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1738, 03-04
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MERCURE
verieur
ur ad te quidétragecome to
DE FRANCE ,
DEDIE DÉDIÉ AU ROT
MARS. 1738.
AURICOLLIGIT
SPARGIT
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
rue S. Jacques.
Chés La veuve PISSOT , Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC . XXXVIII.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
THE NEW? Y
PUBLICLIBRARY
SCRUBAV I S.
ASTOR , LENOX AND
TILDEN
LA
>
*
SADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Q Mercure vis- à- vis la Comédie Fran
goife , à Paris, Ceux qui pour leur com
modité voudront remettre leurs Paquets ca
chetés aux Libraires qui vendent lo Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir,
335208
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter, & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main, & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
Lui indiquera,
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
MARS. 1738.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
SENTIMENS PIEUX ,
Pour une Personne dangereusement malade.
ODE.
Serai - je , Seigneur , accablé de
tristesse
Elever jusqu'à vous mes plaintes ,
mes soupirs ?
Puis-je arrêter encor la foudre vengeresse ?
Daignerez vous m'entendre et combler mes désirs?.
A ij
Grand
410 MERCURE DE FRANCE
> Grand Dieu , pour apaiser votre juste colere
Helas ! Souvenez- vous que vous êtes mon Pere
Mon Sauveur et mon Roy.
Ah ! ne vous montrez pas insensible à mes lar 、
mes ;
Daignez me secourir dans mes justes allarmes ,
Et calmer mon effroy.
En
proye

à la douleur , je me vois sans ress
source ;
Le mal a pénetré jusqu'au fonds de mes os ;
Au milieu de mes jours je vais finir ma course ♪
Mon corps tout épuisé ne prend plus de repos,
J'attends le coup mortel , ce coup si redoutable
De la terrible faux , dont la mort implacable
Doit nous moissonner tous.
Envain j'ose esperer qu'elle abrege ma peine ;
Elle est sourde à ma voix : sa rigueur inhumain
Suspend les derniers coups.
*
Seul espoir de mon coeur , adorable Puissance
Montrez-vous favorable à mes tristes accens !
Des remedes cruels calmez la violence ;
Portez un prompt secours à mes besoins pressansi
N'oposez pas , Seigneur , un coeur inexorable ;
}
bénirai sans fin votre main charitable >
1 Prompe
MARS 411 1738*
Prompte à me secourir .
Faités donc éclater sur moi votre tendresse ;
Ah ! si votre grandeur ne soûtient ma foiblesse
Je suis prêt à périr.
Si vous voulez enfin punir mon insolence
Armez -vous de carreaux , redoublez mes tourmens
;
Remplisseż , s'il le faut , une juste vengeance ;
J'ai merité la mort par mes égaremens .
Mais ne permettez pas que mon ame périsse ,
Elle est teinte du Sang qui flechit la Justice
En faveur des Humains.
Laissez- vous donc toucher , & Pere le plas tendré
!
}
Si ce n'est vous , helas ! qui poura donc dég
fendre .
L'ouvrage de vos mains &
akakakakakaki
IX. LETTRE de M. D. L. R.
écrite à M. Maillart , ancien Avocat
au Parlement sur une Médaille de
Constantin , &c.
I
3
L est vrai Monsieur comme vous
l'avez remarqué , que dans la III.
Partie qui vient de paroître de l'Essai
A lij
d'un
422 MERCURE DE FRANCE.
d'un Traité Historique de la Croix de
N. S. Jesus - Christ , où il est parlé de
l'Aparition d'une Croix Celeste à l'Empereur
Constantin , et à toute son Armée
, et des suites de cette Aparition ;
il est vrai , dis - je , que j'aurois pû , et
peut-être dû raporter quelques Médailles
de ce grand Prince , frapées après cet
Evenement , sur lesquelles, pour le confirmer
ou pour en conserver la mémoire
, la Croix se trouve marquée en
plusieurs manieres.
Je conviens aussi qu'il faloit à cette
occasion' réfuter ce que l'esprit d'incré
dulité a fait sortir de la plume de deux
ou trois Ecrivains , lesquels , au mépris
de l'Histoire la mieux autorisée , et la
plus respectable , de ce qu'a crû toute
l'Antiquité Chrétienne , et de ce que
croit encore aujourd'hui l'Eglise univer
selle , ont douté , et tâché de faire douter
de la verité de cet Evenement. Vous
allez cependant voir , M. que ce n'est
pas sans raison que j'ai omis ces deux
Articles .
En premier lieu, les Médailles de l'Empereur
Constantin , où l'on voit le Signe
de la Croix , ne sont point rares , soit
que ce symbole de notre Religion y paroisse
dans le Labarum , dans les Enscignes
TI
OM
IMP
P
FAVG
SOLIIN
VI
SAN
CONS

MAR S. 1738.
413
gnes Militaires , dans le Monogramme
du nom de Christ , ou d'une autre maniere
il y en a déja une grande quantité
de raportées et de gravées dans
Baronius , dans Juste Lipse , dans Gretser
, dans le Pere Morin , & c. Médailles
où l'on ne voit aucun vestige de Paganisme
; ensorte , M. que ne pouvant rien
donner de neuf sur ce Sujet , lorsque
j'ai publié la troisiéme Partie de mon
Essai sur la Croix , dans le Mercure de
Septembre 1737. j'ai mieux aimé omettre
ces Médailles , que de courir le risque.
d'ennuyer par des répétitions. Cependant
, à force de chercher et de re-
Héchir , pour faire honneur à votre Remarque
, qui dans le fonds est juste , j'ai
heureusement trouvé ce que je pouvois
souhaiter sur ce sujet ; sçavoir , une Médaille
du Grand Constantin , assés singuliere
, que je n'avois jamais vûë , er
qui n'est raportée par aucun Antiquaire
que je sçache.
"
Je ne la décrirai point , parce que
je la mets ici sous vos yeux par la Gravûre
vous offrant la communication
de l'Original , qui est encore dans mon
Cabinet , quoique je n'en sois pas le Propriétaire.
Vous sentez , M. la singularité
de cette Médaille par le contraste des
A iiij plus
414 MERCURE DE FRANCE
plus marqués qui se trouve sur son Re
vers ; un Type et une Legende tout-àfait
Payens : Soli invicto Comiti , et une
Croix des mieux marquées à côté de la
figure du Soleil & c . Nouveauté et singu
larité des plus rares en ce genre. Aussi
quand j'ai fait part de cette Gravûre à
quelques Amis distingués dans ce genre
d'Erudition , ils ont tous douté de la verité
de ce Monument par l'incompatibilité
des symboles qui y sont marqués :
mais , la Médaille me paroissant incontestablement
vraie , je n'ai point hésité
de la leur produire en original , et j'at
bien- tôt eû la satisfaction de les voir
tous réunis en ma faveur , en reconnois
sant la Piece pour Antique , vraie , et
hors de tout soupçon : Je ne vous nommerai
ici que deux de ces habiles Connoisseurs
, qui ont vû l'Original en ques
tion , sçavoir , D. Bernard de Montfaucon
et le R. P. Tournemine ; je dois joindre
à ces Maîtres de l'Antiquariat , par un
esprit de justice . et de reconnoissance M.
Genebrier , Docteur en Medecine , qui
possede cette rare Médaille , et qui me
l'a , le plus obligeamment du monde
, mise entre les mains . Tout le Monde
connoît sa Capacité Litteraire , sur
tout en ce genre d'Erudition , dont il a
"
donné
MARS. 1738. 415
Jonné des marques publiques en plusieurs
occasions ; on imprime actuellement
son Ouvrage sur les Médailles de
Carausius.
Mais , me direz- vous , M. en reconnoissant
cette Médaille pour incontestable
, quel parti prendre pour l'expliquer
un peu raisonnablement ? Je vous avoue
que j'y vois de la difficulté , mais non pas
de l'impossibilité . Je vous prie même de
tenter avec moi cette Explication . Peutêtre
vos grandes Lectures , votre Juris
prudence même , vous donneront- elles
des lumieres , qui , jointes à celles de
Histoire et de la Critique , pouront
éclaircir ce Sujet que j'ai déja proposé à
plusieurs de mes Amis.
Un illustre Académicien qui m'honoré
de son amitié , ayant reçû là- dessus une
de mes Lettres , m'a fait une Réponse:
qui mérite de tenir ici sa place.
,
» J'ai vû avec plaisir la Gravûre de la
» Médaille de Constantin , que vous avez
» eû la bonté de m'envoyer. Vous en
» trouverez une pareille de petit Bronze
» dans le Recueil du P. Banduri , T. IF
» page 286. col . I. tout au bas . Mais la
» Croix qui s'y trouve est- elle une mar
que du Christianisme de ce Prince ?
» Vous avez senti vous- même l'incom
A v patibilitä
416 MERCURE DE FRANCE
patibilité de cette marque avec le sym-
» bole Payen du Revers de cette Mé-
» daille. Joignez-y , s'il vous plaît , cette
autre du même Empereur , que cite le
»P. Hardouin , Oper. Select. p . 468. Col.
» II. comme étant au Cabinet de feu M.
» Foucault, où on trouve aussi une Croix
» à côté de la Legende : MARTI CONSER
" VATORI : cela ne paroît pas pouvoir
» convenir à un Chrétien.
»
>> Peut-être pouroit on dire néanmoins,
que Constantin peu décidé sur sa Religion
avant son Bâtême , faisoit un mélange
bizare du Christianisme et du
» Paganisme , pensant à peu près sur cela
» comme le feu Empereur de la Chine
» qui favorisoit les Chrétiens , sans quit-
» ter pour cela le culte des Idoles. Ĉela
» ne seroit pas tout à fait destitué de
»fondement , quoiqu'en ait voulu dire
» M. de Tillemont dans sa Note LIX. Sur
» son Histoire de ce Prince , à laquelle
≫ vous pourrez recourir. Ce qui est de
>> sûr , c'est que c'étoit un étrange Chré-
» tien , s'il l'étoit en effet avant les der-
> nieres années de son Regne , où il pa-
»
rut s'être converti de bonne foi ; mais
» il faut attendre ce que vous en déciderez
vous-même dans votre Traité Hisa
torique sur la Croix , dont nous avons
» déja
MARS .
1738. 417
» déja vû quelque chose avec grand
» plaisir.
Je suis très obligé au Sçavant Acadé
micien , qui en me faisant part de ses lumieres
, a bien voulu m'indiquer deux
autres Médailles de Constantin avec un
revers pareil à celui de la nôtre , quoiqu'il
y ait lieu d'en douter par raport à
la Croix , non pas qu'elles ne soient ainsi
raportées, et gravées dans le Recueil du
P. Banduri et dans l'Ouvrage cité du P.
Hardouin . Mon doute est fondé sur ce
qui m'est arrivé tout récemment avec le
R. P. de Montfaucon.
Dès que ce Sçavant Antiquaire eût vû
et examiné la Médaille de M. Genebrier,
dont vous venez de voir la gravure , il
me dit qu'il en avoit une toute semblable
dans son Cabinet, qu'il m'alloit mon
trer , ajoûtant que l'une serviroit à
prou
ver la verité de l'autre &c. Et tout de
suite entrant dans ce Cabinet nous vîmes
emsemble toutes les Médailles de
Constantin qui y sont conservées et en
assés grand nombre. C'est parmi les
dernieres de cer Empereur que se trouva
enfin celle qu'entendoit le Pere de M.
même Type sur le revers , même Legen
de , Soli invicto Comiti. La Croix qui paroissoit
à côté de la figure du Soleil ne me
A vj sembla
418 MERCURE DE FRANCE
sembla pas tout à fait aussi bien formée
que sur notre Médaille , et sur ce scru⇒
pule le R. P. me dit obligeamment d'emporter
la sienne pour l'examiner de plus
près et dans un plus grand jour . Je profitai
de cette offre , et après avoir bien
froté et décrassé cette Médaille , je reconnus
bien distinctement que la prétenduë
Croix n'étoit autre chose que la Lettre T.
qu'on voit dans la même position sur
d'autres Médailles de Constantin . Lelendemain
la continuation d'un gros.
thume m'empêchant de sortir,je renvoyai
au P. de M. sa Médaille par M. l'Abbé
le Beuf qui lui rendit compte de ce qui
s'étoit passé. Ce P. vrai amateur de la verité
, convint sans peine de celle qui
venoit de se manifester il soûtint
aussi que l'autre Médaille devoit passer
pour très singuliere , on peut même di
re jusqu'à présent unique.
>:
Ór M. si le P. de M. a pû se tromper
sur ce sujet , chose qui peut arriver aux:
plus habiles , par le mauvais , état où se
trouve une Médaille , sans compter l'esprit
de prévention qui aide souvent à
T'erreur , qui nous assurera que les deux
Médailles raportées l'une par le P. Banduri
, l'autre par le P. Hardouin ,
qui
a'en ont peut- être pas vus les originaux,
оц
MARS 1738 419
ou qui les ont mal vus , qui nous assurera
, dis- je , que ces deux Médailles sont
telles qu'elles nous sont représentées par
la gravûre ?
Quoi qu'il en soit , voici M. encore
une erreur dans laquelle j'ai pensé tomber,
en faisant la recherche des Médailles
singulieres du Grand Constantin . Un de
mes anciens Amis , Homme Sçavant et
vertueux me sçachant occupé à cette re
cherche , m'écrivit de Normandie , au
mois de Juillet dernier , une Lettre tou
te remplie d'érudition , et me faisant reponse
au sujet de la Médaille dont je lu £
avois envoyé la gravûre , il me dit :
» Quel Trésor , que la Médaille dont
» vous me parlez ! je la supose au- dessus
» de toute suspicion , et très incontesta-
» ble , puisque les Experts n'y trouvent
» rien à redire. Je vous ai demandé autre-
»fois,lorsque vous fréquentiez notre Pronvince
, si vous aviez jamais vû une Médaille
du même Empereur Constantin ,
où ce Prince est traité d'Evêque exterieur
de l'Eglise , Médaille frapée par
>> ordre du Concile de Nicée , en recon-
>> noissance de la protection qu'il avoit
» donnée à ce Concile, avec cette Legen-
» de : Χονςαντινος Επίσκοπος εξώτερος. Une
telle Médaille vaudroit bien, ce me sem
23.
» ble
420 MERCURE DE FRANCE
» ble , celle dont vous me parlez , et si
» vous n'aviez jamais vû votre Médaille
» à la Croix sur le revers , et que vous
» venez de faire graver , ne pouriez - vous
» point découvrir mon Constantin Evê-
» que pour en orner de même votre Ou-
» vrage ? &c.
Je vous avoue , Monsieur , qu'une
exposition si précise , et faite avec la confiance
d'une Personne qui auroit vû la
Médaille en question , qui auroit du
moins quelque bon garant de son existence
, m'éblouit d'abord : mais quel
ques réflexions qui se presenterent naturellement
, me firent bien tôt conclureque
mon Ami s'étoit trompé , abusé sans
doute par la lecture de quelque Ecrivain
mal instruit et avanturier , pour ainsi
dire , sur ces matieres : je fus confirmé
dans ma pensée , quand mon Ami , prié
de me marquer où il avoit puisé ce fait
si nouveau pour moi et si extraordinaire,
m'eût repondu qu'il ne se souvenoit plus
quand ni comment il avoit été instruit
de ce même fait , mais que depuis longtemps
il en conservoit la memoire , ajoû
tant que la chose méritoit bien d'être approfondie.
Oui , certes , elle le merite , et c'est
ce que j'ai tâché de faire pour détruire
une
MARS. 1738
une erreur d'un côté , et pour établir de
l'autre une verité , comme vous l'allez
voir. La lecture de la vie de Constantin
par Eusebe a seule suffi pour éclaircir
pleinement ce fait que quelqu'un avoit
pris la peine d'embrouiller pour en former
un Monument chimerique , consacré
à la mémoire de ce Grand Empereur
et des Peres du Concile de Nicée.
Eusebe dans le, I V. Livre de la vie de:
Constantin s'exprime ainsi au commencement
du Chapitre 4 .
Εύθεν ἐικότὸς αὐτὸς ἐν ἐςιάσει ποτὲ δεξιέμε
νος ἐπιοκόνες ,λόγον ἀφῆκεν , εὸς ἄρα εἴη καὶ αὐτὸς
ἐπισκόπος . ὧδέ πη αὐτοῖς ἐιπών ρήμασιν ἐφ᾽
ἡμετέραις ἀκραῖς . αλλ᾽ ὑμεῖς μὲν τῶν είςο τῆς
ἐκκλησίας . ἐγὼ δὲ τῶν ἐκτὸς ὑπὸ θεῖ κατες .
μένος , ἐπισκοπος ἂν ἔton . ακόλεθα δ᾽ ἔ τῷ
λόγῷ διανοεμενος , τὰς ἀρχομένες ἅπαντας
ἐπεσκόπει , προύτρεπε τε ὅον περ ὧν ἡ δυνα
μις τὸν ευσεβή μεταδιώκειν βίον.
Ce qui est rendu de la maniere qui
suit par un * Interpréte Latin de l'His-
* Le R. P. Dom Joseph Doussot , Benedictin de
S. Germain des Prés , qui doit en faire imprimer
incessamment une nouvelleEdition revûë et corrigée
sur d'anciens Manuscrits que M. de Valois n'avoit
point vus avec une nouvelle traduction . Il y joindra
aussi l'ancienne version de Rufin d'Aquilée ,
Gorrigée sur beaucoup de Manuscrits très- anciens
et sur les plus anciennes Editions.
>
torien
412 MERCURE DE FRANCE
torien Grec , qui en prépare actuellement
une nouvelle Edition . Hincmeritò cum Epis
copos aliquando convivio exciperet , dixit se
quoque Episcopum esse , iisdem fere verbis
usus nobis audientibus. At vos quidem eorum
quæ sunt intra Ecclesiam , ego vero
à Deo constitucorum
quæ sunt extra
tus sum Episcopus . Congruentia itaque
dicto cogitans , omnes qui sub ditione ejus
erant ut Episcopus gubernabat , incitabatque,
quantum poterat , ut piam consectarentur
vitam.
C'est donc Constantin lui - même
comme vous le voyez , M. qui , rempli de
zele pour la Religion , prend la qualité
d'Evêque exterieur , établi de Dieu pour
les intérêts de l'Eglise &c.
Deux passages du même Historien .;
dont je ne raporterai pas ici le Texte original
, afin d'abreger , me contentant
d'une fidele interpretation du même Auteur
, demontrent encore cette verité , et
quel étoit l'esprit de Constantin sur ce:
même sujet..
Le premier se trouve dans le Chapitre
44.du Liv.I. de la même vie de Constantin.
Præcipuam vero Ecclesia Dei suam:
impertiens curam , cum dissiderent inter se
quidam per diversa Loca , velut communis
quidam Episcopus à Deo constitutus, Synodes
Ministrorum
MARS. 1738. 425
Ministrorum Dei congregabat. In medio autem
illorum conventu non dedignans et ades
se et considere , eorum qua ab Episcopis agebantur
particeps fiebat , quæ pacis Dei erant
procurans omnibus. Cela peut se raporter
à ce qui se passa à Milan en 316. au sujet
des Donatistes , où Constantin rendit un
Jugement contre eux et les condamna par
des Loix severes ; aussi bien qu'au Concile
de Nicée et à quelques autres.
Dans l'autre passage Liv. III . Chap. 17:
Constantin dit ; Ipse vero tanquam unus
ex vobis una fui præsens non enim negaverim
, quam ob rem maxime gaudeo conservum
me vestrum esse ; eo usque cuncta
competenti discussa sunt examine , donec
inspectori omnium Deo accepta sententia ad
unitatis concordiam in lucem proferretur.
Eusebe parle ici du Concile de Nicée :
Et en voilà, ce me semble , Monsieur ,
plus qu'il n'en faut pour conclure, qu'on
s'est parfaitement trompé , en atribuant
aux Peres de Nicée la fabrique d'une
Médaille et d'une Inscription en l'honneur
du Grand Constantin , telle que je
l'ai raportée ci- dessus , et que le texte
d'Eusebe mal entendu , ou mal raporté
dans quelque Ouvrage moderne , peut
avoir donné lieu à cette confusion d'idées
sur un sujet qui est cependant si claire
ment
424 MERCURE DE FRANCE
ment énoncé dans l'Auteur original.
Je viens à votre seconde Remarque ,
qui ne me tiendra pas si long - temps.
Vous croyez , Monsieur , que j'aurois dû
séfater dans cette même III. Partie de
mon Traité de la Croix , ce qu'il a plû à
deux ou trois Ecrivains témeraires de ha-
Zarder au sujet de la Croix lumineuse que
vit Constantin dans le Ciel , et que vic
pareillement toute son Armée : j'ai pen
sé differemment , estimant inutile de re
peter ce qui a déja été dit là dessus en faveur
de la verité , par des Auteurs respectables
et de nos jours , tels que sont
M. Baluze , M. de Tillemont & c.
Je joins à ces Auteurs le R. P. Tournemine
, qui a écrit le dernier sur ce su
jet , et qui a mis la verité dans son plus
beau jour dans l'Ouvrage , expressément
composé , dont je vais vous parler ; ou
plûtôt écoutons ce R. P. lui- même , qui
dans une Lettre qu'il me fit l'honneur de
m'écrire au mois de Septembre dernier ,
⚫s'exprime ainsi .
» La Dissertation de Fabricius , don't
» vous me parlez , très peu sensée et d'u
>> ne critique sans bornes , est dans sa Bi-
»bliotheque Grecque , tome VI. livre V.
» chap.III. page 8. Obligé de convenir du
» fait , assuré avec ferment
» tin ,
par ConstanMARS.
1738. 429
» tin , écrit par Eusebe dans un temps
» où il restoit une infinité de Témoins
de la verité de ce Fait , il veut le faire
passer pour un Phénomene naturel.
» C'est se jouer de ses Lecteurs . Quoi !
» toute une Armée Payenne , les Prêtres
» des faux Dieux , les Philosophes qui
» accompagnoient Constantin , ont pris
» un Halo , Phénomene connu , quoique
» rare , pour une Croix ?
» Quand Fabricius pouroit faire croi-
» re une chose si peu croyable , il ne se-
» roit pas fort avancé ; car Constantin ,
» Eusebe , Philostorge , atestent qu'on
» lisoit en traits de lumiere dans ce Phé
» nomene, IN HOC VINCE.
n
» Fabricius ferme dans son incréduli
» té , donne la torture aux paroles d'Eu-
» sebe
pour leur faire signifier qu'une
» Couronne qui paroissoit avec l'Halo
» signifioit la victoire , sans qu'on lût
>> aucune parole. Il est démenti par Philostorge
, par Socrate , Gelase de Gisi-
» que , Nicephore , Zonare , Cedrenus
» Suidas , Photius , la Chronique Alexan-
» drine. Fabricius sçavoit- il le Grec ? en-
» tendoit- il mieux Eusebe que tant d'E-
>> crivains Grecs ? Qui le croira ? En ve-
» rité l'irréligion aveugle les meilleurs
» efprits.
39
J'ai
426 MERCURE DEFRANCE
» J'ai réfuté Fabricius assés durement
» dans le Journal de Trevoux.
Vous me dispensez sans doute , Mons
sieur , de vous en dire davantage . Je me
flate que vous trouverez ma réponse à vo
tre derniere remarque , plausible et suffisante
sur tout si vous prenez la peine
de lire la Dissertation du R. P. Tourne
mine , Ouvrage solide et interessant pour
la Religion.

Au reste vous n'êtes pas le seul qui
ait critiqué mon dernier Ecrit sur la
Croix .Un Sçavant m'a repris de ce que, en
donnant à Eusebe de Cesarée les éloges
qu'il mérite , je l'ai aussi qualifié de Saint
Mercure de Septembre 1737 page 1901. )
Je conviens qu'il y a quelque chose à dire
sur cette qualification , prise dans un
certain sens , qui n'est pas celui que j'ai
entendu. Aussi pour ne scandaliser per
sonne et pour profiter de l'observation
j'ai substitué le nom de Pieux à celui de
Saint dans mon Original , correction que
j'ai en même tems fait imprimer à la fin
du Mercure qui a suivi celui que je viens
de citer: Je n'ignore pas cependant que
le nom de Saint , dans le sens que je l'ai
entendu, se peut soûtenir ; et de plus que
ce celebre Evêque est mis au nombre des
Saints dans plusieurs anciens Martyrologes
,
MARS. 1738. 427
ges , Calendriers &c. mais c'est une dis
cussion que je n'entamerai point ici ; car
ma Lettre me paroît déja assés longues
je la finis par le même sujet qui en fait le
commencement , je veux dire la Médaille
très- singuliere de Constantin , sur laquelle
j'attends ce que sa publication me pro
curera de connoissances de la part des Sça
vans , pour me déterminer à l'admettre
ou non , dans l'Ouvrage que j'ai entre
pris au sujet de la Croix du Sauveur,
Je suis , Monsieur , &c.
A Paris le 20. Octobre 1737.
STANCES .
En réponse à celles de M. Rousseau : Que
l'Homme est bien pendant sa vie &c,
sur les mêmes rimes.
DEteste , qui voudra , la vie
Pour quelques legeres douleurs ;
En naissant , qu'on pleure , qu'on crie
C'est-là le moindre des malheurs.
Un enfant , qui verse des pleurs ,
A bientôt banni la tristesse ;
Pourquoi sous de fausses couleurs }
Des maux multiplier l'espece ? ¸
428 MERCURE DE FRANCE
De la florissante jeunesse
Ne plaignons point l'heureux état ;
Un Amant près de sa Maîtresse ,
A t'il les peines d'un Forçat
L'homme se plaît dans le combat ;
Si quelque soin le sollicite ,
C'est pour acquerir de l'éclat ;
Il aime tout ce qui l'agite.
Loin que la vieillesse il évite ,
Tombe-t'il dans l'infirmité ?
Il craint encor que sa pituite
N'abrege sa caducité.
La plaisante calamité !
Qu'alors il prenne un sage Maître
Que sert d'être enfin regreté ,
Si cela ne fait pas renaître ?
***
D ....
LETTRE adressée aux Auteurs du
Mercure par un Voyageur Litteraire.
Es voyages que j'ai faits dans le Diocèse
de Paris et aux environs , ont
cû,Mrs. differentes
vûës ; j'ai cependant
tâché
M.ARS. 1738. 429
tâché de ne rien omettre de tout ce qui
regarde S. Louis , envers lequel j'ai toujours
eû une singulière dévotion . J'ai vu
dans cet esprit les Abbayes de Royaumont
, de Chaalis , de Maubuisson , le
Prieuré de S. Maurice de Senlis , la Collégiale
de Poissy. J'ai visité encore les
Villages de Vitry , d'Athies , et d'autres
Lieux où ce S. Roy a logé.
3.
Les Religieux de Royaumont , dont je
ne sçaurois trop me louër , m'ont assuré
qu'il ne leur restoit aucun Livre qui eût
été à l'usage de S. Louis , et qu'ils sont
fort dépourvûs de Manuscrits ; mais j'ai
été dédommagé en admirant à loisir les
beautés de leur Eglise , bâtie par les ordres
de ce Saint Roy.
Je n'ai rien apris de nouveau dans
l'Abbaye de Chaalis , sinon que l'ancien
Réfectoire ne peut pas subsister avec le
dessein qu'on a de rebâtir ce Monastere.
L'Eglise , quoique inférieure à celle de
Royaumont , sera conservée dons son
entier. Elle est fort bien décorée , et M.
le Prieur l'embellir tous les jours. Il n'y
a de remarquable à Maubuisson , que la
sépulture de la Reine Blanche de Castille
, Princesse si recommandable par sa
vertu et par ses grandes qualités. Le
Fauxbourg de Pontoise , où cette Abbaye
430 MERCURE DE FRANCE
baye est située , s'apelle l'Aumône , à
cause , dit-on , de la charité qu'on y
exerçoit envers ies passans.
J'ai vû à S. Maurice de Senlis au -dessus
du Grand Autel , douze Chasses uniformes
et toutes semblables , qui contiennent
des Reliques des Martyrs de la Légion
Thébéene. Les Chanoines Réguliers
de cette Maison , vous sont fort
obligés de ce qui a été dit sur ces Chasses
dans le Mercure de Février 1737. Vous
avez confirmé la Tradition au sujet de
leur Fondation . La singularité qu'on
vous a fournie d'une Vie de S. Louis
écrite par un Cordelier de son temps ,
est confirmée par une Charte du Monastere
de S. Maurice en Chablais , imprimée
dans la Bibliotheque de Bugey de
M. Guichenon , Centurià 1ª. N° . X V.
on y lit les Actions de graces que Saint
Louis rendit aux Religieux de ce Monastere
, du don qu'on lui avoit fait des
Corps des Martyrs d'Agaune , et qu'il
leur envoye en reconnoissance une des
Epines de la Sainte Couronne. La Lettre
est datée de Paris au mois de Février
1261 .
Vous ne serez peut - être pas fâchés ,
qu'après vous avoir fait observer le
raport de cette Lettre de S. Louis avec le
Manuscrit
MAR S... 1738. 4AT
"
L
#.
Manuscrit du Cordelier , je vous dise
que ce Manuscrit que vous assurez être
possedé par M. de Sénicourt Avocat ,
en'est pas unique. Donnez - vous la peine
de lire dans le Livre des Ecrivains Dominiquains
du P. Echard l'article de Simon
Duval , vous y verrez qu'il y en a un
autre à la Bibliotheque du Roy , qui est
orné de très belles Vignettes.
Comme j'ai une attention particuliere
en lisant vos Journaux , à tout ce qui regarde
S. Louis , je n'ai point passé légérement
sur la Remarque qu'on y fait
d'une autre Vie de ce Saint , écrite par
un Auteur nommé Louis le Blanc , Secretaire
du Roy Louis XI. Des Connoisseurs
pensent que cet Ecrivain , quoiqu'assés
, éloigné du Siècle de S. Louis
pouvoit avoir eû de bons Mémoires sur
certains articles, que le P. Lelong a eû en
-vûë quand il en a parlé dans sa Bibliòtheque
des Historiens de France : et pour
le prouver , ils produisent la Vie de la
Reine Blanche par Auteuil , à la fin de
la quelle on lit des Piéces qui font voir
que ce Louis le Blanc avoit sous les yeux
une Chronique Latine , bien plus ancienne
que lui , de laquelle il tiroit les
choses singulieres qu'il a raportées , et
qu'il s'est contenté de mettre en François,
B Depuis
422 MERCURE DE FRANCE
Depuis que la contestation au sujet du
Lieu de la Naissance de S. Louis , s'est
élevée , je me suis mis à lire toutes les
anciennes Vies de ce S. Roy , c'est à dire
toutes celles qui ont été écrites avant le
XVI . siécle , sans oublier celle , qui a
été rédigée par Bernard Guidonis dans
son Catalogue des Roys de France , et je
n'en ai trouvé aucune dans laquelle il
soit dit que S. Louis est né à Poissy.
Guidonis ne le disant pas dans la Vie de
ce Saint , je suis fort porté à croire que
l'Endroit où cela se trouve et qu'on lui
attribuë , est une addition faîte
par quel-
-ques Ecrivains posterieurs .
J'ai lu aussi les Vies modernes de Saint
-Louis , ' et j'ai trouvé du partage dans les
sentimens. Il m'en est tombé une entre
les mains qui a été imprimée à Paris en
1734.chés Lottin et de Hansy , un vol . 8.
laquelle s'exprime ainsi dès le commencement
Il fut baptisé à Poissy , comme
tous les Historiens en conviennent ; mais il
・y a lieu de croire qu'il nâquit à la Neuville
en Hez , Village du Beauvoisis , dans
un vieux Château qui ne subsiste plus.
Le défenseur de l'opinion contraire a
allégué un moyen fort singulier , par
lequel il prétend prouver que Guidonis
a pû être bien informé de la Naissance
de
MARS. 1738. 423™
de S. Louis. Il dit à la page 1348. du Mercure
de Juin 1737. second volume , quel
Philipe le Bel a parlé à S. Louis , et qu'il
a pû aprendre de lui - même , qu'il étoit
né à Poissy ; mais par malheur on sçait
que Philipe le Bel nâquit en 1268 , et
que S. Louis partit de France pour la
Croisade l'année suivante 1269 , temps
auquel Philipe le Bel n'avoit qu'environ
un an.
Non content de ces Lectures , et toujours
dans le dessein de m'instruire , j'ai
visité l'Eglise Collégiale de Poissy , pour
connoître par moi même ces prétenduës
anciennes Peintures que le R. P. T. a
tant vantées dans le Mercure de Juin
1736. Cette Eglise est Paroissiale aussi
bien que Collégiale. Il y a dans une des
Chapelles du côté gauche de la Nef
des Fonts Baptismaux élevés sur une
espece de Console. Dans la même Cha-'
pelle se lit l'Inscription et les vers
suivans , gravés sur le Marbre.
DE LUSTRICIS FONTIBUS S. LUDOVICI
Pissiac. quorum epotus pulvis
febribus medetur.
Fons hic quem cernis , nullas licet egerat undas ;
Ardentem mirá comprimit arte sitim.
Si
quem urit febris , raso de pulvere sumat
1
Bij Pocula ,
424 MERCURE DEFRANCE
í.
Pocula , prasentem sentiet ager opem.
O! Natura stupe , rerum pervertitur ordo ;
Extinguit flammas nunc , velut unda , lapis .
xx v. Aug. M. DC. L.
Hac voti reus ponebat M. Nicolaus
Mercier , Artium Doctor , et Grammatico
rum Regia Navarra Proprimarius .
On voit à l'extérieur de ces , Fonts , une
espece de trou formé par ceux qui ont
graté pour avoir de la poudre de cette
pierre , et s'en servir comme d'un remede
contre la fiévre , ainsi que les Vers le
disent. C'est aparemment pour la conservation
de ces Fonts , et pour éviter
que la dévotion des Fideles ne vienne
enfin à les anéantir , à force de creuser
qu'on les a ainsi placés hors de la portée
de la main. J'ai aussi observé que la base,'
ou ce qui leur sert de pied , est sans aucun
ornement , et qu'il n'y a pas même
une simple moulure . J'ai ensuite consi
deré attentivernent le vitrage de la même
Chapelle , dont le P. T. a tiré une de
ses preuves en faveur de la naissance de
S. Louis à Poissy. Après cet examen voici
la réflexion que j'ai faite.
Ou ces Fonts de pierre élevés, comme
eviens dele dire , sont suposés , où le
Peintre
MARS. 1738. 425
·
3
Peintre du vitrage a voulu en faire accroire.
Si le Peintre a connu ces Fonts de
pierre pourquoi les a t'il représentés
d'une autre façon qu'ils ne sont en effet ?
pourquoi les a-t'il posés sur quatre Gri
fons , taillés et cizelés en canelure ? Il
seroit triste de dire que ces Fonts de
pierre sont suposés , et qu'ils n'existoient
pas du temps du Peintre , ce que je n'ose
faire. Je suis donc obligé de convenir que
celui qui a peint ce vitrage étoit un fourbe
ou un grand ignorant. Aussi est - ce
le parti que j'ai pris , avec d'autant plus
de raison , qu'il représente ces mêmes
Fonts au pied du lit de la Reine Blanche,
comme si on les avoit portés dans la
Chambre de cette Princesse. La Peinture
du vitrage en question peut avoir été
faite sous le Regne de François I. Surquoi
il faut remarquer que c'est environ en
ce temps - là qu'on commença à écriré
dans les vies de S. Louis , que ce Saint
Roy étoit né à Poissy , comme il y avoit
été baptisé ; la preuve en étoit dans le
vitrage.
Pour revenir un peu de la mauvaise
humeur où de telles Peinturés m'avoient
mis , je passai au Choeur de la même
Eglise , où je trouvai un Monument qui
fait mention de S. Louis. Je ne parle pas
Biij de
426 MERCURE DE FRANCE
de ses deux Fils représentés sur une pea
tite tombe, ornée d'une Epitaphe gravée
sur du cuivre , laquelle a exercé la Critique
de plusieurs Ecrivains mais
j'entends une autre grande tombe de
Pierre , qui est proche la grande Porte
du Choeur , sur laquelle je lus , qu'elle est
d'un Chevalier nommé Robert Duplessie ,
qui y est dit avoir accompagné S. Louis
à Thunes, et être mort en M. CCC . XXII .
Il y a au reste des Critiques qui se fla
tent que les Lecteurs , après avoir lû leurs
Censures , ne prendront pas la peine de
voir aussi les Ouvrages critiqués , pour
juger s'ils le sont bien à propos . Je regarde
une contestation Litteraire comme un
Procès , le Journaliste en est le Raporteur
: c'est au Public a juger sur les pieces
produites de part et d'autres; mais une
infinité de Personnes ne recourent jamais
aux Pieces qui sont dans les premiers
Journaux , pour se mettre au fait
du fond du Procès , elles se bornent au
Journal courant, et donnent gain de cause'
à celui qui a écrit le dernier.
Pour moi qui veux m'instruire et bien
juger, je suis curieux de tout voir et d'examiner
tout . C'est dans cet esprit que li
sant ce qui est à la page 1359. du Mercure
de Juin 1737. second volume , au
sujet
MARS. 1738. 427
sujet d'une certaine Note insérée dans la
Vie des Saints de M. Baillet , je me suis ,
aperçu qu'on donnoit l'année 1794, pour
époque du contenu dans cette Note : cela
m'a fait ressouvenir que dans le Mercure
de Janvier 1733. page 40 , il est marqué
que ce fut aussi dans la même année
1704, que M. Simon , Conseiller au Présidial
de Beauvais , donna sa Notice des
Villages du Beauvoisis .
La concurrence de la publication de
ces deux Ouvrages , précisément dans
la même année , doit, ce me semble , découvrir
le fondement de la Note du Lie
vre de M. Baillet , et ôter aux Défenseurs
de la cause de Poissy tout sujet de triom..
phe sur le Défenseur de celle de la Neuville
.
pas "
En effet , M. que celui - ci ait été trompé
par des Libraires mal instruits , qui
T'ont assuré , qu'il n'y avoit point eû
d'Edition des Vies des Saints de M. Baillet
entre 1 701 et 1715, ou qu'il ne l'ait
été , cela ne fait rien au fonds de la
question , et il est toujours veritable de
dire que M. Baillet ne connoissoit pas les
Chartes de la Neuville quand il composa
la vie de S. Louis sur la fin du dernier
siecle , et que la Note , qui en fait mention
, n'est venue qu'après coup , soit,
Biiij qu'elle
428 MERCURE DE FRANCE
qu'elle soit de M. Baillet même , soit
qu'elle soit de celui sur lequel il se repo
soit pour cette Edition .
- Mais, me dirá t'on , comment se peute
il faire que M. Baillet n'ait pas connû les
Chartes en question , et qu'elles n'ayent
pas échapé à la sagacité de M. Simon ?
Voici comment cela est sans doute arri
vé. M. Báillet dans ses dernieres années
ne sortoit point de Paris : il ne sortoit
pas même du Lieu de sa demeure , que
pourles devoirs de la Religion, toujours >
apliqué à la priere ou à l'étude , et d'u
ne assés mauvaise santé. Pour M. Simon ,
homme d'une trempe toute differente
il cherchoit infatigablement des Memoi
res pour son Suplément à l'Histoire du Beau
voisis : il vit entr'autres les titres de
la Neuville en Hez , et il en fit mention
dans ce Livre , qui parut au commence
ment de 1704.
M. Baillet fut sans doute interessé a
voir des premiers cet Ouvrage qui traitoit
de sa Patrie : on réimprimoit alors !
sa Vie des Saints ; le Fait de la naissan- ›
ce de S. Louis à la Neuville étoit cu
rieux , mais il se trouvoit très mal énoncé
, comme on l'a fait voir ailleurs , et la
maniere dont M. S. s'expliquoit sur
le contenu des Chartes demandoit
des
MARS.
1738. 429
des Eclaircissemens , que M. Baillet n'étoit
pas en état de prendre par lui- mêmejil
falloit pour cela se transporter dars
son Pays , et se faire représenter les Ori
ginaux & c. En vain auroit -il demandé
de les faire venir à Paris .
>
Dans ces circonstances M. B. fut obli
gé de se contenter de fournir une petite
Note,pour marquer qu'il n'ignoroit plus
ce Fait , laissant à la postérité le soin de
verifier le contenu de ces Chartes , de re
monter jusqu'à la source de la Tradition
qui s'est établie en faveur de Poissy , de
chercher , dis- je, quel est le premier Ecrivain
qui a désigné cetteVille pour le Lieu
de la naissance de S.Louis , d'éxaminer de
quel poids il peut être , en un mot de
découvrir la véritable cause de la mépri
sé, s'il y en´a.
t
C'est , encore une fois , ce que le sça
vant M. B. n'étoit pas en état de faire,
et c'est ce qui a été éxécuté par M. Maillart
, qui a été suivi par le R. P. de
Montfaucon , et par d'autres , que tou
tés les allegations du R. P. T. n'ont pû
faire changer de sentiment. Enfin si M .:
Baillet n'a pas insisté sur le merite des
Chartes de la Neuville , il n'en a point
non plus dit de mal , ne pouvant parler
qu'en général de ce qu'il n'avoit pas
By Au
430 MERCURE DE FRANCE
Au reste si la Note en question est de
sa façon , elle fournit une preuve que ce
sçavant n'étoit point du tout au fait des
origines de son propre Pays ; car il apellele
Lieu dont il s'agit la Neuville en Her,
et c'est sûrement la Neuville en Hez , ou
en Haye, mot dérivé , comme l'on sçait,
de Haga , ou Hata.

Le P. T. a crû fort avancer dans sa
cause, en aportant pour confirmation de
la Charte de Philipe le Bel , du mois de
Juillet 1304. celle du même Prince du
mois d'Août 1305. ( Mercure de Juin 1737.
pag. 1346. ) en quoi il s'est fort trom
pé , car c'est vouloir expliquer , comme
on dir communément, obscurum per obscurius.
Le lambeau qu'il nous donne de
cette derniere Charte , paroît renfermer
une ambiguité ; il contient même un solécisme
. Il m'a été en effet impossible dedeviner
à quoi se raporte cer accusatif
Originis Locum ; si c'est à ce qui précede ,
il faut Originis Loco ; si c'est à ce qui
suit , il falloit donner cette suite et ne
pas mettre un &c. précisément après Originis
Locum præfati Confessoris. Ces Titres
en entier auroient aporté plus de
clarté , et fait plus de plaisir , quoiqu'ils
n'eussent rien décidé en faveur de Poissy,
si le terme de Nativitatis ne s'y trouve
pass
MARS. 1738%
431
pas ; c'est ainsi qu'en a prudemment usé
son Adversaire au sujet des Chartes de
la Neuville , sur lesquelles M. Simon
avoit écrit moins clairement.
ges ,
Cela auroit été , ce me semble , plus à
propos que toutes les additions , variations
et augmentations de plusieurs paqui
se trouvent dans sa derniere
Lettre imprimée séparément , et répandue
dans le Public , comme tirée du
Mercure de Juin 1737. et qui cependant
n'est pas tout à fait conforme à ce premier
Original , au moyen de la réimpression
qu'il en a fait faire , et des additions
dont je viens de parler , additions
qui forment deux grandes pages de plus,
quoiqu'avec les mêmes Caracteres d'Imprimerie
. Si de nos jours on ne craint
point d'augmenter ainsi des Pieces qu'on
dit extraites d'un Livre , sans en avertir
le Lecteur ; n'a- t'on pas pû augmenter
autrefois de trois ou quatre mots les copies
qu'on a fait du premier Original de
Bernard Guidonis ?
Le R. P. me passera , s'il lui plaît , ma
franchise , lui qui dit page s . de ses aug
mentations,qu'il en agit de franchise avec
son Adversaire ; ainsi on peut l'avertir
qu'il ne convient pas de répandre dans
le Public des Copies differentes de l'Original
B⋅ vj
J'ai
432 MERCURE DE FRANCE
J'ai été fort content , M. d'aprendre
qu'on n'écrit pas en Prose seulenient sur
S. Louis, mais que nos bons Poëtes s'exerçent
aussi sur le même sujet ; ce que vous
avez publié dans le Mercure d'Octobre
sur le don que fit ce S. Roy de la Cou
ronne d'Epines , est un sujet détaché ,
qui n'avoit pas encore été traité , que je
fçache , en Vers François . Nos Poëtes doi
vent être féconds sur un si beau sujet ,
et je ne doute pas que dans quelques années
on ne puisse trouver plusieurs Volumes
composés en l'honneur de ce Saint .
et par raport aux circonstances de sa vie,
qui peuvent souffrir de la difficulté.
Je suis , & c .
A Paris le 12. Décembre 1737 .
1P HIGENIA..
Carmen.
ULIDE jampridem collectis mille Carinis
,
Ductores Danaûm , jurati perdere Trojam ,
Stabant , et probrum Atride commune putantes
Opprobrium , ardebant studiis communibus omnes
Raptorem ulcisci Paridem, raptamque Lacænam
Sed naves portu deducere pigra vetabant
Orin *
MARS. 400 1738.
1
Ona ventorum belli remorata furorem ;
Pugnacesque manus invisâ pace ligabant ,
Nec faciles classi Zephiros sperare licebat.
Iphigenia trucem ni placatura Dianam
Tingeret innocuo ferales sanguine cultros,
Heu quales animo patitur variante tumultus
Rex simul atque Pater , Pius idem , idemque sug
perbas
'Atrides ! Olli quanto stat summa potestas
Et -Regum dici Regem ! nunc vincit amorem`
Ambitio patrium, natamque accersit abargis,
Consiliumque tegens connubia spondet Achillis
Nunc amor alternus , victâ ambitione resurgit
- Victor, et Imperium damnat crudele parentis,
Mandatisque novis mandata priora refellit.
At serò nimium jam curru invecta superb
Festivos inter strepitus plaususque videntûm
Iphigenia subit Reginæ innixa parenti,
Et curru delapsa petit tentoria patris ;
Occurrit genitor mentitus gaudia vultu ;
Nec bene dissimulans quos coelat corde dolo
res ,
Excipit amplexu natam , raptim oscula libat

Blanda quidem , at lacrymis furtim corrupta
profusis ,
Plurima quærenti respondet pauca puellæ ,
Nec manifesta satis ; tandem se turbidus aufert
Virginis ex oculis , trepidamque relinquit , et
284
Multa
434 MERCURE DE FRANCE
Multa volutantem sub pectore ; nec minor
angit
Cura Clytemnestram , quid enim Rex ore
sereno
Reginam increpuit , jussitque redire Mycenas
Num decuit natæ Comitem se jungere matrem è
Num decet hanc sponso deducere ? tafia šećum
Dum queritur mulier , fraudes Agamemnonis
audit
,
Qui falso prætendit Achillæos hymenæos ,
Nec Thalamos natæ , sed natam destinat aris ;
Perfidus ! Heu , quid agat ? vel quò jam vertere
possit
Infelix Regina preces implorat Achillis
Auxilium : sed enim quid contra oracula Divûm
Quid gladios contra solus præstabit Achilles ?
Supplicibus verbis Agamemnona deinde fatigat,
Et probra maternis precibus muliebriter addit.
Verba nihil prosunt, Agamemnonis obstruit aures
Relligio , vel Relligione potentior omni
Ambitio ; quidquid jubet illa vel ista sequendum
est.
Ergo maternis frustra retinentibus ulnis
Iphigenia volat rigidi quo jussa parentis
Et Superum mandata vocant mirantur euxtem
Circumfusæ acies et mosta silentia servant ,
Vixque putant tali redimendam sanguine Trojam
MARS. 17388
435
Ut vero tristes Virgo pervenit ad aras
Et moesta ora Ducum vidit ; moesta ora paren
tis
Parce , pater , dixit , ductores , parcite , vano
Indignoque meam fletu corrumpere sortem ,
Si durum est cadere in primævo flore juventæ
At patriæ vitam patrique impendere pulchrum
est.
Cernite quæ nostrum funus, quam læta sequantur,
Fata, meo tandem placatis sanguine ventis ,
Troja patet vobis , mihi fama æterna paratur ;
Şic effata , genu demisso lactea nudat
Colla , locum plage designat , stringe , Sacer
dos ,
Stringe celer gladium , quid cessas ? percute ;,
dizit ,
Ingemuere Duces Danaûm terræque madentes
Defigunt oculos , contra pater ora retorquet ,
Appositâque manu spectacula dira parenti
Effugit , et patrem , excluso jam Rege , fatetur
Educir gladium Calchas et lumine torvus
Fronte minax ferrum jugulo demittit aperto.
Hostia cæsa cadit , non quæ mactata putatur
Hostia , non Virgo at præstanti corpore cerva ,;
Quam Dea suffecit , nimbo famulante puellam
Dum rapit , et sacros abreptam servat in usus.
Continuò aspirant Graiis placata Deorum
Numina , lene fremit Zephirus nautasque mo
Increpa rantes
6 MERCURE DE FRANCE
Increpat et tremulo crispatur flamine ventus ,
Perfida Troja time , Danai dant vela , peribis.
C. P.
宁海
LETTRE de M.... sur l'Ordre
Religieux dont a été S. Edme ou Eds
mond, Archevêque de Cantorbery."
E vous suis très obligé , Monsieur
de m'avoir fait connoître les Hymnes
Alcaïques composées depuis peu en
l'honneur de S. Edme , Archevêque do
Cantorbery. J'en ai trouvé les deux Editions
que vous m'avez annoncées , dont
la derniere est de 1726. Vous pouvez
mieux qu'aucun autre résoudre la difficulté
qui naît à l'esprit de ceux qui
voyent à la fin de ces deux Editions des
Souscriptions differentes . Quel qu'en soit
l'Auteur , si vous le connoissez , vous,
pouvez l'avertir qu'il est fort desagréable
en chantant ces Hymnes de s'arrêter au
milieu d'un mot ; c'est ce qu'il est bien
difficile d'éviter dans les derniers Vers de
plusieurs strophes ; comme par exemple,
dans ceux- ci : ^ .
Vicler
MARS.
1738.

Victor ab hos - te refert triumphum.
Mentibus insinuas amorem.
Santeuil a évité exactement ce défaut
dans les Hymnes qu'il a composées , soit
pour la Fête de la Chandeleur , soit pour
celle de la Magdelaine , et je crois qu'en
imitant son génie Poëtique , comme fait
l'Auteur des Hymnes de S. Edme , il
convient très fort de s'astreindre aussi
aux mêmes regles en faveur du Chant
et de placer les césures dans le lieu où elles
doivent être pour faire un bon effet:
Pour bien entendre ces Hymnes , j'at
rélu la vie de ce Saint, et l'Histoire de sa
Canonisation , que Dom Edmond Mar
tene a publiées avec un grand soin par
dévotion pour son S. Patron . Auriczvous
par hazárd fait attention à l'une des
dernieres Pièces dé son Recueil ? elle ma
paroît mériter quelque reflexion .
Je veux parlet de la Lettre de Hugues,
Prieur de la grande Chartreuse , au Chartreux
Boniface de Savoye , Archevêque
de Cantorbery. Guichenon l'avoit déja
fait imprimer dans sa Généalogie de la
Maison de Savoye ; mais elle se retrouve
dans une place plus naturelle chés le P
Martene , ( a ) elle est datée du mois de
(3 ) Thes. Anecdot, T. 3. Col. 1921
Novembre
438 MERCURE DE FRANCE
Novembre 250. Inspiret , obsecro
dit ce Général , Patris Spiritus qui ubi
vult spirat , cordi vestro benignissimo ut S.
Edmundum quem ante oculos mentis vestræ
tot miracula et pia facta , ipsaque sedes
quam nunc tenetis Cantuarie , ponunt ,
imitemini , et Sanctum Lincolniensem Epis
copum Hugonem : hi à nobis , ut scitis , venerunt,
sed mundi superbiam in humilitatem,
luxum infrugalitatem , divitias in paupertatem
in ipse Episcopali culmine commutantes
, Cartusiensem professionem suam constanter
retinuerunt . Ne doit on pas
surpris de voir S. Edme ainsi revendiqué
hautement par les Chartreux, quelques
années après sa mort et sa Canonisation ,
sans qu'aucun de nos Modernes ait remarqué
ce fait ? Les Sçavans Bollandistes
n'oublieront pas sans doute de discuter
cette prétention lorsqu'ils en seront au
16. Novembre .
• être
S. Hugues de Lincoln a été certainement
Chartreux ; l'Ordre de ce nom en
fait une Fête solemnelle le 17. de Noyembre
, et S.Edme , dont la Fête arrive
le jour précédent , n'est pas même honoré
ches eux d'une simple Commemo-
Fation.Cette differente conduite ne peutelle
pas infirmer le témoignage du Géné-
Jal Hugues ?
Les
MARS. 1738. 439
Les vertus et les miracles du S. Archevêque,
qui s'étoit exilé volontairement en
France , n'ont pû être ignorés dans le
Chef-Lieu d'unOrdre né dans le Royaume
, et assés peu éloigné de Lyon , où le
Pape Innocent IV. le canonisa. On pouroit
objecter ce qu'a écrit Albert Archevêque
d'Armach , qu'à la Cour de Rome,
ses Miracles qui étoient la preuve de sa
Sainteté , furent fort combattus , et qu'ils
passoient pour des rêveries ; Quidquid
de miraculis ejus dici vel scribi potuit ,
quasi deliramenta quadam à non credenti
bus videbantur. L'endroit est curieux à
lire , col. 1848. aussi bien que celui où
est raportée la pensée de deux de ses Ecclesiastiques
qui parurent étonnés que
le
peuple l'honorât . ( a )
Mais ces deux endroits portent avec
eux leur réponse , et l'on voit à la page
1848. que le plus oposé d'entre les Cardinaux
étant venu au Tombeau du Saint,
reconnut son erreur , et s'écria disant 2
Venient ad te qui detrahebant tibi , &c.
Outre cela y a t'il aparence, que ce qui
se passa à Lyon où étoit alors la Cour
Romaine , ne put pénétrer jusques dans
la grande Chartreuse S et qu'on n'y
fut pas informé , que les plus fameuses
(2 ) Col. 1818.
d'entre
40 MERCURE DE FRANCE
entre les Personnes guéries au Tom
beau , ou par l'intercession de S. Edme ,
furent menées à Lyon et produites de
vant les Cardinaux , et devant le Pape
même , et qu'il y en eut une entre autres
qui avoit été guérie de la Lepre , qu'on
obligea de montrer son sein ? ne facies
sophisticata nativum colorem mentiretur , et
alius color in pectore haberetur. ( a )
Pourquoi donc les Chartreux paroissent-
ils méconnoître un Saint , que leur
Général , qui lui étoit contemporain , a
déclaré avoir été des leurs , et avoir con
servé sa Religion de Chartreux , même
pendant le tems de son Episcopat ? sa
Sainteté est bien établie , sa Profession
de Chartreux le paroît suffisamment.
L'inaction des Chartreux à l'égard de cè
Saint , est une de ces choses dont la rai
son n'est pas aisée à découvrir. Je vous
prie d'en faire part à quelqu'un de cet
Ordre , qui puisse vous donner des lu
mieres là dessus , ou nous aprendre s'il
faut s'inscrire en faux contre la Lettre de
Hugues leur Grand Prieur.
a) Col. 1850.
MARS. 1738:
443
kakakak
L'Am
A IRIS
Qui ne veut point aimer.
O D E.
'Amour d'une aîle legere ,
Comme le temps vole , fuit,
Et sa course passagere
N'est qu'un beau jour qui nous luit g
Mais dans sa courte durée
Ce Dieu jaloux de ses droits ,
Veut qu'aux Loix de Cytherée
Tout soit soumis une fois.
*
De cet instant qu'il nous donne 3
Iris, sçachez profiter;
Jamais l'Amour ne pardonne
A qui lui peut résister.
D'un tribut si légitime
Vous vous défendez en vain
Ne pas aimer est un crime
Contre l'ordre du destin.
*
D'Aleimadure insensible
L'Histoir
442 MERCURE DE FRANCE
L'Histoire vous a fait peur,
Et votre coeur inflexible
Se refuse à mon ardeur .
Pensez- vous, qu'en sa colere¸
L'Amour vous épargnera ?
'Ah ! si vous n'aimez , Bergore ,
Un jour il se vengera.
*
De son flambeau redoutable
Le feu vengeur et puissant
De ce coeur impitoyable
Causera l'embrasement ;
'Alors , comme Alcimadure ;
Dechiré de ses remords ;
Cherissant votre blessure ,
Vous verez les sombres bords.
X
Profitez de cet exemple ;
Reconnoissez un Vainqeur;
A P'Amour dressez un Temple
Au milieu de votre coeur.
Iris rendez-moi justice ,
En autorisant mon feu
Et qu'un tendre sacrifice
>
Vous acquite envers ce Dieu.
QUESTION
MARS. 1738. 443
t
QUESTION proposée dans le Mer
cure de Décembre 1737.
>> Ꭰ
Amon a trois Fils qu'il aime , et
dont il est aimé ; ilest avec eux
» à la Campagnesun assassin vient par dere
» riere lui porter un coup d'épée . Damon
» tombe ; l'un de ses Fils poursuit l'assas-
» sin et le tue , l'autre étanche le sang qul
coule de la playe de son Pere , le
>> troisième saisi de douleur s'évanouit :
>> on demande qui des trois à marqué dans
» cette occasion plus d'amour pour son
Pere ?
RE'PONSE.
Cette Question seroit bien difficile à dé
cider pour ne pas dire impossible, s'il étoit
permis de juger seulement sur les differens
effets que produit le terrible spectacle de
l'assassinat de Damon dans ses troisEnfans,
sins consulter auparavant les principes
qui operent en eux les divers mouvemens
, dont il sont agités ; mais lorsqu'on
refléchit avec attention sur les
causes qui les font agir, c'est-à- dire lorsqu'on
444 MERCURE DE FRANCE
qu'on fait réflexion à la difference qui est
naturelle au temperament de , tous les
hommes, et que cette difference vient ou
de la vivacité, ou de la tranquilité, ou de
la disposition du sang qui est presque
toujours le principe de nos actions , au
tant la décision de cette question paroissolt
difficile autant elle devient facile , et
les raisons qui servent à la résoudre sont
sensibles et vraisemblables.
En effet , dira t'on que celui qui court
après lAssassin de Damon pour en tirer
vengeance , marque plus d'amour pour
son Pere , que celui qui voyant le sang
couler de sa playe , va l'étancher pour
l'empêcher de périr ? ou que celui qui
s'évanouit ressent plus vivement le coup
porté à son Pere , que ses deux freres
ayant perdu toute connoissance ? Non
certainement , si l'on considere la premiete
cause ou le premier mouvement
qui les fait agir ; car il est constant que
ces trois enfans ont le même amour pour
leur Pere , et que la difference de leurs
actions ne procede que de la difference
de leur temperament ou de la disposition
de leur sang ; l'un tellement vifs et
turbulent , que par lui , sans entendre
la voix de la nature qui est la premiere
blessée , il se laisse emporter au désir de
la
MARS. 1738. 445
la vengeance , l'autre qui l'a plus moderé
, résiste encore par lui à la nature
comme la nature lui résiste , et n'étant
obsedé ni par son sang , ni par la nature ,
qui semble au contraire lui être soumise,
il écoute seulement la sagesse et la prudence
qui lui crient de secourir son pere ;
le troisième enfin , dont le temperament
est encore bien moins vif que celui du
second , et par conséquent inferieur en
force à la nature , ne pouvant combattre
contre elle , n'agit que par elle et se laisse
entraîner à tous ses mouvemens ; d'où
j'infere que
les trois enfans de Damon,
ont le même amour pour leur
pere , et
la difference de leurs actions ou des
mouvemens dont ils sont agités,ne procede
uniquement , dans l'un , que du feu et
de la vivacité de son sang, dans l'autre, de
la moderation de son tempérament, qui ne
prévaut pas plus sur la nature,que la nature
ne prévaut sur lui; et dans le troisiéme
enfin ,de l'extrême tranquilité qui est propre
à son sang, et qui laisse agir la nature
avec tout empire .
que
Quoiqu'il en soit , j'avouë que s'il étoit
permis de juger suivant les aparences seulement
, sans remonter aux premiers
principes , je donnerois la préférence à
celui qui s'évanouit de douleur , parois-
C sang
446 MERCURE DE FRANCE
sant tellement frapé et ressentir le
coup porté à son Pere , qu'il semble
être à son dernier moment ; au surplus
je ne prétends pas qu'on s'en raporte
à ma décision , mais voilà mon avis. •
Question de Droit
Une femme aporte en dot à son second
mari une somme de 100co. livres ,
dont il lui donne quittance par leur
Contrat de Mariage , qui contient , de
plus , au profit du second mari une donation
de portion d'enfant ; par ce Contrat
de Mariage il est dit que de ces
10000. livres de dot il en entrera 1000.
divres en communauté ; la femme décede
et laisse en mourant un enfant de son
premier mariage , cet enfant , après la
mort de sa mere , ou son Tuteur pour
lui , renonce à la communauté de biens
qui avoit été entr'elle et son second mari.
On demande si nonobstant la renonciation
faite par le mineur , il a droit
de reprendre la moitié de la mise en
communauté ; ou și , au moyen de sa renonciation
, la mise en communauté doit
profiter au second mari seulemenr.
Autre Question.
Titius fait une Obligation à Lucius ,
par
MARS. 4478 2
1736 .
>
par laquelle Sempronius se porte cau
tion de Titius ; quelque temps après Sempronius
est contraint de payer Lucius.
faute de payement par Titius , dont il
s'est rendu caution . On demande si Sempronius
a hypoteque sur les biens de
Titius du jour qu'il s'est porté sa caution
, ou du jour seulement qu'il a payć
pour lui Lucius. Pakruo
Autre Question.
Un Enfant , après la mort de son Pere
ou de sa Mere , paye de ses deniers les
frais funeraires de son Pere ou de sa
Mere , ensuite il renonce à la succession
de l'un ou de l'autre. On demande si
cet Enfant peut repeter contre la succession
à laquelle il a renoncé , le payement
des frais funeraires qu'il a déboursé
de ses deniers,
Par M. P.
1
hhhhhh
LE PAPILLON,
FABLE:
Sur les bords enchantés de l'Isle de Cythere,
རྩྭ་
Est un Jardin charmant cultivé par l'Amour;
Flore,semble y fixer sa Cour;
Cij Des
448 MERCURE DE FRANCE
7
Des Jeux et des Plaisirs c'est l'azile ordinaire ;
On y trouve en tout temps des oeillets et des lys
Er mille aimables fleurs nouvellement écloses
I
On y voit , sur tout , des Soucis ,
Qui sont cachés parmi les Roses ;
Là , chaque jour un Papillon
Voltigeoit près d'une Amarante ,
Qui , sans avoir l'éclat de la jeune Saison ,
Lui faisoit oublier son humeur inconstante ;
Rien ne contraignoit leurs désirs ;
Elle l'aimoit , il n'aimoit qu'elle ;
Mais Papillon jamais n'eut d'ardeur éternelle ,
Le nôtre s'endormit dans le sein des Plaisirs ;
Un jour , au lever de l'Aurore ,"
Une Rose s'offrit à ses regards surpris ,
A peine elle venoit d'éclore ,
e
Il la voit , il en est épris ;
L'Amarante en gémít , le rapelle , soupire.
Vains soupirs , inutiles pleurs !
Le perfide voit ses douleurs ,
Mais il se rit de son martyre ;
Dieu d'Amour , dit- elle à l'instant
Tu connois les maux que j'endure ……A
Hâte-toi , venge ,mon injure ,
Punis toi-même l'inconstant ,
L'Amarante est vengée , et dès - lors le volage
Veut en vain porter son hommage
Au nouvel objet de ses voeux ,
}
Ац
MARS; 449 1738 .
La Rose est peu sensible à ses tendres prieres ,
: Elle ne reconnoît ses feux
Qu'en s'armant contre lui d'épines meurtrie
res ;**
Que fera- t'il dans son malheur P
If retourne chés l'Amarante ;
Mais à son tour elle est indifferente-
Et n'a pour lui qu'une juste rigueur ;
A peine est- il souffert chés quelque fleur fanée ;
Son sort aux inconstans doit servir de leçon :
Je connois plus d'un Papillon
Qui pouroient bien avoir la même destinée.
Par Mlle **** dè L * * *

LETTRE de M. Bellin , Ingenieur
au Dépôt des Cartes et Plans de la
Marine , à M. d'Anville , Géographe
du Roy.
J
' Ai lû avec plaisir , Monsieur , votre
Lettre au R. P. Castel , sur les Pays
de Yesso et de Camtschatka ; vous serez
surpris que je n'y aye pas trouvé la question
aussi décidée , que vous nous l'annoncez
; comme c'est peut- être ma faute
, je vous adresse mes refléxions , vous
priant de les juger à la rigueur , persuaĊ
iij, dé
450 MERCURE DE FRANCE
dé d'ailleurs ,que la sincerité avec laquelle
je discuterai quelques points de votre
réponse , me fera trouver grace auprès
de vous et ne me fera rien perdre de
la liaison que vous voulez bien avoir
avec moi et dont je me ferai toujours
honneur..
Je ne vous dirai rien sur ce que vous
tâchez d'insinuer , que je ne suis point
l'Auteur de la réponse à la Dissertation
du R. P. Castel , imprimée sous mon
nom dans le Journal de Trévoux, Aoûc
1737 ; vous avez , sans doute , oublié las
conversation que nous eûmes à ce sujet ,
lorsque vous vintes m'en faire des plaintes.
Ne cherchez donc point , je vous
prie , à la donner à d'autres , mais ne
croyez pas que j'aye cû envie de vous
charger personellement , lorsque pour
défendre ma Carte du Pays de Camtschatka
, j'ai attaqué celle qui se trouve
jointe à la Relation du Capitaine Béc
rings ; bien loin que j'eusse ce dessein ,
je suis charmé de voir le desaveu que
vous en faites , et je crois , puisque vous
le dites , que vous n'y avez d'autre patt
que celle de l'avoir copiée ; il est cependant
vrai qu'elle se trouve à la suite de
plusieurs Cartes sorties de vos mains ,
qu'on n'y voit point le nom de Béerings,
MARS.
1738.
451
à qui vous la donnez aujourd'hui , et que
ce Capitaine n'en parle pas dans sa Relation
; quoiqu'il en soit , il n'est pas besoin
d'une grande sagacité , ni de cet
esprit de fine critique , si nécessaire en
matiere de Géographie , pour sentir jusqu'où
peut aller la confiance que l'on
doit avoir en ces deux Pieces , et l'usage
qu'on en peut faire , ni démêler ce
pour
qu'il y a de plus positif dans les connoissances
que l'on a efes en differens temps
des Pays d'Yesso et de Camtschatka.
Vous sçavez , M. qu'un Géographe ne
voit rien par lui- même ; ce ne sont point
ses productions ni ses découvertes qu'il
met au jour ; Copiste perpetuel , il ne
peut que suivre avec fidelité les Voya
geurs heureux quand il en trouve d'as
sés habiles ou d'assés exacts pour le guider
avec quelqu'aparence de certitude ; il
est vrai que toutes les Relations ne méritent
pas une égale confiance, aussi tout
son Art ne consisté que dans le choix ;
mais ce choix une fois fait , il faut s'y te
nir , et l'on doit présenter le Voyageur
tel qu'il est. Cette refléxion n'est point
inutile , elle poura avoir son aplication
dans la suite.
2
Je ne rapellerai point ici ce que j'ai die
sur la Terre d'Yesso , que je crois encore'
Cij n'être
452 MERCURE DE FRANCE
n'être autre , que la partie du Sud de ces
vastes Pays découverts par les Russes ,
sous le nom de Camtschatka , et dont on
peut voir la Carte dans l'Histoire du Japon
du R. P. de Charlevoix , à laquelle›
je joignis un petit Memoire que ce sçavant
Jésuite a bien voulu faire imprimer,
par addition à son quinziéme Livre ,
Tome second , page 492 .
Je renvoyerai encore au Journal de Trés
voux , Août 1737: Article 79. on y verra
quels sont les Auteurs que j'ai suivis et
si la Relation du Capitaine Béerings est
suffisante pour les détruire entierement *
En vain voulez- vous nous faire regar
der cette Relation et la Carte qui l'ac
compagne , comme un Morceau parfait
et décidé pour la Géographie de ces Pays ;
il s'en faut bien que nous soyons d'accord
sur ce points je n'y vois qu'un
Voyageur obscur et peu exact , et je ne
suis pas le seul qui en juge ainsi ; le R. P.
Duhalde a été forcé d'en convenir , lors
qu'il a dit sur des endroits de cette Rela
tion les plus interessans et qui auroient
dû être les plus détaillés : Je ne sçais ce
que c'est ni ce qu'il a voulu dire. Et dans
d'autres qui avoient bien besoin d'éclaircissemens
, il ajoûte : C'est ce qu'on a pû inferer
des termes de la Relation . Le R. P.
Castel
MAR S. 1738. 453
Castel , dans sa sçavante Dissertation sur
ces Pays , ne s'en est pas mieux accommodé
; il redressé l'Auteur , pour ainsi
dire, à chaque pas , et dans plus d'un endroit
il est obligé de l'abandonner toutà-
fait ; effectivement on n'y voit aucuns
de ces détails nécessaires pour la connoissance
d'un Pays, aussi ignoré que celui- là ;
ni routes ni distances d'un Lieu à un au
tré dans une Navigation très - longue ,
point de Journal suivi , point d'airs de
vents , point d'estime , point de descriptions
de Côtes , à peine y trouve - t'on
deux . Observations de Latitudes ; il n'y
á qu'à lire cette Relation pour être convaincu
de la verité de ce que j'avance.
;
Vous en avez si bien connu l'insuffisance
, M. que vous avez été obligé de recourir
à plus d'un expedient pour lui
donner quelque poids dans la question
présente. J'ai été très- étonné , par exemple
, de voir à la page 10. de votre Lettre
que vous vous exprimez ainsi : » Et ce
»qui détruit sans aucune équivoque la
» grande étendue que l'on veut donner
au Pays de Camtschatka , jusqu'à engloutir
la Terre d'Yesso , est que Bée-
» rings dans sa Navigation a doublé la
pointe Méridionale de ce Continent
par la Latitude de 51.degrés 10. minutes.
D
Cy Si
454 MERCURE DE FRANCE
Si cela étoit ainsi , vous auriez raison ,
j'ai eû recours à la Kelation et j'y trouve
seulement que Béerings étant sorti de
l'Embouchure de Camsichaika il
, porta
・quelque temps à l'Est , et reprit ensuite la
route du Sud , du côté de Satchitz ,pour
doubler la pointe de Bolscaya Recci , c'està-
dire celle du Continent de Camsichatka.-
Il ne parle donc point qu'il ait observé
la Latitude en doublant cette pointe.
Comme vous avez jugé qu'on pouroit
-vous faire cette objection , vous avez cru
mettre à couvert cette Latitude, en ajoûtant
un peu plus bas , Comme il est marqué
dans la Table d'Observations qui est pardeversmoi.
Mais de qui est - elle , cette Table -
d'Observations ? DeBéerings, sans doute, et
-vous ne pouvez pas assurément la donner
à d'autres ;à cela je répondrai que lorsque
ee Capitaine a pprriiss hhaauutteeuurr ,, il l'a marquée
dans sa Relation ; on y voit que le
8. d'Août il se trouva par la Latitude de
64. degrés 30. minutes que le 15. du
même mois la hauteur fut de 67. degrés
18. minutes ; s'il en avoit observé quelques
autres,il les auroit données de même.
En voilà , je crois , suffisamment pour
juger des secours qu'on peut tirer de
la Relation de Béerings , et de l'usage que
vous en avez fait ; j'ajoûterai seulement
que
MARS. 1738. 455
que cette Relation , dans son état naturel,
s'accorde assés bien avec la Carte de
Camstchatka de l'Histoire du Japon , du
moins elles ne se contredisent en rien ,
qui est tout ce que je prétends , et ce
qu'il est très aisé de vérifier , comme je
Crois l'avoir déja fait dans ma réponse '
au R. P. Castel,
.-
Passons maintenant à la Terre d'Yesso.
Je ne doute pas ( comme vous le dites
fort bien ) que vous n'ayez eû beaucoup
de peine à concilier les connoissances
que l'on en a euës jusqu'ici '; les diverses
combinaisons que vous avez faites de
plusieurs Cartes , le marquent assés. Je'
Vous y ai suivi le mieux qu'il m'a été
possible, mais pardonnez - moi , si je vous
avoue qu'il ne me paroît pas que vous
les ayez faites avec toute l'exactitude né
cessaire dans de pareilles opérations.
?
La premiere Carte dont vous avez fair
usage , et queje juge , avec vous , d'un
très- grand poids dans la question présente
, est celle qui a été dressée après la
découverte que le Castricoom fit en
1634. cette Carte entre dans un trèsgrand
détail ; elle a été publiée en Hollande
, et vous l'avez vue au Dépôt des
Plans de la Marine, ainsi vous ne doutez
pas que je n'y aye eû recours ; jugez de
G vj . ma
456 MERCURE DE FRANCE
ma surprise , lorsque j'ai aperçu les chan
gemens que vous y avez faits , il est
vrai que si vous l'aviez employée telle
qu'elle est , vous n'y auriez pas trouvé
votre compte. En voici la preuve.
Matsmey apellée Sinnadone , Capitale
de ces Côtes , y est placée par les 44 :
degrés 40. minutes de Latitude ; la Côte
d'Yesso oposée à la partie Septentrionale
du Japon , depuis le Cap Eroën jusqu'à
Matsmey, y court d'abord so. lieües
à l'Ouest , et ensuite tourne en remontant
environ 35. lieües au Nord , desorte que
le Japon est séparé de cette Terre par
un espace de Mer d'environ 40. lieües *
au lieu que sur la Carte que vous avez,
dressée pour accompagner votre Lettre ,
vous faites courir cette même Côte , depuis
le Cap Eroën plus de 40. lieues au
Sud , en s'aprochant du Japon , qui ne
s'en trouve ainsi séparé que par un Détroit
de 5 à 6. lieues , et vous mettez
cette Ville de Matsmey par le 41. degrés
de Latitude. Quelle prodigieuse difference
! Vous sentez bien que si cette
Côte avoit couru Nord et Sud en s'aprochant
aussi près du Japon , il étoit
impossible qu'elle pût échaper à la recherche
du Castricoom , qui n'alloit que
pour en faire la découverte ; on voit par
les
M. AR S 1738 45%
les sondes , marquées sur la Carte Hol
landoise , qu'après avoir rangé la pointe
La plus Septentrionale duJapon , il a conti
nué sa route au même air de vent , pour
chercher la premiere terre , qu'il ne trouva
qu'après une navigation de plus de
40. lieuës ; ayant atteré au Cap Eroën ,
dont il trouva la sonde à 15. lieues au
large. Ce sont, je crois , des faits qu'il est
impossible de détruire.
Mais ce n'étoit point assés d'alterer
ainsi le gissement de ces côtes et leur latitude
, il falloit pour lier le tout , et y
donner un air de vraisemblance , trouver
une longitude à ces Terres qui les por
tât à l'Ouest , de sorte qu'elles semblas
sent tomber dans celle des Côtes de la
Tattarie Orientale ; C'est ce qui vous 'a'
fait ajuster encore cette Carte du Castricoom
, depuis le Pic Antoine jusqu'à la
Côte de l'Ouest, de sorte qu'elle n'est pas
plus reconnoissable dans cette partie que
dans la précedente,
Ces changemens n'étant pas suffisans
pour s'assujetir à la longitude dont vous
aviez besoin , parce que le Japon y étoit
un obstacle , il n'y avoit point d'autre
parti à prendre que de toucher au Japon,
de le raprocher de la Chine , et lui donner
très peu d'étendue de l'Est à l'Ouest; -
la
458 MERCURE DE FRANCE
la Corée s'y oposoir aussi ; heureusement
ces difficultés ne vous ont point arrêté
et nous allons voir comment vous vous
en êtes tiré.
1º. Voici pour là Corée. » Comme cet²
te Carte(dites vous de celle qui se trou-
» ve dans l'Ouvrage du R. P. Duhalde )
n'est point comprise dans le terrein le
» vé par les RR. PP. Jésuites , et qu'elle
» a été copiée simplement sur une Carte
» trouvée à la Cour du Roy de Corée
>> cette circonstance nous laisse quelque
>> liberté dans l'usage qu'on peut faire de
cette Carte. Après ce petit préambule,
Vous vous croyez autorisé à la retrecir
assés considérablement , et à en changer
la latitude , afin de donner de la place au
Japon pour se fourer dessous , et s'aprocher
par ce moyen de là Chine .
སྙ
Je pourois , Monsieur , faire voir plusteurs
Cartès générales et particulieres de
ces Côtes , tant Portugaises , qu'Hollan
doises , qui sont bien contraires à une pareille
suposition ; et d'ailleurs je ne sçais
si l'on peut détruire cette Carte trouvée
dans le Pays, et faite vraisemblablement .
pour le Roy de Corée , sans en donner
d'autres raisons , que celle de n'être pas +
sorties des mains des RR. PP. Jesuites.
2. Il falloit diminuer l'étenduë du
Japon
MAR S. 1738. 459
Japon de l'Est à l'Ouest , et vous n'avez
pas balancé à ne mettre que 9 degrés
de difference en Longitude entre Nanga
saki et la pointe du Sud Est du Japon ,
qui ne valent, par ce parallele de 30. degrés
, qu'environ 150. lieuës . Comment
concilier cette distance avec la route de
Nangasaki à Jedo donnée par Kempfer ?
Vous la citez cependant cette route , et
vous dites page 14. Que vous avez fait
entrer toute la longueur de cette route dans
une seule Carte dressée pour votre usage.
Voyons si cela s'accordera avec Kempfer
s'exprimant lui - même ? » Ce voyage de
Nangasaki à Jedo est pour le moins de
223. lieuës Japonoises de differentes **
» grandeurs , de Nangasaki à Kokura
"'on en compte 53. et demi , de Kokura
» à Osaca, 135: au moins et 146 , au plus,
» et d'Osaca à Jedo 133. lieuës et 13T.jo,
de sorte le tout monte-à
que
lieuës
Japonoises pour le moins , et à 333.-
» pour le plus , ce qui revient environ à
200. mille d'Allemagne qui valent
z5o, lieuës Françoises de 20. au degré.
»
»
» 250,
·
3237
** Les grandes lienës sont de so. Tjo chacune ;
et les lieuës communes de : 36. settlement , le Tjø
contient 60 Kins , ou nattes ; etlá nattefait une
toise d'Europe : de sorte que les grandes lieuës
sant de 3000. toises et les petites de 2160. toises.
»Neta,
460 MERCURE DE FRANCE
"Nota, que cette évaluation n'est faite que
sur le pied des petites lieuës Japonoises ,
tout le monde en peut faire le calcul.
Voici ce qui en résulte . Des 250. lieuës
trouvées ci - dessus , qu'on ne croye pas
qu'il en faille retrancher les 53 lieuës Japo
noises ,faisant environ 39. des nôtres,pour
le chemin de Nangasaki à Kokura : on
doit faire attention que Nangasaki est
plus occidental que Kokura d'environ
20. lieues , suivant Kempfer et toutes
les Cartes , jusqu'à la vôtre même ; il ne
faudra ôter que 20. lieuës , restent 230:
pour la distance Est et Ouest de Nangasaki
à Jedo, qui n'est pas la partie la plus
orientale du Japon , y ayant plus de 10 .
lieues de difference. Le tout fera 240
lieuës ; mais comme une route ne peut
pas se suposer une ligne droite , aban
donnons les 40. lieuës , qui font un cinquiéme
, c'est assurément beaucoup ;
nous aurons encore 200. lieues pour
difference en Longitude entre Nangasaki
et la pointe la plus Orientale du Japon
, qui par ce parallele valent environ
12. degrés un tiers.-
·la
Nous faisons , comme vous voyez , un .
usage bien different du même Auteur ;
s'il étoit besoin de preuves pour assurer
des distances , je pourois encore citer lat
Garte
MARS. 1738.
468
Carte du Japon du R. P. Briet Jésuite ,
celle de Dudley dans l'Arcano del Mare ,
celles des Hollandois , et surtout la Car
te de M. Schewzer , qui toutes s'accor
dent assés à lui donner 12. à 13. degrés
pour son étendue en Longitude .
Il est inutile de pousser l'examen plus
loin ; ce qu'on vient de voir est suffisant
pour démontrer que la Terre d'Yesso ne
peut point tomber dans la Longitude que
vous lui donnez : cela une fois reconnu ,
elle reprend naturellement celle que vous
assignez au Pays de Camtschatka , et ce
avec d'autant plus de vraisemblance, que
je ne crois pas la partie occidentale de
Camtschatka aussi à l'Est , que vous la
suposez.
il faudroit vous suivre ici dans de nou
velles combinaisons de Cartes et d'obser
vations , pour déveloper l'usage que vous
en avez fait ; mais j'avouerai que je ne
vous ai pas bien compris , et que vous ne
me paroissez point dans cet endroit aussi
clair que vous l'êtes ordinairement ;
c'est ma faute assûrément : Quoiqu'il en
soit , je ne läissētai pas d'y faire quelques
remarques.
Votre but étant de confondre les Ter
res découvertes par le Castricoom avec
les Côtes de la Tartarie orientale ; pour
462 MERCURE DE FRANCE
un
y parvenir , il falloit, après avoir porté
les premieres à l'Ouest avec le succès
qu'on vient de voir , étendre les autres
vers l'Est. La Carte de Béerings est encore
ici un Morceau décidé, que vous allez sui
vre . Cette Carte met 74. degrés de Longitude
entre Tobolsk et Ochotski , mais
la belle Carte de Siberie de M. de Stra
lemberg n'y met que 65. degrés , la Carte
de Tartarie de M. de l'Isle ,
peu moins à l'égard de la nouvelle
Carte de l'Empire de Russie de M. Kirilow
, sa distance ne vous convient pas
mieux. Je ne sçais pas pourquoi suivre la
Carte de Béerings par préference à ces
trois Cartes , qui assurément sortent de
bonnes mains ; cependant c'est sur cette
distance de 74. degrés , comme une base
geométrique , que roule tout votre cal
cul pour fixer la Longitude d'Ochotski ;
mais ce qu'il y a de particulier dans votte
Opération, c'est qu'après avoir rejetté
les Cartes de Mrs Stralemberg et Kirilow
, dans la distance entre Tobolsk et
Ochotski , vous les prenez pour déterminer
celle de Tobolsk à Pétersbourg ,
et c'est au moyen de ces combinaisons
si peu certaines et si oposées les unes
aux autres, que vous déterminez la Longitude
d'Ochotski , et que vous le faites
9
tomber
MARS. 1738. 463
Tomber à peu près au point dont vous
avez besoin.
Vous avez senti le peu de justesse d'une
pareille Opération , et vous avez crû
l'apuyer , en nous disant que vous avez
une Observation d'Eclipse de Lune faite
à la Côte occidentale de Camtschatka ;
permettez- moi , Monsieur , de vous demander
par qui elle a été faite ; quels
sont les Astronomes qui ont été dans des
Pays si peu connus et si peu fréquentés ?
Avoient - ils les instrumens nécessaires
pour la faire avec toute la précision requise
à de pareilles Opérations ? Ce n'est
pas Béerings , car il n'en dit pas le moin .
dre mot dans sa Relation ; cependant
on nous dit quil est le seul qui ait été
envoyé pour prendre connoissance des
ces vastes Pays et en rendre compte à
la Cour de Russie. Pour moi , je vous
avouë que je ne sçais comment accorder
tout cela. Mais suposons cette Observation
faite avec toute l'exactitude et la
précision possibles , on n'en pouroit rien
conclure pour la Longitude de la Côte
de Tartarie , oposée à cette partie du
Camtschatka , parce qu'il faudroit avoir
ensuite la distance de cette Côte à
Ochotski , Béerings ne donne point la
toute ni la distance de ces deux Lieux ; -
de
464 MERCURE DE FRANCE
de les prendre sur la Carte qui accom
pagne sa Relation ; c'est mettre en fait
lá Question. Voilà cependant sur quoi
sont fondés tous vos calculs et toutes vos
combinaisons,
La suite dans le Merture prochain.
***********************
IMITATION de la X. Ode du
I. Livre d'Horace . Tu ne quasieris, &c.
STANCES IRREGULIERES
Helas ! Leuconoé, tous nos jours sont comptés,
Mais le Destin nous en cache le nombres
Sés decrets pleins d'obscurités ,
Sont pour nous un Dédale sombre.
*
Ne perdez point de vains momens
A déveloper ce mystére.
N'allez point consulter, pour comble de misere
Les Astrologues de ce temps.
*
Vous souffrirez avec plus de constance
Du sort les funestes reyers ;
MARS. 1738. 455
Et vous vivrez dans l'esperance ,
Ignorant du destin , tous les ordres divers.
*
Sur les secrets des Dieux ne portez point envie s
Et soit que Jupiter vous donne plusieurs ans
Ou soir que celui-ci termine votre vie ,
Prenez un parti sage et profitez du temps.
E
Dans les plaisirs et dans la bonne chere ,
Passez les jours qui sont à vous.'
La vie est courte et votre heure derniere
Feut être va bien- tôt vous séparer de nous.
Saisissez les momens , car à cette heure même
Qu leur volvers la mort nous trace le chemin ,
7
Ils nous portent envie , et leur vitesse extrême
Ote avec le présent l'espoir du lendemain.
A. Barbery , le jeune,
"
220
DISSER
466 MERCURE DE FRANCE
**
DISSERTATION Historique sur
les Manufactures par M. Juvenel.
Es Manufactures tirent leur origine
Lde l'art de se vêtir , et de quelques
autres arts semblables , qui , fort simples
dans leur naissance , ont été poussés aux
derniers rafinemens dans la suite des siecles
chés les Nations polies. Et pour
commencer par le plus ancien , Dieu , dit
l'Ecriture ( Gen. cap. 3. v. 21. ( fit à nos
premiers Parens après leur peché , des
habits de peaux , dont il les revêtit. Dang
des siecles postérieurs au déluge , les Sarmates
, les anciens Grecs et les Germains
menoient une vie vagabonde , et s'apli
quant uniquement à la chasse , ils ha
billerent de peaux de bêtes . Tacit. de
2
rib. Germann. Senec Ep. 90. Telle est
encore aujourd'hui la façon de vivre de
certains Peuples . Septentrionaux . Les
voyages du Nord nous aprennent que
les Lapons se nourissent de la chair du
Renne , et s'habillent de sa peau . ( Relation
de la seconde Navigation au Nord des
Hollandois en 1595.)
La societé polit les moeurs. Les peuples
d'Orient,
MAR.S. 1738. 467
d'Orient, les plus voisins du Lieu de l'ori
gine du genre humain ,
furent les pres
miers à s'entr'aider par des secours mutuels
. Alors on vit naître les Arts , et
Noëma , soeur de Jubal & de Tubalcaïn¸
inventa l'art de filer & d'ourdir pour fa
briquer des Etoffes. Ce travail ne demande
pas une grande force de corps ; aussi
les Hébreux ne le trouvo ent pas digne
d'occuper des hommes et le laissoient aux
femmes , naturellement plus sédentaires ,
et plus attachées aux petites choses. Dans
PEcriture , ( Prov. cap. 31. ) la femme
forte tourne le fuseau , et employe avec
industrie le lin et la laine,
Les Grecs instruits par les Phéniciens
ne pensoient pas autrement. Ils firent de
Jubal , leur Apollon , inventeur de la Musique
; de Tubalcaïn , leur Vulcain , le
Dieu des forgerons ; et de Noëma , leur
Minerve , qui présidoit aux ouvrages de
laine.,Homere, dont les Poëmes sont une
fidelle peinture des moeurs de son siccle ,
représente dans l'Odyssée , Pénelope , Ca
lypso et Circé occupées à fabriquer des
Etoffes sur le métier. Tous les Auteurs
nous aprennent que cette coûtume durojt
encore à Athenes dans les temps les plus
polis , et que les femmes séparées des
hommes et renfermées dans leurs apartemens
68 MERCURE DE FRANCE '
mens , travailloient en linge ; faisoient les
habits et les meubles .
sa
Les Dames Romaines vivoient à la vérité
moins retirées : mais , malgré la corruption
qui régnoit à Rome du temps
d'Auguste , cet Empereur portoit d'ordinaire
des habits faits par sa femme ,
soeur et ses filles . ( Suet. in August . 73 ..)
Cette noble simplicité ne tint pas long
temps contre un luxe éfrené , qui gagna la
Cour des Caïus et des Nerons , et qui
inonda l'Empire. On établit des Manufactures
, et des Gynecées , qu , Edifices
publics dazs lesquels on fit travailler un
grand nombre de femmes au profit des
Empereurs. (Hist. critiq. de l'établ. &c. par
M. du Bos ) Les Manufactures des Gaules
furent les plus celebres . Sous l'Empire de
Gallien on faisoit beaucoup de cas des
draps d'Arras , et les Romains s'en servoient
pour leur habit militaire apellé
Sagum. (Vopisc. )
En Occident on ne travailloit qu'en
laine , et les étoffes , au raport de Pline,
( Hist. natur. Lib. VIII. cap. 47. ) étoient
ou à grand poil , ( pexa ) ou plus rases ,
( detrita decules. ) Mais il y avoit long
temps que le commerce des Grecs et des
Orientaux avoit fait connoître aux Romains
les étoffes teintes en pourpre. Les
Phéniciens
MARS. 1738. 459
Phéniciens furent les premiers inventeurs
de cette précieuse teinture , si l'on en
croit Julius Pollux ( Lib. I. cap . 4. ) et
Cassiodore , Lib . I. Var. Ep. 2. ) mais
il me semble que ces Auteurs font trop
d'honneur au hazard , quand ils lui en
attribuent la découverte. Dans la suite des
temps on fit beaucoup de cas de la
pour
pre de Gétulie , et de celle de la Laconie,
quoique fort inférieure à la Tyrienne.
Deux especes de coquillages donnoient la
teinture pourpre , sçavoir le Buccinum ,
et le Murex. La petite quantité qu'on en
tiroit , et la nécessité de l'employer avant
la mort de l'animal , rendoient la couleur
de pourpre extrêmement chere. Les étoffes
ainsi colorées n'étoient que de coton ;
car il n'y a que la Cochenille , inconnuë
aux anciens , qui soit propre aux laines
aux poils d'animaux et à la soye.
Du reste il ne faut pas regarder cette
teinture en pourpre tirée des coquillages.
comme perdue pour les Arts. On connoît
à Panama , ville du Perou , située sur la
Mer du Sud, une espece de Murex, dont le
suc teint en pourpre les étoffes de coton ;
et l'on sçait qu'il se fait des fils de plantes
imbus de cette précieuse liqueur , un
grand commerce chez les Espagnols en
Amerique , ( Memoire de M. de Jussieu
D L'aîné
470 MERCURE DE FRANCE
Paîné , lû à l'Academie des Sciences le 14.
Novembre 1736. ) où ces fils servent à
broder toutes sortes d'étoffes. D'ailleurs
plusieurs Relations nous aprennent qu'il
ya en differentes Mers diverses especes
de coquillages, qui donnent la même teir
ture : mais il est probable qu'on s'en tierdra
à l'usage de la Cochenille , parce qu'il
est plus commode et d'une plus grande
utilité .
Les Anciens employoient encore le
vermillon ; [ Les Latins le nomment Co
`cus , ou Coccum , et les Arabes Kermés, ]
que l'Espagne leur fournissoit , et qu'ils
tiroient aussi de quelques autres Paysa
C'est ce qui leur donnoit la belle couleur
et la belle teinture , que nous nommons
Ecarlate , et que Quintilien ( Inst . Orat.
Lib. 1. cap. 2. ) distingue nettement de la
pourpre Nondum ( adultus ) prima verba
exprimit , & jam coccum intelligit , jam
conchylium poscit.
Quoique dans tous les temps la pourpre
ait été fort estimée à Rome , la Broderie
à l'aiguille y étoit d'un usage plus
ancien. Ce fut un des présens des douze
Villes de Toscane subjuguées par Tullus
Hostilius et les Toscans tenoient cette
maniere de broder des Phrygiens , qui l'avoient
perfectionnée , car je ne voudrois
pas
MARS. 17388 471
pas assûrer qu'ils en fussent les inventeurs.
Les Babyloniens étoient aussi bons Tapissiers
, que les Phrygiens étoient bons
Brodeurs , puisqu'en fabriquant les étoffes
, ils y représentoient avec un art infini
des figures de diverses couleurs. Tels
étoient les tapis de pied dont on s'est tou
jours servi dans le Levant ; et il est à croire
que parmi les Hébreux Beseléel et
Oliab firent dans ce goût les rideaux et le
voile du Tabernacle. Ce n'est que dans
nos climats , où les murailles nuës sont
trop fraîches , qu'on a usé de Tapisseries.
Il seroit bien difficile d'en fixer l'époque,
tout ce qu'on peut dire de certain sur ce
sujet , c'est que ces sortes de Manufactures
sont redevables de leurs progrès au
rétablissement de la Peinture , et que
celle des Gobelins , qui dans ce genre ef
face toutes les autres , n'est parvenuë au
degré de perfection où nous la voyons
qu'en
se formant sous le celebre le Brun
et en travaillant sur ses desseins , sous ses
yeux et sous sa conduite . En effet les Tapisseries
de l'Histoire du feu Roi, et celles
des Elemens et des quatre Saisons de l'année
tiennent de ce grand Maître, ce qu'elles
ont de beau et d'élegant.
Outre la fabrique des Tapisseries , on
Dij
vit
472 MERCURE DE FRANCE
vit naître aux Gobelins sous le dernier
Regne et sous le Ministere de M. Colbert
, la Manufacture des Draps , et celle
des Teintures en écarlate , que N. Glucq
et François de Julienne y établirent de
leurs propres fonds , attirés par la petite
Riviere de Bievre , dont l'eau est fort
propre pour cette Teinture . Ces deux
Manufactures ont été réunies en la personne
de M. Jean de Julienne , neveu
des premiers Entrepreneurs, par Arrêt du
Conseil d'Etat du 30. Août 1721 , confirmé
par Lettres Patentes du 8. Janvier
1730. et 26. Avril 1734.
Ce n'est que sous les Empereurs que
les Romains commencerent à se servir de
lin. Ces toiles dont l'usage étoit déja ancien
sous l'Empire d'Alexandre Severe ;
( Lampr. in Alexandr. ) venoient d'Egypte
et de Phénicie, ( Vopisc. in Aureli. in
Carin. )
Les Romains conpurent aussi fort tard
les Etoffes de Soye , et c'étoient les Marchands
étrangers qui les leur aportoient.
Mais quelle étoit cette soye si vantée dans
J'Antiquité , et qui sous l'Empire d'Aurelien
se vendoit au poids de l'or ? ( Fo
pisc. in Aureli. Cette question partage
les Sçavans. Lipse ( In Lib . II. Annal.
Tacit. ) distingue trois sortes de soye :
Byssina
MAR S. 1738. 473
Byssina , Serica , Bombycina. Le Bysse ,
selon Gesner ( Hist. Anim. Lib. IV. de
Pinna. ) est une espece de soye d'un jau
ne doré qui croft à de grandes coquilles.
Quelques modernes ( M. Fleury , Mours'
des Israelites N. 16. ) ont adopté ce sentiment
sans examen. Cependant il est cerrain
que le Bysse a une origine bien diffe
rente de celle de la soye , puisqu'il venoit
d'Egypte ( Ezech. cap. 27. ) & d'Elide'
dans l'Achaye, Plin. Hist. natur. ) et que
c'étoit un lin fin et délié , qui étoit souvent
teint en pourpre , et dont on faisoit
des toiles.
Lipse n'est pas plus heureux dans sa
distinction de la soye des vers , et de celle
de certains atbres du Pays des Seres :"
Arbres , dit Ammien Marcellin , ( Histo
Rom. Lib. XXIII. ) qui jettoient des filamens
fort délicats qu'on mettoit en oeu
vre. Un passage de Servius détruit la préfention
de l'ancien Historien , et du Cri
tique moderne. Apud Indos & Seres , dic
ce fameux Commentateur , sunt quidam
in arboribus vermes, bombyces appellan
tur , qui in aranearum morem tenuissima fila
deducunt : unde est sericum ; nam lanam'
arboream non possumus accipere . Saumaise
suit Servius , ( In Tertull. de Pallio & in
Vopisc. sans se rendre à l'autorité de
Theophraste,
D iij
474 MERCURE DE FRANCE
Theophraste , ( Lib. IV. cap. 9. ) de Seneque
et de Pline, ( Hist. natur . Lib . VI.)
qu'Ammien a copiés ; et je serois bien
trompé,si la plupart des Scavans ne se déclaroirent
pas pour Saumaise.
Les Etoffes de Soye n'étoient pas com
munes sous les Empereurs , et quand Jules
Cesar en couvrit le Théatre dans une
Représentation de Jeux , il crut donner
un grand exemple de magnificence. ( Dio.
lib. XLIII. ) Tibere en deffendit l'usage
aux hommes , qu'un luxe si outré , die
Tacite ( Annal. lib. II. ) auroit deshonorés
. Ces étoffes qui venoient de l'Ile de
Coos , ou de l'Assyrie , étoient mêlées de
soye et de lin , et nommées Subserica
mais ,depuis Héliogabale, elles furent toutes
de soye , Holoserica.
s
Justinien établit à Constantinople ,
Athénes, à Thebes , et à Corinthe les premieres
Manufactures, d'étoffes de soye ,
de temps après que deux Moines ve
nus des Indes eurent aporté des oeufs de
vers , avec la maniere de les élever . ( Procop.
lib. VI. de Bello Vandalico . et Zonar. ).
peu
Roger Roy de Sicile ayant fait la conquête
des Villes de Grece que j'ai nommées
, dans son expédition de la Terre
Sainte , établit des Manufactures de soye
à Palerme et dans la Calabre , vers l'an
1130
MARS. 1738: 475
1130. de l'Ere Vulgaire. De là ces Manufactures
s'étendirent dans le reste de l'I
talie , et même en Espagne.
On doit placer sous le Regne de Louis
XI. et en l'année 1470 les premieres Manufactures
de Soyries que l'on ait vûës en
France , et elles furent établies à Tours ;
sous la conduite de quelques Ouvriers
qu'on apella de Genes , de Venise et de
Florence . Henri II. suivant les vûës de
ce Prince , fit planter des mûriers blancs
dans les Provinces de ses Etats, où ces arbres
viennent le mieux . Mais les Guerres
civiles ayant empêché l'effet d'un soin si
utile , les Manufactures de soye trouverent
un Restaurateur en Henri le Grand ,
qui étendit ses soins sur les Manufactures
de Toiles , de Draperies et de Dentelles .
Nous devons aujourd'hui à ce Grand
Roy , dont l'exemple a été suivi par ses
Successeurs, les Draps ,les Camelots et les
Etamines qu'on fabrique à Abbeville , રે
Amiens , à Reims , à Sedan et à L
L'usage de la soye est si commode,qu'on
a cherché dans notre siècle les moyens
de le rendre plus commun . Un Magistrat ,
( M. Bon , Premier Président à la Cour des
Aydes de Montpellier. ) qui sçait allier
l'Etude de la Nature à celle des Loix , a
mis en oeuvre les Cocons de certaines
Diiij araignées.
476 MERCURE DE FRANCE
araignées. M. Raoul , Conseiller au Par
lement de Bourdeaux , et M. de Reaumur
de l'Academie Royale des Sciences ,
ont observé que les chenilles des Pins
donnent une soye très forte et assés abon
dante. Il est à souhaiter que des Expériences
réïtérées levent les obstacles qui
se présentent maintenant dans l'usage
qu'on peut tirer de ces sortes de soyes .
qui
>
Quelques Auteurs ( Généalog . Hist. des
Empereurs , &c. liv . I. chap. 6. ) préten
dent que les Phéniciens ont trouvé les
premiers , l'Art de faire le Verre. Les
Egyptiens perfectionnerent cet Art qui
étoit peu connu à Rome , même sous les
Empereurs , puisque Vopisque assure ,
qu'Aurelien imposa à l'Egypte un tribut
annuel d'une certaine quantité de verres.
Marcus Scaurus du temps de Pompée
Il est vrai que avoit fait faire de verre
une partie de la Scene du Théatre qu'il
éleva dans Rome : ( Plin. Hist . natur. lib.
XXXVI. cap. 15. ) mais ce verre étoit venu
d'ailleurs , et il est évident que Pline
donne ce Fait pour un exemple d'une
magnificence extraordinaire . Quoiqu'il en
soit , il est certain que le verre , dont on
faisoit depuis longtemps de fort beaux
ouvrages, n'a été employé aux vîtres que
par les Modernes , et que c'est une invention
des derniers siécles. Au
MARS. 17388 477
'Au reste il n'est pas étonnant que les
Anciens ayent ignoré cet Art. Les Orientaux
chés qui tous les Arts ont pris naissance
, et dont le Pays est si chaud , en
le comparant au nôtre , se servoient , au
lieu de vîtres , de Jalousies , ou de Rideaux.
C'est ce que l'on voit encore dans
la Turquie Asiatique ; et à la Chine les
fenêtres ne se ferment qu'avec des étoffes
fines enduites d'une cire luisante. Il y a
aparence que les Romains se contenterent
long temps de Treillis ; mais le luxe
étant augmenté, ils s'aviserent d'employer
le lapis specularis , pierre transparente qui
se fendoit en feuilles minces , et qui lais
sant passer la lumiere du Soleil , en arrê
toit la chaleur. Philon . legat , ad Caium.)
On voit même dans les Auteurs, que les
Grands Seigneurs et les personnes riches
fermoient les ouvertures de leurs Bains
avec des Agates et des Marbres délicates
ment travaillés .
C'est dans les Pays froids qu'on a ine
venté les Vîtres ; et cette invention a
bientôt amené celle des Glaces de Miroir.
Les Venitiens sont parvenus les premiers
à faire des Glaces d'une blancheur
parfaite , d'un beau poli , et de cinquanre
pouces de hauteur ; mais il étoit réser
vé aux François de porter cet Art à un
DY degré
478 MERCURE DE FRANCE
degré de perfection , où l'Italie n'a jamais
pû atteindre . En effet les Glaces de S. Gobin
près de Laon , ont jusqu'à six - vingt
pouces de hauteur , et le procedé par lequel
on les fait, est des plus simples , car
au lieu de les soufler , comme celles de
Venise , on les coule sur une table de
fonte. ( Spect. de la Natur. Part. II. En.
24.)
,
Nous avons une Manufacture tout aus
trement considérable que celle de S. Gobin
, parce qu'elle est d'une plus grande
utilité. C'est la Manufacture du Plomb
laminé . Les Anglois nous en ont donné
l'idée , ainsi que la Machine dont on
se sert pour cet usage. ( Code de la Voyevie
, 1732. ) Ceux qui sçavent que les ouvrages
de Plomb laminé durent plus long
temps que ceux de Plomb simplement
fondu , connoîtront aisément les effets
qu'on a lieu d'attendre d'un établisse
ment si avantageux .
,
Je mets au même rang la Manufacture
?
des Armes blanches établie en Alsace , et
la Manufacture d'Acier qui doit son origine
à la Mine de ce métail nouvellement
découverte par M. d'Hirchem, Magistrat
de Strasbourg , à cinq lieues de cette
Ville.
Il est à croire que les Manufactures des
ouvrages
MARS. 1738. 479
ouvrages de Poterie sont plus anciennes
que celles qui ont les Métaux pour objet ;
car il est plus facile de façonner une ma▾
tiere qui est sous nos yeux , que de tour
ner à notre usage ce que la Nature cache
dans le sein de la terre. Que la poterie fut
connue des Orientaux , on peut le prou
ver par plusieurs Textes de l'Ecriture : 2
mais ce qui est remarquable , c'est que
cet Art , que notre vanité nous fait pa
roître si vil , étoit tellement en honneur
chés les Israëlites , que l'on voit dans la
Généalogie de la Tribu de Juda, une Famille
de Potiers qui travailloient pour le
Roy , et demeuroient dans ses Jardins.
( Lib. 11. Paralip. cap. 4. )
En Occident l'Invention de la poteric
immortalisa la mémoire de Chorabus
parmi les Athéniens. Les Toscans du
temps de Porsenna , faisoient des ouvrages
de terre cuite , qui le disputerent pour le
prix sous l'Empire d'Auguste , aux Vases
d'or et d'argent.
que
Quelle que
fût l'habileté
de ces Potiers,
on se persuadera
aisément
leur Vaisselle
étoit bien inférieure
à la Porcelaine
"
de la Chine. On ne sçait rien du temps où
les Chinois
trouverent
ce bel Art , er on
a'en connoît pas l'Inventeur
. Ce n'est que
dans une seule Bourgade
nommée
King,
D vj que
480 MERCURE DE FRANCE
>
qui contient plus d'un million d'ames ;
qu'on travaille la Porcelaine dans ce vaste
Empire. Les Arts ont leurs révolutions;
la Porcelaine des premiers temps étoit
dit on, plus belle que celle qu'on fait présentement
; et l'on attribue cette difference
à la differente composition du vernis.
Mais d'un autre côté les ouvriers modernes
ont enchéri sur les anciens , en peignant
la Vaisselle en violet et en la do
rant ; ils sçavent même lui donner une
légereté surprenante , quand on veut les
bien payer. Description de la Chine par
le Pere Duhalde , Tom. 2. )
La Porcelaine du Japon a été long
temps inconnue en Europe , et l'on a cru
jusqu'à nos jours que ces Insulaires la tiroient
de la Chine. Cependant il est certain
que les Japonois en font , qui n'est
nullement inférieure à celle de leurs voisins
. Elle se fabrique dans le Figen , la
plus grande des neuf Provinces du Ximo ;
et l'argile dont est formée cette précieuse
Vaisselle, se tire du voisinage d'Urusiino
et de Suwota. (Histoire du Japon par le P.
Charlevoix.
La Porcelaine a des qualités qui lui
sont si particulieres , qu'on n'avoit jamais
pensé qu'elle pût être bien imitée en
Europe . Il est vrai , que du temps de Raphaël
MARS 1738 481
phaël et de Michel- Ange , on avoit fait
des vases de poterie à Fayence , et à Castel
Durante , dans le Duché d'Urbin ,
incomparables pour la correction du des
sein des figures qui les ornoient. Mais
comme l'on n'avoit pas encore trouvé le
secret d'y employer diverses couleurs, cette
invention qui avoit de si beaux com
mencemens , ne fut pas perfectionnée en
Italie . C'est en France que la maniere
d'émailler sur la Terre à été heureuse--
ment pratiquée ; particulierement à Nevers,
où l'on fait aujourd'hui des ouvrages
d'un coloris charmant. Il faut avouer
toutefois qu'on est allé plus loin à cet
égard , à S. Cloud et à Rouen ; cette
derniere Manufacture l'emporte sur tou
tes les autres par la beauté des couleurs
et par le bon
goût du dessein
. Il y a plus,
nous
pourons
bientôt
nous
passer
de la
Chine
, et les découvertes
d'un
illustre
**
Académicien
nous
mettent
déja en possession
d'un
secret
dont
les Chinois
sont
si jaloux
.
L'Auteur de la Dissertation qu'on vient
de lire , s'est déja fait connoître par les
Principes de l'Histoire , imprimés à Paris
* M. de Reaumur . Voyez l'Histoire de l'Académie
des Sciences , année 1727•
chés
482 MERCURE DE FRANCE
chés Barthelemi Alix , 1733. 1. vol . in
12. Il a fait aussi une Histoire abrégée des
Sciences , Arts & Belles Lettres , qui est
actuellement entre les mains de l'Imprimeur
, avec l'Aprobation de M. de Fon
tenelle.
Skakakakaka kakak
L'ENVI E.
Sousun triste climat de poison infecté ,
Et des coeurs vertueux en tout temps détesté ;
Est l'horrible séjour d'un Monstre redoutable
Où le crime eut toujours un regard favorable ;
Un Antre affreux , où regne une éternelle nuit
Lui tient lieu de Palais et fait tout son réduits
De funestes Ciprès en bordent le passage ,
Jamais fleur ne parut sur ce sombre Rivage ,
Là , jamais les Oiseaux par leurs gasoüillemens
N'ont fait retentir l'air de leurs Concerts char¬
mans.'
Sur son front décharné la douleur est empreintes
Sur son corps languissant la mort est toujours
peinte ;
On lit Pavidité dans ses yeux égarés ;
De carnage , de sang ils semblent alterés ;
A ses côtés on voit la noire calomnie ,
Tous les lâches soupçons , la vile hypocrisie
La crainte , les remords , la haine , la fureur ,
Enfie
MARS. 1738. 483
Enfin la trahison , le mensonge et l'horreur.
De l'Envie à ces traits on connoît la peinture ,
Ce Monstre si fatal à toute la Nature ;
C'est lui qui le premier dans le Monde naissant
Sous les coups de Caïn fit tomber l'Innocent ,
Qui souleve en secret le Fils contre le Pere ,
Qui fait gémir la Soeur du bonheur de son Frere
Qui même dans les coeurs étouffé les bienfaits ,
Et conduit par degrés aux plus fameux forfaits
Qui rompant les doux noeuds d'une amitié fidelle,
Sur ses débris fait naître une haîne éternelle ,
Et qui de tout mérite ennemi déclaré ,
Frissonne de couroux de le voir honoré.
Nous l'avons vû cent fois sous le nom de Cris
tique ,
Fraper des grands Auteurs la docte République
Attaquer Néricault , Voltaire , Crébillon ,
Et tant d'autres , chéris dans le sacré Vallon ;
Mais de ses vains efforts connoissant l'impuis
sance
Sur ces rares esprits il garda le silence ,
Et, réduit dans son Antre aux plus cruels regrets,
On le vit contre lui lancer ses propres traits ."
Jairsain.
ت ن
REPONSE
484 MERCURE DE FRANCE
REPONSE de M. des Barbalieres
Commis au Bureau de la Guerre , à la
Lettre de M. Liger , inserée dans le
Mercure du Mois de Décembre 1737.
V
Ous déduisez si bien , Monsieur
et avec tant de précison les objec
tions de votre Ami sur les Systêmes des
Tourbillons et de la pesanteur des corps,
dont j'ai légerement fait mention dans
le Mercure du mois de Juillet dernier ,
que je serois prêt à vous en croire de
moitié , quoi que vous paroissiez garder
la neutralité entre nous deux , et même
faire plus pour moi que pour cet Ami.
Quoiqu'il en soit je vais vous répondre
comme si je parlois à lui- même. Je com.
mence par vous avoüer , que les raisons
que vous aportez pour détruire les Tourbillons,
ne m'ont pas parû , à beaucoup
près , si probables que celles qui viennent
après contre la cause de la gravité
des corps ; peut- être qu'à mes yeux déja
interessés , comme Partie adverse ne
paroissent- elles pas aussi solides qu'elles
le sont réellement. Vous avez raison de
vous défaire de tout préjugé , de ne

point
MAR S. 1738. 485
point regarder comme irrévocable tout
ce qui a été dit sur ce sujet , d'en dou
ter , en fait de ces sortes de matieres',
c'estun Pyrronismepermis ; l'autorité n'y
peut prévaloir, les Maîtres et les Anciens
sont nos égaux , cet Axiome le dit . Non
jurandum in verba magistri .
>
Vous voulez donc que nous commencions
par débrouiller le cahos ; vous me
menez bien loin ce n'est pas là une
affaire aisée ; vous dites que , si les Tourbillons
existent actuellement , ils ont
dû être dans le cahos et de toute éternité
, et enfin vous tirez d'autres consé
quences ; je pourrois vous mettre à tout
cela un grand transeat , ou , vous faisant
quelques distinctions , vous mener aux
débrouillement , mouvement , frictions
et frottemens des Atômes premiers de
Pingenieux Descartes , l'effet desquel's a
produit les Tourbillons , ainsi que les
autres Elemens ; ces Tourbillons et leur
arrangement étoient , sans doute differens
du temps du cahos de ce qu'ils sont à
présent de dire comme ils étoient , on
ne voit pas trop clair dans un cahos ;
au surplus pourquoi s'embarasser de ce
qui se passoit avant son débrouillement?
rien , en quelque façon , n'existoit pour
le Physicien , ne pouvant pas y exercer
;
sa
486 MERCURE DE FRANCE
sa spéculation ni ses conjectures ; je ne
vois pas toutefois que cette foi si vive
qu'on a pour le plein , puisse dans vo
tre hypothese ( et c'est votre principale
apréhension ) recevoir la même ateinte ,
non plus que dans celle du tournoyement
actuel de nos Tourbillons. Vous dites
que pour que cela soit , ces Tourbillons
doivent se toucher les uns les autres , et
vous inferez de là , qu'à succession de
mouvemens de vertige , il doit s'y faire
une friction , et qu'ainsi ils doivent s'user;
votre conséquence seroit juste , si la matiere
dont sont constitués ces Tourbil
lons , étoit solide , peu flexible et sans
élasticité ; mais comme l'air a des qualités
tout- à-fait oposées , il ne peut y
avoir de friction ; mais , à propos , vous
voulez que l'air soit sans cette élasticité,
quoique sur ce point mille Experiences
soient contre vous . Il est nécessaire de
vous en raporter ici une qui vous prouvera
que non- seulement l'air est élastique
, mais même que ses ressorts sont
de telle nature , qu'ils ne peuvent se relâcher
, s'affoiblir ni s'user par la durée
de leur tension . "
Un quelqu'un , curieux de l'épreuve ,
trouva l'Art de comprimer avec toute la
force imaginable de l'air dans une espe
ce
MARS: 1738. 48-7
ce de petit canon d'un calibre épais et
solide à proportion de l'effort qu'il de◄ '
voit suporter, il mit sous le bouchon qui
fermoit avec violence l'orifice de ce canon,
une balle de plomb et laissa le tout
3. ans sans y toucher , après lequel temps
il pointa cette machine devant une planche
de deux pouces d'épaisseur , et ayant
fait sauter adroitement le bouchon , vit
avec étonnement le passage de la balle
au travers de la planche ; ceci vous éton
nera sans doute , vous aurez peine à le
croire , mais cependant rien n'est plus
probable ; sans aller si loin , considerez
seulement l'effet que produit la poudre
dans le canon.
Avant que de revenir à nosTourbillons,
J'aurois encore quelqu'aurre chose à vous
faire accepter avec cette élasticité , c'est
cette fameuse matiere subtile que vous
allez dire sans doute qu'on met à toute
sausse dans la Physique moderne , en effet
elle y est très nécessaire ; c'est elle qui
soûtient l'honneur du plein , de façon
même qu'en dépit des Peripateticiens , les
moindres vacuoles ne peuvent être admis.
Vous prouvez , donc , Monsieur
qu'entre les Tourbillons sçavoir de
la Terre , de la Lune , du Soleil &c.
il doit y rester du vuide , ou que se
pres
488 MERCURE DE FRANCE
pressant les uns contre les autres, il doit
en résulter un double plein , et c'est
dites -vous, un autre inconvénient moins
admissible encore que le vuide ; je vous
avoücrai que de votre double plein il n'y
a que le mot qui m'a étonné, il n'y a que
façon de l'entendre ; si vous entendez
par double plein un air plus condensé
dans un endroit que dans un autre , je
l'admets ( et c'est ce que produiront nos
Tourbillons( si tant est qu'ils se touchent .
en tournant ; ) le définit autrement je në
crois pas que vous le puissiez , mais pour
parer, si vous le voulez , ces prétendus inconvéniens
je ne vois pas qu'il soit si difficile
de se figurer,sans ce choc desTourbil
fons , que cette espace triangulaire qui
doit se trouver entr'eux , soit rempli
d'air , d'un air extrinseque à eux , auquel
leur mouvement de vertige en procure
un pareil ; eh ! pourquoi encore ne voudriez
vous pas que nous semassions ces
entre- deux de matiere subtile qui , com
meje l'ai dit , n'est du tout pointsusceptible
de friction ? encore une coup , tout
examiné, je ne vois pas que dans tout ce
la il y ait dequoi causer votre embarras ,
vous même me jettez dans un plus
grand lorsque je vous vois ne pas vous
mettre en peine de ce que deviendroient
·
la
M. A.R S. 1738. 489
la Terre et les autres Globes après la destruction
de nos Tourbillons ; ( c'est pourtant
une demande que j'aurois expressément
à vous faire ) je crois que vous
auriez autant de peine à leur trouver des
piedestaux , que moi à les maintenir
dans leurs Tourbillons , mais c'est assés
en parler , passons à la cause de la gravi
té des corps.
Lorsque je vous ai dit, que cette pesanteur
étoit tout a - fait extrinseque aux
corps , que quand on soulevoit une masse
, par exemple , c'étoit à proprement
parler la colomne d'air qui impingeoit
Par dessus , qu'on soulevoit , et qui étoit la
Cause premiere de l'effort qu'on faisoit ;
je n'ai point prétendu dire qu'un pareil
volume d'air à cette masse,fût plus pesant
qu'elle , il y auroit eû de l'absurdité ; il
est constant que l'air n'est pas précisément
pesant par lui - même , mais lors-'
qu'il faut le presser et le comprimer , il
cause de l'effort , et plus le corps que
vous soulevez est serré , et compacte
plus la colomne d'air résiste, ne trouvant
point de pores pour se faire passage , comme
elle en trouve lorsque vous soulevez
un corps spongieux , qui par cette raison
vous paroît moins pesant.
?
"; ༢༣ ་ ་
Ce qui fait , il est vrai , que les corps
sont
490 MERCURE DE FRANCE
7
sont plus ou moins pesans, c'est que leurs
parties sont plus ou moins serrées ; mais
ce qui fait la legereté d'un corps , ce n'eșt
pas , comme vous le croyez , qu'étant rare
ou spongieux , ses parties soient plus
disposées , que celles d'un corps conden
se et serré , au mouvement et à la légereté
par l'agilité et l'activité de l'air ; car
quoique ces parties soient distantes les
unes des autres , elles se tiennent solidement
ensemble , et le corps fait toujours
masse ; et , pour que vos raisons eussent
quelque probabilité , il faudroit que ces
parties fussent détachées , je dis quelque
probabilité , car quand même elles le se
roient , vous ne pouriez encore rien prouver
contre moi , puisqu'il s'ensuivroit
qu'une pinte de sable , par exemple , devroit
moins peser qu'un pareil volume
d'un corps rarefié , mais dont les parties
seroient unies ensemble, tel que seroit du
pain ou autre de cette sorte , or il est certain
que l'expérience constate absolument
le contraire, et que le sable tout au moins
pesera le double ; cependant, selon votre
systême , ses parties par leur désunion
doivent être plus facilement mises en
branle par l'activité de l'air vous voyez
que c'est làà
cette preuve que vous aviez
aportée contre moi, dont je me sers pour
:
yous
MARS. 1738. 491
vous combattre vous- même. Vous en
allez voir encore de plus fortes contre
vous , dans la descente des graves .
Qu'on précipite du haut d'une tour
une masse il est constant et on l'a experimenté
, que cette masse dans sa descente
a plus de celerité et par consequent
plus de pesanteur, lorsqu'elle est à moitié
de la tour, que lorsquelle étoit au quart ,
et plus encore aux trois quarts qu'elle
n'en avoit à la moitié , et ainsi du reste ;
la raison en est évidente , chaque degré
de la descente du corps donne une nouvelle
force d'impinxion à la colomne d'air .
Pour vous prouver à présent , Monsieur
, que sans cet atmosphere de l'air
qui environne et soûtient la Terre , les
corps qui sont sur sa surface , s'en détacheroient
je ne veux , de plusieurs que
je pourois vous citer , aporter qn'une experience
qui se passe tous les jours sous
vos yeux , et qui vous convaincra de ce
que j'ai avancé ; c'est l'effet de la pompe ' ;
qui par le moyen du Piston auquel on
donne le mouvement , détache l'eau de
son bassin pour. la faire monter jusqu'à
l'extrémité du tuyau ; vous ne me direz
pas que cet effet est produit par une vertu
attractive de la part du Piston il n'y
a pas là certainement de magnetisme" :
9
Conclueź
492 MERCURE DE FRANCE
Concluez donc avec moi , s'il vous plaît,
que ce Piston n'ayant d'autre vertu que
celle de faire sortir et pomper l'air quiest
dans ce tuyau , l'eau, ce corps aqueux , se
détache de sa base pour monter jusqu'à
ce qu'il ait trouvé l'oposition de l'air qui
l'empêche d'aller plus loin ; car soyez
certain que cette eau monteroit jusqu'à
l'extrémité d'un tuyau de cent mille toises,
si tant est qu'on pût en pomper l'air ;
croyez qu'il en seroit de même des
corps
solides, si mêmes conditions y étoient observées
, ilest même aisé d'en faire l'expérience
; mais l'ascension de l'eau prouve
assés pour moi.
Je finis donc en vous disant que la
comparaison que j'avois faite du Barometre
n'étoit pas tout-à fait hors de sa
place,puisqu'il est certain que sa diféren
te situation cause un effet diférent au
Mercure ; voyez-le au pied d'une Montagne
, puis après au sommet , vous en
conviendrez.
Peut-être direz vous , Monsieur , que
je suis tout au moins aussi opiniâtre que
votre ami , aux raisons duquel je ne me
rends pas plus qu'il ne s'est rendu aux
miennes ; mais vous savez que cette opis
niâtreté est permise dans la Physique , et
qu'elle semble fournir un prétexte qui
autorise
MARS.
1738. 1493
autorise la contradiction naturelle de
l'homme. Je suis & c. ...
AVersailles le 4. Mars 1738.
Les mots de l'Enigme et des Logogryphes
du Mercure de Février , sont le
Damier , Cheminée , Colas , Beneficier ,
Citrouille , Magnus , Fluctus et Pelagius.
On trouve dans le premier, Logogryphe,
Chemin , Chien , Cêne , Enée , Nicée ,
Michée , Mine , Mie , Cime , Chimene
Chine Himen , Niche , Niece ;
Echine. Dans le troisiéme on trouve
Bien , Rien, Benefice , Niece , Nerf, Cerf,
Fin. Dans le quatrième , Agnus , Manus,
Mus. Dans le cinquième , Luctus Cuttus
, Lucus , Vlcus ; et dans le sixième
on trouve Pelagus.
2
ENIGM E ,
Demandée à l'Auteur par Mlle M. T. , ;
QuU'exige- tu de moi , charmante Trevanire ?
Tu veux que par des traits divers , i
En mots mysterieux je me trace en ces Vers ;
E Un
494 MERCURE DE FRANCE
"
"
Un Sphinx à ce travail eût eû peine à suffire.
Par quel pénible et vain effort ,
Esperai-je sortir d'affaire ?
La plus obscure Enigme offre- t'elle un mystere
Que tu ne penetres d'abord
N'importe ; il faut te satisfaire
Dût-on m'apeller témeraire ;
Dassai-je mal remplir le dessein médité ;
Trevanire , du moins le désir de te plaire ,
Pourra servir d'excuse à ma témérité.
Je suis à ta Toilette un meuble nécessaire ;
Quand sur ton teint vermeil on a tous les mating
Semé les lys à pleines mains ,
Conduit par une main legere ,
Je fais , en moissonant ces inutiles lis ,
Aux yeux de tes Amans reparoître ces roses
Qu'au sein des Graces tu cueillis ,
vit ton lever si fraîchement écloses.
Sors-tu ? Je suis à ton côté ,
Ett que
C'est- là qu'à son poupon une Maman me lies
Telle qui me perd ou m'oublie ,
Evite rarement quelque malpropreté .
Dans les vives douleurs je suis témoin des larmes
J'ai pour les essuyer des charmes assés forts;
Dans la joye et les ris je n'ai pas moins de chat
mes ,
Pour en dérober les transports..
MAR S.
17388 495
De quelque forte odeur crains - tu d'être entêtée e
J'ai le pouvoir de l'écarter ;
Et dans certain Pays une Belle est flatée ,
Quand sur elle un Amant a daigné mejetter .
Sur la Scene Thalie, à sa douleur en proye ,
M'étale aux yeux du Spectateur ;
Dans la Chaire , au Bareau , souvent un Orateur,
Sans besoin avec art me presse
ou me déploye ;
"
Souvent pour autre usage une jeune Beauté
Par l'art de Pallas me décore
Et me couvre des dons de Flore ,
Je puis alors Aater sa vanité ,
Comme je puis voiler sa modestie
ic
Enfin dans certafh jeu ,, je suis de la partie ,
Il en arrive là tout comme font ici.
Ceux qui cherchent à me connoître ;
S'ils m'ont connu , j'ai bien mal réussi ,
Mon dessein , Trevanire , en me peignant ainsi,
Etoit de ne pas si-tôt l'être.
A la Fere , par: M. de Broglio , de
'Martigues.
30
33
LOGOGRYPHEN
J
E porte Prie ,
Mie et Prieur ,
Bij
496 MERCURE DE FRANCE
J
Je porte Peur ,
Rimeur Impie ;
Je porte Pré ,
Je porte Prime ;
Je porte Ré ,
Mi , Mur et Rime ,;
Mon nom , Lecteur
C'est J.....
Catherine la Chapelle , d'Orleans .
AUTRE.
E porte Jonc , je porte Soin
Je porte Loi , je porte Coin
Je porte Nil , je porte Sol ,
Je porte Clin , je porte Col ,
Devine promptement ... C....
Lecteur , ou tu n'es qu'un Oison,
J
I
AUTRE
sist
E porte Müet , je porte . Mus ,
Je porte Mer , je porte Rus >
Je porte Net , je porte Ter ,
Lecteur me connois-tu
Par J. B. Ollivier , à Marseille:
AUTRE
MAR Ś.
1738 497-
J
À U T R E :
E porte Bas , je porte Bête ,
Je porte Tas , je porte Tête ,
Je porte Tien , je porte Bien ;
Lecteur mon nom est .
"

. Par Duchemin .
LOGOGRYPHUS.
I Ntegra , cum pedibus septenis computor inter
Astra. Pedem quintum scinde , pedem comitor.
Si totum invertas , orbatum lumine nigrum
Invenies animal ; quodque decorat ovem.
Invertas aliter , cernis quid foemina fiat
Qua benè moratum novit habere virum.
Par le même.
Si
ALIU S.
I totum sumas , Lector , contemnor ubique ;
Primam cum sociâ tolle , requiror ovans :
Sie; de ventre meo trahe cor, vinco , impero , regnos
Cor linque et vertas , quaris habere duces.
Par le même .
E iij
ALIUS.
498 MERCURE DE FRANCE
T
A LIU S.
Errorem inspiro Lector,pavidusque tremorem,
Caudam tolle meam , non brevis ales ero.
Frons et cauda simul scindantur, ab alite corpus
2
Formatur, vertas si tria membra , meum.
Tandem , si quartam quinta atque secundra se→
quantur ,
Dicor in extremis et plaga et ora locis
Par le même.
ALIU S.
ALati maris sum foemina . Cujus a
Unum de pedibus scinde , corona patet
Altera, si moveas , patet indubitata corona :
Si moveas rursum , me generat quadrupes-
Par le même. 31
ALIUS.
NOscere vis totum ? Divina volumina nosce z
Scriptor namque sacri pradicor eloquii.
Stagnantes undas limoso gurgite versus ,
Contineo :
claudus , mox liquor albus ero.
Cor de ventre trahas , accendo corda virorum
Truncus , foemineâ procreo mira manu.
Par le même .
1
ALIUS.
MARS. 1738. 499
ALIUS.
ME ducunt alii , sed mox cervice remotâ ,
Mirum ! duco alios , meaque est pro lege voluntas ."
Per E. M. J. D. L. Meldæum .
NOUVELLES LITTERAIRES
I
DES BEAUX ART S.
'ART DE DE CHIFRER , précédé
d'une Dissertation Historique sur
les differentes manieres d'écrire en chiffre
, employées par les Anciens et par
les Modernes . Par M. Chrétien Breichaupt
, Professeur de Logique et de Métaphysique.
A Helmstadt , chés Chrétien
Frederic Weigand , 1737. Vol . in 12.
de 160. pages sans les Tables. L'Ouvrage
est en Latin.
L'ARISTIPPE MODERNE se vend à Paris,
au Palais, chés Gregoire Antoine Dupuis et
Grangé 1738. in- 12 . de 424. pages sans
l'Epitre , la Préface et la Table.
TRAITE' des gains nuptiaux et de survie
,
E iiij .
SOBROB
300 MERCURE DE FRANCE
vie , qui sont en usage dans les Pays de
Droit Ecrit , tant du ressort du Parle
ment de Paris que des autres Parlemens,
Contenant tout ce qui concerne les aug
mens de dot , agencemens , contre- augmens
, donations de survie , bagues et
joyaux et autres gains nuptiaux et de
survie , par M. Antoine Gaspard Bou
cher d'Argis , Avocat au Parlement . Volume
in- 4 . imprimé à Lyon chés Duplainpere
et fils , rue Merciere 1738. et se vend
à Paris chés Saugrain , Grand' - Salle du
Palais à la Providence.
ge
Nous avions déja annoncé cet Ouvra
dans le Mercure du mois de Novembre
de l'année derniere , mais sans en donner
aucun Extrait : c'est le premier Trai
té qui ait paru sur les gains nuptiaux es
de survie,qui sont usités dans les Pays de
Droit Ecrit.
L'Auteur y a receuilli tout ce qui se
pratique à cet égard dans les Provinces de
Lyonnois , Forêts , Beaujolois , Mâconnois
et Auvergne , qui sont dans les ressort
du Parlement de Paris , et dans ' celles
de Bresse , Bugey Gex et Valromey ,
du ressort du Parlement de Dijon.
Il a pareillement traité les gains nupptiaux
qui sont en usage dans les Parlemens
de Dauphiné , Provence , Toulouse,
Bordeaux,
MARS. 1738.
Sor
Bordeaux , et Pau , que l'on nomme
Parlemens de Droit Ecrit.
Il a même raporté ce que l'on observe
sur cette matiere dans les Provinces d'Alsace
et de Roussillon , qui sont régies
.principalement par le Droit Ecrit , et sont
chacune , soumises à un Conseil Supérieur.
Les gains nuptiaux et de survie dont il
traite, sont l'augment , ou agencement' ,
le contre-augment , les bagues et joyaux,
les donations de survie et plusieurs autres,
qu'il explique d'abord chacun en particulier,
dans les quatorze premiers chapi
tres.
Dans les Chapitres suivans, il explique
les regles qui sont communes à la plupart
des gains nuptiaux.
Ha mis à la suite de cet Ouvrage des
pieces justificatives , telles que des Déclarations
du Roy , Actes de notorieté ,
Consultations et Mémoires .
Enfin il y a joint des additions qui contiennent
des observations faites sur cet
Ouvrage, avec ses réponses à chacune de
ces observations.
REFLEXIONS Sur les Passions. A Paris
this Didot Quai des Augustins . à la Bible
d'or. 1739. Brochure in - 12 .
Ev Quoi
502 MERCURE DE FRANCE
Quoique la Brochure dont nous annon
çons ici le titre , ne contienne à proprement
parler que neuf pages d'impression
in douze ( sans compter l'avertissement
et une espece d'Epitre Dédicatoire ) elle
pourroit cependant fournir matiere , elle
seule , à des réflexions sans nombre , et
l'on ne doit pas en être surpris , si on
Songe qu'il s'agit non seulement ici des
Passions qui sçavent se varier sous tantde
formes differentes, mais que ce début, et
pour ainsi dire, cet échantillon d'un plus
grand travail , roule uniquement sur l'Acelle
de toutes nos Passions qui
réünit le mieux les contrastes les plus dé- ·
cidés.
mour ,
Il mérite bien , il est vrai , ce dange
reux amour , d'occuper la premiere place
dans tout ouvrage de Morale, destiné ou
à rectifier les Passions , s'il est possible , ou
simplement , à en faire des descriptions
fleuries , quoique peintes d'après nature :
et c'est le but qui paroît le plus marqué
dans l'ouvrage que nous allons examiner.
En effet , l'amour est le vrai ressort de
presque tous nos mouvemens , et il est
certain que qui connoîtroit une fois bien
distinctement tous les caracteres de cette
Passion , pourroit se vanter de tenir le fil?
mystérieux
MARS. 1738. 503
pour
mystérieux qui aideroit à débrouiller toutes
les autres , car elles en dérivent
la plûpart , ou du moins elles lui tiennent
toutes par quelque fil imperceptible.
L'ingénieux Auteur de ces Réflexions
commence, en entrant en matiere,
par prévenir les Lecteurs délicats , favo
rablement pour son Systeme , en décla
rant que les Sens ne suffisent pas pour sçavoir
aimer. Il regarde même comme les
plus fortunés d'entre les mortels , » Ceux,
» dit- il, qui reçûrent avec le goût piquant
» du plaisir, la délicatesse finc qui l'assaisonne.
La définition du sujet qu'il a entrepris
de traiter, vient d'abord après , et se montre
sous la forme d'une comparaison vive
, singuliere, et qui embrasse tout d'un
coup en idée , toutes les varietés dont l'a
mour est , et pourra à jamais être susceptible.
د
Il établit ensuite en quelque façon le
Lieu de la Scene , mais d'une maniere
moins vague que sa définition , sous une
idée plus déterminée , et par conséquent
plus sujette à contradiction. » La Fontaine
de Vaucluse ( ce font ses propres para
» les ) le Tombeau de Laure , les Rives du
Lignon , sont les Lieux charmans qu'ha
» bite l'Amour ; mais les déserts de la Sy
E-vji » berie, ›
504 MERCURE DE FRANCE
» berie , les glaces éternelles de la Nor
» vege , sont les Théatres affreux de ses
» exils.
Outre que ce Théatre de l'exil de l'Amour
, quoiqu'il fasse une espece de Tableau
, ne forme cependant pas une idée
bien distincte , ou du moins , bien conforme
à ce que l'Auteur a prétendu faire,
entendre. Ne pourroit- on pas encore lui
objecter que l'amour ( en tant que Passion
, toute délicatesse à part ) regne
peut - être avec autant d'empire dans la
Norvege et parmi les Lapons , que parmi
les Portugais et même les Provençaux 2
L'empire est à peu près le même , selon
toutes les aparences , parmi tout ce qui
respire ; mais nous conviendrons sans
peine qu'il ressemble trop à la tyrannie
parmi les Peuples du Nord , et peut- être
un peu trop à une République mal poli
cée parmi les Sauvages.
Indépendament de cette légere Criti
que qui n'est ici qu'une ébauche infor
me ,on ne sera peut- être pas fâché de lire
ce que pensoit sur un sujet à peu près pa
reil , l'Auteur d'un Rondeau qui nous est
tombé entre les mains par pur hazard :
on nous a fait entendre que c'étoit l'ouvrage
d'un jeune Seigneur Polonois , qui
achevoit ses Exercices à Paris dans les
dernieres
M.AR S. 1738.
505
dernieres années du Regne de Louis XIV.
ce que nous pouvons avancer avec certitude
, c'est qu'il n'a jamais été imprimé.
RONDE A U.
-N Climat froid garantit foiblement
Des feux qu'Amour tôt ou tard nous ins
pire :
Dans Varsovie il est plus d'un Amant
Dont la Maîtresse abrege le martyre ,
Quand il sçait bien exposer son tourment.
Partout on voit , et partout on désire ;
Mais , quand d'accord l'un pour l'autre on sou
pire ,
On rend bientôt plus doux et plus charmant
Un Climat froid.
Le mieux alors , c'est d'aimer constamment
C'est de sçavoir être heureux , sans le dire ;
Quant au secret de plaire incessamment
Je n'en sçais qu'un , mais cet- un doit suffire .. ♪
Que votre Coeur ne soit pas un moment
Un Climat froid.
Quoiqu'il en soit , nous n'embrassons
point de parti dans cette contrariété d'o
pinions,
366 MERCURE DEFRANCE
pinions, parce qu'il n'y a , et qu'il n'y aura
point là dessus de procès ; ainsi nous rentrons
avec grand plaisir sur les traces de
l'Auteur des Réflexions. Il pense trop finement
pour qu'on puisse abréger ses
idées , sans diminuer de leur prix : voicis
donc tout de suite ce que le sentiment lui
a dicté au sujet des Dissertations assommantes
qu'on fait quelquefois sur l'amour.
>>
» Il n'est rien de si commun que de
» parler d'amour , il n'est rien de si rare
que d'en bier. parler ; le coeur qui le
» sent , le définit bien mieux que l'esprit
» qui l'imagine . Demandez à un Amant
» ce que c'est que l'Amour ? Sentir et dé-
» sirer , vous répondra t'il, en deux mots.
» Mais ses yeux , sa physionomie , tout
» en lui vous expliquera sa définition. Unt
» homme d'esprit pourra vous répondre
» la même chose , sans vous éclairer de
» même. En un mot , un Amant qui parle
d'amour , vous en fait éprouver les
» mouvemens ; l'homme d'esprit ne vous
les fait qu'envisager.
Le reste de l'Ouvrage nous a paru d'un
stile si concis , et pourtant si plein , qu'il
semble offrir presque à chaque pas des
maximes courtes , vraies , et qui joignent'
à la simplicité de l'expression , les graces
de la nouveauté ; entre autres celle ci
pages
3
MARS.
1738. 507
page 1o. Il faut penser modestement de soi
même pour aimersincerement.... Que d'idées
à déveloper sous ce peu de mots ! Le
fameux Duc de la Rochefoucault se seroitil
exprimé avec plus d'énergie , s'il avoit
eu la même opinion pour son point de
vûë?
Une distinction assés sensible. que
fait
Auteur entre la véritable tendresse et
une passion médiocre , c'est , dit- il , qu '
en parlant de la premiere , » le goût sin-
» cere et réciproque commande à toutes
» les autres affections de l'ame , c'est un
> embrasement qui détruit jusqu'à leur
racine , &c. Mais à l'égard du goût passager
, ou de l'amour ordinaire ; » On
» flate , dit il , une Maîtresse , on aprou
» ve ses goûts , mais on ne sçauroit les
>> prendre.
Les Images riantes ne manquent pas
non plus dans cette petite Brochure . Voici
ce qu'on y lit page 11. pour marquer “
la differente impression que reçoit un
Amant de tous les objets qui l'environnent
, suivant les diverses circonstances
de son malheur actuel , ou de sa félicité.;
» Le monde aux yeux d'un Amant ne
>> conserve jamais la mênic face , il chan-
» ge avec l'état de son coeur . Est - il heu
>> reux tout est riant, tout est tranquile.
» La
fo MERCURE DE FRANCE
» La nuit devient plus belle mille fois
que le jour ; ses ténebres sont des voiles
» charmans , où les plaisirs se cachent
pour
séduire ; son silence devient le
» langage du bonheur même ; tout est
» animé les Saisons amenent de nou-
» veaux plaisirs avec de nouveaux jours.
» L'Univers , enfin , devient le Théatre ,
» de la Félicité . Est - il malheureux ? les
» Elemens sont bouleversés. Le jour n'est
» plus qu'une nuit funebre ; la pointe des
plaisirs devient celle de la douleur ; ce
» n'est plus cet air pur , cette nature
riante et parée ; le caprice d'une Maî
» tresse a renversé ce bel ordre ; c'est un
» nouveau Ciel , ce sont d'autres Etoiles .
Et pour enchérir encore sur cette image ,
en rétrécissant , en anéantissant pour ain
si dire , les plus grands objets , dès qu'ils
n'ont pas un raport immédiat avec l'objet
aimé , l'Auteur ajoute tout de suite avec
un rafinement digne de Catulle , d'Anacréon
, ou de Chaulieu.
" Le Monde est bien petit aux yeux
» d'un Amant ; sa Maîtresse , les habits
>> qui la touchent , le Lieu qui l'enferme ,
» l'Air qui l'embrasse , voilà le Monde
» entier , voilà le vaste Univers.
Page r . Ici l'Auteur change de Stile ,
il quitte la Prairie émaillée de fleurs , et
pénetre
MARS. 1738. 500
penetre jusques chés les Grands de la
Terre, chés ceux qui sont apellés au Gouvernement
des Peuples; le seul intérêt qui
le guide c'est de leur donner un conseil
important , et dont l'expérience n'a que
trop souvent confirmé la vérité : » L'a
» mour , ajoûte- til , n'est fait ni pour les
»Rois ni pour le Peuple ; les Rois ont
» trop de devoirs , le Peuple a trop
>> besoins.
de
Tous ces Traits que nous venons de
citer , presque au hazard , ne peuvent, se
lon nous , mériter que des Eloges , de la
part des Lecteurs les plus difficiles . Il en
est de même de cette aimable Comparai
son, qui établit que, l'Esprit est à la Beau →
té ce que la rosée du matin est aux fleurs
on croit y reconnoître ce qu'on a éprou
vé mille fois en bien ou en mal , mais
c'est avec un plaisir tout nouveau , qu'on
y découvre aussi une espece de contrepartie
de cette Pensée , si connuë, de Madame
Deshoulieres .
L'Indifference est pour les Coeurs
Ce que l'Hyver est pour la Terre,
Reste à sçavoir si Fon donnera la même
aprobation à une idée neuve , à la vérité ,
mais peut être un peu trop recherchée
peut - être
qui se trouve à la page 14. où l'Auteur
prétend
10 MERCURE DE FRANCE
prétend que , si la Maîtresse à laquelle on
s'est attaché , peut joindre l'esprit avec la
beauté , et que du surplus on découvre
encore en elle des Caprices , de la bizarerie
, de la vanité , de la jalousie , il n'y a
plus qu'à prendre son parti , et s'attendre
a demeurer esclave toute sa vie , parce
que c'est alors jouir de trois personnes en
une seule.
A la bonne heure encore pour les charmes
de l'esprit réunis à ceux de la figure ,
la possession est pour ainsi dire double 3
puisque ces charmes d'espece si differente ,
paroissent en effet multiplier l'objet du
désis , et représenter deux Maîtresses en
une ; mais ceux qui ont long- temps et
sincerement aimé , ne pourront-ils pas se
récrier à l'égard des trois Maîtresses en
uine qu'on leur propose , et soûtenir que,
malgré la nouveauté de la découverte, les
caprices , poussés surtout jusqu'au point
dont on a fait le détail , bien loin de produire
cette heureuse métamorphose, font
souvent évanouir la moitié de l'attachement
qu'on auroit conservé pour une
Maîtresse ?
5
14
Par exemple , la Jalousie d'une Femme
ajoûte rarement des Graces à sa beauté
naturelle ; encore plus rarement la Bizarerie
et la Vanité rendront-elles un service
MAR S. 1738. SIT
vice utile à la tournure ordinaire de son'
esprit ; ainsi , qu'on nous retranche donc
cette fecondité d'agrémens , que l'Auteur
croit voir répandue sur l'humeur d'une
Belle , et sur ses caprices . Nous et lui , ov
pour parler plus juste , tous ceux qui
voudront s'engager de bonne foi , trouveront
bien mieux leur compte à ce retranchement
, à moins que l'on n'enten
dît
par le terme de Caprices , ces Grace's
enfantines , cette indécision , cette vivacité
qui sied si bien jusqu'à certain âge ,'
et qui se transforme et dégenere en pu
re minauderie,dans une Saison plus avans
cée.
Mais ce n'est sûrement point là , nỉ
Fintention de l'Auteur , ni l'interpréta
tion qu'il donneroit au caractere qu'il a
voulu définir ; l'objection reste donc dans
toute sa force.
Ce qu'il dit quelques lignes après 34
qu'Astrée , c'est - à - dire l'Héroïne du
Roman qui porte ce nom , ) » Astrée in
» quiete , est bien plus aimable que Me-
» dée furieuse , n'a pas besoin de démonstration
, et cela devient tout prouvé au
premier coup d'oeil des moins clairvoyans
, dès que le cas de l'Allegorie se
présente.
La Délicatesse ajoute- t'il , est toujours
iendre,
312 MERCURE DE FRANCE
tendre , la Jalousie est souvent cruelle : ce
qui rapelle ce Passage d'Ovide , dont M.
Voltaire a orné le Frontispice de så
belle Tragedie de Zaïre , comme d'unè
espece de Texte qu'il se proposoit de rem
plir.... Est etiam crudelis amor.:
"
à ce-
Enfin , la Brochure dont nous rendons
compte au Public , ne peut que faire
beaucoup d'honneur en tous sens ,
lui qui en est l'Auteur : si c'est un jeune
homme , que de Talens déja tout dévelopés
! s'il est plus avancé en âge , quel feu
d'imagination quelle Galanterie séduisante
! Tout y respire l'Amant délicat ,
et plus encore le parfait honnête hommé
selon les maximes du Monde. Il n'en
fautpoint d'autre preuve que ces six lignes
qui font la conclusion de l'Ouvrage.
» Aux yeux de la véritable Probité , un
» Amant et un Ami infideles , sont également
méprisables . Cesser d'aimer par
» inconstance , est un défaut dans la Na-
» ture ; trahir ce qu'on aime , est toujours
>> un vice dans l'Amant.
Il est bon d'avertir ici , crainte d'abus
ou de surprise , que le mot d'Amant , signifie
en cet endroit celui où celle qui
aime , et qu'il comprend également les
deux,Sexes il ne seroit pas équitable
d'imaginer que de trahir l'Objet aimé, ne
fûc
MAR S.
1738. siz
assés
peu
fût pas également un vice dans l'un et
dans l'autre , il n'y a point de Femmes
peu raisonnables pour vouloir s'attribuer
un tel Privilege au préjudice des
Hommes ; elles doivent être assés contentes
pourvû qu'on veüille admettre l'égalité
, ainsi que cela devroit toujours être, ,
QUATRIE ME LETTRE DE M. ASTRUC ,
Médecin Consultant du Koy , et Professeur
en Médecine au College Royal ,
à M. de Laire , Decteur en Médecine de
la Faculté de Montpellier , sur un Ecrit
intitulé : Réponse d'un Chirurgien de saint
Come à la premiere Lettre de M. Astruc
Brochure in 4 de $ 6. pages.
C
REPONSE aux Vers de M. Gresset ;
sur les Tableaux exposés à l'Académie
Royale de Peinture au mois de Septembre
1737. Brochure in 8. de 11. pages ,
imprimée à Paris chés Jacques , Nicolas
Le Clerc , Grand'Salle du Palais , à la Pruż
dence .
1
Cette Réponse est toute en Vers de
quatre pieds , assés facilement faits , et
c'est une occasion que prend l'Auteur
pour reprocher , avec douceur , et même
avec admiration , à l'Ecrivain si connu
à qui il s'adresse , le peu d'usage qu'il
paroît vouloir faire de ses talens , qu'il
n'occupe
14 MERCURE DE FRANCE
n'occupe , dit- il, que pour encenser la mollesse
; et voici comme il s'en explique ,
page 3 .
En vain tu fais l'apologie
De ta riante létargie ;
Ton coeur , loin de la verité ,
Du plaisir n'embrasse que l'ombre.
On trouve , page 4. une Invitation
adressée toujours à M. Gresser, afin qu'il
s'attache à recueillir le fruit de la gloire
contemporaine.
Il y a aparence que si l'Auteur avoit
lû le Dictionaire Néologique , et quelques
autres Ouvrages du même goût ;
il auroit cherché une autre épithete.i
En parlant d'Epicure et d'Anacréon ,
et du soin qu'ils prenoient de joüir du
présent , il dit : 1..
Peu jaloux des choses futures.
Le passé pour eux n'étoit rien ,
Le présent étoit leur seul bien.
- L'Auteur , vers la fin se livre à un
Eloge de M.Chardin , Peintre de l'Acadé
mie que M.Gresset avoit oublié dans son
Epitre ; nous souscrivons bien volontiers
à cet Eloge , ainsi que tous les Amateurs
des Arts , sans préjudice à ceux que mé
ritoient
MARS. 1738. SIS
ritoient aussi quantité de bons Maîtres
qui pourroient se plaindre d'avoir été pa
reillement oubliés
DISSERTATION en forme de Let
tre , sur des Thermes consacrés à Hercule
, découverts depuis peu en Dacie .
A Vienne en Autriche , chés Jean - Pierre
Van Ghele Imprimeur de la Cour Im
périale , 1737. grand in 4. beau papier
et beau caractere , de 107. pages. L'Onurage
est en Latin.
.
HISTOIRE de l'Académie Royale
des Sciences , année 1734. avec les Mémoires
de Mathématique et de Physique ,
pour la même année , tirés des Regis
tres de cette Académie. A Paris , de
Imprimerie Royale , 1736. in 4. de 114 .
pages pour l'Histoire , er de 199. pout
les Mémoires , Planches détachées 37 .
1
LE DOCTEUR GELAON , ou les
Ridiculités anciennes et modernes . A
Londres , chés Innys et Tonson , à la
Bourse , 1738.
RECUEIL de plusieurs Pieces de
Poësie et d'Eloquence , présentées à l'A
cadémie des Jeux Floraux , l'année 1737
avec
318 MERCURE DE FRANCE
avec les Discours prononcés dans les
Assemblées publiques de l'Académie. A
Toulouse , chés Claude -Gilles le Camus
seul Imprimeur du Roy et de l'Acadé
mie , vol. in 8. de 282, pages.
LES COMMENTAIRES DE JULES CESAR ,
d'Hirtius et d'autres , touchant la Guer
re des Gaules , la Guerre Civile , celle
d'Alexandrie , d'Afrique et d'Espagne ,
revûs sur les Manuscrits , avec les Notes
entieres de Denis . Vossius , de Jean
Davies , de Samuel Clarke , et celles de
l'Editeur François Oudendorp , lequel
y a joint les diverses Leçons . A Leyde ,
chés Samuel Luchtmans , et à Rotterdam ;
chés Jean- Daniel Beman , 1737. in 4.
2. volumes. Le premier et le second To
me de 1035 , pages . Planches détachées
15. L'Ouvrage est en Latin.
NOUVELLE EDITION des Remar
ques de M. de Vaugelas , sur la Langue
Françoise , avec des Notes de Mrs Patru ,
et T. Corneille. A Paris , chés Huart, tuë
S. Jacques , près S. Severin , à la Justice ,
1738. in 12. trois volumes.
On a ajoûté dans cette Edition les Notes
de M. Patru , qui , jusqu'à présent ,
n'avoient été imprimées qu'à la suite de
ses
MARS. 1738.
537
ses Plaidoyers , où elles sont avec des
renvois à la premiere Edition des Remarques
de M. de Vaugelas , et on a distingué
ces Notes d'avec celles de T.
Corneille.
CATALOGUS Librorum Bibliothece
Illustrissimi Viri Caroli Henrici Comitis
de Hoym , olim Regis Polonia Augusti II.
apud Regem Christianissimum Legati Extraordinarii
, digestus et descriptus à Gabriele
Martin , Bibliopola Parisiensi , cum
Indice Auctorum alphabetico. Parisiis
apud Gabrielem.et Claudium Martin , vià
Jacobea , ad insigne Stella . 1738.
: Cette Bibliotheque, dont le Catalogue
forme un gros volume in 8. de plus de
600. pages , en y comprenant la Table
alphabetique des Auteurs , est à vendre
en entier jusqu'au premier Avril prochain
. Si personne , pendant ce temps ,
n'en fait l'acquisition , on commencera
à la vendre en détail et à l'enchere , le.
14. du même mois , et l'ordre de la vente
sera annoncé toutes les Semaines par
des Listes , chés Gabriel Martin , Librai
re , rue S. Jacques , dont on conncît assés
le mérite et la capacité pour tout ce
qui regarde sa Profession , la grande
sonnoissance des Livres en tout genre
genre F
$ 18 MERCURE DE FRANCE
et sur tour l'art de dresser des Catalogues.
avec l'arrangement et les divisions les
plus convenables .
On a cû soin dans les premieres pages
de ce Catalogue de faire remarquer les
Livres les plus rares , tels que la Bible de
Mayence de 1462, La Messe d'Iliricus
Flaccius ; le Missel et le Breviaire Mosan
rabe ; les Exemplaires les plus complets
des Oeuvres de Servet , d'Occhin
Postel , &c.
de
TRAITE' de l'attaque et de la défense
des Places , par M. de Vauban, Maréchal
de France et Directeur General
des Fortifications du Royaume. A la
Haye , chès Pierre de Houde , 1737. in 4.
de 216. pages, sans la Préface et la Table.
Cet Ouvrage est orné de 33. fort belles
Planches.
LA VERITE TRIOMPHANTE DE
L'ERREUR , par un nouveau Converti
, dont les motifs de conversion sont
adressés aux Ministres de la Religion:
Prétendue Réformée , avec une Instruction
Chrétienne sur les principaux Articles
de la Foy . Ouvrage mis au jour
pour l'édification du prochain, par Pierre,
Duderé , Ecuyer , Sieur de la Borde , Fils
de
MARS. 17388
559
de l'Auteur . A Paris , chés Prault , Pere,
Quai de Gêvres , 173.8. in 12.
LA METROMANIE , ou le Poëte ,
Comedie en Vers et en cinq Actes , par
M. Piron , représentée pour la premiere
fois sur le Theatre François , le 10 Janvier
1738. A Paris, Quai des Augustins ,
chés le Breton , in 8. 1738. prix 30. sols .
J..
*
L'Epitre Dédicatoire , composée de
neuf Quatrains , est adressée à M. L. C.
D. M ***. Dans le huitième, l'Auteur
s'exprime ainsi :
1
Trois Qualités en vous incluses
Forment cette rare Unité ; 1994 si
L'Homme d'Etat , l'ami des Muses ,
L'amour de la Societé.
La Scene de cette Piece se passe chés M,
Francalen , dans les Jardins d'une Maison
de Campagne , aux environs de Paris.
Après l'Analyse que nous avons donné
de cet Ouvrage , il ne reste plus qu'à
faire connoître le mérite de la Versification
; nous ne croyons pas pouvoir en
donner une idée plus convenable au Titre
de la Piece , qu'en inserant dans ce
Journal quelques fragmens de la septic
me Scene du second Acre , laquelle suit
immédiatement le grand coup de Théa
Fij tre
320 MERCURE DE FRANCE
cre , dont nous avons parlé dans notre
précedent Extrait ; on y trouvera le pour
et le contre de la Metromanie .
Damis.
Mon Oncle , vous avez cultivé mon enfance ,.
Je ne mets point de borne à ma reconnoissance
;
Et c'est pour le prouver que je vais désormais
Commencer par tâcher d'en mettre à vos bienfaits
, '
Me suffire à moi- même en volant à la gloire ,
Et chercher la Fortune au Temple de Memoire,
M. Baliveau.
3
Où la vas-tu chercher : Ce Temple prétendu ;
Pour parler ton jargon , n'est qu'un Pays perdu ,
Où la necessité de travaux consumée ,
Au sein du sot orgeüil se repaît de fumée.
Eh ! malheureux , crois moi , fuis ce Terroir
ingrat ,
W
Prens un Parti solide ; èt choisis un état ,
Qu'ainsi que le Talent le bon sens autorise
Qui te distingue , et non qui te singularise
Où le Génie heureux brille avec dignité ,
Tel qu'enfin le Bareau l'offre à ta vanité.
Le Bareau !
Damis.
M. Baliveau :
Protegeant la Veuve et le Pupile ,

C'est
MARS.
525 1738
t
C'est là qu'à l'honorable on peut joindre l'utile
Sur la Gloire et le gain établir sa maison ,
Et ne devoir qu'à soi sa Fortune et son Nom. 1
Damis.
Ce mélange de gloire et de gain in importune
On doit tout à l'Honneur et rien à la Fortune
Le Nourisson du Pinde , ainsi que le Guer
rier ,
Atout l'Or du Perou préfere un'beau Laurier ; ")
L'Avocat se peut- il égaler au Poëte ?
De ce dernier la gloire est durable et parfaite ;
Il vit long-temps après que l'autre à disparu ,
Scaron même l'emporte aujourd'hui sur Pa
tru .
Vous parlez du Bareau de la Grece et de Rome ;
Lieux propres autrefois à produire un Grand
Hommeica?a
L'Ancre de la Chicane et sa barbare voix
N'y défiguroient pas l'Eloquence et les Loix.
Que des traces du Monstre on purge la Tribu
ne ,
J'y monte et mes Talens voués à la Fortune
Jusqu'à la Prose encor voudront bien déroger ;
Mais , l'abus ne pouvant si-tôt se corriger ,
Qu'on me laisse , à mon gré , n'aspirant qu'à la
gloire ,
Des Titres du Parnasse ennoblir ma memoire ,
Et primer dans un Art plus au dessus du Droit ,
Fiij
. Plus
522 MERCURE DE FRANCE
Plus grave , plus sensé , plus noble qu'on ne
croit.
1
Le Vice impunément , dans le Siecle ou nous
sommes ,
Foule aux pieds la Vertu si précieuse aux Hom,
mes ;
Est-il pour un Esprit solide et génereux ,
Une cause plus belle à plaider devant eux ?
Que la Fortune donc me soit Mere , ou Marâtre
C'en est fait ; pour Bareau , je choisis le Théa
tre ;
Pour Client , la Vertu ; pour voix , la Verité j
Et pour Juge , mon Sicele et la Posterité.
M. Baliveau.
Eh bien ! porte plus haut ton espoir et tes vûës
A ces beaux sentimens les Dignités sont dûës ;
La moitié de mon Bien remise en ton pouvoir
Parmi nos Senateurs s'offre à te faire asseoir
Ton esprit genereux , si la Vertu t'est chere ,
Si tu prens à sa cause un interêt sincere ,
Ne préferera pas , la croyant en danger ,
L'effort de la défendre au droit de la juger.
Damis.
Non , mais d'un si beau droit l'abus est trop facile
;
L'Esprit est genereux , mais le Coeur est fragile;
Qu'un Juge incorruptible est un homme étonnant
!
Du
MARS. 1738.
523
Du Guerrier le mérite est sans doute éminent
Mais presque tout consiste au mépris de la vieg
Et de servir son Roy la glorieuse envie ,
L'esperance , l'exemple , un je ne sçais quel prix,
L'horreur du mépris même inspire ce mépris ;
Mais avoir à braver le sourire , ou les larmes
D'une Solliciteuse aimable , et sous les armes ,
Tout sensible , tout homme enfin que vous
C soyez ,
Sans oser être ému , la voir presque à vos
pieds ,
Jusqu'à la cruauté pousser le Stoïcisme ,
Je ne me sens point fait pour un tel Héroïsme?
De tous nos Magistrats la Vertu me confond.,
Et je ne conçois pas comment ces Messieurs
font , &c.
Infortuné , je touche à mon cinquiéme Lustre
Sans avoir publié rien qui me rende illustre' ;
On m'ignore , et je rampe encor à l'âge heu
reux
Où Corneille et Racine étoient déja fameux.
M. Baliveau.
Quelle étrange Manie ! Eh ! dis - moi , misera
ble ,
A de si grands Esprits te crois - tu comparable ?
Et ne sçais-tu pas bien qu'au Métier que tu fais
Il faut , ou les atteindre , ou ramper à jamais
, &c.
Fiiij Damis
24 MERCURE DEFRANCE
Damis.
Ils ont dit , il est vrai , presque tout ce qu'on
pense ,
Leurs Ecrits sont des vols qu'ils nous ont fait
d'avante ;
Mais le remede est simple , il faut faire comme
eux' ;
Ils nous ont dérobés , dérobons nos Neyeur,
Et tarissant la Source où puise un beau Délire &
A la Posterité ne laissons rien à dire ;
Un Demon triomphant m'éleve à cet Emploi ;
Malheur aux Ecrivains qui viendront après
moi , &c.
Au reste il ne faut pas s'imaginer que
toute la Piece soit versifiée sur le même
ton ; M. Piron en sçait changer , à mesu-
Sure que ce qu'il doit traiter le demande .
NOUVELLES INSTRUCTIONS GENERALES
pour la Perception des Droits des Domalnes
, et Droits Domaniaux , Amortisse
mens , Francs Fiefs , nouveaux Acquêts,
et Usages , Controlle d'Exploits et Sai
sies Mobiliaires , Greffes , Droits réservés
et Formules Controlle des Actes et
Sous signatures privées , Insinuations
Laïques , Centiéme Denier et Petit Scel ;
et pour les anciens Droits à recouvrer ,
-
&0
MARS. 1738.
525
&c. A Paris , chés Prault , pere , Quai
de Gêvies , au Paradis , 1738. in 12.
2
TAITE' du Droit de Retour , des
Dots , des Donations , des Institutions
Contractuelles , et des Testamens mu -t
tuels ; suivant l'usage et les Maximes des
Pays de Droit Ecrit , et des Pays Coûtumiers
. Par M. Arnauld de la Rouviere ,
Avocat au Parlement de Provence . A
Paris , chés Huart , rue S. Jacques , près
S. Severin , à la Justice , 1737. in 12.1
deux volumes .
MEMOIRES de Mlle de Bonneval , imprimés
a la Haye chés Jac . Desbordes M. DCC XXXVIII.
Se vendent à Paris chés les Libraires des Feuilles
Periodiques.
Il paroît depuis quelques jours un Livre qui
Forte ce titre , il est écrit avec beaucoup
de púreté
et de noblesse , et l'on ne craint pas de s'engager
trop en promettant au Public qu'il trou--
vera dans la lecture de cet Ouvrage un plaisir
qu'il n'est pas commun de goûtér dans la plûpart
des productions dont l'imagination féconde"
et le plus souvent déreglée de quelques Aureure'
de nos jours ont inondé depuis quelque temps
la République des Lettres. Le Livre que nous annonçons
est écrit dans un goût tout different . Le
dessein en est clair et bien rempli , on n'y
voit point regner ce désordre d'avantures bi--
zares dont le moindre défaut est de choquer la
vraisemblance, et qui souvent après avoir déran-
L Fpi
526 MERCURE DE FRANCE
gé l'esprit , portent leur poison jusqu'au coeur.
Les amateurs de ce naturel babillard et précieux
qui n'est le plus souvent , que le fruit du travail
et de la réflexion , ne doivent pas s'attendre d'y
voir quintessentier des pensées , alambiquer des
sentimens ; et d'y avoir le plaisir fatigant de
travailler en se récreant ; les sentimens y sont
simples et bien placés,les expressions naturelles ,
er les avantures tournées délicatement ; la maniere
de conter est sans doute la principale partie
dans un Ouvrage de goût ; le fond le plusheureux
est sec et languissant quand il manque
de ce coloris aimable qui le fait valoir , on trou--
ve dans les Mémoires de Mlle de Bonneval l'agrément
du style joint à l'interessant de la
matiere.
et
Il seroit pourtant à souhaiter que l'on cût répan
du un peu plus de clarté dans certains endroits
et qu'on en eût corrigé d'autres : par exemple ,
en parlant d'une dévore qui joue un des principaux
rôles , on dit : Elle faisoit le bien, parce que
son Confesseur lui disoit que cela étoit bien
presque toujours faisoit le mal sans penser enfaire ,
au demeurant fort bonne femme. En parlant de
J'attention avec laquelle on regardoit une jeune
personne à la Comédie , Je vis , dit le Heros
vingt lorgnettes braquées contre une loge . Ces expreffions
ne conviennent pas dans un récit dicté
par la douleur , et ne sont pas d'un homme pé◄
netré de désespoir comme il s'annonce , au surplus
le Livre se fait lire avec beaucoup de satis
faction ; le coeur y sent de ces émotions douces
qui ne sont point enfans de l'art et que l'intérêt
seul fait naître.
On trouve à la fin de cette Brochure de 226.
pages, quelques anecdotes qui ont toute la grace
de
MARS . 1738. 527
de la nouveauté ; des Poësies mêines qui ne sontpas
desagréables ,voici par exemple un petit con
te dont la briéveté ne fait pas le seul merite.
LE BATELIER ET SON FILS,
CONTE.
S Auvez- nous grand Saint Nicolas
Crioit un Batelier des rives de la Loire ,
Que les flots en courroux menaçoient du trépas ?
Sauvez- nous , je ferai brûler à votre gloire.
Un cierge plus gros que deux mâts.
Mon Pere , dit son Fils tout bas
Nous serons ruinés. Tais- toi , sot , dit le Pere
Va, laisse-nous tirer d'affaire ,
Ee cierge qu'il aura quand nous serons à Terre
Ne nous ruinera pas.
La quatriéme Brochure des Nouveaux Amusemens
du Coeur et de l'Esprit , paroît . On la lit
avec autant de plaisir que les précédentes. Le
prix est de douze sols. Elle se vend chés les Li
braires des Feuilles Périodiques. Nous en donnerons
l'Extrait.
On aprend de Londres que les Freres Tonsons ,
impriment par souscription en 4 vol. in 4. une
nouvelle et belle Edition des Avantures de Don-
Quichotte , en Espagnol , avec la vie de Miguel
de Cervantes Saavedra , par M. Mayans , Biblio
théquaire du Roy d'Espagne. Cette Edition sera
enrichie de 68 Tailles douces , dessinées par M
Fvi Jean
528 MERCURE DE FRANCE
Jean Vander- Bank , et gravées par les meilleurs :
Graveurs. Le prix de la souscription est de 4.
guinées , dont deux doivent être payées en sousdélivrera
crivant , et les deux autres , lorsqu'on
tout l'Ouvrage en blanc .
3
PRECIS de ce qui a été dit dans l' Así -
semblée de l'Académie Royale des Belles-
Lettres de Marseille du 27. Novembre
1737. après la lecture du Plan d'une ·
nouvelle Histoire génerale des maladies.
par M. Bouillet de l'Académie Royale de
Bordeaux , Docteur en Médecine de la
Faculté de Montpellier , Professeur de
Math. et Secretaire de l'Académie des
Sciences et Belles Lettres de Bésiers.
R Histoiregénérale des maladies. La varieté
Ien ne paroît si nécessaire qu'une nouvelle
des systêmes introduits dans la Médecine , en a
s fort brouillé la Théorie,que l'on ne sçait presque
plus à quoi s'en tenir . Il est mêmeà craindre
que cette confusion ne se répande à la fin sur la
pratique , qui , quoique fondée sur l'expérience,
peut recevoir quelque altération de toutes ces
idées systématiques. Il est donc convenable de
fixer l'une & l'autre par un nouveau Traité
qui les réunisse dans un seul point de vue, d'où
l'on puisse découvrir tout ce qui apartient à la
connoissance et à la guérison de chaque maladie
particuliere .
Le plan que M. Bouillet a conçu , paroît trèspropre
à cet effet : et il le paroît encore plus
par
MAR S. 1738. 529
par l'explication qu'il en a donnée dans sa ré
ponse à M. Gauteron , inserée dans le Mercure
du mois d'Octobre dernier. Il y concilie les
deux systêmes dominans en Médecine , et quoiqu'il
soit difficile de tenir la balance égale entre
ces deux systêmes , la maniere dont il les fonde,
et dont il les explique , donne lieu d'esperer qu'it
les soutiendra dans un juste équilibre , ne donnant
à chacun que ce qui lui apartient.
Une Histoire des maladies semble n'annoncer
d'abord qu'une description exacte de chaque -
maladie avec la méthode de la traiter , et exclure
toute discussion de Théorie , c'est à- dire ,
des causes qui la produisent , à l'exception de
celles qu'on nomme externes ou évidentes . En
effet toutes les autres sont si cachées et fondées
sur des principes si incertains , que les expliquer
c'est vouloir , ce semble , jetter un voile sur des
choses , où l'on a intérêt de voir clair , et qui
ne doivent porter que sur des faits sensibles .
Cependant la methode que l'Auteur se propose
de suivre , peut seule écarter cet inconvénient .
Une Théorie toute fondée ou sur l'Anatomie ,
ou sur les Mathématiques , ou sur des expérien
ces non contestées , n'a rien à craindre de toutes
ces obscurités que traînent après elles toutes
les idées systématiques . Elles ne viennent , ces ›
obscurités , qué de ce qu'on veut donner ses
propres idées , souvent même ses propres illu- ·
sions pour des réalités.
ه ل ا
Mais quand on ne supose , comme fair l'Au ·
teur du nouveau Plan , que ce qui est dans la
mature , que l'on puise dans son sein les principes
dont on étaye sa Théorie , en un mot , que
les explications que l'on donne des divers dé
rangemens de notre machine , ne sont tirées ,
que
$ 20 MERCURE DE FRANCE
que de la structure naturelle et connuë du corps
liumain , alors c'est moins une Théorié , qu'une
exposition nue et simple de ce qui se passe dansla
nature .
Et même, lorsque sans faire jouer tant de ressorts
, on peut trouver la cause d'une maladie
dans le seul dérangement de la circulation du
sang , on doit la saisir préferablement à toute
autre. Ce moyen simple & naturel de rendre
raison de nos maladies ne sçauroit échaper à un
Auteur qui veut nous mener à cette connoissanće
par le chemin le plus droit et le plus court
qu'il soit possible.
pas
-
Si la méthode que M. Bouillet se promet de
suivre est propre à dissiper les obscurités de la
Théorie , les sources indiquées dans son Plan ,
et od il se propose de puiser , nous répondent
encore mieux de la sûreté de sa Pratique . Il
n'est moins difficile de se méfier de son experience
, que de se déprendre de ses propres
idées. Souvent l'on croit voir ce qu'on ne voit
pas , et l'on s'aplaudit quelquefois des succès
qui ne sont dus qu'aux généreux efforts de la
nature , et à la vigueur du temperament des
malades . Une pareille prévention n'est point à
craindre dans un Auteur , qui à sa propre expérience,
veut bien joindre celle des autres ; qui ne
veut adopter d'autres méthodes de pratique
que celles qui sont confirmées par un long usage
en Melecine , constatées par des témoignages
publics et authentiques , et consenties par les plus
habiles Médecins de tous les siecles. Une prati
que qui porte sur des fondemens aussi solides ,
ne laisse aucun doute aux Médecins , ni aucun
gret aux malades.
Hest rare qu'un Auteur riche de son propre
fonds y
MARS. 173. 531
fonds , cherche à l'augmenter de celui des autres.
Il l'est encore plus qu'il ne s'aproprie pas
ce qu'il emprunte . L'aveu sincere que fait l'Auteur
du nouveau Plan , de déclarer ce qu'il aura
reçû, assûre d'avance à ceux qui lui prêteront , la
gloire due à leur générosité. En agir ainsi , c'est
moinstravailler pour sa propre gloire que pour
celle des autres et pour Putilité publique.
Si l'arrangement des Matieres repand de la
clarté dans un Ouvrage , on en doit trouver
beaucoup dans celui qu'on nous annonce. L'ordre
, pour ainsi dire , Géométrique , que l'Auteur
s'est prescrit , et selon lequel il doit faire
marcher devant ce qui peut servir à l'intelligen--
ce de ce qui doit suivre ne > permet pas d'endouter.
On a senti la liaison qu'ont les maladies
des femmes avec celles du bas ventre peut - être
n'en ont- elles pas moins avec celles des Vierges;
ces deux sortes de maladies raprochées , semblent
s'éclaircir mutuellement.
Mais si l'ordre de la nouvelle Histoire des
maladies est des plus réguliers , on peut dire que
son étenduë est immense : elle comprend er dis
tingue tous les genres des maladies. Il seroit
difficile, pour ne pas dire impossible , d'en trou→→
ver quelqu'une qui n'y fût pas comprise . On ax
été charmé de voir dans cette suite les maladies
jucurables: Ces sortes de malades d'autant plus >
dignes de compaffion , qu'ils ont moins d'espoir
de guérir , sont ordinairement abandonnés
à leur triste sort , d'autant mieux qu'ils ne
sçauroient faire beaucoup d'honneur au Méde
cin. L'Auteur de la nouvelle Histoire, plus atten
if à l'utilité publique qu'à sa propre gloire , a
étendu ses vues jusqu'à ces sortes de malades
conforme en cela au sentiment de Pline, qui veut
que
32 MERCURE DE FRANCE
que', quibus viam prastare non possunt , facilerra
exitum parent. Quand on ne peut pas guérir¨
C'est beaucoup que de soulager.
La Nature semble nous avoir mis à l'étroit par
l'abondance même des' remedes qu'elle nous
présente. Les trois Regnes nous en fournissent à
l'envi. Il n'y a que le choix qui embarrasse .
L'Auteur du nouveau Plan ne sera point dans
cet embarras , puisqu'il n'indiquera que des
remedes , dont il connoîtra bien les vertus , et
des effets desquels il se sera assuré par des essais
réïterés . Si tous les Médecins ne proposoient à
Teurs malades que de téls remedes , ils leur épar
gneroient la peine d'en prendre bien d'inutiles.
Enfin il ne reste rien à desirer pour la per
fection de cet Ouvrage , sinon que l'Auteur ait
la patience et le loisir de le finit . La carriere est
longue et pénible . Il est en état de la fournir
avec honneur. Daigne le Ciel lui accorder le
temps de l'achever ! Nous joignons pour cela nos
vbeux à ceux du Public.-
Ganeau , Libraire, rue S. Jacques , vis-à- vis S
Yves,à S. Louis, vient de mettre en vente les Livres
suivans ; Commencement de l'Histoire de l'Eglise,
ou , Paraphrase sur les Actes des Apôtres , avec le
Texte Latin à la marge , et des Notes tirées des
Peres , et des meilleurs Commentateurs , par un
Religieux Benedictin de la Congregation de S.
Vanne et de S. Hydulphe. in 12. deux volumes.
prix 4. livres.
L'Auteur connu déja par les Paraphrases qu'il
a données sur plusieurs Livres de l'Ecriture Saine
, méritera sans doute l'estime du Public par ce
dernier Ouvrage , dans lequel , sans s'écarter de
La noble simplicité des Actes des Apôtres , il
cependant donné l'étenduë nécessaire à son His--
MARS. 1738.~ 533
toire , par l'explication suffisante de tout ce qui
peut arrêter le Lecteur , pour l'intelligence de
P'Historien Sacré .
Instructions Chrétiennes sur le Sacrement de
Mariage , avec les Prieres de l'Eglise et de l'Écri
ture qui y ont raport. vol. in 18. prix vingt sols
Le même Libraire vient de donner une nouvelle
Edition des Livres suivans.
>
Les Sermons du Réverend Pere de la Boissierė,
Prêtre de l'Oratoire , sur le Carême ; Vêtures.
Professions Religieuses , Assemblées de Charitě,
les Panegyriques des Saints , et sur les principaux
Mysteres de la Religion. in 12. six volu
mes. prix 15 , livres.
Le mérite de l'Auteur est trop connu ,
et lés
grands talens qu'il avoit pour la Chaire sont trop
récens , pour rien ajoûter à son Eloge ; nous
nous contenterons de dire que l'on ne peut que
voir avec plaisir une nouvelle Edition de ce Li
vre. On vend séparément le Carême , pour la
commodité de ceux qui ne sont pas en état de
faire la dépense entiere .
Avis et Réflexions sur les Devoirs de l'Etat
Religieux , pour animer ceux qui l'ont embrassé,
àremplir leur Vocation . Ouvrage utile non seu
lement aux Religieux , mais encore à toutes les
Personnes qui veulent vivre dans le monde avec
une pieté solide , par un Religieux de la Congregation
de S. Maur , Quatrième Edition , plus
correcte et plus ample que les précedentes , in
12. trois volumes. prix 7. livres.
a
Briasson , Libraire à Paris , rue S. Jacques ,
la Science , a mis en vente un Livre qui est atrendu
depuis long temps , à cause de la réputa
tion de l'Auteur, ct de l'importance du sujet ; c'est ›
La
$ 34 MERCURE DE FRANCE
ta Mythologie et les Fables expliquées par l'Histoire,
par M. l'Abbé Banier , de l'Academie des Belles
Lettres , un volume in 4. ou deux volumes in 12.
Il a aussi imprimé depuis peu l'Histoire du
Fanatisme de notre temps , par M. l'Abbé de
Brueys , trois volumes in 12. figures.
Les Essais de Litterature et de Morale , par M.
Abbé Trublet , in 12. nouvelle Edition.
Les Oeuvres mêlées de M. Pope , sçavoir , les
Principes de la Morale et du Goût , en deux Poë-
, dont l'un est intitulé , Essais sur l'Homme,
l'autre , Essais sur la Critique , traduits par M.
l'Abbé du Resnel ; et la Boucle de Cheveux , traduite
par M. L. D. F.en Vers, un volume .
Une nouvelle Edition des Parodies du Nou
veau Théatre Italien , fort augmentée , la Musique
regravée à neuf et en bien meilleur état .
volumes in 12. figures.
Il vend séparément les Additions en un volume
intitulé : Suplément à l'ancienne Edition des
Parodies , in 12. comme aussi le neuviéme volume
du Nouveau Théatre Italien , imprimé il y a
deux ans.
Il compte encore finir incessament , les Oeu
Dres de M. l'Abbé Nadal , de l'Académie des
Belles Lettres , contenant ses Dissertations Académiques
, plusieurs Pieces et morceaux de Litte
rature , ses Poësies et ses Tragédies . 3. volumes
in 12. figures.
Liste de quelques Nouveautés qu'il a reçûës
depuis peu .
Réflexions pieuses , ou Essais Philosophiques,
par Samuel Gringallet. in 12. 1735.
Dissertations Physiques , par Roubaix de Tur
coin , in 2. à la Haye 1737.
Description
MARS 1738. 535
Description du Royaume de Sardaigne , in 8.
la Haye 1725:
* Instructions de l'Empereur Charles V. au Roy
Philippe second son fils, par Teissier ‚ in 12.
Haye 1737.
à la
Lettre d'un Anglois sur le Pouvoir absolu. in
8. à Cologne 1711.
Le Songe de Bocace , par M. Largentiere.in
12. à la Haye 1737.
Idée d'un véritable Héros , par M. de la Fails
le , in 8. 3. part. 1737.
4.
Frederic de Sicile , in 12. à la Haye 1735.
Recueil de Pieces Politiques depuis 1724 in
à la Haye 1737.
Histoire de Pologne , sous le Regne d'Auguste
second , par l'Abbé de Parthenai. in 126
4. volumes la Haye 1733 ;
Memoires Ancedotes de Russie , in 12. à la
Haye 1737.
Lettre sur les Dettes de la Grande - Bretagne )
8. à la Haye 1727.
Histoire de la Rebellion d'Angleterre , par
Clarendon , in 12. 2. vol , à la Haye 1704.
Observations sur les Ouvrages de Sculpture ,
Peinture et Architecture qui sont à Rome et aux
environs , par Raguenet. in 12. à Londres 1735.
Methode pour montrer à la Jeunesse à bien
danser , par C. Sol. in 12. à la Haye 1725.
Elia Brenneri Thesaurus nummorum , Sveoin
сить
Gothorum , et Scriptores rei nummarie , 4
fguris 1731.
On nous écrit de Provence du 7. de ce mois,
qu'on venoit d'y recevoir un Ouvrage tout nouveau
de M. Algaroti , sçavant Venitien , qui a
fait quelque séjour à Paris , et que M. de Voltaire
$36 MERCURE DE FRANCE
taire n'a pas oublié dans ses Vers. Cet ouvrage
est dans le goût des Entretiens de l'illustre M. de
Fontenelle , sur la Pluralité des Mondes. Il est
intitulé, Il Newtonisnio per le Dame , ouvero Dia
loghi sopra la luce i colori.
Qua legat ipsa Lycoris . I
1. vol. in 4. in Napoli , ou plutôt à Milan 17374
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Lyon à
M. l'Abbé le Beuf , Chanoine d' Auxer
re,lele 24 Février 1738. au sujet des Antiquités
de Montmartre.
I
1.
Sans prétendre , Monsieur , entrer dans les
doctes Dissertations dont vous enrichissez fré
quemment le Mercure François , permettez que
je vous fasse une legere Observation , sur les der- "
nieres lignes de votre Lettre à M. Fenel , Chanoine
de Sens 2
inserée dans le Mercure de Janwier
dernier , Pag. 47. Après y avoir fait vos Re
marques, sur ce que vous êtes allé voir vousmême
des restes d'une Antiquité reconnuë depuis
peu à Montmartre près Paris , vous finissez en
disant qu'il y a près des ruines de cette Antiquité
une Fontaine , qu'on apelle à Montmartre , la
Fontaine de Bue , que vous écrivez ce mot au
hazard , et tel que vous l'avez oiii prononcer ,
qu'il est certainement barbare ; le nouveau Glos
saire de Ducange vous aprenant que Bur signifie
en Flamand et en Saxon , fons , scaturigo.
Suivant cette idée , Monsieur , il n'y a point
de fontaine qu'on ne dût , ou pût apeller d'un
nom équivalent à fons, scaturigo, et dès lors nulle
fontaine n'auroit de nom particulier .
Je soupçonne que ce mot n'est nullement
barbane
MARS. 1738. 537
barbare ce qui me donne cette pensée , c'est
qu'encore aujourd'hui le bas Peuple à Lyon et
aux environs , apelle Buie , la Lessive de linge ,
et Buïandières les femmes qui le lavent ; ensorte,
qu'ils disent faire la Buïe , pour dire , faire la
Lessive.
Il me paroît donc fort naturel de croire , que
les Habitans de l'Antiquité dont il s'agit , ayant
un pareil Jargon , et se trouvant trop éloignés,
de la Riviere pour y aller laver leur linge, avoient
creusés auprès de cette Fontaine un espace assés,
grand , pour y former un Bassin d'eau claire.
propre à y faire leurs Lessives,ce , qui les porta à
lui donner le nom de Fontaine de Buie , pour
Fontaine de Lessive. J'ai l'honneur d'être , &c.
On débite , au profit des Pauvres , chés le Sr.
Buhot , Marchand Mercier , rue S. Jacques , des
Sels essentiels , d'une nouvelle Méthode , dont on
a cru devoir donner avis au Public .
Depuis long temps les Medecins désiroient de
voir le volume des Remedes réduit et diminué, ils
sçavent qu'ils contiennent beaucoup de Phlegme
et de terre inutile,qui embarrassent les premieres
voyes et chargent l'estomac , qui se révolte aisé .
ment contre la quantité qu'il en faut prendre ,
pour satisfaire à leurs intentions , toujours avantageuses
au Public , il étoit nécessaire de séparer
Je pur d'avec l'impur , et de concentrer toute la
vertu des Remedes ordinaires dans un petit volu
me. C'est ce qu'on a parfaitement rempli par le
moyen d'une nouvelle Méthode , puisqu'elle
diminue la Dose commune de plus des deux tiers
sans én diminuer l'efficacité , la maniere dont
on tire les Sels essentiels, leur donne un nouveau
mérite , le Dissolvant dont on se sert est doux ,
simple
538 MERCURE DE FRANCE
simple , et ne peut altérer en aucune façon la
vertu et les proprietés du Mixte , l'Insolation ou
le Bain de vapeur est le seul feu nécessaire.
Ces Sels ,,tirés sans feu , sont solubles , cristallins
, et aussi diversifiés entre eux , que les
Mixtes dont on les tire ; ils en conservent , etmême
dans un degré éminent, le goût, et quelquesuns,
l'odeur et la couleur ; ils s'humectent à l'air,
et se conservent cependant très -long temps dans
un Lieu sec.
Un celebre Medecin dont la science et le
sçavoir sont géneralement reconnus , en a fait
quelques Expériences , qui méritent bien que
nous en fassions part au Public.
Premierement , il assure que l'Huile de Vitriol
ne fermente pas avec ces Sels ; d'où il conclut,
que le feu ne les a point alterés ou askalisés , et
rendus acres.
2º. Outre le goût salin , ils ont aussi un goût
huileux , ils sont gras et onctueux au toucher
marque , dit- il , de l'abondance du Principe sul
phuré ou huileux qu'ils ont conservé.
3. Ces Sels dissous fermentent légerement
avec l'Huile de Tartre , faite par défaillance ;
marque qu'ils ont conservé en entier , le Sel qui
est naturellement dans les diférentes parties des
Végetaux , et qui est toujours aigre , ou aigrelet.
4° . Les Sels dont il s'agit , jettent une fumée
épaisse , quand on les met dans un Creuset rougi
au feu ; ils se convertissent ensuite en un charbon
, qui est long - temps rouge , tant ils sont ,
gras ; et finalement ils se réduisent en cendres
dont la Lessive donne un Sel fixe , alkalin , qui
fermente alors vivement avec tous les acides , ce
} M. Grosse.
que
>
MARS .
1738. 539
que les Sels en question ne faisoient nullement
avant cette Opération ; preuve , selon lui , qu'ils
n'ont point souffert d'altération au feu, et qu'ils
sont tels que la Nature les a produits dans les
Végetaux .
Ce sçavant Medecin a fait d'autres Observations
, qu'il seroit trop long de raporter ici . Op
se contente d'en tirer les inductions qu'il en tire
lui-même.
De toutes les circonstances et faits quej'ai rapor
té, on peut inferer que les Sels de la nouvelle Méthode
, dit-il , sont de vrais et de bons Sels essentiels,
terme par lequel on entend, ceux qui ont conservé
leurs meilleurs Principes , et par conséquent toutes
leurs proprietés et leurs vertus , comme l'Essence des
Végétauxdont on lès a tiré.
2º. Onpourra prendre ces Sels en petite Dose
se qui est ungrand agrément pour les Malades qui
se dégoûtent aisément des Remedes , quand ils ont
un certain volume.
3°. Onpourra les mêler dans des Poudres , et les
prendre en toutes sortes de formules ; autant par ra
port au goût du Malade , que par raport à l'exigence
du mal et l'avis des Medecins. Ce sont
autant de vrais et de grands avantages pour un
Remede.
"
Enfin il ajoûte , qu'ily a toute aparence, que si
le Vegetal est stomachique , le Sel tiré par la nouvelle
Méthode aura la même vertu ; s'il est diurétique
, le Sel le sera aussi , et ainsi des autres.
Voilà comme s'exprime M. Grosse , qui a examiné
ces Sels avec beaucoup de soin.
On a obligation de cette Découverte à M. le
Comte de la Garaye , Grand Hospitalier de l'Ordre
de S. Lazare , qui depuis plus de trente ans
s'aplique à la Medecine et à la Chirurgie , pour
secourir 2
540 MERCURE DE FRANCE
secourir les pauvres Malades , dont il a un grand'
nombre dans son Château en Bretagne : il a fait
plusieurs Epreuves de ces nouveaux Sels , qui
ont toujours eû beaucoup de succès.
'Académie Royale de Peinture et de Sculpture.
--Le Samedi premier Mars , M. Cars , Graveur
et Académicien , présenta à l'Académie , de la
part de M. l'Abbé de Rohan- Vantadour , une
These que ce Seigneur a dédiée au Roy , dont
le Sujet represente ce Monarque , qui d'une
main arrête la Victoire prête à passer à de nouveaux
triomphes , et de l'autre , offre à l'Europe
une branche d'Olivier.
La France , sous la figure d'une belle femme
se repose aux pieds du Roy et commande à
Bellone de cesser ses fureurs. Sur la droite du
Roy , on voit la Paix qui fait valoir à l'Europe
la modération de ce Prince ; un peu plus haut la
Religion , la Justice et la Prudence ( Vertus qui
caracterisent le Ministere ) paroissent aplaudir
à ce noble dessein , et le Temps , en soulevant
un rideau , s'empresse de faire connoître à l'Univers
un évenement si glorieux.
Les deux Figures du bas sont relatives à la
Théologie , l'une est la Foy et l'autre la Mé-
-ditation .
Cette composition est le dernier Ouvrage de
fen M. le Moine , Premier Peintre du Roy et
gravée par M. Cars , dont le mérite est assés
connu du Public.
M. Lépicié , Graveur du Roy , et Secretaire
de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture
, est Auteur de cette Description , ainsi que
de celle de l'Apothéose d'Hercule , peinte au
Plafond du Salon de Marbre à Versailles , par
Ac
MARS. 1738. 34T
même M. le Moine , qui a été renduë publique.
Le Mercure de Septembre 1736. a rendu
un compte fidele et circonstancié de ce grand
Ouvrage,
ESTAMPES NOUVELLES.
Voici la 29. Estampe gravée par le sieur Moy
reau ; il vient de la mettre en vente , ruë Galande
, vis -à- vis S. Blaise . Elle représente la Prédication
de 8.Jean- Baptiste ; elle est d'une très-heureuse
execution, d'après un beau Tableau original
de PhilipeWouvermans, ayant 33.pouces de large
sur 27. de haut , du Cabinet de M. Blondy.
La Suite des Portraits des Grands Hommes
et des Personnes Illustres dans les Arts et dans
les Sciences , continuë de paroître avec succès
chés Odieuvre , Marchand d'Estampes, Quai de
l'Ecole ; il vient de mettre en vente , toujours de
la même grandeur :
ADRIENNE LE COUVREUR , Actrice
du Théatre François , née à Fîmes en 1690,
morte à Paris le 20. Mars 1730. peinte par Fon
taine , et gravée par F. G. Schmidt.
A
JEAN MILTON , né à Londres en 1608 .
mort en 1674. âgé de 66. ans , gravé par F. G.
Schmidt.

JOSEPH PARROCEL , de Brignoles en
Provence , Peintre de Batailles , Conseiller de
l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture
en 1648. mort à Paris le premier Mars 1704,
âgé de 56. aus, six mois, peint par Hyacinte Rigaud
, et gravé par G. F. Schmidt.
On aprend de Rome , que la Chambre Apos-
Jolique a acheté 45000. écus , toutes les Plan-
G ches
542 MERCURE DE FRANCE
ches et les Estampes du Signor Rossi , celebre
Graveur.
On écrit de Lisbonne , que le froid a été si
wif cet hyver en Portugal , que la plupart des
arbres fruities ont été gelés , et que l'on faisoit
encore le mois dernier dans plusieurs Provinces
des Prieres publiques pour obtenir un temps plus
favorable .
ECOLE MILITAIRE , établie à Paris , rue
de Tournon , à l'Hôtel de Mars , ci - devant Ho
tel d'Entragues , par M. le Chevalier de Lussan ,
Ingénieur.
On reçoit dans cette Ecole Militaire , ou comme
Pensionnaires ou comme Externes , les jeunes
Gentilshommes qui veulent s'instruire dans
toutes les Sciences théoriques et pratiques de la
Guerre .
Le prix des pensions pour un Gentilhomme
seul est de 1518. livres par an , tant pour la
table qui est proprement et abondamment servie
, le logement , droit d'entrée et tous autres
droits , que pour les apointemens des Professeurs
et des Maîtres ; car outre qu'on y enseigne toutes
les Sciences qui ont raport au métier de la
Guerre , il y a encore des Maîtres pour les Armes
, pour l'Exercice , la Danse , la Musique ,
les Langues , le Paisage , l'Architecture , la Marine
, & c .
L'Hôtel où se tient cette Ecole Militaire ; est
avantageusement situé par raport au bon air er
à la proximité des Académies pour monter à
à cheval.
Les Sales pour l'étude des Mathématiques
pour le Dessein , le Paysage , la Perspective, 1
Figure
MAR. ST 1738.4 $45
Figure , l'Architecture Civile et Militaire , sont
ouvertes tous les jours depuis huit heures du matin
jusqu'à onze,
Les Sales pour les Armes , l'Exercice , la Danse
, la Musique et les Langues , sont ouvertes
sous les jours depuis onze heures jusqu'à une.
Celles où l'on enseigne alternativement l'Histoires
la Géographie , la Fortification et la Marine
sont ouvertes depuis trois heures après
midi jusqu'à cinq, n
Ily a tous les ans un Cours d'Experiences de
Physique , qui dure trois ou quatre mois.
Les Assemblées à ce sujet se tiennent deux fois
la Semaine , depuis trois heures après midi jusqu'à
cinq
On voit dans le Cabinet de Mathématique de
cette Ecole , non-seulement toutes les Machines
propres aux Experiences dont on vient de parler,
mais encore toutes celles qui sont nécessaires
pour démontrer les forces mouvantes de la Mé-
@hafique et des Hidrauliques , il y a plusieurs re
liefs de Géométrie et de Fortification. Le Jardin
qui est spacieux , fournira aussi des morceaux de
Fortification avec leurs attaques tracées. La Méthode
aisée dont on se sert pour enseigner avec
beaucoup d'ordre er de simplicité , toutes les
Sciences nécessaires et utiles à un Militaire, et la
diversité de tous ces Exercices differens qui se
succedent continuellement les uns aux autres ,
font qu'on ne ressent aucun des dégoûts que cause
ordinairement la secheresse des Mathématiques .
Il sera au choix de chacun de s'attacher plus
particulierement au genre de Science ou d'Exercice
pour lequel il se trouvera avoir plus de dis
position et plus de goût .
Gij Prix
344 MERCURE DE FRANCE
Prix des Pensions , pour les Personnes qui
sont à la suite d'un Gentilhomme Pensionnaire.
1050. liv Pour un Gouverneur , par an
Pour un Valet de Chambre , par an
450. liv.
Pour un Laquais, par an
3.50€ liv
Externes pour la Géométrie , les Fortifications
et les parties des Mathématiques qui conviennent
à ceux qui se destinent au Génie , prenant leçon
tous les jours , et pour le Maître en fait d'Armes
trois fois la Semaine , par mois 30. liv.
Externes pour l'Histoire , la Géographie et le
Blason, prenant leçon trois fois la semaine , par
mois
If
Cliv
Externes pour la Navigation dans toutes ses
parties , prenant leçon trois fois la semaine , par
mois As liv.
Externes pour un Cours d'Experiences de Physique
, qui se font deux fois la semaine , pour
sout le Cours
Demi- Pensions:
48. liv.
Pour la table le matin et pour tous les Professeurs
et Maîtres
Pour les Entrées.
Pour le Suisse
650. liv.
100. liv.
6. liv.
Le quartier des Pensionnaires
et les mois des
Externes , se payeront par avance.
Les Personnes étrangeres qui voudront en arzivant
à Paris entrer Pensionnaires à l'Ecole de
Mars , auront la bonté d'écrire pour instruire
du jour qu'elles comptent arriver , afin qu'elles
trouvent leur logement prêt.
Ily a un Bureau de Fortifications, où on dessiMARS.
1738. 345
he toutes sortes de Plans et de Cartes ; on fournis
les personnes pour arpenter et dresser les Terriers.
On trouve à l'Ecole de Mars le Traité de l'At
taque et de la Défense des Places, par M. le Mas
réchal de l'auban , in 4. impression d'Hollan
de , avec 33. Planehes bien gravées.
On donne avis au Public , que la vente des
Effets de la succession de M. le Maréchal d'Es
trées, commencera le Mardy 15. Avril prochain,
et sera continuée, sans interruption.
Cette Vente est une des plus consi letables qui
ayent été faites jusqu'à présent , indépendamment
des Meubles, des Tables de Marbres rares et
des riches Tapisseries ,dont elle est composée, les
Curieux y trouveront une grande quantité de
Meubles précieux en Vernis et Laques de la Chine
, comme Cabinets, Coffres , Tables, Paravents,
Cassettes , Cabarets et autres Bijoux de la Chine.
Lustres , Chandeliers et toutes sortes de Vases
de Cristal de Roche , dont il y en a d'earichis
d'or.
Pagodes et Porcelaines des plus anciennes , des
plus belles formes , des plus singulieres et des
plus rares de la Chine et du Japon , dont partie
sont montées et incrustées en or, argent et bronze
doré.
Bustes antiques et modernes de Porphire ,
Marbre et Bronze , dont quelques -uns sont d'un
grand prix.
Idoles antiques et Figures Egyptiennes , Grecques
et Romaines , Vases antiques et modernes ,
de Porphire , Agathe , Jade , et autres Pierres
précieuses, les plus belles, rares et singulieres .
Suite de Médaillons et Médailles antiques ,
Grecques et Romaines , en or, argent et bronze,
Giij
des
$46 MERCURE DE FRANCE
des plus complertes et de la plus grande conser
vation. Des Monnoyes anciennes de toutes les
Nations , en tous Métaux , & c.
Pierres de tous genres , gravées en creux et en
relief, antiques et modernes.
Pierres précieuses , Diamans , Rubis , &c. de
toutes especes , en Bijoux des plus considérables ,
Tableaux des plus grands Maîtres et des Eco
les les plus fameuses.
On travaille actuellement au Catalogue de sa
Bibliotheque , une des plus considérables de
l'Europe , par le nombre , le choix et la rareté
des Livres , par une Suite des plus complettes de
Cartes de Géographie , et par une Collection
des plus nombreuses d'Estampes des meilleurs
Maîtres.
Le Public est averti que le veritabe Suc de Réglise
se er de Guimauve blanc , si estimé pour toutes
les maladies du Poulmon , inflammations, enrouëmens,
toux, thumes, asthme, poulmonie, pituite,
continue à se débiter depuis plus de trentre ans
de l'aveu et aprobation de M. le Premier Médecin
du Roy , chés Mlle Desmoulins , qui est
la seule qui en a le Secret de défunte Mlle Guy.
On peut s'en servir en tout temps , le transporter
partout , et le garder si long- temps que
l'on veut , sans jamais se gâter ni rien perdre de
sa qualité .
Mlle Desmoulins demeure ruë Mazarine, Faux-,
bourg S. Germain , chés Mad. le Plaideur , entre
un Sellier et une Fruitiere , vis - à- vis la ruë Guenegaud.
Le sieur Lescure , ci-devant Chirurgien Major
des Gardes du Corps de la Reine d'Espagne ,
continue
I
T
ACTU
21
1
MAR S. 1738. $47
continuë de distribuer avec succès son Remede
spécifique pour la guérison de toutes les mala◄
dies qui attaquent le genre nerveux , épilepsie ,
paralisie , tremblemens , vapeurs , soit convulsivesou
simples , étourdissemens , vertiges ; la
preuve , dit- il , de la bonté de ce Remede , sont
les Expériences qui en ont été faites , tant à l'Hôpital
General , que sous les yeux de plusieurs cé
jebres Médecins de la Faculté de Paris , sur un
nombre de Malades de tout sexe et de differens
ges , qui lui ont mérité leur aprobation .
Ce Remede opere avec douceur et peut se
transporter par tout sans altération ; on donne
la maniere de s'en servir. Le sieur Lescure demeure
toujours à côté de la Comédie Françoise.
Ceux qui lui écriront des Provinces, auront soin
d'afranchir leurs Lettres.
Q
CHANSON.
Uand je rencontre un Porteur d'eau }
Criant tout le long de la ruë ,
Moi je renfonce mon chapeau ,
Pour ne point profaner ma vûë ;
Il crie à l'eau , je crie au vin ,
Bon vin , bon vin , bon vin ,
Pour la mélancholie ;
Je te boirai jusqu'à la lie.
>
Il crie à l'eau , je crie au vin.
SPEC
548 MERCURE DE FRANCE
SPECTACLES.
Es Comédiens François donnerent le
L13 . Décembre 1737, la premiere Représentation
de Lysimachus , Tragédie
de M. Decaux , Auteur de Marius. Il
seroit à souhaiter qu'il eût mis lui - même
la derniere main à cet Ouvrage ,
qui n'étoit qu'ébauché, quand il est mort.
Quoique son Fils n'ait rien négligé pour
le rendre digne d'être présenté au Public,
les beaux Morceaux qui y sont répandus
font toujours regretter la mort préma
turée de l'Auteur.
Alexandre avoit eu un fils nommé Phi
lipe de Solene , dont il étoit devenu
amoureux. Elle mourut en lui donnant
le jour ; il le confia à sa soeur Arsinoé ,
femme de Lysimachus. Comme elle avoit
un fils du même âge , et qu'elle aimoit
éperdûment , la mort prématurée de Philipe
lul fit former le dessein de substi
tuer son fils à sa place , ce qu'elle exe
cuta , et elle fit courir le bruit de sa
mort. Comme elle n'osoit confier son
secret à personne pour désabuser son
mari , il Y fut trompé comme les autres.
Peu
MARS. 1738.
549
Peu de temps après sa curiosité la porta
à consulter les Dieux pour sçavoir quel
seroit l'évenement de cet échange . L'Óracle
lui aprit qu'aussi - tôt que Lysimachus
reconnoîtroit Agatocle pour son fils , il
lui donneroit la mort. On sçait quelle
impression les Oracles faisoient sur lest
Payens , et avec quelle confiance ils executoient
les ordres qu'ils leur prescri
voient. L'Histoire ancienne en est rem
plie d'exemples . Arsinoé éleva donc tou
jours son fils Agatocle sous le nom de
Philipe, sans lui découvrir son sort à luis
même.
Il fut élevé avec Euridice , qu'il ne
connoissoit pas pour sa soeur , et prenant
les mouvemens involontaires du
sang qui les portoient à s'aimer , pour
ceux de l'amour , ils s'inspirerent mus
tuellement de la tendresse.
Dans la premiere Scene Lysimachus
vient aprendre à sa fille que la Discorde
ne trouble plus l'Armée , et qu'il
vient de l'engager à remettre entre les
mains de Perdiccas , de Cassander et les
siennes , le pouvoir de nommer un suc
cesseur à Alexandre ; il lui fait connoî
tre qu'il panche en faveur de Philipe
et qu'il seroit au comble de ses voeux , si
los sentimens de son coeur s'accordoient
Gy avec
550 MERCURE DE FRANCE ,
sa
avec son choix , parce qu'il prétend que
celui qu'il élevera à l'Empire , lui donne
main. Euridice veut lui cacher la siuation
de son coeur , mais il la penetre
ien- tôt malgré elle, par ses inquiétudes
ur le sort de Philipe et la part qu'el
e prend à ses interêts . Il s'exprime ainsi :
Par cette inquiétude ah ! que vous me charmez ♪
Ma fille ,je le vois , vous craignez ; vous aimez.
b
Euridice sort pour informer sa Mere
du projet de Lysimachus ; Agatocle , sous
le nom de Philipe , vient briguer son
suffrage.
Après avoir reçû des témoignages d'ae
mitié de Lysimachus , il lui découvre
son amour pour Euridice. Lysimachus
est sensible à ses sentimens , et lui promet
de lui donner l'Empire avec la main
de sa fille . Agatocle répond par ces Vers .
Permettez donc, Seigneur , qu'aux yeux qui Pont
fait naître
Dans ce même moment ma flamme ose paroître;
Vous croyez qu'Euridice acceptera mes voeux ,
Et l'on ne peut trop tôt commencer d'être heu¬
reux
71
Il sort, et Lysimachus fait connoître
combien il est charmé de l'amour de
Philipe , qui sert si bien ses vûës ambitieuses
MARS. 1738.
SST
tieuses pour sa fille . Perdiccas , Capi
pitaine d'Alexandre , vient pour aprendre
de lui en faveur de qui panche son
choix. Lysimachus , qui est méfiant et
soupçonneux , donne la préférence au fils
de Roxane , pour sonder Perdiccas , qui,
répond :
Quoi ! nous obéïtions au fils d'une Persane ?
Les vainqueurs , des vaincus voudroient prendre
dés loix ?
Le sang de nos Captifs nous donneroit des Roise
Et la Perse n'auroit succombé sous la Grece
Que pour se voir un jour de l'Univers maîtresse
Remplissons mieux , Seigneur , l'attente des Humains
Puisque le sort du Monde est remis en nos mains,
Songeons à faire un Roy qui , digne d'Ale
xandre >
}
Se montre à l'Univers tel qu'il le doit attendre }
Et qui de ce grand nom ne recherche les droits ,
Que pour faire regner la Justice et les Loix ;
Un Roy digne de l'être , et qui puisse lui - même
Soûtenir sur son front le poids du Diadême g
Imprimer du respect à nos fiers Ennemis ,
Gouverner tant d'Etats qu'Alexandre a soumis ,
Retenir à propos ou lancer le Tonnerre ,
Et du bruit de son nom remplir toute la Terre.
Seigneur, tel est Philipe, en lui seul nous voyons
Des vertus pour répondre à tant de Nations , &c
Gyi Lysi vj
552 MERCURE DE FRANCE
que ,
Lysimachus combat encore par politi
le sentiment de Perdiccas , et sa méfiance
le porte à paroître pancher une
seconde fois en faveur du Fils de Roxane,
et s'exprime par ces Vers.
N'allez point de son âge alleguer la foiblesse ;
S'il regne , nos conseils formeront sa jeunesse ,.
Nous serons à son Trône un redoutable apui ,
Nous l'instruirons à vaincre en combattant pour
lui.
Lysimachus cede aux raisons de Perdic
cas , et lui propose d'informer Cassander
de leurs intentions ; Perdiccas lui dit de
mien rien faire , et qu'il le soupçonne
d'aspirer à l'Empire ; il le prie , puisque
leurs sentimens sont les mêmes , de s'attacher
l'un à l'autre par des liens plus
forts ; il lui déclare qu'il adore Euridice,
et que son consentement le rendra le plus
heureux de tous les hommes . Lysimachus
est surpris de la déclaration de Perdiccas;
il cache cependant son étonnement et le
prie de differer son mariage de quelques
jours, pour mieux pénétrer Cassander , et
pour nommer un Roy.
Arsinoé au second Acte , voyant que
son Fils est sur le point d'épouser sa
Soeur , et qu'il vient même lui demander
son consentement , fait tout son possible:
MAR S.
1738.
ر و
Ble pour l'engager à differer son Hymen.
Elle n'en peut rien obtenir , et s'aperce
vant que la force de son amour l'empê
che de se prêter à ses raisons , elle lui
découvre qu'il va commettre un inceste
que son veritable nom est Agatocle , et
qu'Euridice est sa Sour ; elle lui aprend
ensuite les raisons qui l'ont engagée à le
faire passer pour le Fils d'Alexandre , et
qu'un Oracle cruel lui avoit prédit , après
avoir fait cet échange , qu'il recevroit la
mort de son Pere aussi- tôt qu'il en seroit
connû. Elle lui dit de vaincre son'
amour incestueux et de se rendre
par sa
fermeté digne du Trône où il alloit bien
tôt parvenir. Agatocle répond que l'aveu
qu'elle vient de lui faire ne l'exclut pas
moins du Trône , quin'est dû qu'au vrai
sang d'Alexandre , que de la possession
d'Euridice. Arsinoé lui répond':
Quoi ? vous vous arrêtez à ces scrupules vains ♪
Mon Fils, meritez mieux l'Empire des Humains .
Quand un heureux hazard nous offre la Cou
ronne ,
On la prend , sans songer au droit qui nous la›
donne ;
C'est sur son Trône assis qu'un Roy doit consulter
Tout le poids des raisons qu'il eût pour y
1
monter &cr
Arsinoć
554 MERCURE DE FRANCE
Arsinoé sort en lui recommandant de
ne découvrir à personne , pas même à sa
Soeur, le secret qu'il vient de lui arracher.
Euridice vient aprendre à Agatocle que
le Peuple est prévenu en sa faveur ; elle
s'aperçoit bientôt par son silence du trouble
dont il est agité. Elle en paroît sur
prise , et lui en demande la raison ; il
s'obstine à la taire , et sort sans la tirer
d'inquiétude.
Elle est outréede la maniere dont Agato4
cle la quitte, elle le soupçonne d'infideli
té , et d'avoir de l'inclination pour la
Soeur de Cassandet , selon les avis secrets
qu'elle en a reçûs ; elle sort en jurant de
se venger de sa perfidie .
Au 3 Acte, Lysimachus à qui Euridice a
fait part de ses soupçons, vient presser Agatocle
de s'expliquer sur ses délais , et de
conclure son Mariage avec sa Fille ; il s'excuse
sur ce qu'il a apris que Perdiccas aime
aussi Euridice , et que la prudence
exige qu'il ait des ménagemens pour luis
tant qu'il en aura besoin .
Perdiccas entre , et témoigne du mé
contentement à Lysimachus , de ne luk
avoir pas apris qu'il ne pouvoit préten
dre à la main de så Fille ; ensuite s'adres
sant à Agatocle , il lui dit :
Ah ! Seigneur , quand charmé des vertus d'Eu'-
ridice
Jie
MARS. 1738. 355
Je lui fis de mon coeur le noble sacrifice ,
Je ne m'attendois pas dans ce moment fatal
Que le Fils de mon Roy dût être mon Rival,
Je ne troublerai point une union si belle. ;
Epousez Euridice et regnez avec elle ;
Je t'aime et vous la cede , et je veux en ce jour
Que l'Amour la couronne aux dépens de l'A
mour.
Agatocle lui repond
Quoi ? Seigneur vous voulez…….
Perdiccas .
En cedant Euridice
Je sens que je vous fais un cruel sacrifice ;
Mais mon coeur en frémit sans en être abattuv
Regnez , et qu'avec vous regne aussi la vertu ,
Ne vous informez point par quelle Loi severe
Vous avez pû me rendre à moi même contraire.
Un sujet est heureux , quoiqu'il coûte à son coeur,
Quand il peut de son Prince assûrer le bonheur.-
Ne pouvant plus colorer ses refus
d'aucunes bonnes raisons , Agatocle sort
avec Perdiccas; Lysimachus s'aperçoit par
la maniere dont il le quitte , qu'il a changé
de sentiment pour sa fille ; il jure de'
s'en venger et de faire monter le fils de
Roxane sur le Trône , si Cassander est
de son avis . Cassander parçît;après quel
ques complimiens de part & d'autre il
lui
$56 MERCURE DE FRANCE
lui découvre son projet par ces Vers .
Par quel caprice injuste, ennemis de nous-mêmes;
Voulons-nous renoncer à tant de Diadêmes ?
Alexandre doit tout à nos bras triomphans ;
N'est- ce pas nous, Seigneur, qui sommes ses En
fans ? &c.
Lysimachus combat par plusieurs raisons
la proposition de Cassander , qui lui
répond que les principaux Chefs de l'Ar
mée consentent à ce qu'il lui propose , et
que rien ne leur fait obstacle.
Lysimachus fait connoître son doute
par ces Vers.
Ne
comptez
gloire ?
-
Ah ! pouvez- vous le croire ?
Vous pour rien ma vertu , votre
Que dira l'Univers si , sans honneur , sans foi ,.
Nous trahisson's ainsi les Fils de notre Roy ?
Et si les dépouillant de leur droit légitime ,
Nous fondons pour regner nos titres sur le
crime ?
Lysimachus après avoir long - temps
combattu les raisons de Cassander , le
quitte de peur que sa vertu ne succombe
aux apas qu'il lui tend ; il lui dit :
Je sens que ves discours trop puissans sur mon
amet
Redoubleng
MARS. 1738.

Redoublent les transports du couroux qui m'en
flâme.

Je sens qu'il faut vous fuir pour sauver ma vertu
Cassander resté seul,fait connoître qu'il
étoit instruit de la mesintelligence secrette
qui s'étoit mise entre Philipe et
Lysimachus , et que c'étoit la seule rat
son qui l'avoit engagé à lui découvrir ses
projets , il dévoile tous les replis de son
coeur ambitieux , et sort en disamt :
Cherchons Lysimachus , allons lui faire enten
dre ,
Si nous voulons regner , quel sang il faut ré
pandre.
Agatocle vient au quatrième Acte
presser Arsinoé de lui permettre de se
découvrir à son Pere , et lui aprend qu'il
ne peut plus lui faire un mystere de sa
naissance, sans courir les risques de perdre
la vie. Elle lui demande s'il ne se ressouvient
plus de ce cruel Oracle , il rég
pond :
Serons- nous retenus par un si foible obstacle ?
Aux réponses des Dieux qui veut trop s'arrêter
Souvent court au peril, en voulant l'éviter.
D'un Oracle confus oublions la menace
Que la raison l'écarte et décide en sa place
Elle a sur nos esprits un droit si naturel ;
La raison est pour l'homme un Qracle éternel
Arsinoé
358 MERCURE DE FRANCE
Arsinoć lui dit qu'on ne peut pas écouter
la raison quand le Ciel est contraire ; et
elle lui fait part d'un rêve qu'elle a fait ,
qui lui présage un évènement sinistre
s'il ose se découvrir à son Pere. Agatocle
en est frapé , elle le quitte en lui disant
qu'elle va tout tenter pour le tirer d'in
quiétude , et que surtout il ne se décou
vre pas à son Pere,quiparoît dans le moment
même. Lysimachus l'avertit qu'il
vient s'expliquer pour la derniere fois
qu'il n'est plus temps de feindre , et qu'il
choisisse d'épouser Euridice dans l'ins
tant , ou de renoncer à l'Empire. Il convient
avec lui qu'il a de l'ambition , et
que le sort de sa Fille qui lui est chere
va regler dans l'instant son destin. Agatocle
refuse d'épouser Euridice , et dit
que le Ciel le lui défend . Lysimachus répond
que les Dieux n'engagent point à
manquer de parole , Agatocle sort en l'ag
vertissant qu'il entrevoit ses desseins ,
mais qu'il prenne garde de le sacrifier à
ses soupçons, qu'il le feroit trembler, s'il
lui disoit deux mots , et que c'est à son
coeur seul à le justifier.
Lysimachus est émû des dernieres pad
roles d'Agatocle , mais il prend ce mou
vement naturel , pour un foible qu'il a
pour lui , et dont il s'est rendu indigne ;
RA
MARS. 1738. " $5.9
il prend la résolution de donner sa Fille
à Perdiccas , et de l'engager par là de prê
ter les mains aux vûës criminelles et ambitieuses
que Cassander lui a proposées.
Perdiccas vient dire à Lysimachus que
PArmée instruite que le choix panchoit
en faveur de Philipe , l'aprouvoit , et
avoit député les Principaux de ses Chefs
pour lui rendre hommage ; Lysimachus
Fépond que ce choix ne doit pas se divul
guer , qu'il a changé d'avis , que Philipe
estun ingrat , que s'il veur en croire
il épousera lui- même Euridice , et partagera
l'Empire avec eux. Perdiccas rejette
avec horreur cette proposition.
* Lysimachus lui répond par ces Vers.
Ces scrupuleux devoirs dont le remords vous
blesse ,
Souvent couvrent d'un coeur l'orgueilleuse fois
blesse
Et quand dans la carriere il n'ose s'engager
Toujours il craint les Dieux bien moins que le
danger.
Lysimachus finit en lui disant qu'il ne
redoute point la vengeance des Dieux , et
que le Ciel en proscrivant Alexandre ,
avoit aussi proscrit ses Fils.
Pardiccas lui dit :
Si le Ciel a proscrit les Enfans d'Alexandre ,
Contre
560 MERCURE DE FRANCE
Contre lui , s'il le faut , nous devons les défen
dre ,
Et dûssions- nous enfin combatre son courroux
Faisons notre devoir, c'est ce qu'il veut de nous,
Sur les Enfans des Rois jamais un bras perfide
Ne leve impunément un glaive parricide ;
Quand le Ciel veut fraper les Princes criminels,
Il se sert quelquefois de coupables mortels ;
On voit briller le feu qu'en leurs mains il allu
nies,
Mais la foudre en partant ,eux-mêmes les consua
me.
Lysimachus s'exprimé ainsi :
Deux chemins seulement sont ouverts devang
K
Vous
Perdez-vous avec eux , ou réguez avec nous
Perdiccas lui répond :
Je sçais qu'en m'oposant à votre barbarie ,
Je vais contre moi - même armer votre furie ;
sçais que dans ces Murs vous avez tout pouz
voir ,
Mais en vain vous croyez ébranler mon de
voir , &c.
Perdiccas sort , sa génerosité fait naître
dans le coeur de Lysimachus , qui est contraint
de l'admirer ; des sentimens de
pitié et de compassion pour Agatocle. La
Foix
MARS.
1738531
voix de la Nature qui l'inspire , lui fait
détester les sanglantes maximes de Cas
sander , qui arrive dans le moment mênie.
Il demande à Lysimachus , s'il n'a rien
obtenu de Perdiccas er si la Couronne
n'a pas assés de charmes pour le tenter.
Lysimachus répond , qu'il tient par des
liens trop forts à la Vertu , et que loin,
de le blâmer , s'il veut l'en croire , il imitera
son exemple ; Cassander réplique
que l'entreprise est trop avancée pour la
quitter , il ajoûte :
La crainte et les remords sont d'une ame commune,
Que touche foiblement le soin de sa fortune.
Mais un Coeur bien épris du désir de régner,
Pour monter à ce rang ne doit rien épargner.
Les plus grandes fureurs deviennent légiti–
mes , &c ..
Lysimachus refuse toujours de se prê
ter aux vûes de Cassander. Un Garde
vient lui aprendre que Perdiccas change
l'ordre du Camp , et veut s'en rendre
maître ; il sort avec Cassander pour s'y :
oposer,
Seline vient aprendre à Euridice au cin
quiéme Acte , que le Prince va bien tột)
venir qu'il est observé par une Garde
attentive,
582 MERCURE DE FRANCE
attentive , et que l'on a arrêté tous ceux
qui prenoient ses interêts. Euridice se repent
de s'être trop abandonnée à sa fureur
jalouse , et d'être cause du malheur de
son Amant , en faisant naître dans l'esprit
de son pere des soupçons contre lui.
Agatocle paroît elle lui dit , qu'elle ne
Fa poinc mandé pour lui faire des reproches
, et s'exprime par ces Vers.
Je veux bien immoler tout mon bonheur au vô
tre
D'un Hymen qui vous gêne il faut rompre les,
noeuds
Et j'aime mieux vous voir ingrat que , malheu
reux .
1121 3
Elle lui aprend que ses jours sont me
nacés , que son pere est en fureur contre
lui , et que c'est elle - même qui a excité
sa rage , mais qu'elle veut tout réparer ;
le placer sur le Trône , et mourit pour
ne point voir regner sa Rivale avec lui.
Agatocle lui dit , qu'elle n'a jamais eu de
Rivale dans son coeur , mais queda periv
sée d'un Hymen qui lui paroissoit aupa- i
ravant si doux , est actuellement unicrime.
Elle le presse de s'expliquer ; il la
prie de l'en dispenser. Enfin elle lui arrache
son secret , et elle aprend avec éròn
nement qu'il est son frere ; il sort,en lui
disang
AK SITL
MARS. 1738, 563
disant que Perdiccas s'arme pour son se
cours , qu'elle se rassûre , qu'il va périr
ou monter sur le Trône , et qu'elle
garde avec soin un secret, auquel ses jours.
sont attachés . Elle témoigne son étonnement
et même ses regrets à sa Confidente
par ces mots.
Helas ! je soupçonnois la vertu la plus pure ;
Je cherchois ma Rivale , et c'étoit la Nature, &c .
Elle la consulte sur les moyens d'apaiser
la colère de son pere. Lysimachus entre
tout furieux , aprend à sa fille que
Philipe va périr , et qu'il vient d'ordonner
qu'on s'assûre de lui. Elle le prie de
révoquer son Arrêt , lui dit qu'elle a reconnu
son innocence , et qu'il est prêt de
l'épouser ; il répond que rien ne peut l'ar
rêter , et qu'il a d'autres interêts , plus
puissans que ceux de la vengeance. Euridice
voyant qu'elle n'en peut rien obte
nir , et qu'il est sur le point de la quitter,
lui découvre qu'il est son fils ; il n'en
croit rien d'abord , mais les mouvemens
de son coeur ne lui laissent bien- tôt plus
lieu d'en douter ; il veut voler à son se
cours. Arsinoe vient lui aprendre sa morr,
le secret de sa naissance , et la cruelle pré.
diction de l'Oracle. Agatocle , blessé à
mort , paroît soutenu par Perdiccas. Arsi .
пое
564 MERCURE DE FRANCE
!
noé tombe entre les bras de Seline ; it
aprend que Perdiccas l'a vengé , en donnant
la mort à Cassander , et il prie son.
de donner sa soeur à ce Héros.
pere
La Tragédie de Lysimachus paroît depuis
quelque temps , très bien imprimée,
in 8. chés le Bréton , Quai des Augustins ,
et a un fort granddé bit.
Le 7. de ce mois , les Comédiens Fran
fois ont remis au Théatre , les Sermens
indiscrets , Comédie en cinq Actes en
Prose , de M. de Marivaux , joüée dans
sa nouveauté le Dimanche 8. Juin 1732.
On en trouvera un Extrait dans le second
volume de Juin de cette année , page
1408. Le Public ne rendit pas alors à cette
Piece la justice qu'elle mérite , il y
trouva trop peu d'action : quoiqu'il n'y
en ait pas d'avantage aujourd'hui , elle
est infiniment plus goûtées par l'esprit,
la délicatesse et l'art avec lesquels elle est
écrite ; et plus encore peut- être,par la maniere
vraïc fine et légere dont elle estreprésentée
par les Dlles Quinault , Dangeville
et Grandval , et par les Șrs Grandval , lą
Torilliere et Fierville,
Les mêmes Comediens ont remis au
Théatre, le Babillard, Comédie en Prose
et
MARS. 1738.
585
et en un Acte , de M. de Boissi , dont les
principaux Rôles sont joués par le Sieur
Grandval , et par la Dlle Quinaut.
Après vingt deux Représentations de
la Metromanie , ils ont cessé de la donner
, et l'ont reprise pour la derniere fois ,
avec un très grand concours , le 2r . de ce
mois.
?
Le lendemain 22. on fit la Clôture de
ce Theatre avec un concours encore plus
grand, par la 11me Représentation de la
Tragédie nouvelle de Maximien, de M.de
la Chaussée , qui est toujours extreme ,
ment suivie. On joua pour petite Piece ,
le Babillard. Entre les deux Pieces , le Sr
Grandval complimenta le Public avec
beaucoup d'intelligence et de grace . Il
ke-entrer dans son Discours l'Eloge de la
Dlle Balicour , qui quitte le Théatre ; il
parla des Pieces nouvelles , qui ont fait
briller avec éclat la Scene Françoise , pendant
le cours de la derniere année.
^
L'Académie Royale de Musique a remis an
Théatre le 4. Mars , l'Opera de Jephté , qu'on a
revû avec plaisir ; c'est la cinquième fois que
cette Tragédie , unique dans son geure , a reparu
: elle a été jouée les Mardis et les Jeudis des
trois dernieres Semaines du Carême . Le Publ c
été très sensible à la perte de l'un des deux .
H Auteurs2
>
7
566 MERCURE DE FRANCE
'Auteurs ; c'est M. de Monteclair. Il est mort la
24. Mars 1737. Outre la Musique de la Tragé
die de Jephté , qui lui a fait un honneur infini
il a enrichi le Théatre Lyrique du Ballet des Fêtes
de l'Eté , qui dans son temps , regut du Public un
accueil très flateur ; c'étoit un des plus parfaits
Harmonistes de nos jours.
Le 17 , et le 22. Mars , l'Académie Royale de
Musique donna par extraordinaire , et pour la
Capitation des Acteurs , deux Représentations de
l'Opera de Cadmus , avec un très grand Concours
, cette Picce fut suivie du Divertissement de
Pourceaugnac , d'une Ariette Italienne , chantée
par la Dile Fel ; d'un Pas de Six , dansé par les
meilleurs Sujets de l'Académie ; et du Cabos, da
Sr Rebel, le pere, lequel passe de l'ayeu des plus.
grands Connoisseurs , pour un des plus beaux
morceaux de Symphonie qu'il y ait en ce genre.
On prépare, pour la Rentrée du Théatre un
nouveau Baller , intitulé les Caracteres de l'Amour
; la Musique est de M. de Blamont , Surintendant
de la Musique du Roy , et Auteur des
Fêtes Grecques et Romaines.
" L'ESPRIT DE DIVORCE Comédie en un
Acte , avec un Divertissement , représen
tée pour la premiere fois par les Comediens
Italiens , le 27. Février
Le fonds de cette Piece est aussi singulier
que la conduite en est exacte : on ne peut refuser,
sans injustice à M. de Morand son Auteur , la
connoissance du Théatre , la justesse du Dialo-.
gue , l'exactitude à présenter et à soutenir ses
Caracteres
MARS.
1738. ་་་ 567
Caracteres tels qu'il les a annoncés , et enfin cet
ordre Théatral , qui mettant chaque chose en sa
place , fait qu'une Scene ne sçauroit être retranchée
, ni même transposée , sans tout détruire.
On est un peu trop négligent aujourd'hui à cet
égard ; c'est pourtant ce qui distingue le Drammatique
des autres genres de Poësie : on ne fait
tout au plus sans cela , que des Entretiens ingénieux
, pleins d'esprit , amusans encore , si on le
veut , mais point de Piece. Aussi quoique l'Esprit
de Divorce , n'ait qu'un Acte , c'est une véritable
Comedie , qui a tout ce qui peut caracté
riser celles même qui en ont cinq.
Elle roule sur sept Acteurs , parmi lesquels il
ya trois Maris et trois Femmes , qui se trouvent
rous dans des situations differentes. M. et Mad.
Orgon se haïssent , et sont séparés , Dorante ct
Lucinde sont aussi séparés, et s'aiment beaucoup ;
Frontin et Laurette ne s'aiment pas moins , et
vivent ensemble , mais on veut les diviser , d'ou
naissent nécessairement des contrastes plaisans ;
et tout cela est produit par le mauvais caractere
de Mad. Orgon , qui est l'Esprit de Divorce , et
le Personnage odieux . Arlequin seul , quoique
nécessaire à l'action , n'y prend point de párt.
Voici comme tous ces interêts differens sont liés
ensemble .
La Scene se passe dans une Allée , entre un
Château et une petite Ferme de Mad. Orgon , auprès
de Paris. M. Orgon reproche à Dorante son
Gendre , de lui avoir fait quitter Paris , ( où il
n'est venu des embouchures du Rhône qu'à sa
sollicitation , ) pour le conduire dans une petite
Ferme , où tout leur manque : Dorante lui répond
, qu'il préfere cette Maisonnette à un Palais
, à cause de la proximité seule du Château
Hij qu'on
368 MERCURE DE FRANCE
qu'on aperçoit ce qui fait croire avec raison à
M. Orgon , que Dorante aime quelque Belle qui
'y fait son séjour ; mais , loin de lui en sçavoir
mauvais gré , il lai dit qu'il fait fort bien de se
consoler ainsi du Divorce qu'on l'a contraint de
faire avec Lucinde , que jamais Mari n'avoit té–
moigné autant de douleur de quitter sa Femme ;
et il ajoûte que , pour lui , il n'a jamais été si
charmé, que lorsque sa séparation a été bien faite
et bien cimentée il fait ce portrait - ci de
Mad. Orgon.

Jamais humeur fut - elle égale à la sienne ? La
bizarerie , le caprice , la hauteur , la jalousie , sont
ses moindres défauts : l'envie la déchire , et l'avarice
la dévore . Valets , Enfans , Mari , elle controlle
tout , elle désespere tout : personne n'est à
'couvert de ses reproches et de ses invectives ; elle ne
' cesse de crier , de quereller , de tempêter : elle n'a
jamais ressenti la douceur de vivre en paix avec
qui que ce foit , et enviant cette satisfaction à quiconque
en jouit , elle n'oublie rien pour l'en priver :
"c'est - là sa plus chere occupation , c'est sa passion
dominante, et elle n'a pas de plus grand plaisir, que
Torsquelle est parvenue à desunir des personnes , qui
vivoient en bonne intelligence , furtout si ce sont des
Ероих .
Dorante répond que Lucinde est d'un caractere
bien different , et avoue à son beau - pere qu'il
n'a point changé pour elle ; qu'il ne l'a engage
à venir à Paris que pour pouvoir , par son secours
, regagner une Epouse si chere ; mais
qu'ayant découvert que Mad. Orgon avoit
amené sa fille à cette Campagne , il avoit pris
d'autres prétextes pour le porter à y venir.M.Ofgon
, qui sçavoit seulement que sa femme étoit
venue à Paris pour recueillir la succession d'uine
MARS. 1738. 569
he Parente , et qu'elle y avoit fixé sa demeure
s'allarme de ce voisinage , accuse son Gendre de
trahison et veut aller prendre la poste pour s'en
retourner en Provence. Dorante le retient et l'assure
qu'il ne verra pas Mad. Orgon , mais qu'il
ne sçauroit refuser de parler à sa fille en faveur
de son Gendre ; ce qu'enfin M. Orgon promet
Dorante seul , songe à gagner Laurette , qu'il
sçait être toûjours auprès de Lucinde , afin que
cette Suivante ménage l'entrevûë du Pere et de
la Fille ; il se flate du moins de trouver l'occa,
sion de lui parler , par le moyen d'une petite Fêse
qu'il veut donner dans l'Avenuë du Château ;
mais entendant quelqu'un qui se plaint vivement,
il juge que c'est quelque Domestique de sa bellemere
et se détermine à l'interesser dans son parti
; en effet , c'est Frontin , qui aprend à Dorante
que le sujet de sa colère contre Mad. Orgon ,
vient de ce que ce maudit Esprit de Divorce ne
pouvant souffrir un ménage tranquille
qu'ayant gâté le sien , celui de sa fille , de sa
belle-soeur , de sa cousine et tant : d'autres , elle
veut aussi diviser ceux de ses Domestiques , et
qu'à cet effet elle le chasse , parce qu'elle a déd
Couvert qu'il étoit le mari clandestin de Laurette,
Dorante presse Frontin de le servir auprès de
Lucinde , et lui offre une bourse , que ce Valet
n'accepte , que parce qu'on l'assure que c'est à sa
vertu qu'on fait ce présent ; mais ayant apris
que Dorante est l'Epoux de Lucinde , il lui rend
son argent , en lui disant qu'un mari tel que
Dorante,doit être servi pour rien par un mari tel
que Frontin , et qu'il ne sera pas dit qu'il en aït
coûté de l'argent à un galant homme pour voir
sa femme.
?
et
Laurette arrive , à qui Dorante et Frontin
Hii parlent
370 MERCURE DE FRANCE
parlent presqu'en même- remps de leurs affaires ,
mais enfin ils conviennent de leurs faits ; Laurette
promet d'amener Lucinde au rendez- vous
avec son pere à l'entrée de la nuit , Dorante ne
voulant la voir, que lorsqu'un pere qu'elle aime
aura détruit les fausses impressions que Mad
Orgon lui a données contre lui ; et Frontin se
charge de M. Orgon . Dorante fuit, apercevant de
loin son ennemie. Celle-ci est outrée de trouver
encore Frontin avec Laurette , et sans vouloir
écouter leurs justifications , elle chasse le
Valet et retient la Suivante ; Frontin , en s'en
allant , dit qu'il va travailler au bonheur de
Dorante.
Voici une partie de la Scene qui suit entre
Mad. Orgon et Laurette , qui est une des plus
plaisantes de la Piece et qui suffira pour en faize
connoître le style et le dialogue.
Mad. Orgon.
Ne devrois -tu pas rougir de honte d'une telle
action ? Epouser un Valet !
Laurette.
Eh qui devois-je épouser ! un Marquis
Mad. Orgon.
Ne pouvois- tu rester fille ?
Laurette.
Ne vous êtes- vous pas mariée , vous ? Pourquoi
trouvez-vous mauvais que les autres en fassent
de même ?
Mad. Orgon.
Je ne connoissois pas ce que c'étoit qu'un
mari, lorsque j'ai fait la folie d'en prendre un.
Laurette
MAR S. 1738.
371
• Laurette.
Ni moi non - plus , er je voulois l'aprendre
tomme vous.
Mad. Orgon.
Mais tu sçavois combien peu ifs valent ; mon
experience et celle de ma fille que tu avois sous
・tes yeux ..
Laurette.
Oh ! sc'est-là une expérience qu'on est bien'
-aise de faire soi - même. Je ne m'en suis pas st
-mal trouvée , comme vous voyez , puisque no-
<tre unionvous fait envie.
Mad .
Orgon .
Envie elle me fait pitié , au contraire , ce
que j'en fais n'est que pour prévenir les maux
qui te menacent .
Laurette.
Desunit deux Époux qui sont d'accord , pour
prévenir leurs brouilleries , quelle charité !
Mad. Orgon.
Tu n'aurois qu'à vivre encore quelque temps
avec Frontin , pour être convaincue qu'il n'y a
rien de pire que les maris , et que de tous les
maux , c'est- là le plus affreux .
Laurette.
Je gagerois que le vôtre dit qu'une femme es
un mal encore plus terrible .
Mad. Orgon.
Insolente ! est-ce que tu prends son parti !
Hiiij Laurette
372 MERCURE DE FRANCE
Laurette.
·
Je n'ai garde , &c.
De - là, Mad . Orgon prend occasion de décla
mer contre son Mari et son Gendre , et s'aplaudit
d'avoir inspiré les mêmes sentimens à sa fille ;
mais , inquiete de ne la pas voir venir , elle en-
Voye Laurette pour la chercher . Restée seule ,
elle exhale encore sa haine contre son Gendre ,
son Mari et contre tous ceux qui ont la patience
de suporter tranquilement le joug du mariage,
Enfin Lucinde paroît ; elle lui reproche sa mélancholie
, l'exhorte à persister dans son éloignement
pour Dorante, et combat par de faux raisonnemens
, les solides raisons que Lucinde aporte
pour autoriser son chagrin et son regret du trop
de facilité qu'elle a cut à prendre un parti violent
contre son Epoux.
Arlequin , Valet de la Ferme arrive en riant ,
et vient faire un pot pourri aussi plaisant qu'in
génieux , par lequel ce balourd tirant des conséquences
comiques de quelques mots qu'il a entendu
dire à Dorante , aprend à la Mère et à la
Fille l'arrivée de celui- ci . Cette nouvelle excite
divers mouvemens dans le coeur de ces deux femmes.
La Mere ne doute point que ce message n'ait
été ordonné par Dorante , pour que Lucinde sçache
par- là qu'il vient la chercher ; elle craine
qu'il ne s'introduise par une porte du Parc , et
s'en va pour aller prendre des mesures contraires
à celles du Gendre.
Lucinde souhaite que son Epoux vienne lui ra
.porter son coeur ; Laurette lui vient confirmer
l'arrivée de Dorante et lui aprendre celle de M.
Orgon ; Lucinde marque beaucoup d'impatience
de revoir son Pere , et consent à faire ce qu'il.
faut pour cela. Laurette tâche de son côté à désabuser
MARS: 1738. 573

sabuser sa Maîtresse sur le compte de Dorante ,
et celle - ci ne souhaite que d'avoir des preuves de
la tendresse de ce cher Epoux.
Frontin vient demander s'il est assés nuit, pour
faire avancer M. Orgon ; Lucinde lui ordonne de
l'amener , et Laurette fate Frontin que tout ira
bien ; mais tandis que ce Valet va avertir M. Ora
gon , Mad. Orgon revient , et comme elle entend
parler quelqu'un dans l'enfoncement , elle craint
que ce ne soit Dorante, qui cherche Lucinde , et
voulant s'en éclaircir , elle ordonne à Lucinde er
à Laurette de se retirer. Elles feignent d'obéir ,
mais elle ne font que s'éloigner un peu. M. Or
gon et Frontin ne doutent pas que ce ne soient
Laurette et Lucinde qu'ils entendent , et le Pere
apellant Lucinde , Mad. Orgon se confirme dans
l'idée que c'est Dorante, et pour mieux les brouiller
, elle tâche d'imiter la voix de sa fille et répond
à ce nom ; Frontin croyant le Pere et la
fille ensemble , va faire venir Dorante. M. Orgon
embrasse sa femme en lui disant , ma chere fille
ce qui désespere notre mégere et lui fait connoî
tre son Epoux , qui continuant dans son qui pro
quo , fait un portrait peu avantageux de Mad.
Orgon ; ne pouvant plus dissimuler , elle éclate
en invectives contre son Mari ; celui -ci est saisi
d'une frayeur mortelle et ne cherche qu'à s'é
chaper , mais la peur qu'il a lui fait rencontrer
sa femme , lorsqu'il ne songe qu'à la fuir , ce
qui renouvelle leurs reproches ; enfin il retrouve
son chemin et s'en va en s'écriant : La belle né -¨
gociation que j'ai faite ! Mad. Orgon sort de son
côté en disant qu'elle va s'emparer de sa fille et
lui faire changer de gite. Mais celle- ci n'entendant
plus sa Mere , s'avance pour rejoindre son *
Prejtandis que d'un autre côté Dorante arrive,
Hy d'od
$74 MERCURE DE FRANCE
>
d'où s'ensuit une Scene très - pathétique entre
eux , dans laquelle Dorante n'ayant pu convaincre
Lucinde de son innocence , s'avoue enfin coupable
et lui demande grace. L'Epouse ne résiste
plus à une preuve
si éclatante de l'amour de son
Mari et lui promet tout . Mad. Orgon désesperée
de n'avoir pas trouvé sa fille au Château , revient
avec des flambeaux pour la chercher , et l'apercevant
avec Dorante , s'écrie : Quoi , ma fille , je
vous surprends de nuit en un lieu écarté tête- à- tête
avec votre Mari ! elle veut ensuite l'emmener
' mais Lucinde déclare que Dorante est celui avec
qui désormais elle veut vivre et mourir. La Mere
en fureur de se voir confondue , menace sa fille
d'exhérédation . M. Orgon ramené par Frontin
sur les cris de Mad. Orgon , arrive pour
défendre
son Gendre et sa Fille , et est charmé de les
trouver d'intelligence . Mad. Orgon veut alors
engager Laurette à la suivre , celle - ci le refuse ,
et Frontin lui dit , Non , notre bonne Maîtresse ,
vous vous en retournerez seule , s'il vous plaît.
Cette cruelle Mere abandonnée de toutes parts ,
s'en va en faisant des imprecations contre sa Fille,
son Mari , son Gendre , Laurette , Frontin et
tous les gens mariés,
Arlequin vient annoncer les Chanteurs et
Danseurs que Dorante avoit mandés , et pour
mieux faire enrager le maudit Esprit de Divorce
, on se livre sous ses yeux à la joye qu'inspire
une telle victoire . La Piece finit par ce Divertissement
, dont voici quelques Couplets.
VAUDEVILLE.
Quand de deux Epoux désunis ,
Le premier noeud se renouvelle ,
Pour
MARS.
575 1738.
Pour eux > cette noce nouvelle
Est le plaisir qu'Hymen garde à ses Favoris .
Il faut pour ranimer la force
Des feux qui s'étoient refroidis ,
Avoir fait un peu de Divorce.
Beaux Esprits , Financiers , Amans ,
Qui courez diverse fortune ,
La route à peu près est commune ;
Risquez tout la prudence est peu sûre en ce temps;
A la suivre en vain on s'efforce ;
Il vaut mieux qu'avec le bon sens
de Divorce,
Vous fassicz, un peu de
Arlequin au Parterre.
Lorsque certains sons enchanteurs
Partent ensemble après la Piece ,
Quelle gloire , quelle allegresse !
Qu'ils sont rares , hélas ! ces succès si flateurs !
Mais pour nous donner quelqu'amorce,
Avec nous , avec nos Auteurs ,
Ne soyez jamais en Divorce.
Le caractere olieux et si peu ordinaire de Mad.
Orgon , la prévention trop obstinée de Lucinde
contre son Mari , et les soumissions de Dorante,
ayant à la premiere Représentation , révolté quelques
Spectateurs, l'Auteur crus que sa Piece n'épas
du goût du Public et la retira ; mais le
Public, plus équitable , voyant qu'on ne la dontoir
. H vj nois
76 MERCURE DE FRANCE
noit plus , la demanda avec instance quelques :
jours après ; elle fut donc rejouée le jeudi 6 .
Mars avec un grand concours , et l'Auteur ayant
mis quelque adoucissement aux endroits qui
avoient parû trop forts, et élagué quelques Scenes
qui avoient été jugées trop longues , la Piece
fut géneralement aplaudie , etl'on a continué
de la jouer avec le même aplaudissement jusqu'au
milieu de la derniere semaine des Specta➡
cles, qu'elle a été quittée, pour être reprise en un
autre temps . Au reste elle a été parfaitement .
executée par les sieurs Mario , Romagnesi , Deshayes
, Thomassin , et par les Dlles Belmont , Syl--
via et Thomassin..
Le 22. Mars les mêmes Comédiens firent la
clôture de leur Théatre par la Tragi-Comédie
de Samson et la Parodie d'Atis . Le sieur The
massin , le fils , fit le Compliment qu'on fait or--
dinairement , lequel fut aplaudi .
Le 13. l'Opera Comique donna deux petites -
Pieces nouvelles d'un Acte chacune , avec des Divertissemens
, la premiere a pour titre , le Bal
Bourgeois , et l'autre la Halle Galante. La Dlle
Antiaume , ci-devant Actrice de l'Opera, chanta
dans le Divertissement de la seconde Piece , une
Ariette de la composition du sieur Corrette, et fut.
plaudie du Public .
Le 23, on donna encore une Piece nouvelle
d'un Acte , intitulé , là Parodie de Maximien ,
Tragédie , représentée avec grand succès au
Théatre François ; la même Dile Antiaume chanta
au Divertissement de la Parodie un Air de
Tompette , qui fut fort aplaudi.
Le 29, on fit la clôture de ce Théatre par les
mêmes3
MARS.
1738.
mêmes Pieces dont on vient de parler , et par le
577
Compliment qu'on fait ordinairement , lequel
fut chanté en Vaudevilles par les principaux Ac
-teurs et Actrices de la Troupe.
NOUVELLES
ETRANGERES.
·De Constantinople le 26 Novembre 1737.
Elon les Lettres du 30. Octobre , il étoit ar
rivé au Camp de Kartal cent Esclaves Allemands
, et des Chariots chargés de quelques
centaines de têtes queMourteza- Pacha a envoyées
auGrand Visir . L'action s'est passée en Walachie,
où le Général Ghilani s'étoit avancé à la tête de
8. a 9. mille
hommes
, et s'étoit
fortifié
dans
un Monastere
Grec apellě
Koupoulous
: on prétend
qu'un Régiment
Allemand
commandé
pour
*aller
à la découverte
, fut pris et taillé en pieces
par les Troupes
de Mourteza
- Pacha
; sur la
nouvelle
de cet echec
, le Général
Ghitani
s'étant
retiré
à 4. litués
au delà du Monastere
dans
un endroit
apellé
Erghedg
, y fut attaqué
une seconde
fois, et son Camp
fortifié
par des chevaux
' de Frise, fut forcé
par les Turcs
, qui dans
ce se
cond combat
, ont tué environ
2600.
Allemands
,
dont
les têtes
ont été mises
en parade
sur le
champ
de bataille
.
Mourteza Pacha se próposoit de passer la ri
viere Alouth , pour ravager la Walachie Alle
mande ; on a remarqué que les Leventis , ou
Soldats de Marine , qui avoient été attachés au
ран
$ 8 MERCURE DE FRANCE
parti du Rebelle Deli - Regueb - Aga , que le G.
Visir fit étrangler le 12. Septembre dernier , se
sont fort distingués dans cette occasion.
On croyoit que le Grand Visir attendroit
pour quitter Kartal et repasser le Danube , de
sçavoir quelle seroit l'issue du Siege d'Oczakow ;
mais le Selictar du Grand Seigneur qui est parti
depuis quelques jours de Constantinople porta à
ce Ministre l'ordre de retourner dans cette Capitale.
Un accident de peste arrivé dans le Palais du
Prince Ragotzi l'a obligé de se retirer à Bebek ,
sur le canal de la Mer Noire ; ce Prince est toujours
incommodé ; il n'a pas cû encore audiance
du Grand Seigneur , le Comte de Bonneval est
encore au Camp du Grand Visir et n'a pas été
fait Pacha à trois queues.
Les Lettres du 16. Janvier ajoûtent que le G.
Visir étant arrivé de Bender à Constantinople le
18. Décembre , et s'étant rendu au Sérail pour
informer le Grand Seigneur de l'état dans le
quel il avoit laissé les Troupes , et des mesures
qu'il avoit prises pour garantir les Provinces
Frontieres des entreprises des ennemis , il trouva
à la porte de la seconde cour le Chef des Eunuques,
noirs qui après lui avoir apris que sa Hautesse
ne lui donneroit point audience , lui demanda
le Sceau de l'Empire , et lui signifia un
ordre de partir pour Salonique , dont le Grand
Seigneur lui donnoit le Gouvernement .
?
Peu de temps après , l'Aga des Janissaires à la
tête de trois cens Jannissaires alla chés le
Grand Visir deposé , et il enleva les trésors de
ce Ministre , lesquels furent portés au Sérail .
Le soir , le G. S. nomma Grand Visir le
Kaimacan de Constantinople , qui reçut le mê-
де
MARS. 1738. 579
me jour et les jours suivans les complimens des
Ministres Etrangers.
Le bruit court que son Prédecesseur a été étramglé
à Salonique par ordre de sa Hautesse , mais
cette nouvelle n'est pas confirmée.
L
DE POLOGNE.
Es Senateurs qui sont à Warsovie , s'assem
blerent au mois de Février dernier , pour
examiner si la République devoit accorder le
passage au Corps de Troupes que la Czarine a
résolu d'envoyer en Hongrie , et on assure que
plusieurs d'entre eux ayant représenté qu'on ne
pouvoit satisfaire S. M. Cz . à cet égard , sans
violer la neutralité qu'on s'est proposé d'observer
par raport à la guerre entre l'Empereur , la
Czarine et la Porte , il a été reglé qu'on ne permettroit
point aux Troupes Moscovites de passer
sur les Terres de la République.
La République a fait présent de 300.00 . fo .
rins à la Princesse Marie Amelie , Fille du Roy ,
et elle a nommé le Palatin de Czernikow pour
porter cette somme à cette Princesse , et pour la
complimenter sur son mariage avec le Roy des
deux Siciles.
Les Haymadakis , qui depuis quelque temps
avoient commis beaucoup de désordres dans les
Terres de la République , se sont retirés sur la
nouvelle de la marche de quelques Régimens ,
que le Grand Général de la Couronne avoit envoyés
pour leur donner la chasse , et comme les
glaces du Dnieper ont commencé à fondre , il
est moins à craindre qu'ils ne recommencen
leurs courses.
Un détachement des Troupes , qu'on avoit
fait
80 MERCURE DE FRANCE
:
J
fait nrarcher contre ces vagabonds , ayant rene
contré pendant la nuit un autre détachement des
Troupes de la Couronne, qui prenoit quelque repos
, et l'ayant pris pour un parti d'Haymadakis
, il fit feu et tua tous les Officiers et les Sol
dats dont ce détachement étoit composé.
D'ALLEMAGNE.
LesNissaétoit composée , ont envoyé lau
Es Officiers des Troupes , dont la Garnison
Conseil Aulique de guerre une Requête , par las
quelle ils représentent que sensiblement touchés
de la Sentence rendae contre le Général Doxat
its se croyent obligés de rendre témoignage que
cet Officier n'a négligé aucun des devoirs que sa
qualité de Commandant exigeoit de lui qu'il
a été dans une nécessité indispensable de rendre
la Place aux Turcs , et qu'il ne s'y est détermi
né que par leurs avis ; que s'il a commis en celà
quelque faute qui merite punition , ils doivent
en être punis aussi bien que lui , puisqu'ils
ont cû autant de part que ce Major Général. y
On vient d'aprendre que les instances que
l'on a faites auprès de S. M Impériale , pour
obtenir que le Major Général Doxat fût rétabli
dans ses Emplois, ont été Inutiles, et le bruit court
qu'elle envoyé le Général Suckow à Belgrade
pour faire exécuter le jugement qu'elle a pronon¬ ~
cé contre cet Officier.
La Diette de l'Empire a reçu un Decret de :
Commission , par lequel l'Empereur lui fait sşavoir
que le Prince d'Anhalt - Dessau , pour marquer
sa considération au Grand Duc de Toscane
, a consenti de lui ceder le rang de premier
Feldt- Maréchal de l'Empire ,
On
MARS. 1738. 985
que
On aprend par les Lettres d'Ulm en Souabe.
le 11. Février, le Bourguemestre Horsdorf-
Fer tua le Bourguemestre de Besserer d'un coup
de pistolet dans la Salle du Conseil , et qu'après
avoir commis ce meurtre il se rendit au Corps
de Garde où il se constitua prisonnier. Il a été
conduit dans les Prisons de la Ville , et on attribuë
son action à quelque dérangement d'es
prit.
L
DE DRESDE.
E Comte de Fuenclara étant parti de Vienne
pour la Saxe le 19. du mois dernier , le Roy
de Pologne Electeur de Saxe , envoya M. de
Bruhl , Grand Ecuyer , à Zehista , pour y rece
voir cet Ambassadeur , qui arriva à Dresde le27
au soir. , Le lendemain à 8. heures du matin , le
Comte de Bruhl , Ministre du Cabinet , alla lui
rendre visite , et lui annonça qu'il seroit admis
à l'Audience de S. M. sur les onze heures . A peu
près vers ce temps , le Baron d'Ensiedel , Maréchal
de la Cour , accompagné d'un Fourier du
Roy , de deux Trompettes , de 6. Valets de
pied , de deux Heyduques et de quatre Coureurs
de S. M. alla prendre le Comte de Fuenclara
dans les carosses du Roy et de la Reine , et le
conduisit au Palais , où cet Ambassadeur eut une
Audience du Roy , et ensuite de la Reine , du
Prince Royal et Electoral , et de la Princesse
Marie Amelie .
Le Comte de Fuenclara fut reconduit par lè
Baron d'Ensiedel avec les mêmes cérémonies aux
grandes Ecuries , où il est logé avec sa suite , et
l'après midi il reçut la visite du Nonce du Pape
et celles des Ministres d'Etat et des Généraux.
n
82 MERCURE DEFRANCE
Il devoit avoir incessamment sa premiere Audien
ce publique du Roy, dans laquelle il a du faire la
demande de la Princesse MarieAmelie pour leRoy
des deux Siciles . On dit qu'il doit épouser cette
Princesse au nom de S. M. Sicilienne , qui n'envoyera
point à Dresde le Duc de San Benedetto
en qualité d'Ambassadeur , comme on l'avoit
publié .
Le Grand Maréchal de la Cour a écrit par
ordre du Roy des Lettres circulaires aux Offic
ciers Generaux et à la principale Noblesse,
pour leur faire sçavoir que l'intention de
Sa Majesté étoit , que toutes les Personnes
de distinction se trouvassent aux Fêtes qu'on
doir donner à Dresde à l'occasion du ma
riage de la Princesse Marie Amelie avec le Roy
des deux Siciles , et qu'elles y parussent avec la
magnificence convenable à l'éclat de la cérémo
nie et à leur rang. On travaille aux préparatifs
de ces Fêtes avec toute la diligence possible , et
1'on compte qu'ils seront achevés avant la fin
d'Avril prochain ; mais selon les aparences le
marrage de la Princesse ne sera celebré que le rf
du mois de May.
DE DARMSTADT.
Cinquante ans s'erant écoulés depuisl'avenés
>
ment du Landgrave à la Regence de ses
Etats , on a celebré cette année avec une magnificence
extraordinaire l'Anniversaire de cet avé
nement et à cette occasion on chanta le 27 .
Février dernier le Te Deum , dans la princpate
Eglise de cette Ville , au bruit d'une triple Salve
de la Mousqueterie de huit Compagnies du
Régiment d'Infanterie de Schrautenbach , qui
étoient
MARS. 1738. 583
étoient sous les armes dans la Place vis- à-vis le
Château.
Toutes les rues étoient couvertes de branches
entrelassées en forme de berceau , et chaque Habitant
avoit fait mettre ses plus belles tapisseries
devant la porte de sa maison . On avoit élevé devant
le Château et devant l'Hôtel de Ville deux
Arcs de triomphe , qui étoient ornés de peintures
et de Devises , et garnis de verdure , danst
Jesquels on avoit menagé des galeries, où étoient
placés divers Instrumens.
Le Landgrave fit servir le matin plusieurs ta
bles pour les Seigneurs et les Dames de sa Cour,
et pour les Etrangers que la Fête avoit attirés à
Darmstadt. L'après midy il se rendit au Théatre
de l'Opera , où il entendit une Cantate qui fut
executée par sa Musique , et il alla ensuite voir
les illuminations. Celle de la Place des Balons
dans l'ancien Fauxbourg , étoit également belle
et bien entendue. Ele représentoit un Jardin
avec un parterre et des pyramides , et au milieu
s'élevoit une colonne surmontée d'une Couron →
ne Ducale. Les illuminations des deux Arcs de
triomphe , et celles des Hôtels des Ministres du
Landgrave produisoient aussi un fort bel effer.
Le soir on fit couler plusieurs fontaines de
vin devant le Palais et devant l'Hôtel de Ville ,
et toutes les Personnes de distinction souperent
chés le Landgrave . Il y eut à l'Hôtel de Ville un
Bal qui dura toute la nuit , et auquel tous les
Masques furent admis.
La célébration de cet Anniversaire s'est faite
aussi avec beaucoup de solemnité à Giessen et à
Braubach. Dans la derniere de ces deux Villes ,
les Gouverneurs , les Officiers de l'Etat Major ,
les Magistrats et les principaux Habitans , s'étant
$ 84 MERCURE DE FRANCE
tant assemblés au Château , ils se rendirent ch
corps à la principale Eglise . La marche commença
par une Cavalcade composée des jeunes
gens les plus distingués de la Ville , tous vêtus
d'habits magnifiques , et les rues depuis le Cha
teau jusqu'à l'Eglise étoient bordées de la Bour '
geoisie qui étoit sous les armes. Pendant le Te
- Deum , il y eut diverses salves des canons qu'on
avoit placés dans le Marché et sur le Rhin . On
servit ensuite plusieurs tables à l'Hôtel de Ville ' ,
qui fut illuminé le soir , ainsi que le Château
I
D'ITALIE
E Pape a accordé au Roy de Portugal un
Indult pour lever dans ses Etats sur les revenus
des biens Ecclesiastiques une Taxe , dont le
produit sera employé à augmenter les Prebendes
des Chanoines de l'Eglise Patriarchale de Lisbonne
, et les Bulles nécessaires pour cet effet
ont été expédiées à la Datterie , et envoyées à
S. M. Portugaise par le dernier Courier que le
Pere d'Evora lui a dépêché:
L
DE NAPLES.
Es Dames que le Roy a nommées Dames
du Palais de la Reine , sont les Princesses
de Stigliano , de San Severo , et de Villa Franca
les Duchesses de Castro Pignano , de Matalone
, et d'Andria ; les Marquises de Solera , de
Fuscaldo, et de Spacca forno; et les Comtesses 'de
Buccino , de Savignano , et de Vingtimiglia. La
Princesse Douairière de Pado , la Marquise de
Silva , et Dona- Antonia Provenzale , ont obtenu
les places des Dames de la Chambre. Celle
de premiere Maîtresse de la Garderobe a éré
donnée
MARS. 1738. 385
donnée à la Marquise Doüairiere della Cueba ,
et S. M. a disposé de celles de Cameristes en
faveur de Dona Antonia de Echaburu , de Dona
Agnes Zuiros , de Dopa Antonia della Vega , ét
de Dona Lucrece della Costá.
Le Roy a accordé la Charge de Premier
Ecuyer de la Reine à Don-Joseph de Bick ,
Marquis de Cartella , et celles de Majordômes
de semaines à Don Jerôme Colona , frere du
Prince de Stigliano, et à Don-Joseph Papacoda ,
frere du Prince de Centola.
La Duchesse de Sora Chigi et quelques autresDames
, qui n'ont point été comprises dans
la Maison de la Reine , demandent avec beau
coup d'instance d'y être placées , et on croit
que S. M. augmentera en leur faveur le nombre
des Dames du Palais .
Le 27. Février , toutes les Dames qui ont été
comprises dans l'Etat de la Maison de la Reine
se rendirent au Palais , et elles furent admises a
baiser ta main du Roy , qui déclara que pour sa
tisfaire aux instances de la Duchesse dé Sora Chigi
et de quelques autres Dames , il vouloit bien
Augmenter en leur faveur le nombre des Damés
du Palais. Le bruit court que la Princesse Douairiere
de Pado , la Princesse de Stigliano , et les
Duchesses de Matalone et de Sora Chigi , seront
nommées pour aller au devant de la Reine , avec
lå Princesse Colubrano , Camarera Major , et lä
Duchesse de Calvizzano , Grande Maîtresse de
la Garderobe.
1
Dom Dominique - Antoine Valiaro , celebre
Architecte , a été chargé de donner les desseins.
des Arcs de triomphes et des Décorations d'un
Feu d'Artifice , qu'on doit préparer pour la Réception
de la Reine.
$86 MERCURE DE FRANCE
On mande de Sicile , que le Grand Maître
de la Religion de Malthe , a fait présent au Prin
ce Corsini , Viceroy de cette Isle d'un Diamant
qui pese 52. grains , et de deux Services
de Porcelaine de la Chine , garnis d'or.
On écrit de Modene , que le 21. du mois
dernier on y avoit celebré dans l'Eglise des Dominiquains
, qui étoit tenduë de noir jusqu'à la
voûte , et au milieu de laquelle on avoit élevé un
magnifique Catafalque , an Service solemnel pour
Je repos de l'Ame du feu Duc de Modene , que
le Duc régnant y avoit assisté , ainsi que les
Princesses ses soeurs , et que ce jour là le nou
veau Régiment , que ce Prince a fait lever, avoit
monté la Parade devant l'Eglise.
DE GENE V E.
Les arrangemens concertés pour terminer les,
differends des Magistrats avec la Bourgeoisie ,
n'ont pas encore été rendus publics , mais le
bruit court qu'ils sont entierement conformes
aux Constitutions et aux Loix fondamentales de
cet Etat ; que par ces arrangemens , l'ancienne,
forme du Gouvernement sera rétablie , et que
l'autorité des Conseils et des Tribunaux sera réglée
, d'une maniere à ne plus donner d'inquiétude
aux Citoyens .
L'execution de ces arrangemens sera garantie
par le Roy de France , et par les Cantons de Zurich
et de Berne ; et S. M. T. C, s'engagera ,
ainsi que ces deux Cantons , à employer ses bons
offices pour empêcher , que les difficultés qui
pourroient survenir dans la suite , ne causent
quelque nouvelle mesintelligence entre les Magistrats
et la Bourgeoisie,
D'ESPAGNE
MARS.
587 -X738.
$
C
D'ESPAGNE.
On a apris par les Equipages de deux Vaisa
caux arrivés le mois dernier de la Havane a
Cadix , que lorsqu'ils en sont partis , il régnoit
dans la Ville de Méxique et dans les environs ,
une maladie épidémique , dont il étoit mort plus
de cent cinquante mille personnes.
Les Religieux de la Merci , qui étoient allés
En Afrique pour y traiter du Rachapt des Captifs
, sont revenus , et ils ont ramené quatre
cent dix Captifs , du nombre desquels sont le
Marquis de Valdecannas , Brigadier des Armées
de S. M. Catholique ; un Colonel , deux Capitaines
, et cinq autres Officiers des Troupes du
Roy.
FRANCE,'
Nouvelles de la Cour , de Paris & c.

E 2. de ce mois , second Dimanche de Ca-
Lrême , Roy et Reine assisteren,tdans la
le Roy et la Reine assisterent dans la
Chapelle du Château à la Messe chantée par la
Musique. L'après - midi leurs Majestés entendi
rent la Prédication du Pere Segaud , et la Rein
entendit les . le Sermon du même Prédicateur,
Le Marquis de Clermont d'Amboise, Brigadier
des Armées du Roy , et Colonel du Régiment
de Santerre , a été fait Maréchal de Camp. ,
Le Roy a donné le Régiment Royal Italien au
Prince de Carignan ,
88 MERCURE DE FRANCE
1
En 1672. ce Régiment étoit composé de vingta
sept Compagnies , de 104. hommes chacune ,
selon le Mercure de ce temps- là.
Le 9. de ce mois , troisiéme, Dimanche de Ca.
rême , le Roy et la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château la Messe chantée par la
Musique ; et l'après midi leurs Majestés assisterent
à la Prédication du Pere Segaud , de la
Compagnie de Jesus.
Le 7. et le 12. La Reine entendit le Sermon du
même Prédicateur.
2
Le 16. de ce mois , quatrième Dimanche de
Carême , le Roy et la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château la Messe , chantée par la
Musique. L'après-midi , le Roy assista à la Prédication
du Pere Segaud , de la Compagnie de
Jesus.
Leurs Majestés entendirent le 19. le Sermon
du même Prédicateur.
C
Le 18. le Marquis Brignolé de Sale , Envoyé
Extraordinaire de la République de Genes , cut
sa premiere Audience publique du Roy , er ensuite
de la Reine ; de Monseigneur le Dauphin ,
et de Mesdames de France. Il fut conduit à ces
Audiences par le Chevalier de Saintot , Introducteur
des Ambassadeurs , qui étoit alle le prendre
dans les Carosses du Roy et de la Reine , et
après avoir été traité par les Officiers du Roy ,
il fut reconduit à Paris dans les Carosses de leurs.
Majestés , avec les Céremonies accoûtumées .
20 . Le la nouvelle Eglise des Dames Benedictines
de la rue du Cherche- midi , Faubourg Saint
Germain , fut bénite solemnellement par M
l'Abbé
MARS. 173९. 589
l'Abbé le Beuf , Chapelain Honoraire de la Chapelle
et Oratoire du Roy , Supérieur de certe
Maison. Le lendemain 21. jour de S. Benoît leur
Fondateur , M. le Curé de S. Sulpice célebra la
premiere Messe dans la nouvelle Eglise , er le
soir M. l'Archevêque de Sens officia au Salut
et donna la Benediction du S. Sacrement.
>
La femme d'un Boulanger , rue du Bacq , qui
étoit accouchée d'une fille le 9 . Février , accoucha
encore d'un garçon le 2. de ce mois.
Le 1. Mars on executa au Concert de la Reine
, le Prologue et le premier Acte de l'Opera
d'Amadis -de Grece , de la composition de M.
Destouches , Surintendant de la Musique de la
Chambre , qu'on continuá le 3. et le 8. Les
principaux Rôles du Prologue furent chantés par
la Dlle Daugy et le sieur Dubourg , et ceux de
la Piece qui sont Niquée , Melisse , Amadis , et
le Prince de Thrace par les Diles Mathieu et
Daigremont , et par les sieurs Dangerville et le
Begue , avec beaucoup de précision.
?
Le 10. la Reine entendit l'Opera de Callirhoé
, du même Auteur , qui fut continué le 15.
et le 17. Les Rôles de la Prêtresse de la Gloire .
et d'Astrée furent remplis par les Dlles Daigremont
et Prevôt , ainsi que celui de Callirhoé
dans la Piece , par la Dlle Mathieu. Le sieur Benoît
, si connu à Paris par son talent dans la
Musique Latine , et nouvellement reçû à la Musique
du Roy , chanta le Rôle de Coresus , et le
rendit d'une façon , à faire esperer beaucoup
de progrès pour l'avenir ; celui d'Agenor , fut
rempli par le sieur Jeliote , avec la plus belle voix
du monde , et un goûtqui ne laisse rien à désirer ,
I Le
190 MERCURE DE FRANCE
Le 22. on concerta pour le dernier Concert
du Carême , le Prologue et le premier Acte de
Marthesie , où la jeune Dlle Abec , dont on a
parlé , et que S. M. voulut encore entendre , eut
dans le Rôle de Talestris , le même succès que la
premiere fois qu'elle l'a chanté.
Le 23. Mars , Dimanche de la Passion , on
donna le premier Concert spirituel au Château
des Thuilleries,et on l'a continué diférens jours jus
qu'à la fin du mois . On y a executé plusieurs
anciens Moters de feus Mrs de la Lande et Bernier
, lesquels ont été suivis d'excellentes Pieces
de Simphonie , et d'autres petits Moters à une et
à deux voix , des sicurs Mouret et le Maire . On
У chanta aussi le 25. un Motet à grand Choeur,
du sieur Telleman , qui a été fort goûté,
Le sieur Littenin , Trompette de la Musique
du Roy de Sardaigne , a executé une Piece de
Simphonie de sa composition , avec beaucoup
d'aplaudissemens . On a donné aussi dans le der
nier Concert du mois , un grand Motet de M. de
Blamont , Surintendant de la Musique du Roy ,
qui a été parfaitement bien executé.
Le 4. Mars , les Gomédiens François , repre
senterent à la Cour la Tragédie d'Heraclius et
l'Impromtu de Campagne.
Le 6 ,Le Glorieux et les Originaux ,petite piece
détachée des Caracteres de Thalie.
Le 11 , La Tragédie nouvelle de Maximien
qui a fait beaucoup de plaisir , et l'Ecole des
Amans.
Le Les Sermens indiscrets et le Grondeurs. 13.
Le 18. Amasis et le Babillard.
Le 20. La Mere Coquette , et Usurier Gentil -
homme
MARS.
591 1738.
bemme. La Dile Massade , âgée de neuf ans et demi,
dansa après la grande et la petite piece, et fut
fort aplaudic.
Le s . Mars , les Comédiens Italiens representerent
aussi à la Cour , le Jeu de l'Amour et du
Hasard , et la petite piece du Je ne sçai quoi. La
nouvelle Actrice qui joua les deux principaux
rôles dans les deux pieces , a été reçûë dans la
Troupe.
Le 12. Heureux Stratagême , et la nouvelle
Parodie de l'Opera d'Atis.
Le 19 , les Amours Anonimes , et la petite
piece de l'Esprit de Divorce.
Des Personnes bien informées , et non suspec
res , ont écrit d'Arras que ce que l'on avoit répandu
au sujet de quelques Gendarmes accusés
d'avoir attaqué une Garde de la Garnison d'Are
as la nuit du 17. au 18 , Février dernier , étoit
très mal fondé ; le Conseil de Guerre que le
Roy avoit ordonné pour les juger , s'est tenu le
18. de ce mois , et les a déclaré innocens de ce
Crime.
BENEFICES. Feuilles du 4..
Mars 1738.
'Evêché de Boulogne , vacant par le decès
de M. Henriau , en faveur de M. Devise
Prêtre et Prevost de Lille.
L'Abbaye secularisée de S. Martin &Aisnay à
Lyon , vacante par le décès de M. de Vaubecourt
ancien Evêque de Montauban , en faveur de, M.
le Cardinal d'Auvergne.
1
I ij L'Abbaye
592 MER CURE DE FRANCE
" L'Abbaye secularisée de S. Gilles dite de Nismes
, vacante par le décès de M , de la Parisiere
Evêque de Nismes , en faveur de M. de Beringhen
Evêque du Puy.
L'Abbaye Commendataire de S. Sever , Ordre
de S. Benoît , Diocese d'Aire , vacante par le
décès de M. Anselme en faveur de M. de Grossoles
, Prêtre Vicaire général de Narbonne.
La Prévôté secularisée de Pignans , Diocese
de Fréjus , vacante par la demission de M. de
Beringhen , Evêque du Puy , en faveur de M.
Choin nommé à l'Evêché de Toulon.
La Prévoté et l'Eglise Collégiale de Lille en
Flandres vacante par la demission pure et sim,
ple de M. Devise , en faveur de M. de Vallory
Prêtre Doyen de cette Eglise.
Le Vendredy , 7. de ce mois , M. l'Abbé de
ROHAN DE VENTA DO UR , Soutint dans
la Grande Sale des Ecoles extérieures de Sorbonne
, sa Thése Pro Tentativa, dédiée au Roy,
Cette Sale étoit extraordinairement ornée , on y
voyoit dans le Lieu le plus aparent un Trône élevé
et paré comme pour S. M. Au dessus du Siege
du Trône étoit placé le Tableau en grisaille
de feu M. le Moine , premier Peintre du Roy ,
dans lequel ce Grand Prince est representé au
milieu des vertus & c. Tableau , qui a été gravé
par le Sr. Cars avec toute l'habileté dont il est
capable , pour former la magnifique Estampe
dont cette Thése est enrichie . Au bas de la Thése
sont les Positions , aussi gravées qui occupent
ce qui reste d'espace , avec des accompagnemens
de Figures simboliques d'une très
belle exécution. Aux côtés du Trône deux Gardes
du Roy demeurerent en faction durant tout
le temps que
Acte dura.
L:
MARS. 1738
593
Le sujet de la These étoit assorti à l'auguste
Dedicace , et exprimé en ces termes. QUESTIO
THEOLOGICA. Quis dedit hoc in corde Regis Esdræ
I. C. 7. v . 27. la These finissoit pat
le nom et les qualités de l'Ilustre Soutenant ,
qui cût pour Président M. l'Archevêque de
Tours . Has Theses DEO Duce Auspice Deipara
et Praside Illustriss . Eccl. Princ . Lud. Jacobo de
RASTIGNAC. Archiep . Turon. S. Facult. Doctore
Theologo , Soc Sorbon , tueri conabitur ARMANDUS
Princeps de ROHAN DE VENTADOUR , Subdia.
conus Parisinus Abbas et Princeps Marbacensis
Anno. &c.
>
L'Assemblée fût des plus illustres. Le Nonce
du Pape étoit placé immédiatement après les
Cardinaux et precedoit les Archevêques et Evêques.
Dans le temps que l'Assemblée se formoit,
on distribua plusieurs pieces de Vers Latins .
L'une de celles qui furent le plus goûtées avoir
pout Titre EUROPA & c . c'est une Ode de la
composition de M. le Beau, Professeur au College
des Grassins ; il y a en effet de très belles
choses sur la Paix &c. Quand le jour vint à bais
ser , on alluma toutes les bougies de trente Lustres
magnifiques , et d'un très grand nombre de
Girandoles , ce qui acheva de former un Spectacle
des plus brillans .
Au reste M. l'Abbé de ROHAN'enleva tous les
suffrages , et merita tous les aplaudissemens qui
Jui furent donnés par les Connoisseurs les moins
Suspects , et les plus distingués.
Le Samedi premier Mars l'Archiconfrai
rie Royale das Chevaliers , des Voyageurs ,
et des Palmiers , ou Confreres de dévotion du
S. Sépulcre de Notre Seigneur Jesus -Christ en
I iíj Jerusalem ,
594 MERCURE DE FRANCE
1
"
Jerusalem , fit celebrer avec pompe funebre un
Service solemnel pour le repos de l'ame de son
Altesse Serenissime , Madame Louise Diane
d'Orleans , Princesse de Conty , Soeur de dévotion
de cette Archiconfrairie , en leur Cha
pelle dans l'Eglise des R. R. P. P. Cordeliers
du grand Convent.
Cette Chapelle et tout le bas côté de la Nef
jusqu'à la voute et la Porte de l'Eglise , étoient'
tendus en noir, avec une double bande de velours
ou littre de toute la longueur ,chargée des armes
de la Princesse, renfermées entre deux palmes de
-distance en distance . Entre ces deux littres
étoient placés de grands Ecussons des mêmes
armes.
Sur une Estrade de trois gradins s'élevoit un
lit de parade de velours noirs à franges d'argent,,
avec lesArmes de laPrincesse sur les pentes et en
dedans. Sur la représentation étoit un drap mortuaire
de velours noir garni de galons d'argent ,
des Armes de Jerusalem brodées en or et en are
gent , aux quatre coins , et bordé d'hermine par
le bas. L'Archiconfrairie avoit fait faire exprèsce
drap mortuaire pour cette cérémonie.
Sur la representation étoit la Couronne de la
Princesse , posée sur un carreau et couverte d'un
crêpe. Quatre- vingt Chandeliers d'argent garnis
de cierges , chargés des Armes de la Princesse ,.
étoient placés sur les gradins du lit de Parade ,
et tous les cierges de l'Autel et de l'oeuvre portoient
de pareils Ecussons. Le pavé de la Nef
de la Chapelle étoit couvert de draps noirs , sur"
lesquels étoient arrangés des fauteuils , des chaises
, des pliants et des carreaux pour placer les
Personnes de distinction & c.
Les Princes et Princesses du Sang ont été in
$
vités
1
MARS. 1738.
vités à ce Service par députation et leurs Maisons.
pår billets.
Le zele de cette Compagnie l'auroit porté à
faire ce Bout de l'an plûtôt , si des ordres supé
rieurs ne l'avoient obligé de differer.
Le Roy , la Reine , Monseigneur le Dauphin,
Mesdames de France et tous les Princes et Prin
cesses du Sang Royal sont de cette Archiconfrairie
; aussi dans toutes les rencontres elle s'efforce
de donner des témoignages publics de la reconnoissance
infinie qu'elle a de l'honneur dont ils
la décorent et des liberalités dont ils la gratifient.
PROMOTION D'OFFICIERS
-GENERAUX , faite par le Roy
le 24. Février dernier.
Lieutenans Généraux , au nombre de 36.
A
Nae- Jacques de Bullion , Marquis de Farvaques
, que l'on prononce communément
Fervaques , né le 31 Décembre 1679. Il porta
d'abord le nom de Chevalier de Bonnelles, et fut
reçû Chevalier de Malthe le 8. Janvier 1700. Il
seryit anciennement, dans les Mousquetaires de
Ja Garde du Roy, puis fut fait Colonel du Régi- ,
ment de Bassigny au mois de Septembre 1702 .
et ensuite de celui de Piémont . Il obtint au mois
de Septembre 1706. la Charge de Lieutenant de
Roy du Pays Chartrain , vacant par la mort de
Jean- Claude de Bullion , Marquis de Bonnelles,
son Frere aîné , tué au Siege de Turin , et il pric
alors le Titre de Marquis de Farvaques. Il fut
fait Brigadier le 29. Mars 1710. et à la fin de la
Campagne de la même année il eut permission
de vendre son Régiment. Il fut fait cependant
I j Marécha
f
396 MERCURE DE FRANCE
Maréchal de Camp le premier Février 1719. IL
succeda le 20. May 1721. par la mort de Charles-
Denis de Bullion , son Pere , au Gouvernement
des Pays du Maine , Perche et Comté de
Laval , dont il avoit obtenu la survivance dès
1715. et il fut fait Chevalier des Ordres du Roy
à la Promotion du 3. Juin 1724. Il a fait en
dernier lieu la premiere Campagne à la derniere
Guerre en Italie , ayant été employé en
qualité de Maréchal de Camp au Siege du Château
de Milan au mois de Décembre 1733. et
à celui de la ville de Novare au mois de janvier
1734.
>
Ceux qui suivent , à l'exception des
deux derniers , sont tirés de la Promotion
des Maréchaux de Camp du
20. Février 1734. qui est raportée dans
le Mercure de May de la même année,
page 1008. où l'on a fait mention de
leurs Services et Emplois , que nous ne
repeterons point ici . Nous raporterons
seulement leurs noms et leurs qualités .
Collinet , Sieur de la Rerie , de la
Ville de Tours , Ingénieur , Résident à Arras.
Paul-Hyppolite de Beauvilliers , Duc de Saint
Aignan , Ambassadeur Extraordinaire à Rome.
Jean-Jacques d'Herlach , du Canton de Fribourg
, Colonel du Régiment des Gardes Suisses
, depuis le 16. Mars 1736.
Philipe Claude de Montboissier de Canilliat ,
apellé le Marquis de Montboissier , Capitaine-
Lieutenant de la seconde Compagnie des Mousquetaires
de la Garde du Roy.
Jeand
MARS. 1738. 197
Jean- Hector du Fay , Marquis de la Tour-
Maubourg , Inspecteur Géneral d'Infanterie.
Charles-François de Froulay, Comte de Montflaux
, Lieutenant de Roy en la Province du
Maine , et Comté de Laval , et Ambassadeur à
Venise.
Baron de Bezenval , de Soleure
Colonel d'un Régiment Suisse.
Charles Marquis de Houdetot , en Normandie ,
Lieutenant de Roy en Picardie , au Département
du Boulonois et Pays reconquis.
Scipion , Comte de Bozelli , Italien.

Magon , Sieur de Terlaye , Malouin ,
Lieutenant Colonel du Régiment des Gardes
Françoises , depuis le 29. Mars 1735. et Com
mandeur de l'Ordre de S. Louis du 15. Décem
bre 1734
de Gensac Loumagne.
Jean - Baptiste Comte de Polastron , Gouver
peur de Castillon et de Castillonet en Périgord ,
Sous-Gouverneur de Monseigneur le Dauphin ;
depuis le 12. Novembre 1735
Jacques -Antoine de Ricouar , d'Herouville.
Jacques de Chabannes , Marquis de Curtons
Etienne le Menestrel de Hauguel , Seigneur de
Luteaux.
Charles-Gabriël de Belsunce , Marquis de Cas
telmoron , Frere de l'Evêque de Marseille .
Phelippes.
Henri-Louis de Choiseul , Marquis de Meuse .
... de Cherisey , Lieutenant des Gardes
du Corps.
Jean- François de Creil de Soisy , Marquis de
Nancré , Capitaine Lieutenant de la Compagnie
des Grenadiers à cheval , Commandeur de l'Ordre
Militaire de S. Louis , du premier Janvier
LY L'Auge 1737.
$98 MERCURE DE FRANCE
d'Auger , Lieutenant des Gardes du
Corps du Roy , Commandeur de l'Ordre Mili
taire de S. Louis , du premier Janvier 1737.
Gaspard - Magdelon - Hubert de V'intimille , des
Comtes de Marseille , Marquis du Luc et de la
Marthe.
Irlandois.
Bulkley , Colonel d'un · Régiment
Louis-Benigne de Bauffremont , Marquis de
Clervaux , Comte de Poligny &c.
Pierre-Gaspard , Marquis de Clermont Gallérande
, Seigneur de Loudon , Chevalier des Or
dres du Roy, Premier Ecuyer du Duc d'Orleans.
Nicolas - Joseph-Baltazar de Langlade , Marquis
du Chayla, Inspecteur Géneral de Gavale-
Rie , depuis 1734-
Louis , Comte de Gramont , Chevalier des Ordres
du Roy , Gouverneur de Ham , Directeur
Géneral de l'Infanterie , depuis 173 5«
Comte de Vaudrey , Francomtois j
Inspecteur Géneral de Cavalerie , depuis 1735 .
François de Bachis de Saussan , Marquis du
Caila.
Henri-François , Marquis de Segur , Gouvereur
General et Grand- Sénéchal du Pays de
Foix , Donesan et Andore , Inspecteur Géneral
de Cavalerie , depuis 1736.
Louis de Fretat , Comte de Boissieux , Inspec
teur Géneral d'lufanterie , depuis 1734. actuel-
Lement Commandant les Troupes Françoises en
Corse.
Louis de Bannes , Comte d'Avejan , Capitai
de Lieutenant de la premiere Compagnie des
Mousquetaires de la Garde du Roy.
Emmanuel-François -Joseph , Comte de Ba
viere , Grand d'Espagne , Colonel du Régiment
Royal Bavierea Les
MARS.
1738.
Les deux suivans sont du nombre des
Maréchaux de Camp de la Promotion
du premier Août 1734. déclarée le 20 .
Octobre suivant , et raportée dans le
Mercure de Décembre 1734 second
volume , page 2838.
Charles Chevalier de Montesson , Lieutenant
des Gardes du Corps du Roy , et Gouverneme
du Port et Fort de Brescou.
Guillaume-Antoine , Comte de Chastelus , Vi
comte d'Avalon.
Maréchaux de Camp , au nombre de SS.
... de Castella , de Fribourg , fait Ca
pitaine au Régiment des Gardes Suisses le 7
Octobre 1705. Brigadier d'Infanterie le premier
Février 1719. et Lieutenant- Colonel du même
Régiment le 16. Mars 1736.
de Kleinholdt , Lieutenant-Coloneli
du Régiment de Dragons d'Orleans , avec Commission
de Mestre de Camp , fait Brigadier le
premier Février 1719. actuellement Capitaine:
Commandant d'une Compagnie Franche de
Dragons , depuis la derniere guerre , et Commandeur
de l'Ordre Militaire de S. Louis , du
prémier Janvier 1737.

La Bazeque, autrefois Lieutenant-
Colonel du Régiment de Cavalerie de Fontaines,
fait Mestre de Camp en 1709. et Brigadier lo
premier Février 1719.
Bonaventure d'Ortaffa , Inspecteur des Arque
busiers , fait Brigadier d'Infanterie le premies
May 1723.
de la Blottiere , Ingénieur , fair Bri
I vj gadien
600 MERCURE DE FRANCE
gadier d'Infanterie le 2. Janvier 1734 .
Charles-Louis de Biodos , Comte de Casteja
Brigadier de Cavalerie du 13. Février 1734. cidevant
Ambassadeur de France en Suede . Nous
avons parlé de ses differens Emplois dans le Mer
cure d'Avril 1734. page 819. à l'occasion de sa
Promotion au Grade de Brigadier.
Tous ceux qui suivent étoient Brigadiers
de la Promotion du zo . Février 1734.
Taportée dans le Mercure de Juin de
la même année , second volume , page
1365. et suivantes.
... d'Estavagés de Molondin , du Canton de
Fribourg, Capitaine d'une des Compagnies du
Régiment des Gardes Suisses , par Commission
du 16. Février 1708.
.... de Ponts de Rennepont , Mestre de Camp
de Cavalerie incorporé.
Henri de Monchy , des Seigneurs de Sénarpont
, apellé le Marquis de Monchy d'Hocquine
court , Mestre de Camp d'un Régiment de Cavalerie.
Louis - Antoine dé Raigecourt , Gentilhommede
Loraine , Mestre de Camp de Cavalerie incorporé
. "
Jean- Charles de Mesgrigny , Comte d'Aunay ,
Capitaine et Grand Bailly de la Ville de Troyes,.
Colonel du Régiment de Vexin.
· Agathange Ferdinand Baron de Brun , Mar
quis de Roche en Franche - Comté , Chevalier
d'Honneur du Parlement de Bezançon , Colonel
du Régiment des Landes ,
Pomponne de Refuge , Capitaine - Lieutenant
de
MARS. бот
1738.
de la Compagnie des Chevau- Legers d'Orleans ,
du 25. Mars 1734%
d'Arros d'Argelos , Colonel du Régiment
de Languedoc.
Pierre de Beranger , Comte de Charmes et du '
Gua , Colonel du Régiment de Vivarais.
Henri -Louis d'Argouges, Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Chevau - Legers Dauphins.
..... d'Estagnol , Mestre de Camp incorporé.
Il a été autrefois Lieutenant- Colonel du Régiment
de Villeroy Cavalerie ; il fut fait le 17.
Septembre 1704. Mestre de Camp d'un autre
Régiment de Cavalerie , vacant par la mort du
Chevalier de Bissy. Il fut réformé en 1714.
après la Paix . Il avoit été oublié dans la Promo
tion des Brigadiers du 20. Février 1734. il y fur
ajoûté ensuite .
Louis - René Sandrier de la Tour , Mestre de´
Camp d'un Régiment de Cavalerie.
Pierre de Chambon , Marquis d'Arbouville en
Beauce , Capitaine d'une des Compagnies de
Grenadiers du Régiment des Gardes Françoises.
Louis- Pierre- Joseph Bonchard d'Esparbez de
Lussan d'Aubeterre , Comte de Jonzac , Marquis
d'Ozillac , successivement Capitaine de
Cavalérie dans le Régiment du Chevalier d'Aubeterre
son Cousin , Sous - Lieutenant de la Com
pagnie des Gendarmes de Bretagne en 1712. Capitaine
-Lieutenant de celle des Gendarmes Dau
phins le 18. Avril 1713. et Lieutenant Général
pour le Roy dans les Provinces de Saintonge er
d'Angoumois, par Lettres du 30 Decembre 1714.
registrées au Parlement de Paris le rs . Avril
1715. ayant été omis dans la Promotion des
Brigadiers
602 MERCURE DE FRANCE
Brigadiers du 20. Février 1734, il y fut depuis
ajoûté.
Louis - Charles- Armand Fouquet , Chevalier
de Belleisle , Mestre de Camp réformé de Dragons.
Marc- Antoine Front de Beaupoil de S. Aulaire,
Marquis de Lanmary , Baron de Milly , & c. cidevant
Grand Echanson de France , successivement
Guidon de la Compagnie des Gendarmes
de Berry en 1709. Sous- Lieutenant de celle des
Gendarmes de Bretagne en 1713. et Capitaine
Lieutenant de la même Compagnie le F3 . Octo
bre 1730. Il fut un de ceux qui furent ajoûtés à
la Promotion des Brigadiers du zo Février 1734
Louis François- Anne de Neufville , Duc de
Villeroy et de Retz , Pair de France , Gouverneur
de Lyon , et des Pays Lyonnois , Forêts et
Beaujolois , Capitaine d'une des Compagnies des
Gardes du Corps du Roy , et Chevalier de ses
Ordres , dont il reçut le Cordon et la Croix le 2.
Février 1737. etant devenu Capitaine des Gardes
du Corps par la mort du Duc son Père , au mois
d'Avril 1734 Il se démit du Régiment Lyonnois
, et passa de l'Infanterie dans la Cavalerie.
·
Louis-Vincent Marquis de Goesbriant . Mestre
de Camp, Lieutenant du Régiment de Dragons
de Condé..
Charles Amedée de S. Martin d'Aglie , Marquis
de Rivarolles , Mestre de Camp réformé et
Capitaine d'une Compagnie dans le Régiment:
Mestre de Camp Général des Dragons.
François- Paul de la Croix Chevriéres , Chevahier
de S. Vallier , Colonel du Régiment de Bretagne.
Jacques- Claude- Augustin de la Cour , Marquis
de Basleroy , Mestre de Camp réformé de Dragons,
MARS. 1733. 603
gons , puis au mois de Février 1728. Enseigne et
ensuite Lieutenant des Gardes du Corps du Roy,
Brigadier de la Promotion du 20. Février 1734.
et Gouverneur du Duc de Chartres , depuis le
26. Avril 1735 .
Louis Negret de la Ravoye, Colonel du Ré
giment de Ponthieu.
Bénigne le Ragois , Marquis de Bretonvilliers,,
Lieutenant Général au Gouvernement de Paris ,
par Lettres du rs. Décembre 1712. et Mestre de
Camp du Régiment Dauphin Cavalerie , du sSo
Janvier 1716.
Charles Philipe de Valois , Marquis de Meurcey
, Colonel du Régiment de l'Isle de France.
Gaspard - Louis Philipe de Cugnac , Marquis
du Bourdet , Lieutenant des Gardes du Corps
do Roy.
· Alexandre Charles de Chaumont , Seigneur
de S. Jean de la Forêt, Capitaine d'une des Compagnies
de Grenadiers du Régiment des Gardes
Françoises.
François-Antoine de Chabannes Pionsac , Scigneur
de la Palisse , Major du Régiment des
Gardes Françoises.
Charles - Paul - Sigismond de Montmorency-
Luxembourg , Duc de Boutteville , connu cy- devant
sous le nom de Duc de Châtillon , aussi
cy-devant Colonel du Régiment de Normandie,
dont il se démit au mois de Juillet 1737.
Michel de Forbin , Marquis de Jánson , Mes
tre de Camp du Régiment de Bretagne Cava
lerie.
Armand-Jean de S. Simon , Marquis de Ruffec
, Grand d'Espagne , Mestre de Camp d'un.
Régiment de Cavalerie.
Louis- François Crozat , Marquis du Châtel,
Mestre,
6 MERCURE DE FRANCE
Mestre de Camp du Régiment de Dragons de
Languedoc.
François Charles de Monestay , Marquis de
Chazeron , Gouverneur de Brest , Lieutenantdes
Gardes du Corps.
-
Louis François- Armand de Vignerot dus
Plessis , Duc de Richelieu et de Fronsac , Pair de
France , Chevalier des Ordres du Roy , Colonel
d'un Régiment d'Infanterie , petit vieux Corps.
Gabriel Jerôme de Bullion , Comte d'Escli
mont , Prévôt de Paris , Colonel du Régiment
de Provence.
Louis Gabriël Bazin , Marquis de Bezons ;
Gouverneur de la Ville de Cambray , et Pays
Cambresis , Mestre de Camp du Régiment Daud
phin Etranger.
Victor - Pierre- François Riquet , Marquis de
Caraman , Mestre de Camp du Régiment de
Berry. '
-
Florent Claude de Chastelet , Marquis, de
Ciley , Comte de Lomont , Gouverneur de Sé
mur , Grand Bailly d'Auxois et de Saar -Louis ,
Colonel du Régiment de Haynaut.
Louis Auguste Comte de Rieux , Colonel du
Régiment du Perche .
Charles-Louis de Loraine , Prince de Pons
Chevalier des ordres du Roy , cy- devant Colonel
d'un Régiment d'Infanterie, petit vieux corps, -
dont il s'est démis en 1735. en faveur de Gaston
de Loraine , Comte de Marsan , son Fils.
Michel Dreux , Marquis de Brezé , Grand
Maître des Cérémonies de France en survivance,
Cotonel du Régiment de Guyenne.
·
Charles François Frederic de Montmorency
Luxembourg , Duc de Piney- Luxembourg, et de
Beaufort - Montmorency , Pair de France
Gouver
MARS. 6c5
1738.
Gouverneur de Normandie , Colonel du Régi
rent de Touraine .
Louis César le Tellier , Marquis de Courtanvaux
, Mestre de Camp du Regiment Royal
Roussillon.
De Berchiny , Mestre de Camp d'un
Régiment de Hussards.
O- Brien , Comte de Clare , Lord en
Irlande , Colonel d'un Régiment Irlandois .
De Chastelard de Salières , Inspecteur
Général d'Infanterie , depuis 1735.
... Comte de Diesbach , Colonel d'un Régiment
Suisse.
Claude Annet , Chevalier d'Apchier , premier
Sous- Lieutenant de la Compagnie des Gendar
mes de la Garde du Roy.
... De Rousset de Girenton Lieutenant Colonel
du Régiment d'Infanterie de Puyguion ,
ci-devant de S. Simon.
François de Chasteauneuf de Molegés , Gentil
homme ordinaire du Duc d'Orleans , et Lieute
nant Colonel de son Régiment d'Infanterie.
į į į j j j j j g
MORTS ET MARIAGES ;
E 2. Février François - Isaac de la Cropte
LE2, Friteuzan , Seigneur de Chassagnes
et de Vandoire, mourut en son Château de Vandoire
en Périgord, dans la 87. année de son âge.
Il avoit épousé en premieres noces Marie Tira
qneau , morte le 17 Avril 1689. laquelle étoit fille
unique de Pierre Tiraqueau , Marquis de la
Jarrie , Baron de Denans , Seigneur de Bellevil
le
606 MERCURE DE FRANCE
le de la Fuye , de Goujon , et de la Chassotiere
en Poitou ; et en secondes , le 6. Août
1692. Marie Anne Van-Gangalt . Il laisse de la
premiere François Isaac de la Cropte , Comte
de Bourzac , Baron de Denans , Marquis de la
Jarrie & c. Mestre de Camp de Cavalerie ; et de
la seconde , Jean-François de la Cropte de Bourzac
, Evêque et Comte de Noyon , Pair de Fran ,
ce , sacré le 7. Novembre 1734.
Le 16. D. Louise de Lannion , veuve d'Hiacinte
le Sénéchal , Marquis de Carcado en Basse
Bretagne , mourut à Rennes , âgée de 88. ans .
Elle avoit eu pour fils le Marquis de Carcado
Mestre de Camp du Régiment Dauphin Etranger
, et Brigadier des Armées du Roy , de la
promotion du 26. Octobre 1704 qui fut blessé
d'un coup de mousquet , à la cheville du pié , à
la journée de Turin le 7 Septembre 1706. dont
il mourut peu après à l'âge de 26. ans , sans
avoir été marié. La deffunte étoit fille aînée de
Claude de Lannion , Baron de Malétroit , et des
Etats de Bretagne , Capitaine du Ban et Arrière-
Ban de l'Evêché de Vannes , des Côtes et Rades
de Morbihan , et de Quiberon , Gouverneur
des Villes de Vannes et d'Auray , et de Therese
Huteau de Cadillac sa premiere femine .
Le 22. mourut à Paris D. Françoise - Magde
leine de Beaulac de Pézenne , Epouse d'Antoine
de Caulers , Seigneur du Tronçois , Gentilhomme
de la Chambre de früe Marie Casimire de
la Grange d'Arquien , Reine Douairiere de Po
logne.
·
Le 23 mourut Dlle Catherine Luce , née du
premier du même mois fille de Chrétien
Guillaume de Lamoignon , Marquis de Basville ,
>
MARS. 1738. 607
et de Milhars , Baron de S. Yon , et de Noailhes
, Seigneur du Broc , Hauterive , la Queilhe
, Cannes , et de Lamoignon , Président du
Parlement de Paris , et de D. Louise Henriette-*
Magdeleine Bernard.
-
Le 25. François Hyacinte de Lannion
Baron de Vieuxchâtel , Seigneur de Treflé ,
Cadillac & c. ci devant Colonel du Ré
giment de la Province de Bretagne , mourut
d'une révolution de goute , âgé de 47. ans . Il
étoit le troisiéme fils de feu Pierre , Sire , et
Comte de Lannion , Baron et Pair de Bretagne ,
Vicomte de Rennes , Marquis d'Espinay , &c.
Gouverneur des Villes et Châteaux de S. Malo ,
Vannes, et Auray , Lieutenant Général des Armées
du Roy , mort le 26. May 1717. , âgé de
75. ans 3. mois , et de feüe D. Marie-Geneviève
Eschalart de la Mark , morte le 27. Avril 1726.
dans la 76. année de son âge.
Le 25, Theodore Cerbonnet de Brehan , Comte
de Plesio , fils unique de feu Louis - Robert-
Hypolite de Brehan , Comte de Pieslo , ancien
Mestre de Camp d'un Régiment de Dragons , et
Ambassadeur Extraordinaire du Roy en Dinne
marc , tué devant Dantzig le 27. May 1734. ct
de deffunte D. Louise- Françoise de la Vrilliere ,
décedée le 3 Mars 1737. mourut dans la treiziéme
année de son âge , étant né le 29 Octobre
1725. Il laisse deux Soeurs ses cadettes.
Le 17. la nommée Poncette Pillon , veuve
Wallin , mourut, dans la Paroisse de Neuvillelez-
This -près de Mezieres en Champagne, âgée.
de 109. ans.
Le 28. François- Raymond Merlin , Sieur du
Chélas , Chevalier de l'Ordre Militaire de S
Louis , ci devant Secretaire du Roy à la conduite
des
608 MERCURE DE FRAN
des Ambassadeurs et Princes étrangers auprès
S. M. et auparavant Gentilhomme Servant du
Roy , et Capitaine de Cavalerie , mourut à Paris,
âgé de 76. ans.
Le 1. Mars , Jean- Baptiste Sorba , Comte de
la Villette , Secretaire d'Etat de la République de
Genes et son Ministre Plénipotentiaire à lá
Cour de France , depuis environ 35. ans , mou
rut à Paris , à l'âge de 64. ans .
Le 2. Mathieu Renard du Tasta , natif de Lille .
en Flandres , Conseiller du Roy , Directeur et
Trésorier particulier de la Monnoye de Paris ,
mourut subitement d'une apoplexie , dont il fut
attaqué en sortant de la Messe , âgé d'environ '
1. ans sans posterité.
Le 4. Sumon Berthelot de Belloy , Seigneur de
S. Thibault , le Puts , le Plessis , & c . ci - devant
Greffier en Chef civil du Parlement de Paris , ec
auparavant Trésorier et Receveur General des
Finances de Flandres et de Hainault , et Fermier
Géneral , mourut à Paris , âgé d'environ 82 ans .
Il étoit fils aîné de Simon Berthelot, Conseiller
Secretaire du Roy, et de ses Finances , mort le
15. Octobre 1693. et d'Anne Fournier , morte le
31. Octobre 1668. et il avoit épousé au mois de
Janvier 1690. Claude Landais , fille d'Etienne
Landais , Conseiller- Secretaire du Roy et de ses
Finances , Trésorier Géneral de l'Artillerie de
France , et d'Elizabeth du Val . Il en avoit eû
plusieurs enfans , entre autres feu Marie-Joseph
Berthelot , Seigneur de Versigy , Conseiller au
Parlement de Paris , mort le premier Juin 1724.
laissant un enfant .
Le 13. Mars , Henri-Guillaume Peletier de
Rosambo , Conseiller au Parlement de Paris , et'
Commissaire aux Requêtes du Palais , de la pre
miere
MARS. 1738. 609
miere Chambre , reçû à cette Charge le 2. Septembre
1735. fils unique de Louis le Peletier ,
Seigneur de Rosambo , Premier Président du
même Parlement , et de D. Therese Hennequin
d'Ecquevilly , fut marié avec Dile ..... de
Mesgrigny d'Aunay , fille unique de Jean -Charles
de Mesgrigny , Comte d'Aunay et de Villebertin
, Capitaine et Grand- Bailli d'Epée de la
Ville de Troyes en Champagne , Chevalier de
P'Ordre Militaire de S. Louis , Colonel du Régiment
de Vexin , et Maréchal des Camps et
Armées du Roy de la Promotion du 24. Février
dernier , et de feue D. Marie Cecile Raguier de
Poussé. La Mariée n'avoit qu'un frere apellé le
Marquis d'Aunay , qui est mort garçon le 22.
Février dernier , à l'âge de 23. ans.
Le ... Henri - Guillaume Mazade , Conseiller
au Parlement de Paris , et Commissaire aux Requêtes
du Palais , de la seconde Chambre , reçû
Je 12. Juillet 1737, fils de ... Mazade , l'un des
45. Fermiers Généraux des Fermes du Roy , et
de feue Therese Desqueux , morte le 19. Février
1737. épousa Dile Catherine de Blair , seconde
fille de Louis-François de Blair , Seigneur de
Cernay &c. Conseiller au même Parlement
, Doyen de la troisiéme Chambre des
Enquêtes , et de feüe 'D. Catherine-Jeanne de
Gars de Boisemont , morte le 16. Août 1721 .
Le 20. Robert , Marquis de Pierrepont ,
Baron Haut Justicier de Liévray , Seigneur
´et Patron de S. Nicolas de Pierrepont , Escolleville
, Baudreville , Ourville , Beauchamp ,
& c. veuf de D. Anne-Victoire de S. Chamant ,
morte le 15. May 1734. épousa en secondes nôces
Dife .... Surirey de S. Remy , âgée de 22 .
ans , troisiéme fille de Michel Surirey , Seigneur
de
610 MERCURE DE FRANCE
·
>
de S. Remy , Petitval , &c. Trésorier General des
Ponts et Chaussées de France et de Dame
Marie Louise Vacherot. On a parlé de la
Maison de Pierrepont dans le Mercure de Juin
4729. vol. I. page 1470. à l'occasion du Mariage
du Marquis de Pierrepont avec la Dile de
Saint Chamant .
APROBATION
.
Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France du mois de Mars,
et j'ai cru qu'on pouvoit en permettre l'impression.
A Paris , le premier. Avril 1738 .
HARDION.
.
TABLE.
P
IECES FUGITIVES , Sentimens Pieux ,
Ode , 409
Lettre sur une Médaille de Constantin &c. 411
Stances en réponse de celles de Rousseau
Lettre sur un voyage Litteraire ,
Iphigenia , Carmen ,
427
428
432
Lettre sur l'Ordre Religieux dont a été S. Edme
ou Edmond de Cantorberi ,
Ode à Iris ,
Question proposée et réponse &c.
Le Papillon , Fable ,
43.6
441
443
447
Lettre de M. Bellin , Ingénieur , à M. Danville
Géographe , 449
Stances irrégulieres , Imitation d'Horace , -464
Disser
Dissertation Historique sur les Manufactures ,
466
L'envie, Poëme ,
482
Réponse de M. des Barbalieres & c. 484
Enigme , Logogryphes &c. 493
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX ARTS
499
SOI
&c. Traité des gains nuptiaux & c.
Reflexions sur les Passions ,
Réponse aux Vers de M. Gresset sur les Tableaux
& c .
Catalogue de la Bibliotheque du Comte d'Hoym,
La Métromanie Comédie & c.
Memoires de Mlle de Bonneval &c .
J1X
1517
519
525
Académie des Belles Lettres de Marseille &c.
Lettre au sujet des Antiquités de Montmartre
Remedes pour les Pauvres ,
528
536
537
Académie de Peinture , Thése celebre &c. $ 40
Estampes nouvelles ,
Ecole Militaire & c.
Chanson notée ,
1
541
542
547
548
566
Spectacles , Lysimachus , Tragédie ,
L'esprit de Divorce &c.
Nouvelles Etrangeres , de Constantinople , $ 77
De Pologne et d'Allemagne , 579
D: Dresde , de Darmstadt ,
581
D'Italie , Naples , Genêve et Espagne
584
France, Nouvelles de la Cour & c. 587
Benefices donnés , 591
These célebre , 192
Pompe funebre de la Princesse de Conty , 594
Promotion d'Officiers Généraux , 595
Mons , Mariages ,
695
Errata de Février.
PAge 376. ligne 21. vos , lise nose
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 412. 1. penultiéme, symbole , ajoutez ret i pectable ,
P. 419. 1. 22. aviez , ' l. n'aviez. .
P. 420. penult . merite , l. meritoit .
P. 421. 1. 12. Chapitre 4. l. chap. 24.
Ibid. I. 1. du Passage Grec, Eudev exótic
Lifez ἐνθεν εικότως.
Ligne 4. so , life ow . Ligne 6. tíon
lifez sinv. Ibid. , lifex v . Ligne 8 : iv &c.
lifez ὅση περ ἂν ἡ σύναμις .
å
P. 423. 1. 14. gaudeo conservum &c. l . gaudeo;
Conservum &c .
P. 425. 1. 23. Gisique , 1. Cysique .
Ibid. au bas , sçavoit-il le Grec Potez ce point
d'interrogation , et mettez une virgule.
P. 426. 1. 13. un Sçavant , . plus d'un
sçavant.
P. 476. 1. 4. des l . de.
Ibid. 476. 1. 19. et 20. Marcus Scaurus du
temps de Pompée , il est vrai que avoit fait faire;
lif. il est vrai que du temps de Pompée , Marcus
Scaurus avoir fait faire , &c.
P. 477. l. 17. cette , l . cet .
La Médaille gravée doit regarder la page
La Chanson notée doit regarder la page
413
547
MERCURE
DE FRANCE ,
1
DEDIE AU
ROT.
AVRIL 1738.
TO
SPARGIT
TRACOLLIGITS
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
ruë S. Jacques.
"
Chés La veuve PISSOT , Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXVIII.
Avec Aprobation & Privilege du Roy,
AVIS,
L'MonfieuE
'ADRESSE generale est à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis-à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Raquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres on Paquets parla Pofte d'avoir
fain d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
Les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , &' ils n'en ont pas gard
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main, & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
Pheure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera,
PRIX XXX . SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
AVRIL. 1738.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
L'AVANTAGE DE LA VERTU,
A M.
E n'est point chés les Grands qu'ha
bite la sagesse ,
Ni chés un Peuple vain et supersti
tieux ;
La verta fuit les coeurs où regne la molesse ;
L'homme sans la Vertu ne sçauroit être heureux .
En vain d'un faux éclat empruntant l'imposture ,
A ij Les
612 MERCURE DE FRANCE
Les Grands environnés d'un Peuple de fateurs ,
Tandis qu'à leurs côtés la vérité murmure
Aprenent à montrer des visages trompeurs ,
La vérité pour eux n'a qu'un aspect farouche ;
Le Monde la combat , mais elle le confond ;
Le coeur du vertueux s'explique par sa bouche ,
Et toujours ce qu'il pense est écrit sur son front.
Le coeur mondain s'accroît avec la renommée
Le peché le forma dans le sein de l'orgueil
Et ce poison fatal par qui l'ame est charmée ,
Détruisant l'équité , met la gloire au cercueil ;
La vertu sur ses pas seme ses avantages ,
La paix et la douceur sont ses dons précieux.
La fortune jamais ne fit les hommes sages ,
Et rend presque toujours ses enfans malheureux ,
Le Cédre vers les Cieux pousse une tête altiere
Mais bien-tôt l'Aquilon le menace et l'abat ;
L'ambitieux hazarde une vaste carriere ;
Plus il s'éleve , et plus il tombe avec éclat.
Le sage vit content, dans l'ardeur qui l'anime,
Il goûte par avance un bonheur éternel ;
L'Impie a des ennuis , le remords suit le crime ;
Qui n'est point vertueux est souvent criminel.
Telles sont les leçons que vous m'avez dictées ,
Du Sage que je peins vous êtes le tableau ,
Chaque instant dans mon coeur ces leçons répétées ,
Ma
AVRIL 1738.
613
Me prêtent chaque trait qui sort de mon pinceau
Que vous êtes heureux ? tranquile et sans envie ,
D'un sort toûjours égal vos voeux sont satisfaits ;
Digne présent du Ciel, une Epouse chérie ,
Mêle à mille vertus l'esprit et les attraits .
Que l'aimablé union qui joint vos destinées ,
De vos esprits charmés seconde les désirs !
Que les temps envieux épargnent vos années ,
Et qu'ils laissent couler vos jours dans les plaisirs ↓
SUITE de la Lettre de M. Bellin, Ingénieur
au Dépôt des Plans de la Marine ,
à M. d'Anville , Géographe du Roy.
V
à
Oilà , Monsieur , tout ce que j'avois
vous dire sur votre Lettre au R. P.
Castel , au sujet de la Réponse que j'avois
pris la liberté de faire à celle qu'il avoit écrite
contre moi . On en venoit de publier dans
les Mémoires de Trévoux une autre adressée
à ce même Pere , non plus contre ma
Carte de Kamtchatka , mais contre l'Histoire
, où cette Carte se trouve , ét je n'ai
pas oublié ce que vous me dites , quand
cette Lettre parut , que le P. de Charlevoix
ne se tireroit jamais de ce mauvais pas ; ce
sont vos termes , si j'ai bonne mémoire.
A iij
L'interêt
614 MERCURE DE FRANCE
A
L'interêt que je prends à un Ouvrage dont
j'ai fait les Cartes , et l'amitié dont l'Auteur
m'honore , ne me permirent pas de differer
à lui parler de cette Critique , dont je le
trouvai fort peu émû. Il me dit seulement
que s'il avoit été à Paris , lorsqu'on l'envoya
pour être inserée dans les Mémoires de Trévoux
, il auroit pû faire changer de pensée
à l'Auteur , en lui montrant sur quelles autorités
il avoit contredit les fastes de la Chine;
que celui qui avoit fait l'Extrait de son Histoire
s'étoit mépris en nommant les P P. Bartoli
et Froéz pour ses garants ses garants ;; qquuee rien n'étoit
pourtant plus aisé que de faire voir que
Particle des Fastes Chinois , qui regarde la
Guerre de Corée , devoit être corrigé sur le
témoignage même de ces deux Ecrivains ;
mais qu'il étoit résolu de ne point répondre
à l'Auteur de la Lettre , parce que le P. Du
halde , qu'il n'avoit crû être que l'Editeur des
Fastes , d'autant plus que la même chose se
trouve dans les Fastes Latins du P. Couplet,
paroissoit vouloir les défendre comme son
Ouvrage ; et qu'il ne lui convenoit point de
soûtenir une guerre , quoique purement Litteraire
, contre un Auteur qu'il doit honorer
et respecter par toutes sortes de raisons.
Pour me convaincre ensuite qu'il ne m'avançoit
rien qu'il ne fût en état de prouver ,
il me mit en main les Lettres du P. Froez
et
AVRIL 1738. Bis
et l'Histoire du P. Bartoli , dont on lui a
oposé les Textes, que vous avez jugés si fort
- victorieux contre lui, et en verité, Monsieur,
je ne comprends pas comment après avoir lú
de suite et avec quelque attention ce que ces
deux Ecrivains ont dit de la Guerre de Corée,
on ait pû les aporter en preuve pour justifier
les Fastes Chinoises. En effet des deux
Lettres du P. Froez , l'une est écrite en
1592. et ce ne fut que vers la fin de cette
- année et au commencement de la suivante ,
que se porterent les grands coups entre les
Chinois et les Japonois . L'autre est de l'année
1'595 . et ne parle point de cette Guerre,
mais seulement de la maniere dont fut reçûë
au Japon l'Ambassade que l'Empereur de
la Chine envoya à Tayeo - Sama. Quant au
P. Bartoli , il ne dit que deux mots de la
Guerre de Corée , et déclare même qu'elle
n'est point de son sujet.
Il est vrai qu'il dit que les Japonois eurent
du pire, toutes les fois qu'ils se battirent
contre les Chinois , mais il étoit mal informé
, et ce n'est pas la seule fois qu'il
a avancé sur des bruits. publics des faits importans
, qui se sont trouvés faux ; comme
lorsqu'en parlant du Martyre du P. Charles
Spinola , il assûre que deux Religieux qui
l'accompagnoient au suplice , apostasierent ;
le P. de Charlevoix remarque dans son His-
A j toire ,
316 MERCURE DE FRANCE
toire , que le bruit en avoit couru d'abord ,
mais que dans la suite on en avoit reconnula
fausseté sur la déposition juridique de Témoins
oculaires.
D'ailleurs le P. Bartoli , lorsqu'il a écrit
que les Japonois avoient toujours été battus
par les Chinois , n'a pas fait attention , où
a ignoré que le seul General Japonois qui
avoit eû affaire aux Chinois , fut le célebre
Augustin Tsucamidono , Roy de Fingo_et
Amiral du Japon , dont il dit quelques pages
après , que le Japon dut à sa valeur et
à sa prudence l'heureuse issuë de la Guerre
de Corée , où il acquit une gloire incomparable.
Con incomparabile gloria d'Agostino ,
alcui senno si dovette il saperla , et alcui valore
il potesta condurre à un fine honore volissimo
al Giappone.
Les Passages cités du P. Froez , ont quelque
chose de plus spécieux , quand on les.
fit, détachés du Texte , et qu'on ne fait pas
attention à la datte de la premiere Lettre
d'où la plûpart sont extraits ; mais ils perdent
toute leur force quand on lit la Lettre de
suite, et qu'on sçait dans quelle circonstance
elle fut écrite . On venoit de recevoir au Japon
les premieres nouvelles de la ruine presque
entiere de l'Armée Japonoise , qui s'étoit
débandée faute de vivres ; de l'arrivée
des. Chinois , et de la retraite du Roy de
Fingo
AVRIL 1738.
617
Fingo. Le P. de Charlevoix n'a rien dissi
mulé dans son Histoire de cette Révo
lution et des causes qui la produisirent ,
et il est aisé de comprendre que les premiers
avis qu'on en reçut au Japon , ne devoient pa3.
être fort justes , et qu'on y exagera beaucoup
ces désavantages ; 1. parce que l'on
y avoit géneralement désaprouvé la Guerre
de Corée. 2° . Parce qu'elle avoit ruiné toute
Ia Noblesse . 3 °. Parce qu'elle avoit mis en
deüil une infinité de familles . D'ailleurs la
plus grande perte étant tombée sur les Chré--
tiens , que Tayco- Sama avoit eûs principalement
en vue d'affoiblir , lorsqu'il forma le
dessein de cette Expédition , il étoit naturel
qu'eux et leurs Pasteurs ajoutassent aisément
foi à tout ce qui se publioit du mauvais
train qu'elle commençoit à prendre.
passé
a
Ainsi , Monsieur , cette Lettre écrite par
un Missionaire en 1592. ne peut être aportée
en preuve contre ce que le P. de Charlevoix
à dit dans son Histoire de ce qui s'est
sur la fin de cette même année et dans :
le cours de la suivante , et eû égard aux
circonstances où elle a été écrite , elle ne
contient au fond que ce que l'Historien du
Japon a raporté lui-même de l'extremité où
furent réduits les Japonois en Corée , par :
la faute de leur Empereur , qui sembloit n'avoir
point d'autre dessein que de les faire?
A v périr..
618 MERCURE DE FRANCE
périr.Toute la difference qu'il y a entre le récit
du P. Froez et celui du P. de Charlevoix,
vient de ce que le premier écrivoit sur des
bruits vagues et populaires , et sur des conjectures
formées par la crainte ; et que le second
avoit devant les yeux des Mémoires
digerés et des faits certains.
S
Pour ce qui est des Textes de la seconde
Lettre du P. Froez qu'on a oposés au P. de
Charlevoix , ou plutôt à l'Auteur de l'Extrait
'de son Livre , pour les entendre dans leur
véritable sens , il faut observer , 1°. Que si
le Monarque Chinois le prenoit sur un ton
şi haut , c'est que selon le P. Froez même
les Souverains de la Chine avoient la vanité
de se croire beaucoup audessus de tous les
autres Potentats de l'Univers . Rex enim Cine
per summam arrogantiam aritratur se totius
orbis Dominum , sibique nullum esse similem.
2º. Que si Tayco - Sama parut reconnoître
cette superiorité, c'est qu'il n'étoit pas, à proprement
parler, l'Empereur du Japon, quoiqu'il
gouvernât l'Empire en Maître , mais
qu'il reconnoissoit toujours le Dairy pour le
Souverain légitime , et qu'il lui rendoit hommage.
Il ne se donnoit même que la qualité
de Roy , et pour autoriser son usurpation ,
il étoit bien aise de recevoir la Couronne
Royale des mains du plus puissant Monarque
de l'Orient. 3°. Que ces paroles , non
redibis
AVRIL. 619 1738.
vedibis in Corai , que le P. Froez cite de la
Lettre de l'Empereur de la Chine , on n'y
étoient pas , et que le P. Froez a été mal instruit
, ou n'exprimoient pas un commandement
, mais une priere , ou tout au plus une
condition à la Paix.
Ce qui peut faire douter qu'elles y fussent,
c'est que Tayeo-Sama n'en parut point cho
qué , et qu'il entra en fureur à la seule priere
, que lui firent les Ambassadeurs de retirer
ses Troupes de la Corée ; ce qui prouve, que
si elles y étoient , elles n'étoient point en
forme de commandement : c'est la conduité
que tinrent les Ambassadeurs Chinois sur cet
article comme nous le verrons bien-tôt ;
quoiqu'il en soit, le P. Froez en concluoit
mal , que les Japonois devenoient par - là
comme Vassaux des Chinois. Itaque Japoni
remanebant quasi Vasselli Cinensium.
,
Venons maintenant , Monsieur , aux preuz
ves directes que fournissent les PP. Froez et
Bartoli contre les Fastes Chinois. Voici
Particle de ces Fastes , que le Journaliste de
Trevoux a dit qu'il falloit réformer. » Ce fut
» cette même année que les Japonois entrerent
les armes à la main dans le Royau-
>> me de Corée , où ils mirent tout à feu et
» à sang , et où ils s'emparerent de plusieurs
» Villes ; le Roy fut contraint de prendre la
» fuite , jusqu'à ce qu'il eût reçû de la Chi
x
A vj₁ »> ne
620 MERCURE DE FRANCE
» ne le secours qu'il avoit fait demander par
» ses Ambassadeurs. Ce secours : vint à
pro
ท pos , et il y eut un combat sanglant et opi-
»> niâtre , où les Japonois furent entiere-
» ment défaits. Ceux - ci après leur défaite
» implorerent la clémence de l'Empereur par
» une solemnelle Ambassade , où après avoir
» demandé pardon de leur faute , & c .

Passons , Monsieur , pour un moment ce
combat , où les Japonois , dit-on , furent
entierement défaits. Ni le P. Froez , ni le P.
Bartoli ne font aucune mention de cette solemnelle
Ambassade des Chinois > pour
dernander pardon à l'Empereur du Japon ;
le P. de Charlevoix m'a même protesté , que
de cent dix Auteurs au moins , qu'il a lûs
pour faire son Histoire du Japon, aucun n'en
a dit un seul mot. Les deux premiers au con
traire , et avec eux tous ceux qui ont parlé
de la Guerre de Corée,conviennent que l'Empereur
de la Chine envoya une Ambassade à
Tayeo- Sama pour l'engager à évacuer la Corée
, et que cette proposition fut rejettee ;
quoiqu'elle eût été faite avec toute la soumission
possible . Ecoutons le P. Froez. Cum
Legati Sacaium abiissent , responderunt , petiveruntque
solo aquari omnia propugnacula , ac
prasidia Japonica submoveri , que erant in
Corai : deinde populo Coraiano condonari noxam
, quemadmodum Cinarum Rex ante ,
mubt as
AVRIL 1738 621
multas, misericordiâ motus condonasset , meritas
quidem fuisse excidium , sed si excidii poena
mulctentur , nullum indè fructum consecutu
rum. Itaque, quantum poterant, obtestabantur,
ut misericordia erga eos moveretur. Pag. 379
que
Voilà donc , .Monsieur, selon le P. Froez,
les Ambassadeurs Chinois , qui demandent
au nom de leur Maître pardon à Tayeo - Sama
pour les Coréens les , et qui conviennent
les Coréens ne le méritoient pas ; que
répondit le Monarque Japonnois ? Le P.
Froez et le P. Bartoli , et tous les Historiens
du Japon vous diront qu'il se mit en grande
colere , qu'il chassa honteusement les Am→
bassadeurs , et qu'il recommença la Guerre.
En verité, Monsieur, il faut être bien accoûtumé
aux Paradoxes , pour vouloir après cela
entreprendre de justifier les Fastes Chinois
par le P. Bartoli , et par le P. Froez.
Ce n'est pas tout. Qui avoit engagé l'Em
pereur de la Chine à envoyer cette Ambassade
à Tayeo- Sama ? L'Auteur de la Lettres
que vous croyez si triomphante , prétend ::
» Que le Chef de l'Armée Japonoise en-
» voya un Négociateur habile à Pexin, pour
» y faire des propositions de Paix , et en ob-
» tenir une Ambassade. Le fait est vrai , et le
P. de Charlevoix l'a raporté ; mais je n'en
voudrois pas davantage pour couler à fond
le systême des Fastes Chinois. Quoi ! ce
Général
622 MERCURE DE FRANCE
Général , qui a été entierement défait , qur
est réduit à demander pardon , entreprend
d'obliger le plus puissant Monarque de l'Orient
, à envoyer une Ambassade à un Prin--
ce ', qui n'a pas même le Titre ni les Hon--
neurs d'Empereur du Japon ? l'Auteur de la
Lettre y a- t- il bien pensé ?
Mais le P. Froez nous aprend encore quel
que chose de plus : c'est que le Général Chinois
même , ce prétendu Vainqueur des Japonois
, se joint au Roy de Fingo pour
persuader à son Souverain de faire une si
étonnante démarche. Et quia Cinenses odorabantur
Japonios è Coraianâ insulâ * ante non
egressuros , quam firma pax inter Regem Ci
narum et Taicavi confecta esset , Juquequi Cinensis
in se suscepit provinciam cum Rege Ci
nensi agendi. Accordez , si vous pouvez cela,
avec les Fastes Chinois .
Je pourrois , Monsieur , en demeurer là ;;
je crois avoir suffisamment justifié la Critique
de ces Fastes , faite par le Journaliste de:
Trevoux ; mais vous pourriez encore me demander
sur quelle autorité le P. de Charlevoix
a avancé que le Roy de Fingo n'avoit
fait cette belle retraite , dont il est parlé dans
son Histoire , qu'après avoir battu les Chi-
* Le P. Froez se trompoit , en disant que la Corée
est une Isle,
nois,
AVRIL 1738. 623
nois , toutes les fois qu'ils oserent l'attaquer ;
et je suis en état de vous répondre encore
sur cet article : prenez la peine de voir l'Ou
vrage du P. Louis de Guzman , imprimé en
deux volumes in folio à Alcala en 1601. c'est
Ja plus ancienne Histoire du Japon que nousayons
; l'Auteur étoit en Relation avec les
premiers Missionaires de cet Empire , et il
en a connu particulierement quelques - uns ,
qui passoient par l'Espagne pour aller à Rorendre
compte au Général de leur Com
pagnie de l'état de cette Mission.
me ,
,
Vous trouverez dans le second volume
Livre XII, Chapitres XIX et XX , le détail
de toutes les actions qui se passerent entre
le Roy de Fingo et les Chinois, venus au se
cours des Coréens et vous remarquerez ,
que le P. de Charlevoix après les PP. Solier
et Crasset , l'a exactement suivi au neuviéme
Livre de son Histoire : vous y verrez la
défaite entiere et la prise du Général Chinois
au premier combat ; Juquequi son Succes→
seur , après avoir été bien battu en plusieurs
rencontres , entrer en Négociation avec le
Général Japonnois , et celui - ci de concert
avec Juquequi , envoyer à Pekin l'ancien
Roy de Tamba , pour y ménager une Ambassade
de la part de l'Empereur de la Chine
: ce même Général Chinois , en attendant
le succès de cette Négociation , conduire au
Japon
824 MERCURE DE FRANCE
Japon des Ambassadeurs Coréens , et le fier
Tayeo - Sama leur déclarer , qu'il n'y avoit
point de Paix à de Paix à esperer ni pour eux ni pour
les Chinois , qu'à ces conditions.
1°. Que des huit Provinces qui parta
geoient la Corée , il en garderoit cinq. 2 °.
Que l'Empereur de la Chine lui donneroit
sa fille en mariage . 3 ° . Que le Commerce se
continuëroit entre les Chinois et les Japonois
sur l'ancien pied: 4° . Qu'ils lui payeroient
une espece de Tribut, pour reconnoî
tre sa supériorité sur eux.
Le P. de Guzman n'a point continué son
Histoire jusqu'à l'arrivée des Ambassadeurs
Chinois au Japon, et on ne trouve nulle part
aucune réponse bien précise aux quatre Ar
ticles proposés par Tayeo - Sama ; mais il y a
tout lieu de juger qu'ils furent acceptés , si
en en excepte le premier , sur lequel l'Empereur
de la Chine insista , quoique par maniere
de priere , puisque cette espece de résistance
fut si mal reçûë du Monarque Ja
ponois ; car pourquoi n'auroit- il rien dit sur
les autres , qui , dans le fond , interessoient
encore plus sa gloire , s'ils cussent été rejettés
?
Le P. de Charlevoix dans l'Eloge qu'il fait
du Roy de Fingo , dit que ce Prince avoit
fait trembler l'Empereur de la Chine jusque
dans sa Cour. Cela paroît , 1°. Par la démarche
AVRIL.
ة د ر ا
1738%
marche de cet Empereur , qui envoya une
solemnelle Ambassade à un Souverain beaucoup
moins puissant que lui , et qui n'étoit
même que subalterne d'un autre . 2 °. Parce
que le P. de Guzman , après avoir raporté la
premiere Victoire du Roy de Fingo sur les
Chinois , ajoûte page 518. Conoccasion d'esta
batalla , y de las victorias passadas de don
Agustin , començaron de temerle las Chinas ,
viendoque Estava tan cerce de sus tierras ,y
tanto's Japones dentro del Corai y apoderados
del. 3. Parce que le P. d'Orleans nous aprend
dans la Vie du P. Ricci , l'Apôtre de la Chine
, que lorsque les Japonois entrerent en
Corée, on craignit qu'ils n'en voulussent à la
Chine même ; que le P. Ricci étant allé sur
ces entrefaites à Nanquin , le Mandarin de
cette Ville , quoique son àmi , l'obligea d'en
sortir , et fit châtier l'Hôte qui l'avoit reçû
chés lui ,, Tant , ajoûte cet Auteur, la Guer
,, re des Japonois rendoit toutes choses suspectes
à ceux qui avoient l'administration
des affaires publiques. Car comme les Chinois
sont timides , tout Etranger étoit Japonois
pour eux ..... A Pékin , aussibien
qu'ailleurs , la Guerre du Japon avoit
tellement prévenu les esprits contre les
Etrangers , qu'ils [ les Missionaires ] y furent
pris pour des Japonors , et que personne
ne voulut se charger de parler d'eux
au Roy
و د
و ز
و ز
و ز
55
>>
و ر
25
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"
26 MERCURE DE FRANCE
Concluons , Monsieur , que le Journaliste
de Trévoux a parlé juste quand il a dit
qu'il falloit réformer l'article des Fastes Chinois
, qui regarde la Guerre de Corée ; et je
vous laisse à penser à qui de lui ou de l'Aufeur
de la Lettre , on doit apliquer la judicieuse
remarque de M. de Saint Réal , que
dès qu'on prend la qualité de Critique , on
s'engage à avoir évidemment raison. Au reste
, Monsieur , non- seulement je me flate
que ces petites discussions Litteraires n'altéreront
point l'amitié qui est entre nous, mais
j'espere encore que vous entrerez sans peine
dans la pensée de l'Orateur Romain , qui les
croyoit nécessaires pour le progrès des Sciences
: Tantum abest ut scribi contra nos nolimus,
ut etiam maxime optemus in ipsâ enim Graciâ
Philosophia tanto in honore numquam fuisset
, nisi doctissimorum contentionibus , dissentionibusque
viguisset. Si cela est vrai de la
Philosophie , à combien plus forte raison let
peut- on dire de l'Histoire et de la Géographie?
Enfin tout homme qui cherche le vrai , doit
encore dire avec le même Ciceron , Et refellere
sine pertinacia et refelli sine iracundia
parati sumus. C'est dans cette persuasion et
avec ces sentimens que je suis , & c.
* Tuscul. 2. 4. 6. So
*
ODE
AVRIL 1738. 627
ODE
AM. Froland , ancien Pâtonnier des Avocats
au Parlement de Paris , et Doyen du College
des Avocats au Parlement de Rowen. Par
M. F .... de Rouen , à qui M. Froland
avoit rendu service.
Q U'un autre, pour louer les attraits d'une Belle,
Dont sa perséverance a sçû fléchir le coeur ,
De la Lyre d'Horace et du Pinceau d'Apelle
Emprunte , s'il peut , la douceur.
*
Qu'un autre éleve aux Cieux les triomphantes armes
De ces jeunes Guerriers qui forcent des ramparts ;
Moi je veux celebrer les bienfaits et les charmes
Du plus aimable des Vieillards .
*
Paris , où l'a cent fois couronné la Victoire , (a)
Ton Sénat voit le fruit de ses doctes leçons ; (b)
( a) M. Froland a plaidé long-tems avec succès au
Parlement de Paris.
(b) M. Froland est Auteur de plusieurs Ouvrages
imprimés en 6. volumes in 4: sçavoir les Mémoires sur
Velleien , sur la prohibition d'évoquer les decrets de
Koüen,
628 MERCURE DE FRANCE
Rouen , qui fus jadis le berceau de sa gloire , (a)
Tom Palais brille de ses dons. (b)
Par ses généreux soins , par sa munificence ,
Que d'Athletes instruits ( c) dans l'art noble et vante
D'apuyer le bon droit , d'affranchir l'innocence
Des piéges de l'iniquité !
*
Il bannit loin de lui la gravité farouche ;
L'agrément accompagne et son geste et sa voix ,
Si-tôt que je l'entends , il m'éclaire, il me touche
m'enchante quand je le vois.
Padmire en mon Héros la faveur désirée
D'un long tissu de jours filés de soye et d'or ;*
Normandie , sur la Coûtume Locale du Comté d'Eu,
les Mémoires sur la nature des Statuts , vol. et
ceux sur le Droit de Tiers et Danger.
2.
(a ) Il avoit d'abord plaidé au Parlement de Rouen.
(b)Il a donné il y a quelques années sa Bibliotheque
au College det Avocats de Rouen , qui a été placée
dans leur Chambre des Consultations , au Palais.
(c) M. Froland a tenu chés lui à Paris pendant
plusieurs années des Conférences célebres , où se trouwoient
plusieurs de ses Confreres ; on a même imprimé
il y a quelques années un volume in 4. contenant plusieurs
questions mixtes , agitées dans ces Conférences
sous le titre de Dissertation sur des questions qui
naissent de la contrarieté des Loix et des Coûtumes.
J'admire
AVRI L. 629
1738.
Fadmire en lui les traits du vertueux Nerée
Et les ans du sage Nestor.
Son maintien ferme et droit, sa marche égale et sûre
Bravent le poids de l'âge,et n'ont rien de contraint ;
Mais que vois-je ! quels lys forment sa chevelure !
Quelles roses parent son teint ?
*
L'une sert de retraite au cortege des Graces ;
L'autre est l'heureux séjour et des Jeux et des Ris ;
Le sçavoir , la candeur , la prudence , ont leur place
Dans son ame et dans ses Ecrits .
*
Seigneur , daigne exaucer mon ardente priere ;
Je la dois à son coeur , je la dois à ses soins ;
Que ses jours soient heureux ; allonge sa carriere
De cinq ou six lustres au moins.
*
L'espace d'une vie abandonnée au crime ,
Ne sçauroit se borner à des termes trop courts ;
Les hommes bienfaisans , vertueux , magnanimes
Devroient , hélas , vivre toujouts,
*
Aimable et cher Vieillard, sur qui le temps et l'âge
N'exercent qu'à regret leur sinistre pouvoir ,
Froland ;
630 MERCURE DE FRANCE
Froland , je suis tardif à t'offrir mon hommage ,
Sois prompt à le bien recevoir.
X
Depuis cette infortune à qui tu fus sensible ,
Plus d'un revers encore est venu m'agiter ;
Quand je ne jouis pas d'un sort doux et paisible ;
Je me tais et ne puis chanter.
*
Quelques momens de calme ont rompu mon silence;
Ma Lyre a de son mieux secondé mes transports ;
Te marquer mon eștime et ma reconnoissance
Est le seul but de ses accords.
LETTRE de M. le Petit , Lieutenant
General de Nemours , du 2.
Mars 1738.
L
A seconde Lettre de M. d'Ifs , Monsieur
publiée dans votre Journal de
Janvier dernier , au sujet des Ouvrages de
M. de Thou , m'impose la nécessité de donner
à mon tour au Public la satisfaction
qu'il attend de moi. Cette Lettre dictée par
la politesse même , n'en est pas moins pressante
sur cette obligation que j'ai contractée
envers
AVRIL. 1738. 631
envers tous les honnêtes gens. On n'est pas
obligé de m'en croire sur un simple allegué
de ma part. Ainsi , Monsieur , pour mettre
ma bonne foi dans tout son jour , je dois
des éclaircissemens publics dans une affaire
de même nature. Dans la vûë de remplir
ce devoir , je viens de m'adresser directement
à M. d'Ifs lui -même , comme à la principale
partie interessée dans le point de Fait ,
dont il s'agit ; d'ailleurs son procedé franc¸
et genereux , mérite bien de ma part des
sentimens que personne ne lui refusera . J'espere
qu'il sera aussi content de mes éclaircissemens
, que de la maniere dont je les lui
présente .
Mais comme ce ne seroit que satisfaire
moitié à mes engagemens, je l'avertis , Monsieur
, par une apostille , que mon dessein
est de vous envoyer copie de cette derniere,
Lettres, que je vous suplie , instamment
de publier au plutôt dans votre Journal. Je
vous demande même la grace de vouloir
bien la publier dans son entier , quoiqu'elle
soit un peu longue, Vous sçavez que dans
la discussion des Faits tout est de conséquence
, soit pour les preuves , soit pour les
inductions, J'ai l'honneur d'être , &c. Signe
LE PETIT Lieutenant Géneral de Nemours.
A cette Lettre étoit jointe, la copie de
Lettre qui suit , du même M. Le Petit à
1
M.
32 MERCURE DE FRANCE
M. d'Ifs , en réponse à sa seconde Lettre
insérée dans le Mercure de Janvier 1738 .
&
C'est à vous , Monsieur , que je m'adresse
directement cette fois- cy , pour vous faire
mon sincere compliment sur l'air de politesse
et de probité qui caractérisent la réla
voye
par
ponse que vous me faites voye du
Mercure de Janvier dernier ; je suis bien faché
de n'avoir pas sçû plutôt que M. votre
Pere eût laissé un héritier de son mérite ,
comme de son nom;la bonne foi eût reglé nos
prétentions , que nous n'aurions pas eû besoin
de porter devant le Public ; si tous les
hommes étoient judicieux , les Tribunaux
deviendroient inutiles. Il y auroit plus longtemps
que nous serions réunis pour demander
aux Traducteurs de M. de Thou le tri
but dû à la mémoire de nos Peres , parce
que je présume de votre équité que vous
vous seriez rendu aux raisons que je vais
voir l'honneur de vous déduire .
Depuis ma plus tendre enfance jusqu'à la
mort de mon Pere , arrivée en 1722. je
lui ai toûjours entendu parler de la Préface
et de la Prose des Mémoires de M.de Thou,
comme d'un Ouvrage sorti de sa plume ; ce
qu'il disoit moins par un sentiment de vanité
, dont il étoit parfaitement éloigné , que
pour s'étendre sur le regret qu'un Historien
qui fait tant d'honneur à la France , n'eût
point
AVRIL
1738. 633
point encore trouvé de Traducteur. Son
âge déja avancé , et la défiance où il étoit
de lui- même , par raport aux talens infinis
qu'il a fallu réunir pour parvenir à la perfection
d'un Ouvrage de cette nature , ne
lui permettoient pas d'en former le dessein ,
et il se contentoit d'en souhaiter l'execution
qu'il envisageoit, en traduisant de temps
à autre quelques morceaux choisis de cette
grande Histoire , dont quelques - uns ont été
imprimés dans differens Recueils, et dont j'ai
moi-même écrit la plus grande partie , sous
sa dictée.
Tel est donc , Monsieur , mon premier
garant , sur le fait de la Traduction des Mémoires
et de la grande Préface. J'ose dire
qu'auprès de ceux dont mon Pere a eû l'honneur
d'être connû , son témoignage formeroit
une preuve complette. Incapable de la
lâcheté des Frélons , il n'étoit pas homme
à s'arroger le travail des Abeilles. La candeur
et la vérité formoient son caractere ;
et si l'éloge que j'en fais est grand , j'ose
assurer qu'il ne sera pas démenti par ceux
qui l'ont connû , qui y trouveront Fiduciam
potiùs morum, quam arrogantiam; et qu'auprès
des autres , ce même éloge , pour me servir
des paroles du même Tacite : Professione
pietatis aut laudatus erit , aut excusatus.
Une preuve de cette même sincerité ,
B Monsieur
634 MERCURE
DE FRANCE
Monsieur , est que je lui ai toujours entendu
annoncer,tant à ses amis qu'à moi-même, M.
votre Pere , comme le Traducteur de tous
les Vers contenus dans cet Ouvrage , dont
il admiroit , surtout , le Poëme à la Poste -
rité.
Héritier de sa Bibliotheque après sa mort,
j'y ai trouvé le manuscrit de toute la Prose ,
écrit de sa propre main , avec la date de la
fin de l'Ouvrage , l'Edition de Lingelshem
sur laquelle il avoit travaillé , chargée en
marge de Notes aussi écrites de sa main.
En raprochant ces preuves , de l'aveu que
vous faites , Monsieur , de n'avoir trouvé
le parmi les papiers de M. votre Pere , que
seul manuscrit de tous les Vers , je crois que
ma bonne foi ne paroîtra suspecte à per
sonne.
Ceux des amis de mon Pere qui vivent
encore , pourroient servir de témoins du fait
que j'avance. Après l'Edition in 4°. de 1711 ,
M. d'Ifs lui en envoya un nombre d'Exemplaires
, comme d'un Ouvrage en partie à lui ,
et reconnu pour tel ; au point que depuis
l'Edition de la Traduction entiere, quelquesuns
de ceux àqui pour lors il fit présent de ces
Memoires , m'ont réiteré leur compliment
sur ce travail , adopté par Mrs les nouveaux
Traducteurs . Après la mort de mon Pere il
me restoit encore trois ou quatre
de mê- ces
me
AVRIL: 1738. 635
mes Exemplaires , que je distribuai dans la
même confiance.
Je vous dirai plus , Monsieur ; lors de
votre premiere Lettre , inserée dans le Mercure
de Juin , je voulus encore m'assurer de
nouveau d'un fait , que tant de preuves me
rendoient indubitable. Je m'adressai à ma
Mere , et voici sur cet article sa réponse, que
j'ai actuellement sous les yeux.
» J'ai vû travailler votre Pere à la Traduc-
» tion de la Vie de M. de Thou , il y a en
» core aujourd'hui Mlle Doñarre , qui mon
» troit lors à écrire à mes filles , elle s'em
» souvient. C'étoit à elle qu'il donnoit à
» mettre au net cette Traduction , dont elle
» a fait plusieurs Copies. M. d'Ifs a traduit
» les Vers ; c'étoit un Gentilhomme de Nor-
» mandie , plein d'esprit et de sçavoir ; c'é-
>> toit ce qui avoit occasionné la liaison avec
« votre Pere , à qui , de retour dans son
Pays , il envoya plusieurs Exemplaires de
» leur Ouvrage après l'Impression.
وو
رو
Ce témoignage m'a encore été confirmé
depuis de vive voix par ma Mere , et par
toute ma Famille , sous les yeux de laquelle
cette Traduction a été faite , ainsi que celle
des morceaux détachés de la grande Histoire
, dont je vous parlois tout à l'heure ;
quelques Epitres de M. le Chancelier de
P'Hôpital traduites en Prose ; les trois Livres
Bij
de
636 MERCURE DE FRANCE
de S. Augustin à Marcellin ; des Mérites et
de la Rémission des péchés , et du Baptême
des Enfans , ouvrages que je conserve en
manuscrit dans ma Bibliotheque , avec d'au;
tres Recueils de la même main.
J'avoue , Monsieur , qu'à l'égard de la
Dédicace en Vers à M. l'Abbé de Thou , je
n'en avois nulle connoissance , et je viens de
l'extraire de votre Lettre avec un grand plai
sir , pour l'écrire sur mon Exemplaire. De
trois qui nous restent, à mes Soeurs et à moi,
dont deux in 4° . et un in 12. aucun ne contient
cette Dédicace ; je ne l'ai même jamais
vûë dans aucun des autres répandus dans ma
Famille , et dans plusieurs Bibliotheques où
j'ai trouvé cet Ouvrage.
M. votre Pere aura aparamment fait cette
addition depuis dans un Carton séparé , et
c'est grand dommage que cette Dédicace }
pleine de sentimens et de vérité , manque
à
tous les Exemplaires , du moins à ceux que
j'ai vûs en assés grand nombre.
Au surplus , Monsieur , votre erreur est
de celles qui n'ont jamais compromis la
bonne foi , et vous accordez trop à la Politesse
, quand vous parlez de vous disculper
auprès de moi , à la bonne heure envers le
Public : j'ai toujours été fort éloigné d'imaginer
dans cette affaire une erreur volontaire
de
AVRIL 1738
837
He votre part ; tout sembloit concourir à
vous présenter M. votre Pere , comme le seul
Auteur de cet ouvrage , vous aviez même
pour vous le témoignage d'un Auteur moderne
, c'est le Pere Niceron , dans ses Memoires
, Tom. IX. à l'Art. de M. de Thou :
quoique l'Auteur des Memoires des Hom
mes Illustres soit contredit par M. Titon du
Tillet, dans son Parnasse François , Edition de
Paris, 1732. p. 187. vous pourrez même voir
que ce dernier, dans le premier Art. des Additions
insérées à la fin de son Livre , rend à
M. votre Pere ce qui lui est dû ; j'esperé
le P. Niceron voudra bien en user avec
la même équité , dans quelques corrections
ou additions à son Ouvrage , ayant eu l'honneur
de lui en écrire déja , deux ans avant
les éclaircissemens , aujourd'hui réciproques
que
entre nous.
,
Je souhaiterois fort , Monsieur , que des
mêmes éclaircissemens pussene occasionner
une liaison , à laquelle notre éloignement
semble s'oposer à cet inconvénient un
commerce de Lettres peut supléer , et ce sera
toujours avec une grande satisfaction pour
moi. L'estime que vous m'accordez déja me
flate infiniment , et je serai charmé de vous
assurer du cas que je fais d'une Personne
'comme vous dont le procédé annonce la
bonne foi et la politesse , réünies avec beat-
В iij
4
,
coup
638 MERCURE DE FRANCE
coup d'esprit. C'est dans ces sentimens que
` j'ai l'honneur d'être , Monsieur , &c.
A Nemours ce 1. Mars 1738.
********************
IMITATION de l'Ode d'Horace
Solvitur acris Hyems , &c.
LE
E gracieux Zéphir et l'aimable Printemps
Ont banni de l'Hyver les rigueurs excessives,
Après un long repos , les Navires flotans
S'éloignent enfin de nos rives.
*
Le Laboureur actif a quitté ses tisons
}
Les Troupeaux chaque jour quittent leurs Bergeries
;
Et les âpres frimats , la nege et les glaçons
Ne blanchissent plus nos Prairies.
*
Les Graces vont se joindre aux Nymphes , que
Venus
Mene au clair de la Lune à danser dans les Plaines,
Et cependant Vulcain fait des Cyclopes nuds
Mugir les forges soûterraines.
&
Que de myrthe ou de fleurs un odorant chapeau,
Ami
AVRIL. 639 17387
Ami , sur nos cheveux , aux doux parfums s'unisse .
A Faune , dans les Bois , d'un bouc ou d'un agneau
Allons offrir le sacrifice .
*
La Mort , la pâle Mort frape aussi hardiment ;
Aux portes des Palais qu'à celles des chaumieres ,
Et l'art de nous soustraire à son commandement
Echape à toutes nos lumieres .
*
Sexte , votre bonheur ne peut toujours durer ,
Il faut que vous cédiez aux assauts qu'elle livre ;
Croyez-moi , cher ami , pour beaucoup esperer
de temps
à vivre . L'homme a trop peu
*
Bientôt hélas ! bientôt vous irez au séjour
De l'éternelle Nuit , de Pluton et des Ombres ;
Le doux jus du Raisin , les plaisirs et l'Amour
Sont inconnus dans ces Lieux sombres.
F. M. F.
B iiij
LETTRE
740 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M. de Fr. *** à M. le
Comte de C **** à Strasbourg , écrite de
Paris du 13. Mars 1738. au sujet de la
nouvelle Ecole Militaire établie à Paris ruë
de Tournon , à l'Hôtel de Mars.
J
E ne puis qu'aplaudir , Monsieur , au dessein
où vous êtes de donner à M. votre
fils une éducation , qui le mette en état de
se distinguer dans la Profession que sa naissance
l'oblige d'embrasser. J'ai toujours pensé
comme vous , que la Bravoure et le Service
ne suffisent pas pour faire un Homme
de Guerre , et qu'il est une Théorie sans laquelle
on ne doit pas se flater de réussir dans
le plus difficile , et le plus étendu de tous les
Arts. Les réflexions sur ce sujet me meneroient
trop loin , si je voulois m'y livrer , et
je ne ferois d'ailleurs que vous exposer vos
propres sentimens ; en me bornant à vous
exhorter de suivre vos projets , je ferai mieux
de me renfermer dans le compte de ce que
vous me demandez par raport à la nouvelle
Académie Militaire qui s'établit ici.
Vous avez vû par le Placard que je vous
ai fait tenir , ce que se propose M. le Che-
*
* On trouvera ce Placard dans le Mercure du mois
de Mars dernier , page 542 .
valie
AVRIL
1738. 64x
Nalier de Lussan , Directeur de cette Académie,
pour l'instruction de la jeune Noblesse .
Cela ne suffit pas , et vous souhaitez que je
vous éclaircisse d'une maniere plus particuliere.
J'ai cru ne pouvoir mieux faire que de
m'instruire moi - même , de voir M. de Lus-
'san , et de raisonner avec lui . Plusieurs conversations
que nous avons eües ensemble ;
m'ont fait connoître un Militaire plein de
zele pour son métier , qui joint à la Pratique
une profonde Théorie , et qui n'a rien plus
à coeur que d'inspirer aux autres le goût qui
l'a guidé dans ses Etudes , et de leur aplanir
des routes , qu'il a dû so frayer lui-même.
Rien ne m'a paru plus judicieux que le
Plan d'Etudes qu'il a projetté de suivre dans
son Académie . Elles se succedent et s'entremêlent
d'une maniere à se servir , pour ainsi
dire , de délassement les unes aux autres. On
doit donner à chaque chose assés de temps
pour en tirer du profit ; mais pour ne laisser
aucune place au dégoût et à l'ennui , il n'en
faut pas trop employer , et c'est à quoi M. de
Lussan a fait attention ; vous en jugerez
vous-même dès que vous aurez reçu le Plan
qu'il en a mis par écrit , qu'il m'a fait la politesse
de me promettre et qu'il m'auroit même
déja remis , si je ne le lui avois demandé
dans un temps , où , se préparant à une Action
publique , il n'avoit pas le loisir de
penser à autre chose , By Aux
642 MERCURE DE FRANCE
Aux Etudes qui font l'objet de son éta → -
blissement , pour le rendre de plus en plus
utile , il joint des Conférences publiques sur
les diférentes parties de la Guerre . Celles de
cette année doivent rouler sur Pattaque et la
défense des Places. J'assistai hier à l'ouverture
qu'il en fit,par un Discours écrit d'un sti
le et prononcé du ton convenable à un Militaire
, en présence de plusieurs Officiers
Généraux , de la Jeunesse la plus brillante et
la plus distinguée du Royaume.
Le but de ce Discours fut de convaincre
les Officiers de la nécessité qu'il y apour eux,
de joindre au manîment des Armes , et au
Service journalier , l'étude de plusieurs Sciences
et de plusieurs Arts , et l'acquisition de
diverses connoissances , sans lesquelles ils
ne doivent jamais attendre d'autre illustration
que celle de Vieux Guerriers. Je crois
que vous me sçaurez gré de vous donnerune
idée de ce Discours.
M. de Lussan commença par établir que
la Guerre est de tous les Arts le plus difficile ,
à cause de la multitude et de la varieté de ses
Opérations : ce sont les difficultés de ce.
grand Art , qui lui ont inspiré le dessein d'une
Ecole Militaire , où l'on enseignât toutes
les Sciences et tous les Exercices qui peuvent
servir à former la jeune Noblesse dans la
Profession des Armes ; l'erreur qui veut que
la
AVRIL.
1738 . 643"
Já pratique et l'expérience suffisent pour faire
un excellent homme de Guerre, fut parfaitement
réfutée : notre Orateur cita pour garans
de sa proposition , l'exemple des Condés, des
Turennes , et des Grands Hommes qui honorent
son Etablissement de leur protection ;;
le détail dans lequel il entra pour détruire
un préjugé si dangereux , fut aussi intéressant
qu'il étoit fondé sur la vérité. Les Grecs
et les Romains ne furent pas oubliés : on
sçait qu'il y avoit chés eux des Ecoles publiques
, où l'on enseignoit l'Art de la Guerre
; après avoir parlé de leurs Académies Militaires
, M. de Lussan convint qu'il y avoit
en France un nombre infini de Maîtres de
Fortifications , mais il fit voir que ce qu'ils
enseignoient,n'étoit qu'une seule partie d'un
Art infiniment étendu , dont toutes les autres
sont abandonnées à la routine , c'est-àdire
, à l'ignorance et au hazard.
C'est pour remédier à cet inconvénient
que l'Ecole de Mars s'établit , et comme son
Fondateur ne présume pas assés de ses talens
et de ses connoissances pour se croire capable
de suffire seul à tous les engagemens
qu'il contracte avec ses Eleves , c'est des lumieres
d'un nombre de Maîtres habiles et
choisis , qu'il attend le succès de son entreprisc
.
La suite du Discours comprend en abrégé,
Bvj
mais
644 MERCURE DE FRANCE

mais d'une maniere très -intéressante , le Pla
des Etudes que l'on doit faire. La Tactique,
divisée en Science et en Art de la Guerre
conduisoit naturellement à parler des diverses
Sciences et des diférens Arts , auxquels
l'homme de Guerre doit s'apliquer. La Physique
, en tant qu'elle aprend à connoître la
Nature et les ressorts des agens naturels , le
Génie , la Géometrie , le Calcul , le Nivellement
, l'Ichnographie , l'Arpentage , le Toi
sé , la Pyrotechnie , les quatre fortes d'Architecture
, la Peinture , c'est - à - dire , le Dessein
qui en fait la base , enfin les Exercices
du corps . Voilà les Sciences et les Arts, dont
prouva la nécessité ; il y joignit la Musique
, comme le délassement de tous les
honnêtes gens ; et il n'oublia pas l'Histoire
et la Géographie , dont l'utilité fut très bien
démontrée ; il insinua aussi en peu de mots,
que la Politique jusqu'à un certain point , est
Hécessaire,au moins aux Officiers superieurs,
à qui il importe de connoître le génie et les
intérêts des diférents Peuples. Quant aux
Langues , il en recommanda l'étude , il n'y a
peut-être que des François qu'il faudroit
convaincre de la nécessité d'aprendre le langage
de leurs Voisins.
il
C'est du concours de tant de connoissances
diverses , que se forme la Science de la
Guerre .
Le
AVRIL: 1738.
245
Le sentiment du feu Roy de Sardaigne fut
un témoignage illustre sur lequel M. de Lussan
apuya tout ce qu'il avoit dit , pour prouver
qu'il faut à un Guerrier autre chose qu'une
simple expérience , fondée sur la routine.
Les propres paroles de ce Grand Prince ,
que notre Orateur raporta, aprirent de quelle
maniere il étoit parvenu à faire comprendre
aux Officiers de ses Armées , qu'il qu'il ne leur
suffisoit pas d'avoir de la bravoure , de la tête
ét de la force , qu'il falloit encore que mille
connoissances acquises , les missent en état
de profiter de tous leurs talens. Lorsque ces
connoissances manquent à un Officier Général
, il est toujours incertain , embarassé sur
le parti qu'il doit prendre ; parce que , disoit
ce Monarque , s'il n'est qu'a demi ce qu'il doit
êire , il est dangereusement ce qu'il est.
,
Ensuite M. de Lussan déclara , qu'après
avoir partagé le soin des diverses Etudes aux
diférens Maîtres , il s'étoit réservé Phonneur
d'enseigner lui- même ce qui regarde l'Offensive
et la Défensive , et ne se flata de réussir,
que par les conseils dont plusieurs Militaires
expérimentés lui ont promis de l'honorer ;
il nous assura qu'il n'aspiroit qu'à la gloire
d'être leur fidele Echo.
Il finit par annoncer ses Conférences pu
bliques qui se tiendront tous les Mercredis
et par protester du zéle le plus vif pour conduire
346 MERCURE DE FRANCE
duire à sa perfection un Etablissement entre--
pris sous le Ministére le plus sage et le plus
heureux , et de ses soins infatigables pour
former des Officiers dignes de servir un Roy,
qui par ses aimables Vertus , par ses grandes
qualités sera toujours l'Arbitre de ses Voisins
le Vainqueur de ses Ennemis , et l'admiration
de l'Univers.
:
Plusieurs morceaux de Fortifications en
relieffurent ensuite exposés aux yeux de
l'Assemblée il y avoit entre autres un corps
de Bastion , dont toutes les parties se démontent
: M..de Lussan fit voir par-là , d'une
façon bien sensible , en quoi consiste la
maniere de construire les revêtemens d'une
Place , tous les matériaux qui y entrent ,
toutes les terres qui composent les masses
des Remparts , des Parapets , et des Languettes
, même les diférens Soûtérrains qui
sont pratiqués sous le Cavalier. Il nous pro
mit que toutes ses Conférences seroient expliquées
et soûténues par de semblables Reliefs
, qu'après avoir montré la construction
méchanique des Places , et le Calcul de tout
ce qui peut y entrer il nous feroit encore
voir avec la même précision toutes les Attaques
, tous les Travaux d'un Siége , et toutes ›
les Défenses que peuvent faire les Assicgés.
Tout cela fut expliqué avec tant dé netteté
que moi-même , qui , comme vous sçavez ,
,
Monsieur,
AVRIL.
1738 647
Monsieur , suis peu versé dans ces matieres,
je crus en ce moment les sçavoir presque
aussi bien que celui qui les expliquoit . C'est
là le plus grand éloge que je fui puisse donner
, et vous me connoissez assés , pour ne
pas douter de ma sincerité .
Pour égayer un peu la Séance , elle fut
terminée par un très -beau Concert , où l'on
executa un Divertissement intitulé l'Ecole de
Mars , mis en Musique par M. Bouvard ;
fameux Maître , dont les Paroles sont de M.
de Morand , si avantageusement connu par
plusieurs Pieces de Théatre. Ne pouvant
vous donner d'autre idée de la Musique
, qu'en vous assurant qu'elle répondoit
à la dignité du sujet , à l'élégance de la
Poësie , et à la variété que le Poëte avoit
tâché d'y répandre , je vais vous donner un
petit extrait de ce Poëme , qui vous mettra
en état d'en juger , et de comprendre même
une partie du travail du Musicien.
que
M. de Morand dans un petit avertissement
qui précede son Ouvrage , déclare
pour répondre aux vûës de M. de Lussan , il
a tâché de faire sortir l'utile même , dé ce
que celui- ci ne regardoit que comme agréable
; que pour cet effet , il a mis en action la
Séance même, et que, de ce qui a occasionné
le Divertissement , il en a fait en même
temps le sujet.
Minerve
848 MERCURE DE FRANCE
Minerve ouvre la Scene , suivie des Arts
Militaires , et rassemblant les jeunes Eleves
qui se destinent à la Profession des Armes ,
elle leur dit :
Jeunes Coeurs , que l'espoir d'une illustre mémoire
Range déja sous les Drapeaux de Mars ,
La valeur qui vous fait braver mille hazards,
Ne suffit pas pour vous couvrir de gloire .
Pour gagner des Combats , pour forcer des Remparts
,
Il faut que le sçavoir guide votre courage .
Accourez à ma voix , volez de toutes parts ,
De mes bienfaits divins faites un noble usage ;
Empressez-vous ; volez ; j'amene ici les Arts ,
Qui doivent éclairer l'ardeur qui vous engage!
Les Arts et les Eleves forment alors une
Fête ; où un Art , parlant pour les autres ,
invite ces jeunes Guerriers à se livrer à leurs
Loix , en les assûrant que l'immortalité sera
le prix de leurs travaux , et que les Héros les
plus fameux ne se sont signalés par de si
grands Exploits , que pour avoir pris leurs
Leçons ; et où Minerve leur recommande de
mépriser les Arts qui n'inspirent que
la molesse
, dont l'Amour se sert ordinairement
pour détruire leur gloire. Cette Fête est
interAVRIE
1738 649
interrompue par l'arrivée de Mars , que Minerve
assure du zéle de ses nouveaux Nourissons
: Mars prie Minerve de ne pas se contenter
de ces premiers soins , et de vouloir
bien guider jusqu'au bout cette troupe choisie
; et s'adressant ensuite aux Eleves , il
leur dit :
Et vous, qui , sur mes pas , voulez chercher la gloire,
Redoublez les beaux feux dont vous étes épris ;
Mars ne prend pour ses Favoris ,
Que ceux dont les grands coeurs dans l'art de la
Victoire
Par Minerve furent instruits.
Les Eleves s'animent de nouveau en répe
tant les quatre derniers Vers , et un d'eux
parlant à ce Dieu , détaillé tous les charmes
et les avantages qu'on doit trouver à suivre
ses traces. Čette deuxième Fête est encore
interrompue par une douce Symphonie , qui
allarme Mars et Minerve ; ils craignent avec
raison que la douceur de ces Sons n'inspire.
le
repos à leurs Disciples. C'est la Musique
qui arrive , et qui reproche à ces deux Divinités
le tort qu'elles ont, de proscrire son Art
de leur Académie , cet Art à qui elles ont
pourtant bien de l'obligation , parce que ,
leur dit - elle ,
Voe
50 MERCURE DE FRANCE
Vos Armes ne sont triomphantes
Que par
l'effet de mes secours ;
A mes Trompettes éclatantes
Vous ne cessez d'avoir recours.
Leur brillante harmonie
De vos Soldats ranime la valeur ;
Et mes Tambours répandent la terreut
Au sein de l'Armée ennemie.
C'est à leurs sons , que les Héros fameux
Sont couronnés par la Victoire ;
C'est leur Concert , qui des Guerrriers heureux
Annonce et célebre la gloire.
Mars lui répond , que si quelquefois elle
seconde leurs Armes , ses Sons sont encore
plus souvent consacrés à l'Amour , et que
c'est par eux que les plus grands Coeurs sont
'disposés , à subir les funestes impressions de
ce Tyran des ames. Minerve ajoûte :
Si vos Tambours et vos Trompettes
Remplissent les esprits d'une noble vigueur ,
Vos tendres voix et vos Musettes
Les accablent bientôt d'une molle langueur ;
La Musique répond , que si l'on a fait un
abus de son Art , elle n'en est pas responsable
, et qu'elle a cela de commun avec ce
qu'il
AVRIL 1738.
qu'il y a de plus respectable , et avec les plus
grandes Vertus , à qui les hommes ont fait
un pareil outrage. Elle proteste qu'elle n'a
inventé cet Art aimable , que pour
par
que pour célebrer
les Héros et les Dieux
, et pour
élever
leur exemple
, les coeurs aux sentimens
les plus sublimes
et aux plus dignes soins. Mars se rend à de si bonnes raisons
, et s'excuse
en lui avoüant
, que de si nobles objets mettent trop la Musique
au rang des Arts les
plus utiles
et Minerve
lui recommande
, qu'en délassant
le coeur de ses Eleves du bruit de la Guerre
, elle prenne
soin de ne
pas les amollir. La Musique
réplique
, qu'elle
ne leur offrira jamais que l'exemple
des plus
parfaits
Héros , et qu'en rapellant
les gran- des actions
, elle cachera soigneusement
leg
foiblesses
. Elle finit par cette réflexion
;
Mais pour suivre un Projet si doux ,
En vain j'irois chercher des Héros loin de nous,
Le plus sage des Rois , par son exemple illustre
Suffit pour charmer tous les coeurs
Et
Pour les remplir des plus nobles ardeurs ,
pour rendre aux Vertus leur empire et leur
lustre.
Les trois Divinités pressent alors toute
leur Suite de célebrer un si Grand Roy
et s'écrient ensemble ;
Chantezi
5 MERCURE DE FRANCE
Chantez , chantez sans cesse un Roy si glorieux ;
Il est pendant la Paix , il est pendant la Guerre ,
L'amour et l'effroi de la Terre :
Qu'il soit toujours chéri des Mortels et des Dieux !
,
La Fête recommence pour la troisiéme
'fois , dans laquelle il y a une Ariette Italienne
extrémement jolie , et très - bien dans le
goût Italien , dont le sens des paroles est
que l'on ne parvient que par beaucoup de
peines au Temple de la Gloire. Enfin Minerve
invite les Vertus des belles ames à
s'emparer du coeur de ces jeunes Guerriers
pour leur aprendre à bien user de la Victoi
re , et pour leur montrer en quoi consiste la
véritable Grandeur. Après quelques airs de
Symphonie, on reprend le Choeur à la loüange
du Roy , qui a part très-beau , par où finit
le Divertissement , qui fut au reste parfaitement
executé
, par ce qu'il y a de plus
habiles gens à Paris.
Ce petit Poëme a paru bien imaginé , et
fait , comme on dit , ad rem , avec tout
L'art possible : on a surtout rendu justice à la
Scene de la Musique , qu'on a trouvée trèsbelle
; et la façon dont l'Eloge du Roy est
amené , n'a pas paru moins ingénieuse.
Le Discours de M. de Lussan et ce Confurent
écoutés avec une attention soû
tenuë et suivie de cette espece de silence ,
kert ,
gut
AVRIL 1738. 853
qui fait l'aplaudissement le plus flateur , que
des Auditeurs éclairés puissent donner. Mais
je m'aperçois que je passe les bornes d'une
Lettre , et pour ne pas l'allonger davantage
je suis sans autre compliment , Monsieur ,
Votre , &c.
De FR.
LE COQ ET LE LIMAÇON.
UN
FABLE.
N jeune Coq , superbe oiseau ,
Er le mieux hupé du Village ,
Prétendoit se percher au sommet d'un Ormeau
Pour chanter ses exploits et montrer son plumage!
Mais quoique notre Coq ne fût pas des plus lourds,
Il fit de vains efforts , et retomba toujours ;
Les Poules s'en railloient , sa honte étoit extrême
A la cime de l'arbre même
Qu'il ne pouvoit atteindre , il voit un Limaçon ,
Pour ce fier animal quel surcroît de disgrace !
Indigné que dans cette place
Le reptile eût ainsi transporté sa maison ,
Eh ! qui t'a mis si haut ? lui dit - il en furie ,
Sçais-tu fendre les airs ? Non, mais je sçais ramper
Répond le Limaçon ; avec cette industrie
Eft- il sommet si haut qu'on ne puisse attraper ?
REPONSE
654 MERCURE DE FRANCE
<
REPONSE du P. M. T. Dominicain ;
aux Observations de M. D. S. J. sur les
Ouvrages de Bernard Guidonis , du même
Ordre , Evêque de Lodéve , inserées dans
le Mercure de Novembre 1737.
M
R, j'ai eû l'honneur de répondre dans
le Mercure de Juin 1737. à la réfutation
de deux de mes Ecrits sur S. Louis, faite
par M. l'Abbé le Beuf, et imprimée dans celui
de Mars de la même année. Maintenant que
Vous venez changer de thése , je vais tâcher
également de vous satisfaire.
ود
ور
>> Je ne préviendrois pas au sujet deGuidonis,
dites-vous , p. 2321. l'Auteur du Discours
» de l'état des Sciences du I X. et X. siecles,
» si je n'avois vû répandre un Ecrit imprimé,
» dans lequel un Ecrivain de son Ordre a
» tâché depuis peu de relever son excellence,
>> et fait dire aux Possesseurs des plus celebres
Bibliotheques , à M. Baillet et Baluze en
» faveur de cet Auteur , ce qu'ils ne disent
» pas et ce à quoi ils n'ont jamais pensé.
» Ce qui m'a encore surpris dans cet Ecrit ,
» c'est qu'on y prend mal le sens des paro-
» les de M. l'Abbé le Beuf, et qu'on veut
» qu'il ait dit : Que personne n'a jamais eŵ
»
و د
» Le
A
AVRIL 1738. 8531
39
ور
"
le courage de faire imprimer aucun des
Ouvrages Historiques de Guidonis , tandis
» que dans le Mercure de Mars 1737. pag.
» 425 , il juge du mérite des Manuscrits de
» cet Auteur , par les Imprimés qu'il en a
» vûs chés le P. Labbe et chés Baluze. En
pardonnant cette méprise à celui qui l'a
» faite , j'ai eû la curiosité de voir ce que
» le P. Echard dit être imprimé de Guidonis.
Ce sont les propres termes de vos Obser
vations , p . 2321. et pour ne pas perdre de
vûë ce dernier sujet prétendu de vos plaintes
, je vais le poursuivre avant que de ré
pondre à ceux qui le précedent. Voici
mot à mot ce que dit M. le Beuf dans la
page 425. du Mercure de Mars 1737. que
vous citez , » Je n'entreprens pas de faire
» ici la critique des Ouvrages Historiques de
» Guidonis , &c. ce sont leurs défauts qui
» lui ont atiré le mépris des Sçavans , et
qui sont cause qu'ils restent oubliés dans
» la poussiere des Bibliotheques , sans que
»personne ait jamais eû le courage de les ren-
" dre publics par l'impression . Jugez , M. si
j'ai mal pris le sens de M. le Beuf , et auquel
de nous deux il faut pardonner la méprise.
Quelle difference mettez-vous entre
ce qu'il a dit et ce que j'ai raporté , puisque
ce sont ses mêmes termes ? Sept lignes plus
bas , oubliant qu'il vient de dire que person-
و ر
ne
656 MERCURE DE FRANCE
و ر
ne n'ajamais eu le courage de faire imprimer
"&c. il ajoûte , selon la remarque dont je
vous suis redevable , pour ce que j'en a vû
chés le P. Labbe ,je puis assurer , &c. » Per-
»sonne , selon M. le Beuf, n'a jamais fait
» imprimer des Ouvrages Historiques de no-
» tre Auteur , et il en a vû d'imprimés. Je
parle après vous , c'est votre conséquence.'
On veut qu'il ait dit , &c. tandis qu'il en a
vû chés le P. Labbe , il n'en a vû que peu, et
sans hésiter il les méprise tous ; leurs défauts
ont attiré à Guidonis le mépris des Sçavans
, à ce qu'il dit , et des plus celebres
Ecrivains de notre temps font son éloge ,
principalement M. Sponde , Evêque de Pamiers.
Guido , dit-il , vir Scientia , pietate
prudentia et miraculis clarus ad annum 1330 .
N. VII.
و ر
رو
1
Je sçais que par une troisiéme méprise ,
vous avez écrit dans vos Observations , p .
1323. du Mercure de Novembre. » Sponde
" s'est fondé , lorsqu'il a parlé de Guidonis
» dans ses Annales , sur ce qu'en avoit écrit
» l'Auteur de sa Vie . Vir magni Consilii , sen-
» satus famâ , gratiâ , scientia et miraculis clarus.
Mais Sponde , ajoûtez- vous , n'a pas pris
la peine de lire ses Ouvrages. Donnez - vous la
peine vous-même de lire à l'année et au
nombre cités , et vous y trouverez : In Bibliothecâ
PP. Dominicanorum urbis Tolosa
Vidimus
AVRIL. 1738. 657
VIDIMUS ejus Manuscripta , v tam ejusdem
vidimus appositam in principio , T. 2. Sanctoralis
ejus. Etes- vous convaincu qu'il a lu
ces Ouvrages , puisqu'il s'en est servi fréquemment
? Sæpe à nobis citatus , et qu'il
déclare qu'il y en a des Exemplaires dans
plusieurs Bibliotheques. Qua in variis Bibliothecis
continentur.
Toutes ces celebres Bibliotheques dont parle
le P. le Long , où l'on garde des Manuscrits
de Guidonis , se réduisent , selon vous ,
p. 2337. à une seule , et à deux ou trois Manuscrits
; autre méprise .
Vous venez de dire que vous aviez eû la
curiosité de voir ce qu'en a écrit le P. Echard,
comment ne vous êtes - vous pas aperçu
qu'il y a T. I. p. 578. qu'on voit dans plusieurs
Bibliotheques des Cayers de Guidonis?
Il en compte dans celle du Roy : In Regiâ
IX. de Colbert , de son temps XVII.
du Vatican II. autant dans celles de saint
Victor de Paris , de la Cathédrale de Prague,
des RR. PP. Jésuites de Poitiers , et plusieurs
dans les plus estimées des Dominicains .
Voyez à quel prix on voudroit les céder ,
comptez , si vous le le nombre des
pouvez ,
Ecrivains qui y ont eû recours, et vous jugerez
que quand j'ai avancé que les possesseurs
les conservent cherement , je ne leur ai pas
fait dire ce qu'ils n'ont jamais pensé C'est
C pourtant
658 MERCURE DE FRANCE
pourtant le second sujet de vos plaintes.
Voici le troisiéme .
» Si je n'avois vû répandre un Ecrit dans
lequel on fait dire à M. Baillet ce qu'il n'a
»pas pensé.Vous sçavez que M.le Beuf avoit
mis dans sa Réfutation , que je m'étois fait
illusion en soûtenant que M. Baillet étoit
l'Auteur de la Note mise à la Vie de S. Louis
et vous n'ignorez pas qu'il a été convaincu
que cet Auteur présida à l'Edition de 1704 ,
qui avoit échapé à M. le Beuf, et où elle
est. Ai-je rien avancé en cela que Baillet
n'ait pensé ? Vous ajoûtez » Que cet Auteur
ne parle pas de lui-même , lorsqu'il donne
un portrait de Guidonis dans son Dis
» cours Préliminaire , et qu'il se sert des
» couleurs , dont Bollandus , qui n'a pas lu
» les Ouvrages de Guidonis , l'a peint , en-
» core parle- t'il sans rien décider.
"
Trois faits , dont voici évidemment le
contraire. Baillet dit de Guidonis : Cet homme
né pour l'avancement de l'Histoire de l'Eglise,
avoit plus d'érudition et de jugement que le
commun des Sçavans de son temps , &c. et
Bollandus , Guido , insigni præditus eruditione ,
complura scripsit volumina insigni studio , quas
dam ex eis transcriptas vitas sum nactus.
Vous comprenez que celui - ci déclare
avoir recouvré des Ouvrages de Guidonis
et qu'il en a lu ; vous voyez Sum nactus
que
AVRIL 1738. 659
que Baillet a la meilleure part à son éloge ,
et qu'il décide en sa faveur , en le choisissant
dans sa Préface pour un des Auteurs
qu'il veut suivre , ainsi qu'il l'a fait en préférant
son sentiment aux Chartes de sa
propre Patrie.
Quatrième sujet de vos plaintes : » Un
» Ecrivain moderne , dites -vous , a traduit
» ce petit coup d'encensoir que M. Baluze
» donne à Guidonis , Auctor omni exceptione
» major , un des plus celebres Auteurs. Mais
il me permettra de lui dire que la Traduc
tion est un peu infidelle. Ces trois mots
signifient simplement , au-dessus de foute récusation
, encore ce n'est que quant au fait
particulier que ce Sçavant vouloit autoriser
par son témoignage.
Je ne m'atacherai pas à justifier ma Traduction
des trois mots par un long discours ,
je m'en remets au jugement du Lecteur, pour
décider lequel de nous deux les a mieux traduits.
Je vous ferai seulement remarquer
qu'on dit , Auctor omni exceptione major, pour
exprimer le mérite d'un Ecrivain célebre
qu'on peut dire qu'il l'est, sans prétendre donner
pour irréfragable tout ce qu'il a écrit , et
que quand on le dit sans restriction , ce n'est
pas se borner au témoignage d'un seul fait,
mais s'étendre en général sur l'estime que
l'on fait de son mérite ; c'est ainsi que Balu-
Cij ze
660 MERCURE DE FRANCE
ze en ausé en faveur de notre Prélat. Sa is
fait de ses Originaux qu'il dit , T I. Pref. des
Papes d Avignon , avoir lus dans la Bibliotheque
de M. Colbert , il ne cesse de les citer ,
et il préfere son sentiment à tout autre. Ve
rum, dit il, pag. 583. Guidonis illorum omning
temporum Scriptor nobis testis est ; Peut - on
douter après cela , que par ces trois mots Ba
luze n'ait voulu exprimer son mérite ?
Passons à vos Observations , vous les don
nez pour servir à l'Histoire Litteraire de France
; et on lit pag. 2331. Des deux sentimens
dont l'un tient , que S. Louis est mort la veille
de S. Barthelemi et l'autre le lendemain de sa
Fête , le premier est le moins suivi . Il est consrant
, M. que ni l'un ni l'autre ne le doit
être , puisque son fils le Roy Philippe III,
déclare , que ce fut le jour même de la Fête ,
dans sa Lettre datée de Clugny , dont il honora
les PP. Dominicains , assemblés au Chapitre
Général tenu à Montpellier en 1271 .
raportée par D. Martenne T. 4. p. 1762. des
Anecdotes , en ces termes :
An. D. M. C. LXX. Feriâ secundâ in
Festo beati Bartholomai Apostoli, illâ horâ quâ
D. N. J Ch. crucifixus in cruce pro mundi
vitâ , mori voluit , genitar noster ad extremam
horam veniens et super saccum et cinerem accubans
, felicem spiritum reddidit Creatori suo.
Il faut remarquer que la Fête de cet Apôtre
S&
AVRIL. 1738. 661
se célebroit alors le vIII. des Kalendes de
Septembre, le 25. Août,selon le Kalendrier de
Bede et trois autres, donnés par D. Martenne
T. VI. veter. Script . On le pratique encore à
Rome. Guidónis est de ce sentiment : voyez
là- dessus le P. Echard , T. I. pag. vij . Pertransivit
mare præsentis sæculi apud Tunicium
VIII. Kalend. Septemb . M. CC. LXX. c'està-
dire le 25. Août ; et vous l'accusez , M.
d'être du premier sentiment !
Vous conviendrez aussi avec moi , qu'ayant
formé le dessein de faire des Observations
sur les Ecrits de notre Prélat , vous deviez
commencer naturellement par l'article qui
vous a déplu , et sans lequel vous n'auriez
jamais pensé à l'attaquer votre silence dit
beaucoup.
Pour ce qui est des défauts , je ne desavoüe
pas qu'il n'y en ait dans les Ecrits de Guidonis
, je supose même que le nombre en soit
plus grand que vous ne le dites; il ne s'agit pas
de sçavoir s'il étoit habile homme , ou non ,
mais si ce qu'il a raporté de S. Louis , comme
témoin , en faveur de Poissy , ainsi que
je l'ai démontré , peut servir d'une preuve
décisive , et vous avez conclu pag. 2330.
que quand il parle comme témoin , on peut
ajouter foi à ce qu'il dit : d'ailleurs je vous
prie de faire réflexion , que tous ces Sçavans,
distingués par leur mérite et par leur nom-
C iij bre,
662, MERCURE DE FRANCE
bre , qui ont fait l'éloge de notre Auteur er
de ses Ecrits , avoient assés de pénétration et
de discernement pour les apercevoir, ces dé
fauts , et pour en juger ; et néanmoins persuadés
qu'il étoit impossible qu'un Ecrivain ,
qui s'est étendu sur tant de diférens sujets , et
occupé par les Puissances à tant de Négociations
et d'Emplois pénibles et honorables,
ne laissât glisser des défauts dans ses Ecrits ,
ils les ont excusés. Ils ont compris , ces
Grands Hommes , que si Catel l'accuse d'avoir
inventé les noms de quelques premiers
Comtes de Toulouse , il n'y suplée pas luimême
; et il lui rend cette justice , qu'il est
suivi de tous , selon la remarque du P. le
Long ; que si quelquefois il fait allusion aux
noms propres , comme à celui de S. Clair ,
per Clarum clara , et qu'enfin si on combat
aujourd'hui ce qu'il a écrit des SS . Denis ,
Saturnin , Martial , Lazare , &c. c'étoit l'opinion
commune de son temps , et le stile
ordinaire de son siecle , et jusqu'au XV
comme vous l'avez judicieusement remarqué.
C'est en vûë de ces faits excusables et de
quelques autres que vous raportez , et que
la brièveté convenable dans cette Réponse
ne me permet pas de poursuivre , qu'ils ont
conclu , ces Ecrivains , que ce qu'il y a
Religion , d'érudition , de rares découvertes
d'Actes
de
AVRIL
1738. 663
'Actes originaux , et d'un travail immense
dans ses Ouvrages , doit rendre moins sensible
ce qu'il y a de défectueux , et faire reconnoître
son mérite avec d'autant plus de
fondement, que la plus grande partie des défauts
, selon M. Baluze , dans sa Préface déja
citée , peuvent être imputés à la négligence
des Copistes, Quid non Patribus condonandum
, dit le P. Echard , T. I. pag. 456. ubi
de fide non agitur ? Vous convenez vous-même
, que notre Prélat étoit estimé de son
temps , qu'il l'a été dans des siècles suivans ,
et que les qualifications que lui donne un
R. P. Chartreux , de Doctor solertissimus
opus egregium , fragrans stilus, pouvoient être
admises encore à la fin du XV. siécle , auquel
le renouvellement des Lettres n'étoit
pas encore connu en France.
,
Le sçavant P. Pagi , Franciscain , a fait en
quatre Volumes in folio la Critique des Annales
du Cardinal Baronius , mais en corrigeant
les défauts de l'Ouvrage , il parle avec
un grand respect de l'Auteur. Voici les propres
termes de celui qui a composé l'Epître
dédicatoire de cette Critique.
Purpuratorum decus Casar Baronius , Sacrorum
Annalium intricatissimum opus moliri
ausus , quantùm Ecclesia rebus , quantùm Litteratorum
commodo consuluerit , nemo est qui
non videat , nemo qui satis possit prædicare!
Cij Habent
664 MERCURE DE FRANCE
Habent Annales Bibliothecam integram , eamque
gravidam mundo ; quid mirum, si quid in
tanto opere , minùs accuratum ? si quid animadversione
dignum irrepserit ? non potest ex
tam rivulorum colluvie coactum flumen , nihil
contrahere facis aut lui.
Je suis , Monsieur , & c.
A Paris le 11. Mars 1738.
2922
Loyal
EPITRE
A M. R *** Son Ami
Oyal Ami , couché sur mon Regître ,
Premier de tous , acceptez cette Epître
Que vous adresse en ce stile naïf
Un nouveau né , suivant le plus chétif
Du sieur Marot , dont il fait son étude
Or vous dirai , bannissant tout prélude ,
Qui bien souvent n'est qu'ennuyeux propos ,
Que déformais onc n'aurai de repos ,
Que je ne voye en vous humeur gaillarde
Depuis long-temps votre esprit s'accagnarde ;
A songer creux , rêver à des bibus ,
Qui dans le chef forment un vrai Phoebus ;
Eh ! croyez-moi , posture d'hypocondre.
Cher compagnon , ne sert qu'à vous morfondre,
Puisi
AVRIL
6.65 17382
Puis , quand serez à loisir morfondu ,
Autant vaudroit pour votre individu
Qu'en un linceul , envelopes funestes ,
Fussent cousus vos déplorables restes ;
Dame Atropos , dont les fatales mains
Tiennent le fer , redoutable aux Humains ,
N'est que trop tôt prête à couper la trame ,
Par quoi s'unit le faible Corps à l'Ame ,
Sans en aller par de mornes chagrins
Hâter le coup , et de vos jours serains
Ternir exprès la clarté la plus douce ;
Pauvre insensé ! Quoi ! Pavis vous courouce !
Voilà l'effet de la folle vapeur ,
Qui vient sans cesse obscurcir votre humeur ,
Eh ! répondez ; Quel autre se croit être
En droit plus sûr de vous parler en Maître
Que votre Ami ? Je n'ai pas double Envers
Mon Apollon n'est fourbe , ni pervers ;
Et peu me chaut que mes.Vers vous aigrissent,
Et même après sur ce ton enchérissent ,
Pourvu qu'exempt de tout lâche soupçon
Je fasse ici du vrai seul ma leçon ;

Donc pour chasser toute sombre tristesse
Hantez celui qui par sa gentillesse ,.
Son badinage , et son maintien joyeux ,
Et par devis toujours hilarieux
Peut dégourdir votre esprit létargique
Et rapelles votre allégresse antique ,
I
T
Cy I
66 MERCURE DE FRANCE
Et gardez - vous de ces gens composés
Toujours offrant propos moralisés ,
Et dont le rire obscur et méthodique
Témoigne assés leur humeur flegmatique »
Ce sont Pédans , propres à fomenter
Les noirs accès qu'avez à surmonter
Ou si manquez d'enjoüés personnages ,
Prenez Marot , feuilletez quelques pages ;
Là , trouverez en maints charmans Ecrits
De quoi sans doute égayer vos esprits.
Moliere encer, par ses Rôles comiques ,
Peut vous soustraire à vos maux chimériques
Mais plus que tout vin frais et pétillant ,
Chés vos amis pris en verre brillant ,
Est aux soucis un puissant antidote ,
Il vous excite à joyeuse riote ,
Et l'homme austere en devient plus humain ,
Donc quatre mots au vigilant Germain
Bien paraphés , rendus à leur adresse ,
Et puis verrez Liqueurs de toute espece
Troter bientôt , et le long des Buffets ,
Grace à ses soins , former deux rangs complets ;
beau Sire
Bien le sçavez : er verserez ,
Lequel de tous il vous plaira d'élire ,
Et tout à coup célebrant les exploits.
Du Dieu Bachus , mêlerez à vos voix
L'aimable son de la frêle fougere ;.
Et gagerois quelque somme le gere
Car ne fûs one ha zardeux sur ce point )
Qu'alors
AVRIL. 667 1738.
1
Qu'alors seriez plus doux et plus acoint ,
Et plus dispos que tout autre Convive ,
Tant purgeriez votre imaginative ,
De ces pensers tristes et bigarrés ,
Dont à coup sûr vos sens sont altérés ;
1
Oüi .... direz -vous , oh ! ne vous en déplaise
Rayez l'avis : c'est ainsi qu'à son aise
Tout bien portant raisonne sur le cas¸-
Et tout d'abord sçait tirer d'embaras
Un affligé , mais .... quel mal est le vôtre ?
Vous mangez bien , vous dormez comme un autre
Et vous marchez d'un pied léger et sûr ,
Seroit-ce enfin que quelque mal futur
Vous menaçât , répondez , je vous prie ,
Certain Docteur ……. J'entends . . . O momerie f
Quoi ! vous donnez à plein dans le panneau ,
Et vous brouillez encore le cerveau
De fatras tel , laissez jaser Pamphile ,
Et n'allez pas prendre pour Evangile ,
Ce que vous dit l'orgueilleux Medecin ;
Tel tôt ou tard sera votre assassin ,
Qui par langage où vous ne verrez goute,
Et par mots grecs qu'un Malade redoute ,
Va vous promettre en termes positifs
Que par vertu de tels Palliatifs ,
Il vous mettra le corps hors des atteintes
* Nom suposé
}
Cvj
668 MERCURE DE FRANCE
Du mal , objet de vos frivoles craintes ;
O cruel Art ! ô funeste recours !
Qu'ainsi ne soit ; reprenons nos discours ,
Et quand la Parque aux bords des fleuves sombres
Vous aura mis errant parmi les Ombres
Hélas ! vous seul en aurez tout le tort ,
Et l'assassin n'accusant que
le sort ,
Dira , Messieurs , Nature trop bornée
N'a pû tenir contre la destinée
Du Trépassé , qui n'en pouvoit guérir.
Dame , après tout , s'il d . voit en mourir ,,
Suis -je payé pour faire l'impossible ,
Et révoquer un Arrêt infaillible ?
Ce n'est ma faute à moi , puis vous voilà
Bien consolé : croyez après cela
A la Rhubarbe , à la Casse , au Clistere
A ces raisons , qui tenant du mystere ,
Ne sont parfois du Docteur ignorant .
20
Qu'un vain babil et sçavoir aparent .
Or pour conclure , abjurez Hypocrate
Et ses suivans , bien sot est qui se flate
D'avoir par eux guérison de ses maux :
Nature opére , et le fait à propos ,
Bref c'est de tous le plus sage remede ,
Et Drogue nuit souvent plus qu'elle n'aide.
C. B. Lb **
Ce 26. Mars 1738.
REPONSE
AVRIL 669
173.8%
****************
REPONSE de M. Faures à l'observas
tion de M. Roslin , Expert Ecrivain , et
Mathématicien Juré à Paris , sur la Regle
d'Escompte de M. le Gendre , insérée dans
le Journal de Verdun , au mois d'Octobre
1736. pag. 258. et suivantes.
JT
E vous assure que je fus surpris , Monsieur
, lorsque je vis l'observation sur la
Regle d'Escompte que vous fîtes insérer
dans le Journal de Verdun , au mois d'Octobre
1736 , et encore plus de voir qu'elle
partoit de la plume d'un Ecrivain et
Mathématicien de Paris. Deux choses m'empêcherent
de vous répondre dans le temps
la premiere , mes occupations , la deuxième ,
c'est que je m'attendois que quelqu'un, plus
habile que moi , y répondroit. Voici cette
Regle telle qu'elle se trouve dans le Livre de
M. le Gendre , ( vol. in- 12 Edition de 1735+
page 250. ) dont je fais gloire d'être disciple.
و د
Quelqu'un doit 600. livres à payer au
»bout de six mois , et son Créditeur offre
» de lui escompter à 6. pour 1oo. pour six
» mois du jour qu'il voudra le payer ; le Dé
» biteur quatre mois après trouve de l'argent
pour
670 MERCURE DE FRANCE
pour payer sa dette ; sçavoir combien il doit
» payer au bout de quatre mois , au lieu de
600. livres qu'il devoit payer au bout de
» six mois.
Il faut considérer qué puisque le Débiteur
paye au bout de quatre mois , il avance le
payement de deux mois : donc il y aura
escompte à faire pour deux mois ; par conséquent
il faut dire : Si pour six mois on
escompte 6. livres combien escomptera -
f'on pour deux mois ? Réponse, 2. livres pour
100. Ensuite il fait sa Regle en disant : si de
102. livres on paye 100. livres , combien
payera -t'on pour 600. livres Réponse , 5.88.
Livres 4. sols 8. deniers
Vous dites , Monsieur , dans le Journal
page 259. que Mrs Irson et Brunot ont raisonné
de même , mais que ce raisonnement
ést faux ! voici comme on doit résoudre la
Question .
L'Enoncé dit que c'est à 6. pour Ico. pour
six mois ; il est donc évident , que c'est 12.
pour roo par an ; par conséquent je forme
ane Regle de Trois en disant : Si roo. livres
donnent 12. livres par an , combien 600. livres
? le quatriéme terme donnera 72 livres,
pour le gain ou pour la perte , et comme if
faut trouver l'escompte de quatre mois , j'ajoûte
: Quatre mois sont le tiers de l'année ,
par conséquent je prens le tiers de 72. livres
qui
AVRIL 1738.
678
qui est 24. livres , pour la perte ou le gain
de quatre mois ; laquelle somme de 24. li
vres étant ôtée de celle de 600. livres , la
diférence sera $76. livres pour la vraye réponse
, et non 588. livres 4. sols 8. den .
4
Vous dites donc , Monsieur , que la véritable
réponse à la Question de M. le Gendre
est 576. livres , et non 588. livres 4. sols
8. deniers , et moi je soûtiens le contraire
: de plus , il n'est pas évident que puisque
c'est à 6. pour 100. pour six mois , ce soit
12. pour 100. par an. Ne voyez-vous pas que
ce raisonnement péche en ce qu'il oblige le
Créditeur à escompter 12. pour roo . si le-
Débiteur paye du jour qu'il fait son billet ,
ou bien il faut qu'il attende un an pour être:
payé de sa dette. Cependant selon la Question
de M. le Gendre il doit être payé au
bout de six mois sans aucun rabais ; or escompter
à 6. pour roo. et à 12. pour 1oo . ce
n'est pas la même chose ; de plus , être obligé
de payer une dette dans 6. mois ou dans
un an , ce n'est pas non plus la même chose ;
donc votre prétendue évidence n'est pas
telle .
Si un Particulier vous devoit 100. livres
payables dans six mois , et que vous lui eussiez
fait la proposition de lui rabatre 6. livres
, s'il vouloit vous payer sur le champ ; et
qu'enconséquence il vous eût dit : Monsicur
puisque
372 MERCURE DE FRANCE
puisque vous me rabatez 6. livres pour six
mois , il est évident que c'est 12. livres par
an ; je vous demande , que lui répondriezyous
? De plus s'il disoit : Puisque c'est Iz
livres par an , ou vous me rabattez 12. lidans
un an : vres, ou vous ne serez payé que
ne lui diriez- vous pas que son billet est payable
dans six mois , et que lorsque vous lut
offrez de lui rabatre 6. livres , vous ne lui
offrez pas de lui rabatre 12. livres ? Il est
donc constant et certain , que quoique co
soit à 6. pour roo. pour ssiixx mmooiiss , ce n'est
pas 12. pour 100. par an.
07
»
Permettez-moi , Monsieur , de vous demander
ici pourquoi vous prenez le tiers de
72. livres qui est le produit d'une Regle de
Change , et non d'une Regle d'Escompte :
vous me répondrez : Parce que le Débiteur
paya au bout de quatre mois , et que quatre
mois sont le tiers d'une année ; et moi je
soûtiens encore que puisque le Débiteur
paya au bout de quatre mois , il avança donc
le payement de huit mois ; et puisqu'il
avança le payement de huit mois , qui sont
les deux tiers d'une année , il falloit donc
prendre les deux tiers de 72. livres qui sont
48. livres , lesquelles étant ôtées de 600. livres
, reste 552. livres pour la véritable réponse
, lorsque le Débiteur paye quatre
mois après , et non $ 76. livres ; en voici la
preuve
AVRIL 1738 673
preuve en faisant la Regle à votre maniere.
Quand un billet est fait pour un an à 124
livres d'escompte pour 100. si le Débiteur
paye sur le champ , le Créditeur lui rabatra
12. livres pour 100. qui font 72. livres ; mais
comme ilpaye quatre mois après , il fait
donc grace de huit mois : or , puisqu'il fait
grace de huit mois et que
3
les huit mois
sont les deux tiers de l'année , il faut donc
prendre les deux tiers de 72. livres qui font
48. livres , lesquelles étant ôtées de 600. livres
, reste 552. livres pour la réponse : par
conséquent $ 76. livres n'est pas la véritable
réponse à votre Regle, encore moins à celle
de M. le Gendre.
Voyez , Monsieur , à quoi vous a conduit
votre Opération . Puisque c'est à 6. pour
100. pour six mois , il est évident que c'est
12. pour 100. par an : encore si vous n'aviez
fait que changer la Regle d'Escompte en
Regle de Change , à la bonne heure ; en
disant Si 100. livres donnent 6. livres
combien 600. livres ? il vous seroit venu 36
livres pour réponse , et comme le Débiteur
avança le payement de deux mois , qui est le
tiers de six mois , vous auriez pris le tiers
de 36. livres qui est 1.2 . livres, lesquelles 12 .
livres étant ôtéés de 600. livres , il vous seroit
venu 588. livres pour réponse à votre
Regle de Change : mais reculer un payement
674 MERCURE DE FRANCE
et ment de deux mois au de - là du terme
faire payer malgré ce retard 24. livres , cela
n'est pas juste.
,
» Vous dites , Monsieur , page 260. dư
» même Journal de Verdun : Si M. le Gen-
3 dre avoit entendu que le prix de l'Escomp-
» te dût être ajouté à 100. livres , sçachant
» ce que veut dire Escompte , et disant que
» c'est à 6. pour 100. pour six mois , il dess
vroit dire , c'est 12. pour foo. par an , il
» auroit raisonné comme on fait en certains
" Pays en disant: A 100. livres on ajoute 12 .
» livres , il viendra 112. livres le
pour premier
terme , 100. livres pour le deuxième,
600. livres pour le troisième , et il viendra
" pour le quatriéme 64. livres
ز و ر
و د
la
7 pour
» perte de l'année , dont le tiers est 21. livres
pour la perte de quatre mois ; la- » quelle somme étant ôtée de 600. livres , la
❤réponse
sera $ 78 . livres
7
M. le Gendre n'avoit garde de raisonner
de la sorte , il sçavoit trop bien son métier ;
il n'auroit jamais dit que 21 livres fût la
perte de quatre mois , ni de sa Regle ni de
la vôtre. Il est bon d'établir que vous dites
que le débiteur paya au bout de 4. mois ,"
pour vous prouver ce que j'avance , ou cơ
qui suit.
Dans votre Regle , qui est à 12. pɔur
100
A V RI L. 1738. 675
100. par an , le débiteur payant au bout de
4. mois , il fait grace de 8. mois ; donc il
il faut escompter à 8. pour 100. et dire : Si
de 108. livres on paye 8. livres , combien
payera - t'on pour 600. livres ? Réponse , 44.
livres . Avant que de passer outre , faisons
payer le débiteur à 8. mois après ; en ce casà
il n'avancera le payement que de 4. mois,
pour lors il n'y aura escompte qu'à 4. pour
100. disant donc : Si de 104. on paye 4 .
combien payera-t'on pour 600. livres Réponse
, 23. livres
I

Voilà , M. comme auroit raisonné M. le
Gendre sur votre Regle , et comme raisonnent
vos Confreres et tous ceux qui sçavent
ce que c'est qu'une Regle d'Escompte.
Vous dites , M. à la derniere ligne de
votre Observation , que la Regle d'Escompte
n'est pas d'usage à Paris , cependant on s'en
sert à la grande Poste , lorsqu'on veut envoyer
de l'argent en Province. En voici un
exemple. Un Particulier y porte 31 5. livres ,
y compris le port , il demande au Commis
combien il fera tenir de net à Strasbourg ?
Tout le monde sçait qu'il en coûte un sol
pour livre , cela fait 5. pour roo. c'est- à-dire
que de 10s. livres on porte 100. livres là
où l'on veut ; en conséquence le Commis
fait sa Regle en disant : Si 105. livres sont
réduits
676 MERCURE DE FRANCE
réduits à 100. livres , à quoi seront réduits
315. livres Réponse , 300. livres,
La même Regle se pratique chés les Epiciers
, lorsqu'ils veulent tirer la tare , ou
du moins ils doivent la pratiquer. L'Escompte
se pratique aussi à Lion , Tours , Rouen
et dans les Pays Etrangers.
Enfin je conclus que la véritable Réponse
à la question de M. le Gendre est 588. livres
4. sols 8. deniers . Je suis , M. &c.
A MADEMOISELLE DE ……….
Sur le Portrait de l'Hymen , qui a parû
dans le dernier Mercure.
Pour donner de l'Hymeni un plus parfait modele,
C'est vous que sous ses loix ceDieu des coeurs apelle;
Le vôtre fut doué d'assés riches talens
Pour ajoûter encore à ces beaux sentimens ;
S'il faut donc , pour former cette brillante chaîne ,
En trouver un second , n'en soyez point en peine' ;
Moins parfait, mais plus tendre et maître de sa foi,
Je sçais qui peut oser vous répondre de soi
EXTRAIT
AVRIL. 677
1738.
EXTRAIT d'une Lettre de M. L. L. B'
au sujet de l'Annonce de la Mort des
Personnes Centenaires.
L
M. Il m'a paru ,M; par les differens raisonnemens
que j'ai entendu faire sur une
Lettre qui est dans votre Journal de Fé ,
vrier dernier , que le Public aprouve la
pensée de la Personne qui vous écrit de
Touraine , qu'il seroit plus à propos de marquer
dans les Journaux , que tels ou tels
vivest dans telle Ville , Bourg ou Village ,
agés de cent et tant d'années , que d'attendre
qu'ils soient morts , pour nous aprendre
qu'ils ont vécu jusqu'au - delà de cent ans,
Comme les Journaux sont entre les mains
de tout le monde, il se trouveroit des Voyageurs
curieux qui seroient quelquefois portés
à se détourner de leur chemin pour voir
ces vénerables Vieillards centenaires , pour
discourir avec eux et en aprendre des Faits
qui sont souvent contestés , parce qu'on ne
connoît plus de contemporains, qui puissent
en parler ex visu , et les attester. Lorsqu'on
nous aura informé , par exemple , qu'un tel
homme , âgé de cent cinq ans , vit encore
dans un Village d'une telle Province, et qu'il
joust
678 MERCURE DE FRANCE
jouit de tout son bon sens et de sa me
moire , qui empêche qu'on n'aille sçavoir
de lui certaines circonstances douteuses
marquées dans nos Historiens de l'année
1651. ou 52. puisqu'alors cet homme avoit
dix - huit ou vingt ans et ainsi du reste.
Il paroît donc plus utile pour le Public
de sçavoir que tels ou tels vivent actuellement
âgés de plus de cent ans , que de
sçavoir , comme je viens de le dire , qu'ils
ont vécu et qu'ils sont morts. Je compte ,
M. que l'avis du Tourrangeau et le mien
pourront vous attirer quelques Lettres de
differens cantons du Royaume. L'essentiel
sera de s'assurer de l'authenticité de ces Léttres
, et de ne pas donner dans le mêlange
du faux avec le vrai qu'elles pourront contenir.
Hoc enim habet vitium misera mortalitas
, dit un Ancien , ut vera falsis interdum
misceantur. On pourroit nous reproduire des
seconds Jean des Temps, qu'on feroit âgés de
plusieurs siecles, à l'exemple de ce fabuleux
Jean des Temps , que quelques Chroniques
du treiziéme siecle , disent avoir vécu cinq
cent ans .
Je prévois même qu'il pourra vous venir
du fond de la basse Bretagne quelque
Certificat de vie d'une longueur prodigieuse
L'Histoire manuscrite de la Vie de S.Guinga
lois , Abbé de Landevenec , dans le Pays de
Cornouaille ,
AVRI L. 1738. 679
Cornouaille , que l'on m'a prié d'examiner ,
et qui me paroît d'une composition du neuviéme
siecle , faite sur d'anciens Mémoires
marque au feüillet 63. qu'il y avoit un petit
Canton de terre à ce Landevenec, où l'on ne
mouroit pas. On y vieillissoit bien , comme
ailleurs , mais jamais on n'y avoit vû mourir
personne. Nemo in pradictô locô potuit mori ,
sed senectute gravari : Mors enim nequaquam
illuc intrare permittebatur: Senectus autem atate
succedente vetari non valebat. Les Religieux
y vivoient si long- temps , qu'ils devenoient
à charge à eux-mêmes ; tous ennuyés d'être
dans un âge si décrépit , demanderent à
changer de territoire pour pouvoir mourir.
Le Monastere fut construit un peu plus
près du bord de la Mer , et la température
de l'air n'étant plus la même , les Vieillards
cesserent de vivre. Ceci seroit- il une pieuse
fiction de l'Historien , ou une verité fondée
sur la température de l'air ? C'est ce
que je ne veux point examiner, Mais cela
me fait souvenir d'un mot remarquable
de Pline , lequel , en parlant de certains
Hermites de son temps , qui habitoient
dans je ne ne sçai quel coin de la Palestine,
et qui se multiplioient tous les jours , s'exrime
ainsi : Gens aterna in quâ nemo nascitur
nec nubit. Attendons cependant que Mes
sieurs les Bretons nous découvrent cette heureuse
80 MERCURE DE FRANCE
reuse portion de terre si privilegiée. Si la
température de l'air n'est point changée dans
le lieu, voisin de Landevenec, où l'on n'étoit
jamais malade , ce canton doit être trèspeuplé
et par consequent très- facile à reconnoître.
Priez M. des Forges Maillard , ou
Mlle Malcrais de la Vigne , de nous le découvrir
; ce sera une ample matiere pour
exercer sa féconde veine poëtique.
Je suis , & c.
A Paris ce 25. Mars 1738 .
IMITATION -la XII Ode d'Horace ,
Livre II Jam pauca aratro jugera
Regia , &c.
L Es Palais que l'on voit autour de cette Ville
Partout s'étendre et s'élever ,
Du Monde entier vont-ils former l'asile è
Bien-tôt nous n'aurons plus de terre à cultiver .
Nos Vignes , nos fertiles Plaines ,
En superbes Etangs , en Canaux , en Fontaines,
Voyent convertir leurs Guerets ;
Nos Vergers , nos riches Prairies ,
En Portiques , en Galeries ,
Se changent pour trouver du frais.
Pour
AVRIL
681 1738.
Pour orner nos Jardins , tout a changé d'usage ,
On n'y veut plus d'arbre fruitier
On n'y verra désormais d'autre ombrage
Que celui des berceaux de Mirte et de Laurier ;
L'Olivier , utile à son Maître ,
Pour le Plane est proscrit , il n'y doit plus paroître
Que des Parterres et des fleurs ;
On les veut d'espece si rare ,
Que l'oeil ou l'odorat s'égare
Dans les parfums , et les couleurs.
De nos prudens Ayeux suivons-nous les exemples ›
Leurs revenus étoient bornés ,
Cependant nos Cirques , nos Temples ,
Par eux à frais communs étoient des mieux ornés;
L'Etat avoit des fonds immenses ,
Qu'on trouvoit toujours prêts à fournir aux dépenses)
Qu'exigeoient les besoins pressans .
On eût alors traité de crimes
Ces
ambitieuses maximes ,
Qui ruinent nos descendans.
*
Ces respectables Loix , ces Reglemens si sages
De Caton et de Romulus ,
Rome , pour toi quels funestes présages !
Qu sont- ils maintenant tu ne les connois plus."
D
882 MERCURE DE FRANCE
Un vain luxe s'accroît sans cesse ,
Tu vois tes Cytoyens plongés dans la molesse
Suivre aveuglément leurs désirs ;
Ce Peuple formé pour la guerre ,
Ces fiers Conquérans de la Terre ,
Sont les Esclaves des plaisirs.
Par M. Desp X. de l'Académie
Royale d'Angers.
REPONSE de M. Menard, Conseiller au
Présidial de Nîmes , à la Lettre anonyme.
qui lui a été adressée au sujet de son Histoire
des Evêques de Nîmes , dans le Mercure
de Janvier dernier.
V
Otre Critique me fait,Monsieur, beau
coup d'honneur , je n'ai pas lieu mêq
me de me plaindre des traits que vous me
portez ; il succede toujours à ces traits un
baume agréable qui fait que je ne m'en sens
presque pas. Vous me censurez d'une maniere
très polie qui me flateroit infiniment ,
si je méritois les éloges dont vous parsemez
votre Lettre. Je ne fais point ici le glorieux,
et je confesse ingénûment que votre censure
pouvoit aller plus loin.L'Ouvrage dont vous
avez fait la lecture , demandoit assurément
toute
AVRIL 1738. 6839
route l'indulgence avec laquelle vous m'avez
traité , car il seroit dur de n'en pas avoir
un peu pour les premiers fruits d'une nouvelle
plume.
Quand j'ai entrepris celui - ci , je n'ai eû
en vûë que l'illustration de ma Patrie , et
j'ose dire aussi , la gloire de la Religion . Il
est vrai que l'entreprise étoit au - dessus de
mes forces , que j'avois presque un cahos à
débrouiller et des obscurités infinies à péne
trer ; mais si on n'avoit pas quelquefois un
peu de témerité , combien d'Ouvrages extremement
utiles , dont la République des
Lettres se trouveroit privée ! C'est toujours
beaucoup que j'aye frayé le chemin à ceux
qui viendront après moi , et que j'aye ou
vert une carriere qui pourra mieux être fournie
dans la suite. Vous en convenez vous
même, M. puisque vous dites qu'il y a quand
tité de recherches curieuses dans mon Histoire.
Vous me reprenez des fautes de langage
; elles sont assés excusables dans un
Auteur qui n'est jamais sorti de sa Provin
vince. Il me suffit d'avoir un style passable.
Ce n'est point le choix des termes , ni l'arrangement
des phrases , ni la proprieté des
mots qui rendent une Histoire élégante ct
digne d'être lûë. La vivacité des pensées , le
choix des raisons , le feu de la narration, sont
seuls capables de faire goûter un Ecrivain ,
Dij Cepen
584 MERCURE DE FRANCE
Cependant oserai -je , M. vous rapeller ce
que l'Auteur de la Lettre du Mercure de
Novembre dernier a dit de moi à ces sujets,
en parlant de la diversité des suffrages ? Selon
lui , les uns soûtiennent que 'mon style
est semblable à celui de M. Fleury ; les
autres le disent obscur et rampant. Quelle
étrange contrarieté de sentimens ! car enfin
avons - nous dans notre Langue quelque cho
se de mieux écrit que l'Histoire Ecclesiastique
de ce sçavant Abbé et où il regne
une plus noble simplicité , et tout ensemble
une clarté et une netteté plus admirables
? Caracteres bien oposés , sans doute
,
,
à l'obscurité et à la bassesse du style.
Me voilà donc , au jugement de quelquesuns
, imitateur du plus excellent Ecrivain
que la France ait produit , et c'est assurément
le plus grand éloge auquel je puisse
jamais aspirer , je n'ai garde de croire l'avoir
mérité. Au jugement de quelques autres
, je ne suis rien moins que cela ; l'obscurité
et la bassesse sont le partage de ma
plume. Comment accorder des avis si diamétralement
oposés ? La clarté et la simplicité
même d'un côté , et l'obscurité de
l'autre C'est donc un effet de la prévention
: et je dis avec vous qu'elle est toujours
fatale et toujours nuisible dans les
jugemens des Auteurs , où l'on ne suit que
ses affections particulieres.
Quoi
AVRIL 17387 681
Quoiqu'il en soit , si mon style est suportable
, comme vous en convenez , il faut
me passer les fautes que j'ai pû faire contre
la Langue. Rien ne prouve mieux que ces
fautes ne diminuent pas le prix d'une Histoire
, que l'aprobation universelle que l'on
a donnée à tant d'Auteurs celebres et distingués
parmi nous , aux Memoires de M.
de Montluc , aux OEuvres de M. de Choisi ,'
telles que son Histoire de S. Louis , et ses
Voyages de Siam , aux OEuvres Historiques
de M. Marsollier. Tous ces Auteurs , auxquels
pourtant je ne me comparerai jamais ,
ont un style excellent : on les lit avec un
plaisir infini. Ils ont écrit d'une maniere vive
et interessante , qui attache extremement le
Lecteur , quoique la pureté de la Langue y
soit blessée en bien des endroits. M. Marsollier
, sur tout ,
sur tout , pour avoir trop demeuré
en Province , y employe souvent des locutions
qui sentent le terroir ; on y trouve
quantité de fautes contre la Langue . Cependant
il n'en est pas moins estimé . Il en est
de même des autres Auteurs que j'ai cités ;
ils n'ont pas laissé d'enlever les suffrages du
Public , et on les lira certainement
avec plaisir
, tant que le bon goût sera en vigueur
dans la Nation. Après tout , quel est l'Auteur
à qui il n'échape quelques-unes de ces
fautes ? Nos plus grands Maîtres , M. de
D iij Vaugelas į
686 MERCURE DE FRANCE
Vaugelas , le P. Bouhours , ont eux - mêmes
peché , contre leurs propres Remarques .
Vous dites , M. que mes Episodes occupent
quelquefois trop de place , que je répands
trop d'érudition en des endroits où il
n'en faudroit pas , et que mes transitions
n'unissent pas assés les faits ; mais ne perdez
pas de vûë le principal objet de mon
Ouvrage. J'ai voulu instruire le Public , mes
Compatriotes , des Chrétiens ; j'ai voulu
informer les uns et les autres de la naissance
et des progrès de la Religion , dans
nos contrées. Pouvois -je lier les faits sans
y enchasser ce qui a quelque raport à la
Foy ? J'ai voulu donner tout le jour possible
à l'Histoire du Christianisme dans ces
Cantons ; et c'est pour cela que j'ai raporté
des Extraits sommaires des Conciles où
nos Evêques assisterent , un détail circonstancié
des troubles de la Religion , la fondation
de tous nos Monasteres. J'ai remonté
jusqu'aux sources les plus éloignées. Tout
cela m'a obligé de ramener des faits généraux
, parce qu'ils avoient une connexité
évidente avec nos faits domestiques . C'étoient
là mes matériaux ; or il n'étoit pas
possible de les employer et de construire
'Edifice , sans user de transitions , d'épisodes
et de recherches qui vous paroissent
hors de leur place , mais qui sont indispen
sables
AVRIL 1438: 889
Sables dans un Ouvrage de cette nature.
C'est aussi par cette multiplicité de faits
domestiques ou étrangers , que mon travail
a été extremement pénible ; et par -là même ,
il ne seroit pas étrange qu'il me fût échapé
quelques fautes. Les Mémoires sur lesquels
travaille un Historien , l'entraînent quelquefois
dans des erreurs de fait ; ce sont
des guides sur lesquels il se repose , et qui ne
laissent pas de l'égarer. La Lettre du Mercure
de Novembre dernier raporte qu'on a
repris l'endroit de mon Histoire sous l'Episcopat
de M. Cohon , où je dis
que le
Roy Louis XIII. donna la Théologale aux
Jésuites. C'est une faute qui m'a échapé
car il faut être de bonne foi en tout , et je
ferai toujours gloire de profiter de ces sor
tes de remarques qui tendront à assurer
la vérité. Je ne suis point le garant de mes
Memoires , ils sont eux-mêmes les miens ,
et je souscris à leur condamnation , s'ils s'écartent
du vrai. Il est constant que la Théologale
n'a jamais été, séparée du Chapitre
de Nîmes ; elle ne sçauroit l'être , soit par
le Droit commun, soit par les Reglemens de
cette Eglise . Ce fut seulement sous le Regne
de Louis XIII . que les Chanoines commencerent
d'employer les Jesuites pour prêcher
dans leur Eglise , la Dominicale , l'Avent , le
Carême et les autres jours accoûtumés . Ils au-
D iiij
roient
88 MERCURE DE FRANCE
roient pû se servir de tout autre Ordre, com!
me ils ont fait quelquefois. Leur Bulle même
leur a laissé le pouvoir de confier ces Fonctions
à des Religieux Mandians ; de sorte
que s'ils ont employé les Jésuites , c'est par
une volonté qui leur est fort libre , et par
une prédilection , dont ces Religieux sont
très -dignes.
à
La Lettre dont j'ai parlé , dit encore , que
je n'aurois pas du avancer que Campagné et
Signan avoient été acquis par le Chapitre , ce
qui n'est pas ; puisque ces Domaines lui ont
été donnés par les Comtes de Toulouse. J'ayoüe
que je ne
je ne m'attendois
pas une Censure
si vétilleuse , du moins dans le Pays des
Lettres ; elle ne me paroît propre que pour
celui de la Chicane. Posseder à titre d'acquisition
, ou posseder à titre de libéralité ,
ne sont pas des choses fort oposées chés un
Historien . Mais je pousse ma défense plus
loin , et je dis que je n'ai rien avancé que sur
la foi de Garants
respectables et estimés : je
parle de Messieurs de Ste Marthe , qui l'ont
dit de même dans leur Gallia Christiana ;
- je les cite à la marge : c'est sous l'Evêque
Ugbert.
Reprenons par degrés les Articles de votre
Critique . Vous dites que je n'ai point assés
parlé des Chanoines de Nîmes , qu'à
peine sçauroit- on qu'il y en a,si je n'avois raporté
AVRIL.
1738 689
porté leur Bulle de Sécularisation. Je ne veux,
Monsieur , pour ma justification , que mon
Ouvrage même , j'y parle presque par tout
de l'Eglise de Nîmes , de son accroissement,'
des Prêtres préposés pour la servir , qui sont
les Chanoines , de leurs diférens Etats , de
leur Réforme sous la Regle de S. Augustin ,'
de leur Sécularisation , en un mot de tout ce
qui les regarde, d'important et de considérable
: ainsi il ne tient qu'au Lecteur de s'instruire
à fonds sur cet article .
Vous vous plaignez de ce que j'ai raporté
cette Bulle : vous lui donnez le titre de grande
, sans doute parce que la lecture que vous
en avez faite , vous a grandement ennuyé ,
et que vous avez peut-être bâillé plus d'une
fois avant que de l'avoir achevée . Cette Bulle
pourtant étoit une Piece trop essentielle aur
sujet que je traitois , pour la suprimer . Le
Lecteur curieux , et plus patient que vous
n'avez été , y aprend dans sa source le détaif
des circonstances , des clauses et des conditions
de cet important changement , qui a
donné une face nouvelle à l'Eglise de Nîmes :
Si la Latinité en est détestable , car je ne'
. veux rien diminuer de la force et de l'étenduë
de votre ironie , si les périodes y sont
d'une longueur accablante , si les pensées y
sont obscures et diffuses , il ne s'en faut pas
prendre à moi ; c'est plutôt à la barbarie et à
DV Figno
690 MERCURE DE FRANCE
l'ignorance du Siecle où cette Piece fut enfantée
. Un Historien qui veut produire les
Actes anciens qui servent de fondement aux
principaux faits qu'il raporte , ne doit - il
donc s'attacher qu'à ceux qui sont écrits dans
la pureté de leur Langue originale , dans le
stile Ciceronien , en un mot qu'à des Pieces
'Académiques ? Quelles fautes n'auront donc
pas commises nos plus célebres Ecrivains ,
les Baluzes , les Catels , les la Failles , les PP.
Benedictins , et tant d'autres qui ont enrichi
leurs ouvrages de quantité de Pieces justificatives
, Latines ou Gauloises , qui sont de
véritables monstres dans la Langue même
où elles ont été dressées. Ainsi , Monsieur ,'
la Bulle que j'ai raportée aurą ses avantages ,
les Membres du Chapitre de Nîmes , les
Curés qui desservent leurs Paroisses , et diverses
autres Personnes intéressées ou curieuses
, la verront avec plaisir , à la suite de
cette Histoire Ecclésiastique.
Vous n'en dites pas autant des Statuts Synodaux
, vous les trouvez très - beaux ; mais
comme il y a quelques endroits qui tiennent
de l'ancienne et primitive Discipline de l'Eglise
, vous auriez voulu que j'eusse donné
F'explication de ce qui peut paroître obscur.
Faites attention que le Commentaire de cette
Piece m'eût jette bien loin , il auroit fallu
pour cela un Ouvrage séparé , qui auroit
grossi
AVRIL 1738. 691
grossi l'Ouvrage de plus de la moitié , et qui
d'ailleurs paroît assés étranger aux Matieres
Historiques qui concernent la Ville de Nîmes.
L'endroit qui vous a le plus frapé , est celui
de la permission que ces Statuts accordent
de se confesser , en cas de mort , à un Laïque.
L'ancien Auteur du Livre De la vraye
et de la fausse Pénitence , raporté parmi les
Oeuvres de S. Augustin , en avoit dit autant ;
c'est-à-dire , " Que la force de la Confession
» est si grande , que si l'on ne peut la faire à
» un Prêtre , on la fasse à un Laïque : il est
vrai que cet usage paroît absurde, il est du
moins bien contraire à celui d'aujourd'hui ,
où l'on ne connoît d'autres Confessions que
celles qui se font à des Prêtres , dans quelque
extremité que l'on se trouve ; cependant cet
endroit ne contient point d'absurdité , surtout
auprès des Personnes éclairées : Or c'est
pour elles seulement que j'ai raporté ces Statuts
; elles sçavent que cette sorte de Confession
ne se faisoit que par humilité , sans
que l'Eglise ait jamais prétendu donner aux
Laïques le pouvoir de l'Absolution Sacramentelle.
J. C. lui-même ne confia le dépôt
des Clefs qu'aux Prêtres en la
Apôtres. S. Thomas nous en donne une raipersonne
des
son bien naturelle..
Dvi 22 U
692 MERCURE DE FRANCE
""
» Il est raisonnable , dit ce S. Docteur, *
» que ceux- là seuls à qui J. C. a donné un
pouvoir sur son Corps naturel , ayent aus
>> si un pouvoir sur son Corps Mystique , et
qu'ils puissent donner aux Fideles
» rémission des péchés , les moyens de s'a
procher de l'Eucharistie , puisqu'ils ont
seuls le pouvoir de consacrer.
وو
ود
par
la
Il en est de cette Confession , faite à des
Larques , comme de celle que l'on faisoit
aux Diacres , à qui l'Eglise avoit autrefois
permis l'Absolution et la reconciliation des
Pénitens en cas de nécessité , et en l'absence
des Prêtres : c'étoient là de simples Cérémonies
introduites pour exciter la Contrition
et l'Amour de Dieu , dans le coeur d'un
Mourant ; et non pas des Absolutions Sacramentelles.
C'est encore en ce sens qu'il
faut entendre le Passage de l'Auteur du Livre
De la vraye et de la fausse Pénitence ;
mais qu'entreprens - je ici ? insensiblement
vous me forcez à sortir de mon état , et ce
n'est point à un Ecrivain Laïque à se mêler
des Questions de Théologie .
Vous êtes scandalisé de ce que j'ai nommé
de certaines Familles , qui eurent part aux
troubles de Nîmes dans le XV I. Siécle ,
parce qu'elles peuvent subsister encore. Je
* Quast. 8 , Supplem. Art. x.
devois,
$
AVRIL. 1738% 224
devois , dites- vous , pallier les faits , cacher
les circonstances qui ne leur font pas honmeur.
Quel monstrueux principe avancezvous
là , Monsieur ! Quelle hérésie en matiere
d'Histoire ! car je ne sçaurois donner
d'autre terme à votre maxime. Quelles Loix
pernicieuses ! elles tendent à détruire tout le
prix de cette sorte d'Ouvrages : si elles
étoient admises , c'en seroit fait : on ne dis
ringueroit plus l'Historien du Faiseur de Ro
mans. Il pourroit devenir Apologiste et Accusateur
à son gré , et selon ses vûës , par
les tours et les faces qu'il donneroit aux événemens
; et de conséquence en conséquence ;
faire un Achille d'un Thersite , et un Néron
d'un Domitien. Il parviendroit, dis- je, à placer
dans le Temple de Mémoire , le Prince
le plus décrié par ses vices et par ses cruautés
comme celui qui auroit été les dé
lices de ses Peuples , et qui se seroit rendu
recommandable par l'éclat de ses Vertus.
Devois-je passer sous silence les souffran
ces et la mort glorieuse de tant de généreux
Catholiques , qui furent martyrisés pendant
les troubles de la Michelade ? N'étoit - ce
pas là un des morceaux les plus intéressans
de l'Eglise de Nîmes ? La Postérité plus
juste , et peut-être moins aveuglée , trouvant
dans nos Archives publiques la Procedure
même qui instruit de tous ces faits , odieux
,
pour
94 MERCURE DE FRANCE
pour les uns , mais glorieux pour les autres
n'auroit - elle pas été en droit de m'accuse
'd'infidélité , de prévarication , et même d'ir
religion , puisque j'aurois caché des faits s
honorables à la Foy que j'ai l'honneur d
professer je dis honorables , parce que
malgré toutes ces atteintes , elle n'en est qu
plus ferme et plus florissante , selon les promesses
de J. C.
Cessez donc , Monsieur , de me faire une
objection si peu fondée. A - t'on reproché à
M. de la Faille d'avoir inséré dans les Annales
de Toulouse , les faits qui concernent l
meurtre du Premier Président Duranti , er
ceux qui regardent les troubles des Albigeois
et des Huguenots , parce que ces faits
retombent sur des Familles qui subsister
encore ? A-t'on fait un crime a Gilbert Bur
net d'avoir donné l'Histoire de ce qui se pas
sa en Angleterre pendant sa Vie , qui fut le
siécle le plus orageux qu'on eût jamais vi
dans cette Monarchie ? je parle de l'Admi ÷
nistration de Cromwel , et cela parce que les
Familles intéressées dans ces troubles étoient
en vigueur , au temps même qu'il écrivoit.
A- t'on reproché au P. Daniel d'avoir raporté
dans son Histoire de France , la part que le
Roy Charles IX. eut à la terrible Journée
de S.Barthelemi ? Et combien d'autres Histoxiens
qui sont dans le cas où je me trouve ,
ct
AVRIL 893 1738.
et
que l'on n'estime que par ce même endroit
, je veux dire par leur assujétissment à
la vérité , dont ils ne se sont jamais écartés ?
,
Enfin , Monsieur , pour finir avec vous ?
on attend , dites- vous , mon Histoire Civilé
et Litteraire de la Ville de Nîmes ; je l'ai
promise , il est vrai , c'est une dette que j'ai
contractée envers le Public et j'espere
m'en acquiter bientôt : mais je n'ai garde de
penser qu'on l'attende avec empressement ;
et moins encore de croire , que ma Patrie
m'en doive de la reconnoissance , comme
vous dites , je lui dois mes veilles et mes
soins , mais elle ne me doit rien.
Du reste, l'Ouvrage qui a donné lieu à votre
Lettre , ne sçauroit m'avoir honoré de
cette glorieuse impatience , dont vous parlez
, à moins que vous ne l'entendiez des
Matieres qui doivent entrer dans le nouvel
Ouvrage ; car par cet endroit là , je ne
disconviens pas qu'il ne puisse avoir des attraits
pour quelques Lecteurs. Les Antiqui
tés , les Inscriptions Romaines , les Statues ,
les Médailles , et tout ce qui nous reste des
Anciens , y tiendront un rang considérable.
Je ne sçache pas que M. Deveze ait entrepris
de raporter nos anciennes Inscriptions, peutêtre
vous êtes-vous mépris. J'ai toujours oüi
dire qu'il ne s'attachoit qu'à la Vie des Hommes
illustres de la Province de Languedoc .
Le
3 MERCURE DE FRANCE
Le Poëte François Menard y aura place sans
doute , comme il en aura aussi une dans
mon Ouvrage. Vous le dites mon Ayeul , il
me seroit sans doute bien glorieux de descendre
de lui en ligne directe , mais je ne lui
apartiens que par la Ligne Collaterale , je
n'aime point à me donner une fausse gloire,
et une extraction chimérique . Ses Ouvrages
sont très bons , et je pourrois un jour en
donner une nouvelle Edition. Il ne faut pas
le confondre avec François Maynard , Poëte
comme lui , qui étoit fils de Gerauld , Conseiller
et Arrestographe du Parlement de
Toulouse , c'est une autre Famille ; vous
voyez même que leurs nnoommss s'écrivent bien
s
diféremment.
-
Il me reste à vous assûrer , Monsieur, que
je suis très-parfaitement , &c.
A Nimes le 10. Mars 1738.
********************
REPONSE à la Question proposée dans
le second Volume du Mercure du mois
de Décembre 1737-
Puisque sur les fils de D'aïñon
Chacun a donné sa pensée ,
Je veux aussi sur cette Question
Donner la mienne , et sauf correction ,
Si l'on la juge être la moins sensée.
La
AVRIL
17388 697
La Nature en nos coeurs porte des sentimens
Qui produisent toujours diférens mouvemens
Cette maxime bien posée ,
Quel est l'amour d'un fils tranquille et languissant,
Quand des entrailles de son Pere
Il voit couler son propre sang
D'une vive amitié rien en lui n'est garant.
Dans la conduite de son frere
Je ne sçaurois encor rien trouver de touchant ,
Ce qu'il fait est fort ordinaire ; •
Il soulage , il est vrai , son Pere en cet instant ,
Mais en pareil événement
La pitié seule fait tout faire .
C'est dans le troisiéme au contraire
Que le coeur parle par la main ,
La sensibilité prouve assés sa tendresse ,
C'est par lui qu'à ses pieds expire l'assassin!
On ne forme jamais un semblable dessein
Que pour venger Ami , Parent , Femme , ou Maî
tresse :
Et c'est ainsi que je conclus ;
Quand on aime quelqu'un , et qu'on voit qu'on l'of
fense ,
Lovk
398 MERCURE DE FRANCE
Lespremiers mouvemens sont ceux de la
Celui qui venge aime le plus.
vengeances
Par M. Valois Dorville.
**************************
AUTRE REPONSE
à la même Question
DEE ce Pere qu'on assassiné ,
Environné de ses trois fils ,
L'an est , à ce que j'imagine ,
Un emporté que le courroux domine ;
L'autre un effeminé , dont les sens engourdis
L'empêchent d'être secourable
A son Pere qui peut expirer à ses yeux :
Mais le troisiéme est estimable ,
Les momens lui sont précieux ,
Il tourne tous ses soins du côté de son Pere ,
Pour lui conserver la lumiere :
Celui-là doit aimer le mieux.
Par M. Laffichard.
On a du expliquer l'Enigme et les Logo
gryphes du Mercure de Mars , par le Mou
choir : Imprimeur , Cloison Munster Sebastien
, Planeta , Dedecus , Pavor , Gallina,
Lucas,
>
و
AVRIL 699
17383
Lucas , et Grex. On trouve dans le cinquiéme
Logogryphe , Planta , Talpa , Lana ;
Lata. Dans le sixième , Decus , Deus , Du
tes. Dans le septième , Pavo , Ova , Ora.
Dans le huitième , Gallia , Anglia , Lana.
Dans le neuvième , Lacus , Laus , Acus ; et
dans le dixième , Rex.
ENIGM E.
Suivant la Loi que l'on m'impose ,
Je cours Ou bien je me repose ;
>
Je m'étends en longueur ; enfin
De mon pied j'avance chemin .
De douze mâles je suis pere ,
Sans avoir jamais vû leur mere :
Leurs filles , dont je suis l'Ayeul ,
Et dont la charge est sur moi seul ,'
Composent , sans en rien rabattre ,
Le nombre cent quarante - quatre,
Mon nom n'est pas mystérieux ,
Lecteur , puisqu'il est sous tes yeux.
Par M. Desnoyers, Lieutenant Particulier
En la Prevôté d'Estampes
.
LOGOGRYPHE
700 MERCURE DE FRANCE
**************************
"
LOGOGRYPHE.
ADeviner mon nom doit peu
Entier je suis un monstre utile .
coûter
Otez mon plus lóng membre , alors à m'écouter
On prend toujours peine inutile.
Par le même;
AUTRE.
Ans un seul mot François quarante-deux Latins }
Voici Lecteur ce que je te présente ,
Exerce -
Itoi , combine et tente ,
Peut-être feras -tu d'abord des efforts vains.
Eva , Gula , Lea , Tela , menta , Telum ,
Augmen , Age , Luná , Levamen , Tegulum.
Eventum , Alumen , Ulna , V'élum , Lumen
Lutea , Manteum , Velamen , Legumen.
Vena , Vale , Gena , Tegumen , Legatum ,
Tegula , Metula , Male , Naulum , Altum¡
Multa , Meta , Gelu , Luma , Lutum,Agmen}
Elementa , Vage , Lena , Mel, Vel , Amen,
AUTRE.
"Dans neufLettres trouvez Jacob ,
Luc, Col , Lac , Pau , Poil , Vil , Bac , Job ,
Joignez-y
AVRIL: 17388 701
Joignez -y Bloc , Poli , Vol , Coup ,
Bouc , Clou , Val , Po , Cap , Bal , et Loup ;
Ajoûtez - y encore La ,
Vous trouverez ...
J
Par J. B. Ollivier , à Marseille
AUTRE.
E porte Lin , je porte Lime ,
Je porte Crin , je porte Crime ,
Je porte Mi , je porte Miel ,
Lecteur , mon nom est . . . . . . .
* Par Duchemin ;
JE
AUTRE.
E porte Paon , je porte Pia ,
Je porte Laon , Je porte Lin
Je porte Poil , je porte Pline ,
Lecteur mon nom est ....
?
Par le même.
AUTRE
E porte Fi , je porte Foi ,
e porte Ri , je porte Roi ,
porte Feu , je porte Dure ,
esteur , je m'apelle ........
Par le même:
AUTRE
702 MERCURE DE FRANCE
JE
AUTRE.
E porte Lin , je porte Lange ,
Je porte Gain , je porte Gange ,
Je porte Nain , je porte Nique ,
Lecteur , mon nom est .
JE
Par le même.
AUTRE,
E porte Gan , je porte Gain ,
Je porte Van , je porte Vin ,
Je porte Ne , je porte Nain ,
Lecteur , mon nom est . . .
i
Par le même
JE
AUTRE.
E porte Si , je porte Son ,
Je porte Mi , je porte Mon ,
Je porte Sa , je porte Nom ,
Lecteur , je m'apelle . . . . .
JE
Par le même:
AUTRE.
E porte Ris , je porte Rame
Je porte Lis , je porte Lame
AVRIL 1738.
703
Je porte Sel , je porte Seille ,
Lecteur , je m'apelle ....
Par le même,
AUTRE.
E porte Me , je porte Mur >
Je porte Re , je porte Cur ,
Je porte Mer , je porte Mûre ,
Lecteur , je m'apelle · ..
Par le même
AUTRE.
JE porte Mi , je porte Miche ,
Je porte Ni , je porte Niche ,
Je porte Duc , je porte Hedin , "
Lecteur mon nom est ..
>
Par le même
LOGOGRYPHUS
LEctor , sacra colo locą ; si me vertere cures 3
Prima , secunda , dein quarta , ero pars volucris
i caput et collum jungantur , et ultima quartam
Praveniat ; turpis , mefuge , ludus era.
ltima si trina subigatur , prima secunda
Humanam pellem vestio , fortè tuam,
704 MERCURE DE FRANCE
Si collum primam , si tertia et ultima quintam
Pracedant ; domuum me super alta vides.
Quartam et postremam si tandem quinta sequatur ,
Me sine , mortalis vivere nemo potest.
Par le même,
ALIUS.
SEctus per medium , sex deno tempore vivo
Integer , edoceo carmina salsa vafer ;
Viscera tolle mihi , locus urbis dicor amoenus ;
Si caput invertas , vertor in axe meo.
Par le même.
ALIUS.
Tolle caput , volito , arridet mea cauda tyranni.
Integra, sum venti ludibriumque maris .
Par le même.
NOUVELLES LITTERAIRE
R
DES BEAUX ARTS.
ELATION de la Captivité et du Rachar
de treize Esclaves Marseillois , pris sur ▲
Vaisseau du Capitaine Alary , dédiée à Mr
Directeurs de la Rédemption générale de
pauvre
AVRIL 1738
705
pauvres Esclaves de Marseille et son Territoire.
Par un des XIII. Esclaves. Brochure
in 4. A Marseille , chés D. Sibie , Imprimeur
Libraire sur le Port , 1738.
Cette Relation est une Piece touchante
et pathétique qui expose bien naïvement
et sans aucun des ornemens de l'Art , la sinistre
avanture arrivée à treize Marseillois ,
malheureusement embarqués sur un Vaisseau
, lequel fut la proye d'un impitoyable
Corsaire de Salé , au commencement du
mois de Novembre 1736. Jamais Esclavage
, au raport de l'Auteur , ne fut plus dur ;
la peinture en est affreuse ; heureusement le
temps de cet esclavage fut abregé par les
soins paternels des charitables Directeurs , à
qui la Relation est adressée , lesquels don
nerent des ordres absolus et sans limites
pour un prompt rachat. Ces ordres furent
executés par les sieurs Masson , Négocians
François à Cadix , par l'entremise de M.
Fabron , Secretaire du Roy , ancien Echevin
de Marseille . Ils furent secondés par
M. Boutheler , Négociant Irlandois , qui , dit
l'Auteur , n'agissoit que par principe de Religion
, et se servit heureusement du grand
commerce où il étoit avec le Gouverneur
de Tanger , sçachant d'ailleurs fort bien
P'Arabe et pouvant se passer du ministere
suspect des Interprétes Juifs .
E Enfin
706 MERCURE DE FRANCE .
Enfin ces pauvres Esclaves rachetés partirent
de Tanger le 28. Janvier 1738. et eurent
le bonheur d'arriver à leur Patrie le
3. Mars dernier.
" On trouve dans cette Relation la confirmation
de tout ce qui a été dit de l'état
déplorable où sont les Chrétiens Esclaves.
en Barbarie , dans une autre Relation , traduite
de l'Anglois et imprimée à Paris ,
chés Pissot , en 1726. dont nous avons rendu
compte en son temps . L'Auteur Anglois ,
qui , comme le nôtre avoit éprouvé ce
dur esclavage , l'apelle une Fournaise d'affliction
, &c .
TRAITE' HISTORIQUE de la Musique
vocale et instrumentale de toute espece
chés les Anciens et les Modernes.
Un Auteur qui travaille à cet Ouvrage ,
nous prie d'en publier le titre , et d'inviter
les Sçavans sur ces matieres , à le secourir
de leurs lumieres , ou par les Memoires
qu'ils pourroient avoir , à l'adresse générale
du Mercure de France , ou chés les Libraires
qui le débitent.
LE JEU DE QUADRILLE , avec le
Médiateur et la couleur favorite . A Paris ,
chés Théodore le Gras , au Palais . Brochure
in 12. de 71. pages .
On
AVRIC. 1738. 707
On donne dans ce petit Ouvrage une
idée du Jeu de Quadrille , qui explique la
valeur des cartes , comment il faut jouer ce
Jeu , avec l'ordre qu'on doit observer en
le jouant , soit pour tirer les places , donner
les cartes , les Prises ou Enjeux ; la maniere
de parler , de jouer en apellant , de
jouer sans apeller , de la Bête , de la Vole ,'
&c. de la maniere de marquer le Jeu et
de le payer. Des Jeux qui peuvent être
joüés , &c. du Roy rendu , &c.
QUESTION DE MEDECINE agitée dans
les Ecoles de Médecine de Paris, sous la présidence
de M. Peaget , Docteur en Medeeine
de la même Faculté, sçavoir, si les observations
des Médecins sont plus favorables à
la Friction , qu'à la Fumigation , pour le traitement
des maladies veneriennes.
LA CONVERSION D'UN PECHEUR , réduite
en Principes. Ouvrage du P. François de Salazar
, de la Compagnie de Jesus, traduit de
l'Espagnol , par le Pere de Courbeville , de la
même Compagnie , in-8 ° . 1738. à Paris chés
Rollin , fils , Quai des Auguftins.
LES OEUVRES de M. l'Abbé de Pons , fe
trouvent à Paris , chés Prault , fils , Quai
de Conti , vis - à - vis la defcente du Pont-
Eij Neuf,
08 MERCURE DE FRANCE
Neuf, à la Charité . 1738. in - 8 ° . de 354. pagi
fans l'Avertiffement & un Mémoire fur l'Au
teur.
ORAISON FUNEBRE du Prince Eugene de
Savoye, par M. Dominique Paffionei , Archevêque
d'Ephéſe , Nonce Apoftolique auprès
de l'Empereur. 4 Padoue 1737. in - fol. da
92. pag. L'Ouvrage eft en Italien.
L'ESPRIT DE DIVORCE , Comédie repréſentée
pour la premiere fois par les Comédiens Ita
liens ordinaires du Roy le 27. Fevrier 1738 .
Par M. DE MORAND. A Paris chés Merigot;
Quay des Auguftins , à S. Louis près la ruë
Gist- le-Coeur. 1738.
Nous avons donné l'Extrait de cette Comédie
dans le dernier Journal , & nous lui
avons rendu la juftice qu'elle mérite ; ce qui
nous dispense d'entrer dans un nouveau dé
tail là- dessus. Nous devons seulement assurer
le Public qu'elle ne perd rien à être éxaminée
de près , & qu'elle ne fait pas moins de plaisir
à ceux qui la lisent , qu'à ceux qui en ont
vû les Repréſentations. L'élegance du style !
la justesse du Dialogue & l'exactitude de la
conduite s'y font remarquer. C'eſt- là ce qui
décide d'une Piéce : les succès du Théatre
font passagers & accidentels , mais ceux de
la lecture font conftans , & ne dépendent que
du mérite de l'Ouvrage,
DE
AVRIL 1738 709
T
DE ANTIQUIS Ecclefia Ritibus Libri &c.
à R. P. Domno Edmundo Martene , Presbi
tero & Monacho Benedictino è Congreg. fancti
Mauri. Editio fecunda,ab eodem Authore tertiam
ultrà partem aucta &c. Antuerpiæ Typis
J. Baptista de la Bry,
C'est ici une feconde Edition du curieux
& fçavant Ouvrage du R. P. Dom Martene ,
fur les anciens Rits de l'Eglife , augmentée de
plus des deux tiers avec de nouvelles Tables
3. vol. fol. à Anvers 17 36.
Presqu'en même tems que cet Ouvrage a
paru en France , nous avons reçu le Prospectus
du III . Tome, que le fieur Malatesta Imprimeur
de Milan, a pris la peine de nous envoyer.
Car fans vouloir entrer dans les misteres
de la Librairie Italienne , ceſt à Milan ,
et non à Anvers que ce Livre a été imprimé,
et parfaitement bien imprimé. Le Prospectus
en Langue Italienne eft adreffé aux Sçavans
, de cette maniere : A gli Vomini Dotti
Gienfeppe Richini Malatesta Stampatore Regio
Ducale di Milano. En louant l'Ouvrage
comme il le mérite , & en parlant des augmentations
importantes contenues dans ce
troifiéme Volume , on rapporte en preuve
dans le Prospectus , l'Avertiffement que Dom
Martene a mis à la tête du même Volume.
,
Nous n'entrerons dans aucun détail fur cette
feconde Edition de l'Ouvrage de Dom Mar-
Eiij tene.
710 MERCURE DE FRANCE
tene. Messieurs les Auteurs du Journal des
Sçavans ont rendu compte de fon oeconomie,
ainfi que des augmentations qu'elle renferme,
dans leur Journal du mois de Mars dernier,
d'une maniere qui ne laiffe rien à défirer .
RECUEIL de divers Ecrits , pour fervir
d'éclaircissemens à l'Histoire de France , & de
suplément à la Notice des Gaules , par M.
P'Abbé le Beuf , Chanoine , et Sous- Chantre
de l'Eglife d'Auxerre. 2. vol. in- 12 . à Paris,
chés Jacques Barois, fils, Quai des Auguſtins,
à la Ville de Nevers , avec Figures .
"
La Differtation eft , fans doute , le genre.
d'écrire , qui convient le mieux , lorſqu'il
s'agit d'éclaircir quelques Points d'Histoire
qu'on ne peut mieux difcuter que par le
moyen de la Critique ; c'eft aussi ce même
genre de style & de Difcours, que M. l'Abbé
le Beuf, déja avantageufement connu dans la
République des Lettres ; & dont le nom a
paru plufieurs fois dans notre Journal à la
tête de Pieces curieufes & interessantes, vient
d'employer avec fuccès pour rectifier plusieurs
Endroits , où les Auteurs de la Diplo
matique, de la Notice des Gaules , & autres
Editeurs d'excellens Ouvrages , fe font quelquefois
un peu écartés de la vérité, contre leur
intention.
Nous avons donné dans le Mercure de
Ma
AVRIL 1738. 711
Mars 1735. une Lettre de M. le Beuf fur une
nouvelle Hiftoire de la Franche-Comté , publiée
par M. Dunod , & en particulier fur
l'ancien Château nommé Portus Abucini & c.
Nous parlerons aujourd'hui des deux Volumes
dont on vient de lire le titre, & qui font
dans la même efpece de Litterature , avec
cette difference que ce dernier Ouvrage ne
pas feulement dans l'Histoire de
sa Province , mais qu'il s'étend fur toutes fortes
de fujets qui ont raport à l'Hiftoire de
France , foit Civile , foit Ecclefiaftique .
se renferme
La premiere Differtation eft fur le Lieu, où
il faut placer une Bataille qui fut donnée l'an
583. par les Troupes du Roy Chilperic . On
convient que ce fut dans le Berry , & dans
un Lieu nommé en Latin , Castrum Mediolanense;
mais que faut- il entendre par ces deux
mots.? On avoit été trompé par Aimoin , ou
par ceux qui peuvent en avoir alteré le Texte
, & qui avoient ajoûté à celui de Gregoire
de Tours ces 4. mots : Quod nunc Magdunum
dicitur. Comme Meun fur Yevre , qui eft à
quatre lieues de Bourges , a été apelle Magdunum
, on croyoit que c'étoit proche ce
Meun que la Bataille avoit été donnée.
Nos Historiens les plus exacts , D. Thierry
Ruinart , M. de Valois, le Pere Daniel , l'ont
affuré fur l'explication qu'on trouve dans les
Exemplaires d'Aimoin . M. le Beuf démontre
E iiij que
712 MERCURE DE FRANCE
le
que par Castrum Mediolanense , de Gregoire
de Tours , il faut entendre Château Meillan
situé à quinze lieues de Bourges , du côté du
Midi. Les preuves qu'il en donne , outre celles
qui fe tirent de la reſſemblance des noms
& de la difpofition des Armées, qui devoient
combattre l'une contre l'autre , assurent la
véritable dénomination Latine de Château
Meillan, indiquée par les Titres & les Monumens
anciens. L'Auteur fait voir en effet par
des Martyrologes de 7. & 800. ans , que
véritable nom Latin de Château Meillan est
Castrum Mediolanum , parce que c'eſt l'Endroit
où ils placent le martyre d'un S. Genès,
arrivé le 24. Septembre , & que ce S. Genès
a toujours été honoré comme Patron de ce
Lieu . Cette preuve eft de même nature que
celle que M. le Doyen de Vienne a donnée
dans les Mémoires de Trevoux du mois de
Novembre 1737. pour démontrer que le Lieu
du Viennois , nommé Epaona , où s'est tenu
un Concile au sixième siècle , est tout proche
Vienne , & non pas Ponas , ni Yenne.
Les Titres des dénominations des Eglifes font
fouvent décisifs .
Les anciennes Piéces de Monnoye qui portent
Mediolano Castro , qu'on peut voir dans
le Livre de M. le Blanc , fortifient encore la
preuve démonstrative que M.le Beuf tire d'un
Fait marqué dans les Martyrologes , qui ne
Peur
AVRIL 1738: 713
peut convenir qu'à Château Meillan . Il relé
ve à cette occafion , page 16. un trait de
Bernard Guidonis , célébre Dominicain , Evêde
Lodéve , auquel on impute beaucoup
d'erreurs en fait d'Histoire ; et il fait remar
quer que c'eft aparemment ce nom de Mediolanum
, usité dans le Berry , qui lui a fait
croire qu'un Saint forti d'un Lieu , dit Mediolanum
, et mort dans le Limousin , étoit
venu de Milan même, où il auroit été baptiſé
par S. Ambroife.
>
Le Pays des Amognes étoit un Endroit du
Nivernois assés peu connu. M. de Valois loin
d'en donner quelque connoissance dans fa
Notice des Gaules , à l'occafion de l'ancien
nom de ce Pays , avoit confondu cette Contrée
avec un Pays de la Province Sequanoife ,
apellé chés les Anciens, Amansus , ou Amau
sus. M. le Beuf en prouve invinciblement la
diftinction
, par le Texte de la vie de S. Germain
de Paris, écrite par Fortunat , &
pardes
Chartres du huitième siècle . Cet article n'interesse
pas encore tant le Nivernois, que l'Illustre
Eglife de Paris .Elle possédoit autrefois
la Terre de Rotagiacum , laquelle lui avoit
été donnée dans ce Pays des Amognes par le
même S. Germain , natif du Pays Autunois
lequel avoit beaucoup de possessions dans le
Nivernois & dans l'Auxerrois . L'Auteur prou
ve que par Rotagiacum , il ne faut entendre
Ev nj
714 MERCURE DE FRANCE
ni Rungis près Paris , ni Rosay en Brie , mais
Roni , qui étoit alors du Pays des Amognes:
On lira avec plaifir à la page 26. la cérémonie
qui s'obfervoit autrefois dans l'hommage
que les Vassaux de 25. Paroisses du
Pays des Amognes , relevant du Prieuré de
la Charité fur Loire , venoient rendre à ce
Monaftere. La Note qui est à la page 28. dé
couvre aux Autunois un ancien Monastere
de S. Ferreol , leur Evêque , que Dom Jean
Thiroux , qui a travaillé au nouveau Gallia.
Christiana , plaçoit en Franche-Comté ou en
Auvergne , & qui cependant n'étoit qu'à une
lieuë d'Autun.
M. le Beuf fait fentir aux Trovens qu'ils
sont tombés dans ce même défaut d'aller
chercher bien loin ce qui fe trouve , pour ainfi
dire, à la porte. Car par la quatriéme Piece de
fon Recueil , il leur démontre que tous les
Lieux nommés dans la premiere Vie de faint
Loup , leur Evêque , qui est écrite peu d'années
après la mort , font renfermés dans le
Diocèse de Troyes ; qu'il ne faut point par
conféquent aller chercher le Latiscone , prothe
Châtillon fur Seine , dans le Diocèse de
Langres , ni le Matisconium , à Mâcon en
Bourgogne fur la Saône ; mais que Latiscone
eft Lainçon , à une lieuë de Troyes, & Pradium
Matisconii , le Village de Mâcon , situé
ntre Troyes & Nogent fur Seine.
Il
AVRIL: 1738.
715
Il releve à ce fujet les méprifes de Surius ;
qui des noms de Lieu a fait des noms adjectifs
, comme Olericiun , dont il a fait So-
Lertior , & qui a pris pour une bonne leçon ,
raritate , tandis qu'il faut lire caritate : mais
il fait au R. P. Vandenborch , fçavant Jeſuite
d'Anvers , dont nous avons apris depuis peu
la mort, l'honneur qu'il mérite pour lui avoir
frayé le chemin de ces découvertes géographiques
, auffi bien que de celle du Lieu du
Concile , qui députa S. Germain & S. Loup
en Angleterre . Un Manuscrit très- bien conditionné
de l'Abbaye de Vaucelles dans le
Pays- Bas , nous aprend qu'il faut lire dans la
Vie de S. Loup , Adfidem Tricassina Confessionis
, & non pas , Ad fidem trina Confessionis
, qui ne signifie rien , d'où l'on eſt trèsbien
fondé à conclure que ce Concile , dont
la position avoit été incertaine jufqu'ici
fut tenu à Troyes .
On voit dans la même Dissertation des Remarques
fort curieufes fur un Canton du
Diocèfe de Langres , apellé le Pays Laçois
anciennement Laticensis , & fur tout ,
fur la
Capitale de ce petit Pays, qui étoit une Ville
en forme , dont on voit encore les vestiges
proche l'Abbaye de Molême. Cette Ville est
probablement, dit l'Auteur, le Latissium Castrum,
dont M. le Blanc produit une Piece de
Monnoye. L'erreur dans laquelle font tombés
E vj
des
716 MERCURE DE FRANCE
des Ecrivains , qui ont crû que les Brionenses,
de la Vie de S. Loup , étoient , ou des habitans
du Comté de Tirol , ou des Bavarois
eft une preuve qu'il ne faut pas négliger de
chercher dans le Pays des Saints dont l'on
traite , les Lieux qui font nommés dans leur
Vie , puisque l'on convient aujourd'hui que
ces Brionenses étoient les habitans de Brienne
au Diocèse même de Troyes..
La Dissertation fur le Lieu de Latofao , &
fur Doromellum , où furent données les Batailles
entre les Armées de nos Rois en 5962
& 600. eft fi étendue , que nous ne pouvons
presque que l'indiquer,comme servant infiniment
à éclaircir ces positions ; sur quoi nous.
fommes portés à croire que les fçavans Editeurs
de nos Historiens de France , continua
teurs de l'entrepriſe d'André du Chesne ,
pourront réformer quelque chofe dans les
anciennes Notes de Dom Ruinart, fur les recherches
de M. l'Abbé le Beuf. La même Piéce
fait connoître , à n'en point douter , où étoit
fitué le Palais appellé Massolacus , dans nos
Historiens du feptième siècle , duquel Dom:
Michel Germain n'a ni assigné la position , fi
déterminé le nom. Ce Palais étoit à une lieuë
de la Ville de Sens vers l'Orient ; ,& Tillum ,
autre Terre Royale , où demeura la Reine
Conftance , femme du Roy Robert , étoit le
Château de Teil , un peu plus loin , & du
même côté
La
AVRIL 1738
717
La cinquiéme Piéce qui entre dans ce Recüeil
eft très-importante , non pas tant par la
pofition sûre , qu'elle donne du Latiniacum,
ancienne Terre Royale du Pays Mulcien, ou
Meldois, que par celle du célebre Palais Vernum,
fi renommé dans nos Historiens & dans
nos Conciles , & fur la fituation duquel on
avoit été incertain jusqu'à préfent. M. le Beuf
assûre qu'il étoit situé dans le Diocèse de Senlis
; que c'eft le Village de Ver , au dessous
de Dammartin , en Goêle, qui en conſerve le
nom , & il en donne de bonnes preuves , furtout
par une Charte du Roi Thierry I. auxquelles
il eft difficile de ne ſe
pas rendre. If
fait remarquer le peu d'analogie des noms
contenus dans ces Chartes , avec ceux des
Villages fitués dans le Diocèse de Beauvais
où Dom Michel Germain plaçoit.ce Vernum ;
& il fait fentir qu'elle eft bien plus parfaite
dans les noms de Lieux , fubsistans encore
autour de Ver. L'Auteur aprofondit les Antiquités
de ce Ver , qu'il regarde avec raifon
comme un nom Celtique ou Gaulois.
Il examine enfuite les origines de l'Ab
baye de Chaalis , qui est voisine , dont il
combat fortement la fausse étymologie. Il fi
nit cette Dissertation par les preuves qu'il a
que le Latino-briga , ou Litanobriga , de l'I
tincraire d'Antonin, a été mal placé par Dom
Germain fur la Riviere de Brêche , au Diocèse
718 MERCURE DE FRANCE
cèse de Beauvais , & il prouve qu'il devoit
être entre Noyon & Soissons. Comme il ne
veut rien avancer dont il ne fe foit assûré par
lui-même , il n'oublie pas de marquer qu'il a
examiné en perfonne les routes de cet Itineraire
dont il entreprend de parler. La Note
qu'il fait à cette occasion dans la page 125. fur
Forigine du nom des Chaussées de Bruneau ;
mérite l'attention des Lecteurs , fur - tout des
Picards & des Flamands , chés leſquels on
s'eft avisé dans les derniers siècles , de croire
que la Reine Brunehauld les avoit fait faire
quoique le premier qui leur ait donné le nom
de Calceia Brunechildis , ne foit que Jean
d'Ypres , ou Yperius , Moine de S. Bertin ;
au quatorziéme siécle . L'Auteur y montre
qu'il sçait faire usage fort à propos des Racines
barbares que l'on trouve dans le Glos
saire de M. du Cange
Nous nous arrêterons à la sixième Dissertation
contenue dans le premier Volume ;
comme elle regarde la fameuse Bataille de
Fontenai , donnée en 841. la matiere nous
meneroit trop loin :nous réservant d'en donner
l'Extrait dans un autre Mercure , nous
annoncerons fimplement ici la feptiéme Dissertation
fur les Origines de l'Eglife de
Bayeux , dans laquelle les Auteurs du nouveau
Breviaire de Bayeux peuvent puiser certaines
circonstances concernant les premiers
Evêques
AVRIL
719 17388
Evêques de ce Diocêse , et sur-tout à l'égard
de S. Renobert dans le septiéme siecle. Cette
Dissertation renferme aussi des morceaux
qui peuvent fervir dans la conteftation Litteraire
, qui est aujourd'hui fur les origines de
l'Abbaye de S. Bertin.
,
Enfin nous donnerons aussi un Extrait des
M.le Beuf aporte, comme preuves que M.le Beuf Honoríus
d'Autun est un Ecrivain prêté à la France,
et qu'il faut rendre cet Auteur aux Allemands
; et nous n'obmettrons pas fes découvertes
fur le Cervulus & Vetula , divertissemens
défendus par quelques Conciles de
France , précédées de l'explication de deux
anciennes Figures Gauloises , sçavoir d'une
Diane Chasseresse, & d'un jeune Gaulois avec
le Sagum étendu et pendant ; sa Notice du
Chora et de Contraginnum des anciens Monumens
Romains , concernant les Gaules
ainsi que les trois Monumens Historiques
qui regardent le jeune Lothaire , fils de Charlemagne
, & Hugues l'Abbé , son autre fils
qui posseda les Eglifes de saint Quentin , en
Vermandois , de S. Bertin , &c. & la réception
du corps de S. Corneille , Pape , aporté
à Compiegne par Charles le Chauve ; Piéces
qui font terminées par une Histoire
Latine de la fondation du célebre Prieuré de
la Charité fur -Loire , puisée dans un Ecrit de
Richard , Moine de Cluny , du 12 ° siecle ,
qui restoit inconnu,
Ce
720 MECURE DE FRANCE
1
Cé curieux Recüeil est dédié à M. l'Ar
chevêque de Bourges , que la premiere & la
derniere Pieces du I. Vol. regardent particuliérement
, comme Prélat Diocésain du Château
Meillan, & comme Prieur de la Charité
fur Loire.
AMUSEMENS du Coeur et de l'Esprit
Ouvrage périodique , Tome second. A Pa
ris , Quai des Augustins , chés Didot , 1738d
Feuille de 24. pages.
Un nouvel Ecrivain et un bon Ecrivain
s'est chargé de cet Ouvrage , que nous avons
lû avec plaisir. Voici sa premiere Feüille ,
qu'il commence ainsi : » Un Auteur celebre
» assuré que tout est dit sur les moeurs et
» sur les caracteres des hommes, &c.
» Tout ce que l'on avoit pensé sur la va
» leur , remplit-il l'idée que l'on peut avoir
39
de cette vertu ? Voici un caractere nouveau-
» de valeur , qui ne ressemble peut- être à
» aucun qui ait jamais été , et qu'on peut
apeller une valeur nouvelle. C'est de Char-
» les XII. Roy de Suede , dont je veux
» parler. Ce Prince a , sans doute , fait naî--
» tre de nouvelles idées sur la valeur et sur:
» l'Héroïsme. Le Portrait que j'en vais faire
» n'est certainement point glané. Un Prince
insensible aux plaisirs les plus naturels ,
» dont le coeur ne put jamais être assujetti
par
AVRIL 1738. 721
و د
"
>
39 par l'amour , en qui on ne trouve que
» la passion des conquêtes, dont l'objet étoit
* » la gloire de faire des Rois. Le courage
» dans ce Prince n'étoit ni reglé par la pru
» dence , ni ébranlé par la grandeur des pé
» rils. Charles XII . ne vouloit rien devoir
» aux mesures et aux moyens ordinaires .
Toujours guidé par la valeur , il ne vou-
» loit surmonter que par elle les plus grands
» obstacles. Un Trône renversé , un autre
déja ébranlé , ses Ennemis mis en fuite ,
» tout le Nord dans la consternation ; voilà
» les rapides effets de sa valeur ; mais ils ne
» sont pas les plus surprenans. Charles XII.
» par une seule bataille perdue , obligé à
» fuir pour la premiere fois et à chercher un
azile , dépourvû de tout secours et n'ayant
plus que sa valeur ; dans un état si déploy
rable , ce Prince forme les plus grands
projets , et dans des conjonctures , où il
» eût pu oublier qu'il étoit Roy , il pense
» encore à faire des Rois. Voilà les traits
»les plus marqués de la valeur de Charles
» XII. Voilà un caractere nouveau , sur le
» quel il est à souhaiter que tout soit dit
Pour donner une idée avantageuse de
cette Fcüille , ajoûtons encore un trait , que
nous nous persuadons aisément qu'il sera
adopté et lû avec plaisir par tout le monde
2 Je passe dit l'Auteur, à un caractere qui
» préd
"
722 MERCURE DE FRANCE
" présentera des images plus agréables et
" plus nobles , et sur lequel on conviendra
» que tout n'étoit pas dit. L'idée qu'on avoit
autrefois d'un grand Ministre , ne s'éten-
» doit pas au-delà du Politique habile et
» consommé : le talent de pénétrer les des-
» seins des Princes Etrangers , et de ména-
" ger les interêts généraux d'une Nation ,
» avoit caracterisé , jusqu'à notre siecle , les
plus grands Ministres. Après cela tout étoit
» dit. Quelles idées sublimes n'avons - nous
» pas conçû du caractere de Ministre , de-
رو
puis le Gouvernement paisible sous lequel
» nous vivons ? Quels nouveaux traits de
grandeur et d'amour nous préfente le Mi-
» nistre dont je vais parler ! Oublier dans le
» rang fuprême ses interêts particuliers , pour
n'être occupé que de ceux de l'Etat ; sous
» le nom de Ministre , gouverner en Pere du
» Peuple ; se rendre aussi cher & aussi neces-
» saire à une Nation entiere , qu'un Pere à sa
»propre famille ; ne causer aux François d'au-
» tre inquiétude, que la crainte de le perdre,
» et la douleur de ne pouvoir prolonger ses
» jours au-de - là des bornes ordinaires ; sça
» voir réünir dans un même objet la gloire
» et les vrais interêts d'un Etat , et les rendre
» inséparables ; tirer des évenemens les avan-
» tages les plus réels , & agrandir le Royau
me d'un Pays vaste et abondant , sans ré-
»pandre
AVRIL: 17388
723
❝ pandre le sang de ses sujets ; faire régner
» la Justice & la Paix ; gagner la confiance
» des Etrangers , & devenir comme le Mi
» nistre de toute l'Europe ! Le Portrait que je
» fais de ce grand Homme, est dans le coeur
» de tout le monde , et le souvenir de fon
» heureux Gouvernement passera dans toute
» la Posterité.
MESNIER , Libraire - Imprimeur , à Paris ,
rue S. Severin , au Soleil d'or , et au Palais grande
Saile ; vient d'imprimer et débite LE PRATICIEN
UNIVERSEL , ou le Droit François , et la Pratique de
toutes les Jurisdictions du Royaume , suivant les nouvelles
Ordonnances ; pour servir à décider les plus im
portantes Questions en matiere Civile , Criminelle et
Béneficiale , et à conduire la plus difficile Procédure
dans toutes les especes de Causes d'Instances et de Pro
cès , des modeles de toutes les sortes d'Ecritures d'Avo
cats , d'Actes obligatoires , et un Recueil des Régle
mens pour la Taxe des dépens , par Me Couchot
Avocat au Parlement ; VIII. Edition , revûë , cord
rigée et augmentée d'un nouveau Traité sur l'Execu
tion Provisoire des Sentences et Ordonnances des premiers
Juges , en diférentes Matieres , et sur les Arrêts,
de Défenses , et autres Arrêts sur Requête , par Me
de la Combe , Avocat au Parlement.
Comme cet Ouvrage est extremement intéressant
pour le Public il est à propos de donner ici une notion
de ce qu'il contient,et pour cela on va raporter quel
que chose de la Préface. On a fait les Recherches
les plus exactes tirées des meilleurs Auteurs
les Matieres suivantes : comme du Droit en géné
ral, des diférentes Jurisdictions , de la Compétence
des Juges , de la Procedure en général , de l'Exesur
cution
724 MERCURE DE FRANCE
cution des Jugemens , des Saisies en général , de la
Procedure en matiere criminelle , suivant l'Ordonnance
de 1670. et les Edits et Declarations , Arrêts
et Reglemens postérieurs on trouvera un Recueil
des Edits , Declarations et Arrêts , portant Reglement
pour la Taxe des dépens ; des diférens modeles
de toutes les especes d'Ecritures d'Avocats , des
modeles de Lettres de Chancellerie ; les Personnes
en général y sont rangées sous les trois Ordres ou
Etats , afin qu'on les puisse mieux distinguer , ef
que l'on ne confonde pas leurs Privileges ou leurs
Prérogatives. Les Biens qui font le sujet des contestations
civiles se trouvent distingués par le Droit
naturel des gens et par le Droit Public , des diférentes
especes de Rentes , de la Vente , de l'Echange
, de la Societé , du Depôt , des Procurations ,
des Clauses des Contrats , des Quasi , ou presque
Contrats, et des Transactions ; des Conventions ma
trimoniales des Dispositions entre Vifs et des
Conjoints, des Successions légitimes ou ab intestat,
des Successions testamentaires , des Partages en
Pays de Droit Ecrit et Coûtumier , de l'Hypoteque
et du Déguerpissement , des Preuves des Présomptions
et du Serment , des Crimes et de leurs
diférentes sortes , et les peines qui les suivent ; et
un Traité sur les Matieres Béneficiales ; on trouve
à la fin une Table très- ample et très-exacte . Cet
Ouvrage est nécessaire , non seulement à toutes les
Personnes de Pratique , mais même aux Ecclesiastiques
, et à tous ceux qui veulent avoir l'intelligence
de leurs Affaires , et les conduire.
>
Il ne faut pas oublier que cette nouvelle Edition
est de deux Formes diférentes , sçavoir in - 12. six
volumes et in-4. deux volumes , pour mieux contenter
le Public.
TABLE
AVRIL 1738 *723
TABLE Géographique , Historique , servant d'explication
à la Carte de France. Cette Table , dont
l'Auteur nous est inconnu , mérite de l'attention
our tout de la part de ceux qui veulent sçavoir avec
exactitude et sûreté , le détail Historique et Topographique
de ce que contient la Carte du Royaume
de France. Cette Table se trouve chés Joseph
Bullot , Imprimeur , ruë de la Parcheminerie, près
S. Severin , à l'Image $. Joseph.
ENTRETIEN S Litteraires et Galans , avec les
Avantures de Dom Palmerin et de Thamire , par M.
du Perron de Castera , deux volumes in- 12. d'envi
ron 5oo. pages chacun. A Paris , chés la Veuve
Pissot , Quai de Conti , à la Croix d'or.
Cer Ouvrage dédié à M. le Comte de Senneterre,
est un Amusement , que l'Auteur , suivant ses termes,
offre au Public , et dans lequel il souhaite qu'il
trouve en même temps quelque instruction . » Etre
» utile et plaire , dit-il , voilà deux grands objets ,
» tout Auteur doit se les proposer, mais tout Auteur
ne les remplit pas.
Le dessein de M. de Castera est de réduire en
Conférences , diférentes matieres intéressantes pour
le Lecteur. Trois Amis sont les Tenans de la con
versation. On a lu avec un plaisir particulier le Ro →
man de Dom Palmerin et de Thamire. Il est écrit
avec une grande pureté de langage ; la conduite en
est ingénieuse , les sentimens grands et dans la
Nature. La Duchesse d'Ampure y joue un Rôle, qui
inspire tout à la fois de l'horreur et de la compassion.
M. de Castera pourra servir de modele à ceux
qui ont du talent pour ce genre d'écrire, 1
Nous n'entrerons point dans le détail de ces
Conférences , cela nous meneroit trop loin. L'Ou
vrage a sans doute de quoi instruire , er de quoi
amuseg
26 MERCURE DE FRANCE
amuser agréablement plusieurs Lecteurs , selon
l'intention de son Auteur.
PERSILE ET SIGISMONDE , Histoire Septentric
nale , tirée de l'Espagnol de Miguel de Cervantes ,
par Mad. le G. D. R. A Paris , chés Michel Gandouin
, Quai de Conti , aux trois Vertus 1738.
quatre volumes in 12.
>
LIVRES que Cavelier , Libraire , ruë S. Jacques,
a nouvellement reçû des Pays étrangers .
T. Livii Patavini Historiarum ab Urbe condita
Libri , qui supersunt , omnes , cum Notis integris variorum
, curante Arn. Drakenborch , qui suas adnotationes
adjecit. Accedunt supplementa deperditorum
T. Livii Librorum. 2. vol. in - 4 Amst . 1738.
Bibliotheque raisonnée des Ouvrages des Sçavans
de l'Europe ; Juillet , Août , et Septembre 1737.
Tome XIX. pr. Partie , in-8 . Amst. 1737 .
Bibliotheque Germanique , ou Histoire Litteraire
de l'Allemagne , de la Suisse , et des Pays du Nord,
Tome XXXVII . in- 8 . Amst , 1737.
Introduction à la Philosophie , contenant la Mé
taphysique et la Logique , par Gravesande. in - 8.
Leyde , 1737.
Histoire du Monde , Sacrée et Profane , depuis
la Création du Monde , jusqu'à la destruction de
l'Empire des Assyriens, à la mort de Sardanapale,
et jusqu'à la décadence des Royaumes de Juda et
d'Israël ; pour servir d'Introduction à l'Histoire des
Juifs , du Docteur Prideaux : traduit de l'Anglois
de Schuckford , deux volumes in- 12 . Leyde 1738. ›
VERS
AVRIL. 1738. 727
SUR le Traité du vrai Mérite.
Q
Uand je me sens d'humeur chagrine ,
Sans perdre temps à murmurer en vain,
Battre Laquais , ou faire grise mine
Sans même avoir recours au Vin ,
J'entre en mon Cabinet : prens Livre qui me plaise ;
Dans les bras d'un Fauteuil je m'ajuste à mon aise.
Je lis ; imperceptiblement
Un gracieux sommeil me ferme la paupiere ;
Le souvenir de ma misere
S'éface sur le champ ; je dors tranquillement.
L'autre jour accablé d'un pesant mal de tête ,
Ayant veillé toute la nuit ,
Je cours à mon remede , au repos je m'aprête ;
Bien enfoncé dans mon réduit.
Je prens certain Traité du Mérite de l'Homme ,
Ce Titre seul m'apésantit les yeux ,
Voilà , dis - je , en bâillant , de quoi dormir bon
somme ;
Morphée et ses pavots ne pourroient faire mieux,
Je comptois de trouver superbe Dédicace ,
Docte et magnifique Préface
Mais comptois sans mon hôte ; un Exorde riant
Des
28 MERCURE
DE FRANCE
l'Histoire :
Des projets de l'Auteur vous expose
Non d'un ton de Pédant , bouffi de vaine gloire ,
Mais d'un air enjoüé , plus fin que supliant ;
Des traits vifs et brillans , un léger badinage ,
Un stile naturel réveillent mes esprits ,
Et déja de plaisir je me sentois épris.
Attaquons le corps de l'Ouvrage ;
Laissons-là ces propos joyeux ,
Dis-je en me révoltant , écoutons l'homme sage ,
Peut-il manquer d'être ennuyeux ?
Nous dormirons , prenons courage .
Espoir si cher et si doux
Ah! pourquoi me trompez- vous ? • • •
De nouveau je m'ajuste , et prens une attitude
A faire dormir un Jaloux
Dans sa plus noire inquiétude.
Soins superflus , hélas ! inutile courroux !
Je lis , mais avec goût , et mainte et mainte page
Mille attraits renaissans me tiennent enchanté ,
Les charmes du Discours et de la Vérité
De mes sens assoupis dissipent le nuage ;
Je rencontre partout de précieux trésors ,
Et plus j'avance et moins je dors.
* Quinaut.
*
Je
AVRIL 1738. 728.
Je me trouve trop tôt à la fin du Volume :
Félicitons l'Auteur d'un si charmant Traité ;
Le Nectar coule de sa plume ;
Partout c'est fine volupté.
Les Freres Tonsons , impriment à Londres par
Souscription , en 4. volumes in 4. une nouvelle et
belle Edition des Avantures de Don Quichotte , en
Espagnol , avec la Vie de Miguel de Cervantes Saavedra
, par M. Mayans , Bibliothequaire du Roy
d'Espagne. Cette Edition sera enrichie de 68. Planches
en Taille -douce , dessinées par M. Jean Vander-
Bank , et gravées par les meilleurs Maîtres. Le
prix de la Souscription est de 4. Guinées , dont on
payera deux en souscrivant , et les deux autres en
recevant tout l'Ouvrage en blanc.
M. Grégoire Mayans , Professeur en Droit dans
l'Université de Valence , et depuis Bibliothequaire
du Roy d'Espagne , est déja connu dans le Monde
Litteraire pour un Sçavant du premier Ordre ,
et lié avec les principaux Sçavans de l'Europe.
Cela paroît sur tout par ses Lettres Latines et
par celles qui lui ont été écrites en la même Langue
, dont il a publié un volume , qui donne une
bonne idée de la varieté de son sçavoir et de celui
de plusieurs de ses Compatriotes. On a parlé en
son temps de cet Ouvrage , dont le titre est G & E→
GORII MAYANSII , Generosi et Antecessoris
Valentini Epistolarum , Libri sex. I. vol . in 4. Valentina
Editanorum. Typis Ant. Bordazar , Anno
M. DCC. XX x 1 1. Le Livre est dédié à S. E. M. le
Cardinal de Fleury.
Si on en croit M, Mayans , sur le sort des Livres
qui s'impriment en Espagne, lesquels arrivent rare .
ment en France , il ne pouvoit mieux faire
F
que
de
choisir
730 MERCURE DE FRANCE
choisir une Presse étrangère pour publier une nou?
velle Edition de Don Quichotte , laquelle sera par
ce moyen bien-tôt répanduë à Paris et ailleurs dans
le Royaume. Il y a long-temps que nous aurions
ici les autres Ouvrages de M. Mayans , sans la dif
ficulté qu'il y a, ou qu'il trouve , de leur faire passer
les Pyrenées , où les Livres Espagnols , dit- il ,
dans sa Dédicace des Lettres Latines , ont accoutamé
de se geler , &c.
Opus sit pertransire Pyrenæos , quo cum
Nostratum libri perveniunt , pra nimio frigore solent
rigescere ideoque loca illa prarupta penetrare nequeunt.
Raillerie à part, il y a beaucoup d'aparence que les
Libraires Espagnols ont le premier tort , de ne pas
envoyer en France des Prospectus , du moins des
Listes des Ouvrages qu'ils impriment , et les Librai
res François le second , de ne pas établir quelque
correspondance avec leurs Confreres Espagnols.
Les Gens de Lettres des deux Nations pourroient
et devroient aussi entrer pour quelque
chose dans cette correspondance réciproque. Nous
osons les inviter à s'y interesser. De sçavans
Journalistes ont déja donné l'exemple. On a vů
avec plaisir dans les Mémoires de Trévoux du
mois d'Avril dernier , des fruits de la Litterature
Espagnole . De notre côté nous y contribuerons
de tout ce que nous pourrons , et pour
commencer nous finissons cet Article par PAnnonce
d'un Livre du même M. Mayans , qui méritoit ,
sans doute , de passer les Pyrenées , et qui nous a
été obligeamment remis par M. Don Fernand Trivigno
, ci- devant chargé des Affaires de S. M. Catholique
en cette Cour , actuellement Secretaire de
la Chambre des Millions , Homme de Lettres , et qui
s'est acquis ici une estime universelle. Ce Livre est
intitulé :
AVRIL 1738.
Intitulé : EMMANUELIS MARTINI , Ecclesia
Alonensis Decani Vita : Scriptore Greg. Majansio ,
c. Hispan Regi à Bibliotheca I. vol. in 8. Man-.
tia Carpetanorum , apud Joann . Stunicam . An.
M. D C C. XXXV.
.C
D. Emmanuel Martin , Doyen d'Alicant , a été
P'un des plus sçavans Hommes que l'Espagne ait eus.
Son Histoire Litteraire nous a paru curieuse et
nous nous ferons un plaisir d'en instruire le Public
en temps et lieu.
Le Duc de la Trémoille , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy , &c. ayant été élû par l'A.
cadémie Françoise le premier Février , pour remplir
la Place vacante par la mort du Maréchal Duc
d'Estrées , y prit séance dans une Assemblée publique
le 6. Mars , et il parla avec beaucoup d'éloquence.
Le Ma quis de Saint Aulaire , Directeur
de l'Acadéinie , répondit au nouvel Académicien
par un très-beau Discours.
Ces deux Discours ont depuis été imprimés
chés Jean- Baptiste Coignard , rue S Jacques , Brochure
in 4 de 12. pages. Nous allons en raporter
quelques traits , qui en feront connoître le mérite,
et justifieront les aplaudissemens de Pillustre Assemblée
, devant laquelle ils ont été prononcés.
Le Duc de la Trémoille prévint tous les Auditeurs
en sa faveur en commençant ainsi le sien. » Je
→ sens combien il est glorieux d'ètre adopté par des
» Hommes accoûtumés à en trouver peu qui soient
s véritablement dignes d'eux . Le bonheur d'avoir
> réuni vos suffrages , me flate autant qu'il m'honore
, mais il ne m'aveugle pas , et je conçois
aisément que mon assiduité à venir m'instruire
près de vous , pourra seule justifier votre choix ,
&c.
Fij L'Eloge
»

t
5 MERCURE DE FRANCE
L'Eloge du Cardinal de Richelieu , délicatement :
touché , suivit de près cet Exorde. » ARMAND,
» l'ame de la Monarchie , pour ne pas dire de l'Eu
» rope entiere , avoit mérité le Titre de Soûtien dy
» Trône ; il crut devoir y joindre celui de Protec-
» teur des Lettres ; il ne lui fallat pour l'obtenir ,
» que le seul établissement de l'Académie. Mais le
désir de donner à la France des Poëtes et des Orareurs
, égaux à ceux qu'Athenes et Rome avoient
»vú naître , ne fut pas son unique objet ; un inte
» rêt plus cher le pressoit encore : on croyoit que
votre origine étoit l'ouvrage de sa vanité : elle le
» fut , et de son amour pour son Maître , et de son
» dévouement à sa Patrie. RICHELIEU , justę
Apréciateur des vertus de son Roy , sentit qu'el
» les n'étoient pas faites pour n'être que l'ornement
» du siecle où il vivoit : il les jugea dignes de l'im
» mortalité , et vous créa pour les y conduire , &c.
-"
"
Après avoir dit que cet illustre Corps ; enfanté
par un Génie sublime , a été porté au plus
haut point de perfectiou par un Héros supérieur
aux Eloges.Il continua ainsi celui de Louis XIV .
93
>
» Vous remplissiez dès votre naissance même les
» desseins augustes de votre Fondateur , quand
3.LOUIS LE GRAND ne dédaignant pas de
» succeder au Chancelier Séguier , vint vous offrir
» et de nouvelles vertus à celebrer , et de nouveaux
» moyens de vous rendre utiles à la Patrie : vos
>> plumes sçavantes étoient faites pour traiter un si
grand Sujet ; elles lui assurerent dans la Posterité
» la plus reculée , la place qu'il occupe aujourdhui
» dans le coeur de tous les François . Oui , Mrs ,
>> tant qu'il y aurades Hommes vertueux et capables
» de sentir les traits propres à peindre la Vertu , des,
"Amateurs de l'Héroïsme , et des Juges délicats de
cette Noblesse , avec laquelle il faut définir les
»Héros
AVRIL
1738. 733
Héros , ce grand Roy recueillera le fruit de la
Protection qu'il vous avoit accordée ; vous lui devez
le degré d'excellence où vous êtes , et sa mémoire
vous devra la sûreté de ne périr jamais, &c.
Le nouvel Académicien parla ensuite très- dignement
sur le sujet du Maréchal d'Estrées , auquel il
Succede. » Rien , sans doute , dit-il , n'a plus con-
➡tribué à la gloire de Louis XIV. que le talent
admirable qu'il avoit reçû du Ciel , de sçavoir
mettre àleur véritable place les Grands Hommes,
» dont il semble que la Nature avoit pris plaisir
d'enrichir la France sous son Regne. Ce fut ce
Prince sage' et pénetrant , qui confia à M. le Maréchal
d'Estrées les diférens emplois qu'il a remplis
d'une façon si brillante : toute la France sçait
qu'il étoit digne des honneurs où les bontés de
son Roy l'avoient élevé ... ... Grand dans le
noble métier qu'il a fait toute sa vie , plein d'érudition
parmi vous , sage dans les Conseils de
son Maître ; voilà celui que vous avez perdu ; votis
le regretez , et vos regrets me paroissent d'autant
plus justes , que j'ai été à portée de le connoître
plus intimement , lorsqu'à la tête des Etats d'une
Province qui lui étoit chere , il sçavoit , par un
sage tempérament de grandeur et d'affabilité , se
concilier les esprits èt entraîner tous les coeurs :
j'ai partagé avec lui les témoignages de tendresse
qu'il y a reçus : que n'ai -je pu les mériter contme
lui !
"
Je viendrai désormais , à son exemple , conti-
» nua-t'il , jouir de vos sçavantes conversations ;
le
bonheur d'avoir vécu près du Roy dès ma plas
so tendre jeunesse , l'honneur de l'aprocher tous les
» jours, les vertus aimables que je lui vois posseder,
» au même dégré où l'Europe entiere sçait qu'il réünit
celles qui font un grand Prince , mon devoir,
Fiij ɔɔ mon
734 MERCURE DE FRANCE
» mon inclination , tout m'engage à venir former
» avec vous des voeux assidus pour le bonheur de
» ses jours, et pour ceux du sage Ministre ,que nos
» allarmes passées semblent ne nous rendre que
» plus précieux vous me verrez , Mrs , vous éga-
" ler en tendresse et en zele ; c'est par- là seule-
" ment que j'ose esperer de me montrer digne de
vos. Heureux , si profitant des sujets d'admira--
"tion que vous m'offrirez chaque jour , je pus
parvenir à exprimer dignement les sentimens.
" dont mon coeur est pénetré !
32
La Réponse du Marquis de S. Aulaire fut aussi
fort aplaudie et tout-à-fait digne d'un des plus anciens
Membres de l'Académie. L'homme , passapt
déja les bornes de la vieillesse ordinaire , disparue
dans ce Discours , et ne laissa voir qu'un Académicien
parfait et consommé dans l'Art de parler
d'une maniere également noble, solide et gracieuse .
» Une voix , dit-il modestement , affoiblie par
» les années , étoit peu propre à célebrer tant de
diférens genres de mérite , dont l'heureux assemblage
formoit à la fois dans celui que nous pley-
» rons , l'homme d'Esprit , l'homme de Lettres ,
» l'homme de Goût , l'homme d'Etat , l'homme de
» Guerre ..... Oui , son nom mille fois repeté
dans les Annales de deux puissantes Nations ,
passera , sans le secours des Panégyristes , jus-
» qu'à la Postérité la plus reculée . Foible consola-
»tion pour notre douleur ! il s'éteint dans la nuit
" du Tombeau , ce Nom illustre ,qu'une longue suite
de Personnages rares nous avoit accoûtumés à ne
trouver dans les Fastes de notre Monarchie , que
» décoré des Titres les plus éminens de l'Etat et
» de l'Eglise . •
» Mon âge ne me permet pas de me flater d'être
» long-temps témoin des progrès que vous allez
» fairg
AVRIL 733 1738:
;
faire dans la carriere où vous entrez ; hâtez-vous,'
»M. de remplir vos grandes destinées , tout concourt
à vous préparer les plus éclatans succès ....
» Poursuivez , recueillez le fruit du zele que vous
» aurez inontré pour la Patrie le celebre. LOUIS
DE LA TREM OILLE , vous a marqué la
route qui conduit au faîte des honneurs . L'Aca-
» démie ne craint point qu'au milieu des Titres
» dont vous allez être environné , vous perdiez ją-
» mais de vûë , ni le Titre d'Académicien , que
D vous n'avez pas jugé au - dessous de vos désirs ,
» ni l'obligation qu'il vous impose d'aimer et d'honorer
plus particulierement les Muses .
» Vous leur êtes cher , et ce que vous leur de
vez , M. nous répond de ce que vous ferez en
leur faveur. Elles vous reçûrent des mains des
» Graces , qui vous avoient doüé de leurs plus
» beaux dons. Elles vous adopterent ; et personne
n'ignore de quels effets leurs soins ont été sui-
» vis. Pouvoient- elles mieux s'acquiter de ce
qu'elles devoient elles- mêmes à cette Femme in-
»comparable , dont le nom , qui s'est perdu dans
» votre Maison , fut encore moins fameux par les
» Grands Hommes qui l'ont porté , qu'elle ne l'a
rendu célebre par les deux Chefs - d'oeuvres im
mortels , dont chacun seroit regardé comme ini
mitable , si l'autre n'existoit pas ? LA PRIN
a CESSE DE CLEVES et ZAYDE , les délices
de tout homme de goût , le charme de tout
homme sensible , le modele
doivent se proque
poser tous les Ecrivains du même genre , et le
desespoir de ceux qui voudroient les égaler, &c.
»
Le Lundi 14. Avril , l'Académie Royale de Sois
sons , tint son Assemblée publique dans le Palais
Episcopal. M. Biet , Abbé de Saint Leger de la mê-
Fiiij me
738 MERCURE DE FRANCE
me Ville , Directeur de cette Académie , en fit
Fouverture par un Discours sur l'utilité et l'avan
tage de l'établissement des Prix Litteraires , après
lequel on fit la lecture de la Dissertation qui avoit
remporté le Prix de cette année , dont le Sujet
étoit : Si Clovis fit à Soissons sa résidence ordinaire ;
si ce Roy eut sur les Gaulois , qu'il avoit conquis , une
autorité entierement indépendante des Romains : s'il
leva des impôts sur les Gaulois qui lui étoient soumis;
si les Francs étoient exempts de tous impôts : Quelles
étoient les Monnoyes de nos premiers Rois , si l'on en
a de Clovis et des Rois ses Prédécesseurs , et si les Soissonnois
en eurent de particulieres. M. le Directeur
qui avoit déclaré dan sons Discours que cette Dissertation
étoit de M. le Beuf , Chanoine et Sous-
Chantre de l'Eglise d'Auxerre , présent à cette Assemblée
, lui remit , en l'absence de M. l'Evêque
de Soissons , Instituteur de ce Prix , une Medaille
d'or , semblable à celle dont nous avons fait la description
dans le Mercure de May 1735. page 957.
excep é que dans l'Exergue ou lit M. DCC XXXVIII.
L'Assemblée finit par la lecture que fit M. l'Abbé
de Saint Leger , d'un Eloge de feu M. le Maréchal
d'Estrées , Protecteur de l'Académie de Soissons .
'
Le Mardi 15. Avril , l'Académie Royale des Inscriptions
et Belles - Lettres , tint sa Séance publique
d'après Pâques , M. l'Abbé de Rothelin présida
à cette Assemblée ; M. de Boze , Secretaire
perpetuel de l'Académie , ouvrit la Séance par l'Eloge
de M. l'Abbé Anselme . Ensuite M. de la Curne
parla de l'Histoire de France et s'étendit beaucoup
sur la Chronique de S. Denis. M.de Boze reprenant
sa fonction d'Orateur , fit un magnifique Eloge de
M. le Maréchal Duc d'Estrées , il fut admiré et
aplaudi de toute l'Ass.mblée. Enfin M. l'Abbé Scu
chay
AVRIL 73.7 1738.
1
hay termina la Séance par un Discours sur les
Hymnes des Anciens.
On ne distribua pas le Prix accoûtumé , par les
raisons qui furent déclarées au commencement de
- là Séance , ce qui n'est que differé.
Le Mercredi 16. l'Académie Royale des Sciencos
tint pareillement son Assemblée publique , à laquelle
M. d'Argenson présida. M. de Fontenelle
..ouvrit la Séance par la Déclaration des trois Pieces
que l'Académie a jugé dignes de partager le
Prix de cette année . ~
M. Morand lut ensuite , pour M. de Fontenelle
l'Eloge de M. Saurin , Pensionnaire Géométre Vé
téran , mort dans le dernier Semestre.
M. de Maupertuis lut la Préface de l'Ouvrage
qu'il fait imprimer sur les Observations que lui et
les autres Académiciens ont faites depuis peu dans
le Nord.
M. du Fay lut l'Extrait de plusieurs Lettres contenant
les Expériences faites sous l'Equateur , par
Mrs Godin , Bouguer et la Condamine , dont quelques-
unes prouvent la justesse de celles qui ont été
faites dans le Nord. Il finit son Mémoire par un
détail curieux de M. de la Condamine , sur l'Arbre
du Quinquina.
,
M. Morand lut ensuite une Dissertation fort curieuse
sur le Parchemin.
M. Cassini le fi's , termina la Séance par une
Dissertation sur la Propagation du Son ; nommé
avec M. Maraldy , et par l'Académie , pour faire
des Expériences sur cette matiere , il détailla celles
qu'il a faites à l'Observatoire , à Montmartre , à la
Tour de Montlhery , &c.-
Cette Assemblée fut honorée de la présence de
M.le Chancelier et de M. le Cardinal de Polignac .
On donnera des Extraits de tous ces Mémoires.
By LES
J
738 MERCURE DE FRANCE
LE FLUTEUR. "
Tout Paris va voir avec admiration depuis environ
deux mois , à l'Hôtel de Longueville , rue saint
Thomas du Louvre , un Phénomene de Méchanique
, le plus singulier et en même-temps le plus
agréable qu'on ait peut-être encore vu.
C'est la Réprésentation en bois , d'un Faune de
grandeur naturelle , élevé sur un piédest 1 p oportionné
, mais cependant un pen fort, pour contenir
tou e une manoeuvre aussi compliquée que celle
dont on va donner l'explication ; tout l'extérieur
est peint en couleur de Marbre blanc.
Cette Figure est assise et dus une atitude simple
, juste et disposée comme il le faut pour jouer
de la flûte traversiere ; en un mot c'est une Copie
exacte et très-bien rendue , du Faune executé en
Marbre par feu M. Co , zevȧux , 'Sculpteur celebre ,
et qui se présente au bout de la grande Terrasse
des Tuilleries, en entrant par la porte du Manége ,
avec cette seule diff rence , que la Copie dont nous
rendons ici compte succi tement , joue bien réellement
et physiquement de la flûte Allemande.
L'oreille entend les sons , toutes leurs infléxions
et jusqu'aux coups de langue,sans qu'il soit possible
de s'y méprendre, et les yeux voyent avec surprise
le mouvement articulé des doigts , dont il est d'usage
de se servir , et par le moyen desqu Is Pait qui
sort par un conduit interieur , terminé à la bouche
de l'Automate , devient harmonieux et susceptible
de toutes sortes de modulations dans la plus grande
justesse.
En effet on a le plaisir pendant plus d'un quart
d'heure , d'entendre cette Figure organisée , executer
comme les Maîtres , quatorze airs tous differens
pour le caractère , pour la varieté des tons et pour
le mouvement. : · Les ·
AVRIL
739
1738.
Les Doubles , si séduisans sur cet Instrument ,
n'y sont pas non plus oubliés , et le tout avec les
renflemens , les diminutions et même les tenues
convenables et dans le goût le plus parfait .
Cet Ouvrage , immense par la combinaison des
ressorts, la multiplicité des mouvemens , les souflets
de diverses grandeurs , au nombre de six , et par
une infinité de petites parties qui ont toutes leur
usage particulier , se monte par son piédestal à peu
près comme une Pendule , et par le moyen d'une
manivelle , dont on peut laisser dévider le tambour
tout de suite ou l'arrêter et en suspendre l'effet , à ·
volonté , au bout de chaque air.
Enfin personne ne peut nier que ce ne soit le
fruit de bien des années de travail , et le résultat de
beaucoup d'aplication et de recherches . Le génie
inventif et propre aux grands Effets de Méchani--
que , s'y trouve entierement décidé , et l'Auteur ,`·
( M. de Vercanson ) de Grenoble , n'a pas encore
30. ans , cependant son heureux talent est déja fort
connu pour tout ce qui regarde cette partie curieuse
des Mathématiques. "
On donne à la porte une écu de trois livres par
personne.
ESTAMPES NOUVELLES
Il paroît quatre nouvelles Estampes en large , de
la composition du sieur Mondon , et gravées par le
sieur Aveline chés lesquels elles se vendent , ruë
S Eloy a l'Hotel Pepin , et rue S. Jacques , à la
Reine de France. Ce sont quatre Sujets représentant
les Actions de la Vie Civile qui se passent le plus
ordinairement le Matin , à Midi , Après - dîné ec
le Soir . Chaque Estampe est accompagnée de deux *
Quatrains . En voici un sur le Bal que représente la
Soirée,
Fivji Dec
740 MERCURE DE FRANCE
De ces momens heureux , Amans , faites usage ;
'A ces jeunes Beautés déclarez votre ardeur .
La liberté qu'on a de masquer son visage ,
Ne doit qu'encourager à démasquer son coeur.
>
Le sieur Duchange Graveur du Roy, et Conseiller
en son Académie Royale de Peinture et Sculpture ,,
fort connu et distingué dans sa Profession , vient de
mettre au jour quinze petites Estampes de Mysteres
et Sujets en haut ur avec un Frontispice pour
servir aux Heures et Prieres dé l'Eglise , suivant le
nouveau Bréviaire de Paris . Elles peuvent entrer
dans le petit in - douze , l'in-seize , et même l'indix-
huit. Ces Estampes sont gravées avec beaucoup
de propreté et d'intelligence, par le sieur de Beauvais
, Gendre du sieur Duchange. Il y a tout lieu
d'esperer qu'elles satisferont les Curieux les plus
délicats, Elles sont gravées d'après les Tableaux ou
les Desseins des plus habiles Peintres de l'Acadé →
mie , tels que Mrs Case , Restout , Louis Vanloo
Carle Vanloo , Trémolieres , Le Frere André , Ja
cobin..
Il paroît tout nouvellement deux Estampes en
hauteur , d'une composition très -agréable , avec un
riche fond de Paysage ; l'une intitulée : La Fontaine
de l'Amour , et l'autre , la Bonne Avanture ', gra
vées avec beaucoup d'intelligence par le sieur Ave
line , d'après M. Boucher . Elles se vendent chés
Huquier , vis-à-vis le grand Châtelet.
".
On trouve chés le même , et de la même main ,
quatre autres Estampes nouvelles d'un goût charirant
, ce sont des Jeux d'Enfans , où toutes les
naïvetés de cer âge sont très-heureusement exprimées
Elles portent pour titre : La Balançoire ,
Pécscurs, Retour de Chasse , Fête de Bacchus.
Le:
AVRIL 1738
741
Le sieur Surugue , Graveur du Roy , de l'Acadé--
mie Royale de Peinture et Sculpture , a présenté à
la même Académie le 12. de ce mois une Estampe
en large , gravée par son fils , âgé de 21. ans ,
d'après une des plus riches et des plus ingénieuses
compositions de M. Charles Coppel , qui y a eu
une aprobation générale , elle représente Roland
aprenant par des Bergers la perfidie d'Angélique , et sa
fuite avec Médor. Cette Estampe , où il se trouve
plus de 50. Figures , est gravée avec une délicatesse
de burin , une précision et une intelligence harmo--
nieuse , dont on voit peu d'exemples.
Elle se débite à Paris , chés L. Surugue , ruë des
Noyers , entre les deux premieres portes cocheres
vis-à-vis S. Yves..
EXTRAIT de Lettre à M. S****
Je vous annonce avec joye , M. que le Tableau ›
représentant Adam et Eve dans les maux qui ont suiyi
leur chute , vient d'être gravé par M. Thomassin
Ce Tableau , qui est aujourd'hui dans le Cabinet
de M. le Duc de Tallard , passe parmi les Curieux
pour l'un des plus beaux du celebre Dominique
Feti , Florentin , et pour le plus précieux de ceuxqui
composoient le Cabinet de feu M. Bailly , Garde
des Tableaux du Roy .
Je ne vous en fais aucun détail ; vous le connois
sez et vous m'avez dit plusieurs fois qu'il étoit fait
pour produire une très-belle Estampe. Lé Graveur
l'a bien rendu , c'est de quoi vous ne serez point
étonné , car je vous ai souvent entendu louer ses
talens. Vous dites avec les autres Connoisseurs ,
qu'il n'a point de maniere à lui , mais qu'il a la ma
niere de chacun des Peintres d'après lesquels ili
grave
.
La
742 MERCURE DE FRANCE
La Suite des Portraites des Grands Hommes et
"des Personnes Illustres dans les Arts et dans les
Sciences , sé continue toujours avec succès , chés
Odieuvre Marchand d'Estampes , Quai de l'Ecole;
il vient de metre en vente , de la même grandeur :
LE PERE YVES , Gardien des Capucins , né à
Paris , mort en 1678. âgé de 87. ans , dessiné et
gravé par Cl Mellan.
JEAN - BAPTISTE RO USSEAU , né à Paris
en 1672. peint par J. P. Sauvage , et gravé par
G. F. Schmidt..
MARIE-FRANÇOIS ARROUET DE VOLné
à Paris en 1694.
TAIRE ,
Nous sommes priés d'avertir qu'il y a une belle
Suite de neuf cent Médailles Impériales Romaines
de grand Bro: ze , depuis Jules Cesar jusqu'à Postume
, à vendre , lesquelles ont apartenu à feu M.
de Montal , Secre aire de M. l'Escalopier , Conseiller
d'Etat. On les donnera , en les prenant toutes ,
pourla somme de cinq cent livres.
Il y a aussi de la même succession une autre Sui--
te de 250. Médailles de grand Bronze de la même
qualité . Et une Suite de moyen Bronze de même ,
dont on fera bonne composition .
Il faut s'adresser à Mad de Montal , să veuve ,
chés M. Tapin , Exempt de la Police , ruë de Jouy, ›
près la rue S, Antoine.
19
M. de Gourné , Prêtre , qui donna au Public au
commencement de l'année sa premiere Table , dont
la distribué dans Paris seul près de 3000 Epreuves,
avertit qu'il vend actuellement son Asie , Table
Géographique , pour faciliter l'intelligence de l'E--
criture Sainte , des Historiens et des Poëtes ; et ser- -
vir d'introduction à la Géographie ancienne et noderne
AVRIL 1738. 7436
derne. Elle est dédiée à M. Hérault , Conseiller
d'Etat et Lieutenant Général de Police . Le Prix est
de 2. sols. Ceux qui en désireront s'adresseront à
l'Auteur , ruë S. Martin , à la seconde maison du
côté et de-là le Cadran Pelletier , vers la rue du Cimetiere
de S. Nicolas des Champs. Cet Ouvrage
dont on grave la Suite , ne sera point affiché ni
annoncé dans aucuns journaux ou Gazettes.
+
On donne avis que le sieur Michel , Chanoine et
Maître de Musique de 1 : Sainte Chapelle du Koy à
Dijon , étant décédé avant que de pouvoir jouir du «
privilege que S. M. lui a accordé pour faire imprimer
ses Ouvrages , dont il a eû l'honneur d'en fai
r -executer plusieurs devant le Roy avec aplaudissement
, a laissé ses Ouvrages avec des Planches entre
les mains du sieur Guinot , Notaire à Dijon
à présent à Paris , logé chés le sieur Ducro , Mai
tre Perruquier , rue S: Jacques de la Boucherie ,
proche la rue du petit Crucifix. Le sieur Guinot en
fera bonne composition en gros ou en détail , aussi
bien que du Privilege que le Roy avoit accordé au
sieur Michel: On trouvera chés lur le Catalo
gue de ces Ouvrages originaux , tous Manuscrits.
Le Vin Salifique , dont on a déja parlé , et qui i
soulage et guérit même les douleurs de dents flu
xions et autres maladies provenant du ce veau ,
composé par le sieur le Beau de Villars , se distri
tribue présentement dans le Cloître S. Honoré au
Magasin de la Compagnie des Indes , chés le sieur
Blavet. On distribue aussi au même endroit une
- Eau apellée , de l'Herbe de Venus , dont on tire une
liqueur à froid , qui est très - bonne pour les inflammations
et autres maladies de la peau et des
yeux ; il donne aussi avec ses Remedes un Impri---
mé qui enseigne la maniere de s'en servir.
AIR
44 MERCURE DE FRANCE
D'Ans un
AIR.
Ans un réduit délicieux ,
Où du Dieu des Raisins on célebre la gloire ,
Je buvois à longs traits d'un Nectar précieux
Ma femme tout à coup d'un transport furieux ,
Vint faire mille cris , pour m'empêcher de boiree
Quoi , dit-elle , doit-on s'enyvrer en ces lieux ',
Tandis que le Tonnerre éclatte dans les Cieux
Tremble , pour t'écraser la foudre est toute prêter
Finis , dis-je aussi-tôt , tout ce vacarme est vain }
La paix est dans mon vin ,
Et la tempête
Que l'on entend gronder, soudain ,
Est moins au Ciel que dans ta tête .
A
SPECTACLES.
Es Comédiens François donnerent le 28 .
Fevrier la premiere Repréfentation de
la Tragédie de Maximien cette Piece fut
généralement aplaudie: M. Nivelle de la
Ghauffée , l'un des quarante de l'Académie
Françoise , ne s'en déclara l'Auteur qu'après ·
quelquess
THE NE
POLLO
TILDAN EGOVINATEDWE
7
THE
NE
UBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
LEMIK
AND TRDEN
FOCKDATIO
ent
AVRIE
1738. 745

quelques Réprésentations. On n'en a guere
vû de mieux conduite , ni de plus interessante.
Thomas Corneille avoit mis le même
sujet au Théatre avec un égal succès ; cela a
donné lieu aux Critiques de confronter l'une
et l'autre Piéce , pour voir si la derniere ne
seroit pas une copie de la premiere , mais
leurs recherches n'ont tourné qu'à la gloire
du nouvel Auteur , & on n'y a trouvé d'autre
ressemblance que de bien traiter un sujet digne
d'être mis au jour par les meilleures plumes
. Nous allons d'abord en donner un simple
Extrait, & nous rendrons compte à la fin
de quelques observations qu'on a faites sur
cette excellente Tragédie .
Aurelle , General des Armées de Constan
tin , ouvre la Scene par un Monologue, dans
lequel il déteste avec raison la passion funeste
qu'on va voir dominer dans toute l'action théa
trale ; c'est l'Ambition : voici comme il er
parle :
Du repos des Mortels implacable ennemi ,
Monstre le plus cruel que l'Enfer ait vomi ,
Funeste ambition , source de tant de crimes ,
Trouveras-tu toujours de nouvelles victimes ?
Il a un horrible secret à découvrir à Faustaj
qu'il a aimée autrefois , et que Constantin a
épousée. Il lui a fait demander un entretien
par
746 MERCURE DE FRANCE
par Maurice , fon plus fidéle ami , & Chrétien
comme lui ; entretien qu'il craint de ne
pas obtenir , attendu la fcrupuleufe vertu de
I'Impératrice. Maurice lui vient dire que cette
Princesse est prête à l'entendre ; et comme
il craint que ce ne foit un reste de fa premiere
flâme qui le porte à voir Fausta , il lui en
fait quelques reproches ; mais il est heureufement
détrompé par le soin qu'Aurelle
prend de se justifier dans fon efprit ; voici
comment ce vertueux Aurelle s'exprime.
Ecoute , puisqu'il faut que je me justifie .
Je ne le vois que trop ; tu sembles soupçonner ,
Que mon coeur par l'amour se laisse empoisonner;
Tu crois que pour Fausta mon ardeur se ranime, & c.
Pourquoi n'aurois -je pas un pur atachement ?
Ah ! Maurice , le coeur n'a-t'il qu'un sentiment
Et l'amour ne peut-il se changer en estime ?
Ce triomphe demande un effort magnanime ;
Mais enfin il n'est pas au-dessus d'un Chrétien?
Aprends donc le secret d'un fatal entretien ... J
L'aproche de Fausta l'empêche de lui de
couvrir la conspiration de Maximien contre
Constantin ; mais il prie fon ami de rester
pour en être instruit.
Fausta croit d'abord qu'Aurelle n'a devansé
l'Empereur , qui revient triomphant des
Germains
AVRIL 1738747
Germains , que pour la prier de lui faire ob
tenir le Prétoire , qui eft vacant. Aurelle lui
fait entendre qu'il eft parfaitement désabusé
dés grandeurs du Monde , et que s'il étoit
encore ambitieux , il ne tiendroit qu'à lui
d'obtenir sa main , et de partager l'Empire.
Fausta mortellement frapée , le presse de
s'expliquer ; il augmente son effroy en luiaprenant
que Maximien, son Pere , conspire
contre les jours de Constantin , son Epoux ;
il ajoûte qu'il a feint lui- même d'entrer dans
la conjuration pour en détourner les funestés
effets . L'Impératrice lui fait d'abord l'injustice
de le soupçonner de mensonge , mais elle
lui adoucit l'amertume de ce soupçon par
ces vers :
Ah ! Seigneur , pardonnez au trouble des mes sensy
Je vous ai laissé voir des soupçons offençans ;
A tous les malheureux l'injustice est commune.
Elle prie Aurelle de la secourir dans la triste
situation , où elle fe trouve entre un Pere et
un Epoux. Aurelle la prie à fon tour de ne
rien exiger de plus , & lui fait entendre ,
qu'il n'attend que l'arrivée de l'Empereur
pour lui demander un exil volontaire . Cette
Scene est traitée avec un art infini , & annonce
d'avance l'interêt qui doit regner dans le reste
de la Piéce.
CLI
Faustas
748 MERCURE DE FRANCE
Fausta réfléchit avec Eudoxe, sa Confiden
te , sur la nécessité où elle fe trouve, de n'oser
avertir son Epoux de la conjuration , de
peur d'exposer la vie de son Pere ; elle finit
ce premier Acte par ces vers :
Grand Dieu , c'est à toi seul à me déterminer ;
De tes rayons divins daigne m'illuminer.
M'abandonneras-tu ? non , je ne le puis croire
Le sujet de mes pleurs interesse ta gloire ;
Mon Pere,mon Epoux ,sont tes plus grands bienfaits:
Ah ! laisse -moi jouir des dons que tu m'as faits.
Maximien , Pere de Fausta, et Albin , s
Confident, commencent
le second Acte . Maximien
est surpris de voir que Fausta sa fille,
demande avec empressement à lui parler il
craint que la conspiration ne foit découverte ;
Albin augmente fa crainte , en lui aprenant
qu'Aurelle a parlé en fecret à l'Imperatrice ,
Maximien balance pourtant à le condamner ;
il se flate que ce n'eft là qu'un effet de fon
amour pour un objet qu'il doit bien-tôt pos
seder , pour prix du projet qu'ils ont formé
ensemble : il s'exprime ainsi .
Il adore ma Fille ; il est ambitieux.
On cherche à s'élever , autant qu'il est possible ;
Cette ardeur héroïque est toujours invincible , &c
bin , l'ambition est l'ame d'un Héros į
Ell
AVRIL
1738740
Elle émane du Ciel , elle vient des Dieux mêmes
C'est une portion de ces Etres suprêmes ,
Et le signe éclatant qui sert à désigner
Ceux d'entre les Mortels qui sont faits pour regner
Je ne croi pas qu'Aurelle ait une autre pensée.
Quoique Maximien n'ajoûte pas beaucoup
de foi aux foupçons d'Albin , il ne laisse pas
de vouloir s'éclaircir avec Fausta qui paroît un
moment après. Celle-ci ne s'explique pas ouvertement
à Maximien ; mais elle lui en dit
assés pour lui donner des foupçons contre
Aurelle ; il femble même le désigner par ces
vers , en parlant des Ennemis qu'il a à re
douter :
Il en est un sur tout , dont la haine couverte
Médite ma ruine et travaille à ma perte.
C'est à vous à me mettre à l'abri de ses coups.
Fausta lui fait connoître le regret qu'elle a
'de ne pouvoir le rendre aussi heureux qu'elle
le souhaiteroit , mais elle ajoûte que le Thrône
n'admet pas deux Maîtres à la fois ; Maxi
mien lui proteste qu'il a étouffé fon ambition
mais qu'il ne laisse pas d'avoir tout à craindre
de la part d'un ennemi secret ; il ajoute ;
Aprenez que l'on cherche à m'ôter un apui ;
C'est l'Amour outragé qui m'accuse aujourd'hui ,
Teut-être d'un projet dont lui-même est coupable, & e
Mais
MERCURE DE FRANCE
Mais on veut que vous - même ,
Vous serviez leur vengeance et leur fureur extrême,
On cherche à vous couvrir de l'oprobré éternel
D'avoir trempé vos mains dans le sang paternel .
Cette conversation est interrompuë par
Farrivée de Conftantin suivi de Guerriers &
de Rois enchaînés.
L'Empereur s'avance tendrement vers Faus→ ›
ta , et la voyant troublée , il croit que c'est
la disgrace de son Pere , qui l'occupe en ce
moment ; pour calmer sa douleur, il s'adresse
à Maximien , et lui dit >
Seigneur je ne mets plus de borne à ma clémence
Qu'une amitié nouvelle entre nous recommence ;
Que nos divisions , que tout soit effacé ;
Réunissons nos coeurs ; oublions le passé,
Après avoir fait éclater sa clémence envers
les vaincus , il sort avec l'Impératrice.
>
Maximien arrête Aurelle , et pour sonder
son coeur , il affecte une vive reconnoissance
pour les bontés de Constantin ; il lui ditqu'il
faut renoncer à la Conspiration ; Aurelle
lui répond , qu'il ne reçut jamais d'ordre
plus doux . Au elle s'étant retiré , Maximien
fait connoître qu'il ne doute plus de sa
perfidic . Albin s'avance , et trouvant Maximien
dans la situation où il le souhaitoit, il
Jui
AVRIL 1738. 750
Jui promet de le faire regner dès ce même
jour ; mais il ajoûte que pour executer ce
grand projet, il faut accuser ceux mêmes qui
les accusent ; Maximicn consent à tout ,
pourvû qu'il régne .

Albin fait connoître le motif qui le fait
agir par ces quatre Vers qui répondent à
des promesses que Maximien vient de lui
faire , pour l'animer à le servir.
Quel espoir quelle audace m'inspire !
Me voici donc au point de partager l'Empire !
Secondons la Fortune elle vient me choisir ;
Et le Trône apartient à qui sçait le saisir.
Ce même Albin ouvre le troisième Acte
avec Constantin. Il fait entendre à ce Prince
qu'il a fait arrêter des Conjurés , qui en vouloient
à sa vie . Constantin lui ordonne de
les faire parler à la vûë des suplices , afin de
parvenir à connoître leur Chef , s'ils en ont
un. Albin lui promet de ne rien oublier pour
en venir à bout. Constantin déplore en deux
Vers , la fatale nécessité où il se trouve d'avoir
à punir.
Fausta vient , elle ne peut dissimuler son
trouble à l'Empereur ; elle lui dit , qu'elle
ne sçauroit être tranquille au milieu des périls
qui menacent une Tête si chere ; elle se
plaint du trop libre accès qu'il permet auprès
de
52 MERCURE DE FRANCE
de sa personne sacrée ; elle lui représente
surtout , qu'il n'est rien qu'il ne doive craindre
de ceux dont il a abandonné le Culte
impic , et surtout de leurs Prêtres ; elle le
prie de les éloigner de sa Cour.
Constantin ne pouvant consentir à reconnoître
si mal les services qu'ils lui ont rendus
dans sa derniere Victoire , Fausta le suplie
de vouloir bien du moins ne confier sa
Garde qu'à des Chrétiens ; l'Empereur lui
répond qu'il peut la satisfaire ; Fausta lui dit
que le temps presse , et lui propose Aurelle,"
pour être Chef des Prétoriens ; Constantin
lui répond obligeamment, qu'elle ne fair
le prévenir , et ordonne qu'on fasse venir
Aurelle .
que
Maximien vient le féliciter sur le Sacrifice .
qu'on vient de lui faire de deux Victimes ;
Fausta ne peut entendre ce nouveau danger
de son Epoux sans frémir ; Constantin la
rassûre , en lui disant qu'il n'y en a plus , et
que c'est par son ordre qu'on vient de le
venger. Albin entre , Constantin lui demande
des nouvelles de ces Factieux , Albin lui
répond qu'ils ont parlé avant que de mourir,
et qu'ils ont nommé Aurelle pour Chef. Au
nom d'Aurelle , Fausta témoigne son étonnement
, Constantin n'en est pas moins fra→
pé ; il continuë d'interroger Albin , qui lui
répond qu'il n'en peut dire davantage , et
>
qu'un
AVRIL. 1738. 7$$
qu'un témoin trop suspect l'empêche de
parler. Constantin prie Fausta de se retirer
et ordonne la même chose à tous les autres,
et surtout à Maximien , qu'il commence à
soupçonner ; mais de quelle horreur n'est-il
pas frapé , lorsqu'il aprend d'Albin que c'est
Fausta même qui lui est suspecte , et dont
la présence vient de lui imposer silen
ce ! Il ménage cette accusation avec un art
qui ne lui est que trop naturel ; il fait souvenir
Constantin de l'amour qu'Aurelle a eu
pour l'Imperatrice ; il ajoûte à cela des Entretiens
secrets qu'ils ont eus ensemble ; il
lui aprend qu'Aurelle est arrivé des premiers
pour voir Fausta , enfin son soupçon est revêtu
de tant de circonstances , que le malheureux
Constantin se livre tout entier à sés
transports jaloux , et finit l'Acte par ces Vers ;
Cherchons à démêler l'horreur où je me perds ,
Et sçachons si je dois effrayer l'Univers.
Le quatrième Acte a été trouvé sans contredit
le plus intéressant de la Piece . Maximien
ne peut cacher à Albin le combat qui
se fait dans son coeur entre l'ambition et la
nature ; il craint que la jalousic de Constantin
ne le porte jusqu'à donner la mort à
Fausta. Albin le rassûre en lui disant , que la
yengeance de Constantin n'éclatera
G
pas
si
promptement
754 MERCURE DE FRANCE
#
promptement , et qu'on trouvera bien des
moyens d'y soustraire la Victime. Constantin
ordonne en entrant , qu'on fasse venir
Fausta et Aurelle ; Albin voudroit bien empêcher
une confrontation , qui lui paroît
dangereuse , mais l'Empereur veut être obéi .
Albin étant sorti , Maximien fait de nouveaux
efforts pour empêcher Constantin de
voir Fausta , il convient de son crime avec
lui ; mais il lui dit , qu'il vaut mieux la punir
par un exil éternel , où il s'offre de la conduire
ne pouvant rien gagner sur l'esprit de
Constantin , qui ne respire qu'une vengean
ce sanglante , il se jette à ses pieds , en lui
disant :
Seigneur , voyez- moi donc embrasser vos genoux,
Fausta ne peut plus douter que Maximien
son Pere ne soit accusé et confondu ; elle
embrasse les
genoux de son Epoux , et malheureusement
pour sauver son Perc ,
la premiere à le déclarer coupable par ces
deux Vers :
Vous étes enflammé d'une juste colere ,
clle est
Je le sçais , mais enfin le coupable est mon Pere.
Comme elle voit que l'Empereur la croit
coupable elle- même , elle croit que son Pere
l'accuse , ou du moins elle le fait conoîrre
par ce Vers :
755
mon Pere ! est -
à Constantin.
ce vous qui me sacrifiez ?
Seigneur , permettez- moi de tomber à ses pieds ;
Il ne soûtiendra pas .
Maximien cede aux transports dont il est
agité , il s'accuse lui - même : Constantin ne
veut pas le croire et le fait retirer , fondé sur
cette maxime :
Prince , on n'écoute pas ceux qui veulent périr.
Maximien étant sorti , Albin arrive ; il dit
Constantin qu'Aurelle s'est donné la mort,
ou l'a reçûë de la main de ses Complices ,qui
ont tous péri , ou pris la fuite : il lui présente
un Billet qu'on a trouvé sur Aurelle, le voici :
Constantin doit périr , sa perte est assûrée ;
Il touche à son dernier instant ,
Et c'est pour cette nuit que sa mort est jurée ;
Maurice vous fera ce détail important.
Quoiqu'il n'y ait rien de si positif dans ce
Billet , que Fausta ne puisse justifier , l'Auteur
lui a fait prendre tout autre soin ; elle
s'épuise en beaux sentimens , qui ne la rendent
pas plus innocente aux yeux de son
Epoux. Elle tombe évanouie entre les bras
d'Eudoxe sa Confidente : à peine l'a - t'on
éloignée, que Constantin se livre tout entier
Gij à
756 MERCURE DE FRANCE
à l'amour qui lui parle en sa faveur ; il en
vient jusqu'à soupçonner Maximien. Albin,
feignant d'aprouver ce soupçon ,
lui dit qu'il
n'y a qu'à l'arrêter ; Constantin y consent ,
ce qui donne lieu à un grand coup de Théatre
: Albin ayant fait arrêter Maximien , qui
yeut perir pour sa fille , il finit ce bel Acte
par ces Vers :
Grands Dieux où l'entraînoit sa pitié paternelle
Il alloit renoncer au Trône qui l'apelle .
´Allons lui faire voir qu'il n'a plus qu'à fraper ,
Et que notre Ennemi ne peut nous échaper.
et nous
Quoique le dernier Acte n'ait pas moins
fait de plaisir que les autres , nous l'abrégerons
autant qu'il nous sera possible
nous contenterons d'exposer le fond des
Scenes. Dans la premiere, Albin dit à Maximien
, qu'il n'a plus qu'à , aller immoler sa
Victime , et que toutes les portes lui seront
ouvertes pour arriver jusqu'au lit de Constantin
, enseveli dans un profond sommeil.
Albin , dans un Monologue , fait entendre
qu'il fera périr Fausta , de peur qu'elle ne
porte un jour son Pere à venger sur lui la
mort de son Epoux. Il se retire à l'aproche
de cette malheureuse Imperatrice. Fausta dit
à Eudoxe , qu'elle ne peut parler à Constantin,
et qu'Albin lui a fermé tout accès auprès
de
AVRIL 1738. 737
de lui. Elle fait connoître , que deux Gardes
qu'Albin avoit vainement tenté de corrompre
, ont révélé la Conspiration à Maurice ;
cependant comme ce dernier ne paroît point,
et qu'elle doute qu'il ait pû parvenir jusqu'à
révéler la Conspiration à Constantin , elle est
dans la plus cruelle perplexité : elle ordonne
à Eudoxe d'aller s'informer de tout ce qui se
passe , et de venir l'en instruire . Eudoxe revient
bientôt , elle lui annonce qu'Albin l'a
empêchée de pénetrer jusqu'à l'Apartement
de l'Empereur ; et qu'on prépare le poison ,
qui lui est destiné à elle- même. Fausta l'attend
avec fermeté , un Garde le lui aporte ,
elle est prête à l'avaler , lorsque Maximien
arrive et l'en empêche , en lui disant :
à Albin.
Vivez pour un destin plus doux ,
Albin , nous triomphons ; ma haine est assouvie ,
L'Usurpateur n'est plus , il a perdu la vie.
Fausta frapée d'un coup mortel , charge
son Pere d'imprécations. Maximien la laisse
entre les bras d'Eudoxe , et va travailler à se
faire proclamer Empereur , après avoir nommé
Albiti Consul avec lui . Constantin l'arrê
te à la porte , il ordonne à sa Garde de faire
périr Albin dans les suplices ; et consent que
Maximien choisisse le genre de sa mort.
Giij Fausta
}
758 MERCURE DE FRANCE
Fausta implore la clémence de son Epoux
pour son Perc. Constantin , pour égaler la
réparation à l'outrage qu'il a fait à cette fidelle
Epouse ; non seulement pardonne à
Maximien , mais il l'associe à l'Empire . Maximen
se tue lui-même , parce qu'il ne veut
point partager le Trône , pour justifier ce
qu'il a dit dans le second Acte :
C'est bien assés pour moi d'être au dessous des
Dieux.
Constantin , que la générosité et la grandeur
d'ame n'abandonnent jamais, paroît véritablement
touché de ne pouvoir pardonner
à un Rival trop ambitieux , et que la vertu
de l'Imperatrice si bien reconnue , l'engageoit
à épargner ; et la Piece finit par ce géné
reux regret de l'Empereur :
Trop superbe Rival , jusqu'où va ta vengeance
Tu ne veux rien devoir à la reconnoissance !
Cruel , en préferant la mort à mes bienfaits ,
Tu mets enfin le comble aux maux que tu m'as faits
Il ne nous reste plus qu'à remplir notre
promesse , sur les Réflexions sur les que quelques
Critiques ont faites.
On a trouvé la Piece régulierement conduite
, la Versification élégante , la Diction
pure
AVKI L. 17387 759.
pure et grammaticale ; mais on auroit souhar
é un peu plus d'élévation dans tout le
cours de la Piece : quelques Auteurs portent
cette derniere partie un peu trop loin , il y a
un juste milieu à prendre , et cela n'est pas
si facile qu'on le pense. Quant aux Caracteres
, le mieux soutenu , de l'aveu de tout le
monde , est celui d'Albin.
Maximien a paru un peu trop Pere, pour
être parfaitement ambitieux ; les grandes
Passions perdent à être mitigées. Constantin
n'a pas
dans ses actions les grands sentimens
avec lesquels il s'annonce d'abord ; il condamne
trop légerement Fausta ; il est trop
crédule , et donne trop aveuglément dans
tous les piéges qu'Albin lui tend ; on a surtout
blâmé l'indigne partage qu'il veut faire
du Trône avec Maximien , dont il connoît
l'ambition déreglée et la méchanceté . Pour
Fausta , tout le monde convient de sa vertu ,
mais elle n'en fait pas , dit- on , l'usage qu'elle
en doit faire , lorsqu'il s'agit de prouver
son innocence , surtout depuis que le crime
de son Pere est mis en évidence ; on ne sçait
pourquoi Maximien se tuë après avoir obtenu
ce qu'il souhaite : on répond à cette derniere
Critique , que la moitié de l'Empire ne
suffisoit pas à ses vastes désirs ; il est vrai
qu'on auroit du préparer ce dernier effort de
son désespoir , par quelques Vers qui eus-
Güij sent
780 MERCURE DE FRANCE
sent fait entendre , qu'il n'avoit vû qu'impla¬
tiemment que Diocletien fût son Associć ,
et qu'il n'en vouloit plus souffrir sur le
Trône.
Cette Piece est imprimée et a un fort
grand débit , chés le Breton , Quai des Augustins.
in 12. 1738.
Le Lundy 14. de ce mois , les Comédiens François
firent l'Ouverture de leur Théatre par la Représentation
de la Tragédie de Maximien , qu'on
avoit interrompue à l'occasion des trois Semaines
de la Vacance des Théatres au temps de Pâques ,
que le Public a été bien aise de revoir. Le Sr du
Breuil fit au Public un Compliment simple et mo
deste , qui fut reçû très-favorablement
et
On donna ensuite une petite Comédie nouvelle
en Prose , en un Acte , avec un Divertissement à la
fin , dont le succès fut très-heureux ; elle fut également
goûtée et aplaudie par une très - nombreuse
Assemblée : on n'en dit pas l'Auteur . Le Fat puni ,
est le Titre qu'elle porte , Sujet tiré d'un Conte
de la Fontaine intitulé , Le Gascon puni , et très- ingénieusement
mis au Théatre. Au reste , cette Piece
est parfaitement bien représentée , surtout par la
Dile Gaussin et le S. Grandval , qui jouent les deux
principaux Personnages.
La Musique du Divertissement est du Sr Grand
val , pere , dont personne n'ignore les grands talens
: elle est caractérisée au mieux , mais surtout
un morceau de Symphonie , où tous les mouvemens
et les divers caracteres de la Danse sont exprimés
d'abord par un Air de Sarabande , de Bourée
, et de Menuet ; ensuite de Chaconne , de Magie,
:
de
AVRIL.
761 1738.
de Rigauden , de Tambourin , de Musette , et cela
finit par un second Tambourin .
La Dlle Lolotte Cammasse âgée de neufans et demi,
et d'une force très -surprenante pour son âge , dont
le pere et la mere sont Comédiens du Roy de Pologne
, a dansé plusieurs fois tous ces Caracteres ,
avec tant d'étonnement et d'admiration de la part
de tous les Spectateurs , qu'on en étoit transporté ;
le Lecteur ne sçauroit s'en former une trop grande
idée , la vérité va encore plus loin. On n'a jamais
vú tant de talens réunis , tant de graces fines et délicates
tant d'expressions vives et légeres , des Pas
formés,comme les meilleurs Danseurs dans la force
de l'âge peuvent les former , et avec cela entreprenant
et venant à bout d'executer tout ce que la
Danse Haute a de plus difficile à rendre avec justess
; Caprioles , Pirouettes , Entrechats Gargouillades
, &c.

M. de Maltaire l'aîné , de l'Académie Roïale de Musique,
dont le nom et les talens sont fort connus , et
qui fait tous les jours d'excellens Sujets , a été le Maî
ue à danser de cette aimable Personne , véritablement
virtuosa , et le Phenix au moins des Danseuses
de son âge ; son oreille , au témoignage de
son Maître , et de tous ceux qui l'ont vû danser
surpasse en finesse tout ce qu'on a vû de plus excellent.
Son Maître a même voulu la tromper plusieurs
fois , pour se convaincre de la justesse de cet
organe , mais l'incomparable Enfant n'en a jamais
été la dupe.
;
Nous venons d'aprendre que la jeune Personne
qu'on vient de célebrer à juste titre , a autant de
talens pour la Comédie que pour la Danse ; elle a
paru sur le Théatre de Strasbourg avec un plein
succès dans les Rôles de Joas , dans la Tragédie'
Gy Attalic,
762 MERCURE DE FRANCE
d'Attalie , et dans celui de l'Amour , dans la Go
médie du Nouveau Monde. On n'en doit pas être
étonné , puisqu'elle est Niéce de Mlle Duclos
dont la belle voix , la figure noble et pleine d'agré
mens , et les autres talens pour le grand Cothurne,
la feront toujours distinguer parmi les plus fameuses
Actrices du Théatre François.
La Dlle Lolotte Cammasse a paru jusqu'à dix fois
sur le Théatre François , et y a attiré de très-grandes
Assemblées. Elle a chanté dans le Divertisse →→
ment du Fat puni , le Couplet suivant avec beau
coup de graces et de justesse ..
Messieurs , je suis hors d'haleine ;
Je ne chante qu'avec peine ,
Et ma voix tremble de frayeur ;
biss
Votre bonté m'encourage ,
Vous passez tout à mon âge ,
Et j'en suis quitte pour la peur.
bit
9
Elle a joué aussi un petit Rôle dans la Comédie
dès trois Cousines , avec intelligence , et y a dansé
dans le Divertissement une grande Sarabande , sui--
vie d'un Tambour in extrémement vif , tenant un
Tambour de Basque sur lequel elle faisoit des
batteries , d'une j stesse et d'une volubilité inconcevable
, non seulement avec ses petites mains, mais.
avec le coude , le talon et le bout du pied , et nous.
prenons tous les spectate rs à témoins , qu'on n'a
jamais vu dans un Danse de ce Caractere , tant de
d .· na- graces vives et légeres , et ta t de décence ,
aurel et de noblesse. Animés encore de ce que tout
Paris
A V R IL: 1738. 763
Paris a vû avec étonnement , nous avons de la peine
à retenir notre plume sur ce Prodige . Nous
apellons les talens de la charmante Lolotte de ce
nom avec tout le Public , et véritablement qand on
réfléchit à ce qu'on a réellement vû , on croit ne
l'avoir que rêvé. Enfin c'est une espece de Phénomene
, également difficile à concevoir , et à ex
primer.
>
L'Académie Royale de Musique donna le 15.
Avril pour la rentrée de son Théatre , un nouveau
Ballet , intitulé les Caracteres de l'Amour , mis en
Musique par M. de Blamont Surintendant de la
Musique du Roy . Cet Ouvrage fut reçu du Public ,
avec toute la satisfaction que pouvoit attendre
l'Auteur des Fêtes Grecques et Romaines , dont personne
n'ignore le succès , qui dans la Reprise a
même surpassé celui qu'elles avoient eu dans leur
naissance. Il paroît par um Avertissement qu'on a
mis à la tête de ce galant Ouvrage , que plusieurs
Personnes d'un goût exquis ont mis la main à la
Versification , qu'on a trouvée très -Lyrique : on en
pourra juger par l'Extrart que nous en donnerons
dans le premier Journal.
Le r4. Avril , les Comédiens Italiens firent l'Ouverture
de leur Théatre par la Comédie des Amans
réunis , suivie de celle des Billets doux. Le même
Acteur qui avoit complimenté le Public à la Clôtu
re du Théatre , s'acquita du même devoir à l'Ouverture
.
Les mêmes Comédiens doivent donner incessamment
la Parodie de la Tragédie de Maximien
G vj RONDEAU
764 MERCURE DE FRANCE
***
RONDE A U.
* BElle Therese , à l'utile Leçon
Votre penchant guide votre Raison ;
De vos Progrès mon ame trop
charmée
Veut aplaudir à votre Renommée ,
Qui fait grand bruit dans le Sacré Vallon.
Chaque Rimeur , pour vous sur l'Hélicon
Cueille des fleurs , sur les pas d'Apollon :
Pour la loüange Amour vous a formée ,
Belle Therese.-
Vous possedez , à quinze ans , geste , ton ,
Beau Naturel , et maint autre heureux Don.-
Des Spectateurs à la Ville être aimée ,
Etre à la Cour bien reçûë , estimée ,
Sont des faveurs qui vont vous faire un Nom
Belle Therese:
Par M. Laffichard..
La nouvelle Actrice du Théatre Italien
NOUVELLES
AVRIL 1738. 765
NOUVELLES ETRANGERES.
De Constantinople , le 31. Janvier 1738 .
Leu
E Prince Ragotzi , qui le 3. Decembre avoit
eu une Audience du Grand Seigneur , en a eu
ùne du Grand Visir le 25. de ce mois , dans laquelle
a été fait l'Echange des diférens Actés du Traité
qu'il vient de conclure avec la Porte . Suivant ce
Traité , la Porte recor noîtroit ce Prince pour Souverain
de la Transylvanie , et pour Chef de la Nation
Hongroise , et le recevroit lui et ces deux Nations
sous sa protection . Les Transylvains payeroient
annuellement au Grand Seigneur 40000
Piastres , et les Hongrois une somme qui n'est pas
encore déterminée . Moyennant ces Redevances la
Porte les maintiendroit dans leurs Libertés et Frivileges
, et ne se mêleroit point de leur Gouverne
ment . Le Prince Ragotzi est parti d'ici depuis trois
jours ; il doit trouver sur sa route des Troupes ,
dont on lui fait esperer que le nombre grossira ,
mesure qu'il aprochera de Frontieres. Le rendezyous
est à Roschid en deçà de Niekeboli , sur la
rive méridionale du Danube.

On a déposé le Kiaya du Grand Visir ; c'est le
Chaoux Bachi , parent et ami de ce premier Ministre
, qui a été choisi pour remplir ce Poste . Le
Grand Visir va souvent à l'Arsenal pour hâter la
construction de quatre cent Galiotes ou Brigantins,
qui au commencement du Printemps , doivent aller
dans la Mer Noire , sous l'escorte de hit Fégates ;
enfin on n'est occupé que des Préparatifs de la
Campagne prochaine. Cependant on dit sou dement
766 MERCURE DE FRANCE
ment depuis quelques jours , que les Turcs ont été
Battus du côté de Bellegrade, où ils s'étoient avancés
assés imprudemment , et que les Imperiaux
font des courses jusqu'aux portes de Viddin. Vous
pouvez sçavoir ces nouvelles mieux que nous , car
on ne publie ici que ce qui est à l'avantage de la
Porte.
Voici le détail de l'Audience du Grand Seigneur
donnée au Prince Ragotzi , précedée de celle du
Kaimakan ; &c . venant d'une Personne de la Maison
de ce Prince .
AUDIENCE donnée par le Grand Seigneur
au Prince Ragotzi.
Le 30. Septembre, le Kaimakan invita le Prince
Ragotzi à une entrevûë qui se fit à ⋆ Sadi Abath ,
Maison de Plaisance , où Kiosk du G. S situé sur
une petite riviere qui se jette dans le Port de Constantinople
La conversation se passa en politesses
réciproques , et on y convint du jour pour la Visite
que le Prince feroit au Kaimakan : le Céremonial
inviolable de cette Cour étant , que Personne ne
peut avoir Audience du Grand S ign ur
sans avoir
vû auparavant , et dans une Visite de Céremonie le
Grand Visir , ou en son absence le Kaimakan , qui
le représente. Ce Ministre fit bien des honneurs au
Prince dans cette entrevue , er on y marqua le 7
Octobre pour la Visite de Céremonie.
>
Ce jour étant venu , le Prince sortit de son Palais
sur les sept heures du matin , accompagné du
Cortege que la Porte lui avoit envové , et suivi de
route sa Maison , dans l'Ordre qui sera marqué plus
* Sadi- Abath , ou Séjour de Felicité : il y en a
ane description entiere dans le Mercure de Juin 1724.
Bags 1251.
au
AVRIL 17381
767
aurlong à l'occasion de l'Audience du Grand Seigneur.
Quand on fut à une petite distance du Kiosk,.
d'où sa Hautesse a coûtume de voir par une Jalousie
ces Marches publiques , il vint un Officier du
Serail , pour avertir de s'arrêter un peu , jusqu'à ce
que S. H. fut arrivée à ce Kiosk , sous lequel on
fit défiler le Cortege jusqu'au Palais du Kaïmakan.
Le Prince étant descendu de cheval au pied du
grand Escalier , monta tout de suite et fut introduit
sur le champ dans la Salle d'Audience. Après le Cri
ordinaire du Salut , le Prince prit place au Sopha
sur des coussins, assés près du Kaïmakan , à qui il
fit dès-lors son compliment. Ce Ministre écouta
son Discours avec beaucoup d'attention et de gravité
, il lui fut sur le champ interpreté par le Premier
Drogman de la Porte , à quoi le Kaimakan
répondit d'une maniere fort gracieuse.
1
On fit ensuite retirer tout le monde , à lexception"
de 7. ou 8. personnes des premieres de la Cour dus
Prince , qui resterent avec lui chés le Kaimakan ,,
lequel dès le commencement de la visite avoit auprès
de lui plusieurs Grands Officiers , tous ebout,.
comme le Keys Effendy , Grand- Chancelier, le Sé--
lictar Aga , Ecuyer ou Porte Sabre du G. S. ainsi
que les principaux Officiers du Corps des Chaoux.
Sa Cour étoit non.breuse et magnifique ; on y
voyoit entre autres plusieurs Al y- Chaoux , ou
Chaoux de parade en habit de velours verd , avec
des bâtons d'argent à la main. Ces Officiers faisoient
les honneurs pour les rafraîchissemens qui
étoient préparés , invitant les Officiers de la suite
du Prince , de les venir prendre dans des Apartemens
séparés , tandis qu'on les servoit au Prince er
au Kaimakan.. Ce fut , selon l'usage , du Caffé
d'abord , des Confitures , des Parfums et du Sor-
Bec. Peu de temps après on distribua des Caftansout
68 MERCURE DE FRANCE
"
ou Surtouts de cérémonie au nombre de qua
rante. Le Prince fut ensuite revétu d'une magnifique
Pélisse ou Robe fourée de Samour sur le Sopha
même ; peu de temps après on se mit en disposition
de partir. Le Prince trouva au bas de l'escalier
un très-beau cheval et richement harnaché
dont le Kaimakan lui faisoit présent , et qu'il
monta pour retourner à son Palais , dans le même
ordre qu'il étoit venu. La marche fut d'une grosse
heure , y ayant fort loin du quartier du Prince au
Palais du Kaimakan.
L'affluence du monde fut extrordinaire pour voir
un spectacle , qui l'étoit aussi , puisqu'on voit sou
vent à la Porte des Ambassadeurs et des Ministres
Etrangers , mais il est rare d'y voir des Princes
qu'elle traite de Souverains. Si les rues et les avenuës
étoient pleines de monde , il n'y en avoit pas
moins aux fenêtres , sur les murs même de la Ville
et jusques sur les arbres Le Prince de retour à son
Palais , reçût les Complimens des principaux Officiers
de la Porte , qui l'avoient accompagné , qu'il
fit régaler de rafraîchissemens et de présens , selon
Pusage ordinaire.
L'Audience du G. S. qui devoit suivre de près
cette cérémonie , fut cependant différée , pour la
faire précéder de peu de jours le temps où l'on
croyoit que le Prince partiroit , et elle fut enfin fi-
! xée au mardi 3. Décembre . le Kaimakan en fir
d'abord donner avis au Prince par son premier
Drogman , et la veille de l'Audience il envoya le
prémier Interprete de la Porte , pour la lui notifier
dans les formes. Quelques jours auparavant ce Ministre
eut la politesse de faire remettre au Prince quatre
prisonniers Hongrois , qu'on avoit nouvellement
amenés, en lui taisant dire qu'on lui renvoyeroit de
même tous ceux qui seroient pris de la même maniere.
AVRIL 1738. 1969
nere. Avant que le Drogman de la Porte vint chés
le Prince , un Officier lui avoit dit de la part du
Kaimakan , qu'ayant fait réfléxion qu'il partiroit
avant le jour , et que les nuits d'alors étoient fort
obscures et les chemins mauvais , il avoit jugé à
propos qu'il vint en bateau jusqu'à l'Echelle dite
Vezir Iskelesi , où il trouveroit les Officiers de la
Porte , qui devoient le conduire avec les chevaux
des Ecuries du G. S. , que pour cet effet on envoyeroit
deux heures avant le jour une Galiote
pour la personne du Prince, et 25. petits bateaux à
rames pour sa Suite ; qu'au surplus pour le retour
, il pouvoit , à son gré , revenir à cheval jus- .
ques chés lui, ou se rembarquer à la même Echelle.
Le Prince accepta ce qu'on lui proposoit , et tout
se disposa à partir le lendemain avant le jour.
On vit arriver de très-bonne heure la Galiote du
Bostangi Bachy à 12. paires de rames , et 25. petits
bateaux , dont 4. étoient à 4. paires de rames
et les autres à 3. Tout le monde s'étant embarqué
selon la liste qu'on avoit faite , le Prince monta
dans son Bateau avec quelques Officiers de sa Maison
; il y avoit dans chaque Caïque ou Bateau , un
frambeau de cire blanche , ce qui faisoit un fort bel
effet à la vûë. La petite Flote arriva à la pointe du
jour à l'Echelle Vizir Iskelesy . Le Chaoux-Bachi
Chef des Chaoux du Divan , et Grand- Maître des
Cérémonies , y atendoit le Prince avec tous les
autres Officiers de la Porte , destinés à lui faire
Cortege. Ils étoient tous en bonnets et en habits,
de Cérémonie. Il y avoit so. chevaux des Ecuries
du G. S. magnifiquement harnachés. Le Prince étant
débarqué , fut reçû par le Chaoux- Bachi, dans une
maison voisine pour s'y reposer , en attendant que
fout le cortege s'arrangeât pour la marche. Le
Chaoux-Bachi présenta le Caffé au Prince, et quand
il
770 MERCURE DE FRANCE
'il eut reçû les ordres du Kaimakan et que tout fue
prêt , il prit le Prince par la main et ils descendi
rent ensemble. Le Prince trouva un cheval du G. S.
des plus beaux et des plus superbèment harnachés ,
qu'il monta. Le Chaoux Bachi monta aussi sur le
sien , qui étoit très-beau et richement couvert , et
la marche commença de la maniere qui suit.
On voyoit prémierement le Koulagous Chaoux 3:
il étoit suivi du Soubachi et de l'Hassas Bachi ,
avec leurs Gardes ; après eux venoit un gros de so.
Chaoux du Divan, avec leurs turbans de cérémonie,
marchoient ensuite 6. chevaux de main du Prince
après venoient les Choadars ou Valets de livrée .
Hongrois. Ils étoient suivis des Chaoux destinés
pour le service du Prince, avec leurs plumes en tête .
L'Orta des Janissaires de la Garde , avec les Officiers
défiloit en rang. On voyoit ensuite l'Ahir-
Czahaya et l'Ahir Balak -Bachi , Officier des Ecuries
du G. S. ils étoient suivis du Visir Agassy et du
Schorbagi, qui servent actuellement près de la personne
du Prince. Dans le même ordre venoit le
Chaoux Emini et le Chaouxlar- Kiatib : à ceux-là
succedoient les Drogmans du Prince, ensuite le Drog
man de la Porte. Le Chaoux-Bachi précedoit le
Prince , qui avoit devant lui rz. Valets de pied. Il
marchoit encore quatre Heyduques , qui avoient
sur leurs bonnets des plumes de Héron et leurs ha→
bits garnis par devant de plaques d'argent, le Prince
étoit suivi des principaux de sa Cour , marchant
deux à deux , selon leur rang , et ensuite le Maître
d'Hôtel et les Officiers de la Bouche et de la Chambre.
Ce Cortege étoit encore grossi par plusieurs
Personnes de differentes Nations , que la curiosité
avoit attirés.
Quand on fut arrivé vis- à- vis la porte du Palais
Ju Kaimakan , on fit quelque temps alte pour lais-
Ser
AVRIL 17381 771
der passer ce Ministre , qui ayant reçû l'ordre du
G. S. pour se rendre au Divan , se mit aussi-tôt en
marche avec une nombreuse suite . En passant il salua
le Prince en portant sa main du côté du coeur.
On se remit en marche , et en entrant dans la premiere
Cour du Serail , on trouva differens Officiers du
G. S. et les divers Corps de la Milice , qui devoient
ce jour-là recevoir leur paye. Le Prince descendit
de cheval à la porte de la seconde Cour, où personne
que le Sultan , pas même le G. V. ne peut entrer
2
à cheval . On fit asseoir le Prince sous la Voûte
pour laisser passer les differens Corps de Milice ,
Janissaires , Spahis , Topigis et Zébegis , qui partirent
comme un trait , en courant d'une rapidité ex- .
traordinaire . Ce fut en entrant dans cette seconde
Cour que l'oeil fut d'abord frapé de la magnificence
qu'on y avoit étalé pour faire honneur au Prince.
Ôn voyoit d'abord sur la gauche 30. chevaux du
G. S. couverts de riches boucliers et leurs harnois
étoient si brillans de pierre : ies , que les yeux en
étoient éblouis : ils avoient des plumes sur leur tê
te et étoient tenus par des Officiers des Ecuries.
Tout cet étalage étoit une chose inusitée ; mais ce
fut par une distinction singuliere pour le Prince ,
ainsi que d'y voir les Solans et les Peyques , Gardes
du G. S. qu'on découvroit près des Apartemens de
Sa Hautesse , les premiers ayant de grandes plumes
en tête , et les seconds , vétus à l'antique avec des
bonnets de cuivre battu , surmontés d'une plume et
ayant la demi - picque en main.
Le Prince étoit conduit par quatre Capidgis -Ba
chis , le Tchouk-Bachi et le Capidgiler Kiayassy du
G. S. ayant en main leurs grands bâtons garnis
d'argent et frapant de temps en temps sur le pavé :
quand on fut vers le milieu de la seconde Cour, un
gros considérable de differens Corps de Milice s'ébranla
772 MERCURE DE FRANCE
branla tout d'un coup et courut avec impétuosité
pour venir prendre des gamelles pleines de pilau
ou de potage au ris , lesquelles étoient rangées le
long d'une longue barriere qui borde le pavé du
chemin qui conduit au Divan. Cet empressement
des Troupes pour manger le pilau , est réputé une
marque qu'elles sont tranquilles et contentes da
Gouvernement. Le Prince fut ensuite conduit au
Divan. C'est une grande Salle voûtée , couronnée
d'un beau Dôme et qui a quelque chose de grand
dans sa simplicité . Le Kaïmakan représentant tojours
le Grand Visir , s'assit sur un banc un peu
plus élevé que les autres , couvert de belles Etoffs
et placé justement sous la Jalousie par où le G. S.
voit et entend tout tout ce qui se passe dans le Divan
sans être vû. A la main droite du Kaïmakan ,
mais à quelque distance , étoit assis le Capitan-Pacha
ou l'Amoral , en Turban de cérémonie. A la gauche
et dans la même distance , siegeoient les Kadileskers
ou Grands-Juges d'Europe et d'Asie , lesquels
dans cette ceremonie ne parurent
faire aucune
fonction de Judicature : le Defterdar étoit placé
du même côté sur le retour avec le Bachemasegy ,
Officier qui tient les Registres des Finances . Sur le
banc vis- à- vis et à la droite , on fit placer le Prince
par une distinction particuliere . C'est- là où s'assied
le Nichandgy , qui met le paraphe du G. S. dans les
Expéditions.
ni
Cependant on rendit la Justice ordinaire , et on
vit paroître dans le Divan quelques pauvres gens ,
même des enfans , toutes sortes de personnes étant
également admises à ce suprême Tribunal , sans
distinction de Rang et de Personne , de Sexe ,
de Religion . Les Sakeredgi ou Maîtres des Requê
tes , font sommairement le raport des Procès , sur
esquels le G. V, ou en son absence , le Kaïmakan
prononce
AVRIL
1738. 779
prononce sur le champ , la Justice étant briéve : la
présence du G. S. inspire de la crainte aux Juges
qui voudroient en violer les Loix. Après quelques
Procès jugés , et quelques Requêtes réponduës , le
Kapidgiler Kiayassi du G. S. parut avee un Katacherif
, ou Commandement Imperial, à la main ; Ie
Kaimakan se leva par respect , et les Ministres du
Divan en firent autant ; le Kaimakan s'avança
pour recevoir le Katacherif , et l'ayant pris des
mains du Kapidgiler Kiayassi , il le porta d'abord
sur sa tête , ensuite à sa bouche pour en baiser la
signature , le raporta sur le front et le lut . Il conrenoit
l'Ordre pour le Payement des Troupes en :
même temps les Bourses furent portées par tas dans
le Divan , et rangées le long de la Salle à droit et
à gauche nous comptâmes neuf cent trente- neuf
Bourses de soo . Piastres , ou 1500. livres de France
ce qui fait la somme de 1408 500. livres . On
présenta au Kaimakan de l'argent tiré d'une de ces
Bourses , pour reconnoître la bonté de l'Aloy ;
après quoi on fit l'apel pour la Paye, et les Commis
de la Trésorerie prirent dans ce tas, ce qu'il falloit
de Bourses pour chaque Corps , selon les Rôles
qu'en lisoit tout haut le Ruinamedgy , Officier qui
est chargé des Payemens . Les Bourses étant comptées
elles passoient de main en main dans le Vestibule
, c'est une chose digne de curiosité de voir
avec quelle agilité on couroit s'en saisir , y ayant
quelque récompense pour ceux qui les prenoient
pour les porter jusqu'à l'endroit où la distribution
s'en devoit faire.
$ ་
Immédiatement après on donna des Caftans au
Kapidgiler Kiayassi , au Schaoux Bachi , aux Commandans
des divers Corps qui avoient reçû la paye ,
et aux principaux Officiers de la Trésorerie en récompense
de leurs Services. Pendant que tout ceci
774 MERCURE DE FRANCE
se passoit dans le Divan , des Salaors ou Ecuyers
du G. S. exerçoient dans la Cour quelques- uns des
beaux Chevaux dont on a parlé , il les montoient
par respect sans Babouches . On servit plusieurs Tables
dans le Divan , pour le Prince , à qui la Porte
déféra l'honneur de manger seul , et d'être servi
par les Officiers du G. S. , et pour le Kaïmakan qui
mangea aussi seul ; le Capitan Pacha et les Kadislesker
mangerent ensemble , le Defterdar eut aussi
sa Table : les premiers Officiers de la Maison du
Prince demeurerent auprès de sa Personne , et ne
se présenterent point pour manger avec les Ministres
du Divan. Le Drogman de la Porte étoit près
du Prince dès le commencement pour faire sa fonc-.
tion quand il seroit besoin , son premier Interprete
Y étoit aussi. Ce Repas se passa dans un très - grand
silence de toutes parts , et le Prince goûta de tous
les Mêts pour faire honneur au Repas du G. S. On
servit beaucoup de Plats l'un après l'autre , que l'on
desservoit peu de temps après . On attendit encore
quelque temps , cependant arriva le Katacherifpour
introduire le Prince chés le G. S. alors le Kaïmakan
prit les devans , et le Prince fut averti de se
mettre en marche : deux Capidgi Bachi allerent le
prendre jusqu'en son banc , et le Schaoux Bachi
accompagné du Kapidgiler Kiayassi avec leurs Bâtons
de Céremonies marchoient devant. Le Prince
étoit soûtenu par dessous les bras par le Schaoux lar
Emini , et par un autre Officier.
Quand on fut un peu avancé dans la Cour , os
avertit les Officiers du Prince de venir prendre des
Caftans , qui leur furent distribués dans la Cour
même ; les principaux Officiers allerent ensuite s'asseoir
sur un Banc , parce que personne ne devoit
suivre le Prince chés le G. S. il y eut environ cinquante
Caftans de distribués. Le Prince fut condu
par
AVRIL 738. 775
par les mêmes Officiers , jusqu'à la troisiéme porte
des Apartemens du G. S. à travers une double haye
d'Eunuques blancs et de Kapi Agassy , dont deux
prirent le Prince par dessous les bras , et le condui
sirent dans la Chambre où le G. S. étoit assis sur
son Trône ; ce Trône est fait en forme de Lit de
parade , à Colones d'argent ou de vermeil doré ,
garni de Coussins très-riches , brodés d'or et de
Perles , les Tapis sur lesquels on marchoit étoient
très -magnifiques , il y avoit auprès du G. S. une
Cassette remplie de Diamans et ouverte . Le Prince
ayant fait une profonde réverence , le G. S. le salua
gracieusement , portant sa main sur le coeur ,
Honneur inusité pour les Chrétiens ; le Prince fit
en Latin son Compliment en peu de înots , mais
conforme au Sujet. Sa Hautesse l'écouta attentivement
, et lui répondit avec affabilité . Le G. S. lui
parla en face , ce qui ne se pratique point pour les
Ambassadeurs , qni ne voyent ce Prince que de
profil, et à qui il ne répond que par la voix du G. V.
Après la Harangue , le Prince fut revêtu d'une ma
gnifique Pelisse de Samour , dont le dessus étoit ,
au lieu de Drap selon la coûtume , une Etoffe d'ar
à fleurs , de la Manufacture de Brousse , Ville
de Bithynie : les Audiences chés le Grand Seigneur
sont toujours fort courtes , ne s'y agissant que d'u
ne Céremonie , et ne s'y traitant jamais d'aucune
affaire , aussi le Prince ayant fait sa seconde réve
rence , fut reconduit de la même maniere jusqu'à la
Porte , où il trouva un Cheval de présent du G. S.
que l'Imbrahor Aga ou Grand Ecuyer et le Schaoux
Bachi lui présenterent. Là , selon la coûtume , il
attendit à cheval que les Troupes défilassent , ce qui
se fit avec beaucoup d'ordre et de silence , tous les
Officiers à la tête de leurs Corps à cheval, avec leurs
parures de Céremonie. Le Segmen Bachi qui comgent
mandoir
MERCURE DE FRANCE
<

mandoit les Janissaires en l'absence du Janissair:
Aga , marchoit le dernier avec un gros Correge ,
ensuite les Ministres de la Porte , le Capitan Pacha,
et le Kaimakan le dernier : quand ils furent tous
passés , on se remit en marche.
Au sortir du Serail nous trouvâmes une grande
quantité de monde , et surtout de femmes Turques
; dans toutes les Ruës où nous pasimes la
foule étoit encore plus grande , que quand on alla
chés le Kaïmakan. Le Schaoux Bachi qui n'accom
pagne jamais , eut ordre du Kaïmakan de reconduire
le Prince dans son Palais , ce qu'il parut vouloir
éluder , en faisant insinuer deux ou trois fois
au Prince qu'il seroit plus à propos et plus commo
de pour lui de se rembarquer , mais le Prince jagea
au contraire et avec raison , qu'il étoit plus a
propos de continuer sa marche à cheval , ce qui
étoit aussi d'un plus grand éclat , en obligeant le
Schaoux Bachi et les autres Officiers de l'accompa
gner jusques chés lui , suivant l'intention de la Cour
quand on fut arrivé au Palais , les Schaoux du Djvan
se rangerent en haye dans la ruë , ainsi que a
Garde des Janissaires : le Schaoux Bachi et les au
tres Officiers conduisirent le Prince jusque da
ses Apartemens . Il resta quelque temps avec
Schaoux Bachi dans la Salle d'Audience , où étoit
aussi le Drogman de la Porte et quelques Courti
sans du Prince , qui fit régaler le Schaoux Bachi
quelques Confitures , du Caffé , et de la Pipe . I
conversation roula sur la grande Céremonie qu'o
venoit de voir , sur la Personne du G. S. et sur
magnificence de la Gour Ottomane. Le Schaot
Emini et les autres Officiers furent régalés da
une Salle voisine . Le Prince fit des présens conv.-
nables à ceux qui ont coûtume d'en recevoir dans
ces occasions on avoit d'autant plus de sup
d'êt
AVRIL
1738.
777
'être satisfait de ce jour d'éclat et de pompes
qu'outre les Honneurs singuliers et distingués que,
le Prince avoit reçû de la Porte , la journée avoit
été parfaitement belle , par raport à cette longue
Marche , ce qui est rare et heureux dans une telle
saison .
Le lendemain de l'Audience du Grand Seigneur ,
sa Musique guerriere , celle du Kaïmakan , et du
Capitan Pacha vinrent jouer chés le Prince , qui fit
Légaler les Musiciens de Bachis , ou Etrennes en
argent. L'après diné du mêin jour le Kaïmakan
lui envoya en présent une Montre d'or, enrichie de
Diamans; et quoiqu'elle ait été donnée en son nom,
on présume qu'elle venoit du G. S Le Kaimakan
devenu depuis quelques jours Grand Visir , continuë
à donner au Prince des marques de son amitié,
et du penchant qu'il a a soûtenir fortement ses interêts
, et la justice de sa Cause.
Ο
RUSSIE.
N écrit de Petersbourg qu'on y avoit reçû avis
que le 22. Février plusieurs Détachemens des
Tartares de Crimée avoient paru sur la frontiere
de l'Ukraine , qu'un de ces Détachemens avoit passé
les rivieres de Gaitschul et de Woltschi ; qu'un
autre avoit passé celle de Samara près du Convent
de ce nom , et que ce dernier ayant laissé sur sa'
gauche les Postes occupés par les Moscovites , le
long de cette riviere , avoit marché vers l'endroit
où les Tartares avoient forcé les Lignes en 1736 .
Le 4. du mois passé , on aprit qu'un Corps de
Tartares s'étant avancé le 26. du même mois de Février
dans les environs des Forteresses de Kikerskoy
et de Donetskoy , on avoit allumé aussi-tôt des
feux , et tiré plusieurs coups de Canon , pour avertir
de leur marche et que les Commandans de
H tou
978 MERCURE DE FRANCE
tous les Postes voisins avoient fait les dispositions
nécessaires , pour s'oposer aux entreprises des Ennemis.
Ces Lettres ajoûtoient , que le Major Général
Philosophow , sur la nouvelle de la marche d'un
de leurs Détachemens , qui , ayant passé le petit
Don près d'Isum , étoit allé reconnoître le Fort de
Protopopowka , il étoit sorti des Lignes avec 300.
hommes , et qu'il avoit attaqué ce Détachement ,
qui quoique fort superieur aux Moscovites , avoit
été mis en fuite .
L'inquiétude que causoient ces premiers mouvemens
des Ennemis , avoit été considérablement
augmentée par l'arrivée d'un Courier dépêché par
le Général Douglas à laCzarine , pour l'informer ,
que
le Kan de Crimée à la tête 80000. hommes ,
étoit campé à l'embouchure de la riviere de Thor
mais on fut rassûré le 6. Mars par des Lettres de ce
Général , lesquelles contenoient le détail de divers
avantages qu'il avoit remportés sur les Tartares .
2
On mande en dernier lieu dePetersbourg,qu'on y
avoit apris deVienne,sur desLettres reçûes des frontieres
, que le Grand Seigneur devoit avoir pendant
cette Campagne trois Armées , chacune de 10c000.
hommes et que le Grand Visir avec la plus considérable
devoit se tenir à portée de se joindre se→
lon les occurences à l'une des deux autres , qui seroient
commandées l'une par le Pacha de Choczim
, et l'autre par le Pacha de Bosnie.
Outre ces trois Armées , il y en aura une quatriéme
sous les ordres du Prince Ragotzi , et avec
laquelle ce Prince , qu'on dit s'être engagé à payer
au Grand Seigneur un Tribut annuel de 400000 .
Ecus , s'il peut se rendre Maître des Pays dont il
médite la conquête , tâchera de faire une invasion
dans la Transylvanie.
Ces
AVRIE 1738. 779
Ces mêmes Lettres marquent , que sa Hautesse
faisoit équiper une Flotte de trente- cinq Vaisseaux,
qui étoit destinée à servir sur la Mer Noire , et
qu'elle auroit une Escadre de dix Vaisseaux dans la
Méditerranée.
Les dernieres Lettres de Petersbourg portent, que
les avis reçus des frontieres de Turquie marquent ,
que par un Traité que le Grand Seigneur a conclu
avec le Prince Ragotzi sa Hautesse l'a reconnu
Souverain de Hongrie et de Transylvanie, et qu'elle
est convenue , que toutes les Places dont les
Turcs se rendroient Maîtres dans l'un ou dans l'autre
de ces Pays , même celles qui ont apartenuës .
autrefois à la Porte , demeureroient à ce Prince en
propriété ; qu'il jouiroit de ses Etats , et qu'il les.
gouverneroit sans aucune dépendance de la Porte ,
ainsi que ses Successeurs qui seroient élûs selon les
Loix du Pays , et qu'il seroit obligé seulement de
payer un Tribut au Grand Seigneur , et de marcher
au secours de sa Hautesse avec une Armée de
100000. hommes , lorsqu'elle seroit en guerre
avec quelqu'une des Puissances de l'Europe .
On a apris par les mêmes Lettres , qu'aussitôt
après la conclusion de ce Traité , le Prince Ragotzi
étoit parti de Constantinople pour aller se mettre
ala tête du Corps de Troupes Ottomanes , destiné
à pénetrer dans la Transylvanie , et que s'étant
rendu à Widdin , il avoit fait répandre dans cette.
Province et dans les Provinces voisines plusieurs
Exemplaires d'un Manifeste , dans lequel il expose
les raisons qui l'ont déterminé à prendre les armes
contre l'Empereur .
Le Résident Moscovite qui est à Ispahan ,
mandé à la Czarine , qu'Irsa- Kuli - Mirza , fils aîné
de Thamas-Kouli-Kan , étoit entré avec un Corps.
considérable de Troupes dans la Bucharie , dont les
Hij Habitans
780 MERCURE DE FRANCE
Habitans refusbient de reconnoître le nouveau Roy
de Perse ; qu'il avoit ravagé la plus grande partie
de cette Province , et en particulier le Pays d'Or
chenski ; qu'après cette Expédition il avoit marché
le long du Fleuve Oxus du côté de Balk ; que les
Troupes de la Garnison de cette Place ayant fait
une sortie pour lui disputer le passage de quelques
défilés voisins de la frontiere de l'indostan , il les
avoit attaquées , et les avoit obligées de rentrer.
dans la Ville ; qu'il avoit ensuite traversé les dérlés .
sans aucun obstacle , et qu'il avoit mis le Siége
devant Balk , qui s'étoit défendu pendant quelques
jours , mais qui s'étoit rendu enfin par Capitulation ;
que la Ville de Kapachackis avoit suivi l'exemple ,
de celle de Balk , et qu'il ne restoit plus qu'à prendre
celle de Kendus , pour achever de soumettre
toute la Province à Thamas-Kouli- Kan .
POLUG N E.
N mande de Warsovie , que le Roy a envoyé
une Lettre circulaire au Primat du Royaume,
au Grand Général de la Couronne , à celui de Lithuanie
aux Palatins et aux Starostes , pour les
inviter à assister à la Céremonie du Mariage de la
Princesse Marie Amelie. Le Comte de Bruhl , l'un
des Ministres d'Etat de la Cour de Saxe , a écrit en
même temps à ces Seigneurs , pour les prier de lui
faire sçavoir en quoi consistera leur Suite , afin
qu'on puisse prendre des mesures pour loger leurs
domestiques et leurs Equipages.
Le bruit court que le Kan de Crimée , après
avoir feint de vouloir se retirer dans ses Etats , avoit
marché avec 80000, hommes vers Siahoda , qui
apartient à la Czarine ; que les Tartares avoient
passé au fil de l'épée tous les Habitans de cette
Ville,
AVRIL 1738. 781
Ville , et qu'ils avoient enlevé une grande quantité
de butin. On assure aussi que les Généraux Moscovites
en ayant été avertis , s'étoient mis chacun de
leur côté à la poursuite des ennemis , et que le
Comte de Munich avoit fait une si grande diligence,
qu'il avoit joint le Kan de Crimée , lequel craignant
d'être attaqué , avoit pris une seconde fois
le parti de la retraite.
L
ALLEMAGNE.
Es diverses fautes commises pendant la Campagne
derniere par plusieurs Officiers , ont déterminé
l'Empereur à ordonner qu'à l'avenir personne
n'obtiendroit de Compagnies dans les Troupes
Imperiales , sans avoir servi auparavant en qualité
d'Enseigne ou de Lieutenant pendant trois
années,
Un Courier arrivé de Transylvanic , a raporté que
les Milices de cette Province avoient fait une course
sur les Terres du Grand Seigneur , et qu'y ayant
battu un détachement des Turcs , elles étoient retournées
à Hermanstadt avec plusieurs prisonniers
et un butin assés considérable .
Quatre mille Turcs s'étant avancés vers la Frontiere
de Transylvanie , dans le dessein de se rendre
maîtres du Pas de Bistritz , afin de faciliter l'entrée
de cette Province au Corps de Troupes que le Grand
Seigneur destinoit à y faire une invasion , et le
Prince de Lobkowitz ayant détaché le Comte de
Czernin avec 1000. hommes d'Infanterie , et 1200.
de Cavalerie pour aller au secours des Troupes qui ·
gardoient ce poste , ce Comte a surpris les Ennemis
dans une embuscade , et il les a obligés de se
retirer , après leur avoir tué beaucoup de monde et
fait plusieurs prisonniers.
Hij Le
782 MERCURE DE FRANCE
Le bruit court que le raport des Commissaires
donnés au Comte de Seckendorf , ne lui a pas été
aussi favorable qu'il s'en étoit flaté . On assure même
qu'il doit être transferé dans peu de son Hôtel
dans un Lieu plus sûr et que l'Empereur ayant fait
dire à l'Epouse de ce Feldt - Maréchal, qu'elle pouvoit
se retirer où elle jugeroit à propos , cette Dame
s'étoit déterminée à partir pour la Saxe.
Les derniers avis reçus de Vienne , portent que
ce Comte ayant demandé à ses Commissaires la
communication des procès verbaux des diférens interrogatoires
qu'il a subis , l'Empereur n'a pas voulu
consentir qu'on la lui donnât,
On assure que ce Feldt- Maréchal a accusé le
Comte de Kevenhuller d'avoir contribué à plusieurs
des mauvais succès de la derniere Campagne , et
que ce Comte en ayant été instruit , travaille à un
Mémoire justificatif, dans lequel il se propose de
prouver qu'on ne peut les imputer qu'au Comte de
Seckendorf. On dit qu'il a même fait lever une
Nouvelle Carte de la Servie afin de mettre
les Commissaires de ce General en état de juger
combien il a fait faire de marches forcées aux
Troupes Imperiales .
>
Les Ennemis du Comte de Seckendorf ne se contentent
pas de l'accuser d'avoir mal rempli ses devoirs
de Géneral , mais ils publient qu'il a répandu
en Esclavonie et en Croatie un grand nombre d'Exemplaires
d'un Catéchisme , contenant les Dogmes
du Lutheranisme , afin d'y acquérir des Prosélites
à cette Communion.
On a cru , sans fondement , que la peine de
mort prononcée contre le Major Général Doxat
seroit changée en un bannissement , et on assure
que les autres Officiers de la Garnison de Nissa seront
envelopés dans la disgrace de ce Commandant ,
que
AVRIL 1738. 78
que le Colonel Ombach sera dégradé de Noblesse
et cassé ; qu'un Lieutenant Colonel , deux Majors
et un Ingénieur , seront aussi cassés , et que les
Capitaines , Lieutenans et Enseignes seront enfermés
les fers aux pieds dans des cachots pendant six
mois ; en effet on vient d'aprendre que le Jugement
prononcé contre le Géneral Doxat a été
executé.
Les Lettres de Belgrade en contiennent le détail
suivant. Depuis e jour auquel on lui annonça sa
Sentence jusqu'à celui destiné pour l'execution
P'Evêque de la Ville et le Supérieur des Jésuites sont
.allés plusieurs fois le trouver pour s'acquitter de ce
que leur ministere exigeoit d'eux , mais ils n'ont pa
lui faire abandonner la résolution de mourir dans la
Religion Protestante . Ce Géneral fut décapité le
20. du mois dernier dans la Place vis - à- vis les Casernes.
400. hommes d'Infanterie et zoo . Cuirassiers
de la Garnison de Belgrade , demeurerent sous
les Armes pendant l'execution , à laquelle assisterent
tous les Officiers de la Garnison de Nissa.
On aprend de Dresde , que le 19. Mars vers les
cinq heures da soir , la Reine s'étant renduë dans
le Cabinet du Roy avec les Princes et les Princesses
de la Famille Royale, leurs Majestés signerent leContrat
de Mariage de la Princesse Marie - Amélie et du
Koy des deux Siciles. Ce Contrat, après avoir été signé
par leurs Majestés, le fut par la Princesse Marie-
Amélie , par le Prince Royal , par le Prince Xavier et
par le Comte de Fuenclara , en vertu des pouvoirs
qu'il avoit reçus de leurs Majestés Catholique et Sicilienne.
Le Vice -Chancelier et les Comtes de Vackerbart
et de Druhl , Ministres du Cabinet , le signerent
aussi.
Hij ITALIE,
784 MERCURE DE FRANCE
ITALIE.
N mande de Rome , qu'un inconnu s'étant
ON
la Confession , d'avoir volé une somme à un Particulier
, et lui ayant remis une Lettre de change qui
excedoit cette somme , à condition que le Curé lui
rendroit l'excédent , le Curé porta la Lettre de
change au Particulier , qui ayant retenu l'argent
dont on lui faisoit la restitution , compta à cet Ecclesiastique
le reste de la somme portée par la Lettre
, de laquelle il se chargea de poursuivre le payement
: cette Lettre s'étant trouvée fausse , le Particu
lier qui s'en étoit chargé , a eû son recours contre
le Curé , et ce dernier a été condamné à lui rendre
l'argent qu'il en avoit reçû :
Le 6. de ce mois on vola dans l'Eglise de S. André
Delli Frati , un Collier de Diamans et une
Médaille d'or , dont étoit orné le Buste de S. Fran-
COLS de Paule.
On écrit de Milan , qu'une Compagnie, à la tête
de laquelle est le Comte Bianchini , offre de prendre
la Ferme générale des revenus du Milanez , du
Parmesan et du Mantoüan , et qu'elle s'engage à
en donner 300oco. florins par an de plus que les
anciens Fermiers , et à avancer six millions à l'Empereur
On a depuis peu publié à Naples un Decret pour
réformer divers abus qui se sont introduits dans les
Tribunaux , et il est ordonné par ce Decret aux
Présidens, de prescrire aux Conseillers , qu'ils chargeront
du raport de quelque affaire , le temps dans
fequel ce raport devra être fait , aux Conseillers de
rendre compte , lorsqu'ils n'auront pu raporter les
affaires dans le temps marqué , des raisons qui les
en auront empêchés , et aux Avocats de se tenir 1
exactement
AVRIL. 785 1738.
exactement dans les bornes de leur Profession , er
de ne point faire dégenerer leurs Plaidoyers et leurs
Factums en déclamations injurieuses et en Libelles
scandaleux contre les adversaires de leurs Parties.
CORSE.
Es Lettres de la Bastic de la fin du mois dernier
Lportent , qu'il régue beaucoup de division par
mi les Rebelles , et que quelques- uns d'entre eux
irrités de ne point voir arriver le secours que leur
principal Chef leur avoit promis , avoient voulu
tuer le nommé Bongiorno qu'il leur avoit envoyé,,
pour les engager à persister dans la résolution de
ne point rentrer dans l'obéissance de la République.
-
On a apris en même temps , que le Marquis
Mari ayant été averti que deux Détachemens , que
les Commandans de San - Pelegrino et de Padolella.
avoient fait marcher , pour renforcer le Poste de
Cocola , dont les Rebelles avoient dessein de s'emparer
, avoient été coupés par ces derniers , qui les
avoient obligés de retourner sur leurs pas , il avoit
détaché 50. hommes qui ayant pris la route de la
Mer étoient arrivés à Cocola le 14. du mois de Février
; que peu après leur arrivée , le Poste avoit
été attaqué par les Rebelles , et qu'il y avoit eu un
feu très - vif de part et d'autre ; que quoique les
Rebelles tinssent ce Poste investi , les Genois qui
le gardoient avoient reçu un nouveau Renfort ,
que ceux-ci ayant attaqué à leur tour les Rebelles ,,
ils leur avoient tué beaucoup de monde , et les
avoient contraints de prendre la fuite ; qu'on avoit;
trouvé sur le Champ de bataille les corps de quel
ques-uns de ceux qui ont le plus contribué à entretenir
l'esprit de révolte parmi les Corses , et qu'un
H.v. Neveu
ett
786 MERCURE DE FRANCE
Neveu et deux Cousins de Ciaferri avoient été tués
en cette occasion.
Ces Lettres détruisent absolument le bruit qui
avoit couru , que le Marquis Paoli , un des Chefs
des Rebelles , avoit été tué par un Parti des Trou→
pes Génoises , dans les environs de la Bastie .
On a apris de Genes , qu'il y arriva le 20. du
mois dernier un Bâtiment , par l'équipage duquel
on a reçu avis que le Marquis de Pardaillan, Commandant
de la Fregate la Flore , qui croise sur la
Côte Orientale de l'Isle de Corse , afin d'empêcher:
qu'aucun Vaisseau étranger n'y débarque des munitions
pour les Rebelles , avoit envoyé une Chaloupe
à la Bastie pour informer le Comte de Boissieux
, qu'étant à la hauteur de Porto-Vecchio , et
ayant aperçu un Corps de Troupes des Rebelles ,
qui s'étoit avancé dans le dessein d'attaquer cette
Place , il avoit aproché de la Côte , afin d'observer
les mouvemens de ce Corps de Troupes ; que dès
que les Rebelles eurent reconnu le Pavillon de
France , ils avoient fait connoître par plusieurs Signaux,
que celui qui les commandoit , demandoit
la permission de se rendre à bord de la Fregate-
La Flore ; qu'on lui avoit envoyé une Chaloupe , et
qu'ayant été conduit au Marquis de Pardaillan , if
lui avoit dit qu'il profitoit avec joye de l'occasion
qui se présentoit , de l'assûrer du profond respect
avec lequel tous les Corses se soumettoient aux volontés
de S. M. T. C. Le Marquis de Pardaillan
lui ayant répondu , qu'il étoit bien aise de trouver
les Rebelles dans ces sentimens , mais que leur
conduite ne répondoit point aux assurances que leur
Commandant venoit de donner , puisqu'ils paroissoient
se disposer à commettre des Actes d'hostilité
à la vue du Pavillon de France ; leur Commandant
ajoûta , que pour prouver que ses discours étoient
sinceres ,
AVRIL.
1738. 787
sinceres , il promettoit de se retirer avec ses Troupes
de devant Porto - Vecchio , avant la fin du
jour.
Depuis qu'on a reçu ces nouvelles , le Marquis
Mari a mandé au Senat , qu'un Tambour que le
Comte de Boissieux avoit envoyé aux Rebelles étoit
retourné à la Bastie , et qu'il avoit raporté que les
Rebelles étoient disposés de tenir une Assemblée
générale pour délibérer sur ce sujet ; que cette
Assemblée n'avoit encore pu se tenir , parce que
plusieurs de leurs Chefs , qui étoient de l'autre côté
des Montagnes , ne pouvoient s'exposer à les passer
à cause de la grande quantité de nege ; qu'aussitôt
après qu'ils seroient arrivés , les Rebelles consulteroient
sur le parti qu'ils devoient prendre , et
qu'ils ne manqueroient pas de nommer des Dépu
tés , pour lui rendre compte de leurs Résolutions.
On assûre que les Chefs de ces Rebelles s'étant
assemblés quelque temps après avoir renvoyé le
Tambour , qui leur avoit porté les dépêches du
Comte de Boissieux , ils ont nommé Mrs Orticone
et Ciaferri , pour aller trouver ce Comte de leur
part , et pour négocier avec lui.
Le Marquis Mari a donné avis au Senat, que quel
que temps avant que d'avoir apris que les Rebelles
étoient disposés à entrer en accommodement , il
avoit détaché 200. hommes qui leur avoient enlevé
une grande quantité de bestiaux , dans les environs
de Ponte d'Arco .
On écrit de Livourne du commencement de ce
mois , qu'il y étoit arrivé plusieurs Matelots de l'Equipage
d'un Bâtiment Zélandois , qui portoit des
vivres aux Rebelles de l'Isle de Corse , et qui a fait
naufrage à quelque distance du Port de Genes.
H vj Le
788 MERCURE DE FRANCE
Les dernieres nouvelles de Corse portent , que
les Rebelles , ayant fait sçavoir au Comte de Boissieux
que leurs Députés se rendroient à la Bastie le
28. du mois de Mars dernier , ce Général envoya
ce jour là sur les cinq heures du matin un Détachement
de 100 Grenadiers des Troupes Françoises ,
prendre Poste à Biguglia,Lieu situé à une portée de
Fusil du Camp des Rebelles , qui dès que ce Détachement
y fut arrivé , vinrent présenter aux Offi
ciers et aux Soldats des rafraîchisssemens.
A huit heures , Mrs Orticone et Paoli , Députés
des Rebelles partirent de leur Camp étant accompagnés
du Colonel Thomasini , et ils allerent joindre
à Biguglia le Détachement des Troupes Françoises
, qui les y attendoit. Escortés par ce Détachement
, ils continuerent leur route , sur laquelle
ils trouverent tous les Postes occupés par les Troupes
Françoises. Ils entrerent dans cette Ville , étant
precédés d'un Officier et de 12. Fusiliers des Troupes
Françoises , et suivis des 100. Grenadiers , par
lesquels ils avoient été escortés . Le Comte de
Boissieux avoit fait poster des Soldats de distance en
distance , dans les rues par lesquelles ils passerent.
Les Députés allerent descendre à la Maison des
Jésuites , où on leur avoit fait préparer un loge--
ment , et après qu'ils eurent fait donner part de leur
arrivée au Comte de Boissieux , ce Général leur
envoya son Secretaire .
Le 29. ils se rendirent chés le Comte de Boissieux
, qui leur dit qu'il les avoit invités à venir le
trouver pour les écouter , et pour travailler à rétablir
la tranquilité dans leur Isle . M. Orticone répondit
, que tous les Corses étoient pénétrés d'une
sincere reconnoissance des marques qu'ils recevoient
de la bonté de S. M. T. C.; qu'ils se sou
mettroient avec respect à tout ce que le Roy de
France:
AVRIL 1738.
789
France jugeroit à propos de faire à leur égard , mais
qu'ils esperoient que S. M. T. C. n'éxigeroit d'eux,,
rien de contraire à leurs Privileges. -
LE
GRANDE BRETAGNE..
E 26. du mois dernier , le Lord Chambellan de
la Maison du Roy fit sçavoir à plusieurs Personnes
de distinction , qui ne se sont pas conformées
aux ordres donnés pour le Deuil de la Reine , que
le Roy leur défendoit de paroître à la Cour:
L
LORAINE.
A correspondance entre cette Cour et celle de
Saxe ayant été ouverte il y a quelque tems
par la recognition mutuelle qui s'eft faite entre les
deux Rois , le Roy de Pologne Electeur de Saxe , a
écrit une lettre au Roy de Pologne , Duc de Loraine
et de Bar , par laquelle il lui donne part de
la Conclusion du Mariage de la Princesse Royale
sa Fille , avec S. M. le Roy des deux Siciles : le
Roy a répondu par une lettre où il felicite le Roy
Auguste à ce sujet.
Le 24 du mois dernier , le Roy accompagné du
Duc Ossolinski , et suivi d'un détachement de ses
Gardes du Corps , partit pour son Château de la
Malegrange , et le lendemain Fête de l'Annonciation
de la Sainte Vierge , S. M. allá faire ses dévotions
dans l'Eglise de Nôtre- Dame de Bon . Se ..
cours , située près de Nancy , à laquelle le Roy et
la Reine ont fait présent chacun d'un Sceptre et
d'une Couronne d'Or.
Le même jour , la Reine , dont la santé eft parfaitement
rétablie , entendit , dans la Chapelle du
Château
190 MERCURE DE FRANCE
Château de Luneville , la grande Messe chantée
par la Musique.
Le 3. de ce mois , Jeudy Saint , le Roy alla faire
ses Pâques à la Paroisse de la Ville : S. M. lava
ensuite les pieds à douze Pauvres , et les servit à table
, accompagné de ses Chambellans et de ses
Gentilshommes. La Reine fit la même cérémonie à
douze Pauvres femmes , qui furent pareillement
servies à table par S. M. et les Dames du Palais.
L'après midi , le Roy accompagné de tous les Seigneurs
de sa Cour , alla à pied faire ses stations
dans plusieurs Eglises de Luneville.
Lees. veille de Pâques , la cérémonie de la Résurrection
de Nôtre Sauveur , se fit dans la Chapelle
du Château , selon l'usage de. Pologne : Vers les
neufheures du soir , le Te Deum y fut chanté par
la Musique de S. M. mêlée de Trompettes et de
Timbales : les Gardes du Corps , les Gardes à pied
et les Compagnies des Cadets , qui étoient rangés
en ordre de Bataille dans les Cours du Château ,
firent pendant ce temps là plufieurs décharge de
Mousqueterie.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 30. du mois dernier , Dimanche des Ra-
>
Chapelle du Château de Versailles , à la bénédiction
des Palmes et à la Procession. Leurs Majestés
adorerent la Croix , et ensuite elles assisterent à la
Grande Messe. Madame et Madame Henriette en
tendirent la même Messe dans la Tribune .
AVRIL. 1738. 797
Le 31. la Reine se rendit à l'Eglise de la Paroise
du Château , et S. M. y communia par les mains
de l'Abbé de Chevrieres , son Aumônier en quartier.
Le z. de ce mois , Mercredy Saint , le Roy et la
Reine entendirent dans la Chapelle du Château
POffice des ténébres qui fut chanté par la Musique .
vres
:
Le 3. Jeudy Saint , le Roy entendit le Sermon de
la Cene de l'Abbé de la Roche , Docteur de Sorbonne
, après quoi l'Archevêque d'Embrun fit l'Abfoute
ensuite le Roy lava les pieds à douze Pauet
S. M. les servit à table. Le Duc de Bourbon
, Grand-Maître de la Maison du Roy , à la
tête des Maîtres d'Hôtel , précédoit le Service dont
les plats étoient portés par le Duc de Chartres ,
par le Comte de Clermont , par le Prince de Conty
, par le Prince de Dombes , par le Comte d'Eu
par le Duc de Penthiévre , & par les principaux
Officiers de S. M. Après cette cérémonie , le Roy
et la Reine se rendirent à la Chapelle , où leurs
Majestés entendirent la grande Messe , et assiste--
rent à la Procession et aux Vêpres : Madame et
Madame Henriette assisterent à l'Office dans la
Tribune ,
"
>
L'après midi , la Reine entendit le Sermon de la
Cene de l'Abbé de Ciceri , Prédicateur ordinaire de
la Reine , et l'Archevêque d'Embrun ayant fait l'Absoute
, S. M. lava les pieds à douze pauvres Filles
et les servit à table . Le Marquis de Chalmazel
premier Maître d'Hôtel de la Reine , précédoit le
Service , dont les plats étoient portés par Madame,
par Madame Henriette , par Madame Adelaide
par Mademoiselle de Clermont , par les Dames du
Palais , et par d'autres Dames de la Cour .
Le soir , leurs Majeftés entendirent dans la Chapelle
du Château l'Office des Ténébres , chanté
par la Musique .
Le
792 MERCURE DE FRANCE
Le 4. de ce mois , Vendredy Saint , le Roy et la
Reine entendirent dans la Chapelle du Château , le
Sermon de la Passion du Pere Ségaud , de la Compagnie
de Jesus . Leurs Majestés assisterent ensuite à
POffice , et elles allerent à l'adoration de la Croix.
L'après - midi , le Roy et la Reine entendirent
P'Office des Ténébres chanté par la Musique.
Le Samedi Saint , le Roy revêtu du grand
Collier de l'Ordre du S. Esprit , se rendit en cérémonie
à l'Eglise de la Paroisse ou S. M. entendit
la Messe et communia par les mains du Cardinal de
Rohan , Grand Aumônier de France . Le Roy.toucha
ensuite un grand nombre de Malades . Le soir
le Roy et la Reine assisterent dans la Chapelle aux
Complies et au Salut , pendant lequel PO Filii fut
chanté par la Musique .
Le 6. Fête de Pâques , leurs Majeftés entendirent
dans la même Chapelle la grande Messe , célebrée
Pontificalement par l'Archevêque d'Embrun Monseigneur
le Dauphin entendit la même Messe dans
la Tribune.
L'après- midi , le Roy entendit le Sermon du
Pere Ségaud et ensuite les Vêpres ausquelles le même
Prélat officia . La Reine et Monseigneur le Dau-`
phin entendirent les Vêpres dans la Tribune.
Le Roy a donné au Comte de Polastron , l'un
des sous - Gouverneurs de Monseigneur le Dauphin,,
le Gouvernement du Neuf Brisak .
S. M. a accordé à M. de Seedorff , Major du Régiment
des Gardes Suisses , le Régiment Suisse
dont M. de Brendlé étoit Colonel.
Le Roy a aussi accordé le Gouvernement de la
Ville et du Château de Nantes au Marquis de Brancas-:.
S. M. l'à nommé en même temps pour commander
en Bretagne.
S. M. a nommé le Comté de la Marck son Ambassadeur:
A VRIE
793 1738.-
bassadeur Extraordinaire auprès du Roy d'Eſpagne,
à la place du Marquis de Vaugrenant , qui a demandé
à S. M. la permission de revenir en
France.
Le Roy a donné au Marquis de la Farre la Char
ge de Lieutenant Général de Bretagne au Comté
Nantois , et là Charge de Lieutenant Général de
Languedoc , qu'avoit le Marquis de la Farre , a été
accordée par S. M au Duc de Richelieu , lequel
commandera dans la Province .
S. M. a nommé à l'Evêché de Montpellier l'Evêque
de S. Papoul .
Le 14. Avril , la Reine entendit en Concert le
Prologue et le premier Acte de l'Opera d'Iphigenie,
qui fut continué le 19. et le 21 .
Le 23. on concerta devant S. M. le Prologue et
le premier Acte de Thesée , qu'on continua le 26.
par le fecond et troisiéme Actes , et le 28. la Cour
étant à Marly , on acheva les deux derniers Actes
du même Opera.
Le premier Avril , le Concert Spirituel recom
mença au Château des Thuilleries ; il a été donné
en differens jours jusques et compris leDimanche
de Quasimodo. Outre les plus beaux Motets qui y
ont été chantés , les Srs Guignon , Cupis et Blavet,
ont exécuté dans la plus grande perfection plusieurs
excellentes Pieces de Symphonie . On donna pour
dernier Concert le 13. trois excellents Motets , le
premier de M. de Blamont , Sur- Intendant de la
Musique du Roy , et les deux autres de Mrs Batistin
et Mondonville , lesquels furent fort aplaudispar
une très brillante assemblée:
S. A. R. Madame la Duchesse d'Orleans , a fait
présent à S. A. R. la Duchesse de Loraine Douairiere
, d'un très - beau Portrait du Duc de Chartres ›
en pied et de sa hauteur ; ce Prince y est représenté
94 MERCURE DE FRANCE
té dans un Bosquet enrichi d'une Cascade , de quel
que Bas - reliefs , et de quelques Animaux domestiques
qui font se plaisir de ce Prince . Ce Tableau
qui a eu aprobation des Connoisseurs , a été
peint à S. Cloud , par M. Delobel , de l'Académie
Royale de Peinture.
On a fait pendant les Fêtes de Pâques , des Retraites
dans cinq Paroisses de Paris pour les paures
Ouvriers, qui ont excité la pieté de plusieurs
personnes. I y avoit tous les soirs après leur travail
, des Conférences , des Sermons ; on chantoit
des Cantiques , et il étoit ifficile d'assister à ces
exercices de dévotion sans en être touché : il s'y est
fait des biens infinis . Un grand nombre d'Ecclesias
tiques ont travaillé à ces Retraites et ont été occurés
à confesser ces bonnes Gens . M. l'Evêque de
Luçon voulut aussi avoir part à cette bonne oeuvre,
il assista le dernier jour à l'Eglise de S Benoît où on
leur faisoit renouveller les promesses du Baptême ,
et après la cérémonie il donna la Bénédiction du Sa
Sacrement.
HHHHHHHHHH HHH********
AD Celsitudinem Eminentissimam Cardinalis
HENRICI OSWALDI ,
Turris Arverniæ.
EPIGRAM MA.
Dicatum Illustrissimo Comiti Delci, Excellen
tissimi Nuncii Pontificii Nepoti.
DUm te per placidas undas , HENRICE , ferebat
Flans à Romanis dulciter aura plagis ;
Ecce
AVRIL.
795 1738 .
Ecce repentè tibi surgens inimicus Orion ,
In sacrum tonuit bis caput ille tuum .
Invidus optabat , tegeret ne Delcius illud
Ostro, quod Latiâ nuper ab Urbe tulit .
Optavit frustra : frustra est bacchata procella g
Frustra intentavit trux tibi turbo necem ,
Eïa age , lætitiæ da signa , HENRICE , prioris :
Senarum , & Romæ nam tibi lumen adest.
Hoc lumen faustum tua tanta pericula pellet ;
Et morte in mediâ ne moriare , dabit.
Addictissimus atque Obfequentissimus
Famulus Dominicus MARQUESI.
par
• Le zo. de ce mois , M. de Verneuil , Introducteur
des Ambassadeurs , alla prendre dans les Carosses
du Roy et de la Reine le Cardinal d'Auvergne
en son Hôtel à Versailles , et il le conduisit
chés le Roy avec l'Abbé Delci , Camerier d'honneur
du Pape , nommé Sa Sainteté pour aporter
le Bonnet au Cardinal d'Auvergne avant la
Messe du Roy , l'Abbé Delci fut conduit avec les
cérémonies accoutumées à l'Audience que le Roy
lui donna dans son Cabinet , et il présenta à S. M.
un Bref de Sa Sainteté . Après cette audience le
Roy descendit à la Chapelle , où le Cardinal d'Auvergne
se rendit à la fin de la Messe , étant conduit
par M. de Verneuil , Introducteur des Ambassadeurs.
Le Marquis de Brezé , Grand Maître des
Cérémonies
96 MERCURE DE FRANCE
Cérémonies , et M. Desgranges , Maître des Céré
monies , reçurent à la Porte de la Chapelle le Cardinal
d'Auvergne , lequel alla se placer près du
Prie- Dieu du Roy , du côté de l'Evangile , et se
mit à genoux sur un Carreau . L'Abbé Delci , revêtu
de son habit de Cérémonie , ayant remis entre
les mains du Cardina d'Auvergne le Bref du Pape ,
alla prendre sur une Credence, préparée près de
l'Autel du côté de l'Epitre ,un Bassin de vermeil doré
, sur lequel étoit le Bonnet , et il le présenta au
Roy. S. M. prit le Bonnet et le mit sur la tête du
Cardinal d'Auvergne , qui en le recevant fit une
profonde inclination , et à l'instant même se découvrit
Dès que le Roy fut en marche pour fortir
de la Chapelle , le Cardinal d'Auvergne entra dans
la Sacristie , où il prit les habits de sa nouvelle dignité,
il monta ensuite chés le Roy , étant accom
pagné du Grand Maître et du Maître des Cérémonies
; M. de Verneuil , Introducteur des Ambassa
deurs , qui étoit toujours resté auprès du Cardinal
d'Auvergne , l'introduisit dans le Cabinet du Roy ,
où il fit son remerciement à S. M. Le Cardinal
d'Auvergne fut conduit avec les mêmes cérémo →
nies à l'Audience de la Reine , à laquelle il présenta
l'Abbé Delci , qui remit à S. M. un Bref du Pape.
Pendant l'Audience on aporta un Tabouret , et le
Cardinal d'Auvergne s'assit . Il fut conduit ensuite à
P'Audience de Monseigneur le Dauphin et à celle
de Mesdames de France , et après toutes ces Audiences
, le Cardinal d'Auvergne fut reconduit par
M. de Verneuil , Introducteur des Ambassadeurs
dans les Carosses du Roy et de la Reine à son Hôsel
, avec les Cérémonies observées lorsqu'on étoit
allé le prendre pour l'amener chés le Roy.
PRESENTANDO
AVRIL 1738. 797
********* **********
Presentando a sua Maestà Cristianissima
LUIGI XV. Re di Francia , e di Navarra
a nome di sua Santità CLEMENTE
XII. Monsignor Francesco D'Elci la sacra
Porpora per sua Eminenza il Signor Principe
di Buglione Cardinal D'Auvergne così
parla al detto Monsignor l'Autore .
SONETT O.
A Flora, alto Signor , qui ad ammirare
Le glorie di LUIGI un di venisti :
Pien del loro splendor poscia ten gisti
Sul Tebro , e tue virtù si fer più chiare.
Vide CLEMENTE le tue illustri , e rare
Idee , e l'opre , ond'ognor laude acquisti ;
Però Te a far qui d'altri pregi acquisti
Mandò dal soglio ; e omai l'effetto appare.
Vanne , Egli disse , e teco i miei secreti ,
E questo insigne Don del Vaticano
Porta al Monarca : e il suo voler s'onori,
L'Ostro , più bel nella sua Regia Mano,
Splenda ognor su i Buglion ; tu poi ben lieti
Auspici prendi pur d'eguali onori .
Del Sig . Giovan Francesco NENO!!
On
798 MERCURE DE FRANCE
On fit le 22. Mars la Ceremonie ordinaire que
l'on fait tous les ans en mémoire de la Réduction
de Paris , sous l'Obéissance d'Henri IV . arrivée à
pareil jour l'an 1594.
Quoique cette Céremonie soit déja ancienne , il
y a peut-être bien des Personnes qui n'en sçavent
pas le détail ; c'est pourquoi nous le raporterons
ici.
Lorsque le 22. Mars , jour destiné à cette Céremonie
, arrive depuis le Mardy de la Semaine Sainte
jusqu'au jour de Pâques , on la remet au premier
Vendredy d'après Pâques.
La Ceremonie se fait le matin en l'Eglise des
Grands Augustins , dont les Portes sont gardées
ce jour-là par un Détachement des Gardes du
Corps , et des Cent Suisses du Roy .
Le Parlement , la Chambre des Comptes , et la
Cour des Aydes y vont par Députés : * ils alloient
autrefois d'abord à l'Eglise Notre -Dame , et suivoient
à pied la Procession , mais depuis plusieurs
années ils vont directement du Palais aux Augustins.
Les Députés de chaque Compagnie sont accom
pagnés d'un Détachement des Archers de Ville ,
que les Prevôt des Marchands et Echevins envoyent
au devant d'eux au Palais .
Ceux du Parlement sont au nombre de trente ou
environ , sçavoir un Président à Mortier , quatre
Conseillers de la Grand'Chambre , un Président , et
deux Conseillers de chaque Chambre des Enquêtes
et Requêtes , un de Messieurs les Gens du Roy ,
tous revêtus de leurs Robes d'écarlate et de leurs
Chaperons de même couleur , fourrés d'Hermine.
* Par la Lettre de Cachet toutes les Cours sont invitées
à cette Céremonie,
Ils
AVRIL. 1738, 799
Ils sont précédés d'un Greffier du Parlement et du
premier Huissier , lesquels sont aussi en Robes
rouges , et de plusieurs autres Huissiers en Robes
noires .
Les Députés de la Chambre des Comptes sone
en plus grand nombre que ceux du Parlement, sçavoir
un Président , douze Maîtres ou environ , autant
de Correcteurs et d'Auditeurs , et un des Gens
du Roy , tous en Robes de Cour , c'est - à - dire , en
Robes de Céremonie , et précédés d'un Greffier
du premier Huissier et autres Huissiers de la
Chambre .
?
Ceux de la Cour des Aydes sont en Robes rouges
, et Chaperons noirs herminés ; ils ne sont que
douze ou quinze , sçavoir un Président de la Premiere
Chambre , et quatre Conseillers ; un Prési→
dent et deux Conseillers de la Seconde et de la
Troisiéme Chambre , un des Gens du Roy : ils
sont précédés comme les autres Cours d'un Greffier
, du premier Huissier , et autres Huissiers .
Lorsque les Députés d'une de ces Compagnies
arrivent aux Augustins , on sonne les Cloches ; les
Gardes du Corps , Cent - Suisses et Archers de
Ville , qui sont aux portes se mettent sous les Armes
, et aussitôt qu'ils entrent dans l'Eglise , l'Orgue
joue ; le Grand Maître des Céremonies vient
les recevoir , et deux Keligieux Augustins leur pré
sentent l'Encens et l'Eau bénite .
Les Députés du Parlement arrivent les premiers,
et se placent dans les hautes Stalles du Choeur à
main droite en entrant .
>
Ceux de la Chambre des Comptes , de la Cour
des Aydes , et le Corps de Ville , c'est- à- dire , le
Prevôt des Marchands , les Echevins , les Conseillers
, Quartiniers , et autres Officiers de Ville arri
vent
800 MERCURE DE FRANCE
vent ensuite , et se placent dans le même ordre '
dans les hautes Stalles à main gauche.
Dans les basses Stalles à droite et à gauche au
dessous de chaque Compagnie , sont les Gens du
Roy , les Greffiers , premiers Huisșiers , et autres
Officiers de chaque Compagnie.
3
Le même jour que ces Compagnies s'assemblent
aux grands Augustins tous les Religieux
des quatre
Ordres Mandians ; sçavoir , les Cordeliers
, les Augustins , les Carmes et les Dominicains
ou Jacobins , vont dès le matin en Procession à
Notre-Dame .

Le Clergé des quatre Paroisses nommées les
Filles de Notre Dame , qui sont S. Etienne des
Grès , S. Benoît, S. Merry et le Sépulchre, va aussi
en Procession à Notre - Dame.
Lorsque toutes ces Processions sont arrivées ,
celle de Notre - Dame va aux Augustins , précédée
des Religieux Mandians et des quatre Paroisses dont
on vient de parler.
Comme l'Eglise des Augustins ne peut pas contenir
un Clergé si nombreux , les Religieux Mandians
et les quatre Paroisses venus avec le Chapitre
de Notre-Dame , ne font que traverser l'Eglise et
il n'y reste que le Clergé de N. D et les Augustins .
Alors on celebre une grande Messe , à laquelle
assistent toutes les Compagnies dont on a parié .
Après la Messe le Clergé de N. D. s'en retourne
processionnellement ; pour ce qui est des Compagnies
, elles ne s'en retotiment point en corps, mais
chacun se retire en particulier.
Il y a seulement un certain nombre de Députés
de chaque Compagnie , qui vont dîner aux Chartreux
, où ils sont invités , suivant un ancien usage
dont on ne sçait pas l'origine.
11
AVRIL 1738 for .
11 y avoit encore une autre Céremonie presque
pareille à celle- ci , qui se faisoit toujours le Vendredi
d'après Pâques , en mémoire de l'Expulsion
I des Anglois , et de la Réduction de Paris sous l'obéissance
de Charles VII . arrivée l'an 1436 .
Les Députés du Parlement , ceux de la Chambre .
des Comptes , et le Corps de Ville , assistoient en
Robes ordinaires à une Messe qui se célebroit dans
l'Eglise de N. D. à la Chapelle de la Vierge. Pour
la Cour des Aydes , elle n'étoit pas encore établie,
lors de l'Institution de cette Céremonie.
Les Députés du Parlement et ceux de la Cham→
bre des Comptes étoient assis dans l'Eglise , de maniere
que le Président du Parlement avoit la droite,
le Président de la Chambre des Comptes étoit à sa
gauche ; ensuite un Conseiller au Parlement , puis
un Maître des Comptes , et ainsi alternativement ,
tant qu'il y avoit des Maîtres des Comptes à placer ;
après quoi, c'étoient les Correcteurs et Auditeurs qui
se plaçoient alternativement , après un Conseiller
au Parlement.
Cet ordre fut observé paisiblement jusqu'en
1734. que les Conseillers au Parlement voulurent
précéder tous les Correcteurs et Auditeurs , ce qui
forma entre eux une contestation dans l'Eglise de
Notre Dame , au sujet de laquelle ils donnerent
respectivement leurs Mémoires à la Cour : mais le
Roy pour terminer ce diférend , abolit totalement
la Ceremonie qui l'avoit occasionné ; ensorte que
depuis 1734. elle n'a point eu lieu. Cependant dans
le grand Almanach Royal , à l'article des Vacations
du Parlement , on continue de faire mention tous
les ans de cette Céremonie comme si elle se
pratiquoit encore , ce qui doit être corrigé.
I Par
802 MERCURE DE FRANCE
Par Arrêt contradictoire , rendu en l'Audience de
la Grand Chambre le 24. Mars 1738. la Demoiselle
Ferrand , connue cy- devant sous le nom de la Demoiselle
de Vigny , a été déclarée fille de feu M.
Ferrand , Président aux Requêtes du Palais , et de
Mad. la Présidente Ferrand son Epouse.
:
Par un premier Arrêt du 27. Août 1736. la Demoiselle
Ferrand avoit été admise à la preuve des
faits par elle articulés , pour justifier son état ; elle ·
avoit fait sa preuve au Châtelet , où les Parties
avoient été renvoyées à cet effet , et y avoit demandé
en conséquence d'être reconnue pour fille
de M. et Mad. Ferrand ; ce qui fut ainsi jugé au
Châtelet par Sentence contradictoire du 30. Juillet
1737. Mad. Ferrand et les Héritiers de M. Ferrand
avoient interjetté Apel de cette Sentence , mais par
l'Arrêt du 24. Mars 1738. que l'on vient d'annoncer
, elle a été confirmée avec amende et dépens :
plaidant M. Cochin pour la Demoiselle Ferrand ,
M. de Laverdy pour les Héritiers de M. Ferrand ,
et M. Guéau de Reverseaux pour Mad. la Prési
dente Ferrand, Le Public a marqué combien il s'intéresşoit
pour la Demoiselle Ferrand , par les démonstrations
de joye qu'il a donné après la proponciation
de cet Arrêt.
L'Académie établie à Caen il y a neuf ans par M.
de la Guériniere , Ecuyer du Roy , a tout le succès
désiré. L'Ordre et l'exacte Discipline de cette Mai .
son, le grand nombre de Chevaux également beaux
et bien dressés , la beauté des Maneges , la grandeur
des Bâtimens , l'habileté des Maîtres pour
toutes les Sciences et pour tous les Exercices , la
situation agréable et la temperature du Climat , y
attirent de l'Angleterre et d'ailleurs une Jeunesse
aussi
AVRIL
803
1738.
aussi brillante , que dans aucune Académie. Il en
paroît depuis peu un Plan qui met les Etrangers au
fait de la Maison , et de ce qui s'y observe..
Gabriel et Claude Martin , Libraires , avertissent
les Curieux , que la Vente de la Bibliothèque de feu
M. le Comte de Hoym , qui avoit été indiquée au
14 Avril , commencera le Lundi 12. May , à
l'Hôtel de Longueville , rue S. Thomas du Louvre.
Le Catalogue et la Liste pour la premiere Semaine,
se distribuent chés les mêmes Libraires,
**************************
VERS accompagnant une Feritoire de Poche
présentée à Mlle * * * *
Pour moi quel bonheur , quelle gloire ?
Je vous présente une Ecritoire ,
Et vous voulez bien l'accepter :
Cette charmante main blanche comme l'yvoire
Qui tous les Coeurs sçait agiter ,
Belle Cloris , va peindre , en tendres caracteres
Vos feux , et constans et sinceres ;
Lorsque votre main écrira
Le fils de Venus dictera.
Spirituelle autant qu'aimable ,
Du Théatre utile ornement ,
Vous soûmettez le Parterre indomptable ,
Chaque Critique est votre Amant.
I ij
Quand
104 MERCURE DE FRANCE

Quand à des Sons flateurs votre oreille fidelle
Vous fait tracer diférens pas ,
Le Public aplaudit en vous voyant si belle ;
A vos talens , à vos appas.
Heureux qui pour prix de sa flâme
Reçoit des Billets doux écrits de votre main !
Tendre Amour , vainqueur de mon ame,
Tu chérirois un tel destin.
Par M. Laffichard.
?
BENEFICES , feuille du 4 .
Avril 1738.
'Abbaye de S. Leon , dans la Ville de Toul ,
L'Ordre de S. Augustin , en faveur de M. de Cas
tellanne , Prêtre , Chanoine de Grignan .
L'Abbaye, Commandataire de S. Guillim du
Désert , Ordre de S. Benoît, Diocèse de Lodève, en
faveur de M. de Lastie , Vicaire géneral de Tarbes.
Celle de N. D. des Vertus , Ördre de S. Augustin
, Diocèse de Châlons , en faveur de M. de Beaumont,
Comte de Lyon , Vicaire général de Blois.
Celle de S. Pierre aux Monts, Ordre de S. Benoît,
Diocèse de Châlons , en faveur de M. de Raigecourt,
Chanoine de Liege.
Celle de Beaulieu , Ordre de S. Augustin , Diocèse
du Mans, en faveur de M. de Ghistelle , Prêtre,
Aumônier du Roy.
> Celle d'Aniane , Ordre de S. Benoît , Diocèse de
Montpellier , en faveur de M. de Chevriers , Prêtre,
Aumônier de la Reine et Doyen des Comtes de
Lyon.
Celle
AVRIL
1738. 809
Celle de S. Eloy- Fontaine , Ordre de S. Augus
tin , Diocèse de Noyon , en faveur de M. de Kra
zinski , Prêtre du Diocèse de Plock en Pologne ,
Grand- Aumônier de la Reine de Pologne.
Celle de Pleinpied ; Ordre de S. Augustin , Diocèse
de Bourges en faveur de M. Picot de Combreux
, Prêtre Chanoine de la Sainte- Chapelle de
Bourges.
L'Abbaye Sécularisée de S. Pierre de Vienne , en
faveur de M. de Montauban , Prêtre .
Celle de Pessan , Ordre de S. Benoît , Diocèse
d'Auch , en faveur de M. de Charleval , Prêtre du
Diocèse d'Aix .
Celle de S. Amant de Boisse , Ordre de S. Benoît
, Diocèse d'Angoulême , en faveur de M. de
Saluces , Prêtre.
L'Abbaye Réguliere de l'Etoille , Ordre de Cîteaux
, Diocèse de Poitiers , en faveur de Dom
Quesner , Religieux dudit Ordre et Prieur de Royaumont.
AL
Celle de N. D. de Landeve , Ordre de S. Augustin
, Diocèse de Rheims , en faveur de M. Didier,
Prêtre , Vicaire général de Séez .
Celle du Bouchet du Vauluisant , Ordre de Cîteaux
, Diocèse de Clermont , en faveur du sieur
de Chastaigner de Rouvre , Prêtre . A
Celle de S. Gilbert , Ordre de Prémontré, Diocèse
de Clermont , en faveur de M. de Marsan
Prêtre.
Celle de Simorre , Ordre de S. Benoît , Diocèse
d'Auch , en faveur de M. de Vocance , Vicaire gé .
neral de Senez .
Celle de Benevent , Ordre de S. Augustin , Dio
eèse de Limoges , en faveur de M. de la Coré ;
Prêtre , Vicaire général de Saintes, 212
Celle d'Arthoux , Ordre de Prémontré , Diocèse-
I
806 MERCURE DE FRANCE
de Dax., en faveur de M. Romatet , Prêtre.
Celle de Blanchelande , Ordre de Prémontré ,
Diocèse de Coutances , en faveur de M. d'Inteville
, Clerc tonsuré.
Celle de Moncé , Ordre de Câteaux , Diocèse de
Tours, en faveur de la Dame de la Rue de Villette.
Le Prieuré Commandataire de Bouchou , Ordre
de S. Benoît , Diocèse de Lyon , en faveur de
M. de S. André de Marnays du Verceil.
Le Prieuré Commandataire de Bussiere Badil ,
Diocèse de Limoges, et Juillé,son Annexe, Diocèse
d'Angoulême , en faveur de M. Danteroches ,
Acolyte du Diocèse de S. Flour.
Le Prieuré de S.Atoine de Domfront , Ordre de
S. Benoît , Diocèse du Mans , en faveur de la Dame
la Paillere-Rochon.
Le Prieuré Commandataire Conventuel et Electif
de N. D. de Puichevrier et d'Entrefin , l'Espau
et Hauterive, ses Annexes , Ordre de Grandmont ,
Diocèse de Poitiers, en faveur de M. Junot , Prêtre
du Diocèse d'Autun , Aumônier des Gardes Françaises.
1
1
*
RONDEAU sur un Voyage de Paris ,
•fait à la persuasion d'un Gentilhomme de
Normandie.
J'AY Ax Vú PARIS et le Louvre du Roy ;
Ce ne sont pas vetilles, par ma foy ;
Ains raretés , qu'à bon droit on renomme.
Paris , sans pair , vaut mieux que cette Rome ,
Qui fit jadis au Monde entier la Loi.
Jusques
AVRIL
807 17388
Jusques ici trop sédentaire et coi ,
Qu'avois-je vû ? Rien , ou je ne sçais quoi.
Or , grace aux soins de certain Gentilhomme ,
JAY V PAR IS.
Vien , me dit-il , je te trouve un Emploi.
Qu'a fait mon Sire ? Il l'a gardé pour soi.
Je n'attendois un pareil coup de Pomme ,
Cela me coûte un peu cher ; mais en somme
Je m'en console en disant à par moi ,
Jax vú PARIS.
REMPLACEMENT
d'Officiers de la Marine du
25. Mars 1738 .
Capitaines de Vaiffeaux.
MESSIEURS 3
H
Elyot.
De Massiac.
Perrier l'aîné .
De S. Eugene Marcellanges.
De Saint Prix.
Le Chevalier du Bourdet,
Derville Destourmelles.
Le Chevalier de Morain
ville .
Le Comte de Vaudreuil,
Dastour.
Du Buisson de Varen- De la Haye de Mouli
nes. neuf.
I j De
808 MERCURE DE FRANCE
De Meschin.
Le Marquis de la Galissonniere
.
Murat de la Brouste .
De Keraro .
De Saurins de Murat.
Mandelot de Laucez .
Fromont de Villeneuve .
De S. Leger la Sauzaye .
D'Hericourt.
Le Chevalier de Fromentiere.
De Nouailles.
De Conteneüil.
Le Chevalier de Trefa
legant.
Gautier de Girenton.
Du Bois de la Mothe.
Le Chevalier de Foligny
de S. Malo .
De la Bedoyere .
Cezar Boulainvilliers.
Le Comte du Guay.
Damblimont.
De Boisjollan .
Du Quêne Monier.
De Jullien , Major à
Toulon.
Lieutenans de Vaiſſeaux.
Du Goutet
Le Gardeur de Tilly.
Raguienne de Mareuil.
De Carbriant Pontlo.
De Lassigny.
Le Chevalier d'Aubigny.
Le Chevalier de S. André
.
De la Falüere.
Bompard.
De Mariol.
Du Vignau .
De Poulcong.
D'Angueville .
De S. Maurice.
Macnemara.
De la Giroüardiere .
Chabot de Villeneuve.
De Marquaisac .
De Crenan.
De Sansaye .
De la Rochejacquelin.
De Boisgelin.
De Motheux .
Dorcize .
De Tremigon.
Du Filleul.
Porter
De Chasteloger.
Le Chevalier de Maure
ville.
Des Herbiers .
Delcampe .
De Castillon.
Du Revest.
De Polignac.
Le Chevalier de Vienne,
De Sorel.
Le
AVRIL
1738. 809
Le Chevalier de Bellingant.
De Caumont.
Dannat de Montmaur .
De Charmail.
De Chauvereau.
Le Chevalier de Thivas .
De Thiersanville .
Hubert de Lauberdiere.
Le Chevalier de Chava-

gnac.
Le Chevalier de Keruso
ret.
Le Chevalier d'Eau de
Raimondis.
De Blois de la Sossot
D'Aubigny l'aîné.
De Pardaillan .
De la Vacherie.
Mercier,
Aydes Majors.
Rozily de Meros, Brest. Le Chevalier d'Ormes
De Sabran Grandmont , son , à Brest,
à Toulon...
1
Enseignes de Vaisseaux.
La Chevalier d'Ars
Queremar de Bois-château.
Le Marquis de Choiseuil
- Praslin.
Le Chevalier de Cousage .
la Rochefoucault.
Du Dresnay des Roches.
De Martel,
De Breda.
De Marques .
De Carné.
Charpin de Gennetine.
De Veynier.
De Courserac.
De Gouvello.
Daguay
De Sade.
De Vendes Turgot?
De Reals .
De la Mothe.
Daloue .
De Launay de Vaudri
. court.
De Flotte Seillans.
Dasniere.
Le Chevalier d'’D.
De Paris .
De Marchainville .
Le Chevalier des Gou 2
´tes.
Le Chevalier Desnos
Huon de Kermadec.
Ly
I
101
Da
810 MERCURE DE FRANCE
De Chaulieu .
Dé Saint Julien.
Du Molin.
Gravier.
De Taulane,
De Beaujeu Quiqueran.
Du Rossel de Beaumanoir
Poucheresse de Fraisans.
Des Chapiseaux .
Le Chevalier de la Duf
ferie.
Le Chevalier Dabbadie
S. Germain .
Thierry de la Prevalais.
De Fontaine Mervé
De Blois de la Calendre.
Le Chevalier d'Ericourt.
De Kervasdoué.
Le Chevalier de Becdelievre.
De la Mauviniere.
De S. Hilaire .
Chesnel.des Coyeux
Theon de Châteaubar
*
don.
Rossel de Cercy
Geslier de Concise.
De Cheylus.
Thomas de Châteauneuf.
Le
Chevalier de Lestang
de Pasade.
De Flayols Villeneuve..
De sartous.
Le Roux.
La Croix de Merargues
De Brunolo.
De Montchauveau,
De Coatcaric.
Lombard.
De Chievres .
De Rambures.
Le Chevalier Dauba
rede.
Martinet .
La Jonquiere de Taffa
nel.
De Quelin.
Chabot:
Le Chevalier de Maille
Brezé.
Le Chevalier de Roquefeuil.
Le Chevalier dé Bethune..
De Villeneuve Vaucluse.
Le Chevalier de Parabere.
Le Comte de Tourville.
Le Chevalier de Mira
beau.
Capitaines &Artillerie.
Roussel de Preville. La Ville Maupetit .
Lieute
AVRIL. 1738. 812
Clavel.
Lieutenans d'Artillerie.
Bigot de Morogues
Terras.
Sous-Lieutenant d'Artillerie.
Aydes & Artillerie.
La Mothe Miniac.
De la Jaille.
Baron de Pestivien .
Herpin,
Gaurus de Bernieres
De Marniers.
Foucault.
De Gaucourt.
Le sieur Baradelle , Ingénieur du Roy pour les
Instrumens de Mathématique , donne avis qu'il
vient de construire un cinquiéme Cadran Vertical ,
qui s'arrête de lui-même sans le secours de la
Boussole ; pour Dijon , Tours , leurs Environs er
autres Lieux ; sçavoir Guerande , Nantes , Angers ,
Saumur , Amboise , Romorantin , Saulieu , Besançon,
Soleure , &c.
On a mis aux deux côtés du Cadran deux
Echelles , qui contiennent les douze mois de l'année
, de cinq jours en cinq jours , ainsi il sera fa
cile de trouver par proportion le point qui doit ré-.
pondre au jour courant ; on y trouve les temps des
Equinoxes, du Printemps et d'Automne, et les Solstices
d'Eté et d'Hyver.
Il y a un petit cordonet de soye , qui est tou
jours dans le centre du Cadran , avec une petite
perle qui coule au long de la soye , afin de l'ajus--
ter sur les jours du mois ; on a pratiqué une pinule
qui se leve et se couche lorsqu'on veut faire usage
du Cadran ; la pinule étant levée , on expose je
I vi tranchant
812 MERCURE DE FRANCE
tranchant du Cadran au Soleil , et l'on fait en sorte
que l'ombre de la pinule soit exactement le long
de la ligne droite marquée dans la partie supérieuxe
, en élevant ou baissant le Cadran , comme fait
le Soleil sur l'horison , alors la petite perle que
l'on a ajustée, sur le jour du mois comme on vient
de l'expliquer ci- dessus,marquera l'heure cherchée.
Quoiqu'on n'ait indiqué ceCadran que pour Dijon
et Tours , et pour les autres Villes indiquées à
la même élevation , il peut servir au tour de la
Tetre , en suivant le parallele du Globe , c'est-àdire
par toutes les Villes dessous la même latitu→
de de Dijon et de Tours : comme un quart ou un
tiers de degré ne peuvent faire aucune diférence
sensible , il peut servir également pour les endroits
suivans :
Port-Louis.
Rennes.
Bourgneuf.
Retz .
La Fleche. "
Loudun. Bourges,
Chinon . Nevers.
Vendôme. Vezelay.
Loches. Auxerre.
Blois. Vitaux.
Ce Cadran a la proprieté de faire connoître l'heu→
re du lever et du coucher du Soleil , lorsque l'on
a ajusté la petite perle pour trouver l'heure du jour,
comme on vient de le marquer.
On trouve , sans le secours du Soleil , l'heure de
son lever et de son coucher ; Exemple , pour le 26.
Mars ou le 23. Septembre , on étendra là soye dessus
l'Echelle des mois et l'on fera glisser la petite
perle dessus le 20. Mais ou le 23. Septembre, et
on laissera aller la soye bien aplomb sur la ligne
d'où sortent les premieres heures du matin qui se
trouvent verticales avec le centre du Cadran , alors
la perle marquera sur la ligne de six heures , qui
sera le temps du lever , regardant au bout de la
méme ligne , on y trouvera six heures du soir ,
Far
AVRIL 173.8. 813
par conséquent le Soleil se leve et se couche à la
même heure .
le
Autre Exemple. On fera glisser la petite perle sur
25. Avril comme pour le 17. Août , laissant aller
la petite perle d'aplomb , comme ci-dessus , elle
marquera sur la ligne de cinq heures du matin ,
se trouvent à l'extrémité de la même ligne sept
heures du soir , ainsi des autres jours du mois.
οι
Ces deux exemples et les quatre autres
Cadrans qui ont été indiqués dans les Mercures
précédens pour Paris , Lyon , Brest et Amiens
marquent de- même l'heure du lever et du coucher
du Soleil. Le prix est de deux livres ; ils sont aisés
à porter dans la poche , étant de six pouces et six
lignes de haut , épais de deux ou trois lignes , de
quatre pouces et d mi de large , ils sont proprement
montés et bien gravés.
Sa demeure est toujours Quai de l'Horloge du Palais
à l'Enseigne de l'Observatoire , vis - à - vis le grand
degré de la Riviere , à Paris .
********************
MORTS ET NAISSANCES
L
**
E 3. Mars , Martin de Beaufort , Conseiller du
Roy en ses. Conseils , Maître ordinaire en la
Chambre des Comptes de Paris , reçû à cette Charge
le 28. Juin 1704. et auparavant Auditeur en la
même Chambre , Seigneur de S. André en la Marche
, de S. Germain , Fresnay , et Brcüil , mollrat
après une longue maladie , âgé de 72. ans
sans laisser de posterité..
>
Le 4. Louis- Auguste Duché des Tournelles , l'un
des 40. Fermiers Généraux des Fermes unies du
Roy,
#14 MERCURE DE FRANCE
Roy, et autrefois Capitaine d'infanterie dans le
Régiment de la Couronne , mourut d'une fluxion
de poitrine , en sept jours de maladie , âgé de 68 .
ans , sans enfans . Il étoit fils de feu Jean- Baptifte
Duché , Controlleur Général de l'Argenterie , et
Intendant des menus plaisirs et affaires de S. M
et il avoit été marié , 1º . avec Susanne de Monhénault
, morte le 19. Décembre 1697. et 2º . le 31.
Juillet 1700 avec Louise Elisabeth Marie du Breüil,
fille de feu Euftache Marie , Sieur du Breuil , Gouverneur
des Ville et Citadelle de Mirecourt , et
Bailli de la Province de Vôges en Loraine , et
d'Anne- Marie-Henriette de Pourret. Cette derniere
Jui survit.
Le 6. D. Elisabeth de Mailly , épouse depuis
1708. de Joachim de la Viefville , Chevalier , Seigneur
de Plainval , Leuvremont , Rouville , & c.
apellé le Marquis de la Viefville , Chevalier de
FOrdre Militaire de S. Louis , et Capitaine de Vais
seaux du Roy , mourut à Paris , âgée d'environ 61.
ans lissant un fils unique , sa fille , qui avoit
épousé au mois de Septembre 1730. le Marquis de
Thiboutot , Lieutenant Général de l'Artillerie
étant morte au commencement du mois d'Octobre
1731 La Marquise de la Viefville étoit fille de
feu Loins de Mailly , Seigneur de Fresnoy , de Fecamp
, la Neufville , &c.Mestre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie , et Capitaine - Lieutenant
des Gendarmes du Prince de Condé , mort âgé de
19 ans , le 1. Septembre 1689. et de D. Margure
itte de Marreau de Villeregis , morte à Paris
le 13 Mars 1733. âgée de 92. à 93. ans.
Le même jour .. ・・Comte Sapieha , Semateur
de Pologne , Palatin de Podlachie , Lieutenant
Général de la Cavalerie du Roy de Pologne
Electeur de Saxe , et Chevalier de son Ordre de
PAigle
AVRIL 1738.
Aigle Blanc , mourut à Châlons sur Marne en
Champague , après sept mois de maladie, âgé d'environ
68 ans. Il étoit venu en France pour tâcher
d'y trouver quelque soulagement à ses infirmités.
Ce Seigneur , qui étoit d'une des premieres Maisons
de Lithuanie , avoit épousé Marie - Catherine
de Bethune , Veuve de tani las Casimir , Prince
de Radzewil- Kieski , et Niece de feue Marie-Ca
simire de la Grange d'Arquien , Reine Douairiere
de Pologne On lui a fait des Funerailles convenables
à sa Naissance et à son Rang. Tout le Clergé
Séculier et Régulier de la Ville de Chalons y a assisté
, et ensuite son corps a été mis en dépôt dans
l'Eglise des Prêtres de la Mission , pour y rester ,
jusqu'à ce qu'il soit transporté en Lithuanie , pour
yêtre inhumé dans le Tombeau de ses Ancêtres.

Le 8. Jacques Bence , Prêtre , Docteur en Théologie
de la Faculté de Paris , du 9. Juin 1708. Cu+:
ré de l'Eglise Paroissiale de S. Roch , mourut apiès
une longue maladie , âgé de 66. ans. Il gouvernoit .
ectte Cure en titre depuis le vingt-neuvième Mars ,
172 6. qu'il en prit possession après en avoir
été pourvû · en vertu de ses Grades
par le Chapitre
de S. Germain P'Auxerrois. Il la desservoice
auparavant depuis quelques années en l'absence de
feu Denis Coignet , son predecesseur . Il avoit étés
avant cela Ministre de l'Hôpital des Pérites-Mai
sons. La Cure de S. Roch , vacante par cette mort
a été conferée par le Chapitre de S. Germain l'Au
xerrois , qui eu est Collateur , à Aubin Brillon de ,
Jouy, Docteur en Théologie de la faculté de Par
ris ,de la Maison Royale de Navarre , du 10. Mais,
1724. Chefcier - Curé de l'Eglise Collegiale et Baroissiale
de Sainte Opportune , depuis le mois de
Mai 1729. et la Cure de Sainte Opportune a été
donnée par le même Chapitre au Vicaire de cette:
Paroisse. Le
816 MERCURE DE FRANCE
T
Le 12 Antoine Monti , Marquis , natif de Bo
logne , en Italie , Colonel du Régiment Royal Italien
, par Commission du 17. Juillet 1731. Lieute
nant Général des Armées du Roy , du 4. Juin
1736. et Chevalier de ses Ordres du 2. Février
1737. ci-devant Ambassadeur extraordinaire de
s. M. prês le Roy et la République de Pologne ,
mourut à Paris , d'une erésipelle dans la tête , âgé
de 54. ans , sans avoir été marié .
Le 13. Louis de la Ruelle , Sieur de Nanteuil ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , Mestre
de Camp de Cavalerie , et ancien Maréchal des Lopis
de la Compagnie des Chevau- Legers de la
Garde ordinaire du Roy , mourut à Paris dans la
80. année de son âge .
Le 14. Jules- Cesar de Prunelé , Baron de S.
Germain le Desiré , et de Moktart , Seigneur de
Mervilliers , Viabon , Valieres et Chatet , mourut,
à Paris , d'une apoplexie de sang , dont il avoit
été attaqué le jour précédent après midi . Il étoit
dans la 51. année de son âge , étant né à Paris le
14. Juin 1687. Il avoit été Capitaine au Régiment
des Landes , et il fut blessé d'un coup de Fusil à la¸
Bataille de Malplaquet le 21. Septembre 1709. M
étoit veufde Dame Antoinette Pailhés, morte le 18. )
Novembre 1729rà l'âge de 30. ans , laquelle étoit
fill d'Auger Palhés , Seigneur de la Goueve près
de la Ville de Rieux en Languedoc , et d'Antoinet
te Ponthon. Il en laisse Jules - Etienne- Honoré de
Prunelé , fils unique , né le 16. Mai 1722. qui fait
ses études à Paris. La Généalogie de la Maison.de
Prunèle est raportée dans le Suplément du Dictionnaire
Historique de 1735 .
Le 18. Dame Geneviève- Simonne de la Mouche,
veuve depuis le 2. Novembre 1712. de Seraphin
Laudouy Seigneur de Soupire , l'Isler ,Verneuil,
Courtonne
AVRIL. 817 1738.
Courtonne , Beaune , Chivys, le Mé , Chevalier
d'honneur au Bailliage et yiége Présidial de Vermandois
à Laon , qu'elle avoit épousé en 1694
mourut dans son Château de Soupire en Laonnois ,
dans la 75. année de son âge , laissant deux fils
dont l'aîné Felix - Seraphin Baudouyn , Seigneur de
S. Soupire , né en 1695. est Lieutenant dans le Régiment
des Gardes Françoises , Chevalier de l'Or
dre Militaire de S. Louis , et marié ; et le second
Antoine- Seraphin Baudouyn de Soupire , né en
1697.est Capitaine dans le Régiment d'Heudicourt,
ci -devant Lenoncourt , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , et Gentilhomme du Roy de Pologne
, Duc de Loraine et de Bar. La Dame leur
Mere étoit fille de Pierre de la Mouche , Seigneur
de S. Jean de Beauregard , Conseiller , Maître
d'Hôtel du Roy , Auditeur en la Chambre des
Comptes , et ancien Echevin de Paris , mort le 29.
Avril 1691. et de Genevieve Barbier , morte le
29. Août 1684.
Le 21. Dame Catherine de Conflans , veuve de
Charles Joseph , Comte de Lannion , mourut à
Paris , âgée d'environ 66. ans. Elle étoit fille de feu
"Michel de Conflans , Marquis de S. Remy , mort
le 22. Janvier 1712 âgé de 79. ans , et de feue D.
Margueritte Daguesseau , D. de Puiseux , morte
le 31. Mars 1721 , et soeur de Philipe - Alexandre
de Conflans, Chevalier , Bailli , Grand Croix
de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem , Commandeur
de Pezenas , Brigadier des Armées du Roy , & c.
Le 22. Marie- Elisabeth le Vacher , veuve d'Eu◄
verte Angran , Correcteur ordinaire en la Chambre
des Comptes de Paris , avec lequel elle avoit
été mariée le 19. Octobre 1679. mourut âgée de
80. ans , laissant deux fils , et une fille non mariée.
L'aîné des fils Pierre Euverte Angran, est Auditeur
CB
$ 18 MERCURE DE FRANCE
1
en la Chambre des Comptes depuis le 30. Mai
1712. et n'est point marié , le second Ambroise
Fuverte Angran , Correcteur en la Chambre des
Comptes , reçu à cette Charge au lieu de feu son
pere , le 23. Janvier 1716. est marié , mais il n'a
point d'enfans. La défunte étoit fille de Nicolas le
Vacher , Seigneur de Bouchemont , Conseiller
Maître d'Ho el ordinaire du Roy , et du Duc d'Orleans
, et d'Elizabeth Courtin.
Le 23. Noël- François de Langelerye , Seigneur de
Fontainebethon et Volomnier , Auditeur ordinaire
en la Chambre des Comptes de Paris , reçu à cette
Charge le 24. Mai 1702. mourut d'une fluxion de
poitrine , en cinq jours de maladie , âgé de 64 ans.
Il laisse un fils et trois filles , dont les deux aînées
sont mariées
Le 25. D. Marie - Anne Esprit Charbonneau de
PEschasserié , riche héritiere en Poitou , épouse de
Charles-François de Granges de Surgeres , Marquis
de Puiguyon , Colonel d'un Régiment d'Infanterie,
portant son nom , et Gentilhomme de la Manche
de Monseigneur le Dauphin , mariée au mois de
Mars de l'année derniere 1737. mourut à Paris ,
dans la 20 année de son âge , et ne laisse point
d'enfans .
Le 19. Marie-Anne Saget , épouse de Dominique-
Louis le Bas , Ecuyer , Sieur de Courmont ,
Trésorier , Receveur Général , et Payeur des Rentes
de l'Hôtel de Ville de Paris , frere de Charles
le Bas du Plessis , Conseiller au Parlement de Paris
, de la 5. Chambre des Enquêtes , mourut d'une
maladie de poitrine , âgé de 29. ans.
Le premier Avril , Jean de Fauvel , Ecuyer Seigneur
de Valeille , ancien Lieutenant des Gardes
du Corps du Roy , Brigadier de ses Armées , de l'a
promotion du 1. Eevrier 1719. et Commandeur de
POrdre
A
AVRIL. 1738. 819
Fordre Royal et Militaire de S. Louis , mourut
Paris , âgé d'environ 78. ans . Il étoit fils de défunt
Henri de Fauvel, qui avoit été Exempt des Gardes
du Corps du Roy, et de feue D. Jeanne de S. Viance,
et veuf de D.Magdeleine de Pomeray, morte en
1730. laquelle étoit soeur de la D. de Pigis.
Le 2. Charles François Marie de Custine de VVilt
d'une Noblesse de Loraine , Grand Ecuyer du Roy
de Pologne , Duc de Loraine et de Bar , depuis le
mois de Mars 1737. et Mestre de Camp Lieutenant
du Regiment Royal Pologne de Cavalerie depuis
le mois de Septembre 1725. mourut à Paris ,
après avoir souffert differentes opérations à une
cuisse , à cause d'un accident qui lui avoit été causé
par une chute qu'il avoit faite en 1735.Il n'étoit âgé
que de 37. ans
Le 4. Josse Brendlé , Suisse de nation , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Lieutenant-
General des Armées du Roi , et Colonel d'un Régiment
Suisse mourut à Paris, âgé de 91 ans. Il avoit
eu la Croix de S. Louis à la Promotion du 21. Fevrier
1700. Il étoit alors Lieutenant Colonel du
Régiment de Stoppa, avec Commission de Colonel ,
ce Régiment étant venu a. vaquer par la mort de
Pierre Stoppa , Lieutenant General , lui fut donné
le dix - sept Janvier 1701. Il fut fait Brigadier
d'Infanterie le 29. Janvier 1702. Maréchal de Camp
le 20. Mars 1709. et s'étant distingué au Siége de
Douay , il fut élevé au grade de Lieutenant- General
le 2. Juillet 1710 .
Le 6. Jean Charles Marie de la Baume le Blanc de
Vaujours , second fils de Louis Cesar de la Baume
le Blanc de la Vallieres , Duc de Vaujours , Pair
de France , Colonel d'un Régiment d'Infanterie
et d'Ane Julie Françoise de Crussol d'Usés , son
épouse , mariés le 19. Février 1732, mourut de
con826
MERCURE DE FRANCE
convulsions causées par les dents , âgé de 5. mois ;
étant né le 10. Novembre dernier.
Le 8. Charles Joachim Colbert de Croissy , Evêque
de Montpellier , Comte de Melguel , et de
Montferrand , Abbé Commandataire de l'Abbaye
de Froidmont , mourut en son Diocèse , d'une inflammation
datis le bas ventre en peu de jours de
maladie , dans la 71. année de son âge , étant né
le 11. Juin 1667. et dans la 42. année de son
Episcopat. L'Abbaye de Froidmont Ordre de Cîteaux
, Diocèse de Beauvais , lui avoit été donnée
dès le mois de Mars 1684. Il fut reçu Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , de la Maison et
Société de Sorbonne le 21. Mars 1692. fait Agent
Genéral du Clergé de France en 1695.et nommé le
1. Novembre 1696. à l'Evêché de Montpellier, qui
fut préconisé et proposé pour lui à Rome le 17.Decembre
suivant et le 14. Janvier 1697. ensuite de
quoi il fut sacré le 10. Mars de la même année ,
dans l'Eglise des Feuillans à Paris par l'Archevêque
de Rouen , assisté des Evêques d'Auxerre et d'Afais
, et le 19. du même mois il prêta serment de
fidelité entre les mains du Roy. Il assista en qualité
d'un des deux Députés du premier Ordre de la Province
de Narbonne à l'Assemblée Génerale du Clergé
de France , qui fut tenue à Paris en l'année
1705. Ce Prélat étoit frere puiné de Jean- Baptiste'
Colbert, Marquis de Torcy, Commandeur des Ore
dres du Roi , Ministre d'Etat , ci - devant Sécretaire
d'Etat , ayant le département des affaires étrange
res sous le Regne du feu Roy , et Sur -Intendanc
Géneral des Postes et Relais de France.
Le même jour , Philippe Olain , Curé de l'Eglise
Paroissiale des SS . Innocens à Paris , depuis 1720.
mourut après une longue maladie, n'ayant pas 50 .
ans. Il avoit résigné peu de jours avant sa Cure
AVRIL: 1738. 821
....Olivier , son Vicaire, qui prit possession de
cette Cure le 4. Avril.
Le même jour au soir , . . . . . de Chambon , l'un
des Fermiers Généraux des Fermes Unies du Roy,
depuis 1736. mourut subitement d'une Goute remontée
, âgé de 48. ans , et sans enfans.
Le 21. Mars dernier , fut baptisé en l'Eglise de
3. Nicolas des Champs à Paris Alphonse- Louis- Bernard
, né le jour précédent au soir , fils de Jacques-
Bernard Durey de Noinville , Seigneur de Presle ,
Bierry , Magny , Errées , &c. Maître des Requêtes
Honoraire de l'Hôtel du Roy , et cy-devant Président
du Grand Conseil , et de D. Marie- Françoise-
Pauline de Simiane son Epouse . Les Parain et Maraine
ont été Alphonse-François de Simiane , Seigneur
, Comte de Maligny , Abbé Commandataire
de l'Abbaye Royale de Marsillac , Maître de l'Oratoire
du feu Duc d'Orleans , Regent de France ,
Grand Oncle maternel de l'enfant , et D. Louise le
Gendre , Epouse de Jean- Baptiste Durey de Vieuxcourt
, Seigneur de Borneville , Président Hono
raire du Grand Conseil , son Oncle paternel . Nicolas
François de Simiane , Seigneur de Bayard , la
Torasse , Lambert , &c . Maréchal des Camps et
Armées du Roy , Chevalier . d'Honneur de feuc
Elizabeth-Charlotte de Baviere , Duchesse Douai→
riere d'Orleans , a assisté à cette Céremonie. Il est
pere de la D. de Noinville , dont le Mariage est
raporté dans le Mercure du mois de Juillet 1735*
page 1670.
APROBATION.
1
APROBATION.
J
'Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France du mois d'Avril , et j'ai
cru qu'on pouvoit en permettre l'impression . A
Paris , le premier Avril 1738.
HARDION.
TABLE.
P
IECES FUGITIVES. L'avantage de la
Vertu ,
Suite de la Lettre à M. d'Anville ,
Ode ,
611
613
627
Lettre de M. Petit sur les Ouvrages de M. de
Thou ,
Ode d'Horace , Imitation ,
Lettre au sujet de l'Ecole Militaire ,
Paris ,
Le Cocq et le Limaçon , Fable ,
630
638
établie à
640
653
Réponse du P. M. T. sur les Ouvrages de Guidonis.
Epitre à M. R ***
654
664
Réponse à l'Observation sur la Regle d'Escompte,
668
680
682
A Mile .... sur le Portrait de l'Hymen , 676
Extrait de Lettre sur les personnes centenaires , 677
Imitation d'une Ode d'Horace ,
Réponse au sujet de P'Histoire des Evêques de
Nîmes ,
Deux Réponses en Vers à une Quest. proposée, 696
Enigme , Logogryphes ,
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX ARTS , &c.
Relation de la Captivité et du Rachapt de treize
Esclaves , &CA
699
704
Traité de la Musique Vocale et Instrumentale, 70
Le Jeu de Quadrille , avec le Médiateur, &c. Ibid.
L'Esprit de Divorce , Comédie ,
De antiquis Ecclesia Ritibus Libri , &c.
708
.709
Recueil d'Ecrits pour servir à l'Histoire de France ,
Amusemens du Coeur et de l'Esprit , &c .
Le Praticien universel , &c.
710
720
723
725
Livres nouveaux des Pays Etrangers chés Cavelier,
Entretiens Litteraires et galans , & c .
ruë S. Jacques ,
Vers sur le Traité du vrai mérite ,
726
727
Nouvelle Edition des Avantures de D. Quichotte
en Espagnol ,
729
Séance prise par le Duc de la Tremoille à l'Aca
démie Françoise et Discours prononcés, &c . 731
Académie Royale de Soissons , Prix donné , &c.
.735
Assemblées publiques des Académies des Belles
Lettres et des Sciences >
Le Fluteur , Automate >
Estampes nouvelles ,
Air noté ,
736
738
739
744
Spectacles , Tragédie de Maximien , Exrait, Ibid.
Ouverture du Théatre François , et Piece nouvelle,
760
Jeune Danseuse avec des talens surprenans , 761
Nouvelles Etrangeres, de Constantinople, &c. 765
Audience donnée par le G. S. au Prince Ragotzi ,
7.66
De Russie , Pologne et Allemagne ,
D'Italie et Corse ,
D'Angleterre et Loraine ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
777
784
788
790
Céremonie de la Barette donnée au Cardinal d'Au ·
vergne , Epigramme et Sonnet à ce sujet ,
Cérémonie de la Réduction de Paris ,
Vers 2 Mile ***
794
798
803
Benefices donnés , 804
Rondeau ,
Remplacement d'Officiers de Marine ,
Morts Naissances ,
806
807
813
Errata de Fevrier.
Page 275. ligne 17. amicisi retiramo , liscz amici si ritirano.
Ibid. 1. 18. par 1. pare.
Ibid. 1. 9. pertà , 1. peste.
Ibid. 1 21. ritrovando l'huomo , 1. perchè ritro
vando l'uomo.
Ibid. 1. 23. facia , 1. faccia.
Ibid. 1 25. dishonore , 1. disonore.
Même ligne , la crudelta l'ignoranza , mettez une
virgule après la crudelta.
Ibid. 1. 26. la traditione , ôtez ces mots.
Errata de Mars.
PAge 566. ligne 14. d'un , lisez du.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 615. ligne 8. Chinoises , lisez Chinois.
P. 686. 1. 6. pas l . point.
P. 689. 1. 20. n'avez été , ôtez ces mots.
P. 690. 1. 1. enfantée , produite.
Ibid. 1. 2. produire , l . citer .
Ibid. 1. commises
, 9. 1. commis.
Ibid . 1. 15. dressées , l. écrites.
P. 695. 1. 4. finir avec vous , l. abréger.
P. 784. 1. 17. Delli frati , 1. Delle fratte .
La Chanson notée doit regarder la Page 744
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le