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1738, 07-08
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MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
JUILLET. 1738 .
URICOLLIGIT
SPARGIT
Chés.
JR
A
PARIS , Q
GUILLAUME
CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve
PISSOT , Quay de Conty ,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC.
XXXVIII.
Avec
Aprobation & Privilege du Roy
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
8352
A
VIS
.
ASTOR.
LONE
TILDET
*
و
,
DRESSE generale eft à
"Monfieur MOREAU
Commis au
Mercure vis - à- vis la Comédie Franfoife
, à Paris. Ceux qui pour leur com™
modité voudront remettre leurs Paquets ca
chetés aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voys
pour les faire tenir.
à
On prie très-inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner ,
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , on aux Meſſageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX . Sots
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT.
JUILLET.
1738.
PIECES
FUGITIVES ;
S
en Vers et en Prose.
LA
HAINE,
ODE.
Cavantes Nymphes du Parnasse ,
S
Si jamais vous eûtes pitié
Des malheurs qu'à l'humaine race
Causa souvent l'inimitié
Déesses , soyez -moi propices ;
Contre le plus cruel des vices
Ai Armen
ง ว
وج
1460 MERCURE DE FRANCE
Armez votre séverité .
D'une voix pénétrante et forte ,
Blâmez les excès où se porte
L'homme contre l'homme irrité.
*
Pour le désir de la vengeance ,
Muses , donnez-lui tant d'horreur
Qu'enfin une noble indulgence
Succede à sa lâche fureur ;
Qu'en ses yeux désormais l'on voye
Briller l'assurance et la joye ,
Au lieu du trouble et de l'ennui ;
Et qu'au mépris d'un faux systême ,
Il devienne ami de soi- même ,
En cessant de haïr autrui .
*
Peuples , dont un instinct sauvage
Regle les sentimens pervers ,
Et dont cet orgueilleux rivage
Est séparé par tant de Mers ;
Vous , chés qui l'homme impitoyable
Du corps fumant de son semblable
Se fait de monstrueux festins ;
De vos forfaits , Peuples impies ,
On voit les fidelles copies ,
Dans nos désordres intestins .
Out
JUILLET. 1738
1461
Oui , ce seroit peu que la Guerre y
Employant la flamme et le fer¸´
Eût tant de fois rendu la Terre
L'horrible image de l'Enfer ,
Si Pentêtement , l'hérésie ,
L'ambition , la jalousie ,
Les faux soupçons , les noirs complots ;
Tyrans implacables des hommes ,
Du triste climat où nous sommes
Ne bannissoient pas le repos."
Combien de fois cet Hémisphere ,
Non sans en frémir , a-t'il vů
Dú sang de son malheureux frere
Le frere indignement repu
Est-il parjures , sacrileges ,"
Intrigues , fureurs , sortileges
Trahisons , souplesses , détours ,
A qui , dans nos projets iniques
Honteux , criminels , politiques ,
Nous n'ayons sans cesse récours ?"
*
Sur tout , quand l'interêt nous guide ,
Ses absolus commandemens
De l'amitié la plus solide
C
A iij Sapens
$461 MERCURE DE FRANCE
Sapent toujours les fondemens.
D'Alecton sanguinaire Eleve ,
I aiguisa le premier glaive ,
Et chassant l'équité des coeurs ,
substitua par ses ruses
Un vil amas de Loix confuses
A l'Empire des bonnes moeurs.
*
Et toi , dont l'éloquence outrées .
Consiste en des cris infernaux ,
Qui dé la fugitive Astrée
Usurpas les saints Tribunaux ;;
Hydre qu'anime la vengeance ,,
Que suit la fatale indigence ,.
Que conduit l'obstination ,
Chicane , indomptable génie ,
Quels objets offre ţa manie
A ma juste indignation 1:
Les Loix les plus sages détruites
Par des sophismes effrontés ;
Des Veuves à la faim réduites ,
Des Orphelins déshérités ;
L'impunité vendue au crime ;;
A son possesseur . légitime:
U
JUILLET. 1738. 142
Un bien pour jamais interdit ;
L'innocence qu'on persécute ;
Et le droit le plus ferme , en butte
A l'opression du crédit.
*
Mais quelle voix audacieuse
Éclate en discours menaçans ?
Quelle langue malicieuse
Exerce ici ses traits perçans ?
Craignez , Ennemis implacables ;'
Craignez pour vos têtes coupables
Ees' rigueurs du courroux divin
Et que le Ciel , en sa Justice ,
D'Eteocle et de Polinice ,
Ne vous ait réservé la fin.
Témoins d'un Spectacle barbare ,
Que dis-je ? Nous n'esperons pas
Que la haine qui vous sépare,
Puisse céder même au trépas .
Cruels , vos ombres parricides
Iront se joindre aux Eumenides
Pour troubler l'Empire des Morts
Guidés par vos conseils funestes
De votre sang les tristes restes
Hériteront de vos transports.

A iiij. Ainsi
184 MERCURE DE FRANCE
Ainsi donc vaincus par la force
Du plus execrable poison ,
Vous faites un honteux divorce
Avec votre propre raison ,
Malheureux prenez pour modeles
Les Colombes , les Tourterelles ,
Qu'un tendre amour unit toujours
Ou dans quelque sombre boccage
Allez écouter le langage
Des Loups , des Tigres et des Ours.
Vous , Muses , allez les premieres
Vers ces Animaux ravissans ,
Er daignez de quelques lumieres
Eclairer leurs aveugles sens.
Instruits de nos moeurs intraitables ,
Par cent reproches équitables
Ils pourront nous faire trembler ;
Plus épouvantés de connoître
L'orgueilleux qui se dit leur Maître ,
Qu'envieux de lui ressembler.
*
C'en est trop ; gardez le silence ;
Barbares Hôtes des Forêts ;
Hélas ! de notre ressemblance
Il suffit d'avouer les traits ,
Quand
JUILLET. 1738.
1738. 1465
Quand la Terre ignoroit encore
Les malheurs qu'aporta Pandore ,
Les crimes de Thebe et d'Argos ,
L'homme goûtoit un sort celeste ,
Mais quoi la discorde funeste
Nous a tous rendus vos égaux.
**
2
LETTRE de M. D. L. R. écrite à
M. Maillart, ancien Avocat au Parlement,
au sujet de la Fabie Turque du Kaïmak
&c. et de la prétendue permission de boire
du vin , accordée aux Janissaires , &C .-
V
Ous ne vous vous êtes pas trompé ,
Monsieur , lorsqu'après avoir lu la Fable
Turque , imprimée dans le premier Vo
lume du Mercure de Décembre dernier ,
Vous avez jugé par la tournure de cette Piece
, par la Versification aisée et par d'autres
circonstances , qu'elle est de la façon de
notre cher M. Desroches , qui excelloit dans
ces sortes de compositions. Je ne sçais pourquoi
on a omis de mettre son nom à la
fin , quoiqu'il ne soit point dans l'Originaly
qui est tout écrit de sa main ; mais vous
Vous trompez , M. lorsque vous n'attribuez
les Notes qui suivent, car elles sont , je vous
ΑνA v assûre ,
1466 MERCURE DE FRANCE
assûre , sorties de la même plume , à la réserve
de quelques courtes Additions et légeres
corrections que j'ai faites pour rendre
ces Notes encore plus claires et plus utiles.
J'ai cependant fait une petite omission dès
la premiere Note , laquelle je vais réparer ici ;
la Provence m'en remerciera.
On voit au commencement de cette Fable
, qui est originairement d'un Ecrivain
Turc ,,
que l'Homme au Kaimak , étoit un
Habitant du Fauxboug de Prusse , Ville de
Bythinies, aujourd'hui nommée Brousse. Le
Poëte fait entendre ensuite que le Kaïmak
se fait dans les Villages des environs de
Brousse . La seconde des Notes explique ce
que c'est que ce Laitage , et la maniere de le
faire. Par cette Explication il n'y a point de
Provençal qui ne reconnoisse aisément que
le Kaimak de Turquie , et cette espece de
Fromage mol de son Pays , qu'on apelle
Brousse , est la même chose , avec cetre singularité
que les Provençaux ont donné au
Kaimak des Turcs le nom même de la Ville
dans le Territoire de laquelle on le fait
vous trouverez je crois , cette étimologie
toute naturelle et semblable à celle de nost
meilleurs Fromages , qui tirent leur nomination
des Lieux où ils sont faits. Il est naturel
aussi de penser que quelqu'un de nos Négocians
Marseillois ayant trouvé à Brousse
lel
JUILLET. 1738 . 1467
le Kaimak de son goût , en a le premier introduit
l'usage dans son Pays , et qu'au lieu
du nom Turc il lui a donné celui de la
Ville où il en avoit mangé pour la premiere
fois , & c.
,
Au reste , comme chaque Pays a ses Usa
ges , chaque Pays a aussi ses Mets particufiers.
Ainsi le Kaimak , qui est propre à
quelques Lieux de l'Asie Mineure , et qui ,'
comme je viens de le dire , est aussi en usage
en Provence sous le nom de Brousse , n'est
pas un Laitage universellement connu dans
le Levant , quoique la 11. Note márque
qu'il est très en vogue dans la Turquie , expression
, selon moi , un peu trop générale.
Je n'en ai point vû en effet dans toute la
grande Province de Syrie , qui contient
cómme yous sçavez , la Palestine , &c. Dans
ce Pays- là , au lieu de Kaimak , on a le
Leben , autre espece de Fromage mol fort
agréable au goût , quoique inêlé d'un petit
filet d'aigreur. On est si friand de ce Leben
que j'ai vu un Syrien de la Ville de Baruth
qui ne se plaisoit pas à Constantinople , parcé
qu'il n'y trouvoit pas du Leben , ce qu'il
exprimoit plaisamment en sa Langue Arabe,
qui est très -énergique ; et moi , qui vous
parle , Monsieur , attaqué de la fievre quarte
à Baruth , au retour d'un voyage dans le
haut Liban , je ne pouvois me passer du
Avj Leben ,
468 MERCURE DE FRANCE
Leben , ce qui rendoit mes accès plus longs
et plus violens , jusques -là qu'enfin les bons
Peres Capucins , chês qui j'étois logé , prirent
toutes les mesures que
la charité put
leur inspirer , pour que ce Laitage ne parût
plus dans leur Maison , et qu'on ne m'en
vendît pas, si je m'avisois d'en aller chercher
moi-même , ce qui arrivoit quelquefois.
Disons ici par occasion que le Lait est
aimé de tous les Orientaux et particulierement
des Orientaux Mahometans ; plusieurs
Nations ne vivent presque que de Lait ,
comme les Arabes , les Amédiens , les Curdes
, une partie des Tartares , &c. Il y en a
même qui s'en font un plaisir particulier ,
par cette raison qu'au lieu que l'usage du
vin leur est défendu , celui du Lait est nonseulement
permis , mais parce que le Lait est
en quelque façon distingué des autres Liqueurs
dans l'Alcoran. C'est dans le Chap.
Nahal , où Dieu parlant aux hommes , leur
dit : Nous vous avons donné pour breuvage ce
qui s'engendre dans le ventre des Animaux ,
et qui tient le milieu entre le sang et les superfluités
, sçavoir leur Lait , qui est si pur et si
doux à ceux qui le boivent.
Quoique ce Passage ait un sens très litteral
, quelques Docteurs Musulmans l'ont
pris pour une. Allégorie ; entre autres , Mohammed-
Ben-Ali , Auteur d'un Livre Arabe,
intitulé
JUILLET. 1738. 1469
intitulé , La Provision des coeurs. On peut
voir son interprétation du même Passa
ge dans la Bibliotheque Orientale , p. 507
D'autres donnant dans une autre extrémité
ont osé soûtenir , après une Déclaration si
authentique de Mahomet en faveur du Lait ,
que la boisson du Laît de Vache et de Brebis
étoit défendue par la Loy , parce que , disent-
ils , ces deux sortes de Lait , pris avec
excès , peuvent donner dans la tête et troubler
le cerveau ; mais cette opinion n'a presque
point eû de Partisans , on voit au cons
traire dans le même Livre, qu'un Docteur insigne
de la Ville de Bokharah , dans la Transoxane
, se fit chasser par les Habitans pour
l'avoir soûtenue avec trop de chaleur , &c.
J'ai dit , Monsieur , que le vin est défendu
aux Mahométans , ce qui me fait souvenir
d'une demande que vous m'avez faite , et à
laquelle je n'ai pas encore satisfait, du moins
par écrit , et en connoissance de cause ,
comme je vous l'ai promis. Vous m'avez
demandé si on peut ajoûter foi à la Nouvelle
qu'on prétend être venue de Constantinople
depuis deux ou trois mois , Nouvelle
répandue dans tous les Ecrits publics , même
dans notre Gazette , qui dans l'Article
de Constantinople du 9. Octobre dernier ,
aprend ce qui suit. » Comme les Jannissaires
sont les Troupes sur lesquelles on compte
» le
1
1
1470 MERCURE DE FRANCE
» le plus , on employe toutes sortes de moyens
» pour les engager à bien remplir leur des
» voir. Non - seulement le Mufti leur a acor-
» dé la permission de boire du vins mais on a
" augmenté leur paye , & c. J'eus dès - lors
l'honneur de vous dire que je tenois la Nou
velle absolument fausse par plusieurs raisons,
que je n'eus pas le temps alors de vous déduire.
Il y a dans l'Alcoran deux Passages touchant
l'interdiction du Vin. Othman , qui fut
depuis le troisiéme des Califes , Vicaires , ou
Successeurs de Mahomet , ayant un jour
interrogé le prétendu Prophete sur le Vin
et sur les Jeux de hazard , et de quelle maniere
les Musulmans en dévoient user , Mahomet
lui répondit par ce Verset : Il y a
dans ces choses degrands dangers et de grands
avantages pour les hommes . Les Musulmans
de ce temps-là ayant apris cette réponse, laisserent
à part la considération du danger ,,
et s'arrêtant aux avantages que les hommes
tiroient du Vin , continuerent à en user
comme auparavant. Mais Othman ayant vû
ce qui arriva en un Festin qui se fit à Madrid
, où les Conviés échaufés du Vin qu'ils
avoient bu , se querellerent , et en vinrent
jusqu'à se battre , en porta sa plainte à Mahomet.
Saad- Ben- Abou-Vacaz , qui étoit
un des six, qu'Omar jugea depuis digne, du
Khalifat , avoit reçû dans cette batterie une
playe
JUILLET. 1738.
147-

playe dangereuse , pour avoir chanté une
Chanson contre les Médinois.
Ce fut donc dans cette occasion¹ , et sur la
plainte d'Ohtman , que Mahomet publia ce
Verset de l'Alcoran , qui se lit dans le Chapitre
intitulé , Maidah , ou la Table . Certainement
le Vin , les Jeux de hazard , les Pierres sur
lesquelles on sacrifie des Chameaux ou autres
Animaux , pour partagés être par le sort des
fleches , sont toutes choses abominables devant ?
Diener Fouvrage du Démon. Retirez- vous - en¸
afin que vous vous sauviez . Aussi -tôt qu'Othman
eut entendu ces paroles , il s'écria , Sei--
gneur , vous nous l'avez défendu et nous
vous obéirons .
7.
Ajoûtons que Scharab , hom Arabe qui
signifie en général toutes sortes de Breuvages
, d'où est dérivé celui de Syrop , signifie
en particulier le Vin, comme par excellence,
étant réputé le meilleur de tous les Breuvages.
Les Arabes disent aussi quelquefois , en
parlant du Vin , et pour le désigner plus particulierement
, Scharab , Almosakker la
Potion qui enyvre . Les Musulmans donnent
à cette Liqueur plusieurs noms métaphori
ques , comme Omm al genaber , la Mere
de corruption ; Abou et Omm alkarabat
le Pere et la Mere des destructions et des
ruines ; et il y en a d'assés scrupuleux , ou
plutôt superstitieux , pour n'oser nommer
7477 MERCURE DE FRANCE:

Vin par son véritable nom ; ily a même
eû des Princes parmi eux qui ont défendu
par des Loix expresses de proncer ce nom ,
tequel depuis la décision de Mahomet , est
devenu , à leur égard , une espece de blasphême.
Entre ces Princes on distingue Scham
seddin Khogia Ali , le sixième de là Dynastie'
des Sarbedariens , si renommé par la sévé
rité de sa Justice. On remarque dans l'Histoire
, que sous son Regne aucun de ses
Sujets n'osoit prononcer seulement le nom
de Vin , où d'aucune autre boisson qui pûe
enyvrer ; c'est le même qui fir jetter vives
cinq cent Femmes publiques dans des Puits
dans la Ville de Sebzvar , où il faisoit son
séjour.
Voilà donc M. une prohibition" de boire
du vin , fondée et bien établie dans la Loi
de Mahomet , et le vin même en horreur
aux bons Musulmans. Il est vrai que malgré
des paroles si claires et si précises , mal
gré l'exemple du plus grand nombre , et la
punition que peuvent encourir les Prévari
cateurs , il y a beaucoup de Mahometans
qui ne croyent pas que le vin leur soit abso
lument défendu , et qui ne font point de
scrupule d'en boire dans le particulier..
Il est cependant inoui qu'aucune Puissan
ce dans le Mahometisme , ait jamais pert
mis, et pour quelque raison que ce soit Pu
sage
JUILLET 1738. 1475
Fage d'une chose qui est expressément pro
hibée par l'Alcoran ; et c'est pour revenir à
notre fait particulier , une absurdité de prétendre
que le Mufti de Constantinople ait
accordé aux Janissaires la permission dont
il s'agit ici le Mufti , dis- je , qui n'a nullement
ce pouvoir , et qui n'est que le premier
Ministre de la Religion dans son distric
; car on n'ignore pas que c'est le Grand
Seigneur même , qui depuis l'extinction des
Califes et la destruction de leur Empire ,
auxquels il prétend avoir succedé , est reconnu
dans toute l'étendue de ses Etats
pour le Chef de la Religion , ainsi que de
Empire , qualité que d'autres Princes Mahometans
s'arrogent aussi. Mais encore une
fois, aucun de ces Princes n'oseroit permettre
ce qui se trouve expressément condamné
et défendu par leur Loi.
Au reste , Monsieur , les Janissaires n'ont
aucunement besoin d'une permission en
forme , pour boire du vin. Tout le monde
sçait avec quelle licence ils frequentent les
Tavernes , et les désordres qui résultent de
cette tolerance à Constantinople même et
dans les autres grandes Villes de Turquie ,
où cette Milice est répandue , ce qui est
imité par tous les autres gens de guerre du
Grand Seigneur.
Enfin une telle permission , en la supo
Sang
1474 MERCURE DE FRANCE
sant possible , seroit capable d'exciter un
soulevement public par le seul fait : et le
danger seroit encore plus grand s'il arrivoic
que l'Armée Turque reçût quelque échec
ou que la Campagne ne fût pas heureuse.
Alors le Mufti , s'il pouvoit avoir quelque
part à la permission , courroit en particulier
le risque d'être lapide , comme un refrac
taire et comme un prévaricateur de la Loi
indigne de vivre. En voilà assés sur ce sujet
et pour vous confirmer que le fait dont on a
tant parlé dans les nouvelles publiques , est
entiérement faux . Ajoutons seulement ici
une espece de proverbe qui a beaucoup de
grace en Langue Tutque , et qui égayera
ma Lettre Le Vin , disent les Turcs , est
la Foi des Arméniens , le Saint des Georgiens,
Le Sang des Grecs , l'Ame des Francs ,
Ennemi des Musulmans.
Je reviens à notre Fable Turque au sujet
de laquelle vous m'avez marqué quelque
étonnement , ne présumant pas qu'il y eût
chés les Turcs des Auteurs Fabulistes , prévenu
contre cette Nation , par le préjugé
commun qui lui refuse toute sorte de discipline
litteraire et d'érudition. Je prends d'abord
la liberté de vous dire que vous êtes
dans l'erreur de la plupart des Européens ;
et pour vous faire sortir de cette erreur, je ne'
ferai autre chose que de vous renvoyer aux
Lettres
JUILLET. 1738. 1473
Lettres qui ont parû dans le Mercure sur la
Litterature des Mahometans et sur celle des
Turcs en particulier. Cette matiere s'y trouve
traitée à fonds; et je présume de votre amour
pour la vérité , que vous vous rendrez à
celle qui y est démontrée. Mercure de Sep
tembre 1732. p. 1933. de Décembre 17330
R. 2819. et de Fevrier 1735. p. 237.
Vous conviendrez sans peine après cette
lecture, que les Mahometans ne sont exclus
d'aucune sorte de Litterature , et je vous as
sûre en particulier que les Turcs , à l'exemple
des Arabes et des Persans , ont en grand
nombre , des Ecrivains Fabulistes , et qu'il
se trouve même de leurs Ouvrages dans la
Bibliotheque du Roy. Vous sçavez d'ailleurs
M. que cette maniere de débiter la Morale
par des Parabolés et par des Apologues inge- dés
nieux, nous vient originairement des Orien
taux , d'où elle a passé chés les Grecs et chés
les Romains, & c. Si quelqu'un pouvoit dou
ter de cetre origine , il faut le renvoyer à la
plus respectable de toutes les autorités , je
veux dire à celle de nos Saintes Ecritures,
On y trouve en effet le premier de tous les
Apologues dans le discours que Joatham ,
fils de Gédeon , adressa aux Ĥabitans de la
Ville de Sichem , après le massacre de ses
Freres par Abimelech c'est dans le IX . :
Chap. du Livre des Juges , que je crois plus
ancien
1476 MERCURE DE FRANCE
ancien que tous les livres prophanes , qui
nous restent.
Je pourrois vous parler à cette occasion
du Philosophe Locman , cet homme si universellement
sçavant et si célebre parmi les
Orientaux , que les Ecrivains Arabes font
contemporain de David , lequel a composé
entr'autres Ouvrages , quantité d'Apologues
en leur Langue , remplis d'une excellente
Morale & fort estimés dans l'Orient , qui
ont servi comme de modele à tous les Fabulistes
Mahometans : mais cela excederoit
les bornes d'une Lettre ; j'espere d'ailleurs
trouver bien-tôt une autre occasion de vous
faire connoître plus particulièrement ce fa
meux personnage . Je suis , & c.
A Paris , ce 15. Janvier
1738.
P. S. Après avoir écrit ma Lettre , et prêt
à vous l'envoyer , je me suis avisé , M. de
lire le Commentaire du R. P. Dom Calmet
sur l'Endroit ci- dessus cité du Liv.desJuges,
au sujet de l'Apologue dont se servit le Filsde
Gédéon , au lieu d'un Discours simple et
direct , qui auroit pur irriter , pour faire entendre
aux Sichémites leurs véritables inté
rêts dans les conjonctures périlleuses où ils
se trouvoient. Le sçavant Commentateur
nous dit là - dessus , à son ordinaire , des
choses très - sensées , et d'une érudition ni
commune
2
JUILLET.
17381 X477
commune , ni trop recherchée. Je n'en raporterai
ici que ce qui fait directement pour
moi , et qui s'ert à confirmer ce que j'ai eu
l'honneur de vous dire de l'origine des Apologues
chés les Orientaux qui les ont transmis
aux autres Nations , &c.
د
» Le style des Apologues et des similitudes
, dit notre Auteur , étoit très-fa-
» milier aux Orientaux et étoit fort du
» goût des Juifs. Les anciens Sages s'en
» sont souvent servis dans des occasions
» semblables à celle - ci. Menenius Agrippa
» voulant rapeller le Peuple Romain , qui
» s'étoit retiré sur le Mont Sacré , & qui
» ne vouloit plus être soumis aux Nobles
» et au Senat , leur proposa un Apologue
» des Membres du Corps , qui s'étant un
» jour révoltés contre le Ventre , ne vou
» loient plus lui donner la nourriture , sous
» pretexte que , sans avoir aucune part à
» leurs travaux , il joüissoit seul de ce que
» tous les autres Membres amassoient en
» travaillant. Cette similitude eut l'effet
qu'il souhaitoit et elle fit plus d'im-
" pression sur leurs esprits , que n'auroient
fait tous les discours des Orateurs , Tite
» Live 2. Dec. 1.
و د
ODE
1478 MERCURE DE FRANCE
*
ODE
JA Mlle de S. A * * * en son Château
de G ** en Réponse à une Lettre où elle
dit , que l'amour des Sciences lui fera conserver
toujours la liberté de son coeur.
T
HEMIRE , en l'aimable Séjour
Qu'embellissent vos puissans charmes ,
Pour résister au tendre Amour ,
Vous n'aurez pas toujours des armes.
*
En vain à l'ombre de vos Bois ,
Allez- vous , chérissant l'Etude
Aprendre dans la Solitude
A vivre sous vos propres Loix.
*
4
L'Amour qu'avec tant d'assûrance
Vous osez enfin dédaigner ,
Niendra peut- être par vengeance
En vos vieux ans sur vous régner.
*
Ce Dieu qui veut que tout soupire
ont les traits sont partout vainqueurs
Quand
JUILLET.
1738. 1479
Quand on dédaigne ses douceurs
Prend alors un cruel empire.
*
Loin de vous les froides rigueurs,
Que les Ris , les Jeux sur vos traces
Chassent de l'azile des Graces
Et la tristesse et les langueurs.
*
A la noble étude du Sage
Je sçais qu'il est bon de livrer
Tous les beaux jours de son jeune âge,
Pour s'instruire et pour s'éclairer.
*
Mais hélas ! quand on est jolie ,
Sçavoir se choisir un Amant ,
A l'utile Philosophie
C'est sçavoir joindre un agrément.
*
Dans le cours de votre Jeunesse ,
Croyez- moi , laissez - vous charmer ;
Car dans la débile Vieillesse
C'est un martyre que d'aimer.
De R *** ce 1. Juillet 1738 .
LG *** de Gressy.
REPONSE
4
#480 MERCURE DE FRANCE
REPONSE du R. P. M. T. Dominicain
à la Lettre d'un Voyageur Litteraire,insérée
dans le Mercure de Mars 1738.
'Est en vain , Monsieur , que vous tâ
Chez de vous cacher pour la seconde
fois sous des noms empruntés : un stile qui
vous est naturel vous trahit , et les Relations
de vos Découvertes , que vous donnez de
temps en temps dans les Mercures , font
connoître le Voyageur.
Dans votre Itineraire de Poissy , vous
faites des plaintes contre le Peintre qui a travaillé
au Paneau de Vitre , qui représente la
Naissance et le Baptême de S. Louis , et vous
l'accusez de vous avoir fait mettre de mauvaise
humeur à la vûë de son ouvrage , si le
Peintre , dites - vous , a connu ces Fonts de
pierre , pourquoi les a-t- il représentés June
autre façon qu'ils ne le sont pourquoi les
a- t- il posés sur quatre Griffons , taillés , cię
zelés en canelure , et mis dans la Chambre
de la Reine Blanche , comme si on les y
avoit portés ? Je suis donc , concluez -vous ,
obligé de convenir , que celui qui a peint le
Vitrage étoit un fourbe , ou un grand ignopant.
Vous me permettrez , Monsieur , de

,
yous
JUILLET . 1738. 148
vous dire , que votre conséquence n'est pas
naturelle. Combien de Martyrs sont représentés
apliqués aux tourmens , au pied du
Tribunal du Tyran , comme si les instrumens
du Martyre avoient été portés dans la
Salle de l'Audience , ou que le Tribunal du
Juge eût été dressé dans la Place publique
de l'Execution ? et ceux qui ont fait ces ouvrages
n'ont jamais passé pour fourbes , ou
pour grands ignorans . Le Peintre que vous
blâmez , convaincu du sentiment commun,
qui n'a jamais séparé le Lieu de la Naissance
de S. Louis , de celui de son Baptême , l'a
suivi naturellement en les unissant dans un
même Paneau , afin d'avoir le moyen de
multiplier dans les autres tant de belles Actions
de la Vie de notre Saint qu'il avoit à
représenter dans l'espace d'une seule fenêtre.
Il pouvoit encore avoir vû les Fonts , sans
être obligé de les copier , ou prouver qu'on
le lui avoit ordonné. Pour moi je reconnois ,
et le Lecteur en jugera de même , que le
Peintre a agi de bonne foi et en habile homme
, car il ne dit pas qu'il représente ces
Fonts tels qu'ils sont , mais il déclare sculement
qu'ils sont dans cette Eglise de Poissy.
Les Fonts en sont gardés encore ici ,
Forthonorés comme Relique exquise.
B Voilà
1482 MERCURE DE FRANCE
Voilà sa bonne foi , et ayant la liberté de
faire paroître la beauté de son Art , il les
donne enrichis de plusieurs ornemens , voilà
son habileté ; de quoi vous plaignez - vous ?
Vous vous étendez beaucoup afin d'éluder
l'autorité de M. Baillet , et ne pouvant
pas y réussir, vous voilà réduit à le renoncer,
et à dire Page 430. Si la Note en question
est de sa façon , elle fournit une preuve que
ce Sçavant n'étoit point du tout au fait des
Origines de son Pays.
C'est ainsi que vous en avez agi à l'égard
de Guidonis , que je n'ai garde de comparer
au Cardinal Baronius . Ce Passage Apud Pissiacum
natus est , pourroit bien , dites - vous ,
avoir été ajoûté à ses Ecrits. Avoüez donc
que ce grand nombre d'Exemplaires distribués
de son temps , où ils se trouvent du caractere
du même Siecle , étant écrits depuis
400. ans on croyoit alors la Naissance de
S. Louis à Poissy , 150. ans avant les Chartres
de Neuville , et 200 ans avant le Vitrage
, puisque vous l'attribuez à une Addition
faite il y a 400. ans.
>
Vous vous congratulez , Page 422. de ce
que deux ou trois Auteurs ont suivi votre
sentiment , depuis que M. Simon a donné vos
Chartres , il y a plus de 32. ans ; mais j'ai cet
avantage sur vous , qu'avant lui tous ont été
dụ
JUILLET. 1738 1483
au mien , et que depuis 1735. que j'ai oposé
mes Preuves à vos Chartres tous ceux
qui ont écrit , l'ont embrassé.
,
Pour ce qui est de l'omission de ces deux
mots , Robert fils , faite dans le Mercure de
Juin 1737. où on lit au sujet du Lieu de la
Naissance de S. Louis ; Philipe le Bel pouvoit
l'avoir apris de son Ayeul , auquel il
avoit parlé , de Marguerite de Provence son
Ayeule avec laquelle il avoit conversé dixsept
ans , et celle - ci quatorze , ou en tout
dix-huit ans avec la Reine Blanche. Vous
n'avez , Monsieur , qu'à relire l'Extrait que
je fis imprimer dès que ce Mercure parut , et
vous y trouverez aussi - bien que tous ceux
auxquels il fut distribué ; Philipe le Bel pou
voit l'avoir apris de Robert VI. Fils de son
Ayeul. Jugez si ce Roy âgé de dix- sept ans,
à la mort de son Pere Philipe III . et décédé
lui- même trois ans avant son Oncle Robert
de Clermont , pouvoit ignorer la vérité de
ce Fait , étant si près de cés sources.
A vous entendre Page 430 , le lambeau
que j'ai donné de la seconde Chartre de Philipe
le Bel , renferme de l'ambiguité, contient
un solécisme , et mes Titres en entier
auroient porté plus de clarté , quoiqu'ils
n'eussent rien décidé en faveur de Poissy , si
le terme Nativitatis ne s'y trouvoit . Voilà,
Bij Ma
1484 MERCURE DE FRANCE
M. vos trois Objections , et voici mes Réponses.
Vous auriez souhaité que j'eusse donné au
Public en entier les deux Chartres de Philipe
le Bel , dont je n'ai fait imprimer que ce
que j'ai cru absolument nécessaire. Il y a
long temps que j'aurois répondu à vos désirs,
si la briéveté que recommandent les Auteurs
du Mercure me l'eût permis ; mais vous allez
être satisfait , comptant qu'ils voudront bien.
me le permettre.
Voici d'abord le lambeau de la seconde
Chartre tel que je l'ai donné ; si vous l'eussiez
raporté de même , on auroit vû qu'il
n'y a aucune ambiguité. Philipe le Bel y parle
ainsi : In honorem Dei , B. M. V. necnon ad
celebrem et specialem egregii Confessoris B. Ludovici
Avi nostri , Monasterium præteritis diebus
fundare decrevimus in Villa Pissiaci ;
ORIGINIS LOCUM Confessoris pradicti , &c.
Le Fait est personnel , le Pere et l'Ayeul de
S. Louis sont nés à Paris , Cont. Aim. Rigord
et les Capétiens viennent de Saxe. M. le Gendre.
Vous voyez , Monsieur , que cet &c . ne
coupe pas le lambeau que j'ai donné , et que
c'est faute d'y avoir réfléchi que vous l'avez
avancé , ce qui suit n'en étant plus : In quo
Sorores Ordinis B. Dominici , Divina Majesatis
implorent clementiam. Que s'il n'y a que
la
JUILLET. 1738 1481
le mot locum qui vous fasse de la peine, vou
devez être persuadé qu'il est positivement
dans l'original de cette Chartre très - lisible.
Ce qui fit conclure à d'habiles Connoisseurs
qui étoient avec moi , qu'il valoit mieux copier
une faute contre les Regles de la Grammaire
, que d'altérer la Chartre respectable
d'un Roy , d'autant mieux , que n'ayant eu
permission d'en tirer une Copie , qu'à condition
de n'y rien changer , je ne devois pas
violer ma promesse . Je me souvins que j'avois
lû dans la Page v11 . de la Préface de
Dom Carpentier , sur le Traité de la basse
Latinité par M. Ducange : Artis diplomatica
rudes , inspectis aliquot instrumentis , ea spuria
pronuntiant in quibus navum aliquem se deprehendisse
opinati sunt. Les Barbarismes et les
Solécismes ne diminuent point l'autorité da
Prince qui parle , ni la validité dé ses Chartres
, dit le P. Mabillon , Page 56. de Re diplomarica
: non enim propter barbarismos aut
solecismos debent esse suspecta prisca instrumenta
Il y a des fautes dans les Chartres de
nos Rois , et cet habile homme les a raportées
telles qu'elles sont pour ce qui est de
l'Accusatif pour l'Ablatif, il en raporte une
si grande quantité d'exemples , qu'on voit
que ce solécisme étoit autrefois une élégantc.
Gregorius Turonensis Episcopus , ( dit - il' ,
B iij Page
uné
1486 MERCURE DE FRANCE
Page 56. ) qui Grammatica leges penitùs non
ignorabat pro ablativis accusativa sepius commutabat
, non laborato sermone , sed usuali
selon la maniere de parler de ce temps - là.
C'est la remarque de Dom Mabillon , Pages
55. et 127. on lit : Inluster vir Pipinus majorem
domus maximus , et cela par deux fois
Page 543. vel aliis quam plures bonis hominibus
qui in ipso Palatio cum ipsos residebant:
Page 478. Datum annum secundum nostri Regni.
L'Accusatif n'étoit pas moins affecté dans
les anciens Manuscrits François , le P. Echard
nous en donne un exemple Tome I. Page
381. Scrip. Or. Pra. F. Lorens de l'Ordre
des FF . Prêcheurs , Confessores lou Roy de
France Philipe III. au lieu de dire Confesseur
du Roy. Remarquez en passant que le P.
Mabillon se déclare pour Poissy , Page 3.15 .
Nihil est quod Pissiacensis Regia decus extollat
magis, quam Ludovici IX. natales , sacrisque
Fontis ablutio. M. Ducange le dit de même
Addition sur Joinville , Page 131. de Choisy.
Et afin qu'à l'avenir on ne doute plus que
je n'aye suivi mot à mot cette seconde Chartre
de Philipe le Bel ,j'écrivis une Lettre à Poissy
le 14. Avril 1738. dont voici la Réponse.
» M. R. P. j'ai tâché de m'acquiter de la
» commission dont vous m'avez fait l'hon-
» ncur de me charger , j'ai transcrit sur l'O-
22riginal
JUILLET. 1738. 1487
#riginal cette Chartre de Philipe le Bel de
" 1305. je vous en envoye la Copie ; Mada-
» me vous est très obligée des soins que
» vous vous donnez , &c. Signé DE GROS,
» de l'Ordre des FF. PP. A Poissy ce 17.
» Avril 1738.
,
Vous voilà donc satisfait , Monsieur , sur
la construction du lambeau de la Chartre , et
sur le mot locum , dont vous avez tant exageré
le solécisme , sçachant si bien d'ailleurs
le style des anciens Manuscrits ; il me reste à
vous faire voir , que le terme nativitatis que
Vous voudriez trouver dans nos Chartres
n'est pas absolument nécessaire. J'ai déja aporté
l'exemple de la Vie de S. Gregoire . B. Gregorius
duxit originemanno 541. nâquit en 541 .
B. Henricus origine de Volzano, patriâ relictâ,
Tarvisium devenit. Bol . 10. Juin ,né à Volzano
du temps de S. Louis . Et je viens d'en découvrir
un autre dans le Tome II . Col. 1775 .
du Trésor des Anecdotes par Dom Martenne
: S. Edmundus duxit originem in Villâ Abbendonia
, manè processit ad ortum , il parle à
S. Louis mais voici qui est plus positif.
Quelle difference faites- vous , M. entre ces
termes des Vies de deux Papes François , qui
ont vécu dans le Siecle de Philipe le Bel ,
( circonstance remarquable ) raportées par
M. Baluze , Tome II. Col. 197. et 425.
В іш Benedictus
488 MERCURE DE FRANCE
Benedictus XII. de Savarduno oriundus
Gregorius XI. de Malomonte Diocesis Lemovicensis
oriundus ; et ceux - ci de Guillaume
de Chartres , Chapelain de S. Louis :
Ce Saint disoit qu'il jeûnoit , eo quod de
Carnotensi Diocesi oriundus existebat. Que
s'il est constant que ce terme signifie le Lieu
de la Naissance de ces Papes , puisque Col
213. et 451. on lit dans deux autres Auteurs
les noms de leurs Peres , ex Patre Guillelmo,
ex Comite Bellifortis ; et que M. Duchesne a
traduit natif. Peut on révoquer en doute que
ce Chapelain de S. Louis n'ait voulu parler
du Diocese dans lequel ce S. Roy étoit né
après que les circonstances de son Baptême
àPoissy, et plusieurs autres le font conjecturer
, que deux Chartres d'un Roy le disent,
que la Tradition le reconnoît , * et que
donis contemporain à ce Guillaume de Chartres
, et à la Suite de la Cour , l'a si clairement
constaté : apud Pissiacum natus est .
Version plus naturelle que la vôtre , S. Louis
étoit du Diocese de Chartres par sa Naissance
spirituelle.
Gui-
CHARTRE de la Fondation du Monastere
des Dames Dominicaines de Poissy ,
faite en 1304.
Je prie le Lecteur de bien remarques
* Lettre de M. Bellier le plus ancien du V. Chapitre
de Poissy.
avant
JUILLET. 1738. 1489
avant toutes choses , que j'ai raporté le lambeau
de cette Chartre complet , depuis Hinc
est jusques à habebat dans ma premiere Dissertation
, Page 2409. du Mercure de Novembre
1735. chacun a pu en faire la construction:
voici celle qui me paroît la plus juste,
en ajoûtant l'adverbe ad, qui est sous-entendu
avant Villam ipsam , et au lieu de dire habebat
Villam ipsam , il faut entendre , considérant
l'affection que S. Louis avoit pour l'E
glise de la B. M. de la Ville de Poissy, dans la
quelle il avoit été baptisé , et pour cette même
Ville où il étoit né. La premiere construction
n'altére en rien les mots essentiels originis suc
locum , ni leur place , et est conforme à ce
que dit de Nangis ; Dominum Pissiaci se vocabat
, mais la derniere est la véritable : affechabebat
ad Ecclesiam et ad Villam.
tum
quem
PHILIPPUS , Dei gratia Francorum Rex ,
Honor et Reverentia summi Regis per quem Leges.
et Regna consistunt , non immeritò nos inducunt
claraque progenitorum nostrorum exempla nos provocant
, ut quantum Rex ipse Regum A tissimus
ad celsiorem regiminis populi sui gradum pâ nos
miseratione provexit , quanto majora de ipsius ma
nu bona suscepimus et dona largis ima gratiarum
tanto ad eaque redduntur in occulis sue Majestatis
accepta , et que divini nominis laudes et
gloriam , suique cultûs augmentum respiciunt ac
temporale stabiliunt , et certum preparant nobis Regnum
vacare solertius et ificentius agere
beamus , ut per gratie recognitionis effect.m nobis
B. v bencficia
mag
de1490
MERCURE DE FRANCE
beneficia multiplicemus illius qui dat affluenter et
non improperat , ac per Religionis amorem , p etatis
studia et opera charitatis misericordiam Deo
propriam consequamur , et gratiam inveniamus.
tempore opportuno. HINC est quod nos ad memoriam
revocantes eximie dilectionis affectum et intime
affectionis zelum quem egregius Confessor B.
Ludovicus olim Rex Francorum Avus noster ad Ecclesiam
B. M. Ville Pissiaci , in qua renatus fonte
Baptismatis Christiane fidei et salutis nostre primordia
suscepisse dignoscitur, et villam ipsam ORIGINIS
SUE LOCUM , dum presentis vite commodis
fungeretur , habebat ; et ad Ordinem Predicatorum ,
in quo divini cultum nominis , Religionis decorem
et virtutum exempla laudabilia inter Religiones ceteras
prelucere conspicimus ; et ad Sorores B. Dominici
ejusdem Ordinis que spretis oblectationibus
hujus mundi, pro Christi amore, cui virginitatis sue
pudicitiam devoverunt , carnem suam cum concupiscentiis
crucifigunt , claustrales carceres voluntarie appetentes,
ut post vite hujus labores in thalamum Sponsi
sui et Tabernacula recipiantur eterna : nostre considerationis
occulos et devotionis intuitum convertentes
in predicta Villa Pissiaci Monasterium in quo
Sorores predicti Ordinis pro Nobis et Successoribus
nostris ac Statu Regni predicti nec non pro nostre
ac charissime Consortis.nostre ac Parentum nostrorum
remedio animarum bonorum omnium largitori
preces et hostias offerunt salutares in honorem
Dei omnipotentis et B. M. V. et BB. Petri et Pauli
Apostolorum , ac totius celestis Curie , nec non ad
celebrem et specialem Confessoris pretati memoriam
, cujus preclaris operibus et meritis sanctita is
virtus Altissimi Regnum ipsum perpetuo splendore
luminis illustravit , fundare decrevimus , illudque de
bonis nobis oblatis à Domino , dotavimu s in hunc
modum
JUILLET. 1738. 1491
modum videlicet , &c. quod ut perpetue stabilitatis
robur obtineat , presentibus nestrum fecimus apponi
sigillum. Actum Nealph . Mense Julio Anno D.
MCC CIV.
SECONDE Chartre du Roy Philipe le Bel
faite en l'année 1305 .
PHILIPPUS Dei gratia Francorum Rex , Reg
Regum de cujus misericordia progreditur omnium
vera salus , ut pro nobis , Successoribus nostris et
Statu Regni nostri , nec non pro nostre et inclite
recordationis Johanne Consortis quondam nostre
ac parentum nostrorum remedio animarum , offe
runtur Altissimo preces et hostie salutares in hono
rem Dei omnipotentis et B. M. V. et BB . Apostolorum
Petri et Pauli , ac totius celestis Curie , nec
non ad celebrem et specialen egregii Confessoris
B. Ludovici olim Francorum Regis Avi nostri , per
cujus preclara virtutum radiis undique prebentia
claritatem merita sanctitatis , Cantico laudis, honoris
et glorie illustravit summi largitor premii Regnum
ipsum preteritis naper diebus offerre tanquam
pro nobis placabilem hostiam fundare decre
vimus in Villa Pissiaci , ORIGINES LOCUM glo
riosi Confessoris predicti Monasterium , in quo So
rores Beati Dominici divino cultui dedicate meritis
dicti Confessoris adjute per piarum ac devotarum
orationum suffragativam frequentiam divine Majestatis
implorent clementiam , ut temporale corroboret
et eternum nobis tribuat Regnum , quod siquidem
Monasterium de bonis nobis ab. omniuna
bonorum largitore collatis dotavimus videlicet & c.
que ut solide stabilitatis robur obtineant , nostrura
presentibus litteris fecimus apponi Sigillum . Actums
apud Castillionem super Indram Mense Augusti
Anno D. MCCC V. per nos.
B vi TRA Je suis, Monsieur , &c.
492 MERCURE DE FRANCE
Atttttthi Aat totatt
TRADUCTION de la XXVI. ODE
D'HORACE , Livre premier. Musis amicus
tristitiam et metus , &c.
TAN
ANT qu'Apollon et les neuf Soeurs
Daigneront m'accorder leurs graces ,
On me verra fuivre leurs traces
Content de kurs doctes faveurs.
*
Loin de moi la sombre tristesse,
La crainte des fâci eux revers ;
Aux fureurs des vents et des mers
Je les exposerai sans cesse.
*
Que m'importe til de sçavoir
Quel est le Vainqueur du Sarmate
Ou quel Roy poursuit Tiridate
Pour le soumettre à son pouvoir ?
*
Vous , ma Muse qui d'une eau purs
Faites vos uniques plaisirs
Vous pouvez combler mes desirs ;
Voici de quoi je vous conjure,
JUILLET
1738. 1499
A Lamia , mon cher ami ,
Je veux offrir une Couronne ,
C'est mon tendre coeur qui la donne ¿
Ne me servez pas à demi.
*
Qu'elle brille de fleurs nouvelles ,
Que vous et vos aimables soeurs
L'orniez des plus vives couleurs ;
Je n'en veux point qui ne soient belles
Sans vous et sans votre secours ,
Foiblement l'amitié m'inspire ,
Ce n'est qu'avec vous que ma Lyre
Peut immortaliser ses jours.
REMARQUES concernant le Verre
et le Ciment d' Asphalte , extraites d'une
Lettre adressée de Picardie aux Auteurs
du Mercure..
V
Ous avez donné au Public , M",
dans le Journal de Mars de la presente
année 1738. une Lettre qui ne peut partir
que de la plume d'un habile Artiste . Cepen .
dant,
1494 MERCURE DE FRANCE
vant ,
dant, quelque déférence que j'aye pour ce Sça
il me permettra de n'être pas de son
avis sur ce qu'il dit de l'usage du Verre pour
fermer les fenêtres. Voici ses propres termes
page 476. » Il est certain que le Verre
dont on faisoit depuis long-temps de
» fort beaux ouvrages, n'a été employé aux
» Vitres que par les modernes , et que
» c'est une invention des derniers siecles. »
Je me suis d'abord souvenu d'avoir lu dans
une traduction de l'Abbé de Marolles un
passage de Gregoire de Tours , qui parle
de vitres cassées. J'ai recouru à l'Historien
même , et après quelques recherches , je
suis tombé sur ce qu'il dit dans son Livre sur
les Miracles de S. Julien , chap. 13. d'un
parti de soldats ennemis qui entrerent dans
Eglise de S. Julien de Brioude , où tous
les Habitans s'étoient retirés avec leurs effets ,
Ayant trouvé la porte fermée , dit l'Historien
, un de ces Soldats cassa le vitrage
d'une fenêtre derriere l'Autel , et étant entré
par- là dans l'Eglise , il alla ouvrir les
portes aux autres. Cumque intrare non possent
, unus effractam , ceufur , in altari fancto
fenestram vitream ingreditur dehinc
reseratis illius valvis , exercitum intromittit.
Voilà selon ma foible pensée , un témoignage
qui prouve qu'il y avoit dans cette
Eglise , des fenêtres vitrées. Or de quel
temps
JUILLET. 1738. 149
temps s'agit- il ? Du sixième siècle depuis
J. C. Car l'Auteur de l'Histoire parle des
Troupes de Theodoric Roy d'Austrasie ,
fils du grand Clovis ; et il doit être croyable
sur ce fait , puisqu'il vivoit dans le même
siecle. Si donc l'usage du Verre pour
fermer les fenêtres , étoit constamment introduit
au moins dès le sixième siècle , il
s'ensuit qu'il n'est pas tout à fait exact de
dire qu'il n'a été employé aux vitres que par
les modernes , et que c'est une invention des
derniers secles .
י
Une invention de l'art et de la nature ena
semble , dont il me paroît que les Journaux
n'ont fait aucune mention , est l'Asphalte ,
ou Ciment naturel , qu'on dit avoir été découvert
depuis quelques années à Valtravers,
dans la Comté de Neuf- Châtel ,.au Pays des
Suisses . Je me doute de la raison qui a empêché
de faire mention de l'Affiche , qui ,
selon qu'on me l'a mandé , paroît sur cela
depuis un ou deux mois par tout Paris :
c'est que cette Affiche n'est qu'une copie de
celle qui parut en 1721. Le Marchand de ce
Ciment nouveau , renvoye au bas de l'Affiche
à un Livre imprimé chés Lottin. Là
dessus on s'attend de voir un Livre de l'année
1738. Cependant on ne raporte de
chés cet Imprimeur qu'une brochure de 40.
pages , qui est la même en tout que celle
quí
1496 MERCURE
DE FRANCE
parqui
parut en 1721. et qui porte la date mê
me de cette année . Pour ce qui est du fond
de la chose même , je souhaite que ceux
qui ont mis ce Ciment en usage soient plus
heureux que moi, qui n'y ai trouvé ni la solidité
, ni la vertu préservative , si fort célébrée
dans le petit Livre , quoique je me
fusse conformé au Memoire instructif. Je
puis vous dire , pour descendre dans le
ticulier , qu'ayant voulu une fois dans`ma
maison de Paris , me préserver des Punaises
par le moyen qui y est indiqué , cette an
née là j'eus le malheur d'en ressentir davantage
les incursions . A Dieu ne plaise cependant
que je veuille mettre les Promoteurs
de ce nouveau secret dans le rang des Charlatans
je souhaite que leur Asphalte soit
encore plus semblable qu'ils ne le disent
à celui qui a le nom de Bitumen dans la Genese
, que l'Auteur a rendu le premier en
celui d'Asphalte , à l'endroit de la Préface
où il dit , et Asphaltus fuit eis vice Cementi
contre le langage de toutes les traductions.
latines faites jusqu'ici . Au reste le zele de
L'Auteur de cette Préface est très - excusable ;
il est assés ordinaire de souhaiter de trouver
dans les plus anciens et les plus vénérables.
monumens le nom des choses sur lesquelles
on écrit. Mais ce Ciment eft - il si naturel
de lui-même ? Dès - là qu'il faut le mêler
avec
JUILLET. 1738. 1497
avec de la poix , c'est un composé ; et dès
lors il semble que ce n'est qu'une nouvelle
espece de Ciment , qui ne differe de la commune
que par la matiere qu'on pulverise }
et par la matiere qui réünit la pierre pulverisée.
Pendant que l'Auteur de la Préface étoit
en train de citer les Livres saints
, pour
prouver l'antiquité de son Asphalte , il auroit
bien dû pousser jusqu'au Cantique de
Moyse , qui est dans le 32. Chapitre Vers.
13. du Deuteronome , et puisque les pierres
de Val Travers rendent de l'huile , il auroit

comparer ce bienheureux Pays à celui
dont il est dit qu'on y suçoit le miel de la
pierre et qu'on y tiroit de l'huile des cailloux :
u sugeret mel de petra , oleumque de saxo
durissimo.
J'ai fait grande attention aux vertus de
cette huile de la pierre de Val- Travers , furtout
à celle qu'on lui donne page 32. contre
les insectes. Je souhaiterois fort que cette
vertu fût véritablement plus efficace contre
les araignées que je ne l'ai trouvée contre
les punaises. Quelle utilité n'en reviendroit.
il pas au Public ? L'araignée s'attache à toug
généralement , depuis la maison du dernier
des Paysans jusqu'au Palais des Rois ; cet
insecte revient toujours quelque soin qu'on
employe pour le détruire. Que n'essayet-
om
1498 MERCURE DE FRANCE
t-on de l'huile d'Asphalte avec abondance
sur les murs d'une chambre ? Que n'en
frote- t-on tous les coins où l'insecte a
coutume de se cantonner ? Et si cette huile
les empêche d'y revenir ,
pour lors on
pourra en célebrer la vertu avec assurance.
Vous pourriez , Mrs. exhorter ceux qui sont
tenus de veiller sur la propreté des Eglises ,
à faire usage de cette huile , lorsqu'on ba-
Layera les voutes , et à voir si la dépense
qu'ils hazarderont pour en frotter ou enduire
ces mêmes voutes , les exemptera de recourir
si souvent au balayage ' qui ne laisse
pas que de coûter certains frais. L'experience
décidera des choses , et le temps éclaircira
les faits : En attendant , je suis , &c.
**
ODE
Sur le lien de ma Naissance
OITS negligés , foyers rustiques ,
Sejou de mes pauvres ayeux ;
Sillons cheris , pommiers antiques ,
Fruits de leurs soins laborieux
Aimables Prez , claire Bourgine
Petits ruisseaux , vastes forêts ,
Fontaine. Témoins
JUILLET.
149% 1738.
Témoins de mon humble origine ,
Que pour moi vous avez d'attraits !
*
Loin d'ici , beautés mensongeres ,
Vains ornemens de la Cité ;
Chés nos Bergers , chés nos Bergeres ,
Je cherche la simplicité .
Affranchis d'un lien servile
Dont j'ai trop senti la rigueur ,
Je puis dans ce charmant azile
Donner quelque paix à mon coeur.
܀
+
Jadis plus éloquent que sage ,
Dans l'ardeur de mes jeunes ans
J'y fis le dur aprentissage
Des chagrins , des foucis cuisans.
Charmé des yeux d'une infléxible ,
J'y vins , trop prompt à m'affliger ,
Me plaindre à ce roc insensible ,
Qui ne pouvoit me soulager .
*
Puisque la sauvage Climene
En abhorre le souvenir ;
Hêtres , confidens de ma peine ,
Reprochez-lui , pour la punir ,
2
880010
фи
Que
Yoo MERCURE DE FRANCE
Que souvent j'épuišois mes forces
A chanter son nom dans ces bois ,
Et que sur vos tendres écorces
Je l'ai gravé plus d'une fois.
*
Mais mon ame n'est plus captive
De l'amour , ni des faux plaisirs.
Adieu , jeunesse fugitive ,
Je renonce à tes vains desirs .
Adieu Printemps , adieu folie ,
J'entre dans une autre saison
Je commence à goûter la vie ,
En jouissant de ma raison.
Puissai-je , au déclin de mon âge ,
Attendant le coup d'Atropos ,
A quelque innocent badinage
Consacrer ici mon repos !
Puissai -je y passer ma vieillesse ,
Dans une honnête oisiveté ,
Et sans desirer la richesse ,
Vivre exempt de la pauvreté į
LETTRI
JUILLET. 1738. 1508
LETTRE écrite par M. Cocquart
Avocat au Parlement de Bourgogne , à
* * au sujet d'une Medaille de
M *
Constantin.
'Ai lu , comme vous
J'A
M. avec plaisir
ce que M. D. L. R. a écrit à M.
Maillart dans le Mercure du mois de Mars
dernier , au sujet d'une Medaille de Constantin
, sur le revers de laquelle on voit la
figure de la Croix et une Etoile à côté d'un
Type payen du Soleil, avec la Legende aussi
payenne , Soli invicto comiti.
On vient de me communiquer une autre
Medaille de Bonze de cet Empereur avec le
même Type et la même Legende ; mais au
lieu de la Croix et de l'Etoile , gravées à
côté de la figure payenne du Soleil dans la
Medaille de M. D. L. R. il y a dans la
mienne un C et une S. en quoi ma Medaille
differe encore de celle du R. P. de Montfaucon
, où il se trouve un T à la place
du C.
Je vous laisse , Monsieur , le soin d'expliquer
ces trois lettres , pour ne m'occuper
ici que de la Croix qui rend si singu
liere la Medaille de M. D. L. R.
Je crois que vous avez raison , de rejetter
le
502. MERCURE DE FRANCE
le sentiment de ceux qui s'imaginent que
cette Croix est une marque incontestable
du Christianisme de Constantin. Le Type
payen du Soleil , la Legende payenne Soli
invicto comiti ; en un mot , l'incompatibilité
des Symboles tous payens , s'y opose évidemment.
Il y a , M. un peu plus de vraisemblance
dans votre opinion , sçavoir que
cette Medaille a peut - être été frappée lorsqu'après
l'aparition d'une Croix celeste à
Constantin , et la memorable Victoire qu'il
remporta ensuite , cet Empereur étoit enco
re irrésolu entre le Christianisme et le Paganisme
.
Mais , M. je vous le dis franchement
ce moyen de concilier la figure de la
Croix avec des Symboles payens , quelqu'ingénieux
qu'il soit , ne me satisfait pas
encore, Car la prétendue irrésolution de
Constantin , telle que vous la suposez , ne
me paroît pas être suffisamment établie.
En vain me citez- vous un passage de Zonare
, qui semble l'insinuer je n'en suis
aucunement frapé , non- seulement parce
que Zonare n'y parle point de son chef
mais parce que ce passage est très suspect ,
et qu'il ne s'accorde pas avec ce qu'ont écrit
les Auteurs les plus dignes de foi . Exami
nons- le , je vous prie ; le voici tel que M.
Cousin l'a traduit. » D'autres
JUILLET.
1503 1738.
50
59
,
,
D'autres raportent l'affaire autrement . ,
On dit que dans les combats que Cons-
» tantin donna à Licine et à Maxence , il vit
» à la tête de ses Troupes un Cavalier armé
qui portoit le signe de la Croix en forme
» d'Etendart et qu'il vit à Andrinople
deux jeunes hommes qui tailloient en
pieces ses ennemis. Qu'il vit aussi une
» nuit durant laquelle tout le monde repo-
❞ soit un grand feu qui éclairoit son
Camp aux environs de Bizance . Ce qui
» lui fit croire que les heureux succès de
ses Victoires venoient du Ciel. Quand
» il se fut ainsi rendu maître de tout l'Empire
, il prit le nom de Flavius , et de-
» meura dans Rome , et commença à s'y
faire instruire des Mysteres de la Religion
Chrétienne , bien qu'il n'eût pas
» encore renoncé aux superstitions du Paganisme
39
33
29
59 ,,
Il y a , M. dans ce passage un mélange
de faits faux et chimériques , qui ne permettent
pas qu'on l'adopte.
Je dis un mélange de faits faux. Car il
s'ensuivroit du recit de Zonare , aussi bien
que de celui qu'il a fait précédemment , que
Constantin ne s'aperçut que ses heureux
succès venoient du Ciel , qu'après la Bataille
qu'il gagna contre Licinius près d'Andrinople
, l'an 324. de J. C. selon la Chronologic
1504 MERCURE DE FRANCE
nologie du P. Petau et celle du P. Labbe
et ne commença à se faire instruire des Mysteres
de la Religion Chrétienne , qu'après
la mort même de Licinius , et apres être revenu
à Rome maître absolu de tout l'Empire.
Ce qui est démenti par nos meilleurs
Historiens , puisqu'Eusebe entr'autres , Contemporain
de Constantin , et qui tenoit de
lui diverses particularités de sa vie , nous
aprend ( a ) que cet Empereur étoit déja
instruit de nos Mysteres dès l'an 3 12. suivant
la même Chronologie et celle de M.
Bossuet ] quelque temps avant qu'il défîr
Maxence , avant qu'il fît sa premiere entrée
à Rome cette même année , avant qu'il
partageât l'Empire avec Licinius , et près de
13. années avant la mort de ce dernier, &c .
J'ai dit encore que le passage de Zonare
est chargé de faits chimeriques
: puisque ni
Eusebe , ni Socrate , ni Sozomene
, ne font
mention des signes allegués par Zonare sur
de vains raports. Ils parlent tous seulement
de l'aparition d'une Croix celeste , signe salutaire
, à la faveur duquel Constantin
se
convertit , vainquit d'abord Maxence
et
dans la suite Licinius.

D'ailleurs , bien loin que ces Auteurs
( a ) Eusebe enla Vie de Constantin , liv. 1. ch.
A8. 32. 37. 38. c.
ayent
JUILLET. 1735. 1505
ayent laissé soupçonner en Constantin la
moindre irrésolution entre le Christianisme
et le Paganisme depuis cette aparition , il ré
sulte au contraire-de-differens endroits de leur
Histoire et de celle de quelques autres
Ecrivains , que Constantin , jugeant un peu
auparavant , que c'étoit la derniere extravagance
d'adorer des Idoles , prémédita en
secret d'adorer le Dieu de Constance son
pere , et demanda au Ciel un signe pour
connoître le parti qu'il devoit suivre ( a)
Qu'immédiatement après l'aparition de la
Croix lumineuse , effet de sa priere ,
fit expliquer par des Evêques ce que signifioit
ce prodige qu'il avoit vû en plein jour ,
et qui lui avoit encore aparu en songe avec
le Sauveur pendant la nuit ; il reçut leurs
leçons comme des instructions divines
dont il ne douta point ; il jugea qu'il n'y
avoit point d'autre Dieu qu'il dût reconnoître
, que celui qui lui avoit aparu ;
il s'apliqua ensuite à la lecture des livres
sacrés , et retint toujours des Prêtres auprès
de lui , déterminé à servir le Dieu
dont ils lui avoient découvert les Mysteres.
( b )
il se
Or l'Empereur dès lors subitement désa-
( a ) Ibid. ch . 27.
( b ) Eusebe , ibid. ch. 29. 30. et 32 .
1
C busé
1506 MERCURE DE FRANCE
busé et pleinement détaché du culte des
Idoles , eut-il fait allier sur des Médailles la
figure de la Croix au Type Payen du Soleil
ou à celui de Mars , comme on le voit dans
une autre Médaille dont le P. Hardouin a
fait mention , si cette Croix eut dû passer
pour une marque de son Christianisme ? En
tout cas , les Evêques , les Prêtres qu'il
avoit à sa suite , et dont il écoutoit si favo
rablement et si avidement les conseils
ne l'euffent- ils pas aisément détourné de ce
projet absolûment incompatible avec la Religion
Chrétienne ?
Ajoûtons que Constantin , après l'aparition
de la Croix celeste , fut si peu incertain
de la Religion qu'il devoir embrasser
, que dès la pointe du jour suivant
il fit travailler au fameux Labarum où la
Croix étoit representée ; ( a ) il ordonna
qu'on mit une Croix à la main de la Statuë
qui lui fut érigée par les Romains à
l'occasion de la Victoire remportée sur Maxence
; ( b ) il y fit joindre une Incription
toute Chrétienne en Langue Latine , dont
voici l'interprétation : ( c ) Par ce signe salų-
( a ) Ibid. ch. 28. 29. et 30.
(b ) Zonare , Hist . Romaine,
( c ) Eusebe Loc. cit. c. 40. de la Trad. de M.
Cousin.
taire
7
JUILLE T. 1738
1507
taire , qui est la marque de la veritable puissance
, j'ai délivré votre Ville de la Domination
des Tyrans , et j'ai rétabli le Senat et le
Peuple dans leur ancienne splendeur. Il défendit
par un Edit qu'on persécutât les Chrétiens
; ( a ) il ne voulut pas qu'on célebrât,
les Jeux séculaires , dont le temps échut
l'année de son troisiéme Consulat avec Licinius
, c'est - à -dire , l'an de J. C. 113. desorte
que les Payens irrités attribuerent dans
la suite à cette omission les malheurs dont
l'Empire Romain fut affligé ; ( b ) il ne
voulut jamais que ses portraits fussent mis
dans les Temples , où les Payens s'assembloient
pour adorer les faux Dieux ; ( c ) il
fit Honorer , par raport , par raport à la resurrection du
Sauveur , le jour du Dimanche que les
Payens avoient consacré au Soleil ; ( d ) en
un mot , depuis qu'il eut vû la Croix lumineuse
, il s'apliqua constament jusqu'à sa
mort à la destruction du Paganisme . D'où
il suit ce me semble , que depuis cette
aparition il n'a pas été incertain entre la
Religion Chrétienne et la Religion Payenne
, et par une autre conséquence neces~

(a )Zonare , Hist . Rom.
(b ) Zozime , Hist . Rom. Liv. 2.
( c ) Eusebe en la Vie de Constantin , Liv. 4 .
Chap. 16.
(d ) Soxomene , Hist. de l'Eglise , Liv . 1. Ch. 8.
Ci saire
t
1508 MERCURE DE FRANCE
saire,qu'on ne peut pas soûtenir que la Medaille
de M. D. L. R. ait été frapée postérieurement
à cette vision pendant une irrésolution
de cet Empereur entre le Christianisme
et le Paganisme ; et que la Croix
qu'on y découvre à côté de la figure Payen
ne du Soleil , doive être prise pour quelque
marque de Christianisme.
, Mais , me dira - t- on comment donc
expliquer la Croix marquée sur cette Médaille
car il n'y a pas d'autre parti à prendre
presentement , que d'avancer et de
prouver que nonobstant cette Croix , la
Médaille a été frapée pendant les premieres
années de l'Empire de Constantin , avant
l'aparition de la Croix celeste qui opera son
changement de Religion , et lorsqu'il étoit
encore plongé dans les plus épaisses tenebres
du Paganisme . Or une Croix , est- elle
un caractere convenable à un Payen ?
Je conviens , M. que c'est - là le noeud
de la difficulté mais il ne sera peut- être
pas mal aisé aux sçavans Antiquaires de
le résoudre. En attendant , permettez- moi,
s'il vous plaît , quoique je ne sois , pour
ainsi dire , qu'une espece d'Avanturier sur
ces matieres , de hazarder ici, que le mélange
d'une Croix avec une figure Payenne n'est
pas tout à - fait sans exemple chés les Payens
même,

Les
JUILLET. 1738. 1509
Les Egyptiens , dont les Dieux étoient
adorés à Rome , ne faisoient - ils pas des
images et des figures en pierre et en métaux ,
où la Croix étoit sculptée ? N'étoit - ce pas
même le caractere distingué , quoique selon
Justin , le suplice de la Croix fût usité
parmi eux , comme il l'a été chés les Romains
? Ce caractere ne passoit- il pas pour
avoir la vertu la plus efficace ? La Croix
n'étoit-elle pas
même gravée sur la poitrine
du Dieu Serapis , sous le nom duquel les
Egyptiens ont aussi adoré le Soleil ? On
peut consulter là - dessus Caelius Rhodigi
nus , Lect. Antiq. Lib. 10. cap. 8 .
Il reste à sçavoir si ces Croix gravées par
les Payens , soit sur la pierre , soit sur les
métaux , ressembloient à celle qui se trouve
sur la Médaille de Constantin. On pourroit,
ce me semble , soûtenir l'affirmative , puisque
Rufin ( a ) raporte que chés les Egyptiens
, la Croix étoit un présage du bonheur
qui devoit naître un jour de ce signe ; puisque
Calius Rhodiginus ( b ) dit pareillement
que ce signe annonçoit déja la vertu qu'il
devoit recevoir du Corps de J. C. puisqu'enfin
( et ceci est bien plus persuasif)
Socrate ( c ) raconte que lorsque sous
( a) Hist. Eccl. l. 2.
(b) Lectionum Ant . l . 10. c . 8.
(c) Hist. de l'Eglise , liv. 5. ch. 17.
C iij
Théodose
Tyro MERCURE DE FRANCE
Théodose le Grand , on démolit le Tem
ple de Serapis , on y trouva sur les pierres ,
des Hieroglyphes en forme de Croix , que
les Chrétiens et les Payens attribuoient également
à leur Religion ; desorte que les uns soùtinrent
que c'étoit le signe de la Passion du
Sauveur , et les autres assûrerent que
un signe commun à J. C. et à Serapis , et qu'il
representoit une chose aux Payens et une autre
aux Chrétiens. D'où l'on peut conjecturer
que la Croix gravée sur les pierres et sur les
métaux des Payens avoit la même figure que
la Croix des Chrétiens.
c'étoit
Et c'est peut-être par- là ( ceci soit dit
moins sérieusement ) qu'auroit pû se justifier
un Peintre , qui dans un fort beau et
ancien 'Manuscrit de Virgile , qu'on voit à
la Bibliotheque des RR. PP. Jesuites de
Dijon , a representé Didon avec un Collier
d'où pend une Croix semblable à la nôtre.
Ce Peintre eut , dis- je , pu éblouir quelquesuns
de ses Censeurs , en leur répondant : Ce
que vous prenez dans le Portrait de la Reine
de Carthage pour une representation de la
Croix de J. C. est la figure d'un ancien Talisman
, ou ornement dont les Payens se servoient
eux-mêmes.
En effet , dans le Recueil de Medailles
d'Ortelius , donné au Public en 1573. sous
le titre Deorum , Dearumque capita ex ve
iustis
JUILLET.
1518 1738
tustis numismatibus effigiata et edita , nonseulement
Junon , Venus et Flore sont representées
avec un Collier , mais la Déesse
de l'Espérance , et la Déesse de la Félicité
ont des boucles d'oreilles , d'où pend une
Croix toute semblable à la nôtre ; sçavoir
une Croix de Perles pour l'Esperance , et
une Croix de Métal pour la félicité ; nouvelle
preuve que les Payens allioient quel
quefois eux-mêmes sur des Médailles la figure
de la Croix à des Types tous Payens
de leurs Dieux.
Et ce qui acheve de me convaincre que
la Croix qui se trouve dans la Médaille de
M. D. L. R. n'est pas une marque de Christianisme
, étant unie au Type Payen du Soleil
, et à une Legende toute Payenne ,
c'est
, M. que les Médailles de cet Empe
reur raportées et gravées dans Baronius ,
dans Juste- Lipse , dans Gresser , dans le
P. Morin , &c. ne nous offrent aucun vestige
de figure Payenne jointe à la Croix. Et
ce sont-là , sans doute , les Médailles qui furent
frapées , ainsi que l'atteste Sozomene
liv. 1. ch. 8. après que Constantin eut vaincu
tous ses ennemis à la faveur de ce signe
salutaire ; Médailles , où la figure de la Croix
sans mélange de Type Payen , est véritablement
une marque de son Christianisme . Je
suis , &c. COCQUARD. ADijon 5. Juin 1738 .
Cij IMITA1512
MERCURE DE FRANCE
བ ལ ས : ཡཾ 忠康
IMITATION de l'Ode d'HORACE
Nullus argento color est , &c.
DEEs Métaux estimés qu'enserre
Le Centre avare de la Terre ,
Ennemi toujours déclaré ;
Crispe , l'argent , aux yeux du Sage ,
Brille seulement par l'usage
Qu'en sçait faire un coeur moderé.
$25
Les cent voix de la Nymphe aflée
Partout vanteront Proculée ;
Et l'amour vraiment paternel ,
Qu'au fort des plus grandes miseres
En lui reconnurent ses Freres ,
Rendra son honneur éternel .
*
Celui qui , maître de son ame ,
En bannit l'avarice infâme ,
Regne plus souverainement ,
Que si de ses Loix redoutées ,
L'Europe et l'Afrique domptées ,
Portoient le joug docilement.
JUILLE T. 1738. ISTA
>
En vain de la soif qui le presse ,
L'Hydropique en buvant sans cesse
Espere calmer la rigueur ;
Il ne fera qu'aigrir ses peines ,
Tandis qu'il aura dans les veines
Le principe de sa langueur.
*
Phraate est remis sur le Trône ,
Mais de l'éclat qui l'environne
La vertu connoissant le prix ,
Bien differente du vulgaire,
Pour ce bonheur imaginaire
N'aura jamais que du mépris.
*
Libre d'une bassesse indigne ,
Et toujours integre , elle assigne
Les vrais honneurs , les premiers rangs
A ceux qui doüés de sagesse ,
Peuvent regarder la richesse
Avec des yeux indifferens.
Cv SI
1514 MERCURE DE FRANCE
SI le Monde où nous habitons est une
Sphere ? RESOLUTION Géométrique et
Astronomique.
D
Ans un siecle , où tant de grands Hommes
se sont apliqués à cultiver les
Sciences et les Arts , et où l'on a vû paroître
tant de Livres curieux et écrits avec la plus
grande politesse, sur toutes les matieres qui
peuvent être l'objet de l'occupation et de la
pénetration de l'esprit humain , nous avons
lieu de nous aplaudir d'êtres nés dans un
temps où il paroît que nous pouvons trouver
abondamment tout ce qui peut satisfaire la
curiosité la plus grande , en nous donnant
sur toutes choses des lumieres, pour décider
sçavamment les questions les plus difficiles .
Les grands Rois que nous avons cû de
nos jours , au mileu des soins qu'exigeoient
de vastes Provinces, qui demandoient toute
leur vigilance , et des guerres que la conservation
de leurs Etats et le bonheur de leurs
Peuples avoient rendës nécessaires , sans se
laisser éblouir de la gloire qui accompagne le
gain des batailles et la prise des Villes , n'avoient
point perdu de vûë ce qui pouvoit
servir dans leurs Royaumes à faire fleurir les
Sciences et les Beaux- Arts.
C'es
JUILLET. 1738. ISIS
C'est dans le cours de ces années si heureuses
qu'on a vû les plus habiles Géometres
et les plus sçavans Astronomes , par les ordres
d'un grand Monarque , qui en faisoit
toute la dépense , nous tracer une Méridienne
, qui commençant aux Pirenées et parcourant
toute la France , alloit aboutir à
P'Ocean Septentrional , dans le dessein de
découvrir par- là combien un degré de Latitude
contenoit de toises dans sa plus juste
précision. C'étoit de - là que dépendoit l'exacte
connoissance de l'étendue du Monde
où nous habitons ; et c'est pour cela que
dans l'antiquité la plus sçavante , on a vû
paroître de temps en temps de grands hommes
qui se sont le plus distingués par leur
sçavoir ; il y en a eû aussi avant nous qui se
sont apliqués par differentes méthodes à
nous donner l'exacte mésure d'un de ces dé
grés de Latitude du plus grand cercle de no
tre Monde.
Mais les plus habiles Géometres et Astro
nomes de nos jours ont judicieusement rearqué
, qu'ils ne s'accordoient pas à nous
donner là - dessus la même mesure , il falloit
donc d'habiles gens, tels qu'on les trouve en
assés bon nombre dans l'Académie Royale
des Sciences , pour entreprendre de nouveau
an si grand travail , et un Roy tel que Louis
XIV. pour en faire la dépense. C'est done
C vj
1516 MERCURE DE FRANCE
là ce qui s'est heureusement executé dans
ces derniers temps. Et même pour avoir làdessus
plus de certitude , sans se rebuter
d'une Opération si pénible et si ennuyeuse ,
s'étant remis avec les mêmes soins à prendre
la mesure d'un autre degré de Latitude , ils
trouverent une grandeur qui surpassoit de
quelques toises celle qu'ils avoient trouvée
par leur premier calcul Trigonométrique . Et
comme cela s'étoit fait avec toutes les précautions
et toutes les subtilités de la Géométrie
la plus exacte , quelques- uns penserent
que la figure du Monde pourroit bien
être un Sphéroïde qui s'allongeoit vers les
Poles.
Cependant comme les Sçavans d'une autre
Nation très-apliqués à cultiver les Sciences
et les Arts , étoient d'une opinion toute
contraire , nos plus zelés Académiciens ,
sans apréhender les travaux et les plus grands
frais qu'il faudroit encore faire pour venir
à la plus juste et la plus exacte connoissance
de la figure du Monde , retrouvant sur le
Trône un Salomon pacifique, aussi glorieuse
dans la Paix que son Ayeul l'avoit été dans
la guerre , s'offrirent de passer les Mers pour
aller faire les mêmes Opérations Géométriques,
dans les Pays où les ardeurs du Soleil
devoient les rendre plus laborieuses et plus
difficiles, et dans les climats glacés où ce bel
Astre
JUILLET. 1738. 1517
Astre disparoît dans les plus courts jours
de l'Hyver ; et maintenant qu'on aprend
qu'ils sont de retour , tous les Sçavans de
l'Europe sont dans l'attente de voir des Relations
curieuses et bien circonstanciées des
nouvelles Découvertes qu'ils auront faites
dans les Pays éloignés.
Mais ce qui regarde l'article de la mesure
d'un degré de Latitude , comme il s'agit de
la dimension d'un Monde qui est commun
à toutes les Nations , je crois que tout homme
a droit de dire à ce sujet sa pensée , en
attendant que nous ayons là - dessus quelque
chose de décisif.
Il s'agit premierement de sçavoir quelle
est la figure du Monde. Si c'est une Sphere
ou un Sphéroïde. A cette question le R. P.
Tacquet dans son Astronomie , qui est une
des plus succintes et des plus méthodiques
que nous ayons , Liv. 1. Ch. 2. Nomb. 3 .
de l'Edition de 1707. page 6. répond que
notre Monde regardé d'un Lieu éloigné ,
comme seroit le Ciel , à en juger par les
sens , est de figure sphérique ; il donne làdessus
trois preuves qu'on peut voir dans
Pendroit que j'ai cité ; mais ce Monde dont
nous parlons est composé de Terre et de
Mer , et dans toute l'étendue de sa superficie
ayant au moins autant de Mer que de
Terre ; il dit positivement au Nombre du
4.
même
18 MERCURE DE FRANCE
même endroit , que la superficie de la Mer
et de tout liquide en repos, est Sphérique, et
voici sa démonstration. Il est constant que
tout liquide de sa nature , s'il n'est point
retenu par quelque obstacle d'un lieu plus
élevé , découle à celui qui est plus bas pour
s'ajuster et se proportionner au centre où
tend tout ce qui a de la gravité. D'où il est
nécessaire que par cet écoulement naturel
toutes les parties de la superficie de la Mer
se trouvent à la fin également distantes de
leur centre de gravité ; d'où il s'ensuit que
la superficie de la Mer est Sphérique.
les unes que
Un peu plus bas cet habile Astronome
ajoûte : Suposons maintenant pour un moment
que vous niez que la superficie de la
Mer soit Sphérique , toutes les parties de la
Mer ne sont donc pas également éloignées
de leur centre, il y en a donc de plus élevées,
et de plus distantes de leur centre de gravité
les autres . Or est- il de la nature
des liquides que les parties les plus hautes
s'écoulent vers celles qui sont les plus bassess
et par cet écoulement naturel il est nécessaire
que toutes les parties de la superficie de
la Mer redeviennent à la fin toutes également
éloignées de leur centre. Il est donc
certain que la superficie de la Mer est Sphérique
, et c'est ce qu'il falloit démontrer.
Je
JUILLET. 1738. ISIS
Je dis secondement ,que la superficie de la
Terre, regardée de près , n'est pas Shérique.
Il est certain que lorsque nous regardons ici
bas la surface de la Terre , comme elle se
présente à nos yeux , nous y voyons des
Vallées qui s'abaissent au - dessous de nous
et dans d'autres endroits des Arbres, des Bâtimens
, des Tours et quelquefois même des
Montagnes qui paroissent s'élever jusque
dans les nuës. Nous pouvons donc dire avec
certitude que la superficie de la Terre, comme
nous la voyons, n'est pas Sphérique, étant
certain que le rayon du centre de la Terre ,
jusque sous nos pieds , où se termine sa superficie
, est plus petit que celui que nous
concevons , tiré de ce même centre au plus
haut des bâtimens et au sommet des arbres
et des Montagnes que nous voyons au tour
de nous ; et même la superficie de la Mer
dans un temps calme , après avoir contemplé
quelque temps sa surface , sans ces enfoncemens
et ces élevations si sensibles.
qui sur la Terre s'offrent de toutes parts à
nos yeux , si nous venons à nous aprocher
de quelque Isle ou des rivages voisins
qui semblent sortir du sein de la Mer ,
nous concevons aussi que du sommet de
tous ces objets qui se montrent hors de
l'Océan , il y a une plus grande distance du
,
Centre
20 MERCURE DE FRANCE
Centre du Monde , qu'il y en a de ce même
Centre à la superficie des Ondes.. Car les
matieres fluides couvrent toujours tout ce
qui est à une moindre élevation par cet écoulement
naturel vers son Centre , dont nous
avons fait mention.
Etant donc certain qu'il y a sur la surface
de la Terre des endroits plus hauts et d'autres
plus bas , il est évident que dans la
réalité , la superficie de la Terre n'est pas
Sphérique , car la sphéricité , de sa nature ,
demande la parfaite égalité de tous les rayons
à la superficie. D'où il résulte qu'ayant à
mesurer sur la superficie de la Terre , un
degré de Latitude , si on le fait dans un
endroit plus haut , l'Arc d'un degré étant
proportionné à son rayon tiré du Centre du
Monde , sera plus grand que celui qu'on
pourroit trouver dans un endroit plus bas.
La nature des matieres fluides nous est
encore ici d'un grand usage pour nous faire
connoître quels sont les endroits de la superficie
de la Terre plus élevés les uns que les
autres ; car leur proprieté étant de couler
toujours vers les endroits les plus bas , le
cours des Rivieres nous fait voir que leurs
sources sont dans les endroits les plus hauts;
que leurs eaux coulent de terrains continuellement
plus bas en plus bas, jusqu'à- ce qu'enfin
JUILLET. 1738. 1521
En elles sé répandent dans la Mer , dont la
superficie par conséquent est la moins éloi
gnée du Centre du Monde . Elles nous donnent
même quelque connoissance des degrés
de leur hauteur. Si le cours des Rivie
res est fort rapide , on voit par- là que l'en
droit d'où elles coulent est notablement plus
haut ; s'il est au contraire fort lent , cela fait
connoître que leur pente est fort douce et
ne s'éloigne guere du niveau.
des
Il est à remarquer que les sources des
grandes Rivieres sont quelquefois au pied
Montagnes,comme le sont effectivement
celles du Rhin et du Tage , et que le rayon
du sommet de ces Montagnes au Centre du
Monde, doit être conséquemment, notablement
plus grand que le rayon de ce même
Centre à la superficie des Mers ,où les eaux de
ces Fleuves vont se répandre . Et voilà encore
ce qui prouve bien que la superficie de
notre Monde , dans la réalité , n'est pas
Sphérique.
Il faut aussi remarquer que , quoique la
superficie de la Mer soit plus basse que le
lit de toutes les Rivieres du Monde qui s'y
rendent, il y a cependant des. endroits sur
la Terre où le rayon tiré du Centre du Monde
à sa superficie, est plus petit que le rayon
de ce même Centre à la superficie de la Mer.
Nous
1522 MERCURE DE FRANCE
Nous en avons un terrible exemple dans ce
que nous raporte le R. P. Riccioli , au To
me second de sa Chronologie réformée , page
186. seconde çolomne. Il y marque que la
Mer ayant forcé les Digues qui sont sur les
Côtes de Hollande à Dordrecq , le Dimanche
des Rameaux 17.Avril 1446. plus de cent
mille hommes et une multitude innombrable
de Bestiaux de toutes les especes furent
submergés. Il est évident que ce malheur
n'est arrivé que parce que l'Element fluide
ayant ouvert les retranchemens qui s'opo◄
soient à son passage , allant toujours à son
Centre de gravité , avoit trouvé dans le voisinage
des terres plus basses , où il avoit eû
la liberté de se répandre et de faire dans
un seul jour de si grands ravages. Il y a donc
sur la Terre des endroits même plus bas
que la superficie de la Mer. Or si dans ces
endroits plus bas on prend avec la plus gran
de exactitude la mesure d'un degré, propor
tionnée à son rayon , cette mesure seta par
conséquent plus petite;au lieu que si l'on fait
la même chose dans un terrein plus haut , la
mesure d'un degré , proportionnée à son
rayon en cet endroit , sera pareillement plus
grande. D'où il s'ensuit qu'on ne doit point
s'étonner quand, en prenant ces sortes de
mesures , on ne les trouve pas toutes d'une
même égalité.
Pous
1
JUILLET. 1738. 1523
Pour en revenir maintenant à notre premiere
Question , examinons si la Terre regardée
d'un Lieu éloigné , comme l'a dit le
P. Tacquet dans son Astronomie , ne peut
point paroître à nos yeux , être une Sphere ,
dont tous les degrés de Latitude seroient
égaux. Pour juger des choses inconnuës , par
celles dont nous avons déja une connoissance
certaine , ayant eû dans ces derniers Siecles
de grandes Lunettes pour observer les
Astres , les Astronomes ont découvert dans
la Lune des Plaines , des Montagnes , des
Mers , des Promontoires , des Isles , des
Lacs et d'autres objets , dont toute la superficie
de la Terre est ornée avec une varieté
surprenante. Nous en avons dans leurs Livres
la représentation ; et ils ont même donné des
noms à ces Mers , à ces Isles, et à ces Montagnes
: ce ne sont donc pas ici des idées de
notre invention , mais c'est aux Maîtres de
cette Science , qui a fait l'admiration de tous
les Siecles , que nous sommes redevables de
ces lumieres.
Cela étant ainsi , il paroît que nous de
vons dire de la superficie de la Lune , ce que
nous avons déja dit de celle de la Terre :
c'est-à-dire
, que s'il nous étoit permis de la
voir d'aussi près , que nous voyons la surface
de notre Monde , nous jugerions dans la
réalité , que sa superficie n'est pas sphérique ,
étant
1524 MERCURE DE FRANCE
étant évident que les rayons menés directement
du centre de la Lune à cette superficie,
ne sont pas tous de la même égalité . En effet
y ayant dans la Lune des Montagnes , des
Collines , des Mers , des Promontoires et
des Isles , il est certain que le rayon du Centre
de la Lune , au sommet des plus hautes
Montagnes , est sensiblement plus grand que
celui du même Centre à la superficie des
Mers ; étant,comme nous avons vû de la nature
des matieres liquides , de descendre
toujours dans les endroits les plus bas. Ainsi
tout ce que nous avons dit de la superficie
de la Terre dans ce petit Discours , se doit
entendre de la même maniere de la superficie
de la Lune.
Mais cette Lune dont la superficie vûë de
près , n'est certainement pas sphérique, étant
toutefois regardée d'un Lieu fort éloigné ,
comme est notre Terre , ne nous paroit - elle
pas être une parfaite et véritable Sphere ?
Quand on la regarde lorsqu'elle est pleine ,
soit simplement avec les yeux , ou bien avec
les plus grandes Lunettes , ne voit-on pa sa
superficic la mieux arrondie de toute part , et
telle qu'on peut la désirer dans les Spheres
les plus parfaites ? Dès qu'elle cesse d'être
pleine , sa circonférence ne paroît elle pas
toujours dans la régularité d'un Cercle bien
formé ? Il n'y a que l'arc de son accroisse-

ment
JUILLET. 1521 1738 .
ment ou de son decours , qui étant regardé
avec de bonnes Lunettes , nous fait voir dans
sa ligne courbe des Angles saillans et rentrans
, et des inégalités telles que les demande
sa superficie , dans la réalité non fphérique.
Il y a même des endroits, où dans l'ombre
des Collines on voit paroître des objets
lumineux , qui font le fommet des Montagnes
que les Astronomes ont découvert , sur
la fuperficie de la Lune.
Il est donc constant , que la Lune vûë de
loin , nonobstant les inégalités réelles de fa
fuperficie , nous paroît véritablement être
une Sphere. Et s'il nous étoit permis de nous
tranfporter dans quelque lieu du Ciel , pour
y regarder notre Monde dans un grand éloignement
, n'est - il pas probable que nous y
verrions auffi fa circonférence également arrondie
de toute part ? et après cela n'aurions
nous pas raifon de juger pareillement , que
c'est une Sphere? C'eft effectivement le jugement
qu'en a porté toute l'Antiquité. Quelle
néceffité y a-t-il donc de nous donner dans la
Géographie , des degrés de Latitude plus
grands les uns que les autres ? C'eft- là introduire
une nouveauté inconnuë aux Anciens.
Quand on parle de degré en Astronomie et
en Géographie , on comprend toujours qu'un
Cercle en a 360. et que tous ces degrés sont
égaux ; jusqu'à préfent les Modernes mêmẹ
526 MERCURE DE FRANCE
ne fe font point éloignés de cette idée. En
effet M. de la Hire , célebre Académicien
dans les Tables Astronomiques , qui ont été
imprimées de nos jours , et qui sont des plus
justes et des plus exactes que nous ayons
nous y donne une excellente méthode pour
faire le Calcul des Eclipfes du Soleil , par la
seule résolution des Triangles sphériques et
rectilignes , en suposant que la Terre est une
Sphere , qui à son Equateur , son Ecliptique
, ses Tropiques , et ses Cercles Polaires,
qui répondent à l'Equateur , à l'Ecliptique
aux Tropiques , et aux Cercles Polaires de
la Sphere Céleste : et ceux qui se sont servis
de cette méthode ont trouvé qu'elle est des
meilleures , pour faire le Calcul des Eclipses
du Soleil avec la plus grande précision .
On voit par tout ce que j'ai dit , qu'il ne
Faut pas s'étonner, si , en prenant sur la Terre
la mesure d'un degré de Latitude , avec l'exactitude
la plus grande , on le trouve en quelque
endroit plus grand qu'en un autre : car
ayant démontré , que dans la réalité la superficie
de la Terre n'est pas sphérique , et
qu'il y a des endroits, où le rayon du Centre
du Monde , à sa surface , est plus grand que
dans un autre , cela ne sçauroit aller autrement.
Il me paroît toutefois que cela n'oblige
pas à abandonner l'idée commune que les
hommes les plus sçavans de tous les Siecles
ont
JUILLET.
1527
1738. •
ont toujours eûe de la forme de notre Monde,
composé de Terre et de Mers. Je crois qu'ils
ne se sont point trompés, en disant que c'étoit
une Sphere. Le meilleur usage que nous
pourrions donc faire de ces mesures differentes
, prises sur la superficie de la Terre avec
tant de dépense , tant d'aplication , et tant
de peines , ce seroit de prendre la grandeur
moyenne entre la plus petite et la plus grande
; par-là on conserveroit la parfaite égalité ,
qu'on conçoit naturellement devoir se trouver
dans tous nos degrés de Latitude , et on
laisseroit aussi à notre Monde , comme à la
Lune vûë de loin , la prérogative d'être une
Sphere.
Cela même ne diminuëroit en rien l'obligation
que nous avons à ces Hommes sçavans ,
de la plus fameufe Académie de l'Europe ,
pour s'être donné tant de peine , et pour
avoir entrepris de si longs Voyages , afin de
nous donner là - dessus la connoissance la
plus exacte que nous ayons encore eûe , depuis
la Création du Monde ; ni la reconnoissance
qu'on doit à nos Rois , qui , pour le
progrès des Sciences , communes à toutes les
Nations , ont bien voulu faire de si grandes
dépenses avec une magnificence toute
Royale .
Au reste , les Hommes de ce Siecle les plus
éclairés et les plus apliqués à faire fleurir les
Sciences
528 MERCURE DE FRANCE
Sciences et les Arts , peuvent comparer ce
que les plus sçavans Hommes de l'Antiquité
ont jamais fait , pour découvrir l'exacte mesure
d'un de nos degrés du Monde , avec les
Découvertes qu'ont faites de nos jours làdessus
nos plus experts Académiciens ; je suis
persuadé que, rendant justice au mérite , ils de
vront avouer , que dans les Temps les plus
reculés , on n'a jamais rien fait de pareil , et
je crois même que dans les Temps futurs , on
ne fera jamais rien de mieux. Cependant
avant que nous ayons fur ce point la derniere
Décision de l'Académie Royale , j'espere
qu'on ne trouvera pas mauvais , que je me
fois expliqué le plus fuccinctement qu'il m'a
été possible , fur une matiere où il paroît
que tout homme a droit de dire ce qu'il
pense .
Autre Résolution purement Chronologique.
L'Evenement tragique arrivé sur les Côtes
de Hollande , dont nous avons fait mention,
et que le P. Riccioli raporte au Tome second
de sa Chronologie réformée , Page 186. demande
ici la Résolution d'une Question
Chronologique , que nous pouvons très- aisément
résoudre par le Calendrier universel,
imprimé à Paris , l'an 1731. chés Rollin fils,
Quai des Augustins , à S. Athanase. Nous
Trouvons dans l'endroit cité , que cela arriva
lo
-
JUILLET. 1738
8529
le
Dimanche des
Rameaux , le 17. Avril ,'
l'an 1446. et on y cite pour garant de ce
Fait
Historique
Trithemius , et on ajoûte de
suite que
Briëtius dans ses Annales , remet ce
funeste accident à l'année suivante.
*
Ayant donc recours là- dessus au Calendrier
universel, on trouve que l'année 1446.
avoit pour Cycle Solaire 27. et pour Cycle
Lunaire 3. Or le Cycle Solaire 27. dans la
seconde Table du Calendrier universel donne
B pour la Lettre
Dominicale , et 3. de
Cycle Lunaire . ( Dans la cinquième Table à
la ligne des Epactes , pour les années après
J. C. le Calendrier n'étant pas encore réfor
mé ) donne l'Epacte * et dans la sixième Table
l'Epacte fait voir que la Lune Paschale
avoit commencé cette année là le 31. Mars ,
car c'est toujours celle dont le 14. arrive le
plus
prochainement que cela se peut après le
21. de Mars.
Comptant donc depuis le 31 .
Mars
inclusivement jusqu'à 14. on tombe
dans le
Calendrier sur le 13. du même
mois , veille de la pleine Lune ; et B étant la
Lettre
Dominicale , le premier B qu'on rencontre
après ce 13. se trouve en
concurrence
avec le 17. Avril. De - là je connois que l'an
1446. le jour de Pâques avoit dû être célébré
le 17. Avril : d'où nous voyons , que
si l'irruption des eaux de la Mer dans la basse
Hollande , est arrivée le Dimanche des Ra-
D
meaux,
"
1330 MERCURE DE FRANCE
meaux , comme dit Trithemius , ç'a été le
Dimanche précédent 10. Avril , qui se trou
ve en concurrence dans le Calendrier avec la
Lettre B , qui est la Dominicale de l'année
1446. Il y a donc dans cet endroit de Trithemius
une erreur de Chronologie qu'il faut
corriger.
Voyons maintenant si Briëtius , qui recule
ce triste Evenement d'une année , a mieux
rencontré. L'an 1447. avoit pour Cycle Solaire
28. et pour Cycle Lunaire ou Nombre
d'or 4. sa Lettre Dominicale étoit donc A,
et l'Epacte 11. comme nous les donne la méthode
du Calendrier universel. On voit par
la sixième Table de ce même Calendrier.
que l'année 1447. ayant pour Epacte 11. la
Lune Paschale avoit commencé le 20.
Mars ; comptant du 20. inclusivement jusqu'à
14. on tombe sur le 2. Avril et comme
la Lettre Dominicale étoit A , le premier
A qui suit le 2. Avril se trouvera en concurrence
dans le Calendrier avec le 9.
Avril, c'étoit ce jour- là Pâques, et l'autre A,
qui avoit immédiatement précédé , se trouvant
en concurrence avec le 2. Avril , cela
nous fait connoître que l'an 1447. le 2. Avril
avoit été le Dimanche des Rameaux dt
c'est ce qui nous éloigne encore davantage
du jour marqué par Trithemius. Il me paroît
donc qu'on pourroit corriger cette erreur ,
>
>
сп
JUILLET. 1738. 5538
,
en mettant cet Evenement le Dimanche des
Rameaux de 1446. Pâques tombant le 17 .
Avril. Les Curieux qui ont ces Auteurs
pourront peut - être trouver dans le Texte
quelque autre expédient pour concilier ce
Fait avec la Chronologie .
,
Ce que je trouve encore ici de plus surprenant
, c'est que consultant sur cet Evenement
si digne d'attention , le grand Diction
naire Historique de la huitiéme Edition , imprimé
à Amsterdam et à la Haye , l'an 1698 .
au second Tome , Page 371. au mot Dordrecht
; on y voit que cette Ville est située
dans une Isle , et on lit plus bas ; qu'elle fut
détachée l'an 1421. de Terre ferme par un débordement
, qui noya presque tout son Territoire
, plus de soixante- dix Villages on Châteaux,
et environ cent mille Personnes. Cela est copié
mot pour mot de Morery , imprimé à Lyon
l'an 1674. Mais par la méthode du Calendrier
universel , on démontre qu'on eur cette
année la Fête de Pâques le 23. Mars , et
le Dimanche des Rameaux le 16. la Lettre
Dominicale étant E , et l'Epacte 23. Ainsi
l'opinion de Trithemius , corrigée comme
nous avons dit , me paroît la plus probable ;
parce qu'il n'y a efi aucune année , depuis
1421. jusqu'à 1447, où l'on puisse démontrer
, qu'on ait eu le Dimanche des Rameaux
le 17. Avril , parce que cela ne peut jamais
Dij arriver,
1532 MERCURE DE FRANCE
arriver , que lorsqu'on a pour Lettre Dominicale
B , et pour Epacte 24. 25. ou 26.
**************************·
LE PHILOSOPHE DISGRACIE,
H
ODE imitée d'Horace.
AMEAUX , que je quittai pour chercher l'abondance
,
Je vous rends mon amour ,
Et vous , Bergers chéris , qui pleuriez mon absence,
Agréez mon retour.
*
Je ne viens point ici d'une plainte importune
Troubler vos doux Concerts.
Vainement les Mortels accusent la Fortune
Des maux qu'ils ont soufferts.
*
Ce qu'a pu me ravir cette aveugle Déesse
Ne m'apartenoit pas ;
Soyons sans préjugés , la brillante Richesse
Perdra tous ses apas.
*
Entre les grands malheurs , le revers que j'éprouve
Doit-il être compté ?
Non, non ; je suis heureux, puisqu'enfin je retrouve
Ma chere liberté.
* D'un
JUILLET.
1738 7533
D'un séjour incommode aux hommes pacifiques
Le Ciel m'a rapellé ;
Je rentre dans le sein de mes Dieux domestiques ,
D'où j'étois exilé .
Je vois , sans en rougir , de ces Dieux que j'honore
L'air champêtre et grossier.
Tels de mon pauvre Ayeul , que je regrette encore,
Ils gardoient le foyer.
*
Tel étoit Jupiter , quand au jour de sa Fête ,
Les Bergers autrefois
Du de fleurs ou d'épics lui couronnoient la tête ;
Au son de leurs Hautbois.
*
Plus simples , mais aussi plus justes , plus fideles
Que nous ne sommes tous ,
Avec un peu de miel , et des grapes nouvelles
Ils calmoient son courroux.
*
Mais bientôt , au mépris de ces dignes Exemples ;
Le Souverain des Dieux
Brillant d'or et d'argent , vit ses superbes Temples
Elevés jusqu'aux Cieux.
Dij L'orguëd
1534 MERCURE DE FRANCE
L'orgueil se fit un jeu d'immoler des Victimes ;
Et par un riche don
L'insolent Ravisseur crut pouvoir de ses crimes
Acheter le pardon.
Triste ouvrage du Temps , par qui tout se consume,
Et qui toujours s'enfuit !
La plus sage des Loix , la meilleure Coûtume
A la fin se détruit .
Nos Peres surpassoient nos Ayeux en malice ,
Nous les avons suivis ,
Beaucoup plus méchans qu'eux, moins plongés dans
le vice
Que ne seront nos Fils.
O que de ce Climat le paisible silence
Pour mon coeur a d'attraits !
Vous seuls , aimables Bois , de l'antique innocence
Me rapellez les traits .
L'éclat , que me donnoit la profane Richesse ,
Ne m'étoit qu'étranger ;
Sans le moindre regret , sans la moindre tristesse ,
Je redeviens Berger,
*
Qu'ua
JUILLET .
1535 1738.
Qu'un autre se chargeant des soins désagréables
Que demande Themis ,
Acquiere en peu de temps des trésors innombrables,
Et beaucoup d'ennemis.
*
Qu'un autre à la fureur et des Vents et des Ondes
Se livre tout entier ,
Pour enrichir enfin de tout l'or des deux Mondes
Un prodigue Héritier .
રે
*
Mon coeur à leurs plaisirs ne porte plus envie į
Bergers , c'est avec vous ,
Que j'efpere jouir le reste de ma vie
Du bonheur le plus doux.
܀
C'est ainsi que Daphnis , dont l'infortune extrême
Me fit verser des pleurs ,
Modeste et généreux se consoloit lui - même
Au fort de ses malheurs.
*
Ses discours sont encor gravés dans ma mémoire
Après bien des Hyvers.
Puissent- ils à jamais en consacrant sa gloire ,
Revivre dans mes Vers !
Diiij
SEANCE
1536 MERCURE DEFRANCE
:
SEANCE PUBLIQUE de l'Académie
de Chirurgie
.
Lie
E 3. Juin 1738. l'Académie de Chirur
gie , établie sous la protection du Roy
tint sa Séance publique, à laquelle M.la Peyronie
présida .
M. Morand lut les Eloges de Mrs. Duparc
, et Petit le fils , que l'Académie a perdu
depuis la Séance de 1737.
Il proclama après,la Piece qui a remporté
le Prix , sur le caractere distinctif des Playes
faites par Armes à feu , et le traitement qui
leur convient et déclara que l'Auteur étoit M.
le Cat , Maître Chirurgien , et Chirurgien de
l'Hôtel - Dieu de Rouen. M. le Cat ayant eu
le premier Accessit en 1732. et ayant gagné
les Prix de 1733. 1734. et 1737. a été prié
publiquement de ne plus entrer en lice , et
M. Morand ajoûta , que c'étoit un nouveau
Triomphe que l'Académie étoit obligée de
lui décerner , pour ne point décourager ceux
qui travaillent.
Ensuite M. Gerard lut une Observation ,
M. le Dran une autre ; M. Petit proposa
une nouvelle Machine et l'Histoire de la
Chirurgie termina la Séance,
Extrait
JUILLET.
1738. 1537
Extrait de l'Observation de M. Gerard.
-
M. Gerard lut une Observation sur une
Playe au bas ventre , avec issuë d'une très –
grande partie de l'estomach. En 1719. on
amena à l'Hôpital de la Charité , où M. Gerard
étoit pour lors Chirurgien en Chef, un
homme de 30. ans , qui avoit reçû un coup
de couteau à la partie inférieure de l'Epigastre,
coupant transversalement la ligne blanche.
Il y avoit au dehors de la playe une tumeur
très grosse ; le Malade avoit sans cesse des
envies de vomir,et un hocquet continuel ; ces
signes joints à la couleur des parties , à la
forme de la tumeur et à la situation de la
playe , firent croire à M. Gerard que la tumeur
étoit faite par la présence de la partie
antérieure de l'estomach . Il y avoit huit heures
que cette playe étoit faite , presque tout
le ventre étoit douloureux , les Parties sorties
menaçoient d'une mortification prochaine
, et le Malade étoit dans un péril imminent.
Tout demandoit la dilatation de la
playe, pour mettre à l'aise les parties comprimées
, mais il ne fut pas possible à M. Gerard
de pratiquer la methode connue pour
cela . Il imagina donc sur le champ de faire
une incision au ventre , à un demi travers de
doigt de l'un des angles de la playe , en laissant
entre les deux playes un intervale char-
D ntly
1538 MERCURE DE FRANCE
nu , qui devint utile dans la suite du traitement.
Etant parvenu à l'intérieur du ventre ,
M. Gerard mania légerement la tumeur de la
main gauche , et s'aperçut que la liqueur et
les vents qu'elle contenoit couloient plus
aisément. Les doigts insinués dans la nouvelle
playe , tirant du dehors au dedans les
parties engagées dans la premiere , et l'espa
ce presenté aux parties par l'Opération , sapléerent
à merveille à ce que n'avoient pu
faire les mouvemens propres à repousser les
parties.
Lorsqu'elles furent remises en place , M.
Gerard les couvrit intérieurement d'une longuette
de linge , large de trois doigts , dont
Fautre bout devoit rester en dehors. C'est
encore une addition aux moyens ordinaires
qu'il inventa , pour faire la suture aux tégumens
, sans piquer les parties rentrées. Les
points de cette suture étant placés suivant les
regles , M. Gerard laissa l'angle de la playe
du côté de la ligne blanche, sans le coudre ,
et par-là , sortoit la longuette . Tout le reste
fut pratiqué selon que l'Art le prescrit . Le
Malade fut plusieurs jours encore en danger,
la chaleur naturelle et le poulx ne lui revinrent
que 36. heures après l'Opération. Tous les accidens
furent combatus et parurent même
céder aux remèdes, hors le hocquer qui persista
même jusqu'après ( la guérison. La longuette
JUILLET. 1738. 1539
2
guette fut tirée doucement , lorsqu'elle fut
suffisamment humectée par la supuration . M.
Gerard ne pansoit ces playes que tous les
quatre ou cinq jours et elles furent entierement
cicatrisées le quarante - cinquième.
Peu à peu le hocquet diminua , le Blessé
s'accoûtuma à des nourritures plus copieuses,'
car pendant un long - temps il ne pouvoit
garder que très peu d'alimens à la fois . M.
très - peu
Gerard cut la satisfaction de le rencontrer
par hazard en l'année 1737. et de le voir
jouissant d'une bonne santé , avec la seule
incommodité d'avoir son hocquet , quand il
chargçoit un peu trop son estomach.
Extrait de l'Observation de M. le Dran.
M. le Dran lut une Observation sur une espece
d'hydropisie enkistée dans le bas ventre
, qu'il a guéri , malgré le préjugé qu'on a,
que ces sortes de maux sont incurables , préjugé
soûtenu de l'autorité du célebre M.
Boerhaave. En 1736. une Dame consulta M.
le Dran sur une tumeur qu'elle avoit dans le
ventre , entre l'Ombilic et le Pubis , laquelle
s'étoit formée depuis la supression de ses Regles.
M. le Dran y ayant senti une fluctuation
distincte , et ayant jugé qu'il y avoit près de
deux pintes d'eau dans une poche particuliere
, lui proposa de l'ouvrir par une incision
sufisamment grande ; mais la Malade n'y
voulut point consentir
Comme
*
1540 MERCURE DE FRANCE

Comme la tumeur augmenta considéra
blement , et que la respiration en devint même
fort gênée , elle fut forcée d'avoir recours
au Chirurgien du Lieu , qui lui fit la
Ponction , et lui tira quinze pintes d'une liqueur
sanguinolente. Le Kist s'étant de nouveau
rempli en sept semaines , on lui fit une
seconde Ponction.
M. le Dran fut mandé alors ; il reconnut
au toucher à peu près toute l'étendue du Kist
vuidé par la Ponction , et sentit de plus une
assés grosse tumeur qui pouvoit avoir six pouces
de diametre , qui tenoit à la partie inférieure
du Kist , et qui par sa situation lui
parut apartenir à l'Ovaire.
રે
L'inutilité des deux premieres Ponctions
pour la Cure radicale de cette maladie , engagea
M. le Dran à suivre sa premiere idée . Il
fit une incision aux tégumens et au Kist même
, assés étendue pour pouvoir facilement
faire des injections dans sa cavité ; par ce
moyen les parois du Kist supurerent , et peu
peu se raprocherent exactement , à une petite
ouverture près , qui est restée , et par où
il suinte tous les jours quelques goutes de
liqueur. Ce qui est remarquable , c'est que
la tumeur squireuse de l'Ovaire s'est dissipée.
La Malade ayant eû après cette Opération
un fort grand abcès dans le ventre , que
M. le Dran ouvrit encore , il croit il croit que le
squire
JUILLE T. 1738. 154%
squire de l'Ovaire a pu se fondre en pus ; du
moins l'ouverture de l'abcès lui ayant permis
de porter la main fort profondement , il ne
trouva plus de vestige de la tumeur squireuse
.
M. le Dran fit ensuite plusieurs Réfléxions
utiles pour
la Cure de pareilles maladies , et
il conclut , que l'ouverture du Kist étant déterminée,
il faut la faire de bonne heure ,pour
prévenir sa trop grande dilatation , et la faire
en grand , afin que les parois ayent le temps
de se raprocher , avant que l'ouverture de la
playe soit totalement fermée .
Extrait du Mémoire de M. Petit.
Il lut un Mémoire dans lequel après avoir
fait sentir , que c'est par l'exercice seul des
Opérations de Chirurgie qu'on peut s'apercevoir
de leurs défauts , et des movens d'y
remédier,il raporte à trois raisons differentes,
Pinaction des anciens Chirurgiens , qui se
sont contentés de nous transmettre plusieurs
Opérations aussi défectueuses , qu'ils les
avoient reçûës.
1. Les inconvéniens des Opérations ne
se font apercevoir , que dans la combinaison
de certaines circonstances , dont l'assembla
ge ne se présente pas toujours . Si les anciens
Chirurgiens ont négligé de perfec
tionner ces Opérations , c'est parce que l'expérience
542 MERCURE
DE FRANCE
périence ne les avoit pas encore avertis du
besoin qu'on avoit de les corriger.
2. Souvent les Praticiens se sont contentés
du succès , sans trop s'embarasser
s'il pouvoit être plus facile , plus prompt
et moins douloureux.
3º. Comme la grande habitude que certains
Praticiens se sont formée par un long
exercice , les a mis au dessus de toutes les
difficultés d'une méthode , ils se sont crus
dispensés du soin des nouvelles Recherches
.
Peut-être auroient- ils raison , continua M.
Petit , si on ne regardoit que la petite partic
des Malades confiés à leur soins ; mais tous
les Chirurgiens ne sçauroient être également
expérimentés , ni par conséquent , avoir l'habitude
ou l'habileté qui fait le partage de ces
Praticiens. Telle est même la Constitution
de la Société , qu'une partie considérable des
hommes se trouve nécessairement livrée à
des mains novices ; d'où on doit conclure ,
que le Service le plus généralement utile
qu'un Praticien puisse rendre à la Société
c'est de porter les Cpérations à un tel point
de simplicité et de perfection , qu'elles puisscent
être exercées avec une égale sûreté par
les plus novices , comme par les plus expéri→
mentés .
Ce sont ces considérations qui ont engagé
M.
5
JUILLET. 1738 3543
M. Petit à examiner de nouveau le Bandage
qu'il a donné dans son Traité des Maladies
des Os , pour la rupture du tendon d'Achil
le : Bandage avec lequel on raproche , on affronte
les bouts du tendon divisé , dont on
procure ainsi la réunion.
Ce Bandage est fait avec une bande roulée
, qui , depuis la plante du pied jusqu'au
jarret , assujettit par des circulaires une compresse
étroite , mais assés longue , pour que
ses deux bouts renversés , et tirés à contre
sens l'un de l'autre , compriment les muscles
jumeaux , et obligent le pied de s'étendre
autant qu'il est possible ; de sorte que par
ces deux efforts oposés , le bout inférieur du
tendon monte , le supérieur descend , et les
deux bouts se rencontrent et se touchent.
Le nouveau Bandage que M. Petit propo
se à la place de ce premier , et qui d'abord pa
roît composé , est cependant extrêmement
simple , eû égard à toutes ses propriétés ; et
d'ailleurs il mérite la préférence , à plusieurs
titres.
Une
espece de genouilliere
de cuir fort
et couverte
d'un
cuir plus pliant
, sert de
point d'apui
à la force
mouvante
. La jambe
étant
pliée
, on place
dans le pli du jarret
le
milicu
de cette
genouilliere
: de deux
branches
qui la composent
, la plus large , garnie
de coussins
, entoure
le bas de la cuisse
, au
dessus
1
1544 MERCURE DE FRANCE
dessus du genou. Elle y est assujettie par
deux apendices d'un cuir pliant , qui , comme
deux courroyes , achevent le tour de la
cuisse , et vont passer dans deux boucles , au
moyen desquelles on serre autant qu'il faut ,
et on assujettit cette partie du Bandage. La
branche la plus étroite entoure la jambe , au
dessus du mollet , et les coussins qui la garnissent
sont placés immédiatement sur les
muscles jumeaux,deux courroyes et deux boucles
la serrent , et l'assujettissent comme la premiere
: tous les coussins doivent être placés
de maniere , que les boucles ni les courroyes
ne puissent point blesser , et que les gros
vaisseaux ne soient point comprimés . Sur le
milieu de la branche qui entoure la cuisse, est
pour ainsi dire enchassée et cousue une plaque
de cuivre , sur le plan de laquelle s'élevent
à
perpendiculairement deux montans ,
travers lesquels passe un treuil , qui s'y meut
sur son axe , au moyen d'une petite manivelle
; sur le treuil est attachée et s'employe
une courroye , qui par son autre bout est
assujettie au talon d'une pantoufle , dans laquelle
est le pied du blessé : la direction de
cette courroye , depuis le talon jusqu'au jarret
, est donnée et conservée par un passant
de même cuir , qui est cousu sur le milieu
de la petite branche de la genouilliere , vis- àvis
du treuil , sur lequel elle est employée.
On
JUILLET. 1738. 1545
On conçoit bien qu'à mesure que l'on
tournera la manivelle , dans le sens qu'il convient
, on obligera le pied de s'étendre , et
que l'on aprochera les deux bouts du tendon
cassé. Mais lorsqu'ils seront au point d'attouchement
nécessaire , le treüil , et par conséquent
la courroye doivent être retenus et
fixés en ce lieu. C'est ce qui se fait par une
rouë à rochet , et un mantonnet à ressort ,
qui engrenne dans les dents de cette rouë.
Par ce moyen on peut tendre , ou relâcher
plus ou moins la courroye , et fixer l'exten
sion du pied , au degré convenable.
Les Maîtres de l'Art sentiront d'abord
combien le nouveau Bandage doit être préféré
, ne fût- ce que parce qu'il peut être apli
qué avec une exactitude et une sûreté parfaite
par les mains les plus novices , lorsqu'au
contraire l'aplication du premier ,
demande
la main la plus expérimentée ; mais
plusieurs raisons , ainsi qu'on l'a dit , doi
vent assûrer d'ailleurs la préférence à ce der
nier Bandage.
1º. Comme ce Bandage ne comprime aucune
partie , on doit le préférer à l'autre, qui
ne peut assujettir la compresse tirante , que
par des tours de bande , qui compriment les
endroits sur lesquels ils sont apliqués..
2°. Le dégré d'extension que l'on donne
au pied , est pour ainsi dire immuable ,
au
lieu
1546 MERCURE DE FRANCE:
lieu que la tension des bandes varie , puisqu'elles
s'accourcissent par les liqueurs, dont
on les hurnecte , ou qu'elles s'allongent par
feur sécheresse.
3. On sçait qu'il ne suffit pas que le pied
soit étendu , qu'il faut encore que la jambe
soit retenue pliée , pour relâcher les muscles
jumeaux , et faciliter l'aproche du tendon
c'est ce que l'on ne peut pas faire facilement
avec les bandes roulées. On s'en raporte aux
soins du Malade , qui peut bien se contraindre
, et s'assujettir au repos , pendant qu'il
veille ; mais pendant le sommeil , il est exposé
aux mouvemens extraordinaires que
peuvent occasionner les rêves, et aux tressailfemens
involontaires , qui accompagnent
très souvent ces sortes de blessures , au lieu
que le Bandage nouveau retient la jambe toujours
fléchie , et s'opose à tout mouvement
capable de déranger les parties , et d'empê
cher la réunion.
4°. Quand même le premier Bandage dont
on a parlé , auroit tous les avantages qu'on
est forcé de reconnoître dans celui- ci , il ne
conviendroit pas au cas , où il seroit survenu
inflammation dans le lieu , ou au voisinage
de la rupture du tendon , parce qu'il faudroit
relever plusieurs fois par jour l'apareil pour
apliquer les fomentations , ou autres topiques
convenables. On ne pourroit relever et apliquer
JUILLET. 1738. 1547
quer ce Bandage si souvent , sans exposer les
parties raprochées à changer de place ; ce qui
seroit tout-à-fait contraire à la réunion , au
lieu que le dernier Bandage que M. Petit
propose , laisse le talon et toute la jambe à
découvert , de maniere qu'on peut à chaque
instant , si l'on veut, observer ce qui se passe ,
et apliquer les médicamens nécessaires , sans
être obligé de toucher à ce Bandage .
De ce quatrième avantage , il en résulte
un cinquiéme encore plus important . Le tendon
d'Achille peut être coupé par un coup
de faulx , de Sabre , ou autre instrument
tranchant ; et l'on sçait que la difficulté de
retenir ce tendon , et de panser chaque jour
la playe , est une des causes qui a fait prati→
quer la suture. On n'ignore point que cette
Opération cruelle
par elle- même étoit suivie
d'une foule d'accidens fâcheux et souvent
mortels . Par le moyen de ce bandage on
raproche le tendon coupé ; on le retient
dans sa place sans causer la moindre douleur,
et sans y faire aucun changement. Il donne
toute la facilité de panser la playe , et de
relever l'apareil , sans risque , et aussi sou
vent qu'on le juge à propos.
M. de Garengeot, et ensuite M. Morand lu
rent des Memoires communiqués à la Societé
Académique , sur les progrès de la Chirurgie
de Paris. On y voit que : Lorsque S. Louis
favorise
548 MERCURE DE FRANCE
favorisa la Chirurgie , elle se releva au milieu
même de la Barbarie ; quelques esprits
curieux rassemblerent les débris des Chirur
giens Grecs , des Romains et des Arabes ; l'étule
et l'experience débrouillerent peu à pen
cet assemblage.
Par ces efforts heureux , nore Art prit un
nouvel éclat entre les mains des François ;
Tignorance qui étouffoit les autres sciences ne
put l'obscurcir entierement.
Mais , lorsqu'au seizième siècle, la Chirurgie
trouva un nouvel apui dans la Puissance des
Rois , elle prit encore une autre face ; des
esprits heureux la cultiverent, leurs recherches
en enrichirent le fonds , en étendirent les bornes
, et l'éleverent enfin sur de nouveauxfondemens
; les Chirurgiens firent alors tant de
progrès , qu'ils formerent , pour ainsi dire ,
un nouvel Art qu'ils fixerent dans la France
comme dans sa source.
Après ce debut , l'Auteur vient aux grands
Chirurgiens qui se distinguerent au seizième
siécle. Le Premier , est Mathurin de la Noue.
Cet homme , dit l'Auteur , semble sortir de
son siécle
par son goût et par son éloquence ;
on croit retrouver dans les discours qu'il nous
a laiffés l'élégance de Celse et l'esprit du grand
Fernel son ami les lettres même qui lui échapoient
dans l'embarras de ses affaires domestiques
, portent le caractere d'une éloquence
douce
JUILLET. 1738 . 1549
donce et persuasive ; des Memoires très- utiles
à l'Histoire de la Chirurgie de Paris , qu'il a
consignés dans nos Registres , sont le fruit du
peu de loisir que lui laissoit l'exercice de son
Art , qu'il a pratiqué très-long temp ; avec
un aplaudissement general.
Après avoir marqué aux enfans de Mathu
rin de la Noue la reconnoissance que leur
doit la Chirurgie , pour avoir dignement
suivi les traces de leur pere , l'Auteur passe
à d'autres Chirurgiens.
Dans toutes les sciences , dit - il , s'éleve
quelque espri superieur qui en fixe ses progrès ;
qui prend l'empire sur ses contemporains , et
qui ne leur laisse d autre ressource que l'imitation
. Au seizième siècle Ambroise Paré effaça
ses prédécesseurs ; il se fit jour à travers les
obstacles que lui oposoit la fortune ; l'émulation
et la curiosté le conduisirent aux connoissances
les plus parfaites de la Chirurgie ; il porta
dans cet Art le goût de la simplicité , qui va
aux principes , qui les abrege , et qui ouvre
des routes faciles les operations des Anciens
paroissoient auprès des siennes, des ouvrages gothiques
; mais ce fut l'esprit d'invention qui
le distingua sur- tout des autres Chirurgiens ;
ses découvertes enrichirent les parties , même
les plus steriles, de la Chirurgie véritablement
pour le vrai il le démêloit parmi tout ce
qui le déguisoit aux yeux des autres , et il

avoit
1550 MERCURE DE FRANCE
de
avoit assés de fermeté pour le prendre pour
guide malgré les préjugés ; quoique plein
respect pour les Anciens , il ne fut jamais
entraîné par le goût servile de son siécle ; il
ne reconnut dans leur doctrine que l'autorité
de la raison plein de cette défiance éclairée
qu'inspirent les écarts des plus grands génies ,
il ramena les opinions à l'experience , comme à
une épreuve necessaire , et au sceau de la vérité
: Ces éloges furent confirmés par un
détail qui donna encore une plus haute idée
du merite d'Ambroise Paré. L'Auteur parla
ensuite de Pigray , et d'autres Chirurgiens
fameux , qui suivirent les traces de ces
hommes illustres dont les écrits ont mérité
de grandes loüanges.
Mais outre ces hommes illustres , dit l'Auteur
, il y a eu dans ce siècle plusieurs Chirurgiens
, lesquels , quoiqu'ils ne nous ayent
baissé que leurs noms , n'ont pas
été moins uti-
Les.
Dans leur carriere, ils ont ramassé les secrets
'de notre Art, ils en ont formé des preceptes qu'ils
ont repandus parmi leurs contemporains. Leur
exemple et leurs recherches ont souvent servi de
guide et d'apui à nos Ecrivains . Ces Ecrivains
nous ont donc quelquefois étalé dans leurs ouvrages
des richesses étrangeres, c'est-à-dire, qu'ils
n'ont pas tiré de leur propre fonds tout ce qu'ils
nous ont apris. Ces Chirurgiens qui n'ont pas
écrit ,
JUILLET. 1738.
1
écrit , sont donc nos maîtres , de même que
ceux qui nous instruisent dans leurs livres. Parmi
ces anciens Maîtresqui n'ont rien donné au
Public , nous placerons les Dumoulin les
>
Bouvard , les Desnoeus , les Legeai , les Malezieux
, les Lefort , les Lejuif, les Fourmentin
, les Cressé : on peut voir le nom des au
tres dans l'INDEX FUNEREUS de M.
Devaux qui en rend un compte fort exact.
La Séance fut terminée par l'éloge de Jacd'Amboise
.
ques
Il sembloit , dit l'Auteur , qu'on vit renaître
ces temps où les Arts Liberaux étoient entre les
mains des personnes distinguées par leur naissance.
Jean d'Amboise qui étoit Chirurgien du
Roy au Châtelet de Paris , eut trois fils , auxquels
il inspira son goût pour les Sciences :
Charles IX. ne perdirpas de vue une famille
illustre , qui se consacroit aux beaux Arts ;
il supléa par sa liberalité au défaut de la fortune.
Les trois enfans de Jean d' Amboise furent
élevés par des soins de ce Prince au College
de Navarre , où ils donnerent des espe
rances qu'ils justifierent par leurs talens et par
leurs succèss mais tandis que François d'Am
koise s'ouvrit l'entrée du Parlement de Bretagne
, et que ses lumieres l'éleverent à la place
de Conseiller d'Etat ; Adrien d'Amboise
parvenu
à l'Episcopat , fut regardé comme l'ennemi
1552 MERCURE DE FRANCE
nemi redoutable de l'Hérésie , l'exemple et la
regle des Evêques , &c . Jacques d'Amboise
trouva dans la Chirurgie des attraits qui le
conduisirent sur les traces de son pere ; comme
lui , il fut Chirurgien du Roy au Châtelet : les
dignités éclatantes l'auroient peut - être rendu
moins fameux. Le Public vit avec plaisir des
mains nobles apliquées à des Arts utiles ; estimé
de tous les sçavans , il fut enfin choisi pour être
le chefde l'Université , et ies Facultés lui conferent
les affaires le plus épineuses. Ce grand
bomme les défendit au Parlement , et dans cette
défense il brilla également par son courage et
par son éloquences et l'on vit alors que si les
beaux Arts nourrissent l'Eloquence en exerçant
l'esprit , elle leur prête à son tour
un nouveau lustre qu'ils n'ont pas eû euxmêmes
, &c.
****************
ODE
AUX MUSES.
I Nitié dans vos Mysteres ,
Chastes Muses , qu'avec plaisir
Je cherche les lieux solitaires ,
Pour vous consacrer mon loisir !
Quelquefois rompant le silence >
Mi
JUILLET. 1738 8533
Ma Lyre de votre assistance
Saisit le précieux moment ;
Quelquefois les sublimes rêves
De vos plus celebres Eleves ,
Me tiennent lieu d'amusement.
*
Là , je lis par quelles adresses ,
Un Héros long- temps exercé ,
Brave les trompeuses caresses
Des Sirenes et de Circé ;
Là, je lis avec quel courage ,
Un autre , de plus d'un n'aufrage
Sauve les restes d'Ilion ,
Et dans un lieu rempli de charmes ,
N'est point retenu par les larmes
De la Soeur de Pigmalion.
*
Que j'aime le noble génie ;
Qui par ses divines Chansons ,
A de la Lyre d'Ausonie
Eternisé les premiers sons !
La route au vulgaire cachée
Qu'avec succès il a cherchée ,
M'a déconcerté mille fois
E n'a point reprimé l'audace
2
E Q
54 MERCURE DE FRANCE
Qui me fait briguer une Place
Entre les Lyriques François.
*
Ainsi , malgré la servitude
Où la fortune m'a réduit ,
L'instinct orné d'un peu d'étude ,
Vers le Mont Sacré m'a conduit,
Ainsi vos douceurs plus qu'humaines ,
Muses , quelquefois de mes peines
Viennent interrompre le cours.
Peu desireux de l'opulence ,
Je vous aimai dès mon enfance
Et je vous aimerai toujours.
*
Non , que d'une attente superbe
Trop prévenu , j'ose penser
Que quelque jour près de Malherbe ,
Vos bontés doivent me placer ;
Ma seule attente est exaucée ,
Si par une ardeur insensée
Ne m'étant point laissé régir ,
Exempts d'une doctrine immonde ,
Mc : Vers répandus dans le Monde ,
N'ont rien qui vous fasse rougir.
AB
JUILLE T. 1738. 1555
Au bel âge , où la Terre pure
Des déreglemens que je vois ,
Etoit fertile , sans culture ,
1
Pour des hommes , justes sans Loix ,
Vos Nourissons prudens et sages
Domptoient les Animaux sauvages
Par leurs accens mélodieux ,
Et plus naïfs que nous ne sommes ,
Pour instruire et charmer les hommes ,
Parloient le langage des Dieux.
*
Mais lorsque de ses flancs horribles
L'Enfer , le redoutable Enfer ,
Eut vomi les Monstres terribles
Que connut le siecle de Fer ,
On vit plus d'un Chantre coupable
Faire un abus abominable
De vos singulieres faveurs ,
Et par ses ouvrages infâmes ,
Communiquer aux jeunes Ames
La corruption de ses moeurs,
L'Impieté , tête levée ,
Alors brava les Immortels ;
L'Injustice fut aprouvée ,
La Tyrannie eut des Autels
Eij Alois
ss MERCURE DE FRANCE
*
'Alors , la basse Flaterie ,
D'un Conquérant plein de furie
Vanta les barbares succès ;
Le Mensonge affreux se fit croire ,
Et l'Amour reçût de la gloire
De ses impudiques excès.
*
Aux coeurs ingrats , chastes Déesses ,
Mon coeur ne veut point ressembler.
J'aserai bien de vos largesses ,
Quand vous daignerez m'en combler
O ! qu'animé d'un saint délire ,
Ne puis - je , en consacrant ma Lyre
Par les exemples les plus beaux ,
Faire aimer les attraits suprêmes
Des vertus , qui jusqu'aux Dieux - mêmes ,
Sçavent élever les Héros !
*
Mais puissent devenir mes Kimes
L'objet d'un mépris éternel ,
Si déclarant la guerre aux crimes ,
J'attaque aussi le Criminel ;
Si prodiguant , vil hypocrite ,
L'encens qui n'est dû qu'au mérite ,
Muses , j'ose vous profaner ;
JUILLET. 1738 1557
Et si l'Amour dans mes saillies ,
Voyant dépeindre ses folies ,
Ne les y voit pas condamner !
LETTRE aux Auteurs du Mercure
touchant un endroit considerable de Gregoire
de Tours , qui concerne la Ville de Lyon ,
tiré d'un très- ancien Manuscrit du Diocèse
de Mâcon.
IL est facile de se remettre à l'esprit ;
Messieurs , ce qu'on lit dans vos Journaux
, lorsqu'il est aussi interessant que l'est
un certain Mémoire que vous avez donné
au Public dans le Mercure de Juin 1735 .
page 1286. Ce Mémoire, qui est d'un Auteur
Anonyme , rouloit sur les moyens d'empêcher
qu'on n'étendît le culte de Priscus ,
Evêque de Lyon; il est accompagné de quel
ques refléxions apologétiques en faveur de
ce Prélat , qui partent d'une autre plume
aussi anonyme. Il me semble que dans ce
partage de sentimens , il n'eût pas été mal
à propos ddee pprroodduuiirree en entier tout ce que
Grégoire de Tours a dit de Priscus , son
Contemporain. L'adversaire de son nouveau
culte a fait observer que c'étoit d'un Manuscrit
du Mont- Cassin , que Dom Ruinart
E iij avoig
1558 MERCURE DE FRANCE
avoit tiré ce que Grégoire de Tours a écrit
assés au long sur cet Evêque ; comme donc
cet article ne se trouve que dans les grandes
Bibliotheques où l'on se munit des dernieres
Editions , j'ai cru vous faire plaisir de
vous avertir que les mêmes choses que Dom
Ruinart a puisées dans le Grégoire de Tours
du Mont-Cassin , se trouvent dans un trèsbeau
Manuscrit de la même Histoire , conservé
dans l'Abbaye de Clugny , que l'on assûre
être du onzième siècle ou environ ;
je l'y ai vû en 1729. au mois de Septembre
et je crois qu'il y est encore.
Vous sçavez, Mrs,aussi - bien que moi , que
le Diocèse de Lyon est tout voisin de la´célebre
Abbaye que je viens de nommer. Le
Manuscrit de ce Monastere avoit , sans doute
, servi d'original pour en écrire à l'usage
des Eglises voisines , et c'étoit par ce qu'on
y avoit lu touchant l'Evêque Priscus , qu'on
s'étoit maintenu, de siécle en siécle , dans le
refus de lui décerner les honneurs dûs aux
Saints . Mais vous sçavez aussi que l'on a fort
négligé les Manuscrits , depuis que par le
moyen de l'impression , l'on a rendu les Li
vres plus communs et moins chers. La connoissance
de quelques anciennes Histoires
s'est perdue par - là ; car dès- lors qu'on a eû
un Grégoire de Tours imprimé , on a cessé
de le lire manuscrit ; et quoique les Editions
JUILLET. 1738. 1559
tions du seizième siècle fussent fórt défec
tueuses , on les préfera dans l'usage pour la
commodité , à tous les Manuscrits les plus
anciens; c'est ce qui non- seulement a été l'occasion
de la destruction de ces Manuscrits ,
c'est même ce qui avoit fait presque mettre en
oubli le Manuscrit de Clugny. Ceux de Lyon
qui ont lu Grégoire de Tours dans les Imprimés,
n'y ont rien aperçû contre le Memoire de
Priscus , et n'ayant plus dans leur Pays ,
dès
le dernier siècle , de Manuscrit pour attester
l'ancienne Tradition , ils se sont trouvés
susceptibles de toutes les Impressions qu'on a
voulu leur donner de Priscus .Voici néanmoins
ce qu'ils auroient du sçavoir, et qu'ils auroient
lu dans leurs Manuscrits , si leurs Ancêtres
avoient été soigneux de les conserver.
EXTRAIT d'un Manuscrit in folio de
Histoire des François par Grégoire de
Tours , conservé dans la Bibliotheque de
l'Abbaye de Clugny en Bourgogne , Lib . IV.
Num. X X X VI .
Decedente verò apud Parisicos post Synodum illam
quæ Saffaracum expult Sacerdote Lugdunensi
Episcopo , S. Nicetius ab ipso sicut in Libro vitæ
ejus scripsimus electus , suscepit Episcopatum , vir
totius sanctitatis egregius , casta conversationis .
Caritatem verò quam Apostolus cum omnibus si
possibile esset , observari præcepit , hic possibiliter
ita in cunctis exercuit , ut in ejus pectore ipse Do-
E iiij minus
1560 MERCURE DE FRANCE
minus qui est vera caritas , cerneretur , Nam etst
commotus contra aliquem pro negligentia fuit , ita
protinus emendatum recepit , tanquam si non fuisset
offensus. Erat enim castigator delinquentium ,
poenitentiumque remissor , eleemosynarius atque
strenuus in labore . Ecclesias erigere , domos componere
, serere agros , vineas pastinare diligentissime
studebat . Sed non eum hæ res ab oratione turbabant.
Hic viginti duobus annis Sacerdotio ministrato
, migravit ad Dominum , qui nunc magna
miracula ad tumulum suum exorantibus præstat ;
nam de oleo cicendelis qui ad ipsum sepulcrum
quotidie accenditur, cæcorum oculis lumen reddit .
dæmones de obsessis corporibus fugat , contractis
membris restituit sanitatem , et omnibus infirmis
magnum in hoc tempore habetur præsidium . Igitur
Priscus Episcopus qui ei successerat , cum conjuge
Sua Susanna coepit persequi ac interficere multos
de his quos vir Dei familiares habuerat
non culpâ aliquâ victos , non in crimine comprobatos
, non furto deprehensos , tantum inflammante
malitiâ invidus cur ei fideles fuissent . Declamabat
multâ blasphemiâ ipse cum conjuge de
Sancto Dei ; et cum diu multoque tempore observatum
fuisset ab anterioribus Pontificibus ut mulier
domum non ingrederetur , hæc cum puellis etiam
in cellula in qua vir beatus quieverat , introibat ;
sed pro his commota tandem divina majestas ulta
est in familiam Prisci Episcopi . Nam conjux ejus
dæmone arrepta , dimissis crinibus per totam urbem
insana vexabatur , et sanctum Dei quem sana
negaverat , amicum Dei confessa , ut sibi parceret
declamabat. Episcopus ille à typo quartano correp
tus tremorem incurrit . Nam cùm typus ille reces →
sisset , hic semper tremens habebatur ac stupidus :
filius quoque omnisque familia decolor esse vide
batur
JUILLE. T. 17388 1561
batur ac stupida , ut nulli sit dubium , eos à Sancti
viri virtute pefcussos. Semper enim Priscus Epis→
copus , ejusque familia Sanctum Dei nefariis voci
bus oblatrabant , ipsumque sibi amicum esse dicentes
quicumque de eo improperia evomuisset .
Jusserat enim in primordio Episcopatus sui ædificium
domûs Ecclesiasticæ exaltari , et Diaconus quem
sæpe propter facinus adulterii Sanctus Dei dum est
set in corpore non solùm à communione removere,
sed etiam sæpius codi præceperat et nunquam
eum ad emendationem reducere potuit ; hic ascendens
super tectum domûs illius , cùm detegere coepisset
, ait : » Gratias tibi ago Jesu Christe , quia
»post mortem iniquissimi Nicetii super hunc tec-
» tum calcare promerui . Adhuc verba in ore pèndebant
, et statim subductus à pedibus ejus rubor
in quo stabat cecidit ad terram et mortuus est.
Cum autem Episcopus vel conjux ejus multa contra
rationem agerent , apparuit cuidam Sanctus per
somnium dicens : » Vade et dic Prisco , ut emen-
» detur ab operibus malis , et fiant opera ejus bona.
Martiano quoque Presbytero dices : Quia consentis
his operibus, castigandus eris , et si emen-
» dare perversitatem tuam nolueris , morieris. At
ille evigilans , locutus est Diacono cuidam, dicens
Vade quæso , eo quod sis amicus in domo Episcopi
et hæc loquere sive Episcopo , siye Martiano
Presbytero. Promisit se Diaconus elocuturum ,
sed retractans noluit ea fari. Nocte autem cùm se
sopori dedisset , apparuit ei Sanctus dicens : » Cur
" non dixisti quæ tibi Abbas locutus est ? Et clausis
pugnis coepit guttur ejus cædere. Mane autem facto
inflatis faucibus . cam magno dolore accessit ad
viros, et omnia quæ audierat intimavit . At illi parvi
pendentes ea quæ audierant , phantasiam somniorum
esse dixerunt . Martianus vero Presbyter statim
30
23
inruis
1562 MERCURE DE FRANCE
inruit à febre , et ægrotans convaluit ; sed cum
semper adulatoriè loqueretur , et consentiret in
malis ac blasphemiis quæ in Sanctum evomebant ,
iterum in febre redactus spiritum exhalavit .
J'ai voulu transcrire ce Chapitre en entier
, en passant par Clugny, parce qu'il peut
beaucoup servir à . éclaircir l'Histoire de
Lyon, où la Paroisse de S. Nisier est des plus
considérables. Ce que je vous en envoye est
même plus exact et plus clair que ce que renferme
le Manuscrit de Mont - Cassin , comme
vous pouvez le remarquer en conférant
P'un avec l'autre , sur tout la derniere phrase
; et je ne doute pas que si Dom Ruinart
en eût eû communication , il n'eût préféré
la leçon de ce Manuscrit à l'autre . Vous en
ferez tel usage qu'il vous plaira ; je n'ai d'autre
but en ceci que de faire connoître la
vérité de l'Histoire . Je suis , &c.
LE TRAVAIL
O D E.
TRavail , qui , sous un front sévere ;
Es un puissant Consolateur ;
En qui les Vertus ont un Pere
Et les vices un destructeur ;
Ferme soûtien des Républiques ,
Auteui
JUILLET. 1563 1738.
Auteur des succès héroïques
Et dans la Guerre et dans la Paix ,
Viens polir toi- même l'image ,
Où ma main qui te rend hommage ;
Veut faire admirer tes attraits.
*
A ta noble persévérance
Le Ciel accorde ses présens.
L'homme te doit sa délivrance
De mille et mille maux cuisans.
En fruits aussi charmans qu'utiles ;
Les Champs , par ton moyen , fertiles
Le sont pour combler ses désirs :
Il vit libre sous ton Empire ,
Et de ta rigueur même il tire
Les plus légitimes plaisirs.
*
Si dans le faste et la richesse
Il trouve du contentement ,
Bien souvent ce n'est qu'une yvresse }
Qui se dissipe en un moment.
Foible , malgré sa vaine audace
Son coeur à la moindre disgrace
Par eux n'est point supérieur
Et ces éclatantes chimeres
>
E vj N'étouffen
564 MERCURE DE FRANCE
N'étouffent point de ses miseres
Le sentiment interieur.
*
Toi seul , qui du fer et des roches
Sçais surmonter la dureté ,
Noble Travail , tu le raproches
Du sort de la Divinité.
Toi seul , as mérité des Temples
A ces Héros dont les exemples
Feront honte à quiconque croit ,
Que la grandeur et l'opulence ,
De nous livrer à l'indolence
Peuvent nous acquérir le droit.
*
Ecueil affreux ! source de vices
De nécessités et d'ennuis ,
Pour ceux que ses fausses délices
Ont malheureusement séduits !
Des maux , fils de cette perfide ,
Chaque jour la troupe homicide
Avance le coup d'Atropos ,
Et c'est elle qui dans nos ames
Allumance les désirs infâmes
En bannit l'innocent repos.
*
·
QuiJUILLET
1738. 156)
"
Oui , de ces délices fatales ,
>
Naissent , pour nous couvrir d'affronts
Les crimes des Sardanapales ,
Des Egystes et des Nérons.
Sur le bord des plus noirs abîmes
Elle endort ses lâches victimes ,
Dignes d'un éternel mépris ,
Vile Circé , son charme étrange
En Tyrans haïssables change
Des Princes autrefois chéris.
*
Rapellons - nous l'impure vie 7
Par qui , bravant toutes les Loix ,
L'execrable fils de Livie
Obscurcit ses premiers exploits.
Tibere en vain par sa vaillance ,
Gagna d'abord la bien-veillance
Et des Etrangers et des siens ;
Au changement qu'il fit paroître
Tous cesserent de reconnoître
Le vainqueur des Illyriens.
*
La gloire que vos coeurs souhaitent
Humains , est un bien qui n'est du
Qu'aux grands courages qui l'achetens
Au prix d'un travail assidu

Plus
1966 MERCURE DE FRANCE
Pius rare en effet , plus celebre
Que l'or , qu'en ses Eaux roule l'Ebre
Elle est bien digne de vos voeux ;
Ds Héros elle est le partage ,
Et c'est le plus riche héritage
Qu'ils transmettent à leurs Neveux.
*
Mais du moyen qui la procure
Souvent vous n'aimez que le nom ;
Et vous vivez comme Epicure ,
En raisonnant comme Zenon.
Fertiles en projets sublimes ;
En vain semblez - vous magnanimes ;
Si , trop prompts à se rebuter ,
Vos coeurs , qu'assoupit la mollesse ,
Ne montrent que de la foiblesse ,
Quand il s'agit d'executer .
5
Si , content d'éblouir la Terre
Par quelques discours spécieux ,
Alcide n'eût pas fait la guerre
A cent Monstres pernicieux ,
Au lieu d'un Héros intrépide ,
La Terre dans ce même Alcide ,
N'eût connu qu'un Sophiste vaina
E
JUILLET. 1738 1567
Et du méprisable vulgaire ,
Elle ne distingueroit guere
Cet homme issu d'un
sang divin.
*
Moins pour vivre dans les Histoires
Que pour secourir les Mortels ,
Il gagna d'illustres victoires
Ils lui dresserent des Autels.
Sa vertu portée à détruire
Tout Monstre qui pouvoit leur nuire ;
Se déclara par des effets ,
Et parcourant la Terre et l'Onde
Elle laissa dans tout le Monde
Des Monumens de ses bienfaits
*
Vous , qu'à l'abri de l'indigence
La Fortune semble avoir mis >
Et qui pour vous pleins d'indulgence ,
Vous croyez tous plaisirs permis ,
Domptez un penchant détestable ,
Et par un travail profitable ,
Vous rendant dignes d'être heureux
Au Prince , au Peuple , à la Patrie ,
De vos soins , de votre industrie
Prêtez les secours genereux.
1568 MERCURE DE FRANCE
Et vous sur qui les Destinées
Ont exercé plus de rigueur ,
De vos florissantes années
Mettez à profit la vigueur ;
Songez que les remords d'Oreste ;
De Tantale l'état funeste ,
D'Irus la triste pauvreté ,
Sont l'image du sort tragique
Qu'à son Esclave létargique
Ourdit sans fin l'oisiveté.
********
***** ****
QUESTION importante jugée au Parlement
de Paris. Sçavoir : Si la Prescrip
tion réhabilite le condamné à mort , dans
les effets civils.
La déja été parlé de cette affaire dans
le Mercure du mois d'Octobre de l'année
derniere , où l'on a raporté page 2123 .
et suivantes , une Lettre écrite par M. R.
Avocat au même Parlement , à l'occasion
d'un Arrêt rendu le 7. Septembre 1737. dans
cette même affaire ; mais il est à propos
d'en rapeller ici les principales circonstances
pour l'intelligence de l'Arrêt définitif qui
est intervenu depuis.
La Question dont il s'agit , étoit d'autant
plus
JUILLET. 1738. 1569
plus singuliere et plus interessante , qu'elle
se presentoit à juger entre les deux freres ;
sçavoir , le fieur François Tillette , Chevalier
, Seigneur d'Acheux , lequel avoit été
condamné à mort par contumace , et Au
gustin Tillette , Chevalier , Seigneur de la
Boissiere , qui soûtenoit que son frere étoit
incapable des effets civils. Voici le délit qui
donna lieu à cette contestation .
Noël Baron Curé d'Acheux en Picardie
Paroisse dont le pere des Parties étoit Seigneur
, fut étranglé et volé la nuit du
10. Janvier 1688.
9.2
Les Juges du Bailliage d'Amiens ayant
fait arrêter le Vicaire , le Valet et la Servante
du Curé et plusieurs autres personnes accusées
de ce meurtre , ceux - ci en rejetterent
le soupçon sur le sieur d'Acheux fils aîné
du Seigneur du Lieu , à cause qu'il avoit
soupé avec le défunt le soir même qui avoie
précédé la nuit de sa mort.
Ce soupçon s'accrut encore par un voya
ge que le sieur d'Acheux fit quelque temps
après , ensorte qu'il fut décreté de prise de
corps et son Procès ayant été instruit par
contumace , le 29. May de la même année
1688. il intervint Sentence au Bailliage d'Amiens,
par laquelle le Vicaire , la Servante et
le Valet du Curé furent déchargés de l'accusation
: quelques autres des accusés ne furent
renvoyés
570 MERCURE DE FRANCE
renvoyés qu'à la charge d'un plus ample
ment informé pour ce qui est du sieur
d'Acheux il fut condamné au dernier suplice
, et ce Jugement fut exécuté par effigie
à son égard le 3. Juillet suivant.
Effrayé du sort qu'avoit eû l'instruction
faite pendant son absence , il ne se réprésenta
point dans les cinq années , comme
il le pouvoit,pour purger sa contumace.
Après dix ou douze années d'absence il
revint en France , où on prétend qu'il servit
dans les Troupes du Roy en qualité de
Cavalier sous le nom de Delcourt.
En 1704. le sieur d'Acheux pere mourut.
Le sieur d'Acheux son fils aîné devoit être
son principal héritier suivant la Coûtume
d'Amiens qui donne presque tous les biens
à l'aîné mais sa mort civile le rendant inhabile
à succeder , Louis Tillette Seigneur
du Luquet , le premier de ses frères puînés
prit sa place et recueillit tous les biens auxquels
l'aîné autoit succedé sans sa disgrace.
Il en fut de même de la succession d'une
tante qui décéda aussi pendant la mort ci
vile du sieur d'Acheux.
En 1713. il fit demander par le sieur de
la Boissiere l'un de ses freres, des Lettres de
Grace à M. le Chancelier de Voisins qui ne
voulut pas en accorder.
Enfin plus de 30. années étant écoulées
et
JUILLET. 1738. 1577
,
et la prescription ayant éteint et le crime
dont le sieur d'Acheux avoit été accusé et
la condamnation de mort prononcée contre
lui , il revint dans sa famille et rechercha
en mariage une Dlle d'une des meilleures
familles de Normandie qu'il obtint de ses
parens le sieur de la Boissiere son frere
forma oposition à ce mariage
mais par
diverses Sentences confirmées par Arrêt , il
fut ordonné qu'il seroit passé outre à la cég
lébration .
:

Peu de temps après ce mariage , en 1721
la Dame d'Acheux mere commune des Par
ties étant décédée , le sieur d'Acheux son
fils obtint une Sentence qui l'envoya en
possession de ce que la Coûtume lui assignoit
dans ses biens ; mais cette Sentence
n'eut pas d'exécution par les contestations
qui survinrent dans le partage entre les
sieurs d'Acheux , de Catigny, et de la Boissiere
, ce dernier ayant oposé que le sieur
d'Acheux étoit mort civilement, et incapable
de recueillir aucune succession ,même échuë
depuis la prescription acquise. Le sieur d'Acheux
intervint et demanda à être maintenu
et gardé dans les parts et portions à lui afférentes
dans la succession de sa mere , et de
ses freres et soeurs décédés .
La cause portée à l'Audience du Bailliage
d'Amiens , il intervint Sentence le 9. Fevrier
#572 MERCURE DE FRANCEvrier
1735. par laquelle le sieur d'Acheur
fut déclaré non recevable en son intervention
, débouté de sa demande et condamné
aux dépens.
Le sieur d'Acheux interjetta apel de cette
Sentence , et pour faire tomber l'objection
du sieur de la Boissiere , il se constitua prisonnier
à la Conciergerie du Palais le 4:
Juin 1737. à l'effet de purger sa contumace;
sans préjudice néanmoins à tous ses moyens de
fair et de droit le même jour il presenta sa
Requête à la Cour pour être transferé dans
les prisons d'Amiens ; et le lendemain fut
rendu un Arrêt qui l'ordonna ainsi sur les
Conclusions de M. le Procureur Général.
Les Juges d'Amiens ayant voulu proceder
en conséquence de la représentation de
l'accusé , reconnurent que les informations ,
recollemens , et tout le reste de la Procedure
de 1688. n'avoient point été signés du
Greffier de ce temps- là , lequel étoit depuis
décédé.
Cette circonstance donna lieu au sieur
d'Acheux de requerir que toute la Procedure
fût déclarée nulle , et qu'en consé
quence les prisons lui fussent ouvertes.
Par Sentence du 2. Juillet 1737. les informations
de 1688. furent déclarées nulles
mais on ordonna en même temps qu'il en
seroit faite une nouvelle . ·
Le
JUILLET. 1738. 7573
Le sieur d'Acheux interjetta apel de cette
derniere disposition , fondé sur ce que par
le seul laps de 20. ans la plainte de tout
crime sujet à prescription est anéantie . Sur
cet apel il intima M. le Procureur Général
qui de sa part forma opposition à l'Arrêt du
5. Juin précédent et interjetta apel de tout
ce qui avoit été jugé à Amiens en consé
quence de l'Arrêt du 5. Juin 1737.
La cause plaidée solemnellement pen
dant quatre Audiences , intervint Arrêt en
la Tournelle Criminelle le 7. Septembre
1737. sur délibéré conformément aux
Conclusions de M. l'Avocat Général Daguesseau
, par lequel la Cour reçut M. le
Procureur Général oposant à l'Arrêt du 5 .
Juin , et Apellant de tout ce qui avoit été
fait au Bailliage d'Amiens en exécution dudit
Arrêt , faisant droit sur le tout , sans s'arrêter
à l'apel du sieur d'Acheux , évoquant
le principal et y faisant droit , déclara lę
sieur d'Acheux non- recevable dans sa demande
afin de purger la contumace , et en
conséquence ordonna que les prisons lui
seroient ouvertes .
Après la prononciation de l'Arrêt , M.
l'Avocat Général étant déja retiré , M. Simon
Avocat du sieur d'Acheux , demanda
qu'il fût reservé à sa Partie de se pourvoir
par Lettres de Rescision , sur quoi il fut
prononcé ,
574 MERCURE DE FRANCE
prononcé , sauf à la Partie de Simon à se
pourvoir comme et ainsi qu'il avisera .
Le sieur d'Acheux ayant été mis en liberté
en exécution de cet Arrêt , forma au
Bailliage d'Amiens sa demande contre le
sieur de la Boissiere , à fin de partage des
successions échues depuis la prescription
qu'il avoit acquise contre toutes poursuites :
il se prétendoit d'autant mieux fondé dans
cette demande qu'on venoit de juger , qu'il
n'y avoit plus lieu à recommencer aucune
Procedure contre lui , et que les prisons lui
seroient ouvertes , d'où il concluoit que la
prescription l'avoit réhabilité dans tous les
effets civils.
Le sieur de la Boissiere şoûrenoit au contraire
que la prescription n'avoit fait qu'affranchir
le sieur d'Acheux des peines auxquelles
il avoit été condamné ; mais que la
mort civile , qui étoit l'effet de la condamnation,
subsistoit toujours , nonobstant la prescription
acquise contre la peine , parce que
comme on ne meurt point pour un temps et
que la mort civile doit imiter la mort naturelle
, celui qui est une fois mort civilement
ne peut pas recouvrer la vie civile
tant que la condamnation, qui lui a fait encourir
la mort civile, subsiste ; d'où le sieur
de la Boissiere concluoit que le sieur d'Acheux
étoit toujours mort civilement, et par
conséquenc
JUILLET. 1738: 1738 1575
conséquent incapable de recueillir aucune
succession.
Le sieur d'Acheux fut déclaré non recevable
en sa demande par Sentence du Bailliage
d'Amiens , dont il interjetta apel au
Parlement. Le sieur de la Boissiere interjetta
de son côté apel de la Sentence qui
avoit anciennement envoyé le sieur d'Acheux
en possession de ce que la Coû
tume lui assignoit dans les biens de la mere
commune ..
Sur ces apels respectifs intervint Arrêt le
4. Mars 1738. par lequel on confirma la
Sentence dont le sieur d'Acheux étoit Apellant
, et on infirma celle dont le sieur de la
Boissiere étoit Appellant de sa part , ensorte
que cet Arrêt juge que le condamné à
mort , qui n'a point été admis à purger la
contumace , est toujours mort civilement
et incapable des effets civils , quoique par
le laps de temps , il ait prescrit la peine à
laquelle il étoit condamné.
2
Les mots de l'Enigme et des Logogryphes
du premier volume de Juin , sont la Chandelle
Cornemuse , Harangueur , Lucas
Victor , Madelaine Franchise , François,
Monstrum , et Vulpes. On trouve dans le
premier Logogryphe, Reve , Source , Ecroue

Roses
576 MERCURE DE FRANCE
Rose ,
, Sermon Mouë , Remus , Roux à
Rome , Ourse , Mur , Scene , Urne. Dans
de huitième , Somnus , Morus , Utor , Mos
Os , O , et dans le neuvième on trouve ,
Lupus , Lepus , et Pes.

>
Ceux du second Volume sont , l'Huitre ,
la Loire , Perigourdin , Histoire Fievre
Orleans , Color et Pulex. On trouve
dans le premier Logogryphe , Loi , Ire ,
Roye , Eloi , Oye , lire , Lie , et Roy. Dans
le troisième , Rot , Rose , Ris , Or
Toi,
Sire , Iris , Toise , Troye , et Sot . Dans le
quatrième , Furie , Ferie , lure , Vire , Feve ,
Rive , Fier , Feu , Ver , Ire , Eve , Vif,
Fer , Fée , Vie , Rue, If, et Ré. Dans le cinquiéme
, Arles Salon , Sole , Sel , Asne ,
Rose , Noé , Nole , Or , An , Ré , Sol , et
La. Dans le sixième , Olor ; et dans le
septiéme on trouve , Lex , Lux , et Exul.
J
ENIGM E.
E ne suis point esprit , je ne suis point matiere §
Qu'es-tu donc ? me dira mon Lecteur en colere ;
Je ne sçais ; attendez .... je ne suis proprement
Qu'un non être , ou bien qu'un néant..
Cependant quelle gloire à la mienne est pareille
D'u
JUILLET. 1738.
1577.
D'un plaisir tout divin quand ils sont enyvrés ,
Les enfans du Dieu de la treille
Tiennent à grand honneur de m'être comparés ;
Je sers d'azile à Philomele ;
Le plus cheri de tous les Dieux
Dans mon sein quelquefois recele
Sés trésors les plus précieux.
Adieu , mon cher Lecteur , je n'ai plus rien à dire,
Qui que je sois , quand tu me trouveras
J'ose bien me flater , beau Sire ,
Que je ne te déplairai pas .
XXXXXXXXX HI
J
*********
LOGO GRYPH E.
E suis Ville de grand renom :
Mot Latin , Nation barbare ;
De Musique le second ton ;
Un Arbre , un Elément bizarre ,
Le Métal chéri de l'Avare ;
Quatre Lettres forment mon nom.
JE
Le Maire
AUTRE..:
E suis Iman , je suis Simon
Je suis Siam , je suis Sion ,
Je suis Mons , et je suis Osmin
E Ja
1578 MERCURE DE FRANCE
Je suis As , Moi , Minos , et Main ,
Je suis Ino , Jonas et Son ,
Je suis Amos , je suis Jason ,
Je suis Osman , je suis Aimon ;
En six Lettres je suis ...
Par le même.
AUTR E.
SEpt Lettres peignent ma figure ;
Voici toute ma découpure :
Ecueil en mer très - dangereux ;
Métal dont on est amoureux ;
Source où l'on puise les Sciences ;
Séjour des pures Consciences ;
Un nom refpecté des François ,
Mais moins connu chés les Génois
Un Saint révéré dans l'Eglise ; re
Fleuve qu'en France on préconise ;
Mets de mode à la S. Martin ,
Qui du Peuple fait le Festin ;
Un Prophete ; un Ton de la Game ;
Un brillant ornement de Femme ;
Organe utile et des plus aparens ;
Deux Instrumens de Sons bien differens
Pour
JUILLET . 17388 1575
Four ..... Ciel ! qu'entens - je ! une Cloche maudite
M'apelle , il faut que je te quitte .
Par M. Desnoyers , Lieutenant Particulier
en la Prevôté d'Estampes.
LOGOGRYPHUS.
【Ngeniosa fabri me dextera procudit arte ,
Custodique mihi credit avarus opes :
In partes distingue duas , prior est liquor albus ;
Altera corporis est virtus et ingenii.
Tolle caput membrumque sequens , innixa per auras
Nunc levibus pennis , Lector amice , vehor.
Fournier de Villecerf
de Châteaubriant.
ALIUS.
Tota , sinus humidos rapidis seco cursibus unda į
Prapetibus pennis aera, trunca seco.
Par le même.
Fij NOUVELLES
580 MERCURE DE FRANCE
2 22 2225 22
NOUVELLES LITTERAIRES
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tion , revûë , corrigée , et augmentée de
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toire à l'Auteur , l'Histoire de sa Vie et de
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JUILLET. 1738 1981
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du même Auteur , publiée en Armenien , et
traduite en Latin par Mrs. Whiston fils , qui
y ont ajoûté une Preface et un Appendix ,
contenant deux Epitres Armeniennes , Pune
des
JUILLET. 1738. 1387
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tre de S. Paul aux Corinthiens. A Londres
chés Jean Whiston , Libraire 1736. Volume
in- 4. de 396. Pages , sans la Preface , et la
Table. L'Ouvrage est en Latin.
INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE , CONtenant
la Metaphysique et la Logique , par
G. J. Gravesande , traduite du Latin. A Leyde
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in 12. de 472. Pages.
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DIALOGO della Pittura di M, Ludovico
Dolce , intitolato l'Aretino , nel quale si ragiona
della dignita di essa Pittura , et di tutte
le parti necessarie che à perfetto Pittore si acconvengono
: con esempi di Pittori antichi
moderni e nel fine si fa menzione delle virtù è
delle opere del divin Tiziano. In Firenze.
1735. Per Michele Nestenus è Francesco
Moüke. in 8.
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COMMENTAIRE sur la Traduction en Vers
de M. l'Abbé du Resnel de l'Essai de M.
Pope , sur l'Homme. 1738. in 12. de 375
Pages. A Geneve , chés Pellissari et Compagnie
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1584 MERCURE DE FRANCE
Edition , à Paris , chés Bordelet , rue Saint
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RECUEIL de Pieces d'Histoire et de Lit
terature. Tome troisiéme . A Paris , ches Chaubert.
M. DCC . XXXVIII .
Ce Volume , qui annonce la continuation
d'un Ouvrage estimé , et des plus utiles ;
contient d'abord trois Dissertations de M.
Ribaud de Rochefort , Avocat de Gannat
en Bourbonnois. Comme cet Auteur n'avoit
envoyé pour concourir au Prix de l'Académaie
de Soissons de l'année 1736. qu'une Dissertation
fort courte, et écrite, contre l'ordinaire
, en Latin , il a amplifié dans ces trois
nouvelles Pieces les matieres proposées, et il
a developé par un plus grand nombre de
preuves , les sentimens qu'il s'étoit formés
en se servant utilement de ce qu'il a trouvé
dans les Dissertations de M M. Biet et le
Beuf , qui pouvoit lui convenir , et qu'il
cite avec éloge.
Il ne suit pas le sentiment du premier
touchant l'Antiquité de l'Etablissement des
Francs dans les Gaules. Il se trouve d'accord
sur cela avec le second, et avec presque tous
nos meilleurs Critiques , qui regardent Clodion
comme le premier Roy des Francs ,
établis dans les Gaules. Ce qu'il y a de plus
curieux
JUILLET.
1738. 1585
Curieux dans la premiere Dissertation datée
du 1. Janvier 1737. est un examen de la situation
de la Thoringie , dont parlent Gregoire
de Tours , Fredegaire , &c. il prétend
qu'elle étoit differente de la Thuringe, située
au de -là du Rhin , et du Pays de Tongres ,
situé en de- çà ; il s'apuye fort sur un Passades
Gestes des Consuls d'Angers, qu'il dit
lui avoir été indiqué par l'Ecrit de M. le Beuf,
et il veut que cette Thoringie soit la Loraine
, et Hespargum Hespring , préférant cette
leçon à celle de Dispargum. Il croit aussi
que les Arboriques de Procope , sont les Habitans
des Ardennes , ainsi dits , ab arboribus.
ge
Dans la seconde Dissertation , M. de Rochefort
tâche de concilier tout ce que Fredegaire
a dit de la déposition de Childeric ;
avec Gregoire de Tours ; loin de regarder
cette déposition comme fabuleuse , il essaye
d'en justifier jusqu'aux moindres circonstances
, qu'on a crû tenir du Roman. Il admet
les huit années du Regne d'Egidius sur les
Francs , et il met même Childeric comme
Associé à Egidius , dans la Guerre contre les
Goths , marquée dans Gregoire de Tours,
L. II. C. XVIII. suposant que c'est la même
dont il est fait mention à l'an 463. dans la
Chronique de Marius , qui ne nomme ce
pendant point Childeric,
Fy Enfin
1586 MERCURE DE FRANCE
mains
Enfin dans la troisième Dissertation l'Auteur
en parlant de l'étendue de l'autorité
d'Egidius , que les Ecrivains apellent , indifferemment
Roy , Patrice , et Duc des Rod'entendre
, propose
par le nom de
Romain , les anciens Habitans des Gaules ,
demeurans dans les Provinces non infectées
de l'Arianisme ; et il a cru devoir suivre Mezeray
pour guide dans l'explication de la
Notice de l'Empire , sur ce qui regarde les
Gaules. Peut-être est - ce cet Historien qui l'oblige
de lire Grammone , à l'Endroit où cette
Notice met Grannona , ou , Grannono II
s'excuse de traiter la quatriéme Question
que l'Académie de Soissons avoit proposée ;
sçavoir , sur le Lieu de la Bataille où Clovis
vainquit Syagrius , disant qu'on ne peut le
faire que par l'inspection des Lieux , et à l'aide
de la Tradition. Il a adressé ces trois Dissertations
au sçavant P. Rouillé , Jésuite.
La quatriéme Piece de ce Recuëil est de
M. de Sallo , faite à l'occasion du nom de
Marie - Therese d'Espagne , que le R. P. de
S. Gabriel a donné à la Reine Marie - Therese
d'Autriche , dans sa Carte des Descendans
de S. Louis. M. de Sallo après avoir fait
précéder un Discours très curieux sur l'origine
des Noms et Surnoms , prouve qu'il faut
continuer a apeller cette Reine Marie Therese
d'Autriche. Il y fait observer » que de tous
» les
>
JUILLET. 1738. 1587
les Rois , il n'y a que le Roy de France
» dont la Maison n'ait point d'autre nom ,
» que celui de la Couronne.
On trouve ensuite une Lettre de la Reine
Christine de Suede sur son Abdication , écrite
d'Upsal à M. Chanut , le dernier Fevrier
1654. Une autre Lettre de la même Reine
au Roy de Pologne , sur le secours de Vienne
puis la Lettre que M. Pascal lui écrivit
en lui envoyant la Machine de la Roulette
Machine inventée pour faire les Regles d'Arithmetique
, sans Plume et sans Jettons.
On connoissoit le talent de M. Racine
pour les Vers François, et on ne parloit guere
de ses Poësies Latines. On trouve ici une
Piece de lui intitulée , Urbis et Ruris differentia
, avec une Réponse à ces Vers qui est
signée, A. Vitart. Elle est suivie d'une Lettre
du Comte de Louvigny , au Maréchal de
Grammont , son Pere , sur la maniere inespérée
dont la Ville de Valenciennes fut prise
par le Roy , au mois de Mars 1677-
Ces Pieces sont suivies d'une Dissertation
, où l'on prouve que Salomon , n'étoit
point Fils unique de David et de Bethsabée ;
mais que Simmaa , Sobab et Nathan, furent
aussi Fils de David et d'elle . De sorte que
ces mots des Proverbes Chapitre IV. V. 3 .
Ego . unigenitus coram matre mea , doivent
seulement signifier , j'étois chéri comme
F vj
....
ر ي خ
1588 MERCURE DE FRANCE
si j'eusse été son fils unique , et non pas qu'il
fut réellement fils unique . On lit ensuite une
autre Dissertation sur un Passage de S. Augustin
, mal imprimé dans le Breviaire Romain
, au Mercredy de la quatriéme Semaine
de Carême , et même dans toutes les
Editions des OEuvres de ce Saint Docteur.
Voici comme il doit être réformé suivant
un Manuscrit : Audistis grande mysterium .
Interroga hominem : Christianus es ? Respondet
tibi , non sum , si Paganus est aut Judæús.
Si autem dixerit , sum , adhuc queris ab eo :
Cathecumenus , an Fidelis ? L'Auteur de cet
Ecrit , qui est daté de Riès le 10. Avril
1737 , soupçone encore qu'on a alteré un
Passage de S. Augustin , qui se lit dans le
Breviaire Romain à la neuviéme Leçon du 8.
Decembre , et que le mot aliquam , est contraire
à ce que S. Augustin vouloit prouver
II raporte aussi les differentes Editions de
Breviaires , tant Romain qu'autres , où dans
le Te Deum on lit : Æternâ fac cum Sanctis
auis gloriâ munerari , et non pas numerari
et il finit par une Observation sur l'origine
du retranchement du mot animas , de l'Oraison
de la Chaire de S. Pierre , qu'il dit avoir
lu dans le Breviaire Romain de l'Edition de
1544.
Suit un Traité anonyme du Doyenné de
PEglise de Sens 2 avec un Catalogue des
Doyens
JUILLET. 1738. 7589
Doyens . On sent en le parcourant , qu'il est
d'une composition déja un peu ancienne ; et
on voit à la fin , qu'il a été rédigé dans le
temps que Charles de Benjamin étoit Doyen,
sous l'Episcopat de M. de Gondrin. Parmi
plusieurs Epitaphes qu'il contient , celle qui
peut paroître la plus singuliere , est d'un
Doyen du XI V. Siecle , qui se déclare lui
même mort , telle année et tel jour. Ego
Thierrycus de Breya , Comitis Roberti Parisius
Diocesis , quondam Canonicus et Decanus hujus
Ecclesia , sub hac tumbajaceo ; et obii anno
Domini M. CCC . XLIX. tertia die mensis Septembris
, videlicet die Jovis , post Festum begi
Lupi. Unde , charissimi , rogo vos ut ofetis
pro me.
29
"
Ce Recueil est terminé par un Mémoire
intitulé : Qualités merveilleuses d'un petit fruit
qu'on nomme de Catbalogan , ou autrement ,
la Féve de S. Ignace , traduit de l'Italien en
notre Langue , et imprimé à Rome en 1736.
Catbalogan est une partie de l'Isle Philippine
, où se trouve l'Arbre sur lequel croît
» cette Féve , qui est un excellent contrepoison
et un parfait remede , dont l'usage
» est expliqué , contre differens maux . Il n'y
» a , dit - on , au monde qu'un seul Arbre
qui produit ce petit fruit , et les Auteurs
» des Mémoires de Trevoux ont reçû deux
» de ces Féves, qui font le sujet du Mémoire.
""
ןכ
1
1590 MERCURE DE FRANCE!
Il y a plus de deux ans que le R. P. Catrou
nous a fait l'honneur de nous communiquer
un pareil Mémoire , ayant pris la peine de
traduire lui - même l'Imprimé Italien , qui
étoit venu de Rome. Nous avons attendu
pour le publier dans notre Journal quelques
autres éclaircissemens qu'on nous faisoit espérer.
Nous ne désespérons pas de les recevoir
, et le Public pour lequel on ne sçauroit
trop s'intéresser , en profitera dans la réimpression
de cet Ecrit.
NOUVEAUX MOTIFS DE CONVERSION
à l'usage des Gens du monde , ou Entretiens
sur la nécessité et sur les moyens de se convertir
, avec des Stances pour le Vendredy
Saint dédiés à S. A. Mad. la Princesse de
Lambesc , par M. le Chevalier de Mouhy. A
Paris , chés Gabriel Valleyre , ruë de la vieille
Bouclerie , à l'Annonciation ; et Charles de
Poilly , Quai de Conti , aux Armes d'Angleterre
, 1738. in- 12 . Brochure de 76. Pages ,
sans l'Epitre dédicatoire et la Préface.
» J'avois travaillé jusqu'ici , dit l'Auteur ,
» par d'innocentes Fictions , à porter mes
" Lecteurs à l'amour de la vertu et à la haine
» du vice : l'expérience m'avoit fait connoî-
" tre , que ceux qui lisent , ne s'attachent
» qu'autant qu'ils trouvent de l'amusement
» et de l'intérêt , &c.
» Mais
T
JUILLET. 1738. 7592
" Mais l'abus , continue- t-il , qu'ont fait.
» les Auteurs de la liberté qu'ils avoient de
produire , sans achever leurs Ouvrages , a
» Sans doute occasionné le frein qui les re-
» tient aujourd'hui , &c.
"
» Mon intention , ajoûte l'Auteur , avoit
» d'abord été en commençant cet Ouvrage,
» d'en faire un Essai sur la nécessité de se
» convertir , et de n'y employer qu'un style
Didactique ; mais une réfléxion solide m'a
» fait changer de sentiment ; comment être
» lu de la Jeunesse en moralisant ? & c.
""
» J'ai recouru à la voye du Dialogue ; j'ai
» établi un Lieu où la Scene se passe en peu
» d'heures , et pour donner le temps de respirer
, j'y ai mis des Intermedes en forme
» de Sommaire , qui aprennent à quoi a été
» employé le temps où les Acteurs ne parois-
» sent plus. Ce Dessein n'est pas nouveau
» mais comme il y a long temps qu'il n'a
» été mis en usage , je me flate qu'il n'en
» sera pas moins goûté , &c.
REGLEMENT de l'illustre Médiation pour
la Pacification des Troubles de la République
de Geneve. Brochure in- 8 . de 29. Pages.
A Geneve, chés les fieres de Tournes , M. DCC.
XXXVIII.
Ce Réglement dicté par la Sagesse , est
contenu en XLIV. Articles . Comme il est
public
1592 MERCURE DE FRANCE
public par l'Impression , et déja fort répandu
nous n'entrerons là-dessus dans aucun détail.
RECUEIL des principales Instructions
faites et prononcées en cours de Visites , par
Messire Edme Mongin , Evêque et Seigneur
de Bazas , avec sa Lettre Pastorale en forme
de Mandement , pour établir dans son Diocèse
le renouvellement des voeux du Baptême. A
Bordeaux , chez Jean - Baptiste Lacornée ,
Imprimeur-Libraire de M. l'Evêque et Clergé
de Bazas , rue Saint James.
Rien n'est plus édifiant que tout ce qui
est contenu dans ce Recueil. L'éloquence
qui y regne par-tout , n'est point parée de
ces fleurs qui n'ont qu'un éclat passager ,
tout y est solide et Apostolique ; on en va
juger par quelques fragmens précieux que
nous avons pris soin d'en extraire , pour en
faire part à nos Lecteurs .
La premiere Instruction est au sujet du
Sacrement de Confirmation . Le zelé Pasteur
y prend pour texte ces paroles de l'Evangile
selon S. Matth. ch. 28. v. 9. Euntes , docete
omnes gentes in nomine Patris , et Filii , et
Spiritus Sancti. » Ce sont , dit il mes
,
chers Freres , les paroles que Jesus Christ
dit à ses Apôtres , quand, après sa Resurrection
, il les envoya prêcher son Evangile
à toutes les Nations ; et c'est en vertu
22 de
JUILLET. 1738 4595
"
de cette premiere mission donnée aux
Apôtres , et continuée à leurs successeurs ,
» que je viens aujourd'hui vous instruire et
» vous visiter au nom du Pere , du Fils , et
>> du Saint Esprit.
Après avoir fait entendre au troupeau
que le Ciel a commis à sa vigilance Pastorale
, quel est le prix de cette invocation
adressée à l'adorable Trinité , il ajoûte :
» Paroles puissantes et efficaces qui nous font
» sentir la vérité de tous nos mysteres , sans
» les comprendre ; qui nous font désirer et
» esperer les biens à venir , sans les voir !
» et qui nous donnent dès cette vie un avantgoût
du bonheur de l'autre , par le seul
» attrait des promesses .
"
39
""
"
Il prouve ces importantes verités avec
toute la solidité possible ; et poursuit avec
S. Augustin , » Que dans la Religion Chré-
» tienne , il n'y a point de grace , point
» de vertus , point de merites , point de
justification , ni de salut à esperer qu'au
» nom du Pere , du Fils , et du Saint Esprit.
Il s'étend beaucoup plus sur le Saint Esprit ,
parce que dans le Sacrement de Confirmation
, qu'il va administrer , cette troisiéme
personne de la Trinité , semble exercer la
principale fonction . Voici comment l'Apostolique
Orateur s'exprime : » Je crois bien ,
» dit-il , que vous pouvez sçavoir , que le
» Saint
1594 MERCURE DE FRANCE
» Saint Esprit est Dieu , comme le Pere et le
» Fils , égal à tous les deux en grandeur et
» en puissance ; mais cela suffit - il pour votre
» salut , et pour le besoin que vous avez
sans cesse de lui ? Vous connoissez le
» Pere , parce qu'il vous a crées ; vous
connoissez le Fils , parce qu'il est mort
» pour vous ; mais qu'a fait le Saint Esprit
"pour vous ? Et qu'en attendez - vous? Je vais
» vous l'aprendre.
Il leur adresse les mêmes paroles que S.
Paul adreffa autrefois aux Atheniens qui sacrifioient
à un Dieu inconnu : » J'ai vu ,
» leur disoit ce Vase d'Election , j'ai vu en
» passant par vos Temples , l'Autel d'un Dieu
» que vous adorez, sans le connoître . IGNOTO
" DEO. Eh bien ! ce Dieu que vous ne con-
" noissez pas , c'est le mien ; c'est le Dieu
» du Ciel et de la Terre ; c'est le Dieu des
» Chrétiens , que je viens vous annoncer :
Et quod ignorantes colitis , hoc ego annuntie
vobis.
Nous passerions les bornes ordinaires de
mos Extraits , si nous raportions tout ce qu'il
y a de beau dans cette premiere Instruction ;
passons à la seconde. Le pieux Prélat la fit en
visitant les Cimetieres : en voici l'Exorde.
و ر
Voici , mes chers Freres , cette Terre
» sainte , qui couvre les cendres de vos Pa-
» rens et de vos Amis , et qui sera un jour
>> la
JUILLET. 1738. 1599
» la dépositaire des vôtres ; c'est ici que
" leurs Tombes vous demandent le secours
» de vos prieres ; ayez pitié de nous , vous
» disent - ils ; vous , surtout , qui nous avez
» été si chers : Miseremini mei , miseremini
mei , saltem vos , Amici mei.

Après avoir excité la compaccion de ses
'Auditeurs , par ce qu'il peut y avoir de plus
touchant et de plus intéressant , pour attirer
les secours des Vivans sur les Morts , il
poursuit ainsi : » Oui , mes chers Freres
c'est la Doctrine de l'Eglise , et le privile-
" ge de la sainte Religion , où Dieu nous a
» fait naître , que la mort ne rompt que les
» liens de la nature , sans qu'elle puisse
» toucher aux liens sacrés de la grace et de
» la charité, qui unissent étroitement et à la
» vie et à la mort , et après la mort tous les
» Fideles qui sont nés dans son sein et qui y
» meurent en état de grace ; et c'est ce qui
s'apelle la Communion des Saints , qui
» fait le dogme de notre Foi , le plus inte-
» ressant , et le plus consolant pour nous.
>>
La troisiéme Instruction fut faite en visitant
les Fonts Baptismaux. Rien n'est si
beau que ce que le sçavant Evêque dit en
cette occasion pour faire connoître à son
heureux troupeau quel est le prix de ces sacrés
Fonts dans lesquels nous sommes regenerés
à la grace. » C'est ici , dit- il , mes
» chers
1397 MERCURE DE FRANCE
» chers Freres , que vous avez reçû le pre-
» mier de tous les Sacremens , et celui qui
" vous a disposés à tous les autres ; c'est le
» lit nuptial où l'Eglise vous a enfantés à
Jesus-Christ. C'est le germe de l'immorta-
» lité et de la gloire qui vous ont été promi
" ses. C'est le berceau de la Foi , de l'Espé-
" rance , et de la Charité. C'est la source uni-
» verselle de toutes les graces et de toutes les
» vertus , et qui, devenue féconde en merveilles
, dès son origine , a peuplé les deserts
» de Saints Solitaires , a fait couler les larmes
» de tous les Penitens , et le sang
de tous
» les Martyrs. C'est enfin de ces Fonts sacrés
, établis dans toutes nos Eglises ,
» que sont sortis tout ce qu'il y a de Justes
» sur la Terre, et de Saints dans le Ciel.
"
De combien de traits pathétiques n'est pas
suivi un si magnifique Exorde et si chrétien ?
Toutes les beautés que cette importante Instruction
contient , nous font regretter de ne
pouvoir les renfermer dans un extrait ; nous
en choisissons une seule , pour donner une
legere idée de toutes les autres : le zelé Pasteur
compare la nouvelle Alliance que les
Fonts Baptismaux nous font contracter avec
le Ciel , à celle que Dieu voulut bien contracter
autrefois avec son Peuple sur la Montagne
de Sinaï. Voici comme le nouveau
Moyse du Peuple de Bazas s'exprime avec
22 ses
JUILLET.
1738 1591
: es ouailles » Je viens , mes chers Freres ,
» de la part du même Dieu , renouveller une
» alliance encore plus parfaite , et qui exige
» de vous de plus grandes promesses. Vous
» avez par le Baptême reçû des graces plus
précieuses, que toutes celles que les Israëli
» tes avoient reçûës ; ils n'avoient été délivrés
19 que de la tyrannie de Pharaon , et vous
» l'avez été de celle du peché et du Démon.
» Dieu ne conduisoit les enfans d'Abraham
33
}
39 que dans une terre étrangere ; et par le
Baptême , il vous ouvre les portes du Ciel
» mais pour y parvenir , vous avez promis
» de garder sa Loi , et pour cet effet vous
» avez renoncé au monde , à Satan , et à
» ses oeuvres.
Quel vaste champ n'ouvre pas à l'Orateur
Chrétien , le détail des graces que nous
avons reçûës , et des obligations que nous
avons contractées sur les Fonts Baptismaux ?
devoré du zele de la maison de Dieu , il
fait entendre à ses Auditeurs ces paroles
aussi terribles que pathétiques, » Helas ! je
» frémis quand je considere que ces mêmes
" promesses faites en votre nom , consenties
» et demandées avec empressement par vos
» peres et meres , reçûës et confirmées par
l'Eglise , écrites et 'scellées du Sang de
» Jesus - Christ , seront éternelles avec lui
2 ou sans lui. Eternelles avec lui dans sa
» gloire ,
"
+598 MERCURE DE FRANCE
gloire , ou éternelles sans lui dans les
» Enfers. Eternelles avec vous , ô mon Dieu !
" O heureuses promesses , que n'êtes- vous
déja accomplies ! Mais , éternelles sans
» vous ! ô promesses fatales ! ô suplice ! ô
tourment plus affreux que toutes les flâ-
» mes de l'Enfer ! -
C'est à regret , nous le repetons, que nous
nous renfermons dans l'espace que nous
nous sommes prescrits ; nous ne dirons qu'un
mot de ce qui reste : c'est une Lettre Pastorale
en forme de Mandement , pour le Renouvellement
des Voeux du Baptême.
59
ود
» Il nous a paru , dit le tendre PasteurŢ
après avoir gémi sur la corruption
des moeurs
des Fideles , " il nous a paru que
» il nous a paru que la principale
source de cette corruption
venoit de
l'ignorance
, ou de l'oubli des Promesses
» qu'on a faites dans le Baptême ; et c'est ,
» mes chers Freres , pour vous en rapeller le
souvenir , et pour vous en faire voir les
conséquences
si intéressantes
et si décisi-
» ves pour votre salut , que nous avons conçû
le dessein d'en établir le Renouvellement
dans toutes les Paroisses de ce Dio-
> cese.
Il ajoûte à cette exposition du sujet , sur
lequel roule ce pieux Mandement, que cette
utile pratique n'est pas une nouveauté; qu'elle
est établie dans plusieurs Dioceses des
Etats
JUILLET. 1738. 1599
#
Etats voisins , et même dans quelques - uns
de ce Royaume. Nous ne pouvons mieux fi
nir cet Extrait , que par la salutaire Exhortation
qu'il fait à ses Diocesains .
,
» Il est temps , mes chers Freres , pour
» réveiller dans vos coeurs le désir et l'amour
» des biens éternels , de vous rapeller à vo
» tre fin derniere , et de vous engager en
» renouvellant les Voeux de votre Baptême,
» à ranimer votre foi , si usée dans le com
» merce du monde , si assoupie dans vos
plaisirs , si détournée et si suspendue par
» vos occupations et vos emplois , si fati-
» guée par vos doutes et vos incertitudes , si
» ébranlée et si combatuë par les pernicieux
» discours et les affreux exemples des
">
» Libertins.
?
TRAITE' DES MALADIES DES OS , dans
lequel on a représenté les apareils et les machines
qui conviennent à leur guérison . Par
Jean-Louis Petit , de l'Académie Royale des
Sciences , de la Société Royale de Londres ,
Directeur de l'Académie de Chirurgie , Chirurgien
de S. Côme , et ancien Prevôt de sa
Compagnie. A Paris , chés Guillaume Cavelier
, rue S. Jacques , au Lys d'or , 1736.
deux Volumes in- 12 . Le premier Tome de
420. Pages , et le second de 576. troisiémé
Edition , revûë , corrigée et augmentée .
L'Académic
1600 MERCURE DE FRANCE
L'Académie des Beaux-Arts et des Sciences de
Pau , distribuëra deux Prix , consistans , chacun en
une Médaille d'or, le premier Février 1739. Le Sujet
de l'Ouvrage en Prose est : La sagesse n'inter–
dit point l'usage des plaisirs , mais elle les regle. L'Ouwrage
en Vers interesse particulierement l'honneur
de la Province. En voici le Sujet . Combien il est
glorieux à la Province de Béarn d'avoir vû naître
dans son sein Henri le Grand, On ne recevra les
Picces que jusqu'au mois de Novembre prochain ,
et cela aux conditions ordinaires d'en affranchir le
port , &c.
Dans le courant du mois d'Août on mettra en
vente chés Jean - François Hérissant , ruë neuve Notre-
Dame , à la Providence , la CONTINUATION
DU TRAITE DE LA POLICE , Tome IV. contenant
l'Histoire de son Etablissement et les prérogatives
de ses Magistrats ; toutes les Loix et les Réglemens
qui la concernent. Avec un Recueil de
tous les Reglemens et Statuts des six Corps des
Marchands et de toutes les Communautés des Arts
et Métiers , de la Voirie , de tout ce qui en dépend
ou qui y a quelque rapport . On y a joint une Suite
de la Description Historique et Topographique de
Paris , et deux Plans nouvellement gravés , l'un représente
l'état présent de la Ville de Paris, avec ses
Accroissemens , ses Bornes et ses Limites ; l'autre
désigne tous les Canaux , Conduits , Tuyaux & Réservoirs
pour la distribution des Eaux aux Fontaines
publiques de la Ville et des Fauxbourgs .
On a apris de Nuremberg , que M. Schramm`;
Conseiller des Comtes de Solems , a mis au jour
en 1. volume in 8. avec Figur. un Traité des Litieres
et Chaises à Porteurs. On assure que cet Ouvrage
est également utile et agréable,
Он
JUILLET. 1738 1601
On écrit de Pologne,qu'il y a eu sur la fin du mois
dernier à Caminiek et dans les Environs , un vio
lent Tremblement de Terre, qui y a causé un dommage
assés considérable. Les Lettres reçûës de
Choczin , portent que ce Tremblement s'y étoit
fait sentir , et que la plupart des Habitans en
avoient conçu une telle frayeur , qu'ils étoient sortis
de la Ville , et qu'ils n'avoient osé y rentrer que
quatre jours après.
On mande de Lisbonne , que le Pere Antoine do
Reys , de la Congrégation de S. Philipe de Néri
Qualificateur du S Office , Consulteur de la Bulle
de la Croisade , Examinateur Synodal des Ordres
Militaires, Chronologiste du Royaume de Portugal,
et Académicien de l'Académie Royale de l'Histoire,
lequel s'est rendu célebre par divers Ouvrages de
Poësie , y étoit mort depuis peu , et que S. M. Port .
avoit donné la place de Chronologiste du Royaume
de Portugal , au Pere Eustache de Almeyda ,
qui est aussi de la Congrégation de S. Philipe de
Néri, et qui a été élu pour remplir la place vacan
te dans Académie Royale de l'Histoire , par la
mort du Pere Antoine dos Reys.
PER la Promozione at Cardinalato dell
Eminentissimo Signor Cardinal D'ELCI ,
Fatta da CLEMENTE XII. Pontefice
Regnante.
SONETT O.
Poichè in quella Città , che stassi a fronte
Ai Barbari insul Mar , di lor terrore ;
G
Ne
602 MERCURE DE FRANCE
Nel Franco Regno per tant' anni , e fuore ,
Il mio Signor fece opre insigni , e conte :
Vieni qui d'Ostro a coronarti il fronte ,
Dicea CLEMENTE a quel sacro Pastore
A Te dovuto è omai l'alto splendore ,
Trionfa pur sul Vaticano Monte.
Udil MONARCA della Gallia ; e volle
Pria di bel Dono ornarlo ; e poi con questo
Vada Egli disse ad illustrar la chioma .
Or che il suo merto a grand' onor L'estolle ,
.1
Che farà il Ciel per Luinol so : ma presto
Più illustre Lo vedrà Parigi , e Roma.
Del Signor GIOVAN FRANCESCO NE NCÌ.
Il y a certaines maladies qui , par les circons
tances , peuvent passer pour des Phénomenes ; le
sieur Bexon , ancien Fermier des Domaines du feu
Duc Léopold , demeurant à Girardiner en Loraine
, âge de 8. ans , à eu sur la fin du mois de
May dernier , une espece d'agonie de soixante
heures , après laquelle la petite vérole s'est déclarée
par tout son corps , grosse et blanche , et telle
qu'on pourroit la voir à un enfant ; il en est nonseulement
guéri , mais il se porte à merveille
et fait esperer de vivre au- delà d'un siecle . Il ne
faut pas oublier qu'il avoit déja eu la même maladie
dans sa jeunesse . Il a été marié deux fois , ayant
eu
JUILLETA 1738 1603
eu de sa premiére femme douze Enfans , et trentetrois
de la seconde , qui vit encore.
ESTAMPES
1 :
NOUVELLES.
Le sieur Cochin , Graveur du Roy , ruë S. Jaca
ques , à S. Thomas d'Aquin , vend par Suite les Estampes
des cent et une Planches des Fables de M.
de la Mothe, tant celles qui sont dessinées et gravées
par M. Gillot , que celles qui sont gravées d'après
les Desseins de M. Coypel , et autres Maîtres . Il
vend aussi les deux petits Enfans , gravés d'après
les Tableaux originaux de M. Chardin , qui ont
été exposés au Salon du Louvre l'année derniere
dont on a donné la description dans le Mercure de
Septenibre.
057
.
Il paroît une nouvelle Suite de Portraits d'Hommes
Illustres , au nombre de 34. chés Odieuvre ,
Marchand d'Estampes , Quai de l'Ecole , vis-à - vis
la Samaritaine. Ce sont la plupart des plus grands
Peintres , Sculpteurs , &c. Le Frontispice représente
deux Enfans , dont l'un tient une Tête de Mort
Au haut on lit : TRANSIERUNT , et au bas ces Vers
En voyant ces Restes: hideux
L'un s'en moque , l'autre en soupire,
Folie , Enfance , à tous les deux ;
Nous n'en devons pleurer ni rire .
TITIEN VECELLI, Peintre , né à Cador , dans le
Frioul , en 1477. mort à Venise en 1576. gravé,
par R. Lochon .

265
3.M.DE CRILLON Evêque d'Usez , dessiné eť
gravé par Cl. Mellan a 1
POLIDORE CALDARA , Peintre , surnommé Ca◄
Gij RAVAGE ,
1604 MERCURE DE FRANCE
RAVAGE , du nom de sa Patrie , né à Caravage ;
dans la Lombardie , en 1495 , mort à Messine en
1543.
NICOLAS POUSSIN , Peintre , né à Andely , en
1594. mort à Rome en 1672. gravé par André
Cloüet.
PIERRE BREUGHAL , surnommé le VIEUX , Pein
tre de Sujets grotesques , né au Village de Breughel,
mort à Bruxelles en 1570 .
HENRI GOLTIUS , Peintre et Graveur, né à Mul,
bracht , dans le Duché de Juliers , en 1558. mort
à Harlem , en 1617 .
LE CHEVALIER JEAN LANFRANC , Peintre , né
à Parme en 1581. mort à Rome en 1647. grave
par Randon.
BALTAZAR PERUZZI , Peintre et Graveur , né à
Sienne en 1481. mort à Rome en 1530.
ANTOINE VANDEIk , né à Anvers en 1599. mort
à Londres en 1641 , âgé de 42. ans , peint par lui
même , et gravé par Daulé.
ALEXANDRE ALGARDI , Sculpteur et Architecte ,
né à Boulogne en 1602. mort à Rome en 1654:
gravé par Guill. Vallet.
JEAN HOLBEIN , Peintre , né à Basle en Suiffe
en 1498. mort à Londres en 1554 .
JEAN- FRANÇOIS BARBIERI, surnommé le GUER
CHIN , Peintre , né à Cento en 1590. mort à Bou
Jogne en 1666. gravé par Alb. Clouvet.
>
JEAN DE LONGUEIL Marquis de Maisons
Président à Mortier , mort le 10. Avril 1705. âgé
de 8c . ans ; dessiné et gravé par Cl . Mellan.
VICTOR LE BOUTILLIER , Archevêque de
Tours , mort le 12 Septembre 1670. âgé de 74,
ans , dessiné par Mellan.
REMBRANT VAN-RIN , Peintre et Graveur , ne
près de Leyde en 1696. mort à Amsterdam eg
616741
JUILLET. 1738. 1605
174 peint par lui-même , et gravé par Charles
Evrard.
RAPHAEL SANZIO Peintre
1483. mort à Rome en 1520.
né à Urbin en
LEONARD PHILARAS , Sçavant Illustre , né à
Athénes , Envoyé du Duc de Parme à la Cour de
LOUIS XIII. dessiné et gravé par Cl . Mellan.
PIERRE SEGUIER , Chancelier de Franee , né à
Paris en 1588. mort à S. Germain en Laye le 18.
Janvier 1672 gravé par Mellan.
HENRI DE MESMES , Seigneur de Roissi , Prési
dent à Mortier , mort en 1550. dessiné et gravé
par Cl. Mellan .
MATHIEU MOLE' , Premier Président , Garde
des Sceaux de France , né en 1584. mort le 3. Janvier
1656. âgé de 71. ans , gravé par Mellan .
FRANÇOIS DU QUESNOY , dit le Flamand, Sculpteur
, né à Bruxelles en 1594. mort à Livourne en
1642. gravé par Randon.
LE REVEREND PERE COSANNE, Général des Ca
pucins , âgé de 69. dessiné et gravé par Cl. Mellan
en 1674.
LUCAS DE LEYDE, Peintre et Graveur né à Leyde
en 1494. mort dans la même Ville en 1533 .
PIERRE PAUL RUBENS , Peintre , né à Cologne
en 1577. mort à Anvers en 1640. gravé par R.
Lochon.
MICHEL-ANGE MERIGI , DIT LE CARAVAGE ,
Peintre , né à Caravaggio dans la Lombardie , en
1569. mort à Porto - Ercole , gravé par Etienne
Baudet.
MICHEL-ANGE BUONAROTTI , Peintre , Sculp
teur et Architecte , né à Florence en 1475. mort à
Rome en 1564.
DOMINIQUE ZAMPIERI , surnommé le Dominicain
, Peintre , né à Boulogne en 1581. mort à Naples
en 1641. gravé par Randon, Giij AN
4
606 MERCURE DE FRANCE
ANDRE' DEL SARTE , Peintre , né à Florence en
1488 mort dans la même Ville en 1530 .
DOMINIQUE FONTANA , Architecte , né à Mili
dans le Diocèse de Come en 1543. mort à Naples
en 1607.
ANNIBAL CARRACCI , Peintre , né à Boulogne et
1560 mort à Rome en 1609, peint par lui- même
et gravé par A. Cloüet ..
AGOST CARRACCI , Peintre et Graveur, né à Boulogue
en 1557. mort à Parme en 1602. peint par
lui- même , et gravé par P. Simon.
BARTHELEMI , SURNOMME' BACCIO BANDINEL-
11 , Sculpteur et Peintre , né à Florence en 1487.
mort dans la même Ville en 15:59.

FED. BAROCHE , Peintre , né à Urbin en 1528.
mort en cette Ville en 1612. gravé par P. Simon..
La trente- uniéme Estampe d'après Philipe Wou
vermans , paroît , gravée par le sieur Moyreau, chés
lequel elle se vend , ruë Galande , vis - à-vis Saint
Blaise. Elle est en largeur,et dédiée au Duc de Chartres
, d'après le Tableau original de 24. pouces de
large sur 18. de haut , du Cabinet du Duc d'Orleans.
Cette Estampe a pour titre , Le Présent du
Chasseur. En effet on voit un Chasseur qui présente
un Lievre à une belle Dame , dans un très - beau
Paysage , avec un riche Morceau d'Architecture
des Chevaux , des Chiens , des Oiseaux , & c .
"
Le sieur Jacob , Graveur , ruë S. Jacques , vis - avis
la rue de la Parcheminerie , dans la maison du
Sr Simart, Libraire , vend plusieurs Morceaux nouveaux
, me Vénus , badinant avec l'Amour , dessi
née par M.le Moine, et gravée par Jacob; pour Pen
dant une Vénus qui va entrer au Bain , aussi d'après
M. le Moine , et gravée par le même.
L'heureus
JUILLET. 1738. 1607
L'heureux Loisir , peint par Watteau, et gravé par
B. Audran. Il a acheté plusieurs Planches du fond
de M. Picart ; comme un Bain de Diane , d'après
Rubens ; le Rossignol , Conte de Bocace , par M.
Picart ; 25. Sujets differens en Tabatieres , de M.
Picart ; 14. Modes Hollandoises ; 12. Sujets de
Modes Allemandes ; six Sujets de Modes Françoi
ses ; deux Livres de Têtes à Dessiner , nouveaux,
gravés et dessinés par M. Picart , et autres Sujets
nouveaux du temps.
M. Couston , Recteur et ancien Directeur de l'A .
cadémie Royale de Sculpture et Peinture , vient de
finir dans son Attelier du Louvre , un excellent Ouvrage
en Marbre blanc , que l'on pose actuellement
à Marly , au bas de l'ancienne Riviere. C'est un
Groupe de deux Figures , représentant la Jonction
des deux Mers. Ce grand Ouvrage est accompagné
d'un Enfant , représentant une Source ou petite
Riviere; il y a aussi deux grands Poissons ou Mons
tres Marins , qui jettent de l'eau aux deux bouts
de cet Ouvrage , et dans le milieu est une Urne ,
par où sort une grande abondance d'eau , qui fait
une chute dans le fond du Bassin ; il y a aussi plusieurs
autres Morceaux convenables au Sujet , ce
qui fait en tout un Groupe de 18. pieds et demi de
long , sur environ 16. pieds de haut.
On a fait partir d'ici le 9. Juillet pour Naples , le
superbe Coffre de Toilette , que le sieur Germain
Orfévre du Roy , a fait pour la Reine des deux Siciles;
l'exterieur de ce Coffre est décoré de Bronzes
sur dorés , et doublé de Velours vert , enrichi de
galons d'or , le tout d'un goût admirable ; il est
accompagné d'un Tapis de Velours couleur de Cerise
, qui renferme dans ses Ornemens , divers Su
Gj je
1708 MERCURE DE FRANCE
Y
jets gracieux et allégoriques à l'Hymen , très- bien
executés en broderie , & c. La Toilette de la Reine,
dont toutes les Pieces sont de Vermeil , a été en
voyée précédemment à Naples. Le même Orfévre
acheve actuellement les Ouvrages en or pour la
Table de Leurs Majestés Siciliennes.
Les Inventeurs d'une Machine très - curieuse ,
'dont on a déja parlé , représentant les quatre Ele →
mens en figures mouvantes , que le Public a vûë
avec plaisir dans la rue S. Honoré, proche l'Opera,
donnent avis qu'on l'a transportée à la Foire de
S. Laurent , pour satisfaire l'empressement du Public.
Cette Piece , qui présente aux yeux tout ce
qu'on peut imaginer de plus agréable en fait de Jets
d'eau , y est exposée dans une Loge de la rue Dau
phine , auprès du Caffé du sieur Ŏsouf.
La vertu du Spécifique que le sieur Arnoul ;
Marchand Droguiste , distribue au Public contre
F'Apoplexie , se confirme tous les jours par de nouveaux
succès ; depuis plus de 37. ans que le Public
en fait usage , on n'a encore vû personne de ceux
qui portent ce préservatif ( après avoir eu plusieurs
accidents d'Apoplexie ) à qui il en soit arrivé le
moindre accident et le silence des Adversaires
du sieur Arnoul à cet égard , est la meilleure
preuve qu'on en puisse donner ; la confiance que.
le Public a dans ce Remede , augmente au contraire
de plus en plus , ce qui paroît continuellement
par le grand nombre de ceux qui en font usage. Le
sieur Arnoul demeure toujours rue des cinq Diamans
, à Paris.
>
Le sieur Neilson , Chirurgien Ecossois , reçû à
$. Côme pour la guérison des Hernies ou Descentes,
traite
JUILLET 1738. 1609
traite ces Maladies avec beaucoup de succès , par
le secours des Bandages Elastiques , qu'il a inventés
pour les Hommes , Femmes et Enfans. Ces Bandages
sont fort aprouvés , non seulement à cause qu'ils
sont très- légers et commodes à porter jour et nuit,
mais aussi ils sont très-utiles par raport à leurs ressorts
, qui compriment la partie malade , ferment
exactement l'ouverture qui a permis la Descente et
résistent aux impulsions que font les parties intérieures
, soit à cheval ou à pied. En envoyant la
mesure prise sur l'Os Pubis , er marquant le côté
malade , on est assûré de les avoir justes.
Il donne son Avis , et selon l'âge et le tempérament
, il prépare des Remedes qui lui sont particufiers
, et convenables à ces Maladies. Il a aussi inventé
des Bandages Elastiques , très- légers , commodes
et nécessaires à porter pendant les exercices
violens , pour se garantir des maux et prévenir les
incommodités qui arrivent tous les jours . Sa demeure
est à Paris , ruë Dauphine , au Coq d'or , au
premier Apartement. Il ne reçoit point de Lettres
sans que fe port en soit payé.
La Dame de Chauviray , Réligieuse , Dépositaire
de l'Abbaye Réguliere du Val- de- Grace , nous prie
de désabuser le Public au sujet d'un prétendu Remede
contre la Démence , qu'on va demander avec
empressement dans cette Abbaye , sur l'adresse insérée
dans certaines Nouvelles , où la vérité n'est
pas assés ménagée. La fausseté de ce fait , grossierement
imaginé , et qui n'a aucun fondement , en
est une bonne preuve.
LET
1610 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M. Daviel , Chirurgien Jure
de Marseille , entretenu sur les Galeres du
Roy, et Oculiste , écrite de Paris le 24
Août 1738 .
'Ai vû avec un extrême déplaisir, Monsieur , la
Lettre que vous avez insérée dans le second
Tome du Mercure de Juin dernier , page 1403 ..
laquelle a pour titre Lettre de M. *** écrite
de Lisbonne , c. et Réponse , &c. datée de
Paris du 4. Juillet 1738. Je vous prie d'assûrer vos
Lecteurs , M. que je n'ai nulle part à tout ce qui a
été écrit sur mon compte dans cette Lettre , que je
désavoue. Il est bien vrai que j'ai présenté depuis
peu plusieurs Observations sur les yeux , et un Ins
trument à l'Académie de Chirurgie , mais comme
ces Observations n'ont pas encore été luës, j'ignore
jusqu'à présent si elles seront teçûës , et je sens de
reste le ridicule qu'il y auroit de prévenir le jugement
de l'Académie . Dans ces circonstances je
vous prie , M. de rendre ma Lettre publique , afin
de dissuader ceux qui pourroient se prévenir sur
mon compte et m'accuser de vatne gloire ; je me
borne à celle de mériter le suffrage des Illustres
qui composent l'Académie, que je regarde comme
mes Maîtres ; bien mortifié de ne pas être plus
à portée de profiter de leurs leçons et de leurs lumieres.
Je suis obligé de m'en retourner à Marseille
où je suis établi, Je suis , Monsieur , &c,
AIR

WRY
.
ASTOR
BOOK
AND
TU
SIN
FOUNDATIONÄ
217
JUILLET 1738 1611
A I R.
Ous plairez -vous toujours à voir couler mes
V larmes ?
Cruelle , Mes tourmens ont - ils pour vous des
charmes
Vous méprisez l'Amour !
Craignez que ce Dieu quelque jour ,
Pour punir vos dédains et votre résistance
N'en tire avec éclat une juste vengeance
Et ne vous offre des apas ,
Dans un coeur que vos yeux ne vous soumet
tront pas.
Par M. d'Arnaud.
SPECTACLES
.
Es Comédiens Italiens représenterent le
L.May une Comédie en Vers en un
Acte , intitulée l'Art et la Nature ; cette
Piece qui est de M. Chollet , fut très - favora
blement reçûë : la Versification surtout fait
beaucoup d'honneur à l'Auteur.
A..
17204
Comme c'est ici un de ces Ouvrages Dramatiques
, où Faction n'a presque point de
Gvj party
612 MERCURE DE FRANCE
part , et où les Scenes sont détachées les
unes des autress , nous n'en citerons que
quelques Vers , pris dans les huit Scenes qui
composent la Piece.
L'Art et la Nature commencent la Co
mêdie; l'Auteur les supose mariés ensemble .
La Nature se plaint à l'Art de ce qu'il se
rend si rare ; l'Art lui répond que foin de se
rendre rare il se fait voir partout , et le
prouve par ces Vers :
د
Je vous chéris toujours et je ne fus jamais
De ma présence moins avare ;
A votre jugement ici je me soûmets ;,
Où trouvez-vous que je sois rare ?.
L'on me voit en tous lieux ; à la Ville , à la Courg
Aux Promenades , aux Spectacles .
Peut-on . voir mes nouveaux miracles
Exposés dans un plus grand jour ?:
Après quelques reproches que là Nature:
lui fait , l'Art ne croit pas pouvoir mieux se
justifier , que par ces Vers , qui fondent là
dessein de la Piece.
Oh ! je ne prétends pas m'amuser à répondre
A vos reproches mal fondés ;
Il n'est point de raisons qui puissent me confondie
Nos débats autrement doivent être vuidés.
Yoyez mes Sectateurs , ou plutôt mes Ouvrages ;
Je
JUILLET. 1938. 1615
Je vais vous envoyer mes plus chers Nourissons:
S'ils ne sont pas dignes de vos suffrages
J'ai tort , et désormais je suivrai vos feçons ;
Mais bien loin que par eux vous soyez avilie,
Ils n'en valent que mieux au sortir de mes mains ;
Et vous reconnoitrez que l'Art dans les Humains
Est proprement la Nature embellie.
La Nature accepte le parti , et ne doute
point que ces Eleves de l'Art , qui vont pas
ser en revûë devant elle , n'autorisent ses
reproches.
Le premier des Nourissons de l'Art quit
se présente à la Nature , c'est un Parvenu
la Nature semble d'abord le méconnoître
quand elle lui dit :
Le riche habillement , le faste , le fracas ,
Ce ton fier , mais poli ; la noble contenance ,
Tout marque en vous l'éclat d'une haute Naissance.
Licaste , c'est le nom de l'Interlocuteur
fui dit qu'elle se trompe, et croit par- là l'hu
milier , voici comme il poursuit :-
Ne me trouvant plus. tel que vous m'avez fait
naître ,
Vous ne pouvez me réconnoître.
Peut-être aurez - vous du dépit
En voyant la métamorphose.
Dont l'Art seul est en moi la cause" ;
1614 MERCURE DE FRANCE
La Fortune d'abord m'ayant comblé de biens ,
Et malgré le malheur d'une obscure Naissance ,
M'ayant poussé dans la Finance ,
L'Art a fait tout le reste , et j'ai ,, par son moyen
D'agréables façons , un gracieux maintien
Mérite précieux et raré ,
Dontpour moi vous futes avare , &c. &
Trois ou quatre leçons ont fait que j'ai connu
Les Regles de la Politesse
► Et pour avoir du goût et de l'esprit
Je n'eus d'autre embarras que de changer d'habit
La Nature n'oublie rien pour faire rentrer
ce Parvenu dans le premier état , dans lequel
elle l'a fait naître ; indocile à des leçons si
humiliantes , il la quitte en lui marquant son
dépit par cette Tirade :
Vous me fâchez ; je ne puis plus long -temps
Vous voir aux soins de l'Art faire tant d'injustice.
On m'accorde chés moi des honneurs éclatans
Je ne dois point souffrir qu'on m'avilisse :
Pour calmer le chagrin amer
D'avoir trouvé quelqu'un qui me méprise
Je vais faire imprimer un Auteur du bel air
Dont la Muse me préconise ;
Entretenir d'amour une jeune Marquise
Et souper chés un Duc et Pair.
JUILLET. 1738 1619
Un Paysan succéde à ce Parvenu ; comme
cette Scene n'a pas fait fortune , nous n'en
parlerons pas.
La cinquième Scene se passe entre la Na
ture et un Homme, qui aime la singularité,
par dessus toutes choses ; la Nature outrée
de ce vice , dont il prétend faire une vertu
lui, dit :
Ce n'est point ainsi que je pense.
Ce qui pour un défaut chés vous est réputé ,
A mes regards n'en a point l'aparence .
C'est donc , à votre avis , une nécessité
Que de n'avoir ni raison , ni prudence. !
Voici la réponse de Dorimon , c'est ainsi
que s'apelle l'Homme singulier :
De votre pitoyable état
Il faut que mes soins vous retirent ,
Et qu'ils vous placent dans l'éclat
Ou tous les Mortels vous désirent
La Nature plaisoit jadis ;-
Long temps le Monde en fut la dupe ;
Aujourd'hui , pour briller, il faut que l'on s'occupe
A rechercher des traits vifs , singuliers , hardis ;
La singularité surtout est nécessaire ,
Et nous fait distinguer dans la société ;
L'on ne peut être sûr de plaire ,
Que
un
par
air de nouveauté.
1616 MERCURE DE FRANCE
La Nature regardant ces erreurs en pitié ,
lui répond charitablement :
Si vous m'aviez toujours suivie,
Faurois mieux contenté cette louable envie ,
De vous tirer hors du commun ,
Et d'être estimé d'un chacun.
On auroit dit de vous , cet homme est sociable ;
Il est né généreux , complaisant , serviable
Son zele pour un tendre Ami
Ne se montre point à demi ;
Dans tout le bien qu'il cherche à faire,"
C'est son penchant qu'il prétend satisfaire
Fidele à ses devoirs qu'il aime à pratiquer
Ine prétend jamais se faire remarquer .
La septieme Scene se passe entre la Na
ture et Arlequin ; elle n'a guere mieux été
reçûë que celle du Paysan , en voici l'objet
Arlequin vient consulter l'a Nature sur les
moyens , par où il peut parvenir à plaire ;
il s'explique ainsi .::
L'Art me soûtient , qu'il est besoin
Que de me dégourdir il se donne le soin ;
De sa part il me fait attendre ,
Jusques à de l'esprit , des graces ,
des apas.
Parlez- moi franchement , et ne me flatez pas ;.
A ces perfections ai-je lieu de prétendre ›
JUILLET. 1738:
La Nature lui fait un étalage de tout ce
que l'Art peut lui donner , et ne le lui fait
que pour voir s'il s'y laissera séduire ; et
voyant qu'il ne se laisse pas corrompre
elle lui dit :
¿
Je ne vous donne pas une leçon plus ample
Vos réponses me font sentir
Que vous ne suivrez pas l'exemple
De ceux que l'Art sçut pervertis.
Ne le prenez jamais pour
Maître ,
Voilà le parti le plus sûr
Et songez que chez vous , si l'on me voit paroître
C'est un bonheur , que vous devez peut- être
Âu hazard d'être né dans un état obscur.
La derniere Scene de cette Piece à tiroirs }
( comme on les apelle ) étant la plus instruc
tive pour le Théatre , nous nous y arrêterons
plus long- temps ; elle est entre la Nature
et Thalie. La Nature se flatant que
Thalie , autrefois sa plus fidele imitatrice ,
est encore la même : Thalie ne la détrompe
que trop par cette réponse qu'elle n'atten
pas de sa part :
doit
Oui-dà ; je m'amusois jadis
A ce petit genre d'ouvrages ;
Je saisis aujourd'hui bien mieux mes avantages&
Et frape des coups plus hardis ;
Quand je n'étois qu'une Ecoliere ,
1618 MERCURE DE FRANCE
Je prenois chez vous mes sujets
Vos enfans étoient les objets
Des balivernes de Moliere
Mais je parcours maintenant
Une plus vaste carriere ,
Et mon esprit entreprenant
D'un champ trop resserré franchissant la barriere ;
Laisse la Nature en arriere >
Pour suivre le goût dominant , &c.
Je peins en beau la mollesse et le faste ;
L'air suffisant s'apelle air de grandeur ,
Et je mets vis -à - vis , pour faire le contraste
Un Bourgeois de mauvaise humeur ,
.Dur , grossier , pésant , ridicule ,
Que je puis fronder sans scrupule ;
C'est un caractere charmant ,
Quoique dans la Nature il n'ait point de modele, &c
Et je le vois aplaudir constamment,
La Nature ayant témoigné qu'elle est sur
prise qu'on approuve ce qui n'est pas dans le
vrai , Thalie lui répond :
Je travaille pour mes Acteurs
Et je tire parti du talent que je trouve.
Au reste , il m'importe fort peu ,
Quand je produis quelque nouvel ouvrage ,
Que tout ce qu'on y voit puisse avoir votre aveu ;
Mais
JUILLET. 1738.
Mais des leçons de l'Art faisant un bon usage ,
J'assemble a tout hazard vingt situations ;
Quand elles sont bien surprenantes ,
On les prend pour interessantes ,
Et tout part d'acclamations , &c.
La Nature toujours dans un plus grand
étonnement s'écrie :
O Ciel ! quel étrange assemblage !
L'esprit doit-il parler , quand il s'agit du coeur
Le sentiment tient un langage
Qui n'a ni clinquant , ni fadeur ;
Et le simple interêt dont il sçait faire usage
A plus de charmes en partage ,
Que tous les bons mots , où l'Auteur
Quitte la vérité pour un froid badinage :
pour la consoler , lui dit
Thalie ,
pour
Peut-être quelque jour , rentrant sous vos auspices
Je reprendrai cet air de vérité ,
Dont autrefois je faisois mes délices ,
Mais il faut de la mode adopter les caprices ,
Et le goût général veut être respecté,
Cette Piece est si pleine d'esprit , que
l'Auteur a donné lieu de dire qu'il suit un
peu trop cette mode , qu'il veut décrier ; et
qu'il
826 MERCURE DE FRANCE
qu'il est à craindre qu'il ne se laisse entraî
ner au torrent, auquel il y a peu de ses con
freres , tant comiques , que tragiques , qui
osent résister .
Cette Piece , qui paroît depuis peu très
bien imprimée , se vend chés Prault , le
fils , Quai de Conty.
Le 7. Juillet les mêmes Comédiens don
pérant une petite piéce nouvelle en Prose
& en un Acte , qui a pour titre : La Joie imprévûë,
de M. de Marivaux , suivie d'un trèsjoli
Divertissement de la compoſition des
Steurs Riccoboni et des Hayes. Cette piece
fut précédée d'une autre en Prose & en trois
Actes du même Auteur , intitulée : Les Fauf
fes Confidences , remise au Théatre , et géné
ralement aplaudie ; elle avoit été donnée
dans fa nouveauté au mois de Mars de l'année
passée , & n'avoit eu qu'un très médiocre
succès. Le Public a rendu , à la reprise
de cette ingénieuse piece , toute la justice
qu'elle mérite , ayant été reprefentée par les
principaux Acteurs dans la plus grande per
fection.
Les Comédiens François représentérent le
3. Juillet , le pouvoir de la Sympathie , Comé
die en Vers , & en trois Actes. Cette piece
'ayant été jouée que quatre fois , ne nous a
pas
JUILLET.
1738, 1624
as mis en état d'en donner un Extrait détail
lé ; tout ce que nous pouvons faire, c'est d'a◄
prendre à nos Lecteurs de quoi il s'agit dans
ces trois Actes , qui ont demandé de grands
efforts pour être remplis , attendu l'ingrati
tude du fujet ; voici les noms des Aci
teurs.
Le Comte , Pere de Clitandre , le Sieur Sare
rafin
Clitandre , amoureux de Julie , le sieur D
fresne
Dorante , Ami de Clitandre & Amoureux
d'Hortense , le sieur Grandval
La Baronne , soeur du Comte , la Demoiſelle
Quinault,
Hortense , cousine de Julie , la Demoiselle
Grandval
Julie , niece du Comte , la Demoiselle Gaus
sin
La Scene eft à Rennes , chez la Baronne.
Le Comte , long-temps persécuté par
fon
Frere , Pere de Julie, ne respire que vengeance
contre cette niece,toute innocente qu'elle
est de l'oppression qu'il a essuyée. Il envoye
fon Fils à Rennes , muni des titres qui luf
assûrent la possession des biens dont fon
Frere l'a voulu frustrer ; ce Fils s'appelle Cli
tandre ; à peine est-il arrivé à Rennes , qu'il
devient amoureux de Julie , cette même
niece
1622 MERCURE DE FRANCE
niece , fi odieufe à fon Pere. La Baronne
Soeur du Comte , consent à un mariage qui
peut reconcilier l'oncle avec la niece. Clicandre
se livre à la douce espérance d'obtcnir
ce qu'il aime , par l'entremise de la Baronne
fa Tante ; mais Dorante son ami ,' qui
est d'un caractere tout oposé , combat ce
doux pressentiment , & lui fait tout craindre
de la part de fon Pere . Il arrive enfin , ce
Pere irrité ; par une méprise , dans laquelle
on n'a pas trouvé beaucoup de fondement
il fait un accueil des plus gracieux à Julie
qu'il a prise pour Hortense , dont le timide
& contrariant ami de Clitandre eft amou
reux , & que , le Comte destine à Clitandre
même nouvelle espérance d'un côté ; nou
velle crainte de l'autre : l'éclaircissement ne
tarde pas à fe faire ; le Comte reconnoît fon
erreur , & jure une haine éternelle à Julie ,
il veut abfolument que Clitandre fon Fils
épouſe Hortense; Dorante croyant couper le
naud gordien , lui répond , que le mariage
qu'il a résolu eft impossible , attendu que
Clitandre aime Julie . Le Comte devient furieux
; il défend à fon Fils de voir Julie fous
peine de son indignation éternelle. Clitandre
ne consultant plus que son amour ,veut remettre
entre les mains de Julie les titres que
son Pere a mis entre les siennes , Julie a trop
de vertu pour se prêter au sacrifice que fon
:
Amant
JUILLET. 1738. 1623
Amant lui veut faire. L'Amant desespéré eft
prêt à déchirer ces titres , d'où dépend la
fortune de son Pere & la sienne . La vertueufe
Julie les lui arrache & fe retire ; le Comte
resolu de s'en retourner chés lui , ordonne
à fon Fils de se disposer à le suivre ; à ſon refus
, il lui redemande les titres qu'il lui a
confiés ; Clitandre lui dit qu'ils ne sont
plus entre ses mains. Le Comte ne se possede
plus à une réponse si peu attendue ; il
accuse son Fils de perfidie , & le charge
d'imprécations ; Julie vient faire le dénouement
d'un avanture qui commence à devenir
tragique ; elle raporte généreusement
les titres en question à son oncle , à qui elle
parle avec tant de respect & de tendresse ,
qu'elle lui fait rendre les armes. La Piece finit
par le double mariage de Clitandre avec Julie
, & de Dorante avec Hortense.
Quoique cette Comédie n'ait pas eu le
succès de beaucoup d'autres , qui sont sorties
de la plume de l'Auteur , à qui on la
donne , on ne sçauroit lui refuser la gloire
qui est dûë à la maniere dont elle est écrite ;
la versification en est tournée avec beaucoup
d'art ; la Piece eft semée de beaucoup de jolies
pensées , & l'on peut dire qu'il n'a pas
tenu à lui que le vice du fond , n'ait été réparé
par l'agrément du détail . On en sera
+
convaincu
1824 MERCURE DE FRANCE
convaincu par quelques fragmens dont nous
enrichirons notre Journal , dès qu'elle sera
imprimée.
Le même jour , on remit au Théatre les
Amans Déguisés , Comédie en Prose & en
trois Actes , laquelle avoit été donnée dans
sa nouveauté en Février 1728. Nous ren-
Noyons à l'Extrait que nous en avons donné
dans le Mercure du même mois , page 375.
On écrit de Milan , que plusieurs Dames
& plusieurs Seigneurs de Loraine allant en
Toscane , passerent par Boulogne au commencement
du mois de Juin dernier, la Noblesse
de Boulogne leur donna une Fête qui
dura trois jours , et chaque jour , on réprésentoit
une Tragedie de M. de Voltaire ,
traduite en vers Italiens. Le premier jour on
joua Brutus , de la traduction du Marquis
Fontanelli , l'un des plus beaux esprits d'Îta-
Lie ; le second , on joua Alzire , et le troisiéme
Zaire , toutes deux de la traduction de
M. le Marquis Albergiefi , Boulonois , homme
consommé en tout genre de Litterature.
Tous les Italiens attendent avec impatience
la traduction que M. de Voltaire , a , dit-on,
faite en vers François de la Merope de M, le
Marquis Maffey.
Plusieurs personnes suplient Mrs. de la
Roque
JUILLET. 17388 1625
Roque , Auteurs du Journal de France , de
vouloir bien engager M. deVoltaire dont on
les dit amis , a envoyer sa Merope en Italie .
Le 27. Juin , l'Académie Royale de Mu
sique donna la premiere Représentation
d'une nouvelle Entrée ajoûtée au Ballet de
la Paix .
L'Entrée qu'on donne aujourd'hui, dit l'Auteur
dans un Avertissement, n'eft point étrangere
au Ballet ; elle auroit paru avec les trois
autres , s'il eût été représenté dans le lien de sa
destination. La fuite de l'Amour préparoit son
séjour à la Cour, à la Ville, et à la campagne.
Dans une Saison qui oblige d'abréger la durée
du Spectacle , on suprime , pour mettre cette
Entrée , celle de Phillis et de Demophon.
Il est aisé de comprendre par cet avis
que cette nouvelle Entrée , qui a
pour titre
La Fuite de l'Amour , étoit destinée à servir
de Prologue au Ballet de l'Amour voyageur.
Voici en peu de mots quelle est l'action de
ce Prologue , devenu Entrée.
Le Théatre représente le Ciel. L'Amour
fait confidence à Hebé du dessein secret
qu'il a formé de quitter le Ciel , pour aller,
régner sur la Terre ; voici la raison qu'il en
donne :
Le Ciel offre à mes yeux mille Objets éclatans ;
Jy vois briller des Dieux la Majesté suprême ;
H Mais
1626 MERCURE DE FRANCE"
Hebé
Mais la Scene est toûjours la même ;
La Terre change d'Habitans ;
C'est la diversité que j'aime.
pour le distraire de ce dessein , lui
dit qu'il pourroit bien avoir le sort d'Apollon
, et s'ennuyer comme lui sur la Terre ;
Il est aisé d'inférer de cette menace de la
Déesse de la Jeunesse , que l'Amour n'étoit
point descendu sur la Terre , du moins avant
cette Epoque , non plus qu'avant celle des
amours de Cybelle pour Atys , de l'Aurore
pour Cephale , et de Venus pour Adonis ;
c'cft aux Lecteurs à faire leurs réfléxions sur
cette hypothese , qui sert de fondement à la
nouvelle Entrée. Hebé à qui l'Amour de
mande le secret sur son voyage, ne le lui
met pas ; puis qu'elle lui répond :
Ce seroit vous trahir.
pro-
Venus, selon toute aparence , instruite par
Hebé du nouveau caprice de son Fils , vient
lui en faire de tendres reproches ; mais ne
pouvant rien gagner par la douceur , elle a
recours à la severité ; elle ordonne aux Aquilons
de lui fermer le chemin du Ciel à la
Terre , elle s'explique ainfi :
Trompons ses voeux ; traverfons fes projets ;
Rapides Aquilons , fermez -lui le passage
Du célefte Palais,
Elle
JUILLET . 1738. 1627
Elle fait plus. Elle ordonne aux Cyclopes
'de forger des liens pour le retenir ; elle leur
dit :
Cyclopes , de votre Art employez les secrets.
L'Amour outré de la violence qu'on lui
fait , et sut tout des chaînes quon lui pré
sente , s'écrie :
Que vois je eft-ce moi qu'on enchaîne
Si je cede une fois au dépit qui m'entraîne ,
Tremblez , pour vous punir j'ai des moyens tout
prêts ;
Sur VOS coeurs au hazard je vais lancer mes
traits ;
Des plus cruels transports vous sentirez la peine à
Et dans le sejour de la Paix ,
Je ferai triompher la Discorde et la Haine.
Ces ménaces effrayent toutes les Déeffes
elles prient Venus de laisser l'Amour en
liberté. L'Amour pour achever d'apaiser
Venus en sa faveur , lui dit , aussi- bien qu'à
tous les Habitans du Ciel :
Je fçais par mon inconstance
Nuire et servirtour à tour ;
Elle cause mon absence ;
Vous lui devrez mon retour,
Venus se rend à cette promesse ; elle er
Hij donne
1628 MERCURE DE FRANCE
donne de célébrer cette derniere victoire de
l'Amour.
Le Ballet de cette Entrée n'eft pas moins
brillant que les autres ; cependant tout le
monde convient , que la Fuite de l'Amour
auroit été meilleure en Prologue , et reçuë
avec plus dé fatisfaction , ou du moins avec
plus d'indulgence ; c'est le Privilege des
Prologues : on n'y demande pas autant d'éxactitude
que dans les Pieces , ou dans les
Entrées , qui en tiennent lieu.
Pour le Portrait de Mlle SALLE' , fameuse
Danseuse de l'Opera.
De son art enchanteur tout reconnut les loix.
Dans Londres , dans Paris , tout vola sur ses
traces.
Elle fut sans égale , et parut à la fois
L'Eleve des Vertus , la Rivale des Graces .
F **
Le 10. Juillet l'Opera Comique donna
deux Pieces nouvelles d'un Acte chacune
en Vaudevilles et des Divertissemens de
Chants et de Danses , intitulées le Double
Dédit , et la Fille Raisonnable , précedées du
premier Prologue qu'on a donné à l'ouverture
du Theatre .
Le
JUILLET. 1629 1738.
Le 26. on donna une autre Piece nouvelle
en Vaudevilles et en trois Actes , avec des
Divertissemens ; elle a pour Titre le Fossé
du Scrupule ; Elle fut suivie d'un très- joli
Ballet Pantomime , parfaitement bien exécuté
, lequel est intitulé les Rivaux de Village.
LE PRINTEMS DE GENEVE , Pastorale en
un Acte , mise en Musique par le fieur Baudau
, précédée d'un Prologue. Dédiée à Son
Excellence M. le Comte de LAUTREC , Lieutenant
Général du Roy en la Province de
Guyenne , Maréchal de ses Camps et Armées,
Inspecteur Général de son Infanterie , et Plé- .
nipotentiaire de S. M.T. C. auprès de la République
de Genève. 1738. -
Quoique M. Baudau , Auteur de cette .
Piece Lyrique , y ait plutôt voulu marquer
son zele pour sa Patrie , que son talent pour ,
la Poësie , cet Evenement a trop fait d'honneur
à notre Ministere , pour ne pas en orner
notre Journal. L'Ouvrage est composé
d'un Prologue et d'une Pastorale .
Au Prologue , l'Envie apelle à son se- :
cours les trois Furies , pour semer avec elle
la Discorde dans tous les coeurs . L'Equité
vient s'oposer à un projet si noir ; elle adresse
ses voeux à la Paix , et la presse de descendre
des Cieux . Cette Divinité bienfaisante
descend , suivie du Génie de la France , et
Hiij con1630
MERCURE DE FRANCE
condamne l'Envie à aller dévorer sa vaine
rage dans les Enfers. Le Génie de la France,
charmé de rendre la tranquillité à ses Alliés
, s'exprime ainsi :
Vous , témoins fortunés d'une union si belle ,
O Peuples , que le Ciel comble de ses faveurs ,
Aux transports de la joye abandonnez vos coeurs .
Attentif au repos de cet Etat fidele ,
Louis , par les bienfaits , qu'il répandra sur vous
Rendra de votre sort tout l'Univers jaloux , &c.
Une troupe de Bergers et de Bergeres forment
le Divertissement qui finit ce Prologue.
La Pastorale porte pour Titre le Printems
de Genéve. Le mois de May en est le premier
Interlocuteur , pour marquer l'Epoque
de l'Evenement , celebré dans le Prologue.
Le Génie des Plaisirs de Genève ouvre la
Scene par ces Vers :
Fiers Aquilons , ne troublez plus les airs ;
Demeurez enchaînés dans vos grottes profondes ;
Que les tendres Zéphirs regnent dessus les ondes
Que toute la Nature écoute nos Concerts .
Les Aquilons se retirent , et font place à
la suite du Génie , compofée de Plaisirs ;
Erato et Terpsicore viennent présider à la
Fête
JUILLET. 41738. 1631
Fête nouvelle ; Erato chante ces 4. Vers :
Loin d'ici, la tristesse amére
A fixé son séjour affreux ;
On y voit au contraire
Triompher tout ensemble et les Ris et les Jeux.
Le mois de May , peut- être personifié
pour la premiere fois , vient embellir de så
présence , une Fête à laquelle il a donné
occasion , parce que c'est pendant son cours
que la Paix a été conclue entre les Habitans.
de Genéve ; voici comme il s'explique :
que
J'aprends avec plaisir qu'en ces paisibles Lieux
L'ardeur de votre zele
Prépare à mon honneur une Fête nouvelle ;
Je viens prendre part à vos jeux :
Mais songez que l'Amour et sa vaste puissance
Doivent être l'objet de vos plus doux plaisirs , &c.
Une troupe de Bergers et de Bergeres
viennent à la voix du mois de May , et
forment d'agréables Danses. Une Bergere
chante ces Vers , convenables à l'Eglogue :
Nos paisibles troupeaux
Vont paître sans allarmes ;
Nos tranquiles hameaux
Ont pour nous mille charmes ,
Hiij Que
3632 MERCURE DE FRANCE .
E
Que de nos chalumeaux
Tous les airs retentissent ;
Et que nos voix s'unissent
Aux doux chants des oiseaux.
Une autre Bergere dit sur le même ton ☀
Fais retentir ces bois ,
Rossignol amoureux , du bruit de ton ramage
Unis ton doux langage
Aux accens de nos voix ;
Accompagne notre musette
Et qu'à son tour
L'Echo répete
Ce qu'à nos tendres coeurs sçait inspirer l'Amour..
La Pastorale finit par ces Vers , chantés
par le mois de May.
Chantez l'Amour , chantez sa gloire ¿
Celebrez tour à tour
Mainte et mainte victoire
Qu'il remporte en ce jour,
NOU
JUILLET. 1738. 1633
NOUVELLES ETRANGÈRES.
S
ALLEMAGNE..
Elon les nouvelles de Vienne , le 4 de ce mois
il y eut un Combat à Cornia , entre les Trou
pes Impériales et les Troupes Ottomanes , dont
voici les particularités.
L'Armée qui avoit campé le 29. Juin à Slatina
Lieu situé à l'entrée des Montagnes , et dont les
Turcs s'étoient retirés à l'aproche des Impériaux
ayant continué les jours suivans sa marche par des
défilés d'un accès très difficile , elle arriva le 3. Juil-'
let aux environs de Cornia , après avoir repoussé en'
plusieurs occasions les Ennemis qui avoient tenté
de surprendre les bagages , et qui envoyoient sans
cesse des détachemens pour escarmoucher avec les
Hussars et les Rasciens .
Les Géneraux avoient résolu de laisser reposer les
Troupes le 4. mais comme la situation du terrain
les obligeoit de changer l'ordre de Bataille , ils
avoient commencé à donner leurs ordres pour cet
effet , lorsque les Turcs dans le dessein de profiter
du dérangement que ce mouvement causoit parmi
les Impériaux , les attaquerent vers les deux heures
après midi avec une extrême impétuosité. Divisés
selon leur coûtume , en plusieurs colones , qui
avoient peu de front , mais beaucoup de hauteur ,
ils tâcherent de tous côtés d'enfoncer l'Armée. Ile .
parvinrent en peu de temps à rompre l'île gauche
du côté de laquelle étoit leur principale attaque , et
ils pénetrerent même dans le centre , parce que
la
pluye qui tomboit en abondance , avoit tellement
moüilié
1634, MERCURE DEFRANCE
mouillé les Armes à feu et la poudre , que les Impériaux
n'étoient presque point en état de tirer ;
mais le Feldt-Marechal Wallis ayant marché avec
le Prince de Saxe Hildburghaufen , au secours de
l'ai e gauche , et le Comte Philippi s'étant avancé
vers le centre avec quelques Efcadrons de Cuirassiers
, ils repoufferent les Ennemis
" Tous les efforts que purent faire ceux- ci du côté
de l'aile droite , qu étoit commandée par le Prince
Charles de Loraine et par le Général Neuperg , fu →
rent inutiles , et le Général Botta ayant fait à propos
un mouvement en avant , on acheva vers les
cinq heures du soit de mettre les Turcs en désordre.
Is furent contraints de se retirer, et la nuit suivante
, après avoir tué eux mêmes les blessés qu'ils
ne pouvoient emmener , ils dé amperent avec tant
de précipitation , qu'ils laisserent dans leur Camp
cinq Pieces Canon et beaucoup de munitions.
Dans le Combat , les Ennemis ont perdu environ
2000. hommes , et il y en a eu 900. de tués ou de
blessés du côté des Impériaux , qui ont pris un des
principaux Drapeaux de Turcs .
On auroit tiré plus d'avantage de cette victoire ,
si le mauvais temps n'eût empêché les Impériaux de
pourfuivre les Ennemis , qui fe font , retirés par des
chemins presques impraticables .
Le Grand Duc de Toscane , qui a toujours été
pendant l'action dans le plus fort de la mêlée et du
côté de la principale attaque avec le Comte de Konigfeg
, a donné par tout les ordres avec une présence
d'esprit égale à son courage , animant les
Soldats par fes difcours et par fon exemple.
Depuis cette action , les Turcs n'ont
ofé fe
montrer devant les Impériaux. Quoique leur Co ps
d'Armée fut composé de 10000. hommes , et qu'ils
eus .. nt devant Méadia un triple retranchement ,
pas
derriere
JUILLET.
27382 3635
TO
derriere lequel ils pouvoient fe pofter , ils n'ont
pas jugé à propos d'y attendre les Impériaux , et
ils n'ont laiffé à Méadia que 2000. Janissaires
lefquels fe font rendus le 9. de ce mois.
Dans le temps que l'Armée se difoit à continuer
de marcher vers Orsova , pour obliger les Ennemis
d'en lever le Siege , on aprit le 10. qu'ils
s'étoient retirés , et qu'ils avoient abandonné leur
Artillerie et leurs bagages. On a trouvé dans leur
Camp trente groffesPieces de Canon et un grand
nombre de Chariots.
" Les deux Corps de leurs Troupes qui étoient à
Méadia et devant Orsova , montoient à près de
50000. hommes La nouvelle de la prife de Méadia
et de la levée du Siege d'Ofova a été aportée
à Vienne par le Major Général Comte de Konigseg.
Le Général Major Comte de Preyfing , arriva à
Vienne le 21. Juillet ; il aporta à l'Empereur la
nouvelle d'un fecond avantage remporté par fes
Troupes fur celles du Grand Seigneur le 15. près
de Méadia. Le Comte de Konigleg fe difpofoit à
marcher vers Orlova , pour forcer les Turcs d'en
lever le Siege , lorsqu'il aprit le 10. qu'ils avoient
labandonné leur Camp devant cette Place , et qu'i.s
s'étoient retirés avec beaucoup de précipita ion . Il
fe détermina par cette raifon à ne point décamper
de Méadá , er il se contenta d'envoyer enlever le
-Canon , les Munitions , les Chariots et les Tentes ,
que les Turcs avoient lissés dans leur Camp.
L'Armée de l'Empereur resta aux environs de
Méadia le 11. et le 12. et le Comte de Konigseg
ayant reconnu qu'il éto: t impoffible de faire suolister
plus long-temps l'Armée dans un Pays aufli stetile
que celui qui est entre Orfova et Méadia , il
prit la réfolution de repaffer les défilés par lesquels
il étoit arrivé à Méadia.
H vj La
1636 MERCURE DE FRANCE
J
Le 11. et le 14.il fit les difpofitions néceffaires
pour la marche de toute l'Armée , qui décampa des
environs de Méadia le 15. à trois heures du matin .
Les Turcs , qui depuis leur défaite à Cornia
étoient reftà Gladow , y avoient reçû un fecours
de 2000. hommes , que le Grand Visir leur avoit
envoyé , ils avoient marché avec ce secours à Orafova
, et ils avoient occupé le 13. le Camp qu'ils
avoient abandonné quelques jours auparavant. Dès
qu'ils furent informés de la marche du Comte de-
Konigleg , ils fuivirent son Armée , et dans le moment
qu'une partie de l'Infanterie entroit dans le
Camp qui avoit été marqué pour ce jour là , ils
chargerent avec une très-grande impétuosité . l'arriere
garde de P'Armée , pendant qu'un autre Corps
de leurs Troupes attaquoit le petit Fort de Méadia.
Les Turcs s'en rendiren maîtres , mais ils ne
conserverent pas long-temps ce poste , et ils en fu
rent chaffés par le Colonel Helfreich , lequel avec
quelques Compagnies de Grenadiers , s'y défendit
si bien , que les Turcs ne purent, malgré tous leurs
efforts , s'emparer une seconde fois de ce Fort.
Les deux Régimens de Cavalerie de Kevenhulle
et d'Hohenzollern , commandés par le Général
Major Comte de Preysing , qui formoient Parriere
garde de l'Armée , oûtinrent Pattaque des Turcs -
avec tant de fermeté et de courage , qu'ils donnerent
le temps au Feldt -Maréchal Comte de Philip
pi , de fe joindre à eux avec les Régimens de Dra
gons de Philippi , de Savoye , de Lichtenstein et celui
de Cuirassiers de Palfi Ces fix Kégimens de Cavalerie
et de Dragons repousserent plufieurs fois les
Turcs , mais comme le nombre des Ennemi aug
mentoit de moment à autre , le Prince Charles de
Loraine et le Comte de Neuperg , s'avancerent avec
les d. Brigades d'Infanterie qu'ils trouverent le
plus
JUILLET 1738 1837
plus à portée , et avec quelques Compagnies de-
Grenadiers .
Le feu continuel de l'Infanterie avoit déja mis les
Turcs en d sordre , mais un “ mouvement que le
Comte de Preyfing et le Général Major de Saing
Ignon , firent faire à leurs Brigades , forcerent les
Ennemis de prendre la fuite et de se retirer vers
Orfova.
Les Turcs , dont l'Armée étoit composée de
30000. hommes , en ont eu dans cette action pluss
de 3000. de tués fur le champ de Bataille ou dans
les differentes attaques des deux Forts de Méadia
Ils en ont eu un grand nombre de blessés , et on
leur a pris 33. Drapeaux deux paires de Timbales
et un grand Tambour de Janissaires.
Les Impériaux ont eu dans cette occafion 1000.
ou 1200. hommes de tués ou bleffés . 2
Le Grand Duc de Toscane , qui , malgré la
fevre qu'il avoit depuis quelques jours , a woult
donner fes ordres lui- même pour la marche de
Parmée , et qui monta å heval dans le moment
qu'on vint lui dire que les Tures marchoient pour
attaquer P'Armée ; s'est trouvé le soir plus incom
modé, et on l'a forcé de se faire transporter à Bude
ITALIE
E 28. Juin , jour fixé pour la présentation de la
Hiquenée , leConnérable Colonne ,que le Roy
des deux Siciles avoit nommé fon Ambaſſadeur Ex
traordinaire pour cette fonction , s'en acquitta avec
les formalités qu'on a coûtume de pratiquer dans
cette Cérémonie. La Cavalcade , qui étoit magni
fiqué , partit du Palais Farnese , que le Connétable
Colonne avoit fait meubler fort richement , et devant
lequel il fit tirer ce jour- là et le jour suivant
un
#638 MERCURE DE FRANCE
un très beau feu d'artifice , en présence d'un grand
nombre de Cardinaux , des Miniftres Etrangers , et
de la plus grande partie de la Nobleffe. Cette Cavalcade
fut un peu troublée par un differend qui
survint entre le Duc Corfini et le Duc de Gravina ,
celui- ci ayant prétenda qu'affiftant à la Cérémonie
en qualité de Prince du Soglio , et le Duc Corfini y
faifant les fonctions de Capitaine de la Compagnie
des Chevau- Legers de la Garde du Pape , ce dernier
devoit lui donner la main. Le Duc Corfini ,
pour éviter une Scene publique , prit le parti de se
retirer et de renvoyer les Chevau- Legers à Monte-
Cavallo , et l'un et l'autre dé êcherent sur le champ
un Courier à Naples , pour rendre compte de ce qui
s'étoit passé
"
S. S. ayant fait fignifier le même jour au Duc de
Gravina , qu'elle le privoit jufqu'à nouvel ordre
des honneurs attachés à la dignité de Prince du Soglio
, et qu'elle lui défendoit de paroître au Palais ;
le Cardinal Ru poli , oncle du Duc , est revenu de
fa Maifon de Campagne de Vignanello , pour tâ
cher de le faire rentrer dans les bonnes graces du
Pape , nuquel ina fait toutes les foumiflions conve
nablestar nom du Duc de Gravina . Le Pape a bien
voulu fe laiffer fléchir par les prieres de ce Cardinal,
et le Duc de Gravina a été rétabli dans la jouiffance
des prérogatives de fa Dignité, à condition qu'il iroit
in Fiocchi au Palais demander pardon à S. S. en
présence de quatre Cardinaux , et que de-là il fe
rendroit chés le Duc Corfini pour lui faire des excuses
devant un pareil nombre de Seigneurs .
Le Connétable Colonne alla le 29. avec un cortege
de 12 Caroffes prendre le Cardinal Aquaviva
au Palais d'Espagne , pour le conduire au Cours ,
et enfuite au Palais. Farnefe , fuivant l'ufage, ordinaire.
Il y a eu le 28. et le 29. des Illuminations
an
JUILLET. 1738. 351639-
au Château S. Ange , et on a tiré le Feu de la Girandole
.
Le 30. le Pape tint un Confiftoire dans lequel S.
S. donna le Chapeau aux Cardinaux Delci & Paffionei
, lefquels allerent l'après - midi à l'Eglife de
S. Pierre , et enfuite rendirent vifite au Cardinal Ot
thoboni , Sous-Doyen du Sacré College.
En conféquence des ordres donnés par le Pape au
Cardinal Rufpoli , le Duc de Gravina alla le
de ce
mois in Fiocchi chés le Duc Corfini , et en présence
de tous les Gentilshommes de Gape et d'Epée , des
Officiers de la Chambre Secrette de S. S. et d'un
très grand nombre de Prélats et d'autres Personnes
de distinction , il lui fit des excuses de l'incident
qu'il avoit fait naître le jour de la présentation de la
Haquenée. Le Duc de Gravina te rendit le lendemain
au Palais , pour demander pardon au Pape ,
et il alla ensuite chés le Cardinal Corfini.
Le 9. il arriva à Naples un Courier , par lequel
le Roy des deux Siciles a envoyé au Connétable
Colonne les marques de l'Ordre de S. Janvier.
3
Le Duc Lanti qui eft revenu de Naples , a remis
de la part de S M. Sic. les marques de cet Oidre
au Cardinal Aquaviva , & au Prélat Chigi , qu'Elle
en a nommés Commandeurs.
fut
Un Soldat Espagnol qui fe faisoit nommer à Rome
le Comte Viano , et qui a affaffiné a Viterbe un
Officier après lui avoir volé 40000 écus en or
arrêté le de ce mois , et on doit le conduire à
Naples , pour que fon Procès lui foit fait par les
Officiers du Roy des deux Siciles.
Les Lettres de Rome ajoûtent que le Chevalier
Muti qu'on eft obligé de tenir renfermé à caufe
du dérangement de fon efprit , ayant trouvé il y a
quelque temps le moyen de s'échaper , & étant forti
de la maison de fon pere , l'Epée à la main , il bleifa
toutes
1640 MERCURE DE FRANCE
"
toutes les perfonnes qui fe trouverent fur fon paf-
Lage , jufqu'à ce qu'un homme qui étoit réfugié fur
la porte d'une Eglife , ayant eu la préſence d'efprit
de lui enveloper la têre de fon Manteau , on vint å
bout de l'arrêter. S. S. en reconnoiffance du fervice
que cet homme a rendu au Public en cette occafion ,
lui a accordé le pardon du crime qui l'avoit obligé
de chercher un azile , pour éviter la rigueur de la
Justice.
On mandé de Naples que le jour de l'arrivée de
lá Reine à Gaëtte , Leurs Majestés reçurent la Bé
nédiction Nuptiale par les mains de l'Evêque , dans
là Chapelle du Palais préparé pour leur logement ;
et qu'après avoir soupé en public , Elles furent conduites
dans l'apartement qui leur avoit été préparé.
Le Roi et la Reine s'étant rendus le lendemain .
à l'Eglise Cathédrale , leurs Majestés entendirent
une Messe solemnelle , célebrée par l'Evêque de
Gaette , après laquelle on chanta le Te Deum.
Leurs Majestés ont passé trois jours à Gaerte , et Ellès
n'arriverent à Naples que le 22 du mois passé ,
vers les six heures du soir. A leur entrée dans cette
Ville , on fit une décharge generale de l'Artillerie
des Châteaux et de celle des Vaisseaux qui étoient
dans le Port ; et lorsqu'Elles defcendirent de Carosse
, Elles furent reçûës au bas de l'eſcalier du Pa➡
lais par toute la Noblesse.
Le 23. Elles allerent à Capo di Monte , pour y
prendre le divertissement de la Chasse et le soir
Elles assisterent à un Concert qui fut executé sur le
Théatre Royal. Les deux jours suivans il y eat Concert
au même Théatre , et toute la Ville fut illuminée
pendant trois nuits.
L'abondance des pluyes qui font tombées , n'ayant
pas permis d'achever les préparatifs pour les Fêtespubliques
qui devoient fe donner à l'occafion du .
mariage
.
JUILLET. 1738. 164
mariage de Leurs Majeftés , ces Fêtes ont été differées
; en attendant , il y a eu chaque jour quelque
Fête au Palais , le Roy cherchant à procurer à la
Reine tous les amuſemens qui peuvent lui rendre
agréable le féjour de cette Ville.
Le 2 Juillet leurs Majeftés y firent leur entrée
publiques , étant accompagnées du Clergé , de la
Nobleffe et des Tribunaux , er efcortées par toutes
les Troupes de la Maifon du Roy. Il y eut le foir
de magnifiques illuminations , et Leurs Majeftés fe
promenerent en Caroffe dans la Ville pour voir les
principales. Le lendemain , Elles fe rendirent en
grand cortège à l'Eglife Métropolitaine , à la porte
de laquelle elles furent reçues par le Cardinal Archevêque
, et par le Clergé du Chapitre ; Elles y
affifterent au Te Deum.
Le Roy a nommé Chevaliers de l'Ordre de S.
Janvier , que Sa Majefté a inftitué depuis peu , le
Prince de Torella , fon Ambaſſadeur à la Cour de
France ; le Prince de la Roca Eilomarini , qui ré
fide à Madrid avec le même caractere ; le Connétable
Colonne , & le Comte de San-Iftevan ; - Sa
Majefté a envoyé fix Croix de cet Ordre au Roy
d'Espagne , afin que S. M. C. en puiffe difpofer.
On aprend en dernier lieu que le jour de l'Entrée
publique de Leurs Majeftés , le Roy fit jetter
pendant la marche une grande quantité d'efpeces
d'argent , et que lorfque Leurs Majeftés furent arrivées
dans la Place vis- à- vis le Palais , on jetta 600
Médailles & beaucoup d'Efpeces d'Or.
Tous les Chanoines de l'Eglife Métropolitaine
lefquels ayant le Cardinal Archevêque à leur tête ,
s'étoient rendus ce jour- là au Palais du Prince Fo-
Lino près du Bourg de S. Antoine , où devoit commencer
la marche , y furent admis à baiſer la main
à Leurs Majeftés, •
1
>
1642 MERCURE DE FRANCE
" La Reine remit au Cardinal Archevêque , le jour
qu'elle affifta avec le Roy au Te Deum dans l'Eglife
Métropolitaine , une Croix de Diamans de la
valeur de 10000 Ducats , pour en faire une offrande
à S. Janvier.
Le même jour , le Roy nomma Chevaliers de
l'Ordre inftitué en l'honneur de ce Saint , les Infants
Don Philipe & Don Louis , fes freres , & le
Prince Royal de Pologne.
On donna le 4 de ce mois la Fête des Chars de
Triomphe ; dont le premier repr . fentoit l'Hymen ;
le fecond , PAurore ; le troifiéme , le Soleil ; le
quatrième , Diane , le cinquième , Neptune ; le fixiéme
, la Paix , le feptiéme , l'Abondance ; le huitiéme
, Bellone ; et le neuviéme , le Triomphe de
Parthenope ; le tout fut abandonné au Peuple.
GENES.
S Elon les Nouvelles de l'Ile de
>
Rebelles étant entrés à main armée dans une
Prairie voifine de Valle - Ruftia , il y enleverent environ
300 Chevres , & emmenerent l'un des Chevriers
qui les gardoient . Auffi- tôt que le Comte de
Boiffieux en a été informé , il s'en eſt plaint à M.
Orticone qui a écrit fur le champ à la Pieve dont
dépendent ceux qui ont commis cette violence . Environ
3000 Rebelles fe font affemblés depuis peu ,
et l'on foupçonne que c'eft à l'occafion de l'ordre
que leurs Chefs leur ont donné de remettre dans
un temps preferit toutes leurs Armes à feu.
HOLLANDE ET PAYS - BAS.
N aprend de Tournay que le Gouverneur de
la Ville ayant révoqué la permiffion qu'il avoit
donnée aux Soldats de la Garaifon de fortir pour
aller
JUILLET. 1738--1643
aller boire de la Bierre dans les Villages voisins ,
environ 800. Hommes d'un Régiment Ecoffois et
d'un Régiment Suiffe , avoient forcé la Garde d'une
portes , & avoient déferté. des
GRANDE BRETAGNE.
L
E 15 de ce mois , le Lord Maire de Londres
accompagné des Aldermans , des Scheriffs , et
de tous les Officiers du Commun Confeil , ce qui
compofoit un cortege de plus de 8c. Caroffes , fe
rendit au Palais du Prince de Galles dans la Place
de S. James , & il prefenta à ce Prince une Adreffe
de félicitation fur la naiffance du Duc de Cornouailles
; le Commun Confeil , après avoir demandé au
Prince de Galles dans cette Adreffe la permiffion
de lui marquer la joye que caufe aux Habitans de
cette Ville l'augmentation de la Famille Royale , et
le rétabliffement de la fanté de la Princeffe de Galles
, l'affure qu'ils feront continuellement des voeux
pour que cette Princeſſe ait une nombreuſe lignée
qui puiffe , enfaisant les délices du Roy de la Nation,
affermir à jamais la Conftitution du Gouverne
ment ; qu'ils ne doutent point que par les fains du
Prince et de la Princeffe de Galles , lejeune Prince ne
foit inftruit des maximes , defquelles dépend le bonheur
des Rois et de leurs Sujets , et que toute la Nation vois
avec une grande satisfaction , que ce Prince fera à
portée d'aprendre par l'exemple du Roy , que la gloire
et la fûreté du Trône fontfondées principalement fur
Paffection du Peuple.
Le Prince de Galles répondit , qu'il remercioit le
Lord-Maire et le Commun Confeil du zele et de
l'affection qu'ils lui témoignoient ; qu'il efperoit
que dans la fuite le Duc de Cornouailles pourroit
mériter l'amour des Anglois , & qu'on ne perdroit
1
jamais
1644 MERCURE DE FRANCE
jamais de vûë la néceffité de lui perfuader qu'il eft
deftiné à gouverner une Nation libre .
Le lendemain , le Prince de Galles reçut auffi au
fujet de la naiffance du Duc de Cornouailles , une
Adreffe de la part du Lord- Maire & du Commun
Confeil de Dublin , laquelle lui fut préfentée par le
Duc de Devonshire , Viceroy d'Irlande.
Le 12. le feu prit à une Rafinerie de fucre , et
elle fut entierement réduite en cendres , ainſi qu'une
Eglife & vingt Maifons du voifinage . On fait
monter à près de 20000. livres sterlings , le dom
mage caufé par cet incendie.
g蒌麥太深惠惠::瘌来宙太惠淑惠f

A M. DE VOLTAIRE ,
Sur les Elémens de la Philofophie de Newton ,
Par M. de C. Confeiller au Parlement de…..
L'Ami des Mufes , quoi ! Voltaire ,
Quoi le Grand Prêtre d'Apollon ,
Déferteur de fon Sanctuaire
Trahit les Dieux de l'Hélicon ?
*
Sur les débris de leurs images.
Une nouvelle Déïté ,
A réuni tous les hommages ;
C'eft la fevere vérité .
L'Eloquence
JUILLET.
1738 1649
L'Eloquence et fes tours frivoles ;
Les Graces , leur naïveté ;
Les Muſes et leurs hyperboles
S'éclipfent devant fa clarté,
*
A fa Voix la Fable éplorée
Rentre au néant avec les Dieux ;
Un plus merveilleux Empirée
Vient nous étaler d'autres Cieux .
*
Mais d'un nuage qui s'entr'ouvre
Quel éclat chaffe los Paſteurs ?
Le Soleil luit , Newton découvre
Et la lumiere et les couleurs.
*
Un verre en triangle , analyſe
Les couleurs en l'ordre éternel;
Et ma main tient , range & divife
Les prodiges de l'Arc- en - Ciel.
*
L'accord des rayons , ô merveille !
Forme un concert harmonieux.
Ce que les tons font à l'oreille
Les couleurs le font à mes yeux.
*
C'eft
1646 MERCURE DE FRANCE
C'eft fon fecret que la Nature
A Newton avoit révelé ,
Mais l'Enigme reftoit obfcure
Si Voltaire n'avoit parlé.
*
Avec les graces du langage
Voltaire enfin a pénétré
Dans le climat le plus fauvage ;
Menant les Muſes à ſon gré.
*
Rimeur et Philofophe aimable ,
Ecris pour la Pofterité ;
Tes Vers embelliffent la Fable ,
Et ta Profe la verité.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E premier de ce mois après- midi , le
de seconde Courdu Châ
teau de Versailles la revûë des deux Compagnies
deMousquetaires de la Garde de S. M.
LeRoy accompagné de Monseigneur le Dauphin
, passa dans les rangs , et leur vit faire
l'exercice : La Reine accompagnée de Mesdames
JUILLET.- 1738. 1647

dames de France , vit cette revûë d'un des
balconsdes Appartemens du Château.
Le 11. la Reine ayant fait sçavoir à
S. A. R. qu'Elle iroit l'après- midi se promener
au Château de S. Cloud , cette Prin
cesse accompagnée du Duc d'Orleans son
fils , s'y rendit le même jour ; Sa Majesté y
arriva sur les cinq heures , et fut reçûë à la
descente de son Čarosse par S. A. R. par le
Duc d'Orleans , et par le Duc de Chartres ,
son fils
qui conduisirent la Reine aux
Apartemens, où Sa Majesté se reposa quelque
temps . A sept heures , on servit une magniique
Colation que le Duc de Chartres avoit
fait préparer, composée de tous les plus beaux
fruits de la saison , et de toute sorte de rafraîchissemens
qu'on servit à Sa Majesté et à
toute sa suite dans la plus grande abondance.
La Reine partit de S. Cloud à neuf heures
, pour retourner à Versailles .
Le 7. de ce mois vers midi , le Roy passa
sur le rempart de cette Ville , pour aller coucher
à Chantilly , d'où Sa Majesté se rendit
à Compiegne le 9. au soir.
Le 25. Fête de Saint Jacques , Patron
de l'Eglise Paroissiale du Château de Compiegne
, le Roy y entendit la Grande-
Messe
848 MERCURE DE FRANCE
Messe célébrée pontificalement par l'Evêque
de Soissons. L'après- midi Sa Majesté assista
dans la même Eglise aux Vêpres et au Salut ,
auquel le même Prélat officia.
Le 30. la Reine entendit dans la Chapelle
du Château de Versailles , la Messe de Requiem
, pour l'Anniversaire de la feuë Reine
Marie-Therese d'Autriche , Epouse de Louis
XIV.
Le 5. M. de Blamont ; Sur - Intendant
de la Musique du Roy en semestre , fit
chanter chés la Reine le Prologue et le premier
Acte du Ballet de l'Europe Galante , qui
fut continué le 7. et le 9. Ce dernier Concert
finit par la Cantate de Zephire & Flore ,
chantée par la Dlle Huquenot. Les principaux
rolles du Ballet furent remplis par les
Dlles Rotisset , Deschamps , d'Aigremont et
Abec , et par les Sieurs d'Angerville , lc Be-
Lecler , Chassé , et Jelyot.
gue ,
Le I 2. le 14. et le 21. on concerta l'Opera
de Thetis et Pelée , dont les premiers rolles
furent chantés par les Dlles Huquenot et Rotisset
; et par le Sieur Jelyot qui fit le rolle
de Pelée. La Dlle Mathieu chanta à la fin du
Concert, la Cantate de Didon , mise en musique
par M. de Blamont.
Le 23. la Reine entendit le Ballet des Voyages
de l'Amour,qui fut très goûté : les principaux
JUILLE T. 1738. 1649
paux rolles furent rendus par les mêmes sujers
qu'on vient de nommer.
VERS ..
A M. Greffet.
Toi , de qui l'aimable et facile Pinceau
Par mille traits heureux embellit la Nature ,
Chaulieu moderne , Anacreon nouveau ,
Partisan délicat d'une volupté pure ,
Et d'une vertu mâle éclairé Sectateur ,
Cher Greffet , quand ta Mufe , avec tant d'élegance,
Nous peint de la fanté le retour enchanteur ,
De ta propre convalefcence
Qui mieux que nous fent le bonheur ?
Pouvons- nous maintenant accuſer la rigueur
Dont t'accabla long- tems l'affreuſe maladie ?
Nous lui devons , Greffet , tes accens les plus doux ,
Et qui fçait fi le Ciel , te rendant à la vie ,
A plus fait pour toi que pour nous
Le Soleil renaiffant chaffe les voiles fombres
Dont une obfcure nuit avoit couvert les Cieux ;
Tel forti du tombeau , brillant de nouveaux feux ,
De nos triftes erreurs tu diffipes les ombres ;
Par toi la verité , du féjour ténébreux
A la lumiere eft ramenée ;
Ta
1850 MERCURE DE FRANCE
Tu dérides fon front ; par les Graces ornée
Son auftere beauté ne bleffe plus nos yeux ;
Mais,que dis-je & bonheur, ô comble de nos voeux!
De cette Déeffe charmante
Dont tu fis le premier la peinture riante ,
Cher Greffet , tu peux tout efperer deformais ,
Les Mortels font ingrats : les Immortels jamais
N'ont fçû l'art de manquer à la reconnoiffance.
Si le plus pur encens attire leur clémence
La fanté te doit fes bienfaits ."
La Santé.
F **
DISCOURS prononcé par M. de la Briffe,
Confeiller d'Etat , Intendant de Bourgogne ,
à l'ouverture du Chapitre Général de l'Ordre
de Citeaux , le 5. Mai 1738,
MESSIEURS .
99
» L'ordre que j'ai reçû du Roy d'assister ;
» en son nom , à votre Chapitre Général , est
glorieux pour moi, sans doute , par la con-
» fiance dont m'honore Sa Majesté. Il m'est
» encore agréable par l'avantage qu'il me
»procure de trouver rassemblé ici en un seul
Corps , ce que votre Ordre , si grand et si
?? saint,'
JUILLET 1738. 1651
saint , a de plus distingué et de plus res-
» pectable.
»Vous y formez comme un cercle bril-
» lant de lumieres diverses , qui , séparées ,
» éclairoient les differens lieux où elles
étoient placées , mais qui réunies aujour-
» d'hui dans un seul point , et comme à leur
» centre , jettent un plus grand éclat , et acquierent
par leur concours une force plus
39
:
» vive.
39
"
" Oui , Meffieurs , rien ne se présente ici
à mes yeux, qui n'inspire de la véneration.
»Tout m'y devient un spectacle édifiant de
» pieté. J'y vois dans votre Abbé Général un
Chef qui par sa sagesse , par sa régularité ,
» par sa douceur , prête autant de gloire à sa
dignité , qu'il en reçoit d'elle ; non moins
supérieur par ses exemples que par son
rang , toujours apliqué à remplir la fonction
de Chef,qui est d'influer la vertu dans
les Membres. J'y vois d'illustres Abbés
» aussi recommandables par leur merite , que
» par leur naissance , dont plufieurs , qui sont
étrangers , font voir à la France que fi elle
» a le précieux avantage de posséder les sa-
» crées dépouilles de votre Fondateur , les
»autres Nations où son Ordre est établi ,
" partagent avec vous son esprit , et ne sui-
» vent pas moins la régularité de sa vie.
» Je vois enfin dans ce grand nombre de
I ij » Députés
0
"
1852 MERCURE DE FRANCE
» Députés un assemblage d'hommes vérita
" blement Religieux , qui aiment à venir pui-
» ser ici , à la source même , les eaux pures
de la grace de leur vocation , qui se pro-
» posent de former entre eux durant ce Cha-
» pitre un saint commerce de vertus , où
chacun fournira de son fond , profitera de
» celui de ses Freres , et où vous montrerez
tous une pieuse émulation à quiremplira.
» mieux les vûës pour lesquelles se tient cet-
» te Assemblée ; je veux dire , le maintien de
l'Ordre , le renouvellement de la ferveur ,
» la manutention des Loix , le digne choix
» des Superieurs , qui est le nerf de la disci
pline Monastique.
ور
53
و ر

» Vous recommander , Messieurs , dans
vos séances l'union et la paix , seroit en moi
» une précaution inutile , j'ose dire même
injurieuse, eû égard à la disposition si loua-
» ble de vos coeurs. Enfans de S. Etienne ,
» cet homme de miséricorde et de charité
» ce Fondateur de tant de vos . Abbayes si
» considerables , cet Ange de paix,vous n'al-
» lez respirer que son esprit. L'état religieux
» imitera l'état politique . Pourriez- vous n'ê-
» tre pas paisibles dans un Royaume , où le
» Prince fait aux hommes des leçons si belles
» et si generales de concorde et de paix ? II
ne s'éleve pas un orage dans l'Europe qu'il
2 ne soit prêt d'apaiser par sa médiation ,
>
1
aidé
JUILLET. 1738. 1653
» aidé des conseils de son Ministre, si grand ,
" si pacifique , si sage , si éclairé , et dont
» la conservation vient de nous être une
» preuve si chere , que Dieu aime la France.
» Notre Monarque auguste semble avoir
» fait sa vertu propre d'exprimer aux yeux du
» monde chrétien , et par les traits les plus
» vifs et les plus sensibles , le Dieu de con-
» corde & de paix , de se montrer partout
» le fidele coopérateur des biens que la Divi-
» nité fait aux hommes , et d'être son image.
» autant par l'étendue de son amour que par
» l'éclat de sa gloire.
>> Pourrez - vous , Messieurs offrir au Ciel
» assés de voeux pour le bonheur d'un Prince
qui ne veut que faire des heureux ? Je pré-
» sume de votre reconnoissance et de vo-
» tre pieté , qu'eû égard à la protection plus
particuliere dont Sa Majesté honore votre
Ordre , vos prieres pour la prospérité et la
" conservation de Sa Personne Sacrée , vont
» être aux pieds des Autels et plus réïtérées,
»et plus ferventes. A
-I iij
VERS
1654 MERCURE DE FRANCE
VERS
A MADAME LA COMTESSE DE ***
En lui envoyant ZAÏRE.
J
Eune Beauté , dont les traits féducteurs
Brillent du fimple éclat d'une aimable fageffe ,
Toi , qui fçais joindre à ces apas flateurs
Le naturel , et la délicateffe .
Que tes beaux yeux , ces yeux maîtres des coeurs ,
Ces yeux, qui chaque jour reçoivent mon hommage,
Daignent enfin fur ce charmant ouvrage
Fixer leurs regards enchanteurs .
L'Amour par la voix de Voltaire ,
Nous donna fouvent des leçons .
Quoi , ferois-tu la feule à qui fes tendres fons
N'auroient pas le bonheur de plaire ?
D'Arnaud.
VERS DU MESME
>
'A M. l'Abbé D*** en lui envoyant des Prix
qu'il avoit remportés aux Jéfuites.
Toi , dont les doctes leçons
Du Temple de Phébus m'ont ouvert la barriere ,
Toi , par qui mis au rang de fes chers Nouriffons ;
De Lauriers triomphans j'ai ceint ma tête altiere ;
Ami
JUILLET. 1738. 1635
Ami fidele , & Cenfeur éclairé ,
D ** qui dès ma tendre enfance
Guidant un pas encore mal affuré,
Du Dédale de la Science
Me démêlas le fil facré .
Daigne accepter ce Livre , ou des mains de fa gloire
Mon front environné de rameaux toujours verds ,
Du temps injurieux affi ontant les hyvets ,
Trouve un heureux Printems aux champs de la
victoire.
Souffre qu'à tes genoux dépofant mes Lauriers ,
M'avançant fur tes pas au Temple de Mémoire
Parmi ces noms fameux qui brillent dans l'Hiſtoire ,
Je tranſmette le tien jufqu'aux fiecles derniers.
Viens avec moi fous ces pompeux Trophées ,
Apprendre à l'Univers tes vertus , ta grandeur ;
Nouveaux Platons , comme nouveaux Orphés
De l'Immortalité partageons la fplendeur .
Tous deux nous élevans d'une aîle audacieuse
Perçons des vaftes Cieux la route lumineuse ;
Et vainqueurs immortels de l'envie et des temps ,
Consacrons à Dieu feul d'éternels monumens.
I iiij MORTS
1656 MERCURE DE FRANCE
MORTS ET MARIAGES.
D
,
Ame Marie-Jeanne Bonnavanture Tillier
, d'une très - ancienne Maison de
Suisse mourut à Toul le 13. Juin dernier
dans un âge fort avancé , après des opérations
de Chirurgie , qui lui avoient découvert
la Toilette. Elle étoit veuve de Mre
Alexandre de Chermont mort en 1721. Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint Louis
Brigadier des Armées du Roy , et Directeur
des Fortifications des Places des trois Evêchés
, de la Sarre et de la Moselle , après
plus de 65. années de services distingués ,
pendant lesquelles il s'est trouvé à plus de
40. Siéges ou défenses de Places , dont il a
dirigé une partie en chef , et auxquels il a si
bin servi , qu'il auroit été élevé aux plus
grands honneurs de la Guerre , si une Philosophie
mal entenduë ne l'avoit fait vivre
dans une espéce d'indolence , qui avoit
pour principe , que les services distingués ,
le merite et la vertu , devoient être récompensés
sans sollicitation . Un de ses Ancêtres
étoit en 1524. Gentilhomme de la Chambre
de François I. et Trésorier de ses menus
plaisirs. Son ayeul étoit en 1609. Gentilhomme
ordinaire de la Chambre d'Henri
IV.
JUILLETU 1738. 1657 .
IV. et Gouverneur de Bar- sur - Seine , qu'il
défendit pour S. M. Son pere mourut au
Service fort jeune . Il a laissé de son mariage
avec la Dame Tillier, sept enfans , dont six.
sont encore vivans , sçavoir , Alexandre de
Chermont , Colonel , au service du Roy de
Portugal ; Marie de Chermont mariée à M.
de Caubous , actuellement Major du Regi
ment d'Infanterie d'Eu , ci devant du
Maine ; Etienne de Chermont , mort en
1727. Ingenieur du Roy à Schelestat ; Nicolas
- Claude de Chermont , Chevalier de
l'Ordre Militaire de Saint Louis , Chef de
Brigade d'Ingenieurs à la suite des Armées ,
et Ingenieur en Chef à Longwy ; Etienne
Maximilien de Chermont Chanoine de
PEglise Cathedrale de Toul ; Alexandre-
Joseph de Chermont , ci - devant Sous Lieutenant
de la Compagnie de Gentilshommes
de Bayonne à l'âge de 18. ans , actuellement
Ingenieur du Roy à Toul , et Anne de
Chermont encore fille.
J
Le 21. Dame Claude Jory , épouse
de Jean- Nicolas de la Guillaumye , Conseiller
au Parlement de Paris de la seconde
Chambre des Enquêtes , avec lequel elle
avoit été mariée au mois de Juin 1737.
mourut âgée d'environ 28. ans après être
accouchée le 14. précédent d'un fils .
Le 29. D. Renée Magdeleine le Bel
I v
épouse
1658 MERCURE DE FRANCE
épouse de Marc - Cirus de Brion , Seigneur
de Hautefontaines , apellé le Marquis de
Brion , Mestre de Camp de Cavalerie , cidevant
Enseigne de la Compagnie des Gendarmes
Dauphins , avec lequel elle avoit été
mariée le 26. Avril 1713. mourut à Paris âgée
d'environ 47. ans , laissant pour fille unique
Eugenie -Renée de Brion , née le 28. Avril
1715. et mariée le 14. Mars 1735. avec le
Marquis de Grammont,Franc- Comtois , Mcstre
de Camp d'un Regiment de Cavalerie . La
Dame de Brion qui vient de mourir , étoit
fille de feu Antoine le Bel , Seigneur de Valgenheuse
, Conseiller en la Cour des Aydes
de Paris , et de Dame Marie Magdeleine
Lucas de Saint -Marc , sa seconde femme.
Le 30. Jacques le Vayer , Seigneur des
Sables , Jonzé , S. Cellerin , Rouperoux ,
la Daviere , &c. Maître des Requêtes honoraire
de l'Hôtel du Roy , mourut en son
Château de la Daviere au Maine, dans la quatre-
vingt- neuvième année de son âge, étant né
le 15. Mars 1650. Il avoit été d'abord reçû
Conseiller au Grand - Conseil le 14. May
1674. et ensuite Maître des Requêtes le 4.
Decembre 1687. Il fut nommé Intendant de
la Généralité de Moulins le 19. Janvier 1694.
Il exerça cette commission jusqu'en 1699.
et il obtint en 1708. des Lettres de Maître
des Requêtes honoraire. Il étoit fils posthu
me
JUILLET. 1738. 1659
me de François le Vayer , Lieutenant Général
en la Sénéchaussée du Maine , et Siége
Présidial du Mans , mort jeune en 1649. et
de Renée le Boindre , morte au mois de
Janvier 1689. Il avoit été marié le 23. Fevrier
1677. avec Renée Françoise le Boindre,
sa cousine germaine , et fille de Jean le
Boindre Seigneur de Groschénay , et de
Buffes , Baron de la Bunesche , mort Doyen
du Parlement de Paris , et de Françoise Beschefer
; elle mourut au mois de Novembre
1724. Il en laisse Jean - Jacques le Vayer ,
Seigneur de Marsilly , la Gaudriere , & c. et
son seul heritier , Maître des Requêtes honoraire
, et ci-devant Président du Grand-
Conseil , qui , de Dame Anne - Loube du
Pin , qu'il a épousée le 20. Août 1708. a cu
Jean - François le Vayer de Marsilly , recû
Conseiller au Parlement de Paris à la premiere
Chambre des Enquêtes le 13. Mars
1733. et deux filles , dont l'aînée fut mariée
le 28. Fevrier 1736. avec Jacques - Francois
Moreau , Seigneur d'Avrolles , Capitaine
aux Gardes Francoises , ainsi qu'on l'a
raporté dans le Mercure du même mois de
Fevrier pag. 395.
>
eu
Le ... Juillet Louis Peirenc , Seigneur
de S. Cyr , ci -devant Gentilhomme ordinaire
de la Maison du Roy , frere puîné de
feu Abraham Peirenc de Moras , Maître des
I vj Requêtes
1660 MERCURE DE FRANCE
Requêtes de l'Hôtel du Roy , mort le 20
Novembre 1732. mourut à sa Terre de S.
Cyr , près de Meaux en Brie. Il étoit veuf
de Marie- Jeanne Barberye de Courteille ,
morte à l'âge de 24. ans le 17. Juin 1723 .
Elle étoit soeur de Dominique- Jacques Barberye
de S. Contest , Marquis de Courteille,
Maître des Requêtes de l'Hôtel du Roy , et
actuellement Ambassadeur en Suisse. Il en
avoit eu une fille unique dont le mariage est
raporté dans le Mercure d'Octobre 1735.
pag. 2334. et laquelle mourut peu de mois
après son mariage.
Le s . D. Marie - Louise - Francoise de
Berenger de Montmouton , fille de Charles
de Berenger , Marquis de Montmouton ,
et de D. Louise de Castelnau de Clermont
Lodève , et veuve depuis le 18. Août
1706. de Gui-Henri de Bourbon , Marquis
de Malause , Comte de la Case , Vicomte
de Lavédan, Baron de Chaudes- Aigues , Bri
gadier des Armées du Roy , et ci - devant
Colonel du Regiment de Rouergue , dont
elle étoit la seconde femme , et avec lequel
'elle avoit été mariée en 1692. mourut au
Château de S. Côme en Roüergue , âgée de
75. ans , laissant entr'autres , deux fils qui
sont Louis- Auguste de Bourbon , Marquis
de Malause , ci- devant Colonel du Regiment
d'Agenois , qui a été marié le
1.5. Mars
1729 ,
JUILLET 1738. 1651
1729. avec Marie Christine de Maniban
fille aînée de Gaspard Joseph de Maniban ,
Marquis de Maniban et de Campagne
Baron de Casaubon , et de Busca , premier
President du Parlement de Toulouse , et de
Jeanne -Christine de Lamoignon de Baville ;
et Armand de Bourbon , Comte de Malause
, à present Colonel du Regiment
d'Agenois depuis 1731. par la démission
de son frere. 1
Le 7. D. Marie - Charlotte de Fontan
ges d'Auberoque, Dame d'honneur de la Du
chesse du Maine , depuis 1702. et veuve
depuis le 31. Août 1729. de Henri- Joseph
de la Garde , Marquis de Chambonas , et
d'Auberoque , Baron des Baronies de Theniéres
, Dunieres , Cornilhon , Thines , et
Malarec , aussi Baron de S. Felix , et des
Etats de Languedoc , Lieutenant de Roy
de la même Province , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , et premier Gentilhomme
de la Chambre du feu Duc du
Maine &c. avec lequel elle avoit été
mariée le 5. Avril 1695. mourut
Château de Sceaux , dans la 68. année de
son âge , laissant pour fils unique Scipion-
Louis - Joseph de la Garde , Marquis de
Chambonas , et d'Auberoque , Baron de S.
Felix , et des Etats de Languedoc , Lieute-
,
at
nant
1662 MERCURE DE FRANCE
nant de Roy de la même Province , Colo
nel-Lieutenant du Regiment d'Eu , ci - devant
du Maine , Infanterie , et auparavant
Enseigne de la Compagnie des Gendarmes
de la Garde du Roy , veuf de Claire - Marie
née Princesse de Ligne , et du S. Empire ,
morte le 5. Novembre 1731. âgée de 33 .
ans , laquelle étoit fille de feu Hyacinthe-
Joseph Prince de Ligne et du S. Empire ,
Marquis de Moy , et de Dormans , Comte
de Chaligny , et de Cerny , Brigadier des
Armées du Roy et de feue Anne-Catherine
de Broglio. La Marquise de Chambonas ,
qui vient de mourir , étoit fille et heritiere
de Jean de Fontanges , Marquis d'Aube
roque , Seigneur de Thenieres , de Vallon ,
la Besserette , &c. et de Gasparde- Henriette
d'Espinchal, Dame des Ternes et de Duniéres.
Le 12. Gabriel - Henri de Beauvau , Marquis
de Montgauger , Comte de Crissé , autrefois
Capitaine Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de feu Philipe , Fils de France,
Duc d'Orleans, et Capitaine de fes Gardes du
Corps , mourut à Paris , âgé de 83. ans , et
ayant perdu la vue depuis plusieurs années.
Il étoit le dernier mâle de la branche des
Seigneurs de Rivarennes , cadette de celle
des Seigneurs Marquis du Rivau , dont il ne
reste plus de mâle , que René-François de
Beauvau
JUILLET.
1738.1663
,
Beauvau du Rivau Archevêque de Narbonne
. Le Marquis de Beauvau , qui vient
de mourir , étoit fils de François de Beauvau
, Marquis de Rivarennes Comte de
Crissé , Maréchal de Camp des Armées du
Roy, et de Louise de la Baume -le Blanc-dela
Valliere , sa femme , tante de Françoise-
Louise de la Baume -le Blanc- de la Valliere
Duchesse de Vaujour - la Valliere , morte
Religieuse Carmelite le 6. Juin 1710. II
avoit été marié deux fois, la premiere , le 20.
Octobre 1682. avec Marie - Angelique de
S. André , fille de Pierre de S. André , Secretaire
du Roy , et Trésorier Général de la
Marine , et des Galeres de France , et de
Marie Aimedieu ; et 2°. le 26. Octobre 1694.
avec -Marie- Magdeleine de Brancas , fille de
Louis - François de Brancas , Duc de Villars
Pair de France , et de Magdeleine Girard, sa
seconde femme. Cette derniere mourut le 7.
Mars 1733. à l'âge de 63. ans. Il avoit eu
de la premiere , Marie - Therese de Beauvau
qui avoit épousé Pierre- Magdeleine de Beauvau
, Marquis du Rivau , Chevalier des Ordres
du Roy , Lieutenant Général de ses
Armées , Directeur Général de la Cavalerie ,
et Gouverneur de Douay , et de laquelle on
a raporté la mort dans le Mercure de Septembre
1736. p. 2150 , et Henriette -Louise
de Beauvau , morte âgée de 51. ans le 28.
Mars
1664 MERCURE DE FRANCE
9
Mars 1737. étant veuve de Henri de Choi
seul- la-Rivieré , Comte de la Riviere , Chevigny
, et Coloutre , Brigadier des Armees
du Roy, ainsi qu'on l'a marqué dans le Mercure
de Juin 1737. vol . I. p. 1217. Le Marquis
de Beauvau laisse de son second mariage
fix filles , dont quatre sont mariées
Fune du 3. Juin 1717. avec Agésilas Gaston
de Grossoles , Marquis de Flamárens
Brigadier des Armées du Roy ; la seconde
du r8. Avril 1731. avec Antoine- Louis de
Bernard , Comte, d'Avernes ; la troisiéme ,
avec Pierre -Louis d'Ailly , Marquis d'Annery
; et la quatriéme , mariée le 17. Février
dernier avec le Comte d'Havrémesnil ; une
autre est Religieuse ; et la sixième est à marier.
Nous nous dispensons de parler ici de
la Maison de Beauvau ; elle est trop connue
par le grand nombre de Titres qui la distin
guent , et sur tout par l'Alliance directe
qu'elle a eu l'honneur de contracter avec la
Maison Royale , par le Mariage d'Isabeau de
Beauvau , Dame de Champigny et de la
Roche - sur - Yon avec Jean de Bourbon
Comte de Vendôme , Trisayeul du Roy
Henry IV .
Le
14.
Š
de Rochon de la Peyrouse
, Seigneur de la Motte , Maréchal des
Camps et Armées du Roy , Commandeur
honoraire de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
et
JUILLET. 1738.
1665
et Gouverneur de la Citadelle de Valenciennes
, mourut dans cette Place. Il avoit
été autrefois Lieutenant- Colonel du Regiment
de la Couronne. Il servit en cette qualité
au Siege de Barcelonne en 1714. et se
trouva le 13. Août à l'attaque du Bastion
de Sainte Claire. Le Marquis de Sauvebeuf
Brigadier des Armées du Roy , qui commandoit
à cette attaque , y ayant été tué ,
et le Marquis de Polastron , Colonel de la
Couronne , blessé , il resta chargé du Commandement
, et se distingua dans cette occasion.
Le Regiment de Blaisois , vacant par
la mort du Marquis de Sauvebeuf , lui fut
donné le 25. Septembre suivant , et il fut
fait Brigadier le 1. Février 1719. Il eut en
1734. le Commandement des trois Regimens
, qui furent envoyés au secours de
Dantzig , et il fut fait Maréchal de Camp
le 29. Juin de la même année . A son retour
en France il obtint le 20. Juin 1735. le
grand Cordon de l'Ordre de S. Louis , en
qualité de Commandeur honoraire . Le Gouvernement
de la Citadelle de Valenciennes
lui avoit été donné au mois de Decembre
1736.
Le 22. D. Françoise Ponton , veuve depuis
le 3. Decembre dernier, de Jean-Remi Hénault
, Confeiller- Secretaire du Roy honoraire,
Maison, Couronne de France & de ses
Finances
1666 MERCURE DE FRANCE
Finances , ci- devant Greffier du Conseil Pris
vé , et Fermier Général des Fermes de S. M.
mourut à Paris , âgée de 78. ans. Elle étoit
mere de Charles - Jean - François Hénault ,
Préfident honoraire de la premiere Chambre
des Enquêtes du Parlement de Paris , & l'un
des 40. de l'Académie Françoife , veuf fans
enfans de Catherine Lebas de Montargis ,
morte le 17. Juin 1728. & de défunte Françoise-
Marie Hénault , morte à l'âge de 32 .
ans le 28. Août 1727. laquelle avoit épousé
Pierre-Louis-Joseph Bouchard d'Esparbez de
Lussan de Sainte Maure , Comte de Jonsac
Lieutenant Général au Gouvernement des
Provinces de Saintonge & Angoumois , Maréchal
de Camp de la Promotion du 24. Fén
vrier dernier , duquel elle a laissé 3. fils & z .
filles, dont la derniere , Marie - Françoise Bouchard
d'Esparbez de Lussan , d'Aubeterre, née
le 9. Juin 1708. a été mariée 7. ou 8. jours
avant la mort de la D. Hénault son ayeule
avec Henri - Jofeph Bouchard d'Esparbez de
Lussan , Vicomte d'Aubeterre , fon cousin ,
né le 24. Jannvier 1714. & nommé Colonel
duRegiment de Provence, le 15 Avril dernier.
Le 24. Seraphim Rioult de Douilly, Seigneur
Comte de Cursay, Lieutenant de Roy en la
Province & Gouvernement du haut Poitou ,
& ci- devant Colonel d'un Régiment d'Infanterie
, mourut à Paris âgé de plus de 60 .
ans
JUILLET.
1667 1738.

ans. Il étoit fils aîné de feu Pierre Rioult ,
Seigneur de Doüilly, d'Estouy & de Cursay,
Secretaire du Roy , & Receveur général des
Finances de la Généralité de Poitiers , mort
le 20. Septembre 1685. & de Marie Mestayer
, morte le 5. Mars 1725 , veuve en fe
condes nôces de François de l'Hospital, Gou
verneur & Lieutenant General pour le Roy
des Ville , Pays , Comté & Evêché de Toul
M. de Cursay avoit été marié au mois de
Janvier 1704. avec Catherine - Therése -Elizabeth
Ameline Blondot , fille de François
Ameline Blondor , Commissaire ordinaire de
la Marine , & de Cécile de Veret. Il en laisse
Magdeleine- Angelique Rioult de Cursay ,
mariée le 13 Février 1730. avec Thomas - Jac
ques - François Charpentier, Seigneur d'Ennery
, Espiez , Grizy , Valengouzart , Rue ,
Berval , Thuville , Lévilliers , Capitaine de
Cavalerie au Regiment Royal Etranger.
Le 23. Juillet , Claude- Henri Feydeau ;
Seigneur de Marville , Me des Requêtes or
dinaire de l'Hôtel du Roy, depuis 1736. &
Président au Grand- Confeil depuis le 25.
Janvier dernier , et auparavant Confeiller au
Parlement de Paris en 1726. fils de Claude
Feydeau Seigneur de Marville , Maître de la
Garderobe de feue Charlotte - Elizabeth de
Baviere , Ducheffe d'Orleans , mort le 31.
May
1668 MERCURE DE FRANCE
May 1723. et de Bonne Courtin de la Bou
vriere,morte le 9 Octobre 1735. épousa Dlle
Louife- Adelaide Hérault , fille aînée de René
Hérault Seigneur de Fontaine Labbé et
de Vaucresson , Confeiller d'Etat , Maître des
Requêtes honoraire , et Lieutenant Général
de Police de la Prévôté et Vicomté de Paris,
& de feuë D. Marie - Marguerite Durey de
Vieuxcourt fa premiere femme , morte le 1 .
Mars 1729.
Le 29. le mariage de Jofeph - Augufte de
Chastenay Comte de Lanty fils de François
de Chastenay Comte de Rochefort , et de
Marie -Catherine du Fresnoy , avec Louife-
Anne - Elizabeth le Bâcle d'Argenteuil , née
le 26. Octobre 1713. et reçûe Chanoinesse,
Dame & Comtesse de Rémiremont, par Acte
du 28. Novembre 1726. fille de Jean - Louis le
Bâcle Marquis d'Argenteuil , Lieutenant
Général pour le Roy au Gouvernement des
Provinces de Champagne et de Brie , Gouverneur
de la ville de Troyes , & de Louife-
Anne- Victoire de Rogres , Dame de Che +
vrinvillier, qui avoit été conclu il y a quelque
temps avec l'agrément du Roy , fut célébré
dans la Chapelle du Château de Pouy en
Champagne près de Nogent fur Seine , par
PEvêque de Waterfort , Irlandois. Les nouveaux
mariés font d'une ancienne et illustre
Nobleffe de la Province de Champagne. Il
JUILLET. 1738. 1669

a été parlé de la Maifon de le Bâcle , qui
est originaire de Touraine , dans plusieurs
Mercures et Journaux , & entr'autres dans
le Mercure du mois de Mai 1717. page 168.
et fuivantes , où l'on a inféré un Mémoire
généalogique de cette Maiſon , fait de main
de maître . Quant à la Maison de Chastenay,
on en trouve la Généalogie dans le grand
Nobiliaire de Champagne , fait par feu
M. Charles d'Hozier. Suivant un Mémoire
que l'on nous a adressé à l'occasion de ce
Mariage , çette Maison descend d'Evrard de
Chastenay, Chevalier, qui arrêta le faux Baudouin
, se disant Comte de Flandres , lorsqu'il
traversoit la Champagne , pour se sauver
en Italie , et qui le remit entre les mains
de la Comtesse Jeanne , fille du véritable
Baudouin en 1225. On ajoûte qu'Emard de
Chastenay , son petit- fils reprit en Fief de
l'Evêque de Langres la Terre de Lanty en
1288. et que Jean de Chastenay, petit - fils de
celui ci, fonda avec Marguerite de Saffre sa
femme le 6. Juin 1396. une Chapelle dans
la cour de son Château de Lanty , sous l'in
vocation de la Vierge et de sainte Catherine,
pour être desservic par deux Chanoines à la
nomination deses successeurs, & à la charge
d'y célébrer tous les jours laMesse , & chanter
les Heures Canoniales,à l'intention des Fon
dateurs. Les principales alliances de cette Mai-
"
son
1670 MERCURE DE FRANCE
son , sont de Courtenay , Choifeul , Vienne-
Comarin , Bouton - Chamilly , Inteville ,
Chaumont , Nettancourt , &c . Il y a parenré
entre les nouveaux mariés , defcendans
l'un et l'autre de Guillaume de Chastenay
Baron de Lanty, Chevalier de l'Ordre du
Roy en 1527. sçavoir le Marié par Joachim
de Chastenay , aussi Chevalier de l'Ordre du
Roy, Gouverneur de Châtillon fur Seine, fon
Trisayeul , fils du même Guillaume ; et la
Mariée par Barbe de Chastenay fa se . Ayeule
paternelle , soeur de ce Joachim ; et femme
de Patrice d'Hériot , dont elle eut Denise
d'Hériot , femme de François le Bâcle, Trisayeul
du Marquis d'Argenteuil . Le Marié
est frere de François - Elie de Chastenay Marquis
de Lanty, Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , Mestre de Camp , et
Lieutenant Colonel du Regiment Mestre
de Camp Général de la Cavalerie Légére de
France , dont le mariage avec Jeanne -Françoife
Gardien du 15. Octobre 1726. est
raporté dans le Mercure de Novembre de la
même année.
J
APROBATION.
'Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le Mercure de France du mois de Juillet, et j'ai cru
qu'on pouvoit en permettre l'impression. A Paris
Je premier Août 1738 .
HARDION.
TABL F.
PLECES FUGITIVES. La Haine , Ode , 1459
Lettre sur le Kaïmak , Fable Turque ,
Ode Galante
1465
1478
Réponse du R. P. M. T. à la Lettre d'un Voya❤
geur , 1480
1492 Traduction de la 26. Ode d'Horace ,
Remarque sur le Verre et le Ciment d'Asphalte, 1493
Ode ,
1498
Lettre au sujet d'une Médaille de Constantin , 150r
Imitation d'une Ode d'Horace , 1512
Résolution Géométrique et Astronomiqué
Si le Monde où nous habitons est une Sphere , 1514
1532
Le Philosophe disgracié , Ode ,
Séance publique de l'Académie de Chirurgie , 1536
Ode aux Muses , 1552
Lettre concernant la Ville de Lyon , & c 1557
Le Travail , Ode , 1562
Question importante , jugée au Parlement de
Paris ,
Enigme , Logogryphes , & c.
1568
1576
1580
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX-ARTS ,
& c.
Recueil de Pieces d'Histoire et de Litterature, 1584
Nouveaux motifs de Conversion ,
Troubles de Geneve , Pacification et Reglement ,
1590
1591
Mandement et Instructions de l'Evêque de Bazas ,
1,592
Prix proposé par l'Académie de Pau ,
1600
Continuation du Traité de la Police, Tome 4. ibid.
Sonnet Italien au Cardinal Delci , 1601
Maladie singuliere , petite Vérole , & c.
1604
Estampes nouvelles , 1603
Groupe
Groupe de Marbre, la Jonction des deux Mers, 1607
Air noté ,
Spectacles. L'Art et la Nature
Le pouvoir de la Sympathie ,
1611
ibid.
1620
La Fuite de l'Amour ,nouvelle Entrée à l'Opera , 1625
Quatrain à la Dlle Sallé ,
Le Printemps de Geneve , Pastorale ,
1628
1629
Nouvelles Etrangeres , Allemagne et Italie , Présentation
de la Haquenée , &c .
Naples , Genes , Hollande et Pays- Bas ,
Grande Bretagne,
A M. de Voltaire , sur Newton , &c.
Vers à M. Gresset ,
1633
1642
1643
1644
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 1646
1649
Discours prononcé par M. de la Briffe , à l'ouverrure
du Chapite Géneral de l'Ordre de Cîteaux, 1650
Vers à Mad. la Comtesse de ***
Vers à M. l'Abbé de * *
Morts et Mariages ,
Errata du second Volume de Juin.
Age 1342. ligne 22. et ,lisez à.
1654
ibid.
1656
1. contact.
P. 1343. ligne derniere , consuet ,
P. 1419. l. 19. Guy Reno , l. Guido Reni .
Fantes à corriger dans ce Livre.
Page 1465. ligne 12. vous ne vous vous êtes ; lisez vous vous êtes.
P. 1472.
P. 1477.
1. 3. proncer , 1. prononcer.
1. 3. S'ert , 1. sert .
F. 1487. 1. 23. il parle , 7. il parla.
P. 1488. l. 5. qu'il jeûnoit , ajoûtez certains jours.
P. 1516. 1. 24. glorieuse , 1. glorieux .
P. 1564. 1. 2. du bas , allumance , l. allumant.
La Chanson notée doit regarder la page
1611
<
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ DEDIE AU.ROY.
A O UST. 1738.
RICOLLIGIT
SPARGIT
Paplitus
Chés
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quay de Conty ;
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC. XXXVIII.
Avec Aprobation & Privilege du R
A VIS.
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comédie Francoife
, à Paris, Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
Les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė
de copie..
A
3
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaiteront
avoir le Mercure de France dela premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
erie de temps , & de les faire porter sur
eure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XX X. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
AOUST. 1738.
PIECES FUGITIVES
,
en Vers et en Prose.
LE COMTE D'ESSEX , Favori d'Elizabeth
Reine d'Angleterre , POE ME ,
dédié à la Duchesse de LUYNES , Dame
d'Honneur de la Reine par M. de Montfleury.
D
E's l'enfance du Monde on vit avec
empire
L'Amour donner des Loix à tout ce
qui respire ,
Et la Nature entiere encensant ses Autels ,
L'établir souverain sur le coeur des Mortels.
A ij.
De
1672 MERCURE DE FRANCE
De-là l'empressement d'une ardente Jeunesse ,
Pour livrer ses beaux jours aux soins de la tendresse
:
Mais ce Dieu qui paroît si charmant à nos yeux ,
Sous les plus beaux dehors cache un monstre odieux.
Je viens vous découvrir l'énorme précipice ,
Où de ce fier Tyran a conduit la malice.
Si , se laissant toucher aux tendres sentimens ,
Votre ame s'intéresse ац Destin des Amans
Ecoutez , et plaignez la disgrace éclatante
D'un Amant , qu'immola la fureur d'une Amante,
L'Angleterre peu faite aux douceurs du repos ,
Vit tout à coup la Paix succéder à ses maux
Lorsque d'Elizabeth la haute destinée
Fit sentir sa puissance à l'Europe étonnée .
Les talens de l'esprit joints aux graces du
En elle rassembloient les plus riches trésors .
Dans l'art de gouverner adroite Politique ,
Elle sçut ménager la Liberté publique ;
Et de l'Anglois , ami des Révolutions ?
Manier à son gré les vives passions.
Comme un Pilote habile au plus fort de l'orage ,
Ne perd pas son sang froid , saisit son avantage ,
Et des Vents mutinés bravant le vain effort ,
Au travers des écueils arrive dans le Port ;
Telle cette Héroïne en miracles féconde ,
Parut seule tenir la balance du Monde ,
corps
AOUST . 1673 1738 .

Et malgré les complots de l'Espagne en courroux ›
Rendre tout l'Univers de son bonheur jaloux.
Des bords où le Soleil commence sa carriere ,
Des Climats où se cache et finit sa lumiere ,
On vit des Conquérans pleins d'une vive ardeur ,
Venir mettre à ses pieds et leur Sceptre et leur
coeur.
En ruses , en détours cette Reine fertile ,
Préférant à l'Hymen sa liberté tranquille ,
N'entretint avec soin l'espoir de tant de Rois ,
Que pour servir son Peuple et maintenir ses Droits ,
Et l'Amour qui se rit de ceux dont il est maître ,
Qui se mocque des feux que lui - même il fait naître,
Par elle fut soûmis et captif à son tour ;
Ele sembloit n'aimer , que pour tromper l'Amour.
Ce Dieu las d'en souffrir , vole droit à Cythere ,
Se jette tout en pleurs aux genoux de sa Mere ,
Et moins par fes difcours que par fes longs soupirs ,
Explique fes malheurs , fes foins , fes déplaisirs .
La Déesse l'embraffe , et lui promet la gloire
De remporter bientôt une pleine Victoire .
Prens , dit-elle , ce dard dont je te fais préſent ,
Soís sûr qu'il percera ce coeur indifferent.
L'Amour avec ce don revient vers la Tamife ;
Pour rendre Elizabeth à fes Loix plus soûmiſe ,
Entre dans le Palais où cette Déïté
Maîtriſe tous les coeurs fans perdre sa fierté .
A iij D'ESSEX
1674 MERCURE DE FRANCE
>
"
D'ESSEX depuis long temps rangé sous son empire,
Brûloit pour cette Reine et n'osoit en tien dire.
Le Comte ce jour là plus brillant et plus beau
Montroit dans fa parure un éclat tout nouveau.
Sur lui , d'Elizabeth l'Amour fixe la vûë ,
Elle le voit , lui parle , et n'en est point émûe.
Sa dureté du Dieu redoublant le courroux
Il lui lance le dard toujours sur de ses coups.
Quel changement soudain ! cette Beauté cruelle
Qui laiffoit soupirer tant de Princes pour elle ,
S'attendrit , et fensible aux soupirs d'un Sujet ,
Elle conçoit pour lui l'amour le plus parfait .
Même inclination , même efprit , et même âge ;
Ils trouvoient à s'aimer le plus doux avantage ;
Et bien loin que le temps diminuât leurs feux ,
D'une Amitié si belle il refferroit les noeuds.
Des fecrets importans , des fuccès , des traverſes ,
Des Guerres , des Traités , des fortunes diverſes ,
En ferme apui du Trône Effex étoit inſtruit ,
Et près de la Princeffe à toute heure introduit .
L'Amour s'aplaudiffoit de ce coup admirable ,
D'avoir dompté le coeur de cette Reine aimable ;
La Décffe aux cent voix parcourant l'Univers
Avoit apris fa gloire à cent Peuples divers ;
Lorfqu'hélas ! la Diſcorde au front lâche et perfide ,
Agitant fes ferpens fur fa tête homicide ,
Jure par l'Acheron de désunir deux coeurs
Qui
A O UST. 1738. 1675
Qui goûtoient en s'aimant d'incroyables douceurs .
Son projet réussit . Grands Dieux peut on le
croire ?
·
Et comment retracer cette affligeante Histoire !
Que ne m'est- il permis de tirer le rideau ,
Sur tant d'horribles traits qu'offre un si noir tableau .
Mais avant que d'en faire à vos yeux la peinture ,
Aprenez le malheur de celui qui s'assûre
Sur les dehors trompeurs de l'amour le plus fort.
Un rien peut tout à coup changer fon heureux sort;
Le feu le plus ardent décroît et dégénere ;
Et tel qui plaît d'abord , ceffe à la fin de plaire .
Ces mutuels sermens de s'aimer à jamais ,
Sont tous censés prescritè dès qu'on manque d'at
traits .
L'Amour n'est pas en vain dépeint avec des aîles ,
Et tout couvert de fleurs , il passe aussi comme elles .
Si l'homme naît et vit pour la Société ,
Il aime le mélange et la variété.
Soit dégoût naturel , inconstance ou caprice ,
Un vieil amour endort et devient un suplice .
C'est ainsi que l'on pense et qu'on parle aujourd'hui
;
lui.
Le plaisir seul nous guide, et nous n'aimons que
Dès le berceau , le fils est instruit par le pere ,
Qu'on doit n'aimer qu'autant que l'objet sçait nous
plaire;
A iiij Que
676 MERCURE DE FRANCE
Que l'Abeille qui vole et va de fleurs en fleurs ,
Sans se fixer , compose un suc plein de douceurs ;
Qu'il faut du Papillon adopter la méthode ,
Qu'avoir un même objet est un goût hors de mode ;
Qu'on peut sans deshonneur changer en un seul
jour ,
Et faire succéder la froideur à l'amour ,
Sans refpect pour les soins que l'on a sçu nous
rendre ,
Ni pour une amitié qui fut jadis si tendre ;
"
Que l'Amant , s'il le veut se consume en regrets,
Il n'a pas dû compter qu'on l'aimât à jamais ;
Que suivant son plaisir et ses libres caprices ,
On peut tout oublier jusqu'aux plus grands services.
Des sentimens si bas ont tant de Partisans ,
Qu'on ne voit qu'inconstance aux esprits de ce
temps :
Et que tel , dont l'amour seroit ferme et solide ,
Imbû de ces leçons devient lâche et perfide.
Quoi la reconnoissance en ce Siecle de fer ,
Est donc une chimere , ou fuit comme un éclair ?
Encor , si de l'amour elle prenoit la place ;
Mais tout d'un coup l'on change et l'on est tout de
glace.
Se peut- il que l'amour à tel point soit réduit ?
Au coeur d'Elizabeth la froideur s'introduit ;
On lui dit que d'Essex est coupable du crime
De .
A OUST 16.77 1738.
De vouloir usurper son Trône légitime ,
Et peut-être elle craint dans un transport jaloux ,
Que le Comte attiré par des charmes plus doux ,
D'une nouvelle ardeur n'ait l'ame alors saisie ,
Hélas ! que ne peut point la sombre jalousie
De ces phantômes vains son esprit allarmé ;
S'irrite et se repent de l'avoir tant aimé ;
Et cette illusion la domine et l'entraîne
A changer son amour en la plus forte haine .
Parti pour désarmer l'Irlandois révolté ,
D'Essex est dans son Camp par son ordre arrêté ,
Er conduit sans délai dans cette Tour * fameuse ,
Aux plus grands de l'Etat prison si dangereuse .
Ainsi d'Elisabeth ce Confident chéri ,
Ce Guerrier fortuné , cet Amant favori ,
Du faîte des grandeurs tombe dans la poussiere ,
Et touche dans les fers à son heure derniere.
Comme une tendre fleur, l'ornement du Printemps,
Voit son beau coloris en proye aux fiers Autans ,
Ou dès le grand matin du Parterre arrachée ,
Vers le milieu du jour est presque dessechée ;
Tel illustre Milord que je peins aujourd'hui ,
Captif, chargé de fers , sans secours , plein d'ennui
Terrassé par un bras qui devroit le défendre ,
Au milieu de sa course au tombeau va descendre.
Amour , cruel Tyran , ne comble tu nos voeux ,
* La Tour de Londres.
AY Que
1678 MERCURE DE FRANCE
Que pour nous rendre après encor plus malheureux?
Qui l'auroit jamais cru , que ton plus bel ouvrage ,
De chagrins si cuisans eût ressenti l'outrage ?
Et que deux coeurs unis par des liens si doux
Eussent d'un sort si triste éprouvé le courroux ?
Tu redouble d'Essex l'atteinte meurtriere ,
En le faisant souffrir par une main si chere .
De tomber sous les coups d'un puissant ennemi ,
L'on se console , on n'est malheureux qu'à demi ;
Mais quel coup foudroyant ! quelle douleur extrême,
De voir trancher ses jours par une main qu'on aime?
Tel est l'état affreux du génereux Milord ,
Quand il sçait que la Reine a résolu sa mort .
Qui pourroit exprimer sa surprise accablante
Lorsqu'il en voit l'Arrêt signé de son Amante ?
Amante , qui faisoit ses uniques plaisirs ,
Qui répondit cent fois à ses tendres désirs.
Ah ! s'il est un tourment plus fort que la Nature ,
C'est d'un si grand revers l'insuportable injure .
Eh quoi ! Princesse , eh quoi ! vas tu donc en ce jour
Sacrifier l'objet de ton plus cher amour ?
Sur de simples soupçons qu'a fomenté l'envie ,
Couperas- tu le fil d'une si belle vie ?
Tu voudrois qu'à ton gré s'avoüant criminel ,
Soûmis , il t'épargnât l'Acte le plus cruel ;
Un coeur comme le sien sûr de son innocence ,
Ignore
A O UST. 1679 1738.
Ignore ce que c'est qu'implorer la clémence ,
Et préfere la mort au funeste bonheur ,
De conserver ses jours aux dépens de l'honneur .
O Ciel ! il mourra donc è Et déja la tempête
Se déclare ; le fer est levé sur sa tête ;
La Reine en ces momens toujours si rigoureux ,
Ressent en elle encor l'amour et tous ses feux ;
Mais elle voit aussi que d'Essex insensible ,
Ose affecter pour elle un dédain infléxible ,
En ne lui rendant point le respectable Anneau
Qui pouvoit l'arracher des portes du tombeau ;
Présent qu'elle lui fit , cher et précieux gage.
Si de quelque froideur notre amour sent l'outrage ,
Lui dit- elle , l'Anneau que je te mets en main ,
Quand tu me l'envoyeras , me calmera soudain,
Ce fut dans ces beaux jours où leurs naissantes
flâmes ,
Des plus vifs sentimens avoient rempli leurs ames,
Où de jeunes Amans , l'un de l'autre charmés ,
S'apliquent à serrer les noeuds qu'ils ont formés
Dans le sein des plaisirs fort éloignés de craindre ,
Qu'aux vapeurs du dégoût leurs feux puissent s'éteindre
,
Et par leur vive ardeur jugeant de l'avenir ,
Pensent que leur amour ne doit jamais finir.
Mais tout passe. Il n'est rien que le temps ne
termine.
A vj L'Amour
1680 MERCURE DE FRANCE
L'Amour au plus haut point est près de sa ruine;
Le secret le plus sûr de fixer leurs amours ,
C'étoit d'être aux raports insensibles et sourds.
Si bien loin de s'aigrir contre un ami solide ,
Sur un bruit qu'a semé la malice perfide ,
On couroit dans ses bras éclaircir ses soupçons ,
Le Monde verroit- il tant de dissensions ?
Mais un mot qu'empoisonne une bouche infidele ,
Fait faire imprudemment une injure réelle
Et celui qui jamais n'eût voulu nous trahir
Maltraité sans sujet est forcé de haïr .
Du silence d'Essex la Reine toute émuë ,
A sa haine pour elle un tel calme attribuë.
Il ne m'aime donc plus ! dit- elle , je vois bien
Que son amour étoit bien différent du mien .
Par intérêt , sans doute , il feignoit d'être tendre ,
Et ne sembloit m'aimer , que pour mieux me sutprendre
;
>
Mon Trône et non mon coeur eût comblé ses souhaits
,
Sans lui j'aurois manqué de beautés et d'attraits .
Car s'il m'aime , d'où vient que son orguëil préfere
Les horreurs de la mort aux douceurs de me plaire ?
Il faut bien que je sois devenuë à ses yeux
Comme un Monstre effroyable , un objet odieux..
Ah : périsse l'ingrat qui m'a si fort trompée.
De ce mortel chagrin nuit et jour occupée ,
A
A O UST. 1738. 1681
A l'Arrêt prononcé laissant un
libre cours ,
Elle aprend que du Comte on a tranché les jours .
Qu'on a placé sa tête en ces lieux redoutables ,
Où l'on expose aux yeux les membres des coupables;
Afin que cette vûë imprimant la terreur ,
Donne au Monde, du crime une éternelle horreur.
Quel spectacle , grands Dieux ! quelle lugubre
Image !
Essex , a-t'on donc pû te faire un teľ outrage ?
Sa bouche semble encor , même après son trépas ,
Gémir d'un traitement qu'il ne méritoit pas ,
Reprocher cet affront fait à son innocence ,
Et demander au Ciel une prompte vengeance.
Ce beau sang répandu fléchit-il ton orgueil ?
Cruelle , ton Amant par toi mis au cercueil ,
Te rapelle ses soins , son amour , ta tendresse ;
Sa mort sur tes plaisirs va verser la tristesse ,
Tu te flates en vain d'en calmer les remords
Ils te suivront par tout malgré tous tes efforts.
Au récit de sa mort Elizabeth en larmes ,
Se sent plus vivement livrée à mille allarmes ,
Ce n'est plus le courroux en son sein répandu ,
Le regret de l'Arrêt par son ordre rendu ,
Qui vient de lui ravir l'ami le plus fidele
Porte au fond de son coeur une atteinte mortelle
D'autant plus qu'elle aprend qu'en son adversité ,
D'Essex avoitenfin imploré sonté ,
Qu'il
1682 MERCURE DE FRANCE
Qu'il avoit renvoyé la Bague , et fait promettre
Que sur l'heure à la Reine on alloit la remettre.
Mais qu'un homme sans ame , un barbare Amiral ,
Depuis long-temps du Comte ennemi capital ,
Retint par une lâche et noire perfidie
Ce dépôt qui d'Essex auroit sauvé la vie.
Tous ces faits découverts de momens en momens
D'Elizabeth en pleurs irritent les tourmens.
C'en est fait. Cette Reine autrefois si brillante ,
Maintenant abattue et triste et languissante ,
Incapable de joye au milieu de sa Cour ,
Ne voit plus qu'à regret la lumiere du jour.
Ses regards consternés errent à l'avanture ,
Son corps depuis long-temps languit sans nourriture
Et de ses jours enfin éteignant le flambeau ,
Elle expire et descend dans la nuit du tombeau.
Triste fin d'un amour hélas ! trop déplorable :
L'on a beau nous tracer son empire agréable ,
La douceur de son joug , la beauté de ses fers ,
Plus ses plaisirs sont doux , plus grands sont ses
revers .
L'Amiral Howard.
ABREGE
A O UST. 1738. 1683
ABREGE' de l'Histoire Litteraire de
D. Emmanuel Martin , Doyen de
l'Eglise d'Alican.
N ,
Ous croyons faire plaisir aux Sçavans
et rendre en particulier justice
à la Littérature Espagnole , en donnant
le précis d'un Livre que nous n'avons fait
qu'annoncer dans le Mercure du mois d'Avril
dernier , nous en répéterons d'abord le
titre , qui est tel : EMMANUELIS MARTINI
Ecclesia Alonensis Decani Vita , Scriptore
Gregorio Majansio Generoso et Antecessore
Valentino Hispaniarum Regi à Bibliothecâ.
un Vol in 8°. Mantua Carpetanorum , apud
Joann . Stunicam , An. MDCCxxxv . Il eft
inutile de répéter ce que nous avons déja dit
du sçavoir et du mérite personnel de M.
Mayans , Auteur de l'ouvrage dont nous
avons entrepris de parler succinctement.
D. Emmanuel Martin naquit à Oropese
dans le Royaume de Valence , le 18. Juillet
1663. de Joseph Martin et de Marie Zaragoza
, des plus honnêtes Familles et des
plus accommodées du Pays. Dès l'âge de
six ans il fut envoyé à
·
où il
aprit les premiers élémens des lettres chés
son
1684 MERCURE DE FRANCE
son Oncle et son Ayeul maternel. A dix
ans il passa
,
à ·
pour y aprendre
la Langue Latine , de Michel Falcon cétébre
Grammairien.
"
Rapellé dans le sein de sa Famille , il courut
risque de sa vie le 8. Septembre ,
jour consacré à la Nativité de la Ste . Vierge
lorsqu'après avoir assisté au Service , et s'étant
couche de bonne heure , le Tonnerre
tomba dans sa chambre , et tourna trois
fois autour de son lit , avant que de sortir ,
sans faire d'autre mal , que blesser un Domestique.
>
A l'âge de 13. ans il alla à Valence , où
il étudia trois ans en Philosophie : il se
donna ensuite tout entier pendant quatre
autres années à l'Etude de la Théologie
dans laquelle il fit de très- grands progrès.
Il eut pour Maîtres entr'autres Docteurs , le
fameux Marcel Marona de l'Ordre de Saint
Dominique , qui ayant quitté son Evêché
d'Oriolan , avoit ensuite repris ses Exercices
Académiques , et Antoine Pratensis de Valence
, Prevôt du Chapitre de l'Eglise Métropolitaine.
Le génie de notre jeune homme étoit
trop vaste , et son amour pour les Lettres
trop ardent , pour s'en tenir là , il reprit et
cultiva les Humanités avec une assiduité
que rien ne pouvoit interrompre. Alors
la:
A OUST. 173.8. 1685
la Ville de Valence étoit distinguée dans
toute l'Espagne , et elle brilloit beaucoup
du côté des Sciences. La belle Littérature
y fleurissoit sur-tout : à quoi ne contribuoit
pas peu l'émulation de deux Académies distinguées
que M. Mayans nomme Parnassi
et Arcis Cette émulation paroissoit sur tout
pour tout ce qui concerne la Poëtique.
D. Martin ne tarda pas se faire un
nom sur le Parnasse Espagnol , par la composition
de plusieurs Pieces qui marquoient
la beauté de son genie , et de quoi il seroit
un jour capable dans ce même genre . Joseph
Rodrigesius dans sa Bibliotheque des Ecrivains
de Valence , parle avec éloge de quatre
Pieces de Théatre de notre jeune Auteur,
lesquelles furent représentées avec beaucoup
de succès. Sans parler de plusieurs autres
Poësies de sa façon , et d'un livre de Sylves ,
qui marquoient avec un beau naturel , une
heureuse facilité à peindre agréablement ses
sujets. Il réussissoit également à bien écrire
en Prose .
En ce temps-là , et à l'âge de 22. ans ,
consideré et aimé de tout le monde , il lui
arriva une espece d'avanture , qui l'obligea
de quitter pour un temps la Ville de Valence
, pour donner le temps à l'amitié un
peu trop forte que lui portoit une Dame des
plus qualifiées , de se ralentir . Cette absence
1688 MERCURE DE FRANCE
sence , inspirée par la vertu , lui réüssit .
Il se mit peu de temps après à l'étude de
la Langue Grecque qu'il aprit d'abord de
lui -même , et sans autre Maître ni secours ,
que celui d'un exemplaire Grec et Latin
'Hesiode . Comme ce n'étoit là presque
qu'un essai dans l'érudition Grecque , et
qu'il lui manquoit encore d'autres connoissances
, qu'il crut ne pouvoir acquerir à
Valence , il forma le dessein de passer
Rome.
Il en entreprit le voyage en l'année 1686.
Son Historien dit qu'à peine eût- il découvert
la Ville , du lieu où l'on s'arrête ordinairement
pour se reposer , qu'épris d'une
joye extraordinaire et emporté par un enthousiasme
Poëtique , il salua Rome de cent
cinquante vers Latins , qui contenoient
l'éloge de cette Capitale de l'Univers.
A peine étoit il arrivé , qu'il se sentit enflâmé
d'un nouveau désir d'aprendre dans
une Ville où les pierres mêmes et les autres
Monumens publics , pouvoient lui donner
des leçons utiles . Il se perfectionna dans le
Grec ensorte qu'en peu de mois , il fut en
état de traduire en cette Langue avec succès
la Lettre d'Ulysse à Penelope , qui est dans
Ovide , et qu'enfin il écrivit aussi purement
en Grec qu'en Latin , quoiqu'en cette derniere
Langue , il ne fût pas inférieur à Ange

Politien !
A O UST. 1738. 1687%
l'un
Politien , au jugement de son Historien .
Il se souvint en même temps que Pic
de la Mirandole et Joseph Scaliger avoient
apris en peu de temps ,
temps , et sans Maîtres ,
la Langue Hébaïque , et l'autre l'Arabe . En
marchant sur les traces du premier , il aprit
en 40. jours non-seulement à lire et à écrire
parfaitement bien l'Hébreu , mais encore la
Grammaire de cette Langue , dont il reconnut
bien-tôt les bornes étroites , comme
étant toutes renfermées dans les Livres de
l'Ancien Testament , et dans l'Evangile de
S, Mathieu. Il ne voulut absolûment point
lire les Rabbins , à cause des Fables et de
l'esprit de superstition , dont leurs ouvrages
sont remplis.
Il aprit aussi la Lange Françoise d'un habile
François qui étoit à Rome . Muni de
tous ces secours , et se livrant à son propre
génie , il s'ouvrit un vaste champ dans la
belle Litterature . D'abord , pour faire moins
regretter la perte des v 1. derniers Livres des
Fastes d'Ovide , il en composa X 11. Livres ,
imitant, autant qu'il lui fut possible, son original.
Ensuite il publia un autre ouvrage
Poëtique divisé en xx . Elegies , dont les
sujets sont indiqués par dix Distiques de sa
façon. Cet ouvrage intitulé , Amalthea Geographica
, fut imprimé à Rome chés Dominique
- Antoine Herculis , un vol. in 8 °.
1686.
A
688 MERCURE DE FRANCE
A peine notre jeune sçavant avoit - il passé
une année à Rome , qu'il fut reçû Membre
de l'Academie de Gli infecundi . Ce qui lui
fournit l'occasion d'exercer son génie dans
la Poësie Etrusque , en quoi il réussit à
merveilles .
Il composa dans la même année un autre
livre d'Elégies Latines à l'imitation de celles
de Catulle, de Tibulle et de Properce . L'Héroïne
à qui elles sont adressées , et qui de
sa part en adresse d'autres dans le même linotre
Poëte, y est cachée sous le nom vre , à
de Camille.
Peu de temps après , le Tibre s'étant extraordinairement
débordé au grand dommage
du Territoire de Rome , D. Martin
composa à l'imitation de Stace , une Piece
intitulée Sylva de Tiberis Alluvione , qu'il
fit imprimer à Rome , chés Jean-Jacques
Comarech un vol . in 4° . 1688. dédiée au
Cardinal d'Aguirre.
>
au
Ce Cardinal qui aimoit les Lettres , et
qui protegeoit ceux qui les cultivoient ,
charmé du merite et de la capacité
dessus de son âge , ( du jeune Espagnol )
l'engagea bien-tôt à prendre un logement
dans son Palais , et le fit son Bibliothequaire ,
ce qui chés les Princes et chés les Cardinaux
est à Rome un Poste considerable . Le Cardinal
d'Aguirre ne pouvoit guere mieux
choisir
AOUST . 1738. 1689
choisir ; car le nouveau Bibliotequaire se
conda efficacement cette Eminence dans
l'exécution de son grand ouvrage de la Collection
des Conciles tenus en Espagne. II
présida ensuite à l'édition , qui parut enfin
par ses soins en l'année 1694.
Comme cette entreprise , à laquelle D
Martin se livra tout entier , pendant un
temps considerable , avoit exigé de longues
veilles , et un travail opiniâtre , sa santé
s'en trouva considerablement alterée : de
fréquens vomissemens , des maux de tête
continuels , et d'autres incommodités l'affli
gerent long - temps , et il ne fut parfaitement
guéri , que lorsqu'il eut repris son
air natal.
Cependant il ne cessoit d'étudier , et de
composer toujours quelque ouvrage . Son
Traité de Poculis veterum fut aplaudi des
Connoisseurs ; il y discutoit, et éclaircissoit
tout ce qui regarde les Festins , et les vases
à boire des Anciens , mais loin de faire im
primer ce Traité , M. Mayans nous assûre
qu'étant de retour à Alican , il le jetta au
feu.
Il se plaisoit quelque fois , comme pour
se delasser des études plus sérieuses , qui
l'occupoient ordinairement , à traduire en
vers Grecs les plus belles Epigrammes de
Martial. Dans ce même esprit il revit et
corrigea
1690 MERCURE DE FRANCE:
corrigea le texte de Théocrite , qu'il enrichit
de sçavantes notes , de quoi on peut
dire que cet Auteur a un grand besoin.
C'est dommage que cet ouvrage n'ait pas
encore été publié.
En ce temps là il fut question de choisir 1 2 .
Sçavans Académiciens pour dresser des Reglemens
à l'Académie des Arcadi de Rome .
Notre E. Martin fut compris dans ce nombre.
Les Reglemens furent ensuite publiés
par Janus Vincent Gravina , Jurisconsulte
et homme d'une singuliere érudition . C'étoit
la coûtume dans cette Académie , que celui
qui y entroit devoit quitter son nom , pour
prendre un nom Grec, tiré de celui de quelque
Ville de l'ancienne Arcadie ; D. Martin
pour se conformer à cet usage , voulut être
nommé Eumelus Olenius , ou le Berger des
grasses brebis , né dans la petite Ville d'Olenia
en Arcadie.
Il publia peu de temps après son Satyromastigem
, ou ses notes critiques sur les 10.
premieres Satyres d'un certain Siennois , domestique
du Cardinal Pierre Ottoboni , lequel
sous le nom emprunté de Q. Sectanus ,
n'épargna personne de l'un et de l'autre sexe ;
il en vouloit sur - tout à l'Académicien J.
Vincent Gravina , dont il vient d'être parlé.
Notre sçavant Espagnol le vengea dans con
ouvrage et avec lui tout le public offensé
CC
A O UST. 1738. 1691
ce qui lui attira une estime générale dans la
Ville de Rome .
Cependant il frequentoit les Bibliotheques,
tant les Particulieres de réputation , que les
Publiques ; parmi ces dernieres , il s'attacha
fort à celle de Luc de Holstein , ou de S.
Augustin , à celle de la Sapience , fondée
par le Pape Alexandre VII . qui y fit porter
de Heidelberg la celebre Bibliotheque Palatine
; et de Verone , celle des Princes de ce
nom , après l'extinction de leur Dynastie.
Mais sur- tout, il visitoit assidûment la Bibliotheque
du Vatican , dont il vit et collas
tionna les anciens Manuscrits les plus impor
tans , tant Grecs que Latins , non- seulement
entr'eux , mais encore avec les Editions
les plus estimées : travail dont il composa
un fort gros Volume de Variantes.
C'est aussi par son attache à lire les Manuscrits
de tout genre , qu'il recueillit cent
cinquante Epigrammes Grecques , qui n'avoient
jamais été publiées , et qu'on pourra
un jour ajoûter à l'Anthologie Grecque .
Dans le temps qu'on achevoit l'Edition des
Conciles , dont il a été parlé ci - dessus , un
nouveau travail et une nouvelle gloire attendoient
Don.E.Martin . Le Cardinal d'Aguirre,'
qui avoit été intime ami de l'illustre Nicolas
Antoine , et son compagnon d'étude dans
l'Université de Salamanque , voulant remplir
les
1892 MERCURE DE FRANCE
les promesses qu'il avoit faites à ce cher dé
funt , agit efficacement auprès de ses héritiers
pour se faire envoyer son grand ouvrage
intitulé : Bibliotheca Hispana vetus , pour
la faire imprimer à Rome à ses dépens.
Dès que les Manuscrits furent arrivés ,
le sçavant Cardinal les mit entre les mains
de son Bibliothequaire , à qui il confia toute
la conduite et la perfection de cette Affaire
Litteraire , lui cedant d'ailleurs entiérement
tous ses droits , et ne se réservant que la
composition de la Préface . Il y déclare nettement
que toutes les Notes sont , non pas
de lui , mais de D. Martin , à qui il renvoye
en même temps toute la gloire de l'Edition.
Pour bien juger du mérite de l'Ouvrage entier
, nous raporterons ici les propres paroles
de M. Mayans . Prodiit Roma opus immortale
anno MDCXCVI . tanto omnium Eruditorum
plausu , ut fateantur omnes, nullam aliam
Nationem , Bibliothecam habere , ita omnibus
numeris absolutam.
Peu de temps après , notre Sçavant forma
le dessein de composer un grand Etymologicon
de la Langue Latine , peu content
de tout ce que nous avons jusqu'à present
en ce même genre. Mais il fut obligé pour
certaines considérations, dont son Historien
rend compte , d'interrompre ce travail
content d'avoir assemblé bien des materiaux
sur le sujet en question. Tant
?
A O UST.
1738.
1693
Tant de talens réunis et la douceur de
son commerce lui conciliérent l'amitié de
tout ce tout ce qu'il y avoit à Rome de plus
distingué dans la Littérature , et de quantité
d'autres Personnes élevées en dignité.'
Parmi ceux- ci on comptoit dans le premier
ang les Cardinaux Casana , Carpegne ,
et Panciatici.
Ses autres Amis d'un ordre inferieur fu
rent , le docte Henri Noris , Bibliothe
quaire du Vatican , depuis Cardinal , hom
ane d'une très - profonde érudition , d'une
grande sagesse , et qu'on peut apeller le
lambeau de la Chronologie Historique .
Laurent Zaccagna , aussi Prefet de la
Pibliotheque du Vatican , très -sçavant dans
La Langue Grecque , qui a fait imprimerJen
cette Langue plusieurs monumens de l'Histoire
Ecclesiastique ,
accompagnés de sça
vantes notes de sa façon.
Philippe Bonarota , Florentin , Antiquaire
du Grand Duc de Toscane , qui a donné au
Public tous les Medaillons du Cabinet Carpegna
, parfaitement bien gravés , et expliqués
par des Remarques d'une rare érudition
, sans parler de quelques autres exceltens
ouvrages de sa façon.
Januarius Capellarius , Napolitain , doüé
d'un genic exquis pour la belle Poësie , de
quoi il y a une preuve publique dans son
B Poëme
1694 MERCURE DE FRANCE
Poëme sur l'immortalité de l'Ame , qu'il s
dédié à son cher E. Martin .
Marcel Malpighi , illustre Medecin , dont
le nom est devenu celebre par la publication
de son Anatomie des Plantes , et de quelques
autres ouvrages estimés.
Georges Baglivi, aussi Medecin , qui s'est
fait un grand nom parmi les Sçavans , et
dont l'érudition est connuë de toute u
rope.
Joseph de Juliis , Professeur de la Langue
Grecque dans le College de la Propagande.
Antoine Melegonellus , celebre par ses
Oraisons Latines imprimées à Rome en l'année
1697. avec une Epitre préliminaire, de l
composition de notre sçavant Espagnol.
-
Fanus Vincent Gravina , homme des plu
'distingués parmi les gens de Lettres , et do
les Ecrits sont au- dessus de tous les éloges
Enfin il lia une très étroite amitié ave
Raphael Fabretti , et avec Jean Ciampin
ces deux grands amateurs de l'Antiquit
et les guides , pour ainsi dire , des Antiqu
res. C'est avec ces connoisseurs que
Martin entroir souvent dans les Catacombes
ou anciens Cimétieres des Chrétiens , qui
sont auprès de Rome , pour y chercher ensemble
des monumens anciens , faisant pour
cela un fort long chemin dans ces lieux souserrains
, éclairés de plusieurs flambeaux
AOUST. 1738.
1695
et obligés quelquefois de se servir de la
Boussole pour ne point s'égarer , et pour
favoriser la sortie.
Notre curieux livré à toutes sortes de
bonnes études , n'oublioit pas cependant la
science particuliere de son état d'homme
d'Eglise. Il prêcha avec beaucoup de succès
dans la Chapelle Pauline en presence du
Pape et du Sacré College , le jour de la Fête
de S. Jean l'Evangeliste . Il prononça quelque
temps après , un fort beau discours sur
l'Election du Pape devant les Cardinaux , le
dernier jour des obseques d'Innocent XI.
Enfin il parla encore avec beaucoup d'éloquence
dans la Basilique de S. Jean de Latran
en présence du Pape Alexandre VIII .
Il fut fort consideré de ce Pontife , qui
connoissant parfaitement son mérite , ne
cherchoit que l'occasion de lui conferer
quelque Dignité Ecclesiastique considerable
dans son propre Pays : mais durant dix
années de séjour à Rome , il ne se presenta
enfin que le Doyenné de l'Eglise d'Alican
dans le Diocèse de Tortose . Il crut devoir
le demander au Pape Innocent XII. qui le
lui accorda aussi - tôt , avec cette circonstance
honorable que le S. Pere écrivit au dos
de sa supplique , videri sibi præbendam illam
anti viri meritis imparem. Ce que le Cardimal
Panciatici , alors Prodataire , fort pré-
Bij venu
1696 MERCURE DE FRANCE
venu en faveur de D. Martin , réïtera en
lui faisant expedier ses Provisions.
>
Le sçavant Espagnol eut ses raisons particulieres
pour se contenter de ce Benefice.
Elles sont énoncées assés au long par M.
Mayans ; mais pour abreger, on se contentera
de dire ici que Louis de la Cerda Prince
de ... ... Ambassadeur de Charles II . Roy
d'Espagne à Rome , et peu de temps après
Viceroy de Naples , entreprit d'enlever au
Cardinal d'Aguirre son Bibliothequaire pour
se l'attacher particulierement. Čette Eminence
fit de son côté tout ce qu'elle put pour
parer ce coup , ce qui causa une altercation
assés vive entre ces deux Puissances : mais
D. Martin en arrêta les suites , en se determinant
à l'acceptation du Doyenné d'Alican
qui vint à vaquer fort à propos , et qui
demandoit résidence .
Il se prépara donc à quitter Rome pour
retourner dans son pays : mais auparavant
il prit le Bonnet de Docteur en l'un et en
l'autre Droit dans les Ecoles de la Sapience.
De Rome il alla par mer à Barcelonne , et
ensuite par terre à Oropese , d'où en passant
par Terragone , et par Tortose , où il eut
la satisfaction d'embrasser son Pere , il se
rendit à Alican le dernier jour de l'année
1696.
La suite pour un autre Mercure.
L'ECOLE
A O UST. 1738 1697
L'ECOLE DE L'AMOUR.
EG LOGUE.
B Ergers , écoutez- moi , d'amour je tiens Ecole ,
J'excite les Amans , souvent je les console ,
Quand du cruel Amour ils sentent les tourmens
Il faut , lorsqu'on le peut être , utile aux Amans.
Qui ne veut point aimer doit fuir cette contrée ,
Les Bergeres y sont aussi belles qu'Astrée ;

L'Amour qui tous les jours cherche à nous enflâmer,
Nous offre à tout moment nouveaux sujets d'aimer;
L'une plaît par son chant , et l'autre par sa danse ,
L'autre pique nos coeurs par son indifférence
Une autre en badinant sçait nous donner la loi ,
L'autre enfin nous ravit par un je në sçai quoi ,
Ne vous étonnez point, și d'abord une belle
Affecte des rigueurs et se montre cruelle ,
Le temps subjuguera ses superbes apas ;
Que ses premiers refus ne vous rebutent pas ;
Le temps qui donne aux fruits le goût et l'aparence,
Aux fideles Amours donne la récompense ;
Le temps peut adoucir les Tigres et les Ours ,
Et les tristes dédains ne durent pas toujours ;
Par des sermens trompeurs qu'un fol Amour enfante
Ne surprenez jamais les faveurs d'une Amante ,
Bij N'abusez
1698 MERCURE DE FRANCE
N'abusez point , Bergers , ses credules attraits ,
Et de la trahison n'empruntez point les traits ;
L'Amour, je le sçais bien , n'est pas un Dieu severe;
Jamais un faux serment n'excita sa colere ;
Un Amant sans peril peut jurer par ses feux
L'Amour aide lui même à dénoüer ses noeuds ;
Mais la foi , la candeur , l'innocence timide
Ne souffriront jamais qu'un Berger soit perfide ,
Jamais par ses sermens il ne trahit un coeur ;
Le parjure toujours aux Bergers fit horreur ;
Il est pour réussir une plus noble voye ,
Aux soupirs d'un Amant on se rend avec joye..
Qu'un Berger soit soumis , aimable , officieux ,
L'Amour de ses faveurs comblera tous ses voeux ;
Comm'une autre Diane , Iris court à la chasse ;
De ses chiens dans nos bois accompagnez la trace ;
Si la Belle aux oiseaux tend des piéges secrets
Vous ne rougirez point de porter les filets ;
Qu'un ruisseau trop profond s'opose à son passage
Conduisez la nacelle et gagnez le rivage ,
En quelqu'endroit enfin qu'Iris porte ses pas ,
Suivez la constamment et ne la quittez pas ;
Bravez pour la servir les Saisons les plus dures
Et des tristes frimats les cruelles injures .
Soumettez- vous pour elle aux plus rudes travaux
Par vos soins assidus surmontez vos rivaux ,
La Bergere à vos voeux deviendra moins severe ,
>
Et
A O UST. 1799
17381
Et vingt baisers ravis seront votre salaire ;
Elle resistera , mais des refus legers ,
Rendront plus doux encore ses amoureux baisers
Malgré cette froideur qu'un tendre Amour sur
monte ,
1.
Bien tôt elle viendra vous embrasser sans honte.
Grands Dieux qui le croira , les filles en ce jou
Préferent les presens au plus fidele amour !
Détestons à jamais la Bergere peu sage
Qui parmi nos Bergers aporta cet usage ;
Qu'une fille qui met ses charmes à ce prix
Pour sa punition tombe dans le mépris ;
Que la fleur de son tein soudain s'évanoüisse ,
Que ses yeux soient éteints , que sa beauté périsse ,
Que pour elle l'Hymen n'orne point ses flambeaux,
Que personne jamais n'ait pitié de ses maux ;
Qu'un jour en la voyant et vieille et miserable ,
Elle soit des Bergers et l'exemple et la fable ,
Et
que
Venus contraire à ses lâches désirs ,
De ses jours malheureux retranche les plaisirs.
Bergeres , les égards , les caresses , les larmes ,
Sont le prix dont Venus veut qu'on paye vo
charmes ,
Qu'un coeur avare ici n'exige rien de plus ,
Venus dans son courroux puniroit cet abus.
Ce sont- là les leçons qu'Amour dicta lui - même
Bergers , obéissez à cette loi suprême ,
B iiij
E!
700 MERCURE DE FRANCE
Et s'il demeure encor quelque doute chés vous ,
Venez me consulter , j'ouvre ma porte à tous ;
Lorsque je serai vieux , ce temps viendra peut
être ,
Les Bergers par honneur suivront par - tout leu
Maître ,
J'aurai le premier rang aux Fêtes du Hameau ;
L'herbage le plus gras sera pour mon troupeau ;
Mais malgré le sçavoir dont ici je me vante ,
Je ne sçaurois fléchir les rigueurs d'Amarante ;
Par pitié , ma Bergere , écoutez mes amours :
Ah ! vous décréditez mes leçons pour toujours.
QUESTION IMPORTANTE ;
Jugée au Parlement de Paris au mois
d'Avril 1738.
SCavoir
Cavoir si le Créancier d'une rente consti
tuée , dont le Débiteur aliene un Office bypotequé
à la rente , peut exiger le rembourse
ment du principal sur le prix de l'Office , et
specialement , si cela doit avoir lieu dans le
Ressort du Parlement de Bordeaux.
FAIT.
Le sieur Crozat de Ramon , Marquis de
Thorigné, prêta en 1720 une somme de 50000
livres au sieur de Ruat , fils , qui lui constitua
1000. livres de rente au denier 50.
i. M
AOUST. 1738. 1701
M. de Ruat , Pere , déclara dans le Contrat
qu'il s'obligeoit à la rente , comme principal
Débiteur , et y affecta et hypotequa
tous ses biens . Il étoit alors pourvû d'un
Office de Conseiller au Parlement de Bordeaux
, qui devint par conséquent hypotequé
à la rente dûë au Marquis de Thorigné .
Au mois de Décembre 1732. il vendit cet
Office moyennant 42000. liv . à M. de Licterie
, Conseiller au même Parlement , qui
en fit pourvoir M. son Fils ; les Provisions
furent scellées et délivrées le 31. Décembre
1732.
Le Marquis de Thorigné avoit formé son
oposition au Sceau ; ensorte que les Provisions
ne furent scellées qu'à la charge de
cette oposition .
Dès qu'il eut connoissance de la vente , il
fit assigner aux Requêtes du Palais à Paris, en
vertu de son Committimus , Mrs de Licterie ,
pour être condamnés à lui rembourser le principal
de sa Rente jusqu'à concurrence de
42000. livres , prix de l'Office.
Mrs de Licterie mirent en Cause M. de
Ruat , et pour mettre le Marquis de Thorigné
hors d'interêt, ils donnerent un consentement
exprès que l'Office qui leur avoit été
vendu demeurât affecté et hypotequé à la
Rente.
La Cause discutée par une plaidoirie de
B v plusieurs
1702 MERCURE DE FRANCE
plusieurs Audiences , et sur un déliberé , in
tervint Sentence qui condamna Mrs de Licterie
à payer au Marquis de Thorigné la
somme de 42000 livres , prix de l'Office à
eux vendu par M. de Ruat , laquelle seroit
imputée d'abord sur les arrerages dus , et ensuite
sur le principal de la rente de 1000 liv.
au principal de soooo livres ; ensemble les
intérêts de cette somme de 42000 liv . suivant
l'Ordonnance , à compter du jour des
provisions de M. de Licterie , fils ; sauf leur
recours contre M. de Ruat.
M. de Ruat interjetta seul Apel de cette
Sentence : mais le Marquis de Thorigné mit
en cause Mrs de Licterie , afin que l'affaire fut
terminée par un seul Jugement.
Au Parlement M. de Ruat soûtint qu'il y
'avoit un usage particulier au Parlement de
Bordeaux , contraire à la Sentence des Requêtes
du Palais , ce qui donna lieu d'ordonner
avant faire droit , que M. de Ruat
raporteroit un acte de notorieté sur cet usagc
attesté les Gens du Roy de ce Par-
و
Lement ,
par
M. de Ruat en raporta un daté du 212
Novembre 1735. qui lui étoit favorable ; mais
comme il contenoit entre autres choses que
le remboursement du principal n'est pas exigible
, même dans le cas de la vente d'un Office
, si le débiteur met dans sa main un autro
A O UST. 1738. 1703
tre Office de pareille valeur ; M. de Ruat
prit la précaution d'acheter de M. de Licterie,
pere , par contrat du 10. Mars 1736. son
Office de Conseiller au Parlement de Bordeaux
, dont il fit pourvoir son second fils ;
l'aîné qui avoit constitué la rente au profit
du Marquis de Thorigné , étant décedé longtemps
avant le procès.
Il fit en même-temps inserer dans le contrat
d'acquisition de cet Office , un nouveau
consentement de Mrs de Licterie, pere et fils,
à ce que l'Office qu'ils avoient acquis en
1732. demeurât affecté ct hypotéqué à la
rente duë au Marquis de Thorigné.
Ce dernier étant décedé quelque temps
après , le sieur de la Haye , tuteur de ses enfans
mineurs , reprit l'Instance.
M. de Ruat réduisoit son sistême à deux
propositions : la premiere , que dans l'usage
général , suivi au Parlement de Paris , le Sr
de la Haye , Intimé , n'étoit pas dans des circonstances
telles qu'il pût exiger le rembour
sement du principal de sa rente.
La seconde , que quand il auroit pour lui
l'usage suivi au Parlement de Paris , il y avoit
un usage contraire dans le ressort du Parlement
de Bordeaux , usage qui devoit faire la
Loi des Parties , le contrat de constitution
ayant été passé à Bordeaux.
Pour l'établissement de la premiere pro
B vj pofition ,
1704 MERCURE DE FRANCE
position , M. de Ruat disoit que l'unique prétexte
de l'Intimé pour demander son remboursement
contre la nature même de son
contrat, étoit , qu'en prêtant il avoit compté
sur une certaine étenduë d'hypoteque, qui ne
devoit point être diminuée .
On pourroit lui répondre , disoit M. de
Ruat , que quand le débiteur a encore beaucoup
plus de biens qu'il n'en faut pour la sûreté
de la rente , que le créancier en est payé
exactement , et n'est inquiété par personne ,
la vente d'un effet peu considerable , en comparaison
de ceux qui restent au débiteur , ne
doit pas autoriser le créancier à se plaindre ,.
attendu qu'il est sans intérêt et que ce seroit
une vexation de sa part. D'ailleurs deux
circonstances décisives prouvent que l'hypoteque
du sieur de Thorigné n'a reçû aucune
altération ni diminution.
La premiere se tire de l'oposition formée
par le sieur de Thorigné au sceau des Provisions
de l'Office que M. de Ruat vendit en
1732. à Mrs de Licterie , et de la déclara
tion que ces derniers firent en conséquence
de cette oposition par leurs défenses aux
Requêtes du Palais , par le contrat du 10
Mars. 1736. et les conclusions par eux prises
au Parlement , qu'ils consentoient que
cct Office demeurât affecté et hypotéqué à
la rente , comme il l'étoit entre les mains de
M. de Ruat.
La
A O UST. 1738 1707
La seconde circonstance résulte du Contrat
du 10. Mars 1736. par lequel M. de
Ruat , en éxécution de la convention qu'il
avoit faite avecM. de Licterie , remit dans ses
biens un Office de Conseiller au Parlement
de Bordeaux , précisement semblable à celui
qu'il avoit lors de la création de la rente
au moyen dequoi le sieur de Thorigné avoit
deux charges , au lieu d'une , affectées à sa
rente.
Le sceau purge à la vérité les hypotéques
comme feroit un Décret , mais les opositons
au sceau , n'ont été introduites que
pour conserver au créancier les droits qu'il
avoit sur l'Office , comme les opositions aux
décrets pour conserver les droits sur les autres
immeubles. Or le sieur de Thorigné
avoit formé oposition au sceau des Provisions
de l'Office vendu à Mrs de Licterie , et
les provisions n'en furent scellées qu'à la charge
de l'oposition.
Le consentement donné par Mrs de Lic
terie à ce que l'Office demeurât affecté à la
rente , n'est point venu trop tard , quoiqu'il
n'ait été donné que depuis les Provisions ,"
parce que l'oposition du sieur de Thorigné
avoit conservé ses droits , et que le consentement
de Mrs de Licterie a été donné rélativement
à l'oposition , et pour en déterminer
l'effet.
I
1706 MERCURE DE FRANCE
Il y a deux voyes pour indemniser le créan
cier oposant , sçavoir en le payant , ou en
lui conservant sa rente , telle qu'elle étoit auparavant
, et avec la même étenduë d'hypoteque
, lorsque l'acquereur veut bien y consentir.
L'Edit de 1683. en ordonnant que les
créanciers oposans au sceau seront payés sur
le prix des Offices , n'a eu en vûë que le cas
de la rente forcée , ainsi il n'est pas extraordinaire
qu'il ne parle que de payement
et n'ait pas prévû le cas particulier dont il
s'agit.
Pour l'établissement de la seconde propo
sition , M. de Ruat raportoit l'acte de notorieté
qui lui avoit été délivré par Mrs les
Gens du Roy du Parlement de Bordeaux
dans lequel ils attestoient que suivant l'usage
de ce Parlement , le remboursement du
principal n'est pas exigible , même dans le
cas de la vente d'un Office , si le débiteur met
dans sa main un autre Office de pareille valeur.
,
Or M. de Ruat avoit entre ses mains non
seulement un fonds d'égale valeur , mais un
Office absolument semblable , et il n'y avoit
eu entre Mrs de Licterie et lui qu'un arrangement
de convenance , au moyen duquel il
leur étoit resté à chacun un Office de Conseiller
au Parlement de Bordeaux,comme auparavant
A O UST. 1738 1707
paravant , ce qui ne formoit proprement
qu'un échange , et non une véritable aliéna
tion.
Le sieur de la Haye , tuteur des enfans mineurs
du sieur de Thorigné , posoit pour sa
défense deux propositions précisement contraires
à celles de M. de Ruat.
il
Il soûtenoit en premier lieu , que suivant
l'usage observé au Parlement de Paris , ik
étoit dans le cas de pouvoir exiger le remboursement
de la rente ; que le sceau des
nouvelles Provisions de l'Office purge toute
hypoteque , et que suivant l'Edit du mois de
Février 1683. l'oposition au sceau ne donne
d'autre droit au créancier oposant,que d'être
payé sur le prix de l'Office , parce que l'hypoteque
sur l'Office est éteinte et purgée par
le sceau ; qu'il est donc essentiel pour le
créancier d'être payé.
Le consentement de Mrs de Licterie n'ayant
été donné que depuis les nouvelles Provisions
, n'a pu conserver l'hypoteque que le
sceau avoit déja purgée , d'autant plus que
ce consentement n'avoit point été donné en
conséquence de l'oposition , mais seulement
depuis la demande à fin de remboursement
, et pour éluder cette demande.
Le prétendu échange des deux Offices est
une idée qui doit absolument être écartée ,
car il ne peut y avoir d'échange en matiere
d'Office
1708 MERCURE DE FRANCE
d'Office , attendu que l'Office dont le Titu
laire se démet , passe dans la main du Roy,
qui, au lieu d'en payer la finance , permet d'en
traiter directement avec le vendeur , pour
éviter un circuit inutile. D'ailleurs dans l'espece
il y avoit eu un prix fixé à l'Office ;
ainsi c'étoit une véritable vente , et non un
échange .
Le sieur de la Haye soûtenoit en second
lieu que l'usage particulier que l'on attribuoit
au Parlement de Bordeaux , n'étoit
point suffisamment justifié par l'Acte de notoriété
que raportoit M. de Ruat , que cet
acte étoit plutôt une consultation qu'un acte
de notorieté ; qu'on n'y faisoit mention
d'aucun Arrêt du Parlement de Bordeaux ,
qui eut jugé la question .
Cet Acte de notorieré étoit fort étendu
et la discussion qu'en faisoit le sieur de la
Haye,étoit trop longue pour qu'on puisse en
faire entrer tout le détail dans cet extrait.
Malgré tous les raisonnemens subtils du
sieur de la Haye , et la critique qu'il faisoit
de l'acte de notorieté , par Arrêt rendu en
ła Grand - Chambre au raport de M l'Abbé
Lorencher , Conseiller , le 2 r . Avril
1738. la Cour infirma la Sentence dont étoit
Apel , débouta le sieur de la Haye de sa demande
à fin de remboursement , et le condamna
aux dépens.
ODE
AOUST. 17381 1709
ODE Imitée d'HORACE. Otiuma
Divos rogat , &c.
SI-tôt que sur l'Egée un ténebreux nuage
Ravit aux Matelots la lumiere des Cieux ,
Le plus hardi Pilote effrayé de l'orage ,
Demande le repos aux Dieux.
*
Grosphe, le Mede même et la Thrace indomptée
Désirent ardemment ce précieux trésor ,
Dont la possession ne peut être achetée
Ni par la pourpre , ni par l'or.
*
Un magnifique train , le crédit , la richesse ,
Inutiles secours , ne banniront jamais ,
Les chagrins , les ennuis qui voltigent sans cesse
Autour des superbes Palais. 1
*
Celui-là vit heureux , qui , frugal et modeste
Est content d'un repas simple et sans apareil ;
Qu'un sordide désir , qu'une crainte funeste
N'arrache jamais au sommeil.
Pourquoi
1710 MERCURE DE FRANCE
Pourquoi tant de projets avec si peu de vie
Dans un autre climat pourquoi nous transporter
Quel homme assés heureux , en fuyant sa Patrie
A pu soi-même s'éviter >
*
Dans les riches Vaisseaux le soin fait sa demeure ,
Pour y gêner sans fin l'avare Nautonnier.
Plus leger que le Cerf , plus rapide que l'Eure ,
Il suit partout le Cavalier.
*
Occupés du présent , sur l'avenir tranquilles ,
Sçachons par le plaisir tempérer la douleur
Au surplus , écartons les soucis inutiles ;
Il n'est point de parfait bonheur.
Ya
Achille jeune encor , termine sa carriere ;
Tithon accablé d'ans , languit toible et miné ,
Et ce que le Destin refuse à ta priere ,
Me sera peut - être donné.
*
Tandis qu'à cent Troupeaux tu fournis la pâture ,
Que pour traîner ton Chartes Coursiers sont nourris,
Et que de ton habit la superbe teinture
Attire les regards surpris.
*
La
AOUST
. 171) 1738.
La Parque favorable avec un bien modique ,
Du Chantre de Lesbos m'accordant le talent ,
Entretient dans mon ame un mépris héroïque
Pour le vulgaire pétulant .
శ్రీ శ్రీ శ్రీ
OPERATION
de la Taille , faite le
20. Février 1738. à M. Fontaine , Notaire
à Chenn , Diocèse d'Angers. Extrait d'une
Lettre de M. Prevost Docteur en Médeci
du 8. Juilles
ne , au Château du Loir >
1738.
Uoiqu'il soit peut- être vrai que le Prin
temps soit la saison la plus favorable
pour la plupart des opérations
de Chirurgie ,
et surtout pour la Taille , puisqu'il semble
qu'on peut compter sur un air plus temperé
et plus pur ; cependant
pour engager les personnes attaquées de la Pierre , sujettes aux
douleurs , à ne point balancer de se faire faire
l'operation
en toute saison , même au fort
de l'hyver , j'ai crû devoir rendre publique
celle qui a été faite le 20. Février dernier ,
qui m'a paru encore particuliere
par la quantité
des pierres qu'on a tirées , par l'âge avan
cé du malade , et par un état d'ailleurs trèsmenaçant
.
A cet exemple , qui paroîtra peut
être dé
terminang
712 MERCURE DE FRANCE
terminant, on pourroit ajoûter que les irrita
tions , et la fièvre qui surviennent , alterent
toujours le sang et les humeurs , et ne manquent
guere de détruire ce Baume si désiré
dans les sujets pour les réussites . Je pourrois
citer à cette occasion ce que j'ai vû le Printemps
dernier à la Charité de Paris , où de
deux sujets qui se sont présentés , à peut
près de l'âge , et dans le même cas du Taillé
en question , l'un est mort quelques jours
après l'opération , quoique très-bien faite ,
et l'autre expira dans le temps même qu'on
le préparoit , sans doute trop tard .
De plus , dans un délai de trois ou quatre
mois , ona vu souvent par expérience et par
estimation de la sonde , que les pierres augmentoient
considérablement de volume , et
tous les Lithotomistes conviennnent que leur
grosseur rend toujours l'operation très - difficile
, et même très dangereuse , par les dilatations
forcées du Sphincter et du col de la
vessie , la contusion des prostates , et autres
inconveniens , qui font que plusieurs de ces
Taillés meurent , ou restent fistuleux , ou
sujets à des incontinences d'urine le reste
de leur vie.
Pendant l'Hyver au reste , n'est- il pas
aisé d'entretenir une chaleur modérée dans
une chambre bien close ? d'ailleurs on n'y
court point comme auPrintemps les risques
du
A OUST 1738. 1715
Au Tonnerre , qui corrompt l'air , l'échauffe,
agite les malades , et les fait souvent périr.
Ces réflexions firent qu'ayant été apellé
sur la fin de Janvier 1737. pour voir M. Fontaine
dans l'état dont je vais faire la description
, je songeai aussitôt malgré la rigueur du
froid , à le préparer à l'operation. Je trouvai
un homme âgé de 68 ans , autrefois d'un bon
tempéramment,mais dont il convenoit avoir
abusé , naturellement jovial , et surtout zélé
partisan de la bouteille ; il étoit depuis quel
ques mois attaqué d'une fiévre lente , qui
lui avoit déja fait perdre beaucoup de son
embonpoint , et depuis long-temps très- sujet
aux douleurs néphrétiques , ayant rendu à
differentes fois une trentaine de calculs , les
uns gros comme des lentilles, les autres comme
de petits pois , sentant immédiatement
après avoir uriné des douleurs très- vives ; les
urines , dès qu'il avoit marché , paroissoient
pas

sanguinolentes , il avoit en un mot tous
les signes de la Pierre , dont on s'assûra encore
davantage par la sonde : le malade n'eut
mieux demandé que d'être taillé sur le
champ , mais on lui réprésenta que l'opération
seroit infructueuse , si on ne l'y disposoit
par les remedes absolument nécessaires
dans la situation où il étoit .
On commença par établir un régime dou
et humectant , et moyennant quelques saignées
#714 MERCURE DE FRANCE
gnées ,les légers purgatifs , les apozemes , la
fiévre céda , et le malade parut en état d'être
taillé le 20. Février , qui fut le jour affi
gné pour l'opération.
:
Quoique le Chirurgien eut déja pratiqué
Fapareil lateral avec beaucoup de succès ,
nous préferâmes le grand apareil , la sonde
ayant fait juger les pierres de moyenne
grosseur je ne sçais ce que MM. les Lithotomistes
penseront de mon idée , qui
est , que lorsque les pierres sont petites , on
pourroit en toute assurance pratiquer le grand
apareil , et qu'on doit donner la préférence
àl'apareil lateral , lorsque par la sonde on
a jugé les pierres d'une certaine grosseur, pour
les raisons qu'il est aisé d'entrevoir.
Je reviens à notre opération , dans laquelle
on tira seize pierres lisses , polies par leur sur
face , de figures irrégulieres , aplaties par
les côtés , chacune d'un gros et demi ou environ
; l'opération dura un peu plus de dix
minutes , parce qu'une des mains du malalade
s'étant déliée , il ne laissa pas de faire
quelques mouvemens qui incommoderent
L'Operateur ; et que pour tirer seize pierres ,'
on fut obligé de porter autant de fois les tenettes
dans la vessie; il y eut un échimose assés
considerable sur le Scrotum , mais sans
gonflement; on pansa à l'ordinaire, on suivit
exactement le régime des Taillés , et le ma-
Jade
A O UST. 1738.
1713
lade fut très bien cicatrisé dans dix- neuf
jours. Depuis ce temps- là il n'a spuffert aucune
douleur ; au contraire, il est très gay au
moment que j'écris ceci , et assûre qu'il n'a
jamais joui d'une santé plus parfaite.
Cette operation a été faite par M. Massé
, M. Chirurgien à Vâs , près le Châteaudu
Loir : je n'entreprendrai pas d'en faire içi
l'éloge , il me suffira de dire que c'est un
Eleve de la Charité de Paris , dont les succès
depuis vingt- cinq ans dans les opérations de
la Taille , du Bubonocelle , des cancers , de
l'empyeme , en un mot , des opérations de
Chirurgie les plus délicates et les plus diffici
les lui ont acquis avec justice la vénération
de ses Confreres , et l'estime de tout le Can
ton.
ODE , Imitation d'HORACE: Eheufugaces,&c.
E temps s'enfuit hélas ; Posthume , ami Posthume ,
En vain à ses rigueurs ta picté présume
D'aporter du retardement ;
Tes prieres , tes voeux seront inéfficaces ;
La vieillesse et la Mort vers toi , quoi que tu fasses,
S'avancent insensiblement.
*
Non;quand pour empêcher que ton corps ne périssé,
Та
<
718 MERCURE DE FRANCE
Tu te signalerois par l'ample sacrifice
De trois cent Taureaux chaque jour ,
Tu ne fléchirois point le Roy de ces Lieux sombres,
Lieux où l'Onde du Stix a tant de milliers d'Ombres
Ravit tout moyen de retour.
*
Vainement craindrons-nous les fiévres de l'Automne
Mainement de Thétis , vainement de Bellone
Eviterons-nous les dangers ;
Nous la passerons tous , cette Onde redoutable
Tel est du fier Destin l'Arrêt inévitable ,
Pour les Rois et pour les Bergers .
Il faudra voir un jour le noir et lent Cocyte ;
Du cruel Danaüs la famille maudite ,
Sysiphe et ses travaux affreux ;
Il te faudra quitter cette riche Campagne ,
Ee Logis magnifique , et l'aimable Compagne
Qu'accorda l'Hymen à tes voeux.
*
i
De ces Arbres si beaux , que tes soins ont fait croîtrø¿
Excepté le Cyprès , nul ne suivra son Maître ;
Ce vin sous cent clefs conservé ,
Ce vin qui des Dieux même égale le breuvage ;
D'un plus digne héritier devenu le partage ,
Teindra son superbe pavé.
PROBLEME
JA O UST. 1738.
1717
PROBLEME à résoudre par ceux qui
rejettent lapossibilité du Vuide.
ONsupose que Dieu crée deux globes

exactement ronds au- delà des limites :
du Monde . Ceux qui reconnoissent le monde
fini , ne peuvent point nier cette suposition
on peut même la faire contre ceux
qui veulent qu'il soit infini , en l'établissant
avant la création de la matiere . Ces deux
globes venant ensuite à se rencontrer , et
leurs surfaces convexes à s'aprocher , on demande
si toutes les parties exterieures qui
terminent ces surfaces , se toucheront entre
elles du côté qu'elles se regardent . Si on
répond qu'oui , comme il le faut suivant les
principes des Cartesiens , les deux globes
changent donc de nature , et chacun devient
hemisphere d'un seul globe , ou même partic
de quelque autre corps qui aura telle figure
qu'on voudra la suposer : ce qui est
contraire à l'hypotese , et répugne évidemment
à l'idée qu'on a de deux globes distincts
et séparés. Car comment deux globes
pourroient- ils devenir les hemispheres d'un
seul et même globe , où parties de quel
que autre corps , telle figure qu'il puisse
C avoir
0
2718. MERCURE DE FRANCE
avoir , sans que les parties de l'un et de l'au
tre de ces globes ne fussent presque toutes
déplacées , et sans que les moitiés de leurs
surfaces , de convexes qu'elles sont , ne de
viennent planes , pour être ensuite unies
immédiatement les unes aux autres : or le
scul contacte physique qui est suposé se faire
de ces deux globes , dans l'instant qu'ils
viennent à se toucher d'une de leurs parties
dans la surface convexe , ne suffit pas pour
produire tout- à- coup un tel changement. Les
deux globes restent donc tels qu'on les su
pose , c'est-à-dire qu'ils perseverent à ne se
toucher qu'en un seul point : il faut par conquent
reconnoître un espace vuide entre les
parties des surfaces qui se regardent , et qui
ne se touchent pas .
VERS servant de Prologue à la Tragédie
ESTHER , de M. Racine , représentée
dans une Communauté.
DvU celeste Séjour , ed regnant par lui-même ¿
L'Eternel est assis sur un Trône suprême ,
Je descends dans ces Lieux , eziles de la Paix ,
D'où le vice odieux est banni pour jamais.
Dans ces Lieux fortunés où la foible innocence
Feut braver les efforts de l'altiere licence ;
AOUST. 77381
1719
Dil l'humble pauvreté , par mes soins aujourd'hui
Peut encore trouver un salutaire apui.
Lorsque l'impieté des Mortels adorée
Chassa de l'Univers la Vertu réverée ,
La grace de ce Lieu posa les fondemens ,
Et moi- même j'en fis les prémiers Reglemens
C'est moi qui fis soffuer cet air qu'on y respire ;
J'en fis dès ce moment mon légitime Empire.
Celui que j'établis pour y donner la Loi ,
N'obéït qu'à mon ordre , et ne connut que moi,
O vous ! qui gémissiez au sein de la misere ,
Reconnoissez ma voix ; oüi, je suis cette Mere ,
Qui mit fin à vos maux ; sans moi, sans mes secours,
Hélas! vous languissiez , c'étoit fait de vos jours. ›
Fille de l'Eternel , j'ai la même origine ;
Je suis la Charité , cette Vertu divine ,
Qu'en ce Monde on connoît , mais qu'on pratique
peu ;
Le vice y tient ma place , on l'adore en tout lieu.
Tel qu'un Chêne, argueilleux , dont la tête chenue
Va loin des yeux mortels se cacher dans la nuë,
Ainsi mes yeux ont vu l'impie audacieux
Il portoit dans le Ciel un regard curieux.
Le dirai-je d'un pied dédaigneux et superbe
L'audacieux fouloit la vertu comme l'herbe.`
Et son coeur enflammé par ses premiers succès ,
Signaloit chaque jour par de nouveaux forfaits.
Cij Mais
*720 MERCURE DE FRANCE
Mais bien-tôt l'Eternel , dont l'auguste puissance
Fait trembler devant lui l'Univers en silence ,
2
Dissipe quand il veut ces projets superflus ;
Il parle et dans l'instant l'impieté n'est plus.
Ainsi vous finissez orgueilieux , Grands du Monde,
Tant que du sort changeant, la faveur vous seconde
Vous n'avez qu'à parler , tout succede à vos voeux
Vous yous méconnoissez et vous croyez des Dieux.
Titres , rangs , dignités , amis , Cliens , puissance ,
Tout enfin est pour vous , tandis que l'innocence
Les yeux baignés de pleurs , proscrite, sans apui ,
Traîne de tristes jours, que consume l'ennui .
Mais c'est assés nourrir un chagrin inutile ;
Chere innocence , ici je vous offre un azile
Rassurez - vous enfin, voyez cesser vos maux ;
Et vous qui soupirez après un doux repos ,
Chers enfans , que le sort plongea dans l'indigence?
Joüissez des bienfaits que ma voix vous dispense
Et comblés à jamais de foutes mes faveurs ,
Oubliez , s'il se peut, le sujet de vos pleurs.
Contemplez dans Esther une Reine choisie ,
Qui, pour sauver les siens , court hazarder sa vie
Le vice gémissant aux pieds de la vertu ,
L'humble comblé de biens, et l'orgueil abatu .
Par M. P •
LETTRE
AOUS T 1738.
LETTRE écrite de Paris le 29. Juillet
1738. sur les Memoires pour servir
à l'Histoire de la Musique,
N lisant , M. votre premier volume du
E Mercure de Juin dernier , les Mémoires
pour servir à l'Histoire de la Musique vocale
et instrumentale pag. 1110. et suivantes
ontexcité mon attention , et donné matiere
à quelques réfléxions que je vous abandonne ,
pour en faire tel usage que vous jugerez
à
propos.
Cette matiere est plus abondante qu'on
ne pense , et je suis tenté de croire , quoique
vous n'en disiez rien , que ce que je
trouve dans leMercure,n'est qu'une exquisse ,'
ou même une partie des Memoires qui vous
ont été adressés , puisqu'il n'y est point
question de Musique vocale , et qu'on n'y
parle que de deux instrumens , la Viole et
le Violon..
Quoiqu'il en soit , prenez en bonne part
les observations suivantes qui ne sont point
dictées par l'esprit de contradiction , mais
par le désir de voir cette matiere traitée dans
toute son étenduë.
· Le Violon , pag. 1113. L'Art de la Musique
est un Art liberal , qu'il n'a jamais été
honteux aux honnêtes gens de cultiver, non
C iij plus
1722 MERCURE DE FRANCE
plus qu'aucun Instrument en particulier, et
quand ce ne seroit que pour se mettre en
état de sentir les beautés de la composition
et de l'exécution et d'en parler raisonnablement
, il me semble qu'il ne seroit indigne
de personne d'en avoir une teinture
suffisante , comme il n'est indigne de personne
d'aprendre le Dessein , les Mathematiques
, &c.
En tout cas , s'il y avoit quelque Instrument
dont il convint aux honnêtes gens de
s'abstenir , ce ne seroit certainement pas le
Violon, qui, outre qu'il est très beau par luimême
, à l'avantage de primer dans la Musique
, tant par l'éclat de ses sons , que par
ce que c'est lui , qui est toujours chargé de
la principale partie , c'est-à - dire , de celle
qui est la plus chantante ; mais on pourroit
sans inconvenient pour le bon goût , releguer
la Vielle aux Guinguettes , et l'abandonner
aux Aveugles ; car, n'en deplaise aux
Danguis, et aux Belles qui s'y sont adonnées
depuis quelques années , c'est un Instrument
si borné et son cornement perpetuel
est si désagréable pour des oreilles délicates ,
qu'il devroit être proscrit sans misericorde ;
peut s'en faut que je n'en dise autant de la
Musette qui ne peut être admise raisonnablement
que dans une Fête champêtre.
Au surplus , quoique je ne croye pas in
digne
A O UST.
1728 17388
digne des honnêtes gens de s'apliquer à la
Musique en général et à quelque Instrument
en particulier , ce ne doit être, ce me semble,
qu'avec moderation , et seulement pour se
procurer un délassement des occupations
plus sérieuses , auxquelles nous nous devons
tous , suivant notre état et nos talens
personnels.
Car c'est une erreur , selon moi , d'imaginer
, comme on le dit ici ( pag. 1113. ) que
le Violon ait été ennobli , parce que plusieurs
grands Seigneurs , qu'on n'ose avec raison
citer, que par des Lettres initiales , s'y sont
adonnés , et y ont réüssi ; ce sont , j'ose le
dire , des talens déplacés , qui , sans contribuer
à l'honneur de l'Instrument, ne servent
qu'à dégrader ces Mrs , qui sont faits pour
honorer et proteger les Arts par leurs aplaudissemens
et leurs bienfaits , et non pour en
faire, pour ainsi dire , profession .
Il n'y a donc , selon moi , que les grands
Maîtres qui , comme Lully dans son temps,'
et Corelly dans le sien, ont joints à la beauté
de l'exécution , l'excellence de la composition
: il n'y a que ces illustres , dis -je , qui
ayent pu porter le Violon à l'éclat distingué
où il est aujourd'hui.
Il n'y a point d'Instrument,quel qu'il soit,
qui , pour être porté à son point de perfection
pour l'exécution , ne demande une
C iiij étude
724 MERCURE DE FRANCE
étude continuelle dès la plus tendre enfance ;
il faut, pour ainsi dire, y être destiné en naissant
par la nature , et que cette disposition
soit cultivée perpetuellement par un travail
opiniâtre , exclusif en quelque façon de toute
autre aplication.
Laissons donc à ceux qui naissent avec
ces grands talens , le soin de les cultiver par
préférence à tout , et la liberté de se livrer
sans
reserve à l'espece d'enthousiasme
qu'exigent tous les Arts , qui sont du ressort
du goût , pour y réussir superieurement.
Il peut bien être permis dans un état
moyen de s'adonner à la Musique , et aux
Instrumens jusqu'à un certain point, c'est-àdire
, autant qu'il peut être nécessaire pour
se rendre agréable dans la Société, et pour se
procurer des entrées dans le monde , mais
pour les gens du premier ordre , ils doivent
être occupés de plus grandes vûës ; ils
sont comptables à leur Patrie , et aux noms
qu'ils portent , de talens d'une toute autre
importance. Quel cas la posterité a-t- elle fait
du talent de Neron pour la Flûte ? Et n'at-
il pas été justement blâmé d'en avoir voulu
disputer le prix en public dans l'Amphithéatre
?
Après cette petite déclamation que l'interêt
de la vérité m'a arrachée , je passe aux
observations que j'ai promises.
AOUST. 1738 .
1728
Il me semble que l'Auteur des Mémoires,
peut être un peu trop prévenu pour le goût
Italien , ne rend point assés de justice à la
Musique Françoise , ni à ceux qui y ont excellé,
avant la Paix de Savoye faite en 1697 .
Car ce ne fut qu'à cette époque , que quelques
Musiciens Italiens nous aporterent ici
leurs Sonates et leurs Cantates , qui insensiblement
ont donné un nouveau ton à notre
Musique. Il n'est pas douteux que nous n'y
ayons gagné quelque chose du côté des gentillesses
et des hardiesses ; mais c'est un problême
difficile à résoudre , de scavoir si
nous n'y avons pas plus perdu que gagné, du
côté des graces naturelles et de la noblesse..
Dans tous les Pays du monde , les Arts:
ont eu leurs commencemens , leurs progrès
et leurs déclins. Quoiqu'il y ait eu déja
quelques habiles Maîtres de Chapelle en
France,dès le Regne de Louis XIII. il faut
convenir que la Musique y étoit encore dansson
enfance au commencement du Regne
de Louis XIV. C'est le celebre Lully qui
l'en a tirée , et qui l'a portée en très peu.
d'années à un très - grand point de perfection.
Il étoit né en Italie , mais il fut amené très
jeune en France ,, où il aprit la Musique, et
à jouer du Violon, étant au service de Mlle.
de Montpensier , ainsi nous ne devons le
considerer, à cet égard, que comme un Fran
çois..
C'v
1726 MERCURE DE FRANCE
On ne devoit point oublier en parlant de
lui et du Violon , de dire qu'il en joüoit parfaitement
bien ; il y a aparence que c'est cet
avantage qui nous a procuré ce grand nombre
de belles Symphonies qu'il a enfantées.
Ses ouvertures et ses grands airs de Violon ,
sont presque tous des chefs- d'oeuvres , pour
la noblesse , le caractere , et même pour la
science musicale ; les Italiens les plus entêtés
de leur Musique conviennent de bonne
foi , qu'ils n'ont chés eux rien qui y soit
comparable.
Le grand génie de M. Lully se trouva gêné
par l'ignorance des Musiciens de son temps ,
tant Chanteurs, que Joueurs d'Instrumens ;
on ne sçavoit ce que c'étoit que d'exécuter
à livre ouvert ; on aprenoit tout pour ainsi
dire par coeur ; les moindres difficultés
arrêtoient long- temps les exécuteurs , et il
falloit se proportionner à leur foiblesse .
Il a donc fallu que pour vaincre cet obstacle
, il formât des Musiciens en tous genres ,
sur- tout les Joueurs de Violons , et l'on
doit regarder comme ses Eleves , Verdier ,
Baptiste, le pere , Joubert , Marchand , de chés
le Roy , Rebel le pere , et Lalande , qui tous
exécutoient ses Symphonies , et ce que l'on
apelle Musique Françoise , mieux qu'aucun
Violon Italien n'ait jamais pu faire.
A mesure que ces exécuteurs devenoient
plus
AOUS T. 1738. 1727
plus habiles , M. Lully donnoit plus d'essor
à son génie . On peut en juger par ses derniers
ouvrages , qui sont et plus travaillés
et plus difficiles à exécuter que les autres. Il
n'est pas douteux qu'il n'eut été bien plus
loin , s'il eut vécu plus long- temps , et qu'il
eut été le témoin des progrès qu'ont fait depuis
ce temps tous nos joueurs d'Instrumens.-
Depuis Lully nous avons eu d'excèllentes
choses dans le même genre,de Mrs. Colasse ,
Campra , Desmarets , Marais , Salomon
Monteclair, Destouches et autres; même des
morceaux plus travaillés et plus difficiles pour
l'exécution , tels que tout l'Acte de la Tempête
d'Alcionne , et une bonne partie de
I'Opera de Jephté , qu'on n'auroit peut -être
pû exécuter du temps de Lully.
>
Nous avons encore dans nos Opera deux
genres de Musique sur lesquels nous l'emportons
sans contredit sur les Italiens qui
sont les grandes Scenes pleines de sentimens,
et les Choeurs , le Recitatif Italien est toujours
fort court et très- bizarre , et ils n'ont
presque point de Choeurs.
Il est vrai que leurs Ariettes l'emportent
sur nos Airs chantans , mais cela vient en
partie de la liberté que se donnent les Italiens
qui ne s'embarrassent, ni de ce qui précede
, ni de ce qui suit ces Ariettes , chose
que notre goût et notre langue ne compor-
C vj tent
728 MERCURE DE FRANCE
tent guere que jusqu'à un certain point,
on est même parvenu à les imiter d'assés
près dans cette partie ; mais il faut plus de
goût que de science pour y réussir , ou l'on
court risque de donner , comme a fait R***
dans le bizarre souvent outré ; car le mé
rite de toute espece de Musique ne consiste
nullement dans la difficulté de l'exécutions
on est souvent la dupe de cette difficulté ;
il ne faut pas être bien sçavant pour mettre
beaucoup de doubles croches ensemble , ha
zarder des intervalles ridicules ; il faut autant
de science et plus de goût,pour composer et
même pour exécuter une belle Sarabandeque
pour faire et exécuter le morceau le
plus difficile.
Quant aux Sonates et aux Cantates
c'est un genre de Musique qui nous est effectivement
venu des Italiens ; mais quoi
que nous n'ayons fait que les imiter , je ne
Conviendrois pas aisément que nous leur
fussions inférieurs de beaucoup , si tant est
que nous le, soyons .
Du temps de Lully , la Musique Italienne
'étoit guere , en général , plus vive ni plus .
difficile que la nôtre : les Motets et les Can
tates qui nous vinrent en foule d'Italie sur
la fin du dernier siecle; sont bien plus sages
que ce qui nous est venu depuis ; ce sont de
très beaux Chants qui ne different guere
dess
AOUST. 1727 1738
*
quens
des beaux Chants de Lully , que par quelques
tours singuliers , et l'employ plus fréde
certaines cordes , ( je veux dire, certains
accords ) avec lesquels nous nous
sommes aisément familiarisés , et que nos
bons Auteurs , comme Bernier et Clerambault
, ont fait passer avec succès dans no
tre Langue , autant qu'elle l'a permis , car il
est certain que le Latin et l'Italien donnent
plus de jeu au Musicien , que le François.
>
A l'égard des Sonates , les premieres
que nous ayons euës en France sont celles
de Corelly ; il est à cet égard le Lully de
l'Italie , et il semble qu'il ait épuisé les
beautés de ce genre , car tout ce qui nous
est venu depuis , excepté les Saisons de Vivaldy
, n'en aproche pas et ne mérite pas
de lui être comparé ; ce sont des Chants
charmans, et un fond d'harmonie pur et sçavant
sans bizarrerie ; les Auteurs , Italiens
qui ont travaillé depuis , ont voulu rafiner ;
ils ont donné dans le bizarre et l'extravagant;
ils ont fait de la Musique beaucoup plus
difficile que celle de Corelly , sans en avoir
le goût ni la sensibilité.
Il est vrai que Duval est le premier Violon
François qui ait osé donner dans le goût
' Italien , il est même parvenu à exécuter
assés bien les Sonates de Corelly , mais il
devoit s'en tenir là , et les Sonates qu'il
nous
1730 MERCURE DE FRANCE
nous a données de sa façon , sont mortes
avant lui.
Baptiste le fils , qui exécute encore , et
qui a été long-temps dans sa jeunesse en
Allemagne , en Pologne et en Italie , avoit
déja une exécution prodigieuse quand il
arriva à Rome ; Corelly lui-même en fut
surpris , et se fit honneur de lui montrer à
exécuter ses Sonates dans son goût. Il parut
ensuite ici comme un prodige, et fut trouvé
avec raison superieur pour l'exécution à tous
les Italiens qui étoient venus à Paris ; il a
même un talent naturel pour le Prélude,
qu'aucun Violon n'a , qui ne s'est pas soûtenu
quand il a composé de sens froid ; il
est comme ces gens qui parlent comme des
oracles , et qui ne peuvent s'assujettir à coucher
leurs idées par écrit.
Senaillé a été comme lui en Italie , et a été
un de nos plus jolis Violons , mais il s'en
faut bien qu'il ait atteint la perfection de
Baptiste, ni pour la vigueur, ni pour la beauté
de l'exécution , quoiqu'il ait été plus heureux
pour la composition ; les Sonates qu'il
nous a données sont gentilles, et ont l'avantage
ainsi que celles de Michel, d'être chantantes
et à la portée de tout le monde ; il y a
plusde science Musicale dans Michel , mais
ni l'un ni l'autre n'ont aproché de Corelly.
L'émulation a élevé un nombre de jeunes
gens
A O UST . 1731 17381
gens , qui font honneur à la Nation , mais
aucun n'est parvenu au point de Baptiste ,
si ce n'est Leclerc qui , outre l'exécution a
fait d'excellentes choses , souvent un peu
trop longues , mais auxquelles il ne manque
peut- être que d'être venues avant Corelly.
Desplanes étoit un Violon Italien qui
avoit son mérite ; mais de tous ceux que
nous avons entendus ici , Sommis est celui
auquel j'aurois volontiers donné le prix.
Guignon est sans contredit le meilleur au
jourd'hui, et comme il s'est un peu francisé ,
il aura avec Baptiste , Senaillé et Leclerc
un avantage sur les Italiens , c'est de joüer
également bien la Musique Françoise et
P'Italienne.
Au reste, ce n'est pas Leclerc qui a le pre
mier en France joué et composé en accords
sur le Violon , Duval l'avoit fait le premier ,
Baptiste et Senaillé l'ont fait comme lui et
avec succès.
Au fond , les grands Maîtres sont rares
par-tout aussi bien en Italie qu'en France ;
il y a beaucoup de choix à faire dans leurs
compositions et si les Italiens l'emportent
par leurs hardiesses et leurs saillies : il me
semble que nous l'emportons sur eux par
l'oeconomie et un certain enchaînement plus
raisonné .
Peut- on disconvenir par exemple, que nos
petits
1732 MERCURE DE FRANCE
petits Poëmes que nous apellons Cantates ,
ne soient mieux compassés que les leurs ;
c'est au fameux Rousseau que nous en avons
Fobligation ; c'est lui qui a composé les premieres
, pour Bernier et Baptistin , et ces
deux grands Musiciens nous ont donné des
choses, en ce genre, qui peuvent le disputer
sans contredit à tout ce qui nous est venu
d'Italie pour les graces , la varieté et
même pour la science.
و
La Viole , p. 1117. La Viole est un Ins
trument assés connu pour se dispenser d'en
déterminer la figure ; le Violoncel , qui est la
Basse de Violon, auroit bien pu être. comparé
en grand au Violon ; mais la Viole ne
ressemble ni à l'un ni à l'autre , et n'a de
commun avec eux, que l'Archet, qui est cependant
bien different.
On donne ici six cordes à la Viole et
huit touches , et tout le monde scait qu'elle
Cordes et autant de touches .
a sept
Il est vrai que les premieres Violes nous
sont venues d'Angleterre , comme les premiers
Violons , au moins les meilleurs, sont
venus de Cremone .
"
Il est vrai aussi qu'anciennement les Violes
en Angleterre n'avoient que six Cordes
et sept touches. Il y a environ 70. ans que
Sainte Colombe , le Maître du fameux Marais
, y ajouta la septième. Corde , c'est -àdire
22
1
A O UST. 1738. 1733
dire la plus grosse , qu'on nomme l
Bourdon.
Sainte Colombe avoit de son temps quel
que réputation , mais il n'étoit pas Musicien
et, pour ainsi dire , personne ne l'étoit , hors
les Maîtres de Chapelles.
Marais avoit été Enfant de Choeur à la
Sainte Chapelle sous Chaperon , le plus
scavant Musicien de son temps , qui a formé
Lalouette , Colasse , et presque tous les
grands Musiciens du siecle passé.
Marais sorti de cette école, se perfectionna
encore sous Lully ; il surpassa bien vîte son
Maître Sainte Colombe et l'on peut dire
qu'il a poussé cet Instrument presqu'aussi
loin qu'il pouvoit aller ; son fils aîné l'auroit
cependant surpassé , s'il avoit eu plus de goût
et de conduite ; il étoit même superieur
son pere pour l'exécution , mais pen Musicien
; ses autres enfans sont fort habiles ,
mais ils ne nous dédommagent point de la
perte du pere.
à
Peut-être Marais auroit - il été plus loin
lui-même , s'il avoit pû goûter le bon de la
Musique Italienne ; il étoit trop tard pour
lui , quand ce goût est venu en France , et
il en a laissé l'honneur à Forcroy , qui n'a
point été son écolier comme on le dit ; il
n'a eu de Maître que son pere qui avoit
été écolier de Marais, très-mediocre , mais il
étoit
1734 MERCURE DE FRANCE
étoit né avec un génie heureux , et il entra
dans le monde , au moment que cet essain
d'Italiens , qui nous est venu d'Italie , excita
ûne émulation étonnante en France en 1698.
Il voulut faire sur la Viole tout ce qu'ils
faisoient sur le Violon ; il y est parvenu : il
s'est d'ailleurs tellement familiarisé avec ces
Cordes singulieres et ces traits particuliers
aux bons Auteurs d'Italie , que dans toutes
ses Pieces il y a un certain sel, et un certain
piquant , qui ne se trouvent point dans les
pieces de Marais, même les plus travaillées ;
celui-ci s'en tenoit aux graces naturelles , et
l'autre en a de plus piquantes et de plus recherchées
on peut donc les regarder tous
deux comme deux excellens hommes , dans
un genre tout different .
Čes Cordes singulieres ne sont point des
accords nouveaux, que les Italiens nous ayent
apris ; leur singularité ne consiste que dans
la facon de les employer et de les placer ; ce
n'est , pour ainsi dire , qu'un nouveau tour
de phrases Musicales , qui plaît infiniment ,
quand on scait en faire usage avec goût ,
avec génie , et sans affectation ; qu'on me
permette une petite comparaison pour expliquer
ce que je sens à cet égard.
On parloit très bien Francois avant que
M. de F **** fut au monde ; il n'a point
fait de nouveaux mots , cependant il s'est
fait
AOUST 1738. 1735
fait un style singulier, inconnu ce me semble
avant lui , et qui plaît infiniment › parce
qu'il n'est que l'expression naturelle d'un
génie supérieur et singulier ; mais qu'il est
dangereux de vouloir imiter cette singularité
, quand on n'est pas né avec les mêmes
talens ! Et n'est- ce pas ce qui a introduit ce
style Néologique , qui a été sifflé à si juste
titre ?
Je ne veux donc pas faire entendre par
ce que je viens de dire , que Forcroy soit
plus grand Musicien que Marais ne l'a été ;
celui- ci a même l'avantage d'avoir composé
de très-bonne Musique en tout genre , Sym
phonies , Trios , Motets à grands Choeurs ,
Opera qui prouvent qu'il possedoit

fond la Science Musicale .
Mais Forcroy s'est distingué par une plus
grande exécution et par la singularité de
son beau génie , sans cependant donner
dans l'extravagant et dans le Néologisme
Musical , si l'on peut se servir de cette expression
; extravagance , qui pour le dire en
passant , ne devient que trop commune.
Si l'on a quelque chose à lui reprocher ;
c'est d'avoir rendu ses Piéces si difficiles
qu'il n'y a que lui et son fils,qui puissent les
exécuter avec grace ; cette difficulté contri
bue peut-être autant qu'autre chose à faire
négliger la Viole,qui auroit toujours été préferée
737 MERCURE DE FRANCE
ferée au Violoncel , pour l'accompagnement
au moins dans les Concerts de chambre , si
l'on n'avoit pas donné à corps perdu, comme
on a fait depuis quelques années , dans les
grands Concerto. Il y en a certainement de
fort beaux , mais ils ont mis notre jeunesse
dans le goût du bruit et du grand bruit , et
l'on y perd certainement du côté de la délicatesse
, de l'élégance et de la sensibilité.
Ce goût devient malheureusement si général
, qu'on peut dire, que le bon goût est
fort gâté , et , qu'à force de donner dans les
difficultés , dans la bizarrerie , et dans l'extravagance
, sous pretexte de nouveauté
nous n'avons plus qu'un pas à faire pour
tomber dans la Barbarie.
,"
Je revolterois bien des Joueurs d'Instrumens
, si j'ajoûtois à ces réflexions , que,
parmi le grand nombre de ceux qui s'en
mêlent , il n'y en a presque point qui conhoissent
la méchanique de leur Instrument ,
c'est- à- dire , la façon dont il faut s'y prendre
pour en bien jouer , et pour bien montrer
à en jouer ; cela n'est cependant que trop
vrai ; on s'en tient à l'imitation servile qui
transmet des Maîtres aux Ecoliers des défauts
essentiels, qui empêchent les progrès de
P'Art ; c'est un point que je traiterai peutêtre
quelque jour, pour l'utilité publique.
J'oubliois de dire qu'il n'a jamais
été
A O UST. 1737 1738
été fait mention des grands Joueurs de
Viole d'Angleterre , ni des grands Joueurs
de Violon de Cremone , quoique les pre
mieres bonnes Violes , et les premiers bons
Violons en soient venus ; la Musique étoit
encore au berceau dans ce temps - là dang
toute l'Europe. Je suis , &c.
Nous sommes très - aises que les Memoi
res que nous avons inserés pour servir à
l'Histoire de la Musique ayent donné lieu à
d'aussi judicieuses réflexions que celles
qu'on vient de lire ; nous en remercions
l'Auteur au nom du Public , qui sans doute
en fera son profit. Au reste nous saisissons
cette occasion avec joye , pour avertir d'une
négligence de notre part , et d'une grande
imprudence de la part de l'Auteur des premiers
Memoires , dans l'article inseré à la
page 1115. du Mercure,au sujet d'un célébre
Musicien , contre lequel on a avancé un
fait qui se trouye faux , selon le témoi
gnage de gens d'honneur qui nous l'ont
assûré.
LES
738 MERCURE DEFRANCE
のじ
LES BELLES - LETTRES ,
ODE.
A M. D. L. R,
Lambeaux de l'intelligence ,
Vous , dont l'éclat radieux
Enchante par sa puissance
L'esprit , le coeur et les yeux.
Belles - Lettres , doctes Fées ,
De vos glorieux Trophées
Je vais chanter la beauté ;
Daignez embellir mes Rimes
De ces ornemens sublimes
Qui font l'immortalité,
*
Quel vaste er brillant empire
Frape soudain mes regards !
Tout y plaît , tout y respire
L'amour du goût et des Arts,
Ici , je vois la Nature ,
Qui se polit et s'épure ,
Souveraine dans vos fers ;
Là , de Guirlandes nouvelles ,
Qui
A O UST.
1738 1739
Qui du temps bravent les ailes ,
Yous décorez l'Univers.
H
Vous donnez à la parole
Du feu , de l'ame et des fleurs ;
Du coeur ce divin symbole ,
Par vous regne sur les coeurs.
Une foule d'Arianes
De vos Loix sont les organes ,
Les guides et le soutien ;
( les Grammaires. )
Par ce secours admirable ,
De tout le Monde habitable
( les Langues. )
Je puis être Citoyen.

(la
Chronologie,
Du temps les Annales s'ouvrent
C'est l'effet de vos travaux ;
Tous ses secrets se découvrent
Depuis la fin du Cahos ;
Il naît , vole , tout commence
Et finit par la puissance
De son invisible cours
Mais chaque effort de son aîle
Par une époque fidelle ,
Est arrêté pour toujours.
ܐ،
Quels
1740 MERCURE DE FRANCE
Quels sont ces Tableaux que tracent
Vos industrieuses mains ? ( les Cartes de Géographie.
Que d'art ! sous mes yeux ils placent
Les demeures des Humains .
Je vois l'un et l'autre Pole ,
Avec l'oeil , je cours , je vole ,
Sédentaire Voyageur ;
Et ma main , de leur distance ,
Mesure avec assurance
Le tour et la profondeur,
X
Sortez , Manes héroïques ( l'Histoire. }
De vos superbes Tombeaux ;
Voyez vos hauts Faits antiques
Renaître sous leurs Pinceaux.
Et vous , Arbitres du Monde .
A cette source féconde
Et de gloire et de vertus
Venez puiser l'Art suprême
D'embellir le Diadême
Dont vous êtes revétus.
*
Temples , Palais , Cirques, Bustes , ( Monumens .)
Pierres et Marbres inscrits ,
Elles vous rendent augustes ,
Et consacrent vos débris.
( Inscriptions , )
Sut
A O UST. 1738. 1741
vous , Métaux respectables
Chargés des Faits mémorables ,
Et des traits de vos Auteurs ,
Elles gravent leur Histoire
Pour éterniser leur gloire ,
Et l'inspirer à nos coeurs.
I
*
( Médailles . )
Est -ce Prothée , est - ce Flore ,
Qui regne en ce beau Jardin ( la Rhétorique. ♦
Sans cesse j'y vois éclore
Des fleurs d'un éclat divin ;
Sous cent formes differentes
Mais égalemeut brillantes
Elle parcourt ses états ;
1
La Raison , l'Esprit , les Graces ,
l'envi suivent ses traces
Pour augmenter ses apas .
*
De son sein une Héroïne
Qu'anime la vérité ,
Naît , et de son origine
Chacun sent l'autorité ;
Elle oprime la Licence ,
Soûtient , défend l'innocence ;
(P'Eloquence. )
( du Bareau. )
Sa voix fait trembler les Rois ; ( les Philipiques de
Aais sa grandeur est extrême ,
D
Démosthenes. )
Lorsque
1742 MERCURE DE FRANCE
Lorsque de l'Etre suprême
Elle nous dicte les Loix...
Ou suis-je ? qu'elle Déesse
Le front couronné de fleurs ,
Chante aux Rives du Permesse
( dela Chaire
Les amoureuses ardeurs ? ( la Poësie de sentiment . }
Je m'attendris , je m'enflamme ,
Amour , je sens dans mon ame
Passer tous tes mouvemens
Et goûte ainsi , sans toi- même
Ce bien , ce bonheur suprême ,
Si cher aux tendres Amans.
t
**
Quels nouveaux chants quelle route ,
Muse tu prends dans les Airs ? ( la Poësie héroïque.)
Mars , de la Céleste Voûte
Aplaudit à tes Concerts .
Tel l'Aigle à l'aîle rapide ,
Se servant de Loi , de guide ,
Prend son essor vers les Cieux ;
Et tel , inondant les Rives ,
Où ses Eaux sembloient captives ,
Grossit un Fleuve orgueilleux.
C'est ainsi , Nymphes chéries ,
Qu'epris
AOUST. - 1738.
1743
Qu'épris de divers objets ,
Dans mille routes fleuries ,
Marchent toujours vos Sujets ;
Emules de vos exemples ,
Ils partagent dans vos Temples.
Votre gloire et vos Autels ;
L'Astre qui s'éteint dans l'Onde
Rend la Terre moins féconde ,
Que vous , l'esprit des Mortels.
*
Quel triomphe pour vos charmes
Quand , occupant nos loisirs ,
De la source de nos larmes
Ils font couler nos plaisirs ?
La naissance , les conquêtes.
Peuvent couronner les têtes
Des Princes et des Vainqueurs;
Mais c'est de votre puissance ,
De votre douce influence ,
Qu'on tient l'empire des coeurs.
*
Si la gloire vous fait naître ,
Foudres de guerre , Héros ,
Leur art vous aprend à l'être ;
Il éclaire vos travaux .
C'est par
lui que votre bouche
Dij Persuade
1744 MERCURE DE FRANCE
Persuade , anime , touche ,
Encourage les Guerriers ;
Et c'est lui , lorsque la vie
Vient à vous être ravie ,
Qui cultive vos Lauriers.
*
Sous les pas de la Sagesse.
Elles font naitre des fleurs ,
Dont se couronnent sans cesse
Et les Vertus et les Moeurs ;
Malgré l'écueil et l'orage ,
Elles font toujours au Sage
Trouver un Port glorieux ;
Astres , dont l'éclat sublime
Est à l'ame magnanime ,
Ce qu'est la lumiere aux yeux.
*
Loin ces préjugés bizares ,
Que Sparte avoit adoptés ;
Fuyons de ses moeurs barbares
Les vaines austérités.
La guerre , l'indépendance ,
La cruauté , l'ignorance ,
Ne font qu'un sauvage Etat ;
Ce sont leurs Pinceaux , leurs Lyres ,
Qui
AOUST. 1731. 1741
Qui seuls peuvent aux Empires
Donner un brillant éclat.
X
A ces Filles de Mémoire
Athenes dût sa splendeur ;
Rome , sa plus sûre gloire ,
Sa plus sublime grandeur.
D'elles vint ton premier lustre ,
Paris , sous le Regne illustré
Du premier de tes François ;
Mais ce ne fut que l'Aurore
Du beau jour qui fit éclore
Pour toi le plus grand des Rois . ( LOUIS XIV . )

Que l'Inde , ainsi que la Seine ,
Prenne part à leurs Concerts ;
Puisse l'ignorance vaine
Ne regner qu'en des Déserts !
Puisse leur vive lumiere ,
Mettre au jour dans sa carriere
Des prodiges inoüis !
Et par mille Hymnes nouvelles ,
Puissent leurs voix immortelles
Immortaliser LOUIS !
*
Sous tes yeux , sage L. R.
Diij J'ose
746 MERCURE DE FRANCE
J'ose mettre ce Tableau ,
Sûr que , si rien ne t'y choque ;
Chacun le trouvera beau
;
Des fautes les plus legeres ,
Ton esprit par ses lumieres ,
S'aperçoit plus promptement ,
Qu'à l'aide du Microscope ,
L'oeil ne voit , ne dévelope
D'un Ciron
l'arrangement.
Par M. de S. R. de Montpellier.
********************
LETTRE de M. l'Abbé le Beuf, Chanoine
d'Auxerre , au R. P. Texte , Dominicain ,
au sujet de ses derniers Ecrits . Avec deux
Inscriptions remarquables de l'Eglise de
Garches , proche Paris.
I je n'avois , M. R. P. d'autre occupa
St je n'avois , M. R. P.
tion en cette Ville que celle d'écrire
sur le Lieu de la Naissance de S. Louis !
vous pouvez croire que je n'aurois pas déclaré
, comme j'ai fait il y a plusieurs mois,
que je ne voulois plus vous répondre . On
sçait assés à quels autres Ouvrages je suis
livré , et j'ai d'ailleurs marqué à tant de
monde , que cette matiere étoit ingrate et
assés peu interessante , que je ne doute pas
qu'il
A O UST. 1738. 1747
qu'il ne vous en soit revenu quelque chose.
Pour vous, M.R.P. qui n'avez pas cessé d'oposer
des Observations à toutes les Pieces
anonymes qui ont paru dans les Mercures
depuis celles où mon nom est marqué, vous
y trouvez un fond inépuisable , et vous êtes
toujours persuadé qu'il faut combattte tanquam
pro aris et focis pour la proposition
que S. Louis est né à Poissy ; vous ne croyez
pas qu'il ait pu naître ailleurs et selon
vous , il ne faut pas même . en avoir la
pensée.
Vous voulez donc , M. R. P. que vos
Lecteurs trouvent de l'évidence dans un
Point historique qui n'en a pas ? Permettez-
moi de vous dire que vous demandez
trop. Je puis vous assurer que vous n'obtiendrez
pas ce que vous souhaitez .
>
Il y a dans l'Histoire de France deux
classes de Faits , comme dans toutes les
autres Histoires , la classe des Faits véritables
et incontestables , et la classe des Faits
douteux et incertains . Ceux qui ne s'arrêtent
point si fermement à ce qu'ils ont cru
d'abord , mettront le Lieu de la Naissance
de S. Louis dans cette derniere classe . Il y
a une infinité d'autres articles incertains dans
notre Histoire ; et tous les jours on en reconnoit
de faux , que nos Peres avoient crus
véritables . J'aurois bien des choses à rele-
D iiij
ver
748 MERCURE DE FRANCE
ver dans votre Lettre , mais je m'er abs
tiens par esprit de paix , permettez seulement
que je vous avertisse , qu'en fait de
Chartes , le style de celles du vr. et VII .
Siecles, et les solecismes dont elles sont pleines
, ne peut servir à excuser les solecismes
qui se trouveroient dans celles du
quatorziême. L'intervalle des temps est trop
grand pour juger d'un siecle par un autre.
Je n'ai point été surpris de tout ce que
vous avez dit de Bernard Guidonis . Comme
il a été Religieux de votre Ordre , il étoit
naturel que vous l'élevassiez le plus haut que
vous pourriez ; mais il ne convenoit pas que
vous empruntassiez la main de M.Baillet , ni
celle de M. Baluze , pour les obliger de donner
à votre Confrere plus d'encens qu'ils n'ont
eu dessein de lui en donner. Il y a plus de
trente ans que j'ai lu les premiers Ouvrages
qui ayent été publiés de votre Guidonis . Je
veux dire ceux que le P. Labbe a fait imprimer
en 1652. Je ne les cherchois pas
pour eux- mêmes , n'ayant jamais été frapé
de la grandeur du nom de Guidonis ; mais
parce qu'ils se trouvoient dans le Volume ,
où ce sçavant Jésuite a donné l'Histoire
des Evêques d'Auxerre , je jettois quelquefois
les yeux dessus . Cependant avec le peu
de critique que j'avois , je ne laissois pas
d'apercevoir que les Ecrits de cet Auteur
étoient
TOUST. . 1749
1738.
étoient de bien peu de valeur. Je ne crois
pas en effet que le P. Labbe ait eu intention
de les faire regarder comme des Ouvrages
d'un fort grand prix. Il admettoit de tout
dans ses Recueils , parce que , parce que dans les Piéces
où les Auteurs pechent même contre
le jugement , il ne laisse pas que d'y avoir
des Morceaux qui peuvent servir à quelqu'un.
Mais il s'en faudra toujours beaucoup
que Guidonis soit aucunement comparable
aux Sirmonds , aux Pétaus, ni même à Baronius.
C'est trop le relever , que de le mettre
en parallele avec ces grands Hommes.
Il ne faut estimer les choses que ce qu'elles
valent , sans vouloir obliger le Public
de juger comme nous .
Mais je veux pour un moment que Guidonis
soit un bon Auteur. Il a écrit une
Vie de S. Louis ; pourquoi ne dit- il pas dans
cette Vie que ce Saint est né à Poissy ? N'étoit-
ce pas là la place naturelle de le marquer
? Vous répondrez qu'il l'a dit ailleurs :
cet ailleurs est justement sur quoi il resteroit
à disputer , comme aussi sur la consé
quence que vous en tirez. Mais il faut laisser
quelque chose à dire à ceux qui viendront
après nous..
Au reste , M. R. P. comme vous vous
flattez d'avoir gain , de cause , il est temps ,
ce me semble , que vous entamiez d'autres
D v matieres,
1750 MERCURE DE FRANCE
matieres , et que vous donniez au Public les
Ecrits dont vous m'avez parlé il y a trois
ans. Je me souviens que l'un de ces Ecrits
est sur la Sépulture d'un Evêque dans l'Eglise
des Jacobins de Chartres ; et un autre
sur l'usage où sont les Prêtres de votre Or
dre de se communier de la main gauche
en célebrant la Messe . Voilà des Sujets où
f'on peut aprendre quelque chose de nouveau
; car encore une fois , vous ne sçauriez
plus sur la Naissance de S. Louis que rebattre
ce que vous avez dit tant de fois ,
ce qui devient ennuyeux . Laissez la Postérité
se servir comme elle jugera à propos
des matériaux que vous et moi lui avons
fournis , en attendant le temps auquel une
Edition complette des Titres de Poissy fera
mieux juger de leur valeur. Le Sujet que
nous avons traité n'est point de ceux sur les
quels il faille captiver son entendement ; chaque
Lecteur peut en croire ce qu'il voudra .
Comme je respecte le Public , et que je
sens qu'il est bon de le dédommager du
temps qu'il mettra à lire la Réponse d'un
Particulier à un autre Particulier , je suis
bien aise d'ajoûter ici un petit mot de neuf,
sur l'antiquité et l'origine du culte de saint
Louis , pour servir de Suplément à ce qu'en
a écrit M. de la Chaize , et pour y faire
même quelques changemens , s'il en est besoin.
A O UST. 1738.
1750
soin. Atant entré cette année dans l'Eglise
Paroissiale de Garches , au - dessus de saint
"Cloud , j'y ai lu sur une Pierre , placée dans
la muraille de la Nef , du côté gauche , ce
ce qui suit , en Lettres capitales gothiques ,
qui paroissent être de la fin du treiziéme
siecle.
XX
En l'an de grace M. CC IIII et XVII.
le Vendredi après Reminiscere assist en lanneur
de Dieu et de Monsingneur Saint Lois Mestre
Robert de la Marche Clerc notre Seingneur
le Roy de France et Hanri son Valet la prumiere
Pierre de l'Eglise de Garches, et la fonda
en l'an dessusdit.
Ce Robert de la Marche avoit été Clerc
de S. Louis , et il est inhumé dans le Choeur
de la même Eglise , sous une belle Tombe,
qui le représente en habits Sacerdotaux , les
pieds tournés vers l'Autel , avec cette Epitaphe
autour de la Tombeta
Cy gist Robert de la Marche Clerc jadis
le Saint Roy Lois , qui en thonneur de Dieu
et du Saint Roy Lois fonda cette Eglise , et
trepassa en l'an après la Notre-Dame
de Septembre.
• ·
Je raporte ces deux Inscriptions , comp
tant que si elles vous sont indifferentes, parce
qu'elles ne parlent pas de Poissy , elles
pourront n'être pas méprisées par les sçavans
Bollandistes , ni par ceux qui s'interessent à
D vj P'Histoire
18752 MERCURE DE FRANCE
'Histoire du Diocèse de Paris . Car -si saint
Louis ne fut Canonisé que le x1 . Août 1-297 ,
on peut dire que l'Eglise de Garches fut des
premieres fondées sous son invocation , la
premiere Pierre ayant été posée sous ce nom,
au bout de six mois après la date de la Bulle
de sa Canonisation , et avant que la Cérémonie
en fut faite à Paris. Je serois fâché
que l'Eglise d'un Village , et d'un Village
encore plus pauvre et plus obscur que n'est
la Neuville - en-Hez , disputât le degré d'antiquité
pour le titre de S.. Louis à l'Eglise
des Jacobins d'Evreux ; c'est alors que vous:
crieriez à la méprise , comme étant encore
interessé dans la querelle. Quoiqu'il en soit,
il ne s'agira que de vérifier et de constater
amiablement les époques pour concilier les
choses. L'Eglise de Garches , petite comme
elle: est , fut bâtie en très- peu de temps ,
etpeut- être étoit -elle déja achevée lorsqu'on
leva de terre les Os de . S. Louis , et que la
Cérémonie de sa Canonisation se fit.en France
.D'ailleurs Robert de la Marche , qui avoit
été à son service , en possedoit, sans doute,
des Reliques. Tout contribua donc à accelerer
la Benediction de cette Eglise. Ainsi le
Dominicain d'Evreux, qui a écrit *
que leur
Eglise d'Evreux avoit été la premiere dédiée
en France sous le nom de S. Louis , quoique
Voyez le V. T. de la Collection de du Chesne.
selon:
A O UST.
1738 27551
و
selon lui , elle ne l'ait été qu'en 1299 , a
ignoré le Fait du bâtiment construit à Garches
par Robert de la Marche , de même
qu'un autre Dominicain * du quatorziéme
siecle en écrivant les Fondations des Maísons
de son Ordre , a ignoré ce qui étoit
sçu et connu à la Neuville- en-Hez . Quoiqu'il
y ait bien d'autres exemples , qui prouvent
que les Ecrivains n'ont pas toujours
été informés de certains Faits arrivés dans de
simples Villages , je ne déciderai rien ici ,
et je resterai neutre dans cette nouvelle
Question: Je puis seulement vous assûrer
M.R.P. que j'ai copié très - exactement l'Inscription
de la Nef de l'Eglise de Garches ';
en tout cas c'est un titre public , que vous
pouvez voir vous-même , si vous avez làdessus
quelque doute.
S'il en étoit de-même du Manuscrit de
Guidonis et des deux Chartes de Poissy
desquelles vous venez de donner des Extraits,
plus étendus que ceux que vous aviez
fournis au Mercure , on verroir à quoi il
faudroit s'en tenir. On pourroit aussi juger
si ce que vous apellez Original , n'est point
plutôt une copie , ou bien un fragment de
Cartulaire. On peut quelquefois se tromper
dans ces sortes de qualifications , de même
que dans le sens qu'on donne aux termes
qui sont dans des Titres.
* Guidonis,
754 MERCURE DE FRANCE
Vous nous aprenez vous - même , M. R. P.
que vous avez trouvé une explication de
Fhabebat du premier Titre à laquelle vous
n'aviez pas encore pensé. Permettez qu'en
finissant je vous fasse remarquer cette variation.
Il eut été à souhaiter , pour apuyer
Votre sentiment sur le Lieu de la Naissance
de S. Louis , que les Ecrivains des deux
Titres que vous avez produits , eussent aussi
usé de differentes expressions , et qu'ils eussent
quelquefois employé le terme de Nativitatis.
Mais c'est ce qu'ils n'ont point faits
celui qui a écrit la Charte de 1304. a puisé
le fond de son langage dans l'Oriundus de
Guillaume de Chartres ; et celui qui a écrit
la Charte de 1305. a adopté si aveuglément
la même expression Originis locum , de la
Charte de 1304. qu'il n'a pas pris garde qu'il
péchoit contre la Latinité , en voulant n'y
rien changer. Cela fait voir , ce me semble ,
qu'ils ne se croyoient pas assés bien fondés
pour parler plus clairement , plus décisivement
, et qu'ils n'oserent se servir du terme
de Nativitatis , parce que Guillaume de
Chartres,ni aucun autre Historien avant eux,
n'avoit écrit Natus est apud Pissiacum . Comme
donc l'Oriundus de Carnotensi Dioecesi
n'a été dit par Guillaume de Chartres que
par raport au Baptême ou a la Naissance
spirituelle , qui avoit rendu S. Louis Diocésain
A O UST. 1738 1755
césain de Chartres , on ne peut en conclure
pour la naissance corporelle de ce Prince .
Dans ces circonstances , auxquelles il faut
joindre le silence des Historiens contemporains
, il n'y a qu'un Ecrivain accoûtumé
à tirer promptement ses conclusions et à
changer les termes des anciennes Légendes ,
qui ait pu dire apud Pissiacum natus est in
mundo. Je suis , M. R. P. votre , &c.
A Paris le 20. Août 1738 .
MADRIGAUX .
ERgaste , quoiqu'à tort , veut passer aujourd'hu
Pour avoir triomphé de la fiere Isabelle ;
Doris , soyez plus tendre qu'elle ;
Je serai plus discret que lui .
CLoris
De B. C. de R.
Loris n'est plus sensible à mon ardeur fidele ,
Je m'en console ; dès le jour
Que je fus abandonné d'elle ,
Je le fus aussi de l'Amour.
Par le même.
Je
1756 MERCURE DE FRANCE
J E suis né vif, constant et tendre ,
Mais , si l'on veut , me posseder ,
Il faut des charmes pour me prendre ,
Et des faveurs pour me garder.
Ris , vous dédaignez les feux
De la S
Qu'en moi vos charmes ont fait naître;
Mon destin n'est pas d'être heureux ,
Mais mon coeur méritoit de l'être .
JEE vous adore sans espoir ;
De B ...
Je souffre un tourment qui me tuë ;-
Pour guérir , je cherche à vous voir ,
Et tout mon mal ne vient que de vous avoir vue
De la S....
DESEs traits d'une injuste colere
Vous payez mes feux en ce jour ;'
Par quel prodige étrange , Iris , voulez- vous faire
La haine fille de l'Amour
De B. C. de R
On
A O UST. 1738. 1757
On a du expliquer l'Enigme et les Lo
gogryphes du Mercure de Juillet par, Tron ,
Rome , Maison, Ecolier , Clavis et Navis.
On trouve dans le premier Logogryphe
Meo , More , Re , Orme , Mer , Or ; dans
le troisième , Roc , Or , Ecole , Ciel , Roy ,
Eloy , Loire , Oie , Elie , Re , Colier , Oeil,
Lire , Cor ; et dans le quatrième , Lac , Vis
et Avis
J
ENIGM E.
E suis un corps des plus gonflés
Quoique sec comme un Hidropique ,
J'ai le dos et la taille antique ;
J'ai deux yeux grands et noirs, sur mon ventre placésa
Sans langue et sans bouche , je crie
Il me faut pour mon entretien
Des tripes de chat et de chien ,
Cependant de manger je n'eus jamais d'envie
Si l'on me flate en me touchant 3
Je suis d'une douceur charmante ;
Mais si trop fort l'on me tourmente ,
Lors je gronde , et tout bas n'obéïs qu'en jurant.
Le
78 MERCURE DE FRANCE
Le temps par qui tout perd son prix ,
Ne me rend que plus précieuse ; £
Ma vieillesse m'est glorieuse ;
Et toujours à cent ans je valus plus qu'à six .
D
LOGOGRYPHE.
Ans mon entier je suis pour la justice
Et de mon corps , Lecteur , je fais un sacrifice.
Coupe moi par moitié ,
Je ne l'ai pas cependant mérité.
Dans ma premiere part , je suis réjouissance ,
Et je regne , sur tout , durant le Carnaval.
Ma seconde te feroit mal ,
Et perceroit comme une Lance.
Disloque moi , je présente un Bateau ,
Ce qui bien lentement fait écouler son eau ;
De l'Ancien Testament une humaine figure ,
Une Ville Normande et de belle structure ;
Ce qui sert à monter une Cloche au Clocher
Une couleur enfin il faut trouver,
J
AUTRE.
E suis mot à double face ,
Tel qu'on nous dépeint Janus ,
Chéri du Dieu de la Thrace
Ou de l'Epoux de Vénus.
Co
AOUST.
1738. 1757
Ce Portrait doit te suffire ,
Lecteur , pour me deviner ;
Mais si tu veux combiner ,
Voici ce que tu peux lire.
Un mot qu'on vouloit proscrire ;
L'Instrument à lancer Traits ;
L'Eau qui peut porter Navire ;
Ce qui ramene la paix ;
Ce qui seme l'épouvante ;
Ce qu'excite la tourmente ;
Le signe de la douleur ,
Ou de la joye excessive ;
Ville où s'ouit voix plaintives
La peine d'un Malfaiteur ;
Deux Notes de la Musique
Piece de l'Art Hieraldique ;
Un Moine ; un Outil tranchant ;
Le Symbole de l'Eglise ;
Femme dont parle Moyse ;
Place où se loge un Marchand ;
Un Soldat , tel que Thersite ;
Ce qu'un Conquérant mérite *
Mot que le Conseil punit ;
De pere en fils une suite ;
Un Patriarche ; un Esprit ;
Ce que porte Homme de Guerre ;
Ce qui regne sur la Terre ;
Sue
7 MERCURE DE FRANCE
Suc que l'Absinte produit ;
Un mal qui nuit à la tête ,
Un Poids , ou Saint que l'on fête,
Cherche , Lecteur , j'ai tout dit.
ENIGMA CUM LOGOGRY PHO
'S Ex mihi Membra vigent.Divinæmentis imago,
Immotus curro , cunctaque, carpo vagus.
Cauda, caput, venterque , patrem dant atque sodalem ,
Principium vita , latitia que mea.
Membro truncatum geminó me prisca colebat
Memphis , meque pius Grex Monachalis amati
Ecce , averte oculos , et membra invertito nostra ,
Quiplaceo Divis , fortè placebo tibi.
Prabet deinde mihi lentum Pandora venenum
Quo sensim in cineres diffluit atra caro.
Herculeis tandem manibus , miserabile Sceptrum
Volvor , quo regitur Jupiter ipse tamen.
Oedipe , si tantos nequeas dissolvere nodos
Armis fode meis me , tibi clarus ero.
Y
Par M. de Longpré , chés M. Boivin ,
à Paris .
NOU.
AOUST. 1738. 1761
NOUVELLES LITTERAIRES
H
DES BEAUX ARTS.
ISTOIRE DE SCIPION L'AFRIQUAIN
pour servir de suite aux Hommes Illustres
de Plutarque , avec les observations de
M. le Chevalier de Folard , sur la Bataille de
Zama ; par M. Seran de la Tour , à Paris ,
chés Didot , rue du Hurpoix , à la Bible
d'or , 1738. in 12.
,
COURS DE CHIRURGIE , dicté aux Ecoliers
de Médecine de Paris , par M. Elie Col
de Villars Docteur en Médecine de la
Faculté de Paris , ancien Professeur de Chirurgie
, en Langue Françoise. A Paris , chés
J. B. Coignard , Imprimeur du Roy , et Antoine
Boudet , Libraire , 1738. in 12. 2. vol.
Le premier contenant les Principes et Traité
des Tumeurs ; le second contenant la suite
des Tumeurs.
LE HOLLANDOIS , ou Lettres sur la Hollande
moderne , par M. de la Barre de Beau
marchais , seconde Edition , divisée en trois
parties , suivant la copie imprimée à Francfort
, chés François Varrentrapp. 1738. de
376
1762 MERCURE DE FRANCE
376. pages , sans l'Epitre dédicatoire et le
Discours préliminaire. Facessat in omnibus
sua gentis preceps favor , simulque cæterarum
aversatrix invidia , et nostra vitia fideliter
agnoscamus ; et virtutes in aliis nos delectent.
Icon. an. cap. 11º.
NOUVEAU PoüILLE des Bénéfices du
Diocèse de Rouen , avec une Table alphabétique
de toutes les Paroisses , des Maisons
Religieuses , &c. A Rouen , chés Jac. Jos,
Le Boullenger. 1738. in 4°.
SERMONS POUR LE CARESME , du R. P.
'du Fay , de la Compagnie de Jesus , en 4,
vol. in 12. à Lyon , chés la veuve de la Ro
che , et Fils , rue Merciere , à l'Occasion.
1738,
TRAITE DE LA COUPE DES PIERRES, OU
Méthode facile et abregée pour se perfectionner
aisément en cette Science. par J. B.
de la Ruë , Architecte , in fol. Cet Ouvrage
examiné et aprouvé par l'Académie
Royale d'Architecture , a été imprimé à
Paris , à l'Imprimerie Royale.
AVANTURES du Sr. C. Le Beau ; Avocat
en Parlement , ou Voyage curieux et nouveau
parmi les Sauvages de l'Amerique Septentrionale.
AQUST 1738, 1763
tentrionale . On trouvera dans cet Ouvra
ge une Description du Canada , et une
Relation très - particuliere des anciennes
Coûtumes , Moeurs , et Façons de vivre des
Barbares qui l'habitent , et de la manière
dont ils se comportent aujourd'hui. Il est enrichi
d'une Carte et des Figures necessaires ,
1738. in 8º. 2. vol. à Amsterdam , chés
Herman Vytwerf,
L'ARITHMETIQUE UNIVERSELLE, qui fait
concevoir aisément et sans Maître , tout ce
qui est nécessaire dans la Guerre , les Fi
nances et les Arts de Mathématique , par
M. de Blainville , troisiéme Edition , revûë ,
corrigée, et augmentée du Traité de l'Arpentage
avec Figures ; du Traité du Toisage
des Bois de Charpente , et d'un Tarifpour
toiser ces Bois par marques , quarts et che
villes , en un instant ; du Traité du Toisage
des Pierres et d'une Table du Change
d'Hollande et d'Angleterre. Par M. P. F.
Chirot , Arithmeticien Hollandois . A Rožen ,
chés Bonavanture le Brun , rue Ganterie
au coin de la rue de l'Ecole . 1738. in 12.
LÁ FIGURE'DE LA TERRE , determinée
par les Observations de Mrs. de Maupertuis,
Clairaut , Camus , le Monnier , de l'Acadé
mie Royale des Sciences , et de M. l'Abbé̟
Outhier
1764 MERCURE DE FRANCE
Outhier , Correspondant de la même Acadé
mie , accompagnés de M. Celsius , Professeur
d'Astronomie , àà UUppssaall,, faites par ordre
du Roy , au Cercle Polaire , par M. de
Maupertuis. A Paris , de l'Imprimerie
Royale. 1738. in 8 ° . de 184. pages , sans
La Préface , la Table et les Figures.
REMARQUES DE GRAMMAIRE SUR RACINE,
par M. l'Abbé D'OLIVET , à Paris ; chés
GANDOUIN , Quai des Augustins à la descente
du Pont-Neuf, à la belle Image.
,
Ce n'est point ici un ouvrage par lequel
un Zoile prétende détruire la gloire d'un
Homere : au contraire un des objets du Criti
que, est de faire éclater encore plus celle de
Racine et peut- être de démontrer que
dans nos excellens Poëtes , il y a moins à
reprendre pour le style , que dans nos Prosateurs
les plus estimés . Mais son but principal
a été en marquant les petites fautes de
Racine et de Despreaux , qu'il se propose
d'examiner de même , de les rendre des
modeles pour être mis à la tête des Auteurs
Classiques , c'est - à - dire , des Auteurs
exempts de faute, quant au style. Jamais dessein
n'a été plus digne d'un Membre de
l'Académie Françoise : il meriteroit même
l'attention de cette illustre Compagnie.
Aussi a-t-elle entrepris , à ce que nous
aprend
AOUST. 1738. 1769
prend M. l'Abbé d'Olivet d'examiner
Athalie , et c'est le respect qu'il doit à sa
Compagnie et au Public qui l'a empêché de
parler de ce dernier chef- d'oeuvre de Racine,
ne voulant pas prévenir le jugement de l'une,
ni occuper l'autre des doutes d'un simple
particulier , lorsqu'il se promet les décisions
d'un Tribunal dont l'autorité est si res
pectable.
Il n'a pas touché non plus à la premiere
Tragédie de cet Auteur , mais par une raison
differente ; c'est qu'il a cru que la superiorité,
de ses autres Pieces demandoit qu'on
fermât les yeux sur le coup d'essai d'un
jeune homme, quelque mérite que cet essai
puisse avoir. Il s'est donc borné à ses dix
autres Pieces : mais il ne faut pas croire que
ses remarques soient toujours pour censurer;
il en fait souvent pour marquer les changemens
que l'usage a faits depuis Racine dans
notre Langue , pour examiner les libertés
Poëtiques,pour faire sentir certaines finesses
de cette belle Langue , qu'on taxe quelquefois
mal à propos de bizarreries : il ne décide
même pas toujours ; il doute , il propose
des difficultés , il excuse même des hardicsses
heureuses ; enfin on voit dans tout
cet ouvrage un Ecrivain zelé pour le progrès
de sa Langue, qui montre aussi peu d'aigreur
en reprenant , qu'il fait remarquer beau-
E coup
1766 MERCURE DE FRANC
Coup de goût en admirant. En un mot , c'est
un Livre très utile à quiconque se mêle d'écrire
en François , et sur- tout aux jeunes
Poëtes qui se permettent tous les jours des
expressions , des inversions , des transpositions
, des constructions , des épithetes et
des rimes , qui sont ici très-justement condamnées.
Quelques exemples de tous ces
differens genres de remarques rendront la
chose encore plus sensible.
"
ן כ
ود
و د
1° Pour les changemens faits par l'usage,
Page 26. remarques sur Andromaque.
Ah ! devant qu'il expire ..
,
» Autrefois ces deux Prépositions , avans
a et devant , pouvoient se mettre l'une pour
» l'autre. Aujourd'hui l'usage est qu'on les
distingue , soit en Vers soit en Prose.
» Avant est relatif au temps : avant votre
départ avant que vous partie : mais
» devant est relatif au lieu , j'ai paru devant
» le Roy , vous passere devant ma porte!
Ajoûtons que devant ne sçauroit être suivi
» d'un que. Par conséquent , il y a selon l'u-
» sage present double faute dans devant qu'il.
» Je dis selon l'usage present ; car il ne faut
» pas faire un crime à Racine d'avoir quelquefois
usé d'expressions , qui n'étoient
pas encore vieilles de son temps,
2º. Pour les libertés Poëtiques.
Page 69, remarques sur Bajazet.
و د
» Et
AOUST. 1738 1737
..... Et jusques aujourd'hui.
19
Quoiqu'on dise en Prose jusques à au
jourd'hui , ou jusqu'à aujourd'hui , c'est
» une necessité de permettre aux Poëtes
» jusques aujourd'hui ou jusqu'aujourd'hui,
» sans quoi , à cause de l'hiatus , ils ne pour
roient jamais user de cette expression.
3°. Pour lesfinesses de la Langue.
Page 44. remarques sur les Plaideurs.
C'est un mariage , et vous sçaurez d'abord pour
Qu'il ne tient plus qu'à vous , et que tout est
d'accord
» La fille le veut bien ; son Amant le respire.
"
"
"
"
Respirer , pris figurément , signifie désirer
avec ardeur , vous ne respirez que les
plaisirs , vous ne respirez que la Guerre.
Mais,ce qui paroît une bizarrerie dans no-
» tre Langue , il ne se dit guere qu'avec la
négative . Car on ne diroit pas à beaucoup
? près aussi correctement vous respirez la
» Guerre , vous respirez les plaisirs . Peut -être
» cela vient-il de ce que respirer, employé
» sans négative , a communément un autre
» sens tout respire ici la piété , signifie , nor
» pas que tout désire ici la pieté , mais que ,
tont donne ici des marques de pieté.
"

» Par cette raison , il est évident , que
l'expression de Racine , son Amant respire
E ij » ce
1768 MERCURE DE FRANCE
» ce mariage , n'est ni claire ni correcte.
و د
» J'ai dit , que de restraindre ce verbe
» pris en son premier sens à la négative , ne
respirer que , cela paroissoit une espece
» de bizarrerie dans notre Langue. J'aurois
du bien plutôt l'apeller une délicatesse
une finesse , qui est de nature à ne pou-
»voir se trouver que dans une Langue extrêmement
cultivée , &c.
>>
»
4. Pour les doutes.
Page 58. remarques sur Berenice. "
» Il en étoit sorti , lorsque j'y suis couru .
" Je doute fort qu'il en soit du simple
» courir , comme de son composé , accourir .
» On dit indifferemment , j'ai accouru , je
suis accouru. Mais je suis couru , est nou
» veau pour moi.
5. Pour les hardiesses poëtiques .
Page 96. remarques sur Phedre.
Détrompez son erreur .
» Pour , détrompez- le , je n'ose repren
dre cette hardiesse dans un Poëte.
6°. Pour les expre sions fausses.
Page 10. remarques sur Alexandre .
Et ne le forçons point par ce cruel mépris ,
D'achever un dessein qu'il peut n'avoir pas pris.
» On dit , exécuter un dessein , et non
» achever un dessein , à moins qu'on n'entende
par- là l'ouvrage d'un homme qui
プラ
»
dessine.
A O UST. 1738. 1769
7. Pour les inversions forcées .
Page 90. remarques sur Iphigenie.
La Reine permettra que j'ose demander
>> Un gage à votre Amour , qu'il me doit accorder .
> On diroit en Prose , la Reine permettra
que j'ose demander à votre Amour un gage
» qu'il me doit accorder , et l'inversion de
3 Racine est rude en Vers. L'amour de la
» clarté ayant placé le que relatif tout près
» de son substantif ; et l'oreille s'étant ac-
» coûtumée à ne rien entendre qui les sépare .
8°. Pour les fausses Transpositions.
Page 49. Remarques sur Britannicus.
و د
De mille autres fecrets j'aurois compte à vous rendre.
Quand nos verbes régissent un substan-
» tif , dont l'article est suprimé , ils doivent
» être fuivis immédiatement de ce substan-
» tif , comme si l'un & l'autre ne compofoient
qu'un seul mot. Avoir faim , avoir
» chaud , donner avis , donner quittance , se
» donner carriere , prendre garde , faire grace
» &c. jamais ces verbes , dis- je , ne souffrent
» la transposition de leur régime ; et l'on ne
$5 peut jamais rien mettre entre le verbe et le
» régime , și ce n'est un pronom , donnezmoi
parole ; ou une particule , ayez-en pitié
ou enfin un adverbe , donnez hardi-
» ment parole. Je ne crois donc pas qu'on
puisse excuser la transposition de Racine ,
E iij »j'aurois
8770 MERCURE DE FRANCE
j'aurois compte à vous rendre ; il faut né
cessairement , j'aurois à vous rendre compte
9°. Pour les mauvaises Constructions.
Page 87. Remarques sur Iphigenie.
On accuse en secret cette jeune Eriphile ,
Que lui - même captive amena de Lesbos.
ید
"
و و
Que captive il amena. Un adjectif , cap
tive , qui accompagne un que relatif, et
qui précede fon verbe , c'est une phrase
» dont je crois n'avoir vu d'exemple que
» dans Marot : encore n'en suis -je pas sûr.
Aujourd'hui si l'on veut mettre un adjectif
» entre ce que, et le nominatif du verbe sui-
» vant , il faut que cet adjectif se-raporte aur
» nominatif. Par exemple , un Orateur par-
»lant du Discours que Louis XIV. tint au
» Roy dans ses derniers momens , pourroit
» faire cette phrase . Telles sont les sages ma-
» ximes , que , prêt à mourir , ce Héros inspi-
" roit au jeune Prince. On voit bien que ,
prêt à mourir , se lie avec le nominatif.
» Mais la phrase de Racine revient à celle-
» ci : Telles sont les maximes que ce Héros,
» sages & memorables , inspiroit &c.
ور
10. Pour les Epithetes inutiles.
Page 118. Remarques fur Efther.
On traîne , on va donner en spectacle funeste
De son corps tout sanglant le miserable reste .
On dit absolûment donner en spectacle ;
" comme
À O UST. 1738. 1771
"
comme regarder en pitié , et beaucoup de
→phrases semblables, où le substantifjoint au
› verbe par la préposition en , ne peut être
accompagné d'un adjectif, Donner en sped-
» tacle funeste , est un barbarisme.
11 °. Pour les fausses Rimes.
Page 81. Remarques sur Mithridate.
Attaquons dans leurs Murs ces Conquérans si fiers ;
Qu'ils tremblent à leur tour pour leurs propres
foyers.
» Dans Foyer , c'est un é fermé , après le-
" quel on ne fait point sentir l'r ,
ou du
» moins on ne la fait sonner que bien peu :
mais dans fier , c'eft un è ouvert , après
lequel on fait entendre l'r à plein. Ces
→ deux fons étant fi differens , ne peuvent
» donc pas rimer enſemble ; car la rime est
" faite non pour les yeux , mais pour l'o-
» reille . On apelle ces sortes de rimes , des
rimes Normandes.
Ces remarques sur les Piéces de Racine
sont suivies d'autres remarques sur l'Epitre
Dédicatoire du Dictionaire de l'Académie
& M. l'Abbé d'Olivet qui n'a trouvé qu'environ
une centaine d'expressions peu exactes
dans une quantité d'environ quinze mille
Vers de Racine , rachetées par une continuité
d'élegance , & de tours heureux qui les
dérobent , pour ainsi dire , à la vûë du Lec
E iiij
teur
7
b
P
*
3772 MERCURE DE FRANCE
teur , raporte trente Remarques critiques
faites sur quelques lignes de prose , par M.
PAbbé Regnier & Racine même à ce qu'il
croit , d'où il conclut avec raison que la
versification n'eft pas pour un vrai Poëte ,
une contrainte aussi grande , ni aussi nuisible
aux beautés essentielles du Discours
qu'on l'a prétendu depuis quelques années ,
dans certains Ecrits , où il semble qu'on ait
pris à tâche d'inspirer du dégoût pour la
Poësie , et d'anéantir en France un des Arts
qui font le plus d'honneur à l'esprit humain.
Ĉet Ouvrage est terminé par une Lettre à
M. le Président Bouhier , dans laquelle M.
d'Olivet prenant le parti de ce sçavant Magistrat,
attaqué par le Journal des Sçavans
( 1 ) & dans les Feuilles du Pour & Contre ( 2) ,
il répond parfaitement à toutes les mauvaises
objections faites contre notre Versification ,
& soûtient avec force la nécessité de la Rime,
qu'on voudroit à tort bannir de nos Vers.
(1) Fevrier 1737. (2 ) Feuilles CXLVI . et CXLVII
EUVRES DIVERSES de Pierre Corneille
1. Vol. 8. A Paris chés Gissey et Bordelet ,
M.DCC. XXXVIII . pp. 461. sans la Préface et
la Table.
Le Recueil dont nous allons rendre compte
, est précedé d'une Préface , qui n'ennuye
point et dont la lecture est absolûment
nécessaire
AOUST. 1738 1773
nécessaire. L'Editeur a raison de dire que
parmi les Piéces qui le composent , il en
est plusieurs dont la beauté eût - fait une
grande réputation à tout autre qu'à M. Corneille.
Il veut parler surtout des Poëmes
composés à la foüange de LOUIS LE GRAND,
et de M. le Dauphin depuis 1663. jusqu'en
1680. sur lesquels nous nous ferons un devoir
et un plaisir de nous arrêter.
Je comprens , dit l'Auteur du Recueil
dans le nombre de ces Morceaux précieux
les Traductions de quelques Poëmes Latins
du P. de la Rue Jésuite et de M. de Santeuil
, qui sont autant de Panégyriques de
LOUIS LE GRAND. M. de Fontenelle assûre
dans sa Vie de Corneille , que ce grand homme
estimoit extrémement ces deux Poëtes.
Au reste plusieurs des Piéces de ce Recueil
étant répandues dans quantité de petits Ouvrages
, les uns rares , les autres peu recherchés
, d'autres demeurés manuscrits › SCroient
restés comme perdus pour la Répu
blique des Lettres , sans les soins que s'est
donnés l'Editeur pour les recueillir , et enrichir
le Public de leur Collection , qui doit
d'autant plus lui faire de plaisir , que des
grands Hommes , les moindres choses sont:
précieuses , comme le dit notre Editeur ,
d'après l'illustre M. Pelisson. On ne peut
donc que lui avoir une grande obligation
"
Ev
des
774 MERCURE DE FRANCE
des Recherches qu'il a faites , de l'ordre er
'de l'arrangement qu'il a fçû donner à son
Recueil , du choix judicieux qu'il a fait des
Piéces qui méritoient de voir le jour , de la
supression de celles qui , remplies d'une gafanterie
trop libre , de plaisanteries d'un goût
peu délicat , étoient peu dignes d'être mises
sous la presse. Le Public ne sera pas moins
reconnoissant des éclaircissemens qu'il a
donnés sur plusieurs de ces Piéces , éclaircissemens
qui jettent un grand jour sur tout
le corps de l'Ouvrage. L'Auteur paroît justement
affligé de n'avoir pu recouvrer la
Traduction que M. Corneille avoit faite des
deux premiers Livres du Poëte Stace : il prie
les possesseurs de cette Traduction de lui
donner une nouvelle vie , en la faisant réïmprimer.
>
A la suite de la Préface on trouve la Défense
du Grand Corneille par le R. P. Tournemine
, Jésuite. Les Sçavans qui s'interessent
tous à la gloire d'un si grand Homme , verront
avec plaisir ce morceau exquis de Litterature.
Nous ne croyons pas devoir passer
cette Piece , sans en donner quelque idée ;
tout ce qui part de la plume du R. P. Tournemine
mérite l'attention d'un Lecteur
éclairé.
2
On sera peut- être surpris qu'un excellent
Auteur , comme M. Corneille, ait eu besoin
d'un
A O UST. 1738.
1775
d'un défenseur aussi illustre ; mais on reviendra
de son étonnement , en faisant reflexion
que les meilleurs Ouvrages , aussi -bien que
leurs Auteurs , se trouvent souvent en butte à
la jalousie et au caprice de certains Critiques
qui semblables aux Oiseaux dont parle Vir
gile , corrompent tout ce qu'ils touchent .
• contactuque omnia foedans
Immundo. Eneid. III.
Le Public sçut à la verité rendre à ce grand
Poëte toute la justice qu'il méritoit ; il méprisa
les Auteurs vils et vraiment méprisables
, qui oserent l'attaquer. Quant à M.
Despreaux , Poëte fort estimable et au- dessus
de tout Eloge , il n'imposa pas aux bons
connoisseurs , aux esprits justes , dit le P.
Tournemine ; ils firent le discernement de
ses lumieres et de ses caprices , de son habileté
et de sa passion. On lui aplaudit quand
il se fignala sur la canaille du Parnasse ; mais
on le condamna quand , fier de ses succès , il
entreprit de juger les Princes du Parnasse.
Ami intime de Racine ( continue l'illustre
Défenseur ) il souffroit avec peine qu'une
Jumiere trop brillante offusquât un peu notre
second Poëte Tragique . Son amitié alla trop
loin , et les efforts qu'a faits cet ami de Racine,
pour abaisser le Prince des Poëtes Tragiques
, nuiront moins à Corneille qu'à son
ennemi.
E vj
En
#776 MERCURE DE FRANCE
En vain veut- on le faire passer pour Co
piste , en vain indique-t'on les sources où il
a puisé ; lui - même les avoit indiquées au
Public , en lui donnant le Cid , Cinna , Pompée.
Mais ces imitations ne font ni la dixiéme
partie de ces Tragédies , ni ce qu'on y
admire le plus.
, M. Boileau , forcé d'admirer avec le Public,
certaines Piéces de Corneille , voulut se
dédommager de cette contrainte , en immolant
les autres à Racine , son idole ; mais
qu'on lise ces mêmes Piéces , et on aprendra
à se défier de la Critique de Boileau.
L'Auteur , pour en démontrer l'injustice ,
cite un Endroit d'Agesilas , Piéce que M.
Boileau apelle miserable. Le voici en er
tier.
Il est beau de triompher de soi
Quand on peut hautement donner à tous la Loi ;
Et que le juste soin de combler notre gloire ,
Demande notre coeur pour derniere victoire :
Un Roy né pour l'éclat des grandes actions ,
Dompte jusqu'à ses passions ;-
Et ne se croit point Roy , s'il ne fait sur lui- même
Le plus illustre essai de son pouvoir suprême...
C'est se jouer du Public , dit l'Auteur de
a Défense , que de traiter de Piéce misera-
JL ble
AOUST. 1738. 1777
ble une Tragédie , où parmi des Personna
ges d'un caractere singulier , Agefilas et Lysander
paroissent tels que l'Histoire nous les
fait connoître ; une Piece dont le dénoûment
est un effort héroïque d'Agesilas , qui triomphe
en même temps de l'Amour et de la
Vengeance & c .
On justifie avec encore plus de force M.
Corneille sur l'accusation d'être moins avide
de gloire que de gain. On fait voir au contraire
que son indifference pour l'argent
alloit jusqu'à une insensibilité blâmable ,
n'ayant jamais tiré de ses Piéces que ce que
les Comédiens vouloient bien lui en donner
, sans compter avec eux. Il laissa passer
un an entier sans remercier M. Colbert du
rétablissement de sa Pension , et même sans
en demander le Brevet ; conduite qui ne
s'accorde pas avec le caractere d'un avare ,
d'un homme interessé , en un mot d'un Auteur
moins avide de gloire que de gain.
M. Boileau a , si on en croit son Commen
tateur, réparé ses Critiques indiscretes par un
beau trait de générosité : il fit rétablit la Pension
de M.Corneille qu'on avoit suprimée. Le
R. P. T. détruit absolûment ce Fait par des
preuves sans replique. Cet Endroit extrememént
curicux ,à cause de plusieurs Anecdotes,
qu'on ne trouve point ailleurs , est trop long
pour être raporté ici . Il nous suffit de l'indiquer.
1778 MERCURE DE FRANCE
diquer. C'est par- là que finit l'Apologie de
Corneille , Ouvrage digne de son généreux
Défenseur , et de celui dont on entreprend
si justement la défense .
En venant au corps de l'Ouvrage , que de
beautés se présentent en foule ! que de Piéces
d'un goût exquis ! Les plus belles sans
doute sont celles que M. Corneille a composées
ou traduites d'après le fameux P. de
la Rue à la gloire de LOUIS LE GRAND . On
y voit les grandes actions de ce Héros ,
peintes avec les couleurs les plus vives et
avec les traits les plus brillans . Rien de plus
noble rien de plus majestueux que ces
traits, qui le representent. Ce n'est point de
ces louanges fades et insipides , qui desbonorent
autant celui qui les donne , qu'elles
honorent peu celui qui en est l'objet. Aussi
est-il dit avec raison dans la Préface , qu'il
seroit difficile de trouver des Ouvrages , où
la louange soit maniée d'une maniere plus
noble et plus héroïque. L'ame fiere et indépendante
de M. Corneille , qui l'a rendu
très propre à peindre la Vertu Romaine , lui
a fourni les couleurs avec lesquelles il a
peint LOUIS LE GRAND. C'est la belle refléxion
de M. de Fontenelle , T. II . de l'Histoire
de l'Académie Françoise , page 2355
que l'Editeur raporte avec soin.
Pour juftifier tout ce que nous venons d'avancer
A OUST 1738
1779
vancer , il est à propos de citer ici quelques
Endroits de ceux qui nous ont paru les plus
frapans.
On trouve à la page 13. le magnifique
Poëme sur les Victoires du Roy en 1667,
Quoique cette Piéce soit du P. de la Ruë ,
qui l'a composée en Vers Latins , et que M.
Corneille n'en soit que le Traducteur , l'un
et l'autre peut cependant passer pour Origi
nal en son genre , par la maniere dont ils
ont traité également bien cette noble matiere
dans la Langue où ils ont écrit. En
voici le début par M. Corneille , car nous ne
ne parlerons point du Poëme Latin , qui ne
regarde pas cet Extrait.
Mânes des Grands Bourbons , brillans foudres de
Guerre ,
Qui fûtes et l'exemple et l'effroi de la Terre ,
Et qu'un climat fécond en glorieux Exploits ,,
Pour le soutien des Lys vit sortir de ses Rois ;
Ne soyez point jaloux qu'un Roy de votre race
Egale tout d'un coup votre plus noble audace.
Vos grands noms dans le sien revivent aujourdhui ;
Toutes les fois qu'il vainc , vous triomphez en lui
Et ces hautes vertus que de vous il hérite ,
Vous donnent votre part aux encens qu'il mérite .
L'Auteur fait ensuite l'énumeration des
gloricux
1780 MERCURE DE FRANCE
"
gloricux Exploits de Louis XIV. qui donne
lieu à ces deux beaux Vers :
Enfin du Grand Louis aux trois parts de la Terre,
Le nom se faisoit craindre à l'égal du Tonnerre.
Il peint l'allarme qu'en prend l'Espagnol ,
raconte les préparatifs que fait le Heros François
pour punir cette fiere Nation des insultes
qu'il en avoit reçûës. Il exerce lui -même
ses Soldats , et en donne le spectacle à sa
Cour aux environs de S. Germain. Voici ce
qu'en pense l'Espagne..
L'Espagne cependant , qui vit des Pyrenées ,
Donner ce grand spectacle aux Dames étonnées ,
Loin de craindre pour soi , regarde avec mépris ,
Dans un Camp si pompeux , des Guerriers si bien
mis ,
Tant d'habits comme au Bal chargés de broderie ,
Et , parmi des Canons , tant de galanterie.
Quoi ! l'on se joue en France , et ce Roy si paissant
Croit m'effrayer , dit-elle , en se divertissant ?
22
Il est vrai qu'il se joie , Espagne , et tu devines ;;
Mais tu mettras au jeu plus que tu n'imagines
Et de ton dernier vol si tu ne te repens ,
Tu ne verras finir ce jeu qu'à tes dépens.-
Le Roy entre en Campagne:
Rien:
1738. 1781
Rien plus ne le retarde , et déja ses Trompettes ,
Aux confins de l'Artois lui servent d'interprétes ;
C'est de l'à , c'est par -là qu'il s'explique assés haut,
Il entre dans la Flandre , et rase le Hainaut.
Le François court et vole ; une mâle assurance
Le fait à chaque pas triompher par avance ;
Le desordre est partout , et l'aproche du Roy ,
Remplit l'air de clameurs et la terre d'effroy.
Jusqu'au fond du climat ses Lions en rugi sent ,
Leur vue en étincelle , et leurs crins s'en hérissent
Les antres et les bois , par de longs hurlemens ,
Servent d'affreux échos à leurs rugissemens :
Et les Fleuves mal sûrs dans leurs grottes profondes
Hâtent vers l'Océan la fuite de leurs ondes ;
Incertains de la marche, ils tremblent tous pour eux
Songé encor , songe , Espagne , à mépriser nos
Jeux .
Ainsi quand le courroux du Maître de la Terre ,
Pour en punir l'orgueil , prépare son Tonnerre
Qu'un orage imprévû , qui roule dans les airs ,
Se fait connoître au bruit , et voir par les éclairs ;
Ces foudres , dont la route est pour nous inconnuë?
Paroissent quelque temps se jouer dans la nuë ,
Et ce feu qui s'échape et brille à tous momens ,
Semble prêter au Ciel de nouveaux ornemens :
Mais enfin le coup tombe , et ce moment horrible
A force de tarder , devenu plus terrible ,
Stale aux yeux surpris des hommes écrasés ,
3782 MERCURE DE FRANCE
Une plaine fumante , et des rochers brisés ;
Tel on voit le Flamand présumer ta venuë ,
Grand Roy , pour fuir ta foudre il cherche à fuir ta
vûë ,
Et de tes justes Loix ignorant la douceur ,
11 abandonne aux tiens des murs sans défenseur.
Dans la suite adressant la parole aux Peu
ples nouvellement conquis , il leur dit ;
Parlez , nouveaux François , qui venez de connoître
"Quel est votre bonheur d'avoir changé de Maître :
Vous , qui ne voyiez plus vos Princes qu'en
portrait ,
Sujets en aparence , Esclaves en effet ,
Pouvez - vous regretter ces démarches pompeuses
Ces fastueux dehors , ces grandeurs sourcilleuses ;
Ces Gouverneurs enfin envoyés de si loin ,
Tout- puissans en patade , impuissans au besoin ;
Qui ne montrant jamais qu'un oeil farouche et
sombre ,
A peine vous jugeoient dignes de voir leur ombre ?
Nos Rois n'exigent point cet odieux respect ,
Chacun peut chaque jour jouir de leur aspect ;
On leur parle , on reçoit d'eux- mêmes le salaire
Des services rendus , ou du zele à leur plaire ,
Et l'amoureux attrait qui regne en leurs bontés
Leur gagne d'un coup d'oeil toutes les volontés .
Pouvoit- on
A O UST. 1738 1988
Fouvoit- on proposer à ces Peuples rien de
plus consolant et de plus conforme à la vé
rité ? Aussi chacun , ajoûte M. Corneille :
Jure avec l'Espagnol un éternel divorce ,
Et porte avec amour un joug reçû par force.
C'est ainsi que la Terre au retour du Printemps ¿
Des graces du Soleil se défend quelque temps ,
De ses premiers rayons refuit les avantages ,
les repousser éleve cent nuages :
Le Soleil plus puissant dissipe ces vapeurs
Et
pour
S'empare de son sein , y fait naître des fleurs , , y
Y fait germer des Fruits ; et la Terre à leur vue
Se trouvant enrichie aussi -tôt que vaincuë ,
Ouvre à ce Conquerant jusques au fond du coeur .
Et pleine de ses dons , adore son Vainqueur .
Le Lecteur charmé , sans doute , des
beautés que nous venons de lui étaler , ne
le sera pas moins des Vers suivans , que
l'Auteur présenta au Roy , sur sa Conquête
de la Franche- Comté.
Quelle rapidité de Conquête en Conquête ,
En dépit des hyvers guide tes étendarts ?
Et quel Dieu dans tes yeux tient cette foudre prête,
Qui fait tomber les murs d'un seul de tes regards
A peine tu parois , qu'une Province entiere
Rend hommage à tes Lys , et justice à tes Droits ;
Er
1784 MERCURE DE FRANCE
Et ta course,en neufjours,acheve une carriere ,
Que l'on verroit coûter un siécle à d'autres Rois.
Envain pour t'aplaudir ma Muse impatiente ,
Attendant ton retour , prête l'oreille au bruit :
Ta vitesse l'accable , et sa plus haute attente
Ne peut imaginer ce que ton bras produit .
Mon génie étonné de ne pouvoir te suivre ,
En perd haleine et force ; et mon zele confus ,
Bien qu'il t'ait consacré ce qui me reste à vivre,
S'épouvante , t'admire , et n'ose rien de plus .
Je rougis de me taire , et d'avoir tant à dire ;
Mais c'est le seul parti que je puisse choisir :
Grand Roy ,pour me donner quelque loisir d'écrire,
Daigne prendre pour vaincre un peu plus de loisir.
M. Corneille mit cette même Piéce en
Vers Latins , le Pere de la Ruë et Santeüil
en firent autant. On peut voir le tout dans
le même Recueil.
Voici encore une petite Piéce sur le Ca
nal de Languedoc , pour la jonction des
deux Mers. C'est une imitation de celle que
fit en Latin M. Parisot , Avocat au Parle
ment de Toulouse.
La Garonne et l'Atax dans leurs grottes profondes
Soûpiroient de tout tems pour voir unir leurs ondes ,
Er
AOUST. 1738 .
1785
19
t faire ainsi couler par un heureux penchant
es trésors de l'Aurore aux rives du Couchant
1ais à des voeux si doux , à des flâmeș si belles ,
a nature,attachée à ses loix éternelles ,
our obstacle invincible oposoit fiérement
Des Monts et des Rochers l'affreux enchaînement,
rance , ton grand Roy parle , et ces Rochers se
fendent
,
La Terre ouvre son sein , les plus hauts Monts des
cendent ;
Tout cede , et l'Eau qui suit les passages ouverts , ´
Le fait voir tout-puissant sur la Terre et les Mers ,
Nous finirons cet extrait par un seul en
droit du magnifique Poëme sur les Victoires
du Roy en Hollande. Louis sur les
bords du Rhin parle à ses Guerriers , et
leur parle d'une maniere digne de lui , et
digne du nom François.
De vos Ponts commencés abandonnez l'ouvrage ,
François , ce n'est qu'un Fleuve , il faut passer à
nage ,
Et laisser en dépit des fureurs de son cours
Aux autres Nations un si tardif secours .
C'étoit assés en dire à de si grands courages ,
Des Barques et des Ponts on haït les avantages ,
On demande , on s'efforce à passer des premiers
GRAMONT
1986 MERCURE DE FRANCE
GRAMONT ouvre le Fleuve à ces bouillans Guerriers
VENDOSME , d'un grand Roy Race toute Héroïque,
VIVONNE , la terreur des Galeres d'Afrique ,
BRIOLE , CHAVIGNY , NOGENT, et NANTOUILLET ,
Sous divers ascendans montrent même souhait.
DE TERMES et COASLIN , et SOUBISE et LASALLE
Et DE SAULX , et REVEL , ont une ardeur égale ,
Et GUITRY que la Parque attend sur l'autre bord ,
SALLART et BERINGHEN , font un pareil effort.
Je n'acheverois point , si je voulois ne taire
Ni pas un Commandant ni pas un Volontaire,
L'Histoire en prendra soin , et sa fidélité
Les consacrera mieux à l'immortalité.
De la Maison du Roy l'Escadre ambitieuse
Fend après tant de Chefs la vague impétueuse ;
Suit l'exemple avec joye , et peut-être , Grand Rop
Avois- je- là quelqu'un qui te servoit pour moy ,
Tu le sçais , il suffit. Ces Guerriers intrepides
Percent des flots grondans les montagnes liquides
La tourmente et les vents font horreur aux Coursiers
;
Mais cette horreur envain résiste aux Cavaliers ;
le sien au travers de l'orage ;
Le péril redoublé redouble le courage ;
Chacun pousse
Le gué manque , et leurs pieds semblent a pas
perdus
Chercher encar le fond qu'ils ne retrouvent plus.
AOUST. 1738, 1787
Ils battent l'eau de rage, et malgré la tempête
Qui bondit sur leur croupe , et mugit sur leur
tête ,
L'imperieux éclat de leurs hennissemens
Veut imposer silence à ses mugissemens.
Le gué renaît sous eux. A leurs crins qu'ils se
coüent ,
Des restes du péril on diroit qu'ils se joüent.
Ravis de voir qu'enfin leur pied mieux affermi ,
Victorieux des flots , n'a plus qu'un ennemi .
Il faudroit transcrire toute la suite , pour
ne rien omettre des beautés de ce Poëme ,
et des succès de ce fameux Passage. Nous
finirons par -là notre Extrait, déja trop long ,
pour pouvoir dire encore quelque chose de
plusieurs autres Pieces , la plûpart excellentes
, qui le suivent.
CATALOGUE des Livres de feu M. de Collande
, Maréchal des Camps et Armées du Roy ,
Commandeur de l'Ordre de S. Louis , que l'on a
commencé à vendre le 28. Juillet . A Paris , chés
Pierre-Michel Huart , Libraire , rue S. Jacques .
proche la Fontaine S. Séverin , à la Justice .
On trouve chés Guillaume Cavelier , Libraire ,
rue S. Jacques , les deux premiers Volumes de
P'Histoire du Monde , Sacrée et Profane , depuis la
Création du Monde, jusqu'à la destruction de l'Empire
des Assyriens à la mort de Sardanapale , erjusqu'à
1788 MERCURE DE FRANCE
jusqu'à la décadence des Royaumes de Juda et
d'Israël , sous les Regnes d'Achaz et de Peckach ,
pour servir d'Introduction à l'Histoire des Juifs da
Docteur Prideaux , par M. Samuel Shuckford ,
M. A. et Curé de Shelton , dans la Province de
Norfolk , traduit de l'Anglois par J. P. Bernard ,
Prêtre de l'Eglise Anglicane , imprimée à Leyde ,
chés Jean et Herm . Werbeek , 1738. 2. vol. in 12,
La Veuve de la Roche et son Fils , Libraires à
Lyon , ont imprimé les Sermons du Carême du
R. P. Dufay , de la Compagnie de Jesus , 4. volumes
in 12. La suite de cet excellent Ouvrage pas
roîtra incessamment. Les 4. volumes du Carême se
trouvent à Paris , chés Briasson , Libraire , ruë
S. Jacques , à la Science .
PROJET d'une Bibliotheque Universelle
U
Ne Bibliotheque Universelle qui rassemble
roit toutes les autres particulieres , seroit un
Ouvrage des plus utiles , des plus nécessaires , et en
même- temps des plus commodes. On l'a bien désiré
cet Ouvrage , on l'a tenté bien des fois , on en
a même donné des Desseins , mais jusqu'à présent
personne ne l'a encore executé.
Il a paru , à la verité , beaucoup de Bibliotheques;
I'on en publie encore tous les jours , qui
sont particulieres
pour differens Etats , Professions , Matieres
Pays , Ordres Religieux , Villes et Universités;
mais on n'a point encore réuni dans un seul Corps
toutes ces differentes Bibliotheques.
La difficulté de l'entreprise a rebuté plusieurs Sçavans
, la longueur d'un tel Ouvrage en a lassé d'autres
, la multitude de Livres , de Mémoires , les
grands secours qu'il faut pour cela , ont empêché
n grand nombre de Personnes de le tenter .
M ,
A O UST. 1738. 1789
M. du Cange , dans la Préface de son Index du
Glossaire Media et infima Latinita is , dit , que ses
amis lui avoient demandé avec instance , de donner
au Public une connoissance des Auteurs qu'il cite
dans son Glossaire , sur tout de ceux dont on n'avoir
qu'une légere teinture par le peu d'usage que l'on
en faisoit , en marquant le temps auq ell avoient
vécu, en quel lieu les Ouvrages avoient é é imprimés;
quelques-uns se trouvant recueillis avec d'autres,
n'ayant pas été publiés séparément, sont , pour
ainsi dire , confondus parmi diverses co lections.
Pendant qu'il travailloit à les satisfaire sur cela ,
ces mêmes amis jugerent à propos qu'il donnât
aussi une connoissance des Auteurs qu'il n'avoit pas
cités , mais qui avoient vécu dans le moyen âge ; ce
Sçavant s'excuse de ne pouvoirles contenter pleinement
, ayant reinis , dit - il , la plus grande partie
des Livres rares, et autres, que ses amis lui avoient
prêtés pour son Ouvrage , pour accorder cependant
quelque chose à leurs souhaits , il ne prétend , ditil
, donner qu'un détail succint de ces Auteurs , ou
plutôt une espece de Liste ; et après cette idée qu'il
donne de son Index , il finit par ce souhait.
+
Interim dum exurgat vir aliquis eruditus , qui tot
jam publicata de scriptoribus volumina in unum
quasi fasrem cogat , non prater missis etiam qui à veter
bus laudantur scriptoribus , ignotis modo et temporum
injuria absumptis , et qui supersunt hactenus ineditis
quorum prostant indices evulgati , quanquam
Fateor id non exigui effe studii et laboris.
Ce seroit donc rendre un grand service au Public
que de rassembler dans un même Ouvrage ce qui
esti dispersé dans les Bibliographes , dans les Vies
des Hommes Illustres ; les Catalogues , les Criti
ques les Ephemerides ou Journaux des Sçavans ,
et d'en composer un seul qui les comprêt tous ,
comme le désire M. du Cange. F Théo1790
MERCURE DE FRANCE
Théophile Spizelius en a donné une espece de
Dessein dans ses Sacra Bibliothecarum Illustrium
arcuna retecta , imprimés a Augsbourg en 1668.
in 8. qui comprend les Lettres A B. inclusivements
set Essai , qui est très confus , ne remplit pas le
dessein de M. du Cange , outre qu'il est très- in
complet , car il ne fait mention que de 113. Auseurs
, et j'en trouve près de 500 .
Le Journal des Sçavans de Paris de 1681. page
40. Edition de Hollande , a annoncé un semblable
Ouvrage, qui n'a pas paru jusqu'ici On nous écrig
» d'Allemagne , dit - il , que M. Heindreich , Biblio
thequaire de M. le Marquis de Brandebourg ,
> nous menace toujours d'un terrible Dictiouaire
qui ne contiendra pas moins que cent mille
Auteurs , à ce qu'il dit , dans le Titre qu'il en a
>> fait imprimer.
و د
2
On a fait la même chose dans les Nouvelles Lite
teraires du 29. Avril 1715. touchant un Ouvrage
de M. Crauzen , Allemand , sur un pareil dessein
qui ne paroît pas encore avoir eu son execution . »>M.
» Crauzen, dit le Nouvelliste , ttravaille à une Biblio
theque générale de tous les Auteurs , qui contiendra
la Liste de tous leurs Ouvrages et les Editions
differentes qui en ont été faites ; il y joindra
un Abregé de la Vie de chaque Auteur , et il
citera exactement les Livres qui en auront parlé
>> plus au long ; voilà en partie le plan que l'on se
propose , mais qui sera plus ample et plus détaillé.
20
20
On espere dans cette Collection , à laquelle nous
donnerons le nom d'Essai d'une Bibliotheque universelle
, recueillir tout ce que l'on pourra trouver
des Auteurs de toutes Nations , anciens et modernes
, de tout sexe , de toutes Professions
, dans toutes
les Sciences
; leurs Ouvrages
, les Editions
, les
Traductions
qui en ont été faites en diverses
Langues
AOUST. 1738. 1798
ques , les jugemens qui en ont été portés et que
Pon pourra donner ou ajoûter avec connoissance de
cause, les sources d'où l'on aura tiré ce que l'on
a dit , qui en seront comme les Piéces ju tificatives ,
afin que Pon puisse les consulter et y avoir recours.
Dans un si vaste dessein nous tâcherons , autant
qu'il nous sera possible , d'éviter tous les défauts
que l'on a pu remarquer dans les Bibliographes ou
Bibliothequares précédens ; comme la longueur
des uns , la trop grande brieveté des autres , Pobs➡
curité de plusieurs , les ré etitions et confusions
qui se rencontrent dans quelques uns ; pour tenis
un juste milieu dans la Vie que l'on fera des Sçaon
passera sous silence toutes les circons
tances et digressions qui n'auroient point de raport
au Pan de l'Ouvrage , car on ne prétend y parler
des Auteurs que sous le titre d'Ecrivains , en supri
mant tout ce qui n'y auroit aucune relation
vans ,
En évitant , comme on le vient de dire , les défauts
de ceux qui ont écrit sur ces matieres avant
nous , nous pronterons de ce qu'un chacun pour
roit avoir de bon , et nous le mettrons en oeuvre .
soit
Telle eft l'idée de l'Ouvrage qu'on a dessein de
publier ; comme on a tâché de profiter des avis de
quelques amis sc vans , on espere profiter encore
de ceux qu'un chacun pourra nous donner ,
en retranchant , soit en ajoûtant à ce Projet ce que
l'on n'a pas prévu, un Ouvrage de cette cons quince
ne pouvant trop se perfectionner. On se fera un
devoir de suivre ce qui sera le plus convenable
au sentiment des Sçavans . Le titre de cet Ouvrage
sera :
Essai d'une Bibliotheque Univer elle de tous
les Auteurs que l'on aura pu découvrir , divi će
en deux Parties , par ordre Alphabétique.
Fij La
1792 MERCURE DE FRANCE
La premiere contiendra le nom des Auteurs , leur
Pays , leur Vie leur etat , et leur Profession ; la Liste
de leurs Ouvrages , les differentes Editions qui en ont
été publiées , les Traductions qui en ont été faites
avec un détail de ces Ouvrages , dont on prendra la li
berté de porter son jugement pour aplaudir ou critiquer;
les sources dont on s'est servi , et les Auteurs qui en
auront traité et fait mention.
La seconde Partie contiendra les Ouvrages selon
les matieres , par ordre aussi Alphabetique , soit de
Théologie , Jurisprudence , Histoire , Philosophie, Mé
decine , Histoire Naturelle , Chirurgie , Anatomie ,
Pharmacie , Chimie , Belles- Lettres , Antiquités ,
Poësies , &c.
Pour suivre dans cet Ouvrage le conseil de plu
sieurs de mes Amis , je le donnerai en François ;
ainsi donc après la Vie de l'Auteur , mais bornée
par ces circonstances , on donnera le détail de ses
Ouvrages , les Editions differentes qui en auront
été publiées , avec les Traductions dans les Lan
gues differentes que l'on en pourra découvrir.
On donnera dans la seconde Partie , qui sera des
Matieres , une description ou définition de la chose,
une division dans ses parties et ses diverses especes ,
une Liste des Auteurs qui en auront traité exprès
dans quelque Ouvrage particulier , ou dans quel
ques autres endroits de leurs Ouvrages.
C'est dans cette seconde Partie que se trouveront
les Ouvrages des Auteurs anonymes , n'ayant pas
trouvé de place plus convenable , ni un ordre plus
commode ; c'est celui qui paroît avoir le moins
d'inconvéniens , comme on le fera voir dans la Préface
, où l'on répondra à toutes les objections qu'on
nous a faites et qu'on pourra encore faire.
On sent toute la difficulté de cette entreprise ,
sans en faire un plus long détail au Public ; ce n'est
pas
AOUST. 1738. 1793
Fas un simple Abregé des autres Bibliographes que
l'on copie , ou dont l'on donne des Extraits ; l'on
prétend , sans affectation d'une critique étendue ,
toujours onéreuse au plus grand nombre des Lectears
, discuter les Auteurs ; et après cet examen , et
avoir comparé les divers sentimens des Auteurs qui
auront parlé d'un Sçavant , s'en tenir à celui qui
paroîtra le plus vrai , et de tous ces Auteurs n'en
faire qu'un discours suivi , le plus bref et le plus
clair qu'il sera possible.
on
L'on n'est pas si témeraire que de se flater de
pouvoir exactement remplir ce dessein , qui est immense
, et qui mériteroit d'être l'objet des occupations
d'une Compagnie de Sçavans , mais au moins
c'est une tentative pour les exciter , prêt à céder à
de plus habiles qui voudront continuer de mettre en
oeuvre les matériaux déja préparés ; et en cas qu'il
ne se présente personne qui veuille le tenter ,
rend public ce nouveau Plan pour avoir les avis des
Sçavans et donner par leurs secours à cet Ouvrage
les degrés de perfection dont il peut être susceptible .
L'on invite et on prie ceux qui ont du zele pour la
République des Lettres , de nous prêter leurs secours
, en protestant que l'on se fera un vrai plaisir
et un devoir de profiter des lumieres et des avis que
l'on voudra bien nous procurer , particulierement
sur les articles que l'on indiquera , et sur lesquels
on n'a point ou peu de matériaux ; l'on a mieux
aimé laisser les noms de quelques Auteurs nuds ,
pour ainsi dire , que d'en parler sans avoir rien de
certain sur leur compte.
Plein de reconnoissance on rendra justice à ceux
qui voudront bien nous fournir quelques Mémoi
res. Nous imiterons en cela le fameux M. Polus ,
Auteur de la Synopse des Critiques , qui à la fin de
Fiij sa
1794 MERCURE DE FRANCE
sa Préface , fait une énumération de tous ceux qui
Pont aidé dans ce grand Ouvrage.
Comme il y a plus de trente ans que cet Ouvrage
a été conçu et même commencé , il semble qu'il
devroit déja être avancé ; mais differ ntes occupations
en ont arrêté le progrès , la difficulté même
de l'entreprise , le manque de secours dans des momens
plus libres , ont ralenti le courage de l'Au-
Beur. Ses Amis ont saisi un temps de loisir ou sa situation
l'a fait rentrer pour le ranimer et l'exciter à
travailler efficacement Il sent , pour répondre à leur
empressement , tout le besoin qu'il a du Public , et
dans le dessein où il est de sacrifier pour lui ses peines
et ses veilles , il en espere quelque retour par
les Memoires qu'il voudra bien lui communiquer ,
et les lumieres dont il lui voudra faire
part .
On n'omettra pas dans cet Ouvrage , ainsi que le
souhaite M. du Cange , les Auteurs anciens qui ont
été cités par d'autres , et dont les Ouvrages malheureusement
ne sont pas venus jusqu'à nous , de
quelque espece qu'ils soient ; ceux même qui ont
ecrit et dont les Ouvrages restent manuscrits ; on
recherchera aussi ceux qui , quoiqu'ils n'ayent pas
donné d'Ouvrages en forme , étoient très - capables
de le faire ; ceux même qui n'ont donné que quelques
Morceaux , comme Lettres Prétaces Imprimés
Poesies , Pieces d'Eloquence , de Litterature,
inserés dans les Ouvrages publics , ou dans les
Ouvrages d'autres Auteurs .
Les Vies des Saints, d'Auteurs anonymes, les Ac
tes des Martyr's , des Co ciles , les Memoires Historiques
, Actes Politiques , Négociations et autres.
Ouvrages de cette na ure, dont on ne connoîtra pas
les Auteurs , seront dans la seconde Partie de cette
Bibliotheque dans leur ordre des matieres ; cet
Quvrage
AOUST 1738. 1799
Ouvrage sera terminé par toutes les Tables et
Index nécessaires des Auteurs , par leur Nom de
Baptême , eur Pays , Etat , Profession , Ordres
Religieux et sera un dés Livres rares et curieux .
On mande de Berlin , qu'on a achevé d'impri
mer la Chronologie de l'Histoire Sainte et des Histoires
Etrangeres qui la concernent , depuis la Sortie
d'Egypte , jusqu'à la Captivité de Babylone . Par M.
Alphonse des Vignoles , 1738. deux vol . in 4.
Nous aprenons de Londres , qu'on y travaille à
une belle Edition du Poëme Satyrique de M. Pope
intitulé la Donciad . Elle sera oruée d'un grand
hombre d'Estampes gravées par les meilleurs Maî-
Dessinateur ties , sur les Desseins de M. Gravelot ,
François , actuel ement à Londres.
Le Sujet de la premiere de ces Estampes est assés
singulier . Elle représente un mauvais Auteur
faisant un Sacrifice de Loves à la Desse Stupidné ,
qui lui aparoît sur des brouillards , tenant en sa main
une Phiole d'Opium , pour le sacrer Roy d · ses Sujets
, tandis que le Hisou , son Oiseau favori , est
prêt à couronner ce Poete d une Couronne de Pavois
et de Chardons, La Déesse jette en même
temps une feuille d'un mauvais Poëme dans le feu ,
pour l'éteindre ; derriere elle on voit son Trône orné
d'une tête d'Ane , et environnée de Vertus paro
diées. La Jastice pese un morceau d'une espece de
Gâteau , fort aimé des Ang ois , nommé Pouding ,
et quelques pré es de Monnoye contre la Gloire
et la Vérité , auxquelles lle préfere l'autre côté ,
comme plus pésant ; la Prudence est à côté ,
posant vice , par la crainte de la prison qu'elle voit
dans son Mor ; la Force se voit en haut , mepri
sant l'affront d'avoir une oreille coupée ; et la Tem
com-
Fij pérance ,
1796 MERCURE DE FRANCE
pérance , qui n'est selle que parce qu'elle n'a rien
à manger.
On aprend de Rome , que l'Académie de
gli Arcadi , tint le 20 du mois dernier à S. Pierre
in Montorio, une Assemblée publiqu , dans laquelle
Don Antonio di Gennaro des Princes de San Martino
, le Pere Galeoti , Jésuite , Profeffeur de Réthorique
au College Romain , et le Sr Philipe d'Azon ,
lurent , le premier un Poëme intitulé , Voyage aux
Etoiles ; le second, un Discours contre le préjugé, qui
attribue divers effets aux influences de la Lune , et le
troisiéme une Eglogue Morale.
On Mande de Madrid , que le Roy d'Espagne a
érigé en Académie sous le Titre d'Académie d'Histoire
, la Compagnie des Sçavans , qui s'assembloit
depuis quelque temps à la Bibliotheque Royale , et
que les Académicie s de cette Académie , qui ont
élu Don Augustin deMontiano y Luyando pour Directeur
jouiront du Titre et des Privileges de
Commensaux de la Maison de S. M.
>
L'Académie de Médecine , établie à Madrid ,
ayant suplié le Roy de vouloir bien accepter la
Titre de Son Protecteur , S. M. y a consenti.
Il nous est venu de Dijon , un Avis qui contient
la Souscription que l'on propose pour une Histoire
Générale et Particuliere de Bourgogne , composée
par Dom Urbain Planchet , Religieux Benedictin de
l'Abbaye de S. Benigne de Dijon Elle contiendra
cinq Volumes in-folio , et sera enrichie de Cartes
Géographiques, de Plans , de bas- Reliefs , Portiques,
Tombeaux, en Taille- douce, et des Sceaux des anciens
et nouveaux Ducs , &c . Le même Avis nous
prend les précautions que M. le Chancelier a pri-
SOG


A OU'S T. 1738 1797
ses pour empêcher les abus qui s'étoient glissés
dans l'usage des Souscriptions , et affûre qu'il n'y
aura rien à craindre dans celle- ci de la part des
Souscripteurs . Chaque Volume en blanc coûtera
36. livres, dont on payera 18. livres en souscrivant ,
et lorsqu'on délivrera le premier Volume , il sera
payé pareille somme , et ainsi des autres Volumes .
On donnera ce premier Volume dans le courant
de l'année 1739. et le second en 1740. Passé le
mois d'Août de la présente année 1738. les Souscriptions
ne seront plus reçues . On les reçoit à
Paris , chés Mouchet , au Palais , Briasson , ruë
S. Jacques , et Prault , fils , Quai de Conty,
A Lyon , chés Duplain , et Rigollet.
A Rouen , chés Machuel
A Aix , chés David.
A Mâcon , chés Desaint , fils.
A Chalon , chés Desaint .
A Amsterdam , chés l'Honoré , et Chastelain , 1
et chés Changuion.
A la Haye , chés Paupie.
PROJET d'une Histoire Générale de Champa
gne et de Brie; par deux Religieux Benedictins de la
Congrégation de S. Maur. A Rheims, chés Regnaud
Florentain , 1738. in 4. 19. pages.
Il faudroit transcrire ici tout ce Projet pour en
donner une juste idée , tant il est rempli de desseins
qui interessent les Lecteurs. Les deux Auteurs
avertissent dès le commencement, que nous devons
avoir bien-tôt l'Histoire des Comtes de Champagne ,
de la plume d'un Sçavant , mais que ce n'est qu'un
morceau ; leur dessein renferme tout ce qu'on peut
dite sur la Champagne et la Brie , à commencer
dès le temps des Gaulois , continuant sous les Romains
et sous le Gouvernement des François,
E v La
798 MERCURE DE FRANCE
" La Champagne , disent-il , est le premier Théa
tre des Guerres et des Victoires de Clovis , Fon-
» dateur de la Monarchie. Les premiers Ecrivains
qui fe font fervis du nom de Champagne font le
Comte Marcellin et Ammien . Pour ce qui est de
la Brie , ils n'en font pas remonter le nom plus
haut que le Testament de Dagobert. Ils se promettent
d'éclaircir tous les endroits de Grégoire de
Tours , qui parlent de ce Territoire , ou plutôt de
ceux qui y habitoient , de parler des changemens,
arrivés dans la Jurisprudence en differens temps ,.
des personnes libres , des Serfs , des Investitures
des Duels qui faisoient preuves , des Sérmens que
prêtoient les Archevêques de Rheims, des épreuves.
par le feu et par l'eau , des Suplices et des marques.
d'infamie.
91
L'Histoire de l'origine des grandes Seigneuries
ne fera pas oubliée , non- plus que celle des Fiefs et
Arriere- Fiefs , des marques singulieres de féodalité,,
et des Coûtumes ; les actions de chacun des Comtes
, leurs Guerres , leurs Victoires , leurs défaites ,
&c. Leur rang parmi les Pairs de France , leurs
fonctions au Sacre de nos Rois.
Les Auteurs de ce Plan ajoûteront à tout cela
' Histoire de la Fondation des Villes , Châteaux ,
Places fortes , Maisons de Plaisance , Bourgs et:
Villages , les Coûtumes de chaque Ville , l'ancienne
et moderne Police , les Eoires , le Commerce
les Manufactures , l'Erection des Communes.
Pour ce qui est de l'Ecclesiastique , ils nous pro
mettent l'Histoire de la Fondation des Eglifes , celledes
Evêques , des Conciles tenus dans la Province .
L'origine des Chapitres , leurs Ufages. Les Fondations
des autres Eglises y trouveront leur rang. Ils :
traiteront même des Synagogues des Juifs et des
Temples des Huguenots..
Lie
A O UST. 1799
1738 .
Le génie et le caractere des Peuples étant do
leur objet , ils rechercheront les anciens Spectacles,
les Habillemens , les Feftins , les Nôces , et les Enrerremens.
Ils donneront des Deſcriptions des Pa→
lais des anciens Comtés , et de toutes les Antiqui→
tés Romaines. Les Voyes Militaires , les Camps
Romains , les Tombeaux antiques , les Monnoyes
qu'on croit frapées à Mouzon et à Cormici, fous la
premiere et seconde Race ; celle des Archevêques
de Rheims, et enfin toutes les Antiquités Ecclesias
riques .
Le Nobiliaire fera auffi compris dans cette His
roire , avec une Notice des Grands Hommes fortis
de la Province , et l'Erection des Colleges .
Comme on ne peut omettre l'Hiftoire Naturelle
dans un f vaſte Projet , il y sera parlé des Fruits du
Pays , fur tout des Vins , des Plantes , des Eaux Minerales
, et des Métaux.
Cet immenfe Ouvrage fera fuivi des Preuves de
PHiftoire. Les Auteurs elperent en trouver abondamment
dans les Archives , outre celles que les
Particuliers, favorables à leurs recherches, voudrons
bien leur communiquer.
Le Dimanche 13. Juillet , M. l'Abbé de Suffren
de S. Tropez , Clerc du Diocèse d'Arles , foûtint dans
la grande Salle du College d'Harcourt , avec beaucoup
de fuccès , une Theſe fur toutes les Parties de
la Philofophie , fous la Préfidence de M. le Monnier,
Profeffeur de ce College , et de l'Académie Royale
des Sciences. La Thefe , dédiée à M. l'Archevêque
de Paris , proche Parent du Soûtenant , étoit des
plus magnifiques , ornée du Portrait de cet illuftret
Prélat , réduit en ovale , d'après celui qui a été gra
vé en grand fur l'Original , peint par le celebre
M. Rigaud, Le Portrait étoit accompagné de Figu-
E
1800 MERCURE DE FRANCE
res Symboliques , représentant les Vertus convena
bles au Sujet , prifes d'après de Originaux du fameux
Mignard. Dux autres Figures de la Religion
et de l'Eglise , ornoient les côtés de la Thefe , et
deux Anges en port ient la Dédicace contenue
dans un Cartouche. Au bas font les Armes de Suf
fren , qui sont d'Azur au Sautoir d'argent , accompagné
de quaire Tetes de Léopards, de même , le tout.
d'une fort belle execution , et très bien gravé par le.
feur Dolet. L'Affemblée fut des plus nombreuſes ,
plufieurs Prélats et 'autres Perlonnes de diſtinction
s'y trouerent , et en sortirent fot fatisfaits.
Il y eut encore dans le même College un Acte
célebre le Dimanche 20. du même mois M. l'Abbé
de Polignac , neveu de S. E. M. le Cardinal de
Polignac , y foûtint avec tout le fuccès poffible ,
une Thefe fur toute la Philofophie . On ne vit jamais
un plus grand con ours de Perfonnes Illuftres
tant du Clergé , que de la Cour et de la Ville . La
Thefe étoit ornée d'une très-belle Eftampe fort bien.
gravée d'après un Tableau de M. Jouvenet , repréfentant
la Guérifon du Paralitique par le Sauveur
et d'autres accompagnemens parfaitement bien
executés.
Le fieurJayle, Etudiant en Chirurgie , vient d'in
venter un nouvel Inftrument , qui peut être trèsutile
dans les maladies qui obligent à faigner pluheurs
fois de fuite un Malade. Jufqu'ici on ne rouvroit
la veine dans ces occafions qu'en infinuant la
tête d'une épingle dans l'ouverture faite par la faignée
précédente , ou en fe fervant du de
main ou des frictions. Mais l'Auteur ayant vû arriver
plufieurs accidens graves , qui lui ont parû ne
pouvoir être imputés qu'à ces Opérations , il a ima
coup

A O UST. 1738. 1805
giné une Lancette mouffe , qui n'eft ni pointuë ni
tranchante et qu'on peut inferer dans la inême ou
verture autant de fois qu'il fera néceffare , fans
crainte d'accident. Nous joignons ici l'Aproba
tion que l'Académie de Chirurgie lui a donnée.
Extrait des Registres de l'Académie de
Chirurgie du 23. Juin 1738 .
M. Gervais , qui avoit été nommé par l'Acadé
mie pour ex miner d.s Mémoires préfentés par M.
Jayle , fur l'ufage d'une Lancette Mouffe , pour
rouvrir les faignées faites du jour ou de ia veille ,
ayant fait fon raport , l'Académie a jugé que cette
Lancette etot préférable à l'épi gle dont on fe fert
quelquefois pour cette Opération , mais elle n'a
pas cru que les Obfervations produites par M. Jayle.
puffent pro ver que l'épingle eut été la cause des
accidens fui venus à ceux dont l'Auteur fait l'His.
toire en foi de quoi j'ai donné le préfent Extrait.
de nos Regiftres . A Paris ce 24. Juin 1738.
Signé MORAND.
ESTAMPES NOUVELLES.
Il paroît deux fort belles Eftampes en hauteur ,
gravées par le fieur Ravenet , chés lequel elles fe
vendent , rue de la Harpe , vis- à-vis la Sorbonne ,
d'après les Efquiffes de deux Tableaux de M. Carle
Vanloo , faits pour le Roy. Le Burin du Graveur a
très-bien rendu tous les caracteres que le Peintre
a voulu exprimer. La premiere de ces Estampes ,
dont les compofitions sont très - agréables , porte
pour titre Halte d'Officiers ; et l'autre , la Chasse
à l'Oiseau. On lit quelques Vers au bas.
:
La
1802 MERCURE DE FRANCE
Le fieur Cleret , Marchand d'Eftampes , fur le
Quai de la Mégifferie , entre l'Image fainte Geneviéve
et l'Ecritoire , donne avis aux Curieux qu'il
poffede plufieurs Planches originales de Mellan ,
comme la Sainte Face , faite d'un feul trait , te
quiest univerfellement connue et recherchée ;
le Christ flagellé ; Ste Genevieve ; le S. Bruno ,
S. Claude , S. Gaetan , et le S. Grégoire . On trouve
auffi chés le fieur Cheret toutes sortes d'Estampes:
et de Deffeins des plus grands Maîtres , tant anciens
que modernes.
La Suite des Portraits des Grands Hommes et
des Personnes illustres dans les Arts et dans les
Sciences , continue de paroître avec succès , chés
Odieuvre , Marchand d'Estampes , Quai de l'Ecole;
il vient de metre en vente ,,toujours de la même
grandeur :
SEBASTIEN LE PRESTRE DE VAUBAN,
Maréchal de France , né le r2 . May 1633. mort à
Paris le 30. Mars 1707. peint par Hiacinthe Rigaud,.
et gravé par N. Dupuis .
GASPARD DE COLIGNIS, Amiral de France,.
né le 16. Février 1516. moft à Paris le 246 Août
1572. gravé par F. G. Schmidt.
FRANÇOIS VI. DUC DE LA ROCHEFOUCAULT,
Pair de France , né le 15. Décembre 1613. mort le
17. Mars 1680. peint par Ferdinand , et gravé
par Petit.
LETTRE de M. J. C. le Blon , écrite de
Paris le 18. Août 1738. au sujet des
Estampes Colorées.
O
N attend depuis long- temps , Monsieur , les
vous en préfenter deux Effais,et de vous affûrer qu'il
n'a
AOUST. 1738 1803
n'a pas dépendu de moi de tenir plutôt la parole
que je vous donnai en arrivant à Paris . J'attendois
qu'il plut au Roy de m'accorder un Privilege , pour
me mettre en état de travailler ouvertement ; et
depuis que j'ai obtenu ce Privilege et les fonds néceffaires
pour mon établiffement , il a fallu former
des Eleves dans un genre de Gravûre , qu'il semble
que la France ait affecté de négliger jusqu'ici ; je:
veux dire l'Art Noir , ou Maniere Noire , dont le succès
est si brillant en Angleterre. Vous sçavez M.que'
cet Art est la baze des Opérations qui fourniffent
les Eftampes Colorées. J'efpere qu'on reconnoîtra
bien- tôt dans des Suites , fur la Botanique et fur
l'Anatomie , jufqu'à quel point de perfection on
peut porter ces Eftampes , car je n'ofe donner au
Public les deux Portraits que je lui offre aujour
d'hui , que comme des études qui demandent de
l'indulgence , en attendant des Aprobations .
Je vous suplie , M. de vouloir bien placer dans
votre Journal l'Avis ci-joint , et d'être perfuadé
que j'ai l'honneur d'être . &c.
Perfuadés que cette nouvelle invention , qui nous pa
roît tenir du merveilleux , piquera extrémement tous
les Curieux, nous annonçons avec une extréme satis
faction comme Amateurs finceres des Beaux - Arts , et :
toujours zelés pour leur avancement , deux Effais
des Eleves du fieur le Blon ; l'un eft le Portrait de
Š. E. M. le Cardinal de Fleury , d'après M. Rigault,
et l'autre , le Portrait de Vandick , peint par luimême.
On les vendra à Paris , chés de Borvin ,,
rue S. Honoré , à la Regle d'or ; chés Gaute--
rot et Joulain , Quai de la Mégifferie , à la Ville de
Rome , Paillard , Marchand Papetier , au bout de
la rue neuve des Petits-Champs , près l'Hôtel dé:
Toulouze , à la petite Romaine.
Les Curieux qui voudront aprofondir la Méchanique:
1004 MERCURE DE FRANCE
ni que du nouvel Art d'imprimer des Eftampes Colorées
, trouveront chés les mêmes Marchands des
Epreuves féparées des differentes couleurs qui concourent
à rendre par l'impreffion , les contours et
le coloris des Portraits qui font en vente ; fçavoir
1. une Epreuve bleuë , z ° . une Epreuve jaune , 3º.
une Epreuve qui réunit le bleu et le jaune pour
compofer le verd ; 4° . une Epreuve rouge.
Cette Suite d'Epreuves fera vendue 9. livres ainfi
que le Portrait de S. E. M. le Cardinal , collé fur
toile et tendu fur chaffis , et celui de Vandick fera
vendu 7. livres 4. fols .
Les Marchands de Province qui voudront tirer
en droiture du fieur le Blon , adrefferont leurs
Lettres franches de port , chés le fieur Paillard ,
Marchand Papetier , ci - deffus indiqué.
PONT LEVIS de fer à Bascule , c
Extrait d'une Lettre écrite de Montlheri
le 16. Août 1738 ..
E crois , Monfieur , que le Public vous fçaura
gré d'être informé d'un Ouvrage nouveau et
fingulier en son genre , qui a parfaitement réuffi er
qui vient d'être mis en place à Fontenay , qui eft
un Comté diftant de fix a fept lieues de Paris, dans
l'Hurepoix , du côté de Montihery , apartenant à
M. Delaiftre , ancien Secretaire du Confeil. Cet
Ouvrage eft un Pont Levis à Bafcule , tout construit
de fer , que M. Delaiftre a fait faire pour metfur
les foffés de fon Château , fur lequel toutes
fortes de voitures pafferont . On prétend que c'eft
le premier de cette efpece ; il a vingt - cinq pieds de
long , la longueur du devant étant de feize pieds et.
celle de la Bafcule de neuf, malgré cette difference
des deux parties de ce Pont , il eft fi aifé à lever et
à
134
Tald
ASTOR LOR
TILDEN FO
A
ASTOR
, LOCK
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
AOUS T. 1738. 1805
à baiffer , que la plus foible perfonne fuffit toute
feule pour e faire ; il n'y a rien , au refte de fi fimple
et de moins compofe que cet Ouvrage , dont le
fuccès a d'autant plus furpris, que les Gens même du
métier prétendoient qu'il ne pourroit jamais réussir
, ( fondés , felon toutes les aparences , fur ce
qu'on n'en avoit point encore vu de p reil ) J'ai
ou dire que ce qui en avoit fait naître l'idée à M.
Delaiftre , c'étoit premierement le peu de durée
des Ponts Levis de bois , auxquels il y a fouvent à
refaire ; fecondement que c'étoit auffi principale
ment la varieté qui fe trouve dans leur pefanteur
fuivant les temps qu'il fait , de fechereffè ou d'humidité
, ce qui étoit de grande fujettion , obligeant
fouvent d'augmenter ou diminuer le poids de la
Bafcule , pour pouvoir lever ou baiffer le Pont ,
lorfqu'il eft en bois ; c'eſt donc pour éviter ces inconvéniens,
et pour avoir une péfanteur fixe et tou
jours égale , qui ne foit point fujette à aucune variation
, quelque temps qu'il faffe , que M. Delaistre
a imaginé de changer la matiere de fon Pont ,
et de le faire executer tout en fer , au moyen de
quoi il y a auffi beaucoup d'aparence que ni lui ni
les fiens , n'auront pas la peine de le renouveller.
AIR SERIEUX.
A Mour , si c'est de bonne foi
Que tu me ramenes Sylvie ,
患糖
Mon foible coeur est prêt de rentrer sous ta loi ,
Et d'oublier sa perfidie ;
Mais si la seule vanité
Jui
806 MERCURE DE FRANCE
Lui faisoit regreter la perte qu'elle a faite ,
Amour , ne permets pas que ma fidelité
Soit le jouet d'une Coquette.
****************
SPECTACLES.
L
E 2. Août les Comediens Italiens donnerent
une Comédie nouvelle en trois
'Actes et en Vers , intitulée : Le Valet Auteur.
Cette Piece , qui est de M. Delisle , Auteur
de plusieurs autres Comédies , que le Public
a vues avec plaisir sur le même Theatre , a
été reçue avec beaucoup d'aplaudissement ;
nous n'en donnerons ici qu'une espece d'argument
, en attendant que Pimpression nous
mette en état de mieux satisfaire la curiosité
du Lecteur.
ACTEURS.
le Sr. Romagnesi
le Sr Mario.
la Dlle Sylvia.
Léandre , Amant d'Isabelle , le Sr Riccoboni.
Valere , Amant de Julie ,
Geronte , Pere d'Isabelle ,
Isabelle , promise à Valere ,
Dorante , Pere de Valere ,
Julie , Soeur de Léandre ,
Valentin , Valet dé Leandre et Cocher de
Geronte ,
le Sr Sticotti.
la Dlle Lalande.
le Sr De hayes
Nerine , Suivante d'Isabelle la Dile Thomassin.
Arlequin , Valet de Valere
Le
AOUST .
1738. 1807
La Scène est dans le Château de Léandre ,
près d'Orleans.
Valere , Amant de Julie , ouvre la Scéne
avec sa Maîtresse ; leur conversation roule
sur la situation où se trouve Valere , que
Dorante son Pere veut marier avec Isabelle ,
qui lui a été promise contre son inclination .
Il se fait apeller Lisimon ; Julie qu'il aime
et dont il est aimé , se prête à un déguisement
dont elle n'ose attendre aucun succès ;
Valere lui aprend que la venuë de Geronte
au Château de Leandre , lui a fait craindre
qu'il ne voulût achever le mariage projetté
avec Dorante son Pere , et que c'est ce qui
l'a déterminé à garder l'incognito dans un
Château , où il n'est connu que d'elle.
Cette premiere exposition est suivie d'une
seconde . Valentin , Valet de Léandre , à qui
apartient le Château , qui est le Lieu de la
Scéne , et Cocher de Geronte , Pere d'Isabelle
, aprend à Léandre , son premier et
veritable Maître , que pour servir son amour
pour Isabelle , il s'est introduit chés Geronte
en qualité de Cocher , et qu'ayant fait briser
fort à propos sa Chaise auprès du Château ,
où ils sont actuellement , il lui a persuadé
que c'étoit le Château de Dorante , Pere de
Valere , à qui il a destiné sa File Isabelle,
qu'il amenoit avec lui pour achever le ma
1
xiage
868 MERCURE DE FRANCE
riage,dont ils sont convenus ensemble depuis
long temps ; il ajoûte que pour faire réussir
son stratagême , il faut qu'il passe pour Valere
, Gendre futur de Geronte. Léandre a
quelque peine à se prêter à cette suposition
de nom , mais son amour pour Isabelle le
fait passer par- dessus le scrupule que sa probité
fait naître dans son coeur ; Valentin ne
lui en dit pas davantage , et se réserve une
troisiéme exposition plus détaillée avec Nerine
, Suivante d'Isabelle ; Cette Nerine lui
étant absolument nécessaire , pour franchir
bien des difficultés que le hazard pourra
produire ; c'est dans cette derniere exposition
que l'Auteur justifie le titre qu'il a donné
à sa Piece.
Valentin qui se donne pour Valet Auteur ,
ne cache rien à Nerine ; il lui fait entendre
qu'ayant été autrefois Comédien , il est
monté plus haut , c'est- à- dire jusqu'à la qualité
d'Auteur ; Nerine lui demande quelle
Piéce il a mise au jour , en cette derniere
qualité ; Valentin lui répond que c'est celle
qu'on va jouer dans le Château de Léandre
et qu'elle en sera une des principales Actrices
; il ajoûte que le mariage de Léandre
avec Isabelle en fera l'heureux dénoûment :
Nerine instruite de tout , lui promet de faire
honneur au Rôle qui lui est destiné. Valentin
a si fort prévenu Geronte en faveur du
prétendu
AOUST. 1738. 1805
prétendu Valere , qu'il brûle de le voir son
Gendre , il a une conversation avec ce Gendre
futur , qui augmente son empressement.
Comme le faux Valere n'est instruit de rien,
il lui échape des étourderies que Valentin a
bien de la peine a sauver. Isabelle qui a déja
fait connoître à Geronte sen Pere la répugnance
qu'elle a pour Valere , ne voit pas
plutôt que ce Valere suposé est le veritable
Léandre , que sa répugnance fait place à une
obeïssance que son Pere attribue à la
bonne éducation qu'il lui a donnée ; Geronte
, aprenant que Dorante , Pere de Valere,
est à Orleans , lui écrit le pour presser de
venir conclure un mariage qui doit mettre
le comble à leurs voeux ; c'est un incident
que Valentin a du prévoir , et qui cepen
dant n'est pas entré dans son plan ; il n'en
est pourtant pas étonné ; il se flate de surmonter
ce nouvel obstacle ; il en survient un
autre qu'il n'a pu prévoir ; Arlequin , valet
de Valere se présente à lui ; comme ils sont
anciens camarades , il lui propose de renouveller
connoissance le verre à la main ; Arlequin
n'a garde de se refuser à un déffi qui
Bate si fort son inclination ; Valentin lui demande
des nouvelles de Valere son Maître ,
Arlequin lui aprend en confidence que
lere est actuellement dans le Château , qu'il
y est arrivé aussi- tôt que Geronte et Isabelle
que
Va-
Sa
1810 MERCURE DE FRANCE
pas
à
sa Fille , pour des raisons qu'il lui a cachéess
il lui fait même entendre , qu'ils ont suivi
pas la chaise de Gerone . Valentin
ayant apris d'Arlequin tout ce qu'il a pu en
sirer , à la faveur de la partie de cabaret qu'il
Lui a proposée , le quitte brusquement , pour
aller à quelque affaire pressante , ce qui met
Arlequin de mauvaise humeur. Valentin
craignant que Valere ne vienne presser le
mariage , que son Pere a concerté avec le
Pere d'Isabelle , conseille à cette derniere
de le recevoir si mal , qu'il n'ose plus y revenir
; Isabelle lui promet de ne rien oublier
pour le dégoûter d'un mariage , pour lequel
elle se sent une aversion invincible.
,
Le veritable Valere vient ; il ne se fait
d'abord connoître à Isabelle que comme
ami de celui à qui on l'a promise en mariariage
; Isabelle lui dit si positivement qu'elle
hait , et qu'elle haïra toujours celui qu'on
prétend lui faire épouser contre son inclination
, qu'il se nomme enfin , et lui aprend
que bien loin de vouloir la contraindre à
recevoir sa main , il est prêt à s'unir avec
elle pour détourner un hymen qui les rendroit
également malheureux ; il lui déclare
en même temps qu'il aime Julie , soeur de
Léandre . Isabelle en est au comble de la
joye ; elle demande pardon à Valere de l'avoir
hai sans le connoître , et lui promet son
apui
A O UST. 1738. 1811
apui auprès de Léandre , pour lui faire obtenir
son aimable soeur dont il est aimé, autant
qu'il l'aime. Valentin est charmé d'aprendre
cette heureuse nouvelle , et se promet de la
mettre à profit.

Dorante Pere de Valere , à qui Geronte
Pere d'Isabelle a écrit à Orleans , pour le
presser de venir achever l'union de leurs Enfans
, à laquelle sa présence est indispensa
: blement nécessaire arrive au Château de
Léandre , qu'il croit apartenir à Geronte.
Valentin qu'il ne connoît pas et qui se die
Valet de la Maison , jugeant que ce nouveau
venu est un Acteur de trop dans sa Piece
sur lequel il n'avoit pas compté , tâche de
l'éloigner comme un obstacle au dénoûment
qu'il s'est proposé ; pour l'obl ger à
s'en retourner à Orleans , il lui fait entendre
que tout a changé de face dans ce Château ,
et que Geronte vcut marier sa Fille Isabelle
à Léandre ; Dorante ne peut aprendre sans
colere que Geronte , non seulement lur
manque de parole , mais qu'il le fasse venir
exprès d'Orleans pour le rendre témoin de
son infideli -é ; Valentin lui conseille de parcir
sans prendre d'éclaircissement et ne
pouvant l'obtenir , il lui demande en grace
de garder le secret , sur la confidence qu'il
ient de lui faire. Dorante le lui promet ;
Valentin s'étant retiré Geronte vient , il
embrasse
د
>
1812 MERCURE DE FRANCE

embrasse Dorante , et par la maniere dont il
lui parle , Dorante voit bien que Valentin
étoit mal instruit , ou qu'il a voulu se joier
de sa credulité ; Léandre vient ; Dorante ne
la reconnoît pas , et n'en est pas reconnu ,
au grand étonnement de Geronte qui les
croit Pere et Fils ; Valentin vient enfin débrouiller
ce cahos ; il convient qu'il les a
tous trompés , mais que ce n'a été qu'à bonne
intention , attendu qu'il doit résulter de
sa fourberie un double mariage , aussi heureux
que celui que les deux Vieillards avoient
projetté , auroit été malheureux ; tous les
Acteurs de la Comedie du Valet Auteur , se
rassemblent , hors Julie soeur de Léandre ,
qui n'auroit pas été de trop , et qui a paru
exclue du dénoûment sans nécessité ; tout
se raccommode ; Geronte est le plus obſtiné
des deux Peres ; mais Dorante plus raisonnable
que lui , et attendri par le faux Lisimon
son Fls , qui reprend son veritable nom
de Valere , le ramene au sentiment d'un bon
Pere,qui ne doit songer qu'à rendre ses Enfans
heureux ; on pardonne à Valentin toutes
ses tromperies ; Léandre épouse sa chere
Isabelle , et donne Julie sa soeur à Valere .
Au reste tout le monde convient que la
Piéce en question , ne répond au titre qu'autant
qu'on veut bien s'y prêter , et que le
Valet Auteur, n'est tout au plus qu'un Valet
intriguant

A O UST. 1738. 1813
Intriguant , tel qu'on en voit dans la plûpare
des Comédies , et surtout dans les Fourberies
de Scapin ; mais les Auteurs sont obligés de
se conformer au goût d'aujourd'hui ; un titre
joliment imaginé et bien sonnant à l'oreille
attire un plus grand nombre de Spectateurs
et les Auteurs y trouvent leur compte du
moins du côté de l'interêt ; nous en avons
plus d'an exemple , et c'est un des moindres
défauts de notre Théatre.
,
Le 11. les mêmes Comédiens remirent au
Théatre , après la Comédie dont on vient de
parler , la petite Picce du Je ne sçais quɔi ,
qui fut suivie d'un nouveau Divertissement
fort aplaudi et très- bien executé. Le Sr Riccoboni
, en femme , et un jeune nouveau
Danseur , y ont dansé un Pas de deux , dont
la vivacité et la justesse ont fait beaucoup de
plaisir. La Dlle Thomassin et le Sr Deshayes
, ont aussi dansé un Pas de deux avec
beaucoup d'aplaudissement.

Le 27. les mêmes Comédiens remirent au
Théatre une petite Comédie en Prose d'un
Acte,intitulée Le Philosophe dupe de l'Amour.
Cette Piéce qui avoit été donnée dans sa
nouveauté au mois d'Octobre 1726. a été revûë
du Public avec beaucoup de plaisir ; elle
est suivie d'un nouveau Divertissement qui a
été généralement aplaudi. Nous nous dispensons
G
1814 MERCURE DE FRANCE
pensons de parler plus au long de cette Pié
ce , en ayant déja donné un Extrait dans fe
second Volume de Decembre 1726.p. 2953 .
. Le 22. Juillet , l'Académie Royale de
Musique ajoûta un nouvel Acte au Ballet de
la Paix . Cet Acte est intitulé Nirée. Il fut
parfaitement bien reçû . En voici l'Extrait. ·
La Scene est à Amathonte , le Théatre
représente les Jardins de cette Isle consa
crée à Venus ; ils sont ornés pour célebrer
la Victoire de cette Déesse . Nirée peint
cet aimable séjour , et se peint lui - même
ces Vers :
par
Goûtons les amusemens
Qu'une aimable Cour nous prête .
Nuls soins , nuls évenemens ›
Que ceux que l'Amour aprête.
Là , de mille objets charmans
Le spectacle nous arrête ;
Les discours , les sentimens ,
Et l'attaque , et la conquête
Remplissent tous les momens ;
Et chaque jour est la fête
Des Belles et des Amans .
Euryale fait connoître que c'est Nirée qui
ordonne les Jeux de cette Fête , et dit à cet
inconstant que toutes les Belles sont atten
tives
A O UST.
1815 17383
tives au choix qu'il va faire entre elles ; Nirée
continue à se peindre par ces Vers , qui exposent
le sujet de la Fête :
Que cette inquiétude est sensible à ma gloire !
De Venus triomphante on va tracer l'histoire ;
Une seule aujourd'hui doit obtenir le prix ;
Ah ! je voudrois , plus heureux que Pâris ,
A tout ce que je vois présenter la Victoire ,
Occuper tous les coeurs , troubler tous les esprits.
:
On voit par tous ces traits dont Nirée ex
prime son caractere , qu'il n'a point encore
d'objet déterminé , puisqu'il les embrasse
tous. Il se retire avec son Confident , pour
aller au- devant des Beautés qui doivent s'assembler
pour la Fête qu'il a préparée .
Ismene est bien loin de ressembler à cet
inconstant , qu'elle ne trouve que trop aimable
; elle le fait connoître par ce Monologue
:
1
Trop foible Ismene helas ! une pente fatale
Me fait chercher l'ingrat , qui me manque de foi ;
Ces Jeux sont préparés pour une autre que moi ;
Y viens- je trouver ma Rivale è
Mes yeux , retenez vos pleurs ;
Ils honorent trop un volage.
Cruel retour que j'envisage ,
Gij Dans
1816 MERCURE DE FRANCE
Dans le fond de mon coeur étouffez mes douleurs .
Mes yeux & c.
Dieux ! qu'il en coûté à feindre aux coeurs tels que
le mien !
Il faut d'une insensible affecter le langage ;
Ranimer mon orgueil , ou confondre le sien .
Nirée revient ; il fait compliment à Ismene
, sur un triomphe qui la suit en tous
lieux ; Ismene ne prend pas le change , at
lui dit avec un dédain affecté :
Je sçais quel cas on doit faire
D'un éloge ingénieux ,
Préparé pour la premiere
Qui s'offriroit à vos yeux.
et
Ce Dialogue a paru très-joli ; on auroit
souhaité qu'il y eut autant de clarté que
d'esprit. Nirée soûtient son caractere de
volage jusqu'à ces derniers Vers, où il paroît
s'attendrir sérieusement ; les voici :
Il falloit ne vous voir jamais ;
Je ne vous ai que trop servie ;
Ingrate , j'ai trop vâ vos dangereux attraits ;
Dieux inhumains ! vous ne les. avez faits
Que pour le malheur de ma vie.
On vient celebrer la Fête , qui consist
dans
A O UST. 1738. 1817
dans un Ballet Pantomime du Jugement de
Pâris . Il est exposé par ces Vers , que Nirée
chante , et dont la fin est répetée par le
Choeur :
Par Junon et Pallas le prix est disputé.
Au mépris des Grandeurs , des Trésors , de la
Gloire ,
Le Plaisir l'a remporté ;
D'un triomphe immortel , célebrez la memoire ;
Célebrez le P aisir , pour vanter la Beauté ;
L'un à l'autre doit sa victoire ;
Nous devons à tous deux notre félicité.
Pâris étant prêt de donner la Pomme d'Or
à Venus , Nirée le prévient , et la présente à
Ismene , en disant :
Que la feinte aujourd'hui cede à la verité .
Ismene s'attendoit si peu à cette déclaration
d'amour , qu'elle s'écrie :
Que vois-je quelle nouveauté !
On ne peut pas en dire dé même de la
pensée qui fait cet heureux dénoûment ; 'clle`
n'est pas neuve ; mais on doit tenir compte
à l'Auteur de l'avoir mise en action . Ismene
jouit de son triomphe ; mais ce n'est pas
sans défiance : Nirée la rassûre par ces
Vers :
Giij Que
1818 MERCURE DE FRANCE
Que les noeuds de l'Hymen assûrent les sermens
D'une éternelle flâme.
L'Auteur n'en a pas promis davantage
dans un petit Avertissement qu'il a mis à la
tête de cette nouvelle Entrée,le voici : Nirée
est corrigéde son amour propre et de son inconstance
par l'adresse d'une Amante qui pique sa
vanité , et qui dissimule , jusqu'à ce qu'elle soit
victorieuses desorte qu'on peut dire qu'il ne
l'épouse que par dépit.
Le s . Août on donna la 31 ° . représentation
du Ballet de la Paix , et le 7 , on remit
au Théatre la Comédie - Ballet du Carnaval
et de la Folie , dont les Paroles sont de feu
M. de la Mothe , de l'Académie Françoise
et la Musique de M. Destouches , Surintendant
de la Musique du Roy. Cette Piéce
qui a toujours fait le même plaisir toutes les
fois qu'on l'a remise au Théatre , avoit été
donnée dans sa nouveauté en Janvier 1704.
et la derniere fois en Juillet 1730. Nous en
avons donné un Extrait assés au long dans le
Mercure du même mois , page 1622 .
Le 13. les Comédiens François donnerent
une petite Comédie nouvelle en
Prose et en un Acte , qui a pour Titre Le
Consentement forcé , de la composition de
M.
AOUST . 17388 1819
M. Guyot de Merville. Cette Piéce , qui a
été reçûë très - favorablement , est suivie d'un
fort-joli Divertissement parfaitement bien
executé. Nous parlerons plus au long de
cette nouveauté.
Le 25. Les mêmes Comédiens remirent au
Théatre la Tragédie d'Oreste et Pilade de
M. de la Grange. Cette Piéce qui avoit été
donnée pour la premiere fois en 1698. et
reprise au mois de May 1722. fait encore
beaucoup de plaisir aujourd'hui. Les principaux
Rôles qui sont ceux d'Oreste , de Pila
de et de Thoas sont très- bien remplis par les
Srs Dufrêne , Grandval et Sarrazin , de mêine
que ceux d'Iphigenie et de Thomyris par les
Elles Gaussin er Grandval..
MADRIGAL ,
A Mile Gaussin , joüant le Rôle d'Iphigenic ,
L
És Grecs , Agamemnon , Calcas , et les Dieux
même
Ne sçauroient m'effrayer pour des jours précieux ;
Les efforts d'Achille amoureux
Pour se conserver ce qu'il aime ,
Ne font point mon espoir , et je le fonde mieur.
Sur l'attendrissement des Dieux.
Cij
Osez
820 MERCURE DE FRANCE
Osez les regarder , aimable Iphigenie ,
Vers le Ciel levez vos beaux yeux ;
Leur douceur me répond d'une si belle vie.
M. Reynaud.
A Mile Dangeville.
Voici le jour de votre Fête ;
Il faut , dit- on , vous faire un Compliment.
C'est fort bien dit. Mais je ne sçais comment
Ni commencer , ni finir. » Quelle bête !
» Quoi ! la matiere ... Allons tout doucement.
La matiere est fertile , et c'est là justement ,
C'est cela même , qui m'arrête.
S'il ne falloit
que vanter
des apas ,
J'irois mon train. Mais de l'esprit , des Graces ,
Mille talens ? Il faut à chaque pas
Demeurer court ; retourner sur ses traces :
Peut-être , au bout , je me verrois honni ! ...
Non , n'en déplaise au feu qui nous inspire ,
Ne disons rien ; car je voudrois tout dire ,
Et je n'aurois jamais fini.
A Mlle Dumesnil.
Sur les pas enchanteurs de la jeune Dufrêne ,
Gaussin depuis longtemps paroît avec splendeur :
Mais
A O UST. 1821 1738.

Mais qui pourra rendre à la Scéne
Sön immortelle Lecouvreur ?
Les temp , sont arrivés . Une nouvelle Reine .
Du Théatre François rétablit la grandeur.
Le 9. Août l'Opera Comique , qui conti
nuë toûjours la Piéce du Fossé du Scrupule
dont on a parlé , donna encore une autre
Piéce d'un Acte , qui a pour titre Le Bal
Bourgeois , avec un joli Divertissement.
La Dlle Cheret , connue sous le nom de la
petite Tante , et qui a joué ci - devant sur le
même Théatre au gré du Public , y reparut,
et joüa dans les deux Piéces avec beaucoup .
d'aplaudissement.
. Le 25. Fête de S. Louis , on donna sum
ce Théatre , à onze heures du soir , un Bak
public , à l'occasion de la Fête du Roy ; on
y dansa toure la nuit avec un grand concours.

Le 28. on donna trois petites Piéces d'un
Acte. La premiere intitulée La Pantoufle ; la
seconde ,La Muse Pantomime ; et la troisiéme
L'Amour et l'Innocence. Cette derniere
est suivie d'un Divertissement , coupé da
quelques Scénes dialoguées, et très- bien exc
cuté.
GEY NOU
1822 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES ETRANGERES.
RUSSIE.
Na reçû à Petersbourg la nouvelle d'une Victoire
remportée le 11.Juillet par les Moscovites
sur les Turcs , dont voici le détail .

L'Armée , qui , après le passage du Bog , s'étoit
reposée pendant cinq jours , se remit en marche le
10 , et passa sur plusieurs Pontons la Riviere de
Kodima , près de l'endroit où elle se jette dans le
Bog, Pendant que le Comte de Munich étoit occupé
à établir son Camp entre ces deux Rivieres ,
il reçut avis qu'un Corps de Troupes Ottomanes
paroissoit de l'autre côté de la Kodima , et que
Ennemis se préparoient à en tenter le passage.

les
Comme dès le 30. du mois dernier ses espions
lui avoient raporté que les Turcs , dont
l'Armée étoit augmentée considerablement , marchoient
vers cette Riviere , le Comte de Munich
ne douta point que le Seraskier de Bender n'eut
dessein de l'attaquer , et il fit toutes les dispositions
nécessaires pour attendre les Ennemis . Il apuya sa
gauche sur la Kodima et sa droite sur le Bog ,
ensorte qu'il avoit ces deux Rivieres derriere lui.
I fit repasser la premiere à 10000. hommes
sous les ordres du Général Romanzoff , afin de
couvrir la grosse Artillerie et les Bagages , que les
mauvais chemins avoient empêchés de pouvoir
jondre l'Armée. Ensuite il alla avec le Prince de
Holstein , Major Général de jour , reconnoître les
environs du Camp , et il s'avança jusque sur le
bord
A O UST. 1823 1738.
bord de la Kodima, pour observer les mouvemens
des Turcs , mais lorsqu'il y arriva , leurs Troupes
s'étoient retirées .
La nuit suivante , on acheva de former le Camp,
et les Moscovites demeurerent sous les armes .
L'Atteman des Cosaques du Tanaïs , aïant donné
avis le 11. à la pointe du jour , que les Ennemis
as oient passé la Kodima , on rapella les Fourageurs
et les Détachemens qui leur servoient d'escorte et
après avoir tiré trois coups de Canon , pour avertir
tous les quartiers de se tenir sur leurs gardes , on
fit marcher les Piquets.
Vers les six heures du matin , P'Armée Ottomane
parut à une petite distance du Camp , et deux
heures après les Tres attaquerent en même temps
les Gardes avancées de la seconde division de l'aîle
droite , et les Cosaques d'Ukraine ; mais le Général
Sagreski et le Major Philosophow qui accouru
rent avec les Piquets de la premiere et de la seconde
division de la même aîle,repousserent les Ennemis. '
Ceux-ci s'étant aperçus que M.Schipoff, Brigadier
'de jour, s'étoit avancé avec 4000. hommes hors de
la portée du Canon du Camp des Moscovites , ils
l'enveloperent , et ils auroient entierement défait
le Corps de Troupes qu'il commandoit , s'il ne se
fur défendu avec assés de valeur , pour donner
le temps au Comte de Munich de le dégager.
Ce Général marcha au secours de M. Schipoff ,
avec un Corps de Cuirassiers , de Hussards et de
Cosaques ; il fut soûtenu par un autre Corps..
que commandoit le Lieutenant Général Gustave
de Biron , et qui étoit composé des Gardes du
Corps de la Czarine , des trois Régimens dés Gardes
à pied , et du Régiment de Lowendahl. Il fut
obligé de se faire jour au travers des Ennemis , qui,
occupant les hauteurs , avoient sur lui l'avantage .
Gvj
du :
1824 MERCURE DE FRANCE
du terrain , et qui ne se retirerent , qu'après avoir
fait les plus grands efforts pour empêcher qu'il ne
joignit M. Schipoff.
Les Turcs , pendant que le Comte de Munich
combattoit pour dégager ce Brigadier , avoient
détaché des Troupes pour attaquer les Bagages de
l'autre côté de la Kodima ; mais les mesures prises
par le Général Romanzoff avoient fait échouer
leur entreprise.
"
Une grande poussiere , qui s'étoit élevée derriere
les hauteurs que les Ennemis occupoient , ayant
fait juger qu'ils avoient un grand nombre de Troupes
derriere ces hauteurs , le Comte de Munich se
détermina à les en chasser. Pour cet effet , il fit
sortir toutes les Troupes du Camp , et ayant fait
avancer quelques Piéces de canon , il attaqua sur
le midi l'Armée Ottomane. L'Artillerie fut si bien
servie que les Turcs reculerent peu à peu , et à
une heure après midi ils n'occupoient plus que le
sommet des hauteurs. Ils y resterent pendant quelque
temps , mais le grand nombre de bombes ,
dont le Comte de Munich les accabla , les obligea
de se retirer et de gagner les bords de la Riviere de
Kodima.
Le Comte de Munich mande à la Czarine , que
toutes les Troupes qui ont combattú , se sont égament
distinguées , et que plusieurs Officiers Généraux
, particulierement le Lieutenant Général Gustave
de Biron , le Baron de Lowendahl , et le Bri .
gadier Schipoff, ont eu beaucoup de part à cette
victoire .
On n'est pas instruit au juste de la perte des
Turcs , parce que , selon leur coûtume , ils ont
emporté leurs morts ; mais on assûre que les
Moscovites ont perdu beaucoup moins de monde ,
qu'ils ne devoient naturellement en perdre dans un
combat
AOUST. 1738 1824
combat qui a duré plus de six heures. Il n'y a eu
aucun Officier Général de tué , et le Colonel Axentief
, est le seul Officier de distinction , qui ait été
blessé ..
POLOGNE...
"
Es avis reçûs des frontieres sur la fin du mois
Ldernier ,portent.que le Pacha de Bender , ayant
apris que l'Armée Moscovite marchoit vers cette
Place , en avoit fait sortir tous ceux des Habitans ,
qui n'étoient pas en état de porter les armes , et
qu'on avoit rasé par son ordre les Fauxbourgs et
la plupart des Maisons de campagne des environs.
>
Ces Lettres ajoûtent que les Turcs avoient ruiné
absolument tout le Pays qui est entre le Bog et le
Dniester , et qu'ils paroissoient être dans le dessein
d'attendre les Moscovites sur le bord de la seconde de
ces deux Rivieres ,afin de leur en disputer le passage,
O
ALLEMAGNE .
N écrit de Vienne que la nouvelle aportée le
21. Juillet par le Général Major Comte de
Preysing du second avantage remporté sur les
Turcs par les Troupes Imperiales près de Méadia ,
ayant achevé de persuader au Peuple que les mauvais
succès de la Campagne derniere ne doivent
être imputés qu'à la negligence ou à la mauva se
volonté du Comte de Seckendorf , plusieurs Artisans
s'attrouperent ce jour - là devant l'Hôtel de ce
Feldt- Maréchal , et qu'après avoir jeté beaucoup
de pierres dans les fenêtres , ils tenterent d'enfon
cer les portes. La précaution qu'on prit de doubler
le soir la garde qui étoit auprès de lui , n'empêcha
pas le Peuple de s'assembler le lendemain en
plus
1826 MERCURE DE FRANCE
plus grand nombre , et de faire une nouvelle tentative
pour entrer dans son Hôtel ; on fut même
obligé de tirer sur la populace , qui fut dissipée.
Comme on avoit lieu de craindre que le Peuple
irrité de plus en plus contre ce Général , ne
cherchât à lui donner de nouvelles marques de
son ressentiment , on a jugé à propos de Pen garentir
, en le faisant conduire à Gratz en Stirie , où
la Comtesse de Seckendorf doit le joindre.
Le Grand Duc de Toscane a eu , depuis qu'il a
été forcé de quitter l'Armée pour venir à Bude ,
plusieurs accès de fiévie , qui ont déterminé l'Empercur
à lui mander de revenir à Vienne : ce Prince
se porte mieux depuis quelque temps , et comme
il n'a plus que de legers ressentimens de fièvre , on
compte qu'il sera bien- tôt en état d'aller rejoindre
l'armée.
Les Lettres de Vienne du commencement de ce
mois , portent qu'un Corps de Troupes Ottomames
ayant investi Méadia peu de jours après que
les Imperiaux s'en sont élo gnés , le Colonel Bernclaw
, qui y commandoit , et qui avoit reçû ordre
de n'y point soutenir de Siége , avoit rendu ce Fort
aux Turcs , à condition qu'il seroit conduit à Karansebes
avec la garnison.
Celles de Croatie marquent , qu'un autre Corps
de Troupes des ennemis est entré dans cette Province
, et qu'ils se sont emparés du Fort de Costan
za , situé sur la Riviere d'Una.
Selon ces Lettres , le Comte Esterhasi a assem→
blé toutes les Milices de la Province , et il les a
fait marcher du côté de cette Riviere , pour empê--
cher les Turcs de la passer.
ITALIA.
A O UST. 1738. 1827
ITALIE.
E Pape a accordé au Roy des deux Siciles la
Bulle de la Croisade pour le Royaume de Sicile
, dans la même forme qu'elle l'avoit accordée
ci- devant à l'Empereut. 7
Le 27. du mois dernier , plusieurs Habitans du
quartier de de-là le Tibre , se battirent à coups de
pierres , et les Soldats des quartiers voisins étant
accourus pour les dissiper , les Transteverins se
réunirent contre eux, et en maltraiterent quelques
uns après les avoir désarmés .
Des Commissaires nommés par le Pape se transporterent
, pour visiter les Papiers relatifs à un
Compte arrêté entre-eux pour une Societé qu'ils
avoient dans la Ferme des Douanes sous le précédent
Pontificat , et le bruit court qu'on a découvert
par ces Papiers , qu'ils avoient fait présent de
28000. écus au Cardinal Coscia pour entrer dans
cette Ferme.
On mande de Florence , que le Grand Duc de
Toscane a ordonné d'y établir une Loterie sembla
ble à celle de Rome , et dans laquelle on donnera
trente pour cent pour chaque Ambe , et soixante
pour cent pour chaque Terne , de plus qu'on ne
donne à Rome.
On aprend de Toscane , que sur la fin du mois
dernier , le Barigel de Livourne s'étant transporté
avec plusieurs Sbirres dans une Métairie voisine
des Fauxbourgs , pour y arrêter quelques Soldats
qui avoient deserté du Régiment des Gardes du
Grand Duc , ces Soldats firent feu sur lui , et
tuerent neuf Sbirres , qu'ils se saisirent ensuite
des autres Sbirres , et du Barigel lui- même ; et
qu'après les avoir liés à des arbres , ils les arque→
buserent, Tous les auteurs de cette cruelle action
se
1828 MERCURE DE FRANCE
X
se sont sauvés , sans qu'on ait pu découvrir où ils
se sont retirés.
L
FESTES A NAPLES
E 10. Juillet , Fête de Ste Amélie , dont la Rei
ne porte le nom , LL.MM. reçûrent les complimens
des Ministres Etrangers , de la Noblesse et
du Corps de Ville ; et l'après - midi la Reine admit
les Dames de la Cour à lui baiser la main . LL . MM .
allerent le soir au Théatre Royal de S. Charles ,
elles assisterent à la premiere réprésentation d'une
Comédie intitulée , la Loueuse de Chambres garnies,
et il y eut une triple salve de l'artillerie des Châ
teaux , et des Vaisseaux qui étoient dans le Port de
cette Ville..
Qu
Le lendemain , les Galeres firent en présence du
Roy et de la Reine l'attaque d'un Fort qu'on avoit
construit dans la Mer près de la Côte.
On promena le 12. dans les rues un Char qui
réprésentoit le Triomphe de Bacchus , et qui après
avoir été conduit par la rue de Tolede à la Place ,
vis -à vis le Palais , fut abandonné au Peuple.
Les 9. Chars qui parurent le 4 , n'étoient ren →
plis que de Personnes de la Cour, et il y avoit sur
le premier , les Duchesses d'Andria , et de Monteleon
, la Marquise del Vaglio , et la Comtesse de
Savignan , habillées à la Persane ; le Prince Pignatelli
, le Prince de Cardines , les Ducs d'Andria ,
et de Monteleen , le Marquis del Vaglio , Don
-Innocent Pignatelli de Marsico , le Comte de Saxignan
, et Don Charles Guevara de Bavino , vétus
à l'ancienne mode Napolitaine : Sur le second , les
Fincesses dello Spinoso , et de Durazano , les Duchesses
de Cimigliano , et de Noia , les Princes de
Ruscigliano , et de Durazano , les Ducs de Cin
g'iano ,
AOUST. 1738. 1829
et
gliano , et de Noia , les Marquis de Hauteville ,
de Saint Julien , Don Pompée Picolomini , et Don
Philipe Vacigliano , les uns et les autres couronnés
de fleurs : Sur le troisième , les Duchesses de Riario
, de Campolieto , et de Cansano , et la Marquise
d'Arena ; le Prince de Belvedere , les Ducs de
Riario , de Girifalco , et de Cansano , les Marquis
d'Arena , et de Saint Marc , qui réprésentoient les
heures du jour : Sur le quatrième , les Princesses de
San Severo , et de Castelcicala , la Duchesse de
Sora , et la Marquise de Salcito , les Princes de
Saint Antime , de San Severo , et de la Mora , les
Marquis de Salcito , et de Saint Lucide , le Comte
Jules Gaëtani , Don Thomas Caraccioli de Capriglia
, et Don Tibere Ruffo , en habits de Chasseuses
et de Chasseurs : Sur le cinquième , la Princesse
Borghese , la Duchesse de Termoli , les Marquises
de Fuscaldo , et de Solera ; les Princes Colubrano ,
et Borghese , les Ducs de Termoli et de Madalone ,
les Marquis de Solera , et de Fuscaldo , les Comtes
de Cerrero , et de Buccino , habillés en Pêcheurs :
Sur le sixtéme , les Princesses de Belmonte , della
Riccia , de Striano , et de Cariati ; les Princes d'Angri
, de Belmonte , et della Riccia , le Duc de Seminara
, les Comtes d'Aversa , et de Polenza , réprésentant
les Arts Liberaux : Sur le septiéme ,
Princesse de Belvedere , les Duchesses de Castro-
Pignano , et de Valentino , et la Marquise de
Grumo ; les Princes de Marsiconuovo , et de Spaccaforno
, les Ducs de Castro- Pignano , de Palma , de
Montenero , et del Sasso , et Don Fernand Caraffe,
avec des Couronnes d'épics , et des Cornes d'abondance
: Sur le huitiéme , les Princesses d'Ardore ,
et d'Avellino , la Duchesse d'Alvito , et la Comtesse
de Vintimiglia , les Princes de Belmontino de
Vintimiglia , d'Avellino , et d'Ardore , les Ducs
la
d'Avito ,
1830 MERCURE DE FRANCE
d'Avíto , et delle Noci , le Marquis del Vasto , et
le Comte de Vintimiglia , les Dames en Amazones et
les Seigneurs en Guerriers ; sur le dernier , la Princesse
de Sant - Angelo , la Princesse delle Luzi , la
Duchesse de Cassano Serra , et . la Comtesse de Poficastro
; les Princes delle Luzi de Sant - Angelo , de
Santo Mauro , et de la Roccella , le Duc de Cassano
Serra , et le Comte de Policastro , vétus à la
Romaine .
Le Chevalier Louis Mocenigo , Ambassadeur de
La République de Venise , eut le 16. Juillet sa premiere
Audience publique du Roy , et il fut conduit
à cette Audience par le Prince de Stigliano Colonne
, qui étoit allé le prendre en son Hôtel dans les
Carosses de S. M.
Le lendemain , le Roy donna aussi Audience au
Bailly de Vignacourt , Général des Galeres de Malthe
, et Ambassadeur Extraordinaire de la Religion
à la Cour de Naples et de Sicile. Cet Ambassadeur
qui étoit accompagné de plus de cent Chevaliers de
son Ordre , complimenta S. M. sur son Mariage .
Le 15. Leurs Majestés se rendirent à Chiaia ,
pour voir l'attaque d'une Forteresse qu'on avoit
construite dans la Mer, et qui étoit à peu près semblable
à celle que les Galeres avoient attaquée le 11.
Lorsque le Roy et la Reine furent entrés dans un
Pavillon qu'on leur avoit préparé sur la Côte , le
Vaisseau de Guerre le S. Philipe , les Galeres de
ce Royaume et celles de Malthe , investirent la Forteresse
et après un grand feu d'Artillerie , tant de
la part des Assiegés que de celle des Assiegeans ,
les Galeres s'éloignerent pour faire place à 60. Barques
, dans lesquel es étoient 1200. Soldats , vétus
seulement d'une chemise et d'un caleçon , et ayant
des bonnets rouges. Ces 1200. hommes escaladerent
la Forteresse , d'où les Assiegés leur jetterent
un
KOUST. 1738. 183F
un grand nombre de fusées et d'autres feux d'artifice.
On avoit mis dans cette Forteresse des provisions
de bouche de toute espece , en si grande
abondance , que 10000. hommes auroient pu
à peine les consommer ; et tout cela fut distribué
aux Soldats qui avoient monté à l'assaut .
à
Comme cette Fête se donnoit sur l'Eau, et qu'on
eraignoit qu'il n'arrivât quelque accident , on ne
jugea pas à propos de suivre l'usage qui se pratique
en pa eille occasion , et de rendre la Cocagne générale
.
Les Chevaliers de l'Ordre de S. Janvier , que les
Roy des deux Siciles a nommés , outre les Infants
d'Espagne Don Philipe et Don Louis , le Prince
Royal de Pologne , le Cardinal Aquaviva , les Princes
de Torella , et de la Rocca Filomarini , Am
bassadeurs auprès des Rois de France et d'Espagne,
le Connétable Colonne , le Duc de San- Istevan , et
le Prélat Chigi, sont , le Cardinal Belluga , P'Archevêque
de Palerme , les Princes Corsini , de Stiglia-.
no , Calvarizzo , de Butera , de Colubrano , de Si→
glia , de Santo -Buono , de Palagoria , et de Montemileto
, les Ducs de Tursis , de Sora- Buoncom→
pagni , d'Arion , de Madalone , de Castro Pignano ,
d'Andria, de Laurenzano , de Bovino , d'Atri , de la
Conquistado , de Montemar , et de Sangro ; les
Marquis d'Arienzo , de Solera , de Fuscaldo , et de
Castellar ; les Comtes de Luna , de Fuenclara ,
Charny , de Maceda , de Claviga , de Marsillac , et
de Grimaldi ; Don Lelio Caraffe, Don Michel Reggio
; le Comte de Wackerbart Salmour , Saxon , c .
le Chevalier de la Vieuville .
de
ISLR
832 MERCURE DE FRANCE
ISLE DE CORSE.
Es Rebelles étant convenus avec le Comte de
Boissieux de donner six ôtages pour répondre
de leur fidélité à observer les engagemens qu'ils
prendront avec la République , il a été reglé que
les Pieves de deçà les Monts , fourniroient quatre
de ces ôtages , et que les deux autres seroient nommés
par les Pieves de de- là les Monts.
Les ôtages qui ont été envoyés par les premieres,
sont le Docteur Juliani , un des principaux Habitans
de Balagna , M. Xavier Matra , de la même
Ville ; Le Docteur Costa , Habitant de Corte ; et
M. Buttafuoco , du Bourg de Rustino , les uns et
les autres de Familles considérables de l'Isle . Ils attendront
à la Bastie l'arrivée des ôtages des autres
Pieves , et on dit qu'ils doivent s'embarquer avec
eux sur une Galere , qui les transportera à Toulon.
Quoiqu'ils doivent être défrayés pendant leur
séjour en France aux dépens de S. M. T. C. les Rebelles
ont imposé une Taxe qui se prendra sur chaque
Famille de leurs Pieves , pour l'entretien de
ces ôtages.
Le bruit court qu'aussi -tôt après qu'on aura reçu
avis de leur arrivée à Toulon , on publiera une
Suspension d'Armes entre la République et les
Rebelles.
ESPA GN E.
.
N aprend de Madrid , que fes Ducs de la
Mirandole , de Médina Celi et de Gandia , le
Comte de Montijo , le Marquis Scotti , et le Marquis
de Saint Jean , ont été nommés par
le Roy
pour remplir les six Places de Chevaliers de l'Ordre
de Saint Janvier , que le Roy des deux Siciles
avoit laissées à la disposition de S. M. C.
SOLEM
AOUS T. 1738. 1833
SOLEMNITE' de la Canonisation de
S. Jean F. Régis . Extrait d'une Lettre
écrite de Madrid le 16. Juin 1738.
L
Es R. Peres Jésuites du College Impérial ,
viennent de commencer la Solemnité de la Canonisation
de S. Jean- François Régis , Missionnaire
François , de leur Compagnie . Je ne doute pas
que vous n'en voyez avec plaisir une Description
abregée.
La décoration de l'Eglise est des plus magnifiques
et en même- temps d'un très-bon goût. Le
Choeur entier est occupé par un Autel en Perspecti
ve , avec Machines , qui s'éleve jusqu'à la voûte;
le reste du Vaisseau est illuminé d'un bout à l'autre
et orné de festons de fruits et de fleurs , qui , sans
rien dérobér de sa belle Architecture , y répandent
beaucoup de gayté. La Perspective de l'Autel , au
travers d'un Arc de Triomphe très- élevé , présente
d'abord les Montagnes escarpées du Vivarez ,
Dans un enfoncement , qui est aux deux tiers de
la hauteur , l'on voit le Saint expirant , avec un
Groupe d'Anges , qui descend entre ces Rochers
affreux.
A ce Spectacle sauvage en succede un autre des
plus brillans. Ces Roches chenues s'entr'ouvrent et
se précipitent de toutes parts . On aperçoit une
nouvelle Scene ; le bas représente un Jardin délicieux
, orné de Jets d'eau et de Bassins très - variés.
De part et d'autre , des Statues colossales de Chérubins
courbés et adossés à des saillies d'Architecture
en demi-voûte, soûtenant une Colonade magnifique
à plinthes et chapiteaux dorés , les colonnes canelées
éclairées en dedans , semblent être rouge et vert ,
de Rubis et d'Émeraudes . Dans le milieu s'offre un
Trône préparé pour le nouveau Saint , qui voit
SOUS
834 MERCURE DE FRANCE

sous ses pieds un Ciel semé d'Astres brillans et diversement
colorés , qui par leur agitation continuelle
, font un reflet de lumieres éblouissant. Tout
le sommet jusqu'à la voûte , représente une Gloire
au milieu de laquelle la Sainte Trinité semble attendre
ce Serviteur fidele pour le couronner ; une
foule d'Anges y vole de toutes parts . Il faut avoüer
que ce coup d'oeil a quelque chose de frapant par
la vivacité d'une douce lumiere , et le mouvement
animé de tant de Figures. A peine les yeux ont ils
achevé d'en parcourir les differentes parties , que
l'on voit surgir insensiblement du sein de la terre
une pointe de Rocher , dont le sommet paroît environné
d'une Aurore . De- là commence à s'élever
un Soleil levant , qui , après être arrivé à une juste
hauteur , s'y arrête. La figure du Soleil s'évanouit ,
et au milieu de ses rayons diversement agités , pa-
Toît le vrai Soleil de Justice . A la fin les Rochers
viennent reprendre leur premiere place et font disparoître
cette Image passagere de la gloire des
Saints , représentée sous les idées que l'Ecriture
nous en donne , de Paradis délicieux , de Sainte
Sion et d'Empyrée.
La Décoration du Vaisseau de l'Eglise est tout- àfait
riante. Tous les Pilastres sont chargés de festens
pendans. Les Arcades et la frise de l'entablement
, de festons en campanes , des Seps de vignes
viennent serpenter au tour des petites Tribunes.Audessus
de la corniche regne un Treillage orné pareillement
de fleurs au naturel, et de fruits en cire,
avec des Oiseaux empaillés de toute espece , qui
semblent voltiger au tour. Le Treillage est entrecoupé
par des socles répondant à chaque Pilastre ,
et qui sont surmontés d'autant de Bustes , qui représentent
les Vertus du Saint. L'architrave et la
corniche dans toute leur étenduë sont illuminées en
circ
AOUST.
1738. 1835
:
cire blanche. Le Portique de l'Eglise , qui a trois
grands Arcs , est orné en verdure avec des Devises
et Inscriptions.
En dedans de l'Eglise , au-dessus de la grande
porte , est le Dais avec les Portraits de leurs Majestés.
De part et d'autre de l'Autel , sur des Estrades forr
élevées , sont placées les Statues de tous les Saints
de la Compagnie de Jesus , habillés magnifiquement
en velours noir , tout brodé d'or ou d'argent, avec
quantité de Pierreries.

Les rues par où devoit passer la Procession
étoient tendues de Tapisseries , et les Balcons garnis
de Tapis de brocard et de damas.Comme toutes
les Maisons sont en Balcons et qu'il y en a jusqu'à
4. ou 5. l'un sur l'autre , cela a quelque chose de
magnifique. Il y avoit outre cela sur le chemin
onze Reposoirs differens , extremement élevés , er
tout chargés d'argenterie du haut en bas.
Ce fut à cinq heures du soir que commença la
Proçession , à laquelle assista le Corps de Ville en
Cérémonie , Mrs de la Congréation du College
Impérial , et les Pensionnaires du Séminaire Royal
des Jésuites . Ces Pensionnaires sont tous habillés
à la Françoise , mais de noir , avec le Cordon rouge
en Echarpe , chargé d'un Nom de Jesus en brocerie
d'or
Il y avoit près de 350. Jésuites , tant des six Maisons
qu'ils ont à Madrid ,lesquelles s'étoient réunies,
que des Colleges voisins , d'où ils sont venus en
foule , et même tous ks Etudians de Tolede et
d'Alcala . Entre les deux rangs de Jésuites , paroissoient
les Statues de plusieurs de leurs Saints , portées
sur les épaules des Jésuites Prêtres , qui se relevoient
tour à tour.
Celle de S. Louis de Gonzague étoit précédée du
Duc de Solferino, Gonzaga ; celle de S. Borgia étoit
précédée
1836 MERCURE DE FRANCE
précedée d'un Gentilhomme du Duc de Gandie , "
c'est bien à regret qu'il n'a pu par lui-même s'ac
quitter de ce devoir envers le Santo Avuelo. L'on
y avoit joint six jeunes Enfans , vétus à l'Espagnole
d'autrefois . Celle de S. Xavier , précédée du Comte
de Xavier , Duc de Grenade , et de six jeunes Enfans,
vétus en Indiens . Celle de S. Ignace , précédée da
Marquis d'Alcañizés , dernier de sa Fam lle , qui ,
après lui , va se fondre dans celle de Xavier, İly
avoit encore six jeunes Enfans en Guerriers , vétus
à la Romaine.
Devant la Statue du nouveau Saint , marchoit le
Duc de Frias ,Grand Sommelier , au nom du Roy, et
portant l'Etendart de S. M. Il étoit accompagné des
Ducs ou Marquis de Bournonville , de Montemar ,
de Benalcasar , de la Jamaïque , Berwic , du Prince
Pio , du Comte de Galves , petit-fils du Duc d'Albe
et de los Balbasez ; le tout escorté d'un Détachement
de Gardes du Corps. Il y auroit eu bien plus
grand nombre de Seigneurs , si la Cour eût été à
Madrid.
huk
La Procession en cet ordre , et escortée des Soldats
aux Gardes , au son des Timbales, Trompettes,
Cors-de- Chasse , Hautbois et Violons , distribués
en plusieurs Choeurs , se rendit d'abord à la Place
Royale , de- là à la Maison Professe ; fila ensuite
vers la Puerta del Sol , et delà ayant tourné du côté
des PP. de S. Dominique , elle rentra par un autre
côté dans la Place Royale. Ce ne fut qu'après
heures qu'elle arriva au Coliege Impérial. La Sta
tue du Saint s'arrêta à l'entrée , jusqu'à ce qu'on
cût fait jouer devant elle deux Piramides de Feu
d'artifice très-bien executées. J'oubliois de dire que
dès le Samedi au soir il y avoit eu déja un grand
Feu d'artifice devant l'Eglise . On y avoit représenté
un Château bâti au milieu de la Mer , sur un
Rocher
A OUST 1738. 1837
Rocher escarpé , et deux Vaisseaux qui venoient le
bombarder.
En rentrant on trouva toute l'Eglise illuminée.
Le Dôme l'étoit aussi en dehors . Tan is qu'on
chantoit le Te Deum , on eut tout le temps d'excuter
les changemens de Scene du grand Autel, ce qui
réussit parfaitement .
Il étoit plus de neuf heures quand cette premiere
Cérémonie finit, Vous pouvez juger par la description
que je viens de faire à la hâte , que cette Fête
a été véritablement des plus magnifiques et des
plus superbes . Ce qui doit faire plaisir à la Compagnie
, c'est l'empressement avec lequel tous les Òrdres
y ont concouru .
Sa Majesté , après tout ce qu'elle a fait pour la
Canonisation de ce grand Saint , après le riche Autel
qu'elle lui a fat bâtir , a voulu encore signaler
sa pieté et sa libéralité Royale , par ce qu'elle a
accordée les frais de cette Fete . L'Etenpour
dart que ce grand Prince consacre au nouveau Saint,
est de Moire d'argent , brode en or et en fleurs de
Sove à plein , avec des glans , cordons et campanes
mêlées d'or et de Soye blanche. Regis ad exemplum,
presque tout le Monde a concouru. Les Ducs de
Gandie et de Solfarino , et le Marqu´s Dalcanizes ,
ont habillé les Saints de leurs Maisons. La Duchesse
d'Ossune a voulu habiller le nouveau Saint , et y a
travaillé de ses mains . Elle y avoit ajoûté pour plus
de so . mille écus de Pierreries. Les differens Ordres
Religieux ont dressé , chacun à leurs frais , les
differens Oratoires dont j'ai parlé ci dessus. La
foule du monde dans les rues et sur les Balcons
étoit prodigieuse , &c,
H PORTUGAL
1838 MERCURE DE FRANCE
9
O
PORTUGAL.
N aprend de Lisbonne,que le s.Juillet LL.MM.
accompagnées du Prince et de la Princesse du
Bresil , et des Infants Don Pedre , Don Antoine et
Don Emanuel , assisterent à un Carousel dans lequel
plusieurs Seigeurs de la Cour , divisés en quatre
Quadrilles , entrerent en lice .
La premiere Quadrille , qui étoit commande
par le Duc de Cadaval , Grand Ecuyer du Roy ,
étoit composée du Marquis d'Alegrete , du Comte
de Povolide , de Don Antoine Rolum de Moura de
Azambuja , Frere du Comte de Val- de - Reys ; de
Don Joseph-Bernard de Tavora , Frere du Comte
de S. Vincent de Don Juan da Costa , Fils aîné du
Comte de Soure ; du jeune Comte de Santiago , ct
de Don Manuel de Tavora , Frere du Marquis de
ce nom .
Les Comtes de Val de Reys et de Lavradio , Don
François-Xavier- Pierre de Sousa , Visiteur de la
Maison de la Reine , Don Manuel - Antoine de
Sampayo et Mello , Seigneur de Villaflor ; Don
Manuel de Sousa , Capitaine de la Garde Royale
Allemande ; Don Louis de Saldagne de Gama , fils
aîné de Don Juan de Saldagne , ci- devant Viceroy
des Etablissemens que les Portugais ont dans les
Indes , et Don Blaise Balthasar de Silveira , Mestre
de Camp Général et Gouverneur des Armes de la
Province de Beira , formoient la seconde Quadrille,
à la tête de laquelle étoit Don Thomas de Lima ,
Vicomte de Villanova de Cerveira, Premier Ecuyer
de la Princeste du Bresil.
Dans la troisiéme , commandée par le Marquis de
Tavora , étoient Don Joseph Ayres de Saldagne
d'Albuquerque , Visiteur de la Maison de l'Infant
Don Antoine ; Don Antoine de Saldagne d'Albu
querque ,
AOUST. 1839
1738.
querque , son fils ; Don Louis Guedes de Miranda,
fils de Don Pierre de Marça ; Don Nuno de Tavora
, frere du Marquis de ce nom ; Don Louis de
Portugal , Colonel du Régiment d'Infanterie de
Setuval ; Don Fernand de Almeida , neveu du Cardinal
Patriarche de Lisbonne , Don Thomas da
Silveira de Albuquerque , cousin du même Cardinal
.
Le Comte de S. Michel conduisoit la derniere
Quadrille , qui étoit composée de Don François
de Menatzes , fils aîné du Comte d'Ericeira ; de
Don Thomas da Silva Telles de Villanova de Cerveira
, Mestre de Camp Général ; de Don Alvar
Joseph Botelho , fils du Comte de S. Michel ; de
Don Fernand Xavier de Miranda Henriques , cousin
du Comte de Sandomil ; de Don Marc de Noronha
, fils aîné du Comté d'Aicos ; de Don Joseph-
Joachim de Miranda Henriques , Seigneur de
Carapito et de Codiceïró ; et de Don Louis de
Sousa , frere du Capitaine de la Garde Royale Allemande.
Les mêmes Seigneurs firent le '12 . un second
Tournois , dans lequel ils parurent avec de nouvelles
Livrées , aussi magnifiques que les premieres ,
et auquel L. M. se trouverent avec la Princesse du
Bresil et les Princes de la Famille Royale.
Le 18. il y eut un Combat de Taureaux , que le
Roy et la Reine honorerent de leur présence , et
dans lequel le Duc de Cadaval , les Marquis de Tavora
, et d'Alegrete , et Don Antoine de Sampayo
et Mello , Seigneur de Villaflor , étoient les principaux
Champions.
Hij GRANDE
1840 MERCURE DE FRANCE
O
GRANDE BRETAGNE .
fait
N assûre à Londres , M Keene ayant
que
de nouvelles instances auprès du Roy d'Espapagne
, pour que S. M C. fit relâcher les Vaisseaux
Anglois , qui sont encore retenus en Amerique par
les Espagnols , Don Sébastien de la Quadra , Secretaire
del Despacho Universal , avoit déclaré de la
part du Roy d'Espagne , que S. M. C. persistoit
dans la résolution de ne point restituer les Vaisseaux
qui avoient été surpris en contreb nde par
ses Gardes Côtes.
Plusieurs Lettres d'Espagne , marquent que sur
cette réponse de Don Sébastien de la Quadra , M.
Keene avoit envoyé ordre à tous les Vaisseaux Mar.
chands Anglois , qui étoient dans les Ports d'Espagne
, de mettre au plutôt à la voile.
le 7.
On a apris depuis peu , que Don Thomas Geral
dino , Ministre du Roy d'espagne à Londres , eut
de de mois une longue conference avec le
Duc de Newcastle , et on dit qu'il lui a déclaré que
le Conseil des Indes ayant fait les pe quisitions ordonnées
par S. M. C. il résultoit de l'examen des
Procès Verbaux , et des autres Piéces , qui avoient
é é remises à ce Conseil , que de tous les Vaisseaux
Anglois , qui ont été pris par les Gardes , Côtes Espagnols
en Amérique , il n'y en avoit que cinq ,
que les Propriet.ires eussent droit de reclamer ;
que le Roy d'Espagne avoit donné ordre de les relâcher
, et que Don Sébastien de la Quadra , Sécretaire
del Despacho Universal , avoit écrit au
Gouverneur de la Havanne , de faire punir les
Armateurs qui s'étoient emparés de ces Bâtimens.
)
MORT'S
A¨O US T´´ 1738. 1841
********* ****XXXXXXYH

MORTS , NAISSANCE
des Pays Etuangers.
E 2. Juillet , Charles Townshend , Vicomte de
L Townshend, Baron de Lynn, Pair d'Angleterre,
Membre du Conseil Privé de S. M. B, Chevalier de
de l'Ordre de la Jarretiere et Gouverneur de la Chartreuse
, mourut à sa Terre de Raynham - Hall , dans
la Province de Nortfolck. Il avoit été par deux
fois Secretaire d'Etat de la Grande-Bretagne ; la premiere
fois depuis le 28. Septembre 1714. jusqu'an
mois de Décembre 1716. et la seconde , depuis le
19. Février 1721. jusqu'au 26. May 1730. qu'il se
démit de cette Charge , s'étant alors retiré sur ses
Terres. Il avoit été élu et installé Chevalier de la
Jarretiere les 19. Juillet et 8. Août 1724. Il avoit
été marié en secondes Noces au mois de Juillet
1713. avec la soeur aînée du Chevalier Robert Walpole,
Premier Ministre d'Angleterre , laquelle mou
rut le 9. Avril 1726. grosse de 4. mois , laissant S.
Enfans vivans de 13. qu'elle avoit eue du Vicomte
de Townshend , qui avoit de sa premiere femme
Enfans , dont l'aîné apellé Lord- Lynn , succede à
ses Titres et à ses biens .
4.
Le 16 , D. Catherine de Boufflers , Dame da Palais
de la Reine regnante d'Espagne , et Epouse de
D. Joseph Cantelmi - Stuart , Duc de Papoli , Prince
de Petterano , Seigneur Napolitain , Grand d'espagne
de la premiere Classe , avec lequel elle avoit
été mariée le 22. Avril 1717. mourut à Madrid ,
dans la 36. année de son ége , étant née le 21 .
Septembre 1702. elle étoit fille puînée de Louis-
François de Boufflers , Duc , Pair et Maréchal de
France , Chevalier des Ordres du Roy , & c mort
Hij le
1842 MERCURE DE FRANCE
le 22. Août 1917. et de D. Catherine- Charlotte de
Gramont , à présent sa veuve , ci-devant Dame
d'honneur de la Re ne.
"
Le Duc de Saxe Mersebourg , mourut le 28. du
mois dernier à Dobriluck , où il faisoit sa résidence.
Ce Prince , qui se nommoit Henry, et qui avoit
succedé en 1731. au Duc Maurice- Guillauine , son
cousin , étoit âgé de 76. ans, 16. mois et 26 jours,
étant né le 2. Septembre 1661. Il avoit épousé le
29 Mars 1692. la Princesse Elizabeth , fille du Duc
Gustave Adolphe de Meckelbourg Gustraw
et il
avoi eu de ce Mariage le Prince Maurice , né le 29..
Octobre 1694. et mort le 11. Avril de l'année suivante
, et la Princesse Christine Frédérique , qui
nâquit le 27. May 1693. et mourut le 21. Août
1722. Le Duc de Saxe Mersebourg étoit Chevalier ,
de l'Ordre de l'Aigle Blanc de Pologne , et pendant
sa jeunesse il avoit commandé dans une des Guerres
contre les Turcs un Régiment des Troupes Impériales
, à la tête duquel il acquit une grande ré
putation . Aussi-tôt après sa mort , la Duchesse
Douairiere de Saxe Mersebourg , a envoyé à Moritzbourg
M. de Bibra , Conseiller Privé et Grand-
Maître de la Maison de ce Prince , pour en donner
part au Roy de Pologne , Electeur de Saxe.
Le Duc de Saxe Mersebourg ne laissent point
d'Enfans , et ses Etats étant dévolus à la Maison
Electorale de Saxe , Mrs de Zech et de Zanthier se
sont rendus à Mersebourg , par ordre du Roy de
Pologne , Electeur de Saxe , et après avoir posé le
scellé sur les Effets du feu Duc , ils ont pris possession
du Duché de Mersebourg , au nom de S. M.
Polonoise , qui y a envoyé quelques Troupes.
Les revenus que tiroit le feu Duc , tant de son
Duché , que des Terres qu'il posse doit en Saxe et
dans la Basse Lusace , montoient à 300c00 florins..
Qn
A O UST. 1843 1738.
On aprend de Dresde , que la Reine accoucha
au Château de Moritzbourg d'un Prince , dont la
naissance fut annoncée par le bruit de plusieurs
décharges du canon , et que l'on dépêcha sur le
champ le Baron de Bulow à Vienne , le Comte de
Collowrath à Madrid , le Baron de Lomnitz à
Naples , et M. le Fort à Petersbourg , pour y donner
part de cette nouvelle On dit que le jeune
Prince aura pour Parains et pour Maraines le Roy
et la Reine d'Espagne , avec le Roy et la Reine
des deux Siciles.
*************
FRANCE..
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Lpiegne le 4 Août , et S. M. alla cou-
E Roy partit du Château de Com-
4.
cher à Chantilly , d'où elle revint le
Versailles .
7.
à
Le 14. de ce mois de ce mois , le fils du Duc de
Chastelleraud reçût dans la Chapelle du
Château de Versailles les Cérémonies du
Baptême ; il eut pour Parain et pour Maraine
, Monseigneur le Dauphin et Madame
, et la Cérémonie fut faite par l'Abbé de
la Fare d'Alais , Aumonier du Roy , en
quartier , en présence du Curé de la Paroisse
. La Reine accompagnée de Madame
Hij Henriette
1844 MERCURE DE FRANCE
Henriette et de Madame Adelaïde , assista à
cetté Cérémonie dans sa Tribune..
Le 15. Fête de l'Assomption de la Sainte
Vierge , le Roy se rendit a la Paroisse du
Château , où S. M. entendit la Grande Messe.
L'après midi , le Roy accompagné du
Duc d'Orleans , du Duc de Chartres , du
Prince de Dombes , du Comte d'Eu , et du
Duc de Penthievre , assista dans la Chapelle
du Château aux Vêpres , qui furent chantées
par la Musique. S. M. assista ensuite à la
Procession qui fut faite autour de la Place
d'Armes, et à laquelle l'Archevêque deRouen,
Premier Aumônier de la Reine , officia.
Le même jour , la Reine entendit la Messe
dans la Chapelle du Château , et S. M. communia
par les mains du même Prélat : la
Reine assista aux Vêpres dans sa Tribune .
>
Le 16. dans l'Assemblée générale du
Corps de Ville M. Turgot , Conseiller
d'Etat , fut continué Prévôt des Marchands :
M. le Roy de Feteuil , Quartinier , & M.
Germain , Orphevre du Roy , furent élus
Echevins.
Le lendemain , le Corps de Ville se rendit
à Versailles , et le Duc de Gêvres , Gouverneur
de Paris , étant à la tête , il eut Audience
du Roy , avec les Cérémonies accoû
tumées. Il fut présenté à S. M. par le Comte
de
A OUST. 1738. 1845
>
de Maurepas,Ministre et Secretaire d'Etat, et
conduit par le Marquis de Brezé , Grand
Maître des Cérémonies. Le Prévôt des Marchands
et les deux nouveaux Echevins
prêterent entre les mains du Roy le Serment
de fidelité , dont le Comte de Maurepas fit
la lecture ,le Scrutin ayant été présenté par
M. Gilbert de Voysins , Avocat du Roy du
Châtelet , qui parla avec beaucoup d'esprit
et d'éloquence.
Le même jour , le Corps de Ville eut
Phonneur de rendre ses respects à la Reine
à Monseigneur le Dauphin , et à Mesdames
de France.
Le 19. Juillet , à quatre heures après midi
la Reine alla à la Communauté , dite de
l'Enfant Jesus , dont M. le Curé de S. Sul
pice prend soin . S. M. qui étoit accompa
gnée de beaucoup de Seigneurs et de Dames
de sa Cour , fut reçûë à la descente de son
Carosse par M. le Curé , accompagné des
principaux Ecclesiastiques de sa Communauté
, par des Religieuses de la Maison , et
par trente Demoiselles de Condition , qui y
sont élevées.
La Reine marqua à tout le monde , et
particulierement à ces jeunes Demoiselles ,
beaucoup de bonté . S. M. voulut voir ensuite
les pauvres femmes et filles , qui vont
chaque Hv
1846 MERCURE DE FRANCE
chaque jour travailler dans de grandes Salles,
au nombre de s . à 600 ; Elle entra dans
chacune des Salfes , parla avec bonté à ces
pauvres gens , en questionna beaucoup sur
le Lieu de leur naissance , et sur leur travail.
S:
S. M. parut fort touchée de leur misere , et
édifiée des soins que M. le Curé prend de les
faire instruire , et de leur donner à travailler,
pour leur faire éviter les dangers de l'oisiveté.
La Reine entra ensuite dans la Salle où
les jeunes Demoiselles travaillent . Elle vit
avec beaucoup de plaisir leurs Broderies ,
qui surpassent les plus beaux Ouvrages de
Perse et des Indes. S. M. voulut bien accepter
, avec des témoignages de satisfaction
un mouchoir de col, de la façon de ces Demoiselles
, qu'elle mit sur le champ.
S. M. voulut voir la Basse- cour, entra dans
la Laiterie , où elle se reposa , et mangea de
la Crême fraiche , que M. le Curé avoit fait
préparer avec une petite Collation. Elle ordonna
à toutes ses Dames de s'affeoir , et de
faire colation avec elle. On fait dans cette
Laiterie du beurre excellent , et des fromages
de Crême glacée , qui sont fort estimés,
Cette Laiterie sert aussi pour les pauvres
Enfans de la Paroisse , au nombre d'environ
300. à qui on porte du Lait tous les matins.
Les Jeunes Demoiselles chanterent en même
temps une Idille composée à la gloire de
Leurs
A OUST.
1738. 1847
Leurs Majestés. La Reine l'écouta avec des
marques de la plus grande bonté.
S. M. alla ensuite à la Chapelle pour y
entendre le Salut , qui fut chanté par les
Demoiselles . La Reine montra dans cette
occasion autant de pieté, qu'elle avoit montré
de charité. S. M. se promena avec toute
sa Cour dans les Jardins , et remonta en
Carosse vers les huit heures du soir , pour
aller souper chés Mad. la Duchesse de Ventadour
, après avoir remis ses liberalités entre
les mains de M. le Curé , à qui elle dit ,
qu'elle vouloit avoir part aux bonnes oeuvres
qui se pratiquent dans cette Maison , dont
elle étoit très- édifiée.
Ces Demoiselles ont eu l'honneur de présenter
à la Reine , les années dernieres , des
Robes de Mousseline , brodées à plein , à la
façon de Perse , or , argent , et soye , que
S. M. a bien voulu porter quelquefois.
Le 15. Août , M. l'Archevêque de Paris.
fit après Vêpres avec le Clergé de l'Eglise de
N. D. la Procession solemnelle qui se fait
tous les ans en memoire du Voeu que Louis
. XIII. avoit fait pour obtenir du Ciel par
: l'intercession de la Ste Vierge la fécondité
de la Reine , qui n'avoit point encore eu
d'Enfant. Ce Veeu fut suivi de la naissance
de Louis XIV.qui arriva le § . Septemb.1638 .
H vj
1848 MERCURE DE FRANCE
et de celle de Monsieur, Frere da Roy Louis
XIV. qui arriva l'armée suivante.
Le 10. Fevrier 1633. environ deux mois
après que la grossese de la Reine eut été dé -
clarée , Louis XIII . donna une Déclaration ,
par laquelle il mit sa Maison et tout son
Royaume sous la Protection de la Vierge ,
Mere de Dieu ; exhortant tous les Prélats de
France dont les Eglises principales ne seroient
pas
dédiées à la Vierge , de lui consacrer
un Autel , et d'ordonner une Procession
annuelle le jour de l'Assomption , ce qui fut
ordonné par les Prélats chacun dans son
Diocese.
LOUIS XIII. assista en personne à la Procession
que le Clergé de N. D. de Paris fit
cette année le jour de l'Assomption ; le Parlement
, la Chambre des Comptes et la Cour
des Aydes s'y trouverent aussi ; et depuis ce
temps- là, cette Procession a toûjours été faite
chaque année avec les mêmes cérémonies.
Les Cours sont averties de s'y trouver par
une Lettre de Cachet que le Roy leur envoye
quelques jours auparavant ; et comme
la Chambre des Comptes dispute au Parlement
la Préséance , à cause qu'elle prétend
avoir été renduë sédentaire à Paris avant le
Parlement , le Roy dans la Lettre de Cachet
qu'il adresse tous les ans à cette Chambre,
lui enjoint de céder la droite au Parlement
pour
AOUST.
1738. 1849
pour cette fois , et sans tirer à conséquence.
Le Roy qui est réputé présent à cette Cérémonie
, envoye un Détachement de Gardes
du Corps pour garder le Choeur de l'Eglise
N. D. et un des Cent Suisses pour
garder les portes de la Nef.
Les Cours ne viennent à N. D. que par
Députés ; sçavoir , du Parlement un Président
à Mortier et 30. ou 40. Conseillers , ct
Mrs les Gens du Roy , tous en Robe rouge.
De la Chambre des Comptes un Président
, plusieurs Maîtres , et autant environ
de Correcteurs et Auditeurs , tous en Robe
de cérémonie . De la Cour des Aydes un
Président et une vingtaine de Conseillers ,
tous en Robe rouge .
Le Prévôt des Marchands , les Echevins
et autres Officiers du Corps de Ville y viennent
tous en Corps avec les trois Compagnies
d'Archers de la Ville.
La Procession sort par la ruë neuve N. D.
passe le Marché neuf, le bas du Pont S. Michel,
devant le Palaïs , ruë de la vieille Draperie
, rue S. Christophe , et rentre par la Porte
du Cloître du côté du Chapitre.
Cette Procession est composée du Clergé
de N. D. et de celui des quatre Collegiales ,
dites Filles de N. D. Les Cours dont on a
parlé suivent la Procession. Il y a cu cette
année 1738. cent ans accomplis qu'elle a été
établie .
Le
1850 MERCURE DE FRANCE
Le Roy pour renouveller le Vou de Louis
XIII. avoit écrit le premier Août à l'Archevêque
de Paris la Lettre qui suit.
MON COUSIN, comme le premier et le plus
"
essentiel devoir des Souverains est de faire
regner dans leurs Etats l'Etre suprême par
qui regnent tous les Rois de la terre , ils ne
peuvent donner des marques trop publiques et
trop éclatantes de leur parfaite soumission à la divine
Majesté ; et comme c'est d'Elle seule qu'ils
tiennent toute leur autorité , ils ne doivent pas se
contenter des hommages qu'ils lui rendent en Personne
, ils doivent encore encourager leurs Sujets
à concourir avec eux pour lui marquer leur reconnoissance
des bienfaits continuels qu'ils reçoivent
de sa bonté ; pénétré de ces principes , je
n'ai rien plus à coeur , depuis mon avenement à la
Couronne , que de maintenir dans toute leur étchdue
les Etablissemens formés par la pieté de mes
Ancêtres : Il n'en est guere de plus respectable que
le Vau solemnel de Louis XIII. de glorieuse, memoire
: ce Prince rempli des sentimens de la plus
solide dévotion avoit éprouvé tant de fois le se
cours visible du Ciel , soit dans les temps que son
Royaume fut agité par les troubles que l'Hérésie
entraîne néceffairement avec elle , soit dans les
Guerres suscitées par la jalousie de ses Voifins ,
qu'il crut ne pouvoir donner un témoigna
ge plus autentique de sa reconnoissance et de
sa vénération pour la très - sainte Vierge , qu'en
mettant son Royaume sous sa protection . Louis
XIV. de glorieuse mémoire mon très - honoré Seigneur
& Bifayeul a suivi les mêmes principes , et
a ressenti pendant tout le cours de son regne des
effets
AOUST . 1738. - 1852
effets fignalés de cette puissante protection ; et
comme je ne puis suivre de plus grands exemples
que ceux de ces deux augustes Prédecesseurs , je
veux que cette année , qui est la centenaire depuis
que mon Royaume reconnoît la Mere de Dieu
pour sa Patrone speciale , foit en même temps l'époque
du renouvellement que je fais de ce même
établissement. C'est pourquoi je vous fais cette
Let re , pour vous dire que mon intention est ,
que le matin du Dimanche qui précedera le quinze
Août prochain , jour de l'Assomption de la trèssainte
Vierge , vous faffiez faire commémoration
de la Déclaration de Louis XII . du 10. Février
1638. dans l'Eglise Métropolitaine de ma bonne
Ville de Paris et autres de votre Diocese ; et qu'après
les Vêpres du jour de l'Affomption , il soit
fait une Procession avec toute la splendeur qu'il se
pourra , à laquelle affifteront toutes les Compagnies
Superieures , et les Corps de Ville , avec pareilles
cérémonies que celles qui s'observent aux
Proceflions générales les plus folemnelles ; ce que
je veux être fait en toutes les Eglises tant Paroifliales
, que des Monasteres des Villes , Bourgs et
Villages de mon Royaume , ainsi qu'il est plus
particulierement expliqué dans ladite Déclaration ,
que je veux être observée éxactement , et n'étant
la Préfente à autre fin . Je prie Dieu , qu'il vous
ait , Mon Coufin , en sa sainte et digne garde , & c.
Le 8. Août l'Archevêque de Paris donna le Mandement
qu'on va lire .
C
Harles - Gafpard- Guillaume de Vintimille des
Comtes de Marseille du Luc , par la misericorde
Divine , et par la grace du Saint Siége Apostolique,
Archevêque de Paris , Duc de Saint Cloud,
Pair de France Commandeur de l'Ordre , du
Saint
1852 MERCURE DE FRANCE
Saint Esprit , &c . A tous les Fideles de notre Diocèse
, Salut et Bénédiction .
Le Roy persuadé que c'est le Seigneur qui fait
regner les Princes de la terre, et qui éleve ou abaiffe
à son gré les Trônes et les Empires , a cru qu'il
étoit de son devoir de conserver les faints Etablissemens
que la pieté de ses Prédécesseurs leur a .
inspirés , et qui peuvent attirer sur son Royaume
les secours et les bienfaits du Ciel.
C'eſt dans ces vûës et par ces motifs , qu'à l'exemple
de son auguste Bisayeul , Sa Majesté a jugé
à propos de renouveller la Déclaration par laquelle
le Roy Louis XIII . de glorieuse mémoire , annonça
il y a cent ans à tous ses Peuples , qu'il prenoit
la très- Sainte Vierge pour la Patrone spéciale
de ce Royaume , qu'il lui consacroit particuliérement
sa Personne , son Etat , sa Couronne et fes
Sujets, et qu'il vouloit qu'à chaque année , au jour
et Fête de l'Assomption, il se fit une Procession des
plus solemnelles pour implorer l'assistance de cette
Reine du Ciel , et perpetuer la mémoire de cette
religieuse consécration .
Aplaudissons à un zele si loüable , et si édifiant ,
et signalous dans l'occasion qu'il nous présente ,
notre tendre dévotion envers notre puissante Protectrice
: Pleins de cette confiance filiale , qui a
porté nos plus grands Rois à attendre d'Elle et à
lui attribuer tout le bonheur de leur Regne , demandons
à Dieu , par son interceffion , qu'il comble
le Roy et son Peuple de ses plus fignalées faveurs
; conjurons - le d'affermir de plus en plus la
tranquillité de l'Etat , et d'accorder à l'Eglise de
France la ceffation des troubles dont elle est agitée,
en infpirant l'efprit de docilité et l'amour de la Paix
à tous fes Enfans.
Puiffe notre auguste Monarque recueillir enfin
le
A O UST. 1738.
1853
le fruit des soins qu'il employe pour éteindre le feu
de la division et des disputes . Puille - t- il , sous la
protection de Marie , non - feulement comme Ezéchias
, voir dans tous les jours de sa vie , regner la
Paix et la Verité ; mais goûter encore la douce esperance
de tranfmettre ce double tresor à une longue
suite de Descendans , héritiers de fa gloire et
de fa puiffance.
A ces Caufes , et pour nous conformer aux intentions
, dont Sa Majesté nous a fait part par la
Lettre ci -jointe , après en avoir conferé avec nos
Vénérables Freres, les Doyen , Chanoines & Chapitre
de notre Eglise Métropolitaine , Nous ordonnons
que les Proceffions et Prieres qui ont été faites
ci-devant en conféquence des Mandemens de
nos Prédeceffeurs , & conformément aux Déclarations
des Rois Louis XIII . & Louis XIV . des ic.
Février 1638. & 20. Mars 1650. feront continuées
à perpetuité dans les Eglifes de la Ville et du Diocese
: Qu'en outre il fera fait cette année , le Dimanche
10. du préfent mois, par tous les Prêtres qui
célebreront la Ste Messe, commémoration de la Déclaration
du Roy Louis XIII , en récitant les Oraiſons
marquées ci- après ; & que pour une plus grande
folemnité , les quatre Collegiales de notre dépendance
, qui font tenues d'affifter à la Proceffion du
Jour & Fête de l'Afcenfion , affifteront cette année
à celle que nous ferons à l'iffue des Vêpres au Jour
& Fête de l'Affomption . Nous exhortons les Communautés
Religieufes , de redoubler leurs Prieres ,
pour le Roy , pour la Reine , pour Monfeigneur le
Dauphin , et de faire une Communion particuliere
afin d'attirer les Bénédictions du Ciel fur toute la
Famille Royale , &c.
Le 10 Août , le Grand Prieur de l'Abbaye Saint
Germain des Prés rendit auffi fon Mandement sur
le même sujet ; en voici la teneur. Jean1854
MERCURE DE FRANCE
Ean-Baptiste Floyrac , Grand Prieur de l'Abbaye
Royale de Saint Germain des Prés , Immé mate
au Saint Siége , & Vicaire Général de S. A. S. Monfeigneur
le Comte de Clermont , Prince du Sang ,
Abbé Commandataire de ladite Abbaye : A tous les
Fideles de notre Jurifdiction . Salut en Notre Seigneur.
Toute Grace excellente et tout Don parfait vient
enhaut , et descend du Pere des Lumieres . Pour les
obtenir , l'Eglise a été de tout temps attentive à fe
ménager de puiffans Interceffeurs auprès de Dieu;
mais il n'en est point qu'il écoute plus favorablement
& avec plus de complaifance que la très - Sainte Vierge.
Perfuadés de cette vérité , les Princes Chrétiens
le font toujours fait un devoir de Religion
d'implorer fon fecours dans leurs plus proffans
befoins. Telle a été la conduite de nos Religieux
Manarques Louis XIII . & Louis XIV . d'heureufe
mémoire , lorfqu'aux années 1638. & 1650. ils ont
pris la Mere de Dieu pour Patrone de leur Roy.ume
, & que pour rendre public l'hommage qu'ils
ont fait de leur Couronne à la Sainte Vierge , ils
ont ordonné que chaque année au Jour de la Fête
de l'Affomption , il fe feroit une Proceffion géné
rale & folemnelle en fon honneur dans toute l'étenduë
de leur Royaume. Sa Majefté animée du
même zele , & marchant fur les pieufes traces de ses
Augustes Peres , a renouvellé leur Vocu ; & pour
attirer fur fa Perfonne Royale , fur la Reine , Mon.
feigneur le Dauphin , les Dames de France & tout
fon Peuple, la Protection de la Sainte Vierge , Elle
a jugé à propos d'ordonner par une nouvelle Déclaration
, que la même folemnité fe continuât dans
les Eg'ifes de France.
Entrons , Mes chers Freres , dans des fentimens
dignes de notre Grand Monarque , qui par cette
Décla
1
A OUST.
1738. 1859

Déclaration nous fait connoître qu'il est véritablenent
le Roy Très - Chrétien , et le Fils Aîné de
'Eglise
> A ces causes pour répondre aux intentions de
Sa Majesté, nous ordonnons que, suivant la coútune
établie , la Procession générale se fera le 15 .
lu présent mois , à l'issue des Vêpres . Nous exhor
ons tous les Fideles de notre Jurisdiction à y assister
avec dévotion , et à demander à Dieu , par
Pintercession de la sainte Vierge , pour le Roy , la
Famille Royale , et pour tout le Royaume , les
graces de paix et de salut . Enjoignons aux Prêtres
le dire à la sainte Messe la veille de la Fête de
l'Asssomption , les trois Oraisons marquées pro
Rege , &c.
Lorsque le Roy passa en revûë les deux
Compagnies des Mousquetaires le premier
du mois dernier , S. M. nomma elle - même
le Marquis de Jumilhac pour Capitaine-
Lieutenant de la premiere Compagnie . Ce
Commandant nomma ensuite , en présence
du Roy, le Chevalier d'Artagnan, Sous Lieu
tenant , le Marquis d'Avejan , Enseigne , le
Marquis de Champinelle , Cornette ; Mrs de
Longuavene et de Vaux ; Maréchaux des Logis
; M. de Montlouis et le Chevalier de
Mornay , Brigadiers ; et Mrs de Mazieres et
d'Orvilliers , Sous- Brigadiers.
Le Marquis de Montboissier , Commandant
de la seconde Compagnie , nomma ,
aussi en présence du Roy , Mrs de Vervaut,
Duchaffaut et de Sceaux , Sous-Brigadiers.
Le
1856 MERCURE DE FRANCE.
Le Lendemain de la Revû , le Roy ac
corda le Brevet de Mestre de Camp à M. de
Franclieu , ancien Maréchal des Logis de la
premiere Compagnie , qui sert depuis 1753 .
et à Mrs de Cabre , de Marigny , Derville et
du Chevalier de Villelongue, premier Mous
quetaire , à chacun la Croix de S. Louis.
Le même jour le Roy accorda le Brevet
de Mestre de Camp à Mrs de Germont et
de Savoisy , Maréchaux des Logis , dont le
premier sert depuis 1703. et le second depuis
1704. dans la seconde Compagnie.
Le Roy accorda en même- temps la Croix
de S. Louis à Mrs de Vervant , Duchaffaut ,
et de Sceaux , Sous - Brigadiers , ainsi qu'à
Mrs Douté et de Grandchamp , l'un Porte-
Etendart et l'autre Porte - Drapeau.
La Fête de sainte Anne , Patronne de M.
de Vandenil , Ecuyer du Roy , trés- connu
par les excellens Hommes de cheval qu'il a
formés , devoit être célebrée le 27. du mois
dernier , mais elle fut remise au 13. Août ,
parce que plusieurs Gentilshommes qui devoient
la donner étant Mousquetaires du
Roy , et faisant leur service à Compiegne,
avoient fait prier M. de Vandeüil que la Fête
fût remise .
Ce jour - là 13. de ce mois les Seigneurs et
Dames qui avoient été invités , se rendirent
AOUST. 1738 1857
et fur
l'Académie sur les dix heures du soir ; on
tira un Feu d'artifice , qui satisfit d'autant
lus , qu'il parut d'un goût nouveau ,
rès bien executé . Après le Feu , Mrs les
Académistes donnerent la main aux Dames
our les conduire dans une Salle très- bient
clairée , où l'on dansa jusqu'au lendemain
x heures. Grande Symphonie , rafraichismens
, tout parut digne de la jeune Nolesse
, qui donnoit cette brillante Fête .
*******
OUQUET envoyé à Mille M *** ¸lé
jour de sa Fête , par M. le Comte de B ***
Ce sont les Fleurs qui parlent.
N
On ce n'est point notre dessein
Belle Iris , d'orner votre tête ,
Ni de briller sur votre sein ,
Le jour charmant de votre Fête .
quoi peuvent servir tous nos foibles attraits ?
DS yeux d'une maniere et vive et naturelle ,
3
Lancent partout d'aimables traits ;
e vos proprès beautés vous êtes assés belle .
Dus venons seulement vous montrer les douleurs
D'un Berger et tendre et sincere ,
Qui nous arrose de ses pleurs.
De grace , soyez moins sévere.
›us sçavez que Tircis vous aime infiniment ,
2
On
1858 MERCURE DE FRANCE 1
Ou vous ne sçavez pas ce que c'est qu'un Amant.
Sa flamme , croyez - nous , est pure et légitime ,
Et s'il brule d'amour , il en brule sans crime.
Aimez , aimez donc ce Berger,
Et comme lui soyez constante ;
Peut-être seriez-vous Amante
D'un autre qui seroit leger.
Tandis que nous parlons , nos feuilles se flétrissent,
Notre éclat disparoît et nos charmes finissent ;
Mais si votre coeur est vaincu ,
Si pour un malheureux il devient plus sensible ,
Notre mort est douce et paisible ,
Et nous avons assés vécu.
De Romorentin , le 15. Août 1738.
Mrs Dupan , Buisson , Mussart et Thelusson
, Envoyés de la République de Geneve,
se rendirent à Compiegne le 19. du mois
passé , où S. E. M. le Cardinal de Fleury
leur donna à diner le 21. Ils revinrent à Pa- ||
ris le 22. M. le Comte de Lautrec leur
donna un magnifique diné le 3. de ce mois
Le 12. ils eurent leur premiere Audience
publique du Roy , et ensuite de la Reine,
de Monseigneur le Dauphin , et de Mesda
mes de France . Ils furent conduits à ces Au
diences par le Chevalier de Saintot , Intro
ducteur des Ambassadeurs , qui étoit allé les
prend
A O US T. 1738. 1859
prendre à Paris dans les Carosses du Roy et
de la Reine , et qui les y reconduisit avec les
cérémonies accoûtumées , après qu'ils eurent
été traités par les Officiers de S. M.
M. Dupan , qui est la seconde Personne
de la République , eut l'honneur de haranguer
le Roy , la Reine , Monseigneur le
Dauphin et Mesdames de France . Ces Harangues
furent très-aplaudies, et LL. MM . Monseigneur
le Dauphin , et Mesdames de France
y répondirent fort gracieusement .
Le 13. Mylord Comte de Waldegrave ,
Ambassadeur du Roy d'Angleterre à la Cour
de France , donna un magnifique Festin à
ces Envoyés , auquel tous les Ministres des
Puissances Protestantes furent invités.
Le 23. les Eaux ordinaires et extrordinaires
, tant à Versailles qu'à Marly , joüerent
pour les Envoyés de la République deGeneve.
M. l'Abbé Descors , Aumônier du Roy de
Pologne , Duc de Loraine , prêcha dans l'Eglise
de l'Union Chrétienne à Paris , le 15 .
Août Fête de l'Assomption de la sainte
Vierge ; cet Abbé , vers la fin de la seconde .
Partie de son Discours, parlant du culte établi
à l'honneur de la Mere de Dieu , dit au
sujet du Vou de Louis XIII. du 10. Février
1638 , ordonné par Louis XIV. le 20.
Mars 1650. et renouvellé par Louis XV. le
premier Août 1738.
Est- il
1860 MERCURE DE FRANCE
و ر
""
33
" Est- il de Peuple ou d'Etat dans le Mon-
» de qui ne révere Marie ? Est- il de Ville ou
de Bourgade dans la Chrétienté , où il n'y ait
» des Monumens de son pouvoir auprès du
Seigneurs Les Princes, les Monarques , dé-
" posent leur Sceptre et leur Couronne aux
pieds de cette Vierge ; nos Rois Louis
XIII. de glorieuse mémoire , et son
» Successeur , Héros de tous les siecles ,
» Louis le Grand, éleverent dans cette Capi-
» tale des trophées de leur confiance en la
» médiation de Marie; le Roy qui nous com-
» mande et que nous aimons, se fait une Loy
» des Voeux de ses Prédécesseurs , il en re-
» nouvelle la memoire avec effusion de coeur,
"par la Lettre qu'il vient d'écrire aux Evê-
"ques de son Royaume , quelle tendre dé-
» votion de sentiment, dans cet ordre de re-
" connoître la Mere de Dieu pour la Patronne
spéciale et de sa Personne et de ses
» Etats ! On voit cet Auguste Prince consacrer
l'époque centenaire du Vou de ses Peres.
" En Fils aîné de l'Eglise , prescrire les plus
» grandes Solemnités pour la splendeur du
» culte de Marie , inviter, par son exemple,
» à lui rendre des hommages de fidélité et
de reconnoissance , et perpétuer d'âge en
âge la gloire de son Assomption ; puisse
» notre Monarque , à l'ombre de la protec-
» tion de Marie , joüir des fruits de sa pieté,
99
"
»
posseder
AOUST. 1738. 1861
و د
,
posseder long-temps une Epouse digne de
5 de toutes les Couronnes faire asseoir ,
» comme son Bisayeul , sur differens Trônes
ses arriere Petits- Fils , et goûter toute sa
vie les douceurs de la Paix ! le modeste
» Coopérateur des travaux de son Regne ,
>> 'a ménagée avec accroissement de ses Provinces
, nonobstant les horreurs d'une
» Cruelle guerre ; ce Ministre , Grand Dieu !
» est chéri du Roy et utile aux Peuples, que
›› sa conservation durant tout le siecle soit
» une de vos benedictions sur ce florissant
Empire , &c.
L'Académie Françoise célebra le 25. de
ce mois la Fête de S. Louis , dans la Chapelle
du Louvre. On Chanta pendant la Messe
un fort beau Motet en Musique , de la
composition du sieur Dornel , et l'Abbé de
Villefont prononça le Panégyrique du Saint.
Le même jour , l'Académie des Inscriptions
et Belles-Lettres , et celle des Sciences ,
célebrerent la même Fête dans l'Eglise des
RR. PP. de l'Oratoire de la ruë S. Honoré ,
il y eut aussi un beau Motet pendant la Messe
, mis en Musique par le sieur Dubousset ;
après laquelle le Panegyrique du Saint fut
prononcé par l'Abbé de la Pause.
Le même jour,la Procession que les Reli
I gicux
1862 MERCURE DE FRANCE
gieux Carmes du Grand Convent font toutes
Les années le jour de la même Fête , et à la
quelle le Corps de Ville assiste , suivant la
coûtume , allà à la Chapelle du Roy , au
Château des Thuilleries , où ces Religieux
célebrérent solemnellement la Messe.
Le 30. Juillet , le 2. et le 4. Août , M. de
Blamont , Sur- Intendant de la Musique du
Roy , fit chanter au Concert de la Reine , le
Ballet des Fêtes de Thalie , dans lequel la
Dlle Huquenot chanta avec aplaudissement
les Rôles de Melpomene , au Prologue , et
ceux de Belise , de Caliste et de Terpsicore ,
dans la Piece.
Le 6. et le 9 , on concerta le Ballet des
Fétes Vénitiennes , dont les principaux Rôles
furent remplis par les Dlles Huquenot , Rotisset
, Mathieu et Deschamps , et par les
sieurs d'Angerville , Godoneche , Benoît ,
Chassé et Tribou.
Le 11. et le 13. on executa le Ballet des
Génies , dont les Rôles furent faits par les
Dlles Erremens et Fel et par les autres Sujets
du Concert précédent .
Le 20. et le 23. la Reine entendit l'Opera
de Tancrede,de M.Campra, les Diles Huquenot
et Rotisset , furent chargées des principaux
Rôles et les remplirent avec aplaudissement.
Le
A O UST. 1738. 1863
Le 24. veille de la Fête de S. Louis , le
Concert d'Instrumens que l'Académie Roya
le de Musique donne tous les ans au Châreau
des Thuilleries , à l'occasion de la Fête
du Roy , a été executé le même jour par un
grand nombre d'excellens Symphonistes de
La même Académie , qui joüerent différens
beaux Morceaux de Musique de M. de Lully
et d'autres Maîtres modernes.
Le 15. Fête de l'Assomption , le Con
cert du Château des Thuilleries commença
par un Motet de M. de la Lande , qui
fut
suivi d'une Sonate , executée par le sieur Barriere
, sur le Violoncelle , avec une grande
précision. La Dlle Fel, chanta ensuite un petit
Motet à voix seule , de M. Mouret , avec
bien des aplaudissemens;ce Concert fut terminé
par un autre Motet à grand Choeur, précedé
d'un Concerto, executé par le S. Guignon.
A M. l'Abbé de POLIGNAC , sur la Thése
qu'il défendit au College d'Harcourt
le 27. Août 1738.
ODE
A limitation de la Piéce Latine.
Souverain moteur du génie ,
Viens , Apollon , quitte les Cieux ,
I ij
Et
1864 MERCURE DE FRANCE
Et vous , Muses , de Laonie ,
Venez en ces aimables Lieux ;
Vous verrez le goût , la justesse ,
L'éloquente délicatesse ,
Dans votre jeune Nourrisson ;
POLIGNAC , dans cet âge tendre ,
Paroît bien moins né pour aprendre ,
Que propre à faire la leçon.
*
Quoi donc déja de la Nature
Il sçait découvrir le secret ;
La Physique la plus obscure
Pour son esprit n'a rien d'abstrait !
Ah ! c'est Dieu même qui l'inspire
C'est trop peu de sçavoir bien dire ,
Si l'on ne s'explique avec art ;
POLIGNAC fait tout avec grace ,
Chaque mot sur l'autre se place ,
Sans effort , sans peine et sans fard,
*
A l'aspect de ces grands Miracles ,
Ai -je raison d'être surpris ?
Apollon rendoit ses Oracles
Sur le haut du Mont où tu vis .
* Le Château de Polignac en Vélay , est bâtis
une haute Roche , en la place d'un Temple d'Apolli
A O UST. 1738
Les neuf Soeurs par leur résidence ,
De la plus sublime éloquence
Y répandirent les Trésors ;
Et toi , jeune et fertile Plante ,
A seize ans , contre toute attente',
Tu nous débrouilles ses ressorts.
*
Les Arts ont fixé leur azile
1.3
Dans ce Temple autrefois vanté
Qui mieux rempli par ta Famille ,
A plus de lustre et de beauté ;
A ces Dieux , chantés dans nos Fables
Succedent des Dieux véritables ,
Et je les vois dans ta Maison ;
De ces Héros dignes des Temples
Tu suis déja les grands exemples ,
Digne Successeur de leur nom.
*
La valeur est héreditaire ;
Je le vais à chaque Tableau ,
Celui-ci dans l'Art Militaire
Parvient jusqu'au rang le plus haut ;
Par là c'est un Mars intrépide ,
Qui vient , comme un Torrent rapide
Renverser d'épais Bataillons ;
Plus loin , un Hercule en furie ,
I iij .
Des
-1866 MERCURE DE FRANCE
Des Ennemis de la Patrie
Verse le sang à gros bouillons.
X
C'est là l'Ecole du mérite ;
Par tout c'est un nouvel éclat ;
Oui , j'y vois cent Héros de suite
L'honneur de Rome et du Sénat ; *
J'y vois le soutien de l'Eglise ,
Dont l'esprit de chaque entreprise ,
Tire toujours un prompt succès ;
Quand de cette source féconde ,
Le Ciel te fait paroître au monde ,
Je croirois qu'il le fait exprès.
A
*
De ce tronc , plus qu'on ne peut croire ,
Cher Abbé , digne rejetton ,
Tu vas perpétuer la gloire ,
Ciel ! quelle est ta jeune saison ?
Cet Arbre , en rameaux si fertile ,
N'en produit jamais d'inutile ,
Tout en est grand , tout en est beau ;
Tu devances nos esperances ,
Déja les Vertus , les Sciences ,
Avec toi sortent du berceau.
*
Les Muses s'occupent sans cesse
* M. le Cardinal de Pelignac.
AOUST. 1867 1738
A conserver de si beaux jours ,
Chaque instant , nouvelle caresse ,
Est le gage de leurs amours.
Le Nectar , avec abondance ,
Fut la premiere subsistance
Du plus beau de leurs Nourrissons ;
Qu'il est aimable , qu'il est sage !
Muses , benissez votre Ouvrage ,
Voyez le fruit de vos Leçons .
*
Pourroit- on jamais le comprendre
Est-ce un songe ? est- ce que je vois
Quoi donc , dans un âge si tendre ,
A l'Univers fais-tu des Loix ?
A ta voix , au milieu du Monde ,
Le Soleil se fixe et se fonde ,
Et vers nous darde ses rayons ;
Veux-tu que la terre l'entoure ?
Pour peu que ta raison discoure ,
Tu le prouves , nous le croyons.

De tout soumettre à sa parole ,
D'où lui viendroit donc le pouvoir
Ainsi son Oncle au Capitole ,
Pour vaincre , n'avoit qu'à vouloir .
Oui , contre sa mâle éloquence ,
La Pologne fut sans défense ,
I üij Tour
1868 MERCURE DE FRANCE "
Tout secondoit ses grands desseins ;
Une Paix long-temps attenduë ,
Avec ces Armes fut concluë >
Et fut ouvrage de ses mains.
*
Qu'à jamais d'un aussi grand Homme
L'exemple soit dessous tes yeux !
Aimé des Rois , chéri de Rome
En lui tu vois tous tes Ayeux.
L'Univers étonné l'admire ,
Et tout ce que j'en pourrois dire ,
Est au-dessous de ce qu'il est ;
Mais si le Ciel te laisse vivre ,
Dans peu de temps tu le vas suivre ,
Dans le Neveu l'Oncle renaît .
}
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Dol en
Bretagne , au sujet de l'établissement d'un
nouveau College , &c.
M.Dol, ne se lasse point de donner à sa de Sourches , Evêque et Comte de
Ville Episcopale des marques de sa tendresse.
Il vient de faire bâtir un College superbe.
Ce nouveau Parnasse est dans un très - bon
air. Sa situation hors des murs de la Ville
et à l'oposite du Marais , le met à l'abri des
brouillards,
,
A O UST. 1869 . 1738.
broüillards , et de leur influence maligne ..
On entre d'abord dans une fort belle Cour
formée par un quarré long. Le Corps du
Bâtiment se présente dans le fond : c'est
une grande et belle façade à trois étages , et
percée de plusieurs croisées à la moderne.
A droite est une magnifique Chapelle et le
Réfectoire ; à gauche sont les Classes. Ces
differens Bâtimens composent deux Aîles
qui répondent parfaitement au Corps ' de
rEdifice. L'Architecture est d'après les meil
lcurs desseins du fameux Mansard. "
Il y a des Chambres communes et particulieres
pour loger jusqu'à 5o. à 60. Pensionaires
; il y en a déja un assés bon nombres
Le Principal et les cinq Régens des
Humanités , ( car la Philosophie est fondée
au Séminaire.) y ont chacun un apartement
composé de deux Piéces. Its vivent avec les
Pensionaires , et fournissent également à la
Bourse commune ; le bénéfice qui peut se
trouver à la fin dé l'année sur la dépense des
Ecoliers , dont la Pension est de 200. livres
pour l'année scholastique , se partage entre
Le Principal et les Régens . M. de Dol a pris
soin de leur assurer à chacun un revenu fixe
et certain par des Contrats autorisés de Let
tres Patentes , enregistrées à la Chambre des
Comptes de Nantes ; il a aussi assigné des
fonds pour les réparations. Le Principal a
Iy 400
1870 MERCURE DE FRANCE
400.liv. de revenu, et chacun des Régens 300.
tiv. et ils ont la permission de prendre chaque
année 6. liv. par Ecolier. On leur laisse l'intention
de leurs Messes , à l'exception de
celles qui se doivent dire à la fin des Classes
et les Fêtes et Dimanches , lesquelles sont
pour le Fondateur.
Le Prélat a donné plusieurs magnifiques
Ornemens de differentes couleurs à la Chapelle,
et tout ce qui convient pour y célebrer
avec honneur et dignité le Service Divin.
Pour mettre le comble à ses Bienfaits , ce
génereux Pasteur a fait présent à la Maison ,
de linge, de vaisselle , de batterie de cuisine ,
et de tous les meubles nécessaires ; rien enfin
n'y manque.
J'oubliois de parler du Jardin qui est charmant
par raport à sa situation. Il est derriere
le corps du Bâtiment , et on y entre de plainpied
; il est vaste et coupé par differentes
allées. Sur les côtés sont de petits Bosquets
de charmille naissante , qui formeront , un
jour , de très-beaux Cabinets de verdure ; la
vûë en est , j'ose le dire , unique en son es-*
pece. La Mer et la Terre offrent des Perspectives
differentes , qui , par leur difference
même , en sont plus charmantes. On découvre
de-là le point de séparation des Provinces
de Normandie et de Bretagne ; les yeux
se promenent sur cinq Evêchés , qui sont
pol,
A O UST . 1738. 1871

Dol , Rennes , S. Malo , Avranches et Coû
tances.
Le 19. Decembre dernier au matin , Mrs
de Ville devoient se rendre à l'Evêché , y
prendre M. de Dol et l'accompagner au College
. Le Chapitre de la Cathédrale s'étoit
aussi proposé d'augmenter et d'orner le Cortege
. Le mauvais temps rompit toutes ces
mesures. Le Prélat monta dans son Carosse ,
accompagné seulement de la Maréchaussée ,
et il se rendit au College un peu avant le
Corps de Ville qui y arriva sur les huit heares
, suivi de cinquante Ecoliers proprement
habillés , et qui portoient chacun un grand
Oriflame de taffetas de differentes couleurs.
Deux Compagnies de Milice Bourgeoise ouvroient
la marche , et deux autres la fermoient.
En arrivant , M. Carron ancien et notable
Bourgeois , qui commandoit cette Milice
la rangea dans la Cour sur trois colonnes ,
et la tint dans un très - grand ordre.
· M. l'Evêque , de l'apartement du Principal ,
où il avoit pris ses Habits de cérémonie
descendit dans la Chapelle , se mít dans un
Fauteuil qu'on avoit placé au pied de l'Autel,
et fut complimenté par M. de la Turrerie
Sindic de la Ville. M. Laçeron , Sénéchal de
Dol , avoit eu l'honneur , à la tête de sa
Compagnie , de complimenter M. l'Evêque
I vi
J
1872 MERCURE DE FRANCE
à son arrivée dans l'apartement du Principal..
Après le Discours de M. de la Turrerie
M.Theault,Principal du College , prononça un
beau Discours sur l'utilité et sur la grandeur
de l'établissement fait par M. de Dol , sur la
reconnoissance éternelle que la Ville lui doit,
et sur l'obligation des Peres et Meres , de
procurer l'éducation à leurs Enfans . Il fut
écouté avec toute l'attention et la satisfaction
possibles ; et on sentit combien laVille d'Avranches
, où il a professé pendant près de
vingt ans , avoit eu raison de le regretter ,
lorsqu'il se détermina à la quitter , pour remplir
la place de Principal du College de Dol.
Ce Discours fut suivi d'un Compliment,
en Vers françois, que fit un Ecolier de Rhé .
torique , représentant la Religion , à la tête
de tous les jeunes Eleves qui portoient des
Oriflames un autre succeda sous l'habit
d'Apollon , ayant à sa suite les neuf Muscs,
chacune avec son symbole , et qui recite
rent chacun quatre vers , le tout de la composition
de M. de la Borde , Professeur de
Rhétorique.
Après ces Complimens , M. l'Evêque , en
Habits Pontificaux , assisté de deux de ses
Grands Vicaires , du Clergé de la principale
Eglise , et des Régens , fit la Bénédiction de
La Chapelle ; on chanta une Messe du Saint
Esprit
AOUST. 17381 187
Esprit, en Musique et Symphonie, de la composition
de M. l'Ally , Maître de Musique
de la Cathédrale. On y reconnut le digne
Eleve du fameux M. le Sueur Maître de Musique
, de Vannes . Le Motet surtout , dont
les paroles étoient en l'honneur du Fondateur
, fut unanimement aplaudi. M. l'Ally
avoit cu la précaution de faire venir de Saint
Malo d'autres Musiciens pour les joindre à
ceux de la Cathédrale et de la Ville. La Mu
sique fut executée sur une grande Tribune
qu'on avoit élevée exprès dans le bas de la
Chapelle.
Après la Messe , la Milice Bourgeoise fit.
trois décharges de mousqueterie ; le canon
du Château et celui des Forts de la Ville y
répondirent. Le bruit des cloches des Eglises
se joignit aux acclamations du Public.
Le Palais Episcopal n'étant point meublé
M. l'Evêque faisant toujours sa résidence en
son Château des Ormes , qui est à cinq
quarts de lieuë de la Ville , ce Prélat se rendit
chés M. l'Abbé de la Fosse , l'un de ses
Grands Vicaires , qu'il honore particuliè
rement de sa confiance , et qui n'a pas peu
contribué à la perfection de l'Etablissement
du College : on y servit uri fort grand Dîné
où se trouverent les Personnes les plus distinguées
de la Ville.
Sur les six heures du soir le College, fut
illuminé
1874 MERCURE DE FRANCE
illuminé d'une infinité de Lampions et de
pots à feu. M. de Dol y retourna avec sa
compagnie , pour entendre chanter une Pastorale
en Musique et Symphonie. Elle fut
executée sur un Théatre qui ne représentoit
pas mal le Parnasse. On y voyoit Apollon et
les Muses placés sur des gradins , et tous les
Ecoliers assis autour portant chacun une
Oriflame. L'Assemblée étoit nombreuse et
parut très-satisfaite.
pas
Après la Pastorale , M. de Dol monta chés
le Principal. En face de l'apartement , au
bout de la grande allée du Jardin , on avoit
figuré sur une toile un Mont- Parnasse éclairé
de Lampions. Du bas du Mont s'élevoient
des deux côtés , des Portiques qui représentoient
les Cabinets des Muses , formés par
des branches de Lierre et de Laurier , et garnis
de Lampions . On avoit eu dessein de les
orner d'Emblêmes et de plusieurs Symboles ;
mais la pluye qui survint causa du desordre ,
et priva du plaisir de jouir , comme on l'auroit
souhaité , de ce Spectacle. On ne put
tirer que quantité de fusées volantes ; et ensuite
un Feu d'artifice , dont le mauvais temps
empêcha le parfait succès.
A Dol le 30. Jander 1738 ,
Nous sommes fachés de n'avoir pas pi
1
donner cette Piéce plutôt.
MORTS
AOUST. 1738. 1875.
****************
L
MORTS ET MARIAGES.
E premier Août , Frere Claude Aubery de
Vatan , Grand Bailli de Lion , de l'Ordre de
S. Jean de Jérusalem , & Commandeur de Montchamps
, Chef d'Escadre des Armées navales du
Roy , du 27. Mars 1728. et auparavant Capitaine
de Vaisseaux de 1703. mourut à Toulon , dans la
74. année de son âge , étant né le 28. Décembre
1664. Il étoit fils de Claude Aubery , Marquis de
Vatan , Baron de Moucy - le- Châtel , Conseiller au
Parlement de Normandie , mort le 8. Décembre
1686. et de défunte Catherine le Coq de Corbeville
, et il avoit été reçû dans l'Ordre de Malthe
en 1678. étant alors Page du Grand Maître . Il
étoit oncle de Felix Aubery , Marquis de Vatan
Maître des Requêtes , et actuellement Intendant à
Caen , défigné Prévôt des Marchands de Paris , et
de Jean-Baptiste - Louis Aubery de Vatan , Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem , & Capitaine
au Régiment des Gardes Françoises.
Le 3. D. Marie - Victoire de Prye , épouse de
Louis-Charles d'Hostun , Duc , et Pair de France,
Colonel du Régiment de Tallard , Infanterie , avec
lequel elle avoit été mariée le 22. Décembre 1732
mourut à Versailles , dans la 21. année de son âge,
étant née à Turin en Piémont le 28. Novembre
1717. Elle ne lais e point d'enfans , son fils unique,,
né le 20. Août 1737. étant mort le ro. du mois de
May dernier . La défunte étoit fille unique de Louis
de Prye , Marquis de Planes , Chevalier des Ordres
du Roy , Lieutenant Général au Gouvernement de
Languedoc , et Gouverneur de Bourbon - Lancy ,
$ 876 MERCURE
DE FRANCE
ci-devant Ambassadeur
à Turin , et de défunte
D. Agnès Berthelot
de Pleneuf , ci-devant Dame da
Palais de la Reine , et morte le 7. Octobre 1727.
Le même jour Jean Barthelemy
Pareti , noble Genois , Prêtre , ci -devant Envoyé du Duc de Mo- dene aux Cours d'Espagne
& d'Angleterre
, mourut
à Paris , âgé d'environ
45. ans .
Le 4.Jean - Jacques
- Auguste
le Febvre
de la
Planche
, Sr. des Chevaliers
, Conseiller
d'Hon- neur depuis 1732. & auparavant
Avocat du Roy an
· Bureau des Finances
, & Chambre
du Domaine
de la Généralité
de Paris , depuis 1693. mourut
âgé
de zo. ans.
Le 10. Louis Bretagne
de Rohan Chabot , Prince de Leon , Duc de Rohan , Pair de France , Comte
de Porrhoët
, et de Moret , Marquis
de Blain , de
Monlieu
, et de S Aulaye , &c mourut à Paris,
dans la 19. année de son âge , étant né le 26. Septembre
1679. Il laisse de D. Françoise
de Roque- laure , qu'il avoit épousée
le 29. May 1708 et fille
ainée du feu Maréchal
Duc de Roquelaure
, mont
le 6 Mai dernier , trois fils & trois filles. L'aîné des
fils Louis- Marie de Rohan-Chabot , Duc de Rohan Pair de France , Colonel
d'un Régiment
d'Infan terie , le premier
des six petits Vieux , par Com
& auparavant
mission du 15, Avril dernier , Jui de Vermandois
, par Commission
du 20.
· 1734. a été marié le 19. Décembre
1735. avec
de. Chastillon
, fille d'Alexis- Dlle Magdeleine
de Chastillon
, Duc de Chastillon
, Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Lieute nant Général
de ses Armées , Grand Bailli d'Hague nau , Gouverneur
de Monseigneur
le Dauphin , &
de défunte D. Charlotte
Voysin , sa premiere
fem- me. Le second des fils du feu Prince de Leon, apelit le Vicomte
de Rohan , est Mestre
de Camp d'un
Régimen
de ce-
Fevrier
AOUST. 1738. 1877
Régiment de Cavalerie , ci-devant Villars , depuis
le mois de Juillet 735. Une de se trois filles , est
Religieuse au Monastere de la Magdeleine de Tres
nel , où elle prit l'hab t le 29. Septembre 1729.
Le 15 Jean- Marie de Gayardan de Levignen ,
Conseiller au Parlement de Paris , de la troisiéme
Chambre des Enquêtes , où il avoit été reçû le 19.
Décembre 1735. mourut âgé d'environ 27. ans , &
sans avoir été marié Il étoit fils unique de Jean-
Baptiste-Jacques Gayardon de Levignen , ci - devant
Intendant du Commerce , & autrefois Receveur
Général des Finances à Soissons , & de D..
de Cartigny , soeur de l'Intendant des Armées
Navales.
Le même jour Jean-Jacques Bel , Conseiller au
Parlement de Bordeaux , où il avoit été reçu le 15 .
-Mai 1720. & Trésorier de France au Bureau des
Finances de la Généralité de Guyenne , mourut à
Paris , âgé de 45. ans.
Le 25. Juillet Claude-François Renoward , Seigneur
de Fleury , fils puiné de Charles-François
Renouard , Seigneur de Fleury , Conseiller Hono→
raire au Parlement de Paris , & ancien Commissaire
aux Requêtes du Palais , & de D. Marie- Therese
Bosc , soeur de Jean- Baptiste Bosc , Procureur
Général de la Cour des Aides de Paris , épousa Dlle
Magdeleine- Adélaïde l'epin de Bois - Herpin , fille
mineure de Pepin , Seigneur , Vicomte
de Bois Herpin , près d'Estampes , ancien Officier
de Vaisseaux du Roy. Le marié étoit veuf de D.
Geneviève- Pelagic Baudouin de Chamoult , cousine
germaine de sa nouvelle épouse , & fille de feu
Hugues Baudouin , Seigneur de Chamoult , Mestre
de Camp de Cavalerie , & ci-devant Enseigne des
Gendarmes de la Reine , mort le 15. Mars 1719
qui
1878 MERCURE DE FRANCE
qui avoit épousé une soeur du Sr de Bois- Herpin ,
fille de feu Jean Pepin , Maître des Comptes
Paris.
Le 11. Août Michel- Denis Amelot , Seigneur de
Vildomain , Capitaine dans le Régiment de Dragons
de Nicolaï , fils puiné de Denis - Jean - Michel- Amelot
, Seigneur de Chaillou , de Châtillon sur Indre,
& des Pruneaux, Maitre des Requêtes Honoraire de
PHôtel du Roy , & ci-devant Intendant du Commerce,
& de feuë D. Philiberte Barillon d'Amoncourt
, fut marié à Angers , avec Dlle Elizabeth
Cohon , fille de Sebastien Cohon du Parc , Seigneur
de Juverdé , Conseiller- Secretaire Auditeur en la
Chambre des Comptes de Bretagne à Nantes , & de
D. Elizabeth Gillot . Le marié est frere de Jean-
Jacques Amelot de Chaillou , Ministre & Secretaire
d'Etat , ayant le Département des Affaires Etrangeres.
On a parlé plusieurs fois dans les précédens
Mercures de leur famille , ainsi on n'en répetera
rien ici , d'autant plus que leur Généalogie se trouve
imprimée dans le Suplément du Dictionaire
Historique de 1735 Quant à la famille de la mariée
, elle est d'une Noblesse originaire de la baffe
Bretagne , & établie en Anjou depuis plus de deux
siécles. Ses Armes sont d'or à deux serpens entrelassés
en double sautoir , & adossés de sable , à un
chef de sable , chargé d'une étoile à six rais d'argent
, écartelé d'argent à trois faces de sable au lion
de gueules brochant sur le tout , qui est de Brie ,
depuis que Guillaume Cohon , Seigneur de la Merhoussaye
, épousa en 1534. Françoise de Brie. De
cette famille de Cohon étoit sorti Denis-Antoine
Cohon , Evêque de Nîmes , & de Dol , Abbé des
Abbayes de Baulieu au Mans , du Tronchet , Dio-
> cese de Dol , de S. Liguaire , Diocesede Xaintes ,
de Flavan, Diocese d'Auch , &c. fameux Prédicateur
de
A O UST. 1738. 1879
de son temps , qui fit l'Oraison Funebre du Roy
Louis XIII . en 1643. & qui prêcha au Sacre du Roy
Louis XIV. en 1654. Son éloge est raporté dans le
Suplément du Dictionaire Historique de 1735.
On s'est trompé dans le Mercure du mois de
Juillet dernier , à l'Article qui annonce la mort de
M. de Cursay , en ne lui nommant qu'une fille ; il
en a laissé quatre & un garçon , sçavoir Seraphim-
Marie Rioult de Cursay , Capitaine de Carabiniers,
& Chevalier de l'Ordre de S Louis ; Cecile-Therese
Rioult de Cursay , mariée le 25. Novembre 1725.
à Etienne de Guinot , Marquis de Monconseil ,
Brigadier des Armées du Roy Colonel d'un Régiment
d'Infantefie de son nom , & Inspecteur Gé
néral d'Infanterie , Magdeleine Angelique- Rosalie
Rioult de Cursay , mariée le 13. Fevrier 1730. avec
Thomas-Jacques- François Charpentier , Seigneur
d'Ennery , Epiez , Grisy, Valangouja , Berval, Theuville
, Livilliers , Capitaine de Cavalerie au Régiment
Royal - Etranger ; Marie Rioult de Cursay ,
mariée le 24. Octobre 1737. avec François Marquis
de Polignac , & Cécile- Elizabeth Rioult de Cursay ,
fille mineure .
LOTERIE de Commercy. Second Tirage.
Premier Avis.
LE
E premier Tirage de la Loterie n'ayant été
composé que de 34c00 . Billets , et Son Altesse
Royale Madame Duchesse Douairiere de Loraine,
étant informée qu'une infinité de gens s'étoient
présentés chés les deux Notaires Receveurs établis
à Paris , pour prendre de nouveaux Billets , et désirant
de satisfaire le goût du Public, en fournissant
à toutes personnes les moyens de prendre part pendans
le cours de la Loterie aux deux cent mille Bil-
Lets
+880 MERCURE DE FRANCE
Lets proposés , S. A R. a fait examiner dans son
Conseil les differens Plans qui ont été présentés , et
son Conseil a jugé qu'il y avoit moins d'inconvénient
pour le Public à suspendre le second Tirage , qu'à
faire un choix précipité , s'agissant sur- tout de statuer
une Loi générale et irrévocable pour tout le
cours de la Loterie après avoir mûrement examiné
les divers Projets propos s , on a adopté celui qui
a paru le plus équitable dans tous ses points , et le
plus conforme au premier Plan général , pour ne se
départir en rien de l'observation des loix de la justice
la plus scrupuleuse qu'on s'est proposé dans
cette opération.
Le Public est donc averti que les Bureaux seront
ouverts chés M. Perret, Notaire au Châteler de Paris,
rue Coquilliere , et chés M. Roger , aussi Notaire
au Châtelet , ruë de Condé , Receveurs et Dépos
sitaires des fonds de la Loterie ; le 30 du présent
mois d'Août 1738. pour recevoir le prix du second
payement , qui est pour chaque Billet de 18. liv .
Ceux qui n'auront pas satisfait au payement dans
le courant de deux mois, à compter du jour 30. du
présent mois d'Août , indiqué pour l'ouverture des
Bureaux ( ainsi qu'il est dit dans le premier Plan
général ) ne seront plus en droit d'exiger leurs mê
mes Numéro , passé le terme de deux mois.
Ceux qui n'ayant pas pris de Billet avant le premier
Tirage, voudront prendre part à la Loterie , ne
pourront s'y interesser qu'en prenant les Billets de
la premiere et de la seconde Mise , ainsi ils seront
tenus de payer la somme de trente livres pour ces
deux Billets ; mais comme ils n'auront pas participé
au premier Tirage , on fera une réserve de douze
livres sur chacun des nouveaux Numero qui aura
payé trente livres; ce qui composera un fond à part,
dont il sera fait unTirage particulier dans les proportions
A OUST. 1738. 1881
tions du Plan général , le même jour du second
Tirage général en faveur des seuls n uveaux Numéro
et dont on donnera la Lis e au Public , les
18. livres restantes entreront dans la Caisse géné
tale , pour participer a second Tirage , et suivre le
cours de la Loterie . Il ne peut y avoir aucune erreur
pour le Public dans cette opération . Tous les Numéro
qui n'auront pas été compris dans la Liste
des 34000. Num ' ro , donne au Public avant le prémier
Tirage , sont dans le cas de payer trente liv .
et d'avoir part à deux Tirages, à sçavoir , le Tirage
particulier fait en leur faveur , et le second Tirage
général , independemment des trois derniers Tirarages
qui suivront, et pour lesque s ils seront obligés
de nourrir ainsi qu'il est expliqué au Plan général.
De même,ceux qui n'ayant pas pris de Billets avant
le premier et le second Tirage , voudront s'interes
ser à la Loterie , seront reçus avant le troisiéme Tirage
, en prenant les B llets de la premiere , seconde
et troisiéme Mise On fera également alors une
réserve des fonds de la premiere et seconde Mise ,
pour faire un Tirage particulier , dans la forme expliquée
ci -dessus , ce qui s'observera ainsi jusqu'au
cinquième et dernier Tirage .
Le second Firage sera fait le 26. Novembre 1738 .
Le troisiéme Trage sera fait le 26. Février de
l'année prochaine 1739.
1
Le quatriéme Tirage sera fait le 26. May de la
même année 1739 .
Et le cinquième et dernier Tirage sera fait le 26.
Août aussi de la même année 1739.
Ces Tirages se feront exactement dins les temps
ci- dessus prescrits en quelque état que soit la Lo
terie , sans aucuns autres délais , sous quelque prétexte
que ce puisse être .
Plan de la distribution des Lots du deuxième Tirage
1882 MERCURE DE FRANCE
de
rage sur le pied 34000. Billets délivrés , qui pro
duiront , à 18. liv. chacun , la somme de s cent
douze mille livres , en suposant qu'il n'en sera pas
distribué un plus grand nombre ;
1 Lot de
SCAVOIR ,
120000 livres .
I de 60000
1 de 30000
de 20000
2 de 10000 liv. 20000
de
5000 40000
18 de
3000 S4000
$8 de 1000 $.8000
420
de

500
510 Lots , montant à
210000
612000 livres.
Ceux qui voudront nourrir leurs Billets , sont
avertis de les représenter chés les Receveurs , ainsi
qu'il est dit au bas de chacun des Billets , de même
que pour recevoir les Lots qu'ils auront gagnés à
chaque Tirage , pour en faire mention au dos , ensemble
les Reconnoissances des Payemens , comme
il est dit par le Plan général .
M. Bouchot , Receveur établi à Commercy , re-
Bevra les Payemens de Tirage en Tirage.
J
APROBATION.
Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le Mercure de France du mois d'Août , et j'ai cru
qu'on pouvoit en permettre l'impression. A Paris ,
le premier Septembre 1738.
HARDION.
TABLE,
IBCS FUGITIVES . Le Comte d'Essex , &c.
Poëme P'
1671
Abregé de l'Histoire Litteraire de D. Martin, 1683
L'Ecole de l'Amour , Eglogue ,
1697
Question importante jugée au Parlement de Paris ,
Ode imitée d'Horace , & c.
1700
1709
Opération de la Taille, Extrait de Lettre à ce sujet ,.
Ode , Imitation d'Horace , & c.
Problême à résoudre , & c.
1711
1715
1717
Vers servant de Prologue à la Tragédie d'Esther,
& c.
1718
Lettre sur les Mémoires pour servir à l'Histoire de
Les Belles Lettres , Ode ,
la Musique , 1721
1738
Lettre de M. l'Abbé le Beuf , &c . et Inscriptions
remarquables , 1746
Madrigaux ,
1755
Enigme , Logogryphes , &c .
1757.
&c. 1761
1764
1772
1788
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX -ARTS ,
Remarques de Grammaire sur Racine ,
Euvres diverses de Pierre Corneille ,
Projet d'une Bibliotheque Universelle ,
- 1791
Essai d'une Bibliotheque Universelle de tous les
Auteurs , & c.
La Donciade , nouvelle Edition du Poëme Satyri
que de M.Pope , avec Estampes allégoriques, 1795
Histoire Générale et Particuliere de Bourgogne, 1796-
Projet d'une Histoire Générale de Champagne et
Brie , & c . 1797
Estampes nouvelles , &c. 1801
Estampes Colorées ,
1802
Pont Levis de fer à Bascule , & c, 1804
Air noté , 1805
Spectacles. Le Valet Auteur ;
1800
Nirée , nouvelle Entrée ajoûtée au Ballet de la
1814
Paix , et Madrigaux
, aux Dlles Gaussin , Dangeville
er
: Dumesnil ,
1819
Nouvelics
Etrangeres
, Russie , Pologne et Allemagne
. Įtali , Toscane , Naples et Isle de Corse ,
1822
1827
Espagne ; Solemnite
de la Canonisation
de S. François
Régis
Portugal
, Carouzel
, &c.
Grande Bretagne ,
Morts , Naissance des Pays Etrangers ,
1832
18 8
1840
1841
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 1843
Communauté
de l'Enfant Jesus , &c. 1845
Procession
solemnelle
, Lettre du Roy'et Mandement
,
1847
Mandement
à la même occasion , du Prieur de saint
1853
Graces accordées aux deux Compagnies
des Mous
Germain des Prés ,
quetaires ,
Bouquet
à Mlle
** *
Envoyés
de Geneve ,
Louis XIII. & c.
1855
1857
1858
Sermon prêché le jour de l'Assomption
, Voeu de
A M. l'Abbé d Polignac , &c . Ode, Etablissement
d'un College à Dol ,
Morts et Mariages
, &c . Loterie de Commercy
, second Tirage ,
Errata de Juillet.
1859
1863
1868
1871
1.879
PAge
1470. lige
à Madrid
, lisez à Médine: >
Fantes à corriger
dans ce Livre. Age 1718. ligne 7. contacte
, lisez contact.
P. 1717. 1. 7 soffuer L. souffler . P. 1831. 1 24. Madalone
, I. Matalone. P 1837. 1. 19. accordée , 1. accordé. Ibid. 1. 17. d'Ossune , l. d'Ossonne
. P.
18.47 . l . 18. à l. eň.
La Chanson notée doit regarder la page
1805
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le