel , Capitaine aux Gardes
Françoises. Ce Cadran marque l'heure
de cinq en cinq minutes , & le lever & le
coucher du Soleil , de demi heure en demi
heure , ou la longueur des jours , d'heure
en heure.
LES
роди
c
514
D
K
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TILDEY
FOLIDATH
K
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR ,
LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
JUIN. 1739 1289
LES TROIS LOUCHES.
FABLE.
TRois Louches voyageoient ensem
ble ,
Mais tous trois avec leurs six yeux ,
En marchant , n'en alloient pas mieux.
Sçavoir où ; le fait ne me semble
Par lui-même assés curieux .
Vers differens objets ils égaroient leur vûë ,
L'un à droit , l'autre à gauche en fixoit l'étenduë
Et le troisiéme au Ciel apliquoit son regard ;
Mais aucun devant soi ne tournoit sa prunelle
Pour guide its suivoient le hazard .
Ce Dieu ne leur fût pas fidele ,
Nos trois Louches ainsi menés ,
1
Rencontrent sur leurs pas une fosse profonde ,
Ils s'y jettent tous trois, l'un par l'autre entraînés.
La Fable en Morale est féconde :
Dans ces yeux faux , je peins les faux esprits..
Qu'il en est peu sur le goût , les Sciences
Du beau , du vrai , solidement épris ,
Et qui ne soient égarés , & surpris
Far préjugés , par vaines aparences !
2:
B vj Te
1290 MERCURE DE FRANCE
Je peins ces coeurs attirés par l'erreur ,
Et qui , sans suivre une route certaine ,
Volent , au gré du penchant qui les mene ,
Hors des sentiers du devoir , du bonheur.
Par M. Tart.
JikJik Jkjkjkjkjkjkjkakakakakakak
CONTINUATION de l'Extrait die
VI.Tome des Annales Bénédictines , composé
par Dom Mabillon & publié par
Dom Martenne. Lettre de M. Le Beufsur
ce Sujet , avec quelques Remarques sur des
Articles notables..
,
V
Ous avez bien compris , Monsieur
qu'il étoit impoffible de rendre compte
dans une simple Lettre , du sixième Tome
des Annales , donné par Dom Mabillon. On
ne vous a entretenu jusqu'ici (a) que de ce
qui est plus remarquable dans le 73. Livre.
Voici ce que j'ai trouvé de plus digne d'attention
& de plus singulier dans le 74. & les,
trois suivans.
L'Ordre de Citeaux allant toujours en
augmentant , communiqua son Institut à des
Maisons de Filles. Dom Mabillon soûtient
que ce fut à Tart , Lieu situé à une lieuë de
(4) Mercure de Janvier 1739..
JUIN. 1735 1298
au-
Citeaux , que se fit d'abord cette propaga
tion en 1125. & non pas à Montreuil
dessous de Laon , quoique le Moine Herman
qui vivoit alors ,l'ait crû ainsi .
Parmi les dix-neuf difficultés qui s'éleve
rent entre les Cluniciens & les Cisterciens ,
il y eut un plaisant Article . C'étoit le second
: les Cisterciens objecterent d'abord
aux Cluniciens , quod in admittendis ad Professionem
novitûs annuam probationem non ser
varent. 2 °. quod pelliceas & femoralia gefta=
rent. La dispute sur ce second Article, en ce
qui regarde les calçons fut un objet qui mérita
l'attention du célebre Rupert , Abbé de
Diutz , proche Cologne. Ecrivant son troisiéme
Livre sur la Regle de S. Benoît , il dit
que l'usage d'en porter n'étoit point oposé à
fa Regle de ce Saint . Ille enim , dit - il , brac
cas non auferre habentibus , sed quantum valuit
dare voluit non habentibus . Habentes nos
sumus , continuë Rupert , qui in Provinciis
- braccatis habitamus. Non habentes Scoti sunt
&Britanni : nec multo minus illi inter quos ipse
Pater habitavit : quippe ubi hodièque veftigia
supersunt ejusdem moris nequaquam honesti, sicut
& nos ipsi vidimus , cum in locis illis hospitantes
, inter homines divaricatos ad prunas
sederemus.
>
Dom Mabillon n'avoit garde d'omettre
e témoignage de Jean d'Ipres , touchant la
..I
rési
1292 MERCURE DE FRANCE
résidence des Abbés dans leur Monastere
Il raporte , après cet Auteur , que Jean ,
Abbé de Saint- Bertin , étant allé un jour de
l'Epiphanie à la Cour de Charles , Comte
de Flandres , pour se plaindre d'un Seigneur
voisin qui l'inquietoit , Monsieur l'Abbé , lui
dit le Comte, en le voyant, qui est - ce qui dira
aujourd'hui la Messe pour vous dans votre
Eglise ? L'Abbé lui ayant répondu qu'il y
avoit cent Moines dans son Monastere , le
Comte ajoûta : Il étoit de votre devoir , Mon.
sieur l'Abbé , un jour de si grande Fête , de
faire l'Office avec vos Freres , & de manger
avec eux. C'est pour cela que nos Prédecesseurs
vous ont donné tant de Biens. Ensuite le pieux
Comte ordonna qu'on avertit le Chevalier
qui vexoit cet Abbé , de se tenir en repos ,
& de cesser ses poursuites , sinon qu'il séviroit
contre lui.
On regardera comme une chose extraotdinaire
, de voir des Religieux se donner la
discipline pour une faute de leur Abbé.
C'est ce qui dut arriver dans l'Abbaye de
Trois- Fontaines , au Diocèse de Châlons ;
Fan 1127. si les avis de S. Bernard y furent
suivis.
Le 75. Livre , qui comprend la suite de
l'année 1127. avec l'année 1129. & les trois
autres suivantes , a aussi ses particularités,
Dom Mabillon , prévoyant que ses Lecteurs
G
JUIN.
1739. 1297
ne se plairoient point au récit qu'il fait des
Procès que les differens Monasteres ont eûs
entre -eux , s'excuse en ces termes : Etfi ejusmodi
litibus recensendis fortè Lectori tadium
afferamus , tamen eas omnino præterire non
sinunt historia leges » tum quia rebus aliis majoris
momenti illustrandis conducunt, tum quia
ejusmodi rixarum expositio alios ab his litibus
avertere potest , dum illi attenderint quo sæpe
ducat litigandi nimius ardor , ne dicamfuror
Il dit ceci à l'occasion du procedé des Religieux
de Saint Seine contre les Chanoines
de Saint Etienne de Dijon , qu'on voit bien
qu'il n'aprouve pas. Il ajoûte cependant en
suite : Neque tamen lites omnes , si modòjuste
sint,& moderatè tractentur , damnare est ani
mus , in quibus aliquando constantiâ opus est;
abi occurrunt adversarii iniqui & pervicaces
qui nec humanitate nec ratione vinci poffint.
>
On ne peut lire , sans être frapé , la petite
Epitaphe qui se voit à Virzbourg, alors nom
mé Herbepolis. C'est au Livre 76. num. 65.
Elle est conçue en ces termes : Hîc jacer
Macarius primus Abbas hujus loci , per quens
omnipotens Deus vinum in aquam convertit. Ce
miracle,bien different de celui des Nôces de
Cana , ne sera certainement jamais demandé
dans les Pays Vignobles. Aussi ne fut- il operé
en Allemagne que par un saint Abbé qui ne
pouvoit souffrir le vin, & qui voulut toujours
s'en
2294 MERCURE DE FRANCE
s'en priver par mortification. Un jour qu'on
lui en avoit servi malgré lui , il fit le changement
miraculeux dont je viens de parler. Čet
Abbé Macaire étoit Ecossois d'origine.
L'Auteur des Annales n'oublie point par
mi les Evenemens mémorables de l'Ordre
de saint Benoît , ceux qui sont arrivés parmi
les Chartreux. Aussi , num. 27. raporte -t- il
à l'an 1133. le malheur qui arriva à la grande
Chartreuse où de prodigieuses masses
de neges s'étant détachées des montagnes ,
tomberent sur les cellules des Religieux , de
telle sorte qu'il y en eut six ou sept d'étouffés.
*
›
On voit à la page 303. le jugement que
porta Abailard sur la varieté des usages des
Eglises, confirmé par Dom Mabillon, en ces
termes : Hactenus Abaëlardus, cujus hâc in re
sententia non improbanda , immò laudanda eft.
Il dit à la page 309. un petit mot contre les.
Poëtes , qui dans les Hymnes de l'Eglise ,
admettent de trop fréquentes élisions , qui
canium exasperant , cum verba elidunt. Les
Hymnes de faint Bernard sur faint Victor ,
Prêtre de Champagne , n'avoient point ce
défaut : mais on doit aussi avouer qu'elles
étoient un peu trop plates.
On peut lire dans ce Volume à la
page
327. les difficultés qui se trouverent à l'Etabliffement
de la Fête de la Conception de la
Sainte
JUIN. 1739. 1291
Sainte Vierge , même parmi les Moines . Le
dévot faint Bernard , & Pierre de Celles ;
depuis Evêque de Chartres
n'étoient pas
,
pour cette Fête ; encore moins Pothon ,
Prêtre & Moine de l'Abbaye de Prum :
Nicolas , Moine de faint Albań en Angle
terre , en prit la défense , & depuis elle a été
très-autorisée.
La quinziéme Lettre du sixième Livre de
Pierre le Venerable , Abbé de Cluny , a
fourni à Dom Mabillon un Texte très- cu
rieux , où l'Auteur se plaint des Religieux
de son Ordre,qui faisoient gras. Je ne raporterai
point tout le Passage , de crainte d'être
trop long : on y lit ces mots : Totum annum¸
nulla , præter sextam , exceptâ Feriâ , in absumendis
carnibus continuant ... Faba , caseus
ova , ipfi etiam pisces jam in nauseam verfi
sunt .... Assus aut elixus porcus ... gallina
prorsus omne quadrupes aut volatile domesticum
sanctorum Monachorum mensas operiunt!
Sed viluerunt jam & ista.... Lustranda sunt
nemora , venatoribus opus est . Aucupum arte ;
phasciani , perdices , turtures capiendi sunt ,
ne servus Dei fame pereat. Il semble par ce
Passage , que Pierre le Vénerable se mêloit
quelquefois de railler. Il faut le lire dans l'O
riginal.
A l'an 1144. Lib . 78. num . 24. le sçavant
Annaliste parle des prétentions qu'eurent en
même
"
296 MERCURE DE FRANCE
même temps deux Eglises de Bénedictins sur
le corps de S. Loup , Archevêque de Sens.
Le differend fut terminé, dit- il , par Hugues,
Archevêque de la même Ville , qui fit voir
au Peuple , dans l'Eglise de Sainte Colombelès-
Sens le corps de ce Saint ; d'où il résulta
qu'il n'étoit pas dans l'Eglise de faint Loup,
de No , proche Provins , où l'on avoit prétendu
l'avoir , Dom Mabillon insinuë que
ce n'étoient que lesHabitans de cette Paroisse
qui le croyoient ainsi ; mais on voit par ce
qui arriva lors que les mêmes prétentions furent
réveillées dans les siecles suivans, & par
la part que le Parlement prit en 1404. à la
décision de cette querelle, que ce furent ceux
qui possedoient le Prieuré de faint Loup de
No , qui se disoient encore alors possesseurs
du corps de faint Loup. Je raporterois ici ce
que j'ai lû là- dessus dans les Registres du
Parlement , si je ne craignois de trop étendre
cet Extrait. Cette Eglise de No ( de Nando)
avoit été donnée à l'Abbaye de faint Pierre
le vif , par l'Archevêque Sevin , fuivant la
Chronique de Clarins. Ce Village de No ,
devenu célebre par cet Endroit , ne sera
peut- être pas oublié dans la nouvelle Edition
du Dictionaire Géographique de M. de la
Martiniere. L'Eglise en est belle , ( le Portique
surtout dont la structure m'a parû du
onziéme au douziéme siecle . La Châsse que
j'y
JUIN. 17393 1297
J'y vis , portoit à l'exterieur la preuve que ce
ne sont point les Os de faint Loup qu'elle a
contenus, ou qu'elle contient , puisqu'on y a
représenté un Saint à qui on coupe la tête
elle est de bas argent , mais assés ancienne.
La derniere remarque que je ferai aujour
d'hui , sera touchant la Dévotion qu'eurent
les Peuples , surtout du côté de Chartres &
de la Normandie , à contribuer à l'avance
ment des Eglises qui étoient à bâtir. Hugues,
Archevêque de Rouen , écrivoit en 1145. à
Thierry , Evêque d'Amiens , qu'on avoit vû
depuis peu les hommes à Chartres , s'aviser
de tirer eux - mêmes les charettes & chariots,
& toutes les voitures nécessaires pour le
Bâtiment de la Cathédrale , & que même i
s'étoit operé des miracles en ces sortes de
labeurs , entrepris par dévotion : que ceux
du Diocèse de Rouen , munis de sa béné
diction , avoient été à Chartres travailler de
la même maniere , & à leur exemple , les
Peuples des autres Diocèses de Normandie
Ces voyages & ces travaux s'entreprenoient
avec de saintes dispositions : on ne partoit
point, sans s'être confessé ni sans s'être récon
cilié ; ainsi les Procès étoient alors assoupis.
La troupe de Pelerins se créoit un Chef, &
c'étoit lui qui , lorsqu'on étoit arrivé à Chartres
, donnoit le rang à chacun pour tirer tel
ou tel chariot , pousser telle ou telle broüer
,
se
1298 MERCURE DE FRANCE
te , & ce qui est admirable , ces travaux se
faisoient en silence , & ceux qui étoient partis
malades , s'en retournoient guéris. Haimon
, Abbé de Saint Pierre- sur - Dive ,
áu
Diocèse de Séez , écrivit vers le même temps
à certains Anglois , qu'on avançât par le même
moyen l'Edifice de son Eglise , qui avoit
été interrompu depuis bien des années ; les
Gentilshommes mêmes de Normandie , &
les femmes travaillerent à voiturer le vin ,
le bled , l'huile , la chaux , les pierres , les
bois . Ils étoient , dit- il , quelquefois plus de
mille à tirer un chariot , tant hommes que
femmes , & cela se faisoit avec un humble
silence ; si dans les Lieux de Station quelqu'un
ouvroit la bouche , c'étoit pour se dire
pécheur & criminel. Si quelqu'un s'offroit
pour travailler , sans avoir auparavant pardonné
à son ennemi , les Prêtres rejettoient
son offrande. Car selon le récit de cet Abbé,
c'étoient des Prêtres qui servoient de Chartiers
, & tous leurs discours n'étoient que
pour porter à la pénitence.
Il parle des guérisons miraculeuses qu'il
avoit vû s'operer en ces occasions ; de l'invo
cation qu'on y faisoit fréquemment de la
Mere de Dieu , & il ajoûte une merveille
qui paroîtra incroyable . C'est qu'un jour ,
ceux qui tiroient un de ces chariots étant
arrivés à un Endroit apellé le Port Ste Marie,
Leg
JUIN. 17398 1299
les flots de la Mer s'arrêterent tout à coup
Il paroît que ces travaux ne se faisoient que
dans la belle saison ; la nuit on mettoit des
cierges sur les chariots qui environnoient
l'Eglise , & là on veilloiten chantant des
Hymnes & des Cantiques.
Haimon atteste , comme l'Archevêque de
Roüen , que c'étoit à Chartres que cet usage
nouveau avoit pris son origine , & que de là
il s'étoit étendu presque par toute la Normandie
, surtout à l'égard des Eglises du
Titre de la Sainte Vierge. Dom Mabillon
renvoye pour le reste de la Lettre d'Haimon,
à l'Appendix , où je l'ai cherchée inutilement.
Dom Martene , à qui j'ai fait remarquer
ce défaut , m'a apris , que quoiqu'elle
cût été promise , il l'a omise à dessein , parce
qu'elle a été imprimée séparément toute
entiere , & qu'on pouvoit s'en passer dans
un Volume déja assés gros d'ailleurs. J'ai
trouvé en effet depuis dans la Bibliothéque
Historique de France du P. le Long , au
nombre 5459 , l'indication de la Traduction
de cette Lettre , faite par Dom Bernard Blanchet
, Benedictin , & imprimée à Caen en
1671. Dom Martene s'étant remis à l'esprit
cette Edition , s'est aussi ressouvenu d'une
Eglise voisine de Tours , qui a été bâtie en
six semaines dans le siecle dernier , quoique
située sur une montagne ; & cela , parce que
le
1300 MERCURE DE FRANCE
le Peuple accelera l'ouvrage par ses travaux.
Ceci me conduit à une réflexion toute natu
relle sur l'Eglise de Notre-Dame de Chartres.
Je l'ai examinée avec grande attention
depuis quelque temps , & je n'ai pû me
convaincre que l'Edifice soit du onzième
siécle. Il ne m'a paru que du douzième , en
y comprenant même les vestibules des côtés ;
car pour ce qui est du Portail de devant
qui n'a point de vestibule , c'est un morceau
bien plus ancien , & ce qui y est contigu
dans le dedans , est aussi d'un
genre de
structure different du reste. Les travaux
de tant de milliers de Gens , attestés par
deux Ecrivains contemporains , me paroissent
prouver suffisamment , que ce fut vers
le milieu du douziéme siecle que le gros de
P'Edifice fut fait , outre que le goût de l'ou
vrage y'est conforme, autant que je puis m'y
connoître. Si l'on a pû se méprendre sur
Pantiquité de l'Eglise de Saint Denis , en
France , telle qu'on la voit aujourd'hui ,
ainsi que Dom Felibien en convient , ( Hift.
de l'Abb. de S. Denis , page 227. ) & qu'on
ait attribué à Suger un ouvrage , qui n'est
que du treiziéme siecle , il n'est pas extraordinaire
qu'on prenne à Chartres pour un
ouvrage du onzième siecle , ce qui n'est que
du douzième. On pourroit raporter encore
d'autres exemples d'erreurs assés sembla
bles
JUIN.
1301 1739
J
bles en ce genre. Mais je m'écarte un peu
trop du dessein que j'ai eu de donner un
Extrait de Livre . Je suis , &c.
A Paris ce 30. Avril 1739 .
*************************
LE SAVETIER CRITIQUE.
J
CONTE.
•
Adis à Rome , ou peut- être à Paris ,
Le Lieu ne m'est présent à la mémoire ,
Un jeune Peintre , à ce que dit l'Histoire
Des Connoisseurs cherchant doctes avis ,
Dans le milieu d'une Place publique
Fit exposer aux traits de la Critique
Certain Tableau qu'il venoit de finir.
Maint Petit- Maître auffi - tôt d'accourir.
Baguette en main , d'un air de fuffifance ,
L'un du Sujet condamnoit l'ordonnance ;
L'autre ,fans goût & fans difcernement ,
Sur le dessein exerçoit ſa cenfure.
Tel on verroit un Aveugle ignorant
Sur les couleurs porter fon jugement.
Ce n'est assés. Relief & portraiture ,
Et coloris , & lumiere & pinceau ,
Ombres que fçais-je ? Enfin dans ce Tablean ,
Toile
302 MERCURE DE FRANCE
Toile , chaffis , tout , juſqu'au quadre même ,
Fut critiqué par un mépris extrême .
'A ces difcours notre modeste Auteur
Au fond de l'ame enrageoit de bon coeur ,
Et renfermant fon dépit & fa rage ,
'Alloit ckés lui faire emporter l'Ouvagre ,
Quand tout à coup un Maître Savetier ,
Examinant à ſon tour la Peinture ,
Jetta d'abord les yeux fur la chauffure ,
Et doctement critiqua le Soulier .
Bon , dit le Peintre , en Maître du Métier
C'es - là parler , j'aprouve la cenſure .
Mais tout bouffi de ce premier fuccès ,
Sur pieds & mains , habits , tête & vifage ,
Il veut porter ses grotesques arrêts.
Pour faire court , le reste de l'ouvrage
Alloit fubir un fort peu different ,
Quand irrité contre ce fanatique ,
L'Auteur piqué , lui dit en l'arrêtant ,
Maître Crépin , regagnez la Boutique.
NE SUTOR ULTRA CREPIDAM.
Par M. à Senlis.
OBSER
JUIN. 1739 1303
,
OBSERVATIONS de M. Menard ,
Conseiller au Présidial de Nîmes sur
quelques anciens Monumens , qui ont été déconverts
en creusant la Fontaine de cette Ville.
Adressées à M. le Marquis d'Aubais.
J
E me sens agréablement flaté , Monsieur,
par l'honneur que vous m'avez fait , de
jetter les yeux sur moi , pour vous donner
une Relation des Découvertes , que l'on a
faites dans la Fontaine de Nîmes , au mois
d'Août dernier. Quelque desir que j'aye de
contenter votre curiosité , je crains , avec
fondement , que mes forces ne répondent
pas au choix dont vous m'honorez ; & j'ai
grand sujet de douter , que vous , & les Sçavans
de Paris à qui vous la voulez communiquer
, puissiez en être satisfaits. Cependant
je ne sçaurois résister à vos ordres , &
je me ferai toujours une loi inviolable de
m'y conformer. Voici donc la Relation que
vous souhaitez : j'y ai joint quelques Observations
que je soûmets entierement aux vôtres
; je ne les hazarde , que parce que j'espere
que vous les lirez avec indulgence.
Vous sçavez , Monsieur , que c'est à M.
P'Evêque de Nîmes que nous sommes redevables
de ces heureuses Découvertes . Son
II.Vol. C in1304
MERCURE DE FRANCE
intention n'étoit pas cependant de travailler
pour les Curieux & pour les Antiquaires : il
n'a eu en vûë que le bien public , & l'utilité
des Citoyens. A peine fut-il en possession
de cet Evêché , qu'il s'attacha à procurer à
cette Ville les avantages qui lui manquent.
Persuadé que le Négoce en fait un des plus
riches ornemens , & que l'on ne sçauroit
aporter trop de soins à le faire fleurir , il
sentit que l'abondance des eaux pouvoit
beaucoup y contribuer , soit par le lavage ,
soit par la teinture des soyes & des laines
& qu'il falloit mettre tout en oeuvre pour la
procurer aux Habitans , qui pouvoient aussi
en retirer divers autres avantages pour les
commodités de la vie.
S
La Fontaine fut donc le premier objet des
vûës de ce Prélat. Il en confera avec les
Consuls on apella des Personnes intelligentes
, & on les consulta sur les moyens
qu'il y avoit à prendre pour exécuter le projet.
On suivit là- dessus les idées que donna
M. Guiraud , habile Ingénieur de cette Ville,
digne neveu du célebre Claude Guiraud
qui s'est distingué dans le dernier siecle , par
ses hautes connoissances dans la Physique &
dans les Mathématiques , & qui aura place
parmi les Hommes illustres , dont les vies
doivent entrer , comme vous sçavez , dans
mon Histoire de Nîmes. Il fut donc résolu
de
JUIN. 17390
1305
de déterrer les anciens Aqueducs , par où
l'eau de la Fontaine étoit distribuée dans la
Ville, afin de les fermer, & de conserver par
cette voye une aussi grande quantité d'eau
qu'il seroit possible ; on attendit pour cela le
fort de la sécheresse , & alors on commença
à creuser en divers endroits du Bassin.
Cette premiere operation a fait reparoître
à nos yeux quantité de débris d'Antiquité ,
qui nous prouvent qu'il y a eu en cet Endroit
plusieurs superbes Edifices. Les pluyes
qui survinrent bientôt , firent cesser l'ouvrage
, & nous ont privé de satisfaire notre
entiere curiosité ; car il reste encore beaucoup
de choses ensevelies. On n'a pas même
découvert les Aqueducs que l'on cherche ,
quoiqu'on ait creusé bien avant. La chose no
me surprend pas ; cette Ville a été si souvent
exposée aux incursions des Sarrasins &
des Normands , que les uns & les autres la
renverserent presque de fond en comble :
ils auroient voulu faire perdre la source de
notre Fontaine , afin de rendre la Ville deserte
; & je ne doute pas qu'ils n'en ayent
comblé le Bassin,au point que nous le voyons
aujourd'hui. Leurs pernicieux efforts devinrent
pourtant inutiles , les eaux se firent jour
à travers tous ces décombres , & la Source
se rétablit par elle-même.
On nous fait esperer la continuation de ce
Cij pro .
1306 MERCURE DE FRANCE
projet pour l'Eté prochain , par les secours
que la Province nous pourra fournir ; avec
quoi les Sçavans pourront porter des conjectures
beaucoup plus solides sur toutes ces
Piéces d'Antiquité. Ce qu'on a découvert se
réduit à diverses Parties.
1. Après avoir creusé dans le Bassin de la
Fontaine jusqu'à six pieds & demi , on découvrit
deux Demi- cercles , avec quatre dégrés
en amphitheatre , & les débris d'un
cinquième, qui faisoient face à la Source, du
côté du Temple , avec un corps de bâtiment
contigu au derriere de ces deux Demi- cercles,
qui se terminoit à la hauteur du dernier dégré,
& qui paroît avoir été pavé de pierres dures
& plates : on a trouvé les vestiges de ce pavé.
Ces deux Demi- cercles ne sont pas bien
longs , ils n'ont pas plus de huit toises d'étendue
, & ils ne paroissent pas avoir eu
plus d'élevation que ce qui reste du plus haut
& dernier des cinq dégrés , parce que sur le
quatrième , il n'y a que la place où étoit posé
le cinquième , & que le mur de face ne se
termine pas plus haut , ce qui démontre que
l'ouvrage finissoit là. L'élevation eſt donc
de deux toises . Les pierres qui forment
les dégrés , pouvoient servir de sieges ,
car elles sont creusées en gondole d'un demi
- pouce , & arrondies sur l'arrête.
La forme & la position de ces deux Demicercles
,
JUIN. 1739
1307
cercles qui se trouvoient fort peu éloignés
du Temple , donnent lieu de croire que c'é
toit-là où les Prêtres des Divinités , dont le
culte y étoit honoré , se rendoient en cérémonie,
pour faire les Lustrations publiques ,
où l'on employoit toujours de l'eau pure : &
comme les Lustrations étoient accompagnées
d'un Sacrifice , la victime pouvoit être immolée
sur cette espece de Terrasse , que
formoit
le bâtiment contigu aux deux Demicercles
, & qui pouvoit aller aboutir jusqu'au
devant du Temple , où se consommoient
toutes les cérémonies de l'Expiation.
de
Vous sçavez , Monsieur , que rien n'étoit
plus usité parmi les Anciens que ces sortes
de Sacrifices. Ils pratiquoient les Lustrations
à l'égard d'un Lieu public , comme d'une
Ville entiere , ou d'un Temple ; ils les prati
quoient aussi à l'égard d'un Homme ,
toute une Armée , & de tout un Troupeau .
C'étoient des Expiations observées ,pour pu
rifier les Personnes & les Edifices soüillés
par quelque crime , ou par quelqu'autre impureté.
Ainsi la proximité de la Fontaine &
du Temple , fait conjecturer que c'étoit ici
que nos anciens Habitans pratiquoient la céremonie
des Lustrations.
2º. On a découvert les vestiges de l'ancienne
enceinte de la Fontaine. C'étoient
deux murs , dont la figure forme un angle
C fij obtus
1308 MERCURE DE FRANCE
obtus rentrant; & dans le Point où ils abou
tissent , étoit placé un escalier dont il ne
reste que les trois premieres marches , qui
ont une toife de longueur. C'étoit- là , sans
doute , l'entrée de la Fontaine.
Le côté de cette enceinte qui touche le
rocher , n'avoit pas plus de onze toises de
longueur , & on n'a rien trouvé au- delà , qui
puisse marquer qu'il allât plus loin . La raison
en est sensible : du côté du Couchant &
du Septentrion , les eaux de la Fontaine
alloient baigner le rocher , car il ne faut pas
croire qu'il y eût un chemin de ce côté-là ,
tel qu'on le voit aujourd'hui ; desorte que
comme le courant de la Source portoit vers
L'Orient, ce fut là seulement que les Romains
firent leur enceinte. Ils la firent en deux murs,
qui forment un angle obtus , afin de donner
plus de facilité au courant des eaux qui sont
très-rapides , lorsque la Fontaine grossit , &
les faire passer sous les arches dont je parlerai
bientôt , d'où on les distribuoit par tout
où il étoit néceffaire : & pour mieux comprimer
ces eaux , & les porter de ce côté-là,
on avoit fait un gros mur , qui touchoit les
deux Demi- cercles dont j'ai parlé ; ce mur
avoit sept toises de longueur.
Il faut observer que ces murs d'enceinte ;
dont nous n'avons découvert que cinq toises
d'élevation en avoient beaucoup plus, et qu'ils
14
JUIN. 17398 1309
ne se terminoient pas là où nous les voyons
finir , ce qui paroît par la seule inspection .
°. Du côté du Midi , à l'extrémité du mur
d'enceinte , on a découvert les pieds droits.
de trois arches seulement , qui ont trois pieds
& demi de large. Il paroît qu'il y en avoir
davantage , & qu'ils alloient se terminer à
POccident au pied du Rocher en droite ligne .
Leur usage ne me paroît pas
douteux : ils
doivent avoir servi à porter un Aqueduc qui
conduisoit dans le Bassin de la Fontaine les
eaux du célebre Pont du Gard , qui venoient
de celle d'Eure , près d'Usès . L'Aqueduc du
Pont du Gard , uniquement construit pour
les Habitans de Nîmes , & pour l'augmentation
de leur Fontaine , passoit , comme on
en peut juger , par les vestiges qui nous en
restent , au pied du Côteau qui fait face à là
Ville , & sur lequel on a bâti la Citadelle
il regnoit le long du chemin qui conduit à
la Fontaine , en venant de la Porte de la Bouquerie
, & se terminoit enfin à ce dernier
Aqueduc , dont on a découvert les pieds
droits , d'où les eaux se dégorgeoient dans le
Bassin ; ce qui devoit , à mon avis , former
un très-magnifique spectacle. Du reste , le
niveau y étoit parfaitement bien observé ;
car le Bassin de la Fontaine étoit beaucoup
plus profond qu'il ne l'est , même depuis les
derniers travaux. Les arches de cet Aqueduc
Cij
ser7310
MERCURE DE FRANCE
servoient à donner le cours aux eaux ; &
c'étoit là où elles devoient avoir leur issuë.
4°. A dix ou douze toises de distance de
ces pieds droits , on a découvert un Bâtiment
quarré , qui est un vrai Stylobate , fait en
forme de Piedestal , orné d'une frise tout au
tour. Ce Bâtiment a dix toises de longueur ,
sur huit de largeur , & six pieds huit pouces .
de hauteur.
,
Un peu plus loin , à quatre ou cinq toi
ses de distance vers l'Orient , on a trouvé un
mur cintré , qui fait face à l'angle de ce Bâtiment
du côté du Midi , & de la même
hauteur ; il alloit répondre par un mur parallele
à un autre mur cintré qui étoit vis- à - vis
L'autre angle de ce Piédestal , & qui devoit
regner tout au tour. On a trouvé dans l'espace
qui est entre le mur cintré , & le Piédeftal
, un pavé fait avec de grandes pierres
froides.
Sur la Frise du Stylobate , étoit une Corniche
qui est détruite . On en juge par la derniere
assise , dont les pierres ne font pas ,
pour la plûpart , toute l'épaisseur du mur en
dedans ce qui fait voir que ce n'étoit- là
qu'un soubassement de quelque Edifice beau
coup plus élevé . Peut- être même y avoit- il
des colomnes élevées sur ce Piédeftal ; car
on a trouvé en ce même Endroit quantité
de corniches , de chapiteaux , & de mor
ceaux
JUIN
1311 1739.
ceaux de colomnes , qui annoncent quelque
superbe dessein.
Les pierres de l'Edifice en Piédeſtal ne sont
pas si proprement taillées en dedans que
celles du dehors ; elles sont toutes brutes ,
cequi donne lieu de croire que l'interieur
étoit comblé. A quoi il faut ajoûter qu'on
n'y a point découvert de pavé en le sondant,
comme on en a trouvé dans l'espace qui est
entre ce Bâtiment , & le mur cintré dont j'ai
parlé.
Il est bien difficile , Monsieur , de conjecturer
au vrai l'usage & la destination de
ces Edifices son n'a pas poussé la découverte
assés loin cependant il me paroît par ce
que nous en avons vû,que ce doit avoir été là
La place de quelques Thermes ; tout nous
invite à adopter ce sentiment ; la Fontaine
pouvoit fournir les eaux fuffisantes pour
cette sorte d'usages : les murs cintrés devoient
être accompagnés de quelques autres
petits Edifices qui formoient les differentes
sortes de Bains pratiqués par les Anciens ,
comme Tepidarium , le Bain d'eau tiéde
Refrigerium , celui d'eau fraîche , Calidarium,
celui d'eau chaude , Temperatum , le temperé.
Tous ces petits Edifices devoient être
couverts d'un dome , à l'exemple des anciens
Bains de Rome , comme ceux d'Agrippa &
de Diocletien , dont on voit le dessein parmi
Cy Les
1312 MERCURE DE FRANCE
les Antiquités Romaines. Il doit y avoir eu
aussi une Conserve , ou Réservoir , destiné
à contenir les eaux , d'où on les diftribuoit
dans les Bains ; & il peut se faire que le Stylobate
étoit cette Conserve même.
Il faut remarquer que c'étoit- là le seul
Endroit de toute la Ville , où l'on pouvoit
trouver cette quantité d'eau , si nécessaire
pour les Bains des Anciens . Ce qui me fortifie
encore dans mon opinion , c'est que
non loin de là , en creusant un Canal pour
conduire les eaux d'une Ecluse ou Mortel
liere que l'on a construite , on a découvert
des masses de pierres énormes , qui doivent
être les fondations de quelque superbe Edifice
public ; ce qui ne peut convenir , surtout
en cet Endroit , qu'à un Bâtiment des
tiné pour des Bains.
Il est à présumer que tous ces Edifices
êtoient ornés de belles Statues , à l'imitation
de tous les autres Bâtimens , faits pour des
Thermes , où vous sçavez , Monsieur , que
tes Anciens employoient une magnificence
& une dépense extraordinaires. J'établis
cette conjecture , sur un très- beau Pi
rout nud de marbre blanc , beaucoup plus
grand que la grandeur naturelle , car il a
plus de treize pouces de longueur ; il a été
trouvé en cet Endroit même ; on le juge
être d'une femme : il paroît avoir été
quel
JUIN
1313
1739:
quelque grande Statuë , placée vraisemblament
sur le faîte de l'Edifice .
Ce sont-là toutes les découvertes qui se
sont faites en Bâtimens ; à quoi j'ajoûterai
que toutes les pierres dont sont construits
, soit les Demi - cercles du Bassin , soit
les Murs d'enceinte , soit le Stylobate , &
tout le reste , sont de la même nature que
celles que l'on a employées au Temple de la
Fontaine , & aux Arenes. La Carriere d'où
on les tiroit , n'est pas éloignée d'ici , c'est
celle qui est située dans un Quartier apellé
Roquemaliere , derriere la Tourmagne , à un
demi-quart de lieuë de la Ville , en l'Endroit
où eft un Echo assés remarquable.
Il me refte , Monsieur , à vous parler de
quelques autres découvertes que l'on a faites
dans la Fontaine , qui ne consistent poing
en Bâtimens , mais qui pourront vous faire
quelque plaisir. Ce sont deux Pierres antiques
, dont l'une eft un Cippe quarré , deftiné
, come le sont toutes ces sortes de Mo
numens , à faire des Libations & des Sacrifices
aux Dieux Manes. Celui- ci fut érigé en
Thonneur de quelque riche Citoyen de Ni
mes ,dont nous sçaurions les qualités , si le
temps n'avoit entierement rongé les caracteres
de l'Inscription : je n'y ai pû découvrir
que la premiere ligne , où se lit:
3
M. COMINIO.
Cvj
Cette
314 MERCURE DE FRANCE
Cette Pierre fut trouvée auprès des pieds
droits de l'Aqueduc dont j'ai parlé : ce qui
paroîtroit bien surprenant, si on pensoit que
le Tombeau eût été là ou aux environs ,
car nous sçavons que c'étoit une Loi inviolable
parmi les Anciens , de ne brûler , ni
d'ensevelir les corps dans l'enceinte des Villes
; la Loi des douze Tables y eft formelle :
Intra urbem mortuum ne sepelito , neve urito.
Or la Fontaine étoit alors enclavée dans la
Ville , la chose n'eft pas douteuse . Il faut
donc croire que ce Monument a été transporté
dans ces quartiers- là par quelque Curieux
ou qu'il ne regardoit que la mémoire
de quelque Sacrifice fait aux Dieux Manes
pour Marcus Cominius , en suposant qu'il ait
été érigé tout auprès du Temple de la Fontaine.
La seconde Pierre eft beaucoup plus satisfaisante
, quoique l'Inscription que l'on y lit
ne soit qu'un fragment. C'eſt une Pierre plate-
& très- blanche , sans ornemens , qui a quatre
pieds six pouces de hauteur : elle n'a que
deux pieds quatre pouces de largeur , mais
elle paroît en avoir eu une fois encore autant,
car elle eft coupée par le milieu. On y lit ces
mots en très- beaux caracteres , & qui pa
roissent être du siecle d'Augufte , où les
Statuaires & les Ouvriers étoient très-habiles
:
Q
JUIN.
1739
Q. IVLIV....
BVCCA. A.....
NEMAVSO . V....:
Il n'y a que ces trois lignes , tout le refte
de la Pierre eft uni , & il n'y a jamais eu de
caracteres . Je ne crois pas qu'on puisse les
expliquer autrement que de cette maniere :
Quintus Julius Bucca Aram Nemauso vovit.
C'étoit donc un Autel que Quintus Julius
Bucca avoit consacré au Dieu Nemausus.
Voici , Monsieur , le Génie de la Ville bien
clairement désigné. Nous avons quantité
d'autres Monumens qui servent à fortifier
celui-ci , & qui prouvent que les Habitans
de Nîmes avoient consacré un culte particulier
au Dieu de leur Ville..
Je ne sçais même si cette Inscrip
tion trouvée dans le Bassin de la Fontaine ,
auprès du mur d'enceinte , ne nous doit pas.
déterminer à croire que la Fontaine a été
de tout temps apellée Nemausus , & si elle
n'a pas ensuite donné le nom à la Ville
même. Ausone & M. de Thou ont été,
de ce sentiment , & il me paroît solide : ne
scavons-nous pas que les Anciens hono
roient d'un culte religieux les Etangs & les
Sources ?
De- là je conclûrois encore sans peine
que
1316 MERCURE DE FRANCE
que le Temple bâti auprès de la Fontaine
& qu'on a assés légerement apellé le Temple
de Diane , aura été érigé en l'honneur du
Dieu Nemansns , le Génie Tutelaire de la
Fontaine. On aura joint encore à son culte
celui des principales Divinités adorées dans
ce Canton par les Volces Arecomiques ,
dont Nîmes étoit la capitale : ç'aura été pour
ces Divinités que l'on aura construit les
douze Niches qui paroissent dans ce Temple
, & où leurs Statues auront été placées ,
pour faire l'objet du culte public . Je vous
prie de faire quelque attention à ces conjectures
; je les crois plausibles , mais je les soû
mets volontiers à votre jugement.
(
·
Si quid novifti reatiùs iftis ,
Candidus imperti :finon , his utere mecum.
Hor. Ep . VI. L. I.
Enfin , Monsieur on a trouvé par-ci ;
par-là , dans le creux de la Fontaine , &
tout auprès , quantité de Médailles , qui
n'ont pourtant rien de remarquable, & qui
sont toutes fort communes. Ce sont des
Antonins & des Diocletiens , dont les Revers
ne sont point rares du tout. On y a
trouvé en plus grand nombre des Médailles
de la Colonie , vous ne sçauriez croire com+
bien ces COL. NEM. sont ici communs :
сп
JUIN
1377 1739.
en en trouve dans la campagne presqu'à cha
que pas , pour peu que l'on creuse.
Puisque nous sommes sur les découvertes
de cette Ville , permettez -moi , Monsieur ,
de vous faire part de celles d'un Tombeau
antique qu'on a trouvé il y a près de trois
semaines , dans une Vigne , auprès de l'ancien
Monastere de S. Bausile . Il y avoit de
dans , outre une grande Urne de verre pour
contenir des cendres , six petits Lacrymatoires
de même matiere , une Lampe sépulchrale
de bronze, & ce qui eft le plus remar
quable ,une Ascia de fer ,avec son manche,
de fer aussi. On avoit bien vû dans ce Pays
la figure de l'Ascia représentée sur quantité
de Pierres sépulchrales; mais je ne sçache pas
qu'on en ait encore trouvé dans les Tombeaux
mêmes . Tous ces Morceaux m'ont
été remis par le Proprietaire de la Vigne , &
je les garde précieusement ; l'Ascia surtout
mérite d'être conservée.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A
Nimes le 15.•
Décembre 173.8%.
TRA
* 310 MEA Ε ΓΕ ΓNANCE
TRADUCTION
De l'Ode 24. du premier Livre d'Horace ;
Quis desiderio sit pudor , modus ?
Irgile , qu'ai-je apris quel malheur déplora⇒
Excite tes regrets ?
Laisse couler tes pleurs , ta tristesse est louable ,
Et juste en son excès.
*
Melpomene , aide-moi ; viens tirer de ma lyre
De lugubres accords
Qu'ils puissent de mon coeur , qui sans cesse soûpire
,
Exprimer les transports !
*
Quintile n'est donc plus ? la Parque meurtriere
Vient d'abréger ses jours ,
Et le dernier sommeil , accablant sa paupiere ,
La ferme pour toujours,
*
O verité sans fard ! ô soeur de la Justice ,
Incorruptible foi !
Ο
JUIN.
1319 1739
Od trouver un Mortel , dont le coeur réunisse
Tant de vertus en foi
*
Tous les coeurs vertueux , de l'illustre Quintile
Ont plaint le triste sort ;
Mais helas ! en est- il ; qui plus que toi , Virgile ;
Ait dû pleurer sa mort ?
*
A quoi bon , cher Ami , ces pleurs cette tristesse▸
Le sort en est jetté ;
Les Dieux , les justes Dieux à ta vive tendresse
Ne l'avoient que prêté.
Ah quand même ta Lyre harmonieuse , & ten
dre ,
Nous enchanteroit plus ;
Que ce Thrace vanté , qui se faisoit entendre
Aux bois mêmes émus
*
Non , tu ne verrois pas la Parque interessée
A ta vive douleur ,
Rendre , pour t'apaiser , à son ombre glacée
Le sang , & la couleur.
*
Si-tôt que notre fil , helas ! trop peu durable
Tombe sous fon cizeau ,
Riem
1320 MERCURE DE FRANCE
Rien ne peut engager sa main inézorable
A tourner le fuseau.
Loi dure ! mais égale à qui le Prince cede ,
Comme le peuple obscur.
Souffrons donc , sans nous plaindre , un malheur
fans remede ,
Il en sera moins dur
Par M. Strickland , Anglois , de l'Académie
Royale de J....
EXTRAIT de la Dissertation de Mad.
L. M. D. C. Sur la Nature du Feu .
L
E Public a vû cette année un des Evenemens
les plus honorables pour les
Beaux Arts de près de trente Dissertations
présentées par les meilleurs Philosophes de
l'Europe , pour les Prix que l'Académie
Royale des Sciences devoit distribuer l'année
1738. Il n'y en eût que cinq qui concoururent,
& l'une de ces cinq étoit d'une Dame
dont le haut Rang étoit le moindre avan¬
tage.
L'Académie a jugé cette Piéce digne de
Fimpression , & vient de la joindre à celles
qui ont eu le Prix. On sçait que c'est , en
effet ,
JUIN. 1739
7322
effet , être couronné , que d'être imprime
par ordre de cette Compagnie.
Le premier Prix d'Eloquence que donna
autrefois l'Académie Françoise , fut rempor
tée par une Personne du même sexe. Le
Discours sur la Gloire , composé par Mlle
de Scuderi , sera long- temps mémorable par
cette époque ; mais on peut dire , sans flaterie
, que l'Essai de Physique de l'illustre
Dame dont il est ici question , est autant aur
dessus du Discours de Mlle Scuderi , que
les veritables connoissances sont au- dessus
de l'art de la parole , sans qu'on prétende
en cela diminuer le mérite de l'Eloquence
Le Sujet étoit la Nature du Feu & sa Pro
pagation. L'Ouvrage dont on rend compte ,
est fondé en partie sur les idées du grand
Newton , sur celles du célébre M. Sgra
vesende , actuellement vivant
Tout sur les Expériences & les Découver
tes de Boerhaave , qui dans sa Chimie a
traité à fond cette matiere , & l'Europe sça
vante sçait avec quel succès .
ز
mais sur
Il est vrai que ces Notions ne sont pas
généralement goûtées par Messieurs de l'A
cadémie des Sciences ; & quoique l'Acadé
mie en corps n'adopte aucun systême , ce
pendant il est impossible que les Académi
ciens n'adjugent pas le Prix aux opinions les
plus conformes aux leurs . Car toutes choses,
d'ail
Y322 MERCURE DE FRANCE
'd'ailleurs égales , qui peut nous plaire , quë
celui qui est de notre avis ?
C'est ainsi qu'on couronna , il y a quel
ques années , un bon Ouvrage du R. Pere
Maziere , dans lequel il est dit , qu'on ne
s'avisera plus d'admettre désormais les forces
vives de calculer la quantité du mouvement
par le produit de la masse & du quarré de
la vitesse. Calcul assés proscrit alors dans
l'Académie ; mais cette même Académie fit
aussi imprimer l'excellente Dissertation de M.
Bernoulli, qui a mis le sentiment contraire dans
un si beau jour, qu'aujourd'hui plusieurs Académiciens
ne font nulle difficulté d'admettre
les forces vives , & le quarré de cette
vitesse.
Voici à peu près un cas pareil ; le R. Pere
de Fiesce , Jésuite , assûre dans sa Dissertation
, qui a remporté un des Prix , que le
-Feu Elementaire est une chimére , parce
qu'on n'en a jamais vû , & que le Feu est un
mixte composé de sels de soufre , d'air , & de
matiere étherée.
Le R. Pere traite donc de chimeres les admirables
idées de Boerhaave , nous sommes
bien éloignés de vouloir rabaisser l'Ouvrage
du sçavant Jésuite que nous estimons sincérement
; mais nous pensons avec la plûpart
des grands Physiciens de l'Europe , qu'il est
absolument impossible que le Feu soit un
Nous mixte.
JUIN.
1323 17398
Nous ne nous arrêterons pas beaucoup à
combattre cette idée , qu'on ne doit point
admettre de Feu Elementaire , parce qu'il est
invisible ; car l'air est souvent invisible , &
cependant il existe ; la matiere étherée est
bien invisible , bien douteuse , & cependant
le R. Pere de Fiesce l'admet. Il ne paroît
pas vrai , non plus , que nos yeux voyent le
Feu ; car il n'y a point de Feu plus ardent
sur la terre , que la pointe du Cone lumineux
, au foyer d'un verre ardent ; cependant
, comme le remarque très bien la Dame
illustre , qui a fait tant d'honneur aux sentimens
de Boerhaave , on ne voit jamais ce
Feu , que lors qu'il touche quelque objet.
Nous voyons les choses matérielles embra
sées ; mais pour le Feu qui les embrase , il
est prouvé que nous ne le voyons jamais ,'
car il n'y a pas deux sortes de Feu : cet être
qui dilate tout , qui échauffe tout , ou qui
éclaire tout , est le même que la lumiere :
or la lumiere sert à faire voir , & n'est
elle- même jamais aperçuë , donc nous n'apercevons
jamais le Feu pur , qui est la même
chose que la lumiere.
E
Mais
pour être
convaincu
que le Feu ne
sçauroit
être un mixte
produit
par d'autres
mixtes
, il semble
qu'il suffit
de faire les Réfléxions
suivantes
.
Qu'entendez- vous par ce mot produire ?
S
324 MERCURE DE FRANCE
Si le Feu n'est que dévelopé , n'est que délivré
de la prison où il étoit , lors qu'il commence
à paroître , il existoit donc déja , il y
avoit donc une substance de Feu , un Feu
élémentaire caché dans les corps dont il
échape.
corps Si le Feu est un mixte composé des
qui le produisent , il retient donc la substance
de tous ces corps. La lumiere est donc
de l'huile , du sel , du soufre ; elle est donc
l'assemblage de tous les corps. Cet être si
simple , si different des autres êtres , est
donc le résultat d'une infinité de choses auxquelles
il ne ressemble en rien , n'y auroit-il
dans cette idée une contradiction manipas
feste ? Et n'est- il pas bien singulier que dans
un temps où la Philosophie enseigne aux
hommes, qu'un brin d'herbe ne sçauroit être
produit , & que son germe doit être aussi
ancien que le monde , on puisse nous dire ,
que le Feu répandu dans toute la nature est
une production des sels & des soufres , &
de la matiere étherée &c ? Quoi ! je serai
contraint d'avoüer , que tout l'arrangement,
que tout le mouvement possible ne pouront
jamais former un grain de moutarde ? Et j'oserois
assûrer , que le mouvement de quelques
végétaux , & d'une prétendue matiere
éthérée , fait sortir du néant cette substance
de Feu , cette même substance inaltérable
que
JUIN.
1325 1739.
1
que le Soleil nous envoye , qui a des propriétés
si étonnantes , si constantes , qui
seule s'infléchit vers les corps , se réfracte
seule , & seule produit un nombre fixe de
couleurs primitives ?
Que cette idée du fameux Boerhaave , &
des Philosophes modernes est belle , c'està-
dire , vraie ! Que rien ne se peut changer en
rien ; nos corps se détruisent à la verité ;
mais les choses dont ils sont composés , restent
à jamais les mêmes. Jamais l'eau ne
devient terre ; jamais la terre ne devient eau.
Il faut avouer que le grand Newton fut
trompé par une fausse expérience de Boyle ,
quand il crut que l'eau pouvoit se changer
en terre , les expériences de Boerhaave ont
prouvé le contraire. Le Feu est comme les
autres Elemens des corps , il n'est jamais
produit d'un autre , il n'en produit aucun.
Cette idée si philosophique , si vraie , s'ac
corde encore mieux que toute autre avec la
puissante sagesse de celui qui a tout créé
& qui a répandu dans l'Univers une foule
incroyable d'êtres , lesquels peuvent bien se
mêler , se confondre , aider au dévelopement
les uns des autres , mais jamais se convertir
en d'autres substances .
*
Je prie chaque Lecteur d'aprofondir
cette opinion , & de voir si elle tire sa subli-
* Cet Extrait nous viens d'un jeune homme.
mité
1326 MERCURE DE FRANCE
mité d'une autre source que de la verité,
A cette verité l'Auteur ajoûte l'opinion ,
que le Feu n'est point pésant ; & j'avouë
que , quoique j'aye embrassé l'opinion contraire
, après les Boerhaave & les Musbenbroefts
, je suis fort ébranlé par les raisons
qu'on voit dans la Dissertation.
Je ne sçais si toutes les autres matieres ,
ayant reçu de Dieu la propriété de la gravitation
, il n'étoit pas nécessaire qu'il y en
eût une qui servit à désunir continuellement
des corps , que la gravitation tend à.
réunir sans cesse ; le Feu pouroit bien être
l'unique Agent qui divise ce que le reste
assemble. Au moins , si le Feu est pésant ,
on doit être fort incertain sur les Expériences
qui paroissent déposer en faveur de son
poids , & qui toutes , en prouvant trop , ne
prouvent rien : il est beau de se défier quelquefois
de l'Expérience même.
L'illustre Auteur semble prouver par l'Expérience
, & par le raisonnement , que le
Feu tend toujours à l'équilibre , & qu'il est
également répandu dans tout l'espace . Elle
éxamine ensuite comment & en quelle proportion
le Feu agit , & il est à croire , que
ces recherches , si bien faites , & si bien
exposées , auroient eu le Prix , si on n'y
avoit ajoûté une opinion trop hardie.
Cette opinion est, que le Feu n'est ni esprit
ni matiere i
JUIN. 8739 1327
;
ni matiere ; c'est, sans doute, élargir la Sphere
de l'Esprit humain , & de la Nature , que
de reconnoître dans le Créateur la puissance
de former une infinité de Substances
qui ne tiennent ni à cet être purement per
sant , dont nous ne connoissons rien , sinon
la pensée, ni à cet être étendu , dont nous
ne connoissons que l'étendue divisible , figurable
, & mobile ; mais il est bien hardi ,
peut-être , de refuser le nom de matiere au
Feu , qui divise la matiere , & qui agit ,
comme toute matiere , par son mouvement.
24
Quoi qu'il en soit de cette idée , le reste
n'en est ni moins éxact , ni moins vrai. Tout
le Physique du Feu reste le même , toutes
ses propriétés subsistent ; & je ne connois
d'erreurs capitales en Physique , que celles
qui vous donnent une fausse oeconomie de
la Nature. Or , qu'importe que la Lumiere
soit un être à part , ou un être semblable
à la matiere , pourvû qu'on démontre que
c'est un Element doüé de propriétés qui
n'apartiennent qu'à lui ? C'est par là qu'il
faut considérer cette Dissertation ; elle seroit
très -estimable , si elle étoit de la main.
d'un Philosophe uniquement occupé de ces
Recherches mais qu'une Dame occupée
d'ailleurs de soins domestiques , du gouver
nement d'une Famille , & de beaucoup d'af
faires , ait composé un tel Ouvrage , je ne
1. Vol. D sçais
1328 MERCURE DE FRANCE
sçais rien de si glorieux pour son siecle , &
pour le temps éclairé dans lequel nous vivons.
Un des plus sages Philosophes de nos
jours , M. l'Abbé Conti , noble Venitien ,
qui a toujours cultivé la Poësie & les Mathématiques
, ayant lû l'Ouvrage de cette
Dame , ne pût s'empêcher de faire sur le
champ ces Vers Italiens , qui font également
honneur & au Poëte & à Madame la Marquise
du Chaſtelet , les voici :
Si d'Urania e d'Amor questa e la figlia
Cui del bel globo la custodia diero
L'infaillibili Parche , e'l sommo impere
Su tutta l'Amorosa ampia Famiglia ,)
Ad Amore nel volto , ella somiglia
Ad Urania nel rapido pensiero ;
Che sa d'ogni astro , il moto
› e il sentiero
E onde argentea habbia luce , aurea , vermiglia ¿
Non t'inganni mi disse , il franco vate
Ma costei non da Urania , e d'Amore
Ma da Minerva , e d'Apollo ebbe i natale
Come a Minerva , a lec furo svelate
秦
L'opre di Giove , et delle il genitore ,
Proporle, qua'l , oracolo a mortale,
1
LES
JUIN
17397
LES DEUX ASNONS.
FABLE.
103
Par M. l'Abbé Poncy - Neuville.
SEigneurs Asnons suoient sous différens far
deaux ,
L'un étoit chargé d'or , & l'autre de fagots.
Baudet portant le fa'x ignoble ,
Dit à Baudet portant riche metal
Sous charge d'or , tu dois hennir , comme un che
val ;
Et tel que le Seigneur de l'abondant Vignoble ,
Où nous passons , marcher negligemments
Faire le petit important, →
Et conformer ta voix à tá haute fortune ;
Oui, c'est bien dit, repart le Compagnon }
Je vais entonner de façon
Qui ne semblera pas commune ;
Tout aussi- tôt Richard Asnon
Se rengorgeant , haussant le ton
Croit -imiter de Bucephale
Le fier hennissement ,
Et Pardeul Martiale g
L'autre Baudet sourit malignement
Dij ( Autant
1330 MERCURE DE FRANCE
( Autant que Baudet peut le faire ; )
Renard railleur les écoutoit tous deux
Et se trouvant au milieu d'eux ,
Dit à celui que dupoit son confrere ,
Vous vous donnez mal à propos
Bien du tourment pour suivre une chimere
;
Sous l'or, comme sous les fagots
Bête azine est faite pour braire.
LETTRE à M. T..... au sujet des
Traductions en Vers des anciens Poëtes ;
&G.
V
Ous voudriez donc , mon cher Ami
que nous cussions dans notre Langue
'd'excellentes Traductions en Vers de quelques
Poëmes anciens. Il est vrai que nous sommes
inférieurs en cette partie à nos voisins
les Anglois. Cela vous fâche. Vous n'êtes
pas moins bon Citoyen qu'Amateur zelé des
Talens & des Arts. Mais ne suffit- il pas
pour la gloire de notre Parnasse , que nos
Originaux passent à la posterité , après avoir
servi de modéle à nos Contemporains ?
Qu'importe , après tout, qu'Homere , qu'Euripide,
Sophocle , HHoorraaccee , soient traduits ,
оц
JUIN 1739. 7331
›
ou non, en Vers françois, si les Comédies de
Moliere , les Tragédies de Corneille , de
Racine , de M. de Crébillon , les Poësies
de Despreaux , celles de M. Rousseau , la
Henriade , & les autres Ouvrages de son
Auteur , mettent la France à côté de la
Grece & de l'Italie ancienne ? Que feroient
de plus de belles Traductions ? elles nous
tireroient du rang d'infériorité où nous sommes
dans ce genre d'écrire , assés obscur
parmi nous. C'est- là , si je ne me trompe ,
votre idée ; elle a fait naître les Réfléxions
dont je vais vous faire part.
Loin de mépriser les Traductions en vers,
je suis persuadé qu'elles illustreroient un
Auteur , qui auroit assés de génie pour y
réussir éminemment. Je ne crains point d'avancer
que ce travail exige un talent pres4
que égal à celui du Poëte, qu'on entreprend de
traduire. Quelle gloire ne doit donc pas être
attachée au succès ? La Traduction d'Homere
par M. Pope passe communément pour le
plus bel Ouvrage de cet illustre Ecrivain ;
& n'eut- il fait que cela , l'Angleterre le
compteroit , avec raison , au nombre de ses
premiers Poëtes."
Il seroit à souhaiter que les nôtres s'apli
quassent dans leurs momens perdus à mettre
en Vers quelques Piéces de l'Antiquité. Je
veux que leur gloire n'en fût pas augmen-
Diij
tée ;
332 MERCURE DE FRANCE
tée , ce qui est faux ; ils enrichiroient notre
Langue des tours , des expressions , des idées
qui lui manquent, quelque superiorité qu'elle
ait d'ailleurs sur les autres. J'excepte la Grecque
& la Latine . Un Homme de Lettres qui
ne sert sa Patrie , ni dans la Profession
des Armes , ni dans la Magistrature , ne doit
pas demeurer inutile au Bien public . Or il
peut y contribuer , en travaillant à perfectionner
les Sciences , les Arts , & sur tout
la Langue maternelle.
+
Fundet opes Latiumque beabit divite lingua.
Ce dernier objet a donné lieu à l'Institution
de l'Académie Françoise : Etablissement digne
de la grandeur & de la majesté de nos
Rois.
Chaque Ecrivain en particulier , doit être
animé du même desir. Pourquoi certaines
matieres sont- elles interdites à notre Versification
? Pourquoi , par exemple , tous les
termes d'Art & de Science sont- ils relégués
par les Poëtes aux fonds des Dictionaires ?
quelle mauvaise économie , de ne pas jouir
d'un fonds qui nous apartient ! Il est vrai
que notre malheureuse délicatesse nous a
prescrit là - dessus des regles que nous craignons
de violer. Des Vers sur la Physique ,
sur l'Astronomie , sur l'Agriculture , cffaroucheroient
nos Lecteurs frivoles. Les Auteurs
n'aiment
1
JUIN. 1739: 7333
n'aiment point à faire les frais d'une expérience
équivoque : & c'est cette timidité
qui retarde le progrès des Talens.
Vous me faites une longue énumération
des excellens Traducteurs Anglois. J'y trouve
leurs Poëtes les plus estimés : les Dryden
, les Addisson , les Pope , &c... il est
humiliant pour nous de n'avoir à leur oposer
que la Pharsale de Brébeuf , mille fois
plus boursoufflée dans le François que dans
le Latin , avec les Géorgiques languissantes ,
& la froide Eneïde de Segrais .
Je suis mortifié, pour l'honneur de notre
Littérature Françoise , que Racine & Despreaux
n'ayent pas éxécuté le dessein qu'ils
avoient eû de traduire l'Iliade. Je sçais que
les différens morceaux que Despreaux a traduits
de quelques Poëtes Grecs dans le Traité
de Longin , ne sont pas tous de la même
force. Mais figurons- nous un moment toute
l'Iliade écrite en aussi beaux Vers que
ceux- ci :
L'Enfer s'émeut au bruit de Neptune en furie .
Pluton sort de son Trône , il pâlit , il s'écrie :
Il a peur que ce Dieu dans cet affreux sejour
D'un coup de son Trident ne fasse entrer le jour.
Et par le centre ouvert de la terre ébranléc ,
Ne fasse voir du Stix la rive désolée.
D iiij
Ne
1334 MERCURE DE FRANCE
Ne découvre aux vivans cet Empire odieux
Abhorré des Mortels , & craint même des Dieux .
*
*
Sur un Bouclier noir ſept Chefs impitoyables
Epouvantent les Dieux de sermens effroïables ;
Sur un Taureau mourant qu'ils viennent d'égorger
Tous , la main dans le fang , jurent de se venger.
Ils en jurent la Peur , le Dieu Mars , & Bellone.
Il a fallu beaucoup de force & d'enthou
siasme ,pour rendre vivement des idées si terribles.
Il faut donc être grand Poëte pour
traduire dans ce degré de perfection.
י
Nous avons le commencement du Poëme
'de Lucrece , mis en Vers par M. Hainaut.
Ce Morceau n'est connu que d'un petit
nombre d'Amateurs des belles choses , qui
ne se consoleront jamais , que cette tentative
admirable ait été interrompue par la mort
prématurée de l'Auteur. N'avez-vous pas lû
vingt fois avec un nouveau plaisir les Vers
suivans , que je veux copier ici pour la satisfaction
de ceux qui ne connoissent ni Lucrece
ni Hainaut ?
On a vû les Mortels traîner long -temps leur vie ,
Sous la Religion durement asservie ;
* Serment des sept Chefs devant Thebes , Tragedie
Eschale.
LongJUIN.
1739
Longtemps du haut du Ciel ce phantome effi
A lancé fur la Terre un regard foudroyant ;
Mais un Grec, le premier, plein d'une fage auda
L'ofa voir d'un oeil fixe & l'infulter en face :
Tout ce qu'on dit des Dieux ne pût l'en détourner.
La Terre cut beau fremir, le Ciel eut beau tonner;
Il n'en fut que plus vif à percer l'impofture ,
Et plus prompt à s'ouvrir le fein de la Nature.
Dans l'enceinte du Monde il fe crut trop ferré ; -
Le Ciel ne futpas même assés vafte à fon gré.
Rien ne lui fit obftacle , & ce puiſſant Génie
Courut de l'Univers la carriere infinie..
1
Nous pouvons dire , fans être accusés de
trop de prévention pour nos Ecrivains , que:
la Traduction de Marchetti , Ouvrage infi
niment estimable , n'a rien d'égal à cet En
droit du Poëte François . Comparons un trait
de l'Original avec les Vers des deux . Tra
ducteurs..
Quem necfama Deum , necfulmina, nec minitantii
Murmure compressit Cælum , fed eò magis acrem
Virtutem irritat animi , confringere ut arcta
Naturaprimus portarum clauftra cupiret..
Ergo vivida vis animi pervicit , & extra
Proceffit longe flammansia moenia mundi ::
Atque omne immenfum peragyavit mente, animoque
DY Que
336 MERCURE DE FRANCE
Queſti non panentò ne Ciel tonante ,
Nè tremuoto che'l mundo empia d'Orrore,
Ne fama degli Dei , ne fulmin torto
Ma qua l'acciar fu dura alpina cote
Quanto s'agita più , tanto più fplende
Tal dell ' animo fuo mai fempre invitto
Nelle difficoltà crebbe il desiog tal
Di fpezzar pria d'ogn' altro i chiusi e faldi
Chiostri , e le porte di Natura aptire.
Cosi vins ' egli , e con l'Eccelsa mente
Varcando oltre a' confin del nostro mondo
Fu bastante a capir ſpazio infinito .
Marchetti.
Tout ce qu'on dit des Dieux ne pût l'en détourner,
La Terre eutbeau frémir,le Ciel eut beau tonner,& c .
Vous qui connoissez si bien la force & la
justesse des beaux Vers , ne trouvez - vous
pas une difference infinie entre les Périodes
allongées de l'Auteur Italien , & la précision
énergique du Traducteur François ? D'ailleurs
pourquoi affoiblir les pensées hardies
de Lucrece par une comparaison assés médiocre
de l'acier qu'on aiguise sur la Pierre ?
Je vous ai déja dit qu'on ne pouvoit trop
estimer la Traduction de Marchetti. Il faud
avoir eu autant de courage que de talent ,
pour entreprendre & pour achever avec succès
JUIN
1337 17391
cès la Traduction d'un Ouvrage Philosophique
de plus de sept mille Vers. Et quelle
Philosophie ! Ce n'est point l'imagination
riante du sublime Descartes ; les Tourbillons
, la Matiere subtile , les Experiences
singulieres. C'est encore moins le Systême
admirable des couleurs. Vous n'y voyez aucune
de ces Découvertes que nous devons à
la Spéculation de nos Philosophes Modernes
, & que M. de Voltaire a si heureusement
exprimées dans sa brillante Epître à
Mad. la Marquise du Châtelet . C'est un
assemblage de Principes obscurs , d'Idées.
absurdes , qui ne pouvoient se soûtenir que
par l'agrément du style . Les détails ont sauvé
le fonds de l'Ouvrage. Je doute qu'il y ait:
dans Virgile un Morceau qui puisse être
comparé pour la force & - pour la beauté des
Vers à la Description de la Peste d'Athenes .
C'est un Endroit qu'on ne sçauroit lire tranquillement
, & qui inspire , autant d'effroi
que d'admiration. Quelque prévenu que je
sois en faveur du Poëte inimitable , dont la
Lecture fait tous les jours mes délices ' , je :
ne sçaurois mettre en parallele la Peste des
Animaux dans le troisiéme Livre des Géor
giques , avec celle que je viens de vous ra
peller. Mais pour arriver à ces tirades iso
lées de Lucrece , il faut essuyer des cinq ou
six cent Vers d'une sécheresse insuportable..
D vj
Com+
# 338 MERCURE DE FRANCE
Comme nous n'avons parlé dans nos Lettres
, que des Ouvrages des Anciens , je ne
cite point en notre faveur les Traductions de
deux Poëmes de M. Pope , par M. l'Abbé
du Resnel. Elles méritent les plus grands
éloges. Vous n'avez pas oublié ce que je
vous écrivis l'année derniere , de l'Essai sur
'Homme. Nous ne sommes pas si dépourvûs
de Traductions en Prose , nous en avons
d'excellentes ; elles sont trop connues pour
en faire le détail ; toutes celles de M. l'Abbé
d'Olivet sont de ce nombre.
Après tant d'Ouvrages respectables , oserai
-je , mon cher Ami , vous dire un mot de
la Traduction de cette charmante Elégic
d'Ovide , Cum subit illius tristiffima noctis
imago , &c ? ... Les loüanges qu'elle a reçûës
des Gens de Lettres du premier ordre , n'ont
pû la sauver de la critique d'un Professeur
anonyme. Ikm'accuse de n'avoir par entendu
Ces deux Vers :
Ah quoties aliqua dixi properante , quid urges &
Vel quo festines ire , vel unde ? veni.
ن م
Il est évident , selon lui , que ces paroles
veulent dire : Ah ! pourquoi me pressez- vous
tant? Voyez d'où vous voulez que je parte ,
où vous me pressez d'aller. Ce sens est naturel
, je l'avoue , & quand je ne l'aurois pas
Aperçu dans le Texte, Heinsins , dont je me
servois
JUIN. 1739.
¥ 33岁
servois , me l'auroit indiqué. Mais malgré
une autorité si sçavante , cette expression
Quo feftines ire ne me parut pas signifier
en bonne Latinité , Où me pressez- vous d'ai
ler ? J'étois persuadé que le Verbe Feftinare
ne peut regarder que le Lieu , ad Urbem , ad
Villam , in Locum quemdam , &c... & qu'on
ne dit point , Festinare aliquem. Après ce
petit examen de Grammaire , je me déterminai
pour une interpretation aussi naturelle
que l'autre , & d'un sentiment plus
délicat
J'entens le Citoyen , l'Etranger empressé :
Où courez- vous , disois -je , & quel soin vous agite?
Arrêtez , Rome seule est digne qu'on l'habite .
En effet , il n'est personne , s'il lui est arri
vé de quitter par force des Lieux aimés , à
une certaine heure , la nuit , par exemple ;
dans de certains momens , je supose les plus
tendres, qui n'ait raporté tout ce qu'il voyoit,
tout ce qu'il entendoit à sa situation présente.
Car le sentiment naît des moindres
circonstances. Qu'un Amant se sépare d'une
Maîtresse qu'il adore , rencontre- t - il quelqu'un
qui parte en même temps que lui ? il
le plaint ,il le blâme de s'éloigner d'un séjour
délicieux , d'un Lieu habité par .... Julie ,
si c'est Ovide qui est exilé . C'est le propre
de
T340 MERCURE DE FRANCE
de l'Homme de ne voir que soi dans autrui.
,
Je vous prie cependant de consulter des
Personnes éclairées en fait de Latinité. J'avoûrai
ma faute , si j'en ai fait une , & je la
corrigerai . J'observe tous les jours des contradictions
si marquées entre les Traduc-.
teurs & les Commentateurs , que ce qui est
noir chés l'un , est blanc chés l'autre . Il ne
seroit pas singulier qu'il me fût échapé un
contre-sens. Il n'en eft pas de même de la
feconde méprise qui m'est reprochée par le
Profeffeur. Je n'ai point confondu le Capitole
avec le Palais , deux Edifices aussi differens
à Rome , que le Palais où l'on rend
la Justice , eft different à Paris , de celui des
Tuilleries. Mais je fuis convaincu qu'Ovide
en partant de Rome étoit plus occupé du
Palais de l'Empereur , que des Dieux & des
Déeffes du Capitole. Il n'ofa , par respect
ou par crainte , défigner une Maiſon qui lui
étoit fi chere & fi funefte. Pour moi qui
n'ai pas , à beaucoup près , la même confideration
pour Augufte , j'ai voulu rendre les
adieux d'Ovide encore plus intereffans. Je
n'ai point entaffé le Mont Palatin fur la Roche
Tarpéïenne . J'ai laiffée le Capitole où il
étoit. Je n'ai voulu voir que le Palais de
l'Empereur , & je ne dois pas m'en repentir ,
puifque l'apostrophe d'Ovide a paru plus
touJUIN.
1739. 1341
Touchante dans la Traduction que dans l'Original.
C'eft un avantage que ce Poëte m'a
fourni lui-même. Content de me laiffer inferieur
à lui dans tout le refte , il m'a aidé
à le surpaffer dans cet endroit. J'ai entrevû
fes fentimens ; il n'a osé les exprimer. J'ai été
plus hardi. Je n'avois pas à craindre le voyage
de Tomes.
M. de Voltaire n'a pas extrémement goûté
les scrupules du Profeffeur anonyme. Je vous
envoye ce qu'il m'a écrit à ce fujet. Mais je
vous fuplie de n'en faire aucun usage. Il m'avoit
déja fait part de deux Objections plus
importantes. Elles sont dignes de l'étendue
de ses lumieres. L'évidence de l'une m'a frapé.
La voici.
Je vais à présent vous faire une querelle de
Physicien.
Verfaque ab axe fuo parrhafis arctos erat.
Vous rendez ainsi ce Vers :
Mais déja près du Pole où l'ont placé les Dieux ,
L'Aftre de Caliſto diſparoît à nos yeux.
L'Astre de Califto , s'il vous plaît , ne disparoît
point ainsi : la Constellation tourne toujours
à nosyeux autour d'un Pointfixe ; & il
s'agit-là , non pas de son occultation , mais de
son plus grand abaissement. C'est une chose
qu'il faut absolument corriger,fi vous retouchez
se bel Ouvrage.
Je
1342 MERCURE DE FRANCE
Je pourrois répondre à la rigueur , que le
fever & le coucher des Etoiles , selon les
Poëtes , est different du lever & du coucher
de ces mêmes Etoiles , selon les Astrono
mes. Chés les premiers , une Etoile se leve,
quand elle sort des rayons du Soleil. Elle se
couche , quand elle commence à se plonger
dans les rayons. C'est ce qu'on apelle lever
& coucher héliaque. Mais pourquoi bleſſer
les Principes de l'Astronomie ? Nous sommes
dans un siécle où la Poësie commence à s'enrichir
des idées de tous les Arts & de toutes
les Sciences. Ce trésor n'avoit pas encore été
ouvert à nos Poëtes.
J'ai changé les deux Vers critiqués par M.
de Voltaire. Je les place ici en attendant une
occafion de réimprimer l'Elégie d'Ovide .
Mais déja près du Pole où les Dieux l'ont placé ,
L'Aftre de Califto tourne fon Char glacé.
Cette Lettre ne roulant que sur des Tra
ductions , je ne veux point vous parler aujourd'hui
de mes autres travaux Litteraires.
Pour me familiariser avec l'Anglois , je me suis
amusé à traduire la Priere univerfelle de M..
Pope. C'eft une Paraphrase Philofophique
du Pater noster. Il n'y a que 52. Vers dans
ma Traduction comme dans l'Original. Ri
mes croisées , Vers de deux mefures differentes,
partagés en quatrains, Vous trouverez
que
JUIN. 1343 1739
que je me fuis un peu trop affujetti . Mais j'ai
voulu conferver la force & la précision du
Texte , autant que me l'a permis la difficulté
de traduire , & le peu de connoiffance que
j'ai de la Langue Angloife. Je vous abandonne
ce Morceau . Vous le fuprimerez , ou
vous en ferez ufage. Je me repofe de tout
fur votre amitié .
A Montauban le
13
Avril 1739
MADRIGAL ,
Aune Dlle qui avoit demandé à l'Auteur urð
Livre intitulé : Oracles des Sybilles ,
afin d'y tirer au sort.,
CE Livre en Oracles fertile ,
Pour vous , comme pour moi , me paroît inutile ;
Vous-même secondant ou blâmant mon transport ,
Vous pouvez d'un seul mot décider de mon sort :
Et si quelque desir , Philis , vous sollicite
D'aprendre quel destin vous réserve l'Amour
Consultez plutôt tour- à-tour
Vos apas & votre mérite.
Par M. C ** ..
CONTEC344
MERCURE DE FRANCE
: ຈ
CONJECTURES sur l'Origine
des Vents.
Tavoir conjuré pour dépouiller lalune du
Ous nos Physiciens modernes semblent
pouvoir absolu qu'elle conservoit depuis un
temps immémorial sur les choses terreftres ::
on ne pouvoit autrefois planter , semer , se
faire saigner , & se faire couper les cheveux
que sous son bon plaisir, mais son regne est
Fassé , elle n'est plus de mode ; & Descartes
ne lui a laissé de soin que celui du Flux &
Reflux de la Mer. On a donné aux Vents
une partie des effets dont on a dépoüillé la
Lune ; mais si quelque Physicien entreprenoit
de faire voir que les Vents n'ont d'autre
Cause que la Lune il faudroit revenir à
l'ancien sentiment , & convenir que la Lune
agit au moins indirectement sur les choses
d'ici-bas..
>
En admettant avec Descartes l'effet de la
Lune sur la Mer , pourquoi la privera -t- on
de tout effet sur la Terre ? Si la preffion a
assés de force pour abaisser les eaux de la
Mer , & les chasser vers leurs bords , pourquoi
n'en auroit- elle pas assés pour comprimer,
l'air qui se rencontre sur son passage ,
& le faire , pour ainsi dire , refluer vers les
enJUIN.
17398 1345
endroits où il trouvera un espace plus libre ?
Les difficultés de ce Systême seront les mêmes
, que celles qui se rencontrent dans
celui du Reflux , selon Descartes , & recevront
les mêmes solutions.
Si quelque habile Physicien se vouloit
donner la peine de déveloper ce Systême
nous en pourrions tirer quelque probabilité
sur l'Origine des Vents . S'il réussissoit à le
prouver
Mrs les Modernes seroient forcés.
de regarder la Lune comme cause premiere:
de tous les admirables effets , dont l'Auteur
du Spectacle de la Nature fair honneur aux
Vents.
ATroyes , ce dernier Avril 1739 .
LE PAUVRE ET LE RICHE ,
Q
FABLE.
Ui sçait se contenter d'honnête pauvreté ;
Rarement est en bute à la néceffité ;
C'est l'utile leçon qu'à certain Homme riche
Faisoit certain Manant aisé , mais retenu ;
J'aime mieux , disoit-il , mes Troupeaux & ma
Niche
Que vos Palais dorés & votre revenu.
dans mon simple Hermitage ; Tranquile possesseur
De
T346 MERCURE DE FRANCE
De quelques modiques deniers ,
Du pain , tant qu'il m'en faut , des fruits , force
laitage ;
Tout cela me plaît d'avantage
Que vos trésors cachés , que vos vastes Greniersi
Un jour , environ plein un verre ,
Le Riche ayant eu besoin d'eau ,
Dédaigna le secours qu'offroit un clair Ruisseau
Et fut puiser àla Riviere ';:
Sous ses pieds le terrain manqua
Les Torrens d'alentour franchirent leur barriere ,
Et la rapidité du Fleuve l'entraîna.
Souvent l'Ambitieux se plonge dans l'abîme ,
Plus le péril eft grand , moins il en fuit l'excès,
Enfin d'un sot orgueil il devient la victiine ;
Sage crainte eft toujours. Mere du bon succès.
.
De Mont..... Reth.... à Rouen.
အာ
LETTRE à M. D. R. sur les Bureaux
pour la Musique, & sur les Bureaux pour
Les Enfans sourds & muets.
MONSIEUR ,
Quand le Mercure de France n'auroit sur
Les autres Journaux , que l'avantage de pouvoir
JUIN. 17398 1347
voir publier chaque mois ce qu'il y a de
plus nouveau dans la République des Lettres
, les Auteurs & les Lecteurs doivent
sentir le mérite de cette grande commodité.
Je continue donc, Monsieur , d'en profiter,
pour avoir l'honneur de vous dire , qu'en
attendant la suite des abus & des pensées
diverses , sur la Méthode Typographique &
sur l'Education des Enfans , j'ai été obligé
de travailler à la maniere de construire ,
d'étiqueter & de garnir un Bureau pour la
Musique. J'ai trouvé qu'un Casseau de huit
rangs & de seize logettes chacun, donneroit
sur chaque Clef toutes les Notes rondes
blanches, noires , croches , doubles - croches
pointées & non pointées , les petites Notes
d'agrément noires , croches , doubles- croches
, triples- croches , tous les intervalles
tous les agrémens & tous les signes nécessaires
pour mettre d'abord un Enfant en état
de copier toute sorte de Musique , & daprendre
ensuite à la lire & à la chanter avant
que de sçavoir écrire.
:
Après avoir travaillé pour les Enfans qui
ont le bonheur de parler & d'entendre , j'ai
entrepris la maniere de construire , d'étique
ter & de garnir un Bureau pour les Enfans
sourds & muets de l'un & de l'autre sexe
& je me flate de l'avoir trouvée par un Casseau
de six rangs & de trente logettes de
chacun
1348 MERCURE DE FRANCE
chacun à l'ordinaire ; par le moyen duquel
Bureau on pourra montrer aux Sourds &
muets tous les Arts & toutes les Sciences qui
n'ont aucun raport avec les sons. On voit parlà
qu'il seroit très-possible de faire un Bureau
pour un Enfant aveugle de naissance ou par
accident.
S'il y a des idées innées dans l'Homme ,
les Sourds en joüissent ; mais , quand il faudroit
suposer que les idées ne nous viennent
que par la porte ou l'entremise des cinq
sens , il ne s'ensuit pas qu'un Homme privé
de quelqu'un des sens , ne puisse devenir
très- habile par l'usage & la pratique des autres
. On pourroit à cette occasion faire voir
jusques où peut aller la science de chaque
sens en particulier , indépendant l'un de
l'autre , & la science de deux , de trois , de
quatre & de cinq sens réunis , combinés &
associés pour la communication , la comparaison
, l'échange & le commerce des objets
& des idées . Le grand secret consiste donc
à trouver les meilleures routes possibles pour
arriver à l'esprit de l'Enfant sourd & muet ,
& pour lub aprendre par le moyen des objets
visibles & sensibles , à lire , à écrire ,
l'Arithméthique , le Dessein , la Grammaire
Françoise , la Morale , & enfin les Principes
& les Maximes de la Religion - Pratique .
Je n'ai pas besoin d'en dire davantage pour
être
JUIN. 17397
1349
་
être compris des Maîtres de Typographie
surtout de ceux qui se vantent d'avoir perfectionné
la nouvelle Méthode ; c'est aux
Parens à y prendre garde , & à voir si ces
Réformateurs font mieux , que ce qui est
prescrit & démontré dans la Bibliothéque
des Enfans in-4° . Si des Maîtres de Paris ;
sans avoir jamais vû l'Auteur , sans avoir vû
travailler des Enfans Typographes dans des
Ecoles publiques , ou dans des Maisons particulieres
, si ces Maîtres , dis -je , sans aucune
lumiere , sans aucun secours de la Tradition
Typographique , se sont mis en état de
bien montrer la Typographie par la seule
lecture du Livre in- 4°. on ne sçauroit trop
donner de louanges à leur intelligence & à
deur sagacité , mais il semble que les Parens
seront toujours fondés dans leur préjugé
légitime contre des Maîtres , qui , avant que
de se charger de l'Education des Enfans ,
auront négligé de voir l'Auteur , de voir des
Ecoles & des Maisons de Typographie . Un
Maître de Province , loin de Paris , privé du
secours oral , ou de la Tradition immédiate
& pratique , fait comme il peut ; on doit
même lui sçavoir bon gré de son courage
de son zele , & de son entreprise ; pròfitera
de l'avis qui voudra .
J'ai l'honneur d'être , &c.
ENIGME.
1350 MERCURE DE FRANCE
T
ENIGM E.
Out Pays m'eft connu . Du plus haut des Montagnes
Je defcends le matin , j'y regrimpe le ſoir ;
Quoiqu'on m'y puiffe toujours voir ,
Ainfi qu'aux plus razes campagnes ,
Sans la clarté, fouvent je ne fuis rien :
'Auſſi ſuis-je ſans elle , & m'opoſe à fon bien,
Je vais devant , à côté , par derriere ,
Sans laiffer de veftige , & ſans faire aucun bruit÷
Par la chaleur on me cherche , on me ſuit.
Mais à ce trait jugez fi je fuis fiere :
Vîte , allons ; l'épée à la main :
Fuffiez-vous vingt , je paffe mon chemin.
Accordez tout ceci : Quiconque peut me craindre
Paffe pour Poltron fouverain.
Dans mon Néant je puis former un Nain ,
De taille énorme à ne le pouvoir peindre.
J. CHEVRIER ,Organiſte à Chemillé , E. A.
LOGOGRYPHE.
Quoique fruit d'un fimple Arbriſſeau ;
Je vaux cependant quelque chofe ;
Cas
JUI N.
1739. 9351
Car dans plus de fept pieds , fans force de cerveau
,
L'on trouve Rome , Rime , Rofe ,
Un Pere de l'Eglife , un grand Légiflateur ,
Un modele de patience ,
Ce qui , quand on a froid , procure la chaleur ;
Une Province de la France .
Un des fils de Junon. Parfum de forte odeur.
Une Vertu Théologale.
Un Arbre toujours verd. L'oposé de la nuit.
Ce qui du Monde entier fauva la Capitale.
Ce qui fouvent répété , nuit.
Lecteur , il ne faut plus rien dire ;
Je crois vous être trop connu.
Dans Fraife cependant on trouve encore Sire.
Ah ! qu'ai-je dit ? tout eft perdu.
D
J. B. A. Benoît de Meaux ,
AUTR E.
Ans une Ville de renom ,
Trouvez trois notes de Musique ,
Deux grands Prophetes , Paſſion ,
Qu'on peut dire diabolique.
Ce qu'un Eleve d'Apollon
Cherche dans fon Art tyrannique ;
II. Vol. Tre
1352 MERCURE DE FRANCE
Trésor précieux , un Poisson ,
Un Infecte , Homme colérique.
Deux Elémens , Oiſeau vanté ,
Un Animal fort entêté ,
Un faint Abbé , Femme très -ſage.
Dix-huit Infinitifs François ,
Que j'ai bien compté par mes doigts ;
Je n'en puis dire davantage.
A. R. D. R. P.
LOGOGRYPHUS.
PRimafronte bonum longè pretiofius aure
Exhibeo partes verò cumfcindor in aquas ,
Una virum prabet ; folum decet altera Numen.
Senis ex membris libeat fi tollere quartum ,
Horrida Locufta , Circeſque piacula promam.
Rurfus tolle caput , Danaumque repente videbis ,
Cujus paupertas totum eft celebrata per orbem.
Par M.... du Château du Loir,
ALIUS.
Uaras , invenies. Sanctusfum , Lector amice.
Me mea divinum faciunt attingere lumen
Facta ,fed hic fileo ... nimiùm ne dicere cogar.
V₁
JUIN. 2353 1739:
Ut tibifim notus , difcerpito membra Beati
Officium cujus non fit de Martyre. Vertas.
Inverfumfi ritè modis non nofcere poffes
Bis fenis nomen , quaras me menfe Novembri.
Gefto cibum duplicem tibi ( pingue macrumque )
Sum Verbi Scriptor divini : lumine torva :
Me tangit ; me Sexus amat ; me Sexus honorat :
Sum tandem locus , arcus , uro , calor , oraque ; nec plus.
Par Duchemin , Muſicien à Angers.
ALIUS.
Ex verbis Chrifti , fum certè ipſiſſima Chriſtus.
Tres prima decorant Prata colore novo :
Tres iterùm capias ; dubias res affero , Lector :
Cum totidem rursùsfigura Dei :
Jungatur capiti venter , dein ultima ventri ;
Nil mecum timeas , fum valida atque potens ;
Si fervetur idem numerus , tibi pocula promam :
Mefine cum quatuor vivere non poteris.
Par le même.
Eij
NOU354
MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS, & c.
H
ISTOIRE D'EPAMINONDAS , pour servir
de Suite aux Hommes Illustres de
Plutarque , avec des Remarques Critiques'
& Historiques , & les Observations de M.
le Chevalier de Folard , Mestre de Camp
d'Infanterie sur les principales Batailles
d'Epaminondas , par M. l'Abbé Seron de la
Tour. 1739. in- 12 . AParis , chés Didot , ruë
du Hurepoix, à la Bible d'or, 2. liv . brochée .
***
,
3
NOTES ET RESTITUTIONS sur le Commentaire
de Maître Charles du Moulin ,
concernant les Fiefs ; par Maître Etienne
R* Avocat au Parlement , qui y a joint
ne Conference des Editions posthumes
avec les précedentes , par laquelle on connoît
tout ce qui est Addition ou changement
posthume , & dans laquelle on trouve
tout ce qui est dans les précédentes Editions
, & qui n'est point dans les Editions
posthumes. A Paris au Palais , chés J. N.
le Clerc , 1739. in- 4°. de 488. pp . fans la
Préface de 19. L'Ouvrage est en Latin.
HIS
JUIN. 17397
7355
HISTOIRE de l'Académie Royale de l'His
toire Portugaise , par D. Manuel Tellez de
Sylva , Marquis d'Alegrete , Sécretaire de
cette Académie ; dédiée au Roy de Portugal
Don Jean V. Tom . I. in-4° . se trouve à Lisbonne
, chés Joseph - Antoine de Sylva , Im
primeur de l'Académie , 1727. de 412. pag.
sans la Préface. L'Ouvrage est en Portugais.
J
MEMOIRES SUR LA GUERRE , tirés des
Originaux de M *** avec plusieurs Mémoires
concernant les Hôpitaux Militaires ,
présentés au Conseil en 1736. par M ***
A Paris , chés Rollin , fils , Quai des Augustins
, à S. Athanase , 1739. Deux Parties
en un Volume in- 1 2.
SERMONS ET HOMELIES sur les Mysteres
de Notre- Seigneur , de la Sainte Vierge , &
sur d'autres Sujets . Par M. Jerôme de Paris ,
Grand Vicaire & Official de Nevers . Tome
I. A Paris , chés Didot , & Nyon , fils , Qui
des Augustins , 1739. in - 12.
LE NOUVEAU QUARTIER ANGLOIS , ou
Description & Usage d'un nouvel Instrument
pour observer la Latitude sur Mer:
Par M. d'Après de Mannevillette , Lieute-.
nant de Vaisseaux de la Compagnie des Indes.
A Paris , chés Lambert , à la Sagesse
E iij
&
356 MERCURE DE FRANCE
& Durand, à S.Landry, ruë S.Jacques, 1739.
Brochure in - 12.
HISTOIRE DES DUCS DE BRETACNE , &
des differentes Révolutions arrivées dans
cette Province. Histoire particuliere de la
Ligue en Bretagne. Dissertation Historique
sur l'Origine des Bretons , sur leurs Etablis
semens dans l'Armorique , & sur leurs premiers
Rois. Ouvrages divisés , chacun en
deux Tomes , par M. l'Abbé des Fontaines.
A Paris , chés Nyon , fils , Rollin , & dAmonneville
, Quai des Augustins , & Clousier,
ruë S. Jacques.
NOUVEAU TRAITE' des Maladies Véné
riennes , par M. de la Mettrie , Docteur en
Médecine. A Paris , rue S. Jacques , chés
Huart , à la Justice , & Briasson , à la Science
, 1739. Volume in- 12 . de 240. pages.
NOUVEAUX AMUSEMENS DU COEUR
ET DE L'ESPRIT. A la Haye , chés Za
charie Châtelain , 1738 .
LE COMMENCEMENT DE L'HISTOIRE DE
L'EGLISE , ou Paraphrase sur les Actes des
Apôtres ; avec le Texte Latin à la marge , &
des Notes tirées des Peres & des meilleurs
Commentateurs ; par un Religieux Bénédictin
da
JUIN. 1739 1337
de la Congrégation de S.Vanne, & de S. Hy
dulphe. A Paris , chés la Veuve Ganeau,
Libraire , rue S. Jacques , aux Armes de
Dombes , & Ganeau , Libraire , rurë S. Jac
ques , à Saint Louis , 1738. Deux Volumes
in 12. Le premier Tome de 286. pages , le
second de 302 .
LETTRE de M. l'Abbé Carbasus , à M.
de *** Auteur du Temple du Goût , sur la
mode des Instrumens de Musique , avec
l'Origine de la Vielle , Ouvrage curieux &
interessant pour les Amateurs de l'Harmonie.
A Paris , chés la Veuve Allovel , Quai
de Gêvres , à la Croix blanche , prix 1 2. sols,
petite Brochure de 45. pages , 1739 .
"
Dès la troisiéme page , l'Auteur s'exprime
ainsi : » La Muzette & la Vielle n'ont pour
principal objet qu'un dessus ; tout le bruit
» qui les accompagne est un charivari conti-
» nuel , auquel on peut ajoûter le croas-
» sement des Grenouilles pour accompagne-
» ment ; &
le murmure
pour contre- Baffe ,
» ou ronflement que fait la Rouë d'un Coû
» telier , &c.
"
"
» Si l'on dépouille la Vielle de ses Bourdons,
on entendra un deffus maigre & déplaisant,
quand il sera destitué de la confu-
» sion qui cachoit ses défauts , & la méprise
» seroit grave de comparer ce dessus à la
E iiij » beauté
1358 MERCURE DE FRANCE
" beauté de celui d'un Violon , tout autre
» ment articulé avec l'Archet. On doit donc
» conclure la Vielle en tout ou en par-
, que
» tie est très- inférieure , & qu'elle ne peut
» convenir qu'à des Villageois totalement
ignares de bonne Mufique .
"
ود
t
1
,
" Que peut- on penser du goût de plu-
" sieurs Symphonistes , qui , loin de refu-
» ser de concerter avec ces Instrumens , se
» confondent volontiers avec le cornement
»perpetuel de leurs insuportables Bourdons?
» Ignorent- ils que le sérieux est l'Antipode
» de ces Instrumens burlesques ? Et quand
» il y auroit quelque beauté dans le sujet du
» Chant , la précision & la netteté y seroient
» étouffées dans la confufion.
" Ce n'est point le goût , encore moins la
» raison , mais la mode qui a arraché ces
» Instrumens de la main des Aveugles & des
» Pastres , chés qui nos Ancêtres les avoient
relegués. Leur facilité les a rendus com-
» muns , sans leur donner plus de mérite.
"
» Il faut même devenir Pantomime , pour
» leur attirer quelque succès ; & sans les
grimaces de ceux qui en joüent , ils ne
» seroient pas suportables aux oreilles Musi-
» ciennes , après qu'on les a écoutés plus
» d'un quart d'heure.
Après s'être ainsi exprimé au propre, P'Auteur
de la Lettre emploie ensuite l'ironie en ces
termes ;
JUIN.
1359 1739.
و ر
termes : J'ai joué autrefois de la Guitarre
» dit la Marquise .... & j'en ai là une très-
» ornée , qui m'a bien coûté de l'argent .
» Comme il est nécessaire d'avoir deux Vielles
, rep it le Maître , & que la Guitarre
» n'est plus à la mode , je vous en ferai faire
" une Vielle organisée . Quoi ! M. , dit la
Marquise , sacrifier cet Instrument pour....
" Eh , Mad. votre scrupule m'étonne , reprit
» le Maître ; vous n'êtes donc pas informée
» que c'est le seul usage que l'on fait aujour
» d'hui des Théorbes, des Luths , & des Guitarres
? Ces Instrumens Gothiques & mé-
" prisables , sont en dernier ressort méta-
"morphosés en Vielles ; c'est - là leur tom-
" beau.
رد
»Le véritable caractere de la Flûte , dig
» l'Auteur plus bas , est évanoui , & ne se
"reconnoît plus ; les Organistes seuls con-
» servent encore l'idée de la modération
»dans laquelle cet Instrument doit se res-
" traindre.
» Les grands Novateurs en Musique ne
» trouvent rien de difficile , ni de trop rapi
de ; tout leur est pollible. Au lieu d'une
» liaison harmonieuse qui devroit être dans
» leurs chants , c'est une sécheresse aride
» causée par des batteries d'intervalles , lorsqu'ils
s'efforcent de faire béguayer trois ou
" quatre parties sur cet Instrument borné.
ر د
E v L'oy
1360 MERCURE DE FRANCE
99
99
›
" L'oreille Musicienne a beau être à l'affue
» de quelque suite de sons , elle se trouve-
» leurée par la vitesse extravagante de l'exe-
" cution , qui , comme le Violon , estropie
chaque partie ; desorte que le premier
» dessus , le second , la taille , & la basse ne
»se font entendre que par hoquets , tous
» chants tronqués & avortés , qui n'enfan-
» tent que le desordre & la confusion ; en
"joüant tout, ils ne jouent rien. A force de
broder , on ne voit plus le fond de l'étoffe ..
» Sçavez - vous quel est le Remora de ces fa-
» meux Athletes ? C'est de jouer, L'autrejour
»maCloris, ou quelque autre fimple Brunette,
» comme le fameux la Barre les joüoit. Ce
• » Musicien a connu mieux qu'un autre ,
les justes bornes de cet Instrument , quà
sont le tendre & le pastoral ; & s'est contenté
d'y jouer une seule partie , sçavam
» ment ménagée par des sons naturels
» agréables & charmans ; mais cette pruden-
» ce eft gauloise aujourd'hui , tant il est vrai
» que tout fléchit devant le Goût du temps
" & de la Mode.
"
,
" La mode & le caprice du Siécle ont auffi
» étendu leur empire sur la Danse , qu'on a
»fort alterée en l'accompagnant de trop
» d'ornemens , de vivacités , de sauts & de
→ pas pressés , qu'on ne connoiffoit pas dus
temps de nos Peres , où chaque espece de
22 Danse
JUIN. 17391
1361
Danse ne sortoit point des bornes conve-
» nables à son caractere , & où la grace &
» la nobleffe n'avoient rien d'ourré.
L'ARITHMETIQUE DES GEOMETRES , OW
nouveaux Elemens de Mathématiques ; contenant
la Théorie & la Pratique de l'Arithmétique
, une Introduction à l'Algebre & à
F'Analyse , avec la Résolution des Equations
du second & du troifiéme dégré , les Raisons
, Proportions & Progreffions Arithmétiques
& Géométriques , les Combinaisons ;
Arithmétique des Infinis , les Logarithmes,
Les Fractions Décimales , &c. par M. l'Abbé
Deidier. A Paris , chés Charles - Antoine
Jombert , Libraire du Roy pour l'Artillerie &
le Génie , rue S. Jacques , vis- à-vis la ruë des
Mathurins. 1739-
Cet Ouvrage est le premier volume du
nouveau Cours de Mathématiques , dont le
Projet, qui se trouve chés le même Libraire,
a paru au commencement de l'année. Le
second Volume , qui a pour titre, La Science
du Géometre , va paroître inceffamment , &
les deux autres feront achevés d'imprimer
vers le milieu de 1740. Le but de l'Auteur
est d'élever les Commençans à ce qu'il y a
de plus relevé dans les Mathématiques ,sang
qu'ils ayent befoin de recourir aux Maîtres ;
ce qui ne peut manquer d'être d'une grande
E vj
utilites
362 MERCURE DE FRANCE
utilité , surtout dans les Provinces , où les
bons Maîtres ne se trouvent pas aisément .
La méthode & la clarté qui regnent dans ces
Ouvrages , jointes au choix & à l'arrangement
des matieres , font voir que l'Auteur
n'a rien oublié pour bien remplir fon deffein,
& on a tout lieu d'efperer que le Public en
portera le même jugement.
- TRAITE' fur les Lettres de Change , con
tenant l'Analyſe & Démonftration inſtructive
de la valeur des Termes qui la compofent
, de leurs Effets & Conféquences , & c.
par M. Fuleman. A Paris , chés Hourdel , à
l'entrée du Quai des Auguftins , du côté dụ
Pont S. Michel ; Girard , Grand '- Salle du
Palais , vis - à- vis la Grand' - Chambre , au
nom de Jefus ; Charles - Antoine Jombert .
rue Saint Jacques , à l'Image Notre- Dame ,
1739. in- 12 . de 334. pages , fans la Préface
& la Table des Chapitres.
L'Auteur de ce Traité , fait voir, combien
il eft important à toute Perfonne , qui fait
tenir, ou qui reçoit de l'argent par le moyen
des Lettres de Change , d'en bien sçavoir la
forme. 5
Il démontre quelles précautions il eft néceffaire
de prendre dans les differens termes
des Lettres de Change.
Il donne la définition de ces Lettres , à
laquelle
JUIN 1365 17393
laquelle on doit fe conformer , en retranchant
tous les termes ambigus & équivo
ques.
Il expofe combien il importe de bien
connoître la force des termes , & d'en faire
une jufte aplication .
Il fait voir les inconveniens & les Procès
qui naiffent d'une Lettre composée en termes
fujets à interpretation , & donne les moyens
de les prévenir.
›
Il obferve combien on doit aporter d'attention
& de circonſpection à ne tirer remettre
, prendre & n'endoffer que des Lettres
qui feront dans la forme requiſe par le
Droit & par la Coûtume.
Il démontre la maniere & l'ordre que l'on
doit obferver à porter les Lettres fur les
Livres.
Enfin , il expofe que fes Obfervations
quoiqu'étendues , font néanmoins conformes
au fens des Reglemens que quelques
Souverains on eû foin de donner au fujet de
la forme des Lettres de Change.
On imprime actuellement chés Gregoire Dupuis ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Couronne d'or.
La Religion Chrétienne prouvée par les Faits , par M.
l'Abbé Houtteville , de l'Académie Françoise . Cette
nouvelle Edition fera confidérablement augmentée :
elle paroîtra à la S. Martin , le premier Volume
étant fait , & le fecond fort avancé.
Montalane
364 MERCURE DE FRANCE
Montalant , Libraire , Quai des Auguftins à Paris
, donne avis au Public , qu'il a reçû d'Hollande
l'Ouvrage , dont on va voir le Titre . Il vendra séparément
celui de M. Barbeyrac aux Perfonnes qui
ne voudront que la Tête du Corps Diplomatique ,
& non la Suite il donnera l'un & l'autre de ces
Livres de quelque grandeur de Papier que l'on ſouhaitera.
i
SUPPLEMENT au Corps Univerfel Diplomatique
du Droit des Gens , contenant l'Hiftoire des anciens
Traités , ou Recueil Hiftorique & Chronologique
des Traités répandus dans les Auteurs Grecs
& Latins , & autres Monumens de l'Antiquité , depuis
les temps les plus reculés jufques à l'Empire
de Charlemagne. Par M. Barbeyrac , Docteur en
Droit , & Profeffeur en la même Faculté dans l'Univerfité
de Groningue ; pour fervir d'Introduction
au Corps Univerfel Diplomatique : Un Recueil des
Traités d'Alliance , de Paix , de Trève , de Neutralité
, de Commerce & de Garantie , des Conventions
, Pactes , Concordats , & autres Contrats &c.
qui avoient échapé aux premieres recherches de
M. Du Mont ; continué jufqu'à préfent par M.
Rouffer ; enrichi d'une Table générale des Matieres
contenue dans le Corps Diplomatique & dans le
Suplément : Avec le Cérémonial Diplomatique des
Cours de l'Europe , ou Collection des Actes , Mémoires
& Relations qui concernent les Dignités
Titulatures , Honneurs & Prééminences ; les Fonctions
publiques des Souverains , leurs Sacres , Couronnemens
, Mariages , Baptêmes , Enterremens ,
Les Ambaffadeurs , leurs Immunités & Franchiſes ,
Jeurs Démêlés , &c. Recueilli en partie par M. Du
Mont : Mis en ordre & confiderablement augmenté
par M. Rouffet , Membre des Académies des Scien-
Ces.de S. Petersbourg & de Berlin . Ce Recueil a cinq
Volumes
>
JUIN. 1739.
1368
Volumes in-Folio , dont l'Ouvrage de M. Barbeyrac
en fait un , le Recueil des Traités deux , & le Cérémonial
Diplomatique deux autres .
,
André Delaguette , Libraire , rue S Jacques , au
deffus de la rue des Noyers , au Bon Paſteur , &&
S. Antoine vient de faire l'acquifition des Fonds
de Librairie des Srs Edme Couterot & Antoine Chippier.
Il donne avis qu'on trouve dans cette Boutique
beaucoup de Livres de Piété , plufieurs de
Théologie , de Littérature & d'Hiftoire ; & un
Affortiment confiderable d'Uſages . Romains des Impreffions
de Paris , de Lyon , d'Anvers & de Cologne
, de differentes grandeurs , avec tous les Offi
ces nouveaux jufqu'à ce jour.
Le Mercredi 3. Juin , l'Académie Royale des
Sciences élut M. de Buffon de la Compagnie , &
M. Jofeph Juffien , Externe , pour les deux sujets
qui , au choix du Roy , doivent remplir la place
d'Affocié Botanifte , vacante , depuis que M. Bernard
Juffieu eft devenu Pensionaire.
Le Samedi 13. le Comte de Maurepas écrivit à
Académie que le Roy avoit chois M. de Buffon,
Morts d'Hommes Hluftres.
La Religion , la Compagnie de Jefus , & tous les
'Amateurs de la belle & folide Littérature , ont fait
une perte confiderable en la Perfonne du R.P. Joseph
Tournemine , qui mourut le 16 du mois de May
dernier , dans la Maifon Profeffe de cette Ville ,
âgé d'environ 79. ans. Son efprit de prévoyance
dans cette derniere maladie , & les foins d'un fçavant
& fidele Ami , qui avoit & méritoit toute fa
confiance , nous ont mis en état de donner inces--
sammeng
1366 MERCURE DE FRANCE
samment au Public toute la fuite de la Differtation
de ce fçavant Homme , fur un fujet des plus importans
, dont on a vû la premiere Partie dans le
Mercure du mois paffé .
Le 14. Juin , déceda en la Ville de Saint Amand-
Berzy , le Sr Jean Godin , âgé de 96. ans , étant
né en 1643. Il étoit pere du Sr Godin , ancien
Avocat en la Cour, & ayeul du Sr Godin , de l'Académie
Royale des Sciences , Envoyé par ordre du
Roy au Perou , fous l'Equateur, pour connoître la
configuration de la Terre. Ce grand âge ſurprenoit
moins , que le bon jugement , la netteté de la plume
& la fermeté du corps qu'il avoit confervée juſ
qu'au dernier moment , & avec étonnement de tous
ceux qui le connoiffoient .
Dom Edmond Martene , Bénédictin de la Congrégation
de S. Maur , Auteur de plufieurs Ouvr
ges d'Erudition Ecclefiaftique , & en dernier lieu ,
de l'Edition du VI. Tome des Annales de l'Ordre
de S. Benoît , mourut le 20. Juin dans le Monaftere
de S. Germain des Prés , âgé d'environ 84..ans.
ESTAMPES NOUVELLES.
Il paroît depuis peu une Eftampe en hauteur
d'après un Tableau ingénieufement composé par
M. Courtin , & gravée par C Mathey , fous le titre
de l'Amour Medecin . On la vend chés le Sr Surugue,
ruë des Noyers , vis-à-vis S. Yves.
La trente-fixiéme Eftampe que le Sr Moyreau a
gravée depuis peu , d'après Philipe Wauvermans ,
fe vend chés lui , ruë Galande , vis - à - vis S. Blaife ;
c'eft un tyver , on voit dans un Payfage , des Maifons
, des Arbres , des Bucherons coupant du bois ,
un Cheval chargé , des Traîneaux fur la glace , &c.
Voici
JUIN. 1739. 1367
Voici encore deux Eftampes toutes nouvelles
très- bien gravées par le Sr C. N. Cochin , chés qui
elles fe vendent , fur le Pont N. Dame , d'après
deux Tableaux originaux de M. Chardin , du Cabi
ner du Chevalier de la Roque , d'une très -heureuſe
compofition,dans le goût de Teniere , & capables d'en
foûtenir le parallele , au fentiment du Public éclairé,
qui les a vûs exposés au dernier Sallon . Les Eftampes
, fous les Titres de la Fontaine & de la Blan
chiffenfe , font de la même grandeur , ayant is .
pouces & demi de large , fur 14. de haut .
La derniere Eftampe qui vient de paroître , eft le
Triomphe d' Amphitrite , grande compofition en lar
ge , Efquiffe de M. Bouchardon , gravée à l'eau
par C ** & terminée au Burin par Et. Feffard
chés qui elle fe trouve, au Cloître S. Germain l'Auxerrois.
forte
La Suite des Portraits des Grands Hommes & des
Personnes Illuftres dans les Arts & dans les Sciences
, continue de paroître avec succès chés Odicure,
Marchand d'Eftampes , Quai de l'Ecole ; il vient
de mettre en vente , toujours de la ineme grandeur
:
CHILDEBERT I. VI. Roy de France , mort en
558. après 47. ans de Regne , deffiné par Boizot ,
-gravé par Ravenel.
CHARLES ROLLIN , ancien Recteur de l'Univerfité
, Profeffeur d'Eloquence au College Royal , de
l'Académie des Belles- Lettres , né à Paris en janvier
1661. peint par Fontaine , gravé par N. Dupuis.
Il paroît depuis peu deux Vues de Rennes , gra
vées par feu M. Milcent , Ingenieur du Roy dans
la Marine , connu par plufieurs Ouvrages dans ce
genre a
368 MERCURE DE FRANCE
gente , qui lui ont fait beaucoup d'honneur. L'une,
eft l'Elevation en Perſpective de l'Hôtel de Ville de
Rennes , dans lequel le tiennent les Etats de la
Province ; de la Tour de l'Horloge , & du Préfidial ,
conftruits dans la Place neuve , fur les Deffeins de
M. Gabriel , Premier Architecte du Roy fous la
conduite de Mrs Abeilles , pere & fils , & Huguet ,
Ingenieurs , deffinées , & dédiées au Comte de
Toulo se , Amiral de France , & Gouverneur de
Bretagne. La feconde , l'Elevation en Perſpective de
la nouvelle Place du Palais de Rennes , conftruite
auffi & réformée fur les Deffeins de M. Gabriel ,
fou la conduite des Srs Abeille , le Mouffeux &
Huguet. C'eft la véritable repréfentation de la Fête
qui s'eft donnée lors de l'Elevation de la Statuë
Equeftre de Louis XIV . posée par le Sr Chevalier
Entrepreneur le 6. Juillet 1726. je Corps de Ville
préfent & les quinze Compagnies de Milice
Bougeoife fous les Armes , dédiée au Comte de
Toulouse.
Ces Ouvrages fe vendent chés la Veuve Milcent,
ruë de la Savaterie , à l'Hôtel Pepin , laquelle efpere
de continuer cette Suite , fur les Deffeins qui
lui font reftés de fon Epoux , & fur les Planches
commencées .
;
on
Ils fe vendent auffi chés le Sr Defrochers , Graeur
du Roy , & de fon Academie de Peinture &
Sculpture , rue du Foin , près la ruë S. Jacques ;
trouvera les quatre Vues de Paris , en deux Feuilles
chacune deux Vües de Malthe , comme auffi
deux ües du Havre de Grace , dont l'une eft la
Conftruction des Vaiſſeaux , & la Place de Bordeaux,
où doit être érigée la Statuë Equeftre de Louis XV .
Le Sr Deftochers donne avis qu'il continue actuellement
de graver les Hommes Illuftres , dont on
peut faire un Corps d'Hiſtoire , & un Recueil de
Poëfies,
JUIN. 1739 1369
Poëfies , lefquels feront quatre gros Volumes in -4°.
& in-fol. en toute forte de genre , & qui font fa
vorablement reçûs du Public. Il a reçû depuis peu
une Médaille d'or de Sa Majeſté Imperiale , & une
du Prince d'Armstadt , ces Princes faifant cas de fes
salens.
Pierre Yver , demeurant fur la Heere- Gracht ,
entre le Oude-Spiegel- Straat , & le Romeins Arm
Steeg , à Amfterdam , avertit qu'on trouve chés lui
le Portrait de Son Eminence André- Hercules , Cardinal
de Fleury , Grand Aumônier de la Reine
Miniftre d'Etat , Grand Maître & Sur- Intendant des
Poftes , peint par Hiacinte Rigaud , & gravé par le
fameux J. Houbraken. Le Prix eft de cinq Florins.
J
VER S.
Adis le fameux Diogenes ,
En plein jour fa Lanterne en main
Cherchait un Homme dans Athenes ,
Il le chercha toujours en vain.
Le Cynique aujourd'hui plus ſage ,
De tout l'Univers aplaudi ,
( Quel affront pour l'Areopage ! )
Vient de le trouver dans FLEURI.
PREMIER LIVRE DE CHAMARURI,contenant dow
ze Deffeins d'Habits d'Hommes,gravés de grandeur
naturelle. Ouvrage utile aux Etrangers, & aux jeumes
François qui defirent fe perfectionner dans cet
>
Arti
1370 MERCURE DE FRANCE
Art ;; par le Sr Henry , fe vend à Paris chés le Sr Monfe,
Marchand de Dorure , ruë Dauphine à la Ville de
Londres. Prix du Livre entier , 4. livres , la moitié
ou fix Deffeins , 12. liv. grand in-folio . 1739.
* On lit dans un Avertiffement , que l'Auteur de
ces Deffeins s'eft déterminé , d'autant plus volon
tiers , à les donner au Public , que pendant une
longue fuite d'années il a étudié le goût de la Nation
Françoife dans cette partie , & que perfonne
ne s'eft encore avisé de rien publier en ce genre .
Les François font en poffeffion d'inventer les
Modes d'habits & de les enrichir ; prefque toutes
les Cours de l'Europe trouvent du plaifir à les imiter,
à cause de l'air également noble & galant qu'ils
fçavent donner à leurs ajuftemens .
On a tracé avec foin dans cet Ouvrage ſix Deffeins
de Chamarure d'Habits , quatre de Surtouts
& deux d'Habits de Livrée , l'Auteur y a raffemblé
tout ce qu'il y a de plus nouveau & de plus en vogue
; chaque Planche eft cottée d'une lettre alphabetique,
pour diftinguer l'une de l'aatre , au défaut
de nom que ces Deffeins ne peuvent avoir.
Ce n'eft point aux feuls Etrangers qu'on offre cer
Ouvrage , les jeunes Gens qui fe deftinent en France
à cet Art y trouveront dequoi fe former le
goût, & pourront acquerir par ce fecours , des connoiffances
qu'ils ne peuvent avoir qu'après bien de la
pratique ; les Maîtres n'ofant pas leur confier d'abord
des Habits de conséquence , n'ayant pas eû fous
leurs yeux d'affés bons Modeles , & d'affés bons
Principes de Deffein, qui leur ayent donné assés de
lumiere , d'intelligence , & d'invention , pour donner
aux Habits cet air de nobleffe & de goût qu'on
attribue à notre Nation ; la plupart s'abandonnant
à leur imagination , faifissent des idées bizarres &
choquantes , & assemblent confusément des figures,
2.
qui
JUIN.
1739. 1371
qui n'ont rien de naturel , & que tous les bons
Maîtres condamnent .
On a tâché dans ce Livre de marquer les Principes
et les Regles que l'on doit obferver dans la
Chamarure.
1. Les Deffeins qu'on propofe pour Modeles
font de grandeur naturelle , afin d'éviter la difficulté
qu'il y auroit eû d'executer en grand un Deffein
fait en petit.
.Les Paremens de Manches font auffi attachés
au revers de chaque Deffein , afin de faire connoître
l'harmonie et le raport effentiel , qui doit regner
dans la décoration principale et dans les orne
mens de chaque partie .
3º. On trouvera la diftinction qui doit être en
e les Figures ou Ecuffons , qui compofent le Def
Lein , par le jour ou par le vuide qu'on y a ménagé
avec régularité.
4º. Ön confeille de commencer toujours par la
Poche , & de continuer le Deffein en remontant ,
parce qu'il eft très- difficile , en commençant par le
haut , de faire arriver jufte le Deffein , pour l'accor
der avec celui de la Poche.
. Tous les Deffeins font tracés avec des galons
droits , unis , et à dents . On a jugé qu'ils font les
plus propres , pour former des Figures régulieres :
Ce n'eft pas qu'on ne puiffe les executer avec du
galon à colonnes traînées , mais ils perdroient de
leur grace , s'il étoit feftonné , parce que les creux
et les ventres feroient fouvent de fauffes opofitions,
et altereroient l'ordre qui doit être invariable
femblable dans les jours.
et
6°. Il feroit à propos qu'on ne prît pas toutes
fortes de largeurs de galon indiftinctement pour
l'execution de ces Deffeins ; on coureroit riſque de
leur ôter de la grace , parce que les Ecussons ne
pourroicar
1372 MERCURE DE FRANCE
pourroient plus être , ni en même nombre , ni en
même ordre , ou ils formeroient des maffes confu-
Yes , ce qu'on doit abfolûment éviter.
Le Sr Monfe , chés lequel ce Livre fe vend , fournira
le galon fait exprès dans les proportions de
chaque Deffein.
C'eſt aux Maîtres dans cet Art , à juger fi mon
travail peut être , dit l'Auteur , de quelque utilité
à leurs Eleves , et fi je leur ai épargné le temps et
la peine de donner des leçons , et de faire des corrections
détaillées .
Qu'on ne me reproche pas , ajoûte -t - il , d'avoir
obmis l'aunage du galon pour chaque Deffein , it
n'eft pas poffible de le dire avec jufteffe pour chaque
efpece de taille.
On doit obferver auffi que les Deffeins qu'on
'donne pour les Surtouts , peuvent être continués en
Habits , et ceux-ci retranchés en Surtouts ; les Mo
deles de Livrée peuvent auffi être changés.
Si le Public paroît content de ce premier Ouvrage
, l'Auteur projette de le continuer , à meſure
que la nouveauté aura introduit des changemens
confiderables dans les Modes , promettant aux
Maîtres qui lui feront part de leur invention dans
ce genre , de leur en faire honneur , en les faifant
connoître pour Inventeurs.
Le Sr de Blegny , Bourgeois de Paris , donne
avis au Public , qu'il s'eft attaché depuis pluſieurs
années , avec beaucoup de foins et de recherches
à faire une Collection d'environ 3500. Jettons de
cuivre , fort curieux , dont la plus grande partie
font à fleurs de coins.
SÇAVOIR ,
Ceux qui concernent l'Eglife & le Clergé. Ceux
des
JUIN.
7373 17398
des Rois , Reines , Princes et Princeffes de France ,
depuis près de 400 ans. Des Rois , Reines , Prin
ces et Princeffes Etrangers. Ceux des Officiers de
La Maiſon du Roy . Des Ducs et Pairs de France.
Des Chanceliers , Gardes des Sceaux de France , er
Miniftres d'Etat. Du Tréfor Royal , de l'Ordinaire
et Extraordinaire des Guerres. De la Chambre aux
Deniers du Roy , Parties Cafuelles , et de tous les
Domaines du Roy. De la Marine , des Galeres , et
de l'Artillerie de France . De toutes les Cours Superieures
, et autres. Des Prévôts des Marchands
et Echevins de la Ville de Paris , et de Lyon. Ceux
des Pays d'Etats , et des Maires des Villes du Royaume.
Des Intendans et Maîtres des Requêtes , Tréforiers
, et Controlleurs. Une très grande quantité
de Jettons armoriés , de toutes les grandes , anciennes
et illuftres Maifons et Familles de France , et
autres. Jettons de l'Univerfité , Faculté de Médecine
, et des Arts et Métiers . Autres fur un grand
nombre d'Evenemens finguliers de l'Espagne et de
la Hollande. Des Portraits de vénérables Perfonnages
, bien reffemblans , en Jettons , et quantité
d'autres très - curieux dont on peut faire le
détail.
Le Sr de Blegny y a ajoûté une fuite de tous les
Rois de France , depuis Pharamond , jufques et
compris le Regne de Louis XIV. Sur chaque Revers
fe trouve le commencement du Regne de chaque
Roy , leurs actions les plus remarquables , leur
Race , et la durée de leur Regne. Les Curieux qui
voudront acquerir cette fuite de Jettons , s'adrefferont
au Sr de Blegny , qui demeure à Paris , en
la Maiſon faifant le coin des rues des Nonaindieres
et de Jouy , près l'Hôtel d'Aumont.
Le St Lebas , Ingenieur pour les Inftrumens de
Ma
374 MERCURE
DE FRANCE
Mathématique du Roy , logé aux Galleries da
Louvre , s'étant depuis long-temps apliqué à trouver
la véritable compofition des Miroirs de Télefcopes
à réflexion , ⚫a enfin réüſſi , les conftruifant
au- deflus de tous ceux qui ont été faits juſqu'à
préfent en differens Pays , fuivant le ſentiment de
plufieurs Connoiffeurs , qui les ont comparés les
uns avec les autres , & qui n'ont fait aucune difficulté
de donner leur aprobation à ceux qu'a fait
le Sr Lebas , lequel a deplus ajoûté une Piéce pour
obferver le Soleil , dequoi beaucoup de Curieux lui
fçavent bon gré. Plufieurs Seigneurs lui en ayant
demandé d'un plus petit volume , et propres à
mettre dans la poche , il s'eft apliqué à y conferver
la même perfection qu'à ceux qui font beaucoup
plus grands . Ceux que nous annonçons ,
n'ont que 6. pouces de longueur , et font l'effet
d'une Lunette de trois pieds . Il continuë affidûment
à travailler aux uns et aux autres , afin de ſe
mëttre en état de contenter les Curieux , et d'attirer
par ce moyen les aplaudiffemens qu'il a tâché
de mériter par fon travail. On fçait affés la réputation
qu'il s'eft acquife pour tout ce qui regarde
POptique , & furtout pour les grandes et petites
Lunettes d'obfervation , ainfi que pour les Lorgnettes
d'Opera , les Microſcopes univerfels , &c.
Cleret, Marchand d'Eftampes , fur le Quai de
la Feraille , avertit les Curieux , que l'on a fait une
Copie de la Sainte Face de Mellan , déja indiquée
dans le Mercure d'Août 1738.et que lui feul poffede
la Planche originale .
LETTRE
JUIN.
1739 1375
J
LETTRE à M. de *** an fujes
de la Penfion d'Alfort.
'Avois lû comme vous , Monsieur , ce qui parut
et
dans le Mercure de Mai de l'année derniere
Touchant l'établiffement de la Penfion d'Alfort ,
j'avois été charmé dès- lors du Plan qu'on y propofoit
; cependant je n'avois pas cû occasion d'aller
fur les Lieux , pour en voir l'execution par moimême
, et je ne m'y suis transporté depuis peu
que pour être en état de vous répondre avec connoissance
de cause . J'ai donc examiné avec soin
la méthode usitée dans cette Pension , et j'y ai vâ
réaliser bien des idées que j'avois euës moi-même
sur la façon d'enseigner , mais , idées que je n'avois
point suivies , n'ayant pas été en lieu d'en faire
usage.
Plusieurs sçavans Grammairiens et Philosophes
ont travaillé dans ces derniers temps à perfectionner
le Systême de l'Education . M. l'Abbé de Saint
Pierre , M. Fleury , M. Rollin , M. Dumas & quelques
autres , fournissent là- dessus de grandes lumieres
, et ils ont marqué dans le détail tour ce
qui se peut faire en cela de plus efficace et de plus
raisonnable . Néanmoins quoiqu'on ait reconnu
l'importance et la juftesse de leurs réflexions , il ne
paroît pas jusqu'ici qu'on en ait assés profité , et
Î'on peut dire en général , que l'Education publique
se mene à peu près comme auparavant.
Quoiqu'il en soit , il semble que c'eſt pour entrer
dans les vûës de ces Auteurs , et pour contribuer
, autant qu'il eft possible , à ce perfectionement
si desiderable , que s'eft formée la Pension
d'Alfort.
II. Vol. Un
•
1376 MERCURE DE FRANCE
Un des grands défauts du Systême ordinaire ,
s'est le peu de soin que l'on prend de cultiver le
premier âge des Enfans . On ne songe guere à leur
procurer des Maîtres , ni des Instructions suivies ,
avant leur sixième ou septième année , et cette
attention serot , après tout , d'une utilité bien
médiocre dans la pratique de la méthode vulgaire,
puisque , faute de moyens proportionnés à leur
foiblesse , elle ne peut les avancer en aucune sorte,
s'ils ne sont déja passablement au fait de la lecture
et de l'écriture , ce qui dans cette méthode , emporte
souvent bien des années, et cause d'ordinaire
aux Maîtres et aux enfans bien de la peine et du dégoût.
On n'en sçauroit dire autant de l'institution
d'Alfort , la Typographie qu'on y cultive , outre
qu'elle facilite beaucoup ces premiers Elemens
produit encore un autre bien considerable , en ce
que sans les suposer ni les attendre elle fournit
toujours des moyens pour donner à la premiere
enfance des instructions utiles , variées et amusantes
sur l'Ortographe et la Prononciation , sur les
Rudiméns Latins- François , et sur l'Acquifition des
mots , sur tous les Elemens de l'Histoire et de la
Géographie , sur les Figures et sur les Nombres ,
et généralement sur toute cette Partie de la Litterature
sensible , qui ne supose que des mains et une
langue , des yeux et des oreilles , de l'imagination
et de la mémoire.
Il eft donc visible que la Méthode Typographique
exerçant de bonne heure les Enfans , et supléant
même à l'Ecriture , on peut employer avec
fruit au moins trois ou quatre années , qui sont
pour l'ordinaire , ou tout- à -fait perdues , ou extrémement
négligées : cependant ces premieres
apnées mises à profit , sont d'une grande utilité
pour
JUI N. 1377 1739.
pour la suite des Etudes , elles font naître le goût
elles disposent à l'aplication , et c'est de- là principalement
que dépend le succès de l'institution
litteraire . Si l'on manque une fois ces premiers
commencemens , c'est une perte qui devient souvent
irréparable , et qui influë presque toujours sur
le reste de la vie .
Un autre avantage de l'Instruction d'Alfort ,
c'est le choix qu'on y fait des Exercices et des
Etudes . Les Maîtres de cette nouvelle Ecole , ont
parfaitement compris quel doit être le but de l'Education
: Ils m'ont paru bien persuadés que te
temps précieux de la Jeunesse , devoit être naturellement
employé à faire acquisition des connoissances
qui sont les plus nécessaires pour se conduire
dans le monde . En un mot , ils regardent
proprement l'Education comme l'aprentissage des
choses que l'on doit sçavoir et que l'on doit pratiquer
dans la Societé civile , et conséquemment ils
exercent leurs Eleves sur tout ce qui peut être le
plus utile dans la vie , à quelque âge et en quelque
état que l'on se trouve .
C'est dans cette vûë qu'ils s'apliquent à bien
montrer la lecture sur toutes sortes de caracteres et
de chiffres imprimés ou manuscrits, sur toutes sortes
de sujets en Prose et en Vers , sujets qui sont choi
sis exprès , pour amuser et pour instruire , ce.qui
donne de bonne heure aux Enfans une entrée facile
dans les Livres . Ils cultivent également l'Ecriture
et l'Ortographe , et surtout l'Arithmetique ,
Science , comme l'on sçait , fort négligée dans les
Pensions et dans les Colleges , mais qui fait un
des grands objets de l'Education d'Alfort ils
; y
joignent les Principes du Dessein et de la Géometrie
, l'Histoire et la Fable , la Sphere et la Géographie
, la Musique et la Danse.
Fij
Au
378 MERCURE DE FRANCE
Au surplus ,.leur principal Exercice roule sur la
Composition Françoise et sur l'Explication des
Auteurs Latins , en quoi ils choisissent avec raison
ceux qu'ils jugent les plus propres non seulement
à former le style , mais encore à donner des Principes
pour les Sciences et pour les Moeurs. Ansi ,
loin de se borner aux Auteurs Classiques , ils font
voir plusieurs Livres qu'on n'explique point d'ordinaire
, entr'autres , les Instituts de Justinien ,
Quvrage que je crois très utile pour l'instruction
de la Jeunesse . Ils montrent aussi les Regles de la
Poësie dans les deux Langues , sans insister néanmoins
sur la Versification ; car ces Mrs n'exigent
de leurs Disciples aucune de ces Opérations difficiles
, qui suposent de grands talens ou de grands
efforts d'aplication . Pour ce qui est du Grec , ils
ne s'y attachent, qu'autant qu'il faut, pour entendre
les étymologies , à moins que les Parens n'en demandent
davantage .
Au reste , Monsieur , non content d'examiner
la Méthode , j'ai voulu sonder le caractere et le
génie des Maîtres , et il m'a paru que c'étoient
des Gens bien intentionnés , des Grammairiens , et
des Philosophes , qui par zele et par goût , se sont
livrés à l'Education , et qui ont négligé pour cela
des Etablissemens plus avantageux et plus eftimés
dans le monde.
:
A l'égard de la Religion , elle fait le premier
objet qu'ils envisagent , c'est dequoi je me suis
particulierement instruit , et surquoi on s'est bien
expliqué dans le Mercure de May 1738 faire
aimer l'ordre , la raison et la vérité ; inspirer sans
cesse l'esprit de modération , le respect et l'attachement
pour les Superieurs , la justice et l'humanité
pour tous les hommes ; ce n'est point là bâtir
en l'air , ni fonder la Religion sur la mémoire ;
mais
JUIN. 1739. 1379
mais c'est diriger les sentimens et les actions , c'est
former des hommes pour en faire des Chrétiens ;
et pour mieux entretenir ces dispositions dans les
Enfans , on leur fait remarquer sur le vice et la
vertu , sur le juste et l'injuste les divers exemples
que fournit l'Histoire , et ceux même que fournis
P'usage ordinaire de la vie.
Ne balancez donc point , Monsieur , à leur
envoyer vos Enfans , ils ont des femmes entendues
pour en avoir soin , c'est pourquoi l'inconvenient
du bas âge ne doit point vous arrêtér , j'en ai vâ
chés eux, qui n'ont pas plus de trois ans , et qui s'y
portent à merveille , à quoi contribuent beaucoup
le séjour et l'air de la campagne. J'ai été charmé
des progrès qu'ils font , et encore plus de l'empressement
qu'ils ont pour les exercices de leurs
Bureaux .
Je le comprends mieux que jamais ; plus les
Enfans sont jeunes , plus il est aisé de les gagner
et de les plier ; plus on a de temps pour les instruire
, et plutôt ils sont en état de pénétrer dans
les Sciences , ou d'entrer dans le Service , dans le
Commerce ou dans les Affaires . C'est aussi ce que
ces Mrs ne cessent de représenter , et sur quoi ils
fondent principalement le succès de l'Education .
Ils ne promettent pas de faire des prodiges ni
d'infuser les connoissances ou les habitudes ; ils
suposent toujours le temps et l'aplication de la
part des sujets , et ils y ajoûtent seulement du leur ,
le zele et l'assiduité , la méthode et le choix dans
les Etudes , outre qu'ils instruisent par eux- mêmes;
sans se reposer sur des Maîtres gagés , ordinairement
novices et peu capables .
Cette Pension pourroit convenir encore à de
jeunes Gens d'un certain âge , lesquels ayant e
le malheur d'être négligés dans l'enfance , vou-
F iij
droient
1380 MERCURE DE FRANCE
il seroit même
droient tout de bon se remettre à l'Etude , et répas
rer la perte des premieres années :
difficile de trouver un Lieu plus favorable pour
un tel dessein. Là , de jeunes Gens , éloignés des
dissipations et du tumulte , employeroient utilement
trois ou quatre années pour se perfectionner
sur la Lecture , l'Ortographe , l'Ecriture , l'Arithmetique
, l'Histoire et la Géographie , pour acquerir
en même temps une connoissance raisonnable
du François et du Latin , et pour puiser des notions
importantes sur les Arts et les Sciences qui sont le
plus d'usage dans la vie.
Tout cela est du ressort de ces Mrs , et fait partie
de leur Plan , qui , je l'avoue , ne me paroît plus
aussi difficile , que je l'avois jugé d'abord. Je conçois
maintenant qu'il est aisé de parler Science et
raison à de jeures Gens bien intentionnés , et qu'on
peut les familiariser par l'explication par les entretiens
et par les lectures , avec les Auteurs les plus
estimés en chaque genre . C'est aussi ce que j'ai vû
faire dans la Pension d'Alfort , et que j'ai extremement
aprouvé.
Du reste on y fournit , au choix des Parens , et
pour un prix modique , l'hab liement , l'entretien ,
les meubles , et les autres choses nécessaires pour
la subsistance et pour l'Education Vous pour
rez vous adresser sur le Lieu même , ou , si vous
voulez , à Paris , chés M. Marin , Clerc de la Sainte
Chapelle au Palais.
La Maison d'Alfort , grande et bien logeable ,
est située , comme vous çavez , près de Charenton,
dans le voisinage de Paris , et dans une belle exposition
L'Enclos , qui es des plus étendus , renferme
Vignes , Terres labourées , Bois, Potagers, et
Baffe- cour . Je suis , &c.
Sujets
JUIN. 17397 1381
Sujets à traiter.
Abregé Hiftorique & Géographique des Mers ,
Fleuves , Rivieres , Torrens , Ruiffeaux , Fontaines
& Sources d'Eaux Minerales & autres remarquables
, enfemble des Etangs , Lacs , Marais , Puits ,
Viviers , &c où il eft parlé des chofes merveilleufes
qu'on y trouve ; des Animaux , Poiffons & Coquilles
, Arbres , Plantes , & Fruits aquatiques ;
Métaux , & Mineraux , Congellations , & autres
Productions ; avec un Recueil d'Infcriptions de
Fontaines , &c .
อ
Ou
Differtation Hiftorique fur les differentes manieres
de fe falüer , des Baifers , des Embraffides.
& des autres façons de fe témoigner de l'amitié ,
fe rendre des refpects & des bienséances , en ufage
parmi les hommes : des Titres & qualités qu'on
donne & qu'on exige parmi les Grands . Enſemble
des Souhaits , des Complimens , des Deferences ,
des Honneurs , Marques honorifiques , &c ,
Hiftoire des Batailles les plus mémorables de
Terre & de Mer ; des Combats & Défaites ; des
Campemens , Marches & Ketraites fingulieres.
Enſemble , des Sieges , Retranchemens , Surpriſes
& Attaques confiderables & c. où l'on donne un
Précis de ce qui s'eft paffé de plus remarquable
dans chacune de ces Actions , chés les Anciens &
chés les Modernes de toutes Nations .
>
Cet Ouvrage fera enrichi de Remarques & d'Ob .
fervations critiques , de Recherches curieufes , &
de quantité d'Eftampes.
Catalogue des Livres & Privileges vendus au Sr
Juin , Marchand de Papier , rue du Petit Pont , à
Fiiij Paris ,
•
1382 MERCURE DE FRANCE
Paris , par le Sr P. J. Ribou , & dont le débit ſe fait
chés le Sr Pierre de Bats , Libraire
au Palais , dans
la Grand'- Salle , au feptiéme
Pilier , vis- à- vis lą
Cour des Aydes , à S. François
. Sçavoir
:
Oeuvres de Théatre.
De M. Baron , 2 vol . in - 12 .
De M. Hauteroche , 3 vol . in- 12
De M. La Grange - Chancel ,
3 vol. in- 12 avec figures ,
De M. de Champmeſlé , 2 vol . in- 12.
De M. Dancourt , 8 vol . in 12 .
De M. La Foffe , un vol. in - 12.
Sous Preffe.
7
S live
liv. 10 f.
7 liv. 10 f
4 liv. 10 f.
20 liv.
2 liv. 10 f.
Théatre de M. Regnard , nouvelle Edition , revûë ,
corrigée & augmentée .
Après que l'Edition des Oeuvres de M. Regnard ,fera
achevée , on mettra fous Preffe le Théatre de M. le
Grand.
Autres Livres.
L'Hiftoire de Gil- blas de Santillanne , par M.
le Sage , 4 vol. in - 12 , avec Figures. 10 liv.
Nouveau Recueil des plus beaux Secrets de Méde
cine , par M. Lemery , 4 vol. in - 12 , nouvelle
Edition . 10 liv.
Ecole parfaite des Officiers de Bouche , 1 vol . in-12,
nouvelle Edition , avec Figures , 2 liv. 10 f.
Mémoires de M. le Marquis de Monglat , 4 vol .
in- 12.
I
Io liv. Le Sr Juin s'eft attaché à faire fes Editions plus
belles plus correctes que celles qui ont paru juſqu'à
préfent , & il en paraphera les premieres pages , afin
que le Public reconnoiffe avec plus de facilité les Exemplaires
qui ne feront pas defes Editions,
Mrs
JUIN. 1739.
1383
Mrs les Magiftrats & Avocats de tous les Parlemens
& Jurifdictions du Royaume , font avertis que
le Sr N. Caranove , Imprimeur - Libraire Juré de
Toulouſe , donnera inceffamment un Volume inquarto
, intitulé : Traité de la Révocation & nullité
des Donations , Legs , Inftitutions , Fideicommis o
Elections d'Heritiers par l'ingratitude , l'incapacité
l'indignité des Donataires , Heritiers , Légataires ,
Subftitués & Elús à une Succeffion . Par Noble
de la R.... Ecuyer & Avocat au Parlement de
Provence .
Cet Ouvrage eft dédié au Duc de Villars.
9
Le Siége des Matieres qui font comprifes dans
fon Traité , eft la célebre Loi Generaliter 10. Cod.
de Revocand. Donat , unic . de la Loi Uniq. Cod. de
ingrat . liberis , touchant la Révocation des Donations
, Legs , &c . pour caufe d'ingratitude . Il examine
& décide tous les cas qui les rendent nuls
ce qui eft compris dans dix Livres , lefquels contiennent
; Sçavoir , les dix premiers , quatorze
Queftions ou Chapitres chacun , & la fuite entiere
du Livre Dixiéme , vingt- huit Queftions ou Chapitres
, fans y comprendre la Dédicace , la Préface,.
& les Tables des Matieres & celles des Cha
pitres.
Il vient, enfuite à l'incapacité des Donataires ,,
Légataires , &c. dont il difcute les Questions célebres
& notables qui les concernent , elles font:
en grand nombre , & il les décide par la difpofition
des Loix Civiles , par l'autorité des Ordonnances
, Edits & Déclarations du Roy , par la
Jurifprudence des Cours Souveraines du Royau
me , & par l'opinion commune de Docteurs. Il
pe prend rien fur fon compte , & il a pour
& pour fondement de bons & sûrs garans ..
L'Auteur traite enfin les Queftions qui regar-
Ev
bafe
deus
#384 MERCURE DE FRANCE
,
dent l'indignité des Donataires , Heritiers , Léga
taires &c. dont les Queftions prennent leur
fource dans le titre du ff. de His qua ut indignis , &e.
& dans celui du Code de His quibus ut indignis
le champ eft vafte , & la matiere très - abondante.
Ilfe vend à Paris chés P. Giffart , ruë S. Jacques,
à Sainte Therefe.
Mad. Boivin , ruë S. Honoré , à la Regle d'or ,,
vend un nouveau Livre de Piéces de Clavecin ,
de la compofition de M. Handel , V. Ouvrage ,
dont le Prix eft de 7. liv . Elle vend auffi le Portrait
de M. Handel gravé par Schmidt. Prix
1. liv. f. On lit ces Vers au bas du Portrait :
4.
Ici , graces aux doctes veilles.
D'un Artifte laborieux ,,
Celui qui fait partout le charme des oreilles ,
Fait auffi le plaifir des yeux.
J
LETTRE de M. B. à M.D.L. R.
E fçais , Monfieur , que vous vous faites un
vrai plaifir d'inftruire le Public des nouvelles
Découvertes qui fe font dans tous les Arts. Le Sr
Gabriel , Chimifte , vient d'en faire une auffi utile
qu'agreable. La connoiffance qu'il a des Simples
& de leurs proprietés , fon zele pour le bien public
, l'ont déterminé il y a long-temps à travailler
avec une aplication dont lui feul eft capable.
L'Elixir nommé Garrus a excité fon émulation ; fes.
recherches l'ont convaincu de la bonté de ce Remede
, fans lui ôter l'efperance d'en compoſer un ,
dont les proprietés fuflent plus étendues , & le fe
Cours plus prompt , & plus efficace. On doit à fes
lone
JUIN. 1739. 1385
longues méditations l'ELIXIR SOUVERAIN , qui
fait déja tant de bruit , & dont une infinité de
Perfonnes ont reffenti les heureux effets foit
pour les Coliques , la Dyffenterie , les Fiévres de
toute efpece , les Indigeftions , les Foibleffas d'eftomach
, les Vomiffemens , la petite Verole ,
Rougeole , &c.
la
La modicité du Prix de ce Remede , met tout le
monde en état de s'en fervir. La Bouteille de demi-
feptier , eft de huit livres ; celle contenant la
moitié du demi-feptier , de quatre livres .
Il demeure à Paris dans la Cour du Temple ,
chés M. Fagot , Marchand de Vin.
Le Sr Sorraiz , Chirurgien Eſpagnol , ci-devant
Chirurgien des Ambaffadeurs de S. M. C. , reçû à
S. Côme pour la guérifon des Defcentes ou Hernies
s'étant apliqué particulierement à connoître
la conftruction des Parties où fe forment les Defcentes
ou Hernies , & les differentes maladies qui
arrivent à toutes les Parties , a fait des obfervations
& des réflexions très-exactes , pour empêcher qu'il
n'arrive à ces Parties de fâcheux accidens , comme
on le voit arriver tous les jours , faute d'un
bon bandage : & pour cet effet , il a inventé & fait
plufieurs fortes de Bandages pour toutes fortes de
Defcentes , plus utiles & plus commodes ceux
que
qui ont paru jufqu'à préfent. Les uns font unis , &
les autres à refforts ; avec ceux qui font à refforts
les malades ont l'avantage & la facilité de compri
mer ou lâcher le Couffinet fur la Partie affligée ,
d'un demi-quart de ligne de diftance de plus ou de
moins. Avec tous ces Bandages , les Malades peu--
vent faire toutes fortes d'exercices ; comme monter
à cheval , courir la pofte , faire des armes , & fe
mettre dans toutes fortes d'attitudes , fans fe bleffer
E vj
1386 MERCURE DE FRANCE
ni s'incommoder , avec la facilité de mettre le Bandage
à la poche & de coucher avec. Il avertit
qu'il fait tenir avec les Bandages , les Parties dans
leur lieu naturel , quelque vieille & invetérée que
foit la Defcente , fans adherance : méthode inconnuë
jufqu'à préfent , & de plufieurs fortes pour le
nombril , dit exhomphale , & pour toutes fortes
d'aneuvrines dans les articulations , avec la facilité
de donner le mouvement ; comme il l'a donné en
dernier lieu au bras droit de M. Le Beau , Concierge
de M. le Duc lequel avoit depuis près d'un
an fon bras en écharpe, condamné de le tenir le
refte de fes jours de même , fon bras étant devenu
très extenué par les differentes compreffions de
Bandages , & fon aneuvrifme augmentant toujours
, préfentement fon bras a pris l'embonpoint
comme à la partie opofée , l'aneuvriſme diminuée,
& la pultation des deux bras égale , fe fervant de
fon bras en toutes sortes d'exercices .
la
Il a inventé auffi un Bandage d'argent , très- utile
& très commode pour remettre & retenir dans
fa fituation naturelle la matrice aux femmes fujettes
au relâchement ou chute de cette partie ; feul
moyen pour qu'elles puiffent guérir , fans compter
gra de commodité dont l'Auteur poffede la méthode
, qui eft de la faire accommoder par elles--
mêmes , fans aucun fecours étranges. Il fait auffi
des Bandages d'a gent pour la chute du fondement,
laiffant paffer le vent & les matieres liquides ; &
des Bandages pour prévenir les Defcentes quipourroient
arriver aux Perfonnes qui courent la
pofte , qui aprennent à monter à cheval , & à faire
des armes. Il fait encore un Sufpenfoir très - commode
pour ceux qui montent à cheval ou marchent
beaucoup , ou qui ont des varicoceles , fans aucuns
liens entre les cuiffes , entretenant les parties ar
naturel .
11
JUIN. 1739
1387
Il a fait de grands progrès , entre- autres , fur
une Perfonne très- connue dans le Public , qui
avoit une Defcente fi confiderable , que depuis
fix ou fept ans fes parties n'étoient point rentrées
, & étoit obligée de garder la chambre
& le plus fouvent le lit ; de façon qu'aujourd'hui
elle monte à cheval , va à la chaffe , &c. Il a eû le
bonheur de guérir plufieurs Perfonnes de 30 , 40 &
So ans , qui avoient de vieilles Defcentes , Papar
plication & le séjour de fes Baudages , entre autres,
le Frere Antoine , Capucin , Apoticaire , rue Saint
Honoré , âgé de 63 ans , d'une vieille Deſcente de
plus de 40 ans , par conféquent il guérit plus facilement
les jeunes Gens. L'Auteur entreprend les
Malades jufqu'à Pentiere guériſon ,. & il ne prend
rien qu'après qu'ils font guéris . Les Perfonnes curieufes
de la vérité de fes Opérations , n'ont qu'à
voir l'Hifto re de l'Académie des Sciences de Paris,
de l'année 1730.
Le Sr Sorraiz , eft obligé , pour l'utilité publique,
d'avertir ceux qui voudront de fes Ouvrages , de
prendre bien exactement la meſure de la circonference
du corps , médiatement à la racine de l'os
pubis , & marquer le côté affligé , & s'il eft affligé
des deux côtés , il faut auffi prendre la diftance d'un
anneau à l'autre , & marquer le côté le plus affligé,
comme auffi la qualité de la maladie & la grandeur.
de la Perfonne , en marquant combien elle a de
pieds de hauteur , & fi elle eft graffe ou maigre ;
obfervations très - néceffaires pour foulager les Malades
que l'Auteur ne pourra voir lui - même.
Il demeure rue des Cordeliers , vis - à- vis la ruë
Haute-Feuille , entre S. Cofme & les Cordeliers , où
eft fon Tableau fon Enfeigne. On le trouve les
après- midi , depuis deux heures jusqu'à cinq,
M
7388 MERCURE DE FRANCE
>
M. Chycoineau , Confeiller d'Etat , & Premier
Médecin du Roy , ayant été informé de la guériſon
de plufieurs Perfonnes de confidération , par les
Remedes composés depuis plus de 40 ans par Mad.
de l'Eftrade , a bien voulu , pour l'utilité & le fou-
Jagement du Public , donnner fon Aprobation pour
les débiter ; fçavoir , une Eau contre Dartres vives
& farineufes , Boutons Rougeurs , Taches de
Rouffeur , & autres Maladies de la Peau , & un
Baume blanc en confiftance de Pomade , qui ôte les
cavités & les rougeurs après la petite Verole , les
taches jaunes , le hale , &c. Ces Remedes fe gardent
tant que
l'on veut , & peuvent ſe tranſporter
partout. Les Bouteilles de cette Eau font de 2. 3. 4.
6. livres & au- deffus , felon la grandeur. Les Pots
de Baume blanc font de 3.liv . 10. fols , & les demi
de I. liv. 15. fols .
Mad. de l'Eftrade demeure à Paris , ruë de la Comédie
Françoife , chés un Grainetier , au premier
Apartement. Il y a une Affiche au-deffus de la Porte.
丸
SPECTACLES.
EXTRAIT du nouveau Ballet représenté
le 21. May par l'Académie Royale de Musique
, qui a pour titre : Les Fêtes d'Hebé
ou Les Talens Lyriques.
'Auteur du Poëme est anonyme ; & M.
L'Aumeau,dont les talens sont assés con-
,
nus , l'a mis en Musique : le Public a rendu
au dernier la justice qu'il mérite ; pour le
premier
JUIN. 1739. 1389
premier , nous ne serons que ses Echosa
Voici ce qu'il dit lui -même de sa Versification
, dans une Lettre imprimée à la tête de
son Opera , écrite à M. Rameau .
Vous me fachez beaucoup , Monsieur
quoi ? il faut abfolument que le Poëme d'un
Ballet soit imprimé avant la représentation ?.
Je me flatois qu'on pourroit se soustraire à l'usage,
& qu'il nous suffiroit d'exposer simplement
le sujet de chaque Entrée . Songez donc
que je n'ai jamais compté vous envoyer qu'un
enchaînement de Scenes , qui prêtassent à la
Musique & au Spectacle : & en vérité des
Scenes ainsi sacrifiées , ne prétendent point à la
Lecture. Au moins, pour ma consolation , quand
des Connoisseurs vous reprocheront d'avoir
travaillé sur une Versification bien differente
de celle qui réussit aujourd'hui , qu'ils sachent ,
je vous prie , que j'en ai dit avant eux tout ce
qu'ilspourront en dire. Eh! la Musique
de notre Ballet soit goûtée autant que je crois
qu'elle érite de l'être , & , pour cette fois-ci
n'en demandons pas d'avantage.
J
que
&
pour
lui
Que ce soit modestie ou sincerité , qui
fasse parler l'Auteur dans cette Lettre , c'est
ce que nous n'examinerons pas ;
faire voir que nous l'en croyons aveuglément
sur sa parole , nous nous abstiendrons des
citations ordinaires dont nos Extraits sont
ornés. Le Sujet du Prologue , est Hebé qui
versoit
1390 MERCURE DE FRANCE
versoit le Nectar à la table des Dieux ; mais
leur inconstance ayant obligé cette Déesse à
abandonner l'Olympe , elle chercha sur la
Terre un azile plus heureux. Natalis Comes.
Le Théatre représente une Campagne riante ;
on découvre le Mont Olympe dans l'enfoncement.
Momus & Hebé ouvrent la Scene . Momus
dit galammnnt à cette Déesse que son exil
va faire le bonheur de la Terre.
Les Graces viennent faire leur Cour à la
Déesse de la Jeunesse . L'une porte l'Arc de
P'Amour , & l'autre son Carquois , la troisiéme
va prendre l'Amour , & l'amene auprès
d'Hebé. Hebé , charmée de l'honneur
que le Dieu de Cythere lui fait , lui dit qu'
elle ne regrette plus le séjour des Cieux.
L'Amour invite les Habitans des prochains
Bocages à venir rendre leurs hommages à
Hebé. Ces Bergers sont Theffaliens. L'Amour
annonce le sujet du Ballet, en ordonant
à Polimnie & à Terpsicore de faire triompher
les Talens Lyriques sur les bords de la Seine,
où il va les suivre avec Hebé . Hebé monte
dans un Char.. L'Amour & Zephire volent à
ses côtés.
, LA POESIE . Premiere Entrée dont le
sujet est Sapho, surnommée dans l'Antiquité la
dixième Muse , qui fleuriffoit à Lesbos en même
temps qu' Alcée , un des plusfameux Poëtes de
Lo
JUIN. 1398 1739.
la Grece. Ce n'est point ici Sapho , telle que
l'Histoire la dépeint dans les dernieres années
de fa vie. C'est Sapho , jeune encore , touchée
des talens d'Alcée , goûtant les charmes du
mystere , & digne des hommages d'une Cour
éclairée.
On a suposé l'exil d Alcée , pour jetter de
Pinterêt , s'il est possible , dans une Entrée de
Ballet. L'Action se passe dans la journée même
, où l'Arrêt d'Alcée est prononcé. On tâche
enfin de conserver à ce Poëte le caractere emporté
que lui donne Horace : Alcxi minaces
camoenæ,
Le Théatre représente un Bosquet , dans
le fond duquel on distingue deux Portiques
de verdure. Sapho se plaint de l'exil prononcé
contre Alcée par Hymas , Roy de
Lesbos , à la sollicitation de Theleme, Favori
de ce Prince , & Rival d'Alcée.
Sapho , ne doutant point de la perfidie
de Theleme , prend le parti de la feinte , &
le prie de faire ensorte que le Roy , au retour
de la chasse , puisse venir dans sa solitude
, où elle a préparé des Jeux. Theleme
donne dans le piége , & lui promet d'amener
le Roy.
Alcée , avant que d'executer l'ordre qui
l'exile , vient prendre congé de Sapho. Elle
lui aprend que Theleme est son Rival , &
que c'est lui qui le fait exiler. Alcée éclate
1
392 MERCURE DE FRANCE
en imprécations contre son Ennemi. Le
Roy vient , Alcée se retire . Sapho donne une
Fêre au Roy. Ces Jeux consistent dans une
Allégo ie , convenable à l'exil d'Alcée . Une
Nayade se plaint de l'inconstance d'un Ruisseau
, qui , loin de suivre sa premiere pente
, a detourné son cours ; le Fleuve qui a
fait le mal de cette Nayade plaintive , ramene
le Ruisseau fugitif vers sa chere Nayade.
Le Roy , touché de cette ingénieuse
allégorie , & de la générosité du Fleuve , qui
rejoint deux Amans , fait connoître à Sapho
combien il est pénétré de cet exemple , Sapho
l'invite à le suivre , & lui expose la perfidie
de Theleme , qui la sépare de son cher
Alcée. Le Roy lui promet de révoquer l'exil
de son Amant ; Theleme se retire ; Alcée
paroît , & se jette aux pieds du Roy. Cette
Allégorie est suivie d'une Fête Marine .
7
LA MUSIQUE. Seconde Entrée. En voici le
sujet.
Tirtéefut envoyé d' Athenes aux Lacédémo
niens pour commander dans la Guerre qu'ils
avoient contre les Habitans de Messene. L'Assassinat
de Théléclès , prédécesseur de Licurgue,
étoit le principal sujet de cette Guerre: le courage
se rallentissoit de part & d'autre ; mais Tirtée,
instruit dès son enfance dans l'Art séduisant
de la Musique , rassembla un jour tout le Peuple
de Lacédémone , en chantant sur le ton
Lydien;
JUIN. 1739. 1391
Lydien , &, passant tout à coup au mode Phrygien
, sa voix inspira tant d'ardeur aux Soldats
, qu'ils volerent au Champ de Bataille , &
les Lacédémoniens remporterent une Victoire
qui sembloit pancher du côté de l'Armée de
Platon , Plutarque .
Méssene .
Le Théatre représente le Peristille d'un
Temple.
Iphise , Princesse du Sang de Licurgue
ouvre la Scene. Elle se rapelle tendrement
le jour où Tirtée , à la faveur de ses chants ,
trouva le chemin de son coeur. Licurgue ,
sortant du Temple , vient aprendre à Iphise
l'Oracle qui vient d'y être prononcé , en ces
termes :
Peuples , la main d'Iphife
A Tirtée eft promiſe.
Sans l'aveu de la gloire on forme ces liens
Le Ciel qui pour vous s'intereffe ,
Deftine à la Princeffe
Le Vainqueur des Meffeniens.
Licurgue ajoûte que Tirtée est prêt à bra
ver le hazard d'une Bataille , & qu'il a attesté
Mars & tous les Dieux , qu'il triomphera
des Ennemis de Lacédémone.
Licurgue , par le feu qui regne dans ses
chants , remplit ses Soldats d'une nouvelle
ardeur ; ils ne demandent que le combat &
S
394 MERCURE DE FRANCE
se flatent de la Victoire : Tirtée profite du
transport guerrier qu'il vient de leur inspi
rer ; il se met à leur tête , & les mene aux
Ennemis.
Pendant que les Lacédémoniens sont aux
mains avec les Messeniens , un nouvel Oracle
annonce la Victoire à Iphise. Tirtée revient
triomphant. Une Fête guerriere céle
bre le bonheur des Lacédémoniens , de Tir
tée & d'Iphise.
LA DANSE. Troisième Entrée.
SUJET. Mercure , selon plusieurs Mytolo
gistes , étoit le Dieu de tous les Arts. Paroîtrat-
il hors de vraisemblance qu'on l'ait représenté
amoureux d'une Bergere , qui mérite , par ses
talens , d'être admise à la Cour de Terpficores
Le Théatre représente un Bocage. On dicon
vre un Hameau dans l'éloignement.
Mercure fait entendre dans un court Mo
nologue , que l'Amour l'Amour lui promet la conquête
du plus aimable objet. Voyant aprocher
le Berger Eurilas , il sort pour quitter
son Caducée , & pour reparoître en Berger ,
une Houlette à la main.
Eurilas se fiate d'être aimé d'Eglé , quoi
qu'il n'ait jamais découvert son amour à
cette aimable Bergere ; il croit que le grand
art pour triompher d'une Belle est de
lui cacher les tendres sentimens qu'on a pour
elle .
>
Меке
JUIN. 1739 1393
Mercure revient en Berger ; comme il se
dit Etranger , il prie Eurilas de l'instruire de
ce qui se passe
se passe dans ce Hameau . Eurilas lui
aprend que la Bergere Eglé doit venir au
Temple de l'Hymen , faire choix d'un heureux
Epoux : il ajoûte qu'elle est la Nymphe
la plus chere de Terpsicore , & que cette
Muse , pour prix de sa Danse , lui promet
la chaîne la plus belle . Mercure raille finement
Eurilas , & le flate qu'il va l'emporter
sur tous ses Rivaux . Eurilas au bruit d'un
Hautbois qui lui annonce Eglé , se retire , de
peur que ses yeux ne trahissent le secret de
son coeur.
,
Eglé paroît , dansant au son du Hautbois
qui vient de l'annoncer ; elle fe partage quelque
temps entre Palemon , qui la fait danser,
& Mercure , qui par ses chants imite le Hautbois.
Elle se détermine en faveur de Mer
cure ; Palemon se retire , & par dépit il brise
son Hautbois. La déclaration d'amour entre
Mercure & Eglé , a fait beaucoup de plaisir.
La Dlle Mariette & le Sr Jeliote , qui ont
rempli ces deux Rolles , les ont parfaitement
bien rendus , & au gré des Connoisseurs
les plus délicats . Mercure ne peut lui cacher
plus long- temps qu'un Dieu est sa conquête,
& la prie de le préferer à tous ses Rivaux
dans le choix qu'elle va faire .
Les Bergers du Hameau s'assemblent ,
&
SE
1.
396 MERCURE DE FRANCE
se disputent la gloire d'être choisis par Eglé,
elle danse devant eux ; ils aspirent tous à la
guirlande dont elle doit couronner son vainqueur
; mais Mercure l'emporte. Eurilas se
console de cette préference , par une espece
de mépris marqué dans ces Vers :
Pour un autre Eglé ſe déclare !
Efpoir flateur , qu'êtes-vous devenu ?
Mais que je fuis vengé par un choix fi bizare !
Il falloit à fon coeur un Berger inconnu .
Mercure venge Eglé de ce prétendu mé
pris , en se faisant connoître. Ce dernier
Acte a obtenu la préference sur les deux précédens
, ayant été généralement goûté , &
les plus difficiles ne se lassant pas de le
voir.
La seconde Entrée de ce Ballet n'ayant pas
été généralement goûtée , comme on vient
de le voir , on en a réformé quelques Endroits
, & par-là on l'a mise en état d'être
aplaudie. Voici l'arrangement des Scenes.
Dans la premiere , Iphise se plaint aux
Dieux , dont l'Oracle veut que sa main soit
Le prix du Vainqueur des Messeniens . Dans
la seconde , Tirtée , Amant d'Iphise , vient
rassûrer sa Princesse par ces Vers.
Princeffe , du Deftin craignez moins le courroux.
Je vais , en ma faveur , faire expliquer l'Oracle ;
De
JUIN.
1397 1739:
De nos Guerriers je conduirai les coups ;
Quand les Dieux ont paru déclarés contre nous
Leur voix à votre Amant opofoit cet obſtacle ,
Pour le rendre digne de vous.
"
Pour préparer les Spectateurs au prodige
que la Musique va produire , il rapelle à
Iphise le souvenir de la Victoire qu'elle a
déja remportée sur les Atheniens rebelles ,
dont elle desarma la fureur ; il finit par ce
trait :
Le fuccès de mes chants eft plu sûr en ce jour.
Apollon feul alors avoit monté ma Lyre .
Si leur charme eft fi fort lors qu'Apollon m'inſpire,
Que ne feront-ils pas , inſpirés par l'Amour ?
Tirtée , après avoir rassûré Iphise , apelle
les Guerriers qui doivent le suivre. Il leur
parle des Heros qui ont fondé leur Empire ;
Il les invite à marcher sur leurs traces ; &
voyant qu'ils brûlent de la même ardeur
dont il eft animé , il les mene au combat
ou plûtôt à la Victoire. Iphise , pendant que
Tirtée va combattre , implore le fecours des
Dieux par ces Vers :
Veillez fur ces Guerriers , juftes Dieux que j'im➡
plore ;
Protegez , Dieux puiffans , un Heros que j'adore :
yous caufez tous les maux que j'éprouve en ce jour,
Vous
398 MERCURE DE FRANCE
Vous voulez que l'Hymen ait l'aveu de la gloire ;
Commandez donc à la Victoire
De prendre l'aveu de l'Amour.
Ces six Vers ont remplacé avantageusement
le Pas de Cinq , qui disoit à peu près
la même chose , mais d'une maniere moins
claire.
Après un Hymne adressé à Apollon par
Les Dames de Sparte' , le son de la Trompette
annonce la Victoire de Tirtée ; il vient
en confirmer le bruit , & la célebrer par des
Chants & par des Danfes. Cette Entrée finit
par ce Due, chanté par Tirtée & par Iphise.
Nos craintes ,
Nos plaintes
Ont defarmé les Dieux :
Nos chaînes ,
Nos peines ,
Tout nous eft précieux.
Hymen , Amour ,
Voici votre grand jour ;
Regnez , triomphez tour à tour ;
Formez les noeuds ,
Qui vont nous rendre heureux.
Regnez , fervez de beaux feux.
Les Comédiens François préparent une Tragédie
nouvelle , fous le titre de Thelamire , qui fera
donnée
JUIN.
1739 1399
Jonnée au commencement du mois prochain. On
prétend que c'eft la même qui avoit déja été préfentée
aux Comédiens , fous le titre de Philoxene .
Le 25. Juin , les Comédiens Italiens donnerent
la premiere repréſentation d'une Piéce nouvelle en
Profe & en trois Actes , avec un très joli Divertiflement
, intitulée , Les Caprices du Coeur de l'Ef
prit. Cette Comédie , qui eft de la compoſition de
M. Delife , fort connu par plufieurs autres bonnes
Piéces jouées fur le même Théatre , a été reçûë
favorablement , nous en donnerons l'analyſe au
plutôt .
Le 15. le Sr Sticotti , originaire de Venife , nouvel
Acteur, âgé de dix - neuf ans , débuta fur le Théa
tre Italien , dans la Comédie de la Surpriſe de l'Amour
, & joua le principal Rolle , dans lequel il fut
aplaudi. Il a paru encore dans d'autres Piéces avec
le même fuccès . Le Pere & le Frere aîné du nouvel
Acteur , font de la même Troupe.
Le 30. Juin , le Lieutenant Géneral de Police fit
l'ouverture de la Foire S. Laurent avec les cérémonies
accoûtumées . Ce Magiftrat avoit rendu fon
Ordonnance le 16. du même mois , concernant ce
qui doit être obfervé par les Marchands qui y font
établis , & qui renouvelle la défenſe des Jeux , & c.
Le même jour , l'Opera Comique fit auffi l'ouverture
de ſon Théatre par une Piéce nouvelle , intitulée
, les trois Prologues , mêlée de Chants & de
Danfes fort variés & fort bien executés . Ce Divertiffement
eft terminé par une Pantomime en
Scenes muettes , executée par une Troupe Etrangere
avec beaucoup de précifion .
On mande de Compiegne , qu'il y a une affés
. II. Vol. G bonne
1400 MERCURE DE ANCE
bonne Troupe de Comédiens , le Roy ayant bien
voulu permettre qu'elle y reftât pendant le séjour
que la Cour y fera. Le Sr Moylin , qui en eft l'Entrepreneur
, & un des premiers Acteurs , y a fait
conftruire une Loge dans les Foffés du Cours , près
de la Riviere , adoffée au Rempart. Elle a 102.
pieds de long fur 33. de large , avec un Plafond à
22. pieds d'élevation . Cette Loge renferme un
Théatre aflés fpacieux , & au tour de la Salle un
rang de premieres & fecondes Loges , avec un
Parquet , & un Parterre qui peut contenir 400.
Perfonnes.
Cette Troupe , qui est composée d'environ 25.
Perfonnes , joie indifferemment les Piéces de l'ancien
& du nouveau Théatre Italien , & pluſieurs du
Théatre François. On y execute très- bien des Ballets
sérieux et comiques .
On fir l'ouverture de ce Théatre le 21. Juin , par
la Comédie intitulée , l'Embarras des Richeffes , avec
fes agrémens, Piéce du nouveau Théatre Italien . On
en a joué enfuite plufieurs autres du même Théatre
, & entr'autres , Arlequin Sauvage , la Vie eſt
un Songe , Timon le Misantrope , Arlequin Enfant ,
Statue Perroquet , &c. Les mêmes Comédiens
jouent auffi les Piéces du Théatre François , & ont
représenté les Menechmes , le Préjugé à la mode, ¿c.
& differens Ballets Pantomimes , qui ont fait beau
coup de plaifir. Les jours de Chaffe , la Comédie
ne commence qu'après dix heures du foir , & les
autres jours à fix heures . On paye les mêmes Prix.
qu'on paye à Paris à la Comédie Françoife.
Voici plusieurs Fragmens de la Tragédie
de Sèthos , comme nous les avons promis le
mois dernier; & pour mettre plus de liaisons
entreJUI
N. 1739.
1401
Entre-eux , Hous avons crû devoir les accompagner
d'une espece d'Analyse de la
Piéce.
Au premier Acte , Céphise dit à Spanie que
tout se prépare pour son Mariage avec Pamphos
, & que Cheres victorieux arrive avec
son Amant. Spanie témoigne quelque chagrin
; Céphise lui en demande la cause , cette
Princesse s'explique alors sur l'amour que
lui avoit inspiré Cheres lorsqu'il parut મે
Tanis.
Tu fçais que de tout temps , infenfible à l'amour ,
D'un oeil indifferent je voyois à la Cour
Ces flots d'Adorateurs qui cherchant à me plaire ,
Innondoient chaque jour le Palais de mon Pere :
Amans ambitieux , que dans leurs voeux fecrets ,
Le Trône charmoit plus que mes foibles attraits.
Sans la raiſon d'Etat , une amoureuſe flâme ,
N'avoit pû juſqu'alors , fe gliffer dans mon ame ,
Et j'attendois toujours , pour nommer mon vain
queur ,
Que mon Pere & mon Roy difposât de mon coeur.
Ce coeur donc, libre encor, goûtoit un fort paiſible,
Quand un fameux Héros vint le rendre fenfible ,
Ce Héros, dont l'Egypte admire les Exploits,
Sans naiffance , dit-on , mais plus grand que les
Rois :
Eh ! qu'importe le fang qui coule dans fes veines !
Gij
DC
1402 MERCURE DE FRANCE
De la fource du Nil les recherches font vaines,
Qui fait la renommée eft affés glorieux ;
La fublime Vertu n'a pas befoin d'Ayeux.
Cet illuftre Inconnu , Guerrier & Pacifique ,
Après avoir été le falut de l'Afrique ,
Avoir fait adopter à cent Peuples divers
Ces Vertus que l'Egypte enfeigne à l'Univers ,
Triomphant de l'Erreur & de la Barbarie ,
Cheres , l'heureux Cheres revoyoit fa Patrie ,
Quand l'Arabe en fareur précipitant ſes pas ,
Déja nous menaçoit d'envahir nos Etats.
Contre ce fier Torrent , Cheres eft une Digue ,
A la tête des fiens , & de fon fang prodigue ,
Il combat en Vainqueur , & fes heureux Drapeaux
Pourfuivent l'Ennemi jufque dans fes Vaiffeaux.
Tanis reçût bientôt ce Héros falutaire ,
Il parut comme un Dieu dans la Cour de mo
Pere.
Eh qui reffemble plus à la Divinité ,
Que ceux qui des Humains font la félicité ?
Elle fait entendre que Cheres avoit parû
aussi l'aimer , mais qu'il fut obligé de repar
tir de Tanis pour combattre les Arabes , &
que bientôt après elle fut destinée au Prince
qui va l'épouser. Surquoi elle dit ;
Pamphos a des vertus , & fans antipathie ,
Céphise , à fon deftin je puis me voir unie ;
Mais
•
JUIN 1739 1403
Mais fi l'on m'eût permis de ferrer d'autres noeuds,
Sois sûre que Cheres auroit eû tous mes voeux .
Daluca arrive , qui lui confirme la Victoire
Temportée sur les Ennemis , & la célébration
prochaine de son Mariage , Spanie se retire .
Daluça, qui se croit au comble de ses voeux,
se rapelle avec complaisance la conduite
qu'elle a tenue pour réussir dans ses desseins,
& en entretient Merope dans ces termes :
t
Au moment que Nephté defcendit chés les Morts ,
Pour occuper fon lit je fis tous mes efforts ;
Et bientôt , fans avoir la qualité de Reine ,
Du Roy , de fes Etats , je me vis Souveraine
Ma naiffance fembloit m'exclure de ce rang :
L'Art furvint , où manquoit la dignité du fang.
D'un Prince effeminé je furpris la tendreffe ,
L'Epouſe fur le Trône annoblit la Maîtreffe ;
Et faiſant taire enfin , & l'Egypte , & ſes Loix ,
Je me vis en état de lui donner des Rois .
J'éloignai des Confeils ces Miniftres severes ,
Dujoug que j'impofois dangereux adverſaires .
Je fis plus , je changeai la face de la Cour ,
Des aufteres Vertus elle étoit le séjour ,
Des Jeux & des Plaifirs elle devint l'azile ;
Aleurs douces leçons la Jeuneffe docile ,
S'amollit aisément au fein des voluptés ;
Et fuivant à l'envi d'aimables nouveautés
1
Giilj
Aban
1404 MERCURE DE FRANCE
Abandonna ces Arts , ces nobles Exercices ,
Qui laiffoient ignorer jufques au nom des vices ;
Elevoient le génie , annobliffoient les coeurs ,
Fortifioient les corps , & diftinguoient nos moeurs
Ainfi dans mon Palais ouvert à la molleffe ,
De vains amuſemens nouriffoient la pareffe ,
Et je voyois partout le Regne des Plaifirs
Former des Courtiſans au gré de mes defirs.
Ceux qui de la Vertu ſuivoient les loix ſuprêmés ,
Craignoient ma Politique & s'exiloient eux-mêmes
;
De leur fageffe auftere ils délivroient mes yeux ,
A ma nouvelle Cour ils étoient odieux ;
Car , comme tu le vois , je l'avois composée
D'une jeune Nobleffe & vaine & méprisée ,
De Miniftres vendus aux paffions des Grands ,
Dignes de mes Projets, indignes de leurs rangs.
Elle dit qu'elle a fait mourir Sethos , à quoi
elle ajoûte : 1
Ainfi la route au Trône à mon fils fut ouverte.
Oforoth fut d'abord fenfible à cette perte ;
Mais ce Prince peu propre à nourrir la douleur ,
Dans les bras du Plaifir oublia fon malheur.
Toute l'autorité dans mes mains fut remife ,
La Cour, plus que jamais , fut rampante & ſoûmiſe,
Le Roy n'oſe pas voir ce que j'ai pu tramèr ;
Quand il ouvre les yeux , je fçais les lui fermer;
pû
Moid
JUIN. 140 17397
*
S
Moi-même j'ai choifi tout ce qui l'environne ,
Et nul , fans mon aveu , n'aproche fa Perfonne.
Par cet art de regner , je fais ce qu'il me plaît ,
D'un Epoux foupçonneux , qui dans le fond me
hait ,
Que mon pouvoir offenfe , & mes careffes gênent,
Qui voit fouvent le piége où mes avis l'entraînent;
Mais qui foible , & toujours facile à gouverner ,
N'a jamais été Roy , que pour me couronner.
>
Mais elle est troublée par un songe où elle
a cru voir Sethos. Osoroth lui présente Cheres
& à son aspect elle croit reconnoître
celui qu'elle avoit vû dans ce songe . Cheres
fait , à sa priere , le récit du dernier combat,
dans lequel , comme il le remarque , le Prince
Beon lui avoit sauvé la vie . Osoroth est
impatient de voir le Chef des Ennemis , qui
avoit été fait Prisonnier ; Cheres prie Osoroth
d'assembler son Conseil , pour y examiner
ce Prisonnier ; Daluca veut s'y oposer
, mais Osoroth aprouve la proposition
de Cheres .
La premiere Scene du, second Acte se passe
entre Sethos & Amedes. Cet Amedes avoit
été Gouverneur du Prince , & il en étoit
séparé depuis le combat de Coptos. Sethos
lui fait un Portrait de Daluca en ces ter
mes :
G üiij Daluca
406 MERCURE DE FRANCE
Daluca , qu'un fang vil loin de nous a fait naître,
Sçût s'emparer du Trône & du coeur de son Maître,
Cette Femme, fuivant fon orgueilleux projet,
1
N'a fait de fon Epoux que fon premier Sujet.
De-là font nés les maux que fouffre cet Empire ;
Mes yeux en font témoins, & mon coeur en foûpire,
Ce n'eft plus cet Etat jadis fi floriſſant ;
Je n'ai trouvé partout qu'un Peuple gémiffant.
J'ai vu les Champs deferts , les Villes defolées ,
Les Temples abattus , leurs Offrandes pillées ,&c.
Que vous dirai je enfiu ? l'infàme trahiſon ,
Les embûches , les fers , le meurtre , le poifon,
Le crime triomphant , l'innocence oprimée ,
Font voir fi Daluca dément fa renommée.
Après une autre Scene entre Osoroth &
Sethos , toujours cru Cheres , dans laquelle
il aprend que la Princeffe Spanie est arrivée à
la Cour , pour y épouser Pamphos , paroît
Daluca avec ceux qui composent le Conseil.
C'est- là que l'Auteur a placé la reconnoissance
de Sethos . Nous n'extrairons rien de
ces Scenes , parce qu'elles sont trop liées
'ensemble , & que d'ailleurs elles méritent
bien , surtout par la beauté des sentimens ,
d'être lûes dans la Piéce ; nous ajoûterons
seulement qu'Osoroth après avoir reconnu
son fils dans le prétendu Cheres , lui cede sa
Cou
JUI N. 1407 1739
Couronne. Daluca termine l'Acte.
Monologue .
par ce
ร
Ainfi tous mes Projets s'en vont s'évanoüir !
De mon defaſtre affreux le cruel va joüir !
Mon plus grand ennemi me tient en fa puiffance ,
Il peut lancer fur moi les traits de fa vengeance
Et voilà tout le fruit des travaux de vingt ans !
Voilà ce qu'ont produit mes forfaits éclatans !
Sethos vit ! Sethos regne ! effroyable pensée !
Qu'à l'afpect d'un Rival mon ame eft couroucée !
Comment s'eft- il fouftrait à la perfide main ,
Qu'à Coptos autrefois j'armai contre fon fein ?
Dieux cruels ! vous avez trompé mon eſperance ,
Et fur un faux raport prenant trop d'affûrance ,
Ma Politique habile a formé vainement
"
J
Des deffeins que le fort renverfe en un moment,
C'en eft fait. Je succombe . O defefpoir ! O rage ! ...
Mais dois-je donc céder au Deftin qui m'outrage !
Rempliffons ce Palais de troubles & d'horreurs :
Sar ton Trône , Sethos , crains encor mes fureurs .
Daluca ne connoît les remords ni les larmes
Sans combattre du moins je ne rends point les
armes.
Bravons tous les malheurs qui me font préparés.
Je puis je puis porier des coups plus affûrés. 2.
Dans mon jufte dépit , oprimant qui m'oprime ,
Comme j'ai commencé finiffors par le crime.
Gv Spanie
1408 MERCURE DE FRANCE
Spanie & Céphise ouvrent le troisiéme
'Acte. Céphise veut flater l'amour de Spanie
pour Sethos , qui étant devenu Roy
cédera pas , J
ne
dit- elle sa Maîtreffe à son frere .
Spanie , fondée sur la Politique de son Pere,
qui ne veut point la marier à un Prince qui
soit Roy , ou qui puiffe l'être par lui même
ne se prête point à l'espoir que Céphise veut
lui donner. Voici comme elle s'exprime à ce
sujet.
71
Tu préfumes beaucoup . Le Sort m'eſt fi contraire ,
Que je n'efpere rien , quand tout veut que j'efpere.
Je retrouve , Céphise , un Amant glorieux ,
Un Héros dont cent Rois compofent les Ayeux ,
"
Que dans tous ses Projets conduit la Vertu même ,
Un Prince tout puiffant, né pour le rang suprême,
Mais fi- tôt qu'il y monte , il eft perdu pour moi.
Mon Pere , tu le fçais , s'en eft fait une loi .
Non , pour fon Frere enfin Sethos n'eft point à
craindre.
Le Sort n'en veut qu'à moi , Spanie eft ſeule à
plaindre.
D'un amour malheureux je dois me détacher ,
Un mérite parfait avoit fçû me toucher,
Mon trop fenfible coeur s'en eft laiffé furprendre;,
Mais de tant de vertus pouvoit- il fe défendre ?
Et quelle ame bien née , en voyant ce Heros ,
Céphise , peut encor conferver fon repos ?
Que
JUIN. 1409 1739.
Que l'Amour eft puiſſant quand il naît de l'Eftime !
Qu'il en coûte pour vaincre une ardeur légitime !
Je fçaurai , toutefois , fidelle à mon devoir ,
Combattre & furmonter un amour ſans eſpoir ;
A fortir de mon coeur je fçaurai le contraindre
La Vertu l'alluma ; la Vertu va l'éteindre.
Et Pamphos , que je dois regarder comme Epoux,
Va devenir l'objet de mes voeux les plus doux.
Céphire aporte differentes raisons pour combattre
celles de Spanie , qui persiste toujours
dans la même pensée , & semble vouloir
douter de l'amour de Sethos , sous prétexte
qu'il tarde trop à la voir. Sethos arrive . H
commence par s'excuser auprès de la Princesse
, du mystere qu'il lui a fait à Tanis de
son nom & de sa naissance. Spanie lui répond
:
Ce que j'aprend's , Seigneur , de votre deſtinée ,
Quoiqu'allés imprévu , ne m'a point étonnée:
Sorti du Sang des Rois , vous pourriez chés les
Dieux ,
Sans me furprendre encor me montrer vos Aycux
Cette immortalité que le Ciel vous deſtine ,
Vous rend digne à mes yeux d'une telle origine..
Cheres étoit fi grand par fes nobles Travaux ,
Qu'il ne s'éleve point en devenant Sethos ;
Et s'il eft revêtu de la toute- puiffance "
G. vj
LA
410 MERCURE DE FRANCE
༈
Le mérite l'eût fait , ainfi que la naiffance.
Ce doit m'être , Seigneur , un fpectacle bien doux ,
De voir du moins Sethos Frere de mon Epoux.
3
Sethos lui déclare toute sa passion pour
elle , & proteste qu'il ne souffrira point que
l'hymen de Pamphos s'accomplisse. Il presse
Spanie de s'expliquer en sa faveur , sur quoi
elle lui dit :
Si vous jugiez en Roy , du coeur d'une Princeffe ,
Vous ne feriez jamais expliquer fa tendreſſe ;
Vous fçauriez que foûmife à de feveres Loix ,
D'aimer ou de hair , elle n'a pas le choix .
Plus on eft prêt du Trône , & plus on eft Efclave
A l'abri de nos fers la liberté nous brave ;
Loin du fuperbe joug que l'on porte à la Cour,
Chés les fimples Mortels elle fait fon séjour ,
Et voit d'un oeil content l'auftere obéiſſance ,
Tyrannifer en nous une illuftre Naiffance.
Mais , après tout , Seigneur , il nous eft glorieux
D'immoler à l'Etat nos faûpirs & nos voeux.
Du moins fi notre Sexe , ennemi des ailarmes ,
Ne fçauroit fuporter le tumulte des armes ,
Ni ces fameux Travaux dont la Gloire eft le Prix,
Autant qu'il eft en nous , fervant notre Pays ,
Nous lui facrifions le choix d'un hymenée ,,
D'où dépend quelquefois toute la deſtinée.
Sur
JUIN 1739% 1411
#5
Sur cette réponse , Sethos se persuade que
le coeur de Spanie incline pour Pamphos ; &
;
il se trouve d'autant plus malheureux , qu'il
n'aura jamais la force de vaincre fon amour.
Spanie lui dit alors :
Eh ! bien , recevez -en l'exemple d'une Femme
Peut-être aurois- je dû fous des voiles difcrets
Vous cacher de mon coeur les fentimens fecrets.
Mais s'il fort de ma bouche un aveu trop fincere
Je vous estime affés pour ofer vous le faire .
Le Deftin nous impofe une commune Loi ,
Et je ne vous crois pas moins de vertu qu'à moi.
Sçachez , loin qu'à vos voeux mon ame fût rebelle,,
Que nos coeurs ont brûlé d'une ardeur mutuelle ; ?
Que dans le mien , Seigneur , l'Amour avoit lancé
Ce trait , ce même trait dont vous fûtes bleflé ;
Je connus fon Triomphe , & n'en pris point d'al
Farmes ,
Le cruel m'attaquoit par de trop belles armes
›
II me montroit en vous cent vertus à la fois ,
Le Vainqueur des Tyrans , & le Vengeur des Rois.
Je me faifois fouvent raconter votre hiſtoire
Et me flatois un jour d'en partager la gloire.
Quel eût été mon fort ! .... je l'avouerai , Seigneur ,?
Vivre votre compagne eût fait tout mon bonheur.
Soûtenez ma Vertu, Dieux puiffans que j'implore.
L'efperance s'éteint, & mon feu brûle cacore :
Ne
1412 MERCURE DE FRANCE
Ne vous offenfez pas , en condamnant mes voeux ,
Des foûpirs que m'arrache un amour vertueux.
Et vous , Seigneur , & vous , auteur de cette flâme ,
Ne vous prévalez point d'avoir lu dans mon ame.
Et bien loin deformais de prétendre à mon coeur ,
Aprenez de Spanie à vaincre votre ardeur.
Sethos , au comble du bonheur , se promet
tout de la déclaration que vient de lui
faire Spanie ; mais cette Princesse , loin de
lui laisser sur cela aucune espérance , l'assûre
en le quittant , que sa main ne sçauroit être
à lui , & qu'elle va la donner , avec le Trône
de Tanis , à Pamphos.
Ce Prince arrive & demande à Séthos ,
son agrément sur ce Mariage. C'est une des
situations de la Piéce qui , vrai- semblablement
, auroit fait un coup de Théatre heureux
, si elle eût été représentée.
Pour revenir à notre Extrait , Séthos ordonne
à Pamphos de renoncer à son amour ,
& cette Scene est suivie d'une autre entre
Daluca & Pamphos , qui lui aprend l'amour
de Séthos pour Spanie . Elle lui ordonne de
se joindre à son frere pour executer un projet
qu'elle a formé .
L'Acte finit par une Scene entre Séthos &
Amedes , qui combat l'Amour de ce Prince.
Osoroth ,allarmé de ce qu'il vient d'aprendre
concernant l'amour de Sethos pour Spanie
comJUIN
1413 1739
Commence le quatriéme Acte avecAmedes &
l'exhorte à détourner Séthos de cette Passion
La Reine paroît, Osoroth veut la rassûrer sur
les inquietudes qu'elle peut prendre à ce su
jet , & il la quitte pour aller voir son fils.
Beon & Pamphos arrivent , Daluca leur
expose en détail tout ce qu'elle a fait pour.
leur élevation , & la politique qu'elle a tenue
pour procurerun Trône à l'un avant le temps,
& à l'autre un Hymen d'autant plus glorieux
qu'il est suivi d'une Couronne , puis elle .
ajoûte :
Mais quel coup imprévû nous menace en ce jour !
On veut vous dérober les fruits de ma tendreffe ,
A vous , une Couronne ; à vous une Maîtreffe. ›
Ur frere ( eh ! que sçait -on si c'eſt le vrai Sethos ? )
Seroit pour nous , mes fils , une source de maux ,
Si les plus grands revers allarmoient mon courage ,
Ou qu'on pût fous mes yeux détruire mon Ou
vrage.
Non,vous m'avez coûté, pour combler vos souhaits,
Trop de soins, de travaux, même trop de forfaits ;
D'un Hymen glorieux , & du pouvoir ſuprême
J'ai depuis trop long-temps , flaté deux fils que
j'aime ,
Pour laiffer leur fortune errer au gré du fort ,
Et la voir aujourd'hui faire nauffrage au Port.
Uniffons- nous ensemble , ofons fur une Barbare
Reprendre
1414 MERCURE DE FRANCE
Reprendre tous les biens dont son orgueil s'empare
Spanie eft à l'Autel , & le Trône eſt tout prêt ,
Princes , ne confultez qu'un si cher interêt.
Quelque foit , après tout , ce Mortel témeraire ,
C'est toujours plus , ntes fils , un ennemi qu'un
frere ;
Ne délibérons plus ; voici * votre vengeur ,
Atmez -en votre main pour lui percer le coeur .
Les deux Princes témoignent de cet attentät
toute l'horreur qu'on peut penser. Daluca
poursuit :
Lâches enfans ! ainfi vous trompez mon espoir.
Ce fer bleffe vos yeux , & vous n'osez le voir :
Mais s'il ne peut paffer dans vos mains trop timides,
S'il me refte , sçachez , fils ingrats & perfides ,
Qu'en la mienne du moins il peut verfer du fang ;
Oui , de votre Héros je percerai le flanc.
On a laiflé jadis échaper ma victime ,
Je la tiens , & moi -même acheverai mon crime.
Il faut bien, quand mes fils m'ordonnent de mourir,
M'armer du seul moyen qui peut me secourir.
Eh quoi quand vous n'osez facrifier un frere ,
Cruels , héfitez vous d'immoler votre Mere
Il fait ce qu'à Coptos autrefois j'entrepris ,
Et le reffentiment anime ses efprits ;
* Elle tire un Poignard.
Doutez
JUIN... 1739 1415
>
Doutez-vous que craignant encor son ennemie ,
Pour affûrer les jours , il n'attente à ma vie ?
Ne vous contentez -pas d'aprouver les deffeins ;
Courez vous joindre à lui , foyez mes affaffins
Rendez-lui par ma mort un important ſervice ,
Il mérite , fans doute , un fi grand sacrifice ,
Signalez contre moi votre zele pour lui ,
Aux dépens de mes jours achetez son apui ,
Sceptrè , Mere , Maîtreffe , en proye à fa puiffance,
Que de titres acquis fur fa reconnoiffance !
Barbares , courez donc allumer fon courroux
Et je vais de ce pas me livrer à vos coups.
Ce fer vous prévenant , fe fera reconnoître ,
Il parviendra , du moins , jusques à votre Maître ;
Je n'ofe efperer plus ; puiffai -je toutefois ,
Avant que d'expirer vous immoler tous trois !
Les deux Princes persistent dans leurs sen
timens vertueux. Ils employent les motifs
les plus touchans , pour gagner leur Mere.
Beon fait un dernier effort en lui parlant
ainsi :
Quelqu'amour que l'on ait pour la toute- puiffance,
On ne sçauroit changer l'ordre de la naiffance.
Le Trône peut- il plaire à des coeurs génereux ,
Quand il devient le prix d'un parricide affreux ?
Je cede aux Loix du fort ; &je vois sans murmure
Un Prince recueillir les Droits de la Nature.
UI
Puiffai - je
1415 MERCURE DE FRANCE
Puiflai-je n'avoir pas d'autres sujets de pleurs !
Si la foif de regner , s'emparant de nos coeurs ,
Rend la mort des aînés un forfait néceffaire ,
Ce forfait , à son tour , pourroit foüiller mon frere
Et pour me préſerver du Deftin de Sethos ,
Il faudroit que ma main s'étendît fur Pamphos.
Funeſte ambition , qui d'un Trône fublime ,
Chafferoit la vertu , pour y placer le crime !
Faites ceffer le cours de nos cruels ennuis ,
Daignez voir dans Sethos le frere de vos fils ,
Ou si pour lui , Madame , une haine implacable ,
A nos voeux empreffés vous rend inexorable ,
Vengez- vous fur vos fils ; en leur perçant le flanc ,
Vos mains, du même coup , feront couler fon fang.
Puniffez des ingrats qui vous défobéiffent ,
Percez, dis-je, percez des coeurs qui vous trahiſſent.
Mais plutôt que vos pleurs calment votre courroux
Pour le fléchir , hélas ! j'embraffe vos genoux ,
Penetré de douleur , j'oſe efperer encore
D'obtenir à vos pieds la grace que j'implore , & c.
Daluca paroît se rendre à ces raisons , elle
renvoye les Princes , en les assûrant qu'elle a
totalement changé de sentiment , mais à pei
ne sont ils sortis , qu'elle s'écrie :
Il falloit rompre ainsi ce funefte entretien ;
Mais , en diffimulant, quel efpoir eft le mien !
JUIN
1417 1739
En dépit de mes foins , tous mes projets échoüents
Conçûs , formés pour eux , mes fils les désavoient
Il ne manquoit donc plus à mon fort malheureux ,
Que d'avoir mis au jour des enfans vertueux
·Daluca , toujours la même , croit qu'Asa
res , cet Esclave qui avoit voulu se faire pas
ser pour Sethos , sera plus propre à son des
sein. Elle le fait venir & exige de lui , sous
peine de la vie , & des plus cruels suplices ,
de poignarder Sethos . Asares lui promet tout
ce qu'elle veut , & quand il s'est retiré , Daluca
s'exprime ainsi :
Dieux ! je respire enfin ; d'une prompte vengeance
L'efpoir peut déformais s'emparer de mon coeur ....
Mais quel trouble ſecret condamne ma rigueur!..
Ah ! ceffons d'écouter un remords qui m'abuſe.
Sethos vit ; je fuis Mere , & voilà mon excuſe ;
Ce n'eft pas au moment qu'il faut executer
Sur de vaines terreurs qu'on doit fe confulter ;
De ces foibleffes d'ame un grand coeur fe défie
Et quoiqu'on puiffe ofer le fuccès juſtifie .
Cependant allons voir jufqu'où , pour me venger
Le rebelle Asares ofera s'engager.
Au bord du précipice habite l'épouvante.
Rafermiffons fa main , peut-être chancelante ,
Eclairons tous les pas , mais en guidant ſes coups
Prévenons le danger , s'il retomboit fur nous.
Dan's
418 MERCURE DE FRANCE
Dans le cinquiéme Acte , Pamphos se
plaint à Spanie d'avoir trouvé un Rival dans
la personne de Sethos ; il la conjure de rassûrer
son amour allarmé ; & cette Princesse
lui promet sa main . Sethos survient, & trouvant
Pamphos avec Spanie , dit à son frere :
Prince , vous oubliez , puiſqu'il faut vous le dire ,
Ce refpect , que tantôt j'avois fçû vous prefcrite ,
Vous auriez dû, je crois , renonçant à vos voeux
D'un amour qui m'offenſe avoir éteint les feux .
Pamphos lui répond :
>
Brulé des mêmes feux dont vous osez vous plaindre,
Jugez - vous donc , Seigneur , qu'on puiffe les
éteindre
Et faites-vous ce tort aux plus charmans attraits ,
De penser que d'un coeur ils s'effacent jamais ›
Quand on veut me réduire à cet effort fuprême ,
Je rapelle à l'inftant un Héros à lui- même ;
S'il croit que de l'Amour on peut brifer les fers ,
Il en doit plus que moi , l'exemple à l'Univers ...
Sethos reste avec Spanie , & lui fait des
reproches de favoriser les voeux de son Rival
; Spanie ne diffimule point la résolution
où elle est d'accomplir son Hymen avec
Pamphos, & sur ce que Sethos veut recourir
au Roy Spanius , Pere de la Princesse pour
rompre ce Mariage ; elle lui dit :
Qud
JUIN. 1419 1739.
Quel est votre deffein ? Croirai-je qu'un grand Roy
Ose en induire un autre à violer fa foy ?
Voulez - vous , en fuivant un projet témeraire ,
Pour m'obtenir , Seigneur , deshonorer mon Pere
Ce Prince , qui jaloux de reffembler aux Dieux ,
Dans ce qu'il a promis , eft fidele comme eux,
Romproit une alliance après l'avoir jurée !
Que devient donc des Rois la parole sacrée ?
Que devient cette foi qu'ils daignent nous donner ;
Et que, même sans crime , on ne peut soupçonner
Sethos , qui s'eft acquis une gloire fi pure ,
Pour pouvoir l'enseigner , connoît il le parjure ??
Sethos accuse encore Spanie d'indifference
pour lui , & cette Princesse ajoûte :
Cruel ! pouvez- vous bien douter de ma tendreffe
Que voit donc votre amour , s'il ne s'aperçoit pas
Des tourmens que j'endure en ces rudes combats ?
L'Auteur de mes foupirs , peut-ils les méconnoître ?
Plût au Ciel qu'au- dehors on les vît moins paroître!
Hélas ! que votre fort eft different du mien !
Si vous voulez , Seigneur , libre de tout lien ,
Ne pouvant être à moi , vous n'êtes à personne.
Mais c'est peu de vous perdre , il faut que je me
donne ,
Et qu'un trifte devoir tyrannicant mon coeur ,
Dans tout autre que vous , me choififfe un vainqueur.
Etouffant
1420 MERCURE DE FRANCE
Etouffant mon amour, en renonçant au vôtre ,
Il faut , il faut qu'en moi j'en faffe naître un autre,
Que je change d'objet & brule conftamment ,
Que j'adore celui qui m'ôte mon Amant.
Ce n'est pas tout encore. Il faut, pour mon suplice,
De vos cruels foupçons effuyer l'injuſtice .
Sous tant de maux divers mon efprit abattu ,
Me fait en ce moment craindre pour ma vertu ;
Sauvons-là des périls où votre amour l'expoſe .
Adieu , Je vais fubir la loi que l'on m'impoſe.
D'un tel effort , Seigneur , foyez du moins jaloux.
Suit ce Monologue de Sethos.
Que refous- tu ? Sethos ! que prétend ton audace è
Veux-tu , las de prier , employer la menace è
Veux-tu livrer toujours d'inutiles combats ,
Et ravir une main qui ne ſe donne pas ?
Prétends tu , contre un frere , uſer de violence ,
Et plus loin qu'il ne faut , étendre ta puiſſance ?
Quand des tranſports de joye annoncent ton retour,
Que tu reçois les voeux de ta nouvelle Cour
Ne pouvant triompher d'une vaine tendreffe
Veux-tu changer en pleurs la publique allegreffe !
Offenfer & ton Pere & le Roy de Tanis?
Séparer des Amans qu'eux mêmes ont unis ?
Voir Memphis détefter un amour tyrannique è
Et l'Egypte rougir du Héros de l'Afrique ?
Pour ton Regne naiſſant , ah ! quel augure
affieux !
Tes
JUIN. 1739.
1421
>
Tes premiers pas au Trône ont fait des malheureux;
Ta gloire diſparoît & ton courage expire .
L'Amour étend fur toi fon redoutable Empire.
Au Char de ce Vainqueur honteufement lié
N'es- tu donc pas encore affés humilié ?
Tandis que de tes feux vainement allarmée ,
La raifon ne peut rien fur ton ame enflâmée ,
Une femme plus forte en connoît le pouvoir ,
Se furmonte elle-même & t'aprend ton devoir.
Hélas ! c'eſt ſa vertu qui me la rend plus chere ,
Plus cet effort eft grand, plus elle fçait me p laire ,
Son ame magnanime ajoûte des attraits
Aux charmes dont mon coeur a reffenti les traits
Et malgré la rigueur d'un refus qui m'outrage ,
Mon feu, loin de s'éteindre , en brûle d'avantage.
Asares demande à parler en secret à Sethos
; il lui déclare la conjuration que Daluca
a tramée contre lui. Osoroth arrive , il
aprend les complots de la Reine, court chés
elle
, pour lui en faire des reproches. Daluca
confesse tout , prend du poison , & se présente
à Sethos. Elle lui déclare tout ce
qu'elle a tramé contre lui ; elle meurt. Se
thos rendu tout entier à son héroïsme , termine
la Piece comme il a été dit dans l'Argument
qu'on en a inséré dans le Mercure
du mois dernier.
NOU422
MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES ETRANGERES,
TURQUIE ET PERSE,
N écrit de Conftantinople , qu'on le promet
beaucoup du nouveau Grand VisirAriasMehemet
Pacha , ci - devant Seraskier de Widden , lea
quel s'eft acquis beaucoup de réputation dans la
Campagne de 1737.
On a nommé Caïmacan , ou Gouverneur de
Conftantinople , & Lieutenant du G. Visir, Achmet
Pacha , le même qui a déja exercé cette Charge , &
revenu depuis peu de l'Afie mineure , après avoir
diffipé les Rebelles , & forcé Sary Bey Gglou d'abandonner
de Château qui lui avoit fervi de retraite.
Le Capitan Pacha a été nommé Vekil , ou Lieutenant
du Caïmacan .
On affûre que Sary Bey Oglou a été arrêté à
Tocat.
Une Lettre écrite de Surate , fur la Côte des Indes
Orientales, où les François ont un Etabliffement, arrivée
par un Vaiffeau de la Compagnie des Indes de
France,porte ce qui fuit. Da 23.Août 1738. Par les
nouvelles qui font venues ici de la Cour du Mogol,
on a fçu que Schah - Nadir , nouveau Roy de Perfe,
ci- devant nommé Thamas Kouli - Kan , après avoir
pris la Ville de Candahar , dans la Province de
même nom , dont le Siége a duré un an , a conduir
fon Armée dans la Province voifine , nommée Cabouleftan
, limitrophe des Etats du Mogol , qu'il a
toute réduite fous fon obéiffance . Peu de temps
avant la prise de Caboul , qui en eft la Capitale
cinq mille femmes ou filles fe font tuées de defefpoirs
JUIN. 1739
1423
poir , craignant la violence des Soldats. Il y avoit
parmi elles deux mille femmes groffes . Schah-
Nadir marche à grandes journées vers Dely . Toute
la Cour du Roy Mogol eft dans la confternation, ne
Içachant comment pouvoir refifter à ce Conquerant,
furtout dans les facheufes circonftances où font les
Affaires de ce dernier Roy . Les Homras , ou Grands
du Royaume font dans la defunion , & fe font rendus
prefque indépendans , desorte que leurs interêts
étant differens , il faut néceffairement qu'il y
ait bientôt un changement dans ce Royaume par
le choix d'un nouveau Souverain , ou s'attendre de
voir ce même Royaume fubjugué par les armes de
Schah- Nadir.
On écrit d'Afrique , que les Concurrens qui prétendent
au Trône de Maroc , continuent de fe
faire la guerre plus vivement que jamais , & que
Muley Abdalla , lequel s'étoit retiré vers les Frontieres
de la Guinée , y a affemblé une Armée confiderable
de Noirs , avec laquelle il s'eft rendu du
côté de Taradante .
ALLEMAGNE .
Na apris que le 30. May , le Grand Duc &
la Grande Ducheffe de Toscane arriverent
d'Italie à Roffaw , près de Vienne , & qu'étant
montés fur le champ dans les caroffes que l'Empereur
avoit envoyés au- devant d'eux , ils fe rendirent
au Château de Laxembourg.
Le Traité de Paix conclu à Vienne le 18. Novem .
bre 1738. entre l'Empereur & Sa Majeſté Très-
Chrétienne , contient XI . Articles . Le premier &
le fecond roulent fur les affûrances reípectives de
cultiver fincerement une vraie Amitié , & une
H étroite
2424 MERCURE DE FRANCE
étroite Union , entre l'Empereur & l'Empire , d'un
côté , & le Roy de France , de l'autre ; d'oublier
toutes les hoftilités paffées , &c. & de renvoyer
fans rançon , les Prifoniers qui pourroient encore
refter .
Le troifiéme Article pose pour Bafe de la Paix l'Execution
des Traités de Weftphalie de Nimegue ,
Ryfwick & de Bade.
3.
Le quatriéme contient les Articles Préliminaires
qui furent fignés à Vienne le
Octobre 1735 ; la
Convention faite le 11. Avril 1736. fur l'execution
de ces Préliminaires , & celle qui fut ſignée le 28,
Août de la même année pour la ceffion & la remiſe
actuelle du Duché de Loraine au Koy de Pologne
Staniflas I. Par cette derniere convention , S. M,
T. C. fe charge des Dettes d'Etat , ou qui fe trouvent
hypotequées fur la Loraine & le Barrois.
Par le cinquiéme Article , l'Empereur promet
de ne jamais pourfuivre la Defincameration du Duché
de Caftro , & du Comté de Ronciglione.
Le fixiéme Article contient l'Acte d'Abdication
du Roy de Pologne Staniņas I. , avec trois autres
Actes figués à Vienne , pour ce qui regarde les
affaires de Pologne : un Acte par lequel S. M. T. C.
reconnoît le Roy Augufte , & un autre par lequel
la Czarine & le Roy Augufte reconnoiffent le Roy
Stanillas 1.
:
Le feptiéme Article contient en premier lieu les
Déclarations fignées par l'Empereur , le Roy d'Efpagne
& le Roy des Deux Siciles , concernant l'effectuation
des Articles de la Paix enfuite le Diplôme
de l'Empereur , pour la Ceffion des Royaumes
de Naples & de Sicile , & des Ports de Toscane ,
au Roy des Deux Siciles. Les Diplômes du Roy
d'Elpagne & du Roy des deux Siciles , pour la
Ceflion de Parme & de Plaifance à l'Empereur , &
de
་ ་ 1 JUI N. 117392 :] ! 1428
,
de la Succeffion Eventuelle de Tofcane à la Maiſon
de Loraine & une Déclaration fignée à Compiegne
par le Miniftre de l'Empereur , fur quelques
Points à regler amiablement entre l'Empereur , le
Roy d'Espagne & le Roy des Deux Siciles .
Dans l'Article huitiéme font le Diplôme de
l'Empereur , pour la Ceffion du Novarois & du
Tortonneis , &c. au Roy de Sardaigne , & l'Acceffion
de ce Prince aux Préliminaires .
~ Le neuviéme eft l'Acte de Ceffion du Duc de
Loraine de fes Etats , & par le dixiéme le Roy de
France s'engage à la garantie de la Pragmatique
Sanction .
Les deux autres Articles concernent l'Acquit des
Impofitions & Contributions , la Démolition de
quelque's Forts , les Reglemens des Limites à
faire , &c. Aran
Après l'Article feparé , qui regarde les Titres
non reconnus , fuivent les Ratifications de l'Empereur
& du Roy de France , l'Acceffion du Roy de
Sardaigne avec une Déclaration , pour renvoyer à
un Eclairciffement la Prétention de ce Prince sur
Serravalle , les Acceffions du Roy d'Espagne, & du
Roy des Deux Siciles .
૩
•
DANNEMARCK.
1 1
N aprend de Coppenhague , que l'Eſcadre
Françoise commandée par le Marquis d'Antin
y étoit arrivée le 26. Juin , & que M de Chavigny,
Envoyé Extraordinaire du Roy de France ,
s'étoit rendu sur le champ à bord du Vaiffeau Le
Bourbon , pour rendre vifite au Marquis d'Antin ,
qu'il avoit engagé de defcendre à terre avec
principaux Officiers de l'Efcadre.
6
les
Hij ITALIB
4
1426 MERCURE DE FRANCE
ITALI E.
N écrit de Rome que tous les Feudataires du
Royaume de Naples ont reçû ordre , de se
trouver à la Cavalcade qui devoit le faire le 28. de
ce mois , pour la présentation de la Haquenée..
C
1 I. (
NAPLE S.
Roy a nommé le Duc de Caftro- Pignano
Lfon ambaffadeuri auprès du Roy de France ,
Ja place du Prince de la Torella - Caraccioli .
LE
ISLE DE CORSE.
રે
E28 . May le Marquis de Maillebois . fit.
avancer du côté de la Balagna les Bataillons de
Chaillou , de Flandres , de Bearn , Ide Forez , de
Baffigny , de Cambrefis , d'Aunix , & d'Agenois ;
le Régiment de Huffards d'Efterhafi , & un Déta¬
chement de Volontaires Corfes , & ces Troupes
marcherent fous les ordres du Marquis du Chatel ,
Maréchal de Camp
་
On a apris depuis que le Marquis de Maillebois
étoit parti de la Baftia le 2. de ce mois avec les
Compagnies de Grenadiers des deux Bataillons
d'Auvergne , de ceux de Montmorency , d'Ouroy ,
de la Sarre , de Royal Rouffillon , de Nivernois , &
de l'Ile de France , deux Piquets de chaque Bataillon
, un Détachement de Huffards , & quelques
Miquelets. Ce Général s'avança avec ces Troupes,
jufqu'à la Chapelle de S. Nicolas , qui eft à l'extre
mité du Nebio , & il y fut joint le même jour à
minuit par les Bataillons qu'il avoit laiſſés à la
Baftia , & qui marcherent fous les ordres de M.
Rouflet de Girenton , Maréchal de Camp.
NO JUIN 1739 3427
Le 3. au matin , le Marquis de Maillebois partagea
ces Troupes en plufieurs Corps , dont trois
fu : ent commandés par le Marquis de Luffan , Colonel
du Régiment de la Sarre , par le Marquis de
Cruffol , Colonel du Régiment del'Isle de France , &
par le Marquis d'Avarey , Colonel du Régiment de
Nivernois . Ces Détachemens attaquerent les Rebel
les dans les differens Poftes qu'ils occupoient fur les
hauteurs de San Jacomo & de Bigomo , & les ayant
chaffés de ces Poftes , ils les forcerent de fe loumettre
, de donner des ôtages , & d'aporter leurs
armes.
Le même jour , le Marquis du Chatel ayant par-
Lagé en deux Corps les Troupes qu'il avoit fous
fes ordres , il en donna un à M. de Villemur , Co →
lonel du Régiment de Baffigny , lequel ayant mar
ché fur la droite par les hauteurs qui dominent fur
le Valegio , le, Convent de Marcaffo , Catari , &
Monte Maggiore , foûmit tout ce Pays. Le Marquis
du Chatel avec l'autre Corps de Troupes mar
cha vers Monticello , Santa Reparata , le Convent
d'Aregno , & San Antonino , & il força les Rebelles
qui défendoient ces Poftes , de fe foûmetre. Le
refte de la Balagna a pris le même parti , & le 3.
au foir , cette Province étoit prefque entierement
defarmée. Le même Courier a raporté ; que le
Marquis de Maillebois étoit à San Fiorenzo , où il
devoit refter quelques jours , pour finir le defarmement
des Pieves qu'il a forcées de fe foûmettre
.
Le 17. il alla camper à Paftoreccia , pour y rece
voir les armes des Pieves de Roftino , de Cazaconi,
de Talcini , d'Omena , & de Corte , lefquelles lui
avoient déja envoyé des Députés , pour l'affûrer de
leur foumiſſion aux volontés du Roy de France.
Hiij Ce
428 MERCURE DE FRANCE
Ce Général a détaché M. Rouffet de Girenton
du côté des Pieves de la Marine avec le Régiment
d'Ouroy , & les deux Régimens de Huffards , &
Pon compte qu'il obligera bientôt les Pieves de
Verde , de Serra , d'Aleffani , & de Campoloro , de
fe foûmettre. Celles de Cazinca , de Moriani , &
de Tavagna , ont aporté leurs armes , & donné des
Stages .
Le Marquis de Maillebois doit demeurer quelque
temps à Corte , pour faire les Sommations né →
ceffaires aux Pieves d'au -delà des Montagnes , &
pour y former un Etabliffement pour les Troupes
qu'il fe propofe de lailler de ce côté.
On écrit de la Baftie du 26. Juin , que Louis Ciaferri
, Giacinto de Paoli , & Brandone de Tavagna,.
trois des principaux Chefs des Rebelles , ont accepté
l'Amniftie qui a été publiée , & qu'ils font
alle trouver à Roftino le Marquis de Maillebois
qui s'eft rendu peu de jours après à Corte.
On a apris en même temps , que ce Général
avoit accordé à fept autres Chefs des Rebelles la
permiffion de s'embarquer, chacun avec fix perfonnes
, pour le retirer dans quelque autre Pays . Toute
la partie de l'Ile de Corfe en deça des Monts eft
actuellement foûmife , & le Marquis de Maillebois
a déja reçû des Députés de quelques Pieves de l'au
tre côté.
Un Parti des Rebelles a arrêté un Religieur de
POrdre de S. François , & après l'avoir marqué au
vifage avec un fer chaud , ils l'ont renvoyé au Lieu
d'où il venoit , ce qui a tellement indigné le Marquis
de Maillebois , qu'il a réfolu de punir les Auteurs
de cette violence , d'une maniere qui puiffe
effrayer ceux qui font capables de fe porter à de
pareils excès.
GRANDS
JUIN. 1739. 1429
L
GRANDE - BRETAGNE.
E 25. Juin , le Roy fe rendit à la Chambre
des Pairs , & fit aux Chambres le Difcours
fuivant.
: MYLOR S ET MESSFEURS.
La diligence avec laquelle vous avez terminé les
Affairespubliques , fur lesquelles vous aviez à déliberer
, m'engage à mettre fin à cette Séance du Parle→
ment , & à vous mettre en état de jouir des agrémens
que vous offre cette Saifon . Vous avez déclaré fi manifeftement
vos fentimens , tant à l'égard de la conduite
paffée de la Cour d'Espagne , que par raport aux
mesures qu'il pourroit être néceffaire de prendre en
confequence du parti auquel elle fe déterminera , a
vous m'avez tellement mis en état d'agir dans tous
les Evenemens , felon que l'exigeront l'honneur &
l'interêt de ma Couronne , qu'il ne pourra arriver aucun
inconvenient , de ce que je ne ferai point à portée
d'avoir votre affiftance immédiate pendant la vacance
du Parlement. Me conftant entierement aux affûrançes
que vous m'avez données avec tant de zele é d'u—_
nanimité , que vous me foûtiendriek efficacement dans
toutes les occafions où il s'agiroit d'executer les réfolutions
des deux Chambres , je ne manquerai pas de
faire tous mes efforts , pour défendre les Droits inconteftables
de ma Couronne , & pour répondre à lajufte
attente de mon Peuple.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES.
Je vous remercie de ce que vous avez pourvû avec
tant d'ardeur aux dépenses néceſſaires pour l'année
courante ; le Subfide extraordinaire , que vous m'avez
accordé, pour augmenter mes forces de Mer & de
Terre , eft une fi forte preuve non feulement de votre
affection pour ma Perfonne de votre confiance en
mai , mais encore de l'attention que vous avez conftam.
Hiiij. ment
1430 MERCURE DE FRANCE
ment pour le fervice de la Patrie , que je ne puis affés
louer votre zele pour l'interêt la sûreté de mes
Royaumes .
MYLORDS ET MESSIEURS ,
Je fuis perfuadé , qu'il eft inutile de vous recomman
der , de confiderer sérieusement les fuites funeftes dont
peut être menacée une Nation divisée , animée o
séduite par les artifices & par les infinuations malignes
que la Fourbe & la méchancetéfurgerent. Les avantages
que nos ennemis communs s'attendent de retirer
des diffentions des inimitiés qui ſe fomentent dans
tout le Royaume fous des prétextes malfondés , ne font
que trop évidens. Que tous ceux quifont profeſſion d'étre
zélés partifans des Loix , des Droits des Libertés
de leur Patrie , s'uniffent pour défendre ces biens
inestimables. Que l'honneur , la profperité , & la sûreté
du Royaume deviennent une Caufe commune , do fasfent
ceffer toutes les divifions , afin que par votre unanimité
vous puissiez rendre vaines les efperances de nos
ennemis.
Le Duc de Cumberland & les quatre Princeffes ;
qui avoient accompagné ce jour là S. M. à la Chambre
des Seigneurs , le leverent & faluerent le Roy
& le Parlement , lorfque S. M. déclara qu'elle donnoit
fon confentement au Bill qui accorde une Penfion
au Duc de Cumberland & à chacune des Princeffes.
Le 23. les Commiffaires de l'Amirauté mirent en
Commiffion les Vaiffeaux de guerre le Namur, de
90. canons , la Princeffe Caroline & la Princeffe de
Naffau , chacun de 80 , le Lyon & le Superbe , chacun
de 60 , & le Weymouth , de so . Ils mirent auffi
le lendemain en Commiffion le Vaiffeau l'Oxford
de so. canons.
Le Chevalier Jean Norris , Vice-Amiral d'Angleferre
JUIN. 17397
1431
`terre , arbora le 27. fon Pavillon à bord du Vaisseau
le Namur à Chatham , & le 28. le Bureau de
P'Amirauté expedia des ordres dans tous les Ports ,
pour qu'on n'en laiffât fortir aucun Bâtiment .
Outre l'Eſcadre qui doit faire voile de Chatham
fous les ordres du Chevalier Jean Norris , on en
équipe à Portsmouth & à Plimouth trois autres.
Le bruit court qu'une de ces Escadres , laquelle
sera de treize Vaiffeaux & de deux Galiottes à bombes
, ira inceffamment joindre à Port-Mahon celle
du Contre-Amiral Haddock.
MORTS , NAISSANCE
des Pays Etrangers.
mort
E rz. Juin , Georges- Albert Duc de Saxe-
Wellenfels- Barbi , & sa Réfidence de
Barbi , dans la 46. année de son âge , étant né le
9. Avril 1694. Il étoit fils de Henri , Duc de Saxe-
Weissenfels , Résident à Barbi , Prévôt de Magdebourg
, Chevalier de l'Ordre de l'Aigle Blanc ,
le 16. Février 1728. & d'Elizabeth - Albertine d'Anhalt
Deffau , morte le 5. Octobre 1706. Il avoit été
marié le 18. Février 1721. avec Augufte-Louife ,
fille de Chrétien-Ulrich , Duc de Würtemberg-
Oels , & de Sophie- Guillelmine d'Ooftfrife . Il fit
divorce & fe fépara d'elle en 1732. elle eft morte
dans un Château de la Principauté d'Oëls en Silefie
, le 5. Janvier dernier , fans avoir eû d'enfans
& âgée de 41. ans , étant née le 11. Janvier 1698.com
Le 13. D. Sophie- Chriftine - Louife , née Margrave
de Brandebourg- Culmbach, Epoufe d'Alexandre
Ferdinand , Prince Héreditaire de la Tour & Taffis,
avec lequel elle avoit été mariée le 11. Avril 1731
H *
1432 MERCURE DE FRANCE
mourut à Bruxelles en Brabant , dans la 30. année
de fon âge , étant née le 4. Janvier 17.10 . Elle avoit
embraffé la Religion Catholique en 1732 & elle
étoit fille aînée de Georges Frederic - Charles , Mar
grave de Bandebourg- Culmbach , & depuis 1726.
de Bareith ; & de Dorothée , fon Epouse , née Ducheffe
de Holftein - Beck. Elle a eû deux fils , l'un
le 2. Juin 1733. & l'autre le 5. Décembre 1736. &c.
une fille , née le 27. Octobre 1734, & nommée
Louife -Charlotte- Augufte.
La nuit du 16. au 17. Charles Frederic , Duc de
Holftein- Gottorp , & de Schlewisch, mourut au Château
de Rolfbagen , près de Kielh , âgé de 39. ans,
un mois, 18. jours, étant né à Stockholm en Suede,
le 29 Avril 1700. Il étoit fils unique de Frederic
Duc de Holftein- Gottorp , & de Schleswich qui
fut tué le 19. Juillet 1702 , à la Bataille de Kliflow,
près de Cracovie en Pologne , & de Hedwige Sophie
fille de Charles XI. Roy de Suede , morte à
Stockholm le 22. Décembre 1708. Il avoit pris la
Régence de fes Etats au mois de Janvier 1717. depuis
il fe rendit à Pétersbourg,& fuivit la Cour de feu
Pierre , Czar de Mofcovie , qui le fit Chevalier de
fon Ordre de S. André en 1722. Les Etats de Suede
, affemblés à Stockholm , lui accorderent le Titre
d'Alte fle Royale , par Acte du 29. Juin 1723.-
avec promeffe de le comprendre dans le nombredes
Princes qui pourroient être proposés pour fucceder
à la Couronne, après la mort du Roy & de la
Reine , fa Tante , actuellement regnans , ce que le
Roy & le Sénat confirmerent. Il fut marié à Pétersbourg
le premier Juin 1725. avec Anne Petrowna ,
fille aînée de Pierre Alexiowits , Czar & Grand-
Duc de Mofcovie , & de Catherine Alexiowna , sa:
feconde femme , qui fut reconnue , après la mort
de fon Mari , Czarine & Grande- Ducheffe de Mos-
Covie
JUIN 1739: 1433
Covie. Le jour même de fon Mariage , la Czarine ,
fa Belle-mere , le déclara Géneraliffime de fes Armées
, & le 23. Avril 1726. elle le nomma Lieutenant
Colonel du Régiment de fes Gardes ; mais
après la mort de cette Princeffe , il quitta la Cour
de Ruffie , & retourna dans fes Etats . Il fit fon Entrée
publique à Kielh , Lieu de la Réfidence ordinai
re , avec la Ducheffe fon Epoufe le 24. Août 1727.
Cette Princeffe mourut dans la même Ville de Kielh ,
le 1 May 1728. âgée de 19. ans , deux mois &
18. jours , laissant un fils unique , nominé Charles
Pierre -Ulric , & né à Kielh le 21. Février 1728. à
préfent Duc de Holftein Gottorp , & de Schleswick,,
par la mort du Duc , fon Pere . Ce Prince n'étant
pas encore en âge de gouverner , Adolphe - Fréderic
Duc de Holſtein Gottorp , Evêque de Lubeck , font
Coufin , ayant sur lui le germain, a pris la Régence
de fes Etats , fous le titre de Duc Adminiſtrateur.
On aprend de Londres , que la Dame Hazard eft
morte en Amérique , dans la centiéme année de
fon âge, & qu'elle laiffe 205. Enfans de fes descen--
dans vivans.
Le 31. Mars fut bâtifée à Munich , par le Comte
de Koenigffeld , Doyen de l'Eglife Cathedrale de
Freyfingen , Jofephine-Antonine- Marie Walburge-
Emanuelle- Felicité - Regule , née le jour précédent ,
Alle de Charles- Albert Cajetan Jean -Jofeph -Geor
ges , Duc de la haute & baffe Baviere , Electeur , &
Grand Echanfon du S. Empire Rom. & de Marie-
Amelie-Jofeph-Anne- Therefe Cordule, née Archi
ducheffe d'Autriche , fon Epoufe ; par la naiffance
dé cette Princeffè la Famille de l'Electeur Duc de
Baviere fe trouve actuellement compoſée d'un Prince
, & de 4. Princeſſes ,
Hvj FRAN
1434 MERCURE
DE FRANCE
FRANC E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 21. de ce mois , le Roy fit rendre à
LFEglise
Compiegne , les Pains - benits , qui furent
présentés par l'Abbé Daydie , Aumônier du
Roy , en quartier , accompagné d'un Maître
d'Hôtel , d'un Contrôleur & du Trésorier
des Aumônes & Offrandes de S. M..
Le 23. le Roy fit à Compiegne , la Revûë
du Bataillon Royal Artillerie , dont les Cadets
défilerent par quatre devant la Reine ;
& les Soldats par douze. Le même jour , le
Roy fut présent à l'Ecole des Canoniers, qui
firent plusieurs décharges de Canons & de
Mortiers , pointés à un Poteau , posé sur
une petite Côte , distante de 1200. toises.
Le 28. la Reine fit rendre à l'Eglise de la
Paroisse du Château , les Bains - Benits , qui
furent présentés par l'Abbé de Saint - Hermi-
Son Aumônier en quartier , accompagné
d'un Maître d'Hôtel & d'un Contrôleur.
ne
Le même jour , le Roy; la Reine , les
Princes
JUIN. 1739 1435
1
Princes & Princesses , Seigneurs & Dames
de la Cour , étant allés au Salut à l'Eglise de
S. Corneille , on Chanta le Te Deum à l'occasion
de la Paix , qui fut publiée le 27. à
Compiegne ; on tira à cette occasion le Canon
des Remparts , & il y eut grande Illumination
à l'Hôtel de Ville & par toute la
Ville.
La Duchesse de Modene partit de Paris le
29. de ce mois , pour retourner à Modene i
cette Princesse avoit pris congé du Roy &
de la Reine avant le départ de Leurs Majestés
pour le Château de Compiegne.
Le 6. Juin , on executa au Concert de la
Reine, à Versailles, le Prologue & le premier
Acte de l'Enlevement d'Europe , Tragédie ,
qui n'a pas encore été donnée au Public. Le
Poëme & la Musique sont de la composition
de M. de Bethizy. Les principaux Rôles
ont été chantés par les Diles Matthien , Huguenot
& Daigremont. Ce qu'on a entendu
de cette Piece a beaucoup plû à la Cour , &
la Reine a eû la bonté d'en marquer ellemême
sa satisfaction à l'Auteur..
Le 13. la Cour étant à Compiegne , la
Reine entendit le Prologue & le premier
Acte de l'Opera de Telemaque , mis en Musique
1436 MERCURE DE FRANCE
sique par M. Destouches , Sur - Itendant de
la Musique du Roy ; il fut continué le 15 .
& le 20. Les Rôles de Calypso & d'Eucharis ,
furent très bien remplis par les Dlles Huguenot
& de Romainville , ainsi que celui
Adraste ..par le Sr Benoît.
Le 22. le 25. & le 27. on chanta l'Opera
de Semiramis , du même Auteur , dont l'execution
fut rendue avec beaucoup de suc
cès , par les mêmes Acteurs..
›
Le Chapitre Général des Bénedictins de
la Congregation de Saint Maur , Ordre de-
Saint Benoît , s'étant assemblé dans l'Abbaye
de Marmoutiers - lez- Tours , le 30. Avril
dernier , les neuf Définiteurs choisis , selon
les Constitutions, par tout le Chapitre , pour
regler les affaires temporelles & spirituellesde
la Congrégation , élûrent au premier
Scrutin , & d'une voix unanime , pour Supérieur
Général Dom René l'Aneau , lequel
après avoir été successivement Prieur en differentes
Abbayes , Visiteur de la Province de
France , Assistant des trois derniers Généraux
, l'espace de neuf ans , Vicaire Général
après la mort de Dom du Pré , dernier Général
, décedé le 30. Décembre 1736. avoit
déja été trouvé digne de remplir cette Place
à la Diette tenuë d'ans l'Abbaye de S. Germain
des Prés , du mois de May de l'année
1737+
JUIN 1739. 1437
1737. Il fut proclamé Géneral le 19. de
May dernier , & on lui a donné pour Assistans
( ou. Conseillers ) Dom Pierre du Biez
Président du dernier Chapitre Général , &
ci- devant Prieur des Abbayes de S. Denis &
de S. Germain des Prés , & Dom Jacques-
Nicolas Maumousseau , Abbé de S. Vincent
du Mans..
On s'est trompé dans le Mercure de May
dernier , en marquant , page 1029. que l'agrément
du Régiment de Conti , Cavalerie
avoit été donné à Charles-Marie , Marquis,
de Choiseul-Beaupré ; celui qui a eû ce Régi
ment est César- Gabriel de Choiseul , Marquis
de la Riviere, apellé le Comte de Choi
seul , & qui étoit depuis le mois d'Avril
1738. Capitaine- Lieutenant des Chevau- Le
gers de Bretagne.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Moulins
le 23. Juin 1739. Fête donnée
M
Publication de la Paix.
pour
las
K de Sauvigny , Intendant de Bour
bonnois , donna avant- hier en cette:
Ville une Fête aussi magnifique que bien ordonnée
.. Les Réjouissances publiques com-
'mencerent par une Cavalcade, toute la Bourgeoisie
étant sous les Armes. Le Te Deum
fuc
1438 MERCURE DE FRANCE
fut chanté solemnellement dans la Collégia
le. Quelques Musiciennes qualifiées, y firent
briller leur belle voix ; on tira le soir un
Feu d'artifice sur la Place , dont le corps
étoit orné de Peintures , de Devises , & c.
On y voyoit aussi des Illuminations inge
nieuses.
La Fête commença chés M. l'Intendant ,
par un très- beau Concert , après lequel M.
& Mad. de Sauvigni , accompagnés de tout
ce qu'il y avoit de Personnes distinguées
dans la Ville , allerent voir tirer le Feu , des
fenêtres de l'Hôtel de Ville , dont l'execution
fut parfaite , après quoi on revint à l'Intendance
, où l'on trouva quatre Tables dres
sées, de trente couverts chacune, servies avec
autant de magnificence que de goût & de
délicatesse. On se récria principalement sur
l'ordre , l'arrangement , la finesse & la propreté
de l'Entremets , & plus encore sur la
varieté , la délicatesse & le coup d'oeil agréable
du Dessert , servi en Parterre , en Terrasses
& en Bosquets , où l'on voyoit quantité:
de figures & d'animaux au Caramel , & de
plusieurs autres sortes de Fruits imités , & c.
Toutes sortes de Vins & les Liqueurs les plus.
exquises furent servis en abondance .
Il y eut ensuite un grand Bal , dont Mad.
l'Intendante fit les honneurs , avec le Marquis
de Vogné , Colonel du Régiment d'Anjou
JUIN. 1739
1439
jou , Cavalerie .Quantité d'aimables Dames
des plus qualifiées de la Ville & des environs
de Moulins , continuerent le Bal avec
les Gentilshommes de la Province , & quantité
d'Officiers de distinction , tels que, le
Comte de Joyeuse , les Marquis de Lostange
, de la Charce , d'Amfreville , de Montlezun
des Gouttes , de Montesquiou , &c.
On servit en abondance pendant le Bal , toutes
sortes de Glaces & de Rafraichissemens ,
de Bassins de Confitures & toutes sortes de
Fruits de la saison. La Cour & la façade de
la Maison étoient illuminées avec art, & deux
Fontaines de Vin , placées aux côtés de la
principale Porte , coulerent pendant la nuiɛ
pour le Peuple.
PUBLICATION DE LA PAIX
faite à Paris , le premier Juin 1739 .
ORDRE DE LA MARCHE.
N
Euf Inspecteurs de Police , à cheval
en habits uniformes d'Ecarlate , galonnés
d'or , suivis de la Cavalerie de la Ville ,
portant l'Epée haute . Sçavoir :
Le Timbalier & les trois Trompettes de la
Ville.
Le Colonel des Gardes de la Ville.
Deux Officiers des mêmes Gardes &
fre Brigadiers,
qua
Huis
1440 MERCURE DE FRANCE
Huit Gardes , marchant quatre à quatre.
Les trois Guidons de la Ville.
deux Offi 32. Gardes , marchant 4. के 4-
ciers à la queue , tous en uniformes.
INFANTERIE . Le Colonel des Gardes
de la Ville , & deux autres Officiers ; quatre
Hautbois. 36. Gardes , marchant 4. à 4. Le
Tambour Major de la Ville; un Fifre & quatre
autres Tambours. 36. Gardes , par 4.
quatre autres Tambours . Les trois Enseignes
des Gardes , & 72. Gardes , par 4. Des Sergens
à leurs postes & sur les ailes.
›
GUET A PIE D. Quatre Lieutenans
seize Soldats , marchant par 4. Quatre Tambours
, un Fifre. Trois cent Soldats , par 4.
Trois Exempts ; le Guidon , portant le Drapeau
dans le centre , & quatre Exempts à la
queue. Le Major , l'Ayde-Major & quelques
Sergens sur les aîles .
GUET A CHEVAL . Un Timbalier &
quatre Trompettes . M. Duval , Commandant
du Guet , monté superbement , suivi de
quatre Officiers. Marchoient ensuite 120.
Cavaliers , par 4. Deux Officiers & le Porte
Etendart dans le centre. Quatre Officiers
fermant la Marche. Le Major & l'Ayde -Ma
jor sur les aîles.
LE CHATELET ET LE CORPS DE VILLE .'
Les Huissiers à Verge , les Huissiers Aus
dienciers
JUYN. 17398 1441
dienciers , & le premier Huissier du Châtetelet
, à cheval , à la droite ; les Huissiers &
le premier Huissier de l'Hôtel de Ville, à la
gauche.
Les Cromornes, Fifres , Tambours , Trom
pettes , Timbales & Hautbois de la Cham
bre & des Ecuries du Roy.
Les six Hérauts d'Armes.
Le Roy d'Armes , tenant à sa main l'Ora
donnance du Roy , qu'il devoit publier ,
ayant à sa droite , M. Vimont , Greffier du
Châtelet, & à sa gauche M. Taitbout, Gref
fier en Chef de l'Hôtel de Ville .
<
>
Un Détachement du Guet à pied , & un
autre des Gardes de la Ville , marchoient le
long des Officiers du Châtelet,& des Officiers
de l'Hôtel de Ville , pour maintenir l'ordre
A DROITE , M. Hérault , Conseiller d'E
tat, Lieutenant Général de Police . M. Negre,
Lieutenant Criminel, Mrs le Noir & Gueret
de Voisins , Lieutenans Particuliers. Six de
Mrs les Conseillers au Châtelet , & M. Mo
reau , Avocat du Roy , à la place de M. son
Pere , Procureur du Roy. Six de Mrs les
Commissaires au Châtelet , tous très - bien,
montés ; les Huissiers à Cheval du Châtelet,
les derniers.
A GAUCHE , M. Turgot, Conseiller d'Etat
Prévôt des Marchands , M. Veron , premier
Echevin ; M. Mény , second Echevin ; M. la
Roy
1442 MERCURE DE FRANCE
Roy de Ferteüil , troisiéme Echevin ; M. Ger
main , quatrième Echevin ; M. Moriau , Procureur
& Avocat du Roy de la Ville. M. Boucot
, Receveur de la Ville. Six de Mrs les
Conseillers de Ville , & quatre de Mrs les
Quartiniers.
Quarante Inspecteurs de Police fermoient
la Marche.
En sortant de l'Hôtel de Ville & de la
Place de Greve , la Cavalcade prit par le
Quai Pelletier , & les rues Planchemibraye ,
des Arcis , des Lombards , S. Denis , La Feronnerie
, S. Honoré , S. Nicaise , & par le
Carousel , vis - à- vis le Palais des Tuilleries !
où se fit la premiere Proclamation , au son
des Trompettes , Timbales , Hautbois , &
au bruit des Tambours. Ces Fanfares furent
repetées à chaque Publication, à quoi se mêloient
les cris de Vive le Roy , d'un grand
Peuple , dont on n'entreprend pas d'exprimer
la joye.
On se remit en marche , & toujours dans
le même ordre , par l'autre bout de la rue
S. Nicaise , par le premier Guichet du Louvre,
le Quai des Galeries du Louvre, à droite ,
le Pont Royal , les Quais Malaquais & de
Conty , le Pont- Neuf, le Quai des Orfévres,
les rues S. Louis , & de Sainte Anne , par la
Cour du Palais , devant le May. DEUXIEME
PUBLICATON ,
Pas
JUI N. 1739. 1443
Par les rues de la vieille Draperie , de la
Lanterne , le Pont Notre - Dame , le Quai
Pelletier , devant l'Hôtel de Ville. TROISIEME
PUBLICATION .
Par les rues du Mouton , de la Tixeranderie,
de la Coutellerie , du Crucifix S. Jacques de la
Boucherie , devant le grand Châtelet. Qua-
TRIEME PUBLICATION .
Par les ruës S. Denis & de la Truanderie ;
à la Halle , vis - à- vis le Pilory. CINQUIEME
PUBLICATION.
Par la pointe S. Eustache , les ruës Montmartre
, des Fossés- Montmartre , Place des
Victoires. SIXIE ME PUBLICATION .
Par la rue de la Feüillade , la rue Neuve des
Petits-Champs , la Place de Louis le Grand.
SEPTIEME PUBLICATION .
Par la rue S. Honoré , jusqu'à la Croix du
Tiroir. HUITIEME PUBLICATION .
Par les rues S. Honoré , du Roulle , & de la
Monnoye , sur le Pont - Neuf , vis - à- vis la
Staue Équestre du Roy Henry IV. NEUVIE
ME PUBLICATION .
Par le Pont- Neuf, le Quai des Augustins ,
la rue du Hurepoix , la Place du Pont Saint
Michel. DIXIEME PUBLICATION,
P Par les rues de la vieille Bouclerie S. Sez
verin , Galande , la Place Maubert . ONZIE
ME PUBLICATION .
Par les rues S. Victor & des Bernardins , le
Quai
#444 MERCURE DE FRANCE
Quai de la Tournelle , le Pont de la Tournelle
, la rue des deux Ponts , le Pont -Marie ;
la rue des Nonaindieres , les rues neuve de
Fourcy , S. Antoine , ruë Royale , & la Place
Royale. DOUZIEME PUBLICATION .
Par les rues de l'Echarpe des Francs- Bourgeois
, vieille rue du Temple , le bout de la ruë
S. Antoine , la Place Baudoyer , où se fit la
TREIZIEME ET DERNIERE PUBLICATION.
Cette brillante & magnifique Marche , qui
étoit partie de l'Hôtel de Ville à onze heures
du matin , y arriva à cinq heures du soir
par les rues du Monceau S. Gervais & du
Martroy..
Il y a 25. ans qu'on n'avoit vû de Publication
de Paix à Paris , & de memoire
d'homme, on n'en avoit point vû de si belle,
ni de si bien ordonnée . On la grave actuellement
en Taille - douce.
DINER-SOUPER dans la grande Salle
de l'Hôtel de Ville , ordonné par M. le
Prévôt des Marchands , & c. pour Mrs les
Officiers du Châtelet & du Corps de Ville.
U
Ne Table de 35. pieds de long , & de
50. Couverts , fut servie avec la derniere
magnificence , à sept heures du soir ,
au retour de la Publication de la Paix. Le.
milieu de la Table , sur sa longueur , étoit
Occupé par un Filet dormant de 30, pieds de
long,
JUI N. 1739 1443
long , dont le magnifique Surtout d'Orfél
vrerie , apartenant à la Ville , marquoit le
milieu . Aux côtés du Surtout , étoient pla
cés , en Figures de ronde- bosse, de 24. pouces
de proportion.
,
1º. La Renommée, en Marbre blanc , tenant
sa Trompette d'une main, & un Rameau d'O
livier de l'autre , dont le bout tomboit sur
l'Ecusson des Armes de la Ville de Paris ; au
bas de cette Figure , étoient divers Groupes
de petites Figures d'Enfans, tenans des Trompettes
& des branches d'Olivier , le tout enfermé
dans une Balustrade de Marbre blanc
& vert campan.
2 Le Morceau répondant au précédent ,
& dans les mêmes proportions , étoit Le
Génie de la France , en Marbre , sous la
figure d'un jeune homme , dont la Draperie
étoit semée de Fleurs de Lys , la main droite
posée sur les Armes du Roy , & tenant de la
main gauche un Rameau d'Olivier , qui
couvroit les Armes de la Ville , ses pieds posés
sur des Trophées d'Armes.La Figure étoit
entourée de divers Génies de la Paix , tenant
des Symboles , & semblant annoncer la joye
publique , avec balustrade au tour.
3°. Un Guerrier , frapé d'étonnement &
renversé sur des Trophées d'Armes , son
Glaive brisé dans sa main , en Bronze antique,
la Déese de la Paix au - dessus , en Mar
bre
443 MERCURE DE FRANCE
1
bre blanc , lui présentant l'Olivier pacifique,
& beaucoup de Génies de la Paix , en Bronze,
dans la même action , le tout entouré d'un
Treillage vert , avec les ornemens , or &
rouge.
Ce Morceau , qui répondoit au préce
'dent, étoit aussi un Athlete , renversé de même
sur des Trophées d'Armes , en Bronze
& dans les mêmes proportions , effrayé par
une Figure Allégorique de Jupiter , en Marbre
, tenant au lieu de Foudre , le Symbole
de la Paix , les Génies , comme dans l'autre ,
en Bronze , avec un Treillage tout senblable .
5. La Déesse de la Paix , en Marbre , tenant
d'une main une branche d'Olivier sur
les Armes de France , & de l'autre une Corne
d'abondance sur les Armes de la Ville.
On voyoit au bas un Berger apuyé nonchalamment
auprès de son Troupeau , & quantité
de Génies de la Paix , tenant des Cornes
d'abondance, avec une Balustrade en Marbre
blanc & vert campan , dont les contours répondoient
aux premieres.
6. Minerve , avec son Casque , debout ;
son Egide & son Armure à ses pieds , & autres
Trophées d'Armes , tenant une branche
d'Olivier au- dessus des Armes de France, &
de l'autre main un Compas. On voyoit divers
Génies des Arts , groupés autour de Minerve
, portant chacun les divers Symboles
des
JUIN. 1739
1447
des Arts , le tout en Marbre blanc , avec une
Balustrade qui faisoit simétrie avec les premieres
.
Ces six Morceaux en figures de ronde-bosse,
étoient moulés d'après les plus grands Maîtres
, & reparés à ne rien laisser à désirer aux
Gens de goût. La matiere de tous ces Ouvrages
étoit de Sucre Royal , avec l'odeur de la fleur
d'Orange , du Cédra , de la Bergamotte , de
la Vanille , & c. d'une délicatesse & d'un
goût exquis , délicatesse , non- seulement au
goût , mais aux yeux , qui étoit encore renduë
plus sensible , par un luisant semblable
à celui du Marbre & du Bronze , & encore
par la transparance au travers des lumieres ;
le corps de chaque Figure ayant à peine l'épaisseur
d'un Louis d'or ; ensorte qu'une Figure
de 24. pouces ne pesoit pas 20. onces.
Nous n'entrerons point dans le détail du
Repas , servi par le sieur Duparc , Maître
d'Hôtel de la Ville , dont la réputation
est assés connue. Il fut servi à six Services
, en y comprenant les Entremets & le
Dessert , lequel formoit autour des sept Piéces
dormantes , dont on a parlé , un Parterre
bien dessiné & très-varié , avec une Palissade
regnante au tour. Ce Parterre étoit orné
de 120. Vases de differentes grandeurs & de
differens Marbres & Bronses , couronnés de
fleurs & de feuillages , le tout en Sucre .
II. Vol. I Tous
1448 MERCURE DE FRANCE
Tous ces Ouvrages de Sucrerie , sont de la
main du sieur Procope.
FEU D'ARTIFICE.
A conftruction du Feu de la Paix étoit d'une
forme piramidale, Pélevation en étoit de so
pieds , fur 40. par fa bafe , formant un plan quarté
, dont les angles étoient conftruits de façon
A recevoir des adouciffemens, qui arboutoient le piédeftal
de la Piramide , lequel étoit orné de Pilaftres
couplés , portant leur entablement & fronton fur
chaque face ; l'Architecture étoit d'Ordre Dorique ;
entre les Pilaftres , dans le milieude chaque façade,
étoit une grande Niche , dans laquelle on voyoit
des Fleuves , des Oliviers , des Groupes d'Enfans ,
tenant les Attributs de la Paix , au- devant des Pilastres,
étoient des Statues en Marbre blanc, représentant
la Paix , l'abondance , &c . au- deffus defquelles
étoient des Médaillons en bas -reliefs , avec attributs,
ornés de feftons de fleurs ; en haut , au pourtour
du piédeftal , s'élevoient plusieurs marches, avec des
contours qui leur fervoient d'apuis entre des balustrades
. Sur ces marches pofoit la Piramide à paus
coupés , enrichie de Sculptures de ronde boffe , laquelle
étoit terminée par un Globe , plein d'Artifige
, ainfi que feize Vafes de differentes formes , qui
l'accompagnoient , l'Architecture , la Peinture & la
Sculpture , étoient employées avec art , d'un goût
fingulier & agréable. Tout l'Edifice étoit peint en
Marbre de coloris , les fleurs & autres Ornemens
dorés , & le tout ensemble , faifoit un effet tel que
le Public en a été fort fatisfait.
EXE.
JUIN 1739. 1449
EXECUTION DE L'ARTIFICE.
Après plufieurs Salves de 20 Piéces de Canon &
de cent Boëtes , ce brillant Spectacle commença
par un prodigieux nombre de Fufées d'honneur
, tirées par trois . Plus de 40. douzaines de
Lances à feu & à Sauciffons , garniffoient & éclai
roient les quatre faces du Corps du Feu.
Trente Caifles d'Artifice , plenes de Fufées de
doubles Marquifes , étoient placées fur la grande
Terraffe , avec plus de cent douzaines de Pots &
feu ; & fur la Balustrade de la même Terraffe , 40 .
Jets , dont 20. à Aigrettes. Quatre Soleils tournans
au milieu des quatre faces , & quatre autres fur les
Angles.
Quatre grands Soleils fixes , au - deffus des quatre
tournans. Quatre Pates d'Oyes , devant les faces du
grand piédeſtal de la Piramide , avec Jets & Pots à
Aigrettes, & fur les angles du même piédeſtal, quatre
grands Pots à Aigretes . Au pied de la Piramide ,
fur les gradins , étoient placés environ cent douzaines
de Pors à feu , & douze grands Pots à Aigretes
fur le piédeftal des quatre faces de la Piramide
, fur le fommet de laquelle étoient trois grands
Pots à Aigretes , groupés . Trois grandes Fleurs- de-
Lys lumineuses , formées par 20. ou zɔ . douzaines
de Lances .
Les quatre faces de la Piramide , étoient garnies
par environ 5o. autres Jets , & les quatre angles
exterieurs du Corps du Feu , par quatre Caſcades
ou Fontaines de feu.
La premiere Girande , étoit compofée de fix
Caiffes , chacune au moins de 20. douzaines de
Fufées de doubles Marquifes.
La feconde , compoſée de près de 30. douzaines
de Pots à feu , & de fix Caifles de plus de 25.
I ij
dou-*
zaines
50 MERCURE DE FRANCE
zaines de Fufées , toutes en Etoiles. Douze Balons
d'air, placés dans l'enceinte, au bas du Feu , & douze
Bombes d'Artifice , tirées fur des Mortiers , placés
auprès des Canons , & pointés fur le Feu.
Les Croifées de l'Hôtel de Ville étoient occupées
par quantité de Princeffes , de Dames , de Seigneurs
& de Miniftres Etrangers ; on fervit en très grande
abondance les rafraîchiffemens les plus exquis .
La grande Salle & tout l'intérieur de l'Hôtel de
Ville, étoient ornés & éclairés avec goût & magnificence
.
La Décoration du Feu & l'execution font dụ
Chevalier Servandoni , & l'Infpection génerale de
cette Fête , a été confiée aux foins vigilans & à la
capacité de M. Beaufire , Architecte du Roy & de
la Ville.
Voici la Planche gravée en Taille -douce , que
nous avons promise , en donnant la Defcription de
la magnifique Illumination de l'Hôtel du Prince de
Lichtenftein, Ambaffadeur de l'Empereur, à la Cour
de France, au fujes de la Paix , dans le dernier Mercure
, page 1242. Nous ne doutons pas que cette
Eftampe , très bien gravée , ne faffe plaifir à ceux
qui ont marqué tant d'empreffement pour en voir.
le brillant effet dans la Repréſentation . Elle ne
peut manquer d'en donner une idée auffi complete
qu'agréable à ceux qui ne l'ont pas vûë .
Nous n'épargnerons ni foins ni peines pour donner
à nos Lecteurs une pareille Planche , qui leur
mette fous les yeux le pompeux apareil d'une fuperbe
Fête , à laquelle le Marquis de la Mina , Ambafladeur
du Roy d'Efpagne à la Cour de France ,
fait travailler avec ardeur , pour célebrer le Mariade
MADAME DE FRANCE avec le Prince d'Efpagne
DOM PHILIPE . On éleve la principale Décoge
ration
JUIN. 1739. 1450
ation fur le Quai du Louvre , au bord de la
Seine , vis- à-vis l'Hôtel de Son Excellence .
Nous ferons encore plus attentifs à donner la
efcription & la Repréfentation du grand Specta
le qu'on doit donner dans les Jardins de Verſailles,
en face du Château , à la même occafion .
LaVille de Paris doit auffi célebrer cet augufte Mariage
, fur le magnifique Canal que forme la Seine ,
terminé par le Font- Neuf & le Pont Royal , entre
les deux Quais des Galeries du Louvrre & des
' Théatins , heureuſe fituation , s'il y en a en Europe
, également propre pour donner un grand Spectacle
, & pour contenir le plus grand nombre de
Spectateurs à une diſtance convenable . Le principal
objet d'une majestueufe & finguliere Décora
tion , d'une étenduë & d'une élevation conſidérable,
fera adoffée & élevée à l'Eperon du Pont-Neuf, qui
en marque le milieu. Cela ne peut pas manquer de
produire un grand effet. Les Perfonnes refpectables
, d'une grande étenduë de lumieres & d'un
difcernement exquis , qui ont ordonné l'apareil de
ces fuperbes Fêtes , & les habiles Artiſtes qui y font
employés , font efperer un plein fuccès . Nous défisons
, avec tout le Public , d'en voir la Repréſentation
en Taille-douce , dans le goût de l'Eſtampe
que nous annonçons.
I iij RE
1452 MERCURE DE FRANCE
RECETTE des Remedes de Mlle JEANNE
STEPHENS , pour guérir la Pierre & la
Gravelle , avec la maniere de les préparer
☞ de les donner ; publiée par ordre du Parlement
d'Angleterre , à la fin de l'Acte qui
accorde à cette Demoiselle une récompense
ce cinq mille livres sterlings. ( 1 ).
C
Es Remedes font une Poudre , une Décoction
& des Pilules .
La Poudre eft compofée de coquilles d'oeufs calcinés
& de Limaçons calcinés.
Pour faire la Décoction , on met bouillir quelques
herbes dans de l'eau , avec une boule , compo
fée de Savon , de petit Creffon ( 2 ) ſauvage , brulể
jufqu'à noirceur , (3 ) & de Miel.
Les Pilules font faites avec des Limaçons calcinés,
de la graine de Carotte 4) fauvage , de la graine
de Bardane , ( Burdock . ) des fruits de Fréne ( Asben
Keys . ) des Grateculs , ( 5 ) des fruits ou bayes
d'Aubépine . ( 6 ) ( le tour brûlé jufqu'à noirceur ) du
Savon & du Miel.
(1 ) C'est environ 114 mille liv. de notre Monnoye
(2 ) Nafturtium fylveftre , capfulis criftatis . Inft.
Swines - Creff
(3) C'est - à - dire , juſqu'à- ce que la Plante ne ren-
-de plus de fumée.
(4 ) Daucus vulgaris . Cluf. Wild Carott.
(5 ) Rofa , fylveftris , inodora , feu canina. Park,
Theat. Hipf
(6) Melpilus Apii folio , fylveftris fpinofa five
Oxyacanta. C. B. P. Hawes,
Prépa
JÚ ÍN. ··1739.·
145 $
Préparation de la Poudre
Prenez des coquilles d'oeufs de Poules bien
feches , bien nettes , & où il ne foit rien refté
des Blancs . Ecrafez- les bien avec les mains , & rempliffez-
en légerement un Creufet de la douziéme
grandeur , c'est-à-dire , un Creufet contenant près
de trois chopines . Placez ce Creufet dans le feu
couvrez- le d'une tuile , mettez des charbons pardeffus
, & tenez le au milieu d'un feu clair très - vio
lent , jufqu'à- ce que les coquilles d'oeufs foient cal
cinées au gris blanc ,& qu'elles ayent acquis un goût
acre falé. Cette Opération demande au moins 8. heures.
Quand les coquilles auront été ainfi calcinées ,
mettez- les dans un vaiffeau de terre bien fec , & bien
net , que vous ne remplirez que jusqu'aux trois
quarts , afin que les coquilles trouvent de l'efpace ,
lorfqu'elles viendront à être humectées ; placez dans
un lieu fec ce vaiffeau , & laiffez- le découvert pendant
deux mois , mais pas davantage. Dans cet intervalle
de temps , les coquilles d'oeufs prendront
un goût plus doux , & la partie qui fera fuffifamment
calcinée , deviendra affés fine pour paffer à
travers un tamis de crin ordinaire ; car il faut la tamifer.
Pareillement , il faut prendre des Limaçons de
Jardin avec leurs coquilies , les bien nettoyer , en
remplir un Creufet de la même grandeur que celui
qui a fervi pour les coquilles d'oeufs , couvrir ce
Creufer , le placer au feu comme dans l'Opération
précedente,& l'y laiffer jufqu'à- ce que les Limaçons.
ayent ceffé de fumer , c'eft à- dire , pendant environ
une heure,mais il ne faut pas qu'il y refte davantage ..
Auffi- tôt qu'on aura retiré les Limaçons du Creufet,.
il faudroit les réduire dans un mortier en une pou
dre fine , qui doit devenir d'un gris fort obſcur ,
L Remarque.
1456 MERCURE DE FRANCE
feulement que durera fon incommodité , car il faut
avoir grande attention en tout temps d'empêcher le
dévoyement , parce qu'il entraîneroit les Remedes ;
& fi même, par malheur , le dévoyement furvient ,
il faut augmenter la dofe de la Poudre , qui eft aftringente
, ou diminuer celle de la Décoction , qui
eft laxative , ou bien avoir recours à quelque autre
moyen, fuivant l'avis des Médecins.
Pendant l'ufage de ces Remedes , il ne faut point
manger de mets falés , il ne faut point boire de vin
rouge ni de lait ; il faut prendre peu de liquide ,
& faire un exercice modéré , afin que Purine s'impregne
davantage de ces Remedes , & qu'elle foit
retenue plus long temps dans la veffie.
Si l'eftomach ne peut pas fuporter la Décoction
il faut prendre après chaque dofe de Poudre , un
fixiéme de la Boule préparée pour les Pilules.
•
Si la Perfonne eft âgée , d'une conſtitution foible
ou fort abatue par les douleurs ou par la perte de
Papétit , il faut faire entrer dans la compofition de
la Poudre , une plus grande doſe de Limaçons calcinés
; on peut même , fuivant l'exigence des cas ,
augmenter cette dofe jufqu'à ce qu'il y ait parties.
égales de Poudre de Limaçons & de Poudre decoquilles
d'oeufs. On peut auffi , pour les mêmes
raifons , diminuer la quantité des deux Poudres &
celle de la Décoction ; mais fi la perfonne peut en
foutenir la dofe ordinaire , cela n'en fera que
mieux.
Aux Herbes & aux Racines dont on vient de
parler , Mile Stephens en a quelquefois fubftitué
d'autres , comme la Mauve ordinaire , la Gimauve,
la Millefeuille rouge & blanche , la Dent de Lion
le Creffon d'eau-& la Racine de Cran. ( Cochlearia
folio cubitali. Inft. ) Elle n'a trouvé dans toutes ces .
Plantes aucune difference effentielle,
Le
JUIN. 17398
$457
Le principal ufage des Pilules ett dans des accès:
de Gravelle , accompagnés de douleurs dans les.
Reins & de vomiffemens , & dans des fupreffions
d'urine , occasionnées par une obftruction dans les
uretéres. Il faut dans ces cas que le Malade prenne
toutes les heures , jour & nuit , s'il ne repofe
pas , cinq Pilules jufqu'à ce que fes douleurs foient
diffipées. Les Perfonnes fujettes à la Gravelle , ou
à rendre du gravier , en préviendront la formation,.
fi elles prennent tous les jours dix ou quinze de ces
Pilules.
Cette Recette a été publiée à Londres , le 27. Juin
1739. N. S. & certifiée véritable .
Cette Piéce , imprimée en 8. pages in- 12. a été
traduite par M. de Bremond , de l'Académie Royale
des Sciences , & lûë dans une des Affemblées de
l'Académie . Cette Compagnie a défiré que la Recette
des Remedes de Mlle Stephens fût publiée:
promptement ; & elle travaille à en faire des Expé
riences.
Nouveaux Certificats enfaveur du Spécifique
contre l'Apoplexie , de M. Arnoult , Mar
chand Droguifte , rue des cinq Diamans à
Paris , seul Possesseur du vrai Remede.
MNevers,déclare par la Lettre du 8. May 1739.
que depuis quatre ans qu'il porte le Spécifique du
Sr Arnoult , il n'a pas fenti la moindre vapeur qui
aprochât de l'Apoplexie ; que plufieurs de fes Amisauxquels
il l'a confeillé , & qui avoient déja été
attaqués plufieurs fois d'Apoplexie , le remercient :
journellement du bien que leur a procuré ce Spe
cifique .
R: Samuel Serrurier , Marchand de Draps à
Iivj Mi.
458 MERCURE DE FRANCE
M. l'Abbé de Refuge , à Bar - le-Duc , attefte auffi
par fa Lettre du 2. Juin 1739. que depuis fix mois.
qu'il fait ufage du Specifique , il n'a fenti aucun des
étourdiffemens ni tournoyemens de tête , auxquels.
il étoit fort fujet depuis très long-temps .
M. Hodan , ancien Officier , & Chevalier de Saint.
Louis , à Abbeville , par fa Lettre du 13. Avril ,
marque qu'il a fait ufage du Remede du Sr Arnoult
au mois de Janvier dernier,à la fuite d'une Apoplexie
qui le furprit dans le commencement du même.
mois , dont il eut la langue très - embaraffée , juſqu'au
moment de l'aplication du Sachet , quoi
qu'il eût été faigné plufieurs fois du pied & du bras,
& qu'il eût pris l'Emetique , & que depuis l'uſage
qu'il fait de ce Specifique , il eft libre de ſa langue ,
&fe porte à merveille.
9.
M. Nicolas-François Bouché , Agent des Affaires .
'de M. Orry , Contrôleur Général des Finances
pan fon Certificat du 12. Avril 17.39. attefte , que,
Marguerite Sainsaulieux , fa femme , alors âgée de
66 ans , le 24 Avril 1735. fut attaquée d'Apoplerie
& Paralyfie sur toute la moitié de son corps.
du côté droit , & que le 27. Octobre 1736. elle
eut une feconde attaque ; qu'il fit faire alors uſage
a fa femme du Specifique du Sr Arnoult , & que
depuis ce temps-là il ne lui eft rien arrivé. Ce Fait
eft confirmé par M des Boves , premier Valet de
Chambre de M. Orry , & par M. Barbier , auffi
fon Valet de Chambre.
M. Denis Delife , Ecuyer , Capitaine-Exempt de
la Prévôté de l'Hôtel du Roy , certifie le 19 Avril,
1739. fa guériſon , operée par ce Specifique ; après .
une Apoplexie & Paralifie qui le furprirent le premier
jour de l'année 1735. pour lequel accident il .
a été faigné du pied fept fois , & une fois du bras ,,
dans l'intervalle d'une journée , & après avoir pris
inuJUIN.
1739. 1459
inutilement les Remedes ufités. M. des Boves , &
M. Barbier confirment encore ce Fait , pour s'être
paffé fous leurs yeux.
30
39
Je fouffigné Pierre de la Plaine , Commis au
» Greffe du Confulat de Paris depuis 32. ans , âgé
» de 69. ans , certifie que depuis près de deux ans:
» j'ai eu quatre attaques d'Apoplexie ; que le 4.
» Avril dernier , veille de la Quasimodo , je fus en-
»core furpris d'une cinquiéme attaque , mais bien:
plus confiderable que les précédentes , puifqu'elle
» a été fuivie d'une Paralifie fur toute la partie
→ droite de mon corps , ayant la tête entreprise &
» la bouche de travers ; j'avois entierement perdu
» toute connoissance & l'ufage de la langue ; que
» M. Desjours , Maître Chirurgien à Paris , me
»voyant dans cet état , me fit plufieurs faignées du
bras & du. pied , & me fit prendre l'Emétique &
les Remedes néceffaires en pareille occafion ;
» mais que malgré fes foins à m'adminiftrer les
» Remedes ufités , je fuis resté dans cet état l'eſpace
» de deux jours & demi , fans aucune connoiffance
ni foulagement . Quelques Perfonnes de mes
amis , qui avoient connoiffance des Effets furprenans
du Specifique de M..Arnoult contre l'Apoplexie
, l'ayant proposé à mon Epouse & à ma
Famille , en préfence de M. des jours , qui luimême
tout le premier le confeilla on m'en t
faire alors ufage , me faifant abandonner tous les
» autres Remedes ; deux jours après le Sachet fe
» trouva entierement diffipé & fondu , là connois-
» sance me revint avec la liberté de la langue & de
» mes membres paralytiques ; le premier de mes
» foins fut d'envoyer chercher le Sr Arnoult , pour
2 être témoin de cet Evenement , qui nous furprit
» tous ; le Sr Arnoult me remit alors un second .
» Sachet au col , & depuis , avec l'ufage que j'en ai
fait
1460 MERCURE DE FRANCE
55
לכ
» fait , j'ai , graces à Dieu , la liberté de ma langue
& de tous mes membres , marchant & écrivant
bien , fans avoir eû depuis aucune atteinte de ce
Mal : c'eft le témoignage que je me fens obligé
» de rendre à la Vérité . Fait à Paris ce 15. Juin
1739. Signé , De la Plaine.
3
Ce Fait eft attefté & figné par toute la Famille
entiere , & les amis , qui ont été témoins de cet
Evenement , & par le Chirurgien , qui en donne
fon Certificat ci deffous .
ג כ
Je fouffigné Claude des Jours , Chirurgien Juré
à Paris , certifie que tous les Faits contenus au
préfent Certificat , font très -véritables , pour
» s'être paffés fous mes yeux , ayant été mandé dès
» le commencement de l'Accident ,"
& ayant moi-
» même conseillé l'usage du Specifique de M. Arnoult
contre l'Apoplexie qui a procuré au Malade-
» ci - deffus nommé une entiere & parfaite guérifon,
» ce que je certifie en mon ame & confcience très-
» véritable. A Paris , ce 24 Juin 1739. Signé ,
» des Jours. ཙི ཏི
Je fouffigné , Chirurgien Juré à Paris , certifie
à qui il apartiendra , que ma Femme eft tombée
» il y a environ cinq ans en Apoplexie & Paralifie
» en deux fois differentes , au sçû de M. Pouffe ,
» Médecin , & de plufieurs autres , tant Médecins
59
Chirurgiens , qu'autres ; que l'on me confeilla
» alors de lui faire porter le petit Sachet , que M.
» Arnoult diſtribuë , ce que j'ai fait avec exactitu
» de ; & depuis qu'elle le poite , elle n'a eû aucune
attaque ni difpofition ; ce que je certifie vé-
» ritable . Fait à Paris , ce 4 Juillet 1739. Signé ,
» Feburier.
Comme la vertu de ce Specifique se confirme
tous les jours par de nouveaux fuccès , que depuis
plus de 38. ans que le Public en fait usage , on n'a
encore
JUIN. ∙1739% 146
encore vû perfonne de ceux qui le portent , soit en
qualité de Préfervatif , soit en qualité de Remede ,
qui il soit arrivé le moindre accident d'Apoplexie ;、
le filence des Adverfaires étant la meilleure preuve
qu'on en puiffe donner , c'eft ce qui a excité bien
des Gens tant à Paris qu'en Province , à le contre
faire , d'où il eft arrivé plufieurs accidens d'Apoplexie
à ceux qui ont fait usage de ces Sachets su
posés & vendus , quoique contrefaits , comme étant
les mêmes , ou sortant de chés le Sr Arnoult. Ce
qui eft prouvé par nombre de Certificats des Personnes
auxquelles le malheur eft arrivé . Pour ob◄.
vier à un abus fi préjudiciable , le Sr Arnoult déclare
, qu'outre qu'il le faut tenir de chés lui - même
, chacun de ces Sachets sera accompagné d'un.
Imprimé figné de lui , & que fans l'accompagnement
de cette Signature , on ne doit ajoûter aucune
foi au Remede que l'on presenteroit comme
venant de lui.
MORTS.
Lcomandataire du Prieuré de ste catherine du
E 28. May, Jean Charles Portail , Prêtre, Prieur
Val des Ecoliers , à Paris , mourut dans la 63. année
de son âge , étant né le 19. Novembre 1676.
11 avoit été ci - devant de la Congrégation de l'Oratoire
, & s'étoit fait connoître par ses talens pour
la Prédication , ayant prêché dans les principales
Chaires de Paris , & en 1722. au Louvre devant le
Roy. Il fut reçû Chanoine de l'Eglife de Paris le 9 .
Novembre 1724. & quitta alors la Congrégation
de l'Oratoire. Le Roy lui donna, au mois de Juin
17274
146 MERCURE DE FRANCE
1727. le Prieuré de Sainte Catherine , qu'il laiffe
vacant . Il avoit réfigné son Canonicat au mois de
Decembre 1728. Il étoit frere puîné d'Antoine
Portail , Seigneur de Vaudreuil , mort Premier Préfident
du Parlement de Paris , le 3. May 1736 .
Le...Juin, le Vicomte de Montboiffier ,Sous- Lieute
nant au Régiment des Gardes Françoises , fils puîné
de Philipe - Claude de Montboiffier de Canilliac
Capitaine-Lieutenant de la seconde Compagnie des
Moufquetaires du Roy , & Lieutenant Général de
ses Armées , & de D. Marie-Anne- Geneviève de
Maillé , fon Epouſe , mourut à Paris..
Le 17. le fils aîné de Gilles Brunet , Seigneur
d'Evry , Maître des Requêtes Honoraire de l'Hôtel
du Roy , ci-devant Intendant en Auvergne , & en
Bourbonnois , & de défunte D. Françoise -Susanne
Bignon , fa femme , morte le 15. Fevrier 1738.
mourut à l'âge de 23. ans.
Le 19. D. Catherine Elisabeth d'Arnollet Lochefontaine
, veuve de Louis Abraham de Sahuguet , Seigneur
de Termes, Gentilhomme de Champagne , originaire
de Limofin, ci -devant Capitaine d'Infanterie,
mourut à Paris , âgée d'environ 79. ans . Elle étoit
soeur aînée de la Dame Berrier de Ravenoville , dont
la mort eft raportée dans le Mercure de Janvier dernier
, page 182. Elle laiffe deux ou trois filles -mariées
, & un fils , qui eft Jean-Baptifte de Sahuguet,
Seigneur de Termes , ci- devant Capitaine de Cavalerie
dans le Régiment de Conty , depuis Chayla
qui eft veuf d'Elisabeth - Rence Berrier , fa coufine
germaine , morte à l'âge de 32 ans , le 21. Novembre
1727. de laquelle il . a . un fils , & une
fille.
Jean -Aimé du Mas , Seigneur de Montgermont,
Conseiller Honoraire du Parlement de Paris , où il
avoit été reçû à la quatriéme Chambre des Enquêtes ,
Je
JUIN. 1739 1463
·
540
le 18.May 1691. & qui s'étoit démis de ſa Charge en
1714. mourut à Paris , âgé de 68. ans. Il étoit fils
aîné de feu Claude du Mas , Secretaire & Greffier
du Conseil Privé du Roy , & Fermier Général des
Fermes Unies , mort le 15. Mars 1693. âgé de
ans , & de Françoise Solu , morte le 7. Avril 1701 .
femme en secondes nôces de François le Juge
Seigneur de Bagnolet , auffi Fermier Général . Celui
qui vient de mourir , avoit épousé Catherine- Hilaire
Bernard de Montgermont , fille unique , & seule
héritiere de feu Jacques Bernard , Seigneur de
Montgermont , Prengy , Brinville , Hocquay ,
partie & de Neu llan , Lieutenant des Chaffes de
Fontainebleau , mort en 1695. & d'Anne - Marie le
Jay de la Neuville ; il la laiffe veuve , âgée de 44-
7. à 45. ans , & mere de deux fils .
en
Le 23. Dame Louife de Gontaut de Biron , veuve
sans enfans , depuis le 13. Octobre 1724. de Jo
seph Marie d'Urfé de Lafcaris , Marquis d'Urfé
& de Baugé , Comte de Sommerive , Grand Bailli
de Forez , ci - devant l'un des Seigneurs affidus auprès
de la Perfonne du Dauphin , Ayeul du Roy
Louis XV. & Capitaine - Lieutenant de fa Compagnie
de Chevau -Legers , auparavant Lieutenant des
Gardes du Corps du Roy , & Lieutenant Général
au Gouvernement du Haut & Bas Limofin , avec
lequel elle avoit été mariée le 19. Septembre 1684.
mourut à Paris , âgée d'environ 77. ans . Elle avoit
été élevée Fille d'Honneur de Madame la Dauphine
, Ayeule du Roy regnant. Elle fut depuis Dame
d'Honneur de Marie- Anne de Bourbon , Légitimée
de France , Princeffe Doüairiere de Conty, morte le
3. May dernier. Elle étoit fille de François de Gon
taut , Seigneur de Biron , Baron de S. Blancard ,
Lieutenant Général des Armées du Roy , mort le
22. Mars 1700. & d'Elisabeth de Coffé de Briffac
more
1464 MERCURE DE FRANCE
morte le 18. Décembre 1679. Elle a fait fon Léga
taire universel , Charles Antoine de Gontaut de
Biron , son neveu , apellé le Marquis de Gontaut ,
Colonel d'un Régiment d'Infanterie , & troifiéme
fils du Maréchal Duc de Biron.
Le 25. Henriette- Françoife de Bullion , Demoiselle
de Montlouet , mourut à Paris , âgée de 71. ans.
Elle étoit fille de François de Bullion , Marquis de
Montlouet , de Maule , & de S. Amand , Comte de
Preuves , Premier Ecuyer , & Commandant la
Grande Ecurie du Roy , mort au mois de Juillet
1671. & de Louise - Henriette- Marie Rouault , Da
me de Thiembrune , morte le 18. Avril 1687
Le 26. Louis-Marie Victoire Fouquet , Chevalier
de l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem , mourut
à Mets en bas âge. Il avoit été reçû Chevalier de
Minorité dans le Prieuré de France , au lieu de
celui de Champagne , dans lequel il étoit né , par
an Brefparticulier. Il étoit second fils de Louis-
Augufte Fouquet , Comte de Belle - Isle & de Gisors
, Chevalier des Ordres du Roy , Lieutenant
Général de ses Armées , Gouverneur de la Ville
de Mets , & Commandant dans les trois Evêchés ;
& de Dame Marie- Therefe - Cafimire- Emmanuelle-
Geneviève de Bethune , fille du Comte de Bethune,
de la Branche de Selles , Maréchal de Camp des
Armées du Roy , Grand Chambellan du Roy de
Pologne , Duc de Loraine , & de D. Henriette de
Harcourt de Beuvron , foeur du Maréchal d'Har
court.
EX
JUIN. 1739. 146
EXTRAITd'une Lettre écrite de Manosque
´en Provence, au mois de May dernier, sur la
mort du Marquis de Villeneuve.
E 22. Avril dernier Laprès na nous eûmes la douleur ,
cette Ville M. le Marquis de Villeneuve , Seigneur
de Clumens , Puimichel , Caliaus , &c . âgé d'environ
82. ans. Il avoit épousé en 1695. Mlle de Saint
Etienne , encore vivante ; il laiffe de son mariage
deux fils & une fille : l'aîné épousa à Paris en 1727:
la veuve du Président de Fortia ; le cadet , qui eft
Ecclefiaftique , fut nommé en 172 5. à l'Abbaye de
S.Gildas de Rhuis , Diocèse de Vannes en Bretagne.
Le Marquis deVilleneuve étoit refpecté ,aimé & efti
mé de tous ceux qui le connoiffoient . Une fi grande
perte pour cette Ville,& pour tout fon voifinage, ex
cite d'autant plus nosjuftes regrets , qu'il étoit l'Arbitre
général de tous les differends qui furvenoient
dans le Pays , il prévenoit d'ailleurs & affiftoit dans
leurs befoins les Perfonnes affligées du côté de l'indigence.
Il s'épuisoit lui-même pour foulager la mifere
d'autrui. Enfin il regardoit une journée comme
perdue pour lui , celle où il n'avoit pû rendre quel.
que fervice , & il ne s'en paffoit prefque aucune dans
laquelle il n'eût obligé quelqu'un. Tout étoit digne
en lui de fon illuftre Naiffance , & de son antique
Nobleffe , qui depuis les siècles les plus reculés
, a tenu l'un des premiers rangs dans cette Province
, &c. La Maison de Villeneuve porte de gueu
les , à trois Lances frettées d'Or , accompagnées de
petits Ecuffons d'Argent , & sur le tout un Ecuffon
Azur à la Fleur-de - Lys d'Or.
On a omis dans le premier Volume de Juin , de
marquer
1466 MERCURE DE FRANCE
marquer que M l'Abbé de Farcy de Cuillé Evêque de
Quimper , a deux freres , l'un Confeiller au même
Parlement , & le Chevalier de Cuillé, Chevalier de
Malthe , Enfeigne de Vaiffeaux , actuellement fur
le Danube , au Détachement que la Religion a envoyé
au fecours de l'Empereur . La Famille des
Farcy , porte Fretté d'Or d'Azur ; elle a donné
plufieurs Confeillers & Préfidens au Parlement de
Rennes , fous le nom de Farcy de la Daguerie , &
de Pontbriant .
La Dame du Moulin , la mere , ( d'une Branche
établie depuis peu en Bretagne ) fort d'une très - ancienne
Maifon , qui a produit de Grands Hommes ,
entre - autres , Pierre du Moulin , Archevêque de
Toulouse , Denis du Moulin , Evêque de Paris , &
Cardinal. Les Armes de cette Maison , sont d'Argent
à la Croix anchrée de Sable , chargée au milieu
d'une Coquille d'Or. Elle a des Alliances avec les
plus grandes Maifons , comme celles de Courtenay,
de Rouvroy , de S Simon , de Villiers de l'Isle
Adam , de l'Hopital , de Beauveau , Fleurigny ,
d'Efpence , Bochart , Champigny , &c.
HXXXXXX ***
ARREST NOTABLE , &c.
A
RREST du 11. Avril dont la teneur fuit?
Le Roy étant informé qu'on répand depuis
quelques jours dans le Public , un Mémoire imprimé
fans nom d'Auteur ni d'Imprimeur , fans Privilege
ni Permiffion , fous le titre de Mémoire pour
PUniverfité , où l'on montre qu'elle ne peut révoquer
fon Apel , Sa Majefté auroit jugé à propos de s'en
faire rendre un compte exact , & Elle auroit reconnu
que, foit par les invectives , les déclamations:
vior
JUIN. 1407 1739
violentes , & les faux principes qu'on y a raffemblés
contre une Décifion de l'Eglife , qui eft devenue
Loy de l'Etat , foit par la malignité &
l'emportement qui regnent dans le ftyle de cet
Ouvrage , ou par la témérité avec lesquelles on ofe
s'y élever contre les Perfonnes les plus refpectables,
on ne peut regarder un tel Ecrit , que comme un
Libelle féditieux & diffamatoire , qui ne tend qu'à
émouvoir les efprits , & à les prévenir , ou même
à les foulever également contre les deux Puiffances
que Dieu a établies fur la Terre , pour y maintenir,
Par leur concorde , la paix & la tranquillité publique
: Qu'il eft même d'autant plus important d'arrêter
promptement le cours d'un Ouvrage fi condamnable
, qu'on affecte de diftribuer en même
temps une nouvelle Edition qu'on a fait faire d'un
ancien Ecrit intitulé , Expofition des motifs de l'Apet
interjetté par l'Univerfité de Paris le 5. Octobre 1718 .
c. ce qui ne peut avoir pour objet , que de favorifer
& de renouveller en quelque maniere , de pareils
Apels , contre la difpofition de la Déclaration
du 4. Août 1720. à quoi étant néceffaire de pourvoir
, le Roy étant en fon Confeil , a ordonné &
ordonne , que ledit Ecrit intitulé , Mémoire pour
PUniversité, où l'on montre qu'elle ne peut révoquer
fon Apel , fera & demeurera fuprimé , comme contenant
des propofitions & des expreffions téméraires
, contraires au refpect & à la foumiffion dûs aux
deux Puiffances , tendantes à émouvoir les efprits ,
& à troubler la tranquillité publique ; Enjoint à tous
ceux qui en ont des Exemplaires , de les remettre
inceffamment au Greffe du Sieur Herault , Confeiller
d'Etat , Lieutenant Géneral de Police , pour y
y être lacerés : Fait Sa Majesté très-expreffes inhi
bitions & défenſes à tous Imprimeurs , Libraires ,
Colporteurs & autres , de quelque état , qualité ou
condi2468
MERCURE DE FRANCE
condition qu'ils foient , d'en imprimer , vendre
débiter ou autrement diftribuer , à peine de punition
exemplaire : Ordonne que pardevant ledit Sr Herault
, & à la requête du Procureur de Sa Majeſté
au Châtelet , il fera informé contre ceux qui ont
imprimé ou fait imprimer , vendu ou diftribué
ledit Mémoire , pour être enfuite procedé contre
eux fuivant la rigueur des Ordonnances : Ordonne
en outre Sa Majefté , que ledit Ecrit intitulé , Expofition
des motifs de l'Apel interjetté par l'Univerfité
de Paris le s. Octobre 1718. &c. enſemble tous autres
Ecrits tendans à faire valoir encore , оц même
à renouveller de pareils Apels , feront & demeureront
fuprimés , à l'effet de quoi , ceux qui en ont
des Exemplaires , feront tenus de les remettre audit
Greffe de la Police , &c .
Ji
APROBATION.
'Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le second Volume du Mercure de France du
mois de Juin , & j'ai cru qu'on pouvoit en permettre
l'impression. A Paris , le premier Juillet 1739.
HARDION.
TABLE.
IECES FUGITIVES. Ode à l'Imitation
d'Horace , & c. 1257
Suite & fin de la VI. Lettre fur l'Hiftoire du Niver-
" nois ,
Continuation des Plaintes d'Adam ,
1259
1270
Méthode pour trouver la déclinaison des Plans ver-
-ticaux , &c. & figure 1273
Les
trois Louches , Fable , &c. 1289
tinuation de l'Extrait du VI . Tome des Annales
Bénedictines , & Remarques , & c.
Le Savetier Critique , Conte ,
1290
1301
Observations sur quelques anciens Monumens découverts
en creusant la Fontaine de Nîmes, 1303
Ode d'Horace , Traduction ,
1318
Extrait d'une Differtation fur la nature du Feu , 1320
Les deux Asnons , Fable , 1329
Lettre au fujet des Traductions des anciens Poëtes
&c.
Madrigal ,
Conjectures fur l'origine des Vents ,
Le Pauvre & le Riche , Fable ,
1330
1343
1344
1345
Lettre fur les Bureaux pour la Mufique & fur les
Bureaux pour les Enfans fourds & muets , 1346
Enigme , Logogryphes , 1350
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS;
& c. 1354
Lettre de l'Abbé Carbasus , fur la mode des Inftrumens
de Mufique, avec l'origine de la Vielle, 1357
L'Arithmétique des Géométres , 1361
Traité fur les Lettres de Change , &c . 1362
Suplément au Corps Universel Diplomatique du
Droit des Gens , &c. 1364
Morts d'Hommes Illuftres , 1364
Estampes nouvelles , Portraits et Vers , 1366
Livre de Chamarures , & c. 1369
Collection de Jettons , &c. 1372
Sr Lebas ,
Nouvelles Lunettes à refléxion , ou Télescopes du
Lettre au fujet de la Penfion d'Alfort ,
1374
1375
1383
Traité de la Révocation de nullité des Donations ,
& c.
Quvrage & Portrait de M. Haudel , Muficien, 1384
Elixir fouverain du Sr Gabriel , Chymifte , &c. ibid
Bandages du Sr Sorraiz , &c. 1385
Spectacles
Spectacles. Les Fêtes d'Hebé , ou les Tafens Ly
ques , Ballet ,
,
Troupe de Comédiens à Compiegne ,
Extrait de la Tragédie de Sethos
Nouvelles Etrangeres . Turquie et Perse ,
Allemagne , Dannemarck ,
13
13
3.41
142-
142
Italie, Naples, Isle de Corse & Grande-Bretagne, 142
Morts , Naiffance des Pays Etrangers , 14
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 143
Fête à Moulins , fur la Paix , 1437
Publication de la Paix à Paris , 1439
Dîner-Souper à l'Hôtel de Ville , 1444
Feu d'Artifice , & c.
1448
Recette de Mlle Stephens , pour la Pierre , 1452
1457
Morts , 1461
1466
Spécifique contre l'Apoplexie ,
Arrêt Notable ,
Errata du premier volume de Juin.
Page 1073. ligne 14, &,brez cemot& lisez frere du dermer Evêque de Viviers & de l'Evêque
d'Apt d'aujourd'hui .
Fautes à corriger dans ce Livre.
1.
Page 1291. ligne re.novitus, lisez, novitiis. Ibid. ligne 15. Diutz , l. Duitz. P. 1293. 22. Herbepolis
, 1. Herbipolis . P. 1305. l . 13. notre entiere ,
1. entierement notre . P. 1306. l . 13. derriere , l. au
dos. P. 1308. l. 15. le courant de la Source partoit ,
1. la Source couloit. P. 1349. l. 1. compris , l. entend
. P. 1400. l . 20. dix , l. onze. P. 1445. l. 13 .
de , l. en. >
La Planche gravée doit regarder la page
La Planche de l'Illumination , la page
1288
1450
Qualité de la reconnaissance optique de caractères