→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Fichier
Nom du fichier
1739, 01-02
Taille
16.10 Mo
Format
Nombre de pages
451
Source
Année de téléchargement
Texte
MERCURE
DE FRANCE ,
1 1
DEDIE AU ROT.
JANVIER.
QURICOLLIGIT
1739.
SPARGIT
Chés
Papillow
A PARIS ,
GUILLAUME GAVELIER ,
ruë S. Jacques..
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ;
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais,
M. DCC. XXXIX.
Avec Aprobation & Privilege du Roy
CATALOGUE des Mercures de France,
depuis l'année 1721. jusqu'à présent.
J
Uin , Juillet , Août , Septembre, Octobre,
Novembre et Decembre de 1721 .
Année 1722. les mois de Mars , May, ptembre
Novembre doubles ,
7. You
16. val.
13. 16
74- vol.
I
14
VOL.
I V
14. VOL.
1723 le mois de Decembre double
1724. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1725. les mois de Juin, Sept. et Dec.doubles, vo !
1726. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1727. les mois de Juin et Dec. double ,
1728. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1729. les mois de Juin,Sept . et Dec. doubles , re. YOU
1730. les mois de Juin et Dec , doubles ,
1731. les mois d'Avril, Juin et Dec. deubles, 15. ve
1732. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1733. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1734. les mois de Juin et Dec. doubics
1735. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1736. les mois de Juin et Dec. doubles ,
4737. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1738. les mois de Juin et Dec. doubles ,
Janvier 1739
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
33521
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
4005
K
14. vel.
14. v .,
14. vol.
14. vol.
14. vol.
14. vol.
14. vol.
I. vol.
250. vol.
PRI*************************
"
PRIVILEGE DU ROT.
Dieu , Roy de France & de
LIS,par lagrace dePeaux Confeillers,les Gede
tenans nos Cours de Parlement , Maîtres des Requêtes
ordinaires de nôtre Hôtel , Grand- Confeil , Baillifs , Senéchaux
, leurs Lieutenans Civils , & autres nos Jufticiers
qu'il apartiendra : SALUT. Notre chcr & bien améANTOINE
DE LA ROQUE , Ecuyer , ancien Gendarme dans la Compagnie
des Gendarmes de nôtre Garde ordinaire , &
Chevalier de notre Ordre Militaire de Saint Louis , nous
ayant fait remontrer que l'aplaudiffement que reçoit le
MERCURE DE FRANCE, cy-devant apellé le Mercure Galant,
compofé depuis l'année 1672. par le fieur de Vifé , & autres
Auteurs, rous a fait croire que le fieur Dufresni ,
Titulaire du dernier Brevet , étant décedé , il ne con
vient pas que le Public foit à l'avenir privé d'un Ouvra.
ge auffi utile qu'agréable , tant à nos Sujets qu'aux Etrangers
: c'eft dans cette vûë que bien informé des talens ,
& de la ſageſſe du fieur de la Roque , nous l'avons choiſi
pour compofer à l'avenir , exclufivement à tous autres ,
ledit Ouvrage , fous le titre de Mercure de France , &
nous lui en avons à cet effet accordé nôtre Brevet le 17.
Octobre 1724. pour l'execution duquel il auroit obtenu
nos Lettres de Privilege , en date du 9 Novembre enfuivant
, qui fe trouvant expirées , nous a fait fuplier
de lui en accorder de nouvelles en forme de Brevet fur
ce néceffaires , offrant pour cet effet de le faire réimprimer
en bon papier & beaux caracteres , fuivant la feüille
imprimée & attachée pour modele fous le contrefcel des
Préfentes ; A CES CAUSES , voulant traiter favorablement
ledit fieur Expoſant , & étant informé de ſes affiduités ,
des foins & dépenfes qu'il fait pour la perfection dudic
Mercure de France , dont nous fommes content , & dont
nous voulons lui donner des marques de notre entiere fatisfaction
; Nous lui avons permis & permettons par ces
Prefentes de compofer & donner au Public à l'avenir tous
les mois , à lui feul exclufivement à tous autres , ledit
Mercure de France , qu'il poura faire imprimer en un ou
plufieurs volumes , conjointement ou feparement , & autant
de fois que bon lui ſemblera , chaque mois , & de le
faire vendre & débiter par tout nôtre Royaume , Pays ,
A ij Terres
Terres & Seigneuries , de notre obéiffance , pendant le
temps & efface de douze années confecutives , à compier
du jour de la date defdites Prefentes ; à condition néanmoins
que chaque volume portera fon Aprobation expreſſe
de l'Examinateur , qui aura été commis à cet effet , & en
Outre nous avons révoqué & révoquons tous autres Privileges
qui pouroient avoir été donnés cy- devant à d'au̟-
tres qu'audit fieur Expofant ; Faifons défenſes à toutes
fortes de perfonnes de quelque qualité & condition
qu'elles foient , d'en introduire d'impreſſion ou gravûre
étrangere dans aucun Lieu de nôtre obé : fance , comme
auffi à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs , Impri
meurs , Marchands en Tailles - douces & autres , d'imprimer,
faire imprimer , graver ou faite graver , vendre , fai .
re vendre , débiter ni contrefaire ledit Livre , ou Planches
, en tout ni en partie , ni d'en faire aucuns Extraits,
fous quelque prétexte que ce foit , d'augmentations , corrections
, changement de titre, ou autrement, fans la permiffion
expreffe & par écrit dudit fieur Expofant , ou de
ceux qui auront droit de lui ; le tout à peine de confifcation
. tant des Planches que des Exemplaires contrefaits ,
& des uftanciles qui auront fervi à ladite contrefaçon ,
que nous entendons être Laifis en quelque lieu qu'ils foient
trouvés , de six mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , dont un tiers à Nous , .un tiers à l'Hôtel
Dieu de Paris , & l'autre tiers audit fieur Expofant , & de
tous depens , dommages & interefts ; à la charge que ces
Prefentes feront enregistrées tout au long fur le Registre
de la Communauté des Libraires & Imprimeurs de Paris ,
dans trois mois de la date d'icelles que l'impreffion
de ce Livre fera faite dans nôtre Royaume , & non ailleurs,
& que l'Impérrant fe conformera en tout aux Re
glemens de la Librairie , & notamment à celui du 10.
Avril 1725. &c. Donné à Verſailles le feptiéme jour de
Décembre , l'an de grace mil fept cent trente- fix & de
notre Regne le vingt - deux . Par le Roy en fon Confeil ,
Signé SAINSON , avec grille & paraphe , &c .
LISTE
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume ,› &c.
A'Toulouse , chez Forest , et Henault.
Bordeaux , chez Raymond Labottiere , et chez
Chapui , fils , au Palais , et à la Poste.
Nantes , chez Nicolas Verger .
Rennes, chez Joseph Vatar , Julien Vatar , Guil
laume Jouanet Vatar , et la veuve Audran .
Blois , chez Masson.
Tours , chez Gripon , et chez Bully.
Rouen , chez Herault.
Châlons- sur- Marne , chez Seneuze.
Amiens , chez la veuve François et Godard.
Arras , shez C. Duchamp , et chez Barbier.
Orleans , chez Rouzeaux .
Angers , chez Fourreau et à la Poste.
Chartres , chez Fetil , et chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil , et à la Poste.
Versailles , chez Monnier , et chez Marié.
Besançon , chez Briffaut , et à la Poste .
Saint Germain , chez Chavèpeyre .
Lyon , à la Poste. -
Reims , chez De Saint.
Vitry - le- François , chez Vitalis.
Beauvais , chez Dè Saint.
Douay , chez Willerval.
Charleville , chez P. Thesin .
Moulins , chez Faure .
Mâcon , chez De Saint , fils ,
Mets , chez Barbier.
Boulogne- sur- Mer , chez Parassol.
Nancy , chez Nicolas.
Saint Omer , chez Jean Huguet .
A iij AVERᏤ
AVERTISSEMENT .
Oici le deux cent cinquantiéme Volume
du Mercure de France , que nous
avons l'honneur de présenter au Roy & d'offrir
au Public depuis le mois de Juin 1721. que
nous travaillons à cet Ouvrage , sans qu'il ait
souffert aucune interruption.
*
En remerciant nos Lecteurs du cas qu'ils
daignent faire de ce Livre , nous leur demandons
toujours quelque indulgence pour les Endroits
qui leur paroîtront négligés. Le Lecteur
judicieux fera, s'il lui plaît, reflexion que dans
un Ouvrage comme celui- ci , il est très-aisé de
manquer , nême dans les choses les plus communes
, dont chacune en particulier est facile
mais qui , ramassées , font ensemble une multiplicité
si grande , qu'il est mal aisé de donner
à toutes la même attention , quelque soin qu'on
y aporte , sur tout quand une telle collection est
faite en si peu de temps ; P Auteur du Mercure ,
chargé du pénible & laborieux emploi de donner
chaque mois un volume au Public , ne peut
jamais avoir le temps de faire sur chaque Article
les refléxions qu'y feroit une Personne qui
5
n's
AVERTISSEMENT..
»
n'auroit que cet Article en tête, le seul auquel elle
s'interesseroit peut- être le seul qu'elle liroit.
Une chose qui paroît un peu injuste , c'est qu'on
nous reproche quelquefois des inattentions , &
qu'on ne nous sçait aucun gré des corrections
sans nombre qu'on fait & desfautes qu'on évite.
,
Nous faisons de la part du Public de nouvelles
instances aux Libraires qui envoyent'
des Livres ou des Listes pour les annoncer
d'en marquer le prix au juste cela sert beaucoup
, sur tout dans les Provinces , aux Personnes
qui se déterminent là - dessus à les acheter
, et qui ne sont pas sûres de l'exactitude des
Messagers et des autres Personnes qu'elles chargent
de leurs commissions , qui souvent les font
payerplus qu'ils ne coûtent. M. Moreau, pourra
se charger defaire les Envois au prix coûtant.
On invite aussi les Marchands et les Ouvriers
qui ont quelques nouvelles Modes , soit
par des Etoffes nouvelles , Habits , Ajustemens
, Perruques , Coeffures , Ornemens de tête
et autres Parures , ainsi que de Meubles , Ca
rósses , Chaises et autres choses , soit pour l'utilité
, soit pour l'agrément , d'en donner quelques
Memoires pour en avertir le Public , ce qui
pourra faire plaisir à divers Particuliers et procurerun
débit avantageux aux Marchands et
aux Ouvriers.
Piusieurs Pieces en Prose et en Vers , en
A iiij voyées
AVERTISSEMENT.
voyées pour le Mercure , sont souvent si mal
écrites, qu'on ne peut les déchiffrer, et pour cela
elles sont rejetées ; d'autres sont bonnes à quelques
égards et défectueuses à d'autres. Lorsqu'elles
peuvent en valoir la peine , nous les
retouchons avec foin ; mais comme nous ne prenons
ce parti qu'avec répugnance , nous prions
les Auteurs de ne le pas trouver mauvais , et de
travailler leurs Ouvrages avec le plus d'attention
qu'illeur sera possible ; sur tout , et nous ne
sçaurians trop le recommander , qu'on prenne
garde àla ponctuation .
On nous a envoyé plusieurs fois des Pieces·
Latines , que nous avons omises , ne les croyant
pas tout à fait du ressort de ce Journal. Cependant
, par l'avis de quelques Personnes habiles
et de goût , nous avons cru n'en devoir pas exclure
la bonne Poësie Latine , pourvû que les
Pieces soient toujours bien et ingenieusement
composées , qu'elles ne soient pas longues , et
que les moeurs y soient respectées . Les Dames:
n'y perdront rien , si les bons Poëtes François
continuent de traduire celles qui leur plairont le
plus , et de nous faire part de leur travail ,
comme cela est déja arrivé ; à quoi nous les invitons.
Les Sçavans et les Curieux sont priés dě
vouloir bien concourir pour rendre ce Livre
encore plus utile , en nous communiquant les
Memoires
AVERTISSEMENT.
,
Memoires les Pieces en Prose et en Vers , qui
peuvent instruire et amuser. Aucun genre de
Litterature n'est exclus de ce Recueil , où l'on
tache de faire regner une agréable varicté :
Poësie , Eloquence nouvelles Découvertes
dans les Arts et dans les Sciences , Morale ,
Antiquités , Histoire Sacrée et Profane , Voyages
, Historiettes , Mythologie , Physique et
Métaphysique , Pieces de Théatre , Jurispru
dence , Anatomie et Médecine , Botanique ,
Critique , Mathématiques , Mémoires , Projets
, Traductions , Grammaires , Pieces amusantes
et récréatives , & c. Quand les Morceaux
d'une certaine considération seront trop longs
on les placera dans un volum : extraordinaire
et on fera ensorte qu'on puisse les en détacher
facilement , pour la satisfaction des Auteurs et
des Personnes qui ne veulent avoir que certaines
Pieces...
A l'égard de la Jurisprudence , nous continuërons
, autant que nous le pourrons, de faire
part au Public des Questions importantes , nouvelles
ou singulieres , qui se présenteront et qui
seront discutées et jugées dans les differens Par-
Lemens et autres Cours Superieures du Royaume
en observant l'ordre et la méthode que nous
avons déja pratiqués en pareil cas , sur quoi
nous prions Messieurs les Avocats et les Parties ›
interessées , de vouloir bien nous fournir less
Abr Memoires s
,
AVERTISSEMENT.
Memoires nécessaires. Il n'est peut - être point
d'Article dans ce Livre qui regarde plus directement
le Bien public , que celui-là , et qui soit:
plus recherché de la plupart des Lecteurs.
Quelques Morceaux de Prose et de Vers , rejeués
par bonnes raisons , ont souvent donné
lieu à des plaintes de la part des Personnes interessées
; mais on les prie de considerer que
c'est toujours malgré nous que certaines Pieces
sont rebutées ; nous ne nous en raportons pas
toujours à notre jugement seul, dans le choix que
nous faisons de celles qui méritent l'impression .
On nous reproche avec raison que nous n'avons
que trop de complaisance à cet égard.
Mais à l'égard des choses que quelques uns
trouvent superfluës on inutiles , on n'a qu'à s'en
épargner la Lecture : rien n'est si aisé . Car
d'autres qui seront bien aises de les y trouver
auroient sans doute plus de fujet de se plaindre
s'ils ne les y trouvoient pas.
Quoiqu'on ait toujours la précaution de faire
mettre un Avis à la tête de chaque Mercure ,
pour avertir qu'on ne recevra point de Lettres
ni de Paquets par la Poste , dont le port ne soit
affranchi , il en vient cependant quelquefois
qu'on est obligé de rebuter. Ceux qui n'auront
pas pris cette précaution ne doivent
surpris de
ne pas voirparoître les Pieces qu'ils
oni envoyées , lesquelles sont d'ailleurs perduës
pas
être
Bour
AVERTISSEMENT.
pour eux s'ils n'en ont point gardé de copie.
Les Personnes qui désireront avoir le Mercure
des premiers , soit dans les Provinces on
dans les Pays Etrangers , n'auront qu'à s'adresser
à M. Moreau , Commis au Mercure ,
vis- à-vis la Comédie Françoise , à Paris , qui
le leur envoyera par la voye la plus convenable.
et avant qu'il soit en vente ; les Amis à qui on
s'adressepour cela , ne sont pas toujours exacis ;
ils n'envoyentguére acheter ce Livre précisément
dans le temps qu'il paroî ' . Ils ne manquent pas
de le lire, souvent ils le prêtent et ne l'envoyent
enfin que fort tard , sous le prétexte spécieux
que le Mercure n'a pas paru plutôt. Ceux qui
desirent avoir des fuites Complettes du Mer
cure , doivent aussi s'adresser à lui , pour les
avoir de la premiere main , bien conditionnées,
et à meilleur compte.·
4
Nous renouvellons la priere que nous avons
déja faite , quand on nous envoye des Pieces ;
soit en Vers , soit en Prose , de les faire transcrire
bien lisiblement , chaque Piece "sur un
papier séparé et d'une grandeur raisonnable ,
avec des marges, pour y placer les additions on
corrections convenables ; que les noms propres ,.
sur tout soient exactement écrits , et que la ponce
tuation ( nous le repetons ) n'y soit pas négligée ,
comme cela arrive presque toujours , ce qui
contribue à multiplier lesfautes d'impreffion es
Alvj; quelqueAVERTISSEMENT.
quelquefois à défigurer certains Ouvrages.
Nous aurons toujours les mêmes égards pour
les Auteurs qui ne veulent pas sefaire connoîtres
mais il seroit bon qu'ils donnassent une adresse ,
sur tout quand il s'agit de quelque Ouvrage qui
peut demander des éclaircissemens, carfouvent ,
faute d'un tel secours , des Pieces nous restent
entre les mains , sans pouvoir les employer.
Nous prions ceux qui par le moyen de leurs
correspondances , reçoivent des nouvelles d'Asie
, d'Afrique, du Levant , de Perse , de
Tartarie , du Japon , de la Chine , des Indes
Orientales et Occidentales , et d'autres Pays et
Contrées éloignées , les Capitaines , Pilotes et
Officiers des Navires et les Voyageurs , de
vouloir bien nous faire part de leurs Journaux ,
àl'Adressegenerale du Mercure. Ces Matieres
peuvent rouler sur les Guerres présentes de ces
Etats et de leurs Voisins ; les Révolutions , les
Traités de Paix ou de Tréve , les occupations
des Souverains , la Religion des Peuples , leurs
Ceremonies , Loix , Coûtumes et Usages , les
Phénomenes et les productions de la Nature et
de l'Art , & c. comme Pierres précieuses , Pierres
figurées, Marcassites rares , Pétrifications et
Crystallisations extraordinaires , Coquillages,
Madrepores , & c. Edifices anciens et modernes
, Ruines , Statues , Bas- Reliefs , Inscriptions
, Pierresgravées , Médailles , Tableaux
& Ca
AVERTISSEMENT
& Le Caractere de chaque Nation , son
Origine , son Gouvernement , ses bonnes et ses
mauvaises qualités , le climat et la nature du
Pays , ses principales richesses et son Commer--
ce; les Manufactures ; les Plantes , les Animaux
, & c. Les Mours des Peuples , leur
maniere de se nourrir , de s'habiller et de s'ar
mer; ce que chaque Contrée produit pourfaire
connoître les differens Climats ; et ajoûter s'il
étoit possible des Desseins pour donner une :
parfaite intelligence des chofes décrites.
Nous serons plus attentifs que jamais à aprendre
au Public la mort des Sçavans et de tous
ceux qui se sont distingués dans les Arts et
dans les Mécaniques ; on y joindra le détail
de leurs principales occupations , de leurs Ouvrages
et des plus considerables actions de leur
vie. L'Histoire des Lettres et des Arts doit.
cette marque de reconnoissance à la memoire de
ceux qui s'y sont rendus celebres , ou qui les ont
cultivés avec soin. Nous esperons que les Parens
et les Amis de ces illutres Morts ,seconderont volontiers
notre zele à leur rendre ce devoir , par
les instructions qu'ils voudront bien nous fournir.
Ce que nous venons de dire regarde nonseulement
Paris , mais encore toutes les Provinces
du Royaume et les Pays Etrangers ,
qui peuvent fournir des Evenemens considerables,
Morts , Mariages , Actes solemnels ,..
'
Fêtess
AVERTISSEMENT
Fêtes et autres Faits dignes d'être transmis à
la Posterité, en obfervant d'écrire exactement et
lisiblement les noms propres , & c..
E
On a fait au Mercure , et même plus d'une
fois l'honneur de le critiquer c'est une gloire
quimanquoit à ce Livre. On a beau dire ; nous
ne changerons rien à notre methode , puisque
nos Lecteurs la trouvent passablement bonne .
On Ouvrage de la nature de celui ci , ne
sçauroit plaire également à tout le Monde , à
cause de la multiplicité et de la varieté des
matieres , dont quelques unes sont les par cer-
1ains Lecteurs avec plaisir et avidité , et par
d'autres avec des dispositions contraires . M.du
Fresni, avoit bien raison de dire que pour que
le Mercurefût généralement aprouvé, ilfaudroit
que comme un autre Prothée , il pût prendre
entre les mains de chaque Lecteur une forme
convenable à l'idée qu'il s'en est faite.
·
Aureste les gens trop délicats & dont l'humeur
vaine & peu liante , ne trouve presque:
jamais rien à son gré , moins encore ce qui
passe généralement pour bon aux yeux des autres
, ne doivent pas lire in Livre tel que celuici
, dans lequel il est permis , à beaucoup d'égards
, d'être médiocre , & il le faut même ,
selon le genre & la matiere qu'on traite ; danss
un si prodigieux mêlange de genres & de ca.:
racterer, souvent oposés des choses 2
trop tra
vaillées
>
AVERTISSEMENT.
vaillées , seroient moins goûtées & hors de leur
place. Le fublime , la grande érudition , peuvent
se trouver dans ce Livre , par la capacité
des Sçavans , qui veulent bien enrichir ce
Journal, mais on ne les exige point.
C'est assés pour ce Livre de contribuer tous
les mois en quelque chose à l'instruction & à
l'amusement des Citoyens. Le Mercure ne doit
rien prétendre au delà: Nous fçavons , il est
vrai , que la critique outrée ou la médisance
plus ou moins malignement épicée , fut toujours
un mets délicieux pour beaucoup de Lecteurs ;.
mais outre que nous n'y avons pas le moin--
dre penchant , nous renonçons & de très -bon ·
coeur , à la dangereuse gloire d'être lûs &
aplaudis aux dépens de personne .
Nous serons encore plus retenus sur les
touanges , que quelques Lecteurs n'ontpas géné
ralement aprouvées , et en effet nous nous sommes
aperçus que nous n'y trouvions nul avan
tage ; au contraire , on s'est vû exposé à des
especes de reproches , au lieu de témoignages
de reconnoissance , sur tout de la
part
des gens
aTalens ; car tel qu'on loue , ne doute nullement
que ce ne soit une chose qui lui est absolument
due, souvent même, il trouve qu'on ne ·
le lone pas assés , & ceux qu'on ne lowe point
ou qu'on loue moins , sont très - indispo--
sés , & , prétendant qu'on lone les autres à
leurs
AVERTISSEMENT.
urs dépens , ils sont doublement fâchés.
Nous donnons ordinairement des Extraits
des Pieces nouvelles qui paroissent sur les
Théatres de Paris , & nous faisons quelques
Observations d'après le jugement du Public ,
sur les beautés & sur les défauts qu'on y trou
ve; la crainte de blesser la délicatesse des Auteurs
, nous retient quelquefois nous empêche
d'aller plus loin ; nous craignons d'ailleurs ,
si nous sommes plus sinceres , qu'on ne nous
accuse de partialité . Si les Auteurs eux- mêmes
vouloient bien prendre sur eux de faire un
Extrait on Memoire de leurs Ouvrages , sans
dissimuler les défauts qu'on y trouve , cela nous
donneroit la hardiesse d'être un peu plus séveres
, & le Lecteur leur en sçauroit gré ; ils
n'y perdroient rien par les remarques , à charge
& à décharge , que nous ne manquerion's
pas d'ajouter ; sans oublier de faire observer
Pextrême difficulté qu'il y a de plaire aujour
d'hui au Public , & le peril que courent tous
tes Ouvrages d'esprit qu'on lui présente. Nous
faisons avec d'autant plus de confiance cette
priere aux Auteurs Dramatiques & à tous autres
, que certainement Corneille , Quinault ,
Moliere , Racine , &c. n'auroient pas rougi
d'avouer des défauts dans leurs Pieces .
Nous tacherons de soutenir le caractere de
modération , de sincerité et d'impartialité ,
94'ons
AVERTISSEMENT .
qu'on nous a déja fait la justice de nous attri
buer. Les Pieces seront toujours placées , sans
préference de rang et sans distinction , pour le
mérite et la primauté. Les premieres reçues
seront toujours les premieres employées , hors le
cas qu'un Ouvrage soit tellement du temps ,
qu'il merite , pour cela seulement , la préference..
Les honnêtes Gens nous sçavent gré d'avoir
garanti ce Livre depuis plus de 18..ans que·
nous y travaillons , non - seulement de toute sary
re , mais même de portraits trop ironiques , trop:
ressemblans et trop susceptibles d'aplications.
On aura toujours la même délicatesse pour tout:
ce qui pourra blesser ou désobliger , mais nous
admettrons très- volontiers les Ouvrages dans
lesquels une plume legere s'égayera, contre divers
caracteres bien incommodes et souvent trèsdangereux
dans la Societe , tels , par exem .
ple , que les Nouvellistes outrés , partiaux et
trop crédules , les ennuyeux , les indiscrets , les
grands parleurs , tyrans des Conversations , les
Opiniâtres , Disputeurs et Clabandeurs éternels
, les Glorieux , qui vous disent d'un airimportant
les plus petites choses , les faux Connoisseurs
qui souvent ne se connoissent à rien .
pas même au temps qu'il fait ; les Complaisans
et fades Louangeurs , les Envieux , &c. encore
y faut-il mettre cette clause , que le Lecteur n'y
puisse reconnoître aucune Personne en particulier
AVERTISSEMENT.
lier , mais que chacun se puisse reconnoître en
quelque chose dans la peinture generale des vi .
ces et des Ridicules de son siecle.
Il nous reste à remercier au nom du Public
plusieurs Sçavans du premier ordre , d'aimables
Muses , et quantité d'autres Personnes d'un
grand mérite , dont les productions enrichissent
le Mercure et le font rechercher..
J
APROBATION
'Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier',
le Mercure de France du mois de Janvier , &-
J'ai cru qu'on pouvoit en permettre l'impression.
A Paris , le premier Février 1739 .
HARDION,
MERCURE
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
JANVIER. 1739
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
IDYLLE
Adressée à Mlle Du ***.
E coeur chargé d'ennuis , les yeux bai
gnés de pleurs ,
Et soupirant encore après son Inhu
inaine ,
L'infortuné Lycandre , au bord d'une
Fontaine ,
Déploroit , en ces mots , ses tragiques malheurs .
Petits Oiseaux de ces Bocages ,
Hélass
2 MERCURE DE FRANCE
Hélas ! sous vos épais feuillages ,
Vous étiez autrefois témoins de mes plaiſirs ; ·
Si vous ne l'êtes plus , sous ces mêmes ombragės ,
Soyez les confidens de mes tristes soupirs ;
Et dès le lever de l'Aurore ,
Chantez celle que j'aime , autant qu'elle m'abhore ;;
Répetez ses rigueurs , répetez mès amours
Et , lorsque le Soleil aura fini son cours ,
Petits Oiseaux , dites encore ,
Qu'il n'eft rien de plus beau , que celle que j'adore.-
C'eft la charmante Iris , l'honneur de nos Vergers ,
Iris , qui de l'aveu des Nymphes Bocageres ,
Eft le Phénix de nos Bergeres ,
Et l'Amour de tous nos Bergers.
Elle a tous les attraits dont brilloit Ariane ,
Lorfque fous fon Empire elle foûmit Bacchus ;
Elle a les charmes de Vénus ,
Elle a la vertu de Diane.
Il m'en fouvient´encor , de ce temps fortuné ,
Temps , hélas ! dont le cours fut trop tôt terminé
Lorfque d'une main peu diferete ,
Avec le fer de ma houlete ,
J'ofois graver fon nom dans le mien enchaîné ;
Les Arbres , dans nos Bois , fur leur écorce tendre,
Offroient , partout , à l'oeil surpris ,
Les noms d'Iris & de Lycandre ,
Les noms de Lycandre & d'Iris .»
Tantê
JANVIER. 1739.
Tantôt , d'une jeune, Allouette
Ma main lui, faifoit un préſent ,
Qu'elle recevoit en difant ,
Que de mes tendres foins elle étoit ſatisfaite
Tantôt , fur ma douce Musette
Je chantois de l'Amour les rigoureuſes Loix ,
Je chantois mon Iris , nos Bergers , & nos Bois.
Tandis , qu'affise au pied d'un chêne ,
La Belle , en m'écoutant , fembloit fe réjouir :
Dieux ! que j'étois charmé! mais ma joie étoit vaine.
Ah ! que ce temps fut court ! Il commençoit à peine
Que je le vis s'évanouir.
Telle , hélas ! d'une courfe active ,
S'écoule une onde fugitive.
Agneaux , tendres Agneaux , qui paiffez ſur les pas
De mon inhumaine Bergere ,
Que vous êtes heureux ! fur la verte fougere
Vous pouvez , à loifir , contempler fes apas ,
Et fans exciter fa colere ,
Vous pouvez tenter de lui plaire ,
Et moi ; je ne l'oferois pas !
Vous,fans que vous l'aimiez, ma Bergere vous aime.
Et pour moi , qui l'adore , ô deftin rigoureux !
L'ingrate , d'un mépris extréme
Ne craint point de payer mon amour & mes feux ,
Agneaux , tendres Agneaux , que vous êtes heureux
!!
MERCURE DE FRANCE
O toi ! des vrais Amans asyle fecourable ,
Amour , tu vois couler mes pleurs ,
Rends mon Iris fenfible , ôte -lui fes rigueurs,
Ou fais qu'elle foit moins aimable.
Ah ! fi tu m'accordois ce fecours favorable !
Tes Autels , par mes mains , feroient chargés de
fleurs.
Mais quoi ! puiffant Maître des cours ;
Tu vois , fans pitié , mes allarmes ;
Amour , cruel Amour , tu mépriſes mes larmes ,
Et tu ris , tandis que je meurs.
Par M. P **
QUESTION IMPORTANTE
Jugée au Parlement de Paris.
" St
I la prescription du crime par vingt ou
trente ans , réintegre l'Accusé dans les
Effets civils , même avec effet rétroactif.
Nous avons raporté dans le Mercure da
Mois de Juillet dernier , page 1568. un Arrêt
du 4. Mars 1738. rendu entre les Srs
d'Acheux & de la Boissiere , sur une Question
qui avoit beaucoup de raport avec celleci
; il s'agissoit de sçavoir , si par la prescription
du crime , le Sr d'Acheux avoit été
réhabilité
JANVIER . 1739.
4
réhabilité dans les Effets civils pour l'avenir
depuis la prescription ; on jugea qu'il étoit
toujours mort civilement ; ici on alloit encore
plus loin que le Sr d'Acheux , car on
foûtenoit que la prescription du crime réïntégroit
dans les Effets civils, même avec effet
rétroactif.
La Question s'est présentée dans un Pro
cès , pendant en la Seconde Chambre des .
Enquêtes , au Raport de M. Chabenat de
Bonneuil , Conseiller.
Dans le Fait , le feu Sr Picard étoit à son décès,
Seigneur du Fief de la Touche-Moreau ; il
étoit décedé en 1715. laissant pour Héritiers
présomptifs le Sr & la Dlle de Nesmond
frere & soeur ses neveux.
>

Si le Sr de Nesmond cut alors joii des
Effets civils , il auroit succedé à son oncle ,
& comme mâle , auroit exclû sa soeur de la
succession des Fiefs , ensorte qu'il auroit recueilli
seul , celui de la Touche - Moreau :
mais il étoit alors privé des Effets civils , en
conséquence d'un Jugement de contumace,
qui l'avoit condamné à mort pour un assassinat
; ensorte que la Dlle de Nesmond sa
soeur fut seule Héritiere de son oncle , & par
conséquent recueillit seule le Fief de la
Touche-Moreau .
Le Sr de Nesmond déceda en 1725.
Les Sr. & Dlle de Chateraire , qui étoient
alors
MERCURE DE FRANCE
: alors Fermiers des Droits Seigneuriaux de
l'Abbaye de Bourgueil , dont releve le Fief
de la Touche - Moreau , prétendirent que le
Sr de Nesmond avoit recueilli ce Fief par
succession ; que par son décès il étoit passé
à la Dlle de Nesmond , & qu'elle devoit un
Droit de Relief pour cette mutation ; ils la
firent assigner au Siége Royal de Fontenayle-
Comte, en Poitou , pour être condamnée
à leur payer ce Droit de Relief.
, Dans le cours de l'Inftance , la Dlle de
Nesmond déceda , les Demandeurs se pouryûrent.
contre le Sr de Grimouard , son Héritier
, & obtinrent contre lui Sentence , qui
le condamna à payer le Droit de Relief en
queſtion , & aux dépens.
Le Sr de Grimouard interjetta apel de cette
Sentence ; cet apel fut porté en la seconde
Chambre des Enquêtes.
Pour prouver que le feu Sr de Nesmond
avoit succedé à son oncle , & par conséquent
avoit possedé le Fiefde laTouche- Moreau, on
difoit de la part des Intimés , que la Loi qui
éteint le crime,remet l'Accusé dans le même
état qu'il étoit auparavant : la Loi ne prononce
pas une simple perscription de la peine ;elle
ne dit pas que c'est la condamnation ou la
peine qui est effacée , c'est le crime même :
Viginti annorum exceptione , crimina excluduntur
, ce sont les termes de la Loi ; d'où
il
JANVIER 1739.
il résulte que le crime est entierement éteint,'
effacé , anéanti , & qu'il n'en doit rester au
cune fuite.
L'Edit des Duels de l'année 1679 a ra
pellé cette disposition dans les mêmes termes
en disant , que le crime de Duel ne
pourra être éteint par aucune prescription ,
d'où il s'ensuit que la prescription éteint les

autres crimes .
La Prescription en matiere criminelle n'a
point de regles particulieres , elle doit être
reglée par les principes connus sur la Prescription
en général .
Or il est de principe , que l'effet de la
Prescription en toutes sortes de matieres ,
n'est pas seulement d'arrêter ou de suspendre
une action ou un droit , mais de l'éteindre ,
de l'anéantir , de remettre au même état que
s'il n'y en avoit jamais eu.
La Prescription est une suite de la possession
, elle est fondée sur la possession , qui
fait présumer la proprieté ; elle forme un titre
consacré par les Loix , qui anéantit tous les
titres contraires .
Ce titre auro it - il moins de force en matiere
criminelle ? la Prescription y fait présumer
l'innocence , comme elle supose la proprieté
en matiere civile .
La Prescription criminelle doit avoir un
effet rétroactif plutôt que la civile ; car l'état
B d'un
3 MERCURE DE FRANCE
d'un Accusé ne peut pas se diviser , il ne
"peut pas être innocent , & avoir été coupable
, & c'est de là que la Prescription du
crime par 20. ans, emporte aussi la Prescription
des interêts civils , dont l'action devoit
durer 30. ans , parce que cette action n'a
plus de fondement , lorsque le crime ne subsiste
plus.
De même lorsqu'il n'y a plus de, crime ,
que l'Accusé est présumé innocent , il est
aussi présumé n'avoir jamais perdu les Effets
civils , une suite si fatale du crime ne pouvant
demeurer , lorsque les Loix donnent à
la Prescription la force d'en enlever jusqu'-
*aux moindres vestiges.
La restitution de cette Prescription est si
pleine & si efficace , qu'elle ôte jusqu'à la
tache d'infamie résultante de la condamnation.
Tel est le sentiment de Duplessis sur
Paris , Tr. des Prescrip . de Loyseau , des Off.
Liv. I. Chap . IV. n. 15. & de Domat en ses
Loix Civiles , II. Partie des Succeff. Liv. I.
Tit. I. Sect. II . n. 16. & suivans , où il dir ,
que l'incapacité du Condamné à quelque
peine qui emporte mort civile , n'ayant
pour cause que sa condamnation , si cette
cause vient à cesser , il est remis dans son
premier état , ce qui est conforme à la Maxi-
Ime : Cessante causâ , cessat effectus , qui est ici
-décisive.
C'est
JANVIER . 1739.
C'est ce qui fut établi par M. l'Avocat Général
Talon , lors de l'Arrêt de Parthenay ;
raporté par Bardet , & par M. l'Avocat General
Bignon , lors de l'Arrêt de la Morineau
, du 1. Mai 1665. Journ, des Aud.
Enfin la Question a été ainsi jugée par un
Arrêt de 1615. qui fut cité par M. Talon ,
fors de l'Arrêt de Parthenay , par l'Arrêt de
Farinade , & plusieurs autres , notamment
l'Arrêt de Droulin , raporté par Basnage
par
sur Normandie , Art. 143. & par l'Arrêt du
6.Mai 1670. cité dans les Mémoires de l'Affaire
du Srd'Acheux , Tous ces Arrêts , disoit-
on , ont jugé que la Prescription du
crime réintégroit l'Accusé dans les Effets
civils , avec effet retroactif.
>
Tels étoient en substance les Moyens proposés
dans un Mémoire imprimé , fait par
M. Chauffot , Avocat des Intimés.
On disoit au contraire de la part de l'Apeliant
, que la Prescription du crime n'a
d'autre effet que de dérober l'Accusé au suplice
, & le laisse toujours dans l'état de
mort civile.
L'Article 28. de l'Ordonnance de Moulins,
porte , que les Condamnés par défaut &
contumace pour crime , emportant confiscation
ou amende , ayant eté en contumace de
se représenter à Justice par.le temps & esde
cinq ans , perdront non seulement pace
Bij
les
To MERCURE DE FRANCE
les fruits de leurs Héritages , mais aussi fa
proprieté de tous leurs Biens adjugés par
Justice , &c .
L'Article 28. du Tit. 17. de l'Ordonnance
de 1670. porte , que si les Condamnés par
contumace ne se représentent dans les cinq
ans , les condamnations pecuniaires seront
réputées contradictoires avec eux si le
Roy ne leur accorde des Lettres , pour se
purger.
,
L'Article 29. du même Titre , porte , que
le Condamné par contumace , qui est décedé
après les cinq années sans s'être représenté,
est réputé mort civilement du jour de l'execution
de la Sentence de contumace.
,
Suivant ces Ordonnances , lorsque l'Accusé
a laissé passer le terme fatal qui lui est
donné pour purger la contumace il ne lui
est plus permis d'aspirer à recouvrer les Effets
civils : la mort civile qu'il a encouruë, doit
imiter la mort naturelle , & ne peut par con .
sequent être pour un temps,ni pour un Lieu :
la Prescription est une grace qu'on accorde
à l'Accusé , pour lui épargner la peine à laquelle
il s'est dérobé ; mais il ne rentre pas
pour cela dans tous ses droits , & surtout
pour le passé ; une telle Prescription ne
pourroit avoir d'effet rétroactif , puisqu'il
étoit réellement mort civilement jusqu'au
temps où il a acquis la Prescription ; il demeure
JANVIER .
1739%
meure même toujours mort civilement pour
l'avenir, nonobstant cette Prescription , parce
qu'en ne se représentant pas dans le temps
prescrit par les Ordonnances , il s'est soûmis.
à la peine de mort civile prononcée contre
lui , ensorte qu'il ne peut prescrire cette
peine , par quelque laps de temps que ce
soit.
Il faut aussi distinguer , disoit le Sr Grimouard
, entre les crimes suivis d'une simple
accusation , & ceux pour lesquels il y a
eu une condamnation executée ; quand il
n'y a qu'une simple accusation , la Prescription
peut ôter jusqu'aux moindres vestiges
du crime ; mais quand il y a une condamnation
contradictoire , ou devenuë telle , faute
par l'Accusé d'avoir purgé la contumace dans
le temps , la Prescription ne peut jamais
donner atteinte à une telle condamnation ;
elle n'a d'autre effet que d'en empêcher l'execution
après un certain temps ; mais la condamnation
subsiste toujours , & par consequent
la mort civile , principalement pour
le temps anterieur à la Prescription .
C'est ce qui a été jugé par l'Arrêt de Parthenay
, & par celui de la Morineau .
Basnage , sur la Coûtume de Normandie
Art. 143. raporte un Arrêt du 23. Juin
1690. par lequel un Condamné par contų-
В iij mace
· 12 MERCURE DE FRANCE
mace , fut déclaré incapable de succeder ,.
même après 20. années.
Le Sr Grimouard- raportoit encore plusieurs
autres Arrêts, pour apuyer sa proposition
, & concluoit que le Sr de Nesmond
n'ayant point été capable de succeder , il
n'étoit point dû de Droit de Relief à son
décès .
Sur ces Moyens respectifs est intervenu :
Arrêt le 12. Août 1738. qui a mis l'apellation
& ce dont étoit apel au néant , émendant
, a débouté les Sr & Dame de Chateraire
de leur demande ; ce qui juge que la.
Prescription du crime ne réïntegre point
l'Accusé dans les Effets civils , du moins
avec effet rétroactif.
LA CHAUVE SOURIS
A Mlle B. ***
Depuis trois jours entiers , en bonne compagnie ,
Et fans aucun regret d'avoir quitté Paris ,
J'habitois de Milon la Campagne fleurie ;
*
Et parmi les Jeux & les Ris ,
Au fein d'une aimable pareſſe ,
La Chapelle Milon , Terre Seigneuriale , entre
Magny & Cheurcuse.
Je
JANVIER. 1739. 13,
Je goûtois les plaifits qu'enfante la molleffe
Dans ce délicieux Païs .
La Nuit avoit déja voilé notre Hémisphere ;
Sur un Char traîné lentement ,
La Déeffe nonchalamment
Avoit fait la moitié de fa fombre carriere ; ›
Et retiré dans mon apartement ,
Fallois donner paisiblement :
Une favorable audience
A l'utile Dieu du repos ;
Gelui- ci , par reconnoiffance ,
Broyoit déja pour moi fes tranquilles pavots :
Jallois enfin dormir , lorfqu'un bruit effroyable
Me réveille en furfaut. Ce bruit étoit femblable
A celui d'un Oifeau qu'on entend voltiger.
D'abord la peur me fit fonger
Que c'étoit pour le moins quelque Monftre fauvage ,
Quelque Oifeau carnacier & vivant de pillage ,
Je crus par confequent qu'il étoit à propos ,
Crainté d'encourir du dommage ,
De m'enfermer dans mes rideaux.
Fallois executer un projet aufli fage ,.
Quand je me fentis outrager.
D'un coup au travers du viſage.
Soudain , confultant moins ma frayeur que ma rage,
Je résolus de me venger.
Tout poltron que je fuis, je me mets à combattre ,
Biiij.
J'atta14
MERCURE DE FRANCE
J'attaque l'Oiseau vivement ;
Armé d'un gros bâton , je fais le diable à quatre ,
Zifte , zefte , plic , plac. J'en jure , affûrément ,
Jamais , quoiqu'en dife l'Hiſtoire ,
Le Vainqueur des Moulins à Vent
Ne s'escrima fi vaillament ,
Et ne remporta tant de gloire :
Mon ennemi long- temps difputa la Victoire ,
Et fe défendit bravement.
Pour moi cent fois plus las qu'on ne le sçauroit
'croire ,
J'allois enfin cesser ces fatiguans combats ,
Quand d'un coup de bâton , je le fis cheoir à bas..
Déja je commençois à bénir la Fortune ;
Mais admirez ,Iris , combien je fus furpris ,
Quand je vis au clair de la Lune ,
Que ce n'étoit qu'une Chauye- Souris.
Par M. P * $
De Milon , le 27. Septembre 173.8 .
ESSAL
JANVIER. 1739. I'S
"
ESSAI sur l'Histoire du Nivernois , par
M. Pierre de Frasnay, III. Lettre.
MONSIE ONSIEUR ,..
Saint Aré , nommé en Latin Aregius , ou'
Arigius , est l'onziéme Evêque de Nevers ;
il étoit né à Bourges , fils de Gontinus , ou
Auginus , Officier de la Lingerie , d'autres
disent que son Pere présentoit la Serviette au
Roy Gontran lorsqu'il entroit pour se mettre
à table ; S. Austregesille, frere cadet de notre
Evêque , suivit d'abord le parti des Armes ,
ensuite ise mit dans la Clericature , & fut
dlu Archevêque de Bourges
Saint Aré a vécu sous Childebert , Roy
Austrasie & de Bourgogne , sous Theodoric
son fils,aussi Roy de Bourgogne , & sous
Clotaire second, Roy de France.
Gregoire I. dit le Grand , tenoit pour lors
le Siége de Rome : ce S. Pontife fit éclater
son zele pour la destruction de l'Idolâtrie ,
it envoya Felix , Evêque d'Italie , .en- Sardaigne
, avec Cyriaque , Abbé de S. André ...
pour travailler à la conversion des Barbariciens
; il députa le Moine Augustin en Angleterre
, pour prêcher la Foi aux Idolâtres ;
on dit qu'il envaya. aussi S. Aré dans les
Bu Gaulesa
16 MERCURE DE FRANCE
Gaules pour le même sujet ; en effet , quoique
la France fut alors Chrétienne , il y
avoit encore quantité de restes d'Idolâtrie ;
la plupart des Serfs ou Paysans étoient Payens ,
& ceux même qui étoient baptisés , quoique:
dans le sein de la Religion Chrétienne , rendoient
encore quelque culte aux Démons ,
immolant aux Idoles , adorant des Pierres ,
des Arbres & des Fontaines , & se laissantaller
à une superstition criminelle ; le Nivernois
, Pays sauvage , impénétrable aux
Missionaires avoit besoin d'un homme
tel que S. Aré ; il y prêcha avec efficace , &
porta le dernier coup au Paganisme. Les
Peuples , touchés de son zele Apostolique
le choisirent pour remplir la place de Fulcilius,
leur Evêque , qui venoit de déceder :.
cette élection fut faite en 595 .
,
Saint Aré avoit de grandes vertus , qui le
rendoient digne de l'Episcopat ; sçavant dans .
l'Ecriture , dont il faisoit sa lecture ordinaire
,charitable envers les Pauvres, auxquels
il donnoit tout ce qu'il poffedoit , il mérita
de Dieu le don des miracles ; il résuscita.
Ours . son domestique , qui s'étoit noyé
dans la Riviere de Niévre dans l'endroit
qu'on apelle encore aujourd'hui le Pont
S. Ours , qui est une lieuë au - dessus de Nevers
; Saint Aré en le résuscitant , le rapella
à une vie véritablement nouvelle , car il en
fit un Saint. Οι
5.

JANVIER 1739 .
1739. 17
>
On dit que ce Prélat étoit aimé du Pape
S.Grégoire ; & pour le prouver,Coquille &
Cotignon , raportent plusieurs Lettres , dont
ils disent que S. Gregoire a honoré S. Aré ,
& entr'autres la 111. du septiéme Livre de
ses Epitres , & la 50. & 51. du neuviéme
Livre. Ils avancent même , que pour distinguer
S. Aré , le Pape Gregoire lui envoya
& à Valaton , son Archidiacre ,
par l'Abbé
Cyriaque , des Dalmatiques , pareilles à celles
dont on se servoit dans l'Eglise de Rome
; car dans ce temps - là , les Diacres des
autres Eglises , & même les Evêques , ne
portoient que de simples Tuniques à nranches
étroites. Voilà ce que nous aprennent
Coquille & Cotignon ; touchant S. Aré notre
Evêque ; mais il y a de l'aparence que le
zele qu'ils ont pour l'honneur de notre Sićge
Episcopal , les a rendus trop credules sur
ce point ; en effet les meilleurs Auteurs de
l'Histoire Ecclesiastique , assûrent que ces
Lettres , aussi bien que ces Dalmatiques
étoient pour Aregius , Evêque de Gap , que
S. Gregoire honoroit d'une confiance & d'une
amitié particuliere, & non pour Aregius,.
Evêque de Nevers , -
Les Actes de S. Aré , raportés dans le Breviaire
de Nevers , disent qu'il a souscrit au
second Concile de Paris , & au cinquième
Concile d'Orleans ; mais ces Actes sont
Bevj pleins $
18 MERCURE DE FRANCE
pleins d'erreurs , c'est Aridius , autrementapellé
Ardaric , dont j'ai parlé dans ma seconde
Lettre , qui a souscrit au second Concile
de Paris tenu en 551. ou bien en 555.
& non S. Aré , qui n'a été élû Evêque de.
Nevers qu'en 595 ..

A l'égard du cinquiéme Concile d'Orleans
, tenu en 549. c'est Clementinus , Evêque
de Nevers , qui a souscrit à ce Concile
& il est impossible que S. Aré y ait assisté
puisqu'il a été élû Evêque de Nevers- 44 ans..
après ce Concile.
il
>
Saint Aré étoit dans l'usage d'aller à Rome
très -souvent , soit par dévotion , ou pour
entretenir ses relations avec le Pape , & pour
prendre de lui de nouvelles lumieres pour
l'accroissement de la Religion , & pour lc.
gouvernement de son Diocese. Dans le dernier
voyage qu'il fit à Rome , en retournant
passa à Décize , petite Ville de son Diocese
, assise dans une Isle formée par la Riviere
de Loire ; il visita dans ce Lieu une
Chapelle, qui avoit été bâtie par deux Saints
Hermites , apellés Eufraze & AuZile ; la
beauté du Lieu , & encore plus la sainteté
des deux Hermites qui l'habitoient , toucherent
son coeur , & lui firent souhaiter d'être
enterré dans cette Chapelle , & d'y demeu-.
rer dans la compagnie de ces deux Serviteurs.
de Dieu. Quelque temps après étant tombé
malade
JANVIE R. 1739.
malade dans la Ville de Nevers , qui est située
sept lieuës au- dessous de celle de Déeize
; il y finit saintement ses jours ; son corps
Corps fut transporté à Décize , où il avoit
souhaité d'être inhumé, & il fut enterré dans
laLa Chapelle bâtie par les deux Hermites , &
depuis on. y. a construit une Eglise sous le
nom du Saint ; cette Eglise est aujourd'hui.
L'Eglise Paroissiale de Décize..
"
Saint Colomban le jeune , Abbé de Luxeu,
vivoit du temps de S. Aré , il établit à Nevers
une Communauté de Religieuses de son
Ordre , à peu près dans l'Endroit où est aujourd'hui
le Convent & l'Eglise de S. Etienne.
S. Colomban , exilé par Theodoric , Roy
de Bourgogne , & par la Reine. Brunehaut
son ayeule , fut conduit à Nevers , & ensuite
fut embarqué sur la Loire , pour être mené.
à Nantes , & de- là transporté en Irlande , sa
Patrie. Cet évenement arriva.en 61o . on ne.
croit pas qu'il y eut beaucoup d'intelligence .
entre S. Aré & S. Colomban , qui n'étoit.
point aimé des Evêques.
Én 614. il y eut un Concile à Paris , que.
l'on regarde comme un Concile géneral des
Gaules ; il fut souscrit par 79. Evêques , qui.
ffrent 15. Canons.
Saint Aré est mort environ l'an 6.20.Ce qui
est constant , c'est que S. Austregesille son.
frere , qui lui a survécu , est mort en 624.
Saint
20 MERCURE DE FRANCE
1
Saint Aré n'est pas le premier Evêque de
Nevers , comme plusieurs Personnes le
croyent encore aujourd'hui , mais on peut
dire qu'il a donné la forme & la perfection à
cet Evêché , par la destruction totale du Piganisme
, & par l'augmentation & l'arrangement
de son Diocese , auquel il a joint
plusieurs Paroisses , qui lui ont été cédées
par Austregesille son frere , Archevêque de
Bourges , & par Siagrius , Evêque d'Autun..
Ces sortes de conventions étoient anciennement
en usage entre les Evêques ; nous en è
voyons un exemple dans le Concile de Sardique
, où Antigone , Evêque de Madaure ,
se plaignit d'Optantius , qui ne vouloit point
executer les accords faits entr'eux , touchant.
la division de leurs Dioceses ; & même il a.
été décidé par le Concile de Seville , tenu le .
13. Novembre 619. que la Prescription se
roit admise entre deux Evêques , qui se disputent
la possession de quelques Eglises par- ·
ticulieres..
Rauracus , successeur de S. Aré , fit la cérémonie
des Funerailles de S. Austregesille ,
Archevêque de Bourges , décedé , comme
nous avors , dit , en 624.
2
Il y eut de son temps un Concile tenu à
Rheims en 625. dans lequel il est décidé
que l'on n'ordonnera point d'Evêque qui ne :
soit natif du Lieu , & qui n'ait été choisi .
par
JANVIER. 21-
1739 .
par le Peuple , du consentement des Evêques
de la Province.
>
Il a souscrit au troisiéme Concile de Châlons
, tenu le 25. Octobre 644. Ce Concile
fut composé de 39. Evêques , six Abbés
un Archidiacre & six Députés : on y fit 20.
Canons ; Agapius & Bobon , Evêques de Digne
, y furent déposés . On trouve encore
dans ce Concile une Lettre écrite à Théodose
, Evêque d'Arles , par laquelle les Peres .
du Concile lui marquent , qu'il ait à s'abstenir
des Fonctions Episcopales , qui ne lui
sont plus permises , comme s'étant soûmis
à la Pénitence.
Rauracus a encore assisté au Concile ou
Parlement de Clichi , tenu le 22. Juin 653-
au sujet du Privilege de l'Abbaye de S.Denis..
Ce Privilege fut souscrit par Clovis II . par
24. Evêques , du nombre desquels étoit
Rauracus , & par plusieurs Seigneurs.
Le sixième Concile d'Orleans fut tenu
pendant l'Episcopat de Rauracus en 645. Ce
Concile fut assemblé à la follicitation de -
$. Eloi & de S. Oüen , qui n'étoient encore
que Laïcs , au sujet d'un Grec qui avoit répandu
dans les Gaules , l'Hérésie des Monothelites
; cette Héresie fut condamnée , & le
Grec fut chassé du Royaume..
On trouve dans les Recueils de Canisius
& de Freher, une Lettre de Rauracus à Saint´
Didier
22. MERCURE DE FRANCE
Didier de Cahors ; ce Saint Prélat qui avoit
été dans les premieres Charges du Royaume,.
& qui d'ailleurs étoit d'une Doctrine & d'une
vertu consommées , étoit souvent consulté
par les autres Evêques.
Rauracus a vécu sous les Regnes de Clotaire
II . de Dagobert & de Clovis II . & sous
les Pontificats de Boniface V. d'Honorius I.
de Severin , de Jean IV. de Théodore , de
S. Martin , & d'Eugene I. Papes.
Saint Deodat , autrement S. Dié , en Latin ,,
Deodatus XIII. Evêque de Nevers , a succedé .
à. Rauracus environ l'an 656. sous le Pontificat
de Vitalien , & sous les Regnes de Clotaire.
III. & de Childeric , son frere.
Ce Saint Evêque gouverna quelque temps
son Diocese avec beaucoup de pieté ; mais il
le quitta ensuite , pour se donner tout entier.
à Dieu , & pour reprendre la Vie Monastique
, qu'il avoit embrassée avant l'Episcopat
; il avertit son Peuple de se pourvoir d'un
autre Pasteur ; & ayant oui dire que les De
serts de Vosges étoient peuplés de Serviteurs
de Dieu , il se retira dans ces Dé--
serts , accompagné de quelques Disciples
: il erra long- temps dans ces Solitudes ,
mais enfin il passa en Alsace , & se fixa dans
le Val de Galilée , dans un Endroit qui lui
avoit été donné par le Roy Childeric. Il
fonda dans ce Lieu un Monastere qui fut
apellé
JANVIE R. 1739% 2.3
apellé Jointure , à cause de sa situation , qui,
est sur le Confluent de deux Rivieres , apellées
la Morte , & le Robach , & vécut dans
ce Lieu , ignoré des Hommes , & connu de
Dieu seul il mourut dans cet Endroit l'an.
;
679. d'une fiévre légere , qui l'emporta sans.
douleur : l'innocence de sa vie méritoit une
mort aussi tranquille . Saint Bernard lui donne
pour Successeur dans son Monastere
S. Hidulphe , qui avoit quitté l'Atchevêché
de Tréves , pour se consacrer à la Vie Monastique,
Je ne sçais néanmoins , si Hidulphe
a été Successeur immédiat de S. Dié , car la..
Chronologie ne s'accorde pas parfaitement
au temps de cette succession. Le Monastere:
de Jointure a été changé dans la suite en.
une Eglise Collegiale , & S. Dié a donné son
nom à la Ville , où cette Eglise se trouve áujourd'hui
renfermée .
Saint Déodat ayant quitté son Evêché ,,
environ l'an 668. eut pour Successeur Gilbertus
, qui vivoit sous Clotaire III . Roy de:
France , & sous le Pontificat de Viralien.
Rogus , quinziéme Evêque de Nevers , a.
succedé à Gilbertus , environ l'an 672. sous .
le Regne de Childeric II . & sous les Pontificats
d'Adeodatus , de Domnus & d'Agaton .
› Saint Itier , en Latin Iterius , successeur.
de Rogus , fut le seiziéme Evêque de Nevers
, il prit possession de l'Episcopat , envi
ron
24 MERCURE DE FRANCE
ron l'an 691. sous le Regne de Thierri II . &
sous le Pontificat de Sergius I. Il étoit né
dans le Bourg de Nogent , entre là Bessiere
& Montargis. On vanté sa science , sa pieté
, & surtout son humilité qui devoit le :
cacher , & qui servit néanmoins à le faire:
connoître avec plus d'éclat ; il fuyoit la
compagnie des hommes , pour être plus uni
avec Dieu. Il se retira d'abord dans les Solitudes
de Vatan , en Berri : mais malgré let
soin qu'il prit de se cacher , plusieurs mala--
des découvrirent le secret de sa retraite ; il
les guérissoit par ses Prieres , & leur demandoit
pour toute récompense de ne pas publier
ses guérisons miraculeuses . Pour se
mieux cacher aux yeux des hommes , il se
retira en Ligerie ; mais sa sainteté accompa ›
gnée de miracles , trahit sa modestie , & son
amour pour la solitude , & le fit connoître
en peu de temps. Le Pape Sergius ayant oui .
parler de ce saint Homme , voulut l'avoir à
Rome auprès de lui : la présence du Saine ne
diminua rien de sa réputation , au contraire ,,
sa vertu devint plus brillante étant sur un
plus grand Théatre ; le Clergé & le Peuple
de Nevers , accoûtumés à avoir des Saints
pour Evêques , l'élûrent à la place de Rogus,
& l'obtinrent du Pape . On dit que cette
élection se fit d'une maniere miraculeuse :"
une colombe ayant aporté sur l'Autel le
oüii
nom :
JANVI E R. 1739. 255
99
nom du saint Evêque. Mais sans avoir recours
aux miracles , il est certain que la, ver--
tu d'Itier, seule, pouvoit attirer ce choix sur
sa Personne. Lors de son Entrée à Nevers
il guérit un Paralytique & un Possedé ; enfin
il mourut dans notre Ville , après avoir
tenu l'Episcopat pendant neufannées . Son
Corps fut d'abord déposé dans la Cathédrale
de Nevers , & ensuite transporté dans
P'Eglise Paroissiale de Nogent , où sont encore
aujourd'hui les principales Reliques dus
Saint , dans une Chapelle qui lui est dédiée
& il est regardé comme le second Patron de
cette Eglise.
>-
Il y avoit autrefois dans le Château de
Suilli ,sur Loire , une fort belle Eglise Collégiale
, apellée du nom de S. Itier ; mais cette -
Eglise a été détruite , & les Chanoines ont.
été transferés dans la Ville , en l'Eglise de
Notre-Dame. Il y a encore aujourd'hui dans
le Bourg des Hayes d'Augillon , au Diocese
de Bourges , une Eglise Collégiale dédiée à
S. Itier , dans laquelle on conserve une partie
des Reliques de ce Saint , qui ont été tirées
de l'Eglise de Nogent.
,
La Fête de S. Itier est célebrée dans les-
Dioceses de Sens , de Nevers & d'Orleans
le 8. Juiller , & dans celui de Bourges , le
25. Juin. Plusieurs Personnes de Nogent &
des environs , portent le nom d'Itier , & ce.
nom
16 MERCURE DE FRANCE
nom leur a été donné par leurs Parains sur
Les Fonts Baptismaux , par respect pour la
vertu & pour la mémoire du S. Prélat .
que
On marque en 702. le commencement de
l'Episcopat d'Opportunus , dix-septiéme Evêde
Nevers , successeur de S. Itier. Cet
Evêque a vécu sous le Regne de Clovis III .
de Childebert III. & de Dagobert II. il a été
élû Evêque sous le Pontificat de Jean VI. &
son Episcopat a duré jusqu'à Gregoire H.
Du temps d'Opportunus , après la mort de
Pepin , Duc d'Austrasie , Pere de Charles
Martel , & du Regne de Dagobert II . Savaric
, autrement Sabaric , ou Sabarie , Evêque
d'Auxerre , profitant du desordre que causoit
la mort de Pepin , & de la foiblesse du Gou
vernement , parut à la tête d'une Armée , &
conquit la Province de Nivernois , & plusieurs
autres. Provinces voisines : cet Evêque
ambitieux marcha ensuite à Lyon , dans l'esperance
de subjuguer cette Ville ; mais il fut
tué d'un coup de foudre , digne châtiment
de sa témérité.
Nectarius , dix-huitiéme Evêque de Nevers
, fut élû en 726. sous le Regne de
Thierri III. dit Thierri de Chelles ; il a vécu
sous le Regne de Childeric III . & même
sous celui de Pepin , n'étant décedé qu'en.
757.
Les Souverains Pontifes qui ont été à Rome
pendant
JANVIER . 1739 27
pendant ce temps là , sont Gregoire II, Gregoire
III, Zacharie , Etienne II , Etienne III
& Paul I.
Sous l'Episcopat de Nectarius , commença
1'Hérésie des Iconoclastes , en Orient.
Abdérame , Chef des Sarrazins , se jetta
dans les Gaules . Plusieurs Auteurs de ce
temps - là apellent aussi les Sarrazins Vandales
, parce qu'ils sortoient d'Afrique & d'Espagne
, où les Vandales avoient régné . Abdérame
, après avoir pris Arles , Avignon ,
Viviers & Valence , conquit encore Lyon ,
Mâcon , Châlons , Dijon , Beaune , Auxerre,
& la plus grande partie de la Bourgogne ;
Nevers fut du nombre de ses conquêtes , &
- ce fut pour lors que les Sarrazins ou Vandades
brûlerent l'Eglise de S. Martin de Nevers ,
qui fut réparée ou rebâtie par Fromond ,
Evêque , environ l'an 1129.
par
L'Eglise de Nevers souffrit beaucoup pendant
ces troubles ; pillée par les Sarrazins ,
elle fut encore dépouillée de ses fonds
Charles Martel , qui les donna à ses Soldats.
La chose alla si loin , que les Eglises de Lyon
& d'Auxerre furent long temps sans Evêques
; & il y a de l'aparence que cette grande
pauvreté où l'Eglise de Nevers parut tout
d'un coup sous les Successeurs de Nectarius,
procedoit & des pillages des Sarrazins , & des
liberalités indiscretes de Charles Martel.
En
3 MERCURE DE FRANCE
En 744. il y eut un Concile à Soissons le
3. Mars , où l'on fit dix Canons. Par ce
Concile , il est défendu aux Moines d'aller à
la Guerre , & aux Clercs de chasser & d'habiter
avec des femmes. L'Hérétique Adalbert
fut condamné par ce Concile.
En 752. Childeric III . fut déposé & enfermé
dans un Monastere ; & Pepin , Chef
de la seconde Race de nos Rois , fut sacré
par Boniface , Archevêque de Mayence ; les
Evêques eurent beaucoup de part
révolution.
à cette
Il y eut un Concile Général des Evêques
des Gaules, tenu à Vernon le 11. Juillet 75 5.
Ce Concile est composé de 25. Canons.
dont les principaux sont , qu'il y aura deux
Conciles par an . Le Concile parle ensuite de
la réformation des Monasteres , qui sera faite
par les Evêques ; il ordonne que les Clercs
Tonsurés , vivant de leur bien , se retireront
dans un Monastere , & vivront sous la main
de l'Evêque , comme étant ses Clercs ; que
la Justice sera administrée gratuitement , &
les Mariages clandestins sont défendus.
Valdo , ou Guido , successeur de Nectarius,
& dix-neuviéme Evêque de Nevers , a vécu
sous le Regne de Pepin , & sous le Pontificat
de Paul I.
La Guerre d'Aquitaine a commencé da
temps de cet Evêque en 760. entre Pepin ,
Roy
JANVI E R. 1739 .
Roy de France , & Vaïfar , Duc d'Aquitaine .
En 761. Vaïfar usant de surprise , & contre
la foi des Traités , fit une irruption dans la
Bourgogne , dont le Nivernois faisoit alors
partie , & ravagca entierement cette Province.
Pepin étoit pour lors au Pays de Juliers ;
mais sur cette nouvelle, il assemble ses Troupes
, les conduit à Nevers , passe la Loire en
ce Lieu , assiége le Château de Bourbon , le
prend & le brûle , se saisir de Clermont en
Auvergne , & défait l'Armée du Duc d'Aquitaine
.
En 763. Pepin assembla encore son Armée
à Nevers , & de- là se rendit en Aquitaine.
Cette Guerre dura huit années ; pendant ce
temps, Pepin passa plusieurs Quartiers d'Hyver
à Nevers , dont il fit sa Place d'Armes.
Nous avons encore dans notre Ville des
marques de sa pieté ; car il y fit bâtir ou réparer
l'Eglise de S. Pierre , apellée communément
Saint Pere , qui subsiste encore , &
qui est une des Eglises Paroissiales de notre
Ville ; mais nous parlerons plus au long
dans la suite , de cet Edifice & de son Portail
ou Frontispice , où l'on voit encore la
figure du Roy Pepin, & de la Reine Berthe,
sa femme , représentée avec un pied d'Oye ,
d'un côté , & de l'autre part , deux Figures
qui sont vrai - semblablement celles de Childeric
,
to MERCURE DE FRANCE
deric , dernier Roy de la premiere Ra
ce , & de Charles Martel , Pere du Roy
Pepin.
Dans la même année 763. Pepin étant à
Nevers , y fit tenir un Concile , ou Parlement
, mais on ne sçait point quel fut le
sujet de cette Assemblée . Il y a de l'aparence
que la Guerre d'Aquitaine fut le principal
objet de cette convocation.
Evarcius , autrement Evardus , vingtiéme
Evêque , successeur de Valdo , a vécu sous
Charlemagne , & sous le Pontificat d'Etienne
IV. C'est tout ce que je sçais de
xcet Evêque , par lequel je bornerai ma Lettre
, qui n'est déja que trop longue ; la
briéveté est un des principaux caracteres du
genre Epistolaire : Epistola non debet alteram
manum Lectoris implere. Je suis , & c.
のjį ƒ ƒ ƒ ƒ į į į į į
EP ITR E.
A M. Bas ..
Vous sçavez d'une verve aisée
Joindre aux charmes du sentiment ,
L'éclat piquant de la pensée
Oncques ne fut un Rimeur si charmant.
Vous avez la vigueur d'Hercule ,
JANVIER 1739: 32
Et soupirez plus tendrement
Que ne fit autrefois Tibule ,
Oncques ne fut un si parfait Amant.
Obligeant sans autre esperance ,
Que le plaisir d'avoir bien fait ,
Qui vous tient lieu de récompense
Oncques ne fut un ami si parfait.
Puisse la Déesse volage ,
Qui sourit sans discernement ,
Bouvent aux fo's & rarement au sage
Se corriger ce nouvel an
Et tourner à votre avantage ,
Le temps de son aveuglement ,
Dont je dis cent fois peste & rage
'Quand je vis au dernier étage
Apollon logé tristement ,
Apollon , Dieu de l'enjoument ,
Chantre ennemi de l'indigence ,
Et qui dans un peu plus d'aisance ,
Fredonneroit bien autrement !
'Mais sur les souhaits d'un Poëte ,
Qui du Verzy * qu'il a futé ,
Quand le feu lui monte à la tête ,
Voit doublement la vérité ,
Et perce , mieux qu'aucun Prophete ,
De l'avenir l'obscurité ;
Vin exquis
C Prene
32
MERCURE DE FRANCE
Prenez , Ami , l'heureux présage ,
Que , par un équitable usage ,
Du pouvoir dont il fit abus ,
Le Destin reglant la mesure
De ses présens sur vos vertus ,
Ja de Vénus vous aurez la Ceinture ,
Aurez un jour la Bourse de Plutus ;
C'est lorsque défiant l'envie ,
D'aigrir la douceur de vos jours ,
Vous menerez joyeuse vie ,
Entre les Ris & les Amours.
P. D. Diderot.
488 A శ్రీ శ్రీ
REFLEXION S.
L est presque impossible de vaincre son
I tempérament , quand il est échauffe par
une violente passion. L'ambition & l'intérêt
sont celles qui le font le plus paroître ; car
dans l'amour, on garde des mesures , pour
plaire à ce qu'on aime , & l'on fait des efforts
pour cacher ses défauts ; on se pare même
souvent des bonnes qualités qu'on n'a pas.'
Il n'en est pas de même de l'Ambition & de
l'Intérêt, qui veulent arriver à leur but, sans
considerer quel chemin les y conduit. Tou-

tes
JANVIER. 1739.
3.3¹
tes les passions sont à craindre, & si l'on étoit
sage , on fuiroit soigneusement toutes les
Occasions qui peuvent les exciter.
Un Ambitieux a toujours quelque chose
à désirer; il n'est pas si -tôt au but qu'il s'étoit
proposé , qu'il souhaite d'aller plus loin. II
n'est jamais satisfait. C'est presque la même
chose de l'amour, qui est un désir perpétuel.
Les passions dominantes ont cela de commun
avec les Fleuves quelles se débordent
avec d'autant plus d'impétuosité, que les Digues
qui les retiennent sont plus fortes , &
qu'on aporte plus de soin & d'artifice pour
les retenir.
Il en est , quand les grandes passions s'affoiblissent,
comme de ces songes dont l'idée
s'efface à mesure qu'on se réveille .
Quand on se porte bien , on ne comprend
pas comment on pourroit faire si on
étoit malade ; mais la Nature donne alors
des passions & des désirs conformes à l'état
présent ; au lieu de ceux qui sont incompatibles
avec les nécessités de la maladie. Ce
ne sont que les craintes que nous nous don
nons nous -mêmes , & non pas la Nature !
qui nous troublent , parce qu'elles joignent
Cij
34 MERCURE DE FRANCE
à l'état où nous sommes, les passions de l'état
où nous ne sommes pas.
Quand on a le coeur agité par les restes
d'une passion , on est plus prêt d'en prendre
une nouvelle , que quand on est entièrement
guéri.
Les passions suivent l'homme dans la retraite
, & elles ne s'y taisent pas aussi- tô
qu'il y entre ; mais du moins elles n'y sont
pas dans leur élement ; les objets du dehors
ne leur fournissent plus de nourriture ; & l'imagination
se lassant d'y supléer , elles sont
enfin presque réduites à s'éteindre.
Les passions sont indifferentes d'ellesmêmes
; elles ne sont mauvaises , que quand
elles portent à quelque chose de vicieux
autrement il seroit défendu d'être sensible
aux attraits de la vertu.
Les passions dans les femmes ne sont jamais
médiocres ; elles haïssent avec excès ,
elles aiment avec violence , & elles veulent
être aimées de même ; plusieurs s'estiment
heureuses d'avoir des maris jaloux , puisque
da jalousie est une preuve de leur amour ,
que tout ce qui marque de l'amour, ne sçauroit
déplaire quand on veut être aimé avec
beaucoup d'ardeur,
&
Rica
JANVIER. 35 1739.
Rien n'est si aisé que de tromper & séduire
les hommes , lorsqu'on peut les flater par
quelque passion qui les domine ..
Dans les passions , le présent nous est envers
elles , un engagement pour l'avenir ; le
moins leur donne un titre sur le plus , & les
petites avances qui se font de gré à gré , attirent
les grandes , par une espece de droit
injurieux & tyrannique .
Les passions de la jalousie & de l'amour
donnent souvent aux fols qu'elles possedent,
des lumieres qui ne devroient être réservées
que pour les sages.
Comme il y a de foibles génies qui sont
tentés de faire le mal dès qu'ils sçavent comme
il faut s'y prendre,il y en a aussi de forts,
auxquels il suffit de représenter le vice avec
sa laideur , pour les en détourner.
Il n'y a rien qui fasse agir plus efficace -
ment les honnêtes gens , qui ont fait quelques
fautes , que le désir ardent qu'ils ont
de les réparer & de les faire oublier par de
bons procedés.
ques
Ciij
EPI36
MERCURE DE FRANCE
EPIGRAMME , traduite du Gree
de Moschus.
L'AMOUR LABOUREUR..
UN jour quittant & son Arc & ses Traits ,
D'un Laboureur Amour prit l'équipage ;
De deux Taureaux il fait un attelage ,
D'un Soc tranchant il ouvre les guérêts ,
Puis y semant les trésors de Cérès ,
Jupin , dit- il , d'une abondance extrême ,
Fais qu'en son temps , mon travail soit suivi ;
Ou , par l'effet de mon pouvoir suprême ,
Taureau d'Europe , on te verra toi - même ,
Pour labonrer , sous le joug asservi .
Par M. C **.
****************
REPONSE à la Question proposée dans
le Mercure d'Octobre 1738 .
ON
N demande si l'Envie & la Jalousie
sont une même chose ; en quoi elles
se ressemblent & en quoi elles different ?
Et si ce sont deux passions différentes , laquelle
JANVIER . 1739. 37
quelle des deux est la plus dangereuse à la
Societé ?:
REPONSE .
C'est trop exiger que de demander une
décision. La qualité de Juge , a des devoirs
trop étendus ; il est difficile de les remplir.
Je proposerai seulement mes idées , & je
ne prétends les donner que pour ce qu'el
les valent . Je ne m'offenserai point qu'on
me fasse connoître que j'ai pu me tromper ;
personne n'est exempt de tomber dans des
erreurs.
,
L'Envie & la Jalousie , selon moi , sont
deux passions ; Mais elles sont si étroitement
liées leurs interêts sont tellement
d'accord , & leurs effets si ressemblans
qu'il n'est pas étonnant qu'on les confonde.
Toutes les deux prennent leur source de la
malignité du coeur humain , qui croit qu'il
doit seul être heureux , pour l'être véritablement.
Le bonheur dont il joüit , lui semble
insipide , dès qu'un autre le partage. Voit- il
quelqu'un élevé plus haut que lui ? Il s'en
aflige , il accuse le sort , & méprisant ce
qu'il possede , il passe ses jours à désirer ce
qu'il n'a pas. Tel est l'état d'un Envieux ; &
tel est aussi , à le bien définir , celui d'un
Jaloux.
Tous les deux ont cette ressemblance
C qu'ils
,
38 MERCURE DE FRANCE
qu'ils voyent avec chagrin ceux qui sont plus
heureux qu'eux , & qu'ils sont agités des même
mouvemens. On ne peut être jaloux du
bonheur d'un Rival sans envier son sort ; on
ne sçauroit envier la fortune d'un autre sans
en être jaloux . Je trouve cependant cette difference
, que l'Envie se contraint , qu'elle se
déguise même , & attend , pour se déclarer ,
qu'elle trouve le moyen de nuire . C'est un
feu caché sous la cendre , qui se conserve
pour ne s'allumer qu'à propos. La Jalousie ,
au contraire , ne sçauroit descendre à l'arti- ,
fice ; il faut qu'elle éclatte , souvent même
à ses propres dépens ; elle ne défere ni à la
politique , ni aux bienséances , C'est un Torrent
, c'est un Fleuve rapide , qui brave les
obstacles , qui renverse les digues , enfin qui
veut avoir son cours.
En distinguant l'Envie de la Jalousie ,
cette derniere est la passion ordinaire d'un
coeur véritablement amoureux. Et en cela
elle n'est que le vice des Particuliers. Au
lieu que l'Envie est de tous les Etats & de
tous les rangs. Ceux qui ont une longue expérience
du Monde conviendront qu'il
n'est presque point d'hommes , à les bien
considérer , qui ne soient envieux & qui
par conséquent ne cherchent le moyen de
s'élever aux dépens des autres. Je laisse après
ces reflexions , aux personnes éclairées à ré-
"
soudre
JANVIER.
39 1739.
soudre ce Problême , & à décider si la Societé
souffre moins du vice d'un certain
nombre d'hommes , que de celui de tous
ceux qui la composent.
Par M. Barbery , le jeune.
LE SINGE ET LA ME'DAILLE .
FABLE.
UN Singe vieux , de malice fourré ,
Chés un Graveur s'amusoit d'ordinaire
Lé Maître abfent , à tenir Inventaire
De la Maiſon , contrôlant à son gré.
Vous l'euffiez crû , tout des plus affairé ,
Voire un fujet de Science profonde ;
Notre Docteur un jour faiſant ſa ronde
Une Médaille entre -autres dans un coin
S'offre à fa vûë , il la prend avec foin ,
Bref l'examine ; une tête de femme
Jeune & gentille en étoit l'ornement.
D'aife longtemps le Singe dans fon ame
Reste ébaubi , mais qual étonnement ?
Quand tout à coup revirant l'autre face
IPaperçoit la hideuſe grimace
Dun vieux Démon ! » Oh ! dit-il , eft- ee un forte :
Cv * St
40 MERCURE DE FRANCE
» Si j'ai bons yeux cette Figure eft double.
Le drôle alors faifi d'un nouveau trouble ,
La jette à bas , s'enfuit , & court encor.
Combien de Gens , ainſi que la Médaille ,
Sont ambigus ! On en eft enchanté ;
En eux fouvent tout brille d'un côté.
Tournez la Piéce , on n'y voit rien qui vaille .
F **
SECONDE LETTRE , au sujet des
Chansons deTHIBAUT, Roy de Navarre,
Comte de Champagne , &c.
Lease Mercure de Juin 1738.1 Vol.
Es raisons que j'ai exposées ; ( Lettre
pag. 1120. Oc. ) contre ce que l'Auteur de
l'Examen Critique apelle Systême , au sujet
des Chansons du Comte Thibaut , ne l'ontpoint
ébranlé. Je persiste , dit -il , à soûtenir
qu'aucune des Chansons de Thibaut , n'a
été faite pour la Reine Blanche . Quelle es--
pece d'intrépidité est ce là ? Donner au Public
des conjectures qui démentent des Auteurs
aussi respectables que Mathieu Paris ,
Philipe Mouskès , & d'autres Contempo -1
rains , qui nous aprenent que Thibaut a fait
des
JANVIE R. 1739 . 4I
des Chansons amoureuses en faveur de Blanche
, & n'être pas ébranlé ? L'Auteur apelle
ces autorités foible objection . Cependant il
avoue que Mathieu Paris & Philipe Mouskès
peuvent être dignes de Foi , en plusieurs
Faits qu'ils racontent ; mais ils ne le sont
point dans ce qu'ils disent de Thibaut ; &
pourquoi cela ? L'Auteur de l'examen n'en
aporte aucune raison solide. Je crois avoir
répondu à toutes ses difficultés , d'une maniere
qu'il ne peut se dispenser de repousser
par des preuves convaincantes ce que j'ai
dit contre sa Critique.
Je souhaite plus qu'aucun autre, que l'Histoire
des Comtes de Champagne du même
Auteur paroisse ; mais afin que le Public la
reçoive avec plaisir , il est à propos que l'Auteur
fasse voir auparavant , par une bonne
réponse à ma Lettre , qu'il ne s'abandonne
point dans son Histoire à des conjectures
qui contredisent des Auteurs contemporains
, ou presque contemporains. Il n'y a
que les raisons les plus fortes qui doivent
nous contraindre de rejetter leur témoi
gnage.
.
J'ai prouvé que Mathieu Paris étoit également
consideré par le Pape & par les Rois de :
France et d'Angleterre ; c'eft à l'Auteur à prouver,
comme je l'en ai averti dans ma Lettre,,
les calomnies accumulées de ce Religieux 9
Cvj contre
42 MERCURE DE FRANCE
contre la Maison de Philipe Auguste. Son
silence est sa condamnation , surtout dans
une accusation aussi atroce . Que l'Auteur
confonde l'Histoire de Philipe Mouskès avec
une Chronique , qui est un autre Ouvrage ,
ce n'est point une chofe fort importante.
Mais lorsqu'on veut déchirer la réputation
d'un Auteur célebre , Il faut prouver ce
qu'on a avancé , ou se rétracter ; que faut-il
de plus pour ébranler l'Auteur de l'Examen
Critique ?
Voilà des objections véritablement solides
contre cet Ecrit : Pourquoi donc l'Auteur
s'arrête- t- il à répondre à une objection ,
qui n'a de solidité qu'en aparence ? J'estime
, comme lui , les lumieres de M. Billate ,
surtout lorsqu'il parle de Provins ; mais il
n'a pas assés examiné la Vie de Thibaut le
Posthume ; il paroît que non seulement
Blanche étoit mariée en 1226. mais que
Thibaut même étoit aussi marié à Agnès de
Beaujeu,dont il eut une fille, qu'il accorda en
1225. au Comte de Bourgogne. L'Auteur me
fera plaisir, de donner des preuves qu'Agnès a
été véritablement séparée de Thibaut. Je me
souviens seulement d'avoir lu qu'on avoit
entrepris cetre séparation ; mais je n'ai point
sçu que cela ait été executé. Je me contente
de dire , dans mon Histoire des Comtes
de Champagne , que Thibaut se maria à
MarJANVIER.
17397 43
"
Marguerite de Bourbon au mois de Mars de
l'année 1232. un an après la mort d'Agnès ,
qui fut enterrée à Clairvaux , & c .
Je ne sçais quelle consequence l'Auteur
veut que je tire de ce raisonnement , ni en
quoi je n'ai pas combiné juste toutes les
circonstances de la Vie de Thibaut. Il y a ,
à la vérité , dans ma Lettre , une date fausse ,
mais c'est la faute de l'Imprimeur , qui a mis
en note , page 1121. que Blanche est née
en 1168. il faut lire 1188. L'Auteur finit sa
prétendue Réponse , en disant que je serai
forcé d'adopter son sentiment , lorsque j'y
aurai pensé plus sérieusement. Ce sentiment
est trop nouveau & trop mal fondé , pour
être embrassé par une Personne qui trouve
dans de très-anciens Monumens le sentiment
qu'il doit suivre:
Je n'ajoûterai à ma premiere Lettre , que le
témoignage d'un ancien Auteur, pour prouver
que Thibaut a fait des Chanfons en faveur de
Bianche. Il est dans les Notes de Claude Ménard
sur Joinville . ( Belle Edition de 1668 .
in-fol. page 374. ) sur l'an 1230 ..
En tel point fut li quens Tibault
Quil ala nus comme un Ribaut , &c.
Ne je nay en nuli fiance
Fors qu'en la Raine de France
Celle lifut loyale amie , & c..
Fautes
44 MERCURE DE FRANCE
Fautes à corriger dans le Mercure de Fuin ;.
Tome I.
P. 1127. &c . dans les Vers de Philipe
Mouskès , qu'ils , lisez qu'il peoissent , lisez ·
ppuissent: Guttes lisez Gietes. Keite , lisez:
Kene..
..
ODE imitée d'HORACE : Odi profanum :
vulgus & arceo ,
JPE
&c.
Ecarte loin de moi le Vulgaire profane ,
:
Monftre enyvré d'erreurs que mon efprit con--
damne.
:
Silence... tes refpects à mes accens font dus:
Miniftre impatient aes Nymphes du Permeffe
Je vais inftruire la Jeuneffe ;
Par des Vers que jamais on n'avoit entendus ..
+
Les Rois fur les Humains ont un pouvoir fuprême ;
Celui de Jupiter sur les Rois s'étend même ;;
Souverain Eternel , c'eſt lui qui les a faits ,
Qui regle d'un clin d'oeil & le Ciel & la Terre , -
Et dont l'invincible Tonnerre
Jadis des fiers Géans sçut punir les forfaits ..
*
Le Ciel differemment nous départ fes largeffes
:
L'un
JANVIER. 1739: 45
L'un a plus de vertus , l'autre plus de richeffes ;
Quelques-uns sont connus par des titres plus hauts ,
Mais , fans exception , victimes de la Parque ,
Grands & petits , la même Barque
Au paffage du Styx nous rendra tous égaux.
*
Ce Flateur , qu'un Tyran vient d'admettre à sa
table ,
Voyant un glaive nud sur sa tête coupable ,
Eft infenfible aux mêts les plus délicieux ;
Et pour lui procurer les faveurs de Morphée ;
Les Oiseaux , la Lyre d'Orphée
Prodigueroient en vain leurs accens gracieux.
*
Le doux fommeil chérit les cabanes champêtres ;
La verdure des Prés , l'ombre aimable des Hêtres
Les Champs parés de fleurs , les Bois & les Vallons .
Qui vit content de peu , fans chercher la Fortune
Se rit du courroux de Neptune ›
Des écueils dangereux & des fiers Aquilons.
*
Tranquile , il voit périr les Vignes par la grêle ;
Des Arbres , des sillons la récolte infidelle ,
Tromper assés fouvent l'eſpoir des Laboureurs ,
Qui maudiffent tantôt les outrages fans borne
De l'humide & froid Capricorne ,
Et
46 MERCURE DE FRANCE
Et tantôt du Lion les brâlantes fureurs.
*
Les Poiffons aujourd'hui contraints dans leur Empire
,
Gémiffent sous les loix que leur ofe preſcrire
Un riche Ufurpateur , un Tyran faſtueux ,
Dont l'orgueil , moyennant des dépenses extrêmes ,
A fait , au milieu des flots mêmes ,
Elever jufqu'au Ciel un Toît majestueux..
*
Mais de cette demeure avec tant d'art conſtruite ,.
L'indigne Poffeffeur voit marcher à fa fuite.
La Crainte , les Remords , la Trifteffe , l'Ennui ::
La noire Inquiétude inceffamment l'afflige ,
Navige avec lui , s'il navige ,
Et s'il monte à cheval , s'affied derriere fui.
Si donc les beaux lambris , si la pourpre éclatante ,,
Si l'or , si-les parfums dont la Perſe ſe vante ,
Sile Vin de Falerne & fa douce chaleur ,
Si rien n'a le pouvoir de nous rendre la joye ,,
Lorsque notre coeur eft en proye
Aux accès dévorans de la fombre douleur..
ge
Pourquoi défirerois-je , ennemi de ma vie .
Habiters
JAN VIER. 1739 47
Habiter des Palais expofés à l'envie ?
Pourquoi, loin du repos , voudrois -je , ſans beſoin,
Ajoûter aux tréfors qu'en mon champ je vois
naître ,>
Des biens qui feroient pour leur Maître ? :
Une augmentation d'embarras & de foin ?
LETTRE au sujet de la Confidération..
- 2th
>'
Ant d'Auteurs traitent des fujets puériles
ou de pure curiofité , Messieurs
qu'on eft très- obligé à ceux , qui , comme
M. de M. *** fçavent en choifir d'utiles
& ont l'art de les rendre intéressans ; l'aprobation
que tous les bons Efprits ont donné.
à la néceffité & aux moyens de plaire , a fait
défirer à plufieurs , qu'il continuât à déveloper
des matieres qui aillent au bien de la
Societé , qui foient propres à perfectionner
l'homme. C'eft sans doute le travail le plus..
noble qu'on puiffe fe propofer ; il eft extraordinaire
que dans un fi grand nombre de Livres
de Morale , prefque tout foit vague , &.
rien de pratique ; entre plufieurs Sujets que.
j'ai entendu dire qu'il feroit à défirer qu'on
examinât, il en est un qui m'a frapé plus que
les autres , c'est ce qui donne la considéra-
´sion ; s'il eſt flateur de plaire , il l'eft encore
infini--
48 MERCURE DE FRANCE
infiniment plus d'avoir de la confidération.
Etre aimé , être estimé , être consideré , font
des chofes toutes differentes ; la route qui
conduit à la confidération eft - elle fi difficile
à fuivre , qu'on la voye frequentée par un fi
petit nombre de gens ? N'y a- t -il point à efpérer
qu'en enfeignant les moyens d'y entrer
, on pourroit faire ambitionner aux jeunes
gens d'y marcher & les y faire aller d'un
,
pás affuré ? Eft- ce le hazard de la fortune qui
y donne les places ? Est- ce par magie qu'on
les obtient ? diverfes perfonnes avec beau
coup d'efprit & de vertu ne fçavent pas parvenir
à avoir de la confidération , d'autres :
dont les talens font médiocres , & même
défigurés par
des défauts confidérables , ac--
quierent une grande confidération . Tel fut
le Duc de Beaufort . Comment Mademoiſelle
Lenclos fut- elle confiderée au point que les
femmes du monde , & même celles qu'on:
appelle les femmes de bien , s'empresserent
de vivre avec elle ? tant d'autres exemples
prouvent que la confidération
naît fouvent:
des caufes qui fembleroient devoir l'exclure,
ce n'eft pas le feul examen de ces bizareries :
qu'on fouhaiteroit de ceux qui voudroient
donner leurs réfléxions à ce fujet , il feroit
peut- être plus curieux qu'utile de faire un tel:
examen. Ce n'eft point non plus la confidération
qui mene à être. chef de parti , &
fouvent
JANVIER. 1739 4:9
,
fouvent ennemi de fa Patrie , qu'on a ici en.
vûë , c'eft la confidération qui eft à la portée
de tous les Particuliers , chacun dans fa
fphere , a celle qui s'acquiert par de bonnes
vayes , & pour une fin louable ; c'eſt l'art
qui fait arriver à une telle confidération dont
on demanderoit de montrer les refforts les .
plus délicats , & pour ainfi dire les moins.
palpables , afin que ceux à qui on aura faitconnoître
ces refforts , puiffent les mettre en
mouvement, & parvenir à la chofe du monde
la plus déſirable qui eft la conſidération ;
qui , mieux que M. M..., a des vûes assés
fines pour pénetrer un fujet auffi couvert de
nuages, & quel travail peut faire plus d'honneur
à quiconque l'entreprendra 2
L'AMOUR AUTEUR,
LE
Par Mad. C. ***.
E traître Enfant qui fait aimer ,
Et qui cherchoit à m'enflâmer >
M'aborde un jour d'un air timide ;
Secourez , me dit- il , un jeune audacieux ,
Qui , volant jufqu'à vous, vient mourir à vos yeux.
Soutenez la courſe rapide ,
Ou
So MERCURE DE FRANCE
Qu vous verrez un fecond Phaeton.
J'ai voulu , foible auteur , à vous ,
Donner des Vers de ma façon ;
belle Uranie ,,
Si vous les dédaignez , il y va de ma vie .
Tandis qu'il me parloit , j'obfervois le fripon ;-
La rofe fur fon teint étoit épanouie ;
Malgré fa feinte émotion ,
Je reconnus ces yeux , d'où la tendre manie
Tire fon plus fubtil poiſon ;--
Enfin c'étoit l'Amour, à qui même Apollon
Avoit cedé fon harmonie,
Payons, dis-je, tout bas, pour me rendre affermie ,
Ce petit Dieu de la même façon.
Eveillez-vous , Mufe assoupie ,
Il faut répondre à Cupidon.
Couronnons vite fa faillie ;
Car je crains une trahison ;
J'aime les vers à la folie ,
Mais j'aime encor plus ma raifon.
QUESTION DE DROIT.
C
Aius par
fon teſtament légue une fom .
me de soo. livres à fa domeftique pour
la récompenser de tous les foins qu'elle a
eû de lui pendant fa maladie ; & pour lui
affurer.
JANVIER. 1739.
ST'
500.
affurer le payement de cette fomme de
5oo . il la delegue fur celle de 1500. à lui
dûe par Titius ; quelques temps après fon
teftament Titius paye à Caius cette fomme
de 1500..liv. Caius n'en fait aucune mention
fur fon teftament , fa volonté étant toujours
que cette fomme de soo . foit payée à fa domeſtique
, comme il eft à croire , car il n'avoit
délegué cette fomme fur celle de 1500.
liv. à lui due par Titius, que pour lui en faciliter
le payement ; Caius meurt, la Légataire
demande délivrance du legs à elle fait ; les
héritiers de Caius la lui refufent , difant que
fon legs eft caduc , attendu qu'il eft déterminatif
, & que la fomme fur laquelle il
étoit à prendre, a été payée au deffunt depuis
fon teftament.
On demande fi elle n'eft pas en droit en
ce cas de reprendre fon legs fur les autres
biens de la fucceffion , & s'il eft vrai qu'il
foit caduc.
Boitte, de Paris
RONDEAU.
42 MERCURE DE FRANCE
RONDEAU
C'Est chés les Grands que la vertu réfide ,
Et que l'honneur en Souverain préfide :
Ils ne font point ce qu'un Peuple ignorant ,
Foible , borné , s'imagine ſouvent :
Dans ce qu'ils font , le bon fens feul décide .
Où peut- on voir le mérite rapide
Où hait-on plus cet intérêt fordide
Qui des coeurs bas eft toujours triomphat ?
C'eft chés les Grands.
Sans vain orgueil , imitateurs d'Alcide ,
Jamais leur ame en nul point n'eft timide :
Sages , humains , en eux le vrai talent
Trouve un apui qui le rend éclatant .
Où le plaifir eft-il charmant , folide ?
C'eft chés les Grands.
L'Affichard

SUITE
JANVIER. 1739. 33
SUITE des Nouvelles Typographiques.
V
Ous sçavez , Monsieur , que plus on refléchit
sur la maniere dont bien des hommes se conduisent,
& plus on est surpris de la bizarrerie de leurs
jugemens Quand le Bureau Typographique commença
à s'établir à Paris, il fut introduit dans quan
tité de Maisons particulieres , avant que d'être essayé
& pratiqué dans aucune Ecole . Les Maîtres
s'imaginerent d'abord que la nouvelle Méthode
n'étoit propre qu'à des éducations domestiques , &
qu'elle étoit impraticable dans des Ecoles publiques.
Lorsque l'expérience eut fait voir ensuite les grands
progrès de la Typographie dans les Ecoles de M M.
Chompré , de Mile Lainé , & de l'Hôpital de la Pitié
, d'autres personnes en conclurent au contraire ,
que ce Systême n'étoit pas aussi utile dans une
maison particuliere & pour un seul enfant, que dans
une Ecole nombreuse.
On en étoit là à Paris , lorsqu'à Montpellier nous
essayâmes de commencer par le plus difficile, c'està-
dire , par les Ecoles , sans qu'aucun des Admirateurs
ni des Aprobateurs de la nouvelle Méthode ,
fût tenté de la faire pratiquer dans sa famille . Que
répondre à cela ? Qu'il y a peu de voyans , & encore
moins de gens qui se conduisent par la pure
raison , d'ailleurs nul Pays où les hommes soient
conséquens. Si des Parens à Paris ont eû la foiblesse
de retirer leurs Enfans des Ecoles de Typographie
, lorsqu'ils ont vû suivre la même Méthode
aux Enfans de l'Hôpital , il pourroit bien se faire
qu'on eût raisonné à peu près de même à Montpellier
, du moins au commencement ; car ensuite
beaucoup
$4 MERCURE DE FRANCE
beaucoup de personnes nous solliciterent fort de
séjourner encore tout l'été dans cette Ville , pour y
former des Maîtres , pour achever de mettre au
fait
quelques Parens qui ayant fait faire des Bureaux ,
avoient entrepris eux - mêmes l'instruction Typogra
phique de leurs Enfans .
Nous partîmes enfin le 18. Juin dernier , &
nous restâmes quelques jours à Nîmes , pour expliquer
la bonne dénomination des Lettres , & l'usage
des sons de la Langue , par le moyen d'une grande
Carte de Typographie , chés les Dames Noires & au
petit Convent des Dames de sainte Ursule . Ce fut
à leur Parloir , & avec leur aprobation , que l'on
invita le Public à venir entendre la nouvelle Doctrine
Elémentaire. Nous trouvâmes dans cette Ville
là , comme dans les autres , plus d'intelligence ,
du moins plus de disposition Typographyque dans
les Enfans , que dans les grandes personnes. La Supérieure
de ce Monastere , & la Maîtresse des Novices
, auroient bien voulu voir introduire la nouvelle
Méthode du Bureau dans leurs Classes , mais
un court séjour ne nous permit pas de l'entreprendre
pour lors.
Un Officier du Lieu de Roquemaure , zelé pour
le bien de la Typographie , nous invita à donner
chés lui les instructions nécessaires à un Maître
d'Ecole sur la grande Carte Elementaire & sur la
Table d'un Bureau de six rangs . Le Public fut témoin
des exercices de cette Méthode. ; on commença
d'instruire quelques Enfans , le Maître fur
bien - tôt au fait , il auroit même volontiers abjuré
l'ancienne Méthode , si des Parens , plus riches que
traitables sur cela , ne l'avoient menacé de retirer
leurs Enfans.
Il y avoit près de trois ans que la Typographie
étoit connue à Grenoble. Le Bibliothécaire de l'O
ratoire
JANVIER. 1739. 55
six
ratoire de cette Ville , s'étant trouvé à Paris & au
College du Plessis , eut occasion de voir , avec feu
le R. P. Buffier , ami de l'Auteur, & Aprobateur de
la nouvelle Méthode , les exercices d'un Bureau de
rangs. L'Oratorien saisit d'abord l'esprit du Systême
, & conçut en même - temps le louable dessein
de former des Maîtres , & de faire goûter aux Parens
bien intentionnés l'utilité de cette nouvelle
maniere d'instruire leurs Enfans. Ce ne fut pas sans
peine ; mais enfin nous eûmes le plaisir en passant
à Grenoble , de trouver une Maîtresse digne des
meilleures Ecoles de Paris , nous ne pouvions
assés admirer les petites Ecolieres sçavantes sur la
lecture , l'ortographe , & les parties du discours , à
un âge où par l'autre Méthode la plupart des Enfans
ne connoissent pas ordinairement les Lettres.
Cette Maîtresse s'attache si fort à la Typographie ,
qu'elle est déja en état de montrer , non - seulement
l'Histoire & la Géographie , mais encore les premiers
Elemens de la Langue Latine.
des
Nous trouvâmes aussi une Ecole de Garçons Typographes
, quelques-uns en état d'aller dans peu
au College , formés par un habile Ecclésiastique ,
qui a mis à profit ses talens , en faisant usage
Bureaux & des Dictionaires de la Typographie.
Il y a aussi à Grenoble plusieurs Bureaux de Garçons
& de Filles dans des Maisons particulieres , ou
nous fumes témoins des bonnes intentions des Parens
, de la patience des Maîtres & principalement
du goût & de la joye qu'on remarque dans les
petits Enfans , sensibles au bonheur d'être instruits
avec action & mouvement , avec douceur & avec
gayeté. Si quelque Maître de Paris vouloit aller
s'établir dans cette Ville , il trouveroit d'abord
bien de l'occupation ; on y connoît la superiorité
de la nouvelle Méthode sur la Méthode vulgaire .
D Pendant
56 MERCURE DE FRANCE
Pendant près d'un mois de séjour,nous donnâmes
leçon publique aux Curieux de la Typographie, de
tout âge & de tout sexe , nous eûmes la satifaction
de voir que ce n'étoit pas envain . Nous visitâmes
les Freres des Ecoles Chrétiennes , & nous fúmes
touchés de voir la peine qu'ils se donnent pour de
si petits progrès ; ces Freres , pleins de zele , de patience
& de talens pour la nouvelle Méthode , in'avouerent
même qu'ils ne doutoient pas de l'imperfection
de la Méthode vulgaire & de l'obstacle à
l'avancement des Enfans ; mais qu'ils étoient obligés
d'enseigner l'ancienne Méthode , jusqu'à ce
que leur General des Ecoles de Rouen, & leur Chapitre
Géneral ordonnassent ou permissent de suivre
la nouvelle . Ces Freres la comprirent très-bien
& ils souhaiteroient fort de la pouvoir pratiquer
dans leurs Ecoles , avec l'aprobation des Supérieurs .
De retour à Lyon vers la fin de Juillet , nous
trouvânes une Ecole de Typographie de plus , qu'un
Maître avoit adoptée , & je viens d'aprendre qu'il
y en a une troisiéme , par la séparation des deux
Associés , l'un s'étant marié . Il y a lieu d'esperer
que malgré cette division les Parens , Protecteurs de
la nouvelle Méthode,favoriseront toujours les Maîtres
, qui par leurs talens , ont eû le bonheur de
gagner leur confiance. Nous fimes encore une
bonne acquisition dans la maison des Filles de la
Providence , où , avec les seuls Cartons Elementaires
, en atendant l'usage des Bureaux , nous introduisimes
la pratique de la bonne dénomination
des Lettres & des sons de la Langue. Les Soeurs de
cette Communauté sentirent d'abord l'avantage de
la nouvelle Méthode , qui sans Livre , peut montrer
la lecture & l'ortographe aux petits Enfans , à
mesure qu'ils aprennent à parler , & qui leur épargne
avec succès la peine de compter & d'epcler ,
ensuite
JANVIER. 1739:
$7.
ensuite les syllabes Elementaires & les monosylla →
bes , dont presque tous les autres mots sont composés.
Nous devons aussi cet Etablissement à M. le
Trésorier Clapeyron , l'un des charitables Administrateurs
de la Providence .
Arrivés à Paris à la fin du mois d'Août dernier ,
nous aprîmes d'abord les heureux progrès de la Typographie
, & notre joye fut d'autant plus grande
que quelques Maîtres , trop prévenus contre cette
Méthode , s'étoient fait un plaisir de dire publiquement
que l'Auteur , rebuté du peu de succès , avoit
abandonné son entreprise pour se retirer dans sa
Province , ils ajoûtoient même que pendant son
absence , le Systême tomberoit infailliblement.
il
Les Critiques auroient parlé autrement & avec
plus de confiance , s'ils avoient sçû que l'Auteur ,
en quittant Paris , bien loin de craindre la chute
du Bureau , ne pouvoit qu'en bien augurer ,
compta sur les soins officieux d'un génereux Ami ,
Protecteur & Défenseur de la Typographie, & c'est
ce même Ami , qui malgré les occupations d'une
Charge , a eû la patience de répondre à tous ceux
qui se sont présentés , le zele de former des Maities
& des Maîtresses , & la facilité des moyens
pour répandre & soûtenir la nouvelle Méthode . La
reconnoissance m'oblige même de dire ici que
l'année de mon éloignement a été à Paris la meilleure
depuis l'Etablissement de la Typographie .
La difficulté de trouver des Sujets pour bien enseigner
la Typographie , en retarde beaucoup les
progrès , & cette difficulté vient de ce que le nouveau
Systême , sans exiger , à la rigueur , beaucoup
de science , demande néanmoins plus de peine, plus
de parience , plus de talens Elémentaires , comme
l'écriture , l'arithmétique , &c . et plus d'esprit méthodique
que la maniere ordinaire d'instruire les
Dij Enfans ,
58 MERCURE DE FRANCE
Enfans , ce seul point fait honneur au Systême , &
devroit faire sentir aux Parens que cette nouvelle
Méthode est la pierre de touche pour juger sainement
de la façon de penser , de parler & de raison,
ner des Précepteurs ou des Gouverneurs, qu'on leur
présente souvent au hazard. C'est en les examinant
& en les suivant , que j'ai trouvé bien des abus
qu'ils introduisent par ignorance , indifference , ou
autrement dans la pratique de la Typographie.
Quelques Maîtres , par complaisance pour les Parens
, & pour gagner les bonnes graces des personnes
qui sont auprès des Enfans, font un bizarre
mêlange de l'ancienne & de la nouvelle Méthode ,
ils veulent presque tous être les Réformateurs du
Systême , ils ne demandent que le Bureau de quatre
rangs pour la simple lecture , mettent trop tôt
les Enfans sur les Livres , négligent d'abord l'ortographe
invariable des sons & de l'oreille , pour
passer à l'ortographe captieuse des Lettres & des
yeux , après laquelle , pour ainsi dire , soûpirent
les Parens peu instruits des avantages réels du Systême
bien pratiqué.
Les Maîtres qui ne font usage que du Bureau de
quatre rangs , se dispensent par - là de montrer la
Grammaire Françoise aux filles , & la Grammaire
Latine aux garçons , ou bien ils les font rentrer
dans la Méthode vulgaire , & perdent en mêmetemps
le fruit de la nouvelle Méthode , qui donne
aux Enfans le goût radical & fondamental qu'on
désire voir dans les Enfans par l'autre Méthode, depuis
plusieurs siecles ; les Parens voyant d'ailleurs
des Bureaux rendus plus courts, plus commodes &
à meilleur marché, sont bien aises d'épargner l'emplette
de celui de six rangs ; épargne si mal entendue
, que bien des Parens plus sensés ne font faire
J'abord que le Bureau de six rangs , montré peu à
pen
JANVIER 17397 59
péu, à mesure que l'Enfant avance dans la Typogra
phie.
L'Auteur , pour favoriser utilement le passage
d'un Bureau à l'autre , avoit offert de reprendre les
premiers , rendus bien conditionnés , ainsi qu'il l'a
dit dans le dernier article du premier volume de la
Bibliotheque,des Enfans , in 4. Non content de cela
il a offert d'instruire les Parens , leurs Domestiques
& leurs Menuisiers , pour les mettre au fait de la
construction des Bureaux , de la maniere de les éti❤
queter & de les garnir ; n'ayant jamais prétendu
faire usage d'un Privilege demandé & obtenu , pour
constater sa qualité d'Auteur & d'Inventeur des
Bureaux Typographiques.
Quoiqu'invité depuis longtemps à aller établir la
Typographie & former des Maîtres dans les Pays
Etrangers , l'Auteur n'a pas cru devoir encore quitter
tout à fait la Capitale du Royaume , ni abandonner
la Typographie , pendant que des personnes
à bonne intention , mais peu instruites , ou que des
Maîtres interessés , ne cessent d'alterer la bonne
Méthode , au préjudice des Enfans que les Parens
veulent bien leur confier. Il y a encore d'autres
abus introduits dans notre Typographie depuis son
Etablissement. On en parlera dans la suite , & on
ajoûtera des Avis qui pourront servir de préservatif
aux Parens & aux Maîtres bien intentionnés.
Je suis , & c.
Dij
LES
o MERCURE DE FRANCE
L
LES LOIX D'AMOUR
Négligées
' Amour au temps jadis avoit prefcrit des loix ,.
Que les coeurs obfervoient avec exactitude ,
Nul ne s'en exemptoit : les Bergers & les Rois.
Se faifoient de les fuivre une conftante étude ,
Envers le doux Objet dont ils avoient fair choix.
Pour s'y bien conformer , il falloit à fa Belle
Donner un tendre coeur fans efpoir de retour
Se faire un crime affreux d'en aimer d'autre qu'elle ,
L'avoir en fa mémoire , y penfer nuit & jour ,
La refpecter fans ceffe , avec flâme éternelle :
Voilà quelles étoient les douces loix d'Amour .
Mais , las quel changement dans le fiécle où nous.
fommes !
On les voit tranfgreffer ces loix parmi les hommes ››
On ne voit que détours faits pour féduire un coeur,
On ne lui fait la cour que pour mieux le furprendre ,
Jurant d'être fidele avec diſcours flateur ,
Pour le mieux conquérir, lui feindre un ame tendre,
Et dès qu'on s'en connoît triomphant & vainqueur ,,
Ne lui plus faire voirqu'une indigne froideur..
Des hommes , le plus tendre & le plus eſtimable ,
Maintenant en amour n'eſt plus qu'un féducteur ,
JANVIER . 1739. 6T
Et des Amans , le plus aimable
N'est plus qu'un aimable trompeur ;
Il est pourtant des coeurs encor tendres , sinceres ,
Pleins d'estime & respect , mais il n'en est plus
gueres ;
Il en est un du moins , & je le connois bien ,
Ne le refufez pas , belle Iris , c'est le mien.
****
P. M. S. C
***************
LETTRE d'un Professeur en Rhétorique à
M. *** fur une Traduction nouvelle de
PElegie III du Livre I. des Triftes
d'Ovide.
Ous m'avez fait , Monsieur , un vrai
Vplaisir de me communiquer la Traduction
en Vers François de la troisième
Elegie du premier Livre des Tristes d'Ovide,
que M. l'Abbé des Fontaines a inserée dans
la 223 de fes Lettres. Il est juste d'aplaudir
à ceux de nos Poëtes , qui veulent bien
prendre la peine de transporter dans notre:
Langue les plus beaux morceaux des anciens
Poëmes. Le Public y gagne , & eux aussi.
C'est la route qu'ont tenue autrefois Virgile,
Horace , & d'autres encore , pour perfectionner
leurs talens ; & c'est un conseil que
D iiij.
donne
62 MERCURE DE FRANCE
donne Quintilien à tous ceux qui veulent
exceller dans quelque genre d'Eloquence
que ce foit. Mais il vouloit que cette imitation
ne fut , ni une interprétation littérale
ni une paraphrafe. Il vouloit que ce fut une
efpece de combat d'émulation de Langue à
Langue : circa eofdem sensus certamen & amulationem.
1
A la vérité ce travail a plus de difficulté ,
qu'on ne pense. Il faut l'avoir tenté pour en
être convaincu. C'est sans doute ce qui en
a rebuté beaucoup de nos Auteurs , qui ont
mieux aimé tirer de leur propre fonds des
chofes médiocres , que d'en imiter d'excellentes
, qu'ils auroient puisées dans les meilleures
fources ; mais qui leur auroient coûté
plus de peine. Il faut efpérer qu'il se trouvera
toujours parmi nous des Efprits d'une
plus forte trempe , qui ne craindront pas
d'entrer dans cette efpece de lice avec les
Anciens & l'Auteur de la Traduction ,
dont je viens de parler , peut être mis de ce
nombre.
Je voudrois feulement qu'il eût moins négligé
une regle effentielle en pareil cas . C'est
que pour bien traduire un Auteur , il faut
commencer par le bien entendre. Une Traduction
eft une efpece de Portrait ; ainſi la
ressemblance en fait le principal mérite. Sans
cela , l'on s'expose même aux reproches que
nous
JANVIER. 63 1739.
nous font les Etrangers , de tomber insensiblement
dans l'ignorance des Langues fçavantes.
Mais cette propofition n'a pas befoin
de preuves. Il faut feulement vous en donner
quelques - unes de ce que je viens de vous
dire à l'égard de la Traduction dont il s'agit.
Ovide , vers 39. & fuivans , dit qu'à la
lueur de la Lune , il avoit aperçû le Capitole
, qui étoit voifin de fa maiſon , & qu'il
avoit fait fa priere aux Dieux,qui étoient adorés
dans ce Temple.
a
Le Traducteur à confondu le Capitole avea
le Palais d'Augufte , & a fait une longue remarque
, pour prouver que les Divinités in
voquées par Ovide , étoient des perfonnes:
qui demeuroient dans ce Palais , & qui s'interessoient
pour lui. Un peu plus de connoissance
de l'ancienne Rome , l'auroit empêché
de tomber dans cette faute. Le Capitole
étoit situé fur la Roche Tarpéïenne , &
łe Palais d'Auguste fur le Mont -Palatin , qui
en est assés éloigné.
De plus , parmi les Divinités qu'invoque
Ovide en cet endroit , le Traducteur place
le Tibre , dont il n'eft rien dit dans l'Original
, & qui certainement n'étoit pas du nombre
de ces Dieux voifins de la maifon du
Poëte : Numina vicinis habitantia fedibus.
Ovide au vers 45. dépeint fa femme pros
ternée devant leurs Dieux Pénates , & leur
Dy faisant
64 MERCURE DE FRANCE
faifant de longues fuplications. Le Traduc -
teur rend ainfi cet endroit.
De nos Lares facrés embrassant les Autels ;
Elle implore à la fois les Dieux & les Mortels,
Les Mortels ne font là que pour la rime ;
car comment pourroit - on les invoquer en ,
invoquant les Dieux Lares ?
Au vers 51. Ovide après avoir marqué la
violence qu'il se faisoit pour quitter Rome
ajoûte :
Ah ! quoties aliquo dixi properante , quid urges 2
Vel quò festines ire , vel undè , vide.
Il est évident qu'il veut dire que quel
qu'un de fes amis lui ayant représenté que
le temps de son départ étant marqué par
l'Empereur, il ne devoit pas irriter ce Prince
en lui désobéissant , il lui avoit répondu ::
Ah , pourquoi me preffez - vous tant ? Voye
d'où vous voulez que je parte , & où vous me
preffez d'aller. Quand le sens de ces paroles
ne seroit pas clair , il seroit suffisament déterminé
par ce qui précede & par ce qui
fuit.
Le Traducteur supose au contraire un Dias
logue entre Ovide & des gens qui passoient
par hazard dans sa ruë .
J'entends
3
JANVIER
65 1739-
J'entends le Citoyen , l'Etranger empressé.
Où courez- vous, difois-je, & quel foin vous agité ?
Arrêtez , Rome feule eft digne qu'on l'habite.
Dialogue qui eft fi fort contre la vraisemblance
, que je m'étonne que le Traducteur
n'en ait pas été frapé. Car 1 ° le Poëte
étoit encore alors dans l'intérieur de sa maison,
puisque ce ne fut que dans la fuite qu'il fit
quelques efforts pour en fortir : Ter limen!
tetigi. 2° Qui avoit dit à Ovïde, que ces Citoyens
, que ces Etrangers , qui passoient :
dans son quartier , alloient habiter hors de
Rome ?
A la fin de cette Epitre , le Traducteur a
cousu la description du danger que courut
Ovide , peu après qu'il se fut embarqué au
Port de Brindes. En quoi néanmoins il est
excusable. Car elle se trouve jointe en effet
à l'Epitre troisiéme dans toutes les anciennes
Editions. Mais il me semble qu'il auroit du
consulter les dernieres , où cette description
forme la quatrième Elegie , suivant les meilleurs
Manuscrits , & les Obfervations des ·
derniers Commentateurs. La chose d'ailleurs
parle d'elle - même ; car Ovide n'y fait pointmention
de son embarquement , comme l'a
bien senti le Traducteur , qui y a supléé par ·
ce vers : .
Dvj
Jo
66 MERCURE DE FRANCE
Je touche enfin la rive , et nous quittons le Port.
Et il n'est pas naturel qu'Ovide , après
être entré dans les plus petits détails ſur ſon.
depart , en ait interrompu la suite pour se
tranſporter tout d'un coup dans le milieu de
la mer Adriatique , & même jusqu'auprès de.
l'Illyrie , d'où la tempête le rejetta fur les .
Côtes de l'Italie.
J'ai observé dans la Traduction d'autres .
petires fautes, où je ne m'arrêterai pas, parce.
qu'il faut pardonner quelque chose à la difficulté
de l'entreprise . Je ne dirai rien non.
plus de la verfification , qui n'est pas fi fort de :
ma compétence. Voici feulement une réflé--
xion fur laquelle je ferois bien aise de sça--
voir votre sentiment .
J'ai dit ci dessus qu'une Traduction devoit
ressembler à l'Original ; ce qui ne re--
garde pas fenlement le fond des chofes , mais
aussi la maniere dont elles sont exprimées..
Ainsi ce qui est tourné dans l'Original d'une
façon simple , mais noble , doit l'être de
même , si je ne me trompe , dans la . Traduction
. Sur ce pied confrontons le commencement
de cette Elegie avec la Version. Voicit
Original :
Quum subit illius tristissima noctis imago ,
Qua mihi supremum tempus in urbefuit
Quum
JANVIER.
1739 67
Juum repeto noctem , quâ tot mihi cara reliqui ,
Labitur ex oculis nunc quoque gutta meis.
En voici la Traduction :
Toi , qui vis mes beaux jours s'éclipfer dans tes
ombres ;
Toi, qui couvris mes pleurs de tes nuages fombres ;
Onuit , cruelle nuit , témoin de mes adieux ,
Sans cesse ma douleur te retrace à mes yeux .
>
Crovez -vous que l'enflure de ces deux
premiers Vers réponde bien à la fimplicité
de l'Original ? Trouvez vous d'ailleurs que
des expreffions auffi recherchées que celles
du Poëte François , conviennent fort dans la
bouche d'un homme affligé ? Cur pauper &
exul projicit ampullas ? Prenez garde auffi
que le Traducteur fait dire à Ovide , que.
cette cruelle nuit est toujours préfente à fa
penfée ; au lieu qu'il dit feulement qu'il ne
peut s'enrapeller l'idée, que les larmes ne lui
viennent aux yeux . Mais j'oublie que je vous
ai promis de ne point entrer dans le détail
de la versification de cette Piéce , comptant
que vous vous acquiterez de cet examen
beaucoup mieux moi. Je fuis , & c. que
VERS
68 MERCURE DE FRANCE

VERS sur l'absence de M.... sous le nom
de Daphnis , à Mad. de ... sous le nom de
Silvie.
Емьені Mbellis des trésors de Flore & de Pomone
Lieux charmans , qui n'offrez aux regards fatisfaits
Que des fleurs, le Printemps, & que des fruits, l'Au
tomne ,
Pour un infortuné vous avez peu d'attraits.
A mes réflexions , Amour , je m'abandonne.
J'étois heureux par toi , tout combloit mes fon
haits ;
Je goûtois tes douceurs les biens que ta main donne,.
Hélas ! font compensés par les maux que tu faise
Eloigné de l'Objet pour qui ſeul je reſpire ,
Sans qui le monde entier me paroît odieux ,
Mon coeur tendre & conftant , & s'agite & foûpire ;
Il fe plaint en fecret de la rigueur des Dieux ,
Qui ſujets,comme nous,aux foibleffes des humains,
Mais jaloux du bonheur de deux Amans heureux
Changent tous leurs plaifirs en de mortelles peines,,
Et penfent par l'abſence en rallentir les feux.
Rendez plus de juftice à des flâmes fi pures ;
Dieux cruels , contre nous ceffez de vous armer.
Ah ! fi dans vos amours vous fûtes des parjures ,
De nos coeurs bien unis aprenez l'art d'aimer.
Con
JANVIER. 1739. 891
Connoiffez mieux Daphnis en connoiffant Silvie :
L'abſence fur mon coeur a perdu tous fes droits ;
Je veux dans ses liens paffer toute ma vie ; .
Quand on aime Silvie , on n'aime qu'une fois.
****************
SUR l'Esprit & sur l'a Beauté , par Mille
de M...
E St- il possible , ma chere. Emilie' , que
vous vous adressiez à quelqu'autre ,
pour décider une Question que personne ne
peut résoudre avec plus de facilité que vous ?
il s'agit de sçavoir lequel est préferable, de la
Beauté sans Esprit , ou de l'Esprit sans extérieur
, & cela dans l'excès. Mais qui est
mieux au fait que vous de la valeur de ces
deux choses ? vous connoissez par expérience
leurs differens avantages : pourquoi dongne
pas prononcer ? Je vois bien ce que c'est;
vous ne sçauriez vous mettre dans le cas .
Comment avec votre aimable phisionomie
vous figurer ce qu'est un laid visage ? Avec :
votre pénétration , ce feu , cette vivacité qui
vous animent , ce que c'est qu'un esprit borné
, bouché , stupide ? Non , je vous l'avoue
, vous ne pouvez pas bonnement vous
unaginer combien il est mortifiant d'être
en70
MERCURE DE FRANCE
entierement privé de l'un ou de l'autre . Si
vous disiez que la Beauté dédommage d'être
bête , ou que l'Esprit raccommode une figure
désagreable , qui pourroit y ajoûter
foi ? On regarderoit avec raison votre senti
ment comme celui de Seneque, qui prêchoit
toujours la pauvreté, mais il étoit lui - même
dans l'abondance , & n'avoit point d'idée
juste de la misere . Aussi cette abondance at
-elle rendu ses discours là dessus fort suspects
; comme lui , vous parleriez trop à
votre aise , pour persuader. Pour moi , qu'on
ne récusera pas par ce motif , je vais vous
communiquer ce que j'en pense.
9
La Beauté est certainement un Bien sou
haitable , aussi est-il généralement souhaité
elle prévient tout le monde en notre faveur,
(& la prévention fait tant chés les hommes !)
les yeux recommandent au coeur , on s'interresse
pour une belle Personne ; persuadé
qu'elle doit avoir de l'Esprit , on est disposé
a remarquer tout ce qui peut confirmer dans
cette idée , & à passer légerement sur ce
qui en feroit rabattre ; la plupart du temps
même , on ne s'aperçoit pas combien on lui
fait grace , parce que réellement ses fautes
échapent . Les yeux satisfaits rendent les
oreilles moins délicates , & il est fort aisé de
satisfaire alors ceux qui nous écoutent ; il
faut être extrémement bête , pour le paroître
avec
JANVIER. 1739 71
,
avec un joli visage , cela farde les pensées ;
Pexperience le prouve tous les jours. Après
cela , qui ne conviendroit que la Beauté est
un grand article ? Oui , sans doute , c'en
est un ; mais aussi avec elle s'évanouissent les
illusions qu'on se faisoit sur notre compte
& elle dure si peu , tant de choses l'alterent,
le chagrin , les maladies , & le
temps infailliblement
, souvent quelques années l'effacent
si parfaitement , qu'il faut avoir bonne
mémoire pour se souvenir de ce qu'a été un
beau Visage , & mieux on a été partagé de
ce côté- là , plus la perte en est sensible . Et
puis quelle ressource ? Si vous n'avez que
cela , vous perdez tout avec elle , & voudroit
-on pour le printemps de l'âge , sacrifier
le reste de sa vie ? Et encore dans ce printemps
, F'illusion ne sçauroit durer , si vous
n'avez quelque chose qui ressemble à de
P'Esprit , c'est - à - dire , un certain jargon
répété d'après vingt autres , des complimens
apris par coeur , bonne provision de
lieux communs , tout cela assaisonné d'une
phisionomie hypocrite , d'un soûrire agreable
, d'une réverence placée à propos & faite
de bonne grace , peut bien en imposer &
faire voir de travers , surtout si on en reste
aux trois ou quatre premieres visites . Mais
une connoiffance plus particuliere détrompe ;
on s'accoûtume à voir le beau Visage , & on
, י
no
72 MERCURE DE FRANCE
ne s'accoûtume pas à lui voir manquer de
parole ; car j'ai fupposé à ma Beauté l'air
fpirituel , ) il promettoit , il ne tient rien ,
cela est impardonnable . D'ailleurs il y a des
occasions où l'on est obligé d'écrire , &
alors adieu le jeu séduisant de la Phisionomie.
Beaucoup d'Esprit au contraire , fait souvent
oublier que l'exterieur est critiquable ,
on n'y prend pas garde , d'heureuses saillies
détournent de cet examen ; il est vrai que
toutes les préventions font contre vous , il
faut quelque chose de fupérieur , pour péné
rrer au travers d'une figure déplaisante , il
faut du temps pour s'aprivoifer avec elle ;.
mais à la longue on fe fait à tout ; la Bête ne
fera jamais préferée chés les Gens qui ont
quelque goût , & doit- on briguer d'être
recherché par les autres ? Mais à propos,.
ma Chere , je fonge que j'ai accordé à ma
Beauté dequoi fe foûtenir dans les premieres .
entrevûës , ne seroit- il donc pas juste de
supofer ma Spirituelle fans ces défauts qui.
choquent les moins difficiles ? rien d'aimable
,j'y confens , mais aussi rien de rebutant..
Cela posé , je me déclare hautement pour:
ce dernier partage ; ce qui m'y confirme ,
c'est que les plaifirs de l'Efprit font de tout
temps , ils ne dépendent point des circonsrances
, & c'est pour toute la vie. Il n'en est
pas.
JANVIER. 1739 73%
pas de même de nos charmes , leur regne
est de courte durée ; & pour en jouir , il
faut qu'ils foient vûs & admirés . Etes - vous.
avec des Gens que leurs foucis occupent , ou
qui ont quelqu'autre objet dans l'imagination
? vous perdez le fruit de cette Beauté si
chérie ; fupofez encore que votre fituation.
change , qu'il faille vivre à la campagne ,.
dans quelque Lieu folitaire , quel profit en
retirerez-vous ? Mais furtout , ce qui m'a déterminée
, c'est qu'il y a mille momens dans
la vie , qu'on eft obligé de paffer avec ſoimême
, qu'il eft doux alors de fçavoir penfer
, lire , refléchir ! Que je plains ceux qui
n'ont jamais goûté le plaifir de s'entretenir foimême
, & qui ont toujours befoin de compagnie
pour vivre fans ennui ! c'eft pourtant
là le cas de toutes celles qui ne font que
les , elles ne connoiffent d'autre félicité que
celle de fe montrer ; & comme il n'est qu'un
temps pour briller , par- là , elles courent risque
de paffer triftement les trois quarts de
leur vie.
A Berlin le 16. Mars 1737-
bel-
·
VERS
74 MERCURE DE FRANCE
*
VERS diftribués à un Bal, donné sur le Théatre
de la Comédie à Rennes , par un Masque
déguisé en Amour.
INSCRIPTION DU CAR QU OLS
BElles , ne craignez point mes traits ›
Si dans vos coeurs ils allument des flâmes ,
L'honneur de regner sur les ames ,
Vaut bien le mal que je vous fais.
Pour Madame la Comtesse de **
Vous excitez , Madame un defordre
étonnant à Cythere , au Parnaffe , au Cief
même : partout on y difpute l'heureux avantage
de venir vous offrir des hommages &
des voeux ; Mercure prétend avoir des droits
pour être député des Dieux , Apollon établiť
les fiens fur beaucoup de Lauriers qu'il a
cueillis dans votre Famille ; les Graces , vos
bonnes Amies , & qui fe font familiarisées
avec vous dès le berceau , ne veulent céder
à perfonne fur de très -bonnes raifons.
Dans ce débat , formé pour votre gloire,
L'Amour paroît , il obtient la victoire ;
Pour vous offrir tous les coeurs en ce jour ,
D'un plein accord on a choiſi l'Amour.
Pour
JANVIER. 1739. 75
Pour Madame ...
Avos vertus, à votre caractere ,
A mille autres attraits , fur les coeurs,
Aujourd'hui la Cour de Cythere ,
tout puiffans ,
Par les mains de l'Amour vous offre ſon encens.
Vous prenez
A Madame ..
Par la Vertu , par les Graces brillante ,
fur les coeurs un trop jufte afcendant ;
De nos plaifirs vous êtes l'Intendante ,
Confiez à l'Amour le choix de l'Intendant.
Pour Mad. la Marquise de
A l'enjoûment vous mêlez la fagesse ,
L'efprit aux fentimens , & la délicatesse ;
Parmi tant de vertus , je ne vois qu'un défaut ;
Et quel donc , s'il vous plaît ? Je le dis , s'il le faut :
Rivale de Diane , & peut-être plus belle ,
Plus que le fien votre coeur m'eft rébelle :
Sans le fentir , vous parlez de l'Amour ;
Et par malheur pour ceux qui forment votre
Cour ,
Les traits que l'Amour vous décoche ,
Trouvent un coeur d'airain & portent fur la roche.
Pour Mad. la Marquise de ...
L'Amour vient à la Comédie ,
E!
76 MERCURE DE FRANCE
Et dans les beaux yeux de Cloris
Il trouve plus de feux , il trouve plus de ris
Qu'il n'en trouvoit dans l'Idalie.
Pour Madame de ...
Avoir un goût exquis , plein de délicatesse
A l'efprit joindre l'agrément ;
Sous les voiles de l'enjoûment
Cacher un grand fond de fagesse ,
C'est le Portrait de l'aimable ....
Pour Madame de …..
Quoique l'Hymen & le Dieu de Cythere
Marchent fort peu fous la même Banniere ,
Belle G ... épris de vos attraits ,
Ces Dieux enfin ont terminé leur guerre ,
Et c'eft chés vous qu'ils ont juré la paix.
Pour Madame de ...
L'Amour , à fon devoir fidelle ,
Déesse , vole fur vos pas ,
Triomphez des honncurs qu'on rend à vos apas ;
Dans le fein des Plaifirs d'une Fête fi belle :
Dans ce séjour délicieux ,
Vous voyez celui de Cythere .
Mais quoi ! l'Amour fe trompe ... à l'éclat de vos
yeux ,
Je vous ai pris , Madame , pour ma Mere .
Pour
JANVIE R. 1739. 77
Pour Mlle .....
On voit l'Amour , les Ris , les Graces
S'empresser à fuivre vos pas .;
Un autre Dieu s'aprête à marcher fur leurs traces ,
De deviner fon nom feroit- çe un embarras ?
Demandez à l'Hymen s'il ne le connoît pas?
Pour Mlle ....
Croissez , aimable Ad....
Suivez les traces de vos Soeurs ,
L'Amour vous fervira de guide ,
Pour obtenir l'empire fur les coeurs.
LETTRE de Madame L *** à M. le
Comte de ****
O
N dit , Monsieur ,
, que vous eûtes
l'autre jour la visite d'une Dame , qui
vous fit des propofitions auxquelles vous
parûtes d'abord céder ; on vous engagea à
diner , vous y confentîtes , mais lorsque
vous entendîtes parler des Amours lumineux
, & de la Societé des Muſes , on ajoûte
que vous reculâtes de deux pas , & que
vous marquâtes autant de répugnance pour
leur chasteté , que de goût pour leurs talens.
Vous n'êtes guere curieux , M. ſi j'étois .
en
78 MERCURE DE FRANCE
en votre place , je voudrois connoître toutes
les fortes d'Amours , celui des Efprits est le
plus excellent : vous devez avoir lu ces Paroles
d'un de nos Auteurs Modernes :
Les doux embrassemens
Des Ombres qu'Amour enchaîne ,
Nous dédommagent fans peine
Des plaifirs des autres ſens..
Les Fables n'ont été inventées que pour
dire plus librement la vérité : les Ombres
fignifient les Ames , les Ames ne font autre
chofe que les Efprits. Ergo les Efprits aiment,
cet amour a des avantages fans nombre ;
premierement , il nous met au-deffus de
tous évenemens ; il communique dans un
degré parfait les dons de la pénétration & de
la fubtilité ; vous lifez dans la pensée de
tous ceux que vous voyez , vous connoiffez
d'un coup d'oeil leurs vertus & leurs vices ;
des génies bienfaifans vous avertiffent des
malheurs qui vous menacent , & vous les
font éviter. Vous joüiffez , quand il vous
plaît , d'une converſation ſublime & raviſfante
; enfin , M. vous feriez enchanté , fi
vous aviez goûté un moment les douceurs de
cet amour ; peu de Perfonnes font initiées
dans fes myfteres. Cet Ordre , bien different
de celui des Freis - Maçons , n'exige aucun
serment
JANVIER . 1739. 79
serment pour cacher ce qui s'y paffe ; tout
en eft noble & beau , les Chevaliers & les
Chevalieres font feulement vou d'avoir beau
coup d'innocence dans leurs moeurs ; ils
en reçoivent aussi-tôt la récompense par les
avantages dont ils sont doüés , fanté perpétuelle
, jeunesse prolongée , ennemis confondus
, paix , joye , & richesses. Voila , M.
ce que procurent les Amours purs & lumineux
, voyez si vous voulez être des nôtres,
je vous y invite , & je suis , & c.
BOUTS - RIME'S ,
remplis par Mad. L ...
LE talent de rimer ne vaut pas un Sabor ;
Sur un vain espoir de Largesse ,
Quelques Auteurs ont la Fineffe
De remplir de vent leur Jabot.
Pour moi d'un succulent Gigot
J'eftimerois plus la
Tendresse ;
Que tous les produits du Permesse
Qui font les reffources d'un - So
Jamais chés les Rimeurs on n'a vû de Pressoir.
Eft -il befoin de Réservoir
Au Lieu qu'habite la Fa-
Mine ?
E Les
80 MERCURE DE FRANCE
Les Métromanes
Defcendent de Phébus à jeun chês
Furieux
Proserpine ;
Vous riez , beaux Efprits ? c'eft pourtant Sérieux.
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du premier Volume de Décembre , sont la
Lettre A. Rose , Alcion , Louange , Corbie
Mercure , & Lacertus. On trouve dans le
premier Logogryphe , Ré , Or , & Os. Dans
le troisiéme , Volage , Ange , Langue , Lange
, Lune , Volan , Aulne , Angle , Ovale ,
Gale , Ongle. Dans le quatrième , Job , Ré ,
Roi , lo , Brice , Obi , Roye , Broc , Brie ,
Cri, Coire , Oye , Ire , Bec , Ri , Cire. Dans
le cinquiéme on trouve , Mer , Cure,Meure,
Mue, Cure , Ecume , Emuë , Cumée , Ruë ;
& dans le sixième , Acer , Laus, Lac , Saul,
Lacus , Latus , Ruta , Rus , Ver, Crus ,Sura,
Cura , Carus , Uter , Arcus , Later , Lusca,
Clarus , Esca, Acus , Aër , & Lucas.
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du second Volume,sont la Lettre missive, Baleine
, Libra , Dieppe , & Virtus. On trouve
dans le premier Logogryphe , Bail , Nil ,
Liban , Ail , Elie , Lien , La , & Lia . Dans
le second , Baril. Dans le troisiéme on trouve
, Pie , Pipe , & Pied. Dans le quatrième,
Vir , Vis , Rus , Ut , Si , Rivus , Virus , &
Ritus.
I
ENIGME
JB
JANVIER 1739 31
ENIGM E.
E suis un inftrument de forme differente ,
Utile à presque tous Humains.
Mais , ô félicité plus rare & plus charmante !
Du beau Sexe parfois on me voit dans les mains .
Un Poëte à chercher & le fens & la rime ,
Paffe , ou plutôt perd tout fon temps
Je lui fais retrouver le fens >
Et l'engage à l'inſtant à reprendre la Lime.
D'un Ouvrier au milieu des travaux
Souvent je fais le grand délice ;
Et je deviendrois ſon fuplice ,
Si ma poffeffion n'assûroit fon repos .
Un Voyageur , lassé des peines du voyage ,
Me met , pour diffiper fes ennuis , en ufage.
Peut-être même en me cherchant ici ,
Ami Lecteur , m'employez -vous auffi.
Mais c'est trop s'expliquer , on peut me recon
noître ;
Devinez à présent , vous en êtes le maître.
**************************
LOGOGRYPHE.
A Mi Lecteur , tous les ans
Je marche après les Vendanges ;
H Най
i
¦
82 MERCURE DE FRANCE
J'ai chés moi trente-un Enfans ,
Vierges , Saints , Martyrs , & Anges.
Si tu veux me combiner ,
Sept pieds forment ma ftructure ;
Dans mon nom tu peux trouver
Une bonne nourriture .
Je vais m'expliquer plus net ;
L'Epouvante d'un Pilote ,
Ce qu'on paye au Cabaret ,
De la Musique une Note.
Tu peux voir encor dans moi
Un Echange , un sûr Rivage ;
Un Homme qui de la Loi
Fit un très-mauvais usage.
Mais le Bras du Tout -puiffant ,
Pour punir un tel Rébelle ,
Le fit entrer tout vivant
Dans une Nuit éternelle .
Un Vale à mettre du Vin ;
Plus un Inftrument de Chaffe ,
Ce que chaque Avare amaffe ;
Deux mots Latins font la fin .
J. B. Ollivier de Marseille.
AUTRE
JANVIER . 1739.
A
AUTRE.
Ux Climats où Céfar , avant d'être Vainqueur
De Vercingetorix éprouvá la valeur ,
De Citoyens rusés , on me dit la Patrie .
De plus j'ai le renom d'être Ville jolie .
Me combinant de bout en bout ,
On trouve en moi choses nouvelles ,
Certain métal très - defiré partout ,
Sujet de Fable en deux voyelles
Une Note , un Pronom
Bref, pour conclufion ,

Un mot Latin qui figaifie
Néceffité terrible dans la vie.
Me dévoiler n'eft pas un Opera ,
Mon tout formé de quatre lettres
Te dit qu'un inftant fuffira ,
Pour que tu mé pénetres .
LOGOGRYPHUS.
CUm grave sum , Lector , gestantisgaudia fio.-
Omnibus immo meum suave videtur onus.
Noscere vis quid sim ? De nonis selige membris.
Primum , deinde sequens , cum quibus adde duo,
Sanguineum Numen facient , rutilamque Planetam.
Cum tribus , Artificum mira Magiſtra vocor :
Haud dubio efficient quatuor , Sidusque Feramque
E iij
Me
54 MERCURE DE FRANCE
Me totidem Phoebi conftituunt comitem :
Nunc quinque insumas, circumdabo manibus Urbém
Si tria membra legas , foemina sancta subit..
ALIUS.
BIs duo membra mihi exiftunt, chariſſime Lector ¿
Sape licet fallax non paucos fternere coner
Haud etiam rarò multos formidine solvo .
+
Primum scinde mihi membrum, tuncfulcio cundos :
Semoto primo, atque sequenti , catera sanè
E nihile invitè te educunt . Perge , sodalis
Omnibus inverfis , ftimulis sum texta cruentis..
Par M. Duchemin , Musicien à Angers .
DEUX LOGO GRYPHES
Cronographiques , tirés d'un Manuscrit des
Poësies de Jean Michel , & autres Poëtesdu
xv1 . siecle , N° 8060 , de la Bibliotheque dn:
Roy , F. 47:
MCCCCXL.
PRends le moyeu de ton amy
De deux anneaux coppe parmy
De deux des roftes les as bien
Adoncq scaras sans plus enqueire
Quant le noble Duc d'Orleans
Revint de prison d'Engleterre..
M.
JANVIE R. 1739 : 85
MCCCCXLIX.
P Renez de vII . vans les oreilles
Et le regart de deux Corneilles-
Et d'une gline la journée
Adonc scarez fans demourée
Quant la Terre fut efcraulée .
tttttt
NOUVELLES LITTERAIRES
R
DES BEAUX ART S.
EFLEXIONS MILITAIRES &
Politiques , traduites de l'Espagnol de
M. le Marquis de Santa Cruz de Marzenado,
par M. de Vergy. A Paris , chés Jacques
Clousier , rue S. Jacques , à l'Ecu de France ,
Tomes 5. 6. 7. 8. 9. 10. & 11. 1738. in 12 .
HISTOIRE du Ministere du Cardinal
Ximenés , Archevêque de Tolede , & Régent
d'Espagne , par M. de Marsolier , Chanoine
de l'Eglise Cathédrale d'Uzez . Nouvelle
Edition , corrigée & augmentée par
PAuteur. A Paris , chés Louis Dupuis , ruë
S. Jacques , à la Fontaine d'or , 1739. in 12.
2. volumes.
DICTIONAIRE BOTANIQUE & Phar-
E i maccu06
MERCURE DE FRANCE
maceutique , contenant les principales proprietés
des Minéraux , des Végétaux & des
Animaux d'usage , avec les préparations de
Pharmacie internes & externes , les plus usitées
en Médecine & en Chirurgie , le tout
tiré des meilleurs Auteurs , sur tout des Modernes.
A Paris , chés la veuve de Laurent
le Conte , Quai des Augustins , à la Ville de
Montpellier , Réimpression , 1738. in 8.
TRAITE' ou Dissertation sur les Matieres
Féodales , tant pour le Pays Coûtumier,
que pour les Pays du Droit Ecrit , par M.
Germain- Antoine Guyot , Avocat au Parlement
, 1738. in 4. A Paris , chés Saugrain
fils , Grand'- Salle du Palais , à la Providence.
OUVRAGES pour & contre les Services
Militaires Etrangers , considerés du côté du
Droit & de la Morale , tant par raport aux
Souverains qui les autorisent ou les permettent
, qu'aux Particuliers qui s'y engagent.
Publiés pour mettre le Public en état de juger
sainement de l'usage des Peuples , anciens
& modernes à cet égard , & en particulier
de celui des Suisses . Par Loys de
Bauchat , Professeur en Droit & en Histoire
à Lausanne. A Lausanne & à Geneve , chés
Marc Michel Bousquet & Compagnie , 1738 .
in 8. trois volumes.
DB
JANVIER. 1739.
"
DE LA NATURE DU FEU & de sa propagation.
Discours présenté à l'Académie
Royale des Sciences , pour le Prix de l'année
1738. par M. Grandin , Bachelier en Théologie
de la Faculté de Paris , & Professeur de
Philosophie au College de Navarre. A Pa
ris , de l'Imprimerie de Charles Osmont , ruë
S.Jacques, 1738. Brochure in 4. de 20. pages.
LE MECHANISME du Fluteur Automate ,
présenté à Mrs de l'Académie Royale des
Sciences . Par M. Vaucanson , Auteur de cette
Machine . A Paris , chés Jacques Guerin
Imprimeur- Libraire , Quai des Augustins
& à l'Hôtel de Longueville , dans la Salle
du Fluteur, 1738. Brochure in de
4. 20. pag.
HISTOIRE DE GENTCHISCAN , & de tou
te la Dinastie des Mongous, ses Successeurs ,
Conquérans de la Chine , tirée de l'Histoire
Chinoise , & traduite par le R. P. Gaubil, de
la Compagnie de Jesus , Missionaire à Pé- -
king. A Paris , chés Briasson , ruë S. Jacques
, & Piget , Quai des Augustins , 1739 .
in
4.-
SUITE DE LA DEFENSE de l'Eglise de
Troyes , sur le culte qu'elle rend à S.Prudence,
Evêque. A Paris , de l'Imprimerie de Charles
Osmont , rue S. Jacques , à l'Olivier ,
E.V
1738. in 12 .
HisMIERCURE
DE FRANCE
HISTOIRE METALLIQUE des XVII. Provinces
des Pays- Bas , depuis l'abdication de
Charles - Quint , jusqu'à la Paix de Bade en
1716. traduite du Hollandois de M. Gerard
Van-Loon. A la Haye , chés P. Gosse , J.
Neaulme , P. de Hondt. 5. volumes in -folio.
Le premier Tome de 559. pages, sans la Préface
; le second , de 541. le troisième , de
454. le quatrième , de 462. & le cinquiéme ,
de 443. La date de l'impression des trois
premiers volumes est de 1732. celle du quatriéme
est de 1736. & celle du cinquième
de 1737.
MEMOIRES DE POLOGNE , contenant ce qui
s'est passé de plus remarquable dans ce Royau
me , depuis la mort du Roy Auguste II. arrivée
à Varsovie , le premier Février 1733. jusqu'en
L'année 1737. Par le Sr Amand de la Chapelle,
1. vol. in 8. A Amsterdam, chés François
Honoré , M. DCC. XXXIX . pp. 400.
Ce Livre , qui a été bien reçû du Public
se trouve chés André Cailleau , Quai des Augustins
, lequel vend aussi les Livres suivans.
,
BAYLE en petit , ou Anatomie de ses
Ouvrages. Entretiens d'un Docteur avec un
Bibliothecaire & un Abbé , in 12. 1738.
RECUEIL de Traductions en Vers François
, contenant le Poëme de Pétrone , deux
Epitres d'Ovide , & le Pervigilium Veneris ,
аусс
JANVIER. 1739. 89
avec des Remarques par M. le Président
Bouhier , de l'Académie Françoise , in 12 .
1738.
COMMENTAIRE sur la Traduction en Vers
de M. l'Abbé du Resnel , de l'Essay de M.
Pope , sur l'Homme , par M. de Crousaz ,
in. 12. 1738.
DE LA MANIERE DE POUSUIVRE LES
CRIMES dans les differens Tribunaux du
Royaume , avec les Loix criminelles , depuis
1256. jusqu'à présent. Sur la compétence
des Juges Royaux , celle des Juges , des Seigneurs
& des Prévôts des Maréchaux , soit
en premiere instance , soit en cause d'apel
tant simple que comme d'abus , conflits
Reglemens de Juges, &c. où plusieurs Questions
sont traitées par raport à la poursuite
& à la punition des Crimes. Le tout suivant
la Jurisprudence Françoise , Civile & Canonique
, & l'Ordonnance de 1670. A Paris ,
ches Mouchet , à l'entrée de la Grand'- Salle
du Palais , à la Justice , & Prault , Pepe ,
Quai de Gêvres , 1739. in 4: 2. volumes.
,
LE HOLLANDOIS , ou Lettres sur la Hollande
, ancienne & moderne. Par M. de la
Barre de Beaumarchais. Facessat in omnibus
sua gentis favor , simulque ceterarum aversatrix
invidia, & nostra vitia fideliter agnoscat
E vj,
90 MERCURE DE FRANCE
mus, & virtutes in aliis nos delectent . Icon-
Anim. Cap . 2°. Seconde Edition , divisée en
trois Parties , suivant la Copie imprimée ,
à Francfort , chés François Varrentrapp ,
1738. in 12. de 376. pages , sans compter
l'Epitre Dédicatoire & un Discours Préliminaire.
Il y auroit à faire un Extrait fort bon &
fort ample de ce Livre , plein de traits curieux
& de Recherches agréables & utiles ;
mais gênés par les bornes de notre Journal
nous nous contenterons de raporter un endroit
qui nous a paru remarquable au sujet
de la passion que les Hollandois ont pour
les Fleurs.
Il n'y a que quelques années , dit l'Auteur ,
qu'on vit renaître ce goût pernicieux , & que les
Oignons de Fleurs furent vendus à un prix excessif.
Tel coûtoit dix mille florins. L'avide Artisan
vendoit tout pour acheter un petit Jardin,
où il put cultiver quelques Tulipes , sur lesquelles
il fondoit l'esperance de la plus grande
fortune. L'homme riche , de son côté , achetoit
bien cher ces précieux Oignons , pour les vendre
encore plus cher à d'autres. Un Oignon
dans ce temps - là étoit une espece d'Action
qui , après avoir profié chés quelques Acheteurs
, alloit perdre son prix chés le dernier , à
peu près comme dans ce Jeu où plusieurs perseans
font passer de main en main un papier
JAN VIE R. 1739. 91
à demi allumé , jusqu'à - ce qu'il s'éteigne entre
les mains d'un des Joueurs.
,
ANNALES ORDINIS S. BENEDICTI Occidentalium
Monachorum Patriarchæ , in
quibus non modo res Monafticæ , sed etiam
Ecclefiafticæ Hiftoriæ non minima pars continetur
, Auctore Domno Joanne Mabillon
Presbytero & Monacho ejusdem Ordinis è
Congregatione S. Mauri . TOMUS SEXTUS ,
quem cum, morte præventus ,D. Mabillonius
imperfectum reliquisset , abfolvit & variis
additamentis ad Tomos præcedentes exornavit
Domnus Edmundus Martene , Presbyter
& Monachus ejusdem Congregationis .
Complectitur autem res geftas ab anno
MC . XVII. ad MCLVII . inclufivè
cum appendice & indicibus necessariis. Lu-
TETIÆ Parifiorum , fumptibus Jacobi Rollin
ad ripam P P. Auguftinianorum. 1739.
L'Editeur de ce V I. Volume des Annales
de l'Ordre de S. Benoît , qui vient d'être
nommé dans le titre du Livre , aprend au
Public dans fa Préface , comment il a été
chargé de ce travail . C'eft après que les Manuscrits
de Dom Mabillon eurent passé succeffivement
par les mains de Dom Ruinart ,
de Dom René Massuet , de Dom François
Texier , de Dom Vincent Thuillier , que
Dom Edmond Martene alla , tout âgé qu'il
>
étoit
MERCURE DE FRANCE
étoit de plus de 80. ans , & infirme, demander
ce Volume en l'année 1736. à Dom Claude
du Pré,Supérieur Général de la Congrégation
de S. Maur. Il n'eut pas de peine à obtenir
sa demande. Saifi de l'Ouvrage , il trouva
dans ses Recueils particuliers de quoi l'augmenter
: & c'eſt avec ces additions qu'il pa-.
roît aujourd'hui. Non feulement Dom Martene:
l'a enrichi de ces additions , mais encore
il a fait imprimer à la fin un très-grand
nombre d'augmentations & de corrections
pour les Volumes précedens. Les personnes
curieuses de sçavoir l'origine & les differens
emplois des célebres Religieux de l'Abbaye
de S. Germain des Prez , auront de quoi se
contenter dans ce qui eft dit des quatre Religieux
, par les mains desquels les collections
de Dom Mabillon ont passé . L'articlede
Dom Massuet , qui eft le plus étenda ,
nous a paru le plus intéressant de tous.
Le Volume dont il s'agit ici , ne renferme
que quarante années de l'Hiftoire Benedictine
, sçavoir depuis l'an 1117. jusqu'à l'an
1157. Il commence par le tems de ce fameux
Differend qui fut entre le Sacerdoce & l'Empire
, fous deux Empereurs pendant 35. ans.
Il y est amplement traité de tous les troubles
qu'excita l'élection de deux Papes après la
mort d'Honorius II . sçavoir d'Innocent II .
& d'Anaclet. II. & de tout ce que fit Saint
Bernard
JANVIER. 1739 933
Bernard en faveur d'Innocent .
L'Hiftoire de l'Héréfie des Henriciens
& des Petrobrufiens , entre auffi dans ce Volume
, par la raison que les Religieux de
S. Benoît furent des plus infignes adversaires
de ces Heretiques. On éclaircit dans ce
même Tome plufieurs points concernant les
Conciles tenus en ce temps là ,dont trois furent
assemblés à Rheims : & voilà pour ce
qui regarde en general l'Hiftoire de l'Eglife
du douziéme fiécle.
A l'égard des faits particuliers , ils fe raportent
presque tous à l'éloge des célebres
Perfonnages de l'Ordre de S. Benoît , tant
Papes , qu'Evêques, Auteurs & Ecrivains. Suger
y revient souvent sur la scene , furtout
en sa qualité de premier Ministre du Royau--
me , quoique , comme Abbé de S. Denis , il
ne se soit pas rendu moins recommandable.
Dom Martene a trouvé en Allemagne un
second Suger , qui avoit été peu connu de
Dom Mabillon. C'eft Wibald , Abbé de
Stavelo & de Corvey en Saxe , qui eut la
confiance de quatre Empereurs,dont il fut le
principal Ministre ; on a de lui un Recueil de
Lettres que le même Dom Martene déterra
dins fon voyage d'Allemagne. L'établissement
des Cisterciens, qui étoit assés récent
plusieurs nouvelles Fondations , ou Réformes
de Monafteres , & furtout les fondations
d'un
94 MERCURE DE FRANCE
d'un très -grand nombre de Prieurés, font ce
qui compose une bonne partie de ce Volume
.
Il eft impossible d'entrer dans le détail de
tous les Faits curieux contenus dans cet
Ouvrage. Dès la page 8. on tombe für l'article
de la rigidité outrée de Mathieu , Prieur
de S. Martin des Champs à Paris , lequel faifoit
fuftiger & mettre aux fers les Religieux
qui étoient trouvés en faute : il en fit même
enfermer un dans un cachot pour le reſte de
fes jours , ce qui produisit l'amandement
fincere de ce Religieux . Dom Mabillon remarque
qu'en d'autres Lieux on pratiqua
auffi l'ufage de ces prifons perpétuelles , jusqu'au
tems du Roy Jean , qui deffendit ces :
fortes de cachots tenébreux , apellés : Vade
in pace
.
On
Ón voit dans la même page la fondation :
d'une Abbaye assés proche de Chartres ,
dans un endroit apellé Louge , que le Fondateur
apellà du nom de Jofaphat , afin que
la Ville de Chartres fe trouvant ressembler
en quelque maniere par fa fituation à la
Ville de Jerusalem , elle eut auffi fa Vallée
de Josaphat , comme cette premiere Ville
de Judée. Le ftratagême raporté dans Or
deric Vital ( page 24. ) dont ufa Louis le
Gros , pour entrer fans bruit dans le Prieuré
de Gany auprès de Vernon , eft assés fingur
Licr
JANVIER. 1739 95
her. Ce Prince prit des habits de Moine
aussi bien que les Chevaliers qui l'accompa
gnoient ainsi revêtus de Chapes noires
ils prirent possession de ce Prieuré , & en
firent une Forteresse contre Henry , Roy
d'Angleterre.
Il y a toujours à profiter , même dans les
plus petites choses remarquées par Dom
Mabillon. Ce sçavant Religieux connois--
soit parfaitement certains Endroits du Diocese
de Rheims, dans lequel étoit sa Patrie ..
C'est d'après lui que nous observerons le premier
titre où l'Antiquité a fait mention du .
nom de Sorbone. C'est une donation de l'an
1119. que Raoul Archevêque de Rheims fitde
l'Hôtel de Sorbone à Boson Abbé de
Fleury. Le P. Mabillon dit que ce Licu, recommandable
par la naiffance de Robert ,
surnommé de Sorbone , au treizième siècle ,
est situé proche le rivage droit de la Riviere
d'Aine , entre Rethel & Château Porcien ;;
qu'aujourd'hui c'eft un Lieu abandonné , &
qu'il n'y reste que les murs de l'Eglise .
L'Auteur qui n'a voulu omettre aucun des
traits qui peuvent picquer la curiosité du .
Lecteur , raporte à la même année un Evénement,
qui fait voir que les Voleurs prennent
partout où ils peuvent. Cet endroit.
eft spécialement choisi dans les Lettres de
Geoffroy de Vendôme. Cet Abbé dit que
Callixte

96 MERCURE DE FRANCE
Callixte II . en allant de Poitiers à Tours
fut dépouillé la nuit par des Voleurs , &
lui Geoffroy, pour remédier à cet accident
, ne se
dent , ne se contenta pas de lui donner la
moitié d'un vêtement , comme avoit fait
autrefois S. Martin à un Pauvre de la
porte
d'Amiens , mais qu'il lui donna auffi une
fourure entiere de couleur grise , & differentes
peaux pour se couvrir. On voit à la
même année la mauvaise réception que les
Habitans de Metz firent à leur nouvel Evêque
Theotger , & que la coutume étoit dèslors
que le Prélat fut nuds pieds à cette cérémonie
.
Ce qui nous a paru le plus digne d'atten
tion dans les Faits raportés sous l'an 1120 ..
c'est la coûtume suivant laquelle la Couronne
des Rois est déposée après leur mort à
l'Abbaye de S. Denis . Le Roy Louis le Gros
avoit attendu durant tout son Régne à y
faire porter celle de son Pere Philipe , mort
dès l'an 1108. - Elle y fut reçûë en présence
du Légat Conon, & ce même jour ce Prince
donna au Monastere de S. Denis l'Eglise de
Cergy au -deffous de Pontoise . Les commencemens
de l'Ordre de Prémontré se raportent
auffi à cette année : mais ils ne nous
paroiffent guére apartenir aux Annales Bénédictines
, si ce n'est à cause des échanges ou
dons que ce nouvel Ordre reçut des Béné
dictins
JANVIER. 1739. 97
dictins de S. Vincent de Laon , & même
des Cisterciens.
On lit à l'an 1121. comment Abaillard
Moine de S. Denis , contre lequel il s'étoit
déja tenu des Conciles , fut obligé de s'enfuir
de l'Abbaye , à cause qu'il prétendit
après un manuscrit de Bede , que le S. Patron
de ce Monastere n'étoit pas l'Evêque
d'Athenes , mais celui de Corinthe. Il n'étoit
pas sûr alors de s'oposer au sentiment
de l'Abbé Hilduin. L'Auteur n'oublie point
à cette même année le témoignage de Guibert
de Nogent , touchant l'antiquité du privilege
de nos Rois pour la guérison. des.
écroüelles .
3.
Voilà ce que nous avons cru devoir extraire
des cinq années qui forment le soixantetreiziéme
Livre de ces Annales. Les:
trente- cinq autres années forment sept autres
Livres, pleins de Faits qui interessent infiniment
, mais dont le détail seroit trop
long pour ce Journal. Le nombre des Monasteres
qui figurent dans ce Volume est
prodigieux. La suite des Abbés de S. Victor
de Marseille n'y est pas oubliée mais les
Additions que Dom Martene a faites au cinq
Volumes précédens , renferment beaucoup .
plus de pièces qui regardent ce Monastere ,
l'un des plus anciens , des plus celébres , &
des plus respectables de toutes les Gaules. Il .
:

Les
98 MERCURE DE FRANCE
les tire de ses anciennes Collections imprimées
, dont les Archives de S. Victor lai
avoient fourni une bonne partie . Par l'interêt
particulier que nous prenons à ce Monastere
, nous observerons quelques traits
singuliers qui le regardent ; sçavoir , qu'une
Charte de l'an 1004. qui s'y trouve , est terminée
de cette façon : Anno M. IV. trabeationis
Domini, Indict. 11. menfe duodecimo qui
dicitur Janus. Il s'y agit d'une Abbesse de
S. Sauveur , nommée Pontia. Les Religieuses
Electrices s'expriment ainsi sur son sujet : -
Itaque nos omnes præfigna & puella elegimas
ac præfecimus nobis hanc Monacham nomine
Pontiam , vultu decoram, fenfu illustrem, natura
fublimem , moribus infignem . Il y a longtemps
que l'usage n'est plus de spécifier dans ·
les Actes cette qualité de l'Elue , que les
Electrices marquent ici la premiere. Dom
Martene rapelle ensuite , dans un Acte de :
l'an 1005. le rétablissement du même Monastere
de S. Victor , & celui de la confirmation
de ses biens par Ponce Evêque de
Marseille , qui y donna son consentement :
Una cum confenfu Rodulfi Regis Alamannorum
& Provincie , feù etiam cum præcepto
& contribentia domni Apostolici Papa Urbis
Roma , cum voluntate etiam Rodbaldi Comitis
& domna Adelaidis Comitissa, domnique Guillelnifilii
ejus , confentiente etiam pariterque
petente
JANVIER . 1739. 99.
petente Clero & populo fancta Ecclesia Massilienfis.
Cette derniere clause est bien remarquable.
On voit à la page 602. que sous
le même Evêque Ponce , il y avoit à S. Victor
de Marseille un certain nombre de Moines
Grecs ; & à la page suivante, on lit que
cette Abbaye rentra dans un bien qu'on lui
contestoit , parce que dans l'épreuve de l'eau
froide qui fut admise pour la vérification , la
partie contendante descendit au fond de
l'eau. On voit enfin, qu'en ce temps - là Saint
Victor de Marseille avoit bien des dépendances
dans l'Espagne , & en d'autres Pays
éloignés.
و
Nous omettons de parler du fameux
Monastere de Lerins qui fait aussi une
grande figure dans ce Volume , & dont on
voit même le Plan gravé, qui comprend tou
te l'Ile de ce même nom, &c.
Il y auroit beaucoup de choses à faire ob
server dans les Piéces de l'Appendix : renfermons-
nous dans quelques - unes. Dom
Mabillon après avoir marqué dans le corps
de l'Ouvrage , à l'an 1122 , qu'il n'a connu
que très- tard l'Abbaye de Morienval , au
Diocese de Soissons, fait mention en ce Lieu
d'un Titre de Charles le Simple , qui supose
que ce Monastere étoit dès- lors très - ancien.
Il donne ensuite un fragment de la vie de
S. Annobert ou Aunobert, Evêque de Sécz ,
SOLATS
don
TOO MERCURE DE FRANCE
dont on conserve le corps dans cette Ville
ce fragment quoique mal conditionné , ne
laisse pas d'être curieux , & de mériter d'entrer
en partie dans la Collection de nos Historiens
François. Ces deux morceaux auroient
été mieux placés dans l'un des Tomes précédens
; mais alors ils n'étoient pas parvenus
à la connoissance de Dom Mabillon , non
plus que la Charte de Childebert III . & celle
de Carloman, qui regardent le Prieuré d'Argenteuil,
& qui sont à la page 656. L'Editeur
marque dans une Note au bas de la
marge , que ces deux Chartes furent trouwées
dans les ballayeures d'une Tour de ce
Prieuré, par M. l'Abbé Fleury , qui en étoit
Prieur Titulaire & qui les communiqua
aussi - tôt à Dom René Massuet : la premiere
étoit en caracteres Mérovingiens , & la seconde
en lettres Carlovingiennes. A la page
685. après les Actes du premier Chapitre des
Chartreux , commence une longue Collection
de leurs Statuts du XII . & XIII siécles,'
qui n'avoient jamais été imprimés. Il y en a
plusieurs sur l'Office divin , par lesquels on
est informé des changemens admis de temps
en temps dans cet Ordre , d'ailleurs fort attaché
à l'Antiquité . Dans les plus anciens qui
sont sur l'Office divin , num. 45. on lit : In
Fefto de Conceptione B. Maria , dicatur loco
Conceptionis , Sanctificationis. A la page
>
a
698.
JANVIER . 1739 ΤΟΙ
"
A
698. est une Vie de S. Himer , Solitaire du
Diocese de Bâle , fort connu dans celui de
Lisieux. Toutes ces Piéces sont étrangeres ,
comme l'on voit , aux années dont l'Histoire
est comprise dans ce Tome d'Annales . Il
n'en est pas de même de quantité d'autres ,
& surtout de celle qui se lit à la page 700.
C'est un fragment historique sur certaines
particularités de la vie du Roy Louis VII.
tirées d'un Commentaire manuscrit d'Etienne
de Paris sur la Régle de S. Benoît. Etienne
ayant intention de persuader l'humilité ,
raporte plusieurs actions de ce genre pratiquées
par ce pieux Roy , entre autres l'an
1147. lorsqu'il alla au-devant du Pape Eugene
III. Après la rencontre & les saluts réciproques
, voici quel il dit que fut l'entretien
du S. Pere avec le Roy : Audi benigne
Rex , confiderare debes cum magna cautela &
devotione diligentiffima quefiunt in hoc mundo
mira opera Dei. Frater tuus carnalis Henricus,
ex regali profapia à progenie in progeniem
ortus, fcutellas lavat factus Monachus in Monafterio
Clarovallenfi. Ego factus fumper
occultiffimam gratiam & difpenfationem , omnium
Pater Chriftianorum , qui fcutellas lavi
quam fapius in Ordine Ciftercenfi , & c . On
oit aisément pour quelle raison Etienne de
Paris insera cet entretien dans son Commentaire,
à l'article de la cuisine. Si Henry, frere
Dei
du
To2 MERCURE DE FRANCE
du Roy de France , lequel fut Evêque de
Beauvais & depuis Archevêque de Rheims,
avoit bien lavé les écuelles , étant Moine , &
si un grand Pape n'a pas dédaigné d'avoüer
qu'il avoit exercé la même fonction : qui
est- ce qui pourra , dit - il , être dispensé de
faire la cuisine selon la Régle de S. Benoît,
sinon ceux que la Régle même en exempte ?
Etienne de Paris avoit été témoin de l'en
tretien qu'on vient de raporter.
GALLIA CHRISTIANA , in Provin
cias Ecclesiasticas distributa &c . opera et studio
Monachorum Congregationis S. Mauri¦
( rdinis S. Benedicti. Tomus VI , ubi de Provincia
Narbonensi Tractatur. Parisiis, ex Typographia
Regia. 1739. in-fol.
Si ce sixième Volume de la Gaule Chré
tienne ne paroît que huit années entieres après
le cinquième , les Auteurs déclarent à
la tête de l'Ouvrage que c'est d'autant moins
à eux à se justifier de ce retardement , que les
deux Volumes suivans , qui doivent renfermer
la Métropole , ou la Province Ecclésiastique
de Paris , n'attendent que l'impres
sion .
Ils se sont attachés dans celui ci à méri
ter de plus en plus l'aprobation du Public
sans oser néanmoins se flatter d'être arrivés
au point de perfection où ils aspirent. Un
Ouvrage
JANVIE R. 1739 103
Ouvrage de cette nature ne peut s'exécuter
parfaitement que sur les piéces authentiques,
ou sur des Mémoires exempts de toute répréhension.
Les Auteurs ont entre leurs
mains un assés grand nombre des uns et des
autres ; mais il leur en manque aussi une
partie. Dans l'impossibilité de consulter par
eux-mêmes toutes les Archives du Royaume
, souvent ils sont obligés de s'en raporter
aux yeux et au travail d'autrui ; et ils se
plaignent avec justice ou d'être quelquefois
mal servis , ou de ne l'être point du tout.
Ce dernier reproche tombe sur ceux , qui dédaignent
de répondre à la confiance que l'on
a eu en eux, et sur d'autres encore , qui , par
un esprit d'interêt , ne veulent faire part des
Recueils bons ou mauvais qui sont en leur
pouvoir , qu'en les vendant cherement.
Après tout , ceux- ci nuisent encore moins
aux Auteurs de la Gaule Chrétienne et au
Public , que ceux qui les servent mal . Faute
de Titres ou de Mémoires , un Historien ju
dicieux prend le parti de se taire , plûtôt que
de deviner ou de faire des conjectures : c'est
une lacune dans son Ouvrage ; et une lacune
n'induit point en erreur. Mais un Mémoire
infidéle ou mal digeré , une Copie de Titre
défectueuse ou alterée , soit par les dates ,
soit pour les faits , peut- être par négligence
ou par malhabileté , peut-être par des vûës
F inte
104 MERCURE DE FRANCE
interessées ou par d'autres motifs , à com
bien d'erreurs ne peuvent- ils pas exposer, et
l'Auteur qui n'est point à portée d'en apercevoir
le vice , et le Lecteur qui compte sur
la sagesse et sur le discernement de l'Auteur
?
,
Il faut rendre justice aux six Volumes de
la Gaule Chrétienne , dont les Bénédictins
de la Congrégation de S. Maur ont enrichi
jusqu'à présent la République des Lettres :
ou il ne s'y trouve que des lacunes dont ils
ne sont point responsables , ou ce sont quelques
dates viciées , quelques traits d'Histoi
re confus et embarassés , susceptibles peutêtre
également du vrai et du faux , quoiqu'en
assés petit nombre ; il faut en rejet
ter la faute sur les Mémoires et sur les Copies
de Titres que l'on a adressés aux Au
reurs , et dont ceux - ci ont été obligés de
faire usage. Malgré cela , que l'on compare
l'ancienne Gaule Chrétienne des Illustres
Freres de Sainte Marthe , tant vantée
dans son temps par le Clergé de France ;
avec celle- ci ; et que l'on juge entre l'une
et l'autre : nos laborieux Auteurs n'en de
mandent pas davantage.
Pour perfectionner cet Ouvrage à mesure
qu'il devoit tendre à sa fin , ils s'étoient imposé
la loi de marquer dans chaque Volu →
me qu'ils donneroient au Public , nonseule
JANVIER . 1739. fof
seulement les fautes qu'ils auroient décou
vertes dans les Volumes précédens , mais
encore les changemens qui seroient arrivés
dans les Evêchés et dans les Abbayes dont
il y étoit fait mention , depuis l'impression
du dernier Volume. Cette loi à laquelle ils
se sont assujettis dans les quatre Tomes qui
précédent celui- ci , leur a paru enfin souffrir
trop d'inconveniens . Toutes les observations
de ce genre qu'ils pourront faire dorénavant
, ils les réservent pour la fin de l'Ouvrage
en maniere de Suplément. Ils sou
haiteroient aussi que Nosseigneurs les Evêques
, qui ont demandé qu'avant l'impression
on leur communiquât les cachiers manuscrits
qui concernent leurs Eglises , les
leur renvoyassent apostillés . On les leur
rend ordinairement tels qu'ils étoient en
sortant de leurs mains , sans y avoir fait la
moindre observation critique , soit d'Histoire
, soit de Chronologie ; observations.
néanmoins dont les Auteurs profiteroient
avec plaisir et avec reconnoissance pour leur
instruction particuliere , et pour l'utilité du
Public.
Ce sixième Volume comprend la Métropole
de Narbonne , c'est-à- dire l'Archevêché
de Narbonne , onze Evêchés suffragans ,
y compris celui de Perpignan , et plus de
cent Abbayes ou Prieurés considérables ,
Fij dont
106 MERCURE DE FRANCE
dont il y en a quarante qui ne subsitent plus,
Le R. P. Routh, Jésuite , a fait imprimer
à Poitiers : Recherches sur la manière d'inhumer
des Anciens , à l'occasion des Tombeaux
de Civaux en Poitou , chés Jacques
Fauscon , 1738. in - 12.
CONTINUATION DU TRAITE' DE
LA POLICE , contenant l'Histoire de son
Etablissement , les fonctions et les prérogatives
de ses Magistrats , toutes les Loix et
les Réglemens qui la concernent , avec un
Recueil de tous les Réglemens et Statuts des
six Corps des Marchands , et de toutes les
Communautés des Arts et Métiers . Tome
IV. De la Voirie , de tout ce qui en dépend ,
ou qui y a quelque raport. On y a joint
une suite de la Description Historique et
Topographique de Paris, et deux Plans nouvellement
gravés , dont l'un représente l'état
présent de la Ville de Paris , avec ses accroisses
bornes et ses limites : l'autre
semens ,
désigne tous ses canaux , conduits , tuyaux ,
et réservoirs pour la distribution des Eaux
aux Fontaines publiques de la Ville et des
Fauxbourgs. A Paris , chés Jean-François
Herissant , rue Neuve Notre- Dame , à la
Providence. 1738. in-folio. Pag. 794. sans
les Tables.
Ce
JANVIE R. 1739. 107
Cet important Ouvrage est de M. le
Clérc- du- Brillet , Procureur du Roy à l'Amirauté
, digne Continuateur du Traité de
la Police du célébre Commissaire de la
Marre. Le nouvel Auteur a suivi la méthode
de fon Prédécesseur : l'aveu modeste
qu'il en fait mérite d'être remarqué. On l'a
trouvée bonne , dit - il , elle a plû , je n'avois
garde de la changer Je crains même que malgré
les efforts que j'ai fait pour l'imiter , on ne
trouve encore une trop grande difference de son
Ouvrage au mien ; & que l'étendue de fes connoiffances
& de fes lumieres , ne mette trop
découvert la foiblesse des miennes. Je l'ai reconnue
le premier , continuë - t'il , fur des ma
tieres feches , qui auroient en befoin d'ornement
: mais j'ai préféré de représenter les chofes
dans leur état naturel de fimplicité , au
risque de le défigurer par des traits d'éruditi
n mal places, ou qui m'auroient exposé à fortir
de mon fujet. Je m'y renferme autant qu'il
m'est possible de le faire dans un Ouvrage, qui
doit réunir Hist ire de la Police générale du
Royaume avec le Recueil des Réglemens qui lui
apartiennent : on fait que c'étoit le dessein de
M. dela Marre , j'ai tâché de le remplir.
Nous n'entrerons ici dans aucun détail au
sujet de cette Continuation , dont un Extrait
suivi nous conduiroit bien au - delà de nos
bornes , outre que les Auteurs du Journal
Fiij des
708 MERCURE DE FRANCE
des Sçavans ont déja commencé d'instruire
amplement le Public sur ce grand sujet . On
lit surtout avec une satisfaction particuliere ,
le précis qu'ils ont donné dans leur premier
Journal de cette année, de l'Eloge de l'illustre
M. de la Marre. Il s'est glissé à la tête de
cet Eloge une faute que l'on ne sçauroit imputer
qu'à l'Imprimeur du Journal , lequel
fait naître M. de la Marre en 1693. au lieu
de 1639. véritable époque de sa naissance
& qui quadre avec la 84. année de son âge
lors de son décès , arrivé en 1723.
"
NOTE & Restitutiones ad Commentarium
Caroli Molinai , De Fendis. A Paris , au
Palais , chés Jacques - Nicolas Leclerc au
second pilier de la Grand'Salle , à la Prudence.
1739. Vol. in-4° . de plus de soo !
pages.
,
Cet Ouvrage est divisé en deux Parties.
Dans la prémiere on trouve des Notes &
des Restitutions très - interessantes pour tous
ceux qui lisent le Commentaire que Me.
Charles Dumoulin a fait sur le premier Titre
de la Coutume de Paris , c'est - à- dire sur
les Fiefs.
Les Notes tendent à donner l'intelligence
de Dumoulin par Dumoulin même , & à
observer en quoi principalement les décisions
de ce grand Juris- Consulte ont été
suivies
DECEMBRE. 1939. 109
suivies ou rejettées . Les Restitutions ont
pour objet de rétablir plusieurs endroits corrompus
par la négligence de tous ceux qui
jusqu'à présent ont donné des Editions de
Dumoulin & ce qui rend ces Restitutions
d'autant plus sûres & d'autant plus impor
tantes , c'eft qu'elles font , pour la plûpart ,
fondées fur les premieres Editions , c'est- àdire
fur celles que Dumoulin a données de
fon vivant.
La feconde partie contient une conférence
éxacte des Editions faites du vivant de
Dumoulin , avec les Editions faites depuis
fa mort. On y voit , ce qui n'avoit pas encore
été fpécialement remarqué ni distingué,
& qui eft autant utile que curieux , toutes
les additions posthumes & tous les changemens
qui font dans les Editions faites depuis
la mort de Dumoulin , & tout ce qui est
dans les Editions faites de fon vivant, & qui
n'est point dans celles faites depuis fa mort,
On aprend de Colmar , que Jean- Henry Decker,
Imprimeur ordinaire du Roy & du Conseil Souverain
d'Alsace , a mis en vente , Recueil d'Ordonnances
du Roy , & Reglement du Conseil Souverain
d'Alsace , depuis sa création jusqu'à présent ,
imprimé par ordre de M. le Premier Président ,
1738. in folio , en deux Parties , dont la premiere
contient les Edits & Reglemens depuis 1657. jusqu'en
1707. & la seconde renferme ceux qui ont
été faits depuis 1708. jusqu'en 1737 .
F iiij JETTro
MERCURE DE FRANCE
JETTONS frapés pour le premier jour de
Janvier M. DCC . XxxxIx . avec l'explication
des Types , &c.
I. TRESOR ROYAL .
Le Soleil dardant ses Rayons , d'un côté sur des
Oliviers , de l'autre sur des Palmiers : Crescent hoe
sidere fructus
II. PARTIES CASUELLES .
Une Boussolle : Mittit de pectore curas.
III. CHAMBRE AUX DENIERS.
Un Palmier chargé de fruits , le Soleil en plein
midi , qui le frape de ses Rayons : Ipso foecunda
quot annis.
IV . ORDINAIRE DES GUERRES.
Le Dieu Mars reposant sur un Palmier : Felici in
sede quiescit.
V. EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
Apollon , qui , après la défaite du Serpent Python
, remet ses Fleches dans son Carquois : Educet,
eum fata volent.
VI. BATIMENS DU ROY.
Une Ruche d'Abeilles dans le travail , leur Roy
au- dessus : Urget presentia Regis .
VII. ARTILLERIE.
Un puissant Dogue , enchaîné au tronc d'un
Olivier, & couché, portant ses regards sur une vas➡
te Campagne : Dum mittar in hostem .
ущ
JETTONS DE I L'ANNEE1739.
NT
HO
SYDERE
FR
ECUNDA
QUOTA

DE
b
PECTORE
MITTIT
PARTIES CASUELLES
1739
IV SEDE
FELICE
ORDINAIRE
DES GUERPES
1739
CURAS
QUIESCIT
TRESOR ROYAL
1739
LUD XV.RE
PRESENTIA
CHRISS
RECGIS
DUM
MIT
MITTAR
IN
ARTILLERIE
1739
HOSTED
VII
BATIMENS DU ROY
1739.
VI
VIII
of wash si
IX
EDUCUNT
OPTAT
PIGNORA
GALERES
1739.
PACIS
COMES
IPSO
EDUCET
CHAMBRE AUX
DENIERS
1739
CUM
FATA
EXTRAORDINAIRE
DES GUERRES
73 99
RECEDERS
MARINE
2111739
FIDISSIMA
D
SOLIS
MAISON
LA
DE
REINE
VOLENT
JUSSIT
1739
IGA
MIN
MIS
ASTOR
, LONG
JANVIER 1739 . III
VIII. MARINE.
Neptune sur une Mer calme , montrant de la
pointe de son Trident des Nuages dans le lointain
Recedere jussit.
IX. GALERES.
Les Etoiles de Castor & Pollux , qui annoncent
le calme de la Mer : Optata ducunt pignora pacis.
X. MAISON DE LA REINE .
L'Etoile du matin jointe au Soleil : Comes fidissima
Solis.
RECUBIL des Portraits des Rois de France
depuis Pharamond , jusqu'à Louis XV . dessinés
d'après les Médailles par A. Boizot , Peintre ordinaire
du Roy , & gravés par les soins de Michel
Odieuvre , avec Privilege du Kay , 1738. se vend
chés lui , Quai de l'Ecole , à la Belle Image. Ce titre
se lit dans un Frontispice dessiné & gravé
de très bon goût. Il ne paroît encore que Pharamond,
premier Roy de France. Nous instruirons
le Public de la suite de ce Projet , qui , à en juger
par ce commencement, doit avoir un grandsuccès ..
On mande d'Asterdam , que M. Cliford , a fair
imprimer à ses dépens , & ne distribué qu'à ses
Amis le Catalogue des Plantes de son magnifique
Jardin , rédigé par M. Linneus , sçavant Suedois ,
qui a fait quelque séjour en Hollande . C'est un vol .
in-folio de 140 feuilles d'impression , accompagnées.
de 36. figures en taille - douce . Il a pour titre : Hortus
Clifortianus , plantas exhibens , quas in Hortis
tam vivis, quam siccis , Hartecampi in Hollandia , coluit
Vir Nobilissimus & generosissimus Georgius Cli
ford , Juris utriusque Doctor , reductis varietatibas >
E v
Adi
112 MERCURE DE FRANCE
ad species , speciebus ad genera , generibus ad classes ;
adjectis locis plantarum natalibus , differentiisque
specierum. Cum Tabulis aneis . Auctore Carolo Lan
neo , Med. Doc. Acad. Imp. N. C. Socio.
On écrit de Naples , que sur la fin du mois dernier
, des Ouvriers travaillant à creuser un Etang
près de Portici , avoient trouvé une belle Statuë de
Marbre & un Buste d'ancien Métal de Corinthe.
CANTATES SPIRITUELLES , tirées des Pseaumes
& des Histoires les plus interessantes de l'Ecriture
Sainte , & autres Sujets pieux , à voix seule , avec
Symphonie & sans Symphonie. Composées par M.
Dubousset , Maître de Musique du Roy , pour ses
Académies des Inscriptions & des Sciences. Prix en
blanc 7. livres 10. sols . Se vendent à Paris , chés
l'Auteur , ruë du Platre- Sainte Avoye ; M. Rebout ,
chés M. Meunier , Notaire , ruë de Condé ; la veuve
Boivin , rue S. Honoré, à la Regle d'or ; le sieur
le Clerc , rue du Roule , à la Croix d'or , 1739.
On peut dire qu'un Ouvrage de cette espece manquoit
à la pieté Chrétienne , & il y a lieu d'esperer
qu'on ensera content. LaPoësie en est noble & belle,
la Musique s'annonce avec toute son excellence , par
le nom si connu de son Auteur. Les Sujets en sont
interessans , & traités d'une maniere nouvelle , qui
ne peut manquer de plaire.
Ce premier Recueil contient six Cantates. La premiere
, tirée du Pseaume 83. Quam dilecta , &c.
La seconde , le Triomphe de la Vertu. La troisiéme,
Judith. La quatrième , le Naufrage de Pharaon , &
le Passage de la Mer Rouge. La cinquiéme , tirée du
Pseaume 121. Latatus sum , &c. La sixième , tirée
du Pseaume 147. Lauda Jerusalem , &c.
On mande de Londres , que M. Richard Nash ,
fait
JANVIE R. 1739% 118
fait élever à Bath , dans le milieu de la Place de la
Reine , en l'honneur du Prince de Galles , un magnifique
Obélisque , qui sera de la même hauteur
que celui
que Rameses , Roy d'Egypte , avoit faie
construire à Hiéliopolis , & dont Pline a donné la
description .
Gio Gaetano Tartini & Santi Franchi , Libraires
à Florence , ont publié sur la fin de l'année 1738 .
un Catalogue des Livres Latins , Italiens & François
qui se trouvent chés eux , dont plusieurs sont de
FImprimerie de S. A. R. le Grand Duc de Toscane.
Voici quelques- uns de ceux qui nous ont paru les
plus dignes de l'attention des Gens de Lettres .
BAYERII Historia Osrhoena & Edessena ex num
mis illustrata , 1. vol. in 4. Petropoli , 1734.
DEBIEL Utilitas Rei Nummaria Veteris , 1. vol. in
8. Vienna , 1733.
GORII Columbarium Libertorum & servorum Livia
Augusta, & Casarum Roma detectum in via Appia
Anno 1726. cum Notis M. Salvinii , 1. vol. in
folio , fig. 1727. Florentia.
MENCKENII Bibliotheca eruditorum Militum , të
vol. in 4. Lipsia , 1734.
MEDAGLIONI del Gabinetto del Re di Francia espressi
in 41. Tavole , in foglio , Eleuteropoli , 1704-
MUSEO Farnese in folio , 10. vol. figur. Parma.
VITE d'alcuni Pittori celebri del secolo XVII.
coloro ritratti , e colla Vita di Carlo Maratta , in
fig. Roma , 1731.
14-
HISTOIRE des Plantes qui naissent en Provence ,
par Gavidel , 1. vol. in folio. Paris , 1719.
Les mêmes Libraires avertissent qu'on imprimoit
actuellement à Florence » Jo . Bapt. Donii Patrici
» Florentini LYRA BARBERINA , sive Amphicor-
» diuum , in quo Libro vetus Citharodia , Lyræque
» præ- . Evi
114 MERCURE DE FRANCE

præsertim , ac cithara forma , usus, partes , spe
cies, appellationes illustrantur opus; nunc primùm
» Editum. Accedunt ejusdem Donii De prastantia
Musica veteris ,&c. וכ
On imprimoit aussi dans le même Lieu & dans le
même temps un grand Quvrage , par les soins du
sçavant M. Gori , enrichi de quantité de figures
gravées d'après plusieurs Monumens antiques , qui
représentent les anciens Instrumens de Musique ,
&c. 1. vol. in folio , &c.
Le Sr le Carlier , Gendre de deffunt Sr Porcheron,
continuë la même Pommade , composée de Simples
, autorisée par Lettres Patentes du Roy, accordées
à défunt Porcheron & à ses successeurs , enregistrées
au Parlement , aprouvée de M. le Premier
Médecin du Roy , de M. Helvetius , Médecin ordinaire
de S. M. & Premier Médecin de la Reine ' ,,
de Mrs les Doyen & Docteurs de la Faculté de
Médecine de Paris ; lesquels ont eux mêmes guéri
par le seul liniment & frotement de cette Pommade
, plusieurs Malades de Rhumatismes inveterés ,
goute , douleurs de nerfs , nerfs retirés , Sciatiques
, Paralisies , Enquilauses dans les boetes dès.
genoux , qui ne cédoient point aux Remedes ordinaires
; elle guérit aussi les playes abandonnées , le
lait répandu aux femmes & enflures de jambes , elle
fait transpirer l'humeur au dehors sans aucunes cicatrices
; elle ne se corrompt jamais, & se peut transporter
en toutes sortes de pays. La même Pommade
guerit les maux de tête, les fluxions & les hémoroides.
Il donne la maniere de s'en servir. Les
Pots sont de cinquante sols & de cent sols , cachetés
de son cachet.Il demeure à Paris , rue Pavée, quartier
S. Sauveur , derriere la Comédie Italienne , proche
ba ruë Françoise , au premier Apartement ,
Tableau est expose
où son
DUO
A NEW YORK
JOJO HIERARY.
ASTOR, LEMOX AND
TILDEN FOUNDATIONS..
;
JANVIER. 17397 - 115
********
R
DUO .
Ien ne nous doit plus allarmer ;
Ah ! que ce séjour est aimable !
La Raison y permet d'aimer.
Et l'Amour d'être raisonnable.
SPECTACLES.
E 3. Janvier , les Comédiens François
remirent au Théatre la Tragédie de
Venceslas , de M. de Rotrou. Cette Piece
n'avoit pas éte reprise depuis le mois de Septembre
1729. Le fameux Baron y jouoit alors
le Rôle de Venceslas , c'est le dernier qu'il
aft joué . Il est rempli aujourd'hui par le St
Sarrazin , ceux de Ladislas & d'Alexandre ,
par les Srs du Fresne & Grandval , & ceux
de l'Infante & de Cassandre , par les Dlles
Gaussin & Connell.
En 1680. ces Rôles étoient remplis par les
Srs Baron , Chammeslé & la Tuillerie ; &
par les Dlles Chammeslé & Dupin , &c.
Cette Piece fut imprimée pour la premiere
fois à Paris en 1648. in 4. & dédiée au Cardinal
Mazarin. Le Sujet en est assés simple.
Wenceslas , Roy de Pologne a deux fils ,
Ladislas
118 MERCURE DE FRANCE
'Ladislas & Alexandre , dont les caracteres
sont entierement oposés. Ce dernier craignant
l'humeur violente de son frere , qui
est son Rival , fait l'amour à Cassandre sous
le nom du Duc de Curlande , ensorte que
tous y sont trompés , jusqu'à Ladislas même,
qui hait le Duc , & comme Rival aimé &
comme Favori du Roy & de l'Infant. Ce
Duc , de son côté , aime l'Infante , soeur de
ces Princes , & en est aimé ; & toutes les
fois qu'il la veut demander pour le prix de
ses services , dont le Roy a laissé la récom
pense à son choix , Ladislas lui impose silence
, croyant qu'il veut demander Cassandre.
L'Infant craignant enfin que son frere ,
dont l'amour est peu respectueux , ne se
porte à quelque violence contre Cassandre ,
ou qu'elle même ne se laisse ébloüir par l'éclat
de la Couronne , se détermine à s'introduire
la nuit chés elle sous le nom du Duc ,
pour l'épouser en secret. Le Prince en ayant
avis , se rend sans bruit au Palais de Cassandre
, attend dans l'obscurité le nouvel Epoux,
& tue son frere , croyant tuer le Duc. Le
Roy , instruit du crime , est prêt , après bien
des combats , à venger son fils sur celui qui
tui reste , lorsque le Duc y étant poussé par
l'Infante , demande la grace du Prince pour
prix de ses services. Venceslas ne pouvant
l'accorder comme Roy , se démet de la Cou
ronne
JANVIER 1739 117
n'être pas
ronne en faveur de son fils pour
obligé de le punir , & le nouveau Roy oubliant
les differends du Prince,donne sa soeur
au Duc.
Cette Tragédie est excellente par la conduite
& par les caracteres . C'est la seule de
Rotrou qui soit restée au Théatre , malgré
le goût antique de la versification.Pour qu'on
en puisse juger , en voici quelques fragmens
Le Roy , au Prince , Acte I. Scene II .
Un Roy vous semble heureux , & sa condition
Est douce , au sentiment de votre ambition ;
Il dispose à son gré des fortunes humaines ;
Mais, comme les douceurs, en sçavez-vous les peines
A quelque heureuse fin que tendent ses projets ,
Jamais il ne fait bien au gré de ses Sujets ;
Il passe pour cruel , s'il garde la justice ,
S'il est doux , pour timide , & partisan du vice ;
S'il se porte à la guerre , il fait des malheureux ;.、
S'il entretient la Paix , il n'est pas génereux ;
S'il pardonne , il est mol ; s'il se venge , barbare ;
S'il donne , il est prodigue ; & s'il épargne , avare ;
Ses desseins les plus purs & les plus innocens ,
Toujours en quelque esprit jettent un mauvais sens
Et jamais sa vertu tant soit-elle connuë ,
En l'estime des siens ne passe toute nɩë.
Ladislas
118 MERCURE DE FRANCE
Ladislas.
Ce qu'un Roy doit aux siens , à l'Etat , à soi même,
A ses Confédérés , à la foi des Traités ;
Dedans quels interêts ses droits sont limités ;
Quelle guerre est nuisible , & quelle d'importance ,
A qui , quand & comment il doit son assistance
Et pour garder enfin ses Etats d'accidens ,
Quel ordre il doit tenir & dehors & dedans ;
Ne sçais-je pas qu'un Roy qui veut qu'on le réveres
Doit mêler à propos l'affable & le sévere è
Et selon l'exigence & des temps & des lieux ,
Sçavoir faire parler & son front & ses yeux ?
Mettre bien la franchise & la feinte en usage ,
Porter tantot un masque & tantôt un visage ,,
Quelque avis qu'on lui donne , être toujours pareil,,
Et se croire souvent plus que tout son Conseil ?
Mais sur tout ,& de -là dépend l'heur des Couronnes
Sçavoir bien apliquer les emplois aux personnes ,
Et faire par des choix judicieux & sains ,
Tomber le Ministere en de fidelles mains ,
Elever peu de gens si haut qu'ils puissent nuire ,
Etre lent à former aussi bien qu'à détruire ;
Des bonnes actions garder le souvenir ,
Etre prompt à payer , & tardif à punir ;
N'est-ce pas sur cet Art , leur dis - je , & ces maximes,
Que se maintient le cours des Regnes légitimes ?.
2
Le
JANVIER. 1739 115
1
"
Le Roy à Ladislas. Acte IV. Scene IV.
Je me vois , Ladislas , au déclin de ma vie ,
Et sçachant que la mort l'aura bien-tôt ravie
Je dérobe au sommeil , image de la mort ,
Ce que je puis, du temps qu'elle laisse à mon sort;
Près du terme fatal prescrit par la Nature ,
Et qui me fait du pied toucher ma sépulture ,
De ces derniers instans , dont il presse le cours
Ce que j'ôte à mes nuits je l'ajoûte à mes jours.
Le Roy à son fils . Acte V. Scene IX.
y
Levez-vous , une Couronne , Prince ,
Sous qui j'ai quarante ans régi cette Province ,
Qui passera sans tache en un Regne futur ,
Et dont tous les brillans ont un éclat si pur ,
En qui la voix des Grands & le commun suffrage ?
M'ont d'un nombre d'Ayeux conservé l'héritage ,
Est l'unique moyen que j'ai pu concevoir
Pour en votre faveur désarmer mon pouvoir.
Je ne vous puis sauver tant qu'elle sera mienne ;
Ilfaut que votre tête ou tombe ou la soûtienne ;
Il vous en faut pourvoir, s'il vous faut pardonner ,
Et punir votre crime , ou bien le couronner.
L'Etat vous la souhaite & le Peuple m'enseigne ,
Voulant que vous viviez , qu'il est las que je regne,
La justice est aux Rois la Reine des vertus ,
Et me vouloir injuste , est ne me vouloir plus
Regnez
T20 MERCURE DE FRANCE
Regnez, après l'Etat j'ai droit de vous élire ,
Et donner en mon Fils un Pere à cet Empire.
Le Prince.
Que faites- vous , grand Roy ?
Le Roy.
M'apeller de ce nom ,
C'est hors de mon pouvoir mettre votre pardon.
Je ne veux plus d'un rang où je vous suis contraire.
Soyez Roy , Ladislas , & moi je serai Pere ;
Roy , je n'ai pu des Loix souffrir les Ennemis
Pere
, je ne pourrai faire périr mon Fils ;
Ma seule dignité m'enjoignoit ce refus ;
Sans peine je descends de ce dégré suprême ,
J'aime mieux conserver un Fils qu'un Diadême.
pas;
Je n'y prétends plus rien , ne me le rendez
Qui pardonne à son Roy , puniroit Ladislas , & c.
Quoique le grand Corneille soit , généra
lement bien parlant , bien supérieur à Rotrou
, il y a plusieurs Tragédies de Corneille
, qui ne soutiendroient pas le parallele
qu'on en pourroit faire avec celle- ci. Les
sentimens en sont grands , la conduite fort
interessante , on y trouve les grandes beautés
de la Tragédie.
LC
JAN VIER. 1739. 121
Le 12. Janvier , les Comédiens François
donnerent ( sans l'annoncer la premiere
représentation d'une Tragédie nouvelle , intitulée
Medus,& à la seconde représentation
de cette Piéce , ils y ajoûterent une petite
Piéce nouvelle , d'un Acte , en Prose , qui a
pour titre Le Somnambule.
Voici l'Extrait de la Tragédie.
ACTEURS.
Persès , Roy d'Iberie , de Colchos & d'Ar
menie

le Sr Sarrazin.
Médée , Fille du feu Roy de Colchide , &
Prêtresse de Diane , la Dlle Dumesnil.
le Sr Dufresne,
Medus , Fils d'Egée , Roy d'Athenes et de
Médée ,
Idalide Fille d'Alodétes , autrefois Roy
d'Arménie ,
,
la Dlle Gaussin.
Demarate , autrefois Gouverneur de Medus,
Le Sr le Grand.
Phorbas , Commandant à Colchos , et Confident
de Persès , le Sr Fierville.
Nabarsès , Lieutenant Général des Armées
le Sr Dubreuil.
du Roy ,
Dircé , Confidente de Médée , la Dlle Fouvenot.
Cephise , Confidente d'Idalide , la Dlle Dubreuil
Sacrificateurs , Grands , et Soldats.
LA
122 MERCURE DE FRANCE
La Scene eft à Colchos , dans une Salle du
Palais des Rois , laquelle communique au
Temple de Diane.
C ,
Ette Tragédie , dont l'Auteur ne s'est
pas encore nommé a été bien reçûë
du Public , & continuë d'être aplaudie ; nous
n'en donnerons qu'une espece d'Argument ,
en attendant que l'impression nous mette en
état d'en raporter des morceaux. Voici de
quoi il s'agit.
Médée, Fille d'Etès, Roy de Colchos, après
avoir embrâsé le Palais de Creon ,Roy de Corinthe,
se sauva à Athenes, où Egée prit de l'a+
mour pour elle & l'épousa. De cet Hymen,
naquit unFils, qu'elle fit apeller Medus ; quelque
temps après , ayant été bannie d'Athenes
par Thesée , Fils d'Egée , elle n'eut plus
d'autre ressource que de faire regner Medus
fon Fils à Colchos ; Persès , Roy d'Iberie &
d'Armenie , s'étoit emparé du Trône d'Alodétes
son Frere par un horrible assassinat.
Voilà tout ce qui doit être suposé dans l'avant
Scene ; voici ce qui regarde l'action
Theatrale ; nous suivrons Fordre des Actes
& des Scenes , autant que notre mémoire
pourra nous le permettre.
Idalide , Fille d'Alodétes , ouvre la Scene
avec Cephise sa Confidente ; elle lui aprend
que ses yeux ont été témoins d'un naufrage
qui
JANVIER. 1739. 123
qui l'a remplie d'horreur , & que parmi les
malheureux dont les corps ont été poussés
sur le rivage , elle a reconnu Medus son
Amant , qu'elle avoit vû pour la premiere
fois en Armenie , avant que Persès eût détrôné
& assassiné Alodétes , son Pere. Elle
ajoûte que Medus , par son secours , avoit
repris l'usage de ses sens , & qu'elle lui avoit
donné un azile dans le Palais , pendant l'absence
de Persès , pour le dérober à la furcur
de ce Tyran , qui , par le conseil de la Prêtresse
de Diane , faisoit immoler tous ceux
qui lui étoient suspects ; cette cruauté de
Persès étoit fondée sur les menaces que les
Dieux lui faisoient , au sujet de Médée & de
Medus , son Fils , à qui le Trône de Colchos
apartenoit légitimement.
Medus vient remercier Idalide du genereuz
secours qu'elle lui a donné après son naufrage,
& lui annonce qu'il espere lui en marquer
bientôt sa reconnoissance , par le détrônement
& la mort de l'assassin de son Pere.
On vient annoncer à Idalide la prochaine
arrivée de Persès , ce qui oblige cette Princesse
à presser le départ de Medus ; il se retire
, depeur d'être surpris par le Tyran.
Persès parle d'amour à Idalide , & lui o fre
son Trône à partager , avec lui ; Idalide refuse
fierement & sa main & son Trône ,
& lui reproche la mort de son Pere.
Persès
124 MERCURE DE FRANCE
Persès se plaint à Phorbas de l'orgueil &
du mépris d'Idalide Phorbas l'excite à se
défaire d'un amour qui l'expose à tant d'outrages
, & pour le mieux animer contre cette
fiere Princesse , il lui aprend qu'elle a donné
azile dans le Palais à un inconnu qui
pourroit bien être Medus , ou quelqu'un des
Emissaires de Médée ; Persès en conçoit de
la jalousie , & se prépare à aprofondir cc fatal
mystere.
Médée commence le second Acte avec Dircé,
sa Confidente ; elle lui aprend que Medus
son cher Fils, doit bientôt arriver à Colchos
avec une Flote. Elle expose les raisons qui
l'ont déterminée à se déguiser , sous le titre
emprunté de Prêtresse de Diane ; elle lui dit
que par cette ruse , elle immole tous les jours
ceux qui pourroient lui faire obstacle dans le
juste projet qu'elle a formé de faire remonter
Medus sur le Trône paternel ; elle ajoûte
qu'elle a vû un Etranger dans le Palais, à qui
elle a fait dire de lui venir parler. L'Etranger
en queſtion arrive , c'est Demarate ancien
Gouverneur de Medus ; Medée lui demande
avec empressement des nouvelles de son
Fils Demarate lui aprend , les larmes aux
yeux , que la Flote que Medus conduisoit
à Colchos , ayant été dispersée par un furieux
orage , le Vaiffeau de ce malheureux
Prince avoit fait naufrage , & qu'il avoit été
enseveli
JANVIE R. 1739 , 125
enseveli sous les ondes . Médée au desespoir
, jure d'immoler Persès aux Manes de
son Fils.. Elle presse Demarate de partir sur un
Vaisseau qu'elle lui fera donner pour pour aller
rejoindre la Flote qui doit servir sa vengeance
; Dematate lui promet d'executer ses
ordres avec un zele ardent , il lui dit auffi
que la Princesse Idalide lui a fait dire qu'elle
avoit à lui parler ; Médée , loin de l'en détourner
, l'y engage ; mais elle lui recommande
le fecret de fon fort & de celui de fon
Fils.
Idalide vient parler à Démarate , & le prie
de vouloir recevoir de fa main un dépôt pré
cieux ; Démarate lui promet une fidelité
à toute épreuve.
On amene Medus , conformément aux
ordres qu'Idalide a donnés ; Medus est agrea
blement surpris de revoir fon cher Gouverneur
; Démarate qui le croyoit mort , est encore
frapé d'un plus grand étonnement ; mais
craignant de le faire connoître , ou d'être
furpris , il lui dit de partir fans differer , d'un
rivage fi dangereux pour lui.
Persès entre , & furprend ces deux inconnus
avec Idalide ; il demande à Medus quel
est fon nom ; Medus lui répond fierement
qu'il ne l'aprendra jamais de fa bouche ; Persès
le demande à Démarate,qui lui fait croise
que c'est Iphicles , Fils de Créon , qui
pourfuit
126 MERCURE DE FRANCE
pourfuit Médée & Médus fon Fils ; Persès ne
çait ce qu'il en doit croire , mais Phorbas
lui vient dire de la part de Médée , que cette
Prêtresse répond de lui , & lui ordonne au
nom de la Déesse , de le faire retourner dans
fa Patrie ; il confent qu'on lui donne un
Vaiffeau pour parr ; Démarate obéït avec
plaifir , pour aller joindre la Flote des
Grecs.
Medus ne ceffant point d'être fufpect à
Persès , ce Tyran ordonne qu'on le tienne
enfermé jusqu'à nouvel ordre.
Les pleurs d'Idalide réveillent la jalousie
de Persès ; il croit que ce fier Etranger est
Medus , ou tout au moins son Rival ; il dit
à Idalide qu'elle ne peut le fauver qu'en lui
donnant la main. Après quelques combats ,
Idalide fe détermine à fauver fon Amant par
fon hymen avec Persès , bien réfoluë de ne
pas furvivre à la perte de Medus.
Idalide , dans un court Monologue du
troifiéme Acte, fait entendre aux Spectateurs
qu'elle a obtenu la liberté de Medus , aux
conditions que Persès lui a imposées.
Medus vient , Idalide le preffe de partir ,
& l'en conjure d'une manière à lui donner
tout à craindre pour elle & pour luimême.
Persès vient annoncer à Idalide , que tout
est prêt pour leur hymen , & que la Prêtresse
de
JANVIE R. 1739. 127
'de Diane les attend à l'Autel. Medus , frapé
d'un discours fi fatal à fon amour , ne peut
retenir fes tranfports ; il fe fait connoître
pour Rival ; Persès frémit au nom de Rival ;
il le foupçonne d'être Medus , & jure de l'immoler
, quel qu'il foit , ou à fon ambition ,
ou à fon amour , il ordonne à fes Gardes de
le remener en priſon.
Idalide , que Persès accable de nouvelles
menaces , lui dit qu'elle va l'attendre à l'Autel
, s'il ose y venir , & qu'elle ne doute
point que les Dieux ne la vengent de la violence
qu'il veut lui faire . -
Persès ne refpire que vengeance ; il veut
confulter la Prêtresse ; elle le prévient , &
s'avance vers lui . Il aprend à Médée tout ce
qui vient de se paffer ; Médée , persuadée
que Medus est mort , ne comprend rien à
tout ce que Persès lui dit , pour lui perfuader
que le Rival qu'il tient prisonnier , eft le
même Medus dont les Oracles des Dieux le
menacent. Médée lui demande fi le Prifonnier
lui a déclaré qu'il foit Medus ; le Tyran
lui répond qu'il fe cache en vain fous le nom
d'Iphiclès à ce nom d'Iphiclès , Fils de
Creon , Médée , craignant d'être découverte
, fi elle paroît à fes yeux , dit à Persès
qu'elle ne doute plus que ce ne foit Medus ,
qu'il n'a qu'à le lui envoyer fans bruit , de
peur que le Peuple ne s'arme pour lui. Perses .
Ꮐ Lo
128 MERCURE DE FRANCE
fe rend à un confeil qui lui paroît fi falutaire .
Médée fe détermine à immoler Iphiclès
avant qu'il puiffe la reconnoître.
Au quatriéme Acte, Médée s'affermit dans
la croyance que c'est Iphiclès qu'on va lui
amener pour victime , & perfifte dans le
dessein de l'immoler fans Jui donner le
temps de jetter un regard fur elle .
Idalide vient implorer la pitié de Médée
pour fon Amant , mais elle la trouve inexorable.
Persès vient affitter au Sacrifice qu'on va
lui faire de fon Rival ; on amene la victime ;
Médée leve le bras pour fraper , mais à peine
a-t-elle jetté un regard fur Medus , qu'elle
fufpend le coup prêt à partir ; elle feint d'être
infpirée par Diane ; elle dit à Persès. que
Déesse refufe le Sang qu'on lui veut offrir .;
Persès obéit à regret , on remene Medus ,
avec ordre de le garder soigneusement.
la
Persès murmure contre l'ordre de Diane
qui arrache fon Rival à fa vengeance ; Médée
lui confirme l'ordre de la Déesse , & le menace
de périr , s'il ne s'y foûmet aveuglément.
On vient annoncer à Persès que la Flote
Grecque a abordé le rivage , & s'avance en
faifant retentir le nom de Medus ; Médée
pour s'accréditer encore plus dans son esprit,
lui dit qu'il voit bien qu'elle ne l'a point
trompé
JANVIER. 1739 : 129
trompé , puifque Medus vient fe livrer entre
fes mains. Persès , plus crédule que jamais ,
remet l'autorité fouveraine à Médée , pendant
qu'il va combattre l'ennemi qui s'avance
.
Nous passerons légerement, sur le dernier
Acte , qu'on a trouvé le plus défectueux.
Médée annonce aux fideles Sujets de son
Pere , que Medus vient détrôner l'Usurpateur
, elle le fait venir , & l'arme d'une épée
trempée dans les eaux du Styx , en présence
d'Idalide , qui est au comble de la joye.
Après plufieurs fauffes allarmes qu'on vient
donner à Médée , Persès vient lui - même ; il
l'accable de reproches , ne doutant point
qu'elle ne foit d'intelligence avec fes ennemis
, puisque ce même Démarate à qui elle
a procuré la liberté , fe trouve à leur tête. I
se flate de les voir périr , attendu qu'ils font
entrés dans Colchos , où ils trouveront leur
perte infaillible. Médée brave fa vengeance,
& lui annonce qu'il va périr lui - même. Enfin
Medus arrive triomphant ;Persès ſe voyant
trahi par ceux même fur qui il comptoit le
plus , se donne la mort.
Le 6. Janvier , l'Académie Royale de Mu
fique ajoûta une nouvelle Entrée , intitulée .
Les Amours du Printemps , au Ballet des Caracteres
de l'Amour , dont on a parlé dans les
Gij pré13
MERCURE DE FRANCE
précédens Journaux ; cette nouvelle Entrée,
a été interrompue après la feconde repréſentation
. La Mufique est du même Auteur .
& les paroles de M......
Le 9. le Roy partit du Château de la Meute
, pour venir à Paris , voir l'Opera d'Atys.
S. M. y arriva à cinq heures précises , & fur
placée fur un Fauteuil dans fa Loge , accompagnée
du Prince de Conty , du Duc de
Bouillon , Grand Chambellan , du Prince
Charles , Grand Ecuyer , du Duc d'Ayen ,
Capitaine des Gardes du Corps , du Duc
d'Aumont , Premier Gentilhomme de la
Chambre , du Marquis de Beringhen , Premier
Ecuyer , du Marquis de Montmirel ,
Capitaine des Cent - Suisses , &c. L'Opera
fut joué dans sa plus grande perfection ; tous
les Acteurs , animés par la présence du Roy,
ayant fignalé leur zele , deforte que rien n'a
été oublié pour faire voir à S. M. ce magnifique
Spectacle dans tout son luftre. il fut
terminé par le Pas de Six, dansé par les Dlles
Sallé & Mariette , & par les Srs Dumoulin
, Dupré , Javilier & Maltaire , l'execution
ne laiffa rien à defirer. S. M. qui en parut
satisfaite , auffi - bien que de l'Opera ,
partit de Paris à neufheures , pour retourner
à Versailles.
-Le 22. on remit au Théatre l'Opera d'Aleste
, dont le succès n'a pas démenti l'attente
JANVIER . 1739. 131
tente du Public ; le Sujet ayant toujours paru
un des plus éclatans qu'on ait vu sur la Scene
Lyrique : auffi a - t- il été reçû favorablement
du Public ; il n'avoit pas été repris depuis le
mois de Novembre 1728. L'Extrait qu'on en
a donné dans le fecond Volume de Decembre
de la même année , nous difpenfe d'en
parler plus au long.
د
Le lendemain , le Roy honora la feconde
représentation de cet Opera de sa présence .
S. M. étoit accompagnée dans sa Loge de
MADEMOISELLE
, de MADEMOISELLE DE
CLERMONT & des Grands Officiers
dont on vient de parler. Le Spectacle fut
beaucoup plus brillant que le jour que le
Roy vit l'Opera d'Atys , S. M. n'étant accompagnée
ce jour - là que des Princes & Seigneurs
de sa Cour , au lieu que dans la représentation
dont nous parlons , toutes les
Princesses & les Dames de la plus grande
qualité , en Corps - de-Robes , et dans leur
plus grande parure , occupoient une partie de
l'Amphitheatre , et presque toutes les Loges ,
retenues par ordre du Roy , ce qui formoit
un coup d'oeil qu'on ne sçauroit exprimer.
Cet Opera est fort bien remis ; les principaux
Rôles sont remplis , sçavoir ceux
d'Alceste , de Proserpine , et de Cephise .
par les Dlles Peliffier , Monville et Felt ;
et ceux d'Alcide , de Licomede , d'Admete ,
G iij
9
et
?
132 MERCURE DE FRANCE
et de Pluton , par les Srs le Page , Albert ,
Tribou , et Lefebvre . Les Ballets composés
par le Sr Blondi , sont variés et trés - bien caracterisés.
Les habits sont aussi riches que
convenables aux divers caracteres. Entre les
décorations , on distingue celle du Palais de
Platon ; celle du fecond Acte , où l'on voit
le Combat et l'Escalade du Siege de la Ville
de Scyros ; et celle du dernier Acte font un
très-bel effet.

Le 13. Janvier , les Comédiens Italiens.
donnerent une Piece nouvelle en Prose et en
un Acte , suivie d'un Divertissement , intitulée
les Sinceres ; elle est de la compoſition .
de M. Marivaux , et a été très- bien reçe ,
on en parlera plus au long.
Le 30. on donna une autre Comédie
nouvelle en Vers et en trois Actes , qui a
pour titre le Rival favorable. Cette premiere
repréfentation et les fuivantes ont été
généralement aplaudies. Cette Piece est de
la compofition de M. de Boiffi . Nous ne
manquerons pas d'en donner l'analyse , I
LETTRE
JANVIER 17398 133
LETTRE de l'Auteur de la Comédie de
l'Ecole du Temps à Mr D.L. R. pour fervir
de Réponse à la Lettre d'un Provincial
à un de fes Amis de Paris , inserie dans
lé premier Volume du mois de Décembre
1738. au fujet de la même Comédie.
MONSIE ONSIEUR ,,
Comme je n'ai pas l'honneur de connoître
l'Auteur de la Lettre à laquelle je me
propose de répondre aujourd'hui , vous me
permettrez de m'adresser à la correspondance
générale du Parnasse.
Il y a déja quelque temps que l'on m'a annoncé
l'Ecrit qui vient de paroître dans le
Mercure je l'ai attendu avec les disposi
tions convenables à la foiblesse de mon âge.
& de mes talens. Je cherche moins à me
justifier qu'à m'instruire. La critique nous
sert mieux que l'eloge ; mais on doit être
également flaté de l'un & de l'autre.
J'ai donc un double remerciment à faire
à l'Auteur de la Lettre en question : d'un
côté , il me fait la grace de m'avertir de ce
qu'on trouve à reprendre dans ma Piéce , ( &
Giiij je
134 MERCURE DE FRANCE
je soupçonnerois volontiers son indulgence
& sa politesse d'avoir abrégé cet article : )
d'un autre côté , il se charge généreusement
du soin de ma deffense , du moins en partie.
Il étoit bien capable de le faire en tout ;
mais il a feint modestement de se trouver
dans l'embaras sur la scene d'Arlequin , afin
aparemment de me laisser le mérite de répondre
moi- même à cette derniere objection.
C'est ce que je vais faire de mon mieux,
après avoir ajoûté quelques observations à
celles que l'Auteur de la Lettre a faites
pour
justifier le Titre de Comédie que j'ai donné à
na Piéce.
Ce Titre a déja été disputé plusieurs fois
aux Piéces Epifodiques. Est- ce avec raison ?
C'est ce qu'il ne m'apartient pas de décider.
Je me contenterai de raporter ici ce que
l'un de nos meilleurs Auteurs ( a) en ce genre,
a dit à ce sujet dans une Préface ( pag. 7. )
fort ingénieuse , qu'il a mise depuis peu à la
tête de ses Oeuvres de Théatre (b) . Il avoit
à se justifier d'un reproche tout semblable.
موع
Une allégorie ingénieusement imaginée , g
beureusement soutenue par un remplissage brillant
, qui peint le moeurs du jour & qui faisit
des ridicules nouveaux , mérite, je crois , le nom
( a ) M. de Boissy.
( 6 ) Elle fe vendent chés Prault pere , Quai
Gêvres.
de
JANVIE R. 1739. 135
de Piéce , autant que la plupart des Comédies
d'un Acte , dont le fonds d'une intrigue triviale
forme le noud grossiers ou qui roule sur le pivot
d'un caractere usé , ou à peine ébauché, s'il
n'est pas rebattu , & dont un mariage prévu
dès la premiere Scene , fait toujours le dénouement
uniforme . Contentez vous , s'il vous plaît,
de ce peu de mots pour genre allégorique :
peut-être même font- ils de trop.
le
Au surplus , ma faute , ( si c'en est une
d'apeller Comédie une Piéce Episodique ; ).
cettte faute , dis- je , m'est commune avec
tous ceux qui se sont exercés dans ce genre ,
aussi susceptible qu'un autre de l'utile & de
l'agréable , du plaisir & de l'instruction .
Les Censeurs dont l'Auteur de la Lettre a
soin de raporter les discours , paroissent s'écarter
de la justesse du raisonnement qu'exige
une saine Critique , lorsqu'ils disent , que
pour accorder à l'Ecole du Temps le Titre de
Comédie , il faut que toutes les Piéces que
nous a donnée: juſqu'à préſent ſon: ce même
Ture , n'en ayent point les qualités , &c .
l'on
Les Piéces Episodiques ne disputent point
aux Piéces d'intrigue & de carectere, le mérite
de la liaison des Scenes , de la gradation,
de l'interêt , de la surprise , du denoüement..
Pourquoi les autres Comédies refuseroientelles
de partager ce nom avec celles qui font:
purement Episodiques , comme la mienne 2
G. V.
Cz
136 MERCURE DE FRANCE
Ce seroit leur disputer un bien foible avantage
: les autres leur sont si fort supérieures
en tout le reste ? Ne sçauroit- il y avoir des
Comédies de différens genres ? Ce seroit
vouloir enlever à Thalie un de ses caractéres.
(Voyez la Piéce de M. Fdgan , qui porte
ce nom ).
Les Censeurs qui m'ont honoré de leur
attention , se trompent encore , lorsqu'ils avancent
que Moliere & Regnard n'ont rien
fait dans ce genre.
>
L'un est Auteur des Facheux , qui n'eșt
autre chose qu'une Piece Episodique . L'Autre
a fait les Souhaits , petite Comédie , aussi
Episodique , qui n'a point été représentée ,
mais que l'on trouve dans ses Ocuvres. Je
ne parle point ici des Esopes de Boursault
& de sa Comédie fans Titre, qui n'ont d'autre
avantage sur les autres Piéces Episodiques
, que de l'être en cinq Actes également
instructifs & amusans. Mais c'est , si je ne
me trompe , disputer trop long-temps sur
un nom que l'usage a rendu tolérable , &
même nécessaire . Puisque l'Ecole du Temps
a eu le bonheur de plaire au Public , son
Titre n'est-il pas sufisamment justifié ?
La seconde objection que l'on me fait, me
paroît bien plus essentielle. On m'accuse
d'une contradiction, de laquelle il est à propos
que je me justific auprès de l'Auteur de
la
JANVIER. 17398 137
la Lettre , s'il est vrai qu'il ait été capable
d'adopter un seul instant une critique à laquelle
il donne avec raison le nom de spécieuse
: elle n'est en effet que cela. Une fecture
attentive des deux Scenes dont il s'agit,
dissiperoit bien-tôt l'illusion.
Dans la troisiéme Scene , il n'est question
que de l'emploi du temps . La Vérité exhorte
Dorante à s'occuper , sous peine de ne goûter
aucun plaisir véritable ; parce que le plaisir
doit être acheté par le travail : voilà tout
le plan du rôle de la Vérité dans cette Scène .
J'avoue qu'elle ne dit pas les mêmes choses
à Arlequin , ( la répétition seroit ridicule :)
mais lui dit - elle quelque chose de contraire?
C'est ce qu'on ne sçauroit prouver. Il n'y a
donc point de contradiction dans ce discours
; il n'y en pas davantage dans la morale.
Quel est en effet le but que je me suis
proposé dans la Scene d'Arlequin De guérir
, s'il se peut , les hommes de trois folies
également préjudiciables à leur repos . De
laisser fuir le temps présent sans en profiter ;
de regretter vainement le temps qui n'est plus,
& de vouloir pénétrer dans les temps à venir.
Cette Scene embrasse ces trois objets ; -
elle les combat par la bouche d'Arlequin
qui rit en Philosophe de ces erreurs.
Que répond la Vérité ? Mais ( dit- elle' } }
G..vj , n'avez138
MERCURE DE FRANCE
n'avez - vous point vous - même à vous plain
dre du temps ? Arlequin lui réplique :
Bon, bon ! Vous vous mocquez : Eſt-ce -là mor
affaire ?
Hors le chagrin tout me convient ,
Et je prens le temps comme il vient .
Ces vers donnent une idée claire & géné
rale de toute cette derniere Scene , qui forme
pour la Piéce un dénouement , ( que l'on
me passe le terme. ) Dans cette même Scene
, il n'est pas question de la maniere dont
on doit employer le temps, mais de la façon
dont il faut le prendre : il est essentiel de
saisir cette difference .
Parce qu'Arlequin décrit ses différens amusemens
dans chaque Saison , dont il sçait
toujours profiter , on veut en conclure qu'à
T'exemple de Dorante c'est un homme oisif,
inutile on me permettra
de dire que la con--
séquence n'est pas exacte.
Arlequin ne dit rien qui puisse faire sentir
qu'il soit sans cesse occupé de ses divertissemens.
Il détaille ceux qu'il prend dans tous
les temps ; il fait passer en revûe les plaisirs
de toutes les Saisons : mais il ne dit point
que son occupation unique, actuelle, &jour.
naliere, soit de ne faire autre chose que se
divertir.
Il n'en est pas de même de Dorante , qui
du
JANVIER. 1739.
132
du matin au soir s'amuse à faire des riens.
Son récit embrasse tout le temps de sa vie :
celui d'Arlequin est restraint à certaines circonstances
momentanées , que l'on pourroit
apeller ses heures de récréation,récréation qu'il
prend relativement aux plaisirs que chaque
Saison hii présente. Encore une fois , ces.
deux Scenes sont absolument distinctes dans
leur objet , & n'offrent point ( du moins selon
moi ) la moindre contradiction .
Je croirois mal reconnoître la faveur que
m'ont faite quelques Personnes , en m'honorant
de leurs critiques , si j'employois plus de
temps à me justifier auprès d'elles d'une prétendue
contrariété , dont leur discernement.
me justifiera beaucoup mieux qquuee jjee nneepourrois
faire . J'ai seulement hazardé quelques
réflexions , que j'ai cru devoir à celles dont
on a bien voulu me faire part, par l'entremise
du Mercure de France. Je me sers de la
'même voye pour répondre à des objections.
toutes nouvelles pour mor puisqu'elles
n'ont été faités dans aucun des Ecrits Périodiques
qui ont parlé de l'Ecole du Temps.
Je réitere mes remercimens à l'Auteur de
In Lettre je le suplie d'être persuadé de la
sincérité de ma reconnoissance . S'il juge à
propos de persister dans ce qu'il a écrit : Sub
judice lis est ; le Tribunal nous est ouvert. Le
Critique est l'Accusateur : l'Auteur est l'Ac-
:
,
cusé..
140 MERCURE DE FRANCE
cusé . Le Public est le Juge : je n'apellerai
jamais de ses décisions .
Permettez , Monsieur , que je profite de
cette occasion pour vous affurer de la parfaite
estime avec laquelle j'ai l'honneur d'être,
& c .
PESSELIER
NOUVELLES ETRANGERES..
TUR QUI E.-
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Smirnė
au mois de Novembre dernier.
Aré Bey Oglu , qui s'est tant fait craindre aux
environs de Smirne , est fils d'un des plus riches
Officiers de l'Empire Ottoman. Sa Mere l'éleva dès
sa plus tendre jeunesse dans des fentimens de vengeance
, parce qu'à la mort de son Pere on l'avoit
privé , par ordre de la Porte , d'une grande partie
de ses richeffes , & enlevé sa Soeur pour l'enfermer
dans le Serail.
Comme il lui reftoit néanmoins des Biens consiconsidérables
en Natolie , il y a formé une faction
de Mécontens , qui fe font fortifiés dans les Mon--
tagnes de Bosdag & de Diagli Bogaffe , remplies de
voleurs qui courent le Pays , entre les Rivieres de
Sarabat & de Madre. Il a établi La Place d'Armes
dans un vieil Château , fortifié fur la cime d'une
Montagne , & entouré de Ravines , deforte qu'il
eft hors de la portée de toute Artillerie.
Sese
JANVIER. 1739 141:
foit
Ses Lieutenans font retranchés dans les Défilés
des Montagnes & dans de vieilles Maſures. Il fem--
ble que le deffein de ces Rebelles ait été de s'aprocher
de la Mer , & principalement de Smirne ,
pour piller la Ville , foit pour s'en emparer , afin de
forcer la Porte à leur faire de grands avantages ,
cette Ville étant une des plus riches de cet Empire ,
par son Commerce , &c.
·
On a remarqué que les premieres démarches de
Saré Bey ont été pleines de douceur & de bons
offices envers les Caravanes & envers les Habitans
des Villes et de la Campagne , dont il vouloit fe
faire connoître & aimer. Lorsque les Conducteurs
des Chameaux alloient de quelque côté où il y avoit
du péril , ou peu de profit à faire fur leurs Marchandifes
, il les forçoit de changer de route , leur
donnant des fauvegardes & de bonnes eſcortes ,
pour les conduire dans des Pays où ils pûffent trouver
de plus grands avantages. Il faisoit voir aussi
par cette conduite , qu'il étoit bien informé de la
disette ou de l'abondance des differentes contrées
de l'Asie Mineure , & qu'il y avoit de bons amis .
On affûre qu'il a eu la hardieffe de faire ſcavoir
au Grand-Vifir la fituation où il étoit , lui protestant
qu'il mourroit les Armes à la main , s'il n'obtenoit
un dédommagement convenable des Posseffions
qu'on lui avoit enlevées . On prétend auffi
que le Kiaia , qui fut étranglé il y a deux ans , entretenoit
des liaisons secrettes avec ce Rebelle .
Quoiqu'il en foit , fes remontrances & ses menaces
ayant été méprifées à la Porte , il commença fes
hoftilités contre tout ce qu'il trouvoit apartenir au
Grand Seigneur , & aux Courtifacs , fans toucher.
encore aux biens des l'articuliers , qui fe loiioient
beaucoup de sa modération & de fes bienfaits. Cependant
les reffources commençant à lui manquer ...
il
142 MERCURE DE FRANCE
il eut recours aux Contributions qu'il impofâ fur
les Villages , Bourgs & Villes , fous peine d'execu
tion Militaire ; & comme cela ne fuffifoit point encore
pour les befoins , il prit la réfolution d'enlever
l'argent , les Draps & les meilleurs Effets des
Caravanes.
Le Sérail fut bien -tôt informé de ces défordres ,
mais il les méprisa encore , foit par fierté , ou parce
que le Sultan avoit fur les bras d'autres affaires plus
preffantes. Cette conduite donna aux Rebelles une
telle hardieffe , qu'un de leurs Détachemens d'environ
3000. hommes s'avança jufqu'à la vûë de
Smirne , cette Ville , quoique très - grande & trèspeuplée
, & défendue d'ailleurs par une forte Citadelle
, fut incontinent remplie de la plus affreufe
confternation . La rue des Francs , c'est - à - dire des
Marchands François , Anglois , Hollandois & Italiens
, étoit furtout dans un defordre inconcevable ,
& chacun apréhendant un maifacre géneral , déménageoit
& emportoit ses meilleurs Effets à bord des
Navires qui étoient dans le Port. A mesure que
les Magafias se vuidoient , on y mettoit les femmes
aveé leurs enfans , qui y faifoient ces cris les
plus touchans .
Parmi cette confufion , le Conful de Hollande
montra beaucoup de conduite & de fermeté ; il fic:
mettre ceux de fa Nation fous les Armes , & amarer
un grand Navire de charge au bout de la Galerie
de la Maifon , pour fervir de retraite en cas de
néceffité . L'entrée de cette Maiſon étoit fortifiée
d'une Batterie de fix Pieces de Canon avec quantité
de Grenades & une nombreuse Garde . Il fit armer
en même temps une Compagnie de 60.
hommes
dont le jeune M Renard , d'Amfterdam , étoit Capitaine
, pour faire la ronde pendant la nuit, & pour
être informé par- là , à chaque moment , de ce qui
pourroit:
JANVIE R. 1739. 143
pourroit concerner le fervice de la Nation , ou pour
une Retraite , ou pour une génereuſe défenſe .
A la pointe du jour , le Commandant des Rebelles
, qui étoit un des Lieutenans de Saré Bey , fit
propofer une Contribution & une entrevue , pour
préferver la Ville du pillage . L'un & l'autre lui
ayant été accordé , il eut la témérité d'entrer dans
la Ville , & y fut bien reçû de la Régence. On lu
paya 15000. Piaftres , & on lui fit des préfens , enfuite
de quoi il fe retira . On aprit depuis que ce
Commandant n'avoit pas avec lui 800. hommes armés
, & que tout le refte n'étoit que de la canaille
& des vagabonds , qui s'étoient joints pour piller .
La frayeur étant calmnée , on se regarda les
uns les autres avec étonnement , de ce que
40000. hommes , capables de porter les Armes ,
s'étoient laiffés affronter dans leur Ville par une
troupe de Bandits. C'eſt l'effet d'une terreur panique
, dont les Grecs & les Turcs ne sont que trop
fufceptibles.
Le bruit de cette Action ayant été porté à Constantinople
, & les Ambaffadeurs des Nations commerçantes
ayant fait au Divan les repréfentations
convenables , la Porte a enfin pris la réfolution
d'arrêter ces défordres ; elle a d'abord envoyé à
Smirne 2000. hommes pour couvrir la Ville . Ces
2000. hommes étoient campés à deux lieuës de la
Ville , lorsque des Couriers vinrent annoncer que
les Rebelles reparoiffoient ; il n'en fallut pas davantage
pour jetter de nouveau la terreur dans la Ville
& parmi cette Milice , qui abandonnant Tentes &
Bagages , le fauva à toutes jambes fous le Canon de
la Citadelle . Mais le lendemain les Turcs aprenant
qu'on leur avoit donné une fauffe allarme , retournerent
à leur Camp , & firent empaler quelques
Payfans , qui avoient commencé à piller les Bagages.
144 MERCURE DE FRANCE
ges. Le Camp ayant été depuis renforcé par de
nouvelles Troupes & de l'Artillerie , ils fe font mis
en marche pour faire tout de bon la guerre aux Révoltés.
Le Détachement qui avoit fait tant de peur
& qui s'étoit arrêté pour piller aux environs d'Ephefe
, a été atteint , battu & défait. On a porté à :
Smirne plufieurs facs remplis de Têtes de ces Rehelles
, & on les a envoyées à Conftantinople..
AFRIQUE.
Es Lettres qu'on a reçues de Barbarie , mar-
Lqüent,que les troubles qui agitent depuis longtemps
le Royaume de Maroc , paroiffent aprocher
de leur fin ; que Muley Abdallah , s'étant rendu
odieux à toute l'Afrique par les cruautés , & ayant
perda Pefperance de regner , a pris le parti de se retirer
en Guinée ; que Muley Hamet Muſtardy eft
actuellement le feul qui difpute la Couronne à
Muley Hamet Ben Lariba , & que le fecond étant
foutenu par les Noirs , & étant en poffeffion de la.
Ville de Miquenez , on ne doute prefque point qu'il
ne l'emporte. fur fon Concurrent.
RUSSIE.
Na reçu avis depuis peu à Pétersbourg , lán
nouvelle d'ungrand Incendie arrivé à Archana
gel , Ville de la Grande Ruffie , dans la Province
de Dwina , près de l'embouchure de la Riviere de
ce nom. Le feu y prit le 24. Décembre dernier , &
il fit en peu de temps de fi grands progrès , que
1300. Maifons ont été réduites en cendres . On a
eû beaucoup de peine à arrêter le feu , parce que la
plupart des Maifons de la Ville ne font bâties que
de bois , ainfi que daas beaucoup d'autres Villes de
la Mofcovie.
2
HANOVER
JANVIER. 1739 145
HANOVER.
ON mande du commencement de ce mois, que
les Troupes que la Régence d'Hanover a envoyées
pour prendre poffeffion du Château de Steinhorst
, s'y font retranchées , & qu'elles font actuel
lement en état de fe défendre , en cas d'attaque ,
jufqu'à l'arrivée des fix Régimens qui font en marche,
pour les foûtenir. Le Colonel Mayder, qui les :
commande , leur fait obferver une exacte difcipline,
& il a défendu à fes Soldats , sous peine de la vie ,
de caufer aucun dommage aux Habitans de ce Bail--
liage , fous quelque prétexte que ce puiffe être.
On a apris de Coppenhague , que le Roy de Dannemarck
a été fort furpris que le Détachement de
Les Troupes , qui étoit à Steinhorst en garniſon , airété
attaqué par les Troupes de Hanover & obligé
d'abandonner ce Château, S. M. D. prétend que
M. Ahlefeldt le lui avoit cedé avant que de le vendre
à M. de Wedderkopen , pour en jouir , au cas d'extinction
des héritiers mâles de la Famille d'Ahlefeldt,.
& qu'ainfi ni lui ni perfonne de fa Famille n'a eu
droit d'annuller cette difpofition , de la changer , ni
d'en faire aucune autre qui y fût contraire ; que
fupofé que le Duc de Holstein Gottorp ait eu de
fon côté quelque droit fur ce Château & fur fes dé
pendances , il n'a pu , fans injuftice , le céder à qui
que ce foit , au préjudice de la Couronne de Dannemarck,
& qu'on devoit s'attendre d'autant moins
à ce qui venoit d'arriver , que la Cour de Dannemarck
croyoit avoir prévenu tout incident de cette
nature , par la précaution qu'elle avoit euë en der-.
nier lieu de donner avis auRoy de la Grande Bretagne
de la ceffion faite anciennement par M. Ahlefeldt.
S. M. D. étant dans le deffein de foûtenir les
prétentions , a envoyé ordre à plusieurs des Régimens
..
46 MERCURE DE FRANCE
mens qui font dans le Jutland & dans le Holſtein ,
de marcher inceffamment , pour entrer dans ce Bailliage
, & on aflûre que ces Troupes feront joms
par le Régiment des Gardes à pied du Roy de Dannemarck.
Quelques-unes de ces Troupes ont déja
commencé à se mettre en mouvement , & elles
doivent s'affembler à quelque diftance de la Ville
de Hambourg , & y attendre de nouveaux ordres
de la Cour de Dannemarck.
Malgré les préparatifs de guerre de cette Cour &
de celle de Hanover , on efpere que leurs differends
pourront fe terminer bien- tôt à l'amiable, par l'entremife
de quelque Puiflance .
HAMBOUR G.
LF de ce mois , les Habitans de cette Ville s'affemblerent extraordinairement , pour déliberer
fur les mesures qu'il convient de prendre à
l'occafion des differends furvenus entre le Roy de
la Grande- Bretagne & le Roy de Dannemarck , &
de la marche des Troupes que ces deux Puiflances
fe difpofent à envoyer dans le Balliage de Stein-
સે
horft ; & ils réfolurent de doubler la garde des
portes de cette Ville , & des principaux poftes des
environs.
Afin que les Soldats de la Garnifon ne fe fatiguent
pas en montant des gardes trop fréquentes ,
il a été ordonné que les Bourgeois monteroient alternativement
la garde avec eux.
Depuis qu'on a apris que plufieurs Régimens des
Troupes Danoifes avoient reçû ordre de fe rendre
dans le Bailliage de Steinhofft , tous les Habitans
des Campagnes voifines de cette Ville fe fauvent à
Hambourg avec leurs principaux Effets , & il y eft
déja arrivé plus de 6co. Chariots chargés de meubles
, de grains & d'autres denrées .
LL
JANVIER. / 1739.
147
11 paffa à Hambourg le 6. un Courier
que que le Miniftre qui réfide à Hanover de la part
d Roy de Dannemarck , a envoyé à S. M. D.
pour lui porter quelques Dépêches qu'on dit donner
l'efpérance d'un prochain accommodement,
C'eft le troifiéme que ce Miniftre envoye à Coppenhague
au fujet de la méfintelligence entre cosdeux
Cours.
L
ALLEMAGNE,
'Abbé Salvatico , Miniftre du Duc de Modene,
eut le 2.de ce mois une audience de l'Empereur ,
& il reçut de S M. I. au nom du Prince fon Maître
l'Inveftiture du Duché de Molene , de l'Etat de la
Mirandole , & des Fiefs qui en dépendent .
Le 30. du mois paffé , l'Empereur fit auffi la Cérémonie
de donner l'Inveftiture de la Principauté
de Conftance à l'Evêque d'Ausbourg , & le Baron
d'Ulm , Chanoine d'Ausbourg & d'Eychſtadt , la
reçut au nom de cet Evêque .
Course de Traîneaux.
N mande de Berlin , que la grande quantité
de neige tombée aux environs de cette Ville,
donnant la facilité de courir en Traîneaux , le Duc
de Holſtein & plufieurs Seigneurs de la Cour firent
le 2. de ce mois dans les rues de Berlin , une Courfe
qui commença à 3. heures après midi .
On partit de la Place de Frederichſtadt , où le
Duc de Holftein avoit donné rendés - vous à ceux
qui devoient courir avec lui , devant l'Hôtel du
Maréchal de Biberſtein , Confeiller Privé & Ministre
de la Guerre. Ce Prince conduisoit le premier
Traîneau ; dans les deux fuivans étoient le
Général
248 MERCURE DE FRANCE
Général Comte de Schulembourg & le Lieutenant
Général Schwerin , & les autres étoient occupés
par plufieurs Officiers Généraux. Les Traîneau
traverserent la Ville Neuve , & pafferent devant
l'Arsenal & devant le Palais du Roy , qui les vit
des fenêtres de fon Apartement . Ils allerent de-là à
l'Eſplanade , dont ils firent trois fois le tour , & ils
retournerent enfuite devant l'Hôtel du Maréchal de
Biberftein , ce qui termina la Courſe .
Le lendemain il y eut une autre Courſe qui furpaffa
la précédente en magnificence Les Princeffes
de la Maifon Royale , s'étant rendues entré une &
deux heures après midi avec les Dames & les Seigneurs
, qui devoient être de la Courſe , au Palais
du Prince Royal, on leur fervit des rafraichiffemens
de toute efpece , ainſi qu'aux perſonnes de leur suite,
& les Traîneaux partirent à trois heures dans
l'ordre suivant .
Le premier , tiré par quatre Chevaux , étoit rempli
par les Hautbois du Corps d'Artillerie .
La Princeffe Royale étoit dans le fecond , lequel
étoit conduit par le Comte de Schwerin , Grand
Ecuyer du Roy.
Elle étoit fuivie de la Princeffe Louiſe Ulrique ,
que menoit le Comte de Schlieben , Grand Veneur.
Le quatriéme Traîneau étoit occupé par la Princeffe
- Amélie , & il étoit conduit par le Baron de
Hacke , Premier Veneur & Adjudant Général de
Sa Majesté.
Dans le cinquième , que conduifoit le Comte de
Truchfes Waldebourg , étoit la Baronne de Katsch ,
Grande- Maîtreffe de la Maifon de la Reine .
Le Prince Royal occupoit le fixiéme , qui étoit
mené par le Général Comte de Schulembourg.
Outre ces fix Traîneaux , qui étoient dorés ,
nés de Peintures , & attelés de fix chevaux , il y en
or
avois
JANVIER 1739 149
avoit 60. autres, dans lefquels étoient les principales
Dames de la Cour , & qui étoient la plupart auffi
telés de fix chevaux. La Courſe fe fit depuis le
Palais du Prince Royal jufqu'à l'Efplanade , dont
on fit trois fois le tour , & l'on revint enfuite à
ce Palais , après avoir traversé toutes les grandes
rues de la Ville Neuve.
Les Lettres de Presbourg , Capitale de la haute
Hongrie du commencement de ce mois , portent .
que les maladies contagieuses continuant de causer
beaucoup de ravage dans ce Royaume , & en Transylvanie
, d'où l'on mande qu'il y est mort plus de
quarante mille personnes , & qu'on y compte 200.
Bourgs ou Villages attaqués de la Peste , on prend
toutes les mesures convenables pour en garantir
cette Ville , & que l'on n'y admet aucunes Perfonnes
, à moins qu'elles ne soient munies de Certificats
, qui prouvent qu'elles ont fait la quaran
<taine.
Comme les maladies pourroient être aportées à
Presbourg par les Ecoliers qu'on y envoye de differentes
Provinces du Royaume , il a été défendu
de recevoir ceux qui viendront des Endroits suspects.
Afin de ne négliger aucune des précautions
que peur dicter la prudence , il a été reglé que les
Troupes , qui passeront près de la Ville , ne pour
ront y entrer sous quelques prétexte que ce soit , &
que même les Villages voifins seront exempts de
leur fournir des logemens.
Les vivres sont fort rencheris dans tout ce
Royaume , tant à cause de la grande consommation
qui s'est faite pendant la derniere Campagne , que
parce que les Fleaux dont le Pays a été affligé , onr
mis les Habitans hors d'état de cultiver les Terres
, & de prendre soin des Bestiaux.
La cherté dont toutes les Denrées sont à Presbourg,
150 MERCURE DE FRANCE :
bourg , a obligé les Magistrats d'ordonner qu'c
renvoyât chés eux tous les Ecoliers qu'on instru
soit par charité , & pour lesquels les Parens 1
payoient point de penfion . Conformément à c
ordre , les Jésuites , qui ont toujours eu dans len
College une grande quantité de jeunes gens qu'i's
élevoient gratuitement , en ont renvoyé la pl ,
grande partie , & ceux des Ecoles Protestantes on
été auffi congédiés .
ITALIE.
E Pape a fait présent de la Rofe d'Or au Prince
Electoral de Saxe ,pour l'envoyer à la Reine de
Pologne , Electrice de Saxe.
On a eu avis que le Grand Duc de Toscane
l'Archiduchesse fon Epouſe , arriverent à Verope
le 27. du mois dernier.
On écrit de Genes , que depuis le parti que les
Rebelles de Corfe avoient pris d'attaquer un Poste
occupé par les Troupes Françoises , on a été informé
exactement de ce qui s'est passé en cette oc
casion .
Le Comte de Boiffieux voulant faciliter le defar .
mement de plufieurs Communautés principales
qui s'étoient foûmifes au Reglement de Pacification
, fit avancer le 7. du mois passé , au Village
de Borgo , qui est à quatre lieues de la Bastie , un
Détachement de 400. hommes . Le Chevalier de la
Romagere , Lieutenant-Colonel du Régiment de
la Sarre , qui commandoit ces 400. hommes , partagea
son Détachement en trois Postes : il mit 100..
hommes dans le Village , 150 dans l'Eglise qui est
au-dessus , & le reste du Détachement fut posté
dans un Convent de Récollets , qui n'en est éloigné
que d'une portée de carabine.
Le
JANVIER. 1739. 151


&
Le 12. une troupe de Rébelles de la Montagne
vint attaquer ce dernier Poste mais ils furent repoussés
, & ils perdirent un de leurs principaux
Chefs . Le Comte de Boiffieux ayant été informé
de cet acte d'hostilité de la part des Rébelles, marcha
le lendemain à la tête de 1400. hommes ,
il arriva le soir au pied de la Montague , à une
demie lieuë du Poste qui avoit été attaqué. Il y
aprit que les Rébelles avoient regagné la Montagne
; & comme le désarmement à l'occafion duquel
on avoit fait marcher le Détachement de 400 .
hommes , étoit executé , le Comte de Boiffieux se
retira le 14. à midi.
Pendant près d'une heure que les Troupes Françoises
employerent à regagner la Plaine , les Rébelles
tirerent sur elles , mais , malgré leur feu ,
aucun Officier n'a été tué . Un Lieutenant & un
Sous-Lieutenant des Grenadiers du Régiment d'Ouroy
, ont été blessés , il n'y a eu que- huit Soldats de
tués & 14. de blessés .
Les Rébelles ont avoué qu'ils avoient perdu 30..
hommes , & que le nombre de leurs blessés étoit
beaucoup plus confiderable.
Les Lettres écrites le 10. de ce mois , marquent
qu'on ne sçavoit rien de pofitif sur les desseins &
sur les mouvemens des Rébelles ; qu'on étoit instruit
seulement , qu'ils avoient brûlé cinq ou fix
Maisons dans la Pieve de Cafinca , & qu'ils menaçoient
d'en faire de même de toutes les autres que
possedent dans le plat Pays , ceux qui ont accepté
le Reglement de Pacification ; que leur Chef
avoit établi , dans chacune des Piéves qui perfiftent
dans la révolte , un Lieutenant pour empêcher que
ces Piéves n'abandonnent leur parti ; qu'ils assembloient
dans le centre de l'Isle un nombre confiderable
de gens armés , pour fe préparer à fe dé-.

H fendre,
152 MERCURE DE FRANCE
fendre , & qu'ils avoient envoyé du côté de la mer
divers Détachemens pour couvrir leurs Beftiaux
dont on a enlevé une grande partie.
On prétend que le Baron de Neuhoff leur a dépêché
d'Ischia , une Felouque , pour leur aprenare
que
le Roy des deux Siciles l'avoit fait remettre
en liberté , & le bruit court que ce Baron est allé
en Sicile pour y prendre plufieurs . Officiers Corfes
qui lui font attachés , & qu'il fe propofe de retourner
ensuite dans l'Isle de Corfe.
Le Marquis Mari , Commissaire de la Républi
que dans cette Isle , a fait desarmer les Habitans
de la Bastie , & l'on y a arrêté par fon ordre quelques
Perfonnes foupçonnées d'entretenir des intelligences
avec les Rébelles , & de leur donner avis
de tous les Evenemens qui pouvoient les intereffer.
Le dernier Courrier dépêché par ce Marquis , a
raporté que le bruit s'étoit répandu à la Bastie
quelque temps avant fon départ , que les Rébelles ,
après avoir réuni toutes leurs forces , devoient marcher
du côté de Nebbio , mais qu'aucun de leurs
Corps n'avoit encore paru , & qu'on conjecturoit
qu'ils n'executeroient point leur résolution , le
temps étant peu propre à former des Entrepriſes , le
Pays étant tout couvert de neiges.
Il a ajoûté que les Chefs avoient fait publier un
Manifefte , dans lequel ils exposoient les prétendues
raisons qui les empêchoient de fe foûmettre au
Reglement de Pacification.
Depuis qu'on a apris que le Convoi qui étoit.
parti d'Antibes pour tranfporter en Corfe un Renfort
de quatre Bataillons de Troupes Françoises , &
qui avoit été obligé de retourner à Antibes , à cause
des vents contraires , avoit remis à la voile , on a
reçu avis , que ce Convoi avoit été violemment
batu
9
JANVIER. 17397 Iss
batu par la tempête le 3. de ce mois , mais que la
plupart des Bâtimens dont il étoit composé, étoient
arrivés dans le Golfe de San-Firenzo.
Quoique l'Empereur & le Roy de France ayent
garanti à la République la posseffion de ses Etats
de Terre ferme , tant que durera la Guerre de Corse,
cependant les Génois ne laissent pas d'être dans
quelque inquiétude au fujet des mouvemens qu'on
dit que font les Troupes Piémontoises dans les
environs de Final .
ESPAGNE,
'Incommodité avec laquelle on voyage dans le
Royaume d'Espagne, laute de voitures réglées,
ayant déterminé un Particulier de Madrid, à proposer
d'en établir , le Roy lui a accordé un Privilege
pour cet Etablissement , desorte qu'il y aura desormais
des Carosses & d'autres Voitures publiques sur
toutes les grandes Routes , pour conduire d'un Lieu
dans un autre , & on commencera le mois prochain
à établir des Voitures & des Postes réglées de
Madrid à Barcelone & à Cadix.
Les derniers avis reçus de Pampelune , portent
que la Reine premiere Douairiere , jouit à présent
d'une parfaite fanté , mais qu'Elle ne partira qu'au
mois de Mars pour fe rendre à Quadalaxara , ou
elle doit faire fa réfidence.
GRANDE BRETAGNE.
N mande de Londres que le Roy a fait distri
buer depuis peu une femme de douzemille
livres sterlings à diverses Perfonnes de condition
qui font dans l'indigence , & que le Lord Maire ,
accompagné des Aldermans & des Scheriffs , fit une
Hij Quête,
154 MERCURE DE FRANCE
Quête , selon la coûtume , dans les Marchés de
cette Ville , en faveur des débiteurs insolvables qui
font détenus dans les Prifons.
On aprend de la nouvelle Angleterre , que le
Vaisseau le Dauphin , y étoit arrivé du Camp de
Francimia , & que l'Equipage de ce Bâtiment s'étant
foulevé dans la route contre le Capitaine Deckenson
, qui le commandoit , & ayant tué ce Capitaine
& plufieurs Passagers , un Matelot avoit révelé
ce meurtre aux Juges de Boston , qui avoient
fait mettre aux fers tous les coupables .
Le 12. de ce mois , les Quarante Pensionnaires
de l'Ecole des Mathématiques , fondée dans l'Hôpital
de Chriſt par le Roy Charles II . furent présentés
au Roy , selon la coûtume , par le Préfident,
le Trésorier & les Gouverneurs de cet Hôpital , & .
S. M. leur fit donner 200. liv. sterlings.
Selon les derniers avis reçus de l'Isle de S. Christophe
, il y a regné pendant quelque temps une
maladie épidémique qui y a causé beaucoup de ravages
, & qui y a enlevé à proportion plus de
monde , qu'il n'en est mort à Londres dans la Peste
de 1603. l'une des plus dangereuses qu'on ait effuyé :
dans ce Royaume,
ねのの
VERS à M. & Mad. de Beauvilliers
à leur réveil le lendemain de leurs nôçes,
D E l'Isle de Paphos vous voilà de retour ,
L'Hymen vous a conduits en ce Lieu délectable ,
D'où , d'un air conquerant yous ramenez l'Amour ;
C'est avoir fait en moins d'un jour ,
UA
JANVIER. 1739 155
Un voyage très-agréable.
Moi , je n'ai pas un sort semblable ;
J'arrive du facré Vallón ,
Où je cherchois de l'Esprit pour vous plaire ,
Mais je reviens fans Apollon.
Malgré tout ce que je puis faire
Pour avoir quelques grains de l'Encens précieux
Que l'on brûle aux noces des Dieux :
Tu ne sçais , m'a - t'il dit , quel orage s'aprête ,
Si je t'accorde ta requête.
Un murmure soudain troublera tous les Cieux ,
Et nos Divinités , qu'on croit si raisonnables ,
Ne pourront soutenir , sans un dépit jaloux ,
Qu'on leur égale les Epoux ,
Dont l'Hymen doit chanter les qualités aimables
Car quel que soit l'éclat des pompeux attributs ,
Qui sont de notre orgueil l'objet & les délices ,
Notre couple parfait les mérite encor plus :
De Creil & Beauvilliers ont toutes nos vertus
Sans avoir aucun de nos vices.
Hiij
MAT
56 MERCURE DE FRANCE
★**********************
MADRIGAL ,
Envoyé à M. le Marquis de Clermont -Tonerre,
le premier Janvier 1739.
HEritier des vertus & du nom de Tonnerre ,
Clermont , jette sur moi les yeux ; .
Le Maître absolu de la Terre ,
En rendant ton destin illustre & glorieux ,
A fixé pour long-temps le bonheur de ces Lieux..
C'est son équitable balance
Qui garantit fes dons , & ta félicité ;
Tes jours coulent dans l'innocence ,
Chacun d'eux est marqué par des traits d'équité¿
Et sous tes pas naît l'abondance :
Portrait de la Divinité ,
Tes soins de nos climats bannissent Pindigence,
Oui ; que ta piété , qui protegea les droits
De Rome jadis aux abois
Contre une Puissance ennemie ,
Puisse engager le Ciel à prolonger ta vie ,
Et remplir en toi seul nos plus ardens souhaits £
J. B. C. C. D. de Figniers.
FRAN
JANVIER. 1739. 57
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris ,
LE
&c.
E premier de ce mois , les Princes &
Princesses du Sang , & les Seigneurs &
Dames de la Cour eurent l'honneur de complimenter
le Roy & la Reine sur la nouvelle
Année .
Le Corps de Ville a rendu à cette occasion
ses respects à leurs Majestés , à Monseigneur
le Dauphin , & à Mesdames de France.
Les Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre du S. Esprit , s'étant assemblés
vers les onze heures dans le Cabinet du
Roy, Sa Majesté précédée du Duc de Bourbon
, du Comte de Clermont , du Prince de
Conty , du Prince de Dombes , du Comte
d'Eu , & des Chevaliers , Commandeurs &
Officiers de l'Ordre , se rendit à la Chapelle
du Château : le Roy y entendit la grande
Messe , célébrée par l'Abbé Brosseau , Chapelain
ordinaire de la Chapelle de Musique,
& chantée par la Musique. La Reine, Monseigneur
le Dauphin & Mesdames de France
entendirent la même Messe dans la Tribune
..
Hiiij L'après
58 MERCURE DE FRANCE
L'après - midi , leurs Majestés assisterent
aux Vêpres.
Le premier jour de l'An , les Hautboits de
la Chambre jouerent , selon la coûtume ,
différens airs au levé du Roy , & les vingtquatre
Violons exécuterent pendant le dîné
de leurs Majestés , une très- belle suite de
simphonie de la composition de M. Destouches
, Surintendant de la Musique de la
Chambre en semestre.
Le 7. Janvier, les Comédiens Italiens représenterent
à la Cour , les Amans réunis, &
Arlequin Hulla.
Le 14. l'Heureux Stratagême , & le Je ne
sçais quoi.
Le 21. la Double Inconstance, & les Billets
'doux.
Le 28. les Fausses Confidences , & la Piéce
nouvelle intitulée , les Sinceres.
Le 8. les Comédiens François représenterent
aussi à la Cour la Tragédie de
Phédre & Hypolite , & l'Esprit de contra
diction.
Le 13. la Mere Coquette , & la Sérénade.
Le 15. Bajazet , & l'Aveugle clair-voyant.
Le 20. le Jaloux désabusé , & la Pupille.
Le 22. Maximien , & le Deüil.
La
JANVIE R. 1739 159
Le 29. la Tragédie nouvelle de Médus¸
& le Somnambule.
Le ro. on chanta au Concert de la.
Reine le Prologue & le premier Acte de
l'Opera de Phaeton , qui fut continué le 12 .
& le 17. La Demoiselle Huguenot se distingua
à son ordinaire , dans le rôle de
Theone.
Le 19. la Reine souhaita d'entendre l'Opera
d'Iffe , de M. Destouches, dont on chan
ta le Prologue & le premier Acte : les autres
furent exécutés le 24. & le 27.
La nuit du 15. au 16. Janvier , il fit
Paris un très - grand orage : la pluye , qui
étoit forte abondante , étoit mêlée de grêle,
d'éclairs, & de grands coups de tonnerre qui
se succédoient avec une grande vivacité. On
assûre que la foudre est tombée en divers
Endroits de cette Ville & des environs.
Le 27. le Prince de Cantimir , que la
Czarine a nommé son Ambassadeur extraordinaire
auprès du Roy eut sa premiere
Audience particuliere de Sa Majesté :
il eut ensuite Audience de la Reine, de Mon
seigneur le Dauphin , & de Mesdames de
France ; il fut conduit à ces Audiences
par M. de Verneuil , Introducteur des Am
bassadeurs..
H▾ Le
160 MERCURE DE FRANCE
Le Roy a nommé le Comte de Vaugre
nant son Ambassadeur auprès de la Czarine.
bet :statatat
LE PORTRAIT DE M. ***
PHilosophe par goût , & non par habitude¸
A la vertu mêlant le doux plaisir
Ennemi d'une vaine étude ,
Volant de désir en désir ,
Docte Censeur , Juge équitable ,
Maître de son esprit , plus Maître de son coeur
Amant d'Itis , parmi les plaisirs de la table ,
Par tout Ami fincere , & jamais vil flateur ,
Licidas dans cette Peinture ,
Tu reconnois aisément ton Tableau ,
Je n'ai fait que prêter ma main à la Nature ,
La Nature , à son tour , m'a prêté son Piuceatt.
D'Arnand
Le 20. Décembre dernier , le Duc de
Chartres , au retour de la chasse du Roy, se
trouva fort incommodé d'un grand mal de
tête , qui fut suivi pendant la nuit d'une
grosse fiévre . Comme cette maladie parut
de conséquence , & même avec soupçon de
petite verole , on ne jugea pas à propos de
le
JANVIER 1739. 161
le laisser dans l'apartement qu'il occupe dans
le Château de Versailles : il fut transporté
dès le lendemain à l'Hôtel d'Orleans , dans
l'apartement que le Comte d'Argenson
Chancelier & Chef du Conseil du Duc d'Orleans
, y occupe. Sur le soir, on résolut une
saignée du pied , qui fut faite à huit heures
par le Sieur Marsollan , premier Chirurgien
du Duc d'Orleans. La fiévre ne diminua
point , ni le mal de tête . Le 22. le Prince
fut encore saigné du pied ; & vers les onze
heures du soir , le Sieur Senac Médecin du
Prince , le Sieur Imbert premier Apoticaire ,
& le Sieur Marsollan , continuellement attentifs
sur les simptômes du Malade , s'aper
çurent que la petite verole commençoit à
faire éruption.
Le 23. Mrs du Terray & Dumoulin Médecins
, furent mandés , & dans la consultation
, il fut résolu de donner au Prince
quelques grains d'émétique en potion . Ce
reméde pris dans la matinée , fit tout l'effet
qu'on en pouvoit attendre ; car sur le soir
ont eut la consolation de voir que la petite
verole ( qui a été une des plus confluantes )
sortoit abondamment.
Le 24. veille de Noël , le Prince reçut le
Viatique avec toute la fermeté & l'édification
possibles.
Le 25. & le reste du mois dé Décembre ,
H vi ic
162 MERCURE DE FRANCE
le Malade se trouva plus mal qu'auparavant,
& ce n'a été que du premier jour de l'année ,
qu'il fit renaître l'espérance dans tous les
coeurs abattus. Depuis ce jour , la maladie
a toujours été en diminuant : de sorte qu'on
esperoit de pouvoir transporter le Prince att
Palais Royal , les premiers jours du mois de
Fevrier , dans une parfaite convalescence. "
Il n'est pas inutile d'observer que pendant
le cours de cette dangéreuse maladie , le
Prince n'a pris que du boüillon , de l'eau
pannée , & de la ptisane faite avec quelques
figues grasses , & des raisins de Corrinthe..
La santé de ce Prince est si précieuse à
tous égards, que le Public sera bien - aise d'aprendre
qu'il est en parfaite convalescence.
Cet article sera sans doute regardé comme
le plus interessant de ce Journal : aussi nous:
ne voulons differer un instant à le publier.
pas
Nous croyons devoir ajoûter que les Gentils
-Hommes attachés à la Personne de ce
Prince , les Officiers de santé & autres , &
tout le Domestique , ont signalé leur zéle
avec une ardeur qu'on ne peut exprimer ;
quelques uns même se sont fort distin
gués .
-
On a chanté dans differentes Eglises des
Te Deum solemnels , en action de graces de:
la
JANVIER. 1739 163
la convalescence du Duc de Chartres : le
premier a été chanté à Sainte Genevieve le
11. Janvier , & le même jour à l'Eglise de
Saint Honoré.
Le 14. les Chevaliers de l'Ordre de Saint
Lazare firent chanter le Te Deum en l'Eglise
des PP . Carmes des Billettes,par un excellent
Choeur de Musique.
Le 15. M. de Selle , Maître- d'Hôtel de
S. A. R. & Trésorier Général de la Marine ,
le fit chanter dans l'Eglise des Dames de
l'Union Chrétienne , qui étoit très- bien illuminée
. Il fut aussi chanté le même jour par
les Religieux Augustins Déchaussés de la.
Place des Victoires ; & le 20. le Te Deum
fut chanté avec beaucoup de solemnité à
L'Eglise de Versailles , en la Paroisse Roya
le de Notre- Dame.
Le 28. il a été chanté dans l'Abbaye
de Saint Antoine près Valence , Province
de Dauphiné , dont le Duc d'Orleans est
Gouverneur , une Messe solemnelle en action
de graces du rétablissement de la santédu
Duc de Chartres . M. Gasparini , Abbé
& Supérieur Général de cet Ordre , officia
Pontificalement. La Messe fut suivie d'un
Te Dum , où tous les Officiers de cette Abbaye
& les principaux Bourgeois assisterent..
PORTRAIT
164 MERCURE DE FRANCE
*********************
PORTRAIT DE MAD.....
B Eauté , graces talens , aimablé çaractere ,
Un esprit juste & vif , plein de discernement
Une taille de Nimphe , un sourire charmant
Séduisante , enjotiće & ne cherchant qu'à plaire ;
Incapable de feindre , un coeur droit & sincere
Critique impartiale & sans méchanceté ;.
Un son de voix touchant , de la vivacité ;
Tendre avec son Amant , en public très- sévere
Voilà de mon Iris le fidele Portrait ;
J'ai fait taire l'Amour , la vérité l'a fait.
Gouvernemens donnés par le Roy.
Le Gouvernement Général de la Province
d'Alsace ,, vacant par la mort de Léonor-
Marie du Maine , Comte du Bourg , Maréchal
de France , à François de Franquetot ,
Comte de Coigny , aussi Maréchal de France
du 14. Juin 1734. Chevalier des Ordres
du Roy , Gouverneur & Bailli des Ville &
Château de Caën.
Le Gouvernement Général de la Ville ,
Château & Principauté de Sedan , qu'avoit
le Marechal de Coigny depuis le mois de
Novembre
JANVIER. 1739
185
>
Novembre 1725. à François Duc d'Harcourt
Pair de France , Capitaine des Gar
des du Corps du Roy depuis 1718. Chevalier
de ses Ordres en 1728. & Lieutenant
Général de ses Armées du premier Août
1734.
Le Gouvernement de Beffort en Alsace ;
aussi vacant par la mort du Maréchal Comte
du Bourg , à Gaspard de Clermont - Tonnerre,
Marquis de Vauvillars , dit de Clermont
Chevalier des Ordres du Roy du 3. Juin
1724. Lieutenant Général de ses Armées du
premier Août 1734. & Mestre de Camp
Général de la Cavalerie Légere de France du
mois de Fevrier 1736. auparavant Commissaire
Général de la même Cavalerie du s
Fevrier 1716.
Et celui de Mont - Dauphin en Dauphiné
, qu'avoit le même Marquis de Cler
mont, depuis le mois de Juin 1734. à Clau
de-Guillaume Testu, Marquis dé Balincourt,
Lieutenant General des Armées du Roy du
premier Août 1734.
François Marie de Broglio , Comte de
Revel , Baron de Ferriercs , Chevalier des
Ordres du Roy du 13. Mai 1731. Maréchal
de France du 14. Juin 1734. & Gouverneur
Bergue- Saint- Vinox a été nommé en
de ,
> même temps Commandant en Alsace
fieu & place du feu Maréchal Comte du
Bourg,
Le
166 MERCURE DE FRANCE
Le Roy a aussi donné au Duc de Châtel
lerault , Mestre de Camp, Lieutenant du Régiment
Stanislas Roy , le Gouvernement de
Sarre- Louis , vacant par la mort du Prince
de Talmont son Pere.
************
SUPLE' MEN T.
***
FLOGE de M. Bel , Conseiller au Parle
ment de Bordeaux , &c. extrait d'une
Lettre de M. M. D. Avocat , écrite l'e
24. Janvier 1739.
LE
E Public est surpris de ce que dans le
Mercure du mois de Septembre 1738.
vous avez annoncé simplement la mort de
M. Bel , Conseiller au Parlement de Bordeaux
, et Membre de l'Académie des Sciences
de cette Ville , arrivée à Paris , sans donner
à sa mémoire les Eloges qui lui sont
dûs .
Cependant , comme il n'est pas croïable
que vous eussiez gardé le silence sur son
mérite , s'il vous avoit été connu , je me
charge avec plaisir de vous donner les éclaircissemens
qui peuvent vous avoir manqué
sur cet article.
La vie de M. Bel a toujours été partagée
entre les occupations les plus importantes
d'un
JANVIE R. 1739 . 167
d'un Magistrat , et les plus nobles exercices
d'un homme de Lettres : comme Magistrat
il a fait admirer sa droiture , son intégrité
son zéle pour le Bien Public , sa pénétration
dans le maniment des affaires les plus épineuses.
Comme Homme de Lettres , il a mis
dans tout leur jour un génie supérieur , une
vaste litterature , un goût délicat , une critique
exacte , et judicieuse.
Il servoit encore dans les Enquêtes , lorsqu'il
fut deux fois Député par le Parlement ,
pour faire juger au Conseil l'Instance qui y
étoit pendante en Reglement de Jurisdiction
entre cette Cour , et la Cour des Aydes de
Guyenne la Déclaration du Roi qui décida
en faveur du Parlement , presque tous les
Points qui étoient en litige justifia la
haute idée que sa Compagnie avoit conçûë
de la capacité de M. Bel.
>
Ce fut à l'occasion de ce Procès , qu'il
composa son excellent Traité , de l'origine
des Parlemens , que les Connoisseurs regarderent
comme le fruit d'une érudition consommée
; et dont tous les Exemplaires furent
si rapidement enlevés , qu'on fût oblige
d'en renouveller l'Edition.
Il n'a pas rendu son nom moins recommandable
par les assauts littéraires qu'il a soûtenus
, et par les fçavantes dissertations dans
lesquelles il s'est engagé contre des Esprits
du premier ordre,
C'es
168 MERCURE DE FRANCE
C'est contre ces grands Génies qu'il n'a
pas craint de mesurer ses forces , et sans blesser
leur réputation , on peut assûrer que la
déference réflechie que quelques-uns d'entr'eux
ont eû pour sa censure , est le témoi
gnage le plus autentique , & le moins suspect
, qu'on puisse demander de la justesse
de ses remarques , et de la supériorité de ses
lumieres .
Tandis que le génie et les talens de M.
Bel lui attiroient dans la Capitale du Royau
me l'admiration des Sçavans , sa candeur
et sa probité , lui acqueroient à la Cour l'es
time , et la confiance des Personnes les plus
distinguées ; sentimens qu'on ne pouvoit refuser
à la beauté de son ame , qui paroissoit
dans toutes ses actions , et au caractere.
d'honnête homme , dont il ne s'est jamais.
démenti .
On peut
dire que la mort de M. Bel a enfin
couronné
tous les éloges
qu'il avoit mérités
pendant
sa vie , puisqu'elle
a pleinement
de-
Couvert
sa générosité
, son amour
pour
Patrie , son ardeur
incroïable
grès des Sciences
.
pour
le

pro-
Toutes ces qualités réunies paroissent en
effet & avec éclat dans son Testament , par
lequel il dispose en faveur de l'Académie
des Sciences de cette Ville , d'une belle Bibliothéque
, et établit les fonds nécessaires .
pour
JANVIER. 1739. 169
pour Fentretenir , à la charge de la rendrepublique
:les sentimens ne peuvent être partagés
sur une libéralité si propre à graver
pour jamais le nom du Donateur , dans le
souvenir des Personnes studieuses.
Les Muses d'Aquitaine n'ont aussi rien
négligé pour signaler leur juste reconnoissance
à son égard : les Poëtes & les Orateurs.
ont à l'envi celebré ses bienfaits , sans avoir:
recours à la fiction ni à la flaterie , qui fournissent
d'ordinaire les principaux ornemens
à tout ce qui s'écrit dans ce De tout ce
qui a paru sur ce sujet , je n'employerai ici
que les Vers Latins qui suivent..
genre .
VIRI Clarissimi,necnon Eruditissimi D.D.Bel
APOTHEOSIS.
Hic stetit , aterno vix dum satiata dolore
Aspera mors , frustra properans arcere Camoenas
Coeli munifico pandunt qua limen amanti.
Heu ! nimium exultans , &quo contendere
Marte
Cum superis quod fata sinunt : sifama fuperstes.
Personat immortale decus ; si turba Sororum
Vindicat à tumulo virtutem , et munera alumni
Irrita mors acuitfalcem , torsitque sagittas ; .
-Vir manet illasus : miscent dum pralia Musa ,.
Excepêre tamen crudum alto pectore vulnus .
Mrs..
170 MERCURE DE FRANCE
Mrs. de l'Académie des Sciences , qu'une
longue fréquentation avoit instruits à fond's
du mérite de leur Confrere , se font distingués
dans la vive peinture qu'ils en ont tracée
, aussi -bien que dans les honneurs funebres
, qu'ils lui ont rendus , à l'ouverture de
leurs Séances publiques le 16. de ce mois .
Le matin ils se rendirent en Corps à leur
Chapelle ordinaire pour assister à une Messe
de Requiem qui fut chantée par tous les Musiciens
du Concert , et par ceux des deux
Chapitres. La Chapelle étoit toute tendue en
Noir , parfaitaiment bien illuminée & décorée
pour tout le reste avec une propreté singuliere.
L'après - midi , l'Académie assemblée ou
vrit ses Séances par un discours fort éloquent,
qui fut prononcé avec beaucoup de dignité
par M. de Barbot , Président en la Cour des
Aydes de Guyenne , sur l'utilité de l'Histoire
civile , et naturelle de chaque Païs , pour
l'avancement des Sciences , et des Arts les
plus nécessaires, principalement de la Physique
, de la Médecine , et de la Botanique .
Il ébaucha en même temps celle de fa
Guyenne par des Observations qui firent
briller son profond sçavoir et la vaste éten
duë de sa Litterature , par les particularités
qu'il avoit puisées touchant l'origine , et les
differentes mutations de cette Province, dans
tous
JANVIER. 1739 171
tous les Auteurs Latins , François , & Anglois
, qui en ont parlé , et dont les Ecrits
ont mérité l'aprobation des Sçavans ; marquant
auffi tous les inconvéniens , qui pourroient
rendre une semblable Histoire inutile
, ou défectueuse , il donna des regles sures
pour les éviter.
M. Campagne , Médecin , fit ensuite part
à l'Académie , des Observations qu'il avoit
faites touchant la qualité des sucs véneneux
de certains Champignons , qui empoisonnent
presque toutes les années quelques Villageois
dans cette Province . Il dit là- dessus qu'ayant
été present à l'ouverture du cadavre d'une
femme empoisonnée pour avoir mangé des
Champignons à la Campagne , il avoit trouvé
dans les visceres et ailleurs , du sang figé , et
coagulé ; ce qui le déterminoit à croire que
ces sucs n'étoient point corrosifs , mais plutôt
visqueux, tenaces , et propres à coaguler
le sang dans lequel ils s'insinuent , et dont
ils embarassent la circulation Par leurs parties
branchuës .
M. le Directeur le remercia au nom de
l'Académie , et l'exhorta à tâcher de pousser
plus loin ses découvertes , puisque rien n'étoit
plus digne de l'attention d'une Académie
, uniquement dévouée à l'interêt public
, que des malheureux que l'indigence
forçoit souvent à choisir entre la faim , et le
poison.
M
172 MERCURE DE FRANCE
M. de Sarrau , Secretaire de l'Académie
lut immédiatement après un éloge de M. Bel ,
d'autant plus magnifique , et plus glorieux à
la mémoire de cet illustre Magistrat , qu'il
ne contenoit que le détail de sa vie , et le tableau
de ses moeurs .
M. de Barbot répondit à ce discours , er
fit admirer son éloquence et sa précision ;
ensorte que tous les Connoisseurs , qui se
trouvoient en grand nombre dans cette Assemblée
, furent charmés , autant du choix
de ses pensées , que de l'élegance de ses expressions.
Voilà , Monsieur , les informations que
j'ai cru devoir vous donner touchant feu M.
Bel ; l'usage que vous ferez de ma Lettre ,
m'aprendra si j'ai été assés heureux pour me
bien acquiter de la commission dont le Pu
blic m'a honoré , &c.
EXPLICATION du Tableau allégorique de
la réunion de la Loraine à la France , du
Régne de Louis XV. sous le Ministere de
M.le Cardinal de Fleury.
On Eminence qui y est représentée , a
pour apui le Livre des Loix , bazes du
Miniftere. Le Serpent qui l'environne désigne
la Prudence.
L'Equité
JANVIER. 17.39. 173
L'Equité personnifiée soûtient le portrait
& le regarde avec satisfaction.
Le Niveau est le simbole du bon ordre :
la Balance désigne la Justice proportionnelle
, qui répand les graces avec discernement.
L'Amour de la vertu couronné de Lauriers
, tient en main plusieurs couronnes
qui sont le simbole de l'immortalité dûë aux
Hommes vertueux .
Sous les pieds de l'Equité , un Monstre
terrassé représente les principaux vices oposés
à cette vertu. La Vipere caractérise l'Envie
, Mere de la Jalousie & de l'Ingratitude.
Le Flambeau marque la Discorde, & le Mas
que la Fourberie.
A côté du Portrait , la France & la Lo
raine personnifiées se donnent la main en
signe d'union.
La Paix fait connoître , en montrant le
Temple de la Concorde , que c'est la bonne
intelligence qui fait la richesse des Etats , &
qui les rend invincibles.
L'Histoire assise sur des Trophées variés ,
transmet à la Postetité les grandes actions de
S. E. & entre autres cette réunion faite en
Mars 1737.
Au dessus de l'Equité un Génie allie à l'E-,
cusson de la France celui de la Loraine . La
flamme qui brille sur sa tête, désigne le zele
& l'amour de la Patrie,
L'Abon17
MERCURE DE FRANCE
: L'Abondance , Fille de la Paix , & Merc
des Plaisirs & des Arts , verse ses dons sur
les Etats unis , en demandant aux Parques
qui président à la vie humaine, de longs jours
pour celui qui ne les employe qu'à la félicité
publique.
Ce Tableau a été présenté à S. E. M. le
Cardinal de Fleury , par M. de Lobel , de
l'Académie Royale de Peinture , & S. E. l'a
donné à M. le Contrôleur Général,
La Description de ce Tableau étoit accompagnée
d'une belle Ode , composée par
M. de Richebourg, laquelle en explique l'al
gorie d'une façon poëtique , & qui a déja
parû imprimée dans le temps de l'Exposition
des Tableaux au Louvre , à la S. Louis der
niere.
>
, Le Comte de Brionne , fils du Prince de
Lambesc Pensionnaire au College de
LOUIS LE GRAND , y fit le 22. dù mois
passé un Exercice curieux sur le Regne de
LOUIS XIV . Il y eut à cette occasion une
Assemblée des plus illustres , composée
de Princes , Princesses , Ambassadeurs
Maréchaux de France , et autres Personnes
de distinction. Ce jeune Seigneur s'en acquitta
avec beaucoup d'aplaudissement .
LE
JANVIE R. 1739. 175
LE CHESNE , ET L'ARBRISSEAU.
N
FABLE.
E nous prévalons point de l'état où nous
`sommes ;
On ne peut prévoir l'avenir ;
Pourquoi n'a-t-on pas pu jusqu'ici parvenir
A le persuader aux Hommes ?
Un Chêne qui depuis longue suite de tems
Avoit bravé les coups des plus fortes tempêtes ,
Voisin d'un Arbrisseau, frêle jouet des vents ,
Luj racontoit un jour ses plus belles conquêtes
Les Aquilons les plus mutins
Avoient nombre de fois attenté sur sa vie ,
Et même avec furie ;
Il avoit repoussé l'effort de ces Lutins ,
Le temps qui détruit tout de que sa main fait naître
N'avoit servi qu'à l'embélir ,
Phébus même n'osoit paroître
Sous son ombrage sans pâlir.
Le petit Arbrisseau que ses rodomontades
Ennuyoient déja fort ,
Vit bientôt le néant de ces sottes bravades.
Un seul moment suffit pour changer notre sort ,
Du bout de l'hemisphere accourt avec furie
US
די
1
176 MERCURE DE FRANCE
Un vent des plus fougueux ,
Le Chêne tient , l'Arbrisseau plie ,
Le plus foible en ce choq fut le moins malheureux,
Irrité de sa résistance ,
Et pour le mettre dans son tort ,
Le vent frémit de rage , il redouble l'effort ,
Penetre le feuillage , et soufle avec outrance ;
Agité jusqu'aux fondemens ,
Le Chêne n'en peut plus , il chancelle, il succombes
Malgré ses vains gémissemens ,
Sa force l'abandonne , il tombe
Avec un bruit affreux.
L'infortune le rendit sage ,
Et lui prouva qu'on peut devenir malheureux
Atout moment , ces coups du sort font de tout âge,
Descazeaux.
ADDITION
Aux Nouvelles Etrangeres.
ONaprendpar les dernieres Nouvelles de Cons- tantinople , que les diverses tentatives , que
le Rebelle Sary-Bey a faites pour s'emparer de
Smirne , et les représentations des Habitans , qui
demandoient depuis long-temps qu'on la fortifiât ,
ont déterminé à la faire entourer de fossés et de
murailles Tous les Artisans et les Gens du com
mun de la Ville ont été employés à cet ouvrage ,
ils ont travaillé avec tant de zele et de prompti-
13
tude ,
JANVIER. 1739- 177
F
tude , qu'il a été achevé en trois semaines . On a
trouvé en fouillant dans la terre , plusieurs Antiques
, que les Turcs ont brisées , parce que leur
Loy leur défend de garder chés eux aucune représentation
d'Hommes ou d'Animaux .
Depuis que le Grand Seigneur avoit fait marcher
des Troupes pour s'oposer aux courses de Sary-
Bey , ce Rebelle s'étoit retiré dans les Montagnes ,
et il se tenoit enfermé dans un Château situé sur
un Rocher escarpé , au voisinage de Philadelphie .
La difficulté d'y conduire de l'Artillerie avoit été
cause qu'on ne l'avoit point attaqué dans le
lieu de sa retraite , et qu'on s'étoit contenté d'envoyer
souvent des Détachemens , pour tâcher de le
surprendre , s'il entreprenoit d'en sortir. On
croyoit qu'il n'oseroit pas s'y hazarder , lorsqu'on
aprit qu'ayant rassemblé près de 20000 Hommes ,
il avoit recommencé ses courses. Auffi - tôt les
Troupes destinées à couvrir Smirne , se retranchérent
dans un poste avantageux à quelque dis
tance de la Ville ; mais quelque précaution que
le Pacha , qui les commande , ait prise pour fortifier
son Camp , cela n'a pas empêché Sary Bey
de l'y attaquer & de l'obliger de l'abandonner.
On aprend aussi en dernier lieu par la voye de
Malthe, que l'ancien Dey de Tunis ayant été remis
en possession de la Souveraineté par les Secours
que l'Ordre de Malthe lui a fournis , le Dey déposé
avoit imploré l'assistance de la Régence d'Alger ,
qui s'est engagée à le secourir , à condition que
s'il est rétabli sur le Thrône , il payera tous les
ans un Tribut de 200000 Ecus à cette Régence ;
qu'il fournira gratuitement la quantité de froment
nécessaire pour la subsistance de la Garnison d'Alger
, & qu'il remboursera toutes les dépenses de
l'expedition I ii
178 MERCURE DE FRANCE
l'expedition que les Algériens entreprendront. en
sa faveur.
Les Lettres de Mantouë de la fin de ce mois.
portent que la réception qu'on y a faite au Grand
Duc et à la Grande Duchesse de Toscane , a été
des plus magnifiques , et que le Vice- Gouverneur ,
ainsi que les Magistrats , n'ont rien oublié pour se
conformer aux ordres qu'ils avoient reçûs de l'Empereur
sur ce sujet.
Le Grand Duc et la Grande Duchesse ayant
terminé leur quarantaine au Château de Buri , dans
les environs de Vérone , ils partirent de ce Château
le 12 de ce mois au matin avec le Prince
Charles de Loraine , & ils firent une si grande diligence
, qu'ils arriverent le soir à Roverbella , sur
la Frontiere du Mantouan. Ils y furent reçûs , &
complimentés par le Baron de Stentsch , Major Général
des Troupes Impériales , & Commandant
de la Garnison de cette Ville , & par le Marquis
Silvio Andreasi , le Comte de Rivalta , & le Mar
quis Thomas Arrigoni , Députés du Duché. Un
Détachement de Hussards du Régiment de Havor ,
qu'on avoit envoyé les prendre sur la Frontiere du
Véronois , les avoit escorté jusqu'à Roverbella.
Le lendemain , ils se rendirent en cette Ville , &
ils trouverent à la Porte des Moulins M. de Trescker
, Major de la Ville , lequel leur presenta les
Clefs dans un Bassin d'argent. Ils furent salués ,
en entrant , par une triple décharge de l'Artillerie
des remparts & de celle du Fort de Porto. Le
Grand Duc & la Grande Duchesse , accompagnés
du Baron de Stentsch , de M. Pompilio Micheli
Directeur des Postes Imperiales , & de M. de Tretsker
, & escortés d'une Compagnie de Grenadiers
du Régiment de Saxe- Gotha , traverserent les principales
JANVIER. 1739. 1-79
cipales rues de Mantouë , & ayant passé par la
Place de S. Pierre , dans laquelle quatre Compa
gnies de Grenadiers étoient sous les armes , ils furent
conduits au Palais Ducal , où le Marquis Louis
Cocastello , Vice Gouveneur du Mantouan , &
Président du Conseil , & le Marquis Montiglio ,
Commandant des Troupes du Duché, les reçurent
au bas de l'escalier.
Ce Prince & cette Princesse trouverént - les Dames
les plus distinguées de la Ville , dans une salle
de l'Apartement qui leur avoit été préparé , & ils
les admirent , ainsi que les Officiers Généraux & la
principale Noblesse , à leur baiser la main. Ils dînerent
ensuite avec le Prince Charles de Loraine >
& le soir s'étant rendus avec ce Prince au Théatre .
Ducal , qui étoit magnifiquement orné , ils y virent
la Representation d'un nouvel Opera. Ils partirent
ensuite de Mantoue , pour continuer leur
route vers Florence.
On aprend en même tems de Genes , que le
Convoi qui est parti d'Antibes , pour transporter
dans l'Ile de Corse le nouveau Renfort de Troupes
que le Roy de France a jugé à propos d'y envoyer ,
étant demeuré quelque temps dans le Golfe de San-
Firenzo ; il remit à la voile le 13 de ce mois pour
se rendre à Calvi & à Ajaccio , & que le Is. il essuya
nne seconde tempête , qui obligea la plupart
des Bâtimens , dont il étoit composé , de retourner
à San Firenzo .
Six de ces Bâtimens , sur lesquels étoient neuf
Compagnies du Régiment de Flandres , & trois du
Régiment de Bearn , ont relâché à Livourne , après
avoir beaucoup souffert , & un autre qui avoit à
bord cinq Compagnies & tous les Officiers de l'Etat
Major du Régiment de Bearn , a échoué à Vado.
I iij
Les
180 MERCURE DE FRANCE
Les Officiers & les Soldats , qui étoient sur ce
Vaisseau , sont allés par terre à Livourne , où ils
ont trouvé tous les secours qu'ils pouvoient désirer
, les Officiers Allemands s'étant empressés à
Penvi de se distinguer en cette occasion .
Les dernieres Lettres de la Bastie confirment le
bruit qui s'étoit répandu que dans la premiere tempête
, qui avoit dispersé une partie des Vaisseaux
du Convoi , deux Tartanes à bord desquelles un
Capitaine & environ 130. Soldats du Régiment de
Cambresis s'étoient embarqués , avoient fait naufrage
près d'Isola Rossa , que ces Soldats ayant gagné
la terre , ils ont été envelopés par un Corps
de roo. Rebelles , auxquels ils ont été contraints
de se rendre Prisonniers , & que les Rebelles se
sont saisis des deux Tartanes , qu'ils ont brulées
après les avoir depecées , pour en tirer le fer. -
Le Comte de Boissieux a congedié le Chanoine
Orticone & les deux autres Deputés qui étoient
auprès de lui , & l'on a reçû avis qu'ils étoient arrivés
à Livourne .
Le Roy de France a mandé au Comte de Boissieux
, qui est indisposé , qu'il lui laissoit la liberté
de demeurer en Corse , ou de revenir en France
après que le Marquis de Maillebois , Lieutenant
Général de ses Armées , lequel a été nommé pour
commander en chef les Troupes Françoises qui
sont dans l'Ile , se seroit rendu à la Bastie .
JANVIER. 1739. 181
のの
-
MORTS.
Acqueline Louiſe Charlotte d'Auxy , Epou
fe de Claude , Marquis de Saint Blimond
icomte de Senneville , Seigneur de Pendé
Gouy , Cahon , Vront , Avennes , Maucourt , &
autres lieux , Meſtre de Camp de Cavalerie , mourut
fubitement à Paris le premier Janvier dans la
35e. année de fon âge. Elle étoit fille de Henri
d'Auxy, Comte d'Hanvoille , Seigneur de S. Aubin
, Meftre de Camp de Dragons , & de Marie
de Crequy, tante à la mode de Bretagne de la jeune
Ducheffe de Fleury. Elle laiffe deux garçons en has
âge qui font au College des Jefuires & trois filles.
Le Marquis de S. Blimond a été fucceffivement
Page du Roy à la grande Ecurie , Moufquetaire en
la premiere Compagnie , Capitaine de Cavalerie au
Regiment de Chartres , & Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie de fon nom , il est fils
d'André Marquis de S. Blimond , Baron d'Ordres ,
&c & de De . Elifabeth Chrétienne de Breteuil. Il
avoit trois soeurs , la premiere , Marie- Anne de
S. Blimond , mariée en 1718. à François Louis
Comte de Gouffier , Seigneur de Loueufe , & morte
fans enfans ; la feconde Charlotte Elifabeth de faint
Blimond , mariée la même année à François de la
Rue Chevalier Seigneur de la Neufville, dont il y a
posterité;& la derniere Andrée Agnès de S. Blimond,
mariée à François Alexandre , Vicomte de Caullieres
, mort en 1738. laiffant des enfans en bas âge
dont l'aîné eft Page du Roy de Pologne.
La Maiſon d'Auxy & celle de S. Blimond
font fi connues qu'il a paru inutile d'en raporter ici
les Généalogies . I i
Le
"
182 MERCURE DE FRANCE
Le s . D. Elisabeth Nicole Ursule d'Arnollet de
Lochefontaine , veuve depuis le 2 1. Novembre 1707 .
de Nicolas René Berrier , Seigneur de Ravenoville,
la Mothe , Hacqueville , Cibrantot , Rouville , Vareville
, S. Germain , Confeiller du Roy en fes Confeils
, & Procureur Général de S. M. en fon Grand
Confeil , & auparavant succeffivement Conseiller
au Parlement de Paris , & Sécretaire ordinaire du
Conseil d'Etat , direction , & Finances , avec lequel
elle avoit été mariée le 27. Décembre 1683 .
mourut à Paris , âgée de 72. ans 2. mois , laissant
pour enfans Nicolas René Berrier , Seigneur de Ravenoville
, Cibrantot , Rouville , & c. né le 4. Mars
1703. reçû Conseiller au Parlement de Paris , à la
Cinquiéme Chambre des Enquêtes , le 31. Janvier
1731. ayant été auparavant Avocat Général aux
Requêtes de l'Hôtel. Renée Elisabeth Berrier, veuve
de Jean Camille de Gangniéres , Comte de Souvi
gny ; Nicole Renée Berrier d'Acqueville ; &
Renée Elisabeth Berrier de Vareville , non mariée .
La deffunte étoit fille de feu Jean Baptifte d'Arnollet
de Lochefontaine - Rochefontaine , Seigneur du :
Marquifat de Buffi d'Amboise , Vicomte de Peny
Préfident en la Cour des Monnoyes de Paris , mort .
le 2. Décembre 1706. & d'Elifabeth de Creil .
Le même jour , François Courtin , Abbé Com
mandataire de l'Abbaye du Mont S. Quentio , Diocèsé
de Noyon , dont il étoit Titulaire depuis le
mois de Janvier 1678. mourut à Passy près Paris
âgé de plus de 80. ans. Il étoit fils de feu Honoré
Courtin , Comte des Menuës , Seigneur de Chanteraine
, mort Doyen du Conseil d'Etat , le 27. Dé¬
cembre 1703. âgé de 77. ans , & de deffunte Marie,
Elisabeth le Gras , morte le 17. Juin 1670. & il
avoit eu pour soeurs Charlotte Angelique Courtin ,
morte âgée de 71. ans le 6. Mars 1732. veuve da
Jacques
JANVIER. 1739. 183
Jacques Roque , Seigneur de Varengeville , Secre
taire des Commandemens de Philipe , fils de France
, Duc d'Orléans , & mere de feuë la Préfidente
Longueil de Maisons , & de la Maréchale de
Villars ; & Marie Magdeleine Courtin , morte à
l'âge de 34. ans le 27. Fevrier 1698. femme de
Jean- Baptiste de Larlan ,Comte de Rochefort, Préfident
à Mortier du Parlement de Bretagne .
Le 9. Joseph de Beaumont , Comte d'Aurichamp ,
Brigadier des Armées du Roy de la promotion du
premier Août 1734. & Enseigne des Gardes du
Corps de Sa Majefté , dans la Compagnie de Villeroy
, mourut à Versailles âgé de 53. ans.
.
Le 15. Leonor Marie du Maine, Comte du Bourg ,
Baron de l'Efpinaffe & de Changy , Seigneur de la
Mothe de Nouailly , de Bouleiére, d'Arson de Saint
Forgeux, de S. Bonnet & d'Eſcars, Doyen des Maréchaux
de France , Chevalier des Ordres du Roy ,
Gouverneur & Commandant pour S. M. dans la
Province d'Alsace , & Gouverneur de Betfort, mourut
à Strasbourg dans la 84e . année de son âgé, étant
né le 14. Septembre 1655.Ce Maréchal avoit commencé
par être Page du Roy dans fa grande Ecurie
en 1671. d'où il paffa dans les Moufquetaires ,
avec lesquels il - fervit au Siege de Mastricht en
1673. & fe trouva à Battaque de la demi- lune .
Il fit en 1675 le voyage de la Franchecomté , & fe
trouva à l'assaut donné par les Grenadiers des Gar
des Françoises au Lieu apellé le Reclus . Au com
mencement de 1675 il fervit en qualité d'Ayde de
Camp du Marquis de Renel , Mettre de Camp Gé
néral de la Cavalerie, & fur la fin de la Campagne ,
il eut une Compagnie de Cavalerie dans le Régiment
de Cervon . Il fut fait en 1677. Meftre de
Gamp du Régiment Royal de Cavalerie , fervit en-
1689. au Siege de Philisbourg , & fut fait Infpecteur
184 MERCURE DE FRANCE
>
teur de Cavalerie , & Brigadier des Arinés du Roy ,
le 10. Mars 1690. Maréchal de Camp le 30 Mars
1693. l'un des 4. Directeurs Généraux de la Cavalerie
en 1694 & Lieutenant Général des Armées,
de S. M. le 29. Janvier 1702. La même année il se:
trouva à la Bataille de Fridlingue le 14. Octobre
& s'empara d'Haguenau le 6. Novembre fuivant..
En 1703 il commanda la tranchée fous le Maréchal
de Villars au Siége du Fort de Kell , où il emporta
l'Ouvrage à Corne ; il commanda l'aîle gau ..
che de la Cavalerie au combat d'Hochstet le 20 ..
Septembre & fut enfuite employé au Siége d'Aufbourg
, où il fut laiffé pour y commander pendant
l'hyver. En 1754. il fe trouva , le 13. Août , à la
grande Bataille d'Hochstet , où il commanda auffi
Paîle gauche de la Cavalerie , & où il fit une fort
belle retraite devant l'ennemi , qui ne put l'entamer.
En 1706. il eut le Gouvernement de Bapaume.
En 1708. l'Electeur de Baviere ayant quitté
l'Armée dès le commencement de Septembre , il en:
eut le commandement. En 1709. il eut encore le
commandement en Chef , & remporta une victoirecomplette
le 26. Août fur le Comte de Mercy au
Combat de Rhumerseim , dans la haute Alsace. Il
fut nommé enfuite Chevalier des Ordres du Roy ,
dont il reçut la Croix & le Collier le premier Janvier
1711. En 1713. il fervit au Siége de Laudau
qui fut pris le 20. Août. Il commanda l'aîle droite
de l'Armée à Pattaque du Camp retranché des Impériaux
près de Fribourg qui fut forcé le 20: Septembre.
Il fervit ensuite au Siége des Ville , Fort &
Château du même Fribourg . Il eut depuis le commandement
de la Province d'Alface, & fut honoré du:
Bâton de Maréchal de France le 2. Fevrier 1724.
Le Gouvernement de la Haute & Baffe Alface lui.
fut donné au mois d'Avril 1730. Il étoit veuf em
dernier
2
JANVIER . 1739. 185
>
dernier lieu de Marie-Anne de Klinglin , morte
le 11. Août 1734 à l'âge de 5o. ans ; il l'avoit
épousée le 20. Octobre 1731. Elle étoit veuve du
Baron d'Andlau , Chef & Directeur de la Nobleſſe
de la baffe- Alsace. Le Maréchal du Bourg avoit été
marié en premieres nôces le 27. Avril 1675. avec
Marie le Guales de M zobran ,, fille-aînée & princi.
pale heritiere de Rolande le Guales , Seigneur de
Mezobran , de Kermoran & de Villeneuve en
Bretagne , & Jeanne -Jacqueline d'Acigné . Il avoit
eû d'elle, outre deux filles Religieuses, dont l'une eft
Abbeffe de S. Sernin . Diocèse de Rhodez , un fils
qui étoit Caude Leonor du Maine , Marquis du
Bourg , de S. Reran , de Rebé & d'Arques , Baron
des Etas de Languedoc , Mestre de Camp du Régiment
Royal Cavalerie , & Brigadier des Armées
du Roy , mort en 1712 qui avoit été marié le 29 .
Mars 1707. avec Marie-Joseph de Rebé , fille uni
que de feu Claude Hiacinte , Marquis de Rebé &
d'Arques , Baron des Etats du Languedoc , Lieutenant-
Général pour le Roy en Rouffillon , & Brigadier
des Armées de S. M. & de Marie - Therese de
-Pons de Guimera de Montelar . Il laissa d'elle Louis
du Maine , Comte du Bourg , Capitaine dans le
Régiment Royal Cavalerie , mort à Strasbourg ,
le premier Janvier 1731. fans avoir été ma
rić , Marie Charlotte du Maine du Bourg , mariée
le 23.
Mars 1729 avec Louis de Lostanges , Comte
de Bedüer ; & Marie Thérefe Léonor du Maine du
Bourg, inariée le 20. Avril 1731 avec Claude-Fran →
çois Leonor de S. Mauris , Marquis de Montbarey
, Comte de Savigny , Colonel du Régiment de
Loraine depuis 1734
Jacques Thomas François Charpentier , Ecuyer ,
Seigneur d'Ennery , Epiez , Grisy , Valangouja
Berual , Theuville , Livilliers , & autres Lieux , an-
I vij
ci sm
186 MERCURE DE FRANCE
cien Capitaine de Cavalerie au Régiment Royal
étranger , mourut le 17. en son Château d'Ennery
près Pontoise , âgé de 39. ans.
Il avoit épousé le 13. Fevrier 1730. Magdeleine
Angelique Rosalie Rioul de Curzay , fille de feu
Seraphim Rioul , Chevalier Seigneur de Curzay ,
Lieutenant de Roy en la Province & Gouvernement
du Haut-Poitou , & ci- devant Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , & laiffe deux garçons & deux
filles en bas âge.
Le ... Janvier , Frederic Guillaume de la Trémoille
, Prince de Talmond , Comte de Taillebourg,
& de Benaon , premier Baron de Saintonge , Marquis
d'Espinay , Vicomte de Broffe , Seigneur du
Duché de Chatelleraud , & de Tonnay-Boutonne ,
Lieutenant-Général des Armées du Roy , & Gouverneur
de Saar -Louis , mourut à Taillebourg en
Saintonge , dans la 8te année de fon âge , étant né
en 1658. Il avoit été d'abord deftiné à l'Etat Eccléfiaftique
, & avoit succédé au mois de Mars 1681 .
à Louis- Maurice de la Trémoille fon oncle , dans
les Abbayes de Charroux , Diocèse de Poitiers & de
fainte Croix de Talmond , Diocèse de Luçon. Il fut
aussi reçû Chanoine de l'Eglise Cathedrale de Strasbourg
en 1684. mais il se démit -de fes Benefices .
le 2. Avril 1689. & étant entré dans le Service militaire
, il obtint un Régiment de Cavalerie , & il
fut fait fucceffivement Brigadier le 29. Janvier
1702. Maréchal de Camp le 26. Octobre 1704.
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis la même
année , & enfin Lieutenant Général le 30. Mars
1710. Il fut emploié en cette qualité au Siége de
Landau , où, commandant la Tranchée le 17. Juillet
1713. il reçut une contufion d'un Gabion qui
fut renversé sur lui.Le Gouve: nement de Saar- Louis
lui fut donné au mois de Mars 1717. Il avoit été--
-
marié
JANVIER + 1739 187
marié le 2. Decembre 1707. avec Elisabeth Anne
Antoinette de Bullion , née le 20. Fevrier 1685 .
seconde fille de feu Charles Denis de Bullion , Marquis
de Gallardon , de Fervaques & de Montlouet ,
Comte de Thienbrune , Seigneur de Bonnelles
&c. Prevôt de Paris , & Gouverneur des Provinces
du Maine , Perche , &. Comté de Laval , & de
Marie-Anne Rouillé , II la laisse veuve & mere
d'Anne-Charles - Frederic de la Tremoille , Duc de
Châtelleraud , Comte de Taillebourg , & c. fils unique
, Mestre de Camp , Lieutenant du Regiment
Royal Pologne de Cavalerie , depuis le 5 Avril
1738. & auparavant Mestre de Camp d'un autre
Regiment de Cavalerie , par Commission du 20
Fevrier 1734. & marié dès le 29 Octobre 1730.
avec Marie Jablonowski , fille de Jean , Comte de
Jabłonowski , Grand Enseigne de la Couronne
de Pologne , Palatin de Russie , & de Jeanne-
Marie de Bethune- Chabris , de laquelle il a un fils,
appellé le Comte de Taillebourg , né le 12 Avril
1734.
Le 18. Samuel Bernard, Chevalier de l'Ordre du
Roy , Conseiller d'État , Comte de Coubert , Seigneur
de Longueuil , la Grisole , &c. mourut à
Paris , après une longue et rude maladie , dans la
88. année de son âge, ayant été baptisé le 29 Octobre
1651 Les grands & importans services qu'il
avoit rendus à l'Etat , lui avoient mérité , tant du
feu Roy , que du Roy regnant , differentes marques
d'honneur. Il avoit obtenu dès le mois d'Août
1699. des Lettres de Noblesse . Le Collier de l'Ordre
de S. Michel lui fut accordé le 27 Juin 1702 .
& sa Terre de Coubert, en Brie , fut érigée en titre
de Comté , tant pour lui que pour ses enfans , au
mois de Novembre 1725. Il fut encore honoré au
mois de Novembre 1739. d'un Brevet de Conseiller
188 MERCURE DE FRANCE
3
&

ler d'Etat . Il avoit été marié ; 1º . avec Magdeleine
Clergeau , & 2° le 12 Août 1720. avec Pauline-
Felicité de S. Chamant , âgée alors de 22. ans ,
fille de feu François de S. Chamant , Marquis de
Mery-sur-Seine , Seigneur de Meriel , de Saucourt ,
de Montubois , & de Bonne de Chastelus . Il n'a
eu de cette derniere que Bonne . Felicité Bernard
née le 20 Septembre 1721. dont le mariage avec
Mathieu-François Molé, Seigneur de Champlatreux,
President du Parlement de Paris , est raporté dans
le Mercure d'Octobre 1733. p . 2310. De la premiere
, il ne laisse que Samuel - Jacques Bernard ,
né le 19 Mai 1686. Maître des Requêtes ordinaire
de l'Hôtel du Roi , Surintendant des Maiſon , Domaine
& Finances de la Reine , Grand -Croix , Prevôt
, & Maître des Ceremonies de l'Ordre Royal ',
& Militaire de S. Louis , & Gabriel Bernard , Seigneur
des Comtés & Baronies de Rieux , la Liviniere
, Ferrals - Madame , né le 8 Novembre 1687.
Président de la Seconde Chambre des Enquêtes du
Parlement de Paris .
ود
Le même jour , Henri de S. Simon , apellé le
Marquis de S. Simon , Maréchal de Camp des Armées
du Roy , du 18. Octobre 1734 mourut à
Montpellier , dans la 6 année de son âge , étant
né le 7. Septembre 1703. Il avoit été fait le 14.
Juin 1718. Colonel d'un Régiment d'Infanterie
vacant par la mort de Bernard Titus de S. Simon
son frere aîné. Il avoit accompagné en Espagne le
Duc de S. Simon , son parent , Ambaffadeur Extraordinaire
, & il fut un des Seigneurs François , que
le Roy Catholique invita à servir de témoins à la
Convention du Mariage de l'Infante , sa Fille , le
25. Novembre 1721. Il avoit servi en Italie pendant
la derniere Guerre , & il avoit été fait Brigadier
le 2Q. Fevrier 173.4. Il avoit épousé en Italie
pendant.
JAN VIE R. 1739. 189
pendant cette Guerre , la Veuve du Marquis Botta,
Milanois. Cette Dame , dont le nom est Litta , est
auffi Milanoise . Il en a eu une fille . Il étoit frere
puîné de Claude de S. Simon , Baron de Jouy-
Trouville , Seigneur & Patron de Quilbeuf, & de
Falvy, sur Somme, Evêque de Metz , depuis 1733-
& ci -devant Evêque & Comte de Noyon , Pair de
France. Ils sont fils de feu Eustache Titus de Saint
Simon , Seigneur de Falvy , sur Somme , Capitaine
au Régiment des Gardes Françoises , & Brigadier
des Armées du Roy , mort le premier Septembre
1712. & de Claire -Eugénie d'Auterive de Villesecq ,
morte le 31 Juillet 1725.
Le même jour , François - Nicolas Maillard , Conseiller
du Roy en la Cour des Aides depuis le 31.
Août 1719. mourut à Paris dans la 43. année de
son âge étant né au mois de Janvier 1696. laiffant
de son mariage avec D. Marie- Philipe Verany de-
Varennes , qu'il avoit épousée le 25. Novembre
1719. deux filles en bas âge Il s'étoit acquis la
réputation d'un zélé & vertueux Magiftrat , & celle
d'un Amateur des Lettres & des Beaux Arts , qu'il·
cultivoit avec soin & en Connoiffeur , surtout les
Arts qui regardent la Sculpture , la Peinture , & la
Gravure ; ce qui a donné lieu , entre les autres
Curiofités qu'i laiſſe , à un fort beau Recueil d'Estampes
, & en particulier de Portraits , sorties du
Burin des meilleurs Maîtres , & c .
Le 24. Louis de Brancas , Duc de Villars , Pair
de France , Marquis d'Oife , & de Maubec , mourut
âgé de près de 76. ans , étant né le 14. Février
1663. Il avoit été dans la jeuneffe Colonel du Régiment
de Luxembourg par Commiffion du 26..
Septembre 1684. Il fe démit le 14. Décembre:
1709. de son Duche- Pairie en faveur de fon fils
aîné , & le 29.. Septembre 1721. il fe retira en,
L'Abbaye
190 MERCURE DE FRANCE
7
+
813
l'Abbaye du Bec en Normandie , d'où , après y
avoir demeuré dix ans , il vint au mois d'Octobre :
1721. faire ſa réſidence en la Maiſon de l'Institu ……
tion de l'Oratoire , près de Paris , où il est mort. Il
étoit veuf de Marie de Brancas , sa coufine germaine
, seconde fille de Charles , dit le Comte de Bran--
cas , Marquis de Maubec , & d'Apilly , Chevalier
d'Honneur de la Reine Anne d'Autriche , & de :
Sufanne Garnier. Il l'avoit épousée avec dispense
au mois de Juillet 1680. elle fut Dame d'Honneur -
de fenë Charlotte- Elizabeth de Baviere , Ducheffe
d'Orleans , & elle mourut le 27. Août 1731. âgée
de 70. ans. Il laisse d'elle deux fils , dont le cadet,
Marie-Joseph de Brancas , Marquis d'Oise , né le
18.Octobre 1687. est Maréchal de Camp des Armées
du Roy du premier Août 1734. & l'aîné
Louis-Antoine de Brancas , Duc de Villars , Pair de.
France , Comte de Maubec , & de. Lauraguais ,
Marquis d'Apilly , & c. né le 12. Août 1682.. Chevalier
des Ordres du Roy , du 3. Juin 1724 ci-devant
Colonel du Régiment d'Orleans , Infanterie ,
a été mariéde 17. Décembre 1709 avec Marie- An-,
gélique Fremin de Moras , fille unique de Guillau
me Eremin , Seigneur Comte de Moras , Préfident
à Mortier du Parlement de Metz , & de Marie-.
Angelique Cadeau , & en a Adelaïde-Louise - Candade
de Brancas , née en 1710. &. mariée le 6. Fé--
vrier 1730. avec Claude- Gustave- Chrétien des
Salles , Marquis de Bullegneville en Loraine , Gouverneur
des Ville & Château de Vaucouleurs , & ..
nommé Colonel du Régiment des Landes , Infan- r
terie , le 15. Avril 17:38. & Louis de Brancas ,
de Villars , Pair de France , apellé le Duc de Lauraguais
, né le 5. Mars 1714. & Colonel du Régiment
d'Artois , du 20. Février 1734. Celui - ci est
vauf d'Adelaide-Geneviève - Féli -ité d'O , qu'il avoit
Duc
épousée.
JANVIER. 1739. 191,
épouséé le 27. Août 1731. & laquelle est morte le
26. Août 1735. à l'âge de 19. ans , & mere de
Louis -Leon- Félicité de Brancas , né le 3. Juillet
1733. & d'Antoine Bufile de Brancas , né le 150.
Août 1735
Le 25. D. Catherine-Charlote de Gramont , ci-.
devant Dame d'Honneur de la Reine , ( Place dont .
elle s'étoit démise en 1735. ) veuve depuis le 22 ,
Août 1711. de Louis - François Duc de Boufflers
Pair , & Maréchal de France , Chevalier des Ordres
du Roy , & de l'Ordre de la Toison d'Or , Gou
verneur , & Lieutenant Général des Provinces de
Flandres , & du Hainaut , Gouverneur Particulier &.
Souverain Bailly des Ville, Citadolle , & Châtellenie ,
de Lille , Grand Bailly & Gouverneur Héréditaire
de la Ville de Beauvais , & Lieutenant Général dur
Pays Beauvoisis , Général des Armées de S. M. & ,
Capitaine de fes Gardes du Corps , ci - devant Golo-.
nel du Régiment des Gardes Françoises , mourut à
Paris , âgée de 69. ans. Elle avoit été mariée le 17..
Décembre 1693. & elle étoit fille d'Antoine - Char➡ ,
les , Duc de Gramont , Pair de France , Comte de
Guiche & de Louvigny , Chevalier des Ordres du ,
Roy. ,.& de la Toifon d'Or , Viceroy de Navarre ,
& de Bearn , Gouverneur de Bayonne , mort le 25 ..
Octobre 1720. & de Marie - Charlotte de Castelnau
, sa premiere femme , morte le 29. Janvier .
1694. De huit enfans qu'avoit eus la Maréchale de
Boufflers , il ne reste plus que Joseph- Marie , Duc .
de Boufflers , Pair de France , né le 221 Mai 17065.
qui a les mêmes Gouvernemens qu'avoit le feu
Maréchal , son Pere , & qui est Colonel du Régi
ment de Bourbonnois , & Brigadier des Armées du
Roy, du premier Octobre 1734 ; Louise - Antoinette
Charlotte de Boufflers , née le premier Octobre
1694. mariée , avec Charles-François de Boufflers
Mar
192 MERCURE DE FRANCE
Marquis de Remiencourt , Lieutenant Général des
Armées du Roy , du 15. Février 1732. & Charlotte
Julie de Boufflers , née le 10. Juillet 1698 .
Abbeffe d'Avenay. La Ducheffe de Popoli , & la
Ducheffe d'Alincourt , qui étoient les deux derniéres
filles de la feue Maréchale de Boufflers ,
rurent l'année derniere, la premiere , le 16. Juillet ,
& la seconde , le 17. Octobre , comme on l'a raporté
dans le temps .
mou-
Le 27. D. Marie- Anne- Dorothée Erard-le- Gris
d'Echaufou , épouse de Michel de Roncherolles ,
Marquis de Pont- Saint Pierre , premier Baron de
Normandie , Conseiller d'Honneur né , au Parlement
de Rouen , avec lequel elle avoit été mariée
au mois de Février 1702. mourut au Château de
Pont-Saint- Pierre en Normandie dans la 54. année
de son âge. Elle laisse pour enfans , Michel-Charles
-Dorothée de Roncherolles , Comte de Pont-
Saint-Pierre , Mestre de Camp du Régiment Royal
des Cravates , & marié le 25. Mai 1728. avec Charlotte
Marguerite de Romilley de la Chesnelaye ;
Claude-Thomas-Sibile Gafpard -Nicolas - Dorothée
de Roncherolles Pont - Saint Pierre , Chevalier de
Malthe non Profès , Enseigne de Gendarmerie ,
dit le Chevalier de Pont - S. - Pierre ; Michel- Marie-
François de Roncherolles Pont- Saint- Pierre , auffi
Chevalier de Malthe non Profès , Capitaine dans
le Régiment de son frere aîné , dit le Chevalier de
Roncherolles ; & Marie- Catherine -Dorothée de
Roncherolles Pont - Saint-Pierre , veuve depuis le
14. Juin 1737. de François de Rivoire , Marquis du
Palais , Brigadier des Armées du Roy , & Lieutenant
des Gardes du Corps de Sa Majesté.
Le 29. D. Charlotte Wanganghelt , nâtive d'Aix-
-Chapelle,veuve depuis le 13 Juin 1719. de François
de Nyert , Marquis de Gambais , Seigneur de
La
JANVI E R. 1739. 193
7
la Neuville , Premier Valet de Chambre du Roy
Gentilhomme ordinaire de fa Maison , & Bailly d'Amont
dans le Comté de Bourgogne , mourut à Paris
dans un âge avancé . Elle étoit mere de feu Louis de
Nyert , auffi Marquis de Gambais , Seigneur de la
Neuville , Premier Valet de Chambre du Roy , &
Gentilhomme ordinaire de ſa Maison , Lieutenant
de Roy en Franche - Comté , Gouverneur de Limo .
ges , Capitaine & Concierge du Château du Louvre
, dont la mort eft raportée dans le Mercure de
Mars 1736.p.607.où l'on avoit avancé mal à propos
que la fille aînée du défunt étoit Carmelite. Elle
n'étoit alors que Penfionaire en l'Abbaye de Gif.
La Demoiselle de Cremelle, de la Paroiffe de Monceaux
, Diocèse de Bayeux , est morte dans les
derniers jours du mois de janvier , âgée de 106.
4
ans.
ARRESTS NOTABLES , & c.
RREST du 12. Décembre , qui ordonne
qu'à commencer du premier Avril 1739. le
droit d'avarie d'entrée , dont la levée a été ordonnée
par l'Arrêt du 25. Février 1736. demeurera
fuprimé dans toutes les Echelles du Levant.
AUTRE du 16. qui permet à la Chambre du
Commerce du Levant , établie à Marſeille , de faire
percevoir à fon profit , le droit de trente - cinq fols
par quintal , établi par l'Arrêt du 17. Décembre
1737. fur les Huiles de la Côte d'Italie , lorfqu'elles
feront introduites dans les Ports des cinq groffes
Fermes.
AUTRE
194 MERCURE DE FRANCE
AUTRE du 23. qui ordonne que les Com →
mandeurs & Officiers de l'Ordre du Saint- Esprit ; -
& autres Privilegiés , payeront les droits d'échange
dans des Mouvances des Seigneurs pariculiers aux--
quels lesdits droits n'auront pas été al : enés.
AUTRE du 6. Janvier , qui proroge pendant
le courant de l'année 1739 la modération des droits
de Marc d'or , de Sceau , d'Enregistrement chés les
Gardes des Rôles , & autres frais de provifions des
Offices qui feront levés vacans aux, Revenus
Cafuels.
AUTRE du même jour, qui ordonne que
toutes les Draperies & Etoffes de Laines de Manu
factures Etrangeres , prohibées , qui auront été
faifies , & dont la confiſcation aura été prononcée ,
feront brûlées publiquement.
ORBONNANCE DU ROY , dũ 6. dồng
la teneur fuit. Sa Majefté étant informée que les
maladies contagieufes qui . fe font répandues dans
une partie de la Hongrie & Provinces voisines , ne
font pas encore cessées ; elle a jugé nécessaire de
prendre les précautions qu'exigent la fûreté & la
confervation de fes Sujets, en les préfervant , autant
qu'il eft poffible , de toute communication fufpecte
, & en conféquence , elle a ordonné & ordonne.
ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER . Tout commerce &
négoce de Beftiaux , Marchandiſes , de quelque :
efpece que ce foit , venant defdits Pays , ou qui y
auront paffé , fera & demeurera interdit & fulpen--
du , jufqu'à ce qu'autrement par S. M. en ait été
ordonné; fans que , fous quelque prétexte que ce
fait , elles puiffent être reçûes dans le Royaume.
II.
JANVIER. 1739. 195
II. Pour prévenir les inconvéniens que cette interdiction
pourroit occafionner dans le commerce
d'entre les Sujets de S. M. & ceux des Pays où la
fanté n'eft point alterée , veut Sa Majefté que les
Négocians , Commerçans , Voituriers & autres qui
voudront faire entrer des Marchandifes d'Allemagne
& Pays en dépendant , autres que ceux qui sont
attaqués de la contagion , foient tenus de raporter
des Certificats de fanté , expediés en bonne & dûë
forme , par les Magiftrats du lieu d'où lesdits Bestiaux
feront partis , & où lesdites Marchandiſes auront
été fabriquées ; lefquels Certificats feront préfentés
à l'entrée du Royaume , aux Commandans
ou Magiftrats , pour être par eux vifés , à faute de
quoi il ne leur fera pas permis de continuer leur
route.
III. Aucun Voyageur , paffager ou autre , venant
d'Allemagne , ne fera pareillement admis à entrer
dans le Royaume , fans un pareil Certificat de Santé
, vifé des Commandans ou Magiftrats de la premiere
Ville de la Frontiere , qui fe trouvera fur leur
route.
IV. Ces précautions feront exactement obfervées
en Flandres, en Haynault , dans les Evêchés , fur la
Frontiere de Champagne , en Alface , en Comté ,
en Breffe , Bugey , Valromey, & Pays de Gex , en
Dauphiné & en Provence , fans qu'aucun Marchand
Voiturier ou Voyageur , venant directement
ou indirectement d'Allemagne , puiffe être difpenfé
de raporter lefdits Certificats ; voulant S. M. que
ceux qui n'en feront pas munis , foient obligés de
rétrograder , comme fufpects .
V. Quant aux Officiers qui ont fait la derniere
Campagne en Hongrie , & qui ont fait depuis une
quarantaine en Pays non fufpect , S. M. trouve bon
qu'en raportant par eux , un Certificat authentique
des
196 MERCURE DE FRANCE
des Magiftrats du Lieu où ils auront fait ladite
quarantaine , l'entrée du Royaume leur fait permise.
Mande & ordonne Sa Majesté à tous Gouverneurs
, & fes Lieutenans Généraux en fes Provinces
frontieres , aux Gouverneurs & Commandans de
fes Villes & Places , Intendans & Commiffaires départis
pour l'execution de fes ordres en fefdites Provinces
, Commiffaires ordinaires de fes guerres ,
Bourguemeftres , Mayeurs , Echevins & Gens de
Loy , Commis & Gardes établis fur fes Ponts ,
Ports, Peages & Paffages , & tous autres fes Officiers
& Sujets qu'il apartiendra , de s'employer & tenir
la main à l'exacte obfervation de la préfente , &c.
ARREST du 10. Janvier , qui ordonne qu'à
l'avenir toutes les Laines pellades qui feront portées
du Levant en France , ne pourront être reçûës
qu'avec des Certificats des Députés de la Nation à
Conftantinople , &c.
TABL E.
Catalogue des Mercures de France.
Privilege du Roy.
Liste des Libraires qui débitent ce Livre .
Avertissement qu'il faut lire .
Pieces Fugitives en Vers & en Prose. Idylle ,
Question importante , nouvellement jugée ,
La Chauve - Souris , à Mlle ....
Essai sur l'Histoire du Nivernois ,
Epitre à M. Bas ,
Reflexions ,
L'Amour Laboureur , Epigramme ,
Réponse à une Question proposée ,
4
12
30
32
36
ibid.
Le
Le Singe & la Médaille , Fable ; 39
Seconde Lettre au sujet des Chansons de Thibaut
Roy de Navarre ,
Ode ,
44
Lettre sur la Considération ,
47
L'Amour Auteur ,
49
Question de Droit ,
Rondeau ,
Suite des Nouvelles Typographiques ,
52
53
Les Loix d'Amour négligées , Poëme ,
Lettre sur une Traduction nouvelle d'une
62
Elegie
d'Ovide ,
Vers sur l'absence de M......
Sur l'Esprit & sur la Beauté , par Mlle ...
Vers distribués dans un Bal à Rennes ,
Lettre de Madame L * * * &c.
63
68
69
74
77
Bouts Rimés remplis ,
Enigme , Logogryphes , & c .
79
81
Deux Logogryphes Chronographiques de Jean
Michel , Poëte du XVI. siecle .?
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX -ARTS , >
84
& c.
85
Lettres sur la Hollande ,
39
Annales Ordinis S. Benedicti , &c. 91
Gallia Christiana , &c. 102
Continuation du Traité de la Police , &c. 106
Jettons frapés au jour de l'An 1739 .
110
Catalogue de Plantes , & c, III
Cantates Spirituelles , &c .
112
Chanson notée ,
ibid.
Spectacles. La Tragédie de Venceslas , & c.
Les Amours du Printemps, Ballet , Alceste, & c. 130
Lettre sur la Comédie de l'Ecole du Temps , 133
Médus , Tragédie nouvelle , Extrait ,
Nouvelles Etrangeres , de Turquie , & c .
Afrique , Russie & Hanover ,
Hambourg , Allemagne , & c.
I2I
140
144
146
Course
Course de Traîneaux , 147
Vers à Mad . de B....
Madrigal ,
Italie , Espagne & Grande Bretagne ,
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c. 157
153
$154
156
Portrait de M. ***
Maladie du Duc de Chartres ,
Portrait de Mad… ....
Gouvernemens donnés ,
Suplément. Eloge de M. Bel ,
Explication du Tableau allégorique , &c.
Le Chêne & l'Arbrisseau , Fable ,
Addition aux Nouvelles Etrangeres , de Turquie ,
&c.
D'Italie , & de Corse ,
Morts ,
Arrêts Notables ,
160
161
$164
ib d .
166
172
175
176
*197
181
1.93
Errata du second volume de Décembre.
Page 2918.
Age 2918. ligne 3. la tendre, lisez la voix tendre,
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 32. ligne 6, aurez ,
lisez avez.
P. 83. 1. 3. Vercingetorix , 7. Vercingentorix.
Page 89 ligne 8. POUSUIVRE , lisez POURSUIVRE.
Page 137 ligne 18. il n'y en pas , lisez il n'y en a pas,
Page 142. ligne 15. remplie de ,lisez dans.
Ibid. ligne 23. ces. , lisez des.
Les Jettons gravés doiventt regarder la page
La Chanson notée doit regarder la page
110 .
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
FEVRIER.
COLLIGIT
1739 .
SPARGIT
Papillan
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
rue S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XXXIX .
Avec Aprobation & Privilege du Roy
A VIS.
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à- vis la Comédie Fran-
Coife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventſe ſervir de cette voye
pour les faire tenir,
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France dela premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
T'heure à la Pofte , ou aux Meſſageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,

DÉDIÉ AU ROT,
FEVRIER. 1739.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
O DE 6
A M. le Duc de Villars.
C
E quelle voix enchantereffe
Viens -jé d'entendre les accens
Quelle douce & vive allegreffe
Agite & ravit tous mes sens ?
D
C'eft toi , divin Fils de Latone
Les sons dont ta Lyre résonne
10
0.03 .
13:
£17
c
A ij
Font
198 MERCURE DE FRANCE
Font naître en moi mille transports ;
Dieu Puiffant , guide mon génie ;
Répands dans mes Vers l'harmonie
De tes plus fublimes accords.
*
Viens quitte les bords d'Hipocrêne ;
Inspire-moi ces Vers divins ,
Que le Favori * de Méçene
Chantoit aux Rivages Latins ,
Oui c'est ton ardeur qui m'anime
Je vais d'un Héros magnanime
Célebrer les talens divers ...
Qu'à ma voix les Peuples s'uniffent ;
Qu'au loin les Echos retentiffent ;
Formons mille nouveaux concerts.
Digne Fils d'un illustre Pere ,
VILLARS , quels traits assés pompeux
Pourront peindre ton caractere
Toujours égal & vertueux !
Dans le fafte qui t'environne ,
Raiement la fageffe donne
Un folide éclat aux grandeurs ;
Du vrai Héros parfait modele ,
* Horace.
Tor
FEVRIER. 1739. 199
Toi seul à ses ordres fidele ,
Tu sçais t'attirer tous les coeurs.
*
Combien de Grands , dont le mérite
Eft terni par trop de fierté !
Combien , qu'un fol orgueil invite
A bannir douceur & bonté !
De ce préjugé si funeſte
Que ton coeur abhorre & détefte ,
Tu connus le poison fatal ;
Et ton aimable bienveillance ,
Non moins que ta haute naiſſance ,
T'acquiérent un nom sans égal .
*
De cette équitable maximè
Tu suis le sentier peu battu ,
Et tu joins au sçavoir sublime
La plus éminente vertu .
Les Dieux d'une rare fageffe
Te prodiguerent la richeſſe ;
Peuvent-ils faire un plus beau don ?
Leurs bienfaits qu'en toi l'on admire ,
T'ont rendu maître de l'Empire ,
Et de Minerve & d'Apollon.
Un nouveau Triomphe t'apelle ;
:
A iij
La
100 MERCURE DE FRANCE
La joye éclate au double Mont ;
Des Muses la Cour immortelle
A l'envi couronne ton front.
Quelles graces quelle élegance !
Des charmes de ton éloquence
Le Dieu des Vers même eſt épris
Et je le vois sur le Parnaffe
Te donner la premiere ( a ) Place
Entré ses plus chers Favoris.
*
Mais quelle glorieuse (6 ) marque
Tout à coup a frapé mes yeux ?
Je vois d'un Illuftre ( c ) Monarque
Les dons justes & précieux.
Ainfi fut jadis accordée
Au volage ( d) Epoux de Médée
"
La Toison pour prix de sa foi.
Mais ce Héros fi redoutable ,
Que nous a tant vanté la Fable ,
La méritoit-il comme toi
*
Dans cette agreable Contrée ;
Où te conduifit ta bonté
(a ) M. le Duc de Villars a été reçu Protecteur de
l'Académie des Belles Lettres de Marseille.
(b) La Toison d'Or. ( c ) Le Roy d'Espagne. (d) Jason.
Des
FEVRIER : 17397
17397 201
Des temps de Saturne & de Rhée
Nous goûtons la félicité ;
Pour rendre ce bien plus durable ,
Puiffe le Deftin favorable
Ecouter nos ardens defirs !
Et toi , qui fuis d'un vol rapide ,
O temps ! prens notre coeur pour guide
Prolonge nos plus doux plaifirs.
*****:
Par M. B ** d'Aix.
REFLEXIONS sur les Cadrans Solaires.
>
L'Auteursnoires dans le mois de Sep-
'Auteur anonyme qui a parlé fur les
tembre dernier , confond mal à propos les
Ingenieurs pour les Instrumens de Mathématiques
, avec les Barboüilleurs & les Maçons
Les premiers sçavent trop de quelle
consequence sont les plus petites erreurs
pour n'y pas faire attention ; aussi ont- ils
grand soin de diviser par la Méthode la plus
sûre & la plus exacte , des Plates- formes de
cuivre dont ils se servent pour tracer les
Cadrans horisontaux. Tout le monde sçait
qu'ils divisent ces Plates - formes par le moyen
des dégrés & minutes , que le calcul de la
A iiij
,
Tri202
MERCURE DE FRANCE
que
Trigonometrie sphérique donne , & l'on
trouve tout fait dans la Gnomonique de M.
Ozanam . Puisqu'ils agiffent avec tant de
précaution pour les Cadrans horisontaux ,
on peut , & même on doit penser , qu'ils en
prennent autant pour les Cadrans verticaux .
Il est aisé de prouver leur exactitude par les
deux Exemples suivans .
Le premier , est un Cadran que feu M. le
Maire a traçé , ruë de l'Université , au coin
de la rue du Bacq , qui retarde à midi de
vingt minutes , & qu'il citoit pourtant comme
son chef d'oeuvre : En effet est-ce si
grand'- chose que le tiers d'une heure ?
Le deuxième Exemple , est la Méridienne
qu'un de ses Confreres , encore existant , a
traçée chés un Particulier, ruë Bertin - Poirée ,'
qui n'est éloignée du vrai midi , que d'environ
trois ou quatre minutes : On pourroit
encore donner plusieurs Exemples de cette
nature , pour prouver le soin qu'ils sont capables
d'y aporter.

Ce même Auteur anonyme auroit du
ce me semble , ménager un peu plus les
termes en parlant de ces Mrs ; s'il en
connoît d'ignorans , doit - il pour cela
penser desavatageusement des autres ? On
a donné dans la Réponſe du mois de
Décembre dernier , des raisons convainquantes
de leur capacité , en nous rapel
lang
FEVRIER. 1739. 203.
fant à la mémoire les grands hommes qui
ont été parmi eux ; ce qui est bien prouvé par
la reconnoiffance qu'a eu pour feu M. Buterfield
, le Public sçavant & connoiffeur , qui
se sert journellement des Cadrans qui portent
son nom , parce que c'étoit lui qui en
faisoit le plus.
و
du
Les excellens Livres que nous avons sous
le nom de M. Bion ne font-ils
pas penser
qu'il étoit un habile homme ? Cela se seroit
confirmé sans un bruit fâcheux qui s'est
répandu dans le Public , qu'un nommé Morin
, gagé de M. Bion , les a faits , & que
l'Article des Cadrans est de M. Desplaces.
On ne dit pas que ce soit le Morin du temps
du Cardinal de Richelieu ; mais un ,
même nom , qui a paru au commencement
de ce siècle , & qui avoit assés peu d'honneur,
pour laisser paroître ses Ouvrages sous
le nom d'un autre. Au refte , cela ne fit aucun
tort à M. Bion dans le Public , qui croit
fermement que ces Livres sont de lui ; il n'y
a eu que les Sçavans , qui le connoiffoient ,
qui ont été moins crédules.
L'Auteur de la Réponſe du mois de Décembre
, vante beaucoup la capacité de ceux
d'aujourd'hui , tant pour la Théorie que pour
la Pratique ; je l'imiterai en n'en parlant pas ,
dans la crainte que j'aurois de blesser leux
modestie.
A v Si
204 MERCURE
DE FRANCE
3.
Si l'Auteur anonyme du mois de Septem
bre avoit un peu mieux examiné les Cadrans ,
qu'il a cités ,il n'auroit sans doute pas mis dans
sa Lifte celui de la Place des Victoires , qui
retarde de 2. à minutes environ, non plus
que celui du fond du Jardin des petits Pefaits
part res : ils ne paroiffent pourtant pas
des Peintres ou par des Maçons ; mais il faut
que l'axe du dernier ait été mal place , ou dé
rangé dans la suite , l'erreur se trouvant pres-,
que toujours la même à toutes les heures.
En donnant cette Lifte , l'Auteur auroit bien
dû nous communiquer
quelques moyens ,
connoître les Cadrans dont il faut se
deffier , il m'en auroit épargné la peine ; mais
il m'auroit aussi privé de faire ce plaifir au
pour
Public.
Mon but est de faire connoître par la scu
to inspection , fi un Cadran eft fait par un
ignorant ; mais je n'entreprends pas de faire
voir s'il est fait par un habile homme..
Il faut se deffier , & même conclure avec
certitude , qu'un Cadran ne vaut rien.
1º. Lorsque l'axe eft scellé dáns le centre;
ce qui se voit à une fi grande quantité, qu'il
n'est pas néceffaire d'en indiquer ; on ne fera
pas grand chemin sans en trouver. Il est si
effentiel de conserver le centre d'un Cadran,
qué ceux qui en sçavent la consequence , y
en mettent un de cuivre ; c'est une délicateffe
FEVRIER. 1739. 205
à laquelle les ignorans ne s'affujetiffent pas.
2º. Lorsque l'on verra une longue rainure,
ou fente au centre , c'eft une preuve que celui
qui a tracé le Cadran , n'avoit point de
Méthode sûre pour placer l'axe, & que cette:
fente n'a été conservée que pour l'ajuſter en
tâtonnant ; ainſi qu'on peut le voir aux Cadrans
des Cimetieres S. Severin & des Inno-
& à un autre dans la Cour de la
cens ;
Doüanne.
3 °. Lorfqu'aux Cadrans déclinant du Midi
à l'Orient ou à l'Occident , l'on verra des
lignes , qui , partant du centre , montent en
haut ; puisqu'il faudroit que le Soleil éclairât
le Cadran avant que d'être levé , ou après
fon couché , pour que l'ombre du ftyle tom
bât fur ces lignes. Les deux Cadrans qui
font sur la Porte de la Doüianne ont ce défaut.
4°. Si l'ombre de l'axe ne couvre pas les
lignes horaires dans toute sa longueur ; comme
on le peut voir au Cadran horizontal dus
Jardin des petits Peres , Place des Victoires.
5°. Si la furface d'un Cadran n'eft pas bien
plane , ainfi qu'il arrive à celui de la Porte:
Gaillon & à celui du Jardin de l'Hôtel de
Soubize ; de même à l'Hôtel de Gêvres , rue
des Bons Enfans , où l'on voit l'après- midi
que l'ombre de l'axe eft courbe , quoique
Faxe foit bien droit..
A vj
206 MERCURE DE FRANCE
6°. Lorsqu'on verra les arcs des signes, ou
les arcs diurnes tracés fur un Cadran , comme
des portions de Polygones ; c'est-à- dire ,
que ces courbes feront des angles fenfibles
d'efpace en efpace , comme au Cadran du
Paffage des Tuilleries , du côté du Cul - de-
Sac S. Vincent , & à un autre dans la Cour
de la Doüanne : ou au contraire, lorsque ces
arcs seront ſenſiblement des portions de Cercle
; comme aux deux Cadrans qui font ruë
des Filles S. Thomas , entre la ruë de Richelieu
& la rue Vivienne.
3.
7°. Lorsque l'on pourra juger évidemment,
que l'axe ne fait pas avec l'horifon du Lieu
un angle de la hauteur du Pôle du même
Lieu ; comme il arrive à un Cadran fait fur
une Encoignûre ronde , ruë de Grenelle , aur
coin de la rue de Bourgogne , Fauxbourg
S. Germain , où l'axe ne fait avec l'horifon
qu'un angle de trente-huit ou quarante dégrés
tout au plus , lorfqu'il devroit être d'environ
quarante- neuf: Cadran qu'un habile homme
n'auroit osé entreprendre , fans de grandes
précautions
.
8°. L'on doit auffi fe deffier des Cadrans
tracés comme étant parfaitement orientaux
ou occidentaux ; ce font ceux dont les lignes
des heures font paralelles : il fe peut faire,
qu'il y ait des murailles ainfi difposées ; mais
cela eft très rare. Ceux qui en voudront un
Exem
FEVRIER. 1739. 207
,
Exemple , le trouveront rue des petits Peres ,
Place des Victoires , ffuurr le le pignon d'une
Maifon , que quelque Maçon , ou Barboüilleur
, a tracé comme s'il étoit parfaitement
occidental. Si la muraille avoit cette difpofition
elle feroit éclairée précisément à midi
, & on a remarqué qu'elle ne l'eft même
pas à midi trois quarts , d'où il faut conclure
que ce Cadran ne vaut rien , & a été fait par
un ignorant.

Si on examinoit tous les Cadrans que rom
voit avec autant de foin , à peine en trouveroit-
on un qui n'eût quelqu'un de ces défauts
, tout au moins d'avoir l'axe fcellé
dans le centre ; c'étoit jadis la méthode favorite
de Bertaut , Peintre , & de Mandonnet
Compagnon Maçon.
,
J
FABLE.
Adis un Moine , un Soldat , un Rimeur,
Cheminoient de compagnie ,
Et cheminant , parloient avec ardeur
Touchant la vanité des Biens de cette vie.
Fi des Tréfors , difoit le Guerrier plein de coeur ;
Et trois fois digne d'infamie
L'homme , qui , pour en acquérir ,
Ose
108 MERCURE DE FRANCE
Ose rifquer des jours qu'il doit à fa Patrie !
Il est bien plus beau de périr
En cherchant la Victoire ,
Que de périr en cherchant des Ecus.
Vous dites vrai , pourſuit l'Eleve de Phébus ;
A l'or , ainfi que vous , je préfere la gloire :
Tous les Domaines de Créfus
Ne valoient pas un coin du Temple de Mémoires
Pour moi , dit le bon Pere , amaffer des Vertus
C'est mon unique Etude.
Que faire de l'argent ? L'argent fait- il gagner
La célefte béatitude ?
Au contraire il ne peut que nous en éloigner.
Tandis qu'ils débitoient ces pompeufes paroles
I's découvrent de loin bon nombre de piftoles ,
Qu'un Voyageur aparemment
+
Avoit laissé tomber , je ne fçais trop comment
Devinez qui des trois avec plus de viteffe
Courut vers le riche métal ;
C'eft celui, qui de la richeffe
Avoit dit le plus de mal .
A. X. Harduin d'Arras.
EX
FEVRIER. 1739. 209
康康进
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rome
le. 4. Octobre 1738. par M. Julien ,
Ingénieur du Roy , sur les effets particuliers
que produit le Soleil de Solstice en Solstice,
et de la difference qu'il y a des Equinoxes
aux Equinoxes , &c .
CES
Es differens Effets ont occasioné ici
une dispute qui dure depuis deux ans
entre plusieurs Sçavans contre un seul Particulier.
Les Sçavans de Rome prétendent
que si d'un Solstice à un Solstice , un mouvement
toujours égal produit des Arcs
égaux dans un Cadran du 22. Decembre au
22. Juin inclus , la quantité de ces mêmes
Arcs égaux , aura produit aussi un temps
égal.
M. Niévil , qui est le nom du Particulier ,
soûtient et démontre le contraire par quatre
Pendules que quatre differens Horlo
gers ont faites à quatre Personnes differentes ,,
suivant le marché qu'ils ont fait enſemble
dont voici les conditions ::
Quatre Particuliers font un marché avec:
quatre Horlogers pour leur faire à chacun
une Pendule , à condition que chaque Pendule
tirera depuis le 22. Decembre jusqu'au
2201
110 MERCURE DE FRANCE
22. Juin sans être montée , et qu'elle finira
précisément à l'heure qu'elle aura commencé.
On leur paye chaque Pendule rooo écus,
& outre cela on convient que chaque heure
qui surpassera les 18 2. jours sera payée à 50.
écus par heure ; on leur donne un an pour
faire les Pendules ; ils commencent tous
quatre leurs Pendules au mois d'Avril , et
finissent aussi au mois de Decembre tous
les quatre, pour pouvoir faire leur experience
du Solstice d'Hyver à celui d'Eté .
Le premier monte sa Pendule le 22. Decembre
, à 6. heures de nuit , qui fait précisément
11. heures du soir , et assûre qu'elle
finira précisément à 6 heures de nuit au 22 .
Juin.
Le second monte sa Pendule à 12 heures
du matin , qui font s heures de France , et
soûtient aussi que sa Pendule ne finira qu'à
12 heures du matin au 22 Juin.
Le troisiéme monte sa Pendule aussi le
même jour à 18. heures , qui font 11. heures
de France , et prétend qu'elle finira à
18. heures , le 22. Juin.
Le quatriéme monte sa Pendule à 24.
heures d'Italie , qui font 5 heures du soir
et assûre qu'elle finira à 24. heures, le même
o ur que les autres.
Le 22. Juin arrive , ils livrent tous quatre
leurs .
FEVRIER. 1739. 219
leurs Pendules , qui marquent toutes quatre
la même heure , attendu que 6. heures ,
12. heures , 18. heures , et 24. heures d'Italie
marquent la même heure fur le Cadran
.
Les quatre Particuliers sont fort contens
de voir que les quatre Pendules ont répondu
précisément à leur intention , et aux condi
tions de leur marché ; il s'agit de voir si les
quatre Pendules ont révolu ou rempli un
temps égal , ce qui va être démontré , après
que j'aurai expliqué de quelle maniere l'on
compte le minuit et le midy en Italie , suivant
le Méridien de Rome , avec le lever et
le coucher du Soleil , ce qu'il est fort nécessaire
de sçavoir pour juger de la question
qui est à décider.
1º. Le total de la nuit , le 22. d'Octobre
vaut à Rome 14. heures.
2°. Le total du jour vaut 10. heures , qui
font ensemble 24. heures.
3°. Le midy Italien est composé du total
de la nuit et de la moitié du jour ; ainsi
midy est à 19. heures.
Q
4. Les 24. heures sont composées du
midy Italien qui vaut trois parties , et de la
moitié du jour naturel , qui vaut s heures ;
19. et 5. font 24.
5°. Minuit est composé de la moitié de la
puit supérieure , qui commence depuis 24-
heures
12 MERCURE DE FRANCE
heures jusqu'à 7. heures de nuit.
6°. Le commencement du jour est compris
depuis les 24. heures jusqu'à 14. heures,
où commence le jour.
-
7°. Le lever du Soleil est composé du total
de la nuit , plus une demie heure , donc le
Soleil se leve à 14. heures .
8° . Le coucher Italien est composé du
midy et de la moitié du jour artificiel , c'eſt-
-à- dire , des heures qu'il y a depuis midy au
coucher du Soleil qui se couche à 4. heures
; & 19. heures font 23. ausquelles lo
Soleil se couche toute l'année.
Il n'y a point d'heures Italiennes qui ne se
réduisent en heures Françoises , comme je
vais l'expliquer.
De quoi est composé le midy , le minuit
François , le coucher , & le lever du Soleil >
1º. Le midy est composé de la moitié de
la nuit inferieure et de la moitié du jour superieur
, toujours égal à 12. heures.
2°. Le coucher du Soleil est composé toujours
de la moitié du jour artificiel , égal à 4.
heures ; c'eft à cause de cela que le coucher
du Soleil varie suivant l'augmentation
ou la diminution des jours suivant notre
Style, et qu'il ne varie jamais suivant le Style
Italien.
3°. Le minuit.est composé toujours de la
moitié du jour inferieur et de la moitié de la
-
muit
FEVRIER. 1739 .
213
nuit superieure, égale à 12. heures , puisque
le total du jour et de la nuit valent toujours
12. heures en quelque cas que ce soit.
4°. Le lever et le coucher du Soleil est
composé de la moitié de la nuit inferieure ,
plus une demie heure ; ainsi connoissant la
difference des deux Styles , on comprendra
aisément la démonstration que je vais donner.
Revenons à present à nos quatre Pen
dules pour sçavoir si elles ont fait chacune.
un temps égal.
On propose le fait à un Mathématicien
de Rome ; et voici comme on lui explique
la Question dont il s'agit.
Quatre Pendules ont été montées le 227
Decembre ; sçavoir , la premiere , à 6. heures
de nuit ; la feconde , à 12. heures ; la
troisième , à 18. heures ; et la quatrième , à
24. heures. Ces quatre Pendules ont été
sans s'arrêter jusqu'au 22. Juin inclus , et se
sont arrêtées chacune à la même heure .
Sçavoir.
La premiere , seconde , troisième , et quatriéme
se sont arrêtées à 6. h. 12. h. 18. h.
et 24. h. On demande si elles ont fait un
temps égal , ou s'il y en a qui ont fait quelques
heures de plus l'une que l'autre.
Le Mathématicien répond que oui
qu'elles avoient fait un temps égal. Sçavoir,
chacune
14 MERCURE DE FRANCE
"
chacune 182. fois 24. h. sans aucun reste.
Voici comme le Mathématicien démontre
que ces quatre Pendules ont accompli un
temps égal ; il a choisi les z4. h. du soir , et
a fait voir que lorsque l'aiguille avoit fait
journellement sa révolution quatre fois , elle
avoit accompli chaque jour 24. h. puisque
ces mêmes 24. h. servoient pour les 6. h.
12. h. et 18. h. que chaque jour , ils accom→
plissoient 24. h. et que l'aiguille faisoit tous
les jours, dans l'espace du jour et de la nuit,
quatre révolutions , et puisque le mouvement
de l'un étoit égal au mouvement de
F'autre , qu'il étoit impossible qu'une heure
produisît plus de temps ; et que par cet axiome
qu'un mouvement toujours égal , qui produit
des Arcs égaux et quifinit toujours au même
point, a produit un temps égal : et par conséquent
que les quatre Pendules ont été chacune
182. fois 24. h. qu'il n'y a pas plus de
temps de 6. h. de nuit à 6. h. de nuit du
22. Decembre au 22. Juin , que de 12. h. à
12. h. de 18. à 18. h. et de 24. h. à 24. h.'
puisqu'ils ont fait chaque jour la même révolution
, et que 24. h. le 22. Juin ne sont
pas plus éloignées de 6. h. de nuit , qu'elles
l'étoient le 22. Decembre , à la réserve
que de 6. de nuit à 24. h. le 22. Juin il y a
16. h. de jour , et de 6. h. de nuit à 24. h.
Le 22. Decembre , il n'y a que 10. h. de jour,
FEVRIER 1739 ZIY
et que l'augmentation des jours , comme la
diminution , ne font pas aller le mouvement
ni les rouës de la Pendule plus vîte ni plus
lentement , que le mouvement de la Pendule
est toujours aussi égal l'Hyver que l'Eté
, et que les heures sont chacune toujours
de 60. minutes en toutes les saisons ; et voici
comme il finit sa démonstration. Si à chose
égale , dit- il , on ajoûte chose égale , elles
seront toujours égales entr'elles ; si à 6. h .
de nuit le 22. Decembre , j'ajoûte 8. h. de
nuit et 10. h. de jour , j'aurai 24. h . si le
22. Juin j'ajoûte 2. h . de nuit à 16. h. de
jour , j'aurai aussi 24. h. Cela ne prouve pas
pour cela que le temps soit inégal , ni que
l'augmentation des jours ait fait marcher unc
des quatre Pendules plus vîte ni plus lentement
; ainsi il sera aisé de conclure que les
quatre Pendules ont produit un temps égal ,
finissant chacune à l'heure qu'elles ont commencé.
Voilà donc le jugement du Mathématicien
de Rome , lequel a été confir
mé par tous les autres Sçavans ; et outre
cela il s'est mêlé une infinité de Particuliers
qui ont soutenu que le Mathémati
cien avoit raison , et qu'on ne pouvoit don
ner de démonstration qui fût plus vraie
celle- là.
,
que
- Comme l'erréur apartient aux sens , à
l'idée , et à l'opinion , il n'apartient qu'à
l'esprit ,
216 MERCURE DE FRANCE
l'esprit , au jugement , et à la raison de le
corriger.
Cette décision fit assés de bruit , et les
Horlogers qui ne connoissoient pas le paralogisme
du Mathématicien , crurent que
de jugement étoit bien rendu , et se contenterent
de cette décision , sans pourtant accepter
le payement des Particuliers ; ils en
parlerent à plusieurs de leurs amis , il y en
eut un qui leur dit : il y a ici un Etranger
qui est fort curieux , lequel demeure auprès
de S. Charles au Cours , et s'apelle M. Niévil
; voyez- le , il sera fort content de voir le
jugement des quatre Pendules , et de voir si
elles ont fait untemps égal, c'est une personne
fort au fait de ces sortes de matieres : làdessus
, les quatre Horlogers vinrent trouver
M. Niévil , lui proposerent le cas , et lui
communiquerent la décision du Mathématicien
, il leur dit qu'il examineroit la chose
avec attention , et qu'il ne doutoit pas que
le Mathématicien de Rome n'eût résolu le
problême parfaitement bien.
M. Niévil examina donc la chose avec
toute l'attention possible , il trouva le paralogisme
du Mathématicien lequel étoit causé
par l'effet du Soleil , comme on va le démontrer
d'après lui.
IlIl
exposa d'abord
que les quatre
differentes
heures
de la journée
au 22. Decembre
qui
FEVRIER. 1739 17
qui sont 6. h. de nuit , 12. h. 18. h. et 24. h,
illes a réduites suivant le Style François , et
il prouva que 6. h. de nuit au Solstice d'Hy
ver font 11. h. du soir , 12. h. font 5. h. du
matin , 18. h. font 11. h. du matin , ou une
heure avant midy , et 24. h. sont à 5. h. dụ
soir ; de toutes ces heures , il n'y a que 24.
h. qui est un point fixe qui arrive toujours
une demie heure après le Soleil couché , et
que les autres heures ont changé de place ,
suivant les effets du Soleil.
Comparons , dit- il ensuite , les quatre dif.
ferentes heures du 22. Decembre aux quatre
mêmes heures du 22. Juin , et voyons de
quelle maniere le Soleil les change.
Sçavoir , 6. h. 12. h. 18. h . 24. h. au 22.
Decembre sont égales à 11. h. du soir , s .
h. du matin , 11. h. du matin , et s . h. du
soir , et 6. h. 12. h. 18. et 24. h. sont égales
au 22. Juin à 2. h. après minuit , 8. h. du
matin , 2. h. après midy , et 8. h. du soir ;
ces quatre heures-là sont changées par les
effets du Soleil , il est évident que si 6. h. de
nuit étoient à 11. h. du soir le 22. Juin , la
Pendule auroit accompli 182. fois 24. h.
mais elle se trouve à 2. h. après minuit ; la
premiere Pendule a donc fait 182. fois 24,
h . et 3. h. Si la seconde Pendule qui marque
12. h. le 22. Juin fut 2. h. avant jour ,'
il est évident qu'elle auroit accompli 182 .
fois
18 MERCURE DE FRANCE
fois 24. h. juste ; mais ces 12. h. se trouvent
à 8. h. du matin , qui font 4. h . de jour , 12.
h. au Solstice d'Hyver étoient 2. h. avant
jour , et 12. h. au Solstice d'Eté sont à 4. h.
de jour ; donc de 12. h. à 12. h. d'un Solstice
à l'autre font 182. fois 24. h. avec 6. h.
18. h. au Solstice d'Hyver sont à 11. h. qui
font 1. h. avant midi , et 18. h. au Solstice
d'Eté font 2. h. après midi ; donc de 18. h.
à 18. h. d'un Solstice à l'autre font 182 .
jours , et 3. h. 24. h. au Solstice d'Hyver
font 5. h. après midi , & 24. h . au Solstice
d'Eté font 18. h. après midi, Or de 24 .
. h. à
24. h. d'un Solstice à l'autre ne font que 182.
fois 24. h. puisque le Soleil se couche tous
les jours de 24. h. à 24. h. Or le 22. Decembre
24. h. étoient comme demie heure
après le coucher du Soleil , et le 22. Juin 24-
h. sont aussi une demie heure après le coucher
du Soleil ; il est aisé de conclure que
de 24. h. à 24. h. d'un Solstice à l'autre ,
il s'est révolu 182. fois 24. h. juste .
Il n'en eft pas de même des trois differentes
heures qui sont 6. h. 12. h. et 18. h.
il est manifeste que si 6. h. de nuit se trou
voient à 11. h. du soir le 22. Juin , comme
elles sont le 22. Décembre , il n'y a point de
difficulté de conclure qu'il y a eu révolution
de 182. fois 24. h. mais 6. h. de nuit au
Solstice d'Eté sont 2, h. après minuit , attenda
FEVRIER. 1739. 219
tendu que le total de la nuit est de 8. h.
il est donc réellement vrai que de 6. h. de
-nuit d'un Solstice à l'autre, il s'est révolu
182. fois 24. h. avec 3. h. Venons au second
; si 12. h . au 22. Juin se trouvoient
2. h. avant jour , comme elles étoient le 22 .
Decembre , il est évident que la Pendule
auroit accompli 182. fois 24. h. mais 12. h.
au Solstice d'Eté est à 4. h. de jour 2. h. avant
jour , et 4. h. de jour font 6. h. de difference ;
donc la seconde Pendule a été sans s'arrêter
182. fois 24. h. avec 6. h. la troisième
qui a été montée à 18. h . et qui a fini à
is. h . d'un Solstice à l'autre , n'auroit accompli
que 182. fois 24. h , si 18. h. le 22. Juin
étoient à 11. h . c'est - à -dire , une heure avant
midi,comme elles étoient le 22. Decembre ;
mais 18. h . sont à 2. h . après midi le 22 .
Juin ; la Pendule du troisiéme Horloger a
donc accompli 182. fois 24. h. avec 3. h. comme
le premier;et le quatrième qui a monté sa
Pendule à 24 h. et qui a fini à 24. h. a accompli
182 fois 24 h . juste , puisqu'elle a été montée
une demie heure après le Soleil couché , et
qu'elle a fini une demie heure après le Soleil
couché ; car d'un coucher à un coucher
de Soleil du Solstice d'Hyver à celui d'Eté ,
il est impossible de trouver un temps plus
long ni plus court que 182. fois 24. h.
comme il est démontré . En ce cas , l'axiome
B
que
220 MERCURE DE FRANCE
que les Sçavans de Rome apliquent à ce
sujet est faux ; sçavoir , si un mouvement
égal produit des Arcs égaux , ces mêmes
Arcs produiront chacun un temps égal ; cependant
on vient de démontrer que ces Arcs
égaux ont produit tous un temps inégal , à
cause des effets du Soleil qui ont trompé le
Mathématicien & tous ceux qui l'ont suivi.
De- là M. Niévil conclud que la Pendule
du premier Horloger qui l'a montée à 6. h.
de nuit d'un Solstice à l'autre, a accompli un
temps de 182. fois 24. h. avec 3. h. et suivant
son marché , il faut lui payer 150. écus
de plus. Le second qui a monté sa Pendule
à 12. h. et qui a fini à 12. dans le même
espace , a accompli 182. fois 24. h. avec 6.
de plus , et il doit recevoir 300. écus , outre
le prix de la Pendule. Le troisiéme qui a
nionté sa Pendule à 18. h. et qui a fini à 18 .
a accompli 182 fois 24. h . avec 3. h. comme
le premier , et doit recevoir 150. écus ;
celui qui a monté sa Pendule à 24. h . et fini
à 24. h. du 22. Decembre au 22. Juin inclus
, n'a accompli que 182. fois 24. h.
comme il a été démontré , et ne doit avoir
qúe 150. écus pour sa Pendule. Ainsi le
second axiome ne peut servir que pour les
24. h. car si on ajoûte chose égale à chose
égale , les choses seront égales entr'elles ;
et voici comment il faut entendre l'axiome.
Si
FEVRIER . 1739. 22
Si à midi du 22. Decembre j'ajoûte la
moitié du jour naturel , j'aurai 24. h. j'ajoûte
donc chose égale à chose égale ; puisqu'ajoûtant
d'un côté à midi la moitié du jour, cela
me donne le total du jour et de la nuit , et
ajoûtant à la même quantité la même quantité
au 22. Jun , j'ai aussi la même
quantité ; c'est -à- dire , que si j'ajoûte au midi
du 21. Juin qui vaut 16. h. la moitié du
jour qui vaut 8. h. j'aurai 24. h. j'ajoûte donc
chose égale à chose égale ; car ajoûtant à
midi du 22. Decembre la moitié du jour ,
j'ai 24. h. Ajoûtant à midi du 22. Juin la
moitié du jour , j'ai aussi 24. h . donc les
choses sont égales entr'elles . Cet axiome
ne peut convenir qu'au point de 24. h. et
non aux autres heures , qui ont fait à l'égard
des trois un temps inégal.
M. Niévil finit son jugement par cette
belle remarque , et fait connoître sensiblement
que si les quatre Horlogers eûssent
monté leurs Pendules au 21. Mars , Equinoxe
du Printems , aux mêmes heures qu'ils
les ont montées , et qu'elles eûssent fini aux
mêmes heures le 23. Septembre , Equinoxe
d'Automne , alors les Arcs égaux auroient
accompli un temps égal , c'est-à dire , que
6. h. de nuit , 12. 18. h. et 24. h. au 21.
Mars seront égales , sçavoir à minuit et
demi , 6. 1 du matin , midi , et 6 h. ÷ du
Bij soir
222 MERCURE DE FRANCE
soir , qui seront les mêmes heures au 23 .
Septembre ; ainsi chaque Pendule auroit
révolu d'une Equinoxe à une autre 186. fois
24. h. et tout seroit vrai ; les Solstices et les
Equinoxes sont bien differens les uns des
autres , puisque les effets du Soleil nous
trompent ; et malgré ; ma démonstration
ajoûte ce Sçavant , je n'ai pas été assés heureux
pour faire revenir les Sçavans et les
autres qui les ont suivis , de leur préjugé ;
c'est ce qui m'a engagé de prier tout le Public
éclairé , de juger de notre dispute ,
afin de convaincre les personnes qui ont
été jusqu'à present dans l'erreur sur ce
sujet.
Au reste, dans les Sciences, il faut sçavoir
douter,où il est necessaire ; il faut sçavoir se
soûmettre, quand il en est besoin. Qui n'agit
pas ainsi , n'entend pas la force de la raison.
Il n'y a guere de Gens qui ne pechent contre
l'un de ces principes ; les uns en assûrant
tout démonstratif , manquent de se connoître
en démonstration ; et les autres en
doutant de tout et demeurant dans leur
doute , manquent de sçavoir où il faut se
soûmettre ; et d'autres en se soûmettant en
tout , manquent de sçavoir où il faut juger.
Il faut cependant laisser dire tout le monde ,
et toujours tâcher de bien faire : c'eſt une
maxime , qui étant bien observée , assûre
notre
1
1
FEVRIER. 1739 223
notre repos , et quelquefois établit notre
réputation.
L'Auteur du Mercure avant que de se
déterminer sur la publication de cette Piece ,
l'a communiquée à des Personnes intelligentes
sur ces matieres , même à quelques
Membres de l'Academie, Royale des Sciences
, lesquels ont jugé que Mrs. Niévil´et
Julien ont raison dans le fait dont il s'agit ,
et qu'ils sont entierement dans le vrai .
*************************
LES AUTEURS ANCIENS.
EPITRE A MON SINGE.
Par Madame L***.
D'Epuis long - temps , Cimmus , j'observe avec
surprise
Que tu joins au bon goût une douceur exquise ; ·
Ton poil d'un vert jaspé , ton instinct, ton minois,
Ce petit air fripon , ces graces , cette voix ,
Ce maintien, ce regard ; enfin , cette prestance
M'engage à te donner toute ma confiance :
Aptens donc , cher Cimmus, que dans mes jeunes ans
Je me vis transporter sur les aîles des vents
1
Eu des lieux inconnus ! ô Ciel que j'eûs d'allarmes ! -
B iij Apollon
224 MERCURE DE FRANCE
Apollon s'empressa pour essuyer mes larmes ;.
La crainte , me dit-il , peut- elle vous saisir
A l'aspect d'un séjour qui devroit vous ravir ?
Que le plus doux Nectar presenté par Ovide
Rassûre vos esprits. A ces mots , plus timide ,
Je détournai les yeux pour éviter ce don ,
Le Nectar en ses mains , me parut un poison,
Ovide n'est-il pas plein de feu , de tendresse è
Disoit le Dieu du Jour ; il battoit sa Maîtresse ,
Repliquois-je tout bas ; cet excès déplairoit ,.
Dit Phebus en riant : mais Juvenal paroît ,
Il vous amusera par sa vive critique.
Non , dis- je , en frémissant , je haïs un Satirique
Qui noircit la vertu , par des inventions
Qu'à peine les Enfers produiroient aux Demons.
Apollon repartit , j'ai prévû sa disgrace ;;
Voyons si vous aurez moins de frayeur d'Horace
Il est noble , il est fin , mais est- il sans défaut,
Ajoûtois- je je sçais , que souvent et trop haut
Il vantoit ses talens au genereux Mecêne :
Homere , dit Phebus , va venir sur la Scêne ;
Non , m'écriai -je non ma constance est à bout ,
J'en ai lû des recits qui font dormir debout ;
N'est-il pas un moyen pour vour rendre docile
Interrompit Phebus , que l'on cherche Virgile ,
Il confondra bientôt cet esprit entêté.
>
Ak
FEVRIER. 17398 225
Ah! s'il avoit jamais connu la verité ,
Disois -je , il est certain qu'il auroit mes homages 5
Mais il a fait des fols croyant faire des sages ;
C'en est trop , me dit - il , d'un geste menaçant ,
Suivez- moi , j'obéïs et le suis en tremblant.
Après bien des détours que je fis avec peine ,
Il s'arrête et me plonge au fond de l'Hipocrene ,
La mort étoit au point de me fermer les yeux ,
Lorsqu'il dit , me tirant de ce bain dangereux ,
Vous bravez des Auteurs qui sont au rang suprême ;
Pour vous punir je veux qu'en dépit de moi- même
Vous aimiez à rimer sans comprendre pourquoi .
chés moi. Après ces mots les vents me raportent
Ce fut depuis ce jour que j'eus la frénésie
De rimer assés bien, pour exciter l'envie.
Voilà , beau Sapajou , le funeste malheur
Qui m'a fait jusqu'ici m'escrimer en Auteur :
Viens , par tes airs badins , tâcher de m'en distraire,
Puisque l'art de rimer , n'est pas celui de plaire.
I
おののの
A Piece qui suit , nous a été envoyée
de la Ville de Nîmes, laquelle outre ses
Historiens , ses Antiquaires , & ses Philologues
, a aussi ses Poëtes. Cette Piece exige
un petit Commentaire ; nous le tirerons d'u-
B.iiij. не
226 MERCURE DE FRANCE
1
ne Lettre de l'Auteur , ancien Garde du Roy
dans la premiere Compagnie , écrite à un
Ami à Paris , dont voici le précis.
و د
» J'ai fait depuis peu la Cantate que voi.
» ci à la sollicitation de quelques Personnes
distinguées de cette Ville , au sujet d'une
» Fontaine unique que nous avons à Nîmes
» & qu'on croit avoir été consacrée à Diane .
» L'eau se perd depuis long- temps , faute de
» Bassins & de Réservoir , ce qui cause pen-
» dant neuf mois de l'année une disette
» d'eau , qui fait tort aux Manufactures , &
» en géneral à tous les Habitans ; la stérilité
» des Jardins en est une suite .
» Les Romains avoient embelli cette Fon-
» taine de plusieurs Edifices somptueux ,
» dont on voit encore les vestiges.Les Bains,
» nommés les Bains de Diane , y sont pres-
» que encore dans leur entier. Le temps &
» l'incursion des Sarrazins , ont ruiné une
"partie de ces beaux Bâtimens.
» M. l'Evêque de Nîmes a forme le génenereux
dessein de rétablir cette Fontaine ,
» si nécessaire & si respectable , si je l'ose
» dire
, par son antiquité. L'eau se perd .
" principalement par l'amas des décombres
des anciens Edifices , qui bouchent ou
» embarrassent les véritables conduits , & c.
» Au reste l'entreprise n'est ni petite, ni l'objet
d'une médiocre dépense ; on croit que
›› la.
FEVRIER. .1739.
227
,,
la Province pourra y contribuer par quelque
secours pécuniaire. La Cantate a été
» faite pour donner une plus noble idée de
" tout ce que je viens de dire, & M. le Duc
» de Richelieu, Commandant de la Province,
>> dont le nom, joint à ses qualités personnels
les , est d'un si bon augure par l'execution
» des desseins nobles & utiles au Public , est
» le Héros de la Piece..
LETEMPE DE DIANE ,
Ou les Nayades de la Fontaine de Nîmes..
CANTATE.
PRès-de ce Temple antique , où Dianeadorée ;
Fit jadis de cette Contrée
La gloire & la félicité ,
Un Roc ouvrant son sein , donnoit avec largesses
Des Eaux , qui faisoient la richesse
D'une noble & vaste Cité ,
Qui servoient même à ses délices ,
Dans ces superbes Edifices ,
Dont PArt fut toujours si vanté ,
Et qui rendant un juste hommage
la Divinité réveree en ces lieux
4 la
? 1
Bay .
Purificienz
28 MERCURE DE FRANCE
Purifioient ce qui sert à l'usage
De son culte religieux.
Dans ce précieux héritage ;
Vivoit content de son partage,
Le Citoyen industrieux ;
Quand tout à coup la Nayade éplorée ,
Perce les Airs de ses lugubres cris ;
O Ciel ! ô Fontaine sacrée !
Tout disparoît à mes regards surpris ;
Bains , Temple , Autel , riches lambris ;
A quelle horreur suis-je livrée !
Je n'en vois plus que de tristes débris.
De ces Monstres cruels , Dieux confondez la rage
Hélas ! déja ma Source arrêtée au passage ,
Je refuse aux besoins de mes Peuples chéris.
Toi , qui présides dans ces Plaines
Echo ton aimable entretien
Soulageoit autrefois mes peines
Aujourd'hui tu ne me dis rien.
Gémissons sur notre infortune ;
Et dans cet étonnant revers ,
Dans notre vengeance commune ;
Interessons tout l'Univers
Fai va sortir du noir Tartare ,
FEVRIER. 1739 " 228
Un Peuple , dont l'aspect inspire la terreur,
Et qui s'armant d'un fer barbare
Ravageoit tout , remplissoit tout d'horreur.
Tout succombe , & mes Eaux sous ces débris perduës,
Cherchent des routes inconnuës ,
Pour échaper à sa fureur.
Viens foudroyer , chaste Diane ,
Cés sacrileges Destructeurs ;
Et sauve de leur main profane ,
Ton Temple & tes Adorateurs..
Arrête ta rapide course ,
Vòi le Citoyen sans apui ,"
Cherchant en vain l'utile source ;
Qui couloit sans cesse pour lui."
Venge l'injure faite à ton pouvoir suprême ,
Rends à mes Eaux leur liberté ,
Les Arts , les Champs , les Autels même ,
Tout reclame ici ta bonté.
La soif dévorante ,
La terre brûlante ,
Eeront tour péris. -
* Les Sarrazins ruinérent tous les Ouvrages &
les Edifices que les Romains avoient construits dans
La Ville de Nimes.
B -vj
La
30 MERCURE DE FRANCE
La Nayade errante ,.
La Brebis bêlante ,
N'ont plus qu'à mourir.
Le Peuple déserte ;
Va pleurer sa perte ,
En d'autres climats ;.
Et les Arts utiles
Aux mêmes aziles ,
Yont suivre ses pas..
La Victime cesse ,
Le Prêtre nous laisse
Seuls dans nos malheurs ¿
Et sa main fatale
N'a pour Eau lustrale ;
Qu'un torrent de pleurs.
DIANE..
Non , ce n'est point un Dieu qui doit secher vos
larmes ,
C'est un Mortel * chéri des Dieux ;
De leurs bontés pour vous le gage précieux.
Il triomphe des coeurs, sans avoir d'autres armes ž
Qu'un abord simple & gracieux
Il n'est sensible à d'autres charmes ,
* M de Berdelieuré , Evêque de Nimest
FEVRIER. 1739 551
Qu'à ceux que la vertu fait paroître à ses yeux..
Son action vive & suivie ,
Son loisir même, actif, laborieux¸«
Tout vous prépare un destin glorieux
Sur les besoins d'une Ville chérie ,
Qu'il adopte pour sa Patrie ,
Amour a pour toujours attaché ses regards .
Vous verrez refleurir les Arts ,
Votre sort désormais sera digne d'envie.
Son zele tendre , officieux ,
Va mettre vos pleurs , vos allarmes ,
Sous les yeux du Héros * qui paroît en ces Lieuxy .
Issu d'un sang fecond en demi Dieux ,
Qui vous fera goûter les fruits de sa sagesse ,
Après avoir par tout fait briller sa valeur .;
A son aspect fuïront le deuil & la tristesse.
Tel le Soleil , par sa douce chaleur ,
Dissipe l'horreur d'un nuage ,
Gros de tempêtes & d'orage ,
Et ramene des jours serains & radieux
Ce Héros , dont le nom plein de lustre & de
gloire ,
A si fort enrichi l'Histoire ,
Vient vous faire oublier des jours trop odieux ;
* M. le Duc de Richelieu , Commandant. em
Languedós,
232 ร
MERCURE DE FRANCE
Et changer vos clameurs en chants mélodieux ,,
Célebrez-en à jamais la mémoire..
Accourez , Nayades craintives ; :
Nimphes , sortez de vos roseaux
RICHELIEU paroît sur ces Rives
Je vois déja couler vos Eaux..
Achevez d'embellir vos têtes ;;
Ce chemin parsemé de fleurs ,.
Annonce de pompeuses Fêtes
Et l'heureuse fin de vos pleurss
*****************
BOUT SRIM E'S ,.
Proposés au Mercure de Décembre 17381 .
S.ON NET.
Pour construire un Sonnet , où se trouve Sabot ,
De tes dons précieux Phěbus fais-moi Largesse ,
" Car dans les Bouts - Rimés j'entens peu de Finesse ,
Sar tout lorsque j'y vois la Rime de
J'excelle au cabaret quand j'attaque un
Ou lorsqu'à ma Philis j'exprime ma..
Fabot .
Gigot
Tendresse ,
Mais
TEVRIER : 1739 2333
Mais quand je veux parler la Langue du Permesse ,
Dès mon premier début , on me connoît un Sof..
Lorsqueje suis rempli de ce jus du
44
Pressoir,
Et que mon estomach lui sert de Réservoir ,
Je badine , je chante & je fais bonne. Mine..
Je récite Amadis , Roland le- Farieux ;
Persée , Atis , Alceste , Armide , Proserpine ,
Et je suis tour à tour Comique & Sérieux
Le Maire.

LETTRE écrite de Rheims au R. P." de
Montfaucon , le S. Janvier 1739. par le
R. P. Taillandier , de l'Abbaye S. Nicaise,
sur un ancien Monument découvert dans
cette Ville.
E ne puis mieux m'adresser , M. R. P.
Pour voirquelques lumieres sur un ancien
Monument , découvert à Rheims depuis
quelques mois, qu'à l'Homme de France
le plus versé dans les Antiquités. L'obligation
où je suis de travailler à l'Histoire de
Rheims , me rend attentif à ces restes precieux
de l'Antiquité , qui répandent un si
grand
234 MERCURE DE FRANCE
grand jour sur les Moeurs , les Coûtumes &
fe Génie des Peuples anciens . Le Monument
dont j'ai l'honneur de vous parler , est un
Tombeau trouvé dans l'Eglise de la Paroisse
S.Martin. On y descend par un Escalier fort
roide , de douze à quinze marches. Le dedans
de ce Tombeau a quatorze pieds de
long, sur huit de large & douze pieds sous
voute. Les murailles & la voute sont revétuës
d'un Enduit ou Ciment fort dur & bien
conservé , & ornées de peintures d'un assés
bon goût. Les Figures représentées sur les
murailles , sont d'un dessein correct ; on en
voit trois d'un côté , dont l'une placée au
milieu , paroît plus grande & plus âgée que
les deux autres. Leur habillement , qui fait
connoître que c'étoient des Personnes d'un ·
rang distingué , est assés semblable à celui.
des Romains , il est aussi presque semblable :
dans les trois Figures , à l'exception de deux :
Pendans d'oreille & d'un Colier , que porte
la plus petite Figure , placée à la gauche .
Vis- à- vis & de l'autre côté du Tombeau, on ›
voit une autre Figure, qui réprésente un Escla
ve presque nud , lequel porte sur ses épaules
une espece de Lit. Du même côté dans
le fond du Tombeau , est représenté un pètit
Autel , du goût & de la figure de ceux
des Romains , sur lequel on voit un Brazier
ou Foyer , & vis - à-vis une Figure , qui pa
roît
FEVRIER . 1739. 235
roît être celle d'un Prêtre , qui avance la
main sur cet Autel . Les autres ornemens de
Peinture , sont des festons , des fleurs , trois.
Paons , placés sur des Urnes , fort bien faites..
On voit encore trois Niches , & un Soupirail
, qui donne dans l'Eglise . Le tout est du.
même temps & de la même main .
Le Sol de ce Soûterrain , qui est de Craye ,
a été creusé en forme de Coffre de trois.
pieds de profondeur , sur huit de long &
sept de large. Dans cette espece de Tombe,
proprement revêtue du même Ciment que.
Le reste du Tombeau , on a trouvé une assés
grande quantité d'Ossemens de Personnes .
de differentes grandeurs. Tel est , M. R. P
le Monument sur lequel j'ose vous prier de
vouloir bien nous donner vos Conjectures.
M: l'Abbé Carbon,Prieur de Belval, qui vous
rendra cette Lettre , vous expliquera mieux
de vive voix ce que je ne puis faire qu'imparfaitement
dans une Lettre . Il est au fait
de ce Monument , & il est en état de vous
en rendre bon compte. Aussi -tôt qu'on l'eut
découvert , on le fit dessiner pour vous être
envoyé , comme à notre Oracle. La seule
inspection du Dessein , vous donneroit plus
de lumieres que toutes les descriptions par
écrit ; mais la négligence du Peintre , qui ne
l'a pas encore mis au net , empêche qu'on
ne puisse vous le faire tenir si-tôt. J'ose espercr
23 MERCURE DE FRANCE
perer que vous voudrez bien me pardonnera
la liberté que je prends d'interrompre un
moment vos grandes occupations ; mais je
ne sçais personne qui puisse mieux que vous .
répandre quelque jour sur cet ancien Monument
, & qui soit plus porté à communiquer
ses lumieres , &c.
Depuis la réception de cette Lettre , le
R. P. de Montfaucon , qui nous a fait l'honneur
de nous la communiquer , a reçû tous
les Desseins du Monument en question ,
que nous avons vûs dans son Cabinet ..
& qui en donnent une grande idée. On
grave actuellement ces Desseins , dont
nous esperons pouvoir . rendre compte . au
Public.
3
ODE
Tirée du Pseaume XXVIII. Afferte Dominos ,
Filii Dei , &c.
L' A gloire du Seigneur repose ;
Sur la Montagne de Sion
Peuple chéri , chantez des Hymnes en son nom ,
Méritez les faveurs dont sa bonté dispose ;
Que l'Air retentissant au son de votre voix ,
Porte aux Echos voisins des climats. infidelles ,
1
De
FEVRE R. 1739.
237
De son Regne heureux les nouvelles ,
Et leur vante ses douces Loix.
*
Que l'encens de vos Sacrifices
Signale ses solemnités es ;
Frapez sur son Autel les Taureaux indomptés¿
Innondez-le du sang des tremblantes Genisses ;;
Que l'auguste Trompete assemble l'Univers
Le Seigneur va paroître ; il descend ; il avances ;
Le Ministre de sa puissance
Guide sa route dans les Airs..
*
Prosterné dans le Sanctuaire ;
Adorez l'Auteur de vos jours..
C'est lui , Jérusalem , qui veille à ton secours
Qui dépose en tes mains. le fer de sa colere ;
C'est lui dont la puissance apuyant tes progrès ,
En imposant ton joug à la Terre Captive ,
Enchaîna la Paix fugitive
Dans tes Remparts mal assurés .
*
Du haut du Trône de sa gloire ,
L'Etérnel a jetté les yeux ;
Les Mortels , a-t'il dit , de mes bienfaits pour eux
Peuvent-ils done si-tôt effacer la mémoire ? .
Mes
238 MERCURE
DE FRANCE
Mes Temples sont déserts, & ces Lieux ou mon Nom
Garantissoit la foi de mes divins Oracles ,
Sont aujourd'hui les Tabernacles ,
Du vil . Baal ou de Dagon.
*
Dissipons l'erreur qui les flatte ,
Brisons ces Idoles impurs . ...
Que mon Nom retentisse au dedans de leurs murs,
Que ma voix dans les Airs menace, effraye, éclatte...
Esprits impétueux , vous , dont l'activité
Souleve la tempête & guide le Tonnerre ,
Allez aux deux bouts de la Terre ,.
Executer ma volonté..
Les vents sur leurs aîlės bruyantes ,
Portent ses ordres dans les Airs ;
L'Océan allarmé du sein de ses Rochers
Eleve en tourbillon ses Ondes mugissantes ;
La Nature frémit dans ses vastes confins ›
Le Soleil se dérobe à la Voûte du Monde ,.
Et laisse à la Foudre qui gronde
Le soin d'éclairer les Humains..
*
Sous les coups
L'Orient d'abord accablé ,
du Dieu des vengeances
Répond

239
FEVRIER
. 1739.
Répond aux cris plaintifs de l'Occident troublé ,
A l'aproche des feux qu'attirent ses offenses ;
Les Isles dans les flots s'élancent avec bruit ,
Et cherchent à travers leurs gouffres effroyables ,
Des azilès impénétrables ,
Au bras vengeur qui les poursuit.
*
Il brisera dans sa cólere ,
Les Frênes , vains jouets des vents.
Les Cédres du Liban , créés avec les temps ,
Pleureront leur ruine épars sur la poussiere ;
On verra leurs éclats par son souffle entraînés ;
Menacer les Mortels dans leurs chutes funestes
Et détruire les foibles restes ,
Que la Foudre avoit épargnés.
*
La voix du Seigneur est puissante
Son souffle embrase les Eclairs ,
Il enflâme les Monts , il dissout les Rochers ,
Il entraîne , il nourrit la Foudre dévorante ;
Il porte la terreur dans l'abîme des Eaux ,
Et pénétrant le sein des Forêts solitaires ,
Dans les entrailles de leurs Meres
Anéantit les Lionceaux .
*
An
240 MERCURE DE FRANCE
Au son de ta voix redoutable ,
Grand Dieu ! les peuples consternés ,
"Quitteront leurs climats , aux feux abandonnés ,
Pour joüir sous ta Loi d'une paix désirable.
La gloire de ton Nom ranimant leurs Concerts ,
Wa dénoüer leur voix obstinée à se taire ;
Les voutes de ton Sanctuaire ,
Répondront à leurs Chants divers.
*
Assis sur les aîles des Anges ,
Digne Trône de ta grandeur ,
Tu fecevras les voeux d'un Peuple Adorateur ,
Et tu respireras l'encens de ses loüanges.
Sans cesse sur sa gloire attachant tes regards ,
Tu leur départirás , au Sexe , la sagesse ,
La force à l'ardente jeunesse ,
L'amour de tes Loix , aux Vieillards .
B. D. M.
*
ESSAI
FEVRIER. 1739 . 241
¿ ¿ ş ş į ♣ ¿ ¿ § ± ƒ : £ £ £ £ £ £.
ESSAI sur l'Histoire du Nivernois , par
M. Pierre de Frasnay. Lettre IV .
J
E continuë de vous entretenir sur l'Histoire
de nos Evêques de Nevers , puisque
vous me marquez que ce Sujet ne vous
est point desagréable ; & pour entrer tout
d'un coup en matiere , je commence par
Galdo , vingt- uniéme Evêque , successeur
d'Evarcius , par lequel j'ai fini ma troifiéme
Lettre ; Galdo a vécu sous le Regne de Charlemagne
, & sous le Pontificat d'Etienne IV.
& même sous celui d'Adrien I. c'est tout ce
que je sçais de cet Evêque.
Le vingt- deuxième Evêque de Nevers ,
apellé Saint Hierosme , occupoit le Siége
Episcopal de notre Ville , sous le Pontificat
d'Adrien I. que nous venons de nommer , &
>sous celui de Leon III . Charlemagne étant
Roy & Empereur.
Saint Hierosme étoit un Prélat digne du
siécle de Charlemagne , il possedoit la noblesse
du sang , les vertus civiles & chrétiennes
, & la science qui fait l'ornement des
Evêques.
Du temps de ce S. Evêque , l'Eglise de
Nevers étoit pauvre , soit qu'elle eût été dépoüillée
de ses Biens par Charles Martel , ou
qu'ori242
MERCURE DE FRANCE
qu'originairement elle n'eût aucune possession
considerable. On dit que nos Evêques
ne joüissoient pour lors que d'un très- petit
Domaine apellé Yndrain , assis en la Paroisse
de Marzi, proche Nevers.Il est constant que
dans les premiers temps , les Evêques & le
Clergé n'avoient autre chose pour leur subsistance
que les Offrandes des Fideles , les.
Dixmes & les Prémices , qui se donnoient
par aumône , plutôt que par devoir. Ces Offrandes
& ces Dixmes se partageoient en
quatre portions , dont une étoit pour l'Evêque
, une pour son Clergé , une autre étoit
destinée pour les réparations , & la quatriéme
enfin se distribuoit aux Pauvres. Quoi
qu'il en foit , nos Auteurs nous aprennent ,
que Charlemagne ayant ordonné aux Evêques
de s'assembler en Concile , Hierosme,
obéissant aux ordres de l'Empereur, se transporta
au Lieu de l'Assemblée , monté sur
un âne , & menant avec lui un seul Ecclesiastique
; ce fut là tout l'Equipage du saint
Prélat , qui parut au Concile , accompagné
de ses seules vertus . L'Empereur, touché de la
pauvreté de ce grand Personnage, autant que
de sa sainteté dota son Eglise , en confirma
les Privileges , & lui donna trois Châtellenies
, sçavoir , Ursi , Parzi , & Prémeriz
ces trois Châtellenies sont encore possedées
par nos Evêques , qui ont pris pour Armoi-
>
ries
FEVRIER. 1739 24
ties cinq Fleurs - de - lys & trois Châteaux , en
mémoire de cette Donation . Nos Annalistes
ajoûtent que ce Concile fut tenu à Paris ; je
ne sçais en quel temps , & même j'avouerai
ingénûment , que je ne connois aucun Concile
tenu à Paris du Regne de Charlemagne;
ainsi Hierosme suivant la tradition , fut
le premier riche de nos Evêques ; & l'on
remarque qu'il fut le dernier Évêque , à qui
on ait donné le nom de Saint , tant il est
vrai que la richesse est peu compatible avec
la sainteté.
,
Cette Donation de Charlemagne , soit
qu'elle ait été faite au Concile de Paris , ou
ailleurs , est prouvée par des Lettres de Charles
le Chauve , en forme de Charte , raportées
par Coquille , dans son Histoire , &
qui sont datées de Bourges , la premiere
année du Regne de Charles le Chauve , la
veille des Ides de Janvier , Indiction IV . ce
qui répond assés bien à l'année 841. qui est
la premiere année du Regne de ce Roy. Par
ces Lettres , Charles confirme les Donations
faites au profit de l'Eglise de Nevers , par
Charles , son Ayeul , qu'il apelle Augufte
invincible , ( c'est l'Empereur Charlemagne )
par Louis son Pere , très - pieux Empereur ,
( c'est Louis le Débonnaire ) & par Pepin
son Frere , ( c'est Pepin , Roy d'Aquitaine.
Il ajoûte que ces Donations ont été faites
pen- C
244 MERCURE DE FRANCE
pendant l'Episcopat de Hierosme , & sous
celui de fonas , son successeur. On voit encore
dans le Trésor de l'Eglise de Nevers ,
une autre Charte de Louis le Debonnaire
adressée à Fonas , Evêque de Nevers , dans
laquelle il est parlé des Biens & Patrimoines
de notre Eglise.
Saint Hierosme , lors de sa pauvreté , vivoit
avec ses Chanoines , aux dépens de l'Abbaye
de S. Martin de Nevers , où ils prenoient
leurs repas.

Pendant l'Episcopat de Hierosme , l'Eglise
de Nevers étoit dédiée aux Saints Martyrs
Gervais & Protais ; Saint Cyr , qui en
est aujourd'hui le Patron , y avoit seulement
une Chapelle , à laquelle les Peuples avoient
une dévotion particuliere ; les Manuscrits
de notre Eglise , raportent que S. Hierosme
est le premier qui ait placé les Reliques de
S. Cyr dans cette Chapelle : il alla exprès en
Poitou , chés Sabinus , qui lui donna un Bras
de S. Cyr ; un Evêque d'Auxerre lui donna
encore de la pouffiere , ou du plâtre teint du
sang de ce Martyr. Il faut observer , que
dans les premiers siècles de l'Eglise , on ne
divisoit point les Corps des Martyrs ; mais
pour multiplier leurs Reliques , & les envoyer
facilement en differens Endroits , on
trempoit dans leur sang du plâtre , du linge,
ou d'autres matieres semblables , que l'on
3
disFEVRIER.
1739.
245
distribuoit ensuite aux Eglises éloignées ..
Cette Observation sert à faire connoître ce
que c'étoit que cette pouffiere envoyée par
l'Evêque d'Auxerre : ces Reliques augmenterent
considerablement la dévotion des Peuples
envers S. Cyr & sa Chapelle : on célebre
encore aujourd'hui dans notre Diocèse , une
Fête à l'honneur de la Translation de ces
Reliques.
Ce fut du temps de S. Hierosme , que Charlemagne
bâtit et fonda dans notre Ville le Convent
& l'Eglise de S. Sauveur ; on dit même
que quelques Enfans de Charlemagne sont
enterrés dans une Chapelle de cette Eglise .
Les Bénédictins ont possedé long - temps le
Prieuré de S. Sauveur , dont le Titre apartetenoit
pour lors au Grand Prieur de Cluni ;
les Jésuites sont aujourd'hui en possession
de ce Prieuré , & y ont établi un Séminaire,'
en vertu de Lettres Patentes. Il y a quelques
années que ces RR. Peres , faisant bâtir des
Edifices nouveaux dans ce Prieuré
, pour
P'usage du Séminaire , trouverent dans les
fondemens de l'ancien Bâtiment , des Médailles
d'or , frapées à l'effigie de Charlemagne,
& j'en ai vû une entre les mains
du P. Brisson , qui étoit alors Procureur
du Séminaire ; ce qui prouve assés que Char
lemagne est le Fondateur de ce Prieuré .
Nevers étoit en ce temps-là une Ville con-
Cij sidé
,
246 MERCURE DE FRANCE
fideráble. Charlemagne , dans le partage
qu'il fit de ses Etats entre ses Enfans , en
l'année 806. à Thionville , met Nevers dans
le partage de Louis , Roy d'Aquitaine , &
en fait une Frontiere , qui sépare le lot de
Louis , de celui de Charles , son aîné , auquel
devoit apartenir le surplus de la Bourgogne
, & la Neuſtrie en entier.
Saint Hierosme a vécu aussi quelque temps
sous le Regne de Louis le Débonnaire . L'an
816. les Evêques assemblés à Aix- la- Chapelle
, à la priere de l'Empereur , dresserent
une Regle pour les Chanoines , sur le modele
de celle qui avoit été faite par S. Chrodegand
, Evêque de Metz , environ l'an-76-5 •
Cette Regle , tirée des Peres & des Canons,
a servi long- temps à former des Chanoines
; l'Empereur Loüis envoya cette Regle à
Magnus , Archevêque de Sens , qui n'avoit
pas assisté au Concile , avec ordre d'assembler
ses Suffragans , de faire lire cette Regle
devant eux , & de leur en donner des Copies
conformes à l'Original ; & même l'Empereur
marque dans sa Lettre , qu'il enverra dans
un an des Commissaires dans les Diocèses ,
pour l'informer si les Evêques font pratiquer
'cette Regle par leurs Chanoines ; je ne sçais
si cette Regle a été mise en usage bien
promptement dans le Diocèse de Nevers.
>
Saint Hierosme fût inhumé dans l'Abbaye
FEVRIER. 17393 247.
baye de S. Martin de Nevers , & son Corps
a été mis depuis dans une Châsse , où il est
exposé à la vénération des Fideles : il y a une'
Chapelle de son nom dans l'Eglise de Saint
Martin ; sa Fête est célébrée dans ce Diocèse
le 8. Octobre .
ya
Jonas , vingt- troisiéme Evêque de Nevers,
successeur de S. Hierosme a vécu en 818.
sous le Regne de Louis le Débonnaire , &
sous le Pontificat de Pascal I.
que
Louis , aussi pieux & aussi liberal
P'Empereur Charles son Pere , a encore augmenté
les Possessions de l'Eglise de Nevers
sous l'Episcopat de Jonas , & la Donation
a été confirmée par les Lettres de Charles le
Chauve , que nous venons de raporter dans
L'Article de S. Hierosme.
Il y eut du temps de Jonas , en 820. une
Peste & une Famine considérables dans le
Nivernois & dans plusieurs autres Provinces ;
cette Peste duroit encore en 823. & même
en $ 24.
L'an 821. il y eut un Concile tenu à Thionville
, au sujet d'un Evêque Gascon , apellé
Jean , qui avoit été assassiné ; la matiere
étoit interessante pour les Evêques , aussi
ils y assisterent tous en personne, ou par Députés.
Jonas donna aux Chanoines de Nevers
l'Oratoire de Sauvigni , qui avoit été bâti par
Ciij son
248 MERCURE DE FRANCE
son Prédecesseur , & que l'on apelle aujour
d'hui Sauvigni-les - Chanoines.
Il y avoit en même temps à Orleans un
Evêque apellé auffi Jonas , célebre par ses
Ecrits , & par les négotiations où il a été
employé.
Après la mort de Jonas , Gerfredus suc-.
ceda à l'Evêché de Nevers , sous le Pontificat
de Gregoire IV.
Pendant l'Episcopat de Gerfredus , l'Empereur
Louis fit tenir quatre Conciles en
même temps , à Mayence , à Paris , à Lyon
& à Toulouze .
Le Concile de Paris fut tenu le 6. Juin
828. Les Evêques des Provinces de Rheims,
de Rouen , de Tours , & de Sens , s'assemblerent
dans ce Concile , qui est composé
de trois Parties. Dans la premiere ,
traité des devoirs des Eccléfiaftiques ; dans
la feconde des devoirs du Souverain :
la troifiéme Partie eft une Lettre , par laquelle
le Concile rend compte à l'Empereur
de ce qui a été réglé dans les deux premieres
Parties , & implore fon autorité pour l'exé
cution des principaux Articles.
,
Gerfredus n'eut point de part à la révolte
des Enfans de Louis le Débonnaire , qui fut
fomentée & autorisée par les autres Evêques.
La fidélité de ce Prélat lui attira des difgraces
; fon Eglise fut dépouillée de fes Biens ,
&
FEVRIER. 1739. 249
& Louis n'eut pas assés de vie , ou assés de
pouvoir , pour les lui faire remettre. La perte
de ces Poffeffions , causée par la fidelité de
Gerfredus , fait autant d'honneur à l'Eglife
de Nevers , que l'acquifition de ces mêmes
Biens , qui eft dûë à la sainteté de S. Hiérosme.
Pour achever l'éloge historique de Gerfredus,
je dirai avec nos Auteurs, que cet Evêque contribua
au rétabliffement de Loüis le Débonnaire,
qui fut ordonné, à ce que difent ces Auteurs,
dans un Concile tenu'à Vormes en 836.
auquel notre Evêque affifta. Il y a néanmoins
dans le raport de ce Fait , quelque chose qui
péche contre l'exactitude , parce qu'il est
certain que le Concile de Vormes ne fut
affemblé qu'après le rétabliſſement de Louis,
& ce fut le Concile de Thionville , antérieur
à celui de Vormes , qui prononça ce Rétabliffement.
Les Evêques fe tranfporterent enenfuite
à Metz , & dans l'Eglife Cathédrale
de cette Ville , ils firent la Réhabilitation de
l'Empereur , de la maniere la plus folennelle
qu'ils purent imaginer. Ebbon , Archevêque
de Rheims , Auteur du Jugement injufte
rendu contre l'Empereur , monta à la Tribune
, reconnut publiquement l'injuftice de
fon Jugement , & ensuite fe dépofa luimême.
Herman , vingt - cinquiéme Evêque de Ne-
Cij vers ,
250 MERCURE DE FRANCE
vers , étoit sur le Siége Epifcopal de notre
Ville , lorfque le Roy Charles le Chauve par
vint à la Couronne après la mort de Louis le
Débonnaire , fon Pere.
Le premier foin de Charles , fut de fe réconcilier
avec le Comte Bernard , qui avoit
été Miniftre fous le Regne précédent. Pour
cet effet , Charles vint à Nevers dans le commencement
de fon Regne , il efperoit y rencontrer
Bernard , qui avoit promis de s'y
rendre , mais ce Comte,manqua de parole ;
Charles l'attendit inutilement , & se retira à
Bourges.
Pendant le séjour que Charles fit à Nevers
, Herman follicita auprès de ce Prince la
confirmation des Privileges de fon Eglife , &
le rétabliffement des Biens qui avoient été
ufurpés pendant la révolte de fes Freres contre
Louis leur Pere. Il obtint fa demande par
une Charte donnée en fa faveur en la Ville
de Bourges , la premiere année du Regne de
Charles , la veille des Ides de Janvier ,
diction IV. nous en avons déja fait mention
dans l'Article qui concerne Saint Hiérosme
.
,
In-
Cette Charte néanmoins demeura fans
effet ; il étoit plus facile d'obtenir ces fortes
de graces , que de les faire executer ; les
Poffeffions ufurpées fur l'Eglife de Nevers ne
lui furent pas rreenndduuëëss.. EEnn eeffffeett , on trouve
dans.
FEVRIER. 1739. 251
.
dans le Tréfor de notre Eglife une feconde
Charte du même Roy , datée de la troifiéme
année de fon Regne , par laquelle il ordonne
que les Héritages de l'Eglife de Nevers , donnés
en Fief à des Particuliers , demeureront
à ces Particuliers durant leur vie , en récompenſe
de la fidelité qu'ils ont témoignée
au fervice du Roy pendant le cours des
Guerres , & que ces Biens retourneront néanmoins
à l'Eglife après la mort de ces Vaf- *
faux , excepté ce qui eft tenu par le Comte
de Nevers , dont il ne fe défaifira point.
Cette Charte prouve clairement que la premiere
Charte n'avoit point eu d'execution
pour la reftitution des Biens ufurpés , ou bien
que pendant les Guerres civiles de Lothaire ,
de Louis le Germanique & de Charles , les
Héritages de l'Eglife de Nevers avoient été
ufurpés de nouveau .
Je penfe même , que ce ne fut qu'en 845 .
& depuis , que cette reftitution fut parfaitement
executée , en vertu de la promeffe que
Charles fit aux Evêques affembles au Concile
de Beauvais , de rendre les Biens ufurpés fur
les Eglifes & même dans le Concile de
Meaux , tenu la même année , il fut dit que
le Roy enverroit dans les Provinces des
Commiffaires , pour dreffer un Etat des Biens
Ecclefiaftiques , que lui , ou fon Pere, avoient
donnés à des Perfonnes laïques , afin de les
faire reftituer à l'Eglife.
Ceux
252 MERCURE DE FRANCE
Ceux qui ont écrit l'Hiftoire des Evêques
de Nevers , donnent à cette reftitution une
caufe qui paroît , & qui eft effectivement
fabuleuſe : ils difent que Charles fongea une
nuit , qu'étant à la chaffe , il avoit attaqué un
Sanglier d'une énorme grandeur , que cet
animal devenu furieux , s'étoit jetté ſur lui ,
& l'avoit mis dans un danger extrême ; mais
qu'un Enfant nud étoit monté fur ce Sanglier
, l'avoit pris par les oreilles , & avoit
donné moyen au Roy de le tuer : ils ajoûtent
que le Roy Charles fut fi troublé de ce
fonge , qu'il pria les Evêques qui étoient à fa
Cour de lui en donner l'explication , & que
S. Hierosme , Evêque de Nevers , fit entendre
au Roy , que le Sanglier fignifioit quelque
danger confiderable dont le Roy étoit
menacé de la part de fes ennemis ; mais qu'il
en feroit délivré par les Prieres & par l'interceffion
de S. Cyr , qui s'étoit préfenté à lui
comme un Enfant nud ; parce que l'Eglife
de Nevers , où S. Cyr avoit une Chapelle , &
où repofoient fes Reliques , avoit été dépouillée
pendant la Guerre de l'Empereur
Louis & de fes Fils. Le Roy , touché de reconnoiffance
, fit rendre les Poffeffions ufurpées
, fit bâtir l'Eglife de nouveau , & voulut
même qu'elle fut dédiée à S. Cyr , au lieu
qu'elle étoit auparavant confacrée aux Saints
Martyrs Gervais & Protais. On ajoûte que
c'eft
FEVRIER. 1739. 253
c'eſt en mémoire de ce bienfait , que les
Chanoines de Nevers ont pris pour Armoiries
, un Enfant nud , à cheval fur un fanglier.
Malgré le refpect qui eft du à la Tradition
, ce récit m'a toujours paru fabuleux ;
car outre que S. Hierosme n'étoit point du
temps de Charles le Chauve , je ne vois point
dans tout ce récit l'air ni le caractere de la
vérité : il eft vrai que l'on trouve dans la Nef
de l'Eglife de Nevers , un Pilier proche
l'Horloge ou Tribune , fur le chapiteau duquel
cette Hiftoire paroît en fculpture. Ce
Monument m'a tenu long - temps dans le
doute ; mais après avoir examiné ce Pilier
par moi-même , & après l'avoir fait examiner
par des Architectes habiles , j'ai trouvé que
ce Pilier n'étoit pas de la même conſtruction
que le furplus de la Nef, qui a été bâtie par
Charles le Chauve , ou par Atto , Evêque
peu de temps après la mort de Charles ; ainfi
ce Pilier eft un Monument nouveau , qui ne
fait aucune preuve confiderable .
Il eft à propos d'obferver , que par la Charte
datée de la troifiéme année de Charles ,
que je viens d'alléguer , ce Prince ordonne
que ni lui , ni aucun de fes fucceffeurs , ne
pourront établir à Nevers d'autre Evêque,que
celui qui fera choifi par le Peuple.
Herman a inftitué dans l'Eglife de Nevers
Cvj . foixante
254 MERCURE DE FRANCE
foixante Chanoines , & leur a affigné pour leur
nourriture les Seigneuries de Sauvigni , Vëringe
, Guérigni , & Parrigni , qui lui apartenoit
en propre.
Il a établi dans l'Eglise de S.Martin 16.Chanoines
Réguliers de l'Ordre de S. Auguftin.
Il a auffi établi des Religieuses dans l'Eglise
de S. Genest , avec deux Hôpitaux
qu'il a fondés dans notre Ville en partie de
ses revenus ; & ce sont ces Donations & ces
arrangemens qui ont été confirmés par une
troifiéme Charte de Charles leChauve de
l'an 850. qui se trouve au Trésor de notre
Eglisc.
Herman assista au Concile de Soissons ,
tenu dans l'Eglise de S. Médard le 26. Avril
853. Ce Concile fut composé de vingt- fix
Evêques , dont il y avoit trois Métropolitains
, sçavoir Hincmar , Archevêque de
Rheims , Amauri de Tours , Venilon de
Sens.
Dans ce Concile , il fut exposé qu'Herman
étoit attaqué d'une maladie qui lui dérangeoit
l'esprit ; que dans cet état , ik
commettoit des actions indécentes , ou préjudiciables
à son Eglise, & que cette maladie
augmentoit considerablement en Eté. Herman
étoit présent , le Concile pouvoit juger
de sa situation , & décider avec connoissance
de cause : là -dessus le Concile ordonna
que
FEVRIER. 1739: 253
que Venilon , Archevêque de Sens , & Mé.
tropolitain du Prélat malade , auroit soin
de son Suffragant , & le feroit garder à Sens,
& que cependant Venilon iroit à Nevers
avec quelques autres Evêques , & yrégleroit
toutes les affaires de cette Eglise ..
Depuis , Venilon rendit témoignage au
Concile assemblé à Verberie la même année
853. au mois d'Août , que la santé d'Herman
étoit parfaitement rétablie par ses soins,
& sur ce certificat , Herman fut renvoyé à
son Eglise.

Herman ne vécut pas long-temps après ce
rétablissement ; il est vrai - semblablement
mort en 854. le 15. Juillet , qui est le jour
où le Chapitre de Nevers va en Procession
sur son Tombeau , dans l'Eglise des Religieuses
de Notre - Dame , & dit une Messe
de son amer
pour le repos
Herman a vécu sous le Pontificat de Serge
II. & sous celui de Leon IV . Le Pape Nicolas
I. fait mention d'Herman , dans une Lettre
qu'il écrit à Venilon de Sens , & qui est
raportée au Decret , Cap. Indicat 3. Quest.
9. On trouve dans Loup de Ferriere , une
Lettre écrite au Clergé de Paris , par Venilon
de Sens , Agius d'Orleans , Prudentius de
Troyes , Frobald de Chartres , & Herman
de Nevers , au sujet d'Æneas , qui avoit été
élû Evêque de Paris.
Pen236
MERCURE DE FRANCES
Pendant l'Episcopar d'Herman , Charles
le Chauve venant d'Aquitaine avec son Armée
, et marchant pour joindre Louis le
Germanique son frere , ligué avec lui contre
Lothaire leur aîné , passa par Magni , Bourg :
entre Nevers et Saint Pierre- le- Mouftier
et fit un voeu à Saint Vincent de Magni ,,
pour obtenir la Victoire.
"
Ce fut aussi du temps de cet Evêque , que :
l'Eglise de Nevers fut bâtie de nouveau ,
des libéralités de Charles le Chauve , et dédiée
à Saint Cyr ; cette construction fut
faite environ l'an 841. ou 842. elle n'étoit
pas bien solide , puisque la Nef tomba quelque
temps après , et l'on peut juger du peu
de magnificence de cette construction , par
la simplicité du Choeur qui reste , et qui est
sous les Orgues , et par la grossiereté de
deux ou trois Piliers ronds qui sont demeurés
dans la Nef du côté de la Chapelle de
Saint Jean.
Ænéas , vingt-sixiéme Evêque , succeda à è
Herman par la voye de l'élection ; il étoit
Evêque en 855. sous le Pontificat de Benoît
III. et sous le Regne de Charles le :
Chauve.
Guiverdus succeda à Enéas en 857. sous :
le même Benoît Pape , et du Regne de :
Charles.
C'est sous son Episcopat en 858. qu'il
faut
FEVRIER. 1739. 257
faut raporter la Charte de Charles le Chauve
, par laquelle en exécution du Vou fait
à Magni , il donne à l'Eglise de Nevers
quinze Maixs et quatre Colonies assises à
Magni , et qu'il démembre du Comté dé
Nevers ; c'est le Trésorier de l'Eglise de
Nevers qui possede cet heritage , qu'il tient
en Fief de l'Evêque de Nevers avec sa Trésorerie.
Ce fut dans le cours de cette année 858.
que Louis le Germanique entra dans la Neustrie
pour déposseder Charles le Chauve son
frere ; Charles étoit pour lors au Siége d'Oissel
, Place occupée par les Normands ; il
fut obligé de lever le Siége et d'aller à la
rencontre de Louis , et campa avec son Armée
à Brienne ; mais la désertion fut fi
grande , qu'il resta presque seul , et fut
obligé de' se retirer en Bourgogne , Venilon
Archevêque de Sens , par l'ordre de Loüis
le Germanique , avoit assemblé dans Attigni
un Concile de ses Suffragans , par lequel il
avoit déposé Charles ,mais je ne crois pas que
notre Evêque de Nevers eût aucune part à
cette perfidie ; la retraite de Charles dans nos
Cantons après la désertion de son Armée
et le don fait en même temps de la Seigneurie
de Magni à l'Eglise de Nevers , sont des
preuves du contraire.
Après Guiverdus , nous avons eu Hugues
Premier >
258 MERCURE DE FRANCE .
Premier , vingt-huitiéme Evêque en 860
sous le Pontificat de Nicolas Premier , et
sous le Regne de Charles le Chauve.
Ce fut pendant l'Episcopat de Hugues ,
que fût tenu le Concile National de Tousi ,
près de Toul , où l'on vit assister tous les
Métropolitains des Gaules , sauf ceux d'Ar
les er de Mayence… ”-
Bertarius , vingt- neuviéme Evêque de
Nevers , fut élû en 861. sous le Pontificat
du même Nicolas
En 86 Charles le Chauve étant à Au- 863.
xerre , fit célébrer le mariage de Judith sa
fille et du Comte Baudouin : ce Roy vint
ensuite à Nevers , et y passa les Fêtes de
Noël : ce fut là qu'il aprit que les Normands
avoient brûlé l'Eglise de S. Hilaire de Poi
tiers, et que Pepin son neveu , fils de Pepin,
Roy d'Aquitaine s'étoit joint à ces Barbares.
Cé fut encore dans le séjour de Charles
le Chauve à Nevers , que se fit la fameuse
Reconciliation de ce Roy avec Charles :
Roy d'Aquitaine son fils , qui s'étoit engagé
dans un mariage désagréable au Roy son
pere , et qui lui avoit d'ailleurs manqué
de respect et de soumission.
En finissant cette Lettre , on m'avertit
que j'ai obmis dans ma derniere , Bobaudus ,
quinziéme Evêque de Nevers , qui a sugcedé
vraisemblablement à Gilbertus il est
34
fait
FEVRIER. 1739. 259
Fait mention de cet Evêque dans les Chartes
de Sainte Colombe de Sens , il vivoit
sous Clotaire troisième , son Episcopat n'a
pas été long ni brillant , ainsi on peut l'äjoûter
sans faire un' dérangement considérable
à mon Essai Historique : et au moyen de
cette observation , Bertarius qui ferme cette
Lettre , se trouvera le trentiéme Evêque de
Nevers. J'ai l'honneur d'être , &c.
*************
LES CAPRICES DE L'AMOUR .
EGLOGUE..
PAR M. PIERRE DEFRASNAY..
Sur
Mirtil , Ismene , Licidas , Aminte.
Ur ces charmans Côteaux Ismene doit se rendre,
Dit Mirtille , j'y cours , prends soin de mes Brebis ;
Je ne te ferai pas , Battus , long - temps attendre ;
Conduis- les , cher Berger , dans ces Vallons fleuris ;
Tu ne trouveras point un meilleur paturage ;
Eloigne- les surtout de ce profond ruisseau ;
Le Belier que tu vois vient de tomber dans l'eau ; ·
Il seche sa toison sur ce fatal rivage ;
Je te laisse mon chien , il est docile et sage ,
Apréhendé des Loups , respecté du Troupeau ,
IL
280 MERCURE DE FRANCE
Il conduira tout seul mes Brebis au Hameau :
Pour vous , cheres Brebis , ne soyez point en peine,
Battus vous défendra de la fureur des Loups ,
Si je vous quitte helas ! ce n'est que pour Ismene ,
M'envîrez-vous un bien & si rare & si doux ?.
En achevant ces mois , Mirtil part avec joye ,
Plus vite qu'un Chasseur qui court après sa proye ,
Il suit avec transport ses amoureux désirs , -
Il se promet déja les plus charmans plaisirs..
Il entre dans un Bois paisible , solitaire ,.
Que Venus a planté pour l'amoureux mystere ,.
La fraîcheur des zéphirs , le murmure des eaux ,
Les feuillages naissans , le doux chant des oiseaux ,
Tout invite au plaisir dans ce lieu plein de charmes ,
Jamais des malheureux-les soupirs ni les larmes
De ce Bois fortuné , n'interrompent la paix ,
L'Amour y tient sa Cour sous des Mirthes épais ;
Là , sur un verd gazon se reposoit Ismene ;
Gédant au doux effort de l'Amour qui l'entraîne ,
Elle avoit dévancé l'heure du rendez- vous ;
Ge moment à Mirtil auroit été bien doux ,
Mais un Loup qui survint troubla son espérance ;
Ce Loup audacieux vers Ismene s'avance ;
A ce terrible objet elle craint pour ses jours ,
Le Berger auffi - tôt accourt à son secours ,
Il attaque le Loup , lui donne l'épouvante ;
Mais il ne trouva pas au retour, son Amante ,
La
FEVRIER. 2611
1739.
La Bergere timide, à l'aspect du danger ,
Vers les hameaux voisins a füi d'un pas léger,
Et trompant du Berger l'esperance secrete ,
A laissé seulement son voile & sa houlette.
Voilà , cruel Amour , les jeux où tu te plais ,
Tu fais évanouir les biens que tu promets ;
Mais quelquefois aussi par un trait tout contraire.
Tu combles de plaisirs l'Amant qui désespere ..
Licidas m'en fournit un exemple nouveau ;
Ce Berger peu touché du soin de son troupeau,
Las de souffrir toujours les cruautés d'Aminthe ,,
De redire aux échos une inutile plainte ,
Ne pouvant renoncer à ses tristes amours
Pour guérir de ses maux veut terminer ses jours ;
Un rocher escarpé présente un précipice ,
Aux malheureux Amans ce Rocher est propice
Un Berger poursuivi de la rigueur du sort
Y rencontre en tout temps une facile mort ;
Licidas en ce lieu vouloit trancher sa vie ,
Mais il voit près de-là sa Bergere endormie ;
Morphée au haut du jour prodigue ses pavots ,
Près d'elle ses Brebis goûtent un doux repos ;,
Le sort , dit Licidas , toujours inexorable
A mes désirs enfin s'est rendu favorable ;
Je puis d'Aminthe encore adorer les beaux yeux,
Je puis en expirant lui faire mes adieux
Pour la derniere fois regardez - moi , Bergere ,
Pourrai ja
262 MERCURE DE FRANCE
Pourrai-je par ma mort vous toucher ou vous
plaire ?
La Bergere à ces mots s'éveille promptement ,
Elle voit son Berger dans son dernier moment ;
A l'aspect du péril , soit pitié , soit tendresse ,
Elle sent que son coeur se trouble , s'interesse ,
Elle veut du Berger détourner le malheur ,
Elle n'a pas de peine à calmer sa fureur ;
Elle promet d'aimer , mais d'un amour extrême ;
En le lui promettant , elle sent qu'elle l'aime ,
Et par un beau retour cet Amant malheureux ,
Lorsqu'il cherche la mort , voit couronner fes feux: ·
**************************
MEMOIRE dans lequel on propose an
Public une Machine peu composée , dont
Lusage est de marquer exactement toutes
les differentes mesures des Airs de Musique.
ENl'année
N l'année 1733. M. Pajot d'Onsembray
voulut bien faire part au Public d'un
Memoire sur le même sujet ; ses recherches
sont très - curieuses et dignes des Memoires
de l'Académie des Sciences ; ce que l'on
propose ici , est dans un autre genre.
Cette Machine ne consiste qu'à donner
à des goutes d'eau tombantes , de quelle
hauteur on voudra , sur une surface retentissante
, plus ou moins de vitesse suivant
les differentes mesures des Airs de Musique,
Ond
FEVRIER. 1739. 263
On verra d'abord ce qui a donné lieu à
cette Machine , et ensuite comment on peut
réüssir. y
Une personne dans une nuit tranquille ;
ayant l'oreille frapée du bruit .
que faisoient
successivement des goutes d'eau qui tomboient
de cinq à six pieds de hauteur d'une
goutiere sur le pavé , s'imagina entendre les
battemens d'une Pendule à rochet ( tant ce
bruit étoit régulier) et en ayant recherché la
cause , il s'aperçût que ce bruit étoit occasioné
, par ces mêmes goutes d'eau qui
tombant dans des intervales de temps égaux,'
faisoient entendre distinctement leurs chûtes
réïtérées ; cette observation a donné lieu
à la Machine dont il s'agit.
t
Voici la façon qui a parû la plus sûre et la
plus commode pour y réussir.
Vous remplissez un vase d'eau , la grandeur
est indifferente , vous plongez dans ce
vase l'extrémité d'une lişiere , ou d'un morceau
de drap imbibé d'eau , et l'autre extré
mité reste dehors , et descend au- dessous de
la surface de l'eau de ce vase : tout le monde
sçait que cette lisiere , ainsi disposée ,
fait l'effet d'un siphon renversé ; la lisiere ainsi
placée filtrera l'eau goute à goute plus ou
moins vîte , suivant que l'extrémité qui est
dans le vase , et ces goutes d'eau , tombant
sur une feuille de fer blanc , ou autre métal
mince
264 MERCURE DE FRANCE
<
mince, légerement apuyé sur une cuvette ou
autre vase , feront entendre distinctement
leurs chûtes , mais ceci n'eft qu'une partie
de la Machine , et ne satisfait pas entierement
à ce qu'on a proposé ; car il arriveroit
que ce vase se vuidant d'eau peu à peu ,
Fextrêmité de la lisiere qui y est plongée,
se trouveroit aussi peu à peu ne répondre
plus à un pareil volume d'eau , de maniere
que la chûte des goutes d'eau se ralentiroit
peu à peu; pour remedier à cet inconvénient
, il suffit de placer à côté de ce premier
vase et à une certaine hauteur un autre
vase plein d'eau , dans lequel il faut mettre
deux ou trois lisieres de la même maniere
que ci - dessus ; ces lisieres filtreront
l'eau de ce vase situé au-dessus et à côté du
premier , et fourniront à ce premier vase de
f'eau en quantité suffisante , pour qu'il soit
toujours plein au haut de ses bords , et l'on
placera ce premier vase dans un troisiéme ,'
pour recevoir l'excedant de l'eau du premier
lorsqu'elle passera par-dessus ses bords :
on pourroit se servir d'une fontaine qui
fourniroit de l'eau à ce premier vase , mais
il faut remarquer que l'eau que les lisieres
donnent est bien plus purifiée , et ne cesse
point d'en donner , au lieu qu'une fontaine
se trouve quelquefois bouchée par la moindre
partie étrangere qui se trouve dans l'eau.
Plus
FEVRIER. 1739. 265
Plus les lisieres seront larges et grandes ,
et plus les goutes d'eau seront grosses et
feront un plus grand bruit en tombant .
Une seule tasse à Caffé avec trois lisieres
fournit de l'eau dans le premier vase pendant
un quart d'heure .
Pour diminuer et pour ralentir plus ou moins
la chûte des goutes d'eau de la lisiere du
premier vase , il n'y a qu'à attacher cette
lisiere avec un fil par l'endroit où elle est
recourbée , et d'un point fixe au- dessus du
vase élever plus ou moins la lisiere par le
moyen de ce fil , et la remonter de maniere
qu'elle plonge moins dans l'eau , et que pareillement
son extrêmité qui eft au- dessous
de la surface de l'eau au - dehors soit moins
basse , et par ce moyen dans un instant on
change un mouvement très - vîte en un mouvement
très- lent : et au contraire en laissant
retomber avec ce même filla lisiere
dans le vase , un mouvement très -lent sera
changé en un mouvement très - vîte : on
peut mettre au-bout du fil un index pour
marquer sur une ligne les differens degrés
de vitesse.
Si on le veut , il sera aisé de faire un tout
de cette petite Machine , et de placer les deux
vases , et celui qui doit recevoir l'excedant de
l'eau, d'une maniere stable, de façon qu'ils ne
puissent se déranger : et dans la face de deyant
166 MERCURE DE FRANCE
2
vant de la ' Machine pratiquer un point -fixe
pour mettre un fil , ainsi qu'il est expliqué
ci-dessus. Et l'on mettra à ce vase qui sert
d'envelope , une fontaine ou canelle pour en
tirer l'eau , laquelle par- dessus les bords du
premier vase , y serà tombée , et ensuite la
remettre dans le vase le plus haut. On peut
fixer les lisieres sur des morceaux de métal
applatis et formés en goutiere , ou sur un
morceau de fil de fer , ou bien les renfermer
dans des tuyaux , auxquels , ainsi qu'au fil de
fer ou aux petites goutieres , on donnera la
forme d'un siphon renversé.
Cette Machine a l'avantage de procurer
un mouvement aussi lent et aussi vîte qu'on
le veut : au lieu que le mouvement d'une
Pendule à rochet ne peut produire ce même
effet : par exemple , pour que les vibrations
d'une Pendule à rochet soient de deux secondes
ou 120 tierces , il faut un Pendule
d'environ 14 pieds 3 pouces de longueur :
or une Passacaille étant d'une mesure dont
la durée est environ de deux secondes ou de
cent- quatorze tierces , il faudroit une Pendule
de cette longueur ; or cela n'est guere
pratiquable ; d'ailleurs il ne seroit pas
possible de changer dans un instant ce
mouvement ou un autre encore plus lent ,
en un mouvement vîte , comme par exemple
, en celui d'un passe -pied dans la durée
de
FEVRIER. 1739. 267

de la mesure est de trente - six tierces : on est
donc(suivant que M.Pajot d'Onsembray l'enseigne
dans le Memoire qu'il a donné sur ce
sujet ) réduit à partager les mesures dans les
differens temps dont elle est composée ;
pour que les vibrations du Pendule puissent
servir , par exemple , pour la Passacaille ,
il faut partager chaque mesure en trois
temps dont elle est composée , et donner
pour chaque temps au Pendule une vibration
de 38. ".
Ce principe de mouvement, qui paroît
très- exact , pourroit peut - être servir à mesurer
le temps ; on laisse à ceux qui sont versés
dans les Sciences le soin d'en juger : si
ce mouvement pouvoit servir à cet usage ,
La Navigation en recevroit un grand avantage.
L'Horloge d'eau ordinaire , est une découverte
des plus heureuses , mais la moinę
dre secousse la dérange.
On ne voit pas que jusqu'à présent on ait
bien expliqué , ni défini la nature des parties
infinies dont sont composés les liquides
, ni qu'on ait trouvé la véritable raison
pourquoi l'eau se filtre et monte dans un
morceau de lisiere ou de drap.
On observera , en finisssant , que ceux
qu'un long exercice de la Musique a formés
à une précision de mesure , qui en est l'ame,'
pourront ne pas trouver une grande utilité
D dans
268 MERCURE DE FRANCE
's'ils
dans la Machine que l'on propose ; mais ils
changeront peut - être de sentiment ,
veulent bien penser que la plûpart de ceux
qui ne cherchent qu'à s'amuser , sont ordinairement
rebutés par les difficultés qui se
rencontrent pour réussir et acquérir cette
précision de mesure ; et que ne pouvant ,
comme il arrive souvent , être aidés des lumieres
et du secours d'un Maître habile , ils
se refusent à une aplication qui paroît gênante
à beaucoup de personnes , et qui est
néanmoins nécessaire quand on est sans secours.
On observera aussi que pour mieux entendre
le bruit que fait chaque goute d'eau
en tombant , on peut par le moyen d'une
sourdine , diminuer l'éclat du son des Instrumens
. Ceci pourroit paroître un défaut ;
mais on sçait que les Machines les mieux
composées , laissent toujours quelque chose
à désirer pour leur perfection.
ODE
SACRE'E ,
Sur le XC. Pseaume, Qui habitat in adjutorio
altissimi , &c .
Celui qui se fait un azile
De la puissance du Très- haut ,
Ne
FEVRIER:
1739. 269
Ne la trouve point en défaut ,
Son répos est doux & tranquile;
Il dira sans cesse au Seigneur ;
Dieu juste , assûré Protecteur ,
En qui j'ai mis ma confiance ,
Tu daignes écouter ma voix ,
Sans jamais tromper l'espérance
D'une ame fidele à tes loix.
*
C'est toi dont la main secourable
M'a délivré de l'Oppresseur ,
Des rets de l'infernal Chasseur
Et de la langue redoutable ;
Par toi je brave en sûreté ,
Et l'envie & la cruauté ,
Sous qui l'innocence chancelle
Qui m'osera persecuter ?
Tranquile à l'ombre de ton aîle .·
Je n'ai plus rien à redouter.
*
Oui , d'un bonheur inaltérable
Le Seigneur vous fera joüir ;
Sa Vérité va vous couvrir
D'un bouclier impénetrable :
Défendu par elle à jamais ,
Vous ne craindrez plus désormais
Dij
L'Ange
270 MERCURE DE FRANCE
L'Ange du Midi des Tenebres ,
Ni la fleche du jour qui luit
Sur les objets les plus funebres.,
Ni les traits affreux de la nuit,
*
Frapés de la céleste foudre ,
Vous allez voir de toutes parts
Tomber vos Ennemis épars
A vos côtés réduits en poudre ;
Ces justes , mais terribles coups
Partent sans aprocher de
vous >
Ayant choisi Dieu pour réfuge ;
Spectateur , de maux si touchans ;
Vous contemplerez près du Juge
La punition des méchans.
*
Dans la triste nuit réservée
'A la fureur des Nations ,
De maux , de désolations ,
Votre Tente sera sauvée.
Par les ordres du Saint des Saints ,
Les Anges préparent leurs mains
A vous porter dans la carriere ,
De crainte qu'en la fournissant ,
Votre pied ne touche la pierre ,
Er ne s'y meurtrisse en passant .
Alors
FEVRIER 1739.
271
Alors sans danger & sans crainte ,
Vous marcherez dessus l'Aspic ,
Vous braverez du - Basilic
;
La vive & redoutable atteinte
Le Lion soumis & rempant
De la faveur du Tout - Puissant
Fournira le plus digne exemple ;
Et vous foûlerez le Dragon ,
Comme vous avez dans son Temple
Foûlé l'Idole de Dagon.
Je serai són apui fidele ,
Dit le Seigneur , du haut des Cieux ,
Si mon nom lui fut précieux ,
Je prendrai partout sa querelle ;
J'exaucerai ses justes voeux ,
J'augmenterai ses jours heureux ,
Et si l'affliction l'accable ,
Son Dieu touché de son ennui ,
En Pere tendre & secourable ,
La ressentira comme lui.
**
Je comblerai ses destinées
D'un bonheur au -dessus du sort ,
Bornant par une douce mort
Le cours de ses longues années ;
D iij Il
272 MERCURE DE FRANCE
Il sera par ses durs combats
Vainqueur des ombres du trépas ;
Et pour le prix de sa victoire ,
Lorsque les temps ne seront plus 3
Je lui ferai part de la gloire
Que je réserve à mes Elus .
Dubruit , de Charville.
JOURNAL d'un Voyage de Constantinople
à Smirne , adressé à M. des Roches ,
par M. L. C. D. C.
J
E viens de me ressouvenir , mon cher
Monsieur , de la promesse que vous m'avez
faite au sujet de la Relation de votre
Voyage de Salonique , & cette idée a fait
tant d'impression sur mon esprit , que quoique
je fusse prêt à me coucher , j'ai pris la
plume pour vous commencer sur le champ
un Journal qui ne finira qu'à notre arrivée
à Smirne. Dieu veüille qu'il ne devienne
point assés. long pour nous ennuyer l'un &
l'autre.
Je crois , pour entrer en matiere , devoir
d'abord vous dire plusieurs choses que vous
sçavez , si vous ne les avez pas oubliées.
Vous n'ignorez point , par exemple , qu'aujourd'hui
FEVRIER. 1739. 273
&
jourd'hui 9. Janvier 1727. il étoit environ
deux heures après midi quand nous
nous sommes dit adieu à Top - hana ,
qu'il faisoit déja un vent un peu plus que
raisonnable ; vous pouvez même vous douter
, pour peu que vous connoissiez le Capitaine
Lesle , que nous avons été reçûs trèsgracieusement
sur le Vaisseau . Les trois coups
de Canon , dont nous avons salué le Serail
en partant , doivent de plus vous avoir annoncé
que nous avons mis à la voile entre
4 & 5. heures. Tout ce que je puis donc
vous aprendre aujourd'hui , c'est qu'il fair
maintenant un temps de tous les diables
dans la Mer de Marmara . Bon soir , je vais
me coucher ; si je me releve , je vous enparlerai
demain plus au long..
Du 10.Janvier. Ah, mon pauvre Monsieur ,
les vilaines images qui nous occupent, soit en
veillant , soit en dormant, pendant une tempête
! Nous avons essuyé sans relâche depuis
hier tout ce que les flots & les vents ont
d'incommode & de périlleux . Il ne nous en a
cependant coûté que notre Chaloupe , & deux
hommes que l'on y avoit mis , venoient de se
jetter dans le Vaisseau , lorsqu'elle a été engloutie
. Ce seroit en être quitte à bon marché
, si nous n'étions par- là dans l'impossibilité
de mettre plus d'une Anchre à la Mer.
Diiij Quelque
1274 MERCURE DE FRANCE
Quelque temps qu'il fasse nous moüillerons
donc dorénavant comme nous sommes partis
, c'est -à - dire , à l'Angloise . C'est ainsi que
nous sommes maintenant devant Lampsaque ,
encore nous estimons nous fort heureux d'y
être ; cependant , quelle que soit la Divinité
que l'on y adoroit autrefois , je vous jure
que nous n'en avons pas l'oreille moins basse.
Du 11. Nous levons l'Ancre & nous voguons
dans l'Hellespont.Que de beaux traits
'Histoire , mon cher Monsieur , j'aurois à
vous alleguer sur les objets qui se présentent
successivement à mes yeux ! Mais mes
Papiers & mes Livres sont dans mes Coffres,
& mes Coffres sont à fond de cale.
Il n'est pas plus de midi & nous voilà
déja près de l'endroit le plus fameux de cette
Mer , je veux dire près de ce Détroit célebre
par les Amours de Léandre , par les Folies
de Xerxès & par la courageuse entreprise de
Suleyman , fils d'Orkan. Le beau point de
vûë , pour un homme qui auroit plus de
mémoire que je n'en ai ! Nous voyons sur
notre droite les restes de Cimeni , Forteresse
que ce vaillant Prince enleva la même nuit
qu'il passa l'Hellespont sur des Radeaux . Sur
notre gauche , à l'extrémité de l'ancien Promontoire
Gygas , sont les ruines du Fort que
Mahomet I. fit construire ; & Mayto , prise
jadis
FEVRIER. 1739. 275
à
jadis par les Catalans , sous le nom de Fort
Madyte , semble , par le contour que la côte
fait en cet Endroit , fermer tout passage
notre Navire. Vous voyez par - là que nous
nous aprochons du Mouillage , où l'on doit
faire la Visite. Adteu , je vais mettre pied à
terre , pour solliciter le Disdar , ou Commandant
, qui est de mes amis , de hâter
cette fâcheuse cérémonie . -
Me voici de retour du Bourg du Château
vieux d'Asie , le Disdar est malade , mais
son fils , que j'ai envoyé inviter à dîner avec
moi , chés M. de Valnay , Consul des Dardanelles
, y est venu de fort bonne grace.
Nous sommes actuellement à Bord ; où nous
buvons * le Ponshe ; avec lui. La Visite est
faite. On saluë de trois coups de canon ,
& nous levons l'anchre. Nous voilà déja
entre les deux monstrueuses Bateries dont je
vous ai tant parlé ; cependant nous n'irons
guere plus loin ; la nuit qui s'aproche , nous
oblige de moüiller au -dessous du Château.
Du 12. Je suis sûr que Madame Dacier
auroit donné la moitié de ses Livres , &
peut-être quelque chose de plus , pour entendre
les belles choses que je viens de dire,
ou que j'aurois à dire. Nous sommes à la
voile , & en chemin faisant , j'ai fait remar
quer à M. Baraillon , & aux Curicux du Vais
* Panche ; sorte de liqueur ; &pe
D. v seau
276 MERCURE DE FRANCE
seau , une infinité d'objets respectables pour
cette illustre Dame. Je leur ai fait connoître
quel est le Cap Gygas , sur lequel Abydos
étoit bâtie ; le Rhodius , que notre ami M. de
Valnay , s'obstine à prendre pour le Simoïs ,
en dépit des Auteurs anciens & modernes ;
le Cap Dardanium , fameux par le voisinage
d'un Bois consacré à Hector , & plus fameux
encore par la Ville qui a donné son nom au
Détroit. Je leur ai montré le Cap Rhetée ,
lequel on vit autrefois les Tentes , &
depuis , la Sépulture d'Ajax , les Ports des
Vaisseaux Grecs , le Scamandre , le Quartier
d'Ulisse , le Cap Sigée , si célebre par le
Camp & le Mausolée d'Achille , & par la
Ville fondée depuis , en l'honneur de ce
Héros ; le Cap Mastusia , près duquel on
avoit élevé des Tombeaux à Protefilas & à
la malheureuse Hecube. Que vous dirai-je
encore ? Il n'est point de Cap ou de recoins
depuis les Châteaux vicux jusqu'aux Châteaux
neufs , dont je ne leur aye fait l'histoi
rc. Vous ne serez pas surpris que ces choses,
sur lesquelles aucun Voyageur n'a parlé , me
soient si bien connues , fi vous faites attention
, que depuis une année , je travaille tant
sur les Lieux , que dans mon Cabinet , sur
cette matiere. J'ai fait plus , j'ai prédit les
Courans que nous trouverions en entrant
dans l'Archipel ; & comme nous éprouvons
actuel
FEVRIER.
1739: 277
actuellement la vérité de la prédiction , on
commence à me regarder comme un petit
Oracle.
Du 13. Je n'ai été que trop bon Prophete
.'
Nous fimes hier tout ce que nous pûmes
pour passer entre la Côte d'Asie , & Tenedos,
mais le maudit Courant dont je vous parlois
, s'est trouvé si violent , que la crainte
de subir le sort de la Perle , & de bien d'autres
Bâtimens , nous a obligés de passer à
l'Ouest de cette Isle. Nous n'avons pas été
plus heureux aujourd'hui. Les Vents ont
changé , & quelques efforts que nous venions
de faire pour entrer dans le Canal de
Metelin , nous nous voyons forcés de relâcher
au Moüillage le plus voisin. Il n'est
guere que midi , & nous voici entre la Terre
ferme & Tenedos , dont nous avons ainsi
presque fait le tour. Nous y jettons l'anchre ;
adieu , je vous quitte , je vais profiter de
l'honnêteté que notre Capitaine a euë de
faire mettre son Canot à la mer , pour me
conduire dans l'Isle.
Du 14. Heureux , trois fois heureux , les
P. L. & encore avec eux quelques Voyageurs
d'une réputation bien plus entiere ! Ont-ils
passé en vûë d'une Ville ? les voilà en droit
d'en parler , il vous en font l'histoire ancienne
& moderne ; & s'ils y sont defcendus
ne fût- ce que pour deux heures , ils en don-
Dvj nent
1.
278 MERCURE DE FRANCE
nent une Description complette , à laquelle
même ils ajoûtent souvent , par forme de
digression , des Mémoires circonstanciés sur
la Religion , les Moeurs , les Coûtumes , &
les Interêts politiques des Pays dont elle fait
partie. Quelles ressources ne trouvent pas
ces admirables Génies dans la composition
de leurs Ouvrages ! L'Imprimeur defoeuvré
souhaite- t- il un Tome de plus ? Ils feüilletent
quelques Volumes , la matiere s'étend ;
& à l'aide de quelque Episode , le Tome
sera bien-tôt , si l'on veut , aussi gros que
ceux des Cyrus & des Cléopatres. Il est vrai
que si les Auteurs anciens , ceux des Relations
anterieures , & même ceux des Dictionaires
, revendiquoient ce qui leur apartient
, le Livre se trouveroit souvent réduit
à l'Epitre Dédicatoire & au Privilege ; mais
dans le fond , qu'importe au Public ? On ne
lui donne rien de nouveau que le style , &
quelques traits d'imagination bien ou mal
fondés. Eh ! qu'importe , encore une fois ?
L'Ouvrage tel qu'il est , Pamuse ; que doitil
souhaiter de plus ? Les Lecteurs qui ne
cherchent qu'à s'amuser , ne sont- ils pas
toujours en plus grand nombre, que ceux qui
veulent s'instruire ?
Pardonnez cette boutade , mon cher M.
au chagrin que j'ai de ne pouvoir me résoudre
à vous dire de Tenedos , que ce que j'en
ai
FEVRIER. 1739 279
ai vû. Cette Ville n'a guere moins de millé
Maisons ; elle est au pied de la Montagne la
plus haute de l'Isle ; & comme elle n'est
point fermée de murailles , elle seroit continuellement
exposée aux descentes des Corfaires
, sans le Chateau qui la couvre. Ce
Château est assés grand , & flanqué de plufieurs
Tours. Il est assis sur un Cap entre
deux Anses , dont l'une forme un Port aux
Bâtimens du Pays. Un petit Fortin situé au
Sud de cette même Anse , sert en même
temps de Fanal & de Baterie. Que vous dirai-
je de plus ? Les Habitans de Tenedos sont
presque tous Grecs. L'habillement de leurs
femmes , consiste en une seule jupe qui s'attache
immédiatement au- dessous des aisselles
. Je ne vous parlerai point de leur
coëffure parce que je n'y ai pas bien pris
garde , & je finirat en vous avertissant , en
cas que vous passiez par- là , d'aller voir dans
la Cour d'une Eglise Grecque , deux Inscriptions
que je n'eus pas le temps de copier.
Du 15. Je m'étois proposé de descendre
aujourd'hui à Tenedos , pour déterminer la
position des Ecueils qui l'environnent ; celle
des Isles d'Imbros , de Samandraki & de
Lemnos , & de quelques autres Points , tels
que sont le Cap de Grece , le Cap Janissaire,
le Cap Baba , le Mont Ida , &c . J'avois déja
tiré
280 MERCURE DE FRANCE
tiré mon demi - cercle de mon coffre , & je:
m'étois fait une toise & un cordeau ; mais ,
comme l'on dit , l'homme propose & Dieu
dispose. Le vent est trop fort & la mer trop
agitée , pour songer à quitter le Vaisseau . Je
m'en console , parce que la plûpart de ces
Points sont compris dans la Carte que j'ai
dressée , & que d'ailleurs quatre Inscriptions
en marbre blanc , que j'ai déterrées ce matin
à fond - de- cale ne me laisseront de deuxjours
le temps de m'ennuyer.
,
4
Du 16. Avant que de m'informer par quel
hazard les marbres dont je vous parlois , se
trouvent sur ce Bâtiment , j'ai jugé à propos
de copier les Inscriptions. J'ai passé pourcela
près de deux journées dans un Lieu où
l'on ne vit jamais de lumiere que celle qu'on
y aporta , après quoi on m'a apris que le:
tout apartient à M. Vander Horst , Ministre .
des Hollandois à Smyrne , qui les a achetées
en passant à Lampsaque. Elle mériteroient
sans doute de tenir ici leur place ; -
mais l'une de ces Inscriptions est en lignes
assés longues , & une des autres n'est guere
plus courte. Voilà , à parler franchement , ce
qui m'empêche de vous les envoyer présentement.
Pendant que je vous écris ceci , on leve
J'anchre , mais ce n'est qu'une fausse esperance,
FEVRIER: 1739 281.
Fance , nous sommes obligés de revenir au
même Lieu d'où nous sommes partis.
Du 17. Comme je ne vous ai encore parlé
que de nous , vous croyez peut-être , M..
que nous sommes les seuls à nous ennuyer
au Moüillage ; il est bon de vous désabuser
à- dessus.
Si Tenedos ne voit pas aujourd'hui sur ses
rives le même nombre de Bâtimens qu'elle y
voyoit Priami dum regna manebant , c'est-àdire
dans le temps de sa splendeur , il est
certain au moins qu'elle n'en voyoit guere
alors de Pays si differens & si éloignés. Ne
croyez par sur ce début , que quelques Navires
Samoyedes ayent rencontré ici une Escadre
de Sevarambes ; le cas est moins extraordinaire
; le tout consiste en deux Vaisseaux
Vénitiens , qui attendent leur ancien
Ambassadeur pour le conduire à Corfou
deux Vaisseaux du Caire , qui attendent le
vent pour aller je ne sçais où , & un Vàisseau
François , que le temps a obligé de relâcher
; cependant , en ajoutant à cela notre
Bâtiment , qui est Anglois , vous conviendrez
aisément , que dans un siécle ( celui ,
par exemple , des Argonautes ) où l'on regardoit
la traversée de l'Archipel , comme
un voyage de long- cours ; dans un siécle
en un mot , où l'on croyoit avoir vû les
Antipodes,

281 MERCURE DE FRANCE
;
Antipodes , lorsque l'on avoit pénétrê jus􏿽
ques vers le milieu de la Mer noire ; ces Insulaires
auroient été bien surpris de voir ensemble
des Navires de quatre differentes Régions
qui leur étoient , peut-être tout-à - faig
incommuës?
La bonne compagnie vient d'être augmen
tée , par l'arrivée de l'Asie , Vaisseau camarade
du nôtre , mais qui , plus sage que nous,
ne jugea pas à propos de nous suivre , quand
nous partîmes de Constantinople. Le voyant
venir à toutes voiles , nous avons levé l'anchre
› pour essayer de continuer notre rou
te ; mais semblables à des oiseaux blessés ;
qui ne battant plus que d'une aîle , essayent
vainement de prendre l'essor , nous avons
été obligés pour la seconde fois de céder aux
temps , & de revenir en toute humilité , rez
prendre notre premier gîte.-
7
Du 18. Pour cette fois nous sommes partis
tout de bon. Nous étions déja à dix heures
du matin entre Molava ; Château de l'Isle
de Metelin , & la Terre ferme. Notre Vaisa
seau voguant majestueusement ce soir entre
dix ou douze Sacoleves , petits Bâtimens
dont il est entouré , me fait ressouvenir de
Calypso , qui , au milieu de ses Nymphes ,
paroissoit comme un Cyprès entre je ne sçais
quels Arbustes. Ces idées ne paroissent gue
"
Ie
FEVRIER. 1739 28-3
re avoir de raport ; mais en vérité , vous ne
sçauriez croire combien l'on songe creux ,
quand on voyage avec des gens dont on
n'entend point la langue. Cette réfléxion me
feroit presque pardonner à P. L. tous les travers
d'imagination qu'il nous donne dans ses
Livres pour des réalités.
mérite-
D19. Je n'ai jamais mieux compris combien
les Marins ont raison de se plaindre dès
Cartes de l'Archipel. Nous sommes en vûë
des Mosconisses, & nous découvrons plusieurs
Isles assés étendues , dont aucun Géographe
ne fait mention. Cependant il ne faut qu'une
pointe de Rocher pour faire périr un Vaisseau
, & il entre toutes les années plus de
400. Bâtimens François dans cette Mer. Les
périls où ils sont exposés par là ,
roient bien que l'on y fit plus d'attention.
Du 20: A mesure que je m'éloigne des
rives de Troyes, je m'aperçois que mon ſtyle
devient plus sérieux ; je ne puis cependant
m'empêcher de vous faire part d'une réfléxion
que j'ai eu lieu de faire plus d'une fois
depuis quelque temps , c'est au sujet de ce
que je vous disois hier. Presque tous les
noms Tures ayant leur signification , on voit
ordinairement par le nom même , de quelle.
nature , ou de quelle forme est la chose
dont on parle. Cette considération devroit
engager les Voyageurs & les Géographes à
être.
284 MERCURE DE FRANCE
être exacts sur cette matiere ; cependant ilsle
sont si peu , qu'à peine voit- on quelque
raport entre le vrai nom , & celui qu'ils
nous donnent. Qui s'aviseroit , par exemple
, de chercher en Calabernol , Cara bournon
, le Cap noir ? Je trouverois bien d'autres
exemples , qui prouveroient mieux ce:
que je veux dire ; mais je me sers de celuilà
, parce qu'étant ce soir à l'anchre , près du
Château de la Rade , c'est le dernier Cap
que nous avons trouvé.
>
Nous sommes enfin arrivés aujourd'hui 21.-
Janvier , à Smyrne , où nous sommes des--
cendus M. de Baraillon & moi , au bruit de
toute l'Artillerie de notre Vaisseau. Cette:
politesse n'est qu'une suite de toutes celles
que le Capitaine a euës pour nous pendant
la route. Nous n'en avons pas moins reçû à
Terre que sur Mcr. M. de Fontenu , Consul,
quoiqu'absent , a voulu se maintenir dans le
droit qu'il s'est acquis depuis long- temps de
faire les honneurs de la Ville ; on nous a
fait tant d'instances de sa part , qu'il nous a
été impossible de nous défendre de loger.
chés lui ..
nous
Les nouvelles que nous recevons
convaincroient , si nous n'en avions été convaincus
par notre expérience , que le jour
que nous partîmes de Constantinople , étoit
un jour plus propre à chercher qu'à quitter
un
FEVRIER 1739 .
1739. 285
pour
un Port. Quelques Anglois venus à Bord
faire leurs adieux , s'étant rembarqués .
dans le temps que nous apareillions , ni l'un ‹
ni l'autre de leurs Caïques , ne pût , dit- on ,'.
gagner Top-hana , quoique ce Trajet ne fût
que d'une portée de fufil. L'un de ces petits .
Bâtimens , dans lequel étoit le frere de notre :
Capitaine , & deux de ses amis , a été jetté ,.
à demi-plein d'eau , à Scutari , c'est- à- dire ,.
au- delà du Canal de la Mer noire . Un Capitaine
de Navire Anglois , & deux Marchands
de cette Nation qui étoient dans l'au
tre , ayant été emportés sur un Ecueil desert
des Isles des Princes , y ont passé jusqu'au
troisiéme jour , sans manger autre chose que
trois Pistaches , que l'un d'eux avoit dans sa
poche. Enfin , craignant de n'avoir plus assés
de forces pour fortir d'un fi mauvais gîte ,
s'ils differoient plus long- temps , ils ont bouché
les fentes de leur Bateau avec des morceaux
de leurs chemiſes , & ils se sont remis
en mer. On ajoûte que l'eau qui les gagnoit
, les alloit enfin submerger , lorsqu'une
Barque de Pêcheurs , qui paffoit par ha
zard , les a fauvés tout à la fois du froid , de
la faim , de la soif & du naufrage . Mar--
quez-moi fi cette avanture eft exactement
vraie.
Voilà , mon cher M. à quoi se réduisent
jusques ici les nôtres. Il m'auroit été
-
facile
286 MERCURE DE FRANCE
facile d'allonger ce Récit , en raportant les
Observations Géographiques que j'ai faites
pendant la route ; j'aurois pu même placer
quelques Traits d'érudition fur les Lieux
que nous avons vûs , & je l'aurois peut- être
fait , fi je ne vous connoiffois moins curieux
que moi sur le premier Article , & mieux
informé que moi fur le fecond
Je fuis toujours , &c ..
LES AVANTAGES DE L'EAU
fur le Vin.
STANCES..
Lorsque vous me blâmez de n'aimer plus le vin
Et de lui préferer cet Element bénin ,
Sçavez - vous bien ce que j'en pense a
C'est que votre palais usé
Se refuſe à la difference
De peur d'être defabusé.
Ce Jus dans un feftin nous offre mille attraits ;
Mais fans l'Eau le raifin ne mûriroit jamais.
Sans l'Eau tout meurt dans la Nature ,
Le Vin lui doit fes bons effets .
Non , rien n'eft fi fain que l'Eau pure ,
Il n'en faut point craindre d'excès.
Pefte
FEVRIER. 287 1739
Pefte foit de Bacchus & de fon jus fougueux ,
Il remplit le cerveau de vapeurs & de feux ,
Par qui la raison éclipsée ,
Fait perdre au coeur le fentiment ;
A l'efprit ôte la pensée ,
Et renverfe le jugement.
Statut
D

REFLEXION S.
minels
ès que nous aprouvons des desseins
pernicieux , nous devenons aussi cri
que ceux qui en sont les Auteurs.
Une Victoire qui n'étoit point suivie de
l'honneur du Triomphe , étoit plutôt une
fatigue qu'une gloire pour les Héros de
P'Antiquité.
Hy a des femmes qui doivent toute leur
vertu à leur timidité.
Les confidences sont souvent des artifices
dont on se sert , pour connoître le caractere
du coeur.
Quelque fortune qu'ait un homme dans
le monde , il a beau dissimuler sa premiere
condition par des manieres de grandeur affectées,
288 MERCURE DE FRANCE
fectées , un certain air naturel nous décou
vre toujours la bassesse de son extraction .
Nous nous attachons à la fortune d'autrui
pour réparer les bréches de la nôtre , & notre
fidelité est plutôt une précaution que
nous prenons pour nous -mêmes , qu'une
bonne volonté que nous avons pour autrui.
La conduite de nos moeurs ne dépend pas
'tant de nous-mêmes , qu'elle dépend de la
fortune , puisque selon ses changemens nous
changeons aussi nos manieres.
Si la vertu persécutée fait le plaisir de l'Envie
, elle devient d'un autre côté un sujet de
compassion pour les ames génereuses.
Il n'y a point de passion qui ne nous flate
de quelque plaisir dans sa recherche ; nous
ne trouvons aucun agrément avec la crainte
au contraire , sans faire de tréve , elle tour
mente cruellement notre esprit.
&
La liberté est d'un prix inestimable ,
pour en bien connoître la valeur , il faut l'aprendre
des personnes qui l'ont perduë , &
non pas de ceux qui en jouissent.
Les faveurs ni les disgraces de la vie ne
peuvent
FEVRIER. 1739. 285
peuvent rien sur un honnête homme; son esprit
demeure toujours dans la même égalité.
Le dégoût que nous trouvons après la
jouissance des plaisirs , vient de ce qu'ils ne
sont jamais si grands quand on les possede ,
qu'ils le paroissent quand on les espere.
Trois choses sont nécessaires pour se ren
dre heureux dans la vie ; il faut se servir de
son esprit pour connoître ce qu'on doit faire.
& ce qu'on doit éviter ; il faut de la résolu
tion pour executer ce que la raison nous conseille
; & enfin nous persuader que les biens
que nous ne possedons pas, ne nous doivent
pas causer de véritables chagrins , puisqu'ils
sont hors de notre puissance.
Il semble que l'homme soit né pour la mé
diocrité; ceux qui sont toujours dans la grandeur
, trouvent qu'elle est embarassante , ils
s'en dépouillent souvent pour prendre les
plaisirs d'une vie privée .
Il n'est rien de plus délicat que de, connoître
une véritable amitié ; celles qui nous
paroissent les plus fortes dans le monde , ne
sont pour la plupart que des interêts concercés
, ou des vengeances ménagées.
L'esprit a beau connoître ses erreurs ; quand
il
190 MERCURE DE FRANCE
il est fortement attaché , il n'a point assés de
force
pour quitter le parti du coeur.
ا ل
La Mode est une Loi si génerale pour les
hommes , qu'ils se soucient peu de leur devoir
, pourvû qu'ils aprochent de plus près
de l'usage.
Les avances d'amitié que nous faisons aux
Personnes que nous voulons perdre , servent
plutôt à endormir leur prudence , qu'à leur
confirmer notre affection .
Il y a très-peu de Souverains qui goûtent
les douceurs d'une véritable amitié , parce
que , soit avec leurs égaux , soit avec leurs
Sujets , ils ne rencontrent point cette sincé
rité qui en fait la perfection.
C'est une grande science & souvent un
gain , que de sçavoir perdre à propos. Pecuniam
in loco negligere , maximum interdum
est lucrum.
Tite- Live , dit de Ciceron , qu'il fit plus
de bien à la Ville de Rome en la conservant
, que Romulus en la bâtissant. Non
tantùm urbem fecit Romulus , quantùm Cicero
servavit.
Il y a deux sortes de personnes avec les
quelles
FEVRIER. 1739 291
quelles il ne faut jamais entrer en contradic
tion. Ceux qui sont fort au-dessus de nous
& ceux qui sont fort au- dessous.
L'inégalité de la fortune dans les Citoyens
est presque toujours la ruine des Républiques.
Equalitas civitates conservat . Arist.
Pour persuader , les larmes font souvent
plus que les paroles. Lachrima pondera vocis.
habent. Ovid.
Le moyen de n'être jamais trompé , ou
du moins de l'être rarement , c'est de compter
toujours que l'on traite avec une Person
ne plus habile & plus méchante que soi.
Il ne faut jamais paroître être plus capable
'que son Maître.
Les Gestes , les postures & la contenance,
qui accompagnent les paroles, sont pour un
habile homme , autant de clefs pour entrer
dans les replis du coeur de ceux à qui on
parle. C'est une grande science que celle de
lire dans les visages & d'en bien remarquer
les mouvemens . Vultus ac sermones omnium
circumspectare.
Quelque mérite que l'on ait , l'opinion
qu'on E
292 MERCURE DE FRANCE
qu'on a des gens , lorsqu'on ne les connoît
qu'à demi , va toujours plus loin que l'idée
qu'on s'en forme , quand on les connoît
tout entiers.
Les liaisons du sang doivent tenir lieu de
mérite aux Parens les plus éloignés.
L'art de se faire valoir , donne presque
toujours plus de mérite & de réputation que
ce qu'on vaut en effet.
Une grande naissance ou une grande fortune,
annonce le mérite & le met en son jour.
1
S'il y a quelque chose de bon à ignorer ,
c'est son propre mérite & ses agrémens.
Il y a bien plus de mérite à sçavoir plaire
sans art , que de sçavoir l'art de plaire.
Le véritable mérite est toujours accompa
gné de modestie , comme le faux l'est de
vanité.
Quelque chose qu'on fasse , peu de gens
ajoûtent foi aux témoignages que nous rendons
de notre propre mérite.
La crainte de se décrier , engage toujours
FEVRIER 1739 293
à louer hautement un homme de mérite ;
on se distingueroit trop , si on n'en disoit
rien , ou si on en parloit d'une maniere
commune.
Bien des gens ont plus de réputation que
de mérite ; l'industrie tient souvent lieu des
plus grandes vertus , & l'art de se faire valoir
donne quelquefois plus de réputation que
les vrais talens.
Notre mérite nous attire l'estime des hon
nêtes gens , notre Etoile , celle du Public.
L'art de sçavoir bien mettre en oeuvre de
médiocres qualités , donne souvent plus de
réputation que le vrai mérite.
Pour bien connoître le mérite & les gran
des qualités des autres , il en faut avoir soimême
de très -grandes.
Selon Tacite , une grande réputation est
aussi dangereuse qu'une mauvaise.
On est ordinairement moins agité & moins
'déterminé par les choses , que par l'opinion
qu'on a des choses.
J'aimerois mieux être le premier de ce Lieu?
E ij disoit
94 MERCURE DE FRANCE
disoit César , en traversant une petite Bourgade
des Alpes , que le second dans Rome.
Mallem esse primus in hac Villa, quam Roma
secundus.
L'humeur emporte presque toujours l'esprit
& le séduit selon son caprice. C'est ce qui
fait cette grande diversité de sentimens parmi
les Personnes. les plus raisonnables.
D'ordinaire les faiseurs de Systêmes ,
charmés de leur opinion, & flatés
par d'heureux
raports , se livrent successivement à de
nouvelles idées , sans les examiner avec assés
de soin ; ils y ramenent tout, & gâtent enfin
leur Systême , souvent en le voulant trop
étendre & trop perfectionner.
"
On voit souvent des opinions si contraires
que l'on ne peut s'empêcher d'avouer , qu'à
force de vouloir aprofondir les choses , on
les obscurcit , & on connoît très - clairement
des vérités qu'il est très-mal aisé d'expliquer
clairement.
Tous les hommes sont dupes en quelque
façon ; l'opinion donne le prix aux choses les
plus communes ; qui sçait se donner un air
important & faire valoir ses denrées , les
vend bien cher ; & n'en a pas qui veut.
La plûpart
FEVRIER. 1739. 29.5
La plupart des choses ne deviennent considérables
ou méprisables , que par la bonne
où mauvaise opinion qu'on en a
Des gens sans refléxion , n'examinent les
choses que superficiellement , s'entêtent de
sentimens & d'opinions qu'ils n'entendent
pas , & condamnent souvent en autrui , ce
qu'ils ont eux mêmes pratiqué.
L'opiniâtreté est le véritable caractere de
PHéresie ; on peut errer, mais on ne devient
Héretique qu'en soûtenant son erreur. Les
causes de l'Héresie sont ordinairement l'amour
de la gloire , l'envie de se distinguer ,'
& la honte de se dédire ; la prévention
l'interêt , les mauvaises fréquentations , &c.
La diversité des opinions sur une même
matiere , n'est pas toûjours une chose blamable
, ni la solidité des conséquences toujours
bien sûre . Par exemple , on ne doit
pas établir comme une chose constanté
, que les habits sont chauds d'eux- mêmes
, parce qu'ils servent aux Danois contre
le froid , puisqu'ils ne sont pas moins
utiles aux Ethiopiens contre le chaud . Eh
pourquoi tiendrons - nous pour foux ' , ceux
qui pensent des choses autrement que nous ,
et pour sages ceux qui épousent nos opi-
E iij nions ?
296 MERCURE DE FRANCE
nions? puisque les foux mêmes ont de bons
intervales , & que les plus sages en ont souvent
de fort mauvais.
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure de Janvier sont , la Tabatiere
, Octobre , Riom , Marsupium , &
Spes. On trouve dans le premier Logogryphe
, Rot , Roc , Ecot , Ré , Troc , Câte ,
Coré , Cor , Broc , Or , Ter , Octo. Dans le
second , Or , Io , Mi , Moi. Dans le troisiéme
, Mar;, Ars , Ursa , Musa , Murus :
Pia, & dans le quatrième , Pes , Es , & Seps .
ESSAI d'Explication de deux Logogryphes.
tirés d'un Manuscrit de la Bibliotheque du
Roy , des Poësies de Jean- Michel , & autres
Poëtes du XVI. siecle.
MCCCCX L.
Prens le moyeu de ton ami ,
C'est- à -dire , prends l'M. qui en Chiffre
Romain vaut mille .
De deux Aneaux coppe parmi ,
Deux Anneaux coupés , produisent quatre.
C. qui valent 400.
De
FEVRIER. 1739. 297
De deux dés rostes les as bien.
Les six faces de chaque Dé , sont marquées
du nombre de 21. points , les 12. faces des
deux Dés en produisent 42. les dx as ôtés ,'
reste le nombre de 40. qui désigne l'Epoque
juste de l'arrivée du Duc d'Orleans en Fran
ce en 1440 :
MCCCCXLIX.
Prenez de VII . Vans les oreilles ,
C'est- à- dire , prenez quatorze C. désignés
par les quatorze Anses des sept Vans , qui
déterminent le nombre de 1400. en Chiffre
Romain.
Et le regard de deux Corneilles.
On ne sçauroit expliquer le regard de
ces deux Oiseaux que par leurs quatre yeux
qui présentent dabord à la vûë quatre
XXXX. faisant le nombre de 40. en Chiffre
Romain..
Et d'une Gline la journée.
L'Auteur a voulu par ce Vers désigner
un oeuf, qu'on dit proverbialement être la
journée d'une Poule , & par là déterminer
le nombre de neuf & marquer l'année
1449. dans laquelle il y eut un grand Trem-
E iiij blement
,
498 MERCURE DE FRANCE
blement de Terre , que l'Auteur exprime :
par ces deux Vers.
A donc scarez sans demourée
Quand la Terre fut ecraulée .
J
ENIGM E..
E suis vieille & pleine d'apas ,
Quoique noire , je suis belle ;
Tel qui pourroit me voir où son plaisir l'apelle ,
Pour cela ne me connoît pas.
Je suis quinteufe & m'en fais un honneur ,.
On me voit dans la regle observer le silence ;
Je l'impose aux Humains & fais du bruit en France
Je fais voir en mes traits des fignes de valeur ;
Je suis peu sans amour , l'amour est peu sans moi ,
Mais pour le déclarer , il faut bien des mesures ;
Mes soupirs sont discrets , mes paroles sont pures
Enfin de point en point je suis du goût du Roy.
LOGOGRYPHE..
C Herche un , Moine , Rimeur , Batu ;
Vaine Rumeur , Noire Manie ;
Voir , & , Boire , Bon , Vin , En , Brie ;
>
Maine
FEVRIER. 1739 .
299
Maint , Bourreau , Jureur , Bien , Vétu ;
Avoir , Tambour Troüé , Moruë ,
Menu , Bâton , Mine bourruë ,
Jambon Rôti , Martin Tourneur ,
Tout cela dans T .....
Par A. R. D. R...
6
Α
AUTRE.
Aux Leçons des Muses fidele , Ux
Je fuis Favori d'Apollon ;
9
Je cueille chaque jour une Palme immortelle
Sur mes Rivaux , dans le sacré Vallon.
Huit Lettres composent mon rơm ,
?
Qui sçait offrir aux yeux des choses differentes ;
Et sous des images riantes ,
Fait voir combien il est fécond ,
Et que je n'ai point de fécond.
Par un rapide vol je fçais franchir une aire
Pour aller composer Lotaire ;
Je m'éleve sans' dire mot ,
Et sur le champ je gagne un Lot.
Enfuite , en proye au plus charmant délire ,
Mes doigts font raiſonner ma Lire.
On trouve dans mon nom encor ,
Ovale , Olive , Vole , Ire , Tire , Tare , Or ,
Air», Vire , Voir , Loire , Ovairé ,
EY Viole
300 MERCURE DE FRANCE
Viole , Lie , & le mot Taire.
Ce n'est pas tout , mais je finis ,
Four laiffer quelque chofe à faire aux beaux Efprits
I
L'Affichard.
LOGOGRYPHUS.
"I Nteger auditumferio , charissime Lector ,
Me cuicumquegerit mox gravè , Truncus ero.
Nunc Caput abscissum mihi redde , sequentia tolle
Membra duo , tandem sordida Bestia sum.
ALIUS.
S Expedibus gradiens , mortalia corda decoro ;
Quinque , caveto tibi , Lector amice , neco.
Si tribus incedam , mas adsum; Templa Deorum,
Si totidem pedibus , suffio odore meo.
Denique si geminis , fiam conjunctio nomen.
Tu mihi , si reddas Oedipus alter eris.
Par M. FOURNIER de Villecert , Maitre
des Eaux & Forêts du Gasvre.
A
Châteaubriant , le 17. Décembre 1738,
NOUFEVRIER.
1739. 301
****************
NOUVELLES LITTERAIRES
H
DES BEAUX AR T S.
ISTOIRE GENERALE des Auteurs Sacrés
& Eccléfiaftiques , qui contient leur
Vie , le Catalogue , la Critique , le Jugement
, la Chronologie , l'Analyse , & le Dénombrement
des differentes Editions de
leurs Ouvrages ; ce qu'ils renferment de plus
intereffant fur le Dogme , fur la Morale , &
für la Discipline de l'Eglife ; l'Histoire des
Conciles tant généraux que particuliers , &
les Actes choifis des Martyrs. Par le R. P.
Dom Remy Ceillier , Bénédictin de la Congrégation
de S. Vanne & de S. Hydulphe ,'
Prieur Titulaire de Flavigny. Tome VII.
A Paris , chés la Veuve le Mercier
S. Jacques , 1738. in -4. de 747. pages , fans.
compter la Table..
ruë
TRAITE DES DROITS , Privileges & Fonctions
des Conseillers du Roy , Notaires
Gardes-Notes , & Gardes - Scel de S. M. aus
Châtelet de Paris , avec le Recueil de leurs
Chartes & Titres. A Paris , de l'Imprimerie
de J. B. Coignard. Par M. Simon-François
Langloix , Notaire- Syndic.
Evj
STS302
MERCURE DE FRANCE
SYSTEME COMPLET D'OPTIQUE , divisé en
quatre Livres ou Traités ; sçavoir , 1º . Traité
d'Optique Populaire. 2°. Traité d'Optique
Méchanique. 3. Traité d'Optique Mathémathique.
4° . Traité d'Optique Philosophique
2.volumes in-4. A Cambridge & à Londres
, par M. Smith , Professeur d'Aftronomie
& de Phyfique expérimentale dans l'Univerfité
de Cambridge . L'Ouvrage est en
Anglois.
REGLE ARTIFICIELLE DU TEMPS , Traité
de la divifion naturelle & artificielle du
Temps , des Horloges & des Montres de
differentes constructions , de la maniere de
les connoître & de les régler avec jufteffe ,
par M. Henri Sully , Horloger de M. le Duc
d'Orleans , de la Societé des Arts. Nouvelle
Edition , corrigée & augmentée de quelques
Mémoires sur l'Horlogerie . Par M. Julien
Le Roy , de la même Societé . A Paris , chés
Grégoire Dupuis , rue S. Jacques , à la Couronne
d'or , 1737 .
LA JOURNE'E CHRETIENNE , contenant
les Prieres & les Moyens propres pour fanctifier
la Journée. Nouvelle Edition , augmentée
de l'Office nouveau , Parifien & Romain,
1738. in- 24. chés Jacques Chardon , ruë Galande
, & Gabriel Charles le Berton , rue Saint
Victor.
CHOIX
FEVRIER . 1739 301:
CHOIX DE POESIES Morales & Chrétienres
, depuis Malherbe jusqu'aux Poëtes de
nos jours , dédié à M. le Duc d'Orleans ,
Premier Prince du Sang. Tome I. A Paris ,
chés Prault , Pere , Quai de Gêvres , au Páradis
, & Prault , Fils , Quai de Conty , à la
Charité , 1739. in- 8 °. de 324. pages.
MAXIMES ET REFLEXIONS : MORALES
traduites de l'Anglois , avec une Traduction
nouvelle en Vers de l'Essai sur l'Homme , de
M. Pope. A Londres , 1739. in- 8 ° . & à Pan
ris , chés Prault , Pere , Quai de Gêvres .
MEMOIRES HISTORIQUES & Topographi
'ques sur diverses Colonies anciennes & modernes
de la Province des Marses , & dé
Valeria , &c. divisées en deux Parties,par M.
Pierre - Antoine Corsignant , Evêque de Ver
nosa , A Naples , 1738. chés Parrino . Premiere
Partie , de 795. pages , la seconde , de
643. L'Ouvrage eft en Italien..
GRAMMAIRE FRANÇOISE - CELTIQUE , OU
Françoise - Bretonne , qui contient tout ce
qui eft néceffaire pour aprendre par les Regles
la Langue Celtique , ou Bretonne. A
Rennes , chés Julien Vatar. Vol. in- 12. de
206. pages , petit Romain , Prix 24 sols
zelić.
ABREGE'
304 MERCURE DE FRANCE
ABREGE' DE LA SAINTE BIBLE , en forme
de Queſtions & de Réponses familieres ,
avec des Eclairciffemens tirés des SS. Peres
& des meilleurs Interpretes , divisé en deux
Parties , l'Ancien & le Nouveau Teftament.
Nouvelle Edition , revûë & augmentée , par
le R. P. D. Robert Guerard , Bénédictin de
la Congrégation de S. Maur. A Paris , par la
Compagnie des Libraires , 1739. in- 12.
,
TRAITE ' SUR L'ACIER D'ALSACE , ou l'Art
de convertir le Fer de Fonte en Acier. A
Strasbourg , chés J. René Dulseker , 1737-
in-12. de 1.15. pages.
SAGES INSTRUCTIONS sur l'Oraison, par
P'Abbé Don Joseph Mazzapica , de la Ville
de Sainte Chriftine , Docteur en Droit Civil
& Canonique , Archiprêtre de l'Eglise Col--
légiale de Terre neuve; avec une Addition
du Comput Eccléfiaftique. A Naples 1738 ..
de l'Imprimerie de Janvier & Vincent Mu .
Zio. Vol. in-8. de 396. pages. L'Ouvrage est
en Italiens
ETAT PRESENT DE TOUS LES PAYS & les
Peuples du Monde Naturel , Politique &
Moral ; avec de nouvelles Observations &.
des Corrections tirées des Voyageurs anciens
& modernes. Ouvrage écrit en Anglois par
M..
FEVRIER. 1739 305²
, M. Salmon , traduit en Hollandois & en
François , & présentement en Italien ,
rigé dans cette seconde Edition. Un vol. de
la Chine , 1738. En tout , 4. vol. in- 8 . A
Naples , chés François Ricciardo.
LETTRES de M. D. L. M. Docteur en Mé
decine , fur l'Art de conferver la Santé & de
prolonger la vie. A Paris , chés Prault ,
Pere , Quai de Gêvres , au Paradis , 1738-
Brochure in- 12. de 24. pages.
TRAITE' DES FINS DERNIERES DE L'HOM
ME , par le P. Palu , Jésuite. A Paris , chés
Gabriel- Charles Berton rue S. Victor , près
Saint Nicolas du Chardonnet , & Jacques
Chardon , ruë Galandė , 2. vol. in- r2.-
3
EPITRE en Vers , à Thérese , sur l'Amour
Platonique , avec la Réponse , petite Brochure
de 24. pages. A Paris , chés Louis-
Gregoire Dupuis , Grand' - Salle du Palais ,
au S. Esprit , 1739 .
OBSERVATIONS Critiques à l'Occasion
des Remarques de Grammaire , fur Racine
par M. l'Abbé d'Olivet, de l'Académie Françoise
, par M. S. de S. A Paris , chés Prault,
Pere , Quai de Gêvres , au Paradis , 1738 ..
GE366
MERCURE DE FRANCE
GENEALOGIES Hiſtoriques , exposées dans
des Cartes Généalogiques & Chronologi
ques , tirées des meilleurs Auteurs , avec des
Explications Hiftoriques. Tome III & IV.
A Paris , chés Théodore le Gras , au Palais
Lamesle , Pere & Fils , ruë de la vieille Bouclerie
; Pierre -François Giffart , & Antoine-
Claude Briasson , rue S. Jacques ; Chaubert,
Quai des Auguftins ; & la Veuve Pissot
Quai de Conty , 1738. in-4. ››
AUGUSTIN PENITENT , Poëme en Vers ;
divisé en huit Chants , par Madame L *
L ***
petite Brochure in - 8 . de 38. pag. sans l'Epitre
Dédicatoire. A Londres , chés Paul Hebink
, Imprimeur-Libraire , au Suffol-ſtreet ,
1738..
Autre Brochure du même Auteur , contenant
trois differentes Pieces. La premiere intitulée
, SANCHO PANGA , Gouverneur ,
Poëme burlesque en Vers , divisé en quatre
Chants. La seconde , LES REMARQUES
CRITIQUES Sur l'Hiftoire de- Don Quichote,
& la troisième , MINET , autre Poëme en
Vers , divisé en quatre Chants. On trouve
les deux premieres Brochures A Amsterdam ,
chés Nicolas Desbordes , Libraire , & la
derniere , au Matou couronné. Les trois Brochures
font ensemble 58. pages . 1738 ,
LETTRES
=
FEVRIER.
3075 1739.
LETTRE de M. l'Abbé d'Olivet , de l'Aca
démie Françoise , à M. le Préſident Bouhier,
de la même Académie. A Paris, chés Didot,
Libraire , sur le Quar des Augustins , vis-àvis
Chaubert. Brochure in- 12 . de 22. pages.
,
Pour donner une idée de cet Ecrit , qui
doit amuser encore plus par ses agrémens que,
par sa briéveté nous nous contenterons
d'emprunter les termes de M. Danchet de .
Académie Françoise , qui en est le Censeur.
Il s'exprime ainfi dans son Aprobation : J'ai
trouvé que la premiere Partie est remplie dA-.
necdotes curieuses , concernant des Ecrivains
célebres du dernier siécle. A l'égard de ce qu'il
répond à un adversaire qui l'a attaqué le premier
, je crois que l'impression en peut être permise,
d'autant plus que rien n'y passe les bor-.
nes prescrites en ces combats littéraires.
MEMOIRES de la Comtesse Linska , Histoire
Polonoise , dédiée à la Reine de Pologne
, Duchesse de Lorraine , par M. Milon
de la Valle. A Paris , chés Mesnier , ruë
S. Severin , au Soleil d'or , ou au Palais
Grand '- Salle , à la même Enseigne. Brochure.
in-12. de 351. pages. 1739.
POESIES LATINES OU GRECQUES , compo
sées par divers Auteurs de l'Académie Françoise.
A Paris , ruë S. Jacques , chés Antoi--
ne:
308 MERCURE DE FRANCE
ne Boudet , 1738. in - 12 . de 369. pages . Ce
Livre eft en Latin..
LES MUSES , Piéce Dramatique en quatre
Parties , par M. de Morand , représentée au
Théatre Italien le 12.Décembre 1738. A Pa
ris , chés la Veuve Delormel , rue du Foin ,
à Sainte Geneviéve ; Flahault , ruë S. Jacques
; Mérigot , Quai des Auguftins , à Saint
Louis , & Prault , Fils , Quai de Conty , à la
Charité.
Nous avons parlé assés au long de cet
Ouvrage dans l'Extrait que nous en avons
donné dans le second Volume de Décembre.
Le Public a vû avec plaifir , que les
Parties qui avoient fait le moins de plaifir à
la repréſentation , ont beaucoup gagné à être
lûës , & que celles qui avoient été les plus
aplaudies au Théatre , obtiennent de nouveaux
éloges à la lecture . C'eft un avantage.
qu'ont eu jusqu'ici les Piéces du même Auteur.
On en trouve le Recueil chés les mêmes
Libraires. Il contient Teglis , Tragédie
avec un Prologue , représentée à l'Arsenal ,
en présence de S. A. S. Madame la Ducheffe
du Maine. Childeric , Tragédie dédiée à la
Reine. L'Esprit de Divorce , Comédie , &
la derniere Piéce que nous annonçons, qu'on
vend 36. sols : on vend séparément la Tragédie
de Phanazar 24. fols.
Nou-
9"
FEVRIER. 1739.
309
NOUVEAUX AMUSEMENS du Coeur
& de l'Esprit. Tome troifiéme. Brochure
neuvième , in- 12. 1739. à Paris , chés Merigot
, Libraire , Quai des Augustins , près
la rue Gît- le- Coeur à l'Image S. Louis.
Leprix eft de trente sols .
,
L'Ouvrage dont on va rendre compte ,
paroît digne de l'accueil que le Public lui.
fait. Il y regne une diverfité qui a de quoi
plaire ; nous conseillons cependant à l'Auteur
d'être un peu plus difficile sur le choix
des Piéces qu'il adopte. Il a fait connoître
que son goût est bon , en redonnant
à la lumiere , l'admirable Poëme
des Travaux d'Apollon , sorti de la Plume
de notre cher & illuftre Ami M. de Senecé.
On a lu avec plaifir dans ce Recueil quantité
de belles Epîtres , d'Epigrames saillantes
, de jolis Contes , de Fables ingénieuses,
d'Hiftoriettes assés bien écrites , & sept ou
huit bons morceaux de Littérature..
On pourra juger du mérite de cette nou
velle Brochure par les Poësies suivantes . La
premiere servira de suplément aux OEuvres
de M. de Senecé, imprimées il y a vingt-trois
ans chés Giffart , rue S. Jacques..
SUR
310 MERCURE DE FRANCE
SUR UN COUP D'OEIL CARESSANT.
Stances , dans le goût des Romances
Espagnols.
Muse , j'écris à Climeine ,
Dont j'adore les apas ;
Laiffez- m'en toute la peine ,
Et ne vous en mêlez pas.
*
N'offusquez point ma tendreffe
Par vos brillans surannez ;
Loin de moi , vaine Déeffe ,
Le fard dont vous vous ornez.
Sur sa grace naturelle
H
Formons notre expreffion ::
Rien ne convient à la Belle
Qui fente la fiction.
**
Ainfi la Nymphe difcrette ,
Préfere sous un Ormeau
Au grand bruit de la Trompette
Le doux son du Chalumeau .
Ainfi , la jeune Bergere
Parfumant..
FEVRIER 1739
312
Parfumant son Bavolet ,
Préfere le
Serpolet.
A toute odeur étrangere
*
Amour , c'est toi que j'apelle ,
Viens, le mieux difant des Dieux ;
Montre-lui ce coeur fidele ,
Qui brûle pour ses beaux yeux .
Peins- lui cette violence.
*
Que rien ne peut égaler ,
Quand l'auftere bienséance
Me force à diffimuler.
*
Il faut languir , misérable ,
Sous son rigoureux pouvoir !
C'est l'arrêt irrévocable
De Climeine & du devoir.
*
Le Soleil à la Nature
Se cache-t-il aisément ?
Peut -on dans la nuit obscure
Céler un embrasement ?
*
D'une contrainte effroyable
Quand
31 MERCURE DE FRANCE
Quand j'ai souffert la rigueur ,
Un seul regard favorable
Rend un doux calme à mon coeur.
*
Tel dans un bruyant orage ,
Le Dieu du jour & des Vers
Brille à travers du nuage ,
Et rend l'ame à l'Univers.
*
Dieux ! qu'il plaît ! Dieux qu'il enchante ;
Cet oeil qui fait mon destin !
Quelle aurore eft plus riante
Dans son plus riant matin ?
*
charme d'un regard tendre ,
Où je me sens abîmer !
Mon coeur qui sçait te comprendre
Manque d'art pour t'exprimer.
Source divine de flâme ,
Inépuisables apas ,
Vous rapelleriez une ame
Des barrieres du trépas !
*
*
L'Amour
D
313
FEVRIER. 17397
L'Amour n'a plus de martyre
Qui me cause du souci ;
Qu'il tourmente , qu'il déchire ,
Puisqu'il récompense ainsi.
*
Mais Climeine , qu'ils sont rares
Ces regards pleins d'agrémens !
Que vos beaux yeux sont avares
De ces précieux momens !
*
Sans mon souvenir fidele ,
Qui cherche à les prolonger ;
Ils s'écouleroient , cruelle ,
Comme un Phantôme léger.
*
Le Ciel fait fleurir la Plaine
Par son regard affidu ;
Sans les regards de Climeine ,
Chés l'Amour tout eft perdu.
*
Adieu , Beauté que j'adore ,
Brillante comme le Jour ,
Jeune & tendre comme Flore
Charmante comme l'Amour.
Dea
$ 14 MERCURE DE FRANCE

Des regards tels que les vôtres ,
Sont d'assés grandes faveurs ;
Mais , fi j'en obtenois d'autres ,
Flateuse idée Ah ! je meurs. ....
C'est par un choix de pareilles Piéces que
ce Recueil deviendra agréable aux Amateurs
de la belle Poëfie , surquoi nous aplaudissons
volontiers au dessein qu'a formé l'Auteur
de faire une recherche des morceaux rares
inconnus , ou anciens , dont la perte
seroit inévitable par la succeffion des temps.
L'Epitre de M. d'Arnaud à Julie est bien
composée dans son genre. Les Vers sont
coulans , aisés , & respirent cette heureuse
négligence qui peint le coeur sous des traits
fideles. Sa seconde Epitre à Mlle G ... n'eft
pas moins eſtimable que la premiere . Le sentiment
y regne moins , mais l'Esprit y brille
davantage. Elle commence ainfi :
J'avois deffein de vous écrire ;
Déja mille Amours voltigeans ,
A fervir l'ardeur qui m'inſpire
Redoubloient leurs foins obligeans,
*
L'un , d'une plume de ses aîles ,
Me prêtoit le fecours charmant
L'autre
FEVRIER. 1739. 3 *5
L'autre à former cet instrument
Employoit ses fleches mortelles.
L'un m'éclairoit de son flambeau ;
Celui-ci dressoit mon Pupître ,
Et vouloit que dans son bandeau
On vous envoyât mon Epître , &c.
Il faut lire dans la Brochure même le Portrait
ingénieux qu'on a fait des François dans
l'Avant - propos. Ces caracteres pourront
plaire , si on en donne la suite.
Finissons par un Madrigal de M. Linant
sur Madame la Marquise du Châtelet .
Un Voyageur qui ne mentit jamais ,
Paffe à Cirey , l'admire , le contemple ;
Il crut dabord que c'étoit un Palais ;
Mais voyant Emilie , il dit : Ah ! c'eſt un Temple.
LES DEUX LIVRES DE SAINT AUGUSTIN
de la Grace de J. C. & du Péché originel
traduits en François sur l'Edition des RR.
PP.Bénédictins de la Congrégation de Saint
Maur. A Paris , chés François Babuty , ruo
S. Jacques , Vol. in- 12 . de 300. pages, l'A
vertissement & la Table de 48 .
TRAITE DES EAUX MINERALES , Bains!
F &
316 MERCURE DE FRANCE
& Douches de Vichi , augmenté d'un Discours
Préliminaire sur les Eaux Minérales
en général , avec des Observations sur la
plupart des Eaux Minerales de France , &
en particulier de celles de Bourbon - l'Archambaut
, & du Mont d'Or , en Auvergne,
par Jacques-François Chomel , Conseiller-
Médecin du Roy , Intendant des Eaux Minerales
de Vichi. A Clermont - Ferrand , de
l'Imprimerie de P. Boutaudon , 1738. Val.
in- 1 2. contenant 1°. un Discours sur les
Eaux Minerales en général. 2 °. des Observations
particulieres , où l'on traite des Sels et
des Terres des Eaux Minerales de France ,
les plus connues . 3. une Description de la
Ville de Vichi & de ses Fontaines ; de 30.
pages pour le Discours , de 70. pour les Observations
, & de 348. pour la Description
de la Ville de Vichi , & de ses Fontaines ,
&c.
:
LE SENS LITTERAL DE L'ÉCRITURE
SAINTE , défendu contre les principales
Objections des Anti - Scripturaires & des
Incrédules modernes , avec une Dissertation
du Traducteur sur les Démoniaques dont il
est fait mention dans l'Evangile, 1738. in- 8.
Volumes. A la Haye , chés Henri Scheurler.
Traduits en François de l'Ouvrage Anglois
de M. Stackhouse.
3.
TRA
FEVRIER. 1739. 317
TRAITE'de la communication des Maladies
& des Passions , avec un Essai , pour servir
à l'Histoire naturelle de l'Homme , par M***
A la Haye , chés Jean Vanduren , 1738.
in- 1 2.
DISSERTATION Sur l'incertitude des cinq
premiers Siècles de l'Histoire Romaine,in - 8 .
1738. par L. D. B. A Utrecht , chés Etienne
Néaulme.
Nouvelle Traduction de Ciceron.
M. l'Abbé d'Olivet , de l'Académie Frana
çoise , célebre par ses belles Traductions de
Ciceron & de Démosthene , & par d'autres
Ouvrages tous excellens en leur genre ,
vient de donner au Public la Préface de la
nouvelle Edition de Ciceron , qu'il médite
depuis long-temps , & qui est actuellement
sous Presse.
Cette Préface , aussi modeste qu'instruc- ;
tive , & aussi concise en paroles , qu'elle est
abondante en choses pourra servir de modele
aux Sçavans qui forment de pareils projets.
La plupart promettent beaucoup , &
donnent peu . Ici , l'on donne beaucoup ,
sans le dire. L'Editeur , tout occupé de l'utilité
publique , semble s'être oublié luimême
, & n'a pas daigné faire entrer sa peine
Fij
си
I
318 MERCURE DE FRANCE
en ligne de compte. Une modestie si rare
en ce siècle , aura le suffrage de tous les honnêtes
gens , leur & ne leur fera que mieux sentir
le prix d'un travail , dont ils sont le principal,
ou plûtôt l'unique objet.
Nous souhaiterions pouvoir traduire cette
Préface en entier ; & il nous seroit plus facile
& plus agreable de le faire , que de l'abreger
, par la raison qu'on vient de dire.
Mais , afin de nous resserrer , nous nous bornerons
au plus nécessaire & au plus essentiel
, en suivant l'Original.
M. l'Abbé d'Olivet se propose de donner
à la République des Lettres les Oeuvres de
Cicéron revûes & corrigées avec des Notes
choifies , tirées des meilleurs Commentaires.
Pour réussir dans un Projet de cette
importance , voici les mesures qu'il a prises ,
& les regles auxquelles il s'eft astraint , soit
à l'égard du Texte , soit à l'égard des
Notes.
Le moyen d'avoir aujourd'hui un Texte
correct de Ciceron , n'est pas de recourir à
de nouveaux Manuscrits. Il n'y a guere d'aparence
qu'il s'en trouve qui n'ayent été examinés
& collationnés avec soin par tant de
grands Hommes , qui depuis le rétablissement
des Arts & des Sciences , & l'invention
de l'Imprimerie , se sont apliqués , par
une loüable émulation, à tirer de la poussiere
des
FEVRIER. 1739 319
des Bibliothèques , & à éclaircir par leurs
doctes travaux , les moindres Productions
d'un Auteur de ce mérite.
Il y a quatre Editions fameuses de Ciceron
, qui peuvent tenir lieu à peu près de
tous les Manuscrits de l'Europe , & qui les
représentent assés exactement ; celle de
Pierre Victorius , faite sur les Manuscrits de
Florence ; celle de Lambin , sur les Manuscrits
de France , & surtout de Paris ; celle de
Paul Manuce , sur les Manuscrits de Venise
, celle de Gruter , sur les Manuscrits du
Palatinat , & ceux de Flandres , collationnés
par Janus Gulielmius.
>
Chacune de ces Editions a un mérite qui
lui est propre. Victorius est le Sauveur de
Ciceron , selon Gravius ; & Ciceron lui doit
plus à lui seul , qu'à tous les autres Editeurs
& Interpretes. Muret met en question , si
Ciceron ne doit pas plus à Paul Manuce
que Paul Manuce à Ciceron ; quoiqu'Henri
Etienne lui reproche trop de hardiesse. Lambin
a le défaut de mépriser un peu trop souvent
l'autorité & le consentement de ses
Manuscrits ; mais cette tache est réparée par
une si grande force d'esprit , & tant de sagacité
, que d'habiles Critiques auroient été
fâchés qu'il eût été moins hardi . Enfin Gruter
, outre la Collection de Janus Gulielmius,
a dépouillé & confronté plus de deux cent
Fiij Ma320
MERCURE DE FRANCE
Manuscrits de la Bibliothèque Palatine , avec .
le secours desquels il prétend avoir éclairci ,
Gorrigé , et augmenté plus de mille endroits
de Ciceron.
>
Il est clair par ce détail , qu'un Texte de
Ciceron, formé sur ces quatre Editions principales
, doit être le plus pur & le plus correct
qu'il soit possible d'imaginer. C'est ce
qu'a fort bien senti M. l'Abbé d'Olivet. Il
avoit dabord voulu donner la préference au.
Texte de Victorius. Mais après y avoir plus
mûrement refléchi , il s'est déterminé à suivre
un autre plan , dont le Public retirera une.
utilité proportionnée au travail qu'il a fallu
pour l'executer ; c'est de revoir & de collationner
ces quatre Editions les unes avec les
autres , avec tout le soin & toute l'exactitude
possible , & de former le Texte de la
sienne d'après ces quatre Editions comparées
, en s'imposant ces deux Loix inviolables.
La premiere , de ne s'écarter jamais
d'aucune leçon consacrée par l'accord de ces
quatre fameuses Editions. La seconde , en
cas de varieté , de n'admettre dans le Texte
de la sienne , aucune leçon qui ne se trouve
dans l'une des quatre, qu'il prend pour modele
, & de marquer les moindres differences
avec une fidélité scrupuleuse . Mais comme
ces diverses leçons ne sont pas toutes de
la même importance , il s'est contenté de
mettre .
FEVRIER: 1739 - 321
mettre au bas de la page , celles qui aportent
quelque changement au sens . Pour les autres
, en plus grand nombre , qui ne consistent
qu'en termes sinonymes , ou transposés,
il les a renvoyées à la fin de chaque Volume.
Par ce moyen , une seule Edition de Ciceron
représentera fidellement , & en entier ,
les quatre plus célebres , qu'on ne sçauroit
se procurer qu'à grands frais , sans parler du
dégoût & de l'ennui de conferer sans cesse
tant de Textes . L'Edition de M. l'Abbé d'Olivet
, n'eût- elle que cet avantage , il suffiroit
pour lui donner la préference sur toutes celles
qui ont paru jusqu'ici.
A l'égard des Notes , comme il est difficile
de contenter tout le monde , M. l'Abbé
d'Olivet s'est borné , avec Terence , à plaire
aux honnêtes gens. Ciceron a été lu , éclairci
, commenté par tant d'habiles Critiques ,
qu'il suffit pour l'entendre parfaitement , de
réünir tous ces trésors épars , & d'assigner à
chacun sa véritable place. C'est ce que pense
M. l'Abbé d'Olivet. Quelque capable qu'il
fût de nous donner d'excellentes Notes de
sa façon , il a mieux aimé , par modestie ,
ne rien dire de lui - même , & laisser le soin
d'instruire ses Lecteurs à ces sçavans Interpretes
dont Ciceron a fait les délices. Ce
sont eux qui parleront toujours dans son
Edition ; chaque Note , suivie d'un nom
Fij illustre
322 MERCURE DE FRANCE
illustre , invitera les moins empressés à pui
ser dans ces sources du sçavoir.
>
Les Ouvrages de trente Sçavans , la plûpart
du premier ordre , sont une Mine bien
riche , d'où M. l'Abbé d'Olivet a tiré ce
qu'il y a de plus précieux & de plus utile
en raportant les propres termes des Auteurs.
Il y a tout lieu d'esperer qu'un choix fait par
une main si habile , ne laissera rien à desirer
pour l'intelligence de Ciceron. Turnebe ,
Hotman , Muret , Bosius , Sigonius, Fulvius,
Ursinus , Davies , M. le P. Bouhier , & tant
d'autres , dont M l'Abbé d'Olivet fait l'éloge
, sans dissimuler ce qu'ils ont de repréhensible
; tous ces grands Hommes , dis je ,
paroîtront successivement , pour porter le
flambeau dans les endroits les plus obscurs,
& y répandre leur lumiere. Le Public ne
sera pas surchargé, comme dans l'Edition de
Gravius , d'un fatras de Commentaires pleins
de répetitions , d'inutilités , & de faussetés.
Il n'aura que le bon , l'excellent , l'exquis.
On verra pourtant quelques morceaux entiers
dans les Notes , mais courts & excellens
, rares , ou imprimés pour la premiere
fois , sçavoir , de petites Notes de Muret
sur les Oeuvres de Ciceron , qui concernent
la Rhétorique. ( Ce Sçavant les avoit écrites
sur la marge de son Exemplaire ; & M. l'Abbé
d'Olivet étant à Rome , les a transcrites
sur
FEVRIER. 1739. 323
>
sur l'Original. ) Les Scolies de Passerat sur
les Oeuvres Philosophiques ; les Notes du
P. Petau , sur le troisième Livre de l'Orateur
; celles de M. le P. Bouhier , sur les
Catilinaires , les trois Livres de la Nature
des Dieux , les Tusculanes , & le Songe de
Scipion traduites du François en Latin.
Enfin , le petit Ouvrage de Pierre Valentia,
sur les Académiques , Livre rare & connu.
de peu de Personnes , mais si bien fait , que
l'Auteur paroît seul avoir entendu ces matieres.
De tels morceaux ne dérangent rien
à l'oeconomie générale , puisqu'ils sont de
choix. Ils enrichiront la nouvelle Edition au`
grand contentement du Public .
Les Notes ne seront pas mises au bas des
pages , comme il se pratique aujourd'hui en
Hollande, mais renvoyées à la fin de chaque
Volume. Pour qu'on les trouve sans peine ;
des nombres en caracteres majuscules auhaut
de chaque page , serviront de renvoi
& marqueront le raport des Notes au Texte.
Voici les raisons qui ont engagé M. l'Abbé
d'Olivet à prendre ce parti. Elles sont apuyées
de l'exemple des quatre Editeurs de Ciceron ,
& du suffrage des Petaus , des Sirmonds ,
des Huets , & de Gravins lui - même. Le Texte
de Ciceron ne sera pas noyé dans un déluge
de Notes , ni l'Ouvrage défiguré par
ane difference de caracteres dans chaques
Fv . page
314 MERCURE DE FRANCE
page. Le Lecteur n'ayant que son Texte
sous les yeux , ne consultera les Notes ,
qu'après avoir tenté inutilement d'expliquer
Ciceron par lui-même .
C'est aux Personnes illustres qui président
à l'Education de Monseigneur le Dauphin ,
que le Public est redevable de cette Edition
: Elles ont prié M. l'Abbé d'Oliver de
se charger de ce travail , afin de faciliter au
Prince la lecture de Ciceron. Il a obéï, comme
à un ordre sacré , plûtôt , dit-il , pour
ne pas manquer au devoir d'un bon Citoyen,
que pour acquerir la réputation de Sçavant
auprès des ignorans. Il craint même qu'on.
ne soit surpris de voir son nom à la tête d'un
Ouvrage , où il n'y a du sien que ce nom.
Mais il est aisé de répondre , que si des Notes
de sa composition avoient fait honneur à
son sçavoir & à sa pénétration , des Notes
de son choix n'en feront pas moins à songoût
& à son discernement . D'ailleurs le travail
qu'il a entrepris , est d'une utilité si générale
, & deinande tant de parties , qu'il
peut compter sur la reconnoissance & les
aplaudissemens de tous ceux qui s'interessent
à la gloire de Ciceron , & au progrès des
Sciences.
Avis des Libraires.
L'Ouvrage entier sera sur du Papier absolument
pareil à celui qu'on a employé pour
la
FEVRIER.
1739. 325
la Préface ; les Caracteres seront aussi les
mêmes , & espacés dans le même goût ,
si ce n'est qu'étant neufs , & perfectionnés
à certains égards , ils auront encore
un plus bel oeil . Le tout ensemble fera
neuf Volumes in-4. Un pour les Ouvrages
de Rhétorique ,
deux pour
les Ouvrages de
Philosophie , trois pour les Oraisons , un
pour les Epîtres Familieres , un pour les
Epîtres à Atticus , & le neuvième contenant
les Epîtres ad Quintum Fratrem & ad Brutum,
avec les Fragmens de Ciceron ; les Ouvrages
étrangers ou suposés ; l'Histoire de Ciceron ,
& enfin des Tables très - amples , faites exprès
pour cette Edition. Les Ouvrages de Rhétorique
& de Philosophie n'ayant pas été
donnés par Gravius , c'eft ce qui nous porte
à commencer par- là. On espere faire ces Volumes
dans le cours de cette année.
M. l'Abbé d'Olivet prie les Sçavans de
vouloir bien lui donner des lumieres sur
cette Edition ; il se fera un devoir d'en proftter
, & de leur en marquer sa reconnoissance
au nom du Public . A Paris , J. B.
Coignard , Pierre- Jean Mariette , Hypolyte-
Louis Guerin , Jean de Saint , & Jacques
Guerin , & à Londres , les Freres Vaillant.
NOTÆ & restitutiones ad Commentarium ·
Caroli Molinai de Feudis , &c. Parisiis , in
Favje Palatio
326 MERCURE DE FRANCE
Palatio , apud Jacobum Nicolaum le Clerc
1739. vol. in 4. pag. 510.
Il y déja long-temps qu'on ne compose
plus guere d'Ouvrages de Jurisprudence
en Latin, en voici cependant encore un, écrit
en cette Langue , pour les gens studieux &
sçavans , & qu'il n'auroit pas convenu de
mettre en François , puisque ce sont des
Notes sur un Traité qui est entierement écrit
en Latin.
Cet Ouvrage est de M. Etienne Rassicod
Avocat au Parlement & Censeur Royal des
Livres.
, Dans un Discours Préliminaire , l'Auteur
rend compte de l'objet & de l'ordre de son
Travail , & donne à cette occasion une Notice
fort curieuse des differentes Editions
des Ouvrages de M. Ch. Dumolin , & particulierement
de son Commentaire sur les
Fiefs.
Il parle d'abord de la premiere Edition
in folio , qui fut faite à Paris en 1539. laquel
le est fort rare , & n'est point même dans la
Bibliotheque du Roy ; il raporte ce que Dumolin
lui-même a dit de cette premiere
Edition en differens endroits de ses Ouvrages
, & réfute ce qu'en a dit M. Julien Brodeau
, dans la Vie de Dumolin , qui n'estpas
exacte en ce point.
Il remarque que la seconde Edition qui
tur
FEVRI E R. 1739 .. 3277
fut faite en 1554. porte le même titre que
la premiere , si ce n'est que la seconde annonce
qu'il y a des Sommaires & des Additions
; mais il fait voir que réellement elle
ne differe presque en rien de la premiere. It
n'y eut que ces deux Editions faites du vivant
de Dumolin , lequel mourut en 1566.
Simon Bobé, son Gendre , en fit faire
trois Editions , une à Francfort en 1575 .
deux en 1976. sçavoir , une à Lauzanne &
l'autre à Paris, lesquelles sont, à peu de choses
près , semblables les unes aux autres.
La Coûtume de Paris ayant été réformée
en 1580. M. Denis Godefroy arrangea le-
Commentaire de M. Ch . Dumolin , suivan
l'ordre de la nouvelle Coûtume , & y mit
en marge quelques Notes , ce qui donna
lieu à une nouvelle Edition du Commentaire
de Dumolin , laquelle fut faite à Francfort
en 1596. & fut suivie d'une autre presque
semblable , qui fut faite à Berne en 1603,
On en fit une autre à Paris en 1612. en
trois Tomes , contenant divers Ouvrages de
Durmolin , qui jusqu'alors avoient été imprimés
séparément . On en fit encore une autre
Edition à .... en 1613. ·
Pour ce qui est des Editions postérieures ,
ellés ont toutes été faites à Paris ; sçavoir ,
une en 1638. une en 1658. en 4. Volumes ,
enfin la derniere en 1681. en s . Volumes ,
dans
328 MERCURE DE FRANCE
dans le premier desquels est raportée la Vie
de M. Charles Dumolin , par M. Julien
Brodeau.
M. Rassicod finit sa Préface par plusieurs
Remarques importantes , qu'il fait sur cettederniere
Edition .
La premiere Partie de son Ouvrage contient
des Notes & des Restitutions sur le
Commentaire de M. Ch. Dumolin , sur les
Fiefs .
Les Notes ont pour objet d'expliquer ce
qui pouvoit avoir besoin d'explication ; on'
y trouve beaucoup de Remarques curieuses.
Les Restitutions ont pour objet de rétablir
lés endroits omis , tronqués , ou altérés.
La seconde Partie de l'Ouvrage est une
Conférence des Editions posthumes avec cellés
qui ont été faites du vivant de M. Ch..
Dumolin.
L'Auteur a relevé jusqu'aux plus petites
fautes ou differences , afin que l'on fut assûré
qu'il n'a rien omis de ce qui pouvoit mériter
quelque attention.
on ne
Cet Ouvrage enfin , qui est le fruit d'un
long travail , ne peut être que fort utile , &
manquera pas d'y avoir recours
quand on voudra discuter quelque endroit
du Commentaire des Fiefs de M. Ch. Du--
molin.
!
His
FEVRIER
3297 17398
HISTOIRE GENERALE des Céremonies ,.
Moeurs & Coûtumes Religieuses de tous les Peuples
du Monde , représentées en 243. Figures ,
deffinées de la main de Bernard Picard ; avec des .
Explications Hiftoriques & curieuſes ; par une Societé
de Gens de Lettres ; Ouvrage enrichi d'un
grand nombre de Vignettes , Culs de lampe &:
Lettres grifes. VII . volumes in-folio . A Paris , chés -
Rollin , fils , Quai des Augustins , à S. Athanafe &
au Palmier , M. DCC . XXXVIII.
Plan géneral de cet Ouvrage.
Tome I. Dissertation préliminaire sur le culte Religieux.
Premiere Partie , contenant les Cérémonies &
Coûtumes Religieufes des Juifs.
Seconde Partie . Cérémonies & Coûtumes Reli--
gieufes des Chrétiens .
Differtation préliminaire fur la Religion Chrétienne.
Cérémonies & Coûtumes Religieufes des Catholiques
.
Tome II . Premiere & feconde Partie . Suite des
Cérémonies & Coûtumes Religieufes des Catholiques.
Mémoires fervant à l'Histoire de l'Inquifition .
Tome III . Cérémonies & Coûtumes Religieufes
des différentes Sectes qui font forties du Chriftianifme
.
Differtation préliminaire fur le Schisme l'Hérefie.
Premiere Partie , contenant les Cérémonies &
Coûtumes Religieufes des Grecs Schifmatiques .
Seconde Partie . Cérémonies & Coûtumes Religieufes
des Proteftans .
Tome IV . Premiere & feconde Partie. Suite des
Cérémonies & Coûtumes Religieufes des Proteftans .
Cérémonies & Coûtumes Religieufes de quelques
Sectes Eanatiques.
Tome
330 MERCURE DE FRANCE
Tome V. Cérémonies & Coûtumes Religieufes
des Mahométans.
Tome VI. Cérémonies & Coûtumes Religieufes
des Peuples Idolâtres.
Differtation préliminaire fur l'origine & le progrès
de l'Idolâtrie.
Cérémonies & Coûtumes Religieufes des Idolâ
tres de l'Orient , & du Nord de l'Afie..
Tome VII Premiere Partie Cérémonies & Coû
tumes Religieufes des Idolâtres de l'Afrique.
Seconde. Partie , contenant les Cérémonies &
Coûtumes Religieufes des Adolâtres du Nord de
l'Europe .
Troisiéme Partie , contenant les Cérémonies &
Coûtumes Religieufes des Peuples de l'Amérique. :
PROIE T
L'empreffement avec lequel on rechercha l'His
toire des Cérémonies & Coûtumes Religieuses ,
lorfquelle parut , imprimée en Hollande , nous dispenfe
de faire ici l'éloge d'un pareil Ouvrage . Son
plan , tel qu'on le conçoit d'abord à la feule lecture
du titre , confifte à figurer aux yeux , & à repréſen
ter à l'efprit les Cérémonies , Maurs & Coûtumes
Religieufes de tous les Peuples . Icì l'Indien & l'Européen
, le Negre du Congo & le Sauvage du nouveau
Monde , le Juif & le Mahométan , le Chré
tien & l'Idolâtre , le Catholique & le Proteftant ,
paffent fucceffivement en revue . Aucune Nation
connue , aucune Secte , quelque obfcure qu'elle
foit , n'eft oubliée . On expoſe la doctrine de chacune
en particulier ; on discute fon origine & fes
progrès , on décrit fes pratiques & fes ufages ; &
parce que le génie des differens Peuples fe caracté
rife dans le culte , que chacun d'eux rend à l'objet
de
FEVRIER. 1739: 33 %
> de fa vénération en donnant une idée des Reli
gions diverles qui partagent l'Univers , on fait en
même- temps l'Histoire générale des moeurs & des
inclinations de toutes les Nations de la Terre .
Un deffein f intereffant & fi vaite, n'étant pas
moins amufant , qu'inftructif , ne pouvoit manquer
d'être reçû favorablement. La main d'un grand .
Maître , qu'aucun ne furpaffoit dans l'Art du Dessein
, donnoit un nouveau prix à cet Ouvrage. Auffi
peut-on dire que la grande réputation dont il jouit,
eft due principalement aux Belles Figures du fameux
Picard. Nous ne prétendons rien ôter au mérite
du Compilateur. Il eft eftimable , fans doute, -
d'avoir fçû raffembler des matériaux utiles & trèscurieux
. Mais après avoir rendu aux foins de cet .
Auteur la juftice , que perfonne ne peut raiſonnablement
lui refufer , qu'il nous foit auffi permis de
reconnoître qu'il n'a pas rempli exactement fon .
projet , & qu'il a trop négligé fon ſtile.
Nous n'entrerons point dans le détail de tout
ce qu'il y auroit à reprendre dans son Edition.
Nous ne dirons rien des fautes fans nombre dont
elle fourmille . Pour s'en convaincre , il fuffit de
jetter les yeux fur les Errata de chaque Volume .
Nous nous contentons d'obſerver que le ftile en eft .
très-diffus & fort inégal , quelquefois férieux , fouvent
badin , & prefque toujours d'un plaifant fade
& affecté , contraire au bon goût & à la décence ;
que l'efprit d'ordre & d'arrangement n'eft pas moins
bleffé dans ce Recueil ; & qu'on ne peut le regar
der que comme un Ouvrage de pieces de raport .
mal ajustées , fouvent fans liaifon & fans fuite.
C'est à ce défaut capital qu'on doit atribuer ces Ad
ditions répetées , ces Suplémens de Suplémens ,
fource de dégoût pour un Lecteur , qui s'imaginant
avoir épuifé un fujet , fe voit obligé de rer
venir
332 MERCURE DE FRANCE
fi
venir fur les mêmes matieres. On ne doute point
le Compilateur n'eût évité cette confufion ,
que
fon empreffement à donner fon Livre au Public lui
eût permis de digérer fon deffein , de former fon
plan , & d'employer à loifir les matériaux excellens
qu'il avoit recueillis à la hâte. Par- là il fe feroit
encore épargné le reproche qu'on peut lui faire ,
d'avoir ignoré ou négligé certains ufages finguliers,
dont il n'a point parlé , ou qu'il n'a traités que fort
fuperficiellement .
Malgré ces défauts effentiels , il y a peu d'aparence
qu'on eût fongé fi-tôt à y remedier. La difficulté
principale consiftoit à recouvrer les Figures
de Picard ; car fans cela , comment ofer fermer le
deffein d'une entreprise de cette nature ? Un Particulier
, qui les avoit entre les mains , a levé cet
obftacle , en propofant de les communiquer. En
même-temps quelques Géns de Lettres , déja connus
par leurs Ouvrages , fe font offerts à feconder
fés intentions ; & ils fe font engagés à travailler de
concert , fous la direction de M. l'Abbé Banier ,
l'Académie Royale des Infcriptions & Belles-Lertres
, à une Hiſtoire des Cérémonies Religieufes
plus ample , plus correcte & plus fuivie , en un mot
plus digne de l'attention & de la curiofité du Public .
de
On avertit donc d'abord ceux qui ont du goût
pour les belles Gravûres , qu'à cet égard l'Ouvrage
qu'on leur propoſe ne fera en rien inférieur à celui
qui l'a précedé , & que les Figures dont il doit être
accompagné , ne feront ni moins nombreuſes , ni
moins parfaites . Il aura même cet avantage , qu'il
fera enrichi d'un grand nombre de Vignettes & de
Culs-de- lampe en Taille -douce, qui manquent dans
l'Edition de Hollande..
Pour ce qui eft du corps même de l'Hiftoire ,
outre l'arrangement géneral qu'on s'eft propofé de
fuivre
FEVRIER. 1739. 333
fuivre dans la diftribution des Volumes , & dont on
donne le plan à la tête de ce Projet , on conçoit par.
ce que nous avons dit , qu'il a été néceffaire de ſe
faire encore un plan particulier pour chaque matiere.
Cette néceffité fe rendroit plus fenfible par
quelques exemples . Mais comme ce détail nous
conduiroit trop loin , on prie les Lecteurs de parcourir
légerement dans les deax premiers Volumes
de l'Edition de Hollande , ce qui regarde les Catholiques.
Dans ce Morceau , comme dans prefqué
tous les autres , il regne une confufion , qui nous a
mériter une réforme confidérable . paru
Il a fallu même refondre en entier plufieurs Articles.
Tel eft celui qui traite des Cérémonies des
Juifs. Il eft compofé d'une Differtation Hiſtorique,
traduite de l'Italien , de Leon de Modéne , par M.
Simon ; d'une ſeconde Differtation du même M.Simon
, fervant de fuplément à la premiere ; d'une
troifiéme , fervant de fuplément aux deux précedentes
; enfin d'une fuite de celle-là , qu'on peut
apeller à jufte titre le fuplément de tous les autres
Suplémens. Nous ne craignons point d'avancer que
de ces quatre Pieces , il n'y en a aucune où les mêmes
matieres ne fe trouvent prefque toutes répetées
fucceffivement ; d'où il s'enfuit que cet Article ,
ainfi que plufieurs autres , dont les bornes étroites
de cet avis ne nous permettent point de parler , exigeoit
néceffairement une refonte .
Nous mettons encore au nombre des corrections
indifpenfables celles que le Compilateur lui-même
a faites , foit dans les Errata , foit dans les Notes.
En effet il eft fingulier qu'un Auteur fe ferve de
Notes pour cenfurer des Ecrits qui lui ont paru mériter
de trouver place dans fon Ouvrage , & qu'il
étoit le maître de rectifier. Or c'est ce qui eft arri、
vé fouvent au Compilateur , fur- tout dans fon cinquiéme
334 MERCURE DE FRANCE
quiéme Tome , qui contient les Cérémonies dès
Mahométans , où depuis la page 125. jufqu'à la
220. inclufivement , il releve à chaque pas dans fes
Notes un Traducteur de l'Histoire du Mahométi
me de M. Reland , qu'il a jugé à propos de copier
mot à mot. N'eût- il pas été plus convenable &
plus naturel , fans avoir recours à des Notes , de réformer
le texte même ? C'eft ainfi que nous en
avons jugé , & nous espérons , qu'en général le
Public fera affés de notre fentiment.
Mais on ne s'eft pas contenté de corriger : on a
cru pouvoir encore augmenter cette Hiftoire d'un -
très-grand nombre d'Additions importantes . Elles
font de deux efpeces . Les premieres confiftent en
plufieurs Articles nouveaux.Les autres regardent les
Articles même que l'Auteur d'Hollande a déja
traités. Il eft certain qu'il a échapé à fes recher
ches une infinité de remarques & de pratiques également
capables de plaire aux Lecteurs & de caractérifer
les differens cultes qu'on veut faire connoî
tre. Il y a de même chés tous les Peuples plufieurs
ufages , qui sans dépendre abfolument de la Réligion
, y ont un raport indirect , ou qui fervent da
moins à découvrir les raifons de certaines Cérémo
nies , dont on ne voit pas trop l'origine . Nous
nous fommes attachés à raffembler ce qui se lit de
plus curieux en ce genre dans differens Auteurs ; &
nous pouvons affurer que nous n'avons puifé que
dans les fources les plus pures.
Au reste ces Additions , qui fenles pourroient for?
mer un Volume raisonnable , n'augmenteront en
aucune forte le nombre , ou la groffeur de ceux qui
ont paru en Hollande fur le même fufet. Les augmentations
qu'on fera , feront à peu près compen
fées par nos corrections , & par l'égalité du carac
tere , dont on a réfolu de fe fervir. En un mot, fans
donner
FEVRIER. 1739. ~3-315
donner au Public un Ouvrage abfolument nouveau ,
fans le priver de ce qui dans le premier a pu piquer
la curiofité , nous ofons nous flater qu'il aura dans
celui - ci, un texte plus rangé , plus pur , plus fuivi ,
& outre cela augmenté d'un très - grand nombre
d'obfervations, également amufantes. & inftructives,
Avis du Libraire.
Cet Ouvrage fera en état d'être mis en vente
dans le cours de l'année 1740. & on n'en tirera que
3-30. Exemplaires ; fçavoir , 300. en petit papier ,
& 30. en grand.
Ceux qui voudront s'affûrer de bonne heure de
quelques Exemplaires , pourront les avoir en petit
papier à 150. livres. En grand papier à 200. livres ,
en payant la moitié d'avance .
Ceux qui n'en auront point retenu d'avance,,
payeront pour chaque Exemplaire en petit papier
250. livres , & en grand papier 350.
Si on fait attention à la dépenfe confidérable
qu'exige une entrepriſe de cette nature , au nombre
& à la beaute des Figures dont l'Ouvrage fera accompagné,
on conviendra fans peine , que le prix
n'eft pas exorbitant. Nous croyons pouvoir nous
fervir de ces termes à d'autant plus jufte titre , que
l'Hiftoire des Céremonies , imprimée en Hollande,
toute informe qu'elle étoit , a été venduë en petit
papier jufqu'à 3o. livres.
Pour s'affûrer d'avance des Exemplaires qu'on
voudra retenir , on s'adreffera aux principaux Libraires
des Provinces & des Pays Etrangers.
Les Quittances qu'on délivrera feront fignées
conjointement de Gafpard du Change , Graveur du
Roy, & de Rollin , fils.
Nous
2336 MERCURE DE FRANCE
1
Nous étions informés qu'on prépare à Venife un
grand & magnifique Ouvrage , & qui enrichira
l'Antiquariat ; c'eft le Recueil , par la Gravure , de
tout ce qu'ily a de Monumens antiques de Marbre
dans le Veftibule de la Bibliothéque de S. Marc , &
dans les autres Lieux publics de la Ville de Venife,
Statuës , Buftes , Bas- Reliefs , &c . avec des Explications
, des Notes , &c. On nous a depuis envoyé
le Profpectus de cet Ouvrage , lequel en donne une
grande idée, & contient tout ce qu'il eft néceſſaire
de fçavoir pour en faire l'acquifition . Nous nous
faifons un plaifir de le donner ici , tel qu'il a été
écrit & publié à Veniſe.
CULTORIBUS ERUDITÆ
ANTIQUITATIS.
Quum in lucem nunc primum per typos proditurafint
Status felectiores antique , & proditura fimul Graca
Romana marmora preftantiora , que in atrio Publica
D. MARCI BIBLIOTHECA , & in aliis publicis
locis Urbis hujus adfervantur , quaque pulchritudinis
raritatis ergo haud ultra publicis indignum erat
fraudari laudibus , jucundum erudita antiquitatis
cultoribus fore cenfuimus , fi per nos editionis hujus
certiores facti fuiffent , & leges focietatis noftra ipfis
fflent propofita.
Opus igitur , cui titulus : MUSEO DELLE STATUE
VINIZIANE , in duas partes dividetur . Utraque so .
tabulas ari incifas , ut aiunt , ( a bulino ) exhibebit ,
Statuas , Protomas , Anaglypha , & alia antiqua
marmorapra fe ferentes , additis aliquibus obfervationibus
in fingulas , alio in folio exaratis ; quamobrem
opus integrum 200. folia Imperialia complectetur
demptis frontibus, dedicatione,prafatione, & indicibus,
Ad operis fpecimen exhibendum , potius quam , uti
folet ,
TEVRIE R. 1739. 337
olet , litteris illud defcribere , duodecim completas taulas
cum expofitionibus ob oculos ponimus , & in
palce operis totius indicem damus , ut clarius cuique
innotefcat magnificentia , quâ in lucem liber ifte prodibit
, curâ quâ perficietur , & imaginum feries ex
quibus conftabit.
•Soci fubfcriptores 12. tantum nummos aureos
( Zecchini ) folvent pro toto opere , fcilicet , libellas
Venetas 264. ii vero qui poft finem emere, voluerint
18. aureos folvent , hoc eft , pretium tertiâ parte majus .
Tercenti tantum focii erunt , & hi nunc primum aureos
4. ab omni gravamine immunes erogandos curabunt
D. D. Antonio M. q . Hieronymi , aut Antonio
M. de Alex. Zanetti , & fimul proprium nomen
dabunt cum titulis , fchedulam pro cautione accipientes
, fubfcriptione figillis eorumdem D. D. munitam.
Duo diverfa tempora opus excipient , quare ftatim
ac completa fuerint priores 100. pagina ( quod erit
quam citius fieri poterit ) facii certiores fient , qui -tune
fecundo 4. aureos eifdem D. D, Zanetti folvent , &
prater cautionis fyngrapham , primam operis partem
habebunt . Idem ordo in fecundâ fervabitur ; quamobrem
Socii ultimam pretii partem folvent , quum ub
timam Operis partem accipient.
Specimen duodecim priorum tabularum cunctis inspiciendum
extabit penes aliquem ex doctis viris , feu
Bibliopolam celebriorum Urbium.
VENETIIS , Kal. Aprilis , M. DCC. XXXVIII .
On aprend de Montpellier, que la Societé Roya
le des Sciences s'affembla publiquement le 31. Janvier
, M. de Plantade , Secretaire , prononça P'Eloge
de Charles- Joachim de Colbert, Evêque de Montpellier.
M. Chicoyneau lut enfuite un Memoire fur
Ja maniere de faire de la Toile avec le Geneft. M.
Lamerier
38 MERCURE DE FRANCE
Lamorier fit voir les raports & les differences du
Tigre avec le Chat. M. de Bernage de S. Maurice ,
préfida à cette Affemblée , en préſence des Etats
de Languedoc , & fit la récapitulation des Mémoires
, après avoir fait un Difcours Préliminaire .
ESTAMPES NOUVEL L-E S.
à fon re-
LE TRIOMPHE DE BACCHUS
tour des Indes , grande Eftampe en large , d'une
compofition admirable de M. Bouchardon , Sculp
teur de l'Académie , & Deffinateur du Cabinet du
Roy ; gravée à l'eau forte par C *** & retouchée
par Etienne Feffard , chés lequel elle fe vend, Clot
tre S. Germain l'Auxerrois.
AUTRE ESTAMPE en large , beaucoup plus
petite , auffi gravée par le Sr Feffard , & fe vend au
même endroit ; d'après un petit Tableau de M. Trémolieres
, un des plus chers Favoris du Génie de la
Peinture ; c'eſt Vénus à demi couchée , qui careſſe
l'Amour. On lit ces Vers au bas.
Vénus & fon Fils s'embrafferent
Et l'Amitié naquit de cet accord fi doux ;
Quel bien pour l'Univers ! Mortels goûtez - le tous ,
Quand l'Amitié parut , vos beaux jours commenmencerent
;
Peut-être cet Enfant voudra qu'à d'autres boix
Votre coeur charmé fe foûmette ;
Quelques plaifirs que l'Amour vous promette ,
Préferez l'Amitié , fi vous avez le choix .
Voici
FEVRIER. 1739. 339
Voici la trente-quatriéme Eftampe , gravée d'après
un très-beau Tableau de Ph. Wouvermans ,
du Cabinet du Prince de Carignan , par le Sr Moyreau
, chés lequel elle fe vend , rue Galande , vis
à- vis S. Blaife . Elle eft de la même grandeur que
le Tableau original , ayant 19. pouces de large, fur
15. de haut , d'une très - belle compofition , & trèsbien
renduë , portant pour titre : ECURIE HOLLANDOIS
E.
La Suite des Portraits des Grands Hommes &
des Perfonnes Illuftres dans les Arts & dans les
Sciences , continuë de paroître avec fuccès chés
Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai de l'Ecole;
H vient de mettre en vente , toujours de la même
grandeur :
CLODION II. Roy de France , mort en 448 .
après 20 ans de Regne , deffiné par Boizot , &
gravé par
Ravenet.
. JEAN PITTARD Premier Chirurgien de
S. Louis , de Ph. le Hardi , de Ph. le Bel , Chirurgien
du Roy au Châtelet de Paris , qui a formé la
Societé des Chirurgiens de S. Côme , & leur a donné
des Statuts , deffiné & gravé par C. Dupuis ,
Le même Sr Odieuvre , débite les Quatre Ele
mens , en rond , d'après les Tableaux originaux de
Albane , qui font dans le Cabinet du Roy de Sardaigne
, & d'une compofition admirable ; ils font
gravés par Larmeffin , Chereau , Jaurat & Heriffet ,
& d'une très-belle execution .
LES GRANDS MOTETS de M. Campra ,
Maître de Mufique de la Chapelle du Roy ; fe débitent
actuellement chés le Sr de la Croix , Maître
de Mufique de la Sainte Chapelle , qui en a le dé-
G pôt
340 MERCURE DE FRANCE
pát ; chés la veuve Boivin , à la Regle d'or , rue
S. Honoré , & chés le Clerc , rue du Roule , à la
Croix d'or.
On grave actuellement le troifiéme Livre.
HISTOIRE DE PANDORE.
Ayant apris les grands préparatifs & la dépenſe .
confidérable que fait le Chevalier Servandoni , Peintre
& Architecte du Roy , pour donner au Public
pendant les trois Semaines de Pâques , un Spectacle
éclatant de Perfpective , par le moyen de laquelle
la Peinture , la Sculpture , l'Architecture ,
&c. puiffent le prêter un mutuel fecours , pour
former une grande Machine , & un coup d'oeil ,
capable de fraper d'étonnement & d'admiration ,
nous craindrions de nous expoſer aux reproches
des Amateurs des Beaux-Arts , fi nous differions
plus long- temps de publier ce qui eft venu à notre
connoiffance fur ce fujet .
L'Eglife de S. Pierre de Rome , vûë en Perspective
l'année derniere dans la grande Salie des Machines
du Château des Tuilleries , en relief , &
dont la jufteffe des proportions , des gradations , &
la diftribution du jour & des ombres étoient fur tout
admirables par le parfait accord du tout enſemble,
dornoit une idée vraye & diftincte de cette fameufe
Bafilique , mais on n'a pas trouvé ce Spectacle
affés varié.
Dans ce nouveau projet , le Chevalier Servandoni
a fait un choix beaucoup plus convenable , plus
fufceptible de grandes opofitions , de contraftes &
de varietés , qui fourniront des idées plus frapantes
& plus neuves à fon heureux génie . C'eft L E CA
Hos dont la confufion fe diffipera infenfiblement
& l'on verra chaque objet ſe former & s'embellir
au
FEVRIER. 1739. 341
aux yeux des Spectateurs , pour former un Lieu
orné de tout ce que la Nature peut produire de
plus éclatant & de plus agréable.
C'eft dans ce Lieu que doit fe paffer la Scene
de l'Enlevement de Pandore. C'eft-là que Mercure,
par l'ordre de Jupiter , doit venir prendre cette femme
admirable , fabriquée par Vulcain , & qui avoit
reçû de chaque Divinité quelque perfection. Le
Maître des Dieux la recevra dans l'Olimpe , aífis
fur fon Trône , avec Junon , accompagné de Neptune
, de Pluton , & des autres Dieux , qui , par une
Méchanique auffi ingénieufe qu'admirable , paroîtront
arriver des differentes parties de l'Univers .
Jupiter confiderera la beauté de Pandore. Le Soleil
dans fon Char, s'arrêreta dans fa courſe, & c. & plus
de 2000.Figures de relief, parmi lesquelles il y en
aura beaucoup de naturelles , formeront un Spectacle
très-animé , & feront les témoins du préfent
de la Boëtte fatale que Jupiter doit faire à Pandore,
elle l'aportera fur la Terre. L'ouverture de cette
Boette , & l'horreur des maux qui s'en répandront
fur toute la Nature , termineront ce grand Spectacle
, pour lequel le Chevalier Servandoni n'a rien
épargné pour mériter l'aplaudiffement du Public.
On aprend de Rome, que l'Académie de Peinture,
de Sculpture & d'Architecture , fondée par le Pape
Clément XI.tint le 11.Janvier dernier dans le grand
Salon du Capitole , une Affemblée publique , dans
laquelle elle fit la diftribution de fes Prix , & à laquelle
le Prince Royal de Pologne fe trouva , ainfi
que les Cardinaux Ruffo , Annibal Albani , Davia ,
Corradini, Alexandre Albani , Altieri de Saint Matthieu
, Caraffe , Aquaviva , Fini , Bichi , Gentile
Guadagni , Spinelli , & Rezzonico ; on avoit dreffé
une Tribune particuliere pour le Prince Royal de-
Pologne,
Gij O
342 MERCURE DE FRANCE
On a apris de Bruxelles , que le nommé Wan
soul Noël , a découvert depuis quelques années le
fecret d'une Porcelaine qu'il compofe avec des matieres
qui fe trouvent en abondance dans les Pays
Bas. Les Connoiffeurs , dit- on , trouvent que fa folidité
, fa ductilité , fon blanc de lait , & plufieurs
autres de fes qualités , la rendent fuperieure , tant
à celle qu'on aporte des Indes , qu'à celles qui fe
fabriquent en plufieurs endroits de l'Europe . Elle
réfifte au feu avec moins de danger ; on y peut faire
fondre , ajoûte- t'on , du plomb & d'autres Métaux,
fans craindre qu'elle fe fêle . On peut la faire chauffer
jufqu'à- ce qu'elle foit toute rouge , & la plonger
enfuite dans l'eau froide , d'où on la retire dans
le même état qu'elle étoit avant que d'être mile au
feu. On affûre que ces Effais ont été faits le premier
Juin dernier , par M. Wanfoul , en préſence
du Comte de Harrach , Premier Miniftre de l'Archiducheffe
, Gouvernante des Pays-Bas .
Q
CHANSON.
Uittez , doux Roffignol , quittez vos verds
Bocages ;
Vos chants , loin d'adoucir mes déplaiſirs ſecrets ,
Ne m'infpirent que des regrets ,
'Depuis qu'Iris eft loin de ce Rivage.
Si , pour calmer les troubles de mon coeur,
Par la douceur de vos ramages ,
Vous pouviez feconder mon amoureufe ardeur ,
Je la verrois bien- tôt fous ces tendres feuillages ,
Et
Tha
YORK
ARY
AUTOH
, LENOX
AND
TILDIN
FOUNDATIONS
.
7
YORK POBLIL
LÆRARY
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
FEVRIER 1739. 343
Et loin de vous preffer de quitter nos Bocages ,
Je voudrois vous y voir témoin de mon bonheur,
Par M. J .... N.....
SPECTACLES.
> EXTRAIT de la Comédie nouvelle , en
Prose en un Acte , de M. de Marivaux ,
intitulée Les Sinceres , représentée au Théa-
13. Janvier dernier.
tre Italien le
ACTEURS.
La Marquise , sincere , la Dlle Sylvia..
le Sr Romagnesy.
la Dlle Thomassin.
Dorante ,
Araminte
Ergaste , sincere ,
le Sr Riccoboni .
Lisette , Suivante de la Marquise la Dlle
Frontin , Valet d'Ergaste ,
C
>
Riccoboni.
le Sr Deshayes.
La Scene se passe en Campagne , chés
la Marquise.
Ette Piéce a été fort aplaudie à la premiere
représentation , & ne l'auroit
pas moins été dans les suivantes , s'il ne falloit
que de l'efprit pour faire une bonne
Comédie ; off a trouvé que l'action n'a pas
Giij assés
344 MER CURE DE FRANCE
assés de consistance , & que si l'onretran
choit tout ce qui n'est que conversation , il
ne resteroit pas de quoi faire deux ou trois.
petites Scenes. Voici dequoi il s'agit.
Un Valet & une Soubrette veulent broüiler
deux Amans , qui font profession d'une
sincerité ridicule & hors de saison ; ils se
servent , pour y parvenir , de cette même
franchise qui dégenere en vice, quand elle est
portée à l'excès ; ils irritent la Maîtresse.contre
l'Amant , parce que ce dernier a dit trop
librement ce qu'il pensoit au sujet de sa
Maîtresse , & c'est cette broüillerie qui fait
le dénoûment de la Piéce.
Ce qu'il y a de singulier , c'est que , ni le
Valet, ni la Suivante,n'ont aucun interêt à la
broüilleric ; & qu'au lieu que dans la plûpart
des autres Comédies,les Domeftiques veulent
marier leurs Maîtres, pour être plus à portée
de se marier eux-mêmes , ceux - ci commencent
par s'assûrer entr'eux d'une indifférence
réciproque , pour se mettre hors d'interêt
, & pour agir plus conformément à
leurs intentions. Il y a bien de l'aparence
que l'Auteur des Sinceres , a voulu se distinguer
des autres par une route moins barruë.
Pour mettre au fait nos Lecteurs du genre
de sincerité dont on attaque le ridicule ,
nous avons cru qu'il étoit à propos de tracer
iciales Portraits des deux Amans qu'on veut
broüil-
4
FEVRIER. 1739 345
brouiller. Voici celui de la Marquise , tel
que Lisette l'expose aux yeux de Frontin.
Ily a bien des choses dans ce Portrait - là,
En gros , je te dirai qu'elle est vaine , envieuse,
caustiques elle est sans quartier sur vos défauts
; vous garde le secret sur vos bonnes
qualités : impitoyablement muette à cet égard
,
muette de mauvaise humeur ; fiere de son caractere
sec & formidable , qu'elle apelle austrité
de raisons elle épargne volontiers ceux qui
tremblent sous elle & se contente de les entre
tenir dans la crainte ; assés sensible à l'amitié ,
pourvû qu'elle yprime , il faut que son Amie
soit sa sujette , & jouisse avec respect de ses
bonnes graces ; c'est vous qui l'aimez , c'est
elle qui vous le permet ; vous êtes à elle , vous
la serve , elle vous voir faire généreuse
d'ailleurs noble dans ses façons sans son esprit
qui larend méchante , elle auroit le meil
leur coeur du monde ; vos louanges la chagrinent
( dit-elle ) mais c'est comme si elle vous
di oit : Louz moi encore du chagrin qu'elles
me font. Quant à moi , j'ai là - dessus une petite
maniere qui l'enchante , c'est que je la tou
brusquement, du ton dont on querelles je boude
en la louant , comme si je la grondois d'être
lonable ; & voilà sur tout l'espece d'éloge qu'elle
aime , parce qu'il n'a pas l'air flateur , & que
sa vanité hypocrite peut le savourer sans indécence.
C'est moi qui l'ajuste & qui la coëffe s

G iiij
dani
346 MERCURE DE FRANCE
dans les premiers jours , je tâchai de faire de
mon mieux , je déployai tout mon sçavoir -faire."
Eh ! mais , Lisette , finis donc , me disoit-elle ,
tuy regardes de trop près , tes scrupules m'ennuyent
moi , j'eus lahelise de la prendre au
mot , je n'yfis plus tant de façons ; je l'expédiois
un peu aux dépens de ses graces. Oh ! ce
n'étoit pas-là son compte aussi me brusquoitellesje
la trouvois aigre , acariâtre : que vous
êtes gauches laissez moi ; vous ne sçavez ce
que vous faites. Ouais ! dis -je , d'où cela vientil?
Je le devinais c'est que c'étoit une Coquette,
qui vouloit l'être sans que je le scuse , & qui
prétendoit que je le füsse pour elles son intentton,
ne vous déplaise , étoit que je fisse violence
a la profonde indifference qu'elle affectoit làdessus.
Il falloit que je servisse sa coquetterie
sans la connoître , que je prisse cette coquetterie
sur mon compte , & que Madame eut tous les
bénéfices des friponeries de mon art , sans qu'il
y eût de sa faute.
Lisette demande à Frontin Portrait pour
Portrait ; voici comment il- la satisfait ; c'est
Ergaste son Maître qu'il peint.
Il dit ce qu'il pense de tout le monde ; mais
il n'en veut à personnes ce n'est pas par malice
qu'il est sincere , c'est qu'il a mis son affection
a se distinguer par- là. Si , pour paroître franc,
il falloit mentir , il mentiroit. C'est un homme
qui vous demanderoit volontiers non pas :
M'estimez
?
FEVRIER. 1739. 347
M'estimez- vous ? mais : Etes-vous étonné de
moi ? Son but n'est pas de persuader qu'il vaut
mieux que les autres , mais qu'il est autrement
fait qu'eux , qu'il ne ressemble qu'à lui ; ordinairement
vous fachez les autres , en leur disant
leurs défauts vous le chatouillez , lui ,
vous le comblez d'aise , en lui disant les siens,
Parce que vous lui procurez le rare honneur
d'en convenir aussi personne ne dit il tant de
mal de lui que lui-même ; il en dit plus qu'il
n'en sçait. A son compte , il est si imprudent ,
il a sipeu de capacité, il est si borné , quelquefois
si imbecille , que je l'ai entendu s'accuser
d'être avare , lui qui est liberal ; surquoi on leve
les épaules , & il triomphe. Il eft connu partout
pour homme de coeur , je ne desespere pas
que quelquejour il ne dise qu'il est un poltron s
car plus les médisances qu'il fait de lui , sont
grosses, plus il a de goût à les faire, à cause
du caractere original que cela lui donne. Voùlez-
vous qu'il parle de vous en meilleurs termes
que de son Ami brouillez- vous avec lui , la
recette est sûre ; vanter son Ami , cela est trop
Peuple , mais louer son Ennemi , le porter aux
nuës , voilà le beau. L'autre jour un homme
contre qui il avoit un Procès vint lui dire : Tenez
, ne plaidons plus ; jugez vous-même ; je
vous prends pour arbitres je m'y engage ; ladessus,
voilà mon bomme qui s'allume de la vanité
d'être extraordinaire, le voilà qui pese, qui
Gy prononce
3
348 MERCURE DE FRANCE
prononce gravement contre lui , & qui perd
son Procès , pourgagner la réputation de s'être
condamné lui même il fut huit jours enyoré.
du bruit que cela fit dans le monde.
Nous avons cru qu'il étoit à propos d'inserer
ici ces deux Portraits , pour donner
une idée du genre de sincerité que l'Auteur
a voulu corriger ; il n'y a qu'à fes confronter
,pour juger qu'ils ne se ressemblent point
du tout ; & les Gens qui en ont jugé sainement
, sont convenus que la Marquise ne
paroît sincere , que par un rafinement de coquetterie
, & qu'Ergaste ne veut passer pour
tel , que pour se donner un relief de singularité
dans le monde. Quoiqu'il en soit
voilà l'unique motif qui porte le Valet & la
Suivante à rompre un mariage qui ne leur
importe aucunement. Ils ne sçavent d'abord
comment ils s'y prendront ; ils doivent paroître
brouillés ensemble , sans prévoir ou
cela pourra les conduire ; voici comment
Lisette s'exprime là - dessus :
Je ne sçaurois t'expliquer mon projet ,j'aurois
de la peine à me l'expliquer à moi- même. Ce
n'e t pas un projet , c'est une confusion d'idées
fort fpirituelles , qui n'ont peut
·être pas. le sens
commun , mais qui me flatent je verrai clair
à mesure ; à présent je n'y vois goute sj'aperçois
pourtant enperspective des discordes , des querelles
, des dépits , des explications , des rancunes
3
FEVRIER.. 1739 349
cunes tu m'accusera ; je t'accuseras on se
plaindra de nous : tu auras mal parlé ; je n'aurai
pas mieux dit s tu n'y comprends rien , là
chose est obscures j'essaye , je hazarde ; je te
conduirai , & tout ira bien.
Tout cela veut dire que Lisette sçaura profiter
de tout ce que le hazard fera naître ; le
reste est entre les mains de l'Auteur , qui ne
doute point que la sincerité d'Ergaste ne
fournisse à Frontin & à Lisette dequoi le
broüiller avec la Marquise.
Cela ne tarde pas d'arriver. Dorante &
Araminte arrivent. Ce Dorante aime la Marquise
, qui lui préfere Ergasté , parce que ce
dernier ayant la réputation d'être sincere ,
flate plus sa vanité par les moindres éloges
qu'il fait de sa beauté, que Dorante, par tout
ee que sa passion lui peut inspirer de plus
pathétique , attendu qu'elle prend ses louanges
pour des flateries. Lisete , par bonté de
coeur , promet à Dorante de lui faire épouser
la Marquise, sa Maîtresse , & Frontin de son
côté dit à Araminte , qu'il prend la liberté de
lui transporter Ergaste , son Maitre. Lisette.
reprend la parole , & dit à Frontin qu'il ne
feroit pas un grand présent à Araminte en
Jui donnant Ergaste pour Epoux ; Frontin
dit à peu près la même chose au sujet de
la Marquise ; Dorante en est irrité , & dit
à Frontin , qu'il lui donneroit cent coups
Gvj ds
4
1
350 MERCURE DE FRANCE
de bâton , sans la consideration qu'il a pour son
Maître Ergaste survient , & trouvant Dòrante
en colere , lui en demande la raison ;
Dorante se contente de lui dire que son
Valet est un insolent ; Frontin répond , s'adressant
à Ergaste : Monsieur , si la sincérité
loge quelque part , c'est dans votre coeur ,
parlez : La plus belle femme du monde , eftce
la Marquise ? Non , lui répond le sincere
Ergaste , qu'est-ce que cette mauvaise plaisanterie-
là , Butor ? la Marquise est aimable , &
non pas belles sans aller plus loin , Madame
a les traits plus réguliers.
نم
Il n'en faut pas davantage à Frontin . & à
Lisette , que ce trait de sincerité ; ils en instruisent
la Marquise , dont le mariage étoir
presque assûré avec Ergaste ; elle lui en de
mande raison ; il a beau vouloir donner un
sens favorable à sa décision , en disant à
la Marquise , qu'elle a pardessus la beauté
d'Araminte , l'avantage d'être plus aimable.
qu'elle toutes ces explications fui paroissent
forcées & frivoles ; elle lui donne son
congé , & rend justice à Dorante , qu'elle
avoit toujours maltraité ; Ergaste se console
de cette préference auprès d'Araminte,qui lui
pardonne l'infidélité qu'il lui a faite en faveur
de la Marquise..
Au reste , quoique le Public n'ait pas fait à
cette Piéce un accueil aussi gracieux & aussi
durable
FÉVRIER. 1739.
durable , qu'à beaucoup d'autres qui sont
sorties de la même plume , on ne sçauroit
disconvenir qu'elle ne soit remplie de Traits
heureux , qui méritent les aplaudissemens
qu'on lui a donnés ; rien ne lui a fait plus de
tort que le manque d'action. M. de Marivaux.
sera sûr de réussir , quand il négligera un peu
moins le fond des choses ; il n'ignore pas..
que c'est là ce qui doit primer dans toutes
les Piéces de Théatre , & que l'esprit n'y est
qu'accessoire.-
Cette Piéce paroît imprimée depuis peu
chés Prault , Pere , sur le Quai de Gevres.
Le 9. Fevrier , les Comédiens Italiens remirent
au Théatre la Parodie d'Alceste
dont les Srs Dominique & Romagnesy sont
les Auteurs . Cette Piéce qui avoit été donnée
dans sa nouveauté en Décembre 1728 .
& qui avoit été très goûtée , ne fait pas
moins de plaisir à la reprise. L'Extrait qu'on'
en a donné dans le même mois , page
2911. nous dispense d'en parler plus au long
A cette reprise , on a joint seulement quelques
Vaudevilles à la Scene de Caron au passage
des Ombres , une desquelles chante sur
l'Air : L'autre jour dessous un Ormean .
Cher Caron , tu vois un Heros
De Moscovic ,
Trans332
MERCURE DE FRANCE
1
Transplanté fort mal à propos
En Assyrie.2
Quoi qu'aplaudi fortement ,
1
L'on m'a vu promptement
Finir ma triste vie.
Caron,
Pour avoir plus de crédit
Vous étiez trop petit.
L'Ombre. Aix : Ce n'est paint par effort qu'on
aime.
Dans ma petite Tragédie
Je n'ai pourtant rien oublié ,.
A l'amour , à la perfidie ,
J'oposois P'honneur , l'amitié ;
Enfin l'ame étoit attendrie.
Caron.
Oui , les Acteurs faisoient pitiéz

Caron questionne une Ombre nouvelle ,
& chante sur l'Air des Pelerins de S. Jacques!
Quelle est cette Ombre épouvantable 1-
L'Ombre.
Je suis Medus ,
Qui par un malheur effroyable
N'existe plus ;
En vain pour prolonger mes jours,.
Mes
7
BO FEVRIER. 173933
}
Mes mains hardies
Avoient emprunté le secours
De quinze Tragédies...
Une autre Ombre se présente , Caron
chante , Air : De tous les Capucins damonde,
Quelle est cette Ombre ridicule
L'Ombre.
C'estmon soutien le Somnanbule ,

N'est - il pas rempli d'agrément 2
Dites , mon cher, que vous en semble ? ;
Caron.
Que vous étiez nés justement
Tous les deux , pour mourir ensemble.
Une autre Ombre. Air : Ton bimeur est Căn
therene.
Je suis la dolente Alceste ,
Passe-moi , mon cher Caron ; ✨
Caron
Hélas ! dans ce jour funeste
Je vous passe tout de bon
Contre vous le sort décide
Vous demeurerez là- bas ;
Er pour le coup votre Alcide
Ne vous en tirera pas.
354 MERCURE DE FRANCE
A M. Pesselier , sur sa Comédie de l'Ecole.
du Temps.
CHaque talent a son enfance ;
Mais tu me fais douter de cette verité ,
Puisque les tiens dans leur naissance
Ont tous les traits de la maturité .
La jeunesse , dans tes Ouvrages
Ne se connoît qu'à leur vivacité.
Tu fçais y décorer les Leçons les plus sages
Des agrémens de l'aimable gayeté.
'On n'y voit point ces équivoques sales ;
On n'y voit point ces pointes triviales ,
Qui font rougir le Spectateur ,
Et qui deshonorent l'Auteur.
Enfin , cher Pesselier , si l'esprit y petille,
La Vertu dans son jour également y brille.-
Quand on sçait peindre ainfi ses moeurs ,
On s'acquiert aisément les coeurs.
Tairsain.
L'Académie Royale de Musique , qui continue
toujours les représentations d'Alceste ,
avec un grand succès , remit au Théatre le
5.
Fevrier le Ballet du Carnaval & de la For
lie , qu'on a donné les trois derniers jours de
Carnaval, suivi du Carikelli, & de Pourceaugnac
FEVRIER. 1739. 355
,
gnac , Divertissement mis en Musique par
M. de Lully.
Le 26. on remit au Théatre le Ballet de la
Paix , mis en Musique par les Srs Rebel &
Francoeur. Cette Piéce , dont nous avons
donné l'Extrait , aussi bien que de deux
nouvelles Entrées qui y ont été ajoûtées
avoit été donnée la premiere fois au mois de
Mai de l'année derniere ; le Poëme est de
M. Roy. Ce Spectacle est fort suivi .
On doit remettre au Théatre après Pâques
, l'Opera de Polydore.
>
On écrit de Naples . que le 20. du mois
passé , Leurs Majestés se rendirent au Théatre
de Saint Charles , où on donna la représentation
de l'Opera de Semiramis , mis en
Musique par M. Porpora , Maître de la Musi
que de la Chapelle Royale..
Le 23. Fevrier , les Comédiens François
donnerent la premiere représentation d'une
Tragédie nouvelle , qui a pour titre Mahomet
II. Cette Piéce , qui est de la composition
de M. de la Nouë , a un très- grand succès.
Des Connoisseurs , aussi éclaires que
difficiles , prétendent qu'elle soûtiendra le
parallele avec les meilleuresTragédies de nas
plus grands Maîtres. Nous ne manquerons
pas d'en donner l'Analyse dans le premier
Journal.
VERS:
356 MERCURE DE FRANCE
VERS à Mile Gaussin.
P'Ar quelque présent peu commun
Je te voudrois prouver , belle Gaussin , ma flâme ;:
Pour remplir à l'instant les desirs de mon ame ,
Très à propos j'en découvre un.
• C'est mon coeur .. tout beau , je m'égare
Gaussin , un coeur pour toi n'est pas chose si rare,
Tu sçais te les soumettre tous.
Mais non , je disois bien ; car conviens entre nous
Qu'aujourd'hui ce n'est pas un présent ordinaire ,
Qu'un coeur vraiment tendre & sincere:
a
D ... de C...
Le 3. Fevrier , M. le Lieutenant General de Fofice
fit l'ouverture de la Foire S. Germain , avec les
cérémonies accoûtumées. Ce Magistrat avoit déja
rendu son Ordonnance le 17. Janvier , concernant
ce qui doit être observé par les Ma chands qui y
sont établis , & qui renouvelle les défenses des Jeux
d'hazard , & c.
Le même jour , l'Opera Comique fit aussi l'ouverture
de son Théatre > & représenta une Piéce
nouvelle en Vaudevilles, intitulée le Hazard , suivie
d'un Divertissement de Chants & de Danses. Elle
fut précedée d'un Prologue , qui roule sur le Compliment
qu'on fait ordinairement à l'ouverture du
Théatre. La Troupe Angloise qu'on a vue à la derniere
Foire S. Laurent , s'est jointe cette année à
celle de l'Opera Comique , & a executé dans les
Entre-acres
FEVRIER. 1739. 3ST
Entre-actes , de nouveaux Exercices , des Tours de
force & de souplesse surprenans ; ils ont donné auffi
des Ballets Anglois , & une Pantomime qui termine
ce Spectale. Le Public a paru goûter cette varieté de
divertissement.
Le 14. on donna une Piéce nouvelle d'un Acte,
qui a pour titre les Amans embarrassés , suivie d'un
Divertissement,& précedée d'un Pas de trois , bachique
, executé par deux Danseurs Anglois , & par
la Dlle Cheret.
Le 25. ils donnerent encore une Piéce nouvelled'un
Acte , intitulée les Jaloux de Rien , suivie d'un
très- joli Divertissement , terminé par un nouveau
Vaudeville. La Troupe Angloise , & les principaux
Acteurs de l'Opera Comique , donnerent ensuite.
une nouvelle Pantomime , apellée les Fêtes dés Anglois
, qui fut très-bien executée.
On mande de Vienne , que quelques jeunes Seigneurs
, représenterent le 24. du mois dernier , en
présence de Leurs Majestés Impériales , deux Pié-.
ces intitulées , l'une , le Soupçon aparent , & l'autre,
la Servante non Servante.
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUI E.
N écrit de Constantinople , qu'un Pacha ayant
parlé avec trop peu de circonspection de la
conduite du Grand Visir , & ayant paru vouloir exciter
les Janissaires à demander la déposition de ce
Premier Ministre , le Grand Visir s'en est plaint à ,
Sa
358 MERCURE DE FRANCE
*
Sa Hautesse, qui a tenu à ce sujet un Divan, & que la
plupart des Ministres qui y ont assisté , ont été d'avis
qu'on punît de mort ce Pacha,mais que le Grand
' Seigneur , naturellement porté à la clémence ,
condamné seulement à l'exil .
Ba
Le 29. Novembre dernier ,
ce Pacha ayant éré
mandé au Serail , le Kiaia du Grand Visir lui dé
clara que Sa Hautesse étoit mécontente de lui . &i
qu'elle lui ordonnoit de partir sur le champ pur
Castamone , où elle avoit jugé à propos de le re
leguer. Le Pacha , après avoir vu l'ordre du Gra
Seigneur , demanda à parler au Kaïmacan
on lui refusa cette grace , & dans le moment même
il fut conduit par six Chiaoux au Bosphore ,
où on
le.fit embarquer sur une Felouque.
SUE DE.
mais
N aprend de Stokholm , que la santé du Roy
étant entierement rétablie , S. M. se rendit au
Sérat vers la fin de Janvier dernier , & qu'elle y
déclara qu'elle étoit déterminée à reprendre le soin
du Gouvernement.
Le Sénat envoya des Députés au Roy pour le féliciter
, & à la Keine , pour l'assurer des sentimens
de reconnoissance qu'elle a inspirés à tous les Suédois
par la sagesse de son Administration , & par
son amour pour lé bien public.
Lorsque le Roy a recommencé à gouverner par
lui-même , on a omis la formalité qu'on avoit observée
par raport aux Ministres Etrangers , quand
S. M. remit la Régence de ses Etats à la Reine , &
on ne leur a point donné part de ce nouveau cha
gement.
On écrit de Coppenhague , que le Ministre du
Roy de Dannemarck à Ratisbonne , est allé à Ha-
4
1
nover
FEVRIER. 1739. 355
"
nover par ordre de S. M. pour déclarer à la Régence
de l'Electorat , que le Roy est dans la disposition
de terminer à l'amiable ses differends avec
le Roy de la Grande Bretagne , au sujet de l'affaire
de Steinhorst ; mais que pour travailler avec succès
à cet accommodement, il est nécessaire que les cho
ses soient rétablies dans l'état où elles etoient avaut
que les Troupes Hanoveriennes se fussent emparées
Château de Steinhorst & de ses dépendances.;
'aussitôt après que S. M. aura apris que ces Troues
se seront retirées , elle fera connoître , par les
cilités qu'elle aportera à la négociation , combien
défire d'en avancer le succès , & qu'elle consent
de son côté de faire tenir ses Troupes à une
distance assés éloignée de Steinhorst , pour que la
Régence de Hanover ne puisse avoir aucun sujet de
craindre , qu'elles rentrent par surprise dans cette
Seigneurie .
ALLEMAGNE,
L'Empereur afaitsçavoir à LL . MM. Britannique
& Danoise , qu'il n'a pu aprendre sans
beaucoup de déplaisir qu'elles sont à la veille d'une
rupture , dans le temps que la tranquillité génerale
se rétablit de plus en plus entre les Princes
Chrétiens ; qu'il souhaite ardemment de les voir
bien- tôt conclure un Accommodement sincere &
durable ; que dans cette vûë , & quoiqu'occupé de
la guerre avec la Porte , il n'a pas voulu régliger
de faire connoître ses sentimens sur cette arraire,en
exhortant les deux Cours à s'accorder sur leurs contestations
, ou à choisir des Médiateurs , dont les
bons offices puissent rétablir entre - elles la bonne
intelligence .
Comme M. de Wedderkop a été informé que des
Personnes , qu'il prétend être mal instruites , rejet
1
1
toient
360 MERCURE DE FRANCE
toient sur lui le blâme des actes d'hostilité commis
à Steinhorst par les Troupes de Hanover , il a fait
publier un Ecrit qui a pour titre ; Exposition des
véritables légitimes motifs , en vertu desquels M. de
Wedderkop, en qualité de Poffeffeur de la Seigneurie
deSteinhorst de ses dépendances , s'est déterminé
a ceder cette Seigneurie , selon les Loix de l'Empire ,
au Roy de la Grande- Bretagne , Electeur de Hano-"
wer , Duc de Brunswich-Lunebourg & de Saxe- Lawenbourg.
Cet Ecrit tend à prouver que la conduite
qu'il a tenue avant que le differend entre le Roy
de la Grande Bretagne & le Roy de Dannemark
eut commencé , & celle qu'il a continué de tenir
depuis les brouilleries des deux Puissances , sont si
irréprochables , qu'il ne doit point craindre d'en
soumettre l'examen au jugement du Public.
Le 26. du mois dernier , le Baron d'Ulm , Chanoine
des Chapitres d'Eichstadt & d'Ausbourg , &
Conseiller Privé de l'Evêque Prince d'Eichstadt , &
M. Knupffer , Conseiller Privé de l'Evêque Prince
de Basle , reçurent des mains de l'Empereur au
nom de cet Evêque l'Investiture de la Principauté
de Basle .
S. M. I. donna le 29. l'Investiture de la Principauté
de Stavelo à l'Abbé Prince de Stavelo & de
Malmedy , qui avoit envoyé des pleins- pouvoirs à
M. Hugues Xavier de Heunisch , Résident de l'Electeur
de Cologne à Vienne , & à M. Robert ,
Abbé des Abbayes de Sainte Croix de la Valle , &
de Saint Godard , pour recevoir cette Investiture en
son nom .
Le 13. du mois dernier , il Y eut à Berlin une
nouvelle course de Traîneaux , qui ne fut pas
moins magnifique que les précedentes . Les Princesses
de la Famille Royale s'étant renduës ver
les deux heures après midi au Palais du Prince
Royal ,
1
FEVRIER.
1739. 361
Royal , les Traîneaux partirent dans l'ordre suivant.
Le premier , tiré par quatre chevaux , étoit rempli
par les Trompettes du Corps des Hussards. La`
Princesse Royale étoit dans le second, que conduisoit
le Comte de Schwerin ,, Grand Ecuyer du
Roy. Elle étoit suivie de la Princesse Louise-Ulrique
, dont le Traîneau étoit mené par le Comte de
Schlieben , Grand Veneur. Le Baron de Hacke
Adjudant Géneral de S. M. conduisoit le quatriéme
Traîneau , dans lequel étoit la Princesse Amélie.
Ily avoit 90. autres Traîneaux , occupés par les
principales Dames de la Cour. Tous les Princes de
la Famille Royale se trouverent à cette Course
ainsi que le Duc de Holstein.
L
ITALI E.
E31, Janvier , l'ouverture du Carnaval se fit
à Rome , selon la coûtume , par une Course de
Chevaux , &c.
On écrit de Florence , que le Grand Duc & la
Grande Duchesse étant arrivés le 19. Janvier à
Fiorenzola , ils y furent reçûs par le Prince de
Craon , Gouverneur du Grand Duché, & Préfident
du Conseil de Régence. Ayant continué le lendemain
leur route , ils trouverent à Montaghi l'Elecstrice
Palatine Douairiere qui les y attendoit , & le
soir ils se rendirent à Florence. Ils furent salués , en
entrant dans le Fauxbourg , par une triple décharge
de l'Artillerie des Châteaux ; & lorsqu'ils
furent arrivés à la Porte de S. Gal , ils reçûrent les
complimens des Magistrats , qui leur présenterent
les Clefs de la Ville dans un Bassin d'or. Ce Prince
z cette Princesse , après avoir traversé les principales
rues dans lesquelles on avoit dressé plusieurs
Arcs
382 MERCURE DE FRANCE
Arcs de Triomphe , allerent à l'Eglise Métropoli
taine , à la porte de laquelle ils furent reçus par
l'Archevêque de Florence. Ils furent conduits dans
le Choeur par ce Prélat , & ils y assisterent au Te
Deum solemnel qui y fut chanté à plusieurs
Choeurs de Musique. Ils se rendirent ensuite au
Palais , où la principale Noblesse les reçût à la des
cente de leur carosse , & quelques momens après
que la Grande Duchesse fût entrée dans son apartement
, l'Electrice Palatine Douairiere lui rendir
visite. Le soir le Grand Duc & la Grande Duchesse
souperent en public , & après avoir vû terer le Feu
d'artifice qu'on avoit préparé dans le Jardin de Boboli
, ils se promenerent en carosse dans la Ville ,
pour voir les Illuminations .
Ils allerent le 21, avec le Prince Charles de Loraine
& le Prince d'Elbeuf à l'Eglise de l'Annon
cration , où ils firent leur Priere devant l'inage
miraculeuse de la Sainte Vierge, qui fut découverte
jusqu'à 5. heures du soir par ordre du Grand Duc.
Le 22 ce Prince accompagné de la Grande Duchesse
assista à une representation de l'Opera au
Théatre de la rue de la Pergola,
On a apris de Mantoue que le Grand Duc de
Toscane ayant abregé le temps de la quarantaine
qu'il devoit faire près de Verone , la République de
Venise avoit résolu d interrompre pendant vingt &
un jours la communication avec le Mantouan & les
autres Provinces par lesquelles ce Prince avoit passé,
en allant à Florence.
On aprend de la Bastie du commencement de ce
mois , qu'à l'except on des deux Tartanes qui ont
échoué près d'Isola Rosa , il ne s'est perdu aucun ,
des Bâtimens du Convoi parti d'Antibes .
Suivant les mêmes avis , les Chefs des Rebelles
´ont
FEVRIER. 1739 363
ont fait rendre les 130. Soldats du Régiment de
Cambresis , qui étoient à bord de ces deux Tartanes
, & ils ont fort desaprouvé l'acte d'hostilité
commis contre ces Soldats , & qu'ils attribuent à
une erreur de Bergers des Montagnes voisines , lesquels
ayant cru que ces Soldats étoient des Tronpes
de la République , sont accourus avec précipidation
pour les attaquer.
Les Habitans de la Province de Balagna , od
gette action s'est passée , ont résolu d'envoyer des
Députés au Comte de Boissieux , pour le prier
d'implorer en leur faveur la clémence de S. M. T.C.
O
GRANDE BRETAGNE.
N aprend de Londres , que le 12. de ce mois
jour fixé pour l'ouverture du Parlement , le
Roy fe rendit à la Chambre des Pairs, avec les Cérémonies
accoûtumées', & que S. M. ayant mandé la
Chambre des Communes , fit le Discours fuivant.'
MYLORDS ET MESSIEURS ,
J'aifait connoître en toute occafion combien j'ai été
fenfiblement touché de toutes les violences & de tous
Les torts qu'ont foufferts mes Sujets Négocians en
Amérique. J'ai trop à coeur l'honneur de ma Couronme
le veritable interêt de mon Peuple , pour voir
l'un ou l'autre recevoir aucun préjudice ou aucune diminution
, fans prendre les mesures les plus convénables
pour les conferver & les affurer efficacement . Ces
confidérations feules fuffifoient pour m'exciter à employer
tout mon pouvoir à réclamer ¿ à défendre nos
droits nos privileges inconteftables de Navigation
& de Commerce , & rien ne pouvoit augmenter mon
zele particulier dans une caufe fi équitable que lejufte
égard quej'ai toujours pour les Requêtes & les plaintes
H
36 MERCURE
DE FRANCE
de mes Sujets pour l'avis de mon Parlement, L*
Jagelle la prudence de vos réfolutions dans une af
faire fi importante & fi intereffante pour la Nation ,
m'ont déterminé à employer d'abord les moyens les
plus modérés , & à tenter encore une fois l'effet de
pouvoir de mes efforts amiables de mes preffantes
inftances auprès de la Cour d'Espagne, pour obtenir
d'elle la fatisfaction & la sûreté que nous étions en
droit de demander & d'attendre; & les assurances
que vous m'avez données , de me soutenir dans tous les
Evenemens , m'ont mis en état d'agir avec le poids
l'authorité convenables. Ainfi foutenu par les avis
réunis des deux Chambres du Parlement , j'ai fait ,
Sans perdre de temps , les préparatifs néceſſaires pour
me faire justice à moi & mon Peuple , fi la conduite
de la Cour d'Espagne nous avoit réduits à cette necesfité,
en même-temps j'ai réiteré mes inftances de
la façon la plus forte , pour obtenir la réparation de
toutes les injures pertes fouffertes , de telles sûretés
pour l'avenir , qu'elle pulent prévenir les conféquences
d'une rupture ouverte. C'est maintenant une
grade fatisfaction pour moi , que de me trouver en
état de vous aprendre que les mesures que j'ai prifes ,
ont produit unfi bon effet , qu'il y a actuellement une
Convention concluë & ratifiée entre cette Cour & celle
d'Espagne , par laquelle , après avoir examiné les demandes
depart & d'autre, S. M. C. s'eft obligée d'indemnifer
mes Sujets des pertes qu'ils ont fouffertes , au
moyen du payement d'une certaine fomme ftipulée. On
établit on nomme par cette Convention des Miniftres
Plénipotentiaires , pour regler dans un temps li
mité tous les Griefs les abus , qui ont cauſéjuſqu'à
préfent l'interruption de notre Navigation dans les
Mers de l'Amérique , & pour terminer tous les points
en difpute , d'une maniere qui puiße à l'avenir prévenir
& écarter tout nouveau sujet ou prétexte de
plainte
H
FÉVRIER. 1739 .
367
plainte, par une exacte obfervation des Traités refpec
"tifs , & par un jufte égard pour les Droits & les Privileges
des deux Nations . J'ordonnerai qu'on vous
répréfente cette Convention avec les Articles fignés.
Mon principal foin dans cette conjoncture critique &
douteuse , a été de ne faire ufage de la confiance que
vous avez mise en moi , que pour le bien géneral
durable de mes Royaumes , & toutes perfonnes raiſon
nables &fans préjugés , doivent regarder comme l'E
venement le plus défirable , que tout ce qu'on pourroit
efperer du fuccès des Armes , puiffe s'obtenir , fans engager
la Nation dans une guerre.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES.
J'ai ordonné qu'on préparât & qu'on vous remit les
Etats de dépenses pour le ſervice de l'année courante.
J'aurois fouhaité de tout mon coeur , que lafituation
des affaires m'eût permis de diminuer les dépenses pu
bliques , pour lesquelles je fuis obligé de vous demander
actuellement des fubfides. Je ne doute point que le
zele l'affection , que j'ai éprouvé de votre part
pour moi & mon Gouvernement , & l'interêt que
vous avez toujours marqué prendre au bien public
ne vous portent à m'accorder les fecours que vous jugerez
néceffaires pour l'honneur & la sûreté de ma
Perfonne & de mes Royaumes.
4
MYLORDS IT MESSIEURS.
Je ne puis que vous recommander inſtamment de
bannir de vos déliberations toute prévention & toute
animosité dans une conjoncture fi importante , & qui
ſemble exiger de vous d'une maniere particuliere , que
vous vous réuniffiez , pour prendre les mefures les plus
convenables pour les interêts pour l'avantage de
mon Peuple, 900
Le bruit court que S. M. Br. permettra inceffam
Hij ment
366 MERCURE DE FRANCE
ment au Prince de Galles de retourner au Palais
de S. James , & que dans une Séance du Parlement
se Prince obtiendra une Penfion de cent mille livres
ſterlings , de même que le Roy en a joui avant
fon avenement au Trône. N
Les Seigneurs préfenterent le 13. de ce mois une
Adreffe au Roy , pour le remercier des foins qu'il
s'eft donnés pour conferver les droits de la Nation
par raport au Commerce des Anglois en Amérique
, &c,
S. M. leur répondit , MYLORDS !
vous
Je vous remercie de cette Adreffe , par laquelle vans
me marquez votre fidelité votre affection , & qui
me prouve que vous êtes perfuadés que je ne me fervirai
de la confiance que vous avez en moi , que pour
l'avantage general de mon Peuple, Vous pouvez comp
ter que je continuerai de faire mes efforts pour perfec
tionner l'accommodement avec la Cour d'Espagne de
la maniere la plus convenable à l'honneur de ma Couvanne
& à l'interêt de mes Royaumes , & que je prendrai
les mesures qui me paraîtront tendre le plus à la
sûreté de la Navigation & du Commerce de mes Sujets,
La Chambre des Communes préfenta le lende
main son Adreffe au Roy fur le même fujet.
FRANC E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &e
E premier de ce mois , M. Piat , Recteur
de l'Université, accompagné des
Doyens des Facultés & des Procureurs des
Nations ,
FEVRIER. 1739 367
Nations , se rendit à Versailles , & il eur
P'honneur , suivant l'ancien usage , de présen
ter un Cierge au Roy , à la Reine & à Mon
seigneur le Dauphin.
Le même jour , le Pere Duverney , Vicaind
Général des Religieux de la Mercy , accont
pagné de trois Religieux de son Ordre , eift
l'honneur de présenter un Cierge à la Reine,
pour satisfaire à une des conditions de leur
Etablissement , fait à Paris en 1615. par la
Reine Marie de Médicis.
Le 2. Les Chevaliers Commandeurs & Of
ficiers de l'Ordre du S. Esprit , s'étant rendus
vers les onze heures du matin dans le
Cabinet du Roy , S. M. tint un Chapitre ,
& nomma neuf Chevaliers.
Le Roy alla ensuite à la Chapelle du Château
, étant précedé du Duc d'Orleans , du
Duc de Bourbon , du Comte de Clermont ,
du Prince de Conty , du Prince de Dombes,
du Comte d'Eu , & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre . Le Roy
assista à la Bénédiction des Cierges , à la
Procession qui se fit dans la Cour du Château
, & à la grande Messe , qui fut célebrée
par l'Abbé Brosseau , Chapelain de la Chapelle
de Musique , & chantée par la Musique.
or
Hüj L
A
368 MERCURE DE FRANCE
La Reine & Monseigneur le Dauphin entendirent
la même Messe dans la Tribune.
L'après midy le Roy & la Reine entendr
rent le Sermon de l'Abbé Ardouin , Chanoine
de l'Eglise Métropolitaine de Sens , &
ensuite les Vêpres , chantées par la Musique.
NOUVEAUX CORDONS BLEUX.
Le 2. Février , le Roy proposa pour être
Chevaliers de l'Ordre du S. Esprit les 9. Scigneurs
ci après nommés. arms .
Jacques de Chastenet , Seigneur , Marquis
de Puisegur , Comte de Chessy , Seigneur de
Busancy , Bernoville , Isonville , baptisé le
19. Mas 1655 , Gouverneur de Condé , depuis
le mois d'Octobre 1707. & Maréchal
de France du 14. Juin 1734.
››
,
Claude-Théophile de BeZiade , Seigneur,
Marquis d'Avarey sur Loire , Lethere , Le
thiou , la Brosse , Lieutenant Géneral des
Camps & Armées du Roy , du 10. Fé
vrier 1704. Gouverneur & Grand- Bailly de
Péronne , Roye & Mondidier , du mois de
Janvier 1719. & Grand- Croix de l'Ordre
Militaire de S. Louis , du 9. Juillet de la
même année 1719. ci- devant Ambassadeur
ordinaire du Roy auprès des Cantons Suisses,
depuis 1715. jusqu'en 1726.
Louis de Regnier , Marquis de Guerchy ,
Lieutenant General des Armées du Roy , du
30.
FEVRIER. 1739 369.
30. Mars 1710. & Gouverneur d'Huningue ,
en Alsace , du mois de Mars 1733 .
Antoine de la Font , Seigneur , Marquis de
Savines , dans l'Embrunois , en Dauphiné
Gouverneur d'Embrun , Lieutenant General
des Armées du Roy , du premier Octobre
1718. Directeur Géneral de la Cavalerie , du
mois de Juillet 1734. ci devant Lieutenant
des Gardes du Corps de S. M.
Fançois de Briqueville , dit le Comte de la
Luzerne , Seigneur de Monfreville , Lieutenant
General des Armées Navales du Roy ,
du premier Mars 1727. & Commandeur de
P'Ordre de S. Louis , du premier Mars 1728.
Louis- Dominique de Cambis de Velleron
apellé le Comte de Cambis , ci- devant Chevalier
de l'Ordre de Malthe , Gouverneur de
Sisteron en Provence,depuis le mois de May
1709. Grand - Croix de l'Ordre Militaire de
S. Louis , du 20. Décembre 1722. Lieutenant
Géneral des Armées du Roy , du premier
Août 1734, & actuellement son Ambassa
deur en Angleterre depuis 1736. ci -devant
Lieutenant des Gardes du Corps de $ . M.
Ambassadeur à Turin , & Commandant en
Dauphiné.
X
Gabriel de Salignac , Marquis de Fenelon ,
Ambassadeur ordinaire du Roy en Hollande
, depuis 1724. Maréchal des Camps &
Armées du Roy , du premier Août 1734. &
Hij Gouver370
MERCURE DE FRANCE
Gouverneur du Quesnoy , du mois d'Avril
1735. ci - devant Colonel, successivement des
Régimens de Bigorre & de Poitou , Inspecteur
d'Infanterie , & second Ambassadeur
Extraordinaire & Plénipotentiaire au Con
grès de Soissons.
Charles- Pierre Gaston de Levis de Lomagne
, Maréchal Héreditaire de la Foy , Marquis
de Mirepoix , Comte de Terride , Vicomte
de Gimoix , Baron de Montfourcaul ,
Ambassadeur du Roy à Vienne , depuis
1737. & Maréchal de ses Camps & Armées
du premier Mars 1738. ci-devant Colonel
successivement des Régimens de Saintonge
& de la Marine.
Et Jacques d'Auxy de Monceaux , Mar
quis d'Auxy , Seigneur d'Hanvoille , Saint
Sauson , de Martincourt , ci devant Capitaine
au Régiment des Gardes Françoises , &
Colonel du Régiment Royal -Comtois, II
est Pere d'Anne- MagdeleineFrançoise d'Au
xy de Monceaux , Duchesse de Fleury .
Le 3. le Maréchal de Coigny , auquel le
Roy a donné le Gouvernement d'Alsace
prêta serment de fidelité entre les mains
de S. M.
Le 11. Mercredi des Cendres , le Roy refût
les Cendres des mains du Cardinal de
Rohan
FEVRIER. 1739% 372
Rohan

Grand- Aumônier de France.
La Reine les reçût des mains de l'Arche
vêque de Rouen , son Premier Aumônier.
Le 10. la Reine se rendit à l'Eglise de la
Paroisse du Château de Versailles , où S. M.
assista au Salut , à la Procession qui se fir
dans l'Eglise , & à la Benediction du S. Sacrement.
Le 12. le Roy & la Reine entendi
rent dans la Chapelle du Château la Messe
de Requiem , pendant laquelle le De
profundis fut chanté par la Musique , pour
P’Anniversaire de Madame la Daupine , Me
re du Roy. 1
Le 15. premier Dimanche de Carême ;
L. M. assisterent dans la même Chapelle à la
Messe , chantée par la Musique
L'après midi , L. M. accompagnées du
Prince de Dombes , entendirent la Prédica
tion de l'Abbé Ardouin , Chanoine de l'E
glise Métropolitaine de Sens.
Le 17. le Roy & la Reine assisterent an
Sermon du même Prédicateur.
Le 18. le Roy & la Reine entendirent
dans la même Chapelle , la Messe de Re
quiem , pendant laquelle le De profundis fut
chanté par la Musique , pour l'Anniversaire
de Monseigneur le Dauphin , Pere du Roy.
Le 22. second Dimanche de Carême .
L. M. assisterent dans la même Chapelle ,
Hv
372 MERCURE DE FRANCE
la Messe qui fut chantée par la Musique
L'après midi , le Roy & la Reine entendirent
la Prédication de l'Abbé Ardouin , Chanoi
ne de l'Eglise Métropolitaine de Sens. Le 19.
& le 24. L. M. entendirent le Sermon du
même Prédicateur.
Le 22. le Roy déclara que fe Mariage de
Madame avec l'Infant d'Espagne Don Philipe,
étoit conclu entre S.M. & le Roy d'Espagne.
:
Le 3. Février , les Comédiens François
représenterent à la Cour , la Comédie de Dé
mocrite & Impromptu de Campagne.
Le's . le Cid & le Mariage force.
Le 10. l'Ecole des Femmes & Attendez- moi
sous l'orme
Le 12. la Tragédie de Pompée & la Comtesse
d'Escarbagnas.
Le 17. le Glorieux & Crispin Médecin.
Le 19. le Malade imaginaire.
Le 26. Maximien & l'Usurier Gentilhomme.
7
Le 4. les Comédiens Italiens représente
rent aussi à la Cour , Démocrite prétendufor
& la Veuve Coquette.
Le 18.le Rival favorable & Ecole des Me
res. La Cour a confirmé le grand succès que
certe premiete Piece a eu à la Ville.
Le 25. la Gouvernante & la Joye imprévuë
Le
FEVRIER. 17395 M 373
Le 7. du même mois , on chanta au Con
cert de la Reine , le Prologue & les deux
premiers Actes du Ballet du Carnaval & de
la Folie , mis en Musique par M. Destouches
, Sur- Intendant de la Musique du Roy, '
qu'on continua le 9. La Dlle Antier , dont la
voix a paru aussi belle qu'elle ait jamais été ,
& le Sr Benoît , remplirent avec beaucoup
de succès , les Rôles de la Folie & du Car
naval , le reste fut très- bien executé ; Monseigneur
le Dauphin , qui étoit présent à ce
Concert , parut prendre beaucoup de plaisir
à la gayeté de ce Ballet.
2

f
Le 14. on concerta le Prologue & la pre
miere Entrée du Ballet des Elemens , du mê
me Auteur , qu'on continua le 16. & le 21 .
avec le Prologue du Ballet des Stratagêmes de
Amour ; les Dlles Huquenot & Mathieu
executerent les Rôles de Junon & de Leucasie.
Ceux d'Ixion & d'Orion , furent remplis
par les Srs d'Angerville & Jeliote. Les.
Dlles Antier & Romainville , chanterent les
Rôles d'Emilie & de Pomone, ainsi que les Srs
Benoît & Jeliote , ceux de Valere & de Vertumne.
La Dlle Huquenot fit la Prêtresse de
la Gloire , dans le Prologue des Stratagêmes ,
avec un succès infini
Le 23. la Reine entendit le Prologue & le
premier Acte de Frame & Thisbé , mis on
H vj Musique
374 MERCURE DE FRANCE
Musique par les Srs Rebel & Francoeur
qu'on a continué le dernier jour du mois.
Le 2. de ce mois , Fête de la Purifiation
on chanta au Concert Spirituel du Château
des Tuilleries, un Motet à grand Choeur , de
M. de la Lande , qui fut suivi d'un Concerto de
Trompette , sonné par le Sr Freihamer. Les
Dlles Fel & Bourbonnois , chanterent chacune
à voix seule , deux petits Moters. Les
Srs Guignon & Greff, executerent sur le
Violon , une Sonnate de la composition du
premier , avec beaucoup de précision. Le
Concert fut terminé par le Cantate Domino
autre Moter de M. de la Lande.
LETTRE du R. P. J .... écrite à M...
à Avignon , sur la Fête célébrée au sujet
de la Canonisation de S. J. F. Regis.
Ous me demandez , M. une idée de la
Fère qui vient d'attirer les regards de
tout Paris , au sujet de la Canonisation de
S. Jean-François Régis ; en voici quelques .
traits. Cette Fête commença le 25. Janvier.
Le Chapitre de l'Eglise Métroplitaine se renprocessionellement
à celle de la Maison
Professe des Peres de la Compagnie de Je
sus , & l'Archevêque de Paris y célebra la
Messe Pontificalement.
dit
Yous
FEVRIER. 1739. 37$
Vous connoissez cette Eglise , ses doubles
ceintres de part & d'autre , ses Tribunes
communicantes de plein pied dans tout
le contour, ses deux Chapelles dans la Croi
sée sur tout celle de la Maison de Condé )
ses Pilastres d'ordre Corinthien , son Dôme,
avec sa Balustrade & celle qui regne le long
de la corniche, ouvrage digne de Louis XIII
dont le Coeur & celui de Louis XIV. posés
sous les Arcades aux deux côtés du Maître
Autel , font un des plus magnifiques ornemens
de l'Eglise , laquelle , au gré des Architectes
& des Connoisseurs , est un peu trop
ornée. Elle est cependant , par cela même ,
plus susceptible de ces sortes de Décorations
à la Romaine , qu'on employe en Italie
avec un grand goût aux Edifices sacrés
en pareilles conjonctures. Vous les avez vûës,
M. mais il est très - rare d'en voir en France
de pareilles. Celle dont je vous parle a véritablement
été aplaudie des Connoisseurs.
Tout a été décoré avec une noble simplicité.
L'Autel ( trop beau par lui-même ) avoit
été presque tout renouvellé. Dans l'enfoncement
on avoit placé la Statuë du Saint
en surplis , dans une Gloire , & prêchant
aux Pauvres ; cette Perspective faisoit le
point de vue. La brillante Décoration de cet
Autel étoit terminée par un riche Pavillon
suspendu relevé & pendant en festons avec
beaucoup
f
376 MERCURE DE FRANCE
beaucoup d'art. Les ceintres des deux Coeurs
de nos Rois ; le Trône des Evêques officians
, & le Sanctuaire , répondoient à la pas
rure de l'Autel.
Quant au reste de l'Eglise , on avoit doré.
sur pierre tous ces Ceintres que vous sçavez ,
tous ces Chapiteaux , vases & autres ornemens
propres à l'être pour satisfaire le coup
d'oeil , aux lumieres sur tout. Le Damas cra
moisi à galons d'or , dont l'Eglise étoit entierement
tenduë, les crêpines , franges, &c.
formoient avec la proportion que vous pou
vez vous figurer , les frises , les Pilastres
les festons des Ceintres , les apuis des Balus
tres , les Rideaux repliés , en un mot une Architecture
réguliere , mais parée de dorure
& de couleur rouge , relevant l'Etoffe , & le
fond d'un bel Edifice , sans le surcharger.
Cela faisoit ensemble un tout , plus brillant
que le Marbe feint sur la pierre...
Véritablement le Spectacle étoit frapant
aux lumieres. Je ne vous dirai pas le nombre
des Lustres qui pendoient des voûtes . Ils
étoient sçavemment distribués , aussi- bien
que les Girandolles , mises en leur place.
Tout enfin étoit éclairé jusqu'au Dôme &
aux voûtes par les bougies des Balustrades.
L'illumination a semble parfaite. On assûre
que c'étoit comme à Rome ; c'est tout dire.
J'oubliois de vous parler des Médaillons
en
FEVRIER 1739 $77
en Camayet & des Peintures disposées à
chaque Ceintre & sous les Orgues ; elles ex、
primoient les Actions du Saint. Pour la Musique
, toujours diversifiée durant les huit
jours , elle étoit de M. Campra ; vous connoissez
sa supériorité en ce genre.
"
Mais ce que je ne dois pas oublier , c'est
le bon ordre au dedans & au - dehors , malgré
le concours le plus extraordinaire ; c'est
particulierement aussi la décence & la pieté
qui ont fait le véritable prix de ces Fêtes
dont le mérite consiste en cela seul , selon
vous, & selon ceux qui pensent juste . J'ajoû
tererai qu'une très - grande quantité de per
sonnes du premier rang , ont fait l'honneur
aux Jésuites de s'interesser àleur Cérémonie,
& d'y assister durant l'Octave. Leur satis
faction , celle des Prélats , qui ont bien vou
lu officier celle enfin du Public , est la plus
simple & la meilleure idée que P'on puisse
vous donner de ce que vous demandez.
Le dernier jour de l'Octave , la Messe fut
célebrée par le Cardinal de Polignac ; l'E
vêque de Langres officia pontificalement au
Salut , & l'Octave fut terminée par un Te
Deum solemnel , chanté à plusieurs Choeurs
de Musique,
{
Pour ne rien oublier , la Décoration étoit
du Sr Guilleaumon les Peintures & Do
rures
370 MERCURE DE FRANCE
rures , du Sr l'Abbé , & le Sr Denis a con?
duit la Musique. Je suis , & c.
A Paris le 15. Février·173900
O
BAL DU ROT
N sçait depuis long - temps , que de
toutes les Cours de l'Europe , celle de
France passe pour la plus brillante & la plus
somptueuse ; les Etrangers même convien
nent que ce seroit en vain qu'on voudroit
l'imiter pour la magnificence , l'ordre & le
goût, & qu'on le pourroit encore moins pour
les Fêtes ingénieuses & galantes , & pour
la célerité de l'exécution. * Pour en convain+
cre nos Lecteurs , nous allons tracer à leurs
yeux une juste idée du grand Bal Paré & Masqué
que le Roy donna à sa Cour dans les
grands Apartemens & la grande Galerie du
Château de Versailles , le Lundy 26. Janvier
1739. dont l'éclat mérite bien que le Mercure
de France en conserve le souvenir , &
que la Postérité y trouve undes plus grands
témoignages de la magnificence du Roy.
Le grand Salon d'Hercules , ( ainsi nommé
à cause de l'Apothéose de ce demi - Dieu. )
* Le Roy ayant donné ses ordres le Vendredy , tous
fut prêt pour le Lundy,
trèsEVRIER:
~ 1739 375
très-grande composition , que le célebre
FRANÇOIS LE MOINE y a peinte dans le Plfond
, d'une maniere inimitable * fut la
Piéce choisie pour le Bal paré.

On avoit construit des Gradins à quatre
marches , & de la même hauteur , adossés
dans les embrazures des sept croisées du
Salon , dont trois du côté du Jardin , &
quatre du côté de la Cour , le tout couvert
de tapis cramoisi. Ces places furent occupées
par les Dames de la Ville.
Il y avoit encore un autre Amphithéatre à
quatre marches de 30. pieds de long vis-à- vis
la Cheminée , & à la même hauteur des autres
Gradins , adossé contre le grand.Tableau
des Nôces de Cana , de PAUL VERONESE,
Cet Amphithéatre couvert de mêmes tapis,
fut rempli par les Dames de la Cour qui ne
dansoient point.
Le Gradin vis-à- vis , adossé à la Cheminée,
renfermoit cinquante Symphonistes du Roy,
tous en Dominos bleux.
L'enceinte pour la Danse étoit en quarré
de 18. pieds de large , sur environ 30.
de
long. Les Fauteuils du Roy & de la REINE ,
le Pliant de MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
au côté du Roy , & ceux de MADAME ELI-
& de MADAME HENRIETTE au
SABETH ,
On en trouvera la Description dans le Mercure
Octobre 1736. p. 2309.
sôté
>
386 MERCURE DE FRANCE
côté de la Reine , formoient la Ligne supérieure
en face du Gradin de la Musique . Les
Pliants des Princesses & ceux des Dames in-.
vitées , & qui dansoient , marquoient les
deux Lignes des côtés ; le Quarré étoit fermé .
par plusieurs rangs de Banquettes , occupées
par les Seigneurs de la Cour , nommés pour
danser au Bal Paré,
Derriere les Fauteuils du Roy & de la
Reine , étoient les Tabourets & Banquettes
pour le Service actuel de leurs Majestés
celui de Monseigneur le Dauphin & de
Mesdames de France. Les Banquettes derriere
les Pliants, étoient remplies par les Ambassadeurs
, les Envoyés , les Ministres , &
par des Dames & des Seigneurs de la Cour
qui ne dansoient point.
Ce superbe Salon , éclatant par lui-même
de Peintures , de Dorures , de Bronzes & de
Marbres exquis , étoit éclairé par sept grands
Lustres de cristal de roche , six sur les deux
côtés du Roy & de la Reine , le plus gros au
milieu ; le haut de tous les Gradins étoit terminé
par des Girandolles de lumieres , sept
sur chacun des grands , & cinq sur chacun .
de ceux des Croisées , dont trois en éclairoient
le fond , & les deux autres en saillie ,
ce qui formoir un double filet de lumieres
en dehors & en dedans. Les Trumeaux , au
nombre de six , étoient ornés en devant de
Pilastres
PEVRIER:
1739. 381
Pilastres , avec leurs piédestaux peints en
marbre , les moulûres & ornemens dorés ,
portant chacun une Gerbe de dix Girandoles
de cristal de roche , qui par leur éclat &
leur masse de lumieres interrompoient le filet
du pourtour .
Les quatre coins du Gradin de la Musique
, portoient chacun une Tige de 25. Lys
dorés & guirlandés de festons de cristaux
éclairés de grosses Bougies.
Les deux Tableaux du Salón , étoient couverts
de grands Rideaux de Damas cramoifi,
& ornés de festons de drap d'or , avec des
chutes pareilles.
3
Vers les sept heures du soir , le Roy passa
chés la Reine ; toutes les Dames s'y étoient
rendues dès cinq heures ; Leurs Majestés
, Monseigneur le Dauphin , les Dames
de France , les Princesses du Sang , & les
Seigneurs & Dames de la Cour , habillés
magnifiquement , & dont la parure ne se
faisoit pas moins admirer par la richesse & le
goût , que par l'éclat prodigieux des Pierreries
, se mirent en marche , & arriverent au
son de tous les Instrumens , répandus dans
toutes les Piéces des grands Apartemens , &
se placerent dans le Salon dont on vient de
parler.
MONSEIGNEUR LE DAUPHIN ouvrit le Bal
par un Menuet avec Madame ELISABETH
sa
382 MERCURE DE FRANCE
sa Soeur aînée ; il en dansa un second avec
MADAME HENRIETTE , sa Soeur cadette ;
tous trois charmerent cette Illustre Assemblée
, & firent voir autant de Graces dans
leurs Personnes , que le Sang y a mis de Noblesse.
Madame Henriette prit à danser ensuite
M. le Duc de Penthievre , qui dansa son
second Menuet avec Madame Elisabeth.
+
Après les Menuets dansés par les Dames
invitées & les Seigneurs de la Cour , on
dansa des Contre danses , où Monseigneur
le Dauphin , & Mesdames de France , n'excellerent
pas moins . La Duchesse de Luxembourg
& le Duc de la Tremoille se distinguerent
dans la Mariée qu'ils danserent. La
Princesse de Rohan & fe Marquis de Clermont
danserent un Pas de Deux qu'ils avoient
composé & qui fut fort goûté . La Comtesse
de Rotambourg& plusieurs autres Dames de
JaCour qui danserent à ce superbe Bal se firent
distinguer , ainsi que le Duc de Fitz - james .
Sur les neuf heures , le Marquis de Livry ,
Premier Maître d'Hôtel du Roy , entra dans
le Cercle par le côté de la Reine , accompagné
du Maître d'Hôtel en quartier ,
& suivi des Officiers de la Bouche , portant
dans des Bassins de vermeil & de magnifiques
Corbeilles , une Collation superbe , qui
fut présentée au Roy , à la Reine , & distri
buée ensuite à toute la Cour.
Après
5
383
FEVRIER
. 1739
>
Après la Colation leurs Majestés se reti
rerent , le Bal Paré cessa & vers les onze
heures le Bal Masqué commença dans tous
les Apartemens,
Toutes les Piéces en étoient éclairées d'un
grand nombre de beaux Lustres , & d'une
prodigieuse quantité de Girandolles de cristal
de roche , posées sur de magnifiques
Torcheres , dans les Croisées , & dans le
Pourtour de toutes les Piéces du grand Apar
tement.
La grande Galerie étoit illuminée de trois
rangs de gros Lustres à 12. Bougies , qui pré
sentoient , en y entrant , une Perspective de
Lumiere , refléchie encore dans les Glaces,
qui produisoit un coup d'oeil admirable.
Chaque Pilastre de cette Galerie , avoit
pour l'orner & pour l'éclairer , une Torchere
dorée , sur laquelle étoit posée une Girandole
à six Bobêches,,Les Vases précieux qui
sont sur les differentes Tables placées dans
la Galerie , portoient aussi chacun une Girandole
de Lumiere.
Dans le fond de la Galerie , à la distance
d'environ trois toises du Salon de la Paix , on
avoit dressé & illuminé un très -beau Buffet
pour la Colation.
Un pareil Buffet occupoit le fond du Salon
de la Guerre , qui répond à l'Enfilade des
grands Apartemens.
Le
384 MERCURE DE FRANCE
Le troisième étoit dans le Salon de Venus;
il avoit son issue par l'Escalier des Ambassadeurs
on ne peut rien ajoûter à la magnifi
cence , à la délicatesse , ni à la profusion de
ces trois Buffets ; l'excellence dés Mets &
des Rafraîchillemens distribués le jour & le
nuit , deur varieté , & la politesse des Officiers
qui les servoient , à tous les Masques
indifferemment , y confondoient le plaisir &
l'admiration , & répondoient royalement aux
grands sentimens de l'Auguste Maître qui
avoit ordonné la Fête.
On dansa jusqu'à huit heures du matin,au
son de plus de 3.00 . Instrumens placés sur
des Gradins dans toutes les Piéces , excepté
la Galerie , où l'on avoit mis des Banquettes
des deux côtés pour reposer les Masques.
Les Symphonistes étoient tous en Dominos
de diverses couleurs.
"
Le coup d'oeil de l'Illumination , & du
nombre infini de ' Masques qui s'étoient mis
sur tous les Gradins , ou qui dansoient dans
l'Enceinte du Bal Paré , étoit un Tableau
admirable , & qui formoit le Spectacle le
plus noble , le plus varié , & le plus brillant
qu'on ait jamais vû.
Toutes les Cours du Château , y compris
les Pavillons des Ministres , étoient dessinées
sur le Pavé , les Carreaux de marbre , & les
appuis des Grilles , par des milliers de grosses'
FEVRIER. 1739. 1739 .
385
ses Terrines , qui formoient un Amphithćatre
de Lumieres , dont l'aspect étoit surprenant
, en arrivant de Paris . Les Cours des
Princes & celle de la Chapelle , les Escaliers ,
les Galeries hautes & basses , étoient éclaizés
d'un nombre extraordinaire de pareils
Falots.
2
Cette Fête , qui , de l'aveu des plus anciens
Seigneurs de la Cour , passe pour une
des plus grandes & des plus brillantes qu'on
ait vûës dans les grands Apartemens , a été
ordonnée , en l'absence de M. le Duc de
Gêvres , que la maladie de M. le Duc de
Trêmes , son Pere , retenoit à Paris , par M.
le Duc de la Tremoille, Premier Gentilhom.
me de la Chambre de Sa Majesté.
4
L'Habit que le Roy avoit au Bal Paré ,
étoit de velours bleu cizelé , doublé de satin
blanc , avec une garniture de Boutons de
diamans ; le S. Esprit brodé en diamans ; des
paremens du même velours , & la veste,
d'une riche étoffe d'or.
La Reine étoit en grand Habit d'étoffe à
fond blanc , avec des colomnes torses brodées
en or , femées de fleurs nuées de soyez
le Corps - de - Robe entierement garni de
Pierreries, ayant un gros Collier de diamans,
d'où pendoit le Diamant en forme de poire,
nommé lé Sansi. Le fameux Diamant , qui
n'a pas son pareil en Europe , du poids de
$47.
386 MERCURE DE FRANCE
"
547. grains , nommé le Régent , faisoit l
principal ornement de la coëffure de S. M.
Monseigneur le Dauphin a donné plusieurs
Bals dans son Apartement , où les Dames de
France ont dansé , ainsi que plusieurs Seis
gneurs & Dames de la Cour.
Les Pages du Roy en donnerent un magnifique
dans les Apartemens de la grande
Ecurie à Versailles , que S. M. honora de sa
présence ; la Princesse de Rohan en fur la
Reine. Les Seigneurs & les Dames de la Cour
de la plus grande distinction , y assisterent.
Le Carnaval a été célebré cette année à
Paris avec beaucoup de magnificence , & de
transports de joye dans diverses Assemblées,
par des Jeux , des Festins , des Concerts &
autres Fêtes & Divertissemens du temps ,
lesquels ont été presque tous terminés par
des Danses particulieres & des Bals. Ceux
de l'Opera n'ont jamais été si suivis par un
grand nombre de Masques. Celui du Jeudi
gras fut un des plus beaux , par la quantité
de beaux Masques , par les ingénieux déguisemens
, & par les Personnes de la plus hau
te distinction , qui s'y trouverent.
Le 3 Fevrier , le Prince de Lichtenstein
Ambassadeur de l'Empereur , donna un trèsbeau
Bal dans son Hôtel ; il commença à
six heures du soir , & fut ouvert par le
Prince
FEVRIER. 1739 387
Frince de Brunswick , & par la Princesse
Therese , Niéce de l'Ambassadeur. Il fut interrompu
à dix heures , & on servit en même
temps un grand Soupé sur plusieurs Tables
, avec autant de profusion que de délicatesse
. Après le Repas , le Bal recommença,
& ne finit qu'à quatre heures du matin.
CEREMONIE DU BOEUF GRAS.
A
Paris , & dans la plupart des grandes
Villes du Royaume , les Garçons Bouchers
de chaque Quartier se rassemblent
ordinairement tous les ans le Jeudi gras , &
promenent par la Ville , au son des Instrumens
, un Boeuf qu'ils choififfent de belle
encolure , & qu'ils paremt de guirlandes de
fleurs & autres ornemens : on l'apelle à Paris ,
Le Boeufgras , & dans plusieurs Villes de
Province , Le Boeuf villé , parce qu'on le
promene par la Ville.
Cet usage , qui est fort ancien , paroît être
un reste de certaines Fêtes du Paganisme , &
singulierement des Sacrifices que l'on faisoit
aux faux Dieux. En effet , les Garçons Bouchers
s'habillent pour cette cérémonie , à peu
près de même que l'étoient les Esclaves des
Sacrificateurs ; le Beufgras est paré presque
dans le même goût , que ceux que l'on immoloit
pour victimes,& les Bouchers ont des
Inftrumens,comme on en avoit aux Sacrifices.
I Tout
388 MERCURE DE FRANCE
Tout ce qu'il y a de plus ici , c'est que
l'on met sur le Boeuf un Enfant , qui tient en
main un Sceptre , & que les Bouchers apellent
leur Roy, ce qui a fans doute été introduit
dans les temps , où la plupart des Com- .
munautés donnoient à leur Chef le titre
de Roy , comme les Rois de l'Arbaleste
& de l'Arquebyse , le Roy des Violons , &
plusieurs autres semblables .
Les Garçons Bouchers de la Boucherie de
l'Aport de Paris , n'ont pas attendu cette
année le jour ordinaire pour faire leur Fête
du Boeuf gras ; dès le Mercredi matin , 4. dù
mois de Fevrier , veille du Jeudi gras , ils se
rassemblerent , & promenerent par la Ville
un Boeuf, qui avoit sur la tête , au lieu d'aigrette
, une grosse branche de Laurier- cerise,
& il étoit couvert d'un tapis qui lui servoit
de housse.
Le jeune Roy de la Fête , qui étoit monté
sur le Boeuf gras , avoit un grand Ruban
bleu , passé en Echarpe , & tenoit d'une main
un Sceptre doré & de l'autre son épée nuë.
Les Garçons Bouchers qui l'accompagnoient,
environ au nombre de quinze , étoient
tous vétus de corsets rouges avec des trouffes
blanches , ayant sur la tête une espece de
tu ban ou de toque rouge , bordé de blanc .
Deux d'entre -eux tenoient le Bouf par les
cornes, & le conduisoient ; plusieurs avoientdes
FEVRIER. 1739 389
des Violons , Fifres & Tambours , & les autres
portoient des bâtons.
Ils allerent en cet équipage en differens
Quartiers de Paris , & principalement à
-PHôtel du Bailliage ,chés M. le Premier Préfident
, pour lui donner une Aubade.
Comme ce Chef du Parlement étoit en
core à la Grand'- Chambre , les Bouchers prirent
le parti de l'aller attendre sur son passage
; & pour cela ils firent monter le Boeuf
par l'Escalier de la Sainte Chapelle , & vin .
rent dins la Grand '- Salle du Palais , jusqu'à
la Porte du Parquet des Huiffiers de la
Grand' - Chambre. "
Lorfque le Premier Préfident fortit , ils se
mirent en haye fur fon paffage , & le saluérent
au fon de leurs Inftrumens. Pendantcette
Aubade ils avoient éloigné le Boeuf
gras vers le paffage des Enquêtes ; & après
que ce Magiftrat fut paffé , ils fe promenerent
avec le Boeuf dans plufieurs des Salles
du Palais , & le firent defcendre enfin par
l'Escalier de la Cour neuve , du côté de la
Place Dauphine ; & ils continuerent leur
cérémonie dans Paris.
On n'avoit point encore vû le Boeuf gras
dans les Salles du Palais , lefquelles font au
moins à la hauteur d'un premier étage ; &
on auroit peine à le croire , si un grand
nombre de Perfonnes n'avoient vû ce Spectacle
fingulier. I ij
Le
390 MERCURE DE FRANCE
Le lendemain des Bouchers d'un autre
Quartier promenerent auffi un Boeuf, mais
ils ne vinrent point au Palais .
Nous donnerons dans le Mercure prochain
, pour ne point exceder ici nos bornes,
des Remarques curieuses fur la Boucherie
de l'Aport de Paris , laquelle apartient à
préfent aux deux anciennes Familles de Saint-
Yon & Ladehort , celle des Thibert étant
éteinte par la mort de M. Thibert , Maître
des Comptes , arrivée en 1726,
SONNET
"
En Bouts rimés proposés dans le Mercure de
France , du mois de Décembre 1738.
H
Eureux qui dans son champ , le pied dans un
Sabot ,
Ne connoît ni les Grands , ni leur vaine
Il n'a pour l'obtenir nul besoin de
Largeffe,
Finesse
Faisant cas des Grandeurs comme d'un vil Jabot,
Le soir avec Alix il mange son
Elle est l'unique objet de sa vive
Gigota
Tendresse ,
Et sans avoir recours aux grands mots du Permeſſe ,
Si je changeois , dit- il , je serois un grand
Sota
Dans
FEVRIER. 1739% 395
Dans l'aimable Saison du Bachique
Preffoir
De la Liqueur vermeille un vaſte
Réservoir ;
Fait faire au Campagnard une joyeuse Mine,
On ne le voit jamais emporté Furieux
Donner à sa Moitié le nom de
Proserpine
Ni craindre qu'un Galant le rende Sérieux.
Par M. Ricand de Marseille.
MORTS ET NAISSANCES
E nommé Jean Duffeaux , Marchand à Beau-
Lmont en Argonne, y mourut il y a quelque
temps , âgé de ro8 , ans.
Le ... Janvier , François-Hiacynte de Ploeue
du Timeur, Evêque de Quimper,ou de Cornouaille ,
en Baffe Bretagne , mourut dans son Diocèse , dans
la
32. année de son Episcopat. Il avoit été d'abord
Vicaire Géneral du même Diocèse. Il en fut nommé
Evêque le 23 Décembre 1706. & fur sacré le
19 Juin 1707. dans l'Eglise du Noviciat des Jesuires
à Paris , par l'Archevêque de Tours , son Métropolitain
, affifté des Evêques de Bayonne & de
Saint Malo. Il fut Député des Etats de Bretagne
pour le Clergé en 1712. & il harangua le feu Roy
en cette qualité à la tête de la Députation de cette
Province le 13 Février 1713.
Le 31 Jean-Maurice de la Tour d'Apchier , Baron
de Thouras , Seigneur de Merdogne , de fa
Margeride , &c. apellé le Comte de la Tour d'Ap
Liij chier,
392 MERCURE DE FRANCE
chier , Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis
qui étant Capitaine d'Infanterie dans le Régiment
de Limofin , eut une jambe emportée à la Bataille
de Luzara, en Lombardie , le If Août 1702. mourut
à Langheac en Auvergne, âgé de 64 ans . Il avoit
eu un frere aîné , après la mort duquel , sans enfans
mâles , il prit le nom de Comte de la Tour , &
y joignit celui d'Apchier , en vertu d'une Donation
qu'Henri- Louis , Comte d'Apchier , son oncle
maternel , lui avoit faite de tous ses Biens , le 2
May 1710. à la charge par lui & ses descendans , de
porter le Nom & les Arnes d'Apchier. Il avoit été
marié le 18 Fevrier 1715. avec Claude- Catherine
de Sainctot , fille de feu Nicolas de Sainctot , Seigneur
de Vémars , Maître des Céremonies de
France , & Introducteur des Ambassadeurs , & de
Claude de Lisle . Il en laisse Louis -Claude Maurice
de la Tour d'Apchier , né le 28 Mai 1719. & Nicolas-
Julie de la Tour d'Apchier , né le 20 Août
1720. Chevalier de Malthe , qui sont de la même
Maison , & Parens du 7 au 8 degré du Duc de Bouillon
d'aujourd'hui , ayant pour Ayeux communs
Agne de la Tour , quatrième du Nom , Seigneur
d'Oliergues , & Anne de Beaufort , Vicomteffe de
Turenne, qui par leur Teftament mutuel du 4 Mars
1479. apellerent à la Suceeffion du Vicomté de
Turenne , Antoine Raimond de la Tour , leur dernier
fils , & Auteur de Jean -Maurice de la Tour, qui
vient de mourir , en cas de mort de ses freres aînés
sans enfans .
La nominée Antoinette le Vaffeur , mourut à Paris
au commencement du mois de Fevrier , dans la ruë
Bourg - l'Abbé , âgée de 107. ans.
Le premier Fevrier , Louis de Frétat , Comte de
Boiffieux , en Auvergne , Lieutenant Géneral des
Armées du Roy , Commandant les Troupes de M.
dans
FEVRIER. 1739: 393
dans l'Isle de Cor e , & Inspecteur d'Infanterie
mourut à la Baſtie. Il avoit été d'abord Capitaine
dans le Régiment de Loraine. Il fut fait ensuite
Colonel d'un nouveau Régiment d'Infanterie , cidevant
Tarnault , par Commiffion du 16 Fevrier
1707. Ce R giment ayant été réformé en 1714. il
eut en 1716 celui des Landes , & il fut fait Brigadier
d'Infanterie le premier Fevrier 1719. Il fat
nommé au mois d'Avril 1725. Ambaffadeur en
Dannemarck mais il n'y alla point. Le Régiment
de la Saare lui fut donné le 19 Septembre 1730 .
Il passa en Italie avec ce Régiment au mois
d'Octobre 1733. & servit au mois de Novembre au
Siege de la Gerra d'Adda , & au mois de Décembre
à celui du Château de Milan . Ayant été fait Maréchal
de Camp le 20. Fevrier 1734. il fut nommé aų
mois d'Avril suivant pour être employé en cette
qualité dans l'Armée d'Italie pendant la prochaine
Campagne. Il se trouva le 29 Juin au Combat de
Parme , & le 19 Septembre , à la Bataille de Guastalla.
Il fut blessé dans ces deux Actions , mais légerement.
I fit encore la Campagne de 1735 en
Italie. Il avoit été fait Inspecteur d'Infanterie au
mois de Jui let 1734. Il eut au commencement de
P'année derniere le Commandement des Troupes du
Roy, qui furent envoyées dans l'Isie de Corse, pour
y pacifier les troubles de ce Pays , & il fut d . claré
Lieutenant Géneral des Armées de S. M. le 24. Fevrier
dernier . Il étoit fils aîné de Jean - Bap iste de
Frétat ,Marquis de Boiffieux , Comte de Baumont, Seigneur
de Puibaudry , Jonsac , Lorme , &c. mort le
7 Novembre 1709. & de D. Therese de Villars ,
soeur du feu Maréchal Duc de Villars , mort à Turin
en 1734.
Le 7. D. Marie -Anne Robillard , épouse de Louis-
I ilij
Pierre394
MERCURE DE FRANCE
Pierre d'Hozier , Chevalier de l'Ordre de S. Michel
, Maître ordinaire en la Chambre des Comptes
, & Conseiller en l'Hôtel de Ville de Paris ,
Généalogifte de la Chambre, & des Ecuries du Roy,
avec lequel elle avoit été mariée le 23 Mars 1716 .
mourut âgée de 42 ans , laiffant fept enfans. Elle
étoit fille de défunt Georges Robillard , Conseiller-
Secretaire du Roy , Maifon , Couronne de France ,
& de fes Finances , ancien Notaire au Châtelet de
Paris , & de Marie- Anne le Boeuf.
·
Le 11. D. Julie-Françoise de Caftelane Adheimar
de Monteil de Grignan , veuve depuis le mois de
Décembre 1727. de Henri Eleonor Hurault , Marquis
de Vibraye , Comte de la Cuerche , Seigneur
de la Roche des Aubiers , de la Blottiere , &c . Lieutenant
General des Armées du Roy , avec lequel
elle avoit été mariée le 6 May 1689. mourut à Paris
, dans la 76. année de fon âge , laiffant pour en
fans , Paul Maximilien Hurault , Marquis de
Vibraye , Seigneur de la Roche des Aubiers , Mestre
de Camp d'un Régiment de Dragons , par
Commiffion du 20 Fevrier 1734. & marié au mois
de Juillet 1729 avec Anne Renée de Frémont d'Auneuil
, fille du Maître des Requêtes de ce nom ; &.
Dlle Julie-Augustine Hurault de Vibraye , non mariée.
La défunte étoit fille de François Adheimar
de Monteil de Caftelane d'Ornano , Comte de Grignan
, Chevalier des Ordres du Roy , Lieutenant.
Géneral de fes Armées , Lieutenant Géneral , &
Commandant pour S. M. au Gouvernement de Provence
, mort le 30 Décembre 1714. à l'âge de 85
ans , & de D. Angélique - Clarice d'Angeunes de
Rambouillet , fa premiere femme , morte au mois.
de Janvier 1665..
Le 14. D Antoinette -Juftine Paris , époufe , &
siéce de Jean-Paris de Montmartel , Confeiller du:
Roy
FEVRIER 1739. 395
Roy en fes Confeils , Garde du Tréfor Royal ,
Sécretaire de Sa Majefté , Maiſon , Couronne de
France , & de fes Finances , avec lequel elle avoit
été mariée par Difpenfe de Rome , le 10 Octobre
1724. mourut âgée de 26 ans & demi , laiffant un!
fils unique. Sa vertu , & les grandes charités qu'elle
faifoit , la font beaucoup regretter. Elle étoit fille
unique de feu. Antoine Paris , Confeiller d'Etat à
Brevet , ancien Tréforier Géneral des Finances de
la Province de Dauphiné , mort le 29 Juillet 1733 .
& de feuë Marie-Elifabeth- Jeanne de la Roche.
Le 27 Janvier , fut baptifé à S. Euſtache Pierre
Arnaud , né le jour précedent , premier fils , & fecond
enfant de Louis Arnaud de la Briffe , Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy , & de D.
Magdelaine Thoynard , mariés le 8 Août 1736. Il
a eu pour Parain Pierre Arnaud de la Briffe , Confeiller
d'Etat, & Intendant en Bourgogne . fon ayeut.
paternel , & pour Maraine , D. Marie de S Pierre ,
fon ayeule maternelle époufe de Barthelemi
Thoynard , Ecuyer , Seigneur de Cendré , Ligny ,
& Montfuzain , Baron de Vouldy , & de Monçay ,,
l'un des Fermiers Géneraux des Fermes Unies du
Roy..
2
On a omis dans le Mercure de Janvier dernier ,
en annonçant la mort du Duc de Brancas, page 189%.
de marquer qu'il avoit épousé en fecondes nôces ,
le 24 Fevrier 1738.Loüife - Diane- Françoise de Cler
mont- Gallerande , veuve de Georges - Jacques de
Clermont , fon Coufin , Marquis de Saint Aignan,
Colonel du Régiment d'Auvergne , Infpecteur
d'Infanterie , & Brigadier des Armées du Roy
mort le 6 Juin 1734. des bleffures qu'il avoit reçues ,
Colorno ; & fille unique de Pierre- Gafpard ,,
Lov Marquis
396 MERCURE DE FRANCE
Marquis de Clermont- Gallerande , Seigneur de
Loudon , Meru , &c. Chevalier des Ordres du Roy,
Maréchal de fes Camps & Armées, Premier Ecuyer
du Duc d'Orleans , & de Gabrielle-Françoiſe d'Ó.
*********
REFLEXIONS sur la Catastrophe de la
Tragédie nouvelle de Mahomet II.
'Accueil gracieux que l'on fait à la Tragédie
L'de Mahomet 1 1. doit animer l'Auteur à pourfuivre
avec courage une carriere dans laquelle il
entre fi glorieufement . La voix du Public eft assés
flateufe , fes aplaudiffemens font d'un affés grand
prix , pour l'encourager à cueillir des Lauriers ,
dont fa premiere Tragédie lui répond pour celles
qui la fuivront.
Aplaudiffons en géneral à la vive imagination du
Poëte , à la force de fon génie , qui l'a mis en état
de traiter ce fujet . Dans le détail , la Critique aura
quelque prife fur des Caracteres moins foûtenus ,
des Endroits plus foibles que les autres , fur des
Expreffions brillantes & figurées , qui reviennent
un peu trop fouvent.
Tous les fuffrages fe réuniffent en faveur de l'Aga.
C'eft de toute la Piéce le Perfonnage le plus beau
& le mieuxpeint. Quelle efperance doit - on concevoir
d'un Poëte , qui peut rendre fi fortement une
veitu auffi pure & auffi audacieuſe ? On auroit feulement
fouhaité quelque gradation du ton le plus
humilié , qu'il prend d'abord , au ton le plus fier ,
qui le fuit de fi près.
C'eft un Problême de fçavoir fi le Poëte eft plus
à louer , qu'à blâmer , d'avoir facrifié à l'opinion
génerale la hardieffe de la Cataftrophe , qui fe préfentoir
FEVRIER. 1739. 397
·
fentoit d'elle -même , & qu'il a fans doute écartée,
par refpect pour un ufage , dont les exemples des
plus célebres Tragiques ont fait une des Regles du
Théatre , au joug defquelles il eft dangereux de ne
pas le foumettre,
La Scene Françoiſe ne doit point être enfanglantée
; elle ne veut point voir répandre de fang par
une main étrangere ; cette action répugne à nos
moeurs ; voilà la Regle dont on eſt eſclave , fans
trop fçavoir pourquoi. Cependant on voit fans
effroi le fang des Tyrans , qui fe défont eux-mêmes
; ce n'eft donc point l'image d'une mort ſanglante
, qui fait frémir , ce font les circonstances
qui l'accompagnent. L'inftant où Mahomet leve
le poignard fur fon Amante , paroît renfermer
quelques-unes de ces circonftances , fous lefquelles
la Regle peut plier. Cette fituation , quelque
imparfaite qu'elle foit , produit néanmoins un grand
effet. Le Spectateur eft émû , il court audevant
du
coup qu'il croit voir fraper , s'il l'étoit en effet , il
feroit moins faifi d'horreur , il feroit plus touché
de pitié . Irene , fidelle & malheureufe , feroit couler
des larmes voluptueufes Mahomet nos paroît
plus ambitieux que cruel ; fa fureur ne répand point
ces mouvemens fombres , que les meurtres barbares
jettent dans tous les coeurs . Ce coup enfin n'offenferoit
point nos moeurs , puifque ce ne font
point elles que l'on repréfente , mais celles d'une
Nation que nous fommes accoûtumés à regarder
comme fanguinaire & barbare : ce préjugé nous eft.
fans doute venu des guerresdesCroilades,il eſt ſi fort
dans le Public , qu'on auroit peine à l'en effacer.
Le Poëte étoit donc apuyé de l'opinion commune,
& de fon art particulier , pour confommer la Cataftrophe
la plus terrible & la plus complette qu'on
ait vûë jufqu'à préfent ; il n'avoit qu'à ofer , le fuccès
étoit affûré pour lui. Ivj
Au
398 MERCURE DE FRANCE
Au Théatre , l'ame du Spectateur ne fe remue
que par dégrés ; fi le mouvement qu'elle prend , në
va pas en augmentant , elle retombe dans une triſte
létargie : on l'éprouve dans cette Piéce . A la vûë
du poignard de Mahomet , la pitié commençoit à
semparer du coeur ; la fituation change ; alors cette
même pitié n'agit plus , la tiédeur lui fuccede .
Mahomet menaçant les jours d'Irene , excite les
mêmes paffions que Camille , Sangaride , & Zaire ,
tuées derriere la couliffe . Qu'il me foit permis,
d'interroger les Spectateurs. Je les prie de me
dire , file Sultan , au lieu de laiffer tomber le poignard
; au lieu de laiffer refroidir le mouvement de
La paffion , s'il immoloit en leur préfence l'infortunée
victime de fon ambition , ne pafferoient- ils.
pas de la terreur à la pitié ? Voilà l'effet du Dramatique.
L'interruption que le Poëte a été con--
traint d'aporter à ce grand coup , les fait paffer de:
Pépouvante au calme , voilà l'effet de la Regle
entierement oposée aux mouvemens que la Tragé
die doit exciter.
20
Si les Poëtes ont évité juſqu'à préfent de faire
tremper publiquement une main étrangere dans
le fang , c'eft que les paffions qui arment ceux
qu'ils ont mis dans ces fituations , ne font ni affés
nobles à nos yeux , ni affés connues de nous , pour
dérober l'horreur qu'une mort violente imprime
dans le coeur. Orofmane auroit fait l'acte le plus
odieux & le plus barbare , s'il eût tué Zaïre en
public ; on n'auroit vû en lui qu'un boureau cruel ::
le fang de cette Amante malheureuſe , ainſi verſé ,
auroit glacé d'effroi , le Public auroit fur un femblable
Spectacle , quelqu'attrayant qu'il eût été
d'ailleurs , parce qu'elle périt par un emportement
de jaloufie , qui , dans l'ordre des paffions , en eft
une pour nous des plus inferieures & des plus fubalternes,.
Camille
FEVRIER. 1739. 399
Camille eft tuée par un motif plus grand , plus
élevé ; mais l'Héroilme Romain , qui va juſqu'à
étouffer la voix de la Nature & celle de la fimple
humanité , n'eſt point affés connu de nous ; ainſi ,
Horace , devroit être caché à nos yeux , pour enfoncer
le poignard dans le fein de fa foeur.
Mais comme l'ambition eft plus chere aux François
, comme elle eft leur paffion favorite , ils verront
toujours avec plaifir les autres paffions facrifiées
à cette fouveraine. Dans un coeur ambitieux
tout ce qui s'opoſe à ſon torrent , doit difparoître ;
il détruit , il dévore tout. Amour , Maîtreffe , fe
font de trop foibles digues pour l'arrêter ; qu'il aille
dans fes excès jufqu'à tuer à nos yeux une Maîtreffe
, qu'il regarde comme un obftacle à ſa gloire ,
la paffion nous paroît violente , outrée , mais au
fonds il y a dans fon impétuofité une certaine nobleffe
qui la rend moins hideufe.
Lorfqu'un Poëte frape ces grands coups fur le
Théatre , ( c'eft- là feulement & dans les Romans ,
qu'on peut donner à la cruauté une aparence de
vertu , ) il faut que le motif qui le produit , faffe:
concevoir quelque chofe de plus grand au - delà du
coup même. Ainfi Mahomet donnant aux yeux
du
Public la raort à Irene , auroit fait voir que l'Amour
dans le coeur d'un Conquérant ,, cede à la Gloire ;
ce motif auroit fait difparoître toute la noirceur du
coup ; on auroit admiré l'ambitieux ,, (ans trop blâmer
fa cruauté.
Notre Théatre eft ouvert depuis trop long-temps :
aux demi-Vertus ; quand y verrons- nons paroître la
vertu toute entiere , pour l'inftruction des . Spectateurs
? Non qu'il faille y faire couler des ruiffeaux
de fang , Spectacle cruel , inhumain , dangereux
même , quoique tout n'y foit que fiction ! Mais enfin
eft- il raifonnable qu'un Poëte perde tout le
griz
400 MERCURE DE FRANCE
prix & tout le mérite de fa Tragédie , pour une
vaine délicateffe , qui ne lui permet pas d'ofer enfanglanter
le Théatre , tandis qu'il peut librement
égorger , fans qu'on en frémiffe d'horreur , les mêmes
victimes derriere la Scene ? Que tout foit égal ;
il faut abhorrer le fang , foit qu'il coule devant ou
derriere une Toile , voila la parfaite humanité.
Mais s'il eft néceffaire pour la perfection du Spectacle
, que le fang foit verfé , nous fommes les dupes
de la gêne qu'on impoſe aux Poëtes , nous les obligeons
à nous priver des plus grandes beautés de
leur Art.
Par les refléxions que je viens de faire , on a droit
de conclure , que M. de la Noue pouvoit , fans blesfer
nos moeurs , fans effaroucher le Spectacle , &
fans crainare de paffer pour cruel , il pouvoit , disje
, rendre au naturel la cataftrophe de Mahomet ;
fa Piece auroit eu une fin beaucoup plus grande &
plus éclatante ; il pouvoit le débaraffer du préjugé ,
& nous aurions dit avec Horace :
Nil intentatum noftri liquere Poët&.
Nos grands Poëtes ont tout ofé.
Ce 28. Février 1739 .
ADDITION
Aux Nouvelles Etrangeres .
ESPAGNE ..
A convention conclue entre le Roy d'Eſpagne &
LS.M.Br. poron conclud en puis
rien tant que d'entretenir & de fortifier la bonne intelligence
qui subsiste si heureusement entre elles
on travaillera incessamment avec toute l'aplication&
la diligence possibles pour parvenir à une fin si désiderable
FEVRIER. 1739. 401
sirable ; qu'à cet effet S. M. C. & le Roy de la
Grande-Bretagne , immédiatement après avoir arrêté
la présente Convention , nomme ont respectivement
des Ministres Plénipotentiaires qui s'assembleront
à Madrid dans le terme de six semaines ,
compter du jour de l'échange des Ratifications ,
afin de regler les prétentions des deux Couronnes,
tant sur le Commerce & la Navigation en Europe
& en Amérique, & sur les limites de la Floride & de
la Caroline , que sur tous les autres points qui demandent
d'être décidés , le tout selon les Traités de
1667. 1670. 171f . 1721. 1728. & 1729. compris
l'Assiento des Negres & la Convention de l'année
1716 ; que les Ministres Piénipotentiaires finiront
leurs Conférences dans le terme de huit mois, après
l'échange des Ratifications ; que le Reglement des
limites de la Floride & de la Caroline , lequel devoit
ainsi qu'on en étoit convenu précédemment , être
fait par des Commissaires nommés d'une & d'autre
part , sera commis de la même maniere aux Minis .
tres Plénipotentiaires qui seront chargés de l'établir
solidement ; que pendant la durée de la Négociation
les choses demeureront dans la Floride &
dans la Caroline dans le même état qu'elles sont à
présent , sans qu'on puisse augmenter les Fortifications
des Postes , ni en occuper de nouveaux
& que les deux Puissances feront expédier à
ce sujet les ordres nécessaires , aussi – tôt après
la signature de la présente Convention ; qu'après
un mûr examen des Créances & des prétentions
des deux Couronnes & de leurs Sujets respectifs
, pour la réparation des dommages soufferts
de part & d'autre , & après avoir consideré toutes
les circonstances qui ont raport à ce point important
, le Roy consent de payer à S. M. Br . la somme
de 95000, livres sterings , qu'on a jugée être
dúë
402 MERCURE DE FRANCE
dûë à la Couronne & aux Sujets de la Grande Bre
tagne , déduction faite des Créances de la Couronne
& des Sujets d'Espagne , afin que cette somme,
conjointement avec ce que le Roy d'Angleterre a
reconnu être du de la part de la Grande - Bretagne
à l'Espagne pour ses prétentions , puisse être em
ployée par S. M. Br. pour le décompte & le payement
des Créances de ses Sujets , qu'on ne pourra
prétendre que ce décompte réciproque s'étende en
aucune maniere aux différends & comptes à regler
entre la Couronne d'Espagne & la Compagnie de
l'Assiento des Negres , ni à aucune des Conventions
qui peuvent subsister entre chacune des deux Couronnes
& les Sujets de l'autre , ou respectivement:
entre les Sujets des deux Nations ; qu'on excepteras
aussi toutes les prétentions de cette Classe , mentionnées
dans le Plan qui a été présenté à Seville ,
par les Commissaires de la Grande- Bretagne , &.
comprises dans le compte qui a été arrêté derniérement
à Londres des dommages soufferts par les
Sujets de S. M. Br. spécialement les trois parties
mises dans le Plan indiqué ci - dessus , lesquelles se
trouvent en une seule dans la somme de 119Ƒ12.
écus , trois Reaux Quartos de Plata ; que les Sujets
d'une & d'autre part auront la liberté de recourir
aux Loix ou de prendre a'autres mesures convenables
pour faire remplir les susdites obligations de la
même maniere que si la présente Convention n'éxistoit
pas que la valeur du Vaisseau la Placa de
Lana , qui fut pris & conduit au Port de Campêche
en 1732. celle du Royal Charles , du Despacho
du Georges , & du Prince Georges , qui ont été conduits
à la Havane en 1737. & celle du Saint James ,
qui a été conduit à Porto Rico dans la même année ,.
ayant été comprises dans l'appréciation faite des
pretentions des Sujets de la Grande- Bretague , ainsi.
que
FEVRIER. 1739. 40%
que la valeur de beaucoup d'autres prises faites antérieurement
, s'il arrive qu'en conséquece des ordres
expédiés par la Cour d'Espagne pour leur restitution
, cette restitution ait été executée en tout
ou en partie , les sommes seront déduites sur les
95 coo. liv. sterlings qui doivent être payées par la
Cour d'Espagne , selon qu'il est stipulé , bien entendu
qu'on ne retardera pas pour cette raison le
payement de ces 95000. livres sterlings , sauf la
restitution de ce qui aura été déja reçû , que la présente
Convention sera aprouvée & ratifiée par le
Roy & par S. M. Br. & que les Ratifications s'échangeront
à Londres dans le terme de six semaines
, ou auparavant , s'il est possible , à compter du
jour de la signature .
Outre les Articles contenus dans cette Convention
, le Marquis de la Quadra , Secretaire d'Etat &
del Despacho Universal , & M. Keene , Ministre du
Roy de la Grande -Bretagne à la Cour d'Espagne ,
ont arrêté & signé deux Articles séparés , par lesquels
il est dit qu'en conséquece de la résolution
prise par le premier Article de la Convention , de
nommer respectivement de la part des deux Cours ,
immédiatement après la signature de cette Convention
, des Ministres Plénipotentiaires pour conclure
un Traité solemnel , qui éloigne dans la suite tout
sujet de plainte entre les deux Couronnes , le Roy
nomme Don Joseph de la Quintana , du Conseil
Suprême des Indes , & Don Etienne de Maria , Sur-
Intendant des Comptes du même Conseil , pour ses
Ministres Plénipotentiaires , & que S. M. Br. nomme
pour les siens M. Keene & M. Abraham Castres,
Consul General de la Nation Angloise dans le
Royaume d'Espagne ; que ces Ministres Plénipotentiaires
recevront immédiatement après la signature
de la Convention, leurs instructions pour com
mencer
06 MERCURE DE FRANCE
Reine , ayant sur lui des odeurs trop fortes , fa
Reine se trouva fort mal , mais qu'elle revint de så
foibleffe peu après qu'on eut fait retirer ce Religieux.
-ISLE DE CORSE.
Es Avis du 20. Février , portent , que les Rebelles
paroiffoicht plus déterminés que jamais à
faire une vigoureuse réfiftance , que le nommé Luc
Ornano , en qualité de leur Capitaine Géneral ,
avoit fait publier plufieurs Ordonnaces , remplies
de termes très-injurieux pour les Génois , par lesquelles
il défendoit aux Corses , sous peine de la
vie & de la confiication de leurs biens , d'entretenir
directement ni indirectement , aucune forte .
de relation avec les Sujets de la République, qu'une
Tartane , portant Pavillon du Pape , avoit débarqué
dans une Rade de l'Ifle , quelques Officiers
Etrangers , qui avoient affûré que le Baron de Neuhoff
s'y rendroit avant la fin du mois de Mars , &
que les Reber es ne doutoient prefque point que ce
Eguna ne towns les joindre ; que leurs Chefs
avoient convoqué une Affemblée génerale à Campolaro
, & qu'ils avoient fait avancer 2000 hommes
dans les environs , afin d'éviter toute surpriſe.
On a apris depuis , qu'un Detachement qu'on
avoit fait fortir de la Baftie, pour attaquer un Parti
des Rebelles, l'avoit entierement défait, & que plufeurs
Rebelles avoient été tués dans cette occasion.
-Les mêmes Lettres marquent , que la Frégate &
la Barque du Roy de France étoient parties pour
Ajaccio , d'où il étoit venu un Officier de la part
du Gouverneur , pour demander un renfort de
Troupes , parce qu'il craignoit que les Habitans
ne fe foulevaffent , les Corfes qui font dans les Vil-
Les n'étant pas en général mieux intentionnés que
ceux qui tiennent la Campagne.
TEVRIE R. 1739. 40%
GRANDE - BRETAGNE .
A Chambre des Communes s'étant affemblée
Lie 16. de ce mois en grand Committé , réfolut
d'accorder un subside au Roy , & il fut décidé
qu'on délibereroit le jour faivant fur le nombre des
Matelots qu'on employeroit cette année ſur laFlotte,
L'Orateur informa enfuite la Chambre , que le Roy
avoit fait la réponſe fuivante à l'Adreffe que les Dé
putés de la Chambre avoient préfentée le 14. à S.M.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES.
Je fuis très-fenfible aux marques que vous me
donnez de votre fidelité de votre affection. C'est
un grand plaisir pour moi , que de vous voir aprouver
mes efforts pour la tranquillité publique, & vous pou
vez être affûrés que j'employerai toujours mes foins ,
autant qu'il dépendra de moi, pour procurer le bonheur
la sûreté de mes Sujets.
J LOTERIE de Commercy troisiéme
Tirage. Dernier Avis.
Malgré la réfolution formée de ne jamaisprolonger
les Tirages indiqués , on eft forcé de
remettre au 18. Mars 1739. le troifiéme Tirage
qui avoit été annoncé pour le 26. Fevrier .
Il faut dix jours entiers , tant pour la vérifica
tion des Regiſtres , que pour l'impreffion de l'étar
des Billets qui feront mis dans la Roue.
Il faut encore que cet Etat foit donné au Public
avant le départ des Notaires & Directeurs , afin que
les Intereffés à la Loterie ayent un temps fuffifant
pour vérifier les Billets , & qu'on ait auffi celui de
pouvoir réparer les erreurs avant le Tirage ; il eft
prefqu'impoffible qu'il ne s'en trouve quelques-unes
dang
408 MERCURE DE FRANCE
dans une affaire que la grande quantité de Lacunes
rend très-épineule.
On sent aisément que ces vingt jours de délai ne
sont pris que par un motif d'une plus grande exactitude
, & pour la commo ité du Public , on auroit
été obligé fans cela de forcer le temps de la Recette
, au préjudice des Intereffés , & ceux des Provinces
principalement , n'auroient pas eu le temps qui
leur avoit été promis.
Le Public eft donc averti , qu'il y aura une eſpace
de dix ours pour la vérification des Billets fur PEtät
des Lacunes , à commencer du jour que l'Etat
paroîtra, jufqu'au départ des No aires & Directeurs,
pendant lequel temps on fera en état de faire réformer
les erreurs , s'il s'y en trouve mais le temps
expiré , les Porteurs des Billets qui auroient été obmis
par mégarde , ne feront plus admis à les faire
réabiliter pour ce prochain Tirage , & ils ne pour
ront prétendre autre chofe que les 30. liv & 60. liv.
qu'on leur rendra par Billet , felon fon fpece .
J
APROBATION.
'Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le Mercure de France du mois de Février , &
J'ai cru qu'on pouvoir en permettre l'impression .
A Paris , le premier Mars 1739 .
HARDION.
TABL E.
IECES FUGITIVES , & c. Ode au Duc
P₁de Villars ,
Reflexions fur les Cadians Solaires ,
Fable ,
197
201
207
Extrait de Lettre fur les effets que produit le Soleil
de Solſtice en Soiftice , & de la difference des
Equinoxes aux Equinoxes ,
Les Auteurs anciens , Epitre à mon Singe ,
Le Temple de Diane , Cantate ,
Bouts - Rimés ,
209
223
227
232
Lette écrite de Rheims , fur un ancien Monument
,
Ode ,
Essai sur P'Histoire du Nivernois ?
Les Caprices de l'Amour , Eglogue , &c.
233
236
241
259
262
Machine pour marquer exactement les differentes
mefures des Airs de Mufique ,
Ode Sacrée , 268
Journal d'un Voyage de Conftantinople à Smirne ,
& c . 273
Les Avantages de l'eau fur le vin , Stances , 286
Refléxions , 28.7
Enigme , Logogryphes , & c. 296
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX- ARTS ,
& c. 301
Lettre de M Pabbé d'Olivet au Préfident Bouhier
307
Les Mules Piece Dramatique ,
308
Nouveaux Amuſemens du Coeur & de l'Eſprit , 309
Stances fur le Coup d'oeil careflant . 310
Traité des Eaux Minérales,Bains & Douches,&c. 3 1.5
Nouvelle Traduction de Ciceron , &c .
Nota refiitutiones , &c.
317
325
Hiſtoire Génerale des Céremonies , Moeurs & Coûtumes
Religieufes de tous les Peuples , & c. 329
Cultoribus Erudita Antiquitatis , & c. 336
Affemblée publique de la Societé Royale de Montpellier
,
Nouvelles Eftampes ,
337
338
Hiftoire de Pandore , nouveau Spectacle en Perspective
,
340
Chanson notée ,
Spectacles. Les Sinceres , Comédie , Extrait ,
Parodie d'Alceste ,
Sur la Comédie de l'Ecole du Temps , Vers ,
Vers à Mlle Gauffin ,
342
345
351
354
356
Nouvelles Etrangeres , de Turquie , Suede , & Allemagne
, 357
Italie , Florence , Mantouë , de la Baftie , &c. 361
Grande Bretagne , &c.
363
France , Nouvelles de la Cour, de Paris , &c. 366
Nouveaux Chevaliers du S. Efprit ,
Fête célebrée ſur la Canonifation de S.J.F.Régis , 374
Bal du Roy
Céremonie du Bouf gras ,
Sonnet en Bout - Rimés ,
Morts & Naiffances ,
Addition aux Nouvelles Etrangeres ,
Refléxions fur la Tragédie de Mahomet II.
Loterie de
Commercy ,
Errata de Janvier..
368
378
387
390
391
396
400
407
P15, 24. 18 Hôtel ,D. Paul. 2. 10. let. Age 24. ligne 3. la Beffiere , lisez la Buffiere.
Ville,1. Eglife. P. 153. 1. 25. Quadalaxa , l. Quada.
laxara. P. 190. l. 3. 1721. k. 1731.
Fantes à corriger dans ce Livre.
Age 203.
P18d. 193.light.1. à la m. p. 1 1. leversdone
à la memoire , ôtez ce mot.
la rime eſt allarmes , eft ifo é & n'a point de compagnon
dans le Manufcrit de l'Auteur. P. 256 1. 19
demeurez , l. reftez . P. 258. 1. 20. dans , l . pendant.
La Chanson notée doit regarder la page
344
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le