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MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
MARS.
1739.
OUR
COLLIGIT
SPARGIT
Papillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXIX.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
L
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
LA
>
A V I.S.
ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure vis - à- vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure
, à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très-inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
fein d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaitevont
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
'heure à la Pofte , on aux Meſſageries qu'on
Lui indiquera.
PRIX XXX . SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
MARS. 1739.
PIECES FUGITIVES
f
en Vers et en Prose .
O
D
le
O DE
Sur le mois d'Avril .
Oux Mois , où commence à paroître
La plus charmante des Saisons ,
Que depuis que tu m'as vê n'aître ;
J'ai déja compté de moissons !
s'écoule vîte ! temps que
Qu'il sert peu de le regretter !
A ij Que
4ro MERCURE DDEE FFRRAANCE
Que rarement on en profite ,
Comme on devroit en profiter !
*
Pour rajeunir Vertumne & Flore ,
Avril , je te vois revenir ;,
Hélas ! n'aurois - tu point encore
Le pouvoir de me rajeunir ?
Tu n'as point ce pouvoir , sans doute ,
Et mes désirs sont superflus.
Je me trouve au bout d'une route ,
Par où je ne passerai plus.
*
Adieu , florissante Jeunesse ;
Adieu saison pleine d'attraits.
Que n'a-t'on assés de sagesse
Pour t'abandonner sans regrets?
Mille disgraces sont voisines
De tes passageres faveurs.
Si l'on connaissoit tes épines ,
On cueilliroit peu de tes fleurs.
*
Cependant l'aimable Zéphire
Rapelle la Mere d'Itis.
Déja plus d'un riche Navire
Fend l'Onde calme de Thétis.
Děje
MARS
17392
Déja Cérés pare la Terre
Des tuyaux naissants du froment,
Et Bacchus , couronné de Lierre ,
Va fertiliser le sarment.
*
Dans nos retraites boccageres :
Les Jeux de Mars sont étrangers.
Chanter , danser , plaire aux Bergeres ,
C'est la Milice des Bergers.
Jadis comme eux j'aimois à suivre -
Mes tendres inclinations ;
Aujourd'hui mon ame se livre:
A de tristes reflexions.
Charmes séduisans de la vie¸-
Plaisirs , dis-je , jeux , ris , amours ,
Vous me donnez bien quelque envie , ›
Mais hélas ! vous êtes trop courts ;
De la plus longue jouissance
En vain l'espoir vient me flater ;
Je renonce à tout , quand je pense
Qu'un jour il faudra tout quiter.
A j
LETMERCURE
DE FRANCE
Aetatatatat tetebetatetat
LETTRE sur les differentes manieres de
montrer à un petit Enfant la Traduction ·
d'un Auteur Latin.
V
Ous voulez donc sçavoir , Monsieur , ee
que je pense des differentes manieres de
rendre sensible à un petit Enfant la construction
d'un Texte Latin , nécessaire pour la traduction de
cette Langue en François ; je vais tâcher de répondre
le mieux que je pourrai à l'honneur que vous
me faites , en prenant le ton d'une matiere importante.
Je crois d'abord que la dispute des Maîtres
finiroit bien- tôt , si , sans prévention , ils avoient la
force & la patience de vouloir s'entendre les uns
les autres sur cette question . On trouve en usage
trois sortes de constructions , qui me paroissent
toutes trois assés bonnes , lorsqu'on voudra les prariquer
, en les proportionnant à l'âge & à la capacité
des petits Enfans , & qu'on aura l'attention de
ne les employer qu'à propos, & pas plus long- temps
qu'il ne conviendra , soit qu'on fasse usage du Bureau
Typographique , ou qu'on n'en fasse aucun
usage.
La premiere construction qui est écrite ou imprimée
de suite & interlineaire mot à mot avec le François
au-dessous de chaque mot Latin , me paroît la
plus naturelle , la plus facile & la plus convenable
à la foiblesse des petits Enfans , qui aprennent à lire
en François & en Latin , ou qui ne sçavent ni conju
guer , ni décliner , mais qui sont capables d'aprendre
& de retenir par coeur des mots Latins , par
P'usage de la lecture & de la version interlineaire , à
mesure qu'ils aprennent des mots François par le
même
MARS.
413 1739
1
même usage de la lecture & de la parole . Or il est
visible que pour lors les petits Enfans ne doivent
être mis ni à la construction chiffrée, ni à la construction
de vive voix , & qu'on ne doit pas même
suivre l'exemple des personnes qui mettent trop tôt
les Enfans dans la dure & triste nécessité d'aprendre
par coeur les inintelligibles paradigmes des déclinaisons
, des conjugaisons, & par surcroît un infinité
de prétendues Regles que les Enfans ne peuvent
comprendre qu'à force d'être ensuite corrigés dans
la pratique de la version & de la composition , ainsi
que l'expérience le fait voir tous les jours aux dépens
des Enfans , & si j'ose le dire , à la honte de
plusieurs Maîtres . Le temps précieux de la premiere
enfance seroit , ce me semble , bien mieux employé
sur une bonne version interlineaire , qui , sans dégoûter
les Enfans, les acoûtumeroit peu à peu à distinguer
les terminaisons des mots , & les disposeroit
plus facilement par - là à l'intelligence & à l'étu
de des premiers Rudimens de la Langue Françoise.
& de la Latine. J'ai vu des Enfans de qualité arroser
de leurs larmes l'Alphabet & le Rudiment ouverts
sur leur table , en présence de leurs Precepteurs.
&
On sçait qu'il faut mener les Enfans pas à pas
pour ainsi- dire par la main , d'objet en objet sensible
ou dépendant & voisin l'un de l'autre , sans
quoi on ne sçauroit les fixer un moment . Cette
premiere construction permanente , a l'avantage de
parler aux yeux , à l'oreille & à l'esprit des petits
Enfans, ordinairement peu attentifs ; il est vrai que
la glose interlineaire semble entretenir l'esprit dans
une espece d'engourdissement & ne donner aucune
idée du tour Latin , mais la premiere Enfance n'étant
pas , ce me semble , capable d'aprendre par regle
une Langue morte , il suffit de familiariser les
A iüj petits
1
14 MERCURE DE FRANCE
1
petits Enfans avec les mots & avec leurs terminalsons
en Latin & en François , & de leur donner en
même temps une idée génerale & superficielle da.
Texte qu'on doit ensuite leur expliquer , après le
leur avoir montré, rangé à la Françoise . Une simple
liste de mots en Latin & en François , ou un Vocabulaire
suffiroit peut- être pour la lecture des petits
Enfans, s'il n'étoit pas plus à propos de les accoûtumer
de bonne heure à connoître & à sentir peu
peu les parties du discours ; c'est pourquoi le Texte
construit en interlineaire, est pour lors préferable an
Vocabulaire Latin François , & aux Rudimens. Cependant
un Maître judicieux , pour varier la leçon ,
se sert de tout utilement , & il dispose à loisir l'Enfant
à passer à la seconde ou à la troisiéme espece
de construction , selon l'âge & la capacité ; point
essentiel , quand on est bien convaincu que les Enfans
de 5. a 6. & à 7. ans ne doivent pas être conduits
comme les Enfans de sept à huit & à neuf ans
La seconde construction qui est chiffrée &
numérotée sur le pur Texte Latin , supose la connoissance
des chiffres , elle parle plus sçavamment
aux yeux , elle est active& mouvante ; elle donne
lieu à chercher l'ordre de chaque mot en notre Langue;
c'est pourquoi je la mets dans la seconde classe
pour les petits Enfans , qui ne sçavent encore ai
décliner ni conjuguer , & qui ayant été bien montrés
, se font un plaisir de trouver eux - mêmes les
chiffres ou les mots de la construction, que le Maître
a soin de leur expliquer , à mesure qu'ils les
cherchent , ou qu'ils les trouvent , afin de les faire
passer insensiblement à la troisiéme ou à la véri
sable espece de construction.
>
L'avantage de cette construction chiffrée , quelque
aveugle qu'elle paroisse , c'est 19. de pouvoir
faire travailler l'Enfant tout seul & avec plaisir pendant
MAR S. 1739. 415
dant l'absence du Maître , qui aura la précaution
pour lors de lui laisser la suite du Vocabulaire ou
seront en Latin & en François tous les mots de la
leçon du Texte chiffré , jour par jour , &c. 2 °. De
lui faire voir de temps en temps la differente maniere
d'arranger du Latin & du François , ce que ne
peut faire remarquer la simple construction interlineaire
par elle-même. On doit compter pour
beaucoup à cet âge-là le secret de faire goûter à
P'Enfant les Exercices Litteraires & l'usage des chiffres
, auxquels il sent qu'il a l'obligation de pouvoir
trouver l'ordre des mots Latins , selon la construction
du François , que le Maître lui dira mot à
mot au commencement. Quand l'Enfant auroit un
Texte construit , & qu'il auroit même une Traduction
Françoise de son Latin , on ne doit point
néanmoins l'assujettir au Dictionaire , qu'il ne sça
che écrire passablement , pour pouvoir faire lui seul
la premiere construction interlineaire , à l'aide de la
construction chiffrée , & de la nomenclature de
son Auteur ..
La troisiéme construction , est celle qui se fair
simplement de vive voix , elle est fugitive & de pu
re suposition , elle est pour l'oreille & pour l'esprit,
plutôt que pour les yeux ; c'est la plus difficile , elle
demande que les Enfans sçachent un peu décliner
& conjuguer , & un peu les concordances , ou pour
mieux dire , qu'on continuë de les leur aprendre &
de les leur expliquer en même- temps , car la théorie
doit toujours accompagner la pratique . Cette
construction exige plus d'attention & de sçavoir.,
que n'en ont ordinairement les Enfans de cinq à siz
& à sept ans,; elle fait peu d'impression sur eux,
leurs yeux sont troublés à force de sautiller in
utilement sur les mots du Texte. Egarés , ils sentens
le besoin d'un guide , mais d'un guide plus
·
Sûz.....
1
416 MERCURE DE FRANCE
sûr & plus patient que ne le sont ordinairement
ceux de la Méthode vulgaire ; & c'est ce qui les dégoûte
lorsqu'on les met d'abord ou trop tôt à la
pratique de cette construction , sans avoir passé par
les deux autres qui sont plus faciles , sur tout lorsque
l'Enfant ne sçait pas encore écrire. On peut de temps
en temps faire cette construction à l'Enfant , sans
Pobliger d'avoir toujours le Livre à la main ; alors.
les yeux n'y sont pour rien , cela le soulage beaucoup
, sauf à revenir & à lui montrer le Texte dans
une autre opération , ayant été disposé par la premiere
aux sons & à l'intelligence des mots en l'une
& en l'autre Langue. On pourra faire ensuite demême
à l'égard de la composition , c'est- à - dire
donner des phrases en l'air ou de vive voix , le Maî
tre ayant le Livre à la main & servant de Dictionaire
à l'Enfant , qui pour lors n'est obligé que
d'écouter & de répondre à mesure qu'on l'interroge .
Pour rendre cette remarque plus sensible , suposons
pour un moment qu'on écrivit sur autant de
cartes les mots d'une longue période de Ciceron
ou de Tite-Live , & qu'ensuite ou jettât au bazard
ces cartes mêlées sur une table , le Maître se trou
veroit peut être embarassé à rétablir cette période
après en avoir fait la construction , quand même il
la sçauroit presque par coeur. Jugez donc combien
un Enfant doit être en peine à la vûë d'un Texte
où il ne trouve pas seulement le premier mot.L'Enfant
atentif est dans une continuelle & dangereuse
contention d'esprit , pour trouver dans son Livre les
mots Latins , à mesure que le Maître les articule ;
P'Enfant veut toujours relire la phrase , & ' voilà , je
pense , une des véritables causes de son dégoût ; il
prendroit peut- être patience , s'il étoit ensuite dédommagé
par quelque phrase qui lui fît plaisir , au
Beu que la palpart du temps , il ne comprend pas
mieux
MARS. 1739%
417
mieux le François que le Latin ; les Maltres en géneral
, s'il m'est permis de le dire , ne paroissent pas
assés raisonnables sur cet article- là.
Vous voyez donc , Monsieur , qu'on peut tirer
quelque secours de toutes les constructions , lorsque
ce ne sera que pour servir de passage à la der→
niere & à la véritable construction de vive voix , sur
le pur Texte Latin , & toujours à proportion de l'à
ge & de la capacité des Enfans. La construction de
vive voix peut être chiffrée ou écrite , ainsi ces trois
constructions sont dans un sens la même ; car on
pourroit suposer quelqu'un qui écriroit ou qui chif
freroit la construction de vive voix , telle que la fait
le Régent. La premiere semble ne faciliter que la
version , au lieu que la seconde & la troisiéme sem
blent disposer ou préparer un peu à la composition .
Je serois d'avis cependant qu'on ne mît les Enfans
à la composition des Thêmes , que lorsque pour la
version ils seroient au moins de la force d'un quatriéme
ou d'un troisiéme. L'usage contraire dess
Ecoles & des Colleges , prouve combien le préjugé
met au-dessus de la raison la plupart des Maîtres de
la Méthode vulgaire , & ce qu'il y a encore de plus
fâcheux , c'est de voir des Parens crédules & faciles
se prêter à cet usage , quelque contraire qu'il soit
à la bonne pratique & à l'experience de plusieurs
siecles , en fait d'Hébreu , de Grec , d'Arabe & de
Langue vivante. Oserai- je le dire ? plusieurs milliers
d'Enfans, avec leurs 10. ou 12.ans d'étude classique
, se souviennent seulement ensuite d'avoir fait
leurs Classes , ou bien ils ont la honte de voir qu'ils -
ne sçavent presque rien, & que, pour sçavoir quelque
chose comme il faut , ils sont pour lors obli→ -
gés de recommencer , soit 1 ° . en régentant encore
toutes les Classes. 2°. Soit en formant des Eleves
qui leur donnent le temps & les moyens de se for-
A vi meri
418 MERCURE DE FRANCE
mer eux-mêmes. 3 °. Soit en faisant venir chés sor
de fameux Répétiteurs, ou en s'associant avec quelqu'un
pour revoir les meilleurs Auteurs ensemble ,
sans s'amuser à faire des Thêmes. Il y a en effet peu
de grands Humanistes, qui n'ayent jamais eu besoin
d'aucuns de ces suplémens Classiques & Litteraires.
Ce fait de notorieté publique , ne devroit-il pas
toucher les dignes Supérieurs des Ecoles ?
Vous sçavez , Monsieur , combien M. le Fevre
& les plus grands Humanistes du dernier siecle
ont gémi de l'abus de la Méthode vulgaire , que
commence les Enfans par l'exercice des Thêmes . Il
est à craindre, malgré cela , qu'à moins d'un ordre
supérieur , la Méthode des Thêmes ne passe toujours
avant celle de la Version ; je souhaiterois cependant
que les Maîtres des petites Ecoles fissent
attention à ce que dit M. Rollin , dans son Traité.
des Etudes , Tome premier , page 128. Pour ce
qui est de ces commencemens , je n'hésite point
» a décider qu'il en faut presque absolument écar-
» ter les Thêmes , parce qu'ils ne sont propres qu'à
3
tourmenter les Enfans par un travail pénible &
20 peu utile , & à leur inspirer du dégoût pour une
» étude qui ne leur attire ordinairement de la pare
» des Maîtres , que des réprimandes & des châti-
30
20
mens. Car les fautes qu'ils font dans leurs Thêames,
étant très fréquentes & presque inévitables, les
corrections le deviennent aussi , au lieu que Pexplication
des Auteurs & la Traduction , où ils ne
produisent rien deux-mêmes & ne font que se
prêter au Maître , leur épargnent beaucoup de
temps , de peines & de punitions. Et page 133. ce
fameux ancien Recteur de l'Université ajoûte , » Je
prie les Maîtres de vouloir bien examiner sans
prévention & s'assurer par l'épreuve même , si
cette maniere d'instruire les Enfans n'est pas plus.
"
a courte
MARS. 17397 41%
courte , plùs facile , plus sûre que celle cque l'on
employe ordinairement , en leur faisant d'abord
composer des Thêmes. Les mêmes Regles revien
30 nent dans la version & leur sont souvent repetées ,
≫ mais avec cette difference , qu'ils en trouvent l'a
"plication toute faite dans les Auteurs qu'ils explic
" quent , au lieu qu'ils sont obligés de le faire eux
» mêmes dans les Thêmes , ce qui les expose ,
» comme je l'ai déja observé , à faire bien des fau
"tes & à souffrir beaucoup de réprimandes & de
»punitions. Je ne puis m'empêcher en consul-
»tant le bon sens & la droite raison , de croire que
>> des Enfans accoûtumés ainsi à expliquer pendant
>>-six ou neuf mois, & à rendre compte ensuite de
» leur explication , soit de vive voia , soit par écrit
ou plutôt de l'une & de l'autre maniere , seront
bien plus en état après cela de commencer à faire
des Thèmes , si.on le juge à propos & d'entrer
" en sixième...
Il est bon d'observer que M. R. pénetré et convaincu
de cette vérité , ne dit pas positivement de
faire composer des Thêmes après les six on neuf
mois d'explication , mais seulement si on le juge à
propos , et M. Rollin semble par-là autoriser ce
que je viens de dire sur les differentes especes de
constructions ; c'est pourquoi les Maîtres doivent
enfin convenir que le Latin interlineaire mot à
mot , avec le François de la premiere construction,
est incomparablement plus propre à instruire l'Enfant
sans le dégoûter que le Latin qu'il compogera
aussi mot å mot avec le secours toujours insuffisant
de son triste Dictionaire ; et Pon peut
même ajoûter hardiment que l'Enfant mené pendant
six ans par la seule Version , sçauroit bien
plus de Latin que l'Enfant conduit huit ans par
acule voye des Thêmes , au de la composition , le
↑
la
premier
20 MERCURE DE FRANCE
premier ne verroit jamais que de bon et de pur La
tin , qu'il pouroit aprendre par coeur à force de Ver
sion & de copie ; au lieu que l'autre ne verroi: jamais
que du Latin d'Ecolier quelle difference ! J'ai
trouvé des Maîtres de bonne - foi , qui m'ont dit que
si la méthode des Thêmes n'étoit pas la meilleure
pour les Enfans , c'étoit du moins la plus commode
pour les Maîtres ; qu'il falloit occuper les Enfans ,
en leur donnant des Thêmes à faire , pour soulager
le Maître ; .que d'ailleurs il étoit plus aisé à un
Précepteur de corriger les fautes & les solécismes
d'un Thême , que de bien traduire un Auteur ; dans
la correction des Thêmes , il n'est pas obligé d'avoir
le Livre à la main autant que l'exigeroit la traduction
d'un texte Latin .
Quoique cela soir: très-clair , on peut encore
le rendre plus sensible , en donnant un exemple de
chaque espece
de construction ; en voici un de la
construction interlineaire , par le moyen de laquelle
un simple domestique , la mere , ou quelqu'autre
personne sans étude , pourront faire travailler utilement
l'Enfant , en lui aprenant à lire les deux ‹
Langues.
Lupus et Agnus compulsi siti venerant
Le Loup et l'Agneau poussés par la soifétoient venue
ad eundem rivum &c.
au même ruisseau & c.
On fera lire à l'Enfant 1º. le Latin tout de suite.
2. tout le François de suite . 3 °. chaque mot Latin
avec son mot François. 4. chaque mot François
avec son mot Latin ; après quoi l'on pourra deman--
der à l'Enfant quels mots il a retenus , et on verra
avec plaisir que l'Enfant peu à peu se trouvera prés
que
MARS. 17398 421
que en état de répeter par coeur les quatre sortes de
lectures qu'il aura faites , en regardant dans son
Livre , dans son Cayer , ou sur la Table de son
Bureau. On n'a rien à desirer au surplus en certe
matiere , quand on a les Livres de M. du Marsais,
et surtout l'Exposition de sa Méthode raisonnée , ses
Remarques sur les Articles 52. et 3. des Mémoires
de Trévoux , du mois de Mai 1723. et son
Jouvenci , ou l'Abregé de la Fable en Version interlineaire
, avec tous les secours possibles , non
seulement pour les Enfans , mais encore pour la
plupart des Maîtres , principalement pour ceux
qui font usage du Bureau typographique. On aura
un modele parfait pour préparer , conduire et
accompagner les Enfans dans toutes les autres
constructions , ou dans l'explication des Auteurs les
plus difficiles , quand on aura la Méthode raisonnée,
à laquelle travaille depuis près de trente ans ce
fameux Grammairien Philosophe..
La seconde construction chiffrée de ce même
exemple , est le pur texte Latin , comme ,
7 9 8 1 2 3
Ad rivum eumdem Lupus et Agnus venerant
siti compulsi be.
Or il est visible que l'Enfant du Bureau Types
graphique , après avoir travaillé long - temps
sur la construction interlineaire , et s'être rendu
familier avec la suite naturelle des premiers nombres
, ne sera point embarrassé à la vûë de ce pur
texte chiffré , & qu'il rangera fort bien de lui- même
sur la Table de son Bureau ,
I 2 3 4 6 7 8
Lupus et Agnus compulsi siti venerans ad eumdem
Tivum be.
422: MERCURE DE FRANCE
Si l'Enfant ne pouvoit pas encore chercher la
suite des nombres , alors j'exigerois seulement qu'il
mît sur la Table le pur Texte chiffré ,
7
I 2 3
Ad rivum eumdem Lupus et Agnus venerant
compulsi &c.
site
Et ensuite je lui montrerois sur la même Table
et dans une autre ligne , l'opération qu'il n'avoit pu
2 3
faire à Livre ouvert , Lupus et Agnus &c. Voilà
donc déja la construction Latine pour l'interlineaire
, il ne s'agit que de dicter à l'Enfant les mots
François qu'il doit mettre au-dessous de chaque
mot Latin , en attendant qu'il puisse les composer
lui-même avec le secours du Vocabulaire , ou de
la Liste dont j'ai parlé ci - devant ; ou même quelquefois
après avoir entendu expliquer de vive voix
le pur texte chiffré , &c. sans l'assujettir encore à
l'usage d'un Dictionaire ; et cela par oeconomie
de temps , et encore plus par crainte de le dé
goûter.
mot à mot ;
La troisiéme construction n'étant que de
vive voix , le Maître a beau faire en l'air la construction
interlineaire , et invisible ,
petit Enfant ne peut pas le suivre , l'opération est
tropforte ; elle supose trop tôt d'accord l'attention,
l'intelligence et la mémoire dans les petits Enfans,
sans donner à leurs yeux la suite & la liaison de ce
qu'on offre à leurs oreilles . Je voudrois qu'on fît un
peu plus d'attention à cette vérité pédagogique.
Les grands Maîtres qui ont blâmé la Pratique des.
Gloses interlineaires , et qui ont craint l'inaction
ou la paresse des Enfans , ne l'ont jamais fait , que
pour des Enfans allant en Classe et au College , et
20+
MARS. 1739. 423
non pas pour de petits Enfans que l'on commence
dans la maison . paternelle , ou dans les petites
Ecoles .
A l'égard des phrases littérales et en latinismes ,
il suffit de traduire mot à mot du Latin de quelque
bon Auteur ; par exemple ,
Au ruisseau même , Loup es Agneau étoient venus ,,
par soifpressés , ..
Ce François demi Latin , ou Latin rangé , facilite
la composition du Thême ; il ne s'agit que de
dire les mots Latins à l'Enfant , ou de lui donner.
le Vocabulaire qui les contient ; car au commencement
le Maître doit être.un Dictionaire vivant, pour:
épargner à l'Enfant l'improprieté des termes, et doit .
lui donner tout le secours possible , et lui augmenter
la confiance , bien loin de le décourager. Je
n'ignore pas que la peine du travail fait de plus,
fortes impressions sur l'esprit de ceux qui peuvent
et qui veulent travailler sans se rebuter ; mais il
s'agit des petits Enfans , et non des Hommes ; dit--
ference essentielle , qui exige , de la part des Maîtres
, tous les ménagemens et toutes les adresses .
possibles , pour inspirer à ces mêmes Enfans le
goût du travail et de leur devoir ; ce qui ne paroît :
pas possible , si l'on confond la méthode des petits .
Enfans avec la méthode des grands., Le parallele
continuel des deux Langues rangées sur la Table
du Bureau Typographique , rendra l'Enfant plus
docile et plus fort , que, ne peut jamais le faire
le ton imperieux & menaçant de la méthode ·
vulgaire. 1. Faute d'Imprimerie , qui donne l'équivalent
de l'Ecriture, 2 Faute par la plûpart ,
d'écouter et de suivre l'esprit méthodique et de sagacité,
qui tend toujours à la meilleure maniere de
gagner de conduire , et d'instruire les petits Enfans
424 MERCURE DE FRANCE
fans. Si cette Pratique paroît bizare à quelque Lecteur
François , et qu'elle lui choque l'oreille , il ne
doit pas douter que la Pratique, dn donle Latin
' n'eût pu paroître bizare à Ciceron i choquer
également l'oreille . Si on trose à propos et utile
de donner deux sortes de Latin , pour faciliter la
Version , sçavoir le Latin construit , et le pur Texte ,
pourquoi ne sera- t-il pas permis de donner aussi
deux sortes de François , pour faciliter la composition
, soit qu'on les donne en l'air et de vive voix
seulement , ou qu'on les donne par écrit › L'exerxercice
du double François pourroit donc être mis
en usage , . Parce que la composition est plus
difficile à attraper que la Version . 2 ° . Parce qu'il
n'est pas à craindre que le mauvais François latinisé
puisse nuire à la Langue vivante , que donne
P'usage continuel de cette même Langue , comme
il pourroit être à craindre que l'usage du mauvais
Latin , ou construit , ne nuisît à l'étude du pur
Texte d'une Langue morte. Je crois encore qu'on
pourroit montrer aux Entans à expliquer de vive
voix , et sur le champ, en Latin, un Livre François,
comme feroit aujourd'hui Ciceron même , curieux
d'aprendre notre Langue . Le Cathéchisme Historique
de M.Fleuri , en François , serviroit de Texte
à traduire en Latin pour les petits Enfans , et le
Telemaque , par exemple , seroit bon pour les hautes
Classes ; le Maître doit alors servir de Grammaire
, de Dictionaire , et enfin de Guide , pour la
composition en l'air du Livre François , en Latin.
On voit par-là que ce qui est Traduction pour l'un ,
peut être Composition pour l'autre. C'est pourquoi
il faut un peu essayer de tout,en faveur des Enfans ,
et s'en tenir à ce qui est meilleur , après l'examen
convenable de toutes les combinaisons élementaires
, et sans aucune prévention pour les anciennes
méthodes
,
MARS. 17398
420
*
méthodes, quelque respect que l'on ait , et que l'on
doive avoir pour les grands Maîtres , qui les ont
pratiquées , ou qui les pratiquent encore.
*
J'ajoûterai , au reste , qu'il ne faut jamais
perdre de vûë la Boussolé du Systême Typographi
que , c'est-à- dire , la Méthode naturelle , pratique,
et vulgaire , employée si utilement dans chaque
Pays , pour montrer à un petit Enfant la Langue
maternelle. On ne fait pas assés d'attention à ce
prodige de l'enfance , laquelle , quelque stupide et
imbécille qu'elle soit , aprend néanmoins de sa
Nourrice et de sa Mere , ou de ceux qui l'environnent
, sans peine , dans peu , d'une maniere insensible
et pour toujours , les Langues vivantes les
plus difficiles , pendant que beaucoup de Sçavans se
tuent , sans pouvoir jamais aprendre , ni enseigner
ni retenir , ni pratiquer eux-mêmes aussi bien au
cune des Langues mortes. C'est à la Méthode vulgaire
à nous dire pourquoi , et à convenir qu'elle
s'éloigne un peu trop de cette route de la nature
lorsqu'elle condamne les petits Enfans à la construction
de vive voix pour la traduction , plûtôt
qu'à la Version interlineaire ; et ce qu'il y a encorede
moins raisonnable , lorsqu'elle condamne ces.
mêmes petits Enfans à la composition des Thêmes,
avant que de les faire passer à la construction interlineaire
, à la construction chiffrée , et enfin à la
construction de vive voix. Il y a plusieurs Maîtres.
sensés , qui , sans entrer dans le détail de toutes
ces constructions , se contentent de donner à leurs
petits Enfans , des Phrases choisies de bons Auteurs,
courtes , agréables , aisées à construire , et propres
à leur faire voir peu à peu l'aplication de toutes les
Regles des Concordances , et de la Syntaxe , dont
l'explication est nécessaire pour préparer les Enfans.
àla Version et à la Composition , en suivant exactement
426 MER- CURE DE FRANCE
tement la Méthode judicieuse de M. Rollin , tou
jours proportionnée à l'âge , à la foiblesse et à la
capacité des Enfans.
Si quelque: zélé Latiniste pense plus juste , et
qu'il veuille bien faire part au Public de fes lumiéres
et de ses réflexions , je lui abandonne dès à présent
non seulement les miennes , mais encore tour
l'attirail de la Typographie. Je ne fais en cela qu'executer
une partie de la promesse que je réitere
volontiers , de soûmettre avec une déference respectueuse
mes idées et mes raisonnemens à l'examen
et à la décision de nos grands Maîtres du Pays
Latin ; je le dis avec d'autant plus de sincérité et de
confiance , que plusieurs des Principaux se sont déja
déclarés en faveur de la Typographie ; qu'il y a
même beaucoup de Professeurs de l'Université qui
tâchent de réformer ou de rectifier peu à peu la Méthode
vulgaire , il faut esperer que leur zele , leur
patience et leur exemple toucheront un jour les
autres Professeurs , et qu'enfin l'experience , soûtenue
de la raison et de l'autorité , ramenera , s'il
plaît à Dieu , tous les Maîtres à la meilleure maniere
de montrer aux petits Enfans les premiers
Elémens des Arts et des Sciences.
J'ai l'honneur d'être , &c..
STANCES
MARS.
*1739. 427
tatatatata
STANCES
SUR LA NOBLESSE
Nobilitas sola est atque unica Virtus. Juven!
Pourquoi de res nobles Ayeux
Sans cesse nous vanter la gloire è
Pourquoi de leurs Faits généreux
Toujours nous rapeller l'histoire ?
Oui : Damis , je le sçais , leurs Exploits glorieux
Sont pour toujours gravés au Temple de Mémoire:
A peine nos petits Neveux
Oseront-ils les croire.
Mais ce sang , dis-moi , prétens -tu ,
<Ce sang, qu'en tes Ayeux j'adore ,
Qu'il te soit compté pour vertu ?
Prétens5- tu qu'en toi je l'honore ?
Si lorsque d'un Héros tu te dis descendu ;
Je remarquois en toi de la Noblesse encore ,
Je te rendrois ce qui t'est dû ;
Mais , Damis , je t'abhorre.
Ce n'est point par prévention ,
Cc nest pas non plus par caprice ;
428 MERCURE DE FRANCE
La Noblesse d'extraction
Chés moi n'excuse pas le vice :
Ainsi quand je te vois rempli d'ambition ,
Sans valeur , sans vertu , rongé par l'avarise ;
Je te hais , mais sans passion ,
Et je te rens justice.
Veux- tu mériter mon amour ?
Tu connois le sage Voiture
Modeste , brave , sans détour ;
Sois comme lui plein de droiture.
A t'entendre parler il n'est né que d'un jour
Tu te trompes , il a six siecles de roture.
Oui , six siecles ; mais en retour
Vertu fait sa parure.
* Nom emprunté.
T.C. D. P.
A Picquigny e 20. Fevrier 1739.
RE
MAR S. , 1739 ;
429
REPONSE à la seconde Lettre du Pere Le
Pelletier , au sujet des Chansons du Roy de
Navarre , imprimée dans le Mercure de
Janvier 1739. page 40.
C
Ette Réponse , M. n'est point nou
velle pour vous ; j'ai eu l'honneur de
vous l'envoyer à Chatrice , dès le mois de
Décembre dernier : vous me mettez dans
une espece d'obligation de la publier , en
disant , que mon silence fait ma condamnation.
Il est dur de se voir condamné de quelque
façon que ce soit ; ainsi malgré mon éloignement
pour les Disputes publiques , parlons
donc tout haut , puisque vous le voulez.
,
Il est question , M. de sçavoir si Thibaut ,
Comte de Champagne a fait quelques
Chansons pour la Reine Blanche , mere de
S. Louis , & cette question est aisée à décider
; il n'y a qu'à lire celles qu'il a composées
: si vous aviez pris cette peine , vous
n'auriez plus de doute ; vous auriez vû qu'il
a'y en a aucune que l'on puisse apliquer à
la Reine , d'où j'ai conclu , qu'il n'en a point
été amoureux. C'est là mon principal argument
, sur lequel est fondée cette espece d'in
trepidité que vous me trouvez .
à¨
Comme vous n'avez pu attaquer ce que.
j'ai
430 MERCURE DE FRANCE
j'ai dit sur ces Chansons , ni renverser le
argumens que j'en ai tirés , vous avez invo
qué l'Historien Anglois, Mathieu Paris ; vous
avez pensé , qu'en faisant son éloge , ca
louanges étoient des objections véritablement
solides contre mon Ecrit : personne ne le pen
sera avec vous ; un Auteur peut avoir été
un habile Homme, et avoir erré en quelque
partie.
Vous avez fait aux Echos même , des
plaintes ameres , de ce que je n'ai pas répondu
plus au long à vos objections : plusieurs
raisons m'en dispensoient. 1 °. je n'ai
point regardé le Panégyrique de Mathieu
Paris , comme une objection. 2°. il n'a point
parlé des Chansons dont il s'agit. Enfin , j'avois
prévenu dans mon Examen critique , vos
allegations ; j'y avois répondu d'avance ; desorte
que pour vous satisfaire aujourd'hui , je
sais obligé de tomber dans des redites.
- Voici donc encore une fois ce que Mathieu
Paris a écrit sur les Amours du Comte
de Champagne pour la Reine. Tunc Ludovicus
Rex ad quandam Abbatiam Muntpensier
appellatam ... se contulit ; ubi venit ad eum
Henricus Comes Campaniensis ... petens licentiam
ad propria remeandi. Cui cum licentiam
Rex vetuisset .... tunc Comes , utfama refert,
procuravit Regi venenum propinari , ob amorem
Regina ejus , quam carnaliter , illicite adamavit.
MARS. 1739: 43
›
amavit. Hist. maj . anno 1226. page 230.
Tel est le langage de l'Historien pour lequel
vous exigez une confiance et une déférence
entiere . Examinons son récit nous
y trouverons autant de fautes que de mots.
Louis VIII . dit-il, se retira dans l'Abbaye de
Montpenfier,ad quandamAbbatiam Muntpenfier
appellatam, il n'y eut jamais d'Abbaye dans
Montpensier : Henry , Comte de Champagne
, vint l'y trouver , ubi venit Henricus
Comes Campaniensis. Vous sçavez que le
Comte qui gouvernoit alors la Champagne,
se nommoit Thibaut , et non pas Henry.
Le bruit court , fama refert , qu'il prit le
congé que le Roy ne vouloit pas lui accorder,
et qu'il se retira après lui avoir fait
" prendre un breuvage empoisonné pour
» l'amour de la Reine , qu'il aimoit char-
» nellement et illicitement , quam carnaliter,
illicitè adamavit.
99
33
Etes-vous d'humeur , M. d'accepter pour
garant d'une pareille noirceur , un prétendu
oüi dire, sur le fondement duquel votre excellent
Historien verse à pleine coupe, le poiſon
d'une calomnie, dont l'impression rejaillit sur
personne de la Reine ? Car en ajoûtant foi
à l'amour , dont Thibaut , jeune Chevalier
riche et magnifique , brûloit pour elle ; en
croyant que cet amour en a fait un Empoisonneur,
unParricide ; Blanche n'est plus cette
B Reine
la
432 MERCURE DE FRANCE
·
Reine ,respectée dans l'Hiftoire par sa piété et
par ses vertus ; c'est une Frédegonde , une
Brunehaut. A Dieu ne plaise, dites- vous, que
ce soit-là votre pensée;la Reine ne participoit
point aux crimes de son Amant, elle ne faisoit
pas la moindre attention à sa folie ? On
pourroit le croire , si la prétenduë folie de
son Amant n'eut duré que quelques jours ;
mais si elle a continué pendant des années
entieres , votre fiction n'est plus de mise.
Il vous est permis d'ignorer ce que c'est
que l'amour , & quelles en sont les maximes
: en voici une certaine .
Quand on est sans espérance ,
On est bien- tôt sans amour.
Un Amant qui n'est pas écouté favorablement
, renonce bien- tôt à l'amour. S'il étoit
vrai que Thibaut eût été autant et aussi
long- temps amoureux , que le Moine Anglois
le supose , il étoit donc aimé , c'est une
conséquence assûrée. Vous seriez fâché
qu'on le crût de la Reine ; cependant votre
crédulité en cet Historien et en son oüi- dire
vous conduit là. Continuons à le suivre pas
pas dans ses autres bévûës. à
Thibaut ayant empoisonné le Roy , par
amour pour la Reine , ce crime execrable
fut sans doute , ou récompensé , ou puni par
celle pour qui il avoit été commis . Point du
tout
MARS.
1739. 433
tout , on n'en fit pas la moindre recherche.
Le criminel , qui auroit dû se rendre à la
Cour , auprès de l'objet de sa passion , arrivatranquillement
dans son Comté de Champagne
in propria venit , dit l'Historien anonyme
des Gestes de Louis VIII . Il n'y a rien
રે oposer à un témoignage si précis.
Peu de jours après son retour , le Roy
mourut , entouré d'une partie des grands Seigneurs
de son Royaume , auxquels il avoit
donné l'ordre de presser le Couronnement
de son Fils ; l'Archevêque de Bourges , celui
de Sens , les Evêques de Beauvais , de
Noyon , de Chartres ; Philipe , Comte de
Boulogne , Gautier , Comte de Blois , le Sire
de Coucy , le, Comte de Montfort , Archambaut
de Bourbon , Jean de Nesle , et Estienne
de Sancerre , furent ceux qu'il en chargea
: sur ses ordres ils écrivirent à Thibaut,
leur ami , Nobili viro et amico Theobaldo , le
priant de se trouver à Rheims au jour marqué
pour cette cérémonie : affectuosè rogamus
et requirimus , quatenus prefata die eidem
coronationi velitis personaliter interesse. S'il
leur cût paru aussi criminel , que Mathieu
Paris le fait , ils ne lui auroient pas envoyé
cette invitation , laquelle fut inutile ; il ne
se trouva point au Sacre. Embarassé dans la
Ligue , qui éclata dans ce temps , et qui
avoit été noüée dès le vivant du Roy ;
13
Bij
il
434 MERCURE DE FRANCE
il se cantonna avec les Rebelles.
"
,
J'aprens par des Lettres de Pierre , Duc
de Bretagne , & d'Hugues de Lesignan ,
du 2. Mars 1226. ( 1227. nouveau style , )
qu'il fut député par eux , pour venir demander
une Tréve pendant laquelle le
Roy devoit se retirer au-delà de Chartres ,
ou d'Orleans : Dedimus licentiam , disent ces
Lettres, Theobaldo nobili viro Comiti Campanie,
capiendi treugas cum Domino Rege Francie.
Sa Personne n'eut point été assés agreable à la
Cour , pour l'y envoyer afin d'obtenir une
Tréve , s'il avoit véritablement empoisonné
le Roy:il n'auroit pas embrassé si légerement
la Ligue , qui vouloit enlever la Régence
du Royaume à Blanche , s'il l'avoit
aimée.
Cette Députation néanmoins servit à le
détacher des Rébelles : la prudence , la politique
de la Régente du Royaume , les
conseils de sa mere , qui étoit une Princesse
des plus sages & des plus vertueuses , l'en
retirerent. Les Confédérés se tournerent aussi
-tôt contre lui , ils lui oposerent Aélide .
Reine de Chipre , qui étoit arrivée depuis
quelque temps en Champagne , pour y faire
valoir ses droits sur cette Province ; il se
vit investi par ses ennemis , auxquels il ne
pouvoit résister. Dans cette extrémité , le
Roy , par les conseils de la Reine , Jui
tend
MAR. S
435 1739
rend une main secourable , & le délivre.
Pour peu qu'on réfléchisse à ces mouvemens
, sur lesquels je passe rapidement ,'
parce que vous en sçavez l'Histoire mieux
que moi , le récit de Mathieu Paris se dissipe
en fumée ; on voit qu'il n'a rien dit
de raisonnable en cet endroit ; aussi a - t- il -
parlé d'après un oui - dire , vrai ou prétendu.
Les Vers,que vous avez pris dans les Observations
de Ménard sur Joinville , ne di--
sent point que Thibaut ait été l'Amant de
la Reine , mais seulement , que la Reine
étoit sa loyale amie ; ce qui est fort different
de ce que vous prétendez dire , quoique
très-véritable en soi. Nous venons de
voir qu'elle l'avoit dégagé des ennemis qu'il
s'étoit attirés en la servant ; en quoi elle fit
une action de loyale amie , & d'une bonne
Souveraine envers son Vassal. Comment
avez - vous pû donner ces Vers pour preuve
que Thibaut a fait des Chansons en faveur de
Blanche ? Je n'ai point l'oeil assés perçant ,
pour apercevoir , qu'il lui ait fait la faveur
de la chanter ; ces Vers ne le disent point.
Philipe Mouskès vous est encore d'une plus
foible reffource, pour prouver cettefaveur de
Thibaut à laReine; il n'a parlé ni de ses chants,
ni de ses amours. J'ai eu occasion de relever
une autre fable , qu'il a débitée ; sur
B iij quoi
436 MERCURE DE FRANCE
quoi vous criez contre moi au calomniateur
vous m'accusez d'avoir voulu déchirer sa
réputation , par une accusation aussi atroce.
M. Ducange avoit dit avant moi que l'Histoire
de Mouskès contient plusieurs fables ;
à l'abri d'un aussi grand Maître , je suis
dispensé de toutes les réparations & de toutes
les rétractations auxquelles vous me condamnez
.
En bonne foi , M. si l'un de nous deux
devoit réellement se rétracter , pensez- vous
encore que ce fût moi qui dûsse le faire ? je
vous en laisse l'arbitre , connoissant votre
droiture.Les observations , que je viens de proposer
, ne vous paroîtront peut- être plus de
frivoles conjectures , qui démentent des Auteurs
aussi respectables que Mathieu Paris & Philipe
Mouskes. Ces conjectures sont de véritables
preuves , telles qu'on peut les donner
en matiere historique , & des démonstrations
irréprochables , auxquelles je ne craindrai
point de m'abandonner , quoiqu'elles
contredisent des Auteurs contemporains , on
presque contemporains . Je manquerois aux
regles de la saine critique , si je ne me servois
de son flambeau , pour dissiper des erreurs
grossieres .
, Les bons Monumens les Auteurs contemporains
seront mes seuls guides , sans
pourtant m'y abandonner , jusqu'à la superMARS.
1739.
437
perstition , quand je verrai qu'ils choqueront
la vrai- semblance & la vérité. Je vous ai
M. une véritable obligation de votre critique
; elle m'obligera à peser tous les Faits ,
dans le dernier détail ; mon Histoire y gagnera
; vous souhaitez , dites-vous , qu'elle
paroisse bien- tôt , je la travaille de mon
mieux ; mais elle ne verra peut-être la lumiere
que trop tôt ; je tremble de la mettre
au jour , dans un temps auquel quantité de
célebres Historiens s'occupent à produire des
chefs - d'oeuvre.
Vous désirez encore , que je vous donne
des preuves , qu'Agnès de Beaujen a été veritablement
séparée de Thibaut ; je vous les ai
montrées , ces preuves , en passant ici . Vous
vîtes des Lettres du Roy S. Louis , du mois
de Fevrier 1234, par lesquelles il engage
Thibaut à rendre à la Comtesse de Troyes ,
dilecte et fideli nostre Comitisse Trecensi , les
Juifs de la Champagne , qui lui apartenoient.
La Comtesse de Troyes , designée
dans ces Lettres , ne peut être qu'Agnès de
Beaujeu ; d'où il faut conclure , qu'elle vivoit
encore en 1234. séparée de Thibaut
lequel s'étoit remarié en 1232. à Marguerite
de Bourbon. Je vous montrai aussi une
Lettre de cette même Agnès : Ego Agnès Comitissa
Campanie , &c. du mois de Juin
1226. dans laquelle elle nomme Aélide ,
B iiij
Reine
438 MERCURE DE FRANCE
, Reine de Chipre sa Maîtresse Domine
Aelidi magistre mee : puisqu'elle lui étoit si
dévouée dès ce temps , elle étoit donc en
desunion avec Thibaut son mari.
Il me reste à vous demander en grace
d'être persuadé , que la diversité de nos
opinions , n'altere en rien les sentimens
d'attachement , avec lesquels j'ai l'honneur
d'être , &c.
A Paris , ce 23 .
Fevrier 1739:
** ! ******************** ··
FABLE de M.R ***.
J Adis en l'Inde Occidentale .
Régnoit un Lion si clement ,
Que jamais vice ni scandale
Chés lui ne reçut châtiment.
Sa bénignité sans seconde
Tournoit tour en bien chés autrui ;
Il étoit bon pour tout le monde ,
Tout le monde étoit bon pour lui.
Par hazard en certain voyage
Il fit rencontre d'un vieux Ours ,
Grand Philosophe , mais sauvage ,
Et non poli dans son discours.
Viens
MARS. 1739. 439
Viens à ma Cour , dit le Cacique ,
Tu seras servi comme un Roy.
Trop d'honneur , reprit le Rustique ;
Mais vous n'êtes point né pour moi,
Tout n'est qu'un dans votre service
Soit qu'on marche droit , ou tortu.
Qui ne hait point assés le vice ,
N'aime point assés la Vertu.
REMARQUES sur la Boucherie de l'Aport
de Paris , qui apartient présentement aux
deux Familles de Saint-Ton & Ladehors.
C
Eux qui ont fait des Recherches exac- *
tes sur les Antiquités de Paris , raportent
, que le Monastere apellé aujourd'hui
Saint Martin des Champs ; a été une Abbaye
fort célebre sous la seconde Race de nos
Rois ; mais que par les desordres ou des
Guerres de l'Etat , ou des Seigneurs particu
liers , cette Abbaye avoit été si . misérablement
ruinée , que même le premier Titre
qu'elle avoit porté , étoit demeuré dans
Foubli,
Henri I. petit - fils de Hugues Capet , mû
d'une dévotion particuliere envers S. Marting
réédifia ce- Monastere , le dota de plusieurs
By revenus
"
440 MERCURE DE FRANCE
revenus , y mit des Chanoines Réguliers
comme il paroît par laCharteLatine datée de
l'an 27. de son Regne , qui tombe en l'année
1060.
Philipe I. son fils , en confirma la Dotation
, par une Charte aussi Latine de 1067 .
Il en ôta les Chanoines , à la place desquels
il mit des Religieux de Cluni , dont l'Ordre
,florissoit alors sous Hugues , sixième
Abbé.
Peu d'années après , sçavoir l'an 1096. un
Seigneur apellé Gautier , ( a ) & sa femme,
qui portoit le nom de Hodierne-la-Comteſſe,
donnerent aux Religieux de S. Martin des
Champs , l'Eglise de Montmartre , avec autant
de terrain qu'il en falloit pour y construire
un Monastere , & y ajoûterent le tiers
de la Dixme qui leur apartenoit , avec quelqu'autre
fond de terre , pour la subsistance
des Religieux qui y feroient le Service Divin.
Mais parce que pour faire cette Donation ,
Gautier & sa femme avoient démembré no-
>
(a) Ce Gautier doit être le même que Guy I. du
nom, Seigneur de Montlheri , petit- fils de Bouchard
1. Baron de Montmorenci : il épousa une Dame vertuease
, nommée Hodierne , & non pas Hordiene
qui prenoit la qualité de Comteffe de Montlhery ,
comme on le voit par l'Inscription qui est sur sa
Tombe , dans l'Eglise de N. D. de Longpont sous
Montlhery , où on lit ces mots : Hicjacet Hodierna
Comitia Montis berici.
#able-
1
MARS. 1739.
441
tablement leur Fief, qui étoit dans la mouvance
de Bouchard , IV. du nom , Seigneur
de Montmorenci ; celui- ci étant venu visiter
l'Eglise de S. Martin des Champs , aprouva
& confirma la Donation de Gautier & de
sa femme .
Enfin , un nommé Guerry de la Porte , ( a)
Changeur de Profession , donna aux mêmes
Religieux une Maison fort spacieuse , qui luï
apartenoit, sise proche l'Aport de Paris, dont
la plus grande partie fut par eux convertie en
Boutiques ou Etaux & qui fait encore aujourd'hui
partie du fond sur lequel la grande.
Boucherie fut depuis construite , ainsi qu'on
le verra ci - après.
,
Philipe I. étant mort l'an 1108.eut pour successeur
son fils , Louis VI . surnommé le Gros,
qui épousa Adele , ou Adelaïs, vulgairement
Alix , fille de Humbert , Prince de Piémont,
& Comte de Maurienne. Ce fut à la priere,
& par le conseil d'Alix , que Louis le Gros ,
ainsi qu'il le déclara lui même dans une
Charte de l'an 1134. résolut de fonder un
5
(a) Les Changeurs demeuroient tous alors dans ce
Quartier , & principalement sur le Pont au Change ,
qui aboutit à l'Aport de Paris. Ce Pont , qui n'étoit
anciennement construit qu'en bois , se nommoit le
Pont aux Meuniers , ou le Pont aux Oiseaux ; il prie
le nom de Pont au Change , lorsqu'il fut bâti en
pierre , & que les Changeurs s'y établirent .
Bvj Convent:
442 MERCURE DE FRANCE
Convent de Moniales , & deftina pour leur
Etabliffement le Lieu de Montmartre , où en
effet il les logea. Mais connoiffant bien que
ce que les Religieux de Saint Martin des
Champs y poffedoient , lui étoit abfolument
néceffaire pour la Fondation qu'il s'étoit
proposée, il prit les plus sûres & les plus
légitimes voyes pour y
réüffir.
Tout Paris étoit alors renfermé dans l'Isle,
que nous apellons aujourd'hui la Cité; & entre
les Eglises qui y étoient construites, celle
de S. Denis de la Chartre avoit été , & étoit
encore poffedée par des Perfonnes purement
laïques, qui de force & d'autorité s'en étoient
emparées & joüffoient du revenu , Louis le
Gros l'ayant fçû , la retira , & la fit remettre
ès mains d'Etienne de Senlis , premier du
nom , lors Evêque de Paris , afin de la donner
aux Religieux de S. Martin des Champs,
à titre de permutation avec leur Monastere
fis à Montmartre , defquels auffi il fouhaita
avoir la Maifon que Guerry de la Porte leur
avoit donnée ou aumônée , pour la joindre
au Fonds & aux Domaines qu'il deſtinoit
pour la fubfiftance des Religieufes qu'il vouloit
loger à Montmartre .
2.
>
L'affaire miſe en négociation , les Religieux
deS.Martin desChamps connurent bien que la
de permutation étoit très-légitime , pour
donner leur Eglise , avec le Temporel de
voye
Montmartre
MARS. 17397. 4453
Montmartre y annexé, & recevoir celle de Si
Denis de la Chartre,avec le Temporel pareillement
y annexé. Mais d'autant que la Maison :
que Guerry de la Porte leur avoitaumonée, ne
faisoit point partie du Patrimoine de Montmartre
, & au contraire étoit de la Manfe de
leur Prieuré de S. Martin , ils ne voulurent
point fouffrir qu'elle fût insérée dans le Con
cordat , finon fous la charge expreffe , que
le Roy, l'ayant reçûë de leurs mains, la donneroit
aux Religieufes pour partie de leur
Fondation. Ce font les propres termes de la
Charte de Thibaut , Prieur de S. Martin des
Champs , de l'an 1133 .
Le Concordat fait fous ces conditions ,
fut pleinement executé ; mais Louis le Gros,
qui vouloit que fa Fondation portât les caracteres
auguftes d'une piété vraiment royale
, fit bâtir l'Eglife , accommoder les Lieux
réguliers , étendre la clôture , en un mot ,
difpofer les chofes en l'état où elles de
voient être pour la demeure des Religieufes.
Il fit auffi réparer la Maifon de Guerry de
La Porte , il acquit de Guillaume de Senlis ,
Iors Grand Bouteillier de France, le Fief & la
Seigneurie qu'il avoit tant für cette Maiſon ,
que fur le Territoire adjacent , lui ayant donné
quelques Etaux & Boutiques en contreéchange;
en conséquence de quoi le Roy
joignis
444 MERCURE DE FRANCE
joignit l'un & l'autre au surplus des Domaines
, qui composerent la Fondation des Religieuses
de Montmartre ; ainfi que tout eft
énoncé & expliqué dans la Charte de cette
même Fondation , l'an 1134 .
Voilà donc cette Maifon , qui originairement
avoit été possedée en pleine proprieté
par Guerry de la Porte , & par lui aumônée
aux Religieux de S. Martin des Champs ,
tirée des mains de ces mêmes Religieux , &
transmise aux Religieuses de Montmartre
comme faisant partie de leur Fondation &
Dotation. Ainfi il ne reste plus qu'à sçavoir
en quel temps & à quel titre elle est venuë
aux ancêtres des Familles de Thibert , de :
Saint-Yon & de Ladehors..
>
Tout Paris , comme il vient d'être dit ,
étoit alors renfermé dans l'Isle ; car la premiere
clôture , tant de la Ville que de l'Uni
versité ne fut commencée qu'en l'année
1190. par le commandement exprès de Philipe
Auguste , comme il étoit sur son départ
pour la Terre Sainte & ne fut achevée que
21. ans après , sçavoir , l'an 1211 .
,
Du côté donc,que nous apellons aujourd'hui
Université , hors quelques Maisons voifines
de S. Julien & de S. Severin, & qui faisoient
une espece de Fauxbourg , le reste étoit .
planté en Jardins , en. Vignes , en Noyers ,
jusques - là que les Abbayes de Ste Genevieve
&
MARS. 445 1739.
& de Saint Germain des Prés , compofoient
chacune un gros Bourg.
Le côté que l'on apelle aujourd'hui la Ville,
étoit encore plus champêtre , & beaucoup
moins habité ; car depuis la Riviere de Seine
, à l'Endroit où nous voyons à présent
l'Arcenal , jusques vers S. Louis , c'étoit un
fond marécageux de très - difficile accès , &
depuis l'Eglise Saint Louis jusqu'au Louvre
la terre étoit couverte d'un Bois , qui étoit ſi
proche du grand Châtelet , qu'il s'étendoit
dans le terrain sur lequel les Eglises de Saint
Méderic, Ste Oportune & des Innocens sont
: construites.
Les Boucheries étoient hors de la Ville , au
sortir de la Porte qui répondoit au Châtelet,
aux environs desquelles quelques Maisons
& Edifices composoient un Fauxbourg.
Il y avoit de ce temps - là des Familles qui
possedoient ensemble des Etaux employés à
l'usage de la Boucherie , lesquelles voyant
que la Maison de Guerry de la Porte , dans
l'enceinte de laquelle il y avoit pluſieurs
Etaux à Boucherie , leur étoit propre ,
la
prirent à cens des Religieuses de Montmartre
, avec deux anciens Etaux dont elles
étoient Proprietaires , situés proche de cette
Maison , à la charge de trente livres de cens
par an.
Il y avoit d'autres Etaux aux environs, qui
étoient
446 MERCURE DE FRANCE
étoient tous dans le commerce , & se ven---
doient & achetoient par les Particuliers qui
en étoient Proprietaires, comme un Domaine
pur & privé. Ce qui est prouvé par une Sen
tence du Chancelier de l'Eglise de Paris ,
renduë en 1207. entre les Religieux de Saint-
Martin des Champs , d'une part , le nommé
Jean l'Enfant , & sa soeur , d'autre part , au
sujet de certains Etaux affis proche la Porte
de la Boucherie qui conduit au grand Pont ,
lesquels Etaux furent adjugés à ces Religieux
, nonobftant la revendication que les-.
dits l'Enfant & sa soeur en faisoient.
Mais dans la suite , les Religieuses de Montmartre
s'étant imaginé que le Bail à cens de la
Maison de Guerry de la Porte ,par elles fait aux
Familles unies & associées en la Proprieté &
poffeffion des Boucheries,étoit de plus grande
valeur que le cens qu'elles s'y étoient réservé
, firent un Procès aux Proprietaires , lequel
fut terminé de l'autorité du Roy Phili
pe Auguste, » à condition » à condition que la Maison de
Guerry de la Porte , les Etaux construits:
» dans l'enceinte d'icelle , au nombre de 23 .
» & les deux autres Etaux compris dans le
» premier censement , demeureroient aux
Familles qui en avoient pris le Bail à cens,
» & apartiendroient en toute proprieté ,
» moyennant une augmentation , ou croîa
» du cens comme il est porté dans les an-
» ciens s
MARS. 1739
447
anciens Titres , lequel Cens il fixa à cin-
» quante livres par an , payables aux quatre
» quartiers accoûtumés , au lieu que le pre-
» mier Cens n'étoit que de trente livres ; &
» encore à la charge , que faute du paye-
" ment dudit Cens dans chacun desdits ter-
»mes , ils encourroient l'amande envers les-
» dites Religieuses , comme de Cens non
payé ; qu'ils demeureroient quittes & dé--
chargés des trente livres de Cens , porté
l'ancienne Charte du premier cense- par
» ment , & qu'ils entretiendroient les Lieux
» ensorte que lesdites cinquante livres de
» Cens pûssent être aisément perçûës.
""
ور
,
A
Outre la Charte de cet Accord , que Philipe
Auguste fit expédier , datée , comme il
a été dit , de l'an 1210. Elisabeth , lors Ab-.
beffe de Montmartre en fit aufli expédier
une en son nom , & de tout son Monaftere,
contenant la même chose , scellée de deux.
Sceaux , en lacs de de cire verte , datée
>
soye ,
de la même année 1210. au mois de Mars.
Voilà à quel titre , en quel temps & sous
quelles conditions cette Maison de Guerry:
de la Porte , & vingt - cinq Etaux construits,
tant dedans que' dehors icelle , furent acquis
en pleine proprieté par les Auteurs des Familles
unies & associées en la proprieté des
Boucheries de l'Apport de Paris , lesquelles
continuent encore aujourd'hui de le
payer
même.
448 MERCURE DE FRANCE
même Cens à l'Abbaye de Montmartre.
Les Proprietaires des Boucheries ayant été
maintenus par cette transaction , dans la pleine
proprieté de cette Maison & Etaux , s'apliquerent
à acquérir des Places adjacentes .
Ils acquirent d'abord une petite Halle contigue
, quelques autres Etaux & une Place y
jointe ; mais le Seigneur Censier, nommé
Adam Haranc , crut que cette Halle passant
en la main des Familles à qui la proprieté
des Boucheries étoit attachée , il couroit risque
d'être privé des profits que produisent
les mutations , il leur fit un procès , & les
voulant faire passer pour des Gens de mainmorte
, soûtint qu'ils devoient mettre hors.
de leurs mains les Etaux & la Place qu'ils
avoient acquis , prétention que lon a vûë
renouvellée de nos jours de la part des Dames
de Montmartre , lors des Arrêts de
1636. & 1638 ..
Mais Adam Haranc ayant remis ses interêts
au jugement d'Arbitres , qui le trouverent
mal fondé , il fut obligé de passer transaction
en la Cour de l'Officialité de Paris .
suivant l'usage & le stile de ce temps- là , en
date du mois de Mars 1233. par laquelle il'
consentit » que les Acquereurs demeurassent
» en possession desdits Etaux. & Places
» sauf sa justice & droiture au cas où il
écherroit , ce sont les termes de cet Acte
و د
qui
MARS . 1739.
449
"
» qui justifie que dans ce temps les Familles
Propretaires des Boucheries , les posse-
» doient en la même forme qu'elles les pos-
» sedent à présent.
Le troisième Contrat , passé pareillement
pardevant l'Official de Paris , au mois de
Juin 1260. est une Acquisition d'une Halle
procedant du Propre de Jean Hasselin , scise
en la Boucherie de Paris , & de tout ce que
ledit Hasselin & sa femme avoient & possedoient
aux environs de ladite Boucherie
moyennant quatre cent dix livres de surcens.
par an; & on peut observer que parmi les Familles
qui acqueroient , se trouvent les noms
de Bonnefille , Picards , Thibert , Sainyon ,
Chamblan , Amilly, & autres, jusqu'au nombre
de dix- huit ou dix- neuf, plusieurs desquelles
étant venues à s'éteindre , celles qui
sont restées ont conservé le droit des Boucheries
en entier , sans que jamais elles ayent
été troublées en cette possession dans le cas
de l'extinction de autres Familles qui participoient
au droit de la Boucherie. Ce qui
fait voir que l'extinction de la Famille des
Dauvergne , arrivée en 1660. n'a pas dû exciter
l'avidité de certaines personnes , ni
donner occasion de demander au Roy des
dons , soit du tout , soit de quelque portion
de cette Boucherie , mais que les Familles
restantes doivent être conservées dans la
possession:
450. MERCURE DE FRANCE
possession en laquelle elles font voir qu'elles
ont été depuis cinq cent ans ,
de profiter, par
une espece d'accroissement , de la réunion
du droit des Familles éteintes.
En Janvier 1275 .. les Proprietaires des
Boucheries acquirent encore une Bauve sous
la Boucherie , qui avoit apartenu en propriété
au nommé Jean Faroüe , dont le Contrat
se trouve passé en la Cour du même Officialde
Paris..
En Juin 1250. le nommé Hugues Lhuillier
, qualifié Hugo Unctarius , vendit à Jean
Chamblan , un Etal , où la Chair se vendoit,
scis en la Boucherie de Paris , dont le quart
étoit en la Censive de la Confrairie de Notre-
Dame de Paris .
Le 29. Décembre 1383 , Guillaume Haus--
seuil , acquit des Religieuses Cordelieres du
Faubourg S. Marcel , une Bauve & Etal dessus
, qui avoit apartenu à Jean dès Essarts ,
& depuis au nommé Jean Adam , étant en
la Boucherie de Paris, en la Censive du Roy,
lequel Etal & ce que ledit Hausseüil y avoit
joint , fut depuis par lui vendu aux Proprié ..
taires de la grande Boucherie , par Contrat .
du 20. Septembre 1401 ..
Or ce qu'il y a de très- certain , est que la
Directe & Censive qui s'est conservée jusqu'à
présent au profit des Seigneurs , prouve
invinciblement la qualité & situation du
fonds
MARS. 1739.
fonds dont la proprieté a passé aux Successeurs
des Acquéreurs .
Car depuis qu'au moyen des acquisitions
ci- dessus jointes en même corps & sous un
seul couvert , il ne s'est fait qu'une seule
Boucherie , apellée la grande Boucherie , les
Proprietaires en ont payé & continué les
Censives aux mêmes Seigneurs , envers lesquels
les portions acquises en étoient chargées
; sçavoir , envers le Roy , trois sols parisis
de Cens , pour l'Etal acquis des Religieuses
Cordelieres du Faubourg S. Marcel ,'
& cent sols de surcens , pour une Place joignant
les degrés de la grande Boucherie ,
vers le Châtelet , dont ils ont fourni déclaration
au Domaine les 16. Octobre 1537. &
premier Décembre 1639. & envers les Dames
de Montmartre , non- seulement les cinquante
livres de Cens , portées par la Transaction
de 1210. mais encore de ce qu'elles
avoient droit de prendre sur les Places , Halles
& Etaux depuis acquis , situés dans leur
Censive , desorte qu'encore aujourd'hui i1
leur est payé 25. sols parisis d'une part , au
jour de S. Remy , & soixante livres dix - sept
sols six deniers , aussi parisis , d'autre part ,
aux quatre termes de l'année , de Cens &
surcens , dont les Proprietaires & leurs Auteurs
, ont fourni & passé diverses Déclarations,'
452 MERCURE DE FRANCE
rations , Sentences , Arrêts au profit desdites
Dames , en date du 10. Janvier 1549. 16.
May 1573. 23. Avril 1603. 17. Septembre
1607. 8. May 1629. & 5. Décembre 1630.
mais cette Boucherie dans la suite des temps
a souffert divers retranchemens , ce qui prouve
qu'elle occupoit d'abord beaucoup plus
de terrain qu'elle n'en contient aujourd'hui.
Le premier retranchement fut fait par
Hugues Aubriot , Prévôt de Paris , qui sous
prétexte d'orner & embellir la Ville , contraignit
les Proprietaires de la grande Boucherie
, d'abattre à leurs frais & dépens une
grande maison située à un des coins d'icelle,
proche les Prisons du Grand Châtelet & la
Boucherie , qui fut depuis apellée la rue
Neuve.
Ce fait est prouvé par les Lettres Patentes
de Charles VI. de l'an 1406. " qui pour in-
» demniser aucunement les Proprietaires de
» la perte qu'ils avoient soufferte par ce re-
» tranchement , leur permit de faire mettre
» des Auvants de cinq pieds de long contre
» & le long des murs de leur Boucherie du
» côté de ladite ruë Neuve , & au- dessous
» desdits Auvants , au volume d'iceux , faire
placer des Etaux , les loüer & en tirer
» profit.
"
›
Le second retranchement fut fait lorsque
cette
MARS.
453 1739:
cette
même
Boucherie fur
rebâtie tout à
neuf en
l'année 1419 .
Pour
entendre ceci il faut
sçavoir que par
les
factions qui se
formerent
sous le
Regne
du
même
Roy
Charles VI. la
grande
Boucherie
dont il s'agit , fut en l'an
1416.
démolie
,
abattuë &
ruinée de fond en
comble.
Ce fut une
nécessité aux
Proprietaires de
céder à ce
torrent , mais
quelque peu de
calme ayant
succede à cette
bourasque , ils
obtinrent en
1418. des
Lettres
Patentes portant
permission de
rétablir & de faire
bâtir
leur
Boucherie , elles
furent
vérifiées en Parlement
le 3.
Octobre de la
même
année ,
& dès le
lendemain
publiées au
Châtelet.
>
mais
Ils
s'adresserent
ensuite au
Voyer de Paris,
afin de
prendre de lui
l'alignement sur les
anciens
fondemens. Cet
Officier
s'étant fait
assister des
Maçons &
Charpentiers du
Roy , fit
travailler à
fouiller la terre
ayant
reconnu le peu de
regularité qui avoit
été
gardée ,
lorsque les
Places ,
Halles &
Etaux, acquis par
parcelles ,
avoient été réduits
en une seule
enceinte , pour ne
composer
qu'un
même
corps , &
l'incommodité
que le Public en
recevoit , &c. il
dressa un
Plan
nouveau , dans
l'ordre
duquel les ruës
se
trouverent
dégagées , mais les
Proprietai
res
perdoient
quinze
toises
quarrées de leur
fond.
Le
454 MERCURE DE FRANCE
Le bien public l'emporta sur le particulier,
après que dans une Assemblée solemnelle
des Officiers du Parlement , du Grand- Conseil
& du Châtelet , convoquée & tenuë
dans la Chambre des Comptes , où présida
M.le Chancelier , le nouveau Plan -eut été
aprouvé , suivant lequel la Boucherie fut
bâtie en la forme qu'elle est aujourd'hui , à
l'exception de certain espace qui en fut depuis
retranché , pour les causes qui vont
être expliquées. Or ce nouveau Bâtiment
qu'il fallut mettre sur pied , à commencer
dès les fondemens , coûta excessivement
aux Proprietaires , qui pour y fournir furent
obligés de faire de grands emprunts , & de
contracter de grandes dettes.
Le troisiéme retranchement fut fait en
1471. en vertu des Lettres Patentes de Louis
XI. datées du 27. Août. Ce Monarque ordonna
que trois Etaux de la grande Bouche
rie fussent abattus , que la place qu'ils occupoient
servît à l'élargissement de la ruë , &
que pour indemniser les Proprietaires de ces
trois Etaux , il leur en fût délivré trois au¬
tres en échange , dans la Place du C. netiere
S. Jean. Ce qui fut ponctuellement executé
le 25. Octobre 1471. par Nicolas le Mercier
, Huissier au Parlement , suivant les or
dres qu'il en reçut de Messire Jacques Fournier
,
MARS. 1739.
45$
nier , Conseiller au même Parlement , Commissaire
nommé pour l'execution ; sur chacun
desquels trois Etaux du Cimetiere saint
Jean , le Roy retint 20. livres parisis de
rente annuelle 'envers son Domaine , faisant
60. livres parisis pour les trois , qui se payent
encore aujourd'hui.
Voila à quel titre les Familles de . Thibert,
Saintyon & Ladehors , possedent trois Etaux
dans la Boucherie du Cimetiere S. Jean ,'
c'est-à- dire à titre d'échange , qui est légitime
& irrévocable , ainsi que le Roy l'a luimême
déclaré dans l'Edit qu'il a fait pour
son Domaine au mois d'Avril 1667.
Après cette explication des titres des Proprietaires
, ils ne doivent pas croire qu'il y
ait rien de Domanial dans leur Boucherie.
Car pour peu qu'on fasse refléxion sur ce qui
a été dit dans la déduction du fait , soit sur
la nature & qualité primitive de ce fond ,
soit sur les voyes légitimes par lesquelles il
a été acquis par les Auteurs des Familles , &
sur les redevances censieres qui y ont été
imposées & qui subsistent encore aujourd'hui
, il n'y a personne qui ne voye que ce
fond a été de tout temps & est encore aujourd'hui
un héritage libre , propre & particulier
à ceux qui le possedent.
Il faut remarquer que les Proprietaires des
Boucheries en question , aussi bien que leurs
C Pré456
MERCURE DE FRANCE
Prédecesseurs , les possedent (a) par droit
de famille , qui n'est communicable qu'aux
mâles , &
que les fémelles en sont excluës
tant qu'il reste des mâles de quelqu'une
de ces Familles , lesquels mâles n'en possedent
la proprieté que conjointement , &
n'ont en particulier d'autre droit que la joüissance
simple d'un Etal sujet à option d'année
en année , selon l'ordre de l'âge & de la
naissance , sans pouvoir disposer du fond ,
l'engager ni hypotequer directement ni indirectement.
On peut ajoûter à ces Remarques , que selon
l'Auteur de la nouvelle Histoire de Paris,
Tome II . page 753. les Bouchers Propriétaires
de la grande Boucherie ont été plusieurs
fois condamnés à faire le commerce
de la Boucherie eux- mêmes , avec défenses
de louer leurs Etaux à d'autres Bouchers :
J'Auteur des Remarques a en cela en vûë , le
P. Daniel , qui veut que ces Proprietaires ne
fissent point la Boucherie en détail , & que
leur emploi étoit seulement de fournir Paris
2
(a) L'Auteur de ce Memoire a oublié de remarquer
que les deux Familles de Saintyon & Ladehors
sont aussi Proprietaires d'une partie des
Maisons de la rue de Gêvre , qu'ils possedent au
même titre & aux mêmes conditions que leurs
Etaux , ce qui fait encore pour eux un revenu assés
considérable.
de
MARS.
45* 1739.
de grosse viande ; c'est dans l'Histoire de
Charles VI.
Au reste l'Auteur des Remarques se trom
pe quand il dit que la Ville de Paris étoit
renfermée dans l'Isle du Palais avant Philippe
Auguste , qui en 1190. lui donna une plus
grande étenduë par la nouvelle enceinte de
murailles , qu'il fit commencer en cette année
, étant certain au moins , comme il est
prouvé dans la nouvelle Histoire de Paris &
dans le Traité de la Police , qu'il y avoit plus
de 200. ans auparavant une enceinte de mu
railles du côté Septentrional qui s'étendoit
jusqu'à S. Merry,
A M. DE VOLTAIRE.
MEs maux sont adoucis , un rayon d'esperance
Fait briller à mes yeux un riant avenir ;
Destin cruel ! qui depuis ma naissance
Obscurcis mes beaux jours , ta rage va finiri
C'est ton Ouvrage , adorable Voltaire ;
En toi je trouve enfin un Mortel vertueux ,
Un Mortel , qui doüé d'un penchant salutaire,
Semble ne s'occuper qu'à faire des heureux ;
Je le dis , en dépit de la jalouse envie ;
Qu'elle fasse siffler ses Serpens en fureur ;
Cij Nons
458 MERCURE DE FRANCE
Non , quelque grand qu'il soit, ton immortel génie
N'égale point la bonté de ton coeur.
Conserve moi des soins que mon malheur fit naître,
Ne laisse pas un miracle imparfait.;
N'est-ce donc point mériter un bienfait ,
Que de sçavoir le reconnoître
De Gouve , d'Arras.
CONJECTURES sur le Pere & la
Mere de Tarquin le Superbe. Par
L
M. P. D. F.
Es Historiens ne sont point d'accord
entre eux sur le Pere de Tarquin le Superbe
, septième Roy de Rome ; les uns prétendent
qu'il étoit fils du premier Tarquin ;
Tite-Live (Lib. 2. ) ets de ce sentiment, qu'il
dit apuyé du plus grand nombre des témoignages
; Denis d'Halicarnasse ( Lib. 4 ) au
contraire soûtient que Tarquin le Superbe ne
peut être que le petit- fils de l'ancien , il le démontre
même évidemment par la suputation
qu'il fait des années de Tanaquille & des deux
Tarquins; les Auteurs de la nouvelle Histoire
Romaine (Tome premier, Liv. 3. Page 345. )
se déclarent , avec raison , pour le sentiment
de Denis d'Halicarnasse. Mais comment se
nommoit
MARS. 1739:
459
nommoit ce fils de l'ancien Tarquin , qui ,
selon eux , a donné le jour à Tarquin le Superbe
& à son frere Aruns ? Quelle fut la
Mere de ces deux Princes ? C'est ce qu'ils ne
nous aprennent pas. Dans un sujet aussi obscur
, qu'il me soit permis de hazarder quelques
conjectures .
Je crois devoir remarquer d'abord que
dans tout ce que les anciens Historiens nous
racontent , il y a toujours quelque chose de
vrai , leurs récits sont quelquefois mêlés de
Fables , quelquefois ils confondent les temps ,
les personnes , les circonstances , mais rarement
, je dis très- rarement , arrive - t'il qu'ils
fassent des récits si absolument faux , qu'ils
ne soient vrais en quelqu'une de leurs parties;
or comme le vrai doit être l'objet de nos
recherches , il me paroît que pour le décou
vrir , il est important d'observer deux choses.
La premiere de ne pas rejetter absolument
le témoignage d'un Auteur , toutes les
fois que l'on aperçoit dans sa Narration quelque
chose d'évidemment faux . La seconde ,
d'examiner attentivement & de démêler avec
soin dans chaque récit ce qu'il y a de faux
ce qu'il y a de vrai , & ce qui n'est que vraisemblable.
,
C'est en suivant cette méthode , que j'ai crû
découvrir le Pere & la Mere de Tarquin´le
Superbe , dans les Auteurs même que Denis
C iij d'Hali460
MERCURE DE FRANCE
d'Halicarnasse réfute comme contraires à son
sentiment.
Fabius , ancien Annaliste de Rome , dit
au raport de Denis d'Halicarnasse , (Lib. 4. )
que Tanaquille , femme du premier Tarquin ,
eut un fils nommé Aruns , qui mourut avant
elle , & dont elle ordonna les funérailles ;
mais parce qu'il ajoûtoit que cet Aruns étoit
frere de Tarquin le Superbe , Denis d'Hali
carnasse le réfute avec raison ; il est faux en
effet que le frere de Tarquin fût fils de Tanaquille
, il est faux encore qu'il soit mort du
vivant de Tanaquille ; Denis d'Halicarnasse
démontre l'un & l'autre; mais en est-il moins
vrai que Tanaquille & Tarquin l'ancien eurent
un fils ? Non , sans doute , puisque Pline
, ( Hist. Lib. 33. Cap. 1. ) Macrobe &
plusieurs autres en font mention ; en est - il
moins vrai que ce fils mourut avant son Pere
, & par conséquent avant sa Mere , qui
put prendre soin de ses funerailles ? Non ;
Denis d'Halicarnasse en convient encore
après L. Piso Frugi , puisque c'est de ce filslà
même qu'ils prétendent que sont nés Tarquin
le Superbe & son frere Aruns . Mais ni
les uns ni les autres ne nous disoient le nom
de ce fils du premier Tarquin & de Tanaquille
; Fabricius nous l'aprend , il se nommoit
Aruns.
Mais quelle fut la femme de cet Aruns ,
c'est
MARS. 1739. 461
"
c'est ce que je trouve encore dans Denis
d'Halicarnasse , ( Lib . 4. ) Quelques Historiens
, au raport de cet Auteur , ont avancé
que la Mere de Tarquin le Superbe étoit
une certaine Gemania ou Gegania. Il est vrai
qu'ils ajoûtoient que cette Gegania avoit
épousé le vieux Tarquin , ce qui est faux ;
mais puisque , selon le même Denis d'Halicarnasse
, Tarquin le Superbe & son frere ne
sont pas fils , mais seulement petits- fils du
vieux Tarquin , il n'y a aucun inconvénient
à ce que Gegania soit leur Mere , & par con
séquent femme , non de Tarquin l'ancien ,
mais de son fils Aruns Tarquinius . L'erreur où
sont tombés ces Historiens , en confondant
le Pere avec le fils , ne doit pas détruire leur
témoignage , en ce qu'il peut avoir de vrai.
Au reste Denis d'Halicarnasse a tort d'assû
rer que cette Gegania n'est nommée nulle part
dans les Histoires , puisqu'il en étoit aussi fait
mention dans Valerius - Antias, cité par Plutar..
que , au Livre de la Fortune des Romains. Il
est vrai que cet 'Auteur la donne pour premiere
femme à Servius- Tullius ; autre erreur
qui procede de la même cause que celle de
Fabins & des autres , qui ont fait Tarquin le
Superbe fils de Tarquin l'ancien . Tous ces
Auteurs avoient perdu de vûë Aruns-Tarquinius
, lequel mort jeune & sans avoir fait
parler de lui , étoit facilement échapé à leurs
C iiij recher462
MERCURE DE FRANCE
recherches ; de- là toutes les contradictionsoù
ils sont tombés sur les parens de Tarquin
le Superbe , & en particulier sur Gegania ,
qu'ils s'accordent pourtant à placer dans la
Famille Royale , mais qu'ils marient chacun
à leur gré , parce qu'ils ont perdu de vûë son
véritable Mari .
Cependant le récit de Valerius- Antias ne
nous est pas inutile ; il nous aprend que Gegania
mourut aussi fort jeune & avant l'ancien
Tarquin , son beau-pere ; & voilà , sans
doute , pourquoi Tanaquille , qui servit de
Mere à ses petits - enfans après la mort de Gegania,
a été prise par plusieurs Auteurs pour
leur véritable Mere ; de - là vient encore
qu'après la mort du premier Tarquin , il n'est
pas plus fait mention de Gegania que de son
Mari Aruns.
Pour ce qui est de cette flamme que Valerius
- Antias fait paroître sur la tête, & autour
du visage de Sernius , aprés la mort de Gegania
, prodige dont tous les Historiens font
mention , quoiqu'ils varient sur le temps &
les circonstances de cet évenement , il me
paroît évident que ces Auteurs ont voulu désigner
par cette Figure l'esprit, le génie & les
rares talens que Tanaquille & Tarquin remarquerent
dans le jeune Sernius dès sa tendre
jeunesse , & qui dans la consternation
où les avoit jetté la mort prématurée d'Aruns
9
2.
MARS. 1739. 463
runs, leur fils, & de Gegania , leur belle fille,'
les déterminerent à jetter les yeux sur lui
pour en faire leur gendre , l'apui de leur
maison , le dépositaire de leur Couronne, le
Tuteur & le Protecteur de leurs petit- fils.
•
BOUTS - RIME'S ,
Remplis par M. Desnoyers ,
Lieutenant
Particulier en la Prévôté d'Estampes ,
adressés à Mlle V... ard.
Moi qui raisonne, au plus comme fait un Sabot ;
J'entreprendrois V...ard. de vous faire
D'un Sonnet ! O que non ; je le dis sans
Faimerois mieux cent fois me crever le
Largesse
Finesse ,
Jabot.
Mais essayons ; pour vous roidissons le Gigot';
Aimez-vous le sublime ou le ton de Tendresse
Prens le galop , Pégaze , & me grimpe au Permesse ;
Quoi ! tu deviens rétif ? Pour moi tu fais le Sot &
Qui, j'ai beau mettre hélas ! ma cervelle au Pressoir ,
Rien de bon ne paroît sortir du
J'en suis picqué , confus , on le voit à ma
CY
Réservoir
Mine.
Phébus
464 MERCURE DE FRANCE
Phébus & les neuf Soeurs , ont d'un air Furieux,
Lancé sur moi regards plus noirs que Proserpine ,
En vain voudrai- je faire un effort Sérieux.
REFLEXION S.
'Art de prévenir les maladies est , sans
,
Une nourriture agréable doit être préférée
selon Hypocrate , à une nourriture plus saine
, mais pour laquelle on sent du dégoût.
L'étude de la Médecine est devenuë si vaste
par la multitude deLivres & de Systêmes, dont
le nombre augmente encore tous les jours,
qu'un Médecin ne peut s'y rendre habile
qu'en renonçant à la pratique. On n'a pas assés
d'une vie, même fort longue, pour s'instruire
à fond des differentes opinions qui partagent
les Ecoles. Beaucoup de Médecins , dégoûtés
parun si grand travail , renoncent à l'étude &
se donnent entierement à la pratique ; plus
coupables que les Médecins studieux , car
ceux - ci ne sont qu'inutiles ; l'ignorance
rend les autres dangereux.
La Médecine est une opinion incertaine
dont
MARS. 17392
465
蠡
dont tout le monde se laisse séduire & qui
est accréditée par le désir que l'on a de vivre.
E un' inganno dell'arte à distruttione della
Natura,
La véritable Médecine doit plus à l'expérience
qu'aux raisonnemens , & elle se perfectionne
plus par la pratique que par les
systêmes , dont le nombre en découvre assés
l'inutilité ; car comment discerner autrement
les Systêmes des maladies , souvent compliquées
, la vertu des Remedes , leur proportion
aux dispositions personnelles & présentes
du Malade & le moment de les apliquer ?
La Médecine est sujette à de fâcheuses incertitudes.
Cet aveu sincere est la marque
qui distingue le sage Médecin du Charlatan;
P'un veut tromper , l'autre veut guérir ; l'un
promet plus qu'il ne peut , l'autre ne promet
que ce qu'il peut le bien public est le motif de
Fun , l'interêt particulier fait agir l'autre. Cependant
cette sincerité des vrais Médecins
ne doit
pas faire mépriser la Médecine ; sans
être infaillible , elle peut être utile ; les autres
Sciences ont comme elle leurs limites
& leurs écueils.
Les Médecins qui rendent leurs contesta
sions publiques , n'entendent pas assés leur
Cvj véritable
466 MERCURE DE FRANCE
véritable interêt. Ne craignent- ils point que
révélant ainsi l'incertitude de leurs connoissances
& l'oposition de leurs plus grands
Auteurs entre eux sur les matieres les plus
communes , ils ne diminuënt beaucoup l'idée
que l'on a de l'efficacité de la Médecine & de
la nécessité des Remedes ?
Il est quelquefois moins fâcheux d'être
malade , que d'avoir soin d'un malade .
Non vie piu bel mestiere che la Medicina ,
per che il sole publica la virtù e la terra cuopre
i diffetti.
Non solo Hippocrate , ma nè meno Esculapio
seppe Giammai trovar Medicina utile ať
male, che cossi fosse qustosa all'infermo , chegli
sene succiasse le labra , e sene leccasse ledita.
****************
LE SOUPÇON MAL FONDE.
DE mouvemens cruels la noire jalousie
Avoit rempli mon coeur , & de sa frenesie
Y versant à longs traits le poison odieux ,
Avoit fait naître en mot des transports furieux ,
Des craintes , des soupçons , de terribles allarmes ;
Qui troubloient ma raison , & m'arrachoient des
darmes ;
Mais
MARS. 1739 467
Mais Julie a d'un mot dissipé mes terreurs ;
Un regard suffisoit ; elle a versé des pleurs ;:
Ce que peut inspirer la plus vive tendresse ,..
Pour prouver que l'on aime avec délicatesse ,
Elle a sçu l'employer , & faisant dans mon coeur
Revenir à la fois le calme & la douceur ,
Par elle du repos j'ai recouvré l'usage ;
A sa fidélité je dois un juste hommage.
Sur moi je veux donc faire un génereux effort ,
De l'avoir soupçonnée ; avouer que j'ai tort ;
Et puisqu'enfin je suis certain de sa constance ,
Absent , comme présent , vivre avec assûrance ,
LETTRE sur un Poëte François du
Diocèse d'Auxerre , qui fut célebre sous.
François I. & qui est fort peu connu de nos
jours ; par M. le Beuf, Chanoine & Sous-
Chantre d'Auxerre.
Vous aviez peut- être cru
cru ,Monsieur ,
que tous les Auteurs se trouvent à la
Bibliotheque du Roy. Elle renferme en effet
les Cabinets de tant de Curieux , que l'on se
persuade aisément , qu'au moins elle devroit
contenir un Exemplaire de tous les Auteurs
qui ont écrit en notre Langue. Mais ceffez
d'être
468 MERCURE DE FRANCE
1
d'être persuadé qu'on y poffede tous les Ecrivains
François , après les Exemples que je
pourrois vous citer de ceux qui y manquent.
Vous vous reflouviendrez d'abord de celui au
sujet duquel j'ai écrit au P. Niceron dans le
mois de Mai dernier , la Lettre que vous
avez vûe dans le Mercure de Novembre
1738. C'eſt un Auteur de petit alloi ; mais
vous sentez que la Bibliotheque du Roy doit
tout admettre , & qu'il n'y a fi mauvais Livre
, où il n'y ait à profiter en quelque genre
de Science . Roger de Collerye étoit un
Poëte affés mince : mais fon petit Livre ne
laiffe pas que d'aprendre certaines circonstances
hiftoriques. Pour celui-là , c'eſt à la Bibliotheque
du Roy que je l'ai trouvé , & j'y
ai pris ce dont j'ai formé les deux Lettres que
vous avez vûës dans le Mercure de Décem
bre 1737. II. Volume .
Voici un fecond Poëte pour lequel je
m'intereffe , parce qu'il étoit de nos Cantons,
& qui reftoit dans l'obſcurité , comme bien
d'autres. Je ne fçais pas ce que M. l'Abbé
Papillon aura pu en dire dans fa Bibliotheque
Bourguignonne: je ne me reffouviens pas
même fi je lui en ai écrit , parce que cette
Bibliotheque ne devant contenir que les
Auteurs qui font nés dans l'étendue du Gouvernement
de Bourgogne , je n'ai pas du le
porter à y comprendre un Ecrivain né dans
celui d'Orleans .
Cet
MAR-S. 17397
,
Dr
Cet Ecrivain s'apelloit Pierre Grognet , ou
Grosnet. Il étoit de Toucy,à cinq lieuës d'Auxerre,
ou des environs. Dans fa Requête à M.le
Prévôt de Paris , ou son Lieutenant Civil ,pour
l'impreffion de fon Livre , il fe qualifie Mai
tre ès Arts , & Licentié en chacun Droit , &
dans fon Epître Dédicatoire à François de
Valois , Dauphin de France Henri Duc
d'Orleans , & Charles , Duc d'Angoulême
il fe dit , Prêtre & humble Chapelain. M. de
Mesmes , qui permit l'Edition de ces Poësies
le 26. Juillet 1533.les déclara avoir été aprouvées
par De Caftro , & Richard , Docteurs.
en Théologie , les Fourniers , Portier , & autres
; & elles parurent en effet à la fin de la -
même année sous ce titre : Le second Volume
des Mots dorez du grand & saige Caton ,
lesquels sont en latin & en françoys , avecques
aucuns bons & tres -utiles adaiges , autoritez
& dicts moraulx des Saiges , profitables à ung
chascun. Et en lafin du Livre sont insérées
aucunes Propositions subtiles & énigmaticques ,
Sentences avecques l'interprétation d'icelles pour
la consolation & la recréation des Auditeurs . On
les vend au premier Pillier de la Grand - Salle
du Palais en la Boutique de Denis Janot,& en
la Galarie par où l'on va en la Chansellerie en
La Boutique de Jehan Longis. Et en la ruë neuve
Nostre Dame , à l'Enseigne S. Nicolas.
C'eſt un in- 8°, imprimé sur parchemin , en
carac
470 MERCURE DE FRANCE
caracteres romains. Ce Titre indique suffisamment
la variété des Poësies qu'on trouve
dans cet Ouvrage. Parmi celles qui sont
morales , il y en a une qui est ainsi intitulée :
Rondeau contre les Taverniers qui broullent ·
Les Vins..
Cette Poësie étoit digne d'un Bourguignon.
Broulleurs de Vins malheureux & mauditz
Gens sans amour , faulx en faicts & en dictz
Qui ne tendez qu'en dampnable avarice ;
Soyez certains que divine Justice
Vous pugnira de bien brief , je le dis .
Les Vins nouveaulx vous seront interditz
Point n'en burez ; car des fois plus de dix
Dieu qui tout voit congnoit voftre malice.
Broulleurs de Vins..
Sur ces vendeurs de vivres trop hardis
Baillif , Prevosts ne soyez point tardifs ; ]
Besognez y exerçant votre Office ;
Ou aultrement se ny mettez Police ,
Enfer vous suyt , & non pas Paradis ,
Broulleurs de Vins malheureux & maudits.
Il y a dans cette Collection dès Descriptions
de plusieurs Villes de France , dans um
genre de Poëfie fort fimple & fort naïf. Mais
l'Auteur
MARS. 1739%
471
P'Auteur , dont le Titre Bénéficial étoit à
Auxerre , entremêle ses Hiftoires & ses Moralités
de Traits qui reffentent toujours le
franc Bourguignon .
Proverbe des Taverniers contre les Biberons
qui n'ont point d'argent. Au feüillet XCIV.
Vous qui beuvez de course
In noftra caupona ,
Mettez main à la bourse ,
Pour sçavoir qu'il y、a.
Et fi vous la trouvez .
Sine pecunia ,
Plus avant n'y entre
Sine licentia.
Car s'il n'y a Credo
Ou Teftimonia ,
Sçachez que de vere
Vous lairrez vadia.
Pour vous donner un échantillon des Poëfies
Hiftoriques de notre Grognet , je raporterai
ici celle qui a pour titre : Description de
An que les Blez semez gelerent en terre. Elleeft
au feuillet cxlij .
» L'an mil cinq cens vingt & puis troys
Les Blés gelerent en Novembre :
» It
472 MERCURE DE FRANCE
so Il eſt fort à noter , ce moys ;
» Car il a causé grant esclandre.!
» L'an que l'Hermite fut bruslé ,
* Et Martin Luther reprouvé
» Et que Avanturiers encherirent
Les cordes esquelles pendirent ,
» Et que le grant clou fut rivé ,
Et Mont-Didier eurent gaigné
» Angloys , & la Somme pafferent ,
» Dont ceulx de Paris travaillerent ;
» Car par la nuict de la Touffaincz
» On ne sonna cloches ne Sainctz ,
De paour des Angloys & Gens d'armes ,
» Qui près Paris eftoient en armes ;
Et Pionniers marêtz rompirent
Que Alemans en Langres tendirent ,
» Et francz Archiers les Montz pafferent ,
» Et maint aultres cas se traicterent
Et Pape Adrian trepaffa ,
→ Bourbon oultre France paffa ,
Le Roy Françoys a efté pris
En grant dangiers & grans perils ,
Beaucoup de maulx pour nos peches,
Avons soufferts & grands meschefa
Puis on lit tout de suite :
» En lan mil cinq cens vingt & huit ,
20
Ung Conseiller trop mal seduit
» Nommé
MARS.
473 1739.
Nommé Ledet , je m'en remembre ,
» Des vingtz nouveauix premier en chambre
» Fut par ses faulcetez & vices ,
»Privé de ses Dons & Offices ,
Et lui fut faict spoliature
» Des habits de Judicature ,
En faisant amande honorable
» Sus pierre de marbre notable §
» Et pour parfaire son Procès
» Fut renvoyé à son excès
» Devant Monfieur l'Official
»Comme Clerc & especial.
Mais la Piéce la plus intereffante , à mon
avis , de toute cette Collection , eft au feuillet
xxij . laquelle a pour titre , De la louange
& excellence des bons Facteurs qui bien ons
composé enrime tant deça que dela les Montz.
Cette Piéce eft trop longue pour l'ajoûter
à cette Lettre : elle mérite de revoir le jour,
non pour l'excellence de la Poesie , mais à
cause du détail dans lequel elle entre d'une
infinité de petits Poëtes François , dont il y
en a , que je crois avoir été inconnus à la
Croix du Maine , & autres Bibliographes . Je
me sens d'autant plus engagé à faire réimprimer
cette Lifte rimée , qu'elle n'eſt point
dans la seconde Edition des Poëfies de Pierre
Grognet , qui eft moins rare. Car en recherchant
474 MERCURE DE FRANCE
chant les Ouvrages de nos Auxerrois , j'ai
trouvé dans la Bibliotheque du Roy , un
petit in- 16. coté Y. 2153. 3. avec ce Frontispice
: Les Mots dore du grand & sage
Cathon en latin & françois , avec plusieurs bons.
Enseignemens , Proverbes & Dicts moraux des
Anciens , profitables à un chacun. A Paris ,
pour la vefve Jean Bonfons , ruë neuve Noftre
Dame , à l'Enseigne de S. Nicolas , sans marque
d'année . L'Epître Dédicatoire eft auffi
differente , & pour le titre , & pour le ſtyle :
Elle eft adressée A très honorez Seigneurs
Meffeigneurs Henry de Valois , Dauphin de.
France & Charles , Duc d'Angoulesme
Pierre Grosnet rend très-humble honneur &
immortel Salut:
,
Il eſt aisé de supléer au défaut de date, par
d'autres Livres publiés par Bonfons. Il est sûr
qu'il vivoit en 1581 : que parurent chés lui
les Antiquités de Paris . Ainsi l'Edition de.
Grognet , in- 16 . n'est que de la fin du xvI .
siécle. Ce n'éft auffi qu'un fimple Extrait de
l'in- octavo que je vous ai annoncé dans ma
Lettre . Cet Extrait avoit déja paru en caracteres
gothiques ; j'en ai un Exemplaire , sanscommencement
ni fin , qui eft aussi en for--
me d'in- 16. On y voit que la Poëfie de Grognet
avoit été retouchée : ce sont les mêmes
pensées , mais la plûpart exprimées en d'autres
termes . L'Edition gothique , quoiqu'elle
ne
MAR S. 1739 475
ne soit que l'Abregé de celle de 1533. in - 8 °.
manque de certaines Poëfies, qui se trouvent
dans les Feüilles N. O. P. de celle de la
Veuve. Bonfons . Et les Queftions énigmatiques
, que la même Edition gothique avoit
proposées sans les expliquer , ont leur solution
dans cette Edition pofterieure. Pa
exemple :
Homme qui oncques né ne fut ,
Qui jamais n'eut pere ne mere ,
Par terre alla , mangea & but
Et gift au ventre de sa mere.
>
..Or devinez sur cette affaire ,
Comme cela se pourroit faire.
Ici finit l'Edition gothique ; mais celle de la
Veuve Bonfons ajoûte : C'eft Adam.
Il y a parmi les mêmes Dictons , deux Vers
qui regardent Paris , en ces termes :
Quand à Paris Prime sonne ,
A Montmartre sonne Nonne.
Eft-il poffible , diroit un Rubriquaire , que
l'usage soit de dire None à Montmartre, à la
même heure qu'on chante Prime à Paris ? Ce
seroit un grand desordre . La derniere Edition
de Grognet ajoûte l'explication de cette
sorte Quand à Montmartre une Nonne ,
c'est - à -dire une Nonnain sonné , à Paris Prime
sonne;
476 MERCURE DE FRANCE
sonne. On sçait qu'alors les Religieuses
étoient apellées Nonnes , ou Nonnains.
J'oubliois de vous faire remarquer, M. que
dans mon Edition de 1533. la Description des
Evenemens de l'année 1523. & suivantes, eft
dans une Collection, pour ainsi dire, détachée,
& que Pierre Grognet dédie A Monseigneur
MonfieurJehan de Dinteville, Seigneur de Polisy,
Bailly de Troyes, Maistre d'Hostel ordinaire
du Roy. La premiere Piéce de ce Suplément
eft une Recollection des merveilleuses choses &
nouvelles advenues au noble Royaume de France
, depuis l'an de grace mil quatre cens
quatre-vingiz. Vous voyez que ce Morceau
& d'autres semblables
, pourront
interesser
notre Histoire
. Ainsi je me propose
de vous faire transcrire
ces rimailles
pour une trois
siéme Lettre. En attendant
je suis , &c.
A Paris , ce 26. Fevrier 1739 :
LE MOINEAU ET LA FAUVETTE,
U
FABLE..
N Moineau franc , épris d'une jeune Fauvette,
Depuis long-temps s'empreffoit chaque jour
De lui prouver son tendre amour.
Do
MARS. 1739.
477
Dès qu'il l'apercevoit , sa joye étoit parfaite ;
Il l'exprimoit par mille & mille jeux ,
Que lui dictoient les defirs amoureux.
Elle n'y fut pas inſenſible ;
Elle écouta d'abord ses voeux ,
Puis après , d'un retour viſible
Paya l'homage de fes feux.
Bien- tôt d'une égale tendreſſe
Ils éprouverent les douceurs ;
Bien-tôt même délicateſſe
Serra l'union de leurs coeurs .
Le Moineau fut toujours fidele ;
Sa Fauvette faisoit l'objet de ſes défirs ;
Point de détours , point de fecrets pour elle s
De fes chagrins , de fes plaiſirs ,
La
croyant comme lui fincere ,
Il la faifoit dépofitaire ;
Elle étoit empreffée à foulager les maux
Elle flatoit fon efperance ,
Et chaque jour par des fermens nouveaux
De fon conftant amour lui juroit l'affûrance. -
Afes yeux , fon Moineau n'avoit point de défauts ,
Il étoit d'affés bonne race ,
Soûpiroit , &.de bonne grace.
Mais il n'étoit pas opulent ;
Un peu de foin , un peu de paille ,
Dans le réduit d'une muraille ,
Faifoient
478 MERCURE DE FRANCE
Faifoient tout fon ameublement :
La Fauvette en étoit contente
>
Ou tout au moins le paroiffoit ;
A l'entendre parler , une flâme conftante
Etoit tout ce qui lui plaisoit ;
Mais bien-tôt changeant de langage ,
Oubliant fes premiers foûpirs ,
Son coeur infidele & volage
Sçut former de nouveaux defirs.
Quelques jeunes Serins des plus prochains Bocages
Tâcherent d'éblouir ce coeur ambitieux ,
Par quelques fons mélodieux ,
Et par l'éclat trompeur de leurs brillans plumages,
Leurs efforts ne furent pas vains ,
Que peut faire un Moineau contre tant de Serins
Il n'a pas de grands avantages.
Il éprouva mille & mille dédains ,
Malheureux & trep sûrs préfages
Que fon amour n'étoit plus écouté ;
Il eut beau s'écrier , àl'Infidelité
Rien ne put toucher la Fauvette ;
Et le pauvre Moineau , fans l'avoir mérité ,
Afes tendres foûpirs la vit fourde & muerte .
L'ambition eft le poifon des coeurs ;
Elle éteint tous les jous les flâmes les plus belles ;
Et prépare souvent des peines éternelles
MARS. 1739 .
47%
A qui sçait mépriſer de fecrettes douceurs.
La Fortune & l'éclat ne font point néceſſaires
Pour goûter de parfaits plaifirs ;
C'eſt dans l'obscurité que naiffent les foûpirs
Les plus doux & les plus finceres ,
Et tel qu'on voit affis au ſein de la grandeur ,
Souvent éprouve au fonds du coeur
Les détreffes les plus ameres .
Par Mlle de Mouy , de la nouvelle Orleans.
RE'PONSE du R. P. M. Texte,Dominicain
à la difficulté propo ée par M*** fur le
Lieu de la Sépulture du Coeur du Roy Phi
lipe le Bel.
Quelque ancienne que vous paroisse ;
Monsieur , l'Epitaphe que vous avez
découverte , & qui fait le sujet de votre difficulté
, vous devez être persuadé que le
Coeur du Roy Philipe le Bel est enterré au
milieu du Choeur de la vaste & magnifique
Eglise des Dames Religieuses Dominicaines
de Poissy , & j'espere que vous en conviendrez
avec moi , dès que vous aurez refléchi
sur la solidité de mes preuves.
Vous fondez votre difficulté sur l'oposi-
D tion
480 MERCURE DE FRANCE
tion" de deux Epitaphes de ce Coeur , dont
l'une est,à Poissy,& l'autre est raportée par le
R. P. Don , de l'Ordre de la Ste Trinité, Ministre,
ou Superieur du Convent de Fontainebleau
, dont vous m'avez fait la grace de me
communiquer l'Ouvrage; mais vous n'ignorez
pas que , bien loin qu'il s'opose à la juste
possession de Poissy , il s'explique d'une
maniere qui la favorise.
Son Livre qui parut en 1642.a pour titre :
» Trésor des Merveilles de la Maison Royale
» de Fontainebleau , par le P. Pierre Don ,
» Ministre & Superieur du Convent de la
Ste Trinité , fondé audit Fontainebleau.
A Paris , chés Cramoisy , MDCXLII .
EXTRAIT du Chapitre III. p. 337. De
Eglise de S. Pierre d'Adon, ancienne Paroisse
de Fontaineblean.
» Ce qu'il y a de plus remarquable en
l'Eglise de cette Paroisse , est une Tombe
» de Pierre , de six pieds de long & de trois
" de large , posée dans la Nef à main droite ,
» au-dessus des Fonts , sur laquelle sont gra-
» vés deux Portraits , l'un d'Homme , &
» l'autre de Femme , qui sont fort effacés ,
» mais qui paroissent encore un peu . Autour
» de cette Tombe , se lisent ces mots , gravés
& écrits en Lettres anciennes & gothi
" ques.
Icy gist le Koeur notre Sire le Roy de France
نم
MARS. 1739:
48
de Navarre , & le Koeur Madame Jeanne
Reyne de France & de Navarre , qui trepassa
Tan de Grace MCCCIV. Tandemain de la
S. Eloy d'hiver, mois de Decembre
pour ly.
priez
" Il paroît de cette Inscription , dit le
» R. P. Don , que ces Coeurs font , l'un , de
Philipe IV. surnommé le Bel , & l'autre ,
de la Reine sa Femme , combien que
» quelques Auteurs écrivent , que celui du
Roy est inhumé en l'Eglise de l'Abbaye
» des Religieuses de Saint Dominique de
Poissy , laquelle il avoit fait édifier en
» l'honneur de S. Louis , son Ayeul ; que
s'il y a lieu de douter , quant au Coeur du
» Roy , décedé en cette Maison Royale de
Fontainebleau , comme nous avons mar◄
» qué amplement ci- dessus , il n'y a pas du
» moins d'aparence , vû cette Tombe &
» cette Epitaphe , de ne pas croire que celui
» de la Reine Jeanne ne repose en cette
Eglise , ou que la date de cette Epitaphe
» décrit justement l'année qu'elle trépaſſa.
19
Il est évident par ce que dit cet Auteur ,
ou qu'il n'a pas pû bien lire l'Epitaphe , ou
que celui qui l'a composée , a été mal informé
, & à mis le Coeur , au lieu , peutêtre
, des Entrailles de Philipe le Bel , au
sujet desquelles le Continuateur de la Chronique
de Nangis , qui marque les Sépultures.
">
Dij
du
482 MERCURE DE FRANCE
4
du Corps & du Coeur , n'a pas mis le Lieu
où elles reposent. Quoiqu'il en soit , M.
l'Article du Roy y est si imparfait , qu'il n'y
est parlé , ni de son nom , ni s'il étoit le
mari de cette Reine , ni du jour , ni de l'année
de sa mort ; & au lieu d'avoir mis : Prie
pour euls , au plurier , il y a au singulier pour
la Reine , Priez pour ly. D'ailleurs l'aplication
que le même Auteur fait à Philipe le
Bel , est sans fondement ; car si on y lit Roy
de France de Navarre , Louis X. Philipe
V. Charles IV. l'ont été comme lui.
Le P. Anselme , qui dans les Généalogies
de France , dit que le Coeur de la Reine est
dans l'Eglise d'Avon , T. 1. p . 90. prouve
dans la même page , que celui du Roy est à
Poissy. Voici ses termes .
""
» Le Coeur de Philipe le Bel fut enterré dans
» un Caveau de l'Eglise de S. Louis de Poissy,
qu'il avoit commencé de bâtir , & où fut
érigé , au milieu du Choeur des Religieuses,
» un Tombeau de marbre noir & blanc. Ce
» Coeur fut découvert le 28. Juillet 1687.
» en réparant l'Eglise , il étoit renfermé en-
» tre deux bassins d'argent , cimentés &
» couverts d'une toile d'or , semée de fleurs-
» de- lys , avec cette Inscription sur une lame
» de cuivre.
Cydeden est le Cuer du Roy Philipe , qui
fonda cette Eglise , qui trepassa à Fontainebleau
MAR S.
17397 483
bleau , la veille de S. André , MCCCXIV.
Ce que raporte le P. Anselme , m'a été
confirmé le 30. Janvier dernier , par les Dames
de Freauville de S. Hermine , & par
d'autres Religieuses de la Maison Royale
de Poissy , qui furent présentes à une seconde
découverte faite en 1722. lorsque leur
Choeur fut parqueté. Ces Dames n'y virent
aucun Tombeau élevé.
La difficulté d'accorder ces deux Epitaphes
, vous a fait ajoûter , M. que celle
d'Avon vous paroissoit plus ancienne que
celle de Poissy , par la difference du chiffre.
Mais je vous ai fait remarquer que le P. Anselme
l'a mis ainsi en chiffre moderne , 1314.
au lieu qu'il est gravé sur l'original en chiffre
Romain , MCCCXIV. & vous parûtes satisfait
de ma réponse .
L'autorité du Continuateur de la Chronique
de Nangis , depuis 1301. jusqu'à 1368 .
n'est pas une moindre preuve en faveur de
Poissy ; il étoit Bénédictin , contemporain
de Philipe le Bel , & Religieux de l'Abbaye
de S. Denis , aux Portes de Paris. Voici comme
il parle.
Anno MCCCXIV. Philippus Rex Francia
diuturnâ detentus infirmitate , à suis apud Fontem
Blaudy unde & ORIUNDUS se deferri præ.
cepit, &c. Illic tandemfeliciter spiritum reddidit
Creatori , Corpus ad Ecclesiam B. Diony-
Diij
sii
484 MERCURE DE FRANCE
sii deportatur ; Cor autem ipfius ( quod Pissia .
eum Ecclesia Momilium Sti Dominici tumutandum
reliquerat ) cum eandem Ecclesiam
construxisset, ipso die post Corporis sepulturam,
illic in crastino defertur tumulandum , debito
cum honore.
» En MCCCXIV . le Roy Philipe le Bel se
» sentant affoibli par une longue maladie ,
»se fit conduire à son Château de Fontai-
" nebleau , Lieu de sa Naissance , où il mou.
» rut. Son Corps fut porté & enterré à Saint
" Denis en France ; & son Coeur , qu'il.
» avoit ordonné d'être enterré dans l'Eglise
» des Dames Religieuses de Poissy , de l'Or-
» dre de S. Dominique , comme en étant le
» Fondateur , y fut mis le lendemain de la
Sepulture du Corps , avec la Pompe Fune
» bre qui lui convenoit.
Vous me permettrez , M. de faire ici par
occasion cette Remarque.
Philipe le Bel , selon le Continuateur de
Nangis , se voyant mourant , voulut être
porté àFontainebleau , apudFontem -Blaudy,
unde oriundus. S. Louis , dit Guillaume de
Chartres , son Chapelain , vouloit garder les
Jeûnes commandés dans le Diocèse de
Chartres, eò quod de Carnotensi Diacesi oriundus
existebat. Que s'il est constant, que le premier
de ces deux Auteurs contemporains
,
voisins de Paris , qui se sont servis du même
MAR S. 1739
485
"
me tërme •
duquel j'ai raporté beaucoup
d'exemples , comme étant alors le plus usité,
l'a entendu de la naissance temporelle de
Philipe le Bel , ne doit- on pas convenir que
le second a eu le même dessein à l'égard de
S. Louis ; d'autant mieux que l'Ayeul & le
Pere de ce Saint , étant nés à Paris , où ils
ont fait comme lui , leur demeure , il ne
peut pas avoir parlé de son origine , non plus
que de sa naissance spirituelle , si bien distinguée
par ces mots de la Charte raportée ?
» S. Louis cherissoit l'Eglise de Poissy , dans
» laquelle il avoit reçû la grace du Baptême,
»in qua renatus,&c.& la Ville,pour y être né,
& Villam ipsam Locum sua originis. Cette ex
pression étoit alors si naturelle & si commune
, qu'on n'a qu'à lire les Annales des Ordres
Religieux , & l'Ouvrage du P. Echard
intitulé , Scriptores Ordinis Prædicatorum , &
on y trouvera plus de mille fois , Frere de
Rome , &c. de Paris , &c. surnommé du
Lieu de sa naissance , à Loco sue originis nun→
cupatus. Nemo nescit , dit cet Auteur , T. 1 .
p. 212. morem hung aliàs invaluisse , ut Religiosi
votis astricti Loci natalis nomen sortirentur.
Guidonis , fidele interprete des deux termes
agités , informé sur le Lieu
› par deux
Rois , Fils de Philipe le Bel , a écrit de Saint
Louis , apud Pissiacum natus est. Ce terme
D üij
est
.
486 MERCURE DE FRANCE
est clair , la source pure , & son témoignage
mérite d'être reçû.
Je suis , Monsieur , &c.
PROJET FRIVOLE.
A Mlle D. M.
Oui , que Jupiter me confonde ,
Et qu'il m'accable de fes traits ;
Que sous mes pieds la terre fonde ,
Et m'engloutisse , fi jamais
>
L'Amour me tient fous fon Empire :
Ah ! plûtôt , grands Dieux , que j'expire !
C'eft ainfi que parloit Didon ,
Cette Reine autrefois fi fage
Et dont la Ville de Carthage
Reçut l'origine & le nom ;
Mais à peine vit- elle Enée ,
Qu'elle reconnut un vainqueur ;
Elle en devint paffionnée ,
L'Amour lui dechira le coeur.
Aux yeux de cette infortunée ,
La raison , fes voeux , son ferment ,
Tout diſparut dans ce moment.
A Didon vous êtes femblable ,
Iris , du moins par vos diſcours ,
MARS.
487 1739.
A vous entendre tous les jours ,
L'Amour pour vous n'eft point aimable ,
Son Empire n'eft qu'une fable ,
Vous vous moquez de ſes retours ,
Vous faites la promeffe fole
De ne jamais vous engager.
Foible ferment ! projet frivole !
Iris , d'une feule parole
L'Amour peut vous faire changer .
Par M. P.
REPONSE de M. le Duc de Sully , à une
Lettre & à unMemoire Historique & Gé̟-
néalogique , qui lui ont été écrits & envoyés
par le Sr Dubuisson , Clerc du Sr leverrier
, Notaire , ruë de la Monnoye , au bas
du Pont-Neuf. De Paris le 9. Mars 1739%
E vous suis obligé , Monsieur , de la
Lettre que vous vous êtes donné la peine
de m'écrire & du Mémoire que vous y avez
joint , & sur lequel vous ne serez pas fâché
de sçavoir mon sentiment..
En géneral vous pouviez vous épargner la
peine de travailler à ce Mémoire . Iby a longtemps
que je prends des mesures pour faire
refondre l'Histoire Généalogique de la Mat-
DV
488 MERCURE DE FRANCE
son de Béthune ,composée par André Duchesne.
J'ai fait venir d'Ecosse , de la fameuse Abbaye
de S. Vast d'Arras , de celle de S. Bertin
à S. Omer , & d'autres célebres Abbayes de
Flandres , une grande quantité de Mémoires
& de Chartes ; j'y ai joint differentes Recherches
faites par M. le Marquis de Béthune
d'Hesdigneul , Chef des Branches de la
Maison de Béthune , qui sont toujours restées
en Flandres , & dont j'ai tous les Titres
en main . J'ai recueilli avec soin toutes ces
Piéces ; j'ai prié le Réverend Pere Simplicien,
de vouloir bien se charger de revoir l'Ouvrage
de Duchêne , & d'y faire les augmentations
nécessaires ; il s'y apliquera si-tôt qu'il
aura fini son Histoire abregée des Grands
Officiers de la Couronne , & le Suplément
aux grands Mémoires Historiques des mêmes
Officiers. De plus , dans cet Abregé - là
même & dans ce Suplément , il donnera la
continuation de la Généalogie de la Maison
de Béthune . Par là vous voyez qu'il étoit assés
inutile que votre petit Mémoire parût.
Si neanmoins vous vouliez le donner au
Public , encore deviez - vous bien me le communiquer,
avant que de le faire imprimer , je
ne crois pas que vous cussiez cû lieu de vous
en repentir. Les Remarques suivantes pourront
vous en convaincre
Vous donnez un simple Mémoire Historique,
MARS. 1739. 489
que , il ne falloit donc point y mêler des
choses ( pour ne rien dire de plus ) tout- àfait
inutiles. On ne fait point entrer en France
les bâtards dans les Généalogies. Pourquoi
donc parler des Maîtresses de M. le
Marquis de Rosny & de ses filles , du côté
gauche ? Cela n'a jamais été regardé de bon
oeil en ce Pays - cy. Car quoiqu'il soit d'un
usage assés commun dans le monde de tolerer
& de ne pas blâmer ouvertement un
Homme qui a des Maîtresses , cependant il
n'est personne qui s'en vante , principalement
quand c'est une Dame ou une Fille de Maison
distinguée & qui mérite des égards. Il
étoit donc fort à propos de garder le silence
sur ce point , tant pour la Mere que pour les
filles , d'autant plus que je ne sçais personne
dans la Maison qui en ait connoissance , &
que c'est , sans doute , une faute de Moreri.
Quand même cela seroit , combien de gens
l'ignorent-ils ? Et pourquoi le leur aprendre ?
Combien d'autres l'avoient oublié , & pourquoi
leur en rafraîchir la mémoire ? Nous devrions
souhaiter dans notre Maison qu'il fût
enseveli dans un éternel oubli;& dans un Ecrit
qui semble fait à sa gloire , de semblables
choses ne doivent jamais trouver de place.
Les Mémoires qui vous ont été fournis sur
la Maison de Béthune , n'ont pas été justes.
Vous dites que Maximilien , premier Duc
Divi dei
vj
490 MERCURE DE FRANCE
put
de Sully , étoit Chevalier des Ordres du
être
, Roy , il ne le fut jamais & ne le
ayant toujours vécu dans la Religion prétendue
Réformée. Il posse doit d'assés grandes.
Charges & d'assés grands Titres qu'on pouvoit
joindre à ses autres qualités & qu'on ne
devoit pas obmettre,pour lui en donner une,
qu'il n'eut jamais.
Il me paroît que vous ne deviez pas dire T
que M. le Marquis de Rosny a été Sur- Intendant
des Bâtimens , cette Charge ayant
apartenu à M. le Duc d'Orval,
Au sujet du Mariage de M. le Duc d'Orval
avec Jacqueline de Caumont , en parlant de
sa Mere, que vous nommez seulement Charlotte
de Gontault de Biron , vous pouviez
ajoûter qu'elle étoit fille du premier Maréchal
de Biron , si connu par ses services &
par son attachement à Henry le Grand.
Vous avez fait encore à l'Article de M. le
Duc d'Orval , des obmissions plus considébles
; outre les trois garçons du premier lit¸
il eut trois filles de ce même lit ; sçavoir ,
Marguerite- Angélique de Béthune , qui a été
Abbesse de S. Pierre de Rheims , pendant
un grand nombre d'années, fille aussi recommandable
par ses grandes vertus & par son
habileté dans le Gouvernement , que par sa
Naissance ; Françoise de Béthune , morte la
premiere, & Anne- Eléonore de Béthune ,morMARS.
491 1739
te en 1706. toutes deux Religieuses à Port-
Royal , Fauxbourg S. Jacques de Paris , filles,
d'un vrai mérite , qui sont mortes dans un
âge fort avancé.
Du second Mariage avec Anne d'Harville ,
est née Anne- Eléonore - Marie de Béthune
que vous mettez du premier lit , & vous obmettez
qu'elle étoit Abbesse de Giff, près de
Versailles , où elle a vécu dans une grande
estime & considération de tous ceux qui la
connoissoient.
Mais voici quelque chose de plus fort ; on
croit que vous vous faites en quelque sorte
Législateur , & vous semblez vous ériger un
Tribunal superieur à la Puissance Souveraine
& aux Loix. En effet, contre toutes les Loix du
Royaume sur les Duchés & Pairics , contre
PEdit du Roy Louis XIV. de 1711. fondé
sur ces Loix ; contre la volonté & le Jugement
du Roy regnant, confirmatifs de la vo
lonté du Roy , son glorieux bis- Ayeul, dont
la justice adjuge aux Aînés les prérogatives,
vous laissez entrevoir que le Titre de Duc
de Sully apartient à M. le Comte d'Orval
plutôt qu'à moi. Est- ce là votre idée ? Je
veux croire que non , mais bien des gens qui
ont lû votre Mémoire , l'ont entendu de la
sorte , & vous parlez de moi avec tant de
confusion , que pour le moins on n'y comprend
presque rien.
,
Lausi
492 MERCURE DE FRANCE
Louis - Pierre Maximilien , dites - vous ,
sixième Duc de Sully , que nous mettons dans
cette Branche , parce qu'il continue le Titre de
Duc de Sully , quoiqu'il apartienne à la Branche
d'Orval. Est - ce le Titre de Duc de Sully,
ou est- ce moi qui apartiens à la Branche
d'Orval 0 :
Il étoit plus clair , avant que d'en venir à
moi , de dire , ici finit la premiere Branche
des Ducs de Sully ; puis continuër : Louis
Pierre-Maximilien de Béthune , se trouve aujourd'hui
le sixième Duc de Sully , comme
Aîné de la Branche d'Orval , qui est à présent
l'aînée de la Maison , la Branche de Sully
étant éteinte ; tout eût été naturel & 'sans
équivoque , & par- là vous eussiez évité la
fausse interprétation que l'on peut donner à
votre Mémoire.
Vous auriez pû aussi , au lieu de parler
d'une des Branches que vous dites être bâtarde
de ma Maison , nommer dans votre Mémoire
, Madame Catherine de la Porte , Marquise
de Béthune , Epouse d'Alpin - Maximilien
, Marquis de Béthune , mon Aycul , laquelle
étoit fille de M. Georges de la Porte ,
mort Conseiller d'Etat , lequel étoit fils de
M. Georges de la Porte , Président à Mor-"
tier du Parlement de Normandie , laquelle
Catherine de la Porte étoit fille de Dame
Françoise Chevalier , tous deux ses Pere &
Mere ,
MARS.
4933 17398
Mere , & de très -ancienne famille de Robe :
de Rouen & de Paris..
Vous ne deviez pas non plus passer sous si--
lence Madame la Duchesse de Sully , mon
Epouse,dont la naissance est assés bonne pour
pouvoir n'être point oubliée , petite niece de
M. Colbert , l'un des grands Ministres que
la France ait eû ; elle a de plus de son côté
d'illustres Alliances . M. Desmarets ; son Pere
, Commandeur des Ordres du Roy , qui a
suivi les traces de M. son Oncle , & qui s'est
trouvé dans des temps plus malheureux , a
rempli les places de Ministre d'Etat & de
Contrôleur General des Finances , depuis
l'année 1708. jusqu'à la mort du Roy Louis
XIV, de glorieuse mémoire. Ce Prince au
lit de la mort , rendit témoignage publiquement
à ses services, lesquels le peuvent mettre
au nombre des Personnes Illustres de
son siecle . Le mérite personnel & les services
de M. le Marquis de Maillebois , frere
aîné de Madame de Sully , sont assés connus
de tout le Public , dont il est assés heureux
d'avoir l'aprobation .
Vous auriez pû aussi mettre quelque chose
de plus étendu sur les Charges & Emplois
que j'ai occupés , ce que je dis moins par
raport à moi , que comme Chef d'une Maison
, qui a marqué dans tous les temps son
zele,son respect & son attachement pour nos
Rois & le bien de l'Etat.
Vous
494 MERCURE DE FRANCE
Vous auriez pû encore , sans vous attirerle
blâme du Public , vous étendre davantage
que vous n'avez fait sur la Naissance , les
Charges & les services du premier Maréchal
de Biron & du premier Maréchal de la Force
, dont les services sont encore plus recommandables
que la Naissance , quelqu'illustre
qu'elle soit.
Vous avez fait une faute considérable à
l'Article de Louis - Georges de Béthune , mon
Oncle , qui , à la vérité , n'a jamais été connu
que sous le nom de Chevalier de Béthune
, l'ayant mis Chevalier de Malthe , quoiqu'il
n'ait jamais été dans cet Ordre .
Vous auriez pû aussi sur mon Article , ne
mettre qu'une fois que j'étois sans posterité
masuline , les repétitions ne convenant guere
dans toutes sortes d'Ouvrages , & surtout
dans un Abregé ; je puis cependant dire
que je suis encore bien éloigné de l'âge où
M. le Comte d'Orval a eû son fils.
Si vous aviez été mieux informé , vous
n'auriez pas oublié dans la récapitulation
que vous faites des personnes vivantes de
notre Maison , de parler de Madame de Sully
, Religieuse de la Visitation de sainte Marie
, de S. Denis , recommandable par sa vertu,
sa pieté & par son rare merite, la derniere
de la Branche aînée.
Vous auriez aussi fait, mention de Dame
Françoise
MARS
425 1739.
Françoise de Béthune , Marquise de Caulaincourt
, dont le nom & la Maison est très - ancienne
en Picardie , & qui a des descendans
distingués au service du Roy , laquelle étant
de la Branche Aînée , ne mérite pas plus d'être
oubliée que celles des Branches Cadettes.
Puisque vous parliez des Filles de la Maison
de Béthune , vivantes , vous deviez aussi
parler de Jacqueline de Béthune , Marquise
de Coupigny , fille d'Annibal , Comte de
Béthune , mort Chef d'Escadre , & qui est
une Personne d'un vrai mérite..
Vous avez fait une faute encore plus considérable
dans la Branche de Charost, d'avoir
oublié Louis- Basile de Béthune , Chevalier
de Charost , frere du Duc de ce nom , ci - devant
Gouverneur du Roy, le quel a été Capitaine
de Vaisseaux , & qui est d'ailleurs un
homme fort estimable par son érudition.
Une autre obmission que vous avez faite
encore, concerne les deux filles de M.le Duc
de Béthune , dont l'une est ..., de Béthune,
Marquise de la Vauguyon , dont le Mari est
Colonel du Régiment de Beauvoisis , &
homme fort estimé.
.... La seconde est . de Béthune , qui a
épousé M. le Comte de Tessé , Grand d'Espagne
, Colonel du Régiment de la Reine ,
Infanterie , qui s'est distingué dans la derniere
guerre d'Italie ; il a l'honneur d'être
aussi
496 MERCURE DE FRANCE
aussi Premier Ecuyer de la Reine.
Vous ne deviez pas plus oublier deux Branches
de notre Maison , qui sont en Artois ,
que celle d'Ecosse , dont vous parlez dans
votre Mémoire. L'aîné de ces Branches d'Artois
est Eugene - François de Béthune Desplancques
, Marquis d'Hesdigneul , dont la
Branche conserve la Terre de ce nom depuis
plusieurs siecles . Il a pour fils Maximilien
Guislain de Béthune Desplancques , majeur ,
en état d'être pourvu , & qui a plusieurs soeurs
Chanoinesses dans les Chapitres de Flandres.
Il y a quelques années qu'il fut choisi pour
être Député des Etats d'Artois auprès du Roy,
sans l'avoir demandé , ce qui n'arrive presque
jamais.
L'autre Branche est celle de François - Eugene
de Béthune Desplancques , qui demeure
à Atras ; il a servi long-temps , & a épousé
une Chanoinesse de Maubeuge , dont il a
quatre enfans en bas âge. Il a un frere qui se
nomme Adrien- François de Béthune Desplancques
, connu sous le nom de Chevalier
de Béthune , qui est Capitaine & des premiers
Factionnaires dans le Régiment du
Roy , Infanterie. Ces deux derniers ont une
soeur nommée Marie- Eugene de Béthune :
Desplancques , Abbesse des Chanoinesses de
Bourbourg , Fille dont le mérite est aussi
connu que la Naissance..
Vous
MARS. 17398 497
Vous avez retranché plusieurs Dames de
mérite & de distinction , & qui ont cû pos--
terité dans les Branches Cadettes , mais il
faudroit trop de temps pour relever toutes
les fautes : cela passeroit les bornes d'une
Lettre & me donneroit d'allieurs trop de peine
& de soins pour en faire des recherches
justes , ainsi je me borne à ce que j'ai vû du
premier coup d'oeil & que j'ai à présent dans
l'esprit.
Je doute fort que M. le Comte de Béthune
, Grand-Chambellan du Roy de Pologne ,
Duc de Loraine , que vous dites avoir fait
l'impression de cet Ouvrage à ses dépens ,
donne son nom & son aprobation à un Suplément
de Généalogie de sa Maison, si rempli
de fautes & d'obmissions , s'il l'avoit lû
il a trop d'esprit pour ne s'en être point aperçû
& pour n'y avoir pas fait supléer ; il vaut
mieux croire que vous l'avez fait sans le lui
montrer & lui ayant seulement demandé son
agrément , comme étant la seule Personne de
la Maison de Béthune que vous connussiez
& dont vous fussiez connu..
Au surplus je vous suis obligé de m'avoir
fait connoître & donné votre Ecrit , quand
ce ne seroit que pour corriger les erreurs qui
y sont contenuës , & ces éclaircissemes vous
seroient même nécessaires , si vous aviez
dessein de le mieux rédiger dans la suite.
Les
498 MERCURE DE FRANCE
Les Armes même y sont mal gravées , ávec
une face de Sinople , au lieu de Gueules.
A l'égard des femmes qui n'ont point laissé
de posterité , que vous avez obmises , je
n'en parle point , n'étant pas nécessaire d'en
parler dans un Ouvrage si racourci.
Je serois fort aise si je pouvois vous être
utile à quelque chose,& vous prouver combien
je suis , Monsieur , entierement à vous .
Signé , Louis - Pierre- Maximilien de Béthune ,
Duc de Sully.
IMITATION de la VI. Ode du II.
L
Livre d'Horace : Non semper imbres.
A pluye impétueuse est quelquefois bannie
Des lieux où sa fureur a long-temps éclaté ;
Il est des mois heureux , où même l'Arménie ,
Du Soleil entrevoit la divine clarté .
*
Après la piquante froidure ;
Zéphire échauffe nos Vallons ;
Et raporte à nos Bois cette riche verdure ,
Que leur avoient ôté les fougueux Aquilons.
*
Après un violent Orage ,
Neptune
MARS. 1739.
499
Neptune calme enfin ses flots ;
Rien n'effacera-t'il la trop funeste image ,
Qui cause tes sanglots
**
Phébus , en ouvrant sa carriere ,
Voit tes yeux noyés dans les pleurs;
La nuit , en chassant la lumiere ,
Ne sçauroit chasser tes douleurs.
*
De ton fils bien aimé la perte irréparable
Ne devroit plus , Damon , te faire soûpirer ;
Penses - tu , cher ami qu'à tes cris favorable
La Parque, du Tombeau voudra le retirer ?
*
Antiloque du Stix aborda le rivage ,
Au Printemps de ses jours ;
Nestor pleura ce fils , mais il étoit trop sage
- Pour le pleurer toujours.
*
Hécube murmura contre les destinées ,
Quand la mort vint fraper l'aimable Troïlus
Mais a-t'elle perdu de nombreuses années
En regrets superflus ?
D'un
500
MERCURE DE FRANCE
D'une langueur trop injuste
Brise les fers odieux , -
Et chante avec moi d'Auguste
Les triomphes glorieux.
*
Il vient de mériter , en subjugant les Scythes
Les honneurs les plus éclatans ;
Il a sçû resserrer dans d'étroites limites
Ces Peuples inconstans .
*
Deux Fleuves dont les Eaux , avec un bruit horrible,
S'élevoient fierement ,
Maintenant asservis à ce Prince terrible ,
Coulent paisiblement.
A. X. Hardain , d'Arras.
QUESTION DE DROIT.
Proposée dans le Mercure de Janvier 1739:
AIUS CAL , par son Testament , legue une
somme de 500. liv. à sa Domestique ,
pour la récompenser des foins qu'elle a eûs
de lui pendant sa maladie ; & , pour lui cn
assûrer le payement , il la délegue fur celle
de
MARS. *1739.
Sor
de 15oo . liv. à lui dûë par Titius . Quelque
temps après , il reçoit de Titius le payement
de cette fomme de 15oo. liv. & décedefans
en faire aucune mention sur son Testament.
La Légataire demande la délivrance du Legs
à elle fait , les Heritiers la lui refusent , disant
que son Legs est caduc , attendu qu'il
est determinatif , & que la somme sur laquelle
il étoit à prendre a été payée au défunt,
depuis son Testament .
On demande si elle n'est pas en droit de
reprendre son Legs sur des autres biens de la
succession , ou s'il est vrai qu'il soit caduc.
REPONSE.
Quoique vraisemblablement l'on ne doive
pas présumer que le Testateur ait entendu
que sa Légataire ne fût pas en droit d'exiger
la somme qu'il avoit dessein de lui laisser
en cas qu'au jour de son décès , celle sur laquelle
il la déleguoit se trouvât lui avoir été
payée , il ne laisse pas d'y avoir , en un sens ,
d'assés spécieuses raisons d'en contester la
délivrance sur les autres biens .
L'effet des dispositions testamentaires
étant toujours de dépouiller les Heritiers
des Biens que la proximité du sang leur
transmet en cette qualité , il est de principe
qu'elles ne sont sujettes à interpretation,
qu'on leur faveur , & que la présomption ,
-quel502
MERCURE DE FRANCE
quelque forte qu'elle soit , dès l'instant qu'-
elle leur est contraire , ne peut jamais tenir
lieu d'explication de la volonté du Testateur.
Or , dans l'espece proposée , le Testateur
n'explique en aucune maniere , s'il entend
que le Legs en question soit exigible , soit
qu'il ait reçû avant son décès la somme sur
laquelle il le délegue , ou que le payement ne
lui en ait pas été fait , l'on ne peut que présumer
que sa volonté fut telle ; & rien ne
l'assûrant d'une façon aussi certaine qu'il lui
étoit facile de le faire , il paroît en quelque
sorte , devant naturellement être pris & acquité
sur la somme assignée à cet effet , que
la Légataire ne seroit point en droit d'en
demander la délivrance dans l'un ou l'autre
cas.
D'ailleurs , le payement de cette somme
ayant été fait au Testateur , sans qu'il aic
prévenu par la mention qu'il en pouvoit
faire sur son Testament , la question à laquelle
il devoit bien prévoir , que l'omission
d'une chose , en ce sens aussi essentielle , ne
manqueroit pas de donner lieu , il y a aparence
que si véritablement il avoit entendu
qu'elle reprît sur les autres Biens de sa succession
, la somme qu'il lui avoit léguée , il
n'auroit pas manqué de remédier a l'inconvenient
que le payement qu'il avoit reçû ,
devoit
MARS.
1739 503
devoit aporter à l'execution de ses volontés
à cet égard.
liter ,
Je pourrois même ajoûter , que si les Biens
qui lui apartenoient étoient considerables ,
& qu'il y eût une notoire facilité de se procurer
le payement du Legs en question ,
il sembleroit inutile que pour le lui faciil
la déleguât sur aucune chose ,
que l'on pourroit même dire qu'il ne l'a
fait , que parce qu'il n'a pas voulu que l'on
pût l'exiger , si la somme destinée à l'acquiter
, ne se trouvoit pas lui être-dûë ; mais
quelqu'aparence de fondement que ces diverses
raisons m'ayent parû avoir , de plus
fortes ne doivent pas , je crois , permettre de
s'y rendre.
Premierement , la délégation que contient
le Testament dont il s'agit, ayant pour motif
de faciliter le payement de la somme léguée
par le Testateur, au défaut de celle sur laquelle
il l'a donnée à prendre , elle semble d'aut int
moins être un obstacle à la délivrance du
Legs , demandée sur les autres Biens de sa
succession , que s'il étoit possible qu'elle y
en aportât quelqu'un , il s'ensuivroit de là
que quoiqu'elle ne pût être considerée
que comme une disposition favorable à la
Légataire , elle lui seroit néanmoins beaucoup
plus contraire qu'avantageuse ; ce qu'il
n'est nullement permis de penser.
E Non
$04 MERCURE DE FRANCE
d'autre
1. En effet non seulement , les vûës dans
·lesquelles le Testateur paroît l'avoir déléguée
sur la somme portée par son Testament
, y sont totalement oposées ; mais sui-
Vant les circonstances de la question proposée
, ne l'ayant uniquement fait , que dans
fidée de lui assûrer davantage ce qu'il vouloit
lui laisser après sa mort : le payement
qu'il a reçû de cette somme avant son décès,
n'a jamais dû priver la Légataire ,
chose de l'assûrance
que que ladite délegasion
faite en sa faveur lui pouvoit procurer;
car comme celui , à la créance duquel
une chose est spécialement affectée
droit , si elle vient à périr , ou qu'elle ne
soit pas suffisante pour le payer de la tota
Lité de son dû , de se pourvoir sur les autres
Biens de son débiteur , de la même
maniere aussi , la Légataire à laquelle il ne
seroit pas possible autrement de se procurer
la délivrance de son Legs , pelit la
demander sur les autres Biens de la succession.
le
Ce n'est toujours même , à proprement
parler , que sur la somme déléguée , puisque
le payement en ayant été fait au Testateur,
de son vivant , elle fait partie des Biens , qui
après son décès , se sont trouvés lui apartenir
, d'où l'on doit conclure , qu'elle en a ,
pour ainsi dire , doublement le droit , puisqu'en
MARS. 17398
qu'en un mot , il ne seroit pas juste que les
Heritiers en profitassent , sans être tenus
d'acquiter le Legs qu'il lui a fait , & dont il
a voulu que cette somme servît de gagé , &
de sûreté.
Enfin , les soins & les services de la Légataire,
qu'il a eû dessein de récompenser
étant l'unique motif qui l'ait engagé à lui
léguer la somme dont elle demande la délivrance,
me confirment d'autant plus dans le
sentiment que j'adopte , que ces sortes de
Legs ayant moins pour cause une pure liberalité
,qu'une juste reconnoissance, sont toujours
très - favorables.
2
Par Robert le jeune , de Monfort-Lumaury.
Justd
LES OISEAUX.
Tirfes
L
2
EGLOGUE.
Aiffons - là ces Oifeaux , réndons-les a
leur mere ;
Tu vois comme elle fuit fes enfans malheureux
Par un battement d'aîle & des cris douloureux ,
Elle fe plaint du tort que tu viens de lui faire ,
Cédons à la pitié , rendons-les , ma Bergere ,
Et du matheur d'autruf ne faisons point nos jeux.
Doris
É ij
506 MERCURE DE FRANCE
Doris. Laiffe- là tes conseils , je veux me fatisfaire ,
Tirfis , je veux moi - même élever ces Oiſeaux ;
Si leur mere reffent une douleur amere ,
Sa douleur finira par des amours nouveaux.
Tirfis. Eh bien , suis tes deffeins , Bergere impitoyable
,
Sans réfléchir aux maux qu'un autre en doit ſouffrir.
Doris. Je veux une pitié tendre , mais raiſonnable ,
La plainte d'un Oifeau , doit- elle m'attendrir ?
Tirfis. Si le fort conduifoit fur cet heureux rivage
Un Tyran qui ravit l'objet de ton ardeur ,
Tes cris exprimeroient l'excès de ta douleur ,
Pour exciter les Dieux à vanger cet outrage ;
Bergere , tu-frémis à cette triste image ;
Cet Oifeau reçoit- il un traitement meilleur ?
Doris. Je bénirois des Dieux la bonté peu commune
Si ce cruel Tyran , dont tu peins la fureur ,
Délivroit nos Hameaux de la foule importune
Des Bergers qui fans ceffe affiegent notre coeur ;
Quand ils feroient plongés dans le fein de Neptune
,
Je n'invoquerois point les Dieux en leur faveur.
Tirfis . Ainfi pour les Amans tu déclares ta haine ,
Et j'allois cependant t'adreffer mes foûpirs.
Doris. Berger , de ce projet épargne-toi la peine ,
Mos
MARS.
1739 507
Mes Oifeaux & mes fleurs bornent tous mes plaifirs.
Tirfis. Mes rofes , mes ceillets , mes lys , ma
tubereufe
Defirent d'expirer fur ton fein tour à tour.
Doris. Je fuis , comme Zéphir , des roſes amoureuſe
,
Mais je n'en reçois point par les mains de l'Amour,
Tirfis. J'éleve un Perroquet avec un foin extrême
,
Instruit par mes leçons , il dira bien - tôt , j'aime ,
Fidele truchement de mes tendres amo'rs
Ce que je n'ofe dire , il le dira toujours .
*
Doris. Tu pouvois mieux instruire un Oiseau téméraire
;
Devant moi , qu'il oublie un langage amoureux ,
Ou qu'il foit pour fa peine , en depit de tes feux ,
Exilé de mon coeur , chaffé de ma voliere .
Tirfis. Le langage d'amour s'aprend à peu de frais ,
Qui le fçait une fois , jamais il ne l'oublie
L'Oiseau dira ces mots tout le temps de fa vie ;
Eh ! qui ne le diroit en voyant tes attraits ?
Ah ! Doris , que du temps tu fçais peu faire uſage !
Tu chéris un Oiseau , tu chéris une Fleur ,
Ecoute mes tranſports , quitte ce badinage ;
Un Berger eft cent fois plus digne de ton coeur.
Doris. Les Bergers , dans mon coeur auront la
préférence ,
Fiij Quand
308 MERCURE DE FRANCE
Quand des tendres Oiſeaux ils auront l'innocence .
Sans fard comme les fleurs , des plus conftans -
difcrets ,
Mais ce n'eft pas ainfi que nos Bergers font faits..
Tirfis. Eh bien , cette candeur , cette flame f
pure ,
Cette ardeur innocente , où la belle Doris
De fa poffeffion vient d'attacher le prix ;
Chés moi tout fe rencontre , oui , mon coeur te lejure
.
Doris. Le Temps ôre à nos Prés , & leur rend la
verdure ,
Il offre tous les jours des fpectacles nouveaux
Il révele fouvent la plus fourde avanture ,
Le Temps éclaircira ces frivoles propos ,
Par lui la Vérité ceffera d'être obſcure ;
Mais j'aime., en attendant , mes Fleurs & mes Oifeaux
.
Par M. Pierre de Frafnay.
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure de Fevrier par , la M
sique , Tambourineur , Voltaire , Sonus , &
Virtus. On trouve dans le troifiéme Logogryphe
, Onus , Sus : & dans le quatrième ,
Virus , Vir , Tus¸ & V‡.
ENIGME
MARS
1739 309
ຈ
ENIGM E.
Nous passons pour être Jumelles
Qui n'ofent se dire Pucelles ,
Ce feroit mentir lourdement ,
Car de nous on uſe ſouvent.
C'eſt à nous employer que le monde s'exerce ;
Blâme , injure , foyez loin de notre commerce ;
Quoiqu'on le voye en tout Art célebré ,
Et que dans le Prophane , & que dans le Sacré ;
On y recoure en l'allegreffe ,
En la ſurpriſe , en la trifteffe.
Quelques- unes de nous font pour le mafculin ,
Et d'autres le fexe féminin ,
pour
Notre Mère fans nous , auroit pour tout partage
D'être d'un inutile uſage.
LOGOGRYPHE.
DEux mots de trois Lettres chacun ,
Réunis , font un nom d'usage peu commun
'
+ Dans la peau le premier a toujours sa racine
Ténace , & très - souvent contre le fer mutine ;
L'autre eft une bien forte odeur >
E
Qui
310 MERCURE , DE FRANCE
Qui réveille le goût , ôte aux mets leur fadeur.
Mon tout eft de couleur dont la belle Iris use :
L'air eft dit - on , pour moi la tête de Méduse
Ne suivez point ce sentiment ,
J
L'humide eft mon seul élément.
AUTR E.
E fuis , "Lecteur , dans tout le monde ;
D'une utilité fans feconde ;
Toujours ani des gens difcrets ,
Et le confident des fecrets .
De mon Nom faiſant l'analyſe ,
On y trouve un chef de l'Eglife ,
Une fauffe Divinité ,
Avec un Poiffon fort vanté.
Elément , Note de Mufique 2
Oifeau , Paffion colérique ,
Chofe portant rude eftomac
Utile aux Preneurs de Tabac .
Ce qu'un Fumeur met en uſage ,
En Latin , bord , côte , ou rivage ;
Tous ces Noms en moi renfermés ,
Par moi-même font exprimés.
Par M. Barbery , lejeune.
LOGO
MARS. 17397
LOGO- GRYPHUS.
MEmbra mihi quatuor tantùm sunt , Lector
amice ,
Veris solus honos , lata vireta colo. "'
Extremum tollas membrum , sum argenteus imber.
1
Primum ac extremum me prope labra vides,
Si totum
Par P. J.V. de Rouen.
ALIUS.
I totum sumis , novit me Roma regentem.
Hortorum peftem membra priora dabunt.
Si caput & caudam jungis, sum Afiatica tel'us
Praftabunt dubium pofteriora genus.
****************
NOUVELLES LITTERAIRES
H
DES BEAUX ART S.
ISTOIRE de la Compagnie des Indes,
avec les Titres de ses Concessions &
Privileges. A Paris,chés Debure l'aîné, Quai
des Augustins. 1738. in- 4. de 938. pages.
· LETTRE à M. le Comte de L *** , pour
répondre à celle d'un.Italien , au sujet des
E.v. Entretiens
$ 13 MERCURE DE FRANCE
Entretiens sur le Newtonianisme , traduits
en François par M. du Perron de Cantera , de
129. pages. A Paris , chés Mantalant , Quai
des Augustins , à la Ville de Montpellier.
1739.
LES PROSES SACRE'ES , avec les Argumens
en Vers , par Frere Fulgence de la Croix ,
Carme Déchaussé, de la Province de Naples.
A Naples , 1738. de l'Imprimerie de Felix-
Charles Mosca, un Vol. in- 8 °. de 380. pages.
L'Ouvrage est en Italien.
,
TRAITE' de la Communication des Maladies
, & des Passions avec un Essai pourservir
à l'Histoire naturelle de l'Homme.
Par M. *** A la Haye , chés Van Duren ,
1738. in- 12. pag. 236 .
ELEMENS DE GEOMETRIE , ou Principes
de la Mesure de l'Etendue , expliqués trèsclairement
par démonstrations la plûpart
nouvelles , & surtout sans le secours des
Proportions , par M. le Rat de Lantbenée..
Vol, in- 12 . de 260. pages , avec des Planches,.
1738. A Paris , chés Gissey & Bordelet , rue
S. Jacques.
HISTOIRE DU MONDE Sacrée & Prophane ,
depuis la Création du Monde , jusqu'à la
Destruction de l'Empire des Assyriens , à la
mort
MARS. 1739.
5x3
mort de Sardanapale , & jusqu'à la Décaden
ce des Royaumes de Juda & d'Israël , sous les
Regnes d'Achaz & de Pexach , pour servic
d'Introduction à l'Histoire des Juifs du Docteur
Prideaux , par M. Samuel Schuckford ,
M. A. & Curé de Schelton , dans la Province
de Norfolk , traduit de l'Anglois , par J. P.
Bernard, Prêtre de l'Eglise Anglicane, Docreur
en Philosophie, & Chapelain de Milord
de Comte de Loraine. Deux Vol in-12. A
Leyde , chés Jean & Herm. Verbeeck, 1738.
LETTRES PHILOSOPHIQUES . Sur l'âge d'or
& sur le bonheur. A Londres , 1738. Brochure
in- 12. de 36. pages .
COLLECTION des Auteurs qui ont traité
de l'origine , du commencement & du progrès
de l'Imprimerie , à Hambourg , chés
Christian Herold , par les soins de M. Wolff
Professeur en cette Ville.
HISTOIRE DE S. EPIPHANE , Archevêque
de Salamine , & Docteur de l'Eglise , & c.
Paris , chés J. B. Lamesle , Pere , rue de
vieille Bouclerie , & Pierre-François Giffart ,
rue S. Jacques , à Ste. Therese , 173.8.194
Prix 6. liv. en blanc.
"
LA PUDEUR , Histoire Allégorique & Ma
par M. le Chevalier de Neufville Mon
Evj mador,
rale .
514 MERCURE DE FRANCÊ
tador. A Paris , chés Pierre Simon , ruë de la
Harpe , à l'Hercules , 1739. Brochure in- 12 .
de 69. pages , sans la Préface.
TRAITE' DES MARQUES NATIONALES
tant de celles qui servent à la diftinction
d'une Nation en général , que de celles qui
diftinguent les rangs des Perfonnes dont
cette Nation eft composée , & qui ; les unes.
& les autres , ont donné origine aux Armoiries
, aux Habits d'ordonnance des Militaires
& aux Livrées des Domestiques. Par
M. Beneton-de-Morange de-Peyrins. I. Vol.
in- 8 °. A Paris , chés P. G. Le Mercier
Imprimeur & Libraire , rue S. Jacques , au
Livre d'or . MDCCXXXIX .
3
On voit par le Titre de cet Ouvrage , que
l'Auteur a eû en vûë de faire connoître quel
les ont été les marques défignatives de chaque
Nation,depuis l'Antiquité la plus reculée
jusqu'à présent.
Ces Marques étoient ou générales , ou
particulieres ; les unes propres à caracteriser
tout un Peuple , & les autres à défigner les
Personnes les plus considerables d'entre ce
Peuple.
Les Marques générales étoient des Figu
res en sculpture , qui , mises au bout d'une
Pique se portoient à la Guerre , & chaque
Peuple avoit pour son Enseigne , le Symula-
›
cre
MAR S. 1739.
jrg
cre , ou l'Emblême principal du Dieu qu'il
adoroit.
Les Marques particulieres étoient auffi des
Figures en bas- reliefs , soit de choses animées
soit de choses inanimées , qui se
voyoient sur les armures des Guerriers , &
particulierement sur les Boucliers.
Dès que les Hommes dispersés par toute.
la Terre ; & distingués par Peuplades , ( en
conséquence d'une volonté suprême , dont
l'execution avoit eû son commencement ,
lors de la confusion des Langues , ) commencerent
, dit l'Auteur , à se faire la guer
re , ils se firent de ces Marques , ou Figures,
& elles furent d'un usage général , tant que
dura le Paganisme , c'est - à-dire , jusqu'à la
chûte de l'Empire Romain ; mais chaque
Nation de l'Europe , en devenant Chrétienne
, abolit le port de ces Images , comme
pouvant perpetuer le souvenir des Erreurs où
F'on avoit été plongé , & ne se caracterisa
plus que par une espece de Livrée , ou de
Couleur. Chaque Nation se fit sa Livrée de
la couleur dont se trouva être la Banniere de
l'Eglise, dédiée au Saint qu'on se choisissoit
pour Patron.
Et pour les Marques particulieres dans ce
nouveau goût , elles ne furent d'abord autre
chose que de petits Etendarts , apellés Hauts-
Wollets & Bas-Vollets , faits de la Couleur
nationale
23
516 MERCURE DE FRANCE
nationale , que les Cavaliers portoient sur l
tête , & sur les épaules . Dans la suite , chaque
Chef de Milice voulut avoir une Livrée,
luizen propre ; cela produisit un commencement
d'uniformité dans les Armées , de
même que l'invention de certains Habits,où
entroient plusieurs couleurs , & qui , étant
portés pour procurer des distinctions , furent
pour cela apellés Habits de Livrées.
Chaque Cavalier en allant à la Guerre ,
faisoit peindre son Bouclier de la couleur
dont étoit celui du Chef qu'il suivoit , & à
cette couleur dominante , à laquelle se joignoit
une portion de la couleur nationale
ilen ajoûtoit une autre dont il faisoit choix,
pour se distinguer en son particulier . Cette
diversité de couleurs , qui paroissoient sur
les Boucliers , & même sur des Tuniques
qui se mettoient sur l'Armure , en produi
sant des uniformités propres à distinguer les
differens Corps de Troupes dont une Armée
étoit composée , a produit ces partitions
bizares , qui depuis six ou sept cent ans
se voyent dans ce qu'on apelle Armories ,
comme Pals, Fals , Bandes, Bordures, Orles,,
Chefs , Franc - Quartiers , &c.
>
Les Guerres d'Outre- mer ayant comment
cé dans le XI . siécle , la seule Livrée d'une
Nation ne lui paroissant plus suffisante pour
sa distinction , ni la portion de cette Livrée
jointem
"
MARS. 17397
jointe à d'autres couleurs , pour les distinc- -
tions particulieres , on prit des Croix , & ca:
fut par la couleur dont chaque Peuple se fit :
sa Croix militaire , qu'il se distingua ; & ema
même temps les Guerriers , sans cesser de
porter leurs Ecus colorés , qui leur faisoient
des Livrées , remirent dessus , cos Symboles
en Figures , dont le Christianisme naissant :
avoit fait discontinuer l'usage , ce qui augmenta
les Marques particulieres , & acheva
de faire paroître ce qui s'apelle à présent
Blason , & Armoiries.
M. Beneton fait aussi connoître quelles
ont été les marques de reconnoissance dont
chaque Nation Chrétienne a fait usage depuis
les Croisades ; il montre qu'on en chan
geoit quelquefois , d'où il arrivoit qu'une
Nation en prenant la couleur d'une autre
obligeoir celle- ci à faire choix d'une nouvelle
Livrée ; tout cela est apuyé d'Exemples
11 prouve ensuite que ce furent les Habits
militaires , nommés Cottes - d'armes , sur lesquels
se voyoient ces marques tant en partitions
colorées , qu'en figures , qui tinrent
lieu d'Habits d'ordonnance dans les Armées,
ce qui dura jusqu'à ce que les Guerriers , en
quittant les Cortes , pour laisser voir leurs
Armures de fer , à nud , prirent des Echarpes
de couleur.
2
2
Tant que les Echarpes militaires furent
318 MERCURE DE FRANCE
en usage , on sçut , en les multipliant , les
rendre propres à marquer tout à la fois & la
Nation , & le Corps dont étoient les Guer- ,
riers qui les portoient ; ainsi elles tinrent
lieu , à leur tour , de ce qui pouvoit servir
d'Habits d'ordonnance , jusqu'à ce que l'Habillement
complet des Troupes , tel qu'il se
voit établi à présent, eût commencé . La maniere
dont l'uniformité complette dans les
Troupes s'est introduite , n'est pas un des
Endroits, le moins interessant, de cet Ouvrage
; le temps où elle a commencé y est fixé ,
& dès l'origine des Régimens , on voit ce
qui s'observoit, tant pour la Levée, que pour
PEquipement de chaque Régiment de nouvelle
création.
2
M. Beneton ne se borne pas à détailler les
differens Habits de Guerre , & à faire connoître
comment les modes se sont succedées
les unes aux autres ; il parle aussi des
Habillemens à l'usage de la Noblesse en
temps de Paix , tant pour les hommes que
pour les femmes ; il fait voir que c'est de la
coûtume qu'avoient les Rois , & les autres
Souverains , de donner gratuitement des Robes
uniformes à leurs Courtisans , pour s'en
parer aux jours de grandes solemnités , que
vient celle qu'eurent ces mêmes Courtisans
de donner aussi des Robes ( de la couleur
qui les désignoient , chacun en particulier )
MARS. 17397 519
à ceux qui s'attachoient à eux , sous le nom
de Robes de Livrées. L'Auteur découvre toutes
les raisons qui ont mis ces Robes en vogue
, & montre qu'elles ont été portées par
gens de tous états , comme Ecclésiastiques ,
Officiers de Guerre & de Judicature , Bourgeois
, Marchands & Domestiques. De -là ,
Auteur prend occasion de faire remarquer
qu'il faut distinguer deux sortes de Livrées ,
P'une qui doit s'apeller Honorable , ou d'Honneur
, faite pour être portée par les Gentilshommes
, & Magistrats , & l'autre qu'il faut
nommer Livrée de servitude , n'étant faite
que pour les Domestiques.
M. Beneton , après s'être attaché à raporter
les étymologies de la plupart des choses
dont il parle , même celles des noms portés
par les Domestiques des grands, Seigneurs
( étymologies tirées des fonctions dont ces
Domestiques s'acquitent , ou s'acquitoient
autrefois auprès de leurs Maîtres ) passe enfin
à la description des formes differentes
qu'ont eû successivement les Habits de Livrées
, depuis qu'ils furent inventés pour
distinguer les Familles Nobles entre- elles ;
il rend raison de ce qui a déterminé , en
faisant une Livrée pour nos Rois , d'y fair.e
entrer les trois couleurs qui s'y voyent ; de
même que de ce qui a introduit dans chaque
$20 MERCURE DE FRANCE
que Branche des Princes du Sang , les cour
leurs qui distinguent aujourd'hui chacu
ne de ces Branches : tout cela est apuyé
de Passages d'Historiens ; & cet Ouvrage
est terminé par une Dissertation , qui discute
, si la Fleur qui symbolise la Nation
Françoise , sous le nom de Fleur- de-lys´‚·
est véritablement une Fleur de cette espe=
ee , (' ce que l'Auteur ne croit pas , ) &.
après avoir exposé son sentiment , il donne
une raison plausible de ce qui a pû
obliger les premiers Rois de la troisiéme
Race à la prendre comme une marque
parlante , pour se symboliser , eux & leurs :
Sujets..
MEDUS , Tragédie , représentée au Théa
tre François le 12. Janvier. A Paris , chés
Prault , fils , Quai de Conty , à la dèscente:
du Pont Neuf, à la Charité , 1739.-
Le soin prématuré que nous avons pris de:
satisfaire la curiosité de nos Lecteurs dans le
Journal du mois dé Janvier , avant que cette`
Tragédie fût imprimée , ne doit pas nous dis
penser d'en donner quelques fragmens dans
celui- ci . L'Auteur Anonime répond dans une
Préface aux diverses objections qu'on lui à:
faites,sans le connoître : cette Préface a parû
très-sage & a fait connoître qu'il n'ignore
pas
MAR S. 17397
$21
pas les regles du Théatre ; il se justifie sur
tout au sujet du plagiar dont on a prétendu
lę charger ; il finit son Apologie par ces pa--
roles modestes : Je serai le premier à convenir
de mes fautes , & dans le détail où je viens
d'entrer, j'ai moins eû dessein de les justifier .
que de rendre
compte au Public des fausses lixmieres
, qui m'ont fait illusion.
Voici les fragmens que nous venons de
promettre ; c'est aux Lecteurs à juger si la :
versification de Médus a été aussi défectueuse
, que des Critiques outrés l'ont pré--
tendu.
1
Dans le premier Acte , Scene premiere ,
Idalide , fille d'Adolétès , parle à Cephise ,.
sa Confidente , & lui dit :
Ma confiance est égale à ta fois,
Ta chéris Idalide ; écoute , & connois -moi,
Céphise , qui croiroit que de pleurs abreuvée ,.
Qu'à de nouveaux tourmens sans cesse réservée ,
Je pusse être sensible en ce comble d'horreur
A d'autres sentimens que ceux de la fureur !.
Hier , tu me suivois , quand sur les bords de l'Onde,
Je voulus me soustraire à ma douleur profonde ;
Et la foudre & les vents déchaînés dans les Airs ,
Venoient de ravager & la Terre & les Mers ;..
On entendoit encor frémir l'Onde écumante ;
Le plus affreux Spectacie à mes yeux se présente ;
Je
322 MERCURE DE FRANCE
1
Je ne découvre au loin que débris de Vaisseaux
Qu'Armes & Pavillons qui flotent sur les eaux ;
De ceux qu'avoit frapés le courroux de Neptune ,
Mon coeur en gémissant déplore l'infortune ,
Lorsqu'un fot qui se brise , aporte sur le bord
Un de ces malheureux luttant contre la mort ;
Je l'aproche en tremblant , je le trouve immobile ;
Un froid mortel couvroit son front pâle & tranquile,
Quel trouble fut le mien , quel excès de douleur ,
Quand j'aperçus des traits trop présens à mora
coeur &c.
Lorsque Persès vainqueur, après divers combats ,
Signala sa fureur au sein de nos Etats ,
J
Mon Pere , qui pour moi craignoit son frere impie,
Eut soin de m'éloigner de la triste Arménie ;
Memnon , de ses malheurs , comme lui penetré ,
M'ouvrit dans Amasie un azyle sacré.
A peine du repos je ressentois les charmes ,
Que mon coeur éprouva de nouvelles allarmes
Un Héros qui d'Alcide imitant les exploits ,
Venoit d'humilier & secourir vingt Rois ,
Qui , de Tyrans sans nombre avoit purgé l'Asie ,
Attendoit un Vaisseau pour quitter Amasie.
Sans dévoiler son sort , ni déclarer son nom
Ses Lauriers suffisoient à son ambition.
11 parut à mes yeux', & je devins sensible ;
Lui-même en me voyant ne fut pas invincible
MARS.
1739 523
JYee lus dans ses regards qu'épris d'un même feu ,
Il n'osoit à sa bouche en confier l'aveu.
Triomphe peu durable ! inutile victoire !
Eh qui pourroit fixer un coeur fait pour la gloire ?
Le jeune Grec partit ; me laissa dans les pleurs....
Mais a-t'il oublié sa flâme & mes malheurs ?
Que croire ? hélas ! c'est lui que la Mer en furie ,
A rendu sur nos bords prêt de perdre la vie ;
Il expiroit , Céphise , & nos premiers secours ,
Ont enfin rallumé le flambeau de ses jours , & c.
>
Dans la Scene troisième , Médus fait la
description de son nauffrage , parlant à Idalide.
J'ai reçû de Médée , avec le sang d'Egée ,
L'audace de venger la Nature outragée.
L'Empire de Neptune oposoit vainement
Une vaste barriere à mon ressentiment ;
Des Vaisseaux , par mes soins , armés au Port d'Athenes
,
'Avoient franchi des Mers les dangereuses Plaines ,
J'apercevois déja cette rive où mon bras
Doit punir du Tyran les cruels attentats ,
Lorsque les Airs voilés par de sombres nuages ,
Sont livrés aux fureurs des vents & des orages ;
Des feux étincelants , sortis du sein des Mers ,
Me découvrent par tout kurs abîmes ouverts ;
Des
I
24 MERCURE DE FRANCE
"..
Des Rives de Colchos ma Flotte repoussée ,
Disparoît devant moi sur les eaux dispersée ;
Mon Vaisseau par la foudre est d'abord embrasé
Et contre les Rochers périt enfin brisé , &c.
Au second Acte , Scene troisiéme , Medée
aprend à Démarate , ancien Gouverneur
de Médus , son fils , pourquoi & comment
elle est venue à Colchos , sous le nom emprunté
de Prêtresse de Diane.
Après la mort d'Egée , abandonnant Athênes ,
Od du Gouvernement on m'enlevoit les rênes ,
Je revins à Calchos , sans cortége & sans bruit.
L'ombre couvre mes pas ; le mystere les suir
Je cherche, pour mon Fils, sans me faire connoître ,
A me saisir du Trône ou le Ciel m'a fait naître.
*Je trompai tous les yeux ; ceûx mêine dé Përsës
Ne purent découvrir en moi le sang dÆtès ;
Et mes traits , altérés par six lustres d'absence ,
Ne laisserent jamais soupçonner ma présence.
Dans ces lieux , dépeuplés par un feu dévorant ,
D'un fluide poison l'air n'étoit qu'un torrent
Les Cieux étoient d'airain & la Terre stérile
Aux befoins des Mortels fermoit son sein fertile.
Médée alors parut , comme un gage de paix.
Des immortels fléchis , j'annonçai les bienfaits ;
Je feignis que Diane envoyoit de la Grece
Au
2
"M A'R S. 18739.
323
Au secours de Colchos , sa plus.ciere Prêtresse,;
Et mon aft autrefois si terrible en hies mains ,
Fut parmi tant d'horreurs , le salut des Humains,
Nous avons fait parler Idalide , Médus: &
Médée ; il ne nous reste plus, des principaux
Acteurs , que de faire parler Persès . Voi
ci comment il s'exprime , parlant de Médus
à Idalide , dans la ro . Scene du même Acte.
Quoi ? vous pleurez ... ah ! trop funestes larmes. !
Qu'elles vont redoubler mes cruelles allarmes !
Trop favorable aux voeux du perfide Etranger ,
Dans mon coeur , à ce point , osez-vous le venger?
Ah ! si jele croyois, sur lui, ma main sanglante....
Prévenez les effets d'une rage naissante.;
Et si vous aspirez à lui sauver le jour,,
Prouvez- moi que pour lui vous êtes sans amour.
Suivez-moi dans le Temple , & que par l'Hymenée
Ma fortune s'unisse à votre destinée .
Content de mon bonheur , je n'éxamine plus
Si j'avois pour Rival Iphiclès , ou Médus.
Qu'il renonce à vous voir ; .qu'il s'éloigne ; qu'il
fuye ;
Je fais tomber ses fers , & je lui rends la vie.
Songez y; je vous laisse Arbitre de son sort ,
Il me faut aujourd'hui votre main ou sa mort.
Nous avons cru que ces fragmens suffisoient
526 MERCURE DE FRANCE
roient pour donner une juste idée de la versification
de l'Auteur Anonyme
de Médus.
SERMONS de S. Augustin , sur les Pseaumes
, traduits en François ; nouvelle Edition.
A Paris , chés Jacques Barois , fils , Libraire
sur le Quai des Augustins , à la Ville de Nevers.
14. volumes in 12.
6 La nouvelle Edition de cet Ouvrage est
augmentée d'uneTable desPassages de l'Ecriture
Sainte , expliqués par S. Augustin dans
ses Sermons , & d'une Table Generale des
Matieres contenues dans les 14. volumes de
cet Ouvrage.
RECUEIL des Piéces mises au Théatre
François , par M. le Sage. Chés le même Libraire.
2. volumes in 12.
EXAMEN DU VUIDE , ou Espace Newtomien
, relativement à l'idée de Dieu , 1739 .
A Paris , ruë de la vieille Bouclerie , chés
Gissey , Brochure in 12. de
24. pages.
LA FRIPONNERIE LAÏQUE des prétendus
Esprits Forts d'Angleterre , ou Remarques
de Phileleutere de Leipsick , sur le Discours
de la liberté de penser , traduites de l'Anglois
, sur la septiéme Edition , par M. N. N.
A Amsterdam , chés J. Westein & G. Smith ,
iz 8. 1738. LES
MARS. 1739.
527
LES ORIGINES DE L'ISLE DE CORFOU
nouvelle Edition , revûë & augmentée par
l'Auteur. A Brescia , de l'Imprimerie de Jean
Marie Rizzards , in 4. de 224. pages. L'Ou
vrage est en Latin.
HISTOIRE DU VICOMTE DE TURENNE
par M. l'Abbé Raguenet. A la Haye , chés
Jean Neaulme , 1738. deux volume in 12.
de près de 540. pages.
DISSERTATIONS sur les Venins , & leur
exposition méchanique , Ouvrage de M. Richard
Mead , Médecin Anglois , traduit en
Latin par MM.. NNeellssoonn ,, Médecin , avec un
Traité de l'Empire du Soleil & de la Lune
sur les Corps Humains , & des maladies qui
en proviennent ; par le même M. Mead;
volume in 8. de 235. pages. A Leide , chés
Langeran & Lucht , 1737. L'Ouvrage est
en Latin.
REFUTATION du Passage du Traité
des Opérations de Chirurgie , en Anglois ,
publié par M. Sharp , Chirurgien de Londres
, sur la Taille Laterale. A Paris , de
l'Imprimerie de Jacques Guérin , Quai des
Augustins , 1739. Broch. in 12. de 24. pages.
,
QUYRES SPIRITUELLES du P. le Valois ,
F de
28 MERCURE DE FRANCE
誓
de la Compagnie de Jesus , Confesseur de
Monseigneur le Duc de Bourgogne . 3. volumes
in 12. A Paris , chés Hipolite - Louis
Guérin , Libraire , ruë S. Jacques , à saint
Thomas , 1739.
TRAITE' de la Vente des Immeubles par
Decret. Par M. de Hericourt , Auteur des
Loix Ecclésiastiques , en deux Parties. in 4 .
1739. seconde Edition . A Paris , chés Cavelier,
Libraire , ruë S. Jacques, au Lys `d'or.
MAXIMES sur le Ministere de la Chaire .
& Discours Académiques. Par feu le R. P.
Gaichiés , Prêtre de l'Oratoire , & Membre
de l'Académie de Soissons. A Paris , chés
la veuve Etienne , ruë S. Jacques , à la Vertu ,
un volume in 8. M. DCC . XXXIX .
Le Portrait de l'Auteur est trop bien représenté
dans l'Epitaphe Historique qui est à la
tête de cet Ouvrage , pour qu'on puisse être
tenté d'y rien ajoûter. Nous nous contente-
1ons de rendre compte au Public de son Livre.
Les maximes dont il est rempli , contiennent
quantité d'excellens Préceptes fort
utiles à tous ceux qui se destinent au Ministere
de la Chaire . Elles sont divisées er
deux Parties , dont l'une traite des qualités
nécessaires à l'Orateur Chrétien ; sçavoir , la
science , l'esprit , les moeurs & la mémoire ;
talens
MARS.
529 17397
talens qui ne doivent cependant être employés,
qu'après que, par la mission & par la
vocation , ils sont devenus légitimes & dignes
de s'exercer sur une aussi précieuse matiere
, que l'est la parole de Dieu . Cette premiere
partie renferme encore des regles trèssages
pour l'action & pour le débit du Discours;
l'air, lavoix & le geste, formés sur ces
regles , ne laisseront rien à désirer dans un
Prédicateur de ce côté- là .
La seconde Partie des Maximes regarde le
Sermon. L'Auteur entre dans le détail des
différens genres de Prédication , & expose
avec beaucoup de précision la maniere dont
chacun doit être traité. Il parcourt ensuite
toutes les parties du Sermon , l'Exorde , la
Division , les Principes , les Preuves , les Fi
gures , le Style , les Portraits , & c .
Le Recueil des Maximes est suivi de plu
sieurs Discours , prononcés dans l'Académie
de Soissons , dont les Sujets , la plûpart interessans
, le deviennent encore davantage ;
par la maniere dont ils sont écrits. Quelques-
uns de ces Discours sont accompagnés
de Pieces de Vers , tant Françoises que Lad
tines , dont la lecture nous a fait plaisir.
ATLAS HISTORIQUE , ou nouvelle Intro
duction à l'Histoire , à la Chronologie & à
la Géographie ancienne & moderne , repré-
Fij sentée
530 MERCURE DE FRANCE
sentée dans de nouvelles Cartes . A Amsterdam
, chés Z. Chatelain . Nouvelle Edition ,
qui surpasse de beaucoup , à tous égards ,
les Editions précédentes.
le P.
SERMONS POUR LE CARESME ; par
Liboire Siniscalchi , de la Compagnie de Jesus
; avec cinq Discours sur la Passion de
N. S. pour les Vendredis de Carême . à Venise,
chés Laurent Baressio , 1738. volume in 4.
de 420. pages . L'Ouvrage est en Italien.
HISTOIRE des Favoris & des Favorites ; &
dés Personnes Célebres , qui ont été unies par une
étroite liaison .
Un Homme de Lettres , qui a amaſſé divers matériaux
fur ce sujet , demande des secours aux
Sçavans , par le moyen du Mercure.
MEMOIRES sur , Hermeas , Favori d'Antiochus.
Elius Sejanus , de Tibere.
Cléandre , du fils de Marc-Aurele.
Plautien , de Sévere .
Tangarbardir , du Sultan d'Egypte.
Hibraim Pacha , du Sultan Soliman .
Les deux Huges de Spenser , du Roy d'Angleterre
Edouard II.
Pierre de Gaverstnan‚d'Edoüard.
Marigen , de Philipe le Bel.
Jean de Montagu , de Charles VI.
Nestor , d'Agamemnon.
Antenor , de Priam.
Polydamas , d'Hector.
Chrisantas , de Cyrus.
Parmenion
MARS.
1739% 530
Farmenion , de Philipe de Macédoine .
Calisthene , d'Alexandre.
Aman , d'Affuerus
.
Le même Auteur travaille à un Traité Historique
sur les Parfums & les Encensemens.
Le Sieur Jombert , Libraire du Roy pour l'Artillerie
& le Génie , à Paris , rue S. Jacques , à l'Image
Notre- Dame , donne avis , que l'empressement
que le Public a marqué pour l'Architecture Hydrau
lique de M. Belidor , dont le premier Volume a été
enlevé avec une rapidité surprenante , l'engage à
prevenir les Souscripteurs & autres qui ont ce premier
Volume , que le second vient d'être imprimé
, qu'on le délivrera dans le courant du préſent
mois & les fuivans de la préſente année 1739. Ainsi
Mrs les Ingénieurs & Officiers d'Artillerie font
invités de faire retirer leurs Exemplaires au plutôt ,
afin qu'ils les ayent mieux conditionnés , & des
premieres Epreuves . Ils prendront la peine de lui
faire tenir un Billet de la fomme de 10. livres pour
reftant du payement de la Soufcription , à prendre
fur Mrs Ronder & Hocquart , leurs Tréforiers Géneraux
, obfervant que , s'ils veulent leurs Volumes
reliés , il faudra joindre à la fomme de 1o. livres ,
celle de 50. fols , comme la plupart ont fait au fujet
du premier Volume .
Il ose assurer les Soufcripteurs qu'ils fe trouveront
bien dédommagés d'avoir attendu quelque
temps après ce fecond Volume , par le grand nombre
de Sujets intereffans , dont l'Auteur l'a augmenté
; car au lieu de 40. Planches annoncées par le
Programme , il s'en trouve 55. toutes in folio , &
d'une beauté qui les met beaucoup au- deffus de
celles du premier Volume ; celui - ci étant moins
abftrait que le précédent , plaira , fans doute , en-
Fiij core
132 MERCURE DE FRANCE
core davantage par la variété des chofes utiles
qu'il comprend ; pour en juger, en voici un Extrait.
la
L'Auteur , après avoir donné dans le premier
Volume de cet Ouvrage , tout ce qu'il falloit fçavoir
fur la Méchanique & les frottemens , pour
fervir d'introduction aux calculs des Machines en
géneral , les regles du mouvement , celle de l'Hydraulique
pour mefurer la dépenfe & le choc de
l'eau , l'examen & le calcul des Moulins de toutes.
fortes d'efpeces , avec l'analyſe des differentes Machines
propres à épuifer les eaux ; donne dans le
fecond une Differtation fur les proprietés de l'air ,
déduites d'un grand nombre d'Expériences, accompagnées
de Remarques utiles , fervant d'introduc
tion à la Phyfique & à la Théorie des Pompes
maniere de calculer la force du vent & le plus grand
effet des differentes Machines qui peuvent être
muës par son action , une deſcription raisonnée des
Pompes de toutes sortes d'especes , avec une Théorie
fort étendue pour en calculer exactement l'effet ;
la defcription d'un grand nombre de belles Machines
, executées en France & dans les Pays Etrangers
, pour élever l'eau avec des Pompes mifes en
mouvement par la force des hommes , des chevaux
& celle des courans ; toutes ces Machines font calculées
dans le cas de l'effet le plus avantageux pour
en faire voir les défauts , & ce qui pourroit leur
convenir pour les rendre parfaites.
On trouve enfuite un Difcours fur les grands
Ouvrages que les Romains ont fait , pour la conduite
des Eaux , fuivis de la Deſcription & de l'analyfe
de la Machine apliquée au Pont Notre-Dame
à Paris , accompagnée des dévelopemens des nouvelles
Pompes que l'Auteur a imaginées pour la rectifier
& la rendre capable d'un bien plus grand produit.
La Defcription des Machines propres à élever
MARS.
1739 533-
ver l'eau , par le moyen d'une chute , parmi lesquelles
il y en a une de l'invention de l'Auteur, qui
n'a rien de commun avec tout ce qu'on a vû jusqu'ici
fur ce fujet , dont l'objet eft de faire que
Peau s'éleve elle - même à telle hauteur que l'on
voudra ; un examen de l'action de l'eau dans les
tuyaux de conduite , avec les regles qui conviennent
à ce fujet , fuivies d'un grand nombre d'Experiences
; la defcription , l'analyfe & les calculs des
Machines propres à élever l'eau. par le moyen du
feu , & plufieurs autres pour la tirer des Mines &
des Puits fort profonds ; la maniere de rechercher ,
raffembler & conduire les eaux de fource par des
tranchées de pierrée , tuyaux , canaux , aqueducs ,
& tout ce qui peut apartenir aux Fontaines publiques,
pour conduire & diftribuer l'eau aux differens
quartiers d'une Ville ; la forme la plus convenable
aux cuvettes de diftribution , pour que la jauge &
la répartition de l'eau fe faffent judicieufement,avec
le meilleur emplacement des Réfervoirs , tuyaux de
conduite , robinets , regards , puifards & ventoufes,
tout ce qui convient à la conduite & à la diftribution
des eaux dans les Jardins de Plaisance , pour
qu'elle produife un agréable effet , la conftruction
des baffins , réfervoirs & citernes,
Ce fecond Volume finit par plufieurs Regles fur
l'épaiffeur qu'il convient de donner aux murs pour
les rendre capables de foûtenir la pouffée de l'eau
felon fa profondeur.
Tous ceux qui ont vu cet Ouvrage , conviennent
qu'il n'y en a point de plus neuf , traité avec plus,
d'exactitude, & dont les Sujets foient plus relatifs à
l'utilité du Public ; c'eft le jugement qu'en ont por
té Mrs de l'Académie Royale des Sciences , fur
l'examen qu'ils en ont fait. Le prix de chaque Vo-
Fiiij - lume
$ 34 MERCURE DE FRANCE
lume re'ié, fera d'abord de 20. francs pour ceux qui
n'ont point foufcrit , felon ce qui a été annoncé
dans le Progamme . Quoique les augmentations
confidérables que l'Auteur a faites à ce fecond Volume
, ayent occafionné un furcroît de dépenſe , auquel
on ne s'attendoit pas , quand on a publié le
Programme de cet Ouvrage ; cependant le Libraire
veut bien ne pas augmenter d'abord le prix de ce
Volume , pour dédommager le Public avec ufure
de fon attente , & lui témoigner fa reconnoiffance
de la confiance qu'il a bien voulu avoir en lui ; mais
il avertit que l'année prochaine , à commencer au
premier Janvier 1740. il ne pourra fe difpenfer de
le vendre vingt - quatre livres , pour s'indemnifer de
la perte réelle qu'il a faite fur les Soufcriptions.
SUJETS A TRAITER .
DISSERTATION Hiftorique , fur la caufe
& les effets de la Joye & de l'Affliction , du Ris &
des Pleurs , du Bâillement & de l'Eternûment.
TRAITE HISTORIQUE des Inondations ,
'des Incendies , des Tremblemens de Terre , des
Tempêtes & Ouragans , & autres Phénomenes du
Ciel & de la Terre,
AUTRE. des Superftitions & Erreurs populaires ,
&c. des Preftiges , Préfages & Devinations ; des Esprits
, Fantômes , Spectres , Revenans , & c .
AUTRE. Du Carnaval , Fêtes singulieres , Bals ,
Mascarades , &c . & de certains jours qui semblent
plus particulierement deftinés à la joye , comme le
Jeudi & le Mardi Gras , le jour des Rois & de la
S. Martin.
Le Mercredi 3. Décembre dernier , l'Académie
Royale
MARS. 1739. 535
.
Royale des Sciences, proceda à l'Election de la place
de Penfionnaire Botaniſte,vacante par la mort de M.
Marchand. Les trois Sujets qui furent élus , sont
Mrs Duhamel & d'Isnard , Associés de Botaniquê
& M. Ferrain , Externe .
Le Mercredi 1 du même mois , le Comte de
Maurepas, Miniftre d'Etat écrivit à l'Académie que
le Roy avoit choisi M. Duhamel pour remplir cette
Place.
Le Mercredi 17. l'Académie élut M. Bernard de
Juffieu & M. Ferrain , pour remplir la place d'Associé
qu'avoit M Duhamel.
Le Samedi 14. Mais 1739. l'Académie a élú M.
Cerri , Premier Médecin de la Reine d'Espagne , &
M. Dan el Bernoulli , Profeffeur de Mathématique
à Bafle , pour remplir la place d'Affocié Etranger ,
vacante par la mort de M. Boerhaave.
Le même jour , l'Académie a élû Mrs Brémond
& Jofeph Juffieu , pour remplir la place d'Adjoint
Botaniſte , vacante depuis long- temps par la mort
de M. Trant.
Le Mercredi 18. le Comte de Maurepas a écrit
que le Roy avoit choisi M. Cerri Affocié
> pour
Etranger , M. Bernard Juffieu , pour Affocié Botanifte
, & M. Brémond , pour Adjoint Botaniſte.
Cette Lettre portoit que M. de Buffon , Adjoint
à la Méchanique , paffât à la place d'Adjoint Botanifte
, que M. Bernard de Juffieu laiffoit vacante.
A
53 MERCURE DE FRANCE
************************
AM. BARJAC , en lui demandant
Estampe qu'il a fait graver d'après le
Tableau de M. Autreau , dont on a parlé
dans leMercure de Septembre dernier.
P Enfant ainfi que Diogene ,
Je voudrois bien dans mon Réduir
Pouvoir contempler jour & nuit
Cet Homme qu'aux Plages d'Athene
11 chercha toujours vainement ,
Et qu'aux Rivages de la Seine
Il a trouvé réellement .
Jadis , prétendre à ſon fuffrage ,
Etoit un chimérique efpoir ;
Alexandre ne put l'avoir ,
Il n'étoit réservé qu'au Sage ;
Quoique je ne fois aujourd'hui
Qu'un Philofophe ſubalterne ,
Sans le fecours de fa Lanterne ,
Je l'aurois trouvé comme lui .
Sire Barjac , par avanture ,
Auriez- vous dans certain Tiroir
Cette héroïque Portraiture ,
Pour en décorer mon Manoir à
Si devant vous je trouve grace )
Sire Barjac , je vous promess
Une
MAR S. 5371 1739.
Une Guirlande du Parnaffe ,
Qui ne fe flétrira jamais ,
Et même , portant mon hommage
Chaque jour aux pieds de l'Image ,
De l'Encens qu'offriroit ma main
Vous pourriez avoir quelque grain ;
Et c'eft raison , puisque la Gloire
Dont nous couronnons les Héros ,
En éternifant leurs Travaux ,
Nous fait partager leur mémoire
M. TANE VOT.
ESTAMPES NOUVELLES.
Le Sr Filloul , vient de graver & commence
diftribuer , dans l'Apartement qu'il occupe au Bâtiment
neuf, qui fait un coin dans la ruë Galande &
la rue du Fouare , quatre Estampes fort gracieufes ,
lefquelles représentent les Plaifirs les plus ordinaires
de la jeuneffe . Elles ont dix-huit pouces de haut :
fur treize & demi de large , & ont été copiées d'après
les Tableaux du Sr Pater , qui font au Cabi♣ -
net de M. le Préſident de Segur.
La premiere repréſente le Jeu de Colin-Maillard; ;
la feconde , le Concert amoureux ; la troisiéme , là
Converfation intereffante , & la quatrième , la Danse.
Les Vers qui font au bas , font de la compofitiona
de M. Moraine..
La Suite des Portraits des Grands Hommes & :
des Perfonnes Illuftres dans les Arts & dans les ›
Favj
Sciences 5
538 MERCURE DE FRANCE
Sciences , continuë de paroître chés Odieuvre ,
March and d'Eftampes , Quai de l'Ecole ; il vient de
mettre en vente :
LE R. P. MICHEL LE QUIBN , Dominicain
, né à Boulogne fur Mer , le 8. Octobre 1661 .
mort à Paris le 12. Mars 1733. definé & gravé
par C. Dupuis.
MEROUE'E III . Roy de France , mort en
458. après dix ans de Regne , deffiné par A. Boisot ,
& gravé par N. Dupuis.
Le 24. Février , M. Perrin , Secretaire du Roy ,
& Avocat au Confeil , chargé des affaires de la
Ville de Bordeaux , & le Sr A. Marolles , Peintre
en Miniature & Deffinateur , eurent l'honneur de
présenter au Roy , au nom de MM. les Maire ,
Sous-Maire & Jurats , la Ville de Bordeaux deffinée
à la plume par le S. Marolles . Ce Morceau, fait
par les ordres de M. Boucher , Intendant de Bordeaux
, eft fur Vélin & forme un Tableau fous une
glace de 5. pieds de large , fur 3. de haut. Le Roy
a parú très-content de l'int : liigence avec laquelle
ce Morceau eft compofé & de la précifion qui regne
dans l'Ouvrage , au moyen de laquelle il eſt
aifé de fentir , malgré la petiteffe des objets , l'immenfe
grandeur & tous les avantages du Port de
Bordeaux,l'un des plus beaux de l'Europe , & en mê–
me temps de diftinguer en détail les ornemens exterieurs
des principaux Edifices & des Maiſons distinguées
de la Viile , furtout ceux d'une magnifique
Place que la Ville a fait décorer fur les Desseins
de M. Gabriel ; premier Architecte du Roy.
Enfin ce Morceau eft , felon le fentiment unanime
de tous les Connoiffeurs , l'Ouvrage le plus parfair
qu'on ait encore vû en ce genre. Le point de vûë
eft pris de la hauteur du Village de Lormont , à
une
MARS. $39 1739
~
une lieue de Bordeaux , d'où l'on découvre toute
la Ville & fes Environs.
INSCRIPTION pour être mise au bas
d'une nouvelle Estampe représentant le
Crucifiment de S. Pierre , gravée par M.
Desplaces , d'après le Tableau original du
Cavalier Calabrese. Voyez le Mercure de
Septembre 1738. page 2020.
Cur Capite inverfo plantas ad Sydera tollit ,
Sufpenfus Domina Petrus in urbe Cruci ,
Ut Caput in terrisfummumfub principe Chrifto ,,
Seque piis rectum monstret ad Aftra Ducem .
J. COULLON , de Paris .
Nous aprendrons à nos Lecteurs , à cette occafion,
que le 26. Janvier dernier , mourut à Paris , Philipe-
Louis Desplaces , âgé de 57. ans & demi. Il avoit la
réputation d'être l'un des plus habiles Graveurs en
Taille-douce. Il a donné d'excellentes Piéces au
Public. Il étoit fils de Louis Desplaces , Mathématicien
, Auteur des Ephemerides dont on fe fere
dans le Colombat.
EXTRAT d'une Lettre de M. Duvivier ,
écrite Paris , le 20. Février 1739.
Bligez-moi , Monfieur , de vouloir bien défabien
les Gazettes d'Amfterdam & de Bruxelles ,qui eft fans
aucun fondement. On lit dans la prem.ere du 27.
Janvier 1739. Article de Paris , que l'on voit chés le
Sr
$40 MERCURE DE FRANCE
Sr Duvivier , Graveur des Médailles du Roy , aux
Galleries du Louvre , cinq Morceaux de Sculpture pour
être placés ajoute - t'on , dans le Cabinet du Roy..
Celle de Bruxelles erre encore davantage , en difant
que ces cinq Bas reliefs font du Sr Duvivier , Liégeois
, &c. Voici le fait tel que le vrai Auteur , M.
Simon Cognoul , Sculpteur à Liege , homme fort :
laborieux & fort intelligent , me l'a exposé.
Il a traité en Bis relief fur cinq. Planches de bois ,
de poirier , de trois pouces d'épaiffeur , chaque :
Morceau dans les mêmes proportions que les cinq
grandes Eftampes des Batailles d'Alexandre , gravées
d'après les Tableaux originaux de l'illuftre
Charles le Brun , par Gerard Audran .
Le Sr Cognoul , ayant achevé ce long & pénible
Ouvrage , la liaison que ces Morceaux lui parurent
avoir avec les Tableaux , les Tapifferies , &
les Planches , dont on vient de parler , & qui apartiennent
au Roy , lui firent prendre le parti de pré--
fenter cet Ouvrage à S. M.
2
Ces Bas- reliefs ayant été tranfportés de Liége à
Paris , l'Auteur me pria de les garder chés moi
dans les mêmes vues du Projet qu'il avoit fait
mais ils n'ont jamais été exposés à la vue du Public,
comme les Gazetes l'ont dit ; & pour prévenir le
Concours des Curieux , qui commençoient à venir
chés moi pour les voir , je les fis remettre à la ·
Perfonne à qui ces Bas reliefs avoient dabord étés
adreffés , où ils sont encore. Je fuis , Monfieur, & c.
Le Sr Fauchard , Chirurgien- Dentiste à Paris ,.
ayant délogé de la Maison qu'il occupoit , se trou
ve obligé de faire sçavoir qu'il n'a point quitté la·
ruë de la Comédie Françoise , & qu'il a seulement :
passé au premier Apartement de la troisiéme Maison à
porte cochere , qu'on trouve an- deffus , & du même
COLE
t
MAR S.
542 173943
côté de l'Hôtel de la Comédie , en allant vers les :
Cordeliers ; ainfi que l'indiquera son nom écrit au--
dessus de la Porte.
On fçait par une longue experience , qu'il con--
noît parfaitement les Maladies des Denis & des ,
Gencives ; qu'il y fait toutes les Opérations qui
conviennent le mieux à leur guérison , à leur conservation
& à leur embelliffement , & qu'il répare :
avec succès les défauts de la bouche . Le Traité des
Dents , qu'il mit au jour il y a quelques années , en ›
est encore une preuve indubitable .
Il continue de diftribuer des Racines d'une préparation
excellente & particuliere ; des Opiats , des
Eponges fines , & des Poudres rrès utiles à la propreté
& à l'entretien des Dents ; auffi bien que P'Eau
contre les affections scorbutiques des Gencives
dont il est l'Auteur & l'unique Possesseur , & dont
l'usage a fait reffentir dans des cas confiderables,
qu'elle étoit d'un grand secours contre les Maladies
des Gencives & des Dents..
Cette Eau empêche que les Gencives ne se gonflent
, & ne soient sujettes à saigner aisément , ce
qui prouve qu' He les fortifie , & les consolide avec
beaucoup de succès.
Elle empêche auffi que les Dents ne soient ébranlées
avant le temps : elle raffermit celles qui ne
sont pas confidérablement déchaussées & chancellantes
: elle les maintient dans leurs alvéoles ; &
comme elle eft propre à diminuer les acretés de la
salive , qui produisent ordinairement la carie des
Dents , elle prévient par conséquent ce qui
les peut gâter , en les défendant contre la carie .
Elle ôte la mauvaise odeur de la Bouche , elle vivifie
les Gencives , elle calme ou diminuë souvent la
douleur des Dents gâtées , & elle guérit les Aphtes,
ou petits ulcéres de la Bouche,
En
>
$42 MERCURE DE FRANCE
En un mot ce remede eft le plus parfait qu'on ait
encore trouvé pour la guérison & la conservation
des Gencives & des Dents.
Les Bouteilles de cette Eau sont de fix livres , ou de
trois livres , ou de trente sols . On les accompagne
d'un Imprimé qui en détaille les proprietés , & qui
aprend la maniere de s'en servir ."
Le Sr Baradelle , Ingénieur du Roy , pour les
Inftrumens de Mathématique , donne avis qu'il
vient de conftruire un septiéme Cadran Vertical ,
qui s'oriente de lui- même , sans le secours de la
Bouffole , pour Bordeaux , Libourne , Laforce , Iffi
geac, Aurillac, Figeac , Saint Flour , le Puy,Valence,
Briançon , Turin , Afti , Bobbio , & c.
Quoiqu'on n'ait indiqué ce Cadran que pour
Bordeaux & les autres Villes indiquées deffous la
même Elevation , cependant comme un quart ou
un tiers de dégré ne peuvent faire aucune difference
tenfible , il peut fervir également pour les Endroits
suivans . Sçavoir , Bourg , Sarlat , Romans ,
Ambrun , Suse , Casal , Caftres , Cahors , Die ,
Grenoble , Albe , Aqui , Riom , Iffignaux , Gap ,
S. Jean , Carmagnole .
Ce Cadran peut fervir dans beaucoup d'autres Endroits
que les Villes ci -dessus , & pour tous les
Environs : On ne met point la conftruction ni l'usage
, attendu qu'on les donne avec le Cadran ; on
y trouve les temps des Equinoxes du Printemps &
d'Automne , les Solftices d'Eté & d'Hyver , com
me ceux que l'on a indiqués pour Paris , Rouen &
Rheims , Amiens , Breft & Vienne en Autriche ,
Dijon , Tours & Lyons Le prix eft de deux livres .
On trouvera le Cadran de Dijon & de Tours , chés
le Sr Bafir , Marchand Bijoutier , rue S. Jean , à
Dijon ; & à Paris , chés le Sr Baradelle , à l'enseigne
de
MARS. 1739.
543
de l'Obfervatoire , Quai de l'Horloge du Palais
vis- à- vis le grand degré de la Riviere .
>
Il continue de conftruire les Ancriers , fous le
nom des Baradelle , qui confervent l'Ancre plufieurs
années , fans fe fécher ni s'épaiffir , & fans y
mettre de cotton , parce qu'ils sont fermés comme
hermétiquement; ils ne font point fujets à fe renverſer
en telle fituation qu'ils puiffent être dans la poche, on
parmi des papiers. Comme il eft le feul qui en ait
fait une fi grande quantité , & qui les ait perfectionnés
, il avertit qu'il n'en débitera aucuns qui ne
foient numérotés de fuite , avec fon nom. On en
trouvera toujours chés lui de toutes grandeurs , &
de toutes façons , en cuivre , en argent , & en or
dans des étuis , ou fans étuis.
M. Chycoineau , Conseiller d'Etat , & Premier
Médecin du Roy , ayant été informé de la guérison
de plufieurs Personnes de confideration , par les
Remedes composés depuis plus de quarante ans par
la Dame de Leftrade , a bien voulu , pour l'utilité
& le soulagement du Public , donner son Aprobation
pour les débiter , sçavoir , une Eau contre les
Dartres vives & farineuses , Boutons , Rougeurs 2
Taches de rousseurs , & autres Maladies de la Peau ;
& un Baume blanc en confiſtance de Pomade , qui
ôte les Cavités & les Rougeurs après la petite Verole
, les Taches jaunes , le Hâle, &c . Ces Remedes
se gardent tant que l'on veut , & peuvent se transporter
partout. Les Bouteilles de cette Eau font de
2. 3. 4. 6. liv . & au -dessus , selon la grandeur. Les
Pots de Baume blanc sont de f. & les. liv. 10.
3.
demi de 35. fols.
Mad. de Leftrade demeure à Paris , ruë de la Comédie
Françoise , chés un Grainetier , au premier
Apartement. Il y a une Affiche au - dessus de la
Porte.
$44 MERCURE DE FRANCE
Nous avons été induits en erreur , en avançant
dans le Mercure de Fevrier dernier , que la Famille
des Thibert étoit éteinte : elle ne l'est point. Nous
donnerons dans peu un Mémoire très-inftructif sur
cette matiere..
AttAtt:
AIR.
Vole , Amour , quitte Cythere¸,
Viens unir les Amans heureux";
Fais que , charmés de se plaire
Es brûlent tous des mêmes feux ;
A leurs yeux offre tous les charmes
Qui fuivent les tendres défirs ;
Cache les chagrins & les larmes.
Sous les images des Plaifirs .
Quand'par un aimable choir,,
Tu nous a foûmis à tes loix ,
Pour nous rendre heureux à jamais ,
Sur nos tendres coeurs épuife tes traits .
SPEC༈
འ ༠
$44 MERCURE DE FRANCE
Nous avons été induits en erreur , en avançant
dans le Mercure de Fevrier dernier , que la Famille
des Thibert étoit éteinte : elle ne l'est point. Nous
donnerons dans peu un Mémoire très-inftructif sur
cette matiere..
AIR.
Vole , Amour , quitte Cythere¸ ,
Viens unir les Amans heureux ;
Fais que , charmés de se plaire
Is brûlent tous des mêmes feux ;
A leurs yeux offre tous les charmes
Qui fuivent les tendres défirs ;
Cache les chagrins & les larmes
Sous les images des Plaifirs.
Quand par un aimable choir,,
Tu nous a foumis à tes loix ,
Pour nous rendre heureux à jamais ,
Sur nos tendres coeurs épuife tes traits .
SPEC幀
S
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d.
OPP ?d.
XOXK BNC
LIBRARY
ACTOR
LEROS
AMW CUNTATIONG
TILDEN
1
1
MARS.
17395 545
無邊車身魚魚燒鼎鼎北六六南鼎央央央鼎鼎惠慈惠出
SPECTACLES.
EXTRAITde la Comédie du Somnambule,
en Prose & en un Acte , représentée au
Théatre François le 19. Janvier 1739.
ACTEURS.
Le Baron
La Comtesse ,
le Sr Duchemin
la Dll: Quinault..
la Dil
Grandval.
Rosalie , Fille de la Comtesse ,
Valere , Neveu du Baron , & Amant de
Rosalie
Dorante ,
3
te Sr Grandval.
le Sr Montmeny,
Thibaut , Jardinier du Baron , le Sr Poisson
contin , Valet de Dorante & Neveu de
Thibaut , Le Sr Armand..
soit
>
ΟΙ
Uoi que l'Auteur du Somnambule ne se
pas encore fait connoître , il suffit
de voir son Ouvrage , pour juger qu'il
pu partir que d'un homme d'esprit , qui n'a.
pas prétendu donner une Comédie en forme
, mais une Farce amusante , dans laquelle
il feroit entrer le Personnage d'un Somnanbule.
C'est sur ce pied - là que nous en allons
donner un Extrait.
Valere
$46 MERCURE DE FRANCE
Valere , Amant de Rosalie , ouvre la Scene
vec Thibaut , Jardinier de son Oncle lè
Baron ; c'est dans une Maison de campagne
du Baron , que l'Action théatrale se passe.
Valere fait connoître à Thibaut l'amour
qu'il a pour Rosalie , qui doit être mariée à
Dorante dans cette Maison de campagne , &
dont on attend l'arrivée ce même jour ;
Thibaut lui promet de faire tout ce qui dépendra
de lui , pour détourner un Mariage fi
funeste à son amour , & l'accuse de trop de
timidité auprès de Rosalie , à qui. à qui il n'a pas
encore parlé de sa tendresse.
Frontin , Valet de Dorante , arrive ; il eft
agréablement surpris de se trouver en Pays
de connoissance , puisque Thibaut est son
Oncle , il lui aprend que Dorante , son Maître
, est arrivé avec lui ; que c'est un Homme
très difficile à servir , attendu qu'il est
Somnambule , & qu'il faut le garder toute la
nuit , de peur qu'il ne lui arrive quelque accident
; Thibaut n'entend rien au mot de
Somnambule ; il demande à son Neveu fi c'eft
une Charge , Frontin lui explique ce que
c'eft qu'un Somnambule , & lui fait promettre
le secret , attendu que fi l'on en étoit
instruit , cela pourroit nuire à son Maître.
Leur conversation est interrompuë par l'arrivée
du Baron , suivi de son Neveu Vatere..
Après
MARS. 1739-
347
Après quelques reproches que le Baron a
faits à son Neveu sur sa négligence , Frontin
lui annonce l'arrivée de Dorante , son
Maître , qu'il a prévenu de quelques momens
; il ajoûte que Dorante est extremement
fatigué de la diligence qu'il a faite pour
se présenter plûtôt à sa future Epouse .
Dorante vient ; le Baron le reçoit à bras
ouverts ; il lui dit que Mad. la Comtesse
Mere de Rosalie , est allée avec sa Fille faire
quelques vifites , d'où elles ne reviendront
que vers le soir ; Frontin ne songe qu'à faire
servir le dîner ; le Baron n'est occupé que de
'empressement qu'il a de faire voir àDorante
toute sa Maison de campagne; & Dorante n'a
point de plus forte envie que de se reposer ,
pour se délasser de la fatigue de son voyage.
Ce dernier l'emporte , le Baron lui indique
une chambre , où il pourra dormir délicieu
P
sement .
Après une Scene entre le Baron & Valere]
la Comteffe & Rosalie sa Fille arrivent : la
Comtesse est fort scandalisée d'aprendre que
Dorante soit allé dormir , dans le temps
qu'il falloit marquer son impatience pour
voir Rosalie , qu'il ne connoît encore que
par son portrait , qu'on a pris soin de lui
faire tenir.
Pendant que Dorante dort , le Baron en
Eretient la Comtesse & Rosalie des grands
deffeins
348 MERCURE DE FRANCE
deffeins qu'il a formés pour sa Maison de
campagne ; il ne s'agit pas moins que de
transporter des montagnes ; il ordonne qu'on
lui aporte son Plan ; la Comtesse qui n'y
entend rien , ne laiffe pas de dire son senti
ment en sçavant Architecte , & du haut de
sa science prétendue , elle regarde en pitié
l'ignorance de Rosalie ; Valere prend cette
occaſion pour s'aprocher de Rosalie , & par
des termes équivoques , maniés avec art pat
l'Auteur , il fait entendre à cet objet de son
amour tout ce qu'il sent pour elle : il lui demande
enfin un rendez - vous, pour lui mieux
dévoiler tout ce qui se paffe dans fon coeur ;
Rosalie n'y consent qu'en tremblant , quoiqu'elle
ne le souhaite pas moins que lui.
Jusqu'ici le Somnambule n'a pas été mis en
action , & c'eft feulement à la dixiéme Sce
ne , que l'Auteur satisfait la curiofité des
Spectateurs. Dorante paroît en robe- dechambre
, avec une botte , une pantoufle ,
une perruque mal mise , un ceinturon , un
fouet de poste à la main , enfin dans le desordre
d'un homme qui semble veiller en
dormant. Tout ce qu'il dit ou ce qu'il fait
en cet état , se reffent de fon égarenient ;
Thibaut en eft quitte pour quelques coups
de fouet , & n'en sortiroit pas à fi bon marché
, fi Frontin son Neveu ne prenoit foin
d'éveiller son Maître, en lui serrant le petit
doigt ;
MARS. 1739.
549
1
doigt ; c'eft le seul remede qui puisse le tirer
de cette espece de folie. Dorante , reprenant
l'usage de ses sens , se fâche contre
Frontin , de ce qu'il l'a abandonné , contre
l'ordre qu'il lui en a donné le premier jour
qu'il est entré à son service ; Frontin lui en
demande pardon ; cependant il retombera
bientôt dans la même faute , & Dorante même
s'expose à la récidive , puisqu'il va se
recoucher après le premier péril.
Rosalie tient parole à Valere ; l'amour se¬
cret qui lui parle en faveur d'un Amant auſſi
timide que tendre , l'amene au rendez -vous
où elle lui a promis de se trouver . Valere lui
déclare son amour ; elle ne le desaprouve pas,
mais elle n'ose se livrer toute entiere au plaifir
d'y répondre. Elle s'explique d'une maniere
fi tendre , que Valere se jette à ses
pieds pour lui en témoigner sa reconnoissance.
La Comtesse ne peut voir un jeune
Cavalier aux genoux de sa fille , sans leur en
marquer à tous deux son reffentiment .
›
Le Baron survient ; la Comteffe lui demande
raison de l'outrage que son Neveu vient
de lui faire , par un amour dont elle a lieu
d'être irritée , le Baron prenant le change , &
croyant que c'est à la Mere , & non à la
Fille , que son Neveu a parlé d'amour , dit
à ce jeune Amant , qu'il n'a pas dû prendre
cette liberté avec une Dame si respectable ;
la
550 MERCURE DE FRANCE
la Comtesse trouve la correction très - outrageante
pour elle -même ; tout se calme enfin.
La Comtesse , qui d'abord paroissoit prête à
partir sur le champ d'un séjour où elle se
croyoit offensée , consent à demeurer , & à
cacher à Dorante ce qui vient de se passer ;
Dorante , qui vient faire une seconde Scene
de Somnambule , arrive pour faire le dénoûment
de la Piéce. Dans ce nouvel accès
d'égarement , il paroît en robe- de- chambre,
& tenant son chapeau à la main , dont il se
cache le bas du visage ; tout ce qu'il dit fait
voir qu'il se croit dans un Bal : Toujours bien,
dit-il.... en Courrier.... en Turc.... en Domino....
tout est égal.... &c. Mafoi.... point de façon....
il me paroit.... Ah ! ah! &c. Vous me connoissez
, non.... Oh ! non &c . Votre Fille ! Ah !
ab ! bien déguisée &c. Toutes ces réponses
qui par un mal entendu , passent pour des
mépris pour Rosalie , déterminent la Comteffe
à retirer sa parole , & à donner sa Fille
à Valere, qui profite de cet heureux moment
de rupture
.
Frontin vient rendre la raison à son Maî
tre en le réveilant. Dorante eft honteux
du deshabillé où il se trouve , il en fait excuse
à la Comteffe & à Rosalie ; mais la preg
miere ne veut point entendre raison , & lui
répond : Quoi ! l'on voudra me faire paffer
pour rêve lafaçon indigne dont vous nous avez
traité
MARS.
1739 SST
traité ma Fille & moi ! Oh bien , Monfieur
aprenez à rêver plus poliment. Valere dit à la
Comtelle : Au moins , Madame , vous étiez
bien éveillée lorsque vous m'avez promis Rosalie.
La Comteffe lui tient parole : Dorante
ne s'en croit pas plus malheureux , & dit à
Rosalie , qui lui témoigne qu'elle ne l'épousoit
que par obéiffance : Cet aveu ne me permet
pas d'infifter , & je ne dois que rire d'une
avanture qui nous empêche tous deux d'être
malheureux . Frontin ajoûte en s'adreſſant au
Parterre Il auroit tort de se plaindre. Il n'eft
pas le premier quiperd safemme quand il dort.
La Piece finit par ce bon mot. Elle paroît
très- bien imprimée , chés Prault , le Fils ,
Quai de Conty , à la descente du Pont Neuf,
& se vend 24. sols.
Le 14. les Comédiens François firent la clôture
de leur Théatre par la Tragédie nouvelle de
Mahomet II. & les Vendanges de Surenne. Le Sr
Fierville complimenta les Spectateurs . Son Difcours
fut très - bien prononcé , & généralement
aplaudi. Il s'exprima en ces termes :
MESSIEURS , Nous voici heureusement arria
vés au jour marqué par le devoir & consacré à la
reconnoiffance. Que ne puis-je vous exprimer , én vous
rendant cet Hommage annuel , à quel point nous fom
mes fenfibles aux bontés dont vous nous avez bonorés
pendant cette année. Nous ne sommes pas affés téméraires
pour nous flater de les avoir méritées : mais
comme nous bornons toute notre ambition à l'avantage
G
552 MERCURE DE FRANCE
"de vous plaire qu'il nous foit permis de prendre voire
affiduité pour des fuffrages. Nous pourrions porter cette
ambition plus loin , fi le Zele tenoit lieu de mérite.
Nous avons tâché , Mrs , de vous attirer, autant qu'il
nous a été poffible, par le choix des nouveautés , &par
la reprise des Ouvrages des plus grands Maitres.
Rodogune a reparu fur notre Théatre avec tout l'éelat
, qui, dès fa naiſſance , lui avoit promis l'immortalité.
Vencelas n'a pas reçû de vous un accuel
moins favorable. La vétusté du file , loin d'en affoiblir
les beautés , a redoublé vos refpects pour un komme
que le grand Corneille faifoit gloire d'apeler ſon
Pere. Si quelques Piéces modernes , qui ontfuivi ou
précedé ces deux chefs- d'oeuvre , n'ont pas eu le même
Juccès , les Auteurs ont de quoi s'en confoler . On peut
leur être inferieur avec beaucoup de mérite , & efperer
de les atteindre à force de travaux . La carriere
devient tous les jours plus pénible. Oferions - nous
Mrs , nous plaindre de vous à vous - mêmes ? L'accroif-
Jement de lumieres qui s'est fait dans ces derniers
Temps , vous fait porter des yeux trop perçans dans les
Ouvrages qu'on vous préfente . Aucun défaut n'échape
à votre pénétration , les beautés perdent de leur
prix devant un Tribunal inacceffible à tout ce qui ne
s'éleve pas au-deffus du commun . On se contente aujourd'hui
de recevoir avec une espece de condestendance
ce qu'on auroit peut- être admiré autrefois.
Nous fommes bien éloignés , Mrs , de vousfaire
ici le plus leger reproche d'injustice . Mais , plus on a
befoin d'indulgence , plus on doit craindre la févérité
des jugemens : où en feroient les Auteurs & les
Acteurs , fi les Spectateurs ne fe prêtoient à leur foibleffe
? Vous nous en donnez ſi ſouvent des marques ,
que l'injuftice que nous oferions vous imputer , retomberoit
fur nous , & nous convaincroit d'ingratitude
nous ne croyons rien ôter à la gloire de l'Auteur de
>
Ma-*
MARS.
553 1739:
Mahomet , en difant que vos aplaudißemens ont faffe
fes efperances. Combien des Elogesfi flateurs vont redoubler
en lui le defir de les mériter encore mieux !
Continuez , Mrs , d'exercer vos bontés envers ceux
qui prennent foin de vos plaifirs . Cet acte d'indulgence
les engagera à fignaler d'autant plus leur zele,& leur
reconnoiſſance.
Le 9. Mars , l'Académie Royale de Mufique donna
, par extraordinaire , pour les Acteurs , comme
cela fe pratique toutes les années , une repréfentation
de l'Opera d'Atys ,avec un très grand concours.
La Dlle Antier , que le Public fut très - aise de revoir,
chanta le Rôle de Cybelle , avec des aplaudiffemens
bien marqués.
La Dlle Dalmand danfa les Caracteres de la
Danſe , avec autant de préciſion que de vivacité ,
& la Dlle Fel , qui chanta un Air Italien , ne fit pas
moins de plaifir.
Le 14. on donna la même Piéce & les mêmes
Agrémens , pour la clôture du Théatre .
LE RIVAL FAVORABLE , Piéce
nouvelle en Vers , en trois Actes , par M. de
Boissy , représentée au Théatre Italien le 30
Janvier 1739.
ACTEURS.
Clarice , Veuve ,
Damon , Amant de Clarice ,
la Dlle Silvia
le Sr Roma-
Leandre , Ami & Rival de Damon
gnesi
le Sr.
Riccoboni.
Gij Eliante
$ 94 MERCURE DE FRANCE
Eliante , Parente de Clarice , la Dlle Biancolelli.
La Fleur , Valet de Damon , le Sr Deshayes.
Arlequin,Valet de Leandre , le Sr Thomaffin.
Marton , Suivante de Clarice , la Dlle Riccoboni.
T
La Scene eft à Paris chés Clarice.
Ous les Gens de goût , sont convenus
que c'est ici une des meilleures Piéces
que M. de Boissy ait données ; la Versification
en est élegante , & répond parfaitement
à la bonté du fond . Nous esperons que nos
Lecteurs en conviendront par l'Extrait que
nous en donnons ici.
> Au premier Acte , la Fleur , Valet de
Chambre de Damon , ouvre la Scene avec
Marton , Suivante de Clarice. La Fleur interroge
Marton sur le sort de son Maître ,
par raport à l'amour qu'il a pour. Clarice
qu'il soupçonne d'être un peu coquette ;
voici le portrait que Marton fait de sa Maîtresse
, pour détromper la Fleur de l'erreur
où il lui paroît sur son compte :
Non ; l'ame de Clarice eft plûtôt indéciſe ;
C'est l'inégalité qui la caracterise .
Son coeur , depuis qu'il eft combatu par l'amour ,
Şemble en bizarrerie augmenter chaque jour ;
yeut vaincre sa flâme , & cet effort extrême
Le
MARS. 355 17397
Le rend à tout moment different de lui-même ;
Le matin , l'humeur gaye , à midi l'efprit noir ;
Prude l'après-dinée , & coquette le sqir.
Hier , le fentiment étoit ſeul ſa manie ,
Et l'efprit aujourd'hui fera fa fantaifie ;
Elle étoit difposée au mieux en fe levant ,
Et l'amour l'emportoit ; j'en ai même un garant."
Ce garant , dont parle Marton , est un
billet tendre , dont elle a été chargée pour
Damon ; mais elle ne le trouve plus dans sa
poche ; elle prie la Fleur de n'en point parler
à son Maître ; ce qui la console de l'avoir
perdu , c'est qu'il n'eft pas signé ; elle ajoûte
que ce billet n'eft plus de saison , attendu
que sa Maîtresse lui paroît vouloir changer ,
&
que pour y parvenir , elle semble aprouver
les soins d'un jeune Robin , nommé
Leandre , qui l'amuse par son babil. La
Fleur parle à Marton de l'amour qu'il a pour
elle ; il n'est pas trop satisfait de la réponse .
Leur conversation est interrompue par l'arrivée
de Damon .
La Fleur annonce à Damon que Leandre
est son Rival , tout son Ami qu'il est ; Damon
ne le croit pas trop redoutable ; mais
la Fleur lui fait entendre , que , tel qu'il est,
il pourroit bien le suplanter ; voici la raison
qu'il en donne :
G iij
11
358 MERCURE DE FRANCE
Il a de l'enjoûment , du jargon , du caquet ,
Il est avantageux ; je crains pour votre flâme ;
Avec ces armes- là , l'on subjugue une Femme.
Léandre vient , & d'un air enjoüé il avoüe
à Damon qu'il est son Rival , & qu'il vient
lui proposer des arrangemens dans cette rivalité
, qui pourront les empêcher de se des
unir. Voici comment il lui parle:
Soyons Rivaux unis ; nous devons par prudence
Faire agir l'artifice & non la violence.
Conduifons-nous ici , comme on fait au Palais ;
Et menons notre amour comme on mene un Procès
.
Sollicitons fans bruit ; notre Juge est Clarice ;
Apliquons tout notre art à la rendre propice ;
Attachons - nous au tour , le fuccès en dépend ,
C'eſtpar lui qu'un Procès devient bon ou méchant ;
Et puifqu'enfin l'Amant au Plaideur eft conforme ,
Pour emporter le fonds , faifons valoir la forme.
Damon paroît charmé de l'allégorie , &lui
répond en parlant de Clarice :
Je compte uniquement fur elle , & nous verrons
Si la forme , Léandre , emportera le fonds.
Comme Léandre est très- avantageux , il
propose à Damon le pari d'une Fête galante
, que le gagnant donnera à Clarice aux
dépens
MARS. 1739.
557
dépens du perdant. Il est si sûr de gagner ,
qu'il dit à son Rival , en tirant sa montre :
Tiens ; il eft bientôt
Cinq heures & demie : aux trois quarts , de plein
faut ,
Je déclare ma flâme , & fa fierté diſpute
Une feconde , ou deux ; j'infifte une minute ;
A fix heures , pour moi , fa rigueur s'adoucit ,
Je te déboute à fept , & je l'époufe à huit .
, peu
Damon intimidé de la gasconade ;
accepte le pari , & se retire. Léandre fait
entendre par un Monologue , qu'il a ramassé
la Lettre que Marton a laissé tomber de sa
poche , & qu'il veut en tirer parti , n'y ayant
ni adresse , ni signature.
Clarice vient avec Marton , & lui dit qu'-
elle ne veut point chés elle d'Amant déclaré.
Elle retient Léandre qui veut se retirer. Au
premier mot d'amour qu'il prononce , elle
l'arrête tout court. Léandre lui propose une
maniere de dire , Je vous aime , par le seul
terme de Bon soir ; & voyant qu'elle rit
d'une si plaisante imagination , il lui dit en
la quittant :
"
Pour commencer, je vais vous donner le Bon foir.
Quelque attrait que Clarice trouve dans
l'esprit de Léandre , son coeur ne peut ca-
Gilij cher
558 MERCURE DE FRANCE
cher son panchant secret pour Damon. Voici
comment elle le fait entendre à Marton , en
parlant de son nouveau Rival :
1 C'eft l'efprit du jour, c'eſt celui du grand monde,
Et qu'on doit préferer à l'étude profonde.
Sa converfation d'autant plus me séduit
Qu'il parle , felon moi , comme Damon écrit ,
Et tu fais que Damon écrit mieux que perfonne ;
Ses Billets font charmans , par le tour qu'il leur
donne ;
C'eft par- là qu'il m'a plû.
Čes derniers Vers ne sont pas seulement
placés dans ce premier Acte , pour faire
connoître que Damon eft aimé; l'Auteur leur
donne un second usage ; c'est de préparer
l'incident de la Lettre , qu'on verra dans l'Acte
suivant. Damon qui arrive est très-étonné
du mauvais accueil qu'il reçoit de Clarice ;
elle le quitte , après lui avoir dit qu'il faut
qu'il se prive de sa vûë à l'avenir ; voici la
raison qu'elle lui en donne :
Mon repos le defire ,
Et mon bonheur le veut ; ces mots doivent fuffire :
Ne me revoyez plus ; adieu .
Damon ne comprenant rien à tout ce qu'il
vient d'entendre , demande à Marton , si
Léandre l'emporte sur lui dans le coeur de
3.
son
MARS.
1739 559
son infidelle Maîtresse ; Marton tâche de le
rassurer par ces Vers :
Puisqu'il faut éclaircir votre eſprit allarmé ,
Léandre plaît , Monfieur , mais vous êtes aimé.
Damon veut rendre à Clarice inconstance ,
pour inconstance ; il croit même sentir l'in- .
difference succeder à son amour , & le cal-,
me à l'agitation ; mais il en parle d'une maniere
à faire connoître tout le contraire.
Pour nous contenir dans les bornes que
nous nous sommes prescrites dans nos Extraits
, nous serons beaucoup plus succincts,
dans les deux derniers Actes , que nous ne
l'avons été dans le premier , en suprimant
tout ce qui regarde les amours subalternes,
des Valets & de la Soubrete . Reprenons le
fil de l'action principale dans ce second-
Acte.
Marton aprend à Frontin que Clarice étant
dans une parfaite sécurité du côté de l'amour
, consent que Damon' revienne chés
elle mais comme Ami , & point du tout
comme Amant ; Frontin esperant beaucoup.
de ce que Marton vient de lui annoncer
lui répond :
Je vais de son rapel lui porter la nouvelle ,
Puffle - telle du moins rétablir la cervelle !
Aprés quelques Scenes qui n'ont pas une
Gr étroite
$60 MERCURE DE FRANCE
>
étoite liaison avec l'action principale , il
vient une entre les deux Rivaux , qui est des
plus importantes , tant pour le noeud , que
pour le dénoûment. Damon charmé de son.
rapel , que Frontin vient de lui annoncer ,
'demande d'un ton de confiance à Léandre
si ses affaires sont bien avancées auprès de
Clarice ; Léandre commence à s'allarmer
pour la premiere fois , ou plutôt il fait le.
modeste , pour mieux faire donner Damon
dans le piége qu'il veut lui tendre , & sur
lequel il a déja prévenu Arlequin , sọn Va →
let. En effet Arlequin vient lui dire qu'un
Page demande à lui parler, ce qui donne lieu
à Léandre de prier Damon de vouloir bien lui
faire un Billet doux , qu'un Duc lui demande
pour une nouvelle Maîtresse ; Damon a
beau s'en excuser ; Léandre lui dit qu'il n'est
pas en état de le faire lui-même , & ajoûte
modestement :
J'ai le don de parler , & toi celui d'écrire ;
J'ai recours à ta plume en ce besoin preffant , &c.
Fais-moi donc ce plaifir, Damon , je t'en conjures
Je ne suis pas ingrat ; écris , écris pour moi ,
Et quand tu le voudras , je plaiderai pour toi.
Damon ne peut résister à sa priere ; il
écrit sur le Théatre , d'après ce que Leandre
Jui a exposé en peu de mots. Damon veut se
retirer
MARS.
561 1739.
retirer après avoir rendu à Léandre ce service
d'ami; mais ce perfide se confiant au piege
qu'il veut lui dresser, l'arrête pour lui montrer
le Billet queMarton avoit perdu dès le premier
Acte, & qu'il avoit pris soin de ramasser, pour
s'en servir dans l'occasion ; comme il est sans
adresse , il n'est pas difficile que Damon'
croye qu'il s'adresse à son Rival , qui le lui
présente ; en voici le contenu .
;
Non ,je ne
,je ne puis plus m'en défendre : il faut
que je vous aime malgré moi . Si mon repos vous
est cher, ne me revoyez plus , votre présence
vos discours me causent trop de trouble &
trop d'agitation ; mais non ; revene plutôt ; je
suis trop inquiete & trop ennuyée , quand je
pas ; &, tourment pour tourment,
je préfere le trouble à l'inquiétude
& l'agitation
ne vous vois
à l'ennui.
Damon est si outré de ce qu'il vient de
lire , qu'il sort brusquement & emporte le
Billet.
Léandre , qui le lui a redemandé , se con
sole aisément du larcin que Damon lui fait ;
il n'est occupé que de l'usage qu'il veut faire"
de la Lettre que Damon vient d'écrire à
sa priere ; voici comment il s'explique dans
un court Monologue :
Il vient de me prêter des armes contre lui
Et son Billet sera son Arrêt aujourd'hui ; -
Govj
Colle
562 MERCURE DE FRANCE
Celle qu'il tient de moi l'écarte & m'en délivre ; ·
Mon plan n'est plus douteux & je n'ai qu'à le suivre,
Pour joüir du succès qu'espere mon amour.
Clarice arrive , au gré. de la nouvelle perfidie
qu'il imagine , après avoir badiné quelque
temps avec beaucoup d'esprit sur la
convention qu'ils ont faite de ne parler jamais
d'amour , mais de substituer à ce fade
langage quelque chose d'aprochant & qui
puisse y ressembler , aux termes près .
Clarice , après avoir ri quelque temps de
l'ingénieux badinage de Léandre , ne peut
s'empêcher de plaindre Damon , par raport
aux inquiétudes que lui causera cet innocent
commerce d'esprit ; Léandre lui répond que
Damon n'en prendra nulle jalousie , puisqu'il
a pris de nouveaux engagemens ; Clarice
le croit trop attache à l'amour qu'elle lui
a inspiré,pour craindre ce changement, Leandre
l'en convainc par le Billet qu'il lui a fait
écrire ; voici en quels termes il est conçû.
L'aproba ion que vous avez donnée à ma
tendresse , mérite tous mes remercimens je me
rapelle vos bontés avec transport elles forment
dans mon coeur un lien qui m'attache à
vou pour jamais , & qui rompt tout autre engagement.
Ma Déesse , ne soyez donc plus 'jalouse
de la Dame en question , avec tant de
jeunesse & de beauté , peut-on craindre une ·
Rival ?
MARS. 1739. 563
Rivale ? Que n'ai je un plus grand sacrifice à
vous faire! Eh ! puis-je moins payer la plus
légere de vos faveurs ?
Clarice dissimule , par fierté , le coup
mortel que la lecture de ce Billet vient de
lui porter ; elle lui demande , comme par
maniere d'acquit , quel est le nom de sa :
prétendue Rivale ; & le demande enfin d'un
ton si absolu , que Léandre lui nomme au
hazard le premier nom qui s'offre à son imagination.
C'est Eliante , mais par malheur
pour lui , cette même Eliante arrive pour
faire un Médiateur , dont elle a été priée par
Clarice . Léandre se trouve dans un trèsgrand
embarras ; il prie Clarice de ne rien
dire du Billet en question ; mais Clarice ne
peut se contenir plus long - temps , & elle fait
des remontrances d'amie àEliante fur fon nouvel
engagement avec Damon Eliante le nie
comme une fausseté des plus noires , on lui
confronte Léandre , à qui cette secrette intrigue
est confiée ; Léandre , toujours plus
embarassé , a besoin de tout son esprit pour.
se tirer d'un si mauvais pas ; Marton vient
avertir sa Maîtresse que la Marquise les
attend , les cartes à la main ; Léandre croit
se délivrer par- là d'un éclaircissement qui va :
le démasquer ; mais pour son malheur , il :
manque un quatrième pour la reprise , & on
l'emmene malgré lui. Ce second Acte a pa
û le plus beau.
$64 MERCURE DE FRANCE
Un nouvel incident qui survient , forme le
dernier Acte ; Damon , piqué de l'infidelité
prétendue de Clarice, veut l'imiter dans son
changement , sans sçavoir précisément à
quelle nouvelle Maîtresse il doit porter ses
voeux ; Marton & Frontin lui en nom- ..
ment plusieurs ; il n'est satisfait d'aucune , ce
qui donne lieu à plusieurs Portraits ; mais en
fin , forcé de se déterminer pour quelqu'une ,
il adopte Eliante , que Frontin lui nomme ;
après ce choix , il veut se retirer. Léandre
qui survient , le retient malgré lui . Damon
lui, fait confidence de son nouvel
amour pour Eliante ; nouvel embarras pour
Léandre , qui craint un nouvel éclaircissement
; tout ce qu'il peut faire c'est de sortir
avec Léandre, sous prétexte de lui dire quelque
chose qu'il lui importe d'aprendre.
A peine sont- ils sortis , que Clarice, &
Eliante arrivent. Clarice renvoye , Marton>
pour ménager la gloire d'Eliante ; la conversation
est vive de part & d'autre. Damon finit
cette contestation , mais c'est pour faire
naître un nouvel incident , qui devient une
espece de conviction contre Eliante. Il avoue
qu'il aime Eliante , pour mieux piquer Clarice.
Eliante ne pouvant plus tenir contre les
reproches que Clarice lui fait , se retire.
Damon prend soin de la justifier dans son
absence ; il continue d'avouer qu'il aime
Clarice
MARS. 1739% 165
Clarice , mais il désavoie l'amour dont Cla--
rice prétend qu'elle soit éprise pour lui ; après
des reproches réciproques que ces Amans
jaloux se font , & des justifications sur les
Billets qui les ont brouillés , Clarice dit à
Damon que pour lui prouver qu'il ne lui est
pas infidele , il n'y a pour lui qu'un parti à
prendre ; c'est d'accepter sa main ; la condition
est trop agréable à Damon pourêtre
refusée ; & c'est par - là que Leandre a
donné à la Piece le titre de Rival favorable ,
puisqu'il a justifié Damon aux yeux de Clarice;
il s'en console aisément & paye de bonne
grace le pari qu'il a perdu. Arlequin vient
annoncer les Violons que Léandre croyoit
avoir commandés aux dépens de son Rival
Damon explique à Clarice ce qui y a donné,
lieu , & lui dit :
Il a fait contre moi le pari d'une Fête ,
Qu'avant la fin du jour vous seriez sa conquête ;.
Mais la forme n'a pas prévalu sur le fonds ,
Et c'est lui qui pour moi payera les Violons.
Clarice à Léandre.
Vous nous donnez le Bal ! mais rien n'est plus
honnête.
Léandre.
-Il n'est point de réplique à de tels incidens ;
Et l'Amour, par Arrêt , me condamne aux dépens.
Au
566 MERCURE DE FRANCE
T
Au reste , la Piece a été joüée tout au
mieux , & géneralement aplaudie. Le Balet,
qui est de la composition du Sr Riccoboni ,
a été trouvé un des plus jolis qu'on ait vûs au
Théatre Italien : la Musique , qui est du
Sr Blaise , n'a pas moins fait de plaisir par les
airs de caractere qu'on y a dansés ; voici quel
ques Couplets du Vaudeville ..
Etre assûré de sa gagûre ,
Fait voir un homme sans droiture ;
Ne l'être pas , un étourdi ;
La raison blâme cet usage ;
Imitons l'exemple du Sage ;
Ne faisons jamais de pari...
Damon , vous ne sçauriez me plaire ;
Je gage , dit- il , le contraire ;
A l'instant un bras est saisi ;
Il baise la main d'Isabelle ;
Finissez donc ; je sens dit - elle ,
Que je vais perdre le pari.
Arlequin.
Je suis dans une juste allarme ,
Si ma crainte ne vous désarme ;
Je vais perdre en ce moment ci :
Messieurs , j'ai gagé, qu'à l'Ouvrage..
Vous
M- A RS.
1739. 567
Vous donneriez votre suffrage ;
Faites-moi gagner le pari.
La Piece dont on vient de donner l'Extrait,
paroît très -bien imprimée chés Prault , Pere,
Quai de Gêvres , au Paradis..
Le 5. Mars, les Comédiens Italiens donnerent une
Piece nouvelle en Vers libres & en trois Actes , de,
la composition du Sr Romagnefi , avec trois Divertiffemens.
Cette Piece , qui a pour titre , l'Amant
Prothée , a été reçûë très favorablement : on en parlera
plus au long.
Le 14. on-donna la même Piece pour la Clôture
du Théatre , à laquelle on joignit celle des Débuts .
& des Intermedes des Bouffons, avec un Pas de Deux,
danfé par les Diles Thomaflin , en Pierrot & en
Perrete , lequel fut fort aplaudi . La Dile Riccoboni,
la jeune , fit un Compliment en Vers , très - ingenieulement
compofé , qu'elle prononça avec beau
coup de graces , & qui fut généralement aplaudi.
Le 9. l'Opera Comique donna une Piece nouvelle
en Vaudeville , qui a pour titre , les Noms en
Blanc. Elle fut précedée d'une autre Piece intitulée
Le Rêve , qu'on avoit donnée le 2. elle fut fuivie,
d'une Pantomime nouvelle , ou la Fête des Anglois ,
très -bien executée par les mêmes Sujets. Un petit
Danfeur & une jeune Danfeufe , âgés d'environ .
douze ans , executerent un pas de Deux en Pierrot
& en Perrete , qui fit beaucoup de plaifir.
Le 15. on donna la premiere Représentation d'une
Piece nouvelle intitulée , Moulinet Premier , Parodie
de Mahomet second , Tragédie jouée avec un.
grand fuccès au Théatre François ; cette Piece a
paru
$68 MERCURE DE FRANCE
paru faire plaifir au Public , & a attiré un grand
concours.
Le 21, on fit la Clôture de ce Théatre par la même
Parodie & par d'autres nouveaux Divertiffemens.
Un des Acteurs fit le Compliment ordinaire,
par differens Vaudevilles , adreffés au Public , les
quels ont été aplaudis.
On a apris de Naples , que le 20. Janvier , on repréfenta
fur le Théatre de S. Charles , pour la premiere
fois , l'Opera de Sémiramis reconnuë , que
le Roy & la Reine des deux Siciles honorerent de
leur préfence , & qui eut un grand succès .
£ f f f f
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE..
Na apris qu'après la retraite des Rébelles du
Corps de Sary- Bey , qui avoient eu la hardiesse
de s'aprocher de Smirne , & de forcer cette
Ville à lui payer une contribution , on s'avisa ,
quoiqu'un peu tard , de se fortifier , pour prévenir
de pareilles insultes . On résolut pour cet effet , de
creuser un fossé autour de la Ville . Tous les Habitans
y. furent employés , & ils travaillerent avec
tant de diligence , que le fossé fut fait en peu de
jours ; mais lorsqu'il fut achevé , on trouva qu'il
étoit plus propre à servir de retranchement aux
Rebelles , s'ils revenoient , qu'à défendre la Ville ,
desorte qu'on le combla , & on prit la résolution
de construire une Muraille , qui fut pareillement ache
vée en peu de temps. Les Européens regrettent
beaucoup
MARS. 1739. $6.9
beaucoup plusieurs Morceaux Antiques , qui furent
trouvés , mais que les Turcs , qui ne les jugent dignes
ni de curiosité , ni d'estime , ont rejettés dans
le Fossé.
Outre ce Mur , on avoit aussi élevé des especes
de petits Forts pour mieux défendre la Ville ; mais
ces Ouvrages étaient si peu de chose , que les Rebelles
auroient toujours été les maîtres d'y entrer
lorsqu'ils auroient voulu , si la Porte n'eût envoyé
des Troupes pour faire tête aux Ennemis. Ces Troupes
ayant été renforcées de temps en temps , on en
fit divers détachemens , pour aller chercher les Rebelles
, qui n'osant plus tenir la Campagne , se retirent
dans leurs Montagnes , & Sary- Bey s'enferma
dans le Château qu'il a fait fortifier , & qui
étant sur une Montagne escarpée , & environnée
de Ravines , est inaccessible à l'Artillerie : ce Châ–
teau est un ancien Bâtiment , dont les murs sont
d'une épaisseur étonnante. Plusieurs croyent que
c'est un Boulevard de l'ancienne Domination des.
Macédoniens en Asie. Il est situé à peu de distance
de Philadelphie , que les Turcs nomment Alashir.
Le repos dont on jouissoit pendant la retraite de
Sary- Bey-Oglu n'a pas duré long-temps. Ce Chef
des Rebelles ayant trouvé le moyen de renforcer ses
Troupes jusqu'à plus de 20000. hommes , sortit
bientôt de ses Montagnes , & recommença à ravager
les Provinces voisines , comme auparavant.La
nouvelle qu'on en reçût à Constantinople causa
beaucoup de surprise. On ne put comprendre par
quelle voye il avoit pu se rétablir en si peu de
temps. On soupçonna qu'il étoit soûtenu sous main
par Thamas Kouli Kan.
Quoiqu'il en soit , les deux Pachas , que la Porteavoit
envoyés à Smirne , informés des mouvemens .
de Sary Bey Oglu , rapellerent les divers Détachemens
570 MERCURE DE FRANCE
mens qu'ils avoient faits , & se retrancherent dans
un Camp avantageux , à quelque distance de Smirne.
Ces dispositions n'empêchèrent pas que Sary
Bey ne vint les y attaquer , avec tant de vigueurs,
qu'après un combat opiniâtre , les Turcs furent
battus & obligés de se retirer. Cette victoire a si
fort enflé la vanité de ce Chef des Rebelles , que de
sa propre autorité il s'est nommé Pacha de Smirne
& de son Territoire , & on assûre qu'il a déja fait
insinuer à cette Ville de le reconnoître en 'cette
qualité.
Selon les Lettres de Constantinople , il y a apa
rence que le Pacha de Bosnie n'aura point de com
mandement cette année , parce qu'on le soupçonne
d'ètre dans les interêts du Pacha , qui a été exilé
depuis peu , pour avoir voulu persuader aux Janissaires
de demander la déposition du Grand Visir.
Ces Lettres ajoûtent que la Porte fait offrir des
avantages considerables à Donduck Ombro , Kan
des Calmouques , Tributaires de la Moscovie , s'il i
vcut abandonner le parti de la Czarine...
AFRIQUE..
Na apris par l'Equipage d'un Bâtiment arrivé
à Lisbonne de Santa Cruz en Barbarie , le mois
dernier , que Muley Mécidade , l'un des Princes
qui se disputent le Trône de Maroc , s'étoit rendu
maître des Villes de Mequinez & d'Azamor ', &
des deux Provinces dont ces Villes sont les Capi
tales.
On a apris en même temps , que ce Prince avoit
envoyé ordre à l'Alcade d'Azamor , de traiter de
la rançon de 60. Maures , lesquels ont été pris
dans l'action qui se passa le 22. Octobre de l'année
dernière , entre un Détachement de ses Troupes &
200.
MARS. 1739.
571
200. hommes de Cavalerie de la Garnison de Mazagam.
La rançon de 46. de ces Maures a déja été
payée, & l'on est convenu du prix de celle des 14.-
qui n'ont pas encore été rachetés.
DANNEMARCK.
Na apris que les Articles Préliminaires de
l'Accommodement entre S. M. Br. & le Roy
de Dannemark , au sujet de l'Affaire de Steinhorst,
avoient été arrêtés à Copenhague le 13. du mois
dernier , que , ces Articles avoient été envoyés à
Londres , pour être aprouvés par S. M. Br . & qu'après
qu'ils auroient été ratifiés, on travailleroit à les
executer.
On aprend en même temps d'Hanover
, que la
Régence de cet Electorat a envoyé ordre au Major
Général de Sommerfeld , qui commande les Troupes
de Hanover à Steinhorst , de se tenir prêt à se
retirer de ce Château avec ses Troupes , dès qu'on
aura été informé que S.M.Br. aura ratifié les Articles
Préliminaires de l'Accommodement , que les
Troupes cantonnées dans les Villages , voisins de
Steinhorst , se disposent aussi à retourner dans cet
Electorat , & que le Roy de Dannemarck de son
côté , a promis de rapeller toutes les Troupes qu'il
avoit fait avancer vers l'Elbe .
On mande de Copenhague , du 4. de ce mois. ,
que M. Titley , Ministre du Roy d'Angleterre en
cette Cour , avoit reçû la Ratification de S. M. Br .
Surquoi S. M. Danoise a donné ordre de discontinuer
les préparatifs de guerre , & de faire rentrer
dans leurs quartiers les Troupes qui s'étoient avancées
sur la frontiere du Duché de Lawembourg,
Le Roy de Dannemarck est convenu avec S. M.
Br. que le Château & le Baillage de Steinhorst seroient
372 MERCURE DE FRANCE
roient remis à l'Electorat de Hanover , moyennant
un équivalent en argent , que la Régence de cet
Electorat payera à S. M. D.
ALLEMAGNE,
Na apris de Vienne , que dans le nombre des
Prisonniers faits sur les Rebelles de Valachie ,
& qui ont été conduits à Temeswar , étoit le fameux
Harum Pacha , leur principal Chef, qui pour
se venger des mauvais traitemens qu'il avoit reçûs
de quelques Hussards , par lesquels il avoit été pris
dans l'une des précédentes Guerres , a exercé des
cruautés presque inouies contre tous les Hussards
qui sont tombés entre ses mains ; & que comme il
en avoit fait brûler plusieurs à petit feu , on avoit
proposé de lui faire subir le même suplice ; mais
que quelques Officiers Généraux s'y sont oposés ,
& qu'il a été tenaillé .
Le 13. Fevrier , jour de l'Anniversaire de l'Instirution
de l'Ordre de Sainte Anne , le Prince Frederic
Auguste , le Prince Héréditaire de Holstein-
Gottorp , & le Prince de Holstein - Eutin , Evêque
de Lubeck , qui étoient arrivés à Kiell quelques
jours auparavant , pour assister à la célébration de
cette fête , s'étant rendus vers le midi dans l'apartement
de ce Prince avec les autres Chevaliers , en
Habits de cérémonie , le Duc de Holstein , accompagné
de ces Princes , ainsi que des autres Chevahers
& des Grands Officiers de l'Ordre , se rendit à
la Chapelle de son Palais , où il entendit l'Office .
11 tint ensuite un Chapitre dans lequel il nomma
Chevaliers le Baron d'Ahlefeldt , un de ses Conseillers
de Conference , M. Pehl , Grand Forestier &
Surintendant de la Chambre des Finances ; le Baron
de Brokdorff , Major General dans ses Troupes , &
le
MARS.
573 1739.
le Baron d'Oerzen , ci- devant Conseiller de son
ConseilPrivé.
Les trois premiers , Jorfque le Chapitre fut fini ,
reçûrent des mains du Duc de Holstein les marques
de l'Ordre , lesquelles ont été envoyées par ce
Prince au Baron d'Oerzen , qui est actuellement
dans le Meckelbourg.
Après cette cérémonie , le Duc de Holstein dîna
avec les Chevaliers à une Table faite en forme de
Croix , & l'on servit dans la même Salle pour les
Seigneurs de la Cour , qui ne sont point Chevaliers,
deux autres Tables , lesquelles étoient moins élevées
que celle de ce Prince. Il y eut pendant le
tepas un grand Concert , executé par les Musiciens
de la Chapelle & par ceux de la Chambre . Le soir
on représenta sur le Théatre du Palais une Comédie
Françoise , à laquelle la Duchesse de Holstein
se trouva , avec les Dames de sa Cour.
ITALIE,
E Pere Barberini , Géneral de l'Ordre des
L Capucins , cantdans l'intention decoutindes
?
ses fonctions de Prédicateur Apostolique , a refusé
d'accepter l'Archevêché d'Urbin , auquel Sa Sainteté
l'avoit nommé.
Le 23. du mois dernier , le Pape tint un Consistoire
, dans lequel le Cardinal Otthoboni préconisa
l'Abbé Duc de Fitz-james , pour l'Evêché de Soissons
, & l'Abbé de Cabannes , pour celui de Gap ;
& en mêmetemps proposa l'Evêché de Bethleem en
France , & l'Abbaye de Marimont , Diocèse de
Châlons , pour Dom Louis-Bernard de la Taste ,
Religieux Bénédictin.
NAPLES
374 MERCURE DE FRANCE
NAPLES.
Elon les avis reçûs de Sicile , quelques Matelots
S de Messine étant allés au secours d'un Pinque
qui étoit prêt à faire naufráge , & dont l'Equipage
avoit arboré Pavillon de France , ils reconnurent
que ce Pinque étoit monté par des Corsaires de
Barbarie . Aussi-tôt ils donnerent un Signal à quelques
Barques , qui étant allé les joindre , leur aiderent
à s'emparer de ce Vaisseau , sur lequel on
trouva 30. Maures & 5. Renégats Italiens . On l'a
conduit dans la Rade de Garofolo , & l'Equipage
a été mis dans une Tour voisine de cette Rade ,
pour y faire la Quarantaine. 2
On a fait à Naples des Prieres publiques dans
toutes les Eglises de cette Ville , pour le rétablissement
de la santé de la Reine , qui étoit le 17. du
mois passé dans le onzième jour de sa petite verole
, & qu'on regardoit comme hors de danger.
La Frégate Hollandoise , qui avoit conduit à
Naples le Baron de Neuhoff , a fait voile pour le
Levant , & le bruit court que le Capitaine y est
allé vendre l'artillerie & les munitions de guerre,
qu'il avoit à bord de son Vaisseau.
ISLE DE CORSE.
Na apris de la Bastie , que six Bâtimens , qui
s'étoient séparés du Convoiparti dermeren qut
d'Antibes , étoient arrivés le 12. du mois passé à
San Fiorenzo , d'où ils se disposoient à remettre à
la voile pour se rendre à Calvi, Lieu de leur desti-
'nation ; & que comine le bruit s'étoit répandu que
les Rebelles avoient dessein de s'avancer vers Nebbio
, pour tâcher de s'en emparer , & pour obliger
par ce moyen les Habitans de la Province de Balagna
MARS. 1739
575
gna d'abandonner le parti de la République , on
avoit fait défiler environ 600. Hommes du côté de
Barbaggio & de Patrimonio , pour être à portée de
les surprendre , mais qu'on croyoit que les Rebelles
pourroient en être avertis asses à temps , pour
éviter de tomber dans l'embuscade .
REGIMEN S.
Auvergne ,
D'Ouroy
REGIMENS qui doivent servir en Corse,
sous les ordres de M. le Marquis de
Maillebois , Lieutenant Géneral.
COLONELS.
y eft. M. de Contade.
Id. M. d'Ouroy.
La Sarre , Id. M. de Lussan.
Royal Rouffillon Comte d'Haussonville.
Senneterre ,
Flandres ,
Bearn ,
Foreft ,
Cambrefis ,
Nivernois ,
De Villemonin,ci-dev. De Villemonin.
Isle de France ,
Aunix ,
Baffigny ,
Agenois ,
Montmorency ,
y eft . De Conigant.
Id. M. de Valence.
Chev. de Choiseul- Meuse.
eft. Comte de Pontchavigny.
Íd. M. d'Avaray.
M. de Crussol.
De Brancas- Laudun.
y eft . M. de Villemur .
1
Comte de Montmorency.
y eft . Comte de Malauze .
Hussards de Rattchy ,
Hussards d'Esterazy.
Officiers Généraux.
M. le Marquis de Maillebois , Lieutenant Géneral .
H Mam
$76 MERCURE DE FRANCE
Maréchaux de Camp, Meffieur's ,
Du Chatel.
Rousset de Girenton .
Brigadiers d'Infanterie , Meffieurs ,
De Montmorency, Colonel d'un Régiment d'Infanterie
.
De Saffelange , Lieutenant- Colonel du Régiment
d'Auvergne.
De Contades , Colonel du Régiment d'Auvergne.
De Villemur , Colonel du Régiment de Bassigny.
De Conigant , Colonel du Régiment de Flandres
.
De Larnage , Lieutenant- Colonel du Régiment
de Montmorency
.
De Baflat , Lieutenant - Commandant l'Artillerie ,
ESPAGNE.
E 22. du mois dernier , le Roy déclara , que le
mariage de l'Infant Don Philipe avec Madame,
Fille Aînée du Roy de France étoit conclu , & il y
eut à cette occasion des Illuminations pendant trois
nuits consécutives.
Les Bâtimens destinés à croiser sur les côtes du
Royaume d'Espagne , n'y ayant pas tous été employés
depuis quelques mois , les Corfaires de
Barbarie ont profité de l'occasion , pour faire des
descentes sur les Côtes de Catalogne , de Valence ,
de Murcie & de Grenade , & ils y ont enlevé un
grand nombre d'Habitans , particulierement sur la
Côte des Alpuchares , de même qu'à Portilla & à
Oropesa. Ils ont même eû la hardiesse de s'avaneer
de jour , jusqu'à une lieue dans le Pays , & d'y
attaquer
MARS.
$77 17393
attaquer plusieurs Châteaux. Les plaintes faites à
ce sujet par les Habitans des Provinces Maritimes,
ont engagé le Gouvernement à examiner la conduite
des Officiers qui commandent les Vaisseaux
Gardes -Côtes ; & comme on a reconnu qu'ils
étoient coupables de beaucoup de négligence , on
en a arrêté quelques- uns.
LE
GRANDE - BRETAGN E.
E 13. de ce mois la Chambre des Seigneurs
présenta au Roy son Adresse , laquelle porte
que les Seigneurs rendent à S. M. de très- humbles
actions-de- graces de la bonté qu'elle a euë de leur
faire communiquer la Convention conclue avec
S. M. C. & les Articles séparés ; qu'ils se croyoient
indispensablement obligés de témoigner au Roy la
vive reconnoissance , que leur inspire l'attention
de S. M. pour les interêts de ses Sujets , & de reconnoître
la grande prudence avec laquelle le Roy
y a pourvû , en reglant ce qui concerne les demandes
des Négocians Anglois pour les pertes qu'ils
ont souffertes , en stipulant un terme pour le payement
des indemnités promises par la Cour d'Espa
gne , & en établissant un fondement solide pour la
conservation de la Paix entre les deux Nations
qu'ils demandent la permission de représenter à
S. M. qu'ayant une juste confiance dans sa sagesse
& dans sa vigilance à soutenir l'honneur de sa Couronne
, & à procurer le bonheur de ses Royaumes,
ils esperent que dans le Traité , qui doit se conclure
en consequence de la Convention , on remédiera
aux inconvéniens dont la Nation Angloise
se plaint depuis si longtemps ; que le Roy songera
surtout à assûrer à ses Sujets la liberté du
commerce & de la navigation dans les Mers de
Hij l'Amérique ,
578 MERCURE DE FRANCE
>
l'Amérique , telle qu'ils doivent l'avoir par le Droit
des Nations , & en vertu des Traités qui subsistent
entre les deux Couronnes , & à faire ensorte qu'ils
puissent, sans obstacle, joüir du privilege incontestable
qu'ils ont, d'aller & de trafiquer d'un Pays de
la domination de S. M. dans un autre , sans être
arrêtés & visités en pleine Mer & sans avoir à
craindre aucune violence ; que S. M. fera en même
temps ses efforts pour prévenir tous les sujets
de contestation qui pourroient naître à l'avenir, au
sujet des Etablissemens que les Anglois possedent
en Amérique , & qu'on reglera dans le Traité , qui
doit être signé , les limites de la Caroline & de la
Floride.
Les Seigneurs ajoûtent à la fin de leur Adresse ,
que si la Cour d'Espagne ne répond pas à la juste
attente du Roy , ils entreront avec zele dans toutes
les mesures qu'il conviendra de prendre pour défendre
l'honneur & les intérêts de la Couronne.
Le Roy répondit :
MYLORDS , Je vous remercie de cette Adreſſe
refpectueuse , de l'aprobation que vous donnez à
mes foins pour le véritable interêt de mon Peuple : Vous
pouvez compter , que j'ai abfolument à coeur l'honneur
de ma Couronne la profperité de mes Royaumes , &
que je contribuerai de tout mon pouvoir , à procurer à
mes Sujets la liberté de la Navigation du Com
merce , & à leur assûrer l'entiere joüiffance de leurs
droits.
•
MORTS
MAMS.
579
17393
****************
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E 17. Janvier dernier , Georges Spinola ,
Genois , Cardinal , Evêque de Palestrine , Préfet
de la Congrégation de l'Immunité Ecclésiasti
que , &c. mourut à Rome , subitement d'un coup
de sang, âgé de 71. ans , 7. mois & 11. jours, étant
né le 5. jun 1667. Il avoit été autrefois Commandeur
de l'Hôpital du S. Esprit à Rome , &
ayant été déclaré au mois de Juin 1711. Nonce à
Barcelonne , il fut fait Archevêque de Césarée In
Partibus Infidelium , lè 1. Juillet suivant , & sacré
le 7. du même mois. Il fut non.mé Nonce à la Cour
de Vienne au mois de Juillet 1713. & y ayant fait
son Entrée publique le 11 Mars 1714. il eut le 14.
sa premiere Audience publique de l'Empereur . Le
Pape Clement XI . le créa Cardinal le 29. Novem
bre 1719. Il en reçut la Barette à Vienne des mains
de l'Empereur le 18. Fevrier 1720. & étant de retour
à Rome , il reçut le Chapeau dans un Consistoire
public le 19. Décembre de la même année.
Le Pape , après avoir fait la cérémonie de lui fermer
& ouvrir la bouche , dans un Consistoire fecret
, tenu le 16 Janvier 1721 lui affigna le Titre
Presbyteral de Sainte Agnès hors les murs. Après la
mort de Clement XI . son Successeur Innocent XII.
le déclara le 9. Mai 1721. qui étoit le lendemain de
son exaltation son Miniftre & Secretaire d'Etat. Il`
fit les fonctions de cette Charge jusqu'à l'exaltation
de Benoît XIII . qui , le 12. Juin 1726 le fit
Préfet de la Congrégation de l'Immunité , & le 25.
Juin 1727. le nomma Légat de Bologne , pour
trois années. Il fit en cette qualité son Entrée publi-
Hiij que
580 MERCURE DE FRANCE
que à Bologne le 5. Novembre suivant ; & après
avoir achevé son terops de cette Légation , il revint
faire son séjour à Rome le 15. Décembre 1731. II
quitta le Titre de Sainte Agnès , & opta celui de
Sainte Marie in Trastavere , le 15. Décembre 1734 .
Il quitta encore ce dernier , & opta celui de Sainte
Praxede , le 16. Décembre 1737. & ayant passé de
l'ordre des Prêtres dans celui des Evêques , par la
mort du Cardinal François Barberini , Doyen du
Sacé College , il opta l'Evêché de Palestrine , qui
fut proposé pour lui à Rome le 3. Septembre 1738.
IS.
Le Prince , mort à Rome vers le du mois
dernier , étoit fils d'Achmet Abenazar , fils aîné de
feu Ismaël , Roy de Maroc . Ce Prince qui avoit
passé en Italie , pour y embrasser la Religion
Chrétienne , & qui avoit été nommé au Baptême
Laurent- Barthelemi , étoit âgé de 35. ans.
voulu être enterré en Habit de Religieux de l'Ordre
de S. François , dans l'Eglise de S. André , sa
Paroisse.
Il a
On a célebré pour le repos de son ame,par ordre
du Pape,dans l'Eglise des Religieux Minimes , un Service
Solemnel , auquel M. Saporito, Archevêque d'Anazarba
a officié Pontificalement
, & auquel ont
affifté les Maîtres des Céremonies , & l'on y a ob→
servé les mêmes Cérémonies qu'on observe aux
Obseques des Princes Romains .
FRANCE.
MARS. 17395 581
FRANC E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
,
LE Marquis de la Mina , Ambaſſadeur
Extraordinaire
du Roy d'Eſpagne , qui!
avoit reçû la veille par un Courier de Madrid
, les Coliers de l'Ordre de la Toisond'Or
, que S. M. C. envoye au Roi & à Monseigneur
le Dauphin , se rendit le 21. à Versailles
, & il préfenta à S. M. ces deux Co →
liers.Le Roi passa le sien à son col , & S. Midonna
ensuite à Monseigneur le Dauphin
celui qui lui étoit destiné.
dé à ..
L'agrément du Régiment de Medoc , Infanterie
, dont Charles Emmanuel de Cruffol-
Saint-Sulpice , Duc d'Usès , dit de Cruf
fol , Pair de France , Brigadier des Armées,
du Roy , a donné sa démission , a été accor-
Marquis de Lannion , Gouverneur
de Vannes , & d'Auray , Guidon
des Gendarmes d'Orleans , du 15. Avril
1738. fils de feu Anne Bretagne , Marquis
de Lannion , Lieutenant Général des Armées
du Roy , mort le 28. Décembre 1734. de la
blessure qu'il avoit reçûë le 19. Septembre
Hiiij précédent
582 MERCURE DE FRANCE
précédent à la Bataille de Guastalla .
Celui du Régiment d'Infanterie , dont le
Marquis de Senccterre , fils de l'Ambassadeur
à Tu in , a donné sa d'mission , à Michel-
Denis Amelot , Seigneur de Vildomain ,
Capitaine dans le Régiment de Dragons de
Nicolaï. Il est parlé de lui dans le Mercure
du mois d'Août dernier , en raportant son
mariage , pag. 1878 .
Et celui du Régiment de Cavalerie , vacant
par la mot d'Aimard Henri de Mouret
de Grolée , Comte de Peyre , Seigneur de
Pagas , à Jean Baptiste Felix-Hubert de Vintimille
, des Comtes de Marseille , & du Luc ;
apellé le Comte de Vintimille , né le 23 .
Juillet 1720. & Capitaine dans le Régiment
d'Anjou , Cavalerie , fils de Gafpard Magdelon-
Hubert de Vintimille , des Comtes
de Márfettle , Marquis du Luc , Lieutenant
Général des Armées du Roi , de la promotion
du Février 1738.
24.
Le 9. Mars Jean François de la Cropte de
Bourzac , Evêque & Comte de Noyon , Pair
de France , nommé à cet Evêché le 28. Août
1733 /& facré le 7. Novembre 1734. fut reçû
& prit féance au Parlement de Paris,après
avoir fait le ferment accoûtumé , en qualité
de Pair de France. On peut voir de voir de qui il eſt
fils dans le Mercure du mois de Mars 1738.
où .
MARS. 1739 583
où la mort du Comte de Bourzac , fon pere
eft raportée pag. 605..
Le premier de ce mois , troisiéme Dimanche
de Carême , le Roy & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château de Verfailles
la Messe chantée par la Musique. La
près midi Leurs Majestés assisterent à la Prédication
de l'Abbé Ardoüin , Chanoine de
l'Eglife Métropolitaine de Sens. Le Roy & la
Reine entendirent le 3. le Sermon du mê
me Prédicateur.
Le 8. quatriéme Dimanche de Carême
le Roy & la Reine entendirent la Messe
chantée par la Musique. L'après midi Leurs
Majestés affifterent à la Prédication.
Le 5. & le 10. le Roy & la Reine enten-
-dirent le Sermon du même Prédicateur.
Le 15. après midi , Madame & Madame
Henriette reçûrent dans la Chapelle du Châ
teau de Versailles le Sacrement de Confirmation
par les mains du Cardinal de Rohan
, Grand Aumônier de France . Le Roy
& la Reine , accompagnés de Monseigneur
le Dauphin assisterent à cette Cérémonie.
Le 22. Dimanche des Rameaux , le Roy
& la Reine fe rendirent dans la 'Chapelle du
HY Ja
584 MERCURE DE FRANCE
Château , où leurs Majestés assisterent à
la Bénédiction des Palmes , la quelle fut
faite par l'Abbé Brosseau , Chapelain de
La Chapelle de Musique , qui en présenta
une au Roy & une à la Reine . Leurs Majestés
assisterent à la Procession, & après l'Evangile
, Elles adorerent la Croix. Le Roy &
La Reine entendirent ensuite la grande Messe
, célébrée par le même Chapelain , &
chantée par la Musique . Monseigneur le
Dauphin entendit la même Messe dans la
Tribune.
L'après midi , Leurs Majestés entendirent
le Sermon du même Prédicateur , & ensuite
fes Vêpres , qui furent chantées par la Mu
sique.
"
Le 23. la Reine fe rendit à l'Eglife de la
Paroisse du Château , & S. M. y communia'
par les mains du Cardinal de Fleury , fon
Grand Aumônier.
Le 25. Mercredi Saint , L. M. entendirent
dans la même Chapelle l'Office des Ténébres
, qui fût chanté par la Musique.
Le 26. Jeudi Saint , le Roy entendit le
Sermon de la Cene du Pere Benjamin , Gardien
du Convent des Capucins de la ruë
Saint Honoré , après quoi l'Evêque de Tarbes
fit l'Absoute . Ensuite le Roy lava les
pieds à douze Pauvres , & S. M. les servit à
table. Le Duc de Bourbon , Grand - Maître
de
MARS 1739
585
de la Maison du Roy , à la tête des Maîtres
d'Hôtel , précedoit le Service , dont les plats
étoient portés par Monseigneur le Dauphin ,
par le Duc de Chartres , par le Prince de
Conty , par le Prince de Dombes , par le
Comte d'Eu , par le Duc de Penthievre , &
par les principaux Officiers de S. M. Après
cette Cérémonie , le Roy & la Reine entendirent
la grande Messe , & assisterent à la
Procession. Monseigneur le Dauphin , Madame
& Madame Henriette entendirent la
même Messe & l'Office
Le même jour après midi , la Reine entendir
le Sermon de la Cêne de l'Abbé de Ciceri,
Prédicateur ordinaire de laReine, & l'Evêque
de Tarbes ayant fait l'Absoute, S.M. lava les
pieds à douze pauvres filles & les servit à table.
Ee Marquis de Chalmazel , Premier
Maître d'Hôtel de la Reine , précedoit le
Service , dont les plats étoient portés par
Madame , par Madame Henriette , par Madame
Adelaïde , par Mademoiselle de Cler--
mont & par les Dames du Palais.
Le soir , Leurs Majestés assisterent dans la
Chapelle du Château à l'Office des Ténebres
, qui fat chanté par la Musique.
Le 27. Vendredi Saint , le Roy & la Reine
entendirent dans la même Chapelle , le
Sermon de la Passion de l'Abbé Ardoüin.
Leurs Majestés assisterent ensuite à l'Office
H - vj &
586 MERCURE DE FRANCE
& Elles allerent à l'Adoration de la Croix .
L'après midi , le Roy & la Reine entendirent
l'Office des Tenebres .
Le 28. Samedi Saint , Leurs Majestés assisterent
dans la même Chapelle aux Complies
& au Salut , pendant lequel l'O Filiz
fut chanté par la Musique. Monseigneur le
Dauphin , Madame & Madame Henriette ,
entendirent aussi le Salut.
Le 29. Fête de Pâques , le Roy & la Reine
assisterent dans la même Chapelle , à la
grande Messe , célebeće pontificalement par
TEvêque de Tarbes & chantée par la Musique
, Monseigneur le Dauphin entendit la
memê Messe dans la Tribune.
L'après midi , Leurs Majestés , accompa
gnées de Monseigneur le Dauphin , entendirent
le Sermon de l'Abbé Ardoüin , & ensuite
les Vêpres , auxquelles le même Prélat
officia.
Le même jour , le Roy fit rendre à l'Eglise
de la Paroisse du Château , les Pains benits ,
qui furent présentés par l'Abbé du Guesclin,
Aumônier du Roy en quartier.
>
Le 31. Madame & Madame Henriette
accompagnées de la Duchesse de Tallard
Gouvernante des Enfans de France , se rendirent
à l'Eglise de la Paroisse du Château
où elles firent leur premiere Communion
par les mains du Cardinal de Rohan , Grand
Aumônier de France,
>
Lo
MARS.
1739. 587
·
Le 2. Mars la Reine entendit dans son Salon
ce qui restoit à exécuter de l'Opera de
Pirame & Thisbé.
Le 7. le 9. & le 14. on chanta devant Sa
Majesté Amadis de Grece ; le Rolle de Melisse
fut rempli avec un très-grand fuccès
par la Demoiselle Huguenot , dont les
grands talens se dévelopent tous les jours
davantage.
Le 16. la Reine entendit par forme de
Concert fpirituel , deux Motets à grand
Choeur , coupés par une simphonie très - brillante
, sçavoir le De profundis & le Te Deum,
de la composition de M. Destouches , Sur-
Intendant de la Musique du Roy ; la même
Demoiselle Huguenot , & les sieurs Benoît
& Jeliote se distinguerent infiniment dans
les Récits , & l'on ne peut rien ajoûter à la
beauté & à la précision de l'exécution des
Choeurs & de la simphonie.
Le 3. de ce mois , les Comédiens François
représenterent à la Cour les Femmes Sçavantes
, & l'Eté des Coquettes.
Le 5. la Tragédie nouvelle de Mahomet II.
qui fut aussi goûtée qu'elle l'est à Paris , &
la petite Comédie du Roteur imprévû.
Le 10. le Joueur & les Vandanges de Su
renne .
Le 12. Iphigenie , & Criſpin , Rival de san
Maître A
388 MERCURE DE FRANCE
A la fin de ces deux dernieres repréfentations
la jeune Demoiselle Cammasse, qui s'est
fait l'année derniere une fi grande réputation
au Théâtre François , dansa avec l'aplaudissement
unanime de toute la Cour , les mêmes
caracteres de la danse , qu'elle avoit déja
exécutés à Paris , & trois petits Tambourins
, dont les pas sont de sa composition
& la Musique, de l'Auteur des caracteres de
la danse , c'est - à- dire , de M. de Granval
le pere.
Mesdames de France qui n'avoient pas vû
la Demoiselle Cammasse sur le Théâtre de la
Comédie , voulurent avoir leur part du plaisir
qu'elle avoit fait à toute la Cour Elle
dansa plusieurs Entrées dans leur Apartement
, dont elles parurent très - satisfaites , &
elles en témoignerent leur contentement à la
jeune danseuse , la plus célébre de son âge
n'ayant que dix ans accomplis. Elle a reçû
aussi beaucoup des marques de bonté de la
Reine , de Monseigneur le Dauphin , & c.
Nous remarquerons , puisque l'occafion s'en
présente ici , avec les plus grands connoisseurs
qui ont vû danser en dernier lieu la
Demoiselle Cammasse , qu'elle a acquis depuis
un an beaucoup de force pour s'élever
& pour former ses pas , & des graces fines
& piquantes au même dégré. Elle a été depuis
peu fort célébrée à Lyon , ( dont sa famille
MARS.
1739. $89
mille est originaire ) ainsi qu'à Dijon , en revenant
à Paris.
Le 4. Mars les Comédiens Italiens représenterent
aussi à la Cour , la Mere Confiden
te , & la Vérité Fabuliste.
>
,
Le 11. la Comédie nouvelle de l'Amant
Prothée , qui a été aussi goûtée à la Cour
qu'elle l'est à l'Hôtel de Bourgogne ; & pour
petite Piece , la Confpiration manquée , Parodie
de la Tragédie de Maximien , joüée au
Théâtre François l'année derniere.
Le rs. Mars, Dimanche de la Passion , l'Académie
Royale de Musique donna le premier
Concert Spirituel au Château des
Thuilleries , & il a été continué differens
jours jusqu'à la fin du mois. On y a exécuté
plusieurs excellens Motets de Messieurs de
la Lande , Bernier & Gilles , & d'autres
Maîtres Modernes , lefquels ont été fuivis
d'excellentes pieces de simphonie , executées
sur le Violon & la Flute par les sieurs Gui
gnon , Cupis & Blavet. Ön donna le 31 .
un Motet à grand Choeur du sieur de
Mondonville , qui fût goûté & généralement
aplaudi par une très-nombreuse assemblée.
Le même Auteur exécuta ensuite
sur le Violon un Concerto de sa composition,
dont
390 MERCURE DE FRANCE
•
dont l'exécution parut aussi admirable que
singuliere aux plus grands connoisseurs.
,
Le même jour , le Chevalier Servandoni
exposa aux yeux du Public dans la grande
Salle des Machines du Château des Thuilleries
, la superbe représentation de l'Histoire
de Pandore , que nous avons annoncée dans
le dernier Mercure avec l'explication de
tout ce qui devoit y être représenté. L'éxécution
a très-bien répondu presque à tous
égards , quoique très compliquée, à l'heureux
génie de l'Auteur & à son vaste projet. La
richeffe de l'Architecture , les belles formes,
les divers mouvemens & la distribution des
jours & des ombres par les transparans , les.
accidens de lumieres , & tout ce que l'art de
l'Optique , de la perspective & de la peinture
ré peuvent fournir pour une décoration éclatante
, capable d'étonner & de satisfaire l'esprit
& les yeux , y ont été employés . Le Chevalier
Servandoni doit être bien content des
aplaudissemens du Public & de son empressement
pour voir un Spectacle , aussi neuf
que magnifique .
REMARS.
و ل
1739
REJOUISSANCES faites à Grenoble , an
sujet de la Promotion de M. l'Archevêque
d'Embrun au Cardinalat. Extrait d'une
Lettre de M. *** écrite le 18. Mars 1739.
I
L étoit naturel la Ville de Grenoble se disque
tinguât par les témoignages de la joye qu'elle a
ressentie de cet Evenement. Elle se fait trop de
gloire que cet Illustre Prélat ait pris naissance dans
son sein, pour n'avoir pas cherché à lui donner des
marques de l'interêt qu'elle prend à son Elevation :
aussi fut-il déliberé dans une Assemblée de l'Hôtel
de Ville , que les Consuls iroient féliciter sur ce
sujet M. de Tençin , Président à Mortier Hono
raire au Parlement de Grenoble , frere aîné du
Cardinal , & Chef de cette Maison , & qu'ils conviendroient
avec lui d'un jour indiqué pour en faire
des Réjouissances publiques ; les ordres qui furent.
donnés en consequence , furent executés avec exactitude
par un Peuple qui les attendoit avec empres
sement.
Dès les sept heures du soir du Vendredi 13. Mars,
toutes les rues furent , en moins d'un quart d'heure
, illuminées , de façon à ne pas faire regreter
l'éclat du plus beau' jour ; il étoit aisé de s'apercevoir
que tous les Habitans , animés d'un même es◄
prit , s'étoient étudiés à marquer que leur coeur
avoit plus de part à ce qu'ils faisoient , que l'o-.
béissance qu'ils devoient à leurs Magistrats ; tous
les Particuliers avoient éclairé les fenêtres de leurs
Maisons ; & la difference du plus au moins qui s'y
trouvoit , formoit une agréable varieté qui relevoit
l'effet des Illuminations les plus marquées & les plus
brillantes ; celles - ci servoient encore à indiquer les
Parens
592 MERCURE DE FRANCE
Parens & lesAmis de la Maison de Son Eminence, &
ceux qui y sont attachés, qui sont en grand nombre.
Les Consuls , à l'Hôtel de Ville , avoient donné
l'exemple . Toutes les Croisées du Bâtiment , qui le
compose , de même que celles de l'Hôtel de l'Inten
dance, qui en dépend , étoient garnies de Lanterne
aux Armes de Son Eminence. Un grand nombre de
Pots à feu rangés sur la Terrasse , & tout autour
des murs d'un vaste & beau Jardin qui y est attenant
, faisoient qu'on y voyoit aussi clair qu'en
plein midi ; surtout dans la grande Allée de ce
Jardin , où l'on avoit attaché aux arbres , un double
rang de Lanternes d'un verre fort blanc ; tout
cela étoit encore relevé par plusieurs fusées qu'on
voyoit partir à chaque instant , & par tous les agrémens
qu'un temps calme & serein peut donner à
une semblable Fête.
" Toutes les Communautés Religieuses tant
d'Hommes que de Filles , avoient cherché à se dis
tinguer , chacune dans un goût different , en illuminant
leur Convent par des Pots à feu , des Lampions
, des Lanternes aux Armes de S. E. le tour
arrangé dans l'ordre le mieux entendu . On remarquoit
avec plaisir ceux des Cordeliers , des Jacobins
, des Dames de Sainte Marie d'en haut , le
College des Jésuites , & l'Hospice de S. Antoine.
Il faudroit nommer toutes les Maisons Religieuses
, si je voulois rendre justice à ce que chacune a
executé , pour signaler son zele ; toutes ont partagé
les suffrages , ensorte qu'on seroit embarrassé de
donner la préference à aucune. Les Dames de
Montfleury, qui sont hors de la Ville , ne se sont
pas oubliées en cette occasion . Leur Monastere
tout bâti en Terrasse , & assés élevé sur la Côte de
la Montagne , dont il a tiré son nom ,
étant plus
susceptible qu'un autre d'être embelli , fut illuminé
d'une
MARS. 17398
593
Pune maniere qui faisoit un très - bel effet , quoique
dans un point de vûë assés éloigné .
Le Public s'attendoit bien à trouver chés les prohes
Parens de S. E. un Spectacle digne de sa cu
fité ; il n'a point été trompé dans son attente ;
le Président de Tencin n'avoit rien épargné
, óur la fatisfaire : fon Hôtel , vaste & superbement
Dâti , est izolé ; la façade du côté de la Cour , est
percée de 30. croisées , & regarde une grande ruë :
tout autour de ces croisées on avoit attaché des
Lampions fort serrés les uns contre les autres.
Plusieurs rangs de pareils Lampions remplissoient
les jambages & la corniche de la porte du vestibule,
au dessus de laquelle on avoit placé un grand
Ecusson aux Armes de Son Eminence , qui sont
un Chêne arraché de sinople en champ d'or , au chef
de gueules , chargé de trois bezans d'argent. Le Cha
peau & le Cordon servans de timbre , étoient pro
fités de Lampions : il y en avoit à toutes les houpes,
& dans les Armes même , où on les avoit disposés .
de façon que leur éclat faisoit un effet charmant.
On étoit agreablement surpris en découvrant cette
Hlamination dès l'entrée de la rue à laquelle elle
faisoit face , & elle ne perdoit rien de sa beauté en
P'examinant de plus près. Tout autour de la Cour,
on avoit formé des Portiques de verdure, qui étoient
éclairés dans le même goût , & terminés par deux
Fontaines de Vin , une de chaque côté de la Porte
de la Cour en dedans ; c'étoit-là , où le Peuple , sans
tumulte & sans confusion , venoit remplir des cruches
, sans se livrer à aucun excès. Pendant tout le
temps que dura cette Fête , une Symphonie de
Trompettes , de Hautbois, & de Violons se fit entendre
par reprises , & le plaifir des Aſſiſtans fut
encore réveillé par plufieurs Fusées volantes , & c.
M. de Baral Préfident à Mortier , & proche '
Parent
$ 94 MERCURE DE FRANCE
=
Parent de S. E. avoit fait illuminer son Hôtel d'une
maniere fort ingénieuse ; on voyoit à la principale
Porte d'entrée , differens corps d'Architecture, formés
par des Lampions attachés sur la boiserie. La
Cour , parfaitement bien éclairée , étoit ornée de
plusieurs Portiques de verdure ; & tout au fond ,
vis à vis la principale Porte , on voyoit un grand
Miroir concave à facetes , d'environ 3. pieds de
diametre , qui réflechissoit la lumiere de plusieurs
Pots à feu , mis à une diſtance convenable , pour
que les effets de cette réflexion fussent plus variés
& plus surprenans .
Je ne finirois point , fi je voulois entrer dans le
détail de ce qu'offroient les Illuminations des Hôtels
des autres Parens de S. E. entre lesquels celles
de M. Bailly , Premier Préſident à la Chambre des
Comptes , & de M Dumotet , Conseiller au Parlement
, étoient dignes de remarque . Le Peuple
en foule , parcou oir avec empressement ces differens
Endroits de même que toutes les rues , où il
sçavoit que sont situés les Hôtels des Perfonnes les
plus distinguées de la Ville .
Les RR. PP Minimes remirent au Dimanche
suivant les témoignages qu'ils vouloient donner de
leur joye ; ils n'avoient pas eu assés de temps pour
se préparer , ayant voulu illuminer tout le grand
Portail de leur Eglise , élevé d'environ ſept toises
sur cinq de largeur , & précedé d'un grand Perron,
&c. Des Globes , des Lustres , des Colomnes , &c.
figurés & illuminés par des Lampions ou par des
Pots à feu , ornoient du haut en bas ce Portail , de
même que les deux aîles qui regnent sur le Perron .
Toutes les fenêtres du Convent de ces Peres , tant
celles qui donnent sur la ruë , que celles qui ont
leur vue sur le Jardin , étoient éclairées de même.
Le grand nombre de Fusées qu'on jettoit , embellis-
}
soit
MARS.
1739. - 595
>
soit ce Spectacle , qui étoit d'autant plus frapant
que l'attention qu'on y donno t , n'étoit point partagée
, comme elle l'avoit été le Vendredi précedent
par d'autres Spectacles .
Je finirai ma Lettre M. par un Madrigal , qui a
été adressé au nouveau Cardinal.
T
MADRIGAL ,
U sçus fibien servir & l'Eglise & l'Etat ,
Si bien concilier l'une & l'autre Puissance ,
Dans tes Ecrits , garands de ta science ,
Que toutes deux , très illustre Prélat ,
Te devoient par reconnoissance
Les honneurs du Cardinalat.
Elles n'ont donc rien fait que remplir notre attente :
Mais chacun convient avec moi ,
Que Rome en te parant de sa pourpre éclatante ,
Fait elle autant que pour toi.
Li
pour
AUTRE DETAIL.
E 13. Mars les Consuls en Chaperon , se rendirent
à la tête des Officiers de la Ville chés M ,
le Président de Tençin , & chés Madame la Com
tesse de Grolée , pour leur faire compliment. Le
soir il y eut Illumination dans toute la Ville et ungrand
Feu d'atifice , au bruit de l'Artillerie & du
son des Trompetes.
Ceux qui se font le plus diftingués par leur zele
et les magnifiques Illuminations de leurs Hôtels
sont , M. de Grammont Premier Préfident du >
Par596
MERCURE DE FRANCE
Parlement , et Commandant de la Province , M. de
la Tour , Procureur Géneral , Mrs. les Préfidens de
Baral , de Bardonenche , & de Vaux , M. Bailly ,
Premier Président de la Chambre des Comptes ,
M. le Marquis de St. André , M. le Marquis de
Marcieu , Gouverneur de la Ville ; géneralement
toutes les Communautés , & surtout les Jésuites ,
les Minimes , les Dames de Montfleury. L'Hôtel
de l'Intendance s'eft singulierement distingué . Le
Peuple fit paroître une joye extraordinaire , en
criant par les rues Vive le nouveau Cardinal pour
la gloire de la Patrie et le bien de la Religion . On
a reçû avis qu'à l'imitation de la Capitale , les autres
Villes de la Province de Dauphiné , glorieuse du
premier Cardinal , né chés elle , faisoient partout
des Réjouissances publiques , et qu'Embrun s'étoit
surpassé dans cette occasion.
LE PORTRAIT.
Tu veux
A Mile B ***
U veux donc , jeune B ***
Que je me peigne trait pour trait ;
Cet ouvrage eft peu difficile ,
Quatre Vers feront mon portrait.
Conftant dans mon indifférence ,
Sage , & libertin tour à tour ;
Si je recherche encor l'Amour }
. C'est lorsqu'il prend ta reffemblance .
D'Arnaud.
DISCOURS
MARS.
597 1739.
-DISCOURS de M. le Duc de Villars
Gouverneur de Provence , prononcé dans
l'Assemblée des Etats de cette Province
tenue à Lambesc le 12. Janvier,
MESSIEURS ,
Convoqués par les ordres et sous l'autorité du Roy ,
dans ces jours destinés à lui donner des marquespubliques
de votre zele , vos dons font offerts par un amour
libre , encore plus que par les motifs de l'obéissance.
Mais , Mrs. si cette Province s'est toujours signalée
par un attachement inviolable à nos Rois , si leurs volontés
ont toujours fait sa regle , combien cette ardeur
doit - elle être redoublée aujourd'hui , que la Nation entiere
est comme au comble de sa gloire , et qu'elle ne
voit que des présages de l'accroissement de son bonheur?
sagesse
Nous vivons sous un Regne , où nos Frontieres ont
été glorieusement reculées , où de grandes Provinces
sant devenues le prix de nos Victoires et de la
des Traités , oùla Paix , dont la douceur sefait déja
sentir , va pour jamais éteindre la Discorde , et poser
l'inébranlable fondement de lafélicité de l'Europe. Ce
qu'ily a de plus flateur , nous vivons sous un Roy ,
qui fait regner avec lui la justice et l'humanité , sous
un Roy , dont les vertus nous rendent précieuse la squ➡
mission que notre naissance nous rend nécessaire , sous
un Roy , persuadé que sa dignité suprême n'a rien de
plus grand que de pouvoir le bien , ni rien de meilleur
que de le vouloir ; et , pour tout dire , sous un Roy
occupé seulement à rendre à ses Sujets sa domination
aussi aimable par ses bienfaits , qu'elle est redoutable
ses ennemis par sa puissance.
?
Vos efforts pour lui plaire , Mrs, connoîtront-ils des
bornes
598 MERCURE DE FRANCE
bornes , lorsqu'il n'en met point lui- même à ſes bonés
Autrefois dans des jours moins heureux , des fecours
redoublés jusqu'à l'épuisement , les timides prévoyances
d'un avenir plus triste pouvoient allarmer
le zele des Sujets . Qu'auront- ils à craindre maintenant
, que la Providence leur conserve un Ministre né
pour la gloire de la France et pour le bonheur de l'Europe
? Il ne leur reste qu'à se reposer sur sa sagesse, Sa
vigilance et son amour pour eux iront au- delà du besoin
, et préviendront même leurs souhaits . C'est donc,
Mrs. avec la plus vive joyé que j'exécute aujourd'hui
les ordres du Roy , et qu'ayant l'honneur de paroître
pour le plus grand et le meilleur de tous les Maitres ,
je porte la parole à une Assemblée , qui a sçû se rendre
si digne de son estime , de son attention , et de sa
bienveillance.
9
De quelque côté que je tourne mes regards dans
cette Province , j'y vois tous les mérites réunis . L'Il-
Lustre Archevêque , qui préside ici , et dont les qualités
donnent à son rang plus de lustre , qu'elles n'en
reçoivent de sa Naissance , des Prélats aussi distin
gués par leur zele , que par leurs talens , un Corps de
Noblesse plus recommandable encore par ses vertus
que par son ancienneté , dont la valeur retrace et perpétue
celle de ses Ancêtres ; et qui , après s'être exposée
pour le service de l'Etat , consacre tous ses talens
dans des temps plus paisibles , au service de son Pays ,
des Magistrats Interpretes éclairés des Loix , comme
elles sans passion , sans autre interét , que celui de
rendre les hommes plus amis , plus sages et plus heureux
, des Citoyens actifs et animés par le feul zele de
La Patrie.
Dès mes plus tendres années , Mrs , j'étois prévenu
des plus hautes idées , pour une Province qui devoit
m'être si chere , et à laquelle je devois apartenir un
jourpar les titres les plus forts . Combien les noeuds se
sont
"
M.ARS. -1739 .
رو
ont-ils serrés , depuis qu'il m'est permis de la con
noitre mieux ? Je n'avois apris de loin qu'à l'estimer.
Je sens en la voyant de près , les droits qu'elle a sur les
coeurs , et si vous me permettez de le dire , le tendre
Attachement que je lui dois. Pénetré des marques glo-
*rieuses que je reçois de son amitié , toute occasion de
signaler ma reconnoissance , me serachere , et je mettrai
mon bonheur à les trouver. C'est avec ces dispositions
, Mrs , quej'aurai l'honneur de rendre compte
au Roy des vôtres , et du concert aussi`prompt qu'undnime
, dont je vais être le témoin. Le Maître que nous
servons sera sensible à tant de zele ; souffrez que d'a❤
vanceje vous félicite des nouvelles marques de bonté
qu'il vous est permis d'en attendre.
M. de Gourdon , dont vous connoissez , Mrs. les
talens et la probité , vous'expliquera plus en détail les
intentions de S. M.
VEANGEANCE pour plusieurs aimablas
perfonnes chanfonnées.
Qu
Uoi! par vos -rimes fatiryques
Vous pensez donc nous allarmer è
Vous euffiez été moins cauftiques ,
Si nous avions pû vous aimer.
Pauvres Amans , un peu de rigueur
Fait qu'à l'inſtant même
Votre amour extrême
Devient fureur,
400 MERCURE DE FRANCE
Un petit Maître téméraire ,
Qui fent qu'on veut le mépriſer ,
Brife dans fa folle colere
L'Idole qu'il vient d'encenfer.
Nous bravons ces indignes armes
Que forge un impuiffant courroux ;
Și nous poffedions moins de charmes ,
On nous porteroit moins de coups.
M. de Gouve.
DISCOURS de M. le Duc de
Richelieu , aux Etats de Languedoc ,
le jour de l'Ouverture des Etats.
MESSIEU ESSIEURS ,
Le Roy , en vouspermettant de vous assembler toutes
les années , reçoit toujours de vous de nouvelles
marques de votre attachement pour fa Personne et
pour son Etat. Il trouve dans les effets de votre zele
de nouveaux motifs aux sentimens de prédilection que
cette Province mérite par la sagesse de son Administration
, et par les grands Hommes qu'elle produit.
Celui qui preside au Conseil de S. M. et au bonheur
de toute l'Europe , veille également au soulagement
du Peuple et aux besoins du Royaume . Ces grands
interêts si difficiles à concilier , quoiqu'inséparables
seront exposés avec confiance à une Assemblée , dont
les différens Ordres concourent unanimement au Bien
de l'Etat.
Son Chef, que ses vertus aimables et son Sang illustre
MARS. 1739. 6ot
lustre mêlé avec celui de nos Rois , rendent si digne
de vous présider , ces Prélats respectables , qui tiennent
parmi vous un rang si distingué , après avoir
fait briller dans leurs Diocèses les vertus de l'Episcopat
, viennent employer ici pour le service de la Province
, les talens que l'esprit éclairé par l'étude etfortifié
par l'expérience , donne pour le Gouvernement.
La Noblesse , qui , pour l'ordinaire , n'offre à sa
Patrie que le sacrifice de son sang et de ses biens , fait
voir dans cette Province , où elle est employée à l'Administration
, que l'intelligence des affaires et l'aplication
nesont pas incompatibles avec le courage héréditaire
dans les grandes Maisons . Elle ne cede en rien
à la prudence de ceux que les Communautés ont choisi
pour leur confier leurs interéts , et qui répondent si dignement
à un choix qui fait leur éloge.
Quelque flateur qu'il soit pour moi de me trouver
dans une Assemblée aussi auguste , je puis vous assurer
, Mrs, que je suis moins ébloui de la Place distinguée
que j'ai l'honneur d'y occuper , qu'animé du désir
d'en mériter une dans vos coeurs ce qui est l'objet
de mes voeux et la regle de ma conduite .
Le Dimanche 7. Janvier , vers les trois heures
après midi , presque tous les Habitans de Gignac ,
petite Ville à quatre lieues de Montpellier , étoient
dans l'Eglise Paroissiale , pour assister aux Vêpres.
Le S. Sacrement étoit exposé. Pendant qu'on chantoit
le troisiéme Pseaume , le Clocher s'éboula
tout- à coup . Tout le monde fut si étourdi du bruit
de la chûte , qu'on ne sçavoit de quel côté se mettre
à l'abri des ruines. Ceux qui se trouvoient au
milieu de l'Eglise et dans le fond , se déterminérent
malheureusement à fuir du côté de la porte ,
et furent ensevelis sous les ruines. Ceux qui vinrent
en foule se réfugier dans le Choeur , éviterent
I ij . à la
602 MERCURE DE FRANCE
#
à la verité une mort aussi affreuse , mais ils ne craignirent
pas moins de périr , la chûte du Clocher
entraîna celle, de la voûte , qui tomba tout-a- coup ,
er forma un nuage de poussiere , capable encore de
les , étouffer. Lorsqu'elle fut dissipee , on vit ceux
que les ruines avoient , pour ainsi dire , épargnés ,
dans un état bien plus triste que celui des morts
par l'image qu'ils en representoient. Leurs cris confus
excitoient la pitié dans le coeur de ceux qui les
entendoient , mais la crainte de partager leur sort
les retenoit , et les empêchoit, de leur donner du
secours. Enfin on trouva moyen d'écháper au péril.
La fenêtre de la Sacristie fur l'issue par où l'on se
vit delivré du danger , et par- là les mourans furent
secourus. On ôta les décombres , et on trouya 106.
personnes mortes , parmi lesquelles il y avoit des
enfans à la mammelle et des femmes enceintes . Le
nombre des blessés fut presque aussi considerable
et plusieurs furent à peine portés dans leurs mai
sons , qu'il fallut les reporter dans l'Eglise , pour
y être ensevelis.
CANONISATION de S. J. F. Regis.
Extrait d'une Lettre écrite de la Fleche
le 8 Mars 173.9.
MONSIEUR ,
Les RR. PP. Jéfuites opt célebré ici le mois de
Janvier dernier , la Canonifation de S. Jean François
Regis , avec toute la magnificence qu'on pou
voit attendre d'une Maifon Royale & d'un des plus
beaux Colleges qui foit en Europe. Entre toutes les
chofes qu'on a admiré , l'Illumination dont l'Eglife
de ces Peres a été éclairée pendant huit jours confécutifs
M A K'S . 17391 603*
fécutifs , a mérité fur tout l'aprobation des Cónnoiffeurs.
Quelques- uns ont avoué qu'elle effaçoir
tout ce qu'ils avoient vu de plus frapant en ce genre
, même à Paris. Pour vous en donner une jufte
idée , représentez - vous un Autel d'un deffeia noble'
&fomptueux , qui difparoît fous une quantité prodieufe
de lumières , fans cependant rien perdre de
la beauté de ſa ftructure : Figurez-vous que tour
ce que l'ordre Corinthien a d'ornemens , foit copié
& caractérisé par ces mêmes lumieres artiſte
ment apliquées & diftribuées avec une ingénieufe
fymétrie. Tel étoit , Monfieur , le fuperbe & magnifique
coup-d'oeit que préfentoit le grand Autel
de l'Eglife des Jéfuites , ainfi illuminé. Diſpen-'
fez-moi de vous faire un détail exact de chaque*
chofe ; voici feulement ce que j'ai remarqué en
gros. Et d'abord , à commencer par le bas de l'Aurel
, tout le contour , large au moins de quarante
pieds , étoit femé d'un grand nombre de petits
cierges , qui , éloignés les uns des autres de trois
doigts & placés par étages , repréſentoient divers
deffeins des mieux entendus. Au bas de chaque
colonne s'élevoit un ceintre doré , garni pareillement
de plusieurs cierges. "
..
Le milieu de chaque cintre étoit occupé par une
Figure d'argent . Sur l'Autel paroiffoient 24. Chandeliers
d'argent , artiftement rangés für les gra
dins. Ils étoient chargés chacun d'un cierge de
deux livres , & l'efpace qu'ils laiffoient entre eux
étoit rempli par des Figures d'argent , qui se répondoient
parfaitement. Derriere le Dôme du Tabernacle,
devant le Tableau du Maître Autel , on
avoit placé celui du Saint , avec son Cadre doré ,
de la hauteur de cinq pieds. Un autre Cadre cintré
garni de glace peinte en façon d'écaille , ſervoir
comine de Portique au premier & annonçoit le
I jij Saint
604 MERCURE DE FRANCE
Saint par deux Anges foutenant une Couronne de
fleurs .
Deux grandes Piramides de lumieres s'élevoient
enfuite aux deux côtés & formoient par le haut
avec les lumieres de la Bordure cintrée , une espece
d'Arc de Triomphe. Tout ce bel ordre & cette suite
de lumieres du bas de l'Autel , faifoient aux yeux
un effet admirable . Mais le haut & les côtés , qui
étoient illuminés , comme je vous ai dit felon
Pordie d'Architecture , fixoient encore bien davantage
l'admiration des Spectateurs .
On remarquoit dans les deux Angles du premier
ordre , deux grandes Piramides cintrées à six étages,
chargées de 82. cierges chacune . Deux Fleurs de
Lys de lumieres , de la hauteur de quatre pieds ,
parfaitement bien deffinées , étoient placées en
perfpective dans l'entre- deux des côtés . Un grand
Nom-de-Jefus , formé par des Lampions , de la
hauteur de huit pieds , occupant le milieu , fembloit
dominer fur toute l'Illumination . Les Vafes
d'Architecture, au nombre de 17. auffi bien que les
Globes de Marbre avoient , pour ainsi dire , changé
de matiere , sans avoir changé de forme. Tout cela
n'étoit plus que lumiere , fans aucune confufion
cependant , de forte qu'on eût pû diftinguer ifément
une fleur d'avec une autre fleur . Enfin une
fuperbe Couronne en Lampions , de la hauteur de
huit pieds & deux brillantes Etoiles qui paroissoient
s'échaper du haut de la voute , terminoient
heureusement un fi magnique Spectacle . Je ne vous
parle que de l'Autel , fans faire mention de deux
grandes Tribunes qui forment entre elles un demi
périftile, & joign nt dans leur long circuit , le Sanc
tuaire à la Nef , & qui étant illuminées , préfentoient
aux yeux un double Amphithéatre de lumieres,
des plus beaux qu'on puiffe imaginer.Je ne
dis
MARS. 605 * 1739.
dis rien des autres Illuminations du bas de l'Egliſe ,
dont la defcription me meneroit trop loin . Je ne
vous marquerai pas non plus le nombre des lumiéres
; jagez- en par celles dont l'Autel feul étoit illuminé
; on en a compté jufques à 200. En un
mot , Monfieur , je vous avouerai que je n'aurois
jamais cru qu'on pût tenter en Province d'aussi
belles chofes & encore moins les executer avec un
fuccès fi brillant . Le Frere Champy , Jéſuite , qui a
conduit tout cet ouvrage , a entierement juftifié par
là l'idée qu'on avoit déja de fon induſtrie , & ſur
tout de fon goût marqué, pour les Décorations. Je
fuis , Monfieur , &c.
ODE en l'honneur de Saint Jean- François
REGIS.
129
D'où part la lumiere brillante 'Ou
Qui frape mes sens éblouis !
Est- ce le Ciel qui me présente
L'heureux triomphe de Regis ?
Grand Dieu , quel éclat l'environne !
C'est ta bonté qui le couronne ,
Et qui seule fait sa grandeur.
Souffre que
d'un regard avide
Et prenant mon amour pour guide ,
J'aille contempler sa splendeur .
*
Ce spectacle est -il pour les hommes ,
Tant qu'ils languissent ici bas
I J
Non,
606 MERCURE DE FRANCE
Non , infortunés que nous sommes
Nous l'achetons par le trépas ;
Avant que d'éclairer le Monde ,
Il faut que dans le sein de l'Onde
Le Soleil caché son flambeau ;
Pour voir le séjour adorable
Il faut que l'homme misérable
Passe par la nuit du tombeau.
*
Privés des célestes Spectacles ,
Cherchons Régis dans ses travaux
La Terre féconde en Miracles ,
Sçaura nous peindre son Héros ;
S'il regne au-dessus du Tonnerre
C'est qu'il mérita sur la Terre
L'éclat dont il est revétu ;
Dieu qui couronne la victoire ,
Trace le Tableau de la gloire
Sur l'image de la vertu
*
A peine sorti de l'enfance ,
Il chérit la Loi du Seigneur.
Les doux charmes de l'innocence
Font les délices de son coeur.
Mais que dis-je ? si jeune encore ,
Connoît-il le Dieu qu'il adore à
Ah !
MARS. 607
1739.
Ah ! cessons d'en être surpris :
Quand c'est l'amour qui sert de maître
Il semble en commençant de naître ,
Que les grands coeurs ont tout apris.
"
Des bras d'une Famille en larmes
Déja je le vois s'arracher ;
Les soupirs sont de foibles armes
Contre le Dieu qu'il va chercher ;
Les pleurs d'un amour légitime
Ne font qu'embellir la victime
Qu'il offre au Dieu maître des coeurs,
Telle une fleur qui vient d'éclore ,
Emprunte des pleurs de l'Aurore
L'émail des plus belles couleurs, ...
A l'ombre de la solitude
Dans un repos labotieux ,
Vainqueur de lui - même il prélude
A des combats plus glorieux ;
Contre un monstre , assemblage énorme
D'impietés & de réforme
C'est peu d'être armé de la Foi ;
A l'hypocrite qu'il abhorre
Regis veut oposer encore
Tout l'héroïsme de la Loi,
I Mais
608 MERCURE DE FRANCE
Mais bien-tôt l'Eglise éplorée
L'apelle vers ces Régions ,
Où regne l'Erreur entourée
Des infernales légions ;
Rochers , Montagnes effroyables ,
Vos précipices redoutables
N'étonneront point ses regards ;
La Foi sur ses pas invincibles
Investira ces Monts terribles
Dont l'Erreur a fait ses remparts.
*
Déja la Nature est vaincuë ,
Il a franchi ces Monts affreux ,
Qui semblent vouloir dans la nuë
Cacher leur sommet orgueilleux ;
L'impieté , l'hypocrisie ,
Le fanatisine l'hérésie ,
Voilà ce qui reste à dompter.
11 paroît ; sa vertu décide
Contre le Novateur perfide ,
Et Rome se fait écouter.
*
Quelle suite d'heureux trophées !
L'Eglise rentre dans ses droits
L'Erreur , la Discorde étouffées ,
Ne
MARS. 609 1739
Ne dictent plus d'indignes Loix ;
Ainsi qu'après un sombre orage
L'Astre du jour sort du
nuage
Armé de plus vives clartés ,
L'Eglise , après l'horreur du schisme ,
Sous le vainqueur du Calvinisme
Brille de nouvelles beautés,
*
Climats chéris , où sa tendresse
Versa tous les dons de l'amour ,
Joignez vos Concerts d'allegresse
Aux chants de la céleste Cour ;
Echapés à tant de tempêtes ,
Signalez vous par mille Fêtes
Dignes d'un tel Liberateur ;
Tout vous interesse à sa gloire ;
Le souvenir de sa victoire
Est celui de votre bonheur.
*
C'est la France qui t'a vû naître
Son Soleil éclaira tes jours , 1
Regis , près du souverain Maître
Elle se promet ton sécours ;
g
Comme on voit le Laurier fidele ..
Etendre son ombre immortelle
}
Sur la Terre qui l'a porté
I vi Guids
610 MERCURE DE FRANCE
Guidé par la reconnoissance ,
C'est à toi de couvrir la France
Sous les aîles de ta bonté.
H. DE BULONDE , D. L. C. D. J.
MORTS , MARIAGE , &c.
LE
E nommé Antoine Aigueberes , eſt mort dans la
Paroiffe de Frenton , en Languedoc , âgé de
100. ans accomplis .
Le 16. Fevrier , Jean Vivant , natif de Paris ,
Evêque de Paros dans l'Archipel , in partibus Infidelium
, Suffragant de l'Evêché de Strasbourg , facré
le 8. Octobre 1730. Docteur en Théologie de
la Faculté de Paris , de la Maiſon et Societé de Sonbonne
, du Mai 1686. mourut à Strasbourg
dans la 79. année de fon âge , étant né au mois
d'Avril 1660. Il avait été fucceffivement Promoteur
des Caufes de la Cour Archiepifcopale de
Paris , reçû Chanoine de l'Eglise de Paris , le
4. Juin 1698. et Curé - Chefcier de l'Eglife
Collégiale et Paroiffiale de S. Merri à Paris le 7.
Octobre 1710. Il réfigna cette Cure en 1717.
Louis Mettra , fon neveu . Après la mort du Pape
Clement XI . il accompagna à Rome le Cardinal
de Rohan , et fut ſon Conclaviſte au Conclave dans
lequel fut élú Innocent XIII . Pendant ſon ſéjour à
Rome , Jean- Paul Bignon lui ayant résigné le
Doyenné de l'Eglife Royale et Collégiale de S.
Germain l'Auxerrois , il en prit poffeffion par Procureur
le 22. Juillet 1721. Il fut fait Official de
Paris au mois de Novembre 1728. et ayant été dé-
Agné Suffragant de Strasbourg au mois de Juillet
>
17291
MAROS 1739. 611
1719. il réfigna alors fon Doyenné , et fon Canonicat
de S. Germain l'Auxerrois . Il étoit frere aîné
de François Vivant , Chantre de l'Eglife de Paris ,
qui eft âgé de 76. ans.
Le même jour , Gafpard de Fogaffes de la Baftie,
Prêtre du Dioceſe d'Avignon , Docteur en Théologie
de la Faculté de Paris , du 13. Mai 1702.
Chanoine Honoraire depuis 1717. & Grand Archi
diacre de l'Eglife Cathédrale de Chartres , depuis
1709 , Abbé Commandataire de l'Abbaye de N. D.
d'Ardennes , près de Caën , Ordre de Prém . Dioc ."
de Bayeux , depuis le.s. Avril 1709. Vicaire Gene
ral de l'Evêque de Chartres , et Député de la Chambré
du Clergé du Dioceſe de Chartres , mourut dans
cette Ville,âgé d'environ 65.ans . Il étoit frere puîtë
de Pierre de Fogaffes , Seigneur , Marquis de la
Baftie dans le Comtat Venaiffin ,, ci- devant Envoyé
Extraordinaire du Roy à Florence , qui a épousé
Anne- Thérefe de Brancas , foeur de l'Archevêque
d'Aix , et de l'Evêque de Lifieux , de laquelle il a
entr'autres enfans , Louis - Henri de Fogaffes de la
Baftie , Prêtre , Chanoine , et Haut- Doyen de l'Eglife
Cathédrale de Lifieux , Vicaire General de l'Evêque
de Lifeux , fon oncle , et ci-devant Chanoine
de l'Eglife Cathédrale de Chartres ; et Jean-
Jofeph de Fogaffes d'Entrechaux de la Baſtie , Prétre
, Chanoine , et Archidiacre de Princerais dans
PEglife de Chartres , Abbé Commandataire de
P'Abbaye de Jofaphat , O. S. B. D. de Chartres ,
et Vicaire General de l'Evêque de Chartres.
-
Le as D. Angelique - Marie Damaris Eleonore
Turpin de Criffé , Epoufe d'Armand - Gabriel de
Crux , Marquis de Montaigu , Vieille Vigne ,
Grand-Lieu , &c . autrefois Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , avec lequel elle avoit été mariée le
17. Août 1709. mourut à Paris , âgée d'environ
1.00
612 MERCURE DE FRANCE
fo. ans , laiffant pour fille unique Eleonore- Ga→
brielle- Loüife- Françoiſe de Crux , mariée le 10.
Fevrier 1733. avec Jean- Victor de Rochechouart
Marquis de Blainville , apellé le Comte de Mortemart
, fait Colonel du Régiment de Dauphiné le
20. Février 1734. La Marquife de Crux étoit fille
unique de feu Philipe - Charles Turpin , Comte de
Criffé , & de Vihers , Baron de S. Maxire et d'Eleonore
de Mefgrigny , Marquife de Bonnivet ,
Comteffe de Belin , Dame de la Châtellenie de
Cheneché , fa veuve , laquelle s'étoit remariée au
mois de Juin 1701. avec Jean-Ferdinand , Comte
de Pottiers , et de Wagnée , Seigneur de Gouaix ,
et de la Franche- Comté en Thiange , Gentilhomme
Liégeois , Colonel d'un Regiment de Dragons au
Service de France , duquel elle a eu Eleonore -Henriette
de Pottiers , mariée au mois de Mai 1723 .
avec Bleickard , Comte de Helmftat , ſon couſin ,
Baron du S. Empire , ci-devant Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie au Service de France.
Le 28. Dame Marie - Marguerite - Radegonde de
Mefgrigny, Dame de Vivonne , en Poitou , et en
partie du Vidamé de Meaux , et Seigneurie de
Trillebardou , Epoufe de Benjamin - Louis- Marie
Frotier , Comte de la Côte-Meffeliere , Cornette
de la Compagnie des Chevau-Legers de la Garde
ordinaire du Roy , et Brigadier de fes Camps , et
Armées , avec lequel elle avoit été mariée le 25 .
Novembre 1721. mourut à Paris , âgée de 41. ans
9. jours , étant née au Château de Cerfigny , Pa
roiffe de S. Georges de Vivonne , Diocèfe de Poitiers
, le 19. Fevrier 1698. Elle a laiffé des enfans.
Elle étoit feconde fille , et héritiere en partie de
François- Romain - Luc de Mefgrigny Comte de
Belin , Marquis de Bonnivet , Comte de Brin , Ba
ron de Griffé , et du Boucher , Seigneur de la Châ
tellenie
MARS. 813 1739
tellenie de Cheneché , et des Seigneuries de Vivonne
, de Cerfigny , Vidame de Meaux et de Trillebardou
, & c. mort en 1712. et de Dame Marguerite-
Radegonde Beffay de Lerignem , fa feconde
femme. La Comteffe de la Côte , qui vient de
mourir , étoit coufine germaine de la Marquise de
Crux-Montaigu , dont la mort vient d'être rapportée.
Le 4. Mars D. Marie Guyon , femme de Chrif
tophe Pajot , Grand Audiencier de France Honoraire
, mourut à S. Germain en Laye , âgée de
80. ans. Elle laiffe deux fils ; l'aîné eft Chriftophe-
Jofeph Pajot , Maître Honoraire en la Chambre
des Comptes de Paris , qui a épousé le 2. Août
1718. la fille unique de feu Claude Louvet , Payeur
des Rentes de l'Hôtel de Ville de Paris , de laquelle
il a un fils et une fille , mariée le 13. Août 1737.
avec .... Hallée de Dairval , reçû Confeiller au
Grand Confeil le 2. Mai 1736. Le puîné qui eſt
Pierre Pajot de Nozeau , Maître des Requêtes ordinaire
de l'Hôtel , et Intendant de la Generalité
de Montauban , a été marié le Août 1727. avec
Genevieve- Françoiſe Verforis , fille unique de feu
Charles Verforis , Seigneur et Patron d'Agy en
Normandie , et de Beauvoir en Dunois , Maître ordinaire
en la Chambre des Comptes de Paris , et
⚫ de Genevieve Bourgoin de la Grange- Bâteliere .
Le 6. Louis-Henry Brinon de Caligny , Ecuyer
l'un des Syndics de la Compagnie des Indes , mourut
âgé d'environ 56. ans. Il étoit fiis de Louis
Brinon , mort Confeiller de la Grand- Chambre du -
Parlement de Rouen , et de Françoiſe Ju bert du
Thil , morte le 17. Fevrier 1705. Cettefamille de
Brinon eft originaire de Paris , et celui qui vient
de mourir étoit d'une branche établie à Roüen fur
la fin du xvi . fiecle..
Le
614 MERCURE DE FRANCE
·
Le 7. Dame Marie - Françoife le Vayer, Epoule de
Jacques- François Moteau , Seigneur d'Avrolles , et
de Bouneparre , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , Capitaine au Régiment des Gardes Françoiſes
, avec lequel elle avoit été mariée le 28. Fevrier
1736. comme on l'a raporté dans le Mercure
du même mois , p . 395. où l'on a marqué de qui
elle étoit fille , mourut à Paris , de la petíte verole ,
dont elle fut attaquée quelques jours après être
accouchée d'un fils.
Le 8. Dile Elizabeth- Magdeleine Joffier de la Tonchere
, fille , mourut âgée de 58. ans , étant née le
22. Mars 1681. Elle étoit fille de feu Louis Joffier ,
Seigneur de la Jonchere , Tréforier Général de
l'Extraordinaire des Guerres , & de défunte D. Mrdeleine
Colbert de Turgis , morte le 3. Octobre
1714. étant veuve en fecondes nôces de Louis Bautru
, Seigneur de Foucherolles , apellé le Marquis
de Nogent , Maréchal des Camps & Armées du
Roy , & Gouverneur de Sommieres . La Dlle de la
Jonchere laiffe pour heritier Chriftophe-Henri Joffier
de la Jonchere , fon frere , Licentié en Théo-
Logie.
Le même jour , D. Magdeleine du Mouceau de
Nollent , Dame d'Olinville , Epoufe d'Auguftin-"
Vincent Hennequin , Marquis d'Ecquevilly , de-
Frefne , & de Bouafle , Brigadier des Armées du
Roy , Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
& Capitaine General de la Vennerie , des Toiles de
Chaffe , Tentes & Pavillons de S. M. pour l'Equi
page du Sanglier, avec lequel elle avoit été mariée
le 24. Avril 1714. mourut à Paris d'une Apoplexie
& Paraliffe , dont elle avoit été attaquée le 4. précedent
, âgée de 46 ans. Elle laiffe des enfans. Elle
étoit fille & feule héritiere de feu Charles du Mouceau
de Nollent , Seigneur d'Olinville & d'Eſgly
qui
M- A RS. 613
1739:
qui avoit été Intendant de Police , Finances , & Vi
vres des Armées du Roy , & de feuë Marie- Charlotte
, Camus des Touches , morte le. 3. Fevrier
1698. à l'âge de 26. ans.
Le 9. D. Marie Foy , veuve depuis le mois d'A
vril 1732. de René Choppin , Seigneur d'Arnouville
, de Gouzangré , Chafton , &c. ci - devant
Lieutenant Criminel du Châtelet de Paris , qu'elle
avoit épousé au mois de Janvier 1684 mourut à
Paris feptuagenaire , laiffant pour enfans René
Choppin , Seigneur d'Arnouville , Maître des Re
quêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy , & marié avec
Claire Morel , fille aînée de feu Pierre Benoît Morel
, Prefident de la Cour des Aydes de Paris ;
Etienne-Alexandre Choppin , Seigneur de Gouzan,
gré , Fremier Préfident de la Cour des Monnoyes
Yeuf de Marie- Corneille Parat ; & une fille , épouse
de Charles- Pierre Nau , Confeiller de la Grand
Chambre du Parlement de Paris . La défunte étoit
fille de Charles Foy , Sieur de Senantes , Confeiller
au Siége Préfidial , & fecond Président de l'Election
de la Ville de Beauvais.
Le 12. Criftophe Dalmas , Ecuyer , Seigneur de
Boiffy- le Châtel , Forfery , Puifieux , Bourneville ,
&c. ci-devant Sous- Lieutenant au Régiment des
Gardes Françoifes , mourut à Paris , âgé de 75. ans.
Il étoit fils aîné de feu Criftophe Dalmas , Seigneur
de Boiffy , Forfery , Bourneville , & c. Confeiller-
Secretaire du Roy & de fes Finances , & Tréforier
General des Ecuries de S. M. mort le 30. Janvier
1703. & de Marie Berthelot , morte le 13. Mars
1725. âgée de 88. ans.
Le 18. D. Magdeleine-Françoife de Gontaut de
Biron , veuve de Jean - Louis d'Uffon , Marquis de
Bonnac , Seigneur de Donnezan , Confeiller d'Etat
Epée ordinaire , Maréchal des Camps & Armées
du
616 MERCURE DE FRANCE
du Roy , Lieutenant Général pour S. M. au Gouvernement
du Pays de Foix , Gouverneur du Mas
d'Azil , & des Châteaux d'Ullon & de Kerigu
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis & de
l'Ordre de S. André de Ruffie , ci-devant Ambaſſa -
deur pour le Koy à Conftantinople & en Suiffe ,
avec lequel elle avoit été mariée le 23. Decembre
1715. & dont la mort eft raportée dans le Mercure
du mois de Septembre dernier , p . 2086. mourut
à Paris , dans la 4 année de fon âge . Elle
étoit l'aînée des filles d'Armand - Charles de Gontaut
, Duc de Biron , Pair , & Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roy , Gouverneur de
Landau , & de Marie - Antonine de Bautru de Nogent
.
Le 19. D. Catherine - Angelique Chamillart
, Epoufe de Thomas Dreux , Marquis de Brezé
, Baron de Berrie , Seigneur de Someloir , le
Doifmont , Silly-la- Varenne , Juft , S. Hipolite,
Grand-Maître des Cérémonies de France , Lieute
nant Général des Armées du Roy Gouverneur
des Ville , Chateau , & Ball age de Loudun ; &
des Inles de Ste Marguerite , & de S. Honorat de
Lereins , avec lequel elle avoit été marice le 4.
Juin 1698 mourut à Paris , âgée d'environ 56.
enfans Michel Dreux , Marquis
ans , laiffant pour
de Brezé , Grand Maître des Ceremoies de France
en furvivance , & Maréchal de Camp des Armées
du Roy du 24. Fevrier 1738. Joachim Dreux, Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem, Colonel
du Regiment de Guyenne , depuis le 15. Avril 1738.
& Catherine Françoife Dreux , veuve de Jean-
Baptifte Pouffart , Marquis du Vigean , Capitaine
de Cavalerie dans le Regiment Dauphin- Etranger
mort à 21. ans le 23. Novembre de l'année der
niere . Elizabeth-Angelique Dreux fa fille aînée ;
-
qui
MARS. 1739. 617
qui avoit été mariée au mois d'Octobre 1723 avec
Bertrand Cefar du Guefclin , Seigneur de la Roberie
, de Cranhac , de Montmartin , Chevalier de
POrdre Militaire de S. Louis , Meftre de Camp dẹ
Cavalerie , & Gentilhomme de la Chambre du Duc
d'Orleans , mourut en couches le 19. Octobre 1724
âgée de 22 ans 23 jours. La Marquife de Dreux
étoit fille aînée de Michel Chamillart , Miniftre
d'Etat , Commandeur & Grand Tréforier de Ordres
du Roy , ci-devant Controlleur Général des
Finances , & Secretaire d'Etat , ayant le Departement
de la Guerre , & d'Elizabeth - Thereſe le
Rebours.
D. Marie de Bethune , Veuve de François de Rou
ville ,Marquis de Meus , &c. Gouverneur d'Ardres,
& de la Comté de Guines mourut à Paris le 20
dans un age fort avancé. Cette Dame étoit
Fille d'Hypolite de Bethune , Comte de Selles
Marquis de Chabris , Chevalier des Ordres du
Roy , Chevalier d'Honneur de la Reine , Epouse de
Louis XIV. Conseiller d'Etat d'Epée , &c. mort
en 1665. après avoir donné au Roy sa rare Bibliotheque
de Manuscrits ; & de D. Anne - Marie de
Beauvilliers de S. Aignan Dame d'Atour de la
Reine.
Le 25. Albin Brillon de Joy , Parisien , Prêtre ,
Docteur en Théologie de la Faculté de Paris , de
la Maison Royale de Navarre , du 10 May 1724.
& Curé de la Paroisse de S , Roch , mourut d'une
fluxion de poitrine , en quatre ou cinq jours de maladie
, dans la 49 année de son âge , après avoir
gouverné cette Cure pendant un an & douze jours ,
en ayant pris possession le 13. Mars de l'année derniere
. Il étoit auparavant Curé- Chefcier de Sainte
Oportune depuis le mois de May 1729 .
Le même jour , D. Elizabeth Ferrand , veuve en
secondes
618 MERCURE DE FRANCE
Seisecondes
nôces depuis le 10 Avril 1729. de Jean de
Montboissier- Beaufort , Comte de Canilliac ™,
gneur du Breuil , & de Montpentier , Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant Général de ses Armées,
Capitaine-Lieutenant de la seconde Compagnie des
Mousquetaires de la Garde à Cheval de S. Majefté ,
Gouverneur , & Grand Bailli des Ville & Citadelle
d'Amiens , & de Corbie , avec lequel elle avoit été
mariée le Fevrier 1697. mourut à Paris , saus
posterité , âgée de 86 ans. Elle avoit été mariée en
premieres noces , au mois de Février 1673. avec
Pierre Girardin , Seigneur de Vaudreuil , Conseiller
au Parlement de Paris , puis Lieutenant Civil aur
Châtelet , & enfin Ambassadeur du Roy à Constantinople
, où il mourut le 15 Janvier 1689. La
défunte étoit fille d'Antoine Ferrand, Seigneur de
Villemillau , Lieutenant Particulier , Assesseur Ĉivil
& Criminel au Châtelet de Paris , mort âgé de
86 ans , le´s Avril 1689 , & d'Elizabeth le Gautre ,
morte le 31 Mars 1684. Elle a fait par son Testament
& Codicile , ses Légataires universels chacun
pour moitié , René-Antoine le Feuvre , Seigneur de
la Faluere , Conseiller Honoraire , & ci-devant
Préfident du Parlement de Bretagne , son neveu ,
fils de feue Françoise Ferrand , sa soeur , & D. Marie-
Françoise-Geneviève Ferrand , sa niéce , épouse
de Denis-Michel de Montboiffier- Beaufort - Canil
liac , Marquis du Pont - du- Château , ci-devant
second Sous-Lieutenant de la seconde Compagnie
des Mousquetaires du Roy , l'un & l'autre , à la
charge de Substitution en faveur des enfans 'du Sr
de la Faluere , son neveu.
Le 26 , Jean-François Dinan de Coniac , Seigneur
de Toulmin , Conseiller de la Grand'- Chambre du
Parlement de Rennes, en Bretagne , où il avoit été
reçu le 7 Janvier 1708 ; mourut à Paris , âgé d'environ
16 ans.
MARS. 1759. ·619
>>Daniel -François de Gelas , de Voifins , d'Ambres ,
" Vicomte de Lautrec, Lieutenant Général des Arinées
du Roy , & de la Province de Guyenne , Inspecteur
Général de son Infanterie , épousa la nuit du 3 au 4
du mois passé , Marie- Louise de Rohan - Chabot ,
fille de feu Louis Bretagne Alain de Rohan Chabot,
Duc de Rohan , Pair de France , Prince de Leon
& de Dame Françoise de Roquelaure .
part
La nouvelle de ce Mariage a causé à Genêve une
joye génerale , & a occasionné , à ce qu'on a
apris , des Réjouiffances publiques , tant de la
des Magistrats , que des Bourgeois . & . de tout le
Peuple , qui a célébré cet Evenement par de somptueux
Repas , & autres Divertissemens ,dans tous les
Quartiers de la Ville . On y a exposé les Armes des
nouveaux Epoux , ornées d'attributs convenables au
sujet , & chacun a fait connoître combien est
grande l'obligation qu'on a à ce Seigneur , d'avoir
rendu le calme à cette Ville , où les Manufactutes
& le Commerce vont de mieux en mieux , n'étant
plus question d'aucuns griefs , tout étant dans
la plus parfaite pacification.
ARREST NOTABLE , &c.
RREST du Confeil d'Etat du Roy , du premier
Mars 1739. sur la Requête préſentée à Sa
Majefté, par le fieur de Thuret, Directeur de l'Académie
Royale de Mufique ; il eft ordonné que dans
le dernier jour du mois de Juin de la préſente année
1739. tous ceux qui fe prétendent Créanciers
de l'Académie Royale de Mufique , feront tenus de
repréſenter pardevant M. de Farcy , Confeiller au
Châtelet de Paris , & Commiffaire à cet effet, nomwné
620 MERCURE DE FRANCE
mé par S. M.tous leurs Titres , pour être par lui vifés
& examinés , & être enfuite par S. M. pourvû au
payement de ce qui fera jugé ê re légitimement dû
lequel payement fera fait par le fieur Thuret, pourvû
du Privilege de ladite Académie, ordonnant en outre
Sa Majefte , qu'en vertu dudit Arrêt , & ſans qu'il
foit befoin d'autre , ceux deſdits Créanciers qui négligeront
de s'y conformer , en repréſentant leurs
Titres , pendant ledit dêlai , feront & demeureront
déchus de leurs Créances ; & ladite Académie déchargée
d'ice les Et que ledit Arrêt ſera imprimé ,
lû publié & affiché dans tous les Lieux & Carrefours
accoûtumés de la Ville & Fauxbourgs de Paris
, & par tout où beſoin ſera , à ce que perfonne
n'en prétende caufe d'ignorance.
J
APROBATION.
' Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le Mercure de France du mois de Mars , &
J'ai cru qu'on pouvoit en permettre l'impression .
A Paris , le premier Avril 1739.
: HARDION.
TABLE.
IECES FUGITIVES , & c. Le mois d'APvril
, Ode,
409
Lettre fur les differentes manieres de montrer à un
Enfant la Traduction d'un Auteur Latin ,
Stances fur la Nobleffe ,
412
447
Réponse au fujet des Chanfons du Roy de Navarre
>
Fable de M ...
Vers à M. de Voltaire ,
429
48 Remarques fur la Boucherie de l'Aport de Paris , 439
457
Conjectures fur le Pere & la Mere de Tarquin , 458
Bours Rimés ,
Refléxions 3
Le Soupçon mal fondé , Vers
9
Lettre de M. le Beuf , fur un Poëte fort
nu ,
Rondeau contre les Taverniers , &c.
Proverbe des Taverniers , &c.
Le Moineau & la Fauvette , Fable ,
463
464
466
peu con-
467
470
471
476
Lettre fur le Lieu de la fépulture du Coeur de Philipe
le Bel ,
Projet Frivole , Vers ,
479
486
Réponse de M. le Duc de Sully , à un Mémoire
Hiſtorique & Généalogique qui lui a été envoyé
& c.
487
Ode d'Horace , Imitation ,
498 Queſtion de Droit ,
Les Oileaux , Eglogue ,
500
505
Enigme , Logogryphes , 509
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
& c.
511
Traité des Marques Nationales , &c. 114
Médus , Tragédie nouvelle . 520
528
Hiftoire des Favoris , & c. 530
531
534
Maximes fur le Miniftere de la Chaire , &c .
L'Architecture Hydraulique , &c.
Sujets à traiter ,
"
Académie Royale des Sciences , Elections , &c . $ 35
Vers fur l'Eftampe Allégorique de Diogne , &c. 536
Eftampes Nouvelles , 537
Vue de la Ville de Bordeaux à la plume , 538
Infcription pour mettre au bas d'une Eftampe du
Crucifiment de S. Pierre , &c.
Bas-reliefs fculptés en bois , &c.
Air noté ,
Spectacles. Comédie du Somnambule ,
539
ibid.
544
$45
Le
Clôture du Théatre François & Compliment,&c.ss !
1Le Rival Favorable, Comédie nouvelle,Extrait, (3
L'Opera Comique , &c .
Nouvelles Etrangeres , de Turquie & Afrique, 568
Dannemark , Allemagne & Italie ,
Naples , Ife de Corfe ,
Régimens qui doivent fervir en Corfe ,
Efpagne , Grande - Bretagne , & c.
Morts des Pays Etrangers ,
571
574
375
576
579
5884
ibid.
588
590
France , Nouvelles de la Cour , de Paris. L'Ordre
de la Toifon d'Or , &c.
! Régimens donnés ,
La Dlle Camaffe , célebre Danfeuſe ,
Histoire de Pandore en Perſpective ,
Réjouiſſances à Grenoble , au fujet du Cardinal
de Tencin ,
Madrigal fur le même ſujet , &c.
>>Portrait ,
Difcours de M. le Duc de Villars ,
Vengeance pour plufieurs Perfonnes Chanfonnées,
Difcours de M. le Duc de Richelieu ,
Accident arrivé à Gignac ,
Canonifation de S. J. F. Régis ,
591
595
596
597
599
600
601
602
**605
6.10.
-639,
Ode en ſon honneur ,
Morts & Mariage ,
Arrêt Notable ,
Errata de Février.
Age 317. ligne 10. Traduction , lisez Edition.
P Page 399. ligne 12. Te , dictioce.
>
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 480. ligne 17. d'Adon , lifez d'Avon.
P. 483. I. 26. ces deux sens , ajoûtez , cités.
La Chanson notée doit regarder la page ' 544
MERCURE
7
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT.
AVRIL. 1739.
COLLIGIT
SPARGIT
Papillons
A PARIS ;
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXIX.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
4
A VIS.
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à- vis la Comédie Francoife
, à Paris . Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaitevont
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
AVRIL. 1739.
***
PIECES FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
L'OR , ET LA VERTU
A
Fable Allégorique.
U fonds d'un Cabinet , réduit , où
l'opulence
N'offusquoit qu'à regret la fimple
Propreté,
Azile du Sçavoir , Temple de l'Innocence
>
Que la Pitié discrete ouvroit à l'Indigence ; '
Chés un Financier respecté ;
A ij ( Car
622 MERCURE DE FRANCE
( Car on peut en trouver en France ,
Qui joignent aux talens l'exacte probité , )
Enfin , chés un Mortel , ami de l'Equité ,
Dont j'offre ici la ressemblance ,
Et qui va s'y croire flaté.
L'Or , ce métail funeste & partout souhaité ,
Avec l'humble Vertu vivoit d'intelligence.
Le Fait est surprenant , mais plein de vérité ;
Voici comme on me l'a conté .
Surpris de s'y trouver ensemble ,
Plus encor de s'y voir amis ,
Ils se félicitoient d'être en même Logis...
Puisque le Destin nous rassemble ,
Dit l'Or à la Vertu , soyonslong- temps unis :
Mais tire-moi du moins de ma surprise extrême ,
Qu'as-tu pû devenir en t'éloignant de moi ?
Je me suffisois à moi-même ,
Dit la Vertu , j'étois mon Souverain , ma Loi ,
.Et faisois mon bonheur suprême ,
D'être digne de tout, sans briguer nul emploi :
Mais toi , qui des Mortels fixes tous les caprices ,
Toi , le volage objet de leurs vains sacrifices ,
Répons ; sans moi que faisois - tu ?
Plongé dans de molles délices ,
Par mille paffions tour à tour combattu ;
So
A V
RÍL 62
1939 .
Sous ton mafque , aimable Vertu ,
Je faifois triompher les Vices ,
Qui me tenoient moi-même , en Esclave , abbatu
J'étois vain , inconstant ,, bizare ,
Reptile avec les Grands , Aigle avec les Petits ,
Prodigue sans objet , & sans profit avare ,
Pour tous les malheureux infléxible & barbare
Humain seulement à haut prix :
J'humiliois les Arts , détestois la sçience ;
Jamais la moindre récompense
N'anima.ppar mes mains les talens d'un Auteur ;;
Je me faisois un faux honneur
D'étaler en Public l'orgueilleuse, ignorance
Et l'Ironie , & la Licence ,
Compagnes de ma folle erreur.
De bien toujours insatiable ,
Bravant.des remords superfius ,
J'étois noté partout par de lâches refus
Sans cesser d'être miserable ,
Par la soif d'avoir encor plus.
Mais depuis que le Ciel pour moi plus favorable ,
A tes charmes puissans , Vertu , daigna m'unir ,.
Par un retour inévitable
De mon aveuglement coupable
J'ai perdu l'affreux souvenir ;
Je jouis du présent , je crains peu l'avenir ,
Et vois dans un calme agreable
A iij'
Mes
24 MERCURE DE FRANCE
Mes jours commencer & finir :
L'Honneur a passé dans mon ame ,
La Vérité dans mon esprit ;
Et de son flambeau qui me luit ,
Rien ne peut obscurcir la flâme .
Je n'ai d'autres defirs , je ne forme de voeux ,
Que ceux qu'en mon coeur tu fais naître ,.
Oui , je te dois un second être ,
Et je sens que sans toi je ne puis être heureux.
Pour moi , dit la Vertu , dans mon humble chaus.
miere ,
Sans excès de travail , & sans oisiveté ,
Je voyois chaque jour renaître la lumiere-
Avec la paix & la gayté ;
Quand le jour étoit prêt à finir sa carriere ,.
Le Sommeil sans effort inondoit ma paupiere
De pavots distilés par la frugalité :
Rien ne portoit obstacle à ma tranquilité ,.
Et j'aimois à jouir de la Nature entiere
Dans le sein de la liberté.
C'est -là , que m'apliquant sans cesse
A cultiver des biens réels ,
J'offrois dans le silence à l'auguste Sagesse
Son Amour , seul encens digne de ses Autels .
C'est-là , que de mon être étudiant l'Emblême ,
J'y trouvois tantôt le néant ,
Tan--
AVRIL. 625 1739
Tantôt une grandeur extrême ,
Mélange indécis , surprenant ",
Qui se dérobe à tout systême ,
Mais dont l'effet sensible à l'esprit pénetrant ,
En m'élevant jusqu'à Dieu même
De sa divine Loi m'étoit un sûr garant.
Ainsi couloient me jours , lorsque de ma retraite
"Tu vins en pompe m'enlever ;
Je suis toujours la même , & ma beauté secrete ,
Au fonds , n'en est pas plus parfaite ,
Mais tes efforts pour l'élever ,
Semblent la rendre plus complete ,,
}
Oui , par toi dans les coeurs j'ai l'art de me graver;;
Tu répands sur mes traits des couleurs si frapantes ,
Tu rends mes actions si nobles , si touchantes ,
Qu'aux plus fiers des Mortels tu les fais respecter
Et qui ne peut les imiter ,
Du moins cherche à les contrefaire :
Avec toi je parois moins sombre , moins austere ,
On n'ose plus me rebater
J'ai même acquis le don de plaire ;
Don qu'on ne peut assés vanter :
Aux petits dans leurs maux tu me rends secourable ,
Aux Grands , par ton apui , je suis recommandable ,
Par toi , je me dévoile à l'Univers surpris ,
Par toi la vertu regne , & reçoit tout son prix.
A j
L'Or
616 MERCURE DE FRANCE
L'Or parut satisfait de ce portrait fidele ,
C'est trop , belle Vertu , récompenser mon zele
Dit-il , pour resserer notre utile lien ,
Concluons de cet Entretien ,
Qu'avec moi tu parois plus belle ,
Et que sans toi je ne suis rien .
Par M. de S. Rom.... de Montpellier.
sion ,
Quelques Amis à qui nous avons commu
niqué cet ingénieux Ouvrage avant l'Impres
auroient desiré que pour rendre à la
Vertu un hommage encore plus éclatant , il
eût été possible ou permis à l'Auteur , de
rendre public le nom du respectable Financier
, dont il donne dans son Exorde un
portrait si accompli , si bien frapé , & si digne
d'exciter l'émulation de ceux qui sont
dans le même cas. Au reste, la morale qu'on.
doit tirer de cette Fable , leur a parû de
même qu'à nous , vive , naturelle , & aussi
utile qu'aucune qu'on puisse trouver dans les
Ouvrages de ce genre les plus étendus ; nous
souhaitons que tous ceux qui liront ce Journal
, en puissent porter le même jugement,
1
LETAVRIL.
827 1739.
LETTRE de M. Cocquard , Avocat an
Parlement de Dijon ; au sujet
de la Croix , & c.
E de la ville , dans un Lieu où l'on a plan-
N me promenant hier , Monfieur , hors
té une Croix , je m'affociai à deux Hommes
de Lettres , avec qui , à l'occasion de ce
Signe respectable , j'eus une conversation ,
dont le récit ne vous déplaira peut - être
pas.
L'Entretien s'ouvrit sur l'ancienne coûtume
de mettre dans les grands chemins une
Croix , qui servoit même autrefois d'azile
comme les Eglises ( 1 ) . Là - dessus , en ma
qualité d'Avocat , je citai trois Novelles ( 2) ,
de Justinien , qui défendoient de placer des
Croix autre part, que dans les Endroits qui
inspirent de la vénération , ou dans des Maisons
Religieuses , & de les porter ou de les
employer , sinon dans les Processions solemnelles
, ou pour la consécration de quel
ques Lieux.
Une Perfonne de laCompagnie alla plus loin,
& nous allegua un Paffage de Petrus Crinitus,
( 1) Voyez le 29. & le 30. Canon du Concile de
Clermont en 1995 .
(2 ) Voyez les Novelles 5. c.1. 67.c.1 . 123. C. 32.
Αν où
628 MERCURE DE FRANCE
où cet Auteur assûre que les Empereurs Va
lens & Théodose défendirent indistinctement
, sous une très - grande peine , de faire
des Croix , ou de peindre & de graver ce
Signe sur des Pierres ou sur d'autres matieres.
peu
Il ne me fut pas mal - aisé , M. de réfuter ce
Passage , qui paroît d'abord favorable
aux Catholiques. Je répondis donc premiérement
en général , qu'il falloit se défier de
Crinitus , ou plûtôt de P. Riccio , ( car c'étoit-
là son véritable nom, suivant Paul Jove)
soit parce que les Ouvrages de ce Florentin,
qui n'a vécu que 40. ans , sont assés médiocres
soit
, parce que ses moeurs n'étoient pas .
fort bonnes , puisqu'il corrompoit les jeunes
Gens confiés à sa conduite. J'ajoûtai que
Crinitus s'étoit d'abord trompé, en citant une
Epître des Empereurs Valens & Théodose :
il devoit dire une Constitution de Théodose
& de Valentinien. Je fis voir enfin que Cri
nitus avoit étrangement tronqué la Loi dont
il s'agit , pour en alterer tout-à-fait le sens...
En effet , voici comment parle Crinitus :
(1 ) Valens & Theodosius Augufti Imper. Pra
feito Pratorio ad hunc modum scripserunt .
Cum fit nobis cura diligens in rebus omnibus
Superni Numinis Religionem tueri , Signum
Salvatoris Christi nemini quidem concedimus .
(1) De bonestâ Disciplinâ , lib. 9. cap. 9 .
colorib u
AVRIL. 1739 6'29
coloribus , lapide aliave materiâ fingere , insculpere
aut pingere. Sed quodcumque reperitur
tolli jubemus , gravissimâ poenâ eos mulctando,
qui contrarium Decretis nostris & imperio
quicquam tentaverint.
Voici au contraire les propres termes de
la Loi de Theodose & de Valentinien ; c'est
la Loi unique du Titre Nemini licere Signum
Salvatoris , & c. au Code de Justinien , Cum
fit nobis cura diligens per omnia Superni Numinis
Religionem tueri : Signum Salvatoris
Christi nemini licere vel in solo , vel in silice ,
vel in marmoribus HUMI POSITIS , insculpere
vel pingere , sed quocumque reperitur tolli ,
gravissima poenâmulctando eum qui contrarium
Statutis nostris tentaverit , specialiter imperamus.
s
Ne voit- on pas à présent que les Empercurs .
Théodose & Valentinien ne défendirent les
Peintures ou les Gravûres du Signe de la .
Croix, que sur les tables où l'on pouvoit marcher,
bumi positis ? C'est la supression de ces
deux mots parCrinitus,qui change abſolument :
le sens:alteration que Duranti ( 1 ) attribue ou
à l'Imprimeur, ou à quelque Editeur Icono
claste; mais qui , selon moi , n'est imputa .
ble qu'à Crinitus lui- même , puisque son !
Chapitre entier roule sur une destruction to
tale des Images. Mornac , excellent Inter--
(1) De Ritibus Ecclesia , lib. 1. cap. 6. n. 9.
A vi Preto
630 MERCURE DE FRANCE
>
prete du Droit Romain , l'avoit pensé de même
; il reprend aigrement Crinitus , & sur ce
que ce dernier , pour garant de sa fausse citation,
avoit osé renvoyer à une Collection faite,
dit- il , par le Commandement exprès de
l'Empereur Justinien : In quo fi quis fortè
Autorem defiderat , is Imperatorum Decreta
& Edicta legat que à viris doctiffimis Triboniano
, Bafilide , Theophilo , Dioscoroque &
cateris per satyram collecta sunt , imperante
boc maximè Augusto Justiniano ; Mornac
prouve ( 1 ) que l'adverbe humi qui a donné
lieu à la Constitution de Justinien , & qui
est inseré en la Rubrique & au Texte , se
trouve dans tous les Exemplaires , quoiqu'en
ait pû dire l'impertinent & le sot Gramairien
Crinitus : Adverbium autem humi in Rubricâ
& in Textu , ut dedit causam Constitu
tloni Imperatoria , ita & in omnibus exemplaribus
habetur , quidquid ineptus Grammaticus
Crinitus ( 2 ) scripserit.
་
Ce fut par respect pour le Signe de la
Croix , & par une attention singuliere pour
notre Religion , que Theodose & Valenti-
(1 ) Ad leg. unic. C. Nemini licere Signum Sal-
*vatoris , &c.
(2 ) Dans l'Edition de Mornac ( Paris 1722. ) on
lit Crinicus , c'est une faute , il doit y avoir Crinitus
, comme dans les précédentes Editions que j'ai
yues.
nien
AVRIL 1739: 631
firent publier
nien ; & Justinien après eux ,
la Loi que j'ai citée , Cum fit nobis cura diligens
per omnia Superni Numinis Religionem
tneris persuadés qu'on ne pouvoit , sans
commettre une irrévérence condamnable >
marcher sur le Signe de la Croix de J. C.
Ideò prohibet ne humi ponatur , vel in aliquâ
materiâ humi positâ sculpatur aut depingatur ,
ne pedibus conculcetur , dit la Glosc marginale
, suivie par tous les autres Interpretes.
Aussi l'Empereur Justin , si l'on en croit
Gregoire de Tours , ( 1 ) ayant aperçu sous
ses pieds , en se promenant dans son Palais ,
une Table de marbre où la Croix étoit représentée
: Eb quoi ! Seigneur , s'écria- t'il , nous
qui armons notre front du Signe de votre Croix;
nous en foulerions aux pieds l'Image ! A ces
mots , il ordonne qu'on enleve cette Table ;
mais , ô spectacle surprenant ! Une autre
Table avec le même Signe se trouve au même
endroit. L'Empereur l'a fait aussi empor-
´ter. Une troisiéme Table toute pareille suc-
›cede à celle - là , on l'ôte encore ; & l'on découvrit
un Trésor considerable , que Justin
fit distribuer aux Pauvres.
Polydore Virgile ( 2 ) n'a-t- il pas eu raison,
après cela,de se plaindre de la contravention
qu'on a faite à la Loi de Theodose & de
(1 ) Hiftor. L. 5. cap. 19.
42 ) De rerum inventione , lib. 5. cap . 6 .
Va732
MERCURE DE FRANCE
Valentinien, en gravant depuis sur des Tombes
, où l'on marche tous les jours , la figure
de la Croix , ou quelqu'autres Images des.
Saints , tandis qu'à Rome , les Payens euxmêmes
, ainsi que l'atteste Festus , n'avoient
pas la liberté de cracher dans un certain
Lieu , où leurs Pontifes , pendant que les
Gaulois assiégeoient cette Ville , avoient caché
en terre des Vases consacrés à leurs
fausses Divinités ?
Pendant que j'étois en train de citer des
Empereurs Romains , au sujet de la vénéra
tion que mérite la Croix , je n'oubliai pas
surtout l'Edit par lequel Constantin abolit,
par respect & par pieté ,le suplice de la Croix
même je n'oubliai pas non plus que la
Croix fut mise dans la Couronne des Césars
& des Augustes , & que l'Empereur Justinien
voulut que des Parties qui ne sçavoient
pas écrire , employassent ce Signe , comme
un témoignage autentique, en remplacementde
leur signature : ( 1 ) usage , qui , suivant le
P. Mabillon , ( 2 ) s'est aussi observé dans les
Actes par les Témoins , qui , quoiqu'ils signassent
, ne laissoient pas d'ajoûter quelque--
fois des Croix à leurs seings , à peu près .
de la maniere que le pratiquent nos Evêques..
( 1 ) L. 22. C. De jure deliberandi,
(2 ) Diplomatique , page 265.
De
AVRIL 17397 639
›
De - là , M. , passant à d'autres particularités
sur la Croix , la hauteur de celleauprès
de laquelle nous nous promenions ,
mes deux Compagnons & moi , leur donna
lieu d'avancer que la Croix de J. C. étoit
plus haute que celle des deux Larrons. L'un
se fonda sur ce que les Croix les plus hautes
étoient les plus infames au raport de quelques
Auteurs , & sur ce que les Juifs s'étudierent
à couvrir de toutes manieres J. C.
d'oprobre & d'ignominie. L'autre apuya son
sentiment , sur ce qu'au contraire les Croix
qui avoient le plus de hauteur , n'étoient destinées
que pour le suplice des Criminels
illustres , suivant Baronius ( 1 ) . Cela suposé
n'est-il pas à présumer , me dit-on , d'après
M. de Sainte- Beave ( 2 ) , que les Juifs , par
dérision , chargerent J. C. d'une Croix plus
haute qu'à l'ordinaire , comme ils se déterminerent
, dans le même esprit , à lui donner
une robe de pourpre , un roseau pour
sceptre , & une couronne d'épines ? D'où il
fut conclu que la Croix de J. C. avoit environ
quinze pieds de haut , & sept en travers
; & que les Croix des deux Larrons
étoient moindres , puisque les Croix ordinaires
chés les Anciens , n'avoient pas cette
hauteur.
(1 ) En ses Notes sur le 7. jour d'Avril.
(2) 2. vol. in-4°. 84. Cas , pag. 268.
"
Cepens
34 MERCURE DE FRANCE
•
Cependant comme le Pape Gelase , en son
Decret des Livres apocryphes , a laissé sur ce
qui concerne le Bois de la vraie Croix , la
liberté de distinguer le vrai d'avec le faux ,
j'osai , pour ranimer la conversation seule
ment , avancer que la Croix de J. C. étoit
égale à celles des deux Criminels avec qui
lés Juifs l'associerent , en accomplissant la
Prophetic , Et cum iniquis reputatus eft.
4
J'ajoûtai que quand ces trois Croix furent
trouvées à Jérusalem , par les soins de l'Imperatrice
Helene , on fut fort en peine , selon
Socrate , Sozomene & Théodoret ( 1 ) , de
distinguer quelle étoit celle du Sauveur ;
parce que comme c'étoit la coûtume des
Juifs , de faire une grande ouverture dans la
terre auprès du sépulchre du Criminel , pour
y enfouir tous les instrumens qui avoient
servi à son suplice , les trois Croix avoient
été jettées en terre confusément par les Soldats
qui en avoient détaché les Corps lorsqu'il
étoit déja tard , & qu'ils étoient pressés
de se retirer : desorte que l'Impératrice
se vit obligée de consulter Saint Macaire ,
Evêque de Jerusalem ; & sur son avis , précedé
de Prieres , on présenta successivement
à ces trois Croix une Dame de qualité très-
( 1) Voyez Socrate , Hift. de l'Eglise , Liv.I.Chap .
17. Sozomene , Hift . de l'Eglise , Liv . II. Chap. 1 .
Théodoret , Hift. de l'Eglise , Liy. I. Chap. 18.
J. dan
AVRIL. 1739% 635
dangereusement malade. L'aplication des
deux premieres Croix lui fut inutile ; il n'y
eut que l'attouchement de la troisiéme , qui
lui rendit sur le champ une parfaite santé.
En un mot , il fallut un miracle pour reconnoître
la vraie Croix de J. C. Or ne se fût- on
pas dispensé de tous ces soins , de tout cet
examen ,, s'il eût été constant que la Croix de
J.C. étoit plus haute que les deux autres ?
D'autant plus que l'Ecriteau de Pilate , qui,
quoique détaché & séparé,se trouvant au même
Endroit où étoient toutes ces Croix , ne
laissa aucun doute que l'une des trois ne fût
celle de J. C.
On me répondra peut-être que Dieu permit
toute cette incertitude , toutes ces précautions
, pour signaler encore sa puissance,
pour dissiper jusqu'aux moindres soupçons
sur la réalité de ce Bois sacré , & pour nous
engager à lui porter tous nos respects avec
plus de confiance . Je le veux croire ; mais
est- ce là répondre bien précisément à mon
objection , tirée de tous les Faits ci- dessus
raportés ?
C'est à vous , M. , pleinement instruit sur
cette matiere , à décider la contestation . On
ne sçauroit trop se prêter à la lecture de
l'Ouvrage où vous avez entrepris de parler
de ce qui a servi d'instrument à la Rédemption
des Hommes. Cet Ouvrage eft autant
inter636
MERCURE DE FRANCE
interessant par lui -même , que par la ma
niere dont vous le traitez .
Je suis , Monsieur , &c.
A Dijon , ce 1. Juin 1738.
の
L'ARRIVE'E DE LA SEINE
D
AU CHATEAU DE MARLY ,
P.O E ME.
Ans la riche contrée, où le Dieudes Vendanges
Voit toujours celebrer ses divines louanges ,
Pour les gros revenus qui reviennent du fruit ,
Que dans ce beau terroir son Vignoble produits
Là , tour près de Chanceaux , & non loin de Saint:
Seine ,
Eft le Lieu fortuné qui voit naître la Seine ;
Qui d'abord jailliffant par de petits bouillons
S'en va de quelques champs arroser les sillons ,
Puis, raffemblant ses eaux le long d'une Colline ,
Elle vient réjouir la Campagne voisine ,
Et tombant dans un fond , commence a cet endroit
De se former un lit par un canal étroit.
De-là, suivant sa pente en traversant les Plaines ,
Elle reçoit par tout le tribut des Fontaines ,
Qui par des flots d'argent viennent dans des ruis-
Semprefer
seaux:
AVRIL
1637
1739.
S'empreffer à l'envi pour augmenter ses Eaux.
La Nimphe qui réside au fond de cette Source ,
Admirant les progrès qu'elles font dans leur course,
Sent un instinct secret qui lui fait concevoir ,
Une fois
pour toujours, le deffein de les voir.
Elle sort à l'inftant , & sous l'ombre des Saules
Treffe ses longs cheveux flotant sur ses épaules ,
Met sa robe , & de fruits prend un Bouquet en main
Et quitte son séjour pour se mettre en chemin.. [
De ces Saules enfin abandonnant l'allée ,
Elle vient à Bagneux , ou dans une Vallée ,
Son Caral s'élargit , & déja sur ses Eaux
L'aviron fait voguer quelques legers Bâteaux.
Alors de quelques flots élevant la surface ,
La Nimphe en un inftant se forme un Char de glace,
Et montant sur son siege , elle va lentement
Suivre le fil de l'eau par un doux mouvement.
Les Faunes qui n'ont vû rien d'égal dans le monde
La prennent pour Thétis , la Déeffe de l'Onde ,
Mais le sort d'Actéon , dont ils sont informés ,
Les écarte bien- tôt de frayeur allarmés..
La Nimphe qui les voit rentrer dans leur retraite ,
De leur vaine frayeur demeure satisfaite ,
Et pour ne plus paroître à leurs profanes yeux,
Se fait d'une vapeur un voile officieux .
Ainsi tranquillement elle fait son voyage ,
Et remarque les lieux qui bordent son Rivage..
Elle
638 MERCURE DE FRANCE
Elle voit Châtillon , dont l'antique Rempart
Est le premier objet digne de son regard.
Muffy-l'Evêque , & Bar , & la Cité de Troye
Font chacune à son tour le sujet de sa joye .
Cette Cité n'est pas celle où le feu Grégeois ,
Vit .sa flamme mêlée au sang de ses Bourgeois .
Au-deffous de Meri l'Aube augmente son Onde ,.'
Puis la Nimphe voit Pont & sa Plaine féconde ;
Non loin. de-là , Nogent , puis Bray ; vers l'autre
main ,
Montereau , Fautyonne au bord de ſon chemin ,
Où par le gros renfort d'une Onde auxiliaire ,
On peut l'apeller Fleuve auffi - tôt que Riviere.
Melun avec son Pont , semble arrêter son cours ;.
Plus loin paroît Corbeil avec ses vieilles Tours.
Sur un penchant se voit Ville- neuve S. George .
Et plus bas dans son lit , la Marae se dégorge..
Elle admire en paffant ces superbes Maisons ,
Où regne un doux Printemps dans toutes les saisons.
A sa droite est auffi le Château de Vincenne ,
Avec l'Arc de Triomphe érigé dans la Plaine ,
Pour les Exploits fameux & les Faits inoüis ,
Qui de mille Lauriers ont couronné Loüis.
A la gauche , & plus loin , paroît l'Observatoire ,
Où de l'ordre des temps Caffini fait l'Hiſtoire ,
Bt par de longs tuyaux voit d'un oeil curieux
* Choisy , Conflans , Bèrcy , ¿ic.
Au
A V RIL. 1739: 639,
Au travers du Criſtal , le mouvement des Cieux.
Enfin , à la faveur de l'Onde qui la mene. ,
Elle entre dans Paris sans détour & sans peine ,
Et bien-tôt l'Arcenal , les Maisons & les Ponts
Sont par elle paffés , en observant leurs fronts .
Mais entre les deux Ponts que regarde le Louvre
Considerant par tout ce que son oeil découvre ,
Elle admire au Pont-Neuf le valeureux Henri ,
Sur un cheval d'Airain , qui d'un air aguerri ,
Sembie.encor.commander au milieu des Batailles,'
Ou forcer les Ligueurs couverts de leurs murailles.
Le Louvre , à sa main droite , est un si bel objet ,
Qu'elle a regret d'en voir suspendre le projet ,
Sur tout de ce Fronton d'ordonnance correcte ,
Chef- d'oeuvre merveilleux de Perrault , l'Archi
tecte .
Si de le voir finir ce n'est pas la saison >
C'est à d'autres qu'à nous d'en sçavoir la raison,
D'un College fameux , * riche en toute maniere ,
Elle voit tout à plein la face réguliere.
Jule , par ses bienfaits , a voulu dans ce Lieu
Eterniser son nom , imitant Richelieu ,
A qui la France doit la célebre Sorbonne ,
Et les succès heureux des Sujets qu'elle donne:
Plus bas , le Pont Royal , bâti solidement ,
Est encor de Paris un utile ornement.
Le College des Quatre Nations,
Ele
640 MERCURE DE FRANCE
Elle apperçoit aussi le Parc des Thuilleries ,
Où l'on voit étaler l'or & les broderies.
Là tout ce que Paris a de riche & de beau ,
S'en va durant l'Eté l'embellir de nouveau ,
Et pendant ce concours suivi de mille escortes
Lei Carosses dorés en assiegent les portes.
Plus loin le Cours la Reine est ombragé d'ormeaux,
Dont le branchage épais fait trois rangs de berceaux
, ux .
Quelquefois dans ce Cours le Duc & la Ducheſſe
Dès Caroffes Bourgeois sont foulés dans la preffe ,
Et sans leur Ecuffon , leur train ne sçauroit pas.
Les faire distinguer parmi cet embarras.
De l'autre main paroît l'Hôtel des Invalides ,
Affermi sur un fonds de revenus solides ;
Superbe Monument , où la Postérité
Connoîtra de Louis le zele & la bonté..
Au loin se voit Meudon , qui sur une éminence
Est le Lieu du repos de l'Aîné de la France.
Louis N vient aussi dans la belle saison ,
Respirer quelquefois l'air de cette Maison ,
Et pour se délaffer des peines que lui donne
Pour le bien de l'Etat , le poids de sa Couronne.
Plus bas paroît Saint Cloud , qui du haut du Côteau
Voit rouler le cristal dans les Cascades d'eau.
Philipe y tient sa Cour certain temps de l'année ,
Et par de doux plaisirs partage la journée ;
Mais
AVRIL. 1739.
641
Mais Paris quelquefois reçoit cette faveur
Quand aux Solemnités il vient lui faire houneur.
La Nimphe voit encor l'Architecture antique
Du Château de Madrid , Ouvrage magnifique
Puis le courant s'écarte & va vers Saint Denis ,
Où l'on garde en dépôt des trésors infinis.
Ainsi par ce contour son Onde détournée ,
Serpente dans la Plaine une demi journée ;
Il semble qu'elle craint de paffer par l'endroit
Où plus bas que Ruel son lit devient étroit .
Mais enfin son penchant lui faisant violence ,
L'entraîne dans ce Lieu , malgré sa résistance ;
Et fait voir à la Nimphe, au- delà du' tournant ,
Le formidable objet d'un travail surprenant.
C
Comme on voit en hyver la Forêt des Ardennes ,
Quand la bise a fait cheoir le feuillage des
Chênes ,
Et chaffé les voleurs de tous les défilés
Présenter ses vieux troncs qui paroiffent brulés.
Ainsi se voit de loin la Machine effroyable ,
Ouvrage de nos jours , qui paroît incroyable ;
Avec tout l'attiral de son corps hériffé
De rouage & de ponts , l'un sur l'autre exhauffé
Dont les bras s'étendant vers le haut de la Côte ,
Meuvent les Balanciers comme on voit u
une Flote,
Que la vague entretient dans le balancement ,
Incliner tous ses Mats à chaque mouvement.
Quoi!
642 MERCURE
DE FRANCE
Quoi ! dit- elle , en voyant la Machine étonnante ,
Serai-je donc contrainte a poursuivre ma pente ,
Et me faire rouer parmi tous les refforts
Que je vois remuer par de si grands efforts !
Non , non , dit-elle alors , la Nimphe de la Seine
Se mêlera plutôt avec l'eau qui l'entraîne ,
Et par son changement , sçaura bien éviter
Les outrages cruels qu'elle voit aprêter.
Ainsi dit , à l'instant elle se rend liquide ;
Son corps va se mêler avec l'Onde rapide ,
Et dans le fil de l'eau , tâche de s'allonger ,
Croyant par ce moyen éviter le danger:
Mais en vain , car aux Ponts cent Pompes as
* pirantes
L'enlevent de son lit à reprises fréquentes ,
Et la livrent ensuite aux Pistons refoulans ,
Qui font pour l'enlever des efforts violens.
Alors par ces efforts elle sent qu'elle monte
Vers le haut du Côteau dans des tuyaux de fonte
Qui vont la revomir au prochain Réservoir ,
Où cent autres tuyaux viennent la recevoir.
Là les Pistons changeant leur ,maniere ordinaire,
Preffent de bas en haut par un effet contraire.
Elle reçoit le jour pour la seconde fois ,
Et reprend en ce lieu l'usage de la voix ,
Pour se plaindre en paffant du Chevalier de Ville
Qu'elle voit sur sa gauche avec son air tranquille ;
Qui
AVRIL 1739 643
Qui t'oblige , dit- elle , avec ton Art maudit ,
A venir malgré moi m'enlever de mon lit ?
A ces mots les Pistons lui coupant la parole ,
Le clapet la retient , s'ouvrant à tour de rôle ,
Et la fait parvenir après tant de détours ,
Sur le haut du Regard pour lui donner son cours.
De-là sur l'Aqueduc , sa pente naturelle
Lui fait prendre bien - tôt une route nouvelle.
Enfin elle descend par des tuyaux de fer
Dans un long Réservoir apellé Trou d'Enfer ;
Mais c'est là que le Ciel devenu favorable ,
Lui présente par tout un aspect agréable.
Soleil , dit- elle alors , qui brilles dans les Cieux ,
Après tant de tourmens , que vois- je dans ces
Lieux ?
Quel calme regne fci ? Quelle est cette Contrée ,
Qui , sans doute , autre part doit avoir son entrée ?
Car je ne pense pas que l'horrible conduit ,
Par où j'ai fai chemin au travers de la nuit ,
En ait jamais été le sentier , ni la route.
Apollon à l'instant , pour la tirer de doute ;
Belle Nymphe , dit- il , aprenez qu'en ce lieu ,
Aux jours de son repos habite un demi Dieu.
C'est Louis , ou plutôt c'est le vaillant Alcide ,
Qui vient de réprimer la fureur homicide ,
Dont le Dieu des Combats agite les Humains ,
Lorsque pour se détruire ils ont armé leurs mains.
B. Les
644 MERCURE DE FRANCE
Les Destins en ces Lieux ont borné votre course. "
C'estici que votre Urne à l'oposé de l'Ourse ,
Doit dégorger ses Eaux dans un riche Canal ,
Pour les faire couler d'un mouvement égal .
En achevant ces mots , il poursuit sa carriere ,
Et répand sur la Nymphe un rayon de lumiere,
Qui rétablit son corps dans son premier état ,
Relevant sa beauté par un nouvel éclat .
D'obéir aux Destins la Nymphe est toute prête ,
Et marchant quelque pas , voit lorsqu'elle s'ar-
- rête ,
Au milieu d'un Valon le Château de Marly ,
Que la Nature & l'Art ont partout embelli .
Vers Pune & l'autre main l'Architecture étale
Six riches Pavillons de symétrie égale ,
Qu'on fair communiquer par de triples Berceaux ,
Artistement formés de Charmes & d'Ormeaux.
De ces douze Maisons l'Astre de la Contrée
N'a jamais aux ennuis vu profaner l'entrée ;
Les innocens plaisirs viennent seuls dans ces Lieux,
Les rendre aussi charmans que le séjour des Dieux,
La Nymphe s'avançant d'une démarche lente ,
Reconnoît son Canal pratiqué dans la pente ,
Qui descend du Midy vers le Front du Château ,
Et surprise , elle admire un Ouvrage si beau.
C'est donc ici , dit- elle , où le Destin m'ameine ,
Pour y faire couler une nouvelle Seine.
Je
AVRIL. 1739.
645
?
Je ne m'attendois pas de trouver en ces Lieux ,
Après mon infortune , un sort si glorieux.
Alors elle se couche , & son Urne penchante
Fait couler à long flots la Riviere naissante
Etendant son cristal de l'un à l'autre bord ,
Et la Nymphe à l'instant se repose & s'endort ,
Les Ondes cependant par leur course bruyante ,
S'émparent du Canal , en occupent la pente ,
Et leur gazouillement attirant les Oiseaux ,
Ils mêlent leur ramage au murmure des Eaux.
Muse c'est maintenant que vous devez m'aprendre
L'agréable plaisir qu'on eut de les entendre ,
Quand le bruit de leurs flots jusqu'alors inouis ,
Dans son Apartement éveillerent LOUIS.
Le Monarque à ce bruit , qui lui charme l'oreille ,
Se leve promptement pour voir cette merveille
Et suivi d'une Cour dont il a fait le choix ,
Voit la Seine à Marly pour la premiere fois.
Le Soleil éclairant l'un & l'autre Rivage ,
Il semble qu'en ce Lieu coulent les Eaux du Tage ,
Dont les superbes flots dans leur cours diligent ,
Font parmi leur gravier rouler l'or & l'argent.
Louis , qui sur le bord considere leur course ,
Monte insensiblement pour aller à la source ,
Et venant au sommet , voit la Nymphe qui dort ,
Au bruit que font ses Eaux vers le côté du Nort.
Bij Nymphe ,
646 MERCURE DE FRANCE
Nymphe , dit-il a'ors , dont l'Onde claire & pure
Coule dans ce Canal , avec un doux murmure ,
Et ranime les fleurs , que Flore dans ces Lieux
Fait naître sous nos pas pour arrêter nos yeux ,
Reconnoissant ici votre abord favorable ,
Je ferai
que vos Eaux , par un travail durable ,
S'écoulant
à travers des tuyaux de métal ,
Eleveront
en l'air mille objets de cristal ,
Qui frayant vers le Ciel une route inconnuë
, Sembleront
de nouveau remonter
dans la nuë.
Aussi-tôt à Mansard il donne le dessein
De faire ouvrir la Terre & foüiller dans son sein ,
Pour conduire avec art par cent routes profondes
Le tribut qu'on reçoit de ces nouvelles Ondes.
L'Architecte obéit , & par mille Jets d'eau
On voit briller Marly.d'un ornement nouveau.
*****************
ESS A1 sur l'Histoire du Nivernois , par
M. Pierre de Frasnay. Lettre cinquième.
N
Ous aprochons , Monsieur , de ces
temps d'ignorance & de barbarie ou
les Historiens modernes ne trouvent presque
plus personne qui les guide , et sont
obliges de marcher dans l'obscurité , ou de
demeurer dans le repos ; l'abondance des
matieres
AVRIL. 1739 647
matieres donne occasion à un Historien de
faire un choix délicat des Faits qu'il veut représenter
; ici je n'ai rien de trop , & je vous
dirai simplement tout ce que je sçais , sans
choisir & sans rien retrancher.
Raguinus , trente - uniéme Evêque de Nevers
, élû en 864. tint le Siége Episcopal
pendant un an seulement.
pas
Le trente- deuxième Evêque de notre Ville
s'apelloit Ragunfredus ; nous ne sçavons rien
de lui que son nom , & le temps où il a vécur
qui fut en 865. sous le Regne de Charles let
Chauve & sous le Pontificat de Nicolas I.
L'Episcopat de Ragunfredus ne fut de
longue durée , car nous trouvons qu'Abbon
son Successeur a souscrit au Concile de Soissons
en 866. le 18. du mois d'Août. Dans ce
Concile , qui cft un des plus fameux des
Gaules , & auquel affifterent trente - cinq
Evêques , il s'agissoit principalement du rétablissement
de Vulfade , & des autres Clercs
ordonnés par Ebbon, Archevêque de Reims,
depuis sa déposition ; ces Clercs furent rétablis
par une grace particuliere , pour faire
plaifir au Roy Charles le Chauve , qui vouloit
placer Vulfade sur le Siége de Bourges ,
& en faire le Miniftre & le Conseil de Charles
, Roy d'Aquitaine , son fils.
Charles le Chauve avoit encore un autre
fils , apellé Carloman , qu'il avoit mis dans
Biij
la
648 MERCURE DE FRANCE
la Cléricature , l'ayant fait ordonner Diacre
par Hildegaire , Evêque de Meaux . Ce Prince
, mécontent de son état , se mit en campagne
à la tête d'une troupe de Soldats
pilla les Eglises & exerça de grandes violences
; le Roy le fit arrêter , & le fit juger
par un Concile qui fut assemblé à Attigni en
870. mais ayant mis ensuite Carloman en
liberté à la priere des Légats du Pape , ce
Prince recommença les mêmes brigandages,
desorte que le Roy convoqua de nouveau un
Concile à Senlis en 873. dans lequel Anségise
, Archevêque de Sens , avec ses Suffragans
, & ceux de la Province de Rheims ,
excommunierent Carloman , & le dégraderent
de tout Ordre Ecclésiastique ; mais comme
ces peines canoniques ne suffisoient point
pour contenir ce Prince , son Pere fut obligé
de le faire juger par des Juges Laïcs , qui le
condamnerent à la mort ; le Pere indulgent ,
se contenta de faire crever les yeux à son fils
rébelle.
Ce fut pendant l'Episcopat d'Abbon , que
le Pape Jean VIII . entreprit d'établir Ansegise
, Archevêque de Sens , Primat des Gaules
& de Germanie , dans le Concile de Pontion
, tenu au mois de Juin de l'année 876 .
mais ce projet ne réüffit point , par l'opofition
des autres Métropolitains , & l'Archevêque
de Sens n'a conservé que le titre de
Primat
AVRIL 1739: 649
Primat , sans aucun pouvoir à cet égard ;
Abbon souscrivit à ce Concile.
On trouve qu'Abbon a encore souscrit au
Concile de Verberie en 869. contre Hincmar
, Evêque de Laon .
Le Pape Jean VIII . étant venu en France ,
en 878. sous le Regne de Louis le Begue ,
pour chercher du secours contre Lambert ,
Duc de Spolette, tint un Concile à Troyes ,
où notre Evêque affifta . Dans ce Concile ,
le Pape & les Evêques excommunierent les
Usurpateurs des Biens de l'Eglise. Le premier
Canon de ce Concile eft bien fingulier ; il
fait défense à tous les Laïcs , même aux Seigneurs
, de s'asseoir devant un Evêque , s'i
ne le commande expressément.
Après ce Concile , le Pape Jean VIII. couronna
Louis le Begue de sa main ; il y a de
l'aparence que notre Evêque affifta à cette
céremonie ; & même on trouve une Charte
du même Roy , faite en la Ville de Troyes ,
le IV . des Ides de Septembre , trois jours
après ce Couronnement , par laquelle le
Roy , à la sollicitation d'Abbon , confirme
la Donation de Magni , faite par Charles le
Chauve à l'Eglise de Nevers.
Abbon a vécu encore sous le Regne de
Louis & Carlomans ce fut pendant son Episcopat
en 882. que le Roy Carloman rendit
à l'Eglise de Nevers , la Seigneurie de Cours
B iiij
sur
·650
MERCURE DE FRANCE
sur Loire , qui étoit possedée par des Personnes
Laïques.
Abbon est mort en 883. sous le Regne de
Carloman , & non point , comme quelquesuns
le prétendent, sous le Regne de Charles
le Gros , qui ne fut Roy qu'en 884. ou 885 .
Hincmar , Archevêque de Rheims , contemporain
de notre Prélat , en fait une mention
honorable dans ses Epîtres 2. 3. & 4.
Guinerius, ou Germenus , trente - quatrième
Evêque de Nevers , a tenu le Siége Episcopal
en 884. sous le Pontificat d'Adrien III .
& sous le Regne de l'Empereur Charles le
Gros.
Eumenus , trente - cinquiéme Evêque , sous
le Pontificat d'Etienne VI. & sous le Regne
de Charles le Gros , a succedé à Germenus
en 885.
On trouve dans le Trésor de l'Eglise de
Nevers trois Chartes de Charles le Gros
adressées à notre Evêque Eumenus.
>
La premiere , est du seizième des Calen-
'des de Septembre , Indiction III . la seconde
année du Regne de Charles dans les Gaules,
ce qui se raporte au 17. Août 885 ; elle est
datée du Palais d'Atigni.
Dans cette Charte , il est dit qu'Eumenus
a fondé & bâti un Monaftere de Religieuses
à Cusset en Auvergne ; que les Religieux de
S. Martin de Nevers sont dans l'usage d'établir
A VRL L 1739: 651
blir ces Religieuses , que l'Evêque de Nevers
sera leur Supérieur ; qu'il ne pourra néanmoins
inftituer d'autre Abbesse sur ces Reli→
gieuses, qu'une d'entre - elles, qui sera par elles:
elûë ; que ces Religieuses auront les deux
tiers du revenu des Fiefs de l'Abbaye , francs .
de toutes charges de service dans la Guer-
& que l'autre. tiers apartiendra à l'ETe
,
vêque.
Čette Charte ajoûte que l'Abbé de Saint
Martin de Nevers prendra toutes les Dixmes
& tous les fruits que le Roy avoit coûtume :
de prendre dans son Abbaye , afin de donner
à l'Abbé le moyen d'entretenir ses Reli--
gieux..
La seconde Charte est du quinziéme des
Calendes de Septembre , Indiction V. la,
quatrième année du Regne de Charles dans
les Gaules , c'est - à - dire le 18. Août 887.
Cette Charte . fut accordée à la priere de
Guillaume , Comte & Marquis de Nevers ,
fils de Bernard , pareillement Comte & Marquis
, tué dans la Guerre contre Boson, usur
patcur du Royaume d'Arles,
• Par cette. Charte , Charles donne à l'Eglise
de Nevers l'Oratoire de S. Révérien ,,
( c'est aujourd'hui un Prieuré, & l'Abbaye
de S. Pierre d'Izeure , dans le Territoire.
Autun.
Enfin la troisiéme Charte est du quinzié-
Biv me
652 MERCURE DE FRANCE
me des Calendes de Janvier , Indiction VII.
la cinquième année du Regne de Charles:
dans les Gaules , c'est-à -dire le 18. Décem
bre de l'année 888.
Par cette Charte . Charles confirme au
profit de l'Eglise de Nevers la Donation de
P'Eglise de S. Martin , de l'Abbaye de Saint-
Vincent de Nevers , autrement S. Arigle , del'Abbaye
de S. Trohes, des Abbayes de Saint-
Sauveur , de S. Gildard & S. Loup , de Saint-
Franchi , de S. Vincent de Magni , de Notre-
Dame & de S. Genès , de la Seigneurie de
Cours sur Loire , de l'Abbaye de Cusset ,
bâtie par Eumenus , ainsi que de l'Oratoire
ou Chapelle de S. Didier, hors la Porte de la
Ville , de l'Abbaye de S. Perreuse , & de
celle de S. Parise - le- Châtel.
›
La même Charte confirme encore & ac
corde à l'Eglise de Nevers la Porte de la
Cité ; cette Porte s'apelloit la Porte Episcopale
, & étoit proche la Chapelle de S. Didier.
Elle confirme le Don de deux Tours du
même côté , & donne le Cloître aux Chanoines
, ce qui marque que nos Chanoines:
vivoient alors en communauté , suivant la
Regle établie par le Concile d'Aix- la- Chapelle
..
Cette Charte enfin porte la Confirmation
au profit de l'Eglise de Nevers , des Seigneu..
rics
AVRIL 1739. 653
·
ries d'Infi , d'Urfî , de Parzi , de Premeri, &
de quantité d'autres Fiefs assis dans la Province
de Nivernóis , & dans les Comtés de
Mâcon , de Châlons , d'Auxerre , d'Auvergne
, d'Autun & de Bourges.
*
On observe qu'Eumenus avoit l'ame guerriere
, & qu'il suivit Charles le Gros , lorsqu'il
alla secourir Paris , assiégé par les Normands.
Goflin , Evêque de Paris , secondé
par Ebole , son neveu , & soûtenu par le
Comte Eudes , étoit à la tête des Soldats
qui défendoient cette grande Ville ; il n'est
pas surprenant de voir ces deux Evêques les
armes à la main , c'étoit pour lors un usage
assés fréquent ; les Evêques en faisant la
guerre aux Infideles , croyoient ne point
violer la sainteté de leur état ; d'ailleurs les
Héritages possedés par les Prélats les mettoient
dans l'obligation , ou du moins les
autorisoient à rendre service au Roy dans
ses Armées..
D
Charlemagne , Prince pieux , avoit dispensé
les Evêques du service de la Guerre ,
mais cette dispense ne fut guere observée audelà
de son Regne ; on voit dans la suite lés:
Evêques endosser la cuirasse ; & même om
observe que dans le Combat d'Angoulême
donné sous Charles le Chauve,en 844. il y
eut quantité d'Evêques ou Abbés tués ou pris..
Ce malheur toucha les autres Evêques , &
B.vj
lcu
མ
654 MERCURE DE FRANCE
leur donna lieu d'adresser leurs Remontran
ces au même Roy , qui étoit pour lors au
Concile de Verneuil , en le priant de les dispenser
du Service personnel , & de trouver
bon qu'ils donnassent leurs Fiefs à des Gentilshommes
, qui conduiroient leurs Troupes
à leur place.
L'exemple de Francon , Evêque de Liége ,
est remarquable ; il se trouva en plusieurs
Combats contre les Normands : mais quoiqu'il
n'eût répandu que le sang
des Infideles,
il crut qu'il ne pouvoit plus aprocher des
Autels avec des mains ensanglantées ; il se .
démit de son Episcopat , & finit ses jours en
paix, & dans une sainte retraite.
Les Normands , après le Siege de Paris ,
transporterent leurs Barques par terre , à force
de bras , & par un travail extraordinaire , à
plus de deux mille au-dessus de cette Ville ;
ils remonterent ensuite la Seine , entrerent
dans la Riviere d'Yone , assiégerent Sens
inutilement , & pillerent quantité de Villes
& Villages assis sur cette Riviere ; le Nivernois
souffrit infiniment de leurs brigandages
.
Charles le Gros ayant été déposé , Eudes,
ce brave défenseur de la Ville de Paris , fut
élû à sa place , & fut sacré en la Ville de
Sens , par Vautier , Archevêque , assisté de
ses Suffragans : je ne doute point qu'Eumenus
-
AVRIL 1739. BIS
nas notre Evêque , n'ait eu part à cette cérémonie.
Aglarius , trente-sixiéme Evêque de Nevers
, succeda à Eumenus en 892. sous le.
Pontificat du Pape Formose , & sous le Regne
du Roy Eudes .
Francon , trente- septiéme Evêque , successeur
d'Aglarius , a tenu le Siége Episcopal
, sous les Regnes d'Eudes & de Charles.
le Simple , & sous les Pontificats de Formose
, d'Etienne , de Theodore II. & de.
Jean IX. c'est-à-dire , depuis 895. jusqu'en
905 ou environ ; il avoit été Abbé de Saint
Pierre le vif, de Sens
Coquille , dans son Histoire , allegue une
Charte de cet Evêque , datée de la sixième
année du Regne de Charles le Simple , que
Francon dit être la neuvième année de son
Ordination. Charles le Simple n'a commencé
à regner dans nos Cantons qu'en 898. qui.
est le temps de la mort du Roy Eudes ? ainsi
la sixième année. du Regne de Charles le.
Simple , comptée par l'Evêque de Nevers
est l'année 903. & l'année de l'Ordination de
Francon se trouvera par ce moyen en 895 .
comme nous l'avons avancé.
Francon a fait don à son Eglise de l'Isle .
sur l'Allier.. }
"
On a dit que cet Evêque avoit eu la facilité
de donner le Corps de Saint Cyr , Patron
de
257 MERCURE DE FRANCE
de son Eglise au Moine Hurbal , son ami
qui l'avoit ensuite transporté dans l'Abbaye
de Saint - Amand , entre Tournai & Valenciennes
; mais ce Fait n'a aucune vrai- semblance
, puisque l'Eglise de Nevers ne possedoit
pour lors d'autres Reliques de S. Cyr,
que celles dont nous avons parlé dans la Vie
de S. Hierosme , Evêque de Nevers , &
qu'elle les possede encore aujourd'hui..
Francon dans cette Charte , que l'on peut
apeller Rescrit ou Mandement , dit avoir
tenu un Synode à Nevers , dans lequel il a
fait assembler ses Chanoines , Cardinaux y
Archiprêtres , Prêtres Forains , & enfin ses
Vassaux Laics.
Il y a bien des refléxions à faire sur ce
Synode .
En premier lieur , cette Convocation des:
Chanoines , faite par l'Evêque dans son Synode
, n'est plus en usage.
39
En second lieu , vous serez surpris avec
raison de ce que l'Evêque de Nevers a
apellé à ce Synode ses Vassaux Laïcs , qui ne
doivent point se trouver aux Assemblées
Ecclésiastiques.
)
En troisiéme lieu , vous me demanderez
ce que c'est que ces Prêtres Cardinaux, dont
notre Evêque fait mention dans son Rescrit.
J'aurai l'honneur de vous répondre , que ces
Prêtres Cardinaux , sont les principaux Prêtres
AVRIL: 1739 854
tres Bénéficiers de notre Ville , qui servoient
à l'Autel lorsque l'Evêque officioit , & qui
avoient la disposition pleine & entiere des
choses saintes , sauf l'Ordination , qui apartenoit
à l'Evêque seul : chaque Eglise avoit
autrefois ses Prêtres Cardinaux , mais aujourd'hui
il n'y a que l'Eglise de Rome qui
ait conservé ce Titre & cette Dignité. On
apelloit ces Prêtres Cardinaux , parce que
dans le temps que l'Evêque célébroit , ils se
tenoient au coin de l'Autel , in cardine Altaris
, une partie du côté droit , & l'autre
partie du côté gauche ; & par ce moyen l'Evêque
se trouvoit placé au milieu . D'autres
font dériver ce nom du mot latin Cardo ,
dans la signification de Pivot , parce que ces
Prêtres étoient comme les Pivots de leur
Eglise , & c'est dans le même sens que les
Grands Officiers de l'Empire s'apelloient
Cardinales.
"
Rollon , Chef des Normands , du temps
de Francon , pilla la France avec trois Armées
, dont l'une assiégea Tours , entra dans
l'Orleanois , & pénétra en Auvergne. Il est
à présumer que la Province de Nivernois eut
le sort des Provinces voisines , & éprouva
comme elles la fureur de ces Barbares.
Le trente - huitiéme Evêque de Nevers :
s'apelloit Atton , successeur de Francon ,
sous le Regne de Charles le Simple , & sous
les
758 MERGURE DE FRANCE
les Pontificats de Serge & d'Anastase IIIes .
Dans le Catalogue historique des Evêques
de Nevers , il est fait mention d'une Charte
de ce Prélat de l'année 908.
Le Comte Guillaume , Duc d'Aquitaine
fils de Bernard , Comte d'Auvergne , & petit-
fils d'un autre Bernard , Comte de Poitiers
, voulant relever la Discipline Monastique
, qui étoit négligée , donna à l'Ordre de
S. Benoît sa Terre de Cluni , pour y fonder
un Monastere en l'honneur de Saint Pierre .
& de Saint Paul ; les Lettres de Fondation.
de l'année ' 910. sont datées de la Ville de.
Bourges , & souscrites par le Comte Guillauavec
le Sceau d'Angelberge , son épou
se ,
>
fille du Roy Boson ; on y voit encore la.
souscription de Madalbert , Archevêque de
Bourges , d'Adalard , Evêque de Clermont
& d'Atton , que l'on croit être notre Eyêque .
de Nevers .
Il n'y avoit guere plus de soixante ans ,
que l'Eglise de Nevers avoit été bâtie des libéralités
de Charles le Chauve ; néanmoins
la Nef de cette Eglise menaçoit ruine , &.
Atton avoit dessein de la faire rebâtir de
nouveau ; un orage qui survint , renversa.
la plus grande partie de cet Edifice , & mit.
Atton dans la nécessité d'executer son projet
; un Chanoine de Nevers , engagé sous.
les ruines , en fut tiré sans aucun mal , les
pierres
AVRIL. 1739.
659
pierres en tombant ayant formé une espece
de voute au- dessus de la tête du Chanoine,
qui fut préservé par ce moyen.
Il ne reste plus de la conftruction de Charles
le Chauve , que l'ancien Choeur , où sont
à présent les Orgues , avec une Chapelle soûr
terraine , & deux ou trois Piliers ronds , qui
sont dans la Nef , proche la Chapelle de
S. Jean , & vis-à- vis cette Chapelle, du côté
de l'Evêché ; tout le reste de la Nef est de la
construction d'Atton , sauf deux Piliers qui
sont proche l'Horloge , qui sont d'une construction
differente , & que je crois bâtis
avec le nouveau Choeur , par Guillaume de
Saint Lazare , Evêque de Nevers , comme
nous l'avons remarqué dans l'Article d'Hermam
Atton avoit été Archidiacre & Trésorier
de l'Eglise de Nevers , & avoit affifté en cette
qualité au Synode tenu par Francon, Evêque
de Nevers , son prédecesseur.
Atton est furnommé le Coopérateur , aparemment
, parce qu'il a concouru à l'Edification
de notre Eglise , dont une partie est
son ouvrage.
Cet Evêque est bien loüable , d'avoir rebâti
l'Eglise de Nevers presque en entier ,
dans un temps où les autres Evêques pouvoient
à peine fournir aux réparations ordinaires.
Nos
360 MERCURE DE FRANCE
Nos Annalistes nous donnent ensuite
pour Evêque Aimo , d'autres disent Launo
d'autres l'apellent Lauvo ; il y a differentes
Chartes dans notre Eglise , dans lesquelles
on trouve tantôt un de ces noms , & tantôt
un autre ; ces Chartes font de l'année 916.
Pour moi je crois que cette prétendue diversité
de noms vient de la négligence des Ecrivains
, ou de l'ignorance des Lecteurs , qui
dans ces Ecritures anciennes & difficiles
ont lû un nom pour un autre , &c.
J
Ce qui est constant, c'est que cet Evêque,
de quelque nom qu'il soit apellé , vivoit sous
les Regnes de Charles le Simple & de Raoul ,
& sous le Pontificat de Jean X. Ce fut
sous cet Evêque, que le RoyRaoul assiégea
& prit par composition en 926. la Ville de
Nevers , qui étoit défenduë par le frere de
Guillaume ,> Duc d'Aquitaine.
Thédélégrinus , quarantiéme Evêque de Nevers
, vivoit sous le Pontificat de Jean XI.
& sous le Regne de Raoul .
On trouve dans le Trésor de l'Eglise de
Nevers une Charte datée d'Auxerre , du second
jour avant les Ides de Décembre ,la treiziéme
année du Regne de Raoul , Indiction
VI. ce qui désigne l'année 932. le 12. de
Décembre. Par cette Charte , le Roy Raoul
confirme, au profit de Thédélégrin & de son
Eglise , la Donation de plusieurs Biens qui
avoient
AVRIL. 17398 661
avoient été démembrés du Comté de Nevers.
Ce Prélat , par une autre Charte , datée de
l'an douzième du Roy Louis IV . dit d'Outremer
, ce qui fait environ l'an 948. donne à
I'Eglise de Nevers la Seigneurie de Tucy ,
proche Magni.
Il obtint le Chef de S. Cyr de Guy , Evêque
d'Auxerre , qui aporta lui- même à Nevers
cette Relique ; le Roy Raoul donna
For & l'argent pour faire la Châsse : l'arrivée
du Chef de S. Cyr à Nevers , fut célébrée
par des Fêtes , & le Ciel fit connoître par
des miracles qu'il aprouvoit cette transla
tion.
mort
C
Le Roy Raoul mourut en 936. Après sa
les Seigneurs François rapellerent
Louis IV. dit d'Outremer qui s'étoit retiré
avec la Reine Ogire , sa mere , chés le Roy
d'Angleterre lors de la Prison du Roy
Charles le Simple . Pour cet effet , les Seigneurs
envoyerent à Louis des Députés , &
Guillaume , Archevêque de Sens , se trouva
à la tête de la Députation . Lorsque Louis fut
arrivé en France , son premier soin fut de se
faire reconnoître par ses Sujets ; il alla dans
la Bourgogne , accompagné d'Hugues le
Grand ; il reçut Hommage & le Serment
de Fidelité des Evêques de ce Duché , &
prit d'eux des ôtages.
La
662 MERCURE DE FRANCE
Le Comté de Nevers faisoit alors partie de
La Bourgogne ; Rathier , Comte de Nevers ,
en 890. se reconnut Vassal de Richard le
Justicier , Duc de Bourgogne ; Raoul , fils
de Richard , en sa qualité de Duc de Bourgogne
, conserva la même superiorité sur le
Comté de Nevers .
Σ
En 938. Louis d'Outremer contraignit
Hugues le Noir , Duc de Bourgogne , de
partager le Duché de Bourgogne avec Hugues
le Grand ; dans la suite , Hugues le
Grand eut ce Duché en entier. Ce, Prince
dans le Partage qu'il fit de ses Biens , donna
le Duché de France à Hugues Capet , son
fils aîné , qui fut depuis Roy de France , &
le Duché de Bourgogne à Othon son second
fils. Ce Duché pafla ensuite par la voye de la
Succeffion à Eudes , troiséme fils de Hugues
le Grand , & enfin à Henri , son quatrième
fils , qui mourut sans-Enfans, & transmit ce
Duché à Robert, Roy de France, son neveu ,
qui en fit le lot de son cadet : dans ces changemens
la superiorité du Duché de Bourgogne
sur le Comté de Nevers , s'éclipsa , & le
Comté devint un Fief immédiat de la Couronne
, soit en vertu de la réunion du Duc...
de Bourgogne à la Couronne de France ,
soit en vertu de quelque convention particuliere
entre le Roy Robert , & Landri ,
Comts
1
1739. 663
Comte de Nevers , qui prétendoit avoir un
droit au Duché de Bourgogne .
La mort de Thédélégrinus eft marquée en
l'année 948. Il y eut cette année un Concile
tenu à Tréves , mais aucun Evêque de ces
Cantons n'osa affiſta à ce Concile , de peur
de déplaire à Hugues le Grand , qui fut excommunié
dans cette Assemblée , à cause de
son indocilité envers son Souverain .
Je ne doute point , M. , que vous ne condamniez
les fréquentes digreffions qui sont
dans ma Lettre ; j'ai fait comme un Voyageur
, qui , trouvant un chemin difficile
s'écarte dans les Champs & dans les Plaines,
pour y chercher une route commode ;
ces digreffions , après tout , ne sont point
absolument étrangeres , elles supléent à la
fterilité de la matiere , & méritent quelque
indulgence de votre part , vous affûrant que
je m'écarterai moins , lorsque mon Sujet sera
plus abondant. Je suis , &c.
LES
664 MERCURE DE FRANCE
LES JEUX DES BERGERS,
N
EGLOGUE.
Par M. Pierre de Frasnay.
Os Moutons bondissans dans ces gras pâtarages
,
Sont confiés aux soins de nos Bergers à gages ,
Placés en sentinelle au sommet d'un Côteau ;
Ces Bergers vigilans ont l'oeil sur le Troupeau ,
Nos Chiens sont auprès d'eux , ou gardent l'avenue,
Et sur les Bois voisins semblent porter la vûë ;
Cependant nous suivons nos innocens defirs ,
Et nous nous occupons de Jeux & de Plaifirs.
L'un va chercher un Nid dans la Forêt prochaine,
L'autre suit à la piſte un Liévre dans la Plaine ;
L'un tend dans nos sillons des piéges aux oiseaux
Ou bien cherche à tromper les habitans des Eaux ;
Un autre tient un dard , & rempli d'assûrance ,
Poursuit un Sanglier qui se met en défense ;
D'autres vantent les traits dont leur coeur eft épris ,
De la flûte & du chant ils disputent le prix ,
Ce prix n'eft qu'un Bouquet de rose ou de jo
quille ,
Mais ce prix eft donné de la main d'Amarille ;
Le Vainqueur à ses pieds dépose ce Bouquet ;
Elle
•
AVRIL. 1739. 665
Elle s'en pare, & rend le triomphe parfait ;
Des plus jeunes Bergers une troupe légere
Au son du Chalumeau danse sur la fougere.
C'eſt ainsi qu'en nos Prés , sur la fin d'un beau jour,
On voit danser souvent les Graces & l'Amour ;
Ces Bergers de concert expriment la cadence ;
Leurs yeux ,
gence ;
plus que
leurs pas semblent d'intelli-
Un Orme par le temps respecté dans ces Lieux ,
Fournit de ses rameaux l'ombrage gracieux ;
Un Ruisseau coule auprès & forme un doux murmure
;
Un Gazon nous présente un tapis de verdure ;
Nos Bergers attirés par des charmes secrets ,
S'assemblent tous les jours dans ce Lieu plein d'atà
traits ;
La curiosité de leur ame est bannie ,
Ils ne connoiffent point l'affreuse calomnie ;
Jamais un sel mordant n'entra dans leurs discours ,
Ils parlent de Plaifirs , de Troupeaux , & d'Amours ;
Quel charme en leur propos ! que j'aime à les entendre
!
J'aperçois disputer Hilas contre Silvandre ;
Hilas, des Inconftans & l'image & l'apui ,
Aimant tout, n'aime rien , ou bien n'aime que lui;
Silvandre des Bergers le plus parfait modele ,
Eft d'un fidele amour le défenseur fidele ,
Son
566 MERCURE DE FRANCE
Son ame ne vit plus que dans l'objet aimé ,
Lui-même en cet objet il se croit transformé ;
Quand son oeil ne voit point la beauté qui l'enchante
,
Jamais elle ne fut à son coeur plus présente ;
Il se fait une gloire , un bonheur de ses noeuds ;
Il aprend à la Parque à respecter ses feux ;
O trop heureux Berger ! ta charmante mémoire
Toujours de ces Hameaux embellira l'hiftoire ;
Et plûtôt le Lignon verra finir son cours ,
Que l'heureux souvenir de tes chaſtes amours ;
Les Arbres dans ces Lieux sur leur écorce tendre
Offrent partout les noms de Diane & Silvandre ;
Ces écorces croîtront , mais des feux si parfaits ,
Ne sçauroient augmenter ni décroître jamais.
Cupidon a gravé tes amours dans son Temple ,
Lui-même les propose aux Bergers pour exemple
Par un amour conſtant , par ta fidélité ,
Tu parviendras , Silvandre , à l'immortalité.
On obtient par le fer une gloire odieuse ,
D'un Berger innocent la mémoire eft heureuse
D'un Guerrier sanguinaire on haïra le nom ; -
Toujours on aimera Silvandre & Céladon.
LETAVRIL.
1739: 667
LETTRE de M. le Rouge , Conseiller &
Avocat du Roy de la Monnoye à Troyes , au
sujet de celle qui a été publiée dans le Mercure
de Décembre 1738.sur lesMédailles doubles.
J
'Ai lû , Monsieur , avec une surprise extréme
dans votre Mercure de Décembre
dernier , page 2651. une Lettre qui m'est
attribuée , & que vous y avez insérée de
bonne foi .
Vous avez eu la complaisance depuis , d'en
confronter une écrite de ma main, avec mon
Fils qui demeure à Paris , & vous avez décidé
d'abord qu'elle n'étoit ni de mon écriture
, ni de mon ſtyle , & c.
Cependant comine je suis bien caractérisé
dans cette Lettre, & qu'elle m'engage avec le
Public , je crois devoir le désabuser , en lui .
déclarant que je la désavouë.
L'Auteur de la Lettre du Mercure m'auroit
plus obligé , s'il m'eût fait l'honneur de m'écrire
directement. Je lui aurois envoyé avec
plaifir une Liste de mes Médailles doubles ,
lesquelles , à la vérité , ne sont pas à présent
en grand nombre , parce que je me suis
défait l'année derniere de la plus grande
partie , tant par échanges , que par présents,
Bic.
C H
(668 MERCURE DE FRANCE
Il est vrai , M. , que ces Monumens de
l'Antiquité m'ont toujours fait un vrai plaifir
, & conséquemment j'en ai fait une
exacte recherche , tant dans les principales
Villes de ce Royaume , que dans les Pays
Etrangers , ce qui m'a donné la facilité de
former une Collection de Médailles vérita-
·bles , antiques , & bien conservées.
Mes Suites sont en or , en argent , & en.
bronze , tant Grecques , Consulaires , qu'Impériales
, &c. Je les augmente autant que
j'en trouve l'occasion , par la voye de mes
Correspondans, qui m'en envoyent de temps
en tenips.
En me conformant au sentiment du célebre
M. Spon , je me ferai toujours un plaifir
sensible d'accommoder mes Confreres de
mes Médailles doubles , par échange , autant
que faire se pourra , ou autrement , lorsqu'ils
me feront l'honneur de m'en écrire ; je leur
donnerai enfin en toute occasion des marques
de mon estime , de mon attachement
& de mon respect. J'ai Phonneur d'être, &c.
Signé , LE ROUGE , &C.
A Troyes , le 23.Fevrier 1738 .
BOUTSAVRIL.
1739. 669
•******************
BOUTS RIM E'S ,
.
Proposés dans le Mercure de France , du mois
de Décembre 1738.
QuUoique mon Violon ne soit qu'un vrai Sabot ,
Aux Guinguettes souvent chacun me fait Largesse ,
Et par mes rigaudons , sans beaucoup de
Je trouve le secret de garnir mon
J'attrape de Lucas un peu de son
Lorsque de sa Catin j'anime la
Et sans avoir l'esprit d'un Enfant du
Je puis bien me vanter de n'être pas un
Finesse ,
Jabot.
Gigot
Tendresse ,
Permesse ,
Sot.
Quelquefois dans l'Automne , on me voit au Pressoir,
Prier les Vendangeurs d'emplir mon Réservoir,
Quand la récolte est belle , on me fait bonne Mine,
Mais si-tôt que je vois le Maître.
Furieux ,
Où sa femme en courroux , faire la Proserpine,
Je reviens au logis confus &
Sérieux.
Par M. de Boi...:
Cij LET
870 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M. *** Pilote - Amiral de ***
sur les nouvelles Cartes Hydrographiques ,
dressées au Dépôt des Cartes , Plans &
Journaux de la Marine , pour le Service
des Vaisseaux du Roy , par ordre de M. le
Comte de Maurepas , Ministre d'Etat.
J
E vous envoye , Monsieur , les Nouvelles
Cartes Hydrographiques , sur la construction
desquelles vous me marquez avoir
vû quelques Dissertations dans les Mémoires
pour l'Histoire des Sciences & des Beaux-
Arts , Mois de Juin , Septembre & Octobre
1738. Avril 1739, & c. Vous me demandez
en même temps mon sentiment sur cet Ouvrage
, qui vous paroît , avec raison , devoir
interesser toutes les Nations commerçantes :
l'occasion particuliere que j'ai euë de connoître
le Dépôt des Cartes , Plans & Journaux
de la Marine , me met en état de vous
satisfaire . C
Ce Dépôt établi en 1721. sous les ordres
de M. le Comte de Toulouse , Chefalors du
Conseil de Marine, ayant ensuite passé, avec
la Marine,sous les ordres de M. le Comte de
Maurepas , ce Ministre a bien voulu donner
ses soins pour le soûtenir , & le mettre dans
un état où il puisse être utile à la Navigation
:
AVRIL. 17398 675
tion : desorte qu'on peut assûrer aujourd'hui
que c'est la plus belle Collection qu'il y ait
en ce genre dans toute l'Europe , non seulement
par le grand nombre , mais aussi par le
choix & la rareté des Morceaux , dont plus
des trois quarts sont manuscrits , & qui renferment
des détails sur toutes les Côtes
d'Europe, d'Asie , d'Afrique & d'Amérique ,
dont on ne peut qu'être surpris.
Les Cartes & les Plans ne font qu'une partie
de ce Dépôt ; la quantité prodigieuse de
Journaux de Navigation qu'on y a rassemblés
, & qui augmente tous les jours , avec
les differens Mémoires , Descriptions & Visites
des Côtes, Ports , & Rades connues dans
les Quatre Parties du Monde , sont à mon
avis un Trésor d'autant plus précieux , qu'il
n'auroit pas été possible d'entreprendre la
correction des Cartes sans ce secours , étant
certain qu'il n'y a que le grand nombre de
Navigateurs qui puisse fournir les détails nécessaires
& donner les moyens de comparaison
& de critique qui conduisent au
-vrai.
,
Quoique les Journaux & les divers Mémoires
dont on vient de parler , fournissent
des materiaux suffisans , comme il se trouve
parmi les Cartes & les Plans du Dépôt plusieurs
Morceaux particuliers , levés par d'habiles
Ingénieurs , Pilotes & autres , on sent
C iij
bien
372 MERCURE DE FRANCE
bien qu'ils doivent auffi influer beaucoup sur
la correction des Cartes dans lesquelles ils
entrent.
Joignez à ces moyens une connoissance
exacte & fidelle de toutes les Observations
Astronomiques , qui ont été faites dans les
differentes parties de la Terre ; vous vous
formerez , M. une idée assés juste de l'état
présent du Dépôt des Cartes , Plans & Journaux
de la Marine & du travail qui s'y
fait ; & alors vous ne serez point surpris de
la superiorité que l'on attribue aux Nouvelles
Cartes Hydrographiques , sur tout ce qui a
paru en ce genre .
,
Malgré tous les avantages que le Dépôt se
trouve avoir pour son travail , il ne faut pas
croire que les Nouvelles Cartes soient parfaites
s'il est des Sciences qui ne peuvent
jamais s'élever à un certain dégré de perfection
, l'Hydrographie est du nombre , surtout
dans la construction des Cartes.
:
Que l'on examine avec quelqu'attention
toutes celles qu'on a vû paroître , Françoiſes,
Angloifes , & Hollandoifes ; les erreurs considerables
dont on les trouve remplies , seront
non feulement la preuve du peu de
progrès que toutes les Nations y ont fait
jusqu'à ce jour ; mais en même temps elles
feront connoître combien il étoit important
d'en entreprendre la correction ;
la
AVRIL.
17397 673
la sûreté des Navigateurs en dépend on sçait
par de triftes experiences , que la fauffeté
des Cartes a causé plus d'un naufrage.
Mais en fupofant les Nouvelles Cartes:
encore éloignées de cette précifion où elles :
doivent néceffairement arriver par la suite :
du travail , il faut convenir qu'elles fontbeaucoup
moins fautives que toutes les
autres ; non feulement , ces erreurs énor
mes , tant en datitude qu'en longitude , fi
préjudiciables à la Navigation , font entierement
difparuës ; mais elles renferment enco--
re des détails particuliers, d'autant plus fatisfaifans
, qu'on les a toujours négligé dans
les Cartes générales. Pour en être convaincu ,,
il ne faut que lire les Mémoires en forme
d'Analyses , qui ont été imprimés lorsque
chacune de ces Cartes a paru ,' & que Pon
a soin de distribuer en même temps . Ces :
Mémoires rendent un compte exact des
Remarques & Observations dont on s'est
servi,pour établir les principales corrections ;
& pour en faire mieux sentir la solidité , on
discute , par une comparaison fidelle , les
Points sur lesquels elles se trouvent tomber :
on cite les Journaux des Navigateurs que
l'on a suivis , & l'on détaille les Opérations
faites en conséquence ; desorte que tout le
monde se trouve en état de juger de la bonté
d'un pareil Ouvrage : aussi suis -je persuadé
C iiij qu'il •
674 MERCURE DE FRANCE
qu'il n'a besoin que d'être connu , pour dé
truire toutes les Cartes sur lesquelles nous
avons navigué jusqu'à présent.
Voilà , M. , ce que je pense sur les Nouvelles
Cartes Hydrographiques dressées au
Dépôt de la Marine ; il ne me reste plus qu'à
vous indiquer celles qui ont été renduës publiques.
1º. Une Carte générale de la Mer Méditerrannée
, 1737. en trois feuilles.
2º. Une Carte particuliere de l'Archipel ,
en grand point , 1738 .
3º. Carte de l'Océan Occidental , comprenant
les Côtes d'Europe & d'Afrique , depuis
le 51. dégré de latitude septentrionale ,
jusqu'à l'Equateur , ou Ligne Equinoxiale ;
avec les Côtes d'Amérique,qui leur sont oposées
, 1738.
4°. Carte de l'Océan Méridional , compris
entre l'Afrique & l'Amérique , depuis le 7.
dégré de latitude Nord , jusqu'au 57. dégré
de latitude Sud : cette Carte est au même
Point que la précédente , dont elle est la
suite , & comprend les Côtes d'Afrique ,
depuis le Cap de Monte , un des plus connus
de la Côte de Guinée , jusqu'au Cap de
Bonne- Esperance ; & celles de l'Amérique,
depuis Cayenne , jusqu'au Détroit du Maire
& Terre de Feu , 1739 .
Chaque Carte est accompagnée d'un Mémoire
particulier. On
AVRIL. 1739: 675
On trouve ces Cartes à Paris au Dépôt de
la Marine,dans le Cloître des PP. Augustins
Déchaussés de la Place des Victoires : Et:
chés M. Bellin , Ingénieur de la Marine
ruë Bertin-Poirée , attenant la Coupe d'or.
On les trouve aussi à Toulon , à Brest , à
Rochefort , &c.
y
SONETTO.
Due Ninfe emule al volto , e alla favella: Ue ,
Muovon del pari il piè , muovono il canto :
Vaghe cosi , che l'una all'altra accanto
Rosa con Rosa par , Stella con Stella.
- Non sai se quella a questa , ò questa a quella
Tolga , o non tolga di beltade il vanto :
E puoi ben dir : null'altra è bella tanto ,
Mà non puoi. dir di lor questa è più bella
Se innanzi al Pastorello in Ida assiso™
Simil' Coppia giungea , Vener non fora
La Vincitrice al paragon del viso..
Ma qual di queste avrebbe vinta allora ,
Cy Noll
676 MERCURE DE FRANCE
Nol sò. O Paride il pomo avria diviso ,
O la gran lite penderebbe ancora .
Gio. Batista Zappi , Imolese.
TRADUCTION.
CElimene & Cloris dans l'hyver de mes ans ,
De mon coeur insensible ont fait fondre la glace ;
Pareils traits, pareil port , même voix, même grace,
Donnent un prix égal à leurs attraits puiffans.
Dans ces Lieux enchantés qu'elles peuplent d'A
mans ,
Il n'est point de Beauté que leur beauté n'efface.
Mais laquelle nommer à la premiere place ,
Dans le trouble cruel , hélas ! que je reffens ?
Si sur le Mont Ida le fortuné Pâris ,
Avoit vû devant lui Célimene & Cloris ,
Il n'eut point à Venus accordé la victoire .
Mais partageant la Pomme à ce couple charmant ,
Le Berger indécis auroit sauvé sa gloire ,
Ou nous ne sçaurions pas encor son Jugement.
N... Ricand , Marseillois.
DIS:
AVRIL. 1739. 677
DISSERTATION sur les Cadrans
Solaires , ou Réponse de M. Deparcieux ;
Maître de Mathématiques , à un Ecrit
anonyme sur cette matiere , inséré dans le
Mercure de Septembre 1738.
,
L'aois de Septembre dernier , est l'Exa-
'Anonyme , qui dans le Mercure du
minateur de tous les Cadrans & Méridien.
nes qu'on fait à Paris , après une longue recherche
, n'en cite que sept ou huit de bons,
& parle de ceux qu'il ne met pas
dans sa
Liste , de maniere à faire croire qu'il les á
tous examinés ; il est pourtant certain , ou
que son examen n'a pas été général , ou qu'il
a été mal fait ; car on pourroit lui en faire
remarquer plusieurs autres , aussi justes que
ceux dont il parle . Il est vrai que je devrois
être content , en ayant trouvé quatre des
miens dans sa Liste ; mais il s'en trouve en
core plusieurs autres , tant de Mrs de la Hire ,
Picart , Potenot , Desplaces & Reynez , que
de moi , également bien exposés & aussi
justes , dont il auroit dû faire mention , ou
parler avec un peu plus de réserve de ceux
qu'il ne cite pasi ; ce n'est pas que je craigne
des reproches de la part des Personnes pour
qui je les ai tracés , puisque j'en fais toujours
C vj
faire
རྩྭ་
678 MERCURE DE FRANCE
faire la comparaison avec la Méridienne de
l'Observatoire , qui a été jusqu'à présent la
seule ,sur laquelle j'ai cru les devoir faire vé- ´
rifier.
Je mets mes Cadrans en parallele avec
ceux des habiles Gens que je cite ; j'ose même
dire que j'y aporte quelques attentions ,.
auxquelles ils n'avoient pas encore pensé ,
(du moins il n'en parlent pas ) quoique souvent
nécessaires ce que je n'ai aperçu que
par la pratique ; je pourrai en parler dans
quelqu'un des Mercures suivans , ou dans
un Traité raisonné de la Pratique des grands
Cadrans, par le calcul auquel je travaille..
,
L'Anonyme se plaint de ce que
les Pein
tres , les Maçons , & bien d'autres gens qui
ne sont pas plus sçavans qu'eux , remplissent
Paris & la Campagne de leurs mauvais Cadans
; voud.oit il regler la dépense que les
Personnes veulent y faire ? ou bien voudroit-il
les empêcher de se contenter d'avoir l'heure
à peu près ? Que n'obtient- il un Reglement
qui, défende à tous ces Gnomonistes subalternes
de tracer aucun Cadran , qu'ils n'ayent
auparavant donné des preuves de leur capacité
à Mrs de l'Académie Royale des Sciences
? à la v rité cela ne seroit qu'avantageux
au Public . L'Auteur ne pense sans doute pas
qu'il n'y ait bien des Personnes en état de
faire
AVRIL 1739 879
,
que
faire de bons Cadrans ; mais il veut sans
doute dire , que peu veulent s'exposer à
monter sur des Echaffauts , &c. Ainsi je
conviens avec lui , que la plupart de ceux
qui se mêlent de les tracer , feroient beaucoup
mieux de s'en tenir à leur premier métier
, qu'ils peuvent entendre mieux que
cette Science ; mais c'est ordinairement le
propre des ignorans , de sçavoir tout faire..
Il n'auroit cependant pas dû confondre par
mi ceux-là, les Ingénieurs qui travaillent aux
Instrumens de Mathématiques , rien ne pa
roît plus naturel de s'adresser à eux
puisque c'est une partie de leur Profession .
Au reste si tous ces prétendus Gnomonistes
ne réüffissent pas mieux à faire de
bous Cadrans , cela viert moins de la méthode
qu'ils suivert pour les diviser , que de
celle qu'ils employent pour en trouver la
déclinaison : c'est particulierement de là que
dépend toute la justeffe ; car les méthodes
dont ils se servent pour trouver les Points
horaires , ne donneroient pas des erreurs bien.
fenfibles, s'ils en connoiffoient bien la d'clinaiſon
. C'eſt donc à la trouver , qu'il faut
aporter tout le foin poffible , & il n'y a que
le Calcul Trigonométrique , qui la puille
donner facilement & exactement dans tous
les differens cas qui peuvent arriver , tant
par sa préciſion , que parce qu'on peut le
répeter
780 MERCURE DE FRANCE
répeter par autant de Points d'ombre que
l'on veut , fans faire une Ligne de plus , aus
lieu,que fi on veut réiterer les autres métho
des , comme il le faudroit au moins quinze
ou vingt fois , à la fin de la seconde où troifiéme
opération , le Plan feroit fi rempli de
Lignes , qu'il seroit comme impoffible de s'y
reconnoître.
Quand je dis qu'il faudroit répeter l'opération
quinze ou vingt fois , je ne dis rien de
trop ; car je calcule pour chaque Cadran 15 .
ou 20.Points d'ombre, & fouvent d'avantage,
& je compte plus sur le calcul d'un seul
de ces Points , que je ne ferois fur deux ou
trois opérations par les autres méthodes : je
ne parle pas de ceux qui prennent la déclinaifon
du Plan avec une Bouffole ; on sçair :
affés qu'il n'y a que les ignorans qui s'en fervent
, & que ceux qui la prennent , la Montre
à la main , ont leur science renfermée :
dans les refforts de cette petite machine.
Il faut pourtant dire pour excuser ceux
qui font de mauvais Cadrans , que l'Anonyme
devroit moins s'en prendre à eux ,
qu'aux Auteurs , qui ont fait accroire au
Public , qu'ils mettoient la Gnomonique à
lá portée de tout le monde , ainfi que l'ont
fait le Pere de la Magdelaine , le Pere Bobi
net, & plufieurs autres. La plupart s'en font
tenus au Titre de ces Livres , & fe font crûs
sçavans
AVRIL. 1739 68F
sçavans , dès qu'ils les ont eû en main ; ce
qui a produit autant de Faifeurs de Cadrans
qu'il y a eu de Cadrans à faire . Dès qu'un
Ouvrier a fçû abaiffer ou élever une Perpendiculaire
, & faire un Angle d'un certain
nombre de dégrés déterminé , il a voulu faire
des Cadrans , &c.
Plusieurs personnes ont regardé la Gnomonique
comme une Science incertaine , ce
qui a en quelque sorte un peu avili , dans
l'esprit du commun , cette belle partie de
l'Astronomie. Je ne dis pas que les principes
que ces Auteurs donnent , ne soient infaillibles
dans la théorie ; mais je dis qu'il
n'en est pas de même dans l'execution ; qu'il
faut entendre la matiere & les deux Trigonométries
s'en bien tirer , qu'il en est
de la pratique des grands Cadrans , comme
de la plupart des autres parties pratiques des
Mathématiques , qui ne sont exactes qu'aurant
qu'on y employe le Calcul .
pour
Mrs de la Hire , Picart , Potenot , &c. ont
donné des Méthodes très - sçavantes par là Re-
& le Compas , mais ils ne s'en servoient jamais
, ils y employoient toujours le Calcul ,
comme on peut le voir,par ce qu'ils en disent
dans leurs Ouvrages , de même que le Pere
Alexandre , dans son Traité des Horloges ; il
en est aussi parlé en plusieurs autres endroits.
Je sçais bien que ceux qui ignorent le Calcul,
n'en
682 MERCURE DE FRANCE
*
n'en conviendront pas , n'en connoissant pas
La nécessité , mais j'aurai l'avantage que tous
Les Sçavans seront pour moi.
On a toujours regardé la Trigonométric
Sphérique , comme absolument nécessaire
pour le Calcul de la Gnomonique , tour
au moins pour trouver la déclinaison des
Plans ; comme il y a peu
y a peu de personnes qui
l'entendent & que beaucoup ont apris la rectiligne
, j'ai cherché , pour ces derniers , le
moyen de connoître cette déclinaison entierement
par la seule Trigonométrie rectiligne
, je le donnerai dans le Mercure du mois
prochain , au moyen de quoi & de ce qu'à
donné M. Clapier de Montpellier , dans les
Mémoires de l'Académie Royale des Sciences,
1707. ou bien de ce que le Pere Alexandre
a mis au commencement de son Traité
des Horloges , imprimé chés Guérin ; ceux
qui n'entendent que la Trigonométrie rectiligne
,,
pourront cependant calculer des Cadrans
& les tracer avec toute la justesse possible
, pourvû néanmoins qu'ils entendent
bien la Sphere , dans laquelle sont génerales
ment renfermés tous les principes de la
Gnomonique
.
MOTEN très- imple pour vérifier les
Cadrans Solaires.
Tous ceux qui font faire des Cadrans Solaires
,
AVRIL. 683
1739.
laires , devroient s'assurer eux -mêmes , s'ils
sont bien ou mal faits ; ils le pourroient facilement
, en se donnant la même peine qu'ont
bien voulu prendre la plupart des personnes
pour qui j'en ai tracé , ainsi qu'il suit. Je supose
que l'on ait une Pendule passablement
bonne.
.
Il faut commencer par voir si la Pendule
est reglée ; pour cela mettez- là un jour sur
le midi ou telle autre heure du Cadran qu'il
vous plaira , voyez le lendemain à la même
heure, si la Pendule & le Cadran s'accordent,
si cela est , la Pendule est assés bien reglée
pour ce que nous en avons affaire ; il n'est
point ici question de penser à l'équation du
temps . Si la Pendule & le Cadran ne s'accordent
pas , abaissez ou haussez la lentille ,'
selon que la Pendule avancera ou retardera
repetez cette opération , jusqu'à ce que la
Pendule & le Cadran marquent ensemble la
même heure , sur laquelle la Pendule avoit
été mise la veille , l'ayant ainsi reglée , mettez-
la le lendemain sur la premiere heure
que le Cadran marquera , & voyez à chaque
heure s'ils s'accordent jusqu'à- ce que le Cadran
cesse d'être éclairé , s'ils ne s'accordent
pas à une minute près ' , du plus au moins ,
c'est une marque que le Cadran est mal fait
& d'autant plus mal , que les differences seront
plus grandes . Si la Pendule & le Cadran
684 MERCURE DE FRANCE
dran s'accordent , on doit le regarder com
me bon ; pour en être parfaitement sûr, répetez
la même opération deux ou trois mois
après , pourvû que les jours soient beaucoup
plus grands ou plus petis qu'ils n'étoient lors
de la premiere opération . Si le Cadran &
la Pendule s'accordent, encore tout le temps:
que le Cadian sera éclairé dans un même jour,
le Cadran est bien fait, parce qu'il est comme
impossible qu'un Cadran qui n'est pas juste,
erre de la même quantité à toutes les heures
& en différens temps , il faudroit l'avoir fait
exprès & avec autant de soin que pour le
faire juste , à moins qu'il n'eût été fait la
Montre à la main , ainsi que le pratiquent la
plupart des Faiseurs de Méridiennes , & en:
suposant que l'axe fût bien placé..
Si c'est dans Paris , après l'avoir examiné
la premiere fois , on pourra aller pren
dre l'heure avec plusieurs Montres à la Méridienne
du Pont au Change , ou si on ne
veut pas s'assujettir à attendre l'instant de
Midi , on ira à l'Observatoire , où , pour la
commodité du Public , M. de Cassini s'est
donné la peine de tracer sûr les carreaux de
la grande Salle , les Lignes horaires de 5. en-
5. minutes , depuis dix heures jusqu'à deux ;
on reviendra sur le champ voir si le Cadran
s'accorde avec les Montres à la premiere heure
qui se présentera , si celle- là est juste ,
toutess
A VRTL. 1739: 6855
toutes les autres le seront. C'est ainsi que
M. Hoüel , Capitaine aux Gardes Françoises
, s'est donné la peine d'examiner celui
que je lui ai fait à sa Maison de la ruë Garenciere
, derriere S. Sulpice ; de-même que
la plupart des autres personnes pour qui j'en
ai fait.
のの
ODE
A Mrs de la Societé Litteraire d'Arras
D E ces Plages hiperborées ,
Que semble fuir le Dieu du jour ,
Des Aquilons & des Borées-
Eternel & triste séjour ,
Je vois s'élever un nuage ,
Suivi de l'épais assemblage
De mille nuages divers ;
Partout ils portent les tenebres ,
Déja dans leurs Ombres funebres
Ils ont englouti l'Univers. *
*
C'est toi , Fille de la Paresse ;
Ignorance , Monstre hideux ,
L'invasion des Gots.
Qui
86 MERCURE DE FRANCE
Qui dans cette affreuse tristesse
Plongeas les Mortels malheureux ;
Aux yeux des Muses étonnées ,
De tes vapeurs empoisonnées
Le Pinde même est infecté ;
Les Astres de Rome & d'Athène
Les Rayons du Dieu d'Hipocrêne ,
Rien n'en perce l'obscurité.
20
De-là tant d'erreurs consacrées
Par l'aveugle imbécillité ,
Tant de passions adorées
Par la crédule impieté ;
Triste état ! Siecle déplorable !
Dans un cahos épouvantable
Tout nâge épars confusément i
Pour la vertu l'on prend le vice ,
L'iniquité pour la justice ,
Et pour guide l'égarement .
*
Que vois je ! Une Aurore naissante
Laisse entrevoir quelque clarté ?
Sa lumiere foible & tremblante
Ne luit qu'avec timidité ;
Insensiblement elle monte >
Elle s'accroît , elle surmonte
Les
AVRIL. 17398 687
es sombres voiles de la nuit ;
Des bords de l'heureuse Ausonie , *
Déja l'ignorance bannie ,
rémit à sa sa vue & s'enfuit,
*
D'où n'ait cette clarté charmante
Dont les rayons victorieux ,
Par un éclat qui nous enchante
Font renaître tout à nos yeux ?
Voyez-vous ces nouveaux Lycées ,
Remplis de modernes Alcées ,
Qui par leurs travaux assidus
Triomphent de la barbarie ,
Et rapelient dans leur Patrie
L'honneur , les Arts & les vertus
*
C'est un beau Soleil qui s'avance .
Ainsi qu'un Géant orgueilleux ,
Il prend son essor , il s'élance
Pardessus ces Rocs * sourcilleux ,
Qui , d'avec ces climats fertiles ,
Où les Horaces , les Virgiles ,
Nâquirent parmi les Héros ,
Séparent la France , superbe
* Les Académies ont commencé en Italie.
* Les Alpes .
D'avoir
4688 MERCURE DE FRANCE
D'avoir , dans Condé , dans Malherbe ,
Donné le jour à leurs Rivaux,
*
*
'Armand paroît ; je vois la Gloire
Qui le suit avec Apollon ;
En éternisant sa mémoire ,
France , il éternise ton nom ;
Ce même bras armé du foudre ,
Qui réduisit l'Espagne en poudre ,
Fixe les Arts chés les François ,
Protecteur & Rival , il brigue
Les Prix qu'aux Sçavans il prodigue ;
Mécéne & Virgile à la fois.
*
3
Quel feu , quel torrent de lumiera
Echauffe , éclaire les esprits !
O prodige la Grece entiere
Revit aujourd'hui dans Paris .
On dit , en voyant les merveilles ,
Qui des Boileaux & des Corneilles
Ont soutenu le vol hardi ,
Cet heureux jour étoit encore
Dans l'Italie à son Aurore ,
En France il est à son Midi.
* Le Cardinal de Richelieu.
Mais
AVRIL. 689 1739
"
Mais ô Ciel ! quel Spectacle aimable
Frape les yeux , charme les coeurs ?
Le Louvre , Parnasse honorable ,
Devient le séjour des neuf Soeurs ;
Il s'ouvre. Entrez , Troupe immortelle
Entrez , votre Roy vous apelle ,
Et veut , pour comble de bonté
Que la Science auprès du Trône
Brille à l'abri de la Couronne ,
Des rayons de la Royauté.
Souvent la plus haute Puissance
Les plus formidables Etats
Ont tiré d'abord leur naissance
Des commencemens les plus bas ;
De la Capitale du Monde ,
De Rome , en Héros si féconde ,
>
Dont rien n'égala la splendeur ,
On sçait quelle fut l'origine ,
Et de quelle foible racine
Sortit cette immense grandeur.
܀
Ainsi le seul hazard fit naître
Presque de rien ce Corps vanté , *
L'Académie Françoise.
Arbitra
1
90 MERCURE DE FRANCE
Arbitre du langage , & Maître
Du sceau de l'immortalité ;
Ainsi ses progrès incroyables ,
Fruits de ses soins infatigables ,
Ont porté le François par tout ;
Cette Langue pure & brillante ,,
Chés les Nations qu'elle enchante ;
Répand & l'esprit & le goût.
*
Il est un Peuple plein de zele ,
Non moins qu'un autre ingénieux ,
Bon Citoyen , Sujet fidele ,
Mais plus guerrier que studieux ;
D'un Pays , Théatre des Armes ,
Les Muses fuyant les allarmes ,
N'avoient aproché qu'en tremblant ;
L'aveu n'a rien qui deshonore ,
Un reste d'ignorance encore
Regnoit dans ce Climat sanglant .
*
Mais c'en est fait ; de ces Contrées
Les préjugés sont disparus
Et dans nos ames éclairées .
•
Les erreurs ne dominent plus ;
Une Societé naissante ,
Dans l'Artois.
Selis
AVRIL. 173.9. 690
Sous d'heureux auspices croissante
Comme un Phénomene nouveau ,
Vient illuminez ma Patrie ,
Grace à sa lumiere chérie ,
Le Beau va nous paroître beau.
*
>
Quel Héros pour nous s'interesse
Est- ce Apollon ou le Dieu Mars a
Chés lui le Laurier du Permesse
Se joint au Laurier des Cesars ;
Zelé Protecteur du mérite ,
Il le découvre , il l'accrédite ,
L'éleve , le comble d'honneurs ;
Toutesfois , Enfans de Minerve ,
C'est pour vous , sur tout , qu'il réserve
Ses plus précieuses faveurs .
*
Fleurissez , ô Troupe choisie ,
Que rien n'arrête vos succès ,
Vous naissez , c'est malgré l'Envie :
Mais c'est pour ne mourir jamais ;
Pour moi , vous rendre mes hommages ;
Et sur mes timides Ouvrages ,
Avec respect vous consulter ,
* M. le Prince d'Ysenghien Protecteur de la
Societé
D Voilà¿
692 MERCURE DE FRANCE
Voilà Juges nés de ma Lyre ,
Dans le zele ardent qui m'inspire ,
Jusqu'où mes voeux peuvent porter.
J. A. Masson.
LETTRE du Sr de Gourre sur la Societé
Littéraire & Arras.
Ous m'ordonnez , Monfieur , de vous
pauler du nouvel Etabliffement qui
vient de fe faire à Arras ; c'eſt une Societé
Littéraire qui procurera de la gloire , & de
l'utilité à ma Patrie , fi les Projets des Affociés
s'éxecutent auffi heureufement qu'ils ont
été formés.
Les Belles Lettres ont toûjours été foiblement
cultivées dans l'Artois ; un reste de
groffiereté Belgique , mêlée avec des Préjugés
populaires , en a écarté les Beaux Arts ; la
Nobleffe y vivoit dans une ignorante oifiveté
; le Peuple , peu induſtrieux , ne pouvoit
franchir les bornes d'un commerce médiocre
, & les Eccléfiastiques se contentoient de
pfalmodier au Lutrin & d'entendre leur
Breviaire. Le bon goût y étoit inconnu , la
raifon peu perfectionnée ; & on regardoir la
culture des Belles Lettres comme un écart
d'efprit
AVRIL. 1739.
693
efprit dans les Nobles , comme un obſtacle
à la fortune dans les Particuliers ; les
Bibliotheques étoient proscrites , perfonne
n'osoit affronter le ridicule d'un Sçavant : ce
mépris pour les belles connoiffances , traînoit
avec soi une politeffe rude , mal aisée & gênante
, & cette diante urbanité qui fait les
douceurs de la vie , paffoit pour diflipation ,
pour étourderie.
Ce Théatre étoit-il propre à recevoir les
Beaux Arts , que la raison & le goût avoient
déja répandus dans toute la France ? La Nature
se joue dans ses Productions ; elle ne
suit pas toujours les regles ordinaires. On
vit des Citoyens touchés du peu de cas qu'on
faisoit des Beaux Arts ; ils les connurent , ils
les aimerent , réfolus de les apeller dans leur
Patrie , quand les chemins en seroient outverts
; c'étoit une nouvelle Religion qu'il
falloit introduire ; les Novateurs devoient
agir avec plus de prudence que de zele . La
ressemblance des sentimens produit l'union
des coeurs ; ils se liérent , ils s'affemblerent
dans la seule vûë de s'instruire , ils se firent
une Bibliothéque , ils lûrent , ils se communiquerent
leurs refléxions ; bien- tôt d'autres,
enchantés par la nouveauté , séduits par l'exemple
, ou suivant un penchant que les cir
conftances dévelopoient , fe joignirent à la
Troupe Litteraire : le nombre croissoit de
Dij jour
694 MERCURE DE FRANCE
jour en jour ; le defir curieux de connoître
diffipoit ( quoique lentement ) les tenebres
de l'ignorance. M. le Prince d'Ifenghien ,
ardent à procurer de nouveaux avantages à
une Ville dont il est Gouverneur , fe déclara
Protecteur de cette Académie naiffante. I
obtint de la Cour une Lettre , qui permetroit
aux Affociés de faire des Statuts , & de
tenir une Affemblée chaque femaine. Il honora
la premiere de fa préfence , il y parla
avec érudition fur l'Hiftoire , & donna mille
marques
de bonté aux Membres de la Société.
,
›
Ces Meffieurs se proposent deux buts , de
s'apliquer à la Langue Françoise & à l'Histoire.
On est redevable à leur aplication du
changement qui commence à se faire dans la
façon de penser des Citoyens . Mrs D'Arthus,
Grandval , de Quévaussart , de la Place
Guerard , Harduin , & c . font honneur à
l'enfance de cette Académie. Puiffent leurs
talens aprendre à ma Patrie que les Belles
Lettres , bien loin de nuire aux occupations
sérieuses , en perfectionnent l'exercice , en
éloignent le rebutant & le puérile ; qu'ils lui
répetent sans cesse , que Thomas Morus écrivoit
& gouvernoit , que le Cardinal de Richelieu
délassoit, à arranger des Hémistiches ,
la main qui tenoit le timon de l'Empire Francois
; qu'un Prince Frederic , Prince Royal
de
~
AVRIL 17397 695
de Prusse , Héritier d'un Royaume de l'Europe
, en qui l'on voit revivre l'ame de
Marc- Aurele , & l'efprit de Jules- César
pense que sa Couronne tirera un nouveau
lustre de l'étude qu'il fait des Sciences & des
Belles Lettres !
Notre Societé a le bonheur d'avoir des'
envieux , des critiques , & même des ennemis.
Peut- elle naître sous des auspices plus
heureux ? C'est un remede sûr pour écarter
la Pareffe , & pour l'empêcher de faire rien
d'indigne des Belles Lettres.
Je finis par un Compliment de M. Harduin
, présenté au nom de la Socicté , à Madame
la Princesse d'Isenghien , qui a eu la
bonté de s'intereffer au nouvel Etabliffement .
Je suis , & c .
**************************
LA SOCIETE LITTERAIRE
D'ARRA S.
A Madame la Princeffe d'Isenghien.
P Rinceffe , qui pourroit compter
Les riches attributs qui font votre partage ?
C'est pour nos Vers un trop pénible ouvrage :
A deux points seulement il faut nous arrêter.
Oui , le devoir nous presse de chanter
Diij
La
696 MERCURE DE FRANCE
La générofité qui partout vous anime
Et votre goût sublime
Pour les Arts délicats par
2
Phébus inventés.
A ces deux rares qualités
Princeffe nous devons le zele fecourable ,
Qui vous fit feconder les foins de votre Epoux,
Quand ce Héros daigna briguer pour nous
Du plus puiffant des Rois un regard favorable.
Par vous nous triomphons des ennemis jaloux ,
Qui brûlant de nous interdire
Le plaifir innocent que l'on goûte à s'inftruire ,
Oloient nous préparer les plus dangereux coups.
D'une fi fateufe victoire
Nous sçaurons à jamais conserver la mémoire :
D'y penfer chaque jour il nous sera bien doux ,
Puisqu'ainfi chaque jour nous penserons à vous.
*: *:
LETTRE écrite de Paris par un Flamand
du Tournaifis , à un Habitant de Seclin , an
même Pays , au sujet du Corps de S. Piat.
J
E comptois retrouver ici notre cher
Compatriote M. de la Barre , pour lui
expofer les raifons que nous avons, de soûtenir
que le Corps de S.Piat està Seclin,& non
à Chartres , & pour le prier de nous aider à
las
AVRIL 1739. 697
les faire valoir encore mieux que nous ne
sçaurions. Mais on m'a apris que cet Académicien
y étoit mort l'Eté dernier. Vous
voyez par-là , M. , que nous ne sçayons les
nouvelles dans nos petites Villes de Flandres,
que lorsqu'elles sont déja vieilles. Pour me
dedommager de la perte de ce Sçavant , dans
lequel étoit notre apui , je me suis mis à
parcourir l'Edition qu'il a donnée du Spicilege
de Doin Luc Dachery ; j'y ai cherché dans la
Vie de S. Eloy écrite par S. Ouen , s'il n'auroit
point fait de Notes à notre avantage , au sujet
de ce qui y est dit , que S. Eloy trouva
le Corps de S. Piat à Seclin , dans le Pays
Mélantois : Invenit in Territorio Medenantense
vico Sacilino Sanctum Maryrem Piatonem
, & il ne m'en a parû aucune ; dequoi
j'ai été un peu contristé.
Je parlois du sujet de mon chagrin à un
Ami commun , qui se trouvoit accompagné
d'une Perfonne étrangere, nouvellement arri
-vée de campagne. Je n'eus pas plutôt prononcé
les noms de Seclin & de Chartres
que cet Etranger m'aprit une nouvelle qui
acheva de me désoler . C'est qu'on lui avoit
dit à Chartres même, quelques jours auparavant,
que le même S.Piat,que ceux de Seclin
regardent comme leur Protecteur , eft auf
regardé comme tel par le Peuple de Chartres
,surtout dans les temps de pluye , où l'on
Duij
eft
698 MERCURE DE FRANCE
eft sûr que la descente de son Corps obtien
dra du beau temps. Il ajoûta , qu'en consé →
quence de la dévotion d'un Particulier qui
a laiffé une somme très- conſidérable à la
Cathédrale , on se disposoit à y faire construire
une nouvelle Châsse de S. Piat , &
qu'on lui avoit assûré de bonne part , que
ce Saint Martyr étoit dans son ancienne
Châsse , en chair & en os ; d'où je tire la
conclufion1, que fi dans l'ouverture qui s'en
fera pour la Translation , on découvroit sur
son Corps les marques des cloux dont parle
S. Ouen , nous n'avons qu'à renoncer à nos
prétentions envers le même Corps. Je vous
fais part
de mes frayeurs , que vous ne pou
vez calmer qu'en communiquant ma Lettre
aux Curieux de notre Pays , soit à Tournai
ou à Lille , soit ailleurs .
Plus je parus effrayé au récit que cet
Etranger me fit des preuves que l'on produisoit
à Chartres en faveur de la poffeffion
du Corps de S. Piat , plus il m'accabloit
d'exemples de pareilles conteftations , dans
lesquelles le Corps d'un Saint a été adjugé
à ceux chés lesquels la Tradition le di
soit transporté ; comme celui de S. Firmin,
le Confeffeur , à Amiens , qui s'eft trouvé
dans la Cathédrale d'Amiens , & non plus
dans l'Eglise du Fauxbourg , où il avoit été
inhumé & de même celui d'un Evêque
d
AVRIL. 1739 699
de Bourgogne , dont je ne me souviens plus
du nom. Mais ce qui m'a sensiblement
affligé , c'eft que cet Inconnu paroiffoit être
fi prévenu en faveur de Mrs de la Cathé
drale de Chartres , qu'il n'a pas craint d'assûrer
qu'il étoit très poffible que nos Ancêtres
euffent laiffe emporter , pour quelque vil
interêt le Corps de Monfieur S. Piat , par les
Chartrains ; & en plaisantant , il nous a apliqué
ces deux Vers , qu'il a dit avoir été composés
autrefois en dérifion des Poitevins , qui
s'étoient laiffé frustrer du Corps de S. Martin,
en s'amusant à boire :
Pidavini , segnes , hebetes , asinini !
Corpus Martini vobis tulit amphora vini.
Il a pris la peine de répéter ces Vers tant
de fois , que je les ai retenus il se vantoit
de les avoir lûs dans un vieux Livre de la
Librairie du Roy. Voyez , mon cher Com
patriote
, ce qu'il y a à faire pour fermer la
bouche à ces sortes de raisonneurs ,. & en
donnez promptement avis à celui qui est de
tout son coeur votre , & c..
A Paris , ce 11. Avril 1739.
* Les Flamands nomment ainfi la Bibliothéq
Royale.
>
DV IE
700 MERCURE DE FRANCE
LE PAPILLON.
FABLE.
UN jeune Papillon aux aîles émaillées ;
Dans un Jardin paré de mille fleurs ,
Aux Filles du Printemps richement habillées ;
Faisoit pompeusement montre de ses couleurs.
A toutes il comptoit douceurs & bagatelles ;
A toutes il faisoit admirer ses apas ;
Et leur montrant tout l'or & l'émail de ses aîles ,
Leur disoit : Belles Fleurs , vous ne me prendrez
pas..
Je suis beau , fi vous êtes belles .
Ainfise vantoit fierement ,
Ainfi voltigeoit finement
L'Inconftant Animal dans ce beau Jardinage ,
Lorsqu'une charmante fleur
Du Papillon volage
Fixa le coeur.
Cette Fleur n'étoit pas d'un grand éclat pourvue ; pourvûë-
Elle étoit bleue & blanche , & frapoit peu la vûë
Mais elle étoit fort tendre , & par un coup du Ciel,
L'Abeille qui l'avoit succée ,
(d
De sa charge pressée ,
Sur elle avoit quitté son Miel
La
AVRIL
701 17395
Le Papillon la voit , il y court rayi d'aise ;'
Il vole tout autour , il l'embraffe & la baise.
Mais quand le Papillon voulut s'en démêler ,
Pour chercher des amours nouvelles ,
Papillon ne put plus voler ;
Le Miel avoit faifi ses aîles.
Aprenez , belle Iris , que pour prendre nos coeurs
Vos beautés font de foibles armes :
Défendez-moi de vos douceurs ,
Je me défendrai de vos charmes.
Par V ... t.... Marescot , Huiffier av
Parlement de Paris.
EXTRAIT d'une Lettre de S. Petersbourg
datée du 28. Fevrier 1739 N. Stj
Lion daaks l'Ukraine , n'ayant pas osé
Es Tartares ont suspendu leur Expedi
s'engager dans les Steppes , à cause des
grands froids , & parce que la terre y étant
par tout couverte de plusieurs couches de
neige , qui ont chacune une croûte gelée ,
les chevaux n'auroient pû , selon leur coû
tume , découvrir les herbes , en écartant les
neiges à coups de pied.
2.
On peut juger du froid dans les Steppes ),
D. vj
par
2 MERCURE DE FRANCE
par celui qu'il fait ici. M. de l'Isle , Membre
de cette Académie , vient de remettre ses
Remarques ( ci - jointes ) à la Cour , suivant
lesquelles le froid étoit le 15. de ce mois
N. St. à deux cent & un degré , & il- assûre
que, selon même la division du Thermometre
, le froid du grand hyver de l'année 1709.
n'étoit à Paris qu'à cent septante deux à trois
degrés.
On avoit crû que le plus haut degré ,
toujours selon cette division , étoit à deux
cent dix ( qui est le plus grand froid artificiel
de M. Fahrenteit ) & qu'au - delà aucun
Animal ne pouvoit vivre , mais on a été désabusé
de cette opinion par les raports des
Membres de l'Académie , qui depuis quelques
années ont été envoyés aux extrémités
de cet Etat , vers Kamtschatka, pour y chercher
le haut de l'Amérique . Cette Caravane,
qui continuë sa marche , a mandé qu'elle a
trouvé le froid au mois de Janvier de l'année
passée à deux cent & sep: ante cinq degrés.
Quoiqu'il en soit, on ne se souvient pas ici
d'avoir eû jamais un hyver aussi rude que
celui-ci.
AVRIL 1739 70%
Le plus grand froid à Pétersbourg , selon les
Thermometres de Mercure de M. de l'Isle..
272
173 L'an 1709. le 13 & 14. Jany : N.St. Paris.
¥74
175
176
177 1709. en Islande ,
178 1734. le 6. Décembre N. St. à Midi.
179
180 1738. le 12. Fév. N. St. à 7. h. du matin.
181
182 1737. le 21. Fév. N. St. à 7. h. du matin.
183
184
185
186
187 1734, le 6. Janv. N. St. à 10. h. du soir.
188
189
190
191 1738. le 12 Dec. N. St. à 8 h. & d. du mat.
192
193
1739.
le 18. Févr
. N. St. à 6 & d. du mat.
194
195 1739. le 17.. Fév. N. St. àe & d . du mat.
196 1739. le 16. Féy . N. St à 7. h, du matin .
197 17 36. le 17. Fév . N. St. à 7. h . du matin.
198
199
१
du m 200 1733. le 17. Janv. N. St. 27. h. du matin .
201 1739. le IS. Fév. N St. à . h. un
210 Le plus grand froid artificiel de M. Eah- 210
renteit.
270 L'an 1737. le 27. Novembre , V. St. à
Midi , à Kirenga en Siberie.
273 17,8. le 9. Janvier , V. St. sbidem.
704 MERCURE DE FRANCE
燒魚
魚魚
IMITATION
De l'Ode X. du premier Livre d'HORACE :
Vides ut altâ ftet nive , &c.
Vors-tu l'Hyver qui nous afliege
Qui nous glace de toutes parts ?
Ces Monts font cachés fous la nége ;
Et tout blanchit à nos regards.
و د
Nos Bois dépouillés de verdure
Ont déja ressenti l'injure
De l'impitoyable Saison ;.
Et telle eft fa rigueur extréme ,.
Qu'elle force enfin l'onde même ,
A faire àl'onde une priſon.…….-
Eft-il befoin que je t'enſeigne
Le secret de la craindre peu !
Il est tout fimple : Au froid qui regne
Cher Ami , meſure ton feu..
Par une bouteille choifie
De Champagne , ou de Malvoifie
Corrige le défaut du temps.
Dans ta chambre bien calfeutrée
AVRIL
1739
Aux Aquilons ferme l'entrée ,
Tu retrouveras le Printemps.
*
Trop de foin à l'Homme eft funefte ;
Borne le tien à vivre heureux .
Et fans t'inquiéter du refte ,
Laiffes-en le détail aux Dieux.
Dans leurs faints Decrets tout s'arrête-j.
Leur main fait voler la tempête ,
Ou regner le calme ici -bas ;
Et c'eft la même Providence
Qui nous meſure avec prudence ;
Et les beaux jours & les frimats.
*
Mets à profit le jour qui paſſe
Sans t'informer du lendemain
Et le reçoi , comme une grace ,.
Un don que te fait le Deftin..
Pendant la fraîcheur de ton âge ,
Fais choix d'un honnéte efclavage ;
Les Ris alors te préviendront.
On eft peu propre à la tendreffe ,
Quand la foucieuſe vieilleffe
Commence à filloner le front..
A
MERCURE DE FRANCE
Il eft des Jeux , des Exercices
Convenables à ton état ;
Le jour , fais tes foins , tes délices ,
De les remplir avec éclat ;
Le foir au rendez -vous fidele
Vole , vas porter à ta belle
L'hommage difcret de tes voeux.
C'eft le ton cheri de Cythere ;
Il conferve un air de myftere ,
Aux plus favorables aveux.
*
A tes yeux fi Doris' ſe cache ,
C'eft pour t'agacer qu'elle fuit.
Un ris badin qu'Amour arrachey
A son gré bientôt la trahit.
Faut-il un prix à ta Victoire é
Un refus importe à sa gloire ;
On repouffe un premier effort.
Mais enfin les bras s'affoibliffent ;
La main s'ouvre les doigts molliffent
Et l'anneau demeure au plus fort.
LET
AVRIL
707 17397
*****
LETTRE écrite de Versailles le 25. Mars
1739. par M. L. C. et Discours prononcé.
E mois dernier , Monsieur il vint
,
de l'Aca
démie de Soissons , pour remercier M. le
Cardinal de Rohan, de ce qu'il avoit accepté
La Place de Protecteur de cette Académie
vacante par la mort du Maréchal Duc d'Etrées.
La Députation étoit composée de M.
l'Abbé de Pomponne , Abbé de S. Médard
de Soissons Conseiller d'Etat ordinaire .
Chancelier des Ordres du Roy ; de M. l'Abbé
de Rosay , Docteur de Sorbonne , Chanoine
& Grand Archidiacre de l'Eglise de
Soissons , & de M. de Longpré , Trésorier
de France au Bureau des Finances de Paris ,
l'un des Députés , lequel prononça le Discours
ci-joint , qui a été goûté ici , & auquel
S. A. E. répondit avec beaucoup de grace &
d'éloquence .
Remerciement à S. A. E. Monseigneur
le Cardinal de Rohan.
MONSEIGNEUR ,
L'Académie de Soissons compte au nom
bre de ses plus beaux jours , celui où elle ent
La
708 MERCURE DE FRANCE
le bonheur de voir le Nom de votre Altesse
Eminentissime placé à la tête de ses Faſtes.
La Mort lui avoit ravi succeffivement trois
Personnages illustres , à qui elle fait gloire
de devoir sa naissance & ses progrès ; un
Cardinal ( 1 ) également recommandable dans
I'Eglise & dans l'Etat , par toutes les Vertus
chrétiennes & politiques qui ont droit d'im
mortaliser les hommes , un autre Prélat 2 )
héritier de sa sagesse consommée & de son
amour pour les Lettres , qui soûtint dignement
la gloire de la Maison d'Estrées ; un
Héros , (3 ) auffi habile dans les Conseils
qu'il fut vaillant dans les combats ; Génie
heureux , dont la capacité dans les Sciences
comme dans l'Art Militaire sera toujours
au dessus de nos éloges .
A qui apartenoit- il de consoler de tant
de pertes nos Muses orphelines ? A un génie
supéricur , qui , avec la plus haute naissance,
& dans le rang le plus éminent , réunit en
soi ce que les Talens ont de plus distingué
ce que les connoissances ont de plus sublime
, ce que les Graces ont de plus aimable.
Nous nous féliciterons à jamais , Monseigneur,
de l'avoir trouvé dans votre Altesse
(1 ) M. le Cardinal d'Estrées .
(2) M. d'Estrées , Archevêque de Cambray.
(3) M. le Maréchal Duc d'Estrées.
Eminem
AVRIL.
1739. 709
-Eminentissime
, cet Auguste Protecteur ;
elle seule nous tiendra lieu des grands Hommes
que nous regrettons , elle les remplace
déja dans nos coeurs ; & comme fi c'étoit
peu de nous rendre le puissant apui que nous
avons perdu , par l'adoption la plus génereuse
, elle nous apelle encore à de nouveaux
honneurs , elle nous associe, pour ainsi dire,
à toute sa gloire.
Quel heureux présage , Monseigneur ;
pour celle d'une Compagnie dont les interêts
seront désormais liés étroitement aux vôtres !
Quel avantage pour elle de se voir protégée
par le Protecteur déclaré des Lettres & des
Sçavans , pour dire plus , par un Mécene qui
n'est pas moins agréable aux Augustes , qu'il
est favorable aux Horaces & aux Virgiles !
Nous vous l'avoüions : l'espoir d'une acquisi
tion si interessante, flata d'abord notre ambi
tion ; de -là nos voeux empressés , qui reclamerent
les auspices de votre Altesse Eminentissime
; non seulement elle a daigné les agréer,
mais ce qui lui engage doublement notre reconnoissance,
elle l'a fait avec ce caractere de
bienveillance qui lui est propre , avec cette
noblesse de sentimens dont elle sçait assaisonner
ses bienfaits ; nous en sentons tout
le prix , Monseigneur, que ne pouvons- nous
l'exprimer !
EPITHA
10 MERCURE DE FRANCE
ÉPITHA LAME ,
Sur le Mariage de M. *** , Capitaine ans
Régiment de * * & de Mlle *** . Par
T
›
M. de Sommeveste.
Ost ou tard l'Amour a ses droits ;
Il sçait les exercer sur tout ce qui respire.
fris a méconnu ses loix "
Iris est aujourd'hui soumise à son Empire.
Ce Dieu toujours vainqueur avoit fait jusqu'alors
Contre la jeune Iris d'inutiles efforts .
Quoi donc ? dit-il , enflammé de colere ,
J'aurai vainement combattu ,
Je serai le jouet d'ue Beauté sévere ,
Et toujours contre sa vertu
Echoüront les desseins que j'ai formés sur elle
Non , non , pour vaincre enfin ses refus odieux ,
Cessons de paroître à ses yeux ,
Déguisons notre marche , & contre la rebelle.
De Minerve elle-même implorons le secours .
Ce jour, n'en doutons point, fut le premierdes jours
Auquel le Dieu de la tendresse
Eut recours à cette Déesse ;
yole à son Palais , il parle , est écouté ;
Eloquent
AVRIL.
1739 71F
loquent , mais naïf , il persuade , il touche ;
La Raison parloit par sa bouche ;
Son discours plein de sens , fondé sur l'équité ,
Ne pouvoir blesser la Sagesse.
Dès que l'Amour eut cessé de parler ,
De tes projets j'ai peine à me mêler ,
Répond à l'instant la Déesse,
Iris cependant m'interesse ,
J'ai sçû dès le berceau l'élever de ma main ,
Lui donner tous mes soins sous le nom de sa Mere
Qu'avec toi l'hymenée entre dans cette affaire ,
Et Minerve appuyant un si juste dessein ,
A l'Amour , à ses feux ne sera plus contraire.
L'Amour part d'une aîle legere ,
Cherche l'Hymen & lui conte le fait .
Iris de nous braver , dit- il , a l'imprudence ,
Ce mépris tire à conséquence ,
Vengeons-nous de concert , blessons- la d'un seni
trait.
L'Hymen , au nom de la rebelle ,
A seconder son frere est d'abord excité ,
Rivaux par tout ailleurs, ils s'unissent contre elle,
Ce Dieu s'étant à l'autre ainsi prêté ,
Pour se mieux assurer de la fiere Mortelle ,
Lui propose un Epoux & constant & fidelle ,
Un Epoux qui toujours Amant ,
Et toujours chéri tendrement ,
Dans
!
12 MERCURE DE FRANCE
Dans le grand art d'aimer & dans celui de plaire
Sur tous l'emporte également ,
En un mot le jeune Valere.
L'Amour aplaudit àce choix ;
Minerve par les Dieux en est bien-tôt instruite ;
Je le connois , dit- elle, il vécut sous mes loix ,
Brave Guerrier , plein de mérite.
Il s'est dès ses plus jeunes ans ,
Marchant sur les pas de Bellonne ,
Couvert plus d'une fois des Lauriers éclatans ,
Qu'à ses Favoris elle donne.
Parme l'a vu dans les hazards
En véritable Enfant de Mars ,
Au mépris de la mort signaler son courage.
Qui , Dieux qui m'entendez, j'accorde mon suffrage,
Et je l'accorde sans retour
Au Guerrier qui dans ce beau jour
Se présente à mes yeux avec tant d'avantage.
Que désormais il se partage ,
Que charmé de son sort il serve tour à tour ,
Sous les Drapeaux de Mars &sous ceux de l'Amour
Parmi les flots de sang que coûte la victoire ,
Si mon Egide a sçû le conserver ,
Au triomphe d'Iris , pour accroître ma gloire
J'ai prétendu le réserver.
Elle dit. Ah ! pour vous Belle Iris , quel Oracle *
Mais quelle aveugle impieté !:
1
Si
AVRIL.
1739 713
Si votre coeur encor y formoit quelque obstacle,
Bien-tôt tout l'Olympe irrité . ..
Vous soûriez , Iris C'en est fait , sur l'Autel
Et vous & l'aimable Valere ,
Je vous entens enfin , couple tendre & sincere ,
Vous jurer l'un à l'autre un amour éternel.
O vous , dans l'âge encor de la belle jeunesse ,
Vous, dont le coeur sensible est né pour la tendresse,
Ainsi que ces Epoux , voulez- vous être heureux >
Faites ensorte que vos noeuds
Soient tous formés par la sagesse.
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure de Mars , sont les cinq
Voyelles , a , e , i , o , u ; le Corail , Papier ,.
Rosa & Vespasianus . On trouve dans le premier
Logogryphe , Cor & Ail ; dans le second
, Pape , Priape , Raye , Air , Ré , Pie
Ire , Rape , Pipe & Ripa. Dans le troisième
Ros & Os. Dans le quatrième , Vespa , Asia,
Anus , is , Anus , I.
JE
ENIGM E.
E suis un mot Latin ,
Francisé par l'usage ,
14 MERCURE DE FRANCE
Je confonds la Catin
Avec la femme sage
L'Officier , le Robin ,
Tout état & tout âge ;
Le Soleil me déplaît ;
Je produits l'équivoque ,
Je lâche plus d'un trait ,
Mais sans que l'on s'en choque
Le quiproquo me plaît ;
Ma liberté provoque
Aux plaisirs les plus doux ;
Avec moi la Coquette
Esquive du Jaloux
L'importune Lunette ;
Enfin je suis des foux
La plus simple Toilette ;
Mais ne crois pas , Lecteur ,
Que seul je puisse faire
Et nourrir une erreur !
Non , mais j'ai d'ordinaire
Un Compagnon trompeur
Qui scelle le mystere.
Par J. A. F.C. D. N. de Paris.
LOGOS
AVRIL. 1739. 715
J
**********************
LOGOGRYPHE.
E suis depuis long - temps d'usage dans l'Eglise ,
Pour oposer un frein à tout vice , à tout mal ;
Mais on m'employe encore en autre Tribunal ,
Pour empêcher quelqu'un de faire une sotise.
De plus d'une façon se combine mon tout
Lecteur , prens patience , & va jusques au bout.
Dabord je te présente un de nos grands Mysteres ;
Un Métal , un Ouvrage utile aux Militaires ;
Des jours de tous les temps consacrés aux plaisirs ,
Jours qui mettent un frein aux amoureux désirs ;
Ce qui ne suffit pas pour punir un Coupable ;
Du puissant Dieu des Eaux l'instrument redoutable,
Une Contrée en France, abondante en chevaux ;
Peut-être ton peché , l'un des sept capitaux ;
Ce n'est pas encor trop exercer patience
Lecteur, après mon nom cherche, combine & pense
Ce que craint un Mari jaloux ,
Quand il s'opose au rendez- vous.
Voi sortir de mon sein un Instrument sonore ,
Qui dans un autre sens sert d'Almanch encore ;
Ce qu'on nomme à propos pour marquer un teint
frais ;
Ce qui vient sans culture aux bords d'un grand
Marais ;
E Un
716 MERCURE DE FRANCE
Un Dieu Marin , suivant la Fable ,
Sans oublier un fruit qu'on sert en bonne table ;
Une Ville de Parlement ;
D'Architecture un Ornement
Une herbe forte , un genre de Poësie ,
Un Sel utile en Pharmacie .
Lieu que la vérité n'aborde qu'en tremblant ,
Un écueil dangereux , ainsi qu'un Element ;
Un Bourg fort illustré sur les bords de la Celle ;
Epithete d'Amans , tant mâle que femelle ;
Ce qui distingue un bon d'un mauvais Ecrivain ,
Ouvrage dont l'effet est de dormir ou rire ,
Ce que craint un Voleur
, ce qui sert au Navire
,
L'allure
d'un cheval
, on si l'on veut le train ;
Certaine
Plante enfin qu'on laisse sans culture ,
Incommode
aux Chasseurs
& quivient de bouture
.
L. M. D. C.
LOGO GRYPHU S.
SI me scire velis , Lector , sex colligé membra .
per
luta volvo ;
Sordida dum spiro , turpis me
Aspectusque oculos , & nomen vulnerat aures.
Scinde caput ; videas subito ( mirabile dictu )
Qui modo contemptus squallenti inface jacebat ,
Nunc dominari umbras , solioque sedere supremo .
Adde caput , membrumque unum si vertere tentas ,
Jucundam
AVRIL.
717 1739:
Jurundam foveo tenero sub pectore flammam ;
Abripe sed quartum , mærens heu ! vidit Hidaspes ,
Pellai juvenis me succubuisse Phalangi.
Dirige nunc , totumque novo rursum ordine versans,
Si solidum cernis , si quid tractabile palpas ,
Me semper palpas , me certo cernis ubique
Invenias in me quod te suspendit euntem ;
Quod placidas imis turbat de sedibus undas ';
Quodgenerat flores quod mane irrigat hortos.
Multa alia omitto , sed tandem hoc accipe Lector.
Horrent me vivum , cuncti me postea laudant ;
Multi mi similes vitá , post funera pauoi.
De Chibau.
ALIUS. .
Splendida per lentas , Lector , Burgundia limphas,
Includit campis , Lector amice , suis ;
Si totum velis nomen subvertere , rara
Sum ; unum scinde pedem , tunc loca sacra colo.
Par P. J. V. de Roüen.
E ij NOU718
MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
UVRES SPIRITUELLES de feu
M. François de Salignac de la Mothe
Fenelon , Archevêque , Duc de Cambray ,
Prince du S.Empire. A Rotterdam, chés Jean
Hofont , Libraire , par Souscription . Cette
Edition , qui se fait sous les yeux de M. le
Marquis de Fenelon , Ambassadeur du Roy
auprès des Etats Géneraux , est en deux Volumes
infolio & in 4°.L'Ouvrage entier mon.
tera au moins in folio à 200. feuilles , & in 4° .
à 100. On n'en tirera que 40. Exemplaires
du premier & 260. du second. La Souscrip
tion de l'in folio est de 30. florins , & de
11. pour l'in 4° . Comme ce Livre est actuellement
imprimé, & que le nombre des feuilles
a excedé celui que nous venons de marquer
, on donnera deux florins de plus pour
l'in 4°. & 7. de plus pour l'in folio .
LE PHILOSOPHE ANGLOIS , Ou Histoire
de M. Cleveland, Fils Naturel de Cromwel ,
écrite par lui-même, & traduite de l'Anglois ,
par l'Auteur des Mémoires d'un Homme de
Qualité. Tomes VII. & VIII. A Vtrecht ,
chés
AVRIL 1-73.9. -719
•
chés Etienne Neaulme , 1739. Volumes in
2. le premier de 360 , pages , le second de
371. & se trouve à Paris , chés Prault , fils
Quai de Conty , à la Charité.
LE DOYEN DE KILLERINE , Histoire,
Morale , composée sur les Mémoires d'une
illustre Famille d'Irlande , & ornée de tout
ce qui peut rendre une lecture utile & agréa
ble , par l'Auteur des Mémoires d'un Homme
deualité. Seconde Partie: A la Haye , chés
Pierre Poppy , & se trouve à Paris , chés
Didor , Quai des Augustins , volume in 12 .
de 239. pages , 1739.
TRADUCTION FRANÇOISE de l'Histoire
de Charles XII. Roy de Suede, par M. Nordberg
, Docteur en Théologie , & ci- devant
Chapelain de S. M. Sued. Cet Ouvrage sera
incessamment mis sous presse & paroîtra en
plusieurs volumes in 4. enrichi de Portraits ,
de Médailles , &c. A la Haye , chés Jean-
Martin Husson , Libraire. Il mérite d'autant
plus l'attention du Public , qu'il a été entrepris
par ordre des Etats du Royaume de Suede
, & écrit sur des Mémoires authentiques.
i
NOUVEAUX AMUSEMENS DU COEUR
ET DE L'ESPRIT. Dixiéme Brochure in
12. se trouve à Paris , chés Bienvenu , Li-
E iij braire
720 MERCURE DE FRANCE
braire , au Nom de Jésus , Quai des Augus
tins , à la descente du Pont- Neuf , atenane
la ruë Dauphine , & chés Morel , le jeune
au grand Cyrus , au Palais. Le prix est de
trente sols.
Il n'y a presque que des Poësies dans cette
Brochure ; en voici deux ou trois échantillons
, pour faire juger de leur mérite. Nous
avons parlé ailleurs de celui de l'Ouvrage en
géneral , & de ce qui pourroit le perfectionner
,
D
& c.
PEINTURE DE L'AMOUR.
'Un autre recevoir la Loi ;
Jamais n'être maître de soi ;
Promettre ce qu'on ne peut faire
Craindre beaucoup plus qu'on n'espere &
De longs entretiens superflus ;
Sentir assés , dire encor plus ;
S'attaquer bien , mal se défendre ;
S'abandonner , puis se reprendre ;
Etre fou raisonnablement ;
Etre gai sérieusement ,
Peu de repos , bien des caprices ;
Peu de plaisirs , bien des suplices ;
Se pardonner , pour s'offenser
Se rapeller , pour se chasser ;
Raccommodemens , puis injures ;
Nouveaux
AVRIL. 1739.
728
Nouveaux sermens , nouveaux parjures ;
La paix , la guerre , tour à tour ;
En racourci , voila l'Amour.
SONNE T.
L'Hyver est revenu , la Campagne est sauvage ,
Les Jardins désolés ne montrent plus de fleurs ;
Nos Prés ne sont plus peints de leurs vives couleurs,
Et nos Bois ont perdu leur aimable feuillage.
C A peine le Soleil perce un épais nuage ,
Et blanchit nos Côteaux de ses foibles pâleurs ;
Dans nos Champs la Nature exprime ses malheurs ,
Et la terre gémit sous un dur esclavage.
Le froid a fait périr les plus jeunes Oiseaux ,
Les glaçons ont couvert la surface des Eaux ,
Et de leur cours rapide arrêté le murmure .
L'Air est battu des vents , ou grossi des frimats ;
Mais parmi les glaçons , les vents & la froidure ,
Mon coeur conserve un feu que l'hyver n'éteint past
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des
Hommes Illustres dans la République des
Lettres , &c. Par le R. P. Niceron , Barnabite
, Tome XXXVIII . in 8. A Paris , chés
Briasson, à la Science, M. DC C. XXXVIII.
E
En
722 MERCURE DE FRANCE
En suivant la coûtume que nous avons
prise , en rendant compte des précedens
Volumes de ces Mémoires , nous raporterons
ici l'Article entier qui concerne l'Histoire
Litteraire du sçavant P. Fronton du
Duc , Jésuite , qui nous a parû bien rempli,
& interessant.
,
Fronton dit Duc , en Latin Ducaus , nâquit
l'an 1558. à Bordeaux , où son Pere
étoit Conseiller au Parlement. Quelques- uns
l'ont nommé le Duc , & dans la Conférence
du Droit François avec le Droit Romain
page 451. on lit ces paroles : » Par Arrêt de
" Bordeaux du 20. Mars 1567. donné au
»raport de M. le Duc , Pere de Fronton le
» Duc , Jésuite , qui est un des plus doctes
» Personnages de notre temps , comme nous
"
voyons par les doctes Commentaires qu'il
» a faits sur S. Jean Chrysostôme , S. Atha-
» nase , S. Grégoire de Nazianze ; & puis -je
» dire de son Pere , ce que disoit Ciceron
» d'un grand' Personnage de son temps : Ut
» enim cateri ex Patribus , sic hic , qui illud
» lumen progenuit , ex filio est nominandus .
Fronton entra au Noviciat des Jésuites à
Verdun le 12. Octobre 1577. c'étoit la 19.
année de son âge. Le 13. Octobre 1579. il
fit ses premiers voeux à Pont à Mousson . Dès
l'année précédente 1578. il y avoit été envoyé
pour être Régent du soir en Rhétori
que
A VRLE. €739.
723
que , ce qu'il fit pendant quatre ans .
Il eut le même Emploi dans le College
de Clermont à Paris pendant quatre autres
années , & il s'en acquitta avec tant de capacité
, que Mathieu Bossulus , plus celebre
alors qu'il ne l'a été depuis , grand Orateur
dit Bayle , & qui professoit l'Eloquence dans
le College de Boncour ,, disoit à ses Ecoliers
& à quiconque vouloit l'entendre , qu'il n'avoit
jamais vû que deux hommes qui parlassent
bien Latin , lui Bossulus , & Maître
Fronton , Régent de Rhétorique chés les
Jésuites..
Pendant les quatre années qui suivirent
Fronton étudia en Théologie dans le College
de sa Compagnie à Paris ; sans négliger ni
La Scholastique , ni les Peres Latins , il s'apliqua
beaucoup alors à la lecture des Peres
Grecs:...
Après ces quatre années d'Etudes Théolo
giques , & une troisiéme année de Noviciat ,
qui les suit parmi les Jésuites , Fronton fut
envoyé au College de Pont à Mousson, pour
y enseigner la Théologie positive..
En, 1594. il fut choisi pour remplir le mê
me Emploi à Paris. Il commença à y professer
au mois d'Octobre , mais il ne le fic
pas plus de trois mois. Dès les premiers jours:
de l'année 1595. les Jésuites ayant été obli
gés de quitter leur College de Paris, Fronton ,
Ev Ra
724 MERCURE DE FRANCE
par l'ordre de ses Supérieurs , retourna à Pont
à Mousson , & y continua ses leçons sur la
Théologic positive.
La même année 1595. il fut chargé d'une
commission importante ; ce fut celle de revoir
les Commentaires de Maldonat sur les:
quatre Evangiles . Comme l'Auteur n'avoit
pas mis la derniere main à cet Ouvrage , &
qu'il avoit souhaité qu'il fût imprimé à Pont
à Mousson , suposé qu'on voulût le donner
au Public , Claude Aquaviva , Géneral de la
Compagnie , assûré de la bonté du Livre
suivit les intentions de l'Auteur , & en fir
envoyer une copie aux Jésuites de Pont à
Mousson ; mais il ordonna qu'avant l'impres
sion tout l'Ouvrage fut exactement revû ; il
prescrivit même la maniere dont il vouloit
que se fit la révision .
Le P. Fronton du Duc y fut employé avec
quatre de ses Confreres , tous gens habiles.
Parmi les Manuscrits du College de Pont à
Mousson , on conserve un cahier , où l'on
voit tous les endroits des Commentaires de
Maldonat , changés , ou retranchés par les
cinq Réviseurs , avec leurs corrections , &
les motifs qui les ont déterminés. Il paroît
que leur sage & judicieuse Critique n'a fait
aucun tort à l'excellent Ouvrage qui leur
étoit confié.
Je remarque en passant que la Préface &
rEpitre
AVRIL 1739. 725
PEpitre Dédicatoire du premier Tome , sont
de Clément du Puy , un des cinq Réviseurs ,
Oncle du fameux Pierre du Puy. On sçait
que Erudition étoit comme héreditaire
dans cette Famille.
En 1597. le P. Fronton passa de Pont à
Mousson à Bordeaux. Là pendant quelques
années il fit des leçons de Théologie Morale,
& expliqua l'Ecriture Sainte , mais à ses
Confreres seulement , & dans l'interieur du
College , qui n'étoit pas encore ouvert aux
Externes.
Ce fut proprement à Bordeaux qu'il com
mença à communiquer au Public les fruits
de ses Etudes. Outre quelques volumes de
Ş. Chrysostôme , traduits de sa façon avec
des Notes , il y fit imprimer trois Tomes
pleins d'excellentes Recherches , & qui seroient
plus connus & plus utiles s'ils étoient
en Latin , mais que les circonstances & l'utilité
de l'Eglise déterminerent l'Auteur à
écrire en François.
י
Le Livre de l'Institution , usage & doctrine
du S. Sacrement de l'Eucharistie en l'Eglise
ancienne , par Philipe de Mornay , Seigneur
du Plessis - Marli , parut en 1598. imprimé
à la Rochelle , in 4°. Jules Cesar Bou
lenger & Guillaume du Puy , Chanoine &
Theologal de Bazas , y répondirent . Leurs
Réponses ne parurent pas suffisantes , peu
E. vj.
être
726 MERCURE DE FRANCE
le
و و
وو
"
»
être avoient- elles été faites trop vîte. Des
Personnes zelées , engagerent le P. Fronton:
à écrire sur le même sujet. Florimond de
Rémond , Conseiller au Parlement de Bordeaux
, annonça cette nouvelle Réponse aur
Sr de Mornay , qui lui récrivit en ces termes
3. Février 1599. Bien vous dirais-je queje
ne tiens point les deux Ecrits de J. C. de
Boulenger , & de G. du Puy , pour justes
réponses ; qui ne font qu'escumer légere-
» ment sans rien enfoncer ; monstrant assés
» les Auteurs , que ce n'est leur dessein , ni
» de presser pied contre pied , ni de venir.
» main à main , mais de tenir les champs ,
39 pour évader plus aisément , funditores vere,
» non bastati. C'est pourquoi aussi je ne fais
» état de leur répondre par exprès , mais
» bien à cette Réponse dont vous me mena-
» cez ... Et pourtant c'est à vous à sollici
ter l'Entrepreneur , selon les parties que
» vous recommandez en lui , de haster son
» oeuvre.
L'oeuvre füt mise au jour en 1599. sous le
Titre d'Inventaire des faultes, contradictions .
& faulses allégations .... remarquées par les
Théologiens de Bo.deaux. Ce premier Volume
réimprimé la même année avec des ad
ditions , fut suivi d'an second en 1601. Le
Sr de Mornay sentit que cette Réponse étoit
plus pressante, & enfonçoit . Il l'avoia dans.
,
Sa:
AVRIL. 1739 727
sa Réponse aux Théologiens de Bordeaux ,
à laquelle le P. Fronton oposa en 1602. un
troisiéme Volume qui termina la dispute.
Lorsqu'en 1604. les Jésuites eurent obte→
nú la liberté de rentrer dans leur College de
Paris , le P: Fronton du Duc fut placé em
qualité de Bibliothécaire , afin qu'il recueillîs
les débris de leur Bibliotheque , qui avoit été
dispersée dans le temps de leur départ. Il y
travailla & ce ne fut pas sans succès.
Vers ce temps - là , Isaac Casaubon avoit
inspiré au Roy Henry IV. la pensée de fairer
imprimer les Manuscrits de la Bibliothéque
Royale , & s'étoit associé quelques Sçavans
pour travailler à l'Edition des Ecrivains profanes.
Le Clergé de France , dans une de ses
Assemblées, avoit chargé les Jésuites du soin
de revoir les Ecrits des Peres Grecs . La capacité
du P. Fronton étoit trop connue , pour:
qu'on ne jettât pas les yeux sur lui . Aussi futil
le premier que les Supérieurs destinerent
à cette occupation , dans laquelle il passa
le
reste de sa vie , sans autre distraction que :
celle que lui donna la Chaire de Théologie
positive , qu'il remplit en 1618, au renouvellement
du College de sa Compagnie à Paris .
Ses infirmités l'obligerent de la quitter à la
fin de 1623. mais elles ne lui firent pas aban
donner ses Etudes. Il les continua malgré les
douleurs aiguës de la Pierre , qui ne lui don
noient :
28 MERCURE DE FRANCE
noient aucun relâche ni le jour ni la nuit , &
dont il mourut le 25. Septembre 1624. La
Pierre qu'il portoit dans la vessie., & qui lui
causa la mort , étoit du poids de cinq onces.
Alegambe , Sotwel , Philipe Labbe , Morery
, du Pin , &c. mettent sa mort en 1623 .
c'est un manque d'exactitude . Le P. Petau ,
dans la Lettre 19. du second Livre de ses
Epitres , écrivant le 12. Décembre 1624. à
Heribert Rosweide , dit : Que de Frontonis
nostri obitu renunciata tibi esse scribis , nimiumvera
sunt. Mortuus est Septembri mense jam
affecta.
.
A
C'est Alegambe qui a induit tous les autres
en erreur. Mais si l'on eût voulu y faire
quelque attention , on auroit vû qu'il fournit
lui -même de quoi corriger sa fausse date;
car ayant marqué l'entrée de Fronton du
Duc chés les Jésuites en 1577. & ayant ajoû
té qu'il avoit passé 47. ans dans la Compagie
; il falloit conclure , que si dans la même
phrase il le fait mourir en 1623. c'est une
faute de l'Imprimeur , ou une méprise de
Auteur.
M. de Marolles , p. 59. de ses Mémoires
parle ainsi de lui » Comme j'étois en Tou-
" raine , sur la fin de l'Eté de 1624. j'y reçûs:
» la nouvelle de la mort d'un sçavant hom-
» me , c'étoit du P. Fronton du Duc , Jésuite
, l'un des plus célebres. Théologiens de
>>>SQIH
AVRIL 1739. 729
»
son temps... J'avoue que la perte m'en
» fut sensible ; car ce bon Vieillard , qui me
»faisoit le bien de maimer , ou du moins de
» souffrir patiemment que j'allasse quelquefois
profiter de son entretien, avoit l'ame tout-
» à- fait sincere , & je lui suis obligé de beau-
» coup de sentimens pour les Matieres Théo-
·logiques , que sa facilité me fit concevoir ,
» & qu'il avoit confirmés dans mon ame parun
solide raisonnement. Il-mourut à Paris
en la 66. année de son âge , le 25. jour de
» Septembre 1624.
و و
Il avoit fait sa Profession solemnelle des
quatre voeux à Pont à Mousson en 1596.
59
38
}
» Il s'apliqua particulierement , dit M. du
» Pin , à l'étude de la Langue Grecque & à
» la Critique des Auteurs , & a passé pour
» un des meilleurs Traducteurs & des plus
» ustes Critiques de son temps.. Il a été esti
mé , tant pour son Eruditon , sa justesse
d'esprit & la solidité de son jugement, que
"pour sa sagesse & sa modestie exemplaire..
» Son mérite a été également reconnu par les
Catholiques & par les Heretiques ; & il
» n'y a pas ей presque un Sçavant parmi les
» uns & les autres , avec lequel il n'ait eû
>> commerce de Lettres . Il avoit une grande :
→connoissance de la Langue Grecque , &
» écrivoit bien en Latin ; cependant il s'est
», plus apliqué à corriger les Versions des aue
ود
» tres,
730 MERCURE DE FRANCE
» ties, qu'à en faire de nouvelles, quoiqu'il y
» en ait quelques unes de sa façon dans les
OEuvres de S. Chrysostôme..
La vérité est, que dans les six premiers Volumes
de S. Chrysostôme on a 66. Lettres
& plus de cént Discours , ou Homélies ,
dont la Traduction est toute entiere du P.
Fronton . M. Huet le loüe d'avoir usé de
beaucoup de diligence, & d'avoir aporté une
grande fidélité dans ce qu'il a traduit de saint
Chrysostome: Baillet ajoûte , que le Public
a jugé qu'il n'avoit pas été moins exact dans
les autres Traductions qu'il a faites ; & que
dans tout ce que nous avons de lui , on remarque
une grande connoissance de la Langue
Grecque , & un grand. fond d'érudition
Ecclesiastique..
, י
و ي
Ses Contemporains ont toujours parlé de
lui comme d'un grand Religieux , c'est l'expression
d'André Vallad.er , encore plus attaché
à ses devoirs de pieté qu'à ses études
& parfaitement détaché de toutes les douceurs
de la vie. Par mortification , encore.
plus que pour conserver sa mémoire , & ménager
son temps au profit du travail Litteraire
, il n'usa jamais de vin dans ses repas , &
se réduisit de bonne heure à n'en faire par
jour qu'un seul & bien modique. Mais le caractere
de ces Mémoires ne comporte pas les
dérails où il faudroit entrer , si je voulois
m'étendre
AVRIL
1739 73
rétendre sur ses vertus Chrétiennes & Religieuses.
Catalogue de ses Ouvrages.
1. L'HISTOIRE TRAGIQUE de la Pucelle de
Dom-Remy, autrement d'Orleans , nouvellement
départie par Actes , & représentée par
Personnages,avec Choeur des Enfans & Filles
de France , & un Avant- Jeuen Vers , & des
Epodes chantées en Musique,dédiée par Jean,
Barnet,à Monseigneur le Comte de Salm , Seigneur
de Dom-Remy- la- Pucelle , de Nancy.
Nancy , Veuve de Jean Janson , 1581. in-
4. Il paroît par un Sonnet de C. Vallée
qui est joint à cette Piéce,& par le propre aveu
de Barnet , Conseiller & Secretaire ordinaire
du Duc de Loraine , qu'il n'est que le Réviseur
& l'Editeur de cette Piéce , dont l'Auteur
n'est point nommé. Mais il est sûr qu'elle eft
de Fronton du Duc. Voici ce que je trouve
sur ce sujet dans l'Histoire. Manuscrite du
College de Pont-à- Mousson , composée en
Latin par Nicolas Abram , Jésuite , connu
par d'autres Ouvrages imprimés. Anno supra
sesquimillesimum octogesimo , aum Rex Henricus
ac Regina Ludovica statuissent sub mensem
Maium ad Thermas Plumberianas accedere
M. Fronto Tragoediam Gallicam de Joanna
Puella Lotharingá , Regni Christianissimi liberatrice
, in Theatrum inducendam paraverat,
Sed
932 MERCURE DE FRANCE
Sed lues diversis in partibus grassata professio
nem discussit. La Tragédie fut représentée le
septiéme jour de Septembre devant Charles
III. Duc de Loraine . L'Historien ajoûte: Tragedia
que deinceps suppresso Autoris nomine
lucem adspexit , Serenissimo Duci tantopere
placuit , ut Poëta , quem detritâ toga , paupertatem
Evangelicam redolente , amictum videbat
, aureos centum nova vestis , ut aiebat
comparanda causâ, jusserit continuò numerari.
2. INVENTAIRE des Faultes , Contradictions
, faulses Allégations du Sieur du Plessis
, remarquées en son Livre de la Sainte
Eucharistie , par les Théologiens de Bordeaux.
A Bordeaux , 1999. in- 8°. Cette
premiere Edition se trouve difficilement :
les Curieux peuvent s'en consoler ; elle n'a
rîen qui doive la faire préférer à la seconde.
> ,
3. INVENTAIRE des Faultes .... remarquées
.... par M. Fronton du Duc , Bourdelois
, de la Compagnie de Jesus , seconde
Edition revûë & augmentée. Bordeaux ,
Simon Millanges , 1599. in -8 °. La premiere
Edition parut à la fin de Janvier. La seconde
fut achevée le 12. Juillet. Dans ce premier
Tome , il est traité , 1 °. Des Liturgies , ou
Messes de l'Eglise Catolique-Grecque. 2°.
Des Temples & Autels. 3 ° . Des Saintes Images.
4° . Du Pain sans levain , & du Vin mêlé
Eau , qui sont la matière de l'Eucharistie.
50%
AVRIL.
733 1739
.
5. De la Sainte Ecriture & Du Service Divin
en Langue vulgaire. 6 °. Des Pasteurs de l'Eglise
, & de leurs Vêtemens . 7°. Du Célibat
des Ecclésiastiques. 8 °. Du Sacrifice de Melchisedech.
9. Du Purgatoire & des Prieres
pour les Morts. 10°. De l'Invocation des
Saints.
4. SECOND TOME de l'Inventaire des Faul
tes , Calomnies & faulses Allégations du
Capitaine du Plessis , remarquées en son
Livre de la Sainte Eucharistic , par M. Fronton
du Duc.... Bordeaux , 1601. in- 8°.
Les Titres sont , 1 °. De l'Invocation des
Saints. 2°. Du Péché originel. 3 °. De la Con
cupiscence après le Baptême . 4°. Si la Loi
de Dieu est impossible. 5. De la Justification
par la Foi. 6°. De la Justice imputative.
7°. Du Franc - Arbitre. 8 °. Du Mérite des
bonnes oeuvres.
5. REFUTATION de la prétenduë Vérification
& Réponse du Sr du Plessis à l'Inventaire
de ses Faultes & faulses Allégations ,
par Fronton du Duc. Bordeaux , 1602. in- 8 °.
Comme le Sr du Plessis n'avoit répondu
qu'au premier Tome , aussi la Réfutation ne
touche que les matieres qui y sont traitées.
·
6. BIBLIOTHECA Veterum Patrum , sew
> Scriptorum Ecclesiasticorum Tomus primus
Greco- Latinus , qui varios Græcorum Auctorum
Libros , anteà Latinè tantùm , nunc verò
primùm
734 MERCURE DE FRANCE
primùm utraque Linguâ editos in lucem com
plectitur. Paris , 1624. in fol . Tomus secundus.
Paris, même année & même forme . Les
deux Tomes sont quelquefois nommés par
les Bibliothécaires , Auctarium Ducaanum ,
parce qu'ils servent de Suplément aux Editions
purement Latines de la Bibliothéque
des Peres.
>
се
Les Ouvrages du P. Fronton du Duc , qui
restent à détailler , n'étant que des Editions,
ou des Notes & des Révisions , il est ,
semble , plus naturel de ranger par ordre
alphabétique les noms des Auteurs sur lesquels
il a travaillé .
ENEE Gazai Theophrastus , sive de animarum
immortalitate , & corporum resurrectione
Dialogus. Bibl. Patr. Tom. 2. pag. 3.73 . I
s'agit ici des deux Volumes donnés par
Fronton du Duc.
AGAPETI Diaconi expositio Capitum admonitoriorum
ad Justinianum Imperatorem. B.P.
Tom. 2. pag. 263 .
AMPHILOCHII , Episeopi Iconii , de Occursu
Domini Nostri Jesu-Christi , & de Deiparâ,
item de Symeone. Oratio, B. P. Tom. 2. pag,
857:
ANDREE , Hierosolymitani Archiepiscopi ,
in S. Maria Salutationem Oratio, B. P. Tom.
II. pag. 439 .
ANTIOCHI, Monachi , Pandectes Scriptura
divinitus
AVRIL. 1739. 7357
divinitùs inspirata , seu Compendium totius
Religionis Chriftiana . B. P. Tom. 1. p. 1019 .
ARISTEE , de Legis divina ex Hebraicâ
Lingua in Gracam translatione per 70. Interpretes
, Historia. B. P. Tom. 2. p. 854.
ASTERII , Amasea Episcopi , Homilia. B.P.
Tom. 2. p. 561 .
NOTE in Homilias Asterii. B. P. Tom. 2.
à la fin du Volume .
ATHENAGORÆ Atheniensis
> Apologia
pro Christianis. B. P. Tom. 1. p. jo .
Ejusdem Liber de Resurrectione Mortuorum.
Ibid . p . 81.
NOTE in Athenagoram. A la fin du même
Tome ; & dans l'Edition d'Athenagoras ,
faite à Oxford en 1700. in- 8°.
NOTE in Opera S. Basilii Magni. Dans
P'Edition Latine des Oeuvres de S. Basile.
Paris , 1603. in-fol. Anvers , 1616. in -fol.
Cologne , 1618. in-fol.
NOTE in Editionem Graco- Latinam Operum
S. Basili Magni. Paris. 1618. Ces Notes
sont dans le troisiéme Tome , intitulé :
Appendix ad S.Basilii Magni Opera ; & dans
l'Edition de S. Basile , donnée par D. Julien
Garnier. Paris , 1721. 1722. 1730. in-fol.
S. BASILII Magni Liturgia, B. P. Tom . 2 .
pag. 42 .
J
CESARII , Fratris S. Gregorii Nazianzeni,
de variis Questionibus Dialogi quatuor.B.P.
Tom, 1. p. 545.
CA736
MERCURE DE FRANCE
CANONES Apostolorum & Conciliorum,
Græc. Lat . Paris. 1618..in-fol.
CHRYSIPPI , Presbyteri Hierosolymitani ,
Homilia de S. Deiparâ . B. P. Tom. 2. p.424.
COLLECTANEA in Clementem Alexandrinum.
Ces Notes se trouvent à la suite des
Oeuvres de Clément Alexandrin , imprimées
à Paris 1629.in- fol. réimprimées peu correctement
, là-même 1641 , in-fol. à Cologne ,
ou plûtôt à Wittemberg , 1688. in fol .
La suitepour un autre Mercure.
LE SPECTACLE DE LA NATURE , ou Entretiens
sur les particularités de l'Histoire Naturelle
. Troisiéme Partie , Tome quatrième ;
contenant ce qui regarde le Ciel & les liaisons
des differentes Parties de l'Univers avec
les besoins de l'Homme . A Paris , chés
Estienne , rue Saint Jacques , à la Vertu ,
MDCCXXXIX . Vol . in- 12 . en deux Parties de
583. pp. sans la Table des Matieres.
Nous sommes charmés de rendre compte
au Public de ce quatriéme Tome du Spectaele
de la Nature , & nous osons l'assûrer
d'avance , que la lecture ne lui en sera pas
moins utile & agréable , que celle des précédens.
Cet excellent Livre , nous présente
la Physique , non pas avec cette figure chagrine
& hérissée sous laquelle elle a coûtume
AVRIL. 1739. 737
:
me de paroître dans les Ecoles , mais avec
cet air noble & attrayant qui lui est si naturel
, & qui plaît si fort à ces Sçavans du premier
ordre , qui vivent , pour ainsi dire
auprès d'elle & à sa compagnie. Cet Ouvrage
est également fait pour le coeur & pour
l'esprit tandis que celui- ci s'exerce sur les
magnifiques sujets qu'on lui propose , & acquiert
ces belles connoissances qui le transportent
, en quelque façon , hors de lurmême
, le coeur se sert de ces mêmes connoissances,
pour remonter jusqu'au souverain
Etre , Auteur de tant de merveilles , faites
uniquement pour l'Homme , ensorte que s'il
n'est entierement insensible & endurci , il ne
peut s'empêcher de devenir reconnoissant
envers le Créateur.
. Ce Volume est divisé en deux Parties . La
premiere , traite du Ciel. La seconde , de la
Physique expérimentale. L'Auteur , après
avoir tracé le Plan de l'Etude du Ciel dans
le premier Entretien, fait paroître la Nuit sur
la Scene dans le second. Quoique la Nuit ne
soit que l'interruption du mouvement de la
lumiere vers nos yeux , cependant entre les
mains de Dieu , elle est une source de faveurs
pour l'Homme. Nous avons besoin de repos
: la nuit , pour nous le procurer , nous
ôte le Spectacle de la Nature , afin de nous
êter l'usage des sens ; mais ce n'est qu'après
›
nous
738 MERCURE DE FRANCE
nous avoir avertis avec bienséance de prendre
du repos , qu'elle obscurcit la Nature ; elle
fait marcher devant elle le crépuscule , pour
nous donner le temps d'achever ce que nous
avons interêt de finir : & de peur de nous
trop surprendre , elle s'avance à pas lents ,
& ne devient sombre , & enfin tout-à-fait
noire , que par dégrés.
་
Nous sommes fachés que nos bornes ordinaires
ne nous permettent pas de nous étendre
davantage sur cet agréable Entretien . &
de réprésenter l'admirable Spectacle de la
Nuit dans son entier : passons malgré nous
au troisiéme Entretien . La Lune en est là
matiere , le mouvement de cet Astre ,` ses
phases , ses éclipses & son utilité y sont traités
de maniere à nous faire admirer l'attention
de la Providence à procurer à l'Homme
toutes ses commodités .
Le quatriéme Entretien , qui roule sur le
Crépuscule & sur l'Azur du Ciel , redouble
notre admiration & notre surprise , par les
importantes connoissances qu'il nous donne
des magnifiques présens dont leCréateur nous
a comblés , en nous environnant d'un Atmosphere
, sans lequel nous aurions été privés
du Crépuscule , & sans lequel encore le
Soleil & la Lumiere , si avantageux à l'Homme
, nous auroient été inutiles.
L'Aurore paroît dans le cinquiéme Entre-
•
tien
AVRIL. 1739. 739
tien. Rien n'est plus magnifique que son retour
sur l'Horison . Elle fait renaître le Monde
, elle fait revivre l'Homme , & l'avertit de
retourner à son travail. En sa faveur , elle
fait rentrer dans les forêts les Bêtes féroces
& lorsque le Roy de la Terre sort pour visiter
sa demeure , elle en fait disparoître les
Animaux sauvages , & les avertit de ne s'y
pas montrer.
;
Dans le sixième Entretien , le Soleil se
montre dans toute sa magnificence. La lumiere,
qui, sans ce bel Astre , qui lui donne
le mouvement , nous seroit inutile , fait le
sujet du septiéme. Cet Entretien , auſſi - bien
que le suivant , qui traite des Routes de la
Lumiere est un peu trop étendu , pour que
nous entreprenions d'en faire l'analyse. Nous
passerons au neuvième , qui nous donne sur
les couleurs ce qu'il y a de plus vraisemblable
, d'après le célebre M. Newton .
·
Les couleurs servent à la distinction des
objets & à nos plaisirs. Dieu nous en a fait
présent , pour nous débarasser de la longue
discuffion que nous aurions été obligés de
faire ', pour reconnoître les choses qui nous
environnent. Sans les couleurs , toute notre
vie , dit l'Auteur , auroit été employée à étu
dier plûtôt qu'à agir , & nous nous serions
trouvés dans une incertitude éternelle , au
lieu qu'avec le secours des couleurs , il suffit
F que
740 MERCURE DE FRANCE
que l'Homme ouvre le matin sa paupiere , &
voilà toutes ses recherches faites. Son ouvrage
, ses outils , sa nourriture , tout ce qui
l'interesse , se présente à lui à découvert , nul
embarras pour en faire le discernement ; la
couleur est l'étiquette qui conduit sa main
& qui la mene, à coup sûr, où il faut qu'elle
arrive.
Que les couleurs contribuent à nos plaifirs,
cela est hors de tout doute : Car » quel autre
» dessein , ajoûte notre Auteur , que celui
» de nous placer dans un séjour agreable, en
" a orné toutes les parties de peintures fi
› brillantes et fi variées? Le Ciel & tout ce qui
>>> eft vû de loin, ont été peints en grand. L'éclat
» & la magnificence en sont le caractere . La
légereté, la finesse , & les graces de la mi-
» niature se retrouvent dans les objets desti-
» nés à être vûs de plus près
ود
رو
comme sont
les feuillages , les oiseaux , les fleurs ; &
» de crainte que l'uniformité des couleurs ne
» devint en quelque sorte ennuyeuse , la
» Terre change de robe & de parure selon
» les Saisons. Il est vrai que l'Hiver lui en-
» leve une grande partie de ses beautés..
» Mais il ramene un repos utile à la Terre ,
» & plus utile encore à celui qui la cultive.
» Tandis qu'il retient l'Homme dans sa re-
» traite , à quoi bon la Terre se pareroit- elle
pour n'être point vûë de son Maître ?
"
»
L'Auteur
AVRIL. " 1739.
*74*
L'Auteur passe ensuite à la nature des
couleurs , & distingue la couleur que l'on
peut apeller spirituelle , d'avec celle qu'on
peut regarder comme corporelle . Celle - ci
est la lumiere ou l'objet coloré , qui frape
nos sens ; l'autre , n'est que la sensation qui
s'excite dans l'ame à la vue de l'objet aperçû.
Selon notre Auteur , il y a deux sortes de
couleurs corporelles , les unes sont dans les
traits de lumiere , les autres sont dans les
corps colorés. » Qu'il y ait , dit- il , dans la
» lumiere corporelle des traits essentielle-
» ment rouges ,
d'autres d'une autre couleur
""
ود
qui leur soit propre , ou , en un mot , des
" rayons differemment construits , il n'est
plus poffible d'en douter , après la multitude
des Expériences que M. le Chevalier
» Newton a faites avec tout le succès poffi-
» ble pour s'en instruire . "
,
Il expose ensuite les differentes Expériences
du Prisme , d'où il résulte que les rayons
ont dans la lumiere corporelle une couleur ,
ou une constitution qui leur est propre ; en
second lieu , qu'ils ont chacun leur different
dégré de refrangibilité , & enfin
› que le
rayon le plus facile à plier dans le reste ,
auffi le plus facile & le plus propre à se refléchir
, lorsqu'il arrive à la surface de l'air
qui touche l'autre côté du verre. Les corps
colorés , & les differens systêmes sur la cau
est
Fij se
742 MERCURE DE FRANCE
:
se de leurs differentes.couleurs , terminent
Get Entretien .
L'ombre , le lieu du feu & ses services
la théorie de cet Element , composent les
trois derniers Entretiens : Nous nous ferions
un plaisir d'en instruire encore le Public
, sans le risque de tomber dans l'inconvénient
que nous voulons éviter dans nos
Extraits.
La seconde partie de ce bel Ouvrage , contient
l'Histoire des Progrès de la Physique,
experimentale , sçavoir , l'intention du Zodiaque
, la découverte des Ourses , & de l'Etoile
Polaire , les Voyages des Anciens , les
progrès de la Cosmographie , la fabrique &
T'usage des Globes , l'état de la Physique
dans le moyen Age , la découverte de la
Boussole , les Colonies des Européens dans
les Indes Orientales & Occidentales , le renouvellement
des Sciences , l'Invention du
Telescope , l'aplication faire du Telescope à
l'Astronomie par Galilée , le Microscope &
les autres Inventions des Modernes.
Le Livre finit par un Précis des Systêmes
généraux de Phylique . L'Auteur démontre
par une foule d'Expériences , que nous ne
sommes point apellés à connoître le fond &
la nature de ce qui nous environne ; mais
que Dieu ne nous a accordé des lumieres &
des connoissances , que ce qu'il en faut
pour
AVRIL 1739. 7432
pour regler notre coeur , &
notre main.
pour exercer
L'ECOLE DU MONDE , ou Inftruction d'un
Pere à un Fils , touchant la manière dont il
faut vivre dans le Monde , par M. le Noble.
Nouvelle Edition , à Paris , chés le Clerc
Quai des Auguftins , à la Toison d'or, 1739.
4. vol. in- 12.
DES PROPRIETE'S DE LA MEDECINE , par
raport à la Vie civile,par M. Louis de Sanicul
Docteur - Régent de la Faculté de Médecine:
de Paris , 1739. in- 12 . à Paris , chés Brias-
Jonrue S. Jacques , à la Science,
DICTIONAIRE DES CHASSES , contenant
l'Explication des Termes , & le Précis des
Reglemens sur cette matiere. Ouvrage utile
& nécessaire aux Seigneurs , aux Officiers de
la Jurisdiction , aux Gardes , & à tous les ›
Chasseurs , par M. Langlois , Officier de la
Varenne du Louvre . A Paris , chés Prault ;
Pere , Quai de Gêvres , 1739. in- 12.
LA PRINCESSE LAPONOISE , Hiftoire Galante
& Litteraire , petite Brochure in- 12 . en
deux Parties. La premiere de 120. pag. & la
seconde de 115. A Londres , chés Georges
Smith , Marchand Libraire , 1738 .
Fiij
HIS
-44 MERCURE DE FRANCE
HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens , des
Carthaginois , des Assyriens , des Babyloniens
, des Medes & des Perses , des Macédoniens,
des Grecs. Par M. Rollin, &c. Tomé
XII .& XIII. A Paris, chés la Veuve Etienne,
ruë S. Jacques , 1738. in- 12 . Le premier de
768. pages , & le second de 217. sans compter
les Tables de 302. pages.
TOUTES LES OEUVRES DE S. EPHREM le
Syrien , en Grec , en Syriaque & en Latin ,
distribuées en fix Tomes , corrigées sur les
Manuscrits du Vatican & autres , augmentées
& enrichies de Verfions , de Préfaces , de
Notes & de Variantes ; publiées pour la premiere
fois sous les auspices du Pape Clément
XII. & tirées de la Bibliothèque Vaticane .
Pierre Benoît , de la Compagnie de Jesus , a
revû le Texte Syriaque , y a ajoûté des Notes
vocales , l'a traduit en Latin, & l'a accompagné
de Scholies. Tome premier en Syriaque
& en Latin , à Rome , de l'Imprimerie du
Vatican , par Jean - Marie- Henri Salvioni ,
Imprimeur , 1737. in fol. de 567. pages, sans
'Epitre Dédicatoire & les Préfaces.
TRAITE' DE L'AMOUR DE DIEU , divisé en
douze Livres , avec un Discours Préliminaire
à la tête de chaque Livre ; & à la fin de chaque
Tome , un Recueil de Maximes spirituelles,
AVRIL ` 1739%. 745
tuelles , de Sentences , & de pieuses Affections
, tirées du Corps de l'Ouvrage , selon
la Doctrine , l'Esprit & la Méthode de Saint
-François de Sales , 1738. Trois Volumes in-
12. Par le P. Fellon , de la Compagnie de
Jésus. A Lyon , chés Placide Jacquenod .
Cavelier , Libraire , rue S. Jacques à Paris,,
vient d'achever d'imprimer les Livres suivans.
NOUVEAU TRAITE' des Elections contenant
'P'Origine de la Taille , Aydes , Gabelles , Octrois &
autres Impofitions : par M. Vieuville , Lieutenant
Géneral en Chef au Siége de l'Election de Xaintes ,
in- 8°. Paris 1739 .
LE TRAITE' de la Vente des Immeubles par
-Decret , de M. d'Hericourt , Avocat au Parlement ,
avec les Arrêts , &c . 2. vol in. 4. augmentés, Paris,
1739.
LES LETTRES de Morale & de Piété de fen M.
Duguet , Tomes V. VI . VII . VIII. & IX. in - 18 ,
Paris , 1739.
LES OEUVRES de Pierre & Thomas Corneille >
nouvelle Edition augmentée, 11. vol . in - 12 . Paris,.
1738.
Le même Cavelier a nouvellement reçû
les Livres suivans.
MEMOIRES du Duc de Villars , Pair de France ,
Maréchal Géneral des Armées de S. Majeſté Très-
Chrétienne . Nouvelle Edition , corrigée & augmentée
d'une Table des Matieres. 3. vol . in - 12 . Londres
, 1739.
Fij
Ma746
MERCURE DE FRANCE
MEMOIRES du Maréchal de Berwick , Génera
lissime de Sa Majesté Très- Chrétienne . 2. vol. in
12. Londres , 1738.
LETTRES Haftoriques &Galantes de Mad .Dunoyer,
contenant differentes Hiftoires , Anecdotes , curieuses
& singulieres. Nouvelle Edition , augmentée
d'un Tome VI. en 6. vol . in - 12. Londres , 1739.
>
Blancardi ( Steph. ) Lexicon Medicum renovatum,
in quo totius Artis Medica Termini , in Anatomen
Chirurgia , Pharmacia , Chymia , Re Botanica ufttati
, dilucide & breviter exponuntur . Editio noviffima
aucta , in- 8. Lugd. Batavorum 1735.
Alpini ( Steph. ) Hiftoria Egypti Naturalis. 2. vol.
in-4. cum fig. Lugd. Bat. 1735 .
Dureti ( And. ) Interpretationes in Hyppocratis
Coacas. Nova Editio , curante Pelerin Chrouet , qui
Prafationem adjecit . in-fol . Lugd . Batavorum 1737•
Linna ( Caroli ) Genera Plantarum, earumque ca
racteres naturales , c. Lugd. Batavorum. 1737.
Linnai ( Caroli ) Critica Botanica ,
in qua
na Plantarum , Specifica , Genera & Variantia examini
subjiciuntur. in- 8 . Lugd . Bat. 1737 .
nomi-
Mussehenbrock ( Petri ) Elementa Physica cons-
Eripta in Usus Academicos , in- 8. cum fig. Lugd.
Bat. 1734.
PIERRE-JEAN-MARIETTE , Libraire , rue Saint
Jacques , aux Colonnes d'Hercule , a en vente
Hiftoire Ecclesiastique , pour servir de continuation
à celle de M. l'Abbé Fleury , Tome XXXV . depuis
l'an 1570. jusqu'à l'an 1984. in - 4, & in- 12. 1737.
Tome XXXVI . depuis l'an 1585. jusqu'à l'an 1595.
comme les précédens , 1738 .
De Bure l'aîné, Libraire à Paris , Quai des Auguftins
, à l'Image S, Paul , vient de faire l'acquisition
AVRIL
747 1739
tion du fonds entier de l'Edition Grecque-Latine
des OEuvres de Saint Jean Chrysostôme , en 13 .
Volumes in-folio , dont la République des Lettres
eft redevable aux soins du Sçavant Pere Dom Bernard
de Monfaucon ; c'eft à ce Libraire que doivent
s'adresser les Porteurs des Souscriptions pour cet
important Ouvrage.
SOUSCRIPTIONS pour une seconde Edition du
grand Dictionaire Géographique , Historique & Cri
tique de M. Bruzen de la Martiniere.
Ce Dictionaire passant , avec raison , pour le
meilleur & le plus complet qui ait parû en ce genre,
il est inutile d'en faire ici l'éloge. Les Critiques les
plus séveres ne lui ont pu reprocher qu'un peu trop
de longueur en certains Articles , pendant que plusieurs
Habitans de nos Provinces de France , se
plaignent qu'il eft trop court sur ce qui regarde leurs
Villes & Bourgades. L'attention que l'on a dans
cette nouvelle Edition , de profiter des corrections
& augmentations que plusieurs personnes ont faites
sur la premiere Edition , rendrà celle -ci aussi
exacte qu'elle se puisse jamais faire. Ce sont les termes
du Programme . On y ajoûte que le premier
Volume paroîtra le premier du mois de Juillet 1739.
que les Souscriptions ne seront reçûës que jusqu'au
mois de Juin prochain , & qu'on ne tirera que mille
Exemplaires . Les conditions que l'on propose aux
Souscripteurs , sont de payer 78. livres , sçavoir 36 .
livres en souscrivant , 21. livres en retirant la moitié
de l'Ouvrage , & les autres 21. livres en recevant
le reste. P. G. Le Mercier , Imprimeur à Paris ,
& le Sr Augé , Imprimeur à Dijon , sont chargés de
cette Edition.
* Fv EX748
MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre écrite au Réverend
J
Pere D. Bernard de Montfaucon , au sujet
d'un Livre qu'il vient de publier , intitulé -
BIBLIOTHECA MANUSCRIPTORUM,in-fol
2. vol. A Paris , chés Briasson , Libraire
ruë S. Jacques , à la Science,
' Ai vû avec un très-grand plaisir, M. R. P. votre
Bibliotheca Manuscriptorum , & j'ai été d'autant
plus satisfait, que j'y ai trouvé un Ouvrage que nos
Jurisconsultes François croyoient perdu c'est celui
de Pierre Fontaine , no . 9822. page 882. M. Du
Cange nous a donné en 1668. le Conseil de Fontaine
à la fin de son Joinville : la solidité de cet
Ouvrage faisoit regretter le second Livre , dédié à
la Reine Blanche , lequel enseigne droit à faire
Justice à tenir très-especiaument. Vous parlez aussi
de son Dialogue sur les Loix & Coûtumes, n° 7426.
page 790. si j'étois à portée , je les copierois & les
donnerois au Public avec des Notes , &c.
On peut voir par cet Extrait de la Lettre écrite
d'Angers
par un très- habile homme
, de quelle
utilité est & sera pour les Sçavans
, & généralement
pour tout le monde
curieux
, le précieux
Recueil
du P. de Montfaucon
. Cet immense
travail découvre
un nombre
sans fin de beaux Ouvrages
, enterrés
dans les Bibliotheques
, dont le Public pourra
user à l'avenir , avec de grands avantages
, &c.
LETTRE
AVRIL. 749 1739.
{
LETTRE à M. de la R. au sujet du Livre
de la Théorie & Pratique du Jardinage.
L
E goût que vous avez , Monfieur , pour les
Arts & pour les Sciences , & l'accès favora❤
rable que vous leur donnez dans le Mercure de
France , engagent tous les Gens de Lettres à y recourir
dans le besoin ; il eft leur Emissaire , & c'è .
par son moyen qu'on se communique les plus aimables
productions de l'Esprit.
Une erreur qui s'eft glissée dans la troifiéme
Edition du Livre de la Théorie Pratique du Jardinage
, m'engage à vous prier de rendre publique
cette Lettre ; Erreur qui intereffe un de vos Amis
& des miens , c'eft M. Dargenville , Maître des
Comptes , Affocié Correfpondant de la Société R.
des Sciences de Montpellier. Il a toujours gardé
l'anonyme au sujet de quelques Ouvrages qu'il a
faits ; celui- ci eft du nombre , il l'a composé dans
sa jeunesse , temps où des affaires plus sérieuses nel'occupoient
pas comme à présent.
Cet Ouvrage a été imprimé pour la premiere
fois chés Jean Mariette , in- 4°. en 1708. la seconde
Edition a été augmentée de plus d'un tiers
en 1712 , ces deux Editions sont sans autre nom
d'Auteur , que des Lettres majuscules avec des
points. L'Erreur faite dans la troifiéme Edition en
1722. & dont on ne s'eft aperçu que depuis peu ,
roule sur ce que l'on a mis le nom d'Alexandre le
Blond , Inventeur des Desseins des Planches qui
ørnent ce Livre , & que l'on a suprimé par mégarde
, les Lettres majuscules du nom de M. Dargenville
, lesquelles étoient à la seconde Edition .
Quoique le nom d'Alexandre le Blond ne soit
qu'à l'Article des Planches dont il eft parlé dans le
Evi Titre ,
750 MERCURE DE FRANCE
Titre , comme il exifte seul dans cette Edition , il
naît une Equivoque de ces differens noms d'Auteurs
, qui se trouvent dans la seconde & dans la
troifiéme Edition , & c'eft un nuage qu'il eft à propos
de diffiper.
Notre Ami ne veut point enlever au Sr le Blond ,
l'honneur d'avoir inventé les Deffeias des Planches
répandues dans son Ouvrage , inftruit de l'Architecture
& de la Perspective par cet habile Homme ,
il n'a garde de lui enlever , comme son Eleve , une
réputation dûë à ses rares talens.
On vient de faire un Carton de la Feuille qui
comprend le Titre , où l'on a reftitué les premieres
Lettres du nom de l'Auteur , telles qu'elles étoient
dans la seconde Edition . Dans l'Avis qui suit le
Titre , voici comme notre Ami s'explique au sujet
de l'Inventeur des Defleins.
On doit ici un Aveu public au sujet des Planches
insérées dans cet Ouvrage , elles sont dûës au Sr Alexandre
le Blond ,fameux Architecte , mort en Moscovie
en 1725. Sa capacité dans l'Architecture , son
goût , songénie pour inventer toutes sortes de Deffeins ,
étoient connus de tout le monde. L'Auteur de cet Ouvrage
, comme son Eleve , se fait honneur de l'avoir
toûjours consulté.
Cette Lettre , M. , eft absolument nécessaire aux
Personnes qui ont acquis cette troifiéme Edition ,
dont il y a beaucoup d'Exemplaires de débités avec
le nom d'Alexandre le Blond ; c'eft une juftice Littéraire
qu'on ne peut refuser à notre Amicommun,
c'eft la rendre à la vérité même . Judicieux comme
vous êtes , Monfieur , je me flate que vous voudrez
bien vous y prêter . Je suis , &c.
LETAVRIL:
17393 75#
•
LETTRE de M. Du Buiffon à M. le C.
D.'L . R. au'sujet du Mémoire imprimé
dans le Mercure de Février , sur la Génealogie
de la Maison de Béthune ..
E
>
y
N me critiquant par la voye du Mercure ,
M. le Duc de Sulli , Monfieur , m'a fait un
honneur auquel je ne devois pas m'attendre ; ç'a été
m'élever jusqu'à lui , me permettre de lui répon
dre , rendre le Public son Juge & le mien sur une
matiere Littéraire , & peut-être en plufieurs
points , s'exposer à perdre sa cause : mais je n'abuserai
point de son indulgence , je sçais trop ce
que je dois à son Rang. J'avois reçû sa Lettre , j'y
avois répondu , il m'avoit répliqué , le Mémoire
devoit être réimprimé , M. le Comte de Bethune
avoit consenti , ma Réponse l'annonçoit , elle étoit
respectueuse , mesurée , telle enfin , que dans les
Endroits où j'ayois été obligé de critiquer les Observations
de la Lettre , je l'avois fait avec des ménagemens
qui avoient fait disparoître jusqu'à l'air
de la Critique. Puisque M. le Duc de Sulli vouloit
faire imprimer sa Lettre , il devoit au moins y
joindre cette Réponse ; le Public , à qui il me défere
, y eût vû de la docilité , de la modestie , &
peut-être qu'il m'auroit pardonné mon ignorance
en faveur de ces qualités. Je ne suplérai point à ce
que M. le Duc de Sulli a omis , je n'entrerai même
dans aucuns détails sur ce que j'aurois pû ajoûter
à ma Réponse , qu'il jouiffe de mon filence
qu'il jouiffe d'un respect que je ne veux point démentir
; comme il sçait jusqu'où je le porte , je me
fate qu'il m'en sçaura gré. Au reste , M. , je vous
envoye , avec l'agrément de M. le Comte de Béthune
, un Exemplaire du Mémoire réimprimé , le
premier
752 MERCURE DE FRANCE
premier eft suprimé , & celui- ci eft corrigé & augmenté
dans les choses où il a été jufte & poffible
qu'il le fut. Si M. le Duc de Sulli eût pu , où voulu
m'aider des Titres & des lumieres qu'il prétend avoir
sur les Branches d'Hesdigneul & de Saint Venant ,
dont il a parlé dans sa Lettre , on en eût fait usage ;
M. le Comte de Bethune le souhaitoit , & M. le
Duc de Sulli sçait bien que j'ai eu l'honneur de lui
faire à cet égard diverses questions dans ma Réponse
; faute de ces Titres , j'ai été forcé de me
borner à ce que j'ai dit dans le Mémoire. Il falloit
accorder ce qui pouvoit être dû à Mrs d'Hesdigneul
& de Saint Venant , avec ce qui pouvoit être permis
raisonnablement par l'Examinateur de l'Ouvrage.
Je vous serai sensiblement obligé , M. de vouloir
insérer cette Lettre dans le Mercure de ce mois , &
d'y vouloir insérer auffi le Mémoire. M. le Comte
de Béthune me permet de vous en prier , même de
sa part ; & c'eft une chose d'autant plus jufte , que
le Mémoire n'étant point imprimé pour le Public
vous êtes le seul canal par ou je puiffe l'y faire
paffer , & me juftifier au moins , à quelques égards,
devant lui.
J'ai l'honneur d'être très parfaitement , M. &c.
A Paris ce 21. Avril 1739.
EXTRAIT d'une Lettre écrite du Havre ,
sur la mort d'un Officier Centenaire.
J
>
E crois devoir vous informer , Monfieur , que
le plus ancien des trois Officiers de la Garnifon
de cette Citadelle , dont l'un de vos Mercures a
parlé , eft décedé le 9. de Novembre 1738. âgé de
cent quatre ans , il fe nommoit M. Faifant , Lieute--
nant Învalide dans la Compagnie de M. Dubaftré ,
lequel
1
AVRIL. 17398 753
Tequel a toujours joüi d'une fanté robufte & lû ſans ·
lunettes jufqu'aux deux derniers mois qui ont précedé
fa mort. J'ai l'honneur d'ètre , &c. Signé
GALLOT.
REPONSE au Madrigal de M. Linant ;
inseré dans le Mercure de Février dernier
page 515. & adressé à Mad. la Marquise
du Châtelet. Par M. Desforges Maillard .
Toi, qui dis queCirey * fut un Temple à tes yeux,
Tu pouvois sans mentir , Linant , en juger mieux ;
Et tu dûs , y voyant Apollon & Minerve ,
Te croire , emporté par ta verve ,
Sur le Parnasse ou dans les Cieux.
Le Mardi 7. Avril , l'Académic Royale des Ins→
eriptions & Belles -Lettres , tint fa Séance publique
d'après Pâques ; M. le Comte d'Argenson y préfida,
M.le Secretaire déclara dabord que l'Académie avoit
adjugé le Prix , dont nous avons expofé le Sujet en
son temps ,à M. Pontedera, Profeffeur de l'Eloquence
dans l'Univerfité de Padoue. Ce Prix , qui est une
belle Médaille d'or de la valeur de 400. livres , fut
mis entre les mains du Secretaire de M. l'Ambaffadeur
de Venife , chargé du pouvoir du sçavant
Profeffeur.
M. de Foncemagne ouvrit la Séance par la lecture
d'une Differtation de M. de Boze, adreffée à l'Aca-
* Cirey , Château de Mad. la Marquise du
Châtelet.
démie ,
754 MER CURE DE FRANCE
démie , fur une Médaille finguliere de M. Galerius
Antoninus , fils de l'Empereur Antonin Pie , nouvellement
acquife pour le Cabinet du Roy. La gravûre
de cette Médaille fut diftribuée dans l'Affemblée
.
M. l'Abbé Gedoyn lût enfuite une Differtation
fur l'Extrait de Photius , touchant Theopompe , il
donna l'Hiftoire de ce Sçavant de l'Antiquité Grecque
, raporta le Jugement de Photius , & enfuite
celui que Denis d'Halicarnaffe avoit porté de fes
Ouvrages , ajoûtant fes Refléxions , mêlées d'His
toire & de Critique .
M. Hardion lût fa VIII . Differtation Hiſtorique
fur l'Eloquence Grecque , où après avoir expofé
l'origine & les progrès de l'Eloquence dans la
Sicile , il donna l'Hiftoire du Sophifte Gorgias.
Enfin M. l'Abbé Sallier entretint l'Affemblée de
l'origine & des premiers Effais de l'Imprimerie , fixant
cette Origne à l'année 1452. Il parla de plufieurs
Ouvrages imprimés en ce temps - là , dont fl
Faporta des preuves , & fit voir que le Vocabulaire
des Jéfuites , apellé Catholicum , la Bible du College
Mazarin , & celle de la Bibliotheque du Roy ,
tous Ouvrages imprimés fans date , font de ce
temps - là . On eft redevable. de la découverte de
cette derniere Bible , au Sr Boudot , de la Biblio
theque du Roy , qui l'a fait venir d'Annecy en Savoye
, & qui par une fuite de fon zele & de fon
attackement. , la cédée à la Bibliotheque Royale.
Le Mercredy 8. l'Académie Royale des Sciences
tint pareillement fon Affemblée publique , à laquelle
M. le Chancelier préfida. M. de Fontenelle
ouvrit la Séance en déclarant que le Sujet du Prix
de cette année n'ayant pas été entierement rempli,
PAcadémie remettoit la diftribution de ce Prix à
P'année
AVRIL 17328 755
Pannée 1741. & qu'alors le Prix concernant le même
Sujet , fera double , ou de 4000. livres . Il s'agit
de trouver le Cabeftan le plus parfait , à l'ufagedes
Vaiffeaux & de toute la Marine .
M. de Fontenelle fit enfuite un bel Eloge de M.
Herman Boerhaave, célebre Profeffeur en Médecine,
Botanique & Chymie à Leyde , Associé Etranger de
cette Académie depuis l'année 1730. lequel eft décedé
au mois de Décembre dernier , riche de deux
millions , dont il faisoit un bon usage.
M. Caffini , le fils , lût un Mémoire divifé en
deux Parties. Dans la premiere il raporta les Opé
rations Géométriques & Aftronomiques , qu'il a
faites , conjointement avec M. Maraldi , dans les
deux dernieres années , en différentes Provinces du
Royaume , pour parvenir à la composition d'une
bonne Carte génerale de la France. La feconde Par
tie du Mémoire contient une Expofition de ce que
P'Auteur fe propoſe de faire cette année , pour la
vérification de la Méridienne de l'Obfervatoire
Royal , depuis Paris jufqu'à Colioure.
M. du Hamel du Monceau , lût un autre Mé
moire fur la Plante nommée Guarança , qui a la
proprieté de teindre en rouge les os des Animaux
vivans , à qui on fait prendre un mêlange de cette
Plante avec leurs alimens ordinaires , ce qu'il prou
va par le récit de plufieurs Experiences.
Enfin , M. le Clerc de Buffon , termina la Seance
par la lecture d'un Mémoire ingénieux & trèsbien
écrit , concernant la maniere de conferver , de
repeupler & multiplier les Forêts du Royaume.
Nous ne manquerons pas de donner dans le prochain
Mercure les Extraits de ces utiles & curieux
Memoires.
BRIX
3 756 MERCURE DE FRANCE
PRIX proposé par l'Académie Royale des
Sciences pour l'annte 1741 .
Eu M. Rouillé de Meſlay , ancien Confeiller at
FParlementde Paris , ayant conçu le noble dessein
de contribuer au progrès des Sciences & à l'utilité
que le Public en pouvoit retirer, a legué à l'Académie
Royale des Sciences un fonds pour deur
Prix , qui feront diftribués à ceux , qui , au jugement
de cette Compagnie , auront le mieux réüffi
fur deux differentes fortes de Sujets, qu'il a indiqués
dans fon Teftament;& dont il a donné des exemples .
Les Sujets du premier Prix regardent le Syſteme
géneral du Monde , & l'Aftronomie Physique.
Ce Prix devroit être de 200c. livres , aux termes
du Teftament , & fe diftribuer tous les ans . Mais la
diminution des Rentes a obligé de ne le donner que·
tous les deux ans , afin de le rendre plus confidérable
, & il fera de 2700. livres .
Les Sujets du second Prix regardent la Naviga
tion & le Commerce.
Il ne fe donnera que tous les deux ans , & fera
de 2000. livres.
L'Académie , qui avoit donné pour le Sujet du
Prix de l'année 1739. Quelle eft la meilleure construction
du Cabestan , par raport à tous les ufages.
auxquels on l'aplique dans un Navire , n'a pas jugé
à propos de diftribuer ce prix , ou plutôt elle a cru
devoir en differer la diftribution jufqu'en 1741. Ce
n'est pas que parmi les Pieces qui lui ont été envoyées
, il n'y en ait plufieurs qui lui ont para utiles
& ingénieufes à divers égards . Mais dans la
multiplicité des vûës qu'il faut remplir ici , tant par
raport aux differentes circonftances où l'on fe trouve
fur un Vaiffeau , qu'aux hommes qui en execu .
tent la manoeeure , & dans une Machine , qui , avec
cela,
AVRIL. 1739.
757
cela , doit être fimple , folide , expéditive & d'une
pratique tout autrement dégagée d'embarras , & à
l'abri de tout accident, qu'elle ne devroit être ſur terre,
où l'on a le loifir , l'efpace & les commodités néceffaires
pour y remédier , l'Académie n'a rien trou.
vé qui fatisfît pleinement fes intentions . Elle propole
donc encore le même Sujet pour l'année 1741 .
où le Prix fera double , c'est- à - dire de 4000, livres ,
& elle exhorte les Auteurs qui lui ont envoyé des
Pieces , & ceux qui voudront lui en envoyer à l'avenir
, à redoubler leurs efforts pour perfectionner
une Machine fi importante à la Navigation . M. le
Comte de Maurepas , Miniftre & Secretaire d'Etat
de la Marine , a déja fait faire quelques épreuves
dans cet objet , & nous laiffe efperer qu'il voudra
bien en ordonner de nouvelles . On ne peut douter
qu'elles ne doivent être d'un grand fecours , tant
aux Auteurs pour mieux réussir , qu'à l'Académie.
pour juger avec plus de sûreté.
Les Pieces envoyées pour cette année , rentreront
en lice en 1741. foit telles qu'elles font , foit avec
les changemens ou les additions que les Auteurs.
trouveront à propos d'y faire.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invités à
travailler fur ce Sujet , & même les Affociés Etrangers
de l'Académie. Elle s'eft fait la loi d'exclure
les Académiciens regnicoles de prétendre aux Prix .
Ceux qui compoferont font invités à écrire en
François ou en Latin , mais fans aucune obligation .
Ils pourront écrire en telle Langue qu'ils voudront,
& l'Académie fera traduire leurs Ouvrages.
On les prie que leurs Ecrits foient fort lifibles ,
fur tout quand il y aura des Calculs d'Algebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvrages,
mais feulement une Sentence ouDevife. Ils pourront,
s'ils veulent, attacher à leur Ecrit un Billet féparé &
cacheté .
758 MERCURE DE FRANCE
Gacheté par eux , où seront avec cette même Sen
tence , leurs nom , leurs qualités & leur adreffe , &
ce Billet ne fera ouvert par l'Académie , qu'en cas
que la Piece ait remporte le Prix .
Ceux qui travailleront pour le Prix , adrefferont
leurs Ouvrages à Paris au Secretaire perpétuel de
l'Académie , ou les lui feront remettre entre les
mains. Dans ce fecond cas le Secretaire en donnera
en même-temps à celui qui les lui aura remis , ſon
Recepiffé , où fera marquée la Sentence de l'Ouvrage
& fon numero , felon l'ordre ou le temps
dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne feront reçûs que jufqu'au
premier Septembre 1740. exclufivement.
L'Académie, à son Affemblée publique d'après Pâ
ques 1741. proclamera la Piece qui aura ce Prix.
S'il y a un Recepifié du Secretaire pour la Piece
qui aura remporté le Prix , le Tréforier de l'Académie
délivrera la fomme du Prix à celui qui lui
raportera ce Recepiffé . Il n'y aura à cela nulle aus
tre formalité.
S'il n'y a pas de Recepiffé du Secretaire , le Tréforier
ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur même , qui
fe fera connoître , ou au Porteur d'une Procuration
de sa part.
On écrit de Rome , qu'en fouillant la terre
pour faire quelques réparations au Sanctuaire de
l'Eglife, de l'Abbaye de Grotta Ferrata , on a trouvé
un Tombeau fur lequel étoient les Armes de la
Maifon de Conti de Tuſculum , & que l'on croit
que ce Tombeau eft celui du Pape Benoît IX . de
cette Maiſon , mort en 1024; & dont on avoit igno
ré jufqu'à préfent la fépukure.
On mande auffi que le P.d'Evora a formé le projet
d'établir .
AVRIL 759 1739 .
Pétablir un Observatoire dans la Tour du Convent
Ara Cæli, & qu'il a déja écrit en Angleterre pour
en faire venir des Inftrumens.
Le 26. du mois dernier, il parut à Genes une Aurore
Boreale , qui commença peu après le coucher
du Soleil , & qui dura jufqu'à onze heures du soir.
Foute la partie du Ciel entre le Nord & le Nord
Fft , étoit éclairée par
des especes de colonnes de
eu , dont les plus lumineuses étoient celles qui
toient les plus voifines du Nord.L'événement jusifie
l'opinion de ceux qui regardént les Phénomées
de cette nature , comme des présages de froid ,
le temps eft beaucoup plus rude qu'il n'a été dans
le mois de Janvier , ce qui donne lieu de craindre
our les biens de la Campagne .
On mande de la Province de la Capitanate , dans
Royaume de Naples, que le 13. Février on avoit
sentià Foggia plusieurs fecouffes de Tremblement
de terre, qui y avoient caufé un dommage très- conidérable
, mais qu'heureufement aucun Habitant
n'avoit péri fous les ruines des Bâtimens qui avoient
été renversés.
<
Le 27, du mois paffé , vers les fix heures du main
, on fentit à Gaette une legere fecouffe de
Tremblement de terre , mais elle ne causa aucun
ommage.
Le Ciel a rendu la France fi féconde en talens ,
qu'elle se croit obligée par reconnoiffance , d'en
ire part à tous les Peupes de l'Europe; ce fut, fans
Houte , dans cette vue qu'un des plus habiles Maî-
-res de Danfe que nous ayons eus , ayant trouvé
lans Mlle Grognet , de très heureufes difpofitions
pour
.
760 MERCURE DE FRANCE
pour ce bel Art , prit foin de le cultiver ; il s'attacha
fur tout à ne lui rien montrer qui n'exprimar
la belle Nature. Sa jeune Eleve ne trompa point
fes efperances , elle ne se contenta pas de briller
fur les Théatres de Paris , elle voulut porter plus
loin le fruit des leçons qu'elle avoit reçûës dans
cette Capitale du Royaume . Elle partit pour l'Italie.
Elle ne fut pas long- temps à s'y diftinguer par l'agilité
de fes pas , & par la jufteffe de les attitudes.
Florence, Venife & Turin , fe diputerent l'avantage
de la poffeder. Elle fe fit fur tout admirer à Bologne
& à Modene , cette derniere Ville mit le comble à ſa
gloire, puisque les deux jeunes Princeffes de ce floriffant
Etat , la mirent au nombre de leurs Penfionnaires
avec Brevet. Les juftes aplaudiffemens qu'on
lui prodigua fur ces deux differens Théatres , donnerent
lieu aux deux Sonnets qu'on và lire avec la
Traduction Françoife .
In applauso à Madamigella di GrugnetĮ
F
Elána ,
SONETTO.
Elfina , fempre cara a l'alme fuore ,
Dimmi quale e coſtei , fi dotta e bella
Chea gli occhi appar Terpficore novella
Coi lietti balli , onde ella alletta il cuore ;
Dona che in fe dimoftra al'ta valore ;
Simil gia mai ne vede ſol ne ſtella
Forma Quefta co gefti la favella ,
E con l'agile piede un grato errore.
Quanto
AVRIL. 1739. 761
Quanto penfa la mente o prova " il feno
Scorgi nel dolce attegiamento , e credi
Che i penelli fiavinti & parlen meno.
A la Gallia le grande opre tu chiedi
De qui Pittor che gia ti tolfe , ve à pieno
Te ne compenfa ; in lei tu li nervedi.
In Bononia , M. DCC. XXXVII,
TRADUCTION EN VERS FRANÇOIS
SONNET.
Bologne , toujours chere aux immortelles Soeurs,
Toi , que du nom de Fée à bon titre on apelle ,
Quelle Nymphe , dis- moi , Terpficore nouvelle ,
Attache tous les yeux & charme tous les coeurs è
Douces illufions , preftiges enchanteurs ,
Vous tracez à nos sens des images réelles ;
Ses geftes , de fon ame interpretes fidelles ,
Pour exprimer le vrai font autant d'Orateurs.
Le Soleil ne voit rien qui lui foit comparable
La Peinture le cede à cet Art admirable ;
France , Tu fais pour nous un Acte d'Equité.
Tu nous avois ravi de précieux Ouvrages ,
Qui
762 MERCURE DE FRANCE
Qui de la Terre entiere entraînoient les fuffrages ;
Tu nous fais un feul don , & tout est acquitté.
IN APPLAUSO
A Madamigella di Grugnet , virtuosa delle
Serenissime Signoré , Principesse.
Per la leggiadria , con laquale danza
In Modena , nel Teatro Molza ,
nel corrente Carnavale M. DCC . xxxix,
SONETTO.
Cosi fi danza ; agile e snello il piede ,
Diftinto i paffi , ſoftenuto il voſo ,
Nobile il portamento , e qual richiede
Modeftia , accolto fulelabra il rifo.
€
Cofi fi danza ; e quindi io ben m'avvifa
Accorta donzelletta , a cui gia diede
Senna i natali , che date diviſo
None qual piu gran pregio in altra fiede .
Non t'alzi , è ver , fic come il volgo attende ;
Ma il difficil del l'arte e quefto infine ,
Fra i moti d'allegreffa effere auftero.
E tropo, fa chi ben conoſe. il vero ,
Che in cotal guifa an che a danzar s'apprende
Alle illüftere Donselle , alle Regine.
TRAAVRIL.
1739. 763
TRADUCTION EN VERS FRANÇOIS ,
RONDE A V.
J'Ai fouhaité long - temps une danſe affortie
Par les mains des Amours , des Ris & des Plaifirs ;
Des pas bien deffinés , mais avec modeftie ,
Par un pied plus leger que l'aîle des Zéphirs.
Cette faveur du Ciel , rarement départie ,
Ne m'a pas fait pouffer d'inutiles foupirs ;
Vous réuniffez tout ; quel tout ! chaque partie
De cent Peuples divers combleroit les défirs .
Du vulgaire fans goût dédaignant le fuffrage ,
Vous profcrivez l'abus , maſqué du nom d'uſage.
Prenez-vous quelque effort ! c'est avec dignité .
Ce grand Art a chés vous des regles fi certaines ,
Que fi vous en donniez des leçons à des Reines ,
Elle joindroient la grace avec la Majefſté.
Il vient de paroître une Tragédie intitulée Sethos ,
dont le Sujet eft tiré d'une Hiftoire du même nom ,
compofée par M. l'Abbé Terraffon. Ce Poëme n'a
point été donné aux Comédiens , l'Auteur , qui
ne fe nomme point , ayant eu des raifons particuliere
pour ne le point faire repréfenter . Il
paroît forti de bonne main & répondre à l'idée
G avantageufe
764 MERCURE DE FRANCE
avantageufe qu'en donne M. de Fontenelle ; j'ai
crú , dit cet illuftre Académicien , dans l'Aprobation
, que rien ne méritoit plus l'impreffion qu'un
Ouvrage bien écrit , ou regnent autant que dans
celui ci les bonnes moeurs & la vertu. Nous parlerons
plus amplement de cette Piece le mois prochain
.
PRIX proposé par l'Académie de Chirurgie
pour l'année 1740.
'Académie de Chirurgie , établie à Paris fous la
L'proacctione du Roy, déficant contribuer aux
progrès de cet Art , & à l'utilité publique , propose
pour le Prix de l'année 1740. le -Sujet suivant.
Déterminer les differentes efpeces de Répercuffifs ,
leur maniere d'agir & l'usage qu'on en doit faire
dans les differentes Maladies Chirurgicales ..
Ceux qui travailleront sur ce Sujet , répondroat
aux vûës de l'Académie , en rangeant par ordre &
dans leurs Claffes , les Répercuffifs , tant fimples
que compofés , felon leur genre , & avec leurs differentes
formules , eû égard aux efpeces de Maladies
, & aux differentes parties où les uns doivent
être apliqués , préferablement aux autres .
Ils auront foin d'apuyer leur fentiment fur l'Expérience
& fur l'Obfervation .
į
Ils font priés d'écrire en François ou en Latin ,
& d'avoir attention que leurs Ecrits foient fort lifibles
.
Ils mettront à leurs Mémoires une marque distinctive
, comme Sentence , Devile , Paraphe ou
Signature ; cette marque fera couverte d'un papier
collé ou cacheté, qui ne fera levé, qu'en cas que
Piece ait remporté le Prix .
la
Ils auront ſoin d'adreffer leurs Ouvrages francs de
AVRIL.
1739. 755
port à M.Petit,Secretaire de l'Académie de Chirurgie
à Paris , ou les lui feront remettre entre les mains.
Toutes Perfonnes , de quelque qualité & Pays
qu'elles foient , pourront afpirer au Prix ; on n'excepte
que les Membres de l'Académie .
Le Prix eft une Médaille d'or de la valeur de
deux cent livres , qui fera donnée à celui , qui , au
jugement de l'Académie , aura fait le meilleur Mémoire
fur le Sujet propofé.
La Médaille fera délivrée à l'Auteur même , qui
fe fera connoître ou au Porteur d'une Procuration
de fa part ; l'un ou l'autre repréſentant la marque
diftinctive & une copie nette du Mémoire.
Les Ouvrages feront reçûs jufqu'au dernier jour
de Mars 1740. inclufivement , & l'Académie , à fom
Affemblée publique de la même année qui fe tiendra
le Mardi d'après la Fête de la Trinité , proclamera
la Piece qui aura remporté le Prix .
DELLA RITRATTO di Madama
MARTEGLIERA , inviato a Firenze
all' Illmo Sig Marchese .... che desidera
sapere dall' Autore se la detta Dama sia
bella , come si dice.
-
SONET TO.
SE bella sia la MARTEGLIERA ? or pingo
In questi versi , o Amico , il suo bel volto :
Egli è tal , che l'ha certo a un Angel tolto
Pria di nascere , il ver dico , e non finge.
Quand' io , fra tanti , a mirar quel mi spingo ,
Gij
D'esser
766 MERCURE DE FRANCE
D'esser' al Ciel mi par tutto rivolto :
Che scende un raggio suo divino , e scolto
Resta in me un non so che, ch'or non dipingo,
Non so che sia ; se amore , o meraviglia ,
Se rispetto , o disir l'Alma in se prove ;
So ben che abbaglio , e inarco ambe le ciglia.
Ma
per
dar del suo bel l'ultime prove :
Dirò che a tutti ella par madre , o figlia
Di Venere , e ch' egual non vidi altrove.
Del Sig Gio . Francesco NENCI.
ESTAMPES NOUVELLES.
Suite de Détachemens , inventés & deſſinés par
Vander Meulen , gravés à l'eau forte par C ... avec
un Frontifpice hiftorié par M. Paroffel. La vente
s'en fait chés le Sr Feffard , Cloître S. Germain de
l'Auxerrois, à Paris.
On vend au même endroit les Cinq Sens de Nadu
Deffein de M. Bouchardon , gravés à l'eau
forte par C... & terminés au Burin par Et. Fellard.
ture ,
Le 35. Morceau d'après Ph . Wouvermans , intitulé
le Vin de l'Etrier , vient de paroître gravé par
J. Moyreau , chés lequel l'Eftampe fe vend , ruë
Galande , vis à - vis S. Blaife ; d'après le Tableau de
ce fameux Maître, qui est dans le Cabinet du Prince
de Carignan , de 18. pouces de large , fur 14. de
haut,
L'habile
AVRIL 767 1739
2
L'habile main qui a gravé les Réjöüiffances Flamandes,
d'après D. Teniers , dont nous avons parlé,
& qui ont beaucoup augmenté la réputation qu'il
avoit déja , vient de mettre au jour une grande &
belle Eftampe en large d'après Ph . Wouvermans
qui prouve encore mieux combien le Burin du Sr
le Bas a acquis dè perfection . Elle fe vend chés lui ,
ruë de la Harpe , vis - à- vis la rue Percée , chés un
Fayencier ; & chés Ravenet , vis - à - vis la Sorbonne .
Elle porte pour titre LE POT au Lait ;
c'eft un
très-beau Paylage , d'une riche compofition , avec
un Lointain admirable ; fur le devant paroît une
belle femme à cheval , des Chevaux cabrés , une
Nourrice & autres perfonnes effrayées fur un Chariot
, le Pot au Lait répandu par la chute de la Laitiere
, & c. Le Tableau original eft dans le fameux
Cabinet de M. du Pile. L'Eftampe eft dédiée au
Marquis de la Barben , Claude-François Palamede
de Forbin. L'Auteur ne pouvoit choifir perfonae
qui fût plus capable d'en connoître le mérite &
d'en découvrir toutes les beautés.
La Suite des Portraits des Grands Hommes &
des Perfonnes illuftres , fe continue toujours chès
Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai de l'Ecole.
Il vient de mettre en vente :
CHILDERIC IV. Roy de France , mort en
481. après 24. ans de Regne, deffiné par A. Boizot ,
& gravé par G. Dupuis.
RENE DU GUAY - TROUIN , Lieutenant
Géneral des Armées Navales , Commandeur de
l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , né à S. Malo
, en 1673. mort à Paris le 27. Septembre 173.6.
peint par R .... & gravé par Petit.
G iij STANCES
768 MERCURE DE FRANCE
STANCES
Sur le merveilleux Clavecin Oculaire.
M Uses ,
échauffez mon génie ,
Sortez avec lui du cahos ;
Du tendre Amant de l'harmonie
Je vais celebrer les travaux ;
D'une gloire qui m'est offerte
Je franchis la barriere ouverte
Je veux unir ton nom au mien
C ... si j'obtiens la victoire ,
J'éterniserai ta mémoire ,
Mon triomphe sera le tien.
2
Joüissez d'un nouveau Spectacle ,
Habitans du vaste Univers ,
Un Mortel a levé l'obstacle
Qui tenoit votre esprit aux fers.
Le préjugé vif & timide ,
Sous les coups du nouvel Alcide ,
Frémit & succombe abbattu ;
Un calcul exact le désarme ,
Du son la couleur prend le charme
Et , des tons amis la vertu.
Quei
A V RÄI L.
1739-
769
Quel torrent inonde mon ame
Des plus légitimes plaisirs !
Le transport excité , l'enflame ,
Je ne forme plus de désirs.
Quel rapide cours de nuances ! .
Quel accord dans leurs differences !
Pour mes yeux charmés quelle voix !
Le Défenseur. de Siracuse
Renaît il Oüy. Volez , ma Muse ,
Le dire au plus puissant des Rois .
Descaleaux.
Nous
croyons:
faire plaifir au Public en l'avertissant
qu'il y a un Livre de Pieces d'Orgues
, compo
fé par M. Dandrieu
, Organifte
de la Chapelle
du
Roy , & des Eglifes
Paroiffiales
de S. Merry
& de
S.Barthelemy.Če
Livre eft pofthume
, l'Auteur
étant
mort avant que de le donner
au Public. Il eſt extremement
utile, & nous efperons
qu'on nous fçaura
gré de l'avoir indiqué
. Il fe vend chés Mad. Ďandrieu
, rue Sainte Anne , proche le Palais.
le
Le Sr Neilson , Chirurgien Ecoffois , reçû à S. Côme
, pour la guérifon des Hernies ou Defcentes
traite ces Maladies avec beaucoup de fuccès , par
fecours des Bandages Elaftiques , qu'il a inventés
pour les Hommes ,Femmes & Enfans. Ces Bandages
font fort aprouvés, non feulement parce qu'ils font
très-legers & commodes à porter jour & nuit, mais
encore parce qu'ils font très -utiles par raport à leurs
ressorts, qui compriment la partie malade , ferment
exactement l'ouverture qui a permis la Defcente ,
&
Gilij réfiſtent
770 MERCURE DE FRANCE
réfiftent aux impulfions que font les parties inté
rieures , foit à cheval , ou à pied . En envoyant la
meſure prife autour du corps fur les Aines , marquant
fur tout l'état de la Deſcente & le côté malade
, on eft affuré de les avoir juftes ; auffi -bien
que ceux qu'il fait le Nombril.
pour
Il donne fon avis , & felon l'âge & le temperament
, il prépare des Remedes qui lui font particu
liers , & convenables à ces Maladies.
Lés Chaffeurs & ceux qui courent à cheval ou en
Chaife , qui prêchent , chantent , danfent , font des
Armes , &c. étant continuellement exposés à ces
Maladies , il a auffi inventé des Bandages Elaftiques
très- legers , commodes & néceffaires à porter pendant
ces exercices , ou d'autres violens , pour fe
garantir des maux , & prévenir les incommodités
qui arrivent tous les jours . Sa demeure est à Paris .
rue Dauphine , au Coq d'or au premier Apartement.
Nota. Il ne reçoit point de Lettres fans que le
port en foit payé.
****************
MUSETTE.
Convenable pour deux Vielles ou deuxMusettes.
Solitaires Oiseaux ,
Dont le tendre ramage
Annonce en ces Hameaux
Les douceurs de votre esclavage ,
Unissez vos accens
A ma douce Musette
Les
Musetta de M
V
YORK
PUBLIC
LIBRARY
SASTOR,
LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONE
Jom 14
AVRI L. 771 1739
Les sons qu'elle repette ,
Ne sont plus languissans ;
Mon bonheur est extrême ,
L'Amour a comblé mes désirs ,
Il bannit de mon coeur ia plainte & les soupirs ;
Iris m'a dit cent fois , cher Berger , je vous aime.
Par M. Duvoul
SPECTACLES.
L57.
E 7. Avril , l'Académie Royale de Musique
ouvrit son Théatre par l'Opera
Alceste , & le 9. on reprit le Ballet de la
Paix , pour être joué les Jeudis .
Le 14. on donna pour les Acteurs , encore
une Représentation d'Atys , avec les mêmes
agrémens , ajoûtés à celle qu'on avoit déja
donnée à la même occasion le 9. du mois
dernier.
Le 21. on remit au Théatre la Tragédie de
Polidore ; cette Piece avoit été donnée dans
sa nouveauté en Février 1720. & n'avoit pas
été reprise. Comme on n'en donna point:
d'Analyse dans ce temps - là , nous parlerons :
plus au long de ce Poëme , pour en donner:
une idée génerale à nos Lecteurs.
G V
Le
772 MERCURE DE FRANCE
Le 7. Avril , les Comédiens Italiens firent
l'ouverture de leur Théatre par la Comédiedes
Amans Réunis & par celle des Billets
Doux. Le Sr Toscan , originaire d'Italie , qui
avoit débuté sur le même Théatre au mois.
de Mars 1737. reparut pour la seconde fois.
sous le Masque d'Arlequin , & joüa , au gré
du Public , dans les deux Pieces . La Dile
Riccoboni , la jeune , qui avoit fait le Compliment
à la clôture du Théatre , le fit aussi
à l'ouverture , & s'en acquitta parfaitement
bien.
Le 22. Ils donnerent une Piece nouvelleen
Vers & en un Acte, intitulée , la Querelle
du Tragique & du Comique , Parodie de la:
Tragédie de Mahomet 11. Elle est de la
composition des Srs Romagnesy & Lelio . On
en parlera plus au long.
Le 7. du même mois , les Comédiens.
François ouvrirent leur Théatre par lå onziéme
Représentation de la Tragédie de
Mahomet II. interrompue à l'occasion des
Fêtes de Pâques , & par la petite Piece du
Triple Mariage, de M. Nericault Destouches,
Comédie en Prose , avec un Divertissement..
Elle avoit été donnée dans sa nouveauté en:
1716. avec beaucoup de succès , reprise plusieurs
fois , & en dernier lieu en Juin 1737..
Le Sr Fierville , qui avoit harangué le Public:
A VRI L. 1739
773
blic par un Discours , que nous avons raporté
dans le dernier Journal , prononça celuici
, qui fut fort aplaudi.
MESSIEURS ,
Nous voici heureusement rentrés dans une carriere
qui n'a rien de plus pénible pour nous , que la crainte
de ne la pas remplir, au gré de vos souhaits des nôtres.
Nous avons fermé notre Théatre par les fentimens
de la plus vive reconnoiffance ; permettez- nous de le
r'ouvrir par les nouvelles inftances que nous vous faifons
de nous continuer vos bontés , nous en avons to¼%-
jours befoin ; nous oferions nous flater du fuccès ,
ne falloit que du zele pour y parvenir ; mais ce n'est
pas affes pour nous raffûrer , nous ne fommes tranquilles
dans nos Exercices , qu'autant que que vous
nous en paroiffer fatisfaits.
s'il
Faites - nous la grace , Mrs , d'être perfuades que
nous ne vous avons point perdu de vûë, pendant les trois
femaines qui nous ont privés du bonheur de vous voir ;
tous les jours de l'abfence où nous avons été condamnés,
n'ont été employés qu'a veiller fur vos plaifirs a
venir ; nous nous sommes arrangés fur tout ce qui
pourroit y contribuer.
Puiffent nos foins n'être pas infructueux nous implorons
, plus que jamais , cette indulgence qui nous eft
néceffaire ; nous l'avons fi fouvent éprouvée , que
nous ne sçaurions craindre , fans injuftice , de vous:
envoir interrompre le cours. Nous vous la demandons
fur tout pour les nouveautés que nous allons foumettre:
a vos Jugemens. Nous avons eû quelquefois le malbeur
d'être condamnés fans avoir été entendus. Pardonnez
nous cette plainte. La plus faine partie de nos
Juges n'a point de part à l'injuftice, nous vous voyons is
toutes les premieres Repréſentations impofer filence aux
G vj décisions
1774 MERCURE DE FRANCE
décisions prématurées & tumultueuſes qui vous empê
chent d'entendre les Pieces fur lesquelles vous avez a
prononcer. Nous esperons cette grace d'un Tribunal
auffi équitable que le vôtre. Trop heureux , Mrs , fi
nous pouvons l'obtenir , elle redoublera notre ardeur a
remplir nos devoirs &¿ notre docilité à profiter de vos
Leçons
La Dile Lolotte Cammasse , dont nous avons
célebré les heureux talens l'année derniere
dans le Mercure d'Avril , page 761. joüia
dans le Triple Mariage le Rôle de Javote ,
avec beaucoup de graces , de finesse & d'intelligence
, car Thalie ne l'a pas moins favorisée
de ses dons que 'Terpsicore ; elle
dansa dans le Divertissement plusieurs Entrées
, dont nous allons tracer ici une légere
idée , en expliquant la Suite d'Airs de differens
Caracteres , de la composition de M.
Grandval , le Pere , sur lesquels la Dlle Lolotte
a dansé d'une maniere fort au-dessus
de son âge , n'ayant eû que dix ans accom
plis le 15. du mois de Septembre dernier..
Elle est raisonnablement grande pour soir
âge , la jambe bien formée , les plus beaux
bras du monde , la tête & les épaules bien
placées , le front élevé , la bouche petite , le
nés un peu aquilin & de très-beaux yeux ;
qui expriment avec toute la finesse & l'intelligence
possibles , la tendresse , la fureur ,
Ja joye & la tristesse, l'agitation & le calme,,
&C..
1
AVRIE
1739. 7.75
& c. Elle a l'art de se pénetrer au degré
qu'elle veut , & de faire sentir tous les mou
vemens de l'ame, par les traits de son visage,
par ses pas tendres & bien formés , & par
ses attitudes , dessinées d'après la plus belle
Nature , & toujours élegamment contrastées
& variées avec art. Et quand elle n'auroit pas
le talent supérieur qu'on lui attribuë , avec
justice , pour la danse , la finesse de son goût,
sa sensibilité pour le beau & pour la belle
Nature , & la justesse de ses expressions, lui
feroient encore une grande réputation . Nous
ne craignons pas de nous aveugler sur le juste
tribut de louange que le Mercure de France
rend ici à l'inimitable LOLOTTE. Nous
prenons tout Paris à témoin sur ses grands
talens , sans la moindre crainte d'être démentis.
Dans l'Esquisse que nous donnons ici du
Tableau mouvant que nous avons vû , nous
sentons même qu'il y a bien des endroits où
il faudroit encore s'arrêter , se récrier & redoubler,
avec le Public, nos aplaudissemens .
Son Entrée commença par une Marche
simple & noble , Jaquelle pourroit servir demodele
sur les mouvemens & la dignité avec
laquelle on doit marcher & ouvrir les bras.
au Théatre,
Le second air, est une espece de Sonatto ou
Alegro , d'un mouvement gai , où l'on voit
L'antou
776 MERCURE DE FRANCE
Pentousiasme d'une Danseuse qui forme des
pas & des attitudes sur un Air qui lui fait
plaisir & qui l'anime.
Viennent deux Menuets , dansés dans le
Caractere d'une jeune personne devant son
Maître , qui lui montre à lever les bras pour
donner la main gracieusement , &c,
Suit une Gavotte ; c'est une idée de la sim→
plicité & de l'enjoûment des Danses les plus:
ordinaires des Bals .
Dans le cinquiéme Air , l'aimable Enfant
peint les graces naïves d'une Bergere qui
danse au son de la Musette de son Berger.
Dans la Chaconne à deux mouvemens,qui
suit , elle imite de grand Caractere de danse
noble , gracieux & imposant , & tel qu'on
l'admire dans l'illustre DU PRE' à l'Opera,
Le septième Air de Violon est une Tempête
, dans laquelle la Danseuse exprime la
crainte & l'épouvante de l'Orage & de la
Foudre qui gronde , à quoi succede un Espoir
flateur , & par une transition & ung
gradation admirable,de la plus grande agitation
, elle passe dans un état tranquille.
Dans le neuviéme Air , les Violons imitent
le chant des Oiseaux , qui , écartés par la
Tempête , reviennent en célebrer la fin ; les
pas , les divers mouvemens & les yeux ,
priment très-bien le plaisir que lui fait leurramage
, & transportée par l'aproche des Oiexseaux
3D
AVRIL 1739. 777
seaux , elle court à pas précipités à diverses
reprises , pour en attraper. Elle est interrompuë
par un Air de Vielle , suivi d'un autre de
Bassons , & terminé par deux Tambourins
d'un mouvement très-gai & très -vif , dont
les pas sont de la composition de l'aimable-
Danseuse. Elle a dansé cette Suite d'Airs ,
composée de 244. mesures , tout d'une haleine
& partout avec la même fermeté , les
mêmes graces
,
la même propreté & le même
degré de justesse.
Les mêmes Comédiens ont remis au Théa
tre en même - temps les Comédies des Trois
Cousines , du Fat puni & du Port de Mer ,
dans chacune desquelles la célebre Lolotte a
joué un petit Rôle avec aplaudissement , &
a dansé dans les Divertissemens sur des Airs .
de differens Caracteres ; , d'abord un Concerto
de Violons , de Trompettes & de Musettes ;
dans le premier , coupé par de petits Récits
de Flûtes , elle exprime par divers mouvemens
, les attitudes les plus hardies & les
plus difficiles de la Danse noble , gracieuse:
& tranquille. Sur le Concerto de Musette
elle a exprimé ce que là Sarabande a de plus
tendre , & dans le Concerto, pour finir , elle a
formé une Danse vive & majestueuse , dans
le vrai Caractere de l'Air de Symphonie,.
A la fin de cette Entrée , elle executa un
Morceau bien brillant , c'est la Danse da
Tambour
778 MERCURE DE FRANCE
Tambour de Basque , avec des batteries d
ne volubilité & d'une justesse surprenantc
elle y a ajoûté cette année , & d'elle -mên
l'adresse étonnante de battre son Tambou
avec les deux pieds , en avant & en artier
dans l'espace d'une seule mesure.
>
M. de Maltaire , l'aîné , de l'Académ
Royale de Musique , dont le nom & les l
lens sont fort connus , est le Maître à dans,
de la jeune Personne dont nous parlons ;
doit être bien glorieux d'avoir formé u
Eleve qui lui fait tant d'honneur. Il y don
tous ses soins & toute son aplication, avoüa
qu'il n'a jamais vû un plus beau naturel
tant de facilité à concevoir & à executer
qu'on lui demande ; à peine lui faut- il de
leçons pour les choses les plus compliquée
qu'on lui voit danser sur le champ avec a
tant d'étonnement que de satisfaction.
Pour ne rien omettre du plaisir qu'elle a fa
au Public , nous ajoûterons ici l'Airnouve
de M.Grandval , qu'elle a dansé plusieurs fo
avant son départ , avec des graces & une i
telligence qu'il est impossible d'exprime
c'est un Rondeau admirable de la part c
Musicien , dont le premier Couplet eft un
Badine ; elle rentre dans le Rondeau tendre
ment avec varieté , &c. Le deuxième Cou
plet est une Gigue , ou elle exprime la vivacité
de cette Danse , & reprend le Rondeau
aveec
AVRIL 1739. 779
avec beaucoup de justesse & de nouvelles
graces. Le troisiéme est un fragment de
Chaconne, d'où elle rentre dans le Rondeau.
gracieux. Suit un Air de Canarie à l'Italienne
; elle reprend le Rondeau & danse le cinquiéme
Couplet, qui est un Tambourin dans
le goût Italien , & finit par le Rondeau gracieux
, comblée de loüanges & d'aplaudissemens.
Elle dansa pour la dix huitième fois le
29. Avril dans le Divertissement des Vendanges
de Surêne , les mêmes Caracteres de la
Danse de l'année derniere , dont on a rendu
compte dans le Mercure déja cité ; c'est là
qu'elle fit voir les progrès infinis qu'elle a faits
depuis un an, surtout à l'endroit de la Magie,
qu'elle rendit avec un feu & des expressions
qu'on ne sçauroit décrire. Et le lendemain
30. de ce mois , elle dansa pour la derniere'
fois ses deux Morceaux favoris pour le picquant
& les graces fines & légeres , c'est - àdire
le Rondeau & les Tambourins , dont
nous venons de parler. Elle est partie pour
retourner à la Cour de Luneville.
Nous croyons que voici le lieu de donner à
nos Lecteurs un Impromtu que le Sr de Gouve
fit , dans la surprise où il fut en voyant les
talens prématurés de cette jeune Danseuse.
Bien-tôt les doctes Soeurs viendront te couronner ,
le
780 MERCURE DE FRANCE
Je les préviens ; accepte mon hommage ;
De mes transports c'est le seul gage,
Qu'aujourd'hui je puis te donner.
Dans l'âge tendre où l'on s'ignore ,
Où l'on ne peut former que des pas chancelans ,
Tu te montres par tes talens
La Rivale de Terpsicore .
Le 26. les mêmes Comédiens remirent au Théatre
la Comédie du Muet , ancienne Pi ce de M.
l'Abbé Brueys, Nous avons amplement parlé de
cette Piece lorfqu'elle fut reprife au mois d'Avril
17 30. On peut voir dans le Mercure de May de la
même année , l'Extrait que nous en avons donné ,
page 981. avec d'autres particularités remarquables
au sujet de cette Comédie.
Les mêmes Comédiens ont reçu une Tragédie
nouvelle , fous le titre du Comte de Warvic , qu'ils
donneront bien-tôt.
Madlle Dangeville , Hortenfe Grandval , épouſe
du Sr Dangeville , un des meilleurs Acteurs & le
Doyen de la Troupe du Roy , vient de fe retirer .
Elle entra à la Comédie il y a environ 40 ans , &
joia d'original une des trois Coufines, dans la Piece
qui porte ce titre , & remplaça dans plufieurs
Rôles une des plus gracieuses & des plus célebres
Actrices du Théatre François , dans les grandes.
Amoureufes Comiques , & dans le Tragique doubla
les Rôles de Mesdiles Duclos & Desmarres entre
autres , dans la Tragédie de Gabinie , le principal
Rôle dans Polidore, celui Laodamie; celui de Palmis,
dans Alcibiade ; Juftine , dans Geta ; Cléopatre , dans
Pompée.
MA
A VR I L. 781 1739.
MAHOMET 11. Tragédie de M. de
la Noue.
L'Impression de cette Piece exposée en vente ; nous nousn'céotnatnetntpearsonesncdo'rene
tracer une espece d'Argument , qui ea donnera une
légere idée , pour satisfaire l'empressement du
Public , impatient de voir paroître ce Poëme ,
qu'il a honoré de ses aplaudissemens pendant les
quinze Représentations qu'on en a données.
ACTEURS.
Mahomet II. Empereur des Turcs , le Sr du Fresne.
Le Muphti ,
Le Grand Visir
L'Aga des Janissaires ,
le Sr Fierville.
le Sr le Grand.
te Sr Grandval.
Tadil, Confident de Mahomet II.le Sr de laThorilliere.
Achmet,Confident du G.V.le Sr Dangeville , le jeune.
Théodore , Grec , Pere d'irene , le Sr Sarrazin.
Irene, Grecque, Fille de Théodore. la Dile Gauffin.
Na si , Grec, Confident de Théodore, le Sr Dubreuil.
Zamis, Grecque , Confidente d'Irene. la Dlle Jouvenota
Turcs , Suire de Mahomet.
Grecs , Suite de Théodore .
La Scene est à Bisance.
Au premier Acte le Grand Visir ouvre la Scene
avec Tadil , son Confident , à qui il fait part des
raisons qui le portent à conspirer contre Mahomet,
l'ambition & la vengeance y ont une égale part.
L'amour de Mahomet pour Irene & l'Hymen que
cet Empereur des Turcs projette avec elle , en font
le fondement ; Tadil lui représente le danger presinévitable
où il s'expose ; mais ne pouvant lui
faire abandonner son projet , il lui aprend que
Théodore , Pere d'Irene , qui a long- temps gémi
que
dans
782 MERCURE DE FRANCE
dans les fers , est enfin sorti d'esclavage & va pa
roître à ses yeux. Le Grand Visir aprend avec plaisir
une nouvelle qui peut servir à son projet .
Théodore vient ; le Grand Visir lui promet sa
protection & le flate de remettre les Grecs en pleine
liberté , lui aprend que sa fille Irene est en la
puissance de Mahomet , il l'excite à ne point souffrir
la honte attachée au Serail. Théodore au nom
de Serail , ne respire que vengeance , & prie le
Visir de lui prêter les secours nécessaires , le Viser
lui promet tout.
Tadil vient lui annoncer que Mahomet s'avance ;
le Visir fait sortir Théodore , & ordonne à son fidele
Confident de le mettre en lieu de sûreté .
Mahomet arrive , suivi du Muphti & de quelques
Chefs de son Armée , il déclare hautement ses bontés
pour les Grecs , & son amour pour Irene , qu'il
se propose d'épouser , contre la coûtume des Sultans.
Le Muphti opose à cet Hymen la Loi , dont
il est le dépositaire ; Mahomet se contente de lui
répondre : obéis , & se retire avec sa Suite.
Le Visir reproche au Muphti son peu de fermeté;
Te Muphti ne reprend courage qu'après que le Visir
lui a promis que l'Armée n'attend que le signal de
la part du Chef de la Religion , pour prendre le parti
qui convient à des Sujets jaloux de la gloire de la
Nation , & de leurs premiers Maîtres .
Irene commence le second Acte avec Zamis , sa
Confidente ; cette fidelle amie la félicite sur l'amour
qu'elle a donné à Mahomet ; Irene y paroît d'autant
plus sensible , qu'il est conforme au penchant
de son coeur & qu'il la met en état de soulager les
miseres des Chrétiens , qu'elle compte au nombre
de ses Enfans. On vient l'avertir qu'un Chrétien
demande à lui parler au nom de tous ses Freres
elle consent qu'il vienne .
*
i
Théodore
AVRIL. 1739. 783
Théodore implore la protection d'Irene , à qui ses
traits sont inconnus , parce qu'elle en a été séparée
dés sa plus tendre enfance Il lui dit que sa Fille est
exposée à l'oprobre du Serail ; Irene lui promet
tous les secours qui dépendront d'elle . Théodore
acheve de se découvrir à elle , elle se jette aux pieds
de son Pere. Mahomet trouve Irene aux pieds de
Théodore ; il croit que ce Vieillard est suscité par
ses Ennemis pour détourner son amante de l'Hymen
dont il s'est flatté . Théodore lui déclare qu'il
ne se trompe pas , & se fait connoître pour Pere
d'Irene . Mahomet rend à la vertu de ce vénerable
Vieillard la justice qu'elle mérite , & lui dit qu'il
ne veut recevoir Irene que de la main paternelle, &
par un Hymen qui mettra sa gloire à couvert .
Théodore, charmé à son tour de la vertu de Mahomet
, prête son consentement à un Mariage si bonorable
pour lui & si favorable aux Chrétiens ; Irene
se livre toute entiere à un amour que la gloire
autorise , & montrant à Mahomet un poignard
dont elle s'étoit munie, elle lui proteste qu'elle s'en
seroit percé le coeur à la premiere violence qu'il
auroit voulu exercer sur sa pudeur. Cet Acte finit
par de nouvelles protestations de la part de Mahomet
, et par ces paroles qu'il leur adrese :
O plaisir rare voluptueux !
Je regne sur deux coeurs , libres vertueux.
Au tro fiéme Acte , Irene s'aplaudit avec Zamis
de son Hymen prochain , & du consentement que
son Pere y donne ; mais cette Joye est troublée par
une Lettre que son Pere lui envoye , par laquelle il
lui aprend que l'Armée du Sultan conspire contre
lui , & que c'est cet Hymen qui occasionne la
révolte.
Mahomet
784 MERCURE DE FRANCE
Mahomet vient , Irene lui met entre les mains la
Lettre qu'elle vient de recevoir , il ne peut cacher
sa surprise ; il ne laisse pas de la rassûrer , & lui
dit :
Jefrémis de l'affront & non pas du danger.
On vient lui dire que l'Aga des Janissaires demande
à lui parler ; Mahomet ordonne qu'on le
fasse entrer ; Irene se retire .
L'Aga se jette aux pieds du Sultan , & lui confirme
ce qu'il vient d'aprendre par la Lettre de Theodore
; il parle avec fermeté , mais en fidele Sujet ,
sur un Hymen fi funeste à la gloire de son Maître;
il lui demande la mort comme une grace. Cette
Scene est sans contredit la plus belle & la plus pa
thétique de toute la Piéce . Mahomet , malgré sa
colere , ne peut s'empêcher d'admirer la vertu de
P'Aga ; il est même ébranlé par ce qu'il a osé lui
dire , mais l'amour emporte la balance ; il sort
pour aller pourvoir au péril qui le menace .
L'Aga se flate d'un triomphe prochain . Le Grand
Visir vient lui reprocher , comme une trahison, ce
qui vient de se passer entre le Sultan & lui ; l'Aga
lui reproche sa perfidie , ne doutant point qu'il ne
soit le chefde la conjuration ; le Visir fait sonner
haut la puissance dont il est revétu ; l'Aga lui répond
que cette même puissance doit le rendre plus
fidele à celui qui la lui a donnée , & lui jure que ,
tout son Frere qu'il est , il sera le premier à lui
percer le coeur , s'il ne rentre dans son devoir. Cet
Acte a été géneralement aplaudi , & on le trouve
incontestablement le plus beau de la Tragédie .
Le quatriéme Acte n'ayant pas eu , à beaucoup
près , le même succès que le précédent , & d'ailleurs
l'ordre des Scenes ne s'étant pas affés bien
gravé dans notre mémoire , nous n'en dirons que
ce
L
1
AVRIL.
785 1739.
ce qu'il faut pour l'intelligence de l'action Théatrale.
Théodore , les larmes, aux yeux , prie le Sultan
de lui permettre de se retirer dans quelque Isle déserte
avec sa Fille ; Mahomet n'y peut consentir ,
lui dit fierement :
Un peu de sang versé ,
Un Chef anéanti , le péril eſt paſſé.
&
Il ordonne qu'on dépose le Muphti & qu'on arrête
le Viſir. Irene vient & le prie de la sacrifier à
sa sûreté ; le Sultan devient plus furieux , & sort
pour aller diffiper la Conspiration . Théodore exhorte
sa Fille à prendre la fuite avec lui . Irene
perfiste dans le dessein de se livrer pour victime aux
Séditieux. Naffi , Confident de Théodore , vient
annoncer la victoire de Mahomet , qui a tué le Vifir
de sa propre main ; il ajoûte pourtant que les Rebelles
demandent toujours du sang ; Irene comprend
bien que c'eft du fien qu'ils sont alterés , &
s'affermit dans le génereux dessein de leur livrer
lear victime , pour ne plus exposer les jours d'un
Amant qui veut lui sacrifier sa vie & son Empire.
Nous allons reprendre l'ordre des Scenes dans
ce dernier Acte , pour lequel nous avons redoublé
notre attention pendant les représentations .
Mahomet a triomphé des Rebelles , sans trompher
du trouble que l'Aga des Janiffaires a jetté
dans son coeur par raport à sa gloire. Il le fait connoître
dans un Monologue , où son amour commence
à avoir du dessous .
L'Aga des Janiffaires vient & acheve sa victoire.
Il lui reproche l'oubli qu'il fait de sa gloire , il le
sollicite d'accorder à ses Sujets la victime qu'ils lui
do786
MERCURE DE FRANCE
demandent ; il lui offre son bras pour l'immoler.
Mahomet frémit du Sacrifice , l'Aga le quitte , le
croyant à demi vaincu .
Irene , toujours constante dans le dessein de
s'immoler , le prie de satisfaire son Armée aux dépens
de ses jours ; Mahomet , toujours plus agité ,
la presse de s'éloigner ; & voyant qu'elle semble
lui demander la inort , il leve un poignard sur elle ;
elle lui dit de fraper , & qu'elle lui pardonne sa
le Sultan , touché d'un dévoûment si béroïque
,veut se percer du même poignard ; Irene le
lui arrache , & le quitte enfin pour aller se livrer à
ceux qui demandent son sang .
mort ;
Théodore vient , percé de coups , & annonce à
Mahomet que sa Fille va se livrer au destin qui
Pattend ; Mahomet sort furieux , sans qu'on puisse
comprendre quelle est sa derniere résolution ."
Zamis vient aprendre à Théodore , qu'à la vûë
d'Irene , les Séditieux ont été desarmés , & ont
souhaité ardemment qu'elle regnât sur eux.
Naffi vient détruire cette fausse joye , par un récit
de la mort d'Irene , à qui Mahomet lui-même a
percé le coeur , en présence des Rebelles , en leur
disant qu'ils ne méritoient pas une si vertueuse
Imperatrice.
Ce dénoúment , où les Spectateurs ne s'attendoient
nullement , a glacé tous les coeurs ; cependant
on doit convenir que l'Auteur n'est tombé
dans cet inconvenient, que pour avoir voulu s'attacher
top scrupuleusement à l'Histoire : les Critiques
les plus raisonnables n'ont blâme dans cette
Tragédie que le choix du Sujet , qu'ils ont jugé impraticable
sur le Théatre François ; s'il y a quelques
changemens dans l'impreffion , nous en ferons part
à nos Lecteurs,
NOUAVRIL
1739. 787
*****
NOUVELLES ETRANGERES.
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Ispaham
le 30. Août 1758.
Lrepsede Kandahar,fembloitprometconge
A prife de Kandahar fembloit promettre du
repos à ce Royaume , mais le prompt congé
que Schah Nadir a donné à l'Ambaffadeur du Grand
Seigneur , & l'envoi que ce Prince fait lui-même à
la Porte d'un nouvel Ambaſſadeur , donne lieu de
penfer que la Paix entre les Turcs & les Perfans eft
encore mal affurée . Une Puiffance du Nord traverſe,
dit - on , les Négociations de ces deux Cours , &
n'oublie rien pour engager Schah Nadir à faire
marcher une Armée confidérable contre les Turcs ;
ces difpofitions paroiffent conformes à l'humeur
guerriere de ce Prince & convenables à ſa fureté .
Le Roy légitime eft encore en vie , & il eſt toujours
aimé & defiré du Peuple . Schah Nadir ne peut fe
foutenir qu'à la tête d'une Armée , & il eft de fa
politique de donner à cette Armée de l'occupation , et
de l'entretenir , s'il peut , aux dépens de fes Voifins;
à la verité il eft encore occupé à achever de réduire
les Aghuans & les autres Nations qui confinent les
Indes , ce qui pourra l'empêcher de tourner fi - tôt
fes Armes contre les Turcs.
On a depuis peu choifi dans Ifpaham deux cent
Mollahs , ou Gens de la Loy , des plus jeunes , &
un nombre proportionné dans les autres grandes
Villes , pour les envoyer, fuivant les ordres du Roy,
du côté de Kandahar ; on croit qu'ils font deſtinés à
instruire les Aghuans. Au reste le Gouverneur d'Ispaham
débite ici , que fuivant les dernieres nouvel-
H les
788 MERCURE DE FRANCE
les qu'il a reçûës , Schah Nadir fait de grands progrès
dans les Indes , & qu'il s'eft rendu maître de
Kaboul , de Moultan & de Richmir.
Les Lesguis ont fait une incurfion dans le Nord
de la Perfe , & ont ravagé une grande étendue de
Pays. Le Roy a fait de grandes promeffes aux Géor
giens pour les engager à faire tête à ces Brigands. Il
a envoyé Kan-Dgian , un des principaux Seigneurs
de la Perfe , pour commander dans la Géorgie , &
on dit qu'Ibrahim - Kan , frere de Schah Nadir , &
Gouverneur de Tauris, ramaffe des Troupes & forme
des Magafins , &c . on ne fçait pas fi ces préparatifs
regardent les Turcs.
On parle diverſement de la route que doit prendre
l'Ambaffadeur du G. S. pour retourner à Constantinople
, quelques- uns difent qu'il doit pafler
par Bagdad , & d'autres par Erzerum ; ceux de fa
Suite qui font ici , ne font pas contens de cette derniere
route, non pas qu'elle ne foit plus courte & plus
commode dans lafai fon préfente , que la premiere,
mais à caufe qu'on affure que Schah Nadir a nommé
la Ville de Kars pour le Lieu du Congrès , &
que les deux Ambaffadeurs doivent s'y arrêter pour
conférer sur les Articles qui restent à regler entre la
Porte & la Perfe.
Taguy-Kan , Gouverneur de Chiras , qui a ruiné
toutes les Provinces Méridionales de la Perfe , par
fon expédition de Mafcate , vient d'échouer une
feconde fois dans cette entrepriſe . Cette Ville eft
fituée fur la Côte Méridionale du Golfe Perfique
vis- à vis d'Ormus , & de Bender Abaffy ; les Portugais
l'avoient fortifiée , les Arabes s'en étant depuis
rendus Maîtres , payoient au Roy de Perle un tribut
, dont ils fe font enfin affranchis , ce qui a donné
lieu aux deux Expéditions infructueuses , que le
Kan de Chiras a faites,pour réduire cette Place fous
l'obéiffance
>
1
AVRIL:
789 1739
f'obéillance du Roy de Perfe . Les dernieres Lettres
portoient que l'Armée Perfane avoit été entierement
ruinée & que Tagui- Kan étoit morr.
EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople
du 27. Janvier 1739 .
ler , le Kan des Tartares arriva en cette Ville
H & y fit son Entrée publique. Le Grand Visir , qui
alla à fa rencontre avec le Capitan Pacha & les autres
Miniftres, fut à fa gauche pendant toute la marche
, qui fe termina au Palais du G. Vifir , où ce
Miniftre defcendit le premier de cheval, & conduifit
le Khan jufques à la Salle du Divan , en le précédant
, ce qui parmi les Turcs eft une politesse &
un égard pour la perfonne que l'on reçoit chés soi ,
& que l'on veut honorer. Il lui donna la place
d'honneur au Divan , & après lui avoir fait fervir
du Caffé & du Sorbet & lui avoir fait donner du
Parfum , il le revétit d'une riche Péliffe de Samour
à grandes manches après quoi le Chaoux Bachi
conduifit le Khan dans le Palais deftiné pour son
logement , pendant le séjour qu'il fera dans cette
Capitale .
On avoit accufé le Chirurgien du Prince Ragotsky
de l'avoir empoisonné , de concert avec un Hongrois
, qui s'étoit enfermé avec lui à Charnavanda
à l'occafion de la pefte ; ils avoient été conduits
P'un & l'autre à Conftantinople & jettés dans un
cachot , mais ils ont prouvé leur innocence , & le
Grand Visir les a fait mettre en liberté.
Le Comte Saki , que les Hongrois , attachés au
feu Prince Ragotzky , ont reconnu pour leur Chef,
a été chargé par la Forte de l'execution des dernie
res volontés de ce Prince & de l'adminiſtration de
şa succession,
Hij Le
740 MERCURE DE FRANCE
Le Rebelle Sary- Bey Oglou , a offert de mettre
bas les Armes , pourvû que l'Amnistie qu'il demande
, soit garantie par les Corps des Milices , mais
cette propofition a été rejettée par la Porte, comme
injurieufe au Grand Seigneur.
POLOGNE.
Elon les avis reçûs de la Frontiere , le Sultan
du Budziack , à la tête de 30000. Tartares s'est
avancé dans la Plaine de Kotelnik , à fix lieuës de
Bender , & l'on soupçonne qu'il a deffein de tenter
une irruption sur les Terres de la Czarine .
Ces mêmes Lettres portent que le Séraskier de
Bender a dépêché un Courier à ce Sultan , pour lui
recommander de ne point s'aprocher du Territoire
de Pologne , parce que le Grand Seigneur perfifte
dans la résolution d'entretenir une parfaite intelli
gence avec la République.
Le 20. Mars , M. Finck de Finckenftein , ' Grand
Chancelier du Duché de Curlande , reçut des mains
du Roy de Pologne , Electeur de Saxe , au nom du
Duc son Maître , l'Inveftiture de ce Duché & de
celui de Semigalle . Le Caftelan de Czersk , que le
Roy avoit nommé pour conduire ce Miniftre à l'audience
, alla le prendre en fon Hôtel dans les caroffes
de S. M. & la marche fe fit en cet ordre .
Deux Torwaskis du Caftelan , à cheval ; huit de
fes Heyduques à pied ; fes Officiers & fes Pages à
cheval ; 24. Heyduques de M. Finckenftein . à pied ;
fon Ecuyer à la tête de fix Pages à cheval ; fes -Officiers
& fes Gentilsho mmes , auffi à cheval ; huit
Valets de pied du Roy, & quatre Pages des Ecuries;
le caroffe de S. M. dans lequel M. de Finckenſtein
étoit avec le Caftelan de Czersk , & le Maître des
Cérémonies; le neveu de M. de Finckenftein & trois
autres
AVR FL 17398 791
autres Seigneurs du Duché de Curlande , dans UR
autre Caroffe du Roy ; à une diſtance de quelques
pas , les caroffes de M. de Finckenftein , lefquels
étoient fuivis de ceux du Caftelan de Czersk. La
marche étoit fermée par une Compagnie de Cava
lerie , & les rues par lefquelles le Cortege paffa ,.
étoient bordées de Troupes. , qui étoient en haye &
sous les Armes.
M : de Finckenftein , étant arrivé au Palais , furt
reçû au haut de l'escalier par le Grand & le Petit Ma
réchal de la Couronne , lefquels le conduifirent dans
la Salle du Sénat , où il trouva le Roy fur fon Trône
, aux deux côtés duquel les Sénateurs étoient affis.
Après qu'il eut demandé à genoux PInveftiture
des Duchés de Curlande et de Semigalle pour le Duc
fon Maître , le Comte Zaluski , Grand Chancelier
de la Couronne , répondit au nom de S. M. M. de
Einckenftein ayant prêté enfuite le ferment de fi--
delité on lût la forme de l'Inveftiture. Lorfque cette
lecture fut finie , & que M. de Finckenstein eût fais
fon compliment de remerciement , il se leva ,
plaça dans un Fauteuil près du Trône , & fe couvrit
Quelques momens après , il quitta fon Siege , s'avança
vers le Roy , & reçût des mains de S. M. l'Etendart
de l'Inveftiture , sur lequel étoient brodées .
d'un côté les Armes de Pologne , & de l'autre celles
de Curlande . Il fortit , portant cet Etendart jusqu'au
bas de l'escalier du Palais , & il fut reconduit en
fon Hôtel dans les caroffes du Roy.
Ie
La Porte a chargé le Miniftre qu'elle envoye à
S.M. , de faire des repréſentations fur le bruit qui
s'est répandu que l'Empereur, faifoit de fortes instances
auprès de la Czarine , pour l'engager à lui
fournir le Corps de Troupes qu'elle lui a promis ,
& l'on dit que ce Miniftre a reçû ordre du Grand
Seigneur , de déclarer que si ce Corps de Troupes
Hiij paffe
792 MERCURE DE FRANCE
paffe par le Royaume de Pologne , Sa Hauteffe
ne pourrafe difpenfer d'y faire entrer auffi desTrou
pes , pour attaquer fes Ennemis .
On a apris de Pétersbourg , que la difette eft fi
grande dans toute la Crimée , qu'un fac de froment
y coûte dix écus , & que la plupart des Habitans ,
faute de fubfiftance , ont été obligés de fe retirer
en Turquie.
O
ALLEMAGNE ,
N aprend de Vienne , que le premier Mars ,
300. Bofniaques s'avancerent jufqu'à la principale
porte du Fort de Sabatsch , pendant qu'on y
célébroit le Service Divin , & qu'ils tirerent sur les
sentinelles , mais que la garnison ayant couru aux
armes, les ennemis s'étoient retirés.
Un autre Courier a raporté que le 7. un parti des
Troupes Ottomanes attaqua le pofte d'Avalas , fitué
sur une Montage à trois lieues de Belgrade , & qui
n'étoit gardé que par vingt hommes ; que l'Officier
Imperial , qui commandoit dans ce pofte , s'étoit
défendu avec beaucoup de valeur , mais qu'enfin il
avoit été obligé de l'abandonner , & que les Ou .
vriers qui travailloient dans la Montagne à une Mine
d'argent qu'on y a découverte , n'ayant pû se
sauver avec assés de promptitude , plusieurs d'entr'eux
avoient été tués , & quelques uns faits prifonniers.
Sur l'avis qu'on a reçû que les Turcs faisoient
de grands mouvemens dans la Servie , & qu'ils paroissoient
se disposer à exécuter quelque entreprise
importante , la Cour a envoyé ordre de rassembler
du côté de Belgrade le plus de Troupes que l'on
pourroit , pour couvrir cette Place , & pour empêcher
les ennemis d'en former le siege .
Le
AVRIL.
1739 793
Le Feldt Maréchal Comte de Wallis a été nommé
pour commander en Chef l'Armée Imperiale em
Hongrie . L'Empereur a fait en même temps une
Promotion d'Officiers Généraux , par laquelle S.
M. I. a déclaré Généraux de la Cavalerie , les Comtes
de Stirum & de Badiani , & le Prince de Lichtenstein
; Lieutenans Généraux de la Cavalerie , le
Comte Palfi , & les Barons de Saint Ignon & de
Bernes ; Lieutenans Généraux de l'Infanterie , le
Prince de Salm , les Comtes de Daun & de Brawn ,
& M. Molk.; Majors Généraux de Cavalerie , MM ..
Cohari & Dollone , les Princes de Hesse Rhinfels :
& de Birkenfeld , & MM. Holly & Daff ; & Majors
Généraux d'Infanterie , le frère du Prince de
Saxe Hildburghausen , le Comte de Berenclaw , &
MM. de Heillfreisch & de Bufch. On dit que le
Prince de Hohenzolern a été fait Feldt Maréchal ,
mais que sa nomination ne sera déclarée qu'après
le retour d'un Courier qu'on lui a dépêché .
Le Comte d'Eltz , Chanoine du Chapitre de
Mayence , & le Baron de Gudenus , reçûrent le 3 ..
de ce mois des mains de l'Empereur , au nom de
l'Electeur de Mayence , l'investiture de l'Electorat
de cè nom , & des Fiefs qui en dépendent.
L
ITALI E.
E bruit court , que le Cardinal Aquaviva a oba
tenu les deux Brefs que les Cours de Madrid
& de Naples demandoient , l'un en faveur de l'In -
fant Cardinal , pour l'établissement de trois nou
veaux Suffragans dans l'Archevêché de Tolede ;
l'autre , pour autoriser le Roy des deux Siciles à
lever une Taxe extraordinaire sur les revenus du
Clergé du Royaume de Sicile .
L'Archevêque de Benevent a donné avis au Gou-
Hiiij ver794
MERCURE DE FRANCE
vernement, qu'on avoit fenti au commencement du
mois de Mars à Benevent trois secousses de tremblement
de terre , lesquelles avoient déterminé plusieurs
Personnes à sortir de la Ville , pour se retirer
à la Campagne
.
Le Pape a envoyé le Prince de Sainte- Croix à
Florence , pour présenter la Rose d'or à la Grande
Duchesse de Toscane.
On a apris que le Chanoine Orticoni , connu par
les troubles de l'Isle de Corse , a passé par Rome
en allant à Naples.
?
On aprend par les Lettres de Livourne , que le
Grand Duc & la Grande Duchesse de Toscane
partirent le premier Mars de Florence pour s'y
rendre. Ils ont passé quatre jours à Pie , pour
aflifter aux diverses Fêtes qu'on leur a données ,
entre autres à celle du Combat du Pont , qui eft
une espece
de Joûte en usage parmi les Habitans de
Pise .
Le lendemain , s . du même mois , le Grand Duc
ayant vû faire l'exercice aux Troupes de la garnison
, on distribua par son ordre trois Cerfs & fix
Bariques de vin à chacune des Compagnies dont
elle est composée , & de l'argent à chaque Soldat.
11 se rendit à Livourne le 6. avec la Grande Duchesse
, & il y fut salué à son arrivée par une décharge
génerale de l'artillerie des remparts & de
celle des Vaisseaux qui étoient dans le Port . Le soir
toutes les maisons de la Ville furent illuminées , &
le Grand Duc se promena en carosse dans les printipales
rues. Le Grand Duc & la Grande Duchesse
allerent le lendemain visiter le Port , & étant montés
à bord d'une Galere , ils virent le combat d'un
Vaiffeau de guerre & de deux Pinques , qui par
leurs differentes manoeuvres représenterent tout ce
qui se passe , lorsque les Vaisseaux des Chrétiens
comAVRIL
791 1739:
combattent contre les Corsaires de Barbarie.
Les Consuls & les Négocians des diverses
Nations se sont diftingués par les Fêtes qu'ils
ont données , & chaque Consul à la tête des principales
Personnes de sa Nation , eft allé rendre ses
respects au Grand Duc , qui les a assuré qu'il se
feroit un plaifir de leur donner des marques de sa
protection , & de les faire jouir pour leur commerce
& pour leurs personnes de tous les avantages qui
pourroient leur être accordés.
Les Juifs ont donné. le Divertissement d'une
Cocagne.
LE
NAPLES
TETribunal del'Inquifition ayant fait subir des pé
nitences secrettes à un Religieux & à un Séculier
dans les prisons du Saint Office , sans avoir instruit e
leur procès avec les formalités prescrites par le
Roy , la Ville a présenté à S. M. une Requête pour
la suplier de maintenir les Privileges des Habitans,
& de ne pas permettre qu'ils soient exposés à être
maltraités sur un simple ordre des Inquisiteurs , &
le Roy a renvoyé la décision de cette affaire à la
Chambre Royale de Sainte Claire , laquelle s'est
déja assemblée plusieurs fois pour déliberer à ce
sujet.
i
Les de ce mois , le Roy traversa la Ville à che--
val , pour aller prendre le divertissement de la
chasse du vol sur les bords du Lac d'Agnano ; &
lorsqu'il passa dans la Place vis- à- vis le Palais ,
dans laquelle les Ambassadeurs de France & d'Espagne
s'étoient rendus , ainsi que les Ducs de
Charny & de Castro Pignano , & plusieurs autres .
Seigneurs , pour lui rendre leurs respects , la Reine
parut sur le principal Balcon de son apartement ,
dou Elle salua S. M. , qui lui témoigna la joye
Hy qu'Elle ~
196 MERCURE DE FRANCE
qu'Elle avoit de la voir jouir d'une meilleure santé.
Après la chasse le Roy repassa par cette Ville en
retournant à Portici , & il vit encore une fois la
Reine , qui reparut sur le Balcon , lorsque S. M.
traversa la Place du Palais.
Quelques jours après , le Roy en allant de Portici
à Notre- Dame del Arco , rencontra une chaîne
de trente-fix Galeriens , qui implorerent sa clémence
, & S. M. eut la bonté de les faire remettre
en liberté , après leur avoir fait une sévere réprimande
sur leur conduite passée , & les avoir exhortés
à mener une vie plus réguliere.
La Reine a fait des présens confiderables à toutes
les Dames qui sont restées auprès d'Elle pendant
sa maladie , & Elle a donné à la Princesse de Colu
brano tous les meubles de sa Chambre.
ISLE DE CORSE.
Na apris de la Baftie , que les Troupes du
Roy de France font les dispofitions néceffaires
pour attaquer plufieurs Postes situés dans la
Province de Balagna , entre-autres celui de Monte-
Maggiore , qui eft un des plus importans , & qu'on
avoit déja conduit au Convent d'Alziprato l'artillerie
deſtinée pour cette entreprise.
Les Détachemens des Rébelles , par lesquels ces
Poftes sont occupés , ont demandé du secours au
Marquis Luc Ornano , leur Capitaine Général , &
l'on conjecture qu'il s'est déterminé à leur en envoyer,
parce qu'un Corps assés confiderable des
Rébelles a paru sur les Montagnes voisines de la
Pieve de Pino . On assûre même que les nommés
Giacinto Paoli & Jean-Jacques Caftineta , deux des
Chefs des Rébelles , sont arrivés à Santa Reparata
avec soo. Montagnards.
AVRIL. 1739.
797
Il n'y a point lieu de douter , que s'ils se mettent
en devoir de s'oposer à la prise de Monte- Maggiore
, il n'y ait une action . On a enlevé aux Rébelles
du côté de l'Isola - Rossa 50. Boeufs & environ
100. Moutons , & on a fait un butin encore plus
confiderable dans les environs de San Pelegrino .
Un de leurs Partis , composé de 2co . hommes ,.
a eû la hardiesse de s'avancer jusqu'à la vûë de la
Bastie , & il a dépouillé plufieurs Paysans qui travailloient
à la terre. Le même Parti eft allé ensuite à
Biguglia , où il a brûlé deux maisons apartenant au
Pere d'un jeune Officier des Troupes de la République
, lequel a tué un de leurs Chefs , nommé
Taveglino.
On a apris de Genes de la fin du mois dernier ,.
que le Détachement des Troupes Françoises , qui
s'étoit mis en marche pour inveftir Monte- Maggiore
, en avoit commencé le Siége , mais qu'on n'a
aucune nouvelle certaine de l'état du Siége , parce
qu'il n'est point venu de Bâtiment de Calvi , à
cause des vents contraires , & que la communication
entre la Bastie & la Province de Balagna est :
interrompue. La plupart des bruits qui courent touchant
les affaires de l'Isle de Corse étant ordinairement
hazardés fouvent même fans aucun fondement.
Le Marquis Mari a mandé au Senat , en l'infor
mant de l'attaque de Monte-Maggiore , que la Frégate
la Flore & la Barque la Legere étoient parties de
San-Fiorenzo , l'une peur Calvi & l'autre pour
Ajaccio , & que la Barque la Sibille avoit mis à la
voile pour Saint Boniface.
Un Parti des Rebelles a mis le feu pendant la
nuit à une maison de la Piéve del Nebbio , mais
l'incendie a été bien - tôt éteint. Le Commandant
des Troupes Françoises a offert à cette Piéve des
secours pour la mettre à couvert de pareilles in-
H vj sultes,
798 MERCURE DE FRANCE
sultes , & dans la vûë de faire en même temps de ce
côté une diversion pour favoriser la prise de Monte-
Maggiore , mais les Habitans ont fait réponse qu'ils
étoient assés forts pour se défendre eux -mêmes .
Les nouvelles qu'on avoit reçues par Livourne
d'un prétendu avantage remporté par les Rébelles
de l'Isle de Corse , & celle de la levée du Siége de
Monte- Maggiore , étoient sans aucun fondement ,
ainsi que le bruit sur lequel on avoit cru que ce
Pofte étoit inveſti.
On a apris que le Marquis de Maillebois étoit
arrivé le 20. du mois dernier à Calvi , & que le 22
il avoit été visiter le Pofte d'Alziprato , où eft le
Train d'Artillerie.
Les dernières Lettres écrites de Calvi , marquent
que ce Géneral y étoit encore , & qu'il y avoit fait
venir de San- Fiorenzo la Compagnie de Grenadiers
du giment de Cambrefis , & une cinquantaine
d'autres Soldats d'élite .
Un Détachement que ce Commandant avoit envoyé
, pour reconnoître le Poste de Monte- Maggiore
, s'étant trop avancé , les Rébelles ont fait une
décharge qui a blessé un Officier & cinq Soldats,
Le Marquis de Maillebois voulant punir les Rébelles
des hostilités par eux commises , a fait couper
une partie des Oliviers qui étoient aux environs de
Monte-Maggiore.
Les avis de Malthe du commencement du mois
dernier , portent que le Grand Maître ayant reçû
une Lettre , par laquelle l'Empereur
lui demande
des Matelots , pour les employer sur les Bâtimens
destinés à agir sur le Danube contre les Turcs pendant
la Campagne
prochaine, & que la Religion vou-
Jant donner à S. M. 1. & à toute la Chrétienté de
nouvelles preuves de son zele & de son attachement
, on a examiné dans le Conseil quels secours
on
AVRIL: 1739. 799
on pouvoit envoyer en Hongrie , & qu'il a été résolu
de fournir à l'Empereur un Corps de 300.
Matelots tirés des Vaiffeaux de la Religion .
Ce Corps sera commandé en Chef par le Chevafier
de Leomont , qui aura sous ses ordres quatre
Lieutenans & quatre Enseignes. Les Lieutenans
sont les Chevaliers d'Ainac , des Roches , Javon
Baroncelli , François de Nation , & le Chevalier
Zerzanna , Espagnol : les Enseignes , le Chevalier
Rosermisi , Italien , & les Chevaliers Cultier , Charmaille
, & Desperieres , François . On a donné un
Uniforme à tout le Corps , lequel sera conduit au
Port de Triefte , où il recevra les ordres de S. M I.
sur sa deftination , & il sera accompagné de deux
Aumôniers , d'un Ecrivain & d'un Chirurgien.
Outre les Chevaliers nommés pour commander ce
Corps , il y aura sur le Vaiffeau à bord duquel il
s'embarquera quatre Chevaliers Caravanistes
qui sont les Chevaliers de Savaillan , de Baronneril,
& Taden , François , & le Chevalier Rouffe , Italien.
Le Chevalier du Vernois , François , fera les
fonctions de Provéditeur.
ESPAGNE.
On Sebastien de la Quadra , Sécretaire d'Etat,
D & delDespacho Universal , a pris le nom de
Marquis de Viliarias , & les Patentes du Titre de
Castille , qu'il a obtenu , lui ont été expediées sous
ce nom.
Le Gouvernement a fait un emprunt de fix mil
Hons , & on dit qu'il cherche des sommes plus
confiderables , dont on ignore la deftination .
Le Roy voulant que tous ses Sujets prennent partà
la joye que lui cause la conclufion du mariage de l'Infant
Don Philipe avec Madame de France, S.M . a 05-
donné
300 MERCURE DE FRANCE
donné qu'on sonnât les cloches à cette occafion
pendant trois jours dans les Eglises de toutes les
Villes du Royaume , & que pendant le même temps
il y eût des Illuminations & des Réjouissances publiques.
Le 6. du mois passé il arriva de Paris un Cou
sier , par lequel le Marquis de la Mina , Ambassadeur
Extraordinaire du Roy à la Cour de France ,
a mandé à S. M. C. que le Roy T. C. avoit accepté
pour lui & pour Monseigneur le Dauphin , l'Ordre
de la Toison d'or , qu'Elle lui avoit fait offrir.
GRANDE - BRETAGNE.
E 17. de ce mois , un Inconnu remit à l'Huif--
un
paquet cacheté & adressé aux Seigneurs , dans lequel
étoit une Liste des noms de tous les Officiers,
dont le Conseil Commun de Londres est com →
posé. A côté de chaque nom étoit un Passage de
Ï'Ecriture , contenant quelque aplication maligne ,
& l'on avoit joint à la Liste un Ecrit intitulé , Des
Moyens de parvenir aux Emplois , fans les mériter
, de les conferver , fans en remplir les devoirs.
Le 25. Mars après midi , la Princesse de Galles
ayant senti des douleurs , le Prince de Galles envoya
sur le champ un Message à la Chambre des
Pairs , qui étoit pour lors assemblée , pour donner
avis au Lord Chancelier & aux Evêques , que cette
Princesse étoit en travail , & peu après qu'ils se
furent rendus chés la Princesse de Galles , elle ace
coucha heureusement d'un Prince , de la naissance
duquel le Prince de Galles fit donner part au Roy
par le premier Gentilhomme de sa Chambre . Il y
eut le soir de grandes Réjouissances dans toute la
1
Ville
AVRIL. 17393 Sor
Ville de Londres , & on tira le canon de la Tour
par ordre de S. M.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E 13. Mars , D. Isabelle - Alexandrine de Croy ,
Baie d'Honneur de la Reine d'Espagne regnante
, & veuve sans enfans , depuis le 15. Octobre
1716. de Charles de Montmorency , Prince de
Robec , Marquis de Morbec , Grand d'Espagne
de la premiere Classe , Lieutenant Général
des Armées de S. M. Catholique , Colonel du Régiment
de ses Gardes Wallones , avec lequel elle
avoit été mariée à Madrid le 12. Janvier 1714.
mourut à Madrid , à l'âge de 67. ans. Elle étoir
fille de Philipe-Emmanuel- Ferdinand- François
Croy , Comte de Solre , & de Buren , Baron de
Molembais , & de Beaufort , Seigneur de Condé
& de Montigny , Chevalier des Ordres du Roy
Très-Chrétien , Lieutenant Géneral de ses Armées ,
Gouverneur des Villes de Peronne , Roye & Montdidier
, mort le 22. Décembre 1718. & d'Anne-
Marie- Françoise de Bournonville.
de
Le 18. Frederic Guillaume , Baron de Grumbkau,
Feldt- Maréchal des Troupes du Roy de Prusse
Conseiller d'Etat au Conseil Privé , & au Conseil
de Guerre de ce Prince , Vice- Préſident , & Miniftre
de son Conseil des Finances , & de ses Domaines
, Colonel d'un Régiment d'Infanterie , Grand
Veneur Héreditaire de l'Electorat , & de la Marche
de Brandebourg , Grand Prévôt du Chapitre de
Brandebourg , Chevalier des Ordres de S. André de
Ruffie , & de l'Aigle Blanc de Saxe , & Seigneur
des
802 MERCURE DE FRANCE
des Seigneuries de Molon , de Ruheftandt , -de
Lubers , & de Loist , mourut d'une attaque d'a
poplexie en Brandebourg , âgé d'environ 61 .
ans.
Le 19. Henri Guillaume , Comte dé l'Empire , &
de Welzech , Chevalier de l'Ordre de l'Aigle Blanc:
de Saxe , Conseiller du Conseil Privé , & Chambellan
de la Clef d'Or de l'Empereur , Géneral
Feldt -Maréchal de ses Armées , Commandant dans
la Province de Silesie , Gouverneur du grand Glogaw
, & Colonel d'un Régiment d'Infanterie Imperiale
, mourut à Breslau , dans la 74. année de
son âge.
Le même jour mourut à Madrid , à l'âge de 7.
ans , D. Louis de Cordouë Spinola de la Cerda
Arragon , Marquis de Priégo , Duc de Medina-
Cali , Grand d'Espagne de la premiere Classe ,
Majordome-Major de la Reine regnante.
Le 22. mourut auffi à Madrid , à l'âge de 77. ans,
D. François Alvarez de Tolede , & Beaumont , Due
d'Albe
***
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E5 . de ce mois , la Reine fit rendre à l'Eglise
de la Paroisse du Château de Versailles les
Paints Benits , qui furent présentés par l'Abbé de
Sainte-Hermine , son Aumonier en quartier.
Le 14. le Roy & la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château la Messe de Requiem , pen
dant laquelle le De profundis fut chanté par la Mu
siqueAVRIL.
´1739.
803
sique , pour l'Anniversaire de Monseigneur le
Dauphin , Ayeul de S. M.
Le 20. le Roy & la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château de Versailles la Messe de
Requiem , pendant laquelle le De profundis fut chanté
par la Musique , pour l'Anniversaire de Madame
la Dauphine , Ayeule de S. M.
Le 29. le Roy fit dans la Plaine des Sablons la
revûë du Régiment des Gafdes Françoises , & de
celui des Gardes Suisses , lesquels firent l'exercice
& défilerent en présence de S. M. Monseigneur le
Dauphin se trouva à cette revûë.
Le 8: & le 11. Avril , la Reine entendit en Con→
cert deux petits Divertissemens du Sr Mathieu
Ordinaire de la Mufique du Roy , dont S. M. parut
très-contente.
9
Le 13. on chanta le Prologue & le premier Acte ›
de Marthefte , de la compofition de M. Destouches,
Sur- Intendant dé la Mufique du Roy , dont les principaux
Rôles furent executés par la Dlle Huguenot
avec beaucoup de succès .
Le 15 , le 13. & le 20 , on concerta l'Opera de
Tarfis & Zelie , mis en Mufique par les Srs Rebel &
Francoeur ; la Reine parut très -satisfaite de plufieurs
beautés répandues dans cet Ouvrage , & surtout
dans le troifiéme Acte .
Le 22 , le 25 & le 27 , on executa par ordre de
la Reine, l'Opera d'Omphale , de M. Destouches ;
les Rôles d'Argine , d'Omphale & d'Alcide furent
remplis avec aplaudissement par les Diles Huguenot
, de Romainville, & par le Sr Benoît , & le reste
fut executé au mieux.
Le 3. Avril , le Concert spirituel recommença
au Château des Thuilleries , lequel fut contité:
le
804 MERCURE DE FRANCE
le Dimanche de Quasimodo , & le lendemain , Féte
de la Vierge. On a donné , pendant ces trois jours ,
differens Moters à grand Choeur du Sr de Mondonville
, dont la compofition & l'execution ont été
également aplaudies . Le même Auteur a auffr executé
sur le Violon , differens Concerto de sa compofition
, qui ont fait le même plaifir , & ont été
géneralement goûtés par de très nombreuses Affemblées
, que la réputation de ce jeune Maître a attiré,
toutes les fois qu'on a donné des Motets ,
Concerto de sa compofition.
ou des
BENEFICES DONNE'S.
• Pourroy de Quinconas de Lauberiviére,
Prêtre natif de Grenoble , Doyen de l'Eglise
Collégiale de S. Bernard de Romans , Licentie en
Théologie de la Faculté de Paris , âgé de 26. à 27.
ans , & Frere d'un Préfident du Parlement de Dauphiné
, a été nommé à l'Evêché de Quebec en
Canada.
L'Abbaye Royale de S. Yved , ou S. Yves en
Braine , Ordre de Prémontré , Diocèse de Soiffons ,
vacante du 11. Octobre dernier , par le décès de
Jacques-François Minot de Merille , a été donnée
à Pierre Herman Dosquet , Liégeois , ancien Evêque
de Quebec , qui vient de donner sa démiſſion .
Il étoit ci -devant Evêque de Samos , in partibus
Infidelium , & avoit été sacré sous ce titre , à Rome
le 25. Décembre 1727. Il avoit été nommé Coadjuteur
de Quebec au mois de Fevrier 1729. & il
en étoit devenu titulaire en 1733. par la démiffion .
du P. Louis - François de Mornay , Capucin.
L'Abbaye de Cercamp , Ordre de Citeaux , Diocèse
AVRIL. 1739. 805
cèse d'Amiens , vacante depuis le 12 Novembre :
dernier par la mort de Theodore Potocki , Archevêque
de Gnesne , & Primat de Pologne & de Lithuanie
, à Claude-François de Montboiffier- Beaufort
de Canilliac , Prêtre , Docteur en Théologie de
la Faculté de Paris , de la Maison Royale de Navarre
, du 20 Octobre 1733. Chanoine & Comte
de Lyon , Auditeur de Rote à Rome pour la France
, depuis le mois de Juillet 1733. & Abbé Commandataire
des Abbayes de N. D. de Barbeaux ,
Ordre de Citeaux , Diocèse de Sens , du 8 Janvier
172 t. & de Montmajour - lès - Arles , Ordre de Saint
Benoît , du mois de Fevrier 1735.
Celle de Valloire , Ordre de Citeaux , Diocèsed'Amiens
, vacante du 25 Janvier 1738. par la mort
de Jean-Marie Henriau , Evêque de Boulogne , à
Augustin- César d'Hervilli de Devise , Evêque de
Boulogne depuis le 4 Mars 1738.
Celle de S. Euverte d'Orleans , Ordre de S. Augustin
, vacante du 13 Decembre dernier par le dé--.
cès de Nicolas de Graves , à Timoleon - Charles
Gouffier , des Seigneurs de Thois , Prêtre du Diocèse
de Paris , & Chanoine de l'Eglise Métropolitaine de
Paris , du 9 Mars 1728.
Celle de N. D. d'Ardennes , près de Caën , Ordre
de Prémontré Réformé , Diocèse de Bayeux , vacante
du 16 Fevrier dernier , par le décès de Gaspard
de Fogaffe de la Bastie , à
S. Vallier.
de
Celle de Lieu - Reſtauré , Ordre de Prémontré ,.
Diocèse de Soiffons , vacante du 8 Octobre dernier
, par la mort de Louis le Bel , Evêque de Bethléem
, à
de Moy , des Seigneurs de
Richebourg , en Normandie.
•
Celle de Pérignac , Ordre de Citeaux , Diocèse
Angers , vacante du 13 Décembre dernier , par:
la.
8a6 MERCURE DE FRANCE
la mort du même Nicolas de Graves , à
de Mesplez.
"
Et celle de N. D. de Pontaut , Ordre de Citeaux,
Diocèse d'Aire vacante du 21 Mars dernier , par
la mort de Joseph de Revol , ancien Evêque d'Oleà
Jean -François de Montillet du Chastelard ,
son neveu ,. & successeur en l'Evêché d'Oleron
depuis le mois d'Avril 1735 ►
>
.
2
Le R. P. Dom Louis -Bernard La Taste né à
Bordeaux , Religieux Bénedictin de la Congrégation
de S. Maur , & Affiftant du R. Pere Géneral ,
fut nommé le 25 Novembre 1738. à l'Evêché de
Bethleem en France , & le 8 Decembre suivant à
l'Abbaye de Moirmont , Ordre de S. Benoît , de la
Congregation de S. Vanne, Diocèse de Châlons sur
Marne. Il fut sacré les de ce mois d'Avril , conjointement
avec M. l'Evêque de S. Papoul , par M..
l'Archevêque de Paris , dans la Chapelle de l'Archevêché
, affifté des Evêques de Viviers & de Tarbes
. Le 20 du même mois il prêta au Roy pendant
la Messe le Serment de fidelité , avec M. l'Evêque
de Saint Papoul. Nous ne dirons rien des grandes
qualités , du zele pour les interêts de l'Eglise , & de
Pérudition de M. l'Evêque de Bethléem cela est
assés connu de tous ceux qui aiment la Religion
& les Lettres .
On passera auffi sous filence ce qui concerne
P'Erection , la fituation , &c . de l'Evêché de Bethléem
en France , les Sçavans ne l'ignorent pas : &
ceux qui seront bien aises de l'aprendre , liront ,
s'il leur plaît , la Lettre de M. l'Abbé Le Beuf , imprimée
dans le Mercure du mois de Janvier 1725.
page 101. datée d'Auxerre le 28 Novembre 1724.
laquelle contien un détail curieux.
Entre autres fingularités , on y remarque.
celle
dont.
AVRIL. 1739. 807
?
lont il est parlé dans le Rational des Offices Divins
le Durand , Evêque de Mende. Ce Prélat dit » que
, quelque jour que l'Evêque de Bethléem célébrât
» la Messe , & quelque Messe que ce fût , même
≫ celle des Morts , il y récitoit le Gloria in excelfis ,
» à cause que c'étoit dans son Territoire qu'il avoit
» d'abord été chanté par les Anges , &c . Mais . ,
dit M. Le Beuf , les Evêques d'Auxerre s'y sont
oposés dans leurs Statuts Synodaux , après avoir
prouvé que le Lieu de l'Etabliffement de l'Evêché
de Bethléem eft du Diocèse d'Auxerre .
Ce seroit ici le lieu de dire quelque chose de
Bethleem de Palestine , Ville célebre dans l'Ecriture
, où elle eft apellée quelquefois Ephrata , du
nom de la Femme de Caleb , dans l'Hiftoire , &
qui est encore aujourd'hui , quoique fort détruite ,
le Siége d'un Prélat de la dépendance du Patriarche
de Jerusalem , dont cette Ville n'eft éloignée que
d'environ deux lieuës. Elle a donné naiſſance à
plufieurs Personnages diftingués , dont le plus illustre
est le Roy David : mais sa véritable gloire est
d'avoir vû naître le Sauveur du Monde . Nous renvoyons
tout le reste aux Historiens & aux meilleures
Relations des Voyageurs, pour ce qui regarde
l'état présent de Bethléem. Ils n'ont pas oublié la
Superbe Eglise , que Sainte Helene , Mere du Grand
Constantin , y fit bâtir sur le Lieu de la Sainte Nativité
, ainfi que ce qu'on apelle l'Ecole de Saint
Jerôme , son Oratoire & son Tombeau. Ils parlent
auffi du magnifique Convent & de l'Eglise des Religieux
de S. François , lesquels , outre la garde
des SS. Lieux qui leur est confiée , sous la protection
du Roy , édifient encore , instruisent & affiftent
les Chrétiens du Pays , ensorte qu'actuellement il
ya à Bethleem & aux environs , des Familles Grecques
entieres , qui , par leurs soins ont abjuré le →→
Schisme
804 MERCURE
DE FRANCE
le Dimanche de Quafimodo , & le lendemain , Fêtede
la Vierge. On a donné , pendant ces trois jours , differens Moters à grand Choeur du Sr de Mondonville
, dont la compofition
& l'execution ont été également aplaudies . Le même Auteur a auffr executé
sur le Violon , differens Concerto de sa compofition
, qui ont fait le même plaifir , & ont été géneralement
goûtés par de très nombreuses Affemblées
, que la réputation de ce jeune Maître a attiré, toutes les fois qu'on a donné des Motets , ou des.
Concerto de sa compofition.
BENEFICES
DONNE'S
.
. Pourroy de Quinconas de Lauberiviére
; Prêtre natif de Grenoble , Doyen de l'Eglise Collégiale de S. Bernard de Romans , Licentié en Théologie de la Faculté de Paris , âgé de 26. à 27. ans , & Frere d'un Préfident du Parlement de Dauphiné
, a été nommé à l'Evêché de Quebec en
Canada.
que
L'Abbaye Royale de S. Yved , ou S. Yves en Braine , Ordre de Prémontré , Diocèse de Soiffons, vacante du . 11. Octobre dernier , par le décès de Jacques -François Minot de Merille , a été donnée
à Pierre Herman Dosquet , Liégeois , ancien Evê- de Quebec , qui vient de donner sa démiſſion.
in partibus
Il étoit ci -devant Evêque de Samos
Infidelium , & avoit été sacré sous ce titre , à Rome le 25. Décembre 1727. Il avoit été nommé Coad-
1729. & il
juteur de Quebec au mois de Fevrier
en étoit devenu titulaire en 1733. par la démiffion
du P. Louis - François de Mornay , Capucin. L'Abbaye de Cercamp , Ordre de Citeaux , Diocèsc
AVRIL. 1739. 809
cèse d'Amiens , vacante depuis le 12 Novembre:
dernier par la mort de Theodore Potocki , Archevêque
de Gnesne , & Primat de Pologne & de Lithuanie
, à Claude-François de Montboiffier- Beaufort
de Canilliac , Prêtre , Docteur en Théologie de
la Faculté de Paris , de la Maison Royale de Navarre
, du 20 Octobre 1733. Chanoine & Comte
de Lyon , Auditeur de Rote à Rome pour la France
, depuis le mois de Juillet 1733. & Abbé Commandataire
des Abbayes de N. D. de Barbeaux ,
Ordre de Citeaux , Diocèse de Sens , du 8 Janvier
172 t. & de Montmajour - lès - Arles , Ordre de Saint
Benoît , du mois de Fevrier 1735.
Celle de Valloire , Ordre de Citeaux , Diocèsed'Amiens
, vacante du 25 Janvier 1738. par la mort.
de Jean-Marie Henriau , Evêque de Boulogne ,
Augustin- César d'Hervilli de Devise , Evêque de
Boulogne depuis le 4 Mars 1738.
Celle de S. Euverte d'Orleans , Ordre de S. Augustin
, vacante du 13 Decembre dernier par le décès
de Nicolas de Graves , à Timoleon - Charles
Gouffier , des Seigneurs de Thois , Prêtre du Diocèse
de Paris , & Chanoine de l'Eglise Métropolitaine de
Paris , du 9 Mars 1728.
Celle de N. D. d'Ardennes , près de Caën , Ordre:
de Prémontré Réformé , Diocèse de Bayeux , vacante
du 16 Fevrier dernier , par le décès de Gaspard
de Fogaffe de la Bastie , a
de
S. Vallier.
Celle de Lieu - Reftauré , Ordre de Prémontré ,
Diocèse de Soiffons vacante du 8 Octobre derla
mort de Louis le Bel , Evêque de Bethde
Moy , des Seigneurs de
nier , par
• léem , à
Richebourg , en Normandie.
Celle de Pérignac , Ordre de Citeaux , Diocèse
Angers , vacante du 13 Décembre dernier , par:
la.
8a6 MERCURE DE FRANCE
la mort du même Nicolas de Graves , à
de Mesplez
"
Et celle de N. D. de Pontaut , Ordre de Citeaux,
Diocèse d'Aire vacante du 21 Mars dernier , par
la mort de Joseph de Revol , ancien Evêque d'Oleron
, à Jean- François de Montillet du Chastelard ,
son neveu ,. & successeur en l'Evêché d'Oleron
depuis le mois d'Avril 1735 .
né à Le R. P. Dom Louis-Bernard La Taste
Bordeaux , Religieux Benedictin de la Congrégation
de S. Maur , & Affiftant du R. Pere Géneral ,
fut nommé le 25 Novembre 1738. à l'Evêché de
Bethleem en France , & le 8 Decembre suivant à
l'Abbaye de Moirmont , Ordre de S. Benoît , de la
Congregation de S.Vanne, Diocèse de Châlons sur
Marne. Il fut sacré le de ce mois d'Avril , conjointement
avec M. l'Evêque de S. Papoul , par M..
l'Archevêque de Paris , dans la Chapelle de l'Archevêché
, affifté des Evêques de Viviers & de Tarbes
. Le zo du même mois il prêta au Roy pendant
la Messe le Serment de fidelité , avec M. l'Evêque
de Saint Papoul. Nous ne dirons rien des grandes
qualités , du zele pour les interêts de l'Eglise , & de
Pérudition de M. l'Evêque de Bethleem : cela est
assés connu de tous ceux qui aiment la Religion
& les Lettres.
On passera auffi sous filence ce qui concerne
l'Erection , la fituation , & c . de l'Evêché de Bethléem
en France , les Sçavans ne l'ignorent pas : &
ceux qui seront bien aises de l'aprendre , liront ,
s'il leur plaît , la Lettre de M. l'Abbé Le Beuf , imprimée
dans le Mercure du mois de Janvier 1725 .
page 101. datée d'Auxerre le 28 Novembre 1724.
laquelle contien un détail curieux .
Entre autres fingularités , on y remarque cefle
dont
AVRIL. 1739. 807
"
1
dont il est parlé dans le Rational des Offices Divins
de Durand , Evêque de Mende. Ce Prélat dit » que
quelque jour que l'Evêque de Bethléem célébrát
» la Messe , & quelque Messe que ce fût , même
celle des Morts , il y récitoit le Gloria in excelfis ,
» à cause que c'étoit dans son Territoire qu'il avoit
» d'abord été chanté par les Anges , & c . Mais . ,
dit M. Le Beuf , les Evêques d'Auxerre s'y sont
oposés dans leurs Statuts Synodaux , après avoir
prouvé que le Lieu de l'Etabliffement de l'Evêché
de Bethléem eft du Diocèse d'Auxerre.
Ce seroit ici le lieu de dire quelque chose de
Bethleem de Palestine , Ville célebre dans l'Ecriture
, où elle eft apellée quelquefois Ephrata , du
nom de la Femme de Caleb , dans l'Hiſtoire , &
qui est encore aujourd'hui , quoique fort détruite ,
le Siége d'un Prélat de la dépendance du Patriarche
de Jerusalem , dont cette Ville n'eft éloignée que
d'environ deux lieuës. Elle a donné naiffance à
plufieurs Personnages diftingués , dont le plus illustre
est le Roy David : mais sa véritable gloire est
d'avoir vû naître le Sauveur du Monde. Nous renvoyons
tout le reste aux Historiens & aux meilleures
Relations des Voyageurs,pour ce qui regarde
l'étar présent de Bethléem. Ils n'ont pas oublié la
Superbe Eglise , que Sainte Helene , Mere du Grand
Constantin , y fit bâtir sur le Lieu de la Sainte Nativité
, ainfi que ce qu'on apelle l'Ecole de Saint
Jerôme , son Oratoire & son Tombeau. Ils parlent
auffi du magnifique Convent & de l'Eglise des Religieux
de S. François , lesquels , outre la garde
des SS. Lieux qui leur est confiée , sous la protection
du Roy , édifient encore , instruisent & affiftent
les Chrétiens du Pays , ensorte qu'actuellement il
Y
a à Bethleem & aux environs , des Familles Grecques
entieres , qui , par leurs soins , ont abjuré le
Schisme
808 MERCURE DE FRANCE
Schisme , les Erreurs des Grecs , & font partie de
J'Eglise Catholique de l'Orient.
Selon quelques Auteurs , l'Evêché de Bethleem
n'a été érigé que du temps des Croisades vers l'année
1110. L'Auteur de l'Ouvrage imprimé à Rome
en l'année 1695. dédié au Pape Innocent XII . fous
le titre de SIRIA SACRA , Defcrittione Iftorico -Geographica
Cronologico Topografica delle Due Chiefe Patriarcali
Antiochia , e Grufalemme , Primatie Metropoli
, e Suffraganée , & c. Cet Auteur ; dis je , qui
déclare avoir fait le voyage du Pays dont il parle ,
qualifie Bethléem de Ville Archiepifcopale , Bettelem
citta Arcivescovale di Palestina , L. II. Ch.
XCIX. p. 299. & à la fin du même Chapitre en décrivant
les ornemens de Mofaïque & c. qui enrichis
sent la grande Eglise , dont nous venons de parler ,
il ajoute que tout l'ouvrage a été fait fous l'Empi
re d'Emanuel Comnene » fous le regne d'Amauri
, Roi de Jerufalem , & durant le Pontificat
de Rodulfe , Archevêque de Bethléem , comme l'a
❞ ainfi écrit le Moine Ephrem , Auteur de l'Ouvra-
» ge de Mofaïque en queſtion.
35
>
Il y a lieu de croire que l'Auteur Italien s'est
trompé en qualifiant d'Archevêque le Prélat de Bethléem
. Le Pere Nau , Jefuite , dont le Voyage de
la Terre -Sainte est le meilleur & le plus curieux
ouvrage que nous connoissions en ce genre , nous
confirme dans cette penfée . Voici comment il parle
fur le même fujet.
"
25 Je crois que les ornemens qui y font , ont été
» faits pour la plupart par l'ordre de nos Princes François ; au moins il eft hors de doute que ceux » du Choeur , dont presque
toutes les écritures sont
» latines , ont été faits de leur temps. J'ai lu moi-
» même au bas le nom de l'ouvrier , & l'année de
l'ouvrage , au premier voyage que j'y fis. » Voi-
A
ci
AVRIL.
1739: 809.
ci ce qui y étoit écrit. Abfolutum eft hoc opus per Ephrem
pictorem , & Mufivi operis Artificem , fub Imperio
Emmanuelis Magni Imperatoris Porphyrogenita
Comneni , & in diebus Magni Regis Hierofolymorum
Domini Ammorii , & Sanctiffimi Epifcopi S. Bethlehem
Domini Raulitieti. Anno 677. Indict. 2.
On peut d'abord
remarquer
que le nom du Prélat
de Betbléem
eft different
dans l'inscription
originale
, lûë par le P. N. de celui qui fe lit dans le
Livre imprimé
à Rome
; il en eft de même
de la
qualification
differente
du Prélat
, qui est seulement
Evêque
dans l'Infcription
, & Archevêque
dans
l'Ouvrage
Italien
.
Plufieurs réflexions , qu'on fe difpenfe d'expofer
ici , engagent de donner la préference au P. N.
pour la vérité & l'exactitude historique : ce fçavant
Voyageur avertit fur la fin de sa Remarque que
par l'année 677. date de l'Inscription latine , ilfaut
entendre l'année 677. de l'Egire de Mahomet. Il
n'a pas pris la peine de nous dire que cette année
eft la 1278. de J. C. ce que nous aprend le calcul
des fçavans Benedictins dans les Tables Chronologiques
qu'ils ont ajoutées à la nouvelle Edition du
Gloffaire de Ducange.
Ajoutons en faveur du témoignage du P. Nau &
de la vérité que dans le Livre de Chrifante , Patriarche
Moderne de Jerufalem , écrit en Grec vulgaire
, & imprimé en 1715. lequel contient un détail
curieux de toutes les Eglises , & de tous les
Sieges de l'Orient , il n'eft fait aucune mention d'un
Archevêque de Bethléem ; ce Livre nous a été envoyé
de Conftantinople , & nous en avons parlé en
fon temps .
Même silence sur le même sujet dans les Notices
qui nous sont venues du Levant , & que nous avons
remises au R. P. le Quien , avec beaucoup d'autres
Memoires
STO MERCURE DE FRANCE
Memoires de ce genre , pour servir à son grand
Ouvrage , ORIENS CHRISTIANUS , qu'on continuë
d'imprimer à l'Imprimerie Royale.
LETTRE écrite de la Fere le
Fête donnée , &c.
M
25. Avril
.
Rs les Officiers d'Artillerie de l'Ecole de la
Fere , donnerent le 7 de ce mois , à l'occafon
du Mariage de M. le Chevalier Dabouville .
leur Commandant en chef , avec Mad. de Rohault,
ci-devant veuve de M. de Rohault , Lieutenant de
Roy , Commandant à la Fere , une Fête des plus
brillantes. Ce Mariage avoit été célebré en cette
Ville le 10 du mois dernier , & annoncé au Public
sur les dix heures du soir par une salve de 20 Piéces
.de.canon.
Peu de jours après , les Officiers de Ville allerent
en Corps à l'Arsenal , complimenter les nouveaux
Epoux , & leur présenterent le Vin de présent
, en leur témoignant la joye que causoit cette
nouvelle alliance à toute la Ville.
La Fête commença sur les cinq heures du soir
par un Bal . On entendit d'abord une décharge de
douze piéces de canon , lorsque Mad . la Commandante
, qui en devoit faire l'ouverture , se mit en
marche pour se rendre dans la grande Salle du Châreau
, où ce Bal fut donné. Cette Salle , des plus
vastes qu'il soit poffible de voir , étoit artistement
tapissée de verdure , & éclairée de Luftres magnifiques
, ce qui faisoit un très beau coup d'oeil. Les
Illuminations répandues par tout avec une profufion
industrieuse , n'y laiffoient rien à defirer , non
plus que dans les autres apartemens , ni dans la
Cour
AVRIL. 1739- SIT
Cour du Château . Au fond de la Salle , au- dessus
de l'Orchestre , étoit placée une grande Décoration
, peinte avec toute l'intelligence poffible . On
y voyoit les Ecussons des Armes des nouveaux
Epoux , soûtenus par un groupe de trois Figures
allégoriques , avec leurs attributs , c'est- à- dire
Mars , l'Amour , & l'Hymen , avec cette devise
au bas :
Tria plaudunt Numina junctis.
On voyoit auffi divers ornemens de Trophées
' Armes & de Mufique , qui faisoient un très bel
effet. Le nombre des Inftrumens , l'excellente execution
, & la parure galante & variée des Personnes
qui composoient l'Assemblée , rendoient le
Spectacle très-brillant. Mrs les Officiers d'Artillerie
, tous en Habits uniformes , & portant les couleurs
de Mad. la Commandante , qu'ils avoient reçûs
de sa main , paroissoient uniquement occupés
à prévenir tout le monde , & à leur procurer toutes
sortes de rafraîchissemens & de plaifirs.
Le Bal dura d'abord jusqu'à neuf heures . Alors
une seconde décharge d'artillerie annonça l'exécution
d'un grand Feu d'artifice , disposé vis -à- vis
les croisées du Château . Mad . la Commandante ,
en Y arrivant , mit le feu au Courantin , qui ,
l'instant , alluma le Feu d'artifice. Il seroit trop
long de raporter ici le nombre & la beauté des
pieces qui le composoient , il suffit de dire que
l'Artificier y avoit employé tout ce que l'imagination
peut fournir en pareil cas , de plus riant &
de plus curieux ; ce Feu dura sans interruption
une heure entiere , accompagné d'un bruit de
boëtes & d'un jeu de Fusées volantes de toute
espece , au grand contentement de tous les Spectateurs.
1812 MERCURE DE FRANCE
On ne doit pas oublier la belle Décoration
allégorique du Feu d'artifice , qui représentoit un
vafte Portique , composé de deux grands Pilastres.
qui soûtenoient le Fronton , dans le tympan duquel
étoit peint au naturel , un Guerrier affis sur des
faisceaux de Lauriers ; l'Amour & l'Hymen paroissoient
s'offrir à lui.
Au haut de la Décoration on voyoit Minerve ,
que le Heros sembloit consulter sur la propofition
de l'Amour & de l'Himen ; Minerve exprimoit son
consentement avec dignité , par un gefte & un soûris
gracieux ; on voyoit auffi sur l'un & l'autre Pi
Jastre les Armes de M. le Commandant , & de Mad .
la Commandante .
Après le Feu d'artifice , le Bal recommença. , &
dura encore près de deux heures , après quoi Mrs
les Officiers firent avertir que le Souper , qu'on
qualifia d'ambigu par modestie , étoit servi ; dans le
moment les Dames , accompagnées chacune de
leur Cavalier , traverserent la Salle du Jeu , attenant
celle du Bal , & se rendirent dans une autre grande
Salle , où elles se placerent à une Table , disposée
en fer à cheval , de plus de quatre - vingt couverts.
On peut juger du spectacle que faisoit une pareille
Assemblée. Derriere les Dames , & dans l'enceinte
du fer à cheval , les Officiers & quelques autres
Cavaliers étoient debout , pour les servir quant
la bonne chere , on peut assûrer qu'elle étoit complette
, & que l'on avoit rassemblé , pour ce repas,
tout ce que l'on pût s'imaginer de plus délicat & de
plus rare ; le Vin de Champagne exquis & abondamment
versé , ne contribuoit pas peu à faire
briller la joye de tous les convives. Comme il n'étoit
pas poffible que la même Salle pût contenir la
meilleure partie de la Ville & des environs , qui
étoient invités à cette Fête , sans compter les Etrangers;
à
AVRIL 1739 813
gers , il y avoit dans les Salles voisines plufieurs
autres Tables , servies auffi abondamment que la
premiere . Mrs les Officiers y pourvoyoient avec
toute l'attention imaginable , ensorte que l'on n'aveit
pas même le temps de souhaiter ; une derniere
salve de douze piéces de canon se fit entendre, ' orsque
Mad. la Commandante demanda à boire pour
la premiere fois . Le repas dura près de trois heu
res ; & quoiqu'il y eût à cette Fête près de quatre
cent Personnes , tout se paffa au mieux & sans la
moindre confufion. On sortit de Table très gayement
, la Symphonie se fit entendre de nouveau ,
le Pal recommença , & ne finit qu'à dix heures du
matin.
VERS pour servir
d'Epithalame
au nouveaux Epoux .
ENfn voici le jour , où le Dieù d'Hymcnée ;
D'un Favori de Mars fixant la deſtinée ,
Par la main de ROHAULT , gage de son bonheur ,
-Couronne ses defirs ainfi que sa valeur.
De Graces , de Vertus quel plus digne assemblage
Pouvoit des Immortels mériter le suffrage ?
Que dis-je ! Un tel Lien ne peut être qu'heureux j
Le mérite lui -même en a formé les neuds .
O vous , jeunes Héros , Miniftres du Tonnerre,
Dout LOUIS en courroux épouvante la Terre ,
Les Jeux vont succeder à vos Travaux guerriers .
Joignez sur votre front les Myrthes aux Lauriers ;
D'un Hymen & charmant consacrez la mémoire ;
• I ij Goûtez
314 MERCURE DE FRANCE
Goûtez en la douceur , partagez-en la gloires
Que les feux éclatans, dans les airs allumés,
Expriment de vos coeurs les transports enflâmés ;
A l'Autel de l'Amour , parés de vos Guirlandes ,
Portez de mille voeux les finceres offrandes ;
Mars préfide a la Fête , & dans ces Lieux chéris
Conduira sur vos pas les Plaifirs & les Ris.
HARANG UE faite à M. le Duc de
Richelieu , Commandant en Languedoc ,
par M. l'Abbé de Balfa , Archidiacre de
l'Eglife Cathedrale d'Agde , Vicaire Général
de M. l'Evêque , dans le Palais Epifcopal
, à la tête de MM, les Députés du Cha
pitre , le 17. Mars 1739.
MONSEI ONSEIGNEUR ,
Aux afſurances de respect & de foumiffion que demandent
de nous le rang que vous tenez dans le Royaume,
la place que vous tenez dans cette Province , les
titres accumulés d'honneur dont vous êtes décoré , nous
venons joindre un hommage , qui vous eft plus propre,
plus intereſſant pour nous , & pofe dire plus flateur
pour vous un hommage d'eftime de veneration ,
d'admiration , tribut qui ne s'exige point , qu'on ne
rend , & qui n'eft dû qu'à ces qualités éminentes , fublimes
, heroïques , qui donnent à ceux qui les poſſedent
une plus grande fuperiorité fur les hommes , que celle
qu'ils empruntent des dignités éclatantes dont ilsfont
KEVÉLUS,
"
On
AVRIL
1739
Où pourrions nous trouver , Monfeigneur , ces qualités
plus heureufement réunies que dans votre illuftre
Perfonne , puifque vous offrez à nos yeux à la fleur de
votre âge un Heros dans les Armées , un Homme de
Lettres , un Sçavant dans les Académies , un Politique
profond dans les Cours des Princes : talens auffi
raves qu'ils font admirables , qu'ils font utiles à la
Patrie, dont un feul , porté au poino de perfection où
vous les poffedex , a suffi pour former les plus grands
hommes.
Ces merveilles ont quelque chofes de moins furpre
nant dans le digne heritier du grand RICHELIEU
dont le nom a jamais celebre , fe trouve lié dans notre
efprit avec l'attribut des vertus les plus heroïques ; ex
les admirant en vous nous ne faifons que fuivre urs
penchant formépar une longue & dance habitude.
"
Après vous avoir vis faire les délices , Pornement:
de la Cour la plus brillante de l'Europe ; cette Province
toutefloriffante qu'elle eft , ne se croyoit pas digne
de vous poffeder : en vous acquerant elle a plus obtenu
qu'elle n'ofoit prétendre ; aujourd'hui tous ses voeux ſe
terminent à jouir long - temps de l'avantage qu'elle a
d'être fous vos ordres , dans l'affûrance où elle est que
eettegénérosité , cette humeur bienfaifante , qui vous
eft naturelle , compagne fidelle des ames bien nées vous
portera à mettre en oeuvre en fafaveur , & pour fon
bonheur , les grands talens que vous avez reçías du Ciel
pour le gouvernement , & le haut crédit que votre
naiffance , vosgrandes Alliances , votre mérite perfonnel
, vos fervices voys ont acquis à fi juſte titre auprès
de notre Monarque.
Diig
MORTS
$ 16 MERCURE DE FRANCE
M
MORTS.
Arie Dayrain , veuve du fieur la Feüillade
mourut vers la fin du mois dernier à Brive >
en Limofin , dans la 103e . année de son âge.
Le nommé Saint Martin , ancien Soldat , mourut
le 19. de ce mois au Bourg de Boucouville , Paroiffe
de la Bove , Diocèle de Laon , âgé de 109 .
ans .
>
Le ... Mars , mourut dans son Diocèse Pierre-
Joseph de Caftelane , Evêque & Seigneur de Frejus ,
en Provence. Il avoit été nommé à cet Evêché , vacant
par la démission d'André - Hercules de Fleury
aujourd'hui Cardinal & Ministre d'Etat , le 12. Janvier
1715. & il avoit été Sacré le 30. Juin , fuivant
dans l'Eglise du Noviciat des Jefuites à Paris , par
l'Archevêque d'Aix , à prefent Archevêque de Paris
, affifté des Evêques de Toulon & de Noyon. It
étoit auparavant Chanoine de l'Eglife Metropolitaine
de S. Sauveur d'Aix , & Vicaire Général de
P'Archevêque d'Aix. Il avoit été Député de la Province
d'Aix à l'Affemblée génerale du Clergé de
France , tenue à Paris en 1710 .
Le ... Mars Richard Piers , Hibernois , Evêque
de Waterford , & de Lifmor en Irlande , Tréforier
de l'Eglife Metropolitaine de Sens , Vicaire General
, & Suffragant pour les fonctions Epifcopales de
l'Archevêque de Sens , Docteur en Théologie de la
Faculté de Paris , du 20. Juillet 1688. mourut à
Sens dans la 94e. année de fon âge .
Le 21. Jofeph de Revol, Dauphinois , ancien Evêque
d'Oleron , Abbé Commandataire de l'Abbaye
de
A VRIE 1739 817
de N. D. de Pontaut , Diocèfe d'Aire , qu'il avoir.
obtenuë le 29. Mars 1727. mourut à Oleron dans
la 77e. année de fon âge. Il avoit été d'abord Vi
caire General de l'Evêque du Bellai , & enfuite de :
l'Evêque de Poitiers . Il fut nommé à l'Evêché d'O--
leron le 11. Avril 1705. & Sacré le 8. Novembre :
de la même année à Poitiers , par l'Evêque de Poitiers
, affifté des Evêques de Saintes & de la Ro
chelle . Il fut un des Deputés du premier Ordre de .
la Province d'Auch à l'Affemblée generale du Cler
gé de France , tenue à Paris en 1725. Après avoir
gouverné fon Evêché pendant 30. ans , il s'en démit
au mois d'Avril 1735 ayant eu pour fucceffeur :
Jean- François de Montillet du Chaftellard, fon ne--
veu , & fon Vicaire General. Il eft parlé de la famille
du défunt dans le Mercure galant du mois .
d'Avril 1705. à l'occafion de fa nomination à l'E--
vêché d'Oleron, Il étoit fi's de Pierre de Revol ,.
Seigneur des Aveniers , Baron de Charnay , Confeiller
honoraire au Parlement de Metz , & Procu→
reur General fucceffivement de la Cour des Aydes .
de Vienne en Dauphiné , & de la Cour Superieure
de Bourg-en- Breffe , mort en 1704. & de Francoife-
Charlotte de Saint Chamont.
Le 4. Avril Armand- Scipion-Sidoine - Apollinaire-
Gafpard,Vicomte de Polignac,Marquis de Chalancon
& Saint Palloude, Comte de Randon, Lieutenant General
des Armées du Roy , & Gouverneur du Pays
de Velay , & de la Ville du Puy , mourut à Paris
âgé de 79. ans. Il avoit été d'abord Capitaine dans
le Regiment du Roy , Infanterie , & enfuite Colonel
de celui d'Aunis , à fa création au mois de Septembre
1684. Le Gouvernement de la Ville du Puy,
lui fût donné en 1690. & il fut fait Brigadier des
Armées du Roy le 29. Janvier 1702. Il fut bleffé le
14. Octobre de la même année à la Bataille de Fridiiij
lingue ,
$ 16 MERCURE DE FRANCE
M
MORTS.
Arie Dayrain , veuve du fieur la Feüillade
mourut vers la fin du mois dernier à Brive ,
en Limofin , dans la roze . année de son âge.
Le nommé Saint Martin , ancien Soldat , mourut
le 15. de ce mois au Bourg de Boucouville , Paroiffe
de la Bove , Diocèle de Laon , âgé de 109 .
ans .
Le ... Mars , mourut dans son Diocèse Pierre-
Joseph de Caftelane , Evêque & Seigneur de Frejus ,
en Provence. Il avoit été nommé à cet Evêché , vacant
par la démission d'André - Hercules de Fleury ,
aujourd'hui Cardinal & Ministre d'Etat , le 12. Janvier
1715. & il avoit été Sacré le 30. Juin, fuivant
dans l'Eglise du Noviciat des Jefuites à Paris , par
l'Archevêque d'Aix , à prefent Archevêque de Paris
, affifté des Evêques de Toulon & de Noyon . It
étoit auparavant Chanoine de l'Eglife Metropolitaine
de S. Sauveur d'Aix , & Vicaire Général de
l'Archevêque d'Aix. Il avoit été Député de la Province
d'Aix à l'Affemblée génerale du Clergé de
France , tenue à Paris en 1710.
Le ... Mars Richard Piers , Hibernois , Evêque
de Waterford , & de Lifmor en Irlande , Tréforier
de l'Eglife Metropolitaine de Sens , Vicaire General
, & Suffragant pour les fonctions Epifcopales de
l'Archevêque de Sens , Docteur en Théologie de la
Faculté de Paris , du 20. Juillet 1688. mourut à
Sens dans la 94e. année de fon âge.
Le 21. Jofeph de Revol, Dauphinois , ancien Evêque
d'Oleron , Abbé Commandataire de l'Abbaye
de
A VRIE 17397 817
de N. D. de Pontaut , Diocèfe d'Aire , qu'il avoir
obtenue le 29. Mars 1727. mourut à Oleron danss
la 77e. année de fon âge. Il avoit été d'abord Vi--
caire General de l'Evêque du Bellai , & enfuite de:
l'Evêque de Poitiers . Il fut nommé à l'Evêché d'O--
leron le 11. Avril 1705. & Sacré le 8. Novembre :
de la même année à Poitiers , par l'Evêque de Poitiers
, affifté des Evêques de Saintes & de la Rochelle
. Il fut un des Deputés du premier Ordre de.
la Province d'Auch à l'Affemblée generale du Cler
gé de France , tenue à Paris en 1725. Après avoir
gouverné fon Evêché pendant 30. ans , il s'en dé-.
mit au mois d'Avril 1735 ayant eu pour fucceffeur:
Jean -François de Montillet du Chaftellard , fon ne--
veu , & fon Vicaire General. Il eft parlé de la famille
du défunt dans le Mercure galant du mois.
d'Avril 1705. à l'occafion de fa nomination à l'Evêché
d'Oleron. Il étoit fi's de Pierre de Revol
Seigneur des Aveniers , Baron de Charnay , Confeiller
honoraire au Parlement de Metz , & Procu
reur General fucceffivement de la Cour des Aydes
de Vienne èn Dauphiné , & de la Cour Superieure
de Bourg-en- Breffe , mort en 1704. & de Francoife
- Charlotte de Saint Chamont.
Le 4. Avril Armand- Scipion-Sidoine - Apollinaire--
Gafpard,Vicomte de Polignac,Marquis de Chalancon
& Saint Palloude, Comte de Randon, Lieutenant Ge-:
neral des Armées du Roy , & Gouverneur du Pays
de Velay , & de la Ville du Puy , mourut à Paris .
âgé de 79. ans. Il avoit été d'abord Capitaine dans
le Regiment du Roy , Infanterie , & enfuite Colonel
de celui d'Aunis , à fa création au mois de Septembre
1684. Le Gouvernement de la Ville du Puy,
lui fût donné en 1690. & il fut fait Brigadier des
Armées du Roy le 29. Janvier 1702. Il fut bleffé le
14. Octobre de la même année à la Bataille de Frid-
Jij lingue ,
818 MERCURE DE FRANCE
lingue , & il fervit au mois de Septembre 1703. aug
Siege de Brifac. Il fut fait Marechal de Camp le 10.
Fevrier 1704. & Chevalier de l'Ordre Militaire de
Saint Louis en 1705. Le Pays de Velay fut érigé en
Gouvernement particulier en fa faveur au mois de
Décembre 1718. & il fut fait Lieutenant General le
premier Fevrier 1719. Il étoit fils aîné de Louis- Armand
, Vicomte de Polignac , Marquis de Chalancon
, Chevalier des Ordres du Roy , & Gouverneur
de la Ville du Puy , mort le 3. Septembre 1692 .
âgé de 84. ans , & de Jacqueline de Beauvoir de
Grimoard du Roure , fa troifieme femme , morte le
7. Novembre 1721. âgée de 80. ans , laquelle étoit
fille de Scipion de Beauvoir de Grimoard , Comte
du Roure , Marquis de Grifac , Confeiller du Roy
en fes Confeils d'Etat & Privé , Chevalier de fes
Ordres , fon Lieutenant General en Languedoc , &
Gouverneur du Pont S. Efprit , mort le 18. Janvier
1669. Le Vicomte de Polignac qui vient de mourir
, avoir été marié 1. le 24. Avril 1686. avec
Marie - Armande de Rambures , fille d'honneur de
Madame la Dauphine , & fille puinée de Charles ' ,,
Marquis de Rambutes , & de Courtenay , Marechal
des Camps & Armées du Roy , & de Marie
Bautru de Nogent. Elle mourut au mois de Septembre
1706. fans pofterité ; & 2°. au mois de juillet
1709. avec Françoife de Mailly , troifieme fille de
Louis de Mailly , Seigneur de Rubempré,de Rieux,
de Bolhard du Coudray apellé le Comte de
Mailly, Marechal des Camps & Armées du Roy,
& Meftre de Camp General des Dragons de Fran
ce , mort le 6. Avril 1699. & d'Anne- Marie- Françoife
de Sainte Hermine , Dame d'Atours de feuë
Madame la Dauphine , & enfuite de la Reine, morte
le 6. Novembre 1734. Il laiffe de celle- ci trois
fis , qui font , le Marquis de Polignac , Meſtre de
Camp
2.
AVRIL 17397 8.19
Camp du Regiment Dauphin Etranger , dont on a
raporté le mariage avec la Demoiſelle Mancini, dansle
Mercure de Décembre dernier , vol . 2. p. 2922 ;
PAbbé de Polignac , & le Chevalier de Polignac ,
Enfeigne des Gendarmes de Berry , depuis le 15 *
Avril 1738. & auparavant Guidon des Gendarmes
Anglois , depuis le mois de Janvier 1735.
Le même jour , Charles- Gabriel de Belfunce
Marquis de Caftelinoron , Seigneur de Montpont
Senechal & Gouverneur des Provinces & Senechauffées
d'Agenois & de Condomois , Lieutenant General
des Armées du Roy , mourut à Paris fubitement
dans la 58e. année de fon âge . Il étoit frere puîné
de Henry-Xavier de Bellunce , Evêque de Marſeille.
Il avoit été d'abord Colonel d'un Regiment d'Ins
fanterie , par Commiffion du 17. Septembre 17045
depuis il fut fait Capitaine-Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Bourguignons , le 18. Avril
1714. Senechal & Gouverneur d'Agenois & Condomois
en 1717. Brigadier de Cavalerie le premier
Fevrier 1719. Inspecteur de la Gendarmerie le r
Octobre 1730. Marechal de Camp le 20. Fevrier
1734. & enfin Lieutenant General le 24. Fevrier
738. Il avoit été employé dans la derniere Guerre
contre l'Empereur , en qualité de Marechal de
Camp dans l'Armée d'Allemagne , & il avoit fervi
en 1734 au Siege de Philisbourg. Il avoit porté
autrefois le titre de Chevalier de Bellunce jufqu'à la
mort d'Armand de Belfunce , Marquis de Caftelmoron
, fon frere aîné , Capitaine - Lieutenant de
la Compagnie des Gendarmes de Bourgogne , &
Brigadier des Armées du Roy , qui fut tué à l'Armée
en Allemagne au mois de juillet 1712. fans
laiffer d'enfans. Ils étoient fils , ainfi que l'Evêque:
de Marfeille , d'Armand de Bellunce , Marquis de
Caftelmoron , Baron de Gavaudan , Seigneur de
I w Born
820 MERCURE DE FRANCE
Born en Agenois , auffi Senechal & Gouverneur
d'Agenois & Condomois , mort le 23. Juin 1728 .
âgé de 90. ans , & d'Anne de Caumont de Lauzun,
inorte le 6. Octobre 1722. dans la 81e . année de
fon âge. Le Marquis de Caftelmoron qui vient de
mourir , avoit été marié le premier Mai 1715. avec
Cecile-Genevieve de Fontánieu , fille de feu Moyfe-
Auguftin de Fontanieu , Secretaire du Roy , et Intendant
des Meubles de la Couronne , ancien Treforier
General de la Marine , et de Catherine - Genevieve
Dodun . Il laiffe d'elle Antoine-Armand de
Belfance , Comte de Caftelmoron , né le premier
Mai 1716. qui a été fait Capitaine-Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes Bourguignons , par la
démiffion de fon pere , le 22. Janvier 1735. et dont
le mariage avec la Demoiſelle d'Heudicourt eft raporté
dans le Mercure de Juin 1736. vol . 2. pag .
1471.
Le 8. Antoine Bochart de Champigny , Prêtre
Licentié en Theologie , Freforier de la Sainte
Chapelle Royale du Palais à Paris , dignité à laquelle
il avoit été nommé par le feu Roy , le 19. Avril
1699. mourut fubitement , âgé d'environ 86. ans.
Il avoit été reçû en premier lieu Chancelier de l'Eglife
Cathedrale de Chartres , le 12. Août 1678.
Il réfigna cette dignité en 1693 ; depuis il fut reçû
Chanoine de la même Eglife , le 23. Janvier 1695.
et le lendemain il fut élû Doyen du même Chapitre .
Il quitta cette dignité lorfqu'il fut nommé à la Treforerie
de la Sainte Chapelle. Il étoit fils de Jean
Bochart , Seigneur de Champigny , de Noroy et de
Bouconv.lliers , Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy , et Inten daut fuccessivement à
Moulins , Limoges , Tours & Rouen , mort le 19.
Août 1691. & de Marie Boyvin de Vaurouy , ſa premiere
femme , morte en 1659.
La
?
821
AVRIL 1739.
Le même jour François-Charles- André Blondel de
Siffonne , Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint
Louis , Capitaine , & Major du Regiment Royal
Piémont , Cavalerie , mourut fubitement à Paris ,
âgé d'environ so . ans . Il étoit fils de feu François
Blondel , Confeiller- Secretaire du Roy , Intendant
& Ordonnateur des Bâtimens de S. M. Seigneur de
Siffonne , et de Savigny , & de Marie- Jeanne Marin.
Il ne laiffe point d'enfans de Nicole - Charlotte
Choderlos de la Clos , qu'il avoit épousée le 19 .
Avril 1731. elle étoit veuve de Michel Touftain de
Fontenelles , Seigneur de Juais , Chevalier de l'Ordre
Militaire de Saint Louis , Meftre de Camp de
Dragons , Lieutenant Colonel du Regiment d'Orleans
de Dragons. M. Blondel de Siffonne qui
vient de mourir , étoit frere de Jeanne - Elifabeth
Blondel , mariée en 170 avec Pierre- François-
Hyacinte de Vintimille , des Comtes de Marfeille ,
Comte d'Olioules , Chef du nom & des armes de
Vintimille , en Provence.
4
Le 11. Jacques - François le For de Beauvais , de
Saint Malo en Bretagne , Confeiller au Parlement
de Paris à la troifieme Chambre des Enquêtes. ,
où il avoit été reçû le 20. Août 1723. mourut
à Paris âgé de 38. ans , fans avoir été marié . H
laiffe un frere demeurant à Saint Malo , &
une foeur , laquelle étant veuve de Claude-François
- Marie de Marboeuf , Préfident du Parlement
de Rennes , a époufé en fecondes nôces le 25. Avril
1725. François de Bauffan , Seigneur de Richegrou,
Arpentigny , &c. Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy , actuellement Intendant à Orleans ,
qui étoit veuf de Marie- Jeanne Rellier morte le
26 Février 1722..
>
Le même jour Dame Marie Viole , veuve d'Alexandre
de Boullenc , Marquis du Vignau , Vicomte
1 vj
de
822 MERCURE DE FRANCE
de Jouy , Seigneur d'Avrilly , Marechal des Camps:
& Armées du Roy , Lieutenant de fes Gardes du
Corps , & Gouverneur des Ville & Citadelle de
Mezieres , mort au mois de Fevrier 1693. des bleffures
qu'il avoit reçûës au fervice , mourut âgée de
1. ans , dans le Monaftere des Religieufes de Saint
Dominique à Montargis, où elle s'étoit retirée , après
avoir perdu fon fils , mort Cornette de la premiere
Compagnie des Moufquetaires du Roy. Cette Dame
étoit fille de Nicolas Viole , Seigneur de Lervilliers
, Capitaine au Regiment des Gardes Françoiſes
, tué au Siege de Stenay en 1654, & d'Anne
Boyer , Dame de Chaumontel - la- Ville , & en partie
de Luzarches. Il ne refte plus de toute la famille
de Boullenc , qui eft de Normandie , que la Dame
du Vignau , Religieufe Dominicaine à Montargis ,.
& François- Frederic de Boullenc , Baron et Châtelain
de Saint Remy- fur- Aure , qui a épousé Marie-
Antoinette . . des Peüiiles , niece
de feu Antoine- Denis Raudot , Intendant General
des Claffes de la Marine de France , mort à Verfailles
le 28. Juillet 1737. et de laquelle il a un fils
et une fille .
Le 12. François- Bernard Potier deGesures , Due
DE TRESMES , l'air de France , Marquis de Gandelus
& de Montigny , Seigneur de S. Ouen , de
Crouy , Eschampeu , & c . Chevalier des Ordres du
Roy, Premier Gentilhomme de fa Chambre , &
Brigadier de fes Armées , Gouverneur de la Ville ,
Prévôté & Vicomté de Paris , Grand- Bailly & Gouverneur
du Valois , & de la Ville & Château de
Crépi , & ci - devant Gouverneur & Capitaine des
Chaffes du Château de Monceaux en Brie , mourut
en fon Château de S. Oüen , dans la 84. année de
fon âge , étant né le 15. Juillet 1655. Son Corps.
fut aporté à Paris en fon Hôtel , rae S. Auguftin ,
d'oy
AVRIL. 1739 823 %
You après avoir demeuré exposé fur un Lit de pa-
#ade pandant huit jours , il fut conduit le zo. au foir
en grande pompe à S. Roch , fa Paroiffe , & enfuite
tranfporté dans un Caroffe de deuil , attelé de huit .
Chevaux caparaçonnés , précedé & fuivi d'un grands
cortege, en l'Eglife des Céteftins , Lieu de fa Sépultu ..
re. Les fervices & les Emplois du feu Duc de Tres→
mes , ainfi que fon Mariage avec feuë Marie -Magdeleine
-Louife-Genevieve de Seigliere de Boisfranc,,
morte le 3. Avril 1702, à l'âge de 38. ans , & leurs
Enfans font, raportés non-feulement dans l'Histoire:
des Grands Officiers de la Couronne , où se trouve
la Généalogie de Potier , Tome 4. page 763. mais .
encore dans le Dictionaire Hiftorique , Edition de
1725 & 1732. dans le Suplément de 1735. Etats
de la France , &c ;
Le Duc de Tresmes a été un des vingt- quatre
Enfans d'honneur qui accompagnerent Monseigneur
le Dauphin , Fils de Louis XIV. à la Céremonie de:
fon Baptême à S. Germain en Laye en 1668. Il a
été Cader des Gardes du Corps dans la Compagnie
du Duc de Tresmes , son Grand- Pere , ensuite Ca
pitaine de Cavalerie & Major dans le Régiment:
Royal ; il s'est trouvé au Siége de Maëstrick . & à
la prise de Tréves en 1673. au Combat de Saint-
Sim , de S. François & de Turkein , sous M. de Tu
renne ; en 1675. Il leva un Régiment de Cavalerie
de son nom , à la tête duquel il servit aux Prises de:
Dinant , Huy & Limbourg.
En 1676. il se trouva aux Siéges de Condé, Bou--
chain & Aire ; au secours de Maestrick , et des
deux Ponts , aux Siéges de Valenciennes , de Cam--
bray & S. Guislain en 1677. en 1678. aux
Siéges de Gand , d'Ipres , & à la Bataille de S. Denis
, où la Paix fut déclarée . Il continua de servir
en 1681. & se trouva à la prise de Cazal , en 1684.
$ 24 MERCURE DE FRANCE
en Flandres ; en 1688. au Siége de Philisbourg , &
à celui de Manheim , où il fut bleffé . Il fit la Čam
pagne d'Allemagne en 1689, & se trouva en 1691 .
au Siége de Mons , & à celui de Namur en 1692.
Il étoit en année d'exercice de sa Charge de Premier
Gentilhomme de la Chambre , à la mort du feu
Roy , & il fit toutes les fonctions auprès de S. M.
Il eut l'honneur de recevoir le Roy la premiere fois
qu'il vint à Paris , lui présenta les Clefs de la Ville,
& alla recevoir S. M. au Trône , à la tête du Corps
de Ville , le jour que le Roy tint-son Lit de Juftice,
& quitta le Corps de Ville pour aller attendre . S. M.
au Palais , où il eut l'honneur de porter le Roy entre
ses bras dans son Lit de Juftice , & fit ainfi la
fonction de Grand -Chambellan , & en remplit la
place .
Le 29. Octobre 1722. il fonda un Monaftere de
Religieux du Tiers -Ordre de S. François , apellé
Notre - Dame du Chêne , Diocèse de Meaux à une
lieuë du Château de Gêvres . En 1615. Mrs de Gêvres
fonderent à Blérancourt , un Convent de Feuillans
, & en 1618. ils firent l'Etabliffement d'une
Maison de Prêtres de l'Oratoire , à Raroy , Diocè
se de Meaux , & à une lieuë de leur Château .
Le Duc de Tresmes étoit fils aîné de Léon Potier
de Gesvres , Pair de France , Chevalier des Ordres
du Roy , Premier Gentilhomme de la Chambre de
S.M.Lieutenant Général de ses Armées , Gouverneur
de la Ville , Prévôté & Vicomté de Paris , Grand-
Bailly & Gouverneur du Valois , & de la Ville de
Crêpi , Gouverneur & Capitaine des Chaffes de la
Capitainerie Royale de Monceaux , & Varenne de
Meaux , Gouverneur de Ponteau de Mer , & Lieu
tenant de Roy en Normandie , ci - devant Gouverneur
& Lieutenant Général du Pays du Maine, Perche
& Layal , & ci - devant Capitaine de la Premie-
IC
AVRIL 17397 3.24
re Compagnie Françoise des Gardes du Corps de
S. M. Marquis de Gesvres au Maine , & de Gandelus
, de Fontenay -Mareil , d'Annebaut , Baron de
Troci , Vicomte de Ponteau de Mer , Seigneur de
Sceau - Congis , Villers- les Rigauts , Pré en Paille ,
Fresnay , Forgé- la-Bataille , S. Léonard, Couptrain,
Baron de la Ferté - Macé , Saint Samson , Affés -le-
Boisne , & Loconville ; & de Marie - Françoise - Angélique
Duval de Fontenay-Mareil . Ses Enfans sont:
M. François-Joachim Potier de Gesvres , Duc de
Gesvres , qui lui succede dans toutes ses dignité &
en ses biens ; qui avoit épousé en 1709.Marie-Magdeleine
-Emilie de Mascrany , morte en 1717. sans
pofterité.
M. Leon Potier de Gesvres , Comte de Tresmes ,
Brigadier des Armées du Roy , Mestre de Camp
du Régiment de Gesvres , Cavalerie , qui a épousé
en 1729. Eléonore- Marie de Montmorency - Luxembourg-
Tingri , dont il a un fils , âgé de 6. ans.
M.Etienne-René Potier de Gesvres , Evêque & Comte
de Beauvais , Vidame de Gerberoy , Pair de France,
Abbé Commandataire de l'Abbaye d'Ourscamp.
D.Marie- Françoise Potier de Gesvres , qui a épousé
en 1715. Louis - Marie- Victoire Comte de Béthune ,
neveu de Marie - Cafimire , keine de Pologne, Maréchal
des Camps & Armées du Roy, Grand Chambellan
de Stanislas I. Roy de Pologne , Duc de Lorraine
& de Bar , dont il a des Enfans .
Nous allons entrer dans quelques détails sur les
Céremonies funebres du Convoy,Transport & Inhumation
du Corps du Duc de Tresmes. Dès le surlendemain
de son décès on tendit la grande porte & la
façade de son Hôtel, jusqu'à la hauteur du Balcon
LaTenture étoit chargée de deux lez deVelours , rem .
plis d'Armoiries , & entre ces deux Lez il y
avoit
cinq grandes Armoiries dans les diſtances convenables
26 MERCURE DE FRANCE
bles. Toute la Cour étoit tendue à la hauteur du
premier Apartement , avec deux pareils Lez de
Velours & Armoiries ; la Baffe- Cour étoit tenduë à
deux Lez de drap . Le Veftibule en périftile , au bas
de l'Escalier, lequel donnoit dans la Salle du dépôt,
étoit entierement tendu & foncé avec de pareils Lez
de Velours & Armoiries.
Il y avoit un Lit de velours , croisé de Moire d'ar
gent , sur une Estrade de trois gradins , accompa
gnée de 70. Chandeliers garnis de Cierges. Sur le
Corps était le Poele de Velours noir , croisé de
Moire d'argent, bordée d'hermine, avec les Armoi
ries de la Maison , brodées. Sur ce Poële étoient le
Coeur , la Couronne Ducale & le Cordon de l'Ordre
, placés sur des Carreaux de velours , couverts
d'un Crêpe. Le Coeur étoit enfermé dans un Boëtte
de vermeil , armoiriée aux Armes du deffunt. Ily
avoit deux Autels aux côtés du Lit, portant chacun
une Croix & douze Chandeliers d'argent . On a dit
tous les jours des Meffes à ces Autels jusqu'après
midi , & on y a psalmodié l'Office des Morts. Pen
dant les neufjours qu'il a été exposé , les Religieux.
Mandians des quatre Monafteres de Paris sont venus,
précedés de leur Croix, & successivement, prier
pour luj & lui jetter de l'eau benite , & plusieurs
autres Religieux y sont auffi venus en Corps de:
Communauté & précedés de leur Croix , fairela
même céremonie. Il y a eû un concours prodigieux
de monde . Deux de ses Gardes étoient toujours
en faction aux pieds de ce Lit , portant leurs
Armes.
En retour de la Salle on avoit tendu quatre antres :
Pieces, pour donner paffage dans l'autre côté de la
Cour Le grand Escalier étoit tendu du haut en bas,
ainfi que sept grandes Pieces avec les paffages. Les
Apartemens hauts & bas étoient garnis de diftance
an
AVRIL. 1739:
827
en diftance de plaques garnies de groffes Bougies,
Le Samedi 18. de ce mois à onze heures du matin,
le Prévôt des Marchands & les Echevins allerent
prendre M. le Duc de Gesvres , rue Montmartre, à
PHôtel de M. le Cardinal de Gesvres ; ils allerene
ensemble rendre les devoirs & jetter de l'eau benite,
& les six Corps des Marchands y allerent le même
jour après midi. Les Gardes du Gouvernement
étoient rangés dans la Cour de l'Hôtel de Tresmes,
le fusil sur l'épaule . Les autres Officiers et les Gardes
de la Ville , vinrent ensuite.
Le Lundi 20 jour du Convoy , M. le Duc de
Gesvres , que le Corps de Ville étoit allé prendre
chés lui, s'étant rendu avec la Ville sur le 7. heures
du soir en l'Hôtel de Tresmes , le Convoy partie
en cet ordre jusqu'en l'Eglise de S. Roch. La marthe
commença à huit heures du soir , par les rues
neuve S. Auguftin , d'Antin , des Petits-Champs ,
Mace de Vendôme et rue saint Honoré.
Deux Brigades du Guet , avec leurs Officiers à
leur tête , deux Suiffes en deuil ; 40 Pauvres , vétus
chacun de quatre aulnes de drap , ayant chacun un
Jambeau , marchant deux à deux ; 80. Enfans de
trois Hôpitaux , portant chacun un flambeau , précedés
de leurs Croix , dans l'ordre ordinaire ; 48.
Gardes de la Ville , portant chacun un flambeau
garni de deux Armoiries de la Ville ; 43. Religieux
de la Place des Victoires , ayant chacun un Cierge
, ayant à leur tête la Croix et deux Chandeliers ,
le même nombre de Capucins , ainsi que de Corde
liers , d'Auguftins , de Jacobins et de Carmes ; le
Clergé de la Paroiffe de S. Roch , au nombre de
30. Prêtres , ayant chacun un Cierge, précedant le
Curé; 20. Officiers de la Maison en longs Manteaux
et pleureuses , marchant sur deux files ; le Gouver-
Beur des Pages , habillé de- même ; 12. Pages en
grand
$28 MERCURE DE FRANCE
me ,
grand deüil ; 8. Gentilshommes , diftribués de mê
dont les Manteaux étoient portés par des La-*
quais , deux autres Gentilshommes , l'un portant la
Couronne Ducale , l'autre le Collier de l'Ordre , sur
des Carreaux de velours , couverts d'un Crêpe , leurs
Manteaux portés par leurs Laquais ; .4. Tambours
couverts de Crêpes , un Fifre , 4. Hautbois ; l'Offi
cier des Suiffes en deuil & en Manteau , portant son
Bâton ; 12. Suiffes en deuil, portant chacun un flam
beau , leurs Hallebardes trainantes , garnies d'un
Crêpe ; 2. Officiers de ses Gardes , en longs Man--
teaux ; le Corps porté par six Gardes ; le Poële porté
par quatre Aumôniers en Rochets , en Manteaux :
et en Bonnets quarrés , leurs Manteaux portés par
leurs Laquais. A la tête du Corps , le Capitaine de
ses Gardes, en long Manteau , porté de même , d'un
côté, et le Lieutenant de l'autre , le premier à droi
te et le second à gauche, so.de ses Gardes en Crêpes
à leurs chapeaux , à leurs Bandolieres et à la garde
de leurs Epées , portant le Mousquet , la Croffe renversée
fous le bras , et Chacun un flambeau , ayant'
leurs Trompettes , avec sourdines , à leur tête , et
marchant autour du Corps ; 100. petits Enfans en
Surplis , portant les Chandeliers et les Cierges qui
avoient été autour du Corps ; so . Domestiques .
en grand deüil , avec des flambeaux , autour du
Corps, le Juré Crieur en Robe ; M. le Duc de Gesvres
à droite , suivi de tout le Deüil , et M. Michel .
Etienne Turgot , Chevalier Marquis de Sousmont ,,
Conseiller d'Etat , Prévôt des Marchands, en Robe ,
à gauche, suivi de tout le Corps de Ville ; 100 Domestiques
en deuil , portant chacun un flambeau ;-
100. Gardes de la Ville , le Mousquet sur l'épaule,
marchant entre le Deüil et les Laquais ; un Garde,
un Laquais. M. le Prévôt des Marchands et Mrs de
la Ville , avoient leurs Laquais en Livrée , portant
des
AVRIL. 1739. 829
es flambeaux , et les Personnes du Deüil avoiena
auffi leurs Laquais avec des flambeaux. Deux Brigades
du Guet à cheval fermoient la marche .
Dans la route du convoy , et en paffant devant
le Monaftere des Religieufes Capucines , la Comanunauté
de leurs Directeurs , precedée de leur
Croix , encenfa le corps, et lui jetta de l'eau benîte,
après avoir pfalmodié le De profundis. En paſſant des
vant le Monaftere des Feuillans , ces Religieux encenferent
auffi le corps et jetterent de l'eau benîte ,
après avoir chanté le Pfeaume De profundis. Les
Religieux Dominicains de la rue S. Honoré lui firent
auffi la même ceremonie .
chanta les
Le convoy arrivé en l'Eglife de Saint Roch , M.
le Duc de Gefvres avec le deuil placé dans les ſtalles
à droite , le Corps de Ville dans les ftalles à gauehe
, et les Gardes autour du corps , on y
prieres ordinaires des obfeques , et on y jetta l'eaubenîte
fçavoir , M. le Duc de Gefvres ; enfuite :
M. le Prévôt des Marchands , M. le Comte do
Trefimes , M. Veron , premier Echevin , et ainfi du
refte du deüil et de la Ville .
La Porte de S. Roch étoit tenduë à neuf lez de
drap et deux lez de velours , chargés d'Armoiries
Jes grandes Armoiries entre les deux lez de velours.
Toute la Nef et le Choeur étoient tendus à la hau
reur des Corniches , le Choeur garni de deux lez de
velours et Armoiries, de-même ; il y avoit dans le
Choeur une très grande quantité de Girandolles ,
garnies de Bougies.
Les Gardes ayant repris le Corps , et l'ayant porté
dans le Caroffe , le tranfport fe fit de l'Eglife de
Saint Roch en celle du Monaftere des Religieux
Celeftins , dans l'ordre qui suit.
Deux Brigades du Guet avec leurs Officiers ;
les deux Suisses à pied; les 40 Pauvres ; les 48. Gar- .
des
3 MERCURE DE FRANCE
'des de la Ville, tous avec flambeaux ; les 43 PP.At
guftins, Capucins, Cordeliers , Auguftins , Jacobins
& Carmes , comme ci-deffus ; 20 Officiers de la
Maison à cheval ; & Palfreniers à pied , avec des
Alambeaux , marchant autour de ces Officiers ; 4
Palfreniers à cheval en bottes avec des flambeaux ;
Gentilshommes à cheval ; des Palfreniers à che
val , en bottes , portant . des flambeaux. Tous les
Officiers, Gentilshommes & Pages à cheval étoient
en Pleureuses & Manteaux , & leurs chevaux caparaçonnés.
Le Carosse des Honneurs à fix chevaux,
caparaçonnés de noir. Des Palfreniers en bottes ,
cheval derriere le Caroffe , portant des flambeaux ;
Le Gouverneur des Pages à cheval ; les 12 Pages à
cheval , avec des flambeaux ; 4 Palfreniers à pied ,
portant des flambeaux autour des Pages ; 4. Tambours
à pied , le Fifre , & les 4. Hautbois auffi à
pied ; l'Officier des Suiffes de la Maiſon , en Manteau
, à cheval ; le Caroffe du Corps à 8 chevaux ,
caparaçonnés de velours , croisé de Moire d'argent,
les 12 Suiffes marchant à côté des chevaux , fix de
chaque côté , portant leurs flambeaux les deux
Trompettes ; deux Officiers de ses Gardes en Pleureuses
& Manteaux , à pied autour du Caroffe ; fes
so Gardes comme au Convoi , deux Officiers de ses
Gardes , en Manteaux , à cheval , aux deux petites
roues du Caroffe ; les quatre Aumôniers , à cheval ;
le Capitaine de ses Gardes , à cheval , à la rouë
droite du derriere du Caroffe ; le Lieutenant ,
cheval , à la rouë gauche , fuivis chacun d'un Palfrenier
& d'un Laquais ; so Domeftiques à pied ,.
avec leurs flambeaux , autour du Caroffe du Corps ;,
le Caroffe dans lequel étoit M. le Curé de S. Roch
& fes Ecclefiaftiques , à fix chevaux caparaçonnés
de noir. Celui des Huiffiers de la Ville , quatre
shevaux , fans être drapé ; celui du Colonel de la
;
à
Ville
AVRIL . 17398
831
:
ille & du Greffier , à fix chevaux , & fans être
drapé , le Caroffe à huit chevaux & drapé , de M. le
Duc de Gesvres ; trois autres de ses Caroffes à fix
chevaux , & drapés ; le Caroffe de M. le Comte de
Trefmes ; celui de l'Evêque de Beauvais ; celui dui
Comte de Béthune , tous drapés & à fix chevaux ;
7 Caroffes de la Ville , à fix ohevaux , & fans être
drapés dans ces Garoffes , étoient M. le Duc de
Gesvres , M.le Prévôt des Marchands , les Parens,
& Mrs du Corps.de Ville , dans le même ordre
qu'ils avoient fuivi le Corps à S. Roch ; celui des
Aumôniers de l'Evêque de Beauvais , à fix chevaux ,
100 Domeftiques portant des flambeaux le long des
Caroffes ; roo Gardes de la Ville , à pied le Moufquet
fur Fépaule , marchant à côté des Caroffes à
droite & à gauche , faifant file avec les › 100 Laquais
; un Garde , un Laquais.
Entre ces deux files de Gardes & de Laquais , à .
côté de chaque Caroffe , du côté du Deuil , des
Laaquais en noir , portant des flambeaux , & du côté
de la Ville , des Laquais de M. de Prévôt des Marchands
& de Mrs de la Ville , en Livrée , portant
des flambeaux ; deux Brigades du Guet avec leurs
Officiers , fermoient la marche du Convoi.
En paffant rue Saint Honoré , devant l'Eglife des
Prêtres de l'Oratoire , de Général à la tête des Pretres
de leur Maifon chantant le De profundis ,
s'aprocha du Corps , l'encenfa & lui jetta de l'Eau
痴bénite.
Le Convoi arriva à minuit aux Célestins
femblés à la Porte de leur Eglife , auxquels M.
Cheret , Curé de S. Roch , présenta & remit le
Corps de M. le Duc de Trelmes , en l'accompa
gnant des Eloges qu'il a mérités pendant fa vie ,
auxquels le Prieur ayant répondu , & le Corps étant
entré dans leur Eglife , après les Prieres & les Céremonies
832 MERCURE
DE FRANCE
*rémonies accoûtumées , les Religieux le déposerent
& l'inhumerent avec les Ancêtres dans la Chapelle
de la Sépulture de Sa Mailon .
Toutes les rues adjacentes à celles où paffoit le
Convoi , étoient barrées par le Guct à pied &· le Guet à cheval . Cette marche s'eft faite les ruës par
S. Honoré , de la Feronnerie , S. Denis , des Lombards
, de la Verrerie ; le Cimetiere S. Jean ,
S. Antoine , S. Paul , & le Quai des Céleftins.
ruës
Les deux Portes des Céleſtins étoient tenduës , la
premiere à 6 lez , la seconde à 7 lez , l'une & l'extre
garnie de deux lez de velours avec Armoirie
de grandes Armoiries entre les deux lez ; toute la
Nef& le Choeur étoient tendus jusqu'aux tirans;
'il y avoit deux lez de velours à la face & au pourtour
du Choeur , avec pareilles Armoiries , de même
à la face de la Chapelle de la Sepulture.
toute Aux Meffes qui furent dites le Jeudi 23 ,
l'Eglife étoit tendue , les fenêtres bouchées , avec
pareils lez de velours et Armoiries ; il y avoit 48
Cierges fur l'Autel , et deux filets de lumiere dans
le Sanctuaire ; il y en avoit auffi 48 ſur la Balus-
"trade , et un filet de Chandeliers et Cierges au pourtour
du Choeur ; il yavoit 24 Cierges fur deux petits
Autels dressés à côté du grand Autel ; 24 fur les deux
Autels de la Nef ; fur chaque grande Armoirie posée
de diſtance en diftance étoit une Girandolle à cinq
grandes Bougies chacune. Tous les Cierges des
Autels , des Filets , et ceux qui étoit autour du
Corps , étoient garnis d'une Armoirie . Aux Meffes
étoient deux Gardes , un à chaque côté du Sanc
tuaire , le Moufqueton fur l'épaule ; il y en avoit
deux autres à la porte du Choeur en dedans ; le refte
des Gardes étoit dans la Nef , fur deux files , avec
le Moufqueton fur l'épaule . On n'a jamais vû une
fi nombreuſe Affemblée de Perfonnes de la premiere
Condition .
I
9 APROBATIO N.
J
'Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le Mercure de France du mois d'Avril , &
J'ai cru qu'on pouvoit en permettre l'impression.
A Paris , le premier May 1739 .
HARDION.
TABL E.
IECES FUGITIVES. L'Or & la Vertu
PFable
Allegorique,
Lettre au sujet de la Croix ,
Arrivée de la Scene à Marly ,
621
627
636
Cinquiéme Lettre sur l'Histoire du Nivernois , 646
Les Jeux des Bergers , Eglogue , & c.
Lettre sur les Médailles doubles ,
Bouts- Rimés ,
664
667
1668
Lettre sur les nouvelles Cartes hydrographiques &
pour le service des Vaisseaux du Roy ,
Sonnet Italien & Traduction ,2
Dissertation sur les Cadrans Solaires ,
Ode à la Societé Litteraire d'Arras ,
670
675
677
685
Lettre de M. de Gouve , sur la Societé Litteraire
d'Arras 692
La Societé Litteraire d'Arras à la Princesse d'Isenghien
, '
Lettre au sujet du Corps de S. Piat ,
Le Papillon , Fable ,
695
696
700
Extrait d'une Lettre de Pétersbourg , & Observations
sur le plus grand degré du froid , 701
Imitation d'une Ode d'Horace ,
704
Lettre écrite de Versailles & Discours prononcé ,707.
Epithalame sur le Mariage de M *** 710
Enigme , Logogryphes , 713
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX -ARTS ,'
& c.
718
Nouveaux Amusemens du Coeur & de l'Esprit, 7
Peinture de l'Amour , Sonnet , & c.
Memoires pour. servir à l'Histoire des Hommes
lustres , &c.
Le Spectacle de la Nature , & c .
Livres nouveaux imprimés chés Cavelier , & aut
nouvellement reçûs ,
7
7'
7'
749
Dictionaire Géographique de la Martiniere , Sos
cription , 76
Lettre sur la Génealogie de la Maison deBéthune,7,
Réponse au Madrigal de M. Linant ,
Assemblées publiques des Académies , &c. it
Prix proposé par l'Acad. Royale des Sciences , ; :
Sonnet Italien & Traduction ,
Séthos , Tragédie nouvelle , & c.
Prix proposé par l'Académie de Chirurgie ,
Sonnet Italien , Portrait , &c.
Eftampes Nouvelles ,
Air noté , Muzette ,
761
76
760
770
Spectacles. Ouverture des Théatres , Discours prononcé
,
LOLOTTE , & Vers à sa loüange , 174
Mahomet II. Extrait ,
78.
Nouvelles Etrangeres Lettre d'Ispaham &
Constantinople , 987
Pologne , Allemagne & Italie , 790
Naples & Ile de Corse , 795
Espagne & Grande Bretagne , 799
801
Epithalame ,
Morts des Pays Etrangers ,
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. Lo
Bénefices donnés ,
Nouvel Evêque de Bethléem ,
Lettre écrite de laFerre à l'occasion d'unMariage, 810
Harangue au Duc de Richelieu ,
8.4
806
813
814
1816
Morts , & c.
La Chanson notée doit regarder la page
*774
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
MARS.
1739.
OUR
COLLIGIT
SPARGIT
Papillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXIX.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
L
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
LA
>
A V I.S.
ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure vis - à- vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure
, à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très-inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
fein d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaitevont
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
'heure à la Pofte , on aux Meſſageries qu'on
Lui indiquera.
PRIX XXX . SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
MARS. 1739.
PIECES FUGITIVES
f
en Vers et en Prose .
O
D
le
O DE
Sur le mois d'Avril .
Oux Mois , où commence à paroître
La plus charmante des Saisons ,
Que depuis que tu m'as vê n'aître ;
J'ai déja compté de moissons !
s'écoule vîte ! temps que
Qu'il sert peu de le regretter !
A ij Que
4ro MERCURE DDEE FFRRAANCE
Que rarement on en profite ,
Comme on devroit en profiter !
*
Pour rajeunir Vertumne & Flore ,
Avril , je te vois revenir ;,
Hélas ! n'aurois - tu point encore
Le pouvoir de me rajeunir ?
Tu n'as point ce pouvoir , sans doute ,
Et mes désirs sont superflus.
Je me trouve au bout d'une route ,
Par où je ne passerai plus.
*
Adieu , florissante Jeunesse ;
Adieu saison pleine d'attraits.
Que n'a-t'on assés de sagesse
Pour t'abandonner sans regrets?
Mille disgraces sont voisines
De tes passageres faveurs.
Si l'on connaissoit tes épines ,
On cueilliroit peu de tes fleurs.
*
Cependant l'aimable Zéphire
Rapelle la Mere d'Itis.
Déja plus d'un riche Navire
Fend l'Onde calme de Thétis.
Děje
MARS
17392
Déja Cérés pare la Terre
Des tuyaux naissants du froment,
Et Bacchus , couronné de Lierre ,
Va fertiliser le sarment.
*
Dans nos retraites boccageres :
Les Jeux de Mars sont étrangers.
Chanter , danser , plaire aux Bergeres ,
C'est la Milice des Bergers.
Jadis comme eux j'aimois à suivre -
Mes tendres inclinations ;
Aujourd'hui mon ame se livre:
A de tristes reflexions.
Charmes séduisans de la vie¸-
Plaisirs , dis-je , jeux , ris , amours ,
Vous me donnez bien quelque envie , ›
Mais hélas ! vous êtes trop courts ;
De la plus longue jouissance
En vain l'espoir vient me flater ;
Je renonce à tout , quand je pense
Qu'un jour il faudra tout quiter.
A j
LETMERCURE
DE FRANCE
Aetatatatat tetebetatetat
LETTRE sur les differentes manieres de
montrer à un petit Enfant la Traduction ·
d'un Auteur Latin.
V
Ous voulez donc sçavoir , Monsieur , ee
que je pense des differentes manieres de
rendre sensible à un petit Enfant la construction
d'un Texte Latin , nécessaire pour la traduction de
cette Langue en François ; je vais tâcher de répondre
le mieux que je pourrai à l'honneur que vous
me faites , en prenant le ton d'une matiere importante.
Je crois d'abord que la dispute des Maîtres
finiroit bien- tôt , si , sans prévention , ils avoient la
force & la patience de vouloir s'entendre les uns
les autres sur cette question . On trouve en usage
trois sortes de constructions , qui me paroissent
toutes trois assés bonnes , lorsqu'on voudra les prariquer
, en les proportionnant à l'âge & à la capacité
des petits Enfans , & qu'on aura l'attention de
ne les employer qu'à propos, & pas plus long- temps
qu'il ne conviendra , soit qu'on fasse usage du Bureau
Typographique , ou qu'on n'en fasse aucun
usage.
La premiere construction qui est écrite ou imprimée
de suite & interlineaire mot à mot avec le François
au-dessous de chaque mot Latin , me paroît la
plus naturelle , la plus facile & la plus convenable
à la foiblesse des petits Enfans , qui aprennent à lire
en François & en Latin , ou qui ne sçavent ni conju
guer , ni décliner , mais qui sont capables d'aprendre
& de retenir par coeur des mots Latins , par
P'usage de la lecture & de la version interlineaire , à
mesure qu'ils aprennent des mots François par le
même
MARS.
413 1739
1
même usage de la lecture & de la parole . Or il est
visible que pour lors les petits Enfans ne doivent
être mis ni à la construction chiffrée, ni à la construction
de vive voix , & qu'on ne doit pas même
suivre l'exemple des personnes qui mettent trop tôt
les Enfans dans la dure & triste nécessité d'aprendre
par coeur les inintelligibles paradigmes des déclinaisons
, des conjugaisons, & par surcroît un infinité
de prétendues Regles que les Enfans ne peuvent
comprendre qu'à force d'être ensuite corrigés dans
la pratique de la version & de la composition , ainsi
que l'expérience le fait voir tous les jours aux dépens
des Enfans , & si j'ose le dire , à la honte de
plusieurs Maîtres . Le temps précieux de la premiere
enfance seroit , ce me semble , bien mieux employé
sur une bonne version interlineaire , qui , sans dégoûter
les Enfans, les acoûtumeroit peu à peu à distinguer
les terminaisons des mots , & les disposeroit
plus facilement par - là à l'intelligence & à l'étu
de des premiers Rudimens de la Langue Françoise.
& de la Latine. J'ai vu des Enfans de qualité arroser
de leurs larmes l'Alphabet & le Rudiment ouverts
sur leur table , en présence de leurs Precepteurs.
&
On sçait qu'il faut mener les Enfans pas à pas
pour ainsi- dire par la main , d'objet en objet sensible
ou dépendant & voisin l'un de l'autre , sans
quoi on ne sçauroit les fixer un moment . Cette
premiere construction permanente , a l'avantage de
parler aux yeux , à l'oreille & à l'esprit des petits
Enfans, ordinairement peu attentifs ; il est vrai que
la glose interlineaire semble entretenir l'esprit dans
une espece d'engourdissement & ne donner aucune
idée du tour Latin , mais la premiere Enfance n'étant
pas , ce me semble , capable d'aprendre par regle
une Langue morte , il suffit de familiariser les
A iüj petits
1
14 MERCURE DE FRANCE
1
petits Enfans avec les mots & avec leurs terminalsons
en Latin & en François , & de leur donner en
même temps une idée génerale & superficielle da.
Texte qu'on doit ensuite leur expliquer , après le
leur avoir montré, rangé à la Françoise . Une simple
liste de mots en Latin & en François , ou un Vocabulaire
suffiroit peut- être pour la lecture des petits
Enfans, s'il n'étoit pas plus à propos de les accoûtumer
de bonne heure à connoître & à sentir peu
peu les parties du discours ; c'est pourquoi le Texte
construit en interlineaire, est pour lors préferable an
Vocabulaire Latin François , & aux Rudimens. Cependant
un Maître judicieux , pour varier la leçon ,
se sert de tout utilement , & il dispose à loisir l'Enfant
à passer à la seconde ou à la troisiéme espece
de construction , selon l'âge & la capacité ; point
essentiel , quand on est bien convaincu que les Enfans
de 5. a 6. & à 7. ans ne doivent pas être conduits
comme les Enfans de sept à huit & à neuf ans
La seconde construction qui est chiffrée &
numérotée sur le pur Texte Latin , supose la connoissance
des chiffres , elle parle plus sçavamment
aux yeux , elle est active& mouvante ; elle donne
lieu à chercher l'ordre de chaque mot en notre Langue;
c'est pourquoi je la mets dans la seconde classe
pour les petits Enfans , qui ne sçavent encore ai
décliner ni conjuguer , & qui ayant été bien montrés
, se font un plaisir de trouver eux - mêmes les
chiffres ou les mots de la construction, que le Maître
a soin de leur expliquer , à mesure qu'ils les
cherchent , ou qu'ils les trouvent , afin de les faire
passer insensiblement à la troisiéme ou à la véri
sable espece de construction.
>
L'avantage de cette construction chiffrée , quelque
aveugle qu'elle paroisse , c'est 19. de pouvoir
faire travailler l'Enfant tout seul & avec plaisir pendant
MAR S. 1739. 415
dant l'absence du Maître , qui aura la précaution
pour lors de lui laisser la suite du Vocabulaire ou
seront en Latin & en François tous les mots de la
leçon du Texte chiffré , jour par jour , &c. 2 °. De
lui faire voir de temps en temps la differente maniere
d'arranger du Latin & du François , ce que ne
peut faire remarquer la simple construction interlineaire
par elle-même. On doit compter pour
beaucoup à cet âge-là le secret de faire goûter à
P'Enfant les Exercices Litteraires & l'usage des chiffres
, auxquels il sent qu'il a l'obligation de pouvoir
trouver l'ordre des mots Latins , selon la construction
du François , que le Maître lui dira mot à
mot au commencement. Quand l'Enfant auroit un
Texte construit , & qu'il auroit même une Traduction
Françoise de son Latin , on ne doit point
néanmoins l'assujettir au Dictionaire , qu'il ne sça
che écrire passablement , pour pouvoir faire lui seul
la premiere construction interlineaire , à l'aide de la
construction chiffrée , & de la nomenclature de
son Auteur ..
La troisiéme construction , est celle qui se fair
simplement de vive voix , elle est fugitive & de pu
re suposition , elle est pour l'oreille & pour l'esprit,
plutôt que pour les yeux ; c'est la plus difficile , elle
demande que les Enfans sçachent un peu décliner
& conjuguer , & un peu les concordances , ou pour
mieux dire , qu'on continuë de les leur aprendre &
de les leur expliquer en même- temps , car la théorie
doit toujours accompagner la pratique . Cette
construction exige plus d'attention & de sçavoir.,
que n'en ont ordinairement les Enfans de cinq à siz
& à sept ans,; elle fait peu d'impression sur eux,
leurs yeux sont troublés à force de sautiller in
utilement sur les mots du Texte. Egarés , ils sentens
le besoin d'un guide , mais d'un guide plus
·
Sûz.....
1
416 MERCURE DE FRANCE
sûr & plus patient que ne le sont ordinairement
ceux de la Méthode vulgaire ; & c'est ce qui les dégoûte
lorsqu'on les met d'abord ou trop tôt à la
pratique de cette construction , sans avoir passé par
les deux autres qui sont plus faciles , sur tout lorsque
l'Enfant ne sçait pas encore écrire. On peut de temps
en temps faire cette construction à l'Enfant , sans
Pobliger d'avoir toujours le Livre à la main ; alors.
les yeux n'y sont pour rien , cela le soulage beaucoup
, sauf à revenir & à lui montrer le Texte dans
une autre opération , ayant été disposé par la premiere
aux sons & à l'intelligence des mots en l'une
& en l'autre Langue. On pourra faire ensuite demême
à l'égard de la composition , c'est- à - dire
donner des phrases en l'air ou de vive voix , le Maî
tre ayant le Livre à la main & servant de Dictionaire
à l'Enfant , qui pour lors n'est obligé que
d'écouter & de répondre à mesure qu'on l'interroge .
Pour rendre cette remarque plus sensible , suposons
pour un moment qu'on écrivit sur autant de
cartes les mots d'une longue période de Ciceron
ou de Tite-Live , & qu'ensuite ou jettât au bazard
ces cartes mêlées sur une table , le Maître se trou
veroit peut être embarassé à rétablir cette période
après en avoir fait la construction , quand même il
la sçauroit presque par coeur. Jugez donc combien
un Enfant doit être en peine à la vûë d'un Texte
où il ne trouve pas seulement le premier mot.L'Enfant
atentif est dans une continuelle & dangereuse
contention d'esprit , pour trouver dans son Livre les
mots Latins , à mesure que le Maître les articule ;
P'Enfant veut toujours relire la phrase , & ' voilà , je
pense , une des véritables causes de son dégoût ; il
prendroit peut- être patience , s'il étoit ensuite dédommagé
par quelque phrase qui lui fît plaisir , au
Beu que la palpart du temps , il ne comprend pas
mieux
MARS. 1739%
417
mieux le François que le Latin ; les Maltres en géneral
, s'il m'est permis de le dire , ne paroissent pas
assés raisonnables sur cet article- là.
Vous voyez donc , Monsieur , qu'on peut tirer
quelque secours de toutes les constructions , lorsque
ce ne sera que pour servir de passage à la der→
niere & à la véritable construction de vive voix , sur
le pur Texte Latin , & toujours à proportion de l'à
ge & de la capacité des Enfans. La construction de
vive voix peut être chiffrée ou écrite , ainsi ces trois
constructions sont dans un sens la même ; car on
pourroit suposer quelqu'un qui écriroit ou qui chif
freroit la construction de vive voix , telle que la fait
le Régent. La premiere semble ne faciliter que la
version , au lieu que la seconde & la troisiéme sem
blent disposer ou préparer un peu à la composition .
Je serois d'avis cependant qu'on ne mît les Enfans
à la composition des Thêmes , que lorsque pour la
version ils seroient au moins de la force d'un quatriéme
ou d'un troisiéme. L'usage contraire dess
Ecoles & des Colleges , prouve combien le préjugé
met au-dessus de la raison la plupart des Maîtres de
la Méthode vulgaire , & ce qu'il y a encore de plus
fâcheux , c'est de voir des Parens crédules & faciles
se prêter à cet usage , quelque contraire qu'il soit
à la bonne pratique & à l'experience de plusieurs
siecles , en fait d'Hébreu , de Grec , d'Arabe & de
Langue vivante. Oserai- je le dire ? plusieurs milliers
d'Enfans, avec leurs 10. ou 12.ans d'étude classique
, se souviennent seulement ensuite d'avoir fait
leurs Classes , ou bien ils ont la honte de voir qu'ils -
ne sçavent presque rien, & que, pour sçavoir quelque
chose comme il faut , ils sont pour lors obli→ -
gés de recommencer , soit 1 ° . en régentant encore
toutes les Classes. 2°. Soit en formant des Eleves
qui leur donnent le temps & les moyens de se for-
A vi meri
418 MERCURE DE FRANCE
mer eux-mêmes. 3 °. Soit en faisant venir chés sor
de fameux Répétiteurs, ou en s'associant avec quelqu'un
pour revoir les meilleurs Auteurs ensemble ,
sans s'amuser à faire des Thêmes. Il y a en effet peu
de grands Humanistes, qui n'ayent jamais eu besoin
d'aucuns de ces suplémens Classiques & Litteraires.
Ce fait de notorieté publique , ne devroit-il pas
toucher les dignes Supérieurs des Ecoles ?
Vous sçavez , Monsieur , combien M. le Fevre
& les plus grands Humanistes du dernier siecle
ont gémi de l'abus de la Méthode vulgaire , que
commence les Enfans par l'exercice des Thêmes . Il
est à craindre, malgré cela , qu'à moins d'un ordre
supérieur , la Méthode des Thêmes ne passe toujours
avant celle de la Version ; je souhaiterois cependant
que les Maîtres des petites Ecoles fissent
attention à ce que dit M. Rollin , dans son Traité.
des Etudes , Tome premier , page 128. Pour ce
qui est de ces commencemens , je n'hésite point
» a décider qu'il en faut presque absolument écar-
» ter les Thêmes , parce qu'ils ne sont propres qu'à
3
tourmenter les Enfans par un travail pénible &
20 peu utile , & à leur inspirer du dégoût pour une
» étude qui ne leur attire ordinairement de la pare
» des Maîtres , que des réprimandes & des châti-
30
20
mens. Car les fautes qu'ils font dans leurs Thêames,
étant très fréquentes & presque inévitables, les
corrections le deviennent aussi , au lieu que Pexplication
des Auteurs & la Traduction , où ils ne
produisent rien deux-mêmes & ne font que se
prêter au Maître , leur épargnent beaucoup de
temps , de peines & de punitions. Et page 133. ce
fameux ancien Recteur de l'Université ajoûte , » Je
prie les Maîtres de vouloir bien examiner sans
prévention & s'assurer par l'épreuve même , si
cette maniere d'instruire les Enfans n'est pas plus.
"
a courte
MARS. 17397 41%
courte , plùs facile , plus sûre que celle cque l'on
employe ordinairement , en leur faisant d'abord
composer des Thêmes. Les mêmes Regles revien
30 nent dans la version & leur sont souvent repetées ,
≫ mais avec cette difference , qu'ils en trouvent l'a
"plication toute faite dans les Auteurs qu'ils explic
" quent , au lieu qu'ils sont obligés de le faire eux
» mêmes dans les Thêmes , ce qui les expose ,
» comme je l'ai déja observé , à faire bien des fau
"tes & à souffrir beaucoup de réprimandes & de
»punitions. Je ne puis m'empêcher en consul-
»tant le bon sens & la droite raison , de croire que
>> des Enfans accoûtumés ainsi à expliquer pendant
>>-six ou neuf mois, & à rendre compte ensuite de
» leur explication , soit de vive voia , soit par écrit
ou plutôt de l'une & de l'autre maniere , seront
bien plus en état après cela de commencer à faire
des Thèmes , si.on le juge à propos & d'entrer
" en sixième...
Il est bon d'observer que M. R. pénetré et convaincu
de cette vérité , ne dit pas positivement de
faire composer des Thêmes après les six on neuf
mois d'explication , mais seulement si on le juge à
propos , et M. Rollin semble par-là autoriser ce
que je viens de dire sur les differentes especes de
constructions ; c'est pourquoi les Maîtres doivent
enfin convenir que le Latin interlineaire mot à
mot , avec le François de la premiere construction,
est incomparablement plus propre à instruire l'Enfant
sans le dégoûter que le Latin qu'il compogera
aussi mot å mot avec le secours toujours insuffisant
de son triste Dictionaire ; et Pon peut
même ajoûter hardiment que l'Enfant mené pendant
six ans par la seule Version , sçauroit bien
plus de Latin que l'Enfant conduit huit ans par
acule voye des Thêmes , au de la composition , le
↑
la
premier
20 MERCURE DE FRANCE
premier ne verroit jamais que de bon et de pur La
tin , qu'il pouroit aprendre par coeur à force de Ver
sion & de copie ; au lieu que l'autre ne verroi: jamais
que du Latin d'Ecolier quelle difference ! J'ai
trouvé des Maîtres de bonne - foi , qui m'ont dit que
si la méthode des Thêmes n'étoit pas la meilleure
pour les Enfans , c'étoit du moins la plus commode
pour les Maîtres ; qu'il falloit occuper les Enfans ,
en leur donnant des Thêmes à faire , pour soulager
le Maître ; .que d'ailleurs il étoit plus aisé à un
Précepteur de corriger les fautes & les solécismes
d'un Thême , que de bien traduire un Auteur ; dans
la correction des Thêmes , il n'est pas obligé d'avoir
le Livre à la main autant que l'exigeroit la traduction
d'un texte Latin .
Quoique cela soir: très-clair , on peut encore
le rendre plus sensible , en donnant un exemple de
chaque espece
de construction ; en voici un de la
construction interlineaire , par le moyen de laquelle
un simple domestique , la mere , ou quelqu'autre
personne sans étude , pourront faire travailler utilement
l'Enfant , en lui aprenant à lire les deux ‹
Langues.
Lupus et Agnus compulsi siti venerant
Le Loup et l'Agneau poussés par la soifétoient venue
ad eundem rivum &c.
au même ruisseau & c.
On fera lire à l'Enfant 1º. le Latin tout de suite.
2. tout le François de suite . 3 °. chaque mot Latin
avec son mot François. 4. chaque mot François
avec son mot Latin ; après quoi l'on pourra deman--
der à l'Enfant quels mots il a retenus , et on verra
avec plaisir que l'Enfant peu à peu se trouvera prés
que
MARS. 17398 421
que en état de répeter par coeur les quatre sortes de
lectures qu'il aura faites , en regardant dans son
Livre , dans son Cayer , ou sur la Table de son
Bureau. On n'a rien à desirer au surplus en certe
matiere , quand on a les Livres de M. du Marsais,
et surtout l'Exposition de sa Méthode raisonnée , ses
Remarques sur les Articles 52. et 3. des Mémoires
de Trévoux , du mois de Mai 1723. et son
Jouvenci , ou l'Abregé de la Fable en Version interlineaire
, avec tous les secours possibles , non
seulement pour les Enfans , mais encore pour la
plupart des Maîtres , principalement pour ceux
qui font usage du Bureau typographique. On aura
un modele parfait pour préparer , conduire et
accompagner les Enfans dans toutes les autres
constructions , ou dans l'explication des Auteurs les
plus difficiles , quand on aura la Méthode raisonnée,
à laquelle travaille depuis près de trente ans ce
fameux Grammairien Philosophe..
La seconde construction chiffrée de ce même
exemple , est le pur texte Latin , comme ,
7 9 8 1 2 3
Ad rivum eumdem Lupus et Agnus venerant
siti compulsi be.
Or il est visible que l'Enfant du Bureau Types
graphique , après avoir travaillé long - temps
sur la construction interlineaire , et s'être rendu
familier avec la suite naturelle des premiers nombres
, ne sera point embarrassé à la vûë de ce pur
texte chiffré , & qu'il rangera fort bien de lui- même
sur la Table de son Bureau ,
I 2 3 4 6 7 8
Lupus et Agnus compulsi siti venerans ad eumdem
Tivum be.
422: MERCURE DE FRANCE
Si l'Enfant ne pouvoit pas encore chercher la
suite des nombres , alors j'exigerois seulement qu'il
mît sur la Table le pur Texte chiffré ,
7
I 2 3
Ad rivum eumdem Lupus et Agnus venerant
compulsi &c.
site
Et ensuite je lui montrerois sur la même Table
et dans une autre ligne , l'opération qu'il n'avoit pu
2 3
faire à Livre ouvert , Lupus et Agnus &c. Voilà
donc déja la construction Latine pour l'interlineaire
, il ne s'agit que de dicter à l'Enfant les mots
François qu'il doit mettre au-dessous de chaque
mot Latin , en attendant qu'il puisse les composer
lui-même avec le secours du Vocabulaire , ou de
la Liste dont j'ai parlé ci - devant ; ou même quelquefois
après avoir entendu expliquer de vive voix
le pur texte chiffré , &c. sans l'assujettir encore à
l'usage d'un Dictionaire ; et cela par oeconomie
de temps , et encore plus par crainte de le dé
goûter.
mot à mot ;
La troisiéme construction n'étant que de
vive voix , le Maître a beau faire en l'air la construction
interlineaire , et invisible ,
petit Enfant ne peut pas le suivre , l'opération est
tropforte ; elle supose trop tôt d'accord l'attention,
l'intelligence et la mémoire dans les petits Enfans,
sans donner à leurs yeux la suite & la liaison de ce
qu'on offre à leurs oreilles . Je voudrois qu'on fît un
peu plus d'attention à cette vérité pédagogique.
Les grands Maîtres qui ont blâmé la Pratique des.
Gloses interlineaires , et qui ont craint l'inaction
ou la paresse des Enfans , ne l'ont jamais fait , que
pour des Enfans allant en Classe et au College , et
20+
MARS. 1739. 423
non pas pour de petits Enfans que l'on commence
dans la maison . paternelle , ou dans les petites
Ecoles .
A l'égard des phrases littérales et en latinismes ,
il suffit de traduire mot à mot du Latin de quelque
bon Auteur ; par exemple ,
Au ruisseau même , Loup es Agneau étoient venus ,,
par soifpressés , ..
Ce François demi Latin , ou Latin rangé , facilite
la composition du Thême ; il ne s'agit que de
dire les mots Latins à l'Enfant , ou de lui donner.
le Vocabulaire qui les contient ; car au commencement
le Maître doit être.un Dictionaire vivant, pour:
épargner à l'Enfant l'improprieté des termes, et doit .
lui donner tout le secours possible , et lui augmenter
la confiance , bien loin de le décourager. Je
n'ignore pas que la peine du travail fait de plus,
fortes impressions sur l'esprit de ceux qui peuvent
et qui veulent travailler sans se rebuter ; mais il
s'agit des petits Enfans , et non des Hommes ; dit--
ference essentielle , qui exige , de la part des Maîtres
, tous les ménagemens et toutes les adresses .
possibles , pour inspirer à ces mêmes Enfans le
goût du travail et de leur devoir ; ce qui ne paroît :
pas possible , si l'on confond la méthode des petits .
Enfans avec la méthode des grands., Le parallele
continuel des deux Langues rangées sur la Table
du Bureau Typographique , rendra l'Enfant plus
docile et plus fort , que, ne peut jamais le faire
le ton imperieux & menaçant de la méthode ·
vulgaire. 1. Faute d'Imprimerie , qui donne l'équivalent
de l'Ecriture, 2 Faute par la plûpart ,
d'écouter et de suivre l'esprit méthodique et de sagacité,
qui tend toujours à la meilleure maniere de
gagner de conduire , et d'instruire les petits Enfans
424 MERCURE DE FRANCE
fans. Si cette Pratique paroît bizare à quelque Lecteur
François , et qu'elle lui choque l'oreille , il ne
doit pas douter que la Pratique, dn donle Latin
' n'eût pu paroître bizare à Ciceron i choquer
également l'oreille . Si on trose à propos et utile
de donner deux sortes de Latin , pour faciliter la
Version , sçavoir le Latin construit , et le pur Texte ,
pourquoi ne sera- t-il pas permis de donner aussi
deux sortes de François , pour faciliter la composition
, soit qu'on les donne en l'air et de vive voix
seulement , ou qu'on les donne par écrit › L'exerxercice
du double François pourroit donc être mis
en usage , . Parce que la composition est plus
difficile à attraper que la Version . 2 ° . Parce qu'il
n'est pas à craindre que le mauvais François latinisé
puisse nuire à la Langue vivante , que donne
P'usage continuel de cette même Langue , comme
il pourroit être à craindre que l'usage du mauvais
Latin , ou construit , ne nuisît à l'étude du pur
Texte d'une Langue morte. Je crois encore qu'on
pourroit montrer aux Entans à expliquer de vive
voix , et sur le champ, en Latin, un Livre François,
comme feroit aujourd'hui Ciceron même , curieux
d'aprendre notre Langue . Le Cathéchisme Historique
de M.Fleuri , en François , serviroit de Texte
à traduire en Latin pour les petits Enfans , et le
Telemaque , par exemple , seroit bon pour les hautes
Classes ; le Maître doit alors servir de Grammaire
, de Dictionaire , et enfin de Guide , pour la
composition en l'air du Livre François , en Latin.
On voit par-là que ce qui est Traduction pour l'un ,
peut être Composition pour l'autre. C'est pourquoi
il faut un peu essayer de tout,en faveur des Enfans ,
et s'en tenir à ce qui est meilleur , après l'examen
convenable de toutes les combinaisons élementaires
, et sans aucune prévention pour les anciennes
méthodes
,
MARS. 17398
420
*
méthodes, quelque respect que l'on ait , et que l'on
doive avoir pour les grands Maîtres , qui les ont
pratiquées , ou qui les pratiquent encore.
*
J'ajoûterai , au reste , qu'il ne faut jamais
perdre de vûë la Boussolé du Systême Typographi
que , c'est-à- dire , la Méthode naturelle , pratique,
et vulgaire , employée si utilement dans chaque
Pays , pour montrer à un petit Enfant la Langue
maternelle. On ne fait pas assés d'attention à ce
prodige de l'enfance , laquelle , quelque stupide et
imbécille qu'elle soit , aprend néanmoins de sa
Nourrice et de sa Mere , ou de ceux qui l'environnent
, sans peine , dans peu , d'une maniere insensible
et pour toujours , les Langues vivantes les
plus difficiles , pendant que beaucoup de Sçavans se
tuent , sans pouvoir jamais aprendre , ni enseigner
ni retenir , ni pratiquer eux-mêmes aussi bien au
cune des Langues mortes. C'est à la Méthode vulgaire
à nous dire pourquoi , et à convenir qu'elle
s'éloigne un peu trop de cette route de la nature
lorsqu'elle condamne les petits Enfans à la construction
de vive voix pour la traduction , plûtôt
qu'à la Version interlineaire ; et ce qu'il y a encorede
moins raisonnable , lorsqu'elle condamne ces.
mêmes petits Enfans à la composition des Thêmes,
avant que de les faire passer à la construction interlineaire
, à la construction chiffrée , et enfin à la
construction de vive voix. Il y a plusieurs Maîtres.
sensés , qui , sans entrer dans le détail de toutes
ces constructions , se contentent de donner à leurs
petits Enfans , des Phrases choisies de bons Auteurs,
courtes , agréables , aisées à construire , et propres
à leur faire voir peu à peu l'aplication de toutes les
Regles des Concordances , et de la Syntaxe , dont
l'explication est nécessaire pour préparer les Enfans.
àla Version et à la Composition , en suivant exactement
426 MER- CURE DE FRANCE
tement la Méthode judicieuse de M. Rollin , tou
jours proportionnée à l'âge , à la foiblesse et à la
capacité des Enfans.
Si quelque: zélé Latiniste pense plus juste , et
qu'il veuille bien faire part au Public de fes lumiéres
et de ses réflexions , je lui abandonne dès à présent
non seulement les miennes , mais encore tour
l'attirail de la Typographie. Je ne fais en cela qu'executer
une partie de la promesse que je réitere
volontiers , de soûmettre avec une déference respectueuse
mes idées et mes raisonnemens à l'examen
et à la décision de nos grands Maîtres du Pays
Latin ; je le dis avec d'autant plus de sincérité et de
confiance , que plusieurs des Principaux se sont déja
déclarés en faveur de la Typographie ; qu'il y a
même beaucoup de Professeurs de l'Université qui
tâchent de réformer ou de rectifier peu à peu la Méthode
vulgaire , il faut esperer que leur zele , leur
patience et leur exemple toucheront un jour les
autres Professeurs , et qu'enfin l'experience , soûtenue
de la raison et de l'autorité , ramenera , s'il
plaît à Dieu , tous les Maîtres à la meilleure maniere
de montrer aux petits Enfans les premiers
Elémens des Arts et des Sciences.
J'ai l'honneur d'être , &c..
STANCES
MARS.
*1739. 427
tatatatata
STANCES
SUR LA NOBLESSE
Nobilitas sola est atque unica Virtus. Juven!
Pourquoi de res nobles Ayeux
Sans cesse nous vanter la gloire è
Pourquoi de leurs Faits généreux
Toujours nous rapeller l'histoire ?
Oui : Damis , je le sçais , leurs Exploits glorieux
Sont pour toujours gravés au Temple de Mémoire:
A peine nos petits Neveux
Oseront-ils les croire.
Mais ce sang , dis-moi , prétens -tu ,
<Ce sang, qu'en tes Ayeux j'adore ,
Qu'il te soit compté pour vertu ?
Prétens5- tu qu'en toi je l'honore ?
Si lorsque d'un Héros tu te dis descendu ;
Je remarquois en toi de la Noblesse encore ,
Je te rendrois ce qui t'est dû ;
Mais , Damis , je t'abhorre.
Ce n'est point par prévention ,
Cc nest pas non plus par caprice ;
428 MERCURE DE FRANCE
La Noblesse d'extraction
Chés moi n'excuse pas le vice :
Ainsi quand je te vois rempli d'ambition ,
Sans valeur , sans vertu , rongé par l'avarise ;
Je te hais , mais sans passion ,
Et je te rens justice.
Veux- tu mériter mon amour ?
Tu connois le sage Voiture
Modeste , brave , sans détour ;
Sois comme lui plein de droiture.
A t'entendre parler il n'est né que d'un jour
Tu te trompes , il a six siecles de roture.
Oui , six siecles ; mais en retour
Vertu fait sa parure.
* Nom emprunté.
T.C. D. P.
A Picquigny e 20. Fevrier 1739.
RE
MAR S. , 1739 ;
429
REPONSE à la seconde Lettre du Pere Le
Pelletier , au sujet des Chansons du Roy de
Navarre , imprimée dans le Mercure de
Janvier 1739. page 40.
C
Ette Réponse , M. n'est point nou
velle pour vous ; j'ai eu l'honneur de
vous l'envoyer à Chatrice , dès le mois de
Décembre dernier : vous me mettez dans
une espece d'obligation de la publier , en
disant , que mon silence fait ma condamnation.
Il est dur de se voir condamné de quelque
façon que ce soit ; ainsi malgré mon éloignement
pour les Disputes publiques , parlons
donc tout haut , puisque vous le voulez.
,
Il est question , M. de sçavoir si Thibaut ,
Comte de Champagne a fait quelques
Chansons pour la Reine Blanche , mere de
S. Louis , & cette question est aisée à décider
; il n'y a qu'à lire celles qu'il a composées
: si vous aviez pris cette peine , vous
n'auriez plus de doute ; vous auriez vû qu'il
a'y en a aucune que l'on puisse apliquer à
la Reine , d'où j'ai conclu , qu'il n'en a point
été amoureux. C'est là mon principal argument
, sur lequel est fondée cette espece d'in
trepidité que vous me trouvez .
à¨
Comme vous n'avez pu attaquer ce que.
j'ai
430 MERCURE DE FRANCE
j'ai dit sur ces Chansons , ni renverser le
argumens que j'en ai tirés , vous avez invo
qué l'Historien Anglois, Mathieu Paris ; vous
avez pensé , qu'en faisant son éloge , ca
louanges étoient des objections véritablement
solides contre mon Ecrit : personne ne le pen
sera avec vous ; un Auteur peut avoir été
un habile Homme, et avoir erré en quelque
partie.
Vous avez fait aux Echos même , des
plaintes ameres , de ce que je n'ai pas répondu
plus au long à vos objections : plusieurs
raisons m'en dispensoient. 1 °. je n'ai
point regardé le Panégyrique de Mathieu
Paris , comme une objection. 2°. il n'a point
parlé des Chansons dont il s'agit. Enfin , j'avois
prévenu dans mon Examen critique , vos
allegations ; j'y avois répondu d'avance ; desorte
que pour vous satisfaire aujourd'hui , je
sais obligé de tomber dans des redites.
- Voici donc encore une fois ce que Mathieu
Paris a écrit sur les Amours du Comte
de Champagne pour la Reine. Tunc Ludovicus
Rex ad quandam Abbatiam Muntpensier
appellatam ... se contulit ; ubi venit ad eum
Henricus Comes Campaniensis ... petens licentiam
ad propria remeandi. Cui cum licentiam
Rex vetuisset .... tunc Comes , utfama refert,
procuravit Regi venenum propinari , ob amorem
Regina ejus , quam carnaliter , illicite adamavit.
MARS. 1739: 43
›
amavit. Hist. maj . anno 1226. page 230.
Tel est le langage de l'Historien pour lequel
vous exigez une confiance et une déférence
entiere . Examinons son récit nous
y trouverons autant de fautes que de mots.
Louis VIII . dit-il, se retira dans l'Abbaye de
Montpenfier,ad quandamAbbatiam Muntpenfier
appellatam, il n'y eut jamais d'Abbaye dans
Montpensier : Henry , Comte de Champagne
, vint l'y trouver , ubi venit Henricus
Comes Campaniensis. Vous sçavez que le
Comte qui gouvernoit alors la Champagne,
se nommoit Thibaut , et non pas Henry.
Le bruit court , fama refert , qu'il prit le
congé que le Roy ne vouloit pas lui accorder,
et qu'il se retira après lui avoir fait
" prendre un breuvage empoisonné pour
» l'amour de la Reine , qu'il aimoit char-
» nellement et illicitement , quam carnaliter,
illicitè adamavit.
99
33
Etes-vous d'humeur , M. d'accepter pour
garant d'une pareille noirceur , un prétendu
oüi dire, sur le fondement duquel votre excellent
Historien verse à pleine coupe, le poiſon
d'une calomnie, dont l'impression rejaillit sur
personne de la Reine ? Car en ajoûtant foi
à l'amour , dont Thibaut , jeune Chevalier
riche et magnifique , brûloit pour elle ; en
croyant que cet amour en a fait un Empoisonneur,
unParricide ; Blanche n'est plus cette
B Reine
la
432 MERCURE DE FRANCE
·
Reine ,respectée dans l'Hiftoire par sa piété et
par ses vertus ; c'est une Frédegonde , une
Brunehaut. A Dieu ne plaise, dites- vous, que
ce soit-là votre pensée;la Reine ne participoit
point aux crimes de son Amant, elle ne faisoit
pas la moindre attention à sa folie ? On
pourroit le croire , si la prétenduë folie de
son Amant n'eut duré que quelques jours ;
mais si elle a continué pendant des années
entieres , votre fiction n'est plus de mise.
Il vous est permis d'ignorer ce que c'est
que l'amour , & quelles en sont les maximes
: en voici une certaine .
Quand on est sans espérance ,
On est bien- tôt sans amour.
Un Amant qui n'est pas écouté favorablement
, renonce bien- tôt à l'amour. S'il étoit
vrai que Thibaut eût été autant et aussi
long- temps amoureux , que le Moine Anglois
le supose , il étoit donc aimé , c'est une
conséquence assûrée. Vous seriez fâché
qu'on le crût de la Reine ; cependant votre
crédulité en cet Historien et en son oüi- dire
vous conduit là. Continuons à le suivre pas
pas dans ses autres bévûës. à
Thibaut ayant empoisonné le Roy , par
amour pour la Reine , ce crime execrable
fut sans doute , ou récompensé , ou puni par
celle pour qui il avoit été commis . Point du
tout
MARS.
1739. 433
tout , on n'en fit pas la moindre recherche.
Le criminel , qui auroit dû se rendre à la
Cour , auprès de l'objet de sa passion , arrivatranquillement
dans son Comté de Champagne
in propria venit , dit l'Historien anonyme
des Gestes de Louis VIII . Il n'y a rien
રે oposer à un témoignage si précis.
Peu de jours après son retour , le Roy
mourut , entouré d'une partie des grands Seigneurs
de son Royaume , auxquels il avoit
donné l'ordre de presser le Couronnement
de son Fils ; l'Archevêque de Bourges , celui
de Sens , les Evêques de Beauvais , de
Noyon , de Chartres ; Philipe , Comte de
Boulogne , Gautier , Comte de Blois , le Sire
de Coucy , le, Comte de Montfort , Archambaut
de Bourbon , Jean de Nesle , et Estienne
de Sancerre , furent ceux qu'il en chargea
: sur ses ordres ils écrivirent à Thibaut,
leur ami , Nobili viro et amico Theobaldo , le
priant de se trouver à Rheims au jour marqué
pour cette cérémonie : affectuosè rogamus
et requirimus , quatenus prefata die eidem
coronationi velitis personaliter interesse. S'il
leur cût paru aussi criminel , que Mathieu
Paris le fait , ils ne lui auroient pas envoyé
cette invitation , laquelle fut inutile ; il ne
se trouva point au Sacre. Embarassé dans la
Ligue , qui éclata dans ce temps , et qui
avoit été noüée dès le vivant du Roy ;
13
Bij
il
434 MERCURE DE FRANCE
il se cantonna avec les Rebelles.
"
,
J'aprens par des Lettres de Pierre , Duc
de Bretagne , & d'Hugues de Lesignan ,
du 2. Mars 1226. ( 1227. nouveau style , )
qu'il fut député par eux , pour venir demander
une Tréve pendant laquelle le
Roy devoit se retirer au-delà de Chartres ,
ou d'Orleans : Dedimus licentiam , disent ces
Lettres, Theobaldo nobili viro Comiti Campanie,
capiendi treugas cum Domino Rege Francie.
Sa Personne n'eut point été assés agreable à la
Cour , pour l'y envoyer afin d'obtenir une
Tréve , s'il avoit véritablement empoisonné
le Roy:il n'auroit pas embrassé si légerement
la Ligue , qui vouloit enlever la Régence
du Royaume à Blanche , s'il l'avoit
aimée.
Cette Députation néanmoins servit à le
détacher des Rébelles : la prudence , la politique
de la Régente du Royaume , les
conseils de sa mere , qui étoit une Princesse
des plus sages & des plus vertueuses , l'en
retirerent. Les Confédérés se tournerent aussi
-tôt contre lui , ils lui oposerent Aélide .
Reine de Chipre , qui étoit arrivée depuis
quelque temps en Champagne , pour y faire
valoir ses droits sur cette Province ; il se
vit investi par ses ennemis , auxquels il ne
pouvoit résister. Dans cette extrémité , le
Roy , par les conseils de la Reine , Jui
tend
MAR. S
435 1739
rend une main secourable , & le délivre.
Pour peu qu'on réfléchisse à ces mouvemens
, sur lesquels je passe rapidement ,'
parce que vous en sçavez l'Histoire mieux
que moi , le récit de Mathieu Paris se dissipe
en fumée ; on voit qu'il n'a rien dit
de raisonnable en cet endroit ; aussi a - t- il -
parlé d'après un oui - dire , vrai ou prétendu.
Les Vers,que vous avez pris dans les Observations
de Ménard sur Joinville , ne di--
sent point que Thibaut ait été l'Amant de
la Reine , mais seulement , que la Reine
étoit sa loyale amie ; ce qui est fort different
de ce que vous prétendez dire , quoique
très-véritable en soi. Nous venons de
voir qu'elle l'avoit dégagé des ennemis qu'il
s'étoit attirés en la servant ; en quoi elle fit
une action de loyale amie , & d'une bonne
Souveraine envers son Vassal. Comment
avez - vous pû donner ces Vers pour preuve
que Thibaut a fait des Chansons en faveur de
Blanche ? Je n'ai point l'oeil assés perçant ,
pour apercevoir , qu'il lui ait fait la faveur
de la chanter ; ces Vers ne le disent point.
Philipe Mouskès vous est encore d'une plus
foible reffource, pour prouver cettefaveur de
Thibaut à laReine; il n'a parlé ni de ses chants,
ni de ses amours. J'ai eu occasion de relever
une autre fable , qu'il a débitée ; sur
B iij quoi
436 MERCURE DE FRANCE
quoi vous criez contre moi au calomniateur
vous m'accusez d'avoir voulu déchirer sa
réputation , par une accusation aussi atroce.
M. Ducange avoit dit avant moi que l'Histoire
de Mouskès contient plusieurs fables ;
à l'abri d'un aussi grand Maître , je suis
dispensé de toutes les réparations & de toutes
les rétractations auxquelles vous me condamnez
.
En bonne foi , M. si l'un de nous deux
devoit réellement se rétracter , pensez- vous
encore que ce fût moi qui dûsse le faire ? je
vous en laisse l'arbitre , connoissant votre
droiture.Les observations , que je viens de proposer
, ne vous paroîtront peut- être plus de
frivoles conjectures , qui démentent des Auteurs
aussi respectables que Mathieu Paris & Philipe
Mouskes. Ces conjectures sont de véritables
preuves , telles qu'on peut les donner
en matiere historique , & des démonstrations
irréprochables , auxquelles je ne craindrai
point de m'abandonner , quoiqu'elles
contredisent des Auteurs contemporains , on
presque contemporains . Je manquerois aux
regles de la saine critique , si je ne me servois
de son flambeau , pour dissiper des erreurs
grossieres .
, Les bons Monumens les Auteurs contemporains
seront mes seuls guides , sans
pourtant m'y abandonner , jusqu'à la superMARS.
1739.
437
perstition , quand je verrai qu'ils choqueront
la vrai- semblance & la vérité. Je vous ai
M. une véritable obligation de votre critique
; elle m'obligera à peser tous les Faits ,
dans le dernier détail ; mon Histoire y gagnera
; vous souhaitez , dites-vous , qu'elle
paroisse bien- tôt , je la travaille de mon
mieux ; mais elle ne verra peut-être la lumiere
que trop tôt ; je tremble de la mettre
au jour , dans un temps auquel quantité de
célebres Historiens s'occupent à produire des
chefs - d'oeuvre.
Vous désirez encore , que je vous donne
des preuves , qu'Agnès de Beaujen a été veritablement
séparée de Thibaut ; je vous les ai
montrées , ces preuves , en passant ici . Vous
vîtes des Lettres du Roy S. Louis , du mois
de Fevrier 1234, par lesquelles il engage
Thibaut à rendre à la Comtesse de Troyes ,
dilecte et fideli nostre Comitisse Trecensi , les
Juifs de la Champagne , qui lui apartenoient.
La Comtesse de Troyes , designée
dans ces Lettres , ne peut être qu'Agnès de
Beaujeu ; d'où il faut conclure , qu'elle vivoit
encore en 1234. séparée de Thibaut
lequel s'étoit remarié en 1232. à Marguerite
de Bourbon. Je vous montrai aussi une
Lettre de cette même Agnès : Ego Agnès Comitissa
Campanie , &c. du mois de Juin
1226. dans laquelle elle nomme Aélide ,
B iiij
Reine
438 MERCURE DE FRANCE
, Reine de Chipre sa Maîtresse Domine
Aelidi magistre mee : puisqu'elle lui étoit si
dévouée dès ce temps , elle étoit donc en
desunion avec Thibaut son mari.
Il me reste à vous demander en grace
d'être persuadé , que la diversité de nos
opinions , n'altere en rien les sentimens
d'attachement , avec lesquels j'ai l'honneur
d'être , &c.
A Paris , ce 23 .
Fevrier 1739:
** ! ******************** ··
FABLE de M.R ***.
J Adis en l'Inde Occidentale .
Régnoit un Lion si clement ,
Que jamais vice ni scandale
Chés lui ne reçut châtiment.
Sa bénignité sans seconde
Tournoit tour en bien chés autrui ;
Il étoit bon pour tout le monde ,
Tout le monde étoit bon pour lui.
Par hazard en certain voyage
Il fit rencontre d'un vieux Ours ,
Grand Philosophe , mais sauvage ,
Et non poli dans son discours.
Viens
MARS. 1739. 439
Viens à ma Cour , dit le Cacique ,
Tu seras servi comme un Roy.
Trop d'honneur , reprit le Rustique ;
Mais vous n'êtes point né pour moi,
Tout n'est qu'un dans votre service
Soit qu'on marche droit , ou tortu.
Qui ne hait point assés le vice ,
N'aime point assés la Vertu.
REMARQUES sur la Boucherie de l'Aport
de Paris , qui apartient présentement aux
deux Familles de Saint-Ton & Ladehors.
C
Eux qui ont fait des Recherches exac- *
tes sur les Antiquités de Paris , raportent
, que le Monastere apellé aujourd'hui
Saint Martin des Champs ; a été une Abbaye
fort célebre sous la seconde Race de nos
Rois ; mais que par les desordres ou des
Guerres de l'Etat , ou des Seigneurs particu
liers , cette Abbaye avoit été si . misérablement
ruinée , que même le premier Titre
qu'elle avoit porté , étoit demeuré dans
Foubli,
Henri I. petit - fils de Hugues Capet , mû
d'une dévotion particuliere envers S. Marting
réédifia ce- Monastere , le dota de plusieurs
By revenus
"
440 MERCURE DE FRANCE
revenus , y mit des Chanoines Réguliers
comme il paroît par laCharteLatine datée de
l'an 27. de son Regne , qui tombe en l'année
1060.
Philipe I. son fils , en confirma la Dotation
, par une Charte aussi Latine de 1067 .
Il en ôta les Chanoines , à la place desquels
il mit des Religieux de Cluni , dont l'Ordre
,florissoit alors sous Hugues , sixième
Abbé.
Peu d'années après , sçavoir l'an 1096. un
Seigneur apellé Gautier , ( a ) & sa femme,
qui portoit le nom de Hodierne-la-Comteſſe,
donnerent aux Religieux de S. Martin des
Champs , l'Eglise de Montmartre , avec autant
de terrain qu'il en falloit pour y construire
un Monastere , & y ajoûterent le tiers
de la Dixme qui leur apartenoit , avec quelqu'autre
fond de terre , pour la subsistance
des Religieux qui y feroient le Service Divin.
Mais parce que pour faire cette Donation ,
Gautier & sa femme avoient démembré no-
>
(a) Ce Gautier doit être le même que Guy I. du
nom, Seigneur de Montlheri , petit- fils de Bouchard
1. Baron de Montmorenci : il épousa une Dame vertuease
, nommée Hodierne , & non pas Hordiene
qui prenoit la qualité de Comteffe de Montlhery ,
comme on le voit par l'Inscription qui est sur sa
Tombe , dans l'Eglise de N. D. de Longpont sous
Montlhery , où on lit ces mots : Hicjacet Hodierna
Comitia Montis berici.
#able-
1
MARS. 1739.
441
tablement leur Fief, qui étoit dans la mouvance
de Bouchard , IV. du nom , Seigneur
de Montmorenci ; celui- ci étant venu visiter
l'Eglise de S. Martin des Champs , aprouva
& confirma la Donation de Gautier & de
sa femme .
Enfin , un nommé Guerry de la Porte , ( a)
Changeur de Profession , donna aux mêmes
Religieux une Maison fort spacieuse , qui luï
apartenoit, sise proche l'Aport de Paris, dont
la plus grande partie fut par eux convertie en
Boutiques ou Etaux & qui fait encore aujourd'hui
partie du fond sur lequel la grande.
Boucherie fut depuis construite , ainsi qu'on
le verra ci - après.
,
Philipe I. étant mort l'an 1108.eut pour successeur
son fils , Louis VI . surnommé le Gros,
qui épousa Adele , ou Adelaïs, vulgairement
Alix , fille de Humbert , Prince de Piémont,
& Comte de Maurienne. Ce fut à la priere,
& par le conseil d'Alix , que Louis le Gros ,
ainsi qu'il le déclara lui même dans une
Charte de l'an 1134. résolut de fonder un
5
(a) Les Changeurs demeuroient tous alors dans ce
Quartier , & principalement sur le Pont au Change ,
qui aboutit à l'Aport de Paris. Ce Pont , qui n'étoit
anciennement construit qu'en bois , se nommoit le
Pont aux Meuniers , ou le Pont aux Oiseaux ; il prie
le nom de Pont au Change , lorsqu'il fut bâti en
pierre , & que les Changeurs s'y établirent .
Bvj Convent:
442 MERCURE DE FRANCE
Convent de Moniales , & deftina pour leur
Etabliffement le Lieu de Montmartre , où en
effet il les logea. Mais connoiffant bien que
ce que les Religieux de Saint Martin des
Champs y poffedoient , lui étoit abfolument
néceffaire pour la Fondation qu'il s'étoit
proposée, il prit les plus sûres & les plus
légitimes voyes pour y
réüffir.
Tout Paris étoit alors renfermé dans l'Isle,
que nous apellons aujourd'hui la Cité; & entre
les Eglises qui y étoient construites, celle
de S. Denis de la Chartre avoit été , & étoit
encore poffedée par des Perfonnes purement
laïques, qui de force & d'autorité s'en étoient
emparées & joüffoient du revenu , Louis le
Gros l'ayant fçû , la retira , & la fit remettre
ès mains d'Etienne de Senlis , premier du
nom , lors Evêque de Paris , afin de la donner
aux Religieux de S. Martin des Champs,
à titre de permutation avec leur Monastere
fis à Montmartre , defquels auffi il fouhaita
avoir la Maifon que Guerry de la Porte leur
avoit donnée ou aumônée , pour la joindre
au Fonds & aux Domaines qu'il deſtinoit
pour la fubfiftance des Religieufes qu'il vouloit
loger à Montmartre .
2.
>
L'affaire miſe en négociation , les Religieux
deS.Martin desChamps connurent bien que la
de permutation étoit très-légitime , pour
donner leur Eglise , avec le Temporel de
voye
Montmartre
MARS. 17397. 4453
Montmartre y annexé, & recevoir celle de Si
Denis de la Chartre,avec le Temporel pareillement
y annexé. Mais d'autant que la Maison :
que Guerry de la Porte leur avoitaumonée, ne
faisoit point partie du Patrimoine de Montmartre
, & au contraire étoit de la Manfe de
leur Prieuré de S. Martin , ils ne voulurent
point fouffrir qu'elle fût insérée dans le Con
cordat , finon fous la charge expreffe , que
le Roy, l'ayant reçûë de leurs mains, la donneroit
aux Religieufes pour partie de leur
Fondation. Ce font les propres termes de la
Charte de Thibaut , Prieur de S. Martin des
Champs , de l'an 1133 .
Le Concordat fait fous ces conditions ,
fut pleinement executé ; mais Louis le Gros,
qui vouloit que fa Fondation portât les caracteres
auguftes d'une piété vraiment royale
, fit bâtir l'Eglife , accommoder les Lieux
réguliers , étendre la clôture , en un mot ,
difpofer les chofes en l'état où elles de
voient être pour la demeure des Religieufes.
Il fit auffi réparer la Maifon de Guerry de
La Porte , il acquit de Guillaume de Senlis ,
Iors Grand Bouteillier de France, le Fief & la
Seigneurie qu'il avoit tant für cette Maiſon ,
que fur le Territoire adjacent , lui ayant donné
quelques Etaux & Boutiques en contreéchange;
en conséquence de quoi le Roy
joignis
444 MERCURE DE FRANCE
joignit l'un & l'autre au surplus des Domaines
, qui composerent la Fondation des Religieuses
de Montmartre ; ainfi que tout eft
énoncé & expliqué dans la Charte de cette
même Fondation , l'an 1134 .
Voilà donc cette Maifon , qui originairement
avoit été possedée en pleine proprieté
par Guerry de la Porte , & par lui aumônée
aux Religieux de S. Martin des Champs ,
tirée des mains de ces mêmes Religieux , &
transmise aux Religieuses de Montmartre
comme faisant partie de leur Fondation &
Dotation. Ainfi il ne reste plus qu'à sçavoir
en quel temps & à quel titre elle est venuë
aux ancêtres des Familles de Thibert , de :
Saint-Yon & de Ladehors..
>
Tout Paris , comme il vient d'être dit ,
étoit alors renfermé dans l'Isle ; car la premiere
clôture , tant de la Ville que de l'Uni
versité ne fut commencée qu'en l'année
1190. par le commandement exprès de Philipe
Auguste , comme il étoit sur son départ
pour la Terre Sainte & ne fut achevée que
21. ans après , sçavoir , l'an 1211 .
,
Du côté donc,que nous apellons aujourd'hui
Université , hors quelques Maisons voifines
de S. Julien & de S. Severin, & qui faisoient
une espece de Fauxbourg , le reste étoit .
planté en Jardins , en. Vignes , en Noyers ,
jusques - là que les Abbayes de Ste Genevieve
&
MARS. 445 1739.
& de Saint Germain des Prés , compofoient
chacune un gros Bourg.
Le côté que l'on apelle aujourd'hui la Ville,
étoit encore plus champêtre , & beaucoup
moins habité ; car depuis la Riviere de Seine
, à l'Endroit où nous voyons à présent
l'Arcenal , jusques vers S. Louis , c'étoit un
fond marécageux de très - difficile accès , &
depuis l'Eglise Saint Louis jusqu'au Louvre
la terre étoit couverte d'un Bois , qui étoit ſi
proche du grand Châtelet , qu'il s'étendoit
dans le terrain sur lequel les Eglises de Saint
Méderic, Ste Oportune & des Innocens sont
: construites.
Les Boucheries étoient hors de la Ville , au
sortir de la Porte qui répondoit au Châtelet,
aux environs desquelles quelques Maisons
& Edifices composoient un Fauxbourg.
Il y avoit de ce temps - là des Familles qui
possedoient ensemble des Etaux employés à
l'usage de la Boucherie , lesquelles voyant
que la Maison de Guerry de la Porte , dans
l'enceinte de laquelle il y avoit pluſieurs
Etaux à Boucherie , leur étoit propre ,
la
prirent à cens des Religieuses de Montmartre
, avec deux anciens Etaux dont elles
étoient Proprietaires , situés proche de cette
Maison , à la charge de trente livres de cens
par an.
Il y avoit d'autres Etaux aux environs, qui
étoient
446 MERCURE DE FRANCE
étoient tous dans le commerce , & se ven---
doient & achetoient par les Particuliers qui
en étoient Proprietaires, comme un Domaine
pur & privé. Ce qui est prouvé par une Sen
tence du Chancelier de l'Eglise de Paris ,
renduë en 1207. entre les Religieux de Saint-
Martin des Champs , d'une part , le nommé
Jean l'Enfant , & sa soeur , d'autre part , au
sujet de certains Etaux affis proche la Porte
de la Boucherie qui conduit au grand Pont ,
lesquels Etaux furent adjugés à ces Religieux
, nonobftant la revendication que les-.
dits l'Enfant & sa soeur en faisoient.
Mais dans la suite , les Religieuses de Montmartre
s'étant imaginé que le Bail à cens de la
Maison de Guerry de la Porte ,par elles fait aux
Familles unies & associées en la Proprieté &
poffeffion des Boucheries,étoit de plus grande
valeur que le cens qu'elles s'y étoient réservé
, firent un Procès aux Proprietaires , lequel
fut terminé de l'autorité du Roy Phili
pe Auguste, » à condition » à condition que la Maison de
Guerry de la Porte , les Etaux construits:
» dans l'enceinte d'icelle , au nombre de 23 .
» & les deux autres Etaux compris dans le
» premier censement , demeureroient aux
Familles qui en avoient pris le Bail à cens,
» & apartiendroient en toute proprieté ,
» moyennant une augmentation , ou croîa
» du cens comme il est porté dans les an-
» ciens s
MARS. 1739
447
anciens Titres , lequel Cens il fixa à cin-
» quante livres par an , payables aux quatre
» quartiers accoûtumés , au lieu que le pre-
» mier Cens n'étoit que de trente livres ; &
» encore à la charge , que faute du paye-
" ment dudit Cens dans chacun desdits ter-
»mes , ils encourroient l'amande envers les-
» dites Religieuses , comme de Cens non
payé ; qu'ils demeureroient quittes & dé--
chargés des trente livres de Cens , porté
l'ancienne Charte du premier cense- par
» ment , & qu'ils entretiendroient les Lieux
» ensorte que lesdites cinquante livres de
» Cens pûssent être aisément perçûës.
""
ور
,
A
Outre la Charte de cet Accord , que Philipe
Auguste fit expédier , datée , comme il
a été dit , de l'an 1210. Elisabeth , lors Ab-.
beffe de Montmartre en fit aufli expédier
une en son nom , & de tout son Monaftere,
contenant la même chose , scellée de deux.
Sceaux , en lacs de de cire verte , datée
>
soye ,
de la même année 1210. au mois de Mars.
Voilà à quel titre , en quel temps & sous
quelles conditions cette Maison de Guerry:
de la Porte , & vingt - cinq Etaux construits,
tant dedans que' dehors icelle , furent acquis
en pleine proprieté par les Auteurs des Familles
unies & associées en la proprieté des
Boucheries de l'Apport de Paris , lesquelles
continuent encore aujourd'hui de le
payer
même.
448 MERCURE DE FRANCE
même Cens à l'Abbaye de Montmartre.
Les Proprietaires des Boucheries ayant été
maintenus par cette transaction , dans la pleine
proprieté de cette Maison & Etaux , s'apliquerent
à acquérir des Places adjacentes .
Ils acquirent d'abord une petite Halle contigue
, quelques autres Etaux & une Place y
jointe ; mais le Seigneur Censier, nommé
Adam Haranc , crut que cette Halle passant
en la main des Familles à qui la proprieté
des Boucheries étoit attachée , il couroit risque
d'être privé des profits que produisent
les mutations , il leur fit un procès , & les
voulant faire passer pour des Gens de mainmorte
, soûtint qu'ils devoient mettre hors.
de leurs mains les Etaux & la Place qu'ils
avoient acquis , prétention que lon a vûë
renouvellée de nos jours de la part des Dames
de Montmartre , lors des Arrêts de
1636. & 1638 ..
Mais Adam Haranc ayant remis ses interêts
au jugement d'Arbitres , qui le trouverent
mal fondé , il fut obligé de passer transaction
en la Cour de l'Officialité de Paris .
suivant l'usage & le stile de ce temps- là , en
date du mois de Mars 1233. par laquelle il'
consentit » que les Acquereurs demeurassent
» en possession desdits Etaux. & Places
» sauf sa justice & droiture au cas où il
écherroit , ce sont les termes de cet Acte
و د
qui
MARS . 1739.
449
"
» qui justifie que dans ce temps les Familles
Propretaires des Boucheries , les posse-
» doient en la même forme qu'elles les pos-
» sedent à présent.
Le troisième Contrat , passé pareillement
pardevant l'Official de Paris , au mois de
Juin 1260. est une Acquisition d'une Halle
procedant du Propre de Jean Hasselin , scise
en la Boucherie de Paris , & de tout ce que
ledit Hasselin & sa femme avoient & possedoient
aux environs de ladite Boucherie
moyennant quatre cent dix livres de surcens.
par an; & on peut observer que parmi les Familles
qui acqueroient , se trouvent les noms
de Bonnefille , Picards , Thibert , Sainyon ,
Chamblan , Amilly, & autres, jusqu'au nombre
de dix- huit ou dix- neuf, plusieurs desquelles
étant venues à s'éteindre , celles qui
sont restées ont conservé le droit des Boucheries
en entier , sans que jamais elles ayent
été troublées en cette possession dans le cas
de l'extinction de autres Familles qui participoient
au droit de la Boucherie. Ce qui
fait voir que l'extinction de la Famille des
Dauvergne , arrivée en 1660. n'a pas dû exciter
l'avidité de certaines personnes , ni
donner occasion de demander au Roy des
dons , soit du tout , soit de quelque portion
de cette Boucherie , mais que les Familles
restantes doivent être conservées dans la
possession:
450. MERCURE DE FRANCE
possession en laquelle elles font voir qu'elles
ont été depuis cinq cent ans ,
de profiter, par
une espece d'accroissement , de la réunion
du droit des Familles éteintes.
En Janvier 1275 .. les Proprietaires des
Boucheries acquirent encore une Bauve sous
la Boucherie , qui avoit apartenu en propriété
au nommé Jean Faroüe , dont le Contrat
se trouve passé en la Cour du même Officialde
Paris..
En Juin 1250. le nommé Hugues Lhuillier
, qualifié Hugo Unctarius , vendit à Jean
Chamblan , un Etal , où la Chair se vendoit,
scis en la Boucherie de Paris , dont le quart
étoit en la Censive de la Confrairie de Notre-
Dame de Paris .
Le 29. Décembre 1383 , Guillaume Haus--
seuil , acquit des Religieuses Cordelieres du
Faubourg S. Marcel , une Bauve & Etal dessus
, qui avoit apartenu à Jean dès Essarts ,
& depuis au nommé Jean Adam , étant en
la Boucherie de Paris, en la Censive du Roy,
lequel Etal & ce que ledit Hausseüil y avoit
joint , fut depuis par lui vendu aux Proprié ..
taires de la grande Boucherie , par Contrat .
du 20. Septembre 1401 ..
Or ce qu'il y a de très- certain , est que la
Directe & Censive qui s'est conservée jusqu'à
présent au profit des Seigneurs , prouve
invinciblement la qualité & situation du
fonds
MARS. 1739.
fonds dont la proprieté a passé aux Successeurs
des Acquéreurs .
Car depuis qu'au moyen des acquisitions
ci- dessus jointes en même corps & sous un
seul couvert , il ne s'est fait qu'une seule
Boucherie , apellée la grande Boucherie , les
Proprietaires en ont payé & continué les
Censives aux mêmes Seigneurs , envers lesquels
les portions acquises en étoient chargées
; sçavoir , envers le Roy , trois sols parisis
de Cens , pour l'Etal acquis des Religieuses
Cordelieres du Faubourg S. Marcel ,'
& cent sols de surcens , pour une Place joignant
les degrés de la grande Boucherie ,
vers le Châtelet , dont ils ont fourni déclaration
au Domaine les 16. Octobre 1537. &
premier Décembre 1639. & envers les Dames
de Montmartre , non- seulement les cinquante
livres de Cens , portées par la Transaction
de 1210. mais encore de ce qu'elles
avoient droit de prendre sur les Places , Halles
& Etaux depuis acquis , situés dans leur
Censive , desorte qu'encore aujourd'hui i1
leur est payé 25. sols parisis d'une part , au
jour de S. Remy , & soixante livres dix - sept
sols six deniers , aussi parisis , d'autre part ,
aux quatre termes de l'année , de Cens &
surcens , dont les Proprietaires & leurs Auteurs
, ont fourni & passé diverses Déclarations,'
452 MERCURE DE FRANCE
rations , Sentences , Arrêts au profit desdites
Dames , en date du 10. Janvier 1549. 16.
May 1573. 23. Avril 1603. 17. Septembre
1607. 8. May 1629. & 5. Décembre 1630.
mais cette Boucherie dans la suite des temps
a souffert divers retranchemens , ce qui prouve
qu'elle occupoit d'abord beaucoup plus
de terrain qu'elle n'en contient aujourd'hui.
Le premier retranchement fut fait par
Hugues Aubriot , Prévôt de Paris , qui sous
prétexte d'orner & embellir la Ville , contraignit
les Proprietaires de la grande Boucherie
, d'abattre à leurs frais & dépens une
grande maison située à un des coins d'icelle,
proche les Prisons du Grand Châtelet & la
Boucherie , qui fut depuis apellée la rue
Neuve.
Ce fait est prouvé par les Lettres Patentes
de Charles VI. de l'an 1406. " qui pour in-
» demniser aucunement les Proprietaires de
» la perte qu'ils avoient soufferte par ce re-
» tranchement , leur permit de faire mettre
» des Auvants de cinq pieds de long contre
» & le long des murs de leur Boucherie du
» côté de ladite ruë Neuve , & au- dessous
» desdits Auvants , au volume d'iceux , faire
placer des Etaux , les loüer & en tirer
» profit.
"
›
Le second retranchement fut fait lorsque
cette
MARS.
453 1739:
cette
même
Boucherie fur
rebâtie tout à
neuf en
l'année 1419 .
Pour
entendre ceci il faut
sçavoir que par
les
factions qui se
formerent
sous le
Regne
du
même
Roy
Charles VI. la
grande
Boucherie
dont il s'agit , fut en l'an
1416.
démolie
,
abattuë &
ruinée de fond en
comble.
Ce fut une
nécessité aux
Proprietaires de
céder à ce
torrent , mais
quelque peu de
calme ayant
succede à cette
bourasque , ils
obtinrent en
1418. des
Lettres
Patentes portant
permission de
rétablir & de faire
bâtir
leur
Boucherie , elles
furent
vérifiées en Parlement
le 3.
Octobre de la
même
année ,
& dès le
lendemain
publiées au
Châtelet.
>
mais
Ils
s'adresserent
ensuite au
Voyer de Paris,
afin de
prendre de lui
l'alignement sur les
anciens
fondemens. Cet
Officier
s'étant fait
assister des
Maçons &
Charpentiers du
Roy , fit
travailler à
fouiller la terre
ayant
reconnu le peu de
regularité qui avoit
été
gardée ,
lorsque les
Places ,
Halles &
Etaux, acquis par
parcelles ,
avoient été réduits
en une seule
enceinte , pour ne
composer
qu'un
même
corps , &
l'incommodité
que le Public en
recevoit , &c. il
dressa un
Plan
nouveau , dans
l'ordre
duquel les ruës
se
trouverent
dégagées , mais les
Proprietai
res
perdoient
quinze
toises
quarrées de leur
fond.
Le
454 MERCURE DE FRANCE
Le bien public l'emporta sur le particulier,
après que dans une Assemblée solemnelle
des Officiers du Parlement , du Grand- Conseil
& du Châtelet , convoquée & tenuë
dans la Chambre des Comptes , où présida
M.le Chancelier , le nouveau Plan -eut été
aprouvé , suivant lequel la Boucherie fut
bâtie en la forme qu'elle est aujourd'hui , à
l'exception de certain espace qui en fut depuis
retranché , pour les causes qui vont
être expliquées. Or ce nouveau Bâtiment
qu'il fallut mettre sur pied , à commencer
dès les fondemens , coûta excessivement
aux Proprietaires , qui pour y fournir furent
obligés de faire de grands emprunts , & de
contracter de grandes dettes.
Le troisiéme retranchement fut fait en
1471. en vertu des Lettres Patentes de Louis
XI. datées du 27. Août. Ce Monarque ordonna
que trois Etaux de la grande Bouche
rie fussent abattus , que la place qu'ils occupoient
servît à l'élargissement de la ruë , &
que pour indemniser les Proprietaires de ces
trois Etaux , il leur en fût délivré trois au¬
tres en échange , dans la Place du C. netiere
S. Jean. Ce qui fut ponctuellement executé
le 25. Octobre 1471. par Nicolas le Mercier
, Huissier au Parlement , suivant les or
dres qu'il en reçut de Messire Jacques Fournier
,
MARS. 1739.
45$
nier , Conseiller au même Parlement , Commissaire
nommé pour l'execution ; sur chacun
desquels trois Etaux du Cimetiere saint
Jean , le Roy retint 20. livres parisis de
rente annuelle 'envers son Domaine , faisant
60. livres parisis pour les trois , qui se payent
encore aujourd'hui.
Voila à quel titre les Familles de . Thibert,
Saintyon & Ladehors , possedent trois Etaux
dans la Boucherie du Cimetiere S. Jean ,'
c'est-à- dire à titre d'échange , qui est légitime
& irrévocable , ainsi que le Roy l'a luimême
déclaré dans l'Edit qu'il a fait pour
son Domaine au mois d'Avril 1667.
Après cette explication des titres des Proprietaires
, ils ne doivent pas croire qu'il y
ait rien de Domanial dans leur Boucherie.
Car pour peu qu'on fasse refléxion sur ce qui
a été dit dans la déduction du fait , soit sur
la nature & qualité primitive de ce fond ,
soit sur les voyes légitimes par lesquelles il
a été acquis par les Auteurs des Familles , &
sur les redevances censieres qui y ont été
imposées & qui subsistent encore aujourd'hui
, il n'y a personne qui ne voye que ce
fond a été de tout temps & est encore aujourd'hui
un héritage libre , propre & particulier
à ceux qui le possedent.
Il faut remarquer que les Proprietaires des
Boucheries en question , aussi bien que leurs
C Pré456
MERCURE DE FRANCE
Prédecesseurs , les possedent (a) par droit
de famille , qui n'est communicable qu'aux
mâles , &
que les fémelles en sont excluës
tant qu'il reste des mâles de quelqu'une
de ces Familles , lesquels mâles n'en possedent
la proprieté que conjointement , &
n'ont en particulier d'autre droit que la joüissance
simple d'un Etal sujet à option d'année
en année , selon l'ordre de l'âge & de la
naissance , sans pouvoir disposer du fond ,
l'engager ni hypotequer directement ni indirectement.
On peut ajoûter à ces Remarques , que selon
l'Auteur de la nouvelle Histoire de Paris,
Tome II . page 753. les Bouchers Propriétaires
de la grande Boucherie ont été plusieurs
fois condamnés à faire le commerce
de la Boucherie eux- mêmes , avec défenses
de louer leurs Etaux à d'autres Bouchers :
J'Auteur des Remarques a en cela en vûë , le
P. Daniel , qui veut que ces Proprietaires ne
fissent point la Boucherie en détail , & que
leur emploi étoit seulement de fournir Paris
2
(a) L'Auteur de ce Memoire a oublié de remarquer
que les deux Familles de Saintyon & Ladehors
sont aussi Proprietaires d'une partie des
Maisons de la rue de Gêvre , qu'ils possedent au
même titre & aux mêmes conditions que leurs
Etaux , ce qui fait encore pour eux un revenu assés
considérable.
de
MARS.
45* 1739.
de grosse viande ; c'est dans l'Histoire de
Charles VI.
Au reste l'Auteur des Remarques se trom
pe quand il dit que la Ville de Paris étoit
renfermée dans l'Isle du Palais avant Philippe
Auguste , qui en 1190. lui donna une plus
grande étenduë par la nouvelle enceinte de
murailles , qu'il fit commencer en cette année
, étant certain au moins , comme il est
prouvé dans la nouvelle Histoire de Paris &
dans le Traité de la Police , qu'il y avoit plus
de 200. ans auparavant une enceinte de mu
railles du côté Septentrional qui s'étendoit
jusqu'à S. Merry,
A M. DE VOLTAIRE.
MEs maux sont adoucis , un rayon d'esperance
Fait briller à mes yeux un riant avenir ;
Destin cruel ! qui depuis ma naissance
Obscurcis mes beaux jours , ta rage va finiri
C'est ton Ouvrage , adorable Voltaire ;
En toi je trouve enfin un Mortel vertueux ,
Un Mortel , qui doüé d'un penchant salutaire,
Semble ne s'occuper qu'à faire des heureux ;
Je le dis , en dépit de la jalouse envie ;
Qu'elle fasse siffler ses Serpens en fureur ;
Cij Nons
458 MERCURE DE FRANCE
Non , quelque grand qu'il soit, ton immortel génie
N'égale point la bonté de ton coeur.
Conserve moi des soins que mon malheur fit naître,
Ne laisse pas un miracle imparfait.;
N'est-ce donc point mériter un bienfait ,
Que de sçavoir le reconnoître
De Gouve , d'Arras.
CONJECTURES sur le Pere & la
Mere de Tarquin le Superbe. Par
L
M. P. D. F.
Es Historiens ne sont point d'accord
entre eux sur le Pere de Tarquin le Superbe
, septième Roy de Rome ; les uns prétendent
qu'il étoit fils du premier Tarquin ;
Tite-Live (Lib. 2. ) ets de ce sentiment, qu'il
dit apuyé du plus grand nombre des témoignages
; Denis d'Halicarnasse ( Lib. 4 ) au
contraire soûtient que Tarquin le Superbe ne
peut être que le petit- fils de l'ancien , il le démontre
même évidemment par la suputation
qu'il fait des années de Tanaquille & des deux
Tarquins; les Auteurs de la nouvelle Histoire
Romaine (Tome premier, Liv. 3. Page 345. )
se déclarent , avec raison , pour le sentiment
de Denis d'Halicarnasse. Mais comment se
nommoit
MARS. 1739:
459
nommoit ce fils de l'ancien Tarquin , qui ,
selon eux , a donné le jour à Tarquin le Superbe
& à son frere Aruns ? Quelle fut la
Mere de ces deux Princes ? C'est ce qu'ils ne
nous aprennent pas. Dans un sujet aussi obscur
, qu'il me soit permis de hazarder quelques
conjectures .
Je crois devoir remarquer d'abord que
dans tout ce que les anciens Historiens nous
racontent , il y a toujours quelque chose de
vrai , leurs récits sont quelquefois mêlés de
Fables , quelquefois ils confondent les temps ,
les personnes , les circonstances , mais rarement
, je dis très- rarement , arrive - t'il qu'ils
fassent des récits si absolument faux , qu'ils
ne soient vrais en quelqu'une de leurs parties;
or comme le vrai doit être l'objet de nos
recherches , il me paroît que pour le décou
vrir , il est important d'observer deux choses.
La premiere de ne pas rejetter absolument
le témoignage d'un Auteur , toutes les
fois que l'on aperçoit dans sa Narration quelque
chose d'évidemment faux . La seconde ,
d'examiner attentivement & de démêler avec
soin dans chaque récit ce qu'il y a de faux
ce qu'il y a de vrai , & ce qui n'est que vraisemblable.
,
C'est en suivant cette méthode , que j'ai crû
découvrir le Pere & la Mere de Tarquin´le
Superbe , dans les Auteurs même que Denis
C iij d'Hali460
MERCURE DE FRANCE
d'Halicarnasse réfute comme contraires à son
sentiment.
Fabius , ancien Annaliste de Rome , dit
au raport de Denis d'Halicarnasse , (Lib. 4. )
que Tanaquille , femme du premier Tarquin ,
eut un fils nommé Aruns , qui mourut avant
elle , & dont elle ordonna les funérailles ;
mais parce qu'il ajoûtoit que cet Aruns étoit
frere de Tarquin le Superbe , Denis d'Hali
carnasse le réfute avec raison ; il est faux en
effet que le frere de Tarquin fût fils de Tanaquille
, il est faux encore qu'il soit mort du
vivant de Tanaquille ; Denis d'Halicarnasse
démontre l'un & l'autre; mais en est-il moins
vrai que Tanaquille & Tarquin l'ancien eurent
un fils ? Non , sans doute , puisque Pline
, ( Hist. Lib. 33. Cap. 1. ) Macrobe &
plusieurs autres en font mention ; en est - il
moins vrai que ce fils mourut avant son Pere
, & par conséquent avant sa Mere , qui
put prendre soin de ses funerailles ? Non ;
Denis d'Halicarnasse en convient encore
après L. Piso Frugi , puisque c'est de ce filslà
même qu'ils prétendent que sont nés Tarquin
le Superbe & son frere Aruns . Mais ni
les uns ni les autres ne nous disoient le nom
de ce fils du premier Tarquin & de Tanaquille
; Fabricius nous l'aprend , il se nommoit
Aruns.
Mais quelle fut la femme de cet Aruns ,
c'est
MARS. 1739. 461
"
c'est ce que je trouve encore dans Denis
d'Halicarnasse , ( Lib . 4. ) Quelques Historiens
, au raport de cet Auteur , ont avancé
que la Mere de Tarquin le Superbe étoit
une certaine Gemania ou Gegania. Il est vrai
qu'ils ajoûtoient que cette Gegania avoit
épousé le vieux Tarquin , ce qui est faux ;
mais puisque , selon le même Denis d'Halicarnasse
, Tarquin le Superbe & son frere ne
sont pas fils , mais seulement petits- fils du
vieux Tarquin , il n'y a aucun inconvénient
à ce que Gegania soit leur Mere , & par con
séquent femme , non de Tarquin l'ancien ,
mais de son fils Aruns Tarquinius . L'erreur où
sont tombés ces Historiens , en confondant
le Pere avec le fils , ne doit pas détruire leur
témoignage , en ce qu'il peut avoir de vrai.
Au reste Denis d'Halicarnasse a tort d'assû
rer que cette Gegania n'est nommée nulle part
dans les Histoires , puisqu'il en étoit aussi fait
mention dans Valerius - Antias, cité par Plutar..
que , au Livre de la Fortune des Romains. Il
est vrai que cet 'Auteur la donne pour premiere
femme à Servius- Tullius ; autre erreur
qui procede de la même cause que celle de
Fabins & des autres , qui ont fait Tarquin le
Superbe fils de Tarquin l'ancien . Tous ces
Auteurs avoient perdu de vûë Aruns-Tarquinius
, lequel mort jeune & sans avoir fait
parler de lui , étoit facilement échapé à leurs
C iiij recher462
MERCURE DE FRANCE
recherches ; de- là toutes les contradictionsoù
ils sont tombés sur les parens de Tarquin
le Superbe , & en particulier sur Gegania ,
qu'ils s'accordent pourtant à placer dans la
Famille Royale , mais qu'ils marient chacun
à leur gré , parce qu'ils ont perdu de vûë son
véritable Mari .
Cependant le récit de Valerius- Antias ne
nous est pas inutile ; il nous aprend que Gegania
mourut aussi fort jeune & avant l'ancien
Tarquin , son beau-pere ; & voilà , sans
doute , pourquoi Tanaquille , qui servit de
Mere à ses petits - enfans après la mort de Gegania,
a été prise par plusieurs Auteurs pour
leur véritable Mere ; de - là vient encore
qu'après la mort du premier Tarquin , il n'est
pas plus fait mention de Gegania que de son
Mari Aruns.
Pour ce qui est de cette flamme que Valerius
- Antias fait paroître sur la tête, & autour
du visage de Sernius , aprés la mort de Gegania
, prodige dont tous les Historiens font
mention , quoiqu'ils varient sur le temps &
les circonstances de cet évenement , il me
paroît évident que ces Auteurs ont voulu désigner
par cette Figure l'esprit, le génie & les
rares talens que Tanaquille & Tarquin remarquerent
dans le jeune Sernius dès sa tendre
jeunesse , & qui dans la consternation
où les avoit jetté la mort prématurée d'Aruns
9
2.
MARS. 1739. 463
runs, leur fils, & de Gegania , leur belle fille,'
les déterminerent à jetter les yeux sur lui
pour en faire leur gendre , l'apui de leur
maison , le dépositaire de leur Couronne, le
Tuteur & le Protecteur de leurs petit- fils.
•
BOUTS - RIME'S ,
Remplis par M. Desnoyers ,
Lieutenant
Particulier en la Prévôté d'Estampes ,
adressés à Mlle V... ard.
Moi qui raisonne, au plus comme fait un Sabot ;
J'entreprendrois V...ard. de vous faire
D'un Sonnet ! O que non ; je le dis sans
Faimerois mieux cent fois me crever le
Largesse
Finesse ,
Jabot.
Mais essayons ; pour vous roidissons le Gigot';
Aimez-vous le sublime ou le ton de Tendresse
Prens le galop , Pégaze , & me grimpe au Permesse ;
Quoi ! tu deviens rétif ? Pour moi tu fais le Sot &
Qui, j'ai beau mettre hélas ! ma cervelle au Pressoir ,
Rien de bon ne paroît sortir du
J'en suis picqué , confus , on le voit à ma
CY
Réservoir
Mine.
Phébus
464 MERCURE DE FRANCE
Phébus & les neuf Soeurs , ont d'un air Furieux,
Lancé sur moi regards plus noirs que Proserpine ,
En vain voudrai- je faire un effort Sérieux.
REFLEXION S.
'Art de prévenir les maladies est , sans
,
Une nourriture agréable doit être préférée
selon Hypocrate , à une nourriture plus saine
, mais pour laquelle on sent du dégoût.
L'étude de la Médecine est devenuë si vaste
par la multitude deLivres & de Systêmes, dont
le nombre augmente encore tous les jours,
qu'un Médecin ne peut s'y rendre habile
qu'en renonçant à la pratique. On n'a pas assés
d'une vie, même fort longue, pour s'instruire
à fond des differentes opinions qui partagent
les Ecoles. Beaucoup de Médecins , dégoûtés
parun si grand travail , renoncent à l'étude &
se donnent entierement à la pratique ; plus
coupables que les Médecins studieux , car
ceux - ci ne sont qu'inutiles ; l'ignorance
rend les autres dangereux.
La Médecine est une opinion incertaine
dont
MARS. 17392
465
蠡
dont tout le monde se laisse séduire & qui
est accréditée par le désir que l'on a de vivre.
E un' inganno dell'arte à distruttione della
Natura,
La véritable Médecine doit plus à l'expérience
qu'aux raisonnemens , & elle se perfectionne
plus par la pratique que par les
systêmes , dont le nombre en découvre assés
l'inutilité ; car comment discerner autrement
les Systêmes des maladies , souvent compliquées
, la vertu des Remedes , leur proportion
aux dispositions personnelles & présentes
du Malade & le moment de les apliquer ?
La Médecine est sujette à de fâcheuses incertitudes.
Cet aveu sincere est la marque
qui distingue le sage Médecin du Charlatan;
P'un veut tromper , l'autre veut guérir ; l'un
promet plus qu'il ne peut , l'autre ne promet
que ce qu'il peut le bien public est le motif de
Fun , l'interêt particulier fait agir l'autre. Cependant
cette sincerité des vrais Médecins
ne doit
pas faire mépriser la Médecine ; sans
être infaillible , elle peut être utile ; les autres
Sciences ont comme elle leurs limites
& leurs écueils.
Les Médecins qui rendent leurs contesta
sions publiques , n'entendent pas assés leur
Cvj véritable
466 MERCURE DE FRANCE
véritable interêt. Ne craignent- ils point que
révélant ainsi l'incertitude de leurs connoissances
& l'oposition de leurs plus grands
Auteurs entre eux sur les matieres les plus
communes , ils ne diminuënt beaucoup l'idée
que l'on a de l'efficacité de la Médecine & de
la nécessité des Remedes ?
Il est quelquefois moins fâcheux d'être
malade , que d'avoir soin d'un malade .
Non vie piu bel mestiere che la Medicina ,
per che il sole publica la virtù e la terra cuopre
i diffetti.
Non solo Hippocrate , ma nè meno Esculapio
seppe Giammai trovar Medicina utile ať
male, che cossi fosse qustosa all'infermo , chegli
sene succiasse le labra , e sene leccasse ledita.
****************
LE SOUPÇON MAL FONDE.
DE mouvemens cruels la noire jalousie
Avoit rempli mon coeur , & de sa frenesie
Y versant à longs traits le poison odieux ,
Avoit fait naître en mot des transports furieux ,
Des craintes , des soupçons , de terribles allarmes ;
Qui troubloient ma raison , & m'arrachoient des
darmes ;
Mais
MARS. 1739 467
Mais Julie a d'un mot dissipé mes terreurs ;
Un regard suffisoit ; elle a versé des pleurs ;:
Ce que peut inspirer la plus vive tendresse ,..
Pour prouver que l'on aime avec délicatesse ,
Elle a sçu l'employer , & faisant dans mon coeur
Revenir à la fois le calme & la douceur ,
Par elle du repos j'ai recouvré l'usage ;
A sa fidélité je dois un juste hommage.
Sur moi je veux donc faire un génereux effort ,
De l'avoir soupçonnée ; avouer que j'ai tort ;
Et puisqu'enfin je suis certain de sa constance ,
Absent , comme présent , vivre avec assûrance ,
LETTRE sur un Poëte François du
Diocèse d'Auxerre , qui fut célebre sous.
François I. & qui est fort peu connu de nos
jours ; par M. le Beuf, Chanoine & Sous-
Chantre d'Auxerre.
Vous aviez peut- être cru
cru ,Monsieur ,
que tous les Auteurs se trouvent à la
Bibliotheque du Roy. Elle renferme en effet
les Cabinets de tant de Curieux , que l'on se
persuade aisément , qu'au moins elle devroit
contenir un Exemplaire de tous les Auteurs
qui ont écrit en notre Langue. Mais ceffez
d'être
468 MERCURE DE FRANCE
1
d'être persuadé qu'on y poffede tous les Ecrivains
François , après les Exemples que je
pourrois vous citer de ceux qui y manquent.
Vous vous reflouviendrez d'abord de celui au
sujet duquel j'ai écrit au P. Niceron dans le
mois de Mai dernier , la Lettre que vous
avez vûe dans le Mercure de Novembre
1738. C'eſt un Auteur de petit alloi ; mais
vous sentez que la Bibliotheque du Roy doit
tout admettre , & qu'il n'y a fi mauvais Livre
, où il n'y ait à profiter en quelque genre
de Science . Roger de Collerye étoit un
Poëte affés mince : mais fon petit Livre ne
laiffe pas que d'aprendre certaines circonstances
hiftoriques. Pour celui-là , c'eſt à la Bibliotheque
du Roy que je l'ai trouvé , & j'y
ai pris ce dont j'ai formé les deux Lettres que
vous avez vûës dans le Mercure de Décem
bre 1737. II. Volume .
Voici un fecond Poëte pour lequel je
m'intereffe , parce qu'il étoit de nos Cantons,
& qui reftoit dans l'obſcurité , comme bien
d'autres. Je ne fçais pas ce que M. l'Abbé
Papillon aura pu en dire dans fa Bibliotheque
Bourguignonne: je ne me reffouviens pas
même fi je lui en ai écrit , parce que cette
Bibliotheque ne devant contenir que les
Auteurs qui font nés dans l'étendue du Gouvernement
de Bourgogne , je n'ai pas du le
porter à y comprendre un Ecrivain né dans
celui d'Orleans .
Cet
MAR-S. 17397
,
Dr
Cet Ecrivain s'apelloit Pierre Grognet , ou
Grosnet. Il étoit de Toucy,à cinq lieuës d'Auxerre,
ou des environs. Dans fa Requête à M.le
Prévôt de Paris , ou son Lieutenant Civil ,pour
l'impreffion de fon Livre , il fe qualifie Mai
tre ès Arts , & Licentié en chacun Droit , &
dans fon Epître Dédicatoire à François de
Valois , Dauphin de France Henri Duc
d'Orleans , & Charles , Duc d'Angoulême
il fe dit , Prêtre & humble Chapelain. M. de
Mesmes , qui permit l'Edition de ces Poësies
le 26. Juillet 1533.les déclara avoir été aprouvées
par De Caftro , & Richard , Docteurs.
en Théologie , les Fourniers , Portier , & autres
; & elles parurent en effet à la fin de la -
même année sous ce titre : Le second Volume
des Mots dorez du grand & saige Caton ,
lesquels sont en latin & en françoys , avecques
aucuns bons & tres -utiles adaiges , autoritez
& dicts moraulx des Saiges , profitables à ung
chascun. Et en lafin du Livre sont insérées
aucunes Propositions subtiles & énigmaticques ,
Sentences avecques l'interprétation d'icelles pour
la consolation & la recréation des Auditeurs . On
les vend au premier Pillier de la Grand - Salle
du Palais en la Boutique de Denis Janot,& en
la Galarie par où l'on va en la Chansellerie en
La Boutique de Jehan Longis. Et en la ruë neuve
Nostre Dame , à l'Enseigne S. Nicolas.
C'eſt un in- 8°, imprimé sur parchemin , en
carac
470 MERCURE DE FRANCE
caracteres romains. Ce Titre indique suffisamment
la variété des Poësies qu'on trouve
dans cet Ouvrage. Parmi celles qui sont
morales , il y en a une qui est ainsi intitulée :
Rondeau contre les Taverniers qui broullent ·
Les Vins..
Cette Poësie étoit digne d'un Bourguignon.
Broulleurs de Vins malheureux & mauditz
Gens sans amour , faulx en faicts & en dictz
Qui ne tendez qu'en dampnable avarice ;
Soyez certains que divine Justice
Vous pugnira de bien brief , je le dis .
Les Vins nouveaulx vous seront interditz
Point n'en burez ; car des fois plus de dix
Dieu qui tout voit congnoit voftre malice.
Broulleurs de Vins..
Sur ces vendeurs de vivres trop hardis
Baillif , Prevosts ne soyez point tardifs ; ]
Besognez y exerçant votre Office ;
Ou aultrement se ny mettez Police ,
Enfer vous suyt , & non pas Paradis ,
Broulleurs de Vins malheureux & maudits.
Il y a dans cette Collection dès Descriptions
de plusieurs Villes de France , dans um
genre de Poëfie fort fimple & fort naïf. Mais
l'Auteur
MARS. 1739%
471
P'Auteur , dont le Titre Bénéficial étoit à
Auxerre , entremêle ses Hiftoires & ses Moralités
de Traits qui reffentent toujours le
franc Bourguignon .
Proverbe des Taverniers contre les Biberons
qui n'ont point d'argent. Au feüillet XCIV.
Vous qui beuvez de course
In noftra caupona ,
Mettez main à la bourse ,
Pour sçavoir qu'il y、a.
Et fi vous la trouvez .
Sine pecunia ,
Plus avant n'y entre
Sine licentia.
Car s'il n'y a Credo
Ou Teftimonia ,
Sçachez que de vere
Vous lairrez vadia.
Pour vous donner un échantillon des Poëfies
Hiftoriques de notre Grognet , je raporterai
ici celle qui a pour titre : Description de
An que les Blez semez gelerent en terre. Elleeft
au feuillet cxlij .
» L'an mil cinq cens vingt & puis troys
Les Blés gelerent en Novembre :
» It
472 MERCURE DE FRANCE
so Il eſt fort à noter , ce moys ;
» Car il a causé grant esclandre.!
» L'an que l'Hermite fut bruslé ,
* Et Martin Luther reprouvé
» Et que Avanturiers encherirent
Les cordes esquelles pendirent ,
» Et que le grant clou fut rivé ,
Et Mont-Didier eurent gaigné
» Angloys , & la Somme pafferent ,
» Dont ceulx de Paris travaillerent ;
» Car par la nuict de la Touffaincz
» On ne sonna cloches ne Sainctz ,
De paour des Angloys & Gens d'armes ,
» Qui près Paris eftoient en armes ;
Et Pionniers marêtz rompirent
Que Alemans en Langres tendirent ,
» Et francz Archiers les Montz pafferent ,
» Et maint aultres cas se traicterent
Et Pape Adrian trepaffa ,
→ Bourbon oultre France paffa ,
Le Roy Françoys a efté pris
En grant dangiers & grans perils ,
Beaucoup de maulx pour nos peches,
Avons soufferts & grands meschefa
Puis on lit tout de suite :
» En lan mil cinq cens vingt & huit ,
20
Ung Conseiller trop mal seduit
» Nommé
MARS.
473 1739.
Nommé Ledet , je m'en remembre ,
» Des vingtz nouveauix premier en chambre
» Fut par ses faulcetez & vices ,
»Privé de ses Dons & Offices ,
Et lui fut faict spoliature
» Des habits de Judicature ,
En faisant amande honorable
» Sus pierre de marbre notable §
» Et pour parfaire son Procès
» Fut renvoyé à son excès
» Devant Monfieur l'Official
»Comme Clerc & especial.
Mais la Piéce la plus intereffante , à mon
avis , de toute cette Collection , eft au feuillet
xxij . laquelle a pour titre , De la louange
& excellence des bons Facteurs qui bien ons
composé enrime tant deça que dela les Montz.
Cette Piéce eft trop longue pour l'ajoûter
à cette Lettre : elle mérite de revoir le jour,
non pour l'excellence de la Poesie , mais à
cause du détail dans lequel elle entre d'une
infinité de petits Poëtes François , dont il y
en a , que je crois avoir été inconnus à la
Croix du Maine , & autres Bibliographes . Je
me sens d'autant plus engagé à faire réimprimer
cette Lifte rimée , qu'elle n'eſt point
dans la seconde Edition des Poëfies de Pierre
Grognet , qui eft moins rare. Car en recherchant
474 MERCURE DE FRANCE
chant les Ouvrages de nos Auxerrois , j'ai
trouvé dans la Bibliotheque du Roy , un
petit in- 16. coté Y. 2153. 3. avec ce Frontispice
: Les Mots dore du grand & sage
Cathon en latin & françois , avec plusieurs bons.
Enseignemens , Proverbes & Dicts moraux des
Anciens , profitables à un chacun. A Paris ,
pour la vefve Jean Bonfons , ruë neuve Noftre
Dame , à l'Enseigne de S. Nicolas , sans marque
d'année . L'Epître Dédicatoire eft auffi
differente , & pour le titre , & pour le ſtyle :
Elle eft adressée A très honorez Seigneurs
Meffeigneurs Henry de Valois , Dauphin de.
France & Charles , Duc d'Angoulesme
Pierre Grosnet rend très-humble honneur &
immortel Salut:
,
Il eſt aisé de supléer au défaut de date, par
d'autres Livres publiés par Bonfons. Il est sûr
qu'il vivoit en 1581 : que parurent chés lui
les Antiquités de Paris . Ainsi l'Edition de.
Grognet , in- 16 . n'est que de la fin du xvI .
siécle. Ce n'éft auffi qu'un fimple Extrait de
l'in- octavo que je vous ai annoncé dans ma
Lettre . Cet Extrait avoit déja paru en caracteres
gothiques ; j'en ai un Exemplaire , sanscommencement
ni fin , qui eft aussi en for--
me d'in- 16. On y voit que la Poëfie de Grognet
avoit été retouchée : ce sont les mêmes
pensées , mais la plûpart exprimées en d'autres
termes . L'Edition gothique , quoiqu'elle
ne
MAR S. 1739 475
ne soit que l'Abregé de celle de 1533. in - 8 °.
manque de certaines Poëfies, qui se trouvent
dans les Feüilles N. O. P. de celle de la
Veuve. Bonfons . Et les Queftions énigmatiques
, que la même Edition gothique avoit
proposées sans les expliquer , ont leur solution
dans cette Edition pofterieure. Pa
exemple :
Homme qui oncques né ne fut ,
Qui jamais n'eut pere ne mere ,
Par terre alla , mangea & but
Et gift au ventre de sa mere.
>
..Or devinez sur cette affaire ,
Comme cela se pourroit faire.
Ici finit l'Edition gothique ; mais celle de la
Veuve Bonfons ajoûte : C'eft Adam.
Il y a parmi les mêmes Dictons , deux Vers
qui regardent Paris , en ces termes :
Quand à Paris Prime sonne ,
A Montmartre sonne Nonne.
Eft-il poffible , diroit un Rubriquaire , que
l'usage soit de dire None à Montmartre, à la
même heure qu'on chante Prime à Paris ? Ce
seroit un grand desordre . La derniere Edition
de Grognet ajoûte l'explication de cette
sorte Quand à Montmartre une Nonne ,
c'est - à -dire une Nonnain sonné , à Paris Prime
sonne;
476 MERCURE DE FRANCE
sonne. On sçait qu'alors les Religieuses
étoient apellées Nonnes , ou Nonnains.
J'oubliois de vous faire remarquer, M. que
dans mon Edition de 1533. la Description des
Evenemens de l'année 1523. & suivantes, eft
dans une Collection, pour ainsi dire, détachée,
& que Pierre Grognet dédie A Monseigneur
MonfieurJehan de Dinteville, Seigneur de Polisy,
Bailly de Troyes, Maistre d'Hostel ordinaire
du Roy. La premiere Piéce de ce Suplément
eft une Recollection des merveilleuses choses &
nouvelles advenues au noble Royaume de France
, depuis l'an de grace mil quatre cens
quatre-vingiz. Vous voyez que ce Morceau
& d'autres semblables
, pourront
interesser
notre Histoire
. Ainsi je me propose
de vous faire transcrire
ces rimailles
pour une trois
siéme Lettre. En attendant
je suis , &c.
A Paris , ce 26. Fevrier 1739 :
LE MOINEAU ET LA FAUVETTE,
U
FABLE..
N Moineau franc , épris d'une jeune Fauvette,
Depuis long-temps s'empreffoit chaque jour
De lui prouver son tendre amour.
Do
MARS. 1739.
477
Dès qu'il l'apercevoit , sa joye étoit parfaite ;
Il l'exprimoit par mille & mille jeux ,
Que lui dictoient les defirs amoureux.
Elle n'y fut pas inſenſible ;
Elle écouta d'abord ses voeux ,
Puis après , d'un retour viſible
Paya l'homage de fes feux.
Bien- tôt d'une égale tendreſſe
Ils éprouverent les douceurs ;
Bien-tôt même délicateſſe
Serra l'union de leurs coeurs .
Le Moineau fut toujours fidele ;
Sa Fauvette faisoit l'objet de ſes défirs ;
Point de détours , point de fecrets pour elle s
De fes chagrins , de fes plaiſirs ,
La
croyant comme lui fincere ,
Il la faifoit dépofitaire ;
Elle étoit empreffée à foulager les maux
Elle flatoit fon efperance ,
Et chaque jour par des fermens nouveaux
De fon conftant amour lui juroit l'affûrance. -
Afes yeux , fon Moineau n'avoit point de défauts ,
Il étoit d'affés bonne race ,
Soûpiroit , &.de bonne grace.
Mais il n'étoit pas opulent ;
Un peu de foin , un peu de paille ,
Dans le réduit d'une muraille ,
Faifoient
478 MERCURE DE FRANCE
Faifoient tout fon ameublement :
La Fauvette en étoit contente
>
Ou tout au moins le paroiffoit ;
A l'entendre parler , une flâme conftante
Etoit tout ce qui lui plaisoit ;
Mais bien-tôt changeant de langage ,
Oubliant fes premiers foûpirs ,
Son coeur infidele & volage
Sçut former de nouveaux defirs.
Quelques jeunes Serins des plus prochains Bocages
Tâcherent d'éblouir ce coeur ambitieux ,
Par quelques fons mélodieux ,
Et par l'éclat trompeur de leurs brillans plumages,
Leurs efforts ne furent pas vains ,
Que peut faire un Moineau contre tant de Serins
Il n'a pas de grands avantages.
Il éprouva mille & mille dédains ,
Malheureux & trep sûrs préfages
Que fon amour n'étoit plus écouté ;
Il eut beau s'écrier , àl'Infidelité
Rien ne put toucher la Fauvette ;
Et le pauvre Moineau , fans l'avoir mérité ,
Afes tendres foûpirs la vit fourde & muerte .
L'ambition eft le poifon des coeurs ;
Elle éteint tous les jous les flâmes les plus belles ;
Et prépare souvent des peines éternelles
MARS. 1739 .
47%
A qui sçait mépriſer de fecrettes douceurs.
La Fortune & l'éclat ne font point néceſſaires
Pour goûter de parfaits plaifirs ;
C'eſt dans l'obscurité que naiffent les foûpirs
Les plus doux & les plus finceres ,
Et tel qu'on voit affis au ſein de la grandeur ,
Souvent éprouve au fonds du coeur
Les détreffes les plus ameres .
Par Mlle de Mouy , de la nouvelle Orleans.
RE'PONSE du R. P. M. Texte,Dominicain
à la difficulté propo ée par M*** fur le
Lieu de la Sépulture du Coeur du Roy Phi
lipe le Bel.
Quelque ancienne que vous paroisse ;
Monsieur , l'Epitaphe que vous avez
découverte , & qui fait le sujet de votre difficulté
, vous devez être persuadé que le
Coeur du Roy Philipe le Bel est enterré au
milieu du Choeur de la vaste & magnifique
Eglise des Dames Religieuses Dominicaines
de Poissy , & j'espere que vous en conviendrez
avec moi , dès que vous aurez refléchi
sur la solidité de mes preuves.
Vous fondez votre difficulté sur l'oposi-
D tion
480 MERCURE DE FRANCE
tion" de deux Epitaphes de ce Coeur , dont
l'une est,à Poissy,& l'autre est raportée par le
R. P. Don , de l'Ordre de la Ste Trinité, Ministre,
ou Superieur du Convent de Fontainebleau
, dont vous m'avez fait la grace de me
communiquer l'Ouvrage; mais vous n'ignorez
pas que , bien loin qu'il s'opose à la juste
possession de Poissy , il s'explique d'une
maniere qui la favorise.
Son Livre qui parut en 1642.a pour titre :
» Trésor des Merveilles de la Maison Royale
» de Fontainebleau , par le P. Pierre Don ,
» Ministre & Superieur du Convent de la
Ste Trinité , fondé audit Fontainebleau.
A Paris , chés Cramoisy , MDCXLII .
EXTRAIT du Chapitre III. p. 337. De
Eglise de S. Pierre d'Adon, ancienne Paroisse
de Fontaineblean.
» Ce qu'il y a de plus remarquable en
l'Eglise de cette Paroisse , est une Tombe
» de Pierre , de six pieds de long & de trois
" de large , posée dans la Nef à main droite ,
» au-dessus des Fonts , sur laquelle sont gra-
» vés deux Portraits , l'un d'Homme , &
» l'autre de Femme , qui sont fort effacés ,
» mais qui paroissent encore un peu . Autour
» de cette Tombe , se lisent ces mots , gravés
& écrits en Lettres anciennes & gothi
" ques.
Icy gist le Koeur notre Sire le Roy de France
نم
MARS. 1739:
48
de Navarre , & le Koeur Madame Jeanne
Reyne de France & de Navarre , qui trepassa
Tan de Grace MCCCIV. Tandemain de la
S. Eloy d'hiver, mois de Decembre
pour ly.
priez
" Il paroît de cette Inscription , dit le
» R. P. Don , que ces Coeurs font , l'un , de
Philipe IV. surnommé le Bel , & l'autre ,
de la Reine sa Femme , combien que
» quelques Auteurs écrivent , que celui du
Roy est inhumé en l'Eglise de l'Abbaye
» des Religieuses de Saint Dominique de
Poissy , laquelle il avoit fait édifier en
» l'honneur de S. Louis , son Ayeul ; que
s'il y a lieu de douter , quant au Coeur du
» Roy , décedé en cette Maison Royale de
Fontainebleau , comme nous avons mar◄
» qué amplement ci- dessus , il n'y a pas du
» moins d'aparence , vû cette Tombe &
» cette Epitaphe , de ne pas croire que celui
» de la Reine Jeanne ne repose en cette
Eglise , ou que la date de cette Epitaphe
» décrit justement l'année qu'elle trépaſſa.
19
Il est évident par ce que dit cet Auteur ,
ou qu'il n'a pas pû bien lire l'Epitaphe , ou
que celui qui l'a composée , a été mal informé
, & à mis le Coeur , au lieu , peutêtre
, des Entrailles de Philipe le Bel , au
sujet desquelles le Continuateur de la Chronique
de Nangis , qui marque les Sépultures.
">
Dij
du
482 MERCURE DE FRANCE
4
du Corps & du Coeur , n'a pas mis le Lieu
où elles reposent. Quoiqu'il en soit , M.
l'Article du Roy y est si imparfait , qu'il n'y
est parlé , ni de son nom , ni s'il étoit le
mari de cette Reine , ni du jour , ni de l'année
de sa mort ; & au lieu d'avoir mis : Prie
pour euls , au plurier , il y a au singulier pour
la Reine , Priez pour ly. D'ailleurs l'aplication
que le même Auteur fait à Philipe le
Bel , est sans fondement ; car si on y lit Roy
de France de Navarre , Louis X. Philipe
V. Charles IV. l'ont été comme lui.
Le P. Anselme , qui dans les Généalogies
de France , dit que le Coeur de la Reine est
dans l'Eglise d'Avon , T. 1. p . 90. prouve
dans la même page , que celui du Roy est à
Poissy. Voici ses termes .
""
» Le Coeur de Philipe le Bel fut enterré dans
» un Caveau de l'Eglise de S. Louis de Poissy,
qu'il avoit commencé de bâtir , & où fut
érigé , au milieu du Choeur des Religieuses,
» un Tombeau de marbre noir & blanc. Ce
» Coeur fut découvert le 28. Juillet 1687.
» en réparant l'Eglise , il étoit renfermé en-
» tre deux bassins d'argent , cimentés &
» couverts d'une toile d'or , semée de fleurs-
» de- lys , avec cette Inscription sur une lame
» de cuivre.
Cydeden est le Cuer du Roy Philipe , qui
fonda cette Eglise , qui trepassa à Fontainebleau
MAR S.
17397 483
bleau , la veille de S. André , MCCCXIV.
Ce que raporte le P. Anselme , m'a été
confirmé le 30. Janvier dernier , par les Dames
de Freauville de S. Hermine , & par
d'autres Religieuses de la Maison Royale
de Poissy , qui furent présentes à une seconde
découverte faite en 1722. lorsque leur
Choeur fut parqueté. Ces Dames n'y virent
aucun Tombeau élevé.
La difficulté d'accorder ces deux Epitaphes
, vous a fait ajoûter , M. que celle
d'Avon vous paroissoit plus ancienne que
celle de Poissy , par la difference du chiffre.
Mais je vous ai fait remarquer que le P. Anselme
l'a mis ainsi en chiffre moderne , 1314.
au lieu qu'il est gravé sur l'original en chiffre
Romain , MCCCXIV. & vous parûtes satisfait
de ma réponse .
L'autorité du Continuateur de la Chronique
de Nangis , depuis 1301. jusqu'à 1368 .
n'est pas une moindre preuve en faveur de
Poissy ; il étoit Bénédictin , contemporain
de Philipe le Bel , & Religieux de l'Abbaye
de S. Denis , aux Portes de Paris. Voici comme
il parle.
Anno MCCCXIV. Philippus Rex Francia
diuturnâ detentus infirmitate , à suis apud Fontem
Blaudy unde & ORIUNDUS se deferri præ.
cepit, &c. Illic tandemfeliciter spiritum reddidit
Creatori , Corpus ad Ecclesiam B. Diony-
Diij
sii
484 MERCURE DE FRANCE
sii deportatur ; Cor autem ipfius ( quod Pissia .
eum Ecclesia Momilium Sti Dominici tumutandum
reliquerat ) cum eandem Ecclesiam
construxisset, ipso die post Corporis sepulturam,
illic in crastino defertur tumulandum , debito
cum honore.
» En MCCCXIV . le Roy Philipe le Bel se
» sentant affoibli par une longue maladie ,
»se fit conduire à son Château de Fontai-
" nebleau , Lieu de sa Naissance , où il mou.
» rut. Son Corps fut porté & enterré à Saint
" Denis en France ; & son Coeur , qu'il.
» avoit ordonné d'être enterré dans l'Eglise
» des Dames Religieuses de Poissy , de l'Or-
» dre de S. Dominique , comme en étant le
» Fondateur , y fut mis le lendemain de la
Sepulture du Corps , avec la Pompe Fune
» bre qui lui convenoit.
Vous me permettrez , M. de faire ici par
occasion cette Remarque.
Philipe le Bel , selon le Continuateur de
Nangis , se voyant mourant , voulut être
porté àFontainebleau , apudFontem -Blaudy,
unde oriundus. S. Louis , dit Guillaume de
Chartres , son Chapelain , vouloit garder les
Jeûnes commandés dans le Diocèse de
Chartres, eò quod de Carnotensi Diacesi oriundus
existebat. Que s'il est constant, que le premier
de ces deux Auteurs contemporains
,
voisins de Paris , qui se sont servis du même
MAR S. 1739
485
"
me tërme •
duquel j'ai raporté beaucoup
d'exemples , comme étant alors le plus usité,
l'a entendu de la naissance temporelle de
Philipe le Bel , ne doit- on pas convenir que
le second a eu le même dessein à l'égard de
S. Louis ; d'autant mieux que l'Ayeul & le
Pere de ce Saint , étant nés à Paris , où ils
ont fait comme lui , leur demeure , il ne
peut pas avoir parlé de son origine , non plus
que de sa naissance spirituelle , si bien distinguée
par ces mots de la Charte raportée ?
» S. Louis cherissoit l'Eglise de Poissy , dans
» laquelle il avoit reçû la grace du Baptême,
»in qua renatus,&c.& la Ville,pour y être né,
& Villam ipsam Locum sua originis. Cette ex
pression étoit alors si naturelle & si commune
, qu'on n'a qu'à lire les Annales des Ordres
Religieux , & l'Ouvrage du P. Echard
intitulé , Scriptores Ordinis Prædicatorum , &
on y trouvera plus de mille fois , Frere de
Rome , &c. de Paris , &c. surnommé du
Lieu de sa naissance , à Loco sue originis nun→
cupatus. Nemo nescit , dit cet Auteur , T. 1 .
p. 212. morem hung aliàs invaluisse , ut Religiosi
votis astricti Loci natalis nomen sortirentur.
Guidonis , fidele interprete des deux termes
agités , informé sur le Lieu
› par deux
Rois , Fils de Philipe le Bel , a écrit de Saint
Louis , apud Pissiacum natus est. Ce terme
D üij
est
.
486 MERCURE DE FRANCE
est clair , la source pure , & son témoignage
mérite d'être reçû.
Je suis , Monsieur , &c.
PROJET FRIVOLE.
A Mlle D. M.
Oui , que Jupiter me confonde ,
Et qu'il m'accable de fes traits ;
Que sous mes pieds la terre fonde ,
Et m'engloutisse , fi jamais
>
L'Amour me tient fous fon Empire :
Ah ! plûtôt , grands Dieux , que j'expire !
C'eft ainfi que parloit Didon ,
Cette Reine autrefois fi fage
Et dont la Ville de Carthage
Reçut l'origine & le nom ;
Mais à peine vit- elle Enée ,
Qu'elle reconnut un vainqueur ;
Elle en devint paffionnée ,
L'Amour lui dechira le coeur.
Aux yeux de cette infortunée ,
La raison , fes voeux , son ferment ,
Tout diſparut dans ce moment.
A Didon vous êtes femblable ,
Iris , du moins par vos diſcours ,
MARS.
487 1739.
A vous entendre tous les jours ,
L'Amour pour vous n'eft point aimable ,
Son Empire n'eft qu'une fable ,
Vous vous moquez de ſes retours ,
Vous faites la promeffe fole
De ne jamais vous engager.
Foible ferment ! projet frivole !
Iris , d'une feule parole
L'Amour peut vous faire changer .
Par M. P.
REPONSE de M. le Duc de Sully , à une
Lettre & à unMemoire Historique & Gé̟-
néalogique , qui lui ont été écrits & envoyés
par le Sr Dubuisson , Clerc du Sr leverrier
, Notaire , ruë de la Monnoye , au bas
du Pont-Neuf. De Paris le 9. Mars 1739%
E vous suis obligé , Monsieur , de la
Lettre que vous vous êtes donné la peine
de m'écrire & du Mémoire que vous y avez
joint , & sur lequel vous ne serez pas fâché
de sçavoir mon sentiment..
En géneral vous pouviez vous épargner la
peine de travailler à ce Mémoire . Iby a longtemps
que je prends des mesures pour faire
refondre l'Histoire Généalogique de la Mat-
DV
488 MERCURE DE FRANCE
son de Béthune ,composée par André Duchesne.
J'ai fait venir d'Ecosse , de la fameuse Abbaye
de S. Vast d'Arras , de celle de S. Bertin
à S. Omer , & d'autres célebres Abbayes de
Flandres , une grande quantité de Mémoires
& de Chartes ; j'y ai joint differentes Recherches
faites par M. le Marquis de Béthune
d'Hesdigneul , Chef des Branches de la
Maison de Béthune , qui sont toujours restées
en Flandres , & dont j'ai tous les Titres
en main . J'ai recueilli avec soin toutes ces
Piéces ; j'ai prié le Réverend Pere Simplicien,
de vouloir bien se charger de revoir l'Ouvrage
de Duchêne , & d'y faire les augmentations
nécessaires ; il s'y apliquera si-tôt qu'il
aura fini son Histoire abregée des Grands
Officiers de la Couronne , & le Suplément
aux grands Mémoires Historiques des mêmes
Officiers. De plus , dans cet Abregé - là
même & dans ce Suplément , il donnera la
continuation de la Généalogie de la Maison
de Béthune . Par là vous voyez qu'il étoit assés
inutile que votre petit Mémoire parût.
Si neanmoins vous vouliez le donner au
Public , encore deviez - vous bien me le communiquer,
avant que de le faire imprimer , je
ne crois pas que vous cussiez cû lieu de vous
en repentir. Les Remarques suivantes pourront
vous en convaincre
Vous donnez un simple Mémoire Historique,
MARS. 1739. 489
que , il ne falloit donc point y mêler des
choses ( pour ne rien dire de plus ) tout- àfait
inutiles. On ne fait point entrer en France
les bâtards dans les Généalogies. Pourquoi
donc parler des Maîtresses de M. le
Marquis de Rosny & de ses filles , du côté
gauche ? Cela n'a jamais été regardé de bon
oeil en ce Pays - cy. Car quoiqu'il soit d'un
usage assés commun dans le monde de tolerer
& de ne pas blâmer ouvertement un
Homme qui a des Maîtresses , cependant il
n'est personne qui s'en vante , principalement
quand c'est une Dame ou une Fille de Maison
distinguée & qui mérite des égards. Il
étoit donc fort à propos de garder le silence
sur ce point , tant pour la Mere que pour les
filles , d'autant plus que je ne sçais personne
dans la Maison qui en ait connoissance , &
que c'est , sans doute , une faute de Moreri.
Quand même cela seroit , combien de gens
l'ignorent-ils ? Et pourquoi le leur aprendre ?
Combien d'autres l'avoient oublié , & pourquoi
leur en rafraîchir la mémoire ? Nous devrions
souhaiter dans notre Maison qu'il fût
enseveli dans un éternel oubli;& dans un Ecrit
qui semble fait à sa gloire , de semblables
choses ne doivent jamais trouver de place.
Les Mémoires qui vous ont été fournis sur
la Maison de Béthune , n'ont pas été justes.
Vous dites que Maximilien , premier Duc
Divi dei
vj
490 MERCURE DE FRANCE
put
de Sully , étoit Chevalier des Ordres du
être
, Roy , il ne le fut jamais & ne le
ayant toujours vécu dans la Religion prétendue
Réformée. Il posse doit d'assés grandes.
Charges & d'assés grands Titres qu'on pouvoit
joindre à ses autres qualités & qu'on ne
devoit pas obmettre,pour lui en donner une,
qu'il n'eut jamais.
Il me paroît que vous ne deviez pas dire T
que M. le Marquis de Rosny a été Sur- Intendant
des Bâtimens , cette Charge ayant
apartenu à M. le Duc d'Orval,
Au sujet du Mariage de M. le Duc d'Orval
avec Jacqueline de Caumont , en parlant de
sa Mere, que vous nommez seulement Charlotte
de Gontault de Biron , vous pouviez
ajoûter qu'elle étoit fille du premier Maréchal
de Biron , si connu par ses services &
par son attachement à Henry le Grand.
Vous avez fait encore à l'Article de M. le
Duc d'Orval , des obmissions plus considébles
; outre les trois garçons du premier lit¸
il eut trois filles de ce même lit ; sçavoir ,
Marguerite- Angélique de Béthune , qui a été
Abbesse de S. Pierre de Rheims , pendant
un grand nombre d'années, fille aussi recommandable
par ses grandes vertus & par son
habileté dans le Gouvernement , que par sa
Naissance ; Françoise de Béthune , morte la
premiere, & Anne- Eléonore de Béthune ,morMARS.
491 1739
te en 1706. toutes deux Religieuses à Port-
Royal , Fauxbourg S. Jacques de Paris , filles,
d'un vrai mérite , qui sont mortes dans un
âge fort avancé.
Du second Mariage avec Anne d'Harville ,
est née Anne- Eléonore - Marie de Béthune
que vous mettez du premier lit , & vous obmettez
qu'elle étoit Abbesse de Giff, près de
Versailles , où elle a vécu dans une grande
estime & considération de tous ceux qui la
connoissoient.
Mais voici quelque chose de plus fort ; on
croit que vous vous faites en quelque sorte
Législateur , & vous semblez vous ériger un
Tribunal superieur à la Puissance Souveraine
& aux Loix. En effet, contre toutes les Loix du
Royaume sur les Duchés & Pairics , contre
PEdit du Roy Louis XIV. de 1711. fondé
sur ces Loix ; contre la volonté & le Jugement
du Roy regnant, confirmatifs de la vo
lonté du Roy , son glorieux bis- Ayeul, dont
la justice adjuge aux Aînés les prérogatives,
vous laissez entrevoir que le Titre de Duc
de Sully apartient à M. le Comte d'Orval
plutôt qu'à moi. Est- ce là votre idée ? Je
veux croire que non , mais bien des gens qui
ont lû votre Mémoire , l'ont entendu de la
sorte , & vous parlez de moi avec tant de
confusion , que pour le moins on n'y comprend
presque rien.
,
Lausi
492 MERCURE DE FRANCE
Louis - Pierre Maximilien , dites - vous ,
sixième Duc de Sully , que nous mettons dans
cette Branche , parce qu'il continue le Titre de
Duc de Sully , quoiqu'il apartienne à la Branche
d'Orval. Est - ce le Titre de Duc de Sully,
ou est- ce moi qui apartiens à la Branche
d'Orval 0 :
Il étoit plus clair , avant que d'en venir à
moi , de dire , ici finit la premiere Branche
des Ducs de Sully ; puis continuër : Louis
Pierre-Maximilien de Béthune , se trouve aujourd'hui
le sixième Duc de Sully , comme
Aîné de la Branche d'Orval , qui est à présent
l'aînée de la Maison , la Branche de Sully
étant éteinte ; tout eût été naturel & 'sans
équivoque , & par- là vous eussiez évité la
fausse interprétation que l'on peut donner à
votre Mémoire.
Vous auriez pû aussi , au lieu de parler
d'une des Branches que vous dites être bâtarde
de ma Maison , nommer dans votre Mémoire
, Madame Catherine de la Porte , Marquise
de Béthune , Epouse d'Alpin - Maximilien
, Marquis de Béthune , mon Aycul , laquelle
étoit fille de M. Georges de la Porte ,
mort Conseiller d'Etat , lequel étoit fils de
M. Georges de la Porte , Président à Mor-"
tier du Parlement de Normandie , laquelle
Catherine de la Porte étoit fille de Dame
Françoise Chevalier , tous deux ses Pere &
Mere ,
MARS.
4933 17398
Mere , & de très -ancienne famille de Robe :
de Rouen & de Paris..
Vous ne deviez pas non plus passer sous si--
lence Madame la Duchesse de Sully , mon
Epouse,dont la naissance est assés bonne pour
pouvoir n'être point oubliée , petite niece de
M. Colbert , l'un des grands Ministres que
la France ait eû ; elle a de plus de son côté
d'illustres Alliances . M. Desmarets ; son Pere
, Commandeur des Ordres du Roy , qui a
suivi les traces de M. son Oncle , & qui s'est
trouvé dans des temps plus malheureux , a
rempli les places de Ministre d'Etat & de
Contrôleur General des Finances , depuis
l'année 1708. jusqu'à la mort du Roy Louis
XIV, de glorieuse mémoire. Ce Prince au
lit de la mort , rendit témoignage publiquement
à ses services, lesquels le peuvent mettre
au nombre des Personnes Illustres de
son siecle . Le mérite personnel & les services
de M. le Marquis de Maillebois , frere
aîné de Madame de Sully , sont assés connus
de tout le Public , dont il est assés heureux
d'avoir l'aprobation .
Vous auriez pû aussi mettre quelque chose
de plus étendu sur les Charges & Emplois
que j'ai occupés , ce que je dis moins par
raport à moi , que comme Chef d'une Maison
, qui a marqué dans tous les temps son
zele,son respect & son attachement pour nos
Rois & le bien de l'Etat.
Vous
494 MERCURE DE FRANCE
Vous auriez pû encore , sans vous attirerle
blâme du Public , vous étendre davantage
que vous n'avez fait sur la Naissance , les
Charges & les services du premier Maréchal
de Biron & du premier Maréchal de la Force
, dont les services sont encore plus recommandables
que la Naissance , quelqu'illustre
qu'elle soit.
Vous avez fait une faute considérable à
l'Article de Louis - Georges de Béthune , mon
Oncle , qui , à la vérité , n'a jamais été connu
que sous le nom de Chevalier de Béthune
, l'ayant mis Chevalier de Malthe , quoiqu'il
n'ait jamais été dans cet Ordre .
Vous auriez pû aussi sur mon Article , ne
mettre qu'une fois que j'étois sans posterité
masuline , les repétitions ne convenant guere
dans toutes sortes d'Ouvrages , & surtout
dans un Abregé ; je puis cependant dire
que je suis encore bien éloigné de l'âge où
M. le Comte d'Orval a eû son fils.
Si vous aviez été mieux informé , vous
n'auriez pas oublié dans la récapitulation
que vous faites des personnes vivantes de
notre Maison , de parler de Madame de Sully
, Religieuse de la Visitation de sainte Marie
, de S. Denis , recommandable par sa vertu,
sa pieté & par son rare merite, la derniere
de la Branche aînée.
Vous auriez aussi fait, mention de Dame
Françoise
MARS
425 1739.
Françoise de Béthune , Marquise de Caulaincourt
, dont le nom & la Maison est très - ancienne
en Picardie , & qui a des descendans
distingués au service du Roy , laquelle étant
de la Branche Aînée , ne mérite pas plus d'être
oubliée que celles des Branches Cadettes.
Puisque vous parliez des Filles de la Maison
de Béthune , vivantes , vous deviez aussi
parler de Jacqueline de Béthune , Marquise
de Coupigny , fille d'Annibal , Comte de
Béthune , mort Chef d'Escadre , & qui est
une Personne d'un vrai mérite..
Vous avez fait une faute encore plus considérable
dans la Branche de Charost, d'avoir
oublié Louis- Basile de Béthune , Chevalier
de Charost , frere du Duc de ce nom , ci - devant
Gouverneur du Roy, le quel a été Capitaine
de Vaisseaux , & qui est d'ailleurs un
homme fort estimable par son érudition.
Une autre obmission que vous avez faite
encore, concerne les deux filles de M.le Duc
de Béthune , dont l'une est ..., de Béthune,
Marquise de la Vauguyon , dont le Mari est
Colonel du Régiment de Beauvoisis , &
homme fort estimé.
.... La seconde est . de Béthune , qui a
épousé M. le Comte de Tessé , Grand d'Espagne
, Colonel du Régiment de la Reine ,
Infanterie , qui s'est distingué dans la derniere
guerre d'Italie ; il a l'honneur d'être
aussi
496 MERCURE DE FRANCE
aussi Premier Ecuyer de la Reine.
Vous ne deviez pas plus oublier deux Branches
de notre Maison , qui sont en Artois ,
que celle d'Ecosse , dont vous parlez dans
votre Mémoire. L'aîné de ces Branches d'Artois
est Eugene - François de Béthune Desplancques
, Marquis d'Hesdigneul , dont la
Branche conserve la Terre de ce nom depuis
plusieurs siecles . Il a pour fils Maximilien
Guislain de Béthune Desplancques , majeur ,
en état d'être pourvu , & qui a plusieurs soeurs
Chanoinesses dans les Chapitres de Flandres.
Il y a quelques années qu'il fut choisi pour
être Député des Etats d'Artois auprès du Roy,
sans l'avoir demandé , ce qui n'arrive presque
jamais.
L'autre Branche est celle de François - Eugene
de Béthune Desplancques , qui demeure
à Atras ; il a servi long-temps , & a épousé
une Chanoinesse de Maubeuge , dont il a
quatre enfans en bas âge. Il a un frere qui se
nomme Adrien- François de Béthune Desplancques
, connu sous le nom de Chevalier
de Béthune , qui est Capitaine & des premiers
Factionnaires dans le Régiment du
Roy , Infanterie. Ces deux derniers ont une
soeur nommée Marie- Eugene de Béthune :
Desplancques , Abbesse des Chanoinesses de
Bourbourg , Fille dont le mérite est aussi
connu que la Naissance..
Vous
MARS. 17398 497
Vous avez retranché plusieurs Dames de
mérite & de distinction , & qui ont cû pos--
terité dans les Branches Cadettes , mais il
faudroit trop de temps pour relever toutes
les fautes : cela passeroit les bornes d'une
Lettre & me donneroit d'allieurs trop de peine
& de soins pour en faire des recherches
justes , ainsi je me borne à ce que j'ai vû du
premier coup d'oeil & que j'ai à présent dans
l'esprit.
Je doute fort que M. le Comte de Béthune
, Grand-Chambellan du Roy de Pologne ,
Duc de Loraine , que vous dites avoir fait
l'impression de cet Ouvrage à ses dépens ,
donne son nom & son aprobation à un Suplément
de Généalogie de sa Maison, si rempli
de fautes & d'obmissions , s'il l'avoit lû
il a trop d'esprit pour ne s'en être point aperçû
& pour n'y avoir pas fait supléer ; il vaut
mieux croire que vous l'avez fait sans le lui
montrer & lui ayant seulement demandé son
agrément , comme étant la seule Personne de
la Maison de Béthune que vous connussiez
& dont vous fussiez connu..
Au surplus je vous suis obligé de m'avoir
fait connoître & donné votre Ecrit , quand
ce ne seroit que pour corriger les erreurs qui
y sont contenuës , & ces éclaircissemes vous
seroient même nécessaires , si vous aviez
dessein de le mieux rédiger dans la suite.
Les
498 MERCURE DE FRANCE
Les Armes même y sont mal gravées , ávec
une face de Sinople , au lieu de Gueules.
A l'égard des femmes qui n'ont point laissé
de posterité , que vous avez obmises , je
n'en parle point , n'étant pas nécessaire d'en
parler dans un Ouvrage si racourci.
Je serois fort aise si je pouvois vous être
utile à quelque chose,& vous prouver combien
je suis , Monsieur , entierement à vous .
Signé , Louis - Pierre- Maximilien de Béthune ,
Duc de Sully.
IMITATION de la VI. Ode du II.
L
Livre d'Horace : Non semper imbres.
A pluye impétueuse est quelquefois bannie
Des lieux où sa fureur a long-temps éclaté ;
Il est des mois heureux , où même l'Arménie ,
Du Soleil entrevoit la divine clarté .
*
Après la piquante froidure ;
Zéphire échauffe nos Vallons ;
Et raporte à nos Bois cette riche verdure ,
Que leur avoient ôté les fougueux Aquilons.
*
Après un violent Orage ,
Neptune
MARS. 1739.
499
Neptune calme enfin ses flots ;
Rien n'effacera-t'il la trop funeste image ,
Qui cause tes sanglots
**
Phébus , en ouvrant sa carriere ,
Voit tes yeux noyés dans les pleurs;
La nuit , en chassant la lumiere ,
Ne sçauroit chasser tes douleurs.
*
De ton fils bien aimé la perte irréparable
Ne devroit plus , Damon , te faire soûpirer ;
Penses - tu , cher ami qu'à tes cris favorable
La Parque, du Tombeau voudra le retirer ?
*
Antiloque du Stix aborda le rivage ,
Au Printemps de ses jours ;
Nestor pleura ce fils , mais il étoit trop sage
- Pour le pleurer toujours.
*
Hécube murmura contre les destinées ,
Quand la mort vint fraper l'aimable Troïlus
Mais a-t'elle perdu de nombreuses années
En regrets superflus ?
D'un
500
MERCURE DE FRANCE
D'une langueur trop injuste
Brise les fers odieux , -
Et chante avec moi d'Auguste
Les triomphes glorieux.
*
Il vient de mériter , en subjugant les Scythes
Les honneurs les plus éclatans ;
Il a sçû resserrer dans d'étroites limites
Ces Peuples inconstans .
*
Deux Fleuves dont les Eaux , avec un bruit horrible,
S'élevoient fierement ,
Maintenant asservis à ce Prince terrible ,
Coulent paisiblement.
A. X. Hardain , d'Arras.
QUESTION DE DROIT.
Proposée dans le Mercure de Janvier 1739:
AIUS CAL , par son Testament , legue une
somme de 500. liv. à sa Domestique ,
pour la récompenser des foins qu'elle a eûs
de lui pendant sa maladie ; & , pour lui cn
assûrer le payement , il la délegue fur celle
de
MARS. *1739.
Sor
de 15oo . liv. à lui dûë par Titius . Quelque
temps après , il reçoit de Titius le payement
de cette fomme de 15oo. liv. & décedefans
en faire aucune mention sur son Testament.
La Légataire demande la délivrance du Legs
à elle fait , les Heritiers la lui refusent , disant
que son Legs est caduc , attendu qu'il
est determinatif , & que la somme sur laquelle
il étoit à prendre a été payée au défunt,
depuis son Testament .
On demande si elle n'est pas en droit de
reprendre son Legs sur des autres biens de la
succession , ou s'il est vrai qu'il soit caduc.
REPONSE.
Quoique vraisemblablement l'on ne doive
pas présumer que le Testateur ait entendu
que sa Légataire ne fût pas en droit d'exiger
la somme qu'il avoit dessein de lui laisser
en cas qu'au jour de son décès , celle sur laquelle
il la déleguoit se trouvât lui avoir été
payée , il ne laisse pas d'y avoir , en un sens ,
d'assés spécieuses raisons d'en contester la
délivrance sur les autres biens .
L'effet des dispositions testamentaires
étant toujours de dépouiller les Heritiers
des Biens que la proximité du sang leur
transmet en cette qualité , il est de principe
qu'elles ne sont sujettes à interpretation,
qu'on leur faveur , & que la présomption ,
-quel502
MERCURE DE FRANCE
quelque forte qu'elle soit , dès l'instant qu'-
elle leur est contraire , ne peut jamais tenir
lieu d'explication de la volonté du Testateur.
Or , dans l'espece proposée , le Testateur
n'explique en aucune maniere , s'il entend
que le Legs en question soit exigible , soit
qu'il ait reçû avant son décès la somme sur
laquelle il le délegue , ou que le payement ne
lui en ait pas été fait , l'on ne peut que présumer
que sa volonté fut telle ; & rien ne
l'assûrant d'une façon aussi certaine qu'il lui
étoit facile de le faire , il paroît en quelque
sorte , devant naturellement être pris & acquité
sur la somme assignée à cet effet , que
la Légataire ne seroit point en droit d'en
demander la délivrance dans l'un ou l'autre
cas.
D'ailleurs , le payement de cette somme
ayant été fait au Testateur , sans qu'il aic
prévenu par la mention qu'il en pouvoit
faire sur son Testament , la question à laquelle
il devoit bien prévoir , que l'omission
d'une chose , en ce sens aussi essentielle , ne
manqueroit pas de donner lieu , il y a aparence
que si véritablement il avoit entendu
qu'elle reprît sur les autres Biens de sa succession
, la somme qu'il lui avoit léguée , il
n'auroit pas manqué de remédier a l'inconvenient
que le payement qu'il avoit reçû ,
devoit
MARS.
1739 503
devoit aporter à l'execution de ses volontés
à cet égard.
liter ,
Je pourrois même ajoûter , que si les Biens
qui lui apartenoient étoient considerables ,
& qu'il y eût une notoire facilité de se procurer
le payement du Legs en question ,
il sembleroit inutile que pour le lui faciil
la déleguât sur aucune chose ,
que l'on pourroit même dire qu'il ne l'a
fait , que parce qu'il n'a pas voulu que l'on
pût l'exiger , si la somme destinée à l'acquiter
, ne se trouvoit pas lui être-dûë ; mais
quelqu'aparence de fondement que ces diverses
raisons m'ayent parû avoir , de plus
fortes ne doivent pas , je crois , permettre de
s'y rendre.
Premierement , la délégation que contient
le Testament dont il s'agit, ayant pour motif
de faciliter le payement de la somme léguée
par le Testateur, au défaut de celle sur laquelle
il l'a donnée à prendre , elle semble d'aut int
moins être un obstacle à la délivrance du
Legs , demandée sur les autres Biens de sa
succession , que s'il étoit possible qu'elle y
en aportât quelqu'un , il s'ensuivroit de là
que quoiqu'elle ne pût être considerée
que comme une disposition favorable à la
Légataire , elle lui seroit néanmoins beaucoup
plus contraire qu'avantageuse ; ce qu'il
n'est nullement permis de penser.
E Non
$04 MERCURE DE FRANCE
d'autre
1. En effet non seulement , les vûës dans
·lesquelles le Testateur paroît l'avoir déléguée
sur la somme portée par son Testament
, y sont totalement oposées ; mais sui-
Vant les circonstances de la question proposée
, ne l'ayant uniquement fait , que dans
fidée de lui assûrer davantage ce qu'il vouloit
lui laisser après sa mort : le payement
qu'il a reçû de cette somme avant son décès,
n'a jamais dû priver la Légataire ,
chose de l'assûrance
que que ladite délegasion
faite en sa faveur lui pouvoit procurer;
car comme celui , à la créance duquel
une chose est spécialement affectée
droit , si elle vient à périr , ou qu'elle ne
soit pas suffisante pour le payer de la tota
Lité de son dû , de se pourvoir sur les autres
Biens de son débiteur , de la même
maniere aussi , la Légataire à laquelle il ne
seroit pas possible autrement de se procurer
la délivrance de son Legs , pelit la
demander sur les autres Biens de la succession.
le
Ce n'est toujours même , à proprement
parler , que sur la somme déléguée , puisque
le payement en ayant été fait au Testateur,
de son vivant , elle fait partie des Biens , qui
après son décès , se sont trouvés lui apartenir
, d'où l'on doit conclure , qu'elle en a ,
pour ainsi dire , doublement le droit , puisqu'en
MARS. 17398
qu'en un mot , il ne seroit pas juste que les
Heritiers en profitassent , sans être tenus
d'acquiter le Legs qu'il lui a fait , & dont il
a voulu que cette somme servît de gagé , &
de sûreté.
Enfin , les soins & les services de la Légataire,
qu'il a eû dessein de récompenser
étant l'unique motif qui l'ait engagé à lui
léguer la somme dont elle demande la délivrance,
me confirment d'autant plus dans le
sentiment que j'adopte , que ces sortes de
Legs ayant moins pour cause une pure liberalité
,qu'une juste reconnoissance, sont toujours
très - favorables.
2
Par Robert le jeune , de Monfort-Lumaury.
Justd
LES OISEAUX.
Tirfes
L
2
EGLOGUE.
Aiffons - là ces Oifeaux , réndons-les a
leur mere ;
Tu vois comme elle fuit fes enfans malheureux
Par un battement d'aîle & des cris douloureux ,
Elle fe plaint du tort que tu viens de lui faire ,
Cédons à la pitié , rendons-les , ma Bergere ,
Et du matheur d'autruf ne faisons point nos jeux.
Doris
É ij
506 MERCURE DE FRANCE
Doris. Laiffe- là tes conseils , je veux me fatisfaire ,
Tirfis , je veux moi - même élever ces Oiſeaux ;
Si leur mere reffent une douleur amere ,
Sa douleur finira par des amours nouveaux.
Tirfis. Eh bien , suis tes deffeins , Bergere impitoyable
,
Sans réfléchir aux maux qu'un autre en doit ſouffrir.
Doris. Je veux une pitié tendre , mais raiſonnable ,
La plainte d'un Oifeau , doit- elle m'attendrir ?
Tirfis. Si le fort conduifoit fur cet heureux rivage
Un Tyran qui ravit l'objet de ton ardeur ,
Tes cris exprimeroient l'excès de ta douleur ,
Pour exciter les Dieux à vanger cet outrage ;
Bergere , tu-frémis à cette triste image ;
Cet Oifeau reçoit- il un traitement meilleur ?
Doris. Je bénirois des Dieux la bonté peu commune
Si ce cruel Tyran , dont tu peins la fureur ,
Délivroit nos Hameaux de la foule importune
Des Bergers qui fans ceffe affiegent notre coeur ;
Quand ils feroient plongés dans le fein de Neptune
,
Je n'invoquerois point les Dieux en leur faveur.
Tirfis . Ainfi pour les Amans tu déclares ta haine ,
Et j'allois cependant t'adreffer mes foûpirs.
Doris. Berger , de ce projet épargne-toi la peine ,
Mos
MARS.
1739 507
Mes Oifeaux & mes fleurs bornent tous mes plaifirs.
Tirfis. Mes rofes , mes ceillets , mes lys , ma
tubereufe
Defirent d'expirer fur ton fein tour à tour.
Doris. Je fuis , comme Zéphir , des roſes amoureuſe
,
Mais je n'en reçois point par les mains de l'Amour,
Tirfis. J'éleve un Perroquet avec un foin extrême
,
Instruit par mes leçons , il dira bien - tôt , j'aime ,
Fidele truchement de mes tendres amo'rs
Ce que je n'ofe dire , il le dira toujours .
*
Doris. Tu pouvois mieux instruire un Oiseau téméraire
;
Devant moi , qu'il oublie un langage amoureux ,
Ou qu'il foit pour fa peine , en depit de tes feux ,
Exilé de mon coeur , chaffé de ma voliere .
Tirfis. Le langage d'amour s'aprend à peu de frais ,
Qui le fçait une fois , jamais il ne l'oublie
L'Oiseau dira ces mots tout le temps de fa vie ;
Eh ! qui ne le diroit en voyant tes attraits ?
Ah ! Doris , que du temps tu fçais peu faire uſage !
Tu chéris un Oiseau , tu chéris une Fleur ,
Ecoute mes tranſports , quitte ce badinage ;
Un Berger eft cent fois plus digne de ton coeur.
Doris. Les Bergers , dans mon coeur auront la
préférence ,
Fiij Quand
308 MERCURE DE FRANCE
Quand des tendres Oiſeaux ils auront l'innocence .
Sans fard comme les fleurs , des plus conftans -
difcrets ,
Mais ce n'eft pas ainfi que nos Bergers font faits..
Tirfis. Eh bien , cette candeur , cette flame f
pure ,
Cette ardeur innocente , où la belle Doris
De fa poffeffion vient d'attacher le prix ;
Chés moi tout fe rencontre , oui , mon coeur te lejure
.
Doris. Le Temps ôre à nos Prés , & leur rend la
verdure ,
Il offre tous les jours des fpectacles nouveaux
Il révele fouvent la plus fourde avanture ,
Le Temps éclaircira ces frivoles propos ,
Par lui la Vérité ceffera d'être obſcure ;
Mais j'aime., en attendant , mes Fleurs & mes Oifeaux
.
Par M. Pierre de Frafnay.
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure de Fevrier par , la M
sique , Tambourineur , Voltaire , Sonus , &
Virtus. On trouve dans le troifiéme Logogryphe
, Onus , Sus : & dans le quatrième ,
Virus , Vir , Tus¸ & V‡.
ENIGME
MARS
1739 309
ຈ
ENIGM E.
Nous passons pour être Jumelles
Qui n'ofent se dire Pucelles ,
Ce feroit mentir lourdement ,
Car de nous on uſe ſouvent.
C'eſt à nous employer que le monde s'exerce ;
Blâme , injure , foyez loin de notre commerce ;
Quoiqu'on le voye en tout Art célebré ,
Et que dans le Prophane , & que dans le Sacré ;
On y recoure en l'allegreffe ,
En la ſurpriſe , en la trifteffe.
Quelques- unes de nous font pour le mafculin ,
Et d'autres le fexe féminin ,
pour
Notre Mère fans nous , auroit pour tout partage
D'être d'un inutile uſage.
LOGOGRYPHE.
DEux mots de trois Lettres chacun ,
Réunis , font un nom d'usage peu commun
'
+ Dans la peau le premier a toujours sa racine
Ténace , & très - souvent contre le fer mutine ;
L'autre eft une bien forte odeur >
E
Qui
310 MERCURE , DE FRANCE
Qui réveille le goût , ôte aux mets leur fadeur.
Mon tout eft de couleur dont la belle Iris use :
L'air eft dit - on , pour moi la tête de Méduse
Ne suivez point ce sentiment ,
J
L'humide eft mon seul élément.
AUTR E.
E fuis , "Lecteur , dans tout le monde ;
D'une utilité fans feconde ;
Toujours ani des gens difcrets ,
Et le confident des fecrets .
De mon Nom faiſant l'analyſe ,
On y trouve un chef de l'Eglife ,
Une fauffe Divinité ,
Avec un Poiffon fort vanté.
Elément , Note de Mufique 2
Oifeau , Paffion colérique ,
Chofe portant rude eftomac
Utile aux Preneurs de Tabac .
Ce qu'un Fumeur met en uſage ,
En Latin , bord , côte , ou rivage ;
Tous ces Noms en moi renfermés ,
Par moi-même font exprimés.
Par M. Barbery , lejeune.
LOGO
MARS. 17397
LOGO- GRYPHUS.
MEmbra mihi quatuor tantùm sunt , Lector
amice ,
Veris solus honos , lata vireta colo. "'
Extremum tollas membrum , sum argenteus imber.
1
Primum ac extremum me prope labra vides,
Si totum
Par P. J.V. de Rouen.
ALIUS.
I totum sumis , novit me Roma regentem.
Hortorum peftem membra priora dabunt.
Si caput & caudam jungis, sum Afiatica tel'us
Praftabunt dubium pofteriora genus.
****************
NOUVELLES LITTERAIRES
H
DES BEAUX ART S.
ISTOIRE de la Compagnie des Indes,
avec les Titres de ses Concessions &
Privileges. A Paris,chés Debure l'aîné, Quai
des Augustins. 1738. in- 4. de 938. pages.
· LETTRE à M. le Comte de L *** , pour
répondre à celle d'un.Italien , au sujet des
E.v. Entretiens
$ 13 MERCURE DE FRANCE
Entretiens sur le Newtonianisme , traduits
en François par M. du Perron de Cantera , de
129. pages. A Paris , chés Mantalant , Quai
des Augustins , à la Ville de Montpellier.
1739.
LES PROSES SACRE'ES , avec les Argumens
en Vers , par Frere Fulgence de la Croix ,
Carme Déchaussé, de la Province de Naples.
A Naples , 1738. de l'Imprimerie de Felix-
Charles Mosca, un Vol. in- 8 °. de 380. pages.
L'Ouvrage est en Italien.
,
TRAITE' de la Communication des Maladies
, & des Passions avec un Essai pourservir
à l'Histoire naturelle de l'Homme.
Par M. *** A la Haye , chés Van Duren ,
1738. in- 12. pag. 236 .
ELEMENS DE GEOMETRIE , ou Principes
de la Mesure de l'Etendue , expliqués trèsclairement
par démonstrations la plûpart
nouvelles , & surtout sans le secours des
Proportions , par M. le Rat de Lantbenée..
Vol, in- 12 . de 260. pages , avec des Planches,.
1738. A Paris , chés Gissey & Bordelet , rue
S. Jacques.
HISTOIRE DU MONDE Sacrée & Prophane ,
depuis la Création du Monde , jusqu'à la
Destruction de l'Empire des Assyriens , à la
mort
MARS. 1739.
5x3
mort de Sardanapale , & jusqu'à la Décaden
ce des Royaumes de Juda & d'Israël , sous les
Regnes d'Achaz & de Pexach , pour servic
d'Introduction à l'Histoire des Juifs du Docteur
Prideaux , par M. Samuel Schuckford ,
M. A. & Curé de Schelton , dans la Province
de Norfolk , traduit de l'Anglois , par J. P.
Bernard, Prêtre de l'Eglise Anglicane, Docreur
en Philosophie, & Chapelain de Milord
de Comte de Loraine. Deux Vol in-12. A
Leyde , chés Jean & Herm. Verbeeck, 1738.
LETTRES PHILOSOPHIQUES . Sur l'âge d'or
& sur le bonheur. A Londres , 1738. Brochure
in- 12. de 36. pages .
COLLECTION des Auteurs qui ont traité
de l'origine , du commencement & du progrès
de l'Imprimerie , à Hambourg , chés
Christian Herold , par les soins de M. Wolff
Professeur en cette Ville.
HISTOIRE DE S. EPIPHANE , Archevêque
de Salamine , & Docteur de l'Eglise , & c.
Paris , chés J. B. Lamesle , Pere , rue de
vieille Bouclerie , & Pierre-François Giffart ,
rue S. Jacques , à Ste. Therese , 173.8.194
Prix 6. liv. en blanc.
"
LA PUDEUR , Histoire Allégorique & Ma
par M. le Chevalier de Neufville Mon
Evj mador,
rale .
514 MERCURE DE FRANCÊ
tador. A Paris , chés Pierre Simon , ruë de la
Harpe , à l'Hercules , 1739. Brochure in- 12 .
de 69. pages , sans la Préface.
TRAITE' DES MARQUES NATIONALES
tant de celles qui servent à la diftinction
d'une Nation en général , que de celles qui
diftinguent les rangs des Perfonnes dont
cette Nation eft composée , & qui ; les unes.
& les autres , ont donné origine aux Armoiries
, aux Habits d'ordonnance des Militaires
& aux Livrées des Domestiques. Par
M. Beneton-de-Morange de-Peyrins. I. Vol.
in- 8 °. A Paris , chés P. G. Le Mercier
Imprimeur & Libraire , rue S. Jacques , au
Livre d'or . MDCCXXXIX .
3
On voit par le Titre de cet Ouvrage , que
l'Auteur a eû en vûë de faire connoître quel
les ont été les marques défignatives de chaque
Nation,depuis l'Antiquité la plus reculée
jusqu'à présent.
Ces Marques étoient ou générales , ou
particulieres ; les unes propres à caracteriser
tout un Peuple , & les autres à défigner les
Personnes les plus considerables d'entre ce
Peuple.
Les Marques générales étoient des Figu
res en sculpture , qui , mises au bout d'une
Pique se portoient à la Guerre , & chaque
Peuple avoit pour son Enseigne , le Symula-
›
cre
MAR S. 1739.
jrg
cre , ou l'Emblême principal du Dieu qu'il
adoroit.
Les Marques particulieres étoient auffi des
Figures en bas- reliefs , soit de choses animées
soit de choses inanimées , qui se
voyoient sur les armures des Guerriers , &
particulierement sur les Boucliers.
Dès que les Hommes dispersés par toute.
la Terre ; & distingués par Peuplades , ( en
conséquence d'une volonté suprême , dont
l'execution avoit eû son commencement ,
lors de la confusion des Langues , ) commencerent
, dit l'Auteur , à se faire la guer
re , ils se firent de ces Marques , ou Figures,
& elles furent d'un usage général , tant que
dura le Paganisme , c'est - à-dire , jusqu'à la
chûte de l'Empire Romain ; mais chaque
Nation de l'Europe , en devenant Chrétienne
, abolit le port de ces Images , comme
pouvant perpetuer le souvenir des Erreurs où
F'on avoit été plongé , & ne se caracterisa
plus que par une espece de Livrée , ou de
Couleur. Chaque Nation se fit sa Livrée de
la couleur dont se trouva être la Banniere de
l'Eglise, dédiée au Saint qu'on se choisissoit
pour Patron.
Et pour les Marques particulieres dans ce
nouveau goût , elles ne furent d'abord autre
chose que de petits Etendarts , apellés Hauts-
Wollets & Bas-Vollets , faits de la Couleur
nationale
23
516 MERCURE DE FRANCE
nationale , que les Cavaliers portoient sur l
tête , & sur les épaules . Dans la suite , chaque
Chef de Milice voulut avoir une Livrée,
luizen propre ; cela produisit un commencement
d'uniformité dans les Armées , de
même que l'invention de certains Habits,où
entroient plusieurs couleurs , & qui , étant
portés pour procurer des distinctions , furent
pour cela apellés Habits de Livrées.
Chaque Cavalier en allant à la Guerre ,
faisoit peindre son Bouclier de la couleur
dont étoit celui du Chef qu'il suivoit , & à
cette couleur dominante , à laquelle se joignoit
une portion de la couleur nationale
ilen ajoûtoit une autre dont il faisoit choix,
pour se distinguer en son particulier . Cette
diversité de couleurs , qui paroissoient sur
les Boucliers , & même sur des Tuniques
qui se mettoient sur l'Armure , en produi
sant des uniformités propres à distinguer les
differens Corps de Troupes dont une Armée
étoit composée , a produit ces partitions
bizares , qui depuis six ou sept cent ans
se voyent dans ce qu'on apelle Armories ,
comme Pals, Fals , Bandes, Bordures, Orles,,
Chefs , Franc - Quartiers , &c.
>
Les Guerres d'Outre- mer ayant comment
cé dans le XI . siécle , la seule Livrée d'une
Nation ne lui paroissant plus suffisante pour
sa distinction , ni la portion de cette Livrée
jointem
"
MARS. 17397
jointe à d'autres couleurs , pour les distinc- -
tions particulieres , on prit des Croix , & ca:
fut par la couleur dont chaque Peuple se fit :
sa Croix militaire , qu'il se distingua ; & ema
même temps les Guerriers , sans cesser de
porter leurs Ecus colorés , qui leur faisoient
des Livrées , remirent dessus , cos Symboles
en Figures , dont le Christianisme naissant :
avoit fait discontinuer l'usage , ce qui augmenta
les Marques particulieres , & acheva
de faire paroître ce qui s'apelle à présent
Blason , & Armoiries.
M. Beneton fait aussi connoître quelles
ont été les marques de reconnoissance dont
chaque Nation Chrétienne a fait usage depuis
les Croisades ; il montre qu'on en chan
geoit quelquefois , d'où il arrivoit qu'une
Nation en prenant la couleur d'une autre
obligeoir celle- ci à faire choix d'une nouvelle
Livrée ; tout cela est apuyé d'Exemples
11 prouve ensuite que ce furent les Habits
militaires , nommés Cottes - d'armes , sur lesquels
se voyoient ces marques tant en partitions
colorées , qu'en figures , qui tinrent
lieu d'Habits d'ordonnance dans les Armées,
ce qui dura jusqu'à ce que les Guerriers , en
quittant les Cortes , pour laisser voir leurs
Armures de fer , à nud , prirent des Echarpes
de couleur.
2
2
Tant que les Echarpes militaires furent
318 MERCURE DE FRANCE
en usage , on sçut , en les multipliant , les
rendre propres à marquer tout à la fois & la
Nation , & le Corps dont étoient les Guer- ,
riers qui les portoient ; ainsi elles tinrent
lieu , à leur tour , de ce qui pouvoit servir
d'Habits d'ordonnance , jusqu'à ce que l'Habillement
complet des Troupes , tel qu'il se
voit établi à présent, eût commencé . La maniere
dont l'uniformité complette dans les
Troupes s'est introduite , n'est pas un des
Endroits, le moins interessant, de cet Ouvrage
; le temps où elle a commencé y est fixé ,
& dès l'origine des Régimens , on voit ce
qui s'observoit, tant pour la Levée, que pour
PEquipement de chaque Régiment de nouvelle
création.
2
M. Beneton ne se borne pas à détailler les
differens Habits de Guerre , & à faire connoître
comment les modes se sont succedées
les unes aux autres ; il parle aussi des
Habillemens à l'usage de la Noblesse en
temps de Paix , tant pour les hommes que
pour les femmes ; il fait voir que c'est de la
coûtume qu'avoient les Rois , & les autres
Souverains , de donner gratuitement des Robes
uniformes à leurs Courtisans , pour s'en
parer aux jours de grandes solemnités , que
vient celle qu'eurent ces mêmes Courtisans
de donner aussi des Robes ( de la couleur
qui les désignoient , chacun en particulier )
MARS. 17397 519
à ceux qui s'attachoient à eux , sous le nom
de Robes de Livrées. L'Auteur découvre toutes
les raisons qui ont mis ces Robes en vogue
, & montre qu'elles ont été portées par
gens de tous états , comme Ecclésiastiques ,
Officiers de Guerre & de Judicature , Bourgeois
, Marchands & Domestiques. De -là ,
Auteur prend occasion de faire remarquer
qu'il faut distinguer deux sortes de Livrées ,
P'une qui doit s'apeller Honorable , ou d'Honneur
, faite pour être portée par les Gentilshommes
, & Magistrats , & l'autre qu'il faut
nommer Livrée de servitude , n'étant faite
que pour les Domestiques.
M. Beneton , après s'être attaché à raporter
les étymologies de la plupart des choses
dont il parle , même celles des noms portés
par les Domestiques des grands, Seigneurs
( étymologies tirées des fonctions dont ces
Domestiques s'acquitent , ou s'acquitoient
autrefois auprès de leurs Maîtres ) passe enfin
à la description des formes differentes
qu'ont eû successivement les Habits de Livrées
, depuis qu'ils furent inventés pour
distinguer les Familles Nobles entre- elles ;
il rend raison de ce qui a déterminé , en
faisant une Livrée pour nos Rois , d'y fair.e
entrer les trois couleurs qui s'y voyent ; de
même que de ce qui a introduit dans chaque
$20 MERCURE DE FRANCE
que Branche des Princes du Sang , les cour
leurs qui distinguent aujourd'hui chacu
ne de ces Branches : tout cela est apuyé
de Passages d'Historiens ; & cet Ouvrage
est terminé par une Dissertation , qui discute
, si la Fleur qui symbolise la Nation
Françoise , sous le nom de Fleur- de-lys´‚·
est véritablement une Fleur de cette espe=
ee , (' ce que l'Auteur ne croit pas , ) &.
après avoir exposé son sentiment , il donne
une raison plausible de ce qui a pû
obliger les premiers Rois de la troisiéme
Race à la prendre comme une marque
parlante , pour se symboliser , eux & leurs :
Sujets..
MEDUS , Tragédie , représentée au Théa
tre François le 12. Janvier. A Paris , chés
Prault , fils , Quai de Conty , à la dèscente:
du Pont Neuf, à la Charité , 1739.-
Le soin prématuré que nous avons pris de:
satisfaire la curiosité de nos Lecteurs dans le
Journal du mois dé Janvier , avant que cette`
Tragédie fût imprimée , ne doit pas nous dis
penser d'en donner quelques fragmens dans
celui- ci . L'Auteur Anonime répond dans une
Préface aux diverses objections qu'on lui à:
faites,sans le connoître : cette Préface a parû
très-sage & a fait connoître qu'il n'ignore
pas
MAR S. 17397
$21
pas les regles du Théatre ; il se justifie sur
tout au sujet du plagiar dont on a prétendu
lę charger ; il finit son Apologie par ces pa--
roles modestes : Je serai le premier à convenir
de mes fautes , & dans le détail où je viens
d'entrer, j'ai moins eû dessein de les justifier .
que de rendre
compte au Public des fausses lixmieres
, qui m'ont fait illusion.
Voici les fragmens que nous venons de
promettre ; c'est aux Lecteurs à juger si la :
versification de Médus a été aussi défectueuse
, que des Critiques outrés l'ont pré--
tendu.
1
Dans le premier Acte , Scene premiere ,
Idalide , fille d'Adolétès , parle à Cephise ,.
sa Confidente , & lui dit :
Ma confiance est égale à ta fois,
Ta chéris Idalide ; écoute , & connois -moi,
Céphise , qui croiroit que de pleurs abreuvée ,.
Qu'à de nouveaux tourmens sans cesse réservée ,
Je pusse être sensible en ce comble d'horreur
A d'autres sentimens que ceux de la fureur !.
Hier , tu me suivois , quand sur les bords de l'Onde,
Je voulus me soustraire à ma douleur profonde ;
Et la foudre & les vents déchaînés dans les Airs ,
Venoient de ravager & la Terre & les Mers ;..
On entendoit encor frémir l'Onde écumante ;
Le plus affreux Spectacie à mes yeux se présente ;
Je
322 MERCURE DE FRANCE
1
Je ne découvre au loin que débris de Vaisseaux
Qu'Armes & Pavillons qui flotent sur les eaux ;
De ceux qu'avoit frapés le courroux de Neptune ,
Mon coeur en gémissant déplore l'infortune ,
Lorsqu'un fot qui se brise , aporte sur le bord
Un de ces malheureux luttant contre la mort ;
Je l'aproche en tremblant , je le trouve immobile ;
Un froid mortel couvroit son front pâle & tranquile,
Quel trouble fut le mien , quel excès de douleur ,
Quand j'aperçus des traits trop présens à mora
coeur &c.
Lorsque Persès vainqueur, après divers combats ,
Signala sa fureur au sein de nos Etats ,
J
Mon Pere , qui pour moi craignoit son frere impie,
Eut soin de m'éloigner de la triste Arménie ;
Memnon , de ses malheurs , comme lui penetré ,
M'ouvrit dans Amasie un azyle sacré.
A peine du repos je ressentois les charmes ,
Que mon coeur éprouva de nouvelles allarmes
Un Héros qui d'Alcide imitant les exploits ,
Venoit d'humilier & secourir vingt Rois ,
Qui , de Tyrans sans nombre avoit purgé l'Asie ,
Attendoit un Vaisseau pour quitter Amasie.
Sans dévoiler son sort , ni déclarer son nom
Ses Lauriers suffisoient à son ambition.
11 parut à mes yeux', & je devins sensible ;
Lui-même en me voyant ne fut pas invincible
MARS.
1739 523
JYee lus dans ses regards qu'épris d'un même feu ,
Il n'osoit à sa bouche en confier l'aveu.
Triomphe peu durable ! inutile victoire !
Eh qui pourroit fixer un coeur fait pour la gloire ?
Le jeune Grec partit ; me laissa dans les pleurs....
Mais a-t'il oublié sa flâme & mes malheurs ?
Que croire ? hélas ! c'est lui que la Mer en furie ,
A rendu sur nos bords prêt de perdre la vie ;
Il expiroit , Céphise , & nos premiers secours ,
Ont enfin rallumé le flambeau de ses jours , & c.
>
Dans la Scene troisième , Médus fait la
description de son nauffrage , parlant à Idalide.
J'ai reçû de Médée , avec le sang d'Egée ,
L'audace de venger la Nature outragée.
L'Empire de Neptune oposoit vainement
Une vaste barriere à mon ressentiment ;
Des Vaisseaux , par mes soins , armés au Port d'Athenes
,
'Avoient franchi des Mers les dangereuses Plaines ,
J'apercevois déja cette rive où mon bras
Doit punir du Tyran les cruels attentats ,
Lorsque les Airs voilés par de sombres nuages ,
Sont livrés aux fureurs des vents & des orages ;
Des feux étincelants , sortis du sein des Mers ,
Me découvrent par tout kurs abîmes ouverts ;
Des
I
24 MERCURE DE FRANCE
"..
Des Rives de Colchos ma Flotte repoussée ,
Disparoît devant moi sur les eaux dispersée ;
Mon Vaisseau par la foudre est d'abord embrasé
Et contre les Rochers périt enfin brisé , &c.
Au second Acte , Scene troisiéme , Medée
aprend à Démarate , ancien Gouverneur
de Médus , son fils , pourquoi & comment
elle est venue à Colchos , sous le nom emprunté
de Prêtresse de Diane.
Après la mort d'Egée , abandonnant Athênes ,
Od du Gouvernement on m'enlevoit les rênes ,
Je revins à Calchos , sans cortége & sans bruit.
L'ombre couvre mes pas ; le mystere les suir
Je cherche, pour mon Fils, sans me faire connoître ,
A me saisir du Trône ou le Ciel m'a fait naître.
*Je trompai tous les yeux ; ceûx mêine dé Përsës
Ne purent découvrir en moi le sang dÆtès ;
Et mes traits , altérés par six lustres d'absence ,
Ne laisserent jamais soupçonner ma présence.
Dans ces lieux , dépeuplés par un feu dévorant ,
D'un fluide poison l'air n'étoit qu'un torrent
Les Cieux étoient d'airain & la Terre stérile
Aux befoins des Mortels fermoit son sein fertile.
Médée alors parut , comme un gage de paix.
Des immortels fléchis , j'annonçai les bienfaits ;
Je feignis que Diane envoyoit de la Grece
Au
2
"M A'R S. 18739.
323
Au secours de Colchos , sa plus.ciere Prêtresse,;
Et mon aft autrefois si terrible en hies mains ,
Fut parmi tant d'horreurs , le salut des Humains,
Nous avons fait parler Idalide , Médus: &
Médée ; il ne nous reste plus, des principaux
Acteurs , que de faire parler Persès . Voi
ci comment il s'exprime , parlant de Médus
à Idalide , dans la ro . Scene du même Acte.
Quoi ? vous pleurez ... ah ! trop funestes larmes. !
Qu'elles vont redoubler mes cruelles allarmes !
Trop favorable aux voeux du perfide Etranger ,
Dans mon coeur , à ce point , osez-vous le venger?
Ah ! si jele croyois, sur lui, ma main sanglante....
Prévenez les effets d'une rage naissante.;
Et si vous aspirez à lui sauver le jour,,
Prouvez- moi que pour lui vous êtes sans amour.
Suivez-moi dans le Temple , & que par l'Hymenée
Ma fortune s'unisse à votre destinée .
Content de mon bonheur , je n'éxamine plus
Si j'avois pour Rival Iphiclès , ou Médus.
Qu'il renonce à vous voir ; .qu'il s'éloigne ; qu'il
fuye ;
Je fais tomber ses fers , & je lui rends la vie.
Songez y; je vous laisse Arbitre de son sort ,
Il me faut aujourd'hui votre main ou sa mort.
Nous avons cru que ces fragmens suffisoient
526 MERCURE DE FRANCE
roient pour donner une juste idée de la versification
de l'Auteur Anonyme
de Médus.
SERMONS de S. Augustin , sur les Pseaumes
, traduits en François ; nouvelle Edition.
A Paris , chés Jacques Barois , fils , Libraire
sur le Quai des Augustins , à la Ville de Nevers.
14. volumes in 12.
6 La nouvelle Edition de cet Ouvrage est
augmentée d'uneTable desPassages de l'Ecriture
Sainte , expliqués par S. Augustin dans
ses Sermons , & d'une Table Generale des
Matieres contenues dans les 14. volumes de
cet Ouvrage.
RECUEIL des Piéces mises au Théatre
François , par M. le Sage. Chés le même Libraire.
2. volumes in 12.
EXAMEN DU VUIDE , ou Espace Newtomien
, relativement à l'idée de Dieu , 1739 .
A Paris , ruë de la vieille Bouclerie , chés
Gissey , Brochure in 12. de
24. pages.
LA FRIPONNERIE LAÏQUE des prétendus
Esprits Forts d'Angleterre , ou Remarques
de Phileleutere de Leipsick , sur le Discours
de la liberté de penser , traduites de l'Anglois
, sur la septiéme Edition , par M. N. N.
A Amsterdam , chés J. Westein & G. Smith ,
iz 8. 1738. LES
MARS. 1739.
527
LES ORIGINES DE L'ISLE DE CORFOU
nouvelle Edition , revûë & augmentée par
l'Auteur. A Brescia , de l'Imprimerie de Jean
Marie Rizzards , in 4. de 224. pages. L'Ou
vrage est en Latin.
HISTOIRE DU VICOMTE DE TURENNE
par M. l'Abbé Raguenet. A la Haye , chés
Jean Neaulme , 1738. deux volume in 12.
de près de 540. pages.
DISSERTATIONS sur les Venins , & leur
exposition méchanique , Ouvrage de M. Richard
Mead , Médecin Anglois , traduit en
Latin par MM.. NNeellssoonn ,, Médecin , avec un
Traité de l'Empire du Soleil & de la Lune
sur les Corps Humains , & des maladies qui
en proviennent ; par le même M. Mead;
volume in 8. de 235. pages. A Leide , chés
Langeran & Lucht , 1737. L'Ouvrage est
en Latin.
REFUTATION du Passage du Traité
des Opérations de Chirurgie , en Anglois ,
publié par M. Sharp , Chirurgien de Londres
, sur la Taille Laterale. A Paris , de
l'Imprimerie de Jacques Guérin , Quai des
Augustins , 1739. Broch. in 12. de 24. pages.
,
QUYRES SPIRITUELLES du P. le Valois ,
F de
28 MERCURE DE FRANCE
誓
de la Compagnie de Jesus , Confesseur de
Monseigneur le Duc de Bourgogne . 3. volumes
in 12. A Paris , chés Hipolite - Louis
Guérin , Libraire , ruë S. Jacques , à saint
Thomas , 1739.
TRAITE' de la Vente des Immeubles par
Decret. Par M. de Hericourt , Auteur des
Loix Ecclésiastiques , en deux Parties. in 4 .
1739. seconde Edition . A Paris , chés Cavelier,
Libraire , ruë S. Jacques, au Lys `d'or.
MAXIMES sur le Ministere de la Chaire .
& Discours Académiques. Par feu le R. P.
Gaichiés , Prêtre de l'Oratoire , & Membre
de l'Académie de Soissons. A Paris , chés
la veuve Etienne , ruë S. Jacques , à la Vertu ,
un volume in 8. M. DCC . XXXIX .
Le Portrait de l'Auteur est trop bien représenté
dans l'Epitaphe Historique qui est à la
tête de cet Ouvrage , pour qu'on puisse être
tenté d'y rien ajoûter. Nous nous contente-
1ons de rendre compte au Public de son Livre.
Les maximes dont il est rempli , contiennent
quantité d'excellens Préceptes fort
utiles à tous ceux qui se destinent au Ministere
de la Chaire . Elles sont divisées er
deux Parties , dont l'une traite des qualités
nécessaires à l'Orateur Chrétien ; sçavoir , la
science , l'esprit , les moeurs & la mémoire ;
talens
MARS.
529 17397
talens qui ne doivent cependant être employés,
qu'après que, par la mission & par la
vocation , ils sont devenus légitimes & dignes
de s'exercer sur une aussi précieuse matiere
, que l'est la parole de Dieu . Cette premiere
partie renferme encore des regles trèssages
pour l'action & pour le débit du Discours;
l'air, lavoix & le geste, formés sur ces
regles , ne laisseront rien à désirer dans un
Prédicateur de ce côté- là .
La seconde Partie des Maximes regarde le
Sermon. L'Auteur entre dans le détail des
différens genres de Prédication , & expose
avec beaucoup de précision la maniere dont
chacun doit être traité. Il parcourt ensuite
toutes les parties du Sermon , l'Exorde , la
Division , les Principes , les Preuves , les Fi
gures , le Style , les Portraits , & c .
Le Recueil des Maximes est suivi de plu
sieurs Discours , prononcés dans l'Académie
de Soissons , dont les Sujets , la plûpart interessans
, le deviennent encore davantage ;
par la maniere dont ils sont écrits. Quelques-
uns de ces Discours sont accompagnés
de Pieces de Vers , tant Françoises que Lad
tines , dont la lecture nous a fait plaisir.
ATLAS HISTORIQUE , ou nouvelle Intro
duction à l'Histoire , à la Chronologie & à
la Géographie ancienne & moderne , repré-
Fij sentée
530 MERCURE DE FRANCE
sentée dans de nouvelles Cartes . A Amsterdam
, chés Z. Chatelain . Nouvelle Edition ,
qui surpasse de beaucoup , à tous égards ,
les Editions précédentes.
le P.
SERMONS POUR LE CARESME ; par
Liboire Siniscalchi , de la Compagnie de Jesus
; avec cinq Discours sur la Passion de
N. S. pour les Vendredis de Carême . à Venise,
chés Laurent Baressio , 1738. volume in 4.
de 420. pages . L'Ouvrage est en Italien.
HISTOIRE des Favoris & des Favorites ; &
dés Personnes Célebres , qui ont été unies par une
étroite liaison .
Un Homme de Lettres , qui a amaſſé divers matériaux
fur ce sujet , demande des secours aux
Sçavans , par le moyen du Mercure.
MEMOIRES sur , Hermeas , Favori d'Antiochus.
Elius Sejanus , de Tibere.
Cléandre , du fils de Marc-Aurele.
Plautien , de Sévere .
Tangarbardir , du Sultan d'Egypte.
Hibraim Pacha , du Sultan Soliman .
Les deux Huges de Spenser , du Roy d'Angleterre
Edouard II.
Pierre de Gaverstnan‚d'Edoüard.
Marigen , de Philipe le Bel.
Jean de Montagu , de Charles VI.
Nestor , d'Agamemnon.
Antenor , de Priam.
Polydamas , d'Hector.
Chrisantas , de Cyrus.
Parmenion
MARS.
1739% 530
Farmenion , de Philipe de Macédoine .
Calisthene , d'Alexandre.
Aman , d'Affuerus
.
Le même Auteur travaille à un Traité Historique
sur les Parfums & les Encensemens.
Le Sieur Jombert , Libraire du Roy pour l'Artillerie
& le Génie , à Paris , rue S. Jacques , à l'Image
Notre- Dame , donne avis , que l'empressement
que le Public a marqué pour l'Architecture Hydrau
lique de M. Belidor , dont le premier Volume a été
enlevé avec une rapidité surprenante , l'engage à
prevenir les Souscripteurs & autres qui ont ce premier
Volume , que le second vient d'être imprimé
, qu'on le délivrera dans le courant du préſent
mois & les fuivans de la préſente année 1739. Ainsi
Mrs les Ingénieurs & Officiers d'Artillerie font
invités de faire retirer leurs Exemplaires au plutôt ,
afin qu'ils les ayent mieux conditionnés , & des
premieres Epreuves . Ils prendront la peine de lui
faire tenir un Billet de la fomme de 10. livres pour
reftant du payement de la Soufcription , à prendre
fur Mrs Ronder & Hocquart , leurs Tréforiers Géneraux
, obfervant que , s'ils veulent leurs Volumes
reliés , il faudra joindre à la fomme de 1o. livres ,
celle de 50. fols , comme la plupart ont fait au fujet
du premier Volume .
Il ose assurer les Soufcripteurs qu'ils fe trouveront
bien dédommagés d'avoir attendu quelque
temps après ce fecond Volume , par le grand nombre
de Sujets intereffans , dont l'Auteur l'a augmenté
; car au lieu de 40. Planches annoncées par le
Programme , il s'en trouve 55. toutes in folio , &
d'une beauté qui les met beaucoup au- deffus de
celles du premier Volume ; celui - ci étant moins
abftrait que le précédent , plaira , fans doute , en-
Fiij core
132 MERCURE DE FRANCE
core davantage par la variété des chofes utiles
qu'il comprend ; pour en juger, en voici un Extrait.
la
L'Auteur , après avoir donné dans le premier
Volume de cet Ouvrage , tout ce qu'il falloit fçavoir
fur la Méchanique & les frottemens , pour
fervir d'introduction aux calculs des Machines en
géneral , les regles du mouvement , celle de l'Hydraulique
pour mefurer la dépenfe & le choc de
l'eau , l'examen & le calcul des Moulins de toutes.
fortes d'efpeces , avec l'analyſe des differentes Machines
propres à épuifer les eaux ; donne dans le
fecond une Differtation fur les proprietés de l'air ,
déduites d'un grand nombre d'Expériences, accompagnées
de Remarques utiles , fervant d'introduc
tion à la Phyfique & à la Théorie des Pompes
maniere de calculer la force du vent & le plus grand
effet des differentes Machines qui peuvent être
muës par son action , une deſcription raisonnée des
Pompes de toutes sortes d'especes , avec une Théorie
fort étendue pour en calculer exactement l'effet ;
la defcription d'un grand nombre de belles Machines
, executées en France & dans les Pays Etrangers
, pour élever l'eau avec des Pompes mifes en
mouvement par la force des hommes , des chevaux
& celle des courans ; toutes ces Machines font calculées
dans le cas de l'effet le plus avantageux pour
en faire voir les défauts , & ce qui pourroit leur
convenir pour les rendre parfaites.
On trouve enfuite un Difcours fur les grands
Ouvrages que les Romains ont fait , pour la conduite
des Eaux , fuivis de la Deſcription & de l'analyfe
de la Machine apliquée au Pont Notre-Dame
à Paris , accompagnée des dévelopemens des nouvelles
Pompes que l'Auteur a imaginées pour la rectifier
& la rendre capable d'un bien plus grand produit.
La Defcription des Machines propres à élever
MARS.
1739 533-
ver l'eau , par le moyen d'une chute , parmi lesquelles
il y en a une de l'invention de l'Auteur, qui
n'a rien de commun avec tout ce qu'on a vû jusqu'ici
fur ce fujet , dont l'objet eft de faire que
Peau s'éleve elle - même à telle hauteur que l'on
voudra ; un examen de l'action de l'eau dans les
tuyaux de conduite , avec les regles qui conviennent
à ce fujet , fuivies d'un grand nombre d'Experiences
; la defcription , l'analyfe & les calculs des
Machines propres à élever l'eau. par le moyen du
feu , & plufieurs autres pour la tirer des Mines &
des Puits fort profonds ; la maniere de rechercher ,
raffembler & conduire les eaux de fource par des
tranchées de pierrée , tuyaux , canaux , aqueducs ,
& tout ce qui peut apartenir aux Fontaines publiques,
pour conduire & diftribuer l'eau aux differens
quartiers d'une Ville ; la forme la plus convenable
aux cuvettes de diftribution , pour que la jauge &
la répartition de l'eau fe faffent judicieufement,avec
le meilleur emplacement des Réfervoirs , tuyaux de
conduite , robinets , regards , puifards & ventoufes,
tout ce qui convient à la conduite & à la diftribution
des eaux dans les Jardins de Plaisance , pour
qu'elle produife un agréable effet , la conftruction
des baffins , réfervoirs & citernes,
Ce fecond Volume finit par plufieurs Regles fur
l'épaiffeur qu'il convient de donner aux murs pour
les rendre capables de foûtenir la pouffée de l'eau
felon fa profondeur.
Tous ceux qui ont vu cet Ouvrage , conviennent
qu'il n'y en a point de plus neuf , traité avec plus,
d'exactitude, & dont les Sujets foient plus relatifs à
l'utilité du Public ; c'eft le jugement qu'en ont por
té Mrs de l'Académie Royale des Sciences , fur
l'examen qu'ils en ont fait. Le prix de chaque Vo-
Fiiij - lume
$ 34 MERCURE DE FRANCE
lume re'ié, fera d'abord de 20. francs pour ceux qui
n'ont point foufcrit , felon ce qui a été annoncé
dans le Progamme . Quoique les augmentations
confidérables que l'Auteur a faites à ce fecond Volume
, ayent occafionné un furcroît de dépenſe , auquel
on ne s'attendoit pas , quand on a publié le
Programme de cet Ouvrage ; cependant le Libraire
veut bien ne pas augmenter d'abord le prix de ce
Volume , pour dédommager le Public avec ufure
de fon attente , & lui témoigner fa reconnoiffance
de la confiance qu'il a bien voulu avoir en lui ; mais
il avertit que l'année prochaine , à commencer au
premier Janvier 1740. il ne pourra fe difpenfer de
le vendre vingt - quatre livres , pour s'indemnifer de
la perte réelle qu'il a faite fur les Soufcriptions.
SUJETS A TRAITER .
DISSERTATION Hiftorique , fur la caufe
& les effets de la Joye & de l'Affliction , du Ris &
des Pleurs , du Bâillement & de l'Eternûment.
TRAITE HISTORIQUE des Inondations ,
'des Incendies , des Tremblemens de Terre , des
Tempêtes & Ouragans , & autres Phénomenes du
Ciel & de la Terre,
AUTRE. des Superftitions & Erreurs populaires ,
&c. des Preftiges , Préfages & Devinations ; des Esprits
, Fantômes , Spectres , Revenans , & c .
AUTRE. Du Carnaval , Fêtes singulieres , Bals ,
Mascarades , &c . & de certains jours qui semblent
plus particulierement deftinés à la joye , comme le
Jeudi & le Mardi Gras , le jour des Rois & de la
S. Martin.
Le Mercredi 3. Décembre dernier , l'Académie
Royale
MARS. 1739. 535
.
Royale des Sciences, proceda à l'Election de la place
de Penfionnaire Botaniſte,vacante par la mort de M.
Marchand. Les trois Sujets qui furent élus , sont
Mrs Duhamel & d'Isnard , Associés de Botaniquê
& M. Ferrain , Externe .
Le Mercredi 1 du même mois , le Comte de
Maurepas, Miniftre d'Etat écrivit à l'Académie que
le Roy avoit choisi M. Duhamel pour remplir cette
Place.
Le Mercredi 17. l'Académie élut M. Bernard de
Juffieu & M. Ferrain , pour remplir la place d'Associé
qu'avoit M Duhamel.
Le Samedi 14. Mais 1739. l'Académie a élú M.
Cerri , Premier Médecin de la Reine d'Espagne , &
M. Dan el Bernoulli , Profeffeur de Mathématique
à Bafle , pour remplir la place d'Affocié Etranger ,
vacante par la mort de M. Boerhaave.
Le même jour , l'Académie a élû Mrs Brémond
& Jofeph Juffieu , pour remplir la place d'Adjoint
Botaniſte , vacante depuis long- temps par la mort
de M. Trant.
Le Mercredi 18. le Comte de Maurepas a écrit
que le Roy avoit choisi M. Cerri Affocié
> pour
Etranger , M. Bernard Juffieu , pour Affocié Botanifte
, & M. Brémond , pour Adjoint Botaniſte.
Cette Lettre portoit que M. de Buffon , Adjoint
à la Méchanique , paffât à la place d'Adjoint Botanifte
, que M. Bernard de Juffieu laiffoit vacante.
A
53 MERCURE DE FRANCE
************************
AM. BARJAC , en lui demandant
Estampe qu'il a fait graver d'après le
Tableau de M. Autreau , dont on a parlé
dans leMercure de Septembre dernier.
P Enfant ainfi que Diogene ,
Je voudrois bien dans mon Réduir
Pouvoir contempler jour & nuit
Cet Homme qu'aux Plages d'Athene
11 chercha toujours vainement ,
Et qu'aux Rivages de la Seine
Il a trouvé réellement .
Jadis , prétendre à ſon fuffrage ,
Etoit un chimérique efpoir ;
Alexandre ne put l'avoir ,
Il n'étoit réservé qu'au Sage ;
Quoique je ne fois aujourd'hui
Qu'un Philofophe ſubalterne ,
Sans le fecours de fa Lanterne ,
Je l'aurois trouvé comme lui .
Sire Barjac , par avanture ,
Auriez- vous dans certain Tiroir
Cette héroïque Portraiture ,
Pour en décorer mon Manoir à
Si devant vous je trouve grace )
Sire Barjac , je vous promess
Une
MAR S. 5371 1739.
Une Guirlande du Parnaffe ,
Qui ne fe flétrira jamais ,
Et même , portant mon hommage
Chaque jour aux pieds de l'Image ,
De l'Encens qu'offriroit ma main
Vous pourriez avoir quelque grain ;
Et c'eft raison , puisque la Gloire
Dont nous couronnons les Héros ,
En éternifant leurs Travaux ,
Nous fait partager leur mémoire
M. TANE VOT.
ESTAMPES NOUVELLES.
Le Sr Filloul , vient de graver & commence
diftribuer , dans l'Apartement qu'il occupe au Bâtiment
neuf, qui fait un coin dans la ruë Galande &
la rue du Fouare , quatre Estampes fort gracieufes ,
lefquelles représentent les Plaifirs les plus ordinaires
de la jeuneffe . Elles ont dix-huit pouces de haut :
fur treize & demi de large , & ont été copiées d'après
les Tableaux du Sr Pater , qui font au Cabi♣ -
net de M. le Préſident de Segur.
La premiere repréſente le Jeu de Colin-Maillard; ;
la feconde , le Concert amoureux ; la troisiéme , là
Converfation intereffante , & la quatrième , la Danse.
Les Vers qui font au bas , font de la compofitiona
de M. Moraine..
La Suite des Portraits des Grands Hommes & :
des Perfonnes Illuftres dans les Arts & dans les ›
Favj
Sciences 5
538 MERCURE DE FRANCE
Sciences , continuë de paroître chés Odieuvre ,
March and d'Eftampes , Quai de l'Ecole ; il vient de
mettre en vente :
LE R. P. MICHEL LE QUIBN , Dominicain
, né à Boulogne fur Mer , le 8. Octobre 1661 .
mort à Paris le 12. Mars 1733. definé & gravé
par C. Dupuis.
MEROUE'E III . Roy de France , mort en
458. après dix ans de Regne , deffiné par A. Boisot ,
& gravé par N. Dupuis.
Le 24. Février , M. Perrin , Secretaire du Roy ,
& Avocat au Confeil , chargé des affaires de la
Ville de Bordeaux , & le Sr A. Marolles , Peintre
en Miniature & Deffinateur , eurent l'honneur de
présenter au Roy , au nom de MM. les Maire ,
Sous-Maire & Jurats , la Ville de Bordeaux deffinée
à la plume par le S. Marolles . Ce Morceau, fait
par les ordres de M. Boucher , Intendant de Bordeaux
, eft fur Vélin & forme un Tableau fous une
glace de 5. pieds de large , fur 3. de haut. Le Roy
a parú très-content de l'int : liigence avec laquelle
ce Morceau eft compofé & de la précifion qui regne
dans l'Ouvrage , au moyen de laquelle il eſt
aifé de fentir , malgré la petiteffe des objets , l'immenfe
grandeur & tous les avantages du Port de
Bordeaux,l'un des plus beaux de l'Europe , & en mê–
me temps de diftinguer en détail les ornemens exterieurs
des principaux Edifices & des Maiſons distinguées
de la Viile , furtout ceux d'une magnifique
Place que la Ville a fait décorer fur les Desseins
de M. Gabriel ; premier Architecte du Roy.
Enfin ce Morceau eft , felon le fentiment unanime
de tous les Connoiffeurs , l'Ouvrage le plus parfair
qu'on ait encore vû en ce genre. Le point de vûë
eft pris de la hauteur du Village de Lormont , à
une
MARS. $39 1739
~
une lieue de Bordeaux , d'où l'on découvre toute
la Ville & fes Environs.
INSCRIPTION pour être mise au bas
d'une nouvelle Estampe représentant le
Crucifiment de S. Pierre , gravée par M.
Desplaces , d'après le Tableau original du
Cavalier Calabrese. Voyez le Mercure de
Septembre 1738. page 2020.
Cur Capite inverfo plantas ad Sydera tollit ,
Sufpenfus Domina Petrus in urbe Cruci ,
Ut Caput in terrisfummumfub principe Chrifto ,,
Seque piis rectum monstret ad Aftra Ducem .
J. COULLON , de Paris .
Nous aprendrons à nos Lecteurs , à cette occafion,
que le 26. Janvier dernier , mourut à Paris , Philipe-
Louis Desplaces , âgé de 57. ans & demi. Il avoit la
réputation d'être l'un des plus habiles Graveurs en
Taille-douce. Il a donné d'excellentes Piéces au
Public. Il étoit fils de Louis Desplaces , Mathématicien
, Auteur des Ephemerides dont on fe fere
dans le Colombat.
EXTRAT d'une Lettre de M. Duvivier ,
écrite Paris , le 20. Février 1739.
Bligez-moi , Monfieur , de vouloir bien défabien
les Gazettes d'Amfterdam & de Bruxelles ,qui eft fans
aucun fondement. On lit dans la prem.ere du 27.
Janvier 1739. Article de Paris , que l'on voit chés le
Sr
$40 MERCURE DE FRANCE
Sr Duvivier , Graveur des Médailles du Roy , aux
Galleries du Louvre , cinq Morceaux de Sculpture pour
être placés ajoute - t'on , dans le Cabinet du Roy..
Celle de Bruxelles erre encore davantage , en difant
que ces cinq Bas reliefs font du Sr Duvivier , Liégeois
, &c. Voici le fait tel que le vrai Auteur , M.
Simon Cognoul , Sculpteur à Liege , homme fort :
laborieux & fort intelligent , me l'a exposé.
Il a traité en Bis relief fur cinq. Planches de bois ,
de poirier , de trois pouces d'épaiffeur , chaque :
Morceau dans les mêmes proportions que les cinq
grandes Eftampes des Batailles d'Alexandre , gravées
d'après les Tableaux originaux de l'illuftre
Charles le Brun , par Gerard Audran .
Le Sr Cognoul , ayant achevé ce long & pénible
Ouvrage , la liaison que ces Morceaux lui parurent
avoir avec les Tableaux , les Tapifferies , &
les Planches , dont on vient de parler , & qui apartiennent
au Roy , lui firent prendre le parti de pré--
fenter cet Ouvrage à S. M.
2
Ces Bas- reliefs ayant été tranfportés de Liége à
Paris , l'Auteur me pria de les garder chés moi
dans les mêmes vues du Projet qu'il avoit fait
mais ils n'ont jamais été exposés à la vue du Public,
comme les Gazetes l'ont dit ; & pour prévenir le
Concours des Curieux , qui commençoient à venir
chés moi pour les voir , je les fis remettre à la ·
Perfonne à qui ces Bas reliefs avoient dabord étés
adreffés , où ils sont encore. Je fuis , Monfieur, & c.
Le Sr Fauchard , Chirurgien- Dentiste à Paris ,.
ayant délogé de la Maison qu'il occupoit , se trou
ve obligé de faire sçavoir qu'il n'a point quitté la·
ruë de la Comédie Françoise , & qu'il a seulement :
passé au premier Apartement de la troisiéme Maison à
porte cochere , qu'on trouve an- deffus , & du même
COLE
t
MAR S.
542 173943
côté de l'Hôtel de la Comédie , en allant vers les :
Cordeliers ; ainfi que l'indiquera son nom écrit au--
dessus de la Porte.
On fçait par une longue experience , qu'il con--
noît parfaitement les Maladies des Denis & des ,
Gencives ; qu'il y fait toutes les Opérations qui
conviennent le mieux à leur guérison , à leur conservation
& à leur embelliffement , & qu'il répare :
avec succès les défauts de la bouche . Le Traité des
Dents , qu'il mit au jour il y a quelques années , en ›
est encore une preuve indubitable .
Il continue de diftribuer des Racines d'une préparation
excellente & particuliere ; des Opiats , des
Eponges fines , & des Poudres rrès utiles à la propreté
& à l'entretien des Dents ; auffi bien que P'Eau
contre les affections scorbutiques des Gencives
dont il est l'Auteur & l'unique Possesseur , & dont
l'usage a fait reffentir dans des cas confiderables,
qu'elle étoit d'un grand secours contre les Maladies
des Gencives & des Dents..
Cette Eau empêche que les Gencives ne se gonflent
, & ne soient sujettes à saigner aisément , ce
qui prouve qu' He les fortifie , & les consolide avec
beaucoup de succès.
Elle empêche auffi que les Dents ne soient ébranlées
avant le temps : elle raffermit celles qui ne
sont pas confidérablement déchaussées & chancellantes
: elle les maintient dans leurs alvéoles ; &
comme elle eft propre à diminuer les acretés de la
salive , qui produisent ordinairement la carie des
Dents , elle prévient par conséquent ce qui
les peut gâter , en les défendant contre la carie .
Elle ôte la mauvaise odeur de la Bouche , elle vivifie
les Gencives , elle calme ou diminuë souvent la
douleur des Dents gâtées , & elle guérit les Aphtes,
ou petits ulcéres de la Bouche,
En
>
$42 MERCURE DE FRANCE
En un mot ce remede eft le plus parfait qu'on ait
encore trouvé pour la guérison & la conservation
des Gencives & des Dents.
Les Bouteilles de cette Eau sont de fix livres , ou de
trois livres , ou de trente sols . On les accompagne
d'un Imprimé qui en détaille les proprietés , & qui
aprend la maniere de s'en servir ."
Le Sr Baradelle , Ingénieur du Roy , pour les
Inftrumens de Mathématique , donne avis qu'il
vient de conftruire un septiéme Cadran Vertical ,
qui s'oriente de lui- même , sans le secours de la
Bouffole , pour Bordeaux , Libourne , Laforce , Iffi
geac, Aurillac, Figeac , Saint Flour , le Puy,Valence,
Briançon , Turin , Afti , Bobbio , & c.
Quoiqu'on n'ait indiqué ce Cadran que pour
Bordeaux & les autres Villes indiquées deffous la
même Elevation , cependant comme un quart ou
un tiers de dégré ne peuvent faire aucune difference
tenfible , il peut fervir également pour les Endroits
suivans . Sçavoir , Bourg , Sarlat , Romans ,
Ambrun , Suse , Casal , Caftres , Cahors , Die ,
Grenoble , Albe , Aqui , Riom , Iffignaux , Gap ,
S. Jean , Carmagnole .
Ce Cadran peut fervir dans beaucoup d'autres Endroits
que les Villes ci -dessus , & pour tous les
Environs : On ne met point la conftruction ni l'usage
, attendu qu'on les donne avec le Cadran ; on
y trouve les temps des Equinoxes du Printemps &
d'Automne , les Solftices d'Eté & d'Hyver , com
me ceux que l'on a indiqués pour Paris , Rouen &
Rheims , Amiens , Breft & Vienne en Autriche ,
Dijon , Tours & Lyons Le prix eft de deux livres .
On trouvera le Cadran de Dijon & de Tours , chés
le Sr Bafir , Marchand Bijoutier , rue S. Jean , à
Dijon ; & à Paris , chés le Sr Baradelle , à l'enseigne
de
MARS. 1739.
543
de l'Obfervatoire , Quai de l'Horloge du Palais
vis- à- vis le grand degré de la Riviere .
>
Il continue de conftruire les Ancriers , fous le
nom des Baradelle , qui confervent l'Ancre plufieurs
années , fans fe fécher ni s'épaiffir , & fans y
mettre de cotton , parce qu'ils sont fermés comme
hermétiquement; ils ne font point fujets à fe renverſer
en telle fituation qu'ils puiffent être dans la poche, on
parmi des papiers. Comme il eft le feul qui en ait
fait une fi grande quantité , & qui les ait perfectionnés
, il avertit qu'il n'en débitera aucuns qui ne
foient numérotés de fuite , avec fon nom. On en
trouvera toujours chés lui de toutes grandeurs , &
de toutes façons , en cuivre , en argent , & en or
dans des étuis , ou fans étuis.
M. Chycoineau , Conseiller d'Etat , & Premier
Médecin du Roy , ayant été informé de la guérison
de plufieurs Personnes de confideration , par les
Remedes composés depuis plus de quarante ans par
la Dame de Leftrade , a bien voulu , pour l'utilité
& le soulagement du Public , donner son Aprobation
pour les débiter , sçavoir , une Eau contre les
Dartres vives & farineuses , Boutons , Rougeurs 2
Taches de rousseurs , & autres Maladies de la Peau ;
& un Baume blanc en confiſtance de Pomade , qui
ôte les Cavités & les Rougeurs après la petite Verole
, les Taches jaunes , le Hâle, &c . Ces Remedes
se gardent tant que l'on veut , & peuvent se transporter
partout. Les Bouteilles de cette Eau font de
2. 3. 4. 6. liv . & au -dessus , selon la grandeur. Les
Pots de Baume blanc sont de f. & les. liv. 10.
3.
demi de 35. fols.
Mad. de Leftrade demeure à Paris , ruë de la Comédie
Françoise , chés un Grainetier , au premier
Apartement. Il y a une Affiche au - dessus de la
Porte.
$44 MERCURE DE FRANCE
Nous avons été induits en erreur , en avançant
dans le Mercure de Fevrier dernier , que la Famille
des Thibert étoit éteinte : elle ne l'est point. Nous
donnerons dans peu un Mémoire très-inftructif sur
cette matiere..
AttAtt:
AIR.
Vole , Amour , quitte Cythere¸,
Viens unir les Amans heureux";
Fais que , charmés de se plaire
Es brûlent tous des mêmes feux ;
A leurs yeux offre tous les charmes
Qui fuivent les tendres défirs ;
Cache les chagrins & les larmes.
Sous les images des Plaifirs .
Quand'par un aimable choir,,
Tu nous a foûmis à tes loix ,
Pour nous rendre heureux à jamais ,
Sur nos tendres coeurs épuife tes traits .
SPEC༈
འ ༠
$44 MERCURE DE FRANCE
Nous avons été induits en erreur , en avançant
dans le Mercure de Fevrier dernier , que la Famille
des Thibert étoit éteinte : elle ne l'est point. Nous
donnerons dans peu un Mémoire très-inftructif sur
cette matiere..
AIR.
Vole , Amour , quitte Cythere¸ ,
Viens unir les Amans heureux ;
Fais que , charmés de se plaire
Is brûlent tous des mêmes feux ;
A leurs yeux offre tous les charmes
Qui fuivent les tendres défirs ;
Cache les chagrins & les larmes
Sous les images des Plaifirs.
Quand par un aimable choir,,
Tu nous a foumis à tes loix ,
Pour nous rendre heureux à jamais ,
Sur nos tendres coeurs épuife tes traits .
SPEC幀
S
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d.
OPP ?d.
XOXK BNC
LIBRARY
ACTOR
LEROS
AMW CUNTATIONG
TILDEN
1
1
MARS.
17395 545
無邊車身魚魚燒鼎鼎北六六南鼎央央央鼎鼎惠慈惠出
SPECTACLES.
EXTRAITde la Comédie du Somnambule,
en Prose & en un Acte , représentée au
Théatre François le 19. Janvier 1739.
ACTEURS.
Le Baron
La Comtesse ,
le Sr Duchemin
la Dll: Quinault..
la Dil
Grandval.
Rosalie , Fille de la Comtesse ,
Valere , Neveu du Baron , & Amant de
Rosalie
Dorante ,
3
te Sr Grandval.
le Sr Montmeny,
Thibaut , Jardinier du Baron , le Sr Poisson
contin , Valet de Dorante & Neveu de
Thibaut , Le Sr Armand..
soit
>
ΟΙ
Uoi que l'Auteur du Somnambule ne se
pas encore fait connoître , il suffit
de voir son Ouvrage , pour juger qu'il
pu partir que d'un homme d'esprit , qui n'a.
pas prétendu donner une Comédie en forme
, mais une Farce amusante , dans laquelle
il feroit entrer le Personnage d'un Somnanbule.
C'est sur ce pied - là que nous en allons
donner un Extrait.
Valere
$46 MERCURE DE FRANCE
Valere , Amant de Rosalie , ouvre la Scene
vec Thibaut , Jardinier de son Oncle lè
Baron ; c'est dans une Maison de campagne
du Baron , que l'Action théatrale se passe.
Valere fait connoître à Thibaut l'amour
qu'il a pour Rosalie , qui doit être mariée à
Dorante dans cette Maison de campagne , &
dont on attend l'arrivée ce même jour ;
Thibaut lui promet de faire tout ce qui dépendra
de lui , pour détourner un Mariage fi
funeste à son amour , & l'accuse de trop de
timidité auprès de Rosalie , à qui. à qui il n'a pas
encore parlé de sa tendresse.
Frontin , Valet de Dorante , arrive ; il eft
agréablement surpris de se trouver en Pays
de connoissance , puisque Thibaut est son
Oncle , il lui aprend que Dorante , son Maître
, est arrivé avec lui ; que c'est un Homme
très difficile à servir , attendu qu'il est
Somnambule , & qu'il faut le garder toute la
nuit , de peur qu'il ne lui arrive quelque accident
; Thibaut n'entend rien au mot de
Somnambule ; il demande à son Neveu fi c'eft
une Charge , Frontin lui explique ce que
c'eft qu'un Somnambule , & lui fait promettre
le secret , attendu que fi l'on en étoit
instruit , cela pourroit nuire à son Maître.
Leur conversation est interrompuë par l'arrivée
du Baron , suivi de son Neveu Vatere..
Après
MARS. 1739-
347
Après quelques reproches que le Baron a
faits à son Neveu sur sa négligence , Frontin
lui annonce l'arrivée de Dorante , son
Maître , qu'il a prévenu de quelques momens
; il ajoûte que Dorante est extremement
fatigué de la diligence qu'il a faite pour
se présenter plûtôt à sa future Epouse .
Dorante vient ; le Baron le reçoit à bras
ouverts ; il lui dit que Mad. la Comtesse
Mere de Rosalie , est allée avec sa Fille faire
quelques vifites , d'où elles ne reviendront
que vers le soir ; Frontin ne songe qu'à faire
servir le dîner ; le Baron n'est occupé que de
'empressement qu'il a de faire voir àDorante
toute sa Maison de campagne; & Dorante n'a
point de plus forte envie que de se reposer ,
pour se délasser de la fatigue de son voyage.
Ce dernier l'emporte , le Baron lui indique
une chambre , où il pourra dormir délicieu
P
sement .
Après une Scene entre le Baron & Valere]
la Comteffe & Rosalie sa Fille arrivent : la
Comtesse est fort scandalisée d'aprendre que
Dorante soit allé dormir , dans le temps
qu'il falloit marquer son impatience pour
voir Rosalie , qu'il ne connoît encore que
par son portrait , qu'on a pris soin de lui
faire tenir.
Pendant que Dorante dort , le Baron en
Eretient la Comtesse & Rosalie des grands
deffeins
348 MERCURE DE FRANCE
deffeins qu'il a formés pour sa Maison de
campagne ; il ne s'agit pas moins que de
transporter des montagnes ; il ordonne qu'on
lui aporte son Plan ; la Comtesse qui n'y
entend rien , ne laiffe pas de dire son senti
ment en sçavant Architecte , & du haut de
sa science prétendue , elle regarde en pitié
l'ignorance de Rosalie ; Valere prend cette
occaſion pour s'aprocher de Rosalie , & par
des termes équivoques , maniés avec art pat
l'Auteur , il fait entendre à cet objet de son
amour tout ce qu'il sent pour elle : il lui demande
enfin un rendez - vous, pour lui mieux
dévoiler tout ce qui se paffe dans fon coeur ;
Rosalie n'y consent qu'en tremblant , quoiqu'elle
ne le souhaite pas moins que lui.
Jusqu'ici le Somnambule n'a pas été mis en
action , & c'eft feulement à la dixiéme Sce
ne , que l'Auteur satisfait la curiofité des
Spectateurs. Dorante paroît en robe- dechambre
, avec une botte , une pantoufle ,
une perruque mal mise , un ceinturon , un
fouet de poste à la main , enfin dans le desordre
d'un homme qui semble veiller en
dormant. Tout ce qu'il dit ou ce qu'il fait
en cet état , se reffent de fon égarenient ;
Thibaut en eft quitte pour quelques coups
de fouet , & n'en sortiroit pas à fi bon marché
, fi Frontin son Neveu ne prenoit foin
d'éveiller son Maître, en lui serrant le petit
doigt ;
MARS. 1739.
549
1
doigt ; c'eft le seul remede qui puisse le tirer
de cette espece de folie. Dorante , reprenant
l'usage de ses sens , se fâche contre
Frontin , de ce qu'il l'a abandonné , contre
l'ordre qu'il lui en a donné le premier jour
qu'il est entré à son service ; Frontin lui en
demande pardon ; cependant il retombera
bientôt dans la même faute , & Dorante même
s'expose à la récidive , puisqu'il va se
recoucher après le premier péril.
Rosalie tient parole à Valere ; l'amour se¬
cret qui lui parle en faveur d'un Amant auſſi
timide que tendre , l'amene au rendez -vous
où elle lui a promis de se trouver . Valere lui
déclare son amour ; elle ne le desaprouve pas,
mais elle n'ose se livrer toute entiere au plaifir
d'y répondre. Elle s'explique d'une maniere
fi tendre , que Valere se jette à ses
pieds pour lui en témoigner sa reconnoissance.
La Comtesse ne peut voir un jeune
Cavalier aux genoux de sa fille , sans leur en
marquer à tous deux son reffentiment .
›
Le Baron survient ; la Comteffe lui demande
raison de l'outrage que son Neveu vient
de lui faire , par un amour dont elle a lieu
d'être irritée , le Baron prenant le change , &
croyant que c'est à la Mere , & non à la
Fille , que son Neveu a parlé d'amour , dit
à ce jeune Amant , qu'il n'a pas dû prendre
cette liberté avec une Dame si respectable ;
la
550 MERCURE DE FRANCE
la Comtesse trouve la correction très - outrageante
pour elle -même ; tout se calme enfin.
La Comtesse , qui d'abord paroissoit prête à
partir sur le champ d'un séjour où elle se
croyoit offensée , consent à demeurer , & à
cacher à Dorante ce qui vient de se passer ;
Dorante , qui vient faire une seconde Scene
de Somnambule , arrive pour faire le dénoûment
de la Piéce. Dans ce nouvel accès
d'égarement , il paroît en robe- de- chambre,
& tenant son chapeau à la main , dont il se
cache le bas du visage ; tout ce qu'il dit fait
voir qu'il se croit dans un Bal : Toujours bien,
dit-il.... en Courrier.... en Turc.... en Domino....
tout est égal.... &c. Mafoi.... point de façon....
il me paroit.... Ah ! ah! &c. Vous me connoissez
, non.... Oh ! non &c . Votre Fille ! Ah !
ab ! bien déguisée &c. Toutes ces réponses
qui par un mal entendu , passent pour des
mépris pour Rosalie , déterminent la Comteffe
à retirer sa parole , & à donner sa Fille
à Valere, qui profite de cet heureux moment
de rupture
.
Frontin vient rendre la raison à son Maî
tre en le réveilant. Dorante eft honteux
du deshabillé où il se trouve , il en fait excuse
à la Comteffe & à Rosalie ; mais la preg
miere ne veut point entendre raison , & lui
répond : Quoi ! l'on voudra me faire paffer
pour rêve lafaçon indigne dont vous nous avez
traité
MARS.
1739 SST
traité ma Fille & moi ! Oh bien , Monfieur
aprenez à rêver plus poliment. Valere dit à la
Comtelle : Au moins , Madame , vous étiez
bien éveillée lorsque vous m'avez promis Rosalie.
La Comteffe lui tient parole : Dorante
ne s'en croit pas plus malheureux , & dit à
Rosalie , qui lui témoigne qu'elle ne l'épousoit
que par obéiffance : Cet aveu ne me permet
pas d'infifter , & je ne dois que rire d'une
avanture qui nous empêche tous deux d'être
malheureux . Frontin ajoûte en s'adreſſant au
Parterre Il auroit tort de se plaindre. Il n'eft
pas le premier quiperd safemme quand il dort.
La Piece finit par ce bon mot. Elle paroît
très- bien imprimée , chés Prault , le Fils ,
Quai de Conty , à la descente du Pont Neuf,
& se vend 24. sols.
Le 14. les Comédiens François firent la clôture
de leur Théatre par la Tragédie nouvelle de
Mahomet II. & les Vendanges de Surenne. Le Sr
Fierville complimenta les Spectateurs . Son Difcours
fut très - bien prononcé , & généralement
aplaudi. Il s'exprima en ces termes :
MESSIEURS , Nous voici heureusement arria
vés au jour marqué par le devoir & consacré à la
reconnoiffance. Que ne puis-je vous exprimer , én vous
rendant cet Hommage annuel , à quel point nous fom
mes fenfibles aux bontés dont vous nous avez bonorés
pendant cette année. Nous ne sommes pas affés téméraires
pour nous flater de les avoir méritées : mais
comme nous bornons toute notre ambition à l'avantage
G
552 MERCURE DE FRANCE
"de vous plaire qu'il nous foit permis de prendre voire
affiduité pour des fuffrages. Nous pourrions porter cette
ambition plus loin , fi le Zele tenoit lieu de mérite.
Nous avons tâché , Mrs , de vous attirer, autant qu'il
nous a été poffible, par le choix des nouveautés , &par
la reprise des Ouvrages des plus grands Maitres.
Rodogune a reparu fur notre Théatre avec tout l'éelat
, qui, dès fa naiſſance , lui avoit promis l'immortalité.
Vencelas n'a pas reçû de vous un accuel
moins favorable. La vétusté du file , loin d'en affoiblir
les beautés , a redoublé vos refpects pour un komme
que le grand Corneille faifoit gloire d'apeler ſon
Pere. Si quelques Piéces modernes , qui ontfuivi ou
précedé ces deux chefs- d'oeuvre , n'ont pas eu le même
Juccès , les Auteurs ont de quoi s'en confoler . On peut
leur être inferieur avec beaucoup de mérite , & efperer
de les atteindre à force de travaux . La carriere
devient tous les jours plus pénible. Oferions - nous
Mrs , nous plaindre de vous à vous - mêmes ? L'accroif-
Jement de lumieres qui s'est fait dans ces derniers
Temps , vous fait porter des yeux trop perçans dans les
Ouvrages qu'on vous préfente . Aucun défaut n'échape
à votre pénétration , les beautés perdent de leur
prix devant un Tribunal inacceffible à tout ce qui ne
s'éleve pas au-deffus du commun . On se contente aujourd'hui
de recevoir avec une espece de condestendance
ce qu'on auroit peut- être admiré autrefois.
Nous fommes bien éloignés , Mrs , de vousfaire
ici le plus leger reproche d'injustice . Mais , plus on a
befoin d'indulgence , plus on doit craindre la févérité
des jugemens : où en feroient les Auteurs & les
Acteurs , fi les Spectateurs ne fe prêtoient à leur foibleffe
? Vous nous en donnez ſi ſouvent des marques ,
que l'injuftice que nous oferions vous imputer , retomberoit
fur nous , & nous convaincroit d'ingratitude
nous ne croyons rien ôter à la gloire de l'Auteur de
>
Ma-*
MARS.
553 1739:
Mahomet , en difant que vos aplaudißemens ont faffe
fes efperances. Combien des Elogesfi flateurs vont redoubler
en lui le defir de les mériter encore mieux !
Continuez , Mrs , d'exercer vos bontés envers ceux
qui prennent foin de vos plaifirs . Cet acte d'indulgence
les engagera à fignaler d'autant plus leur zele,& leur
reconnoiſſance.
Le 9. Mars , l'Académie Royale de Mufique donna
, par extraordinaire , pour les Acteurs , comme
cela fe pratique toutes les années , une repréfentation
de l'Opera d'Atys ,avec un très grand concours.
La Dlle Antier , que le Public fut très - aise de revoir,
chanta le Rôle de Cybelle , avec des aplaudiffemens
bien marqués.
La Dlle Dalmand danfa les Caracteres de la
Danſe , avec autant de préciſion que de vivacité ,
& la Dlle Fel , qui chanta un Air Italien , ne fit pas
moins de plaifir.
Le 14. on donna la même Piéce & les mêmes
Agrémens , pour la clôture du Théatre .
LE RIVAL FAVORABLE , Piéce
nouvelle en Vers , en trois Actes , par M. de
Boissy , représentée au Théatre Italien le 30
Janvier 1739.
ACTEURS.
Clarice , Veuve ,
Damon , Amant de Clarice ,
la Dlle Silvia
le Sr Roma-
Leandre , Ami & Rival de Damon
gnesi
le Sr.
Riccoboni.
Gij Eliante
$ 94 MERCURE DE FRANCE
Eliante , Parente de Clarice , la Dlle Biancolelli.
La Fleur , Valet de Damon , le Sr Deshayes.
Arlequin,Valet de Leandre , le Sr Thomaffin.
Marton , Suivante de Clarice , la Dlle Riccoboni.
T
La Scene eft à Paris chés Clarice.
Ous les Gens de goût , sont convenus
que c'est ici une des meilleures Piéces
que M. de Boissy ait données ; la Versification
en est élegante , & répond parfaitement
à la bonté du fond . Nous esperons que nos
Lecteurs en conviendront par l'Extrait que
nous en donnons ici.
> Au premier Acte , la Fleur , Valet de
Chambre de Damon , ouvre la Scene avec
Marton , Suivante de Clarice. La Fleur interroge
Marton sur le sort de son Maître ,
par raport à l'amour qu'il a pour. Clarice
qu'il soupçonne d'être un peu coquette ;
voici le portrait que Marton fait de sa Maîtresse
, pour détromper la Fleur de l'erreur
où il lui paroît sur son compte :
Non ; l'ame de Clarice eft plûtôt indéciſe ;
C'est l'inégalité qui la caracterise .
Son coeur , depuis qu'il eft combatu par l'amour ,
Şemble en bizarrerie augmenter chaque jour ;
yeut vaincre sa flâme , & cet effort extrême
Le
MARS. 355 17397
Le rend à tout moment different de lui-même ;
Le matin , l'humeur gaye , à midi l'efprit noir ;
Prude l'après-dinée , & coquette le sqir.
Hier , le fentiment étoit ſeul ſa manie ,
Et l'efprit aujourd'hui fera fa fantaifie ;
Elle étoit difposée au mieux en fe levant ,
Et l'amour l'emportoit ; j'en ai même un garant."
Ce garant , dont parle Marton , est un
billet tendre , dont elle a été chargée pour
Damon ; mais elle ne le trouve plus dans sa
poche ; elle prie la Fleur de n'en point parler
à son Maître ; ce qui la console de l'avoir
perdu , c'est qu'il n'eft pas signé ; elle ajoûte
que ce billet n'eft plus de saison , attendu
que sa Maîtresse lui paroît vouloir changer ,
&
que pour y parvenir , elle semble aprouver
les soins d'un jeune Robin , nommé
Leandre , qui l'amuse par son babil. La
Fleur parle à Marton de l'amour qu'il a pour
elle ; il n'est pas trop satisfait de la réponse .
Leur conversation est interrompue par l'arrivée
de Damon .
La Fleur annonce à Damon que Leandre
est son Rival , tout son Ami qu'il est ; Damon
ne le croit pas trop redoutable ; mais
la Fleur lui fait entendre , que , tel qu'il est,
il pourroit bien le suplanter ; voici la raison
qu'il en donne :
G iij
11
358 MERCURE DE FRANCE
Il a de l'enjoûment , du jargon , du caquet ,
Il est avantageux ; je crains pour votre flâme ;
Avec ces armes- là , l'on subjugue une Femme.
Léandre vient , & d'un air enjoüé il avoüe
à Damon qu'il est son Rival , & qu'il vient
lui proposer des arrangemens dans cette rivalité
, qui pourront les empêcher de se des
unir. Voici comment il lui parle:
Soyons Rivaux unis ; nous devons par prudence
Faire agir l'artifice & non la violence.
Conduifons-nous ici , comme on fait au Palais ;
Et menons notre amour comme on mene un Procès
.
Sollicitons fans bruit ; notre Juge est Clarice ;
Apliquons tout notre art à la rendre propice ;
Attachons - nous au tour , le fuccès en dépend ,
C'eſtpar lui qu'un Procès devient bon ou méchant ;
Et puifqu'enfin l'Amant au Plaideur eft conforme ,
Pour emporter le fonds , faifons valoir la forme.
Damon paroît charmé de l'allégorie , &lui
répond en parlant de Clarice :
Je compte uniquement fur elle , & nous verrons
Si la forme , Léandre , emportera le fonds.
Comme Léandre est très- avantageux , il
propose à Damon le pari d'une Fête galante
, que le gagnant donnera à Clarice aux
dépens
MARS. 1739.
557
dépens du perdant. Il est si sûr de gagner ,
qu'il dit à son Rival , en tirant sa montre :
Tiens ; il eft bientôt
Cinq heures & demie : aux trois quarts , de plein
faut ,
Je déclare ma flâme , & fa fierté diſpute
Une feconde , ou deux ; j'infifte une minute ;
A fix heures , pour moi , fa rigueur s'adoucit ,
Je te déboute à fept , & je l'époufe à huit .
, peu
Damon intimidé de la gasconade ;
accepte le pari , & se retire. Léandre fait
entendre par un Monologue , qu'il a ramassé
la Lettre que Marton a laissé tomber de sa
poche , & qu'il veut en tirer parti , n'y ayant
ni adresse , ni signature.
Clarice vient avec Marton , & lui dit qu'-
elle ne veut point chés elle d'Amant déclaré.
Elle retient Léandre qui veut se retirer. Au
premier mot d'amour qu'il prononce , elle
l'arrête tout court. Léandre lui propose une
maniere de dire , Je vous aime , par le seul
terme de Bon soir ; & voyant qu'elle rit
d'une si plaisante imagination , il lui dit en
la quittant :
"
Pour commencer, je vais vous donner le Bon foir.
Quelque attrait que Clarice trouve dans
l'esprit de Léandre , son coeur ne peut ca-
Gilij cher
558 MERCURE DE FRANCE
cher son panchant secret pour Damon. Voici
comment elle le fait entendre à Marton , en
parlant de son nouveau Rival :
1 C'eft l'efprit du jour, c'eſt celui du grand monde,
Et qu'on doit préferer à l'étude profonde.
Sa converfation d'autant plus me séduit
Qu'il parle , felon moi , comme Damon écrit ,
Et tu fais que Damon écrit mieux que perfonne ;
Ses Billets font charmans , par le tour qu'il leur
donne ;
C'eft par- là qu'il m'a plû.
Čes derniers Vers ne sont pas seulement
placés dans ce premier Acte , pour faire
connoître que Damon eft aimé; l'Auteur leur
donne un second usage ; c'est de préparer
l'incident de la Lettre , qu'on verra dans l'Acte
suivant. Damon qui arrive est très-étonné
du mauvais accueil qu'il reçoit de Clarice ;
elle le quitte , après lui avoir dit qu'il faut
qu'il se prive de sa vûë à l'avenir ; voici la
raison qu'elle lui en donne :
Mon repos le defire ,
Et mon bonheur le veut ; ces mots doivent fuffire :
Ne me revoyez plus ; adieu .
Damon ne comprenant rien à tout ce qu'il
vient d'entendre , demande à Marton , si
Léandre l'emporte sur lui dans le coeur de
3.
son
MARS.
1739 559
son infidelle Maîtresse ; Marton tâche de le
rassurer par ces Vers :
Puisqu'il faut éclaircir votre eſprit allarmé ,
Léandre plaît , Monfieur , mais vous êtes aimé.
Damon veut rendre à Clarice inconstance ,
pour inconstance ; il croit même sentir l'in- .
difference succeder à son amour , & le cal-,
me à l'agitation ; mais il en parle d'une maniere
à faire connoître tout le contraire.
Pour nous contenir dans les bornes que
nous nous sommes prescrites dans nos Extraits
, nous serons beaucoup plus succincts,
dans les deux derniers Actes , que nous ne
l'avons été dans le premier , en suprimant
tout ce qui regarde les amours subalternes,
des Valets & de la Soubrete . Reprenons le
fil de l'action principale dans ce second-
Acte.
Marton aprend à Frontin que Clarice étant
dans une parfaite sécurité du côté de l'amour
, consent que Damon' revienne chés
elle mais comme Ami , & point du tout
comme Amant ; Frontin esperant beaucoup.
de ce que Marton vient de lui annoncer
lui répond :
Je vais de son rapel lui porter la nouvelle ,
Puffle - telle du moins rétablir la cervelle !
Aprés quelques Scenes qui n'ont pas une
Gr étroite
$60 MERCURE DE FRANCE
>
étoite liaison avec l'action principale , il
vient une entre les deux Rivaux , qui est des
plus importantes , tant pour le noeud , que
pour le dénoûment. Damon charmé de son.
rapel , que Frontin vient de lui annoncer ,
'demande d'un ton de confiance à Léandre
si ses affaires sont bien avancées auprès de
Clarice ; Léandre commence à s'allarmer
pour la premiere fois , ou plutôt il fait le.
modeste , pour mieux faire donner Damon
dans le piége qu'il veut lui tendre , & sur
lequel il a déja prévenu Arlequin , sọn Va →
let. En effet Arlequin vient lui dire qu'un
Page demande à lui parler, ce qui donne lieu
à Léandre de prier Damon de vouloir bien lui
faire un Billet doux , qu'un Duc lui demande
pour une nouvelle Maîtresse ; Damon a
beau s'en excuser ; Léandre lui dit qu'il n'est
pas en état de le faire lui-même , & ajoûte
modestement :
J'ai le don de parler , & toi celui d'écrire ;
J'ai recours à ta plume en ce besoin preffant , &c.
Fais-moi donc ce plaifir, Damon , je t'en conjures
Je ne suis pas ingrat ; écris , écris pour moi ,
Et quand tu le voudras , je plaiderai pour toi.
Damon ne peut résister à sa priere ; il
écrit sur le Théatre , d'après ce que Leandre
Jui a exposé en peu de mots. Damon veut se
retirer
MARS.
561 1739.
retirer après avoir rendu à Léandre ce service
d'ami; mais ce perfide se confiant au piege
qu'il veut lui dresser, l'arrête pour lui montrer
le Billet queMarton avoit perdu dès le premier
Acte, & qu'il avoit pris soin de ramasser, pour
s'en servir dans l'occasion ; comme il est sans
adresse , il n'est pas difficile que Damon'
croye qu'il s'adresse à son Rival , qui le lui
présente ; en voici le contenu .
;
Non ,je ne
,je ne puis plus m'en défendre : il faut
que je vous aime malgré moi . Si mon repos vous
est cher, ne me revoyez plus , votre présence
vos discours me causent trop de trouble &
trop d'agitation ; mais non ; revene plutôt ; je
suis trop inquiete & trop ennuyée , quand je
pas ; &, tourment pour tourment,
je préfere le trouble à l'inquiétude
& l'agitation
ne vous vois
à l'ennui.
Damon est si outré de ce qu'il vient de
lire , qu'il sort brusquement & emporte le
Billet.
Léandre , qui le lui a redemandé , se con
sole aisément du larcin que Damon lui fait ;
il n'est occupé que de l'usage qu'il veut faire"
de la Lettre que Damon vient d'écrire à
sa priere ; voici comment il s'explique dans
un court Monologue :
Il vient de me prêter des armes contre lui
Et son Billet sera son Arrêt aujourd'hui ; -
Govj
Colle
562 MERCURE DE FRANCE
Celle qu'il tient de moi l'écarte & m'en délivre ; ·
Mon plan n'est plus douteux & je n'ai qu'à le suivre,
Pour joüir du succès qu'espere mon amour.
Clarice arrive , au gré. de la nouvelle perfidie
qu'il imagine , après avoir badiné quelque
temps avec beaucoup d'esprit sur la
convention qu'ils ont faite de ne parler jamais
d'amour , mais de substituer à ce fade
langage quelque chose d'aprochant & qui
puisse y ressembler , aux termes près .
Clarice , après avoir ri quelque temps de
l'ingénieux badinage de Léandre , ne peut
s'empêcher de plaindre Damon , par raport
aux inquiétudes que lui causera cet innocent
commerce d'esprit ; Léandre lui répond que
Damon n'en prendra nulle jalousie , puisqu'il
a pris de nouveaux engagemens ; Clarice
le croit trop attache à l'amour qu'elle lui
a inspiré,pour craindre ce changement, Leandre
l'en convainc par le Billet qu'il lui a fait
écrire ; voici en quels termes il est conçû.
L'aproba ion que vous avez donnée à ma
tendresse , mérite tous mes remercimens je me
rapelle vos bontés avec transport elles forment
dans mon coeur un lien qui m'attache à
vou pour jamais , & qui rompt tout autre engagement.
Ma Déesse , ne soyez donc plus 'jalouse
de la Dame en question , avec tant de
jeunesse & de beauté , peut-on craindre une ·
Rival ?
MARS. 1739. 563
Rivale ? Que n'ai je un plus grand sacrifice à
vous faire! Eh ! puis-je moins payer la plus
légere de vos faveurs ?
Clarice dissimule , par fierté , le coup
mortel que la lecture de ce Billet vient de
lui porter ; elle lui demande , comme par
maniere d'acquit , quel est le nom de sa :
prétendue Rivale ; & le demande enfin d'un
ton si absolu , que Léandre lui nomme au
hazard le premier nom qui s'offre à son imagination.
C'est Eliante , mais par malheur
pour lui , cette même Eliante arrive pour
faire un Médiateur , dont elle a été priée par
Clarice . Léandre se trouve dans un trèsgrand
embarras ; il prie Clarice de ne rien
dire du Billet en question ; mais Clarice ne
peut se contenir plus long - temps , & elle fait
des remontrances d'amie àEliante fur fon nouvel
engagement avec Damon Eliante le nie
comme une fausseté des plus noires , on lui
confronte Léandre , à qui cette secrette intrigue
est confiée ; Léandre , toujours plus
embarassé , a besoin de tout son esprit pour.
se tirer d'un si mauvais pas ; Marton vient
avertir sa Maîtresse que la Marquise les
attend , les cartes à la main ; Léandre croit
se délivrer par- là d'un éclaircissement qui va :
le démasquer ; mais pour son malheur , il :
manque un quatrième pour la reprise , & on
l'emmene malgré lui. Ce second Acte a pa
û le plus beau.
$64 MERCURE DE FRANCE
Un nouvel incident qui survient , forme le
dernier Acte ; Damon , piqué de l'infidelité
prétendue de Clarice, veut l'imiter dans son
changement , sans sçavoir précisément à
quelle nouvelle Maîtresse il doit porter ses
voeux ; Marton & Frontin lui en nom- ..
ment plusieurs ; il n'est satisfait d'aucune , ce
qui donne lieu à plusieurs Portraits ; mais en
fin , forcé de se déterminer pour quelqu'une ,
il adopte Eliante , que Frontin lui nomme ;
après ce choix , il veut se retirer. Léandre
qui survient , le retient malgré lui . Damon
lui, fait confidence de son nouvel
amour pour Eliante ; nouvel embarras pour
Léandre , qui craint un nouvel éclaircissement
; tout ce qu'il peut faire c'est de sortir
avec Léandre, sous prétexte de lui dire quelque
chose qu'il lui importe d'aprendre.
A peine sont- ils sortis , que Clarice, &
Eliante arrivent. Clarice renvoye , Marton>
pour ménager la gloire d'Eliante ; la conversation
est vive de part & d'autre. Damon finit
cette contestation , mais c'est pour faire
naître un nouvel incident , qui devient une
espece de conviction contre Eliante. Il avoue
qu'il aime Eliante , pour mieux piquer Clarice.
Eliante ne pouvant plus tenir contre les
reproches que Clarice lui fait , se retire.
Damon prend soin de la justifier dans son
absence ; il continue d'avouer qu'il aime
Clarice
MARS. 1739% 165
Clarice , mais il désavoie l'amour dont Cla--
rice prétend qu'elle soit éprise pour lui ; après
des reproches réciproques que ces Amans
jaloux se font , & des justifications sur les
Billets qui les ont brouillés , Clarice dit à
Damon que pour lui prouver qu'il ne lui est
pas infidele , il n'y a pour lui qu'un parti à
prendre ; c'est d'accepter sa main ; la condition
est trop agréable à Damon pourêtre
refusée ; & c'est par - là que Leandre a
donné à la Piece le titre de Rival favorable ,
puisqu'il a justifié Damon aux yeux de Clarice;
il s'en console aisément & paye de bonne
grace le pari qu'il a perdu. Arlequin vient
annoncer les Violons que Léandre croyoit
avoir commandés aux dépens de son Rival
Damon explique à Clarice ce qui y a donné,
lieu , & lui dit :
Il a fait contre moi le pari d'une Fête ,
Qu'avant la fin du jour vous seriez sa conquête ;.
Mais la forme n'a pas prévalu sur le fonds ,
Et c'est lui qui pour moi payera les Violons.
Clarice à Léandre.
Vous nous donnez le Bal ! mais rien n'est plus
honnête.
Léandre.
-Il n'est point de réplique à de tels incidens ;
Et l'Amour, par Arrêt , me condamne aux dépens.
Au
566 MERCURE DE FRANCE
T
Au reste , la Piece a été joüée tout au
mieux , & géneralement aplaudie. Le Balet,
qui est de la composition du Sr Riccoboni ,
a été trouvé un des plus jolis qu'on ait vûs au
Théatre Italien : la Musique , qui est du
Sr Blaise , n'a pas moins fait de plaisir par les
airs de caractere qu'on y a dansés ; voici quel
ques Couplets du Vaudeville ..
Etre assûré de sa gagûre ,
Fait voir un homme sans droiture ;
Ne l'être pas , un étourdi ;
La raison blâme cet usage ;
Imitons l'exemple du Sage ;
Ne faisons jamais de pari...
Damon , vous ne sçauriez me plaire ;
Je gage , dit- il , le contraire ;
A l'instant un bras est saisi ;
Il baise la main d'Isabelle ;
Finissez donc ; je sens dit - elle ,
Que je vais perdre le pari.
Arlequin.
Je suis dans une juste allarme ,
Si ma crainte ne vous désarme ;
Je vais perdre en ce moment ci :
Messieurs , j'ai gagé, qu'à l'Ouvrage..
Vous
M- A RS.
1739. 567
Vous donneriez votre suffrage ;
Faites-moi gagner le pari.
La Piece dont on vient de donner l'Extrait,
paroît très -bien imprimée chés Prault , Pere,
Quai de Gêvres , au Paradis..
Le 5. Mars, les Comédiens Italiens donnerent une
Piece nouvelle en Vers libres & en trois Actes , de,
la composition du Sr Romagnefi , avec trois Divertiffemens.
Cette Piece , qui a pour titre , l'Amant
Prothée , a été reçûë très favorablement : on en parlera
plus au long.
Le 14. on-donna la même Piece pour la Clôture
du Théatre , à laquelle on joignit celle des Débuts .
& des Intermedes des Bouffons, avec un Pas de Deux,
danfé par les Diles Thomaflin , en Pierrot & en
Perrete , lequel fut fort aplaudi . La Dile Riccoboni,
la jeune , fit un Compliment en Vers , très - ingenieulement
compofé , qu'elle prononça avec beau
coup de graces , & qui fut généralement aplaudi.
Le 9. l'Opera Comique donna une Piece nouvelle
en Vaudeville , qui a pour titre , les Noms en
Blanc. Elle fut précedée d'une autre Piece intitulée
Le Rêve , qu'on avoit donnée le 2. elle fut fuivie,
d'une Pantomime nouvelle , ou la Fête des Anglois ,
très -bien executée par les mêmes Sujets. Un petit
Danfeur & une jeune Danfeufe , âgés d'environ .
douze ans , executerent un pas de Deux en Pierrot
& en Perrete , qui fit beaucoup de plaifir.
Le 15. on donna la premiere Représentation d'une
Piece nouvelle intitulée , Moulinet Premier , Parodie
de Mahomet second , Tragédie jouée avec un.
grand fuccès au Théatre François ; cette Piece a
paru
$68 MERCURE DE FRANCE
paru faire plaifir au Public , & a attiré un grand
concours.
Le 21, on fit la Clôture de ce Théatre par la même
Parodie & par d'autres nouveaux Divertiffemens.
Un des Acteurs fit le Compliment ordinaire,
par differens Vaudevilles , adreffés au Public , les
quels ont été aplaudis.
On a apris de Naples , que le 20. Janvier , on repréfenta
fur le Théatre de S. Charles , pour la premiere
fois , l'Opera de Sémiramis reconnuë , que
le Roy & la Reine des deux Siciles honorerent de
leur préfence , & qui eut un grand succès .
£ f f f f
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE..
Na apris qu'après la retraite des Rébelles du
Corps de Sary- Bey , qui avoient eu la hardiesse
de s'aprocher de Smirne , & de forcer cette
Ville à lui payer une contribution , on s'avisa ,
quoiqu'un peu tard , de se fortifier , pour prévenir
de pareilles insultes . On résolut pour cet effet , de
creuser un fossé autour de la Ville . Tous les Habitans
y. furent employés , & ils travaillerent avec
tant de diligence , que le fossé fut fait en peu de
jours ; mais lorsqu'il fut achevé , on trouva qu'il
étoit plus propre à servir de retranchement aux
Rebelles , s'ils revenoient , qu'à défendre la Ville ,
desorte qu'on le combla , & on prit la résolution
de construire une Muraille , qui fut pareillement ache
vée en peu de temps. Les Européens regrettent
beaucoup
MARS. 1739. $6.9
beaucoup plusieurs Morceaux Antiques , qui furent
trouvés , mais que les Turcs , qui ne les jugent dignes
ni de curiosité , ni d'estime , ont rejettés dans
le Fossé.
Outre ce Mur , on avoit aussi élevé des especes
de petits Forts pour mieux défendre la Ville ; mais
ces Ouvrages étaient si peu de chose , que les Rebelles
auroient toujours été les maîtres d'y entrer
lorsqu'ils auroient voulu , si la Porte n'eût envoyé
des Troupes pour faire tête aux Ennemis. Ces Troupes
ayant été renforcées de temps en temps , on en
fit divers détachemens , pour aller chercher les Rebelles
, qui n'osant plus tenir la Campagne , se retirent
dans leurs Montagnes , & Sary- Bey s'enferma
dans le Château qu'il a fait fortifier , & qui
étant sur une Montagne escarpée , & environnée
de Ravines , est inaccessible à l'Artillerie : ce Châ–
teau est un ancien Bâtiment , dont les murs sont
d'une épaisseur étonnante. Plusieurs croyent que
c'est un Boulevard de l'ancienne Domination des.
Macédoniens en Asie. Il est situé à peu de distance
de Philadelphie , que les Turcs nomment Alashir.
Le repos dont on jouissoit pendant la retraite de
Sary- Bey-Oglu n'a pas duré long-temps. Ce Chef
des Rebelles ayant trouvé le moyen de renforcer ses
Troupes jusqu'à plus de 20000. hommes , sortit
bientôt de ses Montagnes , & recommença à ravager
les Provinces voisines , comme auparavant.La
nouvelle qu'on en reçût à Constantinople causa
beaucoup de surprise. On ne put comprendre par
quelle voye il avoit pu se rétablir en si peu de
temps. On soupçonna qu'il étoit soûtenu sous main
par Thamas Kouli Kan.
Quoiqu'il en soit , les deux Pachas , que la Porteavoit
envoyés à Smirne , informés des mouvemens .
de Sary Bey Oglu , rapellerent les divers Détachemens
570 MERCURE DE FRANCE
mens qu'ils avoient faits , & se retrancherent dans
un Camp avantageux , à quelque distance de Smirne.
Ces dispositions n'empêchèrent pas que Sary
Bey ne vint les y attaquer , avec tant de vigueurs,
qu'après un combat opiniâtre , les Turcs furent
battus & obligés de se retirer. Cette victoire a si
fort enflé la vanité de ce Chef des Rebelles , que de
sa propre autorité il s'est nommé Pacha de Smirne
& de son Territoire , & on assûre qu'il a déja fait
insinuer à cette Ville de le reconnoître en 'cette
qualité.
Selon les Lettres de Constantinople , il y a apa
rence que le Pacha de Bosnie n'aura point de com
mandement cette année , parce qu'on le soupçonne
d'ètre dans les interêts du Pacha , qui a été exilé
depuis peu , pour avoir voulu persuader aux Janissaires
de demander la déposition du Grand Visir.
Ces Lettres ajoûtent que la Porte fait offrir des
avantages considerables à Donduck Ombro , Kan
des Calmouques , Tributaires de la Moscovie , s'il i
vcut abandonner le parti de la Czarine...
AFRIQUE..
Na apris par l'Equipage d'un Bâtiment arrivé
à Lisbonne de Santa Cruz en Barbarie , le mois
dernier , que Muley Mécidade , l'un des Princes
qui se disputent le Trône de Maroc , s'étoit rendu
maître des Villes de Mequinez & d'Azamor ', &
des deux Provinces dont ces Villes sont les Capi
tales.
On a apris en même temps , que ce Prince avoit
envoyé ordre à l'Alcade d'Azamor , de traiter de
la rançon de 60. Maures , lesquels ont été pris
dans l'action qui se passa le 22. Octobre de l'année
dernière , entre un Détachement de ses Troupes &
200.
MARS. 1739.
571
200. hommes de Cavalerie de la Garnison de Mazagam.
La rançon de 46. de ces Maures a déja été
payée, & l'on est convenu du prix de celle des 14.-
qui n'ont pas encore été rachetés.
DANNEMARCK.
Na apris que les Articles Préliminaires de
l'Accommodement entre S. M. Br. & le Roy
de Dannemark , au sujet de l'Affaire de Steinhorst,
avoient été arrêtés à Copenhague le 13. du mois
dernier , que , ces Articles avoient été envoyés à
Londres , pour être aprouvés par S. M. Br . & qu'après
qu'ils auroient été ratifiés, on travailleroit à les
executer.
On aprend en même temps d'Hanover
, que la
Régence de cet Electorat a envoyé ordre au Major
Général de Sommerfeld , qui commande les Troupes
de Hanover à Steinhorst , de se tenir prêt à se
retirer de ce Château avec ses Troupes , dès qu'on
aura été informé que S.M.Br. aura ratifié les Articles
Préliminaires de l'Accommodement , que les
Troupes cantonnées dans les Villages , voisins de
Steinhorst , se disposent aussi à retourner dans cet
Electorat , & que le Roy de Dannemarck de son
côté , a promis de rapeller toutes les Troupes qu'il
avoit fait avancer vers l'Elbe .
On mande de Copenhague , du 4. de ce mois. ,
que M. Titley , Ministre du Roy d'Angleterre en
cette Cour , avoit reçû la Ratification de S. M. Br .
Surquoi S. M. Danoise a donné ordre de discontinuer
les préparatifs de guerre , & de faire rentrer
dans leurs quartiers les Troupes qui s'étoient avancées
sur la frontiere du Duché de Lawembourg,
Le Roy de Dannemarck est convenu avec S. M.
Br. que le Château & le Baillage de Steinhorst seroient
372 MERCURE DE FRANCE
roient remis à l'Electorat de Hanover , moyennant
un équivalent en argent , que la Régence de cet
Electorat payera à S. M. D.
ALLEMAGNE,
Na apris de Vienne , que dans le nombre des
Prisonniers faits sur les Rebelles de Valachie ,
& qui ont été conduits à Temeswar , étoit le fameux
Harum Pacha , leur principal Chef, qui pour
se venger des mauvais traitemens qu'il avoit reçûs
de quelques Hussards , par lesquels il avoit été pris
dans l'une des précédentes Guerres , a exercé des
cruautés presque inouies contre tous les Hussards
qui sont tombés entre ses mains ; & que comme il
en avoit fait brûler plusieurs à petit feu , on avoit
proposé de lui faire subir le même suplice ; mais
que quelques Officiers Généraux s'y sont oposés ,
& qu'il a été tenaillé .
Le 13. Fevrier , jour de l'Anniversaire de l'Instirution
de l'Ordre de Sainte Anne , le Prince Frederic
Auguste , le Prince Héréditaire de Holstein-
Gottorp , & le Prince de Holstein - Eutin , Evêque
de Lubeck , qui étoient arrivés à Kiell quelques
jours auparavant , pour assister à la célébration de
cette fête , s'étant rendus vers le midi dans l'apartement
de ce Prince avec les autres Chevaliers , en
Habits de cérémonie , le Duc de Holstein , accompagné
de ces Princes , ainsi que des autres Chevahers
& des Grands Officiers de l'Ordre , se rendit à
la Chapelle de son Palais , où il entendit l'Office .
11 tint ensuite un Chapitre dans lequel il nomma
Chevaliers le Baron d'Ahlefeldt , un de ses Conseillers
de Conference , M. Pehl , Grand Forestier &
Surintendant de la Chambre des Finances ; le Baron
de Brokdorff , Major General dans ses Troupes , &
le
MARS.
573 1739.
le Baron d'Oerzen , ci- devant Conseiller de son
ConseilPrivé.
Les trois premiers , Jorfque le Chapitre fut fini ,
reçûrent des mains du Duc de Holstein les marques
de l'Ordre , lesquelles ont été envoyées par ce
Prince au Baron d'Oerzen , qui est actuellement
dans le Meckelbourg.
Après cette cérémonie , le Duc de Holstein dîna
avec les Chevaliers à une Table faite en forme de
Croix , & l'on servit dans la même Salle pour les
Seigneurs de la Cour , qui ne sont point Chevaliers,
deux autres Tables , lesquelles étoient moins élevées
que celle de ce Prince. Il y eut pendant le
tepas un grand Concert , executé par les Musiciens
de la Chapelle & par ceux de la Chambre . Le soir
on représenta sur le Théatre du Palais une Comédie
Françoise , à laquelle la Duchesse de Holstein
se trouva , avec les Dames de sa Cour.
ITALIE,
E Pere Barberini , Géneral de l'Ordre des
L Capucins , cantdans l'intention decoutindes
?
ses fonctions de Prédicateur Apostolique , a refusé
d'accepter l'Archevêché d'Urbin , auquel Sa Sainteté
l'avoit nommé.
Le 23. du mois dernier , le Pape tint un Consistoire
, dans lequel le Cardinal Otthoboni préconisa
l'Abbé Duc de Fitz-james , pour l'Evêché de Soissons
, & l'Abbé de Cabannes , pour celui de Gap ;
& en mêmetemps proposa l'Evêché de Bethleem en
France , & l'Abbaye de Marimont , Diocèse de
Châlons , pour Dom Louis-Bernard de la Taste ,
Religieux Bénédictin.
NAPLES
374 MERCURE DE FRANCE
NAPLES.
Elon les avis reçûs de Sicile , quelques Matelots
S de Messine étant allés au secours d'un Pinque
qui étoit prêt à faire naufráge , & dont l'Equipage
avoit arboré Pavillon de France , ils reconnurent
que ce Pinque étoit monté par des Corsaires de
Barbarie . Aussi-tôt ils donnerent un Signal à quelques
Barques , qui étant allé les joindre , leur aiderent
à s'emparer de ce Vaisseau , sur lequel on
trouva 30. Maures & 5. Renégats Italiens . On l'a
conduit dans la Rade de Garofolo , & l'Equipage
a été mis dans une Tour voisine de cette Rade ,
pour y faire la Quarantaine. 2
On a fait à Naples des Prieres publiques dans
toutes les Eglises de cette Ville , pour le rétablissement
de la santé de la Reine , qui étoit le 17. du
mois passé dans le onzième jour de sa petite verole
, & qu'on regardoit comme hors de danger.
La Frégate Hollandoise , qui avoit conduit à
Naples le Baron de Neuhoff , a fait voile pour le
Levant , & le bruit court que le Capitaine y est
allé vendre l'artillerie & les munitions de guerre,
qu'il avoit à bord de son Vaisseau.
ISLE DE CORSE.
Na apris de la Bastie , que six Bâtimens , qui
s'étoient séparés du Convoiparti dermeren qut
d'Antibes , étoient arrivés le 12. du mois passé à
San Fiorenzo , d'où ils se disposoient à remettre à
la voile pour se rendre à Calvi, Lieu de leur desti-
'nation ; & que comine le bruit s'étoit répandu que
les Rebelles avoient dessein de s'avancer vers Nebbio
, pour tâcher de s'en emparer , & pour obliger
par ce moyen les Habitans de la Province de Balagna
MARS. 1739
575
gna d'abandonner le parti de la République , on
avoit fait défiler environ 600. Hommes du côté de
Barbaggio & de Patrimonio , pour être à portée de
les surprendre , mais qu'on croyoit que les Rebelles
pourroient en être avertis asses à temps , pour
éviter de tomber dans l'embuscade .
REGIMEN S.
Auvergne ,
D'Ouroy
REGIMENS qui doivent servir en Corse,
sous les ordres de M. le Marquis de
Maillebois , Lieutenant Géneral.
COLONELS.
y eft. M. de Contade.
Id. M. d'Ouroy.
La Sarre , Id. M. de Lussan.
Royal Rouffillon Comte d'Haussonville.
Senneterre ,
Flandres ,
Bearn ,
Foreft ,
Cambrefis ,
Nivernois ,
De Villemonin,ci-dev. De Villemonin.
Isle de France ,
Aunix ,
Baffigny ,
Agenois ,
Montmorency ,
y eft . De Conigant.
Id. M. de Valence.
Chev. de Choiseul- Meuse.
eft. Comte de Pontchavigny.
Íd. M. d'Avaray.
M. de Crussol.
De Brancas- Laudun.
y eft . M. de Villemur .
1
Comte de Montmorency.
y eft . Comte de Malauze .
Hussards de Rattchy ,
Hussards d'Esterazy.
Officiers Généraux.
M. le Marquis de Maillebois , Lieutenant Géneral .
H Mam
$76 MERCURE DE FRANCE
Maréchaux de Camp, Meffieur's ,
Du Chatel.
Rousset de Girenton .
Brigadiers d'Infanterie , Meffieurs ,
De Montmorency, Colonel d'un Régiment d'Infanterie
.
De Saffelange , Lieutenant- Colonel du Régiment
d'Auvergne.
De Contades , Colonel du Régiment d'Auvergne.
De Villemur , Colonel du Régiment de Bassigny.
De Conigant , Colonel du Régiment de Flandres
.
De Larnage , Lieutenant- Colonel du Régiment
de Montmorency
.
De Baflat , Lieutenant - Commandant l'Artillerie ,
ESPAGNE.
E 22. du mois dernier , le Roy déclara , que le
mariage de l'Infant Don Philipe avec Madame,
Fille Aînée du Roy de France étoit conclu , & il y
eut à cette occasion des Illuminations pendant trois
nuits consécutives.
Les Bâtimens destinés à croiser sur les côtes du
Royaume d'Espagne , n'y ayant pas tous été employés
depuis quelques mois , les Corfaires de
Barbarie ont profité de l'occasion , pour faire des
descentes sur les Côtes de Catalogne , de Valence ,
de Murcie & de Grenade , & ils y ont enlevé un
grand nombre d'Habitans , particulierement sur la
Côte des Alpuchares , de même qu'à Portilla & à
Oropesa. Ils ont même eû la hardiesse de s'avaneer
de jour , jusqu'à une lieue dans le Pays , & d'y
attaquer
MARS.
$77 17393
attaquer plusieurs Châteaux. Les plaintes faites à
ce sujet par les Habitans des Provinces Maritimes,
ont engagé le Gouvernement à examiner la conduite
des Officiers qui commandent les Vaisseaux
Gardes -Côtes ; & comme on a reconnu qu'ils
étoient coupables de beaucoup de négligence , on
en a arrêté quelques- uns.
LE
GRANDE - BRETAGN E.
E 13. de ce mois la Chambre des Seigneurs
présenta au Roy son Adresse , laquelle porte
que les Seigneurs rendent à S. M. de très- humbles
actions-de- graces de la bonté qu'elle a euë de leur
faire communiquer la Convention conclue avec
S. M. C. & les Articles séparés ; qu'ils se croyoient
indispensablement obligés de témoigner au Roy la
vive reconnoissance , que leur inspire l'attention
de S. M. pour les interêts de ses Sujets , & de reconnoître
la grande prudence avec laquelle le Roy
y a pourvû , en reglant ce qui concerne les demandes
des Négocians Anglois pour les pertes qu'ils
ont souffertes , en stipulant un terme pour le payement
des indemnités promises par la Cour d'Espa
gne , & en établissant un fondement solide pour la
conservation de la Paix entre les deux Nations
qu'ils demandent la permission de représenter à
S. M. qu'ayant une juste confiance dans sa sagesse
& dans sa vigilance à soutenir l'honneur de sa Couronne
, & à procurer le bonheur de ses Royaumes,
ils esperent que dans le Traité , qui doit se conclure
en consequence de la Convention , on remédiera
aux inconvéniens dont la Nation Angloise
se plaint depuis si longtemps ; que le Roy songera
surtout à assûrer à ses Sujets la liberté du
commerce & de la navigation dans les Mers de
Hij l'Amérique ,
578 MERCURE DE FRANCE
>
l'Amérique , telle qu'ils doivent l'avoir par le Droit
des Nations , & en vertu des Traités qui subsistent
entre les deux Couronnes , & à faire ensorte qu'ils
puissent, sans obstacle, joüir du privilege incontestable
qu'ils ont, d'aller & de trafiquer d'un Pays de
la domination de S. M. dans un autre , sans être
arrêtés & visités en pleine Mer & sans avoir à
craindre aucune violence ; que S. M. fera en même
temps ses efforts pour prévenir tous les sujets
de contestation qui pourroient naître à l'avenir, au
sujet des Etablissemens que les Anglois possedent
en Amérique , & qu'on reglera dans le Traité , qui
doit être signé , les limites de la Caroline & de la
Floride.
Les Seigneurs ajoûtent à la fin de leur Adresse ,
que si la Cour d'Espagne ne répond pas à la juste
attente du Roy , ils entreront avec zele dans toutes
les mesures qu'il conviendra de prendre pour défendre
l'honneur & les intérêts de la Couronne.
Le Roy répondit :
MYLORDS , Je vous remercie de cette Adreſſe
refpectueuse , de l'aprobation que vous donnez à
mes foins pour le véritable interêt de mon Peuple : Vous
pouvez compter , que j'ai abfolument à coeur l'honneur
de ma Couronne la profperité de mes Royaumes , &
que je contribuerai de tout mon pouvoir , à procurer à
mes Sujets la liberté de la Navigation du Com
merce , & à leur assûrer l'entiere joüiffance de leurs
droits.
•
MORTS
MAMS.
579
17393
****************
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E 17. Janvier dernier , Georges Spinola ,
Genois , Cardinal , Evêque de Palestrine , Préfet
de la Congrégation de l'Immunité Ecclésiasti
que , &c. mourut à Rome , subitement d'un coup
de sang, âgé de 71. ans , 7. mois & 11. jours, étant
né le 5. jun 1667. Il avoit été autrefois Commandeur
de l'Hôpital du S. Esprit à Rome , &
ayant été déclaré au mois de Juin 1711. Nonce à
Barcelonne , il fut fait Archevêque de Césarée In
Partibus Infidelium , lè 1. Juillet suivant , & sacré
le 7. du même mois. Il fut non.mé Nonce à la Cour
de Vienne au mois de Juillet 1713. & y ayant fait
son Entrée publique le 11 Mars 1714. il eut le 14.
sa premiere Audience publique de l'Empereur . Le
Pape Clement XI . le créa Cardinal le 29. Novem
bre 1719. Il en reçut la Barette à Vienne des mains
de l'Empereur le 18. Fevrier 1720. & étant de retour
à Rome , il reçut le Chapeau dans un Consistoire
public le 19. Décembre de la même année.
Le Pape , après avoir fait la cérémonie de lui fermer
& ouvrir la bouche , dans un Consistoire fecret
, tenu le 16 Janvier 1721 lui affigna le Titre
Presbyteral de Sainte Agnès hors les murs. Après la
mort de Clement XI . son Successeur Innocent XII.
le déclara le 9. Mai 1721. qui étoit le lendemain de
son exaltation son Miniftre & Secretaire d'Etat. Il`
fit les fonctions de cette Charge jusqu'à l'exaltation
de Benoît XIII . qui , le 12. Juin 1726 le fit
Préfet de la Congrégation de l'Immunité , & le 25.
Juin 1727. le nomma Légat de Bologne , pour
trois années. Il fit en cette qualité son Entrée publi-
Hiij que
580 MERCURE DE FRANCE
que à Bologne le 5. Novembre suivant ; & après
avoir achevé son terops de cette Légation , il revint
faire son séjour à Rome le 15. Décembre 1731. II
quitta le Titre de Sainte Agnès , & opta celui de
Sainte Marie in Trastavere , le 15. Décembre 1734 .
Il quitta encore ce dernier , & opta celui de Sainte
Praxede , le 16. Décembre 1737. & ayant passé de
l'ordre des Prêtres dans celui des Evêques , par la
mort du Cardinal François Barberini , Doyen du
Sacé College , il opta l'Evêché de Palestrine , qui
fut proposé pour lui à Rome le 3. Septembre 1738.
IS.
Le Prince , mort à Rome vers le du mois
dernier , étoit fils d'Achmet Abenazar , fils aîné de
feu Ismaël , Roy de Maroc . Ce Prince qui avoit
passé en Italie , pour y embrasser la Religion
Chrétienne , & qui avoit été nommé au Baptême
Laurent- Barthelemi , étoit âgé de 35. ans.
voulu être enterré en Habit de Religieux de l'Ordre
de S. François , dans l'Eglise de S. André , sa
Paroisse.
Il a
On a célebré pour le repos de son ame,par ordre
du Pape,dans l'Eglise des Religieux Minimes , un Service
Solemnel , auquel M. Saporito, Archevêque d'Anazarba
a officié Pontificalement
, & auquel ont
affifté les Maîtres des Céremonies , & l'on y a ob→
servé les mêmes Cérémonies qu'on observe aux
Obseques des Princes Romains .
FRANCE.
MARS. 17395 581
FRANC E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
,
LE Marquis de la Mina , Ambaſſadeur
Extraordinaire
du Roy d'Eſpagne , qui!
avoit reçû la veille par un Courier de Madrid
, les Coliers de l'Ordre de la Toisond'Or
, que S. M. C. envoye au Roi & à Monseigneur
le Dauphin , se rendit le 21. à Versailles
, & il préfenta à S. M. ces deux Co →
liers.Le Roi passa le sien à son col , & S. Midonna
ensuite à Monseigneur le Dauphin
celui qui lui étoit destiné.
dé à ..
L'agrément du Régiment de Medoc , Infanterie
, dont Charles Emmanuel de Cruffol-
Saint-Sulpice , Duc d'Usès , dit de Cruf
fol , Pair de France , Brigadier des Armées,
du Roy , a donné sa démission , a été accor-
Marquis de Lannion , Gouverneur
de Vannes , & d'Auray , Guidon
des Gendarmes d'Orleans , du 15. Avril
1738. fils de feu Anne Bretagne , Marquis
de Lannion , Lieutenant Général des Armées
du Roy , mort le 28. Décembre 1734. de la
blessure qu'il avoit reçûë le 19. Septembre
Hiiij précédent
582 MERCURE DE FRANCE
précédent à la Bataille de Guastalla .
Celui du Régiment d'Infanterie , dont le
Marquis de Senccterre , fils de l'Ambassadeur
à Tu in , a donné sa d'mission , à Michel-
Denis Amelot , Seigneur de Vildomain ,
Capitaine dans le Régiment de Dragons de
Nicolaï. Il est parlé de lui dans le Mercure
du mois d'Août dernier , en raportant son
mariage , pag. 1878 .
Et celui du Régiment de Cavalerie , vacant
par la mot d'Aimard Henri de Mouret
de Grolée , Comte de Peyre , Seigneur de
Pagas , à Jean Baptiste Felix-Hubert de Vintimille
, des Comtes de Marseille , & du Luc ;
apellé le Comte de Vintimille , né le 23 .
Juillet 1720. & Capitaine dans le Régiment
d'Anjou , Cavalerie , fils de Gafpard Magdelon-
Hubert de Vintimille , des Comtes
de Márfettle , Marquis du Luc , Lieutenant
Général des Armées du Roi , de la promotion
du Février 1738.
24.
Le 9. Mars Jean François de la Cropte de
Bourzac , Evêque & Comte de Noyon , Pair
de France , nommé à cet Evêché le 28. Août
1733 /& facré le 7. Novembre 1734. fut reçû
& prit féance au Parlement de Paris,après
avoir fait le ferment accoûtumé , en qualité
de Pair de France. On peut voir de voir de qui il eſt
fils dans le Mercure du mois de Mars 1738.
où .
MARS. 1739 583
où la mort du Comte de Bourzac , fon pere
eft raportée pag. 605..
Le premier de ce mois , troisiéme Dimanche
de Carême , le Roy & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château de Verfailles
la Messe chantée par la Musique. La
près midi Leurs Majestés assisterent à la Prédication
de l'Abbé Ardoüin , Chanoine de
l'Eglife Métropolitaine de Sens. Le Roy & la
Reine entendirent le 3. le Sermon du mê
me Prédicateur.
Le 8. quatriéme Dimanche de Carême
le Roy & la Reine entendirent la Messe
chantée par la Musique. L'après midi Leurs
Majestés affifterent à la Prédication.
Le 5. & le 10. le Roy & la Reine enten-
-dirent le Sermon du même Prédicateur.
Le 15. après midi , Madame & Madame
Henriette reçûrent dans la Chapelle du Châ
teau de Versailles le Sacrement de Confirmation
par les mains du Cardinal de Rohan
, Grand Aumônier de France . Le Roy
& la Reine , accompagnés de Monseigneur
le Dauphin assisterent à cette Cérémonie.
Le 22. Dimanche des Rameaux , le Roy
& la Reine fe rendirent dans la 'Chapelle du
HY Ja
584 MERCURE DE FRANCE
Château , où leurs Majestés assisterent à
la Bénédiction des Palmes , la quelle fut
faite par l'Abbé Brosseau , Chapelain de
La Chapelle de Musique , qui en présenta
une au Roy & une à la Reine . Leurs Majestés
assisterent à la Procession, & après l'Evangile
, Elles adorerent la Croix. Le Roy &
La Reine entendirent ensuite la grande Messe
, célébrée par le même Chapelain , &
chantée par la Musique . Monseigneur le
Dauphin entendit la même Messe dans la
Tribune.
L'après midi , Leurs Majestés entendirent
le Sermon du même Prédicateur , & ensuite
fes Vêpres , qui furent chantées par la Mu
sique.
"
Le 23. la Reine fe rendit à l'Eglife de la
Paroisse du Château , & S. M. y communia'
par les mains du Cardinal de Fleury , fon
Grand Aumônier.
Le 25. Mercredi Saint , L. M. entendirent
dans la même Chapelle l'Office des Ténébres
, qui fût chanté par la Musique.
Le 26. Jeudi Saint , le Roy entendit le
Sermon de la Cene du Pere Benjamin , Gardien
du Convent des Capucins de la ruë
Saint Honoré , après quoi l'Evêque de Tarbes
fit l'Absoute . Ensuite le Roy lava les
pieds à douze Pauvres , & S. M. les servit à
table. Le Duc de Bourbon , Grand - Maître
de
MARS 1739
585
de la Maison du Roy , à la tête des Maîtres
d'Hôtel , précedoit le Service , dont les plats
étoient portés par Monseigneur le Dauphin ,
par le Duc de Chartres , par le Prince de
Conty , par le Prince de Dombes , par le
Comte d'Eu , par le Duc de Penthievre , &
par les principaux Officiers de S. M. Après
cette Cérémonie , le Roy & la Reine entendirent
la grande Messe , & assisterent à la
Procession. Monseigneur le Dauphin , Madame
& Madame Henriette entendirent la
même Messe & l'Office
Le même jour après midi , la Reine entendir
le Sermon de la Cêne de l'Abbé de Ciceri,
Prédicateur ordinaire de laReine, & l'Evêque
de Tarbes ayant fait l'Absoute, S.M. lava les
pieds à douze pauvres filles & les servit à table.
Ee Marquis de Chalmazel , Premier
Maître d'Hôtel de la Reine , précedoit le
Service , dont les plats étoient portés par
Madame , par Madame Henriette , par Madame
Adelaïde , par Mademoiselle de Cler--
mont & par les Dames du Palais.
Le soir , Leurs Majestés assisterent dans la
Chapelle du Château à l'Office des Ténebres
, qui fat chanté par la Musique.
Le 27. Vendredi Saint , le Roy & la Reine
entendirent dans la même Chapelle , le
Sermon de la Passion de l'Abbé Ardoüin.
Leurs Majestés assisterent ensuite à l'Office
H - vj &
586 MERCURE DE FRANCE
& Elles allerent à l'Adoration de la Croix .
L'après midi , le Roy & la Reine entendirent
l'Office des Tenebres .
Le 28. Samedi Saint , Leurs Majestés assisterent
dans la même Chapelle aux Complies
& au Salut , pendant lequel l'O Filiz
fut chanté par la Musique. Monseigneur le
Dauphin , Madame & Madame Henriette ,
entendirent aussi le Salut.
Le 29. Fête de Pâques , le Roy & la Reine
assisterent dans la même Chapelle , à la
grande Messe , célebeće pontificalement par
TEvêque de Tarbes & chantée par la Musique
, Monseigneur le Dauphin entendit la
memê Messe dans la Tribune.
L'après midi , Leurs Majestés , accompa
gnées de Monseigneur le Dauphin , entendirent
le Sermon de l'Abbé Ardoüin , & ensuite
les Vêpres , auxquelles le même Prélat
officia.
Le même jour , le Roy fit rendre à l'Eglise
de la Paroisse du Château , les Pains benits ,
qui furent présentés par l'Abbé du Guesclin,
Aumônier du Roy en quartier.
>
Le 31. Madame & Madame Henriette
accompagnées de la Duchesse de Tallard
Gouvernante des Enfans de France , se rendirent
à l'Eglise de la Paroisse du Château
où elles firent leur premiere Communion
par les mains du Cardinal de Rohan , Grand
Aumônier de France,
>
Lo
MARS.
1739. 587
·
Le 2. Mars la Reine entendit dans son Salon
ce qui restoit à exécuter de l'Opera de
Pirame & Thisbé.
Le 7. le 9. & le 14. on chanta devant Sa
Majesté Amadis de Grece ; le Rolle de Melisse
fut rempli avec un très-grand fuccès
par la Demoiselle Huguenot , dont les
grands talens se dévelopent tous les jours
davantage.
Le 16. la Reine entendit par forme de
Concert fpirituel , deux Motets à grand
Choeur , coupés par une simphonie très - brillante
, sçavoir le De profundis & le Te Deum,
de la composition de M. Destouches , Sur-
Intendant de la Musique du Roy ; la même
Demoiselle Huguenot , & les sieurs Benoît
& Jeliote se distinguerent infiniment dans
les Récits , & l'on ne peut rien ajoûter à la
beauté & à la précision de l'exécution des
Choeurs & de la simphonie.
Le 3. de ce mois , les Comédiens François
représenterent à la Cour les Femmes Sçavantes
, & l'Eté des Coquettes.
Le 5. la Tragédie nouvelle de Mahomet II.
qui fut aussi goûtée qu'elle l'est à Paris , &
la petite Comédie du Roteur imprévû.
Le 10. le Joueur & les Vandanges de Su
renne .
Le 12. Iphigenie , & Criſpin , Rival de san
Maître A
388 MERCURE DE FRANCE
A la fin de ces deux dernieres repréfentations
la jeune Demoiselle Cammasse, qui s'est
fait l'année derniere une fi grande réputation
au Théâtre François , dansa avec l'aplaudissement
unanime de toute la Cour , les mêmes
caracteres de la danse , qu'elle avoit déja
exécutés à Paris , & trois petits Tambourins
, dont les pas sont de sa composition
& la Musique, de l'Auteur des caracteres de
la danse , c'est - à- dire , de M. de Granval
le pere.
Mesdames de France qui n'avoient pas vû
la Demoiselle Cammasse sur le Théâtre de la
Comédie , voulurent avoir leur part du plaisir
qu'elle avoit fait à toute la Cour Elle
dansa plusieurs Entrées dans leur Apartement
, dont elles parurent très - satisfaites , &
elles en témoignerent leur contentement à la
jeune danseuse , la plus célébre de son âge
n'ayant que dix ans accomplis. Elle a reçû
aussi beaucoup des marques de bonté de la
Reine , de Monseigneur le Dauphin , & c.
Nous remarquerons , puisque l'occafion s'en
présente ici , avec les plus grands connoisseurs
qui ont vû danser en dernier lieu la
Demoiselle Cammasse , qu'elle a acquis depuis
un an beaucoup de force pour s'élever
& pour former ses pas , & des graces fines
& piquantes au même dégré. Elle a été depuis
peu fort célébrée à Lyon , ( dont sa famille
MARS.
1739. $89
mille est originaire ) ainsi qu'à Dijon , en revenant
à Paris.
Le 4. Mars les Comédiens Italiens représenterent
aussi à la Cour , la Mere Confiden
te , & la Vérité Fabuliste.
>
,
Le 11. la Comédie nouvelle de l'Amant
Prothée , qui a été aussi goûtée à la Cour
qu'elle l'est à l'Hôtel de Bourgogne ; & pour
petite Piece , la Confpiration manquée , Parodie
de la Tragédie de Maximien , joüée au
Théâtre François l'année derniere.
Le rs. Mars, Dimanche de la Passion , l'Académie
Royale de Musique donna le premier
Concert Spirituel au Château des
Thuilleries , & il a été continué differens
jours jusqu'à la fin du mois. On y a exécuté
plusieurs excellens Motets de Messieurs de
la Lande , Bernier & Gilles , & d'autres
Maîtres Modernes , lefquels ont été fuivis
d'excellentes pieces de simphonie , executées
sur le Violon & la Flute par les sieurs Gui
gnon , Cupis & Blavet. Ön donna le 31 .
un Motet à grand Choeur du sieur de
Mondonville , qui fût goûté & généralement
aplaudi par une très-nombreuse assemblée.
Le même Auteur exécuta ensuite
sur le Violon un Concerto de sa composition,
dont
390 MERCURE DE FRANCE
•
dont l'exécution parut aussi admirable que
singuliere aux plus grands connoisseurs.
,
Le même jour , le Chevalier Servandoni
exposa aux yeux du Public dans la grande
Salle des Machines du Château des Thuilleries
, la superbe représentation de l'Histoire
de Pandore , que nous avons annoncée dans
le dernier Mercure avec l'explication de
tout ce qui devoit y être représenté. L'éxécution
a très-bien répondu presque à tous
égards , quoique très compliquée, à l'heureux
génie de l'Auteur & à son vaste projet. La
richeffe de l'Architecture , les belles formes,
les divers mouvemens & la distribution des
jours & des ombres par les transparans , les.
accidens de lumieres , & tout ce que l'art de
l'Optique , de la perspective & de la peinture
ré peuvent fournir pour une décoration éclatante
, capable d'étonner & de satisfaire l'esprit
& les yeux , y ont été employés . Le Chevalier
Servandoni doit être bien content des
aplaudissemens du Public & de son empressement
pour voir un Spectacle , aussi neuf
que magnifique .
REMARS.
و ل
1739
REJOUISSANCES faites à Grenoble , an
sujet de la Promotion de M. l'Archevêque
d'Embrun au Cardinalat. Extrait d'une
Lettre de M. *** écrite le 18. Mars 1739.
I
L étoit naturel la Ville de Grenoble se disque
tinguât par les témoignages de la joye qu'elle a
ressentie de cet Evenement. Elle se fait trop de
gloire que cet Illustre Prélat ait pris naissance dans
son sein, pour n'avoir pas cherché à lui donner des
marques de l'interêt qu'elle prend à son Elevation :
aussi fut-il déliberé dans une Assemblée de l'Hôtel
de Ville , que les Consuls iroient féliciter sur ce
sujet M. de Tençin , Président à Mortier Hono
raire au Parlement de Grenoble , frere aîné du
Cardinal , & Chef de cette Maison , & qu'ils conviendroient
avec lui d'un jour indiqué pour en faire
des Réjouissances publiques ; les ordres qui furent.
donnés en consequence , furent executés avec exactitude
par un Peuple qui les attendoit avec empres
sement.
Dès les sept heures du soir du Vendredi 13. Mars,
toutes les rues furent , en moins d'un quart d'heure
, illuminées , de façon à ne pas faire regreter
l'éclat du plus beau' jour ; il étoit aisé de s'apercevoir
que tous les Habitans , animés d'un même es◄
prit , s'étoient étudiés à marquer que leur coeur
avoit plus de part à ce qu'ils faisoient , que l'o-.
béissance qu'ils devoient à leurs Magistrats ; tous
les Particuliers avoient éclairé les fenêtres de leurs
Maisons ; & la difference du plus au moins qui s'y
trouvoit , formoit une agréable varieté qui relevoit
l'effet des Illuminations les plus marquées & les plus
brillantes ; celles - ci servoient encore à indiquer les
Parens
592 MERCURE DE FRANCE
Parens & lesAmis de la Maison de Son Eminence, &
ceux qui y sont attachés, qui sont en grand nombre.
Les Consuls , à l'Hôtel de Ville , avoient donné
l'exemple . Toutes les Croisées du Bâtiment , qui le
compose , de même que celles de l'Hôtel de l'Inten
dance, qui en dépend , étoient garnies de Lanterne
aux Armes de Son Eminence. Un grand nombre de
Pots à feu rangés sur la Terrasse , & tout autour
des murs d'un vaste & beau Jardin qui y est attenant
, faisoient qu'on y voyoit aussi clair qu'en
plein midi ; surtout dans la grande Allée de ce
Jardin , où l'on avoit attaché aux arbres , un double
rang de Lanternes d'un verre fort blanc ; tout
cela étoit encore relevé par plusieurs fusées qu'on
voyoit partir à chaque instant , & par tous les agrémens
qu'un temps calme & serein peut donner à
une semblable Fête.
" Toutes les Communautés Religieuses tant
d'Hommes que de Filles , avoient cherché à se dis
tinguer , chacune dans un goût different , en illuminant
leur Convent par des Pots à feu , des Lampions
, des Lanternes aux Armes de S. E. le tour
arrangé dans l'ordre le mieux entendu . On remarquoit
avec plaisir ceux des Cordeliers , des Jacobins
, des Dames de Sainte Marie d'en haut , le
College des Jésuites , & l'Hospice de S. Antoine.
Il faudroit nommer toutes les Maisons Religieuses
, si je voulois rendre justice à ce que chacune a
executé , pour signaler son zele ; toutes ont partagé
les suffrages , ensorte qu'on seroit embarrassé de
donner la préference à aucune. Les Dames de
Montfleury, qui sont hors de la Ville , ne se sont
pas oubliées en cette occasion . Leur Monastere
tout bâti en Terrasse , & assés élevé sur la Côte de
la Montagne , dont il a tiré son nom ,
étant plus
susceptible qu'un autre d'être embelli , fut illuminé
d'une
MARS. 17398
593
Pune maniere qui faisoit un très - bel effet , quoique
dans un point de vûë assés éloigné .
Le Public s'attendoit bien à trouver chés les prohes
Parens de S. E. un Spectacle digne de sa cu
fité ; il n'a point été trompé dans son attente ;
le Président de Tencin n'avoit rien épargné
, óur la fatisfaire : fon Hôtel , vaste & superbement
Dâti , est izolé ; la façade du côté de la Cour , est
percée de 30. croisées , & regarde une grande ruë :
tout autour de ces croisées on avoit attaché des
Lampions fort serrés les uns contre les autres.
Plusieurs rangs de pareils Lampions remplissoient
les jambages & la corniche de la porte du vestibule,
au dessus de laquelle on avoit placé un grand
Ecusson aux Armes de Son Eminence , qui sont
un Chêne arraché de sinople en champ d'or , au chef
de gueules , chargé de trois bezans d'argent. Le Cha
peau & le Cordon servans de timbre , étoient pro
fités de Lampions : il y en avoit à toutes les houpes,
& dans les Armes même , où on les avoit disposés .
de façon que leur éclat faisoit un effet charmant.
On étoit agreablement surpris en découvrant cette
Hlamination dès l'entrée de la rue à laquelle elle
faisoit face , & elle ne perdoit rien de sa beauté en
P'examinant de plus près. Tout autour de la Cour,
on avoit formé des Portiques de verdure, qui étoient
éclairés dans le même goût , & terminés par deux
Fontaines de Vin , une de chaque côté de la Porte
de la Cour en dedans ; c'étoit-là , où le Peuple , sans
tumulte & sans confusion , venoit remplir des cruches
, sans se livrer à aucun excès. Pendant tout le
temps que dura cette Fête , une Symphonie de
Trompettes , de Hautbois, & de Violons se fit entendre
par reprises , & le plaifir des Aſſiſtans fut
encore réveillé par plufieurs Fusées volantes , & c.
M. de Baral Préfident à Mortier , & proche '
Parent
$ 94 MERCURE DE FRANCE
=
Parent de S. E. avoit fait illuminer son Hôtel d'une
maniere fort ingénieuse ; on voyoit à la principale
Porte d'entrée , differens corps d'Architecture, formés
par des Lampions attachés sur la boiserie. La
Cour , parfaitement bien éclairée , étoit ornée de
plusieurs Portiques de verdure ; & tout au fond ,
vis à vis la principale Porte , on voyoit un grand
Miroir concave à facetes , d'environ 3. pieds de
diametre , qui réflechissoit la lumiere de plusieurs
Pots à feu , mis à une diſtance convenable , pour
que les effets de cette réflexion fussent plus variés
& plus surprenans .
Je ne finirois point , fi je voulois entrer dans le
détail de ce qu'offroient les Illuminations des Hôtels
des autres Parens de S. E. entre lesquels celles
de M. Bailly , Premier Préſident à la Chambre des
Comptes , & de M Dumotet , Conseiller au Parlement
, étoient dignes de remarque . Le Peuple
en foule , parcou oir avec empressement ces differens
Endroits de même que toutes les rues , où il
sçavoit que sont situés les Hôtels des Perfonnes les
plus distinguées de la Ville .
Les RR. PP Minimes remirent au Dimanche
suivant les témoignages qu'ils vouloient donner de
leur joye ; ils n'avoient pas eu assés de temps pour
se préparer , ayant voulu illuminer tout le grand
Portail de leur Eglise , élevé d'environ ſept toises
sur cinq de largeur , & précedé d'un grand Perron,
&c. Des Globes , des Lustres , des Colomnes , &c.
figurés & illuminés par des Lampions ou par des
Pots à feu , ornoient du haut en bas ce Portail , de
même que les deux aîles qui regnent sur le Perron .
Toutes les fenêtres du Convent de ces Peres , tant
celles qui donnent sur la ruë , que celles qui ont
leur vue sur le Jardin , étoient éclairées de même.
Le grand nombre de Fusées qu'on jettoit , embellis-
}
soit
MARS.
1739. - 595
>
soit ce Spectacle , qui étoit d'autant plus frapant
que l'attention qu'on y donno t , n'étoit point partagée
, comme elle l'avoit été le Vendredi précedent
par d'autres Spectacles .
Je finirai ma Lettre M. par un Madrigal , qui a
été adressé au nouveau Cardinal.
T
MADRIGAL ,
U sçus fibien servir & l'Eglise & l'Etat ,
Si bien concilier l'une & l'autre Puissance ,
Dans tes Ecrits , garands de ta science ,
Que toutes deux , très illustre Prélat ,
Te devoient par reconnoissance
Les honneurs du Cardinalat.
Elles n'ont donc rien fait que remplir notre attente :
Mais chacun convient avec moi ,
Que Rome en te parant de sa pourpre éclatante ,
Fait elle autant que pour toi.
Li
pour
AUTRE DETAIL.
E 13. Mars les Consuls en Chaperon , se rendirent
à la tête des Officiers de la Ville chés M ,
le Président de Tençin , & chés Madame la Com
tesse de Grolée , pour leur faire compliment. Le
soir il y eut Illumination dans toute la Ville et ungrand
Feu d'atifice , au bruit de l'Artillerie & du
son des Trompetes.
Ceux qui se font le plus diftingués par leur zele
et les magnifiques Illuminations de leurs Hôtels
sont , M. de Grammont Premier Préfident du >
Par596
MERCURE DE FRANCE
Parlement , et Commandant de la Province , M. de
la Tour , Procureur Géneral , Mrs. les Préfidens de
Baral , de Bardonenche , & de Vaux , M. Bailly ,
Premier Président de la Chambre des Comptes ,
M. le Marquis de St. André , M. le Marquis de
Marcieu , Gouverneur de la Ville ; géneralement
toutes les Communautés , & surtout les Jésuites ,
les Minimes , les Dames de Montfleury. L'Hôtel
de l'Intendance s'eft singulierement distingué . Le
Peuple fit paroître une joye extraordinaire , en
criant par les rues Vive le nouveau Cardinal pour
la gloire de la Patrie et le bien de la Religion . On
a reçû avis qu'à l'imitation de la Capitale , les autres
Villes de la Province de Dauphiné , glorieuse du
premier Cardinal , né chés elle , faisoient partout
des Réjouissances publiques , et qu'Embrun s'étoit
surpassé dans cette occasion.
LE PORTRAIT.
Tu veux
A Mile B ***
U veux donc , jeune B ***
Que je me peigne trait pour trait ;
Cet ouvrage eft peu difficile ,
Quatre Vers feront mon portrait.
Conftant dans mon indifférence ,
Sage , & libertin tour à tour ;
Si je recherche encor l'Amour }
. C'est lorsqu'il prend ta reffemblance .
D'Arnaud.
DISCOURS
MARS.
597 1739.
-DISCOURS de M. le Duc de Villars
Gouverneur de Provence , prononcé dans
l'Assemblée des Etats de cette Province
tenue à Lambesc le 12. Janvier,
MESSIEURS ,
Convoqués par les ordres et sous l'autorité du Roy ,
dans ces jours destinés à lui donner des marquespubliques
de votre zele , vos dons font offerts par un amour
libre , encore plus que par les motifs de l'obéissance.
Mais , Mrs. si cette Province s'est toujours signalée
par un attachement inviolable à nos Rois , si leurs volontés
ont toujours fait sa regle , combien cette ardeur
doit - elle être redoublée aujourd'hui , que la Nation entiere
est comme au comble de sa gloire , et qu'elle ne
voit que des présages de l'accroissement de son bonheur?
sagesse
Nous vivons sous un Regne , où nos Frontieres ont
été glorieusement reculées , où de grandes Provinces
sant devenues le prix de nos Victoires et de la
des Traités , oùla Paix , dont la douceur sefait déja
sentir , va pour jamais éteindre la Discorde , et poser
l'inébranlable fondement de lafélicité de l'Europe. Ce
qu'ily a de plus flateur , nous vivons sous un Roy ,
qui fait regner avec lui la justice et l'humanité , sous
un Roy , dont les vertus nous rendent précieuse la squ➡
mission que notre naissance nous rend nécessaire , sous
un Roy , persuadé que sa dignité suprême n'a rien de
plus grand que de pouvoir le bien , ni rien de meilleur
que de le vouloir ; et , pour tout dire , sous un Roy
occupé seulement à rendre à ses Sujets sa domination
aussi aimable par ses bienfaits , qu'elle est redoutable
ses ennemis par sa puissance.
?
Vos efforts pour lui plaire , Mrs, connoîtront-ils des
bornes
598 MERCURE DE FRANCE
bornes , lorsqu'il n'en met point lui- même à ſes bonés
Autrefois dans des jours moins heureux , des fecours
redoublés jusqu'à l'épuisement , les timides prévoyances
d'un avenir plus triste pouvoient allarmer
le zele des Sujets . Qu'auront- ils à craindre maintenant
, que la Providence leur conserve un Ministre né
pour la gloire de la France et pour le bonheur de l'Europe
? Il ne leur reste qu'à se reposer sur sa sagesse, Sa
vigilance et son amour pour eux iront au- delà du besoin
, et préviendront même leurs souhaits . C'est donc,
Mrs. avec la plus vive joyé que j'exécute aujourd'hui
les ordres du Roy , et qu'ayant l'honneur de paroître
pour le plus grand et le meilleur de tous les Maitres ,
je porte la parole à une Assemblée , qui a sçû se rendre
si digne de son estime , de son attention , et de sa
bienveillance.
9
De quelque côté que je tourne mes regards dans
cette Province , j'y vois tous les mérites réunis . L'Il-
Lustre Archevêque , qui préside ici , et dont les qualités
donnent à son rang plus de lustre , qu'elles n'en
reçoivent de sa Naissance , des Prélats aussi distin
gués par leur zele , que par leurs talens , un Corps de
Noblesse plus recommandable encore par ses vertus
que par son ancienneté , dont la valeur retrace et perpétue
celle de ses Ancêtres ; et qui , après s'être exposée
pour le service de l'Etat , consacre tous ses talens
dans des temps plus paisibles , au service de son Pays ,
des Magistrats Interpretes éclairés des Loix , comme
elles sans passion , sans autre interét , que celui de
rendre les hommes plus amis , plus sages et plus heureux
, des Citoyens actifs et animés par le feul zele de
La Patrie.
Dès mes plus tendres années , Mrs , j'étois prévenu
des plus hautes idées , pour une Province qui devoit
m'être si chere , et à laquelle je devois apartenir un
jourpar les titres les plus forts . Combien les noeuds se
sont
"
M.ARS. -1739 .
رو
ont-ils serrés , depuis qu'il m'est permis de la con
noitre mieux ? Je n'avois apris de loin qu'à l'estimer.
Je sens en la voyant de près , les droits qu'elle a sur les
coeurs , et si vous me permettez de le dire , le tendre
Attachement que je lui dois. Pénetré des marques glo-
*rieuses que je reçois de son amitié , toute occasion de
signaler ma reconnoissance , me serachere , et je mettrai
mon bonheur à les trouver. C'est avec ces dispositions
, Mrs , quej'aurai l'honneur de rendre compte
au Roy des vôtres , et du concert aussi`prompt qu'undnime
, dont je vais être le témoin. Le Maître que nous
servons sera sensible à tant de zele ; souffrez que d'a❤
vanceje vous félicite des nouvelles marques de bonté
qu'il vous est permis d'en attendre.
M. de Gourdon , dont vous connoissez , Mrs. les
talens et la probité , vous'expliquera plus en détail les
intentions de S. M.
VEANGEANCE pour plusieurs aimablas
perfonnes chanfonnées.
Qu
Uoi! par vos -rimes fatiryques
Vous pensez donc nous allarmer è
Vous euffiez été moins cauftiques ,
Si nous avions pû vous aimer.
Pauvres Amans , un peu de rigueur
Fait qu'à l'inſtant même
Votre amour extrême
Devient fureur,
400 MERCURE DE FRANCE
Un petit Maître téméraire ,
Qui fent qu'on veut le mépriſer ,
Brife dans fa folle colere
L'Idole qu'il vient d'encenfer.
Nous bravons ces indignes armes
Que forge un impuiffant courroux ;
Și nous poffedions moins de charmes ,
On nous porteroit moins de coups.
M. de Gouve.
DISCOURS de M. le Duc de
Richelieu , aux Etats de Languedoc ,
le jour de l'Ouverture des Etats.
MESSIEU ESSIEURS ,
Le Roy , en vouspermettant de vous assembler toutes
les années , reçoit toujours de vous de nouvelles
marques de votre attachement pour fa Personne et
pour son Etat. Il trouve dans les effets de votre zele
de nouveaux motifs aux sentimens de prédilection que
cette Province mérite par la sagesse de son Administration
, et par les grands Hommes qu'elle produit.
Celui qui preside au Conseil de S. M. et au bonheur
de toute l'Europe , veille également au soulagement
du Peuple et aux besoins du Royaume . Ces grands
interêts si difficiles à concilier , quoiqu'inséparables
seront exposés avec confiance à une Assemblée , dont
les différens Ordres concourent unanimement au Bien
de l'Etat.
Son Chef, que ses vertus aimables et son Sang illustre
MARS. 1739. 6ot
lustre mêlé avec celui de nos Rois , rendent si digne
de vous présider , ces Prélats respectables , qui tiennent
parmi vous un rang si distingué , après avoir
fait briller dans leurs Diocèses les vertus de l'Episcopat
, viennent employer ici pour le service de la Province
, les talens que l'esprit éclairé par l'étude etfortifié
par l'expérience , donne pour le Gouvernement.
La Noblesse , qui , pour l'ordinaire , n'offre à sa
Patrie que le sacrifice de son sang et de ses biens , fait
voir dans cette Province , où elle est employée à l'Administration
, que l'intelligence des affaires et l'aplication
nesont pas incompatibles avec le courage héréditaire
dans les grandes Maisons . Elle ne cede en rien
à la prudence de ceux que les Communautés ont choisi
pour leur confier leurs interéts , et qui répondent si dignement
à un choix qui fait leur éloge.
Quelque flateur qu'il soit pour moi de me trouver
dans une Assemblée aussi auguste , je puis vous assurer
, Mrs, que je suis moins ébloui de la Place distinguée
que j'ai l'honneur d'y occuper , qu'animé du désir
d'en mériter une dans vos coeurs ce qui est l'objet
de mes voeux et la regle de ma conduite .
Le Dimanche 7. Janvier , vers les trois heures
après midi , presque tous les Habitans de Gignac ,
petite Ville à quatre lieues de Montpellier , étoient
dans l'Eglise Paroissiale , pour assister aux Vêpres.
Le S. Sacrement étoit exposé. Pendant qu'on chantoit
le troisiéme Pseaume , le Clocher s'éboula
tout- à coup . Tout le monde fut si étourdi du bruit
de la chûte , qu'on ne sçavoit de quel côté se mettre
à l'abri des ruines. Ceux qui se trouvoient au
milieu de l'Eglise et dans le fond , se déterminérent
malheureusement à fuir du côté de la porte ,
et furent ensevelis sous les ruines. Ceux qui vinrent
en foule se réfugier dans le Choeur , éviterent
I ij . à la
602 MERCURE DE FRANCE
#
à la verité une mort aussi affreuse , mais ils ne craignirent
pas moins de périr , la chûte du Clocher
entraîna celle, de la voûte , qui tomba tout-a- coup ,
er forma un nuage de poussiere , capable encore de
les , étouffer. Lorsqu'elle fut dissipee , on vit ceux
que les ruines avoient , pour ainsi dire , épargnés ,
dans un état bien plus triste que celui des morts
par l'image qu'ils en representoient. Leurs cris confus
excitoient la pitié dans le coeur de ceux qui les
entendoient , mais la crainte de partager leur sort
les retenoit , et les empêchoit, de leur donner du
secours. Enfin on trouva moyen d'écháper au péril.
La fenêtre de la Sacristie fur l'issue par où l'on se
vit delivré du danger , et par- là les mourans furent
secourus. On ôta les décombres , et on trouya 106.
personnes mortes , parmi lesquelles il y avoit des
enfans à la mammelle et des femmes enceintes . Le
nombre des blessés fut presque aussi considerable
et plusieurs furent à peine portés dans leurs mai
sons , qu'il fallut les reporter dans l'Eglise , pour
y être ensevelis.
CANONISATION de S. J. F. Regis.
Extrait d'une Lettre écrite de la Fleche
le 8 Mars 173.9.
MONSIEUR ,
Les RR. PP. Jéfuites opt célebré ici le mois de
Janvier dernier , la Canonifation de S. Jean François
Regis , avec toute la magnificence qu'on pou
voit attendre d'une Maifon Royale & d'un des plus
beaux Colleges qui foit en Europe. Entre toutes les
chofes qu'on a admiré , l'Illumination dont l'Eglife
de ces Peres a été éclairée pendant huit jours confécutifs
M A K'S . 17391 603*
fécutifs , a mérité fur tout l'aprobation des Cónnoiffeurs.
Quelques- uns ont avoué qu'elle effaçoir
tout ce qu'ils avoient vu de plus frapant en ce genre
, même à Paris. Pour vous en donner une jufte
idée , représentez - vous un Autel d'un deffeia noble'
&fomptueux , qui difparoît fous une quantité prodieufe
de lumières , fans cependant rien perdre de
la beauté de ſa ftructure : Figurez-vous que tour
ce que l'ordre Corinthien a d'ornemens , foit copié
& caractérisé par ces mêmes lumieres artiſte
ment apliquées & diftribuées avec une ingénieufe
fymétrie. Tel étoit , Monfieur , le fuperbe & magnifique
coup-d'oeit que préfentoit le grand Autel
de l'Eglife des Jéfuites , ainfi illuminé. Diſpen-'
fez-moi de vous faire un détail exact de chaque*
chofe ; voici feulement ce que j'ai remarqué en
gros. Et d'abord , à commencer par le bas de l'Aurel
, tout le contour , large au moins de quarante
pieds , étoit femé d'un grand nombre de petits
cierges , qui , éloignés les uns des autres de trois
doigts & placés par étages , repréſentoient divers
deffeins des mieux entendus. Au bas de chaque
colonne s'élevoit un ceintre doré , garni pareillement
de plusieurs cierges. "
..
Le milieu de chaque cintre étoit occupé par une
Figure d'argent . Sur l'Autel paroiffoient 24. Chandeliers
d'argent , artiftement rangés für les gra
dins. Ils étoient chargés chacun d'un cierge de
deux livres , & l'efpace qu'ils laiffoient entre eux
étoit rempli par des Figures d'argent , qui se répondoient
parfaitement. Derriere le Dôme du Tabernacle,
devant le Tableau du Maître Autel , on
avoit placé celui du Saint , avec son Cadre doré ,
de la hauteur de cinq pieds. Un autre Cadre cintré
garni de glace peinte en façon d'écaille , ſervoir
comine de Portique au premier & annonçoit le
I jij Saint
604 MERCURE DE FRANCE
Saint par deux Anges foutenant une Couronne de
fleurs .
Deux grandes Piramides de lumieres s'élevoient
enfuite aux deux côtés & formoient par le haut
avec les lumieres de la Bordure cintrée , une espece
d'Arc de Triomphe. Tout ce bel ordre & cette suite
de lumieres du bas de l'Autel , faifoient aux yeux
un effet admirable . Mais le haut & les côtés , qui
étoient illuminés , comme je vous ai dit felon
Pordie d'Architecture , fixoient encore bien davantage
l'admiration des Spectateurs .
On remarquoit dans les deux Angles du premier
ordre , deux grandes Piramides cintrées à six étages,
chargées de 82. cierges chacune . Deux Fleurs de
Lys de lumieres , de la hauteur de quatre pieds ,
parfaitement bien deffinées , étoient placées en
perfpective dans l'entre- deux des côtés . Un grand
Nom-de-Jefus , formé par des Lampions , de la
hauteur de huit pieds , occupant le milieu , fembloit
dominer fur toute l'Illumination . Les Vafes
d'Architecture, au nombre de 17. auffi bien que les
Globes de Marbre avoient , pour ainsi dire , changé
de matiere , sans avoir changé de forme. Tout cela
n'étoit plus que lumiere , fans aucune confufion
cependant , de forte qu'on eût pû diftinguer ifément
une fleur d'avec une autre fleur . Enfin une
fuperbe Couronne en Lampions , de la hauteur de
huit pieds & deux brillantes Etoiles qui paroissoient
s'échaper du haut de la voute , terminoient
heureusement un fi magnique Spectacle . Je ne vous
parle que de l'Autel , fans faire mention de deux
grandes Tribunes qui forment entre elles un demi
périftile, & joign nt dans leur long circuit , le Sanc
tuaire à la Nef , & qui étant illuminées , préfentoient
aux yeux un double Amphithéatre de lumieres,
des plus beaux qu'on puiffe imaginer.Je ne
dis
MARS. 605 * 1739.
dis rien des autres Illuminations du bas de l'Egliſe ,
dont la defcription me meneroit trop loin . Je ne
vous marquerai pas non plus le nombre des lumiéres
; jagez- en par celles dont l'Autel feul étoit illuminé
; on en a compté jufques à 200. En un
mot , Monfieur , je vous avouerai que je n'aurois
jamais cru qu'on pût tenter en Province d'aussi
belles chofes & encore moins les executer avec un
fuccès fi brillant . Le Frere Champy , Jéſuite , qui a
conduit tout cet ouvrage , a entierement juftifié par
là l'idée qu'on avoit déja de fon induſtrie , & ſur
tout de fon goût marqué, pour les Décorations. Je
fuis , Monfieur , &c.
ODE en l'honneur de Saint Jean- François
REGIS.
129
D'où part la lumiere brillante 'Ou
Qui frape mes sens éblouis !
Est- ce le Ciel qui me présente
L'heureux triomphe de Regis ?
Grand Dieu , quel éclat l'environne !
C'est ta bonté qui le couronne ,
Et qui seule fait sa grandeur.
Souffre que
d'un regard avide
Et prenant mon amour pour guide ,
J'aille contempler sa splendeur .
*
Ce spectacle est -il pour les hommes ,
Tant qu'ils languissent ici bas
I J
Non,
606 MERCURE DE FRANCE
Non , infortunés que nous sommes
Nous l'achetons par le trépas ;
Avant que d'éclairer le Monde ,
Il faut que dans le sein de l'Onde
Le Soleil caché son flambeau ;
Pour voir le séjour adorable
Il faut que l'homme misérable
Passe par la nuit du tombeau.
*
Privés des célestes Spectacles ,
Cherchons Régis dans ses travaux
La Terre féconde en Miracles ,
Sçaura nous peindre son Héros ;
S'il regne au-dessus du Tonnerre
C'est qu'il mérita sur la Terre
L'éclat dont il est revétu ;
Dieu qui couronne la victoire ,
Trace le Tableau de la gloire
Sur l'image de la vertu
*
A peine sorti de l'enfance ,
Il chérit la Loi du Seigneur.
Les doux charmes de l'innocence
Font les délices de son coeur.
Mais que dis-je ? si jeune encore ,
Connoît-il le Dieu qu'il adore à
Ah !
MARS. 607
1739.
Ah ! cessons d'en être surpris :
Quand c'est l'amour qui sert de maître
Il semble en commençant de naître ,
Que les grands coeurs ont tout apris.
"
Des bras d'une Famille en larmes
Déja je le vois s'arracher ;
Les soupirs sont de foibles armes
Contre le Dieu qu'il va chercher ;
Les pleurs d'un amour légitime
Ne font qu'embellir la victime
Qu'il offre au Dieu maître des coeurs,
Telle une fleur qui vient d'éclore ,
Emprunte des pleurs de l'Aurore
L'émail des plus belles couleurs, ...
A l'ombre de la solitude
Dans un repos labotieux ,
Vainqueur de lui - même il prélude
A des combats plus glorieux ;
Contre un monstre , assemblage énorme
D'impietés & de réforme
C'est peu d'être armé de la Foi ;
A l'hypocrite qu'il abhorre
Regis veut oposer encore
Tout l'héroïsme de la Loi,
I Mais
608 MERCURE DE FRANCE
Mais bien-tôt l'Eglise éplorée
L'apelle vers ces Régions ,
Où regne l'Erreur entourée
Des infernales légions ;
Rochers , Montagnes effroyables ,
Vos précipices redoutables
N'étonneront point ses regards ;
La Foi sur ses pas invincibles
Investira ces Monts terribles
Dont l'Erreur a fait ses remparts.
*
Déja la Nature est vaincuë ,
Il a franchi ces Monts affreux ,
Qui semblent vouloir dans la nuë
Cacher leur sommet orgueilleux ;
L'impieté , l'hypocrisie ,
Le fanatisine l'hérésie ,
Voilà ce qui reste à dompter.
11 paroît ; sa vertu décide
Contre le Novateur perfide ,
Et Rome se fait écouter.
*
Quelle suite d'heureux trophées !
L'Eglise rentre dans ses droits
L'Erreur , la Discorde étouffées ,
Ne
MARS. 609 1739
Ne dictent plus d'indignes Loix ;
Ainsi qu'après un sombre orage
L'Astre du jour sort du
nuage
Armé de plus vives clartés ,
L'Eglise , après l'horreur du schisme ,
Sous le vainqueur du Calvinisme
Brille de nouvelles beautés,
*
Climats chéris , où sa tendresse
Versa tous les dons de l'amour ,
Joignez vos Concerts d'allegresse
Aux chants de la céleste Cour ;
Echapés à tant de tempêtes ,
Signalez vous par mille Fêtes
Dignes d'un tel Liberateur ;
Tout vous interesse à sa gloire ;
Le souvenir de sa victoire
Est celui de votre bonheur.
*
C'est la France qui t'a vû naître
Son Soleil éclaira tes jours , 1
Regis , près du souverain Maître
Elle se promet ton sécours ;
g
Comme on voit le Laurier fidele ..
Etendre son ombre immortelle
}
Sur la Terre qui l'a porté
I vi Guids
610 MERCURE DE FRANCE
Guidé par la reconnoissance ,
C'est à toi de couvrir la France
Sous les aîles de ta bonté.
H. DE BULONDE , D. L. C. D. J.
MORTS , MARIAGE , &c.
LE
E nommé Antoine Aigueberes , eſt mort dans la
Paroiffe de Frenton , en Languedoc , âgé de
100. ans accomplis .
Le 16. Fevrier , Jean Vivant , natif de Paris ,
Evêque de Paros dans l'Archipel , in partibus Infidelium
, Suffragant de l'Evêché de Strasbourg , facré
le 8. Octobre 1730. Docteur en Théologie de
la Faculté de Paris , de la Maiſon et Societé de Sonbonne
, du Mai 1686. mourut à Strasbourg
dans la 79. année de fon âge , étant né au mois
d'Avril 1660. Il avait été fucceffivement Promoteur
des Caufes de la Cour Archiepifcopale de
Paris , reçû Chanoine de l'Eglise de Paris , le
4. Juin 1698. et Curé - Chefcier de l'Eglife
Collégiale et Paroiffiale de S. Merri à Paris le 7.
Octobre 1710. Il réfigna cette Cure en 1717.
Louis Mettra , fon neveu . Après la mort du Pape
Clement XI . il accompagna à Rome le Cardinal
de Rohan , et fut ſon Conclaviſte au Conclave dans
lequel fut élú Innocent XIII . Pendant ſon ſéjour à
Rome , Jean- Paul Bignon lui ayant résigné le
Doyenné de l'Eglife Royale et Collégiale de S.
Germain l'Auxerrois , il en prit poffeffion par Procureur
le 22. Juillet 1721. Il fut fait Official de
Paris au mois de Novembre 1728. et ayant été dé-
Agné Suffragant de Strasbourg au mois de Juillet
>
17291
MAROS 1739. 611
1719. il réfigna alors fon Doyenné , et fon Canonicat
de S. Germain l'Auxerrois . Il étoit frere aîné
de François Vivant , Chantre de l'Eglife de Paris ,
qui eft âgé de 76. ans.
Le même jour , Gafpard de Fogaffes de la Baftie,
Prêtre du Dioceſe d'Avignon , Docteur en Théologie
de la Faculté de Paris , du 13. Mai 1702.
Chanoine Honoraire depuis 1717. & Grand Archi
diacre de l'Eglife Cathédrale de Chartres , depuis
1709 , Abbé Commandataire de l'Abbaye de N. D.
d'Ardennes , près de Caën , Ordre de Prém . Dioc ."
de Bayeux , depuis le.s. Avril 1709. Vicaire Gene
ral de l'Evêque de Chartres , et Député de la Chambré
du Clergé du Dioceſe de Chartres , mourut dans
cette Ville,âgé d'environ 65.ans . Il étoit frere puîtë
de Pierre de Fogaffes , Seigneur , Marquis de la
Baftie dans le Comtat Venaiffin ,, ci- devant Envoyé
Extraordinaire du Roy à Florence , qui a épousé
Anne- Thérefe de Brancas , foeur de l'Archevêque
d'Aix , et de l'Evêque de Lifieux , de laquelle il a
entr'autres enfans , Louis - Henri de Fogaffes de la
Baftie , Prêtre , Chanoine , et Haut- Doyen de l'Eglife
Cathédrale de Lifieux , Vicaire General de l'Evêque
de Lifeux , fon oncle , et ci-devant Chanoine
de l'Eglife Cathédrale de Chartres ; et Jean-
Jofeph de Fogaffes d'Entrechaux de la Baſtie , Prétre
, Chanoine , et Archidiacre de Princerais dans
PEglife de Chartres , Abbé Commandataire de
P'Abbaye de Jofaphat , O. S. B. D. de Chartres ,
et Vicaire General de l'Evêque de Chartres.
-
Le as D. Angelique - Marie Damaris Eleonore
Turpin de Criffé , Epoufe d'Armand - Gabriel de
Crux , Marquis de Montaigu , Vieille Vigne ,
Grand-Lieu , &c . autrefois Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , avec lequel elle avoit été mariée le
17. Août 1709. mourut à Paris , âgée d'environ
1.00
612 MERCURE DE FRANCE
fo. ans , laiffant pour fille unique Eleonore- Ga→
brielle- Loüife- Françoiſe de Crux , mariée le 10.
Fevrier 1733. avec Jean- Victor de Rochechouart
Marquis de Blainville , apellé le Comte de Mortemart
, fait Colonel du Régiment de Dauphiné le
20. Février 1734. La Marquife de Crux étoit fille
unique de feu Philipe - Charles Turpin , Comte de
Criffé , & de Vihers , Baron de S. Maxire et d'Eleonore
de Mefgrigny , Marquife de Bonnivet ,
Comteffe de Belin , Dame de la Châtellenie de
Cheneché , fa veuve , laquelle s'étoit remariée au
mois de Juin 1701. avec Jean-Ferdinand , Comte
de Pottiers , et de Wagnée , Seigneur de Gouaix ,
et de la Franche- Comté en Thiange , Gentilhomme
Liégeois , Colonel d'un Regiment de Dragons au
Service de France , duquel elle a eu Eleonore -Henriette
de Pottiers , mariée au mois de Mai 1723 .
avec Bleickard , Comte de Helmftat , ſon couſin ,
Baron du S. Empire , ci-devant Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie au Service de France.
Le 28. Dame Marie - Marguerite - Radegonde de
Mefgrigny, Dame de Vivonne , en Poitou , et en
partie du Vidamé de Meaux , et Seigneurie de
Trillebardou , Epoufe de Benjamin - Louis- Marie
Frotier , Comte de la Côte-Meffeliere , Cornette
de la Compagnie des Chevau-Legers de la Garde
ordinaire du Roy , et Brigadier de fes Camps , et
Armées , avec lequel elle avoit été mariée le 25 .
Novembre 1721. mourut à Paris , âgée de 41. ans
9. jours , étant née au Château de Cerfigny , Pa
roiffe de S. Georges de Vivonne , Diocèfe de Poitiers
, le 19. Fevrier 1698. Elle a laiffé des enfans.
Elle étoit feconde fille , et héritiere en partie de
François- Romain - Luc de Mefgrigny Comte de
Belin , Marquis de Bonnivet , Comte de Brin , Ba
ron de Griffé , et du Boucher , Seigneur de la Châ
tellenie
MARS. 813 1739
tellenie de Cheneché , et des Seigneuries de Vivonne
, de Cerfigny , Vidame de Meaux et de Trillebardou
, & c. mort en 1712. et de Dame Marguerite-
Radegonde Beffay de Lerignem , fa feconde
femme. La Comteffe de la Côte , qui vient de
mourir , étoit coufine germaine de la Marquise de
Crux-Montaigu , dont la mort vient d'être rapportée.
Le 4. Mars D. Marie Guyon , femme de Chrif
tophe Pajot , Grand Audiencier de France Honoraire
, mourut à S. Germain en Laye , âgée de
80. ans. Elle laiffe deux fils ; l'aîné eft Chriftophe-
Jofeph Pajot , Maître Honoraire en la Chambre
des Comptes de Paris , qui a épousé le 2. Août
1718. la fille unique de feu Claude Louvet , Payeur
des Rentes de l'Hôtel de Ville de Paris , de laquelle
il a un fils et une fille , mariée le 13. Août 1737.
avec .... Hallée de Dairval , reçû Confeiller au
Grand Confeil le 2. Mai 1736. Le puîné qui eſt
Pierre Pajot de Nozeau , Maître des Requêtes ordinaire
de l'Hôtel , et Intendant de la Generalité
de Montauban , a été marié le Août 1727. avec
Genevieve- Françoiſe Verforis , fille unique de feu
Charles Verforis , Seigneur et Patron d'Agy en
Normandie , et de Beauvoir en Dunois , Maître ordinaire
en la Chambre des Comptes de Paris , et
⚫ de Genevieve Bourgoin de la Grange- Bâteliere .
Le 6. Louis-Henry Brinon de Caligny , Ecuyer
l'un des Syndics de la Compagnie des Indes , mourut
âgé d'environ 56. ans. Il étoit fiis de Louis
Brinon , mort Confeiller de la Grand- Chambre du -
Parlement de Rouen , et de Françoiſe Ju bert du
Thil , morte le 17. Fevrier 1705. Cettefamille de
Brinon eft originaire de Paris , et celui qui vient
de mourir étoit d'une branche établie à Roüen fur
la fin du xvi . fiecle..
Le
614 MERCURE DE FRANCE
·
Le 7. Dame Marie - Françoife le Vayer, Epoule de
Jacques- François Moteau , Seigneur d'Avrolles , et
de Bouneparre , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , Capitaine au Régiment des Gardes Françoiſes
, avec lequel elle avoit été mariée le 28. Fevrier
1736. comme on l'a raporté dans le Mercure
du même mois , p . 395. où l'on a marqué de qui
elle étoit fille , mourut à Paris , de la petíte verole ,
dont elle fut attaquée quelques jours après être
accouchée d'un fils.
Le 8. Dile Elizabeth- Magdeleine Joffier de la Tonchere
, fille , mourut âgée de 58. ans , étant née le
22. Mars 1681. Elle étoit fille de feu Louis Joffier ,
Seigneur de la Jonchere , Tréforier Général de
l'Extraordinaire des Guerres , & de défunte D. Mrdeleine
Colbert de Turgis , morte le 3. Octobre
1714. étant veuve en fecondes nôces de Louis Bautru
, Seigneur de Foucherolles , apellé le Marquis
de Nogent , Maréchal des Camps & Armées du
Roy , & Gouverneur de Sommieres . La Dlle de la
Jonchere laiffe pour heritier Chriftophe-Henri Joffier
de la Jonchere , fon frere , Licentié en Théo-
Logie.
Le même jour , D. Magdeleine du Mouceau de
Nollent , Dame d'Olinville , Epoufe d'Auguftin-"
Vincent Hennequin , Marquis d'Ecquevilly , de-
Frefne , & de Bouafle , Brigadier des Armées du
Roy , Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
& Capitaine General de la Vennerie , des Toiles de
Chaffe , Tentes & Pavillons de S. M. pour l'Equi
page du Sanglier, avec lequel elle avoit été mariée
le 24. Avril 1714. mourut à Paris d'une Apoplexie
& Paraliffe , dont elle avoit été attaquée le 4. précedent
, âgée de 46 ans. Elle laiffe des enfans. Elle
étoit fille & feule héritiere de feu Charles du Mouceau
de Nollent , Seigneur d'Olinville & d'Eſgly
qui
M- A RS. 613
1739:
qui avoit été Intendant de Police , Finances , & Vi
vres des Armées du Roy , & de feuë Marie- Charlotte
, Camus des Touches , morte le. 3. Fevrier
1698. à l'âge de 26. ans.
Le 9. D. Marie Foy , veuve depuis le mois d'A
vril 1732. de René Choppin , Seigneur d'Arnouville
, de Gouzangré , Chafton , &c. ci - devant
Lieutenant Criminel du Châtelet de Paris , qu'elle
avoit épousé au mois de Janvier 1684 mourut à
Paris feptuagenaire , laiffant pour enfans René
Choppin , Seigneur d'Arnouville , Maître des Re
quêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy , & marié avec
Claire Morel , fille aînée de feu Pierre Benoît Morel
, Prefident de la Cour des Aydes de Paris ;
Etienne-Alexandre Choppin , Seigneur de Gouzan,
gré , Fremier Préfident de la Cour des Monnoyes
Yeuf de Marie- Corneille Parat ; & une fille , épouse
de Charles- Pierre Nau , Confeiller de la Grand
Chambre du Parlement de Paris . La défunte étoit
fille de Charles Foy , Sieur de Senantes , Confeiller
au Siége Préfidial , & fecond Président de l'Election
de la Ville de Beauvais.
Le 12. Criftophe Dalmas , Ecuyer , Seigneur de
Boiffy- le Châtel , Forfery , Puifieux , Bourneville ,
&c. ci-devant Sous- Lieutenant au Régiment des
Gardes Françoifes , mourut à Paris , âgé de 75. ans.
Il étoit fils aîné de feu Criftophe Dalmas , Seigneur
de Boiffy , Forfery , Bourneville , & c. Confeiller-
Secretaire du Roy & de fes Finances , & Tréforier
General des Ecuries de S. M. mort le 30. Janvier
1703. & de Marie Berthelot , morte le 13. Mars
1725. âgée de 88. ans.
Le 18. D. Magdeleine-Françoife de Gontaut de
Biron , veuve de Jean - Louis d'Uffon , Marquis de
Bonnac , Seigneur de Donnezan , Confeiller d'Etat
Epée ordinaire , Maréchal des Camps & Armées
du
616 MERCURE DE FRANCE
du Roy , Lieutenant Général pour S. M. au Gouvernement
du Pays de Foix , Gouverneur du Mas
d'Azil , & des Châteaux d'Ullon & de Kerigu
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis & de
l'Ordre de S. André de Ruffie , ci-devant Ambaſſa -
deur pour le Koy à Conftantinople & en Suiffe ,
avec lequel elle avoit été mariée le 23. Decembre
1715. & dont la mort eft raportée dans le Mercure
du mois de Septembre dernier , p . 2086. mourut
à Paris , dans la 4 année de fon âge . Elle
étoit l'aînée des filles d'Armand - Charles de Gontaut
, Duc de Biron , Pair , & Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roy , Gouverneur de
Landau , & de Marie - Antonine de Bautru de Nogent
.
Le 19. D. Catherine - Angelique Chamillart
, Epoufe de Thomas Dreux , Marquis de Brezé
, Baron de Berrie , Seigneur de Someloir , le
Doifmont , Silly-la- Varenne , Juft , S. Hipolite,
Grand-Maître des Cérémonies de France , Lieute
nant Général des Armées du Roy Gouverneur
des Ville , Chateau , & Ball age de Loudun ; &
des Inles de Ste Marguerite , & de S. Honorat de
Lereins , avec lequel elle avoit été marice le 4.
Juin 1698 mourut à Paris , âgée d'environ 56.
enfans Michel Dreux , Marquis
ans , laiffant pour
de Brezé , Grand Maître des Ceremoies de France
en furvivance , & Maréchal de Camp des Armées
du Roy du 24. Fevrier 1738. Joachim Dreux, Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem, Colonel
du Regiment de Guyenne , depuis le 15. Avril 1738.
& Catherine Françoife Dreux , veuve de Jean-
Baptifte Pouffart , Marquis du Vigean , Capitaine
de Cavalerie dans le Regiment Dauphin- Etranger
mort à 21. ans le 23. Novembre de l'année der
niere . Elizabeth-Angelique Dreux fa fille aînée ;
-
qui
MARS. 1739. 617
qui avoit été mariée au mois d'Octobre 1723 avec
Bertrand Cefar du Guefclin , Seigneur de la Roberie
, de Cranhac , de Montmartin , Chevalier de
POrdre Militaire de S. Louis , Meftre de Camp dẹ
Cavalerie , & Gentilhomme de la Chambre du Duc
d'Orleans , mourut en couches le 19. Octobre 1724
âgée de 22 ans 23 jours. La Marquife de Dreux
étoit fille aînée de Michel Chamillart , Miniftre
d'Etat , Commandeur & Grand Tréforier de Ordres
du Roy , ci-devant Controlleur Général des
Finances , & Secretaire d'Etat , ayant le Departement
de la Guerre , & d'Elizabeth - Thereſe le
Rebours.
D. Marie de Bethune , Veuve de François de Rou
ville ,Marquis de Meus , &c. Gouverneur d'Ardres,
& de la Comté de Guines mourut à Paris le 20
dans un age fort avancé. Cette Dame étoit
Fille d'Hypolite de Bethune , Comte de Selles
Marquis de Chabris , Chevalier des Ordres du
Roy , Chevalier d'Honneur de la Reine , Epouse de
Louis XIV. Conseiller d'Etat d'Epée , &c. mort
en 1665. après avoir donné au Roy sa rare Bibliotheque
de Manuscrits ; & de D. Anne - Marie de
Beauvilliers de S. Aignan Dame d'Atour de la
Reine.
Le 25. Albin Brillon de Joy , Parisien , Prêtre ,
Docteur en Théologie de la Faculté de Paris , de
la Maison Royale de Navarre , du 10 May 1724.
& Curé de la Paroisse de S , Roch , mourut d'une
fluxion de poitrine , en quatre ou cinq jours de maladie
, dans la 49 année de son âge , après avoir
gouverné cette Cure pendant un an & douze jours ,
en ayant pris possession le 13. Mars de l'année derniere
. Il étoit auparavant Curé- Chefcier de Sainte
Oportune depuis le mois de May 1729 .
Le même jour , D. Elizabeth Ferrand , veuve en
secondes
618 MERCURE DE FRANCE
Seisecondes
nôces depuis le 10 Avril 1729. de Jean de
Montboissier- Beaufort , Comte de Canilliac ™,
gneur du Breuil , & de Montpentier , Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant Général de ses Armées,
Capitaine-Lieutenant de la seconde Compagnie des
Mousquetaires de la Garde à Cheval de S. Majefté ,
Gouverneur , & Grand Bailli des Ville & Citadelle
d'Amiens , & de Corbie , avec lequel elle avoit été
mariée le Fevrier 1697. mourut à Paris , saus
posterité , âgée de 86 ans. Elle avoit été mariée en
premieres noces , au mois de Février 1673. avec
Pierre Girardin , Seigneur de Vaudreuil , Conseiller
au Parlement de Paris , puis Lieutenant Civil aur
Châtelet , & enfin Ambassadeur du Roy à Constantinople
, où il mourut le 15 Janvier 1689. La
défunte étoit fille d'Antoine Ferrand, Seigneur de
Villemillau , Lieutenant Particulier , Assesseur Ĉivil
& Criminel au Châtelet de Paris , mort âgé de
86 ans , le´s Avril 1689 , & d'Elizabeth le Gautre ,
morte le 31 Mars 1684. Elle a fait par son Testament
& Codicile , ses Légataires universels chacun
pour moitié , René-Antoine le Feuvre , Seigneur de
la Faluere , Conseiller Honoraire , & ci-devant
Préfident du Parlement de Bretagne , son neveu ,
fils de feue Françoise Ferrand , sa soeur , & D. Marie-
Françoise-Geneviève Ferrand , sa niéce , épouse
de Denis-Michel de Montboiffier- Beaufort - Canil
liac , Marquis du Pont - du- Château , ci-devant
second Sous-Lieutenant de la seconde Compagnie
des Mousquetaires du Roy , l'un & l'autre , à la
charge de Substitution en faveur des enfans 'du Sr
de la Faluere , son neveu.
Le 26 , Jean-François Dinan de Coniac , Seigneur
de Toulmin , Conseiller de la Grand'- Chambre du
Parlement de Rennes, en Bretagne , où il avoit été
reçu le 7 Janvier 1708 ; mourut à Paris , âgé d'environ
16 ans.
MARS. 1759. ·619
>>Daniel -François de Gelas , de Voifins , d'Ambres ,
" Vicomte de Lautrec, Lieutenant Général des Arinées
du Roy , & de la Province de Guyenne , Inspecteur
Général de son Infanterie , épousa la nuit du 3 au 4
du mois passé , Marie- Louise de Rohan - Chabot ,
fille de feu Louis Bretagne Alain de Rohan Chabot,
Duc de Rohan , Pair de France , Prince de Leon
& de Dame Françoise de Roquelaure .
part
La nouvelle de ce Mariage a causé à Genêve une
joye génerale , & a occasionné , à ce qu'on a
apris , des Réjouiffances publiques , tant de la
des Magistrats , que des Bourgeois . & . de tout le
Peuple , qui a célébré cet Evenement par de somptueux
Repas , & autres Divertissemens ,dans tous les
Quartiers de la Ville . On y a exposé les Armes des
nouveaux Epoux , ornées d'attributs convenables au
sujet , & chacun a fait connoître combien est
grande l'obligation qu'on a à ce Seigneur , d'avoir
rendu le calme à cette Ville , où les Manufactutes
& le Commerce vont de mieux en mieux , n'étant
plus question d'aucuns griefs , tout étant dans
la plus parfaite pacification.
ARREST NOTABLE , &c.
RREST du Confeil d'Etat du Roy , du premier
Mars 1739. sur la Requête préſentée à Sa
Majefté, par le fieur de Thuret, Directeur de l'Académie
Royale de Mufique ; il eft ordonné que dans
le dernier jour du mois de Juin de la préſente année
1739. tous ceux qui fe prétendent Créanciers
de l'Académie Royale de Mufique , feront tenus de
repréſenter pardevant M. de Farcy , Confeiller au
Châtelet de Paris , & Commiffaire à cet effet, nomwné
620 MERCURE DE FRANCE
mé par S. M.tous leurs Titres , pour être par lui vifés
& examinés , & être enfuite par S. M. pourvû au
payement de ce qui fera jugé ê re légitimement dû
lequel payement fera fait par le fieur Thuret, pourvû
du Privilege de ladite Académie, ordonnant en outre
Sa Majefte , qu'en vertu dudit Arrêt , & ſans qu'il
foit befoin d'autre , ceux deſdits Créanciers qui négligeront
de s'y conformer , en repréſentant leurs
Titres , pendant ledit dêlai , feront & demeureront
déchus de leurs Créances ; & ladite Académie déchargée
d'ice les Et que ledit Arrêt ſera imprimé ,
lû publié & affiché dans tous les Lieux & Carrefours
accoûtumés de la Ville & Fauxbourgs de Paris
, & par tout où beſoin ſera , à ce que perfonne
n'en prétende caufe d'ignorance.
J
APROBATION.
' Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le Mercure de France du mois de Mars , &
J'ai cru qu'on pouvoit en permettre l'impression .
A Paris , le premier Avril 1739.
: HARDION.
TABLE.
IECES FUGITIVES , & c. Le mois d'APvril
, Ode,
409
Lettre fur les differentes manieres de montrer à un
Enfant la Traduction d'un Auteur Latin ,
Stances fur la Nobleffe ,
412
447
Réponse au fujet des Chanfons du Roy de Navarre
>
Fable de M ...
Vers à M. de Voltaire ,
429
48 Remarques fur la Boucherie de l'Aport de Paris , 439
457
Conjectures fur le Pere & la Mere de Tarquin , 458
Bours Rimés ,
Refléxions 3
Le Soupçon mal fondé , Vers
9
Lettre de M. le Beuf , fur un Poëte fort
nu ,
Rondeau contre les Taverniers , &c.
Proverbe des Taverniers , &c.
Le Moineau & la Fauvette , Fable ,
463
464
466
peu con-
467
470
471
476
Lettre fur le Lieu de la fépulture du Coeur de Philipe
le Bel ,
Projet Frivole , Vers ,
479
486
Réponse de M. le Duc de Sully , à un Mémoire
Hiſtorique & Généalogique qui lui a été envoyé
& c.
487
Ode d'Horace , Imitation ,
498 Queſtion de Droit ,
Les Oileaux , Eglogue ,
500
505
Enigme , Logogryphes , 509
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
& c.
511
Traité des Marques Nationales , &c. 114
Médus , Tragédie nouvelle . 520
528
Hiftoire des Favoris , & c. 530
531
534
Maximes fur le Miniftere de la Chaire , &c .
L'Architecture Hydraulique , &c.
Sujets à traiter ,
"
Académie Royale des Sciences , Elections , &c . $ 35
Vers fur l'Eftampe Allégorique de Diogne , &c. 536
Eftampes Nouvelles , 537
Vue de la Ville de Bordeaux à la plume , 538
Infcription pour mettre au bas d'une Eftampe du
Crucifiment de S. Pierre , &c.
Bas-reliefs fculptés en bois , &c.
Air noté ,
Spectacles. Comédie du Somnambule ,
539
ibid.
544
$45
Le
Clôture du Théatre François & Compliment,&c.ss !
1Le Rival Favorable, Comédie nouvelle,Extrait, (3
L'Opera Comique , &c .
Nouvelles Etrangeres , de Turquie & Afrique, 568
Dannemark , Allemagne & Italie ,
Naples , Ife de Corfe ,
Régimens qui doivent fervir en Corfe ,
Efpagne , Grande - Bretagne , & c.
Morts des Pays Etrangers ,
571
574
375
576
579
5884
ibid.
588
590
France , Nouvelles de la Cour , de Paris. L'Ordre
de la Toifon d'Or , &c.
! Régimens donnés ,
La Dlle Camaffe , célebre Danfeuſe ,
Histoire de Pandore en Perſpective ,
Réjouiſſances à Grenoble , au fujet du Cardinal
de Tencin ,
Madrigal fur le même ſujet , &c.
>>Portrait ,
Difcours de M. le Duc de Villars ,
Vengeance pour plufieurs Perfonnes Chanfonnées,
Difcours de M. le Duc de Richelieu ,
Accident arrivé à Gignac ,
Canonifation de S. J. F. Régis ,
591
595
596
597
599
600
601
602
**605
6.10.
-639,
Ode en ſon honneur ,
Morts & Mariage ,
Arrêt Notable ,
Errata de Février.
Age 317. ligne 10. Traduction , lisez Edition.
P Page 399. ligne 12. Te , dictioce.
>
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 480. ligne 17. d'Adon , lifez d'Avon.
P. 483. I. 26. ces deux sens , ajoûtez , cités.
La Chanson notée doit regarder la page ' 544
MERCURE
7
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT.
AVRIL. 1739.
COLLIGIT
SPARGIT
Papillons
A PARIS ;
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXIX.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
4
A VIS.
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à- vis la Comédie Francoife
, à Paris . Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaitevont
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
AVRIL. 1739.
***
PIECES FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
L'OR , ET LA VERTU
A
Fable Allégorique.
U fonds d'un Cabinet , réduit , où
l'opulence
N'offusquoit qu'à regret la fimple
Propreté,
Azile du Sçavoir , Temple de l'Innocence
>
Que la Pitié discrete ouvroit à l'Indigence ; '
Chés un Financier respecté ;
A ij ( Car
622 MERCURE DE FRANCE
( Car on peut en trouver en France ,
Qui joignent aux talens l'exacte probité , )
Enfin , chés un Mortel , ami de l'Equité ,
Dont j'offre ici la ressemblance ,
Et qui va s'y croire flaté.
L'Or , ce métail funeste & partout souhaité ,
Avec l'humble Vertu vivoit d'intelligence.
Le Fait est surprenant , mais plein de vérité ;
Voici comme on me l'a conté .
Surpris de s'y trouver ensemble ,
Plus encor de s'y voir amis ,
Ils se félicitoient d'être en même Logis...
Puisque le Destin nous rassemble ,
Dit l'Or à la Vertu , soyonslong- temps unis :
Mais tire-moi du moins de ma surprise extrême ,
Qu'as-tu pû devenir en t'éloignant de moi ?
Je me suffisois à moi-même ,
Dit la Vertu , j'étois mon Souverain , ma Loi ,
.Et faisois mon bonheur suprême ,
D'être digne de tout, sans briguer nul emploi :
Mais toi , qui des Mortels fixes tous les caprices ,
Toi , le volage objet de leurs vains sacrifices ,
Répons ; sans moi que faisois - tu ?
Plongé dans de molles délices ,
Par mille paffions tour à tour combattu ;
So
A V
RÍL 62
1939 .
Sous ton mafque , aimable Vertu ,
Je faifois triompher les Vices ,
Qui me tenoient moi-même , en Esclave , abbatu
J'étois vain , inconstant ,, bizare ,
Reptile avec les Grands , Aigle avec les Petits ,
Prodigue sans objet , & sans profit avare ,
Pour tous les malheureux infléxible & barbare
Humain seulement à haut prix :
J'humiliois les Arts , détestois la sçience ;
Jamais la moindre récompense
N'anima.ppar mes mains les talens d'un Auteur ;;
Je me faisois un faux honneur
D'étaler en Public l'orgueilleuse, ignorance
Et l'Ironie , & la Licence ,
Compagnes de ma folle erreur.
De bien toujours insatiable ,
Bravant.des remords superfius ,
J'étois noté partout par de lâches refus
Sans cesser d'être miserable ,
Par la soif d'avoir encor plus.
Mais depuis que le Ciel pour moi plus favorable ,
A tes charmes puissans , Vertu , daigna m'unir ,.
Par un retour inévitable
De mon aveuglement coupable
J'ai perdu l'affreux souvenir ;
Je jouis du présent , je crains peu l'avenir ,
Et vois dans un calme agreable
A iij'
Mes
24 MERCURE DE FRANCE
Mes jours commencer & finir :
L'Honneur a passé dans mon ame ,
La Vérité dans mon esprit ;
Et de son flambeau qui me luit ,
Rien ne peut obscurcir la flâme .
Je n'ai d'autres defirs , je ne forme de voeux ,
Que ceux qu'en mon coeur tu fais naître ,.
Oui , je te dois un second être ,
Et je sens que sans toi je ne puis être heureux.
Pour moi , dit la Vertu , dans mon humble chaus.
miere ,
Sans excès de travail , & sans oisiveté ,
Je voyois chaque jour renaître la lumiere-
Avec la paix & la gayté ;
Quand le jour étoit prêt à finir sa carriere ,.
Le Sommeil sans effort inondoit ma paupiere
De pavots distilés par la frugalité :
Rien ne portoit obstacle à ma tranquilité ,.
Et j'aimois à jouir de la Nature entiere
Dans le sein de la liberté.
C'est -là , que m'apliquant sans cesse
A cultiver des biens réels ,
J'offrois dans le silence à l'auguste Sagesse
Son Amour , seul encens digne de ses Autels .
C'est-là , que de mon être étudiant l'Emblême ,
J'y trouvois tantôt le néant ,
Tan--
AVRIL. 625 1739
Tantôt une grandeur extrême ,
Mélange indécis , surprenant ",
Qui se dérobe à tout systême ,
Mais dont l'effet sensible à l'esprit pénetrant ,
En m'élevant jusqu'à Dieu même
De sa divine Loi m'étoit un sûr garant.
Ainsi couloient me jours , lorsque de ma retraite
"Tu vins en pompe m'enlever ;
Je suis toujours la même , & ma beauté secrete ,
Au fonds , n'en est pas plus parfaite ,
Mais tes efforts pour l'élever ,
Semblent la rendre plus complete ,,
}
Oui , par toi dans les coeurs j'ai l'art de me graver;;
Tu répands sur mes traits des couleurs si frapantes ,
Tu rends mes actions si nobles , si touchantes ,
Qu'aux plus fiers des Mortels tu les fais respecter
Et qui ne peut les imiter ,
Du moins cherche à les contrefaire :
Avec toi je parois moins sombre , moins austere ,
On n'ose plus me rebater
J'ai même acquis le don de plaire ;
Don qu'on ne peut assés vanter :
Aux petits dans leurs maux tu me rends secourable ,
Aux Grands , par ton apui , je suis recommandable ,
Par toi , je me dévoile à l'Univers surpris ,
Par toi la vertu regne , & reçoit tout son prix.
A j
L'Or
616 MERCURE DE FRANCE
L'Or parut satisfait de ce portrait fidele ,
C'est trop , belle Vertu , récompenser mon zele
Dit-il , pour resserer notre utile lien ,
Concluons de cet Entretien ,
Qu'avec moi tu parois plus belle ,
Et que sans toi je ne suis rien .
Par M. de S. Rom.... de Montpellier.
sion ,
Quelques Amis à qui nous avons commu
niqué cet ingénieux Ouvrage avant l'Impres
auroient desiré que pour rendre à la
Vertu un hommage encore plus éclatant , il
eût été possible ou permis à l'Auteur , de
rendre public le nom du respectable Financier
, dont il donne dans son Exorde un
portrait si accompli , si bien frapé , & si digne
d'exciter l'émulation de ceux qui sont
dans le même cas. Au reste, la morale qu'on.
doit tirer de cette Fable , leur a parû de
même qu'à nous , vive , naturelle , & aussi
utile qu'aucune qu'on puisse trouver dans les
Ouvrages de ce genre les plus étendus ; nous
souhaitons que tous ceux qui liront ce Journal
, en puissent porter le même jugement,
1
LETAVRIL.
827 1739.
LETTRE de M. Cocquard , Avocat an
Parlement de Dijon ; au sujet
de la Croix , & c.
E de la ville , dans un Lieu où l'on a plan-
N me promenant hier , Monfieur , hors
té une Croix , je m'affociai à deux Hommes
de Lettres , avec qui , à l'occasion de ce
Signe respectable , j'eus une conversation ,
dont le récit ne vous déplaira peut - être
pas.
L'Entretien s'ouvrit sur l'ancienne coûtume
de mettre dans les grands chemins une
Croix , qui servoit même autrefois d'azile
comme les Eglises ( 1 ) . Là - dessus , en ma
qualité d'Avocat , je citai trois Novelles ( 2) ,
de Justinien , qui défendoient de placer des
Croix autre part, que dans les Endroits qui
inspirent de la vénération , ou dans des Maisons
Religieuses , & de les porter ou de les
employer , sinon dans les Processions solemnelles
, ou pour la consécration de quel
ques Lieux.
Une Perfonne de laCompagnie alla plus loin,
& nous allegua un Paffage de Petrus Crinitus,
( 1) Voyez le 29. & le 30. Canon du Concile de
Clermont en 1995 .
(2 ) Voyez les Novelles 5. c.1. 67.c.1 . 123. C. 32.
Αν où
628 MERCURE DE FRANCE
où cet Auteur assûre que les Empereurs Va
lens & Théodose défendirent indistinctement
, sous une très - grande peine , de faire
des Croix , ou de peindre & de graver ce
Signe sur des Pierres ou sur d'autres matieres.
peu
Il ne me fut pas mal - aisé , M. de réfuter ce
Passage , qui paroît d'abord favorable
aux Catholiques. Je répondis donc premiérement
en général , qu'il falloit se défier de
Crinitus , ou plûtôt de P. Riccio , ( car c'étoit-
là son véritable nom, suivant Paul Jove)
soit parce que les Ouvrages de ce Florentin,
qui n'a vécu que 40. ans , sont assés médiocres
soit
, parce que ses moeurs n'étoient pas .
fort bonnes , puisqu'il corrompoit les jeunes
Gens confiés à sa conduite. J'ajoûtai que
Crinitus s'étoit d'abord trompé, en citant une
Epître des Empereurs Valens & Théodose :
il devoit dire une Constitution de Théodose
& de Valentinien. Je fis voir enfin que Cri
nitus avoit étrangement tronqué la Loi dont
il s'agit , pour en alterer tout-à-fait le sens...
En effet , voici comment parle Crinitus :
(1 ) Valens & Theodosius Augufti Imper. Pra
feito Pratorio ad hunc modum scripserunt .
Cum fit nobis cura diligens in rebus omnibus
Superni Numinis Religionem tueri , Signum
Salvatoris Christi nemini quidem concedimus .
(1) De bonestâ Disciplinâ , lib. 9. cap. 9 .
colorib u
AVRIL. 1739 6'29
coloribus , lapide aliave materiâ fingere , insculpere
aut pingere. Sed quodcumque reperitur
tolli jubemus , gravissimâ poenâ eos mulctando,
qui contrarium Decretis nostris & imperio
quicquam tentaverint.
Voici au contraire les propres termes de
la Loi de Theodose & de Valentinien ; c'est
la Loi unique du Titre Nemini licere Signum
Salvatoris , & c. au Code de Justinien , Cum
fit nobis cura diligens per omnia Superni Numinis
Religionem tueri : Signum Salvatoris
Christi nemini licere vel in solo , vel in silice ,
vel in marmoribus HUMI POSITIS , insculpere
vel pingere , sed quocumque reperitur tolli ,
gravissima poenâmulctando eum qui contrarium
Statutis nostris tentaverit , specialiter imperamus.
s
Ne voit- on pas à présent que les Empercurs .
Théodose & Valentinien ne défendirent les
Peintures ou les Gravûres du Signe de la .
Croix, que sur les tables où l'on pouvoit marcher,
bumi positis ? C'est la supression de ces
deux mots parCrinitus,qui change abſolument :
le sens:alteration que Duranti ( 1 ) attribue ou
à l'Imprimeur, ou à quelque Editeur Icono
claste; mais qui , selon moi , n'est imputa .
ble qu'à Crinitus lui- même , puisque son !
Chapitre entier roule sur une destruction to
tale des Images. Mornac , excellent Inter--
(1) De Ritibus Ecclesia , lib. 1. cap. 6. n. 9.
A vi Preto
630 MERCURE DE FRANCE
>
prete du Droit Romain , l'avoit pensé de même
; il reprend aigrement Crinitus , & sur ce
que ce dernier , pour garant de sa fausse citation,
avoit osé renvoyer à une Collection faite,
dit- il , par le Commandement exprès de
l'Empereur Justinien : In quo fi quis fortè
Autorem defiderat , is Imperatorum Decreta
& Edicta legat que à viris doctiffimis Triboniano
, Bafilide , Theophilo , Dioscoroque &
cateris per satyram collecta sunt , imperante
boc maximè Augusto Justiniano ; Mornac
prouve ( 1 ) que l'adverbe humi qui a donné
lieu à la Constitution de Justinien , & qui
est inseré en la Rubrique & au Texte , se
trouve dans tous les Exemplaires , quoiqu'en
ait pû dire l'impertinent & le sot Gramairien
Crinitus : Adverbium autem humi in Rubricâ
& in Textu , ut dedit causam Constitu
tloni Imperatoria , ita & in omnibus exemplaribus
habetur , quidquid ineptus Grammaticus
Crinitus ( 2 ) scripserit.
་
Ce fut par respect pour le Signe de la
Croix , & par une attention singuliere pour
notre Religion , que Theodose & Valenti-
(1 ) Ad leg. unic. C. Nemini licere Signum Sal-
*vatoris , &c.
(2 ) Dans l'Edition de Mornac ( Paris 1722. ) on
lit Crinicus , c'est une faute , il doit y avoir Crinitus
, comme dans les précédentes Editions que j'ai
yues.
nien
AVRIL 1739: 631
firent publier
nien ; & Justinien après eux ,
la Loi que j'ai citée , Cum fit nobis cura diligens
per omnia Superni Numinis Religionem
tneris persuadés qu'on ne pouvoit , sans
commettre une irrévérence condamnable >
marcher sur le Signe de la Croix de J. C.
Ideò prohibet ne humi ponatur , vel in aliquâ
materiâ humi positâ sculpatur aut depingatur ,
ne pedibus conculcetur , dit la Glosc marginale
, suivie par tous les autres Interpretes.
Aussi l'Empereur Justin , si l'on en croit
Gregoire de Tours , ( 1 ) ayant aperçu sous
ses pieds , en se promenant dans son Palais ,
une Table de marbre où la Croix étoit représentée
: Eb quoi ! Seigneur , s'écria- t'il , nous
qui armons notre front du Signe de votre Croix;
nous en foulerions aux pieds l'Image ! A ces
mots , il ordonne qu'on enleve cette Table ;
mais , ô spectacle surprenant ! Une autre
Table avec le même Signe se trouve au même
endroit. L'Empereur l'a fait aussi empor-
´ter. Une troisiéme Table toute pareille suc-
›cede à celle - là , on l'ôte encore ; & l'on découvrit
un Trésor considerable , que Justin
fit distribuer aux Pauvres.
Polydore Virgile ( 2 ) n'a-t- il pas eu raison,
après cela,de se plaindre de la contravention
qu'on a faite à la Loi de Theodose & de
(1 ) Hiftor. L. 5. cap. 19.
42 ) De rerum inventione , lib. 5. cap . 6 .
Va732
MERCURE DE FRANCE
Valentinien, en gravant depuis sur des Tombes
, où l'on marche tous les jours , la figure
de la Croix , ou quelqu'autres Images des.
Saints , tandis qu'à Rome , les Payens euxmêmes
, ainsi que l'atteste Festus , n'avoient
pas la liberté de cracher dans un certain
Lieu , où leurs Pontifes , pendant que les
Gaulois assiégeoient cette Ville , avoient caché
en terre des Vases consacrés à leurs
fausses Divinités ?
Pendant que j'étois en train de citer des
Empereurs Romains , au sujet de la vénéra
tion que mérite la Croix , je n'oubliai pas
surtout l'Edit par lequel Constantin abolit,
par respect & par pieté ,le suplice de la Croix
même je n'oubliai pas non plus que la
Croix fut mise dans la Couronne des Césars
& des Augustes , & que l'Empereur Justinien
voulut que des Parties qui ne sçavoient
pas écrire , employassent ce Signe , comme
un témoignage autentique, en remplacementde
leur signature : ( 1 ) usage , qui , suivant le
P. Mabillon , ( 2 ) s'est aussi observé dans les
Actes par les Témoins , qui , quoiqu'ils signassent
, ne laissoient pas d'ajoûter quelque--
fois des Croix à leurs seings , à peu près .
de la maniere que le pratiquent nos Evêques..
( 1 ) L. 22. C. De jure deliberandi,
(2 ) Diplomatique , page 265.
De
AVRIL 17397 639
›
De - là , M. , passant à d'autres particularités
sur la Croix , la hauteur de celleauprès
de laquelle nous nous promenions ,
mes deux Compagnons & moi , leur donna
lieu d'avancer que la Croix de J. C. étoit
plus haute que celle des deux Larrons. L'un
se fonda sur ce que les Croix les plus hautes
étoient les plus infames au raport de quelques
Auteurs , & sur ce que les Juifs s'étudierent
à couvrir de toutes manieres J. C.
d'oprobre & d'ignominie. L'autre apuya son
sentiment , sur ce qu'au contraire les Croix
qui avoient le plus de hauteur , n'étoient destinées
que pour le suplice des Criminels
illustres , suivant Baronius ( 1 ) . Cela suposé
n'est-il pas à présumer , me dit-on , d'après
M. de Sainte- Beave ( 2 ) , que les Juifs , par
dérision , chargerent J. C. d'une Croix plus
haute qu'à l'ordinaire , comme ils se déterminerent
, dans le même esprit , à lui donner
une robe de pourpre , un roseau pour
sceptre , & une couronne d'épines ? D'où il
fut conclu que la Croix de J. C. avoit environ
quinze pieds de haut , & sept en travers
; & que les Croix des deux Larrons
étoient moindres , puisque les Croix ordinaires
chés les Anciens , n'avoient pas cette
hauteur.
(1 ) En ses Notes sur le 7. jour d'Avril.
(2) 2. vol. in-4°. 84. Cas , pag. 268.
"
Cepens
34 MERCURE DE FRANCE
•
Cependant comme le Pape Gelase , en son
Decret des Livres apocryphes , a laissé sur ce
qui concerne le Bois de la vraie Croix , la
liberté de distinguer le vrai d'avec le faux ,
j'osai , pour ranimer la conversation seule
ment , avancer que la Croix de J. C. étoit
égale à celles des deux Criminels avec qui
lés Juifs l'associerent , en accomplissant la
Prophetic , Et cum iniquis reputatus eft.
4
J'ajoûtai que quand ces trois Croix furent
trouvées à Jérusalem , par les soins de l'Imperatrice
Helene , on fut fort en peine , selon
Socrate , Sozomene & Théodoret ( 1 ) , de
distinguer quelle étoit celle du Sauveur ;
parce que comme c'étoit la coûtume des
Juifs , de faire une grande ouverture dans la
terre auprès du sépulchre du Criminel , pour
y enfouir tous les instrumens qui avoient
servi à son suplice , les trois Croix avoient
été jettées en terre confusément par les Soldats
qui en avoient détaché les Corps lorsqu'il
étoit déja tard , & qu'ils étoient pressés
de se retirer : desorte que l'Impératrice
se vit obligée de consulter Saint Macaire ,
Evêque de Jerusalem ; & sur son avis , précedé
de Prieres , on présenta successivement
à ces trois Croix une Dame de qualité très-
( 1) Voyez Socrate , Hift. de l'Eglise , Liv.I.Chap .
17. Sozomene , Hift . de l'Eglise , Liv . II. Chap. 1 .
Théodoret , Hift. de l'Eglise , Liy. I. Chap. 18.
J. dan
AVRIL. 1739% 635
dangereusement malade. L'aplication des
deux premieres Croix lui fut inutile ; il n'y
eut que l'attouchement de la troisiéme , qui
lui rendit sur le champ une parfaite santé.
En un mot , il fallut un miracle pour reconnoître
la vraie Croix de J. C. Or ne se fût- on
pas dispensé de tous ces soins , de tout cet
examen ,, s'il eût été constant que la Croix de
J.C. étoit plus haute que les deux autres ?
D'autant plus que l'Ecriteau de Pilate , qui,
quoique détaché & séparé,se trouvant au même
Endroit où étoient toutes ces Croix , ne
laissa aucun doute que l'une des trois ne fût
celle de J. C.
On me répondra peut-être que Dieu permit
toute cette incertitude , toutes ces précautions
, pour signaler encore sa puissance,
pour dissiper jusqu'aux moindres soupçons
sur la réalité de ce Bois sacré , & pour nous
engager à lui porter tous nos respects avec
plus de confiance . Je le veux croire ; mais
est- ce là répondre bien précisément à mon
objection , tirée de tous les Faits ci- dessus
raportés ?
C'est à vous , M. , pleinement instruit sur
cette matiere , à décider la contestation . On
ne sçauroit trop se prêter à la lecture de
l'Ouvrage où vous avez entrepris de parler
de ce qui a servi d'instrument à la Rédemption
des Hommes. Cet Ouvrage eft autant
inter636
MERCURE DE FRANCE
interessant par lui -même , que par la ma
niere dont vous le traitez .
Je suis , Monsieur , &c.
A Dijon , ce 1. Juin 1738.
の
L'ARRIVE'E DE LA SEINE
D
AU CHATEAU DE MARLY ,
P.O E ME.
Ans la riche contrée, où le Dieudes Vendanges
Voit toujours celebrer ses divines louanges ,
Pour les gros revenus qui reviennent du fruit ,
Que dans ce beau terroir son Vignoble produits
Là , tour près de Chanceaux , & non loin de Saint:
Seine ,
Eft le Lieu fortuné qui voit naître la Seine ;
Qui d'abord jailliffant par de petits bouillons
S'en va de quelques champs arroser les sillons ,
Puis, raffemblant ses eaux le long d'une Colline ,
Elle vient réjouir la Campagne voisine ,
Et tombant dans un fond , commence a cet endroit
De se former un lit par un canal étroit.
De-là, suivant sa pente en traversant les Plaines ,
Elle reçoit par tout le tribut des Fontaines ,
Qui par des flots d'argent viennent dans des ruis-
Semprefer
seaux:
AVRIL
1637
1739.
S'empreffer à l'envi pour augmenter ses Eaux.
La Nimphe qui réside au fond de cette Source ,
Admirant les progrès qu'elles font dans leur course,
Sent un instinct secret qui lui fait concevoir ,
Une fois
pour toujours, le deffein de les voir.
Elle sort à l'inftant , & sous l'ombre des Saules
Treffe ses longs cheveux flotant sur ses épaules ,
Met sa robe , & de fruits prend un Bouquet en main
Et quitte son séjour pour se mettre en chemin.. [
De ces Saules enfin abandonnant l'allée ,
Elle vient à Bagneux , ou dans une Vallée ,
Son Caral s'élargit , & déja sur ses Eaux
L'aviron fait voguer quelques legers Bâteaux.
Alors de quelques flots élevant la surface ,
La Nimphe en un inftant se forme un Char de glace,
Et montant sur son siege , elle va lentement
Suivre le fil de l'eau par un doux mouvement.
Les Faunes qui n'ont vû rien d'égal dans le monde
La prennent pour Thétis , la Déeffe de l'Onde ,
Mais le sort d'Actéon , dont ils sont informés ,
Les écarte bien- tôt de frayeur allarmés..
La Nimphe qui les voit rentrer dans leur retraite ,
De leur vaine frayeur demeure satisfaite ,
Et pour ne plus paroître à leurs profanes yeux,
Se fait d'une vapeur un voile officieux .
Ainsi tranquillement elle fait son voyage ,
Et remarque les lieux qui bordent son Rivage..
Elle
638 MERCURE DE FRANCE
Elle voit Châtillon , dont l'antique Rempart
Est le premier objet digne de son regard.
Muffy-l'Evêque , & Bar , & la Cité de Troye
Font chacune à son tour le sujet de sa joye .
Cette Cité n'est pas celle où le feu Grégeois ,
Vit .sa flamme mêlée au sang de ses Bourgeois .
Au-deffous de Meri l'Aube augmente son Onde ,.'
Puis la Nimphe voit Pont & sa Plaine féconde ;
Non loin. de-là , Nogent , puis Bray ; vers l'autre
main ,
Montereau , Fautyonne au bord de ſon chemin ,
Où par le gros renfort d'une Onde auxiliaire ,
On peut l'apeller Fleuve auffi - tôt que Riviere.
Melun avec son Pont , semble arrêter son cours ;.
Plus loin paroît Corbeil avec ses vieilles Tours.
Sur un penchant se voit Ville- neuve S. George .
Et plus bas dans son lit , la Marae se dégorge..
Elle admire en paffant ces superbes Maisons ,
Où regne un doux Printemps dans toutes les saisons.
A sa droite est auffi le Château de Vincenne ,
Avec l'Arc de Triomphe érigé dans la Plaine ,
Pour les Exploits fameux & les Faits inoüis ,
Qui de mille Lauriers ont couronné Loüis.
A la gauche , & plus loin , paroît l'Observatoire ,
Où de l'ordre des temps Caffini fait l'Hiſtoire ,
Bt par de longs tuyaux voit d'un oeil curieux
* Choisy , Conflans , Bèrcy , ¿ic.
Au
A V RIL. 1739: 639,
Au travers du Criſtal , le mouvement des Cieux.
Enfin , à la faveur de l'Onde qui la mene. ,
Elle entre dans Paris sans détour & sans peine ,
Et bien-tôt l'Arcenal , les Maisons & les Ponts
Sont par elle paffés , en observant leurs fronts .
Mais entre les deux Ponts que regarde le Louvre
Considerant par tout ce que son oeil découvre ,
Elle admire au Pont-Neuf le valeureux Henri ,
Sur un cheval d'Airain , qui d'un air aguerri ,
Sembie.encor.commander au milieu des Batailles,'
Ou forcer les Ligueurs couverts de leurs murailles.
Le Louvre , à sa main droite , est un si bel objet ,
Qu'elle a regret d'en voir suspendre le projet ,
Sur tout de ce Fronton d'ordonnance correcte ,
Chef- d'oeuvre merveilleux de Perrault , l'Archi
tecte .
Si de le voir finir ce n'est pas la saison >
C'est à d'autres qu'à nous d'en sçavoir la raison,
D'un College fameux , * riche en toute maniere ,
Elle voit tout à plein la face réguliere.
Jule , par ses bienfaits , a voulu dans ce Lieu
Eterniser son nom , imitant Richelieu ,
A qui la France doit la célebre Sorbonne ,
Et les succès heureux des Sujets qu'elle donne:
Plus bas , le Pont Royal , bâti solidement ,
Est encor de Paris un utile ornement.
Le College des Quatre Nations,
Ele
640 MERCURE DE FRANCE
Elle apperçoit aussi le Parc des Thuilleries ,
Où l'on voit étaler l'or & les broderies.
Là tout ce que Paris a de riche & de beau ,
S'en va durant l'Eté l'embellir de nouveau ,
Et pendant ce concours suivi de mille escortes
Lei Carosses dorés en assiegent les portes.
Plus loin le Cours la Reine est ombragé d'ormeaux,
Dont le branchage épais fait trois rangs de berceaux
, ux .
Quelquefois dans ce Cours le Duc & la Ducheſſe
Dès Caroffes Bourgeois sont foulés dans la preffe ,
Et sans leur Ecuffon , leur train ne sçauroit pas.
Les faire distinguer parmi cet embarras.
De l'autre main paroît l'Hôtel des Invalides ,
Affermi sur un fonds de revenus solides ;
Superbe Monument , où la Postérité
Connoîtra de Louis le zele & la bonté..
Au loin se voit Meudon , qui sur une éminence
Est le Lieu du repos de l'Aîné de la France.
Louis N vient aussi dans la belle saison ,
Respirer quelquefois l'air de cette Maison ,
Et pour se délaffer des peines que lui donne
Pour le bien de l'Etat , le poids de sa Couronne.
Plus bas paroît Saint Cloud , qui du haut du Côteau
Voit rouler le cristal dans les Cascades d'eau.
Philipe y tient sa Cour certain temps de l'année ,
Et par de doux plaisirs partage la journée ;
Mais
AVRIL. 1739.
641
Mais Paris quelquefois reçoit cette faveur
Quand aux Solemnités il vient lui faire houneur.
La Nimphe voit encor l'Architecture antique
Du Château de Madrid , Ouvrage magnifique
Puis le courant s'écarte & va vers Saint Denis ,
Où l'on garde en dépôt des trésors infinis.
Ainsi par ce contour son Onde détournée ,
Serpente dans la Plaine une demi journée ;
Il semble qu'elle craint de paffer par l'endroit
Où plus bas que Ruel son lit devient étroit .
Mais enfin son penchant lui faisant violence ,
L'entraîne dans ce Lieu , malgré sa résistance ;
Et fait voir à la Nimphe, au- delà du' tournant ,
Le formidable objet d'un travail surprenant.
C
Comme on voit en hyver la Forêt des Ardennes ,
Quand la bise a fait cheoir le feuillage des
Chênes ,
Et chaffé les voleurs de tous les défilés
Présenter ses vieux troncs qui paroiffent brulés.
Ainsi se voit de loin la Machine effroyable ,
Ouvrage de nos jours , qui paroît incroyable ;
Avec tout l'attiral de son corps hériffé
De rouage & de ponts , l'un sur l'autre exhauffé
Dont les bras s'étendant vers le haut de la Côte ,
Meuvent les Balanciers comme on voit u
une Flote,
Que la vague entretient dans le balancement ,
Incliner tous ses Mats à chaque mouvement.
Quoi!
642 MERCURE
DE FRANCE
Quoi ! dit- elle , en voyant la Machine étonnante ,
Serai-je donc contrainte a poursuivre ma pente ,
Et me faire rouer parmi tous les refforts
Que je vois remuer par de si grands efforts !
Non , non , dit-elle alors , la Nimphe de la Seine
Se mêlera plutôt avec l'eau qui l'entraîne ,
Et par son changement , sçaura bien éviter
Les outrages cruels qu'elle voit aprêter.
Ainsi dit , à l'instant elle se rend liquide ;
Son corps va se mêler avec l'Onde rapide ,
Et dans le fil de l'eau , tâche de s'allonger ,
Croyant par ce moyen éviter le danger:
Mais en vain , car aux Ponts cent Pompes as
* pirantes
L'enlevent de son lit à reprises fréquentes ,
Et la livrent ensuite aux Pistons refoulans ,
Qui font pour l'enlever des efforts violens.
Alors par ces efforts elle sent qu'elle monte
Vers le haut du Côteau dans des tuyaux de fonte
Qui vont la revomir au prochain Réservoir ,
Où cent autres tuyaux viennent la recevoir.
Là les Pistons changeant leur ,maniere ordinaire,
Preffent de bas en haut par un effet contraire.
Elle reçoit le jour pour la seconde fois ,
Et reprend en ce lieu l'usage de la voix ,
Pour se plaindre en paffant du Chevalier de Ville
Qu'elle voit sur sa gauche avec son air tranquille ;
Qui
AVRIL 1739 643
Qui t'oblige , dit- elle , avec ton Art maudit ,
A venir malgré moi m'enlever de mon lit ?
A ces mots les Pistons lui coupant la parole ,
Le clapet la retient , s'ouvrant à tour de rôle ,
Et la fait parvenir après tant de détours ,
Sur le haut du Regard pour lui donner son cours.
De-là sur l'Aqueduc , sa pente naturelle
Lui fait prendre bien - tôt une route nouvelle.
Enfin elle descend par des tuyaux de fer
Dans un long Réservoir apellé Trou d'Enfer ;
Mais c'est là que le Ciel devenu favorable ,
Lui présente par tout un aspect agréable.
Soleil , dit- elle alors , qui brilles dans les Cieux ,
Après tant de tourmens , que vois- je dans ces
Lieux ?
Quel calme regne fci ? Quelle est cette Contrée ,
Qui , sans doute , autre part doit avoir son entrée ?
Car je ne pense pas que l'horrible conduit ,
Par où j'ai fai chemin au travers de la nuit ,
En ait jamais été le sentier , ni la route.
Apollon à l'instant , pour la tirer de doute ;
Belle Nymphe , dit- il , aprenez qu'en ce lieu ,
Aux jours de son repos habite un demi Dieu.
C'est Louis , ou plutôt c'est le vaillant Alcide ,
Qui vient de réprimer la fureur homicide ,
Dont le Dieu des Combats agite les Humains ,
Lorsque pour se détruire ils ont armé leurs mains.
B. Les
644 MERCURE DE FRANCE
Les Destins en ces Lieux ont borné votre course. "
C'estici que votre Urne à l'oposé de l'Ourse ,
Doit dégorger ses Eaux dans un riche Canal ,
Pour les faire couler d'un mouvement égal .
En achevant ces mots , il poursuit sa carriere ,
Et répand sur la Nymphe un rayon de lumiere,
Qui rétablit son corps dans son premier état ,
Relevant sa beauté par un nouvel éclat .
D'obéir aux Destins la Nymphe est toute prête ,
Et marchant quelque pas , voit lorsqu'elle s'ar-
- rête ,
Au milieu d'un Valon le Château de Marly ,
Que la Nature & l'Art ont partout embelli .
Vers Pune & l'autre main l'Architecture étale
Six riches Pavillons de symétrie égale ,
Qu'on fair communiquer par de triples Berceaux ,
Artistement formés de Charmes & d'Ormeaux.
De ces douze Maisons l'Astre de la Contrée
N'a jamais aux ennuis vu profaner l'entrée ;
Les innocens plaisirs viennent seuls dans ces Lieux,
Les rendre aussi charmans que le séjour des Dieux,
La Nymphe s'avançant d'une démarche lente ,
Reconnoît son Canal pratiqué dans la pente ,
Qui descend du Midy vers le Front du Château ,
Et surprise , elle admire un Ouvrage si beau.
C'est donc ici , dit- elle , où le Destin m'ameine ,
Pour y faire couler une nouvelle Seine.
Je
AVRIL. 1739.
645
?
Je ne m'attendois pas de trouver en ces Lieux ,
Après mon infortune , un sort si glorieux.
Alors elle se couche , & son Urne penchante
Fait couler à long flots la Riviere naissante
Etendant son cristal de l'un à l'autre bord ,
Et la Nymphe à l'instant se repose & s'endort ,
Les Ondes cependant par leur course bruyante ,
S'émparent du Canal , en occupent la pente ,
Et leur gazouillement attirant les Oiseaux ,
Ils mêlent leur ramage au murmure des Eaux.
Muse c'est maintenant que vous devez m'aprendre
L'agréable plaisir qu'on eut de les entendre ,
Quand le bruit de leurs flots jusqu'alors inouis ,
Dans son Apartement éveillerent LOUIS.
Le Monarque à ce bruit , qui lui charme l'oreille ,
Se leve promptement pour voir cette merveille
Et suivi d'une Cour dont il a fait le choix ,
Voit la Seine à Marly pour la premiere fois.
Le Soleil éclairant l'un & l'autre Rivage ,
Il semble qu'en ce Lieu coulent les Eaux du Tage ,
Dont les superbes flots dans leur cours diligent ,
Font parmi leur gravier rouler l'or & l'argent.
Louis , qui sur le bord considere leur course ,
Monte insensiblement pour aller à la source ,
Et venant au sommet , voit la Nymphe qui dort ,
Au bruit que font ses Eaux vers le côté du Nort.
Bij Nymphe ,
646 MERCURE DE FRANCE
Nymphe , dit-il a'ors , dont l'Onde claire & pure
Coule dans ce Canal , avec un doux murmure ,
Et ranime les fleurs , que Flore dans ces Lieux
Fait naître sous nos pas pour arrêter nos yeux ,
Reconnoissant ici votre abord favorable ,
Je ferai
que vos Eaux , par un travail durable ,
S'écoulant
à travers des tuyaux de métal ,
Eleveront
en l'air mille objets de cristal ,
Qui frayant vers le Ciel une route inconnuë
, Sembleront
de nouveau remonter
dans la nuë.
Aussi-tôt à Mansard il donne le dessein
De faire ouvrir la Terre & foüiller dans son sein ,
Pour conduire avec art par cent routes profondes
Le tribut qu'on reçoit de ces nouvelles Ondes.
L'Architecte obéit , & par mille Jets d'eau
On voit briller Marly.d'un ornement nouveau.
*****************
ESS A1 sur l'Histoire du Nivernois , par
M. Pierre de Frasnay. Lettre cinquième.
N
Ous aprochons , Monsieur , de ces
temps d'ignorance & de barbarie ou
les Historiens modernes ne trouvent presque
plus personne qui les guide , et sont
obliges de marcher dans l'obscurité , ou de
demeurer dans le repos ; l'abondance des
matieres
AVRIL. 1739 647
matieres donne occasion à un Historien de
faire un choix délicat des Faits qu'il veut représenter
; ici je n'ai rien de trop , & je vous
dirai simplement tout ce que je sçais , sans
choisir & sans rien retrancher.
Raguinus , trente - uniéme Evêque de Nevers
, élû en 864. tint le Siége Episcopal
pendant un an seulement.
pas
Le trente- deuxième Evêque de notre Ville
s'apelloit Ragunfredus ; nous ne sçavons rien
de lui que son nom , & le temps où il a vécur
qui fut en 865. sous le Regne de Charles let
Chauve & sous le Pontificat de Nicolas I.
L'Episcopat de Ragunfredus ne fut de
longue durée , car nous trouvons qu'Abbon
son Successeur a souscrit au Concile de Soissons
en 866. le 18. du mois d'Août. Dans ce
Concile , qui cft un des plus fameux des
Gaules , & auquel affifterent trente - cinq
Evêques , il s'agissoit principalement du rétablissement
de Vulfade , & des autres Clercs
ordonnés par Ebbon, Archevêque de Reims,
depuis sa déposition ; ces Clercs furent rétablis
par une grace particuliere , pour faire
plaifir au Roy Charles le Chauve , qui vouloit
placer Vulfade sur le Siége de Bourges ,
& en faire le Miniftre & le Conseil de Charles
, Roy d'Aquitaine , son fils.
Charles le Chauve avoit encore un autre
fils , apellé Carloman , qu'il avoit mis dans
Biij
la
648 MERCURE DE FRANCE
la Cléricature , l'ayant fait ordonner Diacre
par Hildegaire , Evêque de Meaux . Ce Prince
, mécontent de son état , se mit en campagne
à la tête d'une troupe de Soldats
pilla les Eglises & exerça de grandes violences
; le Roy le fit arrêter , & le fit juger
par un Concile qui fut assemblé à Attigni en
870. mais ayant mis ensuite Carloman en
liberté à la priere des Légats du Pape , ce
Prince recommença les mêmes brigandages,
desorte que le Roy convoqua de nouveau un
Concile à Senlis en 873. dans lequel Anségise
, Archevêque de Sens , avec ses Suffragans
, & ceux de la Province de Rheims ,
excommunierent Carloman , & le dégraderent
de tout Ordre Ecclésiastique ; mais comme
ces peines canoniques ne suffisoient point
pour contenir ce Prince , son Pere fut obligé
de le faire juger par des Juges Laïcs , qui le
condamnerent à la mort ; le Pere indulgent ,
se contenta de faire crever les yeux à son fils
rébelle.
Ce fut pendant l'Episcopat d'Abbon , que
le Pape Jean VIII . entreprit d'établir Ansegise
, Archevêque de Sens , Primat des Gaules
& de Germanie , dans le Concile de Pontion
, tenu au mois de Juin de l'année 876 .
mais ce projet ne réüffit point , par l'opofition
des autres Métropolitains , & l'Archevêque
de Sens n'a conservé que le titre de
Primat
AVRIL 1739: 649
Primat , sans aucun pouvoir à cet égard ;
Abbon souscrivit à ce Concile.
On trouve qu'Abbon a encore souscrit au
Concile de Verberie en 869. contre Hincmar
, Evêque de Laon .
Le Pape Jean VIII . étant venu en France ,
en 878. sous le Regne de Louis le Begue ,
pour chercher du secours contre Lambert ,
Duc de Spolette, tint un Concile à Troyes ,
où notre Evêque affifta . Dans ce Concile ,
le Pape & les Evêques excommunierent les
Usurpateurs des Biens de l'Eglise. Le premier
Canon de ce Concile eft bien fingulier ; il
fait défense à tous les Laïcs , même aux Seigneurs
, de s'asseoir devant un Evêque , s'i
ne le commande expressément.
Après ce Concile , le Pape Jean VIII. couronna
Louis le Begue de sa main ; il y a de
l'aparence que notre Evêque affifta à cette
céremonie ; & même on trouve une Charte
du même Roy , faite en la Ville de Troyes ,
le IV . des Ides de Septembre , trois jours
après ce Couronnement , par laquelle le
Roy , à la sollicitation d'Abbon , confirme
la Donation de Magni , faite par Charles le
Chauve à l'Eglise de Nevers.
Abbon a vécu encore sous le Regne de
Louis & Carlomans ce fut pendant son Episcopat
en 882. que le Roy Carloman rendit
à l'Eglise de Nevers , la Seigneurie de Cours
B iiij
sur
·650
MERCURE DE FRANCE
sur Loire , qui étoit possedée par des Personnes
Laïques.
Abbon est mort en 883. sous le Regne de
Carloman , & non point , comme quelquesuns
le prétendent, sous le Regne de Charles
le Gros , qui ne fut Roy qu'en 884. ou 885 .
Hincmar , Archevêque de Rheims , contemporain
de notre Prélat , en fait une mention
honorable dans ses Epîtres 2. 3. & 4.
Guinerius, ou Germenus , trente - quatrième
Evêque de Nevers , a tenu le Siége Episcopal
en 884. sous le Pontificat d'Adrien III .
& sous le Regne de l'Empereur Charles le
Gros.
Eumenus , trente - cinquiéme Evêque , sous
le Pontificat d'Etienne VI. & sous le Regne
de Charles le Gros , a succedé à Germenus
en 885.
On trouve dans le Trésor de l'Eglise de
Nevers trois Chartes de Charles le Gros
adressées à notre Evêque Eumenus.
>
La premiere , est du seizième des Calen-
'des de Septembre , Indiction III . la seconde
année du Regne de Charles dans les Gaules,
ce qui se raporte au 17. Août 885 ; elle est
datée du Palais d'Atigni.
Dans cette Charte , il est dit qu'Eumenus
a fondé & bâti un Monaftere de Religieuses
à Cusset en Auvergne ; que les Religieux de
S. Martin de Nevers sont dans l'usage d'établir
A VRL L 1739: 651
blir ces Religieuses , que l'Evêque de Nevers
sera leur Supérieur ; qu'il ne pourra néanmoins
inftituer d'autre Abbesse sur ces Reli→
gieuses, qu'une d'entre - elles, qui sera par elles:
elûë ; que ces Religieuses auront les deux
tiers du revenu des Fiefs de l'Abbaye , francs .
de toutes charges de service dans la Guer-
& que l'autre. tiers apartiendra à l'ETe
,
vêque.
Čette Charte ajoûte que l'Abbé de Saint
Martin de Nevers prendra toutes les Dixmes
& tous les fruits que le Roy avoit coûtume :
de prendre dans son Abbaye , afin de donner
à l'Abbé le moyen d'entretenir ses Reli--
gieux..
La seconde Charte est du quinziéme des
Calendes de Septembre , Indiction V. la,
quatrième année du Regne de Charles dans
les Gaules , c'est - à - dire le 18. Août 887.
Cette Charte . fut accordée à la priere de
Guillaume , Comte & Marquis de Nevers ,
fils de Bernard , pareillement Comte & Marquis
, tué dans la Guerre contre Boson, usur
patcur du Royaume d'Arles,
• Par cette. Charte , Charles donne à l'Eglise
de Nevers l'Oratoire de S. Révérien ,,
( c'est aujourd'hui un Prieuré, & l'Abbaye
de S. Pierre d'Izeure , dans le Territoire.
Autun.
Enfin la troisiéme Charte est du quinzié-
Biv me
652 MERCURE DE FRANCE
me des Calendes de Janvier , Indiction VII.
la cinquième année du Regne de Charles:
dans les Gaules , c'est-à -dire le 18. Décem
bre de l'année 888.
Par cette Charte . Charles confirme au
profit de l'Eglise de Nevers la Donation de
P'Eglise de S. Martin , de l'Abbaye de Saint-
Vincent de Nevers , autrement S. Arigle , del'Abbaye
de S. Trohes, des Abbayes de Saint-
Sauveur , de S. Gildard & S. Loup , de Saint-
Franchi , de S. Vincent de Magni , de Notre-
Dame & de S. Genès , de la Seigneurie de
Cours sur Loire , de l'Abbaye de Cusset ,
bâtie par Eumenus , ainsi que de l'Oratoire
ou Chapelle de S. Didier, hors la Porte de la
Ville , de l'Abbaye de S. Perreuse , & de
celle de S. Parise - le- Châtel.
›
La même Charte confirme encore & ac
corde à l'Eglise de Nevers la Porte de la
Cité ; cette Porte s'apelloit la Porte Episcopale
, & étoit proche la Chapelle de S. Didier.
Elle confirme le Don de deux Tours du
même côté , & donne le Cloître aux Chanoines
, ce qui marque que nos Chanoines:
vivoient alors en communauté , suivant la
Regle établie par le Concile d'Aix- la- Chapelle
..
Cette Charte enfin porte la Confirmation
au profit de l'Eglise de Nevers , des Seigneu..
rics
AVRIL 1739. 653
·
ries d'Infi , d'Urfî , de Parzi , de Premeri, &
de quantité d'autres Fiefs assis dans la Province
de Nivernóis , & dans les Comtés de
Mâcon , de Châlons , d'Auxerre , d'Auvergne
, d'Autun & de Bourges.
*
On observe qu'Eumenus avoit l'ame guerriere
, & qu'il suivit Charles le Gros , lorsqu'il
alla secourir Paris , assiégé par les Normands.
Goflin , Evêque de Paris , secondé
par Ebole , son neveu , & soûtenu par le
Comte Eudes , étoit à la tête des Soldats
qui défendoient cette grande Ville ; il n'est
pas surprenant de voir ces deux Evêques les
armes à la main , c'étoit pour lors un usage
assés fréquent ; les Evêques en faisant la
guerre aux Infideles , croyoient ne point
violer la sainteté de leur état ; d'ailleurs les
Héritages possedés par les Prélats les mettoient
dans l'obligation , ou du moins les
autorisoient à rendre service au Roy dans
ses Armées..
D
Charlemagne , Prince pieux , avoit dispensé
les Evêques du service de la Guerre ,
mais cette dispense ne fut guere observée audelà
de son Regne ; on voit dans la suite lés:
Evêques endosser la cuirasse ; & même om
observe que dans le Combat d'Angoulême
donné sous Charles le Chauve,en 844. il y
eut quantité d'Evêques ou Abbés tués ou pris..
Ce malheur toucha les autres Evêques , &
B.vj
lcu
མ
654 MERCURE DE FRANCE
leur donna lieu d'adresser leurs Remontran
ces au même Roy , qui étoit pour lors au
Concile de Verneuil , en le priant de les dispenser
du Service personnel , & de trouver
bon qu'ils donnassent leurs Fiefs à des Gentilshommes
, qui conduiroient leurs Troupes
à leur place.
L'exemple de Francon , Evêque de Liége ,
est remarquable ; il se trouva en plusieurs
Combats contre les Normands : mais quoiqu'il
n'eût répandu que le sang
des Infideles,
il crut qu'il ne pouvoit plus aprocher des
Autels avec des mains ensanglantées ; il se .
démit de son Episcopat , & finit ses jours en
paix, & dans une sainte retraite.
Les Normands , après le Siege de Paris ,
transporterent leurs Barques par terre , à force
de bras , & par un travail extraordinaire , à
plus de deux mille au-dessus de cette Ville ;
ils remonterent ensuite la Seine , entrerent
dans la Riviere d'Yone , assiégerent Sens
inutilement , & pillerent quantité de Villes
& Villages assis sur cette Riviere ; le Nivernois
souffrit infiniment de leurs brigandages
.
Charles le Gros ayant été déposé , Eudes,
ce brave défenseur de la Ville de Paris , fut
élû à sa place , & fut sacré en la Ville de
Sens , par Vautier , Archevêque , assisté de
ses Suffragans : je ne doute point qu'Eumenus
-
AVRIL 1739. BIS
nas notre Evêque , n'ait eu part à cette cérémonie.
Aglarius , trente-sixiéme Evêque de Nevers
, succeda à Eumenus en 892. sous le.
Pontificat du Pape Formose , & sous le Regne
du Roy Eudes .
Francon , trente- septiéme Evêque , successeur
d'Aglarius , a tenu le Siége Episcopal
, sous les Regnes d'Eudes & de Charles.
le Simple , & sous les Pontificats de Formose
, d'Etienne , de Theodore II. & de.
Jean IX. c'est-à-dire , depuis 895. jusqu'en
905 ou environ ; il avoit été Abbé de Saint
Pierre le vif, de Sens
Coquille , dans son Histoire , allegue une
Charte de cet Evêque , datée de la sixième
année du Regne de Charles le Simple , que
Francon dit être la neuvième année de son
Ordination. Charles le Simple n'a commencé
à regner dans nos Cantons qu'en 898. qui.
est le temps de la mort du Roy Eudes ? ainsi
la sixième année. du Regne de Charles le.
Simple , comptée par l'Evêque de Nevers
est l'année 903. & l'année de l'Ordination de
Francon se trouvera par ce moyen en 895 .
comme nous l'avons avancé.
Francon a fait don à son Eglise de l'Isle .
sur l'Allier.. }
"
On a dit que cet Evêque avoit eu la facilité
de donner le Corps de Saint Cyr , Patron
de
257 MERCURE DE FRANCE
de son Eglise au Moine Hurbal , son ami
qui l'avoit ensuite transporté dans l'Abbaye
de Saint - Amand , entre Tournai & Valenciennes
; mais ce Fait n'a aucune vrai- semblance
, puisque l'Eglise de Nevers ne possedoit
pour lors d'autres Reliques de S. Cyr,
que celles dont nous avons parlé dans la Vie
de S. Hierosme , Evêque de Nevers , &
qu'elle les possede encore aujourd'hui..
Francon dans cette Charte , que l'on peut
apeller Rescrit ou Mandement , dit avoir
tenu un Synode à Nevers , dans lequel il a
fait assembler ses Chanoines , Cardinaux y
Archiprêtres , Prêtres Forains , & enfin ses
Vassaux Laics.
Il y a bien des refléxions à faire sur ce
Synode .
En premier lieur , cette Convocation des:
Chanoines , faite par l'Evêque dans son Synode
, n'est plus en usage.
39
En second lieu , vous serez surpris avec
raison de ce que l'Evêque de Nevers a
apellé à ce Synode ses Vassaux Laïcs , qui ne
doivent point se trouver aux Assemblées
Ecclésiastiques.
)
En troisiéme lieu , vous me demanderez
ce que c'est que ces Prêtres Cardinaux, dont
notre Evêque fait mention dans son Rescrit.
J'aurai l'honneur de vous répondre , que ces
Prêtres Cardinaux , sont les principaux Prêtres
AVRIL: 1739 854
tres Bénéficiers de notre Ville , qui servoient
à l'Autel lorsque l'Evêque officioit , & qui
avoient la disposition pleine & entiere des
choses saintes , sauf l'Ordination , qui apartenoit
à l'Evêque seul : chaque Eglise avoit
autrefois ses Prêtres Cardinaux , mais aujourd'hui
il n'y a que l'Eglise de Rome qui
ait conservé ce Titre & cette Dignité. On
apelloit ces Prêtres Cardinaux , parce que
dans le temps que l'Evêque célébroit , ils se
tenoient au coin de l'Autel , in cardine Altaris
, une partie du côté droit , & l'autre
partie du côté gauche ; & par ce moyen l'Evêque
se trouvoit placé au milieu . D'autres
font dériver ce nom du mot latin Cardo ,
dans la signification de Pivot , parce que ces
Prêtres étoient comme les Pivots de leur
Eglise , & c'est dans le même sens que les
Grands Officiers de l'Empire s'apelloient
Cardinales.
"
Rollon , Chef des Normands , du temps
de Francon , pilla la France avec trois Armées
, dont l'une assiégea Tours , entra dans
l'Orleanois , & pénétra en Auvergne. Il est
à présumer que la Province de Nivernois eut
le sort des Provinces voisines , & éprouva
comme elles la fureur de ces Barbares.
Le trente - huitiéme Evêque de Nevers :
s'apelloit Atton , successeur de Francon ,
sous le Regne de Charles le Simple , & sous
les
758 MERGURE DE FRANCE
les Pontificats de Serge & d'Anastase IIIes .
Dans le Catalogue historique des Evêques
de Nevers , il est fait mention d'une Charte
de ce Prélat de l'année 908.
Le Comte Guillaume , Duc d'Aquitaine
fils de Bernard , Comte d'Auvergne , & petit-
fils d'un autre Bernard , Comte de Poitiers
, voulant relever la Discipline Monastique
, qui étoit négligée , donna à l'Ordre de
S. Benoît sa Terre de Cluni , pour y fonder
un Monastere en l'honneur de Saint Pierre .
& de Saint Paul ; les Lettres de Fondation.
de l'année ' 910. sont datées de la Ville de.
Bourges , & souscrites par le Comte Guillauavec
le Sceau d'Angelberge , son épou
se ,
>
fille du Roy Boson ; on y voit encore la.
souscription de Madalbert , Archevêque de
Bourges , d'Adalard , Evêque de Clermont
& d'Atton , que l'on croit être notre Eyêque .
de Nevers .
Il n'y avoit guere plus de soixante ans ,
que l'Eglise de Nevers avoit été bâtie des libéralités
de Charles le Chauve ; néanmoins
la Nef de cette Eglise menaçoit ruine , &.
Atton avoit dessein de la faire rebâtir de
nouveau ; un orage qui survint , renversa.
la plus grande partie de cet Edifice , & mit.
Atton dans la nécessité d'executer son projet
; un Chanoine de Nevers , engagé sous.
les ruines , en fut tiré sans aucun mal , les
pierres
AVRIL. 1739.
659
pierres en tombant ayant formé une espece
de voute au- dessus de la tête du Chanoine,
qui fut préservé par ce moyen.
Il ne reste plus de la conftruction de Charles
le Chauve , que l'ancien Choeur , où sont
à présent les Orgues , avec une Chapelle soûr
terraine , & deux ou trois Piliers ronds , qui
sont dans la Nef , proche la Chapelle de
S. Jean , & vis-à- vis cette Chapelle, du côté
de l'Evêché ; tout le reste de la Nef est de la
construction d'Atton , sauf deux Piliers qui
sont proche l'Horloge , qui sont d'une construction
differente , & que je crois bâtis
avec le nouveau Choeur , par Guillaume de
Saint Lazare , Evêque de Nevers , comme
nous l'avons remarqué dans l'Article d'Hermam
Atton avoit été Archidiacre & Trésorier
de l'Eglise de Nevers , & avoit affifté en cette
qualité au Synode tenu par Francon, Evêque
de Nevers , son prédecesseur.
Atton est furnommé le Coopérateur , aparemment
, parce qu'il a concouru à l'Edification
de notre Eglise , dont une partie est
son ouvrage.
Cet Evêque est bien loüable , d'avoir rebâti
l'Eglise de Nevers presque en entier ,
dans un temps où les autres Evêques pouvoient
à peine fournir aux réparations ordinaires.
Nos
360 MERCURE DE FRANCE
Nos Annalistes nous donnent ensuite
pour Evêque Aimo , d'autres disent Launo
d'autres l'apellent Lauvo ; il y a differentes
Chartes dans notre Eglise , dans lesquelles
on trouve tantôt un de ces noms , & tantôt
un autre ; ces Chartes font de l'année 916.
Pour moi je crois que cette prétendue diversité
de noms vient de la négligence des Ecrivains
, ou de l'ignorance des Lecteurs , qui
dans ces Ecritures anciennes & difficiles
ont lû un nom pour un autre , &c.
J
Ce qui est constant, c'est que cet Evêque,
de quelque nom qu'il soit apellé , vivoit sous
les Regnes de Charles le Simple & de Raoul ,
& sous le Pontificat de Jean X. Ce fut
sous cet Evêque, que le RoyRaoul assiégea
& prit par composition en 926. la Ville de
Nevers , qui étoit défenduë par le frere de
Guillaume ,> Duc d'Aquitaine.
Thédélégrinus , quarantiéme Evêque de Nevers
, vivoit sous le Pontificat de Jean XI.
& sous le Regne de Raoul .
On trouve dans le Trésor de l'Eglise de
Nevers une Charte datée d'Auxerre , du second
jour avant les Ides de Décembre ,la treiziéme
année du Regne de Raoul , Indiction
VI. ce qui désigne l'année 932. le 12. de
Décembre. Par cette Charte , le Roy Raoul
confirme, au profit de Thédélégrin & de son
Eglise , la Donation de plusieurs Biens qui
avoient
AVRIL. 17398 661
avoient été démembrés du Comté de Nevers.
Ce Prélat , par une autre Charte , datée de
l'an douzième du Roy Louis IV . dit d'Outremer
, ce qui fait environ l'an 948. donne à
I'Eglise de Nevers la Seigneurie de Tucy ,
proche Magni.
Il obtint le Chef de S. Cyr de Guy , Evêque
d'Auxerre , qui aporta lui- même à Nevers
cette Relique ; le Roy Raoul donna
For & l'argent pour faire la Châsse : l'arrivée
du Chef de S. Cyr à Nevers , fut célébrée
par des Fêtes , & le Ciel fit connoître par
des miracles qu'il aprouvoit cette transla
tion.
mort
C
Le Roy Raoul mourut en 936. Après sa
les Seigneurs François rapellerent
Louis IV. dit d'Outremer qui s'étoit retiré
avec la Reine Ogire , sa mere , chés le Roy
d'Angleterre lors de la Prison du Roy
Charles le Simple . Pour cet effet , les Seigneurs
envoyerent à Louis des Députés , &
Guillaume , Archevêque de Sens , se trouva
à la tête de la Députation . Lorsque Louis fut
arrivé en France , son premier soin fut de se
faire reconnoître par ses Sujets ; il alla dans
la Bourgogne , accompagné d'Hugues le
Grand ; il reçut Hommage & le Serment
de Fidelité des Evêques de ce Duché , &
prit d'eux des ôtages.
La
662 MERCURE DE FRANCE
Le Comté de Nevers faisoit alors partie de
La Bourgogne ; Rathier , Comte de Nevers ,
en 890. se reconnut Vassal de Richard le
Justicier , Duc de Bourgogne ; Raoul , fils
de Richard , en sa qualité de Duc de Bourgogne
, conserva la même superiorité sur le
Comté de Nevers .
Σ
En 938. Louis d'Outremer contraignit
Hugues le Noir , Duc de Bourgogne , de
partager le Duché de Bourgogne avec Hugues
le Grand ; dans la suite , Hugues le
Grand eut ce Duché en entier. Ce, Prince
dans le Partage qu'il fit de ses Biens , donna
le Duché de France à Hugues Capet , son
fils aîné , qui fut depuis Roy de France , &
le Duché de Bourgogne à Othon son second
fils. Ce Duché pafla ensuite par la voye de la
Succeffion à Eudes , troiséme fils de Hugues
le Grand , & enfin à Henri , son quatrième
fils , qui mourut sans-Enfans, & transmit ce
Duché à Robert, Roy de France, son neveu ,
qui en fit le lot de son cadet : dans ces changemens
la superiorité du Duché de Bourgogne
sur le Comté de Nevers , s'éclipsa , & le
Comté devint un Fief immédiat de la Couronne
, soit en vertu de la réunion du Duc...
de Bourgogne à la Couronne de France ,
soit en vertu de quelque convention particuliere
entre le Roy Robert , & Landri ,
Comts
1
1739. 663
Comte de Nevers , qui prétendoit avoir un
droit au Duché de Bourgogne .
La mort de Thédélégrinus eft marquée en
l'année 948. Il y eut cette année un Concile
tenu à Tréves , mais aucun Evêque de ces
Cantons n'osa affiſta à ce Concile , de peur
de déplaire à Hugues le Grand , qui fut excommunié
dans cette Assemblée , à cause de
son indocilité envers son Souverain .
Je ne doute point , M. , que vous ne condamniez
les fréquentes digreffions qui sont
dans ma Lettre ; j'ai fait comme un Voyageur
, qui , trouvant un chemin difficile
s'écarte dans les Champs & dans les Plaines,
pour y chercher une route commode ;
ces digreffions , après tout , ne sont point
absolument étrangeres , elles supléent à la
fterilité de la matiere , & méritent quelque
indulgence de votre part , vous affûrant que
je m'écarterai moins , lorsque mon Sujet sera
plus abondant. Je suis , &c.
LES
664 MERCURE DE FRANCE
LES JEUX DES BERGERS,
N
EGLOGUE.
Par M. Pierre de Frasnay.
Os Moutons bondissans dans ces gras pâtarages
,
Sont confiés aux soins de nos Bergers à gages ,
Placés en sentinelle au sommet d'un Côteau ;
Ces Bergers vigilans ont l'oeil sur le Troupeau ,
Nos Chiens sont auprès d'eux , ou gardent l'avenue,
Et sur les Bois voisins semblent porter la vûë ;
Cependant nous suivons nos innocens defirs ,
Et nous nous occupons de Jeux & de Plaifirs.
L'un va chercher un Nid dans la Forêt prochaine,
L'autre suit à la piſte un Liévre dans la Plaine ;
L'un tend dans nos sillons des piéges aux oiseaux
Ou bien cherche à tromper les habitans des Eaux ;
Un autre tient un dard , & rempli d'assûrance ,
Poursuit un Sanglier qui se met en défense ;
D'autres vantent les traits dont leur coeur eft épris ,
De la flûte & du chant ils disputent le prix ,
Ce prix n'eft qu'un Bouquet de rose ou de jo
quille ,
Mais ce prix eft donné de la main d'Amarille ;
Le Vainqueur à ses pieds dépose ce Bouquet ;
Elle
•
AVRIL. 1739. 665
Elle s'en pare, & rend le triomphe parfait ;
Des plus jeunes Bergers une troupe légere
Au son du Chalumeau danse sur la fougere.
C'eſt ainsi qu'en nos Prés , sur la fin d'un beau jour,
On voit danser souvent les Graces & l'Amour ;
Ces Bergers de concert expriment la cadence ;
Leurs yeux ,
gence ;
plus que
leurs pas semblent d'intelli-
Un Orme par le temps respecté dans ces Lieux ,
Fournit de ses rameaux l'ombrage gracieux ;
Un Ruisseau coule auprès & forme un doux murmure
;
Un Gazon nous présente un tapis de verdure ;
Nos Bergers attirés par des charmes secrets ,
S'assemblent tous les jours dans ce Lieu plein d'atà
traits ;
La curiosité de leur ame est bannie ,
Ils ne connoiffent point l'affreuse calomnie ;
Jamais un sel mordant n'entra dans leurs discours ,
Ils parlent de Plaifirs , de Troupeaux , & d'Amours ;
Quel charme en leur propos ! que j'aime à les entendre
!
J'aperçois disputer Hilas contre Silvandre ;
Hilas, des Inconftans & l'image & l'apui ,
Aimant tout, n'aime rien , ou bien n'aime que lui;
Silvandre des Bergers le plus parfait modele ,
Eft d'un fidele amour le défenseur fidele ,
Son
566 MERCURE DE FRANCE
Son ame ne vit plus que dans l'objet aimé ,
Lui-même en cet objet il se croit transformé ;
Quand son oeil ne voit point la beauté qui l'enchante
,
Jamais elle ne fut à son coeur plus présente ;
Il se fait une gloire , un bonheur de ses noeuds ;
Il aprend à la Parque à respecter ses feux ;
O trop heureux Berger ! ta charmante mémoire
Toujours de ces Hameaux embellira l'hiftoire ;
Et plûtôt le Lignon verra finir son cours ,
Que l'heureux souvenir de tes chaſtes amours ;
Les Arbres dans ces Lieux sur leur écorce tendre
Offrent partout les noms de Diane & Silvandre ;
Ces écorces croîtront , mais des feux si parfaits ,
Ne sçauroient augmenter ni décroître jamais.
Cupidon a gravé tes amours dans son Temple ,
Lui-même les propose aux Bergers pour exemple
Par un amour conſtant , par ta fidélité ,
Tu parviendras , Silvandre , à l'immortalité.
On obtient par le fer une gloire odieuse ,
D'un Berger innocent la mémoire eft heureuse
D'un Guerrier sanguinaire on haïra le nom ; -
Toujours on aimera Silvandre & Céladon.
LETAVRIL.
1739: 667
LETTRE de M. le Rouge , Conseiller &
Avocat du Roy de la Monnoye à Troyes , au
sujet de celle qui a été publiée dans le Mercure
de Décembre 1738.sur lesMédailles doubles.
J
'Ai lû , Monsieur , avec une surprise extréme
dans votre Mercure de Décembre
dernier , page 2651. une Lettre qui m'est
attribuée , & que vous y avez insérée de
bonne foi .
Vous avez eu la complaisance depuis , d'en
confronter une écrite de ma main, avec mon
Fils qui demeure à Paris , & vous avez décidé
d'abord qu'elle n'étoit ni de mon écriture
, ni de mon ſtyle , & c.
Cependant comine je suis bien caractérisé
dans cette Lettre, & qu'elle m'engage avec le
Public , je crois devoir le désabuser , en lui .
déclarant que je la désavouë.
L'Auteur de la Lettre du Mercure m'auroit
plus obligé , s'il m'eût fait l'honneur de m'écrire
directement. Je lui aurois envoyé avec
plaifir une Liste de mes Médailles doubles ,
lesquelles , à la vérité , ne sont pas à présent
en grand nombre , parce que je me suis
défait l'année derniere de la plus grande
partie , tant par échanges , que par présents,
Bic.
C H
(668 MERCURE DE FRANCE
Il est vrai , M. , que ces Monumens de
l'Antiquité m'ont toujours fait un vrai plaifir
, & conséquemment j'en ai fait une
exacte recherche , tant dans les principales
Villes de ce Royaume , que dans les Pays
Etrangers , ce qui m'a donné la facilité de
former une Collection de Médailles vérita-
·bles , antiques , & bien conservées.
Mes Suites sont en or , en argent , & en.
bronze , tant Grecques , Consulaires , qu'Impériales
, &c. Je les augmente autant que
j'en trouve l'occasion , par la voye de mes
Correspondans, qui m'en envoyent de temps
en tenips.
En me conformant au sentiment du célebre
M. Spon , je me ferai toujours un plaifir
sensible d'accommoder mes Confreres de
mes Médailles doubles , par échange , autant
que faire se pourra , ou autrement , lorsqu'ils
me feront l'honneur de m'en écrire ; je leur
donnerai enfin en toute occasion des marques
de mon estime , de mon attachement
& de mon respect. J'ai Phonneur d'être, &c.
Signé , LE ROUGE , &C.
A Troyes , le 23.Fevrier 1738 .
BOUTSAVRIL.
1739. 669
•******************
BOUTS RIM E'S ,
.
Proposés dans le Mercure de France , du mois
de Décembre 1738.
QuUoique mon Violon ne soit qu'un vrai Sabot ,
Aux Guinguettes souvent chacun me fait Largesse ,
Et par mes rigaudons , sans beaucoup de
Je trouve le secret de garnir mon
J'attrape de Lucas un peu de son
Lorsque de sa Catin j'anime la
Et sans avoir l'esprit d'un Enfant du
Je puis bien me vanter de n'être pas un
Finesse ,
Jabot.
Gigot
Tendresse ,
Permesse ,
Sot.
Quelquefois dans l'Automne , on me voit au Pressoir,
Prier les Vendangeurs d'emplir mon Réservoir,
Quand la récolte est belle , on me fait bonne Mine,
Mais si-tôt que je vois le Maître.
Furieux ,
Où sa femme en courroux , faire la Proserpine,
Je reviens au logis confus &
Sérieux.
Par M. de Boi...:
Cij LET
870 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M. *** Pilote - Amiral de ***
sur les nouvelles Cartes Hydrographiques ,
dressées au Dépôt des Cartes , Plans &
Journaux de la Marine , pour le Service
des Vaisseaux du Roy , par ordre de M. le
Comte de Maurepas , Ministre d'Etat.
J
E vous envoye , Monsieur , les Nouvelles
Cartes Hydrographiques , sur la construction
desquelles vous me marquez avoir
vû quelques Dissertations dans les Mémoires
pour l'Histoire des Sciences & des Beaux-
Arts , Mois de Juin , Septembre & Octobre
1738. Avril 1739, & c. Vous me demandez
en même temps mon sentiment sur cet Ouvrage
, qui vous paroît , avec raison , devoir
interesser toutes les Nations commerçantes :
l'occasion particuliere que j'ai euë de connoître
le Dépôt des Cartes , Plans & Journaux
de la Marine , me met en état de vous
satisfaire . C
Ce Dépôt établi en 1721. sous les ordres
de M. le Comte de Toulouse , Chefalors du
Conseil de Marine, ayant ensuite passé, avec
la Marine,sous les ordres de M. le Comte de
Maurepas , ce Ministre a bien voulu donner
ses soins pour le soûtenir , & le mettre dans
un état où il puisse être utile à la Navigation
:
AVRIL. 17398 675
tion : desorte qu'on peut assûrer aujourd'hui
que c'est la plus belle Collection qu'il y ait
en ce genre dans toute l'Europe , non seulement
par le grand nombre , mais aussi par le
choix & la rareté des Morceaux , dont plus
des trois quarts sont manuscrits , & qui renferment
des détails sur toutes les Côtes
d'Europe, d'Asie , d'Afrique & d'Amérique ,
dont on ne peut qu'être surpris.
Les Cartes & les Plans ne font qu'une partie
de ce Dépôt ; la quantité prodigieuse de
Journaux de Navigation qu'on y a rassemblés
, & qui augmente tous les jours , avec
les differens Mémoires , Descriptions & Visites
des Côtes, Ports , & Rades connues dans
les Quatre Parties du Monde , sont à mon
avis un Trésor d'autant plus précieux , qu'il
n'auroit pas été possible d'entreprendre la
correction des Cartes sans ce secours , étant
certain qu'il n'y a que le grand nombre de
Navigateurs qui puisse fournir les détails nécessaires
& donner les moyens de comparaison
& de critique qui conduisent au
-vrai.
,
Quoique les Journaux & les divers Mémoires
dont on vient de parler , fournissent
des materiaux suffisans , comme il se trouve
parmi les Cartes & les Plans du Dépôt plusieurs
Morceaux particuliers , levés par d'habiles
Ingénieurs , Pilotes & autres , on sent
C iij
bien
372 MERCURE DE FRANCE
bien qu'ils doivent auffi influer beaucoup sur
la correction des Cartes dans lesquelles ils
entrent.
Joignez à ces moyens une connoissance
exacte & fidelle de toutes les Observations
Astronomiques , qui ont été faites dans les
differentes parties de la Terre ; vous vous
formerez , M. une idée assés juste de l'état
présent du Dépôt des Cartes , Plans & Journaux
de la Marine & du travail qui s'y
fait ; & alors vous ne serez point surpris de
la superiorité que l'on attribue aux Nouvelles
Cartes Hydrographiques , sur tout ce qui a
paru en ce genre .
,
Malgré tous les avantages que le Dépôt se
trouve avoir pour son travail , il ne faut pas
croire que les Nouvelles Cartes soient parfaites
s'il est des Sciences qui ne peuvent
jamais s'élever à un certain dégré de perfection
, l'Hydrographie est du nombre , surtout
dans la construction des Cartes.
:
Que l'on examine avec quelqu'attention
toutes celles qu'on a vû paroître , Françoiſes,
Angloifes , & Hollandoifes ; les erreurs considerables
dont on les trouve remplies , seront
non feulement la preuve du peu de
progrès que toutes les Nations y ont fait
jusqu'à ce jour ; mais en même temps elles
feront connoître combien il étoit important
d'en entreprendre la correction ;
la
AVRIL.
17397 673
la sûreté des Navigateurs en dépend on sçait
par de triftes experiences , que la fauffeté
des Cartes a causé plus d'un naufrage.
Mais en fupofant les Nouvelles Cartes:
encore éloignées de cette précifion où elles :
doivent néceffairement arriver par la suite :
du travail , il faut convenir qu'elles fontbeaucoup
moins fautives que toutes les
autres ; non feulement , ces erreurs énor
mes , tant en datitude qu'en longitude , fi
préjudiciables à la Navigation , font entierement
difparuës ; mais elles renferment enco--
re des détails particuliers, d'autant plus fatisfaifans
, qu'on les a toujours négligé dans
les Cartes générales. Pour en être convaincu ,,
il ne faut que lire les Mémoires en forme
d'Analyses , qui ont été imprimés lorsque
chacune de ces Cartes a paru ,' & que Pon
a soin de distribuer en même temps . Ces :
Mémoires rendent un compte exact des
Remarques & Observations dont on s'est
servi,pour établir les principales corrections ;
& pour en faire mieux sentir la solidité , on
discute , par une comparaison fidelle , les
Points sur lesquels elles se trouvent tomber :
on cite les Journaux des Navigateurs que
l'on a suivis , & l'on détaille les Opérations
faites en conséquence ; desorte que tout le
monde se trouve en état de juger de la bonté
d'un pareil Ouvrage : aussi suis -je persuadé
C iiij qu'il •
674 MERCURE DE FRANCE
qu'il n'a besoin que d'être connu , pour dé
truire toutes les Cartes sur lesquelles nous
avons navigué jusqu'à présent.
Voilà , M. , ce que je pense sur les Nouvelles
Cartes Hydrographiques dressées au
Dépôt de la Marine ; il ne me reste plus qu'à
vous indiquer celles qui ont été renduës publiques.
1º. Une Carte générale de la Mer Méditerrannée
, 1737. en trois feuilles.
2º. Une Carte particuliere de l'Archipel ,
en grand point , 1738 .
3º. Carte de l'Océan Occidental , comprenant
les Côtes d'Europe & d'Afrique , depuis
le 51. dégré de latitude septentrionale ,
jusqu'à l'Equateur , ou Ligne Equinoxiale ;
avec les Côtes d'Amérique,qui leur sont oposées
, 1738.
4°. Carte de l'Océan Méridional , compris
entre l'Afrique & l'Amérique , depuis le 7.
dégré de latitude Nord , jusqu'au 57. dégré
de latitude Sud : cette Carte est au même
Point que la précédente , dont elle est la
suite , & comprend les Côtes d'Afrique ,
depuis le Cap de Monte , un des plus connus
de la Côte de Guinée , jusqu'au Cap de
Bonne- Esperance ; & celles de l'Amérique,
depuis Cayenne , jusqu'au Détroit du Maire
& Terre de Feu , 1739 .
Chaque Carte est accompagnée d'un Mémoire
particulier. On
AVRIL. 1739: 675
On trouve ces Cartes à Paris au Dépôt de
la Marine,dans le Cloître des PP. Augustins
Déchaussés de la Place des Victoires : Et:
chés M. Bellin , Ingénieur de la Marine
ruë Bertin-Poirée , attenant la Coupe d'or.
On les trouve aussi à Toulon , à Brest , à
Rochefort , &c.
y
SONETTO.
Due Ninfe emule al volto , e alla favella: Ue ,
Muovon del pari il piè , muovono il canto :
Vaghe cosi , che l'una all'altra accanto
Rosa con Rosa par , Stella con Stella.
- Non sai se quella a questa , ò questa a quella
Tolga , o non tolga di beltade il vanto :
E puoi ben dir : null'altra è bella tanto ,
Mà non puoi. dir di lor questa è più bella
Se innanzi al Pastorello in Ida assiso™
Simil' Coppia giungea , Vener non fora
La Vincitrice al paragon del viso..
Ma qual di queste avrebbe vinta allora ,
Cy Noll
676 MERCURE DE FRANCE
Nol sò. O Paride il pomo avria diviso ,
O la gran lite penderebbe ancora .
Gio. Batista Zappi , Imolese.
TRADUCTION.
CElimene & Cloris dans l'hyver de mes ans ,
De mon coeur insensible ont fait fondre la glace ;
Pareils traits, pareil port , même voix, même grace,
Donnent un prix égal à leurs attraits puiffans.
Dans ces Lieux enchantés qu'elles peuplent d'A
mans ,
Il n'est point de Beauté que leur beauté n'efface.
Mais laquelle nommer à la premiere place ,
Dans le trouble cruel , hélas ! que je reffens ?
Si sur le Mont Ida le fortuné Pâris ,
Avoit vû devant lui Célimene & Cloris ,
Il n'eut point à Venus accordé la victoire .
Mais partageant la Pomme à ce couple charmant ,
Le Berger indécis auroit sauvé sa gloire ,
Ou nous ne sçaurions pas encor son Jugement.
N... Ricand , Marseillois.
DIS:
AVRIL. 1739. 677
DISSERTATION sur les Cadrans
Solaires , ou Réponse de M. Deparcieux ;
Maître de Mathématiques , à un Ecrit
anonyme sur cette matiere , inséré dans le
Mercure de Septembre 1738.
,
L'aois de Septembre dernier , est l'Exa-
'Anonyme , qui dans le Mercure du
minateur de tous les Cadrans & Méridien.
nes qu'on fait à Paris , après une longue recherche
, n'en cite que sept ou huit de bons,
& parle de ceux qu'il ne met pas
dans sa
Liste , de maniere à faire croire qu'il les á
tous examinés ; il est pourtant certain , ou
que son examen n'a pas été général , ou qu'il
a été mal fait ; car on pourroit lui en faire
remarquer plusieurs autres , aussi justes que
ceux dont il parle . Il est vrai que je devrois
être content , en ayant trouvé quatre des
miens dans sa Liste ; mais il s'en trouve en
core plusieurs autres , tant de Mrs de la Hire ,
Picart , Potenot , Desplaces & Reynez , que
de moi , également bien exposés & aussi
justes , dont il auroit dû faire mention , ou
parler avec un peu plus de réserve de ceux
qu'il ne cite pasi ; ce n'est pas que je craigne
des reproches de la part des Personnes pour
qui je les ai tracés , puisque j'en fais toujours
C vj
faire
རྩྭ་
678 MERCURE DE FRANCE
faire la comparaison avec la Méridienne de
l'Observatoire , qui a été jusqu'à présent la
seule ,sur laquelle j'ai cru les devoir faire vé- ´
rifier.
Je mets mes Cadrans en parallele avec
ceux des habiles Gens que je cite ; j'ose même
dire que j'y aporte quelques attentions ,.
auxquelles ils n'avoient pas encore pensé ,
(du moins il n'en parlent pas ) quoique souvent
nécessaires ce que je n'ai aperçu que
par la pratique ; je pourrai en parler dans
quelqu'un des Mercures suivans , ou dans
un Traité raisonné de la Pratique des grands
Cadrans, par le calcul auquel je travaille..
,
L'Anonyme se plaint de ce que
les Pein
tres , les Maçons , & bien d'autres gens qui
ne sont pas plus sçavans qu'eux , remplissent
Paris & la Campagne de leurs mauvais Cadans
; voud.oit il regler la dépense que les
Personnes veulent y faire ? ou bien voudroit-il
les empêcher de se contenter d'avoir l'heure
à peu près ? Que n'obtient- il un Reglement
qui, défende à tous ces Gnomonistes subalternes
de tracer aucun Cadran , qu'ils n'ayent
auparavant donné des preuves de leur capacité
à Mrs de l'Académie Royale des Sciences
? à la v rité cela ne seroit qu'avantageux
au Public . L'Auteur ne pense sans doute pas
qu'il n'y ait bien des Personnes en état de
faire
AVRIL 1739 879
,
que
faire de bons Cadrans ; mais il veut sans
doute dire , que peu veulent s'exposer à
monter sur des Echaffauts , &c. Ainsi je
conviens avec lui , que la plupart de ceux
qui se mêlent de les tracer , feroient beaucoup
mieux de s'en tenir à leur premier métier
, qu'ils peuvent entendre mieux que
cette Science ; mais c'est ordinairement le
propre des ignorans , de sçavoir tout faire..
Il n'auroit cependant pas dû confondre par
mi ceux-là, les Ingénieurs qui travaillent aux
Instrumens de Mathématiques , rien ne pa
roît plus naturel de s'adresser à eux
puisque c'est une partie de leur Profession .
Au reste si tous ces prétendus Gnomonistes
ne réüffissent pas mieux à faire de
bous Cadrans , cela viert moins de la méthode
qu'ils suivert pour les diviser , que de
celle qu'ils employent pour en trouver la
déclinaison : c'est particulierement de là que
dépend toute la justeffe ; car les méthodes
dont ils se servent pour trouver les Points
horaires , ne donneroient pas des erreurs bien.
fenfibles, s'ils en connoiffoient bien la d'clinaiſon
. C'eſt donc à la trouver , qu'il faut
aporter tout le foin poffible , & il n'y a que
le Calcul Trigonométrique , qui la puille
donner facilement & exactement dans tous
les differens cas qui peuvent arriver , tant
par sa préciſion , que parce qu'on peut le
répeter
780 MERCURE DE FRANCE
répeter par autant de Points d'ombre que
l'on veut , fans faire une Ligne de plus , aus
lieu,que fi on veut réiterer les autres métho
des , comme il le faudroit au moins quinze
ou vingt fois , à la fin de la seconde où troifiéme
opération , le Plan feroit fi rempli de
Lignes , qu'il seroit comme impoffible de s'y
reconnoître.
Quand je dis qu'il faudroit répeter l'opération
quinze ou vingt fois , je ne dis rien de
trop ; car je calcule pour chaque Cadran 15 .
ou 20.Points d'ombre, & fouvent d'avantage,
& je compte plus sur le calcul d'un seul
de ces Points , que je ne ferois fur deux ou
trois opérations par les autres méthodes : je
ne parle pas de ceux qui prennent la déclinaifon
du Plan avec une Bouffole ; on sçair :
affés qu'il n'y a que les ignorans qui s'en fervent
, & que ceux qui la prennent , la Montre
à la main , ont leur science renfermée :
dans les refforts de cette petite machine.
Il faut pourtant dire pour excuser ceux
qui font de mauvais Cadrans , que l'Anonyme
devroit moins s'en prendre à eux ,
qu'aux Auteurs , qui ont fait accroire au
Public , qu'ils mettoient la Gnomonique à
lá portée de tout le monde , ainfi que l'ont
fait le Pere de la Magdelaine , le Pere Bobi
net, & plufieurs autres. La plupart s'en font
tenus au Titre de ces Livres , & fe font crûs
sçavans
AVRIL. 1739 68F
sçavans , dès qu'ils les ont eû en main ; ce
qui a produit autant de Faifeurs de Cadrans
qu'il y a eu de Cadrans à faire . Dès qu'un
Ouvrier a fçû abaiffer ou élever une Perpendiculaire
, & faire un Angle d'un certain
nombre de dégrés déterminé , il a voulu faire
des Cadrans , &c.
Plusieurs personnes ont regardé la Gnomonique
comme une Science incertaine , ce
qui a en quelque sorte un peu avili , dans
l'esprit du commun , cette belle partie de
l'Astronomie. Je ne dis pas que les principes
que ces Auteurs donnent , ne soient infaillibles
dans la théorie ; mais je dis qu'il
n'en est pas de même dans l'execution ; qu'il
faut entendre la matiere & les deux Trigonométries
s'en bien tirer , qu'il en est
de la pratique des grands Cadrans , comme
de la plupart des autres parties pratiques des
Mathématiques , qui ne sont exactes qu'aurant
qu'on y employe le Calcul .
pour
Mrs de la Hire , Picart , Potenot , &c. ont
donné des Méthodes très - sçavantes par là Re-
& le Compas , mais ils ne s'en servoient jamais
, ils y employoient toujours le Calcul ,
comme on peut le voir,par ce qu'ils en disent
dans leurs Ouvrages , de même que le Pere
Alexandre , dans son Traité des Horloges ; il
en est aussi parlé en plusieurs autres endroits.
Je sçais bien que ceux qui ignorent le Calcul,
n'en
682 MERCURE DE FRANCE
*
n'en conviendront pas , n'en connoissant pas
La nécessité , mais j'aurai l'avantage que tous
Les Sçavans seront pour moi.
On a toujours regardé la Trigonométric
Sphérique , comme absolument nécessaire
pour le Calcul de la Gnomonique , tour
au moins pour trouver la déclinaison des
Plans ; comme il y a peu
y a peu de personnes qui
l'entendent & que beaucoup ont apris la rectiligne
, j'ai cherché , pour ces derniers , le
moyen de connoître cette déclinaison entierement
par la seule Trigonométrie rectiligne
, je le donnerai dans le Mercure du mois
prochain , au moyen de quoi & de ce qu'à
donné M. Clapier de Montpellier , dans les
Mémoires de l'Académie Royale des Sciences,
1707. ou bien de ce que le Pere Alexandre
a mis au commencement de son Traité
des Horloges , imprimé chés Guérin ; ceux
qui n'entendent que la Trigonométrie rectiligne
,,
pourront cependant calculer des Cadrans
& les tracer avec toute la justesse possible
, pourvû néanmoins qu'ils entendent
bien la Sphere , dans laquelle sont génerales
ment renfermés tous les principes de la
Gnomonique
.
MOTEN très- imple pour vérifier les
Cadrans Solaires.
Tous ceux qui font faire des Cadrans Solaires
,
AVRIL. 683
1739.
laires , devroient s'assurer eux -mêmes , s'ils
sont bien ou mal faits ; ils le pourroient facilement
, en se donnant la même peine qu'ont
bien voulu prendre la plupart des personnes
pour qui j'en ai tracé , ainsi qu'il suit. Je supose
que l'on ait une Pendule passablement
bonne.
.
Il faut commencer par voir si la Pendule
est reglée ; pour cela mettez- là un jour sur
le midi ou telle autre heure du Cadran qu'il
vous plaira , voyez le lendemain à la même
heure, si la Pendule & le Cadran s'accordent,
si cela est , la Pendule est assés bien reglée
pour ce que nous en avons affaire ; il n'est
point ici question de penser à l'équation du
temps . Si la Pendule & le Cadran ne s'accordent
pas , abaissez ou haussez la lentille ,'
selon que la Pendule avancera ou retardera
repetez cette opération , jusqu'à ce que la
Pendule & le Cadran marquent ensemble la
même heure , sur laquelle la Pendule avoit
été mise la veille , l'ayant ainsi reglée , mettez-
la le lendemain sur la premiere heure
que le Cadran marquera , & voyez à chaque
heure s'ils s'accordent jusqu'à- ce que le Cadran
cesse d'être éclairé , s'ils ne s'accordent
pas à une minute près ' , du plus au moins ,
c'est une marque que le Cadran est mal fait
& d'autant plus mal , que les differences seront
plus grandes . Si la Pendule & le Cadran
684 MERCURE DE FRANCE
dran s'accordent , on doit le regarder com
me bon ; pour en être parfaitement sûr, répetez
la même opération deux ou trois mois
après , pourvû que les jours soient beaucoup
plus grands ou plus petis qu'ils n'étoient lors
de la premiere opération . Si le Cadran &
la Pendule s'accordent, encore tout le temps:
que le Cadian sera éclairé dans un même jour,
le Cadran est bien fait, parce qu'il est comme
impossible qu'un Cadran qui n'est pas juste,
erre de la même quantité à toutes les heures
& en différens temps , il faudroit l'avoir fait
exprès & avec autant de soin que pour le
faire juste , à moins qu'il n'eût été fait la
Montre à la main , ainsi que le pratiquent la
plupart des Faiseurs de Méridiennes , & en:
suposant que l'axe fût bien placé..
Si c'est dans Paris , après l'avoir examiné
la premiere fois , on pourra aller pren
dre l'heure avec plusieurs Montres à la Méridienne
du Pont au Change , ou si on ne
veut pas s'assujettir à attendre l'instant de
Midi , on ira à l'Observatoire , où , pour la
commodité du Public , M. de Cassini s'est
donné la peine de tracer sûr les carreaux de
la grande Salle , les Lignes horaires de 5. en-
5. minutes , depuis dix heures jusqu'à deux ;
on reviendra sur le champ voir si le Cadran
s'accorde avec les Montres à la premiere heure
qui se présentera , si celle- là est juste ,
toutess
A VRTL. 1739: 6855
toutes les autres le seront. C'est ainsi que
M. Hoüel , Capitaine aux Gardes Françoises
, s'est donné la peine d'examiner celui
que je lui ai fait à sa Maison de la ruë Garenciere
, derriere S. Sulpice ; de-même que
la plupart des autres personnes pour qui j'en
ai fait.
のの
ODE
A Mrs de la Societé Litteraire d'Arras
D E ces Plages hiperborées ,
Que semble fuir le Dieu du jour ,
Des Aquilons & des Borées-
Eternel & triste séjour ,
Je vois s'élever un nuage ,
Suivi de l'épais assemblage
De mille nuages divers ;
Partout ils portent les tenebres ,
Déja dans leurs Ombres funebres
Ils ont englouti l'Univers. *
*
C'est toi , Fille de la Paresse ;
Ignorance , Monstre hideux ,
L'invasion des Gots.
Qui
86 MERCURE DE FRANCE
Qui dans cette affreuse tristesse
Plongeas les Mortels malheureux ;
Aux yeux des Muses étonnées ,
De tes vapeurs empoisonnées
Le Pinde même est infecté ;
Les Astres de Rome & d'Athène
Les Rayons du Dieu d'Hipocrêne ,
Rien n'en perce l'obscurité.
20
De-là tant d'erreurs consacrées
Par l'aveugle imbécillité ,
Tant de passions adorées
Par la crédule impieté ;
Triste état ! Siecle déplorable !
Dans un cahos épouvantable
Tout nâge épars confusément i
Pour la vertu l'on prend le vice ,
L'iniquité pour la justice ,
Et pour guide l'égarement .
*
Que vois je ! Une Aurore naissante
Laisse entrevoir quelque clarté ?
Sa lumiere foible & tremblante
Ne luit qu'avec timidité ;
Insensiblement elle monte >
Elle s'accroît , elle surmonte
Les
AVRIL. 17398 687
es sombres voiles de la nuit ;
Des bords de l'heureuse Ausonie , *
Déja l'ignorance bannie ,
rémit à sa sa vue & s'enfuit,
*
D'où n'ait cette clarté charmante
Dont les rayons victorieux ,
Par un éclat qui nous enchante
Font renaître tout à nos yeux ?
Voyez-vous ces nouveaux Lycées ,
Remplis de modernes Alcées ,
Qui par leurs travaux assidus
Triomphent de la barbarie ,
Et rapelient dans leur Patrie
L'honneur , les Arts & les vertus
*
C'est un beau Soleil qui s'avance .
Ainsi qu'un Géant orgueilleux ,
Il prend son essor , il s'élance
Pardessus ces Rocs * sourcilleux ,
Qui , d'avec ces climats fertiles ,
Où les Horaces , les Virgiles ,
Nâquirent parmi les Héros ,
Séparent la France , superbe
* Les Académies ont commencé en Italie.
* Les Alpes .
D'avoir
4688 MERCURE DE FRANCE
D'avoir , dans Condé , dans Malherbe ,
Donné le jour à leurs Rivaux,
*
*
'Armand paroît ; je vois la Gloire
Qui le suit avec Apollon ;
En éternisant sa mémoire ,
France , il éternise ton nom ;
Ce même bras armé du foudre ,
Qui réduisit l'Espagne en poudre ,
Fixe les Arts chés les François ,
Protecteur & Rival , il brigue
Les Prix qu'aux Sçavans il prodigue ;
Mécéne & Virgile à la fois.
*
3
Quel feu , quel torrent de lumiera
Echauffe , éclaire les esprits !
O prodige la Grece entiere
Revit aujourd'hui dans Paris .
On dit , en voyant les merveilles ,
Qui des Boileaux & des Corneilles
Ont soutenu le vol hardi ,
Cet heureux jour étoit encore
Dans l'Italie à son Aurore ,
En France il est à son Midi.
* Le Cardinal de Richelieu.
Mais
AVRIL. 689 1739
"
Mais ô Ciel ! quel Spectacle aimable
Frape les yeux , charme les coeurs ?
Le Louvre , Parnasse honorable ,
Devient le séjour des neuf Soeurs ;
Il s'ouvre. Entrez , Troupe immortelle
Entrez , votre Roy vous apelle ,
Et veut , pour comble de bonté
Que la Science auprès du Trône
Brille à l'abri de la Couronne ,
Des rayons de la Royauté.
Souvent la plus haute Puissance
Les plus formidables Etats
Ont tiré d'abord leur naissance
Des commencemens les plus bas ;
De la Capitale du Monde ,
De Rome , en Héros si féconde ,
>
Dont rien n'égala la splendeur ,
On sçait quelle fut l'origine ,
Et de quelle foible racine
Sortit cette immense grandeur.
܀
Ainsi le seul hazard fit naître
Presque de rien ce Corps vanté , *
L'Académie Françoise.
Arbitra
1
90 MERCURE DE FRANCE
Arbitre du langage , & Maître
Du sceau de l'immortalité ;
Ainsi ses progrès incroyables ,
Fruits de ses soins infatigables ,
Ont porté le François par tout ;
Cette Langue pure & brillante ,,
Chés les Nations qu'elle enchante ;
Répand & l'esprit & le goût.
*
Il est un Peuple plein de zele ,
Non moins qu'un autre ingénieux ,
Bon Citoyen , Sujet fidele ,
Mais plus guerrier que studieux ;
D'un Pays , Théatre des Armes ,
Les Muses fuyant les allarmes ,
N'avoient aproché qu'en tremblant ;
L'aveu n'a rien qui deshonore ,
Un reste d'ignorance encore
Regnoit dans ce Climat sanglant .
*
Mais c'en est fait ; de ces Contrées
Les préjugés sont disparus
Et dans nos ames éclairées .
•
Les erreurs ne dominent plus ;
Une Societé naissante ,
Dans l'Artois.
Selis
AVRIL. 173.9. 690
Sous d'heureux auspices croissante
Comme un Phénomene nouveau ,
Vient illuminez ma Patrie ,
Grace à sa lumiere chérie ,
Le Beau va nous paroître beau.
*
>
Quel Héros pour nous s'interesse
Est- ce Apollon ou le Dieu Mars a
Chés lui le Laurier du Permesse
Se joint au Laurier des Cesars ;
Zelé Protecteur du mérite ,
Il le découvre , il l'accrédite ,
L'éleve , le comble d'honneurs ;
Toutesfois , Enfans de Minerve ,
C'est pour vous , sur tout , qu'il réserve
Ses plus précieuses faveurs .
*
Fleurissez , ô Troupe choisie ,
Que rien n'arrête vos succès ,
Vous naissez , c'est malgré l'Envie :
Mais c'est pour ne mourir jamais ;
Pour moi , vous rendre mes hommages ;
Et sur mes timides Ouvrages ,
Avec respect vous consulter ,
* M. le Prince d'Ysenghien Protecteur de la
Societé
D Voilà¿
692 MERCURE DE FRANCE
Voilà Juges nés de ma Lyre ,
Dans le zele ardent qui m'inspire ,
Jusqu'où mes voeux peuvent porter.
J. A. Masson.
LETTRE du Sr de Gourre sur la Societé
Littéraire & Arras.
Ous m'ordonnez , Monfieur , de vous
pauler du nouvel Etabliffement qui
vient de fe faire à Arras ; c'eſt une Societé
Littéraire qui procurera de la gloire , & de
l'utilité à ma Patrie , fi les Projets des Affociés
s'éxecutent auffi heureufement qu'ils ont
été formés.
Les Belles Lettres ont toûjours été foiblement
cultivées dans l'Artois ; un reste de
groffiereté Belgique , mêlée avec des Préjugés
populaires , en a écarté les Beaux Arts ; la
Nobleffe y vivoit dans une ignorante oifiveté
; le Peuple , peu induſtrieux , ne pouvoit
franchir les bornes d'un commerce médiocre
, & les Eccléfiastiques se contentoient de
pfalmodier au Lutrin & d'entendre leur
Breviaire. Le bon goût y étoit inconnu , la
raifon peu perfectionnée ; & on regardoir la
culture des Belles Lettres comme un écart
d'efprit
AVRIL. 1739.
693
efprit dans les Nobles , comme un obſtacle
à la fortune dans les Particuliers ; les
Bibliotheques étoient proscrites , perfonne
n'osoit affronter le ridicule d'un Sçavant : ce
mépris pour les belles connoiffances , traînoit
avec soi une politeffe rude , mal aisée & gênante
, & cette diante urbanité qui fait les
douceurs de la vie , paffoit pour diflipation ,
pour étourderie.
Ce Théatre étoit-il propre à recevoir les
Beaux Arts , que la raison & le goût avoient
déja répandus dans toute la France ? La Nature
se joue dans ses Productions ; elle ne
suit pas toujours les regles ordinaires. On
vit des Citoyens touchés du peu de cas qu'on
faisoit des Beaux Arts ; ils les connurent , ils
les aimerent , réfolus de les apeller dans leur
Patrie , quand les chemins en seroient outverts
; c'étoit une nouvelle Religion qu'il
falloit introduire ; les Novateurs devoient
agir avec plus de prudence que de zele . La
ressemblance des sentimens produit l'union
des coeurs ; ils se liérent , ils s'affemblerent
dans la seule vûë de s'instruire , ils se firent
une Bibliothéque , ils lûrent , ils se communiquerent
leurs refléxions ; bien- tôt d'autres,
enchantés par la nouveauté , séduits par l'exemple
, ou suivant un penchant que les cir
conftances dévelopoient , fe joignirent à la
Troupe Litteraire : le nombre croissoit de
Dij jour
694 MERCURE DE FRANCE
jour en jour ; le defir curieux de connoître
diffipoit ( quoique lentement ) les tenebres
de l'ignorance. M. le Prince d'Ifenghien ,
ardent à procurer de nouveaux avantages à
une Ville dont il est Gouverneur , fe déclara
Protecteur de cette Académie naiffante. I
obtint de la Cour une Lettre , qui permetroit
aux Affociés de faire des Statuts , & de
tenir une Affemblée chaque femaine. Il honora
la premiere de fa préfence , il y parla
avec érudition fur l'Hiftoire , & donna mille
marques
de bonté aux Membres de la Société.
,
›
Ces Meffieurs se proposent deux buts , de
s'apliquer à la Langue Françoise & à l'Histoire.
On est redevable à leur aplication du
changement qui commence à se faire dans la
façon de penser des Citoyens . Mrs D'Arthus,
Grandval , de Quévaussart , de la Place
Guerard , Harduin , & c . font honneur à
l'enfance de cette Académie. Puiffent leurs
talens aprendre à ma Patrie que les Belles
Lettres , bien loin de nuire aux occupations
sérieuses , en perfectionnent l'exercice , en
éloignent le rebutant & le puérile ; qu'ils lui
répetent sans cesse , que Thomas Morus écrivoit
& gouvernoit , que le Cardinal de Richelieu
délassoit, à arranger des Hémistiches ,
la main qui tenoit le timon de l'Empire Francois
; qu'un Prince Frederic , Prince Royal
de
~
AVRIL 17397 695
de Prusse , Héritier d'un Royaume de l'Europe
, en qui l'on voit revivre l'ame de
Marc- Aurele , & l'efprit de Jules- César
pense que sa Couronne tirera un nouveau
lustre de l'étude qu'il fait des Sciences & des
Belles Lettres !
Notre Societé a le bonheur d'avoir des'
envieux , des critiques , & même des ennemis.
Peut- elle naître sous des auspices plus
heureux ? C'est un remede sûr pour écarter
la Pareffe , & pour l'empêcher de faire rien
d'indigne des Belles Lettres.
Je finis par un Compliment de M. Harduin
, présenté au nom de la Socicté , à Madame
la Princesse d'Isenghien , qui a eu la
bonté de s'intereffer au nouvel Etabliffement .
Je suis , & c .
**************************
LA SOCIETE LITTERAIRE
D'ARRA S.
A Madame la Princeffe d'Isenghien.
P Rinceffe , qui pourroit compter
Les riches attributs qui font votre partage ?
C'est pour nos Vers un trop pénible ouvrage :
A deux points seulement il faut nous arrêter.
Oui , le devoir nous presse de chanter
Diij
La
696 MERCURE DE FRANCE
La générofité qui partout vous anime
Et votre goût sublime
Pour les Arts délicats par
2
Phébus inventés.
A ces deux rares qualités
Princeffe nous devons le zele fecourable ,
Qui vous fit feconder les foins de votre Epoux,
Quand ce Héros daigna briguer pour nous
Du plus puiffant des Rois un regard favorable.
Par vous nous triomphons des ennemis jaloux ,
Qui brûlant de nous interdire
Le plaifir innocent que l'on goûte à s'inftruire ,
Oloient nous préparer les plus dangereux coups.
D'une fi fateufe victoire
Nous sçaurons à jamais conserver la mémoire :
D'y penfer chaque jour il nous sera bien doux ,
Puisqu'ainfi chaque jour nous penserons à vous.
*: *:
LETTRE écrite de Paris par un Flamand
du Tournaifis , à un Habitant de Seclin , an
même Pays , au sujet du Corps de S. Piat.
J
E comptois retrouver ici notre cher
Compatriote M. de la Barre , pour lui
expofer les raifons que nous avons, de soûtenir
que le Corps de S.Piat està Seclin,& non
à Chartres , & pour le prier de nous aider à
las
AVRIL 1739. 697
les faire valoir encore mieux que nous ne
sçaurions. Mais on m'a apris que cet Académicien
y étoit mort l'Eté dernier. Vous
voyez par-là , M. , que nous ne sçayons les
nouvelles dans nos petites Villes de Flandres,
que lorsqu'elles sont déja vieilles. Pour me
dedommager de la perte de ce Sçavant , dans
lequel étoit notre apui , je me suis mis à
parcourir l'Edition qu'il a donnée du Spicilege
de Doin Luc Dachery ; j'y ai cherché dans la
Vie de S. Eloy écrite par S. Ouen , s'il n'auroit
point fait de Notes à notre avantage , au sujet
de ce qui y est dit , que S. Eloy trouva
le Corps de S. Piat à Seclin , dans le Pays
Mélantois : Invenit in Territorio Medenantense
vico Sacilino Sanctum Maryrem Piatonem
, & il ne m'en a parû aucune ; dequoi
j'ai été un peu contristé.
Je parlois du sujet de mon chagrin à un
Ami commun , qui se trouvoit accompagné
d'une Perfonne étrangere, nouvellement arri
-vée de campagne. Je n'eus pas plutôt prononcé
les noms de Seclin & de Chartres
que cet Etranger m'aprit une nouvelle qui
acheva de me désoler . C'est qu'on lui avoit
dit à Chartres même, quelques jours auparavant,
que le même S.Piat,que ceux de Seclin
regardent comme leur Protecteur , eft auf
regardé comme tel par le Peuple de Chartres
,surtout dans les temps de pluye , où l'on
Duij
eft
698 MERCURE DE FRANCE
eft sûr que la descente de son Corps obtien
dra du beau temps. Il ajoûta , qu'en consé →
quence de la dévotion d'un Particulier qui
a laiffé une somme très- conſidérable à la
Cathédrale , on se disposoit à y faire construire
une nouvelle Châsse de S. Piat , &
qu'on lui avoit assûré de bonne part , que
ce Saint Martyr étoit dans son ancienne
Châsse , en chair & en os ; d'où je tire la
conclufion1, que fi dans l'ouverture qui s'en
fera pour la Translation , on découvroit sur
son Corps les marques des cloux dont parle
S. Ouen , nous n'avons qu'à renoncer à nos
prétentions envers le même Corps. Je vous
fais part
de mes frayeurs , que vous ne pou
vez calmer qu'en communiquant ma Lettre
aux Curieux de notre Pays , soit à Tournai
ou à Lille , soit ailleurs .
Plus je parus effrayé au récit que cet
Etranger me fit des preuves que l'on produisoit
à Chartres en faveur de la poffeffion
du Corps de S. Piat , plus il m'accabloit
d'exemples de pareilles conteftations , dans
lesquelles le Corps d'un Saint a été adjugé
à ceux chés lesquels la Tradition le di
soit transporté ; comme celui de S. Firmin,
le Confeffeur , à Amiens , qui s'eft trouvé
dans la Cathédrale d'Amiens , & non plus
dans l'Eglise du Fauxbourg , où il avoit été
inhumé & de même celui d'un Evêque
d
AVRIL. 1739 699
de Bourgogne , dont je ne me souviens plus
du nom. Mais ce qui m'a sensiblement
affligé , c'eft que cet Inconnu paroiffoit être
fi prévenu en faveur de Mrs de la Cathé
drale de Chartres , qu'il n'a pas craint d'assûrer
qu'il étoit très poffible que nos Ancêtres
euffent laiffe emporter , pour quelque vil
interêt le Corps de Monfieur S. Piat , par les
Chartrains ; & en plaisantant , il nous a apliqué
ces deux Vers , qu'il a dit avoir été composés
autrefois en dérifion des Poitevins , qui
s'étoient laiffé frustrer du Corps de S. Martin,
en s'amusant à boire :
Pidavini , segnes , hebetes , asinini !
Corpus Martini vobis tulit amphora vini.
Il a pris la peine de répéter ces Vers tant
de fois , que je les ai retenus il se vantoit
de les avoir lûs dans un vieux Livre de la
Librairie du Roy. Voyez , mon cher Com
patriote
, ce qu'il y a à faire pour fermer la
bouche à ces sortes de raisonneurs ,. & en
donnez promptement avis à celui qui est de
tout son coeur votre , & c..
A Paris , ce 11. Avril 1739.
* Les Flamands nomment ainfi la Bibliothéq
Royale.
>
DV IE
700 MERCURE DE FRANCE
LE PAPILLON.
FABLE.
UN jeune Papillon aux aîles émaillées ;
Dans un Jardin paré de mille fleurs ,
Aux Filles du Printemps richement habillées ;
Faisoit pompeusement montre de ses couleurs.
A toutes il comptoit douceurs & bagatelles ;
A toutes il faisoit admirer ses apas ;
Et leur montrant tout l'or & l'émail de ses aîles ,
Leur disoit : Belles Fleurs , vous ne me prendrez
pas..
Je suis beau , fi vous êtes belles .
Ainfise vantoit fierement ,
Ainfi voltigeoit finement
L'Inconftant Animal dans ce beau Jardinage ,
Lorsqu'une charmante fleur
Du Papillon volage
Fixa le coeur.
Cette Fleur n'étoit pas d'un grand éclat pourvue ; pourvûë-
Elle étoit bleue & blanche , & frapoit peu la vûë
Mais elle étoit fort tendre , & par un coup du Ciel,
L'Abeille qui l'avoit succée ,
(d
De sa charge pressée ,
Sur elle avoit quitté son Miel
La
AVRIL
701 17395
Le Papillon la voit , il y court rayi d'aise ;'
Il vole tout autour , il l'embraffe & la baise.
Mais quand le Papillon voulut s'en démêler ,
Pour chercher des amours nouvelles ,
Papillon ne put plus voler ;
Le Miel avoit faifi ses aîles.
Aprenez , belle Iris , que pour prendre nos coeurs
Vos beautés font de foibles armes :
Défendez-moi de vos douceurs ,
Je me défendrai de vos charmes.
Par V ... t.... Marescot , Huiffier av
Parlement de Paris.
EXTRAIT d'une Lettre de S. Petersbourg
datée du 28. Fevrier 1739 N. Stj
Lion daaks l'Ukraine , n'ayant pas osé
Es Tartares ont suspendu leur Expedi
s'engager dans les Steppes , à cause des
grands froids , & parce que la terre y étant
par tout couverte de plusieurs couches de
neige , qui ont chacune une croûte gelée ,
les chevaux n'auroient pû , selon leur coû
tume , découvrir les herbes , en écartant les
neiges à coups de pied.
2.
On peut juger du froid dans les Steppes ),
D. vj
par
2 MERCURE DE FRANCE
par celui qu'il fait ici. M. de l'Isle , Membre
de cette Académie , vient de remettre ses
Remarques ( ci - jointes ) à la Cour , suivant
lesquelles le froid étoit le 15. de ce mois
N. St. à deux cent & un degré , & il- assûre
que, selon même la division du Thermometre
, le froid du grand hyver de l'année 1709.
n'étoit à Paris qu'à cent septante deux à trois
degrés.
On avoit crû que le plus haut degré ,
toujours selon cette division , étoit à deux
cent dix ( qui est le plus grand froid artificiel
de M. Fahrenteit ) & qu'au - delà aucun
Animal ne pouvoit vivre , mais on a été désabusé
de cette opinion par les raports des
Membres de l'Académie , qui depuis quelques
années ont été envoyés aux extrémités
de cet Etat , vers Kamtschatka, pour y chercher
le haut de l'Amérique . Cette Caravane,
qui continuë sa marche , a mandé qu'elle a
trouvé le froid au mois de Janvier de l'année
passée à deux cent & sep: ante cinq degrés.
Quoiqu'il en soit, on ne se souvient pas ici
d'avoir eû jamais un hyver aussi rude que
celui-ci.
AVRIL 1739 70%
Le plus grand froid à Pétersbourg , selon les
Thermometres de Mercure de M. de l'Isle..
272
173 L'an 1709. le 13 & 14. Jany : N.St. Paris.
¥74
175
176
177 1709. en Islande ,
178 1734. le 6. Décembre N. St. à Midi.
179
180 1738. le 12. Fév. N. St. à 7. h. du matin.
181
182 1737. le 21. Fév. N. St. à 7. h. du matin.
183
184
185
186
187 1734, le 6. Janv. N. St. à 10. h. du soir.
188
189
190
191 1738. le 12 Dec. N. St. à 8 h. & d. du mat.
192
193
1739.
le 18. Févr
. N. St. à 6 & d. du mat.
194
195 1739. le 17.. Fév. N. St. àe & d . du mat.
196 1739. le 16. Féy . N. St à 7. h, du matin .
197 17 36. le 17. Fév . N. St. à 7. h . du matin.
198
199
१
du m 200 1733. le 17. Janv. N. St. 27. h. du matin .
201 1739. le IS. Fév. N St. à . h. un
210 Le plus grand froid artificiel de M. Eah- 210
renteit.
270 L'an 1737. le 27. Novembre , V. St. à
Midi , à Kirenga en Siberie.
273 17,8. le 9. Janvier , V. St. sbidem.
704 MERCURE DE FRANCE
燒魚
魚魚
IMITATION
De l'Ode X. du premier Livre d'HORACE :
Vides ut altâ ftet nive , &c.
Vors-tu l'Hyver qui nous afliege
Qui nous glace de toutes parts ?
Ces Monts font cachés fous la nége ;
Et tout blanchit à nos regards.
و د
Nos Bois dépouillés de verdure
Ont déja ressenti l'injure
De l'impitoyable Saison ;.
Et telle eft fa rigueur extréme ,.
Qu'elle force enfin l'onde même ,
A faire àl'onde une priſon.…….-
Eft-il befoin que je t'enſeigne
Le secret de la craindre peu !
Il est tout fimple : Au froid qui regne
Cher Ami , meſure ton feu..
Par une bouteille choifie
De Champagne , ou de Malvoifie
Corrige le défaut du temps.
Dans ta chambre bien calfeutrée
AVRIL
1739
Aux Aquilons ferme l'entrée ,
Tu retrouveras le Printemps.
*
Trop de foin à l'Homme eft funefte ;
Borne le tien à vivre heureux .
Et fans t'inquiéter du refte ,
Laiffes-en le détail aux Dieux.
Dans leurs faints Decrets tout s'arrête-j.
Leur main fait voler la tempête ,
Ou regner le calme ici -bas ;
Et c'eft la même Providence
Qui nous meſure avec prudence ;
Et les beaux jours & les frimats.
*
Mets à profit le jour qui paſſe
Sans t'informer du lendemain
Et le reçoi , comme une grace ,.
Un don que te fait le Deftin..
Pendant la fraîcheur de ton âge ,
Fais choix d'un honnéte efclavage ;
Les Ris alors te préviendront.
On eft peu propre à la tendreffe ,
Quand la foucieuſe vieilleffe
Commence à filloner le front..
A
MERCURE DE FRANCE
Il eft des Jeux , des Exercices
Convenables à ton état ;
Le jour , fais tes foins , tes délices ,
De les remplir avec éclat ;
Le foir au rendez -vous fidele
Vole , vas porter à ta belle
L'hommage difcret de tes voeux.
C'eft le ton cheri de Cythere ;
Il conferve un air de myftere ,
Aux plus favorables aveux.
*
A tes yeux fi Doris' ſe cache ,
C'eft pour t'agacer qu'elle fuit.
Un ris badin qu'Amour arrachey
A son gré bientôt la trahit.
Faut-il un prix à ta Victoire é
Un refus importe à sa gloire ;
On repouffe un premier effort.
Mais enfin les bras s'affoibliffent ;
La main s'ouvre les doigts molliffent
Et l'anneau demeure au plus fort.
LET
AVRIL
707 17397
*****
LETTRE écrite de Versailles le 25. Mars
1739. par M. L. C. et Discours prononcé.
E mois dernier , Monsieur il vint
,
de l'Aca
démie de Soissons , pour remercier M. le
Cardinal de Rohan, de ce qu'il avoit accepté
La Place de Protecteur de cette Académie
vacante par la mort du Maréchal Duc d'Etrées.
La Députation étoit composée de M.
l'Abbé de Pomponne , Abbé de S. Médard
de Soissons Conseiller d'Etat ordinaire .
Chancelier des Ordres du Roy ; de M. l'Abbé
de Rosay , Docteur de Sorbonne , Chanoine
& Grand Archidiacre de l'Eglise de
Soissons , & de M. de Longpré , Trésorier
de France au Bureau des Finances de Paris ,
l'un des Députés , lequel prononça le Discours
ci-joint , qui a été goûté ici , & auquel
S. A. E. répondit avec beaucoup de grace &
d'éloquence .
Remerciement à S. A. E. Monseigneur
le Cardinal de Rohan.
MONSEIGNEUR ,
L'Académie de Soissons compte au nom
bre de ses plus beaux jours , celui où elle ent
La
708 MERCURE DE FRANCE
le bonheur de voir le Nom de votre Altesse
Eminentissime placé à la tête de ses Faſtes.
La Mort lui avoit ravi succeffivement trois
Personnages illustres , à qui elle fait gloire
de devoir sa naissance & ses progrès ; un
Cardinal ( 1 ) également recommandable dans
I'Eglise & dans l'Etat , par toutes les Vertus
chrétiennes & politiques qui ont droit d'im
mortaliser les hommes , un autre Prélat 2 )
héritier de sa sagesse consommée & de son
amour pour les Lettres , qui soûtint dignement
la gloire de la Maison d'Estrées ; un
Héros , (3 ) auffi habile dans les Conseils
qu'il fut vaillant dans les combats ; Génie
heureux , dont la capacité dans les Sciences
comme dans l'Art Militaire sera toujours
au dessus de nos éloges .
A qui apartenoit- il de consoler de tant
de pertes nos Muses orphelines ? A un génie
supéricur , qui , avec la plus haute naissance,
& dans le rang le plus éminent , réunit en
soi ce que les Talens ont de plus distingué
ce que les connoissances ont de plus sublime
, ce que les Graces ont de plus aimable.
Nous nous féliciterons à jamais , Monseigneur,
de l'avoir trouvé dans votre Altesse
(1 ) M. le Cardinal d'Estrées .
(2) M. d'Estrées , Archevêque de Cambray.
(3) M. le Maréchal Duc d'Estrées.
Eminem
AVRIL.
1739. 709
-Eminentissime
, cet Auguste Protecteur ;
elle seule nous tiendra lieu des grands Hommes
que nous regrettons , elle les remplace
déja dans nos coeurs ; & comme fi c'étoit
peu de nous rendre le puissant apui que nous
avons perdu , par l'adoption la plus génereuse
, elle nous apelle encore à de nouveaux
honneurs , elle nous associe, pour ainsi dire,
à toute sa gloire.
Quel heureux présage , Monseigneur ;
pour celle d'une Compagnie dont les interêts
seront désormais liés étroitement aux vôtres !
Quel avantage pour elle de se voir protégée
par le Protecteur déclaré des Lettres & des
Sçavans , pour dire plus , par un Mécene qui
n'est pas moins agréable aux Augustes , qu'il
est favorable aux Horaces & aux Virgiles !
Nous vous l'avoüions : l'espoir d'une acquisi
tion si interessante, flata d'abord notre ambi
tion ; de -là nos voeux empressés , qui reclamerent
les auspices de votre Altesse Eminentissime
; non seulement elle a daigné les agréer,
mais ce qui lui engage doublement notre reconnoissance,
elle l'a fait avec ce caractere de
bienveillance qui lui est propre , avec cette
noblesse de sentimens dont elle sçait assaisonner
ses bienfaits ; nous en sentons tout
le prix , Monseigneur, que ne pouvons- nous
l'exprimer !
EPITHA
10 MERCURE DE FRANCE
ÉPITHA LAME ,
Sur le Mariage de M. *** , Capitaine ans
Régiment de * * & de Mlle *** . Par
T
›
M. de Sommeveste.
Ost ou tard l'Amour a ses droits ;
Il sçait les exercer sur tout ce qui respire.
fris a méconnu ses loix "
Iris est aujourd'hui soumise à son Empire.
Ce Dieu toujours vainqueur avoit fait jusqu'alors
Contre la jeune Iris d'inutiles efforts .
Quoi donc ? dit-il , enflammé de colere ,
J'aurai vainement combattu ,
Je serai le jouet d'ue Beauté sévere ,
Et toujours contre sa vertu
Echoüront les desseins que j'ai formés sur elle
Non , non , pour vaincre enfin ses refus odieux ,
Cessons de paroître à ses yeux ,
Déguisons notre marche , & contre la rebelle.
De Minerve elle-même implorons le secours .
Ce jour, n'en doutons point, fut le premierdes jours
Auquel le Dieu de la tendresse
Eut recours à cette Déesse ;
yole à son Palais , il parle , est écouté ;
Eloquent
AVRIL.
1739 71F
loquent , mais naïf , il persuade , il touche ;
La Raison parloit par sa bouche ;
Son discours plein de sens , fondé sur l'équité ,
Ne pouvoir blesser la Sagesse.
Dès que l'Amour eut cessé de parler ,
De tes projets j'ai peine à me mêler ,
Répond à l'instant la Déesse,
Iris cependant m'interesse ,
J'ai sçû dès le berceau l'élever de ma main ,
Lui donner tous mes soins sous le nom de sa Mere
Qu'avec toi l'hymenée entre dans cette affaire ,
Et Minerve appuyant un si juste dessein ,
A l'Amour , à ses feux ne sera plus contraire.
L'Amour part d'une aîle legere ,
Cherche l'Hymen & lui conte le fait .
Iris de nous braver , dit- il , a l'imprudence ,
Ce mépris tire à conséquence ,
Vengeons-nous de concert , blessons- la d'un seni
trait.
L'Hymen , au nom de la rebelle ,
A seconder son frere est d'abord excité ,
Rivaux par tout ailleurs, ils s'unissent contre elle,
Ce Dieu s'étant à l'autre ainsi prêté ,
Pour se mieux assurer de la fiere Mortelle ,
Lui propose un Epoux & constant & fidelle ,
Un Epoux qui toujours Amant ,
Et toujours chéri tendrement ,
Dans
!
12 MERCURE DE FRANCE
Dans le grand art d'aimer & dans celui de plaire
Sur tous l'emporte également ,
En un mot le jeune Valere.
L'Amour aplaudit àce choix ;
Minerve par les Dieux en est bien-tôt instruite ;
Je le connois , dit- elle, il vécut sous mes loix ,
Brave Guerrier , plein de mérite.
Il s'est dès ses plus jeunes ans ,
Marchant sur les pas de Bellonne ,
Couvert plus d'une fois des Lauriers éclatans ,
Qu'à ses Favoris elle donne.
Parme l'a vu dans les hazards
En véritable Enfant de Mars ,
Au mépris de la mort signaler son courage.
Qui , Dieux qui m'entendez, j'accorde mon suffrage,
Et je l'accorde sans retour
Au Guerrier qui dans ce beau jour
Se présente à mes yeux avec tant d'avantage.
Que désormais il se partage ,
Que charmé de son sort il serve tour à tour ,
Sous les Drapeaux de Mars &sous ceux de l'Amour
Parmi les flots de sang que coûte la victoire ,
Si mon Egide a sçû le conserver ,
Au triomphe d'Iris , pour accroître ma gloire
J'ai prétendu le réserver.
Elle dit. Ah ! pour vous Belle Iris , quel Oracle *
Mais quelle aveugle impieté !:
1
Si
AVRIL.
1739 713
Si votre coeur encor y formoit quelque obstacle,
Bien-tôt tout l'Olympe irrité . ..
Vous soûriez , Iris C'en est fait , sur l'Autel
Et vous & l'aimable Valere ,
Je vous entens enfin , couple tendre & sincere ,
Vous jurer l'un à l'autre un amour éternel.
O vous , dans l'âge encor de la belle jeunesse ,
Vous, dont le coeur sensible est né pour la tendresse,
Ainsi que ces Epoux , voulez- vous être heureux >
Faites ensorte que vos noeuds
Soient tous formés par la sagesse.
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure de Mars , sont les cinq
Voyelles , a , e , i , o , u ; le Corail , Papier ,.
Rosa & Vespasianus . On trouve dans le premier
Logogryphe , Cor & Ail ; dans le second
, Pape , Priape , Raye , Air , Ré , Pie
Ire , Rape , Pipe & Ripa. Dans le troisième
Ros & Os. Dans le quatrième , Vespa , Asia,
Anus , is , Anus , I.
JE
ENIGM E.
E suis un mot Latin ,
Francisé par l'usage ,
14 MERCURE DE FRANCE
Je confonds la Catin
Avec la femme sage
L'Officier , le Robin ,
Tout état & tout âge ;
Le Soleil me déplaît ;
Je produits l'équivoque ,
Je lâche plus d'un trait ,
Mais sans que l'on s'en choque
Le quiproquo me plaît ;
Ma liberté provoque
Aux plaisirs les plus doux ;
Avec moi la Coquette
Esquive du Jaloux
L'importune Lunette ;
Enfin je suis des foux
La plus simple Toilette ;
Mais ne crois pas , Lecteur ,
Que seul je puisse faire
Et nourrir une erreur !
Non , mais j'ai d'ordinaire
Un Compagnon trompeur
Qui scelle le mystere.
Par J. A. F.C. D. N. de Paris.
LOGOS
AVRIL. 1739. 715
J
**********************
LOGOGRYPHE.
E suis depuis long - temps d'usage dans l'Eglise ,
Pour oposer un frein à tout vice , à tout mal ;
Mais on m'employe encore en autre Tribunal ,
Pour empêcher quelqu'un de faire une sotise.
De plus d'une façon se combine mon tout
Lecteur , prens patience , & va jusques au bout.
Dabord je te présente un de nos grands Mysteres ;
Un Métal , un Ouvrage utile aux Militaires ;
Des jours de tous les temps consacrés aux plaisirs ,
Jours qui mettent un frein aux amoureux désirs ;
Ce qui ne suffit pas pour punir un Coupable ;
Du puissant Dieu des Eaux l'instrument redoutable,
Une Contrée en France, abondante en chevaux ;
Peut-être ton peché , l'un des sept capitaux ;
Ce n'est pas encor trop exercer patience
Lecteur, après mon nom cherche, combine & pense
Ce que craint un Mari jaloux ,
Quand il s'opose au rendez- vous.
Voi sortir de mon sein un Instrument sonore ,
Qui dans un autre sens sert d'Almanch encore ;
Ce qu'on nomme à propos pour marquer un teint
frais ;
Ce qui vient sans culture aux bords d'un grand
Marais ;
E Un
716 MERCURE DE FRANCE
Un Dieu Marin , suivant la Fable ,
Sans oublier un fruit qu'on sert en bonne table ;
Une Ville de Parlement ;
D'Architecture un Ornement
Une herbe forte , un genre de Poësie ,
Un Sel utile en Pharmacie .
Lieu que la vérité n'aborde qu'en tremblant ,
Un écueil dangereux , ainsi qu'un Element ;
Un Bourg fort illustré sur les bords de la Celle ;
Epithete d'Amans , tant mâle que femelle ;
Ce qui distingue un bon d'un mauvais Ecrivain ,
Ouvrage dont l'effet est de dormir ou rire ,
Ce que craint un Voleur
, ce qui sert au Navire
,
L'allure
d'un cheval
, on si l'on veut le train ;
Certaine
Plante enfin qu'on laisse sans culture ,
Incommode
aux Chasseurs
& quivient de bouture
.
L. M. D. C.
LOGO GRYPHU S.
SI me scire velis , Lector , sex colligé membra .
per
luta volvo ;
Sordida dum spiro , turpis me
Aspectusque oculos , & nomen vulnerat aures.
Scinde caput ; videas subito ( mirabile dictu )
Qui modo contemptus squallenti inface jacebat ,
Nunc dominari umbras , solioque sedere supremo .
Adde caput , membrumque unum si vertere tentas ,
Jucundam
AVRIL.
717 1739:
Jurundam foveo tenero sub pectore flammam ;
Abripe sed quartum , mærens heu ! vidit Hidaspes ,
Pellai juvenis me succubuisse Phalangi.
Dirige nunc , totumque novo rursum ordine versans,
Si solidum cernis , si quid tractabile palpas ,
Me semper palpas , me certo cernis ubique
Invenias in me quod te suspendit euntem ;
Quod placidas imis turbat de sedibus undas ';
Quodgenerat flores quod mane irrigat hortos.
Multa alia omitto , sed tandem hoc accipe Lector.
Horrent me vivum , cuncti me postea laudant ;
Multi mi similes vitá , post funera pauoi.
De Chibau.
ALIUS. .
Splendida per lentas , Lector , Burgundia limphas,
Includit campis , Lector amice , suis ;
Si totum velis nomen subvertere , rara
Sum ; unum scinde pedem , tunc loca sacra colo.
Par P. J. V. de Roüen.
E ij NOU718
MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
UVRES SPIRITUELLES de feu
M. François de Salignac de la Mothe
Fenelon , Archevêque , Duc de Cambray ,
Prince du S.Empire. A Rotterdam, chés Jean
Hofont , Libraire , par Souscription . Cette
Edition , qui se fait sous les yeux de M. le
Marquis de Fenelon , Ambassadeur du Roy
auprès des Etats Géneraux , est en deux Volumes
infolio & in 4°.L'Ouvrage entier mon.
tera au moins in folio à 200. feuilles , & in 4° .
à 100. On n'en tirera que 40. Exemplaires
du premier & 260. du second. La Souscrip
tion de l'in folio est de 30. florins , & de
11. pour l'in 4° . Comme ce Livre est actuellement
imprimé, & que le nombre des feuilles
a excedé celui que nous venons de marquer
, on donnera deux florins de plus pour
l'in 4°. & 7. de plus pour l'in folio .
LE PHILOSOPHE ANGLOIS , Ou Histoire
de M. Cleveland, Fils Naturel de Cromwel ,
écrite par lui-même, & traduite de l'Anglois ,
par l'Auteur des Mémoires d'un Homme de
Qualité. Tomes VII. & VIII. A Vtrecht ,
chés
AVRIL 1-73.9. -719
•
chés Etienne Neaulme , 1739. Volumes in
2. le premier de 360 , pages , le second de
371. & se trouve à Paris , chés Prault , fils
Quai de Conty , à la Charité.
LE DOYEN DE KILLERINE , Histoire,
Morale , composée sur les Mémoires d'une
illustre Famille d'Irlande , & ornée de tout
ce qui peut rendre une lecture utile & agréa
ble , par l'Auteur des Mémoires d'un Homme
deualité. Seconde Partie: A la Haye , chés
Pierre Poppy , & se trouve à Paris , chés
Didor , Quai des Augustins , volume in 12 .
de 239. pages , 1739.
TRADUCTION FRANÇOISE de l'Histoire
de Charles XII. Roy de Suede, par M. Nordberg
, Docteur en Théologie , & ci- devant
Chapelain de S. M. Sued. Cet Ouvrage sera
incessamment mis sous presse & paroîtra en
plusieurs volumes in 4. enrichi de Portraits ,
de Médailles , &c. A la Haye , chés Jean-
Martin Husson , Libraire. Il mérite d'autant
plus l'attention du Public , qu'il a été entrepris
par ordre des Etats du Royaume de Suede
, & écrit sur des Mémoires authentiques.
i
NOUVEAUX AMUSEMENS DU COEUR
ET DE L'ESPRIT. Dixiéme Brochure in
12. se trouve à Paris , chés Bienvenu , Li-
E iij braire
720 MERCURE DE FRANCE
braire , au Nom de Jésus , Quai des Augus
tins , à la descente du Pont- Neuf , atenane
la ruë Dauphine , & chés Morel , le jeune
au grand Cyrus , au Palais. Le prix est de
trente sols.
Il n'y a presque que des Poësies dans cette
Brochure ; en voici deux ou trois échantillons
, pour faire juger de leur mérite. Nous
avons parlé ailleurs de celui de l'Ouvrage en
géneral , & de ce qui pourroit le perfectionner
,
D
& c.
PEINTURE DE L'AMOUR.
'Un autre recevoir la Loi ;
Jamais n'être maître de soi ;
Promettre ce qu'on ne peut faire
Craindre beaucoup plus qu'on n'espere &
De longs entretiens superflus ;
Sentir assés , dire encor plus ;
S'attaquer bien , mal se défendre ;
S'abandonner , puis se reprendre ;
Etre fou raisonnablement ;
Etre gai sérieusement ,
Peu de repos , bien des caprices ;
Peu de plaisirs , bien des suplices ;
Se pardonner , pour s'offenser
Se rapeller , pour se chasser ;
Raccommodemens , puis injures ;
Nouveaux
AVRIL. 1739.
728
Nouveaux sermens , nouveaux parjures ;
La paix , la guerre , tour à tour ;
En racourci , voila l'Amour.
SONNE T.
L'Hyver est revenu , la Campagne est sauvage ,
Les Jardins désolés ne montrent plus de fleurs ;
Nos Prés ne sont plus peints de leurs vives couleurs,
Et nos Bois ont perdu leur aimable feuillage.
C A peine le Soleil perce un épais nuage ,
Et blanchit nos Côteaux de ses foibles pâleurs ;
Dans nos Champs la Nature exprime ses malheurs ,
Et la terre gémit sous un dur esclavage.
Le froid a fait périr les plus jeunes Oiseaux ,
Les glaçons ont couvert la surface des Eaux ,
Et de leur cours rapide arrêté le murmure .
L'Air est battu des vents , ou grossi des frimats ;
Mais parmi les glaçons , les vents & la froidure ,
Mon coeur conserve un feu que l'hyver n'éteint past
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des
Hommes Illustres dans la République des
Lettres , &c. Par le R. P. Niceron , Barnabite
, Tome XXXVIII . in 8. A Paris , chés
Briasson, à la Science, M. DC C. XXXVIII.
E
En
722 MERCURE DE FRANCE
En suivant la coûtume que nous avons
prise , en rendant compte des précedens
Volumes de ces Mémoires , nous raporterons
ici l'Article entier qui concerne l'Histoire
Litteraire du sçavant P. Fronton du
Duc , Jésuite , qui nous a parû bien rempli,
& interessant.
,
Fronton dit Duc , en Latin Ducaus , nâquit
l'an 1558. à Bordeaux , où son Pere
étoit Conseiller au Parlement. Quelques- uns
l'ont nommé le Duc , & dans la Conférence
du Droit François avec le Droit Romain
page 451. on lit ces paroles : » Par Arrêt de
" Bordeaux du 20. Mars 1567. donné au
»raport de M. le Duc , Pere de Fronton le
» Duc , Jésuite , qui est un des plus doctes
» Personnages de notre temps , comme nous
"
voyons par les doctes Commentaires qu'il
» a faits sur S. Jean Chrysostôme , S. Atha-
» nase , S. Grégoire de Nazianze ; & puis -je
» dire de son Pere , ce que disoit Ciceron
» d'un grand' Personnage de son temps : Ut
» enim cateri ex Patribus , sic hic , qui illud
» lumen progenuit , ex filio est nominandus .
Fronton entra au Noviciat des Jésuites à
Verdun le 12. Octobre 1577. c'étoit la 19.
année de son âge. Le 13. Octobre 1579. il
fit ses premiers voeux à Pont à Mousson . Dès
l'année précédente 1578. il y avoit été envoyé
pour être Régent du soir en Rhétori
que
A VRLE. €739.
723
que , ce qu'il fit pendant quatre ans .
Il eut le même Emploi dans le College
de Clermont à Paris pendant quatre autres
années , & il s'en acquitta avec tant de capacité
, que Mathieu Bossulus , plus celebre
alors qu'il ne l'a été depuis , grand Orateur
dit Bayle , & qui professoit l'Eloquence dans
le College de Boncour ,, disoit à ses Ecoliers
& à quiconque vouloit l'entendre , qu'il n'avoit
jamais vû que deux hommes qui parlassent
bien Latin , lui Bossulus , & Maître
Fronton , Régent de Rhétorique chés les
Jésuites..
Pendant les quatre années qui suivirent
Fronton étudia en Théologie dans le College
de sa Compagnie à Paris ; sans négliger ni
La Scholastique , ni les Peres Latins , il s'apliqua
beaucoup alors à la lecture des Peres
Grecs:...
Après ces quatre années d'Etudes Théolo
giques , & une troisiéme année de Noviciat ,
qui les suit parmi les Jésuites , Fronton fut
envoyé au College de Pont à Mousson, pour
y enseigner la Théologie positive..
En, 1594. il fut choisi pour remplir le mê
me Emploi à Paris. Il commença à y professer
au mois d'Octobre , mais il ne le fic
pas plus de trois mois. Dès les premiers jours:
de l'année 1595. les Jésuites ayant été obli
gés de quitter leur College de Paris, Fronton ,
Ev Ra
724 MERCURE DE FRANCE
par l'ordre de ses Supérieurs , retourna à Pont
à Mousson , & y continua ses leçons sur la
Théologic positive.
La même année 1595. il fut chargé d'une
commission importante ; ce fut celle de revoir
les Commentaires de Maldonat sur les:
quatre Evangiles . Comme l'Auteur n'avoit
pas mis la derniere main à cet Ouvrage , &
qu'il avoit souhaité qu'il fût imprimé à Pont
à Mousson , suposé qu'on voulût le donner
au Public , Claude Aquaviva , Géneral de la
Compagnie , assûré de la bonté du Livre
suivit les intentions de l'Auteur , & en fir
envoyer une copie aux Jésuites de Pont à
Mousson ; mais il ordonna qu'avant l'impres
sion tout l'Ouvrage fut exactement revû ; il
prescrivit même la maniere dont il vouloit
que se fit la révision .
Le P. Fronton du Duc y fut employé avec
quatre de ses Confreres , tous gens habiles.
Parmi les Manuscrits du College de Pont à
Mousson , on conserve un cahier , où l'on
voit tous les endroits des Commentaires de
Maldonat , changés , ou retranchés par les
cinq Réviseurs , avec leurs corrections , &
les motifs qui les ont déterminés. Il paroît
que leur sage & judicieuse Critique n'a fait
aucun tort à l'excellent Ouvrage qui leur
étoit confié.
Je remarque en passant que la Préface &
rEpitre
AVRIL 1739. 725
PEpitre Dédicatoire du premier Tome , sont
de Clément du Puy , un des cinq Réviseurs ,
Oncle du fameux Pierre du Puy. On sçait
que Erudition étoit comme héreditaire
dans cette Famille.
En 1597. le P. Fronton passa de Pont à
Mousson à Bordeaux. Là pendant quelques
années il fit des leçons de Théologie Morale,
& expliqua l'Ecriture Sainte , mais à ses
Confreres seulement , & dans l'interieur du
College , qui n'étoit pas encore ouvert aux
Externes.
Ce fut proprement à Bordeaux qu'il com
mença à communiquer au Public les fruits
de ses Etudes. Outre quelques volumes de
Ş. Chrysostôme , traduits de sa façon avec
des Notes , il y fit imprimer trois Tomes
pleins d'excellentes Recherches , & qui seroient
plus connus & plus utiles s'ils étoient
en Latin , mais que les circonstances & l'utilité
de l'Eglise déterminerent l'Auteur à
écrire en François.
י
Le Livre de l'Institution , usage & doctrine
du S. Sacrement de l'Eucharistie en l'Eglise
ancienne , par Philipe de Mornay , Seigneur
du Plessis - Marli , parut en 1598. imprimé
à la Rochelle , in 4°. Jules Cesar Bou
lenger & Guillaume du Puy , Chanoine &
Theologal de Bazas , y répondirent . Leurs
Réponses ne parurent pas suffisantes , peu
E. vj.
être
726 MERCURE DE FRANCE
le
و و
وو
"
»
être avoient- elles été faites trop vîte. Des
Personnes zelées , engagerent le P. Fronton:
à écrire sur le même sujet. Florimond de
Rémond , Conseiller au Parlement de Bordeaux
, annonça cette nouvelle Réponse aur
Sr de Mornay , qui lui récrivit en ces termes
3. Février 1599. Bien vous dirais-je queje
ne tiens point les deux Ecrits de J. C. de
Boulenger , & de G. du Puy , pour justes
réponses ; qui ne font qu'escumer légere-
» ment sans rien enfoncer ; monstrant assés
» les Auteurs , que ce n'est leur dessein , ni
» de presser pied contre pied , ni de venir.
» main à main , mais de tenir les champs ,
39 pour évader plus aisément , funditores vere,
» non bastati. C'est pourquoi aussi je ne fais
» état de leur répondre par exprès , mais
» bien à cette Réponse dont vous me mena-
» cez ... Et pourtant c'est à vous à sollici
ter l'Entrepreneur , selon les parties que
» vous recommandez en lui , de haster son
» oeuvre.
L'oeuvre füt mise au jour en 1599. sous le
Titre d'Inventaire des faultes, contradictions .
& faulses allégations .... remarquées par les
Théologiens de Bo.deaux. Ce premier Volume
réimprimé la même année avec des ad
ditions , fut suivi d'an second en 1601. Le
Sr de Mornay sentit que cette Réponse étoit
plus pressante, & enfonçoit . Il l'avoia dans.
,
Sa:
AVRIL. 1739 727
sa Réponse aux Théologiens de Bordeaux ,
à laquelle le P. Fronton oposa en 1602. un
troisiéme Volume qui termina la dispute.
Lorsqu'en 1604. les Jésuites eurent obte→
nú la liberté de rentrer dans leur College de
Paris , le P: Fronton du Duc fut placé em
qualité de Bibliothécaire , afin qu'il recueillîs
les débris de leur Bibliotheque , qui avoit été
dispersée dans le temps de leur départ. Il y
travailla & ce ne fut pas sans succès.
Vers ce temps - là , Isaac Casaubon avoit
inspiré au Roy Henry IV. la pensée de fairer
imprimer les Manuscrits de la Bibliothéque
Royale , & s'étoit associé quelques Sçavans
pour travailler à l'Edition des Ecrivains profanes.
Le Clergé de France , dans une de ses
Assemblées, avoit chargé les Jésuites du soin
de revoir les Ecrits des Peres Grecs . La capacité
du P. Fronton étoit trop connue , pour:
qu'on ne jettât pas les yeux sur lui . Aussi futil
le premier que les Supérieurs destinerent
à cette occupation , dans laquelle il passa
le
reste de sa vie , sans autre distraction que :
celle que lui donna la Chaire de Théologie
positive , qu'il remplit en 1618, au renouvellement
du College de sa Compagnie à Paris .
Ses infirmités l'obligerent de la quitter à la
fin de 1623. mais elles ne lui firent pas aban
donner ses Etudes. Il les continua malgré les
douleurs aiguës de la Pierre , qui ne lui don
noient :
28 MERCURE DE FRANCE
noient aucun relâche ni le jour ni la nuit , &
dont il mourut le 25. Septembre 1624. La
Pierre qu'il portoit dans la vessie., & qui lui
causa la mort , étoit du poids de cinq onces.
Alegambe , Sotwel , Philipe Labbe , Morery
, du Pin , &c. mettent sa mort en 1623 .
c'est un manque d'exactitude . Le P. Petau ,
dans la Lettre 19. du second Livre de ses
Epitres , écrivant le 12. Décembre 1624. à
Heribert Rosweide , dit : Que de Frontonis
nostri obitu renunciata tibi esse scribis , nimiumvera
sunt. Mortuus est Septembri mense jam
affecta.
.
A
C'est Alegambe qui a induit tous les autres
en erreur. Mais si l'on eût voulu y faire
quelque attention , on auroit vû qu'il fournit
lui -même de quoi corriger sa fausse date;
car ayant marqué l'entrée de Fronton du
Duc chés les Jésuites en 1577. & ayant ajoû
té qu'il avoit passé 47. ans dans la Compagie
; il falloit conclure , que si dans la même
phrase il le fait mourir en 1623. c'est une
faute de l'Imprimeur , ou une méprise de
Auteur.
M. de Marolles , p. 59. de ses Mémoires
parle ainsi de lui » Comme j'étois en Tou-
" raine , sur la fin de l'Eté de 1624. j'y reçûs:
» la nouvelle de la mort d'un sçavant hom-
» me , c'étoit du P. Fronton du Duc , Jésuite
, l'un des plus célebres. Théologiens de
>>>SQIH
AVRIL 1739. 729
»
son temps... J'avoue que la perte m'en
» fut sensible ; car ce bon Vieillard , qui me
»faisoit le bien de maimer , ou du moins de
» souffrir patiemment que j'allasse quelquefois
profiter de son entretien, avoit l'ame tout-
» à- fait sincere , & je lui suis obligé de beau-
» coup de sentimens pour les Matieres Théo-
·logiques , que sa facilité me fit concevoir ,
» & qu'il avoit confirmés dans mon ame parun
solide raisonnement. Il-mourut à Paris
en la 66. année de son âge , le 25. jour de
» Septembre 1624.
و و
Il avoit fait sa Profession solemnelle des
quatre voeux à Pont à Mousson en 1596.
59
38
}
» Il s'apliqua particulierement , dit M. du
» Pin , à l'étude de la Langue Grecque & à
» la Critique des Auteurs , & a passé pour
» un des meilleurs Traducteurs & des plus
» ustes Critiques de son temps.. Il a été esti
mé , tant pour son Eruditon , sa justesse
d'esprit & la solidité de son jugement, que
"pour sa sagesse & sa modestie exemplaire..
» Son mérite a été également reconnu par les
Catholiques & par les Heretiques ; & il
» n'y a pas ей presque un Sçavant parmi les
» uns & les autres , avec lequel il n'ait eû
>> commerce de Lettres . Il avoit une grande :
→connoissance de la Langue Grecque , &
» écrivoit bien en Latin ; cependant il s'est
», plus apliqué à corriger les Versions des aue
ود
» tres,
730 MERCURE DE FRANCE
» ties, qu'à en faire de nouvelles, quoiqu'il y
» en ait quelques unes de sa façon dans les
OEuvres de S. Chrysostôme..
La vérité est, que dans les six premiers Volumes
de S. Chrysostôme on a 66. Lettres
& plus de cént Discours , ou Homélies ,
dont la Traduction est toute entiere du P.
Fronton . M. Huet le loüe d'avoir usé de
beaucoup de diligence, & d'avoir aporté une
grande fidélité dans ce qu'il a traduit de saint
Chrysostome: Baillet ajoûte , que le Public
a jugé qu'il n'avoit pas été moins exact dans
les autres Traductions qu'il a faites ; & que
dans tout ce que nous avons de lui , on remarque
une grande connoissance de la Langue
Grecque , & un grand. fond d'érudition
Ecclesiastique..
, י
و ي
Ses Contemporains ont toujours parlé de
lui comme d'un grand Religieux , c'est l'expression
d'André Vallad.er , encore plus attaché
à ses devoirs de pieté qu'à ses études
& parfaitement détaché de toutes les douceurs
de la vie. Par mortification , encore.
plus que pour conserver sa mémoire , & ménager
son temps au profit du travail Litteraire
, il n'usa jamais de vin dans ses repas , &
se réduisit de bonne heure à n'en faire par
jour qu'un seul & bien modique. Mais le caractere
de ces Mémoires ne comporte pas les
dérails où il faudroit entrer , si je voulois
m'étendre
AVRIL
1739 73
rétendre sur ses vertus Chrétiennes & Religieuses.
Catalogue de ses Ouvrages.
1. L'HISTOIRE TRAGIQUE de la Pucelle de
Dom-Remy, autrement d'Orleans , nouvellement
départie par Actes , & représentée par
Personnages,avec Choeur des Enfans & Filles
de France , & un Avant- Jeuen Vers , & des
Epodes chantées en Musique,dédiée par Jean,
Barnet,à Monseigneur le Comte de Salm , Seigneur
de Dom-Remy- la- Pucelle , de Nancy.
Nancy , Veuve de Jean Janson , 1581. in-
4. Il paroît par un Sonnet de C. Vallée
qui est joint à cette Piéce,& par le propre aveu
de Barnet , Conseiller & Secretaire ordinaire
du Duc de Loraine , qu'il n'est que le Réviseur
& l'Editeur de cette Piéce , dont l'Auteur
n'est point nommé. Mais il est sûr qu'elle eft
de Fronton du Duc. Voici ce que je trouve
sur ce sujet dans l'Histoire. Manuscrite du
College de Pont-à- Mousson , composée en
Latin par Nicolas Abram , Jésuite , connu
par d'autres Ouvrages imprimés. Anno supra
sesquimillesimum octogesimo , aum Rex Henricus
ac Regina Ludovica statuissent sub mensem
Maium ad Thermas Plumberianas accedere
M. Fronto Tragoediam Gallicam de Joanna
Puella Lotharingá , Regni Christianissimi liberatrice
, in Theatrum inducendam paraverat,
Sed
932 MERCURE DE FRANCE
Sed lues diversis in partibus grassata professio
nem discussit. La Tragédie fut représentée le
septiéme jour de Septembre devant Charles
III. Duc de Loraine . L'Historien ajoûte: Tragedia
que deinceps suppresso Autoris nomine
lucem adspexit , Serenissimo Duci tantopere
placuit , ut Poëta , quem detritâ toga , paupertatem
Evangelicam redolente , amictum videbat
, aureos centum nova vestis , ut aiebat
comparanda causâ, jusserit continuò numerari.
2. INVENTAIRE des Faultes , Contradictions
, faulses Allégations du Sieur du Plessis
, remarquées en son Livre de la Sainte
Eucharistie , par les Théologiens de Bordeaux.
A Bordeaux , 1999. in- 8°. Cette
premiere Edition se trouve difficilement :
les Curieux peuvent s'en consoler ; elle n'a
rîen qui doive la faire préférer à la seconde.
> ,
3. INVENTAIRE des Faultes .... remarquées
.... par M. Fronton du Duc , Bourdelois
, de la Compagnie de Jesus , seconde
Edition revûë & augmentée. Bordeaux ,
Simon Millanges , 1599. in -8 °. La premiere
Edition parut à la fin de Janvier. La seconde
fut achevée le 12. Juillet. Dans ce premier
Tome , il est traité , 1 °. Des Liturgies , ou
Messes de l'Eglise Catolique-Grecque. 2°.
Des Temples & Autels. 3 ° . Des Saintes Images.
4° . Du Pain sans levain , & du Vin mêlé
Eau , qui sont la matière de l'Eucharistie.
50%
AVRIL.
733 1739
.
5. De la Sainte Ecriture & Du Service Divin
en Langue vulgaire. 6 °. Des Pasteurs de l'Eglise
, & de leurs Vêtemens . 7°. Du Célibat
des Ecclésiastiques. 8 °. Du Sacrifice de Melchisedech.
9. Du Purgatoire & des Prieres
pour les Morts. 10°. De l'Invocation des
Saints.
4. SECOND TOME de l'Inventaire des Faul
tes , Calomnies & faulses Allégations du
Capitaine du Plessis , remarquées en son
Livre de la Sainte Eucharistic , par M. Fronton
du Duc.... Bordeaux , 1601. in- 8°.
Les Titres sont , 1 °. De l'Invocation des
Saints. 2°. Du Péché originel. 3 °. De la Con
cupiscence après le Baptême . 4°. Si la Loi
de Dieu est impossible. 5. De la Justification
par la Foi. 6°. De la Justice imputative.
7°. Du Franc - Arbitre. 8 °. Du Mérite des
bonnes oeuvres.
5. REFUTATION de la prétenduë Vérification
& Réponse du Sr du Plessis à l'Inventaire
de ses Faultes & faulses Allégations ,
par Fronton du Duc. Bordeaux , 1602. in- 8 °.
Comme le Sr du Plessis n'avoit répondu
qu'au premier Tome , aussi la Réfutation ne
touche que les matieres qui y sont traitées.
·
6. BIBLIOTHECA Veterum Patrum , sew
> Scriptorum Ecclesiasticorum Tomus primus
Greco- Latinus , qui varios Græcorum Auctorum
Libros , anteà Latinè tantùm , nunc verò
primùm
734 MERCURE DE FRANCE
primùm utraque Linguâ editos in lucem com
plectitur. Paris , 1624. in fol . Tomus secundus.
Paris, même année & même forme . Les
deux Tomes sont quelquefois nommés par
les Bibliothécaires , Auctarium Ducaanum ,
parce qu'ils servent de Suplément aux Editions
purement Latines de la Bibliothéque
des Peres.
>
се
Les Ouvrages du P. Fronton du Duc , qui
restent à détailler , n'étant que des Editions,
ou des Notes & des Révisions , il est ,
semble , plus naturel de ranger par ordre
alphabétique les noms des Auteurs sur lesquels
il a travaillé .
ENEE Gazai Theophrastus , sive de animarum
immortalitate , & corporum resurrectione
Dialogus. Bibl. Patr. Tom. 2. pag. 3.73 . I
s'agit ici des deux Volumes donnés par
Fronton du Duc.
AGAPETI Diaconi expositio Capitum admonitoriorum
ad Justinianum Imperatorem. B.P.
Tom. 2. pag. 263 .
AMPHILOCHII , Episeopi Iconii , de Occursu
Domini Nostri Jesu-Christi , & de Deiparâ,
item de Symeone. Oratio, B. P. Tom. 2. pag,
857:
ANDREE , Hierosolymitani Archiepiscopi ,
in S. Maria Salutationem Oratio, B. P. Tom.
II. pag. 439 .
ANTIOCHI, Monachi , Pandectes Scriptura
divinitus
AVRIL. 1739. 7357
divinitùs inspirata , seu Compendium totius
Religionis Chriftiana . B. P. Tom. 1. p. 1019 .
ARISTEE , de Legis divina ex Hebraicâ
Lingua in Gracam translatione per 70. Interpretes
, Historia. B. P. Tom. 2. p. 854.
ASTERII , Amasea Episcopi , Homilia. B.P.
Tom. 2. p. 561 .
NOTE in Homilias Asterii. B. P. Tom. 2.
à la fin du Volume .
ATHENAGORÆ Atheniensis
> Apologia
pro Christianis. B. P. Tom. 1. p. jo .
Ejusdem Liber de Resurrectione Mortuorum.
Ibid . p . 81.
NOTE in Athenagoram. A la fin du même
Tome ; & dans l'Edition d'Athenagoras ,
faite à Oxford en 1700. in- 8°.
NOTE in Opera S. Basilii Magni. Dans
P'Edition Latine des Oeuvres de S. Basile.
Paris , 1603. in-fol. Anvers , 1616. in -fol.
Cologne , 1618. in-fol.
NOTE in Editionem Graco- Latinam Operum
S. Basili Magni. Paris. 1618. Ces Notes
sont dans le troisiéme Tome , intitulé :
Appendix ad S.Basilii Magni Opera ; & dans
l'Edition de S. Basile , donnée par D. Julien
Garnier. Paris , 1721. 1722. 1730. in-fol.
S. BASILII Magni Liturgia, B. P. Tom . 2 .
pag. 42 .
J
CESARII , Fratris S. Gregorii Nazianzeni,
de variis Questionibus Dialogi quatuor.B.P.
Tom, 1. p. 545.
CA736
MERCURE DE FRANCE
CANONES Apostolorum & Conciliorum,
Græc. Lat . Paris. 1618..in-fol.
CHRYSIPPI , Presbyteri Hierosolymitani ,
Homilia de S. Deiparâ . B. P. Tom. 2. p.424.
COLLECTANEA in Clementem Alexandrinum.
Ces Notes se trouvent à la suite des
Oeuvres de Clément Alexandrin , imprimées
à Paris 1629.in- fol. réimprimées peu correctement
, là-même 1641 , in-fol. à Cologne ,
ou plûtôt à Wittemberg , 1688. in fol .
La suitepour un autre Mercure.
LE SPECTACLE DE LA NATURE , ou Entretiens
sur les particularités de l'Histoire Naturelle
. Troisiéme Partie , Tome quatrième ;
contenant ce qui regarde le Ciel & les liaisons
des differentes Parties de l'Univers avec
les besoins de l'Homme . A Paris , chés
Estienne , rue Saint Jacques , à la Vertu ,
MDCCXXXIX . Vol . in- 12 . en deux Parties de
583. pp. sans la Table des Matieres.
Nous sommes charmés de rendre compte
au Public de ce quatriéme Tome du Spectaele
de la Nature , & nous osons l'assûrer
d'avance , que la lecture ne lui en sera pas
moins utile & agréable , que celle des précédens.
Cet excellent Livre , nous présente
la Physique , non pas avec cette figure chagrine
& hérissée sous laquelle elle a coûtume
AVRIL. 1739. 737
:
me de paroître dans les Ecoles , mais avec
cet air noble & attrayant qui lui est si naturel
, & qui plaît si fort à ces Sçavans du premier
ordre , qui vivent , pour ainsi dire
auprès d'elle & à sa compagnie. Cet Ouvrage
est également fait pour le coeur & pour
l'esprit tandis que celui- ci s'exerce sur les
magnifiques sujets qu'on lui propose , & acquiert
ces belles connoissances qui le transportent
, en quelque façon , hors de lurmême
, le coeur se sert de ces mêmes connoissances,
pour remonter jusqu'au souverain
Etre , Auteur de tant de merveilles , faites
uniquement pour l'Homme , ensorte que s'il
n'est entierement insensible & endurci , il ne
peut s'empêcher de devenir reconnoissant
envers le Créateur.
. Ce Volume est divisé en deux Parties . La
premiere , traite du Ciel. La seconde , de la
Physique expérimentale. L'Auteur , après
avoir tracé le Plan de l'Etude du Ciel dans
le premier Entretien, fait paroître la Nuit sur
la Scene dans le second. Quoique la Nuit ne
soit que l'interruption du mouvement de la
lumiere vers nos yeux , cependant entre les
mains de Dieu , elle est une source de faveurs
pour l'Homme. Nous avons besoin de repos
: la nuit , pour nous le procurer , nous
ôte le Spectacle de la Nature , afin de nous
êter l'usage des sens ; mais ce n'est qu'après
›
nous
738 MERCURE DE FRANCE
nous avoir avertis avec bienséance de prendre
du repos , qu'elle obscurcit la Nature ; elle
fait marcher devant elle le crépuscule , pour
nous donner le temps d'achever ce que nous
avons interêt de finir : & de peur de nous
trop surprendre , elle s'avance à pas lents ,
& ne devient sombre , & enfin tout-à-fait
noire , que par dégrés.
་
Nous sommes fachés que nos bornes ordinaires
ne nous permettent pas de nous étendre
davantage sur cet agréable Entretien . &
de réprésenter l'admirable Spectacle de la
Nuit dans son entier : passons malgré nous
au troisiéme Entretien . La Lune en est là
matiere , le mouvement de cet Astre ,` ses
phases , ses éclipses & son utilité y sont traités
de maniere à nous faire admirer l'attention
de la Providence à procurer à l'Homme
toutes ses commodités .
Le quatriéme Entretien , qui roule sur le
Crépuscule & sur l'Azur du Ciel , redouble
notre admiration & notre surprise , par les
importantes connoissances qu'il nous donne
des magnifiques présens dont leCréateur nous
a comblés , en nous environnant d'un Atmosphere
, sans lequel nous aurions été privés
du Crépuscule , & sans lequel encore le
Soleil & la Lumiere , si avantageux à l'Homme
, nous auroient été inutiles.
L'Aurore paroît dans le cinquiéme Entre-
•
tien
AVRIL. 1739. 739
tien. Rien n'est plus magnifique que son retour
sur l'Horison . Elle fait renaître le Monde
, elle fait revivre l'Homme , & l'avertit de
retourner à son travail. En sa faveur , elle
fait rentrer dans les forêts les Bêtes féroces
& lorsque le Roy de la Terre sort pour visiter
sa demeure , elle en fait disparoître les
Animaux sauvages , & les avertit de ne s'y
pas montrer.
;
Dans le sixième Entretien , le Soleil se
montre dans toute sa magnificence. La lumiere,
qui, sans ce bel Astre , qui lui donne
le mouvement , nous seroit inutile , fait le
sujet du septiéme. Cet Entretien , auſſi - bien
que le suivant , qui traite des Routes de la
Lumiere est un peu trop étendu , pour que
nous entreprenions d'en faire l'analyse. Nous
passerons au neuvième , qui nous donne sur
les couleurs ce qu'il y a de plus vraisemblable
, d'après le célebre M. Newton .
·
Les couleurs servent à la distinction des
objets & à nos plaisirs. Dieu nous en a fait
présent , pour nous débarasser de la longue
discuffion que nous aurions été obligés de
faire ', pour reconnoître les choses qui nous
environnent. Sans les couleurs , toute notre
vie , dit l'Auteur , auroit été employée à étu
dier plûtôt qu'à agir , & nous nous serions
trouvés dans une incertitude éternelle , au
lieu qu'avec le secours des couleurs , il suffit
F que
740 MERCURE DE FRANCE
que l'Homme ouvre le matin sa paupiere , &
voilà toutes ses recherches faites. Son ouvrage
, ses outils , sa nourriture , tout ce qui
l'interesse , se présente à lui à découvert , nul
embarras pour en faire le discernement ; la
couleur est l'étiquette qui conduit sa main
& qui la mene, à coup sûr, où il faut qu'elle
arrive.
Que les couleurs contribuent à nos plaifirs,
cela est hors de tout doute : Car » quel autre
» dessein , ajoûte notre Auteur , que celui
» de nous placer dans un séjour agreable, en
" a orné toutes les parties de peintures fi
› brillantes et fi variées? Le Ciel & tout ce qui
>>> eft vû de loin, ont été peints en grand. L'éclat
» & la magnificence en sont le caractere . La
légereté, la finesse , & les graces de la mi-
» niature se retrouvent dans les objets desti-
» nés à être vûs de plus près
ود
رو
comme sont
les feuillages , les oiseaux , les fleurs ; &
» de crainte que l'uniformité des couleurs ne
» devint en quelque sorte ennuyeuse , la
» Terre change de robe & de parure selon
» les Saisons. Il est vrai que l'Hiver lui en-
» leve une grande partie de ses beautés..
» Mais il ramene un repos utile à la Terre ,
» & plus utile encore à celui qui la cultive.
» Tandis qu'il retient l'Homme dans sa re-
» traite , à quoi bon la Terre se pareroit- elle
pour n'être point vûë de son Maître ?
"
»
L'Auteur
AVRIL. " 1739.
*74*
L'Auteur passe ensuite à la nature des
couleurs , & distingue la couleur que l'on
peut apeller spirituelle , d'avec celle qu'on
peut regarder comme corporelle . Celle - ci
est la lumiere ou l'objet coloré , qui frape
nos sens ; l'autre , n'est que la sensation qui
s'excite dans l'ame à la vue de l'objet aperçû.
Selon notre Auteur , il y a deux sortes de
couleurs corporelles , les unes sont dans les
traits de lumiere , les autres sont dans les
corps colorés. » Qu'il y ait , dit- il , dans la
» lumiere corporelle des traits essentielle-
» ment rouges ,
d'autres d'une autre couleur
""
ود
qui leur soit propre , ou , en un mot , des
" rayons differemment construits , il n'est
plus poffible d'en douter , après la multitude
des Expériences que M. le Chevalier
» Newton a faites avec tout le succès poffi-
» ble pour s'en instruire . "
,
Il expose ensuite les differentes Expériences
du Prisme , d'où il résulte que les rayons
ont dans la lumiere corporelle une couleur ,
ou une constitution qui leur est propre ; en
second lieu , qu'ils ont chacun leur different
dégré de refrangibilité , & enfin
› que le
rayon le plus facile à plier dans le reste ,
auffi le plus facile & le plus propre à se refléchir
, lorsqu'il arrive à la surface de l'air
qui touche l'autre côté du verre. Les corps
colorés , & les differens systêmes sur la cau
est
Fij se
742 MERCURE DE FRANCE
:
se de leurs differentes.couleurs , terminent
Get Entretien .
L'ombre , le lieu du feu & ses services
la théorie de cet Element , composent les
trois derniers Entretiens : Nous nous ferions
un plaisir d'en instruire encore le Public
, sans le risque de tomber dans l'inconvénient
que nous voulons éviter dans nos
Extraits.
La seconde partie de ce bel Ouvrage , contient
l'Histoire des Progrès de la Physique,
experimentale , sçavoir , l'intention du Zodiaque
, la découverte des Ourses , & de l'Etoile
Polaire , les Voyages des Anciens , les
progrès de la Cosmographie , la fabrique &
T'usage des Globes , l'état de la Physique
dans le moyen Age , la découverte de la
Boussole , les Colonies des Européens dans
les Indes Orientales & Occidentales , le renouvellement
des Sciences , l'Invention du
Telescope , l'aplication faire du Telescope à
l'Astronomie par Galilée , le Microscope &
les autres Inventions des Modernes.
Le Livre finit par un Précis des Systêmes
généraux de Phylique . L'Auteur démontre
par une foule d'Expériences , que nous ne
sommes point apellés à connoître le fond &
la nature de ce qui nous environne ; mais
que Dieu ne nous a accordé des lumieres &
des connoissances , que ce qu'il en faut
pour
AVRIL 1739. 7432
pour regler notre coeur , &
notre main.
pour exercer
L'ECOLE DU MONDE , ou Inftruction d'un
Pere à un Fils , touchant la manière dont il
faut vivre dans le Monde , par M. le Noble.
Nouvelle Edition , à Paris , chés le Clerc
Quai des Auguftins , à la Toison d'or, 1739.
4. vol. in- 12.
DES PROPRIETE'S DE LA MEDECINE , par
raport à la Vie civile,par M. Louis de Sanicul
Docteur - Régent de la Faculté de Médecine:
de Paris , 1739. in- 12 . à Paris , chés Brias-
Jonrue S. Jacques , à la Science,
DICTIONAIRE DES CHASSES , contenant
l'Explication des Termes , & le Précis des
Reglemens sur cette matiere. Ouvrage utile
& nécessaire aux Seigneurs , aux Officiers de
la Jurisdiction , aux Gardes , & à tous les ›
Chasseurs , par M. Langlois , Officier de la
Varenne du Louvre . A Paris , chés Prault ;
Pere , Quai de Gêvres , 1739. in- 12.
LA PRINCESSE LAPONOISE , Hiftoire Galante
& Litteraire , petite Brochure in- 12 . en
deux Parties. La premiere de 120. pag. & la
seconde de 115. A Londres , chés Georges
Smith , Marchand Libraire , 1738 .
Fiij
HIS
-44 MERCURE DE FRANCE
HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens , des
Carthaginois , des Assyriens , des Babyloniens
, des Medes & des Perses , des Macédoniens,
des Grecs. Par M. Rollin, &c. Tomé
XII .& XIII. A Paris, chés la Veuve Etienne,
ruë S. Jacques , 1738. in- 12 . Le premier de
768. pages , & le second de 217. sans compter
les Tables de 302. pages.
TOUTES LES OEUVRES DE S. EPHREM le
Syrien , en Grec , en Syriaque & en Latin ,
distribuées en fix Tomes , corrigées sur les
Manuscrits du Vatican & autres , augmentées
& enrichies de Verfions , de Préfaces , de
Notes & de Variantes ; publiées pour la premiere
fois sous les auspices du Pape Clément
XII. & tirées de la Bibliothèque Vaticane .
Pierre Benoît , de la Compagnie de Jesus , a
revû le Texte Syriaque , y a ajoûté des Notes
vocales , l'a traduit en Latin, & l'a accompagné
de Scholies. Tome premier en Syriaque
& en Latin , à Rome , de l'Imprimerie du
Vatican , par Jean - Marie- Henri Salvioni ,
Imprimeur , 1737. in fol. de 567. pages, sans
'Epitre Dédicatoire & les Préfaces.
TRAITE' DE L'AMOUR DE DIEU , divisé en
douze Livres , avec un Discours Préliminaire
à la tête de chaque Livre ; & à la fin de chaque
Tome , un Recueil de Maximes spirituelles,
AVRIL ` 1739%. 745
tuelles , de Sentences , & de pieuses Affections
, tirées du Corps de l'Ouvrage , selon
la Doctrine , l'Esprit & la Méthode de Saint
-François de Sales , 1738. Trois Volumes in-
12. Par le P. Fellon , de la Compagnie de
Jésus. A Lyon , chés Placide Jacquenod .
Cavelier , Libraire , rue S. Jacques à Paris,,
vient d'achever d'imprimer les Livres suivans.
NOUVEAU TRAITE' des Elections contenant
'P'Origine de la Taille , Aydes , Gabelles , Octrois &
autres Impofitions : par M. Vieuville , Lieutenant
Géneral en Chef au Siége de l'Election de Xaintes ,
in- 8°. Paris 1739 .
LE TRAITE' de la Vente des Immeubles par
-Decret , de M. d'Hericourt , Avocat au Parlement ,
avec les Arrêts , &c . 2. vol in. 4. augmentés, Paris,
1739.
LES LETTRES de Morale & de Piété de fen M.
Duguet , Tomes V. VI . VII . VIII. & IX. in - 18 ,
Paris , 1739.
LES OEUVRES de Pierre & Thomas Corneille >
nouvelle Edition augmentée, 11. vol . in - 12 . Paris,.
1738.
Le même Cavelier a nouvellement reçû
les Livres suivans.
MEMOIRES du Duc de Villars , Pair de France ,
Maréchal Géneral des Armées de S. Majeſté Très-
Chrétienne . Nouvelle Edition , corrigée & augmentée
d'une Table des Matieres. 3. vol . in - 12 . Londres
, 1739.
Fij
Ma746
MERCURE DE FRANCE
MEMOIRES du Maréchal de Berwick , Génera
lissime de Sa Majesté Très- Chrétienne . 2. vol. in
12. Londres , 1738.
LETTRES Haftoriques &Galantes de Mad .Dunoyer,
contenant differentes Hiftoires , Anecdotes , curieuses
& singulieres. Nouvelle Edition , augmentée
d'un Tome VI. en 6. vol . in - 12. Londres , 1739.
>
Blancardi ( Steph. ) Lexicon Medicum renovatum,
in quo totius Artis Medica Termini , in Anatomen
Chirurgia , Pharmacia , Chymia , Re Botanica ufttati
, dilucide & breviter exponuntur . Editio noviffima
aucta , in- 8. Lugd. Batavorum 1735.
Alpini ( Steph. ) Hiftoria Egypti Naturalis. 2. vol.
in-4. cum fig. Lugd. Bat. 1735 .
Dureti ( And. ) Interpretationes in Hyppocratis
Coacas. Nova Editio , curante Pelerin Chrouet , qui
Prafationem adjecit . in-fol . Lugd . Batavorum 1737•
Linna ( Caroli ) Genera Plantarum, earumque ca
racteres naturales , c. Lugd. Batavorum. 1737.
Linnai ( Caroli ) Critica Botanica ,
in qua
na Plantarum , Specifica , Genera & Variantia examini
subjiciuntur. in- 8 . Lugd . Bat. 1737 .
nomi-
Mussehenbrock ( Petri ) Elementa Physica cons-
Eripta in Usus Academicos , in- 8. cum fig. Lugd.
Bat. 1734.
PIERRE-JEAN-MARIETTE , Libraire , rue Saint
Jacques , aux Colonnes d'Hercule , a en vente
Hiftoire Ecclesiastique , pour servir de continuation
à celle de M. l'Abbé Fleury , Tome XXXV . depuis
l'an 1570. jusqu'à l'an 1984. in - 4, & in- 12. 1737.
Tome XXXVI . depuis l'an 1585. jusqu'à l'an 1595.
comme les précédens , 1738 .
De Bure l'aîné, Libraire à Paris , Quai des Auguftins
, à l'Image S, Paul , vient de faire l'acquisition
AVRIL
747 1739
tion du fonds entier de l'Edition Grecque-Latine
des OEuvres de Saint Jean Chrysostôme , en 13 .
Volumes in-folio , dont la République des Lettres
eft redevable aux soins du Sçavant Pere Dom Bernard
de Monfaucon ; c'eft à ce Libraire que doivent
s'adresser les Porteurs des Souscriptions pour cet
important Ouvrage.
SOUSCRIPTIONS pour une seconde Edition du
grand Dictionaire Géographique , Historique & Cri
tique de M. Bruzen de la Martiniere.
Ce Dictionaire passant , avec raison , pour le
meilleur & le plus complet qui ait parû en ce genre,
il est inutile d'en faire ici l'éloge. Les Critiques les
plus séveres ne lui ont pu reprocher qu'un peu trop
de longueur en certains Articles , pendant que plusieurs
Habitans de nos Provinces de France , se
plaignent qu'il eft trop court sur ce qui regarde leurs
Villes & Bourgades. L'attention que l'on a dans
cette nouvelle Edition , de profiter des corrections
& augmentations que plusieurs personnes ont faites
sur la premiere Edition , rendrà celle -ci aussi
exacte qu'elle se puisse jamais faire. Ce sont les termes
du Programme . On y ajoûte que le premier
Volume paroîtra le premier du mois de Juillet 1739.
que les Souscriptions ne seront reçûës que jusqu'au
mois de Juin prochain , & qu'on ne tirera que mille
Exemplaires . Les conditions que l'on propose aux
Souscripteurs , sont de payer 78. livres , sçavoir 36 .
livres en souscrivant , 21. livres en retirant la moitié
de l'Ouvrage , & les autres 21. livres en recevant
le reste. P. G. Le Mercier , Imprimeur à Paris ,
& le Sr Augé , Imprimeur à Dijon , sont chargés de
cette Edition.
* Fv EX748
MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre écrite au Réverend
J
Pere D. Bernard de Montfaucon , au sujet
d'un Livre qu'il vient de publier , intitulé -
BIBLIOTHECA MANUSCRIPTORUM,in-fol
2. vol. A Paris , chés Briasson , Libraire
ruë S. Jacques , à la Science,
' Ai vû avec un très-grand plaisir, M. R. P. votre
Bibliotheca Manuscriptorum , & j'ai été d'autant
plus satisfait, que j'y ai trouvé un Ouvrage que nos
Jurisconsultes François croyoient perdu c'est celui
de Pierre Fontaine , no . 9822. page 882. M. Du
Cange nous a donné en 1668. le Conseil de Fontaine
à la fin de son Joinville : la solidité de cet
Ouvrage faisoit regretter le second Livre , dédié à
la Reine Blanche , lequel enseigne droit à faire
Justice à tenir très-especiaument. Vous parlez aussi
de son Dialogue sur les Loix & Coûtumes, n° 7426.
page 790. si j'étois à portée , je les copierois & les
donnerois au Public avec des Notes , &c.
On peut voir par cet Extrait de la Lettre écrite
d'Angers
par un très- habile homme
, de quelle
utilité est & sera pour les Sçavans
, & généralement
pour tout le monde
curieux
, le précieux
Recueil
du P. de Montfaucon
. Cet immense
travail découvre
un nombre
sans fin de beaux Ouvrages
, enterrés
dans les Bibliotheques
, dont le Public pourra
user à l'avenir , avec de grands avantages
, &c.
LETTRE
AVRIL. 749 1739.
{
LETTRE à M. de la R. au sujet du Livre
de la Théorie & Pratique du Jardinage.
L
E goût que vous avez , Monfieur , pour les
Arts & pour les Sciences , & l'accès favora❤
rable que vous leur donnez dans le Mercure de
France , engagent tous les Gens de Lettres à y recourir
dans le besoin ; il eft leur Emissaire , & c'è .
par son moyen qu'on se communique les plus aimables
productions de l'Esprit.
Une erreur qui s'eft glissée dans la troifiéme
Edition du Livre de la Théorie Pratique du Jardinage
, m'engage à vous prier de rendre publique
cette Lettre ; Erreur qui intereffe un de vos Amis
& des miens , c'eft M. Dargenville , Maître des
Comptes , Affocié Correfpondant de la Société R.
des Sciences de Montpellier. Il a toujours gardé
l'anonyme au sujet de quelques Ouvrages qu'il a
faits ; celui- ci eft du nombre , il l'a composé dans
sa jeunesse , temps où des affaires plus sérieuses nel'occupoient
pas comme à présent.
Cet Ouvrage a été imprimé pour la premiere
fois chés Jean Mariette , in- 4°. en 1708. la seconde
Edition a été augmentée de plus d'un tiers
en 1712 , ces deux Editions sont sans autre nom
d'Auteur , que des Lettres majuscules avec des
points. L'Erreur faite dans la troifiéme Edition en
1722. & dont on ne s'eft aperçu que depuis peu ,
roule sur ce que l'on a mis le nom d'Alexandre le
Blond , Inventeur des Desseins des Planches qui
ørnent ce Livre , & que l'on a suprimé par mégarde
, les Lettres majuscules du nom de M. Dargenville
, lesquelles étoient à la seconde Edition .
Quoique le nom d'Alexandre le Blond ne soit
qu'à l'Article des Planches dont il eft parlé dans le
Evi Titre ,
750 MERCURE DE FRANCE
Titre , comme il exifte seul dans cette Edition , il
naît une Equivoque de ces differens noms d'Auteurs
, qui se trouvent dans la seconde & dans la
troifiéme Edition , & c'eft un nuage qu'il eft à propos
de diffiper.
Notre Ami ne veut point enlever au Sr le Blond ,
l'honneur d'avoir inventé les Deffeias des Planches
répandues dans son Ouvrage , inftruit de l'Architecture
& de la Perspective par cet habile Homme ,
il n'a garde de lui enlever , comme son Eleve , une
réputation dûë à ses rares talens.
On vient de faire un Carton de la Feuille qui
comprend le Titre , où l'on a reftitué les premieres
Lettres du nom de l'Auteur , telles qu'elles étoient
dans la seconde Edition . Dans l'Avis qui suit le
Titre , voici comme notre Ami s'explique au sujet
de l'Inventeur des Defleins.
On doit ici un Aveu public au sujet des Planches
insérées dans cet Ouvrage , elles sont dûës au Sr Alexandre
le Blond ,fameux Architecte , mort en Moscovie
en 1725. Sa capacité dans l'Architecture , son
goût , songénie pour inventer toutes sortes de Deffeins ,
étoient connus de tout le monde. L'Auteur de cet Ouvrage
, comme son Eleve , se fait honneur de l'avoir
toûjours consulté.
Cette Lettre , M. , eft absolument nécessaire aux
Personnes qui ont acquis cette troifiéme Edition ,
dont il y a beaucoup d'Exemplaires de débités avec
le nom d'Alexandre le Blond ; c'eft une juftice Littéraire
qu'on ne peut refuser à notre Amicommun,
c'eft la rendre à la vérité même . Judicieux comme
vous êtes , Monfieur , je me flate que vous voudrez
bien vous y prêter . Je suis , &c.
LETAVRIL:
17393 75#
•
LETTRE de M. Du Buiffon à M. le C.
D.'L . R. au'sujet du Mémoire imprimé
dans le Mercure de Février , sur la Génealogie
de la Maison de Béthune ..
E
>
y
N me critiquant par la voye du Mercure ,
M. le Duc de Sulli , Monfieur , m'a fait un
honneur auquel je ne devois pas m'attendre ; ç'a été
m'élever jusqu'à lui , me permettre de lui répon
dre , rendre le Public son Juge & le mien sur une
matiere Littéraire , & peut-être en plufieurs
points , s'exposer à perdre sa cause : mais je n'abuserai
point de son indulgence , je sçais trop ce
que je dois à son Rang. J'avois reçû sa Lettre , j'y
avois répondu , il m'avoit répliqué , le Mémoire
devoit être réimprimé , M. le Comte de Bethune
avoit consenti , ma Réponse l'annonçoit , elle étoit
respectueuse , mesurée , telle enfin , que dans les
Endroits où j'ayois été obligé de critiquer les Observations
de la Lettre , je l'avois fait avec des ménagemens
qui avoient fait disparoître jusqu'à l'air
de la Critique. Puisque M. le Duc de Sulli vouloit
faire imprimer sa Lettre , il devoit au moins y
joindre cette Réponse ; le Public , à qui il me défere
, y eût vû de la docilité , de la modestie , &
peut-être qu'il m'auroit pardonné mon ignorance
en faveur de ces qualités. Je ne suplérai point à ce
que M. le Duc de Sulli a omis , je n'entrerai même
dans aucuns détails sur ce que j'aurois pû ajoûter
à ma Réponse , qu'il jouiffe de mon filence
qu'il jouiffe d'un respect que je ne veux point démentir
; comme il sçait jusqu'où je le porte , je me
fate qu'il m'en sçaura gré. Au reste , M. , je vous
envoye , avec l'agrément de M. le Comte de Béthune
, un Exemplaire du Mémoire réimprimé , le
premier
752 MERCURE DE FRANCE
premier eft suprimé , & celui- ci eft corrigé & augmenté
dans les choses où il a été jufte & poffible
qu'il le fut. Si M. le Duc de Sulli eût pu , où voulu
m'aider des Titres & des lumieres qu'il prétend avoir
sur les Branches d'Hesdigneul & de Saint Venant ,
dont il a parlé dans sa Lettre , on en eût fait usage ;
M. le Comte de Bethune le souhaitoit , & M. le
Duc de Sulli sçait bien que j'ai eu l'honneur de lui
faire à cet égard diverses questions dans ma Réponse
; faute de ces Titres , j'ai été forcé de me
borner à ce que j'ai dit dans le Mémoire. Il falloit
accorder ce qui pouvoit être dû à Mrs d'Hesdigneul
& de Saint Venant , avec ce qui pouvoit être permis
raisonnablement par l'Examinateur de l'Ouvrage.
Je vous serai sensiblement obligé , M. de vouloir
insérer cette Lettre dans le Mercure de ce mois , &
d'y vouloir insérer auffi le Mémoire. M. le Comte
de Béthune me permet de vous en prier , même de
sa part ; & c'eft une chose d'autant plus jufte , que
le Mémoire n'étant point imprimé pour le Public
vous êtes le seul canal par ou je puiffe l'y faire
paffer , & me juftifier au moins , à quelques égards,
devant lui.
J'ai l'honneur d'être très parfaitement , M. &c.
A Paris ce 21. Avril 1739.
EXTRAIT d'une Lettre écrite du Havre ,
sur la mort d'un Officier Centenaire.
J
>
E crois devoir vous informer , Monfieur , que
le plus ancien des trois Officiers de la Garnifon
de cette Citadelle , dont l'un de vos Mercures a
parlé , eft décedé le 9. de Novembre 1738. âgé de
cent quatre ans , il fe nommoit M. Faifant , Lieute--
nant Învalide dans la Compagnie de M. Dubaftré ,
lequel
1
AVRIL. 17398 753
Tequel a toujours joüi d'une fanté robufte & lû ſans ·
lunettes jufqu'aux deux derniers mois qui ont précedé
fa mort. J'ai l'honneur d'ètre , &c. Signé
GALLOT.
REPONSE au Madrigal de M. Linant ;
inseré dans le Mercure de Février dernier
page 515. & adressé à Mad. la Marquise
du Châtelet. Par M. Desforges Maillard .
Toi, qui dis queCirey * fut un Temple à tes yeux,
Tu pouvois sans mentir , Linant , en juger mieux ;
Et tu dûs , y voyant Apollon & Minerve ,
Te croire , emporté par ta verve ,
Sur le Parnasse ou dans les Cieux.
Le Mardi 7. Avril , l'Académic Royale des Ins→
eriptions & Belles -Lettres , tint fa Séance publique
d'après Pâques ; M. le Comte d'Argenson y préfida,
M.le Secretaire déclara dabord que l'Académie avoit
adjugé le Prix , dont nous avons expofé le Sujet en
son temps ,à M. Pontedera, Profeffeur de l'Eloquence
dans l'Univerfité de Padoue. Ce Prix , qui est une
belle Médaille d'or de la valeur de 400. livres , fut
mis entre les mains du Secretaire de M. l'Ambaffadeur
de Venife , chargé du pouvoir du sçavant
Profeffeur.
M. de Foncemagne ouvrit la Séance par la lecture
d'une Differtation de M. de Boze, adreffée à l'Aca-
* Cirey , Château de Mad. la Marquise du
Châtelet.
démie ,
754 MER CURE DE FRANCE
démie , fur une Médaille finguliere de M. Galerius
Antoninus , fils de l'Empereur Antonin Pie , nouvellement
acquife pour le Cabinet du Roy. La gravûre
de cette Médaille fut diftribuée dans l'Affemblée
.
M. l'Abbé Gedoyn lût enfuite une Differtation
fur l'Extrait de Photius , touchant Theopompe , il
donna l'Hiftoire de ce Sçavant de l'Antiquité Grecque
, raporta le Jugement de Photius , & enfuite
celui que Denis d'Halicarnaffe avoit porté de fes
Ouvrages , ajoûtant fes Refléxions , mêlées d'His
toire & de Critique .
M. Hardion lût fa VIII . Differtation Hiſtorique
fur l'Eloquence Grecque , où après avoir expofé
l'origine & les progrès de l'Eloquence dans la
Sicile , il donna l'Hiftoire du Sophifte Gorgias.
Enfin M. l'Abbé Sallier entretint l'Affemblée de
l'origine & des premiers Effais de l'Imprimerie , fixant
cette Origne à l'année 1452. Il parla de plufieurs
Ouvrages imprimés en ce temps - là , dont fl
Faporta des preuves , & fit voir que le Vocabulaire
des Jéfuites , apellé Catholicum , la Bible du College
Mazarin , & celle de la Bibliotheque du Roy ,
tous Ouvrages imprimés fans date , font de ce
temps - là . On eft redevable. de la découverte de
cette derniere Bible , au Sr Boudot , de la Biblio
theque du Roy , qui l'a fait venir d'Annecy en Savoye
, & qui par une fuite de fon zele & de fon
attackement. , la cédée à la Bibliotheque Royale.
Le Mercredy 8. l'Académie Royale des Sciences
tint pareillement fon Affemblée publique , à laquelle
M. le Chancelier préfida. M. de Fontenelle
ouvrit la Séance en déclarant que le Sujet du Prix
de cette année n'ayant pas été entierement rempli,
PAcadémie remettoit la diftribution de ce Prix à
P'année
AVRIL 17328 755
Pannée 1741. & qu'alors le Prix concernant le même
Sujet , fera double , ou de 4000. livres . Il s'agit
de trouver le Cabeftan le plus parfait , à l'ufagedes
Vaiffeaux & de toute la Marine .
M. de Fontenelle fit enfuite un bel Eloge de M.
Herman Boerhaave, célebre Profeffeur en Médecine,
Botanique & Chymie à Leyde , Associé Etranger de
cette Académie depuis l'année 1730. lequel eft décedé
au mois de Décembre dernier , riche de deux
millions , dont il faisoit un bon usage.
M. Caffini , le fils , lût un Mémoire divifé en
deux Parties. Dans la premiere il raporta les Opé
rations Géométriques & Aftronomiques , qu'il a
faites , conjointement avec M. Maraldi , dans les
deux dernieres années , en différentes Provinces du
Royaume , pour parvenir à la composition d'une
bonne Carte génerale de la France. La feconde Par
tie du Mémoire contient une Expofition de ce que
P'Auteur fe propoſe de faire cette année , pour la
vérification de la Méridienne de l'Obfervatoire
Royal , depuis Paris jufqu'à Colioure.
M. du Hamel du Monceau , lût un autre Mé
moire fur la Plante nommée Guarança , qui a la
proprieté de teindre en rouge les os des Animaux
vivans , à qui on fait prendre un mêlange de cette
Plante avec leurs alimens ordinaires , ce qu'il prou
va par le récit de plufieurs Experiences.
Enfin , M. le Clerc de Buffon , termina la Seance
par la lecture d'un Mémoire ingénieux & trèsbien
écrit , concernant la maniere de conferver , de
repeupler & multiplier les Forêts du Royaume.
Nous ne manquerons pas de donner dans le prochain
Mercure les Extraits de ces utiles & curieux
Memoires.
BRIX
3 756 MERCURE DE FRANCE
PRIX proposé par l'Académie Royale des
Sciences pour l'annte 1741 .
Eu M. Rouillé de Meſlay , ancien Confeiller at
FParlementde Paris , ayant conçu le noble dessein
de contribuer au progrès des Sciences & à l'utilité
que le Public en pouvoit retirer, a legué à l'Académie
Royale des Sciences un fonds pour deur
Prix , qui feront diftribués à ceux , qui , au jugement
de cette Compagnie , auront le mieux réüffi
fur deux differentes fortes de Sujets, qu'il a indiqués
dans fon Teftament;& dont il a donné des exemples .
Les Sujets du premier Prix regardent le Syſteme
géneral du Monde , & l'Aftronomie Physique.
Ce Prix devroit être de 200c. livres , aux termes
du Teftament , & fe diftribuer tous les ans . Mais la
diminution des Rentes a obligé de ne le donner que·
tous les deux ans , afin de le rendre plus confidérable
, & il fera de 2700. livres .
Les Sujets du second Prix regardent la Naviga
tion & le Commerce.
Il ne fe donnera que tous les deux ans , & fera
de 2000. livres.
L'Académie , qui avoit donné pour le Sujet du
Prix de l'année 1739. Quelle eft la meilleure construction
du Cabestan , par raport à tous les ufages.
auxquels on l'aplique dans un Navire , n'a pas jugé
à propos de diftribuer ce prix , ou plutôt elle a cru
devoir en differer la diftribution jufqu'en 1741. Ce
n'est pas que parmi les Pieces qui lui ont été envoyées
, il n'y en ait plufieurs qui lui ont para utiles
& ingénieufes à divers égards . Mais dans la
multiplicité des vûës qu'il faut remplir ici , tant par
raport aux differentes circonftances où l'on fe trouve
fur un Vaiffeau , qu'aux hommes qui en execu .
tent la manoeeure , & dans une Machine , qui , avec
cela,
AVRIL. 1739.
757
cela , doit être fimple , folide , expéditive & d'une
pratique tout autrement dégagée d'embarras , & à
l'abri de tout accident, qu'elle ne devroit être ſur terre,
où l'on a le loifir , l'efpace & les commodités néceffaires
pour y remédier , l'Académie n'a rien trou.
vé qui fatisfît pleinement fes intentions . Elle propole
donc encore le même Sujet pour l'année 1741 .
où le Prix fera double , c'est- à - dire de 4000, livres ,
& elle exhorte les Auteurs qui lui ont envoyé des
Pieces , & ceux qui voudront lui en envoyer à l'avenir
, à redoubler leurs efforts pour perfectionner
une Machine fi importante à la Navigation . M. le
Comte de Maurepas , Miniftre & Secretaire d'Etat
de la Marine , a déja fait faire quelques épreuves
dans cet objet , & nous laiffe efperer qu'il voudra
bien en ordonner de nouvelles . On ne peut douter
qu'elles ne doivent être d'un grand fecours , tant
aux Auteurs pour mieux réussir , qu'à l'Académie.
pour juger avec plus de sûreté.
Les Pieces envoyées pour cette année , rentreront
en lice en 1741. foit telles qu'elles font , foit avec
les changemens ou les additions que les Auteurs.
trouveront à propos d'y faire.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invités à
travailler fur ce Sujet , & même les Affociés Etrangers
de l'Académie. Elle s'eft fait la loi d'exclure
les Académiciens regnicoles de prétendre aux Prix .
Ceux qui compoferont font invités à écrire en
François ou en Latin , mais fans aucune obligation .
Ils pourront écrire en telle Langue qu'ils voudront,
& l'Académie fera traduire leurs Ouvrages.
On les prie que leurs Ecrits foient fort lifibles ,
fur tout quand il y aura des Calculs d'Algebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvrages,
mais feulement une Sentence ouDevife. Ils pourront,
s'ils veulent, attacher à leur Ecrit un Billet féparé &
cacheté .
758 MERCURE DE FRANCE
Gacheté par eux , où seront avec cette même Sen
tence , leurs nom , leurs qualités & leur adreffe , &
ce Billet ne fera ouvert par l'Académie , qu'en cas
que la Piece ait remporte le Prix .
Ceux qui travailleront pour le Prix , adrefferont
leurs Ouvrages à Paris au Secretaire perpétuel de
l'Académie , ou les lui feront remettre entre les
mains. Dans ce fecond cas le Secretaire en donnera
en même-temps à celui qui les lui aura remis , ſon
Recepiffé , où fera marquée la Sentence de l'Ouvrage
& fon numero , felon l'ordre ou le temps
dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne feront reçûs que jufqu'au
premier Septembre 1740. exclufivement.
L'Académie, à son Affemblée publique d'après Pâ
ques 1741. proclamera la Piece qui aura ce Prix.
S'il y a un Recepifié du Secretaire pour la Piece
qui aura remporté le Prix , le Tréforier de l'Académie
délivrera la fomme du Prix à celui qui lui
raportera ce Recepiffé . Il n'y aura à cela nulle aus
tre formalité.
S'il n'y a pas de Recepiffé du Secretaire , le Tréforier
ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur même , qui
fe fera connoître , ou au Porteur d'une Procuration
de sa part.
On écrit de Rome , qu'en fouillant la terre
pour faire quelques réparations au Sanctuaire de
l'Eglife, de l'Abbaye de Grotta Ferrata , on a trouvé
un Tombeau fur lequel étoient les Armes de la
Maifon de Conti de Tuſculum , & que l'on croit
que ce Tombeau eft celui du Pape Benoît IX . de
cette Maiſon , mort en 1024; & dont on avoit igno
ré jufqu'à préfent la fépukure.
On mande auffi que le P.d'Evora a formé le projet
d'établir .
AVRIL 759 1739 .
Pétablir un Observatoire dans la Tour du Convent
Ara Cæli, & qu'il a déja écrit en Angleterre pour
en faire venir des Inftrumens.
Le 26. du mois dernier, il parut à Genes une Aurore
Boreale , qui commença peu après le coucher
du Soleil , & qui dura jufqu'à onze heures du soir.
Foute la partie du Ciel entre le Nord & le Nord
Fft , étoit éclairée par
des especes de colonnes de
eu , dont les plus lumineuses étoient celles qui
toient les plus voifines du Nord.L'événement jusifie
l'opinion de ceux qui regardént les Phénomées
de cette nature , comme des présages de froid ,
le temps eft beaucoup plus rude qu'il n'a été dans
le mois de Janvier , ce qui donne lieu de craindre
our les biens de la Campagne .
On mande de la Province de la Capitanate , dans
Royaume de Naples, que le 13. Février on avoit
sentià Foggia plusieurs fecouffes de Tremblement
de terre, qui y avoient caufé un dommage très- conidérable
, mais qu'heureufement aucun Habitant
n'avoit péri fous les ruines des Bâtimens qui avoient
été renversés.
<
Le 27, du mois paffé , vers les fix heures du main
, on fentit à Gaette une legere fecouffe de
Tremblement de terre , mais elle ne causa aucun
ommage.
Le Ciel a rendu la France fi féconde en talens ,
qu'elle se croit obligée par reconnoiffance , d'en
ire part à tous les Peupes de l'Europe; ce fut, fans
Houte , dans cette vue qu'un des plus habiles Maî-
-res de Danfe que nous ayons eus , ayant trouvé
lans Mlle Grognet , de très heureufes difpofitions
pour
.
760 MERCURE DE FRANCE
pour ce bel Art , prit foin de le cultiver ; il s'attacha
fur tout à ne lui rien montrer qui n'exprimar
la belle Nature. Sa jeune Eleve ne trompa point
fes efperances , elle ne se contenta pas de briller
fur les Théatres de Paris , elle voulut porter plus
loin le fruit des leçons qu'elle avoit reçûës dans
cette Capitale du Royaume . Elle partit pour l'Italie.
Elle ne fut pas long- temps à s'y diftinguer par l'agilité
de fes pas , & par la jufteffe de les attitudes.
Florence, Venife & Turin , fe diputerent l'avantage
de la poffeder. Elle fe fit fur tout admirer à Bologne
& à Modene , cette derniere Ville mit le comble à ſa
gloire, puisque les deux jeunes Princeffes de ce floriffant
Etat , la mirent au nombre de leurs Penfionnaires
avec Brevet. Les juftes aplaudiffemens qu'on
lui prodigua fur ces deux differens Théatres , donnerent
lieu aux deux Sonnets qu'on và lire avec la
Traduction Françoife .
In applauso à Madamigella di GrugnetĮ
F
Elána ,
SONETTO.
Elfina , fempre cara a l'alme fuore ,
Dimmi quale e coſtei , fi dotta e bella
Chea gli occhi appar Terpficore novella
Coi lietti balli , onde ella alletta il cuore ;
Dona che in fe dimoftra al'ta valore ;
Simil gia mai ne vede ſol ne ſtella
Forma Quefta co gefti la favella ,
E con l'agile piede un grato errore.
Quanto
AVRIL. 1739. 761
Quanto penfa la mente o prova " il feno
Scorgi nel dolce attegiamento , e credi
Che i penelli fiavinti & parlen meno.
A la Gallia le grande opre tu chiedi
De qui Pittor che gia ti tolfe , ve à pieno
Te ne compenfa ; in lei tu li nervedi.
In Bononia , M. DCC. XXXVII,
TRADUCTION EN VERS FRANÇOIS
SONNET.
Bologne , toujours chere aux immortelles Soeurs,
Toi , que du nom de Fée à bon titre on apelle ,
Quelle Nymphe , dis- moi , Terpficore nouvelle ,
Attache tous les yeux & charme tous les coeurs è
Douces illufions , preftiges enchanteurs ,
Vous tracez à nos sens des images réelles ;
Ses geftes , de fon ame interpretes fidelles ,
Pour exprimer le vrai font autant d'Orateurs.
Le Soleil ne voit rien qui lui foit comparable
La Peinture le cede à cet Art admirable ;
France , Tu fais pour nous un Acte d'Equité.
Tu nous avois ravi de précieux Ouvrages ,
Qui
762 MERCURE DE FRANCE
Qui de la Terre entiere entraînoient les fuffrages ;
Tu nous fais un feul don , & tout est acquitté.
IN APPLAUSO
A Madamigella di Grugnet , virtuosa delle
Serenissime Signoré , Principesse.
Per la leggiadria , con laquale danza
In Modena , nel Teatro Molza ,
nel corrente Carnavale M. DCC . xxxix,
SONETTO.
Cosi fi danza ; agile e snello il piede ,
Diftinto i paffi , ſoftenuto il voſo ,
Nobile il portamento , e qual richiede
Modeftia , accolto fulelabra il rifo.
€
Cofi fi danza ; e quindi io ben m'avvifa
Accorta donzelletta , a cui gia diede
Senna i natali , che date diviſo
None qual piu gran pregio in altra fiede .
Non t'alzi , è ver , fic come il volgo attende ;
Ma il difficil del l'arte e quefto infine ,
Fra i moti d'allegreffa effere auftero.
E tropo, fa chi ben conoſe. il vero ,
Che in cotal guifa an che a danzar s'apprende
Alle illüftere Donselle , alle Regine.
TRAAVRIL.
1739. 763
TRADUCTION EN VERS FRANÇOIS ,
RONDE A V.
J'Ai fouhaité long - temps une danſe affortie
Par les mains des Amours , des Ris & des Plaifirs ;
Des pas bien deffinés , mais avec modeftie ,
Par un pied plus leger que l'aîle des Zéphirs.
Cette faveur du Ciel , rarement départie ,
Ne m'a pas fait pouffer d'inutiles foupirs ;
Vous réuniffez tout ; quel tout ! chaque partie
De cent Peuples divers combleroit les défirs .
Du vulgaire fans goût dédaignant le fuffrage ,
Vous profcrivez l'abus , maſqué du nom d'uſage.
Prenez-vous quelque effort ! c'est avec dignité .
Ce grand Art a chés vous des regles fi certaines ,
Que fi vous en donniez des leçons à des Reines ,
Elle joindroient la grace avec la Majefſté.
Il vient de paroître une Tragédie intitulée Sethos ,
dont le Sujet eft tiré d'une Hiftoire du même nom ,
compofée par M. l'Abbé Terraffon. Ce Poëme n'a
point été donné aux Comédiens , l'Auteur , qui
ne fe nomme point , ayant eu des raifons particuliere
pour ne le point faire repréfenter . Il
paroît forti de bonne main & répondre à l'idée
G avantageufe
764 MERCURE DE FRANCE
avantageufe qu'en donne M. de Fontenelle ; j'ai
crú , dit cet illuftre Académicien , dans l'Aprobation
, que rien ne méritoit plus l'impreffion qu'un
Ouvrage bien écrit , ou regnent autant que dans
celui ci les bonnes moeurs & la vertu. Nous parlerons
plus amplement de cette Piece le mois prochain
.
PRIX proposé par l'Académie de Chirurgie
pour l'année 1740.
'Académie de Chirurgie , établie à Paris fous la
L'proacctione du Roy, déficant contribuer aux
progrès de cet Art , & à l'utilité publique , propose
pour le Prix de l'année 1740. le -Sujet suivant.
Déterminer les differentes efpeces de Répercuffifs ,
leur maniere d'agir & l'usage qu'on en doit faire
dans les differentes Maladies Chirurgicales ..
Ceux qui travailleront sur ce Sujet , répondroat
aux vûës de l'Académie , en rangeant par ordre &
dans leurs Claffes , les Répercuffifs , tant fimples
que compofés , felon leur genre , & avec leurs differentes
formules , eû égard aux efpeces de Maladies
, & aux differentes parties où les uns doivent
être apliqués , préferablement aux autres .
Ils auront foin d'apuyer leur fentiment fur l'Expérience
& fur l'Obfervation .
į
Ils font priés d'écrire en François ou en Latin ,
& d'avoir attention que leurs Ecrits foient fort lifibles
.
Ils mettront à leurs Mémoires une marque distinctive
, comme Sentence , Devile , Paraphe ou
Signature ; cette marque fera couverte d'un papier
collé ou cacheté, qui ne fera levé, qu'en cas que
Piece ait remporté le Prix .
la
Ils auront ſoin d'adreffer leurs Ouvrages francs de
AVRIL.
1739. 755
port à M.Petit,Secretaire de l'Académie de Chirurgie
à Paris , ou les lui feront remettre entre les mains.
Toutes Perfonnes , de quelque qualité & Pays
qu'elles foient , pourront afpirer au Prix ; on n'excepte
que les Membres de l'Académie .
Le Prix eft une Médaille d'or de la valeur de
deux cent livres , qui fera donnée à celui , qui , au
jugement de l'Académie , aura fait le meilleur Mémoire
fur le Sujet propofé.
La Médaille fera délivrée à l'Auteur même , qui
fe fera connoître ou au Porteur d'une Procuration
de fa part ; l'un ou l'autre repréſentant la marque
diftinctive & une copie nette du Mémoire.
Les Ouvrages feront reçûs jufqu'au dernier jour
de Mars 1740. inclufivement , & l'Académie , à fom
Affemblée publique de la même année qui fe tiendra
le Mardi d'après la Fête de la Trinité , proclamera
la Piece qui aura remporté le Prix .
DELLA RITRATTO di Madama
MARTEGLIERA , inviato a Firenze
all' Illmo Sig Marchese .... che desidera
sapere dall' Autore se la detta Dama sia
bella , come si dice.
-
SONET TO.
SE bella sia la MARTEGLIERA ? or pingo
In questi versi , o Amico , il suo bel volto :
Egli è tal , che l'ha certo a un Angel tolto
Pria di nascere , il ver dico , e non finge.
Quand' io , fra tanti , a mirar quel mi spingo ,
Gij
D'esser
766 MERCURE DE FRANCE
D'esser' al Ciel mi par tutto rivolto :
Che scende un raggio suo divino , e scolto
Resta in me un non so che, ch'or non dipingo,
Non so che sia ; se amore , o meraviglia ,
Se rispetto , o disir l'Alma in se prove ;
So ben che abbaglio , e inarco ambe le ciglia.
Ma
per
dar del suo bel l'ultime prove :
Dirò che a tutti ella par madre , o figlia
Di Venere , e ch' egual non vidi altrove.
Del Sig Gio . Francesco NENCI.
ESTAMPES NOUVELLES.
Suite de Détachemens , inventés & deſſinés par
Vander Meulen , gravés à l'eau forte par C ... avec
un Frontifpice hiftorié par M. Paroffel. La vente
s'en fait chés le Sr Feffard , Cloître S. Germain de
l'Auxerrois, à Paris.
On vend au même endroit les Cinq Sens de Nadu
Deffein de M. Bouchardon , gravés à l'eau
forte par C... & terminés au Burin par Et. Fellard.
ture ,
Le 35. Morceau d'après Ph . Wouvermans , intitulé
le Vin de l'Etrier , vient de paroître gravé par
J. Moyreau , chés lequel l'Eftampe fe vend , ruë
Galande , vis à - vis S. Blaife ; d'après le Tableau de
ce fameux Maître, qui est dans le Cabinet du Prince
de Carignan , de 18. pouces de large , fur 14. de
haut,
L'habile
AVRIL 767 1739
2
L'habile main qui a gravé les Réjöüiffances Flamandes,
d'après D. Teniers , dont nous avons parlé,
& qui ont beaucoup augmenté la réputation qu'il
avoit déja , vient de mettre au jour une grande &
belle Eftampe en large d'après Ph . Wouvermans
qui prouve encore mieux combien le Burin du Sr
le Bas a acquis dè perfection . Elle fe vend chés lui ,
ruë de la Harpe , vis - à- vis la rue Percée , chés un
Fayencier ; & chés Ravenet , vis - à - vis la Sorbonne .
Elle porte pour titre LE POT au Lait ;
c'eft un
très-beau Paylage , d'une riche compofition , avec
un Lointain admirable ; fur le devant paroît une
belle femme à cheval , des Chevaux cabrés , une
Nourrice & autres perfonnes effrayées fur un Chariot
, le Pot au Lait répandu par la chute de la Laitiere
, & c. Le Tableau original eft dans le fameux
Cabinet de M. du Pile. L'Eftampe eft dédiée au
Marquis de la Barben , Claude-François Palamede
de Forbin. L'Auteur ne pouvoit choifir perfonae
qui fût plus capable d'en connoître le mérite &
d'en découvrir toutes les beautés.
La Suite des Portraits des Grands Hommes &
des Perfonnes illuftres , fe continue toujours chès
Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai de l'Ecole.
Il vient de mettre en vente :
CHILDERIC IV. Roy de France , mort en
481. après 24. ans de Regne, deffiné par A. Boizot ,
& gravé par G. Dupuis.
RENE DU GUAY - TROUIN , Lieutenant
Géneral des Armées Navales , Commandeur de
l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , né à S. Malo
, en 1673. mort à Paris le 27. Septembre 173.6.
peint par R .... & gravé par Petit.
G iij STANCES
768 MERCURE DE FRANCE
STANCES
Sur le merveilleux Clavecin Oculaire.
M Uses ,
échauffez mon génie ,
Sortez avec lui du cahos ;
Du tendre Amant de l'harmonie
Je vais celebrer les travaux ;
D'une gloire qui m'est offerte
Je franchis la barriere ouverte
Je veux unir ton nom au mien
C ... si j'obtiens la victoire ,
J'éterniserai ta mémoire ,
Mon triomphe sera le tien.
2
Joüissez d'un nouveau Spectacle ,
Habitans du vaste Univers ,
Un Mortel a levé l'obstacle
Qui tenoit votre esprit aux fers.
Le préjugé vif & timide ,
Sous les coups du nouvel Alcide ,
Frémit & succombe abbattu ;
Un calcul exact le désarme ,
Du son la couleur prend le charme
Et , des tons amis la vertu.
Quei
A V RÄI L.
1739-
769
Quel torrent inonde mon ame
Des plus légitimes plaisirs !
Le transport excité , l'enflame ,
Je ne forme plus de désirs.
Quel rapide cours de nuances ! .
Quel accord dans leurs differences !
Pour mes yeux charmés quelle voix !
Le Défenseur. de Siracuse
Renaît il Oüy. Volez , ma Muse ,
Le dire au plus puissant des Rois .
Descaleaux.
Nous
croyons:
faire plaifir au Public en l'avertissant
qu'il y a un Livre de Pieces d'Orgues
, compo
fé par M. Dandrieu
, Organifte
de la Chapelle
du
Roy , & des Eglifes
Paroiffiales
de S. Merry
& de
S.Barthelemy.Če
Livre eft pofthume
, l'Auteur
étant
mort avant que de le donner
au Public. Il eſt extremement
utile, & nous efperons
qu'on nous fçaura
gré de l'avoir indiqué
. Il fe vend chés Mad. Ďandrieu
, rue Sainte Anne , proche le Palais.
le
Le Sr Neilson , Chirurgien Ecoffois , reçû à S. Côme
, pour la guérifon des Hernies ou Defcentes
traite ces Maladies avec beaucoup de fuccès , par
fecours des Bandages Elaftiques , qu'il a inventés
pour les Hommes ,Femmes & Enfans. Ces Bandages
font fort aprouvés, non feulement parce qu'ils font
très-legers & commodes à porter jour & nuit, mais
encore parce qu'ils font très -utiles par raport à leurs
ressorts, qui compriment la partie malade , ferment
exactement l'ouverture qui a permis la Defcente ,
&
Gilij réfiſtent
770 MERCURE DE FRANCE
réfiftent aux impulfions que font les parties inté
rieures , foit à cheval , ou à pied . En envoyant la
meſure prife autour du corps fur les Aines , marquant
fur tout l'état de la Deſcente & le côté malade
, on eft affuré de les avoir juftes ; auffi -bien
que ceux qu'il fait le Nombril.
pour
Il donne fon avis , & felon l'âge & le temperament
, il prépare des Remedes qui lui font particu
liers , & convenables à ces Maladies.
Lés Chaffeurs & ceux qui courent à cheval ou en
Chaife , qui prêchent , chantent , danfent , font des
Armes , &c. étant continuellement exposés à ces
Maladies , il a auffi inventé des Bandages Elaftiques
très- legers , commodes & néceffaires à porter pendant
ces exercices , ou d'autres violens , pour fe
garantir des maux , & prévenir les incommodités
qui arrivent tous les jours . Sa demeure est à Paris .
rue Dauphine , au Coq d'or au premier Apartement.
Nota. Il ne reçoit point de Lettres fans que le
port en foit payé.
****************
MUSETTE.
Convenable pour deux Vielles ou deuxMusettes.
Solitaires Oiseaux ,
Dont le tendre ramage
Annonce en ces Hameaux
Les douceurs de votre esclavage ,
Unissez vos accens
A ma douce Musette
Les
Musetta de M
V
YORK
PUBLIC
LIBRARY
SASTOR,
LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONE
Jom 14
AVRI L. 771 1739
Les sons qu'elle repette ,
Ne sont plus languissans ;
Mon bonheur est extrême ,
L'Amour a comblé mes désirs ,
Il bannit de mon coeur ia plainte & les soupirs ;
Iris m'a dit cent fois , cher Berger , je vous aime.
Par M. Duvoul
SPECTACLES.
L57.
E 7. Avril , l'Académie Royale de Musique
ouvrit son Théatre par l'Opera
Alceste , & le 9. on reprit le Ballet de la
Paix , pour être joué les Jeudis .
Le 14. on donna pour les Acteurs , encore
une Représentation d'Atys , avec les mêmes
agrémens , ajoûtés à celle qu'on avoit déja
donnée à la même occasion le 9. du mois
dernier.
Le 21. on remit au Théatre la Tragédie de
Polidore ; cette Piece avoit été donnée dans
sa nouveauté en Février 1720. & n'avoit pas
été reprise. Comme on n'en donna point:
d'Analyse dans ce temps - là , nous parlerons :
plus au long de ce Poëme , pour en donner:
une idée génerale à nos Lecteurs.
G V
Le
772 MERCURE DE FRANCE
Le 7. Avril , les Comédiens Italiens firent
l'ouverture de leur Théatre par la Comédiedes
Amans Réunis & par celle des Billets
Doux. Le Sr Toscan , originaire d'Italie , qui
avoit débuté sur le même Théatre au mois.
de Mars 1737. reparut pour la seconde fois.
sous le Masque d'Arlequin , & joüa , au gré
du Public , dans les deux Pieces . La Dile
Riccoboni , la jeune , qui avoit fait le Compliment
à la clôture du Théatre , le fit aussi
à l'ouverture , & s'en acquitta parfaitement
bien.
Le 22. Ils donnerent une Piece nouvelleen
Vers & en un Acte, intitulée , la Querelle
du Tragique & du Comique , Parodie de la:
Tragédie de Mahomet 11. Elle est de la
composition des Srs Romagnesy & Lelio . On
en parlera plus au long.
Le 7. du même mois , les Comédiens.
François ouvrirent leur Théatre par lå onziéme
Représentation de la Tragédie de
Mahomet II. interrompue à l'occasion des
Fêtes de Pâques , & par la petite Piece du
Triple Mariage, de M. Nericault Destouches,
Comédie en Prose , avec un Divertissement..
Elle avoit été donnée dans sa nouveauté en:
1716. avec beaucoup de succès , reprise plusieurs
fois , & en dernier lieu en Juin 1737..
Le Sr Fierville , qui avoit harangué le Public:
A VRI L. 1739
773
blic par un Discours , que nous avons raporté
dans le dernier Journal , prononça celuici
, qui fut fort aplaudi.
MESSIEURS ,
Nous voici heureusement rentrés dans une carriere
qui n'a rien de plus pénible pour nous , que la crainte
de ne la pas remplir, au gré de vos souhaits des nôtres.
Nous avons fermé notre Théatre par les fentimens
de la plus vive reconnoiffance ; permettez- nous de le
r'ouvrir par les nouvelles inftances que nous vous faifons
de nous continuer vos bontés , nous en avons to¼%-
jours befoin ; nous oferions nous flater du fuccès ,
ne falloit que du zele pour y parvenir ; mais ce n'est
pas affes pour nous raffûrer , nous ne fommes tranquilles
dans nos Exercices , qu'autant que que vous
nous en paroiffer fatisfaits.
s'il
Faites - nous la grace , Mrs , d'être perfuades que
nous ne vous avons point perdu de vûë, pendant les trois
femaines qui nous ont privés du bonheur de vous voir ;
tous les jours de l'abfence où nous avons été condamnés,
n'ont été employés qu'a veiller fur vos plaifirs a
venir ; nous nous sommes arrangés fur tout ce qui
pourroit y contribuer.
Puiffent nos foins n'être pas infructueux nous implorons
, plus que jamais , cette indulgence qui nous eft
néceffaire ; nous l'avons fi fouvent éprouvée , que
nous ne sçaurions craindre , fans injuftice , de vous:
envoir interrompre le cours. Nous vous la demandons
fur tout pour les nouveautés que nous allons foumettre:
a vos Jugemens. Nous avons eû quelquefois le malbeur
d'être condamnés fans avoir été entendus. Pardonnez
nous cette plainte. La plus faine partie de nos
Juges n'a point de part à l'injuftice, nous vous voyons is
toutes les premieres Repréſentations impofer filence aux
G vj décisions
1774 MERCURE DE FRANCE
décisions prématurées & tumultueuſes qui vous empê
chent d'entendre les Pieces fur lesquelles vous avez a
prononcer. Nous esperons cette grace d'un Tribunal
auffi équitable que le vôtre. Trop heureux , Mrs , fi
nous pouvons l'obtenir , elle redoublera notre ardeur a
remplir nos devoirs &¿ notre docilité à profiter de vos
Leçons
La Dile Lolotte Cammasse , dont nous avons
célebré les heureux talens l'année derniere
dans le Mercure d'Avril , page 761. joüia
dans le Triple Mariage le Rôle de Javote ,
avec beaucoup de graces , de finesse & d'intelligence
, car Thalie ne l'a pas moins favorisée
de ses dons que 'Terpsicore ; elle
dansa dans le Divertissement plusieurs Entrées
, dont nous allons tracer ici une légere
idée , en expliquant la Suite d'Airs de differens
Caracteres , de la composition de M.
Grandval , le Pere , sur lesquels la Dlle Lolotte
a dansé d'une maniere fort au-dessus
de son âge , n'ayant eû que dix ans accom
plis le 15. du mois de Septembre dernier..
Elle est raisonnablement grande pour soir
âge , la jambe bien formée , les plus beaux
bras du monde , la tête & les épaules bien
placées , le front élevé , la bouche petite , le
nés un peu aquilin & de très-beaux yeux ;
qui expriment avec toute la finesse & l'intelligence
possibles , la tendresse , la fureur ,
Ja joye & la tristesse, l'agitation & le calme,,
&C..
1
AVRIE
1739. 7.75
& c. Elle a l'art de se pénetrer au degré
qu'elle veut , & de faire sentir tous les mou
vemens de l'ame, par les traits de son visage,
par ses pas tendres & bien formés , & par
ses attitudes , dessinées d'après la plus belle
Nature , & toujours élegamment contrastées
& variées avec art. Et quand elle n'auroit pas
le talent supérieur qu'on lui attribuë , avec
justice , pour la danse , la finesse de son goût,
sa sensibilité pour le beau & pour la belle
Nature , & la justesse de ses expressions, lui
feroient encore une grande réputation . Nous
ne craignons pas de nous aveugler sur le juste
tribut de louange que le Mercure de France
rend ici à l'inimitable LOLOTTE. Nous
prenons tout Paris à témoin sur ses grands
talens , sans la moindre crainte d'être démentis.
Dans l'Esquisse que nous donnons ici du
Tableau mouvant que nous avons vû , nous
sentons même qu'il y a bien des endroits où
il faudroit encore s'arrêter , se récrier & redoubler,
avec le Public, nos aplaudissemens .
Son Entrée commença par une Marche
simple & noble , Jaquelle pourroit servir demodele
sur les mouvemens & la dignité avec
laquelle on doit marcher & ouvrir les bras.
au Théatre,
Le second air, est une espece de Sonatto ou
Alegro , d'un mouvement gai , où l'on voit
L'antou
776 MERCURE DE FRANCE
Pentousiasme d'une Danseuse qui forme des
pas & des attitudes sur un Air qui lui fait
plaisir & qui l'anime.
Viennent deux Menuets , dansés dans le
Caractere d'une jeune personne devant son
Maître , qui lui montre à lever les bras pour
donner la main gracieusement , &c,
Suit une Gavotte ; c'est une idée de la sim→
plicité & de l'enjoûment des Danses les plus:
ordinaires des Bals .
Dans le cinquiéme Air , l'aimable Enfant
peint les graces naïves d'une Bergere qui
danse au son de la Musette de son Berger.
Dans la Chaconne à deux mouvemens,qui
suit , elle imite de grand Caractere de danse
noble , gracieux & imposant , & tel qu'on
l'admire dans l'illustre DU PRE' à l'Opera,
Le septième Air de Violon est une Tempête
, dans laquelle la Danseuse exprime la
crainte & l'épouvante de l'Orage & de la
Foudre qui gronde , à quoi succede un Espoir
flateur , & par une transition & ung
gradation admirable,de la plus grande agitation
, elle passe dans un état tranquille.
Dans le neuviéme Air , les Violons imitent
le chant des Oiseaux , qui , écartés par la
Tempête , reviennent en célebrer la fin ; les
pas , les divers mouvemens & les yeux ,
priment très-bien le plaisir que lui fait leurramage
, & transportée par l'aproche des Oiexseaux
3D
AVRIL 1739. 777
seaux , elle court à pas précipités à diverses
reprises , pour en attraper. Elle est interrompuë
par un Air de Vielle , suivi d'un autre de
Bassons , & terminé par deux Tambourins
d'un mouvement très-gai & très -vif , dont
les pas sont de la composition de l'aimable-
Danseuse. Elle a dansé cette Suite d'Airs ,
composée de 244. mesures , tout d'une haleine
& partout avec la même fermeté , les
mêmes graces
,
la même propreté & le même
degré de justesse.
Les mêmes Comédiens ont remis au Théa
tre en même - temps les Comédies des Trois
Cousines , du Fat puni & du Port de Mer ,
dans chacune desquelles la célebre Lolotte a
joué un petit Rôle avec aplaudissement , &
a dansé dans les Divertissemens sur des Airs .
de differens Caracteres ; , d'abord un Concerto
de Violons , de Trompettes & de Musettes ;
dans le premier , coupé par de petits Récits
de Flûtes , elle exprime par divers mouvemens
, les attitudes les plus hardies & les
plus difficiles de la Danse noble , gracieuse:
& tranquille. Sur le Concerto de Musette
elle a exprimé ce que là Sarabande a de plus
tendre , & dans le Concerto, pour finir , elle a
formé une Danse vive & majestueuse , dans
le vrai Caractere de l'Air de Symphonie,.
A la fin de cette Entrée , elle executa un
Morceau bien brillant , c'est la Danse da
Tambour
778 MERCURE DE FRANCE
Tambour de Basque , avec des batteries d
ne volubilité & d'une justesse surprenantc
elle y a ajoûté cette année , & d'elle -mên
l'adresse étonnante de battre son Tambou
avec les deux pieds , en avant & en artier
dans l'espace d'une seule mesure.
>
M. de Maltaire , l'aîné , de l'Académ
Royale de Musique , dont le nom & les l
lens sont fort connus , est le Maître à dans,
de la jeune Personne dont nous parlons ;
doit être bien glorieux d'avoir formé u
Eleve qui lui fait tant d'honneur. Il y don
tous ses soins & toute son aplication, avoüa
qu'il n'a jamais vû un plus beau naturel
tant de facilité à concevoir & à executer
qu'on lui demande ; à peine lui faut- il de
leçons pour les choses les plus compliquée
qu'on lui voit danser sur le champ avec a
tant d'étonnement que de satisfaction.
Pour ne rien omettre du plaisir qu'elle a fa
au Public , nous ajoûterons ici l'Airnouve
de M.Grandval , qu'elle a dansé plusieurs fo
avant son départ , avec des graces & une i
telligence qu'il est impossible d'exprime
c'est un Rondeau admirable de la part c
Musicien , dont le premier Couplet eft un
Badine ; elle rentre dans le Rondeau tendre
ment avec varieté , &c. Le deuxième Cou
plet est une Gigue , ou elle exprime la vivacité
de cette Danse , & reprend le Rondeau
aveec
AVRIL 1739. 779
avec beaucoup de justesse & de nouvelles
graces. Le troisiéme est un fragment de
Chaconne, d'où elle rentre dans le Rondeau.
gracieux. Suit un Air de Canarie à l'Italienne
; elle reprend le Rondeau & danse le cinquiéme
Couplet, qui est un Tambourin dans
le goût Italien , & finit par le Rondeau gracieux
, comblée de loüanges & d'aplaudissemens.
Elle dansa pour la dix huitième fois le
29. Avril dans le Divertissement des Vendanges
de Surêne , les mêmes Caracteres de la
Danse de l'année derniere , dont on a rendu
compte dans le Mercure déja cité ; c'est là
qu'elle fit voir les progrès infinis qu'elle a faits
depuis un an, surtout à l'endroit de la Magie,
qu'elle rendit avec un feu & des expressions
qu'on ne sçauroit décrire. Et le lendemain
30. de ce mois , elle dansa pour la derniere'
fois ses deux Morceaux favoris pour le picquant
& les graces fines & légeres , c'est - àdire
le Rondeau & les Tambourins , dont
nous venons de parler. Elle est partie pour
retourner à la Cour de Luneville.
Nous croyons que voici le lieu de donner à
nos Lecteurs un Impromtu que le Sr de Gouve
fit , dans la surprise où il fut en voyant les
talens prématurés de cette jeune Danseuse.
Bien-tôt les doctes Soeurs viendront te couronner ,
le
780 MERCURE DE FRANCE
Je les préviens ; accepte mon hommage ;
De mes transports c'est le seul gage,
Qu'aujourd'hui je puis te donner.
Dans l'âge tendre où l'on s'ignore ,
Où l'on ne peut former que des pas chancelans ,
Tu te montres par tes talens
La Rivale de Terpsicore .
Le 26. les mêmes Comédiens remirent au Théatre
la Comédie du Muet , ancienne Pi ce de M.
l'Abbé Brueys, Nous avons amplement parlé de
cette Piece lorfqu'elle fut reprife au mois d'Avril
17 30. On peut voir dans le Mercure de May de la
même année , l'Extrait que nous en avons donné ,
page 981. avec d'autres particularités remarquables
au sujet de cette Comédie.
Les mêmes Comédiens ont reçu une Tragédie
nouvelle , fous le titre du Comte de Warvic , qu'ils
donneront bien-tôt.
Madlle Dangeville , Hortenfe Grandval , épouſe
du Sr Dangeville , un des meilleurs Acteurs & le
Doyen de la Troupe du Roy , vient de fe retirer .
Elle entra à la Comédie il y a environ 40 ans , &
joia d'original une des trois Coufines, dans la Piece
qui porte ce titre , & remplaça dans plufieurs
Rôles une des plus gracieuses & des plus célebres
Actrices du Théatre François , dans les grandes.
Amoureufes Comiques , & dans le Tragique doubla
les Rôles de Mesdiles Duclos & Desmarres entre
autres , dans la Tragédie de Gabinie , le principal
Rôle dans Polidore, celui Laodamie; celui de Palmis,
dans Alcibiade ; Juftine , dans Geta ; Cléopatre , dans
Pompée.
MA
A VR I L. 781 1739.
MAHOMET 11. Tragédie de M. de
la Noue.
L'Impression de cette Piece exposée en vente ; nous nousn'céotnatnetntpearsonesncdo'rene
tracer une espece d'Argument , qui ea donnera une
légere idée , pour satisfaire l'empressement du
Public , impatient de voir paroître ce Poëme ,
qu'il a honoré de ses aplaudissemens pendant les
quinze Représentations qu'on en a données.
ACTEURS.
Mahomet II. Empereur des Turcs , le Sr du Fresne.
Le Muphti ,
Le Grand Visir
L'Aga des Janissaires ,
le Sr Fierville.
le Sr le Grand.
te Sr Grandval.
Tadil, Confident de Mahomet II.le Sr de laThorilliere.
Achmet,Confident du G.V.le Sr Dangeville , le jeune.
Théodore , Grec , Pere d'irene , le Sr Sarrazin.
Irene, Grecque, Fille de Théodore. la Dile Gauffin.
Na si , Grec, Confident de Théodore, le Sr Dubreuil.
Zamis, Grecque , Confidente d'Irene. la Dlle Jouvenota
Turcs , Suire de Mahomet.
Grecs , Suite de Théodore .
La Scene est à Bisance.
Au premier Acte le Grand Visir ouvre la Scene
avec Tadil , son Confident , à qui il fait part des
raisons qui le portent à conspirer contre Mahomet,
l'ambition & la vengeance y ont une égale part.
L'amour de Mahomet pour Irene & l'Hymen que
cet Empereur des Turcs projette avec elle , en font
le fondement ; Tadil lui représente le danger presinévitable
où il s'expose ; mais ne pouvant lui
faire abandonner son projet , il lui aprend que
Théodore , Pere d'Irene , qui a long- temps gémi
que
dans
782 MERCURE DE FRANCE
dans les fers , est enfin sorti d'esclavage & va pa
roître à ses yeux. Le Grand Visir aprend avec plaisir
une nouvelle qui peut servir à son projet .
Théodore vient ; le Grand Visir lui promet sa
protection & le flate de remettre les Grecs en pleine
liberté , lui aprend que sa fille Irene est en la
puissance de Mahomet , il l'excite à ne point souffrir
la honte attachée au Serail. Théodore au nom
de Serail , ne respire que vengeance , & prie le
Visir de lui prêter les secours nécessaires , le Viser
lui promet tout.
Tadil vient lui annoncer que Mahomet s'avance ;
le Visir fait sortir Théodore , & ordonne à son fidele
Confident de le mettre en lieu de sûreté .
Mahomet arrive , suivi du Muphti & de quelques
Chefs de son Armée , il déclare hautement ses bontés
pour les Grecs , & son amour pour Irene , qu'il
se propose d'épouser , contre la coûtume des Sultans.
Le Muphti opose à cet Hymen la Loi , dont
il est le dépositaire ; Mahomet se contente de lui
répondre : obéis , & se retire avec sa Suite.
Le Visir reproche au Muphti son peu de fermeté;
Te Muphti ne reprend courage qu'après que le Visir
lui a promis que l'Armée n'attend que le signal de
la part du Chef de la Religion , pour prendre le parti
qui convient à des Sujets jaloux de la gloire de la
Nation , & de leurs premiers Maîtres .
Irene commence le second Acte avec Zamis , sa
Confidente ; cette fidelle amie la félicite sur l'amour
qu'elle a donné à Mahomet ; Irene y paroît d'autant
plus sensible , qu'il est conforme au penchant
de son coeur & qu'il la met en état de soulager les
miseres des Chrétiens , qu'elle compte au nombre
de ses Enfans. On vient l'avertir qu'un Chrétien
demande à lui parler au nom de tous ses Freres
elle consent qu'il vienne .
*
i
Théodore
AVRIL. 1739. 783
Théodore implore la protection d'Irene , à qui ses
traits sont inconnus , parce qu'elle en a été séparée
dés sa plus tendre enfance Il lui dit que sa Fille est
exposée à l'oprobre du Serail ; Irene lui promet
tous les secours qui dépendront d'elle . Théodore
acheve de se découvrir à elle , elle se jette aux pieds
de son Pere. Mahomet trouve Irene aux pieds de
Théodore ; il croit que ce Vieillard est suscité par
ses Ennemis pour détourner son amante de l'Hymen
dont il s'est flatté . Théodore lui déclare qu'il
ne se trompe pas , & se fait connoître pour Pere
d'Irene . Mahomet rend à la vertu de ce vénerable
Vieillard la justice qu'elle mérite , & lui dit qu'il
ne veut recevoir Irene que de la main paternelle, &
par un Hymen qui mettra sa gloire à couvert .
Théodore, charmé à son tour de la vertu de Mahomet
, prête son consentement à un Mariage si bonorable
pour lui & si favorable aux Chrétiens ; Irene
se livre toute entiere à un amour que la gloire
autorise , & montrant à Mahomet un poignard
dont elle s'étoit munie, elle lui proteste qu'elle s'en
seroit percé le coeur à la premiere violence qu'il
auroit voulu exercer sur sa pudeur. Cet Acte finit
par de nouvelles protestations de la part de Mahomet
, et par ces paroles qu'il leur adrese :
O plaisir rare voluptueux !
Je regne sur deux coeurs , libres vertueux.
Au tro fiéme Acte , Irene s'aplaudit avec Zamis
de son Hymen prochain , & du consentement que
son Pere y donne ; mais cette Joye est troublée par
une Lettre que son Pere lui envoye , par laquelle il
lui aprend que l'Armée du Sultan conspire contre
lui , & que c'est cet Hymen qui occasionne la
révolte.
Mahomet
784 MERCURE DE FRANCE
Mahomet vient , Irene lui met entre les mains la
Lettre qu'elle vient de recevoir , il ne peut cacher
sa surprise ; il ne laisse pas de la rassûrer , & lui
dit :
Jefrémis de l'affront & non pas du danger.
On vient lui dire que l'Aga des Janissaires demande
à lui parler ; Mahomet ordonne qu'on le
fasse entrer ; Irene se retire .
L'Aga se jette aux pieds du Sultan , & lui confirme
ce qu'il vient d'aprendre par la Lettre de Theodore
; il parle avec fermeté , mais en fidele Sujet ,
sur un Hymen fi funeste à la gloire de son Maître;
il lui demande la mort comme une grace. Cette
Scene est sans contredit la plus belle & la plus pa
thétique de toute la Piéce . Mahomet , malgré sa
colere , ne peut s'empêcher d'admirer la vertu de
P'Aga ; il est même ébranlé par ce qu'il a osé lui
dire , mais l'amour emporte la balance ; il sort
pour aller pourvoir au péril qui le menace .
L'Aga se flate d'un triomphe prochain . Le Grand
Visir vient lui reprocher , comme une trahison, ce
qui vient de se passer entre le Sultan & lui ; l'Aga
lui reproche sa perfidie , ne doutant point qu'il ne
soit le chefde la conjuration ; le Visir fait sonner
haut la puissance dont il est revétu ; l'Aga lui répond
que cette même puissance doit le rendre plus
fidele à celui qui la lui a donnée , & lui jure que ,
tout son Frere qu'il est , il sera le premier à lui
percer le coeur , s'il ne rentre dans son devoir. Cet
Acte a été géneralement aplaudi , & on le trouve
incontestablement le plus beau de la Tragédie .
Le quatriéme Acte n'ayant pas eu , à beaucoup
près , le même succès que le précédent , & d'ailleurs
l'ordre des Scenes ne s'étant pas affés bien
gravé dans notre mémoire , nous n'en dirons que
ce
L
1
AVRIL.
785 1739.
ce qu'il faut pour l'intelligence de l'action Théatrale.
Théodore , les larmes, aux yeux , prie le Sultan
de lui permettre de se retirer dans quelque Isle déserte
avec sa Fille ; Mahomet n'y peut consentir ,
lui dit fierement :
Un peu de sang versé ,
Un Chef anéanti , le péril eſt paſſé.
&
Il ordonne qu'on dépose le Muphti & qu'on arrête
le Viſir. Irene vient & le prie de la sacrifier à
sa sûreté ; le Sultan devient plus furieux , & sort
pour aller diffiper la Conspiration . Théodore exhorte
sa Fille à prendre la fuite avec lui . Irene
perfiste dans le dessein de se livrer pour victime aux
Séditieux. Naffi , Confident de Théodore , vient
annoncer la victoire de Mahomet , qui a tué le Vifir
de sa propre main ; il ajoûte pourtant que les Rebelles
demandent toujours du sang ; Irene comprend
bien que c'eft du fien qu'ils sont alterés , &
s'affermit dans le génereux dessein de leur livrer
lear victime , pour ne plus exposer les jours d'un
Amant qui veut lui sacrifier sa vie & son Empire.
Nous allons reprendre l'ordre des Scenes dans
ce dernier Acte , pour lequel nous avons redoublé
notre attention pendant les représentations .
Mahomet a triomphé des Rebelles , sans trompher
du trouble que l'Aga des Janiffaires a jetté
dans son coeur par raport à sa gloire. Il le fait connoître
dans un Monologue , où son amour commence
à avoir du dessous .
L'Aga des Janiffaires vient & acheve sa victoire.
Il lui reproche l'oubli qu'il fait de sa gloire , il le
sollicite d'accorder à ses Sujets la victime qu'ils lui
do786
MERCURE DE FRANCE
demandent ; il lui offre son bras pour l'immoler.
Mahomet frémit du Sacrifice , l'Aga le quitte , le
croyant à demi vaincu .
Irene , toujours constante dans le dessein de
s'immoler , le prie de satisfaire son Armée aux dépens
de ses jours ; Mahomet , toujours plus agité ,
la presse de s'éloigner ; & voyant qu'elle semble
lui demander la inort , il leve un poignard sur elle ;
elle lui dit de fraper , & qu'elle lui pardonne sa
le Sultan , touché d'un dévoûment si béroïque
,veut se percer du même poignard ; Irene le
lui arrache , & le quitte enfin pour aller se livrer à
ceux qui demandent son sang .
mort ;
Théodore vient , percé de coups , & annonce à
Mahomet que sa Fille va se livrer au destin qui
Pattend ; Mahomet sort furieux , sans qu'on puisse
comprendre quelle est sa derniere résolution ."
Zamis vient aprendre à Théodore , qu'à la vûë
d'Irene , les Séditieux ont été desarmés , & ont
souhaité ardemment qu'elle regnât sur eux.
Naffi vient détruire cette fausse joye , par un récit
de la mort d'Irene , à qui Mahomet lui-même a
percé le coeur , en présence des Rebelles , en leur
disant qu'ils ne méritoient pas une si vertueuse
Imperatrice.
Ce dénoúment , où les Spectateurs ne s'attendoient
nullement , a glacé tous les coeurs ; cependant
on doit convenir que l'Auteur n'est tombé
dans cet inconvenient, que pour avoir voulu s'attacher
top scrupuleusement à l'Histoire : les Critiques
les plus raisonnables n'ont blâme dans cette
Tragédie que le choix du Sujet , qu'ils ont jugé impraticable
sur le Théatre François ; s'il y a quelques
changemens dans l'impreffion , nous en ferons part
à nos Lecteurs,
NOUAVRIL
1739. 787
*****
NOUVELLES ETRANGERES.
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Ispaham
le 30. Août 1758.
Lrepsede Kandahar,fembloitprometconge
A prife de Kandahar fembloit promettre du
repos à ce Royaume , mais le prompt congé
que Schah Nadir a donné à l'Ambaffadeur du Grand
Seigneur , & l'envoi que ce Prince fait lui-même à
la Porte d'un nouvel Ambaſſadeur , donne lieu de
penfer que la Paix entre les Turcs & les Perfans eft
encore mal affurée . Une Puiffance du Nord traverſe,
dit - on , les Négociations de ces deux Cours , &
n'oublie rien pour engager Schah Nadir à faire
marcher une Armée confidérable contre les Turcs ;
ces difpofitions paroiffent conformes à l'humeur
guerriere de ce Prince & convenables à ſa fureté .
Le Roy légitime eft encore en vie , & il eſt toujours
aimé & defiré du Peuple . Schah Nadir ne peut fe
foutenir qu'à la tête d'une Armée , & il eft de fa
politique de donner à cette Armée de l'occupation , et
de l'entretenir , s'il peut , aux dépens de fes Voifins;
à la verité il eft encore occupé à achever de réduire
les Aghuans & les autres Nations qui confinent les
Indes , ce qui pourra l'empêcher de tourner fi - tôt
fes Armes contre les Turcs.
On a depuis peu choifi dans Ifpaham deux cent
Mollahs , ou Gens de la Loy , des plus jeunes , &
un nombre proportionné dans les autres grandes
Villes , pour les envoyer, fuivant les ordres du Roy,
du côté de Kandahar ; on croit qu'ils font deſtinés à
instruire les Aghuans. Au reste le Gouverneur d'Ispaham
débite ici , que fuivant les dernieres nouvel-
H les
788 MERCURE DE FRANCE
les qu'il a reçûës , Schah Nadir fait de grands progrès
dans les Indes , & qu'il s'eft rendu maître de
Kaboul , de Moultan & de Richmir.
Les Lesguis ont fait une incurfion dans le Nord
de la Perfe , & ont ravagé une grande étendue de
Pays. Le Roy a fait de grandes promeffes aux Géor
giens pour les engager à faire tête à ces Brigands. Il
a envoyé Kan-Dgian , un des principaux Seigneurs
de la Perfe , pour commander dans la Géorgie , &
on dit qu'Ibrahim - Kan , frere de Schah Nadir , &
Gouverneur de Tauris, ramaffe des Troupes & forme
des Magafins , &c . on ne fçait pas fi ces préparatifs
regardent les Turcs.
On parle diverſement de la route que doit prendre
l'Ambaffadeur du G. S. pour retourner à Constantinople
, quelques- uns difent qu'il doit pafler
par Bagdad , & d'autres par Erzerum ; ceux de fa
Suite qui font ici , ne font pas contens de cette derniere
route, non pas qu'elle ne foit plus courte & plus
commode dans lafai fon préfente , que la premiere,
mais à caufe qu'on affure que Schah Nadir a nommé
la Ville de Kars pour le Lieu du Congrès , &
que les deux Ambaffadeurs doivent s'y arrêter pour
conférer sur les Articles qui restent à regler entre la
Porte & la Perfe.
Taguy-Kan , Gouverneur de Chiras , qui a ruiné
toutes les Provinces Méridionales de la Perfe , par
fon expédition de Mafcate , vient d'échouer une
feconde fois dans cette entrepriſe . Cette Ville eft
fituée fur la Côte Méridionale du Golfe Perfique
vis- à vis d'Ormus , & de Bender Abaffy ; les Portugais
l'avoient fortifiée , les Arabes s'en étant depuis
rendus Maîtres , payoient au Roy de Perle un tribut
, dont ils fe font enfin affranchis , ce qui a donné
lieu aux deux Expéditions infructueuses , que le
Kan de Chiras a faites,pour réduire cette Place fous
l'obéiffance
>
1
AVRIL:
789 1739
f'obéillance du Roy de Perfe . Les dernieres Lettres
portoient que l'Armée Perfane avoit été entierement
ruinée & que Tagui- Kan étoit morr.
EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople
du 27. Janvier 1739 .
ler , le Kan des Tartares arriva en cette Ville
H & y fit son Entrée publique. Le Grand Visir , qui
alla à fa rencontre avec le Capitan Pacha & les autres
Miniftres, fut à fa gauche pendant toute la marche
, qui fe termina au Palais du G. Vifir , où ce
Miniftre defcendit le premier de cheval, & conduifit
le Khan jufques à la Salle du Divan , en le précédant
, ce qui parmi les Turcs eft une politesse &
un égard pour la perfonne que l'on reçoit chés soi ,
& que l'on veut honorer. Il lui donna la place
d'honneur au Divan , & après lui avoir fait fervir
du Caffé & du Sorbet & lui avoir fait donner du
Parfum , il le revétit d'une riche Péliffe de Samour
à grandes manches après quoi le Chaoux Bachi
conduifit le Khan dans le Palais deftiné pour son
logement , pendant le séjour qu'il fera dans cette
Capitale .
On avoit accufé le Chirurgien du Prince Ragotsky
de l'avoir empoisonné , de concert avec un Hongrois
, qui s'étoit enfermé avec lui à Charnavanda
à l'occafion de la pefte ; ils avoient été conduits
P'un & l'autre à Conftantinople & jettés dans un
cachot , mais ils ont prouvé leur innocence , & le
Grand Visir les a fait mettre en liberté.
Le Comte Saki , que les Hongrois , attachés au
feu Prince Ragotzky , ont reconnu pour leur Chef,
a été chargé par la Forte de l'execution des dernie
res volontés de ce Prince & de l'adminiſtration de
şa succession,
Hij Le
740 MERCURE DE FRANCE
Le Rebelle Sary- Bey Oglou , a offert de mettre
bas les Armes , pourvû que l'Amnistie qu'il demande
, soit garantie par les Corps des Milices , mais
cette propofition a été rejettée par la Porte, comme
injurieufe au Grand Seigneur.
POLOGNE.
Elon les avis reçûs de la Frontiere , le Sultan
du Budziack , à la tête de 30000. Tartares s'est
avancé dans la Plaine de Kotelnik , à fix lieuës de
Bender , & l'on soupçonne qu'il a deffein de tenter
une irruption sur les Terres de la Czarine .
Ces mêmes Lettres portent que le Séraskier de
Bender a dépêché un Courier à ce Sultan , pour lui
recommander de ne point s'aprocher du Territoire
de Pologne , parce que le Grand Seigneur perfifte
dans la résolution d'entretenir une parfaite intelli
gence avec la République.
Le 20. Mars , M. Finck de Finckenftein , ' Grand
Chancelier du Duché de Curlande , reçut des mains
du Roy de Pologne , Electeur de Saxe , au nom du
Duc son Maître , l'Inveftiture de ce Duché & de
celui de Semigalle . Le Caftelan de Czersk , que le
Roy avoit nommé pour conduire ce Miniftre à l'audience
, alla le prendre en fon Hôtel dans les caroffes
de S. M. & la marche fe fit en cet ordre .
Deux Torwaskis du Caftelan , à cheval ; huit de
fes Heyduques à pied ; fes Officiers & fes Pages à
cheval ; 24. Heyduques de M. Finckenftein . à pied ;
fon Ecuyer à la tête de fix Pages à cheval ; fes -Officiers
& fes Gentilsho mmes , auffi à cheval ; huit
Valets de pied du Roy, & quatre Pages des Ecuries;
le caroffe de S. M. dans lequel M. de Finckenſtein
étoit avec le Caftelan de Czersk , & le Maître des
Cérémonies; le neveu de M. de Finckenftein & trois
autres
AVR FL 17398 791
autres Seigneurs du Duché de Curlande , dans UR
autre Caroffe du Roy ; à une diſtance de quelques
pas , les caroffes de M. de Finckenftein , lefquels
étoient fuivis de ceux du Caftelan de Czersk. La
marche étoit fermée par une Compagnie de Cava
lerie , & les rues par lefquelles le Cortege paffa ,.
étoient bordées de Troupes. , qui étoient en haye &
sous les Armes.
M : de Finckenftein , étant arrivé au Palais , furt
reçû au haut de l'escalier par le Grand & le Petit Ma
réchal de la Couronne , lefquels le conduifirent dans
la Salle du Sénat , où il trouva le Roy fur fon Trône
, aux deux côtés duquel les Sénateurs étoient affis.
Après qu'il eut demandé à genoux PInveftiture
des Duchés de Curlande et de Semigalle pour le Duc
fon Maître , le Comte Zaluski , Grand Chancelier
de la Couronne , répondit au nom de S. M. M. de
Einckenftein ayant prêté enfuite le ferment de fi--
delité on lût la forme de l'Inveftiture. Lorfque cette
lecture fut finie , & que M. de Finckenstein eût fais
fon compliment de remerciement , il se leva ,
plaça dans un Fauteuil près du Trône , & fe couvrit
Quelques momens après , il quitta fon Siege , s'avança
vers le Roy , & reçût des mains de S. M. l'Etendart
de l'Inveftiture , sur lequel étoient brodées .
d'un côté les Armes de Pologne , & de l'autre celles
de Curlande . Il fortit , portant cet Etendart jusqu'au
bas de l'escalier du Palais , & il fut reconduit en
fon Hôtel dans les caroffes du Roy.
Ie
La Porte a chargé le Miniftre qu'elle envoye à
S.M. , de faire des repréſentations fur le bruit qui
s'est répandu que l'Empereur, faifoit de fortes instances
auprès de la Czarine , pour l'engager à lui
fournir le Corps de Troupes qu'elle lui a promis ,
& l'on dit que ce Miniftre a reçû ordre du Grand
Seigneur , de déclarer que si ce Corps de Troupes
Hiij paffe
792 MERCURE DE FRANCE
paffe par le Royaume de Pologne , Sa Hauteffe
ne pourrafe difpenfer d'y faire entrer auffi desTrou
pes , pour attaquer fes Ennemis .
On a apris de Pétersbourg , que la difette eft fi
grande dans toute la Crimée , qu'un fac de froment
y coûte dix écus , & que la plupart des Habitans ,
faute de fubfiftance , ont été obligés de fe retirer
en Turquie.
O
ALLEMAGNE ,
N aprend de Vienne , que le premier Mars ,
300. Bofniaques s'avancerent jufqu'à la principale
porte du Fort de Sabatsch , pendant qu'on y
célébroit le Service Divin , & qu'ils tirerent sur les
sentinelles , mais que la garnison ayant couru aux
armes, les ennemis s'étoient retirés.
Un autre Courier a raporté que le 7. un parti des
Troupes Ottomanes attaqua le pofte d'Avalas , fitué
sur une Montage à trois lieues de Belgrade , & qui
n'étoit gardé que par vingt hommes ; que l'Officier
Imperial , qui commandoit dans ce pofte , s'étoit
défendu avec beaucoup de valeur , mais qu'enfin il
avoit été obligé de l'abandonner , & que les Ou .
vriers qui travailloient dans la Montagne à une Mine
d'argent qu'on y a découverte , n'ayant pû se
sauver avec assés de promptitude , plusieurs d'entr'eux
avoient été tués , & quelques uns faits prifonniers.
Sur l'avis qu'on a reçû que les Turcs faisoient
de grands mouvemens dans la Servie , & qu'ils paroissoient
se disposer à exécuter quelque entreprise
importante , la Cour a envoyé ordre de rassembler
du côté de Belgrade le plus de Troupes que l'on
pourroit , pour couvrir cette Place , & pour empêcher
les ennemis d'en former le siege .
Le
AVRIL.
1739 793
Le Feldt Maréchal Comte de Wallis a été nommé
pour commander en Chef l'Armée Imperiale em
Hongrie . L'Empereur a fait en même temps une
Promotion d'Officiers Généraux , par laquelle S.
M. I. a déclaré Généraux de la Cavalerie , les Comtes
de Stirum & de Badiani , & le Prince de Lichtenstein
; Lieutenans Généraux de la Cavalerie , le
Comte Palfi , & les Barons de Saint Ignon & de
Bernes ; Lieutenans Généraux de l'Infanterie , le
Prince de Salm , les Comtes de Daun & de Brawn ,
& M. Molk.; Majors Généraux de Cavalerie , MM ..
Cohari & Dollone , les Princes de Hesse Rhinfels :
& de Birkenfeld , & MM. Holly & Daff ; & Majors
Généraux d'Infanterie , le frère du Prince de
Saxe Hildburghausen , le Comte de Berenclaw , &
MM. de Heillfreisch & de Bufch. On dit que le
Prince de Hohenzolern a été fait Feldt Maréchal ,
mais que sa nomination ne sera déclarée qu'après
le retour d'un Courier qu'on lui a dépêché .
Le Comte d'Eltz , Chanoine du Chapitre de
Mayence , & le Baron de Gudenus , reçûrent le 3 ..
de ce mois des mains de l'Empereur , au nom de
l'Electeur de Mayence , l'investiture de l'Electorat
de cè nom , & des Fiefs qui en dépendent.
L
ITALI E.
E bruit court , que le Cardinal Aquaviva a oba
tenu les deux Brefs que les Cours de Madrid
& de Naples demandoient , l'un en faveur de l'In -
fant Cardinal , pour l'établissement de trois nou
veaux Suffragans dans l'Archevêché de Tolede ;
l'autre , pour autoriser le Roy des deux Siciles à
lever une Taxe extraordinaire sur les revenus du
Clergé du Royaume de Sicile .
L'Archevêque de Benevent a donné avis au Gou-
Hiiij ver794
MERCURE DE FRANCE
vernement, qu'on avoit fenti au commencement du
mois de Mars à Benevent trois secousses de tremblement
de terre , lesquelles avoient déterminé plusieurs
Personnes à sortir de la Ville , pour se retirer
à la Campagne
.
Le Pape a envoyé le Prince de Sainte- Croix à
Florence , pour présenter la Rose d'or à la Grande
Duchesse de Toscane.
On a apris que le Chanoine Orticoni , connu par
les troubles de l'Isle de Corse , a passé par Rome
en allant à Naples.
?
On aprend par les Lettres de Livourne , que le
Grand Duc & la Grande Duchesse de Toscane
partirent le premier Mars de Florence pour s'y
rendre. Ils ont passé quatre jours à Pie , pour
aflifter aux diverses Fêtes qu'on leur a données ,
entre autres à celle du Combat du Pont , qui eft
une espece
de Joûte en usage parmi les Habitans de
Pise .
Le lendemain , s . du même mois , le Grand Duc
ayant vû faire l'exercice aux Troupes de la garnison
, on distribua par son ordre trois Cerfs & fix
Bariques de vin à chacune des Compagnies dont
elle est composée , & de l'argent à chaque Soldat.
11 se rendit à Livourne le 6. avec la Grande Duchesse
, & il y fut salué à son arrivée par une décharge
génerale de l'artillerie des remparts & de
celle des Vaisseaux qui étoient dans le Port . Le soir
toutes les maisons de la Ville furent illuminées , &
le Grand Duc se promena en carosse dans les printipales
rues. Le Grand Duc & la Grande Duchesse
allerent le lendemain visiter le Port , & étant montés
à bord d'une Galere , ils virent le combat d'un
Vaiffeau de guerre & de deux Pinques , qui par
leurs differentes manoeuvres représenterent tout ce
qui se passe , lorsque les Vaisseaux des Chrétiens
comAVRIL
791 1739:
combattent contre les Corsaires de Barbarie.
Les Consuls & les Négocians des diverses
Nations se sont diftingués par les Fêtes qu'ils
ont données , & chaque Consul à la tête des principales
Personnes de sa Nation , eft allé rendre ses
respects au Grand Duc , qui les a assuré qu'il se
feroit un plaifir de leur donner des marques de sa
protection , & de les faire jouir pour leur commerce
& pour leurs personnes de tous les avantages qui
pourroient leur être accordés.
Les Juifs ont donné. le Divertissement d'une
Cocagne.
LE
NAPLES
TETribunal del'Inquifition ayant fait subir des pé
nitences secrettes à un Religieux & à un Séculier
dans les prisons du Saint Office , sans avoir instruit e
leur procès avec les formalités prescrites par le
Roy , la Ville a présenté à S. M. une Requête pour
la suplier de maintenir les Privileges des Habitans,
& de ne pas permettre qu'ils soient exposés à être
maltraités sur un simple ordre des Inquisiteurs , &
le Roy a renvoyé la décision de cette affaire à la
Chambre Royale de Sainte Claire , laquelle s'est
déja assemblée plusieurs fois pour déliberer à ce
sujet.
i
Les de ce mois , le Roy traversa la Ville à che--
val , pour aller prendre le divertissement de la
chasse du vol sur les bords du Lac d'Agnano ; &
lorsqu'il passa dans la Place vis- à- vis le Palais ,
dans laquelle les Ambassadeurs de France & d'Espagne
s'étoient rendus , ainsi que les Ducs de
Charny & de Castro Pignano , & plusieurs autres .
Seigneurs , pour lui rendre leurs respects , la Reine
parut sur le principal Balcon de son apartement ,
dou Elle salua S. M. , qui lui témoigna la joye
Hy qu'Elle ~
196 MERCURE DE FRANCE
qu'Elle avoit de la voir jouir d'une meilleure santé.
Après la chasse le Roy repassa par cette Ville en
retournant à Portici , & il vit encore une fois la
Reine , qui reparut sur le Balcon , lorsque S. M.
traversa la Place du Palais.
Quelques jours après , le Roy en allant de Portici
à Notre- Dame del Arco , rencontra une chaîne
de trente-fix Galeriens , qui implorerent sa clémence
, & S. M. eut la bonté de les faire remettre
en liberté , après leur avoir fait une sévere réprimande
sur leur conduite passée , & les avoir exhortés
à mener une vie plus réguliere.
La Reine a fait des présens confiderables à toutes
les Dames qui sont restées auprès d'Elle pendant
sa maladie , & Elle a donné à la Princesse de Colu
brano tous les meubles de sa Chambre.
ISLE DE CORSE.
Na apris de la Baftie , que les Troupes du
Roy de France font les dispofitions néceffaires
pour attaquer plufieurs Postes situés dans la
Province de Balagna , entre-autres celui de Monte-
Maggiore , qui eft un des plus importans , & qu'on
avoit déja conduit au Convent d'Alziprato l'artillerie
deſtinée pour cette entreprise.
Les Détachemens des Rébelles , par lesquels ces
Poftes sont occupés , ont demandé du secours au
Marquis Luc Ornano , leur Capitaine Général , &
l'on conjecture qu'il s'est déterminé à leur en envoyer,
parce qu'un Corps assés confiderable des
Rébelles a paru sur les Montagnes voisines de la
Pieve de Pino . On assûre même que les nommés
Giacinto Paoli & Jean-Jacques Caftineta , deux des
Chefs des Rébelles , sont arrivés à Santa Reparata
avec soo. Montagnards.
AVRIL. 1739.
797
Il n'y a point lieu de douter , que s'ils se mettent
en devoir de s'oposer à la prise de Monte- Maggiore
, il n'y ait une action . On a enlevé aux Rébelles
du côté de l'Isola - Rossa 50. Boeufs & environ
100. Moutons , & on a fait un butin encore plus
confiderable dans les environs de San Pelegrino .
Un de leurs Partis , composé de 2co . hommes ,.
a eû la hardiesse de s'avancer jusqu'à la vûë de la
Bastie , & il a dépouillé plufieurs Paysans qui travailloient
à la terre. Le même Parti eft allé ensuite à
Biguglia , où il a brûlé deux maisons apartenant au
Pere d'un jeune Officier des Troupes de la République
, lequel a tué un de leurs Chefs , nommé
Taveglino.
On a apris de Genes de la fin du mois dernier ,.
que le Détachement des Troupes Françoises , qui
s'étoit mis en marche pour inveftir Monte- Maggiore
, en avoit commencé le Siége , mais qu'on n'a
aucune nouvelle certaine de l'état du Siége , parce
qu'il n'est point venu de Bâtiment de Calvi , à
cause des vents contraires , & que la communication
entre la Bastie & la Province de Balagna est :
interrompue. La plupart des bruits qui courent touchant
les affaires de l'Isle de Corse étant ordinairement
hazardés fouvent même fans aucun fondement.
Le Marquis Mari a mandé au Senat , en l'infor
mant de l'attaque de Monte-Maggiore , que la Frégate
la Flore & la Barque la Legere étoient parties de
San-Fiorenzo , l'une peur Calvi & l'autre pour
Ajaccio , & que la Barque la Sibille avoit mis à la
voile pour Saint Boniface.
Un Parti des Rebelles a mis le feu pendant la
nuit à une maison de la Piéve del Nebbio , mais
l'incendie a été bien - tôt éteint. Le Commandant
des Troupes Françoises a offert à cette Piéve des
secours pour la mettre à couvert de pareilles in-
H vj sultes,
798 MERCURE DE FRANCE
sultes , & dans la vûë de faire en même temps de ce
côté une diversion pour favoriser la prise de Monte-
Maggiore , mais les Habitans ont fait réponse qu'ils
étoient assés forts pour se défendre eux -mêmes .
Les nouvelles qu'on avoit reçues par Livourne
d'un prétendu avantage remporté par les Rébelles
de l'Isle de Corse , & celle de la levée du Siége de
Monte- Maggiore , étoient sans aucun fondement ,
ainsi que le bruit sur lequel on avoit cru que ce
Pofte étoit inveſti.
On a apris que le Marquis de Maillebois étoit
arrivé le 20. du mois dernier à Calvi , & que le 22
il avoit été visiter le Pofte d'Alziprato , où eft le
Train d'Artillerie.
Les dernières Lettres écrites de Calvi , marquent
que ce Géneral y étoit encore , & qu'il y avoit fait
venir de San- Fiorenzo la Compagnie de Grenadiers
du giment de Cambrefis , & une cinquantaine
d'autres Soldats d'élite .
Un Détachement que ce Commandant avoit envoyé
, pour reconnoître le Poste de Monte- Maggiore
, s'étant trop avancé , les Rébelles ont fait une
décharge qui a blessé un Officier & cinq Soldats,
Le Marquis de Maillebois voulant punir les Rébelles
des hostilités par eux commises , a fait couper
une partie des Oliviers qui étoient aux environs de
Monte-Maggiore.
Les avis de Malthe du commencement du mois
dernier , portent que le Grand Maître ayant reçû
une Lettre , par laquelle l'Empereur
lui demande
des Matelots , pour les employer sur les Bâtimens
destinés à agir sur le Danube contre les Turcs pendant
la Campagne
prochaine, & que la Religion vou-
Jant donner à S. M. 1. & à toute la Chrétienté de
nouvelles preuves de son zele & de son attachement
, on a examiné dans le Conseil quels secours
on
AVRIL: 1739. 799
on pouvoit envoyer en Hongrie , & qu'il a été résolu
de fournir à l'Empereur un Corps de 300.
Matelots tirés des Vaiffeaux de la Religion .
Ce Corps sera commandé en Chef par le Chevafier
de Leomont , qui aura sous ses ordres quatre
Lieutenans & quatre Enseignes. Les Lieutenans
sont les Chevaliers d'Ainac , des Roches , Javon
Baroncelli , François de Nation , & le Chevalier
Zerzanna , Espagnol : les Enseignes , le Chevalier
Rosermisi , Italien , & les Chevaliers Cultier , Charmaille
, & Desperieres , François . On a donné un
Uniforme à tout le Corps , lequel sera conduit au
Port de Triefte , où il recevra les ordres de S. M I.
sur sa deftination , & il sera accompagné de deux
Aumôniers , d'un Ecrivain & d'un Chirurgien.
Outre les Chevaliers nommés pour commander ce
Corps , il y aura sur le Vaiffeau à bord duquel il
s'embarquera quatre Chevaliers Caravanistes
qui sont les Chevaliers de Savaillan , de Baronneril,
& Taden , François , & le Chevalier Rouffe , Italien.
Le Chevalier du Vernois , François , fera les
fonctions de Provéditeur.
ESPAGNE.
On Sebastien de la Quadra , Sécretaire d'Etat,
D & delDespacho Universal , a pris le nom de
Marquis de Viliarias , & les Patentes du Titre de
Castille , qu'il a obtenu , lui ont été expediées sous
ce nom.
Le Gouvernement a fait un emprunt de fix mil
Hons , & on dit qu'il cherche des sommes plus
confiderables , dont on ignore la deftination .
Le Roy voulant que tous ses Sujets prennent partà
la joye que lui cause la conclufion du mariage de l'Infant
Don Philipe avec Madame de France, S.M . a 05-
donné
300 MERCURE DE FRANCE
donné qu'on sonnât les cloches à cette occafion
pendant trois jours dans les Eglises de toutes les
Villes du Royaume , & que pendant le même temps
il y eût des Illuminations & des Réjouissances publiques.
Le 6. du mois passé il arriva de Paris un Cou
sier , par lequel le Marquis de la Mina , Ambassadeur
Extraordinaire du Roy à la Cour de France ,
a mandé à S. M. C. que le Roy T. C. avoit accepté
pour lui & pour Monseigneur le Dauphin , l'Ordre
de la Toison d'or , qu'Elle lui avoit fait offrir.
GRANDE - BRETAGNE.
E 17. de ce mois , un Inconnu remit à l'Huif--
un
paquet cacheté & adressé aux Seigneurs , dans lequel
étoit une Liste des noms de tous les Officiers,
dont le Conseil Commun de Londres est com →
posé. A côté de chaque nom étoit un Passage de
Ï'Ecriture , contenant quelque aplication maligne ,
& l'on avoit joint à la Liste un Ecrit intitulé , Des
Moyens de parvenir aux Emplois , fans les mériter
, de les conferver , fans en remplir les devoirs.
Le 25. Mars après midi , la Princesse de Galles
ayant senti des douleurs , le Prince de Galles envoya
sur le champ un Message à la Chambre des
Pairs , qui étoit pour lors assemblée , pour donner
avis au Lord Chancelier & aux Evêques , que cette
Princesse étoit en travail , & peu après qu'ils se
furent rendus chés la Princesse de Galles , elle ace
coucha heureusement d'un Prince , de la naissance
duquel le Prince de Galles fit donner part au Roy
par le premier Gentilhomme de sa Chambre . Il y
eut le soir de grandes Réjouissances dans toute la
1
Ville
AVRIL. 17393 Sor
Ville de Londres , & on tira le canon de la Tour
par ordre de S. M.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E 13. Mars , D. Isabelle - Alexandrine de Croy ,
Baie d'Honneur de la Reine d'Espagne regnante
, & veuve sans enfans , depuis le 15. Octobre
1716. de Charles de Montmorency , Prince de
Robec , Marquis de Morbec , Grand d'Espagne
de la premiere Classe , Lieutenant Général
des Armées de S. M. Catholique , Colonel du Régiment
de ses Gardes Wallones , avec lequel elle
avoit été mariée à Madrid le 12. Janvier 1714.
mourut à Madrid , à l'âge de 67. ans. Elle étoir
fille de Philipe-Emmanuel- Ferdinand- François
Croy , Comte de Solre , & de Buren , Baron de
Molembais , & de Beaufort , Seigneur de Condé
& de Montigny , Chevalier des Ordres du Roy
Très-Chrétien , Lieutenant Géneral de ses Armées ,
Gouverneur des Villes de Peronne , Roye & Montdidier
, mort le 22. Décembre 1718. & d'Anne-
Marie- Françoise de Bournonville.
de
Le 18. Frederic Guillaume , Baron de Grumbkau,
Feldt- Maréchal des Troupes du Roy de Prusse
Conseiller d'Etat au Conseil Privé , & au Conseil
de Guerre de ce Prince , Vice- Préſident , & Miniftre
de son Conseil des Finances , & de ses Domaines
, Colonel d'un Régiment d'Infanterie , Grand
Veneur Héreditaire de l'Electorat , & de la Marche
de Brandebourg , Grand Prévôt du Chapitre de
Brandebourg , Chevalier des Ordres de S. André de
Ruffie , & de l'Aigle Blanc de Saxe , & Seigneur
des
802 MERCURE DE FRANCE
des Seigneuries de Molon , de Ruheftandt , -de
Lubers , & de Loist , mourut d'une attaque d'a
poplexie en Brandebourg , âgé d'environ 61 .
ans.
Le 19. Henri Guillaume , Comte dé l'Empire , &
de Welzech , Chevalier de l'Ordre de l'Aigle Blanc:
de Saxe , Conseiller du Conseil Privé , & Chambellan
de la Clef d'Or de l'Empereur , Géneral
Feldt -Maréchal de ses Armées , Commandant dans
la Province de Silesie , Gouverneur du grand Glogaw
, & Colonel d'un Régiment d'Infanterie Imperiale
, mourut à Breslau , dans la 74. année de
son âge.
Le même jour mourut à Madrid , à l'âge de 7.
ans , D. Louis de Cordouë Spinola de la Cerda
Arragon , Marquis de Priégo , Duc de Medina-
Cali , Grand d'Espagne de la premiere Classe ,
Majordome-Major de la Reine regnante.
Le 22. mourut auffi à Madrid , à l'âge de 77. ans,
D. François Alvarez de Tolede , & Beaumont , Due
d'Albe
***
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E5 . de ce mois , la Reine fit rendre à l'Eglise
de la Paroisse du Château de Versailles les
Paints Benits , qui furent présentés par l'Abbé de
Sainte-Hermine , son Aumonier en quartier.
Le 14. le Roy & la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château la Messe de Requiem , pen
dant laquelle le De profundis fut chanté par la Mu
siqueAVRIL.
´1739.
803
sique , pour l'Anniversaire de Monseigneur le
Dauphin , Ayeul de S. M.
Le 20. le Roy & la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château de Versailles la Messe de
Requiem , pendant laquelle le De profundis fut chanté
par la Musique , pour l'Anniversaire de Madame
la Dauphine , Ayeule de S. M.
Le 29. le Roy fit dans la Plaine des Sablons la
revûë du Régiment des Gafdes Françoises , & de
celui des Gardes Suisses , lesquels firent l'exercice
& défilerent en présence de S. M. Monseigneur le
Dauphin se trouva à cette revûë.
Le 8: & le 11. Avril , la Reine entendit en Con→
cert deux petits Divertissemens du Sr Mathieu
Ordinaire de la Mufique du Roy , dont S. M. parut
très-contente.
9
Le 13. on chanta le Prologue & le premier Acte ›
de Marthefte , de la compofition de M. Destouches,
Sur- Intendant dé la Mufique du Roy , dont les principaux
Rôles furent executés par la Dlle Huguenot
avec beaucoup de succès .
Le 15 , le 13. & le 20 , on concerta l'Opera de
Tarfis & Zelie , mis en Mufique par les Srs Rebel &
Francoeur ; la Reine parut très -satisfaite de plufieurs
beautés répandues dans cet Ouvrage , & surtout
dans le troifiéme Acte .
Le 22 , le 25 & le 27 , on executa par ordre de
la Reine, l'Opera d'Omphale , de M. Destouches ;
les Rôles d'Argine , d'Omphale & d'Alcide furent
remplis avec aplaudissement par les Diles Huguenot
, de Romainville, & par le Sr Benoît , & le reste
fut executé au mieux.
Le 3. Avril , le Concert spirituel recommença
au Château des Thuilleries , lequel fut contité:
le
804 MERCURE DE FRANCE
le Dimanche de Quasimodo , & le lendemain , Féte
de la Vierge. On a donné , pendant ces trois jours ,
differens Moters à grand Choeur du Sr de Mondonville
, dont la compofition & l'execution ont été
également aplaudies . Le même Auteur a auffr executé
sur le Violon , differens Concerto de sa compofition
, qui ont fait le même plaifir , & ont été
géneralement goûtés par de très nombreuses Affemblées
, que la réputation de ce jeune Maître a attiré,
toutes les fois qu'on a donné des Motets ,
Concerto de sa compofition.
ou des
BENEFICES DONNE'S.
• Pourroy de Quinconas de Lauberiviére,
Prêtre natif de Grenoble , Doyen de l'Eglise
Collégiale de S. Bernard de Romans , Licentie en
Théologie de la Faculté de Paris , âgé de 26. à 27.
ans , & Frere d'un Préfident du Parlement de Dauphiné
, a été nommé à l'Evêché de Quebec en
Canada.
L'Abbaye Royale de S. Yved , ou S. Yves en
Braine , Ordre de Prémontré , Diocèse de Soiffons ,
vacante du 11. Octobre dernier , par le décès de
Jacques-François Minot de Merille , a été donnée
à Pierre Herman Dosquet , Liégeois , ancien Evêque
de Quebec , qui vient de donner sa démiſſion .
Il étoit ci -devant Evêque de Samos , in partibus
Infidelium , & avoit été sacré sous ce titre , à Rome
le 25. Décembre 1727. Il avoit été nommé Coadjuteur
de Quebec au mois de Fevrier 1729. & il
en étoit devenu titulaire en 1733. par la démiffion .
du P. Louis - François de Mornay , Capucin.
L'Abbaye de Cercamp , Ordre de Citeaux , Diocèse
AVRIL. 1739. 805
cèse d'Amiens , vacante depuis le 12 Novembre :
dernier par la mort de Theodore Potocki , Archevêque
de Gnesne , & Primat de Pologne & de Lithuanie
, à Claude-François de Montboiffier- Beaufort
de Canilliac , Prêtre , Docteur en Théologie de
la Faculté de Paris , de la Maison Royale de Navarre
, du 20 Octobre 1733. Chanoine & Comte
de Lyon , Auditeur de Rote à Rome pour la France
, depuis le mois de Juillet 1733. & Abbé Commandataire
des Abbayes de N. D. de Barbeaux ,
Ordre de Citeaux , Diocèse de Sens , du 8 Janvier
172 t. & de Montmajour - lès - Arles , Ordre de Saint
Benoît , du mois de Fevrier 1735.
Celle de Valloire , Ordre de Citeaux , Diocèsed'Amiens
, vacante du 25 Janvier 1738. par la mort
de Jean-Marie Henriau , Evêque de Boulogne , à
Augustin- César d'Hervilli de Devise , Evêque de
Boulogne depuis le 4 Mars 1738.
Celle de S. Euverte d'Orleans , Ordre de S. Augustin
, vacante du 13 Decembre dernier par le dé--.
cès de Nicolas de Graves , à Timoleon - Charles
Gouffier , des Seigneurs de Thois , Prêtre du Diocèse
de Paris , & Chanoine de l'Eglise Métropolitaine de
Paris , du 9 Mars 1728.
Celle de N. D. d'Ardennes , près de Caën , Ordre
de Prémontré Réformé , Diocèse de Bayeux , vacante
du 16 Fevrier dernier , par le décès de Gaspard
de Fogaffe de la Bastie , à
S. Vallier.
de
Celle de Lieu - Reſtauré , Ordre de Prémontré ,.
Diocèse de Soiffons , vacante du 8 Octobre dernier
, par la mort de Louis le Bel , Evêque de Bethléem
, à
de Moy , des Seigneurs de
Richebourg , en Normandie.
•
Celle de Pérignac , Ordre de Citeaux , Diocèse
Angers , vacante du 13 Décembre dernier , par:
la.
8a6 MERCURE DE FRANCE
la mort du même Nicolas de Graves , à
de Mesplez.
"
Et celle de N. D. de Pontaut , Ordre de Citeaux,
Diocèse d'Aire vacante du 21 Mars dernier , par
la mort de Joseph de Revol , ancien Evêque d'Oleà
Jean -François de Montillet du Chastelard ,
son neveu ,. & successeur en l'Evêché d'Oleron
depuis le mois d'Avril 1735 ►
>
.
2
Le R. P. Dom Louis -Bernard La Taste né à
Bordeaux , Religieux Bénedictin de la Congrégation
de S. Maur , & Affiftant du R. Pere Géneral ,
fut nommé le 25 Novembre 1738. à l'Evêché de
Bethleem en France , & le 8 Decembre suivant à
l'Abbaye de Moirmont , Ordre de S. Benoît , de la
Congregation de S. Vanne, Diocèse de Châlons sur
Marne. Il fut sacré les de ce mois d'Avril , conjointement
avec M. l'Evêque de S. Papoul , par M..
l'Archevêque de Paris , dans la Chapelle de l'Archevêché
, affifté des Evêques de Viviers & de Tarbes
. Le 20 du même mois il prêta au Roy pendant
la Messe le Serment de fidelité , avec M. l'Evêque
de Saint Papoul. Nous ne dirons rien des grandes
qualités , du zele pour les interêts de l'Eglise , & de
Pérudition de M. l'Evêque de Bethléem cela est
assés connu de tous ceux qui aiment la Religion
& les Lettres .
On passera auffi sous filence ce qui concerne
P'Erection , la fituation , &c . de l'Evêché de Bethléem
en France , les Sçavans ne l'ignorent pas : &
ceux qui seront bien aises de l'aprendre , liront ,
s'il leur plaît , la Lettre de M. l'Abbé Le Beuf , imprimée
dans le Mercure du mois de Janvier 1725.
page 101. datée d'Auxerre le 28 Novembre 1724.
laquelle contien un détail curieux.
Entre autres fingularités , on y remarque.
celle
dont.
AVRIL. 1739. 807
?
lont il est parlé dans le Rational des Offices Divins
le Durand , Evêque de Mende. Ce Prélat dit » que
, quelque jour que l'Evêque de Bethléem célébrât
» la Messe , & quelque Messe que ce fût , même
≫ celle des Morts , il y récitoit le Gloria in excelfis ,
» à cause que c'étoit dans son Territoire qu'il avoit
» d'abord été chanté par les Anges , &c . Mais . ,
dit M. Le Beuf , les Evêques d'Auxerre s'y sont
oposés dans leurs Statuts Synodaux , après avoir
prouvé que le Lieu de l'Etabliffement de l'Evêché
de Bethléem eft du Diocèse d'Auxerre .
Ce seroit ici le lieu de dire quelque chose de
Bethleem de Palestine , Ville célebre dans l'Ecriture
, où elle eft apellée quelquefois Ephrata , du
nom de la Femme de Caleb , dans l'Hiftoire , &
qui est encore aujourd'hui , quoique fort détruite ,
le Siége d'un Prélat de la dépendance du Patriarche
de Jerusalem , dont cette Ville n'eft éloignée que
d'environ deux lieuës. Elle a donné naiſſance à
plufieurs Personnages diftingués , dont le plus illustre
est le Roy David : mais sa véritable gloire est
d'avoir vû naître le Sauveur du Monde . Nous renvoyons
tout le reste aux Historiens & aux meilleures
Relations des Voyageurs, pour ce qui regarde
l'état présent de Bethléem. Ils n'ont pas oublié la
Superbe Eglise , que Sainte Helene , Mere du Grand
Constantin , y fit bâtir sur le Lieu de la Sainte Nativité
, ainfi que ce qu'on apelle l'Ecole de Saint
Jerôme , son Oratoire & son Tombeau. Ils parlent
auffi du magnifique Convent & de l'Eglise des Religieux
de S. François , lesquels , outre la garde
des SS. Lieux qui leur est confiée , sous la protection
du Roy , édifient encore , instruisent & affiftent
les Chrétiens du Pays , ensorte qu'actuellement il
ya à Bethleem & aux environs , des Familles Grecques
entieres , qui , par leurs soins ont abjuré le →→
Schisme
804 MERCURE
DE FRANCE
le Dimanche de Quafimodo , & le lendemain , Fêtede
la Vierge. On a donné , pendant ces trois jours , differens Moters à grand Choeur du Sr de Mondonville
, dont la compofition
& l'execution ont été également aplaudies . Le même Auteur a auffr executé
sur le Violon , differens Concerto de sa compofition
, qui ont fait le même plaifir , & ont été géneralement
goûtés par de très nombreuses Affemblées
, que la réputation de ce jeune Maître a attiré, toutes les fois qu'on a donné des Motets , ou des.
Concerto de sa compofition.
BENEFICES
DONNE'S
.
. Pourroy de Quinconas de Lauberiviére
; Prêtre natif de Grenoble , Doyen de l'Eglise Collégiale de S. Bernard de Romans , Licentié en Théologie de la Faculté de Paris , âgé de 26. à 27. ans , & Frere d'un Préfident du Parlement de Dauphiné
, a été nommé à l'Evêché de Quebec en
Canada.
que
L'Abbaye Royale de S. Yved , ou S. Yves en Braine , Ordre de Prémontré , Diocèse de Soiffons, vacante du . 11. Octobre dernier , par le décès de Jacques -François Minot de Merille , a été donnée
à Pierre Herman Dosquet , Liégeois , ancien Evê- de Quebec , qui vient de donner sa démiſſion.
in partibus
Il étoit ci -devant Evêque de Samos
Infidelium , & avoit été sacré sous ce titre , à Rome le 25. Décembre 1727. Il avoit été nommé Coad-
1729. & il
juteur de Quebec au mois de Fevrier
en étoit devenu titulaire en 1733. par la démiffion
du P. Louis - François de Mornay , Capucin. L'Abbaye de Cercamp , Ordre de Citeaux , Diocèsc
AVRIL. 1739. 809
cèse d'Amiens , vacante depuis le 12 Novembre:
dernier par la mort de Theodore Potocki , Archevêque
de Gnesne , & Primat de Pologne & de Lithuanie
, à Claude-François de Montboiffier- Beaufort
de Canilliac , Prêtre , Docteur en Théologie de
la Faculté de Paris , de la Maison Royale de Navarre
, du 20 Octobre 1733. Chanoine & Comte
de Lyon , Auditeur de Rote à Rome pour la France
, depuis le mois de Juillet 1733. & Abbé Commandataire
des Abbayes de N. D. de Barbeaux ,
Ordre de Citeaux , Diocèse de Sens , du 8 Janvier
172 t. & de Montmajour - lès - Arles , Ordre de Saint
Benoît , du mois de Fevrier 1735.
Celle de Valloire , Ordre de Citeaux , Diocèsed'Amiens
, vacante du 25 Janvier 1738. par la mort.
de Jean-Marie Henriau , Evêque de Boulogne ,
Augustin- César d'Hervilli de Devise , Evêque de
Boulogne depuis le 4 Mars 1738.
Celle de S. Euverte d'Orleans , Ordre de S. Augustin
, vacante du 13 Decembre dernier par le décès
de Nicolas de Graves , à Timoleon - Charles
Gouffier , des Seigneurs de Thois , Prêtre du Diocèse
de Paris , & Chanoine de l'Eglise Métropolitaine de
Paris , du 9 Mars 1728.
Celle de N. D. d'Ardennes , près de Caën , Ordre:
de Prémontré Réformé , Diocèse de Bayeux , vacante
du 16 Fevrier dernier , par le décès de Gaspard
de Fogaffe de la Bastie , a
de
S. Vallier.
Celle de Lieu - Reftauré , Ordre de Prémontré ,
Diocèse de Soiffons vacante du 8 Octobre derla
mort de Louis le Bel , Evêque de Bethde
Moy , des Seigneurs de
nier , par
• léem , à
Richebourg , en Normandie.
Celle de Pérignac , Ordre de Citeaux , Diocèse
Angers , vacante du 13 Décembre dernier , par:
la.
8a6 MERCURE DE FRANCE
la mort du même Nicolas de Graves , à
de Mesplez
"
Et celle de N. D. de Pontaut , Ordre de Citeaux,
Diocèse d'Aire vacante du 21 Mars dernier , par
la mort de Joseph de Revol , ancien Evêque d'Oleron
, à Jean- François de Montillet du Chastelard ,
son neveu ,. & successeur en l'Evêché d'Oleron
depuis le mois d'Avril 1735 .
né à Le R. P. Dom Louis-Bernard La Taste
Bordeaux , Religieux Benedictin de la Congrégation
de S. Maur , & Affiftant du R. Pere Géneral ,
fut nommé le 25 Novembre 1738. à l'Evêché de
Bethleem en France , & le 8 Decembre suivant à
l'Abbaye de Moirmont , Ordre de S. Benoît , de la
Congregation de S.Vanne, Diocèse de Châlons sur
Marne. Il fut sacré le de ce mois d'Avril , conjointement
avec M. l'Evêque de S. Papoul , par M..
l'Archevêque de Paris , dans la Chapelle de l'Archevêché
, affifté des Evêques de Viviers & de Tarbes
. Le zo du même mois il prêta au Roy pendant
la Messe le Serment de fidelité , avec M. l'Evêque
de Saint Papoul. Nous ne dirons rien des grandes
qualités , du zele pour les interêts de l'Eglise , & de
Pérudition de M. l'Evêque de Bethleem : cela est
assés connu de tous ceux qui aiment la Religion
& les Lettres.
On passera auffi sous filence ce qui concerne
l'Erection , la fituation , & c . de l'Evêché de Bethléem
en France , les Sçavans ne l'ignorent pas : &
ceux qui seront bien aises de l'aprendre , liront ,
s'il leur plaît , la Lettre de M. l'Abbé Le Beuf , imprimée
dans le Mercure du mois de Janvier 1725 .
page 101. datée d'Auxerre le 28 Novembre 1724.
laquelle contien un détail curieux .
Entre autres fingularités , on y remarque cefle
dont
AVRIL. 1739. 807
"
1
dont il est parlé dans le Rational des Offices Divins
de Durand , Evêque de Mende. Ce Prélat dit » que
quelque jour que l'Evêque de Bethléem célébrát
» la Messe , & quelque Messe que ce fût , même
celle des Morts , il y récitoit le Gloria in excelfis ,
» à cause que c'étoit dans son Territoire qu'il avoit
» d'abord été chanté par les Anges , & c . Mais . ,
dit M. Le Beuf , les Evêques d'Auxerre s'y sont
oposés dans leurs Statuts Synodaux , après avoir
prouvé que le Lieu de l'Etabliffement de l'Evêché
de Bethléem eft du Diocèse d'Auxerre.
Ce seroit ici le lieu de dire quelque chose de
Bethleem de Palestine , Ville célebre dans l'Ecriture
, où elle eft apellée quelquefois Ephrata , du
nom de la Femme de Caleb , dans l'Hiſtoire , &
qui est encore aujourd'hui , quoique fort détruite ,
le Siége d'un Prélat de la dépendance du Patriarche
de Jerusalem , dont cette Ville n'eft éloignée que
d'environ deux lieuës. Elle a donné naiffance à
plufieurs Personnages diftingués , dont le plus illustre
est le Roy David : mais sa véritable gloire est
d'avoir vû naître le Sauveur du Monde. Nous renvoyons
tout le reste aux Historiens & aux meilleures
Relations des Voyageurs,pour ce qui regarde
l'étar présent de Bethléem. Ils n'ont pas oublié la
Superbe Eglise , que Sainte Helene , Mere du Grand
Constantin , y fit bâtir sur le Lieu de la Sainte Nativité
, ainfi que ce qu'on apelle l'Ecole de Saint
Jerôme , son Oratoire & son Tombeau. Ils parlent
auffi du magnifique Convent & de l'Eglise des Religieux
de S. François , lesquels , outre la garde
des SS. Lieux qui leur est confiée , sous la protection
du Roy , édifient encore , instruisent & affiftent
les Chrétiens du Pays , ensorte qu'actuellement il
Y
a à Bethleem & aux environs , des Familles Grecques
entieres , qui , par leurs soins , ont abjuré le
Schisme
808 MERCURE DE FRANCE
Schisme , les Erreurs des Grecs , & font partie de
J'Eglise Catholique de l'Orient.
Selon quelques Auteurs , l'Evêché de Bethleem
n'a été érigé que du temps des Croisades vers l'année
1110. L'Auteur de l'Ouvrage imprimé à Rome
en l'année 1695. dédié au Pape Innocent XII . fous
le titre de SIRIA SACRA , Defcrittione Iftorico -Geographica
Cronologico Topografica delle Due Chiefe Patriarcali
Antiochia , e Grufalemme , Primatie Metropoli
, e Suffraganée , & c. Cet Auteur ; dis je , qui
déclare avoir fait le voyage du Pays dont il parle ,
qualifie Bethléem de Ville Archiepifcopale , Bettelem
citta Arcivescovale di Palestina , L. II. Ch.
XCIX. p. 299. & à la fin du même Chapitre en décrivant
les ornemens de Mofaïque & c. qui enrichis
sent la grande Eglise , dont nous venons de parler ,
il ajoute que tout l'ouvrage a été fait fous l'Empi
re d'Emanuel Comnene » fous le regne d'Amauri
, Roi de Jerufalem , & durant le Pontificat
de Rodulfe , Archevêque de Bethléem , comme l'a
❞ ainfi écrit le Moine Ephrem , Auteur de l'Ouvra-
» ge de Mofaïque en queſtion.
35
>
Il y a lieu de croire que l'Auteur Italien s'est
trompé en qualifiant d'Archevêque le Prélat de Bethléem
. Le Pere Nau , Jefuite , dont le Voyage de
la Terre -Sainte est le meilleur & le plus curieux
ouvrage que nous connoissions en ce genre , nous
confirme dans cette penfée . Voici comment il parle
fur le même fujet.
"
25 Je crois que les ornemens qui y font , ont été
» faits pour la plupart par l'ordre de nos Princes François ; au moins il eft hors de doute que ceux » du Choeur , dont presque
toutes les écritures sont
» latines , ont été faits de leur temps. J'ai lu moi-
» même au bas le nom de l'ouvrier , & l'année de
l'ouvrage , au premier voyage que j'y fis. » Voi-
A
ci
AVRIL.
1739: 809.
ci ce qui y étoit écrit. Abfolutum eft hoc opus per Ephrem
pictorem , & Mufivi operis Artificem , fub Imperio
Emmanuelis Magni Imperatoris Porphyrogenita
Comneni , & in diebus Magni Regis Hierofolymorum
Domini Ammorii , & Sanctiffimi Epifcopi S. Bethlehem
Domini Raulitieti. Anno 677. Indict. 2.
On peut d'abord
remarquer
que le nom du Prélat
de Betbléem
eft different
dans l'inscription
originale
, lûë par le P. N. de celui qui fe lit dans le
Livre imprimé
à Rome
; il en eft de même
de la
qualification
differente
du Prélat
, qui est seulement
Evêque
dans l'Infcription
, & Archevêque
dans
l'Ouvrage
Italien
.
Plufieurs réflexions , qu'on fe difpenfe d'expofer
ici , engagent de donner la préference au P. N.
pour la vérité & l'exactitude historique : ce fçavant
Voyageur avertit fur la fin de sa Remarque que
par l'année 677. date de l'Inscription latine , ilfaut
entendre l'année 677. de l'Egire de Mahomet. Il
n'a pas pris la peine de nous dire que cette année
eft la 1278. de J. C. ce que nous aprend le calcul
des fçavans Benedictins dans les Tables Chronologiques
qu'ils ont ajoutées à la nouvelle Edition du
Gloffaire de Ducange.
Ajoutons en faveur du témoignage du P. Nau &
de la vérité que dans le Livre de Chrifante , Patriarche
Moderne de Jerufalem , écrit en Grec vulgaire
, & imprimé en 1715. lequel contient un détail
curieux de toutes les Eglises , & de tous les
Sieges de l'Orient , il n'eft fait aucune mention d'un
Archevêque de Bethléem ; ce Livre nous a été envoyé
de Conftantinople , & nous en avons parlé en
fon temps .
Même silence sur le même sujet dans les Notices
qui nous sont venues du Levant , & que nous avons
remises au R. P. le Quien , avec beaucoup d'autres
Memoires
STO MERCURE DE FRANCE
Memoires de ce genre , pour servir à son grand
Ouvrage , ORIENS CHRISTIANUS , qu'on continuë
d'imprimer à l'Imprimerie Royale.
LETTRE écrite de la Fere le
Fête donnée , &c.
M
25. Avril
.
Rs les Officiers d'Artillerie de l'Ecole de la
Fere , donnerent le 7 de ce mois , à l'occafon
du Mariage de M. le Chevalier Dabouville .
leur Commandant en chef , avec Mad. de Rohault,
ci-devant veuve de M. de Rohault , Lieutenant de
Roy , Commandant à la Fere , une Fête des plus
brillantes. Ce Mariage avoit été célebré en cette
Ville le 10 du mois dernier , & annoncé au Public
sur les dix heures du soir par une salve de 20 Piéces
.de.canon.
Peu de jours après , les Officiers de Ville allerent
en Corps à l'Arsenal , complimenter les nouveaux
Epoux , & leur présenterent le Vin de présent
, en leur témoignant la joye que causoit cette
nouvelle alliance à toute la Ville.
La Fête commença sur les cinq heures du soir
par un Bal . On entendit d'abord une décharge de
douze piéces de canon , lorsque Mad . la Commandante
, qui en devoit faire l'ouverture , se mit en
marche pour se rendre dans la grande Salle du Châreau
, où ce Bal fut donné. Cette Salle , des plus
vastes qu'il soit poffible de voir , étoit artistement
tapissée de verdure , & éclairée de Luftres magnifiques
, ce qui faisoit un très beau coup d'oeil. Les
Illuminations répandues par tout avec une profufion
industrieuse , n'y laiffoient rien à defirer , non
plus que dans les autres apartemens , ni dans la
Cour
AVRIL. 1739- SIT
Cour du Château . Au fond de la Salle , au- dessus
de l'Orchestre , étoit placée une grande Décoration
, peinte avec toute l'intelligence poffible . On
y voyoit les Ecussons des Armes des nouveaux
Epoux , soûtenus par un groupe de trois Figures
allégoriques , avec leurs attributs , c'est- à- dire
Mars , l'Amour , & l'Hymen , avec cette devise
au bas :
Tria plaudunt Numina junctis.
On voyoit auffi divers ornemens de Trophées
' Armes & de Mufique , qui faisoient un très bel
effet. Le nombre des Inftrumens , l'excellente execution
, & la parure galante & variée des Personnes
qui composoient l'Assemblée , rendoient le
Spectacle très-brillant. Mrs les Officiers d'Artillerie
, tous en Habits uniformes , & portant les couleurs
de Mad. la Commandante , qu'ils avoient reçûs
de sa main , paroissoient uniquement occupés
à prévenir tout le monde , & à leur procurer toutes
sortes de rafraîchissemens & de plaifirs.
Le Bal dura d'abord jusqu'à neuf heures . Alors
une seconde décharge d'artillerie annonça l'exécution
d'un grand Feu d'artifice , disposé vis -à- vis
les croisées du Château . Mad . la Commandante ,
en Y arrivant , mit le feu au Courantin , qui ,
l'instant , alluma le Feu d'artifice. Il seroit trop
long de raporter ici le nombre & la beauté des
pieces qui le composoient , il suffit de dire que
l'Artificier y avoit employé tout ce que l'imagination
peut fournir en pareil cas , de plus riant &
de plus curieux ; ce Feu dura sans interruption
une heure entiere , accompagné d'un bruit de
boëtes & d'un jeu de Fusées volantes de toute
espece , au grand contentement de tous les Spectateurs.
1812 MERCURE DE FRANCE
On ne doit pas oublier la belle Décoration
allégorique du Feu d'artifice , qui représentoit un
vafte Portique , composé de deux grands Pilastres.
qui soûtenoient le Fronton , dans le tympan duquel
étoit peint au naturel , un Guerrier affis sur des
faisceaux de Lauriers ; l'Amour & l'Hymen paroissoient
s'offrir à lui.
Au haut de la Décoration on voyoit Minerve ,
que le Heros sembloit consulter sur la propofition
de l'Amour & de l'Himen ; Minerve exprimoit son
consentement avec dignité , par un gefte & un soûris
gracieux ; on voyoit auffi sur l'un & l'autre Pi
Jastre les Armes de M. le Commandant , & de Mad .
la Commandante .
Après le Feu d'artifice , le Bal recommença. , &
dura encore près de deux heures , après quoi Mrs
les Officiers firent avertir que le Souper , qu'on
qualifia d'ambigu par modestie , étoit servi ; dans le
moment les Dames , accompagnées chacune de
leur Cavalier , traverserent la Salle du Jeu , attenant
celle du Bal , & se rendirent dans une autre grande
Salle , où elles se placerent à une Table , disposée
en fer à cheval , de plus de quatre - vingt couverts.
On peut juger du spectacle que faisoit une pareille
Assemblée. Derriere les Dames , & dans l'enceinte
du fer à cheval , les Officiers & quelques autres
Cavaliers étoient debout , pour les servir quant
la bonne chere , on peut assûrer qu'elle étoit complette
, & que l'on avoit rassemblé , pour ce repas,
tout ce que l'on pût s'imaginer de plus délicat & de
plus rare ; le Vin de Champagne exquis & abondamment
versé , ne contribuoit pas peu à faire
briller la joye de tous les convives. Comme il n'étoit
pas poffible que la même Salle pût contenir la
meilleure partie de la Ville & des environs , qui
étoient invités à cette Fête , sans compter les Etrangers;
à
AVRIL 1739 813
gers , il y avoit dans les Salles voisines plufieurs
autres Tables , servies auffi abondamment que la
premiere . Mrs les Officiers y pourvoyoient avec
toute l'attention imaginable , ensorte que l'on n'aveit
pas même le temps de souhaiter ; une derniere
salve de douze piéces de canon se fit entendre, ' orsque
Mad. la Commandante demanda à boire pour
la premiere fois . Le repas dura près de trois heu
res ; & quoiqu'il y eût à cette Fête près de quatre
cent Personnes , tout se paffa au mieux & sans la
moindre confufion. On sortit de Table très gayement
, la Symphonie se fit entendre de nouveau ,
le Pal recommença , & ne finit qu'à dix heures du
matin.
VERS pour servir
d'Epithalame
au nouveaux Epoux .
ENfn voici le jour , où le Dieù d'Hymcnée ;
D'un Favori de Mars fixant la deſtinée ,
Par la main de ROHAULT , gage de son bonheur ,
-Couronne ses defirs ainfi que sa valeur.
De Graces , de Vertus quel plus digne assemblage
Pouvoit des Immortels mériter le suffrage ?
Que dis-je ! Un tel Lien ne peut être qu'heureux j
Le mérite lui -même en a formé les neuds .
O vous , jeunes Héros , Miniftres du Tonnerre,
Dout LOUIS en courroux épouvante la Terre ,
Les Jeux vont succeder à vos Travaux guerriers .
Joignez sur votre front les Myrthes aux Lauriers ;
D'un Hymen & charmant consacrez la mémoire ;
• I ij Goûtez
314 MERCURE DE FRANCE
Goûtez en la douceur , partagez-en la gloires
Que les feux éclatans, dans les airs allumés,
Expriment de vos coeurs les transports enflâmés ;
A l'Autel de l'Amour , parés de vos Guirlandes ,
Portez de mille voeux les finceres offrandes ;
Mars préfide a la Fête , & dans ces Lieux chéris
Conduira sur vos pas les Plaifirs & les Ris.
HARANG UE faite à M. le Duc de
Richelieu , Commandant en Languedoc ,
par M. l'Abbé de Balfa , Archidiacre de
l'Eglife Cathedrale d'Agde , Vicaire Général
de M. l'Evêque , dans le Palais Epifcopal
, à la tête de MM, les Députés du Cha
pitre , le 17. Mars 1739.
MONSEI ONSEIGNEUR ,
Aux afſurances de respect & de foumiffion que demandent
de nous le rang que vous tenez dans le Royaume,
la place que vous tenez dans cette Province , les
titres accumulés d'honneur dont vous êtes décoré , nous
venons joindre un hommage , qui vous eft plus propre,
plus intereſſant pour nous , & pofe dire plus flateur
pour vous un hommage d'eftime de veneration ,
d'admiration , tribut qui ne s'exige point , qu'on ne
rend , & qui n'eft dû qu'à ces qualités éminentes , fublimes
, heroïques , qui donnent à ceux qui les poſſedent
une plus grande fuperiorité fur les hommes , que celle
qu'ils empruntent des dignités éclatantes dont ilsfont
KEVÉLUS,
"
On
AVRIL
1739
Où pourrions nous trouver , Monfeigneur , ces qualités
plus heureufement réunies que dans votre illuftre
Perfonne , puifque vous offrez à nos yeux à la fleur de
votre âge un Heros dans les Armées , un Homme de
Lettres , un Sçavant dans les Académies , un Politique
profond dans les Cours des Princes : talens auffi
raves qu'ils font admirables , qu'ils font utiles à la
Patrie, dont un feul , porté au poino de perfection où
vous les poffedex , a suffi pour former les plus grands
hommes.
Ces merveilles ont quelque chofes de moins furpre
nant dans le digne heritier du grand RICHELIEU
dont le nom a jamais celebre , fe trouve lié dans notre
efprit avec l'attribut des vertus les plus heroïques ; ex
les admirant en vous nous ne faifons que fuivre urs
penchant formépar une longue & dance habitude.
"
Après vous avoir vis faire les délices , Pornement:
de la Cour la plus brillante de l'Europe ; cette Province
toutefloriffante qu'elle eft , ne se croyoit pas digne
de vous poffeder : en vous acquerant elle a plus obtenu
qu'elle n'ofoit prétendre ; aujourd'hui tous ses voeux ſe
terminent à jouir long - temps de l'avantage qu'elle a
d'être fous vos ordres , dans l'affûrance où elle est que
eettegénérosité , cette humeur bienfaifante , qui vous
eft naturelle , compagne fidelle des ames bien nées vous
portera à mettre en oeuvre en fafaveur , & pour fon
bonheur , les grands talens que vous avez reçías du Ciel
pour le gouvernement , & le haut crédit que votre
naiffance , vosgrandes Alliances , votre mérite perfonnel
, vos fervices voys ont acquis à fi juſte titre auprès
de notre Monarque.
Diig
MORTS
$ 16 MERCURE DE FRANCE
M
MORTS.
Arie Dayrain , veuve du fieur la Feüillade
mourut vers la fin du mois dernier à Brive >
en Limofin , dans la 103e . année de son âge.
Le nommé Saint Martin , ancien Soldat , mourut
le 19. de ce mois au Bourg de Boucouville , Paroiffe
de la Bove , Diocèle de Laon , âgé de 109 .
ans .
>
Le ... Mars , mourut dans son Diocèse Pierre-
Joseph de Caftelane , Evêque & Seigneur de Frejus ,
en Provence. Il avoit été nommé à cet Evêché , vacant
par la démission d'André - Hercules de Fleury
aujourd'hui Cardinal & Ministre d'Etat , le 12. Janvier
1715. & il avoit été Sacré le 30. Juin , fuivant
dans l'Eglise du Noviciat des Jefuites à Paris , par
l'Archevêque d'Aix , à prefent Archevêque de Paris
, affifté des Evêques de Toulon & de Noyon. It
étoit auparavant Chanoine de l'Eglife Metropolitaine
de S. Sauveur d'Aix , & Vicaire Général de
P'Archevêque d'Aix. Il avoit été Député de la Province
d'Aix à l'Affemblée génerale du Clergé de
France , tenue à Paris en 1710 .
Le ... Mars Richard Piers , Hibernois , Evêque
de Waterford , & de Lifmor en Irlande , Tréforier
de l'Eglife Metropolitaine de Sens , Vicaire General
, & Suffragant pour les fonctions Epifcopales de
l'Archevêque de Sens , Docteur en Théologie de la
Faculté de Paris , du 20. Juillet 1688. mourut à
Sens dans la 94e. année de fon âge .
Le 21. Jofeph de Revol, Dauphinois , ancien Evêque
d'Oleron , Abbé Commandataire de l'Abbaye
de
A VRIE 1739 817
de N. D. de Pontaut , Diocèfe d'Aire , qu'il avoir.
obtenuë le 29. Mars 1727. mourut à Oleron dans
la 77e. année de fon âge. Il avoit été d'abord Vi
caire General de l'Evêque du Bellai , & enfuite de :
l'Evêque de Poitiers . Il fut nommé à l'Evêché d'O--
leron le 11. Avril 1705. & Sacré le 8. Novembre :
de la même année à Poitiers , par l'Evêque de Poitiers
, affifté des Evêques de Saintes & de la Ro
chelle . Il fut un des Deputés du premier Ordre de .
la Province d'Auch à l'Affemblée generale du Cler
gé de France , tenue à Paris en 1725. Après avoir
gouverné fon Evêché pendant 30. ans , il s'en démit
au mois d'Avril 1735 ayant eu pour fucceffeur :
Jean- François de Montillet du Chaftellard, fon ne--
veu , & fon Vicaire General. Il eft parlé de la famille
du défunt dans le Mercure galant du mois .
d'Avril 1705. à l'occafion de fa nomination à l'E--
vêché d'Oleron, Il étoit fi's de Pierre de Revol ,.
Seigneur des Aveniers , Baron de Charnay , Confeiller
honoraire au Parlement de Metz , & Procu→
reur General fucceffivement de la Cour des Aydes .
de Vienne en Dauphiné , & de la Cour Superieure
de Bourg-en- Breffe , mort en 1704. & de Francoife-
Charlotte de Saint Chamont.
Le 4. Avril Armand- Scipion-Sidoine - Apollinaire-
Gafpard,Vicomte de Polignac,Marquis de Chalancon
& Saint Palloude, Comte de Randon, Lieutenant General
des Armées du Roy , & Gouverneur du Pays
de Velay , & de la Ville du Puy , mourut à Paris
âgé de 79. ans. Il avoit été d'abord Capitaine dans
le Regiment du Roy , Infanterie , & enfuite Colonel
de celui d'Aunis , à fa création au mois de Septembre
1684. Le Gouvernement de la Ville du Puy,
lui fût donné en 1690. & il fut fait Brigadier des
Armées du Roy le 29. Janvier 1702. Il fut bleffé le
14. Octobre de la même année à la Bataille de Fridiiij
lingue ,
$ 16 MERCURE DE FRANCE
M
MORTS.
Arie Dayrain , veuve du fieur la Feüillade
mourut vers la fin du mois dernier à Brive ,
en Limofin , dans la roze . année de son âge.
Le nommé Saint Martin , ancien Soldat , mourut
le 15. de ce mois au Bourg de Boucouville , Paroiffe
de la Bove , Diocèle de Laon , âgé de 109 .
ans .
Le ... Mars , mourut dans son Diocèse Pierre-
Joseph de Caftelane , Evêque & Seigneur de Frejus ,
en Provence. Il avoit été nommé à cet Evêché , vacant
par la démission d'André - Hercules de Fleury ,
aujourd'hui Cardinal & Ministre d'Etat , le 12. Janvier
1715. & il avoit été Sacré le 30. Juin, fuivant
dans l'Eglise du Noviciat des Jefuites à Paris , par
l'Archevêque d'Aix , à prefent Archevêque de Paris
, affifté des Evêques de Toulon & de Noyon . It
étoit auparavant Chanoine de l'Eglife Metropolitaine
de S. Sauveur d'Aix , & Vicaire Général de
l'Archevêque d'Aix. Il avoit été Député de la Province
d'Aix à l'Affemblée génerale du Clergé de
France , tenue à Paris en 1710.
Le ... Mars Richard Piers , Hibernois , Evêque
de Waterford , & de Lifmor en Irlande , Tréforier
de l'Eglife Metropolitaine de Sens , Vicaire General
, & Suffragant pour les fonctions Epifcopales de
l'Archevêque de Sens , Docteur en Théologie de la
Faculté de Paris , du 20. Juillet 1688. mourut à
Sens dans la 94e. année de fon âge.
Le 21. Jofeph de Revol, Dauphinois , ancien Evêque
d'Oleron , Abbé Commandataire de l'Abbaye
de
A VRIE 17397 817
de N. D. de Pontaut , Diocèfe d'Aire , qu'il avoir
obtenue le 29. Mars 1727. mourut à Oleron danss
la 77e. année de fon âge. Il avoit été d'abord Vi--
caire General de l'Evêque du Bellai , & enfuite de:
l'Evêque de Poitiers . Il fut nommé à l'Evêché d'O--
leron le 11. Avril 1705. & Sacré le 8. Novembre :
de la même année à Poitiers , par l'Evêque de Poitiers
, affifté des Evêques de Saintes & de la Rochelle
. Il fut un des Deputés du premier Ordre de.
la Province d'Auch à l'Affemblée generale du Cler
gé de France , tenue à Paris en 1725. Après avoir
gouverné fon Evêché pendant 30. ans , il s'en dé-.
mit au mois d'Avril 1735 ayant eu pour fucceffeur:
Jean -François de Montillet du Chaftellard , fon ne--
veu , & fon Vicaire General. Il eft parlé de la famille
du défunt dans le Mercure galant du mois.
d'Avril 1705. à l'occafion de fa nomination à l'Evêché
d'Oleron. Il étoit fi's de Pierre de Revol
Seigneur des Aveniers , Baron de Charnay , Confeiller
honoraire au Parlement de Metz , & Procu
reur General fucceffivement de la Cour des Aydes
de Vienne èn Dauphiné , & de la Cour Superieure
de Bourg-en- Breffe , mort en 1704. & de Francoife
- Charlotte de Saint Chamont.
Le 4. Avril Armand- Scipion-Sidoine - Apollinaire--
Gafpard,Vicomte de Polignac,Marquis de Chalancon
& Saint Palloude, Comte de Randon, Lieutenant Ge-:
neral des Armées du Roy , & Gouverneur du Pays
de Velay , & de la Ville du Puy , mourut à Paris .
âgé de 79. ans. Il avoit été d'abord Capitaine dans
le Regiment du Roy , Infanterie , & enfuite Colonel
de celui d'Aunis , à fa création au mois de Septembre
1684. Le Gouvernement de la Ville du Puy,
lui fût donné en 1690. & il fut fait Brigadier des
Armées du Roy le 29. Janvier 1702. Il fut bleffé le
14. Octobre de la même année à la Bataille de Frid-
Jij lingue ,
818 MERCURE DE FRANCE
lingue , & il fervit au mois de Septembre 1703. aug
Siege de Brifac. Il fut fait Marechal de Camp le 10.
Fevrier 1704. & Chevalier de l'Ordre Militaire de
Saint Louis en 1705. Le Pays de Velay fut érigé en
Gouvernement particulier en fa faveur au mois de
Décembre 1718. & il fut fait Lieutenant General le
premier Fevrier 1719. Il étoit fils aîné de Louis- Armand
, Vicomte de Polignac , Marquis de Chalancon
, Chevalier des Ordres du Roy , & Gouverneur
de la Ville du Puy , mort le 3. Septembre 1692 .
âgé de 84. ans , & de Jacqueline de Beauvoir de
Grimoard du Roure , fa troifieme femme , morte le
7. Novembre 1721. âgée de 80. ans , laquelle étoit
fille de Scipion de Beauvoir de Grimoard , Comte
du Roure , Marquis de Grifac , Confeiller du Roy
en fes Confeils d'Etat & Privé , Chevalier de fes
Ordres , fon Lieutenant General en Languedoc , &
Gouverneur du Pont S. Efprit , mort le 18. Janvier
1669. Le Vicomte de Polignac qui vient de mourir
, avoir été marié 1. le 24. Avril 1686. avec
Marie - Armande de Rambures , fille d'honneur de
Madame la Dauphine , & fille puinée de Charles ' ,,
Marquis de Rambutes , & de Courtenay , Marechal
des Camps & Armées du Roy , & de Marie
Bautru de Nogent. Elle mourut au mois de Septembre
1706. fans pofterité ; & 2°. au mois de juillet
1709. avec Françoife de Mailly , troifieme fille de
Louis de Mailly , Seigneur de Rubempré,de Rieux,
de Bolhard du Coudray apellé le Comte de
Mailly, Marechal des Camps & Armées du Roy,
& Meftre de Camp General des Dragons de Fran
ce , mort le 6. Avril 1699. & d'Anne- Marie- Françoife
de Sainte Hermine , Dame d'Atours de feuë
Madame la Dauphine , & enfuite de la Reine, morte
le 6. Novembre 1734. Il laiffe de celle- ci trois
fis , qui font , le Marquis de Polignac , Meſtre de
Camp
2.
AVRIL 17397 8.19
Camp du Regiment Dauphin Etranger , dont on a
raporté le mariage avec la Demoiſelle Mancini, dansle
Mercure de Décembre dernier , vol . 2. p. 2922 ;
PAbbé de Polignac , & le Chevalier de Polignac ,
Enfeigne des Gendarmes de Berry , depuis le 15 *
Avril 1738. & auparavant Guidon des Gendarmes
Anglois , depuis le mois de Janvier 1735.
Le même jour , Charles- Gabriel de Belfunce
Marquis de Caftelinoron , Seigneur de Montpont
Senechal & Gouverneur des Provinces & Senechauffées
d'Agenois & de Condomois , Lieutenant General
des Armées du Roy , mourut à Paris fubitement
dans la 58e. année de fon âge . Il étoit frere puîné
de Henry-Xavier de Bellunce , Evêque de Marſeille.
Il avoit été d'abord Colonel d'un Regiment d'Ins
fanterie , par Commiffion du 17. Septembre 17045
depuis il fut fait Capitaine-Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Bourguignons , le 18. Avril
1714. Senechal & Gouverneur d'Agenois & Condomois
en 1717. Brigadier de Cavalerie le premier
Fevrier 1719. Inspecteur de la Gendarmerie le r
Octobre 1730. Marechal de Camp le 20. Fevrier
1734. & enfin Lieutenant General le 24. Fevrier
738. Il avoit été employé dans la derniere Guerre
contre l'Empereur , en qualité de Marechal de
Camp dans l'Armée d'Allemagne , & il avoit fervi
en 1734 au Siege de Philisbourg. Il avoit porté
autrefois le titre de Chevalier de Bellunce jufqu'à la
mort d'Armand de Belfunce , Marquis de Caftelmoron
, fon frere aîné , Capitaine - Lieutenant de
la Compagnie des Gendarmes de Bourgogne , &
Brigadier des Armées du Roy , qui fut tué à l'Armée
en Allemagne au mois de juillet 1712. fans
laiffer d'enfans. Ils étoient fils , ainfi que l'Evêque:
de Marfeille , d'Armand de Bellunce , Marquis de
Caftelmoron , Baron de Gavaudan , Seigneur de
I w Born
820 MERCURE DE FRANCE
Born en Agenois , auffi Senechal & Gouverneur
d'Agenois & Condomois , mort le 23. Juin 1728 .
âgé de 90. ans , & d'Anne de Caumont de Lauzun,
inorte le 6. Octobre 1722. dans la 81e . année de
fon âge. Le Marquis de Caftelmoron qui vient de
mourir , avoit été marié le premier Mai 1715. avec
Cecile-Genevieve de Fontánieu , fille de feu Moyfe-
Auguftin de Fontanieu , Secretaire du Roy , et Intendant
des Meubles de la Couronne , ancien Treforier
General de la Marine , et de Catherine - Genevieve
Dodun . Il laiffe d'elle Antoine-Armand de
Belfance , Comte de Caftelmoron , né le premier
Mai 1716. qui a été fait Capitaine-Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes Bourguignons , par la
démiffion de fon pere , le 22. Janvier 1735. et dont
le mariage avec la Demoiſelle d'Heudicourt eft raporté
dans le Mercure de Juin 1736. vol . 2. pag .
1471.
Le 8. Antoine Bochart de Champigny , Prêtre
Licentié en Theologie , Freforier de la Sainte
Chapelle Royale du Palais à Paris , dignité à laquelle
il avoit été nommé par le feu Roy , le 19. Avril
1699. mourut fubitement , âgé d'environ 86. ans.
Il avoit été reçû en premier lieu Chancelier de l'Eglife
Cathedrale de Chartres , le 12. Août 1678.
Il réfigna cette dignité en 1693 ; depuis il fut reçû
Chanoine de la même Eglife , le 23. Janvier 1695.
et le lendemain il fut élû Doyen du même Chapitre .
Il quitta cette dignité lorfqu'il fut nommé à la Treforerie
de la Sainte Chapelle. Il étoit fils de Jean
Bochart , Seigneur de Champigny , de Noroy et de
Bouconv.lliers , Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy , et Inten daut fuccessivement à
Moulins , Limoges , Tours & Rouen , mort le 19.
Août 1691. & de Marie Boyvin de Vaurouy , ſa premiere
femme , morte en 1659.
La
?
821
AVRIL 1739.
Le même jour François-Charles- André Blondel de
Siffonne , Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint
Louis , Capitaine , & Major du Regiment Royal
Piémont , Cavalerie , mourut fubitement à Paris ,
âgé d'environ so . ans . Il étoit fils de feu François
Blondel , Confeiller- Secretaire du Roy , Intendant
& Ordonnateur des Bâtimens de S. M. Seigneur de
Siffonne , et de Savigny , & de Marie- Jeanne Marin.
Il ne laiffe point d'enfans de Nicole - Charlotte
Choderlos de la Clos , qu'il avoit épousée le 19 .
Avril 1731. elle étoit veuve de Michel Touftain de
Fontenelles , Seigneur de Juais , Chevalier de l'Ordre
Militaire de Saint Louis , Meftre de Camp de
Dragons , Lieutenant Colonel du Regiment d'Orleans
de Dragons. M. Blondel de Siffonne qui
vient de mourir , étoit frere de Jeanne - Elifabeth
Blondel , mariée en 170 avec Pierre- François-
Hyacinte de Vintimille , des Comtes de Marfeille ,
Comte d'Olioules , Chef du nom & des armes de
Vintimille , en Provence.
4
Le 11. Jacques - François le For de Beauvais , de
Saint Malo en Bretagne , Confeiller au Parlement
de Paris à la troifieme Chambre des Enquêtes. ,
où il avoit été reçû le 20. Août 1723. mourut
à Paris âgé de 38. ans , fans avoir été marié . H
laiffe un frere demeurant à Saint Malo , &
une foeur , laquelle étant veuve de Claude-François
- Marie de Marboeuf , Préfident du Parlement
de Rennes , a époufé en fecondes nôces le 25. Avril
1725. François de Bauffan , Seigneur de Richegrou,
Arpentigny , &c. Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy , actuellement Intendant à Orleans ,
qui étoit veuf de Marie- Jeanne Rellier morte le
26 Février 1722..
>
Le même jour Dame Marie Viole , veuve d'Alexandre
de Boullenc , Marquis du Vignau , Vicomte
1 vj
de
822 MERCURE DE FRANCE
de Jouy , Seigneur d'Avrilly , Marechal des Camps:
& Armées du Roy , Lieutenant de fes Gardes du
Corps , & Gouverneur des Ville & Citadelle de
Mezieres , mort au mois de Fevrier 1693. des bleffures
qu'il avoit reçûës au fervice , mourut âgée de
1. ans , dans le Monaftere des Religieufes de Saint
Dominique à Montargis, où elle s'étoit retirée , après
avoir perdu fon fils , mort Cornette de la premiere
Compagnie des Moufquetaires du Roy. Cette Dame
étoit fille de Nicolas Viole , Seigneur de Lervilliers
, Capitaine au Regiment des Gardes Françoiſes
, tué au Siege de Stenay en 1654, & d'Anne
Boyer , Dame de Chaumontel - la- Ville , & en partie
de Luzarches. Il ne refte plus de toute la famille
de Boullenc , qui eft de Normandie , que la Dame
du Vignau , Religieufe Dominicaine à Montargis ,.
& François- Frederic de Boullenc , Baron et Châtelain
de Saint Remy- fur- Aure , qui a épousé Marie-
Antoinette . . des Peüiiles , niece
de feu Antoine- Denis Raudot , Intendant General
des Claffes de la Marine de France , mort à Verfailles
le 28. Juillet 1737. et de laquelle il a un fils
et une fille .
Le 12. François- Bernard Potier deGesures , Due
DE TRESMES , l'air de France , Marquis de Gandelus
& de Montigny , Seigneur de S. Ouen , de
Crouy , Eschampeu , & c . Chevalier des Ordres du
Roy, Premier Gentilhomme de fa Chambre , &
Brigadier de fes Armées , Gouverneur de la Ville ,
Prévôté & Vicomté de Paris , Grand- Bailly & Gouverneur
du Valois , & de la Ville & Château de
Crépi , & ci - devant Gouverneur & Capitaine des
Chaffes du Château de Monceaux en Brie , mourut
en fon Château de S. Oüen , dans la 84. année de
fon âge , étant né le 15. Juillet 1655. Son Corps.
fut aporté à Paris en fon Hôtel , rae S. Auguftin ,
d'oy
AVRIL. 1739 823 %
You après avoir demeuré exposé fur un Lit de pa-
#ade pandant huit jours , il fut conduit le zo. au foir
en grande pompe à S. Roch , fa Paroiffe , & enfuite
tranfporté dans un Caroffe de deuil , attelé de huit .
Chevaux caparaçonnés , précedé & fuivi d'un grands
cortege, en l'Eglife des Céteftins , Lieu de fa Sépultu ..
re. Les fervices & les Emplois du feu Duc de Tres→
mes , ainfi que fon Mariage avec feuë Marie -Magdeleine
-Louife-Genevieve de Seigliere de Boisfranc,,
morte le 3. Avril 1702, à l'âge de 38. ans , & leurs
Enfans font, raportés non-feulement dans l'Histoire:
des Grands Officiers de la Couronne , où se trouve
la Généalogie de Potier , Tome 4. page 763. mais .
encore dans le Dictionaire Hiftorique , Edition de
1725 & 1732. dans le Suplément de 1735. Etats
de la France , &c ;
Le Duc de Tresmes a été un des vingt- quatre
Enfans d'honneur qui accompagnerent Monseigneur
le Dauphin , Fils de Louis XIV. à la Céremonie de:
fon Baptême à S. Germain en Laye en 1668. Il a
été Cader des Gardes du Corps dans la Compagnie
du Duc de Tresmes , son Grand- Pere , ensuite Ca
pitaine de Cavalerie & Major dans le Régiment:
Royal ; il s'est trouvé au Siége de Maëstrick . & à
la prise de Tréves en 1673. au Combat de Saint-
Sim , de S. François & de Turkein , sous M. de Tu
renne ; en 1675. Il leva un Régiment de Cavalerie
de son nom , à la tête duquel il servit aux Prises de:
Dinant , Huy & Limbourg.
En 1676. il se trouva aux Siéges de Condé, Bou--
chain & Aire ; au secours de Maestrick , et des
deux Ponts , aux Siéges de Valenciennes , de Cam--
bray & S. Guislain en 1677. en 1678. aux
Siéges de Gand , d'Ipres , & à la Bataille de S. Denis
, où la Paix fut déclarée . Il continua de servir
en 1681. & se trouva à la prise de Cazal , en 1684.
$ 24 MERCURE DE FRANCE
en Flandres ; en 1688. au Siége de Philisbourg , &
à celui de Manheim , où il fut bleffé . Il fit la Čam
pagne d'Allemagne en 1689, & se trouva en 1691 .
au Siége de Mons , & à celui de Namur en 1692.
Il étoit en année d'exercice de sa Charge de Premier
Gentilhomme de la Chambre , à la mort du feu
Roy , & il fit toutes les fonctions auprès de S. M.
Il eut l'honneur de recevoir le Roy la premiere fois
qu'il vint à Paris , lui présenta les Clefs de la Ville,
& alla recevoir S. M. au Trône , à la tête du Corps
de Ville , le jour que le Roy tint-son Lit de Juftice,
& quitta le Corps de Ville pour aller attendre . S. M.
au Palais , où il eut l'honneur de porter le Roy entre
ses bras dans son Lit de Juftice , & fit ainfi la
fonction de Grand -Chambellan , & en remplit la
place .
Le 29. Octobre 1722. il fonda un Monaftere de
Religieux du Tiers -Ordre de S. François , apellé
Notre - Dame du Chêne , Diocèse de Meaux à une
lieuë du Château de Gêvres . En 1615. Mrs de Gêvres
fonderent à Blérancourt , un Convent de Feuillans
, & en 1618. ils firent l'Etabliffement d'une
Maison de Prêtres de l'Oratoire , à Raroy , Diocè
se de Meaux , & à une lieuë de leur Château .
Le Duc de Tresmes étoit fils aîné de Léon Potier
de Gesvres , Pair de France , Chevalier des Ordres
du Roy , Premier Gentilhomme de la Chambre de
S.M.Lieutenant Général de ses Armées , Gouverneur
de la Ville , Prévôté & Vicomté de Paris , Grand-
Bailly & Gouverneur du Valois , & de la Ville de
Crêpi , Gouverneur & Capitaine des Chaffes de la
Capitainerie Royale de Monceaux , & Varenne de
Meaux , Gouverneur de Ponteau de Mer , & Lieu
tenant de Roy en Normandie , ci - devant Gouverneur
& Lieutenant Général du Pays du Maine, Perche
& Layal , & ci - devant Capitaine de la Premie-
IC
AVRIL 17397 3.24
re Compagnie Françoise des Gardes du Corps de
S. M. Marquis de Gesvres au Maine , & de Gandelus
, de Fontenay -Mareil , d'Annebaut , Baron de
Troci , Vicomte de Ponteau de Mer , Seigneur de
Sceau - Congis , Villers- les Rigauts , Pré en Paille ,
Fresnay , Forgé- la-Bataille , S. Léonard, Couptrain,
Baron de la Ferté - Macé , Saint Samson , Affés -le-
Boisne , & Loconville ; & de Marie - Françoise - Angélique
Duval de Fontenay-Mareil . Ses Enfans sont:
M. François-Joachim Potier de Gesvres , Duc de
Gesvres , qui lui succede dans toutes ses dignité &
en ses biens ; qui avoit épousé en 1709.Marie-Magdeleine
-Emilie de Mascrany , morte en 1717. sans
pofterité.
M. Leon Potier de Gesvres , Comte de Tresmes ,
Brigadier des Armées du Roy , Mestre de Camp
du Régiment de Gesvres , Cavalerie , qui a épousé
en 1729. Eléonore- Marie de Montmorency - Luxembourg-
Tingri , dont il a un fils , âgé de 6. ans.
M.Etienne-René Potier de Gesvres , Evêque & Comte
de Beauvais , Vidame de Gerberoy , Pair de France,
Abbé Commandataire de l'Abbaye d'Ourscamp.
D.Marie- Françoise Potier de Gesvres , qui a épousé
en 1715. Louis - Marie- Victoire Comte de Béthune ,
neveu de Marie - Cafimire , keine de Pologne, Maréchal
des Camps & Armées du Roy, Grand Chambellan
de Stanislas I. Roy de Pologne , Duc de Lorraine
& de Bar , dont il a des Enfans .
Nous allons entrer dans quelques détails sur les
Céremonies funebres du Convoy,Transport & Inhumation
du Corps du Duc de Tresmes. Dès le surlendemain
de son décès on tendit la grande porte & la
façade de son Hôtel, jusqu'à la hauteur du Balcon
LaTenture étoit chargée de deux lez deVelours , rem .
plis d'Armoiries , & entre ces deux Lez il y
avoit
cinq grandes Armoiries dans les diſtances convenables
26 MERCURE DE FRANCE
bles. Toute la Cour étoit tendue à la hauteur du
premier Apartement , avec deux pareils Lez de
Velours & Armoiries ; la Baffe- Cour étoit tenduë à
deux Lez de drap . Le Veftibule en périftile , au bas
de l'Escalier, lequel donnoit dans la Salle du dépôt,
étoit entierement tendu & foncé avec de pareils Lez
de Velours & Armoiries.
Il y avoit un Lit de velours , croisé de Moire d'ar
gent , sur une Estrade de trois gradins , accompa
gnée de 70. Chandeliers garnis de Cierges. Sur le
Corps était le Poele de Velours noir , croisé de
Moire d'argent, bordée d'hermine, avec les Armoi
ries de la Maison , brodées. Sur ce Poële étoient le
Coeur , la Couronne Ducale & le Cordon de l'Ordre
, placés sur des Carreaux de velours , couverts
d'un Crêpe. Le Coeur étoit enfermé dans un Boëtte
de vermeil , armoiriée aux Armes du deffunt. Ily
avoit deux Autels aux côtés du Lit, portant chacun
une Croix & douze Chandeliers d'argent . On a dit
tous les jours des Meffes à ces Autels jusqu'après
midi , & on y a psalmodié l'Office des Morts. Pen
dant les neufjours qu'il a été exposé , les Religieux.
Mandians des quatre Monafteres de Paris sont venus,
précedés de leur Croix, & successivement, prier
pour luj & lui jetter de l'eau benite , & plusieurs
autres Religieux y sont auffi venus en Corps de:
Communauté & précedés de leur Croix , fairela
même céremonie. Il y a eû un concours prodigieux
de monde . Deux de ses Gardes étoient toujours
en faction aux pieds de ce Lit , portant leurs
Armes.
En retour de la Salle on avoit tendu quatre antres :
Pieces, pour donner paffage dans l'autre côté de la
Cour Le grand Escalier étoit tendu du haut en bas,
ainfi que sept grandes Pieces avec les paffages. Les
Apartemens hauts & bas étoient garnis de diftance
an
AVRIL. 1739:
827
en diftance de plaques garnies de groffes Bougies,
Le Samedi 18. de ce mois à onze heures du matin,
le Prévôt des Marchands & les Echevins allerent
prendre M. le Duc de Gesvres , rue Montmartre, à
PHôtel de M. le Cardinal de Gesvres ; ils allerene
ensemble rendre les devoirs & jetter de l'eau benite,
& les six Corps des Marchands y allerent le même
jour après midi. Les Gardes du Gouvernement
étoient rangés dans la Cour de l'Hôtel de Tresmes,
le fusil sur l'épaule . Les autres Officiers et les Gardes
de la Ville , vinrent ensuite.
Le Lundi 20 jour du Convoy , M. le Duc de
Gesvres , que le Corps de Ville étoit allé prendre
chés lui, s'étant rendu avec la Ville sur le 7. heures
du soir en l'Hôtel de Tresmes , le Convoy partie
en cet ordre jusqu'en l'Eglise de S. Roch. La marthe
commença à huit heures du soir , par les rues
neuve S. Auguftin , d'Antin , des Petits-Champs ,
Mace de Vendôme et rue saint Honoré.
Deux Brigades du Guet , avec leurs Officiers à
leur tête , deux Suiffes en deuil ; 40 Pauvres , vétus
chacun de quatre aulnes de drap , ayant chacun un
Jambeau , marchant deux à deux ; 80. Enfans de
trois Hôpitaux , portant chacun un flambeau , précedés
de leurs Croix , dans l'ordre ordinaire ; 48.
Gardes de la Ville , portant chacun un flambeau
garni de deux Armoiries de la Ville ; 43. Religieux
de la Place des Victoires , ayant chacun un Cierge
, ayant à leur tête la Croix et deux Chandeliers ,
le même nombre de Capucins , ainsi que de Corde
liers , d'Auguftins , de Jacobins et de Carmes ; le
Clergé de la Paroiffe de S. Roch , au nombre de
30. Prêtres , ayant chacun un Cierge, précedant le
Curé; 20. Officiers de la Maison en longs Manteaux
et pleureuses , marchant sur deux files ; le Gouver-
Beur des Pages , habillé de- même ; 12. Pages en
grand
$28 MERCURE DE FRANCE
me ,
grand deüil ; 8. Gentilshommes , diftribués de mê
dont les Manteaux étoient portés par des La-*
quais , deux autres Gentilshommes , l'un portant la
Couronne Ducale , l'autre le Collier de l'Ordre , sur
des Carreaux de velours , couverts d'un Crêpe , leurs
Manteaux portés par leurs Laquais ; .4. Tambours
couverts de Crêpes , un Fifre , 4. Hautbois ; l'Offi
cier des Suiffes en deuil & en Manteau , portant son
Bâton ; 12. Suiffes en deuil, portant chacun un flam
beau , leurs Hallebardes trainantes , garnies d'un
Crêpe ; 2. Officiers de ses Gardes , en longs Man--
teaux ; le Corps porté par six Gardes ; le Poële porté
par quatre Aumôniers en Rochets , en Manteaux :
et en Bonnets quarrés , leurs Manteaux portés par
leurs Laquais. A la tête du Corps , le Capitaine de
ses Gardes, en long Manteau , porté de même , d'un
côté, et le Lieutenant de l'autre , le premier à droi
te et le second à gauche, so.de ses Gardes en Crêpes
à leurs chapeaux , à leurs Bandolieres et à la garde
de leurs Epées , portant le Mousquet , la Croffe renversée
fous le bras , et Chacun un flambeau , ayant'
leurs Trompettes , avec sourdines , à leur tête , et
marchant autour du Corps ; 100. petits Enfans en
Surplis , portant les Chandeliers et les Cierges qui
avoient été autour du Corps ; so . Domestiques .
en grand deüil , avec des flambeaux , autour du
Corps, le Juré Crieur en Robe ; M. le Duc de Gesvres
à droite , suivi de tout le Deüil , et M. Michel .
Etienne Turgot , Chevalier Marquis de Sousmont ,,
Conseiller d'Etat , Prévôt des Marchands, en Robe ,
à gauche, suivi de tout le Corps de Ville ; 100 Domestiques
en deuil , portant chacun un flambeau ;-
100. Gardes de la Ville , le Mousquet sur l'épaule,
marchant entre le Deüil et les Laquais ; un Garde,
un Laquais. M. le Prévôt des Marchands et Mrs de
la Ville , avoient leurs Laquais en Livrée , portant
des
AVRIL. 1739. 829
es flambeaux , et les Personnes du Deüil avoiena
auffi leurs Laquais avec des flambeaux. Deux Brigades
du Guet à cheval fermoient la marche .
Dans la route du convoy , et en paffant devant
le Monaftere des Religieufes Capucines , la Comanunauté
de leurs Directeurs , precedée de leur
Croix , encenfa le corps, et lui jetta de l'eau benîte,
après avoir pfalmodié le De profundis. En paſſant des
vant le Monaftere des Feuillans , ces Religieux encenferent
auffi le corps et jetterent de l'eau benîte ,
après avoir chanté le Pfeaume De profundis. Les
Religieux Dominicains de la rue S. Honoré lui firent
auffi la même ceremonie .
chanta les
Le convoy arrivé en l'Eglife de Saint Roch , M.
le Duc de Gefvres avec le deuil placé dans les ſtalles
à droite , le Corps de Ville dans les ftalles à gauehe
, et les Gardes autour du corps , on y
prieres ordinaires des obfeques , et on y jetta l'eaubenîte
fçavoir , M. le Duc de Gefvres ; enfuite :
M. le Prévôt des Marchands , M. le Comte do
Trefimes , M. Veron , premier Echevin , et ainfi du
refte du deüil et de la Ville .
La Porte de S. Roch étoit tenduë à neuf lez de
drap et deux lez de velours , chargés d'Armoiries
Jes grandes Armoiries entre les deux lez de velours.
Toute la Nef et le Choeur étoient tendus à la hau
reur des Corniches , le Choeur garni de deux lez de
velours et Armoiries, de-même ; il y avoit dans le
Choeur une très grande quantité de Girandolles ,
garnies de Bougies.
Les Gardes ayant repris le Corps , et l'ayant porté
dans le Caroffe , le tranfport fe fit de l'Eglife de
Saint Roch en celle du Monaftere des Religieux
Celeftins , dans l'ordre qui suit.
Deux Brigades du Guet avec leurs Officiers ;
les deux Suisses à pied; les 40 Pauvres ; les 48. Gar- .
des
3 MERCURE DE FRANCE
'des de la Ville, tous avec flambeaux ; les 43 PP.At
guftins, Capucins, Cordeliers , Auguftins , Jacobins
& Carmes , comme ci-deffus ; 20 Officiers de la
Maison à cheval ; & Palfreniers à pied , avec des
Alambeaux , marchant autour de ces Officiers ; 4
Palfreniers à cheval en bottes avec des flambeaux ;
Gentilshommes à cheval ; des Palfreniers à che
val , en bottes , portant . des flambeaux. Tous les
Officiers, Gentilshommes & Pages à cheval étoient
en Pleureuses & Manteaux , & leurs chevaux caparaçonnés.
Le Carosse des Honneurs à fix chevaux,
caparaçonnés de noir. Des Palfreniers en bottes ,
cheval derriere le Caroffe , portant des flambeaux ;
Le Gouverneur des Pages à cheval ; les 12 Pages à
cheval , avec des flambeaux ; 4 Palfreniers à pied ,
portant des flambeaux autour des Pages ; 4. Tambours
à pied , le Fifre , & les 4. Hautbois auffi à
pied ; l'Officier des Suiffes de la Maiſon , en Manteau
, à cheval ; le Caroffe du Corps à 8 chevaux ,
caparaçonnés de velours , croisé de Moire d'argent,
les 12 Suiffes marchant à côté des chevaux , fix de
chaque côté , portant leurs flambeaux les deux
Trompettes ; deux Officiers de ses Gardes en Pleureuses
& Manteaux , à pied autour du Caroffe ; fes
so Gardes comme au Convoi , deux Officiers de ses
Gardes , en Manteaux , à cheval , aux deux petites
roues du Caroffe ; les quatre Aumôniers , à cheval ;
le Capitaine de ses Gardes , à cheval , à la rouë
droite du derriere du Caroffe ; le Lieutenant ,
cheval , à la rouë gauche , fuivis chacun d'un Palfrenier
& d'un Laquais ; so Domeftiques à pied ,.
avec leurs flambeaux , autour du Caroffe du Corps ;,
le Caroffe dans lequel étoit M. le Curé de S. Roch
& fes Ecclefiaftiques , à fix chevaux caparaçonnés
de noir. Celui des Huiffiers de la Ville , quatre
shevaux , fans être drapé ; celui du Colonel de la
;
à
Ville
AVRIL . 17398
831
:
ille & du Greffier , à fix chevaux , & fans être
drapé , le Caroffe à huit chevaux & drapé , de M. le
Duc de Gesvres ; trois autres de ses Caroffes à fix
chevaux , & drapés ; le Caroffe de M. le Comte de
Trefmes ; celui de l'Evêque de Beauvais ; celui dui
Comte de Béthune , tous drapés & à fix chevaux ;
7 Caroffes de la Ville , à fix ohevaux , & fans être
drapés dans ces Garoffes , étoient M. le Duc de
Gesvres , M.le Prévôt des Marchands , les Parens,
& Mrs du Corps.de Ville , dans le même ordre
qu'ils avoient fuivi le Corps à S. Roch ; celui des
Aumôniers de l'Evêque de Beauvais , à fix chevaux ,
100 Domeftiques portant des flambeaux le long des
Caroffes ; roo Gardes de la Ville , à pied le Moufquet
fur Fépaule , marchant à côté des Caroffes à
droite & à gauche , faifant file avec les › 100 Laquais
; un Garde , un Laquais.
Entre ces deux files de Gardes & de Laquais , à .
côté de chaque Caroffe , du côté du Deuil , des
Laaquais en noir , portant des flambeaux , & du côté
de la Ville , des Laquais de M. de Prévôt des Marchands
& de Mrs de la Ville , en Livrée , portant
des flambeaux ; deux Brigades du Guet avec leurs
Officiers , fermoient la marche du Convoi.
En paffant rue Saint Honoré , devant l'Eglife des
Prêtres de l'Oratoire , de Général à la tête des Pretres
de leur Maifon chantant le De profundis ,
s'aprocha du Corps , l'encenfa & lui jetta de l'Eau
痴bénite.
Le Convoi arriva à minuit aux Célestins
femblés à la Porte de leur Eglife , auxquels M.
Cheret , Curé de S. Roch , présenta & remit le
Corps de M. le Duc de Trelmes , en l'accompa
gnant des Eloges qu'il a mérités pendant fa vie ,
auxquels le Prieur ayant répondu , & le Corps étant
entré dans leur Eglife , après les Prieres & les Céremonies
832 MERCURE
DE FRANCE
*rémonies accoûtumées , les Religieux le déposerent
& l'inhumerent avec les Ancêtres dans la Chapelle
de la Sépulture de Sa Mailon .
Toutes les rues adjacentes à celles où paffoit le
Convoi , étoient barrées par le Guct à pied &· le Guet à cheval . Cette marche s'eft faite les ruës par
S. Honoré , de la Feronnerie , S. Denis , des Lombards
, de la Verrerie ; le Cimetiere S. Jean ,
S. Antoine , S. Paul , & le Quai des Céleftins.
ruës
Les deux Portes des Céleſtins étoient tenduës , la
premiere à 6 lez , la seconde à 7 lez , l'une & l'extre
garnie de deux lez de velours avec Armoirie
de grandes Armoiries entre les deux lez ; toute la
Nef& le Choeur étoient tendus jusqu'aux tirans;
'il y avoit deux lez de velours à la face & au pourtour
du Choeur , avec pareilles Armoiries , de même
à la face de la Chapelle de la Sepulture.
toute Aux Meffes qui furent dites le Jeudi 23 ,
l'Eglife étoit tendue , les fenêtres bouchées , avec
pareils lez de velours et Armoiries ; il y avoit 48
Cierges fur l'Autel , et deux filets de lumiere dans
le Sanctuaire ; il y en avoit auffi 48 ſur la Balus-
"trade , et un filet de Chandeliers et Cierges au pourtour
du Choeur ; il yavoit 24 Cierges fur deux petits
Autels dressés à côté du grand Autel ; 24 fur les deux
Autels de la Nef ; fur chaque grande Armoirie posée
de diſtance en diftance étoit une Girandolle à cinq
grandes Bougies chacune. Tous les Cierges des
Autels , des Filets , et ceux qui étoit autour du
Corps , étoient garnis d'une Armoirie . Aux Meffes
étoient deux Gardes , un à chaque côté du Sanc
tuaire , le Moufqueton fur l'épaule ; il y en avoit
deux autres à la porte du Choeur en dedans ; le refte
des Gardes étoit dans la Nef , fur deux files , avec
le Moufqueton fur l'épaule . On n'a jamais vû une
fi nombreuſe Affemblée de Perfonnes de la premiere
Condition .
I
9 APROBATIO N.
J
'Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le Mercure de France du mois d'Avril , &
J'ai cru qu'on pouvoit en permettre l'impression.
A Paris , le premier May 1739 .
HARDION.
TABL E.
IECES FUGITIVES. L'Or & la Vertu
PFable
Allegorique,
Lettre au sujet de la Croix ,
Arrivée de la Scene à Marly ,
621
627
636
Cinquiéme Lettre sur l'Histoire du Nivernois , 646
Les Jeux des Bergers , Eglogue , & c.
Lettre sur les Médailles doubles ,
Bouts- Rimés ,
664
667
1668
Lettre sur les nouvelles Cartes hydrographiques &
pour le service des Vaisseaux du Roy ,
Sonnet Italien & Traduction ,2
Dissertation sur les Cadrans Solaires ,
Ode à la Societé Litteraire d'Arras ,
670
675
677
685
Lettre de M. de Gouve , sur la Societé Litteraire
d'Arras 692
La Societé Litteraire d'Arras à la Princesse d'Isenghien
, '
Lettre au sujet du Corps de S. Piat ,
Le Papillon , Fable ,
695
696
700
Extrait d'une Lettre de Pétersbourg , & Observations
sur le plus grand degré du froid , 701
Imitation d'une Ode d'Horace ,
704
Lettre écrite de Versailles & Discours prononcé ,707.
Epithalame sur le Mariage de M *** 710
Enigme , Logogryphes , 713
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX -ARTS ,'
& c.
718
Nouveaux Amusemens du Coeur & de l'Esprit, 7
Peinture de l'Amour , Sonnet , & c.
Memoires pour. servir à l'Histoire des Hommes
lustres , &c.
Le Spectacle de la Nature , & c .
Livres nouveaux imprimés chés Cavelier , & aut
nouvellement reçûs ,
7
7'
7'
749
Dictionaire Géographique de la Martiniere , Sos
cription , 76
Lettre sur la Génealogie de la Maison deBéthune,7,
Réponse au Madrigal de M. Linant ,
Assemblées publiques des Académies , &c. it
Prix proposé par l'Acad. Royale des Sciences , ; :
Sonnet Italien & Traduction ,
Séthos , Tragédie nouvelle , & c.
Prix proposé par l'Académie de Chirurgie ,
Sonnet Italien , Portrait , &c.
Eftampes Nouvelles ,
Air noté , Muzette ,
761
76
760
770
Spectacles. Ouverture des Théatres , Discours prononcé
,
LOLOTTE , & Vers à sa loüange , 174
Mahomet II. Extrait ,
78.
Nouvelles Etrangeres Lettre d'Ispaham &
Constantinople , 987
Pologne , Allemagne & Italie , 790
Naples & Ile de Corse , 795
Espagne & Grande Bretagne , 799
801
Epithalame ,
Morts des Pays Etrangers ,
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. Lo
Bénefices donnés ,
Nouvel Evêque de Bethléem ,
Lettre écrite de laFerre à l'occasion d'unMariage, 810
Harangue au Duc de Richelieu ,
8.4
806
813
814
1816
Morts , & c.
La Chanson notée doit regarder la page
*774
Qualité de la reconnaissance optique de caractères