Fichier
Nom du fichier
1738, 01-02
Taille
15.90 Mo
Format
Nombre de pages
473
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
MERCURE
DE FRANCE ,
1
DEDIE DIE AU ROY
JANVIER. 1738 ,
CURICOLLIGITI
SPARGIT
A
PARIS , JR
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques,
Chés La veuve PISSOT , Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. D CC. XXXVIII.
Avec Aprobation & Privilege du Roy,
CATALOGUE des Mercures de France
depuis l'année 1721. jusqu'à présent.
Uin, Juillet, Août, Septembre, Octobre,
Novembre et Decembre de 1721.
Année 1722. les mois de Mars , May,
Septembre et Novembre doubles ,
7. vol.
16. vol.
Année 1723 le mois de Decembre double, 13. vol.
cembre doubles ,
Année 1724. les mois de Juin et de Detembre
et Decembre doubles ,
Année 1725. les mois de Juin , de Sep-
14. vol.
Année 1726. les mois de Juin et de De-
15. vol.
cembre doubles ,
Année 1727. les mois de Juin et de De-
14. vol,
cembre doubles ,
Année 1728. les mois de Juin et de De-
14. vol.
cembre doubles ,
tembre et Decembre doubles ,
Année 1729. les mois de Juia , de Sep-
14. vol.
Is. vol.
Année 1730, les mois de Juin et de Decembre
doubles ,
Année 1731 , les mois d'Avril , de Juin
14. vol.
et de Decembre doubles ,
Année 1732. les mois de Juin et de De-
15. vol.
cembre doubles ,
14. VO
Année 1733. les mois de Juin et de Decembre
doubles ,
14. vol.
Année 1734. les mois de Juin et Décembre
doubles ,
14. vol.
Année 1735. les mois de Juin et de Décembre
doubles ,
14. vol.
Année 1736. les mois de Juin et Décembre
doubles , 14. vol.
Année 1737 les mois de Juin et de Dé-
Ncembre doubles ,
UB anyler 1738Y
14. vol.
I. vol.
335209
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOU AT099
235. vcl.
L
PRIVILEGE
DURO r.
OUIS ,, par la grace de Dieu , Roy de France &
de Navarre à nos Amés & Feaux Confeillers ,
les Gens tenans nos Cours de Parlement , Maîtres des
Requêtes ordinaires de nôtre Hôtel , Grand- Confeil ,
Baillifs , Senéchaux , leurs Lieutenans Civils , & autres
nos Jufticiers qu'il apartiendra : SALUT Notre
cher & bien amé ANTOINE DE LA ROQUE , Ecuyer ,
ancien Gendarme dans la Compagnie des Gendarmes
de nôtre Garde ordinaire , & Chevalier de notre Ordre
Militaire de Saint Louis , nous ayant fait remon❤
trer que l'aplaudiffement que reçoit le MERCURE DE
ERANCE, cy- devant apellé le Mercure Galant, compofé
depuis l'année 1672. par le fieur de Vifé , & autres
Auteurs, nous a fait croire que le fieur Dufreni , Ti.
culaire du dernier Brevet , étant décedé , il ne convient
pas que le Public foit à l'avenir privé d'un Ou
vrage auffi utile qu'agréable , tant à nos Sujets qu'aux
Etrangers : c'est dans cette vuë que bien informé des
talens , & de la fageffe du fieur de la Roque , nous
l'avons choifi pour compoſer à l'avenir, excluſive
ment à tous autres , ledit Ouvrage , fous le titre de
MERCURE DE FRANCE , & nous lui en avons à cet effet
accordé nôtre Brevet le 17. Octobre 1724 pour l'e
xecution duquel il auroit obtenu nos Lettres de Pri
vilege , en date du 9. Novembre enfuivant , qui fe
trouvant expirées , nous a fair fuplier de lui en ac
corder de nouvelles en forme de Brever fur ce nécef
faires , offrant pour cet effet de le faire réimprimer
en bon papier & beaux caracteres , fuivant la feüille
imprimée & attachée pour modele fous contrefcel
des Préfentes ; A CES CAUSES , voulant traiter favo
rablement ledit fieur Expofant , & étant informé de
fes affiduités, des foins & dépenfes qu'il fait pour
la perfection dudit Mercure de France , dont nous
fommes content , & dont nous voulons lui donner des
marques de notre entiere fatisfaction ; Nous lui avons
A ij permis
permis & permettons par ces Prefentes de co
& donner au Public à l'avenir tous les mois , à .
exclufivement à tous autres , ledit Mercure de 1
qu'il poura faire imprimer en un ou pluſieurs
mes, conjointement ou feparement, & autant de .
que bon lui femblera , chaque mois , & de le faire ven.
dre & débiter par tout nôtre Royaume , Pays , Terres
& Scigneuries de notre obéiffance , pendant le temps
& efpace de douze années confecutives , à compter
du jour de la date defdites Prefentes ; à condition
néanmoins que chaque volume portera fon Aprobation
expreffe de l'Examinateur , qui aura été commis à cer
effet , & en outre nous avons révoqué & révoquons
tous autres Privileges qui pouroient avoir été donnés
cy- devant à d'autres qu'audit fieur Expofant ; Faiſons
défenfes à toutes fortes de perfonnes , de quelque
qualité & condition qu'elles foient , d'en introduire
d'impreffion ou gravure étrangere dans aucun Lieu
de nôtre obéiffance , comme auf a tous Libraires ,
Imprimeurs , Graveurs , imprimeurs , Marchands en
Tailles- douces & autres , d'imprimer, faire imprimer,
graver ou faire graver , vendre , faire vendre , débiter
ni contrefaire ledit Livre , ou Planches , en tout ri
en partie, ni d'en faire aucuns Extraits, fous quelque
prétexte que ce foit , d'augmentations , corrections
changement de titre , ou autrement, fans la permiffion
expreffe & par écrit dudit fieur Expofant , ou de ceux
qui auront droit de lui ; le tout à peine de confifcation
, tant des Planches que des Exemplaires (contre.
faits & des uftanciles qui auront fervi à ladite con.
trefaçon , que nous entendons être faifis en quelque
lieu qu'ils foient trouvés , de six mille livres d'amen
de contre chacun des contrevenans , dont un tiers à
Nous , un tiers à l'Hôtel-Dieu de Paris , & l'autre
tiers audit fieur Expofant , & de tous dépens , dom .
mages & interefts ; à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur le Registre de la
Communauté des Libraires & Imprimeurs de Paris ,
dans trois mois de la date d'icelles ; que l'impref
fion de ce Livre fera faite dans nôtre Royaume , &
non ailleurs , & que l'Impétrant fe conformera en
tout aux Reglemens de la Librairie , & notamment à
celui du 10. Avril 1725. & qu'avant que de l'expofer
en vente , le manufcrit ou imprimé qui aura fervi de
Copia
copie à l'impreffion dudit Livre , fera remis dans le
même état où les Aprobacions y auront été données ,
és mains de nôtre très - cher & Feal Chevalier, le fieur
CHAUVELIN , Garde des Sceaux de France, Comman
deur de nos Ordres, & qu'il en fera enfuite remis deux
Exemplaires de chacun dans nôtre Bibliotheque publique
, un dans celle de nôtre Château du Louvre , &
un dans celle de nôtredit très-cher & feal Chevalier
• le fieur CHAUVELIN Garde des Sceaux de France ,
Commandeur de nos Ordres de tout à peine de nul
lité des Prefentes , du contenu defquelles Vous mandons
& enjoignons de faire jouir ledit fieur Expofant
, ou les ayans caufe , pleinement & paifiblement ,
fans fouffrir qu'il leur foit fair aucuns troubles on
empêchemens . Voulons que la copie defdites Preſentes
qui fera imprimée tout au long au commencement ou
à la fin dudit Livre , foit tenue pour dûëment fignifiée
, & qu'aux copies collationnées par l'un de nos
Amés & Feaux Confeillers & Secretaires , foy ſoit
ajoûtée comme à l'Original . Com nandons au premier
notre Huiffier ou Sergent , de faire pour l'execution
d'icelles tous Actes requis & néceffaires , fans demander
autre permiffion , & nonobftant clameur de
haro , Chartre Normande & Lettres à ce contraires ;
Car tel eft notre plaifir. Donné à Versailles le feptié.
me jour de Décembre , ' an de grace mil fept cent
trente -fix & de notre Regne le vingt- deux . Par le
Roy en fon Confeil , Signé » AINSON , avec grille
& paraphe. Et au dos eft écrit. Regiftré fur le Regiſ
tre neuf de la Chambre Royale & Syndicale des Li
braires & Imprimeurs à Paris , N° . 393. F 354 con
formément au Réglement de 1723. qui fait défenses
Article IV, à toutes Perfonnes de quelque qualité
qu'elles foient , autres que les Libraires & Imprimeurs,
de vendre , débiter & faire afficher aucns Livres pour
les vendre en leurs noms , foit qu'ils s'en disent les
Auteurs ou autrement ,& à la charge de furnir à ladite
Chambre Royale & Syndicale des Libraires & Imprimeurs
de Paris, les huit Exemplaires preferits par
l'Article 108. du mê ne Reglement . A Paris ce dix
Décembre mil fept cent trente fix. Signé , G. MARTIN ,
Syndic , avec Paraphe.
A iij LISTE
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & c.
A Toulouse , chez Forest , et Henault.
Bordeaux , chez Raymond Labottiere , et chez
Chapui , fils , au Palais , et à la Poste.
Nantes , chez Nicolas Verger.
Rennes, chez Joseph Vatar , Julien Vatar , Guillaume
Jouanet Vatar , et la veuve Audran.
Blois , chez Masson .
Tours , chez Gripon . et chez Bully.
Rouen , chez Herault.
Châlons-sur- Marne , chez Seneuze.
Amiens , chez la veuve François et Godard.
Arras , chez C. Duchamp , et chez Barbier,
Orleans, chez Rouzeaux.
Angers , chez Fourreau et à la Poste.
Chartres , chez Fetil , et chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil , et à la Poste.
Versailles , chez Monnier , et chez Marié,
Besançon , chez Briffaut , et à la Poste .
Saint Germain , chez Chavepeyre .
Lyon , à la Poste.
Reims , chez De Saint.
Vitry-le-François , chez Vitalis.
Beauvais , chez De Saint.
Douay , chez Willerval.
Charleville , chez P. Thesin.
Moulins , chez Faure.
Mâcon , chez De Saint ,
Mets , chez Barbier.
fils,
Boulogne -sur- Mer , chez Parassol.
Nancy, chez Nicolas .
AVERTISSEMENT
AVERTISSEMENT
.
Oici le deux cent trente -sixième volu-
Ꮴ me du Mercure de France , que nous
avons l'honneur de présenter au Roy et d'of
frir au Public, depuis le mois de Juin 1721.
que nous travaillons à cet Ouvrage , sans
qu'il ait souffert aucune interruption.
En remerciant nos Lecteurs du cas qu'ils
daignent faire de ce Livre , nous leur demandons
toujours quelque indulgence pour
les Endroits qui leur paroîtront négligés . Le
Lecteur judicieux fera , s'il lui plaît , refle
xion que dans un Ouvrage comme celui -ci ,
il est très-aisé de manquer , même dans les
choses les plus communes , dont chacune en
particulier est facile , mais qui , ramassées ,
font ensemble une multiplicité si grande ,
qu'il est mal aisé de donner à toutes la même
attention , quelque soin qu'on y aporte , sur
tout quand une telle collection est faite en si
peu de temps ; Auteur du Mercure, chargé
du pénible et laborieux emploi de donner
chaque mois un volume au Public , ne peut
jamais avoir le temps de faire sur chaque
Article les refléxions qu'y feroit une PersonÁ
iiij
P.
ne
AVERTISSEMENT.
ne qui n'a que cet Article en tête , le seul
auquel elle s'interesse , et peut-être le seul
qu'elle lit. Une chose qui paroît un peu injuste
, c'est qu'on nous reproche quelquefois
des inattentions , et qu'on ne nous sçait aucun
gré des corrections sans nombre qu'on
fait et des fantes qu'on évite.
Nous faisons de la part du Public de
nouvelles instances aux Libraires qui envoyent
des Livres ou des Listes pour les annoncer
, d'en marquer le prix au juste ; cela
sert beaucoup , sur tout dans les Provinces ,
aux Personnes qui se déterminent là- dessus
à les acheter , et qui ne sont pas sûres de l'exactitude
des Messagers et des autres Personnes
qu'elles chargent de leurs commissions
qui souvent les font surpayer . M. Moreau,
poura même se charger de faire les Envois
au prix coûtant.
On invite aussi les Marchands et les Ouvriers
qui ont quelques nouvelles Modes ,
soit par
des Etoffes nouvelles , Habits, Ajustemens
, Perruques , Coeffures , Ornemens de
tête et autres Parures , ainsi
que
de Menbles,
Carosses , Chaises et autres choses , soit
pour l'utilité , soit pour l'agrément, d'en donner
quelques Memoires pour en avertir le
Public , ce qui poura faire plaisir à divers
Particuliers et procurer un débit avantageux
aux Marchands et aux Ouvriers.
Plusieurs
AVERTISSEMENT.
Plusieurs Pieces en Prose et en Vers , envoyées
pour le Mercure , sont souvent si mal
érites , qu'on ne peut les déchiffrer , et pour
cela elles sont rejettées ; d'autres sont bonnes
à quelques égards et défectueuses à d'autres.
Lorsqu'elles peuvent en valoir la peine, nous
les retouchons avec soin ; mais comme nous
ne prenons ce parti qu'avec répugnance ,
nous prions les Auteurs de ne le pas trouver
mauvais et de travailler leurs Ouvrages
avec le plus d'attention qu'il leur sera possible;
sur tout , et nous ne sçaurions trop le recommander
, qu'on prenne garde à la ponctuation
.
و
>
?
ne les
·On nous a envoyé plusieurs fois des Pieces
Latines que nous avons omises
croyant pas tout- à-fait du ressort de ce Journal.
Cependant , par l'avis de quelques Personnes
habiles et de goût , nous avons crû
n'en devoir pas exclure la bonne Poësie Latine
,pourvû que les Pieces soient toujours bien
et ingenieusement composées, qu'elles ne soient
pas longues , et que les moeurs ysoient respectées.
Les Dames n'y perdront rien, si les bons
Poëtes François continuent de traduire celles
qui leur plairont le plus , et de nous faire
part de leur travail , comme cela est déja
arrivé à quoi nous les invitons.
/
·Les Sçavans et les Curieux sont priés de
vouloir bien concourir pour rendre ce Livre
Αν encore
AVERTISSEMENT.
encore plus utile , en nous communiquant les
Memoires et les Pieces en Prose et en Vers
quipeuvent instruire et amuser. Aucun genre
de Litterature n'est exclus de ce Recueil ,
où l'on tâche de faire regner une agréable .
varieté : Poësie , Eloquence , nouvelles Découvertes
dans les Arts et dans les Sciences,
Morale, Antiquités, Histoire Sacrée et Profane
, Voyages , Historiettes , Mythologie
Physique et Métaphysique , Pieces de Théatre
, Jurisprudence , Anatomie et Médecine,
Botanique, Critique , Mathématiques, Mémoires
, Projets , Traductions , Grammaires,
Pieces amusantes et récréatives, &c . Quand
les Morceaux d'une certaine considération
seront trop longs , on les placera dans un volume
extraordinaire, et on fera ensorte qu'on
puisse les en détacher facilement , pour la
satisfaction des Auteurs et des Personnes qui
ne veulent avoir que certaines Pieces.
A l'égard de la Jurisprudence , nous continuerons
, autant que nous le pourons , de
faire part an Public des Questions importanses
, nouvelles ou singulieres , qui se présenteront
et qui seront discutées et jugées dans
Les differens Parlemens et autres Cours Supérieures
du Royaume , en observant l'ordre
et la méthode que nous avons déja pratiqués
en pareil cas , sur quoi nous prions Messieurs
les Avocats et les Parties interessées, de vou-
Loir
AVERTISSEMENT.
toirbien nous fournir les Memoires nécessai
res. Il n'est peut-être point d'Article dans
ce Livre qui regarde plus directement le Bien
public , que celui-là , et qui soit plus recherché
de la plupart des Lecteurs.
"
Quelques Morceaux de Prose et de Vers
rejettés par bonnes raisons, ont souvent donné
lieu à des plaintes de la part des Personnes
interessées mais on les prie de considerer
que c'est toujours malgré nous que certaines
Pieces sont rebutées ; nous ne nous en ra
rapore
tons pas toujours à notre jugement seul dans
le choix que nous faisons de celles qui méritent
l'impression. On nous reproche avec
raison que nous n'avons que trop de complai
sance à cet égard.
Quoiqu'on ait toujours la précaution de
faire mettre un Avis à la tête de chaque
Mercure pour avertir qu'on ne recevra point
de Lettres ni de Paquets par la Poste , dont
le port ne soit affranchi , il en vient cependant
quelquefois qu'on est obligé de rebuter.
Ceux qui n'auront pas pris cette précaution
ne doivent pas être surpris de ne pas voir
paroître les Pieces qu'ils ont envoyées , les
quelles sont d'ailleurs perdues pour eux ,
n'en ont point gardé de copie.
s'ils
Les Personnes qui désireront avoir le
Mercure des premiers , soit dans les Provinces
ou dans les Pays Etrangers , n'auront
A vi qu'à
AVERTISSEMENT.
qu'à s'adresser à M. Moreau , Commis au
Mercure , vis - à- vis la Comédie Françoise
, à Paris , qui le leur envoyera parla
voye la plus convenable et avant qu'il soit
en vente ; les Amis à qui on s'adresse pour
cela , ne sont pas toujours exacts ; ils n'envoyent
guére acheter ce Livre précisément
dans le temps qu'il paroît . Ils ne manquent
pas de le lire , souvent ils le prêtent et ne
l'envoient enfin que fort tard, sous le prétexte
pécieux que le Mercure n'a pas paru plutôt.
Nous renouvellons la priere que nous
avons déja faite , quand on nous envoye dès
Pieces, soit en Vers , soit en Prose , de les faire
transcrire bien lisiblement , chaque Piece
sur un papier séparé et d'une grandeur raisonnable
, avec des marges pour y placer les
additions on corrections con enal les , que les
noms propres , sur tout soient exactement
écrits , et que la ponctuation ( nous le repetons)
n'y soit pas négligée , comme cela arrive
presque toujours, ce qui contribue à multplier
Les fautes d'impression et quelquefois à défigurer
certains Ouvrages.
Nous aurons toujours les mêmes égards
pour les Auteurs qui ne veulent pas se faire
connoîtres mais il seroit bon qu'ils donnassent
une adresse , sur tout quand il s'agit de
quelque Ouvrage qui peut demander des
éclaircissemens car souvent , faute d'un tel
secours
AVERTISSEMENT.
secours ,
do
des Pieces nous restent entre les
mains sans pouvoir les employer.
Nous prions ceux qui par le moyen de
leurs correspondances , reçoivent des nouvelles
d'Asie , d'Afrique , du Levant ,
Perse , de Tartarie , du Japon , de la hi
ne , des Indes Orientales et Occidentales, et
d'autres Pays et Contrées éloignés , les Ca
pitaines , Pilotes et Officiers des Navires et
les Voyageurs , de vouloir bien nous faire
part de leurs Fournaux , à l'Adresse generale
du Mercure. Ces Matieres peuvent
rouler sur les Guerres présentes de ces Etats
et de leurs Voisins ; les Révolutions , les Trai
tés de Paix ou de Tréves les occupations des
Souverains , la Religion des Peuples , leurs
Ceremonies , Coûtumes et Usages , les Phénomenes
et les productions de la Nature et
de l'Art , &c. comme Pierres précieuses ,
Pierres figurées, Marcassites rares , Pétrifi
cations et Crystallisations extraordinaires ,
Coquillages , Madrepores, & c. Edifices an
ciens et modernes , Ruines , Statues , Bas- Reliefs,
Inscriptions, Pierres gravées, Médailtes
, Tableaux , &c. Le Caractere de chaque
Nation, son Origine, son Gouvernement,
sa Religion, ses bonnes et ses mauvaises qualités
, le climat et la nature du Pays , ses
principales richesses et son Commerce ; les
Manufactures , les Plantes , les Animaux
& c,
AVERTISSEMENT.
·
c. Les Moeurs et Coûtumes des Peuples
leur maniere de se nourir , de s'habiller et
de s'armer, &c.
Nous serons plus attentifs que jamais à
aprendre au Public la mort des Sçavans
et de tous ceux qui se sont distingués dans
les Arts et dans les Méchaniques ; on y
joindra le détail de leurs principales occupations
, de leurs Ouvrages et des plus considerables
actions de leur vie . L'Histoire
des Lettres et des Arts doit cette marque
de reconnoissance à lamemoire de ceux qui s'y
sont rendus celebres , ou qui les ont cultivés
avec soin. Nous esperons que les Parens et
Les Amis de ces illustres Morts , seconderont
volontiers notre zele à leur rendre ce devoir,
par les instructions qu'ils voudront bien nous
fournir. Ce que nous venons de dire re-.
garde non- seulement Paris , mais encore
toutes les Provinces du Royaume et les Pays
Etrangers , qui peuvent fournir des Evenemens
considerables , Morts , Mariages ,
Actes solemnels , Fêtes et autres Faits dignes
d'être transmis à la Posterité, en observant
d'écrire exactement et lisiblement
les noms propres , &c
On a fait au Mercure et même plus d'u
ne fois l'honneur de le critiquer c'est une
gloire qui manquoit à ce Livre . On a beau
dire : nous ne changerons rien à notre méthode
,
AVERTISSEMENT
thode , puisque nos Lecteurs la trouvent
passablement bonne. Un Ouvrage de la nature
de celui-ci , ne sçauroit plaire également
à tout le Monde , à cause de la muliplicité
et de la varieté des matieres , dont
quelques-unes sont les par certains Lecteurs
avec plaisir et avidité , avidité, et par d'autres
avec des dispositions contraires. M. du
Freni , avoit bien raison de dire que pour
que le Mercure fut généralement aprouvé
il faudroit que comme un autre Prothée , il
pût prendre entre les mains de chaque Lecteur
une forme convenable à l'idée qu'il s'em
est faite.
C'est assés pour ce Livre de contribuer
tous les mois en quelque chose àl'instruction
et à l'amusement des Citoyens . Le Mer
sure ne doit rien prétendre au-delà . Nous
sçavons , il est vrai , que la critique outrée
on la médisance plus ou moins malignement
épicée , fut toujours un mets délicieux pour
beaucoup de Lecteurs mais outre que nous
n'y avons pas le moindre penchant , nous
renonçons et de très-bon aoeur , à la dangereuse
gloire d'être lûs et aplaudis aux dépens
de personne.
Nous serons encore plus retenus sur les
Bouanges , que quelques Lecteurs n'ont pas
généralement aprouvées , et en effet nous
Rous sommes aperçûs que nous n'y trouvions
nut
AVERTISSEMENT.
nl avantage ; au contraire on s'est vû ex
posé à des especes de reproches , au lieu de
témoignages de reconnoissance, sur tout de la
part desgens
à Talens car tel qu'on loue,ne
doute nullement que ce ne soit une chose qui
lui est absolument due , souvent même il
trouve qu'on ne le loie pas assés, et ceux qu'on
ne loue point ou qu'on loue moins , sont trèsindisposés,
et, prétendant qu'on loue les antres
à leurs dépens , ils sont doublement fàchés.
Nous donnons ordinairement des Extraits
des Pieces nouvelles qui paroissent
sur les Théatres de Paris , et nous faisons
quelques Observations d'après le jugement
du Public , sur les beautés et sur les défauts
qu'ony trouve ; la crainte de blesser la délicatesse
des Auteurs , nous retient quelquefois
et nous empêche d'aller plus loin ; nous
craignons d'autre part , si nous sommes plus
sinceres , qu'on ne nous accuse de partialité.
Si les Auteurs eux- mêmes vouloient bien
prendre sur eux defaire un Extrait ou Mémoire
de leurs Ouvrages , sans dissimuler les
défauts qu'on y trouve , cela nous donneroit
la hardiesse d'être un peu plus séveres , et le
Lecteur leur en sçauroit gré ; ils n'y perdroient
rien par les remarques , à charge et
à décharge , que nous ne manquerions pas
d'ajoûter , sans oublier de faire observer
.
• l'extrême
AVERTISSEMENT.
l'extrême difficulté qu'il y a de plaire aujour
d'hui au Public , et le péril que courent tous
les Ouvrages d'esprit qu'on lui présente .
Nous faisons avec d'autant plus de confiance
cette priere aux Auteurs Dramatiques
et à tous autres , que certainement Corneille,
Quinault, Moliere , Racine , &c . n'auroient
pas rougi d'avouer des défauts dans leurs
Pieces.
Nous tâcherons de soûtenir le caractere de
modération , de sincerité et d'impartialité ,
qu'on nous a déja fait la justice de nous attribuer.
Les Pieces seront toujours placées
sans préference de rang et sans distinction
pour le mérite et laprimauté. Les premieres
reçues seront toujours les premieres employées,
hors le cas qu'un Ouvrage soit tellement du
temps , qu'il mérite pour cela seulement la
préference .
Les honnêtes Gens nous sçaven't gré d'as
voir garanti ce Livre depuis près de 18.
ans que nous y travaillons , non -seulement
de toute satyre , mais même de portraits trop
ironiques , trop ressemblans et trop susceptibles
d'aplications. On aura toujours la même
délicatesse pour tout ce qui poura blesser
ou désobliger , mais nous admettrons très- volontiers
les Ouvrages dans lesquels une plume
legere s'égayera , même vivement , contre divers
caracteres bien incommodes et souvent
très
AVERTISSEMENT.
très-dangereux dans la Societé , tels , par
exemple , que les Nouvellistes outrés , partiaux
et trop crédules , les ennuyeux , les in
discrets , les grands parleurs , tyrans des
Conversations , les Opiniâtres , Disputeurs
et Clabaudeurs éternels , les Glorieux , qui
vous disent d'un air important les plus petites
choses , les faux Connoisseurs qui souvent
ne se connoissent à rien , pas même au
temps qu'il fait ; les Complaisans et fades
Louangeurs, les Envieux,&c. encore y fautil
metttre cette clause , que le Lecteur n'y
puisse reconnoître aucune Personne en particulier,
mais chacun se puisse reconnoître
en quelque chose dans la peinture generale
des vices et des Ridicules de son siecle.
que
Il nous reste à remercier au nom du Public,
plusieurs Sçavans du premier ordre , d'aima
bles Muses , et quantité d'autres Personnes
d'un grand mérite , dont les productions enrichissent
le Mercure et le font rechercher.
JA
APROBATION.
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France du mois de Janvier
et j'ai cru qu'on pouvoit en permettre l'impres
sion, A Paris , le 4. Février 1738 .
HARDION.
MERCURE
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
JANVIER. 1738.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
A. S. E.
M. LE CARDINAL DE FLEURY .
V
ETRENNE S.
Ous , que nous admirons comme
un autre Mentor ,
Puissiez - vous parvenir à l'âge de
Nestor !
Qu'an Monarque des Lys le Ciel toujours propice,
Vous
2 MERCURE DE FRANCE
Vous fasse vivre un siecle encor !
France , obtiens par tes voeux que mon væd
s'accomplissé ,
Et tu verras le siecle d'or.
NERICAULT DESTOUCHES , de
Académie Françoise .
LETTRE de M... à Mad... sur la
cause des Songes et sur l'opinion de ceux
qui croyent que ce sont des pressentimens.
J
E fus bien fâché hier , Madame , de
ce que cette compagnie sérieuse , qui
vint vous rendre visite interrompit les
judicieuses refléxions que vous faisiez
sur les Songes ; comme je n'eûs pas non
plus le temps de vous expliquer les idées
que j'ai sur cette matiere , je prends la
liberté de vous les écrire en peu de mots,
par forme de Suplément à notre derniere
conversation . Je ne vous annonce point
ceci comme quelque chose de singulier ,
au contraire , le systême que je soutiens ,
n'est autre chose que l'opinion qui a été
suivie par la plupart des Philosophes , et
que je crois que vous adopterez aussi .
Pour concevoir si l'esprit peut former
quelques
JANVIER .
1738.
quelques pensées pendant le sommeil'
il faut d'abord observer que , soit qu'il
agisse de lui- même , ou qu'il soit excité
par les impressions des objets exterieurs
qui se
communiquent à lui par la mé◄
diation des sens , il ne peut faire aucune
de ses opérations sans le concours de cer
taines facultés du corps qui sont disposées
de
maniere que leur mouvement rend
sensibles à l'esprit toutes les
impressions
qui se font sur le corps , et que ce dernier
est
réciproquement affecté par - tous
les
opérations de l'esprit.
›
pro-
Lentendement, la mémoire ,
l'imaginas
a et le
raisonnement , qui sont les faés
de l'esprit , ne peuvent donc
duire aucune pensée lorsque le corps est
dans une inaction totale , et c'est de - là
que la léthargie,la paralysie et autres maladies
semblables qui
interrompent l'exercice
des facultés du corps , destinées à
concourir avec celles de l'esprit , suspendent
aussi toutes les
opérations de l'esprit.
Le sommeil est en cela comme les ma
ladies les plus violentes , il tient le
et l'esprit dans une espece
corps
de
léthargic ,
ce qui a fait dire à
Anaxagore que c'étoit
une mort , et à Socrate que l'esprit
et
l'entendement étoient séparés du corps
pendang
4 MERCURE DE FRANCE
pendant le sommeil , parce qu'ils étoien
persuadés que l'esprit n'agissoit poin
pendant ce temps .
En effet quand il n'y auroit que
corps qui seroit livré au sommeil , et que
l'esprit plus fort que la matiere , veille.
roit pendant que l'autre dort , ce que j'a
peine à me persuader , il faudroit tou
jours convenir que si pendant le som
meil l'esprit n'est pas dans le même engourdissement
que le corps ,
du moins
toutes ses opérations sont suspenduës
et qu'il n'en peut faire aucune sensible
érant certain que les facultés du corp
qui doivent y concourir sont alors dans
une inaction totale.
Quelle est donc la cause de tant de
Songes agréables ou funestes ? D'où vien
nent ces phantômes légers qui nous agi
tent de tant de diverses manieres pen
dant le sommeil ? Il semble alors que
l'on pense , que l'on raisonne > que
l'on voit , que l'on entend , que l'on
agit ; ces images qui se présentent à
nous , font quelquefois qu'une Personne
plongée dans un profond sommeil ,
ne laisse pas de faire quelques mouvemens
, qu'elle parle et même avec volubilité
, qu'elle se leve , marche , travaille,
va se baigner , revient se mettre au lir et
souvent
JANVIER. 1738.
souvent ne s'en souvient pas à son réveil
, ou n'en a qu'une idée confuse. A
quelle cause atribuer toutes les actions
de ces noctambules ?
Tous ces mouvemens du corps ou de
l'esprit sont absolument involontaires , ils
ne sont que la suite de ce que l'on a fait
avant le sommeil , ou plutôt ce sont des
actions du corps ou de l'esprit , qui par
quelque obstacle , étoient demeurées imparfaites
avant le sommeil , et qui pendant
ce temps de repos , produisent un
effet bizarre auquel la volonté n'a aucune
part, et semblable à celui d'un ressort de
Montre qui se lâche aussi- tôt qu'il n'est
plus arrêté.
S'agit- il de quelque opération de l'esprit
la volonté qui est le principe, ou du
moins la cause seconde de tous ses mouvemens
, aussi bien que de ceux du corps,
fait agir certains ressorts propres à former
telle pensée , tel raisonnement.
Mais comme rien n'est plus prompt et
en même temps plus volage que l'esprit,
à peine a - t'il ébauché une pensée , qu'il
en forme une seconde et en accumule
> ainsi plusieurs même contraires et
oposées les unes aux autres , qui se
croisent , se combattent , se détruisent
alors les pensées les plus vives se font
jour,
MERCURE DE FRANCE
jour à travers les obstacles ; il en reste
beaucoup d'autres plus foibles ou moins
avancées , qui demeurent imparfaites , er
ensuite les ressorts de l'esprit qui n'avoient
pû achever leur opération , se détendent
pendant le sommeil , et font sur
l'esprit quelque impression , non pas telle
qu'elle auroit été si elle eût été dirigée
jusqu'à sa fin par sa volonté , mais semblable
à un Navire abandonné de son
Pilote , et qui ne se meut plus qu'au
gré des vents et des flots , sans avoir
aucun objet dans sa route.
C'est , sans doute , dans ce sens que
Ciceron dit que nos entretiens et nos
pensées nous donnent des Songes , persuadé
qu'ils ne sont occasionnés que par
les idées dont l'esprit étoit occupé avant
le sommeil.
La volonté n'a pas plus de part aux
mouvemens que fait le corps pendant
le sommeil ; ils ne sont que le reste
des actions commencées auparavant , et
qui par quelques obstacles étoient demeurées
imparfaites ; car l'esprit fait
agir le corps à son gré par le moyen
des esprits animaux qu'il fait partir du
cerveau , et qu'il envoye dans la partie
du corps qu'il veut mettre en mouvement
; ces Agens habiles , dont rien ne
peut
JANVIER. 1735. 7
peut égaler la vitesse , viennent fraper
les nerfs ou les os , les font étendre ou
retirer , et forment ainsi l'action sensible
du
corps.
En une heure et souvent en moins
d'une minute seconde , l'esprit fait executer
par le corps tant de differens mouvemens
dont plusieurs se trouvent oposés
les uns aux autres , qu'il y a des esprits
arrêtés par d'autres qui leur bouchent le
passage et quelquefois les font rétrograder
jusqu'au cerveau ou jusqu'à une certaine
distance dans la route qu'ils doivent
tenir suivant leur destination , il
arrive aussi que des nerfs , des muscles
restent dans une certaine contention sans
avoir produit tout l'effet pour lequel ils
avoient commencé à être mis en mouvement.
Tant que l'esprit et le corps sont occupés
de nouveaux objets , les impressions
qui sont demeurées imparfaites , restent
en suspens , parce que leur exécution
est interrompue par les obstacles qu'y
aportent successivement les nouvelles
opérations du corps ou de l'esprit.
Mais lorsque le sommeil s'empate de
l'homme , le calme succede à toutes ces
agitations , la volonté n'imprime plus
aucun mouvement aux facultés de l'es-
B pric
MERCURE DE FRANCE
prit ni à celles du corps ; et c'est alors
que ces esprits Animaux qui étoient
comprimés par force dans quelque pas .
sage , s'étendent , se dilatent , se portent
vers une partie du corps ou se retirent
au cerveau , et dans cette circula
tion font diverses impressions bizates
sur l'esprit ou sur le corps , et quelque
fois sur l'un et sur l'autre , et de même
des nerfs , des muscles tendus , dont l'action
avoit été interrompuë par un autre
mouvement plus puissant , ne trouvant
plus aucun obstacle, se détendent , ou se
retirent , et produisent quelque mouvement.
Doit - on après cela être étonné si la
plupart des songes sont si extravagans ,
puisqu'ils ne sont autre chose que l'accomplissement
d'operations imparfaites
qui ne sont plus dirigées par l'esprit
mais seulement machinálement , selon
leur position et compression , selon l'agitation
ou le repos , selon le temperae
ment , et les humeurs qui y dominent ;
enfin suivant mille autres accidens de cette
nature .
Ce qu'il y a plûtôt d'étonnant , c'est
que les hommes a yent donné et donnent
encore quelque croyance aux songes les
plus ridicules , qu'ils les regardent comme
JANVIER. 1738.
"
et
me des pressentimens de l'avenir
qu'ils en cherchent l'explication dans
des Livres remplis de superstition.
Cette foiblesse vient de la curiosité démesurée
que l'homme a toujours cûe de
percer l'obscurité de l'avenir : chaque
Nation avoit recherché quelque voye particuliere
de divination : les Grecs avoient
PAlectriomancie , les Romains l'Aruspicie
, les Allemans la Cromniomancie,
et ainsi de plusieurs autres ; mais presque
tous les Peuples , et particulierement
les Chaldéens et les Egyptiens s'atacherent
à l'explication des songes qu'ils regardoient
comme des présages de l'avenir
.
On a vû, il est vrai, un Joseph en Egypte
et quelques Prophetes inspirés de
Dieu, expliquer des songes mysterieux , et
prédire les malheurs dont un Roy , ou
un Peuple étoient menacés .
Mais ces hautes connoissances ne sont
pas données à tous les hommes , et ily
auroit communément de l'imposture , ou
du moins une sotte vanité à se dire inspiré
comme les Prophetes, pour expliquer
les songes
.
L'avenir est un mystere impenetrable
pour l'homme les : divinations , les augures
, les aruspices , les enchantemens ,
Bij lcs
MERCURE DE FRANCE
les présages , et tant d'autres semblables
illusions que l'homme a mises en usage ,
n'ont jamais pû satisfaire sa curiosité , et
n'ont abusé que le vulgaire credule et
ignorant.
Cependant une foule de personnes
très sensées d'ailleurs , ont encore la foi
blesse de croire que les songes sont des
pressentimens de ce qui doit nous arriver.
Un homme voit en songe son ami
de retour d'un voyage , ou malade , ou
mort , ou quelque autre chose qui le
frape ; il y fait attention ; si , par l'éve
nement , il arrive la moindre chose qui
ait raport à ce songe , je l'avois rêvé
vous dit- il , et c'étoit un pressentiment,
En vain éssayeroit-on de le désabuser , il
vous repetera toujours la même chose
vous dira que ses songes ne l'ont jamaistrompé
, et qu'il en a déja fait plusieurs
qui se sont ainsi accomplis.
Il est fâcheux veritablement que le
hazard concoure quelquefois à entretenir
une telle erreur,qui n'est qu'un reste des
superstitions des Anciens et en effet
pourquoi l'homme,qui avec toutes ses lumieres
et sa penetration ne peut- il lorsqu'il
veille, connoître l'avenir ? pourquoi , disje
, seroit- il plus clair voyant pendant le
sommeil , temps où le corps et l'esprit
sont dans l'inaction? On
JANVIER . 1738
II
On doit donc traiter tous les songes et
les pretendus pressentimens , de pures rêveries
dans le même sens , que l'on quali
fie ainsi les idées qui paroissent folles et
extravagantes ; et pour détourner de leur
prejugé ceux qui font quelque atention
aux songes et qui les regardent comme
des pressentimens , il faut les renvoyer
à ce que dit Phavorinus dans Aulu- Gelle.
L'évenement , dit-il , qu'on croit avoir
prevû est heureux ou malheureux. Si
vous êtes dans l'attente sur une idée qui
vous flate et qu'elle ne se confirme point ,
votre impatience abusée vous rend malheureux
; si vous êtes frapé de quelque
chose de fâcheux et qu'il n'arrive pas ,
vous souffrez autant de la crainte quoi
que vaine. Si l'Evenement confirme le
malheur que vous avez prevû , que vous
sert d'en avoir eu plûtôt la nouvelle , si
non à vous chagriner et vous rendre
malheureux en esprit , même avant que
le mal arrive ? Et si enfin l'Evenement
que vous esperiez, arrive en effet comme
vous vous l'étiez promis, il y aura enco
re deux Inconveniens, l'un que l'attente
est mêlée d'une inquiétude qui vous
tourmente sans cesse , et l'autre que
connoissance anticipée vous ôte le plaisir
d'une joye subite et imprévûë.
*
la
Biij Voilà
12 MERCURE DE FRANCE
Voilà , Madame , mon systême sur les
Songes et les pressentimens ; je serai bien
aise de sçavoir ce que vous en pensez ,
en attendant j'ai l'honneur d'être &c.
烏魚
EPITRE
De M. L. Desepmauville à M. Fossard
fils , de Rouen.
D
Ans le fond d'une Etude obscure ,
Où les Rats font leur nouriture
De Sacs , Registres et Papiers ,
Qu'on y voit rangés par milliers.
Dans une dure servitude ,
Aprentif d'un métier bien rude ;
La Chicane exerce mes doigts :
La plongé dans la rêverie ,
Effet de ma mélancolie ;
Combien me suis -je dit de fois
Heureux ceux que de bons Emplois
Qu'une Charge peu fatigante ,
Sans soins , lucrative et constante ,
Dispensent de faire des voeux ,
Au plus riche de tous les Dieux !
C'est du fond de ma solitude ,
Que pour délasser mes esprits ,
D'une
JANVIER . 1738. 71
D'une longue et penible étude ,
En Vers aujourd'hui je t'écris :
Déja je crois t'entendre dire ,
» Un Valet de pied de Thémis
A rimer peut-il être admis
Apollon , sans doute , en veut rîre:
Gher Ami , n'en sois point surpris
Une Déesse ici m'inspire :
De Phébus j'embouche la lyre ,
Et les neuf Soeurs me l'ont permis
Rapelle- toi ce temps de classe ,
Où de Vairvert le digne Auteur ,
Dont Paris est l'admirateur ,
M'introduisit sur le Parnasse ;
Alors de ton étonnement
Tu reviendras facilement ,
En me pardonnant si je rimo.
Enfoui dans un petit sallon ,
Ma table est cette double cime
Q'entoure le Sacré Vallon :
Pour toi mon amitié m'anime ,
Et mon coeur me sert d'Apollon ;
Cecy posé. Changeons de these ;
C'est trop parler par parenthese :
Et puisqu'Ami , voici le jour
Qu'à la Ville comme à la Cour
Chacun fait de grandes dépenses
En complimens , en révérences ,
B iiij E
34 MERCURE DE FRANCE
En Missives , en Billets doux,
Pour souhaiter la bonne année ,
Je veux suivre aussi le bon goût :
Te la souhaitant fortunée ,
Avec une pleine santé ,
Pour goûter la prosperité ;
Car sans santé point d'allegresse ,
Malgré les honneurs , la richesse .
Eh ! que sert d'avoir tant de bien
Quand la santé , qui de la vie
Fut toujours l'ame et le soutien
D'incommodités est suivie ?
Puisse- tu , comblé de bonheur ,
Exempt de procès et de dette ,
D'une santé toûjours parfait e
Goûter à jamais la douceur !
Puisse- tu trouver à la table
Mets délicats , Vin délectable ;
Que Morphée avec ses pavots ,
Pour toi devenant plus traitable
Au lit te fasse un doux
repos !
Puisse la cruelle Atropos
D'or pur filer ta destinée !
Puisse- t'elle dans cette année ,
S'enyvrant de ce divin Jus ,
Qui maintefois fait qu'on bredouille ,
Mettre bas fuseaux et quenouille
Pour sommeiller cent ans et plus !
JANVIBR .
ις 1738.
Et pour de tout point être heureux ,
Que ta Soeur , ma belle Commere ,.
'Ami , te fasse des Neveux-
Plus beaux encor que Pere et Mere !
II. LELTRE de M. d'Ifs , écrite de"
Caen le 5. Novembre 1737. au sujet
des Ouvrages de M. de Thon.
A lettre
Lauer, je vous
LA que
,
je vous adressai , Mondans
le cours du mois de May
dernier , et qui est imprimée dans le second
volume du Mercure de Juin p.
1403. en a occasionné une autre de M.
Le Petit , Lieutenant General de Nemours
, que j'ai lûe avec plaisir dans le
Mercure de Septembre. Je loue le dessein
de l'Auteur , et je lui rends graces des
sentimens avantageux qu'il a pour moi
ainsi que des louanges qu'il donne à
Ouvrage de mon Pere. Le zele que'
nous avons tous deux pour la memoire ,
et pour la gloire de nos Peres ne doit pas
être aveugle ; il doit ceder au grand jour
de la verité. Monsieur Le Petit me l'a
fait connoître ; et pour me disculper auprès
de lui et envers le Public de l'erreur
où j'ai pû tomber permettez moi,
By:
-
M
16 MERCURE DE FRANCE
M. de vous exposer mes raisons.
Je perdis mon Pere , dans un âge où
à peine sçait- on lire ; ainsi il n'est pas
surprenant qu'il ne m'ait pas instruit de
ce qui regardoit la Traduction des Memoires
de M. de Thou : élevé dans la
croyance que tout l'Ouvrage est de lui ,
j'en cherche les Originaux , je trouve un
Manuscrit plein de ratures , contenant
tous les Vers , les Remarques de Mélancton
sur le Poëme à la Posterité , le Testament
de M. de Thou , et plusieurs frag
mens de sa grande Histoire , le tout
écrit , et , selon l'aparence , traduit par
mon Pere ; je ne trouve pas , à la verité
l'original de la Prose des Memoires ;
mais cela ne me paroît pas plus étrange
que la perte de ses autres Ouvrages , dont
on me demandoit inutilement des Co.
pies ; j'entends dire à tous les Amis de
mon Pere , qu'il leur avoit fait present
de sa Traduction , et personne ne m'avertit
qu'il n'en est pas le seul Auteur.
De plus , il semble que lui seul a dédié
le Livre , puisque je trouve ce qui suit
écrit de sa main sur un Exemplaire in-
12. des Mémoires dont dont il s'agit :
Dans l'Edition in 4* . de ces Memoires ,
en trouve dans la plupart des Exemplaires,.
esVers adressés à M. l'Abbé de Thon
17072
JANVIER. 1738 . 17
mon illustre Ami , pour qui je les ai faits.
Digne Heritier d'un Nom toûjours cher à la
France ,
Accepte ce tribut de ma reconnoissance ;
De ton illustre Ayeul je t'offre le Tableau ,
Que lui-même a tracé d'un fidele pinceau ,
Monument éternel d'une vertu parfaite :
Charmé de ses Ecrits , je lui sers d'interprete
Et veux renouveller pour le bien de l'Etat ,
L'image d'un integre et sçavant Magistrat ,
D'un zelé Défenseur des droits de sa Patrie ,
Et d'un Historien qui hait la flaterie.
Que de son nom par tout à bon droit si vanté¿
Dont tu soutiens l'éclat par ton integrité ,
Puisse à jamais durer l'honorable memoire !
Puissent les faux dévots , ennemis de sa gloire ;
Aux traits de sa candeur se laisser penétrer !
Mais c'est souhaiter plus , qu'on ne doit esperere
,
Qu'aurois-je fait ? je pris cela pour
des preuves , et sur ce fondement je
vous écrivis M. Aujourd'hui M. Le
Petit reclame le bien de M. son Pere
, cela est juste ; et je conçois aisément
qu'il peut avoir des raisons plus
sûres que celles que j'ai eiies . Ma
Mere à qui j'ai parlé sur ce sujet , m'a
dit qu'elle n'a jamais entendu dire à mon
Pere , qu'il n'eût pas traduit la Prose , et
Bvj qu'elle
18 MERCURE DEFRANCE
qu'elle n'en avoit aussi rien apris de
M. Le Petit qu'elle voyoit fort souvent
à Paris , et dont elle m'a parl
avec éloge.
Malgré tout cela , je ne m'opose point
à la demande de M. son Fils : je
n'ai que des présomptions , et je sens
qu'il peut avoir des preuves. Je me ferai
toûjours une gloire de ceder en pareille
occasion ; tout homme peut s'égarer , en
prenant la lueur de l'aparence pour la
lumiere de la verité. Au reste je devrois ,
pour répondre aux louanges et à la poli
tesse de M. le Lieutenant General de.
Nemours , loüer ici sa iettre , et lui faire
compliment sur la beauté et sur la fidelité
de la Traduction de M. son Pere ;
mais je ne serois que l'écho du Public :
j'aime mieux l'assurer que j'ai bien du
regret de n'être pas à portée de continuer
avec lui la liaison qui étoit entre
nos deux Peres ; mon estime cependant
franchit la distance des Lieux.
Nous voici donc deux à suplier Mrs
les grands Traducteurs de M. de Thou
de ne pas oublier leurs inferieurs et leurs,
anciens dans leur nouvelle Edition , et.
de ne leur pas refuser une petite retribu
tion de gloire Litteraire. Je suis &c .
QDE
JANVIER. 1738. 19
O DE
Contre les Poëtes obscénes ..
Quelle secousse inopinée ,
It quels affreux mugissemens !"
Sous mes pieds . la Terre étonnée
Tremble jusqu'en ses fondemens.
Fuyons ... mais ô Ciel ! je découvre
Le sombre Tenare qui s'ouvre ,
Et qui sur le Pinde allarmé ;
Parmi des tourbillons de Aammes
Vomit , pour la perte des ames ,
Un Monstre dans son sein formé..
Auguste Mont , séjour sublime
Da Dieu des Vers et des neuf Soeurs »
Je vois déja ta double cime
En
proye
L'audace
au regard
impudique
à toutes ses noirceurs ;
L'effronterie au ris lubrique ,
Précedent ses pas redoutés ;
Et les crimes les plus funestes ,
Les adulteres , les incestes ,
Somt en désordre à ses côtés.
2
Arrêtez
20 MERCURE DE FRANCE
Arrêtez , quelle indigne yvrese
Transporte vos coeurs insensez ?
Favoris du Dieu du Permesse ,
Ce Monstre affreux , vous l'encensez
C'est peu , sacrileges organes ,
A chanter ses dogmes profanes,
Vous avilissez vos accords.
Faut-il , Troupe vouée aux crimes ;
Pour immortaliser vos rimes ,
Immortaliser vos remords ?
C'en est fait , sourds à mes allarmes ;
Mes cris pour eux sont superflus ;
Vaincus par d'invincibles charmes ,
La raison ne les touche plus ;
Lâches préconiseurs des vices ,
Is rendent les Muses complices
De leurs frenétiques transports
La pudeur fuit épouvantée ,
Et de l'Hipocréne infectée ,
Les yeux baissés ; quitte les bords .
*
Comment du trop tendre Tiballe
Fille du Ciel , chaste Pudeur , -
Comment de l'obscéne Catulle ,
Souffrit l'aspect empoisonneur ?
L'impudicité les inspire ,
Ba
JANVIER 1738 28
La molle Volupté respire
Dans leurs Ecrits licentieux ;
Le crime chés eux n'est plus crime ;
L'Amour est la vertu sublime ,
Qui rend l'homme semblable aux- Dieuxă-
*
Près d'eux l'ingénieux Pétrone
Par un atticisme effronté ,
Egaye , embellit , assaisone ,
Et fait goûter l'impureté ;
Juvénal dans ses Vers ciniques ,
Mêle des images lubriques ,
Que l'oeil ne peut voir sans remords ,
Armé de sales Epigrammes ,
Martial , dans les jeunes ames
Porte d'inévitables morts.
Non moins funeste , de Corine
Voluptueux adorateur
Ovide , du feu qui le mine
Répand le poison séducteur 3
profane , il rend odieuse
Cette voix si mélodieuse
Dont il chanta les Immortels
Inventeur d'un Art détestable ,
Laisse ta Morale exécrable ,
Le vice n'a que trop d'Autels.
IT MERCURE DE FRANCE
Je vois Horace ! tel qu'un chêne
Entre de jeunes arbrisseaux ,
Ii s'éleve aux bords d'Hipocréne
Au-dessus de tous ses Rivaux;
I part , il vole ; Aigle intrépide ,
Jusqu'aux Cieux , d'une aîle rapide
Il s'élance dans ses transports ;
Il touche la Lire , il enchante
Par la majesté ravissante
De ses harmonieux accords.
Mais qu'entens -je ? ô pudeur ! ô crime
Ciel ! quels accens luxurieux ?
Quel démon l'obsede et l'anime a
Est-ce là le Chantre des Dieux ?
Sublime , rien n'est comparable
A la grandeur inimitable
De ses héroïques Chansons ;
Sale et lubrique , rien n'égale
La contagieuse Morale
De ses abominables sons.:
*
O tenebreuse idolâtrie ,
Source inépuisable d'erreurs } ,
De ton infernale furie ,
Voilà les pieuses horreurs :
Ceux à qui tu dressois des Temples ;
Authorisoient
JANVIER . 1738 . 23
Autorisoient par leurs exemples
Les vices les plus monstrueux ;
Pouvoient - ils n'être pas coupables
Ces Adorateurs déplorables
D'un Jupiter incestueux 2
*
La Foi , dans ces sombres ténebres
Porta son celeste flambeau ;
Aussi-tôt à ces nuits funebres
Succeda le jour le plus beau
Alors dans le fonds des abîmes
Fut replongée avec les crimes ,
L'aveugle superstition ;
L'Univers a changé de face ;
Un nouveau culte a pris la place
De l'idolâtre illusion .
1
395
La pudeur n'est plus fugitive à
Le Permesse est purifié ,
Et le vice enfin sur sa rive
Cesse d'être déifié ;
Mais non , par le Christianisme ;
Qui le croiroit le Paganisme-
Est proscrit sans être abatu ;
L'Amour est encore l'idole
A qui tous les jours on immole
Et l'innocence et la vertu
L'aperçois
24 MERCURE DE FRANCE
J'aperçois sortir d'Ausonic
L'Ecrivain le plus empesté.
Od vas - tu ? quelle est ta manie
Vil Héros de l'obscénité ?
Tu ne vomis que des ordures ,
Tu n'étale que des postures
Dont l'oeil confus est révoltés
Par toi la Nature soüillée ,
Frémit de se voir dépouillée ,
Et rougit de sa audité.
*
C'est sur la malheureuse trace
De ton impudent Apollon ,
Que l'imitateur de Bocace
Entra dans le sacré Vallon ;
Parmi les Jeux qui l'amuserent
Il chanta ces Vers qui causerent
Et sa gloire et son repentir ;
Heureux repentir ! triste gloire !
Qu'un grand nom paroît illusoire
Quand le remords se fait sentir !
*
Quelle foule licentieuse
D'Auteurs presque tous inconnus ;
D'une table voluptueuse ,
Passent dans les bras de Venus ?
Là , livrés à d'indignes flammes ;
JANVIER. 1738.
25
Ils chantent ces Couplets infâmes ,
Qui bien-tôt répandus par tout
Sans cesse par échos raisonnent
Et du Monde qu'ils empoisonnent
Volent de l'un à l'autre bout.
*
Moi même au feu de ma jeunesse
Triste jouet des passions ,
De cette erreur enchanteresse,
J'ai suivi les impressions ;
Ces airs ( ô souvenir funeste ! )
Ces mêmes airs que je déteste¿
J'ai sçû trop bien les imiter &
Pour expier mes premiers crimes ;
Puissai-je , ô trop coupables Rimes ;
De tout mon sang vous racheter !
J; A. M. d'Arrasa
SECONDE
27 MERCURE DE FRANCE
SECONDE LETTRE de M... sur te
Livre de M. l'Abbé Georgi , Bibliothéquaire
de M. le Cardinal Imperialis, intitulé
de Liturgia Romani Pontificis , &di
P
Our continuer , M. à vous rendre
compte de ce que j'ai remarqué
dans le Livre de M. l'Abbé Domini
que Georgi sur les matieres Liturgiques,
j'aurai l'honneur de vous dire que dès le
commencement PAuteur fait beaucoup
valoir les plaintes du Pape S. Innocent
contre les Eglises de tout l'Occident ,
qui observoient des Rits differens de ce
qui se pratiquoit à Rome. On auroit
de la peine à croire le fait , si ces plain
tes ne les réalisoient suffisamment. Les
siecles d'où l'on sortoit avoient cependant
été templis de Prélats qui respect
toient le Siége de Rome : comment
avoit-il donc pû arriver qu'ils eussent enseigné
dans leur Eglise un autre Rit que
celui qu'ils avoient vû pratiquer dans cette
Capitale ? Il faut croire que le Rit
Romain n'avoit encore rien de fixe
quand les premiers Evêques arriverent
en differens endroits des Gaules et de
l'Espagne
JANVIER 1738. 27
l'Espagne &c. Le Canon n'étoit pas surement
composé ; ainsi la Piece la plus
essentielle n'étant pas encore arrêtée ,
chaque Evêque pouvoir varier; S.Gregoi
re le Grand parut aimer davantage la va
rieté lorsqu'il enseigna à S. Augustin d'Angleterte
de ramasser tout ce qu'il trouveroit
, même ailleurs qu'à Rome , qui fût
édifiant et pieux. Mais continuons à remarquer
ce qui frape le plus , à certain
égard , dans le livre en question.'
Pag. 40. M. Georgi a raison de refuter
le Pere Hardouin sur la signification
du mot Sancta employé dans le neutre ,
et il lui aprend par un endroit de Gre
goire de Tours que pour signifier la
Ste Eucharistie , on s'est servi aussi bien
du mot Sanctum que d'un autre terme.
*
II expose à la page 66. les sentimens
de Mrs Valois et Ducange , et du Pere
Ruinart , touchant l'origine du nom Salatatorium
donné au Secretarium . Il ne
veut pas avec eux , que ce nom de Salutatorium
vienne de ce que les Fideles
accouroient en ce lieu saluer les Evêques
avant qu'ils montassent à l'Autel pour
se recommander à leurs prieres et leur
parler d'affaires d'Eglise ; M. Valois
De gl. Mart, f.
avolt
28 MERCURE DE FRANCE
avoit employé parmi ses preuves un endroit
de Constance dans la vie de S.Germain
et M. Georgi lui fait voir quil
sagit là d'un salut que l'Evêque faisoit
solemnellement au Peuple dans l'Eglise
même ; mais il se donne mal- à- propos la
torture au sujet de l'Auteur de cette vie .
il est obligé d'avouer bonnement qu'il
ne sçait de quel S. Germain Constance a
écrit la vie. L'Auteur pouvoit consulter
Surius au 31 Juillet, et comme le nom de
Germain n'est pas fort commun parmi les
Evêques , il auroit vû que ne s'agissant
ni de S. Germain de Paris , ni de celui de
Constantinople , ni de celui de Capoüe,
il est question en cet endroit de S. Ger-.
main Evêque d'Auxerre, M. Georgi
n'oubliant presque jamais de raporter les
differens sentimens sur les Etymologies
des noms , ou sur leurs significations ,
fait remarquer encore à la page 72. que
Savaron et le Pere Sirmond ont expliqué
differemment le mot Receptorium employé
par Sidoine Apollinaire. * A la
page 79. il raporte une explication du
mot de Tripodium employé dans un ancien
Rituel de S. Martin de Tours , cité
par le Pere Martenne ; c'est celle de Bo
* Lib. s. Ep. 17.
nannius ;
JANVIER. 1738, 29
nannius, qu'il dit avoir entendu par là un
Fauteuil.
Le Pere Martenne ayant avoué de bon .
ne foy qu'il n'entend pas ce mot , M.
Georgi croit en donner une explication
suffisante en l'interpretant par legile , qui
signifie un petit Pupitre ou Lutrin sur
lequel on lisoit les Epitres et les Evangiles
au Jubé mais quoiqu'il ait assés
aproché du sens de ce terme , il n'a pas
rencontré juste , parce qu'il ne s'agit pas
là d'un Pupitre ; le Rituel veut plûtôt
parler en cet endroit d'un voile long de
trois pieds , ou d'un morceau d'étoffe en
forme de tapis qu'un Ecclésiastique portoit
au Jubé solemnellement , mêlé avec
les autres qui précédoient l'Evangile ;
lequel petit tapis servoit à couvrir le Pupitre
ou Lutrin qui ne sortoit point du
Jubé. Il faut donc entendre par ce Tria
podium des Livres de Tours , la même cho
se que par Tapedium dont se sert S. Isidore
dans ses origines liv. 19. c. 26. Et
si M. Georgi fût venu en France et qui'l
eût passé par Auxerre , ily auroit vû le
tapis de trois pieds ou environ de longueur,
porté par un jeune Clerc avec solemnité,
lorsque le Diacre monte au Jubé
pour y lire l'Evangile , soit à la Messe ,
soit aux Saluts du soir. Au moins , faute
de
30 MERCURE DE FRANCE
de ce voyage , il auroit pu s'instruire par
le Voyage Liturgique du Sieur de Moleon
où il y en a un mot à la page 158.
L'Auteur avoit passé par cette Ville dès
la fin du siécle precedent.
La discussion que M. Georgi fait p . 230.
des differentes opinions sur l'antiquité
de la Mitre Pontificale , est un des bons
morceaux de son Ouvrage , mais qui
manque d'un petit suplément sur les
Mitres des Chanoines , tels que ceux de
Lyon , Mâcon &c. Il releve page 239.
M. Ducange et M. Bocquillot qui ont
parlé de cet ornement , comme si les
Cardinaux eussent cessé de s'en servir ,
quand le Chapeau rouge leur eût été
assigné au Concile de Lyon de l'an 1245.
Mais aussi de son côté , lorsqu'il entre
prend page 242. de parler de la Couronne
apellée Regnum envoyée par Clovis, il
se tire mal d'affaire , faute de sçavoir la
veritable année de la mort de ce Prince.
M. Georgi après avoir employé sa premiere
, partie à parler de tous les ornemens
dont le Pape est revêtu quand il
officie , et de ces ornemens , entant qu'ils
sont devenus communs aux Evêques , et
même une partie d'entr'eux aux Ordres
inférieurs ,s'étend, dans la seconde partie,
sur l'origine de l'usage des ornemens
Pontificaux
JANVIER. 1738. 31
Pontificaux par les Abbés , sur l'antiquité
du Surplis , sur celle de l'usage des
matieres précieuses pour les ornemens ,
et sur celui d'y représenter des figures et
des Images , finit par cinq Chapitres sur
l'usage des couleurs. Ces derniers Chapitres
contiennent beaucoup de témoignages
comme anciennement en se servoit
d'ornemens blancs , rouges , pourprés
, violets , verds , et bleus.
Il falloit bien en effet que les étoffes
fusent de quelque couleur ; le nombre
en étoit même plus varié qu'il ne semble
le croire ; et avant Innocent III . qui
paroît avoir rendu uniformes à Rome les
differens ornemens et paremens d'une
même solemnité , la varieté y étoit plus
grande auffi bien que la liberté de diversifier
dans une même Fête , c'est ce quia
été retenu en plusieurs Eglises de France
ainsi qu'on peut voir dans le Pere Mar
tenne et dans le voyage Liturgique de
M. de Moleon. Si M. Georgi produit des
Peintures , témoignages qui prouvent
qu'un même Ministre sacré avoit une
étole ou une Dalmatique d'une couleur ,
et les autres ornemens d'un autre couleur,
il peut bien croire qu'à l'Autel il en
étoit souvent de même avant qu'on
se fût imaginé qu'il étoit mieux qu'à une
seule
>
C
32 MERCURE DE FRANCE
seule et même Fête , une seule et même
couleur frapât la vûë. La Table de
l'Autel étoit souvent parée d'un ornement
d'une couleur , et le contour
de l'Autel , c'est à- dire , les rideaux ,
étoient d'une autre couleur. Ces varietés
qui sont des choses arbitraires sont conservées
en plusieurs Eglises de France.
Ce n'est que dans les derniers siecles
qu'on a rendu si uniformes en couleur
les habits des Ministres avec ceux du
Celebrant , et ceux des Choristes , ou
Chantres avec ceux de l'Autel . Peut - être
que le goût oposé à la varieté fera un
jour orner un même Clergé quoique
très nombreux d'une même piéce d'étoffe,
c'est- à- dire, d'une piece travaillée dans
le même goût ; mais je prévois, sans trop
de penetration , qu'indubitablement cette
sévere uniformité ou unité d'ornemens
ne poura pas être de longue durée.
Comme j'ai fait des observations sur
la premiere partie par raport aux fautes
qui ont échapé à M. Georgi lorsqu'il
voulu parler de l'Eglise d'Auxerre dont
je sçais ,un peu l'Histoire,je continuërai à
en faire quelques- unes sur la seconde
partie. Il se trompe , par exemple à la
page 387. lorqu'il atribuë à l'Eglise Abbatiale
de Saint Germain d'Auxerre le
passage
JANVIER 1738. 33
*
passage de la vie de l'Evêque Gauldric
qui commence par ces mots : Nam suce
rum temporibus prædecessorum beato Germano
viro Apostolico nobilis ibi relucebat Basilica.
Il n'est point question en çet endroit
d'aucune Eglise de la Ville d'Auxerre
, mais d'une Eglise de la Ville de
Varzy, éloignée de douze lieuës , laquelle
étoit sous l'invocation de S. Germain .
C'est de ce Lieu qu'il faut entendre l'ibi
de l'Historien et non pas du Monastere
de la Ville Episcopale , M. Georgi auroit
pû lire un peu plus haut et il auroit vû à
quoi cet ibi se raporte,
Je laisse à d'autres à examiner si ce
qu'il a écrit dans ce dernier Ouvrage
touchant la Chappe Papale est fort propre
à prouver ce qu'il s'est proposé de
prouver dans sa Dissertation imprimée
Rome sur l'usage de la couleur noire
et violette ; on assure néanmoins qu'en
vertu de cette Dissertation l'on a fait
quiter au Souverain Pontife qui étoit
alors Benoît XIII . l'usage de porter en
certain jours et en certaines cérémonies
la Chappe rouge à longue queue , ancien
ornement affecté à sa dignité.
Depuis que j'ai fini cet Extrait , on m’a
fait voir le quatriéme Tome d'Anastase
* Bibl. Labb. T. 1. p. 443.
Cij
le
34 MERCURE DE FRANCE
le Bibliothequaire imprimé à Rome en
1735. Les Prolegomenes qui l'accompagnent
remplissent une bonne partie du
Volume : celui qui tient le second rang
m'a parû le plus digne d'attention ; c'est
le Sacramentaire de S. Leon , Pape , tiré
d'un Manuscrit du Chantre de Verone ,
qui a mille ans. J'y ai vû de très belles
Oraisons , et un grand nombre de Préfaces.
Il y a lieu d'esperer que les Eglises
de France , qui n'ont pas encore
achevé la révision de leurs Missels , profiteront
d'un morceau si excellent. C'est
dommage que le Manuscrit n'ait pas
conservé l'Ouvrage en entier.
PIETAS IN PATREM IMPIA,
sive ELECTRA.
Æ
GYSTHI manibus muliebri fraude
peremptum
Urgebat mostis genitorem Electra querelis ;
Non illam terrere minis crudelis adulter ,
Non monitis cohibere soror , non improba
mater
Mollibus aut duris potuit compescere verbis.
Illa diu noctuque gemens implebat amaris.
Questibus aspersos
infandâ cæde penates ;
Nunc
JANVIER . 17388
Nunc amplexa sui bustum miserabile patris
Inferiasque ferens , patrios exire sepulcro
Hortatur Manes , dignasque à Conjuge poenas
Sumere , et Ægysthum raptis expellere regnis
Nunc procul aspiciens et moesto lumine Calles
Observans qua sit frater rediturus ad Argos
Phocidis è terris absentem implorat Orestem
Huc , ait , extremis per nos erepta periclis
Huc superet modo vita , redi , dulcissime Frater
Si bene mens numerat , quos ægra in luctibus
annos
Exigo , quos longè patriis à finibus absens
Exigis , illa tibi venit jam firmior ætas :
Quâ miseræ valeas solatia ferre Sorori ,
Ulciscique Patrem , quæ te nunc causa moratur
Ocyus ergo veni , sed sic properare memento
Ut cautus venias , reducem ne callidus hostis
Opprimat , et geminâ funestet cæde penates.
Ah ! mihi si fratrem rapiat perjurus adulter
Quæ fortuna manet , sublato fratre , sororem ?
Sic ait , et votis opponens vota , veretur
Ne properet nimium , modo quem properare
jubebat.
Ah ! quibus aspersit mendacem fletibus urnam ,
Et fictos cineres fallax quos nuncius olli
Detulit , ut reducem meliùs simularet Orestem &
O quales hausit trepido sub pectore sensus
Lætitiæ , cum se lugenti funera Patris
Ciij Vivus
6 MERCURE DE FRANCE
Vivus et incolumis , longo post tempore frater
Obtulit , ignotosque dedit cognoscere vultus !
O quibus exhibuit verbis Agamemnona ferro
Mactatum ancipiti , et verba inter singula
tristes
Effundens lacrymas fletus excivit Oresti ,
Qui sibi tunc iterum patrem rediisse cadentem
Visus , et audito concepit vulnere vulnus !
Nunc Electra sile , satis est in cæde paternâ
Quod soror et frater maduerunt fletibus ambo
Ulteriusne tende , dolor si spernit habenas
Quæ pia visa priùs poterit scelerata videri.
Non silet , at lacrymis ardet miscere cruorem
Dumque parat juvenis , materno funere funus
Ulcisci patrium , dum se regalibus infert
Adibus , et vanis implentem tecta querelis
Ense petit matrem servat soror impia limen ;
Et fratrem stimulis titubantem instigat acerbis.
Percute , ait , scelus est miserescere , percute
frater ,
>
Imperiis paret nimis obsequiosus Orestes ;
Bis scelerata cadit , geminato crimine Mater
Voce soror , gladio frater percussit ; uterque-
Dum pius esse cupit factus pietate scelestus.
C. P
LETTRE
JANVIER. 1738
37
LETTRE de M. Liger , Commis au
Bureau de la Guerre , écrite à M. Des
Barbalieres , sur sa Réponse inserée dans
le Mercure de Juillet 1737. à une Question
proposée dans celui d'Avril préce
dent.
E n'ai point été surpris , Monsieur ,
de la Réponse que vous avez faite à
la Question inserée dans le Mercure d'Avril
dernier ; mais avant que d'examiner
si elle est proposable ou non , je dois
vous en faire l'histoire .
Je' me trouve souvent avec un hom
me qui a du bon sens , peu , pour ne pas
dire point d'Etude , et un peu de lecture
, mais fort apliqué aux choses qu'il
entreprend de pénétrer. Quelques axiomes
de Physique proposés dans la conversation
, mirent de telle sorte la discorde
entre nous , que nous eûmes besoin
d'un tiers pour nous accorder . Ce
tiers trouvé , et ayant décidé ( comme
vous , Monsieur , réputé mon ami , il
fut taxé de complaisance ; le Juge et
moi piqués d'un tel attentat contre notre
candeur , nous le fimes consentir à
C iiij faire
›
38 MERCURE DE FRANCE
faire inserer la Question dont il s'agit
dans le Mercure. Aujourd'hui qu'il faut
adhérer aux sentimens de trois contre un ,
sur tout du vôtre , qui ne peut être suspect
, et enfin annuller la question ou la
soûtenir , après un assés long silence ?
voici la réponse qu'il nous a faite .
» Je vais vous parler François , dit- il ;
» M. Des Barbalieres nie d'abord le su-
» posé de ma Question ; ensuite ii tâche
» de l'anéantir par l'hypothese des Tour-
» billons , et àla fin il dévelope claire-
» ment la Question , et la trouve proposable.
La verité simple l'emportera tou
>> jours sur la force des raisonnemens , qui
» ne l'ont pas pour principe.
»
Je fonderai donc mon hypothese sur
des verités connues qui serviront à en
» déveloper d'autres. On a long- tems
>>suivi les anciens systêmes, à present les
» modernes ont pris le dessus , c'est pour-
» quoi je ne m'apuyerai sur aucun Auteur
» et ne ferai point de citations , c'est un
embaras de moins .
» Les Tourbillons sont à la mode , mais
>> en France les modes ne durent pas
long. tems. Vous seriez bien étonné , si
» dans quelques années la Terre reprenoit
» sa place au centre de l'Univers , et
» d'entendre dire à tous les Philosophes ;
Ce
JANVIER. 1738. 39
Ce n'étoit effectivement qu'une chimère
» que ces Tourbillons ; à quoi pensoit on
» pour simplifier les choses et les éclair
» cir , de multiplier à l'infini les em-
» baras ?
» Après ce Préliminaire , il me fit sou-
» venir que je lui avois souvent parlé de
» la Physique de Rohaut, et que cet Au
» teur n'avoit pas donné son systême commeune
chose certaine, dont les principes
» fussent indubitables ; en un mot, com-
» me ayant rencontré les vrais moïens
» dont Dieu s'étoit servi pour former et
» arranger l'Univers , mais seulement
» comme ce qu'il pensoit de plus spe-
>> cieux , de plus suivi , et qui lui sem-
» bloit rendre le mieux raison des apa-
» rences des mouvemencs celestes , ce
que chaque Auteur dit en sa faveur
» ainsi il n'est pas plus certain que les
autres. Je suis donc en droit et très-
» libre de me faire une Physique à mon
» gré. Les tourbillons roulans lui ont
» servi , comme à vous , d'apui et de
>> toutes sortes de preuves ; mais ayant
» reconnu que ce systême a des principes :
incertains comme les autres , je donne
pour base au mien une verité antece-
» dente à toutes les suivantes qui n'en
seront que les branches .
Cy Jo
40 MERCURE DE FRANCE .
"
» Je commence donc à poser pour
principe fondamental , qu'il y a eû au
» commencement un cahos universel ou
» melange parfait de tout ce qui est, ex-
» cepté Dieu seul , non pas par tour-
» billons qui ne furent jamais et qui ne
» sont point , car en les suposant exis-
» tans aujourd'hui , il faut aussi les supo-
» ser de toute éternité.
>>» Or , si les Tourbillons ont toujours
» subsisté , chacun d'eux a produit , l'un
» le Soleil à son centre , l'autre la Lune ,
» Pautre la Terre , ainsi des autres , mais
» je vois évanouir les tourbillons par cet-
» te raison qu'en les suposant à present
» et nécessairement de toute éternité ,
» ce.n'étoit pas un cahos sombre et tene-
» breux , une décomposition generale ,
» mais un monceau de differens globes ,.
» comme un tas de pierres de differente
» nature , de chacune desquelles Dieu
» auroit fait un Globe de matiere qui au-
» roit à son centre un autre Globe infini
» ment moindre , composé de la substan-
» ce colorée et épaissie ou condensée du
» même tourbillon , ce qui ne se peut
» absolûment, parce qu'en établissant d'a--
» bord le cahos comme un amas de
" tourbillons , c'est établir une infinité
d'espaces vuides entre ces tourbillons ,
,
ce
JANVIER 1738 . 41
ce qui est contraire au plain que l'on
» reconnoît pour constant dans la na-
» ture .
» Je ne crains pas que vous me supo-
» siez une matiere qui remplisse tous ces
» vuides , car vous ne sçauriez l'admetre
» que vous n'abandonniez totalement les
» tourbillons , même le cahos de tourbil-
>> lons qui ne pouroit avoir lieu non plus
que le simple que vous ne pouvez nier.
» Comment de bonne foy voulez vous:
» faire tourner vos tourbillons ? il faut
» nécessairement du vuide entr'eux pour
» qu'ils tournent sans se toucher , car
» le frotement rallentira d'abord le mou-
>>>vement et enfin l'arrêteroit tout à fait ,
» ou bien les extrémités des tourbillons-
» s'useroient d'abord et se détruiroient insensiblement.
Si vous ne voulez point
>> de vuide , quelque délicate que soit
>> une matiere inventée pour les faire na-
» ger dedans , elle aprochera de bien
» près de la nature de l'air et nous sçavons
» combien l'air resiste au mouvement.
» D'ailleurs suposant le vuide , ou cette
» matiere délicate , si les tourbillons ne se
» touchent pas dans leur tour , ils se dé-
» rangeront de la route réguliere , ce
» qui est un accident indubitable de ces
deux supositions , car ce qui fait un
Cvj mouvement
42 MERCURE DE FRANCE
99
,
» mouvement régulier , c'est un certain
» point d'apuy , dont les corps mouvans
» ne peuvent s'écarter , ce qui est incom-
» patible avec les tourbillons. Vous ne
» voudriez pas pousser les choses , jusqu'à
soutenir que les tourbillons sont
» tellement ( par la facilité de leur ma-
» tiere fluide ) entremêlés ensemble:
qu'ils ne laissent aucun vuide car je.
» ne connois point d'homme assés entre-
» prenant pour vouloir persuader que les.
» tourbillons ainsi mêlés fort avant les
>> uns dans les autres , puissent tourner ;;
» d'ailleurs quand cela se pouroit , voilà
» une infinité de matiere doublée en une
» infinité d'endroits , ce qui ne se peut
» par la raison que le vuide ne pouvant
» être admis , le double plein n'est pas plus
» admissible .
•
» En voilà assès pour cette fois , re-
» mettons une plus ample preuve du :
» néant dés tourbillons à une autre con-
>> versation .
Vous voyez , Monsieur
, par ce recit
fidele que nousavons besoin de votre se
cours pour faire connoître
à cet obstiné ,.
la réalité des tourbillons
..
J'oubliois de vous dire qu'il se roidie
Bien fort contre la faculté que vous donnez
à la pesanteur de l'air , il ne peut pas :
goûter
JANVIER. 1738. 43
goûter que les colonnes de l'air nous
tiennent comme attachés à la Terre ;
aussi bien que toutes les parties qui la
composent, et il souffre encore plus impatiemment
que vous souteniez que la
pesanteur de l'air soit la seule cause de
l'effort que nous faisons , lorsque nous
voulons soulever une masse de matiere
ou corps solides , il dit que M. Des Bar
balieres fasse donc attention que s'il
donne de la pesanteur à l'air ( qu'il ne
peut pas nier être un fluide très délicat et
dans lequel tout nage avec une facilité
et une aisance incroyable ) il n'en peur
refuser à l'eau une plus considerable , et
peut- il disconvenir qu'une pinte de sable
ne soit plus pesante qu'une pinte
d'eau , enfin qu'un pareil volume de
plomb ne soit plus pesant que cette mesure
de sable ? pourquoi ces degrés de
pesanteur , ne viennent- ils pas de la con
densation de la matiere et de la rareté de
l'air et de l'eau , même du feu dans un
solide , ce qui le rend plus pesant que :
Fair ?
Il faut convenir qu'il est vrai et incontestable
qu'un volume de plomb est:
naturellement ou physiquement plus'pesant
en soi qu'un pareil volume d'air ::
orde cette verité il resulte que la pesan
teur
44 MERCURE DE FRANCE
teur n'est pas immédiatement causée par
l'oposition de l'air seulement , qu'elle
n'est pas aussi le propre de la matiere
mais bien le propre de l'assemblage plus
ou moins serré des parties de la matiere.
Douze parties désunies pesant une livre
chacune , réunies en un Volume font un
corps de douze livres pesant , et si l'air
est capable de poids , à toute rigueur il
ne peut augmenter qu'imperceptiblement
le poids de ces 12 liv. mais non pas >
l'e causer.
En considerant cette hypotése, plus de
tourbillons , car nous voyons par les
verités qui la fondent , que la véritable
cause de la pesanteur vient positivement
de ce que les parties des corps solidess
sont pressées les unes contre les autres
d'une telle maniere qu'elles ne peuvent
plus se mouvoir , en sorte qu'une masse
de pierre ou autre chose, ayant toutes ses
parties serrées et en arrêt , ne pouvant
avoir que du repos , il faut faire effort à
proportion de la quantité de l'amas et
de sa condensation pour mouvoir toute
la masse à la fois , au lieu que l'air est
d'autant plus leger qu'il est fort divisé ,
c'est-à-dire , que toutes ses parties sont
tellement separées les unes des autres
qu'il est toujours en mouvement, et que
par
JANVIER. 45 1738.
1
par cette raison , c'est un fluide incompárablement
plus délicat que l'eau et qui
pese infiniment moins, pour ne pas direabsolument
rien du tout. Cette séparation
de parties causant le mouvement est
la véritable cause de la legereté.
La bougie dans une lanterne , non seu
lement ne s'éteint pas dans l'air le plus
agité , mais même a tout son effet tranquilement
, cela seul prouve que le
moindre toît empêche ou diminuë proportionellement
l'action de l'air , ainsi
la comparaison du Barometre ne sert à
rien , sa variation ne provenant que de
la communication ou mêlange de l'air
avec l'eau plus ou moins, qui le rend plus :
ou moins lourd , ensorte qu'on pouroit
dire que l'air n'a aucune pesanteur , mais
plûtôt un ressort ; et peut être pourai - je
vous démontrer quelque jour qu'il n'a ni
l'un ni l'autre.
De la façon dont je vois notre homme
à la Question , déterminé, je crois , Monsieur
, si vous voulez vous lier avec nous
pour le convaincre qu'il est dans l'erteur ,
qu'il faudra aller pied à pied avec lui , et
commencer, si ce jeu vous plaît, par con--
venir du cahos , ou le rejetter , afin de
sçavoir ce qu'il a à nous dire là dessus ,,
je suis Monsieur & c.
”
AVersailles le 4 Décembre 17.37%
46 MERCURE DE FRANCE
MADRIGAL
L'A'Ammoouurr a réuni nos deux coeurs sous sa Loi
Et votre bouche enfin n'en fait plus un mistere g
Trop scrupuleuse Iris , s'il est ainsi , pourquor
Eres vous donc toujours à mes voeux si con→
traire ?
D'une folle legereté
Vous semblés redouter l'outrage;
Mais mes sermens , ma probité ,
Deux ans de soins et d'esclavage
D'un Philosophe la vertu ,
Le favorable témoignage
Que de moi l'on vous a rendu ,
De votre coeur l'heureux suffrage ;
Et plus que tout votre beauté ,
Vous repond - elle pas de ma fidelité
Ah! Si vous connoissiez la trempe de vos armes
Vous ne sentiriés pas de si vaines allarmes.
Tous les jours mille Amans , par leur manque
de foi ,
Des objets les plus beaux tirent , dit - on , des
larmes ;
Mais ont- ils , ces objets , ' autant que vous de
charmes ,,
Et leurs Amans sont- ils aussi tendres que moi ?
LETTRE
JANVIER:
1738. 47
LETTRE écrite par M. le Beuf,
Chanoine d'Auxerre
à M. Fenel ,
à Monts
Chanoine de Sens , au sujet d'une Ar
tiquité reconnue depuis peu
martre, proche Paris.
V
Ous avez eû la bonté , Monsieur
de me faire part des découvertes
d'Antiquités qui ont été faites en 1736.
dans les murs de votre Ville ; il est juste
qu'à mon tour je vous entretienne de
celles que l'on trouve ici. Il n'est pas
possible que quelques Voyageurs, n'ayent
déja divulgué chés vous qu'on a trou
vé , depuis peu de jours , à Montmartre
d'anciens Edifices , des souterrains , des
caveaux , des conduits qui vont bien
loin , des Cabinets pavés en Mosaïque,
des grillages , des coffres de fer ; voilà
les bruits que l'on seme dans cette Ville ,
et auxquels les Gens crédules , qui sont
ici en bien plus grand nombre qu'ailleurs,
ajoûtent foi.
Je n'ai pas été de ce nombre ; mais
ces bruits populaires m'ont seulement
rapellé ce que j'ai lû dans la Chronique
de Frodoard , Chanoine de Rheims au
2
X.
48 MERCURE DE FRANCE
*
X. siécle , et que j'ai mis en 1736. dans
ma Dissertation sur l'Etat des Sciences
en France depuis Charlemagne jusqu'au
Roy Robert , dans l'article de la Physique
, sçavoir , » Qu'en l'an 944 on priť
»pour une opération de démons habillés
en Cavaliers , un Ouragan ex
» traordinaire qui arriva à Montmatre ,
» proche Paris , et qui avoit abattu des
» murs très - anciens , arraché des vignes,
ravagé des bleds . Voilà ce que je me
suis contenté d'extraire de la Chronique
de Frodoard , pour prouver que dans
le dixiéme siecle on cultivoit fort peu
la Physique , et que pour avoir plutôt
fait , on atribuoit bien des choses aux
opérations du démon. Je ne me figu
rois point que Frodoard cût raporté un
fait fabuleux , puisqu'il vivoit alors , et
je ne songeois guére à aller voir si l'on
apercevroit encore des restes de la désolation
causée par l'Ouragan , dont il fil
parle. Comme on a toujours bâti beaucoup
autour de Paris , je m'imaginois
que tout ce qui pouvoit rester d'ancien
à Montmartre, avoit été mis en pieces et
employé à d'autres ouvrages. J'ai voulu
relire mon Frodoard avant que d'aller
comme les autres , voir en quoi consiste
* Cette Dissertation paroîtra dans peu.
cette
JANVIER. 1738. 49
eette Antiquité si vantée , j'y ai donc lu
la chose , raportée un peu plus au long
que je ne vous l'ai dite ci - dessus , et en
des termes qui font croire que ce fuc
un bâtiment entier que le vent renversa ,
et même un bâtiment construit dans le
goût des Romains. Voici son Texte :
Anno DCCCC. XLIII Ludovicus Rex
in Aquitaniam proficiscitur, & c. Tempestas
nimia facta est in Pago Parisiaco , et turbo
vehementissimus quo parietes cujusdam domus
antiquissima qui validissimo construc
ti cemento in Monte qui dicitur Martyrum
diu perstiterant immoti , funditus sunt eversi.
Feruntur autem damones tunc ibi sub·
equitum specie visi , qui Ecclesiam quamdam
que proxima stabat destruentes , ejus
trabes parietibus memoratis incusserunt , ac
sic eos subruerunt . Vineas quoque Montis
ipsius evulserunt et omnia sata vastaverunt.
Etant arrivé à Montmartre , je n'ai
rien trouvé de véritable de tout ce qu'on
répandoit dans le Public , sinon des restes
d'un ancien Edifice Romain , que les
creusées que l'on venoit de faire ren
dent très - reconnoissable. Il y a trèsgrande
aparence que c'est celui -là même
dont Frodoard a voulu parler. Onvoit
encore les blocs de pierre et de ciment
très- intimément joints ensemble ,
mais
Jo MERCURE DE FRANCE
mais à moitié renversés du côté du Nords
ces blocs sont véritablement des restes
de murs à la Romaine , on y voit les
trois rangs de briques que les Romains
qui ont construit la clôture de plusieurs
de nos anciennes Cités au troisiéme ou
quatriéme siecle , mettoient environ de
quatre pieds en quatre pieds pour la số-
lidité des murs . Vous les avez aperçus
dans ceux qui ferment votre Cité. Je les
ai trouvé de même dans presque toutes
celles que j'ai vuës, Pcu de gens faisoient
attention à ces blocs de massonnerie à de?
mi renversés ; quelques uns les prenoient
pour des Rochers semblables à ceux qu'on
voit dans le Gâtinois et ailleurs . Mais il
faut remarquer que Montmartre n'est pas
une Montagne à Rochers , et que dans ce
Lieu on tient par tradition qu'il y a eû
là un Temple. Dailleurs , comme on a
découvert presque tout ce qui étoit resté
en terre de cet ancien Edifice du côté
du Midi , on y a trouvé des murs bâtis
fort proprement de moilon , ou petites
pierres quarrées , à peu près comme sont
les restes des murs d'Autun et des au
tres Villes Romaines ; et la bande des
trois rangées de briques y est encore plus
sensible. Il paroît qu'elle regnoit tout
autour du bâtiment, tant par dedans , que
par dehors,
JANVIER. 1738. ST
Cet Edifice étoit partagé en plusieurs
Chambres ; dans l'une de ces Chambres
paroît une ouverture de brique
comme une espece de fourneau . Il y a
à une autre ouverture de ces murs deux
grosses pierres de taille assés polies , mais
sans aucune inscription. J'ai aperçu dans
les terres qu'on a remuées pour chercher
des fondations , quelques pierres fort
plattes , ciselées et ouvragées , bien des
restes de canaux de terre rouge , comme
sont nos tuilles , et assés tendres , et plusieurs
restes de douilles de bouteilles
de terre , comme s'il y avoit eû en cet
endroit une Poterie. D'autres m'ont asassuré
qu'on y avoit trouvé des especes
de creusets , ce qui indiqueroit autre
chose . Observez qu'à quinze ou vingt
pas plus haut et presque à mi-côte , est
une Fontaine qui sert de Lavoir et d'abreuvoir
à Montmartre. Ce Bâtiment
Romain n'avoit presque point de fondation
du côté du Nord , où il a été renversé
en 944. J'avoie , que de l'épaisseur
dont ces murs sont faits , il falloit
une force extraordinaire pour les abattre ,
Mais il est des circonstances de l'ouraragan
, raportées par Frodoard , comme
de quantité d'autres raportées par Grégoire
de Tours , dans ses Opuscules sur
des
S2 MERCURE DE FRANCE
des récits populaires. Jugez combien il
en faut rabattre par la fausseté de la découverte
de ces conduits souterrains , de
ces cabinets pavés en Mosaïque , de ces
coffres de fer , de ces pieces d'Etoffes , et de
ces grillages. & c. Il n'y a de vrai- semblable
en tout cela que la rencontre qu'on a
pû faire de quelques Médailles de Bronze
et de morceaux deMarbre ou d'Albâtre , en ,
remuant les terres.L'Edifice en question
n'est point du côté que Montmartre regarde
Paris , mais à l'oposite et presque
tout au bas de la Montagne et au- dessous
de l'endroit où on a élevé en 1736. par.
ordre du Roy , un Obélisque pour servir
d'alignement à la Méridienne de Paris
du côté du Nord ; c'est l'endroit de
la Montagne qui regarde le plus direc
tement le Village de S. Ouen . Il y avoit
une vigne plantée sur la partie méridionale
de ce reste d'Edifice ; ce qui prouqu'il
y a long- temps qu'on en avoit
perdu la connoissance . Ce que Frodoard,
regardoit comme très-ancien de son
temps , pouvoit avoir alors sept cent ans
ou environ , et comme il y a environ
huit cent ans qu'il écrivoit cela , le Bâtiment
de Montmartre doit avoir quinze
cent ans d'antiquité.
A l'égard de l'Eglise qui étoit auprès
de
JANVIER 1738. 33
de ce Bâtiment Romain , je ne vous dirai
point quel nom elle portoit , puisque
Frodoard ne le marque pas . Si la
Fontaine qui est à trente pas plus haut ,
portoit le nom de quelque Saint , cette
Eglise devoit avoir le même nom ; mais
cette Fontaine , qui paroît avoir été considérable
autrefois et mieux entretenue
qu'elle n'est aujourd'hui , ne porte le
nom d'aucun Saint. On l'apelle à Montmartre
la Fontaine de Bue; j'écris ce mot à
tout hazard et tel que je l'ai oui pronon
cer. Il est certainement barbare . Le nouveau
Glossaire de Du Cange m'aprend
que Bur signifie en Flamand et en Saxon
Fons , Scaturigo . Je suis & c.
A Paris , ce 20. Janvier 1738 .
BOUQUET.
EPIGRAMME ;
Par M, Desforges Maillard.
CHés Hés un Curé , c'étoit sa Fête ,
Un Médecin s'achemina .
Bon jour , dit-il , Pasteur , eh comment vous
en va ?
4 MERCURE
DE FRANCE
Je n'ai point de guirlande prête ,
L'hyver de mon Jardin déja s'est emparé ,
J'ai cherché sans trouver un Bouquet à mon gré,
Ne croyez cependant que mon coeur mécoanoisse
L'oblique part que j'eus à certains testamens.
J'ai pour vous , cher Pasteur , de tendres send
timens
,
Et pour Bouquet , dans la Paroisse
Je vous ai préparé trois bons Enterremens .
FXXX
DESCRIPTION des Monumens
la conservation des Cours de
Louis XIII. et de Louis XIV.
élevés
pour
Es François ont de tout tems été si
Latahes leurs Rois , qu'ils en conservent
les restes avec une grande veneration.
L'Abbaye S. Denis est pleine de
ces précieux Monumens , ainsi que tant
d'autres Eglises , dont il seroit trop long
de faire l'énumération ; on se contentera
de dire , que de tant de Rois , il n'y en
a point qui ayent surpassé la gloire
de Louis le Grand ; Fils d'un Roi juste
et plein de candeur , il a réuni en lui les
vertus d'un si bon Pere ; l'élevation de
génie , et la valeur d'Henry le Grand.
Bon
JANVIER. 1738 55
Bon Fils , il en a donné des marques jus-.
qu'après sa mort , en voulant que son
Coeur fût déposé où étoit celui de Louis
XIII. porté encore par
l'affection particuliere
qu'il a toujours cû pour la Compagnie
de Jesus .
en C'est dans l'Eglise de ces Peres ,
leur Maison Professe , aux deux côtés du
Maître- Autel , qu'on voit les Coeurs de
ces deux grands Monarques ; à droite est
celui de Louis XIV . et vis à- vis ou à
gauche , celui de Louis XIII. En voicl
une Description la plus éxacte qu'il a été
possible nous commencerons par
de Louls le Grand.
celui
Au côté droit du Gradd Autel , sous
un Arc haut d'environ 25. pieds , et large
de 12. orné de marbre on voit deux
Anges d'argent , de grandeur double de
la naturelle , avec leurs draperies de vermeil
d'oré , qui paroissent voler , pour
porter le Coeur, qu'ils tiennent avec un
linceul. Le Coeur estflamboyé et couronné
d'une Couronne d'un pied de diametre
le tout de vermeil doré . Sur le bandeau
de l'Arc sont les Armes de France , aussi
de vermeil , Cet Ouvrage est magnifique.
LesAnges semblent animés ; leurs draperies
florent dans l'air, et sont d'une legereté
admirable. Sur un des côtés de l'Arc ,
D CB
16 MERCURE DE FRANCE
›
en regardant l'Autel on lit l'Inscrip?
tion qui suit, gravée sur un beau marbre
noir , avec une bordure de bronze doré ,
orné en haut d'un groupe de Cherubins
, et au bas de têtes de mort grou
pées , & c .
REGI SAECULORUM
IMMORTALI
LUDOVICUS XIV.
FRANCIA ET NAVARRE RE
PER ANNOS TRES ET SEPTUAGINTA
FORTITER ET RELIGIOSE GESTIS
ORBIS SUFFRAGIO MAGNIS
COR SUUM
PATERNO EXEMPLO
HAS PIANDUM AD ARAS
DEPONI MORIENS JUSSIT
DIE I. SEPTEMB.
ANNO CHRISTI
M. DCC . XV.
ETATIS LXXVII .
VisJANVIER:
1728. $7
Vis-à-vis , à l'autre pilier , sous le même
Arc.
LUDOVICO MAGNO
JUSTI FILIO
PHILIPPUS
AURELIANENSIUM DUX
JUSTI NEPOS
IMPERIUM GALLICUM
PRO LUDOVICO XV. REGENS
Hoc
REGIARUM VIRTUTUM TROPHÆUM
AD POSTERITATIS
MEMORIAM ET EXEMPLUM
DIGNA UTROQUE MUNIFICENTIA
CONSECRAVIT
ANNO CHRISTI
M. DCC. XX,
Ces deux Epitaphes sont du P. de la-
Ruë , Jesuire ; les desseins et l'exécution
de ce Monument , sont de Couston , l'aî
né , célébre Sculpteur de notre Acadé
mie.
Au côté gauche , comme on l'a déja
dit, est le Coeur de Louis XIII . soutenu
aussi par
deux Anges de même proporportent
le Coeur vers le Ciel
Dij avec
ion. Ils
58 MERCURE DE FRANCE
avec une sainte joye , et regardant le
Peuple , comme pour le convier , à bei
nir Dieu avec eux , différant des Anges
de l'autre côté , ceux ci ne paroissant
qu'occupés de la douleur extréme que
Cause la mort d'un si grand Roy .
mais d'une douleur mâle ; l'habile Sculp
teur l'a fait exprès , en marquant dans
l'attitude , et sur les visages de ses Anges
, des expressions qui eussent raport
avec le coeur qu'ils portoient ;
comme Sarazin avoit exprimé sur les
Anges de Louis XIII , la douceur
qui étoit dans ce Coeur vivant ; si la
douleur qui est sur les visages de ceux
de Louis XIV. paroît un peu rude ,
et n'est pas si tendre que sur ceux de
Louis XIII. leur vol aussi les surpasse
de beaucoup , car ils semblent s'éle
ver , au lieu que les autres , malgré
toute leur legereté , et la correction du
Dessein , ne paroissent pas assés legers ;
mais ce qu'on doit remarquer avec plai
sir , comme des Chefs d'oeuvres de l'Art,
ce sont quatre Bas - Reliefs de marbre
blanc, sur les Jambages de l'Arc, deux de
chaque côté, représentant les Vertus Cardinales
, dans des ovales très- bien travaillés
, et dont voici la description .
La premiere en haut , en regardant
L'Autel
JANVIER. 1738. 32
Autel , represente la Justice assise , et
pleurant , apuyée sur son bras gauche ,
tenant une épée nuë , et vis-à- vis un
Ange , dont l'air est tendrement triste,
et tenant une Balance .
Au dessous sont deux petits Génies
pleurans , dont l'un tient un Sable ,
pour marquer la briéveté de la vie , et
l'autre essuie ses larmes ; ils présentent
un voile , sur lequel est écrit :
AUGUSTISSIMUM
LUDOVICI XIII
JUSTI REGIS
BASILICA HUJUS
FUNDATORIS
MAGNIFICI .
COR
'ANGELORUM HIC
IN MANIBUS
IN CÆLO
IN MANU DEI.
Au dessous est encore un ovale , ou
est représentée la Prudence , se regar
dant dans un miroir , présenté par un'
D iij petic
o MERCURE DE FRANCE
petit Ange , elle a un serpent entortille
autour de son bras.
De l'autre côté , vis à vis au haut ,
est la Force , représentée assise , un cas
que en tête , embrassant une colomne ;
un Ange lui présente une palme et un
laurier ; les draperies de cette Figure sont
legeres et bien jettées. Au dessous sont
deux Génics , qui font face avec ceux de
l'autre jambage, avec les symboles conve
nables et d'une aussi grande beauté , présentant
pareillement un voile , qui fait voir
que cet auguste Monument a été élevé
par les soins de la Reine Anne d'Autri
che , Epouse de Louis XIII.
SERENISSIMA
ANNA AUSTRIACA
LUDOVICI XIV.
REGIS MATER
ET REGINA REGENS
PRÆDILECTI
CONJUGIS SUI
CORDI REGIO
AMORIS HOC I
MONUMENTUM POSUIT,
ANNO SALUTIS
MDC. XLIII.
Enfin
JANVIER . 1738 . 61
Enfin au-dessous est la Temperance
#ssise , s'apuyant d'une main sur son
siege , et de l'autre tenant un vase , ou
il y a du vin , qu'elle renverse devant
un petit Ange , dont l'attitude marque
la surprise.
•
Tous les Desseins et la conduite de ce
superbe Mausolée sont de Facques Sarazin
, Sculpteur des plus célébres ; il a
téüssi dans beaucoup de Monumens , et
sur tout dans celui -ci,où toutes les Parties
sont également nobles et simples ; il
avoit l'art de faire prendre au marbre
et au bronze toutes les impressions les
plus sensibles , et toutes ses Figures sont
i animées , qu'elles inspirent à ceux
qui les regardent, le même caractere que
son ciseau a tracé. La memoire de Coustou
revendique au moins la moitié de
ces Eloges pour ce qui le regarde.
N
ETRENNES
A M. D. V. âgé de 86. ans.
Ous voyons , tous les ans , renaître les
saisons.
Bientôt les fougueux Aquilons
D iiij Feront
62 MERCURE DE FRANCE
Feront place à l'aimable Flore ;
Nous verrons sur ses pas les Zephirs et l'Amour
Cerés et Pomone à leur tour ,
Des présens qu'elles font éclore
Viendront embellir ce séjour.
La Nature à nos yeux ainsi se renouvelle.
L'homme a ses saisons tout comme elles
Les voit- il s'écouler , c'est sans aucun retour
Que la difference est cruelle !
2
Ah ! s'il n'étoit ainsi , le Ciel sensible aux vou
Que formeroit notre tendresse ,
Feroit bientôt renaître en vous les jours heu
reux
De la plus aimable jeunesse.
Mais que dis- je ! est- ce à vous qu'un tel discours
s'adresse ?
Vous toujours jeune et vigoureux ,.
Qui de la pesante vieillesse
Ne connûtes jamais ni les dégouts affreux
Ni l'insuportable tristesse.
Vous que les plaisirs et les jeux
En tous Lieux conduisent sans cesse
Vous qui sur le sacré Vallon ,
Près de Catulle et de Petrone
Etes placé par Apollon .
Le Temps , ce temps cruel , qui n'épargne per
sonne
Suspendant pour vous ses arrêts ,
De ses redoutables decrets
Chh
JANVIER . 1738.. 63
Chés vous seul n'ose faire usage.
Puissiez-vous encore long- temps
Sauver de l'injure des ans
Cet esprit enjoüé , ce galant badinage ,
Qui fait dans le milieu de l'hyver de votre âge ,
Renouveller en vous un éternel Printemps.
De Montpellier.
LETTRE à M. Ménard , Associé à
l'Académie Royale de Marseille , au sujets
de son Histoire des Evêques de Nîmes.
I
Lest rare , M. de juger sans prévention
d'un Ouvrage aussi voit - on
peu de bons Juges ; la partialité aveugle
les autres , leur esprit n'entre pour rien
dans leurs décisions , ce n'est que le
coeur qu'ils consultent ; et le coeur ne:
prononce que selon ses affections , unus--
quisque, prout affectus est, loquitur : comme
nous n'avons l'honneur ni de vous connoître
, ni d'être connus de vous , le:
sentiment que nous avons porté sur vo →
tre Livre , vous paroîtra moins suspect
je me suis chargé de vous en faire paro
au nom de quelques amis , autant unis :
par le goût des Lettres , que par la con
Dv for
64 MERCURE DE FRANCE
formité des caracteres. Pénétrés de res
pect pour le jugement de M. le Marquis
d'Aubais , et de M. l'Abbé Follard , nous
n'avons garde d'aller contre la décision
de ces deux Illustres , voici cependant
les réfléxions que nous avons faites sur
votre Histoire ; le Président de notre
Assemblée en distingua d'abord le fonds
d'avec la forme; le fonds en est excellent,
parce que l'Ouvrage est rempli de Faits
très-curieux et de très bonnes recherches;
il n'en est pas de même de la forme ;
bien des fautes de langage , quelques.
constructions de phrases de Province sont
échapées à votre plume ; il est vrai cependant
que la bonté d'un Livre ne dé
pend pas absolument de la pureté du
langage , on pouroit en citer plusieurs
excellens , quoique mal écrits ; vos Episodes
furent trouvés à leur place ; si pourtant
ils en occupoient moins , les principaux
Faits paroîtroient mieux avoir
leur juste étenduë : vous sçavez la granderegle
, il faut que les Episodes ne soient
ni trop forcés , ni trop longs , de peurqu'ils
n'embroüillent le Sujet que l'on
traite ; si votre érudition de même, quoique
toûjours éxacte et toûjours curieuse ,
eût été moins fréquente , elle cût alors
autant marqué votre bon goût , qu'elle
fair
JANVIER.
1738. 65
fait honneur à votre science ; vos transitions
ne sont point recherchées , c'est le
défaut ordinaire de bien des Historiens ,
quelquefois seulement elles ne paroissent
pas assés unir les Faits que vous citez.
?
Vous auriez dû , ce semble , donner en
peu de mots l'Histoire de la Sécularisation
du Chapitre de Nîmes , elle eût été
plus à propos que celle de tant de Communautés
Religieuses dont vous parlez
à peine sçauroit - on que vous avez des
Chanoines , si vous n'aviez raporté à la
fin de votre Livre une grande Bulle qui
leur fut accordée , lors qu'on les secularisa
; qu'étoit- il cependant necessaire de
la raporter , ou pourquoi n'en avez- vous
pas donné l'explication en la raportant
Nous nous sommes donné la torture pour
y comprendre quelque chose , et nos efforts
n'ont servi qu'à nous la rendre
encore plus inintelligible. Quant aux
Statuts Synodaux de votre Ville , ils
nous ont paru fort beaux et très instructifs
; mais n'auriez- vous pas dû fairequelque
Dissertation briève et juste sur
les Endroits les plus difficiles voici celui
qui paroissoit en avoir encore plus
besoin que les autres : In quinque casibus
, sine licentiâ proprii Sacerdotis potest
aliquis alieno Presbytero confiteri,.
66-87
D vj quintus:
66 MERCURE DE FRANCE
quintus est , cum imminet sibi mortis peri
culum , et non potest habere proprium Sacerdotem
, in quo casu potest etiam Laico
confiteri , que signifie là le mot de Laico?
ou bien étoit- ce l'usage dans le treiziéme
siècle de se confesser à des Laïques
dans le cas de necessité ? Saint Louis le
fit au raport du Sire de Joinville ; est- ce
sur son exemple que se fondoit Bertrand
de Languissel , Auteur de ces Statuts , et
contemporain de ce saint Roy ?
Il patut enfin à quelques autres , M..
que vous ne ménagiez pas assés certaines
Familles qui peuvent encore subsister à
Nîmes ; quoique la verité soit la Loi,.
de l'Histoire il n'est pas toûjours ne-.
necessaire d'accompagner cette verité de:
toutes ses circonstances ; il est bon quel-.
quefois de pallier certains Faits , ou d'en
diminuer toute la noirceur , lors qu'on
écrit , sur rout dans sa Patrie , et l'Histoire.
de sa Patrie ; elle est heureuse , cette Pa--
trie , de vous avoir élevé , vous lui faites,
honneur par vos Ouvrages ; et nous ne
doutons point qu'une Ville où les beaux.
Arts ont fleuri si long- temps , et où l'on
conserve encore du goût pour les Belles-
Lettres , ne vous ait témoigné sa recon- .
noissance de tant de peines que vous,
avez prises , et que vous voulez prendre
JANVIER. 1738. 34
و
dre encore pour la rendre illustre.
Je parle ici , M. du second Ouvrages
que vous nous promettez. sous le titre
d'Histoire Civile et Litteraire de la Ville :
de Nîmes ; les Sçavans l'attendent avec
impatience, tout ce qui viendra de votre
part va les interesser dans la suite ; ilsverront
avec plaisir ces anciennes Inscriptions
Romaines que l'on trouve chés
vous et dont , sans doute , vous ferez
part au Public ; nous en avons déja vû
quelques - unes entre les mains de M. le
Marquis Maffei , mais si difficiles à dêchifrer
, et à bien entendre , qu'on se
flate ici que vous voudrez bien nous
donner l'explication de toutes celles que '
vous avez à produire , quoique ce soit
un Ouvrage que le Public attend aussi
de la profonde érudition , et des soins
de M. Deveze , Avocat au Parlement..
Si vous joignez à votre nouvelle Histoire:
une seconde Edition des Oeuvres de feu
M. Ménard votre Ayeul , votre travail!
sera parfait ; c'est un Livre rare aujour
d'hui , qui fut fort estimé de son temps ,
et qui par conséquent ne sçauroit manquer
d'être bien reçû des Connoisseurs ;.
si je ne me trompe , M. Aubert semble
avoir confondu dans sa Bibliotheque
Historique ce fameux Poëte, avec un au
tree
38 MERCURE DE FRANCE
tre François Maynard , qu'il fait Avo
cat au Présidial de Nîmes , et dont il
est souvent fait mention dans le Parnasse
François de Despinelle , imprimé à Paris
en 1607. chés Mathieu Guillemot ;-
j'espere , Monsieur , que vous voudrez
bien nous donner quelques éclaircissemens
là- dessus , et croire que je suis trèsparfaitement
, & c.
A Paris , le 8. Janvier 1738
On prie M. D. L. R de vouloir bien
avertir le Public que l'Histoire des Evêques
de Nîmes se vend à Nîmes , chés
Godde , Libraire , près de la Cathédrale.
M. Ménard envoyra sa Réponse à cette
Lettre , dès que celle ci aura paru dans
le Mercure .
LES OBSEQUES DU RAT,
T
FABL E.
Out doit mourir ; ni grandeur , ni richesse
Ne peuvent changer cette Loy.
Un vieux Rat l'éprouva ; ce Rat par son adresse,
Amassa de quoi vivre en Roy ;
Du bled tant qu'il vouloit, du fruit, forcé laitage,,
Rien
JANVIER 1738.
Rien ne manquoit à son bonheur ;
Heureux si par un bon usage
De tant de biens il se fût fait honneur.
Soit de faim , soit de maladie ,
Je ne sçai pas lequel ce fut ,
L'Animal avare mourut ;
On n'en fit pas l'Anatomie ;
Son fils , qui se piquoit de generosité ,
Voulut , en Rat de qualité ,
Faire inhumer Monsieur son Pere ;
On convia toute la Parenté ;
Cinq ou six Rats firent l'affaire
Au Convoi parut le premier
Le nouvel Heritier.
Après lui marchoit d'ordonnance
Une douzaine de Souris ,.
Qu'on eût pris à leur contenance ,
Pour une bande d'Enfans gris .
On pleura proprement , à la nouvelle modè¡,
Sans pousser de lugubres cris ,
Car on a changé de méthode ,
Dans les pleurs comme dans les ris ;
Se livrer aux transports, ce n'est plus la maniere.-
Enfin tout fut nouveau dans ce nouveau Convoi
Et le Mort enfermé dans sa maison derniere ,
Chacun s'en retourna chés soi .
Le Fils va reconnoître aussi - tôt l'héritage
Qu'amassoit , non pour soi , le ménager Vieil
lard;
D'abord
Yo MERCURE DE FRANCE
Dabord s'offre à ses yeux un grand morceau de
lard ,
Des noir , des pommes , du fromage.
Mangeons , dit-il , parlant à son fils Ratillon ,
Que de tant épargner ton grand pere eut raison!
Quoi, mon papa ,tandis que la douleur me ronge ,,
Dit le petit , d'un ton chagrin ,
Vous voulez déja que je songe
A dégarnir ce magazin ?
Attendons quelques jours,et ... non, laisse-moż
faire ,
Mon fils , j'ai plus d'âge que toi ;
Ne crains rien en suivant un conseil salut
taire ,
Tu peux t'en reposer sur moi.
D'un homme genereux la perte nous désole ;
A peine un Harpagon a - t'il fermé les yeux ,
Qu'à ses dépens on se console ;
C'est là le juste sort d'un avaricieux .
************* :* :*
REFLEXIONS
Sur les Sciences , &c..
N chose que ce
E rien sçavoir , sçavoir mal ce qu'on
sçait , et sçavoir autre
qu'on doit sçavoir , sont trois sortes d'i
gnorances également blamables .
Grande
JANVIER: 1738.
Grande e l'impertinenza d'alcuni che
per esser un solo quarto d'hora fermati
in un molino , vorebbono useirne tutti infarinetti
, come sono qu ' ei molinari che
notte giorno vi stanno tutti gli anni della
vita loro.
On n'est point sçavant pour sçavoir
beaucoup de choses , mais on est vraiment
sçavant quand on sçait bien ce
qu'on sçait.
Les Dictionaires, depuis quelque temps
si à la mode , flatent tout à la fois le désir
d'aprendre et la répugnance à travailler
, inclinations qui regnent également
à présent ; tout le monde veut
paroître sçavant , mais peu de gens veulent
le devenir , si ce n'est à peu de frais
et en s'amusant par des lectures agréables
, qui remplissent l'intervale des affaires
ou des plaisirs . On n'a garde de
pousser jusqu'à la fatigue une étude
qu'on ne choisit que pour se délasser.
› La faim , selon Platon , est un nuage
d'où il tombe une pluye de Science et
d'Eloquence. La satieté est un autre nuage
qui ne produit qu'ignorance et que
grossiereté. Quand le ventre est vuide
le corps devient esprit , et quand il est
rempli l'esprit devient corps..
On
1
Z MERCURE DE FRANCE
On voit certains génies sages ou plua
tot timides , qui demeurent comme emprisonnés
dans une obscure exactitude .
S'ils marchent ce n'est que dans les che
mins battus ; ils n'évitent les chutes qu'à
force de ramper , et n'ont d'ordinaire
que le triste défaut de n'en point avoir .
Rien ne fait faire , rien ne fait dire
tant de sotises que le désir de montrer
de l'esprit .
Un homme d'esprit a dans les conver
sations ordinaires , autant de plaisir et de
superiorité qu'en a le Joueur d'Ombre
à qui Spadille vient tous les coups ; il
fait souvent des voles , pendant que
sot s'aplaudit d'avoir évité le Codille.
le
O combien y a - t'il de gens qui n'ont
pas assés d'esprit pour s'apercevoir qu'ils
en manquent !
Un bel esprit qui se croit et qui veut
être regardé comme tel , est le fleau de
Ja societé.
Les Paysans disent souvent des raisons
grossieres avec la même finesse de discernement,
qu'on remarque dans les
Les plus polis et les plus spirituels .
gens
La
JANVIER. 1738. - 75
La conduite ne répond pas toujours à
la doctrine , la passion et les grands interêts
l'emportent souvent sur les lu
mieres de l'esprit.
Le bon sens n'est admiré quasi de perà
sonne , parce qu'il ne peut être connû
que par des refléxions que peu de gens
sçavent faire .
Cura verborum derogat affectibus fidem ,
et ubicumque ars ostentatur , veritas abesse
videtur. Quintil.
Les vols des pensées , quand ils sont
faits avec discernement , ne tachent pas
la réputation de ceux qui les font , et
font honneur à ceux à qui on les fait.
Celui qui peut imaginer vivement et
qui pense juste , est original dans les
choses mêmes qu'un autre a pensé avant
lui , par le tour naturel qu'il y donne ;
et par l'aplication nouvelle qu'il en fait ,
on juge qu'il les eût pensées avant les autres
, s'ils ne fussent venus qu'après lui .
L'esprit est un feu qui dans son mouvement
continuel , veut toujours de l'a◄
liment qui le mette en action ; ne lui en
donnez point qui tende à la vertu , il en
cherchera qui le conduira au vice.
Rien
74 MERCURE DE FRANCE
Rien ne frape si vivement l'esprit, que
ce qui vient à lui par les yeux ; ils fournissent
à notre ame une infinité de pensées,
et plus distinctes et plus agréables,
que tous les autres sens ensemble.
L'esprit humain est ainsi fait ; les plus
beaux génies seroient fichés qu'on les
admirât toujours ; ils veulent quelquefois
qu'on leur résiste , afin de donner
par-là occasion à l'amour propre de leus
décerner des triomphes ,vrais ou faux , il
n'importe, ils font sur eux le même effet..
Le vrai caractere de beauté dans les
Ouvrages d'esprit , est de paroître imitable
sans pouvoir être imité.
On a vû des gens qui à force d'avoir de
F'esprit, n'avoient quelquefois pas le sens
Commun.
Il est presque toujours des productions
de l'esprit , comme de ces fruits délicats
qui sont ou trop verds ou trop murs , et
qu'il est mal aisé de cueillir et de servir à
propos.
Dans les Ouvrages d'esprit on ne
doit point s'assujettir ; l'asservissement
aux préceptes contraint le génie. Le bon
goût n'a été formé sur les regles , qu'après
JANVIER. 1738. 75
près que les regles ont été dressées sur le
bon goût. Un beau naturel , quoiqu'ir
régulier , vaut mieux que l'art.
་.
Quand dans un style concis il se trouve
quelque petite obscurité , l'inconve
nient n'est pas grand , si le sens se présente
après y avoir pensé. Le Lecteur
n'est pas fâché qu'on donne quelque
exercice à sa pénetration.
Le grand , le sublime est glissant
pour y arriver il faut s'exposer à bien
des chûtes.
Un Ouvrage écrit avec beaucoup d'art
et de politesse , à qui une infinité de
termes nouveaux ou peu usités , donnent
un air de nouveauté , ne manque
guere de se faire des Partisans et d'é
bloüir , sur tout les jeunes gens.
>
Le Style Laconique ne consiste pas
à n'avoir qu'une brieveté de peu d'étenduë,
mais à n'avoir qu'une juste étenduë.
On doit retrancher d'un Discours so
lide tout ce qui ne dit rien , ou qui ne
sert qu'à flater l'oreille , sans éclairer l'esprit
et toucher le coeur ; comme les pompeuses
Epithetes qui chargent les phrases
; ces Descriptions fleuries qui détournent
6 MERCURE DE FRANCE
nent l'esprit de l'objet principal ; les por
traits qui rendent quelquefois le vice
aimable , tous ces brillans enfin d'une
imagination fertile en tours ingénieux ,
qui disent la même chose en cent ma,
nieres.
Le sçavoir et les Lettres amandent ou
empirent les hommes , car les mauvais
empirent de beaucoup sçavoir,et les bons
en amandent. Ph. de Comines.
Qui ne sçait rien et ne sçait pas qu'il
ne sçait rien , est doublement ignorart ,
et l'est toujours , car cette derniere igno
rance entretient la premiere.
Captivum nam te tenet ignorantia duplex
Scis nihil, et nescis te quoque scire nihil.
que
de tous
Il est très vraisemblable
les systêmes possibles, pas un ne soit réellement
veritable. Quelle illusion d'étudier
toute sa vie , pour ne sçavoir que ce
qui pouroit être!
Les ignorans sentent qu'ils sont ignerans,
sans reflexion , les Sçavans sçavent
par démonstration qu'ils ne sçavent riens
c'est tout ce qu'ils ont par dessus les autres.
C'est
JANVI E R. 1738. 77
C'est une grande question de sçavoir
si les Sciences sont plus utiles ou plus
nuisibles à la Religion et à l'Etat ; elles
servent également à attaquer et à défendre
l'un et l'autre.
La plus grande ignorance est souvent
déguisée sous la plus insolente présom
ption. Combien d'ignorans sont crus
sçavans sur leur parole ? Combien de
Sçavans sont ignorés par leur modestie ?
On se mocque aujourd'hui des Sçavans
de profession , et on s'en est toujours
mocqué sont- ils en effet ridicules ? Où
l'ignorance publique a- t'elle trouvé cette
ressource pour s'autoriser ? Professer
l'ignorance merite- t'il moins de raillerie
que professer la Science ? La multitude
est pour l'ignorance , et les Sçavans auront
de la peine à avoir justice,
Qui dit Docteur , ne dit pas toujours
un homme docte , mais un homme qui
devroit être docte : l'étude est le métier
d'un Docteur , mais tout le monde ne
fait pas son métier.
Dans les Sciences , il faut sçavoir douter
, sçavoir juger , et sçavoir se soû
metre. Il n'y a guere, de gens qui ne
péchent
78 MERCURE DE FRANCE
péchent contre l'un de ces trois principes
. Ou , en assurant tout comme démonstratif,
faute de se connoître en demonstrations
, ou , en doutant de tout
et demeurant dans ses doutes , manque
de sçavoir , où il faut se soûmettre ; ou
en se soumetant à tout , manque de
sçavoir où il faut juger.
L'abus qu'on fait d'une Science , n'est
pas un titre pour la condamner ; à la ve
rité , au sujet des Mathematiques , il
faut avouer qu'on a poussé depuis quelque
temps l'Algebre. La Science des
Courbes , la recherche des forces centripetes
, et centrifuges , a des rafinemens
qui ne sont pas loin de l'inutilité.
C'est le sort des Sciences à là mode ; et
comme le nombre des esprits faux est le
plus grand , dès que la foule s'aplique à
une Science , elle est bientôt alterée par
de fausses subtilités.
Il est toujours temps d'aprendre. Tamdiu
discendum est , quamdiu vivas .
Nihil est tam facile , quàm otiosum et
dormientem de aliorum labore et vigiliis disputare.
S. Jerôme.
Dans les Ouvrages d'esprit et de sentiment
JANVIER. 1738. 79
timens , le plaisir de critiquer ôte et fait
perdre celui d'être touché : cela peut atriver,
repondra un Censeur déterminé
mais plaisir pour plaisir qu'importe ?
Les allusions , les turlupinades , les
équivoques , et les pointes , ne valent
presque jamais rien , quand on les donne
pour bonnes ; elles sont plus souvent
suportables et même bonnes , quand on
les donne pour ne valoir rien .
L'esprit des grands Critiques , pres
que toujours aveuglé par trop de lumieres
, en dédaignant de s'abaisser , ne
voit pas ce qui est , pour ainsi dire ,
à ses pieds .
dans
La tyrannie est souvent aussi grande
dans la République des Lettres , que
l'Etat Civil . On doit se précautionner contre
certains génies altiers , qui veulent
dominer sur les autres , qui décrient
tout ce qui n'est pas marqué de leur
sceau , et qui optiment par toutes sortes.
d'endroits la liberté que chacun a de
penser.
D'autres Critiques pointilleux, ne font
d'ordinaire nul cas de ce que tout le
monde estime ; il s'atachent à des cho-
E ses
8. MERCURE
DE FRANCE
ses de néant et dont on ne fait nul cas
et sur lesquelles ils repandent l'humeur
Acre et mordicante de leur temperamment.
Ce devroit être au lieu d'une peine un
plaisir pour un Auteur , d'expliquer , de
reformer , de corriger ce qui paroît devoir
être expliqué , reformé , corrigé ,
perfectionné dans un Ouvrage ; car il y
a peut-être plus de gloire à montrer l'e
xemple d'une pareille docilité , qu'à faire
un Ouvrage irreprehensible.
si peu de
Ce qui fait que nous avons
bons jugemens sur les Ouvrages d'esprit ,
c'est que les gens partiaux ou passionnés
, ne se font pas prier , et que ceux
qui , avec des lumieres désinteressées
ne connoissent d'autres Loix pour juger,
que celles de la verité et du juste prix des
Ouvrages , jugent rarement et ne décident
presque jamais .
›
Ni les Philosophes
, ni les Grammaia
riens , ne doivent décider sur le merite
des Ouvrages
d'esprit et de Poësie. Les
Grammairiens
embarassés
des minuties
du langage , qui naturellement
rendent
l'esprit froid et petit , esclaves d'une
exactitude
scrupuleuse
, sont aussi peu
capables
JANVIER. 1738.
capables d'apercevoir le sublime de la
Poësie , que les Philosophes abstraits
sombres et graves jusqu'à la mélancholie,
d'en sentir les graces . Qui jugera donc
des Poëmes ? Si c'est les Poëtes , la jalousie
, la prévention , ne corrompront elles
point leur jugement ? Louieront - ils
volontiers leur rivaux ? regarderont - ils
comme des beautés dans les Ouvrages
d'autrui , les ornemens qu'ils ne peuvent
mettre dans leurs propres Ouvrages: Des
Juges si recusables ne doivent point être
admis. Qui jugera donc des Poëmes ? le
Public , le sens commun répandu dans
la multitude , incapable de jalousie , difficile
à gagner , est le veritable Juge qui
doit prononcer sur le merite de tous les
Ouvrages d'esprit , et en particulier des
Poëmes : que le Philosophe en examine
la Morale , que le Grammairien en critique
le langage , avec les égards qu'il doit
avoir pour les Licences Poëtiques , que
le Poëte en censure la mesure et les rimes;
le Public seul en sent , en goûte, en
peut faire valoir le sublime et les graces.
C'est le sentiment de Seneque suivi de
celui de Malherbe , et de Balzac.
Longin qui a tant fait valoir la belle
élocution
, pose pour fondement qu'elle
Eij n'a
32 MERCURE DE FRANCE
n'a rien ne si contraire que le soin et le
triage des beaux mots . Il faut choisir ce
pendant les termes élégans et les nobles
expressions , mais il faut que cela serve
à expliquer un sens qui soit encore plus
considerable , et avoir plus d'aplication
en ceci qu'en tout le reste. Curam ega
verborum , rerum volo esse sollicitudinem .
On ne sçauroit trop invectiver contre
ceux qui font consister toute la beauté
d'un discours au seul choix et à l'arrangement
des paroles , Sermonis exactores
molestissimi. Ils peuvent être agréables ,
mais non pas éloquens , ne connoissant
pas le fonds de la vraye éloquence, où se
trouvent les pensées dont ils n'ont fait
aucune provision ; qui ne sçait faire au
tre chose que d'arranger des mots , et
polir des periodes , ne sera jamais que
simple Frere- Lay , propre seulement
balayer le Palais de l'éloquence.
Un Orateur qui affecte de paroître sçavant
, persuadera peut - être au Peuple
qu'il l'est ; il persuadera sûrement aux
connoisseurs qu'il manque de bon sens ;
mais à qui persuadera- t'il le sujet de son
Discours ? Les élegances , les fleurs , le
brillant , plaisent , mais cela ne tou
che point.
A
JANVIER: 1738 3
2
A moins de se faire un fonds d'érudi
tion , l'Orateur ne peut presque rien
décider , ni rien produire de raisonnable:
Neque concipere , neque edere parà
tum mens potest , nisi ingenti flumine litte
rarum inundata. Petron.
On doit faire servir la Réthorique à
Instruire et à édifier , à planter la vertu
et à la faire fleurir,à éclaircir la verité et à
l'établir , à défendre la Justice et à la
faire triompher , à donner aux vertus les
justes éloges qu'elles meritent , et à faire
aux vices des corrections et des reproches
convenables , à augmenter la gloire
de la Religion , et la Majesté de l'Etat ,
à mêler l'agréable à l'utile dans la conversation
, dans les Livres et dans les
Discours publics , à consoler les hommes ,
forsque la fortune leur est contraire , et à
les contenir lorsqu'elle leur est favorable.
Ce n'est pas assés à l'Orateur de parler à
l'esprit et à la raison , il faut parler au
coeur.
On doit avoir une élocution pure ,
simple , nette ; être exact , mais naturel
, jamais trop curieux ni affecté , et
rejeter tout terme extraordinaire
c'est parler mal que de parler trop bien .
,
car
E iij Quelques
84 MERCURE DE FRANCE
Quelques- uns croyent le bon coeur
plus essentiel à l'éloquence que le bon
esprit à la verité le coeur suplée souvent
au défaut de l'esprit , l'esprit ne
suplée jamais au défaut du coeur.
L'éloquence a besoin de l'imagination
pour produire , mais il n'apartient qu'à
la raison de la mettre en oeuvre : c'est
un feu qui retenu , regle , conduit
éclaire , échauffe , pénétre , purific
transforme , mais qui échapé , et mat
ménagé, s'évapore en fumée , ou gâte et
défigure ce qu'il devroit embellir.
Il est ridicule qu'on donne toute son
aplication à choisir de jolies dictions et à
former d'harmonieuses periodes , sans se
soucier des pensées qui font la principale
partie de la véritable éloquence. Ceux
qui suivent cette méthode ressemblent à
la Corneille d'Esope , qui dans un grand
caquet , ne rend point d'augure.
On a dû expliquer l'Enigme et les Logogryphes
du Mercure de Décembre ,
premier volume , par l'Ocuf, Marmite
Monde , Melun et Ulmus. On trouve
dans le premier Logogryphe , Mitre ,
Mile , Emir , Mi , Mari , Ami , Arme ,
Rame
JANVIER. 1738. 85
Rame , Mie , Mer, Mamie , Trame ; dans
le second , Ode , Mode , Onde , Demon
Dôme dans le troisième , Lumen , Elû ,
Lune , Mule , et dans le quatrième on
trouve , Mulus et Mus.
Les mots de l'Enigme et des Logogryphesdu
second volume de Décembre sont,
la Langue , Franchise , Chaire , Farcin et
Medicus . On trouve dans le second Logogryphe,
Chair , Raïe , Ire , Arc , Char
Craie , Arche , Cire , Cher , Riche , Air ;
dans le troisiéme , Cain , Frane , If, An,
Fa ; et dans le quatriéme on trouve ,
medius , Medus , meus et Mus.
J
ENIG ME.
É cache mes défauts autant que je le puiss
Avec un air trompeur j'aborde tout le monde s
Mais , n'étant pas d'une beauté profonde ,
Je déplais aussi - tôt qu'on connoît qui je suis
Benir le nom de Dieu, c'est là mon caractere,
Et prier le Seigneur pour la santé du Roy ,
Mais dans cet innocent employ
J'ai souvent fait mourir mon pere .
Eij LOGO
86
MERCURE DE
FRANCE
XXXXX XXXXX- XXXXXXXXXXX
LOGOGRYPHE.
L Ecteur , qui dévoiles sans peine
D'un
Logogryphe obscur le mot mysterieux ,
Voyons si tu pouras trouver tout d'une haleing
Celui que cherche ici ton esprit curieux.
Peut-être ce n'est pas chose trop dificile.
Dabord sans opération
Tu vois un homme tel que fut jadis Thrasile
Ce qui forme souvent
l'interrogation ;
D'un Patriarche la Patrie ;
L'endroit où les trésors , que nous offre Cerés
Sont pour les Mortels préparés
Une cruelle maladie ,
Dont rarement , à ce qu'on dit ,
Le Dieu
d'Epidaure guérit ;
Ce qui divise enfin la vie ;
Mais n'est- ce que cela! dira quelqu'un , eh quoi ?
En sept lettres six mots , ce n'est pas grand
mystere ;
Tu veux donc opèrer , eh bien , Lecteur , opere,
Autres vingt -sept encor se présentent à toi.
Cà , devine, un Oiseau, deux Notes , une Plante,
L'épithete d'un
Magistrat ;
Souvent tout le mérite et
l'agrément d'un fat ;
Une herbe d'odeur violente ;
De
JANVIER. 1738. 87
De la Musique un Instrument ;
Un Monstre affreux , un Element ;
La résidence du Cyclope ;
Un abîme , un Saint , deux Cités ,
L'une dans l'Amérique et l'autre dans l'Europe ;
Ce dont les flots sont agités ;
Une racine printemniere ;
Un meuble d'Ecurie , un Insecte , un Gâteau
Le lit ou sans Pont ni Bateau
On peut passer une Riviete ,
Le symbole de la pudeur;
Celui de la tendresse , ou bien de la fureur
Un Prince Iduméen dont parle l'Ecriture
Un mot synonime à ton goût ;
Le suplice où Junon attache l'imposture ;
Un métail , Lecteur , voilà tout.
A la Fere , par M. de Broglio de
Martigues.
AUTRE.
M Es deux moitiés, dont l'une est substantif,
Et l'autre un adjectif ,
Désignent elles deux, ce que je suis moi - même,
Pour la premiere , chacun l'aime ,
Elle est bonne en effet , mais l'autre ne vaut riens
Lecteur , si tu les connois bien ,
Prens bien garde que la premiere
Ne se gâte par la derniere ,
Gar
88 MERCURE DE FRANCE
I
Car à l'instant , et c'est tant pis ,
Tu connoîtrois ce que je suis.
Par E. M. J. D. L. de Meaux
LOGOGRY PHUS.
Nteger , o Domini , vestris è sensibus unum
Aggredior ; verum ( non personat omnibus idem. Y
Quid sim pendatis . Genuit me Musica. Quid sim
Nostis ? quam gigno soboles numerosa docebit.
Immutor. Si me mortalis turba sequatur ;·
Non aliis pedibus , quàm trinis consto. Sequamur
In sextâ pueri de me persape loquuntur
Classe ; tribus videorr_non rara: domestica plantis
Bestia sum quadrupes , sed et altera bestiapravaz:
Arbor communis , nec fallor , collibus altis
Haud impar : res quam nusquàm conantur honestit
Gives : id per qued vacuatur divitis aurum :
Atque meum cuncti noctuque diuque recedunt
Ingremium : quid restat ? agrestes divido terrass
Par Du- Chemin , Musicien à Angers..
ME
ALIUS.
E Coelum , me Terra tenent , me possidet:
Equor.
Trino quid de me , Lector amice , putas 2
Noane, tuo. Cantus quando de pectore promis ,
Constat
JANVIER. 1738. 89
Constat quinque pedum corpus adesse meun &
Invertas caudam , tunc Mons Ægyptius adsum :
Verte caput ; meus est Protoparens genitor,
Par le même,
*******httttt
NOUVELLES LITTERAIRES
H
DES BEAUX ARTS
ISTOIRE GENERALE des Au
teurs Sacrés Ecclesiastiques , qui
contient leur Vie , le Catalogue , la Critique
, le Jugement , la Chronologie
l'Analyse et le Dénombrement des di
ferentes Editions de leurs Ouvrages ; ce
qu'ils renferment de plus interessant sur
le Dogme , sur la Morale et sur la Discipline
de l'Eglise ; l'Histoire des Conciles
, tant Generaux que Particuliers , et
les Actes choisis des Martyrs. Par le R.P.
Dom Remy Ceillier , Benedictin de la
Congrégation de S. Vanne et de S. Hydulphe
, Prieur Titulaire de Flavigny.
Tome VI. A Paris , thés Philipe- Nicolas
Lottin, Imprimeur- Libraire, ruë saint
Jacques , à la Verité , 1737. in 4. de
783. pages.
E vj DISSER
90 MERCURE DE FRANCE
DISSERTATION en forme de Let
tre , adressée au R. P. Castel , Jesuite ,
de M. d'Anville , Géographe ordinaire
du Roy, au sujet des Pays de Camtcharka
et de Jeço , avec la Réponse du R. P.
Castel , 1737. brochure in 12.
>
METHODE de guérir les maladies ;
exempte de toute hypothese , et fondée
uniquement sur l'experience et sur la
raison . Divisée en trois Parties ; sçavoir
la Pathologie universelle , la Pathologie
particuliere et la Thérapeutique , le tout
disposé en Aphorismes .ParHenry Joseph
Rega , Docteur en Médecine dans l'Université
de Louvain . A Louvain , de l'Imprimerie
de Martin Van- Overbike, 1737 .
LES DEUX LIVRES DE S. AU
GUSTIN , de la Grace de J. C. et du Peché
Originel , traduits en François sur
I'Edition des PP. BB. de la Congrégation
de S. Maur , 1738. in 12. A Paris ,.
chés Babuty , rue S. Jacques , à S. Chry ..
sostome.
TRADUCTION du Traité de l'Ora
teur de Ciceron , avec des Notes. Par
M. l'Abbé Colin. A Paris , chés Debure,
Taîné , Quai des Augustins , du côté du
Pont™
JANVIER 1738. S
"
Pont S. Michel , à S. Paul , 1737. vol .
in 12. de 498. pages.
ORAISON FUNEBRE de M. le Cardinal
de Bissy , prononcée dans l'Eglise
Cathédrale de Meaux , par M. l'Abbé
Seguy , de l'Académie Françoise A Paris,
chés Prauli , Pere , sur le Quai de Gêvresau
Paradis , Brochure in 4. 1738
L'EXPLICATION des Livres des Rots
et des Paralipomenes , où , selon la Méthode
des SS. Peres , on s'atache à découvrir
les Mysteres de J. C. et les Regles
des Moeurs renfermées dans la Lettre
même de l'Ecriture. A Paris , chés
Babury , rue S. Jacques , à saint Chry
sóstôme , 1738. trois vol . in 12 .
ENTRETIENS LITTERAIRES ET
GALANS , avec les Avantures de Don
Palmerin et de Thamire. Par M. du Perron
de Castera. A Paris , chés la veuve
Pissot , Quai de Conty , à la descente du
Pont Neuf, 1738. in 12. 2.- vol.
FESTIN JOYEUX , ou la Cuisine en
Musique , en Vers libres , en deux Par
ries. A Paris , chés Lesclapart, Perc , ruë
S. André des Arcs , vis . à - vis la ruë Psvée
MERCURE DE FRANCE
vée , à l'Esperance couronnée , et Losa
clapart , fils , Quai de Conty , entre la
rue de Nevers et la rue Guenegaut , à
Esperance couronnée , 1738. in 8. Le
prix des deux Parties est de 6. livres .
LES PSEAUMES PARAPHRASE'S ,
suivant le sens Litteral et le Prophetique,
par un Prêtre Solitaire. A Paris , ruë
S. Jacques , chés Grégoire Dupuis , à la
Couronne d'or ; Charles Osmont , à
POlivier ; Louis Dupuis , ruë S. Jacques ,
à la Fontaine d'or , 1738. in 12. 3. vol.
L'INGENIEUR FRANÇOIS , conte→→
nant la Géométrie Pratique sur le Papier
et sur le Terrain , avec le Toisé des Travaux
et des Bois ; la Fortification régu
liere et irréguliere ; sa construction effective
, l'attaque et la défense des Places ;
avec la Méthode de M. de Vauban , et
l'explication de son nouveau Systême.Par
M. N. Ingénieur ordinaire du Roy. A
Lyon , chés Jacques Certe , ruë Merciere,
à la Trinité. Vol. in 8. avec figures
L'HEURE DU BERGER , Comédie
en Prose et en un Acte , représentée
pour la premiere fois par les Comédiens
François le 12 Novembre 1737. avec un
Divertisse
JANVIER. 1738. 93
Divertissement. Par M. Boizard de Ponthean.
Se vend à Paris , chés Gregoire:
Antoine Dupuis , Grand'Salle du Palais ,
au S. Esprit , 1738. in 8. de 32.pages.
LA THEORIE ET LA PRATIQUE
de la Coupe des Pierres et des Bois , pour
la construction des voûtes et autres parries
des Bâtimens Civils et Militaires ; ou
Traité de Stéréotomie , à l'usage de l'Architecture
, par M. Freier , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Ingé
nieur ordinaire du Roy en Chef à Landau
. Chés Daniel Donlseker , le Fils ,
à Strasbourg, et à Paris , chés H. L..
Guerin , l'aîné , in-4, 1737.-
ALMANACH ROYAL. Année 1738. conrenant
les Naissances des Princes & Princesses
de l'Europe ; les Archevêques ,
Evêques , et Abbés Commandataires ; les
Maréchaux de France ; les Lieutenans
Généraux , Maréchaux de Camp et Brigadiers
des Armées , les Lieutenans Gé
néraux des Armées Navales , Chefs d'Es -`
cadre & c. Les Chevaliers , Comman
deurs et Officiers des Ordres du Roy; les
Gouverneurs et Lieutenans Généraux des
Provinces ; les Conseils du Roy : les Départemens
des Secretaires d'Etat et des
Intendans
34 MERCURE DE FRANCE
Intendans des Finances : les Conseillers
d'Etat , les Bureaux du Conseil , les Maîtres
des Requêtes , les Intendans des
Provinces , la Grande Chancellerie , le
Grand Conseil : le Parlement , la Chambre
des Comptes , la Cour des Aydes ,
toutes les Cours et Jurisdictions de Paris
, avec les Officiers qui en dépendent :
l'Université , les Académies , les Bibliothéques
publiques , &c. Les Fermiers
Généraux , les Receveurs Généraux des
Finances , les Trésoriers des Deniers
Royaux , les Payeurs des Rentes et leurs
Controlleurs , la Compagnie des Indes ,
&c. A Paris , de l'Imprimerie de la veu ,
ve d'Houry , rue de la Harpe au S. Esprit.
Ce Livre a toujours un fort grand débit
, aussi est- il d'un grand secours :
Nous croyons faire plaisir au Lecteur
et à ceux qui ont soin de l'Edition de
ce Livre , d'avertir de quelques fautes
qui s'y sont glissées , au sujet de la
Liste de l'Académie Royale de Peinture
et Sculpture , dans la classe des Pro
fesseurs.
M. Carlo Vanloo , qui doit se trouver
après M. Dumont le Romain , est mis au
dessus , à la place de M. Vanloo le Pere ,
Teintre de M. le Prince de Carignan ,
doat
JANVIER. 1738.
dont le nom est totalement oublié.
M. de Tourniere qui est placé dans les
Professeurs , doit être mis à la fin de la
classe des anciens Professeurs.
Dans la classe des Adjoints à Professeurs
, il y a une transposition et une erreur.
M. Jeaurat doit être au - dessus de
M. Adam , et M. Adam est Sculpteur et
non pas Peintre.
LA SAGESSE DU GOUVERNEMENT, ODE
à M. l'Evêque de Clermont , par M.
l'Abbé Isnard. A Paris , Quai de Gêvres,
chés Pierre Clement , 1738.
Cette Ode a fait tant de plaisir , que
nous croyons indubitablement en faire à
nos Lecteurs d'en transcrire ici quelques
Strophes des seize dont elle est compa
sée. L'Auteur s'exprime ainsi
Toi , dont l'Eloquence rapide
Soûmit les Peuples et les Rois ,
Qui prends la verité pour guide ,
Et ne parles que par sa voix ;
MASSILLON , si j'ai ton suffrage
Je puis offris un juste hommage
A ce Ministre généreux ,
L'Amour , le soutien de la France
Qui ne signala sa puissance
Qu'à rendre les Peuples heureux
Quelle
96 MERCURE DE FRANCE
Quelle est la Grandeur veritable ş
C'est celle , qui par ses bienfaits ,
Affermit l'Empire durable
De la Justice et de la Paix.
Tu les fis asséoir sur le Trône ,
FLEURY , tu contraignis Bellone
A suivre leurs aimables Loix.
Plus grand par tes soins pacifiques ,"
Que par leurs travaux héroïques
Et les Guesclins et les Dunois.
Doux fruits d'une Paix desirée ,"
Que nos coeurs n'osoient esperer !
Les jours de Saturne et de Rhée
Viennent encor nous éclairer.
L'ambition et l'artifice ,
Jadis au gré de leur caprice ;
En troublerent les sages Loix :
La bonne foi long - temps bannie
Est aujourd'hui le seul Génie
Qui préside aux Traités des Rois.
Paix solide autant que durable ,
Vous n'amolirez point nos coeurs ;
inaltérable
De ce repos
Rien ne corrompra les douceurs,
Exempt de faste et de foiblesse ,
FLEURY Sçut confondre l'yvresse
D
JANVIER.
97 1738.
Du Luxe et de la Volupté ;
Et dans le sein de l'abondance ,
fait revivre l'innocence ,
Et l'antique frugalité.
Toi , Religion adorable ,
Dont il a défendu les droits ,
Grave le récit mémorable
Des triomphes que tu lui dois.
Toujours guidé par sa clemence ;
D'une redoutable vengeance
Il craignit de lancer les traits
Mais étouffant par tout la Guerre ;
Comme il a sçu calmer la Terre ›
Il sçaura te rendre la Paix.
Que ses envieux aplaudissent
Aux tributs d'éloge et d'amour ;
Dont tous les climats retentissent
Où commence et finit le jour !
Qu'au sein de cette Paix profonde
Ses jours , pour le bonheur du Monde
Egalent ses bienfaits divers !
Des Vertus juste récompense ,
D'AM BOISE fut cher à la France ,
Et FLEURY l'est à l'Univers,
EXTRAIT
98 MERCURE DEFRANCE
EXTRAIT des Essais sur la nécessité
et sur les moyens de plaire. vol in- 12. à
Paris chés Pranlt Fils , Quai de Conti.
Cet Ouvrage est divisé en trois parties .
Dans un Avertissement qui précede
les deux premieres , l'Auteur annonce
ainsi la distribution de son plan. » J'ex-
» pose , dit- il , en premier lieu , la néces
» sité de plaire cette nécessité recon
» nuë , mene à chercher les moyens de
» profiter des avantages qu'elle nous pre-
» sente; et ces moyens , j'explique com-
» ment ils nous égarent , cu comment
» ils nous font réussir.
>
Dans la seconde Partie , l'Auteur apli
que à l'éducation les principes qu'il a
établis dans la premiere.
Dans la troisième , il met en action ces
mêmes principes qu'il répand dans cinq
Contes de Fées.
L'objet de ces Essais est d'établir , que
l'avantage de plaire n'est pas le point de
vûë qui doit fixer toute notre ambition ,
que plaire n'est qu'un route, qu'un com
mencement de succès pour arriver à un
but bien plus désirable , au bonheur d'être
aimé , la conclusion de cet Ouvrage
rassemble toutes les parties de ce plan
que l'Auteur a toujours suivi ; » Dans le
> commerce ordinaire de la vie , dit il
>
il ,
pour
JANVIER. 1738 . 39
pour être heureux , il faut être aimé,
pour être aimé il faut plaire , et l'on
» ne plaît qu'autant qu'on sçait contribuer
au bonheurdes autres .
Pour donner une idée plus étenduë de
l'Ouvrage , on va entrer dans quelques
détails sur la disposition particuliere de.
chaque partie , et sur les principes qui y
sont renfermés.
Entre les principes les plus utiles à
» la Societé , il en est un , dit l'Auteur ,
» que nous ne pouvons trop connoître
» et trop suivre, parce que dans les per-
»sonnes dont il regle la conduite , il em-
» pêche la raison d'être farouche , qu'il
» ôte à l'amour propre ce qui le rend
>> haissable , qu'il suplée en quelque fa-
>> çon aux avantages de l'esprit , et les
» sauve de la jalousie qu'ils peuvent exciter
lorsqu'ils sont éminens , qu'enfin
il influe considérablement sur notre
» bonheur , et sur celui des gens avec
» qui nous passons la vie ; c'est la néces-
» sité de plaire. J'entends par le mot de
» plaire , une impression agréable que
» nous faisons sur l'esprit des autres
» hommes , qui les dispose , ou même les
» détermine à nous aimer.
L'Auteur expose ensuite que de quelques
avantages
que nous soyons partagés,
nous
100 MERCURE DE FRANCE
nous n'en sommes pas moins assujétis à la
nécessité de plaire ; et parcourant ces
mêmes avantages, il dit au sujet des qualités
heureuses de l'ame » Les occasions
d'employer les vertus d'éclat ne sont
pas fréquentes. Qu'elle est pendant
» ces longs intervales la ressource des
>> ames sensibles ?l'usage des vertus moins
» brillantes dont l'effet est de plaire et le
D fruit de se faire aimer.
L'Auteur considere ensuite , dans dif
ferens point de vue , combien il est nécessaire
que l'attention de plaire accompagne
les avantages de l'esprit et parlant
de ces hommes si dignes de l'estime
publique , qui employent leurs lumieres
à regler les intérêts qui sement la division
parmi les autres hommes , il s'explique
ainsi : » On devroit pouvoir comp-
» ter du moins sur le coeur de ceux qui
» ont obtenu de nous les avantages aux-
» quels ils prétendoient : il arrive cepen-
» dant, que le plus ou le moins d'égards
>> que vous aurez marqués pour leurs per
sonnes , dans les momens où dépen-
» dans et soumis , il vous auront entre
» tenû de leur esperance ou de leur crain
» te , décide souvent de leur reconnois-
» sance, Si vous avez fait souffrir leur
» amour propre.... vous n'obtiendrez
d'eux .
1
JANVIER 1738. TON
» d'eux que l'estime qu'ils ne peuvent
vous refuser ; et l'estime des hommes
est un tribut qui ne satisfait que notre
» raison , leur amitié est nécessaire au
» bonheur d'une ame sensible.
»
Ensuite examinant les avantages et
les écueils que le rang supérieur et la
haute naissance présentent à qui veut
être aimé , il dit , en parlant des Grands.
» Qu'ils désirent de plaire , au moindre.
" effort l'ouvrage est achevé . Tout s'em-
» bellit autour d'eux , l'esprit se décou-
» vre , les talens se multiplient , leur
>> sourire est comme ces rayons de lumie-
» re qui répandus tout -à coup sur une
» Campagne font sortir mille Tableaux
» variés et rians , où l'on ne découvroit
» auparavant qu'une sombre et confuse
>> uniformité.
Du rang et de la naissance , il passe à
l'autorité , il la peint sous des couleurs
auxquelles les hommes ont ratementle
plaisir de la reconnoître. Nous allons
raporter ici le Portrait tout entier , parce
qu'il presente un modele auquel il seroit
à souhaiter pour le bonheur du monde ;
que tous les hommes puissans pussent ressembler:
» Comment Phomme revêtu de
» l'autorité s'armeroit-il du courage pénible
de suporter, sans en paroître accablé
?
o MERCURE DE FRANCE
blé , les importunités honorables , mais
continuelles , des Grands , et tout ce
» qu'a derebutant la foule oisive qui gra-
>> tuitement l'obsede , s'il n'avoit l'heu-
»reuse ambition de se concilier les coeurs?
» C'est dans cette seule esperance qu'il
» écoute avec douceur les discours em-
» brouillés , ou captieux , que l'esprit
» borné ou la mauvaise foi lui font es-
» suyer. Il sent qu'un obligeant accueil
» est le seul dédommagement des graces
qu'il ne peut accorder , ou des deman-
» des injustes qu'il démasque. En lui l'au-
» torité parle toujours , le langage du
» Citoyen. On lui pardonne d'être puis-
» sant , parce qu'on le respecte sans le
»redouter ; on fait plus , on lui porte le
>> seul tribut qu'il désire , on l'aime.
>>
Après l'autorité l'Auteur considere la
fortune , il observe qu'elle ne porte
pas son pouvoir jusques à faire ai
mer les hommes qu'elle favorise , il examine
ensuite les liaisons qui forment la
Societé, telles que l'amitié , le sçavoir- vivre
, la politesse , qualités qu'il conçoit
n'être pas d'un grand avantage , quand
elles n'ont point pour ame le désir de
plaire , et pour marquer combien il est
nécessaire que ces qualités soient parées
de ce caractere qui satisfait l'amour propre
JANVIER
. 1738 Ios'
pre de ceux qu'elles ont pour objet ; il
termine ses reflexions par cette remarque
qui peut être regardée comme une maxime
: Les égards sont moins sujets que les
services , à trouver des ingrats .
La nécessité de plaire présentée dans
son vrai jour, mene comme on l'a dit , à
chercher les moyens de profiter des avan
tages qu'elle nous présente , et ce desir
devient , selon le sentiment de l'Auteur,
un des plus sûrs moyens pour parvenir à
plaire ; telle en est la définition , on la
raporte toute entiere parce qu'elle est une
collection de tous les principes renfermés
dans cet Ouvrage.
» Le désir de plaire est un sentiment
» que nous inspire la raison et qui tient le
» milieu entre l'indifference et l'amitié ;
»une sensibilité aux dispositions que nous
» faisons naître dans les cours; un mobi
» le qui nous porte à remplir, avec com
» plaisance les devoirs de la Societé , à
» les étendre même, quand la satisfaction
des autres hommes peut raisonnable-
» ment en dépendre. C'est une force qui
» dans les changemens de notre humeur ,
» dans les contradictions où notre esprit
est sujet à tomber nous retient en
» nous oposant à nous - mêmes . C'est eng
n fin une atention naturelle à démêler le
F merite
•
104 MERCURE DE FRANCE
» merite d'autrui , et à lui donner lieu de
» paroître ; une facilité judicieuse à negliger
les succès qui n'interessent que
» notre esprit et nos talens , quand
» par cette conduite nous gagnons d'être
» plus aimés.
»
C'est ici que le but de l'Ouvrage com.
mence à paroître plus developé. » Le don
» de plaire , dit l'Auteur , examiné avec
les yeux de la saine raison , loin d'être
» regardé comme un succès satisfaisant
» ne doit paroître qu'un moyen flateur
» d'obtenir la plus douce de toutes les
récompenses , le plaisir d'inspirer de
» l'amitié .
Dans cette vûë il distingue differentes
conduites que nous fait garder le desir
de plaire , suivant qu'il est plus ou
moins guidé par son veritable objet , il
cite les Gens qui contens de se voir aplau
dis,ne consultent pas si on les aime; ceux
qui partagés de ce qui sert à plaire , n'en
profitent pas assés , ceux qui s'abusent
au point de prendre l'envie qu'ils ont de
briller, pour un désir de plaire, il définit
ce que c'est que l'envie de briller . Et en
tr'autres inconveniens qu'elle entraîne
il remarque que ceux qui sont dominés
par ce défaut , préferent la mauvaise
compagnie à la bonne. Il explique ce que
les
JANVIER. 1738. 105
les Gens du monde entendent par la bonne
et la mauvaise Compagnie. Un autre
inconvenient qui résulte de l'envie de
briller , c'est l'affectation ; nous y tombons
, dit- il , de deux manieres , l'une en
forçant notre naturel , et l'autre en imitant
celui d'autrui. Il définit ainsi la premiere.
>
›
» L'affectation qui a sa source dans nous-
» mêmes , est un certain aprêt marqué
» dans le maintien dans la façon de
» marcher , de rire . ... C'est une aplication
serieuse et réfléchie , à faire
» avec distinction , les plus petites cho-
» ses &c. Il remarque ensuite une autre
affectation qui tient à notre naturel . C'est
celle de ces gens nés singuliers , ou ingénus
, ou indifferens ou farouches ,
et qui se plaisent à le paroître encore
plus qu'ils ne le sont effectivement.
L'Auteur analise ensuite l'affectation
ui consiste dans l'imitation . C'est , ditil
, une adoption du merite d'autrui qu'on
préfere au sien, sans en être plus modeste;
il explique que cette imitation ne se marque
pas seulement dans notre extérieur ,
qu'il y a des haines et des goûts qu'on ne
montre que parce qu'on imagine du bon
air à les avoir ,
Mais parmi les erreurs où peut nous
Fij faire
>
166 MERCURE DE FRANCE
faire tomber le desir d'être aplaudis , il
regarde comme une des plus à craindre ,
celle de mettre l'esprit caustique au rang
des moyens de plaire . Il distingue diffe
rens genres d'esprits caustiques qui peuvent
avoir quelques succès , mais qui
nous éloignent du seul où nous devons
prétendre , du bonheur d'être aimé. Il
fait remarquer , sur tout , le mépris qui
se joint à la haine qu'on a pour certains
hommes qui ont le desir d'être caustiques
, et qui n'en ont point le talent s
ou qui ignorent,qu'il est de certains ridicules
dont on ne daigne plus se mocquer,
» Heureusement, dit- il , il ne suffit pas d'a-
» voir de la malignité et de l'esprit , pour
» être avec succès (suposé que c'en soit un)
» médisant , ironique , ou dédaigneux ;
» il fautêtre instruit des objets et du ton
» de la Critique en regne. Eh ! quelle
» étude méprisable , quand on a pour ob
» jet de s'en prévaloir contre la Societé ,
» que celle d'une Science qui nous fait
» redouter , et qui deshonore notre raison
, à mesure que notre esprit réussię
» mieux à en faire usage!
L'Auteur expose ensuite deux caracteres
dont il n'est pas moins important de
se garantir. Le premier est la fade com
plaisance , qu'il définit ainsi,
» Je
JANVIER 1738 107
Je parle de cette souplesse d'humeur
, de cette atention servile , qui
» satisfaite de plaire generalement , sans
» distinction des personnes , se perm
» tout ce qui lui paroît ne point blesser
l'honneur , prodigue les éloges , sa
crifie , sans qu'on l'exige , ses propres
» goûts , et va souvent même plus loin
que n'iroit l'amitié , sans jamais avoir
»le plaisir d'être inspiré par elle.
Le second caractere , c'est la flateric . Il
en distingue deux genres. L'un qui tient
de la fade complaisance , et l'autre , qu'il
remarque qu'on ne sçauroit trop détester
, c'est la flaterie , qui pour s'emparer
des esprits , saisit malignement le foible
» qui les deshonore , qui aplaudit à nos
ridicules, afin de jouir, en même temps
» du plaisir de les augmenter et de nous
» plaire.. Il est si facile dans la So-
« cieté d'entretenir Belise du nombre
»' imaginaire de ses Amans. Un sot n'a
» borderoit Don Quichote , qu'en lui
»parlant d'Enchanteurs. Un homme
» d'esprit l'engageroit à traiter la Mora-
» le , parce que dans Don Quichote
» l'homme le plus singulier , et qui four-
» nit davantage à la curiosité d'un Philo-
* Personnage de la Comédie des Femmes Spa
antes,
Fiij
ן כ
sophe
Yo MERCURE DE FRANCE
,
en
sophe , ce n'est pas le fou : c'est celur
» qui est la raison même , jusqu'au mỏ-
» ment où le mot de Chevalerie
» fait une métamorphose complete. It
» est aisé de le remarquer ; les sots se
» croyent pénétrans et caustiques , quand
ils font tant que d'apercevoir dans au-
» trui , des défauts qui n'échapent à personne
.... Il faut donc leur laisser le
» genre de flaterie dont je viens de par-
» ler, ou convenir que , quand nous em
» brassons ce caractere honteux , dans la
» vûë de nous faire aimer , c'est un abus
»que nous faisons d'un motif estimable ;
>> c'est que nous n'avons pas assés d'esprit
» pour saisir les moyens de plaire , que
» nous offrent la raison et la verité.
>>
La Coqueterie est mise ensuite au
rang des égaremens où le desir de plaire
est sujet à entraîner. Cet écueil de la rai-
» son des femmes,n'est pas aisé à définir,
> dit l'Auteur , plus un défaut est en re-
» gne , plus il se montre par differentes
» faces, dont celles qui le caracterisent le
mieux, sont quelquefois les plus diffi-
» ciles à raprochér , et particulierement
» dans les femmes , soit qu'elles suivent
» la raison ,soit qu'elles cédent au caprice ;
» leur imagination plus ingénieuse que
» la nôtre , varie et multiplie bien da
vantage
JANVIER 1738 . 109
Vantage les nuances. Un homme aima
» ble et qui cherche à le paroître , vous
» a bien- tôt laissé apercevoir tous les
» moyens d'y reuffir , qui lui sont propres
» Les femmes saisissent successivement
toutes les manieres de l'être; et c'est
» ce qu'en général elles sont portées à al-
» ler loin dans la route qu'elles prennent,
» qu'il leur est plus important de la bien,
par
choisir. » Ces reflexions conduisent
l'Auteur à faire sentir la difference de la
coqueterie et du désir de plaire , qui est
convenable dans tous les états et à tous
les âges ; il termine ainsi le portrait de la
coqueterie. » La fausse vanité la fait
» naître , des chimeres flateuses l'entretien
nent , et le mépris en est le fruit.
f
Les égaremens où le desir de plaire
peur nous entraîner , exposés , l'Auteur
passe au moyen d'être aimé que ce même
désir nous offre. Il remarque que
c'est lui qui donne l'ame aux qualités
heureuses de la figure et du caractere. Et
pour prouver cette opinion , il analise ce
qu'on apelle l'air d'éducation , l'air du
Monde. Dans une Personne qui parle , la
grace exterieure dépend d'un certain accord
entre ce qu'elle dit , et l'action dont elle l'accampagne;
il faut que de l'un et de l'autre, il
ne résulte qu'une même idée dans l'esprit de
F iiij
fro MERCURE DE FRANCE
celui qui l'écoute et qui la voit . Après quel→
ques autres analises , il peint quelquesuns
des caracteres qui semblent plaire
par eux mêmes , et qui , bien examinés,
ont besoin pour réussir constamment, d'e
tre animés par ce desir de plaire qui met
le sceau à toutes les bonnes qualités.
Pour mieux faire sentir l'utilité du de
sir de plaire , l'Auteur expose que ce mê
me desir fait plus encore, que de relever
les qualités qui sont en nous , qu'il y en
fait naître de nouvelles : la modestie , par
exemple , qui dans les personnes qu'éleve
tout à coup la fortune , les garantit Pu♣
ne certaine confiance orgueilleuse , d'un certain
air de fuperiorité qui seglisseroit , sans
qu'elles s'en aperçussent , dans leurlangage ,
dans leurs actions les plus indifferentes et même
dans leur politesse . Une autre qualité
encore est , l'attention à ne point diminuer
d'égards pour ceux qui ont reçu de nous des
services ; sur tout quand il s'agit de bien
faits qui nous donnent une sorte de superiorité
sur eux..... parce que pour être aimé,
ilfaut nécessairement remplir par une suite
d'égards , les intervales qui se trouvent en➡
tre les services.
On trouve ensuite quelques reflexions
sur les défauts que le desir de plaire corrige
, et sur ceux qu'il adouçit ; comme
l'ai
JAN VIE R. 1738. 11
Fair dédaigneux , le ton méprisant , l'ia
négalité. L'Auteur pour mettre plus au
jour l'inégalité dans l'humeur , imagine
une Personne, qui , au défaut près, d'avoir
l'humeur changeante , est doüée de tant
de qualités rares et supérieures , qu'il y a
peu de gens qui ne gagnassent beaucoup
à lui ressembler. Il supose ensuite qu'on
inspire tout à coup à cette même personne
le desir de plaire, qui a pour objet de
se faire aimer. De là , il fait connoîtrecomment
elle vous accoûtumera par degrés
à voir son inégalité avec indulgence..
Effet plus puissant du desir de plaire; en lui
trouvant les mêmes défauts , vous ne verre
plus de torts en elle , vous finirez par l'aimer..
·
D'autres qualités et d'autres défauts
qui naissent du desir de plaire , sont
traités separément , parce qu'ils apartien
nent particulierement à la conversation ..
» L'Auteur remarque que pour éclair
>> cir suffisamment de quelle maniere ces
» qualités font partie de l'esprit de la
»conversation , il faudroit analiser en
» quoi consiste ce même esprit : mais :
>> comment définir , dit- il , dans toutes
» ses faces cette espece de génie qui dé-
>> pend moins du genre et de l'étenduë
»des lumieres qu'il possede , que du senti
E v » ment
<
112 MERCURE DE FRANCE
13
* » ment plus ou moins délicat , avec le→
quel il les met en usage ; qui ne se sert -
» jamais mieux de l'esprit , que quand il
» semble s'en passer , ou n'apercevoir pas
» tout celui dont il dispose : qui, trans-
» porté à tous momens dans differentes:
a
»
Régions , n'a qu'un instant presqu'in-
» sensible , pour s'emparer des richesses
» qui lui sont propres , et dont le choix ,
à mesure qu'il est plus subit , est quelquefois
plus heureux : ce talent qui a*
tant de ressources pour plaire , nous.
cache presque entierement ce qui le
n constituë ; on le sent et on ne sçauroit
» dire précisément ce qu'il est : on connoît
bien mieux les défauts qu'il doit
» éviter , que les qualités qui sont de son
» essence.
Entre ces qualités il en est deux qu
sont sensibles ; l'une est la maniere d'écouter
, et l'autre est ce caractere liant,
qui se préte aux idées d'autrui.
Les défauts à éviter dans la conversation
, sont l'habitude de parler de soi ,
Pabus de la memoire , la contradiction
et ces défauts sont exposés par differentes
faces.
L'Auteur propose ensuite quelques ob
jections à l'opinion de la Bruyere , qui
réduit l'esprit de la conversation à la
classe
3
JANVIER. 1738. 113
classe de l'esprit du jeu et de l'heureuse
memoire. Dans l'une de ces refléxions,
şur ce qu'il trouve d'injuste dans cette
même opinion. » Il me semble , die - il ,
» qu'à esprit égal , les personnes qui
possedent le talent de la conversation
» ont bien plus d'occasions de plaire, que
» celles qui ne font qu'écrire . L'Au
» teur le plus ingénieux et le plus abon♣
» dant , employe bien du temps à un ouvtage
dont le succès dépend de quantité
de circonstances qui souvent luk
» sont étrangeres : au lieu que l'hom
» me douté de l'esprit de la conversation,
» plaît et se renouvelle sans cesse : il fair
» constantment les délices de tout ce qu'il
>> remontre. Quelle difference dans la ma
> niere de vous occuper l'un par la lecature
de ses ouvrages , je les supose du
>genre purement agréable , n'offre pour
spectacle à votre esprit que le sien , il
» né vous montre qué son mérite ; l'au
> tre vous ramene à vous - même , Vous
» place à côté de lui sur la scene où il
brille, et vous y place à votre avantage
; vous croyez y partager ses succès #
quelles ressources pour vous plaire
» et pour se faire aimer de vous !
+
La premiere partie de l'Ouvrage finit
par cette réfléxion : Combien les jours
coulens
»
F vj
14 MERCURE DE FRANCE
» coulent avec vitesse pour ces ames
» heureuses , qui dans les intervales de
» leurs occupations , s'amusent constam
» ment , et par préference de ce com-
» merce volontaire de folie et de raison ;
» de sçavoir et d'ignorance , de sérieux et
» de gaieté , enfin de cet enchaînement
» d'idées que la conversation ramene ,
» varie , confond , sépare , rejettë , et
>>reproduit sans cesse ! Heureux , encore
» une fois , ceux qui peuvent avoir à la
» place des Passions , le goût d'un com-
» merce où l'on trouve tant d'occasions
de plaire pour se faire aimer !
La suite pour le prochain Mercure.
PENSE'ES ET SENTIMENS DE PIE'TE' , tie
rés des seuls Livres Saints sur divers su
jets. A Rennes , chés Joseph Vatar , Im
primeur-Libraire du College , Place da
Palais, aux Etats de Bretagne. 1737. Vol .
in- 12. de 273. pages , sans la Préface .
INSTITUTIONS DU DROIT BELGIQUE , par
raport tant aux XVII . Provinces , qu'au
Pays de Liege , avec une Méthode pour
étudier la Profession d'Avocat , par M.
Georges de Ghevviet , Conseiller du Roy,
Referendaire Honoraire en la Chancels
lerie
JANVIER 1738 11
Ferie , et ancien Avocat au Parlement de
Flandres , A Lille , de l'Imprimerie de
Charles- Maurice Cramé , Imprimeur ofdinaire
du Roy , rue des Malades , au
Compas d'Or . 1736. grand in- 4.
TRAITE' DU VERTIGE , avec la des
cription d'une Catalepsie Hysterique , ot
une Lettre à M. Astruc , dans laquelle on
répond à la Critique qu'il a faite d'une
Dissertation de l'Auteur sur les Maladies:
Véneriennes , par M. de la Mettrie , Doc
teur en Médecine. A Paris , chés Prault ,,
Fils, Quai de Conty , vis-à- vis la descentte
du Pont- Neuf, à la Charité. 1737.
in- 12. de 147. pages...
Pour donner quelque idée de cet Ou
vrage , nous allons extraire ici la descrip
tion des symptômes du Vertige..
Les corps externes qui sont naturellement
en repos , paroissent se mouvoir en
rond , tomber de haut en bas , ou mon
ter de bas en haut.
On croit tomber du Ciel sur la Terre
ou dans la Mer , s'élever de là jusqu'aux
nuës ,,tourner comme un tourbillon dans .
l'air , et être ensuite précipité , avec tout
l'Univers , dans les plus profonds abî
mes. Je passe ici sous silence une infinité
d'autres imaginations fausses dont le détail
seroit inutile,
Les
16 MERCURE DE FRANCE
Les uns voyent deux objets au lieu
d'un , les autres des couleurs plus ou
moins vives . Voilà les principales illusions
de la vûë dans le Vertige ; voici
celles de l'oute.
On croit entendre tantôt des siffemens
horribles , tels que ceux des Serpens ,
tantôt le bruit des flors de la Mer , du
vent qui enfle les voiles , de la pluie ou
de la grêle qui tombe , le murmure d'un
ruisseau , le son d'une flûte , l'harmonie
d'un concert , et mille autres faux bruits .
Outre le dérangement de la vûë et de
Poule , les fonctions des autres sens ne
sont pas moins interrompues ; l'odorat
est émoussé dans les uns , le goût ou le
tact , alteré dans les autres .
Les muscles se relâchent , les genoux
et tous les membres tremblent à la fois ;
la frayeur est alors si grande , qu'elle
saisit le Guerrier le plus intrépide et le
Philosophe le plus inébranlable : le coeur
se resserre , les forces se dissipent de
plus en plus : on est abatu , consterné et
détruit en si peu de tems , qu'un grand
Chymiste s'est imaginé qu'il y avoit un
venin singulier dans le Vertige.
En même tems qu'on tombe , on a des
maux de coeur , on vomit , on se traîne à
terre , on se méconnoît soi-même et ses
plus proches On
JANVIER. 1738. 117
On voit les paupieres s'élever à cer
tains cris et se baisser aussi- tôt, Ce mouvement
est à peine sensible qu'il s'éva
nouit. On est quelquefois aussi agité par
des convulsions et des transports vio
lens , on respire avec une difficulté ex
trême , on suë , on dort la bouche rem
plie d'écume , et on se réveille ensuite ,
comme un homme sain qui auroit cû le
sommeil le plus tranquille.
ERS à M. de CLAVILLE , sur
son Traité du Vrai Merite , par M.
de Boissay Pelletot , du Pays de Caus
D
Es sentimens de nos Auteurs
Claville adoptant les meilleurs
D'une façon ingenieuse ,
Confond le sien avec le leur ,
Ainsi l'Abeille industrieuse
Tire le miel de chaque fleur.
Le Discernement fut son guide
Dans cette féconde Moisson
Par tout on y voit la raison
Qui souverainement décide.
On le lit sans se rebuter ,
H instruit , sans vous dégoûter ,
I éclaire , bannit le doute ,
Parle à l'esprit, touche le coeur,
Commit
778 MERCURE DE FRANCE.
Comme un Furet , poursuit l'erreur ,
La combat , la met en déroute.
L'Amour propre est dédommagé
Par la Vertu qu'il fait renaître ,
Et sans peine on voit disparaître
Le Trompeur , le faux Préjugé..
Heureur , de sa Philosophie
Qui de bonne heure s'instruira“ ;
Mais plus heureux celui qui la pratiquera f
C'est l'unique moyen de bien passer sa vie !
On nous prie d'annoncer une Brochuregrand
in- octavo , d'environ 300. pagès , actuellement
sous presse , qui contient une Methode facile
pour aprendre sans Maitre , la marche , les termes
, les regles , et une grande partie des finesses
du Jeu de Trictrac , accompagnée de 260. figu
res , où les coups sont représentés très- distincte
ment , et expliqués par des lettres de renvoi
voici le plan de tout l'Ouvrage..
Il est composé de trois Parties , ou Tours de
Tric-trac , joués de suite entre une Dame et un
Cavalier. Après une courte Explication des ter
mes généraux , la premiere Partie commence ;
chacun joue à son tour , chaque coup produit
une nouvelle figure numerotée , qui représente
le Tablier avec ses fleches et ses trous , les dames
abatuës , les cazes et demi - cazes , les dés
les brédouilles , en un mot , la situation exacte
des deux Jeux, et l'explication par écrit , à côté
de la figure.
Cette premiere Partie , qui n'est destinée que
pont Pinstruction des Commençans , est conduire
d'une maniere convenable pour eux , erne
Contents
JANVIER: 1738. TI
Bontient point de réfléxions au- dessus de leur
portée. Elle fournit en même temps des occasions
d'expliquer , la marche , les termes, et les regles
particulieres du Jeu ordinaire; la maniere de jouer
les points, de battre , et de battre à faux , de rem
plir , et de conserver , de marquer les points e
les écoles , la façon de prendre son coin sim→
plement , ou par puissance , et une infinité d'au~
res choses qu'il seroit trop long de citer ici
Cette premiere Partie contient 85. figures
La seconde Partie est destinée pour expli
quer certaines regles , qui n'ont pas pû trouver
place dans la premiere , et pour donner un
exemple complet du Jan - de- retour , et de la
sortie des dames hors du tablier. Cette Partie ,
jouée avec plus de méthode que la précedente ,
renferme un Tarif général de tous les points
qu'on doit marquer avec la citation des figures ,
où l'on peut en trouver des exemples , les loix
du coin , les loix du plein , les loix du retour
et celles de la sortie des dames , toûjours avec
les citations on y trouve aussi deux tables a
colomnes , dont l'une aprend à marquer exac
tement tous les points qu'on peut faire dans un
grand coup , étant en Bredouille , et l'autre tous
les points qu'on peut faire dans un grand coup ,
n'étant pas en Bredouille. On y verra un grand
nombre de judicieuses réfléxions sur la maniere
de se conduire au retour. Elle contient 102
figures.
*
La troisiéme Partie destinée à donner des
regles générales et particulieres pour jouer pru
demment et avec avantage , présente quantité
d'observations sur la maniere de cazer à propos,
sur les différentes combinaisons des dés , sur la
façon de se découvrir pour se faire battre à faux,
elle
20 MERCURE DE FRANCE
elle enseigne à se donner des points favorables
pour remplir et pour conserver , enfia elle est
suivie de plusieurs figures détachées , où sont
représentés différens exemples pour connoître
quand on doit s'en aller ou tenir , quand il con
vient de prendre son coin , ou de ne le prendre
pas , et la solution de presque tous les cas extraordinaires
qui peuvent arriver , fondée sur
P'usage des plus habiles Joueurs , et sur la
raison.
Après ces trois Parties , on explique en pas
sant la façon de jouer le Tric- trac à écrire ,
celle de courir la poule ; enfin la Brochure sera
terminée par une Table alphabetique , où l'on
trouvera après chaque terme , une courte explication
de ce qu'il signifie , de sa valeur , et la
citation de la figure , où l'on en parle plus au
Jong. Les façons de parler qui sont composées
de plusieurs mors , s'y trouveront également
sous l'un et sous l'autre , pour donner plus de
facilité à trouver ce qu'on cherchera . Cette seule
Table tiendra lien de Traité , à ceux qui auront
déja quelque connoissance du Jeu.
L'Auteur , outre ses propres lumieres , et cel
les de deux habiles Joueurs de ses amis , a consulté
tous ceux des principales Villes du Royau
me , qui ont quelque réputation de bien jouer.
Dans les décisions des cas où les sentimens sont
partagés , il a suivi tantôt celui du plus grand
nombre , et tantôt celui du moindre , quand il
Jui a paru s'accorder davantage avec la justice du
jeu , qui doit toûjours consister dans l'égalité
de part et d'autre. Il ose esperer un accueil fa
vorable des amateurs de ce Jeu , et cela avec
d'autant plus de raison , que le prix de sa Brochure
sera très- modique, Il aura atention d'en
faire
JANVIER. *121
1738.
faire porter des Exemplaires dans les Villes prin
cipales du Royaume , dès qu'elle sera entiere
ment sortie de la presse , pour en faciliter l'emplette
, à tous ceux qui seront curieux de l'a
voir.
La Veuve Delaulne , Libraire ruë S. Jacques,
à l'Empereur , à Paris , donne avis qu'elle vient
de faire une nouvelle et parfaitement belle Edition
, revue et corrigée par l'Auteur , des Lettres
de Ciceron à Atticus , traduites en François
avecdes remarques et le Texte Latin , de l'Édition
de Grævius , par M. l'Abbé Mongault , de
PAcadémie Françoise , et ci-devant Précepteur
de Monseigneur le Duc d'Orleans. in - 12. 6
vol. 18 livres.
*
-
On aprend de Leyde que Baudouin et Pierre
Vander-Aa , et Isaac Severinus , ont en vente
ane magnifique Edition in fol. de la premiere
Partie de l'Histoire des Insectes par le celebre
Suvammerdam , en Hollandois , avec la Traduction
Latine de M. Gaubius , Professeur en
Medecine et en Chirurgie. M. Boerhaave , don't
ta reputation est si distinguée , y a ajoûté une
Préface ou il donne la vie de PAuteur. L'O
vrage est en Latin. En voici le Titre.
Joannis Suvammerdammii , Amsteledamensis ;
Biblia Natura , sive Historia Insectorum , in
Classes certas redacta , nec non exemplis , et Ana→
tomico variorum animalculorum examine , ancis
que tabulis illustrata . Insertis numerosis rariorum
Natura observationibus. Omnia lingua Batavâ
Auctori Vernaculâ , conscripta , accedit Prafatio
in quâ vitam auctoris descripsit Hermannus Boerhaave
, Medecina Professor, &c. Latinam ver…
sionem
izz MERCURE DE FRANCE
sionem adscripsit Hyeronimus David Gaubins ,
Medecine et Chymi a Professor , Tome 1. 1737.
Les Freres Jacob et Richard Tonson , Librai
res à Londres , impriment par souscription ,
Vida y Hechos del ingeniose Hildalgo Don Qui
xote de la Mancha, compuesta por Don Miguel de
Cervantes Saavedra , ( on y ajoûtera ce qui n'a
encore jamais para en Public ) Vida de Miguel de
Cervantes Saavedra autor Don Gregorio Mayans
i Siscar , Bibliothecario del Rey Catholico . En
voici les conditions . 1 °. L'Ouvrage sera imprimé
correctement et sur de très beau Papier
Royal de Hollande , avec de nouveaux caracte
res en 4 vol. in 4. 2. il sera enrichi de 68 Tailles
douces , dessinées par M. Jean Vander- Bank,
et gravées par M. Gerard Vandergucht et autres
celebres Graveurs. 3 ° . Les Tailles- douces sont
entierement finies , et l'Ouvrage fort avancé ; il
sera donné aux souscrivans le 25 du mois de
Mars 1738 vieux Stile . 4. Le prix de chaque
Exemplaire sera de 4 Guinées , dont on payera
deux Guinées en souscrivant et les deux au
tres à la délivrance de l'Ouvrage en feuilles.
5. La souscription étant remplie , cet Ouvrage
ne se vendra pas moins des Guinées .
On écrit de Lisbonne que Don - Alexandre
Ferreira , Chevalier de l'Ordre de Christ , De
sembargador des Algarves dans la Maison de
Suplication de cette Ville et dans la Relation de
Porto , Deputé du Conseil de Conscience et de
celui des Ordres , Conseiller de la Junte de la
Bulle de la Croisade , Juge particulier des Esclaves
, Conseiller du Conseil de la Reine et
Auditeur Général de ses Revenus , et l'un des
Acadé
JANVIER. 1738. 123
Académiciens de l'Académie Royale de l'Histoi
re , y mourut le neuvième de ce mois. Il avoit
entrepris d'écrire l'Histoire des Ordres Militaires
du Royaume de Portugal, et il en avoit déja
donné deux Volumes . Il avoit été ci - devant
Professeur en Droit et Recteur du College Royal:
de S. Paul à Coimbre , et avoit quitté ces deux
Places , pour accompagner le Marquis d'Abran
tes à Madrid en qualité de Secretaire d'Ambas
sade.
On mande de la même Ville que le Pere Fernand
da Soledade , Visiteur Général de l'Ordre
des Freres Mineurs de l'Observance dans le
Royaume de Portugal , Chronologiste du même
Ordre , et l'un des Académiciens surnuméraires
de l'Académie Royale de l'Histoire, y
mourut le 29 de ce mois dans la 63 année de son
âge. Ce Religieux a fait imprimer trois Volumes
qui contiennent P'Histoire des Religieux
Franciscains de Portugal depuis leur établissement
dans ce Royaume jusqu'en l'année 1718,
Selon les Lettres de Naples , la nuit du 15 au 16
Décembre , le Ciel parut enflammé de toutes
parts , et l'on aperçût vers le Zenith une espece
de globe de feu , qui après avoir demeuré fixe
en aparence dans un même point pendant plus
de deux heures , se dissipa avecun bruit semblable
à celui du plus violent Tonnerre.
On aprend de Rome qu'il y parut la nuit du
16 au 17 du mois de Décembre une Aurore Boréale
qui occupoit toute la partie Septentrionale
du Ciel, et qui dura plus de 7 heures. Elle fut si
tumineuse , qu'on pouvoit lire aisément les Li
yres imprimés avec les plus petits caracteres.
Le
24 MERCURE DE FRANCE
Le Sujet que l'Académie des Inscriptions es
Belles-Lettres a arrêté pour le concours au Prix
qu'elle doit distribuer à Pâques 1739. consiste
à déterminer le mois et le jour de l'Année Romaine,
auquel les Consuls avoient coûtume d'entrer en
charge , depuis l'expulsion des Rois jusqu'à la
mort de Jules- Cesar. En marquant les variations
arrivées dans cet usage.
PRIXproposépar l'Académie de Chirurgie
pour l'année 1738.
E Sujet proposé par l'Académie de Chirur
Liepourle Prix de l'année 171,6 étoit : 54
L'on doit amputer le Carcinome des mammelles
Bulgairement nommé Cancer.
Quoique l'Académie ait trouvé dans plusieurs
Mémoires et notamment dans celui qui commence
par ces mots : Le Corps Humain n'est que
Vaisseaux , des regles judicieuses pour la pratique
, cependant elle n'a pas crit devoir adjuger
le Prix , parce que l'aplication de ces Regles ne
s'étend pas à tous les cas , et qu'elles sont fondées
sur une Théorie trop conjecturale.
être en droit
L'Académie a néanmoins aperçu dans ces Mé
moires d'assés bonnes choses, pour
d'en esperer de meilleures , si les Auteurs veulent
se donner la peine de traiter cette importante
Question d'une maniere à leur faire honneur ;
c'est pourquoi elle propose de nouveau le même
Sujet pour l'année 1738.
,
, que celui Le Prix sera double , c'est- à-dire
qui , au jugement de l'Académie aura fait le
meilleur Ouvrage sur le Sujet proposé , aura
deux Médailles d'or , chacune de la valeur de
de 200.livres, ou une Médaille et la valeur d'une
autre , au choix de l'Auteur,
Cenz
JANVIER. 1738 128
Ceux qui ont composé en 1736. pouront faire
leurs Mémoires tels changemens ou les mettre
sous telles forme nouvelle qu'ils voudront , c
les renvoyeront écrits de nouveau.
On prie les Auteurs d'écrire en François ou
en Latin , autant qu'il se poura , et d'avoir
atention que leurs Ecrits soient fort lisibles.
Ils mettront à leurs Memoires une marque
distinctive , comme Sentence , Devise , Paraphe
ou signature , et couvriront cette mar
que d'un papier blanc , collé ou cacheté , qui ne
sera levé, qu'en cas que la Piece ait remporté le
Prix,
Il auront soin d'adresser leurs Ouvrages ,
francs de port , à M. Morand, Secretaire de l'A
cadémie de Chirurgie à Paris , ou les lui ferone
remettre entre les mains.
Les Chirurgiens de tous Pays seront admis à
Concourir pour le Prix ; on n'en excepte que les
Membres de l'Académie.
Le Prix sera délivré à l'Auteur même , qui se
fera connoître , ou au Porteur d'une Procuration
de sa part , l'un ou l'autre représentant la
marque distinctive avec une copie nette du
Mémoire.
Les Ouvrages seront reçûs jusqu'au dernier
jour de Décembre 1738 inclusivement , et l'Académie
à son Assemblée publique de 1739. qui
se tiendra le Mardi d'après la Trinité , procla
mera la Piece qui aura mérité le Prix.
JETTONS
26 MERCURE DE FRANCE
JETTONSfrapés pour le premier jour
de Janvier M. DCC . XXX VI I I. Aveg
l'explication des Types , &c.
I. TRESOR ROYAL.
Le Dieu d'un grand Fleuve assis , tenant de la
main droite un Gouvernail , et apuyé de l'autre
sur son Urne , d'où coule sans cesse une grande
quantité d'eau : Decet esse perennem.
II. PARTIES CASUELLES.
Un Phare allumé au haut d'un Promontoire ,
pour servir de signal aux Vaisseaux pendant la
Auit : Tuum signat Iter.
III. CHAMBRE AUX DENIERS.
Un Autel , sur lequel il y a une partie de la
Victime qui doit être consumée par le feu , et
autour ,le reste de la Victime destiné au festin des
Prêtres Alit Hominesque Deosque
:
IV. ORDINAIRE DES GUERRES.
Les Satellites de Jupiter autour de cette Pla
mette : Excubia illustres.
V. EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
Un Palmier dont on vient de couper quel
ques
branches : Non adimunt detracta decus.
VI. BATIMENS DU ROY.
Apollon tenant une Equerre d'une main et sa
Lyre de l'autre , ayant à ses pieds les autres
Instrumens des Arts : Idem rerum moderatur ha-
Benas,
YIL
JETTONS DE L'ANNEE1738
CET
ESSE
I
PERENNEM
TUTUM
II
SIGNAL
TER
III
HOMINES
ALIT
QUE
DE
CUBLE
TRESOR ROYAL
1738
PARTIES CASUELLES
1738.
CHAMBRE
AUX DENIERS
1738
ILLUSTRES
ORDINAIRE
DES GUERRES
1738.
L
LUD :XI
REX
CW
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONE
CHRISTIANISS
NON
DIMUNT
EXT AORDINAIRE
GUERRES
DETR
THE
NEW
YORK FOBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
CUNDATIONS
,
JANVIER.
1738. 127
VII. ARTILLERIE.
Un Dragon endormi : Somno concipit ignes.
VIII. MARINE.
Un Aigle planant sous un Ciel calme : Nusquam
inermis.
IX. GALERES.
Des Néréïdes à cheveux tressés , chargées de
Perles et d'autres Ornemens ; Par decori virtus.
X. MAISON DE LA REINE.
Un Champ couvert d'Epics , et éclairé des
rayons du Soleil : Hinc sumit opes animumque.
XI. LA VILLE DE PARIS.
Les Armes de la Ville d'un côté , celles de
Michel- Etienne Turgot , Prêvôt des Marchands,
de l'autre : Son nom et ses qualités.
ESTAMPES NOUVELLES
Il paroît deux nouvelles Estampes en hauteur
avec deux figures dans chacune , gravées par
M. Desplaces , d'après M. Charles Coypel La
premiere sous ce titre : Education douce et insinuante
, donnée par une Sainte. Et l'autre : Education
seche et rebutante , donnée par une Prude.
Ces Estampes se vendent chés Desplaces .-
Le sieur Huquier a gravé et débite actuellement
un second Livre pour aprendre à dessiner
l'ornement. Les six feuilles , marquées en haut
par la Lettre C. avec leurs chiffres , qui étant
collées l'une au-dessous de l'autre et leurs contr'épreuves
sur le côté ( de- même que ceux
G qu
128 MERCURE DE FRANCE
qui composent la lettre D. ) forment deux trèsbelles
feuilles de Paravent. Ces mêmes Morceaux
peuvent former de grands Ecrans , même des
Paneaux de quelque grandeur qu'ils puissent
être , quand on en voudra faire des Découpures.
On trouve chés le même quantité de Sujets
diferens qui peuvent orner ces sortes d'Ouvrages,
Le succès qu'a eû le premier Livre qui a été
annoncé il y a quelques mois , a déterminé l'Auteur
à donner ce second; comme ils sont dans deux
genres oposés , il se flate que le Public en sera
satisfait.
De plus il a mis au jour un Livre de six
feuilles de Desseins de Pendules , d'après les
Desseins de M. Oppenort , qui par leur bon
goût et leur singularité , ne contribuënt pas peu
au débit qu'il en fait.
Il paroît un très- beau Portrait d'après M. de
Largilliere , et très - heureusement gravé par L,
Surugue. On lit cette Inscription au bas.
STEPHANUS - FRANCISCUS GEOFFROY ,
Parisinus , natus annô 1672. Facult. Medic. Pa
ris. Decanus ; in Colleg. Francia Lector Regius ,
nec non Chymia, et Histor . Natural . in Hort. Reg.
Paris . Professor ; Reg. Scient. Acad. et Societ,
Reg. Lond. Socius : obiit iterum Decanus anne
1731.
Dilectissimo Fratri hoc amicitia et grati animi
Monumentum dicavit , CLAUD . JOSEPH.
GEOFFROY , Pharmac. Parisiens . Profectus
Antiquior ; Edil. Paris . Reg, Scient . Acad. et
Societ . Reg. Lond. Socius . Cette Estampe ne se
vend point.
Le sieur Baradelle , Ingénieur du Roy pour les
Instrumensi
JANVIER. 1738. 129
Instrumens de Mathématique , donne avis qu'il
vient de construire un Cadran Vertical , qui s'oriente
sans le secours de la Boussole , pour Paris,
ses Environs et autres Lieux ; sçavoir , pour
toutes les Villes qui sont à peu près sous la
même élevation; comme Coutances, S. Lo, Caën,”
Falaise , Conches , Evreux , Mantes, S. Germain
en Laye, Versailles, Pontoise, Meaux , Château-
Thiery, Epernay , Châlons- sur -Marne.
Quoiqu'on n'ait indiqué ce Cadran que pour
Paris et pour les autres Villes indiquées dessous
la même élevation , cependant comme un quart
ou un tiers de degré ne peuvent faire aucune
diference sensible , il peut servir également pour
les Endroits suivans :
Vire. Vernon.
Bayeux.
Senlis.
Lisieux. Crépy.
Argentan.
Soissons!
Verdun,
Vitry -le-Franç.
Metz en Loraine
.
Verneuil. Rosoi. Bar-le - Duc.
Andely.
Colomiers. Toul.
Nonancourt. Rheims. Nancy.
On a mis aux deux côtés du Cadran deux
Echelles qui contiennent les 12. mois de l'année,
de 5. jours en 5. jours , ainsi il sera facile de
trouver par proportion le point qui doit répondre
au jour courant ; il y a une soye qui est
toujours dans le centre du Cadran , avec une
petite perle qui coule au long , afin de l'ajuster
au jour du mois , lorsqu'on veut en faire usage .
On a pratiqué une pinule qui se couche et se leve,
pour trouver l'heure. On expose le tranchant
du Cadran au Soleil et l'on fait ensorte que
L'ombre de la pinule soit exactement le long de la
ligne d'espace marquée dans la partie supérieure
dudit Cadran, alors la petite perle qui a été ajus-
Gij
tée
730 MERCURE DE FRANCE
tée sur le jour du mois , se trouve verticale
par le moyen d'un plomb qui est attaché au
bout,et fait que la perle marque l'heure cherchée.
Ce Cadran se leve et se baisse à toutes les heures
du jour , comme fait le Soleil sur l'horison. On
y voit les temps des Equinoxes du Printemps et
de l'Automne, les Solstices d'Eté et d'Hyver , ils
sont aisés à porter dans la poche , étant de 6 .
pouces de hauteur et de 4. de large et 2 lignes
d'épaisseur.
Le prix est de deux livres ; ils sont propre
ment montés et gravés par les meilleurs Maîtres.
Sa demeure est toujours Quai de l'Horloge
du Palais , à l'Enseigne de l'Observatoire à Paris.
AIR A BOIRE,
A Mi , je vais descendre au tenebreux Rivage,
Du sort c'est la commune loi ;
Ce coup n'a rien qui glace mon courage ,
Et j'attends la mort sans effroi ,
*
Mais en quittant ces Lieux , mon compere Gres
goire ,
Si j'ai quelque chagrin ,
C'est de n'avoir pu boire
Ce qui me reste encor de vin .
Ces Paroles sont de M. de Poernich , elles ont
été mises en Musique par M. Royé , premier
Page de la Musique de la Chambre du Roy.
SPECTACLES,
THE
FUBLILISH
ASTOR LENOX,AND
TILDEN FOUNDATIONS.
JANVIER. 1738.131
kakikikak
SPECTACLE S.
L
Es Comediens François donnerent
le 10. Janvier la premiere représentation
d'une Comédie en Vers , et en
cinq Actes , intitulée la Métromanie . Cet
te Piece qui est de M. Piron , fut reçûë
avec unaplaudissement general , et continuë
d'être representée avec le même
succès . Sur le titre de la Piece on avoit
;
de la peine à concevoir qu'on pûr la pous➡
ser jusqu'à cinq Actes mais sur le nom
de l'Auteur , on n'a pas douté un moment
que les beautés de détail ne supléassent
à la sécheresse du sujet , et l'on ne
s'est pas trompé ; le fond du sujet peutêtre
expliqué en peu de lignes , voici de
quoi il s'agit.
Un Enfant de Famille est envoyé de
Toulouse à Paris pour étudier en Droit ;
la manie de rimer le distrait si fort de
son principal devoir , qu'il s'occupe tout
entier de sa passion dominante. Un Oncle
chargé de sa conduite , aprenant qu'il
ne fait rien moins que ce qu'il devroit
faire , vient à Paris pour le faire enfermer
; il s'adresse pour obtenir une Let-
Giij tre
132 MERCURE DE FRANCE
tre de Cachet , à un de ses anciens Amis ;
cet Ami lui promet tout le succès qu'il
peut esperer ; il charge de cette commission
ce même neveu sur qui elle doit
tomber , un changement de nom est la
cause de cette méprise.
Il n'en falloit pas davantage à un genie
aussi chaud , aussi gai , et aussi fertile
que celui de M. Piron , pour faire
une Comédie en cinq Actes , d'un fonds
dont un Auteur ordinaire n'auroit tiré
tout au plus que trois Actes ; il est vrai
que les deux premiers de la Métromanie
se sont un peu sentis de la sterilité du
fonds, mais les trois derniers en ont bien
dédommagé les Spectateurs.
,
Avant que de commencer l'Extrait de
cette Piéce nos Lecteurs ne trouveront
pas mauvais que nous leur disions un
mot de ce qui l'a 'occasionnée . Un Au
teur à qui on ne rendoit pas toute la justice
qu'il meritoit , voyant que ses Poësies
n'avoient pas le succès dont il s'étoit
flaté , s'avisa d'en faire imprimer quelques-
unes dans notre Journal , sous le
nom d'une Muse Bretonne , qu'il apella
Mademoiselle de Malcrais ; le succès répondit
si bien à ses esperances , que nos
meilleurs Poëtes y furent trompés . Cette
nouvelle Muse devint l'objet de leur
adoration
JANVIER. 1938. 133
adoration , mais à peine furent - ils détrompés
d'une erreur si flateuse , qu'ils
cesserent de rendre leurs hommages à
leur prétendue Divinité , tant il est vrai
que la celebrité de l'Auteur , est quelquefois
un sûr garant du succès des Ouvrages.
Cette erreur qui n'est que trop
generale , n'a pas été un des moindres
motifs qui ont porté l'Auteur de la Métromanie
, à enrichir notre Théatre de
ce dernier essai de sa plume. Voici la
Piéce, Acte par Acte et Scene par Scene,
aussi fidelement que nous l'avons pû ,
d'après quelques représentations .
La Scene est dans une Maison de Campagne
près Paris.
Au premier Acte , Mondor , Laquais
de Damis , Heros de la Piece , sous le
nom de M. de l'Empirée , demande à Lisette
, Suivante de Lucile , si elle n'a point
entendu parler de son Maître ; Lisette
lui en demande le nom , au nom de Damis
, Lisette ne le reconnoît point ; mais
à la qualité de Poëte et au Portrait que
Mondor lui en fait , elle lui dit qu'il
pouroit bien être actuellement dans la
Maison de Campagne de M. Francaleu ,
Lieu de la Scene Mondor la quitte
pour l'aller chercher.
Giiij Dorante
134 MERCURE DE FRANCE
Dorante Amant de Lucile , arrive tout
exprès de Paris , pour voir Lucile , dont
il est devenu amoureux , dans un Convent
où elle s'est montrée à ses yeux
pour la premiere fois. Lisette lui promet
tous les services qui dépendront
d'elle , et lui conseille de ne se point fai
re connoître , attendu que M. de Francaleu
, Pere de Lucile , plaide depuis
long-temps avec le Pere de Dorante , ce
Jeune Amant se flate de lever tous les
obstacles qui s'oposent à son bonheur :
comme il est lié d'amitié avec M. de
l'Empirée , que M. de Francaleu aime
beaucoup , il ne le voit pas plûtôt paroftre
qu'il le prie d'obtenir de M. de Francaleu
qu'il puisse avoir un rôle dans une
de ses Piéces , qu'il se plaît à faire jouer
dans sa Maison de Campagne , M. de
l'Empirée lui promet tout , M. de Francaleu
vient se plaindre à M. de l'Em
pirée du malheur qui vient de lui arriver
par de fâcheux accidens qui lui enlevent
quelques uns de ses Acteurs , et surtout
celui qui doit jouer le rôle d'Amant , M.
de l'Empirée y pourvoit par l'offre qu'il
lui fait de Dorante , qu'il se garde bien de
nommer , à cause du Procès qui est entre
les deux Peres . Voilà à- peu- près la
matiere du premier Acte , nous passons
sous
JANVIER . 1738. 135
"
sous silence une Scene entre Mondor et
son Maître , où l'un et l'autre entrent
dans un détail trop bas...
Après quelques Scenes dont nous ne
nous souvenons qu'imparfaitement , M.
Francaleu , Pere de Lucile , et M. Baliveau
, Oncle de Damis , sous le nom de
Empirée , continuent le second Acte
il se revoyent avec plaisir après une assés
longue absence. Ce dernier prie son
Ami de lui rendre un service important,
qui est d'obtenir un ordre de là Cour
pour faire enfermer un neveu dont l'éducation
lui a été commise , et qui loin
de répondre à ses soins , trahit ses esperances
par le mauvais usage qu'il en fait
Francaleu lui promet tout, pourvû qu'en
revanche , il remplace un Acteur qui lur
manque dans une de ses Piéces qu'il va
faire jouer Baliveau rejette cette condition
, comme indigne d'un Capitoul ;
mais enfin forcé de l'accepter , il s'y soumet
et se retire , après avoir reçu son:
rôle ; Francaleu dit à Lisette de se préparer
à bien jouer celui d'Indolente , dont
il l'a chargée ; Lisette lui repond que
pour mieux s'en acquiter , elle a fait:
faire un habit semblable à celui de sa
Maîtresse , qui est l'indolence même , ett
qu'elle n'oubliera rien , pour la corrigen
;
Gy de
136 MERCURE DE FRANCE
de ce défaut , Francaleu lui repond , que
telle qu'elle est , il l'aime assés pour la
rendre Maîtresse du choix de son Epoux
et qu'elle n'a qu'à choisir entre tous les
jeur.es Gens qui sont actuellement dans .
sa Maison de Campagne. Lisette , par
un raffinement assés singulier , lui conseille
d'exclure de ce choix celui qu'il a
chargé du rôle d'Amant, et lui dit qu'elle
a ses raisons pour cela . Francaleu , sans
aprofondir ses raisons consent à cette
exception et se retire. Dorante qui a entendu
un conseil si fatal à son amour
en fait des reptoches à Lisette , qui lui
dit que par cette exclusion , il l'emportera
sur tous ses Rivaux , et qu'il devien
dra le fruit défendu pour Lucile, Dorante
consent à se laisser conduire par Li
sette. Lucile vient , Dorante veut lui par-
Lisette le lui défend , il obeit encore
, et se contente de saluer Lucile en
sortant , Lisette parle à sà -Maîtresse en
faveur de Dorante ; comme Lucile lui a
paru charmée d'une Idile qu'on lui a envoyée
, Lisette lui fait croire que Dorante
en est l'Auteur , et qu'elle est l'Heroïne
de la Piéce ; Lucile passe tout à
coup de l'amour de l'Ouvrage à celui de
l'Auteur. Voilà ce qu'il y a de plus essentiel
dans ce second Acte ; cependant
ler ,
JANVIER. 1738. 137
il est à propos que nos Lecteurs aprene
l'idile dont nous venons de
nent que
parler, est de M. de l'Empirée.
Dans le troisiéme Acte , après quel
ques Scenes dont une partie du détail ,
quoi que très joli , s'est encore échapé de
notre mémoire , M. Baliveau vient dire
à M. Francaleu qu'il sçait son rôle , et
qu'il l'a apris avec d'autant plus de plaisir
, qu'il l'a trouvé convenable à sa situation
presente à l'égard de son libertin
de neveu ; tant mieux lui repond
Francaleu , vous ne l'en jouerez que mieux
il ajoute qu'il veut se donner le plaisir de
le lui voir repeter avec celui qui doit faire
le rôle de Fils , il fait apeller l'Empi
rée , etrecommande à Baliveau de témoigner
de la surprise et de la colere à
l'aproche de l'Acteur dont il est le Pere ,
P'Empirée arrive , la surprise est si naturelle
d'une et d'autre part , que Francaleu
en paroît enchanté et embrasse Báliveau
,en lui disant Bravo , Bravo, Bravo,
il les laisse jouer ensemble , pour aller
donner ordre à quelques soins. Ce coup
de Théatre est d'autant plus beau , qu'il
donne lieu à une Scene admirable pour
et contre au sujet de laMétromanie. Après
cette belle Scene Baliveau se retire , après
avoit exigé de son neveu , qu'il ne se fe
G vj
138 MERCURE DE FRANCE
ra pas connoître pour tel à M. Francaleu
, l'Empirée le lui promet , ravi de
pouvoir garder l'incognito , Baliveau
flaté de la promesse que son Ami lui a
faite , dit cet à parte en se retirant :
Si jamais tu rimailles ,
Ce ne sera jamais qu'entre quatre murailles.
Damis , ou l'Empirée après avoir ri
de cette avanture et fait connoître
son amour pour une Bretonne qu'il ne
connoît que par le Mercure , fait place à
Dorante et à Lucile . Dorante la presse de
prononcer l'arrêt de son sort , Lucile
lui repond que si son coeur se déclare jamais,
ce ne sera qu'en faveur de l'Auteur
de l'Idile qu'elle tient entre ses mains
Dorante ne sçait si c'est de l'Empirée ou
de lui même qu'elle vout parler , l'Empirée
survient , Lucile l'arrête pour lui
faire une lecture de l'Ouvrage en question
; Dorante , qui commence à devenir
jaloux de l'Empirée , dit à Lucile , que
les Poëtes aiment la solitude , l'Empirée
répond très galamment à la proposition
que Lucile lui fait d'entendre un Ouvrage
qui a eû le bonheur de lui plaire il
;
lui donne la main pour aller chercher
quelque ombrage commode à une si
agréable lecture , Dorante sent augmenter
JANVIE R. 1738 139
ne
ter sa jalousie , et brûle de s'en éclaircir.
Le quatrième Acte est si plein d'incidens
, et par conséquent si chargé de
Scénes , que nous craignons de ne les pas
suivre de droit fils nous prévenons le
Lecteur sur ce petit inconvénient , afin
qu'on l'impute plutôt à notre défaut de
mémoire , qu'à la négligence de l'Auteur,
qui, sans doute , n'ignore pas qu'il
faut faire regner une espece de Généalogie
dans les Scenes , et qu'elles doivent
naître les unes des autres ; nous
prétendons pas cependant contester aux
Maîtres de l'Art le droit de se mettre
quelquefois au dessus des regles. Voici
donc ce qui se passe dans cet Acte , qui
n'est pas un des moins beaux de la Piece.
Dorante ne paroît pas trop satisfait de
Lucile ; il s'en plaint à Lisette , qu'il
soupçonne injustement de favoriser le
Poëte ; vous ne me croyez donc pas interessée
, lui répond Lisette ; elle est si
picquée des soupçons outrés de Doran
te , qu'on diroit qu'elle va abandonner
Les interêts ; point du tout. Elle trouve
très mauvais que Mondor vienne se vanter
de la prétendue victoire que son
Maître va remporter sur tous ceux qui
aspirent à la main de Lucile ; Lisette se
retire dans le dessein de redoubler ses
soins
140 MERGURE DE FRANCE
soins pour Dorante. Mondor fait compliment
à son Maître sur le succès de ses
amours.
L'Empirée prend le change , et croit
que c'est de sa Bretonne que son valet
lui parle le qui pro quo étant expliqué
Francaleu vient ; il fait confidence à.
l'Empirée de la commission dont Bali-.
veau l'a chargé , et s'en remet à luimême.
L'Empirée surpris autant que satisfait
de ce qu'il aprend , accepte la
commission, Resté seul , il veut chercher
ses tablettes pour s'entretenir agréablement
d'un Epithalame qu'il a fait sur
son Heroïne de Quimpercorentin ; il ne
trouve pas ses tablettes ; j'ai perdu mon
trésor , s'écrie -t'il ; Dorante qui arrive ,
lui rend ses tablettes ; mais l'Epithalame
qu'il croit s'adresser à Lucile ne lui
laissant plus douter que son Ami ne soit
con Rival , il lui fait un défi ; l'Empirée
après quelques refus , est enfin forcé de
Faccepter ; Francaleu , sans sçavoir leur
dessein , retient Dorante pour lui lire
une Comédie de sa façon en six Actes ;
Dorante s'échape d'entre ses mains ; Ba
liveau irrité contre lui veut redoubler
les défenses qu'il a déja faites de souffrir
qu'il parlat à sa Fille ; il croit parler à
Lucile , et c'est à Lisette , qui a pris um
>
habit
JANVIER. 17388 141
habit pareil à celui de sa Maîtresse , pour
mieux jouer le Rôle d'Indolente. Dorante
qui vient de se battre avec l'Empirée
, prend le change à son tour , et
croyant parler à Lucile , il lui reproche
le sacrifice qu'elle fait . de son amour à
celui de son Rival ; Lucile arrive ; Dorante
est très-surpris d'en trouver deux au
lieu d'une cette seconde méprise a été
plus aplaudie que la premiere , par le
plus grand nombre ; mais les connoisseurs
n'ont pas pris le change ; après
quelques reproches de Lucile sur la jalousie
de Dorante , elle lui pardonne en
faveur de l'aveu qu'il fait de n'être pas
l'Auteur de l'Idile dont nous avons
déja parlé ; c'est l'action la plus noble
que Dorante fasse dans toute la Piece
car Lisette le porte à faire siffler celle
de l'Empirée , qu'on doit jouer ce même
jour.
Au cinquiéme Acte , l'Empirée est
dans une grande perplexité depuis qu'il a
apris qu'on joue sa Piece . Francaleu et Ba
liveau viennent lui en annoncer la chûte.
Le premier à qui l'Empirée a déja fait
connoître qu'il en est l'Auteur , y trouve
tour mauvais , et digne des sifflets qu'elle
a essuyés ; mais Baliveau en parle avee
moins de dureté , et convient que la ca
bale
142 MERCURE DE FRANCE
bale n'a jamais paru si marquée que dans
cette premiere Représentation. Mondor
vient aporter à l'Empirée la réponse
d'une Lettre dont son Maître l'a chargé
dans l'Acre précedent . L'Empirée se retite
pour l'aller lire. Baliveau demande à
Francaleu l'exécution de la promesse
qu'il lui a faire ; Francaleu lui dit qu'il
ne doit nullement en être en peine , et
que , sans doute , la Lettre de cachet est
dans le paquet qu'on vient de remettre
entre les mains de l'Empirée. Par- là
Baliveau aprend que c'est son neveu même
qui est chargé de son propre empri
sonement ; il s'emporte contre Franc
aleu , qui ne peut s'empêcher de riret
d'un incident si plaisant ; cependant pour:
calmer la colere de Baliveau contre l'Empirée
et contre lui - même , il lui dit
qu'il donne à l'Empirée sa Fille avec
cent mille écus ; cette générosité inatten
due désarme Baliveau ; il reçoit à bras
ouverts son neveu qui revient ; il lui
aprend l'honneur que lui fait Francaleu
de le choisir pour Gendre , et lui dit de
tomber à ses pieds pour lui en rendre
graces ; mais quelle est sa surprise, quand
Empirée lui dit , qu'il ne peut consem
tir à cet Hymen , et qu'il a d'autres engagemens
? il ne peur s'empêcher d'éclater
contre
JANVIER. 173.8. 143
contre son Neveu , et se retire. Franc
aleu demande à l'Empirée la raison de
son refus ; l'Empirée lui fait entendre
qu'il a promis sa foy à une Sapho de
Quimpercorentin; Baliveau ne peut s'en
pêcher de rire de cette avanture , étant
lui- même la prétendue Sapho. On s'at
tendoit que l'Empirée désabusé de son
idée , épouseroit Lucile , d'autant plus
vrai - semblablement qu'il est infiniment
plus honnête homme que Dotante ; mais
a
Auteur a eu ses raisons pour en ordonner
autrement , il a voulu que la Métromanie
allât jusqu'à faire refuser cent
mille écus , pour faire dire à son Héros :
Muses tenez- moi lieu de Fortune et d'A
>
mours.
Ainsi la Piece finit par le Mariage de
Dorante et de Lucile ; l'obstacle que les'
Procès entre les deux Peres sembloient
devoir faire naître à cet Hymen, est leve
par une lettre que Damis a écrite au
Pere de son Rival : générosité qui n'est
récompensée que par la promesse que
Dorante lui fait de faire aplaudir sa Piece,
par la même cabale qu'il a suscitée pour
la siffler. Au reste cette Piece , qui est
pleine d'esprit et de traits brillans , dia
loguée , écrite et versifiée au mieux ,
attice
144 MERCURE DE FRANCE
attire toûjours un très grand nombre de
Spectateurs. Nous demandons pardon à
nos Lecteurs de quelques transpositions
de Scenes que la multitude nous a empêché
de pouvoir mettre chacune à sa
place nous pouvons même avoir mis
dans un Acte ce qui se trouve dans un
autre ; mais cela n'empêche pas , que ce
qu'il y a de plus essentiel dans la Piece
ne se trouve dans cet Exrait.
Dans la Tragédie d'Iphigenie , que les
Comédiens François ont joué depuis peu ,
la Dlle Dumesnil a rempli le Rôle de Clytemnestre
, au gré des Spectateurs les plus
difficiles il seroit mal aisé de porter le
pathetique plus loin . Elle a rempli aussi
en dernier lieu le Rôle de Leontine dans
la célébre Tragédie d'Heraclius , de P.
Corneille , avec une grande intelligence .
Le 23. Janvier on remit au Theatre le
Balet Héroïque du Triomphe de l'Harmonie
pour être joué les Jeudis à la
place de celui des Amours des Dieux
qu'on vient de quitter . Ce premier Baler
avoit été donné dans sa nouveauté au
mois de May de l'année passée ; on en a
parlé fort au long dans l'Extrait qui a
été donné dans le premier vol . de Juin
1737. p. 1185. Le Public rend justice aux
diverses
JANVIER. 1738. 745
diverses beautés de ce Balet ; le Prologue
et la troisiéme Entrée sont tous les jours
plus goûtés. Le sieur Ghassé et la Dlle
Erremens y font un extrême plaisir. Le
sieur le Page qui joue le Rôle de Pluton
dans l'Entrée d'Orphée , y fait goûter sa
belle voix . LesCheurs sont fort aplaudis,
et toutes les Fêtes sont charmantes. Les
Balets sont très- bien faits , et le sieur
Dupré étonne et charme également les
gens du meilleur goût , et les plus fins
connoisseurs , ainsi que les Dlles Sallé
et Mariette , et les sieurs Du Moulin ,
Maltair , &c.
,
On doit donner sur la fin du Carnaval
, quelques Représentations des Fêtes
de l'Amour et de Bacchus.
La place nous manque pour donner
ici une Analyse de l'Opera d'Atis , et
quelques observations que nous avons
recueillies sur cette Tragédie. Elle mérite
bien le grand succès qu'elle a depuis
le commencement de ce mois qu'on la
donne au Public , aussi est- elle remise
avec beaucoup d'éclat. Décorations somptueuses
, Machines bien éxécutées , habits
riches , galants et carcterisés avec
goût , Choeurs et Balets très- nombreux ,
et bien ordonnés . Les principaux Rôles
sont très-heureusement remplis pa rceux
C qui
146 MERCURE DE FRANCE
qui les joüent , chacun
કે
y fait briller
avantageusement son talent , et pour les
deux grands Personnages interessans d'A
tis et de Sangaride , remplis par le sieur
Tribou et la Dlle Pelissier , nous avons
oui dire à plusieurs personnes d'un goût
sûr et délicat , que si on conserve cherement
et avec raison le souvenir des deux
célébres voix qui ont chanté ces deux
grands Rôles il y a douze ans , on conservera
au même dégré le souvenir de
l'art inimitable , et de l'action juste et
précise avec laquelle ces Rôles sont joüés
aujourd'hui .
Voici quelques Fleurs qu'un de nos
Poëres a répandues dans ces Vers , pour
célébrer l'Actrice dont nous venons de
parler.
La Beauté la plus sévere : Air de l'Opera
d'Atis.
S Angaride est triomphante
Des Cabaleurs abrutis ;
Le Parterre qu'elle enchante
Devient le Rival d'Atis;;
Son jeu naturel et tendre
Met la Critique en défaut ,
Et de l'Art il ne sçait prendre
Que
JANVIER . 1738 . 147
Que les agrémens qu'il faut.
Boileau , s'il pouvoit l'entendre ,
Leüeroit les Vers de Quinaut ;
Le Public , Censeur severe ,
Des Acteurs fair le tourment ;
Pour toi son goût persevere ,
Et con Juge est ton Amant.
Pelissier , rien ne te coûte ,
Pour nous plaire et nous touchers
Des Coeurs , tu connois la route ,
Sans éfort pour la chercher ;
Qui plus te voit mieux te goûte,
Eût-il un coeur de rocher,
NOUVELLES ETRANGERES ,
TURQUIE ET PERSE.
Malgrél'ardeur avec laquelle on travaille à
Constantinople aux préparatifs pour con
tinuer la Guerre , il y a aparence que les Négociations
pour terminer les differen is du Gr.
Seigneur avec l'Empereur et la Czarine ont déja
eu quelques succès . On prétend qu'outre les
conditions préliminaires , concernant le Pays
où la Guerre s'est faite , le Grand Seigneur a
résolu de demander qu'on établisse pareillement
pour Préliminaire qu'on fixera par trois barrie-
ICS
148 MERCURE DE FRANCE
res les limites de ses Etats et de ceux de Sa Maj.
Czar. que la premiere, s'étendra le long du Bog,
depuis les frontieres de la Pologne , jusqu'à l'endroit
où le Bog se jette dans le Borysthene ; que
la Czarine retirera de l'étenduë de Pays , qui est
entre ces deux Rivieres , tous les Cosaques qui
y demeurent , et qu'elle leur assignera d'autres
établissemens dans l'intérieur de ses Etats ; que
Sa Hautesse de son côté obligera les Tartares ,
qui sont au-delà du Borysthene , dans la Partie
Örientale de la Petite Tartarie , d'aller s'établir :
dans la Province de Budziacx , que Kiow et
Wazilow seront les premieres Places frontieres
de la Moscovie , du côté de l'Ukraine , de même
que Bender et Oczakow seront les premie
Les Places frontieres de Turquie du même côté ;
que pour former la seconde barriere , on tirera
une ligne depuis le Borysthene jusqu'au Tanaïs ;
que les Cosaques qui habitent les Pays situés en
deçà de cette ligne , les abandonneront pour se
retirer dans la Moscovie , et que le Grand Seigneur
fera détruire les Villes et toutes les autres
Habitations fortifiées ou non fortifiées au- delà i
de cette même ligne , que la troisiéme barriere
sera depuis le Tanais jusqu'au Fleuve du Cuban ;
qu'on conviendra de rendre déserte une certaine
étendue du terrain qui est entre ces deux Fleu ---
ves ; que le Grand Seigneur fera bâtir une Forteresse
sur le bord du dernier , pour couvrir la
Circassie et le Pays des Tartares Nogais , et
que la Czarine aura pareillement la liberté de
faire construire une Forteresse sur le bord du
Tanais ; qu'après que les limites des Etats des
deux Puissances auront été ainsi reglées , on
défendra de part et d'autre aux Commandans .
des Frontieres , de souffrir qu'aucun des sujets
du
JANVIER . 1738. 149
du Grand Seigneur ou de la Czarine contrewienne
au Reglement qu'on aura fait pour ces
limites.
Le Kurtzi Bachi a été étranglé par ordre du
Divan. On dit qu'il a eu beaucoup de part aux
malversations , pour lesquelles le Kiaia du dernier
Grand Vizir a été condamné à mort.
Le Prince Ragotzi est toujours incommodé ,
il n'a pas cû encore audiance du Grand Seigneur,
qui lui a assigné pour sa demeure un Palais à
Constantinople , où il doit passer l'hyver. S.H ,
lui donne cent écus par jour pour sa dépense.
Le Comte de Bonneval est toujours au Camp
du Grand-Visir et n'a pas encore été fait Pacha
à trois queues.
On mande en dernier lieu de Constantinople,
que le Marquis de Villeneuve , Ambassadeur du
Roy de France , a de fréquentes conferences avec
le Kaimacan , et l'on assure qu'elles ont pour
objet l'accommodement du G. Seigneur avec
l'Empereur et la Czarine, et que S. M. T. Chrétienne
a consenti d'employer sa médiation , afin
de terminer les differends de ces trois Puissances,
On a apris par des Lettres du Levant , le détail
suivant sur les affaires du Royaume de Perse :
Thamas- Kouli- Kan s'étant mis en marche à la
fin de l'année 1736. pour obliger les Rebells de
la Province de Candahar de se soumettre , Hussein-
Kan , que les Rebelles avoient élû pour leur
Chef , et qui est fils du fameux Meriwitz , marcha
de son côté avec une Armée de 60000 .
hommes pour l'attaquer, Les deux Armées se
livrerent un combat assés vif, mais celle de Tha--
mas Kouli- Kan ayant eû l'avantage , Hussein
Kan se retira à Candahar .
Un Corps considerable de Troupes que ce
dernier
150 MERCURE DE FRANCE
dernier avoit posté sur le bord d'une Riviere ,
afin d'en disputer le passage à Thamas- Kouli-
Kan , ne put l'empêcher de la passer , et le Roy
de Perse , après avoir mis ces Troupes en fuite,
continua sa marche , sans que les Rebelles osassent
se présenter devant lui. Il assiégea la Ville
de Candahar au commencement du Printemps
de l'année derniere , mais son Artillerie ne faisant
aucun effet , parce que la Ville est située
sur une hauteur , il convertit le Siége en
Blocus , dans l'esperance de réduire les Rebelles
la famine , et il détacha en même temps des
Troupes pour faire la conquête du reste de la
Province , qui fut bien tôt soûmise .
par
Hussein-Kan , prévoyant que le manque de
vivres le contraindroit à la fin de se rendre , envoya
des Députés à Thamas Kouli Kan pour
lui offrir de le reconnoître en qualité de Souverain
et de lui prêter foi et hommage , s'il vouloit
se retirer avec ses Troupes dans la Province
de Herat. Le Roy de Perse ne voulut point accepter
cette condition , et il prit les mesures nécessaires
pour attaquer Candahar dans les formes.
Quand on a reçû ces nouvelles , le Siége de cette
Place duroit encore.
Depuis que Thamas- Kouli-Kan a mis ses
Batteries en état de tirer contre la Ville avec
plus de succès , les Assiégés ont fait plusieurs
sorties , et dans une qu'ils firent au commencement
du mois d'Août dernier , les Persans furent
d'abord mis en désordre, Peu s'en fallut même
qu'ils n'abandonnassent leurs travaux et leurs
Batteries , si le Roy de Perse ne les avoit ralliés
et ne se fût mis à leur tête pour repousser les
Rebelles .
Les mêmes Lettres portent , que le Grand
Mogol
JANVIE R. 1738. re
Mogol avoit envoyé l'année derniere des Am
bassadeurs à Thamas- Kouli -Kan , mais que ce
dernier n'avoit point voulu écouter les propositions
dont ils étoient chargés , et qu'il leur avoit
déclaré qu'il feroit la guerre au Prince leur Maftre
, s'il ne consentoit de renvoyer en Perse les
descendans des 12000. Persans , dont étoit composé
le Corps de Troupes auxiliaires , qui avoit
passé il y a environ 200. ans dans les Etats du
Grand Mogol , par ordre du Schah Thamas I.
DE RUSSIE.
Na apris de Petersbourg , que l'Armée
qui assiegeoit Oczakow , étoit commandée
par Gentzi Ali - Pacha , Seraskier de Bender , le
quel avoit sous ses ordres le nouveauKan deCrimée
et le Sultan de Bielogrod ; elle étoit composée
de foooo. Turcs et de 30000. Tartares.
Le Grand Seigneur , non content de faire atta
quer Oczakow par un nombre si considérable
de Troupes , avoit ordonné qu'une Escadre de
vingt Bâtimens se rendît devant cette Place , mais
les Ennemis n'ayant pû s'emparer du Fort de
Kimburn , et les Vaisseaux Moscovites fermant
Pembouchure du Dnieper , l'Escadre Turque
n'est point entrée dans cette Riviere , et par
conséquent n'a pas été à portée de séconder
Gentzi- Ali - Pacha .
Ce Seraskier,qui depuis la sortie que le Lieutenant
Feldt- Maréchal Stoffeln avoit faite le 20.
du mois d'Octobre , et dans laquelle les Moscovites
avoient comblé une partie des travaux des
Assiegeans et encloüé quelques- uns de leurs Canons
, n'avoit été occupé qu'à remettre ses Batferies
en bon état et à pousser se's aproches
H donna
152 MERCURE DE FRANCE
donna le 3. Novembre un assaut à la redou
te de Chassan Palanka , et en chassa les Moscovitės.
La Garnison fit une sortie le 5. et il y eut un
combat très-vif, dans lequel les Turcs curent du
désavantage.
Le 6. et le 7. les Escadres Turques et Moscovites
se canonnerent presque sans discontinuer
et le 7. Gentzi - Ali- Pacha , irrité de ce que le
Commandant de l'Escadre Turque ne pouvoir
obliger l'Escadre Moscovite de se retirer , lui
couper la tête.
fit
Les Assiegés ayant découvert le même jour
trois mines pratiquées par les Turcs , en éventerent
deux , et ils prirent les mesures nécessaires
pour empêcher que la troisiéme ne pût nuire à
la Ville. Le lendemain les Turcs mirent le feu a
cette mine , mais elle fit un effet contraire à ce
lui qu'ils attendoient, et elle tua plusieurs Janis
saires,
Ce mauvais succès ne les rebuta point, et après
avoir fait une fausse attaque du côté du Bastion
de Lewendahl , ils attaquerent d'un côté la porte
d'Ismailoff , et de l'autre la porte voisine de
Pendroit où le Duieper se jette dans la Mer Noi
re. Ils avoient déja penetré dans la Ville par
cette derniere porte , lorsque les Assiegés firent
sauter deux mines avec tant de succès que
les Turcs ayant perdu beaucoup de monde
se retirerent avec précipitation , et ceux qui
étoient entrés dans la Ville furent presque
tous massacrés.
La perte considerable que les Assiegeans avoient
faite à cet assaut et dans les précedens , ne les auroit
pas empêchés de continuer le Siege , si le 9.
eu soir Gentzi-Ali- Pacha n'eût reçû une Lettre
par
JANVIER. 1738. 158
par laquelle le Sultan Naradin qu'il avoit envoyé
à l'embouchure du Bog , avec quelques Troupes
pour couvrir l'Armée Turque de ce côté - là , lui
donnoit avis qu'on avoit vû sur le Dnieper un
grand nombre de Bâtimens chargés de Troupes
Moscovites qui álloient au secours d'Oczakow.
L'Armée Turque se trouvant considérablement
afloiblie , et Gentzi- Ali- Pacha craignant que le
Comte de Munich n'eût rassemblé toutes ses for
ces pour l'attaquer , ce Seraskier se détermina à
lever le Siege. Sa retraite a été si précipitée qu'il
a laissé dans son Camp une grande quantité de
boulets , de bombes et d'autres munitions de
guerre. On prétend que dans ce Siege les Turcs
ont perdu plus de 20000. hommes. L'Aga des
Janissaires a été tué dans le dernier assaut.
Les nouvelles de Petersbourg du commencement
de ce mois , portent que Donduck Ombro,
Kan des Calmouques, Tributaires de la Czarine,
a mandé à S. M. Cz . qu'ayant jugé que la circonstance
étoit favorable pour attaquer les Tartares
de la partie du Cuban , située au-delà du
Fleuve de ce nom , il s'étoit mis en marche vers
la fin du mois de Novembre dernier avec un
Corps de ses Troupes et avec 10000. Cosaques
commandés par les Kans Jefremoff et Kromschekow
; qu'après avoir passé sans aucun obstacle
le Fleuve du Cuban , il avoit attaqué les
Tartares qui étoient postés à quelque distance
du Fleuve , et que leur ayant tué beaucoup de
monde et ayant fait un grand nombre de prisonniers
, il avoit obligé les Ennemis de prendre
la fuite ; qu'il avoit ensuite penetré dans
Pinterieur du Pays , où il avoit tout saccagé et
brûlé , et qu'il avoit défait en plusieurs occasions
divers détachemens des Tartares.
Hij Les
14 MERCURE DE FRANCE
Les mêmes Lettres portoient, que ces premiers
avantages l'avoient engagé à s'avancer jusqu'à
Berlucca , petite Ville fermée de murailles , er
dans laquelle les Turcs tenoient une Garnison
qu'il avoit emporté cette Ville d'assaut , et qu'il
ayoit massacré la plus grande partie de la Garnison
et des Habitans ; qu'après s'être emparé
de cette Ville , il avoit envoyé pour reconnoître
les Montagnes voisines de la Circassie , plusieurs
détachemens qui avoient pillé presque toutes les
habitations des Tartares des environs , et que
cette expedition étant terminée , les Calmouques
et les Cosa ques étoient retournés dans leur
Pays , avec tout le butin qu'ils ont fait , tant au
Combat qu'ils ont donné près du Fleuve du Cuban
, que dans le pillage de Berlucca et dans les
courses des détachemens qui sont allés à la découverte
du côté de la Circassie.
Le succès de l'entreprise que Donduk- Ombro
vient d'executer , est d'autant plus important
que les Tartares du Cuban se trouvent par là
hors d'état de continuer leurs courses dans les
Etats de la Czarine. On en retirera cet autre
avantage, que ces Tartares ne pouvant plus secou
rir ceux de Crimée , ces derniers seront obligés
d'abandonner le dessein dans lequel ils parois
soient être de faire une nouvelle irruption en
Ukraine.
୦
DE POLOGNE.
N écrit de Warsovie
que le parti
que le Roy et la République prendront
par raport au passage des Troupes Moscovi
es , qui doivent , dit - on , se rendre dans la
haute Hongrie pour le service de l'Empereur ,
excite
JANVIER: 1738 155
excite d'autant plus l'attention , qu'on assure que
Je Grand Visir a fait écrire au Comte Potocki
par le Pacha de Choczim , que la Porte désirant
d'entretenir une bonne intelligence avec la République
, avoit ordonné que les Tartares qui
ont fait il y a quelque temps une irruption dans
ce Royaume , restituassent tous les Effets qu'ils
avoient enlevés à Krylow et dans les environs ,
et que les Polonois qu'ils avoient faits Esclaves,
fussent remis en liberté ; que le Grand Seigneur
dans toutes les autres occasions montreroit le
même empressement que dans celle- ci à satisfaire
la Nation Polonoise sur les sujets qu'elle pouroit
avoir de se plaindre des Turcs ou des Fartarés
, mais sur le premier avis que Sa Hautesse recevroit
que les Moscovites seroient entrés dans
Je Royaume de Pologne , elle y feroit aussi en
trer une Armée pour combattre ses ennemis et
pour s'oposer à leur passage.
D'ALLEMA G´N E.
L'Empereur ayant nommé le Grand Duc de Toscane pour commander l'Armée Impé
riale en Hongrie cette année , le Conseil Aulique
de Guerre a expedié les Patentes de Generalissime
à ce Prince , qui a de fréquentes conférences
avec les Comtes de Konigseg , Philippi , de Ķevenhuller
, et de Neuperg
Le Marquis de Mirepoix étant arrivé à Vienne
le 1. de ce mois , pour y résider en qualité
d'Ambassadeur du Roy de France , eut le 15. sa
premiere Audience particuliere de l'Empereur ,
et S. M. I. s'entretint fort long- temps avec ce
Ministre..
Hiij.
Les
156 MERCURE DE FRANCE
Les Commissaires nommés pour instruire les
Frocès du Comte de Seckendorf , s'assemblent
souvent chés le Comte de Harrach Président
de la Commission , mais ils n'ont point
encore fait subir aucun Interrogatoire à l'Accusé
, dont on prétend que l'affaire com
mence à prendre un tour favorable , et qui a
obtenu depuis quelque temps la permission de
diner avec le Colonel Commandant , et un Ca´
pitaine de son Regiment.
On continuë d'assurer que ce Feldt Maréchalpoura
se justifier d'une partie des accusations
formées contre lui , et que les certificats fournis
par les personnes qui ont eu la direction des
vivres en Servie , sont absolument contraires au
bruit qui s'étoit répandu , qu'il s'étoit aproprié
une partie des sommes qui lui avoient été envoyées
pour la subsistance des troupes.
L'affaire du Général Doxat , qui a été condamné
à Belgrade à être passé par les. armes
a été revée par le Conseil de Guerte , et on prétent
que ce Conseil a confirmé cette Sentence
mais qu'elle a été adoucie par la Cour , et que
Je Général Doxat sera seulement dégradé , et
obligé de sortir des Etats de l'Empereur.
La Cour d'Espagne a envoyé des remises considérables
au Comte de Fuenclara , tant pour les
présens qu'il doit faire à la Princesse Marie
Amelie de la part de leurs Majestés Catholi
ques , que pour les dépenses de son Entrée à :
Dresde , ou il se doit rendre en qualité d'Ambassadeur
Extraordinaire du Roy d'Espagne .
Les Officiers Généraux destinés à servir cette
année dans l'Armée Impériale , dont le Comte
de Konigseg , Président du Conseil de Guerre ,
aura le Commandement sous les ordres du Gr.
Duc
JANVIER 1738 .
1579
Duc de Toscane , sont le Comte Philippi et le
Comte Olivier de Wallis , Feldt- Maréchaux
le Comte de Neuperg et le Prince de Saxe Hild
burghausen , Généraux d'Artillerie ; le Baron
Secher , et le Prince de Lobkowitz , Généraux
de Cavalerie , les Comtes de Miglio , de Styrum
et de Bathyani , le Baron de Kavanach
M. Romer , le Comte de Czernin , Mrs Berlichingen
, Balayra , Suxxof et Goldi , le
Baron de Thungen , le Comte François de
Wallis , M. Botta , le Baron de Damnitz , le
Prince Charles de Loraine , et le Prince de Waldeck,
Lieutenans Feldt- Maréchaux ; le Baron de
Saint Ignon , M. Misseroni , le Comte Charles"
Palfi , M. Dufort , les Comtes de Bernes , det
Linden , Caraffe , de Preysing , de Lowenwolde,
de Ciari , de Chanclos , de Raitzenstein et de
Daun , M. Molck , le Rhingrave de Salm , les
Comtes de Braun , et de Schulembourg , M. ,
Lersner , le Marquis Pallavicini , le Comte Pierre
de Konigseg , le Comte de Mercy d'Argenteau ,
Mrs Riedesel et Grune , et le Comte de Kollow
rath , Majors Génétaux.
ITALIE."
E Roy d'Espagne n'étant pas content de ce
que quelques-uns de ses Sujets , au préjudice
d'autres qu'il avoit recommandés , ont obtenu
du Pape plusieurs Benefices vacans en Espagne
S. M. C. les a déclarés incapables d'y en posse .
der aucun à l'avenir , et déchus du droit de Naturalité
, et elle a envoyé ordre au Cardinal
Aquaviva de leur défendre l'Entrée du Palais
d'Espagne
.
On dit que le Fils du Banquier Zelada , par le
Hiiij рец
158 MERCURE DE FRANCE
peu de compte qu'il a parû faire de ce que le
Cardinal Aquaviva lui avoit fait insinuer à cet
égard , est celui qui a le plus contribué à cette
résolution de S. M. C.
11 a été réglé , que le Cardinal Infant d'Espa
gne pouroit conférer à l'avenir les Benefices qui
vaqueroient dans son Diocése ; mais la Cour
de Madrid paroît ne pas vouloir que ce Prince
se contente de cette prérogative , et le bruit
court que S. M. C. doit demander qu'il ait le
droit d'accorder des dispenses de mariage , même
dans les cas que le S. Siege s'est réservés.
Il paroît à Rome un Discours de M. Calca
gnini , Doyen de la Rote , en forme de Factum
ou de Mémoire , en faveur du Cardinal Colonna,
touchant la succession du feu Prince Eugéne de
Savoye. L'Auteur entreprend de prouver que ce
Cardinal est parent du Prince Eugene de Savoye
au même degré que le Prince de Carignan,et que
Ja Princesse Anne Victoire de Soissons est inca
pable de succeder à ses biens.
DE NAPLES.
LE premier jour de l'an après midi , le Roi
Représentation d'un Opera intitulé l'Olym
piade.
S. M. a augmenté de mille Ducats les apointemens
de M. Buoncore , son Médecin ordinaire ,
et Elle a accordé une Pension de 500. Ducats à
chacun des Médecins qui ont été consultés pendant
sa maladie.
Don François Protonobilissimo , de la Maison
des Princes del Muro , a été condamné par
le Roy à dix ans de prison , pour avoir maltraité
JANVIE R. 1738. 159
traité un Religieux Capucin , qui s'étoit cru
obligé de lui faire quelques remontrances.
Le Pere Fiorello , Dominicain , est mort
Avellino en odeur de Sainteté .
On mande de Genève de la fin de ce mois
que le Comte de Lautrec , et les Représentans
des Cantons de Zurich et de Berne , ont eû plusieurs
Conférences avec les Magistrats et les
Députés de la Bourgeoisie et on assure que
dans la derniere ils sont convenus d'un Projec
de pacification pour rétablir la bonne intelli
gence entre les différens Ordres de cette République
, et qu'ils doivent incessamment l'envoyer
en France , ainsi qu'à Zurich et à Berne
afin de le faire aprouver par le Roy de France ,
et par les deux Cantons.
94
Quelque temps avant cette derniere Confés
rence , les Magistrats avoient reçû une Lettre ,
par laquelle S. M. T. C. les assuroit , que plus
les marques qu'elle leur donnoit de sa bienveil
lance , étoient propres à les convaincre de la
part qu'ils y avoient , plus Elle désiroit qu'ils
parvinssent à en retirer tout l'avantage qu'elle
s'étoit proposé.
S. M. T. C. ajoûtoit dans cette Lettre , qu'Elle
se le promettoit non -seulement des dispositions :
qu'ils lai témoignoient , mais encore des soins .
du Comte de Lautrec, qui n'ignoroit pas let
mérite qu'il se feroit auprès d'Elle par leur
succès ; qu'Elle continuoit de sçavoir le même
gré aux Magistrats , de leurs sentimens pour sa
Personne , et pour sa Famille Royale , et qu'Elleseroit
toûjours bien- aise de leur faire éprouver
les éfets de sa protection.
A la lettre du Roy de France étoient jointes
une lettre du Cardinal de Fleury , et une de M.
Amelot , HAW
"
160 MERCURE DE FRANCE
Amelot , lesquelles contenoient des assurances $
du désir sincere qué ce Cardinal ét ce Ministre
avoient de voir les diferens Ordres de cette République
bien réunis .
Le Conseil Général a procédé à l'Election de
quatre nouveaux Syndics , qui ont été pris tous
dans des familles de simples Citoyens.
ESPAGNES ,
Na apris de Madrid que leurs Majestés
Catholiques assisterent sur la fin du moiss
dernier à une espece d'Opera , qui fut représenté
au Palais par les Princes et Princesses de
la Famille Royale , et exécuté avec tous les
agrémens imaginables . M. Farinelli , célébrę -
Musicien Italien , y chanta aussi diverses Cantates
, et leurs Majestés parurent très- satisfaites-›
de ce Divertissement.
PORTUGA L.
Elon l'Etat distribué à Lisbonne des Effets er
des Marchandises dont étoit composée la char--
ge de la derniere Flotte arivée de Rio de Janeiro ,
ik paroît que cette Flotte a aporté environ sepe
millions sept cent huit mille Crusades pour le
compte du Roy , et dix millions deux centi
mille pour le compte des particuliers . Dans le
nombre des marchandises qu'on a reçues par la
Flotte, on compte 5600. Octaves * de Diamans,
7947 Octaves de Pierres de couleur ; et beau…
coup de Topases , tirées des nouvelles Mines .
• L'Octave compose 15. Carats.
MORTS.
JANVIER . 1738. 161
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Ar les Registres tenus dans les Paroisses de-
PVienne en Autriche , il paroît qu'il y est
mort pendant l'année derniere 6735. personnes.
On a observé que dans ce nombre il étoit mort
2473. enfans au-dessous d'un an , et 1590. audessous
de 10. Entre les personnes mortes dans
un âge avancé , Ito. sont mortes depuis 80.
jusqu'à 90. 24. depuis 90. jusqu'à 100. et 4.¹
au-dessus de 100.
>
Depuis le 24 Décembre 1736. jusqu'à pareil
jour 1737. on a baptisé à Londres et à Westminster
8482. garçons et 8278. filles ; et il y
est mort 13690. hommes ou garçons , et 14133 .
filles ou femmes. Dans le nombre des morts il
y en a 10054. au- dessous de deux ans , 2613 .
entre deux et cinq ans , 1008, entre cinq et dix
885. entre dix et vingt , 2241. entre vingt et
trente , 2652. entre trente et quarante , 2578.1
entre quarante et cinquante , 2270. entre cinquante
et soixante , 1650. entre soixante et soixante
et dix , 1164. entre soixante - dix et quatre-
vingt , 176. entre quatre - vingt et quatrevingt-
dix , 127. entre quatre- ving- dix et cent ,
Centre cent et cent seize.
AMII
162 MERCURE DE FRANCE
A Mlle de C.
Pour le premier Four de l'An..
Elle , l'Aurore aux doigts de Roses
Taille de
Brille de mille feux sous un Ciel azuré ;
Quand , le front ceint de fleurs nouvellement
écloses ,
Elle annonce du jour le retour desiré.
Ainsi , par les Graces suivie ,
Vous brillez , aimable Silvie ,
Les Amours enfantins voltigent sur vos pas
Les Plaisirs , fils de la Jeunesse ,
Les Ris , les Jeux et l'Allegresse:
Forment. vos celestes apas.
Cependant , j'oserai le dire ,
Ce n'est point là ce que j'admire ,.
Car ces traits enchanteurs , ces apas spécieux
De leur nature très-fragiles ,.
Peuvent bien quelquefois , ornemens inutiles ,.
Sans aller jusqu'au coeur , ne fraper que les
yeux .
Mais ce qui m'enleve et m'enchante ,,
C'est cet esprit divin , cette douceur de moeurs
Joints à cette grace touchante ,
Qui vous rend maîtresse des coeurs.
Miyez , et triomphez , adorable Silvie ,
Qubliez
ť
JANVIER 1738
Oubliez, s'il se peut , ce * Lieu digne d'envie ,.
Qui forma tant d'attraits en vous donnant le
jour.
Paris doit conserver une si belle Vie ,.
Paris de vos apas doit être le séjour.
Le refuseriez-vous , quand tout vous y convic
Regnez-y , charmante Silvie ,
Tels sont les ordres de l'Amour
* Valogne en. Normandie.
Par M. P...
FRANCE..
Nouvelles de la Cour , de Paris , & 6
E premier de ce mois , la Reine entendit
dans la Chapelle du Château
de Versailles la Messe chantée par la Musique..
Le même jour , les Princes et Princesses
du Sang , et les Seigneurs et Damess
de la Cour eurent l'honneur de complimenter
le Roy et la Reine sur la nouvelie
année:
Le Corps de Ville a rendu à cette :
Occasion ses respects à leurs Majestés , às
Monseigneur le Dauphin , et à Mesdag
mes de France,
64 MERCURE DE FRANCE
Le Roy a nommé Ministre d'Etat le
Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat.
Le 7. le Prince de Lichtenstein , Am-'
bassadeur de l'Empereur , eut sa premiere
Audience particuliere du Roy ,
étant conduit par le Chevalier de Sainc
tot , Introducteur des Ambassadeurs
qui le conduisit ensuite à l'Audience de
la Reine , et à celle de Mesdames de
France;
>
1
L'Abbé Franchini , Envoyé du Grand
Duc de Toscane , eut le même jour sa
premiere Audience publique du Roy. Il
fut conduit à cette Audience , ainsi qu'à
celle de la Reine , et à celles de Monseigneur
le Dauphin et de Mesdames de
France , par le même Introducteur , qui
étoit allé le prendre dans les Carosses du
Roy et de la Reine ; et après avoir été
traité par les Officiers du Roy , il fut
reconduit à Paris dans les Carosses de
leurs Majestés.
Le Roy a accordé le Gouvernement'
de l'Hôtel Royal des Invalides , vacant
par la mort du Chevalier de Ganges , au´
Chevalier de Saint André , qui en étoit
Lieutenant de Roy , et la Place de Lieu- *
tenant de Roy du même Hôtel , à M. de
la
ว
JANVIER : 1738. 165
la Courneuve , Lieutenant- Colonel du *
Regiment Royal Dragons.
Par Arrêt rendu en la Grand'Chambre
, au raport de M. Bochart de Saron ,
le 8. Janvier 1738. M. Cadot , Curé"
de la Magdeleine de la Ville l'Evêque , a
été maintenu et gardé dans ladite Cure .
contre Mrs de la Coste et Hubert ' , qui
l'avoient impetré par dévolut , prétendans
que les Grades de M.Cadot n'étoient
pas valables.
Le 12. de ce mois , l'Evêque de Meaux
et l'Evêque de Nîmes furent sacrés dans
la Chapelle du Seminaire de S. Sulpice ,.
par l'Archevêque de Sens , assisté des
Evêques de Langres et de Blois.
Le 14 le Prince de Lichtenstein
Ambassadeur de l'Empereur , eut sa
premiere Audience de Monseigneur lex
Dauphin , étant conduit par le Che
valier de Saintot , Introducteur des Am--
bassadeurs..
Le Roy a accordé à M. Desmaretz de
Gramaille , Conseiller au Parlement , la
Place de Conseiller d'honneur , vacante
par la mort de M. de Vienne.
Le
3
176 MERCURE DE FRANCE
Le 4 Janvier , il y eut Concert dans le Salon
de la Reine, M. Destouches , Sur- Intendant de la
Musique du Roy, en semestre, fit chanter le Prologue
et le premier Acte de sa Pastorale Héroïque
d'Issé, qui fut continuée le 13. et le 1's . avec
beaucoup de succès . Les Diles Mathieu et Des
champs , remplirent les Rôles d'Issé et de Doris ,
et ceur de Philemon , d'Hilas , du Grand Prêtre
et de Pan , furent chantés par les sieurs Petillot
Dangerville , du Bourg et Godeneche.
Le 18 on execu a le Prologue et le premier
Acre du Balet des Elemens , du même Auteur ,
dont la suite a été interrompue par une legere
indisposition dé la Reine .
Le 25. on chanta devant S. M. lès trois derniers
Actes du même Balet des Elemens , dont
les principaux Rôles furent remplis par les Diles
Antier, d'Aigremont et Mathieu , et par les sieurs
Dangerville , Petillot et du Bourg. Tout ce Balet.
fut executé dans la plus grande précision .
Le 27: on concerta l'Opera d'Omphale , du
même Auteur , lequel fut continué le 29. pour
le dernier Concert du mois.
Le Jeudi 2. Janvier , les Comédiens François
joüerent à la Cour la Comédie de Démocrite et
la petite Piece de Crispin Rival de son Maître.
Le Mardi 7. Bajazet et le Mariage , forcé. La
Dlle Dumesnil joua le Rôle de Roxane , et fur
fort goûtée .
Le 21. Crispin Médecin et l'Avocat Patelin.
Le 28. Héraclius et l'Eté des Coquettes . La Dlle
du Mesnil joua dans la Tragédie le Rôle de
Léantine pour la premiere fois avec beaucoup
d'intelligence.
..
Les
JANVIER. 1738. 167
Le 8. les Comédiens Italiens représenterent
aussi à la Cour la Comédie des deux Arlequins ce
Ia petite Piece du Je ne sçais quoi .
Le 30. la Gouvernante et la Parodie de l'O
de Castor et Pollux.
pera
Le 6. Fête des Rois , l'Académie Royale de
Musique donna le premier Bal public de cette
année , avec un très - grand concours. On les
continue ordinairement pendant differens jours.
de chaque Semaine jusqu'au Carême.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Saumur le 9. Décembre 1737. sur l'Ar
rivée en cette Ville de M. le Comte
d'Aubigné , Lieutenant General des Ar
mées du Roy , Inspecteur General d'Infanterie
, Gouverneur de Saumur et dis
Pays Saumurois.
le Comte d'Aubigné arriva ici le 30
M Novembre , presque sans être attendu, ensorte
qu'il ne fut pas possible de suivre toute l'étendue
de notre zele et de nos devoirs. Il eut la
bonté de se contenter de la démonstration générale
d'une joye publique et du peu qu'il fut
possible de faire en pareille occasion . Il logea.
au Château et soupa chés M. de Cani , Lieutenant
de Roy , qui le reçût au bruit du Canon.
Mais ce qu'il y eut de particulier , et qui parut
plaire beaucoup à M. le Gouverneur, fut l'entrée
dans son Apartement d'un Enfant de douze ans,
habillé de l'uniforme du Régiment de Bresse ,
dont il vient d'être nommé Enseigne , lequel après
avoir été présenté , prononça avec beaucoup de
grace et durance le Compliment qui sait .
88 MERCURE DE FRANCE
MONSIEUR ,
Un jeune Eleve d'Apollon n'est guere propre
à chanter la gloire du Dieu des Combats
il lui conviendroit encore moins de relever l'éclat
de vos vertus. C'est assés pour moi, à l'âge
où je suis, d'être, instruit qu'elles vous ont éle-
» vé aux grands honneurs de la guerre , et qu'el
» les m'aprennent qu'on ne peut y parvenir qu'en
suivant les traces de la sagesse et de la valeur
qui vous y ont conduit. Je suis donc forcé de
» me réduire à´un style plus simple et plus proportionné
aux foibles talens d'un jeune Offi
>> cier.
DJ
39
J'ai puisé , Monsieur , dans le sein de ma Famille
la plus vive reconnoissance de toutes les
bontés dont vous l'avez comblée , cès senti-'
mens me sont devenus naturels . Eh ! de quoi
ne pourois- je pas me flater , si l'impression
qu'ils me font déja , pouvoit me rendre digne
de l'honneur de votre protection ! J'ose vous
» assurer , Monsieur , que je n'oublirai rien pour
cela ; mon Pere que vous honorez depuis si
long- temps de votre amitié , voudrá bien en
être
garant , et il le sera , sans contredit , avec
d'autant plus de fondement, qu'il sçait tout ce
» qu'il m'a inspiré pour me mettre en état de la
O mériter.
Le Compliment fini , le jeune Orateur eut
l'honneur d'être embrassé de M. le Gouverneur,
qui eut la bonté de faire son éloge . Il est fils de
M. du Petit-Hoüars , Major du Château de Saumur
, reçû en survivance de la Lieutenance de
Roy , et Officier du premier mérite.
Mrs les Marguilliers de l'Eglise Paroissiale de
S: Gervais à Paris , si connue par la beauté et
l'élegance
JANVIER. 1738. 189
lélegante de son Portail , aprés avoir témoigné
leur zele pour l'embellissement de leur Eglise
en faisant regratter et réparer , à grands frais ,
Pintérieur de cette Eglise , viennent de marquer'
de nouveau ce zele si loüable , en faisant ne
toyer et rétablir les grands Tableaux qui sont
exposés dans la Nef de cette Eglise, et qui étoient
dans un fort mauvais état. Ces Tableaux , au
nombre de six, qui ont chacun 22. pieds de large,
sur 12 de haut , représentent le Martyre de
* S. Gervais et de S. Prothais. Ils sont de trois fameux
Peintres , sçavoir , deux de le Sueur , un
du Bourdon , et trois de Champagne ; les deux
premiers représentent ces saintsMartyrs conduits
devant les Juges , et leur flagellation . Le troisié
me est la Décolation , et les trois autres sont
l'Aparition , l'Exhumation de ces Saints et la
Translation de leurs Reliques .
+
Messieurs les Marguilliers , sur de bons
témoignages , ont choisi pour ce dernier ou
vrage le sieur Henriet , Maître Peintre , demeurant
Isle S. Louis , au coin de la rue des
deux Ponts et du Quai de Bourbon. Ce Peintre
avoit déja succedé au feu sieur Gregoire pour
netoyer les Tableaux de Notre - Dame.
༣
MORT S.
E premier Janvier mourut à Paris Louis
Amable Carpentier de Lizy , Chevalier del
1'Ordre Royal et Militaire de S. Louis , Commissaire
de la premiere Compagnie des Gardes
du Corps du Roy , âgé de 66: ans.
Le
170 MERCURE DE FRANCE
Le 2. Claude-Nicolas Hatte , Seigneur de Che
villy , des Francs , & c. Conseiller en la Cour des
Aydes de Paris , depuis près de 43 ans , y ayant
été reçû le 12. Février 1695. mourut dans la
69. année de son âge , étant né le 23. Fevrier
1669. il n'a point été marié.
Le même jour , François - Michel de Vertha
mon , Baron du Breau , Marquis de Manoeuvre,
Conseiller Ordinaire du Roy en tous ses Con
seils , Premier Président en son Grand Conseil ,
et Commandeur de ses Ordres , mourut à Paris,
dans la 83. année de son âge , après avoir rem
pli la Premiere Présidence du Grand- Conseil
pendant près de 41. ans , ayant été reçû à cette
Charge , au lieu et par le décès de feu Thiery
Bignon , son Beau- Pere , le 24. Fevrier 1697.İl
avoit d'abord été reçû Conseiller et Commissaire
aux Requêtes du Palais du Parlement de Paris le
19. Janvier 1674 et ensuite Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hotel du Roy le 21. Août
1677. S'étant démis de cette derniere Charge, il
obtint le 15. Fevrier 1697. des Lettres d'Hono
raire , qui furent registrées au Parlement le 18.
du même mois. Il prêta serment le 8. Fevrier
1716. pour la Charge de Secretaire- Greffier des
Ordres du Roy, et s'en étant démis presque aussi-
tôt , il lui fut accordé un Brévet pour en conserver
les honneurs. Il étoit fils de Michel de
Verthamon, Marquis du Breau et de Manoeuvre,
Maître des Requêtes Ordinaire de l'Hotel du
Roy , mort le 25. Octobre 1677. et de D. Marie
d'Aligre , morte le 2. Fevrier 1724. âgée de
91. ans , et veuve en secondes nôces de Géoffroy
d'Estrades , Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur de Dunkerque
JANVIER 1738. 171
er Maire perpetuel de la Ville de Bourdeaux . Le
Président de Verthamon avoit été marié le 7.
Novembre 1678.avec Marie - Anne - Françoise Bignon
, fille unique de Thie y Bignon , Prémier
Président du Grand- Conseil , et de Françoise
Talon. Elle mourut d'une hydropisie de
poitrine de 26. Decembre 1730. dans la 70. année
de son âge. il en avoit eû six enfans ,
dont
trois morts en bas âge , les trois autres étoient
François Godefroi de Verthamon du Breau, mort
à-l'âge de zo. ans le 6. Septembre 1705. après
avoir obtenu des Lettres de dispense d'âge pour
être reçû Conseiller au Parlement . Denis -Michel
de Vertkamon , Seigneur de Vincy , reçu
Gonseiller au Parlement de Paris , et Commissaire
aux Requêtes du Palais le 12 Fevrier 1710.
et mort le 17. Octobre 1714. à l'âge de 26. ans,
sáus avoir été marié ; et Françoise- Elizabeth-Lugenie
de Verthamon , qui étant restée fille unique
, fut mariée le 28. Janvier 1716. avec François
Baltasar de Pardaillan de Gondrin , Marquis
de Bellegarde , fils puîné du feu Duc
d'Antin. Elle mourut à Bellegarde en Gâtinois
le 13. Octobre 1719. sans avoir eû d'enfans
, âgée de 37. ans. Le Président de Verthamon
a institué par son Testament Légataire
universel le fils d'Etienne- Claude d'Aligre , son
Cousin issu de germain, Président du Parlement
de Paris, qu'il nomme son Executeur , et auquel
it laisse la jouissance, sa vie durant , du legs universel
qu'il fait à son fils. Il dispose de sa Bibliotheque
en faveur du Grand- Conseil . Il donne à
son Secretaire 60000. livres d'argent comptant
1500. livres de pension viagere , en consideration
des longs services qu'il lui a rendus sans
aucuns apointemens et sans avoir jamais rien
reça
172 MERCURE DE FRANCE
reçu des Parties. Quant à ses autres Domesti
ques , il convertit leurs gages en rentes viageres.
Les heritiers du feu Président de Verthamon
sont , Magdeleine- Charlotte- Emilie le Fevre de
Caumartin , veuve de Jacques de la Cour , Sejgneur
Marquis de Basleroy et de Manneville,
ancien Maître des Requêtes de l'Hôtel du Roy,
et fille de Catherine-Magdeleine de Vertha-
Tante du défunt , morte le 28 Octobre
1722. et Louis- Athanase de Pechpeirou de Cominges
, Comte de Guitaud , Lieutenant Géneral
des Armées du Roy , et Delle Françoise- Mélanie
de Pechpeirou de Cominges de Guitaud ,
fille , sa soeur , enfans de défunte Elizabeth- Antoinette
de Verthamon , aussi Tante du défunt
Président de Verthamon.
mon ,
La nuit du 2. au 3. du même mois , D ....
Ogier , épouse de Jacques Nigot , Seigneur de
S. Sauveur , Président en la Chambre des Comptes
de Paris , mourut du poulmon , après envi
on 5. mois de maladie , âgée de 26. ans , laissant
deux fils et trois filles en bas âge ; cette Dame
n'ayant été mariée que le 28. Fevrier 1730.
elle étoit la troisiéme et derniere fille de feu
Pierre-François Ogier , Seigneur d'Hénonville ,
Berville et Puisieux ,Crand Audiencier de France,
ancien Receveur General du Clergé de France ,
mort le 24. Décembre 1735. et de feie D. Ma
rie-Thérese Berger , morte le 12. Mars 1722 .
Le 4. Sour Anne Pasquier , premiere Supé
rieure et Institutrice de la Communauté des Filles,
dite de sainte Agnès, établie à Paris , y mou
rut âgée de 88. ans.
Les . Henry- François de Tenare , Marquis de
Montmain , Baron de Famogney , Melizey , &c
Lieutenant General des Armées du Roy , Cheva
Lie
JANVIER . 1738. 173
•
lier de l'Ordre Militaire de S.Louis , etGouverneur
de Seissel en Bugey , sur le Rhône , mourut en
son Château du Saulcy en Franche- Comté
âgé de 69. ans. Il avoit été d'abord Lieutenant
Colonel du RégimentDauphin Etranger,et depuis
successivement Mestre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie , ci - devant Villequier , au mois de
Janvier 1702. Brigadier le 2. Avril 1703. Ensigne
en 1706. et ensuite Lieutenant des Gardes
du Corps du Roy, Maréchal de Camp le 20.
Mars 1709. et enfin Lieutenant General des Ar
mées de S. M. le 8 Mars 1718. Le Gouverne
ment de Seissel lui fut donné au mois de Septembre
1722. Il avoit épousé Anne- Josephe-
Ferdinande de Grammont , fille de Ferdinand
Comte de Grammont en Franche - Comté , Lieutenant
General des Armées du Roy et Comman
dant pour S. M. en Franche - Comté, et de D. Susanne
du Bellay de Chevigny.Il n'en laisse qu'une
fille unique, qui est Marie-Susanne - Simonne Fer
dinande de Tenare de Montmain , qui a été mariée
par Contrat passé à Besançon le 24. *Avril
1735. avec Louis Marquis de Bauffremont, Mes
tre de Camp d'un Régiment de Dragons , et au
quel la survivance du Gouvernement de Seissel
avoit été accordée en faveur de ce Mariage . Le
Marquis de Montmain étoit frere de féu Simon
de Tenare de Montmain ,Chevalier non Profès de
POrdre de S, Jean de Jerusalem , Maréchal des
Camps et Armées du Roy , ci devant Capitaine.
Lieutenant de la Compagnie des Chevau- Legers
d'Orleans , et Inspecteur Géneral de la Gendarmerie
, mort âgé de 1. ans le s . Novembre
1725. ils étoient l'un et l'autre fils de Charles
de Tenare, Seigneur de Montmain , et de Helene
de Villers la Faye , sa femme , fille de Louis ,
Seigneus
174 MERCURE DE FRANCE
Seigneur de Villers la Faye en Bourgogne , et de
Magdelaine de Bourbon Busset .
Le 6. Jean- Alexandre Théodose de Melun,
Prince d'Espinoy , Vicomte de Gand , Mestre de
Camp du Régiment Royal, Cavalerie , par Commission
du premier Août 1724. mourut à Montmartre
près de Paris , âgé de 28. ans complets
moins 19. jours , étant né le 25. Janvier 1710.
Il avoit été institué Légataire universel par feu
Louis de Melun , Prince d'Espinoy , Duc de
Joyeuse , Pair de France, son cousin issu de germain
, mort à Chantilly d'un coup d'Andouillet
de Cerf le 31. Juillet 1724. et il étoit fils unique
de feu Ambroise de Melun , Vicomte de Gand ,
et de Charlotte de Monchy de Vismes. Il avoit
épousé le 18. Janvier 1735. sa cousine germaine,
fille unique et seule présomptive heritiere de
Louis- Gabriel , Vicomte de Melun , Seigneur de
la Cossonniere , de Donvas , &c. Lieutenant Gé
neral des Armées du Roy , Chevalier de l'Ordre
Royal et Militaire de S. Louis ; et Commandant
pour S. M. à Abbeville , er de défunte D. Louise
Jeanne- Armande de Melun vivante son Epouse
et sa niéce , morte le 23. Septembre 1734. La
Princesse d'Espinoy , qui avoit déja une fille , accoucha
peu de jours après la mort de son Mari
d'une seconde fille ; de sorte qu'il ne reste plus
de mâles de l'illustre et ancienne Maison de Melun
, que le Vicomte de Melun , pere de cette
Dame.
Le même jour , André- Pierre Auvray , ancien
Conseiller-Secretaire du Roy, Maison, Couronne
de France et de ses Finances , mourut à Paris
âgé de 88. ans. Il avoit eû de feuë Marie
de Barou , André- Pierre Auvray , Seigneur de
Grandville , Conseiller-Secretaire du Roy , Maison,
JANVIER. 1738.
son,Couronne de France et de ses Finances , Se
cretaire et Greffier du Conseil privé , mort le 18.
Janvier 1732. qui avoit épousé au mois d'Octo
bre 1714. Louise-Marie Touchet , de la Ville
d'Orleans, fille de feu Jacques Touchet , Ecuyer
Seigneur des Ormes et de Misian , et de Marie
Davalleau. Il reste de ce Mariage 2. filles, dont
l'aînée est mariée depuis environ 4. ans avec....
de Buffevant , Seigneur , Marquis de Persay, qui
avoit épousé en premieres nôces une Dlle le Coq
de Goupillieres , fille du Maître des Requêtes ;
André Pierre Auvray , qui vient de mourir
avoit encore un autre fils et une fille , femme de
Benoît-Eynard de Ravanne , Conseiller - Secretaire
du Roi, Maison Couronne de France et de
ses Finances , Secretaire du Conseil d'Etat , Directions
et Finances , et Grand Maître des Eaux
et Forêts de France au département des Provin
ces de Touraine , Anjou , et le Maine , qui en
a entr'autres une fille mariée depuis 9. mois avec
Philipe de Selles , Intendant et Controlleur
General de l'argenterie , et des menus de la
Chambre du Roi.
Le même jour , D. Marie - Catherine Gueau ,
veuve depuis 1707. de Jean -Jacques Bouvart ,
Fermier General des Fermes du Roi , mourut
à Paris , dans un âge fort avancé , laissant pour
fille unique Marie Anne Bouvart , veuve depuis
le 9 Janvier 1724· de Florent Boutet de Guignonville
, Seigneur de Fresnay , d'Anger , Briconville
, &c . Conseiller au Parlement de Paris
et mere d'une fille unique , mariée le 6 Avril
1728. avec ..... de Briqueville , Marquis de la
Luzerne , ci - devant Colonel d'un Regiment
d'Infanterie . C
La nuit du sept au huit , Anne-Jacques de
la
16 MERCURE DE FRANCE
la Croix , Prêtre , Docteur en Théologie de la
Faculté de Paris , du 4 Juin 1695. Chanoine de
l'Eglise Métropolitaine de Paris , du 4 Octobre
1720. et Archidiacre de la même Eglise du 27.
Juin 1728. mourut d'une fluxion de poitrine , à
P'âge de 72. ans , fort regretté. Il avoit été d'abord
Chanoine de Cambray en 1682.puis de l'Eglise
Cath. d'Arras en 1686.il fut nommé Prevôt
de cette Eglise par le Roi le 8 Septembre 1693.
et fut ensuite aussi Vicaire général de l'Evêque
d'Arras, et plusieurs fois Député des Etats de la
Province d'Artois pour le Clergé auprès du Roy.
al le fut aussi pendant la guerre auprès du Prince
Eugene de Savoye , General de l'Armée des
Alliés et auprès des Deputés des Provinces unies
des Pays- Bas. Il fut Commissaire du Roy en
1716. avec M. Maignart de Bernieres , Intendant
en Flandres , pour la visite et la réfor
mation de l'Université de Douay. Il étoit d'une
ancienne Famille de Paris , qui depuis 1606. a
fourni plusieurs Officiers à la Chambre des Comptes.
Son pere Claude de la Croix , Seigneur
du Fresnoy , Auditeur en la Chambre des Comptes
, Maître d'Hôtel ordinaire du Roy , et
Conseiller d'Etat , mourut le premier Décembre
1671. dans la 59. année de son âge , sa Mere
Marie-Laurent , fille de Claude Laurent , Trésorier
de l'Extraordinaire des Guerres , mourur
le 27. Janvier 1709.
Le 8. Claude Hennequin , Prêtre , Chanoine
honoraire de l'Eglise de Paris , autrefois Vicaire
général des Cardinaux de Furstemberg , et de
Kohan , Evêque de Strasbourg , et Superieur
des Reclus du Mont- Valerien mourut en sa
maison , Cour Ste. Geneviève dans la 84. année
de son âge , étant né le 6. Juin 1654. Il étoit
>
fils
·
JANVIER .
1738. 177
Els de François Hennequin , Seigneur de la Bare
Fontaine , Cour la Verdei , Charmont , &c.
Conseiller au Grand Conseil , mort le 14. Mars
1659. et d'Anne Pingré , morte le 14. Octobre
1683 : laquelle étoit soeur de Pierre Pingré ,
Evêque de Toulon , mort en reputation de sainteté
le 3 Décembre 1662 .
Le 9. Pierre de Vissec de la Tude , Chevalier
de Ganges , Gouverneur de l'Hôtel Royal des
Invalides , et Commandeur de l'Ordre Royal et
Militaire de S. Louis , mourut dans cet Hôtel
d'une goute remontée , âgé de 86. ans. Il étoit :
Lieutenant Colonel du Régiment de Dragons
de Bauffremont , avec commission de Mestre
de Camp , lorsqu'il fut fait au mois de Février
1728. Lieutenant de Roy de l'Hôtel Royal des
Invalides ; le Gouvernement lui en fut donné
au mois de Juin 1730. et il obtint le grand Cordon
de l'Ordre de S. Louis avec la pension de
1000. écus le 1.Janvier 1733. Il étoit le 7.fils de
Jean- Pons de la Tude , Baron de Ganges , Colonel
d'un Régiment d'Infanterie , et Gouver
neur du Château de S. An iré de Villeneuve lès
Avignon , qui testa le 10. Avril 1654. et de
Jeanne de S. Etienne , Dame héritière de la
Ville et Baronie de Ganges , Diocese de Montpellier.
Le Chevalier de Ganges étoit beau frére
de Diane de Joannis de Château blanc , Marquise
de Ganges , celebre par sa beauté , et dont la
fin tragique est connuë cette Dame fut empoisonnée
et assassinée à l'âge de 32. ans le 7.
Mai 1667. P'Histoire en est raportée dans le 5 .
Tome des Causes interessantes , p. 316. et suiv.
Le Gouvernement de l'Hôtel Royal des Invalides
vacant par cette mort , a été donné à Joseph
deMarnais de S.André , Gentilhomme de Dau
I ÿj
phiné 2
178 MERCURE DE FRANCE.
.
phiné , qui en étoit Lieutenant de Roy depuis le
premier Juin 1730. il est aussi Gouverneur de la
Ville de Die , Maréchal de Camp des Armées
du Roy , Inspecteur général de Cavalerie , et
nommé Commandeur de l'Ordre Militaire de
S.Louis avec la pension de 4000. liv . le 2 Février
de l'année derniére.
La Lieutenance de Roy a été donnée à .... de
la Courneuve , Mestre de Camp , Lieutenant
Colonel du Régiment Royal Dragons.
Le même jour , Dame Marie - Guillemette de
Moura , épouse d'Alexandre Costé , Seigneur
Marquis de S. Suplix , Baron de Crepon , d'une
famille du Parlement de Rouen , mourut à
Paris , après une longue maladie , âgée d'environ
44 ans , laissant deux fils qui sont dans le
Service Militaire , et deux filles , non encore
pourvues. Elle étoit soeur de la femme de Pierre-
Jacques de Laye , President en la Chambre des
Comptes de Normandie,
Le 10. Philipe Charpentier , Sieur de Vilzier,
Maître ordinaire en la Chambre des Comptes de
Paris, reçû à cette Charge le 4. Octobre 1717.
mourut d'apoplexie , âgé d'environ 51. ans.
étoit fils aîné de Louis Charpentier , aussi Maî
tre ordinaire en la même Chambre des Comptes.
mort le 6. Juin 1724. et de Colombe - Margue
rite de Valles , sa veuve , et il avoit épousé au
mois d'Avril 1727. une fille de feu Jean le Bou
langer de Hacqueville pareillement Maître des
Comptes à Paris , et de Marie- Agnés Soulet.
Le même jour , mourut à Paris Jean- Baptiste
de Sabrevois , Marquis d'Escluselles
, Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Brigadier de
Cavalerie des Armées du Roy , de la promotion
du 1. Fevrier 1719. et Gouverneur
pour S. N
des
JANVIER. 1738 179
錄
des Ville , Château , et Comté de Dreux . Il étoit
d'une ancienne noblesse du Pays Chartrain
dont on a dit un mot dans le Mercure de Fevrier
1737. p . 387. à l'occasion de la nomination
de la Dame de Sabrevois d'Escluselles ; pour
Dame d'honneur de Mademoiselle du Maine.
>
Le même jour , Charles Sevin de Quincy ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de S Louis
Lieutenant General de l'Artillerie , Brigadier des
Armées du Roy , du premier Fevrier 1719. et
Lieutenant pour S. M. au Gouvernement de la
Basse Auvergne , depuis le mo's de May 1720 .
et autrefois Officier de la seconde Compagnie'
des Mousquetaires de la Garde, et Grand Bailly,
et Capitaine de la Ville de Meaux et Province.
de Brie mourut à S. Germain en Laye , âgé
de 73. ans passés . Il étoit Fils d'Augustin Sevin
de Quincy , Seigneur du Plessis , de la Corbilliere
et de la Fleurdelis en Erie , et de Françoise
de Glapion de la Boissiere , il avoit été
marié le 31 Juillet 1696. avec Geneviève l'ecquot
, Fille de Pierre Pecquot , Seigneur de
S. Maurice et de Blanque , Secretaire du Roy ,
et Greffier de son Conseil , et de Catherine de
Lattaignant. Il en avoit cu une Fille unique
premiere Femme de René Jourdan , Seigneur
de Launay , Gouverneur du Château de la Bastille
, morte sins enfans , le 27. Fevrier 1736 .
comme on l'a raporté dans le Mercure de Mars
de la même année P. 601.
>
Le même jour , Antoine François de la Tournelle
, Seigneur de Leugny , près d'Auxerre ,
d'Angé , et de Senan , apel é le Comte de la
Fournelle , Elu des Etats de Bourgogne , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , ancien
Capitaine de Cavalerie dans le Regiment Royal
Iiij Etranger •
180 MERCURE DE FRANCE
Etranger , et Capitaine de la Compagnie de roe
Arquebusiers de la Ville d'Auxerre , établie par
Lettres Patentes du mois de Decembre 1729.
mourut subitement à Regennes , Maison de
plaisance de l'Evêque d'Auxerre dans un fauteuil
auprès du feu , étant avec la Dame son
Epouse . Il avoit environ 46 ans , et étoit second
Fils de feu Nicolas- François de la Tournelle
, Marquis dudit Lieu , Seigneur de Courancy
, Chomard , Leugny , &c. Lieutenan :-Colonel
du Regiment Royal des Vaisseaux , mort
en 1722. qui étoit devenu l'aîné de sa Maison
par la mort de Charles , Marquis de la Tornelle
, son neveu , Mestre de Camp du Regiment
Royal Etrang r Cavalerie mort le 27 May
1706. des blessures , qu'il avoit reçues à la
Bataile de Ramillies . La Mere du Comte de la
Tournelle qui vient de mourir , étoit Marie-
Louise le Vayer , Fille de Charles le Vayer ,
Seigneur de Vanteuil , et de Sailly , Président
à Mortier du Parlement de Metz , et de Catherine
Jobal . Il avoit épousé depuis 7. ou 8.ans
Anne Thérese de Baillon , Fille de François
Ballon , Seigneur de Blampignon , Malouin ,
Conseiller , Secretaire du Roy Maison , Couronne
de France et de ses Finances , et Chevalier de
l'Ordre de S. Michel.
-
Le 11. mourut au Palais Royal à Paris ,
âgée d'environ 52. ans , Marie -Anne Spinola
née Princesse de Vergagne , et du S. Empire
Komain , Grande d'Espagne de la premiere
Classe , Dame d'honneur de S. A. R. la Duchesse
d'Orleans , et Epouse de Philip: - Jules-
François-Mazarini - Mancini , Duc de Nivernois
et Donziois , Pair de France , Prince de Vergagne
, et du S. Empire , Grand d'Espagne de
la
JANVIER. 178. 181
1
fa premiere Classe , Baron Romain , Noble
Venitien , Gouverneur , et Lieutenant General
pour le Roy des Provinces de Nivernois , et
Donziois , Ville , Bailliage , ancien ressort , et
enclaves de S. Pierre le Moutier , avec lequel
elle avoit été mariée au mois de Juin 1709. elle
étoit Fille ainée de Jean-Baptiste Spinola , Prince
de Vergagne ( petite Souveraineté sur la côte
de Genes ) et du S. Empire , Grand d'Espagne
de la premiere Classe , Noble Genois , Lieutenant
General des Armées de S. M. Cath. cidevant
Gouverneur de la Ville d'Ath en Flandres
, mort à Venise le 2 Decembre 1723. dans
la 75. année de son âge et de Marie Françoise
de Cotterel du Bois de Lessines ; elle avoit aporté
par son Mariage la Grandesse d'Espagne au Duc
de Nevers , laquelle passe par sa mort à Louis
Jules Barbon Mazarini - Mancini , son Fils uni
que , Duc de Nivernois , né en 1716. Colonel
du Regiment de Limosin , par Lettres du 20 Fevrier
1734. et marié le 18. Decembre 1730 .
avec Helene- Angelique Françoise Phelipeaux
de Pontchartrain , née au mois de May 1715 .
Fille de Jerome Phelipeaux , Comte de Pontchartrain
, Commandeur des Ordres du Roy
ci-devant Secretaire d'Etat , et de Helene Rosalie
Angelique de Laubespine de Verderonne : la
défunte Duchesse de Nevers étoit Soeur d'Anne-
Marie -Therese Spinola, Epouse de Paul Edouard
Colbert , Comte de Creuilly , Maréchal de
Camp des Armées du Roy.
9
Le même jour , Barthelemy de Tisseüil -Danvaux
, Chevalier des Ordres Royaux et Militaires
de S. Louis , et de S. Lazare de Jerusalem ;
reçû dans ce dernier dès le 8 Novembre 1685 .
Conimandant pour le Roy à la Tour de Pillemil
1. iiij
782 MERCURE DE FRANCE
à Nantes , et Ecuier de la Maréchale , Duches
se d'Estrées , mourut âgé d'environ 70. ans.
Le même jour, D. Marie- Anne-Josephe Fargès
, Fille de feu François - Marie Fargès , Conseiller
Secretaire du Roy, Maison, Couronne de
France et de ses Finances , et Chevalier de
P'Ordre de S. Michel , et veuve depuis le 20.
Novembre 1732. d'Abraham Peirenc de Moras
, Seigneur de S. Priest , de Clinchamp , &c.
Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du
Roy , Chef du Conseil de S. A. S. la Duchesse
Douairiere de Bourbon , mourut à Paris , âgéee
d'environ 40 ans , laissant deux Fils , et une
Fille , âgé de 14 ans, le Fils aîné , nommé François
Marie Peirenc de Moras est Conseiller-
Commissaire aux Requêtes du Palais du Parlement
de Paris , depuis le 12 Juillet 1737.
>
Le 12. D. Marie Elisabeth de Vigny , Dame
de Lerzy , près de Guise en Picardie , épouse
en secondes noces depuis 1734. d'Esprit Bruno
de Fournier d'Aultanne, Genti homme du Comtat
d'Avignon , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , Major du Régiment de Gesvres
Cavalerie , mourut à Paris , après une longue
maladie , dans la 41. année de son âge , étant
née le 6 Septembre 1697. elle laisse de son se
cond Mariage un Fils , né au mois de May dernier
. Elle avoit épousé en premieres rocès le 6
Juin 1714. Simon- Charles de Bonigalle , Maî
tre ordinaire en la Chambre des Comptes de
Paris mort le 26. Juin 1728. Elle avoit eu de
lui Marie-Elisabeth - Françoise de Bonigalle ,
Fille unique , née le 9 Mars 1722. mariée le 8.
Avril 1734. avec Louis , Marquis de Chambray
sur Iton , Diocese d'Evreux , et morte au
Château de ce nom , le 27. May de l'année der
niere
JANVIER. 1738. 183
*
niere en couches de Louis François de
Chambray , son premier enfant , né le 23 préce
dent , et qui est vivant ; la Dame d'Aultanne
étoit Fille de Feu Jean - Baptiste de Vigny , Seigneur
de Courquetaine , de Cervolle , de Villepayen
, Sansalle & c. Maréchal des Camps et
Armées du Roy , Lieutenant Général de l'Artillerie
, ancien Colonel Lieutenant du Regiment
des Fusiliers et Bombardiers , et Chevalier de
F'Ordre Militaire de S. Louis , mort le 16. Fevrier
1707. âgé de 62. ans , et de Marie -Geneviéve
Picques , laquelle étant veuve après avoir
pourvû ses Enfans ,prit l'habit de Religieuse dans
le Convent des Filles de la Visitation rue Saint
Antoine , le 10 Juin 1715. et y fit Profession le
6. de Septembre 1716. elle y mourut d'une
tite verole pourpreuse le 9. Octobre 1719. dans
la 56. année de son âge , étant née le 24. Juin
1664.
pe-
Le 13 Jean Baptiste Charles Chomel , Seigneur
de Bissy , Conseiller honoraire au Grand
Conseil , où il avoit été reçû le 19. Decembre
1704. et Secretaire des Commandemens de S.
A. R. la Duchesse Douairiere d'Orleans , mourut
après une courte maladie , âgé d'environ
57. ans. Il étoit fils aîné de feu Jean - Baptiste
Chomel , Seigneur de Bissy , premier Chambelan
de S. A R. Philippe , fils de France Duc
d'Orleans , mort le 25. Novembre 1709. et de
Françoise de la Croix la Chassaigne , morte le
premier Decembre 1715. et petit fils d'Antoine
Chomel , Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy , et de Charlotte Seguier. Il avoit
été marié le 21. Mai 1725. avec Marie - Louise
Ursule de Bonnieres dé Guines , fille de Charles-
Eugene- Jean - Dominique de Bonnieres, dit
I v de
184 MERCURE DE FRANCE
de Guines , Comte de Souâtre en Flandres, d'u
ne ancienne Noblesse , et de Marie-Françoise
de Montberon , des Seigneurs de Tourvoye . Il
en laisse plusieurs enfans ; le défunt étoit frere
de Louis-Armand Chomel , ancien Evêque d'Orange
, et Abbé de Chaumont la Piscine en Poreien,
Diocese de Reims .
Le même jour , Jean - Baptiste Goy , Prêtre ,
Docteur en Théologie de la Faculté de Paris , du
24 Septembre 1704. ancien Promoteur General.
du Diocese de Paris , premier Curé de l'Eglise
Paroiffiale de Sainte Marguerite an Fauxbourg
S. Antoine , depuis 1712. mourut d'une fluxion
de poitrine , âgé de 70. ans, ayant fait de
son vivant beaucoup de bien à sa Paroisse , et
laissant par son Testament sa Bibliotheque , estimée
45000. livres à la Communauté des Prêtres
de cette Paroisse , dont deux seront alternativement
par semaine Bibliothéquaires. Jean-
Baptiste Goy avoir été Sculpteur dans sa jeunesse
et il subsiste encore quelques Ouvrages de sa
façon ; mais s'étant ensuite dégouté de cette
profession , il embrassa l'Etat Ecclésiastique
dans lequel il s'est rendu recommandable. II.
avoit eu une soeur , qui étoit Marie-Marguerite
Chatherine Goy , laquelle étant veuve de Charles
Erard , Directeur pour le Roy de l'Académie
Françoise de Peinture et Sculpture établie à
Rome , épousa en 1689. Jean de la Croix
Seigneur du Fresnoy , alors Secretaire d'Ambassade
de la part du Roy auprès du Pape Innocent
XI. et depuis Maître ordinaire en la Chambre
des Comptes de Paris , et Maître d'Hôtel de la
Duchesse de Bourgogne , frere de l'Archidiacre
de Paris dont on vient de raporter la mort ; cette
Dame mourut au mois de Juin 1736. laissane:
JANVIER. 1738. 185
sant pour enfans , Cesar - Marie de la Croix ,
Maître ordinaire en la Chambre des Comptes
de Paris , Maître d'Hôtel de la Reine , et Commissaire
General de la Marine , qui a été nommé
au mois d'Août dernier Intendant des Isles
du Vent et de la Martinique ; un autre fils , qui
étoit dans le service qu'il a quitté , et la Dame
Chassepot de Beaumont , dont le mari est Conseiller
au Grand Conseil ,
Le 14. Louis-Paul Bellanger , Seigneur , Vi--
comte d'Hôtel- la- Faux , Nanteuil - la-Fosse &c.
premier Avocat Général en la Cour des Aides
de Paris , reçû à cette Charge le 9. Juin 1704 .
mourut d'une fluxion de poitrine après une
courte maladie , âgé de 54 , ans 2 mois ,
étant:
né le 18 Novembre 1683. ce Magistrat , dont
la probité et la capacité étoient connuës , a été
generalement regretté . Il étoit fils aîné de feu
Paul Bellanger , Conseiller Secretaire du Roy ,
Maison, Couronne de France et de ses Finances ,
et de défunte Cecile de Vergés , et il avoit été
marié le 12. Fevrier 1711. avec Louise - Marie
Magdeleine Charpentier , fille de feu Philipe
Charpentier , Conseiller au Parlement de Paris
et Commissaire aux Requêtes du Palais , et de
Marie-Magdeleine Portail , elle mourut le 17 .
Septembre 1720. Il laisse d'elle deux fils dontl'aîné
est dans le service Militaire , et le Cader :
étudie en Droit, et une fille nomméeMarie - Magdeleine
Bellanger mariée le 24. Mars 1729.avec
Pierre du Pré de S. Maur , Conseiller au Parlement
de Paris , et Commissaire aux Requêtes du
Palais de la seconde Chambre.
On mande de Roüinne en Forest que Da
Françoise de la Motte , veuve
tin , Sieur de Neufbourg , y
de .....
..... Courétoit
morte d'un
Lvj
rhumes
186 MERCURE DEFRANCE
$
rhuine le 28. du même mois , âgé de 102. ans ,
et 8. mois étant née au mois de May 1635. et
ayant conservé jusqu'à la fin son bon sens . On
ajoûte qu'elle n'avoit aucune incommodité de la
vieillesse , qu'elle lisoit sans lunettes et qu'elle
marchoit seulement avec une canne
servoit plûtôt de contenance que d'apui.
qui lut
Le 23. D. Marie Anne Goyon de Matignon
Epouse depuis le mois de Fevrier 1719. de Henri-
François de Grave , Marquis de Solas , Baron
de Lattes , Seigneur du Fief de la Rectorie ,
et Coupe , et de la part antique de Montpellier,
de S. Martin entre deux eaux &c . Mestre de
Camp de Cavalerie , ci - devant Enseigne des
Gendarmes Flamans , mourut à Paris , dans la
41. année de son âge, étant née le 11. Septembre
1697. elle étoit fille de Charles - Auguste
Goyon de Matignon , Comte de Gacé , Maréchal
de France , Gouverneur des Pays et Provin
ce d'Aunis , Ville et Gouvernement de la Rochelle
Isles de Ré , et d'Oleron , Broüage , et
Terris adjacentes , mort le 6. Decembre 1729.
et de D. Marie - Elisabeth Berthelot , morte le
26. Juin 1702 .
Le même jour , Louis de Vienne , Comte de
Lesmont Seigneur de Giraudot , &c. Consiller
d'honneur au Parlement de Paris , mourut
des suites d'une apoplexie , dont il avoit été
attaqué le premier Decembre dernier. 11 étoit
âgé de 68 ans , et 13. jours , il avoit été reçû
Conseiller au Parlement le 11. May 1685. la
place de Conseiller d'honneur , vacante par la
nort du Président de Lesseville , lui ayant été
donnée , il prit séance en cette qualité le 9.
May de l'année derniere 1737. Il étoit fils aîné
de Louis de Vienne , Seigneur de Giraudot
Lieutenant
JANVIER 1738. 187.
Lieutenant Particulier au Châtelet de Paris , et
auparavant au Bailliage et Siege Présidial de
Troyes , mort au mois d'Août 1698. et de Jeanne
Marceau morte nonagenaire au mois de
Juin 1719. Il ne laisse de feue Marguerite-
Charlotte de Clerambault , sa femme , morte le
27. Février 1694. à l'âge de 27. ans . , que
Charlotte-Elisaberh de Vienne , veuve de Char
les-Jean-Baptiste Fleuriau , Comte de Morville,
Chevalier de l'Ordre de la Toison d'or , ci devant
Ministre , et Secretaire d'Etat.
›
Le 25. Jean -Marie Henriau , Evêque de Boulogne
sur la Mer , et Abbé Commandataire de
l'Abbaye de Valloires , O. de Cit. Diocese d'A
miens , ci-devant aussi Prieur Commandataire
des Prieurés de Moucy-le-Neuf , Dioc . de Paris ,
de Beaurain , Dioc. de Lizieux , &c. mourus
dans sou Diocese , dans la 77. année de son âge.
П étoit Docteur en Théologie de la Faculté de
Paris du 19. Mars 1701. Il avoit été nommé
Je 6. May 1724. à l'Evêché de Boulogne , vacant
par la mort de Pierre de Langle . Cette
Eglise ayant été préconisée et proposée pour
lui à Rome , les 16 Juin , et 11. Septembre de
la même année , il fut sacré le 28. Octobre suivant
dans l'Eglise Paroissiale de Fontainebleau
par l'ancien Evêque de Frejus , aujourd'hui
Cardinal de Fleury , assisté des Evêques de Nîmes
, et de Carcassonne , et le lendemain il
préta serment de fidelité entre les mains du
Roy. Il assista à l'Assemblée generale du Clergé
de France tenue à Paris en 1730. en qualité de
Deputé du premier Ordre de la Province de
Rheims , l'Abbaye de Bierdoues Ordre de Cit.
Diocese d'Auch lui fut donnée le S Avril 1733 .
mais il la remit en obtenant celle de Valloires
le
188 MERCURE DE FRANCE
le 27. Fevrier 1735. Ce Prélat , qui étoit Parisien
,fils d'un Procureur au Parlement, a institué
pour ses Legataires universels l'Hôpital de Boufogne
, et le Seminaire, qu'il y avoit fait bâtir à
ses dépens. Il étoit frere de Claude Henriau
Chanoine régulier de l'Ordre de S. Augustin ,
Abbé de Pleinpié , du même Ordre , Diocèse de
Bourges , depuis le mois de Juin 1722. et cidevant
Prieur Claustral de l'Abbaye de la Victoi
re , près de Senlis , dont il est Profés.
Le 26. Dlle Elizabeth - Marguerite Colbert
mourut Fille à Paris, âgée de 72. ans, elle étoit
soeur puînée de feue D. Genev. Colbert , au jour
de son decès veuve de Paul-Etienne - Brunet de
Rancy , Seigneur d'Esvry , Conseiller- Secretaire
du Roy , et ancien Fermier General , la mort
de laquelle se trouve raportée dans le Mercurede
Novembre 1734. p. 2537.où l'on a fait men❤-
tion de leurs Pere et Mere.
Le 28. Mathieu- Ignace de Baglion , Comte de
la Salle , Seigneur de Saillant , Pouilly , Mionay
, &c. mourut à Paris , âgé de 51. ans
presque accomplis , étant né à Lion le . Fevrier
1687. Il étoit frere de François de Baglion
de la Salle Evêque d'Arras depuis 1725. et Abbé:
de saint Vincent de Laon , depuis 1732. et fils
de feu Jean Artus de Baglion , Comte de la Salle
Seigneur de Saillant , &c. Commandant de la
Noblesse de Lionnois , Forets , et Beaujolois
et de D. Catherine Aumaistre. Il laisse de D
Marie - Jacqueline de la Grange de la Praye
qu'il avoit épousée le 18. Juin 1714 Pierre-
François-Marie de Baglion, à present Comte de
la Salle, dont on a raporté le Mariage avecAnge--
lique - Louise Sophie d'Allonville de Louville
dans le Mercure de Juin 1733. vol. 2. p. 1459. ·
D
Le
JANVTE R. 1738. 189
Le 30. Gui Paul Jules de la Porte-Mazarini,
Duc de Réthelois - Mazarini , de Mayenne , et
de la Meilleraye , Pair de France , Prince de
Château- Portien , Marquis de Chilly , et Long-
Jumeau , Comte de Marle , la Fere , Rozoy
Betfort , Fevrette , Thanne ; Baron de Massy ,
Ham , Parthenay , S. Maixant , Altkirch , Seigneur
d'Issenheim , de Dolle , &c. Gouverneur
pour le Roy des Villes et Citadelles du Port-
Louis , Hennebon , et Quimperlay en Bretagne,,
le seul et dernier mâle de sa Maison , mourut
subitement à Paris , en son Hôtel , dans la 37-
année de son âge , étant né le 12. Septembre
1701. il avoit été marié le SS Mai 1717. avec
Louise- Françoise de Rohan , fille aînée d'Hercules
Meriadec , Duc de Rohan- Rohan , Paizs
de France , Prince de Soubise , Lieutenant Ge
neral des Armées du Roy , Gouverneur de
Champagne et de Brie , et de défunte Anne- Geneviève
de Levis de Ventadour sa premiere
femme. I en avoit eu Charlotte- Antoinette de
la Porte-Mazarini , née le 24. Mars 1718. fille
unique , qui fut mariée le 1. Juin 1733. aveč
Emanuel Felicité de Dutfort, Duc de Duras ,
son Cousin , né le 19. Décembre 1715 Colonel'
d'un Régiment d'Infanterie , elle mourut le 6.
Septembre 1735. en couches d'une fille , son
premier enfant , laquelle se trouve seule heritiere
des grands biens du Duc de Mazarini , son ayeul ,
9-
ARRESTS
790 MERCURE DE FRANCE
ARRESTS NOTABLES.
ARREST de la Chambre des Comptesde
12. Novembre, portant que ceux qui pou-
Foient avoir trouvé ou recouvré fortuitement
lors de l'incendie arrivé en ladite Chambre des
Comptes, des Registres, Titres, Papiers, Comptes
et Acquits, dépendant des differens dépôts ,
seront tenus de les raporter au Greffe de ladite
Chambre,sous les peines portées par ledit Arrêt,
AUTRE du Conseil du fr. Décembre , qui
proroge jusqu'au dernier Décembre 1738. leprix
des anciennes Especes et Matieres d'or et d'argent.
ARREST du Parlement , qui ordonne la
supression de quatre Ecrits imprimés :
Ce jour , les Gens du Roy sont entrés , et
Maître Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit
Seigneur Roy , portant la parole , ont dit : Que
la licence des Ecrits qui ne servent qu'à entretenir
le trouble et l'agitation dans l'Eglise , se renouvelle
sans fin : Et que ceux qu'ils ont au
jourd'hui à déferer à la Cour , montrent trop
de quelle maniere on semble conspirer de toutes
parts , à augmenter un mal qu'on devroit
sur- tout songer à éteindre . Que d'un côté deux
Lettres anonimes sur la conduite d'un Magisfrat
qui a l'honneur d'être Membre de la Cour ,
joignent à l'emportement le plus condamnable
destiné à soulever les esprits , des maximes permicieuses
qui ne vont pas moins qu'à ébranler
*
toutes
JANVIER 1738. 197
foutes les Loix , et qu'à rendre tout Particuliers
quelque pût
quelque aveugle ou opre
conduite de l'autoétre
, arbitre
fité qu'il lui plairoit de leur laisser. Que dans
un genre different d'extrémité , une autre Lettre
anonime en deux parties , au milieu des invectives
personelles dans lesquelles elle se répand ,
porte ses atteintes avec la derniere indécence
jusques sur le même Magistrat , dont elle afecte
en vain de respecter la Dignité dans le temps
qu'elle ménage si peu sa personne . Qu'elle va plus
loin, et que par la question odieuse qu'elle agite
de la catholicité de ceux à qui elle est adressée;
elle semble tendre à mettre le comble aux maux
qui allarment le plus,et qu'on est sans cesse occu
pé à prévenir . Que de pareils Ecrits ne méritent
pas qu'on s'y arrête davantage . Qu'il s'agit de
les étouffer Et que dans cette vue ils en apor
tent à la Cour des Exemplaires avec les Conclu
sions qu'ils ont prises pour leur supression .
Eux retirés
Vu par la Cour l'Ecrit imprimé , intitulé
Dix neuvième Lettre Theologique , cotté en haut
à la premiere page du chiffre 1003. et à la der
niere 1064. daté à la fin , à Paris ce 28. Octobre
1737. Ensemble celui intitulé : Suite de la dixneuviéme
Lettre Théologique , cotté en haut à la
premiere page 1069. et à la derniere 1154. Vû
aussi deux autres Ecrits imprimés , l'un intitulé :
Lettres à un Magistrat fur la démarche de M. de
Mongeron . Premiere Lettre où l'on examine la
valeur du reproche fait à M. de Mongeron , sur
ce que fon Ouvrage a été impriméfurtivement
L'autre intitulé : Suite des Lettres à un Magistrat,
où l'on montre par la multiplicité des confpirations
formées dans le sein de l'Etat , et par la nature
de
192 MERCURE DE FRANCE
du seul remede qui puisse être efficace contre tant
de maux , que M. de Mongeron n'a fait que ce
qu'il étoit indispensablement obligé de faire , et
que ce que le Corps des Magistrats doit nécessairement
faire après lui Seconde Lettre : On y éta
blit la réalité de l'étenduë , et le progrès des conspisations
formées contre Dieu contre l'Eglise et
contre l'Etat , et l'on montre l'interêt que les Ma
gistrats sont obligés d'y prendre : Ensemble les
Conclusions par écrit du Procureur Général du
Roy sur tous les Ecrits ci - dessus énoncés , et la
matiere sur ce mise en délibération :
>
La Cour faisant droit sur les Conclusions du
Procureur Général du Roy , ordonne que lesdits
Ecrits soient et demeurent suprimés . Enjoint
à tous ceux qui en auroient des Exemplai
res de les aporter à cet effet au Greffe de ladite
Cour. Fait inhibitions et défenses à tous Libraires
, Imprimeurs , Colporteurs et autres de quel
que qualité et condition qu'ils soient , d'en im
primer , vendre , debiter , ou autrement distri
buer. Ordonne en outre que Copies collationnées
du présent Arrêt seront envoyées aux Baillages
et Sénéchaussées du Ressort , pour y être
lú , publié et registré : Enjoint aux Substituts du
Procureur Général du Roy d'y tenir la main
et d'en certifier la Cour dans le mois. Fait en
Parlement le quatre Janvier mil sept cent trentehuit.
Signé , DUFRANC.
AUTRE du Parlement , qui suprime un
Imprimé , & c.
و ہ
Ce jour , les Gens du Roy sont entrés , et
Maître Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit
Seigneur Roy portant la parole, ont dit : Qu'un
Imprimé qui se publie , leur annonce la nouvel-
10
JANVIER. 1738. 193
le Canonisation d'un Saint d'autant plus venera
ble à ce Royaume , qu'il y a pris naissance ,.
qu'il y a passé sa vie , et qu'après l'avoir édifié.
par ses Exemples , il y a laissé des monumens.
durables de sa pieté et de son zele. Mais que
plus la France doit prendre de part aux hommages
religieux dont on l'honore , moins elle avoit
Tieu de s'attendre qu'on s'en fît une occasion de
porter une atteinte indirecte à ses Maximes. Que
si au milieu du récit de tant de vertus et d'actions
de sainteté, il étoit juste de ne pas obmettre
le zele pour la Religion et pour l'Eglise , il étoit
convenable aussi de ne s'en pas expliquer d'une
maniere Ultramontaine , capable de " blesser en
France nos regards. Que c'est cependant ce qui
s'aperçoit trop sensiblement dans l'Imprimé
que la Cour voit entre leurs mains , et que dans.
les expressions qui y sont employées à ce sujet ,
on ne peut s'empêcher de reconnoître l'esprit
des Partisans outrés de la Cour de Rome , sur
la plenitude de pouvoir qu'ils lui attribuent
dans les affaires de l'Eglise , et sur-tout en matiere
de Doctrine , sur l'obéissance aveugle
qu'ils veulent que l'on rende à ses Decrets aussitôt
qu'ils sont donnés , et sur les peines rigoureuses
que la Puissance Séculiere ne peut
déployer trop-tôt à leur gré pour les faire executer
. Qu'ils estiment donc qu'on ne peut aussi
se dispenser d'employer dans cette occasion des
précautions capables de remedier au danger, et
d'empêcher les consequences d'un pareil exem
ple. Qu'ils présument en même temps que la.
Cour poura juger à propos d'ordonner au surplus
l'execution des Arrêts qu'elle a rendus en
differentes occasions au sujet des diverses entre
prises de la Cour de Rome.. Que tel est l'objet
des
194 MERCURE DE FRANCE
des Conclusions qu'ils ont prises , et qu'ils lais
sent à la Cour avec l'Exemplaire de l'Imprimé
dont il s'agit.
Eux retirés : Vû par la Cour l'Imprimé
intitulé : Canonisatio B. Vincentii à Paulo , Pa
risiis , è Typis Petri Simon. 1737. Ensemble
les Conclusions par écrit du Procureur Général
du Roy. La matière sur ce mise en Déliberation.
La Cour faisant droit sur les Conclusions du
Procureur Général du Roy , ordonne que ledit
Imprimé sera suprimé ; enjoint à ceux qui
en auroient des Exemplaires de les aporter à cet
effet au Greffe de ladite Cour ; fait défenses de
l'imprimer , vendre et débiter . Ordonne que les
Arrêts des 15. May 1647. 9. Mars 1703. 16.
Decembre 1716. 3. Octobre 1718. 10. Janvier
1719. et 28. Septembre 1731. seront execu : és
selon leur forme et teneur , et que Copies collationnées
du présent Arrêt seront envoyées aux
Baillages et Sénéchaussées du Ressort , pour y
être lû , publié er registré ; Enjoint aux Subs
tituts du Procureur Général du Roy d'y tenir
la main et d'en certifier la Cour dans le mois
Fait en Parlenient le quatre Janvier mil sept
cent trente-huit. Signé , DUFRAN˚C.
DECLARATION DU ROY , qui ordonne
la continuation de la perception des Droits y
énoncés.
A ces causes et autres à ce Nous mouvans
de l'avis de notre Conseil , et de notre certaine
science , pleine puissance et autorité Royale ,
Nous avons dit , déclaré et ordonné , et par
ces Présentes signées de notre main , disons ,
déclarons et ordonnons , voulons et Nous plaît
que
JANVIER . 1738. 198
que le doublement des Droits du Domaine ,
Barrage et Poids- le Roy , de Paris , le Droit
d'augmentation ou rehaussement du Sel qui se.
consomme et distribuë dans l'intérieur de la
Province de Franche - Comté , les Droits de
Courtiers - Jaugeurs , ceux d'Inspecteurs aux
Boucheries et aux Boissons , et deux sols pour
livre d'iceux , et les Droits manuels sur les Sels ,
continuent d'être levés et perçus jusqu'au der
nier Septembre 1744 ensemble les anciens et
nouveaux deux sols pour livre des Droits de nos
Fermes , jusqu'audit jour , pour les parties de
nos Fermes qui finissent audit jour , et jusqu'au
dernier Decembre de ladite année pour la Ferme
des Domaines , Contrôle des Actes des Notaires ,
et sous signature privée , petits Sceaux , Insinuations
, Centiéme denier , Greffes , Formules
dans les Provinces où les Aydes n'ont point
cours , et autres Droits joints à la Ferme des
Domaines qui y sont sujets , le tout conformé
ment aux Edits et Déclarations qui ont établi et
prorogé tous lesdits Droits ; Voulons auffi que
Îes Droits réservés dans les Cours , Chancelleries,
Présidiaux , Bailliages et autres Sieges et Jurisdictions
, continuent d'être levés et perçus jusqu'audit
jour dernier Decembre 1744. à l'exception
de ceux éteints et suprimés par notre
Declaration du 3. Août 1732. et à la réduction
aux trois quarts et moitié, et conditions y portées
. Si Donnons en mandement &c. Donnée à
Versailles le septième jour de Janvier , l'an de
grace mil sept cent trente- huit , & c. Registrée
'&c .
ORDONNANCE de Police , du premier
Fevrier 1738. Qui renouvelle les deffenses à
tous
196 MERCURE DE FRANCE.
tous Limonadiers , Marchands de Vin , Auber.
giftes , et autres , de souffrir que l'on jouë chés
eux aux Jeux de Pair - ou non , aux Dez , et
autres Jeux de hazard , sous peine de trois mil
de livres d'amende ; et de mille livres aussi d'amende
contre chaque particulier qui y sera trouwé
jouant ausdits jeux.
TABLE.
Atalogue des Mercures.
Le Privilege du Roy.
Liste des Libraires.
L'Avertissement .
PIECES FUGITIVES. Etrennes à S. E. M.
•
{
・・・sur la cause des
2
le Cardinal de Fleury
Lettre de M.. ... à Mad..
Songes ,
Epitre de M. de Sepmauville , à M. Fossard, fils,
de Rouen , 12
Deuxième Lettre au sujet des Ouvrages de M.
de Thou ,
Ode contre les Poëtes obscénes ,
2 15
19
Seconde Lettre sur le Livre de l'Abbé Géorgi ,
intitulé , de Liturgiâ Romani Pontificis, &c. 26
Pietas in patrem impia , &c. 3.4
Lettre de M. Liger , sur une Question prope-
* posée , &c .
Madrigal.
37
46
Lettre au sujet d'une Antiquité reconnue depuis
peu à Montmartre près Paris ,
Bouquet ,
47
53
Description des Monumens élevés pour la conservation
des coeurs de Louis XII I. et de
Louis XIV.
$4
Etrennes ,
61
Lettre au sujet de l'Histoire des Evêques de
Nîmes
Les Obseques du Rat , Fable ,
Refléxions sur les Sciences ,
Enigme et Logogryphes &c.
63
68
70
84
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX ARTS
&c.
La Sagesse du Gouvernement , Ode ,
>
89
95
Essais sur la nécessité et sur les moyens de
plaire , &c 98
115 Traité du Vertige , & c,
Vers sur le Traité du Vrai Mérite , &c. 117
Méthode facile pour aprendre sans Maître la
marche , les termes , la regle et une grande
partie des finesses du Jeu de Trictrac , 118
Sujet de l'Académie des Belles-Lettres pour le
Prix , 124
Prix proposé par l'Académie de Chirurgie, ibid.
Jettons frapés pour l'année 1738. 126
127
130
131
Estampes nouvelles ,
Chanson notée ,
Spectacles , la Métromanie ,
Nouvelles Etrangeres , Turquie et Perse , 147
De Russie et Pologne
D'Allemagne et Italie ,
De Naples , de Genêve ,
D'Espagne et Portugal ,
Morts , Naissances des Pays Etrangers ,
Etrennes à Mlle de C.
151
155
158
160
161
162
France , Nouvelles de la Cour de Paris , & c .
163
Extait de Lettre sur l'arrivée à Saumur du Comte
d'Aubigné ,
Morts , &c.
Arrêts Notables ,
167
169
190
P
Errata du premier volume de Décembre .
Age 2576 ligne premiere , Pascenius , lisez
Pescennius .
P. 2716.-1 . 5. s'assemblerent , l. s'assembla.
P
Errata du second volume.
Age 2826. ligne 15. ces , lisez les sources.
P. 2829. 1. 14. Monsieur , ôtez ce mot.
P. 2837. l. s . du bas , l'ancienne , l. l'ancien .
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 7. ligne 6. minute , ôsex ce mot.
P. 34. 1. 7. Chantre , 1. Chapitre.
P. 1.1. 13. douilles , l . goulots ou cols.
P. 68. l. 1. qu'il , l . qui. I.
P. 82. l. 1. ne , 1. de.
Les Jettons gravés doivent regarder la page 120
La Chanson notée la page 339
MERCURE
DE
FRANCE ,
1 1
DEDIE AU ROT.
FEVRIER. 1738.
COLLIGIT
SPARGIT
Papillo
Chés
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
rue S. Jacques.
La veuve PISSOT , Qmay
à la defcenu Pont X
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXVIII.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
AVIS
.
罪
L
,
?
'ADRESSE
generale eft
Monfieur MOREAU Commis au
Mercure , vis - à- vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendént le Mercure,
à Paris , peuventfe fervirde cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eff
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrang , ou les Particuliers qui fouhaitele
Mercure de France de la
Toni
pre-
& plus promptement , n'auront
9
leurs adreffes à M. Moreau ,
...
que ..
pene
de
か
in de faire leurs Paquets fans
& des faire porter sur
fageries qu'on Pheure à la refte , on aux
ļai jad quera.
PAIX XXX SOLS
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
FEVRIER. 1738 .
PIECES
********
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose .
ODE SACRE' E ,
Tirée du Pseaume XC. Qui habitat
in adjutorio Altissimi. & c.
H
Eureux , mille fois l'homme juste,
Qui loin des profanes Mortels ,
Prosterné dans ton Temple au
guste ,
Vient invoquer ton nom à l'ombre des Autels!
Toujours sûr ,& mon Dieu , de ta bonté propice,
A j
Il brave les efforts de ses Persécuteurs .
Tu marches devant lui , tandis que leur malice
Pour lui creuser un précipice ,
Cache dans son chemin des piéges séducteurs
*
Pour toi seul plein de confiance
Il sçaura malgré les revers
Qui menacent son innocence ,
Fouler d'un pas certain les écueils entr'ouverts i
En vain , pour le percer, mille fleches cruelles
Feront entendre au loin d'horribles siflemens ;
Ta main détournera leurs pointes criminelless
Et tu lui prêteras des aîles ,
Qui le déroberont aux fureurs des méchans.
*
Quelle est cette foûle perfide ;
Qui l'assiege de toutes parts ?
La rage , la haine homicide
D'un mortel désespoir animent leurs regards i
Dans leurs barbares mains la vengeance s'aprêtes
Je les vois aprocher , je les entens frémir ,
La Bâme est allumée et la victime est prête
Le fer est levé sur sa tête ,
S'en est fait , 6 mon Dieu , le Juste va périr.
Est-ce done- li cette alliance
Que
FEVRIERi
. 1738. 199
Que tu juras avec tes Saifits?
N'ont-ils pour toute récompensé
Que des maux à souffrir , ou des biens ince
tains ?
Mais que dis-je , Seigneur , et qu'osai- je résou
dre ?
Un moment a détruit tant d'Ennemis divers
Sous les coups dévorans de ta brûlante Foudre
Ils tombent tous , réduits en poudre .
Et vont cacher leur honte au milieu des Enfers.
44
O Juste , tels sont les miracles
Que Dieu fait éclater pour toi j
Il éloigne tous les obstacles
Qui pouroient te soustraire à sa divine Loi ;
Contemple à tes côtés ces fameuses victimes
Que son Bras triomphant t'immole tous les
jours ;
Voi tous ces Ennemis , voi le fruit de leurs cri
mes ;
Ils te préparoient des abîmes ,
Ces abîmes les ont dévorés pour toujours.
*
Que le Juste aille donc, sans peine
Tenter le hazard des combats ;
La Victoire toûjours certaine
Tera voler partout la Gloire sur ses pas ↓
A iij Fort
200 MERCURE DE FRANCE
Fort du secours d'un Dieu fidéle à sa parole ,
Il attend sans frémir les ombres de la nuit ,
Et les vents déchaînés de l'un à l'autre Pole
Et la Peste , et le Trait qui vôle ,
Et la pâle famine et l'horreur qui la suit.
*
Les traits des vengeances célestes
Ne sont jamais tombés sur lui ;
Contre leurs atteintes funestes
Dans sa seule innocence il trouve son apuis
Aux Esprits bienheureux , chargés de le con
duire ,
Par un ordre Eternel ses jours sont confiés ;
Qu'on médite sa mort , qu'on s'arme pour lui
nuire ,
Que l'Enfer frémisse et conspire ,
L'Ennemi confondu tombera sous ses pieds.
*
Quels nouveaux Ennemis s'élevent !
Lions , Basilics , Léopards ,
Contre le Juste se soulévent ;
Le trépas à ses yeux s'offre de toutes parts.
Que vois-je ils tombent tous sous sa main
triomphante ;
Il combat le Lion , il marche sur l'Aspic ,
Mille affreux siflemens n'ont rien qui l'épou
vante ;
Et de
FEVRIER .
Zor 1738.
Et de lui-même il se présente
Aux regards meurtriers du perçant Basilic.
*
Loin du péril , loin de Porage ,
A l'abri des fureurs des vents ,
Il contemplera le naufrage
Qui de flots éternels couvrira les méchans ;
S'il implore son Dieu , dans lui seul s'il espere
Ce même Dieu qu'il sért, exaucera ses voeux ;
S'il languit dans les pleurs , s'il vit dans la mi
sere,
Triste jouet d'un sort contraire ,
C'est pour en devenir plus grand , et plus heu
reux.
܀
Ainsi donc ta Bonté supréme
Prodigue au Juste ses faveurs ;
Il éprouve en ce Monde même
L'ineffable avant-goût des célestes douceurs.
Qu'il est doux , & mon Dieu , qu'il est beau de
te suivre !
Après toi désormais je brûle de marcher ;
Quand je suis détenu , ta bonté me délivre ;
Quand je meurs tu me fais revivre, i
Quand je suis attaqué , tu me fais triompher,
*
Tu combles mes longues années
D'une heureuse prosperité ,
A iiij
Tu
02 MERCURE DE FRANCE
Tu répands sur mes destinées
La douceur , le repos , et la tranquilité.
Qu'il me tarde , Seigneur , de sortir de la vie !
A
Mes momens sont trop longs , abréges-en 10
cours.....
Déja d'un prompt effet ma priere est suivie... a
Je meurs, ... et mon ame ravie
Te voit, et te possede , et t'aime pour toûjours?
J. B. GUIS , de Marseille
QUESTION importante jugée at
Parlement de Paris. *
Çavoir si la clause d'un Contrat de
Mariage par laquelle un des conjoints
a stipulé qu'une somme de deniers seroit
propre à lui et aux siens , de son
côté et ligne , imprime tellement à cés
deniers le caractere de propres , que
dans la ligne de ce conjoint ces deniers
doivent passer à ses héritiers des propres
ou si au contraire l'effet de cette clause
n'est que d'exclure le survivant des conjoints
et ses héritiers.
FAIT.
FEVRIER.
1738. 203
FAIT .
En 1689. Le Sieur Dumoulin épousa
Dame Marie- Anne de Santilly. Par leur
Contrat de Mariage , le Sieur Dumoulin
mit tout ses biens en communauté à l'exception
d'une somme de 9000. liv. qu'il
stipula propre à lui et aux siens de son
côté et ligne.
De ce Mariage les Sieurs et Dame
Dumoulin n'eurent qu'une Fille qu'ils
marierent en 1713. à M. de Fieubet Con
seiller au Parlement.
Les Sieur et Dame de Fieubet eurent
un Fils nommée Gaspard de Fieubet.
Madame de Fieubet deceda en 1719
laissant pour son seul et unique heritier
Gaspard de Fieuber son Fils.
Le Sieur Dumoulin mourut le 17 Juillet
1731. Gaspard de Fieubet son petit
Fils étoit son unique heritier , ensorte
que les 9000. liv. exceptées de la communauté
par le Sieur Dumoulin , et qui faisoient
partie de sa succession , furent dévoluës
à Gaspard de Fieubet , mais pour
la propriété
seulement , parce que l'usufruit
en apartenoit à la Dame Dumoulin
en vertu d'une clause du Contrat de Mariage
de Madame de Fieubet sa Fille, qui
lui reservoit l'usufruit de tous les biens
du Sieur Dumoulin, A v Gas204
MERCURE DE FRANCE
Gaspard de Fieubet ne survécut qu'environ
un mois au Sieur Dumoulin son
ayeul , il mourut le 6 Août 1731. étant
encore Mineur et laissant trois sortes
d'héritiers , sçavoir , M. de Fieubet son
Pere , qui étoit son héritier mobilier , la
Dame Dumoulin son ayeule maternelle,
qui étoit aussi son héritiere mobiliere ,
quant à certains biens, auxquels Mada--
me Fieubet ne pouvoit succeder , et la
Dame de Colombel et Consors héritiers
des propres du côté et ligne du Sieur
Dumoulin .
La Dame de Colombel fit assigner au
Châtelet la Dame Dumoulin , pour se
voir condamner à lui payer la somme de
2250 liv. faisant sa part afferente dans
les 9000 liv . stipulées propres par le
Contrat de Mariage da Sieur Dumoulin
comme étant un propre réel affecté à la
ligne du Sieur Dumoulin.
La Dame Dumoulin soûtint que la
question étoit déja jugée contre la Dame
de Colombel par un Arrêt rendu en forme
de reglement le 17 Mars 1733. entre
elle et les héritiers des propres du Sieur
Dumoulin , par lequel on adjugea à la
Dame Dumoulin , comme héritiere mo-'
biliaire de la Dame de Fieubet sa Fille , la
totalité des deniers que les Sieur et Dame
FEVRIER. 1738. 205
me Dumoulin lui avoient donnés en Marlage
et qu'ils avoient stipulés propres à
elle et aux siens de son côté, et ligne ; lesquels
deniers furent adjugés à la Dame
Dumoulin , à l'exclusion des héritiers des
propres du Sieur Dumoulin , qui soûtenoient
que les deniers étoient un propre
de ligne : sur le fondement de cet Arrêt
la Dame Dumoulin soutenoit la Dame*
de Colombel non recevable.
Au fond elle fit voir que la clause en
question n'operoit pas une affectation à
la ligne du Sieur Dumoulin , mais seulement
une distraction de la communauté
, pour l'exclusion de l'autre conjoint
, que d'ailleurs elle avoit en vertu
du Contrat de Mariage de Madame de
Fieubet l'usufruit des biens du Sieur
Dumoulin , que d'un autre côté elle avoit
par la disposition de laCoûtume l'usufruit
de la portion de la dot que le Sieur Du
moulin avoit donnée à Madame de
Fleubet . -
Sur cette demande intervint Sentence
contradictoire au Châtelet qui debouta
la Dame de Colombet de sa demande
avec dépens .
La Dame de Colombel croyant qu'elle
n'avoit été deboutée que parce qu'elle ne
s'étoit pas adressée au véritable contra-
Avj dicteur ,
206 MERCURE DE FRANCE
dicteur , fit assigner au Châtelet M. de
Fieubet et prit contre lui les mêmes conclusions
qu'elle avoit déja prises sans succès
contre la Dame Dumoulin.
Par Sentence contradictoire du Châtelet
la Dame de Colombel fut encore de
boutée de cette demande.
La Dame de Colombel ayant interjetté
apel tant de cette derniereSentence, que de
la premiere renduë en faveur de la Dame
Dumoulin , M. de Fieubet donna sa Requête
d'intervention sur l'apel de la Sentence
rendue avec la Dame Dumoulin ,
et conclut à ce qu'en déboutant la Dame
de Colombel de sa demande , la Dame
Dumoulin fût condamnée à lui payer en sa
qualité d'héritiere des meubles et acquets
de Gaspard de Fieubet son Fils , la somme
de 9000. liv . avec les interêts depuis
le jour du decès.
Cette affaire faisoit la matiere d'une
Instance apointée auConseil en la Grand-
Chambre au raport de M. Bochard de
Saron , Conseiller,
La Dame Dumoulin gardoit le silence
sur l'apel , ensorte que la contestation
n'étoit plus qu'entre la Dame de Colom
bel et M. de Fieubet.
De la part de la Dame de Colombel, on
soit que quand la stipulation de propre
est
FEVRIER. 2738. 207
est en faveur du conjoint seulement, elle
n'est que contre la communauté ; que
lorsqu'elle est en faveur du conjoint et
des siens , elle rend les deniers propres
dans la succession du conjoint entre ses
enfans et descendans seulement et non
au profit des collateraux , mais que, quand
la stipulation est faite en faveur d'un des
conjoints et des siens de son côté et ligne
, cette clause opere que les deniers
sont propres, ou reputés tels par la destination
du Pere deFamille , pour en exclure
l'heritier mobilier du dernier des
enfans , et les faire passer aux collateraux
du conjoint , au profit duquel la stipula
tłon a été faite.
Ces principes , disoit on , ont leur
origine dans l'Art. 93. de la Coûtume de
Paris qui porte, » Somme de deniers don
» nées par pere,mere, ayeul ou ayeule, ou
» autres ascendans à leurs enfans en con-
» templation de Mariage , pour être em-
» ployée en achat d'héritages , encore
» qu'elle n'ait été employée , est reputée
>> immeuble à cause de la destination.
Donc la destination du Pere de Famil
le portée par son Contrat de Mariage
pour l'établissement d'un propre fictif
doit avoir son exécution , et les deniers
par lui stipulés propres , sont censés et
reputés
208 MERCURE DE FRANCE
reputés immeubles , tant que dure cette
fiction , c'est- à- dire , tant qu'elle n'a '
pas eû pleinement son effet.
4
Dans l'espece il s'agissoit d'une clause
du Contrat de Mariage du Sieur Dumou
lin , par laquelle il avoit stipulé qu'une
somme de 9000. livres , faisant partie de
ses biens seroit propre à lui et aux siens
de son côté et ligne.
*
Suivant l'Article 93. de la Coûtume
cette somme de 9000. I. devoit, disoit- on ,
être reputée immeuble à cause de sa destination
.
Mornac sur la Loi 9 au Disgeste de
prob. dit en parlant de deniers stipulés
propres au conjoint aux siens de son côté
et ligne : Judicavit Senatus ejusmodi
nummos , non modo esse immobiles , sed et
pertinere ad haredes à latere , tanquamproprium
eorum , gentisque patrimonium , per
quascumque manus ambularent , ex vi scili
cèt destinationis et conventionis pactique
dotalis , quod omnium fortissimum.
On citoit encore pour la Dame de Colombel
un grand nombre d'Auteurs dont
on prétendoit que le sentiment lui étoit
favorable .
De la part de M. de Fieubet , on disoit
a contraire que tous les Auteurs qui ont
traité la question sur l'effet de la stipula
tion
FEVRIER 1738. 209
tion de propre à elle et aux siens de son
côté et ligne , et qui ont embrassé le
Systême de l'affectation de ligne et de
fideicommis par raport aux deniers sti
pulés propres , ont toujours distingué le
cas où le conjoint s'est doté , de sno , d'avec
le cas où il a été doté par ses Pere et
Mere ; qu'ils conviennent tous que dans
le premier cas , la stipulation de propre
n'a d'effet que pour l'exclusion de l'autre
conjoint et de ses héritiers , mais qu'elle
est sans aplication à l'égard des héritiers
naturels du conjoint qui a fait la stipulation,
ot n'emporte aucune affectation aux
heritiers des propres de la ligne de ce con
joint , et cela par deux raisons.
La premiere, c'est qu'en stipulant luimême
les deniers propres à lui , et aux
siens de son côté et ligne , il n'a point
désigné une de ses lignes plûtôt que l'autre
, ce qui donne lieu de decider qu'il a
eû une affection égale, pour ses héritiers
et pour les heritiers de celui qui devoit
recueillir sa succession.
La seconde , c'est que quand il auroit
spécialement apellé une ligne par préference
à l'autre les grands principes du
droit public , s'éleveroient contre sa volonté
les successions étant de droit public
, on ne peut changer dans la succes--
sion
MERCURE DE FRANCE
sion ab intestat l'ordre que la Loi y a éta
bli , et dès que la Loi apelle un heritier ;
il ne peut - être permis , même par Contrat
de Mariage , d'en désigner un autre
qui puisse être préferé à celui de la
Loi.
›
la
Or le Sieur Dumoulin s'étant marié de
s'il étoit decedé intestat sans enfans
son plus prochain heritier en qualité
d'heritier des meubles et acquêts eut ema
porté les 9000. livres en question par
preference aux héritiers des propres , par
cette seule raison qu'il étoit apellé par
Loi ; donc la stipulation ne changeoit en
rien , ni la nature , ni le sort des deniers
et ne produisoit d'autre effet que d'em
pêcher la confusion dans la Communauté
et d'exclure la Dame Dumoulin et ses
héritiers .
Si l'intention du Sieur Dumoulin; qui
avoit stipulé les 9000. liv. propres , cût
été de fonder un fideicommis perpetuel
dans sa Famille , de faire une distinction
des lignes et des differentes sortes de ses
heritiers , pour donner dans tout les
temps la préference sur ces deniers à une
certaine espece d'héritiers , il auroit déclaré
sa volonté d'une maniere propre
caractériser la substitution , et auroit reglé
le cours de ce mobilier dans la descen
dance
FEVRIER: 17383 217
dance de cette ligne privilegiée et apellée
par prédilection , en un mot il eût fait
une substitution ; mais personne n'igno
te que dans nos moeurs les substitutions
doivent être l'ouvrage d'une volonté précise
et bien distincte , et surtout dans les
Actes entrevifs , où il est moins permis
de supléer que dans les Testamens . On
ne trouve point de fideicommis perpetuel
écrit dans le Contrat de Mariage du
Sieur Dumoulin , et l'on ne peut regarder
comme une substitution , la vocation
qu'il a fait de ceux de son côté et ligne ,
puisqu'il ne désigne point si c'est la l
gne paternelle ou maternelle , ni quelle
sorte d'héritiers il apelle par préference à
d'autres.
Est- il même vrai qu'un homme puisse
à son gré métamorphoser un meuble quf
reste entre ses mains , en propre de suc
cession et de disposision ? non sans dou
te. La Loi regie le sort et la qualité des
blens , elle en détermine la nature d'une
maniere invariable ; un meuble est toujours
un meuble ; il est permis de le subs
tituer , mais après avoir roulé dans les
differentes générations , il se trouvera
toujours meuble en la Personne de celui
au profit de qui la substitution sera
éteinte.
212 MERCURE DE FRANCE
Si l'effet de la stipulation de propre au
conjoint , étoit de faire un propre abso
fa , il s'ensuivroit que l'Auteur même de
la stipulation ne pouroit en disposer que
comme d'un propre réel , cependant il est
bien certain , que la somme apartiendroit
sans retranchement à son Legataire'
universel il est egalement certain que
dans les Coûtumes qui permettent aux
conjoints de s'avantiger par Testament ,
comme le Maine et Rheims & c. la Fémme
peut disposer au profit de son mari
des deniers par elle stipulés propres , et
vice versa , le mari peut pareillement
disposer au profit de sa femme de ses
Propres fictifs , et dans le cas de successton
ab intestat, cette somme apartiendroit
à leur heritier des meubles et acquêts , et
non pas à leurs heritiers des Propres.
Il en est de même du second degré
propre aux siens . On n'a jamais douté ,
que lorsqu'un Fils recueille dans la succession
de son Pere un Propre conventionnel
, il ne puisse disposer de la totalité
, comme d'un simple meuble, à l'âge
de 20. ans ; cependant, si on considéroit
cet effet comme un Propre de ligne , il
ne pouroit en disposer avant sa majorité,
et il ne pouroit disposer que du Quint
cette Jurisprudence , qui est incontesta
ble ;
FEVRIER. 7738. 273
ble , peut- elle se concilier avec le systême
de Propre de ligne ?
A l'égard du troisiéme degré , Propre
aux siens de son côté et ligne , l'objet de
cette clause n'est pas de faire un Propre
affecté à la ligne comme un Propre réel
puisque les deniers stipulés Propres ,
passant à l'heritier de la ligne , en su
posant qu'il n'y ait point de plus proche
heritier que luf , son heritier le plus
proche y succedera au préjudice de l'heritier
de la même ligne ces deniers se
distribuent comme meubles entre les
créanciers dans les trois degrés de la stlpulation
, et dans les Coûtumes où l'heritier
mobilier est tenu seul des dettes
c'est à lui seul à payer les deniers stipulés
Propres enfin , dans les Coûtumes
de subrogation , celui qui décede avec
un Propre fictif , est censé n'avoir point
de Propres , et en ce cas les acquêts sont
subrogés aux Propres ; et s'il n'y a point
d'acquêts , les meubles dans lesquels on
confond le Propre fictif , sont subrogés
aux Propres.
Ces Observations font connoître combien
est chimerique l'idée de mettre ces
Propres fictifs dans la classe des Propres
de ligne , puis qu'ils n'en ont aucun des
attributs , et que tout l'objet et l'effet
de
214 MERCURE DE FRANCE
de ces clauses , est d'exclure l'autre cona
joint et ses heritiers de pouvoir jamais
prendre part aux deniers stipulés Propres
, soit à titre de communauté , ou à
quelque autre titre que ce soit ensorte
que ces stipulations ne sont faites que
par raport à la communauté , et à la
succession mobiliaire des enfans du conjoint
qui a fait la stipulation , et c'est
pour cela que l'on a donné à ces deniers
le nom de Propres de communauté.
Les 9000. livres stipulées Propres par
le sieur Dumoulin , n'ont donc point
cessé d'être meubles en sa personne , et
à l'égard de ses heritiers . Gaspard de
Fieubet , son Petit- fils , en a recueilli la
proprieté à titre de meuble , comme heritier
de son ayeul , et cette proprieté a
passé aussi librement à M. de Fieubet
en vertu de la Loi qui lui défere la suc
cession mobiliaire de son Fils , que sl
Gaspard de Fieubet ayant atteint l'âge de
tester , en eût disposé au profit de M.
son Pere.
Tels étoient en substance les Moyens
que proposoit M. de Fieubet ; il raportoit
aussi le sentiment de plusieurs
Auteurs qui lui étoient favorables , et
répondoit à ceux qui lui étoient oposés
par la Dame de Colombel,
Par
FEVRIER. 17388 215
ar Arrêt du 20. Janvier 1738. la Cour
les Apellations au néant, reçut M. de
abet Partie intervenante sur l'Apel
tre la Dame Dumolin et la Dame de
ombel, et Consors ; condamna la Dame
noulin à payer à M. de Fieubet leş
o. liv. en question , avec les interêts
jour de la demande , et aux dépens
ers toutes les Parties.
ADUCTION d'une Ode Ana
loise sur la vanité des Plaisirs &c.
ar M. Despreaux de l'Académie
oyale des Belles - Lettres d'Angers.
In vain Dear friend , &c.
vain vous excitez ma Muse languissante y
Ses efforts seroient superflus ,
ré de vos desirs le moyen qu'elle chante
Apollon ne l'inspire plus ,
Elle n'en est plus embrasée ;
Jamais une chaude rosée
Ne tomba pendant les Hyvers s
L'esprit glacé par la vieillesse
A r'il le feu , la gentillesse
Qu'il faut à de folâtres Vers ?
cher , tout a changé, vous ne pouries, sang
peine,
Recons
216 MERCURE DE FRANCE
Reconnoître en moi ce Berger
Qu'on voyoit autrefois dans les Bois ,
Plaine
D'objets en objets voltiger.
dans l
Les Zephirs , les Amours , les graces
Les tendres Nimphes sur leurs traces ,
Venoient admirer mes talens.
Helas ! cette amoureuse foule ,
De même que
l'Onde qui coule
A fui mes douloureux accens,
*
Un triste souvenir est tout ce qui me reste
Des plaisirs que j'eus autrefois.
; La nature chés moi , par un ordre funeste
Succombe sous son propre poids.
Aucun vain desir ne m'agite ,
Et je ne vois rien qui merite
Que je me donne un soin nouveau.
Insensible à toute autre amorce ,
Je n'employe un reste de force,
Qu'à vaincre l'horreur du Tombeau.
*
Depuis que sur mon chef de sa neige maudite
Saturne a versé la blancheur ,
Les Filles d'Apollon , toutes ont pris la fuite
Mes cheveux gris leur ont fait peur.
Les Nimphes , jadis moins cruelies ,
Aujourd'hu
FEVRIER.
17388 217
Aujourd'hui dédaignent , comme elles,
L'étatoù je me vois réduit ;
Si la jeunesse les engage ,
Dès qu'on touche au décours de l'âge,
Cette folle troupe s'enfuit.
*
Ma structure penchante annonce sa ruine ,
Et la triste fin de mes jours.
L
Pour arriver au but que le Ciel leur destine
Tout en précipite le cours ;
Je sens mon chancelant courage
Entraîner avec lui l'usage
D'un juste et vif raisonnement.
Je rougis du passé sans cesse ,
Le malheur du present m'opresse ;
L'avenir comble mon tourment,
*
L'Amour peut - il encor trouver place en uge
ame ,
Dont tous les genéreux projets
Succombant aux fureurs d'une odieuse trame
L'ont comblé de mortels regrets ?
Avec ce qui me reste à craindre ,
Je n'ai de loisir que pour plaindre
Le funeste sort de mon Roy ;
Le sang de mes proches qui crie ,
La
218 MERCURE DE FRANCE
La ruine de ma Patrie ,
M'ont frapé d'un mortel effroy,
Scachez , moncher ami , que toutes mes pena
sées
J
Se réunissent an cercueil
Par cette affreuse image elles sont renversées
Leur espoir est dans leur écueil ,
En proye à l'humaine malice ,
Et victime de l'injustice ,
Au Ciel dois - je être moins soumist
Non , loin d'implorer sa vengeance
Je suplie encore sa Clemence ,
De convertir mes Ennemis.
*
Faites , sur mon exemple , une utile récolte
De sentimens et d'actions ,
Qui puisse de vos sens apaiser la révolte
Contre les tribulations .
Défiez-vous , en homme sage ;
De tous ces plaisirs de passage
Qui plongent dans l'aveuglement
Celui-là seul soutient la peine ,
Qui s'est bien montré sur la Scene;
Dont la mort fait le denoûment.
FEVRIER: 1738. 219
C'est à quoi , dès longtemps , je fus le plus
sensible ;
1
Tout Mortel doit l'être à son tour ;
je ne croirai pas qu'il vous soit impossible
Comme moi de penser un jour.
Que ces passions délectables
yous paroîtront abominables ,
Quand votre cours sera rempli l
Alors des trompeuses délices
Vous voudrez voir tous les complice
Plongés dans l'éternel oubli ,
*
Que je serois heureux et content , si mon zele
Vous faisoit goûter mes conseils ,
Esi je vous prouvois que d'un ami fidele
On n'en reçoit que de pareils !
Si de cette route glissante
Où vous entraîne vôtre pente
Je vous faisois fuir les abords ,
Enfin , si je rompois les chaînes
De ces plaisirs suivis des peines
De tardifs et vengeurs remords !
EXTRAIT
"
220 MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre de M. Sogirel
de Toresy , au sujet de la Ville de Troyes,
& c.
E passai dernierement per la Ville de
و
pas apellé depuis cinq ans . Les Réparations
et les Embelissemens qu'on y a fait
pendant ce temps- là , l'ont tellement
changée , que bientôt , si on continuë
elle aura veritablement l'air d'une Ville
Capitale ; mais sa beauté sera toûjours
imparfaite , tant qu'il y manquera une
Fontaine , qui se répandant de la grande
Place du Marché au bled , dans les ruës
voisines , procure au Quartier baut la
commodité des Eaux dont jouit le Quartier
bas.
›
J'ai oui dire que M. de Vauban , en
passant par Troyes , avoit voulu faire
conduire dans cette Place , par le moyen
d'un Aquéduc , plusieurs belles Fontaines
qui sont au- dessus de la Ville , dans
une Ferme apelléeNago. L'entreprise étoit
des plus magnifiques ; mais un million
qu'on demandoit pour l'exécution , refroidit
tellement la bonne volonté de
ceus
FEVRIER. 1738. 221
ceux qui le désiroient le plus , qu'on
n'y a pas pensé depuis .
Si le Projet que j'ai imaginé venoit à
réüssir , on pouroit exécuter à bon marché
, ce qu'on n'a pû entreprendre à
moins d'un million : du moins ne coûtera-
t'il pas beaucoup d'en faire l'épreuve.
Le premier Septembre dernier , après
avoir terminé mes affaires , comme je me
promenois auprès de la Porte de Paris
je considéral par hazard le Fossé , qui ,
quoique profond de plus de douze toises
, est le plus souvent entiérement à
sec, en r'entrant dans la Ville j'eus la curiosité
de regarder dans un Puits qui est
proche de la même Porte , vis à -vis de
la maison de M. Bélu , un de mes Correspondans
, m'imaginant que ce Puits
seroit pour le moins aussi profond que
le Fossé. Je fus étonné de voir qu'au
contraire l'eau n'étoit pas éloignée du
bord de plus de sept à huit pieds : de- là
je conjecturai que cette eau venoit de
quelque Fontaine dont on avoit interrompu
le cours par les Ouvrages de la
Porte et qui ne pouvant s'écouler
dans le Fossé , où la portoit sa pente
naturelle, regorgeoit dans ce même Puits,
et y restoit à la hauteur que je viens de
dire
,
Bij Com
222 MERCURE DE FRANCE
Comme le Puits est dans l'endroit le
plus élevé de la Ville , je m'imaginai
qu'il seroit facile , par le moyen de
tuyaux de plomb , de faire descendre
son eau dans la Place du Marché , au
milieu de laquelle elle se trouveroit à nis
yeau de terre , que de-là on pourroit la
distribuer dans plusieurs Maisons et Hôtels
, tel que celui de M. le Major des
Milices Bourgeoises , qui en auroit abondamment
dans sa cuisine , et qui par le
moyen d'une petite Pompe pouroit faci
lement la distribuer dans ses Aparte
mens. Si on vouloit la faire descendre
jusqu'à l'Evêché , elle y feroit un trèsbeau
Jet. Mais comme Mrs de Ville font
travailler actuellement à un Pont sur la
Seine , qui paroît leur devoir coûter considerablement
, cet Ouvrage d'ailleurs
n'étant nécessaire que pour l'embelissement
de la Ville , M. le Major , qui en
retireroit une grande utilité , et qui aime
d'ailleurs le bien public , seroit peut- être
bien aise de faire cette dépense , dont
toute la Ville lui auroit obligation , et avec
d'autant plus de raison que l'eau en
question passe pour la meilleure du Pays.
Comme ce Projet , s'il pouvoit réjissir¸
seroit d'une grande utilité pour Mrs de
Troyes , j'ai crû devoir le leur commaniquer
FEVRIER . 1738 223
niquer par la voye du Mercure. J'espere,
Monsieur , que vous voudrez bien leur
rendre ce service . Je suis , &c.
A S. Dizier , le 13. Nov. 1737-
AM l'Abbé de ***
4
Chanoine de
Notre- Dame , Conseiller au Parlement.
EPITRE.
L'Astre
' Astre brillant qui nous éclaire
A déja fini sa carriere ,
•
Il recommence un nouveau cours.
La Parque , qui file nos jours ,
Voit augmenter d'un oeil avide
Le fil de son fatal fuseau ,
Et sa main barbare , homicide
Se nourit de l'espoir perfide
D'ensanglanter bien- tôt son funeste ciseau.
Le dernier terme va paroître ;
Le temps nous en aproche avec agilité ;
Au court instant qui nous vit naître
Succede avec rapidité
L'instant où nous cesserons d'être,
Dans cette affreuse extremité ,
Où nous réduit le sort de la Nature humaine ;
Loin d'apesantir notre chaîne
B iij
Pat
224 MERCURE DE FRANCE
Par les refléxions d'an esprit irrité ,
Cherchons , illustre ami , dans la Philosophie
Des traits heureux qui flatent nos destins
Nous vivons peu , jouissons de la vie ,
Calmons de vains regrets et charmons nos cha
grins .
Non que j'admette une fatale yvresse ,
Que suit l'oubli de nos devoirs sacrés
Parmi les feux de l'ardente jeunesse ,
Dans l'âge mûr , dans la vieillesse ,
Ils doivent être reverés.
Loin de nous l'horrible systême
De ces Ciniques effrontés ,
Qui cherchent le bonheur suprême
Dans le honteux oubli d'eux-mêmes
Et dans le sein des basses voluptés ;
Mais évitons la rudesse stoïque ;
Qu'un Sophisme philosophique
Ne brouille point notre cerveau .
La tristesse est un mal , la douleur un fleau
Et le plaisir est leur remede unique.
Pour égayer un coeur mélancholique
Un seul tambourin de Rameau ,
Vaut tous les discours du Portique.
On peut , par le secours de la droite raison ,
Rassembler à la fois l'agréable et l'honnête s
Entre Diogène et Zenon
A est un point où le Sage s'arrête .
Que
FEVRIER 1938 .
is
Que par ses attraits séducteurs
Une sagesse douce , aimable ,
Enchaîne et gouverne nos coeurs ,
Et que ses soins , d'une vie agréable
Nous fassent goûter les douceurs ;
Que la raison toujours docile
Ne se roidisse point contre tous nos penchans
Et qu'à son tour souple et facile
Notre coeur ne soit point esclave de nos sens
C'est là du vrai bonheur le systême durable ;
Le Philosophe véritable ,
Sans en être tyran , maître de ses désirs ,
Trouve également condamnable.
Et l'excès de rudesse et l'excès des plaisirs .
Tel on te voit dans le printemps de l'âge ,
Unir la joye honnête , aux soins de tes emplois ,'
Le badinage aimable , à l'étude des Loix ,
La pieté solide , aux plaisirs du vrai Sage.
Puisse durer long-temps , ce charmant assem
blage !
Puissent ainsi tes jours , à mon coeur précieux
Couler dans le repos , la joye et l'abondance !
Mais souviens-toi toujours que pour l'homme
qui pense ,
La sagesse consiste à sçavoir être heureux .
Bij ECLAIR
127 MERCURE DE FRANCE
ECLAIRCISSEMENS
Critiques sur les Pierres gravées , &c.
UN
N Mémoire d'environ quinze lis
gnes , qui nous a été été remis sans
beaucoup d'éxamen , et qu'il a fallu envoyer
à l'Imprimeur avec la plus grande
précipitation , a donné occasion à une
méprise grossière , qui pouroit bien être
mise sur notre compte , dont nous pou
rions aussi nous disculper avec assés de
facilité, mais dont en tout cas nous adop
tons volontiers la rétractation toute entiere
, satisfaits de marquer par là notre
attachement pour la verité , et d'encou
rager les Amateurs des beaux Arts à perfectionner
sur une matiere si peu apro
fondie ) des Eclaircissemens dont nous
ne donnons ici qu'une foible ébauche.
Dans le Mercure du mois de Novembre
dernier page 2476 , il est dit que le
sieur Arthaud , Bijoutier du Roy , a fait
l'acquisition d'une assés grande quantité
de Pierres gravées antiques , du premier
ordre , & c.
Ce n'est point cette annonce générale
qui doit être soumise à rétractation
puisque
FEVRIER. 1738. 227
pulsque , indépendamment du triomphe
de Silene sur prime d'Emeraude , énoncé
dans le Mémoire sous le nom de Bacchanale
ovale , on a pû admirer encore parmi
cette Collection nombreuse , un Lion
sur Cornaline de vieille Roche , gravé
en creux , un Antinoüis de même , un
Mercure sur une Jacinte apellée Vermeille
, et quelques autres dont le détail
est inutile pour la question dont il
s'agit.
C'est donc pour avoir imprimé , que
parmi ces Antiques il se trouve un Enlevement
du Palladium , gravé par Coldoré,
qu'on a découvert dans notre Journal
de Novembre , une erreur de fait insoûrenable
à tous égards , et dont l'éxamen
conduft naturellement aux réfléxions sui
vantes.
>
Si l'on a prétendu donner ce grand
morceau pour veritablement Antique
( ce qui pouvoit être autorisé par la
seule beauté de l'éxécution , ) il devoit
paroître absurde de l'attribuer à Coldoré ,
le plus connu peut- être de tous les Graveurs
modernes , puis qu'il a travaillé
en Angleterre du temps de la fameuse
Reine Elisabeth , et qu'il a exécuté un
nombre prodigieux d'Ouvrages en France
, soit en relief , soit en creux ,
By
sous
les
228 MERCURE DE FRANCE
les Regnes d'Henry III, d'Henry IV . et
même en partie sous celui de Louis XIII.
car il nous a passé par les mains quelques
Portraits du temps de sa façon , et
sur- tout un Buste de l'Evêque de Luçon
( depuis Cardinal de Richelieu ) où ce
grand Homme est représenté avec la
Croix pectorale , avant qu'il eût le Cordon
de l'Ordre , morceau gravé de relief
sur un Grenat Syrien , et qui ne
peut être que de Coldoré , après la mort
duquel ce bel Art a paru languir en
France pendant un intervale considé
rable.
Si au contraire les possesseurs de l'Enè
levement du Palladium se sont conten
tés d'une indécision , où la verité trouve
quasi toûjours mieux son compte , et
qu'ils ayent crû simplement que ce mor
ceau pouvoit avoir été gravé par les ordres
, ou du moins vers le temps de Lau
rent de Médicis , qui y a fait ajoûter
d'une maniere bien distincte les premie
res lettres de son nom , alors ce seroit
une absurdité encore plus gratuite , et
qui ne tendroit qu'à déprimer la Pierre ,
de la suposer gravée par Coldoré qui n'a
pû naître que bien des années après la
mort de Laurent de Médicis .
Cette alternative est bien simple , et
se
FEVRIER 1738 229
se réduit à ces quatre mots : Ou le Diomede
qui tient à sa main le Palladium
est antique , et pour lors Coldoré n'a
rien à y prétendre , ou bien cette Pierre
a été copiée du temps de Laurent de
Médicis (ou l'étoit déja précédemment ,
ce qu'il faut encore observer ) et par
conséquent elle ne peut jamais être de
Coldoré.
Mais ce n'est pas assés , ce semble
d'avoir prouvé de qui elle n'est point ;
les preuves négatives ont ,
à la verité ,
plus de force ordinairement que les autres
, mais rarement sont elles bien sa
tisfaisantes dans la recherche des beaux
Arts il faudroit donc par une suite de
conjectures vrai- semblables ( et peut-être
vraies ) essayer de déterminer à peu près
l'Auteur d'un morceau , qui , de quelque
main qu'il vienne , peut tenir une
place honorable dans les Cabinets des
plus grands Princes .
Qu'il y ait eu en Italie dans le temps
du renouvellement des Arts et des Sciencet
, quantité d'Artistes habiles , et de
Graveurs sur métaux ou sur pierres , capables
d'imiter l'Antique jusqu'à s'y méprendre
, c'est une verité incontestable
pour quiconque ne se fait pas un jeu de
pousser le Pyrrhonisme historisque audelà
B vj
230 MERCURE DE FRANCE
delà des bornes. Le doute peut d'autans
moins être admis sur cette matiere que
les faits parlent , et que les monumens
existent puisqu'il n'y a guere de personne
un peu versée dans la curiosité
qui ne sçache que Jean Cauvin , surnommé
le Padoüan , et qu'un autre Ouvrier ;
apellé le Parmesan , ont imité avec précision
les plus belles Médailles antiques ,
qu'ils ont modelé des Bustes de Papes
et d'autres contemporains dans le même.
goûts et que Victor Camélius a aussi
frapé en bronze des Têtes , et composé
des Sacrifices d'une beauté équivalente
au plus bel Antique. Ce dernier , quoique
moins renommé , a gravé entr'autres
un Portrait de lui- même , d'un travail
exquis avec la date de 1508 .
de
Mais il s'agit ici , nous dira- t'on ,
la Gravûre sur cristaux , Agathes et autres
pierres , dont la manoeuvre est totalement
différente. ... Eh bien ! le nombre
des Artistes en ce genre est encore
plus grand , plus déraillé , et si l'on entreprenoit
jamais d'en dresser la liste , il
faudroit la commencer par
de
1º. Jean Dellé Corniolé , natif de Florence
, le premier qui a renouvellé l'Art
graver sur les Cornalines , d'où même
il a tiré le surnom sous lequel il est le
plus connu.. On
FEVRIER. 1738. 23
On trouveroit encore dans les Mémoires
du temps, (sans en nommer beau
coup d'autres que nous croyons devoir
suprimer , parce qu'ils ne contribuëroient
en rien à découvrir la verité qué
nous recherchons ) on trouveroit , dis je,
les noms des Graveurs qui suivent , et
quelque détail sur leurs principaux Ou
vrages. Par exemple
2. Galeasso Mondella , Graveur en
pierres , qui étoit regardé comme un
très bon Dessinateur.
3 °. Jean -Jacques del Caraglio , de Ve
rone.
4° . Matheo del Nassaro , qui vivoit en
So, que François Premier attira près.
de lui , et qu'il fit même Directeur de
la Monnoye de Paris . Il grava pour ce
Prince sur une Calcedoine , une belle
tête de Dejanire d'après l'antique , couverte
de la peau du Lion de Nemée.
Nota. Si nous ne craignions de faire
regarder comme un peu trop conjectural
et trop arbitraire , l'art du monde qui
nous paroît le plus amusant et le plus aimable
, nous demanderions volontiers à
Mrs les Antiquaires , à l'occasion de cette
Dejanire , à quelle marque positive ils
s'attachent le plus pour prononcer qu'une
tête de femme d'un caractere noble
aved
231 MERCURE DE FRANCE
avec quelques boucles de cheveux et un
mufle de Lion en guise de coëffure , doit
être plûtôt une Dejanite , qu'une Iole ,
ou une Omphale ? La Science de la Mytologie
gagneroit peut-être quelque chose
a de pareilles discussions ; mais il faut retourner
à la suite de nos Graveurs qui
font ici l'objet capital.
5. Jean Bernardi da Castel, de Bo
logne, qui vivoit en 1555. qui se plaisoit
surtout à graver d'après les desseins du
Fameux Michel - Ange , et que les plus
grandes compositions réduites en petit
ne pouvoient ni effrayer ni rebuter ;
temoins plusieurs Batailles navales ,
l'Enlevement des Sabines , la Chute de
Phaeton , et plusieurs autres . Il se servit
aussi quelquefois des Desseins de Pertin
del Vague , grand admirateur de Michel
- Ange.
6. Enfin Valerio Vicentino , Graveur
aussi en Agathes , Sardoines , &c. qui
mourut en 1546. âgé de soixante - huic
ans.
Ce dernier sur lequel nous nous arrêterc
ns un peu davantage, a passé pour ce
lui de tous, qui par la netteté de l'Ouvra
ge , le soin extréme de le polir , et principalement
par la finesse des contours ,
a le plus aproché de l'Antique on sçait
qu'il
FEVRIER. 1738. 233
qu'il grava toute une suite de la Passion
de Notre-Seigneur sur une belle Cassette
de Cristal de roche, dont le Pape Clement
VII.fit présent à François Premier.
Nous avoüerons sans
repugnance que
nous nous sentons un extrême penchant
a attribuer à ce dernier Maître , l'enle
vement du Palladium , ouou la
vengeance
d'Achille , car ces deux titres se sont
toujours apliqués indifferemment
aux
sujets gravés où l'on voit un jeune Guer
rier presque nud , qui vient d'enlever la
Statuë fatale de Pallas.
Or voici ( non pas les raisons ) mais les
conjectures sur lesquelles nous esperons
pouvoir apuyer notre sentiment.
Avant toute chose, nous croyons devoir
rejetter sans restriction le préjugé qui s'est
établi parmi quelques habiles gens , que
Laurent de Médicis ait jamais affecté de
faire graver son nom sur les plus belles
Antiques qui lui tomboient entre les
mains ; n'avoit il pas assés de génie pour
comprendre qu'il ne leur donnoit par là
aucun merite ni réel ni imaginaire ?
Ce nom n'étoit il pas incompatible avec
ceux de Dioscoride , de Felix , Solon ,
Policlete , et de quelques autres qu'on lit
encore sur plusieurs veritables Antiques?
Les a t'on yûs nulle part ensemble gravés
sur
2
1
$34 MERCURE DE FRANCE
sur la même pierre ? Dira-t'on que Laurent
faisoit effacer les noms Grecs pour y
substit uer le sien ? Ne l'auroit- t'il pas fait
apliquer également à la belle Statuë de la
Venus de Medicis , et à tant d'autres Ouvrages
immortels qui font l'ornement du
Palais de ses Successeurs ?
En un mot , si l'on trouve ces Lettres
initiales LAV . MED. sur quelques
morceaux de gravûre précieux , n'est- ce
pas plûtôt une preuve complette que ce
Prince si magnifique , ou les avoit fait
graver à son choix , ou les avoit adoptés .
pour sa collection ? Et n'est-il pas visible
que la prétenduë tradition que nous rejettons,
n'a pû être mise en crédit que par
l'avidité des Marchands, dans l'esperance
de faire passer et de vendre pour Antiques
, quelques-uns de ces morceaux du
seizième siecle , malgré une contradiction
si manifeste, si frapante , et qui n'est
fondée que sur une suposition d'assés
fraîche date dont on ne trouve ail
leurs nulle preuve ?
Après avoir établi qu'un Ouvrage qui
porte avec soi des caracteres si distinctifs
, ne doit jamais être transporté au
temps des Grecs ni des Romains , il n'est
peut être pas hors de propos d'examiner
tout de suite auquel des principaux Grad
yeurs
FEVRIER. 1738. 235
veurs que nous venons de citer , il seroit
plus convenable de le donner
Notre opinion consiste donc à croire,
que pour l'attribuer à J...
nitue Corniolė
le plus ancien de tous , 1 fudioit peutêtre
remonter à des remps up peu trop
reculés ; da : lleurs ceux qui ont eu le bor
heur de faire renaître les beaux Arts ensevelis
sous la barbarie , ne les ont pas
vraisemblablemert
poussés tout d'un
coup à leur ancienne perfection : cette
conjecture n'a pas besoin d'être apuyée
par des exemples tités de la Peinture , de
l'Architecture
et des autres Arts ; on en
sent d'abord toute la force.
Les deux Graveurs Italiens qui suivent
c'est-à- dire , Galeasso Mondella et Jean
Jacques del Caraglio , n'ont guere laissé
après eux qu'un nom stérile ; peu de
notions particulieres nous instruisent de
leurs talens et de leur methode , on est
donc bien fondé à juger que ceux sur
lesquels nous avons des détails plus circonstanciés
, ont été les plus habiles , et
ceux qui sont parvenus à la plus haute
reputation.
Tel est en ce genre Matheo del Nas
saro qui vient ensuite , mais il y a bien
de l'aparence qu'ayant été apellé à Paris
par François Premier, et choisi pour Directeur
236 MERCURE DE FRANCE
recteur Général des Monnoyes , il n'a plus
guere travaillé pour l'Italie , et que son
talent favori s'étendoit plus volontiers
sur la Médaille que sur la pierre gravées
Pour Jean Bernardi da Castel , cité le
cinquième , c'est son talent même qui
dépose contre lui dans le fait dont il s'a
git : il excelloit, dit on, à réduire en petit
les compositions les plus vastes ; pour
quoi donc en ce cas n'auroit- il pas grave
ce sujet de la même grandeur que d'au
tres Palladium qui sont connus , et nome
mément celui que l'on peut en sûreté
regarder comme l'original , et qui a été
long- temps possedé par un des Cus
rieux de Paris des plus distingués ?
Cette admirable pierre Antique , qui
a d'abord été tirée du Cabinet de M.
Bourdaloüe , est malheureusement passée
aujourd'hui en Angleterre dans le riche
Cabinet du feu Duc de Devonshyre :
elle est gravée sur un morceau de Cornaline
le plus pur et le plus transparent
que l'on puisse voir , de la grandeur tout
au plus d'une piece de douze sols , réduite
en ovale sur sa largeur , mais dans ce
petit espace Dioscoride Graveur d'Au
guste qui y a mis son nom en Grec a
trouvé le secret de joindre au sujet prin-
* M. Sévin,
>
cipal
FEVRIER 1738. 237
elpal une figure égorgée aux pieds de
Diomede , et vis - à- vis de lui un piedes
tal fort allongé , qui soûtient une petite,
Statue vûë par le dos .
Or , pourquoi Bernardi da Castel avec
un espace plus que quadruple , auroit il
suprimé ces deux Figures ( lui dont le talent
étoit de réduire ) puis qu'elles sou
tiennent la composition , qu'elles garnissent
le champ , et que la premiere est
en quelque façon , essentielle au trait
d'Histoire représenté ?
Pourquoi n'auroit - il pas copié aut
moins , le fonds de son sujet en volume
égal car ce n'est ni la singuliere beauté
ni la rareté de la pierre qui ont pû le
déterminer , puisque c'est une Calce
doine ( Orientale à la verité ) nais
toute ordinaire , c'est à dire une Agathe
blanche , dont la couleur est un peu
laiteuse dans toute son étendûë.
3
Reste donc Valerio , natif de Vicence }
pour lequel nous avons hazardé de nous
déclarer. L'éloge qui nous reste du point
de perfection auquel il avoit atteint ,
convient exactement au Palladium qui
a produit ces éclaircissemens ; l'Epoque
de sa mort qui tombe en 1546. devient
encore favorable à ce sentiment, puisque
Laurent de Médicis fut tué dès 1537. ed
qua
238 MERCURE DERANCE
que les autres Graveurs qui fleurissoient
en 1555. ou environ , devoient être trop
jeunes du temps de Laurent , pour être
déja parvenus à exceller dans leur Art.
D'ailleurs ce même Valerio a travaillé
longues années , n'étant mort qu'à 68 .
ans , ainsi il a eû le loisir de monter par
degrés à la perfection . Enfin le Pape
Clément VII. de la Maison de Médicis
et propre neveu de Laurent II duquel
il s'agit , paroissoit aussi donner la préférence
aux Ouvrages de Valerio , puis
qu'il les choisissoit pour
sens au Monarque faire des préle
le plus éclairé
plus connoisseur qu'il y eût pour lors
en Europe. Tout le monde sçait que c'est
en 1533. que se fit à Marseille l'Entrevûë
du Roy de France et du Souverain
Pontife , pour le Mariage de Catherine
de Médicis sa Cousine , avec le Dauphin
.
C'est encore au même Valerio Vicen
tino , qu'on peut faire honneur d'une
autre Pierre de conséquence , qui étoit
en vente il y a quelques mois à Paris ;
et qui porte pareillement ces Lettres ,
LAVR. MED.
Cette seconde est une très- belle Onix,
grande comme un ecu de six francs
prolongé par les côtés en ovale ; les cou
leurs
ADFEVRIER
1738.
235
leurs en sont distinctes et les nuances
bien détachées l'une de l'autre.
Le labourieux Ouvrier y a gravé en reg
lief un sujet qu'on ne peut méconoître ;
C'est le Sacrifice de Noë après le Déluge ,
c'est l'instant des actions de graces qu'il
rend au Seigneur avec sa famille , après
avoir fait sortir de l'Arche les differens
couples d'animaux qu'il y avoit enfermés
.
Une Personne distinguée par sa nais
sance , et que son goût constant pour
toute sorte de Litterature, a fait souhaig
ter pour Correspondant honoraire par
- FAcadémie des Belles - Lettres , ayant il
à deux ans reçû de Florence une Em
preinte en plâtre de cet Ouvrage , a
jugé avec beaucoup de discernement, que
non seulement il n'étoit point antique ,
mais même que la tête du Patriarche
sembloit prise sur celle de Laurent de
Médicis lui- même , et que les six autres
Figures représentoient également ses Enfans
et ses belles - Filles.
Cette conjecture ingénieuse pouroit
devenir l'objet d'une nouvelle Disserta
tion , contre le préjugé de ceux qui adjugent
un peu trop légerement à l'Antiquité
tout ce qu'ils voyent d'une cer-
M. le Marquis de Caumont , &'Avignon,
saing
240 MERCURE DE FRANCE
xaine beauté en gravûre ; en effet comment
penser que des Graveurs Grecs ou Romains
eussent été chercher dans la Genese
de Moïse , des Sujets pour s'exercer ?
Que répondre à un certain goût de comparaison
qu'on peut apercevoir entre
cette sortie de l'Arche et la façon de dessiner
, de draper , de grouper ,
la maniere
en un mot de Jules , Romain , si
fort protegé par les Médicis ? Mais il
n'est pas ici question de s'étendre , encore
moins de s'apesantir ; les Dissertations
sur les beaux Arts doivent être
traitées , s'il se peut , avec presque autant
de légereté que les Arts eux - mêmes .
Quoi qu'il en soit , l'Enlevement dų
Palladium qui est à vendre , quoi que
d'une composition plus resserrée , paroît
cependant meriter la préference entre
ces deux pierres ; l'attitude noble et fiere
de Diomede au milieu du Camp de ses
ennemis , la justesse de sa position pour
laisser voir le corps du monde le mieux
proportionné,la legereté de sa draperie , et
son attention à écouter pendant la nuit ce
qui se passe autour de lui ,sontde ces sortes
de beautés prises dans la Nature,et de ces
expressions simples dont l'antique seul
nous a fourni quelques modeles ; mais
c'est en cela même que les habiles gens
de
FEVRIER. 1738. 24T
de tous les siècles ont cherché à imiter ,
à copier même ce petit nombre de Morceaux
, qu'on pouroit apeller sublimes.
C'est là ce qui a fait le principal mérite
du celebre Carlo Canstanci à Rome,
et ce qui fait encore aujourd'hui donner
de si justes aplaudissemens au sieur Ba
Fier , * Graveur du Roy en pierres fines,
à proportion quil cherche à s'en aprocher
d'avantage par la liberté du dessein
jointe avec la correction et les graces .
Au reste , si nos conjectures à l'égard
des Graveurs Italiens du seizième siècle
ne sont pas d'une évidence démontrée
elles ont au moins quelque fondement
l'opinion contraire n'en fourniroit guere
d'aussi probables à qui voudroit la sou
tenir , et combien de systêmes avonsnons
vûs sur des matieres d'une consé
quence bien plus absoluë , qui font tous
les jours une espece de fortune, et qui ne
sont pas plus solidement apuyés, quoique
soutenus avec la plus grande vivacitě
C'est un écueil dans lequel nous évite
rons de tomber ; il suffit de proposer nos
Idées , après quoi nous laissons non seu
lement la liberté de juger , mais nous
suplions les Sçavans de nous redresser
* Il est logé par le Roy aux Galeries du Louvre
armi les plus excellens Ouvriers en tout genre,
242 MERCURE DE FRANCE
et de vouloir bien faire part de leurs lu
mieres au Public sur un Art plus interes
sant qu'il ne le paroît au premier coup
d'oeil.
Pour nous , nous ne soûtenons affit
mativement autre chose à l'égard de la
Piere du sicut Arthaud, sinon qu'elle est
extremement bien rendüe , et qu'elle
n'est, et ne peut être de Coldoré.
Nous nous fatons aussi que ce sera
faire plaisir aux Lecteurs , d'exposer ic
à leur vûë , un trait leger de ce bel Ouyrage
gravé par une habile main ,* quoi
quil en ait paru un à peu prés semblable ,
a quelques differences près , dans le
grand Keceüil du sieur Mariette , Plane
che 85. Partie premiere.
Après une lecture d'assés longue ha
leine, et un Ouvrage de discussion qui ne
sçauroit être également du goût de tout
le monde , les Lecteurs ne seront pas fa
chés de se délasser par la lecture d'une
Fable nouvelle , où l'on retrouvera peutêtre
une partie de cette tournure aisée
qu'on croit disparue depuis assés longtemps
, jointe avec une morale , qui pour
être commune , n'en est ni moins utile ,
ni moins heureusement exprimée .
♣M. du Vivier Graveur des Médailles du Rogo
LE
FEVRIER. 1738. 243
LE COQ ET LES POULETTES ,
FABLE ALLEGORIQUE
,
111
UN jeune Coq d'assés mince figure
Dissimulé , jaloux , marquant dans son allure
Je ne sçais quoi de suffisant ,
D'un plumage bizare étalant la parute ,
Amoureux , mais par choix , tendre , mais par
mesure ,
Sous un rustique toît , dominoit en Pédant.
Impitoyable Argus de ses vives Compagnes , '
Ses soins trop assidus devenoient un tourment ;
Sébaudir sur le pré , parcourir les Campagnes
Etoit un attentat repris séverement.
Jamais ses craintives fémelles
N'osoient s'écarter un moment
C'étoit toujours plaintes nouvelles,
Qui dégéneroient en querelles.
Car qui dit jaloux , dit grondeur ,
Défiant et Moraliseur.
Le Sexe , disoit- il , ne peut être trop sage ,
» Un souffle peut ternir Phonneur
Er le plus simple badinage
Allarme toujours la pudeur ;
Dailleurs , ajoutoit- il, la pente est si flateuse ,
C " Que
244 MERCURE DE FRANCE
Que le crime paré des couleurs du plaisir
Par une amorce impérieuse ,
Presque au sortir de l'oeuf fait naître le désir;
D'étaler sa morale il eut tout le loisir ,
Mais garder une femme est un trop rude ou
vrage ,
Toujours par quelque endroit elle force sa cage ,
Aussi, malgré les soins du Magot vigilant ,
Chaque Poule cut au bout de l'an
Son Galant , 2
Et pour mieux pénetrer dans le fin du mystere ;
Loin des yeux du jaloux
Pas une au rendez - vous
Ne se souvint d'être sévere,
Le petit Latin démonté ,
Trépignoit de honte et de rage ,
Amour dans son Serail mettoit tout au pillage
Et son orgueil déconcerté
Crioit à temps ! ô moeurs ! pestoit contre notre
âge ,
Mais le sort en étoit jetté ,
Rien ne changea dans son ménage,
Enfin malgré sa vanité ,
Connoissant dans le voisinage
Un vieux Coq experimenté ,
Il fut un beau matin lui conter son martyre ;
Le vieux Coq aguerri commença par sourire,
Puis dit , pour profiter , ami , de mes leçons,
Et rendre à votre esprit le calme qu'il désire
11
FEVRIER : 1738: 245
Il faut tout au rebours tendre vos hameçons,
Et suivre en tout d'autres façons ;
Fémelle qu'on soupçonne au fonds du coeu
enrage
De perdre en vain son étalage ,
Et , puisqu'il faut souffrir d'injurieux soupçons ,
Autant vaut mériter un légitime outrage ,
C'est-là leur argument, qui pis est c'est l'usage
Ainsi , frere très- cher , moderez votre ardeur
Reprenez rarement, mais toujours sans aigreur
Ménagez le beau Sexe avec délicatesse ,
Son impétueuse jeunesse
Ne peut ceder qu'à la douceur.
N'esperez pas fixer son coeur ,
Mais gagnez le du moins avec un peu d'adresse,
Compatissez à sa foiblesse ,
S'il en a le profit , vous en aurez l'honneur.
Sur tout loin d'éclairer sa naissante malice ,
Scachez lui dérober jusques au nom du vice ,
Gardez-vous bien d'être tenté
De lui montrer de près les bords du précipice ;
Par des traits trop frapans peindre la volupté
C'est prêcher la molesse et la lubricité ;
Les sens aprivoisés par ce portrait funeste ,
Devorent le moment de s'instruire du reste ,
Et la sévere vérité
Disparoît tôt ou tard près du Tableau flaté.
Tâchez donc que l'honneur , l'interêt, la prud
Cij Entre
dence ,
246 MERCURE DE FRANCE
Entretiennent long- temps une utile ignorance ,
Heureux , cent fois heureux , si par de tels se
cours ,
Votre sage persévérance
Peut éluder parfois quelques-uns de leurs tours.
Jadis certain (a ) Mortel ( vous pouvez le connoître
,
Car il sçût nos secrets de l'un à l'autre bout ,
Aprit notre langage , imita notre goût , )
A dit la même chose , et l'a dit en grand Maître,
Mais moins honnêtement peut-être , (b)
Tamais le plus adroit ne s'avise de tout.
J. B. C. C. de Figniers
( a ) La Fontaine.
(b ) Dans ses Contes
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caën
le 4. Février 1738. par M. de Saint
Ouen de la Douesne , Membre de l'Académie
Royale de cette Ville.
E vous envoye ,M. pour inserer dans
le Mercure , la sixième Scene du quatrième
Acte d'une Tragédie manuscrite ,
intitulée Germanicus , lûë dans l'Académie
Royale des Belles Lettres de Caën ,
dont M. de Luynes Evêque de Bayeux
est
1
FEVRIER. 1738. 247
> ést le digne Protecteur et qu'il anime
souvent par sa présence , et les Discours
éloquens qu'il y prononce.
L'Auteur introduit sur leThéatre Agrip?
pine , veuve de Germanicus , en long
habit de deüil , tenant en sa main ou sur
son sein , le coeur de son Mari , dont le
corps fut brûlé en Syrie sur un bucher
et entierement réduit en cendres , à la rég
serve du coeur , dont on dit que lorsqu'il
a été une fois infecté de poison , le
feu ne peut le consumer ; c'est ce qu'après
plusieurs Auteurs , raporte , dans
son Histoire Romaine , M. Coëffeteau ,
nommé par le Roy à l'Evêché de Marseille.
Cette Scene a paru très
propre à exci
ter de grands
mouvemens
par la nouveauté
du Spectacle
et la beauté des Vers.
Tacite dit que Tibere , jaloux de la
gloire de Germanicus , fit empoisoner
ce Héros par le ministere de Pison et de
Plancine, sa femme ; le Poëte a seulement
feint dans cette Tragédie que Tibere
dans l'idée d'étouffer le bruit qui se ré
pandoit dans Rome de ce crime ) avoit
arrêté dans son Palais Drusile , fille de
Germanicus et d'Agrippine , et qu'il la
vouloit faire épouser à Cnéus , fils de Pison,
sous la promesse brillante de rendre
Cij ce
248 MERCURE DE FRANCE
cès deux Amans ses successeurs à l'Empire
, mais que Cnéus , plus genereux ,
fit soulever lePeuple pour mettre sa Maîtresse
en liberté ; enfin cette Scene a
trouvé beaucoup d'Aprobateurs.
******** :* :*
SCENE VI. DU IV . ACTE
Agrippine , Drusile , Phénice:
, 'Agrippine en long habit de deuil et
portant en sa main ou sur son sein le
coeur de son Mari.
O
!
1
Coeur gage sacré de l'amour le plus
tendre ,
Que les feux d'un bucher n'ont pû réduire en
cendre
Cher et triste dépôt que je porte en mon sein ,
C'est à toi d'animer mon genereux dessein ;
Hélas ! dans ce Palais si cher à mon enfance ,
Avec moi tu juras une sainte alliance ,
Mais deux Monstres cruels ont rompu les beaux
noeuds ,
Dont Auguste voulut nous voir unis tous deux
Et le bras tour-puissant qui lance le Tonnerre ,
Les souffre et n'en a point encor purgé la Terre:
Drusile.
Ah ! Madame , daignez nommer les inhumains
Qui
FEVRIER. 17385 249
7
Qui du sang de mon Pere ont dû soüiller leurs
mains ;
Chéus nous vengerea de cette infâme race.
Agrippine.
A ce nom tout mon sang dans mes veines s
glace ;
Ma fille ignorez-vous que Plancine et Pison
A des enchantemens, ajoûtant le poison ,
Me privent d'un Epoux, vous ravissent un Pere
„ Et vous m'offrez leur fils pour servir ma colere
Drusile.
O! d'un crime execrable affreux Evenement ,
Mon Pere ést mort , hélas ! et je perds mon
Amant ,
Oui , Cnéus , je te perds .
Agrippine.
Tu le perds ! ah ! mon ame
A ces mots de colere et de haine s'enflamme ;
Il suffit que Cnéus ait pu toucher ton coeur ,
Pour àjamais pour toi m'inspirer de l'horreurs
Drusile.
Ah ! Madame , arrêtez, c'est son coeur magna
nime
Qui s'opose aux efforts du Tiran qui m'oprime
Agrippine
Quel est-il ce Tiran et par quelle raison
Le Palais des Césars devient - il ta prison ?
Drusile.
Madame , ce matin Tibere ici m'apelle ,
M
C iiij J'
250 MERCURE DE FRANCE
J'y viens et pouvois -je être à ses ordres re
belle ? )
» Votre Pere , a-t'il dit , est mon fils adoptif
20
A tous ses interêts plus qu'aux miens attentif
Je prétends que demain un heureux hymenée
»De Chéus avec vous joigne la destinée ;
Que ce fils de Pison qui soupire pour vous ,
» Unisse au nom d'Amant celui de votre Epour
Et qu'attendus tous deux à l'Empire du Monde
Le bonheur des Romains sur le vôtre se fondej
Surprise à ce discours , j'ai voulu répliquer ,
Mais lui sans me donner le temps de m'expliquer,
Sans vouloir écouter ni raison ni priere ,
M'arrête, et dans ces lieux me retient prisonniere
Agrippine.
O Ciel ! fut- il jamais plus noire trahison !
Mais que prétend le fils de l'infâme Pison
Comment a- t'il trouvé le secret de te plaire
Drusile.
De mon amour pour lui je ne fais point mystere
Madame , le principe en est si glorieux
Que je puis sans rougir l'exposer à vos yeux.
Bien loin qu'il ait voulu tirer quelque avantage
De l'ordre de Tibere et de mon esclavage ,
Il brave ce Tiran et trompant son dessein ,
marque refuser et l'Empire et ma main,
Et me prouvant par là jusqu'à quel point i
m'aime ,
Die
FEVRIER. 1738. 251
Dit qu'il ne veut tenir mon coeur que de moit
même
Il fait plus , par ses soins tout un Peuple excité ,
Prétend dès aujourd'hui me mettre en liberté ;
Hélas ! sans son secours pourrois-je me défendre
D'un barbare, en état d'oser tout entreprendre
Agrippine.
Quelque soit de Cnéus le zele impétueux 7
Ma fille , rejettez ses voeux présomptueux ;
Le crime de Pison est si noir qu'il efface
Les vertus de son Fils et l'éclat de sa race ;
Mais de ce crime affreux je vois l'enchaînement
Tibere en est l'Auteur et Pison l'instrument ;
Et vous, ma Fille, et vous, si l'on en croitTibere,
Devez être le prix du sang de votre Pere.
Drusile.
Grands Dieux ! avez-vous pû souffrir que des
Humains ,
Conçussent dans leur coeur de si cruels desseins ?
Dieux vengeurs
, serez-vous à nos pleurs insen
sibles ,
Jusqu'à voir, sans punir, des crimes si terribles a
Agrippine.
Votre Pere en mourant prévit tous ces malheurs,,
Lorsqu'au tour de son lit tous ses amis en pleurs
Levant ses mains au Ciel plaignoient sa des
tinée.
»Amis, voici , dit- il, ma derniere journée ,
» Que
252 MERCURE DE FRANCE
» Que servent désormais vos regrets superflus
» Laissez aux Etrangers pleurer Germanicus ;
» Ma bonté s'est chez eux acquis assés de
gloire ,
» Pour qu'à jamais mon nom vlve dans leur
mémoire ;
Mais vous , de mes exploits , les fideles té
moins
» Vous , que j'ai reservés pour de plus nobles
soins >
» Si jamais je vous fus plus cher que ma for
tune ,
» Montrez-vous au dessus d'une amitié com
mune ;
Partez , vôlez à Rome , et peignez au Se÷
nat ,
Dans toute sa noirceur un si lâche attentat ;
Je n'accuserois pas le sort de barbarie ,
Si je versois mon sang pour ma chere Patrie ;
" Mais mourir dans un lit à la fleur de mes ans ,
» Voir mes desseins peris , aussi - tôt que nais
sans >
Et Pison s'aplaudir de sa perfide trame ,
"
» Mourir, enfin mourir de la main d'une femme,
N'est- ce pas endurer mille morts à la fois?
Alors , pour me parler , baissant un peu la voix
Pison n'est pas , dit- il , seul auteur de ce
ג כ
crime ,
Depuislong- temps Tibere à ma perte l'animes
Cependant n'allez pas , chere Epouse, accuser
FEVRIER: 1738 253)
Un Tyran furieux , et qui peut tout oser ;
-
» Tôt ou tard, au travers des plus sombres
nuages , 4
La simple verité s'ouvrant mille passages`,
» Le Ciel vous vengera de la mort d'un Epoux
» Qui se fate , en mourant de vivre encor en
vous.
A ce triste discours toute en pleurs je l'embrasse
Son corps d'un froid mortel au même instan
se glace ,
De son tein effacé la livide pâleur
Prouve que le venin a penétré son coeur.
Dans mon malheureux sort , hélas ! trop cona
firmée ,
La force m'abandonne , et presque inanimée
Je ne respire plus , et ne reviens à moi ,
Que pour me plaindre au Ciel du jour que je
revoi.
Hé bien , refusez-vous ma Fille de vous rendre,
Au recit douloureux que vous venez d'entendre
Votre Pere n'est plus , voulez-vous l'oublier
Pour au sang de Pison par l'Hymen vous lier
Drusile.
'Ah ! Madame , jamais je n'oublirai mon Pere ;
Du sort qui me poursuit n'accusez que Tibere ,
Pour fléchir ce Tyran que n'ai-je point tenté ?
De vous seule aujourd'hui dépend ma liberté ;
Un mot , que dis-je , un mot ? Votre seule pré-
Gvj Pear
sence
254 MER CURE DE FRANCE
Peut plus que tout un Peuple armé pour ma dé
fense.
Agrippine.
Oui , si j'étois encor ce qu'autrefois je fus 3
Sans donc risquer ici la honte d'un réfus ,
Je vais en plein Senat , aux yeux de Rome en
tiere ,
Donner à ma vengeance une libre carriere.
AVIS AUX NAVIGATEURS ,
sur le Cabestan
' Académie Royale des Sciences , ins+
des Personnes habiles et
expérimentées dans la Navigation , d'un
défaut essentiel du Cabestan , et de l'utilité
que la Navigation recevroit , si on
pouvoit le corriger, a proposé au Public
pour Sujet du Prix de 1739.la Question ,
Qielle étoit la meilleure Construction du
Cabestan.
A cette occasion le Comte de Crequy
Frohans a travaillé à cette Recherche
et a trouvé un moyen infaillible et trèssimple
de dévider un Cable avec le Cabestan
2
FEVRIER . 1738. 255
bestan , sans jamais choquer , quand la
longueur du Cable seroit infinie ; mais
considérant l'utilité que les Vaisseaux du
Roy , et ceux des Particuliers peuvent
tirer dès -à- présent de cette découverte,
Il a crû qu'il étoit de son devoir de la
publier incessamment , et de sacrifier sa
prétention au Prix proposé , à l'utilité
présente de la Navigation ; c'est dans
cet esprit qu'il offre en peu de mots au
Public la solution de la Question.
1. Puisque la necessité de choquer pro
cede du Pas de la Spirale du Cable , il ne
s'agit pour avoir un Cabestan perpetuel,
que d'empêcher cette Spirale de gagner
à chaque tour l'épaisseur de son Cable
en la faisant perpetuellement refléchir
par un plan incliné.
2. De là, il résulte que la forme du
Cabestan ne doit pas être celle d'un Cllindre
, mais plutôt celle d'un Cône ,
dont la surface oblique refléchifle perpetuellement
le Cable vers l'extrémité d'où
il vient.
3. Et afin que ce Cone opére certai
nement la réfection du Cable , il faut
qu'il soit évasé , et semblable à un Pavillon
de Cor de chasse , parce qu'alors
leable montera jusqu'au point où la
pente escarpée du Cône évasé le reflée
chir
1 MERCURE DE FRANCE
chira vers le Lieu d'où il vient , sans
F'empêcher néanmoins de demeurer intimément
uni à la surface du Cône, auquel
il continuera d'obéir circulairement ,
pourvû qu'il fasse un demi tour ou un
tour entier, de plus que de coûtume , sur
le Cabestan.
4. Pour apliquer au Cabestan ce
Cône évasé , il suffit de graver à son extrémité
inférieure une Moulure concave ,
à peu près semblable à celle qui est sur
la circonférence des Poulles , pour for
mer par ses deux pentes escarpées deux
surfaces Coniques évasées et oposées au
sommet et que le diametre de cette
Moulure soit égal à 8. épaisseurs du Cable
qui doit y être logé , et sa profondeur
à trois et demi.
و
5. Alors , faisant faire au Cable trois
tours et demi ou 4 tours dans cette loge ,
et un homme tenant l'extrémité sortant
du Cabestan , pour la tirer à soi , à me
sure que le Cabestan la dévidera en amenant
son fardeau , il est évident que le
Cable suivra d'un bout à l'autre , sans
jamais sortir de la loge , parce qu'il ne
poura grimper la pente escarpée de la
Moulure , que jusqu'à un certain point
d'équilibre , auquel il s'arrêtera en descendant
précisément , continûment , et
unifor
FEVRIER 1738 237
uniformément , autant que la Spirale le
fera grimper , comme l'Auteur en a fait
l'expérience.
6. Et comme cette Moulure (qui doit
avoir pour profondeur , au moins deux
cinquièmes de sa largeur ) affoibliroir
considérablement le corps du Cabestan ,
s'il n'étoit extrémement puissant en sa
partie inférieure , où elle sera gravée , il
faur que le Constructeur observe d'em
ployer à cet usage un tronc d'Orme, ou
d'autre Bois équivalent, capable de fournir
la Moulure , sans offenser le corps du
Cabestan .
Tout ceci est si simple, et l'effet en est
si évidemment certain , qu'on n'estime pas
qu'il soit nécessaire de l'expl quer plus
amplement. Ce qu'on pouroit y ajoûter
n'éclairciroit pas davantage la matiere ,
ou ne conviendroit qu'aux Géometres . Il
suffit donc d'avoir rempli le veu de la
question en fournissant l'idée très simple
d'un Cabestan qui sera exempt do
choque, ren imprimant au Cable un mou
vement perpetuel et uniforme.
Le 7. Février 17382
LE
58 MERCURE DE FRANCE
XXXXXXXXX -XXXXXXXX-XXXX
LE MOIS DE FEVRIER!
A Messieurs les Astronomes.
Pour honorer César , et pour flater Auguste,
Autrefois un Edit injuste
Me retrancha deux de mes jours .
Juillet et son Voisin en accrurent leur gloire?
De ce honteux afront pour laver ma memoire }
Le Ciel voulut que les Amours
M'apellassent à la Naissance
D'un Roy le Bonheur de la France
Et le Pere de ses Sujets .
Astronomes fameux , vous qui de ses bienfaits
Eprouvez l'heureuse influence ,
Pour couronner sa gloire , et combler ma vengeance
,
Daignez me rendre enfin les jours qu'on m'a
ravis ,
Et qu'à leurs Freres réunis
Hs annoncent par tout votre reconnoissance
Pour l'auguste Nom de LOUIS
Par Mad. la Marquise de P ***
à S. El ***. en B.
Ce 15. Février , jour de la Naissance
du
Roy
FEVRIER 1738. 259
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Touraine par M. de Valory de Destilly
le 24. Decembre 1737. au sujet des Per
sonnes extremement âgées.
Co
Omme je vois,Mrs , dans vos Mercu
res,que je lis régulierement tous les
mois , que vous y inserez volontiers en
que
faveur des Personnes âgées , la mort de
celles qui sont mortes dans un âge
très avancé , permettez - moi de vous demander
, s'il ne seroit point plus flateur
pour ces Personnes âgées d'aprendre par
vos Journaux , que telles et telles Personnes
, extremement vieilles , vivent , et
qu'elles promettent encore plusieurs années
de vie , que d'en aprendre la mort
Si cette observation pouvoit mériter vo
tre attention , j'aurois l'honneur de vous
mander que nous avons dans cette Province
aux environs de Chinon , deux
Personnes d'une vieillesse aussi rare , ques
saine,et quijouissent toutes les deux d'une
santé qui promet encore plus de 15
où 20. années de vie ; pas la moindre des
incommodités qui accompagnent la vieil
lesse l'une s'apelle Mile de Riparfond
( Eleonor
260 MERCURE DE FRANCE
( Eleonor de Bellivier ) fille de condition
âgée de plus de 98. ans , qui chante , qui
joue , qui tient table , et qui danseroit volontiers
, si par une chûte elle ne s'étoit
pas cassé une cuisse , il y a 2. ou 3. ans, laquelle
l'a rendue boiteuse ; elle foüit de
la santé la plus parfaite et la plus forte ,
elle demeure sur la Paroisse d'Huismes à
úne lieue de Chinon.
,
L'autre est M. l'Abbé de Couttes ( Franfois
le Fachu ) qui est du même âge que
cette Dlle , lequel chante , danse , tient
table jouë autant que l'on veut ,
monte à cheval , a une santé à toutes
épreuves , et ne ressent aucune des incommodités
de la vieillesse ; il demeure au
Prieuré de S. Louand à un quart de lieuë
de Chinon ; ce sont mes Voisins , je les
vois tous les jours , ainsi M. je puis vous
én rendre bon compte.
J'ai fait la découverte d'un Livre qu'on
m'a assuré être à present fort rare , il est
intitulé les Oeuvres Poëtiques d'Amadis
Famin , dédiées à Henry III. Roy de
France et de Pologne , imprimées A Pa
ris chês Robert le Magnier 1575. je crois
M. ne pouvoir mieux m'adresser qu'à
vous pour sçavoir si ce livre est aussi rate
qu'on me l'assure , et aussi cher , et je
vous serois sensiblement obligé si vous
voulicz
FEVRIER . 26t 1778. 251
Youliez bien me faire l'honneur de me
marquer si en effet il est tel qu'on me l'a
assuré , &c.
A
REPONSE.
Près vous avoir remercié , Mona
sieur , de votre avis au sujet des
Personnes extrémement âgées , et qui
jouissent encore d'une parfaite santé &c .
Avis dont je pourai profiter pour le Pu
blic , si on prend la peine de m'instruire
aussi exactement que vous venez de le
faire , j'aurai l'honneur de vous dire que
les oeuvres Poëtiques d'Amadis Jamin
imprimées en 1575. sont dans le même
cas que tous les autres Ouvrages Poëtiques
imprimés avant le Regne et sous
partie du Regne d'Henri IV. c'est - à - dire
M. qu'elles se trouvent difficilement lors
qu'on en a besoin : mais on ne doit pas
pour cela les apeller extremement rares ,
car on peut assurer à vûë de Pays , qu'il
y en a au moins quinze Exemplaires dans
differens Cabinets à Paris. Ce qui en effet
merite le nom de très rare en Poësie , en
fait de Librairie , c'est tout ce qui a été
imprimé antérieurement à l'année 1530.
temps auquel la Poëtique Françoise a
commencé à se débrouiller du cahos de
nos Anciens Romanciers Versificateur.s
J'ai l'honneur d'être &c,
162 MERCURE DE FRANCE
EPITRE de M. Saurin le Fils sur lá
mort de son Pere à M. le Cardinal de
Fleury.
T。Oi , que sous le nom de Minerve
Rome payenne eût adoré ,
Toi peut-être le seul que n'ait point enyvré
La fateuse vapeur d'un pouvoir sans reserve ;
Rare et sublime esprit , qui des ressorts secrets
De ta politique profonde
Etonnas l'Univers et lui donnas la paix ,
Fleury , l'ami des Rois , le Pere des Sujets ?
L'arbitre de l'Europe , et l'exemple du Monde ,
A tes pieds j'aporte les pleurs
D'une Famille infortunée ,
Et qui peut sans rougir t'exposer ses malheurs
Au sein du Calvinisme née
Elle quitta ses biens pour quitter ses erreurs.
Des dons du Souverain un Pere cheri d'elle
L'entretenoit la mort cruelle
Vient sur lui d'étendre ses coups.
Sa Famille nombreuse aux pleurs abandonnée
Embrasse en tremblant tes genoux
De toi depend sa destinée .
Pere commun des François ,
Ecoute
FEVRIER:
263 1738
Ecoute sa timide voix ;
Et puisse l'Ange Tutelaire
Chargé de veiller sur tes jours
Au gré de tous les coeurs en étendre le cours i
La France est ta Famille , elle seule t'est cheres
Ah ! que le Ciel en ta fayeur
Ne lui fasse jamais sentir cette douleur
Qu'on éprouve en perdant un Pere !
SOLUTION de la Question proposée
au second volume du Mercure de Décem
bre 1737. Par Mlle Demoüy , de la
nouvelle Orleans.
O
N met en Question dans le Mercure
de Décembre 1737. second
volume , lequel de trois Fils marque plus
d'amour pour son Pere , ou celui qui
venge son assasinat en tuant l'Assassin ,
ou celui qui étanche le sang qui coule
de sa playe , ou celui qui s'évanouit de
douleur à la vûë de ce spectacle.
Si on considere la Nature dans ces trois
Fils , on trouvera , sans doute , que celui
qui s'évanouit , est le plus vivement touché
; les deux autres ne montrent que
du courage et de la charité ; le premier
eût fait pour un ami , assassiné en sa présence,
484 MERCURE
DE FRANCE
le sence , ce qu'il a fait pour son peres
second cût secouru un homme indiférent
, même inconnu , qui se seroit trou.
vé en pareil cas mais le dernier prouve
toute la tendresse que la Nature imprime
dans nos coeurs pour nos parens ;
quel amour , en effet peut être mieux
exprimé que par le défauts de l'expression
même ? Les deux premiers parois
sent trop maîtres de leurs mouvemens ,
pour être sensiblement touchés ; une
douleur qui donne le temps de raisonner,
et qui ne saisit pas d'abord le coeur
ordinairement moins vive que celle qui
se montre subitement par un espece
neantissement de celui qui l'éprouve ;
suivant ces principes le dernier des trois
fils est celui qui a marqué plus d'amour
pour son Pere.
est
da-
EPITRE
FEVRIER 1738: 265
EPITRE de M. Graisset , à M. le
Controlleur General,
Nouvel an , Complimens nouveaux
Eternelle cérémonie
Inépuisables Madrigaux ,
Vers dont on endort son Héros
Courses à la Cour qu'on ennuye
Faut-il qu'un Sage s'associe
A la Procession des sots ?
Aussi , bien moins
moins pour satisfaire
Un usage fastidieux ;
Que reconnoissant et sincere
Pour un Ministre genereux ,
J'aurois de la naissante année
Donné la premiere journée
A lui portes mes premiers voeux ;
Si par la bise impitoyable
Qui vient d'enthumer tout Paris ;
Je ne me fusse trouvé pris ,
Et si sur l'avis détestable
D'un vieux Empirique pendable,
Je ne me fusse encor muni
Des feux d'une fievre effroyable ;
Que je n'aurois point cû sans lui .
dans les chimeres qu'inspire
36 MERCURE DE FRANCE
Un transport , un brûlant délire ,
De fantômes environné ,
Je m'en souviens , j'imaginai ,
Que rayé du nombre des Etres
Par Hipocrate empoisoné ,
J'étois où gissent nos Ancêtres.
C
Là , près d'un Fleuve infortuné
Et parmi la défunte Troupe ,
Qui pour passer à l'autre bord ,
Attendoit la noire Chaloupe ,
M'occupant peu , m'ennuyant fort ;
Et ne sçachant enfin que faire ;
Car, que fait on quand on est mort?
Je rapellois ma vie entiere ,
Et ne reprochois rien au sort ;
Non , si par la Métempsicose ,
Me disois-je , on quittoit ces lieux
Pour revoir la clarté des Cieux ,
Et que le choix suivît mes yoeux ,
Je ne serois rien autre chose
Que ce que m'avoient fait les Dieux.
Par un Ministre digne d'eux ,
Sans projet , sans inquietude
Libre de toute servitude ,
Cherchant tour- à- tour et quittant
Et le Monde et la Solitude,
Entre les plaisirs et l'étude ,
Je vivois obscur et content.
FEVRIER. 1738 257
D'un délire ce fut l'image ,
Il l'étoit de la verité.
Vous qui recevez mon hommage ,
D'un loisir qui fut votre ouvrage
Confirmez la tranquilité ;
Aussi , gravée , en traits de flâme
La gratitude de mon sort ,
Immortelle comme mon ame,
Me suivra jusqu'au sombre bord.
LETTRE écrite de Pezenas en Lan
guedoc , le 15. Janvier 1738. à M.
"de **** , Medecin du Roy.
T
*
Rouvez bon , Monsieur , que je
vous rapelle ce que nous avons dit
plusieurs fois dans nos entretiens sur la
Chirurgie , qu'il y avoit des Chirurgiens
fameux qui n'avoient d'autre mérite
qu'une réputation que le hazard leur
avoit procurée, ou qu'ils s'étoient acquise,
en saisissant le Public par un babil mesuré
; qu'il y en avoit d'autres sçavans et capables
des operations les plus délicates ,et
que n'ayant point le bonheur de sçavoir
faire valoir leur habileté , se trouvent oubliés,
inconnus au Public , et privés de la
• D réputatio
1-
268 MERCURE DE FRANCE
la réputation dûë au vrai mérite.
Cela m'a souvent fourni des refléxions
sur l'erreur du Public à l'égard des premiers
, et sur le peu de justice qu'on rendoit
aux autres ; je blâmois le faute d'attention
à rendre publiques les belles operations
faites par des Chirurgiens, inconnus
dans le monde ; condamnant ce silence
, j'aurois à me reprocher de l'avoir
gardé moi - même sur celle que vient de faire
un Chirurgien d'un Village voisin , et
qui lui fait d'autant plus d'honneur qu'elle
est regardée comme miraculeuse ; il en
a fait bien d'autres qui ont dévelopé ęt
fait connoître son sçavoir.
Vous voyez , Monsieur , qu'on peut
trouver quelquefois dans les Villages des
gens aussi habiles que ceux des grandes
Villes ; les Lieux ne donnent point le sça
voir , mais le vrai mérite est de tout Pays,
et doit être reveré par tout où il se
trouve.
J'espere qu'après avoir lû le détail de
cette cure , vous conviendrez avec mol
qu'il est nécessaire de la rendre publique,'
pour donner de l'émulation aux uns , et
acquérir des autres l'estime et l'aprobation
due à celui qui l'a faite.
Il s'agit du Sieur Poitevin , Chirurgien
du Lieu d'Alignan du Vent , Diocèse de
Besiers
FEVRIER. 1738 . 269
Besiers , dont le mérite et la probité , qui
le rendent aussi recommandable que son
sçavoir, font honneur à sa Patrie.
Le 8. Septembre dernier , le Sieur Poitevin,
fut apellé pour panser unblessé nommé
Jean Puiol, du même Lieu d' Alignan,
il lui trouva deux grandes playes faites
par deux coups de couteau , l'une à la
partie moyenne inferieure de la région
ombilicale , à deux doigts au dessous du
nombril , qui penetrant directement dans
la capacité , avoit occasioné la sortie de
l'intestin ileon et d'une partie de l'epi-·
ploon , de même que des autres boyaux :
T'autre playe située sur la partie laterale de
la même région , au côté droit de la région
du foye apellé hipocondre droit , pe
netrant jusques à la premiere des vertebres
des lombes.
Remarquez , s'il vous plaît , que la
blessure fut faite dans un cabaret pendant
la nuit , et que le Sieur Poitevin ne fut
apellé pour panser le blessé que longtemps
après arrivé près du malade , son
premier soin fut de remettre les intesins
qui étoient dehors , il coupa tout ce
qui étoit sorti de l'epiploon , en quoi il fut
blâmé de bien des Medecins et autres
Chirurgiens , mais la suite a fait voir
qu'ils se trompoient , et que le Sieur
Dij Poitevin
270 MERCURE DE FRANCE
Poitevin avoit agi en homme habile , parce
que l'epiploon est une partie qui tombe
en mortification dès qu'elle a été touchée
par l'air , y ayant peu d'esprits et étant
composé de quantité de graisse.
la
En remettant les intestins , il examina
celui appellé ileon ,qu'il trouva lézé par
pointe du couteau ,sans être entierement
percé. Cette lézion et les accidens fâcheux
qu'elle occasiona firent juger aux
Medecins qui entendoient parler de ce
malade , qu'il n'en pouvoit revenir , et
qu'il étoit inutile d'esperer de le guérir ;
ce jugement n'étant pas sans apel , ne rebuta
pas le Sieur Poitevin , qui ne fut
pas surpris des accidens que cette lézion
avoit causés.
Le malade eut d'abord un grand vomissement
pendant trois jours , sans pou
voir prendre d'alimens ; ayant remarqué
au second jour qu'il rendoit du chile
, il en craignit les suites fâcheuses avec
d'autant plus de raison que le malade
avoit le ventre fort tendu et douloureux ,
avecune grande fiévre , mouvemens convulsifs
, insomnies accompagnées d'un
délire.
Pour prévenir l'étranglement qui au
roit pû se former à l'intestin ileon , il fit
avaler au malade une petite balle de
plomb:
FEVRIER. 1738. 271
plomb : le vomissement cessa d'abord
ensuite pour calmer les douleurs , la tension
et l'inflammation qui menaçoit tout
le bas ventre , il fit en trois jours trois salgnées
au blessé , et lui fit prendre les
ptisannes vulneraires et les narcotiques
tous les soirs , et plusieurs lavemens ano .
dins , et il apliqua les topiques avec de
grandes compresses sur tout le ventre ;
le douzième jour tous ces accidens cesserent
, et le ventre revint dans son premier
état naturel .
Le treizième jour la fiévre revint avec
des frissons de six en six heures ; pour re
medier à ces nouveaux accidens , il fe fervit
d'un leger purgatif et fit continuer
les lavemens . Ces derniers accidens ayant
détourné la supuration et fourni aux
playes des excroissances de chairs bavantes
, il employa les excarrotiques et
l'onguent Egiptiac mêlé avec le Digestic
dont il chargea les plumaceaux , et avec
ces remedes , faits à propos ,
deux jours le blessé se trouva guéri, ayant
à présent la même force et la même vigueur
qu'il avoit auparavant.
dans trente-
Faites attention je vous prie , Monsieur
, que
dans les Villages les Habitans
apellent rarement les Medecins à leur secours
dans leurs maladies , ayant une en-
D iij
tiere
172 MERCURE DE FRANCE
tiere confiance en leur Chirurgien qui se
trouve par- là obligé d'exercer la Medecine
et d'operer en même temps , c'est ce
que le Sieur Poitevin a fait à l'égard de ce
blessé ; cependant un Medecin de Pezenas
s'étant trouvé par hazard au Lieu d'Alignan
dans le temps qu'il traitoit ce malade
, il jugea à propos de le lui faisc
voir , soit par déférence , ou pour être
aidé de ses lumieres.
Ce Medecin après avoir examiné lá
playe , l'état du malade , et ce qu'on lui
avoit fait , trouva que le Sieur Poitevin
méritoit ses éloges et son aprobation et
n'avoit pas besoin de ses conseils , mais il
l'assura que toute sa prudence et son habileté
ne procureroit jamais la guérison à
ce malade qui étoit hors d'esperance ; l'évenement
a fait voir le contraire et a sur
pris tout le monde .
Je suis persuadé , Monsieur , que vous
me sçaurez gré de vous avoir fait connoître
le Sieur Poitevin par les effets de
son sçavoir, sçachant combien vous faites
cas du mérite , quand il vous est connu , et
j'espere aussi que vous ne trouverez pas
mauvais que je rende public ce que j'ai
l'honneur de vous écrire ici , et les assu
rances de la plus parfaite estime et consideration
avec laquelle je suis , Monsieur
FEVRIER. 1738 173
sieur , votre très humble et très obéissant
serviteur ,
FARLOUCHE.
SONNET
EN Réponse à la Question proposée dans le
second volume du Mercure du mois de
Décembre dernier.
Tout le Parnasse s'interesse
'Au sort des trois fils de Damon ;
Phebus voit chaque nourisson
Se partager sur leur tendresse ;
Ce problême
qu'on nous adresse ,
N'est pas de nouvelle façon ;
Mancini (a ) l'adressa , dit-on ,
Autrefois
sur une Maîtresse.
Mais parmi tant d'avis divers ;
Si ma foible Muse en ces Vers
Ose joindre aussi sa marotte :
( a ) Voyez les Harangues
du Mancini
. Ha
angue S. D iiij
L'a
274 MERCURE DE FRANCE
L'un fait ce que tout homme eut fair ,
L'autre agit en vrai Dom Quichote , ( a)
Celui qui meurt aime en effet.
A la Fere , par M. de Broglio de Mar
tigues.
(a ) Dom Quichote le réparateur des torts et le
défaiseur des injures.
REFLEXIONS.
N' Il habet infelix paupertas durius in sej
Quam quod ridiculos homines facit....
Tout le monde s'estime
pauvre , parce
que tout le monde désire ce qu'il n'a pas.
Un pauvre , honteux de sa pauvreté ,
seroit bien orgueilleux s'il étoit riche.
On ne pouroit guere refuser l'aumône
aux pauvres si on étoit bien persuadé de
cette pensée de S. Ambroise : In paupere
absconditur Deus , manum porrigit pauper
et accipit Deus.
On a vû assés de Sçavans et de Sages ,
prouver que la pauvreté rend plus heureux
FEVRIER. 1738. 275
reux que les richesses ; mais où trouvet'on
des Riches , qui confirment par une
permutation de leurs richesses pour la
pauvreté , ce qui a été prouvé par les
Sages et par les Sçavans ?
La pauvreté aporte bien des alterations
et des changemens à nos humeurs . La
nécessité nous contraint à faire bien des
choses , que dans un autre temps nous
regarderions avec horreur.
La poveria e la quinta essenza del dis
prezzo , radice di tutte le miserie del mondo
, e sepoltura della virtu. Arrivando la
necessita alla porta d'alcuno
tutto il
mondo lascia di pù conoscerto ; i parenti lo
vegano , gli amicisi retirano , i servitori
L'abbandonano
, atutti
straniere ,fug
gendo da lui come se portasse la perta.
par
La poverta e parente dell' infamia , për
che , ritrovando l'huomo povero non vi sara
inganno , forfanteria , che non facia ,
tradimento che non attenti essendo suoi
ordinari compagni il dishonore , la crudelta
l'ignoranza , il disprezzo , la falsita , la
traditione.
>
Quand on n'a pas dissipé son bien mali
a propos , on ne doit pas rougir du bâton
་་
D V ni
276 MERCURE DE FRANCE
ni du sac de Diogéne , quoi que les Dio
genes soient à présent moins considerés
que jamais.
En général les vertus sont amies de la
pauvreté , mais il y a bien des vertus
que la pauvreté ne sçauroit pratiquer.
Tout le mérite et toute la vertu imagi
nables ne sçauroient garantir du mépris
avec une aparence de pauvreté.
Pourquoi veut on d'ordinaire être es
timé moins riche et plus noble c'est que
la pauvreté n'est pas un mal sans remede
, au lieu que la basse naissance est
irréparable.
Les biens ne sont avantageux qu'aux
bons qui sçavent s'en servir avec prudence
; ils sont la ruine des méchans , qui en
les perdant , se perdent eux - mêmes .
L'argent est un bon serviteur et un
mauvais Maître , Bacon le compare au
famier qui n'est utile que lorsqu'il est
répandu.
Trop et trop peu de bien nuit également
, c'est comme un soulier , dit Horace
, qui nous blesse s'il est trop petit ,
et qui nous fait broncher s'il est trop
grand.
Cui
FEVRIER: 1738. 277
Cui non conveniet sua res , ut Calicus olim ,
Si pede major erit , subvertet ; si minor , uret:
Le Sage s'estime plus heureux de mé
priser les Richesses que de les posséder!
Comtempte Dominus splendidior rei.
Il en coûte souvent peu d'amasser
beaucoup de richesses , mais il en coûte
ordinairement beaucoup d'en amasser
peu.
Il n'y a rien de si insolent ni de si ina
surportable qu'un homme qui n'a pas
accoûtumé d'être riche.
›
Quand on se conduit par les voyes do
la Nature on n'est jamais pauvre ; par
celles de l'opinion , on n'est jamais riche
Il faut peu de chose à la Nature. Rien ne
suffit à l'autre.
L'opulence vient plutôt du retranchement
de la dépense que de la recette d'un
grand revenu , disoit Mecenas à l'Empe
Teur Auguste. Non tam multa accipiendo ;
quam non multos fumptusfaciendo.
EPF
278 MERCURE DE FRANCE
akakakaka
EPITHAL AME SPIRITUEL
Sur la Profession de Mlle Narjot , aux
Carmelites.
Voici les nôces de l'Epouse ;
Un chaste hymen, que la Grace a formé
La comble des trésors dont elle fut jalouse
Et l'unit à son Bien- aimé..
Voici lejour où sa perseverance
Obtient le prix qu'elle avoit merité ;
Et cette Divine alliance ,
Porte déja le sceau de l'immortalité.
2
Elle a passé d'un champ , sterile par lui-même
Dans un pâturage nouveau ,
Et , Brebis du Pasteur suprême
Elle est admise à son plus cher Troupeau
Entre ces Vierges rassemblées
Quel lustre elle répand ! que ses regards sont:
doux ,
C'est ce Lys éclatant qui croît dans les vallées › –
C'est la Colombe de l'Epoux.
Elle paroît comme l'Aurore
.
FEVRIER 1738 279
'
Qui dissipe la nuit par ses rayons perçans ,
Et ces Jardins sacrés pour elle font éclore ,
Des parfums de Myrrhe et d'Encens
C'est- là , qu'elle a trouvé cette source d'eau
vives ,
Plus fécondes que l'Ocean
Et qui rapidement coulent entre leurs rives
Comme celles du Mont Liban.
Venez, lui dit l'Epoux,qui fait sa destinée,
Devant Jerusalem justifier mon choix ,
Venez vous serez couronnée
De cette main qui couronné les Rois.
Quel's saints concerts et quels chants d'allegresse,
S'élevent jusques dans les Cieux !
Des filles de Sion la charité s'empressé ,
A célébrer un jour fi glorieux..
M. Tanevot.
On a dû expliquer l'Enigme et les Lo
gogryphes du Mercure de Janvier , part
la fausse Monnoye , Fourage , Vinaigre
Modulus et Canis. On trouve dans le:
premier Logogryphe , Fou , On , Ur ,
Four , Rage , Age , Gruë , Fa , Re , Orge,
Grave- a
180 MERCURE DE FRANCE
Grave , Or , Ruë , Orgue , Ogre , Eau
Forge , Goufre , Ruf, Goa , Eu , Orage ;
Rave , Auge ; Ver , Gaufre , Gué, Rouge ;
Feu , Og, Gré , Roue et Fer. Dans le troi
siéme , Mos , Modus Mus , Mulus ;
Ulmus , Dolus , Ludus , Domus , Dumus;
et dans le quatrième , Sina et Cain.
U
ENIGME.
N Pere a plus d'enfans dix autres Fa
milles ;
que
Dès l'abord il offre à vos yeux
Plus de soixante de ses Filles ,
Et ce nombre prodigieux
En deux moitiés justement se partage ,
L'une est en habit blanc , et l'autre en habit noír
Sur elles bien souvent on peut encore voir
Vingt- quatre autres enfans en pareil équipage ?
Aller , venir , y faire maint voyage.
Les uns ont assés de bonheur
Pour arriver sans perte et sans malheu
Au but qui fait leur esperance ;
Mais la plupart par imprudence
Perit au milieu du chemin , ´
Et de leurs ennemis augmente le butin.
Par E. M. J. D. L. de Meaux:
LOGOGRYPHE
FEVRIER. 1738 281
1738..
LOGOGRYPHE.
Huit lettres forment ma structuré 》
Je suis un des beaux ornemens ,
Dont l'Ouvrier d'Architecture
Doit embellir ses bâtimens.
Les trois quarts de mon tout , vous offrent und
route ,
1. 2. 5. 3. ct 6. je suis un animal ,
Que le plus fin voleur redoute.
1. 3. 6. joints à 7. je suis un saint Régal
3. 6. 7. avec 8. le Heros de Virgile ;
6. 5. 1. 7. et 8. vous trouvez une Ville
Où se tint plus d'un saint Concile
La syllabe de mon milieu ,
Que joindrez avec la premiere ,
Ajoutant la lettre derniere ,
Vous donne un Prophete de Dieu.
4. 5. 6. et 7 une riche Carriere.
Trois lettres en un tout , il faut sans complia
mens ,
Vous déclarer pour moi , si n'avez plus de dents
Ce n'est pas tout ce que je sçais produire.
En 4 est d'un Ormeau ce qui de loin s'admire
Otez 8. changez 5. et trois
Sera l'Actrice en pleurs d'un Poëte François .
Eg
82 MERCURE DE FRANCE
En 5. est de l'Asie un très puissant Empire,
En 5. encor, l'objet où le beau Sexe aspire.
En pareil nombre est cet homme Thébain
Dont les filles mal avisées
Se trouverent certain matin
En Chauves-Souris déguiséts.
Quand j'aurai mis le Lieu qui tient les Saints
réclus ,
Et parlé d'un second degré de parentage
Et de l'endroit où Dévot Personnage
D'un certain châtiment fait le piteux usage
J'aurai tout dit et rien de plus.
J
Par un C.... d'auprès de Saumur
AUTRE
E porte Sac ; je porte Col ;
Je porte Lac ; je porte Sol ;
Je porte Sal ; je porte Cas ;
M'avez-vous deviné ? .. . .
AUTRE.
J
E suis , mon cher Lecteur , du Genre mase
culin.
Je supose toujours un Homme de Latin .
Dix Lettres font mon tout , qui , par métamor
phose ,
Produisent plusieurs noms , selon qu'on le dis
pose,
FEVRIER . 1738.
283
Si vous prenez 1. 6. 2. 3. je porte Bien ;
Otez 1. joignez 10 ; et vous trouverez Rien,
Suprimez 8. et 1o , je produis tant de rente.
3. 6. 9.7. et 2 , je suis une Parente.
3. 4. 10. et ƒ , portion de la Main ,
Utile aux Animaux , ainsi qu'au Genre Hu
main.
Avec 7. 9. 10. j ,
c'est toute ma ressource
Je deviens Animal très- leger à la course.
Encor un mot , Lecteur , bien - tôt je suis au
bout ;
Prenez f. 6. et 3 , je vais terminer tout.
Voulez-vous donc enfin me voir en Analyse ?
Vous devez me chercher parmi les Gens d'E
glise.
J
AUTRE.
E porte Rits je porte Cir;
Je porte Lit ; je porte Tir ;
Je porte Rot ; je porte Roüille ;
Lecteur , je m'apelle .....
Par Duchemin
LOGOGRYPHUS.
Sum §
Um titulus , LECTOR , datus olim Regibus ↓
unum
De sex scinde pedem , Bestia mitis ero ;
Corporis humani membrum , si tertius absit :
Junge caput pedibus , Bestia scripta veransį
Par le même.
184 MERCURE DE FRANCE
N
ALTER .
Oscere vis totum , LECTOR ? Mare sit tibi
presens
Et cum bis uno quinque pedes numera.
Si caput abscindis , defunctum ploro parentem à
Tertia pro primâ , mente Deum recolo :
Totius ablatis primâ et quinta , Ara Deorum
Falsorum. Invertas , vulnus , amice, e
ALTER .
Par le même
INteger,hærefeos fautor sum, LECTOR Amiet,
Unum de pedibus tolle , videbis aquam.
Par le même.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS.
du Maréchal de Ber
Mwick ,Buc et Pair de France , et
Généralissime des Armées de S. M. A Londres
, chés Jean Nours , Libraire , et se
trouvent à Paris , chés G. Cavelier , rue
S. Jacques , au Lys d'or . , deux volumes
in- 12 . 1738. Le premier Tome de 340
pages , et le second de 327. sans la Pré -s
faco
LA
FEVRIER. 1738. 289
LA VIE de S. Jean - François Regis ,
de la Compagnie de Jesus; par le P. Anne-
Joseph de la Neuville , de la même Com
pagnie , avec figures . A Paris , chés
Hypolyte Louis Guerin , ruë S. Jacques
, vis - à - vis les Mathurins , à S. Tho
mas d'Aquin. Petit in - douze.
·
DISCOURS prononcé par M. Le
Franc , Avocat Général de la Cour des
Aydes de Montauban , à l'ouverture des
Audiances , en Kobes rouges le 182
Novembre 1737 A Montauban , chés
J. Teulieres , Imprimeur du Roy et de la
Ville. 1738.
>
LES COMMENCEMENS DE L'HIS
TOIRE DE L'EGLISE , ou Paraphrase
sur les Actes des Apôtres , avec le Texte
Latin à côté , et des Notes . Par un Reli
gieux Bénédictin , 2. vol. in- 12 . A Paris
chés la veuve Etienne Ganeau , aux Ar
mes de Dombes , et Louis- Etienne Ga
neau , à S. Louis .
,
SINGULARITE'S HISTORIQUES et Litte
raires , contenant plusieurs Recherches
Découvertes , et Eclaircissemens sur un
grand nombre de difficultés de l'Histoire
Ancienne et Moderne. Tome second . A
Paris
286 MERCURE DE FRANCE
Paris , chés Didot , Quai des Augustins,
proche du Pont S. Michel , à la Bible
d'or.
HISTOIRE du Pontificat d'Eugene III.
Par D Jean Delannes , Religieux Bibliothéquaire
de l'Abbaye de Clairvaux , an◄
cien Professeur de Théologie , vol . in 8 .
A Nancy , chés Pierre Antoine , vis- à - vis
le College des Jesuites.
DISSERTATION PHYSIQUE Sur la force
de l'Imagination des Femmes enceintes ,
sur le Foetus , par Jacques Blondel, Docteur
en Medecine , et Membre du College
des Medecins à Londres .Traduite de
l'Anglois par Albert Brun . A Leyde ,
chés Gilbert Langerak , et Theodore
Lucht , 1737. in 8 °.
L'Auteur de ce Livre se propose d'y
rechercher les veritables causes des difformités
avec lesquelles quelques enfans
viennent au Monde ; et il examine si
l'opinion générale , qui les attribue à la
force de l'imagination de la Mere , est
bien ou mal fondée.
t Dans la Préface il prévient le Lecteur
que son dessein est de combatre l'erreur
vulgaire où l'on est à cet égard. Il commence
par attaquer l'expérience journaliere
FEVRIER. 1738. 187
Here qu'on croit en avoir ; il fait voir que
dans les choses naturelles on a souvent
abusé du nom d'expérience ,comme lors
qu'on a crû avoir l'expérience des funestes
accidens arrivés par l'aparition des
Cometes , parce qu'on prétendoit qu'el
les les avoient prédits .
De plus , il entreprend de prouver que
l'expérience est contraire à l'opinion
qu'il combat ; et pour cet effet il raporte
f'Histoire qui suit , page 19. •••
Après avoir ainsi fait voir que les marques
ne suivent point ce qu'on croit en
devoir produire , il raporte une Histoire
et plusieurs ensuite , qui font voir qu'il
y a des marques , sans qu'il y ait eû aucune
des causes de cette nature : je me
souviens ( dit- il p. 23. ) &c .
Ensuite , il fait voir que dans le grand
nombre d'enfans , il y en a bien peu qui
viennent au Monde avec des marques ; il
employe pour le prouver du Calcul , il
dit ( p. 27. ) que les enfans qui naissent
avec des difformités sont à ceux qui naissent
sans difformités , comme 75 , est à
124 : 5. et même il soutient ( p. 29, ) que
dans ce petit nombre de 75 , il y en a
beaucoup qui ne le sont réellement
et qui passent pour l'être, par la crédulité
des esprits foibles , ou par la fourberie
pas
des
+8
88 MERCURE DE FRANCE
des Pauvres Mandians. Il veut encore
qu'on retranche de ce nombre des enfans
marqués , ceux qui ont souffert des accidens
pendant l'accouchement , lesquels
sont imputés à l'imagination de la Mere
pour ( dit-il p. 33. ) pallier les méprises,
des Chirurgiens ou des Sages Femmes.
Après avoir montré que cette opinion
est contraire à l'experience , il cherche
prouver qu'elle est oposée à la raison,
Il trouve une contradiction dans le
Systême des Imaginationistes, qui disent
que l'imagination de la Mere peut , par
deux passions entierement oposées l'une
à l'autre , produire un même effet sur le
Fetus. On dit qu'un enfant ( p . 50. ) à la
marque d'un moule sur son corps , parce que
sa Mere en a en envie , pendant qu'un autre
enfant est marqué de même par la gran
de aversion que sa Mere avoit pour ce pe
tit poisson à coquille. Cette opinion repu
gne , dit l'Auteur p. 52. à la nature " des
passions. &c.
Ensuite il raporte les differens Systê
mes sur la génération , qu'il reduit à
trois principaux , et distingue le temps
que le Foetus est dans le ventre de la Me-
,
en trois états successifs. Il demontre
que , dans chacun de ces états l'imagination
de la Mere ne peut rien sur le
Foetus,
FEVRIER 1738 280
Enfin l'Auteur , pour prouver que le
Foetus et la Mere sont deux Etres absolument
distincts , pousse la chose jusqu'à
dire , p. 74. le Foetus , &c. Et il assure
p. 77. qu'il n'y a point de circulation
commune à la Mere et à l'Enfant.
Nous croyons devoir indiquer sur cette
question la sçavante These de M. Falco
net, Medecin de la Faculté de Paris , an
Foetui sanguis maternus alimento ? dont
M. de Jussieu a donné une seconde Edi
tion , à Paris chés Quillau , 1735 .
L'Ouvrage dont nous donnons ici
Extrait, est suivi d'un Suplément , dans
lequel l'Auteur repond à ce qu'on peut
objecter contre son opinion ; ces objec
tions sont des Histoires d'enfans marqués
, nés de Meres qui ont eû , en les
portant , des envies ou des repugnances .
Ces Histoires, sont telles que notre
Auteur a bien pensé, qu'il suffisoit de les
raporter , pour y répondre : on en peut .
juger par celle qui est raportée p.159. &c;
L'Auteur finit par une objection qu'il
tire de la Genese . ( p. 172. ) Au sujet des
Troupeaux de Jacob et de Laban ,
Il ne neglige rien pour repondre amplement
à cette objection ; et il y fait
voir beaucoup d'érudition ; l'Hebreu
meme y est employé , mais avec discer
nement
290 MERCURE DE FRANCE
nement ; enfin toute la dissertation est
conduite avec beaucoup de methode
suivant le génie Anglois , et presente par
tout des traits de critique libres , vifs , et
même enjoüés , qui tombent sur le Doc
teur Turner son principal Adversaire ,
sans s'écarter trop du sujet traité.
RECUEIL de Pieces pour servir de
suplément à l'Histoire des Pratiques su
perstitieuses du P. Pierre le Brun , Prêtre
de l'Oratoire. Tome IV. A Paris , chés
la veuve Delaune rue S. Jacques , à
l'Empereur , 1737. in 12.
LOGIQUE , ou Reflexions sur les
forces de l'entendement humain et sur
leur legitime usage dans la connoissance
de la verité. Par M. Chrétien Wolf, Conseiller
de Régence de S. M. le Roy de
Suede , Professeur en Mathématiques
et premier Professeur en Philosophie à
Marpourg , Professeur honoraire de S.
Petersbourg , et Membre des Societés
Royales des Sciences de Londres et de
Berlin , Traduite de l'Allemand , sur la
cinquième Edition , er revûë sur toutes
les suivantes. A Berlin , chés A. Hande
1736. vol in - 12. de 266. pages sans
compter l'Epitre Dédicatoire au Prince
,
Royal
FEVRIER: 1738. 291
de Prusse , les Préfaces de l'Auteur et du
Traducteur , et les Tables.
La troisiéme feuille des Amusemens du
coeur et de l'esprit paroît chés Didot. Ces
feuilles se font lire plus agréablement que
par le passé ; on en jugera par ces deux.
Morceaux de Poësie , que nous en allons
extraire.
LA ROSE ET LE PAPILLON
L
FABLE.
Es fleurs blâmoient un jour entre elles
L'inconstance des Papillons ;
Même chose arrive à nos Belles ;
Dieu sçait , de notre part , si nous en babillons .
Recevoir les tributs d'une Cour trop volage ,
Sçavez-vous bien , mes Soeurs , que c'est nous
degrader
Dit la Rose , entre nous il faut nous accorder
Dedaignons de concert le frivole étalage.
D'un amour prompt à s'éclipser ;
Eh quoi ! toutes dans le bel âge ,
Nous ne pourons jamais fixer
Ce Peuple d'inconstan qui vient nous encenser
Eh !doucement , Mesdemoiselles ,
Répondit aussi-tôt , ayant oui cela
Un jeune Papillon qui se rencontra là ;
E Tou
292 MERCURE DE FRANCE
Tous nos feux ne sont qu'étincelles
Eh bien ! j'en conviens sans détour ;
Mais pouriez-vous m'enseigner celles
Qui ne nous donnent point là- dessus de retours
Nous ne pouvons être infideles ,
Que vous n'y gagniez tour à tour.
Vers la Rose soudain il dirige ses âîles ,
Elle oublie aussi - tôt qu'il puisse être inconse
tant :
On est prompt à s'en faire accroire ;
Va- r'on s'imaginer dans ces momens de gloire }
Qu'elle ne durera peut-être qu'un instant ?
Au premier feu de la victoire
11 est peu de Beautés qui n'en fissent autant,
A Mlle. Dangeville , en lui dédiant la
Soubrette Rivale , Comédie dont elle doit
jouer le principal Rôle.
C'est à vous , aimable Soubrette ,
Que je consacre mes essais ;
C'est par vous que j'aspire aux plus heureux
succès ;
C'est vous qui me donnez l'esperance secrete
D'un triomphe sûr et prochain.
J'attends tout d'une Actrice habile :
L'Amour assûre mon destin ;
Vous lui faites la loi , brillante Dangeville ;
De vos yeux animés la saillante gayté
FEVRIER. 1738. 293
Va donner à ma Comédie
Tous les atraits qu'en vous fait regner ka
beauté.
Le Public vous prend pour Thalie :
Je n'en suis point surpris , vous avez tous ses
traits ,
Vous avez son esprit , vous êtes aussi belle ;
Il est vrai qu'elle est immortelle
Mais votre nom ne périra jamais.
ESSAIS sur la necessité et sur les
moyens de plaire , 2. Extrait.
La seconde partie de cet Ouvrage ;
plein d'aménité , et de reflexions également
justes , délicates , et solides , est divisée
en trois Chapitres. Le 1. contient
des refléxions préliminaires sur les Principes
qui nous sont imprimés par l'éducation.
Dans le 2. on propose des moyens
pour
pour faire naître , dans les enfans , avec
le désir de plaire , les qualités de l'ame
par lesquelles on plaît davantage. Dans
le 3. on examine les connoissances et les
talens auxquels il paroît plus à propos
d'apliquer l'esprit des enfans pour leur
donner les moyens de plaire.
Dans le Chapitre préliminaire l'Auteur
remonte aux sources de l'éducation .
» L'éducation , dit-il , est l'art d'employer
E ij »> l'enteng
394 MERCURE DE FRANCE
»l'entendement des enfans dans ses dif
» ferens dévelopemens , de maniere à I
» imprimer fortement et par préference ;
» les principes vertueux et sociables. Et
yoici comment il définit ces mêmes principes,
» Ils consistent dans la liaison des
a idées relatives qui condourent à former
» complettement telle vertu , ou telle
» qualités ce qu'il explique ensuite par
un exemple. Et plus loin , donnant plus
d'extension à ses vûës , il dit , » Le secret
» de l'éducation consiste donc , en pre-
» mier lieu , dans le choix et dans la liai-
» son des idées principales qui doivent
» nous conduire pendant la durée de notre
Etre , par raport à notre bonheur
» concilié avec celui des autres hommes ;
neten second lieu ,à s'oposer à l'union de
» celles qui produiroient des effets con-
» traires,
2.
De ces differens principes , l'Auteur
tire differens exemples des abus de l'édu
cation commune , par raport aux premieres
années de notre enfance. » Il sem-
» ble ,remarque t'il , que l'enfance soit con-
» tagieuse, car y a -t'il une cause raisonable
» d'imiter comme on fait communément,
»-la foiblesse de leurs organes, les sons ai
gus de leur voix , et le désordre deleurs
» idées ? Au lieu de leur montrer en mous
» le
FEVRIER : 1738 293
' le modele de ce qu'il faut qu'ils devien
» nent , nous ne leur offrons sans cesse
» qu'une ressemblance Pantomime de ce
» qu'ils sont eux- mêmes .... on se fait
un jeu de ne leur débiter que des chi-
» meres badines . On les trompe sur le
» nom des choses ; on les abuse sur leurs
usages les premieres operations de cet
» entendement, si importantes pour le res
te de leur vie , sont le doute , l'erreur ,
la confusion , et cette confusion est no
ز
tre ouvrage.
>
L'Auteur fait voir les inconve
niens de cette éducation , et propose
d'après les vûës de M. Loke , qu'il cite ,'
des routes plus raisonables pour em
ployer les premieres années de l'enfance.
Il pense que la véritable éducation con-
» siste dans le raport continuel des exem
ples qui frapent les enfans , et des dis-
» cours qu'ils entendent au hazard , avec
» les préceptes qu'on leur donne , et ce
» pouroit être du moins celle de tous les
>> enfans nés avec une fortune qui per-
» met de n'épargner rien de tout ce qui
» peut contribuer à les bien élever . » Ce
Chapitre est terminé, par cette reflexion .
» Estel d'occupation qui mérite d'avanta-
» ge toute notre émulation , d'étude plus
interessante pour la raison que d'ob
E iij server
297 MERCURE DE FRANCE
» server et de favorifer ces premiers éclats
de lumiere qui se combattent , s'unis-
» sent , se divisent , se multiplient ; et
>> ces dévelopemens , quelquefois si sur-
» prenans , d'un esprit qui commence à
» se connoître ? Est-il , enfin , de specta-
» cle plus digne de l'homme , que l'hom
» me qui attend son secours , pour ac
» querir la saine raison ?
Le second Chapitre traite des moyens
de faire naître dans les enfans le désir de
plaire,et les qualités de l'ame par lesquel
les on plaît davantage , et dont l'effet est
de leur faire employer les moyens qu'ils
ont d'être heureux , en s'occupant du bonheur
des autres. Pour suivre ce plan , on
doit les louer sur quelques avantages , et
ne jamais les entretenir de quelques au
tres.
» On peut loüer
dans un enfant
les qualités
que sa volonté
et son émula- » tion concourent
à lui donner
, comme » les vertus
de l'ame , et les connoissances
» qui étendent
l'esprit
. C'est une manic- >> re de l'encourager
à lesporter
à leur per- » fection
. Mais il faut bien se garder
de » le flater
sur les distinctions
... qu'il a » reçûës
gratuitement
de sa naissance
»> ...
Ces précautions
ne sont encore
que la moitié
de l'ouvrage
, » Il est essentiel
de
อ
» les
FEVRIER 1738 : 297
»
les engager à profiter de ces mêmes
» avantages pour plaire et pour se faire
» aimer,et dans cette vûë , n'apeller devant
>> eux tous les avantages qu'ils possedent,
que du nom des vertus qui en peuvent
≫ naître .
le
Trois défauts ordinaires à l'enfance
sont , à ce que remarque l'Auteur ,
germe de plusieurs inclinations dangereuses
qui varient dans leurs effets , selon
la difference des caracteres. Ces défauts
sont 1. L'attention à relever les fautes
d'autrui , qui produit dans la suite la severité
dans les jugemens sur autrui , la
sincerité indiscrete , et l'esprit caustique.
2º. L'empressement qu'ont les enfans de
faire valoir ce qu'ils se croyent de bonnes
qualités , source vraisemblable de la préocupation
de son propre mérite , de l'habitude
de parler de soi , et de plusieurs
autres foibles. 3 ° . L'oposition opiniâtre
à la volonté d'autrui, dans les choses qui
par elles mêmes n'ont rien qui doive ré
pugner , Cause dangereuse de l'humeur
imperieuse, de l'esprit de contradiction
et des autres défauts qui forment l'attachement
à notre propre volonté. L'Au
teur propose quelques moyens pour déraciner
ces défauts.
Le 3. Chapitre contient des reflexions
E iiij SUR
298 MERCURE DE FRANCE
sur les connoissances de l'esprit , et les
talens qui doivent entrer dans l'éducation
des enfans pour leur donner les moyens
de plaire.
Les instructions indiquées regardent
l'étude de leur Langue naturelle et de
quelques autres Langues vivantes , les
regles générales de l'Histoire universelle,
l'Histoire de notre nation , les exercicesqui
, en formant le corps , peuvent lui
donner de la grace. L'Auteur au sujet
de l'impression subite que notre exterieur
fait en notre faveur ou à notre désavantage
, dit , » Il y a dans le pouvoir
» qu'a sur nous le de nos yeux à
» cet égard , quelque chose qui me paroît
avilir beaucoup notre jugement .
» On se sent communément moins de ré-
» pugnance pour une personne qui se
» produit avec une étourderie confiante
» et qui donne lieu de soupçonner qu'el-
» le a peu de raison , que pour une autre
qui se présente avec un air grossier
ignoble,quoique sensé. » et
»
raport
Les talens entrent aussi dans l'éducation
proposée , et l'Auteur remarque,
qu'il y a une convenance entre le rang
>> des personnes qu'on éleve , leur desti-
»> nation et les talens qu'elles peuvent
»`avoir avec bienséance , qu'il est indispensable
FEVRIER . 1738 . 299
» ,
pensable de consulter. » Il fait encore
d'autres observations sur les talens ; l'Au
teur recommande ensuite la connoise
sance des Ouvrages d'esprit , parce que ,
» être instruit, produit deux avantages ; on
décide moins et on décide mieux . » Il recommande
aussi de donner aux jeunes
gens une idée assés étendue des Arts
agréables , et particulierement de ceux
qui dépendent autant du goût que des.
regles : il propose ensuite , en parlant
des jeunes gens , doués d'une certaine
intelligence , » de leur faire connoître le
» terme , autant qu'il paroît déterminé ,
où l'esprit de leur siécle est parvenu, par
raport aux sciences , aux connoissances
sublimes et aux grands talens , afin
qu'ils évitent de tomber dans de cer
» taines extrémités , qui marquent de la
>> petitesse dans l'esprit.
On doit aussi exercer les jeunes gens
au stile Epistolaire , » parce que le talent
»de bien écrire est , en quelque sorte, une
autre maniere de vivre avec les person
>> nes qu'on aime et à qui on veut plaire ;,
" ce talent tient à une quantité de nuances
qu'il faut saisir , soit dans le ton
soit dans l'attention à éviter l'esprit ,
ouà en mettre jusqu'à un certain point...
Ce sont les convenances particulieres
É. v
» do
300 MERCURE DE FRANCE
»de personne à personne qui forment au
» tant de regles délicates , qu'on observe
» mieux à mesure qu'on a plus de sens et
d'esprit ; mais cette habitude des bienséances
ne s'acquiert à un certain
» point , que par la connoissance des usa
» ges du monde.
2.L'Auteur explique ensuite ce qu'il
entend par ces usages. » Ce qu'on apelle
les usagés du monde , dit- il , consiste ,
» si je ne me trompe , dans la précision
avec laquelle on employe le sçavoir vi
vre , la politesse , l'empressementou la
» retenuë , la familiarité ou le respect ,
» l'enjouëment ou le sérieux , le refus
» ou la complaisance , enfin tous les témoignages
de devoir ou d'égards qui
» forment le commerce de la societé. » Il
peint les inconveniens qui naissent du
manque d'habitude de ces mêmes usages.
Il ajoûte que c'est encore peu que d'être
Instruit des usages de la societé, si l'on n'y
joint la connoissance du caractere des
hommes de son siècle. » On trouve , ditil
, assés communément des gens rem-
≫ plis de beaucoup de lecture , qui con-
» noissent tous les Portraits qui ont été
» faits des hommes, et qui ne connoissent
» pas les hommes mêmes.
L'Auteur remarque qu'on peut penser
que
FEVRIER . 1738. 301
que cette connoissance des hommes de
son siecle combatroit peut-être dans bien,
des gens le desir de leur plaire. Il répond
ainsi à cette objection : » L'éducation doit
>> faire concourir ces deux principes. Les
>> hommes sont assujetis à bien des dé-
» fauts & c. ... mais celui qui est le plus
> en droit de les condamner , a besoin
» lui- même de leur indulgence ... avec
➡de tels principes , la connoissance des
» hommes de son siecle ne deviendroit
» pas plus dangereuse que la sincerité et
quelques autres qualités qui sont des
» vertus en elles - mêmes , mais dont on
» peut abuser.
On trouve ensuite plusieurs Remarques
sur des Maximes de Morale rebatuës
, sur des Antitheses , enfin sur des
Lieux communs , que les jeunes gens
sont sujets à adopter. Il indique le genre
de ces differens Lieux communs par quelques
exemples ; mais sentant que rien ne
doit être banni de la Conversation , il a
soin de faire cette restriction . » Je ne
» prétends pas conclure de ce que je viens
» de dire , ni de ce que j'ajoûterai sur
» les Lieux communs , qu'il faille les ex-
» clure de la Conversation ; une aten-
» tion réfléchie à n'y produire que des
traits recherchés , seroit une autre ex-
> E vj tremic
302 MERCURE DE FRANCE.
» tremité plus à charge peut-être encore.
» Je demande seulement qu'on y donne
» les Lieux communs pour ce qu'ils sont,
» ils n'y déplaisent que quand ils sont
» amenés sotement , comme des décou-
» vertes , ou qu'on paroît y entendre une
finesse, que peut - être ils ont euë, mais
» que l'usage vulgaire où ils sont tom
» bés leur a fait perdre.
Il parle ensuite des Lieux communs
qui consistent dans des opinions fausses,
telles que de regarder les songes comme
des présages , ou de croire que l'Astrologie
est la science de l'avenir.. Il recommande
qu'on prévienne les jeunes gens
sur la chimere de ces mêmes opinions ;
et pour ne pas laisser douter que c'est
aux jeunes gens uniquement et non aux
gens du monde qui sont éclairés , qu'il
adresse ces observations sur les différens
genres de Lieux communs il s'explique
ainsi : » Ce n'est pas qu'on ne puisse
» être d'une Conversation agréable, quoi
» qu'on ait toutes les craintes frivoles ,
» et les opinions chimeriques ; c'est la
» Philosophie de presque toutes les femmes.
Mais la, Nature a donné à celles-
» qu'elle a destinées à plaire , un charme
qui se répand sur tout ce qu'elles pensent.
Leur imagination, telle qu'on nous
peint
FEVRIER: 1738. 305
peint cet Art de Féerie, qui fait naître
des Palais et des Jardins , où l'instant
» d'auparavant on ne voyoit que des ro-
» chers et des ronces , embellit tout ce
» qu'elle nous présente. C:
Cette Refléxion termine cette seconde
Partie. » Pour faire connoître dans toute
son étendue , la necessité de s'assujetir'
>> aux usages du monde , et de s'apliquer
» à connoître le caractere des personnes
quicomposent la societé, afin de pouvoir
s'en faire aimer ; on ne peut trop prépas
»rer les jeunes gens à la severité avec
laquelle on les examinera , quand ils
» paroîtront sur cette grande scene ; ils
doivent être prévenus qu'ils trouve
Pront deux Juges dans chaque Spectala
Raison et l'Amour propre.
L'une équitable , rend justice gratuite
ment ; l'autre n'est jamais favorable:
" qu'à de certaines conditions : l'Amour"
propre veut qu'on le flate , qu'on ne
perde point de vûë ses interêts : et dans
la plupart des jugemens , où il semble
que ce soit la raison qui prononce , il
» se trouve que l'Amour propre a pres
» qu'entierement dicté l'arrêt.
»
teur
»
>:
Pour donner l'idée de la troisiéme:
Partie de ces Essais , il ne faut que ra-
Porter ce que l'Auteur expose dans un
court
304 MERCURE DE FRANCÊ
Court Avertissement. » Les Contes dé
» Fées qu'on va trouver à la suite de cet
Ouvrage , seroient , sans doute déplacés
,s'ils ne faisoient partie de l'Ouvrage
» même. Mais on feconnoîtra que les
» Idées , les Evenemens qui constituent
» chaque Conte , servent à prouver l'utilité
de quelques uns des principes ré
» pandus dans ces Essais , & c.
Le premier Conté est intitulé les Dons
des Fées , ou le pouvoir de l'Education.
L'action consiste dans la conduite diffe
rente de deux Freres qui regnent sur un
mêmeThrone. L'un a reçu d'une Fée dés
le berceau, l'Esprit, la Valeur et la Probité
, et ce Prince abandonné à lui-mêet
privé d'éducation , ne tire aucun
me ,
des Dons de la Fée ; ses vertus,
avantage
sans être altérées , prennent un caracteré
qui ne sert qu'à le rendre malheureux
.
Le second Prince , secouru d'une éducation
heureuse , acquiert toutes les quali
rés qui font un bon Maître et d'heureux
Sujets.
Le second Conte est intitulé l'Isle de la
Liberté. L'action se passe dans une Isle ,
où un Enchanteur ayant reçu des hommes
qui ont bien des défauts contre la
societé , trouve le moyen de leur en
faire sentir l'inconvenient , en ne les fai-
Sant
FEVRIER. 1738. 305.
sant vivre chacun qu'avec des gens qui
leur ressemblent.
Le troisiéme Conte , intitulé les A'yeux
ou leMérite perſonnel, représente un Personage
rempli d'orgueil , parce qu'il a
d'illustres Ancêtres , et dont la présomp
tion est confondue par ces mêmes Ayeux,
dont le souvenir faisoit naître sa confiance.
Evoqués par un Charme , ses
Ayeux qu'il ne reconnoît point , le już
-gent et le condamnent.
•
Le quatriéme Conte est intitulé Alidor
et Thersandre . Ce sont deux Jumeaux
, se ressemblant parfaitement par
la figure , et ayant beaucoup d'esprit
tous deux , mais étant très- differens par
le caractere. L'un rempli de son Amour
propre , le montre à découvert : l'autre
ne laissant paroître le sien qu'à ce degrá
raisonable , qui est apellé Modestie, parvient
seul à un degré de gloire où son
Frere auroit pû également prétendre.
Le cinquième a pour titre les Voyageuses.
Ce sont trois Niéces d'une Fée ; Pune
est belle , la seconde jolie , et la troisiéme
laide. Les deux aînées qui passent
ainsi
que leur cadette par differens Etats,
tels que d'être tantôt Keines , tantôt Ber-
&c. trouvent le moyen de tou
geres ,
jours déplaire , parce qu'elles ne sont
occupées
IER CURE DE FRANCE
es que d'elles -mêmes: Cette Cas
qui n'employe son Esprit et ses
que pour la satisfaction des auoublier
qu'elle est laide , et finit
par être heureuse , tandis que la Fée est
réduite à punir la présomption des deux
aînées qu'elle abandonne.
les
La premiere Edition de cet Ouvrage
est déja enlevée , et l'on travaille actuellement
à une seconde. Ceux qui en connoisent
le mérite n'en seront pas surpris.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC ,
&c. Par un Religieux Bénédictin de la
Congrégation de S. Maur. Tome III.
A Paris , chés Jacques Vincent , 1738 .
Ce Volume qui est d'une grosseur
égale aux précédens , commence par
premiers progrès de l'Hérésie , qui fit tant
de bruit dans le Languedoc , sous le
nom d'Hérésie des Albigeois , quoi
qu'elle n'eût pas ce nom dans son ori
gine ; le sçavant Auteur donne dès la
seconde page une idée des moeurs de ces
Hérétiques , qu'il tire d'un Ecrivain con
temporain , ( c'est- à dire d'environ l'an
163.) en ces termes : » Ils prêchent
sans cesse, marchent nuds pieds, prient
wà genoux sept fois par jour , et autant
pendant la nuit , ils ne veulent recevoir
FEVRIER 1738 307
voir d'argent de personne , ne mar
gent point de viande , et ne boivent
» pas de vin , et se contentent de rece
» voir leur simple nouriture. » Ce té
moignage m'a fait ressouvenir d'une
Lettre que j'ai vûë dans un Manuscrit
de Sorbonne du treiziéme siecle , dans
laquelle le nommé Heribert , qui entre
prend de dépeindre le caractere de ces
faux Apôtres qu'il dit sortis l'an 1163 .
du Perigord , parle de leur abstinence
avec une restriction qui change un'
peu le sens de ce qui vient d'être ra
porté : Carnem , dit - il , non comedunt
vinum non bibunt nisi tertio die ; et hoc
parum ; centies flectunt genua in die. Gloria
Patri non dicunt , sed ejus loco , quia tuum
est Regnum ; le même Heribert ajoûte
qu'ils enseignent toute la Bible en sept
jours de temps , que d'une goute de vin'
qui sera dans un vase , ils font
an
que le'
lendemain le vase se trouvera plein . Il
n'est pas étonnant que le sçavant Historien
n'ait point raporté les circonstan
ces de ce Manuscrit , dès qu'il convient
que les differences qui se trouvent
dans les informations , comme dans les
Historiens au sujet de ces Hérétiqués ,
sont si grandes , qu'il eût été fort.ennuyeux
de les raporter : il s'est borné à
се
308 MERCURE DE FRANCE
ce qu'on en trouve dans les Imprimés.
DomVaissete raportant leur condam
ñation faite au Concile de Lombers de
l'an 1165 , observe que ce Lieu est du
Diocèse d'Alby , et qu'il ne faut pas le
confondre avec Lombez. Après avoir
traité de differentes affaires des Seigneurs,
temporels du Languedoc, l'Historien revient
à l'an 1178. sur ces Hérétiques , et
donne l'Extrait d'une belle Lettre que
Raymond,Comte de Toulouse écrivit au
Chapitre Général de l'Ordre de Citeaux,
qui étoit alors très- florissant , pour en ob
tenir du secours contre cette Hérésie , en
continuation de celui que saint Bernard
avoit donné ; Guarin , ancien Abbé de
Pontigny, alors Archevêque de Bourges,
tur un des Sçavans de cet Ordre, qui alla
avec Henry , Abbé de Clairvaux , pour
travailler à l'instruction des peuples sé
duits. La conversion et la penitence de
Pierre Mauran , laïque notable de Tou
louse , est un morceau à lire. Le dernier
Article du premier Livre est aussi trèsdigne
d'attention par le récit qu'il contient
de l'origine de l'Association faite en
1182. au Puy en Velay , contre les bri
gands qui ravageoient le Royaume. Elle
vint d'une révélation faite à un Charpensier
de cette Ville et delà prit naissance
0 Cette
FEVRIER . 1738.
309
cette fameuse Confrérie de Notre- Dame
du Puy , dont les Confréres étoient dis
tingués par un capuchon.
Ce qui est très digne d'attention dans
le second Livre de ce Volume, est laNotice
des Poëtes Provençaux , que l'Auteur
donne à l'Article 42. et celle d'un Abbé-
Chevalier de l'Abbaye de Moissac avec
ses Privileges, Article 52. Il revient enco
re sur ces Anciens Poëtes toutes les fois
que l'occasion se presente d'en parler.
Le commencement du treizième siecle
vit pulluler l'Héresie qui avoit été combattue
dans le siecle précédent. On les apelloit
alors Vaudois et ce fut sous ce nom
que Bernard Abbé de Fonteaude, Ordre
de Prémontré, Diocèse de Narbonne, les
combattit. L'Auteur observe que ces
Hérétiques se répandirent jusque dans
leNivernois, où il y en eut deux de brulés.
Innocent III. nomma des Commissairescontre
ces Sectaires ; deux Religieux de
l'Ordre de Citeaux exercerent les pre
miers dans le Languedoc les fonctions de
ceux qu'on nomma depuis Inquisiteurs.
Ces Hérétiques se firent adorer dans le
Toulousain , dans une cérémonie qu'ils
apellerent du nom de Consolation . Il y
en cut qui reconnoissoient une vertu
singuliere
2
310 MERCURE DEFRANCE
singuliere dans leurs sandales.
Les progrès de l'Hérésie firent créef
par le Pape , desLegats , à l'occasion des
quels il s'éleva des, contestations avec les
Evêques. Un des Prélats , qui devint cele
bre,dans l'affaire des Albigeois fut Foulques
de Marseille , qui originairement
avoit été Jongleur , et qui embrassa depuis
l'Ordre de Citeaux . Le meurtre de
Pierre de Castelnau l'un des' Legats ;
eut des suites fâcheuses pour le Comte
de Toulouse que le Pape soupçonna d'y
avoir participé , c'est ce qui est raporte
assés au long avec des circonstances curieuses
au sujet de la satisfaction qu'en
fit ce Comte. L'Histoire de la premiere
Croisade contre les Albigeois , est aussi
remplie d'une infinité de varietés , et sur
tout des actions du fameux Simon de
Montfort. On lit à la page 207. qu'un
jour de Vendredi Saint , Roger de Comminges
étoit sur le point de lui faire
» hommage pour tous ses domaines ,
» quand Simon vint à éternuer une
» fols , que Roger prit à mauvais augure
cet unique éternuement, et s'étant retiş
ré à l'écart avec ses gens , il les con
sulta sur ce qu'il devoit faire et refusa
de rendre l'hommage qu'il avoit proa
» mis , mais on le tourna tant en ridicu
» le
FEVRIER.. 1738. 3.1X
S
le , qu'enfin il eut honte de sa supersti
» tion et rendit cet hommage, Il n'est
pas possible de suivre l'Auteur dans le
recit du reste des Evenemens de la vie de
ceSeigneur . Il semble à la page 290.qu'on
trouve mentionnée dans les guerres de ce
Comte , une espece de poudre qui a pû
disposer à trouver celle qu'on a depuis
apellée la poudre à Canon,
Après la mort du Comte Simon de
Montfort et les campagnes d'Amauri son
Fils ,l'Historien s'étend sur les voyages
de Louis VIII. dans le Languedoc pour
Soumettre cette Province , les Traités de
Paix faits sous S. Louis , l'origine de
l'Université de Toulouse , l'Assemblée
de Lorris en Gâtinois , où le Roy reçut
l'hommage de Raymond Comte de Toulouse
l'an 1243. Ce Comte sur lequel
roule une bonne partie de l'Histoire contenuë
en ce Volume , mourut le 27 Septembre
1249. âgé de 52 ans , et eut pour
successeur Alphonse , qui s'embarqua.en
1270. pour le voyage de la Terre Sainte
La fin du dernier Livre de ce Volumé
est très interessante, Elle traite des Serfs,
des Affranchis , des Hommes de corps , des
Francs aleus du Commerce du Languedoc
qui y attiroit beaucoup de Juifs ,outre les
Genois , les Lombards , les Florentins ,
Les
312 MERCURE DE FRANCE
les Pisans & c. des Monnoyes du Pays. Il
observe sur ce dernier Chef que Berenger
Evêque de Maguelone fit fraper dans son
Diocèse une Monnoye Etrangere qu'on
apelloit des Milarets, qui avoit cours par
mi les Sarrazins , et étoit marquée au
coin de Mahomet. Clement IV. reprit
severement ce Prélat et lui défendit de
continuer.Les Etudes , concluënt ce Livre;
la PoësieProvençale y est encore celebrée,
comme ayant toujours été en honneur ,
dans le Languedoc ; l'Auteur continue
ici son Catalogue des Poëtes, qui s'y rendirent
celebres au XIII . siecle, et finit pat
de courtes remarques sur les habits , les
nocés et les funerailles.
Mais il ne fautpas oublier ici les sçavantes
Notes qui suivent les huit Livres de
cette Histoire, et qui sont au nombre de
quarante- cinq. On peut dire qu'elles sont
autant de petits Traités agréables à lire
par l'exactitude des discussions dont elles
sont remplies.La treizième qui est sur l'origine
du nom d'Albigeois , donné aux
Hérétiques qui font le sujet d'une grande
partie de ce Volume , est des plus intéressantes
: ily réfute doctement le sen
timent de M. l'Abbé Fleury , qui donne
à ce nom une origine plus ancienne qu'el
le n'est. Tout l'Ordre de S. Dominique
doit
FEVRIER: 1738, 383
doit s'interesser à la 15. Note qui est sur
l'Epoque de la Mission de ce S. Fondateur
pour la conversion des mêmes Hé
rétiques. Le Sçavant Auteur fournit dans
sa seizième, vingt huitiéme et trentiéme
Notes ,de quoi rectifier plusieurs endroits
des Conciles du P.Labbe: dans la 17. sont
des discussions sur la Bataille de Muret de
l'an 1213. Les Genealogistes trouveront
aussi beaucoup à profiter dans plusieurs
de ces Notes . La 20. sur S, Pierre Nolasque
est fort curieuse. La 26. sur la Pairie
des Comtes de Toulouse l'est encore
davantage , la 36, sur l'origine de la
Ville et du Port d'Aigues- mortes , la 38.
sur les Actes de S. Geri , Pelerin , natif
de Lunel au Diocese de Montpelier, Il y
en a quatre ou cinq qui regardent la vie
ou le Regne de S. Louis , la derniere roule
sur les Grands Officiers de la Maison
des Comtes de Toulouse.
Les preuves font un tiers de ce Volu
me,mais on ne doit pas les regarder indif
feremment. On lit à la tête une Histoire
de la guerre des Albigeois , écrite en Langue
Languedocienne par un Auteur qui
vivoit environ sous le Regne du RoyJean
ou de Charles V. Elle est suivie d'un
Glossaire pour l'intelligence du langage,
Parmi les 371. pieces qui suivent, il y en
$ 14 MERCURE DE FRANCE
a un très grand nombre qui exciteront
la curiosité du Lecteur , les unes donnent
Connoissance de quelques Conciles , les
autres sont des Hommages , ou des Donations
, des Traités, des Testamens , des
Sentences , des Sermens de fidelité . Il y a
des Lettres de Papes , de Rois , de Comtes
& c. Au nombre 242. est la Monition.
du Chapitre de Narbonne à son Archevêque
de l'an 1241 .
Gissey, Libraire et Imprimeur ruë de
la vieille Bouclerie , continuë de distribuer
toutes les semaines une feuille intitulée
Réflexions sur les Ouvrages de Litterature.
Il en a déja imprimé soixante
feuilles , qui composent quatre Volumes
, et il va commencer le cinquième.
Afin que les Personnes , qui achetent cet
Ouvrage n'ayent pas la peine d'envoyer
inutilement chés lui , il nous prie d'a
vertir que la feüille paroîtra exactement
tous les Lundis. Il a pris ses mesures
pour ne jamais manquer à l'avenir.
Cet Ouvrage , dit-il est d'un goût different
des autres Ouvrages Périodiques ;
le but des Auteurs n'est point de donner
des Extraits ; si quelquefois ils donnent
une idée générale d'un Livre c'est , pour
lier plus facilement leurs réflexions, mais
pour
THE NEW Y
PUBLICALIERARY
.ALASENTNDOORX
TF. IOLUDNEDNATIONS
pour
rom
eler
aritio
on le
Volu
blic
xact
R
O
adeur de la
pierre
Puc
d'Evonshyne.
65
FEVRIER. 1738 315
pour l'ordinaire , ils s'attachent à examiner
des endroits importans , dont ils démélent
les beautés ou les défauts : leur
critique réunit ce double objet , comme
on le voit distinctement dans le second
Volume. Ce plan, qui a été goûté du Public,
ajoûte le Libraire , sera encore plusexactement
suivi à l'avenir.
REFLEXIONS POLITIQUES Sur
les Finances et le Commerce, où l'on examine
quelles ont été sur les Revenus , les
Denrées , le Change Etranger , et con
sequemment sur notre Commerce , les
influences des augmentations et des diminutions
des valeurs numeraires des
Monnoyes. A la Haye , 1738. 2. vol .
in - 12. et A Paris , chés Rollin , Fils ,
Quai des Augustins .
Paro-
CYBELE AMOUREUSE
die nouvelle d'Aris , par M. Sticotti , Comédien
Italien ordinaire du Roy . A Paris
, chés Prault Pere , Quai de Gêvres ,
au Paradis , 1738. in- 8.
Vers pour être gravés sur le piedestal d'une
Statue de la Sainte Vierge.
J
'Ai porté dans mon sein le Maître du Tonnerre
;
J'ai fait naître mon Dieu, mon Sauveur, et mon
Roi, E Rica
316 MERCURE
DE FRANCE
Rien ne poura jamais m'égaler sur la Terre ,
Et Dieu seul , dans les Cieux , est au dessus de
moi.
Chrétiens , vous , dont mon Fils est devenu le
Frere ,
Voyez quel est le prix de mon humilité ;
Imitez mes vertus, imitez vôtre Mere,
Si vous voulez jouir de ma felicité.
Par M. P.
QUESTION
à résoudre.
On demande si l'honneur et la gloire
sont une même chose , et lequel des deux
a le plus d'empire sur le coeur de l'hom
me.
On écrit de Venise que le III. Volume du
Dictionaire Géographique de M. de la Martiniere
, dont le Libraire Pasqualy a entrepris une
Edition , paroît déja et qu'on travaille à force
au IV. Le même Libraire va donner aussi une
magnifique Edition de l'Histoire de Guichardin
ca deux Volumes in-fol.
Le Sr. Jean Neaulme Libraire à la Haye ; a
imprimé dans une petite feuille volante un Avig
Public sur le Projet d'une nouvelle Edition des
Actes Publics d'Angleterre recueillis par M.
RYMER.
Cet Avis porte en substance qu'après que le
Sr. Neaulme a cû publié un Projet de souscrip
tion pour une nouvelle Edition de cet excellent
Recueil
FEVRIER: 1738 . 317
Recueil , en X. Vol . fol . à 112. florins to sols
l'Exemplaire , il a été traversé par M. Tonson
Libraire de Londres , qui a imprimé ces Actes ,
ce qui a produit plusieurs inconveniens , et fair
diminuer les souscriptions , qui auparavant alloient
à souhait. Dans ces circonstances , afin
que l'entreprise puisse s'éxécuter sans que le Public
ni le Libraire courent aucun risque , ce
dernier propose ce qui suit.
Je ne prendrai point , dit-il , d'argent d'avance
je rendrai même à ceux qui le souhai➡
teront celui que j'ai déja reçû. Je demande
seulement , suposé qu'on souhaite que je continue
, que l'on s'engage par écrit à prendre
le Livre à mesure que les Volumes paroîtront ,
sur le pié de 9.Dutes la feuille suivant, le Pro
jet je me flate même de pouvoir donner tout
l'Ouvrage au prorata , à moins de 112. florins
10. sols PExemplaire. Je m'engage de plus ,
» ainsi que je l'ai déja promis , à n'en imprimer
» que 550. Exemplaires , et pas un au de là ; et
je donnerai caution pour l'éxécution du Projet
aux Personnes qui ne se fieront pas
» parole : par là le Public peut aisément se convaincre
que le prix ne sçauroit s'en avilir
» comme il arrive très souvent dans les Impres
» sions dont le nombre n'est pas fixé. Ceux qui
voudront souscrire sur ce pié là , pouront se
» déclarer , et si le nombre des souscriptions se
trouve suffisant pour entreprendre l'Edition
elle ira grand train , car je la mettrai sous plusieurs
Presses &c.
à ma
Jean - François Jolly Libraire à Amsterdam,
avertit qu'il donnera deux fois par semaine à
Commencer du Jeudy 6 Fév. L'OBSERVATEUR
Litteraire, Eij
38 MERCURE DE FRANCE
Litteraire , Historique , Philosophique , Politique,
Galant , Moral , et Critique.
On aprend par les Lettres de Portugal que le
27 Décembre ,Fête de S. Jean l'Evangeliste dont
le Roy porte
le nom l'Académie de Poësie et
d'Eloquence , établie à Guimaraens , avoit tenu
une Séance Publique , dans laquelle le Pere Joseph
de Pasos , Abbé de l'Abbaye de S. Faustin,
et le Pere Manuel de S. Jerôme , de l'Ordre des
Freres Mineurs de l'Observance , avoient lu , le
premier un Panegyrique de S. Jean , et le second
un Eloge de S. M.
On aprend aussi de Lisbonne , que le 13. Jan
vier , la nommée Therese de Juses , Epouse de
Jean de Maras - Torres, accoucha de quatre enfans
, qui jouissent tous , ainsi que la Mere, d'une
parfaite santé.
On mande encore de Lisbonne que les Lettres
écrites de Faro marquent , que le 16. Décembre
dernier on y avoit aperçu une Aurore Boréale .
qui occupoit toute la partie du Ciel entre le
Nord-Est et le Nord- Ouest,
On a apris de Vienne , que le Pere François
Schmelzer , de la Compagnie de Jesus , Astronôme
celebre , y mourut le 28. Janvier dernier
dans la 6o. année de son âge,
Comme la Musette est un instrument fort à la
mode aujourd'hui , et qu'il le devient tous les
jours de plus en plus . M. Hotteterre, Ordinaire de
la Musique de la Chambre du Roy , vient de
donner une Méthode par le moyen de laquelle
FEVRIER. 1738. 319
on poura s'instruire de ses principes , et , au dé
faut de Maîre , aprendre à en jouer de soi- mê
me. Elle ne poura aussi qu'être fort utile à tous
ceux qui pratiquent cet Instrument , attendu
qu'elle contient tout ce qui le concerne , soit
pour le toucher, le doigter , la conduite du sou-j
fet , la connoissance des notes et de leurs vad
leurs , les differens modes , les agrémens pour
la propreté du jeu , et enfin la maniere de l'entre
tenir et de le conserver en bon état . Il y a joint
un Recueil gravé d'Airs choisis , dans les tons
les plus convenables , et d'une exécution progressive
, avec des Préludes dans ces mêmes
tons. C'est son dixiéme Oeuvre . On le trouvé
à Paris , chés l'Auteur , ruë de Seine , à l'Hôtel
d'Arras. Chés Balard , au Mont Parnasse . Chés
Boivin , rue S. Honoré , àla Regle d'or , et chés
Leclerc , rue du Roule , à la Croix d'or , in -4
de plus de 120 pages. Prix 4. liv. 10 sols bro
ché.
La suite des Portraits des Grands Hommes ;
et des Personnes Illustres dans les Arts et dans
les Sciences continue de paroître avec succès
chez Odieuvre , Marchand d'Estampes , Quai
de l'Ecole ; il vient de mettre en vente, de la'
même grandeur .
-
CHARLES FRANÇOIS D'AUTRICHE , Empereur
, né le 1. Octobre 1685. dessiné par Fort"
Pasqueti, et gravé par F. S. Ravenet.
GASPARD DUCHANGE , Graveur du Roy , et
Conseiller en son Académie Royale de Peinture
et Sculpture , né à Paris le 9. Avril 1662. peint
par Vanloo , le Pere , et gravé par N. Dupuis.
Le Chevalier Servandoni , Peintre et Architecte
Fiij da
320 MERCURE DE FRANCE
du Roy , dont les Ouvrages ont déja cû l'apro
bation da Public en tant d'occafions differentes ,
et sur les desseins duquel on éleve actuellement le
grand Portail de S. Sulpice, ainsi que l'Eglise Paroissiale
deCoulanges la vineuse, Ville deBourgo
gne,travalle depuis six mois et employe quantité
d'Ouvriers de toute espece, comme on l'a déja
dit , pour tonner la représentation de l'Eglise de
S. Pierre de Rome , qui est le plus grand et le
plus magnifique Edifice de l'Univers . La voute
de la Nef aura réellement 70 pieds de haut , et
le Dôme à proportion ; cette representation sera
partie en Relief et partie en Perspective , et rien
n'y sera obmis de tout ce qui compose ou de ce
qui orne cette superbe Eglise.
On verra cette representation dans la grande
Salle des Machines du Palais des Thuileries ,
pendant les trois semaines du temps Paschal
selon la permission que le Roy a bien voulu lua
en accorder.
Cette Salle est d'une grandeur immense , elle
a 250. pieds de long , sur 72. de large et 100. de
haut.
Le Sieur Servandoni fera imprimer une Des
cription exacte et détaillée de l'Eglise de S. Pier
re de Rome , avec le Plan gravé de cette Basi
lique .
M. Chedel , vient de donner au Public une sui→
te d'Estampes en six feuilles , elle a pour titre ,
Fantaisies nouvelles , et se vend à Paris , chés la
Veuve Chereau , rue S. Jacques aux deux Piliers
d'or . Cet Ouvrage paroît singulier par le
choix et la varieté des coquillages,fruits , et fleurs
dont il est composé. Il peut servir, à divers usages
, tels que les desseins d'étofes , les découpares
FEVRIER : 1738. 321
tés , &c. L'Auteur compte donner plusieurs sui
tes en ce genre.
- Le I. Janvier Pierre Hilaire Danès
Prêtre , Docteur en Théologie de la Faculté de
Paris , Maison et Societé de Sorbonne , du 21.
Avril 1698. ancien Lecteur et Professeur en
Théologie , Abbé Commandataire de l'Abbaye
de S. Michel de Pessan , Ordre de S. Benoît ,
Diocèse d'Auch , depuis le mois de Novembre
1725. et Conseiller en la Grand'Chambre du
Parlement de Paris , mourut sur les dix heures
du matin , en la Maison de Sorbonne , d'une apoplexie
dont il avoit été attaqué la nuit précedente
, âgé d'environ 66 ans , étant né en 1671 .
il avoit été reçû Conseiller le 31. Août 1714. ét
étoit monté à la Grand'Chambre le S. Mars
1733. Il étoit fils de Jean Danès , Seigneur de la
Mairie , de Chavenay , mort Doyen des Avocats
du Parlement de Paris ,
le 20. Octobre
1688. âgé de 76 ans , et de Louise Hebert ,
son épouse. Il laisse pour héritier Antoine-
Pierre- Hilaire Danès , son neveu , reçû Conseiller
au Parlement de Paris au mois d'Août
dernier. Il avoit donné au Public en 1731. l'a
bregé de la vie de Pierre Danès,Evêque deLavaur ,
Ambassadeur de France au Concile de Trente,
& c. mort le 23. Avril 1577 , avec les differens
éloges de ce Prélat , ses Opuscules , & c. volume
in-4. de 184. pages , imprimé à Paris , chés
Quillau. On trouve dans ce volume un Mémoire
sur la Généalogie de la Famille de Danès ,
mais il est très superficiel et peu exact.
Les Beaux Arts ont fait une perte considerable
en la personne de Ferdinand de S. Urbain ,
Chevalier de l'Ordre de Christ , Graveur des
F iiij Médailles
322 MERCURE DE FRANCE
Médailles et Monnoyes de S. A. R. de Loraine ;
Grand Duc de Toscane , son premier Architec
e, Académicien Honoraire des principales Académies
de l'Europe. Il mourut à Nancy le 10.
Janvier.
Le sieur Chrétien Dufour , Marchand à Paris,
donne avis qu'il a fait construire une Machine
extraordinaire , pareille à celle d'Utrech , propre
pour gaufer des velours , tant sur soye que
façon d'Utrech , Moires , Draps , Pluches , Moquettes
, Camelots , Satins de Bruges , et autres ;
Rubans et toutes autres Etofes , tant pour C1-
rosses et Meubles , que pour habits d'hommes et
de femmes , avec des Desseins nouveaux qui
imitent les Velours cizelés et les Velours de Venise.
Il demeure au milieu de la rue des Fossés de
Monsieur le Prince , vis- à -vis l'Hôtel de Condé
L'Aprobation que les Medecins de la Faculté
de Paris ont donné à un Remede de Mlle de
Rezé , aujourd'hui Mde de Lestrade , après avoir
vú la guérison des Dartres d'une Princesse qui
avoit employé quantité de Remedes , sans en
avoir reçû de soulagement , et d'une infinité de
Personnes attaquées de la maladie , qui ont été
guéries depuis , jusques dans les Pays les plus
éloignés, les Colonies et les Ports de Mer , étant
tout remplis de dartres , &c. M. Chicoyneau ,
Conseiller d'Etat , et Premier Medecin du Roy ,
ayant vû la guérison d'un grand Prélat , des
Rougeurs , Boutons et Dartres qu'il avoit an
visage depuis plus de huit ans ; et ayant apris
qu'elle traitoit ces maladies depuis plus de quarante
ans avec succès et aplaudissement , a bien
voulu donner son Aprobation à la bonté de ces
Remedes
FEVRIER : 1738. 323
Remedes , et la liberté de les débiter : C'est une
Eau qui guérit les Dartres vives et farineuses ,
Boutons , Rougeurs
Rougeurs , Taches de rousseur
et autres Maladies de la Peau ; et un Baume
blanc , en consistance de Pomade , qui ôte
les Cavités et les Rougeurs après la petite Verole,
les Taches jaunes et le Hâle unit et blanchic
*le tein d'une maniere visible et naturelle. Ces
Remedes se gardent tant que l'on veut , et peuvent
se transporter par tout , Les Bouteilles de
cette Eau sont du prix de 2 , 3 , 4 , 6 , liv . et au
dessus , selon la grandeur. Les Pots de Baume
blanc sont de 3. liv . 1o . s. et les demi Pots de
35. sols.
Mde de Lestrade demeure à Paris , ruë de la Comédie
Françoise , chés un Grainetier , au premier
Apartement. Il y a une Affiche au dessus de la
Porte.
,
Le sieur Lyvernette , Maître Chirurgien Juré
de Paris , dont il a été parlé plusieurs fois dans
ce Journal , à l'occasion de l'efficacité de ses
Remedes dans les suppressions d'urine , carno
sités, &c. les guérissant radicalement, sans dou
leur et sans inflammation avertit le Public
qu'il a été long-temps malade , et que delà on a
pris occasion de répandre le bruit de sa
mort que cependant malgré sa maladie il a
traité chés lui , avec tout le succès possible ,
plus de 120. Personnes , tant Gens de qualité ,
qu'Officiers , et bons Bourgeois connus enfin
qu'il y a environ trois mois qu'on lui amena un
Officier ayant plusieurs abscès au Scrotum , deux
fistules , par où passoient les urines &c . lequel
a été parfaitement guéri. Le Public a en
effet interêt d'être instruit de pareilles Cures ,
Ev et que
324 MERCURE DE FRANCE
et que le sieur Lyvernette est toujours et ace
tuellement en état de les entreprendre , & c.
AIR .
Pour m'attirer dans tes chaînes ,
Amour , tu m'as fait faire un choix
Mais que tes douces loix
Vont me causer de peines /
La Fortune cruelle ,
Pour traverser mes jours ,
Eloigne pour toujours
Mon Amante fidelle.
Par M. D.. V. *. T. *.
La Musique en Sarabande est de M.
Fremeaux , Organiste de Melun .
L
SPECTACLES.
E 7. Janvier , l'Académie Royale
a de Musique remit au Théatre la
Tragédie d'Aus . Les premieres Représentations
ont fait craindre un mauvais
sort pour cet Opera ; mais enfin la beauté
de la Musique et celle du Poëme , ont
dissipé
THE NEW
PUBLIC LIE AM
ACTOR, LENOX ..)
TILDEN F
1
324 MERCURE DE FRANCE
et que le sieur Lyvernette est toujours et ace
tuellement en état de les entreprendre , &c.
P
AIR .
Our m'attirer dans tes chaînes ,
Amour , tu m'as fait faire un choix ;
Mais que tes douces loix
Vont me causer de peines /
La Fortune cruelle
Pour traverser mes jours ,
Eloigne pour toujours
Mon Amante fidelle.
Par M. D. *. V. *. T. *;
La Musique en Sarabande est de M.
Fremeaux , Organiste de Melun .
SPECTACLES.
Lde
E 7. Janvier , l'Académie Royale
de Musique remit au Théatre la
Tragédie d'Atis. Les premieres Représentations
ont fait craindre un mauvais
sort pour cet Opera ; mais enfin la beauté
de la Musique et celle du Poëme , ont
dissipé
THE NEW YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
THE
NEW
YORK FUDIJC
LIBRARY
.
ASTOR
LENOX
AN
TILDEN
FOUNDAT
FEVRIER. 1738. 325
dissipé ces vaines terreurs ; on a rendu
au génie de Lully et de Quinault toute
la justice qu'ils méritent ; les Partisans
outrés de la nouvelle Musique , ont perdu
l'esperance dont ils s'étoient flatés
et le succès de ce magnifique Opera est
une preuve certaine que le bon goût
n'est pas encore détruit en France. Nous
abregerons , autant qu'il nous sera possible
, un Extrait qui pouroit devenir
ennuyeux , s'il s'étendoit hors de saison
sur des beautés qui ne sont presque ignorées
de personne .
Le Théatre représente au Prologue le
Palais du Temps.Ce Dieu y paroît au milieu
des douze heures du jour et des
douze heures de la nuit. Le Temps commence
l'Action du Prologue par ces Vers,
En vain j'ai respecté la celebre memoire
Des Héros des siecles passés ;
C'est en vain que leurs noms si fameux dans
l'Histoire ,
Du sort des noms communs ont été dispensés ;
Nous voyons un Héros dont la brillante gloire
Les a presque tous effacés .
Après les justes éloges que les Chours
donnent à Louis le Grand , Flore s'avanconduite
par un Zéphir et par une
F vj troupe
cé ,
326 MERCURE DE FRANCE
troupe de Nymphes ; le Temps paroît
surpris de la voir ramener si -tôt la saison
des fleurs ; Flore lui répond :
Quand j'atends les beaux jours , je viens tou
jours trop tard ;
Plus le Printemps s'avance et plus il m'est
contraire ;
Son retour presse le départ
Du Héros à qui je veux plaire ;
Pour lui faire ma cour , mes soins ont entrepris
De braver désormais l'hyver le plus terrible ;
Dans l'ardeur de lui plaire , on a bien-tôt aprís
A ne rien trouver d'impossible.
Ces Vers sont suivis d'un Duo gene
talement aplaudi . Melpomene vient reprocher
à Flore le soin qu'elle prend
de prévenir le Temps ; elle annonce le
Sujet de la Tragédie par ces Vers :
La puissante Cybele ,
Pour honorer Atis qu'elle a privé du jour
Veut que je renouvelle
Dans une illustre Cour
Le souvenir de son amour.
Iris vient terminer la petite contes
tation qui est survenue entre Melpome
ne et Flore , et les réunit en faveur de
la Tragédie qu'on va représenter .
La
FEVRIER. 1738. 327
La Scene de la Tragédie est en Phrygie.
Au premier Acte , le Théatre repre
sente une montagne consacrée à Cybele
Atis invite les Phrygiens à venir célé
brer la descente de Cybele. Idas, Confident
d'Atis fait avouer à ce Prince , parent
de Sangaride et favori de Calenus ;
Roy de Phrygie , que malgré l'indiffe
rence dont il fait vanité , il aime en se◄
cret. Sangaride -vient joindre Atis avec
qui elle doit ordonner la fête qui se prépare
en l'honneur de Cybele ; Atis est
prêt à lui déclarer son Amour, mais, crafgrant
d'en trop dire , il se retire pour
aller assembler ceux qui doivent célibrer
cette grande fête. Sangaride confesse
à Doris sa confidente , qu'elle aime
Atis en secret , mais qu'elle obéira aux
ordres du Fleuve Sangar , son pere , qui
la destine à Colenus . Atis revient et déclare
enfin son amour à Sangaride : cetté
Scene est une des plus interessantes du
Théatre lyrique. La déclaration d'amour
est réciproque , ces deux Amans finissent
par ce Duo :
Si l'Himen unissoit mon destin et le vôtre
Que ces noeuds auroient eû d'atraits !
L'Amour fit nos coeurs l'un pour l'autre,
Faut- il que le deyoir les sépare à jamais ?
Le
328 MERCURE DE FRANCE
Les Phrygiens s'assemblent , Cybele
descend au bruit des instrumens et des
acclamations des Peuples qui l'attendent :
elle parle ainsi :
Venez tous dans mon Temple , et que chacun
revere ,
Le Sacrificateur dont je vais faire choix , &c,
que
On a trouvé ce premier Acte trop chara
gé de belles Scenes ;on auroit souhaité
la déclaration d'amour réciproque eût
pû être placée dans le second Acte; mais
cela n'empêche pas que celui- ci ne soit
un des plus beaux qu'on ait encore vûs.
Le Théatre représente au second Acte
le Temple de Cybele. Calenus se plaint
à Atis du peu d'empressement de Sangaride
pour un Himen qui doit le rendre
le plus heureux des mortels , il fait
même entrer de la jalousie dans sa plainte
; Atis n'oublie rien pour le rassurer .
Calenus lui ordonne d'aller tout prépa
rer pour son bonheur ; Cybele vient.
>
Elle dit à Calenus qu'elle pe nom
meroit point d'autre Sacrificateur que
lui , si elle avoit à choisir entre les. es plus
grands Rois , et lui fait connoître que
son choix s'arrête sur Atis , le plus cher
de ses favoris.Cælenus aprend avec beau
coup de joye la gloire que Cybele va
répandre
FEVRIER.
1738. 329
répandre sur un parent de Sangaride et
sur un sujet qui lui est très- cher.
Cybele ouvre son coeur à Melisse , sa
Grande Prêtresse et sa confidente , et luk
aprend son amour pour Atis par ces Vers
d'exposition :
Ce fut au jour fatal de ma derniere Fête ,
Que de l'aimable Atis je devins la conquête
Je partis à regret pour retourner aux Cieux :
Tout m'y parut changé , ` rien n'y plut à mes
yeux.
Et sur le sincere aveu que lui fait Melisse
, de la surprise où elle est de la voir
descendre si bas , elle lui répond .
Quel plus haut rang ai - je à prétendre ?
Et de quoi mon pouvoir ne vient - il point à bout?
Lorsqu'on est au dessus de tout ,
On se fait pour aimer un plaisir de descendre,&c.
Fais venir le sommeil , que lui - même , en ce
jour ,
Prenne soin ici de conduire
Les songes qui lui font la cour ;
Atis ne sçait point mon amour ,
Par un moyen nouveau je prétends l'en instru
re , &c.
Est- il rien de plus beau que cette imajination
du Poëte, et rien de plus théatral
330 MERCURE DE FRANCE
tral que l'effet qu'elle va produir dans
l'Acte suivant? La Fête de celui-ci a pour
objet le choix que Cybele a fait d'Atis
pour dispenser ses Loix ; à la fin de la
Fête , Atis promet aux Phrygiens de ne
rien négliger auprès de Cybele , pour
les rendre heureux.
Le Theatre represente au troisiéme
Acte le Palais du Grand Sacrificateur de
Cybele .
Atis se plaint des faveurs de la fortunej
tandis que l'Amour le rend malheureux ;
Idas et Doris viennent lui annoncer que
Sangaride en pleurs veut venir se jetter
aux pieds de Cybele pour la garantir de
la violence qu'on lui fait , et pour luf
declarer l'amour mutuel qui les unit ;
Atis n'ose manquer de reconnoissance en
versCalenussil céde enfin aux prieres d'Idas
et de Doris , ou plûtôt à l'interêt de
son amour , et dit à ces deux Confidens :
Allez , prenez soin de mon sort ;
Que Sangaride ici se rende en diligence.
Atis continue à se livrer à ses remords ;
l'agitation où il se trouve , le plonge dans
un profond sommeil , pendant lequet
des songes heureux et des songes funes
tes lui declarent l'amour de Cybele et
les suites qu'il peut avoir. Morphée lut
parle ainsi
Ecoute
:
FÉVRIER. 1738. 33
•
Ecoute , écoute , Atis ,.la gloire qui t'apelle ;
Sois sensible à l'honneur d'être aimé de Cybele ji
Jouis , heureux Atis de ta felicité.
Phobetor et Phantase se joignent à Mor
phée et lui disent :
Mais souviens toi que la Beauté ,
Quand elle est immortelle ,-
Demande la fidelité
D'une Amour éternelle.
Les Danses répondent parfaitement à
la fin que l'ingénieux et élegant Auteur '
s'est proposée ; Atis s'éveille tout épou
vanté ; Cybele vient le rassurer et lu
aprend que les Songes ont parlé par son
ordre. Atis ne répond à tant d'amour ,
que par des assurances de respect , dont
Cybelle n'est pas trop satisfaite.
Sangaride vient implorer la protection !
de Cybele contre Colenus .
Atis lui coupe toujours la parole de
peur qu'elle ne fasse connoître leurs
amours . Cybele déclare hautement cé
qu'elle sent pour Aris ; elle promet son
secours à Sangaride , et dit à Atis qu'elle
prétend l'armer de sa toute puissance.
Ces deux Amans étant sortis , Cybele
se plaint à Melisse de la froideur aveo
laquelle
332 MERCURE DE FRANCE
laquelle Atis a reçû l'aveu qu'elle lui a
fait de son amour ; elle conçoit de la
jalousie contre Sangaride ; elle ordonne
à Melisse d'aller dire de sa part à Zephire
d'exécuter tout ce qu'Atis exigera de
lui. Cet Acte finit par un très beau Mo
nologue, dans lequel la jalousie de Cybe
le paroît de plus en plus .
Sangaride, Idas, et Doris commencent
le quatriéme Acte. Sangaride se plaint
de l'infidelité dout elle soupçonne Atis ;
Idas et Doris la rassurent autant qu'ils'
peuvent, mais elle persiste dans ses soupçons,
et pour se venger , elle consent à
épouser le Roy; Calenus la trouvant dans
des dispositions si favorables se croit le
plus heureux des Amans ; il en témoigne
sa joye à Atis qui arrive , et sort
pour aller presser le Fleuve Sangar de
combler ses voeux ; Atis déplore la cré
dulité de Coelenus ; Sangaride lui répond
que l'Amour de ce Rival dont il plaint
le sort, obtiendra ce qu'il a merité; après
des plaintes reciproques , Atis se justifie
auprès de Sangaride ; il lui rend rai
son du silence qu'il a gardé et du soin
qu'il a pris de l'empêcher elle même de
parler en présence d'une Rivale aussi redoutable
que Cybele. Cette Scene est
des plus interessantes
Le
FEVRIER. 1738. 333
Le Fleuve Sangar , suivi de plusieurs
Fleuves, Ruisseaux et Fontaines, déclare
à ses Parens le choix qu'il a fait du Roy
de Phrygie pour Sangaride sa Fille ; ce
choix est généralement aprouvé ; la Fête
est très gaye , mais elle ne finit pas de
même qu'elle a commencé ; Atis vient
déclarer que Cybele défend qu'on ache
ve cet Hymen , et que Sangaride est une
Nymphe qu'elle reserve pour ses Autels ;
Calenus , et le Fleuve Sangar ", et leur
Suite veulent s'oposer à cette violence 鹭
Atis leur dit :
Aprenez , Audacieux ;
Qu'il n'est rien qui n'obeisse
Aux souveraines Loix de la Reine des Cieur
Puis , s'adressant aux Zephirs , il con
tinue ainsi :
Qu'on nous enleve de ces Lieux ;
Zephirs que sans tarder mon ordre s'accom
plisse.
Les Zephirs enlevent Atis et Sangaride
et le choeur s'écrie :
Quelle injustice , &c.
Le dernier Acte est des plus tragiquess
Cybele et Calenus le commencent ; Cy
bele
334 MERCURE DE FRANCE
bele aprend à Calenus , que les Zéphirs
ayant laissé Atis et Sangaride dans un
lieu , où il ne croyoient pas être entendus
, elle a été témoin de leurs tendrest
sermens, et des outrages qui s'adressoien:
à leurs communs Tyrans ; elle lui dit qu'il
ne sera que trop vengé. Atis et Sangaride
sont amenés devant leurs Juges ;
tout ce qu'ils disent pour les attendrir
ne sert qu'à les irriter davantage , parce
qu'il ne leur est dicté que par l'amour
qu'ils ont l'un pour l'autre. Cybelle évoque
Alecton et lui ordonne d'inspirer ses
plus noires fureurs dans le coeur d'Atis;
la Furie obéit , Atis furieux prend San
garide pour un Monstre, qui en veut aux
jours de ce qu'il aime ; il court à elle c
Aui perce le sein ; Cybele lui rend sa raison
pour lui faire mieux sentir son mal
heurs Atis trop instruit du cruel sacrifice
qu'il vient de faire se tuë lui-même
et dit à Cybele en expirant.
Je meurs ; l'Amour me guide
Dans la nuit du trépas ;
Je vais où sera Sangaride's"
Inhumaine , je vais ad vous ne serez pasa
Cybele métamorphose Atis en Pin
arbre favori de cette Déesse . On a rétran
che
FEVRIER. 1738. 335
ché la Fête qu'on celebre pour cette espece
d'Apothéose , comme superfluë ,
après une Catastrophe si horrible.
Voilà quel est cet Opera dont le suc
cès a d'abord paru équivoque, quoi qu'il
so un des plus parfaits qui soient sortis
du genie de Lully et de Quinault ; on
y a veritablement. trouvé quelques longueurs
, mais par combien de beautés
n'en a- t'on pas été dédommagé ?
On continue toujours , avec un très
grand concours concours , les représentations
Atis , qu'on donne trois fois la semai
ne , et les Jeudis le Triomphe de l'Har
monie.
Le 13. Février , on ajouta à la fin de
cette derniere Piéce un divertissement
tiré d'une ancienne Pastorale intitulée
les Fêtes de l'Amour et de Bacchus , dont
let paroles sont de M. Quinault , et la
Musique de M.de Lully, représentée dans
sa nouveauté en 1672. par l'Académie
Royale , et de premier Ouvrage de ces
celebres Auteurs , représenté en Public ;
excepté toute fois Psiché Tragédie, Ballet
représenté sur le Theatre de la grande
Salle des Machines du Palais des Thuilleries
en 1670. dont toutes les paroles
qui se chantent sont de Quinault ; elles
Parurent excellentes et firent trouver insuportable
336 MERCURE DE FRANCE
suportables celles de l'Abbé Perrin et de
Gilbert , qui avoient travaillé avec Cambert
aux deux premieres Pastorales
Opera , qui avoient paru peu auparavant
sous les titres de Pomone , et les Peines
et lesplaisirs de l'Amour
En ce temps-la , pendant que cette
derniere Piéce de Gilbert avoit du succès,
Lully , profitant de la division qui s'é
toit mise entre les Associés de l'Opera ,
obtint par le crédit de Madame de Montespan
, que l'Abbé Perrin , moyenant
une somme d'argent , lui cederoit son
privilege . Ce changement obligea Cam
bert de passer en Angleterre , où il mourut
en 1677. sur - Intendant de la Musi
que de Charles II . Selon S. Evremond
Cambert avoit un fort beau genie , propre
à cent Musiques differentes , et
routes bien menagées avec une juste économie
des voix et des Instrumens. Il n'y
a point de récitatif mieux entendu ni
mieux varié que le sien , mais pour la
nature des passions et pour la qualité des
sentimens qu'il faut exprimer , Lully la
laissé bien loin deriere lui.
Lully s'associa Vigarani , Machiniste
du Roy , et plaça d'abord son Theatre
au Jeu de Paume de Bel Air , ruë de
Vaugirard près le Luxembourg , où il
donna
FEVRIER 1738.
337
donna en 1672. les Fêtes de l'Amour et de
Bachus,Pastorale , composée des fragmens
de differens Ballets dont il avoit fait la
Musique sur les paroles de Quinault.
Entre autres beautés de cet Opera , le
trio : Dorme , dormez beaux yeux &c. fut
admiré de tout le Monde,
Selon M. de Freneuse il y eut une rea
présentation celebre de cet Opera , tanɛ
par la présence du Roy qui y assista , que
par quatre Seigneurs de la Cour qui vous
furent bien y danser avec quatre autres
Danseurs. C'étoient M. le Grand , le Duc
de Monmouth , le Duc de Villeroy et le
Marquis de Rassen .
Ce qu'on vient de donner sur le Thea
tre de l'Opera , est pris du Prologue et
du second Acte des Fêtes de l'Amour et
de Bacchus , dont l'exécution a fait plai
sir autant que la singularité, car les goûts
sont bien changés.
55.8
Philipe Quinault, de Parfs , Auditeur
de la Chambre des Comptes de l'Académie
Françoise , et mort âgé de
ans en 1688. fut illustre par la beauté et
la fécondité de son génie , et par le tour
heureux et naturel de ses productions. Il
merita l'estime des honnêtes gens par
sa douceur, par sa probité et sa droiture
aussi bien que par sa politesse.
Dès
538 MERCURE DE FRANCE
Dès l'âge de 18. ans il donna des Piéces
de Théatre dont quelques-unes eurent du
succès , mais où il excella le plus , ce fut
dans les Opera,qui malgré les traits de la
Satyre, lui acquirent la réputation du plus
grand Poëte Lyrique que son siecle aid
produit; on ne connut même bien le talent
qu'il avoit en ce genre , qu'après sa
mort.
l'Amour
G
Après la Pastorale des Fêtes de l'Amour
et de Bacchus , Quinault composa
la Tragédie de Cadmus, Alceste , Thesée ;
Atis , Isis , Proserpine , le Triomphe de
Persée Phaeton , Amadis
Roland , le Triomphe de la Paix et Armide
Le Sieur Feliote à la seconde entrée du
Triomphe de l'Harmonie chante le rôle
d'Hylas , d'une maniere inimitable ; sa
voix n'a jamais parû plus belle , ni plus
étenduë.
On va cesser les représentations de ce
Ballet pour donner à la place le 4 du
mois prochain, Jephté , Tragédie qu'on
remet ordinairement dans ce temps - ci et
que le Public attend avec beaucoup d'im
patience.
Le vendredi 28. de ce mois les Comé
diens François donnerent la premiere représentation
de Maximien Tragédie nouvelle
FEVRIER : 1738. 339
•
velle , qui fut généralement aplaudie parune
très nombreuse assemblée . C'est un
Poëme très interessant et conduit avec um
art admirable. Nous ne manquerons pas
de rendre un compte exact de cet Ou
vrage qui promet un très grand succès.
Le 10. Février , les Comédiens Italiens
remirent au, Theatre la Comédie de la
Surprise de la Haine , dans laquelle la
Dlle Lalande , jeune Personne très ben
faite , fille de la Dle Lalande , Actrice
du même Theatre , débuta par
par le princi
pal Kolle de la Piece , qu'elle soüa avec
beaucoup d'intelligence ; on lui trouve
beaucoup de disposition à devenir un
très bon Sujer ; il y a tour lieu de l'esperer,
étant Eleve de la Dlle Silvia , si généralement
connue par ses grands talens .
La même Actrice a joué differens Rolles
dans d'autres Pieces , dans lesquels elle a
été également aplaudie.
A Mile Therese ...... débutant à la
Comédie Italienne , dans la Surprise
de la Haine.
PATAr la Surprise de la Haine
Invam vous avez cru débuter en ce jour ;
G
Non
340 MERCURE DE FRANCE
Non , non , pour qui vous voit paroître sur la
Scene ,
C'est la Surprise de l'Amour,
Le 27. Février , les mêmes Comédiens
donnerent la premiere Représentation de
deux Pieces nouvelles , d'un Acte chacune
; la premiere en Prose , sous le titre
de l'Esprit de Divorce , dont M. Morand
est l'Auteur ; c'est son premier
Ouvrage pour le Théatre Italien . On
en parlera plus au long. L'autre Piece
est intitulée Atis , Parodie de l'Opera
qu'on joue actuellement ; elle est de la
composition des sieurs Romagnesi et Riccoboni
, ornée d'un très beau Divertisse
ment ; on parlera plus au long de certe
ingénieuse Nouveauté , ayant été reçuë
très favorablement du Public.
Le 4 Février , le Lieutenant Général
de Police fit l'Ouverture de la Foire saint
• Germain avec les Cérémonies accoûtumées.
Ce Magistrat avoit rendu son Ordonnance
le mois précedent , concernant
ce qui doit être observé par les Marchands
qui y sont établis , et qui renouvelle la
défense des Jeux , &c.
Le 6, l'Opera Cómique fit aussi l'Ouverture
FEVRIER 1 . 1738. 341
werture de son Theatre , situé dans le cul
de sac de la rue des Quatre Vents , par une
Piece nouvelle qui a pour titre la Comédie
à deux Acteurs , dont le Sujet qui a paru
très- singulier , a fait beaucoup de plaisir.
Cette Piece est précedée de la Pantomime,
Piece en Vaudevilles joüés par la Simphonie
, et d'un Prologue nouveau dont
le titre est le Carnaval , et fort bien exé
cuté. Le sieur Roberti , Danseur étranger
, a dansé deux Entrées de caractere
avec beaucoup d'aplaudissement .
Le 15 , on donna une Piece nou.
velle d'un Acte, avec un Divertissement
, intitulée le Rêve : on parlera plus
au long de ces Nouveautés.
Le 22 , on donna une autre Piece
nouvelle d'un Acte , qui a pour titre les
Ombres Modernes : on en parlera aussi.
NOUVELLES ETRANGERES
DE
TURQUIE.
Na apris de Constantinople qu'un Rebelle
nommé Dely Regheb , natif des environs
de Bender , s'étant mis à la tête de 2000. hommes
, et ayant commis plusieurs brigandage
dans les Provinces voisines , le Grand Visirs
Gij quelque
342 MERCURE DE FRANCE
quelque temps avant que de partir de l'at
mée pour retourner à Constantinople , l'avoit
attire au Camp par des promesses avantageuses
; que comme ce Rebelle s'y étoit rendu avec
rcoo. de ses gens bien armés , le Grand Visi
avoit d'abord hesité sur la conduite qu'il tiendroit
, parce qu'il avoit été informé que Regheb
avoit disposé ses gens de sorte qu'ils pussent
venir à son secours , si on vouloit lui faire violence
quand il iroir à l'audience de ce Ministre ,
mais qu'ayant sçu que Regheb étoit convenu
avec ses gens de tirer un coup de pistolet pour
Jes avertir s'il couroit quelque danger , il avoir
pris le parti de rendre inutiles les précautions de
ce Rebelle , en le faisant étrangler dans le moment
même qu'il fut introduit auprès de lui sans
1ui laisser le temps de donner le signal que ses gens
attendoient.fo.Brigands qui avoient suivi Regheb
jusqu'à la porte de la chambre du Grand Visir ,
ayant apris que leur Chef avoit été étranglé avant
qu'ils se fussent mis en état de le defendre ,
prirent la fui e , et etant remontés sur le cham
à cheval avec leurs Compagnons , ils ont rega
gné les bois où l'on craint qu'ils ne continuent
leurs brigandages.
D'ALLEMAGNE.
ils
E Commandant de Belgrade a mandé que
L de puis la dernière tentative que les Turcs one
faite pour s'emparer d'Uzitza , ils avoient rui
né tout le Pays des environs à quatre lieuës à la
ronde, et qu'ils avoient posté deux détachemens
à quelque distance de cette Place , pour empêcher
qu'il n'y entrât du secours.
On a apris par les mêmes Lettres , que les En
Bemis
FEVRIER. 1738. 343
hémis constraisoient à Widdin et à Nicopolis un
grand nombre de Praames , dont ils avoient desséin
de se servir sur le Danube.
Le Comte Sereni , dont on étoit fort inquier ,
a écrit qu'il avoir été pris par les Turcs et condait
à Séraglio dans la Bosnie ; que le Pacha de
Seraglio , ayant été informé de son rang et de
sa naissance , le traitoit avec beaucoup d'égards,
et qu'il lui avoit donné pour compagnons deux
autres prisonniers de guerre , dont un étoit Ca →
pitaine dans le Régiment du Prince Charles de
Lorraine.
Le Pacha de Séraglio , à qui le Comte Sereni
a offert mille ducats pour sa rançon , a refusé de
le mettre en liberté à prix d'argent , et il se propose
de l'échanger contre quelque Officier Turc
de même rang.
Le Feldt-Maréchal Comte de Wallis , s'est excasé
d'être un des Juges du Comte de Sekendorf.
On mande de Stuttgard , que les Commissai
res chargés par le Duc de Wirtemberg d'instrui
re le procès du Juif Suss , ci- devant Conseiller
Privé et Président de la Chambre des Finances
du feu Duc de Wirtemberg , avoient condamné
ce Juif à être pendu , et que cette Sentence avois
été executée le 4. de ce mois.
On écrit de Dresde , que le désir de prendre
part aux Réjouissances qu'on y prépare à l'occasion
du Mariage de la Princesse Marie Amelie,
ayant attiré un grand nombre d'Etrangers en
cette Ville , le Roy fait souvent l'honneur aux
principaux d'entre eux de les admettre à sa table, '
er que S. M. donne de temps en temps des Fêtes
qui contribuent à rendre la Cour très- brillante..
Le 8. de ce mois , il y eut une course de bague
& G iij
344 MERCURE DE FRANCE
gue , qui commença à 9. heures du matin et dura
Jusqu'à onze. La Lice étoit gardée par 100. Grenadiers
, et 200. Fusiliers formoient une double
haye depuis le Château jusqu'aux Ecuries . 28.
Gardes du Corps à cheval , ayant à leur têre un
Capitaine des Gardes , ouvroient la marche qui
se fit dans l'ordre suivant : le Fourier de la Cour
suivi d'un Timbalier et de 8. Trompettes ; un
Ecuyer du Roy, 12. chevaux de main , conduits
chacun par un Palefrenier , le Grand - Ecuyer ,
précedé de 4. Coureurs du Roy , de 8. Valets de
pied et de 12. Heyduques. Le Roy venoit en
suire , et derriere S. M. étoient le Prince de
Holstein seul , et les vingt six Seigneurs nommés
pour avoir l'honneur de courir la bague
avec elle , lesquels marchoient deux à deux . Chacun
de ces Seigneurs faisoit conduire en main
par des Palfreniers plusieurs chevaux de selle ,
magnifiquement harnachés. La marche étoit
fermée par un détachement des Gardes du Corps,
à la tête duquel étoient huit Trompettes , et un
Timbalier. Le Prince Lubomiski remporta le
premier Prix , qu'il reçut des mains de la Reine.
On a apris en dernier lieu d'Allemagne , que
le Comte de Colloredo , Ministre de l'Empereur ,
M. Blondel , Ministre du Roy de France , le
Ministre de S. M. Br. et M. Burmania , qui réside
à Manheim de la part des Etats Generaux
des Provinces Unies , eurent le 10. de ce mois
une audience de l'Electeur Palatin , et qu'ils don
nèrent part à ce Prince des arrangemens concer
tés par leurs Majestés Impériale et très- Chrétienne
avec le Roy de la Grande Bretagne et la
République de Hollande , par raport à la succession
éventuelle des Etats de Bergue et de Juliers.
Le
FEVRIER. 1738. 345
Le 13. P'Electeur Palatin leur envoya sa ré
ponse , qui porte qu'il accepte avec une entiere
déférence la Médiation de l'Empereur et du Roy
de France , et celle de S. M. Br . et des Etats Generaux
; que se conformant aux arrangemens
proposés par les quatre Puissances , il promet
qu'en cas qu'il vienne à mourir , le Prince de
Sultzbach n'employera aucune voye de fait et
ne fera aucun changement dans l'administration
Civile et Militaire des Etats de Bergue et de Ju-
Jiers , pendant les deux années qui seront em
ployées aux Négociations pour parvenir à un
accommodement ; que de plus il consent que
cette continuation de possession ne soit au préjudice
ni en faveur d'aucun des prétendans , pour
ce qui regarde le Possessoire ou le Peritoire , à
condition qué le Roy de Prusse s'engage à ne
point troubler cette possession , et que les Puissances
Médiatrices s'en rendront garantes.
Il paroît à Manheim des copies d'un Ecrit qui
a été distribué dans diverses Cours, et dans lequel
'Auteur prétend prouver que le Roy de Pologne
Electeur de Saxe , a interêt à l'affaire de
Bergue er de fuliers. Il s'apuye sur le Traité de
Juterbock , par lequel le Roy de Prusse a admis
la Maison de Saxe à posseder plusieurs des Fiefs
qui sont en dispute , et il ajoûte que cette pos-
Session auroit eû son effet , si la Maison Palatine
regnante ne s'y fût oposée , et que cette Maison
'étant prête à s'éteindre en la personne de l'Electeur
Palatin , l'opositon formée tombe d'ellemême
, ce qui remet en vigueur le Traité de Juterbock
, et oblige S. M. Pr. à remplir les conditions
G iiij D'ITALIE
346 MERCURE DE FRANCE
M
D'ITALIE.
R Cavalieri , Nonce du Pape à Lisbonne,
a écrit à Sa Sainteté que le Roy de Portu
gal lui avoit temoigne beaucoup de satisfaction
de voir ses differends terminés avec 1 Saint Sie.
ge et que Sa Majesté Portugaise avoit donné
ordre au Cardinal Motta de se disposer à se rendre
à Rome , où l'on prétend qu'il sera chargé
des affaires de Portugal. L'Agent du Roy de
Portugal a déposé au Banc du S. Esprit 22000.
sequins dont le Pere d'Evora , Ministre de S. M.
Portugaise doit disposer , selon les instructions
qu'il a reçues de Lisbonne.
D'ESPAGNE.
E 9. de ce mois, les Religieux de S. Jean de
Dicu , cincent à Madrid un Chapitre general
auquel assista le Nonce du Pape , et dans lequel
ils élurent pour General le Pere François - Alphonse
d'Ortega , Secretaire du dernier Géneral,
Provincial d'Andalousie , Vicaire General de
l'Ordre et Protonotaire Apostolique .
Les dernieres Lettres qu'on a reçûës du Pérou
marquent que les Missionnaires qu'on a envoyés
dans quelques Contrées situées à l'Orient de ce
Pays , avoient converti à la Religion Chrétienne
un grand nombre d'habitans de ces Contrées,
mais que les Peuples du Pays de Cerro de la Sat,
continuoient d'exercer beaucoup de cruautés
contre ces Missionnaires , et que le 10. du mois
d'Avril de l'année derniere ils avoient fait mourir
les Peres Alphonse du Saint Esprit , Manuel
Baxo et Christophe Pacheco , Religieux - Capucins
FEVRIER. 1738. 347.
> cins et deux Freres Lais du même Ordre.
On a reçû avis de Saint Domingue , que le 9
du mois de Septembre dernier, il y avoit eû un
violent Ouragan dans l'Isle à Vache , située sur
la côte de l'Isle de Saint Domingue et habitée
par les François . Toutes les Maisons du Bourg
Saint Louis, à l'exception de deux , et de l'Eglise
ont été renversées . La plupart des Vaisseaux ,
qui mouilloient sous le Fort , ont été jettés
contre la Côte , et quelques- uns ont été considerablement
endommagés. Le vent a déraciné
tous les Cotonniers , et la Terre est tellement
-jonchée d'arbres, qu'à peine peut - on trouver
quelques vestiges de chemins. Le mauvais temps
duroit encore au moment du départ du Bâtiment
par lequel on a apris cette nouvelle .
2
DE LA GRANDE - BRETAGNE.
E Parlement s'étant assemblé le 4. Janvier ,
Lsuivant ce qui étoit porté par la prociamation
donnée le 18. Décembre de l'année pas
sée , le Roy se rendit à la Chambre des Pairs
avec les cérémonies accoûtumées , et sa M,
ayant mandé la Chambre des Communes , fit
aux deux Chambres le Discours suivant.
MYLORDS ET MESSIEURS.
Je vous ai fait assembler pour travailler aux
affaires publiques , que j'espere que vous expedie
rez avec la prudence et la promptitude qui con→
viennent à la sagesse d'un Parlement .
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES.'
J'ai donné ordre qu'on vous remit les Etats pour
le service de l'année courante , et la diligence avec
laquelle vous avez toujours pris les résolutions convenables
pour procurer le bonheur et la tranquilité
GY
318 MERCURE DE FRANCE
de mes sujets et la sûreté de ma Couronne et de mes
Etats , ne me permet pas de douter que vous ne
montriez le même zele et la même affection pour le
soutien de mon Gouvernement et pour la sûreté
publique.
MYLORDS ET MESSIEURS.
Je compte que vous vous êtes assemblés dans la
disposition de renoncer aux animosités que pon.
roient prolonger inutilement cette Séance , et je suis
déterminé àfaire ensorte que les affaires publiques
ne souffrent aucun delaı ni même aucune interrup
tion de ma part , sur quelque sujet que'ce puisse
are.
Le cinq les Seigneurs présenterent__au
» Roy deur adresse , » qui porte qu'ils profitent
avec empressement de la premiere occasion d'a
procher de sa Personne Royale , pour lui mare
» quer la doul . ur dont leurs coeur sont éré pene-
» trés par la mort d'une Reine , que ses grandes.
qualités rendoient si , chere à S. M. et à la
» Nation , et qui , par le rare assemblage des
22
vertus les plus respectables , étoit en même
s temps l'Epouse , la Mere et la Reine , la plus
» propre à rendre un Epoux , des Enfans et unÐ:
» Peuple heureux , qu'ils n'osent s'étendre , aus
» tantis le désueroient , sur l'éloge de cette
» Princesse , dans la crainte d'augmenter la
juste affliction du Roy , et de l'ouvrir des
plaves qu'ils doivent,pour leur propre interêt ,
» s'efforcer de guérit que, si le souvenir d'une
perte si sen ble et si irreparab e jette une telle
» consternation dans tous les coeurs des▲ng ois,
ce souvenir do être encore bien plus „Migeant
pour S. M. qui é'oit liée à la Reine par
des liens beaucoup plus étroits , et qui étoit le
» témoin continuer de ses discours et de ses ac-
» tions;,
FEVRIER. 1738. 349
tions ; que dans le temps qu'ils déposent aux
pieds du Throne les foibles expressions de
leurs vifs regrets , ils se sentent engagés à re-
5 mercier Dieu de ce qu'il veut bien prolonger
les jours précieux du Roy , dont dépend le
» bonheur de la Nation , et qu'ils suplient instamment
S. M. de vouloir moderer sa dou-
» leur , et de mettre en usage dans cette uiste
» circonstance cette force d'esprit , qui scule
peut la soutenit , et tirer ses Sujets de l'abatte
» ment où un malheur si imprévû les a jettés.
ט
Ils ajoutent que le Roy , en déclarant quede
son côté les affaires publiques ne souffrirone
» aucun retardement , pour quelque sujet que
» ce puisse être , donne une nouvelle preuve que
le bonheur de son Peuple est le principal de ses
soins dans toutes sortes de circonstances ; que
» ce seroit pour eux un puissant motif , s'ils en
avoient besoin , d'éviter toutes les contesta
» tions qui pouroient prolonger inutilement la
Séance du Parlement, et que S. M. ayant établi
sa gloire sur le maintien des Droits Civils
» et Ecclesiastiques de ses Sujets, ils feront aussi,
par un juste retour , consister leur bonheur
dans la sûreté de la Personne du Roy et dans
» celle de son Gouvernement.
Le Roy leur fit la réponse suivante.
MYLORDS. je vous remercie de votre adresse
pleine de marques de fidelité et d'affection , et de
votre z le pour ma Personne et pour mon Gouver
nement. La maniere dont vous exprimez votre juste
douleur de la grande perte que j'ai faite , est une
des preuves les plus évidentes de votre amour since--
repour moi et pour ma Famille:
Le 7. la Chambre des Communes présenta arssi
au Roy son adresse , dans laquelle après
G› vj,
» avois
350 MERCURE DE FRANCE
ג כ
"
•
5
avoir fait l'éloge des vertus de la Reine , par-
» ticulierement de sa Justice et de sa bonté , de
» sa complaisance constante pour les volontés
du Roy , et de son talent pour gouverner
elle suplie S. M. de vouloir bien recevoir les
témoignages sinceres de la vive affliction que
» cause à toute la Nation la mort d'une Reine
qui pouvoit également servir d'exemple aux
» Souverains , lorsqu'elle exerçoit l'éminent emploi
de Regente de la Grande- Bretagne et aux
» Sujets , lorsqu'ayant remis au Roy le timon
des affaires , elle se bornoit à remplir fidelement
les devoirs de sage Mere et de tendre
Epouse. La Chambre des Communes assure
» le Roy dans la même adresse , qu'elle levera
efficacement les subsides necessaires pour le
service de cette année , et qu'elle pourvoira
» avec le zele et l'affection que doivent avoir des
Sujets reconnoissans , à toutes les dépenses qui
> pouront contribuer à l'honneur, à la tranquili
» té et à la sûreté de la Nation .
"
55
S. M. repondit à l'Adresse de la Chambre des
Communes.
Cette Adresse , dont je vous remercie , me
prouve votre respect et votre affection . Je suis si sensiblement
touché des marques que vous me donnez
de votre zele pour ma Personne , que je ne me
sens pas capable d'exprimer le juste sentiment que
J'ai de vos égards pour moi en cette occasion.
MORTS
FEVRIER . 35r 1738.
akakakakakakakak aik aikakkaikaiksik
MORT'S DES PATS ETRANGERS :
A nommée Antoinette Dos Prazeros , est
L
morte le premier de ce mois , dans le Village
de Palaes près Lisbonne , âgée de 111. ans.
Le Cardinal Olivieri mourut à Rome d'une
inflammation de poitrine le neuf , et le onze >
on fit dans l'Eglise de Saint Vito , dont - il por
toit le titre , ses obseques auxquelles 19. Cardinaux
assisterent. Ce Cardinal étoit âgé de 79 .
ans 9. mois et 12. jours , étant né le 9. Avril
1658. et il avoit été crée Cardinal en 1713. par
Clement XI . qui l'avoit nommé dans la suite
Secretaire des Brefs.
BOUQUET ,
Pour une jeune Demoiselle prête à marier
'Ai vú , belle Philis , dans un fonge agréa
ble
Dont je suis encor enchanté ,
Une jeune et tendre beauté
Bien au dessus des Beautés que la Fable,
Ou l'Histoire consacre à l'Immortalité.
Quelle taille quel port ! quel air de dignité !
Fuyez, disois-je alors , vaine témerité ;
Si cet objet vous paroît adorable ,
Fuyeż
352 MERCURE DE FRANCE
Buyez ; encore un coup une douce fierté ,
Le rend encor plus respectable..
Enfic , belle Philis , ces differens apas
M'ont fait juger de ceux que je ne voyois pass
L'Amour conduifoit cette Belle ;
Le Dieu d'Hymen fuivoit les pas ;
Je découvrois encor une troupe fidelle
Qui s'avançoit un peu plus bas.
Pour qui donc ces aprêts
Fête ?
pour qui done cene
Ai-je demandé promptement ;
C'eft une nôce qui s'aprête ,
M'a répondu le Dien charmant.
Mais toi-même , Mortel , connois tu la Déeffe
Que tu vois me suivre en ces lieux f
Amour , si j'en crois à mes yeux ,
C'eft ici la Reine des Cieux ,
Ou votre Mere ou la Jeunesse ,
Qui quitte le séjour des Dieux....
Non , non , m'a dit l'Amour , celle qu'on voit
paroître
Et que l'Hymen suit , c'est Philis.
Ah , me suis-je écrié,je n'en suis pas surpris;
A tant d'a traits j'aurois dû ¡la connoître.
En ce jour de sol mnité ,
Four un Bouquet,je vous fais part d'un Songe
Mais p aise au Ciel que cè mensonge
Devienne incessamment une réalité.
FRANCE,
FEVRIER. 1738. 383
*****:**********
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris ,
L
E premier de ce mois M. Piat
Recteur de l'Université , accompa
gué des Doyens des Facultés , et des
Procureurs des Nations , se rendit à
Versailles er il eut l'honneur , suivant
l'ancien usage , de presenter un Cierge
au Roy , à la Reine et à Monseigneur
Je Dauphin.
›
Le même jour ,le P. Duverney , Com
mandeur du Convent du Marais , des
Religieux de la Mercy , accompagné de
trois Religieux de cette Maison , eut l'honneur
de presenter un Cierge à la Reine ,,
pour satisfaire à une des conditions de
leur établissement fait à Paris en 1615 .
par la eine Marie de Medicis.
pour
Le Roy a accordé à M. Potocki , Ar
chevêque de Gnesne , et Primat du
koyaume de Pologne ,. l'Abbaye de Cer
camp , Ordre de Câteaux , Diocèse d'A
miens.
Le
354 MERCURE DE FRANCE
Le deux de ce mois , jour de la
Fête de la Purification de la Sainte
Vierge , les Chevaliers , Commandeurs,
et Officiers de l'Ordre du S. Esprit , s'étant
assemblés vers les onze heures du
matin dans le Cabinet de S. M. le Roy se
rendit à la Chapelle , S. M. étoit précedée
du Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon ,
du Comte de Clermont , du Prince de
Conty , du Prince de Dombes , du Com
te d'Eu , et des Chevaliers , Commandeurs
, et Officiers de l'Ordre. Le Roy,
devant lequel les deux Huissiers de la
Chambre portoient leurs Masses , étoit
en Manteau , le Collier de l'Ordre par
dessus , ainsi que les Chevaliers. S. M.
assista à la bénédiction des Cierges , à la
Procession qui se fit dans la Chapelle , et
à la grande Messe célebrée par l'Abbé
Brosseau , Chapelain de la Chapelle de
Musique , et chantée par la Musique . La
Reine , Madame , et Madame Henriette ,
entendirent la même Messe dans la Tribune.
L'après midi , la Reyne assista à la
Prédication du P. Segaud , de la Compagnie
de Jesus , et ensuite aux Vêpres
qui furent chantées par la Musique.
Le 3. le Roy accompagné comme le
jour
FEVRIER. 1738. 359
jour précédent , se rendit à la Chapelle
du Château , et Sa Maiesté assis
ta au Service qui fut célebré pour le
repos des Ames des Chevaliers de l'Ordre
du S Esprit , morts pendant le cours
de l'année derniere . L'Abbé Brosseau
Chapelain de la Chapelle de Musique ,
célebra la Messe.
Le 1. la Reine entendit la Messe dans
Ia même Chapelle , et S. M. communia
par les mains de l'Abbé de Chevrieres ,
son Aumônier de quartier.
Le Roy a nommé Mestre de Camp
Lieutenant du Régiment Royal , le Mar
quis de Beuvron , Brigadier des Armées
de S. M. et le Régiment dont le Mar
quis de Beuvron étoit Mestre de Camp .
a été accordé par le Roy au Marquis
de Perignan de Fleury.
tion
Le deuxième Fête de la Purifica-
و
on executa au Concert Spirituel
du Château des Thuilleries, trois Motets ,
à grand Choeur ,de feu M. de la Lande
une Sonate à deux violons , de la composition
du sieur Aubert , qui fit beaucoup
de plaisir , et deux perits Motets , à
voix seule , de la composition de M.
Mouret.
Le
356 MERCURE DE FRANCE
Le Roy a fait une Promotion d'Officie
Generaux,par laquelle S.M. a nominé 36,
Lieutenans Generaux , et 55. Maréchaux
de Camp . On en donnera la Liste .
Le troisiéme , la Reine entendit en
Concert les deux derniers Actes de l'Opera
d'Omphale , dont les précedens
avoient été donnés le mois dernier , et
le 8. on chanta devant S. M. le Prologue
et le premier Acte de Marthesie , de la
composition de M. Destouches , Sur- Intendant
de la Musique de la Chambre ,
et en semestre. La Dile Antier remplic
les Rôles de Cybele au Prologue et de
la Prêtresse du Soleil dans le premier Acte,
celui de Talestris , qui fut chanté par la
Dile Abec , jeune personne âgée de 15
ans , qui parut un prodige du côté de la
science et du goût ; elle a des cadences
admirables , beaucoup d'expression dans
tous les genres , et une très jolie voix ,
dont le volume doit augmenter naturellement
avec l'âge . Elle est Eleve du sieur
Mathieu , Ordinaire de la Musique du
Roy , qui ayant retiré chés lui cette jeune
personne orpheline à l'âge de seps
la portée au degré de perfection
où elle se trouve aujourd'hui .
Le 10. La Reine entendit le Prologue
ct
FEVRIER: 1738. 357
et le premier Acte du Ballet du Carna
val et de la Folie , qu'on continua le 15.
et le 17. Les Rôles du Carnaval et de
Momus furent chantés par les sieurs
d'Angerville et du Bourg , et celui de
la Folie , par la Dlle Pélissier , avec tou
te la vivacité dont ce Rôle est suscepti
ble. Les sieurs le Prince et Bertrand .
executerent ceux du Professeur de Folie et
de l'Ecolier. La Symphonie et les Choeurs
de ce Divertissement furent rendus d'une
façon très - brillante , et à la satisfaction
de la Reine.
Le même jour le Roy entendit dans la
Chapelle du Château la Messe , pendant
laquelle l'Evêque de Luçon , l'Evêque de
Nimes et l'Evêque de Meaux , prêterent
serment de fidelité entre les mains de S.Mi
Leurs Majestés entendirent le 12. la
Messe de Requiem , pendant laquelle le
De profundis fut chanté par la Musique
pour l'anniversaire de Madame la Dauphine
, Mere du Koy.
Le 19. le Roy entendit la Messe dans
la même Chapelle , après avoir reçu les
Cendres des mains du Cardinal de Rohan
, Grand Aumônier de France.
La Reine reçut les Cendres des mains
de
358 MERCURE DE FRANCE
de l'Archevêque de Rouen , son Premier
Aumônier , er S M. assista ensuite à la
Messe dans la même Chapelle.
Le 23. premier Dimanche de Carême,
leurs Majestés entendirent dans la Cha
pelle du Château la Messe chantée par la
Musique L'après midy le Roy assista à la
Prédication du Pere Segaud , de la Compagnie
de Jesus .
Le Roy entendit le 26. dans la même
Chapelle la Messe , pendant laquelle l'Evêque
de Mirepoix prêta serment de f
delité entre les mains de S. M. L'après
midy la Reine assista au Sermon du
Pere Segaud.
L'Edit que le Roy a donné au sujet de
la supression des Charges de Premier
Président et de Presidens au Grand Conseil
,
,y ayant été reçû avec beaucoup de
satisfaction , lorsque le Chancelier de
France l'y porta le 25. du mois dernier ,
les Députés que cette Compagnie a nommés
depuis , avec l'agrément du Roy, pour
témoigner sa reconnoissance à S. M. allerent
à Versailles le premier de ce mois ,
et ils eurent Audience du Roy , qui les
reçut avec bonté.
Le 4 de ce mois les Comédiens François
représenterent
FEVRIER . 1738.
359
représenterent à la Cour la Comédie de
la Metromanie, suivie des trois Cousines.
Le 6 , la Tragédie de Britannicus et le
Legs.
Le 11. le Préjugé à la mode et l' Etourderie
, Piéce d'un Acte , tirée des Caracteres
de Thalie.
•
Le 13 , Cinna , et l'Inquiet , Comédie
d'un Acte, tirée de la méme Piéce.
Le 18. le Distrait et l'Eté des Coquettes.
Le 25 , Cinna et l'Inquiet.
Et le 27 , le Curieux impertinent et le
Mari retrouvé.
Le 5. les Comédiens Italiens représenterent
aussi à la Cour la Comédie
du Petit Maître Amoureux¸et lesMascara
des Amoureuses.
2
Le 12 , les Contre- temps et la Parodie
de l'Opera de Castor et Polluxe.
Le 26. la Surprise de la Haine , et le
Bouquets la nouvelle Actrice , dont on a
parlé, joüa dans la premiere Piéce le prinipal
rôle avec les mêmes aplaudissemens
Hont le Public l'a déja honorée surle
Theatre de l'Hôtel de
Bourgogne.
BOUQUET
360 MERCURE DE FRANCE
BOUQUET
A Mile de B.... pour le jour de sa fête,
par M. J... ... de Paris .
A
U milieu d'un parterre , où l'Art et la Nature
Offroient un coup d'oeil merveilleux ,
Je formois avec soin, mais d'une main peu sûre ,
Pour vous, Philis , un Bouquet gracieux ;
Les fleurs m'en paroissoient de riante Peinture,
Et je le croyois même à sa perfection ,
Quand l'Amour , qui veilloit sous une tendre
Rose,
Et qui me regardoit avec attention,
Trouva qu'à mon bouquet il manquoit une
chose,
Qui pouvoit seule en faire tout le prix.
ɔɔ Oüi , me dit- il , je suis surpris
» De n'y pas voir la Aeur que l'on nomme immortelle
;
> A cet oubli je méconnois ton zele.
23
3
Crains un couroux bien merité ,
Ajoute cette Aeur ; si Philis est mortelle ,
Elle a droit de prétendre à l'immortalité.
On a reçû d'Antibes le détail suivant ,
touchant l'embarquement des Troupes
Françoises
FEVRIER. 1738 361
Françoises destinées a passer dans l'Isle de
Corse.
Le 21. Janvier, le Comte de Boissieux ,
nommé par le Roy de France pour commander
ces Troupes , se rendit à Antibes
, et le même jour il visita les Bâtimens
de transport sur lesquels elles doi
vent s'embarquer.
Le Marquis de Pardaillan , Commandant
de l'Escadre , donna le lendemain ,à
bord de la Fregate, la Flore , un magnifique
repas au Comte de Boissieux , au
Commandant d'Antibes , et aux princi
paux Officiers des Régimens d'Auver
gne , de la Sarre , de Bassigny , d'Outoy
et de Nivernois. Pendant le repas , la
Fregate la Flore , et la Fregate la Legere ,
firent plusieurs décharges de leur Artil
lerie , ainsi que les autres Vaisseaux qui
étoient à l'ancre dans le Golfe Jean.
Le 23. on célébra dans l'Eglise des
Cordeliers , une Messe solemnelle à l'oc
'casion de l'embarquement des Troupes.
Les Régimens d'Auvergne , de la Sarre
, de Bassigny , d'Ouroy er de Niver
nois , lesquels composent ensemble six
Bataillons , s'embarquerent le 24. sur
l'Escadre qui partit l'après midi pour se
rendre au Golfe Jean. Cette Escadre consiste
en 25. Bâtimens,sans y comprendre
deux
352 MERCURE DE FRANCE
deux Tartanes , sur lesquelles on a emẻ
barqué 180. barils de Poudre , 335 quintaux
de Bales , 12. pieces de Canon de
huit , et des Chevaux pour les Officiers
de débarquement.
4
Les mêmes Lettres marquent que de
puis l'arrivée du Courier , par lequel on
a été informé de l'embarquement des
Troupes , on a apris par un autre Cou
rier que l'Escadre qui devoit mettre à
la voile le 25. n'avoit pû sortir du Golfe
Jean , à cause des vents contraires ,
mais que le temps étant devenu plus favorable
le 29. on comptoir qu'elle auroit
mis à la voile le 30. pour la Bastie.
On a reçû avis depuis , que la Flotte
Françoise , sur laquelle les six Bataillons
que le Roy a envoyés dans l'Isle de
Corse , sous les ordres du Comte de
Boissieux , Lieutenant General , se sont
embarqués , étant partie du Golfe Jean
près d'Antibes , le premier de ce mois
est arrivée en Corse le S. Une
tie des Troupes a débarqué à la Bastie ;
celles qui sont arrivées au Golfe Saint
Laurent , y sont restées jusqu'au 8. et
elles ont dû se rendre le lendemain à la
Bastic.
•
par-
VERS
FEVRIER. 1738 363
VER·S de M. de Voltaire.
ON disoit que l'Hymen a l'interêt pour frere,
Qu'il est traître, sans choix, aveugle, mercenaire;
Ce n'est point- là l'Hymen , on le connoît bien
mal ;
Ce Dieu des coeurs heureux , est chés vous
d'Argental ;
La vertu le conduit , la tendresse l'anime ,
Le bonheur sur ses pas est fixé sans retour;
Le veritable Hymen est le fils de l'estime
Et le frere du tendre amour.
ET AT des Officiers nommés pour remplir
differentes Places vacantes dans l'État
Major , du 16. Février 1738 .
E Roy a accordé à M. de Fiennes
Lieutenant Colonel de son Régiment
Royal , Infanterie , le Commande
ment de la Citadelle de Strasbourg.
A M. de Saint Martin de Rougeat , Major
de Maubeuge , la Lieutenance de Roy
de la même Ville.
A M. de Barjetton , Capitaine au Ré
giment de Santerre , la Majorité de
Maubeuge.
A M. de la Grange , Brigadier Lieute-
H nant
364 MERCURE DE FRANCE
nant Colonel du Regiment d'Eu , la Lieutenance
de Roy du Mont Dauphin .
A M. Du Lau , ci -devant Major de
Tréves , la Lieutenance de Roy à Sarrelouis.
A M. Le Brun,Commandant un Batail,
lon du Régiment de Poitou , la Lieutenance
de Roy à Saint Venant.
A M. de Monfort , Commandant le
ttoisiéme Bataillon du Régiment de
Champagne , le Commandement du
Fort Mortier.
A M. de Garsin , Lieutenant en second
des Grenadiers du Régiment de Provence,
la Capitainerie des Portes de Bouchain ,
A M. de Bremond , Commandant un
Bataillon du Régiment de Tallard , la
Lieutenance de Roy à Phalsbourg.
A M. de Prat, Capitaine des Grenadiers
au Régiment de la Reine , le Commandement
du Fort François d'Aire .
ADAMON, qui m'a écrit que je
ne lui avois point d'obligation.
UN jour , Damon , je songcois à dresser
Epitre en Vers , que voulois t'adresser ,
Quand tout à coup le Maître du Parnasse
M'apostropha , non sans forte menace .
( Juge
3
FEVRIER.
365 1738.
Juge si lors prompte frayeur me prit ! )
Quoi , me dit-il , rude et chétif esprit ,
De rimailler tu sens donc la manie !
Qui t'a reçû dans notre Confrairie ?__
Cerveau fêlé , laisse-là ton papier ;
Onc ne feras fortune en ce métier ,
C
Et de tes Vers de grossiere structure
Nut sans bâiller n'entendroit la lecture ,
Ne rimes donc , ou sentiras mes coups.
Me prosternant soudain à ses genoux ,
Plus mort que vif, j'alleguai cette excuse.
Que de m'quin ta bonté ne refuse,
Grand Apollon , verras que n'ai grand tort.
Je n'écris point pour vivre après ma mort ;
Pour ce d'esprit faut posseder richesse
Dont à très peu Nature faic largesse.
Ne suis du tas de ces hommes falots ,
Lesquels croyant tenir les premiers lots,
De haut sçavoir , de grace , de justesse ,
Tout charmés d'eux , malgré leur petitesse ,
Sont occupés à courir jour et nuit
Après un nom qui nuit et jour les fuit.
Mais te dirai la raison qui m'engage
Hij A
366 MERCURE DE FRANCE
Y
A recourir au celeste Langage ,
Dont sur le Pinde on donne la leçon.
Voudrois louer de gentille façon
$
Un homme docte , ingénieux , aimable ;
Un homme enfin d'un prix inestimable
Qui , m'honorant de son affection
M'a régalé de mainte instruction ;
Veux lui prouver qu'il a tort , quand il pense
Que ne lui dois nulle reconnoissance ;
Ne puis souffrir qu'il traite ainsi que riep
Ce gracieux , ce sçavant entretien ,
Dont j'ai joüi durant une semaine ;
Et cet Ecrit de beauté plus qu'humaine ,
Que pour moi seul il a daigné tracer ;
Non , tels bienfaits ne pouront s'effacer
De mon esprit ... lors le Dieu de la Lyre
Me dit , je sçais tout ce que tu veux dire ;
Mais tiens pour sûr qu'à Damon sied trés- bieg
De soûtenir que tu ne lui dois rien ;
Car c'étoit moi , qui , par fine imposture,
T'entretenois sous sa propre figure.
A. X. Harduin.
MORTS
FEVRIER." 1738. 377
MORTS ET NAISSANCE.
L&
E 8. Janvier , mourut à Paris , âgéd
de deux ans , Marie- Louise- Jose
phine , fille de Joseph Joachim Tho
mas de Coborne , Marquis de la Palun ,"
Gouverneur de la Principauté d'Orange
et de Bourbon-l'Archambault , cy- devant
Capitaine des Gardes de S. A. S. M. le
Comte de Charolois , et de D. Marie
Louise - Elisabeth Hénequin- de - Charmont.
Lo16. lè Reverend Pere François Hu
guin , Général des Chanoines Réguliers
de la Congrégation de notre Sauveur ,
Abbé de Chaumousey en Loraine Diocé
sé de Toul , mourut dans son Abbaye.
Le 2. Février D. Geneviève Hinselin ;
Epouse de Joseph- Jean- Baptiste de la
Boissière de Chambors , ci -devant Capi
taine au Régiment d'Iufanterie de Bretagne
, et Ecuyer du Roy , mourut subite
ment à Paris , sans laisser d'enfans , et
dans la 61. année de son âge , étant née le
24 Juillet 1677: elle avoit été mariée par
dispense de Rome le 3. Janvier 1730
avec le Sieur de la Boissière de Cham-
Hiij bors ,
368 MERCURE DE FRANCE
bors , son parent , qui étoit veuf de D.
Marie Anne Angelique de la Fontaine
de la Boissière , sa Cousine Germaine ,
morte le premier Janvier 1729 , dont il a
eû des Enfans , qui sont raportés dans
PHistoire desGrands Officiers de la Cou
ronneT VIII. p. 856 , à l'article de la Généalogie
de la Fontaine. La Dame dont on
raporte la mort , étoit Fille de Joseph
Hinselin , Seigneur des Ternes , et des
Carriéres , Correcteur en la Chambre des
Comptes de Paris , et de Genevieve
Cappe.
>
Le 3. Pierre François de la Guillaumye
Conseiller au Parlement de Paris , de la
premiere Chambre des Enquêtes , où il
avoit reçu le 19. Janvier 1724. et aupara
yant Conseiller au Châtelet , mourut
dans la 43. année de son âge , étant né le
25: Novembre 1695. Il avoit épousé de
puis peu d'années la Dlle Butler , soeur
de Marie Butler , Comtesse de Roussil
lon - Chatte , Il l'a laisse grosse d'un posthume
; le défunt étoit fils aîné de Nicolas
Pierre de la Guillaumye , Conseiller
en la Grand Chambre du même Parlement
, et de feuë D. Anne Charlotte
Neret , dont la mort est raportée dans
le Mercure de May 1736. p. 1030.
Le 5. mourut Gabriel - Pierre Tauxier
ancien
·
FEVRIER 1938. $69
*
ancien Trésorier - Receveur et Payeur des
gages des Officiers de la Cour des Aides
de Paris , laissant de Marie Magdelaine
Roussel de Charost , sa Femme , Gabriel-
Nicolas Tauxier , reçu Conseiller en la
même Cour des Aides le 27. Avril 1732 .
au lieu et place du feu PierreTauxier, son
frere aîné mort le 26. Décembre 1731.
Le 6. D. Antoinette Jourdaine de Pellevé
, Comtesse de Flers , Baronne de
Larchamp , Châtelaine de la Lande , Patty
, Dame de la Frenaye , Chanu , Belle-
Fontaine , Hemérez , Riou , &c . veuve
de Philipe René Ango , Seigneur de
la Motte , et de Ville-Badin , Baron d'Ecouché
, près d'Argentan , Conseiller au
Parlement de Normandie , mourut à Pa
ris , dans la 40. année de son âge , laissant
des enfans. Elle étoit la derniere de
la Maison de Pellevé en Normandie
dont la Généalogie est raportée dans
l'Histoire des Grands Officiers de la Couronne
To. 2. p. 76. elle étoit devenuë
héritière par la mort sans enfans d'Hiacinte
Louis de Pellevé , son frere , Comte
de Flers , Gouverneur de Meudon ,
que l'on a raportée dans le Mercure de
May 1736. p. 1032.
Le 9. Beatrix Hieronime de Loraine
Abbesse et Dame de Remiremont , Dio-
Hiiij cése
370 MERCURE DEFRANCE
་
cése de Toul en Loraine , depuis 1711.
mourut à Paris , dans la 76. année de son
âge , étant née le premier Juillet 1662 .
elle étoit soeur aînée d'Elisabeth de Loraine
Princesse Douairiere d'Espinoy , et
fille de François- Marie de Loraine Prince
de l'Islebonne , Damoiseau de Commercy
, Lieutenant Général des Armées
du Roy , mort le 11. Janvier 1694. dans ·
la 67 année de son âge, et d'Anne de Loraine
sa seconde femme , morte le 19.-
Fevrier 1720. en la 81. année de son âge,
laquelle étoit fille légitimée de Charles
IV. du nom , Duc de Loraine , et de Bar,
et de Beatrix de Cusance , Princesse de
Cantecroix.
Le 12. Dame Marguerite- Françoise Le
Secq , veuve sans enfans depuis le 2. Août
1711. de Pierre- Louis de Reich , Sr. de
Penautier en Languedoc , Trésorier Général
de la Bourse des Etats du Pays de
Languedoc , et Receveur Général du
Clergé de France , mourut à Paris , âgée
de 86. ans , elle étoit fille de François le
Secq , Conseiller , Secretaire du Roy ,
Maison , Couronne de France , et de ses
Finances , et Trésorier Général de la
Bourse des Etats de Languedoc , mort le
. Mai 1671. er de Simonne de Laune ,
morte le. 13. Fevrier.1681 ..
L'a:
FEVRIER . 1738. 371
Le 14. D. Françoise - Susanne Bignon ,
Epouse depuis le mois d'Août 1715. de
Gilles Brunet , Seigneur d'Esvri , Maître
des Requêtes Honoraire de l'Hôtel du'
Roy , ci - devant Intendant successivement
en Auvergne , et à Moulins en
Bourbonnois , mourut à Paris d'un Colera
morbus , enpeu d'heures de temps , dans
dans la 39. année de son âge , étant née
au mois de Juillet 1699. Elle laisse des
enfans. Elle étoit fille de feu Armand
Rolland Bignon , Seigneur de Blanzy , "
Conseiller d'Etat ordinaire , et Intendant
de la Généralité de Paris , auparavant Intendant
des Finances , mort le 11. Fevrier
1724. et de D. Agnès - Françoise Hebert
du Buc , à présent sa veuve .
Le 16. Pierre Margeret , Seigneur de
Pontault , Longvillier , &c. Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis , Maréchal
des Camps et Armées du Roy , mourut
à Paris , âgé d'environ 70. ans , dont il
en avoit servi 38. dans le Régiment des
Gardes Françoises , où il étoit entré en
1689. en qualité d'Enseigne. Il monta en
1691. à une Lieutenance , et il obrint une
Compagnie en 1696. H fut fait Brigadier
le 29. Mars 1710. et Maréchal de Campi
le 1. Fevrier 1719. Il se retira du Service
au mois de May 1727, et fut récompensé
Hv d'une
372 MERCURE DE FRANCE.
d'une Pension de 6000. liv. Il étoit fils:
aîné de Pierre Margeret , Seigneur de
Pontault , et Longvillier , Grand Audiancier
de France , mort le 2. Octobre
1682. et de Catherine Picot. Il avoic
épousé au mois de Novembre 1709. Ans
ne Therese Zylof , de Bergue- S. Vinox ,
en Flandres , morte le 15. Janvier 1725.
âgée de 41. ans. Elle étoit fille de Jacques
Zylof , Seigneur de Stenbourg , et
de Marie de Floris de Bos -herol. Il laissed'elle
Pierre Margeret , âgé de 27. ans ,
Capitaine de Cavalerie dans le Régiment
de Bretagnes
Marie - Anne - Therese
Margeret , âgée de 22. ans , qui vient
d'être mariée avec le Sieur de Pertiere ,
Gentilhomme de Poitou ; Claude Ade
laïde Margeret , âgée de 16. ans , qui se
fair Religieuse et Charles Auguste
Margerer , âgé de 14 ans , destiné à l'é
tat Ecclesiastique.
{
•
Le 21. Armand de Madaillan de Lesparre,
Marquis de Lassay, au Maine, Che
valier des Ordres du Roy, de la Promotion
du 2. Eevrier 1724. et Lieutenant
Géneral pour S. M. au Gouvernement
de Bourgogne dans le département de
Bresse Bugei , Gex et Valromei ,
mourut à Paris , à l'âge de 86. ans. Il
avoit été autrefois Guidon, puis Enseigne
•
de
FEVRIER. 1738. 373
>
·
de la Compagnie des Gendarmes de la
Garde du Koy. Il étoit fils de Louis de
Madaillan de Lesparre , Marquis de Montataire
, et de Lassay , Comte de Manicamp
, et de Cully , mort âgé de 79. ans ,
le 17. Mars 1708. et de Susanne de Vipart
de Silly , Dame de Ste Croix - Grántonne
sa premiere femme , morte âgée
de 47. ans , le 22. Fevrier 1676. Le Marquis
de Lassay , qui vient de mourir
avoit été marié 3. fois , la premiere le 12.
Fevrier 1674. avec Marie Marthe Sibourg
, fille de Jean Sibourg , Seigneur
des Brosses , ci - devant Conseiller au Parlement
de Rouen , et de Marie Anne de
Bressou ; la 2. avec Marie Pajot , fille de
Claude Pajot , et d'Elizabeth Soüart ; et
la 3. le 6. Mars 1696. avec Julie , légigitimée
de Bourbon , Fille naturelle de
Henri -Jules deBourbon , Prince de Condé,
premier Prince du Sang , Pair et Grand
Maître de France , Gouverneur de Bourgogne
, et de Françoise de Montalais
Comtesse Doüairiere de Marans . Cette
dernière mourut le ro. Mars 1710.. âgée
de 43. ans , et mere d'Anne- Louise de
Madaillan de Lesparre , de Lassay , née:
le 26. Juin 1697. mariée le 21. Fevrier
1715. avec Gabriel Simon , Comte d'O „
Colonel , Lieutenant du Régiment de
Hvj Toulouse
374 MERCURE DE FRANCE
Toulouse Infantanterie , et morte le 2
Octobre 1723. ne laissant que deux filles,
dont l'aînée Adelaïde - Genevieve - Felicité
d'O , mariée le 27. Août 1731. avec:
Louis de Brancas , Duc de Lauraguais ,
Colonel du Régiment d'Artois , mourut
le 26. Août 1735. en couches d'un fils , à
l'âge de 19. ans . Le Marquis de Lassay
avoit eû de sa 1. femme , Marie- Constance-
Adelaïde de Madaillan de Lesparre ,,
née le 25. Décembre 1674. mariée le s
Mars 1690. avec Gaspard Alexandre ,
Comte de Coligny , Mestre de Camp du
Régiment de Cavalerie de Condé , restée
veuve sans enfans le 14. Mai 1694. et´
morte le 28. Fevrier 1725. et de sa 2 .
femme , il laisse Leon de Madaillan de
Lesparre , Comte de Lassay , âgé d'environ
55. ans , Brigadier des Armées du
Roy , ci devant Colonel Lieutenant dù
Régiment d'Enguien Infanterie. Celuici
a été marié en vertu de dispense le 3
Avril 1731. avec Reine de Madaillan de
Lesparre de Montataire , sa tante pater
nelle , fille de Louis de Madaillan de Lesparre
, Marquis de Montataire , et de Las
say ,. et d'Anne - Marie- Therese de Rabutin
de Bussy , sa 2. femme. Il n'y a
point d'enfans de ce mariage.
Le 24, D. Françoise Dorson , veuve
sans :
?
FEVRIER: 1738 375
Sans enfans , depuis le 11. Fevrier 1720.
de Claude Huguet de Lhémerillon , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis
et Capitaine de Grenadiers au Régiment
de Bourbonnois , son Cousin ger
main , qu'elle avoit épousé le 31. Octo
bre 1705. mourut à Paris , dans la 82 .
année de son âge , étant née le 8. Juillet
1656. elle étoit fille de Nicolas Dorson
Receveur Général des Finances de Riom
en Auvergne , et de Marie Huguet , et
steur de feuë Marie Dorson , femme de
Jean Romanet , Secretaire du Roy , et
Fermier Général , morte le 30. Mars 1717.
âgée de 72. ans.
Le premier Fevrier , fut baptisée à S
Eustache , Catherine- Luce , née le même
jour , fille de Chrétien Guillaume de Lamoignon
, Marquis de Bäville , et de
Milhars , Baron de S. Yon , et de Noail
Kes Seigneur du Broc , Hauterive , la
Queilhe , de Cannes , et de Lamoignon,
Président du Parlement de Paris , et de
Dame Louise Henrictte Magdeleine Bernard
, qui ont été mariés le 27. Septem
bre 1732. Elle a eu pour Parain et Maraine,
Samuel- Jacques Bernard , Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du
Roy, Sur Intendant des Domaines, Mai
sony
MERCURE DE FRANCE
son , et Finances de la Reine , Grand
Prevôt et Maître des Cérémonies de l'Or
dre Royal et Militaire de S. Louis , son
Ayeul maternel , et D. Catherine Louise
de la Moignon , épouse de François-
Louis Dauvet , Marquis des Marets ,
Grand Fauconnier de France , sa Tante
paternelle . C'est leur 2. enfant. Ils ont
un fils , né le 18. Decembre 1735.
1
SUPLEMENT.
ID ILLE.
A Mad, la Duchesse de R *** sur son
séjour au Château de B *** , situé
dans la Forêt de Chinon en Touraine.
MAteilly ,
Forêts !
Montbrison , 8 ! Plaines de
Vos beaux jours sont passés , vous n'avez plus
d'atraits ,
Depuis l'heureux moment qu'une aimable Duchesse
Vient répandre en vos Bois la joie , & l'alle
gresse ;
Et que fixant les jeux, et les ris à sa Cout ,,
FEVRIER . 1738 377
.
Elle guide leurs pas dans ce riant séjour.
Nos tranquiles plaisirs dans ce réduit cham
pêtre
L'amusent , où tout au moins elle le fait pa
roître s
Les Faunes , les Sylvains , Habitans de nos
Bois ,
Charmés de ses bontés , enchantés de sa voix ,
S'unissent aux Bergers , aux timides Bergeres ,
Et forment sous ses yeux mille danses légeres
Qu'elle daigne animer des sons vifs , & touchans
Que sa main sçait tirer de divers Instrumens.
Vivez heureux , Bergers , dit - elle , et sans al
larmes ,
Vos plaisirs ont pour moi des atraits pleins de
charmes ,
Je veux les partager , jusque dans vos Forêts
Sur le Cerf, et le Daim je lancerai mes traits.
Mes vigoureux Limiers , pleins d'ardeur et de
force
Me feront débauger le Sanglier féroces
Puis traquant dans le Bois le Chevreuil bon+
dissant
Vous le verrez bien tôt à mes pieds expirant.
Le Faisan sentira l'effet prpmpt et rapide ,
D'un plomb que lancera le salpêtre homicide
MERCURE DE FRANCE '
Et sortant quelquefois du sein de vos Forêts ,
Je ferai traverser vos plus vastes Guerets
Au Liévre dégité , que d'une course agile
Suivra sans s'arrêter le Lévrier docile.
Ainsi parloit Olimpe à nos Bergers heureux ;
Qui s'exprimant alors par Acante , l'un d'eux';
Regnez , lui disoit-il , Olimpe , en ces retraites ,
Et nous y goûterons mille douceurs parfaites ;
Si , sensible à nos voeux , si, sensible à ma voir;
Yous daignez pour long - tems vous fixer dang
nos Bois' ,
Où chaque jour verra vous rendre notre hom
mage ,
Il'est sincere , et pur , du coeur c'est le langage
Et vous , heureux Pasteurs , dessus vos chalu´
meaux
Chantez , chantez son nom , que par tout les '
échos
Le répetent cent fois ; gravez-le sur les Hêtres ?
ir croîtra chaque jour dans ces réduits champê
tres ,
Pour être am monument à la Posterité ,
De celie d'où vous vient votre félicité
Réunissez vos voix , que vos tendres Musettes
Célebrent ce beau nom dans vos douces regˆ
traites ;
Dites , qu'en épuisant sur les Cerfs son card^
quois ,
C'est
FEVRIER 1738- ang'
C'est , à n'en point douter , la Déesse des Bois ;
C'est Pâlès dans vos Champs , dans vos Jardins
c'est Flore ,
Que de nouvelles fleurs sous ses pas¨vont´
éclore !
C'est elle qui regnant sur vos Prés , vos Ver
gers
Préservant vos Troupeaux , trop fortunés Béra
gers ,
Vous offre chaque jour sous ses toits respectables
,
Des Jeux toujours nouveaux ', et des Mets dé
lectables.
Elle ne borne pas encor là ses plaisirs ,
Et le Ciel est bien plus l'objet de ses desirs :
Mere de l'indigent , sensible au misérable ,
Elle adoucit ses maux d'une main secourable
Olimpe , vous n'offrez vos voeux qu'aux ime
mortels ,
Vous adorez leur nom , encensez leurs Autels
Pour vous les rendre encor chaque jour plus
propices ,
Votre coeur pur leur fait les plus purs sacrifi ,
ces i
Et , pour tout dire enfin , vous imitez les Dieu
Vous êtes sécourable , et faites des heureux.
V. D. D.
LETTRE
380 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M. Cipiere , à M. l'Abbé
Bellet , de l'Académie Royale des Belles
Lettres , Sciences , et Aris de la Ville de
Bordeaux , sur des Monumens Antiques.
Oici , Monsieur , les Etrennes que
je vous avois destinées , et que je
ne pus vous envoyer dans le temps : ce
sont des Antiques qui ne le sont que depuis
l'année passée. Car tout ce qui est
caché sous la terre , et que nous ignorons
y être , ne peut passer pour Antique , ni
même pour Moderne . Il est bien vrai ,
ce que l'Ecriture dir , qu'il n'y a rien de
si caché , qui ne soit un jour découvert ,
et c'est ce que pensent ceux qui élevant
de grands et de solides Edifices , cachent
dans les Fondemens , des Médailles ,
des
Monnoyes ' , er des Inscriptions pour
aprendre à la Posterité les noms , et les
temps de leurs Auteurs. Ils n'ont pas
prétendu que ces Edifices durassent aus
tant que les hommes sur la Terre , et que
ces Monumens écrits , fussent reservés
pour les Anges , ou pour les hommes rese
suscités.
Tout ce qui est caché dans la Terre, ou
par la volonté des hommes , ou par le
changement
FEVRIER . 1738. 3-81
changement de la surface de la terre , our
par la Nature même , se découvre peu à
peu ,et dans son temps ,par les mêmes causes.
On creuse la Terre pour y faire des
Fondemens d'un nouvel Edifice . On remue
les Terres pour les porter ailleurs ,
ou pour les éloigner. Un tremblement de
Terre fait écrouler lesMontagnes . Un débordement
de riviere abîme les Villes et
les Châteaux. La Mer entre dans les Terres
, et les couvre . Ailleurs elle s'en éloigne.
Qui fait les Villes et les Edifices que
la Mer Noire couvrit, quand elle inonda
toutes ces Terres qui étoient entre la
Grece et l'Asie , et forma ainsi l'Archipela
Que n'ont pas couvert les Eaux de l'Océan
, quand , forçant les digues du Détroit
de Gibraltar , elles entrerent dans
ce Pays qui s'étend entre l'Europe et
Affrique c'est ainsi que s'est formée la
Méditerannée , selon Diodore de Sicile.
Ce sont là , direz - vous , des Fables
Grecques , pour fonder l'Histoire des Dé-
Juges de Deucalion et d'Ogygés . Mais on
ne poura se refuser au systême de l'ingénieux
Pere Castel, de la Compagnie de
Jesus , qui croit la circulation de toutes
les parties de la Terre entr'elles. Ainsi
les cailloux sortent sur la surface de la
Terre,dans des Lieux , où vous n'en aviez
pas
382 MERCURE DE FRANCE
pas vu. Ainsi des entrailles des Monta
gnés ou des Volcans , sortent dès roches
du soufre , du fer. Ainsi lés Métaux s'élevent
de leurs Minieres jusque près de
la surface de la Terre , et y laissent sou
vent des marques de leurs qualités . Il en
sort d'autres avec les eaux des Fontaines"
et des rivieres. Les Montagnes s'abais
sent par les plufes ; même la Mer enfante
des Isles , et ailleurs couvre des Terres ,
dans le temps qu'elle en donne aux hom
mes d'autres à cultiver. Mais ce n'est pas
ici mon systême vous l'avez vú ci - dessus.
C'est que tout ce qui est caché par la vol
lonté des hommes , ou par le changement
de la surface de la Terre , ou par la Na- ,
ture même , se découvre peu à peu , et'
en son temps, par les mêmes causes.
Ce seroit un grand plaisir pour moi', '
Monsieur , de vous envoyer l'explication
des Antiqués déterrées l'année passée en
Italie:je vous le donnerai ce plaisir ,quand
j'aurai reçu la réponse que j'atends de
Rome , où j'ai écrit pour sçavoir ce que
les Sçavans en auront publié . Il faut espérer
que M. le Cardinal Ottoboni fera
travailler là- dessus d'habiles Gèns. C'est
dans sa Terre de Sitto , dépendante de
son Abbaye d'Albano près de la Torre di
Mezza , et au mois de May de l'année
1734
FEVRLER.
1738. 383
32. que des Ouvriers creusant la Terre
, découvrirent une Statuë de Venus
plus belle et plus haute que la Venus
de Medicis , qu'on voit dans le Cabinet
du.Grand , Duc , à Florence. Vous sçavez
que cette Venus , și connue des Sculpteurs
, n'a que cinq pieds de hauteur , et
qu'elle est de la main de Cléomene , fils
d'Apollodore, Athénien ; vous en avez vû
souvent des figures en plâtre ; nous verrons
à quel Sculpteur Grec , on donnera,
celle- ci , et si on dira dans la suite ,
Venus d'Ottoboni.
J'atends aussi l'explication de ces Antiques
qui furent déouvertes au mois de
Juillet suivant , aux environs de la Chapelle
de la Maison Corsini , dans l'Eglise
de S. Jean de Latrans on y déterra quatre
Statues , trois Colonnes , dont une est
de Jaspe antiques des Urnes sépulchrales
, des Lampes de terre cuite ; plusieurs
Médailles d'Empereurs Romains , et diverses
autres Antiquités. Nous verons și
ce ne sont point les ruines de quelqu'un
de ces Tombeaux que les Romains éleverent
à leurs Grands Hommes , et qu'ils
conserverent même à leurs Familles . Ces
Urnes sépulchrales , et ces Lampes , ne
servoient qu'aux Morts , et aux Tombeaux
; ces Statues en ornoient l'intérieur,
384 MERCURE DE FRANCE
ces Colonnes en soûtenoient les voutes.
Ce Jaspe antique est une sorte de Jaspe,
estimé dans l'Antiquité. S. Jerôme sur
Isaïe,liv. 15. chap. 54. parle de plusieurs
sortes de Jaspe ; celui qu'on apelle antique
, est d'un verd de Mer , et semble
être peint. Il vient du fond des carrieres
de Marbre qu'on trouve dans le Mont
Ida , en Phrygie . Nous avons en France ,
vers Bagnietes aux Pyrenées , des Marbres
avec de grandes veines d'un verd clair ;
mais ce n'est point à la façon du Jaspe
antique , dont le verd couvre toute la
surface de la pierre. Les Anciens l'esti
moient beaucoup pour la vertu qu'ils lui
atribuoient de chasser de l'imagination les
vains phantômes ,de préserver de mauvaises
rencontres , et d'accidens . Galien lui
trouve une vertu stomachique,dans le Livre
9. des vertus des Simples ; mais Isidore
traite tout cela de superstition . Pour ces
vertus , on peut voir Saumaise sur Solin .
On ne fait plus d'état du Jaspe qu'on
apelle Héliotrope , qui teint en couleur
de sang , l'eau exposée dans un vase au soleil
. Pline s'en est déja mocqué au Livre
37. de son Histoire . On a trouvé un bloc
de ce dernier Jaspe , assés grand pour en
faire des Tombeaux entiers. Il y en a un
à Bruges en Flandres dans l'Eglise de S.
Donátien. De
FEVRIER.
1738. 385
De ces autres Antiquités trouvées avec
les Statues et les Colonnes , on en a détourné
quelques - unes que les Maçons
avoient aportées chés un fameux Antiquaire
M. Figaroni ; mais M. le Cardinal
de S. Agnez , fit faire des perquisitions:
fort exactes chés l'Abbé Herpini , autre
célebre Antiquaire , accusé d'avoir envoyé
de ces Antiques dans les Pays Etrangers.
Sur quoi j'observerai avec vous
Monsieur , que Mrs les Romains , sont
plus jaloux de leurs Antiques que les
François, qui n'ont pas eu la même ardeur
dorsqu'ils ont vû passer dans le Cabinet du
Duc de Parme, celui des Médailles de M.
Foucaut Coseiller d'Etat. Dans ce dernier
étoit le Medailler de M. Colbert,
qui avoit acquis celui de Charles Patin
et il avoit été augmenté par M. de Sei
gnelay fils aîné de M. Colbert , des Mé
dailles de l'Abbé Bracei de Rome , et du
Comte Lazzara , de Padouë , qui avoit
acquis celui du celebre Angeloni , Auteur
de l'Histoire d'Auguste. N'en voilà t'il
pas assés, pour rendre les Romains et les
Italiens, plus reconnoissans ?
Il faut que je rapelle ici , Monsieur , ce
que l'on découvrit en Angleterre au mois
de Novembre dernier. Des Ouvriers
ocupés à aplanir une Montagne près de
la
MERCURE DE FRANCE
la Ville de Kengsweston dans le Comté de
Sommerset, trouverent dans la Terre plusieurs
corps humains embaumés , avec des
Inscriptions qui font voir près de deur
mille ans d'ancienneté . Nous voilà transportés
hors de l'Ere Chrétienne. Mais les
Barbares n'embaumerent pas leurs corps,
avant que d'avoir reçû les coûtumes des
Romains , et celles des Egyptiens : et les
Romains ne les embaumerent point . N'y
aura t'il pas quelque méprise dans la maniere
de lire ces Inscriptions ? c'étoit as
sés la coutume des Peuples anciens de
mettre leurs morts dans les Montagnes ;
ce sont des Mausolés tout faits . Je me
souviens ici de ce que vous m'écrivîtes
il y a six ou sept ans , de cette quantité
d'ossemens d'animaux , et d'hommes
qu'on avoit trouvés à cinq lieuës de Bordeaux
, dans le penchant d'une colline ,
dont les Terres s'étoient écroulées , et
qu'on n'avoit point de mémoire d'aucune
Bataille , qui eût été donnée dans ce
Canton.
Mais passons en Portugal , et jusqu'à
la Ville de Brague , une des plus anciennes
de l'Espagne , qui apartenoit autrefois
à la Galice . N'est- ce pas la Braceara
de Prolomée et celle que notre Poëte
Ausone a mise parmi ses Villes Illustres
elle
FEVRIER.
1738 387
elle étoit grande et considerable du temps
des Romains : mais les Goths la renversetent
, et c'est aujourd'hui ses anciennes
ruines qu'on découvre en creusant la
Terre. Des Ouvriers travaillant au mois
de Juillet dernier auprès des fondemens
de l'ancienne Eglise de S. Martin de Dume
, y découvrirent les ruines d'un Edifice
du temps des Romains , lequel paroît
avoir été un Temple de Jupiter. Les
Inscriptions qu'on lit sur plusieurs pierres
, qui ont formé les Colonnes , le font
croire. Sur une Colonne bien conservée ,
on lit cette Inscription . Jovi EXTULSORI
ARMIA LUSSINA EX VOTO POSUIT. C'est
ainsi qu'on lit dans la copie qu'on a envoyée
en France ; mais en Hollande , on
l'a reçûë un peu diferente. Jovi EPULSORI
ARMIA LUSINNA EX VOTO POSUIT .
Je ne sçais s'il n'y a point quelque faute
dans ces deux leçons. 1. Dans le Stile
Lapidaire , on n'a point dit Expulsori ;
Epulsori , mais Depulsori , ainsi qu'on lic
dans les Inscriptions de Gruther. Ce
Depulsor est synonime d'Aversuncus des
anciens Romains et d'Apomnios des
Grecs . Je n'entre pas plus avant dans
cette explication . 2. Armia est le nom
de la Dame qui avoit sans doute voué
d'ériger cette Colonne dans le Temple ,
I
et
388 MERCURE DE FRANCE
·
et il seroit inutile de rechercher s'il est
Latin , ou Grec , ou un nom usité dans
la Nation même de cette Dame, 3º . Celui
de Lussina , ou Lusinna , est formé
peut être de Lusus fils de Bacchus , qui a
donné son nom à la Lusitanie . Car le
Peuple suit volontiers l'Histoire mystique
de sa Nation . Ne seroit- ce point un
nom mal écrit pour Luscinia , qui est
tout Latin , et que plusieurs femmes ont
porté ? Attendons ce que nous en diront
les Sçavans de l'Académie de l'Histoire
de Lisbonne.
Près de cette Colonne qui porte l'Inscription
, on a découvert un Tombeau
de Marbre blanc , d'onze palmes de contour
, et de trois de largeur. Il renferme
les ossemens d'un corps humain qu'on
croit être celui de Theodomir , un de ces
Kois Goths ou Sueves , qui ont regné en
Galice. Sous ce Prince Arien fut tenu un
Concile à Brague , en l'année 561. Il
mourut après douze ans de Regne en l'an
$ 70 . Ce Prince fut inhumé dans le Monastere
de S. Martin de Dume qu'il avoit
bâti je ne sçais si c'est avant ou après
que le Prince son fils eut été guéri de sa
maladie l'intercession de ce Saint. Ce
Monastere fut bâti sur les ruines du Tempar
ple de Jupiter. Les Sarrazins vinrent et
confondirent
FEVRIER.
1738. 389
confondirent les ruines Chrétiennes avec
les Payennes.
Quand j'aurai reçû des nouvelles sug
toutes ces Antiquités , je vous en ferai
part, Monsieur , et je les atends de vous ,
si vous en recevez plûtôt que moi.
+
Après ma Lettre écrite , il m'est venu
un homme qui m'a demandé la racine de
1739. qui est le nombre de l'Ere Chrétienne
d'aujourd'hui ,comme je sçais qu'il
n'y en peut avoir que d'aprochante ,
voici ce que je lui ai répondu par plaisanterie.
Ces quarre nombres font 14 , et
quatorze repetés 114 fois fait 2735. qui
est le plus aprochant du quarré demandé.
La réponse a mis mon homme de belle
humeur , il a joué sur les quarrés . J'ai
craint qu'il ne jouât aussi sur nos Antiques
, si je lui montrois ma Lettre , et
que lui aurois je répond ? les Antiques
découvertes sont un bien qui nous apartient
, et qui pous avoit été destiné. Mais
les quarrés de l'Arithmétique , ne sont
que des êtres métaphysiques ,dont on ne
tire gueres que des utilités métaphysiques.
Je suis cette année- ci encore plus
que l'autre , Monsieur , Votre très -humble
, &c. C .....
A Paris , le 15 Janvier 1733 .
Iij LE RUISSEAU
39 MERCURE
DE FRANCE
R
LE RUISSEAU ,
Caniate.
Uisseau , dont la brillante Flore
Embellit les bords gracieux ,
Ah ! que tu charmerois mes yeux
Si mon Berger m'aimoit encore !
Mais , loin d'adoucir mon tourment ;
Tes flots précipités , dans leur course paisible,
Sont une image trop sensible
!
De l'inconstance d'un Amant,
Les tendres chansonettes
Des volages Oiseaux ,
Dans ces belles retraittes ,
N'arrêtent point tes caux.
Mes soupirs et mes larmes
N'ont på fixer le coeur
Du Berger , dont les charmes
Faisoient seuls mon bonheur,
To
FEVRIER:
1758. 392
Ton onde toujours fugitive ,
Pour enrichir tes autres bords ,
Roule les précieux Trésors ,
Qui devoient orner cette rive :
Philéne en ce moment plus coupable que toi
Prodigue à cent autres Bergeres'
Ces baisers tendres et sinceres ,
Qui n'étoient destinés qu'à mof.
Dans les déserts où la nature
Laisse en paix regner les échos ;
Ton onde tranquille murmure , `
Commie elle fait sous les ormeaux!
Jaloux d'une nouvelle chaine ,
L'ingrat qui cause mes tourmens ,
Fait entendre à quelque inhumainet
Ses accords tendres et touchants !
Las d'arroser enfin les riantes prairies ,
Où l'Aurore en naissant étale ses rubis ,
Tu quitte tes rives fleuries ,
Pour te perdre à jamais dans le sein de Thétis .
Ah ! que je crains qu'un sort semblable
Litj
M'enlèves
1
392 MERCURE DE FRANCE
M'enleve mon tendre Berger ,
Et que las de traîner un amour misérable ,'
Dans les noeuds de l'Himen il n'aille s'engager!
Ruisseau, quand la Loi naturelle
Entraîne tes flots dans les Mers ,
Une onde plus vive et plus belle ,
Succede à celle que tu perds.
7
Rarement un Berger volage
Rejoint ses premieres amours ,
Quand une fois il s'en dégage
.
Il s'en dégage pour toujours.
B. D. M.
Une fluxion survenue à Monseigneur
le Dauphin , lui a causé une tumeur sur
la machoire droite , et comme il a été ju
gé necessaire de l'ouvrir , l'operation en
a été faite le 7. de ce mois avec beaucoup
de succès . Depuis ce moment , Monseigneur
le Dauphin s'est trouvé très soula
gé , et dès le 1. il étoit dans un si bon
état, que les Médecins et les Chirurgiens,
qu'on avoit fait venir à Versailles avant
l'opération , pour les consulter , ont eû
permission de revenir à Paris.
IMITA
FEVRIER. 1738. 393
IMITATION de la III . Ode du
premier Livre d'Horace Sic te Diva
potens Cypri
Puissante Uissante Reine de Cythere ,
Et vous , brillans Gémeaux , protecteurs des Nochers
,
Tracez à ce Navire un chemin salutaire
A l'abri des Rochers?
Que vers le Rivage d'Athénes
Il porte sans danger mon ami vertueux.
Eole , retenez sous de pesantes
Les vents impetueux .
*
chaînes
Maudit celui dont l'industrie
Mit le premier Vaisseau sur le moite Element
Sans craindre les écueils , ni des flots en furie
L'horrible mouvement !
*
Si les farouches Euménides
D'impenetrable airain n'avoient armé son coeur,
Ce Mortel auroit-il des Pleiades humides
Affronté la rigueur ?
*
Non , les plus terribles suplices
Liiij Ne
394 MERCURE DE FRANCE
Ne pouvoient t'effrayer , Pilote audacieux ,
Qui, d'un front assûré , vis mille précipices-
Entr'ouverts sous tes yeux.
*
En vain l'arbitre du Tonnerre
Par d'abondantes eaux divisa l'Univers :
Les Coupables humains , pour voir toute la
Terre ,
Sçavent franchir les mers.
*
L'homme aufrein toujours indocile ,
Ne prête ses esprits qu'à d'indignes transports
Il ose tout tenter , et rien n'est difficile
A ses fougueux efforts.
*
Promethée aux plages Célestes
Alla ravir un feu non destiné pour nous :
Delà ces promptes morts , delà ces maux funes
tes ,
Qui nous accablent tous.
።
Epris d'une ardeur criminelle ,
Hercule a penetré jusqu'au fond des Enfers :
Dédale a sçû trouver une route nouvelle
Dans le vuide des airs.
*
Notre
FEVRIER. 1938. 395
Notre ame en malices féconde
Ose attaquer le Ciel par ses desseins jaloux ;
Et nous ne souffrons pas que le Maître du Mondé
Suspende son courroux®
A. X. Harduin
tatutut at
ARRESTS NOTABLES.
ORDONNANCE DUROY,concer nant le Faux Principal et Faux Incident ;
et la Reconnoissance des Ecritures et Signatures
en matiere criminelle . Donnée à Versailles aut
mois de Juillet 1737. Registrée en Parlement
le 11. Décembre .
AUTRE , concernant les Evocations et les
Reglemens de Juges . Donnée à Versailles au
mois d'Août 1737. Registrée en Parlement le
II. Décembre.
EDIT DU ROY , pörtant supression
de partie des Charges de la Grande Venerie du
Roy. Donné à Versailles au mois de Décembre
1737. Registré en la Cour des Aydes le 8. Janvier
suivant:
ARREST du 17. Décembre , qui fixe à
trois livres du cent pesant , les droits d'entrée
du Royaume sur les Huiles d'Olive venant de la
Côte d'Italie 2. non compris celui de la Ferme
des Huiles , qui continuëra d'être perçu à l'or-
Iy dinaire
396 MERCURE DE FRANCE
dinaire , avec les quatre sols pour livre dudis
droit.
AUTRE du même jour , qui ordonne une
nouvelle Marque aux Carosses de Place , et tour
ce qui doit être observé au sujet des Voitures
publiques.
AUTRE du 22. qui ordonne que les Rentés
sur les Tailles seront reçûës à la Loterie
Royale.
AUTRE du 7. Janvier , pour la modération
des Doits de Marc d'or , de Sceau, d'enregistrément
chés les Gardés des Rôles,et autres frais de
provisions des Offices qui seront levés vacant
aux Revenus casuels ,pendant le courant de l'année
1738.
AUTRE et Lettres Patentes sur icelui , des
-1 et 24 Janvier , qui commet le sieur Tarcarin
Contrôleur General des Restes de la Chambre
des Comptes de Paris , aux fonctions de
-Contrôleur des Bons d'Etats du Conseil , au lieu
et place du feu sieur Pigné.
DECLARATION DU ROY , du 21 .
qui transfere les séances de la Chambre des
Comptes dans l'enceinte du Convent des Grands
Augustins de Paris jusqu'au dernier Mars 1740,
pour donner le temps de faire les réparationsconvenables,
causées par le dernier Incendie.Registrée
en la Chambre des Comptes le 4.Février
suivant.
*
ARRETS
FEVRIER . 1738. 397
a
ARREST du même jour , servant de Reglement
pour le recouvrement des droits d'Amortissemens
et francs- fiefs.
AUTRE du même jour , qui proroge jusqu'au
premier Janvier 1739. Pexemption des
droits d'entrée sur les Bestiaux venant des Pays
Etrangers dans le Royaume.
>
AUTRE du Conseil du vingt -deux • au
sujet de la Bulle de Canonisation de S. Vincent
de Paul. Vû au Conseil d'Etat du Roy, Sa Majesté
y étant , la Requête presentée par le Superieur
general et les Prêtres de la Congregation
de Saint Lazare, contenant que l'arrêt rendu par
le Parlement de Paris au sujet de la Bulle de
Canonisation de Saint Vincent de Paul , ayant
ordonné la supression des exemplaires imprimés
de ladice Bulle , avee deffenses de l'imprimer ,
vendre et débiter ; ils ne peuvent que representer
au Roy, qu'il s'agit d'une Bulle demandée par Sa
Majesté même , qui consacré la memoire et publie
les vertus d'un Saint digne de la veneration
Ides fideles , comme on le reconnoît dans l'arrêt:
du Parlement ; supliant Sa Majesté de vouloir
bien regler la conduite qu'i's doivent tenir en
cette occasion , sur quoi Sa Majesté ayant consideré
que si le Parlement a craint qu'on n'abusât
de quelques expressions répandues dans certe
Bulle , en les prenant dans la plus étroite rigueur
, il auroit été facile de prévenir cet incon--
venient, par des précautions generales et souvent
usitées en pareille matiere, sans se porter jusqu'à
deffendre l'impression d'une Bulle de la nature
de celle dont il s'agit , en la laissant dans un
état capable de diminuer dans l'esprit des peu-
I wj ples
398 MER CURE DE FRANCE
à
ples , le respect qu'ils doivent à un Sairt que
l'Eglise a mis au nombre de ceux à qui elle décerne
un culte public ; Sa Majesté auroit jugé
propos d'expliquer ses intentions sur ce sujet
pour le bien et l'honneur de la Religion ; à quoi
étant nécessaire de pourvoir , le Roy étant en
son Conseil , a perinis et permet aux suplians ,
de faire imprimer et distribuer ladite Bulle , ainsi
qu'ils l'auroient pû faire avant l'arrêt rendu au
Parlement de Paris le 4. du présent mois , que Sa
Majesté veut être regardé comme non advenu,
ce qui concerne les deffenses d'imprimer et de
distribuer ladite Bulle ; sans néanmoins que ladire
impression et publication , ni les énonciations
contenues dans ladite Bulle , puissent être tirées
à consequence directement ou indirectement ,
contre les maximes du Royaume , libertés et
usages de l'Eglise Gallicane , que Sa Majesté
veut etjentend être toujours conservées en leur
entier . Et sera le present arrêt lû , &c .
EDIT DU ROY , portant supression de
la Charge de Premier Président , et de celles des
huit Présidens au Grand-Conseil. Donné à Ver
sailles au mois de Janvier . 4
Louis , & c, Notre Grand - Conseil ayant éré
originairement établi à la suite des Rois nos
prédécesseurs, pour vacquer à'Instruction et au
Jug ment des affaires qui étoient d'une trop
longue discussion , pour pouvoir être expediée
dans nos autres Consei's , il a été fait successi
vement plusieurs créations de Charges de Con
seillers , pour y rendre la justice conjointement
avec les Maîtres des Requêtes de notre Hôtel ,
qui étant alors en très petit nombre , et souvert
changes de Commissions importantes pour
bien
FEVRIER. 7738 399
bien de l'Etat , ne pouvoient rendre un service
assidu et continuel en notredit Grand- Conseil,
Et quoique les Chanceliers de France ayent toûjours
été regardés comme les seuls Chefs et les
Présidens nés de cette Compagnie , des considérations
particulieres engagerent le Roy François
Premier , à y créer en l'année 1541 un Office
de Président , pour y avoir rang et séance audessus
des Maîtres des Requêtes , et y présider
en l'absence du Chancelier de France. Mais
-ayant depuis consideré , que ce nouvel établissement
étoit contraire à l'ancienne forme et à
Pinstitution primitive de notr dit Grand- Conseil,
il
revoqua bientôt ' ui même par un Edit de l'année
1543. la création qu'il avoit faite , et rétablit
les Maîtres des Requêtes de notre Hôtel
dans le même état où ils étoient avant cette céation
. Si depuis le Regne de François Premier , ily
a eu des Présidens établis en notredit Grand-
Conseil , leurs places ont été tellement considé
rées comme affectées aux seuls Maîtres des Requêtes
de notre Hôtel , qu'elles ne pouvoient être
emplies que par ceux qui étoient revêtus de cette
dignité : Tel a été l'état de cette Compagnie jusqu'en
l'année 1690. & il y avoit alors huit desdits
Maîtres des Requêtes de notre Hôtel , sçavoir ,
quatre dans un semestre , et quatre dans l'autre
qui y exerçoient la fonction de Président , lorsque
les besoins de l'Etat , et la necessité de trouver
les moyens de soûtenir une longue guerre ,
obligerent le feu Roy notte très honoré Seigueur
et bisiyul , à faire un changement consi--
dérable , dans notredit Grand Conseil , en y
créant par son Edit du mois de Fevrier 1690.un
office de Premier Président , et huit offices de
Présidens , dont il regla la finance , les gages , les
droits
400 MERCURE DE FRANCE
•
droits et les privileges par le même Edit , sans
que ceux qui en seroient revêtus , fussent obligés
d'être pourvûs de charges de Maîtres des Requê
tes , comme il avoit été observé jusqu'alors .
Mais l'expérience ayant fait connoître que ce
changement n'avoit pas été aussi avantageur à
notredit Grand - Conseil , qu'on avoit paru l'esperer
en le faisant , et le préjudice qu'il a fait
aux Maîtrès des Requêtes de notre Hôtel étant
devenu encore plus sensible , par la diminution
considérable du prix de leurs charges , Nous
avons jugé à propos de leur donner des marqués
de la grande satisfaction que Nous avons de la
maniére dont ils les remplissent , en profitant
d'un temps de paix , pour faire cesser un chan-
.gement , dont la guerre avoit été la véritable
cause , et pour rétablir les Maîtres des Requêtes
dans l'exercice d'une de leurs plus anciennes
fonctions , suivant l'usage observé pendant plus
de deux siècles dans notre Grand Conseil , en y
adjoûtant seulement ce qui peut le perfectionner
encore , et le rendre plus utile pour le bien de
notre service. La vacance actuelle de la charge
de Premir Président en cette Compagnie , nous
a paru même une occasion naturelle de ramener
les choses à leur premiere origine . Et quoique
nous avons lieu d'être pleinement satisfait des
·services que ceux qui remplissent actuellement
les places de Présidens en notredit Grand- Conseil
nous y ont ren lus avec toute a fidelité et
tout le zele que nou pouvions en attendre , nous
devons présumer qu'ils sentiront eux- mêmes que
la considération persnelle qu'ils méritent
doit ceder en cette occasion, à elle du bien pu-,
blic et de l'interêt commun de leur Compagnie :
Nous chercherons d'ailleurs à leur donner de
nouvelles
FEVRIER : 173 : 401
4
nouvelles marques de notre protection , soit par
les agrémens que nous leur accorderons très- volontiers
, pour entrer dans d'autres charges qui
Jeur conviennent , soit par notre attention à leur
assûrer la possession des honneurs et des privileges
attribués par l'Edit de 1690. à ceux des Présidens
créés par cet Edit qui se démettroient de
leurs charges , afin qu'ils puissent au moins joüir
de la distinction qu'ils ont acquise par leurs services
, en conservant toutes les marques et les
prérogatives de leur premiere dignité À ces causes
et autres considerations à ce Nous mouvan-
' tes , de l'avis de notre Conseil , et de notre cerraine
science , pleine puissance et autorité Royale
, nous avons par ces Présentes , signées de
notre main , dit et ordonné , disons et ordonnons
, voulons et nous plaît ce qui suit.
ART. I. La Charge de Premier Président en
notre Grand- Conseil , dont le feu sieur de Verthamon
est mort revêtu , sera et demeurera
éteinte et suprimée , comme Nous l'éteignons
et suprimons par notre présent Edit , et le prix
en sera remboursé comptant , en notre Trésor
Royal , aux héritiers successeurs et ayant
cause dudit sicur de Verthamon , ou autres
ayant droit à la proprieté de ladite Charge , et
ce , sur le pied de la finance payée lors de la
création de ladite Charge , même de l'augmen
tation accordée depuis audit sieur de Verthamon
, par Lettres Patentes du 4 May 1704
laquelle augmentation de finance sera pareillement
payée à ceux desdits héritiers successeurs
et avant cause ou droit , à qui il apartiendra
; lsquels , à l'effet de ce que dessus
seront tenus de remettre incessamment leurs
Quittances de finance , et desdites Lettres , enwe
02 MERCURE DE FRANCE
tre les mains du sieur Controlleur Général de
Hos Finances , pour être pourvû à la liquidation
, et remboursement dudit Office , ainsi
qu'il est marqué cy- dessus.
II. Eteignons pareillement , et suprimons
par ces Présentes , les huit Charges de Prési
dens en notre Grand- Conseil , créées par Edit
du mois de Fevrier 1690. voulant qu'il soit
procedé incessamment à la liquidation du prix
desdites Charges , et ce , sur le pied de l'acquisition
qui en a été faite ; à l'effet de quoi , les
titulaires ou proprietaires dèsdits Offices seront
tenus de remettre leurs Quittances de finance ,
et leurs Contrats d'acquisition , entre les mains
du sieur Controlleur Général de nos Finances ,
pour recevoir , par eux , leur remboursement
comptant , en notre Trésor Royal , sur les deniers
que Nous destinerons à cet effet , en conséquence
du présent Article , et du précedent.
·
III. Ordonnons que conformément à l'Édit´
du mois de Fevrier 1690. ceux qui sont actuel
lement pourvûs des Charges de Présidens , que
Nous suprimons par ces Présentes , comme
aussi les veuves de ceux qui en sont morts révêtus
, jouissent des mêmes privilèges et exemptions
que nos Maîtres des Requêtes veterans , et
leurs veuves ; et que lesdits Presidens ayent entrée
et voix déliberative dans notre Conseil ,
entrée , séance et voix déliberative dans nos autres
Cours , ainsi que les Maîtres des Requêtes
honoraires Voulant aussi que dans toutes A'ssemblées
publiques et particulieres , ils ayent le
même rang que les Maîtres des Requêtes de
notre Hôtel , suivant l'ordre de leur réception ;
le tout conformé nent à l'Edit du mois de Fevrier
1690, et à la Déclaration du 20 Août des
::
Ja
FEVRIER. 1738. 405
la même année : à l'effet de quoi seront expe
diées en leur faveur , des Lettres de Maîtres des
Requêtes honoraires ; ce que Nous entendons
avoir lieu , même à l'égard de ceux desdits
Présidens qui n'auroient pas encore exercé
leurs Charges pendant le temps et espace de
vingt années. Ordonnons pareillement que les
veuves de ceux d'entr'eux qui viendront à déce
der dans la suite , jouissent des mêmes privile
ges que celles des Maîtres des Requêtes ordie
naires de notre Hôtel.
IV . Au moyen des supressions et remboursemens
cy dessus ordonnés , voulons que
suivant l'ordre anciennement établi en notre
Grand Conseil , la fonction de Président y soit
toujours exercée à l'avenir par les Maîtres des
Requêtes ordinaires de notre Hôtel à l'effet de
quoi Nous ferons expedier , sans aucune finan
ce , nos Lettres de Commissions à huit desdits
sieurs Maîtres des Requêtes , que Nous juge
rons à propos de choisir entre les titulaires
pour exercer par Semestre , la fonction ordi
naire de Présidens en notredit Grand - Conseil
à l'ancien desquels apartiendra , dans chaque
Semestre , le droit d'y présider , et de faire les
fonctions attachées à la qualité d'ancien Prési
dent , comme il se pratiquoit avant ledit Edit
Voulant que lesdites Commissions leur tiennent
lieu d'accroissement , d'honneur et de dignité ,
sans les empêcher de continuer de Nous rendre
leurs services en notre Conseil , de la même
maniere qu'ils l'ont fait jusqu'à présent , et
aussi assidûëment qu'il leur sera possible , pendant
le temps que durera leur Commission de
Président au Grand - Conseil.
y. Outre lesquels Présidens , Nous nous ré
sérvon
404 MERCURE DE FRANCE
servons de commettre en même temps , un de
nos Conseillers en notre Conseil d'Etat , pour
présider audit Grand - Conseil , ce qui n'aura
lieu qu'autant que Nous l'estimerons convena-
Ble pour le bien de notre service . Et afin que
ceux desdits sieurs Conseillers d'Etat , qui sefont
par Nous commis à cet effet , ne soient pas
trop long-temps détournés de l'assiduité qu'erigent
leurs fonctions auprès de notre Personne
, Nous voulons que lesdites Commissions ne
puissent être données que pour une année seulement
; et qu'après l'expiration dudit terme , il
soit choisi par Nous un autre Conseiller en notre
Conseil d'Etat , pour remplir lesdites fonctions
de Président audit Grand-Conseil , en la
place du précedent : ce qui sera observé succes
sivement , tant que Nous jugerons à propos de
commettre un Conseiller d'Etat pour présider à
Jadite Compagnie .
VI. Voulons au sarplus , qu'il soit rendu
compte de tout ce qui poura concerner le bon
ordre , la discipline et la dignité de notredie
Grand - Conseil , à notre très-cher et féal Chancelier
de France , comme étant , par sa dignité ,
le seul Chef de cette Compagnie , pour y être
par Nous pourvû , sur son avis , ainsi qu'il apartiendra.
Et sera le présent Edit execuré selon
sa forme et teneur , à compter du jour qu'il
aura été enregistré audit Grand Conseil , à
Peffer de quoi Nous avons révoqué et révoquons
l'Edit du mois de Fevrier 1690. en ce
qui concerne la création de Charges faite par
ledit Edit, dérogeant pareillement à toutes Loix
er usages qui pouroient être contraires à ces
Présentes. Si donnons en Mandement , & c .
Registré ès Registres de l'Audiance de France ,
FEVRIER: 1738.
405
et au Grand Conseil les 24 & 25. Janvier
1738.
ORDONNANCE du Roy , du 4. Fevrier
pour la conservation des Digues et autres
Ouvrages faits et à faire dans la Riviere de
l'Adour , et pour rétablir l'ouverture de la Barre
de Bayonne.
ARREST du 11. pour le remboursement en
Assignations sur la Loterie , des Taxations sur
le Trésor Royal.
MANDEMENT de M. l'Archevêque de
Paris , du 12. portant permission de manger des
Oeufs pendant le Carême prochain , depuis le
Mercredy des Cendres inclusivement , jusqu'au
Vendredy de la Semaine de la Passion exclusive
ment.
ARREST du Parlement ; du 14. qui permes.
d'exposer et vendre des Oeufs dans les Marchés
et Places publiques de la Ville et Fauxbourgs de
Paris , pendant le Carême prochain.
IMITATION de l'Ode IV. du Iz
Livre d'Horace : Solvitur acris Hyems
L
& c .
Es flots sont chargés de Navires ,
Tout renaît dans nos champs ;
L'Aquilon fuit , et kes Zephires
Ramenent le Printemps,
267
MERCURE DE
FRANCE
Be Laboureur infatigable
Quite un triste repos ,
Et déja loin de leur étable
Bondissent les Troupeaux.
*
Un beau Soleil dissoud les glaces
De la froide Saison à
Venus folâtre avec les graces
Sur un tendre gazon.
*
Cette Belle vient de la Terre
Admirer les attraits ,
Tandis qu'au mattre du Tonnerie
Vulcain forge des traits."
*
Ceignons aujourd'hui notre tête '
Des festons les plus beaux' ;'
Au Dieu Faune dans cette Fête
Immolons des Agneaux.
*
Cher Sestius , que la tristesse
Ne trouble point vos jours ;'
FEVRIER.
译
1738.
Lux momens que le sort vous laisse
Donnez un heureux cours,
*
Trop insensé qui s'embarasse
En de vastes projets
La mort du même pied terrasse
Les Rois et les Sujets.
Tôt ou tard la Parque fatale
Tranchera vos Destins ;
Ami , sur la rive infernale
Il n'est plns de Festins,
A. X. Harduin
APROBATION.
lû par ordre de Monseigneur le Chan
J'eclier ,le Mercure de France des mois de Faprier,
et j'ai crû qu'on pouvoit en permettre l'imi
pression. A Paris , le 14. Mars 1738.
HARDION.
TABLE.
> IECES FUGITIVES . Ode Sacrée , 197
Question importante nouvellement jugée Po
202
La vanité des Plaisirs , Qde traduire de l'An-
215
glois ,
Extrait d'une Lettre au sujet de la Ville de Troye,
Epitre en Vers à M. l'Abbé . .
220
223
Eclaircissemens sur les Pierres gravées et fig.
Le Coq et les Poulettes , Fable ,
226
243
Extrait de Lettre sur une Tragédie nouvelle de
Germanicus
Avis sur le Cabestan ,
Le Mois de Février , Vers
246
254
258
Extrait de Lettre au sujet de la Vieillesse et
Réponse , &c.
259
Epitre de M. Saurin , sur la mort de son Pere ,
262
Solution de la Question proposée dans le Mercure
du mois de Décembre dernier ,
Epitre
265
de M. Graisset à M. le Contrôleur Gene-
2 ral ,
265
Lettre écrite de Pezenas , à un Médecin , 267
Reflexions sur la Pauvreté ,
Enigmé et Logogryphes & c.
Sonnet en Réponse à une Question ,
Epithalame Spirituel ,
273
274
278
280
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX ARTS ,ว
&c.
284
Dissertation sur la force de l'imagination des
286
femmes enceintes ,
Amusemens du coeur et de l'esprit ; la Rose et
le
Je Papillon , Fable , 298
A Mlle Dangeville , Vers , 292
E sais sur la nécessité et sur les moyens de
plaire ,
293
306 Histoire Generale de Languedoc ,
Refléxions sur les Ouvrages de Litterature , 314
Vers pour être mis au bas d'une Image de la
sainte Vierge
Question à résoudre ,
Nouvelle Edition des Actes de Rymer , &c. ibid.
Méthode pour aprendre à jouer de la Muzette ,
315
316
3 18
Suite des Portraits des Grands Hommes , &c.
319
Représentation de l'Eglise de S. Pierre de Roine
,
Nouvelle Suite d'Estampes ,
Morts de Personnes Illustres ,
Air noté ,
Spectacles. L'Opera d'Atis ,
Fêtes de l'Amour et de Bacchus , &c.
320
ibid
321
324
ibid.
335
Nouvelle Actrice au Théatre Italien , et Vers sur
339
Deux Pieces nouvelles sur le même Théatre. Le
son début ,
Divorce et la Parodie d'Atis , 340
Nouvelles Etrangeres , Turquie , &c, 341
D'Allemagne et Italic , 342
D'Espagne et Grande- Bretagne , 346-
Morts des Pays Etrangers , 350
Bouquet , ibid.
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
Bouquet ,
353
360
Embarquement et arrivée des Troupes Françoises
en Corse ,
Vers de M. de Voltaire ,
361
363
Etat
Etat des Officiers nommés pour remplir diffe
rentes places vacantes des Etats Majors , ibid,
Vers à Damon , 364
Morts , Naissance
366
Suplément , Idille ,
376
Lettre sur les Monumens antiques , &c, 389
Le Ruisseau , Cantate , 390
d'Horace
Imitation de l'Ode III, du premier Livre
'Arrêts Notables
393
395
Imitation de l'Ode 1V. du premier Livre d'Horace
, 409
Errata de Janvier.
Page 186. ligne 26. de Girautot , lisez des
Girautots.
Ibid. ligne 30. 68. 1. 78.
En parlant de la mort de M. Sevin de Quincy,
page 176. on a oublié de dire qu'il est Auteur
de l'Histoire Militaire du Regne de Louis le
Grand , avec un Traité particulier de pratique
et de maxime de l'Art Militaire , imprimé ches
Denis Mariette en 1726. en 7. vol . in 4.
P
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 27. ligne 15. Conocerto , lisez Conos
ceilo
Ikil. 1. 18. perta , lisez pesta.
P. 309. 1. 16. Font:aude , . Fontecaude.
La Planche gravée doit retgarder la page
La Chanson notée doit regarder la page
226
324
DE FRANCE ,
1
DEDIE DIE AU ROY
JANVIER. 1738 ,
CURICOLLIGITI
SPARGIT
A
PARIS , JR
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques,
Chés La veuve PISSOT , Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. D CC. XXXVIII.
Avec Aprobation & Privilege du Roy,
CATALOGUE des Mercures de France
depuis l'année 1721. jusqu'à présent.
Uin, Juillet, Août, Septembre, Octobre,
Novembre et Decembre de 1721.
Année 1722. les mois de Mars , May,
Septembre et Novembre doubles ,
7. vol.
16. vol.
Année 1723 le mois de Decembre double, 13. vol.
cembre doubles ,
Année 1724. les mois de Juin et de Detembre
et Decembre doubles ,
Année 1725. les mois de Juin , de Sep-
14. vol.
Année 1726. les mois de Juin et de De-
15. vol.
cembre doubles ,
Année 1727. les mois de Juin et de De-
14. vol,
cembre doubles ,
Année 1728. les mois de Juin et de De-
14. vol.
cembre doubles ,
tembre et Decembre doubles ,
Année 1729. les mois de Juia , de Sep-
14. vol.
Is. vol.
Année 1730, les mois de Juin et de Decembre
doubles ,
Année 1731 , les mois d'Avril , de Juin
14. vol.
et de Decembre doubles ,
Année 1732. les mois de Juin et de De-
15. vol.
cembre doubles ,
14. VO
Année 1733. les mois de Juin et de Decembre
doubles ,
14. vol.
Année 1734. les mois de Juin et Décembre
doubles ,
14. vol.
Année 1735. les mois de Juin et de Décembre
doubles ,
14. vol.
Année 1736. les mois de Juin et Décembre
doubles , 14. vol.
Année 1737 les mois de Juin et de Dé-
Ncembre doubles ,
UB anyler 1738Y
14. vol.
I. vol.
335209
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOU AT099
235. vcl.
L
PRIVILEGE
DURO r.
OUIS ,, par la grace de Dieu , Roy de France &
de Navarre à nos Amés & Feaux Confeillers ,
les Gens tenans nos Cours de Parlement , Maîtres des
Requêtes ordinaires de nôtre Hôtel , Grand- Confeil ,
Baillifs , Senéchaux , leurs Lieutenans Civils , & autres
nos Jufticiers qu'il apartiendra : SALUT Notre
cher & bien amé ANTOINE DE LA ROQUE , Ecuyer ,
ancien Gendarme dans la Compagnie des Gendarmes
de nôtre Garde ordinaire , & Chevalier de notre Ordre
Militaire de Saint Louis , nous ayant fait remon❤
trer que l'aplaudiffement que reçoit le MERCURE DE
ERANCE, cy- devant apellé le Mercure Galant, compofé
depuis l'année 1672. par le fieur de Vifé , & autres
Auteurs, nous a fait croire que le fieur Dufreni , Ti.
culaire du dernier Brevet , étant décedé , il ne convient
pas que le Public foit à l'avenir privé d'un Ou
vrage auffi utile qu'agréable , tant à nos Sujets qu'aux
Etrangers : c'est dans cette vuë que bien informé des
talens , & de la fageffe du fieur de la Roque , nous
l'avons choifi pour compoſer à l'avenir, excluſive
ment à tous autres , ledit Ouvrage , fous le titre de
MERCURE DE FRANCE , & nous lui en avons à cet effet
accordé nôtre Brevet le 17. Octobre 1724 pour l'e
xecution duquel il auroit obtenu nos Lettres de Pri
vilege , en date du 9. Novembre enfuivant , qui fe
trouvant expirées , nous a fair fuplier de lui en ac
corder de nouvelles en forme de Brever fur ce nécef
faires , offrant pour cet effet de le faire réimprimer
en bon papier & beaux caracteres , fuivant la feüille
imprimée & attachée pour modele fous contrefcel
des Préfentes ; A CES CAUSES , voulant traiter favo
rablement ledit fieur Expofant , & étant informé de
fes affiduités, des foins & dépenfes qu'il fait pour
la perfection dudit Mercure de France , dont nous
fommes content , & dont nous voulons lui donner des
marques de notre entiere fatisfaction ; Nous lui avons
A ij permis
permis & permettons par ces Prefentes de co
& donner au Public à l'avenir tous les mois , à .
exclufivement à tous autres , ledit Mercure de 1
qu'il poura faire imprimer en un ou pluſieurs
mes, conjointement ou feparement, & autant de .
que bon lui femblera , chaque mois , & de le faire ven.
dre & débiter par tout nôtre Royaume , Pays , Terres
& Scigneuries de notre obéiffance , pendant le temps
& efpace de douze années confecutives , à compter
du jour de la date defdites Prefentes ; à condition
néanmoins que chaque volume portera fon Aprobation
expreffe de l'Examinateur , qui aura été commis à cer
effet , & en outre nous avons révoqué & révoquons
tous autres Privileges qui pouroient avoir été donnés
cy- devant à d'autres qu'audit fieur Expofant ; Faiſons
défenfes à toutes fortes de perfonnes , de quelque
qualité & condition qu'elles foient , d'en introduire
d'impreffion ou gravure étrangere dans aucun Lieu
de nôtre obéiffance , comme auf a tous Libraires ,
Imprimeurs , Graveurs , imprimeurs , Marchands en
Tailles- douces & autres , d'imprimer, faire imprimer,
graver ou faire graver , vendre , faire vendre , débiter
ni contrefaire ledit Livre , ou Planches , en tout ri
en partie, ni d'en faire aucuns Extraits, fous quelque
prétexte que ce foit , d'augmentations , corrections
changement de titre , ou autrement, fans la permiffion
expreffe & par écrit dudit fieur Expofant , ou de ceux
qui auront droit de lui ; le tout à peine de confifcation
, tant des Planches que des Exemplaires (contre.
faits & des uftanciles qui auront fervi à ladite con.
trefaçon , que nous entendons être faifis en quelque
lieu qu'ils foient trouvés , de six mille livres d'amen
de contre chacun des contrevenans , dont un tiers à
Nous , un tiers à l'Hôtel-Dieu de Paris , & l'autre
tiers audit fieur Expofant , & de tous dépens , dom .
mages & interefts ; à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur le Registre de la
Communauté des Libraires & Imprimeurs de Paris ,
dans trois mois de la date d'icelles ; que l'impref
fion de ce Livre fera faite dans nôtre Royaume , &
non ailleurs , & que l'Impétrant fe conformera en
tout aux Reglemens de la Librairie , & notamment à
celui du 10. Avril 1725. & qu'avant que de l'expofer
en vente , le manufcrit ou imprimé qui aura fervi de
Copia
copie à l'impreffion dudit Livre , fera remis dans le
même état où les Aprobacions y auront été données ,
és mains de nôtre très - cher & Feal Chevalier, le fieur
CHAUVELIN , Garde des Sceaux de France, Comman
deur de nos Ordres, & qu'il en fera enfuite remis deux
Exemplaires de chacun dans nôtre Bibliotheque publique
, un dans celle de nôtre Château du Louvre , &
un dans celle de nôtredit très-cher & feal Chevalier
• le fieur CHAUVELIN Garde des Sceaux de France ,
Commandeur de nos Ordres de tout à peine de nul
lité des Prefentes , du contenu defquelles Vous mandons
& enjoignons de faire jouir ledit fieur Expofant
, ou les ayans caufe , pleinement & paifiblement ,
fans fouffrir qu'il leur foit fair aucuns troubles on
empêchemens . Voulons que la copie defdites Preſentes
qui fera imprimée tout au long au commencement ou
à la fin dudit Livre , foit tenue pour dûëment fignifiée
, & qu'aux copies collationnées par l'un de nos
Amés & Feaux Confeillers & Secretaires , foy ſoit
ajoûtée comme à l'Original . Com nandons au premier
notre Huiffier ou Sergent , de faire pour l'execution
d'icelles tous Actes requis & néceffaires , fans demander
autre permiffion , & nonobftant clameur de
haro , Chartre Normande & Lettres à ce contraires ;
Car tel eft notre plaifir. Donné à Versailles le feptié.
me jour de Décembre , ' an de grace mil fept cent
trente -fix & de notre Regne le vingt- deux . Par le
Roy en fon Confeil , Signé » AINSON , avec grille
& paraphe. Et au dos eft écrit. Regiftré fur le Regiſ
tre neuf de la Chambre Royale & Syndicale des Li
braires & Imprimeurs à Paris , N° . 393. F 354 con
formément au Réglement de 1723. qui fait défenses
Article IV, à toutes Perfonnes de quelque qualité
qu'elles foient , autres que les Libraires & Imprimeurs,
de vendre , débiter & faire afficher aucns Livres pour
les vendre en leurs noms , foit qu'ils s'en disent les
Auteurs ou autrement ,& à la charge de furnir à ladite
Chambre Royale & Syndicale des Libraires & Imprimeurs
de Paris, les huit Exemplaires preferits par
l'Article 108. du mê ne Reglement . A Paris ce dix
Décembre mil fept cent trente fix. Signé , G. MARTIN ,
Syndic , avec Paraphe.
A iij LISTE
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & c.
A Toulouse , chez Forest , et Henault.
Bordeaux , chez Raymond Labottiere , et chez
Chapui , fils , au Palais , et à la Poste.
Nantes , chez Nicolas Verger.
Rennes, chez Joseph Vatar , Julien Vatar , Guillaume
Jouanet Vatar , et la veuve Audran.
Blois , chez Masson .
Tours , chez Gripon . et chez Bully.
Rouen , chez Herault.
Châlons-sur- Marne , chez Seneuze.
Amiens , chez la veuve François et Godard.
Arras , chez C. Duchamp , et chez Barbier,
Orleans, chez Rouzeaux.
Angers , chez Fourreau et à la Poste.
Chartres , chez Fetil , et chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil , et à la Poste.
Versailles , chez Monnier , et chez Marié,
Besançon , chez Briffaut , et à la Poste .
Saint Germain , chez Chavepeyre .
Lyon , à la Poste.
Reims , chez De Saint.
Vitry-le-François , chez Vitalis.
Beauvais , chez De Saint.
Douay , chez Willerval.
Charleville , chez P. Thesin.
Moulins , chez Faure.
Mâcon , chez De Saint ,
Mets , chez Barbier.
fils,
Boulogne -sur- Mer , chez Parassol.
Nancy, chez Nicolas .
AVERTISSEMENT
AVERTISSEMENT
.
Oici le deux cent trente -sixième volu-
Ꮴ me du Mercure de France , que nous
avons l'honneur de présenter au Roy et d'of
frir au Public, depuis le mois de Juin 1721.
que nous travaillons à cet Ouvrage , sans
qu'il ait souffert aucune interruption.
En remerciant nos Lecteurs du cas qu'ils
daignent faire de ce Livre , nous leur demandons
toujours quelque indulgence pour
les Endroits qui leur paroîtront négligés . Le
Lecteur judicieux fera , s'il lui plaît , refle
xion que dans un Ouvrage comme celui -ci ,
il est très-aisé de manquer , même dans les
choses les plus communes , dont chacune en
particulier est facile , mais qui , ramassées ,
font ensemble une multiplicité si grande ,
qu'il est mal aisé de donner à toutes la même
attention , quelque soin qu'on y aporte , sur
tout quand une telle collection est faite en si
peu de temps ; Auteur du Mercure, chargé
du pénible et laborieux emploi de donner
chaque mois un volume au Public , ne peut
jamais avoir le temps de faire sur chaque
Article les refléxions qu'y feroit une PersonÁ
iiij
P.
ne
AVERTISSEMENT.
ne qui n'a que cet Article en tête , le seul
auquel elle s'interesse , et peut-être le seul
qu'elle lit. Une chose qui paroît un peu injuste
, c'est qu'on nous reproche quelquefois
des inattentions , et qu'on ne nous sçait aucun
gré des corrections sans nombre qu'on
fait et des fantes qu'on évite.
Nous faisons de la part du Public de
nouvelles instances aux Libraires qui envoyent
des Livres ou des Listes pour les annoncer
, d'en marquer le prix au juste ; cela
sert beaucoup , sur tout dans les Provinces ,
aux Personnes qui se déterminent là- dessus
à les acheter , et qui ne sont pas sûres de l'exactitude
des Messagers et des autres Personnes
qu'elles chargent de leurs commissions
qui souvent les font surpayer . M. Moreau,
poura même se charger de faire les Envois
au prix coûtant.
On invite aussi les Marchands et les Ouvriers
qui ont quelques nouvelles Modes ,
soit par
des Etoffes nouvelles , Habits, Ajustemens
, Perruques , Coeffures , Ornemens de
tête et autres Parures , ainsi
que
de Menbles,
Carosses , Chaises et autres choses , soit
pour l'utilité , soit pour l'agrément, d'en donner
quelques Memoires pour en avertir le
Public , ce qui poura faire plaisir à divers
Particuliers et procurer un débit avantageux
aux Marchands et aux Ouvriers.
Plusieurs
AVERTISSEMENT.
Plusieurs Pieces en Prose et en Vers , envoyées
pour le Mercure , sont souvent si mal
érites , qu'on ne peut les déchiffrer , et pour
cela elles sont rejettées ; d'autres sont bonnes
à quelques égards et défectueuses à d'autres.
Lorsqu'elles peuvent en valoir la peine, nous
les retouchons avec soin ; mais comme nous
ne prenons ce parti qu'avec répugnance ,
nous prions les Auteurs de ne le pas trouver
mauvais et de travailler leurs Ouvrages
avec le plus d'attention qu'il leur sera possible;
sur tout , et nous ne sçaurions trop le recommander
, qu'on prenne garde à la ponctuation
.
و
>
?
ne les
·On nous a envoyé plusieurs fois des Pieces
Latines que nous avons omises
croyant pas tout- à-fait du ressort de ce Journal.
Cependant , par l'avis de quelques Personnes
habiles et de goût , nous avons crû
n'en devoir pas exclure la bonne Poësie Latine
,pourvû que les Pieces soient toujours bien
et ingenieusement composées, qu'elles ne soient
pas longues , et que les moeurs ysoient respectées.
Les Dames n'y perdront rien, si les bons
Poëtes François continuent de traduire celles
qui leur plairont le plus , et de nous faire
part de leur travail , comme cela est déja
arrivé à quoi nous les invitons.
/
·Les Sçavans et les Curieux sont priés de
vouloir bien concourir pour rendre ce Livre
Αν encore
AVERTISSEMENT.
encore plus utile , en nous communiquant les
Memoires et les Pieces en Prose et en Vers
quipeuvent instruire et amuser. Aucun genre
de Litterature n'est exclus de ce Recueil ,
où l'on tâche de faire regner une agréable .
varieté : Poësie , Eloquence , nouvelles Découvertes
dans les Arts et dans les Sciences,
Morale, Antiquités, Histoire Sacrée et Profane
, Voyages , Historiettes , Mythologie
Physique et Métaphysique , Pieces de Théatre
, Jurisprudence , Anatomie et Médecine,
Botanique, Critique , Mathématiques, Mémoires
, Projets , Traductions , Grammaires,
Pieces amusantes et récréatives, &c . Quand
les Morceaux d'une certaine considération
seront trop longs , on les placera dans un volume
extraordinaire, et on fera ensorte qu'on
puisse les en détacher facilement , pour la
satisfaction des Auteurs et des Personnes qui
ne veulent avoir que certaines Pieces.
A l'égard de la Jurisprudence , nous continuerons
, autant que nous le pourons , de
faire part an Public des Questions importanses
, nouvelles ou singulieres , qui se présenteront
et qui seront discutées et jugées dans
Les differens Parlemens et autres Cours Supérieures
du Royaume , en observant l'ordre
et la méthode que nous avons déja pratiqués
en pareil cas , sur quoi nous prions Messieurs
les Avocats et les Parties interessées, de vou-
Loir
AVERTISSEMENT.
toirbien nous fournir les Memoires nécessai
res. Il n'est peut-être point d'Article dans
ce Livre qui regarde plus directement le Bien
public , que celui-là , et qui soit plus recherché
de la plupart des Lecteurs.
"
Quelques Morceaux de Prose et de Vers
rejettés par bonnes raisons, ont souvent donné
lieu à des plaintes de la part des Personnes
interessées mais on les prie de considerer
que c'est toujours malgré nous que certaines
Pieces sont rebutées ; nous ne nous en ra
rapore
tons pas toujours à notre jugement seul dans
le choix que nous faisons de celles qui méritent
l'impression. On nous reproche avec
raison que nous n'avons que trop de complai
sance à cet égard.
Quoiqu'on ait toujours la précaution de
faire mettre un Avis à la tête de chaque
Mercure pour avertir qu'on ne recevra point
de Lettres ni de Paquets par la Poste , dont
le port ne soit affranchi , il en vient cependant
quelquefois qu'on est obligé de rebuter.
Ceux qui n'auront pas pris cette précaution
ne doivent pas être surpris de ne pas voir
paroître les Pieces qu'ils ont envoyées , les
quelles sont d'ailleurs perdues pour eux ,
n'en ont point gardé de copie.
s'ils
Les Personnes qui désireront avoir le
Mercure des premiers , soit dans les Provinces
ou dans les Pays Etrangers , n'auront
A vi qu'à
AVERTISSEMENT.
qu'à s'adresser à M. Moreau , Commis au
Mercure , vis - à- vis la Comédie Françoise
, à Paris , qui le leur envoyera parla
voye la plus convenable et avant qu'il soit
en vente ; les Amis à qui on s'adresse pour
cela , ne sont pas toujours exacts ; ils n'envoyent
guére acheter ce Livre précisément
dans le temps qu'il paroît . Ils ne manquent
pas de le lire , souvent ils le prêtent et ne
l'envoient enfin que fort tard, sous le prétexte
pécieux que le Mercure n'a pas paru plutôt.
Nous renouvellons la priere que nous
avons déja faite , quand on nous envoye dès
Pieces, soit en Vers , soit en Prose , de les faire
transcrire bien lisiblement , chaque Piece
sur un papier séparé et d'une grandeur raisonnable
, avec des marges pour y placer les
additions on corrections con enal les , que les
noms propres , sur tout soient exactement
écrits , et que la ponctuation ( nous le repetons)
n'y soit pas négligée , comme cela arrive
presque toujours, ce qui contribue à multplier
Les fautes d'impression et quelquefois à défigurer
certains Ouvrages.
Nous aurons toujours les mêmes égards
pour les Auteurs qui ne veulent pas se faire
connoîtres mais il seroit bon qu'ils donnassent
une adresse , sur tout quand il s'agit de
quelque Ouvrage qui peut demander des
éclaircissemens car souvent , faute d'un tel
secours
AVERTISSEMENT.
secours ,
do
des Pieces nous restent entre les
mains sans pouvoir les employer.
Nous prions ceux qui par le moyen de
leurs correspondances , reçoivent des nouvelles
d'Asie , d'Afrique , du Levant ,
Perse , de Tartarie , du Japon , de la hi
ne , des Indes Orientales et Occidentales, et
d'autres Pays et Contrées éloignés , les Ca
pitaines , Pilotes et Officiers des Navires et
les Voyageurs , de vouloir bien nous faire
part de leurs Fournaux , à l'Adresse generale
du Mercure. Ces Matieres peuvent
rouler sur les Guerres présentes de ces Etats
et de leurs Voisins ; les Révolutions , les Trai
tés de Paix ou de Tréves les occupations des
Souverains , la Religion des Peuples , leurs
Ceremonies , Coûtumes et Usages , les Phénomenes
et les productions de la Nature et
de l'Art , &c. comme Pierres précieuses ,
Pierres figurées, Marcassites rares , Pétrifi
cations et Crystallisations extraordinaires ,
Coquillages , Madrepores, & c. Edifices an
ciens et modernes , Ruines , Statues , Bas- Reliefs,
Inscriptions, Pierres gravées, Médailtes
, Tableaux , &c. Le Caractere de chaque
Nation, son Origine, son Gouvernement,
sa Religion, ses bonnes et ses mauvaises qualités
, le climat et la nature du Pays , ses
principales richesses et son Commerce ; les
Manufactures , les Plantes , les Animaux
& c,
AVERTISSEMENT.
·
c. Les Moeurs et Coûtumes des Peuples
leur maniere de se nourir , de s'habiller et
de s'armer, &c.
Nous serons plus attentifs que jamais à
aprendre au Public la mort des Sçavans
et de tous ceux qui se sont distingués dans
les Arts et dans les Méchaniques ; on y
joindra le détail de leurs principales occupations
, de leurs Ouvrages et des plus considerables
actions de leur vie . L'Histoire
des Lettres et des Arts doit cette marque
de reconnoissance à lamemoire de ceux qui s'y
sont rendus celebres , ou qui les ont cultivés
avec soin. Nous esperons que les Parens et
Les Amis de ces illustres Morts , seconderont
volontiers notre zele à leur rendre ce devoir,
par les instructions qu'ils voudront bien nous
fournir. Ce que nous venons de dire re-.
garde non- seulement Paris , mais encore
toutes les Provinces du Royaume et les Pays
Etrangers , qui peuvent fournir des Evenemens
considerables , Morts , Mariages ,
Actes solemnels , Fêtes et autres Faits dignes
d'être transmis à la Posterité, en observant
d'écrire exactement et lisiblement
les noms propres , &c
On a fait au Mercure et même plus d'u
ne fois l'honneur de le critiquer c'est une
gloire qui manquoit à ce Livre . On a beau
dire : nous ne changerons rien à notre méthode
,
AVERTISSEMENT
thode , puisque nos Lecteurs la trouvent
passablement bonne. Un Ouvrage de la nature
de celui-ci , ne sçauroit plaire également
à tout le Monde , à cause de la muliplicité
et de la varieté des matieres , dont
quelques-unes sont les par certains Lecteurs
avec plaisir et avidité , avidité, et par d'autres
avec des dispositions contraires. M. du
Freni , avoit bien raison de dire que pour
que le Mercure fut généralement aprouvé
il faudroit que comme un autre Prothée , il
pût prendre entre les mains de chaque Lecteur
une forme convenable à l'idée qu'il s'em
est faite.
C'est assés pour ce Livre de contribuer
tous les mois en quelque chose àl'instruction
et à l'amusement des Citoyens . Le Mer
sure ne doit rien prétendre au-delà . Nous
sçavons , il est vrai , que la critique outrée
on la médisance plus ou moins malignement
épicée , fut toujours un mets délicieux pour
beaucoup de Lecteurs mais outre que nous
n'y avons pas le moindre penchant , nous
renonçons et de très-bon aoeur , à la dangereuse
gloire d'être lûs et aplaudis aux dépens
de personne.
Nous serons encore plus retenus sur les
Bouanges , que quelques Lecteurs n'ont pas
généralement aprouvées , et en effet nous
Rous sommes aperçûs que nous n'y trouvions
nut
AVERTISSEMENT.
nl avantage ; au contraire on s'est vû ex
posé à des especes de reproches , au lieu de
témoignages de reconnoissance, sur tout de la
part desgens
à Talens car tel qu'on loue,ne
doute nullement que ce ne soit une chose qui
lui est absolument due , souvent même il
trouve qu'on ne le loie pas assés, et ceux qu'on
ne loue point ou qu'on loue moins , sont trèsindisposés,
et, prétendant qu'on loue les antres
à leurs dépens , ils sont doublement fàchés.
Nous donnons ordinairement des Extraits
des Pieces nouvelles qui paroissent
sur les Théatres de Paris , et nous faisons
quelques Observations d'après le jugement
du Public , sur les beautés et sur les défauts
qu'ony trouve ; la crainte de blesser la délicatesse
des Auteurs , nous retient quelquefois
et nous empêche d'aller plus loin ; nous
craignons d'autre part , si nous sommes plus
sinceres , qu'on ne nous accuse de partialité.
Si les Auteurs eux- mêmes vouloient bien
prendre sur eux defaire un Extrait ou Mémoire
de leurs Ouvrages , sans dissimuler les
défauts qu'on y trouve , cela nous donneroit
la hardiesse d'être un peu plus séveres , et le
Lecteur leur en sçauroit gré ; ils n'y perdroient
rien par les remarques , à charge et
à décharge , que nous ne manquerions pas
d'ajoûter , sans oublier de faire observer
.
• l'extrême
AVERTISSEMENT.
l'extrême difficulté qu'il y a de plaire aujour
d'hui au Public , et le péril que courent tous
les Ouvrages d'esprit qu'on lui présente .
Nous faisons avec d'autant plus de confiance
cette priere aux Auteurs Dramatiques
et à tous autres , que certainement Corneille,
Quinault, Moliere , Racine , &c . n'auroient
pas rougi d'avouer des défauts dans leurs
Pieces.
Nous tâcherons de soûtenir le caractere de
modération , de sincerité et d'impartialité ,
qu'on nous a déja fait la justice de nous attribuer.
Les Pieces seront toujours placées
sans préference de rang et sans distinction
pour le mérite et laprimauté. Les premieres
reçues seront toujours les premieres employées,
hors le cas qu'un Ouvrage soit tellement du
temps , qu'il mérite pour cela seulement la
préference .
Les honnêtes Gens nous sçaven't gré d'as
voir garanti ce Livre depuis près de 18.
ans que nous y travaillons , non -seulement
de toute satyre , mais même de portraits trop
ironiques , trop ressemblans et trop susceptibles
d'aplications. On aura toujours la même
délicatesse pour tout ce qui poura blesser
ou désobliger , mais nous admettrons très- volontiers
les Ouvrages dans lesquels une plume
legere s'égayera , même vivement , contre divers
caracteres bien incommodes et souvent
très
AVERTISSEMENT.
très-dangereux dans la Societé , tels , par
exemple , que les Nouvellistes outrés , partiaux
et trop crédules , les ennuyeux , les in
discrets , les grands parleurs , tyrans des
Conversations , les Opiniâtres , Disputeurs
et Clabaudeurs éternels , les Glorieux , qui
vous disent d'un air important les plus petites
choses , les faux Connoisseurs qui souvent
ne se connoissent à rien , pas même au
temps qu'il fait ; les Complaisans et fades
Louangeurs, les Envieux,&c. encore y fautil
metttre cette clause , que le Lecteur n'y
puisse reconnoître aucune Personne en particulier,
mais chacun se puisse reconnoître
en quelque chose dans la peinture generale
des vices et des Ridicules de son siecle.
que
Il nous reste à remercier au nom du Public,
plusieurs Sçavans du premier ordre , d'aima
bles Muses , et quantité d'autres Personnes
d'un grand mérite , dont les productions enrichissent
le Mercure et le font rechercher.
JA
APROBATION.
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France du mois de Janvier
et j'ai cru qu'on pouvoit en permettre l'impres
sion, A Paris , le 4. Février 1738 .
HARDION.
MERCURE
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
JANVIER. 1738.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
A. S. E.
M. LE CARDINAL DE FLEURY .
V
ETRENNE S.
Ous , que nous admirons comme
un autre Mentor ,
Puissiez - vous parvenir à l'âge de
Nestor !
Qu'an Monarque des Lys le Ciel toujours propice,
Vous
2 MERCURE DE FRANCE
Vous fasse vivre un siecle encor !
France , obtiens par tes voeux que mon væd
s'accomplissé ,
Et tu verras le siecle d'or.
NERICAULT DESTOUCHES , de
Académie Françoise .
LETTRE de M... à Mad... sur la
cause des Songes et sur l'opinion de ceux
qui croyent que ce sont des pressentimens.
J
E fus bien fâché hier , Madame , de
ce que cette compagnie sérieuse , qui
vint vous rendre visite interrompit les
judicieuses refléxions que vous faisiez
sur les Songes ; comme je n'eûs pas non
plus le temps de vous expliquer les idées
que j'ai sur cette matiere , je prends la
liberté de vous les écrire en peu de mots,
par forme de Suplément à notre derniere
conversation . Je ne vous annonce point
ceci comme quelque chose de singulier ,
au contraire , le systême que je soutiens ,
n'est autre chose que l'opinion qui a été
suivie par la plupart des Philosophes , et
que je crois que vous adopterez aussi .
Pour concevoir si l'esprit peut former
quelques
JANVIER .
1738.
quelques pensées pendant le sommeil'
il faut d'abord observer que , soit qu'il
agisse de lui- même , ou qu'il soit excité
par les impressions des objets exterieurs
qui se
communiquent à lui par la mé◄
diation des sens , il ne peut faire aucune
de ses opérations sans le concours de cer
taines facultés du corps qui sont disposées
de
maniere que leur mouvement rend
sensibles à l'esprit toutes les
impressions
qui se font sur le corps , et que ce dernier
est
réciproquement affecté par - tous
les
opérations de l'esprit.
›
pro-
Lentendement, la mémoire ,
l'imaginas
a et le
raisonnement , qui sont les faés
de l'esprit , ne peuvent donc
duire aucune pensée lorsque le corps est
dans une inaction totale , et c'est de - là
que la léthargie,la paralysie et autres maladies
semblables qui
interrompent l'exercice
des facultés du corps , destinées à
concourir avec celles de l'esprit , suspendent
aussi toutes les
opérations de l'esprit.
Le sommeil est en cela comme les ma
ladies les plus violentes , il tient le
et l'esprit dans une espece
corps
de
léthargic ,
ce qui a fait dire à
Anaxagore que c'étoit
une mort , et à Socrate que l'esprit
et
l'entendement étoient séparés du corps
pendang
4 MERCURE DE FRANCE
pendant le sommeil , parce qu'ils étoien
persuadés que l'esprit n'agissoit poin
pendant ce temps .
En effet quand il n'y auroit que
corps qui seroit livré au sommeil , et que
l'esprit plus fort que la matiere , veille.
roit pendant que l'autre dort , ce que j'a
peine à me persuader , il faudroit tou
jours convenir que si pendant le som
meil l'esprit n'est pas dans le même engourdissement
que le corps ,
du moins
toutes ses opérations sont suspenduës
et qu'il n'en peut faire aucune sensible
érant certain que les facultés du corp
qui doivent y concourir sont alors dans
une inaction totale.
Quelle est donc la cause de tant de
Songes agréables ou funestes ? D'où vien
nent ces phantômes légers qui nous agi
tent de tant de diverses manieres pen
dant le sommeil ? Il semble alors que
l'on pense , que l'on raisonne > que
l'on voit , que l'on entend , que l'on
agit ; ces images qui se présentent à
nous , font quelquefois qu'une Personne
plongée dans un profond sommeil ,
ne laisse pas de faire quelques mouvemens
, qu'elle parle et même avec volubilité
, qu'elle se leve , marche , travaille,
va se baigner , revient se mettre au lir et
souvent
JANVIER. 1738.
souvent ne s'en souvient pas à son réveil
, ou n'en a qu'une idée confuse. A
quelle cause atribuer toutes les actions
de ces noctambules ?
Tous ces mouvemens du corps ou de
l'esprit sont absolument involontaires , ils
ne sont que la suite de ce que l'on a fait
avant le sommeil , ou plutôt ce sont des
actions du corps ou de l'esprit , qui par
quelque obstacle , étoient demeurées imparfaites
avant le sommeil , et qui pendant
ce temps de repos , produisent un
effet bizarre auquel la volonté n'a aucune
part, et semblable à celui d'un ressort de
Montre qui se lâche aussi- tôt qu'il n'est
plus arrêté.
S'agit- il de quelque opération de l'esprit
la volonté qui est le principe, ou du
moins la cause seconde de tous ses mouvemens
, aussi bien que de ceux du corps,
fait agir certains ressorts propres à former
telle pensée , tel raisonnement.
Mais comme rien n'est plus prompt et
en même temps plus volage que l'esprit,
à peine a - t'il ébauché une pensée , qu'il
en forme une seconde et en accumule
> ainsi plusieurs même contraires et
oposées les unes aux autres , qui se
croisent , se combattent , se détruisent
alors les pensées les plus vives se font
jour,
MERCURE DE FRANCE
jour à travers les obstacles ; il en reste
beaucoup d'autres plus foibles ou moins
avancées , qui demeurent imparfaites , er
ensuite les ressorts de l'esprit qui n'avoient
pû achever leur opération , se détendent
pendant le sommeil , et font sur
l'esprit quelque impression , non pas telle
qu'elle auroit été si elle eût été dirigée
jusqu'à sa fin par sa volonté , mais semblable
à un Navire abandonné de son
Pilote , et qui ne se meut plus qu'au
gré des vents et des flots , sans avoir
aucun objet dans sa route.
C'est , sans doute , dans ce sens que
Ciceron dit que nos entretiens et nos
pensées nous donnent des Songes , persuadé
qu'ils ne sont occasionnés que par
les idées dont l'esprit étoit occupé avant
le sommeil.
La volonté n'a pas plus de part aux
mouvemens que fait le corps pendant
le sommeil ; ils ne sont que le reste
des actions commencées auparavant , et
qui par quelques obstacles étoient demeurées
imparfaites ; car l'esprit fait
agir le corps à son gré par le moyen
des esprits animaux qu'il fait partir du
cerveau , et qu'il envoye dans la partie
du corps qu'il veut mettre en mouvement
; ces Agens habiles , dont rien ne
peut
JANVIER. 1735. 7
peut égaler la vitesse , viennent fraper
les nerfs ou les os , les font étendre ou
retirer , et forment ainsi l'action sensible
du
corps.
En une heure et souvent en moins
d'une minute seconde , l'esprit fait executer
par le corps tant de differens mouvemens
dont plusieurs se trouvent oposés
les uns aux autres , qu'il y a des esprits
arrêtés par d'autres qui leur bouchent le
passage et quelquefois les font rétrograder
jusqu'au cerveau ou jusqu'à une certaine
distance dans la route qu'ils doivent
tenir suivant leur destination , il
arrive aussi que des nerfs , des muscles
restent dans une certaine contention sans
avoir produit tout l'effet pour lequel ils
avoient commencé à être mis en mouvement.
Tant que l'esprit et le corps sont occupés
de nouveaux objets , les impressions
qui sont demeurées imparfaites , restent
en suspens , parce que leur exécution
est interrompue par les obstacles qu'y
aportent successivement les nouvelles
opérations du corps ou de l'esprit.
Mais lorsque le sommeil s'empate de
l'homme , le calme succede à toutes ces
agitations , la volonté n'imprime plus
aucun mouvement aux facultés de l'es-
B pric
MERCURE DE FRANCE
prit ni à celles du corps ; et c'est alors
que ces esprits Animaux qui étoient
comprimés par force dans quelque pas .
sage , s'étendent , se dilatent , se portent
vers une partie du corps ou se retirent
au cerveau , et dans cette circula
tion font diverses impressions bizates
sur l'esprit ou sur le corps , et quelque
fois sur l'un et sur l'autre , et de même
des nerfs , des muscles tendus , dont l'action
avoit été interrompuë par un autre
mouvement plus puissant , ne trouvant
plus aucun obstacle, se détendent , ou se
retirent , et produisent quelque mouvement.
Doit - on après cela être étonné si la
plupart des songes sont si extravagans ,
puisqu'ils ne sont autre chose que l'accomplissement
d'operations imparfaites
qui ne sont plus dirigées par l'esprit
mais seulement machinálement , selon
leur position et compression , selon l'agitation
ou le repos , selon le temperae
ment , et les humeurs qui y dominent ;
enfin suivant mille autres accidens de cette
nature .
Ce qu'il y a plûtôt d'étonnant , c'est
que les hommes a yent donné et donnent
encore quelque croyance aux songes les
plus ridicules , qu'ils les regardent comme
JANVIER. 1738.
"
et
me des pressentimens de l'avenir
qu'ils en cherchent l'explication dans
des Livres remplis de superstition.
Cette foiblesse vient de la curiosité démesurée
que l'homme a toujours cûe de
percer l'obscurité de l'avenir : chaque
Nation avoit recherché quelque voye particuliere
de divination : les Grecs avoient
PAlectriomancie , les Romains l'Aruspicie
, les Allemans la Cromniomancie,
et ainsi de plusieurs autres ; mais presque
tous les Peuples , et particulierement
les Chaldéens et les Egyptiens s'atacherent
à l'explication des songes qu'ils regardoient
comme des présages de l'avenir
.
On a vû, il est vrai, un Joseph en Egypte
et quelques Prophetes inspirés de
Dieu, expliquer des songes mysterieux , et
prédire les malheurs dont un Roy , ou
un Peuple étoient menacés .
Mais ces hautes connoissances ne sont
pas données à tous les hommes , et ily
auroit communément de l'imposture , ou
du moins une sotte vanité à se dire inspiré
comme les Prophetes, pour expliquer
les songes
.
L'avenir est un mystere impenetrable
pour l'homme les : divinations , les augures
, les aruspices , les enchantemens ,
Bij lcs
MERCURE DE FRANCE
les présages , et tant d'autres semblables
illusions que l'homme a mises en usage ,
n'ont jamais pû satisfaire sa curiosité , et
n'ont abusé que le vulgaire credule et
ignorant.
Cependant une foule de personnes
très sensées d'ailleurs , ont encore la foi
blesse de croire que les songes sont des
pressentimens de ce qui doit nous arriver.
Un homme voit en songe son ami
de retour d'un voyage , ou malade , ou
mort , ou quelque autre chose qui le
frape ; il y fait attention ; si , par l'éve
nement , il arrive la moindre chose qui
ait raport à ce songe , je l'avois rêvé
vous dit- il , et c'étoit un pressentiment,
En vain éssayeroit-on de le désabuser , il
vous repetera toujours la même chose
vous dira que ses songes ne l'ont jamaistrompé
, et qu'il en a déja fait plusieurs
qui se sont ainsi accomplis.
Il est fâcheux veritablement que le
hazard concoure quelquefois à entretenir
une telle erreur,qui n'est qu'un reste des
superstitions des Anciens et en effet
pourquoi l'homme,qui avec toutes ses lumieres
et sa penetration ne peut- il lorsqu'il
veille, connoître l'avenir ? pourquoi , disje
, seroit- il plus clair voyant pendant le
sommeil , temps où le corps et l'esprit
sont dans l'inaction? On
JANVIER . 1738
II
On doit donc traiter tous les songes et
les pretendus pressentimens , de pures rêveries
dans le même sens , que l'on quali
fie ainsi les idées qui paroissent folles et
extravagantes ; et pour détourner de leur
prejugé ceux qui font quelque atention
aux songes et qui les regardent comme
des pressentimens , il faut les renvoyer
à ce que dit Phavorinus dans Aulu- Gelle.
L'évenement , dit-il , qu'on croit avoir
prevû est heureux ou malheureux. Si
vous êtes dans l'attente sur une idée qui
vous flate et qu'elle ne se confirme point ,
votre impatience abusée vous rend malheureux
; si vous êtes frapé de quelque
chose de fâcheux et qu'il n'arrive pas ,
vous souffrez autant de la crainte quoi
que vaine. Si l'Evenement confirme le
malheur que vous avez prevû , que vous
sert d'en avoir eu plûtôt la nouvelle , si
non à vous chagriner et vous rendre
malheureux en esprit , même avant que
le mal arrive ? Et si enfin l'Evenement
que vous esperiez, arrive en effet comme
vous vous l'étiez promis, il y aura enco
re deux Inconveniens, l'un que l'attente
est mêlée d'une inquiétude qui vous
tourmente sans cesse , et l'autre que
connoissance anticipée vous ôte le plaisir
d'une joye subite et imprévûë.
*
la
Biij Voilà
12 MERCURE DE FRANCE
Voilà , Madame , mon systême sur les
Songes et les pressentimens ; je serai bien
aise de sçavoir ce que vous en pensez ,
en attendant j'ai l'honneur d'être &c.
烏魚
EPITRE
De M. L. Desepmauville à M. Fossard
fils , de Rouen.
D
Ans le fond d'une Etude obscure ,
Où les Rats font leur nouriture
De Sacs , Registres et Papiers ,
Qu'on y voit rangés par milliers.
Dans une dure servitude ,
Aprentif d'un métier bien rude ;
La Chicane exerce mes doigts :
La plongé dans la rêverie ,
Effet de ma mélancolie ;
Combien me suis -je dit de fois
Heureux ceux que de bons Emplois
Qu'une Charge peu fatigante ,
Sans soins , lucrative et constante ,
Dispensent de faire des voeux ,
Au plus riche de tous les Dieux !
C'est du fond de ma solitude ,
Que pour délasser mes esprits ,
D'une
JANVIER . 1738. 71
D'une longue et penible étude ,
En Vers aujourd'hui je t'écris :
Déja je crois t'entendre dire ,
» Un Valet de pied de Thémis
A rimer peut-il être admis
Apollon , sans doute , en veut rîre:
Gher Ami , n'en sois point surpris
Une Déesse ici m'inspire :
De Phébus j'embouche la lyre ,
Et les neuf Soeurs me l'ont permis
Rapelle- toi ce temps de classe ,
Où de Vairvert le digne Auteur ,
Dont Paris est l'admirateur ,
M'introduisit sur le Parnasse ;
Alors de ton étonnement
Tu reviendras facilement ,
En me pardonnant si je rimo.
Enfoui dans un petit sallon ,
Ma table est cette double cime
Q'entoure le Sacré Vallon :
Pour toi mon amitié m'anime ,
Et mon coeur me sert d'Apollon ;
Cecy posé. Changeons de these ;
C'est trop parler par parenthese :
Et puisqu'Ami , voici le jour
Qu'à la Ville comme à la Cour
Chacun fait de grandes dépenses
En complimens , en révérences ,
B iiij E
34 MERCURE DE FRANCE
En Missives , en Billets doux,
Pour souhaiter la bonne année ,
Je veux suivre aussi le bon goût :
Te la souhaitant fortunée ,
Avec une pleine santé ,
Pour goûter la prosperité ;
Car sans santé point d'allegresse ,
Malgré les honneurs , la richesse .
Eh ! que sert d'avoir tant de bien
Quand la santé , qui de la vie
Fut toujours l'ame et le soutien
D'incommodités est suivie ?
Puisse- tu , comblé de bonheur ,
Exempt de procès et de dette ,
D'une santé toûjours parfait e
Goûter à jamais la douceur !
Puisse- tu trouver à la table
Mets délicats , Vin délectable ;
Que Morphée avec ses pavots ,
Pour toi devenant plus traitable
Au lit te fasse un doux
repos !
Puisse la cruelle Atropos
D'or pur filer ta destinée !
Puisse- t'elle dans cette année ,
S'enyvrant de ce divin Jus ,
Qui maintefois fait qu'on bredouille ,
Mettre bas fuseaux et quenouille
Pour sommeiller cent ans et plus !
JANVIBR .
ις 1738.
Et pour de tout point être heureux ,
Que ta Soeur , ma belle Commere ,.
'Ami , te fasse des Neveux-
Plus beaux encor que Pere et Mere !
II. LELTRE de M. d'Ifs , écrite de"
Caen le 5. Novembre 1737. au sujet
des Ouvrages de M. de Thon.
A lettre
Lauer, je vous
LA que
,
je vous adressai , Mondans
le cours du mois de May
dernier , et qui est imprimée dans le second
volume du Mercure de Juin p.
1403. en a occasionné une autre de M.
Le Petit , Lieutenant General de Nemours
, que j'ai lûe avec plaisir dans le
Mercure de Septembre. Je loue le dessein
de l'Auteur , et je lui rends graces des
sentimens avantageux qu'il a pour moi
ainsi que des louanges qu'il donne à
Ouvrage de mon Pere. Le zele que'
nous avons tous deux pour la memoire ,
et pour la gloire de nos Peres ne doit pas
être aveugle ; il doit ceder au grand jour
de la verité. Monsieur Le Petit me l'a
fait connoître ; et pour me disculper auprès
de lui et envers le Public de l'erreur
où j'ai pû tomber permettez moi,
By:
-
M
16 MERCURE DE FRANCE
M. de vous exposer mes raisons.
Je perdis mon Pere , dans un âge où
à peine sçait- on lire ; ainsi il n'est pas
surprenant qu'il ne m'ait pas instruit de
ce qui regardoit la Traduction des Memoires
de M. de Thou : élevé dans la
croyance que tout l'Ouvrage est de lui ,
j'en cherche les Originaux , je trouve un
Manuscrit plein de ratures , contenant
tous les Vers , les Remarques de Mélancton
sur le Poëme à la Posterité , le Testament
de M. de Thou , et plusieurs frag
mens de sa grande Histoire , le tout
écrit , et , selon l'aparence , traduit par
mon Pere ; je ne trouve pas , à la verité
l'original de la Prose des Memoires ;
mais cela ne me paroît pas plus étrange
que la perte de ses autres Ouvrages , dont
on me demandoit inutilement des Co.
pies ; j'entends dire à tous les Amis de
mon Pere , qu'il leur avoit fait present
de sa Traduction , et personne ne m'avertit
qu'il n'en est pas le seul Auteur.
De plus , il semble que lui seul a dédié
le Livre , puisque je trouve ce qui suit
écrit de sa main sur un Exemplaire in-
12. des Mémoires dont dont il s'agit :
Dans l'Edition in 4* . de ces Memoires ,
en trouve dans la plupart des Exemplaires,.
esVers adressés à M. l'Abbé de Thon
17072
JANVIER. 1738 . 17
mon illustre Ami , pour qui je les ai faits.
Digne Heritier d'un Nom toûjours cher à la
France ,
Accepte ce tribut de ma reconnoissance ;
De ton illustre Ayeul je t'offre le Tableau ,
Que lui-même a tracé d'un fidele pinceau ,
Monument éternel d'une vertu parfaite :
Charmé de ses Ecrits , je lui sers d'interprete
Et veux renouveller pour le bien de l'Etat ,
L'image d'un integre et sçavant Magistrat ,
D'un zelé Défenseur des droits de sa Patrie ,
Et d'un Historien qui hait la flaterie.
Que de son nom par tout à bon droit si vanté¿
Dont tu soutiens l'éclat par ton integrité ,
Puisse à jamais durer l'honorable memoire !
Puissent les faux dévots , ennemis de sa gloire ;
Aux traits de sa candeur se laisser penétrer !
Mais c'est souhaiter plus , qu'on ne doit esperere
,
Qu'aurois-je fait ? je pris cela pour
des preuves , et sur ce fondement je
vous écrivis M. Aujourd'hui M. Le
Petit reclame le bien de M. son Pere
, cela est juste ; et je conçois aisément
qu'il peut avoir des raisons plus
sûres que celles que j'ai eiies . Ma
Mere à qui j'ai parlé sur ce sujet , m'a
dit qu'elle n'a jamais entendu dire à mon
Pere , qu'il n'eût pas traduit la Prose , et
Bvj qu'elle
18 MERCURE DEFRANCE
qu'elle n'en avoit aussi rien apris de
M. Le Petit qu'elle voyoit fort souvent
à Paris , et dont elle m'a parl
avec éloge.
Malgré tout cela , je ne m'opose point
à la demande de M. son Fils : je
n'ai que des présomptions , et je sens
qu'il peut avoir des preuves. Je me ferai
toûjours une gloire de ceder en pareille
occasion ; tout homme peut s'égarer , en
prenant la lueur de l'aparence pour la
lumiere de la verité. Au reste je devrois ,
pour répondre aux louanges et à la poli
tesse de M. le Lieutenant General de.
Nemours , loüer ici sa iettre , et lui faire
compliment sur la beauté et sur la fidelité
de la Traduction de M. son Pere ;
mais je ne serois que l'écho du Public :
j'aime mieux l'assurer que j'ai bien du
regret de n'être pas à portée de continuer
avec lui la liaison qui étoit entre
nos deux Peres ; mon estime cependant
franchit la distance des Lieux.
Nous voici donc deux à suplier Mrs
les grands Traducteurs de M. de Thou
de ne pas oublier leurs inferieurs et leurs,
anciens dans leur nouvelle Edition , et.
de ne leur pas refuser une petite retribu
tion de gloire Litteraire. Je suis &c .
QDE
JANVIER. 1738. 19
O DE
Contre les Poëtes obscénes ..
Quelle secousse inopinée ,
It quels affreux mugissemens !"
Sous mes pieds . la Terre étonnée
Tremble jusqu'en ses fondemens.
Fuyons ... mais ô Ciel ! je découvre
Le sombre Tenare qui s'ouvre ,
Et qui sur le Pinde allarmé ;
Parmi des tourbillons de Aammes
Vomit , pour la perte des ames ,
Un Monstre dans son sein formé..
Auguste Mont , séjour sublime
Da Dieu des Vers et des neuf Soeurs »
Je vois déja ta double cime
En
proye
L'audace
au regard
impudique
à toutes ses noirceurs ;
L'effronterie au ris lubrique ,
Précedent ses pas redoutés ;
Et les crimes les plus funestes ,
Les adulteres , les incestes ,
Somt en désordre à ses côtés.
2
Arrêtez
20 MERCURE DE FRANCE
Arrêtez , quelle indigne yvrese
Transporte vos coeurs insensez ?
Favoris du Dieu du Permesse ,
Ce Monstre affreux , vous l'encensez
C'est peu , sacrileges organes ,
A chanter ses dogmes profanes,
Vous avilissez vos accords.
Faut-il , Troupe vouée aux crimes ;
Pour immortaliser vos rimes ,
Immortaliser vos remords ?
C'en est fait , sourds à mes allarmes ;
Mes cris pour eux sont superflus ;
Vaincus par d'invincibles charmes ,
La raison ne les touche plus ;
Lâches préconiseurs des vices ,
Is rendent les Muses complices
De leurs frenétiques transports
La pudeur fuit épouvantée ,
Et de l'Hipocréne infectée ,
Les yeux baissés ; quitte les bords .
*
Comment du trop tendre Tiballe
Fille du Ciel , chaste Pudeur , -
Comment de l'obscéne Catulle ,
Souffrit l'aspect empoisonneur ?
L'impudicité les inspire ,
Ba
JANVIER 1738 28
La molle Volupté respire
Dans leurs Ecrits licentieux ;
Le crime chés eux n'est plus crime ;
L'Amour est la vertu sublime ,
Qui rend l'homme semblable aux- Dieuxă-
*
Près d'eux l'ingénieux Pétrone
Par un atticisme effronté ,
Egaye , embellit , assaisone ,
Et fait goûter l'impureté ;
Juvénal dans ses Vers ciniques ,
Mêle des images lubriques ,
Que l'oeil ne peut voir sans remords ,
Armé de sales Epigrammes ,
Martial , dans les jeunes ames
Porte d'inévitables morts.
Non moins funeste , de Corine
Voluptueux adorateur
Ovide , du feu qui le mine
Répand le poison séducteur 3
profane , il rend odieuse
Cette voix si mélodieuse
Dont il chanta les Immortels
Inventeur d'un Art détestable ,
Laisse ta Morale exécrable ,
Le vice n'a que trop d'Autels.
IT MERCURE DE FRANCE
Je vois Horace ! tel qu'un chêne
Entre de jeunes arbrisseaux ,
Ii s'éleve aux bords d'Hipocréne
Au-dessus de tous ses Rivaux;
I part , il vole ; Aigle intrépide ,
Jusqu'aux Cieux , d'une aîle rapide
Il s'élance dans ses transports ;
Il touche la Lire , il enchante
Par la majesté ravissante
De ses harmonieux accords.
Mais qu'entens -je ? ô pudeur ! ô crime
Ciel ! quels accens luxurieux ?
Quel démon l'obsede et l'anime a
Est-ce là le Chantre des Dieux ?
Sublime , rien n'est comparable
A la grandeur inimitable
De ses héroïques Chansons ;
Sale et lubrique , rien n'égale
La contagieuse Morale
De ses abominables sons.:
*
O tenebreuse idolâtrie ,
Source inépuisable d'erreurs } ,
De ton infernale furie ,
Voilà les pieuses horreurs :
Ceux à qui tu dressois des Temples ;
Authorisoient
JANVIER . 1738 . 23
Autorisoient par leurs exemples
Les vices les plus monstrueux ;
Pouvoient - ils n'être pas coupables
Ces Adorateurs déplorables
D'un Jupiter incestueux 2
*
La Foi , dans ces sombres ténebres
Porta son celeste flambeau ;
Aussi-tôt à ces nuits funebres
Succeda le jour le plus beau
Alors dans le fonds des abîmes
Fut replongée avec les crimes ,
L'aveugle superstition ;
L'Univers a changé de face ;
Un nouveau culte a pris la place
De l'idolâtre illusion .
1
395
La pudeur n'est plus fugitive à
Le Permesse est purifié ,
Et le vice enfin sur sa rive
Cesse d'être déifié ;
Mais non , par le Christianisme ;
Qui le croiroit le Paganisme-
Est proscrit sans être abatu ;
L'Amour est encore l'idole
A qui tous les jours on immole
Et l'innocence et la vertu
L'aperçois
24 MERCURE DE FRANCE
J'aperçois sortir d'Ausonic
L'Ecrivain le plus empesté.
Od vas - tu ? quelle est ta manie
Vil Héros de l'obscénité ?
Tu ne vomis que des ordures ,
Tu n'étale que des postures
Dont l'oeil confus est révoltés
Par toi la Nature soüillée ,
Frémit de se voir dépouillée ,
Et rougit de sa audité.
*
C'est sur la malheureuse trace
De ton impudent Apollon ,
Que l'imitateur de Bocace
Entra dans le sacré Vallon ;
Parmi les Jeux qui l'amuserent
Il chanta ces Vers qui causerent
Et sa gloire et son repentir ;
Heureux repentir ! triste gloire !
Qu'un grand nom paroît illusoire
Quand le remords se fait sentir !
*
Quelle foule licentieuse
D'Auteurs presque tous inconnus ;
D'une table voluptueuse ,
Passent dans les bras de Venus ?
Là , livrés à d'indignes flammes ;
JANVIER. 1738.
25
Ils chantent ces Couplets infâmes ,
Qui bien-tôt répandus par tout
Sans cesse par échos raisonnent
Et du Monde qu'ils empoisonnent
Volent de l'un à l'autre bout.
*
Moi même au feu de ma jeunesse
Triste jouet des passions ,
De cette erreur enchanteresse,
J'ai suivi les impressions ;
Ces airs ( ô souvenir funeste ! )
Ces mêmes airs que je déteste¿
J'ai sçû trop bien les imiter &
Pour expier mes premiers crimes ;
Puissai-je , ô trop coupables Rimes ;
De tout mon sang vous racheter !
J; A. M. d'Arrasa
SECONDE
27 MERCURE DE FRANCE
SECONDE LETTRE de M... sur te
Livre de M. l'Abbé Georgi , Bibliothéquaire
de M. le Cardinal Imperialis, intitulé
de Liturgia Romani Pontificis , &di
P
Our continuer , M. à vous rendre
compte de ce que j'ai remarqué
dans le Livre de M. l'Abbé Domini
que Georgi sur les matieres Liturgiques,
j'aurai l'honneur de vous dire que dès le
commencement PAuteur fait beaucoup
valoir les plaintes du Pape S. Innocent
contre les Eglises de tout l'Occident ,
qui observoient des Rits differens de ce
qui se pratiquoit à Rome. On auroit
de la peine à croire le fait , si ces plain
tes ne les réalisoient suffisamment. Les
siecles d'où l'on sortoit avoient cependant
été templis de Prélats qui respect
toient le Siége de Rome : comment
avoit-il donc pû arriver qu'ils eussent enseigné
dans leur Eglise un autre Rit que
celui qu'ils avoient vû pratiquer dans cette
Capitale ? Il faut croire que le Rit
Romain n'avoit encore rien de fixe
quand les premiers Evêques arriverent
en differens endroits des Gaules et de
l'Espagne
JANVIER 1738. 27
l'Espagne &c. Le Canon n'étoit pas surement
composé ; ainsi la Piece la plus
essentielle n'étant pas encore arrêtée ,
chaque Evêque pouvoir varier; S.Gregoi
re le Grand parut aimer davantage la va
rieté lorsqu'il enseigna à S. Augustin d'Angleterte
de ramasser tout ce qu'il trouveroit
, même ailleurs qu'à Rome , qui fût
édifiant et pieux. Mais continuons à remarquer
ce qui frape le plus , à certain
égard , dans le livre en question.'
Pag. 40. M. Georgi a raison de refuter
le Pere Hardouin sur la signification
du mot Sancta employé dans le neutre ,
et il lui aprend par un endroit de Gre
goire de Tours que pour signifier la
Ste Eucharistie , on s'est servi aussi bien
du mot Sanctum que d'un autre terme.
*
II expose à la page 66. les sentimens
de Mrs Valois et Ducange , et du Pere
Ruinart , touchant l'origine du nom Salatatorium
donné au Secretarium . Il ne
veut pas avec eux , que ce nom de Salutatorium
vienne de ce que les Fideles
accouroient en ce lieu saluer les Evêques
avant qu'ils montassent à l'Autel pour
se recommander à leurs prieres et leur
parler d'affaires d'Eglise ; M. Valois
De gl. Mart, f.
avolt
28 MERCURE DE FRANCE
avoit employé parmi ses preuves un endroit
de Constance dans la vie de S.Germain
et M. Georgi lui fait voir quil
sagit là d'un salut que l'Evêque faisoit
solemnellement au Peuple dans l'Eglise
même ; mais il se donne mal- à- propos la
torture au sujet de l'Auteur de cette vie .
il est obligé d'avouer bonnement qu'il
ne sçait de quel S. Germain Constance a
écrit la vie. L'Auteur pouvoit consulter
Surius au 31 Juillet, et comme le nom de
Germain n'est pas fort commun parmi les
Evêques , il auroit vû que ne s'agissant
ni de S. Germain de Paris , ni de celui de
Constantinople , ni de celui de Capoüe,
il est question en cet endroit de S. Ger-.
main Evêque d'Auxerre, M. Georgi
n'oubliant presque jamais de raporter les
differens sentimens sur les Etymologies
des noms , ou sur leurs significations ,
fait remarquer encore à la page 72. que
Savaron et le Pere Sirmond ont expliqué
differemment le mot Receptorium employé
par Sidoine Apollinaire. * A la
page 79. il raporte une explication du
mot de Tripodium employé dans un ancien
Rituel de S. Martin de Tours , cité
par le Pere Martenne ; c'est celle de Bo
* Lib. s. Ep. 17.
nannius ;
JANVIER. 1738, 29
nannius, qu'il dit avoir entendu par là un
Fauteuil.
Le Pere Martenne ayant avoué de bon .
ne foy qu'il n'entend pas ce mot , M.
Georgi croit en donner une explication
suffisante en l'interpretant par legile , qui
signifie un petit Pupitre ou Lutrin sur
lequel on lisoit les Epitres et les Evangiles
au Jubé mais quoiqu'il ait assés
aproché du sens de ce terme , il n'a pas
rencontré juste , parce qu'il ne s'agit pas
là d'un Pupitre ; le Rituel veut plûtôt
parler en cet endroit d'un voile long de
trois pieds , ou d'un morceau d'étoffe en
forme de tapis qu'un Ecclésiastique portoit
au Jubé solemnellement , mêlé avec
les autres qui précédoient l'Evangile ;
lequel petit tapis servoit à couvrir le Pupitre
ou Lutrin qui ne sortoit point du
Jubé. Il faut donc entendre par ce Tria
podium des Livres de Tours , la même cho
se que par Tapedium dont se sert S. Isidore
dans ses origines liv. 19. c. 26. Et
si M. Georgi fût venu en France et qui'l
eût passé par Auxerre , ily auroit vû le
tapis de trois pieds ou environ de longueur,
porté par un jeune Clerc avec solemnité,
lorsque le Diacre monte au Jubé
pour y lire l'Evangile , soit à la Messe ,
soit aux Saluts du soir. Au moins , faute
de
30 MERCURE DE FRANCE
de ce voyage , il auroit pu s'instruire par
le Voyage Liturgique du Sieur de Moleon
où il y en a un mot à la page 158.
L'Auteur avoit passé par cette Ville dès
la fin du siécle precedent.
La discussion que M. Georgi fait p . 230.
des differentes opinions sur l'antiquité
de la Mitre Pontificale , est un des bons
morceaux de son Ouvrage , mais qui
manque d'un petit suplément sur les
Mitres des Chanoines , tels que ceux de
Lyon , Mâcon &c. Il releve page 239.
M. Ducange et M. Bocquillot qui ont
parlé de cet ornement , comme si les
Cardinaux eussent cessé de s'en servir ,
quand le Chapeau rouge leur eût été
assigné au Concile de Lyon de l'an 1245.
Mais aussi de son côté , lorsqu'il entre
prend page 242. de parler de la Couronne
apellée Regnum envoyée par Clovis, il
se tire mal d'affaire , faute de sçavoir la
veritable année de la mort de ce Prince.
M. Georgi après avoir employé sa premiere
, partie à parler de tous les ornemens
dont le Pape est revêtu quand il
officie , et de ces ornemens , entant qu'ils
sont devenus communs aux Evêques , et
même une partie d'entr'eux aux Ordres
inférieurs ,s'étend, dans la seconde partie,
sur l'origine de l'usage des ornemens
Pontificaux
JANVIER. 1738. 31
Pontificaux par les Abbés , sur l'antiquité
du Surplis , sur celle de l'usage des
matieres précieuses pour les ornemens ,
et sur celui d'y représenter des figures et
des Images , finit par cinq Chapitres sur
l'usage des couleurs. Ces derniers Chapitres
contiennent beaucoup de témoignages
comme anciennement en se servoit
d'ornemens blancs , rouges , pourprés
, violets , verds , et bleus.
Il falloit bien en effet que les étoffes
fusent de quelque couleur ; le nombre
en étoit même plus varié qu'il ne semble
le croire ; et avant Innocent III . qui
paroît avoir rendu uniformes à Rome les
differens ornemens et paremens d'une
même solemnité , la varieté y étoit plus
grande auffi bien que la liberté de diversifier
dans une même Fête , c'est ce quia
été retenu en plusieurs Eglises de France
ainsi qu'on peut voir dans le Pere Mar
tenne et dans le voyage Liturgique de
M. de Moleon. Si M. Georgi produit des
Peintures , témoignages qui prouvent
qu'un même Ministre sacré avoit une
étole ou une Dalmatique d'une couleur ,
et les autres ornemens d'un autre couleur,
il peut bien croire qu'à l'Autel il en
étoit souvent de même avant qu'on
se fût imaginé qu'il étoit mieux qu'à une
seule
>
C
32 MERCURE DE FRANCE
seule et même Fête , une seule et même
couleur frapât la vûë. La Table de
l'Autel étoit souvent parée d'un ornement
d'une couleur , et le contour
de l'Autel , c'est à- dire , les rideaux ,
étoient d'une autre couleur. Ces varietés
qui sont des choses arbitraires sont conservées
en plusieurs Eglises de France.
Ce n'est que dans les derniers siecles
qu'on a rendu si uniformes en couleur
les habits des Ministres avec ceux du
Celebrant , et ceux des Choristes , ou
Chantres avec ceux de l'Autel . Peut - être
que le goût oposé à la varieté fera un
jour orner un même Clergé quoique
très nombreux d'une même piéce d'étoffe,
c'est- à- dire, d'une piece travaillée dans
le même goût ; mais je prévois, sans trop
de penetration , qu'indubitablement cette
sévere uniformité ou unité d'ornemens
ne poura pas être de longue durée.
Comme j'ai fait des observations sur
la premiere partie par raport aux fautes
qui ont échapé à M. Georgi lorsqu'il
voulu parler de l'Eglise d'Auxerre dont
je sçais ,un peu l'Histoire,je continuërai à
en faire quelques- unes sur la seconde
partie. Il se trompe , par exemple à la
page 387. lorqu'il atribuë à l'Eglise Abbatiale
de Saint Germain d'Auxerre le
passage
JANVIER 1738. 33
*
passage de la vie de l'Evêque Gauldric
qui commence par ces mots : Nam suce
rum temporibus prædecessorum beato Germano
viro Apostolico nobilis ibi relucebat Basilica.
Il n'est point question en çet endroit
d'aucune Eglise de la Ville d'Auxerre
, mais d'une Eglise de la Ville de
Varzy, éloignée de douze lieuës , laquelle
étoit sous l'invocation de S. Germain .
C'est de ce Lieu qu'il faut entendre l'ibi
de l'Historien et non pas du Monastere
de la Ville Episcopale , M. Georgi auroit
pû lire un peu plus haut et il auroit vû à
quoi cet ibi se raporte,
Je laisse à d'autres à examiner si ce
qu'il a écrit dans ce dernier Ouvrage
touchant la Chappe Papale est fort propre
à prouver ce qu'il s'est proposé de
prouver dans sa Dissertation imprimée
Rome sur l'usage de la couleur noire
et violette ; on assure néanmoins qu'en
vertu de cette Dissertation l'on a fait
quiter au Souverain Pontife qui étoit
alors Benoît XIII . l'usage de porter en
certain jours et en certaines cérémonies
la Chappe rouge à longue queue , ancien
ornement affecté à sa dignité.
Depuis que j'ai fini cet Extrait , on m’a
fait voir le quatriéme Tome d'Anastase
* Bibl. Labb. T. 1. p. 443.
Cij
le
34 MERCURE DE FRANCE
le Bibliothequaire imprimé à Rome en
1735. Les Prolegomenes qui l'accompagnent
remplissent une bonne partie du
Volume : celui qui tient le second rang
m'a parû le plus digne d'attention ; c'est
le Sacramentaire de S. Leon , Pape , tiré
d'un Manuscrit du Chantre de Verone ,
qui a mille ans. J'y ai vû de très belles
Oraisons , et un grand nombre de Préfaces.
Il y a lieu d'esperer que les Eglises
de France , qui n'ont pas encore
achevé la révision de leurs Missels , profiteront
d'un morceau si excellent. C'est
dommage que le Manuscrit n'ait pas
conservé l'Ouvrage en entier.
PIETAS IN PATREM IMPIA,
sive ELECTRA.
Æ
GYSTHI manibus muliebri fraude
peremptum
Urgebat mostis genitorem Electra querelis ;
Non illam terrere minis crudelis adulter ,
Non monitis cohibere soror , non improba
mater
Mollibus aut duris potuit compescere verbis.
Illa diu noctuque gemens implebat amaris.
Questibus aspersos
infandâ cæde penates ;
Nunc
JANVIER . 17388
Nunc amplexa sui bustum miserabile patris
Inferiasque ferens , patrios exire sepulcro
Hortatur Manes , dignasque à Conjuge poenas
Sumere , et Ægysthum raptis expellere regnis
Nunc procul aspiciens et moesto lumine Calles
Observans qua sit frater rediturus ad Argos
Phocidis è terris absentem implorat Orestem
Huc , ait , extremis per nos erepta periclis
Huc superet modo vita , redi , dulcissime Frater
Si bene mens numerat , quos ægra in luctibus
annos
Exigo , quos longè patriis à finibus absens
Exigis , illa tibi venit jam firmior ætas :
Quâ miseræ valeas solatia ferre Sorori ,
Ulciscique Patrem , quæ te nunc causa moratur
Ocyus ergo veni , sed sic properare memento
Ut cautus venias , reducem ne callidus hostis
Opprimat , et geminâ funestet cæde penates.
Ah ! mihi si fratrem rapiat perjurus adulter
Quæ fortuna manet , sublato fratre , sororem ?
Sic ait , et votis opponens vota , veretur
Ne properet nimium , modo quem properare
jubebat.
Ah ! quibus aspersit mendacem fletibus urnam ,
Et fictos cineres fallax quos nuncius olli
Detulit , ut reducem meliùs simularet Orestem &
O quales hausit trepido sub pectore sensus
Lætitiæ , cum se lugenti funera Patris
Ciij Vivus
6 MERCURE DE FRANCE
Vivus et incolumis , longo post tempore frater
Obtulit , ignotosque dedit cognoscere vultus !
O quibus exhibuit verbis Agamemnona ferro
Mactatum ancipiti , et verba inter singula
tristes
Effundens lacrymas fletus excivit Oresti ,
Qui sibi tunc iterum patrem rediisse cadentem
Visus , et audito concepit vulnere vulnus !
Nunc Electra sile , satis est in cæde paternâ
Quod soror et frater maduerunt fletibus ambo
Ulteriusne tende , dolor si spernit habenas
Quæ pia visa priùs poterit scelerata videri.
Non silet , at lacrymis ardet miscere cruorem
Dumque parat juvenis , materno funere funus
Ulcisci patrium , dum se regalibus infert
Adibus , et vanis implentem tecta querelis
Ense petit matrem servat soror impia limen ;
Et fratrem stimulis titubantem instigat acerbis.
Percute , ait , scelus est miserescere , percute
frater ,
>
Imperiis paret nimis obsequiosus Orestes ;
Bis scelerata cadit , geminato crimine Mater
Voce soror , gladio frater percussit ; uterque-
Dum pius esse cupit factus pietate scelestus.
C. P
LETTRE
JANVIER. 1738
37
LETTRE de M. Liger , Commis au
Bureau de la Guerre , écrite à M. Des
Barbalieres , sur sa Réponse inserée dans
le Mercure de Juillet 1737. à une Question
proposée dans celui d'Avril préce
dent.
E n'ai point été surpris , Monsieur ,
de la Réponse que vous avez faite à
la Question inserée dans le Mercure d'Avril
dernier ; mais avant que d'examiner
si elle est proposable ou non , je dois
vous en faire l'histoire .
Je' me trouve souvent avec un hom
me qui a du bon sens , peu , pour ne pas
dire point d'Etude , et un peu de lecture
, mais fort apliqué aux choses qu'il
entreprend de pénétrer. Quelques axiomes
de Physique proposés dans la conversation
, mirent de telle sorte la discorde
entre nous , que nous eûmes besoin
d'un tiers pour nous accorder . Ce
tiers trouvé , et ayant décidé ( comme
vous , Monsieur , réputé mon ami , il
fut taxé de complaisance ; le Juge et
moi piqués d'un tel attentat contre notre
candeur , nous le fimes consentir à
C iiij faire
›
38 MERCURE DE FRANCE
faire inserer la Question dont il s'agit
dans le Mercure. Aujourd'hui qu'il faut
adhérer aux sentimens de trois contre un ,
sur tout du vôtre , qui ne peut être suspect
, et enfin annuller la question ou la
soûtenir , après un assés long silence ?
voici la réponse qu'il nous a faite .
» Je vais vous parler François , dit- il ;
» M. Des Barbalieres nie d'abord le su-
» posé de ma Question ; ensuite ii tâche
» de l'anéantir par l'hypothese des Tour-
» billons , et àla fin il dévelope claire-
» ment la Question , et la trouve proposable.
La verité simple l'emportera tou
>> jours sur la force des raisonnemens , qui
» ne l'ont pas pour principe.
»
Je fonderai donc mon hypothese sur
des verités connues qui serviront à en
» déveloper d'autres. On a long- tems
>>suivi les anciens systêmes, à present les
» modernes ont pris le dessus , c'est pour-
» quoi je ne m'apuyerai sur aucun Auteur
» et ne ferai point de citations , c'est un
embaras de moins .
» Les Tourbillons sont à la mode , mais
>> en France les modes ne durent pas
long. tems. Vous seriez bien étonné , si
» dans quelques années la Terre reprenoit
» sa place au centre de l'Univers , et
» d'entendre dire à tous les Philosophes ;
Ce
JANVIER. 1738. 39
Ce n'étoit effectivement qu'une chimère
» que ces Tourbillons ; à quoi pensoit on
» pour simplifier les choses et les éclair
» cir , de multiplier à l'infini les em-
» baras ?
» Après ce Préliminaire , il me fit sou-
» venir que je lui avois souvent parlé de
» la Physique de Rohaut, et que cet Au
» teur n'avoit pas donné son systême commeune
chose certaine, dont les principes
» fussent indubitables ; en un mot, com-
» me ayant rencontré les vrais moïens
» dont Dieu s'étoit servi pour former et
» arranger l'Univers , mais seulement
» comme ce qu'il pensoit de plus spe-
>> cieux , de plus suivi , et qui lui sem-
» bloit rendre le mieux raison des apa-
» rences des mouvemencs celestes , ce
que chaque Auteur dit en sa faveur
» ainsi il n'est pas plus certain que les
autres. Je suis donc en droit et très-
» libre de me faire une Physique à mon
» gré. Les tourbillons roulans lui ont
» servi , comme à vous , d'apui et de
>> toutes sortes de preuves ; mais ayant
» reconnu que ce systême a des principes :
incertains comme les autres , je donne
pour base au mien une verité antece-
» dente à toutes les suivantes qui n'en
seront que les branches .
Cy Jo
40 MERCURE DE FRANCE .
"
» Je commence donc à poser pour
principe fondamental , qu'il y a eû au
» commencement un cahos universel ou
» melange parfait de tout ce qui est, ex-
» cepté Dieu seul , non pas par tour-
» billons qui ne furent jamais et qui ne
» sont point , car en les suposant exis-
» tans aujourd'hui , il faut aussi les supo-
» ser de toute éternité.
>>» Or , si les Tourbillons ont toujours
» subsisté , chacun d'eux a produit , l'un
» le Soleil à son centre , l'autre la Lune ,
» Pautre la Terre , ainsi des autres , mais
» je vois évanouir les tourbillons par cet-
» te raison qu'en les suposant à present
» et nécessairement de toute éternité ,
» ce.n'étoit pas un cahos sombre et tene-
» breux , une décomposition generale ,
» mais un monceau de differens globes ,.
» comme un tas de pierres de differente
» nature , de chacune desquelles Dieu
» auroit fait un Globe de matiere qui au-
» roit à son centre un autre Globe infini
» ment moindre , composé de la substan-
» ce colorée et épaissie ou condensée du
» même tourbillon , ce qui ne se peut
» absolûment, parce qu'en établissant d'a--
» bord le cahos comme un amas de
" tourbillons , c'est établir une infinité
d'espaces vuides entre ces tourbillons ,
,
ce
JANVIER 1738 . 41
ce qui est contraire au plain que l'on
» reconnoît pour constant dans la na-
» ture .
» Je ne crains pas que vous me supo-
» siez une matiere qui remplisse tous ces
» vuides , car vous ne sçauriez l'admetre
» que vous n'abandonniez totalement les
» tourbillons , même le cahos de tourbil-
>> lons qui ne pouroit avoir lieu non plus
que le simple que vous ne pouvez nier.
» Comment de bonne foy voulez vous:
» faire tourner vos tourbillons ? il faut
» nécessairement du vuide entr'eux pour
» qu'ils tournent sans se toucher , car
» le frotement rallentira d'abord le mou-
>>>vement et enfin l'arrêteroit tout à fait ,
» ou bien les extrémités des tourbillons-
» s'useroient d'abord et se détruiroient insensiblement.
Si vous ne voulez point
>> de vuide , quelque délicate que soit
>> une matiere inventée pour les faire na-
» ger dedans , elle aprochera de bien
» près de la nature de l'air et nous sçavons
» combien l'air resiste au mouvement.
» D'ailleurs suposant le vuide , ou cette
» matiere délicate , si les tourbillons ne se
» touchent pas dans leur tour , ils se dé-
» rangeront de la route réguliere , ce
» qui est un accident indubitable de ces
deux supositions , car ce qui fait un
Cvj mouvement
42 MERCURE DE FRANCE
99
,
» mouvement régulier , c'est un certain
» point d'apuy , dont les corps mouvans
» ne peuvent s'écarter , ce qui est incom-
» patible avec les tourbillons. Vous ne
» voudriez pas pousser les choses , jusqu'à
soutenir que les tourbillons sont
» tellement ( par la facilité de leur ma-
» tiere fluide ) entremêlés ensemble:
qu'ils ne laissent aucun vuide car je.
» ne connois point d'homme assés entre-
» prenant pour vouloir persuader que les.
» tourbillons ainsi mêlés fort avant les
>> uns dans les autres , puissent tourner ;;
» d'ailleurs quand cela se pouroit , voilà
» une infinité de matiere doublée en une
» infinité d'endroits , ce qui ne se peut
» par la raison que le vuide ne pouvant
» être admis , le double plein n'est pas plus
» admissible .
•
» En voilà assès pour cette fois , re-
» mettons une plus ample preuve du :
» néant dés tourbillons à une autre con-
>> versation .
Vous voyez , Monsieur
, par ce recit
fidele que nousavons besoin de votre se
cours pour faire connoître
à cet obstiné ,.
la réalité des tourbillons
..
J'oubliois de vous dire qu'il se roidie
Bien fort contre la faculté que vous donnez
à la pesanteur de l'air , il ne peut pas :
goûter
JANVIER. 1738. 43
goûter que les colonnes de l'air nous
tiennent comme attachés à la Terre ;
aussi bien que toutes les parties qui la
composent, et il souffre encore plus impatiemment
que vous souteniez que la
pesanteur de l'air soit la seule cause de
l'effort que nous faisons , lorsque nous
voulons soulever une masse de matiere
ou corps solides , il dit que M. Des Bar
balieres fasse donc attention que s'il
donne de la pesanteur à l'air ( qu'il ne
peut pas nier être un fluide très délicat et
dans lequel tout nage avec une facilité
et une aisance incroyable ) il n'en peur
refuser à l'eau une plus considerable , et
peut- il disconvenir qu'une pinte de sable
ne soit plus pesante qu'une pinte
d'eau , enfin qu'un pareil volume de
plomb ne soit plus pesant que cette mesure
de sable ? pourquoi ces degrés de
pesanteur , ne viennent- ils pas de la con
densation de la matiere et de la rareté de
l'air et de l'eau , même du feu dans un
solide , ce qui le rend plus pesant que :
Fair ?
Il faut convenir qu'il est vrai et incontestable
qu'un volume de plomb est:
naturellement ou physiquement plus'pesant
en soi qu'un pareil volume d'air ::
orde cette verité il resulte que la pesan
teur
44 MERCURE DE FRANCE
teur n'est pas immédiatement causée par
l'oposition de l'air seulement , qu'elle
n'est pas aussi le propre de la matiere
mais bien le propre de l'assemblage plus
ou moins serré des parties de la matiere.
Douze parties désunies pesant une livre
chacune , réunies en un Volume font un
corps de douze livres pesant , et si l'air
est capable de poids , à toute rigueur il
ne peut augmenter qu'imperceptiblement
le poids de ces 12 liv. mais non pas >
l'e causer.
En considerant cette hypotése, plus de
tourbillons , car nous voyons par les
verités qui la fondent , que la véritable
cause de la pesanteur vient positivement
de ce que les parties des corps solidess
sont pressées les unes contre les autres
d'une telle maniere qu'elles ne peuvent
plus se mouvoir , en sorte qu'une masse
de pierre ou autre chose, ayant toutes ses
parties serrées et en arrêt , ne pouvant
avoir que du repos , il faut faire effort à
proportion de la quantité de l'amas et
de sa condensation pour mouvoir toute
la masse à la fois , au lieu que l'air est
d'autant plus leger qu'il est fort divisé ,
c'est-à-dire , que toutes ses parties sont
tellement separées les unes des autres
qu'il est toujours en mouvement, et que
par
JANVIER. 45 1738.
1
par cette raison , c'est un fluide incompárablement
plus délicat que l'eau et qui
pese infiniment moins, pour ne pas direabsolument
rien du tout. Cette séparation
de parties causant le mouvement est
la véritable cause de la legereté.
La bougie dans une lanterne , non seu
lement ne s'éteint pas dans l'air le plus
agité , mais même a tout son effet tranquilement
, cela seul prouve que le
moindre toît empêche ou diminuë proportionellement
l'action de l'air , ainsi
la comparaison du Barometre ne sert à
rien , sa variation ne provenant que de
la communication ou mêlange de l'air
avec l'eau plus ou moins, qui le rend plus :
ou moins lourd , ensorte qu'on pouroit
dire que l'air n'a aucune pesanteur , mais
plûtôt un ressort ; et peut être pourai - je
vous démontrer quelque jour qu'il n'a ni
l'un ni l'autre.
De la façon dont je vois notre homme
à la Question , déterminé, je crois , Monsieur
, si vous voulez vous lier avec nous
pour le convaincre qu'il est dans l'erteur ,
qu'il faudra aller pied à pied avec lui , et
commencer, si ce jeu vous plaît, par con--
venir du cahos , ou le rejetter , afin de
sçavoir ce qu'il a à nous dire là dessus ,,
je suis Monsieur & c.
”
AVersailles le 4 Décembre 17.37%
46 MERCURE DE FRANCE
MADRIGAL
L'A'Ammoouurr a réuni nos deux coeurs sous sa Loi
Et votre bouche enfin n'en fait plus un mistere g
Trop scrupuleuse Iris , s'il est ainsi , pourquor
Eres vous donc toujours à mes voeux si con→
traire ?
D'une folle legereté
Vous semblés redouter l'outrage;
Mais mes sermens , ma probité ,
Deux ans de soins et d'esclavage
D'un Philosophe la vertu ,
Le favorable témoignage
Que de moi l'on vous a rendu ,
De votre coeur l'heureux suffrage ;
Et plus que tout votre beauté ,
Vous repond - elle pas de ma fidelité
Ah! Si vous connoissiez la trempe de vos armes
Vous ne sentiriés pas de si vaines allarmes.
Tous les jours mille Amans , par leur manque
de foi ,
Des objets les plus beaux tirent , dit - on , des
larmes ;
Mais ont- ils , ces objets , ' autant que vous de
charmes ,,
Et leurs Amans sont- ils aussi tendres que moi ?
LETTRE
JANVIER:
1738. 47
LETTRE écrite par M. le Beuf,
Chanoine d'Auxerre
à M. Fenel ,
à Monts
Chanoine de Sens , au sujet d'une Ar
tiquité reconnue depuis peu
martre, proche Paris.
V
Ous avez eû la bonté , Monsieur
de me faire part des découvertes
d'Antiquités qui ont été faites en 1736.
dans les murs de votre Ville ; il est juste
qu'à mon tour je vous entretienne de
celles que l'on trouve ici. Il n'est pas
possible que quelques Voyageurs, n'ayent
déja divulgué chés vous qu'on a trou
vé , depuis peu de jours , à Montmartre
d'anciens Edifices , des souterrains , des
caveaux , des conduits qui vont bien
loin , des Cabinets pavés en Mosaïque,
des grillages , des coffres de fer ; voilà
les bruits que l'on seme dans cette Ville ,
et auxquels les Gens crédules , qui sont
ici en bien plus grand nombre qu'ailleurs,
ajoûtent foi.
Je n'ai pas été de ce nombre ; mais
ces bruits populaires m'ont seulement
rapellé ce que j'ai lû dans la Chronique
de Frodoard , Chanoine de Rheims au
2
X.
48 MERCURE DE FRANCE
*
X. siécle , et que j'ai mis en 1736. dans
ma Dissertation sur l'Etat des Sciences
en France depuis Charlemagne jusqu'au
Roy Robert , dans l'article de la Physique
, sçavoir , » Qu'en l'an 944 on priť
»pour une opération de démons habillés
en Cavaliers , un Ouragan ex
» traordinaire qui arriva à Montmatre ,
» proche Paris , et qui avoit abattu des
» murs très - anciens , arraché des vignes,
ravagé des bleds . Voilà ce que je me
suis contenté d'extraire de la Chronique
de Frodoard , pour prouver que dans
le dixiéme siecle on cultivoit fort peu
la Physique , et que pour avoir plutôt
fait , on atribuoit bien des choses aux
opérations du démon. Je ne me figu
rois point que Frodoard cût raporté un
fait fabuleux , puisqu'il vivoit alors , et
je ne songeois guére à aller voir si l'on
apercevroit encore des restes de la désolation
causée par l'Ouragan , dont il fil
parle. Comme on a toujours bâti beaucoup
autour de Paris , je m'imaginois
que tout ce qui pouvoit rester d'ancien
à Montmartre, avoit été mis en pieces et
employé à d'autres ouvrages. J'ai voulu
relire mon Frodoard avant que d'aller
comme les autres , voir en quoi consiste
* Cette Dissertation paroîtra dans peu.
cette
JANVIER. 1738. 49
eette Antiquité si vantée , j'y ai donc lu
la chose , raportée un peu plus au long
que je ne vous l'ai dite ci - dessus , et en
des termes qui font croire que ce fuc
un bâtiment entier que le vent renversa ,
et même un bâtiment construit dans le
goût des Romains. Voici son Texte :
Anno DCCCC. XLIII Ludovicus Rex
in Aquitaniam proficiscitur, & c. Tempestas
nimia facta est in Pago Parisiaco , et turbo
vehementissimus quo parietes cujusdam domus
antiquissima qui validissimo construc
ti cemento in Monte qui dicitur Martyrum
diu perstiterant immoti , funditus sunt eversi.
Feruntur autem damones tunc ibi sub·
equitum specie visi , qui Ecclesiam quamdam
que proxima stabat destruentes , ejus
trabes parietibus memoratis incusserunt , ac
sic eos subruerunt . Vineas quoque Montis
ipsius evulserunt et omnia sata vastaverunt.
Etant arrivé à Montmartre , je n'ai
rien trouvé de véritable de tout ce qu'on
répandoit dans le Public , sinon des restes
d'un ancien Edifice Romain , que les
creusées que l'on venoit de faire ren
dent très - reconnoissable. Il y a trèsgrande
aparence que c'est celui -là même
dont Frodoard a voulu parler. Onvoit
encore les blocs de pierre et de ciment
très- intimément joints ensemble ,
mais
Jo MERCURE DE FRANCE
mais à moitié renversés du côté du Nords
ces blocs sont véritablement des restes
de murs à la Romaine , on y voit les
trois rangs de briques que les Romains
qui ont construit la clôture de plusieurs
de nos anciennes Cités au troisiéme ou
quatriéme siecle , mettoient environ de
quatre pieds en quatre pieds pour la số-
lidité des murs . Vous les avez aperçus
dans ceux qui ferment votre Cité. Je les
ai trouvé de même dans presque toutes
celles que j'ai vuës, Pcu de gens faisoient
attention à ces blocs de massonnerie à de?
mi renversés ; quelques uns les prenoient
pour des Rochers semblables à ceux qu'on
voit dans le Gâtinois et ailleurs . Mais il
faut remarquer que Montmartre n'est pas
une Montagne à Rochers , et que dans ce
Lieu on tient par tradition qu'il y a eû
là un Temple. Dailleurs , comme on a
découvert presque tout ce qui étoit resté
en terre de cet ancien Edifice du côté
du Midi , on y a trouvé des murs bâtis
fort proprement de moilon , ou petites
pierres quarrées , à peu près comme sont
les restes des murs d'Autun et des au
tres Villes Romaines ; et la bande des
trois rangées de briques y est encore plus
sensible. Il paroît qu'elle regnoit tout
autour du bâtiment, tant par dedans , que
par dehors,
JANVIER. 1738. ST
Cet Edifice étoit partagé en plusieurs
Chambres ; dans l'une de ces Chambres
paroît une ouverture de brique
comme une espece de fourneau . Il y a
à une autre ouverture de ces murs deux
grosses pierres de taille assés polies , mais
sans aucune inscription. J'ai aperçu dans
les terres qu'on a remuées pour chercher
des fondations , quelques pierres fort
plattes , ciselées et ouvragées , bien des
restes de canaux de terre rouge , comme
sont nos tuilles , et assés tendres , et plusieurs
restes de douilles de bouteilles
de terre , comme s'il y avoit eû en cet
endroit une Poterie. D'autres m'ont asassuré
qu'on y avoit trouvé des especes
de creusets , ce qui indiqueroit autre
chose . Observez qu'à quinze ou vingt
pas plus haut et presque à mi-côte , est
une Fontaine qui sert de Lavoir et d'abreuvoir
à Montmartre. Ce Bâtiment
Romain n'avoit presque point de fondation
du côté du Nord , où il a été renversé
en 944. J'avoie , que de l'épaisseur
dont ces murs sont faits , il falloit
une force extraordinaire pour les abattre ,
Mais il est des circonstances de l'ouraragan
, raportées par Frodoard , comme
de quantité d'autres raportées par Grégoire
de Tours , dans ses Opuscules sur
des
S2 MERCURE DE FRANCE
des récits populaires. Jugez combien il
en faut rabattre par la fausseté de la découverte
de ces conduits souterrains , de
ces cabinets pavés en Mosaïque , de ces
coffres de fer , de ces pieces d'Etoffes , et de
ces grillages. & c. Il n'y a de vrai- semblable
en tout cela que la rencontre qu'on a
pû faire de quelques Médailles de Bronze
et de morceaux deMarbre ou d'Albâtre , en ,
remuant les terres.L'Edifice en question
n'est point du côté que Montmartre regarde
Paris , mais à l'oposite et presque
tout au bas de la Montagne et au- dessous
de l'endroit où on a élevé en 1736. par.
ordre du Roy , un Obélisque pour servir
d'alignement à la Méridienne de Paris
du côté du Nord ; c'est l'endroit de
la Montagne qui regarde le plus direc
tement le Village de S. Ouen . Il y avoit
une vigne plantée sur la partie méridionale
de ce reste d'Edifice ; ce qui prouqu'il
y a long- temps qu'on en avoit
perdu la connoissance . Ce que Frodoard,
regardoit comme très-ancien de son
temps , pouvoit avoir alors sept cent ans
ou environ , et comme il y a environ
huit cent ans qu'il écrivoit cela , le Bâtiment
de Montmartre doit avoir quinze
cent ans d'antiquité.
A l'égard de l'Eglise qui étoit auprès
de
JANVIER 1738. 33
de ce Bâtiment Romain , je ne vous dirai
point quel nom elle portoit , puisque
Frodoard ne le marque pas . Si la
Fontaine qui est à trente pas plus haut ,
portoit le nom de quelque Saint , cette
Eglise devoit avoir le même nom ; mais
cette Fontaine , qui paroît avoir été considérable
autrefois et mieux entretenue
qu'elle n'est aujourd'hui , ne porte le
nom d'aucun Saint. On l'apelle à Montmartre
la Fontaine de Bue; j'écris ce mot à
tout hazard et tel que je l'ai oui pronon
cer. Il est certainement barbare . Le nouveau
Glossaire de Du Cange m'aprend
que Bur signifie en Flamand et en Saxon
Fons , Scaturigo . Je suis & c.
A Paris , ce 20. Janvier 1738 .
BOUQUET.
EPIGRAMME ;
Par M, Desforges Maillard.
CHés Hés un Curé , c'étoit sa Fête ,
Un Médecin s'achemina .
Bon jour , dit-il , Pasteur , eh comment vous
en va ?
4 MERCURE
DE FRANCE
Je n'ai point de guirlande prête ,
L'hyver de mon Jardin déja s'est emparé ,
J'ai cherché sans trouver un Bouquet à mon gré,
Ne croyez cependant que mon coeur mécoanoisse
L'oblique part que j'eus à certains testamens.
J'ai pour vous , cher Pasteur , de tendres send
timens
,
Et pour Bouquet , dans la Paroisse
Je vous ai préparé trois bons Enterremens .
FXXX
DESCRIPTION des Monumens
la conservation des Cours de
Louis XIII. et de Louis XIV.
élevés
pour
Es François ont de tout tems été si
Latahes leurs Rois , qu'ils en conservent
les restes avec une grande veneration.
L'Abbaye S. Denis est pleine de
ces précieux Monumens , ainsi que tant
d'autres Eglises , dont il seroit trop long
de faire l'énumération ; on se contentera
de dire , que de tant de Rois , il n'y en
a point qui ayent surpassé la gloire
de Louis le Grand ; Fils d'un Roi juste
et plein de candeur , il a réuni en lui les
vertus d'un si bon Pere ; l'élevation de
génie , et la valeur d'Henry le Grand.
Bon
JANVIER. 1738 55
Bon Fils , il en a donné des marques jus-.
qu'après sa mort , en voulant que son
Coeur fût déposé où étoit celui de Louis
XIII. porté encore par
l'affection particuliere
qu'il a toujours cû pour la Compagnie
de Jesus .
en C'est dans l'Eglise de ces Peres ,
leur Maison Professe , aux deux côtés du
Maître- Autel , qu'on voit les Coeurs de
ces deux grands Monarques ; à droite est
celui de Louis XIV . et vis à- vis ou à
gauche , celui de Louis XIII. En voicl
une Description la plus éxacte qu'il a été
possible nous commencerons par
de Louls le Grand.
celui
Au côté droit du Gradd Autel , sous
un Arc haut d'environ 25. pieds , et large
de 12. orné de marbre on voit deux
Anges d'argent , de grandeur double de
la naturelle , avec leurs draperies de vermeil
d'oré , qui paroissent voler , pour
porter le Coeur, qu'ils tiennent avec un
linceul. Le Coeur estflamboyé et couronné
d'une Couronne d'un pied de diametre
le tout de vermeil doré . Sur le bandeau
de l'Arc sont les Armes de France , aussi
de vermeil , Cet Ouvrage est magnifique.
LesAnges semblent animés ; leurs draperies
florent dans l'air, et sont d'une legereté
admirable. Sur un des côtés de l'Arc ,
D CB
16 MERCURE DE FRANCE
›
en regardant l'Autel on lit l'Inscrip?
tion qui suit, gravée sur un beau marbre
noir , avec une bordure de bronze doré ,
orné en haut d'un groupe de Cherubins
, et au bas de têtes de mort grou
pées , & c .
REGI SAECULORUM
IMMORTALI
LUDOVICUS XIV.
FRANCIA ET NAVARRE RE
PER ANNOS TRES ET SEPTUAGINTA
FORTITER ET RELIGIOSE GESTIS
ORBIS SUFFRAGIO MAGNIS
COR SUUM
PATERNO EXEMPLO
HAS PIANDUM AD ARAS
DEPONI MORIENS JUSSIT
DIE I. SEPTEMB.
ANNO CHRISTI
M. DCC . XV.
ETATIS LXXVII .
VisJANVIER:
1728. $7
Vis-à-vis , à l'autre pilier , sous le même
Arc.
LUDOVICO MAGNO
JUSTI FILIO
PHILIPPUS
AURELIANENSIUM DUX
JUSTI NEPOS
IMPERIUM GALLICUM
PRO LUDOVICO XV. REGENS
Hoc
REGIARUM VIRTUTUM TROPHÆUM
AD POSTERITATIS
MEMORIAM ET EXEMPLUM
DIGNA UTROQUE MUNIFICENTIA
CONSECRAVIT
ANNO CHRISTI
M. DCC. XX,
Ces deux Epitaphes sont du P. de la-
Ruë , Jesuire ; les desseins et l'exécution
de ce Monument , sont de Couston , l'aî
né , célébre Sculpteur de notre Acadé
mie.
Au côté gauche , comme on l'a déja
dit, est le Coeur de Louis XIII . soutenu
aussi par
deux Anges de même proporportent
le Coeur vers le Ciel
Dij avec
ion. Ils
58 MERCURE DE FRANCE
avec une sainte joye , et regardant le
Peuple , comme pour le convier , à bei
nir Dieu avec eux , différant des Anges
de l'autre côté , ceux ci ne paroissant
qu'occupés de la douleur extréme que
Cause la mort d'un si grand Roy .
mais d'une douleur mâle ; l'habile Sculp
teur l'a fait exprès , en marquant dans
l'attitude , et sur les visages de ses Anges
, des expressions qui eussent raport
avec le coeur qu'ils portoient ;
comme Sarazin avoit exprimé sur les
Anges de Louis XIII , la douceur
qui étoit dans ce Coeur vivant ; si la
douleur qui est sur les visages de ceux
de Louis XIV. paroît un peu rude ,
et n'est pas si tendre que sur ceux de
Louis XIII. leur vol aussi les surpasse
de beaucoup , car ils semblent s'éle
ver , au lieu que les autres , malgré
toute leur legereté , et la correction du
Dessein , ne paroissent pas assés legers ;
mais ce qu'on doit remarquer avec plai
sir , comme des Chefs d'oeuvres de l'Art,
ce sont quatre Bas - Reliefs de marbre
blanc, sur les Jambages de l'Arc, deux de
chaque côté, représentant les Vertus Cardinales
, dans des ovales très- bien travaillés
, et dont voici la description .
La premiere en haut , en regardant
L'Autel
JANVIER. 1738. 32
Autel , represente la Justice assise , et
pleurant , apuyée sur son bras gauche ,
tenant une épée nuë , et vis-à- vis un
Ange , dont l'air est tendrement triste,
et tenant une Balance .
Au dessous sont deux petits Génies
pleurans , dont l'un tient un Sable ,
pour marquer la briéveté de la vie , et
l'autre essuie ses larmes ; ils présentent
un voile , sur lequel est écrit :
AUGUSTISSIMUM
LUDOVICI XIII
JUSTI REGIS
BASILICA HUJUS
FUNDATORIS
MAGNIFICI .
COR
'ANGELORUM HIC
IN MANIBUS
IN CÆLO
IN MANU DEI.
Au dessous est encore un ovale , ou
est représentée la Prudence , se regar
dant dans un miroir , présenté par un'
D iij petic
o MERCURE DE FRANCE
petit Ange , elle a un serpent entortille
autour de son bras.
De l'autre côté , vis à vis au haut ,
est la Force , représentée assise , un cas
que en tête , embrassant une colomne ;
un Ange lui présente une palme et un
laurier ; les draperies de cette Figure sont
legeres et bien jettées. Au dessous sont
deux Génics , qui font face avec ceux de
l'autre jambage, avec les symboles conve
nables et d'une aussi grande beauté , présentant
pareillement un voile , qui fait voir
que cet auguste Monument a été élevé
par les soins de la Reine Anne d'Autri
che , Epouse de Louis XIII.
SERENISSIMA
ANNA AUSTRIACA
LUDOVICI XIV.
REGIS MATER
ET REGINA REGENS
PRÆDILECTI
CONJUGIS SUI
CORDI REGIO
AMORIS HOC I
MONUMENTUM POSUIT,
ANNO SALUTIS
MDC. XLIII.
Enfin
JANVIER . 1738 . 61
Enfin au-dessous est la Temperance
#ssise , s'apuyant d'une main sur son
siege , et de l'autre tenant un vase , ou
il y a du vin , qu'elle renverse devant
un petit Ange , dont l'attitude marque
la surprise.
•
Tous les Desseins et la conduite de ce
superbe Mausolée sont de Facques Sarazin
, Sculpteur des plus célébres ; il a
téüssi dans beaucoup de Monumens , et
sur tout dans celui -ci,où toutes les Parties
sont également nobles et simples ; il
avoit l'art de faire prendre au marbre
et au bronze toutes les impressions les
plus sensibles , et toutes ses Figures sont
i animées , qu'elles inspirent à ceux
qui les regardent, le même caractere que
son ciseau a tracé. La memoire de Coustou
revendique au moins la moitié de
ces Eloges pour ce qui le regarde.
N
ETRENNES
A M. D. V. âgé de 86. ans.
Ous voyons , tous les ans , renaître les
saisons.
Bientôt les fougueux Aquilons
D iiij Feront
62 MERCURE DE FRANCE
Feront place à l'aimable Flore ;
Nous verrons sur ses pas les Zephirs et l'Amour
Cerés et Pomone à leur tour ,
Des présens qu'elles font éclore
Viendront embellir ce séjour.
La Nature à nos yeux ainsi se renouvelle.
L'homme a ses saisons tout comme elles
Les voit- il s'écouler , c'est sans aucun retour
Que la difference est cruelle !
2
Ah ! s'il n'étoit ainsi , le Ciel sensible aux vou
Que formeroit notre tendresse ,
Feroit bientôt renaître en vous les jours heu
reux
De la plus aimable jeunesse.
Mais que dis- je ! est- ce à vous qu'un tel discours
s'adresse ?
Vous toujours jeune et vigoureux ,.
Qui de la pesante vieillesse
Ne connûtes jamais ni les dégouts affreux
Ni l'insuportable tristesse.
Vous que les plaisirs et les jeux
En tous Lieux conduisent sans cesse
Vous qui sur le sacré Vallon ,
Près de Catulle et de Petrone
Etes placé par Apollon .
Le Temps , ce temps cruel , qui n'épargne per
sonne
Suspendant pour vous ses arrêts ,
De ses redoutables decrets
Chh
JANVIER . 1738.. 63
Chés vous seul n'ose faire usage.
Puissiez-vous encore long- temps
Sauver de l'injure des ans
Cet esprit enjoüé , ce galant badinage ,
Qui fait dans le milieu de l'hyver de votre âge ,
Renouveller en vous un éternel Printemps.
De Montpellier.
LETTRE à M. Ménard , Associé à
l'Académie Royale de Marseille , au sujets
de son Histoire des Evêques de Nîmes.
I
Lest rare , M. de juger sans prévention
d'un Ouvrage aussi voit - on
peu de bons Juges ; la partialité aveugle
les autres , leur esprit n'entre pour rien
dans leurs décisions , ce n'est que le
coeur qu'ils consultent ; et le coeur ne:
prononce que selon ses affections , unus--
quisque, prout affectus est, loquitur : comme
nous n'avons l'honneur ni de vous connoître
, ni d'être connus de vous , le:
sentiment que nous avons porté sur vo →
tre Livre , vous paroîtra moins suspect
je me suis chargé de vous en faire paro
au nom de quelques amis , autant unis :
par le goût des Lettres , que par la con
Dv for
64 MERCURE DE FRANCE
formité des caracteres. Pénétrés de res
pect pour le jugement de M. le Marquis
d'Aubais , et de M. l'Abbé Follard , nous
n'avons garde d'aller contre la décision
de ces deux Illustres , voici cependant
les réfléxions que nous avons faites sur
votre Histoire ; le Président de notre
Assemblée en distingua d'abord le fonds
d'avec la forme; le fonds en est excellent,
parce que l'Ouvrage est rempli de Faits
très-curieux et de très bonnes recherches;
il n'en est pas de même de la forme ;
bien des fautes de langage , quelques.
constructions de phrases de Province sont
échapées à votre plume ; il est vrai cependant
que la bonté d'un Livre ne dé
pend pas absolument de la pureté du
langage , on pouroit en citer plusieurs
excellens , quoique mal écrits ; vos Episodes
furent trouvés à leur place ; si pourtant
ils en occupoient moins , les principaux
Faits paroîtroient mieux avoir
leur juste étenduë : vous sçavez la granderegle
, il faut que les Episodes ne soient
ni trop forcés , ni trop longs , de peurqu'ils
n'embroüillent le Sujet que l'on
traite ; si votre érudition de même, quoique
toûjours éxacte et toûjours curieuse ,
eût été moins fréquente , elle cût alors
autant marqué votre bon goût , qu'elle
fair
JANVIER.
1738. 65
fait honneur à votre science ; vos transitions
ne sont point recherchées , c'est le
défaut ordinaire de bien des Historiens ,
quelquefois seulement elles ne paroissent
pas assés unir les Faits que vous citez.
?
Vous auriez dû , ce semble , donner en
peu de mots l'Histoire de la Sécularisation
du Chapitre de Nîmes , elle eût été
plus à propos que celle de tant de Communautés
Religieuses dont vous parlez
à peine sçauroit - on que vous avez des
Chanoines , si vous n'aviez raporté à la
fin de votre Livre une grande Bulle qui
leur fut accordée , lors qu'on les secularisa
; qu'étoit- il cependant necessaire de
la raporter , ou pourquoi n'en avez- vous
pas donné l'explication en la raportant
Nous nous sommes donné la torture pour
y comprendre quelque chose , et nos efforts
n'ont servi qu'à nous la rendre
encore plus inintelligible. Quant aux
Statuts Synodaux de votre Ville , ils
nous ont paru fort beaux et très instructifs
; mais n'auriez- vous pas dû fairequelque
Dissertation briève et juste sur
les Endroits les plus difficiles voici celui
qui paroissoit en avoir encore plus
besoin que les autres : In quinque casibus
, sine licentiâ proprii Sacerdotis potest
aliquis alieno Presbytero confiteri,.
66-87
D vj quintus:
66 MERCURE DE FRANCE
quintus est , cum imminet sibi mortis peri
culum , et non potest habere proprium Sacerdotem
, in quo casu potest etiam Laico
confiteri , que signifie là le mot de Laico?
ou bien étoit- ce l'usage dans le treiziéme
siècle de se confesser à des Laïques
dans le cas de necessité ? Saint Louis le
fit au raport du Sire de Joinville ; est- ce
sur son exemple que se fondoit Bertrand
de Languissel , Auteur de ces Statuts , et
contemporain de ce saint Roy ?
Il patut enfin à quelques autres , M..
que vous ne ménagiez pas assés certaines
Familles qui peuvent encore subsister à
Nîmes ; quoique la verité soit la Loi,.
de l'Histoire il n'est pas toûjours ne-.
necessaire d'accompagner cette verité de:
toutes ses circonstances ; il est bon quel-.
quefois de pallier certains Faits , ou d'en
diminuer toute la noirceur , lors qu'on
écrit , sur rout dans sa Patrie , et l'Histoire.
de sa Patrie ; elle est heureuse , cette Pa--
trie , de vous avoir élevé , vous lui faites,
honneur par vos Ouvrages ; et nous ne
doutons point qu'une Ville où les beaux.
Arts ont fleuri si long- temps , et où l'on
conserve encore du goût pour les Belles-
Lettres , ne vous ait témoigné sa recon- .
noissance de tant de peines que vous,
avez prises , et que vous voulez prendre
JANVIER. 1738. 34
و
dre encore pour la rendre illustre.
Je parle ici , M. du second Ouvrages
que vous nous promettez. sous le titre
d'Histoire Civile et Litteraire de la Ville :
de Nîmes ; les Sçavans l'attendent avec
impatience, tout ce qui viendra de votre
part va les interesser dans la suite ; ilsverront
avec plaisir ces anciennes Inscriptions
Romaines que l'on trouve chés
vous et dont , sans doute , vous ferez
part au Public ; nous en avons déja vû
quelques - unes entre les mains de M. le
Marquis Maffei , mais si difficiles à dêchifrer
, et à bien entendre , qu'on se
flate ici que vous voudrez bien nous
donner l'explication de toutes celles que '
vous avez à produire , quoique ce soit
un Ouvrage que le Public attend aussi
de la profonde érudition , et des soins
de M. Deveze , Avocat au Parlement..
Si vous joignez à votre nouvelle Histoire:
une seconde Edition des Oeuvres de feu
M. Ménard votre Ayeul , votre travail!
sera parfait ; c'est un Livre rare aujour
d'hui , qui fut fort estimé de son temps ,
et qui par conséquent ne sçauroit manquer
d'être bien reçû des Connoisseurs ;.
si je ne me trompe , M. Aubert semble
avoir confondu dans sa Bibliotheque
Historique ce fameux Poëte, avec un au
tree
38 MERCURE DE FRANCE
tre François Maynard , qu'il fait Avo
cat au Présidial de Nîmes , et dont il
est souvent fait mention dans le Parnasse
François de Despinelle , imprimé à Paris
en 1607. chés Mathieu Guillemot ;-
j'espere , Monsieur , que vous voudrez
bien nous donner quelques éclaircissemens
là- dessus , et croire que je suis trèsparfaitement
, & c.
A Paris , le 8. Janvier 1738
On prie M. D. L. R de vouloir bien
avertir le Public que l'Histoire des Evêques
de Nîmes se vend à Nîmes , chés
Godde , Libraire , près de la Cathédrale.
M. Ménard envoyra sa Réponse à cette
Lettre , dès que celle ci aura paru dans
le Mercure .
LES OBSEQUES DU RAT,
T
FABL E.
Out doit mourir ; ni grandeur , ni richesse
Ne peuvent changer cette Loy.
Un vieux Rat l'éprouva ; ce Rat par son adresse,
Amassa de quoi vivre en Roy ;
Du bled tant qu'il vouloit, du fruit, forcé laitage,,
Rien
JANVIER 1738.
Rien ne manquoit à son bonheur ;
Heureux si par un bon usage
De tant de biens il se fût fait honneur.
Soit de faim , soit de maladie ,
Je ne sçai pas lequel ce fut ,
L'Animal avare mourut ;
On n'en fit pas l'Anatomie ;
Son fils , qui se piquoit de generosité ,
Voulut , en Rat de qualité ,
Faire inhumer Monsieur son Pere ;
On convia toute la Parenté ;
Cinq ou six Rats firent l'affaire
Au Convoi parut le premier
Le nouvel Heritier.
Après lui marchoit d'ordonnance
Une douzaine de Souris ,.
Qu'on eût pris à leur contenance ,
Pour une bande d'Enfans gris .
On pleura proprement , à la nouvelle modè¡,
Sans pousser de lugubres cris ,
Car on a changé de méthode ,
Dans les pleurs comme dans les ris ;
Se livrer aux transports, ce n'est plus la maniere.-
Enfin tout fut nouveau dans ce nouveau Convoi
Et le Mort enfermé dans sa maison derniere ,
Chacun s'en retourna chés soi .
Le Fils va reconnoître aussi - tôt l'héritage
Qu'amassoit , non pour soi , le ménager Vieil
lard;
D'abord
Yo MERCURE DE FRANCE
Dabord s'offre à ses yeux un grand morceau de
lard ,
Des noir , des pommes , du fromage.
Mangeons , dit-il , parlant à son fils Ratillon ,
Que de tant épargner ton grand pere eut raison!
Quoi, mon papa ,tandis que la douleur me ronge ,,
Dit le petit , d'un ton chagrin ,
Vous voulez déja que je songe
A dégarnir ce magazin ?
Attendons quelques jours,et ... non, laisse-moż
faire ,
Mon fils , j'ai plus d'âge que toi ;
Ne crains rien en suivant un conseil salut
taire ,
Tu peux t'en reposer sur moi.
D'un homme genereux la perte nous désole ;
A peine un Harpagon a - t'il fermé les yeux ,
Qu'à ses dépens on se console ;
C'est là le juste sort d'un avaricieux .
************* :* :*
REFLEXIONS
Sur les Sciences , &c..
N chose que ce
E rien sçavoir , sçavoir mal ce qu'on
sçait , et sçavoir autre
qu'on doit sçavoir , sont trois sortes d'i
gnorances également blamables .
Grande
JANVIER: 1738.
Grande e l'impertinenza d'alcuni che
per esser un solo quarto d'hora fermati
in un molino , vorebbono useirne tutti infarinetti
, come sono qu ' ei molinari che
notte giorno vi stanno tutti gli anni della
vita loro.
On n'est point sçavant pour sçavoir
beaucoup de choses , mais on est vraiment
sçavant quand on sçait bien ce
qu'on sçait.
Les Dictionaires, depuis quelque temps
si à la mode , flatent tout à la fois le désir
d'aprendre et la répugnance à travailler
, inclinations qui regnent également
à présent ; tout le monde veut
paroître sçavant , mais peu de gens veulent
le devenir , si ce n'est à peu de frais
et en s'amusant par des lectures agréables
, qui remplissent l'intervale des affaires
ou des plaisirs . On n'a garde de
pousser jusqu'à la fatigue une étude
qu'on ne choisit que pour se délasser.
› La faim , selon Platon , est un nuage
d'où il tombe une pluye de Science et
d'Eloquence. La satieté est un autre nuage
qui ne produit qu'ignorance et que
grossiereté. Quand le ventre est vuide
le corps devient esprit , et quand il est
rempli l'esprit devient corps..
On
1
Z MERCURE DE FRANCE
On voit certains génies sages ou plua
tot timides , qui demeurent comme emprisonnés
dans une obscure exactitude .
S'ils marchent ce n'est que dans les che
mins battus ; ils n'évitent les chutes qu'à
force de ramper , et n'ont d'ordinaire
que le triste défaut de n'en point avoir .
Rien ne fait faire , rien ne fait dire
tant de sotises que le désir de montrer
de l'esprit .
Un homme d'esprit a dans les conver
sations ordinaires , autant de plaisir et de
superiorité qu'en a le Joueur d'Ombre
à qui Spadille vient tous les coups ; il
fait souvent des voles , pendant que
sot s'aplaudit d'avoir évité le Codille.
le
O combien y a - t'il de gens qui n'ont
pas assés d'esprit pour s'apercevoir qu'ils
en manquent !
Un bel esprit qui se croit et qui veut
être regardé comme tel , est le fleau de
Ja societé.
Les Paysans disent souvent des raisons
grossieres avec la même finesse de discernement,
qu'on remarque dans les
Les plus polis et les plus spirituels .
gens
La
JANVIER. 1738. - 75
La conduite ne répond pas toujours à
la doctrine , la passion et les grands interêts
l'emportent souvent sur les lu
mieres de l'esprit.
Le bon sens n'est admiré quasi de perà
sonne , parce qu'il ne peut être connû
que par des refléxions que peu de gens
sçavent faire .
Cura verborum derogat affectibus fidem ,
et ubicumque ars ostentatur , veritas abesse
videtur. Quintil.
Les vols des pensées , quand ils sont
faits avec discernement , ne tachent pas
la réputation de ceux qui les font , et
font honneur à ceux à qui on les fait.
Celui qui peut imaginer vivement et
qui pense juste , est original dans les
choses mêmes qu'un autre a pensé avant
lui , par le tour naturel qu'il y donne ;
et par l'aplication nouvelle qu'il en fait ,
on juge qu'il les eût pensées avant les autres
, s'ils ne fussent venus qu'après lui .
L'esprit est un feu qui dans son mouvement
continuel , veut toujours de l'a◄
liment qui le mette en action ; ne lui en
donnez point qui tende à la vertu , il en
cherchera qui le conduira au vice.
Rien
74 MERCURE DE FRANCE
Rien ne frape si vivement l'esprit, que
ce qui vient à lui par les yeux ; ils fournissent
à notre ame une infinité de pensées,
et plus distinctes et plus agréables,
que tous les autres sens ensemble.
L'esprit humain est ainsi fait ; les plus
beaux génies seroient fichés qu'on les
admirât toujours ; ils veulent quelquefois
qu'on leur résiste , afin de donner
par-là occasion à l'amour propre de leus
décerner des triomphes ,vrais ou faux , il
n'importe, ils font sur eux le même effet..
Le vrai caractere de beauté dans les
Ouvrages d'esprit , est de paroître imitable
sans pouvoir être imité.
On a vû des gens qui à force d'avoir de
F'esprit, n'avoient quelquefois pas le sens
Commun.
Il est presque toujours des productions
de l'esprit , comme de ces fruits délicats
qui sont ou trop verds ou trop murs , et
qu'il est mal aisé de cueillir et de servir à
propos.
Dans les Ouvrages d'esprit on ne
doit point s'assujettir ; l'asservissement
aux préceptes contraint le génie. Le bon
goût n'a été formé sur les regles , qu'après
JANVIER. 1738. 75
près que les regles ont été dressées sur le
bon goût. Un beau naturel , quoiqu'ir
régulier , vaut mieux que l'art.
་.
Quand dans un style concis il se trouve
quelque petite obscurité , l'inconve
nient n'est pas grand , si le sens se présente
après y avoir pensé. Le Lecteur
n'est pas fâché qu'on donne quelque
exercice à sa pénetration.
Le grand , le sublime est glissant
pour y arriver il faut s'exposer à bien
des chûtes.
Un Ouvrage écrit avec beaucoup d'art
et de politesse , à qui une infinité de
termes nouveaux ou peu usités , donnent
un air de nouveauté , ne manque
guere de se faire des Partisans et d'é
bloüir , sur tout les jeunes gens.
>
Le Style Laconique ne consiste pas
à n'avoir qu'une brieveté de peu d'étenduë,
mais à n'avoir qu'une juste étenduë.
On doit retrancher d'un Discours so
lide tout ce qui ne dit rien , ou qui ne
sert qu'à flater l'oreille , sans éclairer l'esprit
et toucher le coeur ; comme les pompeuses
Epithetes qui chargent les phrases
; ces Descriptions fleuries qui détournent
6 MERCURE DE FRANCE
nent l'esprit de l'objet principal ; les por
traits qui rendent quelquefois le vice
aimable , tous ces brillans enfin d'une
imagination fertile en tours ingénieux ,
qui disent la même chose en cent ma,
nieres.
Le sçavoir et les Lettres amandent ou
empirent les hommes , car les mauvais
empirent de beaucoup sçavoir,et les bons
en amandent. Ph. de Comines.
Qui ne sçait rien et ne sçait pas qu'il
ne sçait rien , est doublement ignorart ,
et l'est toujours , car cette derniere igno
rance entretient la premiere.
Captivum nam te tenet ignorantia duplex
Scis nihil, et nescis te quoque scire nihil.
que
de tous
Il est très vraisemblable
les systêmes possibles, pas un ne soit réellement
veritable. Quelle illusion d'étudier
toute sa vie , pour ne sçavoir que ce
qui pouroit être!
Les ignorans sentent qu'ils sont ignerans,
sans reflexion , les Sçavans sçavent
par démonstration qu'ils ne sçavent riens
c'est tout ce qu'ils ont par dessus les autres.
C'est
JANVI E R. 1738. 77
C'est une grande question de sçavoir
si les Sciences sont plus utiles ou plus
nuisibles à la Religion et à l'Etat ; elles
servent également à attaquer et à défendre
l'un et l'autre.
La plus grande ignorance est souvent
déguisée sous la plus insolente présom
ption. Combien d'ignorans sont crus
sçavans sur leur parole ? Combien de
Sçavans sont ignorés par leur modestie ?
On se mocque aujourd'hui des Sçavans
de profession , et on s'en est toujours
mocqué sont- ils en effet ridicules ? Où
l'ignorance publique a- t'elle trouvé cette
ressource pour s'autoriser ? Professer
l'ignorance merite- t'il moins de raillerie
que professer la Science ? La multitude
est pour l'ignorance , et les Sçavans auront
de la peine à avoir justice,
Qui dit Docteur , ne dit pas toujours
un homme docte , mais un homme qui
devroit être docte : l'étude est le métier
d'un Docteur , mais tout le monde ne
fait pas son métier.
Dans les Sciences , il faut sçavoir douter
, sçavoir juger , et sçavoir se soû
metre. Il n'y a guere, de gens qui ne
péchent
78 MERCURE DE FRANCE
péchent contre l'un de ces trois principes
. Ou , en assurant tout comme démonstratif,
faute de se connoître en demonstrations
, ou , en doutant de tout
et demeurant dans ses doutes , manque
de sçavoir , où il faut se soûmettre ; ou
en se soumetant à tout , manque de
sçavoir où il faut juger.
L'abus qu'on fait d'une Science , n'est
pas un titre pour la condamner ; à la ve
rité , au sujet des Mathematiques , il
faut avouer qu'on a poussé depuis quelque
temps l'Algebre. La Science des
Courbes , la recherche des forces centripetes
, et centrifuges , a des rafinemens
qui ne sont pas loin de l'inutilité.
C'est le sort des Sciences à là mode ; et
comme le nombre des esprits faux est le
plus grand , dès que la foule s'aplique à
une Science , elle est bientôt alterée par
de fausses subtilités.
Il est toujours temps d'aprendre. Tamdiu
discendum est , quamdiu vivas .
Nihil est tam facile , quàm otiosum et
dormientem de aliorum labore et vigiliis disputare.
S. Jerôme.
Dans les Ouvrages d'esprit et de sentiment
JANVIER. 1738. 79
timens , le plaisir de critiquer ôte et fait
perdre celui d'être touché : cela peut atriver,
repondra un Censeur déterminé
mais plaisir pour plaisir qu'importe ?
Les allusions , les turlupinades , les
équivoques , et les pointes , ne valent
presque jamais rien , quand on les donne
pour bonnes ; elles sont plus souvent
suportables et même bonnes , quand on
les donne pour ne valoir rien .
L'esprit des grands Critiques , pres
que toujours aveuglé par trop de lumieres
, en dédaignant de s'abaisser , ne
voit pas ce qui est , pour ainsi dire ,
à ses pieds .
dans
La tyrannie est souvent aussi grande
dans la République des Lettres , que
l'Etat Civil . On doit se précautionner contre
certains génies altiers , qui veulent
dominer sur les autres , qui décrient
tout ce qui n'est pas marqué de leur
sceau , et qui optiment par toutes sortes.
d'endroits la liberté que chacun a de
penser.
D'autres Critiques pointilleux, ne font
d'ordinaire nul cas de ce que tout le
monde estime ; il s'atachent à des cho-
E ses
8. MERCURE
DE FRANCE
ses de néant et dont on ne fait nul cas
et sur lesquelles ils repandent l'humeur
Acre et mordicante de leur temperamment.
Ce devroit être au lieu d'une peine un
plaisir pour un Auteur , d'expliquer , de
reformer , de corriger ce qui paroît devoir
être expliqué , reformé , corrigé ,
perfectionné dans un Ouvrage ; car il y
a peut-être plus de gloire à montrer l'e
xemple d'une pareille docilité , qu'à faire
un Ouvrage irreprehensible.
si peu de
Ce qui fait que nous avons
bons jugemens sur les Ouvrages d'esprit ,
c'est que les gens partiaux ou passionnés
, ne se font pas prier , et que ceux
qui , avec des lumieres désinteressées
ne connoissent d'autres Loix pour juger,
que celles de la verité et du juste prix des
Ouvrages , jugent rarement et ne décident
presque jamais .
›
Ni les Philosophes
, ni les Grammaia
riens , ne doivent décider sur le merite
des Ouvrages
d'esprit et de Poësie. Les
Grammairiens
embarassés
des minuties
du langage , qui naturellement
rendent
l'esprit froid et petit , esclaves d'une
exactitude
scrupuleuse
, sont aussi peu
capables
JANVIER. 1738.
capables d'apercevoir le sublime de la
Poësie , que les Philosophes abstraits
sombres et graves jusqu'à la mélancholie,
d'en sentir les graces . Qui jugera donc
des Poëmes ? Si c'est les Poëtes , la jalousie
, la prévention , ne corrompront elles
point leur jugement ? Louieront - ils
volontiers leur rivaux ? regarderont - ils
comme des beautés dans les Ouvrages
d'autrui , les ornemens qu'ils ne peuvent
mettre dans leurs propres Ouvrages: Des
Juges si recusables ne doivent point être
admis. Qui jugera donc des Poëmes ? le
Public , le sens commun répandu dans
la multitude , incapable de jalousie , difficile
à gagner , est le veritable Juge qui
doit prononcer sur le merite de tous les
Ouvrages d'esprit , et en particulier des
Poëmes : que le Philosophe en examine
la Morale , que le Grammairien en critique
le langage , avec les égards qu'il doit
avoir pour les Licences Poëtiques , que
le Poëte en censure la mesure et les rimes;
le Public seul en sent , en goûte, en
peut faire valoir le sublime et les graces.
C'est le sentiment de Seneque suivi de
celui de Malherbe , et de Balzac.
Longin qui a tant fait valoir la belle
élocution
, pose pour fondement qu'elle
Eij n'a
32 MERCURE DE FRANCE
n'a rien ne si contraire que le soin et le
triage des beaux mots . Il faut choisir ce
pendant les termes élégans et les nobles
expressions , mais il faut que cela serve
à expliquer un sens qui soit encore plus
considerable , et avoir plus d'aplication
en ceci qu'en tout le reste. Curam ega
verborum , rerum volo esse sollicitudinem .
On ne sçauroit trop invectiver contre
ceux qui font consister toute la beauté
d'un discours au seul choix et à l'arrangement
des paroles , Sermonis exactores
molestissimi. Ils peuvent être agréables ,
mais non pas éloquens , ne connoissant
pas le fonds de la vraye éloquence, où se
trouvent les pensées dont ils n'ont fait
aucune provision ; qui ne sçait faire au
tre chose que d'arranger des mots , et
polir des periodes , ne sera jamais que
simple Frere- Lay , propre seulement
balayer le Palais de l'éloquence.
Un Orateur qui affecte de paroître sçavant
, persuadera peut - être au Peuple
qu'il l'est ; il persuadera sûrement aux
connoisseurs qu'il manque de bon sens ;
mais à qui persuadera- t'il le sujet de son
Discours ? Les élegances , les fleurs , le
brillant , plaisent , mais cela ne tou
che point.
A
JANVIER: 1738 3
2
A moins de se faire un fonds d'érudi
tion , l'Orateur ne peut presque rien
décider , ni rien produire de raisonnable:
Neque concipere , neque edere parà
tum mens potest , nisi ingenti flumine litte
rarum inundata. Petron.
On doit faire servir la Réthorique à
Instruire et à édifier , à planter la vertu
et à la faire fleurir,à éclaircir la verité et à
l'établir , à défendre la Justice et à la
faire triompher , à donner aux vertus les
justes éloges qu'elles meritent , et à faire
aux vices des corrections et des reproches
convenables , à augmenter la gloire
de la Religion , et la Majesté de l'Etat ,
à mêler l'agréable à l'utile dans la conversation
, dans les Livres et dans les
Discours publics , à consoler les hommes ,
forsque la fortune leur est contraire , et à
les contenir lorsqu'elle leur est favorable.
Ce n'est pas assés à l'Orateur de parler à
l'esprit et à la raison , il faut parler au
coeur.
On doit avoir une élocution pure ,
simple , nette ; être exact , mais naturel
, jamais trop curieux ni affecté , et
rejeter tout terme extraordinaire
c'est parler mal que de parler trop bien .
,
car
E iij Quelques
84 MERCURE DE FRANCE
Quelques- uns croyent le bon coeur
plus essentiel à l'éloquence que le bon
esprit à la verité le coeur suplée souvent
au défaut de l'esprit , l'esprit ne
suplée jamais au défaut du coeur.
L'éloquence a besoin de l'imagination
pour produire , mais il n'apartient qu'à
la raison de la mettre en oeuvre : c'est
un feu qui retenu , regle , conduit
éclaire , échauffe , pénétre , purific
transforme , mais qui échapé , et mat
ménagé, s'évapore en fumée , ou gâte et
défigure ce qu'il devroit embellir.
Il est ridicule qu'on donne toute son
aplication à choisir de jolies dictions et à
former d'harmonieuses periodes , sans se
soucier des pensées qui font la principale
partie de la véritable éloquence. Ceux
qui suivent cette méthode ressemblent à
la Corneille d'Esope , qui dans un grand
caquet , ne rend point d'augure.
On a dû expliquer l'Enigme et les Logogryphes
du Mercure de Décembre ,
premier volume , par l'Ocuf, Marmite
Monde , Melun et Ulmus. On trouve
dans le premier Logogryphe , Mitre ,
Mile , Emir , Mi , Mari , Ami , Arme ,
Rame
JANVIER. 1738. 85
Rame , Mie , Mer, Mamie , Trame ; dans
le second , Ode , Mode , Onde , Demon
Dôme dans le troisième , Lumen , Elû ,
Lune , Mule , et dans le quatrième on
trouve , Mulus et Mus.
Les mots de l'Enigme et des Logogryphesdu
second volume de Décembre sont,
la Langue , Franchise , Chaire , Farcin et
Medicus . On trouve dans le second Logogryphe,
Chair , Raïe , Ire , Arc , Char
Craie , Arche , Cire , Cher , Riche , Air ;
dans le troisiéme , Cain , Frane , If, An,
Fa ; et dans le quatriéme on trouve ,
medius , Medus , meus et Mus.
J
ENIG ME.
É cache mes défauts autant que je le puiss
Avec un air trompeur j'aborde tout le monde s
Mais , n'étant pas d'une beauté profonde ,
Je déplais aussi - tôt qu'on connoît qui je suis
Benir le nom de Dieu, c'est là mon caractere,
Et prier le Seigneur pour la santé du Roy ,
Mais dans cet innocent employ
J'ai souvent fait mourir mon pere .
Eij LOGO
86
MERCURE DE
FRANCE
XXXXX XXXXX- XXXXXXXXXXX
LOGOGRYPHE.
L Ecteur , qui dévoiles sans peine
D'un
Logogryphe obscur le mot mysterieux ,
Voyons si tu pouras trouver tout d'une haleing
Celui que cherche ici ton esprit curieux.
Peut-être ce n'est pas chose trop dificile.
Dabord sans opération
Tu vois un homme tel que fut jadis Thrasile
Ce qui forme souvent
l'interrogation ;
D'un Patriarche la Patrie ;
L'endroit où les trésors , que nous offre Cerés
Sont pour les Mortels préparés
Une cruelle maladie ,
Dont rarement , à ce qu'on dit ,
Le Dieu
d'Epidaure guérit ;
Ce qui divise enfin la vie ;
Mais n'est- ce que cela! dira quelqu'un , eh quoi ?
En sept lettres six mots , ce n'est pas grand
mystere ;
Tu veux donc opèrer , eh bien , Lecteur , opere,
Autres vingt -sept encor se présentent à toi.
Cà , devine, un Oiseau, deux Notes , une Plante,
L'épithete d'un
Magistrat ;
Souvent tout le mérite et
l'agrément d'un fat ;
Une herbe d'odeur violente ;
De
JANVIER. 1738. 87
De la Musique un Instrument ;
Un Monstre affreux , un Element ;
La résidence du Cyclope ;
Un abîme , un Saint , deux Cités ,
L'une dans l'Amérique et l'autre dans l'Europe ;
Ce dont les flots sont agités ;
Une racine printemniere ;
Un meuble d'Ecurie , un Insecte , un Gâteau
Le lit ou sans Pont ni Bateau
On peut passer une Riviete ,
Le symbole de la pudeur;
Celui de la tendresse , ou bien de la fureur
Un Prince Iduméen dont parle l'Ecriture
Un mot synonime à ton goût ;
Le suplice où Junon attache l'imposture ;
Un métail , Lecteur , voilà tout.
A la Fere , par M. de Broglio de
Martigues.
AUTRE.
M Es deux moitiés, dont l'une est substantif,
Et l'autre un adjectif ,
Désignent elles deux, ce que je suis moi - même,
Pour la premiere , chacun l'aime ,
Elle est bonne en effet , mais l'autre ne vaut riens
Lecteur , si tu les connois bien ,
Prens bien garde que la premiere
Ne se gâte par la derniere ,
Gar
88 MERCURE DE FRANCE
I
Car à l'instant , et c'est tant pis ,
Tu connoîtrois ce que je suis.
Par E. M. J. D. L. de Meaux
LOGOGRY PHUS.
Nteger , o Domini , vestris è sensibus unum
Aggredior ; verum ( non personat omnibus idem. Y
Quid sim pendatis . Genuit me Musica. Quid sim
Nostis ? quam gigno soboles numerosa docebit.
Immutor. Si me mortalis turba sequatur ;·
Non aliis pedibus , quàm trinis consto. Sequamur
In sextâ pueri de me persape loquuntur
Classe ; tribus videorr_non rara: domestica plantis
Bestia sum quadrupes , sed et altera bestiapravaz:
Arbor communis , nec fallor , collibus altis
Haud impar : res quam nusquàm conantur honestit
Gives : id per qued vacuatur divitis aurum :
Atque meum cuncti noctuque diuque recedunt
Ingremium : quid restat ? agrestes divido terrass
Par Du- Chemin , Musicien à Angers..
ME
ALIUS.
E Coelum , me Terra tenent , me possidet:
Equor.
Trino quid de me , Lector amice , putas 2
Noane, tuo. Cantus quando de pectore promis ,
Constat
JANVIER. 1738. 89
Constat quinque pedum corpus adesse meun &
Invertas caudam , tunc Mons Ægyptius adsum :
Verte caput ; meus est Protoparens genitor,
Par le même,
*******httttt
NOUVELLES LITTERAIRES
H
DES BEAUX ARTS
ISTOIRE GENERALE des Au
teurs Sacrés Ecclesiastiques , qui
contient leur Vie , le Catalogue , la Critique
, le Jugement , la Chronologie
l'Analyse et le Dénombrement des di
ferentes Editions de leurs Ouvrages ; ce
qu'ils renferment de plus interessant sur
le Dogme , sur la Morale et sur la Discipline
de l'Eglise ; l'Histoire des Conciles
, tant Generaux que Particuliers , et
les Actes choisis des Martyrs. Par le R.P.
Dom Remy Ceillier , Benedictin de la
Congrégation de S. Vanne et de S. Hydulphe
, Prieur Titulaire de Flavigny.
Tome VI. A Paris , thés Philipe- Nicolas
Lottin, Imprimeur- Libraire, ruë saint
Jacques , à la Verité , 1737. in 4. de
783. pages.
E vj DISSER
90 MERCURE DE FRANCE
DISSERTATION en forme de Let
tre , adressée au R. P. Castel , Jesuite ,
de M. d'Anville , Géographe ordinaire
du Roy, au sujet des Pays de Camtcharka
et de Jeço , avec la Réponse du R. P.
Castel , 1737. brochure in 12.
>
METHODE de guérir les maladies ;
exempte de toute hypothese , et fondée
uniquement sur l'experience et sur la
raison . Divisée en trois Parties ; sçavoir
la Pathologie universelle , la Pathologie
particuliere et la Thérapeutique , le tout
disposé en Aphorismes .ParHenry Joseph
Rega , Docteur en Médecine dans l'Université
de Louvain . A Louvain , de l'Imprimerie
de Martin Van- Overbike, 1737 .
LES DEUX LIVRES DE S. AU
GUSTIN , de la Grace de J. C. et du Peché
Originel , traduits en François sur
I'Edition des PP. BB. de la Congrégation
de S. Maur , 1738. in 12. A Paris ,.
chés Babuty , rue S. Jacques , à S. Chry ..
sostome.
TRADUCTION du Traité de l'Ora
teur de Ciceron , avec des Notes. Par
M. l'Abbé Colin. A Paris , chés Debure,
Taîné , Quai des Augustins , du côté du
Pont™
JANVIER 1738. S
"
Pont S. Michel , à S. Paul , 1737. vol .
in 12. de 498. pages.
ORAISON FUNEBRE de M. le Cardinal
de Bissy , prononcée dans l'Eglise
Cathédrale de Meaux , par M. l'Abbé
Seguy , de l'Académie Françoise A Paris,
chés Prauli , Pere , sur le Quai de Gêvresau
Paradis , Brochure in 4. 1738
L'EXPLICATION des Livres des Rots
et des Paralipomenes , où , selon la Méthode
des SS. Peres , on s'atache à découvrir
les Mysteres de J. C. et les Regles
des Moeurs renfermées dans la Lettre
même de l'Ecriture. A Paris , chés
Babury , rue S. Jacques , à saint Chry
sóstôme , 1738. trois vol . in 12 .
ENTRETIENS LITTERAIRES ET
GALANS , avec les Avantures de Don
Palmerin et de Thamire. Par M. du Perron
de Castera. A Paris , chés la veuve
Pissot , Quai de Conty , à la descente du
Pont Neuf, 1738. in 12. 2.- vol.
FESTIN JOYEUX , ou la Cuisine en
Musique , en Vers libres , en deux Par
ries. A Paris , chés Lesclapart, Perc , ruë
S. André des Arcs , vis . à - vis la ruë Psvée
MERCURE DE FRANCE
vée , à l'Esperance couronnée , et Losa
clapart , fils , Quai de Conty , entre la
rue de Nevers et la rue Guenegaut , à
Esperance couronnée , 1738. in 8. Le
prix des deux Parties est de 6. livres .
LES PSEAUMES PARAPHRASE'S ,
suivant le sens Litteral et le Prophetique,
par un Prêtre Solitaire. A Paris , ruë
S. Jacques , chés Grégoire Dupuis , à la
Couronne d'or ; Charles Osmont , à
POlivier ; Louis Dupuis , ruë S. Jacques ,
à la Fontaine d'or , 1738. in 12. 3. vol.
L'INGENIEUR FRANÇOIS , conte→→
nant la Géométrie Pratique sur le Papier
et sur le Terrain , avec le Toisé des Travaux
et des Bois ; la Fortification régu
liere et irréguliere ; sa construction effective
, l'attaque et la défense des Places ;
avec la Méthode de M. de Vauban , et
l'explication de son nouveau Systême.Par
M. N. Ingénieur ordinaire du Roy. A
Lyon , chés Jacques Certe , ruë Merciere,
à la Trinité. Vol. in 8. avec figures
L'HEURE DU BERGER , Comédie
en Prose et en un Acte , représentée
pour la premiere fois par les Comédiens
François le 12 Novembre 1737. avec un
Divertisse
JANVIER. 1738. 93
Divertissement. Par M. Boizard de Ponthean.
Se vend à Paris , chés Gregoire:
Antoine Dupuis , Grand'Salle du Palais ,
au S. Esprit , 1738. in 8. de 32.pages.
LA THEORIE ET LA PRATIQUE
de la Coupe des Pierres et des Bois , pour
la construction des voûtes et autres parries
des Bâtimens Civils et Militaires ; ou
Traité de Stéréotomie , à l'usage de l'Architecture
, par M. Freier , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Ingé
nieur ordinaire du Roy en Chef à Landau
. Chés Daniel Donlseker , le Fils ,
à Strasbourg, et à Paris , chés H. L..
Guerin , l'aîné , in-4, 1737.-
ALMANACH ROYAL. Année 1738. conrenant
les Naissances des Princes & Princesses
de l'Europe ; les Archevêques ,
Evêques , et Abbés Commandataires ; les
Maréchaux de France ; les Lieutenans
Généraux , Maréchaux de Camp et Brigadiers
des Armées , les Lieutenans Gé
néraux des Armées Navales , Chefs d'Es -`
cadre & c. Les Chevaliers , Comman
deurs et Officiers des Ordres du Roy; les
Gouverneurs et Lieutenans Généraux des
Provinces ; les Conseils du Roy : les Départemens
des Secretaires d'Etat et des
Intendans
34 MERCURE DE FRANCE
Intendans des Finances : les Conseillers
d'Etat , les Bureaux du Conseil , les Maîtres
des Requêtes , les Intendans des
Provinces , la Grande Chancellerie , le
Grand Conseil : le Parlement , la Chambre
des Comptes , la Cour des Aydes ,
toutes les Cours et Jurisdictions de Paris
, avec les Officiers qui en dépendent :
l'Université , les Académies , les Bibliothéques
publiques , &c. Les Fermiers
Généraux , les Receveurs Généraux des
Finances , les Trésoriers des Deniers
Royaux , les Payeurs des Rentes et leurs
Controlleurs , la Compagnie des Indes ,
&c. A Paris , de l'Imprimerie de la veu ,
ve d'Houry , rue de la Harpe au S. Esprit.
Ce Livre a toujours un fort grand débit
, aussi est- il d'un grand secours :
Nous croyons faire plaisir au Lecteur
et à ceux qui ont soin de l'Edition de
ce Livre , d'avertir de quelques fautes
qui s'y sont glissées , au sujet de la
Liste de l'Académie Royale de Peinture
et Sculpture , dans la classe des Pro
fesseurs.
M. Carlo Vanloo , qui doit se trouver
après M. Dumont le Romain , est mis au
dessus , à la place de M. Vanloo le Pere ,
Teintre de M. le Prince de Carignan ,
doat
JANVIER. 1738.
dont le nom est totalement oublié.
M. de Tourniere qui est placé dans les
Professeurs , doit être mis à la fin de la
classe des anciens Professeurs.
Dans la classe des Adjoints à Professeurs
, il y a une transposition et une erreur.
M. Jeaurat doit être au - dessus de
M. Adam , et M. Adam est Sculpteur et
non pas Peintre.
LA SAGESSE DU GOUVERNEMENT, ODE
à M. l'Evêque de Clermont , par M.
l'Abbé Isnard. A Paris , Quai de Gêvres,
chés Pierre Clement , 1738.
Cette Ode a fait tant de plaisir , que
nous croyons indubitablement en faire à
nos Lecteurs d'en transcrire ici quelques
Strophes des seize dont elle est compa
sée. L'Auteur s'exprime ainsi
Toi , dont l'Eloquence rapide
Soûmit les Peuples et les Rois ,
Qui prends la verité pour guide ,
Et ne parles que par sa voix ;
MASSILLON , si j'ai ton suffrage
Je puis offris un juste hommage
A ce Ministre généreux ,
L'Amour , le soutien de la France
Qui ne signala sa puissance
Qu'à rendre les Peuples heureux
Quelle
96 MERCURE DE FRANCE
Quelle est la Grandeur veritable ş
C'est celle , qui par ses bienfaits ,
Affermit l'Empire durable
De la Justice et de la Paix.
Tu les fis asséoir sur le Trône ,
FLEURY , tu contraignis Bellone
A suivre leurs aimables Loix.
Plus grand par tes soins pacifiques ,"
Que par leurs travaux héroïques
Et les Guesclins et les Dunois.
Doux fruits d'une Paix desirée ,"
Que nos coeurs n'osoient esperer !
Les jours de Saturne et de Rhée
Viennent encor nous éclairer.
L'ambition et l'artifice ,
Jadis au gré de leur caprice ;
En troublerent les sages Loix :
La bonne foi long - temps bannie
Est aujourd'hui le seul Génie
Qui préside aux Traités des Rois.
Paix solide autant que durable ,
Vous n'amolirez point nos coeurs ;
inaltérable
De ce repos
Rien ne corrompra les douceurs,
Exempt de faste et de foiblesse ,
FLEURY Sçut confondre l'yvresse
D
JANVIER.
97 1738.
Du Luxe et de la Volupté ;
Et dans le sein de l'abondance ,
fait revivre l'innocence ,
Et l'antique frugalité.
Toi , Religion adorable ,
Dont il a défendu les droits ,
Grave le récit mémorable
Des triomphes que tu lui dois.
Toujours guidé par sa clemence ;
D'une redoutable vengeance
Il craignit de lancer les traits
Mais étouffant par tout la Guerre ;
Comme il a sçu calmer la Terre ›
Il sçaura te rendre la Paix.
Que ses envieux aplaudissent
Aux tributs d'éloge et d'amour ;
Dont tous les climats retentissent
Où commence et finit le jour !
Qu'au sein de cette Paix profonde
Ses jours , pour le bonheur du Monde
Egalent ses bienfaits divers !
Des Vertus juste récompense ,
D'AM BOISE fut cher à la France ,
Et FLEURY l'est à l'Univers,
EXTRAIT
98 MERCURE DEFRANCE
EXTRAIT des Essais sur la nécessité
et sur les moyens de plaire. vol in- 12. à
Paris chés Pranlt Fils , Quai de Conti.
Cet Ouvrage est divisé en trois parties .
Dans un Avertissement qui précede
les deux premieres , l'Auteur annonce
ainsi la distribution de son plan. » J'ex-
» pose , dit- il , en premier lieu , la néces
» sité de plaire cette nécessité recon
» nuë , mene à chercher les moyens de
» profiter des avantages qu'elle nous pre-
» sente; et ces moyens , j'explique com-
» ment ils nous égarent , cu comment
» ils nous font réussir.
>
Dans la seconde Partie , l'Auteur apli
que à l'éducation les principes qu'il a
établis dans la premiere.
Dans la troisième , il met en action ces
mêmes principes qu'il répand dans cinq
Contes de Fées.
L'objet de ces Essais est d'établir , que
l'avantage de plaire n'est pas le point de
vûë qui doit fixer toute notre ambition ,
que plaire n'est qu'un route, qu'un com
mencement de succès pour arriver à un
but bien plus désirable , au bonheur d'être
aimé , la conclusion de cet Ouvrage
rassemble toutes les parties de ce plan
que l'Auteur a toujours suivi ; » Dans le
> commerce ordinaire de la vie , dit il
>
il ,
pour
JANVIER. 1738 . 39
pour être heureux , il faut être aimé,
pour être aimé il faut plaire , et l'on
» ne plaît qu'autant qu'on sçait contribuer
au bonheurdes autres .
Pour donner une idée plus étenduë de
l'Ouvrage , on va entrer dans quelques
détails sur la disposition particuliere de.
chaque partie , et sur les principes qui y
sont renfermés.
Entre les principes les plus utiles à
» la Societé , il en est un , dit l'Auteur ,
» que nous ne pouvons trop connoître
» et trop suivre, parce que dans les per-
»sonnes dont il regle la conduite , il em-
» pêche la raison d'être farouche , qu'il
» ôte à l'amour propre ce qui le rend
>> haissable , qu'il suplée en quelque fa-
>> çon aux avantages de l'esprit , et les
» sauve de la jalousie qu'ils peuvent exciter
lorsqu'ils sont éminens , qu'enfin
il influe considérablement sur notre
» bonheur , et sur celui des gens avec
» qui nous passons la vie ; c'est la néces-
» sité de plaire. J'entends par le mot de
» plaire , une impression agréable que
» nous faisons sur l'esprit des autres
» hommes , qui les dispose , ou même les
» détermine à nous aimer.
L'Auteur expose ensuite que de quelques
avantages
que nous soyons partagés,
nous
100 MERCURE DE FRANCE
nous n'en sommes pas moins assujétis à la
nécessité de plaire ; et parcourant ces
mêmes avantages, il dit au sujet des qualités
heureuses de l'ame » Les occasions
d'employer les vertus d'éclat ne sont
pas fréquentes. Qu'elle est pendant
» ces longs intervales la ressource des
>> ames sensibles ?l'usage des vertus moins
» brillantes dont l'effet est de plaire et le
D fruit de se faire aimer.
L'Auteur considere ensuite , dans dif
ferens point de vue , combien il est nécessaire
que l'attention de plaire accompagne
les avantages de l'esprit et parlant
de ces hommes si dignes de l'estime
publique , qui employent leurs lumieres
à regler les intérêts qui sement la division
parmi les autres hommes , il s'explique
ainsi : » On devroit pouvoir comp-
» ter du moins sur le coeur de ceux qui
» ont obtenu de nous les avantages aux-
» quels ils prétendoient : il arrive cepen-
» dant, que le plus ou le moins d'égards
>> que vous aurez marqués pour leurs per
sonnes , dans les momens où dépen-
» dans et soumis , il vous auront entre
» tenû de leur esperance ou de leur crain
» te , décide souvent de leur reconnois-
» sance, Si vous avez fait souffrir leur
» amour propre.... vous n'obtiendrez
d'eux .
1
JANVIER 1738. TON
» d'eux que l'estime qu'ils ne peuvent
vous refuser ; et l'estime des hommes
est un tribut qui ne satisfait que notre
» raison , leur amitié est nécessaire au
» bonheur d'une ame sensible.
»
Ensuite examinant les avantages et
les écueils que le rang supérieur et la
haute naissance présentent à qui veut
être aimé , il dit , en parlant des Grands.
» Qu'ils désirent de plaire , au moindre.
" effort l'ouvrage est achevé . Tout s'em-
» bellit autour d'eux , l'esprit se décou-
» vre , les talens se multiplient , leur
>> sourire est comme ces rayons de lumie-
» re qui répandus tout -à coup sur une
» Campagne font sortir mille Tableaux
» variés et rians , où l'on ne découvroit
» auparavant qu'une sombre et confuse
>> uniformité.
Du rang et de la naissance , il passe à
l'autorité , il la peint sous des couleurs
auxquelles les hommes ont ratementle
plaisir de la reconnoître. Nous allons
raporter ici le Portrait tout entier , parce
qu'il presente un modele auquel il seroit
à souhaiter pour le bonheur du monde ;
que tous les hommes puissans pussent ressembler:
» Comment Phomme revêtu de
» l'autorité s'armeroit-il du courage pénible
de suporter, sans en paroître accablé
?
o MERCURE DE FRANCE
blé , les importunités honorables , mais
continuelles , des Grands , et tout ce
» qu'a derebutant la foule oisive qui gra-
>> tuitement l'obsede , s'il n'avoit l'heu-
»reuse ambition de se concilier les coeurs?
» C'est dans cette seule esperance qu'il
» écoute avec douceur les discours em-
» brouillés , ou captieux , que l'esprit
» borné ou la mauvaise foi lui font es-
» suyer. Il sent qu'un obligeant accueil
» est le seul dédommagement des graces
qu'il ne peut accorder , ou des deman-
» des injustes qu'il démasque. En lui l'au-
» torité parle toujours , le langage du
» Citoyen. On lui pardonne d'être puis-
» sant , parce qu'on le respecte sans le
»redouter ; on fait plus , on lui porte le
>> seul tribut qu'il désire , on l'aime.
>>
Après l'autorité l'Auteur considere la
fortune , il observe qu'elle ne porte
pas son pouvoir jusques à faire ai
mer les hommes qu'elle favorise , il examine
ensuite les liaisons qui forment la
Societé, telles que l'amitié , le sçavoir- vivre
, la politesse , qualités qu'il conçoit
n'être pas d'un grand avantage , quand
elles n'ont point pour ame le désir de
plaire , et pour marquer combien il est
nécessaire que ces qualités soient parées
de ce caractere qui satisfait l'amour propre
JANVIER
. 1738 Ios'
pre de ceux qu'elles ont pour objet ; il
termine ses reflexions par cette remarque
qui peut être regardée comme une maxime
: Les égards sont moins sujets que les
services , à trouver des ingrats .
La nécessité de plaire présentée dans
son vrai jour, mene comme on l'a dit , à
chercher les moyens de profiter des avan
tages qu'elle nous présente , et ce desir
devient , selon le sentiment de l'Auteur,
un des plus sûrs moyens pour parvenir à
plaire ; telle en est la définition , on la
raporte toute entiere parce qu'elle est une
collection de tous les principes renfermés
dans cet Ouvrage.
» Le désir de plaire est un sentiment
» que nous inspire la raison et qui tient le
» milieu entre l'indifference et l'amitié ;
»une sensibilité aux dispositions que nous
» faisons naître dans les cours; un mobi
» le qui nous porte à remplir, avec com
» plaisance les devoirs de la Societé , à
» les étendre même, quand la satisfaction
des autres hommes peut raisonnable-
» ment en dépendre. C'est une force qui
» dans les changemens de notre humeur ,
» dans les contradictions où notre esprit
est sujet à tomber nous retient en
» nous oposant à nous - mêmes . C'est eng
n fin une atention naturelle à démêler le
F merite
•
104 MERCURE DE FRANCE
» merite d'autrui , et à lui donner lieu de
» paroître ; une facilité judicieuse à negliger
les succès qui n'interessent que
» notre esprit et nos talens , quand
» par cette conduite nous gagnons d'être
» plus aimés.
»
C'est ici que le but de l'Ouvrage com.
mence à paroître plus developé. » Le don
» de plaire , dit l'Auteur , examiné avec
les yeux de la saine raison , loin d'être
» regardé comme un succès satisfaisant
» ne doit paroître qu'un moyen flateur
» d'obtenir la plus douce de toutes les
récompenses , le plaisir d'inspirer de
» l'amitié .
Dans cette vûë il distingue differentes
conduites que nous fait garder le desir
de plaire , suivant qu'il est plus ou
moins guidé par son veritable objet , il
cite les Gens qui contens de se voir aplau
dis,ne consultent pas si on les aime; ceux
qui partagés de ce qui sert à plaire , n'en
profitent pas assés , ceux qui s'abusent
au point de prendre l'envie qu'ils ont de
briller, pour un désir de plaire, il définit
ce que c'est que l'envie de briller . Et en
tr'autres inconveniens qu'elle entraîne
il remarque que ceux qui sont dominés
par ce défaut , préferent la mauvaise
compagnie à la bonne. Il explique ce que
les
JANVIER. 1738. 105
les Gens du monde entendent par la bonne
et la mauvaise Compagnie. Un autre
inconvenient qui résulte de l'envie de
briller , c'est l'affectation ; nous y tombons
, dit- il , de deux manieres , l'une en
forçant notre naturel , et l'autre en imitant
celui d'autrui. Il définit ainsi la premiere.
>
›
» L'affectation qui a sa source dans nous-
» mêmes , est un certain aprêt marqué
» dans le maintien dans la façon de
» marcher , de rire . ... C'est une aplication
serieuse et réfléchie , à faire
» avec distinction , les plus petites cho-
» ses &c. Il remarque ensuite une autre
affectation qui tient à notre naturel . C'est
celle de ces gens nés singuliers , ou ingénus
, ou indifferens ou farouches ,
et qui se plaisent à le paroître encore
plus qu'ils ne le sont effectivement.
L'Auteur analise ensuite l'affectation
ui consiste dans l'imitation . C'est , ditil
, une adoption du merite d'autrui qu'on
préfere au sien, sans en être plus modeste;
il explique que cette imitation ne se marque
pas seulement dans notre extérieur ,
qu'il y a des haines et des goûts qu'on ne
montre que parce qu'on imagine du bon
air à les avoir ,
Mais parmi les erreurs où peut nous
Fij faire
>
166 MERCURE DE FRANCE
faire tomber le desir d'être aplaudis , il
regarde comme une des plus à craindre ,
celle de mettre l'esprit caustique au rang
des moyens de plaire . Il distingue diffe
rens genres d'esprits caustiques qui peuvent
avoir quelques succès , mais qui
nous éloignent du seul où nous devons
prétendre , du bonheur d'être aimé. Il
fait remarquer , sur tout , le mépris qui
se joint à la haine qu'on a pour certains
hommes qui ont le desir d'être caustiques
, et qui n'en ont point le talent s
ou qui ignorent,qu'il est de certains ridicules
dont on ne daigne plus se mocquer,
» Heureusement, dit- il , il ne suffit pas d'a-
» voir de la malignité et de l'esprit , pour
» être avec succès (suposé que c'en soit un)
» médisant , ironique , ou dédaigneux ;
» il fautêtre instruit des objets et du ton
» de la Critique en regne. Eh ! quelle
» étude méprisable , quand on a pour ob
» jet de s'en prévaloir contre la Societé ,
» que celle d'une Science qui nous fait
» redouter , et qui deshonore notre raison
, à mesure que notre esprit réussię
» mieux à en faire usage!
L'Auteur expose ensuite deux caracteres
dont il n'est pas moins important de
se garantir. Le premier est la fade com
plaisance , qu'il définit ainsi,
» Je
JANVIER 1738 107
Je parle de cette souplesse d'humeur
, de cette atention servile , qui
» satisfaite de plaire generalement , sans
» distinction des personnes , se perm
» tout ce qui lui paroît ne point blesser
l'honneur , prodigue les éloges , sa
crifie , sans qu'on l'exige , ses propres
» goûts , et va souvent même plus loin
que n'iroit l'amitié , sans jamais avoir
»le plaisir d'être inspiré par elle.
Le second caractere , c'est la flateric . Il
en distingue deux genres. L'un qui tient
de la fade complaisance , et l'autre , qu'il
remarque qu'on ne sçauroit trop détester
, c'est la flaterie , qui pour s'emparer
des esprits , saisit malignement le foible
» qui les deshonore , qui aplaudit à nos
ridicules, afin de jouir, en même temps
» du plaisir de les augmenter et de nous
» plaire.. Il est si facile dans la So-
« cieté d'entretenir Belise du nombre
»' imaginaire de ses Amans. Un sot n'a
» borderoit Don Quichote , qu'en lui
»parlant d'Enchanteurs. Un homme
» d'esprit l'engageroit à traiter la Mora-
» le , parce que dans Don Quichote
» l'homme le plus singulier , et qui four-
» nit davantage à la curiosité d'un Philo-
* Personnage de la Comédie des Femmes Spa
antes,
Fiij
ן כ
sophe
Yo MERCURE DE FRANCE
,
en
sophe , ce n'est pas le fou : c'est celur
» qui est la raison même , jusqu'au mỏ-
» ment où le mot de Chevalerie
» fait une métamorphose complete. It
» est aisé de le remarquer ; les sots se
» croyent pénétrans et caustiques , quand
ils font tant que d'apercevoir dans au-
» trui , des défauts qui n'échapent à personne
.... Il faut donc leur laisser le
» genre de flaterie dont je viens de par-
» ler, ou convenir que , quand nous em
» brassons ce caractere honteux , dans la
» vûë de nous faire aimer , c'est un abus
»que nous faisons d'un motif estimable ;
>> c'est que nous n'avons pas assés d'esprit
» pour saisir les moyens de plaire , que
» nous offrent la raison et la verité.
>>
La Coqueterie est mise ensuite au
rang des égaremens où le desir de plaire
est sujet à entraîner. Cet écueil de la rai-
» son des femmes,n'est pas aisé à définir,
> dit l'Auteur , plus un défaut est en re-
» gne , plus il se montre par differentes
» faces, dont celles qui le caracterisent le
mieux, sont quelquefois les plus diffi-
» ciles à raprochér , et particulierement
» dans les femmes , soit qu'elles suivent
» la raison ,soit qu'elles cédent au caprice ;
» leur imagination plus ingénieuse que
» la nôtre , varie et multiplie bien da
vantage
JANVIER 1738 . 109
Vantage les nuances. Un homme aima
» ble et qui cherche à le paroître , vous
» a bien- tôt laissé apercevoir tous les
» moyens d'y reuffir , qui lui sont propres
» Les femmes saisissent successivement
toutes les manieres de l'être; et c'est
» ce qu'en général elles sont portées à al-
» ler loin dans la route qu'elles prennent,
» qu'il leur est plus important de la bien,
par
choisir. » Ces reflexions conduisent
l'Auteur à faire sentir la difference de la
coqueterie et du désir de plaire , qui est
convenable dans tous les états et à tous
les âges ; il termine ainsi le portrait de la
coqueterie. » La fausse vanité la fait
» naître , des chimeres flateuses l'entretien
nent , et le mépris en est le fruit.
f
Les égaremens où le desir de plaire
peur nous entraîner , exposés , l'Auteur
passe au moyen d'être aimé que ce même
désir nous offre. Il remarque que
c'est lui qui donne l'ame aux qualités
heureuses de la figure et du caractere. Et
pour prouver cette opinion , il analise ce
qu'on apelle l'air d'éducation , l'air du
Monde. Dans une Personne qui parle , la
grace exterieure dépend d'un certain accord
entre ce qu'elle dit , et l'action dont elle l'accampagne;
il faut que de l'un et de l'autre, il
ne résulte qu'une même idée dans l'esprit de
F iiij
fro MERCURE DE FRANCE
celui qui l'écoute et qui la voit . Après quel→
ques autres analises , il peint quelquesuns
des caracteres qui semblent plaire
par eux mêmes , et qui , bien examinés,
ont besoin pour réussir constamment, d'e
tre animés par ce desir de plaire qui met
le sceau à toutes les bonnes qualités.
Pour mieux faire sentir l'utilité du de
sir de plaire , l'Auteur expose que ce mê
me desir fait plus encore, que de relever
les qualités qui sont en nous , qu'il y en
fait naître de nouvelles : la modestie , par
exemple , qui dans les personnes qu'éleve
tout à coup la fortune , les garantit Pu♣
ne certaine confiance orgueilleuse , d'un certain
air de fuperiorité qui seglisseroit , sans
qu'elles s'en aperçussent , dans leurlangage ,
dans leurs actions les plus indifferentes et même
dans leur politesse . Une autre qualité
encore est , l'attention à ne point diminuer
d'égards pour ceux qui ont reçu de nous des
services ; sur tout quand il s'agit de bien
faits qui nous donnent une sorte de superiorité
sur eux..... parce que pour être aimé,
ilfaut nécessairement remplir par une suite
d'égards , les intervales qui se trouvent en➡
tre les services.
On trouve ensuite quelques reflexions
sur les défauts que le desir de plaire corrige
, et sur ceux qu'il adouçit ; comme
l'ai
JAN VIE R. 1738. 11
Fair dédaigneux , le ton méprisant , l'ia
négalité. L'Auteur pour mettre plus au
jour l'inégalité dans l'humeur , imagine
une Personne, qui , au défaut près, d'avoir
l'humeur changeante , est doüée de tant
de qualités rares et supérieures , qu'il y a
peu de gens qui ne gagnassent beaucoup
à lui ressembler. Il supose ensuite qu'on
inspire tout à coup à cette même personne
le desir de plaire, qui a pour objet de
se faire aimer. De là , il fait connoîtrecomment
elle vous accoûtumera par degrés
à voir son inégalité avec indulgence..
Effet plus puissant du desir de plaire; en lui
trouvant les mêmes défauts , vous ne verre
plus de torts en elle , vous finirez par l'aimer..
·
D'autres qualités et d'autres défauts
qui naissent du desir de plaire , sont
traités separément , parce qu'ils apartien
nent particulierement à la conversation ..
» L'Auteur remarque que pour éclair
>> cir suffisamment de quelle maniere ces
» qualités font partie de l'esprit de la
»conversation , il faudroit analiser en
» quoi consiste ce même esprit : mais :
>> comment définir , dit- il , dans toutes
» ses faces cette espece de génie qui dé-
>> pend moins du genre et de l'étenduë
»des lumieres qu'il possede , que du senti
E v » ment
<
112 MERCURE DE FRANCE
13
* » ment plus ou moins délicat , avec le→
quel il les met en usage ; qui ne se sert -
» jamais mieux de l'esprit , que quand il
» semble s'en passer , ou n'apercevoir pas
» tout celui dont il dispose : qui, trans-
» porté à tous momens dans differentes:
a
»
Régions , n'a qu'un instant presqu'in-
» sensible , pour s'emparer des richesses
» qui lui sont propres , et dont le choix ,
à mesure qu'il est plus subit , est quelquefois
plus heureux : ce talent qui a*
tant de ressources pour plaire , nous.
cache presque entierement ce qui le
n constituë ; on le sent et on ne sçauroit
» dire précisément ce qu'il est : on connoît
bien mieux les défauts qu'il doit
» éviter , que les qualités qui sont de son
» essence.
Entre ces qualités il en est deux qu
sont sensibles ; l'une est la maniere d'écouter
, et l'autre est ce caractere liant,
qui se préte aux idées d'autrui.
Les défauts à éviter dans la conversation
, sont l'habitude de parler de soi ,
Pabus de la memoire , la contradiction
et ces défauts sont exposés par differentes
faces.
L'Auteur propose ensuite quelques ob
jections à l'opinion de la Bruyere , qui
réduit l'esprit de la conversation à la
classe
3
JANVIER. 1738. 113
classe de l'esprit du jeu et de l'heureuse
memoire. Dans l'une de ces refléxions,
şur ce qu'il trouve d'injuste dans cette
même opinion. » Il me semble , die - il ,
» qu'à esprit égal , les personnes qui
possedent le talent de la conversation
» ont bien plus d'occasions de plaire, que
» celles qui ne font qu'écrire . L'Au
» teur le plus ingénieux et le plus abon♣
» dant , employe bien du temps à un ouvtage
dont le succès dépend de quantité
de circonstances qui souvent luk
» sont étrangeres : au lieu que l'hom
» me douté de l'esprit de la conversation,
» plaît et se renouvelle sans cesse : il fair
» constantment les délices de tout ce qu'il
>> remontre. Quelle difference dans la ma
> niere de vous occuper l'un par la lecature
de ses ouvrages , je les supose du
>genre purement agréable , n'offre pour
spectacle à votre esprit que le sien , il
» né vous montre qué son mérite ; l'au
> tre vous ramene à vous - même , Vous
» place à côté de lui sur la scene où il
brille, et vous y place à votre avantage
; vous croyez y partager ses succès #
quelles ressources pour vous plaire
» et pour se faire aimer de vous !
+
La premiere partie de l'Ouvrage finit
par cette réfléxion : Combien les jours
coulens
»
F vj
14 MERCURE DE FRANCE
» coulent avec vitesse pour ces ames
» heureuses , qui dans les intervales de
» leurs occupations , s'amusent constam
» ment , et par préference de ce com-
» merce volontaire de folie et de raison ;
» de sçavoir et d'ignorance , de sérieux et
» de gaieté , enfin de cet enchaînement
» d'idées que la conversation ramene ,
» varie , confond , sépare , rejettë , et
>>reproduit sans cesse ! Heureux , encore
» une fois , ceux qui peuvent avoir à la
» place des Passions , le goût d'un com-
» merce où l'on trouve tant d'occasions
de plaire pour se faire aimer !
La suite pour le prochain Mercure.
PENSE'ES ET SENTIMENS DE PIE'TE' , tie
rés des seuls Livres Saints sur divers su
jets. A Rennes , chés Joseph Vatar , Im
primeur-Libraire du College , Place da
Palais, aux Etats de Bretagne. 1737. Vol .
in- 12. de 273. pages , sans la Préface .
INSTITUTIONS DU DROIT BELGIQUE , par
raport tant aux XVII . Provinces , qu'au
Pays de Liege , avec une Méthode pour
étudier la Profession d'Avocat , par M.
Georges de Ghevviet , Conseiller du Roy,
Referendaire Honoraire en la Chancels
lerie
JANVIER 1738 11
Ferie , et ancien Avocat au Parlement de
Flandres , A Lille , de l'Imprimerie de
Charles- Maurice Cramé , Imprimeur ofdinaire
du Roy , rue des Malades , au
Compas d'Or . 1736. grand in- 4.
TRAITE' DU VERTIGE , avec la des
cription d'une Catalepsie Hysterique , ot
une Lettre à M. Astruc , dans laquelle on
répond à la Critique qu'il a faite d'une
Dissertation de l'Auteur sur les Maladies:
Véneriennes , par M. de la Mettrie , Doc
teur en Médecine. A Paris , chés Prault ,,
Fils, Quai de Conty , vis-à- vis la descentte
du Pont- Neuf, à la Charité. 1737.
in- 12. de 147. pages...
Pour donner quelque idée de cet Ou
vrage , nous allons extraire ici la descrip
tion des symptômes du Vertige..
Les corps externes qui sont naturellement
en repos , paroissent se mouvoir en
rond , tomber de haut en bas , ou mon
ter de bas en haut.
On croit tomber du Ciel sur la Terre
ou dans la Mer , s'élever de là jusqu'aux
nuës ,,tourner comme un tourbillon dans .
l'air , et être ensuite précipité , avec tout
l'Univers , dans les plus profonds abî
mes. Je passe ici sous silence une infinité
d'autres imaginations fausses dont le détail
seroit inutile,
Les
16 MERCURE DE FRANCE
Les uns voyent deux objets au lieu
d'un , les autres des couleurs plus ou
moins vives . Voilà les principales illusions
de la vûë dans le Vertige ; voici
celles de l'oute.
On croit entendre tantôt des siffemens
horribles , tels que ceux des Serpens ,
tantôt le bruit des flors de la Mer , du
vent qui enfle les voiles , de la pluie ou
de la grêle qui tombe , le murmure d'un
ruisseau , le son d'une flûte , l'harmonie
d'un concert , et mille autres faux bruits .
Outre le dérangement de la vûë et de
Poule , les fonctions des autres sens ne
sont pas moins interrompues ; l'odorat
est émoussé dans les uns , le goût ou le
tact , alteré dans les autres .
Les muscles se relâchent , les genoux
et tous les membres tremblent à la fois ;
la frayeur est alors si grande , qu'elle
saisit le Guerrier le plus intrépide et le
Philosophe le plus inébranlable : le coeur
se resserre , les forces se dissipent de
plus en plus : on est abatu , consterné et
détruit en si peu de tems , qu'un grand
Chymiste s'est imaginé qu'il y avoit un
venin singulier dans le Vertige.
En même tems qu'on tombe , on a des
maux de coeur , on vomit , on se traîne à
terre , on se méconnoît soi-même et ses
plus proches On
JANVIER. 1738. 117
On voit les paupieres s'élever à cer
tains cris et se baisser aussi- tôt, Ce mouvement
est à peine sensible qu'il s'éva
nouit. On est quelquefois aussi agité par
des convulsions et des transports vio
lens , on respire avec une difficulté ex
trême , on suë , on dort la bouche rem
plie d'écume , et on se réveille ensuite ,
comme un homme sain qui auroit cû le
sommeil le plus tranquille.
ERS à M. de CLAVILLE , sur
son Traité du Vrai Merite , par M.
de Boissay Pelletot , du Pays de Caus
D
Es sentimens de nos Auteurs
Claville adoptant les meilleurs
D'une façon ingenieuse ,
Confond le sien avec le leur ,
Ainsi l'Abeille industrieuse
Tire le miel de chaque fleur.
Le Discernement fut son guide
Dans cette féconde Moisson
Par tout on y voit la raison
Qui souverainement décide.
On le lit sans se rebuter ,
H instruit , sans vous dégoûter ,
I éclaire , bannit le doute ,
Parle à l'esprit, touche le coeur,
Commit
778 MERCURE DE FRANCE.
Comme un Furet , poursuit l'erreur ,
La combat , la met en déroute.
L'Amour propre est dédommagé
Par la Vertu qu'il fait renaître ,
Et sans peine on voit disparaître
Le Trompeur , le faux Préjugé..
Heureur , de sa Philosophie
Qui de bonne heure s'instruira“ ;
Mais plus heureux celui qui la pratiquera f
C'est l'unique moyen de bien passer sa vie !
On nous prie d'annoncer une Brochuregrand
in- octavo , d'environ 300. pagès , actuellement
sous presse , qui contient une Methode facile
pour aprendre sans Maitre , la marche , les termes
, les regles , et une grande partie des finesses
du Jeu de Trictrac , accompagnée de 260. figu
res , où les coups sont représentés très- distincte
ment , et expliqués par des lettres de renvoi
voici le plan de tout l'Ouvrage..
Il est composé de trois Parties , ou Tours de
Tric-trac , joués de suite entre une Dame et un
Cavalier. Après une courte Explication des ter
mes généraux , la premiere Partie commence ;
chacun joue à son tour , chaque coup produit
une nouvelle figure numerotée , qui représente
le Tablier avec ses fleches et ses trous , les dames
abatuës , les cazes et demi - cazes , les dés
les brédouilles , en un mot , la situation exacte
des deux Jeux, et l'explication par écrit , à côté
de la figure.
Cette premiere Partie , qui n'est destinée que
pont Pinstruction des Commençans , est conduire
d'une maniere convenable pour eux , erne
Contents
JANVIER: 1738. TI
Bontient point de réfléxions au- dessus de leur
portée. Elle fournit en même temps des occasions
d'expliquer , la marche , les termes, et les regles
particulieres du Jeu ordinaire; la maniere de jouer
les points, de battre , et de battre à faux , de rem
plir , et de conserver , de marquer les points e
les écoles , la façon de prendre son coin sim→
plement , ou par puissance , et une infinité d'au~
res choses qu'il seroit trop long de citer ici
Cette premiere Partie contient 85. figures
La seconde Partie est destinée pour expli
quer certaines regles , qui n'ont pas pû trouver
place dans la premiere , et pour donner un
exemple complet du Jan - de- retour , et de la
sortie des dames hors du tablier. Cette Partie ,
jouée avec plus de méthode que la précedente ,
renferme un Tarif général de tous les points
qu'on doit marquer avec la citation des figures ,
où l'on peut en trouver des exemples , les loix
du coin , les loix du plein , les loix du retour
et celles de la sortie des dames , toûjours avec
les citations on y trouve aussi deux tables a
colomnes , dont l'une aprend à marquer exac
tement tous les points qu'on peut faire dans un
grand coup , étant en Bredouille , et l'autre tous
les points qu'on peut faire dans un grand coup ,
n'étant pas en Bredouille. On y verra un grand
nombre de judicieuses réfléxions sur la maniere
de se conduire au retour. Elle contient 102
figures.
*
La troisiéme Partie destinée à donner des
regles générales et particulieres pour jouer pru
demment et avec avantage , présente quantité
d'observations sur la maniere de cazer à propos,
sur les différentes combinaisons des dés , sur la
façon de se découvrir pour se faire battre à faux,
elle
20 MERCURE DE FRANCE
elle enseigne à se donner des points favorables
pour remplir et pour conserver , enfia elle est
suivie de plusieurs figures détachées , où sont
représentés différens exemples pour connoître
quand on doit s'en aller ou tenir , quand il con
vient de prendre son coin , ou de ne le prendre
pas , et la solution de presque tous les cas extraordinaires
qui peuvent arriver , fondée sur
P'usage des plus habiles Joueurs , et sur la
raison.
Après ces trois Parties , on explique en pas
sant la façon de jouer le Tric- trac à écrire ,
celle de courir la poule ; enfin la Brochure sera
terminée par une Table alphabetique , où l'on
trouvera après chaque terme , une courte explication
de ce qu'il signifie , de sa valeur , et la
citation de la figure , où l'on en parle plus au
Jong. Les façons de parler qui sont composées
de plusieurs mors , s'y trouveront également
sous l'un et sous l'autre , pour donner plus de
facilité à trouver ce qu'on cherchera . Cette seule
Table tiendra lien de Traité , à ceux qui auront
déja quelque connoissance du Jeu.
L'Auteur , outre ses propres lumieres , et cel
les de deux habiles Joueurs de ses amis , a consulté
tous ceux des principales Villes du Royau
me , qui ont quelque réputation de bien jouer.
Dans les décisions des cas où les sentimens sont
partagés , il a suivi tantôt celui du plus grand
nombre , et tantôt celui du moindre , quand il
Jui a paru s'accorder davantage avec la justice du
jeu , qui doit toûjours consister dans l'égalité
de part et d'autre. Il ose esperer un accueil fa
vorable des amateurs de ce Jeu , et cela avec
d'autant plus de raison , que le prix de sa Brochure
sera très- modique, Il aura atention d'en
faire
JANVIER. *121
1738.
faire porter des Exemplaires dans les Villes prin
cipales du Royaume , dès qu'elle sera entiere
ment sortie de la presse , pour en faciliter l'emplette
, à tous ceux qui seront curieux de l'a
voir.
La Veuve Delaulne , Libraire ruë S. Jacques,
à l'Empereur , à Paris , donne avis qu'elle vient
de faire une nouvelle et parfaitement belle Edition
, revue et corrigée par l'Auteur , des Lettres
de Ciceron à Atticus , traduites en François
avecdes remarques et le Texte Latin , de l'Édition
de Grævius , par M. l'Abbé Mongault , de
PAcadémie Françoise , et ci-devant Précepteur
de Monseigneur le Duc d'Orleans. in - 12. 6
vol. 18 livres.
*
-
On aprend de Leyde que Baudouin et Pierre
Vander-Aa , et Isaac Severinus , ont en vente
ane magnifique Edition in fol. de la premiere
Partie de l'Histoire des Insectes par le celebre
Suvammerdam , en Hollandois , avec la Traduction
Latine de M. Gaubius , Professeur en
Medecine et en Chirurgie. M. Boerhaave , don't
ta reputation est si distinguée , y a ajoûté une
Préface ou il donne la vie de PAuteur. L'O
vrage est en Latin. En voici le Titre.
Joannis Suvammerdammii , Amsteledamensis ;
Biblia Natura , sive Historia Insectorum , in
Classes certas redacta , nec non exemplis , et Ana→
tomico variorum animalculorum examine , ancis
que tabulis illustrata . Insertis numerosis rariorum
Natura observationibus. Omnia lingua Batavâ
Auctori Vernaculâ , conscripta , accedit Prafatio
in quâ vitam auctoris descripsit Hermannus Boerhaave
, Medecina Professor, &c. Latinam ver…
sionem
izz MERCURE DE FRANCE
sionem adscripsit Hyeronimus David Gaubins ,
Medecine et Chymi a Professor , Tome 1. 1737.
Les Freres Jacob et Richard Tonson , Librai
res à Londres , impriment par souscription ,
Vida y Hechos del ingeniose Hildalgo Don Qui
xote de la Mancha, compuesta por Don Miguel de
Cervantes Saavedra , ( on y ajoûtera ce qui n'a
encore jamais para en Public ) Vida de Miguel de
Cervantes Saavedra autor Don Gregorio Mayans
i Siscar , Bibliothecario del Rey Catholico . En
voici les conditions . 1 °. L'Ouvrage sera imprimé
correctement et sur de très beau Papier
Royal de Hollande , avec de nouveaux caracte
res en 4 vol. in 4. 2. il sera enrichi de 68 Tailles
douces , dessinées par M. Jean Vander- Bank,
et gravées par M. Gerard Vandergucht et autres
celebres Graveurs. 3 ° . Les Tailles- douces sont
entierement finies , et l'Ouvrage fort avancé ; il
sera donné aux souscrivans le 25 du mois de
Mars 1738 vieux Stile . 4. Le prix de chaque
Exemplaire sera de 4 Guinées , dont on payera
deux Guinées en souscrivant et les deux au
tres à la délivrance de l'Ouvrage en feuilles.
5. La souscription étant remplie , cet Ouvrage
ne se vendra pas moins des Guinées .
On écrit de Lisbonne que Don - Alexandre
Ferreira , Chevalier de l'Ordre de Christ , De
sembargador des Algarves dans la Maison de
Suplication de cette Ville et dans la Relation de
Porto , Deputé du Conseil de Conscience et de
celui des Ordres , Conseiller de la Junte de la
Bulle de la Croisade , Juge particulier des Esclaves
, Conseiller du Conseil de la Reine et
Auditeur Général de ses Revenus , et l'un des
Acadé
JANVIER. 1738. 123
Académiciens de l'Académie Royale de l'Histoi
re , y mourut le neuvième de ce mois. Il avoit
entrepris d'écrire l'Histoire des Ordres Militaires
du Royaume de Portugal, et il en avoit déja
donné deux Volumes . Il avoit été ci - devant
Professeur en Droit et Recteur du College Royal:
de S. Paul à Coimbre , et avoit quitté ces deux
Places , pour accompagner le Marquis d'Abran
tes à Madrid en qualité de Secretaire d'Ambas
sade.
On mande de la même Ville que le Pere Fernand
da Soledade , Visiteur Général de l'Ordre
des Freres Mineurs de l'Observance dans le
Royaume de Portugal , Chronologiste du même
Ordre , et l'un des Académiciens surnuméraires
de l'Académie Royale de l'Histoire, y
mourut le 29 de ce mois dans la 63 année de son
âge. Ce Religieux a fait imprimer trois Volumes
qui contiennent P'Histoire des Religieux
Franciscains de Portugal depuis leur établissement
dans ce Royaume jusqu'en l'année 1718,
Selon les Lettres de Naples , la nuit du 15 au 16
Décembre , le Ciel parut enflammé de toutes
parts , et l'on aperçût vers le Zenith une espece
de globe de feu , qui après avoir demeuré fixe
en aparence dans un même point pendant plus
de deux heures , se dissipa avecun bruit semblable
à celui du plus violent Tonnerre.
On aprend de Rome qu'il y parut la nuit du
16 au 17 du mois de Décembre une Aurore Boréale
qui occupoit toute la partie Septentrionale
du Ciel, et qui dura plus de 7 heures. Elle fut si
tumineuse , qu'on pouvoit lire aisément les Li
yres imprimés avec les plus petits caracteres.
Le
24 MERCURE DE FRANCE
Le Sujet que l'Académie des Inscriptions es
Belles-Lettres a arrêté pour le concours au Prix
qu'elle doit distribuer à Pâques 1739. consiste
à déterminer le mois et le jour de l'Année Romaine,
auquel les Consuls avoient coûtume d'entrer en
charge , depuis l'expulsion des Rois jusqu'à la
mort de Jules- Cesar. En marquant les variations
arrivées dans cet usage.
PRIXproposépar l'Académie de Chirurgie
pour l'année 1738.
E Sujet proposé par l'Académie de Chirur
Liepourle Prix de l'année 171,6 étoit : 54
L'on doit amputer le Carcinome des mammelles
Bulgairement nommé Cancer.
Quoique l'Académie ait trouvé dans plusieurs
Mémoires et notamment dans celui qui commence
par ces mots : Le Corps Humain n'est que
Vaisseaux , des regles judicieuses pour la pratique
, cependant elle n'a pas crit devoir adjuger
le Prix , parce que l'aplication de ces Regles ne
s'étend pas à tous les cas , et qu'elles sont fondées
sur une Théorie trop conjecturale.
être en droit
L'Académie a néanmoins aperçu dans ces Mé
moires d'assés bonnes choses, pour
d'en esperer de meilleures , si les Auteurs veulent
se donner la peine de traiter cette importante
Question d'une maniere à leur faire honneur ;
c'est pourquoi elle propose de nouveau le même
Sujet pour l'année 1738.
,
, que celui Le Prix sera double , c'est- à-dire
qui , au jugement de l'Académie aura fait le
meilleur Ouvrage sur le Sujet proposé , aura
deux Médailles d'or , chacune de la valeur de
de 200.livres, ou une Médaille et la valeur d'une
autre , au choix de l'Auteur,
Cenz
JANVIER. 1738 128
Ceux qui ont composé en 1736. pouront faire
leurs Mémoires tels changemens ou les mettre
sous telles forme nouvelle qu'ils voudront , c
les renvoyeront écrits de nouveau.
On prie les Auteurs d'écrire en François ou
en Latin , autant qu'il se poura , et d'avoir
atention que leurs Ecrits soient fort lisibles.
Ils mettront à leurs Memoires une marque
distinctive , comme Sentence , Devise , Paraphe
ou signature , et couvriront cette mar
que d'un papier blanc , collé ou cacheté , qui ne
sera levé, qu'en cas que la Piece ait remporté le
Prix,
Il auront soin d'adresser leurs Ouvrages ,
francs de port , à M. Morand, Secretaire de l'A
cadémie de Chirurgie à Paris , ou les lui ferone
remettre entre les mains.
Les Chirurgiens de tous Pays seront admis à
Concourir pour le Prix ; on n'en excepte que les
Membres de l'Académie.
Le Prix sera délivré à l'Auteur même , qui se
fera connoître , ou au Porteur d'une Procuration
de sa part , l'un ou l'autre représentant la
marque distinctive avec une copie nette du
Mémoire.
Les Ouvrages seront reçûs jusqu'au dernier
jour de Décembre 1738 inclusivement , et l'Académie
à son Assemblée publique de 1739. qui
se tiendra le Mardi d'après la Trinité , procla
mera la Piece qui aura mérité le Prix.
JETTONS
26 MERCURE DE FRANCE
JETTONSfrapés pour le premier jour
de Janvier M. DCC . XXX VI I I. Aveg
l'explication des Types , &c.
I. TRESOR ROYAL.
Le Dieu d'un grand Fleuve assis , tenant de la
main droite un Gouvernail , et apuyé de l'autre
sur son Urne , d'où coule sans cesse une grande
quantité d'eau : Decet esse perennem.
II. PARTIES CASUELLES.
Un Phare allumé au haut d'un Promontoire ,
pour servir de signal aux Vaisseaux pendant la
Auit : Tuum signat Iter.
III. CHAMBRE AUX DENIERS.
Un Autel , sur lequel il y a une partie de la
Victime qui doit être consumée par le feu , et
autour ,le reste de la Victime destiné au festin des
Prêtres Alit Hominesque Deosque
:
IV. ORDINAIRE DES GUERRES.
Les Satellites de Jupiter autour de cette Pla
mette : Excubia illustres.
V. EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
Un Palmier dont on vient de couper quel
ques
branches : Non adimunt detracta decus.
VI. BATIMENS DU ROY.
Apollon tenant une Equerre d'une main et sa
Lyre de l'autre , ayant à ses pieds les autres
Instrumens des Arts : Idem rerum moderatur ha-
Benas,
YIL
JETTONS DE L'ANNEE1738
CET
ESSE
I
PERENNEM
TUTUM
II
SIGNAL
TER
III
HOMINES
ALIT
QUE
DE
CUBLE
TRESOR ROYAL
1738
PARTIES CASUELLES
1738.
CHAMBRE
AUX DENIERS
1738
ILLUSTRES
ORDINAIRE
DES GUERRES
1738.
L
LUD :XI
REX
CW
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONE
CHRISTIANISS
NON
DIMUNT
EXT AORDINAIRE
GUERRES
DETR
THE
NEW
YORK FOBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
CUNDATIONS
,
JANVIER.
1738. 127
VII. ARTILLERIE.
Un Dragon endormi : Somno concipit ignes.
VIII. MARINE.
Un Aigle planant sous un Ciel calme : Nusquam
inermis.
IX. GALERES.
Des Néréïdes à cheveux tressés , chargées de
Perles et d'autres Ornemens ; Par decori virtus.
X. MAISON DE LA REINE.
Un Champ couvert d'Epics , et éclairé des
rayons du Soleil : Hinc sumit opes animumque.
XI. LA VILLE DE PARIS.
Les Armes de la Ville d'un côté , celles de
Michel- Etienne Turgot , Prêvôt des Marchands,
de l'autre : Son nom et ses qualités.
ESTAMPES NOUVELLES
Il paroît deux nouvelles Estampes en hauteur
avec deux figures dans chacune , gravées par
M. Desplaces , d'après M. Charles Coypel La
premiere sous ce titre : Education douce et insinuante
, donnée par une Sainte. Et l'autre : Education
seche et rebutante , donnée par une Prude.
Ces Estampes se vendent chés Desplaces .-
Le sieur Huquier a gravé et débite actuellement
un second Livre pour aprendre à dessiner
l'ornement. Les six feuilles , marquées en haut
par la Lettre C. avec leurs chiffres , qui étant
collées l'une au-dessous de l'autre et leurs contr'épreuves
sur le côté ( de- même que ceux
G qu
128 MERCURE DE FRANCE
qui composent la lettre D. ) forment deux trèsbelles
feuilles de Paravent. Ces mêmes Morceaux
peuvent former de grands Ecrans , même des
Paneaux de quelque grandeur qu'ils puissent
être , quand on en voudra faire des Découpures.
On trouve chés le même quantité de Sujets
diferens qui peuvent orner ces sortes d'Ouvrages,
Le succès qu'a eû le premier Livre qui a été
annoncé il y a quelques mois , a déterminé l'Auteur
à donner ce second; comme ils sont dans deux
genres oposés , il se flate que le Public en sera
satisfait.
De plus il a mis au jour un Livre de six
feuilles de Desseins de Pendules , d'après les
Desseins de M. Oppenort , qui par leur bon
goût et leur singularité , ne contribuënt pas peu
au débit qu'il en fait.
Il paroît un très- beau Portrait d'après M. de
Largilliere , et très - heureusement gravé par L,
Surugue. On lit cette Inscription au bas.
STEPHANUS - FRANCISCUS GEOFFROY ,
Parisinus , natus annô 1672. Facult. Medic. Pa
ris. Decanus ; in Colleg. Francia Lector Regius ,
nec non Chymia, et Histor . Natural . in Hort. Reg.
Paris . Professor ; Reg. Scient. Acad. et Societ,
Reg. Lond. Socius : obiit iterum Decanus anne
1731.
Dilectissimo Fratri hoc amicitia et grati animi
Monumentum dicavit , CLAUD . JOSEPH.
GEOFFROY , Pharmac. Parisiens . Profectus
Antiquior ; Edil. Paris . Reg, Scient . Acad. et
Societ . Reg. Lond. Socius . Cette Estampe ne se
vend point.
Le sieur Baradelle , Ingénieur du Roy pour les
Instrumensi
JANVIER. 1738. 129
Instrumens de Mathématique , donne avis qu'il
vient de construire un Cadran Vertical , qui s'oriente
sans le secours de la Boussole , pour Paris,
ses Environs et autres Lieux ; sçavoir , pour
toutes les Villes qui sont à peu près sous la
même élevation; comme Coutances, S. Lo, Caën,”
Falaise , Conches , Evreux , Mantes, S. Germain
en Laye, Versailles, Pontoise, Meaux , Château-
Thiery, Epernay , Châlons- sur -Marne.
Quoiqu'on n'ait indiqué ce Cadran que pour
Paris et pour les autres Villes indiquées dessous
la même élevation , cependant comme un quart
ou un tiers de degré ne peuvent faire aucune
diference sensible , il peut servir également pour
les Endroits suivans :
Vire. Vernon.
Bayeux.
Senlis.
Lisieux. Crépy.
Argentan.
Soissons!
Verdun,
Vitry -le-Franç.
Metz en Loraine
.
Verneuil. Rosoi. Bar-le - Duc.
Andely.
Colomiers. Toul.
Nonancourt. Rheims. Nancy.
On a mis aux deux côtés du Cadran deux
Echelles qui contiennent les 12. mois de l'année,
de 5. jours en 5. jours , ainsi il sera facile de
trouver par proportion le point qui doit répondre
au jour courant ; il y a une soye qui est
toujours dans le centre du Cadran , avec une
petite perle qui coule au long , afin de l'ajuster
au jour du mois , lorsqu'on veut en faire usage .
On a pratiqué une pinule qui se couche et se leve,
pour trouver l'heure. On expose le tranchant
du Cadran au Soleil et l'on fait ensorte que
L'ombre de la pinule soit exactement le long de la
ligne d'espace marquée dans la partie supérieure
dudit Cadran, alors la petite perle qui a été ajus-
Gij
tée
730 MERCURE DE FRANCE
tée sur le jour du mois , se trouve verticale
par le moyen d'un plomb qui est attaché au
bout,et fait que la perle marque l'heure cherchée.
Ce Cadran se leve et se baisse à toutes les heures
du jour , comme fait le Soleil sur l'horison. On
y voit les temps des Equinoxes du Printemps et
de l'Automne, les Solstices d'Eté et d'Hyver , ils
sont aisés à porter dans la poche , étant de 6 .
pouces de hauteur et de 4. de large et 2 lignes
d'épaisseur.
Le prix est de deux livres ; ils sont propre
ment montés et gravés par les meilleurs Maîtres.
Sa demeure est toujours Quai de l'Horloge
du Palais , à l'Enseigne de l'Observatoire à Paris.
AIR A BOIRE,
A Mi , je vais descendre au tenebreux Rivage,
Du sort c'est la commune loi ;
Ce coup n'a rien qui glace mon courage ,
Et j'attends la mort sans effroi ,
*
Mais en quittant ces Lieux , mon compere Gres
goire ,
Si j'ai quelque chagrin ,
C'est de n'avoir pu boire
Ce qui me reste encor de vin .
Ces Paroles sont de M. de Poernich , elles ont
été mises en Musique par M. Royé , premier
Page de la Musique de la Chambre du Roy.
SPECTACLES,
THE
FUBLILISH
ASTOR LENOX,AND
TILDEN FOUNDATIONS.
JANVIER. 1738.131
kakikikak
SPECTACLE S.
L
Es Comediens François donnerent
le 10. Janvier la premiere représentation
d'une Comédie en Vers , et en
cinq Actes , intitulée la Métromanie . Cet
te Piece qui est de M. Piron , fut reçûë
avec unaplaudissement general , et continuë
d'être representée avec le même
succès . Sur le titre de la Piece on avoit
;
de la peine à concevoir qu'on pûr la pous➡
ser jusqu'à cinq Actes mais sur le nom
de l'Auteur , on n'a pas douté un moment
que les beautés de détail ne supléassent
à la sécheresse du sujet , et l'on ne
s'est pas trompé ; le fond du sujet peutêtre
expliqué en peu de lignes , voici de
quoi il s'agit.
Un Enfant de Famille est envoyé de
Toulouse à Paris pour étudier en Droit ;
la manie de rimer le distrait si fort de
son principal devoir , qu'il s'occupe tout
entier de sa passion dominante. Un Oncle
chargé de sa conduite , aprenant qu'il
ne fait rien moins que ce qu'il devroit
faire , vient à Paris pour le faire enfermer
; il s'adresse pour obtenir une Let-
Giij tre
132 MERCURE DE FRANCE
tre de Cachet , à un de ses anciens Amis ;
cet Ami lui promet tout le succès qu'il
peut esperer ; il charge de cette commission
ce même neveu sur qui elle doit
tomber , un changement de nom est la
cause de cette méprise.
Il n'en falloit pas davantage à un genie
aussi chaud , aussi gai , et aussi fertile
que celui de M. Piron , pour faire
une Comédie en cinq Actes , d'un fonds
dont un Auteur ordinaire n'auroit tiré
tout au plus que trois Actes ; il est vrai
que les deux premiers de la Métromanie
se sont un peu sentis de la sterilité du
fonds, mais les trois derniers en ont bien
dédommagé les Spectateurs.
,
Avant que de commencer l'Extrait de
cette Piéce nos Lecteurs ne trouveront
pas mauvais que nous leur disions un
mot de ce qui l'a 'occasionnée . Un Au
teur à qui on ne rendoit pas toute la justice
qu'il meritoit , voyant que ses Poësies
n'avoient pas le succès dont il s'étoit
flaté , s'avisa d'en faire imprimer quelques-
unes dans notre Journal , sous le
nom d'une Muse Bretonne , qu'il apella
Mademoiselle de Malcrais ; le succès répondit
si bien à ses esperances , que nos
meilleurs Poëtes y furent trompés . Cette
nouvelle Muse devint l'objet de leur
adoration
JANVIER. 1938. 133
adoration , mais à peine furent - ils détrompés
d'une erreur si flateuse , qu'ils
cesserent de rendre leurs hommages à
leur prétendue Divinité , tant il est vrai
que la celebrité de l'Auteur , est quelquefois
un sûr garant du succès des Ouvrages.
Cette erreur qui n'est que trop
generale , n'a pas été un des moindres
motifs qui ont porté l'Auteur de la Métromanie
, à enrichir notre Théatre de
ce dernier essai de sa plume. Voici la
Piéce, Acte par Acte et Scene par Scene,
aussi fidelement que nous l'avons pû ,
d'après quelques représentations .
La Scene est dans une Maison de Campagne
près Paris.
Au premier Acte , Mondor , Laquais
de Damis , Heros de la Piece , sous le
nom de M. de l'Empirée , demande à Lisette
, Suivante de Lucile , si elle n'a point
entendu parler de son Maître ; Lisette
lui en demande le nom , au nom de Damis
, Lisette ne le reconnoît point ; mais
à la qualité de Poëte et au Portrait que
Mondor lui en fait , elle lui dit qu'il
pouroit bien être actuellement dans la
Maison de Campagne de M. Francaleu ,
Lieu de la Scene Mondor la quitte
pour l'aller chercher.
Giiij Dorante
134 MERCURE DE FRANCE
Dorante Amant de Lucile , arrive tout
exprès de Paris , pour voir Lucile , dont
il est devenu amoureux , dans un Convent
où elle s'est montrée à ses yeux
pour la premiere fois. Lisette lui promet
tous les services qui dépendront
d'elle , et lui conseille de ne se point fai
re connoître , attendu que M. de Francaleu
, Pere de Lucile , plaide depuis
long-temps avec le Pere de Dorante , ce
Jeune Amant se flate de lever tous les
obstacles qui s'oposent à son bonheur :
comme il est lié d'amitié avec M. de
l'Empirée , que M. de Francaleu aime
beaucoup , il ne le voit pas plûtôt paroftre
qu'il le prie d'obtenir de M. de Francaleu
qu'il puisse avoir un rôle dans une
de ses Piéces , qu'il se plaît à faire jouer
dans sa Maison de Campagne , M. de
l'Empirée lui promet tout , M. de Francaleu
vient se plaindre à M. de l'Em
pirée du malheur qui vient de lui arriver
par de fâcheux accidens qui lui enlevent
quelques uns de ses Acteurs , et surtout
celui qui doit jouer le rôle d'Amant , M.
de l'Empirée y pourvoit par l'offre qu'il
lui fait de Dorante , qu'il se garde bien de
nommer , à cause du Procès qui est entre
les deux Peres . Voilà à- peu- près la
matiere du premier Acte , nous passons
sous
JANVIER . 1738. 135
"
sous silence une Scene entre Mondor et
son Maître , où l'un et l'autre entrent
dans un détail trop bas...
Après quelques Scenes dont nous ne
nous souvenons qu'imparfaitement , M.
Francaleu , Pere de Lucile , et M. Baliveau
, Oncle de Damis , sous le nom de
Empirée , continuent le second Acte
il se revoyent avec plaisir après une assés
longue absence. Ce dernier prie son
Ami de lui rendre un service important,
qui est d'obtenir un ordre de là Cour
pour faire enfermer un neveu dont l'éducation
lui a été commise , et qui loin
de répondre à ses soins , trahit ses esperances
par le mauvais usage qu'il en fait
Francaleu lui promet tout, pourvû qu'en
revanche , il remplace un Acteur qui lur
manque dans une de ses Piéces qu'il va
faire jouer Baliveau rejette cette condition
, comme indigne d'un Capitoul ;
mais enfin forcé de l'accepter , il s'y soumet
et se retire , après avoir reçu son:
rôle ; Francaleu dit à Lisette de se préparer
à bien jouer celui d'Indolente , dont
il l'a chargée ; Lisette lui repond que
pour mieux s'en acquiter , elle a fait:
faire un habit semblable à celui de sa
Maîtresse , qui est l'indolence même , ett
qu'elle n'oubliera rien , pour la corrigen
;
Gy de
136 MERCURE DE FRANCE
de ce défaut , Francaleu lui repond , que
telle qu'elle est , il l'aime assés pour la
rendre Maîtresse du choix de son Epoux
et qu'elle n'a qu'à choisir entre tous les
jeur.es Gens qui sont actuellement dans .
sa Maison de Campagne. Lisette , par
un raffinement assés singulier , lui conseille
d'exclure de ce choix celui qu'il a
chargé du rôle d'Amant, et lui dit qu'elle
a ses raisons pour cela . Francaleu , sans
aprofondir ses raisons consent à cette
exception et se retire. Dorante qui a entendu
un conseil si fatal à son amour
en fait des reptoches à Lisette , qui lui
dit que par cette exclusion , il l'emportera
sur tous ses Rivaux , et qu'il devien
dra le fruit défendu pour Lucile, Dorante
consent à se laisser conduire par Li
sette. Lucile vient , Dorante veut lui par-
Lisette le lui défend , il obeit encore
, et se contente de saluer Lucile en
sortant , Lisette parle à sà -Maîtresse en
faveur de Dorante ; comme Lucile lui a
paru charmée d'une Idile qu'on lui a envoyée
, Lisette lui fait croire que Dorante
en est l'Auteur , et qu'elle est l'Heroïne
de la Piéce ; Lucile passe tout à
coup de l'amour de l'Ouvrage à celui de
l'Auteur. Voilà ce qu'il y a de plus essentiel
dans ce second Acte ; cependant
ler ,
JANVIER. 1738. 137
il est à propos que nos Lecteurs aprene
l'idile dont nous venons de
nent que
parler, est de M. de l'Empirée.
Dans le troisiéme Acte , après quel
ques Scenes dont une partie du détail ,
quoi que très joli , s'est encore échapé de
notre mémoire , M. Baliveau vient dire
à M. Francaleu qu'il sçait son rôle , et
qu'il l'a apris avec d'autant plus de plaisir
, qu'il l'a trouvé convenable à sa situation
presente à l'égard de son libertin
de neveu ; tant mieux lui repond
Francaleu , vous ne l'en jouerez que mieux
il ajoute qu'il veut se donner le plaisir de
le lui voir repeter avec celui qui doit faire
le rôle de Fils , il fait apeller l'Empi
rée , etrecommande à Baliveau de témoigner
de la surprise et de la colere à
l'aproche de l'Acteur dont il est le Pere ,
P'Empirée arrive , la surprise est si naturelle
d'une et d'autre part , que Francaleu
en paroît enchanté et embrasse Báliveau
,en lui disant Bravo , Bravo, Bravo,
il les laisse jouer ensemble , pour aller
donner ordre à quelques soins. Ce coup
de Théatre est d'autant plus beau , qu'il
donne lieu à une Scene admirable pour
et contre au sujet de laMétromanie. Après
cette belle Scene Baliveau se retire , après
avoit exigé de son neveu , qu'il ne se fe
G vj
138 MERCURE DE FRANCE
ra pas connoître pour tel à M. Francaleu
, l'Empirée le lui promet , ravi de
pouvoir garder l'incognito , Baliveau
flaté de la promesse que son Ami lui a
faite , dit cet à parte en se retirant :
Si jamais tu rimailles ,
Ce ne sera jamais qu'entre quatre murailles.
Damis , ou l'Empirée après avoir ri
de cette avanture et fait connoître
son amour pour une Bretonne qu'il ne
connoît que par le Mercure , fait place à
Dorante et à Lucile . Dorante la presse de
prononcer l'arrêt de son sort , Lucile
lui repond que si son coeur se déclare jamais,
ce ne sera qu'en faveur de l'Auteur
de l'Idile qu'elle tient entre ses mains
Dorante ne sçait si c'est de l'Empirée ou
de lui même qu'elle vout parler , l'Empirée
survient , Lucile l'arrête pour lui
faire une lecture de l'Ouvrage en question
; Dorante , qui commence à devenir
jaloux de l'Empirée , dit à Lucile , que
les Poëtes aiment la solitude , l'Empirée
répond très galamment à la proposition
que Lucile lui fait d'entendre un Ouvrage
qui a eû le bonheur de lui plaire il
;
lui donne la main pour aller chercher
quelque ombrage commode à une si
agréable lecture , Dorante sent augmenter
JANVIE R. 1738 139
ne
ter sa jalousie , et brûle de s'en éclaircir.
Le quatrième Acte est si plein d'incidens
, et par conséquent si chargé de
Scénes , que nous craignons de ne les pas
suivre de droit fils nous prévenons le
Lecteur sur ce petit inconvénient , afin
qu'on l'impute plutôt à notre défaut de
mémoire , qu'à la négligence de l'Auteur,
qui, sans doute , n'ignore pas qu'il
faut faire regner une espece de Généalogie
dans les Scenes , et qu'elles doivent
naître les unes des autres ; nous
prétendons pas cependant contester aux
Maîtres de l'Art le droit de se mettre
quelquefois au dessus des regles. Voici
donc ce qui se passe dans cet Acte , qui
n'est pas un des moins beaux de la Piece.
Dorante ne paroît pas trop satisfait de
Lucile ; il s'en plaint à Lisette , qu'il
soupçonne injustement de favoriser le
Poëte ; vous ne me croyez donc pas interessée
, lui répond Lisette ; elle est si
picquée des soupçons outrés de Doran
te , qu'on diroit qu'elle va abandonner
Les interêts ; point du tout. Elle trouve
très mauvais que Mondor vienne se vanter
de la prétendue victoire que son
Maître va remporter sur tous ceux qui
aspirent à la main de Lucile ; Lisette se
retire dans le dessein de redoubler ses
soins
140 MERGURE DE FRANCE
soins pour Dorante. Mondor fait compliment
à son Maître sur le succès de ses
amours.
L'Empirée prend le change , et croit
que c'est de sa Bretonne que son valet
lui parle le qui pro quo étant expliqué
Francaleu vient ; il fait confidence à.
l'Empirée de la commission dont Bali-.
veau l'a chargé , et s'en remet à luimême.
L'Empirée surpris autant que satisfait
de ce qu'il aprend , accepte la
commission, Resté seul , il veut chercher
ses tablettes pour s'entretenir agréablement
d'un Epithalame qu'il a fait sur
son Heroïne de Quimpercorentin ; il ne
trouve pas ses tablettes ; j'ai perdu mon
trésor , s'écrie -t'il ; Dorante qui arrive ,
lui rend ses tablettes ; mais l'Epithalame
qu'il croit s'adresser à Lucile ne lui
laissant plus douter que son Ami ne soit
con Rival , il lui fait un défi ; l'Empirée
après quelques refus , est enfin forcé de
Faccepter ; Francaleu , sans sçavoir leur
dessein , retient Dorante pour lui lire
une Comédie de sa façon en six Actes ;
Dorante s'échape d'entre ses mains ; Ba
liveau irrité contre lui veut redoubler
les défenses qu'il a déja faites de souffrir
qu'il parlat à sa Fille ; il croit parler à
Lucile , et c'est à Lisette , qui a pris um
>
habit
JANVIER. 17388 141
habit pareil à celui de sa Maîtresse , pour
mieux jouer le Rôle d'Indolente. Dorante
qui vient de se battre avec l'Empirée
, prend le change à son tour , et
croyant parler à Lucile , il lui reproche
le sacrifice qu'elle fait . de son amour à
celui de son Rival ; Lucile arrive ; Dorante
est très-surpris d'en trouver deux au
lieu d'une cette seconde méprise a été
plus aplaudie que la premiere , par le
plus grand nombre ; mais les connoisseurs
n'ont pas pris le change ; après
quelques reproches de Lucile sur la jalousie
de Dorante , elle lui pardonne en
faveur de l'aveu qu'il fait de n'être pas
l'Auteur de l'Idile dont nous avons
déja parlé ; c'est l'action la plus noble
que Dorante fasse dans toute la Piece
car Lisette le porte à faire siffler celle
de l'Empirée , qu'on doit jouer ce même
jour.
Au cinquiéme Acte , l'Empirée est
dans une grande perplexité depuis qu'il a
apris qu'on joue sa Piece . Francaleu et Ba
liveau viennent lui en annoncer la chûte.
Le premier à qui l'Empirée a déja fait
connoître qu'il en est l'Auteur , y trouve
tour mauvais , et digne des sifflets qu'elle
a essuyés ; mais Baliveau en parle avee
moins de dureté , et convient que la ca
bale
142 MERCURE DE FRANCE
bale n'a jamais paru si marquée que dans
cette premiere Représentation. Mondor
vient aporter à l'Empirée la réponse
d'une Lettre dont son Maître l'a chargé
dans l'Acre précedent . L'Empirée se retite
pour l'aller lire. Baliveau demande à
Francaleu l'exécution de la promesse
qu'il lui a faire ; Francaleu lui dit qu'il
ne doit nullement en être en peine , et
que , sans doute , la Lettre de cachet est
dans le paquet qu'on vient de remettre
entre les mains de l'Empirée. Par- là
Baliveau aprend que c'est son neveu même
qui est chargé de son propre empri
sonement ; il s'emporte contre Franc
aleu , qui ne peut s'empêcher de riret
d'un incident si plaisant ; cependant pour:
calmer la colere de Baliveau contre l'Empirée
et contre lui - même , il lui dit
qu'il donne à l'Empirée sa Fille avec
cent mille écus ; cette générosité inatten
due désarme Baliveau ; il reçoit à bras
ouverts son neveu qui revient ; il lui
aprend l'honneur que lui fait Francaleu
de le choisir pour Gendre , et lui dit de
tomber à ses pieds pour lui en rendre
graces ; mais quelle est sa surprise, quand
Empirée lui dit , qu'il ne peut consem
tir à cet Hymen , et qu'il a d'autres engagemens
? il ne peur s'empêcher d'éclater
contre
JANVIER. 173.8. 143
contre son Neveu , et se retire. Franc
aleu demande à l'Empirée la raison de
son refus ; l'Empirée lui fait entendre
qu'il a promis sa foy à une Sapho de
Quimpercorentin; Baliveau ne peut s'en
pêcher de rire de cette avanture , étant
lui- même la prétendue Sapho. On s'at
tendoit que l'Empirée désabusé de son
idée , épouseroit Lucile , d'autant plus
vrai - semblablement qu'il est infiniment
plus honnête homme que Dotante ; mais
a
Auteur a eu ses raisons pour en ordonner
autrement , il a voulu que la Métromanie
allât jusqu'à faire refuser cent
mille écus , pour faire dire à son Héros :
Muses tenez- moi lieu de Fortune et d'A
>
mours.
Ainsi la Piece finit par le Mariage de
Dorante et de Lucile ; l'obstacle que les'
Procès entre les deux Peres sembloient
devoir faire naître à cet Hymen, est leve
par une lettre que Damis a écrite au
Pere de son Rival : générosité qui n'est
récompensée que par la promesse que
Dorante lui fait de faire aplaudir sa Piece,
par la même cabale qu'il a suscitée pour
la siffler. Au reste cette Piece , qui est
pleine d'esprit et de traits brillans , dia
loguée , écrite et versifiée au mieux ,
attice
144 MERCURE DE FRANCE
attire toûjours un très grand nombre de
Spectateurs. Nous demandons pardon à
nos Lecteurs de quelques transpositions
de Scenes que la multitude nous a empêché
de pouvoir mettre chacune à sa
place nous pouvons même avoir mis
dans un Acte ce qui se trouve dans un
autre ; mais cela n'empêche pas , que ce
qu'il y a de plus essentiel dans la Piece
ne se trouve dans cet Exrait.
Dans la Tragédie d'Iphigenie , que les
Comédiens François ont joué depuis peu ,
la Dlle Dumesnil a rempli le Rôle de Clytemnestre
, au gré des Spectateurs les plus
difficiles il seroit mal aisé de porter le
pathetique plus loin . Elle a rempli aussi
en dernier lieu le Rôle de Leontine dans
la célébre Tragédie d'Heraclius , de P.
Corneille , avec une grande intelligence .
Le 23. Janvier on remit au Theatre le
Balet Héroïque du Triomphe de l'Harmonie
pour être joué les Jeudis à la
place de celui des Amours des Dieux
qu'on vient de quitter . Ce premier Baler
avoit été donné dans sa nouveauté au
mois de May de l'année passée ; on en a
parlé fort au long dans l'Extrait qui a
été donné dans le premier vol . de Juin
1737. p. 1185. Le Public rend justice aux
diverses
JANVIER. 1738. 745
diverses beautés de ce Balet ; le Prologue
et la troisiéme Entrée sont tous les jours
plus goûtés. Le sieur Ghassé et la Dlle
Erremens y font un extrême plaisir. Le
sieur le Page qui joue le Rôle de Pluton
dans l'Entrée d'Orphée , y fait goûter sa
belle voix . LesCheurs sont fort aplaudis,
et toutes les Fêtes sont charmantes. Les
Balets sont très- bien faits , et le sieur
Dupré étonne et charme également les
gens du meilleur goût , et les plus fins
connoisseurs , ainsi que les Dlles Sallé
et Mariette , et les sieurs Du Moulin ,
Maltair , &c.
,
On doit donner sur la fin du Carnaval
, quelques Représentations des Fêtes
de l'Amour et de Bacchus.
La place nous manque pour donner
ici une Analyse de l'Opera d'Atis , et
quelques observations que nous avons
recueillies sur cette Tragédie. Elle mérite
bien le grand succès qu'elle a depuis
le commencement de ce mois qu'on la
donne au Public , aussi est- elle remise
avec beaucoup d'éclat. Décorations somptueuses
, Machines bien éxécutées , habits
riches , galants et carcterisés avec
goût , Choeurs et Balets très- nombreux ,
et bien ordonnés . Les principaux Rôles
sont très-heureusement remplis pa rceux
C qui
146 MERCURE DE FRANCE
qui les joüent , chacun
કે
y fait briller
avantageusement son talent , et pour les
deux grands Personnages interessans d'A
tis et de Sangaride , remplis par le sieur
Tribou et la Dlle Pelissier , nous avons
oui dire à plusieurs personnes d'un goût
sûr et délicat , que si on conserve cherement
et avec raison le souvenir des deux
célébres voix qui ont chanté ces deux
grands Rôles il y a douze ans , on conservera
au même dégré le souvenir de
l'art inimitable , et de l'action juste et
précise avec laquelle ces Rôles sont joüés
aujourd'hui .
Voici quelques Fleurs qu'un de nos
Poëres a répandues dans ces Vers , pour
célébrer l'Actrice dont nous venons de
parler.
La Beauté la plus sévere : Air de l'Opera
d'Atis.
S Angaride est triomphante
Des Cabaleurs abrutis ;
Le Parterre qu'elle enchante
Devient le Rival d'Atis;;
Son jeu naturel et tendre
Met la Critique en défaut ,
Et de l'Art il ne sçait prendre
Que
JANVIER . 1738 . 147
Que les agrémens qu'il faut.
Boileau , s'il pouvoit l'entendre ,
Leüeroit les Vers de Quinaut ;
Le Public , Censeur severe ,
Des Acteurs fair le tourment ;
Pour toi son goût persevere ,
Et con Juge est ton Amant.
Pelissier , rien ne te coûte ,
Pour nous plaire et nous touchers
Des Coeurs , tu connois la route ,
Sans éfort pour la chercher ;
Qui plus te voit mieux te goûte,
Eût-il un coeur de rocher,
NOUVELLES ETRANGERES ,
TURQUIE ET PERSE.
Malgrél'ardeur avec laquelle on travaille à
Constantinople aux préparatifs pour con
tinuer la Guerre , il y a aparence que les Négociations
pour terminer les differen is du Gr.
Seigneur avec l'Empereur et la Czarine ont déja
eu quelques succès . On prétend qu'outre les
conditions préliminaires , concernant le Pays
où la Guerre s'est faite , le Grand Seigneur a
résolu de demander qu'on établisse pareillement
pour Préliminaire qu'on fixera par trois barrie-
ICS
148 MERCURE DE FRANCE
res les limites de ses Etats et de ceux de Sa Maj.
Czar. que la premiere, s'étendra le long du Bog,
depuis les frontieres de la Pologne , jusqu'à l'endroit
où le Bog se jette dans le Borysthene ; que
la Czarine retirera de l'étenduë de Pays , qui est
entre ces deux Rivieres , tous les Cosaques qui
y demeurent , et qu'elle leur assignera d'autres
établissemens dans l'intérieur de ses Etats ; que
Sa Hautesse de son côté obligera les Tartares ,
qui sont au-delà du Borysthene , dans la Partie
Örientale de la Petite Tartarie , d'aller s'établir :
dans la Province de Budziacx , que Kiow et
Wazilow seront les premieres Places frontieres
de la Moscovie , du côté de l'Ukraine , de même
que Bender et Oczakow seront les premie
Les Places frontieres de Turquie du même côté ;
que pour former la seconde barriere , on tirera
une ligne depuis le Borysthene jusqu'au Tanaïs ;
que les Cosaques qui habitent les Pays situés en
deçà de cette ligne , les abandonneront pour se
retirer dans la Moscovie , et que le Grand Seigneur
fera détruire les Villes et toutes les autres
Habitations fortifiées ou non fortifiées au- delà i
de cette même ligne , que la troisiéme barriere
sera depuis le Tanais jusqu'au Fleuve du Cuban ;
qu'on conviendra de rendre déserte une certaine
étendue du terrain qui est entre ces deux Fleu ---
ves ; que le Grand Seigneur fera bâtir une Forteresse
sur le bord du dernier , pour couvrir la
Circassie et le Pays des Tartares Nogais , et
que la Czarine aura pareillement la liberté de
faire construire une Forteresse sur le bord du
Tanais ; qu'après que les limites des Etats des
deux Puissances auront été ainsi reglées , on
défendra de part et d'autre aux Commandans .
des Frontieres , de souffrir qu'aucun des sujets
du
JANVIER . 1738. 149
du Grand Seigneur ou de la Czarine contrewienne
au Reglement qu'on aura fait pour ces
limites.
Le Kurtzi Bachi a été étranglé par ordre du
Divan. On dit qu'il a eu beaucoup de part aux
malversations , pour lesquelles le Kiaia du dernier
Grand Vizir a été condamné à mort.
Le Prince Ragotzi est toujours incommodé ,
il n'a pas cû encore audiance du Grand Seigneur,
qui lui a assigné pour sa demeure un Palais à
Constantinople , où il doit passer l'hyver. S.H ,
lui donne cent écus par jour pour sa dépense.
Le Comte de Bonneval est toujours au Camp
du Grand-Visir et n'a pas encore été fait Pacha
à trois queues.
On mande en dernier lieu de Constantinople,
que le Marquis de Villeneuve , Ambassadeur du
Roy de France , a de fréquentes conferences avec
le Kaimacan , et l'on assure qu'elles ont pour
objet l'accommodement du G. Seigneur avec
l'Empereur et la Czarine, et que S. M. T. Chrétienne
a consenti d'employer sa médiation , afin
de terminer les differends de ces trois Puissances,
On a apris par des Lettres du Levant , le détail
suivant sur les affaires du Royaume de Perse :
Thamas- Kouli- Kan s'étant mis en marche à la
fin de l'année 1736. pour obliger les Rebells de
la Province de Candahar de se soumettre , Hussein-
Kan , que les Rebelles avoient élû pour leur
Chef , et qui est fils du fameux Meriwitz , marcha
de son côté avec une Armée de 60000 .
hommes pour l'attaquer, Les deux Armées se
livrerent un combat assés vif, mais celle de Tha--
mas Kouli- Kan ayant eû l'avantage , Hussein
Kan se retira à Candahar .
Un Corps considerable de Troupes que ce
dernier
150 MERCURE DE FRANCE
dernier avoit posté sur le bord d'une Riviere ,
afin d'en disputer le passage à Thamas- Kouli-
Kan , ne put l'empêcher de la passer , et le Roy
de Perse , après avoir mis ces Troupes en fuite,
continua sa marche , sans que les Rebelles osassent
se présenter devant lui. Il assiégea la Ville
de Candahar au commencement du Printemps
de l'année derniere , mais son Artillerie ne faisant
aucun effet , parce que la Ville est située
sur une hauteur , il convertit le Siége en
Blocus , dans l'esperance de réduire les Rebelles
la famine , et il détacha en même temps des
Troupes pour faire la conquête du reste de la
Province , qui fut bien tôt soûmise .
par
Hussein-Kan , prévoyant que le manque de
vivres le contraindroit à la fin de se rendre , envoya
des Députés à Thamas Kouli Kan pour
lui offrir de le reconnoître en qualité de Souverain
et de lui prêter foi et hommage , s'il vouloit
se retirer avec ses Troupes dans la Province
de Herat. Le Roy de Perse ne voulut point accepter
cette condition , et il prit les mesures nécessaires
pour attaquer Candahar dans les formes.
Quand on a reçû ces nouvelles , le Siége de cette
Place duroit encore.
Depuis que Thamas- Kouli-Kan a mis ses
Batteries en état de tirer contre la Ville avec
plus de succès , les Assiégés ont fait plusieurs
sorties , et dans une qu'ils firent au commencement
du mois d'Août dernier , les Persans furent
d'abord mis en désordre, Peu s'en fallut même
qu'ils n'abandonnassent leurs travaux et leurs
Batteries , si le Roy de Perse ne les avoit ralliés
et ne se fût mis à leur tête pour repousser les
Rebelles .
Les mêmes Lettres portent , que le Grand
Mogol
JANVIE R. 1738. re
Mogol avoit envoyé l'année derniere des Am
bassadeurs à Thamas- Kouli -Kan , mais que ce
dernier n'avoit point voulu écouter les propositions
dont ils étoient chargés , et qu'il leur avoit
déclaré qu'il feroit la guerre au Prince leur Maftre
, s'il ne consentoit de renvoyer en Perse les
descendans des 12000. Persans , dont étoit composé
le Corps de Troupes auxiliaires , qui avoit
passé il y a environ 200. ans dans les Etats du
Grand Mogol , par ordre du Schah Thamas I.
DE RUSSIE.
Na apris de Petersbourg , que l'Armée
qui assiegeoit Oczakow , étoit commandée
par Gentzi Ali - Pacha , Seraskier de Bender , le
quel avoit sous ses ordres le nouveauKan deCrimée
et le Sultan de Bielogrod ; elle étoit composée
de foooo. Turcs et de 30000. Tartares.
Le Grand Seigneur , non content de faire atta
quer Oczakow par un nombre si considérable
de Troupes , avoit ordonné qu'une Escadre de
vingt Bâtimens se rendît devant cette Place , mais
les Ennemis n'ayant pû s'emparer du Fort de
Kimburn , et les Vaisseaux Moscovites fermant
Pembouchure du Dnieper , l'Escadre Turque
n'est point entrée dans cette Riviere , et par
conséquent n'a pas été à portée de séconder
Gentzi- Ali - Pacha .
Ce Seraskier,qui depuis la sortie que le Lieutenant
Feldt- Maréchal Stoffeln avoit faite le 20.
du mois d'Octobre , et dans laquelle les Moscovites
avoient comblé une partie des travaux des
Assiegeans et encloüé quelques- uns de leurs Canons
, n'avoit été occupé qu'à remettre ses Batferies
en bon état et à pousser se's aproches
H donna
152 MERCURE DE FRANCE
donna le 3. Novembre un assaut à la redou
te de Chassan Palanka , et en chassa les Moscovitės.
La Garnison fit une sortie le 5. et il y eut un
combat très-vif, dans lequel les Turcs curent du
désavantage.
Le 6. et le 7. les Escadres Turques et Moscovites
se canonnerent presque sans discontinuer
et le 7. Gentzi - Ali- Pacha , irrité de ce que le
Commandant de l'Escadre Turque ne pouvoir
obliger l'Escadre Moscovite de se retirer , lui
couper la tête.
fit
Les Assiegés ayant découvert le même jour
trois mines pratiquées par les Turcs , en éventerent
deux , et ils prirent les mesures nécessaires
pour empêcher que la troisiéme ne pût nuire à
la Ville. Le lendemain les Turcs mirent le feu a
cette mine , mais elle fit un effet contraire à ce
lui qu'ils attendoient, et elle tua plusieurs Janis
saires,
Ce mauvais succès ne les rebuta point, et après
avoir fait une fausse attaque du côté du Bastion
de Lewendahl , ils attaquerent d'un côté la porte
d'Ismailoff , et de l'autre la porte voisine de
Pendroit où le Duieper se jette dans la Mer Noi
re. Ils avoient déja penetré dans la Ville par
cette derniere porte , lorsque les Assiegés firent
sauter deux mines avec tant de succès que
les Turcs ayant perdu beaucoup de monde
se retirerent avec précipitation , et ceux qui
étoient entrés dans la Ville furent presque
tous massacrés.
La perte considerable que les Assiegeans avoient
faite à cet assaut et dans les précedens , ne les auroit
pas empêchés de continuer le Siege , si le 9.
eu soir Gentzi-Ali- Pacha n'eût reçû une Lettre
par
JANVIER. 1738. 158
par laquelle le Sultan Naradin qu'il avoit envoyé
à l'embouchure du Bog , avec quelques Troupes
pour couvrir l'Armée Turque de ce côté - là , lui
donnoit avis qu'on avoit vû sur le Dnieper un
grand nombre de Bâtimens chargés de Troupes
Moscovites qui álloient au secours d'Oczakow.
L'Armée Turque se trouvant considérablement
afloiblie , et Gentzi- Ali- Pacha craignant que le
Comte de Munich n'eût rassemblé toutes ses for
ces pour l'attaquer , ce Seraskier se détermina à
lever le Siege. Sa retraite a été si précipitée qu'il
a laissé dans son Camp une grande quantité de
boulets , de bombes et d'autres munitions de
guerre. On prétend que dans ce Siege les Turcs
ont perdu plus de 20000. hommes. L'Aga des
Janissaires a été tué dans le dernier assaut.
Les nouvelles de Petersbourg du commencement
de ce mois , portent que Donduck Ombro,
Kan des Calmouques, Tributaires de la Czarine,
a mandé à S. M. Cz . qu'ayant jugé que la circonstance
étoit favorable pour attaquer les Tartares
de la partie du Cuban , située au-delà du
Fleuve de ce nom , il s'étoit mis en marche vers
la fin du mois de Novembre dernier avec un
Corps de ses Troupes et avec 10000. Cosaques
commandés par les Kans Jefremoff et Kromschekow
; qu'après avoir passé sans aucun obstacle
le Fleuve du Cuban , il avoit attaqué les
Tartares qui étoient postés à quelque distance
du Fleuve , et que leur ayant tué beaucoup de
monde et ayant fait un grand nombre de prisonniers
, il avoit obligé les Ennemis de prendre
la fuite ; qu'il avoit ensuite penetré dans
Pinterieur du Pays , où il avoit tout saccagé et
brûlé , et qu'il avoit défait en plusieurs occasions
divers détachemens des Tartares.
Hij Les
14 MERCURE DE FRANCE
Les mêmes Lettres portoient, que ces premiers
avantages l'avoient engagé à s'avancer jusqu'à
Berlucca , petite Ville fermée de murailles , er
dans laquelle les Turcs tenoient une Garnison
qu'il avoit emporté cette Ville d'assaut , et qu'il
ayoit massacré la plus grande partie de la Garnison
et des Habitans ; qu'après s'être emparé
de cette Ville , il avoit envoyé pour reconnoître
les Montagnes voisines de la Circassie , plusieurs
détachemens qui avoient pillé presque toutes les
habitations des Tartares des environs , et que
cette expedition étant terminée , les Calmouques
et les Cosa ques étoient retournés dans leur
Pays , avec tout le butin qu'ils ont fait , tant au
Combat qu'ils ont donné près du Fleuve du Cuban
, que dans le pillage de Berlucca et dans les
courses des détachemens qui sont allés à la découverte
du côté de la Circassie.
Le succès de l'entreprise que Donduk- Ombro
vient d'executer , est d'autant plus important
que les Tartares du Cuban se trouvent par là
hors d'état de continuer leurs courses dans les
Etats de la Czarine. On en retirera cet autre
avantage, que ces Tartares ne pouvant plus secou
rir ceux de Crimée , ces derniers seront obligés
d'abandonner le dessein dans lequel ils parois
soient être de faire une nouvelle irruption en
Ukraine.
୦
DE POLOGNE.
N écrit de Warsovie
que le parti
que le Roy et la République prendront
par raport au passage des Troupes Moscovi
es , qui doivent , dit - on , se rendre dans la
haute Hongrie pour le service de l'Empereur ,
excite
JANVIER: 1738 155
excite d'autant plus l'attention , qu'on assure que
Je Grand Visir a fait écrire au Comte Potocki
par le Pacha de Choczim , que la Porte désirant
d'entretenir une bonne intelligence avec la République
, avoit ordonné que les Tartares qui
ont fait il y a quelque temps une irruption dans
ce Royaume , restituassent tous les Effets qu'ils
avoient enlevés à Krylow et dans les environs ,
et que les Polonois qu'ils avoient faits Esclaves,
fussent remis en liberté ; que le Grand Seigneur
dans toutes les autres occasions montreroit le
même empressement que dans celle- ci à satisfaire
la Nation Polonoise sur les sujets qu'elle pouroit
avoir de se plaindre des Turcs ou des Fartarés
, mais sur le premier avis que Sa Hautesse recevroit
que les Moscovites seroient entrés dans
Je Royaume de Pologne , elle y feroit aussi en
trer une Armée pour combattre ses ennemis et
pour s'oposer à leur passage.
D'ALLEMA G´N E.
L'Empereur ayant nommé le Grand Duc de Toscane pour commander l'Armée Impé
riale en Hongrie cette année , le Conseil Aulique
de Guerre a expedié les Patentes de Generalissime
à ce Prince , qui a de fréquentes conférences
avec les Comtes de Konigseg , Philippi , de Ķevenhuller
, et de Neuperg
Le Marquis de Mirepoix étant arrivé à Vienne
le 1. de ce mois , pour y résider en qualité
d'Ambassadeur du Roy de France , eut le 15. sa
premiere Audience particuliere de l'Empereur ,
et S. M. I. s'entretint fort long- temps avec ce
Ministre..
Hiij.
Les
156 MERCURE DE FRANCE
Les Commissaires nommés pour instruire les
Frocès du Comte de Seckendorf , s'assemblent
souvent chés le Comte de Harrach Président
de la Commission , mais ils n'ont point
encore fait subir aucun Interrogatoire à l'Accusé
, dont on prétend que l'affaire com
mence à prendre un tour favorable , et qui a
obtenu depuis quelque temps la permission de
diner avec le Colonel Commandant , et un Ca´
pitaine de son Regiment.
On continuë d'assurer que ce Feldt Maréchalpoura
se justifier d'une partie des accusations
formées contre lui , et que les certificats fournis
par les personnes qui ont eu la direction des
vivres en Servie , sont absolument contraires au
bruit qui s'étoit répandu , qu'il s'étoit aproprié
une partie des sommes qui lui avoient été envoyées
pour la subsistance des troupes.
L'affaire du Général Doxat , qui a été condamné
à Belgrade à être passé par les. armes
a été revée par le Conseil de Guerte , et on prétent
que ce Conseil a confirmé cette Sentence
mais qu'elle a été adoucie par la Cour , et que
Je Général Doxat sera seulement dégradé , et
obligé de sortir des Etats de l'Empereur.
La Cour d'Espagne a envoyé des remises considérables
au Comte de Fuenclara , tant pour les
présens qu'il doit faire à la Princesse Marie
Amelie de la part de leurs Majestés Catholi
ques , que pour les dépenses de son Entrée à :
Dresde , ou il se doit rendre en qualité d'Ambassadeur
Extraordinaire du Roy d'Espagne .
Les Officiers Généraux destinés à servir cette
année dans l'Armée Impériale , dont le Comte
de Konigseg , Président du Conseil de Guerre ,
aura le Commandement sous les ordres du Gr.
Duc
JANVIER 1738 .
1579
Duc de Toscane , sont le Comte Philippi et le
Comte Olivier de Wallis , Feldt- Maréchaux
le Comte de Neuperg et le Prince de Saxe Hild
burghausen , Généraux d'Artillerie ; le Baron
Secher , et le Prince de Lobkowitz , Généraux
de Cavalerie , les Comtes de Miglio , de Styrum
et de Bathyani , le Baron de Kavanach
M. Romer , le Comte de Czernin , Mrs Berlichingen
, Balayra , Suxxof et Goldi , le
Baron de Thungen , le Comte François de
Wallis , M. Botta , le Baron de Damnitz , le
Prince Charles de Loraine , et le Prince de Waldeck,
Lieutenans Feldt- Maréchaux ; le Baron de
Saint Ignon , M. Misseroni , le Comte Charles"
Palfi , M. Dufort , les Comtes de Bernes , det
Linden , Caraffe , de Preysing , de Lowenwolde,
de Ciari , de Chanclos , de Raitzenstein et de
Daun , M. Molck , le Rhingrave de Salm , les
Comtes de Braun , et de Schulembourg , M. ,
Lersner , le Marquis Pallavicini , le Comte Pierre
de Konigseg , le Comte de Mercy d'Argenteau ,
Mrs Riedesel et Grune , et le Comte de Kollow
rath , Majors Génétaux.
ITALIE."
E Roy d'Espagne n'étant pas content de ce
que quelques-uns de ses Sujets , au préjudice
d'autres qu'il avoit recommandés , ont obtenu
du Pape plusieurs Benefices vacans en Espagne
S. M. C. les a déclarés incapables d'y en posse .
der aucun à l'avenir , et déchus du droit de Naturalité
, et elle a envoyé ordre au Cardinal
Aquaviva de leur défendre l'Entrée du Palais
d'Espagne
.
On dit que le Fils du Banquier Zelada , par le
Hiiij рец
158 MERCURE DE FRANCE
peu de compte qu'il a parû faire de ce que le
Cardinal Aquaviva lui avoit fait insinuer à cet
égard , est celui qui a le plus contribué à cette
résolution de S. M. C.
11 a été réglé , que le Cardinal Infant d'Espa
gne pouroit conférer à l'avenir les Benefices qui
vaqueroient dans son Diocése ; mais la Cour
de Madrid paroît ne pas vouloir que ce Prince
se contente de cette prérogative , et le bruit
court que S. M. C. doit demander qu'il ait le
droit d'accorder des dispenses de mariage , même
dans les cas que le S. Siege s'est réservés.
Il paroît à Rome un Discours de M. Calca
gnini , Doyen de la Rote , en forme de Factum
ou de Mémoire , en faveur du Cardinal Colonna,
touchant la succession du feu Prince Eugéne de
Savoye. L'Auteur entreprend de prouver que ce
Cardinal est parent du Prince Eugene de Savoye
au même degré que le Prince de Carignan,et que
Ja Princesse Anne Victoire de Soissons est inca
pable de succeder à ses biens.
DE NAPLES.
LE premier jour de l'an après midi , le Roi
Représentation d'un Opera intitulé l'Olym
piade.
S. M. a augmenté de mille Ducats les apointemens
de M. Buoncore , son Médecin ordinaire ,
et Elle a accordé une Pension de 500. Ducats à
chacun des Médecins qui ont été consultés pendant
sa maladie.
Don François Protonobilissimo , de la Maison
des Princes del Muro , a été condamné par
le Roy à dix ans de prison , pour avoir maltraité
JANVIE R. 1738. 159
traité un Religieux Capucin , qui s'étoit cru
obligé de lui faire quelques remontrances.
Le Pere Fiorello , Dominicain , est mort
Avellino en odeur de Sainteté .
On mande de Genève de la fin de ce mois
que le Comte de Lautrec , et les Représentans
des Cantons de Zurich et de Berne , ont eû plusieurs
Conférences avec les Magistrats et les
Députés de la Bourgeoisie et on assure que
dans la derniere ils sont convenus d'un Projec
de pacification pour rétablir la bonne intelli
gence entre les différens Ordres de cette République
, et qu'ils doivent incessamment l'envoyer
en France , ainsi qu'à Zurich et à Berne
afin de le faire aprouver par le Roy de France ,
et par les deux Cantons.
94
Quelque temps avant cette derniere Confés
rence , les Magistrats avoient reçû une Lettre ,
par laquelle S. M. T. C. les assuroit , que plus
les marques qu'elle leur donnoit de sa bienveil
lance , étoient propres à les convaincre de la
part qu'ils y avoient , plus Elle désiroit qu'ils
parvinssent à en retirer tout l'avantage qu'elle
s'étoit proposé.
S. M. T. C. ajoûtoit dans cette Lettre , qu'Elle
se le promettoit non -seulement des dispositions :
qu'ils lai témoignoient , mais encore des soins .
du Comte de Lautrec, qui n'ignoroit pas let
mérite qu'il se feroit auprès d'Elle par leur
succès ; qu'Elle continuoit de sçavoir le même
gré aux Magistrats , de leurs sentimens pour sa
Personne , et pour sa Famille Royale , et qu'Elleseroit
toûjours bien- aise de leur faire éprouver
les éfets de sa protection.
A la lettre du Roy de France étoient jointes
une lettre du Cardinal de Fleury , et une de M.
Amelot , HAW
"
160 MERCURE DE FRANCE
Amelot , lesquelles contenoient des assurances $
du désir sincere qué ce Cardinal ét ce Ministre
avoient de voir les diferens Ordres de cette République
bien réunis .
Le Conseil Général a procédé à l'Election de
quatre nouveaux Syndics , qui ont été pris tous
dans des familles de simples Citoyens.
ESPAGNES ,
Na apris de Madrid que leurs Majestés
Catholiques assisterent sur la fin du moiss
dernier à une espece d'Opera , qui fut représenté
au Palais par les Princes et Princesses de
la Famille Royale , et exécuté avec tous les
agrémens imaginables . M. Farinelli , célébrę -
Musicien Italien , y chanta aussi diverses Cantates
, et leurs Majestés parurent très- satisfaites-›
de ce Divertissement.
PORTUGA L.
Elon l'Etat distribué à Lisbonne des Effets er
des Marchandises dont étoit composée la char--
ge de la derniere Flotte arivée de Rio de Janeiro ,
ik paroît que cette Flotte a aporté environ sepe
millions sept cent huit mille Crusades pour le
compte du Roy , et dix millions deux centi
mille pour le compte des particuliers . Dans le
nombre des marchandises qu'on a reçues par la
Flotte, on compte 5600. Octaves * de Diamans,
7947 Octaves de Pierres de couleur ; et beau…
coup de Topases , tirées des nouvelles Mines .
• L'Octave compose 15. Carats.
MORTS.
JANVIER . 1738. 161
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Ar les Registres tenus dans les Paroisses de-
PVienne en Autriche , il paroît qu'il y est
mort pendant l'année derniere 6735. personnes.
On a observé que dans ce nombre il étoit mort
2473. enfans au-dessous d'un an , et 1590. audessous
de 10. Entre les personnes mortes dans
un âge avancé , Ito. sont mortes depuis 80.
jusqu'à 90. 24. depuis 90. jusqu'à 100. et 4.¹
au-dessus de 100.
>
Depuis le 24 Décembre 1736. jusqu'à pareil
jour 1737. on a baptisé à Londres et à Westminster
8482. garçons et 8278. filles ; et il y
est mort 13690. hommes ou garçons , et 14133 .
filles ou femmes. Dans le nombre des morts il
y en a 10054. au- dessous de deux ans , 2613 .
entre deux et cinq ans , 1008, entre cinq et dix
885. entre dix et vingt , 2241. entre vingt et
trente , 2652. entre trente et quarante , 2578.1
entre quarante et cinquante , 2270. entre cinquante
et soixante , 1650. entre soixante et soixante
et dix , 1164. entre soixante - dix et quatre-
vingt , 176. entre quatre - vingt et quatrevingt-
dix , 127. entre quatre- ving- dix et cent ,
Centre cent et cent seize.
AMII
162 MERCURE DE FRANCE
A Mlle de C.
Pour le premier Four de l'An..
Elle , l'Aurore aux doigts de Roses
Taille de
Brille de mille feux sous un Ciel azuré ;
Quand , le front ceint de fleurs nouvellement
écloses ,
Elle annonce du jour le retour desiré.
Ainsi , par les Graces suivie ,
Vous brillez , aimable Silvie ,
Les Amours enfantins voltigent sur vos pas
Les Plaisirs , fils de la Jeunesse ,
Les Ris , les Jeux et l'Allegresse:
Forment. vos celestes apas.
Cependant , j'oserai le dire ,
Ce n'est point là ce que j'admire ,.
Car ces traits enchanteurs , ces apas spécieux
De leur nature très-fragiles ,.
Peuvent bien quelquefois , ornemens inutiles ,.
Sans aller jusqu'au coeur , ne fraper que les
yeux .
Mais ce qui m'enleve et m'enchante ,,
C'est cet esprit divin , cette douceur de moeurs
Joints à cette grace touchante ,
Qui vous rend maîtresse des coeurs.
Miyez , et triomphez , adorable Silvie ,
Qubliez
ť
JANVIER 1738
Oubliez, s'il se peut , ce * Lieu digne d'envie ,.
Qui forma tant d'attraits en vous donnant le
jour.
Paris doit conserver une si belle Vie ,.
Paris de vos apas doit être le séjour.
Le refuseriez-vous , quand tout vous y convic
Regnez-y , charmante Silvie ,
Tels sont les ordres de l'Amour
* Valogne en. Normandie.
Par M. P...
FRANCE..
Nouvelles de la Cour , de Paris , & 6
E premier de ce mois , la Reine entendit
dans la Chapelle du Château
de Versailles la Messe chantée par la Musique..
Le même jour , les Princes et Princesses
du Sang , et les Seigneurs et Damess
de la Cour eurent l'honneur de complimenter
le Roy et la Reine sur la nouvelie
année:
Le Corps de Ville a rendu à cette :
Occasion ses respects à leurs Majestés , às
Monseigneur le Dauphin , et à Mesdag
mes de France,
64 MERCURE DE FRANCE
Le Roy a nommé Ministre d'Etat le
Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat.
Le 7. le Prince de Lichtenstein , Am-'
bassadeur de l'Empereur , eut sa premiere
Audience particuliere du Roy ,
étant conduit par le Chevalier de Sainc
tot , Introducteur des Ambassadeurs
qui le conduisit ensuite à l'Audience de
la Reine , et à celle de Mesdames de
France;
>
1
L'Abbé Franchini , Envoyé du Grand
Duc de Toscane , eut le même jour sa
premiere Audience publique du Roy. Il
fut conduit à cette Audience , ainsi qu'à
celle de la Reine , et à celles de Monseigneur
le Dauphin et de Mesdames de
France , par le même Introducteur , qui
étoit allé le prendre dans les Carosses du
Roy et de la Reine ; et après avoir été
traité par les Officiers du Roy , il fut
reconduit à Paris dans les Carosses de
leurs Majestés.
Le Roy a accordé le Gouvernement'
de l'Hôtel Royal des Invalides , vacant
par la mort du Chevalier de Ganges , au´
Chevalier de Saint André , qui en étoit
Lieutenant de Roy , et la Place de Lieu- *
tenant de Roy du même Hôtel , à M. de
la
ว
JANVIER : 1738. 165
la Courneuve , Lieutenant- Colonel du *
Regiment Royal Dragons.
Par Arrêt rendu en la Grand'Chambre
, au raport de M. Bochart de Saron ,
le 8. Janvier 1738. M. Cadot , Curé"
de la Magdeleine de la Ville l'Evêque , a
été maintenu et gardé dans ladite Cure .
contre Mrs de la Coste et Hubert ' , qui
l'avoient impetré par dévolut , prétendans
que les Grades de M.Cadot n'étoient
pas valables.
Le 12. de ce mois , l'Evêque de Meaux
et l'Evêque de Nîmes furent sacrés dans
la Chapelle du Seminaire de S. Sulpice ,.
par l'Archevêque de Sens , assisté des
Evêques de Langres et de Blois.
Le 14 le Prince de Lichtenstein
Ambassadeur de l'Empereur , eut sa
premiere Audience de Monseigneur lex
Dauphin , étant conduit par le Che
valier de Saintot , Introducteur des Am--
bassadeurs..
Le Roy a accordé à M. Desmaretz de
Gramaille , Conseiller au Parlement , la
Place de Conseiller d'honneur , vacante
par la mort de M. de Vienne.
Le
3
176 MERCURE DE FRANCE
Le 4 Janvier , il y eut Concert dans le Salon
de la Reine, M. Destouches , Sur- Intendant de la
Musique du Roy, en semestre, fit chanter le Prologue
et le premier Acte de sa Pastorale Héroïque
d'Issé, qui fut continuée le 13. et le 1's . avec
beaucoup de succès . Les Diles Mathieu et Des
champs , remplirent les Rôles d'Issé et de Doris ,
et ceur de Philemon , d'Hilas , du Grand Prêtre
et de Pan , furent chantés par les sieurs Petillot
Dangerville , du Bourg et Godeneche.
Le 18 on execu a le Prologue et le premier
Acre du Balet des Elemens , du même Auteur ,
dont la suite a été interrompue par une legere
indisposition dé la Reine .
Le 25. on chanta devant S. M. lès trois derniers
Actes du même Balet des Elemens , dont
les principaux Rôles furent remplis par les Diles
Antier, d'Aigremont et Mathieu , et par les sieurs
Dangerville , Petillot et du Bourg. Tout ce Balet.
fut executé dans la plus grande précision .
Le 27: on concerta l'Opera d'Omphale , du
même Auteur , lequel fut continué le 29. pour
le dernier Concert du mois.
Le Jeudi 2. Janvier , les Comédiens François
joüerent à la Cour la Comédie de Démocrite et
la petite Piece de Crispin Rival de son Maître.
Le Mardi 7. Bajazet et le Mariage , forcé. La
Dlle Dumesnil joua le Rôle de Roxane , et fur
fort goûtée .
Le 21. Crispin Médecin et l'Avocat Patelin.
Le 28. Héraclius et l'Eté des Coquettes . La Dlle
du Mesnil joua dans la Tragédie le Rôle de
Léantine pour la premiere fois avec beaucoup
d'intelligence.
..
Les
JANVIER. 1738. 167
Le 8. les Comédiens Italiens représenterent
aussi à la Cour la Comédie des deux Arlequins ce
Ia petite Piece du Je ne sçais quoi .
Le 30. la Gouvernante et la Parodie de l'O
de Castor et Pollux.
pera
Le 6. Fête des Rois , l'Académie Royale de
Musique donna le premier Bal public de cette
année , avec un très - grand concours. On les
continue ordinairement pendant differens jours.
de chaque Semaine jusqu'au Carême.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Saumur le 9. Décembre 1737. sur l'Ar
rivée en cette Ville de M. le Comte
d'Aubigné , Lieutenant General des Ar
mées du Roy , Inspecteur General d'Infanterie
, Gouverneur de Saumur et dis
Pays Saumurois.
le Comte d'Aubigné arriva ici le 30
M Novembre , presque sans être attendu, ensorte
qu'il ne fut pas possible de suivre toute l'étendue
de notre zele et de nos devoirs. Il eut la
bonté de se contenter de la démonstration générale
d'une joye publique et du peu qu'il fut
possible de faire en pareille occasion . Il logea.
au Château et soupa chés M. de Cani , Lieutenant
de Roy , qui le reçût au bruit du Canon.
Mais ce qu'il y eut de particulier , et qui parut
plaire beaucoup à M. le Gouverneur, fut l'entrée
dans son Apartement d'un Enfant de douze ans,
habillé de l'uniforme du Régiment de Bresse ,
dont il vient d'être nommé Enseigne , lequel après
avoir été présenté , prononça avec beaucoup de
grace et durance le Compliment qui sait .
88 MERCURE DE FRANCE
MONSIEUR ,
Un jeune Eleve d'Apollon n'est guere propre
à chanter la gloire du Dieu des Combats
il lui conviendroit encore moins de relever l'éclat
de vos vertus. C'est assés pour moi, à l'âge
où je suis, d'être, instruit qu'elles vous ont éle-
» vé aux grands honneurs de la guerre , et qu'el
» les m'aprennent qu'on ne peut y parvenir qu'en
suivant les traces de la sagesse et de la valeur
qui vous y ont conduit. Je suis donc forcé de
» me réduire à´un style plus simple et plus proportionné
aux foibles talens d'un jeune Offi
>> cier.
DJ
39
J'ai puisé , Monsieur , dans le sein de ma Famille
la plus vive reconnoissance de toutes les
bontés dont vous l'avez comblée , cès senti-'
mens me sont devenus naturels . Eh ! de quoi
ne pourois- je pas me flater , si l'impression
qu'ils me font déja , pouvoit me rendre digne
de l'honneur de votre protection ! J'ose vous
» assurer , Monsieur , que je n'oublirai rien pour
cela ; mon Pere que vous honorez depuis si
long- temps de votre amitié , voudrá bien en
être
garant , et il le sera , sans contredit , avec
d'autant plus de fondement, qu'il sçait tout ce
» qu'il m'a inspiré pour me mettre en état de la
O mériter.
Le Compliment fini , le jeune Orateur eut
l'honneur d'être embrassé de M. le Gouverneur,
qui eut la bonté de faire son éloge . Il est fils de
M. du Petit-Hoüars , Major du Château de Saumur
, reçû en survivance de la Lieutenance de
Roy , et Officier du premier mérite.
Mrs les Marguilliers de l'Eglise Paroissiale de
S: Gervais à Paris , si connue par la beauté et
l'élegance
JANVIER. 1738. 189
lélegante de son Portail , aprés avoir témoigné
leur zele pour l'embellissement de leur Eglise
en faisant regratter et réparer , à grands frais ,
Pintérieur de cette Eglise , viennent de marquer'
de nouveau ce zele si loüable , en faisant ne
toyer et rétablir les grands Tableaux qui sont
exposés dans la Nef de cette Eglise, et qui étoient
dans un fort mauvais état. Ces Tableaux , au
nombre de six, qui ont chacun 22. pieds de large,
sur 12 de haut , représentent le Martyre de
* S. Gervais et de S. Prothais. Ils sont de trois fameux
Peintres , sçavoir , deux de le Sueur , un
du Bourdon , et trois de Champagne ; les deux
premiers représentent ces saintsMartyrs conduits
devant les Juges , et leur flagellation . Le troisié
me est la Décolation , et les trois autres sont
l'Aparition , l'Exhumation de ces Saints et la
Translation de leurs Reliques .
+
Messieurs les Marguilliers , sur de bons
témoignages , ont choisi pour ce dernier ou
vrage le sieur Henriet , Maître Peintre , demeurant
Isle S. Louis , au coin de la rue des
deux Ponts et du Quai de Bourbon. Ce Peintre
avoit déja succedé au feu sieur Gregoire pour
netoyer les Tableaux de Notre - Dame.
༣
MORT S.
E premier Janvier mourut à Paris Louis
Amable Carpentier de Lizy , Chevalier del
1'Ordre Royal et Militaire de S. Louis , Commissaire
de la premiere Compagnie des Gardes
du Corps du Roy , âgé de 66: ans.
Le
170 MERCURE DE FRANCE
Le 2. Claude-Nicolas Hatte , Seigneur de Che
villy , des Francs , & c. Conseiller en la Cour des
Aydes de Paris , depuis près de 43 ans , y ayant
été reçû le 12. Février 1695. mourut dans la
69. année de son âge , étant né le 23. Fevrier
1669. il n'a point été marié.
Le même jour , François - Michel de Vertha
mon , Baron du Breau , Marquis de Manoeuvre,
Conseiller Ordinaire du Roy en tous ses Con
seils , Premier Président en son Grand Conseil ,
et Commandeur de ses Ordres , mourut à Paris,
dans la 83. année de son âge , après avoir rem
pli la Premiere Présidence du Grand- Conseil
pendant près de 41. ans , ayant été reçû à cette
Charge , au lieu et par le décès de feu Thiery
Bignon , son Beau- Pere , le 24. Fevrier 1697.İl
avoit d'abord été reçû Conseiller et Commissaire
aux Requêtes du Palais du Parlement de Paris le
19. Janvier 1674 et ensuite Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hotel du Roy le 21. Août
1677. S'étant démis de cette derniere Charge, il
obtint le 15. Fevrier 1697. des Lettres d'Hono
raire , qui furent registrées au Parlement le 18.
du même mois. Il prêta serment le 8. Fevrier
1716. pour la Charge de Secretaire- Greffier des
Ordres du Roy, et s'en étant démis presque aussi-
tôt , il lui fut accordé un Brévet pour en conserver
les honneurs. Il étoit fils de Michel de
Verthamon, Marquis du Breau et de Manoeuvre,
Maître des Requêtes Ordinaire de l'Hotel du
Roy , mort le 25. Octobre 1677. et de D. Marie
d'Aligre , morte le 2. Fevrier 1724. âgée de
91. ans , et veuve en secondes nôces de Géoffroy
d'Estrades , Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur de Dunkerque
JANVIER 1738. 171
er Maire perpetuel de la Ville de Bourdeaux . Le
Président de Verthamon avoit été marié le 7.
Novembre 1678.avec Marie - Anne - Françoise Bignon
, fille unique de Thie y Bignon , Prémier
Président du Grand- Conseil , et de Françoise
Talon. Elle mourut d'une hydropisie de
poitrine de 26. Decembre 1730. dans la 70. année
de son âge. il en avoit eû six enfans ,
dont
trois morts en bas âge , les trois autres étoient
François Godefroi de Verthamon du Breau, mort
à-l'âge de zo. ans le 6. Septembre 1705. après
avoir obtenu des Lettres de dispense d'âge pour
être reçû Conseiller au Parlement . Denis -Michel
de Vertkamon , Seigneur de Vincy , reçu
Gonseiller au Parlement de Paris , et Commissaire
aux Requêtes du Palais le 12 Fevrier 1710.
et mort le 17. Octobre 1714. à l'âge de 26. ans,
sáus avoir été marié ; et Françoise- Elizabeth-Lugenie
de Verthamon , qui étant restée fille unique
, fut mariée le 28. Janvier 1716. avec François
Baltasar de Pardaillan de Gondrin , Marquis
de Bellegarde , fils puîné du feu Duc
d'Antin. Elle mourut à Bellegarde en Gâtinois
le 13. Octobre 1719. sans avoir eû d'enfans
, âgée de 37. ans. Le Président de Verthamon
a institué par son Testament Légataire
universel le fils d'Etienne- Claude d'Aligre , son
Cousin issu de germain, Président du Parlement
de Paris, qu'il nomme son Executeur , et auquel
it laisse la jouissance, sa vie durant , du legs universel
qu'il fait à son fils. Il dispose de sa Bibliotheque
en faveur du Grand- Conseil . Il donne à
son Secretaire 60000. livres d'argent comptant
1500. livres de pension viagere , en consideration
des longs services qu'il lui a rendus sans
aucuns apointemens et sans avoir jamais rien
reça
172 MERCURE DE FRANCE
reçu des Parties. Quant à ses autres Domesti
ques , il convertit leurs gages en rentes viageres.
Les heritiers du feu Président de Verthamon
sont , Magdeleine- Charlotte- Emilie le Fevre de
Caumartin , veuve de Jacques de la Cour , Sejgneur
Marquis de Basleroy et de Manneville,
ancien Maître des Requêtes de l'Hôtel du Roy,
et fille de Catherine-Magdeleine de Vertha-
Tante du défunt , morte le 28 Octobre
1722. et Louis- Athanase de Pechpeirou de Cominges
, Comte de Guitaud , Lieutenant Géneral
des Armées du Roy , et Delle Françoise- Mélanie
de Pechpeirou de Cominges de Guitaud ,
fille , sa soeur , enfans de défunte Elizabeth- Antoinette
de Verthamon , aussi Tante du défunt
Président de Verthamon.
mon ,
La nuit du 2. au 3. du même mois , D ....
Ogier , épouse de Jacques Nigot , Seigneur de
S. Sauveur , Président en la Chambre des Comptes
de Paris , mourut du poulmon , après envi
on 5. mois de maladie , âgée de 26. ans , laissant
deux fils et trois filles en bas âge ; cette Dame
n'ayant été mariée que le 28. Fevrier 1730.
elle étoit la troisiéme et derniere fille de feu
Pierre-François Ogier , Seigneur d'Hénonville ,
Berville et Puisieux ,Crand Audiencier de France,
ancien Receveur General du Clergé de France ,
mort le 24. Décembre 1735. et de feie D. Ma
rie-Thérese Berger , morte le 12. Mars 1722 .
Le 4. Sour Anne Pasquier , premiere Supé
rieure et Institutrice de la Communauté des Filles,
dite de sainte Agnès, établie à Paris , y mou
rut âgée de 88. ans.
Les . Henry- François de Tenare , Marquis de
Montmain , Baron de Famogney , Melizey , &c
Lieutenant General des Armées du Roy , Cheva
Lie
JANVIER . 1738. 173
•
lier de l'Ordre Militaire de S.Louis , etGouverneur
de Seissel en Bugey , sur le Rhône , mourut en
son Château du Saulcy en Franche- Comté
âgé de 69. ans. Il avoit été d'abord Lieutenant
Colonel du RégimentDauphin Etranger,et depuis
successivement Mestre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie , ci - devant Villequier , au mois de
Janvier 1702. Brigadier le 2. Avril 1703. Ensigne
en 1706. et ensuite Lieutenant des Gardes
du Corps du Roy, Maréchal de Camp le 20.
Mars 1709. et enfin Lieutenant General des Ar
mées de S. M. le 8 Mars 1718. Le Gouverne
ment de Seissel lui fut donné au mois de Septembre
1722. Il avoit épousé Anne- Josephe-
Ferdinande de Grammont , fille de Ferdinand
Comte de Grammont en Franche - Comté , Lieutenant
General des Armées du Roy et Comman
dant pour S. M. en Franche - Comté, et de D. Susanne
du Bellay de Chevigny.Il n'en laisse qu'une
fille unique, qui est Marie-Susanne - Simonne Fer
dinande de Tenare de Montmain , qui a été mariée
par Contrat passé à Besançon le 24. *Avril
1735. avec Louis Marquis de Bauffremont, Mes
tre de Camp d'un Régiment de Dragons , et au
quel la survivance du Gouvernement de Seissel
avoit été accordée en faveur de ce Mariage . Le
Marquis de Montmain étoit frere de féu Simon
de Tenare de Montmain ,Chevalier non Profès de
POrdre de S, Jean de Jerusalem , Maréchal des
Camps et Armées du Roy , ci devant Capitaine.
Lieutenant de la Compagnie des Chevau- Legers
d'Orleans , et Inspecteur Géneral de la Gendarmerie
, mort âgé de 1. ans le s . Novembre
1725. ils étoient l'un et l'autre fils de Charles
de Tenare, Seigneur de Montmain , et de Helene
de Villers la Faye , sa femme , fille de Louis ,
Seigneus
174 MERCURE DE FRANCE
Seigneur de Villers la Faye en Bourgogne , et de
Magdelaine de Bourbon Busset .
Le 6. Jean- Alexandre Théodose de Melun,
Prince d'Espinoy , Vicomte de Gand , Mestre de
Camp du Régiment Royal, Cavalerie , par Commission
du premier Août 1724. mourut à Montmartre
près de Paris , âgé de 28. ans complets
moins 19. jours , étant né le 25. Janvier 1710.
Il avoit été institué Légataire universel par feu
Louis de Melun , Prince d'Espinoy , Duc de
Joyeuse , Pair de France, son cousin issu de germain
, mort à Chantilly d'un coup d'Andouillet
de Cerf le 31. Juillet 1724. et il étoit fils unique
de feu Ambroise de Melun , Vicomte de Gand ,
et de Charlotte de Monchy de Vismes. Il avoit
épousé le 18. Janvier 1735. sa cousine germaine,
fille unique et seule présomptive heritiere de
Louis- Gabriel , Vicomte de Melun , Seigneur de
la Cossonniere , de Donvas , &c. Lieutenant Gé
neral des Armées du Roy , Chevalier de l'Ordre
Royal et Militaire de S. Louis ; et Commandant
pour S. M. à Abbeville , er de défunte D. Louise
Jeanne- Armande de Melun vivante son Epouse
et sa niéce , morte le 23. Septembre 1734. La
Princesse d'Espinoy , qui avoit déja une fille , accoucha
peu de jours après la mort de son Mari
d'une seconde fille ; de sorte qu'il ne reste plus
de mâles de l'illustre et ancienne Maison de Melun
, que le Vicomte de Melun , pere de cette
Dame.
Le même jour , André- Pierre Auvray , ancien
Conseiller-Secretaire du Roy, Maison, Couronne
de France et de ses Finances , mourut à Paris
âgé de 88. ans. Il avoit eû de feuë Marie
de Barou , André- Pierre Auvray , Seigneur de
Grandville , Conseiller-Secretaire du Roy , Maison,
JANVIER. 1738.
son,Couronne de France et de ses Finances , Se
cretaire et Greffier du Conseil privé , mort le 18.
Janvier 1732. qui avoit épousé au mois d'Octo
bre 1714. Louise-Marie Touchet , de la Ville
d'Orleans, fille de feu Jacques Touchet , Ecuyer
Seigneur des Ormes et de Misian , et de Marie
Davalleau. Il reste de ce Mariage 2. filles, dont
l'aînée est mariée depuis environ 4. ans avec....
de Buffevant , Seigneur , Marquis de Persay, qui
avoit épousé en premieres nôces une Dlle le Coq
de Goupillieres , fille du Maître des Requêtes ;
André Pierre Auvray , qui vient de mourir
avoit encore un autre fils et une fille , femme de
Benoît-Eynard de Ravanne , Conseiller - Secretaire
du Roi, Maison Couronne de France et de
ses Finances , Secretaire du Conseil d'Etat , Directions
et Finances , et Grand Maître des Eaux
et Forêts de France au département des Provin
ces de Touraine , Anjou , et le Maine , qui en
a entr'autres une fille mariée depuis 9. mois avec
Philipe de Selles , Intendant et Controlleur
General de l'argenterie , et des menus de la
Chambre du Roi.
Le même jour , D. Marie - Catherine Gueau ,
veuve depuis 1707. de Jean -Jacques Bouvart ,
Fermier General des Fermes du Roi , mourut
à Paris , dans un âge fort avancé , laissant pour
fille unique Marie Anne Bouvart , veuve depuis
le 9 Janvier 1724· de Florent Boutet de Guignonville
, Seigneur de Fresnay , d'Anger , Briconville
, &c . Conseiller au Parlement de Paris
et mere d'une fille unique , mariée le 6 Avril
1728. avec ..... de Briqueville , Marquis de la
Luzerne , ci - devant Colonel d'un Regiment
d'Infanterie . C
La nuit du sept au huit , Anne-Jacques de
la
16 MERCURE DE FRANCE
la Croix , Prêtre , Docteur en Théologie de la
Faculté de Paris , du 4 Juin 1695. Chanoine de
l'Eglise Métropolitaine de Paris , du 4 Octobre
1720. et Archidiacre de la même Eglise du 27.
Juin 1728. mourut d'une fluxion de poitrine , à
P'âge de 72. ans , fort regretté. Il avoit été d'abord
Chanoine de Cambray en 1682.puis de l'Eglise
Cath. d'Arras en 1686.il fut nommé Prevôt
de cette Eglise par le Roi le 8 Septembre 1693.
et fut ensuite aussi Vicaire général de l'Evêque
d'Arras, et plusieurs fois Député des Etats de la
Province d'Artois pour le Clergé auprès du Roy.
al le fut aussi pendant la guerre auprès du Prince
Eugene de Savoye , General de l'Armée des
Alliés et auprès des Deputés des Provinces unies
des Pays- Bas. Il fut Commissaire du Roy en
1716. avec M. Maignart de Bernieres , Intendant
en Flandres , pour la visite et la réfor
mation de l'Université de Douay. Il étoit d'une
ancienne Famille de Paris , qui depuis 1606. a
fourni plusieurs Officiers à la Chambre des Comptes.
Son pere Claude de la Croix , Seigneur
du Fresnoy , Auditeur en la Chambre des Comptes
, Maître d'Hôtel ordinaire du Roy , et
Conseiller d'Etat , mourut le premier Décembre
1671. dans la 59. année de son âge , sa Mere
Marie-Laurent , fille de Claude Laurent , Trésorier
de l'Extraordinaire des Guerres , mourur
le 27. Janvier 1709.
Le 8. Claude Hennequin , Prêtre , Chanoine
honoraire de l'Eglise de Paris , autrefois Vicaire
général des Cardinaux de Furstemberg , et de
Kohan , Evêque de Strasbourg , et Superieur
des Reclus du Mont- Valerien mourut en sa
maison , Cour Ste. Geneviève dans la 84. année
de son âge , étant né le 6. Juin 1654. Il étoit
>
fils
·
JANVIER .
1738. 177
Els de François Hennequin , Seigneur de la Bare
Fontaine , Cour la Verdei , Charmont , &c.
Conseiller au Grand Conseil , mort le 14. Mars
1659. et d'Anne Pingré , morte le 14. Octobre
1683 : laquelle étoit soeur de Pierre Pingré ,
Evêque de Toulon , mort en reputation de sainteté
le 3 Décembre 1662 .
Le 9. Pierre de Vissec de la Tude , Chevalier
de Ganges , Gouverneur de l'Hôtel Royal des
Invalides , et Commandeur de l'Ordre Royal et
Militaire de S. Louis , mourut dans cet Hôtel
d'une goute remontée , âgé de 86. ans. Il étoit :
Lieutenant Colonel du Régiment de Dragons
de Bauffremont , avec commission de Mestre
de Camp , lorsqu'il fut fait au mois de Février
1728. Lieutenant de Roy de l'Hôtel Royal des
Invalides ; le Gouvernement lui en fut donné
au mois de Juin 1730. et il obtint le grand Cordon
de l'Ordre de S. Louis avec la pension de
1000. écus le 1.Janvier 1733. Il étoit le 7.fils de
Jean- Pons de la Tude , Baron de Ganges , Colonel
d'un Régiment d'Infanterie , et Gouver
neur du Château de S. An iré de Villeneuve lès
Avignon , qui testa le 10. Avril 1654. et de
Jeanne de S. Etienne , Dame héritière de la
Ville et Baronie de Ganges , Diocese de Montpellier.
Le Chevalier de Ganges étoit beau frére
de Diane de Joannis de Château blanc , Marquise
de Ganges , celebre par sa beauté , et dont la
fin tragique est connuë cette Dame fut empoisonnée
et assassinée à l'âge de 32. ans le 7.
Mai 1667. P'Histoire en est raportée dans le 5 .
Tome des Causes interessantes , p. 316. et suiv.
Le Gouvernement de l'Hôtel Royal des Invalides
vacant par cette mort , a été donné à Joseph
deMarnais de S.André , Gentilhomme de Dau
I ÿj
phiné 2
178 MERCURE DE FRANCE.
.
phiné , qui en étoit Lieutenant de Roy depuis le
premier Juin 1730. il est aussi Gouverneur de la
Ville de Die , Maréchal de Camp des Armées
du Roy , Inspecteur général de Cavalerie , et
nommé Commandeur de l'Ordre Militaire de
S.Louis avec la pension de 4000. liv . le 2 Février
de l'année derniére.
La Lieutenance de Roy a été donnée à .... de
la Courneuve , Mestre de Camp , Lieutenant
Colonel du Régiment Royal Dragons.
Le même jour , Dame Marie - Guillemette de
Moura , épouse d'Alexandre Costé , Seigneur
Marquis de S. Suplix , Baron de Crepon , d'une
famille du Parlement de Rouen , mourut à
Paris , après une longue maladie , âgée d'environ
44 ans , laissant deux fils qui sont dans le
Service Militaire , et deux filles , non encore
pourvues. Elle étoit soeur de la femme de Pierre-
Jacques de Laye , President en la Chambre des
Comptes de Normandie,
Le 10. Philipe Charpentier , Sieur de Vilzier,
Maître ordinaire en la Chambre des Comptes de
Paris, reçû à cette Charge le 4. Octobre 1717.
mourut d'apoplexie , âgé d'environ 51. ans.
étoit fils aîné de Louis Charpentier , aussi Maî
tre ordinaire en la même Chambre des Comptes.
mort le 6. Juin 1724. et de Colombe - Margue
rite de Valles , sa veuve , et il avoit épousé au
mois d'Avril 1727. une fille de feu Jean le Bou
langer de Hacqueville pareillement Maître des
Comptes à Paris , et de Marie- Agnés Soulet.
Le même jour , mourut à Paris Jean- Baptiste
de Sabrevois , Marquis d'Escluselles
, Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Brigadier de
Cavalerie des Armées du Roy , de la promotion
du 1. Fevrier 1719. et Gouverneur
pour S. N
des
JANVIER. 1738 179
錄
des Ville , Château , et Comté de Dreux . Il étoit
d'une ancienne noblesse du Pays Chartrain
dont on a dit un mot dans le Mercure de Fevrier
1737. p . 387. à l'occasion de la nomination
de la Dame de Sabrevois d'Escluselles ; pour
Dame d'honneur de Mademoiselle du Maine.
>
Le même jour , Charles Sevin de Quincy ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de S Louis
Lieutenant General de l'Artillerie , Brigadier des
Armées du Roy , du premier Fevrier 1719. et
Lieutenant pour S. M. au Gouvernement de la
Basse Auvergne , depuis le mo's de May 1720 .
et autrefois Officier de la seconde Compagnie'
des Mousquetaires de la Garde, et Grand Bailly,
et Capitaine de la Ville de Meaux et Province.
de Brie mourut à S. Germain en Laye , âgé
de 73. ans passés . Il étoit Fils d'Augustin Sevin
de Quincy , Seigneur du Plessis , de la Corbilliere
et de la Fleurdelis en Erie , et de Françoise
de Glapion de la Boissiere , il avoit été
marié le 31 Juillet 1696. avec Geneviève l'ecquot
, Fille de Pierre Pecquot , Seigneur de
S. Maurice et de Blanque , Secretaire du Roy ,
et Greffier de son Conseil , et de Catherine de
Lattaignant. Il en avoit cu une Fille unique
premiere Femme de René Jourdan , Seigneur
de Launay , Gouverneur du Château de la Bastille
, morte sins enfans , le 27. Fevrier 1736 .
comme on l'a raporté dans le Mercure de Mars
de la même année P. 601.
>
Le même jour , Antoine François de la Tournelle
, Seigneur de Leugny , près d'Auxerre ,
d'Angé , et de Senan , apel é le Comte de la
Fournelle , Elu des Etats de Bourgogne , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , ancien
Capitaine de Cavalerie dans le Regiment Royal
Iiij Etranger •
180 MERCURE DE FRANCE
Etranger , et Capitaine de la Compagnie de roe
Arquebusiers de la Ville d'Auxerre , établie par
Lettres Patentes du mois de Decembre 1729.
mourut subitement à Regennes , Maison de
plaisance de l'Evêque d'Auxerre dans un fauteuil
auprès du feu , étant avec la Dame son
Epouse . Il avoit environ 46 ans , et étoit second
Fils de feu Nicolas- François de la Tournelle
, Marquis dudit Lieu , Seigneur de Courancy
, Chomard , Leugny , &c. Lieutenan :-Colonel
du Regiment Royal des Vaisseaux , mort
en 1722. qui étoit devenu l'aîné de sa Maison
par la mort de Charles , Marquis de la Tornelle
, son neveu , Mestre de Camp du Regiment
Royal Etrang r Cavalerie mort le 27 May
1706. des blessures , qu'il avoit reçues à la
Bataile de Ramillies . La Mere du Comte de la
Tournelle qui vient de mourir , étoit Marie-
Louise le Vayer , Fille de Charles le Vayer ,
Seigneur de Vanteuil , et de Sailly , Président
à Mortier du Parlement de Metz , et de Catherine
Jobal . Il avoit épousé depuis 7. ou 8.ans
Anne Thérese de Baillon , Fille de François
Ballon , Seigneur de Blampignon , Malouin ,
Conseiller , Secretaire du Roy Maison , Couronne
de France et de ses Finances , et Chevalier de
l'Ordre de S. Michel.
-
Le 11. mourut au Palais Royal à Paris ,
âgée d'environ 52. ans , Marie -Anne Spinola
née Princesse de Vergagne , et du S. Empire
Komain , Grande d'Espagne de la premiere
Classe , Dame d'honneur de S. A. R. la Duchesse
d'Orleans , et Epouse de Philip: - Jules-
François-Mazarini - Mancini , Duc de Nivernois
et Donziois , Pair de France , Prince de Vergagne
, et du S. Empire , Grand d'Espagne de
la
JANVIER. 178. 181
1
fa premiere Classe , Baron Romain , Noble
Venitien , Gouverneur , et Lieutenant General
pour le Roy des Provinces de Nivernois , et
Donziois , Ville , Bailliage , ancien ressort , et
enclaves de S. Pierre le Moutier , avec lequel
elle avoit été mariée au mois de Juin 1709. elle
étoit Fille ainée de Jean-Baptiste Spinola , Prince
de Vergagne ( petite Souveraineté sur la côte
de Genes ) et du S. Empire , Grand d'Espagne
de la premiere Classe , Noble Genois , Lieutenant
General des Armées de S. M. Cath. cidevant
Gouverneur de la Ville d'Ath en Flandres
, mort à Venise le 2 Decembre 1723. dans
la 75. année de son âge et de Marie Françoise
de Cotterel du Bois de Lessines ; elle avoit aporté
par son Mariage la Grandesse d'Espagne au Duc
de Nevers , laquelle passe par sa mort à Louis
Jules Barbon Mazarini - Mancini , son Fils uni
que , Duc de Nivernois , né en 1716. Colonel
du Regiment de Limosin , par Lettres du 20 Fevrier
1734. et marié le 18. Decembre 1730 .
avec Helene- Angelique Françoise Phelipeaux
de Pontchartrain , née au mois de May 1715 .
Fille de Jerome Phelipeaux , Comte de Pontchartrain
, Commandeur des Ordres du Roy
ci-devant Secretaire d'Etat , et de Helene Rosalie
Angelique de Laubespine de Verderonne : la
défunte Duchesse de Nevers étoit Soeur d'Anne-
Marie -Therese Spinola, Epouse de Paul Edouard
Colbert , Comte de Creuilly , Maréchal de
Camp des Armées du Roy.
9
Le même jour , Barthelemy de Tisseüil -Danvaux
, Chevalier des Ordres Royaux et Militaires
de S. Louis , et de S. Lazare de Jerusalem ;
reçû dans ce dernier dès le 8 Novembre 1685 .
Conimandant pour le Roy à la Tour de Pillemil
1. iiij
782 MERCURE DE FRANCE
à Nantes , et Ecuier de la Maréchale , Duches
se d'Estrées , mourut âgé d'environ 70. ans.
Le même jour, D. Marie- Anne-Josephe Fargès
, Fille de feu François - Marie Fargès , Conseiller
Secretaire du Roy, Maison, Couronne de
France et de ses Finances , et Chevalier de
P'Ordre de S. Michel , et veuve depuis le 20.
Novembre 1732. d'Abraham Peirenc de Moras
, Seigneur de S. Priest , de Clinchamp , &c.
Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du
Roy , Chef du Conseil de S. A. S. la Duchesse
Douairiere de Bourbon , mourut à Paris , âgéee
d'environ 40 ans , laissant deux Fils , et une
Fille , âgé de 14 ans, le Fils aîné , nommé François
Marie Peirenc de Moras est Conseiller-
Commissaire aux Requêtes du Palais du Parlement
de Paris , depuis le 12 Juillet 1737.
>
Le 12. D. Marie Elisabeth de Vigny , Dame
de Lerzy , près de Guise en Picardie , épouse
en secondes noces depuis 1734. d'Esprit Bruno
de Fournier d'Aultanne, Genti homme du Comtat
d'Avignon , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , Major du Régiment de Gesvres
Cavalerie , mourut à Paris , après une longue
maladie , dans la 41. année de son âge , étant
née le 6 Septembre 1697. elle laisse de son se
cond Mariage un Fils , né au mois de May dernier
. Elle avoit épousé en premieres rocès le 6
Juin 1714. Simon- Charles de Bonigalle , Maî
tre ordinaire en la Chambre des Comptes de
Paris mort le 26. Juin 1728. Elle avoit eu de
lui Marie-Elisabeth - Françoise de Bonigalle ,
Fille unique , née le 9 Mars 1722. mariée le 8.
Avril 1734. avec Louis , Marquis de Chambray
sur Iton , Diocese d'Evreux , et morte au
Château de ce nom , le 27. May de l'année der
niere
JANVIER. 1738. 183
*
niere en couches de Louis François de
Chambray , son premier enfant , né le 23 préce
dent , et qui est vivant ; la Dame d'Aultanne
étoit Fille de Feu Jean - Baptiste de Vigny , Seigneur
de Courquetaine , de Cervolle , de Villepayen
, Sansalle & c. Maréchal des Camps et
Armées du Roy , Lieutenant Général de l'Artillerie
, ancien Colonel Lieutenant du Regiment
des Fusiliers et Bombardiers , et Chevalier de
F'Ordre Militaire de S. Louis , mort le 16. Fevrier
1707. âgé de 62. ans , et de Marie -Geneviéve
Picques , laquelle étant veuve après avoir
pourvû ses Enfans ,prit l'habit de Religieuse dans
le Convent des Filles de la Visitation rue Saint
Antoine , le 10 Juin 1715. et y fit Profession le
6. de Septembre 1716. elle y mourut d'une
tite verole pourpreuse le 9. Octobre 1719. dans
la 56. année de son âge , étant née le 24. Juin
1664.
pe-
Le 13 Jean Baptiste Charles Chomel , Seigneur
de Bissy , Conseiller honoraire au Grand
Conseil , où il avoit été reçû le 19. Decembre
1704. et Secretaire des Commandemens de S.
A. R. la Duchesse Douairiere d'Orleans , mourut
après une courte maladie , âgé d'environ
57. ans. Il étoit fils aîné de feu Jean - Baptiste
Chomel , Seigneur de Bissy , premier Chambelan
de S. A R. Philippe , fils de France Duc
d'Orleans , mort le 25. Novembre 1709. et de
Françoise de la Croix la Chassaigne , morte le
premier Decembre 1715. et petit fils d'Antoine
Chomel , Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy , et de Charlotte Seguier. Il avoit
été marié le 21. Mai 1725. avec Marie - Louise
Ursule de Bonnieres dé Guines , fille de Charles-
Eugene- Jean - Dominique de Bonnieres, dit
I v de
184 MERCURE DE FRANCE
de Guines , Comte de Souâtre en Flandres, d'u
ne ancienne Noblesse , et de Marie-Françoise
de Montberon , des Seigneurs de Tourvoye . Il
en laisse plusieurs enfans ; le défunt étoit frere
de Louis-Armand Chomel , ancien Evêque d'Orange
, et Abbé de Chaumont la Piscine en Poreien,
Diocese de Reims .
Le même jour , Jean - Baptiste Goy , Prêtre ,
Docteur en Théologie de la Faculté de Paris , du
24 Septembre 1704. ancien Promoteur General.
du Diocese de Paris , premier Curé de l'Eglise
Paroiffiale de Sainte Marguerite an Fauxbourg
S. Antoine , depuis 1712. mourut d'une fluxion
de poitrine , âgé de 70. ans, ayant fait de
son vivant beaucoup de bien à sa Paroisse , et
laissant par son Testament sa Bibliotheque , estimée
45000. livres à la Communauté des Prêtres
de cette Paroisse , dont deux seront alternativement
par semaine Bibliothéquaires. Jean-
Baptiste Goy avoir été Sculpteur dans sa jeunesse
et il subsiste encore quelques Ouvrages de sa
façon ; mais s'étant ensuite dégouté de cette
profession , il embrassa l'Etat Ecclésiastique
dans lequel il s'est rendu recommandable. II.
avoit eu une soeur , qui étoit Marie-Marguerite
Chatherine Goy , laquelle étant veuve de Charles
Erard , Directeur pour le Roy de l'Académie
Françoise de Peinture et Sculpture établie à
Rome , épousa en 1689. Jean de la Croix
Seigneur du Fresnoy , alors Secretaire d'Ambassade
de la part du Roy auprès du Pape Innocent
XI. et depuis Maître ordinaire en la Chambre
des Comptes de Paris , et Maître d'Hôtel de la
Duchesse de Bourgogne , frere de l'Archidiacre
de Paris dont on vient de raporter la mort ; cette
Dame mourut au mois de Juin 1736. laissane:
JANVIER. 1738. 185
sant pour enfans , Cesar - Marie de la Croix ,
Maître ordinaire en la Chambre des Comptes
de Paris , Maître d'Hôtel de la Reine , et Commissaire
General de la Marine , qui a été nommé
au mois d'Août dernier Intendant des Isles
du Vent et de la Martinique ; un autre fils , qui
étoit dans le service qu'il a quitté , et la Dame
Chassepot de Beaumont , dont le mari est Conseiller
au Grand Conseil ,
Le 14. Louis-Paul Bellanger , Seigneur , Vi--
comte d'Hôtel- la- Faux , Nanteuil - la-Fosse &c.
premier Avocat Général en la Cour des Aides
de Paris , reçû à cette Charge le 9. Juin 1704 .
mourut d'une fluxion de poitrine après une
courte maladie , âgé de 54 , ans 2 mois ,
étant:
né le 18 Novembre 1683. ce Magistrat , dont
la probité et la capacité étoient connuës , a été
generalement regretté . Il étoit fils aîné de feu
Paul Bellanger , Conseiller Secretaire du Roy ,
Maison, Couronne de France et de ses Finances ,
et de défunte Cecile de Vergés , et il avoit été
marié le 12. Fevrier 1711. avec Louise - Marie
Magdeleine Charpentier , fille de feu Philipe
Charpentier , Conseiller au Parlement de Paris
et Commissaire aux Requêtes du Palais , et de
Marie-Magdeleine Portail , elle mourut le 17 .
Septembre 1720. Il laisse d'elle deux fils dontl'aîné
est dans le service Militaire , et le Cader :
étudie en Droit, et une fille nomméeMarie - Magdeleine
Bellanger mariée le 24. Mars 1729.avec
Pierre du Pré de S. Maur , Conseiller au Parlement
de Paris , et Commissaire aux Requêtes du
Palais de la seconde Chambre.
On mande de Roüinne en Forest que Da
Françoise de la Motte , veuve
tin , Sieur de Neufbourg , y
de .....
..... Courétoit
morte d'un
Lvj
rhumes
186 MERCURE DEFRANCE
$
rhuine le 28. du même mois , âgé de 102. ans ,
et 8. mois étant née au mois de May 1635. et
ayant conservé jusqu'à la fin son bon sens . On
ajoûte qu'elle n'avoit aucune incommodité de la
vieillesse , qu'elle lisoit sans lunettes et qu'elle
marchoit seulement avec une canne
servoit plûtôt de contenance que d'apui.
qui lut
Le 23. D. Marie Anne Goyon de Matignon
Epouse depuis le mois de Fevrier 1719. de Henri-
François de Grave , Marquis de Solas , Baron
de Lattes , Seigneur du Fief de la Rectorie ,
et Coupe , et de la part antique de Montpellier,
de S. Martin entre deux eaux &c . Mestre de
Camp de Cavalerie , ci - devant Enseigne des
Gendarmes Flamans , mourut à Paris , dans la
41. année de son âge, étant née le 11. Septembre
1697. elle étoit fille de Charles - Auguste
Goyon de Matignon , Comte de Gacé , Maréchal
de France , Gouverneur des Pays et Provin
ce d'Aunis , Ville et Gouvernement de la Rochelle
Isles de Ré , et d'Oleron , Broüage , et
Terris adjacentes , mort le 6. Decembre 1729.
et de D. Marie - Elisabeth Berthelot , morte le
26. Juin 1702 .
Le même jour , Louis de Vienne , Comte de
Lesmont Seigneur de Giraudot , &c. Consiller
d'honneur au Parlement de Paris , mourut
des suites d'une apoplexie , dont il avoit été
attaqué le premier Decembre dernier. 11 étoit
âgé de 68 ans , et 13. jours , il avoit été reçû
Conseiller au Parlement le 11. May 1685. la
place de Conseiller d'honneur , vacante par la
nort du Président de Lesseville , lui ayant été
donnée , il prit séance en cette qualité le 9.
May de l'année derniere 1737. Il étoit fils aîné
de Louis de Vienne , Seigneur de Giraudot
Lieutenant
JANVIER 1738. 187.
Lieutenant Particulier au Châtelet de Paris , et
auparavant au Bailliage et Siege Présidial de
Troyes , mort au mois d'Août 1698. et de Jeanne
Marceau morte nonagenaire au mois de
Juin 1719. Il ne laisse de feue Marguerite-
Charlotte de Clerambault , sa femme , morte le
27. Février 1694. à l'âge de 27. ans . , que
Charlotte-Elisaberh de Vienne , veuve de Char
les-Jean-Baptiste Fleuriau , Comte de Morville,
Chevalier de l'Ordre de la Toison d'or , ci devant
Ministre , et Secretaire d'Etat.
›
Le 25. Jean -Marie Henriau , Evêque de Boulogne
sur la Mer , et Abbé Commandataire de
l'Abbaye de Valloires , O. de Cit. Diocese d'A
miens , ci-devant aussi Prieur Commandataire
des Prieurés de Moucy-le-Neuf , Dioc . de Paris ,
de Beaurain , Dioc. de Lizieux , &c. mourus
dans sou Diocese , dans la 77. année de son âge.
П étoit Docteur en Théologie de la Faculté de
Paris du 19. Mars 1701. Il avoit été nommé
Je 6. May 1724. à l'Evêché de Boulogne , vacant
par la mort de Pierre de Langle . Cette
Eglise ayant été préconisée et proposée pour
lui à Rome , les 16 Juin , et 11. Septembre de
la même année , il fut sacré le 28. Octobre suivant
dans l'Eglise Paroissiale de Fontainebleau
par l'ancien Evêque de Frejus , aujourd'hui
Cardinal de Fleury , assisté des Evêques de Nîmes
, et de Carcassonne , et le lendemain il
préta serment de fidelité entre les mains du
Roy. Il assista à l'Assemblée generale du Clergé
de France tenue à Paris en 1730. en qualité de
Deputé du premier Ordre de la Province de
Rheims , l'Abbaye de Bierdoues Ordre de Cit.
Diocese d'Auch lui fut donnée le S Avril 1733 .
mais il la remit en obtenant celle de Valloires
le
188 MERCURE DE FRANCE
le 27. Fevrier 1735. Ce Prélat , qui étoit Parisien
,fils d'un Procureur au Parlement, a institué
pour ses Legataires universels l'Hôpital de Boufogne
, et le Seminaire, qu'il y avoit fait bâtir à
ses dépens. Il étoit frere de Claude Henriau
Chanoine régulier de l'Ordre de S. Augustin ,
Abbé de Pleinpié , du même Ordre , Diocèse de
Bourges , depuis le mois de Juin 1722. et cidevant
Prieur Claustral de l'Abbaye de la Victoi
re , près de Senlis , dont il est Profés.
Le 26. Dlle Elizabeth - Marguerite Colbert
mourut Fille à Paris, âgée de 72. ans, elle étoit
soeur puînée de feue D. Genev. Colbert , au jour
de son decès veuve de Paul-Etienne - Brunet de
Rancy , Seigneur d'Esvry , Conseiller- Secretaire
du Roy , et ancien Fermier General , la mort
de laquelle se trouve raportée dans le Mercurede
Novembre 1734. p. 2537.où l'on a fait men❤-
tion de leurs Pere et Mere.
Le 28. Mathieu- Ignace de Baglion , Comte de
la Salle , Seigneur de Saillant , Pouilly , Mionay
, &c. mourut à Paris , âgé de 51. ans
presque accomplis , étant né à Lion le . Fevrier
1687. Il étoit frere de François de Baglion
de la Salle Evêque d'Arras depuis 1725. et Abbé:
de saint Vincent de Laon , depuis 1732. et fils
de feu Jean Artus de Baglion , Comte de la Salle
Seigneur de Saillant , &c. Commandant de la
Noblesse de Lionnois , Forets , et Beaujolois
et de D. Catherine Aumaistre. Il laisse de D
Marie - Jacqueline de la Grange de la Praye
qu'il avoit épousée le 18. Juin 1714 Pierre-
François-Marie de Baglion, à present Comte de
la Salle, dont on a raporté le Mariage avecAnge--
lique - Louise Sophie d'Allonville de Louville
dans le Mercure de Juin 1733. vol. 2. p. 1459. ·
D
Le
JANVTE R. 1738. 189
Le 30. Gui Paul Jules de la Porte-Mazarini,
Duc de Réthelois - Mazarini , de Mayenne , et
de la Meilleraye , Pair de France , Prince de
Château- Portien , Marquis de Chilly , et Long-
Jumeau , Comte de Marle , la Fere , Rozoy
Betfort , Fevrette , Thanne ; Baron de Massy ,
Ham , Parthenay , S. Maixant , Altkirch , Seigneur
d'Issenheim , de Dolle , &c. Gouverneur
pour le Roy des Villes et Citadelles du Port-
Louis , Hennebon , et Quimperlay en Bretagne,,
le seul et dernier mâle de sa Maison , mourut
subitement à Paris , en son Hôtel , dans la 37-
année de son âge , étant né le 12. Septembre
1701. il avoit été marié le SS Mai 1717. avec
Louise- Françoise de Rohan , fille aînée d'Hercules
Meriadec , Duc de Rohan- Rohan , Paizs
de France , Prince de Soubise , Lieutenant Ge
neral des Armées du Roy , Gouverneur de
Champagne et de Brie , et de défunte Anne- Geneviève
de Levis de Ventadour sa premiere
femme. I en avoit eu Charlotte- Antoinette de
la Porte-Mazarini , née le 24. Mars 1718. fille
unique , qui fut mariée le 1. Juin 1733. aveč
Emanuel Felicité de Dutfort, Duc de Duras ,
son Cousin , né le 19. Décembre 1715 Colonel'
d'un Régiment d'Infanterie , elle mourut le 6.
Septembre 1735. en couches d'une fille , son
premier enfant , laquelle se trouve seule heritiere
des grands biens du Duc de Mazarini , son ayeul ,
9-
ARRESTS
790 MERCURE DE FRANCE
ARRESTS NOTABLES.
ARREST de la Chambre des Comptesde
12. Novembre, portant que ceux qui pou-
Foient avoir trouvé ou recouvré fortuitement
lors de l'incendie arrivé en ladite Chambre des
Comptes, des Registres, Titres, Papiers, Comptes
et Acquits, dépendant des differens dépôts ,
seront tenus de les raporter au Greffe de ladite
Chambre,sous les peines portées par ledit Arrêt,
AUTRE du Conseil du fr. Décembre , qui
proroge jusqu'au dernier Décembre 1738. leprix
des anciennes Especes et Matieres d'or et d'argent.
ARREST du Parlement , qui ordonne la
supression de quatre Ecrits imprimés :
Ce jour , les Gens du Roy sont entrés , et
Maître Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit
Seigneur Roy , portant la parole , ont dit : Que
la licence des Ecrits qui ne servent qu'à entretenir
le trouble et l'agitation dans l'Eglise , se renouvelle
sans fin : Et que ceux qu'ils ont au
jourd'hui à déferer à la Cour , montrent trop
de quelle maniere on semble conspirer de toutes
parts , à augmenter un mal qu'on devroit
sur- tout songer à éteindre . Que d'un côté deux
Lettres anonimes sur la conduite d'un Magisfrat
qui a l'honneur d'être Membre de la Cour ,
joignent à l'emportement le plus condamnable
destiné à soulever les esprits , des maximes permicieuses
qui ne vont pas moins qu'à ébranler
*
toutes
JANVIER 1738. 197
foutes les Loix , et qu'à rendre tout Particuliers
quelque pût
quelque aveugle ou opre
conduite de l'autoétre
, arbitre
fité qu'il lui plairoit de leur laisser. Que dans
un genre different d'extrémité , une autre Lettre
anonime en deux parties , au milieu des invectives
personelles dans lesquelles elle se répand ,
porte ses atteintes avec la derniere indécence
jusques sur le même Magistrat , dont elle afecte
en vain de respecter la Dignité dans le temps
qu'elle ménage si peu sa personne . Qu'elle va plus
loin, et que par la question odieuse qu'elle agite
de la catholicité de ceux à qui elle est adressée;
elle semble tendre à mettre le comble aux maux
qui allarment le plus,et qu'on est sans cesse occu
pé à prévenir . Que de pareils Ecrits ne méritent
pas qu'on s'y arrête davantage . Qu'il s'agit de
les étouffer Et que dans cette vue ils en apor
tent à la Cour des Exemplaires avec les Conclu
sions qu'ils ont prises pour leur supression .
Eux retirés
Vu par la Cour l'Ecrit imprimé , intitulé
Dix neuvième Lettre Theologique , cotté en haut
à la premiere page du chiffre 1003. et à la der
niere 1064. daté à la fin , à Paris ce 28. Octobre
1737. Ensemble celui intitulé : Suite de la dixneuviéme
Lettre Théologique , cotté en haut à la
premiere page 1069. et à la derniere 1154. Vû
aussi deux autres Ecrits imprimés , l'un intitulé :
Lettres à un Magistrat fur la démarche de M. de
Mongeron . Premiere Lettre où l'on examine la
valeur du reproche fait à M. de Mongeron , sur
ce que fon Ouvrage a été impriméfurtivement
L'autre intitulé : Suite des Lettres à un Magistrat,
où l'on montre par la multiplicité des confpirations
formées dans le sein de l'Etat , et par la nature
de
192 MERCURE DE FRANCE
du seul remede qui puisse être efficace contre tant
de maux , que M. de Mongeron n'a fait que ce
qu'il étoit indispensablement obligé de faire , et
que ce que le Corps des Magistrats doit nécessairement
faire après lui Seconde Lettre : On y éta
blit la réalité de l'étenduë , et le progrès des conspisations
formées contre Dieu contre l'Eglise et
contre l'Etat , et l'on montre l'interêt que les Ma
gistrats sont obligés d'y prendre : Ensemble les
Conclusions par écrit du Procureur Général du
Roy sur tous les Ecrits ci - dessus énoncés , et la
matiere sur ce mise en délibération :
>
La Cour faisant droit sur les Conclusions du
Procureur Général du Roy , ordonne que lesdits
Ecrits soient et demeurent suprimés . Enjoint
à tous ceux qui en auroient des Exemplai
res de les aporter à cet effet au Greffe de ladite
Cour. Fait inhibitions et défenses à tous Libraires
, Imprimeurs , Colporteurs et autres de quel
que qualité et condition qu'ils soient , d'en im
primer , vendre , debiter , ou autrement distri
buer. Ordonne en outre que Copies collationnées
du présent Arrêt seront envoyées aux Baillages
et Sénéchaussées du Ressort , pour y être
lú , publié et registré : Enjoint aux Substituts du
Procureur Général du Roy d'y tenir la main
et d'en certifier la Cour dans le mois. Fait en
Parlement le quatre Janvier mil sept cent trentehuit.
Signé , DUFRANC.
AUTRE du Parlement , qui suprime un
Imprimé , & c.
و ہ
Ce jour , les Gens du Roy sont entrés , et
Maître Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit
Seigneur Roy portant la parole, ont dit : Qu'un
Imprimé qui se publie , leur annonce la nouvel-
10
JANVIER. 1738. 193
le Canonisation d'un Saint d'autant plus venera
ble à ce Royaume , qu'il y a pris naissance ,.
qu'il y a passé sa vie , et qu'après l'avoir édifié.
par ses Exemples , il y a laissé des monumens.
durables de sa pieté et de son zele. Mais que
plus la France doit prendre de part aux hommages
religieux dont on l'honore , moins elle avoit
Tieu de s'attendre qu'on s'en fît une occasion de
porter une atteinte indirecte à ses Maximes. Que
si au milieu du récit de tant de vertus et d'actions
de sainteté, il étoit juste de ne pas obmettre
le zele pour la Religion et pour l'Eglise , il étoit
convenable aussi de ne s'en pas expliquer d'une
maniere Ultramontaine , capable de " blesser en
France nos regards. Que c'est cependant ce qui
s'aperçoit trop sensiblement dans l'Imprimé
que la Cour voit entre leurs mains , et que dans.
les expressions qui y sont employées à ce sujet ,
on ne peut s'empêcher de reconnoître l'esprit
des Partisans outrés de la Cour de Rome , sur
la plenitude de pouvoir qu'ils lui attribuent
dans les affaires de l'Eglise , et sur-tout en matiere
de Doctrine , sur l'obéissance aveugle
qu'ils veulent que l'on rende à ses Decrets aussitôt
qu'ils sont donnés , et sur les peines rigoureuses
que la Puissance Séculiere ne peut
déployer trop-tôt à leur gré pour les faire executer
. Qu'ils estiment donc qu'on ne peut aussi
se dispenser d'employer dans cette occasion des
précautions capables de remedier au danger, et
d'empêcher les consequences d'un pareil exem
ple. Qu'ils présument en même temps que la.
Cour poura juger à propos d'ordonner au surplus
l'execution des Arrêts qu'elle a rendus en
differentes occasions au sujet des diverses entre
prises de la Cour de Rome.. Que tel est l'objet
des
194 MERCURE DE FRANCE
des Conclusions qu'ils ont prises , et qu'ils lais
sent à la Cour avec l'Exemplaire de l'Imprimé
dont il s'agit.
Eux retirés : Vû par la Cour l'Imprimé
intitulé : Canonisatio B. Vincentii à Paulo , Pa
risiis , è Typis Petri Simon. 1737. Ensemble
les Conclusions par écrit du Procureur Général
du Roy. La matière sur ce mise en Déliberation.
La Cour faisant droit sur les Conclusions du
Procureur Général du Roy , ordonne que ledit
Imprimé sera suprimé ; enjoint à ceux qui
en auroient des Exemplaires de les aporter à cet
effet au Greffe de ladite Cour ; fait défenses de
l'imprimer , vendre et débiter . Ordonne que les
Arrêts des 15. May 1647. 9. Mars 1703. 16.
Decembre 1716. 3. Octobre 1718. 10. Janvier
1719. et 28. Septembre 1731. seront execu : és
selon leur forme et teneur , et que Copies collationnées
du présent Arrêt seront envoyées aux
Baillages et Sénéchaussées du Ressort , pour y
être lû , publié er registré ; Enjoint aux Subs
tituts du Procureur Général du Roy d'y tenir
la main et d'en certifier la Cour dans le mois
Fait en Parlenient le quatre Janvier mil sept
cent trente-huit. Signé , DUFRAN˚C.
DECLARATION DU ROY , qui ordonne
la continuation de la perception des Droits y
énoncés.
A ces causes et autres à ce Nous mouvans
de l'avis de notre Conseil , et de notre certaine
science , pleine puissance et autorité Royale ,
Nous avons dit , déclaré et ordonné , et par
ces Présentes signées de notre main , disons ,
déclarons et ordonnons , voulons et Nous plaît
que
JANVIER . 1738. 198
que le doublement des Droits du Domaine ,
Barrage et Poids- le Roy , de Paris , le Droit
d'augmentation ou rehaussement du Sel qui se.
consomme et distribuë dans l'intérieur de la
Province de Franche - Comté , les Droits de
Courtiers - Jaugeurs , ceux d'Inspecteurs aux
Boucheries et aux Boissons , et deux sols pour
livre d'iceux , et les Droits manuels sur les Sels ,
continuent d'être levés et perçus jusqu'au der
nier Septembre 1744 ensemble les anciens et
nouveaux deux sols pour livre des Droits de nos
Fermes , jusqu'audit jour , pour les parties de
nos Fermes qui finissent audit jour , et jusqu'au
dernier Decembre de ladite année pour la Ferme
des Domaines , Contrôle des Actes des Notaires ,
et sous signature privée , petits Sceaux , Insinuations
, Centiéme denier , Greffes , Formules
dans les Provinces où les Aydes n'ont point
cours , et autres Droits joints à la Ferme des
Domaines qui y sont sujets , le tout conformé
ment aux Edits et Déclarations qui ont établi et
prorogé tous lesdits Droits ; Voulons auffi que
Îes Droits réservés dans les Cours , Chancelleries,
Présidiaux , Bailliages et autres Sieges et Jurisdictions
, continuent d'être levés et perçus jusqu'audit
jour dernier Decembre 1744. à l'exception
de ceux éteints et suprimés par notre
Declaration du 3. Août 1732. et à la réduction
aux trois quarts et moitié, et conditions y portées
. Si Donnons en mandement &c. Donnée à
Versailles le septième jour de Janvier , l'an de
grace mil sept cent trente- huit , & c. Registrée
'&c .
ORDONNANCE de Police , du premier
Fevrier 1738. Qui renouvelle les deffenses à
tous
196 MERCURE DE FRANCE.
tous Limonadiers , Marchands de Vin , Auber.
giftes , et autres , de souffrir que l'on jouë chés
eux aux Jeux de Pair - ou non , aux Dez , et
autres Jeux de hazard , sous peine de trois mil
de livres d'amende ; et de mille livres aussi d'amende
contre chaque particulier qui y sera trouwé
jouant ausdits jeux.
TABLE.
Atalogue des Mercures.
Le Privilege du Roy.
Liste des Libraires.
L'Avertissement .
PIECES FUGITIVES. Etrennes à S. E. M.
•
{
・・・sur la cause des
2
le Cardinal de Fleury
Lettre de M.. ... à Mad..
Songes ,
Epitre de M. de Sepmauville , à M. Fossard, fils,
de Rouen , 12
Deuxième Lettre au sujet des Ouvrages de M.
de Thou ,
Ode contre les Poëtes obscénes ,
2 15
19
Seconde Lettre sur le Livre de l'Abbé Géorgi ,
intitulé , de Liturgiâ Romani Pontificis, &c. 26
Pietas in patrem impia , &c. 3.4
Lettre de M. Liger , sur une Question prope-
* posée , &c .
Madrigal.
37
46
Lettre au sujet d'une Antiquité reconnue depuis
peu à Montmartre près Paris ,
Bouquet ,
47
53
Description des Monumens élevés pour la conservation
des coeurs de Louis XII I. et de
Louis XIV.
$4
Etrennes ,
61
Lettre au sujet de l'Histoire des Evêques de
Nîmes
Les Obseques du Rat , Fable ,
Refléxions sur les Sciences ,
Enigme et Logogryphes &c.
63
68
70
84
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX ARTS
&c.
La Sagesse du Gouvernement , Ode ,
>
89
95
Essais sur la nécessité et sur les moyens de
plaire , &c 98
115 Traité du Vertige , & c,
Vers sur le Traité du Vrai Mérite , &c. 117
Méthode facile pour aprendre sans Maître la
marche , les termes , la regle et une grande
partie des finesses du Jeu de Trictrac , 118
Sujet de l'Académie des Belles-Lettres pour le
Prix , 124
Prix proposé par l'Académie de Chirurgie, ibid.
Jettons frapés pour l'année 1738. 126
127
130
131
Estampes nouvelles ,
Chanson notée ,
Spectacles , la Métromanie ,
Nouvelles Etrangeres , Turquie et Perse , 147
De Russie et Pologne
D'Allemagne et Italie ,
De Naples , de Genêve ,
D'Espagne et Portugal ,
Morts , Naissances des Pays Etrangers ,
Etrennes à Mlle de C.
151
155
158
160
161
162
France , Nouvelles de la Cour de Paris , & c .
163
Extait de Lettre sur l'arrivée à Saumur du Comte
d'Aubigné ,
Morts , &c.
Arrêts Notables ,
167
169
190
P
Errata du premier volume de Décembre .
Age 2576 ligne premiere , Pascenius , lisez
Pescennius .
P. 2716.-1 . 5. s'assemblerent , l. s'assembla.
P
Errata du second volume.
Age 2826. ligne 15. ces , lisez les sources.
P. 2829. 1. 14. Monsieur , ôtez ce mot.
P. 2837. l. s . du bas , l'ancienne , l. l'ancien .
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 7. ligne 6. minute , ôsex ce mot.
P. 34. 1. 7. Chantre , 1. Chapitre.
P. 1.1. 13. douilles , l . goulots ou cols.
P. 68. l. 1. qu'il , l . qui. I.
P. 82. l. 1. ne , 1. de.
Les Jettons gravés doivent regarder la page 120
La Chanson notée la page 339
MERCURE
DE
FRANCE ,
1 1
DEDIE AU ROT.
FEVRIER. 1738.
COLLIGIT
SPARGIT
Papillo
Chés
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
rue S. Jacques.
La veuve PISSOT , Qmay
à la defcenu Pont X
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXVIII.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
AVIS
.
罪
L
,
?
'ADRESSE
generale eft
Monfieur MOREAU Commis au
Mercure , vis - à- vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendént le Mercure,
à Paris , peuventfe fervirde cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eff
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrang , ou les Particuliers qui fouhaitele
Mercure de France de la
Toni
pre-
& plus promptement , n'auront
9
leurs adreffes à M. Moreau ,
...
que ..
pene
de
か
in de faire leurs Paquets fans
& des faire porter sur
fageries qu'on Pheure à la refte , on aux
ļai jad quera.
PAIX XXX SOLS
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
FEVRIER. 1738 .
PIECES
********
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose .
ODE SACRE' E ,
Tirée du Pseaume XC. Qui habitat
in adjutorio Altissimi. & c.
H
Eureux , mille fois l'homme juste,
Qui loin des profanes Mortels ,
Prosterné dans ton Temple au
guste ,
Vient invoquer ton nom à l'ombre des Autels!
Toujours sûr ,& mon Dieu , de ta bonté propice,
A j
Il brave les efforts de ses Persécuteurs .
Tu marches devant lui , tandis que leur malice
Pour lui creuser un précipice ,
Cache dans son chemin des piéges séducteurs
*
Pour toi seul plein de confiance
Il sçaura malgré les revers
Qui menacent son innocence ,
Fouler d'un pas certain les écueils entr'ouverts i
En vain , pour le percer, mille fleches cruelles
Feront entendre au loin d'horribles siflemens ;
Ta main détournera leurs pointes criminelless
Et tu lui prêteras des aîles ,
Qui le déroberont aux fureurs des méchans.
*
Quelle est cette foûle perfide ;
Qui l'assiege de toutes parts ?
La rage , la haine homicide
D'un mortel désespoir animent leurs regards i
Dans leurs barbares mains la vengeance s'aprêtes
Je les vois aprocher , je les entens frémir ,
La Bâme est allumée et la victime est prête
Le fer est levé sur sa tête ,
S'en est fait , 6 mon Dieu , le Juste va périr.
Est-ce done- li cette alliance
Que
FEVRIERi
. 1738. 199
Que tu juras avec tes Saifits?
N'ont-ils pour toute récompensé
Que des maux à souffrir , ou des biens ince
tains ?
Mais que dis-je , Seigneur , et qu'osai- je résou
dre ?
Un moment a détruit tant d'Ennemis divers
Sous les coups dévorans de ta brûlante Foudre
Ils tombent tous , réduits en poudre .
Et vont cacher leur honte au milieu des Enfers.
44
O Juste , tels sont les miracles
Que Dieu fait éclater pour toi j
Il éloigne tous les obstacles
Qui pouroient te soustraire à sa divine Loi ;
Contemple à tes côtés ces fameuses victimes
Que son Bras triomphant t'immole tous les
jours ;
Voi tous ces Ennemis , voi le fruit de leurs cri
mes ;
Ils te préparoient des abîmes ,
Ces abîmes les ont dévorés pour toujours.
*
Que le Juste aille donc, sans peine
Tenter le hazard des combats ;
La Victoire toûjours certaine
Tera voler partout la Gloire sur ses pas ↓
A iij Fort
200 MERCURE DE FRANCE
Fort du secours d'un Dieu fidéle à sa parole ,
Il attend sans frémir les ombres de la nuit ,
Et les vents déchaînés de l'un à l'autre Pole
Et la Peste , et le Trait qui vôle ,
Et la pâle famine et l'horreur qui la suit.
*
Les traits des vengeances célestes
Ne sont jamais tombés sur lui ;
Contre leurs atteintes funestes
Dans sa seule innocence il trouve son apuis
Aux Esprits bienheureux , chargés de le con
duire ,
Par un ordre Eternel ses jours sont confiés ;
Qu'on médite sa mort , qu'on s'arme pour lui
nuire ,
Que l'Enfer frémisse et conspire ,
L'Ennemi confondu tombera sous ses pieds.
*
Quels nouveaux Ennemis s'élevent !
Lions , Basilics , Léopards ,
Contre le Juste se soulévent ;
Le trépas à ses yeux s'offre de toutes parts.
Que vois-je ils tombent tous sous sa main
triomphante ;
Il combat le Lion , il marche sur l'Aspic ,
Mille affreux siflemens n'ont rien qui l'épou
vante ;
Et de
FEVRIER .
Zor 1738.
Et de lui-même il se présente
Aux regards meurtriers du perçant Basilic.
*
Loin du péril , loin de Porage ,
A l'abri des fureurs des vents ,
Il contemplera le naufrage
Qui de flots éternels couvrira les méchans ;
S'il implore son Dieu , dans lui seul s'il espere
Ce même Dieu qu'il sért, exaucera ses voeux ;
S'il languit dans les pleurs , s'il vit dans la mi
sere,
Triste jouet d'un sort contraire ,
C'est pour en devenir plus grand , et plus heu
reux.
܀
Ainsi donc ta Bonté supréme
Prodigue au Juste ses faveurs ;
Il éprouve en ce Monde même
L'ineffable avant-goût des célestes douceurs.
Qu'il est doux , & mon Dieu , qu'il est beau de
te suivre !
Après toi désormais je brûle de marcher ;
Quand je suis détenu , ta bonté me délivre ;
Quand je meurs tu me fais revivre, i
Quand je suis attaqué , tu me fais triompher,
*
Tu combles mes longues années
D'une heureuse prosperité ,
A iiij
Tu
02 MERCURE DE FRANCE
Tu répands sur mes destinées
La douceur , le repos , et la tranquilité.
Qu'il me tarde , Seigneur , de sortir de la vie !
A
Mes momens sont trop longs , abréges-en 10
cours.....
Déja d'un prompt effet ma priere est suivie... a
Je meurs, ... et mon ame ravie
Te voit, et te possede , et t'aime pour toûjours?
J. B. GUIS , de Marseille
QUESTION importante jugée at
Parlement de Paris. *
Çavoir si la clause d'un Contrat de
Mariage par laquelle un des conjoints
a stipulé qu'une somme de deniers seroit
propre à lui et aux siens , de son
côté et ligne , imprime tellement à cés
deniers le caractere de propres , que
dans la ligne de ce conjoint ces deniers
doivent passer à ses héritiers des propres
ou si au contraire l'effet de cette clause
n'est que d'exclure le survivant des conjoints
et ses héritiers.
FAIT.
FEVRIER.
1738. 203
FAIT .
En 1689. Le Sieur Dumoulin épousa
Dame Marie- Anne de Santilly. Par leur
Contrat de Mariage , le Sieur Dumoulin
mit tout ses biens en communauté à l'exception
d'une somme de 9000. liv. qu'il
stipula propre à lui et aux siens de son
côté et ligne.
De ce Mariage les Sieurs et Dame
Dumoulin n'eurent qu'une Fille qu'ils
marierent en 1713. à M. de Fieubet Con
seiller au Parlement.
Les Sieur et Dame de Fieubet eurent
un Fils nommée Gaspard de Fieubet.
Madame de Fieubet deceda en 1719
laissant pour son seul et unique heritier
Gaspard de Fieuber son Fils.
Le Sieur Dumoulin mourut le 17 Juillet
1731. Gaspard de Fieubet son petit
Fils étoit son unique heritier , ensorte
que les 9000. liv. exceptées de la communauté
par le Sieur Dumoulin , et qui faisoient
partie de sa succession , furent dévoluës
à Gaspard de Fieubet , mais pour
la propriété
seulement , parce que l'usufruit
en apartenoit à la Dame Dumoulin
en vertu d'une clause du Contrat de Mariage
de Madame de Fieubet sa Fille, qui
lui reservoit l'usufruit de tous les biens
du Sieur Dumoulin, A v Gas204
MERCURE DE FRANCE
Gaspard de Fieubet ne survécut qu'environ
un mois au Sieur Dumoulin son
ayeul , il mourut le 6 Août 1731. étant
encore Mineur et laissant trois sortes
d'héritiers , sçavoir , M. de Fieubet son
Pere , qui étoit son héritier mobilier , la
Dame Dumoulin son ayeule maternelle,
qui étoit aussi son héritiere mobiliere ,
quant à certains biens, auxquels Mada--
me Fieubet ne pouvoit succeder , et la
Dame de Colombel et Consors héritiers
des propres du côté et ligne du Sieur
Dumoulin .
La Dame de Colombel fit assigner au
Châtelet la Dame Dumoulin , pour se
voir condamner à lui payer la somme de
2250 liv. faisant sa part afferente dans
les 9000 liv . stipulées propres par le
Contrat de Mariage da Sieur Dumoulin
comme étant un propre réel affecté à la
ligne du Sieur Dumoulin.
La Dame Dumoulin soûtint que la
question étoit déja jugée contre la Dame
de Colombel par un Arrêt rendu en forme
de reglement le 17 Mars 1733. entre
elle et les héritiers des propres du Sieur
Dumoulin , par lequel on adjugea à la
Dame Dumoulin , comme héritiere mo-'
biliaire de la Dame de Fieubet sa Fille , la
totalité des deniers que les Sieur et Dame
FEVRIER. 1738. 205
me Dumoulin lui avoient donnés en Marlage
et qu'ils avoient stipulés propres à
elle et aux siens de son côté, et ligne ; lesquels
deniers furent adjugés à la Dame
Dumoulin , à l'exclusion des héritiers des
propres du Sieur Dumoulin , qui soûtenoient
que les deniers étoient un propre
de ligne : sur le fondement de cet Arrêt
la Dame Dumoulin soutenoit la Dame*
de Colombel non recevable.
Au fond elle fit voir que la clause en
question n'operoit pas une affectation à
la ligne du Sieur Dumoulin , mais seulement
une distraction de la communauté
, pour l'exclusion de l'autre conjoint
, que d'ailleurs elle avoit en vertu
du Contrat de Mariage de Madame de
Fieubet l'usufruit des biens du Sieur
Dumoulin , que d'un autre côté elle avoit
par la disposition de laCoûtume l'usufruit
de la portion de la dot que le Sieur Du
moulin avoit donnée à Madame de
Fleubet . -
Sur cette demande intervint Sentence
contradictoire au Châtelet qui debouta
la Dame de Colombet de sa demande
avec dépens .
La Dame de Colombel croyant qu'elle
n'avoit été deboutée que parce qu'elle ne
s'étoit pas adressée au véritable contra-
Avj dicteur ,
206 MERCURE DE FRANCE
dicteur , fit assigner au Châtelet M. de
Fieubet et prit contre lui les mêmes conclusions
qu'elle avoit déja prises sans succès
contre la Dame Dumoulin.
Par Sentence contradictoire du Châtelet
la Dame de Colombel fut encore de
boutée de cette demande.
La Dame de Colombel ayant interjetté
apel tant de cette derniereSentence, que de
la premiere renduë en faveur de la Dame
Dumoulin , M. de Fieubet donna sa Requête
d'intervention sur l'apel de la Sentence
rendue avec la Dame Dumoulin ,
et conclut à ce qu'en déboutant la Dame
de Colombel de sa demande , la Dame
Dumoulin fût condamnée à lui payer en sa
qualité d'héritiere des meubles et acquets
de Gaspard de Fieubet son Fils , la somme
de 9000. liv . avec les interêts depuis
le jour du decès.
Cette affaire faisoit la matiere d'une
Instance apointée auConseil en la Grand-
Chambre au raport de M. Bochard de
Saron , Conseiller,
La Dame Dumoulin gardoit le silence
sur l'apel , ensorte que la contestation
n'étoit plus qu'entre la Dame de Colom
bel et M. de Fieubet.
De la part de la Dame de Colombel, on
soit que quand la stipulation de propre
est
FEVRIER. 2738. 207
est en faveur du conjoint seulement, elle
n'est que contre la communauté ; que
lorsqu'elle est en faveur du conjoint et
des siens , elle rend les deniers propres
dans la succession du conjoint entre ses
enfans et descendans seulement et non
au profit des collateraux , mais que, quand
la stipulation est faite en faveur d'un des
conjoints et des siens de son côté et ligne
, cette clause opere que les deniers
sont propres, ou reputés tels par la destination
du Pere deFamille , pour en exclure
l'heritier mobilier du dernier des
enfans , et les faire passer aux collateraux
du conjoint , au profit duquel la stipula
tłon a été faite.
Ces principes , disoit on , ont leur
origine dans l'Art. 93. de la Coûtume de
Paris qui porte, » Somme de deniers don
» nées par pere,mere, ayeul ou ayeule, ou
» autres ascendans à leurs enfans en con-
» templation de Mariage , pour être em-
» ployée en achat d'héritages , encore
» qu'elle n'ait été employée , est reputée
>> immeuble à cause de la destination.
Donc la destination du Pere de Famil
le portée par son Contrat de Mariage
pour l'établissement d'un propre fictif
doit avoir son exécution , et les deniers
par lui stipulés propres , sont censés et
reputés
208 MERCURE DE FRANCE
reputés immeubles , tant que dure cette
fiction , c'est- à- dire , tant qu'elle n'a '
pas eû pleinement son effet.
4
Dans l'espece il s'agissoit d'une clause
du Contrat de Mariage du Sieur Dumou
lin , par laquelle il avoit stipulé qu'une
somme de 9000. livres , faisant partie de
ses biens seroit propre à lui et aux siens
de son côté et ligne.
*
Suivant l'Article 93. de la Coûtume
cette somme de 9000. I. devoit, disoit- on ,
être reputée immeuble à cause de sa destination
.
Mornac sur la Loi 9 au Disgeste de
prob. dit en parlant de deniers stipulés
propres au conjoint aux siens de son côté
et ligne : Judicavit Senatus ejusmodi
nummos , non modo esse immobiles , sed et
pertinere ad haredes à latere , tanquamproprium
eorum , gentisque patrimonium , per
quascumque manus ambularent , ex vi scili
cèt destinationis et conventionis pactique
dotalis , quod omnium fortissimum.
On citoit encore pour la Dame de Colombel
un grand nombre d'Auteurs dont
on prétendoit que le sentiment lui étoit
favorable .
De la part de M. de Fieubet , on disoit
a contraire que tous les Auteurs qui ont
traité la question sur l'effet de la stipula
tion
FEVRIER 1738. 209
tion de propre à elle et aux siens de son
côté et ligne , et qui ont embrassé le
Systême de l'affectation de ligne et de
fideicommis par raport aux deniers sti
pulés propres , ont toujours distingué le
cas où le conjoint s'est doté , de sno , d'avec
le cas où il a été doté par ses Pere et
Mere ; qu'ils conviennent tous que dans
le premier cas , la stipulation de propre
n'a d'effet que pour l'exclusion de l'autre
conjoint et de ses héritiers , mais qu'elle
est sans aplication à l'égard des héritiers
naturels du conjoint qui a fait la stipulation,
ot n'emporte aucune affectation aux
heritiers des propres de la ligne de ce con
joint , et cela par deux raisons.
La premiere, c'est qu'en stipulant luimême
les deniers propres à lui , et aux
siens de son côté et ligne , il n'a point
désigné une de ses lignes plûtôt que l'autre
, ce qui donne lieu de decider qu'il a
eû une affection égale, pour ses héritiers
et pour les heritiers de celui qui devoit
recueillir sa succession.
La seconde , c'est que quand il auroit
spécialement apellé une ligne par préference
à l'autre les grands principes du
droit public , s'éleveroient contre sa volonté
les successions étant de droit public
, on ne peut changer dans la succes--
sion
MERCURE DE FRANCE
sion ab intestat l'ordre que la Loi y a éta
bli , et dès que la Loi apelle un heritier ;
il ne peut - être permis , même par Contrat
de Mariage , d'en désigner un autre
qui puisse être préferé à celui de la
Loi.
›
la
Or le Sieur Dumoulin s'étant marié de
s'il étoit decedé intestat sans enfans
son plus prochain heritier en qualité
d'heritier des meubles et acquêts eut ema
porté les 9000. livres en question par
preference aux héritiers des propres , par
cette seule raison qu'il étoit apellé par
Loi ; donc la stipulation ne changeoit en
rien , ni la nature , ni le sort des deniers
et ne produisoit d'autre effet que d'em
pêcher la confusion dans la Communauté
et d'exclure la Dame Dumoulin et ses
héritiers .
Si l'intention du Sieur Dumoulin; qui
avoit stipulé les 9000. liv. propres , cût
été de fonder un fideicommis perpetuel
dans sa Famille , de faire une distinction
des lignes et des differentes sortes de ses
heritiers , pour donner dans tout les
temps la préference sur ces deniers à une
certaine espece d'héritiers , il auroit déclaré
sa volonté d'une maniere propre
caractériser la substitution , et auroit reglé
le cours de ce mobilier dans la descen
dance
FEVRIER: 17383 217
dance de cette ligne privilegiée et apellée
par prédilection , en un mot il eût fait
une substitution ; mais personne n'igno
te que dans nos moeurs les substitutions
doivent être l'ouvrage d'une volonté précise
et bien distincte , et surtout dans les
Actes entrevifs , où il est moins permis
de supléer que dans les Testamens . On
ne trouve point de fideicommis perpetuel
écrit dans le Contrat de Mariage du
Sieur Dumoulin , et l'on ne peut regarder
comme une substitution , la vocation
qu'il a fait de ceux de son côté et ligne ,
puisqu'il ne désigne point si c'est la l
gne paternelle ou maternelle , ni quelle
sorte d'héritiers il apelle par préference à
d'autres.
Est- il même vrai qu'un homme puisse
à son gré métamorphoser un meuble quf
reste entre ses mains , en propre de suc
cession et de disposision ? non sans dou
te. La Loi regie le sort et la qualité des
blens , elle en détermine la nature d'une
maniere invariable ; un meuble est toujours
un meuble ; il est permis de le subs
tituer , mais après avoir roulé dans les
differentes générations , il se trouvera
toujours meuble en la Personne de celui
au profit de qui la substitution sera
éteinte.
212 MERCURE DE FRANCE
Si l'effet de la stipulation de propre au
conjoint , étoit de faire un propre abso
fa , il s'ensuivroit que l'Auteur même de
la stipulation ne pouroit en disposer que
comme d'un propre réel , cependant il est
bien certain , que la somme apartiendroit
sans retranchement à son Legataire'
universel il est egalement certain que
dans les Coûtumes qui permettent aux
conjoints de s'avantiger par Testament ,
comme le Maine et Rheims & c. la Fémme
peut disposer au profit de son mari
des deniers par elle stipulés propres , et
vice versa , le mari peut pareillement
disposer au profit de sa femme de ses
Propres fictifs , et dans le cas de successton
ab intestat, cette somme apartiendroit
à leur heritier des meubles et acquêts , et
non pas à leurs heritiers des Propres.
Il en est de même du second degré
propre aux siens . On n'a jamais douté ,
que lorsqu'un Fils recueille dans la succession
de son Pere un Propre conventionnel
, il ne puisse disposer de la totalité
, comme d'un simple meuble, à l'âge
de 20. ans ; cependant, si on considéroit
cet effet comme un Propre de ligne , il
ne pouroit en disposer avant sa majorité,
et il ne pouroit disposer que du Quint
cette Jurisprudence , qui est incontesta
ble ;
FEVRIER. 7738. 273
ble , peut- elle se concilier avec le systême
de Propre de ligne ?
A l'égard du troisiéme degré , Propre
aux siens de son côté et ligne , l'objet de
cette clause n'est pas de faire un Propre
affecté à la ligne comme un Propre réel
puisque les deniers stipulés Propres ,
passant à l'heritier de la ligne , en su
posant qu'il n'y ait point de plus proche
heritier que luf , son heritier le plus
proche y succedera au préjudice de l'heritier
de la même ligne ces deniers se
distribuent comme meubles entre les
créanciers dans les trois degrés de la stlpulation
, et dans les Coûtumes où l'heritier
mobilier est tenu seul des dettes
c'est à lui seul à payer les deniers stipulés
Propres enfin , dans les Coûtumes
de subrogation , celui qui décede avec
un Propre fictif , est censé n'avoir point
de Propres , et en ce cas les acquêts sont
subrogés aux Propres ; et s'il n'y a point
d'acquêts , les meubles dans lesquels on
confond le Propre fictif , sont subrogés
aux Propres.
Ces Observations font connoître combien
est chimerique l'idée de mettre ces
Propres fictifs dans la classe des Propres
de ligne , puis qu'ils n'en ont aucun des
attributs , et que tout l'objet et l'effet
de
214 MERCURE DE FRANCE
de ces clauses , est d'exclure l'autre cona
joint et ses heritiers de pouvoir jamais
prendre part aux deniers stipulés Propres
, soit à titre de communauté , ou à
quelque autre titre que ce soit ensorte
que ces stipulations ne sont faites que
par raport à la communauté , et à la
succession mobiliaire des enfans du conjoint
qui a fait la stipulation , et c'est
pour cela que l'on a donné à ces deniers
le nom de Propres de communauté.
Les 9000. livres stipulées Propres par
le sieur Dumoulin , n'ont donc point
cessé d'être meubles en sa personne , et
à l'égard de ses heritiers . Gaspard de
Fieubet , son Petit- fils , en a recueilli la
proprieté à titre de meuble , comme heritier
de son ayeul , et cette proprieté a
passé aussi librement à M. de Fieubet
en vertu de la Loi qui lui défere la suc
cession mobiliaire de son Fils , que sl
Gaspard de Fieubet ayant atteint l'âge de
tester , en eût disposé au profit de M.
son Pere.
Tels étoient en substance les Moyens
que proposoit M. de Fieubet ; il raportoit
aussi le sentiment de plusieurs
Auteurs qui lui étoient favorables , et
répondoit à ceux qui lui étoient oposés
par la Dame de Colombel,
Par
FEVRIER. 17388 215
ar Arrêt du 20. Janvier 1738. la Cour
les Apellations au néant, reçut M. de
abet Partie intervenante sur l'Apel
tre la Dame Dumolin et la Dame de
ombel, et Consors ; condamna la Dame
noulin à payer à M. de Fieubet leş
o. liv. en question , avec les interêts
jour de la demande , et aux dépens
ers toutes les Parties.
ADUCTION d'une Ode Ana
loise sur la vanité des Plaisirs &c.
ar M. Despreaux de l'Académie
oyale des Belles - Lettres d'Angers.
In vain Dear friend , &c.
vain vous excitez ma Muse languissante y
Ses efforts seroient superflus ,
ré de vos desirs le moyen qu'elle chante
Apollon ne l'inspire plus ,
Elle n'en est plus embrasée ;
Jamais une chaude rosée
Ne tomba pendant les Hyvers s
L'esprit glacé par la vieillesse
A r'il le feu , la gentillesse
Qu'il faut à de folâtres Vers ?
cher , tout a changé, vous ne pouries, sang
peine,
Recons
216 MERCURE DE FRANCE
Reconnoître en moi ce Berger
Qu'on voyoit autrefois dans les Bois ,
Plaine
D'objets en objets voltiger.
dans l
Les Zephirs , les Amours , les graces
Les tendres Nimphes sur leurs traces ,
Venoient admirer mes talens.
Helas ! cette amoureuse foule ,
De même que
l'Onde qui coule
A fui mes douloureux accens,
*
Un triste souvenir est tout ce qui me reste
Des plaisirs que j'eus autrefois.
; La nature chés moi , par un ordre funeste
Succombe sous son propre poids.
Aucun vain desir ne m'agite ,
Et je ne vois rien qui merite
Que je me donne un soin nouveau.
Insensible à toute autre amorce ,
Je n'employe un reste de force,
Qu'à vaincre l'horreur du Tombeau.
*
Depuis que sur mon chef de sa neige maudite
Saturne a versé la blancheur ,
Les Filles d'Apollon , toutes ont pris la fuite
Mes cheveux gris leur ont fait peur.
Les Nimphes , jadis moins cruelies ,
Aujourd'hu
FEVRIER.
17388 217
Aujourd'hui dédaignent , comme elles,
L'étatoù je me vois réduit ;
Si la jeunesse les engage ,
Dès qu'on touche au décours de l'âge,
Cette folle troupe s'enfuit.
*
Ma structure penchante annonce sa ruine ,
Et la triste fin de mes jours.
L
Pour arriver au but que le Ciel leur destine
Tout en précipite le cours ;
Je sens mon chancelant courage
Entraîner avec lui l'usage
D'un juste et vif raisonnement.
Je rougis du passé sans cesse ,
Le malheur du present m'opresse ;
L'avenir comble mon tourment,
*
L'Amour peut - il encor trouver place en uge
ame ,
Dont tous les genéreux projets
Succombant aux fureurs d'une odieuse trame
L'ont comblé de mortels regrets ?
Avec ce qui me reste à craindre ,
Je n'ai de loisir que pour plaindre
Le funeste sort de mon Roy ;
Le sang de mes proches qui crie ,
La
218 MERCURE DE FRANCE
La ruine de ma Patrie ,
M'ont frapé d'un mortel effroy,
Scachez , moncher ami , que toutes mes pena
sées
J
Se réunissent an cercueil
Par cette affreuse image elles sont renversées
Leur espoir est dans leur écueil ,
En proye à l'humaine malice ,
Et victime de l'injustice ,
Au Ciel dois - je être moins soumist
Non , loin d'implorer sa vengeance
Je suplie encore sa Clemence ,
De convertir mes Ennemis.
*
Faites , sur mon exemple , une utile récolte
De sentimens et d'actions ,
Qui puisse de vos sens apaiser la révolte
Contre les tribulations .
Défiez-vous , en homme sage ;
De tous ces plaisirs de passage
Qui plongent dans l'aveuglement
Celui-là seul soutient la peine ,
Qui s'est bien montré sur la Scene;
Dont la mort fait le denoûment.
FEVRIER: 1738. 219
C'est à quoi , dès longtemps , je fus le plus
sensible ;
1
Tout Mortel doit l'être à son tour ;
je ne croirai pas qu'il vous soit impossible
Comme moi de penser un jour.
Que ces passions délectables
yous paroîtront abominables ,
Quand votre cours sera rempli l
Alors des trompeuses délices
Vous voudrez voir tous les complice
Plongés dans l'éternel oubli ,
*
Que je serois heureux et content , si mon zele
Vous faisoit goûter mes conseils ,
Esi je vous prouvois que d'un ami fidele
On n'en reçoit que de pareils !
Si de cette route glissante
Où vous entraîne vôtre pente
Je vous faisois fuir les abords ,
Enfin , si je rompois les chaînes
De ces plaisirs suivis des peines
De tardifs et vengeurs remords !
EXTRAIT
"
220 MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre de M. Sogirel
de Toresy , au sujet de la Ville de Troyes,
& c.
E passai dernierement per la Ville de
و
pas apellé depuis cinq ans . Les Réparations
et les Embelissemens qu'on y a fait
pendant ce temps- là , l'ont tellement
changée , que bientôt , si on continuë
elle aura veritablement l'air d'une Ville
Capitale ; mais sa beauté sera toûjours
imparfaite , tant qu'il y manquera une
Fontaine , qui se répandant de la grande
Place du Marché au bled , dans les ruës
voisines , procure au Quartier baut la
commodité des Eaux dont jouit le Quartier
bas.
›
J'ai oui dire que M. de Vauban , en
passant par Troyes , avoit voulu faire
conduire dans cette Place , par le moyen
d'un Aquéduc , plusieurs belles Fontaines
qui sont au- dessus de la Ville , dans
une Ferme apelléeNago. L'entreprise étoit
des plus magnifiques ; mais un million
qu'on demandoit pour l'exécution , refroidit
tellement la bonne volonté de
ceus
FEVRIER. 1738. 221
ceux qui le désiroient le plus , qu'on
n'y a pas pensé depuis .
Si le Projet que j'ai imaginé venoit à
réüssir , on pouroit exécuter à bon marché
, ce qu'on n'a pû entreprendre à
moins d'un million : du moins ne coûtera-
t'il pas beaucoup d'en faire l'épreuve.
Le premier Septembre dernier , après
avoir terminé mes affaires , comme je me
promenois auprès de la Porte de Paris
je considéral par hazard le Fossé , qui ,
quoique profond de plus de douze toises
, est le plus souvent entiérement à
sec, en r'entrant dans la Ville j'eus la curiosité
de regarder dans un Puits qui est
proche de la même Porte , vis à -vis de
la maison de M. Bélu , un de mes Correspondans
, m'imaginant que ce Puits
seroit pour le moins aussi profond que
le Fossé. Je fus étonné de voir qu'au
contraire l'eau n'étoit pas éloignée du
bord de plus de sept à huit pieds : de- là
je conjecturai que cette eau venoit de
quelque Fontaine dont on avoit interrompu
le cours par les Ouvrages de la
Porte et qui ne pouvant s'écouler
dans le Fossé , où la portoit sa pente
naturelle, regorgeoit dans ce même Puits,
et y restoit à la hauteur que je viens de
dire
,
Bij Com
222 MERCURE DE FRANCE
Comme le Puits est dans l'endroit le
plus élevé de la Ville , je m'imaginai
qu'il seroit facile , par le moyen de
tuyaux de plomb , de faire descendre
son eau dans la Place du Marché , au
milieu de laquelle elle se trouveroit à nis
yeau de terre , que de-là on pourroit la
distribuer dans plusieurs Maisons et Hôtels
, tel que celui de M. le Major des
Milices Bourgeoises , qui en auroit abondamment
dans sa cuisine , et qui par le
moyen d'une petite Pompe pouroit faci
lement la distribuer dans ses Aparte
mens. Si on vouloit la faire descendre
jusqu'à l'Evêché , elle y feroit un trèsbeau
Jet. Mais comme Mrs de Ville font
travailler actuellement à un Pont sur la
Seine , qui paroît leur devoir coûter considerablement
, cet Ouvrage d'ailleurs
n'étant nécessaire que pour l'embelissement
de la Ville , M. le Major , qui en
retireroit une grande utilité , et qui aime
d'ailleurs le bien public , seroit peut- être
bien aise de faire cette dépense , dont
toute la Ville lui auroit obligation , et avec
d'autant plus de raison que l'eau en
question passe pour la meilleure du Pays.
Comme ce Projet , s'il pouvoit réjissir¸
seroit d'une grande utilité pour Mrs de
Troyes , j'ai crû devoir le leur commaniquer
FEVRIER . 1738 223
niquer par la voye du Mercure. J'espere,
Monsieur , que vous voudrez bien leur
rendre ce service . Je suis , &c.
A S. Dizier , le 13. Nov. 1737-
AM l'Abbé de ***
4
Chanoine de
Notre- Dame , Conseiller au Parlement.
EPITRE.
L'Astre
' Astre brillant qui nous éclaire
A déja fini sa carriere ,
•
Il recommence un nouveau cours.
La Parque , qui file nos jours ,
Voit augmenter d'un oeil avide
Le fil de son fatal fuseau ,
Et sa main barbare , homicide
Se nourit de l'espoir perfide
D'ensanglanter bien- tôt son funeste ciseau.
Le dernier terme va paroître ;
Le temps nous en aproche avec agilité ;
Au court instant qui nous vit naître
Succede avec rapidité
L'instant où nous cesserons d'être,
Dans cette affreuse extremité ,
Où nous réduit le sort de la Nature humaine ;
Loin d'apesantir notre chaîne
B iij
Pat
224 MERCURE DE FRANCE
Par les refléxions d'an esprit irrité ,
Cherchons , illustre ami , dans la Philosophie
Des traits heureux qui flatent nos destins
Nous vivons peu , jouissons de la vie ,
Calmons de vains regrets et charmons nos cha
grins .
Non que j'admette une fatale yvresse ,
Que suit l'oubli de nos devoirs sacrés
Parmi les feux de l'ardente jeunesse ,
Dans l'âge mûr , dans la vieillesse ,
Ils doivent être reverés.
Loin de nous l'horrible systême
De ces Ciniques effrontés ,
Qui cherchent le bonheur suprême
Dans le honteux oubli d'eux-mêmes
Et dans le sein des basses voluptés ;
Mais évitons la rudesse stoïque ;
Qu'un Sophisme philosophique
Ne brouille point notre cerveau .
La tristesse est un mal , la douleur un fleau
Et le plaisir est leur remede unique.
Pour égayer un coeur mélancholique
Un seul tambourin de Rameau ,
Vaut tous les discours du Portique.
On peut , par le secours de la droite raison ,
Rassembler à la fois l'agréable et l'honnête s
Entre Diogène et Zenon
A est un point où le Sage s'arrête .
Que
FEVRIER 1938 .
is
Que par ses attraits séducteurs
Une sagesse douce , aimable ,
Enchaîne et gouverne nos coeurs ,
Et que ses soins , d'une vie agréable
Nous fassent goûter les douceurs ;
Que la raison toujours docile
Ne se roidisse point contre tous nos penchans
Et qu'à son tour souple et facile
Notre coeur ne soit point esclave de nos sens
C'est là du vrai bonheur le systême durable ;
Le Philosophe véritable ,
Sans en être tyran , maître de ses désirs ,
Trouve également condamnable.
Et l'excès de rudesse et l'excès des plaisirs .
Tel on te voit dans le printemps de l'âge ,
Unir la joye honnête , aux soins de tes emplois ,'
Le badinage aimable , à l'étude des Loix ,
La pieté solide , aux plaisirs du vrai Sage.
Puisse durer long-temps , ce charmant assem
blage !
Puissent ainsi tes jours , à mon coeur précieux
Couler dans le repos , la joye et l'abondance !
Mais souviens-toi toujours que pour l'homme
qui pense ,
La sagesse consiste à sçavoir être heureux .
Bij ECLAIR
127 MERCURE DE FRANCE
ECLAIRCISSEMENS
Critiques sur les Pierres gravées , &c.
UN
N Mémoire d'environ quinze lis
gnes , qui nous a été été remis sans
beaucoup d'éxamen , et qu'il a fallu envoyer
à l'Imprimeur avec la plus grande
précipitation , a donné occasion à une
méprise grossière , qui pouroit bien être
mise sur notre compte , dont nous pou
rions aussi nous disculper avec assés de
facilité, mais dont en tout cas nous adop
tons volontiers la rétractation toute entiere
, satisfaits de marquer par là notre
attachement pour la verité , et d'encou
rager les Amateurs des beaux Arts à perfectionner
sur une matiere si peu apro
fondie ) des Eclaircissemens dont nous
ne donnons ici qu'une foible ébauche.
Dans le Mercure du mois de Novembre
dernier page 2476 , il est dit que le
sieur Arthaud , Bijoutier du Roy , a fait
l'acquisition d'une assés grande quantité
de Pierres gravées antiques , du premier
ordre , & c.
Ce n'est point cette annonce générale
qui doit être soumise à rétractation
puisque
FEVRIER. 1738. 227
pulsque , indépendamment du triomphe
de Silene sur prime d'Emeraude , énoncé
dans le Mémoire sous le nom de Bacchanale
ovale , on a pû admirer encore parmi
cette Collection nombreuse , un Lion
sur Cornaline de vieille Roche , gravé
en creux , un Antinoüis de même , un
Mercure sur une Jacinte apellée Vermeille
, et quelques autres dont le détail
est inutile pour la question dont il
s'agit.
C'est donc pour avoir imprimé , que
parmi ces Antiques il se trouve un Enlevement
du Palladium , gravé par Coldoré,
qu'on a découvert dans notre Journal
de Novembre , une erreur de fait insoûrenable
à tous égards , et dont l'éxamen
conduft naturellement aux réfléxions sui
vantes.
>
Si l'on a prétendu donner ce grand
morceau pour veritablement Antique
( ce qui pouvoit être autorisé par la
seule beauté de l'éxécution , ) il devoit
paroître absurde de l'attribuer à Coldoré ,
le plus connu peut- être de tous les Graveurs
modernes , puis qu'il a travaillé
en Angleterre du temps de la fameuse
Reine Elisabeth , et qu'il a exécuté un
nombre prodigieux d'Ouvrages en France
, soit en relief , soit en creux ,
By
sous
les
228 MERCURE DE FRANCE
les Regnes d'Henry III, d'Henry IV . et
même en partie sous celui de Louis XIII.
car il nous a passé par les mains quelques
Portraits du temps de sa façon , et
sur- tout un Buste de l'Evêque de Luçon
( depuis Cardinal de Richelieu ) où ce
grand Homme est représenté avec la
Croix pectorale , avant qu'il eût le Cordon
de l'Ordre , morceau gravé de relief
sur un Grenat Syrien , et qui ne
peut être que de Coldoré , après la mort
duquel ce bel Art a paru languir en
France pendant un intervale considé
rable.
Si au contraire les possesseurs de l'Enè
levement du Palladium se sont conten
tés d'une indécision , où la verité trouve
quasi toûjours mieux son compte , et
qu'ils ayent crû simplement que ce mor
ceau pouvoit avoir été gravé par les ordres
, ou du moins vers le temps de Lau
rent de Médicis , qui y a fait ajoûter
d'une maniere bien distincte les premie
res lettres de son nom , alors ce seroit
une absurdité encore plus gratuite , et
qui ne tendroit qu'à déprimer la Pierre ,
de la suposer gravée par Coldoré qui n'a
pû naître que bien des années après la
mort de Laurent de Médicis .
Cette alternative est bien simple , et
se
FEVRIER 1738 229
se réduit à ces quatre mots : Ou le Diomede
qui tient à sa main le Palladium
est antique , et pour lors Coldoré n'a
rien à y prétendre , ou bien cette Pierre
a été copiée du temps de Laurent de
Médicis (ou l'étoit déja précédemment ,
ce qu'il faut encore observer ) et par
conséquent elle ne peut jamais être de
Coldoré.
Mais ce n'est pas assés , ce semble
d'avoir prouvé de qui elle n'est point ;
les preuves négatives ont ,
à la verité ,
plus de force ordinairement que les autres
, mais rarement sont elles bien sa
tisfaisantes dans la recherche des beaux
Arts il faudroit donc par une suite de
conjectures vrai- semblables ( et peut-être
vraies ) essayer de déterminer à peu près
l'Auteur d'un morceau , qui , de quelque
main qu'il vienne , peut tenir une
place honorable dans les Cabinets des
plus grands Princes .
Qu'il y ait eu en Italie dans le temps
du renouvellement des Arts et des Sciencet
, quantité d'Artistes habiles , et de
Graveurs sur métaux ou sur pierres , capables
d'imiter l'Antique jusqu'à s'y méprendre
, c'est une verité incontestable
pour quiconque ne se fait pas un jeu de
pousser le Pyrrhonisme historisque audelà
B vj
230 MERCURE DE FRANCE
delà des bornes. Le doute peut d'autans
moins être admis sur cette matiere que
les faits parlent , et que les monumens
existent puisqu'il n'y a guere de personne
un peu versée dans la curiosité
qui ne sçache que Jean Cauvin , surnommé
le Padoüan , et qu'un autre Ouvrier ;
apellé le Parmesan , ont imité avec précision
les plus belles Médailles antiques ,
qu'ils ont modelé des Bustes de Papes
et d'autres contemporains dans le même.
goûts et que Victor Camélius a aussi
frapé en bronze des Têtes , et composé
des Sacrifices d'une beauté équivalente
au plus bel Antique. Ce dernier , quoique
moins renommé , a gravé entr'autres
un Portrait de lui- même , d'un travail
exquis avec la date de 1508 .
de
Mais il s'agit ici , nous dira- t'on ,
la Gravûre sur cristaux , Agathes et autres
pierres , dont la manoeuvre est totalement
différente. ... Eh bien ! le nombre
des Artistes en ce genre est encore
plus grand , plus déraillé , et si l'on entreprenoit
jamais d'en dresser la liste , il
faudroit la commencer par
de
1º. Jean Dellé Corniolé , natif de Florence
, le premier qui a renouvellé l'Art
graver sur les Cornalines , d'où même
il a tiré le surnom sous lequel il est le
plus connu.. On
FEVRIER. 1738. 23
On trouveroit encore dans les Mémoires
du temps, (sans en nommer beau
coup d'autres que nous croyons devoir
suprimer , parce qu'ils ne contribuëroient
en rien à découvrir la verité qué
nous recherchons ) on trouveroit , dis je,
les noms des Graveurs qui suivent , et
quelque détail sur leurs principaux Ou
vrages. Par exemple
2. Galeasso Mondella , Graveur en
pierres , qui étoit regardé comme un
très bon Dessinateur.
3 °. Jean -Jacques del Caraglio , de Ve
rone.
4° . Matheo del Nassaro , qui vivoit en
So, que François Premier attira près.
de lui , et qu'il fit même Directeur de
la Monnoye de Paris . Il grava pour ce
Prince sur une Calcedoine , une belle
tête de Dejanire d'après l'antique , couverte
de la peau du Lion de Nemée.
Nota. Si nous ne craignions de faire
regarder comme un peu trop conjectural
et trop arbitraire , l'art du monde qui
nous paroît le plus amusant et le plus aimable
, nous demanderions volontiers à
Mrs les Antiquaires , à l'occasion de cette
Dejanire , à quelle marque positive ils
s'attachent le plus pour prononcer qu'une
tête de femme d'un caractere noble
aved
231 MERCURE DE FRANCE
avec quelques boucles de cheveux et un
mufle de Lion en guise de coëffure , doit
être plûtôt une Dejanite , qu'une Iole ,
ou une Omphale ? La Science de la Mytologie
gagneroit peut-être quelque chose
a de pareilles discussions ; mais il faut retourner
à la suite de nos Graveurs qui
font ici l'objet capital.
5. Jean Bernardi da Castel, de Bo
logne, qui vivoit en 1555. qui se plaisoit
surtout à graver d'après les desseins du
Fameux Michel - Ange , et que les plus
grandes compositions réduites en petit
ne pouvoient ni effrayer ni rebuter ;
temoins plusieurs Batailles navales ,
l'Enlevement des Sabines , la Chute de
Phaeton , et plusieurs autres . Il se servit
aussi quelquefois des Desseins de Pertin
del Vague , grand admirateur de Michel
- Ange.
6. Enfin Valerio Vicentino , Graveur
aussi en Agathes , Sardoines , &c. qui
mourut en 1546. âgé de soixante - huic
ans.
Ce dernier sur lequel nous nous arrêterc
ns un peu davantage, a passé pour ce
lui de tous, qui par la netteté de l'Ouvra
ge , le soin extréme de le polir , et principalement
par la finesse des contours ,
a le plus aproché de l'Antique on sçait
qu'il
FEVRIER. 1738. 233
qu'il grava toute une suite de la Passion
de Notre-Seigneur sur une belle Cassette
de Cristal de roche, dont le Pape Clement
VII.fit présent à François Premier.
Nous avoüerons sans
repugnance que
nous nous sentons un extrême penchant
a attribuer à ce dernier Maître , l'enle
vement du Palladium , ouou la
vengeance
d'Achille , car ces deux titres se sont
toujours apliqués indifferemment
aux
sujets gravés où l'on voit un jeune Guer
rier presque nud , qui vient d'enlever la
Statuë fatale de Pallas.
Or voici ( non pas les raisons ) mais les
conjectures sur lesquelles nous esperons
pouvoir apuyer notre sentiment.
Avant toute chose, nous croyons devoir
rejetter sans restriction le préjugé qui s'est
établi parmi quelques habiles gens , que
Laurent de Médicis ait jamais affecté de
faire graver son nom sur les plus belles
Antiques qui lui tomboient entre les
mains ; n'avoit il pas assés de génie pour
comprendre qu'il ne leur donnoit par là
aucun merite ni réel ni imaginaire ?
Ce nom n'étoit il pas incompatible avec
ceux de Dioscoride , de Felix , Solon ,
Policlete , et de quelques autres qu'on lit
encore sur plusieurs veritables Antiques?
Les a t'on yûs nulle part ensemble gravés
sur
2
1
$34 MERCURE DE FRANCE
sur la même pierre ? Dira-t'on que Laurent
faisoit effacer les noms Grecs pour y
substit uer le sien ? Ne l'auroit- t'il pas fait
apliquer également à la belle Statuë de la
Venus de Medicis , et à tant d'autres Ouvrages
immortels qui font l'ornement du
Palais de ses Successeurs ?
En un mot , si l'on trouve ces Lettres
initiales LAV . MED. sur quelques
morceaux de gravûre précieux , n'est- ce
pas plûtôt une preuve complette que ce
Prince si magnifique , ou les avoit fait
graver à son choix , ou les avoit adoptés .
pour sa collection ? Et n'est-il pas visible
que la prétenduë tradition que nous rejettons,
n'a pû être mise en crédit que par
l'avidité des Marchands, dans l'esperance
de faire passer et de vendre pour Antiques
, quelques-uns de ces morceaux du
seizième siecle , malgré une contradiction
si manifeste, si frapante , et qui n'est
fondée que sur une suposition d'assés
fraîche date dont on ne trouve ail
leurs nulle preuve ?
Après avoir établi qu'un Ouvrage qui
porte avec soi des caracteres si distinctifs
, ne doit jamais être transporté au
temps des Grecs ni des Romains , il n'est
peut être pas hors de propos d'examiner
tout de suite auquel des principaux Grad
yeurs
FEVRIER. 1738. 235
veurs que nous venons de citer , il seroit
plus convenable de le donner
Notre opinion consiste donc à croire,
que pour l'attribuer à J...
nitue Corniolė
le plus ancien de tous , 1 fudioit peutêtre
remonter à des remps up peu trop
reculés ; da : lleurs ceux qui ont eu le bor
heur de faire renaître les beaux Arts ensevelis
sous la barbarie , ne les ont pas
vraisemblablemert
poussés tout d'un
coup à leur ancienne perfection : cette
conjecture n'a pas besoin d'être apuyée
par des exemples tités de la Peinture , de
l'Architecture
et des autres Arts ; on en
sent d'abord toute la force.
Les deux Graveurs Italiens qui suivent
c'est-à- dire , Galeasso Mondella et Jean
Jacques del Caraglio , n'ont guere laissé
après eux qu'un nom stérile ; peu de
notions particulieres nous instruisent de
leurs talens et de leur methode , on est
donc bien fondé à juger que ceux sur
lesquels nous avons des détails plus circonstanciés
, ont été les plus habiles , et
ceux qui sont parvenus à la plus haute
reputation.
Tel est en ce genre Matheo del Nas
saro qui vient ensuite , mais il y a bien
de l'aparence qu'ayant été apellé à Paris
par François Premier, et choisi pour Directeur
236 MERCURE DE FRANCE
recteur Général des Monnoyes , il n'a plus
guere travaillé pour l'Italie , et que son
talent favori s'étendoit plus volontiers
sur la Médaille que sur la pierre gravées
Pour Jean Bernardi da Castel , cité le
cinquième , c'est son talent même qui
dépose contre lui dans le fait dont il s'a
git : il excelloit, dit on, à réduire en petit
les compositions les plus vastes ; pour
quoi donc en ce cas n'auroit- il pas grave
ce sujet de la même grandeur que d'au
tres Palladium qui sont connus , et nome
mément celui que l'on peut en sûreté
regarder comme l'original , et qui a été
long- temps possedé par un des Cus
rieux de Paris des plus distingués ?
Cette admirable pierre Antique , qui
a d'abord été tirée du Cabinet de M.
Bourdaloüe , est malheureusement passée
aujourd'hui en Angleterre dans le riche
Cabinet du feu Duc de Devonshyre :
elle est gravée sur un morceau de Cornaline
le plus pur et le plus transparent
que l'on puisse voir , de la grandeur tout
au plus d'une piece de douze sols , réduite
en ovale sur sa largeur , mais dans ce
petit espace Dioscoride Graveur d'Au
guste qui y a mis son nom en Grec a
trouvé le secret de joindre au sujet prin-
* M. Sévin,
>
cipal
FEVRIER 1738. 237
elpal une figure égorgée aux pieds de
Diomede , et vis - à- vis de lui un piedes
tal fort allongé , qui soûtient une petite,
Statue vûë par le dos .
Or , pourquoi Bernardi da Castel avec
un espace plus que quadruple , auroit il
suprimé ces deux Figures ( lui dont le talent
étoit de réduire ) puis qu'elles sou
tiennent la composition , qu'elles garnissent
le champ , et que la premiere est
en quelque façon , essentielle au trait
d'Histoire représenté ?
Pourquoi n'auroit - il pas copié aut
moins , le fonds de son sujet en volume
égal car ce n'est ni la singuliere beauté
ni la rareté de la pierre qui ont pû le
déterminer , puisque c'est une Calce
doine ( Orientale à la verité ) nais
toute ordinaire , c'est à dire une Agathe
blanche , dont la couleur est un peu
laiteuse dans toute son étendûë.
3
Reste donc Valerio , natif de Vicence }
pour lequel nous avons hazardé de nous
déclarer. L'éloge qui nous reste du point
de perfection auquel il avoit atteint ,
convient exactement au Palladium qui
a produit ces éclaircissemens ; l'Epoque
de sa mort qui tombe en 1546. devient
encore favorable à ce sentiment, puisque
Laurent de Médicis fut tué dès 1537. ed
qua
238 MERCURE DERANCE
que les autres Graveurs qui fleurissoient
en 1555. ou environ , devoient être trop
jeunes du temps de Laurent , pour être
déja parvenus à exceller dans leur Art.
D'ailleurs ce même Valerio a travaillé
longues années , n'étant mort qu'à 68 .
ans , ainsi il a eû le loisir de monter par
degrés à la perfection . Enfin le Pape
Clément VII. de la Maison de Médicis
et propre neveu de Laurent II duquel
il s'agit , paroissoit aussi donner la préférence
aux Ouvrages de Valerio , puis
qu'il les choisissoit pour
sens au Monarque faire des préle
le plus éclairé
plus connoisseur qu'il y eût pour lors
en Europe. Tout le monde sçait que c'est
en 1533. que se fit à Marseille l'Entrevûë
du Roy de France et du Souverain
Pontife , pour le Mariage de Catherine
de Médicis sa Cousine , avec le Dauphin
.
C'est encore au même Valerio Vicen
tino , qu'on peut faire honneur d'une
autre Pierre de conséquence , qui étoit
en vente il y a quelques mois à Paris ;
et qui porte pareillement ces Lettres ,
LAVR. MED.
Cette seconde est une très- belle Onix,
grande comme un ecu de six francs
prolongé par les côtés en ovale ; les cou
leurs
ADFEVRIER
1738.
235
leurs en sont distinctes et les nuances
bien détachées l'une de l'autre.
Le labourieux Ouvrier y a gravé en reg
lief un sujet qu'on ne peut méconoître ;
C'est le Sacrifice de Noë après le Déluge ,
c'est l'instant des actions de graces qu'il
rend au Seigneur avec sa famille , après
avoir fait sortir de l'Arche les differens
couples d'animaux qu'il y avoit enfermés
.
Une Personne distinguée par sa nais
sance , et que son goût constant pour
toute sorte de Litterature, a fait souhaig
ter pour Correspondant honoraire par
- FAcadémie des Belles - Lettres , ayant il
à deux ans reçû de Florence une Em
preinte en plâtre de cet Ouvrage , a
jugé avec beaucoup de discernement, que
non seulement il n'étoit point antique ,
mais même que la tête du Patriarche
sembloit prise sur celle de Laurent de
Médicis lui- même , et que les six autres
Figures représentoient également ses Enfans
et ses belles - Filles.
Cette conjecture ingénieuse pouroit
devenir l'objet d'une nouvelle Disserta
tion , contre le préjugé de ceux qui adjugent
un peu trop légerement à l'Antiquité
tout ce qu'ils voyent d'une cer-
M. le Marquis de Caumont , &'Avignon,
saing
240 MERCURE DE FRANCE
xaine beauté en gravûre ; en effet comment
penser que des Graveurs Grecs ou Romains
eussent été chercher dans la Genese
de Moïse , des Sujets pour s'exercer ?
Que répondre à un certain goût de comparaison
qu'on peut apercevoir entre
cette sortie de l'Arche et la façon de dessiner
, de draper , de grouper ,
la maniere
en un mot de Jules , Romain , si
fort protegé par les Médicis ? Mais il
n'est pas ici question de s'étendre , encore
moins de s'apesantir ; les Dissertations
sur les beaux Arts doivent être
traitées , s'il se peut , avec presque autant
de légereté que les Arts eux - mêmes .
Quoi qu'il en soit , l'Enlevement dų
Palladium qui est à vendre , quoi que
d'une composition plus resserrée , paroît
cependant meriter la préference entre
ces deux pierres ; l'attitude noble et fiere
de Diomede au milieu du Camp de ses
ennemis , la justesse de sa position pour
laisser voir le corps du monde le mieux
proportionné,la legereté de sa draperie , et
son attention à écouter pendant la nuit ce
qui se passe autour de lui ,sontde ces sortes
de beautés prises dans la Nature,et de ces
expressions simples dont l'antique seul
nous a fourni quelques modeles ; mais
c'est en cela même que les habiles gens
de
FEVRIER. 1738. 24T
de tous les siècles ont cherché à imiter ,
à copier même ce petit nombre de Morceaux
, qu'on pouroit apeller sublimes.
C'est là ce qui a fait le principal mérite
du celebre Carlo Canstanci à Rome,
et ce qui fait encore aujourd'hui donner
de si justes aplaudissemens au sieur Ba
Fier , * Graveur du Roy en pierres fines,
à proportion quil cherche à s'en aprocher
d'avantage par la liberté du dessein
jointe avec la correction et les graces .
Au reste , si nos conjectures à l'égard
des Graveurs Italiens du seizième siècle
ne sont pas d'une évidence démontrée
elles ont au moins quelque fondement
l'opinion contraire n'en fourniroit guere
d'aussi probables à qui voudroit la sou
tenir , et combien de systêmes avonsnons
vûs sur des matieres d'une consé
quence bien plus absoluë , qui font tous
les jours une espece de fortune, et qui ne
sont pas plus solidement apuyés, quoique
soutenus avec la plus grande vivacitě
C'est un écueil dans lequel nous évite
rons de tomber ; il suffit de proposer nos
Idées , après quoi nous laissons non seu
lement la liberté de juger , mais nous
suplions les Sçavans de nous redresser
* Il est logé par le Roy aux Galeries du Louvre
armi les plus excellens Ouvriers en tout genre,
242 MERCURE DE FRANCE
et de vouloir bien faire part de leurs lu
mieres au Public sur un Art plus interes
sant qu'il ne le paroît au premier coup
d'oeil.
Pour nous , nous ne soûtenons affit
mativement autre chose à l'égard de la
Piere du sicut Arthaud, sinon qu'elle est
extremement bien rendüe , et qu'elle
n'est, et ne peut être de Coldoré.
Nous nous fatons aussi que ce sera
faire plaisir aux Lecteurs , d'exposer ic
à leur vûë , un trait leger de ce bel Ouyrage
gravé par une habile main ,* quoi
quil en ait paru un à peu prés semblable ,
a quelques differences près , dans le
grand Keceüil du sieur Mariette , Plane
che 85. Partie premiere.
Après une lecture d'assés longue ha
leine, et un Ouvrage de discussion qui ne
sçauroit être également du goût de tout
le monde , les Lecteurs ne seront pas fa
chés de se délasser par la lecture d'une
Fable nouvelle , où l'on retrouvera peutêtre
une partie de cette tournure aisée
qu'on croit disparue depuis assés longtemps
, jointe avec une morale , qui pour
être commune , n'en est ni moins utile ,
ni moins heureusement exprimée .
♣M. du Vivier Graveur des Médailles du Rogo
LE
FEVRIER. 1738. 243
LE COQ ET LES POULETTES ,
FABLE ALLEGORIQUE
,
111
UN jeune Coq d'assés mince figure
Dissimulé , jaloux , marquant dans son allure
Je ne sçais quoi de suffisant ,
D'un plumage bizare étalant la parute ,
Amoureux , mais par choix , tendre , mais par
mesure ,
Sous un rustique toît , dominoit en Pédant.
Impitoyable Argus de ses vives Compagnes , '
Ses soins trop assidus devenoient un tourment ;
Sébaudir sur le pré , parcourir les Campagnes
Etoit un attentat repris séverement.
Jamais ses craintives fémelles
N'osoient s'écarter un moment
C'étoit toujours plaintes nouvelles,
Qui dégéneroient en querelles.
Car qui dit jaloux , dit grondeur ,
Défiant et Moraliseur.
Le Sexe , disoit- il , ne peut être trop sage ,
» Un souffle peut ternir Phonneur
Er le plus simple badinage
Allarme toujours la pudeur ;
Dailleurs , ajoutoit- il, la pente est si flateuse ,
C " Que
244 MERCURE DE FRANCE
Que le crime paré des couleurs du plaisir
Par une amorce impérieuse ,
Presque au sortir de l'oeuf fait naître le désir;
D'étaler sa morale il eut tout le loisir ,
Mais garder une femme est un trop rude ou
vrage ,
Toujours par quelque endroit elle force sa cage ,
Aussi, malgré les soins du Magot vigilant ,
Chaque Poule cut au bout de l'an
Son Galant , 2
Et pour mieux pénetrer dans le fin du mystere ;
Loin des yeux du jaloux
Pas une au rendez - vous
Ne se souvint d'être sévere,
Le petit Latin démonté ,
Trépignoit de honte et de rage ,
Amour dans son Serail mettoit tout au pillage
Et son orgueil déconcerté
Crioit à temps ! ô moeurs ! pestoit contre notre
âge ,
Mais le sort en étoit jetté ,
Rien ne changea dans son ménage,
Enfin malgré sa vanité ,
Connoissant dans le voisinage
Un vieux Coq experimenté ,
Il fut un beau matin lui conter son martyre ;
Le vieux Coq aguerri commença par sourire,
Puis dit , pour profiter , ami , de mes leçons,
Et rendre à votre esprit le calme qu'il désire
11
FEVRIER : 1738: 245
Il faut tout au rebours tendre vos hameçons,
Et suivre en tout d'autres façons ;
Fémelle qu'on soupçonne au fonds du coeu
enrage
De perdre en vain son étalage ,
Et , puisqu'il faut souffrir d'injurieux soupçons ,
Autant vaut mériter un légitime outrage ,
C'est-là leur argument, qui pis est c'est l'usage
Ainsi , frere très- cher , moderez votre ardeur
Reprenez rarement, mais toujours sans aigreur
Ménagez le beau Sexe avec délicatesse ,
Son impétueuse jeunesse
Ne peut ceder qu'à la douceur.
N'esperez pas fixer son coeur ,
Mais gagnez le du moins avec un peu d'adresse,
Compatissez à sa foiblesse ,
S'il en a le profit , vous en aurez l'honneur.
Sur tout loin d'éclairer sa naissante malice ,
Scachez lui dérober jusques au nom du vice ,
Gardez-vous bien d'être tenté
De lui montrer de près les bords du précipice ;
Par des traits trop frapans peindre la volupté
C'est prêcher la molesse et la lubricité ;
Les sens aprivoisés par ce portrait funeste ,
Devorent le moment de s'instruire du reste ,
Et la sévere vérité
Disparoît tôt ou tard près du Tableau flaté.
Tâchez donc que l'honneur , l'interêt, la prud
Cij Entre
dence ,
246 MERCURE DE FRANCE
Entretiennent long- temps une utile ignorance ,
Heureux , cent fois heureux , si par de tels se
cours ,
Votre sage persévérance
Peut éluder parfois quelques-uns de leurs tours.
Jadis certain (a ) Mortel ( vous pouvez le connoître
,
Car il sçût nos secrets de l'un à l'autre bout ,
Aprit notre langage , imita notre goût , )
A dit la même chose , et l'a dit en grand Maître,
Mais moins honnêtement peut-être , (b)
Tamais le plus adroit ne s'avise de tout.
J. B. C. C. de Figniers
( a ) La Fontaine.
(b ) Dans ses Contes
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caën
le 4. Février 1738. par M. de Saint
Ouen de la Douesne , Membre de l'Académie
Royale de cette Ville.
E vous envoye ,M. pour inserer dans
le Mercure , la sixième Scene du quatrième
Acte d'une Tragédie manuscrite ,
intitulée Germanicus , lûë dans l'Académie
Royale des Belles Lettres de Caën ,
dont M. de Luynes Evêque de Bayeux
est
1
FEVRIER. 1738. 247
> ést le digne Protecteur et qu'il anime
souvent par sa présence , et les Discours
éloquens qu'il y prononce.
L'Auteur introduit sur leThéatre Agrip?
pine , veuve de Germanicus , en long
habit de deüil , tenant en sa main ou sur
son sein , le coeur de son Mari , dont le
corps fut brûlé en Syrie sur un bucher
et entierement réduit en cendres , à la rég
serve du coeur , dont on dit que lorsqu'il
a été une fois infecté de poison , le
feu ne peut le consumer ; c'est ce qu'après
plusieurs Auteurs , raporte , dans
son Histoire Romaine , M. Coëffeteau ,
nommé par le Roy à l'Evêché de Marseille.
Cette Scene a paru très
propre à exci
ter de grands
mouvemens
par la nouveauté
du Spectacle
et la beauté des Vers.
Tacite dit que Tibere , jaloux de la
gloire de Germanicus , fit empoisoner
ce Héros par le ministere de Pison et de
Plancine, sa femme ; le Poëte a seulement
feint dans cette Tragédie que Tibere
dans l'idée d'étouffer le bruit qui se ré
pandoit dans Rome de ce crime ) avoit
arrêté dans son Palais Drusile , fille de
Germanicus et d'Agrippine , et qu'il la
vouloit faire épouser à Cnéus , fils de Pison,
sous la promesse brillante de rendre
Cij ce
248 MERCURE DE FRANCE
cès deux Amans ses successeurs à l'Empire
, mais que Cnéus , plus genereux ,
fit soulever lePeuple pour mettre sa Maîtresse
en liberté ; enfin cette Scene a
trouvé beaucoup d'Aprobateurs.
******** :* :*
SCENE VI. DU IV . ACTE
Agrippine , Drusile , Phénice:
, 'Agrippine en long habit de deuil et
portant en sa main ou sur son sein le
coeur de son Mari.
O
!
1
Coeur gage sacré de l'amour le plus
tendre ,
Que les feux d'un bucher n'ont pû réduire en
cendre
Cher et triste dépôt que je porte en mon sein ,
C'est à toi d'animer mon genereux dessein ;
Hélas ! dans ce Palais si cher à mon enfance ,
Avec moi tu juras une sainte alliance ,
Mais deux Monstres cruels ont rompu les beaux
noeuds ,
Dont Auguste voulut nous voir unis tous deux
Et le bras tour-puissant qui lance le Tonnerre ,
Les souffre et n'en a point encor purgé la Terre:
Drusile.
Ah ! Madame , daignez nommer les inhumains
Qui
FEVRIER. 17385 249
7
Qui du sang de mon Pere ont dû soüiller leurs
mains ;
Chéus nous vengerea de cette infâme race.
Agrippine.
A ce nom tout mon sang dans mes veines s
glace ;
Ma fille ignorez-vous que Plancine et Pison
A des enchantemens, ajoûtant le poison ,
Me privent d'un Epoux, vous ravissent un Pere
„ Et vous m'offrez leur fils pour servir ma colere
Drusile.
O! d'un crime execrable affreux Evenement ,
Mon Pere ést mort , hélas ! et je perds mon
Amant ,
Oui , Cnéus , je te perds .
Agrippine.
Tu le perds ! ah ! mon ame
A ces mots de colere et de haine s'enflamme ;
Il suffit que Cnéus ait pu toucher ton coeur ,
Pour àjamais pour toi m'inspirer de l'horreurs
Drusile.
Ah ! Madame , arrêtez, c'est son coeur magna
nime
Qui s'opose aux efforts du Tiran qui m'oprime
Agrippine
Quel est-il ce Tiran et par quelle raison
Le Palais des Césars devient - il ta prison ?
Drusile.
Madame , ce matin Tibere ici m'apelle ,
M
C iiij J'
250 MERCURE DE FRANCE
J'y viens et pouvois -je être à ses ordres re
belle ? )
» Votre Pere , a-t'il dit , est mon fils adoptif
20
A tous ses interêts plus qu'aux miens attentif
Je prétends que demain un heureux hymenée
»De Chéus avec vous joigne la destinée ;
Que ce fils de Pison qui soupire pour vous ,
» Unisse au nom d'Amant celui de votre Epour
Et qu'attendus tous deux à l'Empire du Monde
Le bonheur des Romains sur le vôtre se fondej
Surprise à ce discours , j'ai voulu répliquer ,
Mais lui sans me donner le temps de m'expliquer,
Sans vouloir écouter ni raison ni priere ,
M'arrête, et dans ces lieux me retient prisonniere
Agrippine.
O Ciel ! fut- il jamais plus noire trahison !
Mais que prétend le fils de l'infâme Pison
Comment a- t'il trouvé le secret de te plaire
Drusile.
De mon amour pour lui je ne fais point mystere
Madame , le principe en est si glorieux
Que je puis sans rougir l'exposer à vos yeux.
Bien loin qu'il ait voulu tirer quelque avantage
De l'ordre de Tibere et de mon esclavage ,
Il brave ce Tiran et trompant son dessein ,
marque refuser et l'Empire et ma main,
Et me prouvant par là jusqu'à quel point i
m'aime ,
Die
FEVRIER. 1738. 251
Dit qu'il ne veut tenir mon coeur que de moit
même
Il fait plus , par ses soins tout un Peuple excité ,
Prétend dès aujourd'hui me mettre en liberté ;
Hélas ! sans son secours pourrois-je me défendre
D'un barbare, en état d'oser tout entreprendre
Agrippine.
Quelque soit de Cnéus le zele impétueux 7
Ma fille , rejettez ses voeux présomptueux ;
Le crime de Pison est si noir qu'il efface
Les vertus de son Fils et l'éclat de sa race ;
Mais de ce crime affreux je vois l'enchaînement
Tibere en est l'Auteur et Pison l'instrument ;
Et vous, ma Fille, et vous, si l'on en croitTibere,
Devez être le prix du sang de votre Pere.
Drusile.
Grands Dieux ! avez-vous pû souffrir que des
Humains ,
Conçussent dans leur coeur de si cruels desseins ?
Dieux vengeurs
, serez-vous à nos pleurs insen
sibles ,
Jusqu'à voir, sans punir, des crimes si terribles a
Agrippine.
Votre Pere en mourant prévit tous ces malheurs,,
Lorsqu'au tour de son lit tous ses amis en pleurs
Levant ses mains au Ciel plaignoient sa des
tinée.
»Amis, voici , dit- il, ma derniere journée ,
» Que
252 MERCURE DE FRANCE
» Que servent désormais vos regrets superflus
» Laissez aux Etrangers pleurer Germanicus ;
» Ma bonté s'est chez eux acquis assés de
gloire ,
» Pour qu'à jamais mon nom vlve dans leur
mémoire ;
Mais vous , de mes exploits , les fideles té
moins
» Vous , que j'ai reservés pour de plus nobles
soins >
» Si jamais je vous fus plus cher que ma for
tune ,
» Montrez-vous au dessus d'une amitié com
mune ;
Partez , vôlez à Rome , et peignez au Se÷
nat ,
Dans toute sa noirceur un si lâche attentat ;
Je n'accuserois pas le sort de barbarie ,
Si je versois mon sang pour ma chere Patrie ;
" Mais mourir dans un lit à la fleur de mes ans ,
» Voir mes desseins peris , aussi - tôt que nais
sans >
Et Pison s'aplaudir de sa perfide trame ,
"
» Mourir, enfin mourir de la main d'une femme,
N'est- ce pas endurer mille morts à la fois?
Alors , pour me parler , baissant un peu la voix
Pison n'est pas , dit- il , seul auteur de ce
ג כ
crime ,
Depuislong- temps Tibere à ma perte l'animes
Cependant n'allez pas , chere Epouse, accuser
FEVRIER: 1738 253)
Un Tyran furieux , et qui peut tout oser ;
-
» Tôt ou tard, au travers des plus sombres
nuages , 4
La simple verité s'ouvrant mille passages`,
» Le Ciel vous vengera de la mort d'un Epoux
» Qui se fate , en mourant de vivre encor en
vous.
A ce triste discours toute en pleurs je l'embrasse
Son corps d'un froid mortel au même instan
se glace ,
De son tein effacé la livide pâleur
Prouve que le venin a penétré son coeur.
Dans mon malheureux sort , hélas ! trop cona
firmée ,
La force m'abandonne , et presque inanimée
Je ne respire plus , et ne reviens à moi ,
Que pour me plaindre au Ciel du jour que je
revoi.
Hé bien , refusez-vous ma Fille de vous rendre,
Au recit douloureux que vous venez d'entendre
Votre Pere n'est plus , voulez-vous l'oublier
Pour au sang de Pison par l'Hymen vous lier
Drusile.
'Ah ! Madame , jamais je n'oublirai mon Pere ;
Du sort qui me poursuit n'accusez que Tibere ,
Pour fléchir ce Tyran que n'ai-je point tenté ?
De vous seule aujourd'hui dépend ma liberté ;
Un mot , que dis-je , un mot ? Votre seule pré-
Gvj Pear
sence
254 MER CURE DE FRANCE
Peut plus que tout un Peuple armé pour ma dé
fense.
Agrippine.
Oui , si j'étois encor ce qu'autrefois je fus 3
Sans donc risquer ici la honte d'un réfus ,
Je vais en plein Senat , aux yeux de Rome en
tiere ,
Donner à ma vengeance une libre carriere.
AVIS AUX NAVIGATEURS ,
sur le Cabestan
' Académie Royale des Sciences , ins+
des Personnes habiles et
expérimentées dans la Navigation , d'un
défaut essentiel du Cabestan , et de l'utilité
que la Navigation recevroit , si on
pouvoit le corriger, a proposé au Public
pour Sujet du Prix de 1739.la Question ,
Qielle étoit la meilleure Construction du
Cabestan.
A cette occasion le Comte de Crequy
Frohans a travaillé à cette Recherche
et a trouvé un moyen infaillible et trèssimple
de dévider un Cable avec le Cabestan
2
FEVRIER . 1738. 255
bestan , sans jamais choquer , quand la
longueur du Cable seroit infinie ; mais
considérant l'utilité que les Vaisseaux du
Roy , et ceux des Particuliers peuvent
tirer dès -à- présent de cette découverte,
Il a crû qu'il étoit de son devoir de la
publier incessamment , et de sacrifier sa
prétention au Prix proposé , à l'utilité
présente de la Navigation ; c'est dans
cet esprit qu'il offre en peu de mots au
Public la solution de la Question.
1. Puisque la necessité de choquer pro
cede du Pas de la Spirale du Cable , il ne
s'agit pour avoir un Cabestan perpetuel,
que d'empêcher cette Spirale de gagner
à chaque tour l'épaisseur de son Cable
en la faisant perpetuellement refléchir
par un plan incliné.
2. De là, il résulte que la forme du
Cabestan ne doit pas être celle d'un Cllindre
, mais plutôt celle d'un Cône ,
dont la surface oblique refléchifle perpetuellement
le Cable vers l'extrémité d'où
il vient.
3. Et afin que ce Cone opére certai
nement la réfection du Cable , il faut
qu'il soit évasé , et semblable à un Pavillon
de Cor de chasse , parce qu'alors
leable montera jusqu'au point où la
pente escarpée du Cône évasé le reflée
chir
1 MERCURE DE FRANCE
chira vers le Lieu d'où il vient , sans
F'empêcher néanmoins de demeurer intimément
uni à la surface du Cône, auquel
il continuera d'obéir circulairement ,
pourvû qu'il fasse un demi tour ou un
tour entier, de plus que de coûtume , sur
le Cabestan.
4. Pour apliquer au Cabestan ce
Cône évasé , il suffit de graver à son extrémité
inférieure une Moulure concave ,
à peu près semblable à celle qui est sur
la circonférence des Poulles , pour for
mer par ses deux pentes escarpées deux
surfaces Coniques évasées et oposées au
sommet et que le diametre de cette
Moulure soit égal à 8. épaisseurs du Cable
qui doit y être logé , et sa profondeur
à trois et demi.
و
5. Alors , faisant faire au Cable trois
tours et demi ou 4 tours dans cette loge ,
et un homme tenant l'extrémité sortant
du Cabestan , pour la tirer à soi , à me
sure que le Cabestan la dévidera en amenant
son fardeau , il est évident que le
Cable suivra d'un bout à l'autre , sans
jamais sortir de la loge , parce qu'il ne
poura grimper la pente escarpée de la
Moulure , que jusqu'à un certain point
d'équilibre , auquel il s'arrêtera en descendant
précisément , continûment , et
unifor
FEVRIER 1738 237
uniformément , autant que la Spirale le
fera grimper , comme l'Auteur en a fait
l'expérience.
6. Et comme cette Moulure (qui doit
avoir pour profondeur , au moins deux
cinquièmes de sa largeur ) affoibliroir
considérablement le corps du Cabestan ,
s'il n'étoit extrémement puissant en sa
partie inférieure , où elle sera gravée , il
faur que le Constructeur observe d'em
ployer à cet usage un tronc d'Orme, ou
d'autre Bois équivalent, capable de fournir
la Moulure , sans offenser le corps du
Cabestan .
Tout ceci est si simple, et l'effet en est
si évidemment certain , qu'on n'estime pas
qu'il soit nécessaire de l'expl quer plus
amplement. Ce qu'on pouroit y ajoûter
n'éclairciroit pas davantage la matiere ,
ou ne conviendroit qu'aux Géometres . Il
suffit donc d'avoir rempli le veu de la
question en fournissant l'idée très simple
d'un Cabestan qui sera exempt do
choque, ren imprimant au Cable un mou
vement perpetuel et uniforme.
Le 7. Février 17382
LE
58 MERCURE DE FRANCE
XXXXXXXXX -XXXXXXXX-XXXX
LE MOIS DE FEVRIER!
A Messieurs les Astronomes.
Pour honorer César , et pour flater Auguste,
Autrefois un Edit injuste
Me retrancha deux de mes jours .
Juillet et son Voisin en accrurent leur gloire?
De ce honteux afront pour laver ma memoire }
Le Ciel voulut que les Amours
M'apellassent à la Naissance
D'un Roy le Bonheur de la France
Et le Pere de ses Sujets .
Astronomes fameux , vous qui de ses bienfaits
Eprouvez l'heureuse influence ,
Pour couronner sa gloire , et combler ma vengeance
,
Daignez me rendre enfin les jours qu'on m'a
ravis ,
Et qu'à leurs Freres réunis
Hs annoncent par tout votre reconnoissance
Pour l'auguste Nom de LOUIS
Par Mad. la Marquise de P ***
à S. El ***. en B.
Ce 15. Février , jour de la Naissance
du
Roy
FEVRIER 1738. 259
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Touraine par M. de Valory de Destilly
le 24. Decembre 1737. au sujet des Per
sonnes extremement âgées.
Co
Omme je vois,Mrs , dans vos Mercu
res,que je lis régulierement tous les
mois , que vous y inserez volontiers en
que
faveur des Personnes âgées , la mort de
celles qui sont mortes dans un âge
très avancé , permettez - moi de vous demander
, s'il ne seroit point plus flateur
pour ces Personnes âgées d'aprendre par
vos Journaux , que telles et telles Personnes
, extremement vieilles , vivent , et
qu'elles promettent encore plusieurs années
de vie , que d'en aprendre la mort
Si cette observation pouvoit mériter vo
tre attention , j'aurois l'honneur de vous
mander que nous avons dans cette Province
aux environs de Chinon , deux
Personnes d'une vieillesse aussi rare , ques
saine,et quijouissent toutes les deux d'une
santé qui promet encore plus de 15
où 20. années de vie ; pas la moindre des
incommodités qui accompagnent la vieil
lesse l'une s'apelle Mile de Riparfond
( Eleonor
260 MERCURE DE FRANCE
( Eleonor de Bellivier ) fille de condition
âgée de plus de 98. ans , qui chante , qui
joue , qui tient table , et qui danseroit volontiers
, si par une chûte elle ne s'étoit
pas cassé une cuisse , il y a 2. ou 3. ans, laquelle
l'a rendue boiteuse ; elle foüit de
la santé la plus parfaite et la plus forte ,
elle demeure sur la Paroisse d'Huismes à
úne lieue de Chinon.
,
L'autre est M. l'Abbé de Couttes ( Franfois
le Fachu ) qui est du même âge que
cette Dlle , lequel chante , danse , tient
table jouë autant que l'on veut ,
monte à cheval , a une santé à toutes
épreuves , et ne ressent aucune des incommodités
de la vieillesse ; il demeure au
Prieuré de S. Louand à un quart de lieuë
de Chinon ; ce sont mes Voisins , je les
vois tous les jours , ainsi M. je puis vous
én rendre bon compte.
J'ai fait la découverte d'un Livre qu'on
m'a assuré être à present fort rare , il est
intitulé les Oeuvres Poëtiques d'Amadis
Famin , dédiées à Henry III. Roy de
France et de Pologne , imprimées A Pa
ris chês Robert le Magnier 1575. je crois
M. ne pouvoir mieux m'adresser qu'à
vous pour sçavoir si ce livre est aussi rate
qu'on me l'assure , et aussi cher , et je
vous serois sensiblement obligé si vous
voulicz
FEVRIER . 26t 1778. 251
Youliez bien me faire l'honneur de me
marquer si en effet il est tel qu'on me l'a
assuré , &c.
A
REPONSE.
Près vous avoir remercié , Mona
sieur , de votre avis au sujet des
Personnes extrémement âgées , et qui
jouissent encore d'une parfaite santé &c .
Avis dont je pourai profiter pour le Pu
blic , si on prend la peine de m'instruire
aussi exactement que vous venez de le
faire , j'aurai l'honneur de vous dire que
les oeuvres Poëtiques d'Amadis Jamin
imprimées en 1575. sont dans le même
cas que tous les autres Ouvrages Poëtiques
imprimés avant le Regne et sous
partie du Regne d'Henri IV. c'est - à - dire
M. qu'elles se trouvent difficilement lors
qu'on en a besoin : mais on ne doit pas
pour cela les apeller extremement rares ,
car on peut assurer à vûë de Pays , qu'il
y en a au moins quinze Exemplaires dans
differens Cabinets à Paris. Ce qui en effet
merite le nom de très rare en Poësie , en
fait de Librairie , c'est tout ce qui a été
imprimé antérieurement à l'année 1530.
temps auquel la Poëtique Françoise a
commencé à se débrouiller du cahos de
nos Anciens Romanciers Versificateur.s
J'ai l'honneur d'être &c,
162 MERCURE DE FRANCE
EPITRE de M. Saurin le Fils sur lá
mort de son Pere à M. le Cardinal de
Fleury.
T。Oi , que sous le nom de Minerve
Rome payenne eût adoré ,
Toi peut-être le seul que n'ait point enyvré
La fateuse vapeur d'un pouvoir sans reserve ;
Rare et sublime esprit , qui des ressorts secrets
De ta politique profonde
Etonnas l'Univers et lui donnas la paix ,
Fleury , l'ami des Rois , le Pere des Sujets ?
L'arbitre de l'Europe , et l'exemple du Monde ,
A tes pieds j'aporte les pleurs
D'une Famille infortunée ,
Et qui peut sans rougir t'exposer ses malheurs
Au sein du Calvinisme née
Elle quitta ses biens pour quitter ses erreurs.
Des dons du Souverain un Pere cheri d'elle
L'entretenoit la mort cruelle
Vient sur lui d'étendre ses coups.
Sa Famille nombreuse aux pleurs abandonnée
Embrasse en tremblant tes genoux
De toi depend sa destinée .
Pere commun des François ,
Ecoute
FEVRIER:
263 1738
Ecoute sa timide voix ;
Et puisse l'Ange Tutelaire
Chargé de veiller sur tes jours
Au gré de tous les coeurs en étendre le cours i
La France est ta Famille , elle seule t'est cheres
Ah ! que le Ciel en ta fayeur
Ne lui fasse jamais sentir cette douleur
Qu'on éprouve en perdant un Pere !
SOLUTION de la Question proposée
au second volume du Mercure de Décem
bre 1737. Par Mlle Demoüy , de la
nouvelle Orleans.
O
N met en Question dans le Mercure
de Décembre 1737. second
volume , lequel de trois Fils marque plus
d'amour pour son Pere , ou celui qui
venge son assasinat en tuant l'Assassin ,
ou celui qui étanche le sang qui coule
de sa playe , ou celui qui s'évanouit de
douleur à la vûë de ce spectacle.
Si on considere la Nature dans ces trois
Fils , on trouvera , sans doute , que celui
qui s'évanouit , est le plus vivement touché
; les deux autres ne montrent que
du courage et de la charité ; le premier
eût fait pour un ami , assassiné en sa présence,
484 MERCURE
DE FRANCE
le sence , ce qu'il a fait pour son peres
second cût secouru un homme indiférent
, même inconnu , qui se seroit trou.
vé en pareil cas mais le dernier prouve
toute la tendresse que la Nature imprime
dans nos coeurs pour nos parens ;
quel amour , en effet peut être mieux
exprimé que par le défauts de l'expression
même ? Les deux premiers parois
sent trop maîtres de leurs mouvemens ,
pour être sensiblement touchés ; une
douleur qui donne le temps de raisonner,
et qui ne saisit pas d'abord le coeur
ordinairement moins vive que celle qui
se montre subitement par un espece
neantissement de celui qui l'éprouve ;
suivant ces principes le dernier des trois
fils est celui qui a marqué plus d'amour
pour son Pere.
est
da-
EPITRE
FEVRIER 1738: 265
EPITRE de M. Graisset , à M. le
Controlleur General,
Nouvel an , Complimens nouveaux
Eternelle cérémonie
Inépuisables Madrigaux ,
Vers dont on endort son Héros
Courses à la Cour qu'on ennuye
Faut-il qu'un Sage s'associe
A la Procession des sots ?
Aussi , bien moins
moins pour satisfaire
Un usage fastidieux ;
Que reconnoissant et sincere
Pour un Ministre genereux ,
J'aurois de la naissante année
Donné la premiere journée
A lui portes mes premiers voeux ;
Si par la bise impitoyable
Qui vient d'enthumer tout Paris ;
Je ne me fusse trouvé pris ,
Et si sur l'avis détestable
D'un vieux Empirique pendable,
Je ne me fusse encor muni
Des feux d'une fievre effroyable ;
Que je n'aurois point cû sans lui .
dans les chimeres qu'inspire
36 MERCURE DE FRANCE
Un transport , un brûlant délire ,
De fantômes environné ,
Je m'en souviens , j'imaginai ,
Que rayé du nombre des Etres
Par Hipocrate empoisoné ,
J'étois où gissent nos Ancêtres.
C
Là , près d'un Fleuve infortuné
Et parmi la défunte Troupe ,
Qui pour passer à l'autre bord ,
Attendoit la noire Chaloupe ,
M'occupant peu , m'ennuyant fort ;
Et ne sçachant enfin que faire ;
Car, que fait on quand on est mort?
Je rapellois ma vie entiere ,
Et ne reprochois rien au sort ;
Non , si par la Métempsicose ,
Me disois-je , on quittoit ces lieux
Pour revoir la clarté des Cieux ,
Et que le choix suivît mes yoeux ,
Je ne serois rien autre chose
Que ce que m'avoient fait les Dieux.
Par un Ministre digne d'eux ,
Sans projet , sans inquietude
Libre de toute servitude ,
Cherchant tour- à- tour et quittant
Et le Monde et la Solitude,
Entre les plaisirs et l'étude ,
Je vivois obscur et content.
FEVRIER. 1738 257
D'un délire ce fut l'image ,
Il l'étoit de la verité.
Vous qui recevez mon hommage ,
D'un loisir qui fut votre ouvrage
Confirmez la tranquilité ;
Aussi , gravée , en traits de flâme
La gratitude de mon sort ,
Immortelle comme mon ame,
Me suivra jusqu'au sombre bord.
LETTRE écrite de Pezenas en Lan
guedoc , le 15. Janvier 1738. à M.
"de **** , Medecin du Roy.
T
*
Rouvez bon , Monsieur , que je
vous rapelle ce que nous avons dit
plusieurs fois dans nos entretiens sur la
Chirurgie , qu'il y avoit des Chirurgiens
fameux qui n'avoient d'autre mérite
qu'une réputation que le hazard leur
avoit procurée, ou qu'ils s'étoient acquise,
en saisissant le Public par un babil mesuré
; qu'il y en avoit d'autres sçavans et capables
des operations les plus délicates ,et
que n'ayant point le bonheur de sçavoir
faire valoir leur habileté , se trouvent oubliés,
inconnus au Public , et privés de la
• D réputatio
1-
268 MERCURE DE FRANCE
la réputation dûë au vrai mérite.
Cela m'a souvent fourni des refléxions
sur l'erreur du Public à l'égard des premiers
, et sur le peu de justice qu'on rendoit
aux autres ; je blâmois le faute d'attention
à rendre publiques les belles operations
faites par des Chirurgiens, inconnus
dans le monde ; condamnant ce silence
, j'aurois à me reprocher de l'avoir
gardé moi - même sur celle que vient de faire
un Chirurgien d'un Village voisin , et
qui lui fait d'autant plus d'honneur qu'elle
est regardée comme miraculeuse ; il en
a fait bien d'autres qui ont dévelopé ęt
fait connoître son sçavoir.
Vous voyez , Monsieur , qu'on peut
trouver quelquefois dans les Villages des
gens aussi habiles que ceux des grandes
Villes ; les Lieux ne donnent point le sça
voir , mais le vrai mérite est de tout Pays,
et doit être reveré par tout où il se
trouve.
J'espere qu'après avoir lû le détail de
cette cure , vous conviendrez avec mol
qu'il est nécessaire de la rendre publique,'
pour donner de l'émulation aux uns , et
acquérir des autres l'estime et l'aprobation
due à celui qui l'a faite.
Il s'agit du Sieur Poitevin , Chirurgien
du Lieu d'Alignan du Vent , Diocèse de
Besiers
FEVRIER. 1738 . 269
Besiers , dont le mérite et la probité , qui
le rendent aussi recommandable que son
sçavoir, font honneur à sa Patrie.
Le 8. Septembre dernier , le Sieur Poitevin,
fut apellé pour panser unblessé nommé
Jean Puiol, du même Lieu d' Alignan,
il lui trouva deux grandes playes faites
par deux coups de couteau , l'une à la
partie moyenne inferieure de la région
ombilicale , à deux doigts au dessous du
nombril , qui penetrant directement dans
la capacité , avoit occasioné la sortie de
l'intestin ileon et d'une partie de l'epi-·
ploon , de même que des autres boyaux :
T'autre playe située sur la partie laterale de
la même région , au côté droit de la région
du foye apellé hipocondre droit , pe
netrant jusques à la premiere des vertebres
des lombes.
Remarquez , s'il vous plaît , que la
blessure fut faite dans un cabaret pendant
la nuit , et que le Sieur Poitevin ne fut
apellé pour panser le blessé que longtemps
après arrivé près du malade , son
premier soin fut de remettre les intesins
qui étoient dehors , il coupa tout ce
qui étoit sorti de l'epiploon , en quoi il fut
blâmé de bien des Medecins et autres
Chirurgiens , mais la suite a fait voir
qu'ils se trompoient , et que le Sieur
Dij Poitevin
270 MERCURE DE FRANCE
Poitevin avoit agi en homme habile , parce
que l'epiploon est une partie qui tombe
en mortification dès qu'elle a été touchée
par l'air , y ayant peu d'esprits et étant
composé de quantité de graisse.
la
En remettant les intestins , il examina
celui appellé ileon ,qu'il trouva lézé par
pointe du couteau ,sans être entierement
percé. Cette lézion et les accidens fâcheux
qu'elle occasiona firent juger aux
Medecins qui entendoient parler de ce
malade , qu'il n'en pouvoit revenir , et
qu'il étoit inutile d'esperer de le guérir ;
ce jugement n'étant pas sans apel , ne rebuta
pas le Sieur Poitevin , qui ne fut
pas surpris des accidens que cette lézion
avoit causés.
Le malade eut d'abord un grand vomissement
pendant trois jours , sans pou
voir prendre d'alimens ; ayant remarqué
au second jour qu'il rendoit du chile
, il en craignit les suites fâcheuses avec
d'autant plus de raison que le malade
avoit le ventre fort tendu et douloureux ,
avecune grande fiévre , mouvemens convulsifs
, insomnies accompagnées d'un
délire.
Pour prévenir l'étranglement qui au
roit pû se former à l'intestin ileon , il fit
avaler au malade une petite balle de
plomb:
FEVRIER. 1738. 271
plomb : le vomissement cessa d'abord
ensuite pour calmer les douleurs , la tension
et l'inflammation qui menaçoit tout
le bas ventre , il fit en trois jours trois salgnées
au blessé , et lui fit prendre les
ptisannes vulneraires et les narcotiques
tous les soirs , et plusieurs lavemens ano .
dins , et il apliqua les topiques avec de
grandes compresses sur tout le ventre ;
le douzième jour tous ces accidens cesserent
, et le ventre revint dans son premier
état naturel .
Le treizième jour la fiévre revint avec
des frissons de six en six heures ; pour re
medier à ces nouveaux accidens , il fe fervit
d'un leger purgatif et fit continuer
les lavemens . Ces derniers accidens ayant
détourné la supuration et fourni aux
playes des excroissances de chairs bavantes
, il employa les excarrotiques et
l'onguent Egiptiac mêlé avec le Digestic
dont il chargea les plumaceaux , et avec
ces remedes , faits à propos ,
deux jours le blessé se trouva guéri, ayant
à présent la même force et la même vigueur
qu'il avoit auparavant.
dans trente-
Faites attention je vous prie , Monsieur
, que
dans les Villages les Habitans
apellent rarement les Medecins à leur secours
dans leurs maladies , ayant une en-
D iij
tiere
172 MERCURE DE FRANCE
tiere confiance en leur Chirurgien qui se
trouve par- là obligé d'exercer la Medecine
et d'operer en même temps , c'est ce
que le Sieur Poitevin a fait à l'égard de ce
blessé ; cependant un Medecin de Pezenas
s'étant trouvé par hazard au Lieu d'Alignan
dans le temps qu'il traitoit ce malade
, il jugea à propos de le lui faisc
voir , soit par déférence , ou pour être
aidé de ses lumieres.
Ce Medecin après avoir examiné lá
playe , l'état du malade , et ce qu'on lui
avoit fait , trouva que le Sieur Poitevin
méritoit ses éloges et son aprobation et
n'avoit pas besoin de ses conseils , mais il
l'assura que toute sa prudence et son habileté
ne procureroit jamais la guérison à
ce malade qui étoit hors d'esperance ; l'évenement
a fait voir le contraire et a sur
pris tout le monde .
Je suis persuadé , Monsieur , que vous
me sçaurez gré de vous avoir fait connoître
le Sieur Poitevin par les effets de
son sçavoir, sçachant combien vous faites
cas du mérite , quand il vous est connu , et
j'espere aussi que vous ne trouverez pas
mauvais que je rende public ce que j'ai
l'honneur de vous écrire ici , et les assu
rances de la plus parfaite estime et consideration
avec laquelle je suis , Monsieur
FEVRIER. 1738 173
sieur , votre très humble et très obéissant
serviteur ,
FARLOUCHE.
SONNET
EN Réponse à la Question proposée dans le
second volume du Mercure du mois de
Décembre dernier.
Tout le Parnasse s'interesse
'Au sort des trois fils de Damon ;
Phebus voit chaque nourisson
Se partager sur leur tendresse ;
Ce problême
qu'on nous adresse ,
N'est pas de nouvelle façon ;
Mancini (a ) l'adressa , dit-on ,
Autrefois
sur une Maîtresse.
Mais parmi tant d'avis divers ;
Si ma foible Muse en ces Vers
Ose joindre aussi sa marotte :
( a ) Voyez les Harangues
du Mancini
. Ha
angue S. D iiij
L'a
274 MERCURE DE FRANCE
L'un fait ce que tout homme eut fair ,
L'autre agit en vrai Dom Quichote , ( a)
Celui qui meurt aime en effet.
A la Fere , par M. de Broglio de Mar
tigues.
(a ) Dom Quichote le réparateur des torts et le
défaiseur des injures.
REFLEXIONS.
N' Il habet infelix paupertas durius in sej
Quam quod ridiculos homines facit....
Tout le monde s'estime
pauvre , parce
que tout le monde désire ce qu'il n'a pas.
Un pauvre , honteux de sa pauvreté ,
seroit bien orgueilleux s'il étoit riche.
On ne pouroit guere refuser l'aumône
aux pauvres si on étoit bien persuadé de
cette pensée de S. Ambroise : In paupere
absconditur Deus , manum porrigit pauper
et accipit Deus.
On a vû assés de Sçavans et de Sages ,
prouver que la pauvreté rend plus heureux
FEVRIER. 1738. 275
reux que les richesses ; mais où trouvet'on
des Riches , qui confirment par une
permutation de leurs richesses pour la
pauvreté , ce qui a été prouvé par les
Sages et par les Sçavans ?
La pauvreté aporte bien des alterations
et des changemens à nos humeurs . La
nécessité nous contraint à faire bien des
choses , que dans un autre temps nous
regarderions avec horreur.
La poveria e la quinta essenza del dis
prezzo , radice di tutte le miserie del mondo
, e sepoltura della virtu. Arrivando la
necessita alla porta d'alcuno
tutto il
mondo lascia di pù conoscerto ; i parenti lo
vegano , gli amicisi retirano , i servitori
L'abbandonano
, atutti
straniere ,fug
gendo da lui come se portasse la perta.
par
La poverta e parente dell' infamia , për
che , ritrovando l'huomo povero non vi sara
inganno , forfanteria , che non facia ,
tradimento che non attenti essendo suoi
ordinari compagni il dishonore , la crudelta
l'ignoranza , il disprezzo , la falsita , la
traditione.
>
Quand on n'a pas dissipé son bien mali
a propos , on ne doit pas rougir du bâton
་་
D V ni
276 MERCURE DE FRANCE
ni du sac de Diogéne , quoi que les Dio
genes soient à présent moins considerés
que jamais.
En général les vertus sont amies de la
pauvreté , mais il y a bien des vertus
que la pauvreté ne sçauroit pratiquer.
Tout le mérite et toute la vertu imagi
nables ne sçauroient garantir du mépris
avec une aparence de pauvreté.
Pourquoi veut on d'ordinaire être es
timé moins riche et plus noble c'est que
la pauvreté n'est pas un mal sans remede
, au lieu que la basse naissance est
irréparable.
Les biens ne sont avantageux qu'aux
bons qui sçavent s'en servir avec prudence
; ils sont la ruine des méchans , qui en
les perdant , se perdent eux - mêmes .
L'argent est un bon serviteur et un
mauvais Maître , Bacon le compare au
famier qui n'est utile que lorsqu'il est
répandu.
Trop et trop peu de bien nuit également
, c'est comme un soulier , dit Horace
, qui nous blesse s'il est trop petit ,
et qui nous fait broncher s'il est trop
grand.
Cui
FEVRIER: 1738. 277
Cui non conveniet sua res , ut Calicus olim ,
Si pede major erit , subvertet ; si minor , uret:
Le Sage s'estime plus heureux de mé
priser les Richesses que de les posséder!
Comtempte Dominus splendidior rei.
Il en coûte souvent peu d'amasser
beaucoup de richesses , mais il en coûte
ordinairement beaucoup d'en amasser
peu.
Il n'y a rien de si insolent ni de si ina
surportable qu'un homme qui n'a pas
accoûtumé d'être riche.
›
Quand on se conduit par les voyes do
la Nature on n'est jamais pauvre ; par
celles de l'opinion , on n'est jamais riche
Il faut peu de chose à la Nature. Rien ne
suffit à l'autre.
L'opulence vient plutôt du retranchement
de la dépense que de la recette d'un
grand revenu , disoit Mecenas à l'Empe
Teur Auguste. Non tam multa accipiendo ;
quam non multos fumptusfaciendo.
EPF
278 MERCURE DE FRANCE
akakakaka
EPITHAL AME SPIRITUEL
Sur la Profession de Mlle Narjot , aux
Carmelites.
Voici les nôces de l'Epouse ;
Un chaste hymen, que la Grace a formé
La comble des trésors dont elle fut jalouse
Et l'unit à son Bien- aimé..
Voici lejour où sa perseverance
Obtient le prix qu'elle avoit merité ;
Et cette Divine alliance ,
Porte déja le sceau de l'immortalité.
2
Elle a passé d'un champ , sterile par lui-même
Dans un pâturage nouveau ,
Et , Brebis du Pasteur suprême
Elle est admise à son plus cher Troupeau
Entre ces Vierges rassemblées
Quel lustre elle répand ! que ses regards sont:
doux ,
C'est ce Lys éclatant qui croît dans les vallées › –
C'est la Colombe de l'Epoux.
Elle paroît comme l'Aurore
.
FEVRIER 1738 279
'
Qui dissipe la nuit par ses rayons perçans ,
Et ces Jardins sacrés pour elle font éclore ,
Des parfums de Myrrhe et d'Encens
C'est- là , qu'elle a trouvé cette source d'eau
vives ,
Plus fécondes que l'Ocean
Et qui rapidement coulent entre leurs rives
Comme celles du Mont Liban.
Venez, lui dit l'Epoux,qui fait sa destinée,
Devant Jerusalem justifier mon choix ,
Venez vous serez couronnée
De cette main qui couronné les Rois.
Quel's saints concerts et quels chants d'allegresse,
S'élevent jusques dans les Cieux !
Des filles de Sion la charité s'empressé ,
A célébrer un jour fi glorieux..
M. Tanevot.
On a dû expliquer l'Enigme et les Lo
gogryphes du Mercure de Janvier , part
la fausse Monnoye , Fourage , Vinaigre
Modulus et Canis. On trouve dans le:
premier Logogryphe , Fou , On , Ur ,
Four , Rage , Age , Gruë , Fa , Re , Orge,
Grave- a
180 MERCURE DE FRANCE
Grave , Or , Ruë , Orgue , Ogre , Eau
Forge , Goufre , Ruf, Goa , Eu , Orage ;
Rave , Auge ; Ver , Gaufre , Gué, Rouge ;
Feu , Og, Gré , Roue et Fer. Dans le troi
siéme , Mos , Modus Mus , Mulus ;
Ulmus , Dolus , Ludus , Domus , Dumus;
et dans le quatrième , Sina et Cain.
U
ENIGME.
N Pere a plus d'enfans dix autres Fa
milles ;
que
Dès l'abord il offre à vos yeux
Plus de soixante de ses Filles ,
Et ce nombre prodigieux
En deux moitiés justement se partage ,
L'une est en habit blanc , et l'autre en habit noír
Sur elles bien souvent on peut encore voir
Vingt- quatre autres enfans en pareil équipage ?
Aller , venir , y faire maint voyage.
Les uns ont assés de bonheur
Pour arriver sans perte et sans malheu
Au but qui fait leur esperance ;
Mais la plupart par imprudence
Perit au milieu du chemin , ´
Et de leurs ennemis augmente le butin.
Par E. M. J. D. L. de Meaux:
LOGOGRYPHE
FEVRIER. 1738 281
1738..
LOGOGRYPHE.
Huit lettres forment ma structuré 》
Je suis un des beaux ornemens ,
Dont l'Ouvrier d'Architecture
Doit embellir ses bâtimens.
Les trois quarts de mon tout , vous offrent und
route ,
1. 2. 5. 3. ct 6. je suis un animal ,
Que le plus fin voleur redoute.
1. 3. 6. joints à 7. je suis un saint Régal
3. 6. 7. avec 8. le Heros de Virgile ;
6. 5. 1. 7. et 8. vous trouvez une Ville
Où se tint plus d'un saint Concile
La syllabe de mon milieu ,
Que joindrez avec la premiere ,
Ajoutant la lettre derniere ,
Vous donne un Prophete de Dieu.
4. 5. 6. et 7 une riche Carriere.
Trois lettres en un tout , il faut sans complia
mens ,
Vous déclarer pour moi , si n'avez plus de dents
Ce n'est pas tout ce que je sçais produire.
En 4 est d'un Ormeau ce qui de loin s'admire
Otez 8. changez 5. et trois
Sera l'Actrice en pleurs d'un Poëte François .
Eg
82 MERCURE DE FRANCE
En 5. est de l'Asie un très puissant Empire,
En 5. encor, l'objet où le beau Sexe aspire.
En pareil nombre est cet homme Thébain
Dont les filles mal avisées
Se trouverent certain matin
En Chauves-Souris déguiséts.
Quand j'aurai mis le Lieu qui tient les Saints
réclus ,
Et parlé d'un second degré de parentage
Et de l'endroit où Dévot Personnage
D'un certain châtiment fait le piteux usage
J'aurai tout dit et rien de plus.
J
Par un C.... d'auprès de Saumur
AUTRE
E porte Sac ; je porte Col ;
Je porte Lac ; je porte Sol ;
Je porte Sal ; je porte Cas ;
M'avez-vous deviné ? .. . .
AUTRE.
J
E suis , mon cher Lecteur , du Genre mase
culin.
Je supose toujours un Homme de Latin .
Dix Lettres font mon tout , qui , par métamor
phose ,
Produisent plusieurs noms , selon qu'on le dis
pose,
FEVRIER . 1738.
283
Si vous prenez 1. 6. 2. 3. je porte Bien ;
Otez 1. joignez 10 ; et vous trouverez Rien,
Suprimez 8. et 1o , je produis tant de rente.
3. 6. 9.7. et 2 , je suis une Parente.
3. 4. 10. et ƒ , portion de la Main ,
Utile aux Animaux , ainsi qu'au Genre Hu
main.
Avec 7. 9. 10. j ,
c'est toute ma ressource
Je deviens Animal très- leger à la course.
Encor un mot , Lecteur , bien - tôt je suis au
bout ;
Prenez f. 6. et 3 , je vais terminer tout.
Voulez-vous donc enfin me voir en Analyse ?
Vous devez me chercher parmi les Gens d'E
glise.
J
AUTRE.
E porte Rits je porte Cir;
Je porte Lit ; je porte Tir ;
Je porte Rot ; je porte Roüille ;
Lecteur , je m'apelle .....
Par Duchemin
LOGOGRYPHUS.
Sum §
Um titulus , LECTOR , datus olim Regibus ↓
unum
De sex scinde pedem , Bestia mitis ero ;
Corporis humani membrum , si tertius absit :
Junge caput pedibus , Bestia scripta veransį
Par le même.
184 MERCURE DE FRANCE
N
ALTER .
Oscere vis totum , LECTOR ? Mare sit tibi
presens
Et cum bis uno quinque pedes numera.
Si caput abscindis , defunctum ploro parentem à
Tertia pro primâ , mente Deum recolo :
Totius ablatis primâ et quinta , Ara Deorum
Falsorum. Invertas , vulnus , amice, e
ALTER .
Par le même
INteger,hærefeos fautor sum, LECTOR Amiet,
Unum de pedibus tolle , videbis aquam.
Par le même.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS.
du Maréchal de Ber
Mwick ,Buc et Pair de France , et
Généralissime des Armées de S. M. A Londres
, chés Jean Nours , Libraire , et se
trouvent à Paris , chés G. Cavelier , rue
S. Jacques , au Lys d'or . , deux volumes
in- 12 . 1738. Le premier Tome de 340
pages , et le second de 327. sans la Pré -s
faco
LA
FEVRIER. 1738. 289
LA VIE de S. Jean - François Regis ,
de la Compagnie de Jesus; par le P. Anne-
Joseph de la Neuville , de la même Com
pagnie , avec figures . A Paris , chés
Hypolyte Louis Guerin , ruë S. Jacques
, vis - à - vis les Mathurins , à S. Tho
mas d'Aquin. Petit in - douze.
·
DISCOURS prononcé par M. Le
Franc , Avocat Général de la Cour des
Aydes de Montauban , à l'ouverture des
Audiances , en Kobes rouges le 182
Novembre 1737 A Montauban , chés
J. Teulieres , Imprimeur du Roy et de la
Ville. 1738.
>
LES COMMENCEMENS DE L'HIS
TOIRE DE L'EGLISE , ou Paraphrase
sur les Actes des Apôtres , avec le Texte
Latin à côté , et des Notes . Par un Reli
gieux Bénédictin , 2. vol. in- 12 . A Paris
chés la veuve Etienne Ganeau , aux Ar
mes de Dombes , et Louis- Etienne Ga
neau , à S. Louis .
,
SINGULARITE'S HISTORIQUES et Litte
raires , contenant plusieurs Recherches
Découvertes , et Eclaircissemens sur un
grand nombre de difficultés de l'Histoire
Ancienne et Moderne. Tome second . A
Paris
286 MERCURE DE FRANCE
Paris , chés Didot , Quai des Augustins,
proche du Pont S. Michel , à la Bible
d'or.
HISTOIRE du Pontificat d'Eugene III.
Par D Jean Delannes , Religieux Bibliothéquaire
de l'Abbaye de Clairvaux , an◄
cien Professeur de Théologie , vol . in 8 .
A Nancy , chés Pierre Antoine , vis- à - vis
le College des Jesuites.
DISSERTATION PHYSIQUE Sur la force
de l'Imagination des Femmes enceintes ,
sur le Foetus , par Jacques Blondel, Docteur
en Medecine , et Membre du College
des Medecins à Londres .Traduite de
l'Anglois par Albert Brun . A Leyde ,
chés Gilbert Langerak , et Theodore
Lucht , 1737. in 8 °.
L'Auteur de ce Livre se propose d'y
rechercher les veritables causes des difformités
avec lesquelles quelques enfans
viennent au Monde ; et il examine si
l'opinion générale , qui les attribue à la
force de l'imagination de la Mere , est
bien ou mal fondée.
t Dans la Préface il prévient le Lecteur
que son dessein est de combatre l'erreur
vulgaire où l'on est à cet égard. Il commence
par attaquer l'expérience journaliere
FEVRIER. 1738. 187
Here qu'on croit en avoir ; il fait voir que
dans les choses naturelles on a souvent
abusé du nom d'expérience ,comme lors
qu'on a crû avoir l'expérience des funestes
accidens arrivés par l'aparition des
Cometes , parce qu'on prétendoit qu'el
les les avoient prédits .
De plus , il entreprend de prouver que
l'expérience est contraire à l'opinion
qu'il combat ; et pour cet effet il raporte
f'Histoire qui suit , page 19. •••
Après avoir ainsi fait voir que les marques
ne suivent point ce qu'on croit en
devoir produire , il raporte une Histoire
et plusieurs ensuite , qui font voir qu'il
y a des marques , sans qu'il y ait eû aucune
des causes de cette nature : je me
souviens ( dit- il p. 23. ) &c .
Ensuite , il fait voir que dans le grand
nombre d'enfans , il y en a bien peu qui
viennent au Monde avec des marques ; il
employe pour le prouver du Calcul , il
dit ( p. 27. ) que les enfans qui naissent
avec des difformités sont à ceux qui naissent
sans difformités , comme 75 , est à
124 : 5. et même il soutient ( p. 29, ) que
dans ce petit nombre de 75 , il y en a
beaucoup qui ne le sont réellement
et qui passent pour l'être, par la crédulité
des esprits foibles , ou par la fourberie
pas
des
+8
88 MERCURE DE FRANCE
des Pauvres Mandians. Il veut encore
qu'on retranche de ce nombre des enfans
marqués , ceux qui ont souffert des accidens
pendant l'accouchement , lesquels
sont imputés à l'imagination de la Mere
pour ( dit-il p. 33. ) pallier les méprises,
des Chirurgiens ou des Sages Femmes.
Après avoir montré que cette opinion
est contraire à l'experience , il cherche
prouver qu'elle est oposée à la raison,
Il trouve une contradiction dans le
Systême des Imaginationistes, qui disent
que l'imagination de la Mere peut , par
deux passions entierement oposées l'une
à l'autre , produire un même effet sur le
Fetus. On dit qu'un enfant ( p . 50. ) à la
marque d'un moule sur son corps , parce que
sa Mere en a en envie , pendant qu'un autre
enfant est marqué de même par la gran
de aversion que sa Mere avoit pour ce pe
tit poisson à coquille. Cette opinion repu
gne , dit l'Auteur p. 52. à la nature " des
passions. &c.
Ensuite il raporte les differens Systê
mes sur la génération , qu'il reduit à
trois principaux , et distingue le temps
que le Foetus est dans le ventre de la Me-
,
en trois états successifs. Il demontre
que , dans chacun de ces états l'imagination
de la Mere ne peut rien sur le
Foetus,
FEVRIER 1738 280
Enfin l'Auteur , pour prouver que le
Foetus et la Mere sont deux Etres absolument
distincts , pousse la chose jusqu'à
dire , p. 74. le Foetus , &c. Et il assure
p. 77. qu'il n'y a point de circulation
commune à la Mere et à l'Enfant.
Nous croyons devoir indiquer sur cette
question la sçavante These de M. Falco
net, Medecin de la Faculté de Paris , an
Foetui sanguis maternus alimento ? dont
M. de Jussieu a donné une seconde Edi
tion , à Paris chés Quillau , 1735 .
L'Ouvrage dont nous donnons ici
Extrait, est suivi d'un Suplément , dans
lequel l'Auteur repond à ce qu'on peut
objecter contre son opinion ; ces objec
tions sont des Histoires d'enfans marqués
, nés de Meres qui ont eû , en les
portant , des envies ou des repugnances .
Ces Histoires, sont telles que notre
Auteur a bien pensé, qu'il suffisoit de les
raporter , pour y répondre : on en peut .
juger par celle qui est raportée p.159. &c;
L'Auteur finit par une objection qu'il
tire de la Genese . ( p. 172. ) Au sujet des
Troupeaux de Jacob et de Laban ,
Il ne neglige rien pour repondre amplement
à cette objection ; et il y fait
voir beaucoup d'érudition ; l'Hebreu
meme y est employé , mais avec discer
nement
290 MERCURE DE FRANCE
nement ; enfin toute la dissertation est
conduite avec beaucoup de methode
suivant le génie Anglois , et presente par
tout des traits de critique libres , vifs , et
même enjoüés , qui tombent sur le Doc
teur Turner son principal Adversaire ,
sans s'écarter trop du sujet traité.
RECUEIL de Pieces pour servir de
suplément à l'Histoire des Pratiques su
perstitieuses du P. Pierre le Brun , Prêtre
de l'Oratoire. Tome IV. A Paris , chés
la veuve Delaune rue S. Jacques , à
l'Empereur , 1737. in 12.
LOGIQUE , ou Reflexions sur les
forces de l'entendement humain et sur
leur legitime usage dans la connoissance
de la verité. Par M. Chrétien Wolf, Conseiller
de Régence de S. M. le Roy de
Suede , Professeur en Mathématiques
et premier Professeur en Philosophie à
Marpourg , Professeur honoraire de S.
Petersbourg , et Membre des Societés
Royales des Sciences de Londres et de
Berlin , Traduite de l'Allemand , sur la
cinquième Edition , er revûë sur toutes
les suivantes. A Berlin , chés A. Hande
1736. vol in - 12. de 266. pages sans
compter l'Epitre Dédicatoire au Prince
,
Royal
FEVRIER: 1738. 291
de Prusse , les Préfaces de l'Auteur et du
Traducteur , et les Tables.
La troisiéme feuille des Amusemens du
coeur et de l'esprit paroît chés Didot. Ces
feuilles se font lire plus agréablement que
par le passé ; on en jugera par ces deux.
Morceaux de Poësie , que nous en allons
extraire.
LA ROSE ET LE PAPILLON
L
FABLE.
Es fleurs blâmoient un jour entre elles
L'inconstance des Papillons ;
Même chose arrive à nos Belles ;
Dieu sçait , de notre part , si nous en babillons .
Recevoir les tributs d'une Cour trop volage ,
Sçavez-vous bien , mes Soeurs , que c'est nous
degrader
Dit la Rose , entre nous il faut nous accorder
Dedaignons de concert le frivole étalage.
D'un amour prompt à s'éclipser ;
Eh quoi ! toutes dans le bel âge ,
Nous ne pourons jamais fixer
Ce Peuple d'inconstan qui vient nous encenser
Eh !doucement , Mesdemoiselles ,
Répondit aussi-tôt , ayant oui cela
Un jeune Papillon qui se rencontra là ;
E Tou
292 MERCURE DE FRANCE
Tous nos feux ne sont qu'étincelles
Eh bien ! j'en conviens sans détour ;
Mais pouriez-vous m'enseigner celles
Qui ne nous donnent point là- dessus de retours
Nous ne pouvons être infideles ,
Que vous n'y gagniez tour à tour.
Vers la Rose soudain il dirige ses âîles ,
Elle oublie aussi - tôt qu'il puisse être inconse
tant :
On est prompt à s'en faire accroire ;
Va- r'on s'imaginer dans ces momens de gloire }
Qu'elle ne durera peut-être qu'un instant ?
Au premier feu de la victoire
11 est peu de Beautés qui n'en fissent autant,
A Mlle. Dangeville , en lui dédiant la
Soubrette Rivale , Comédie dont elle doit
jouer le principal Rôle.
C'est à vous , aimable Soubrette ,
Que je consacre mes essais ;
C'est par vous que j'aspire aux plus heureux
succès ;
C'est vous qui me donnez l'esperance secrete
D'un triomphe sûr et prochain.
J'attends tout d'une Actrice habile :
L'Amour assûre mon destin ;
Vous lui faites la loi , brillante Dangeville ;
De vos yeux animés la saillante gayté
FEVRIER. 1738. 293
Va donner à ma Comédie
Tous les atraits qu'en vous fait regner ka
beauté.
Le Public vous prend pour Thalie :
Je n'en suis point surpris , vous avez tous ses
traits ,
Vous avez son esprit , vous êtes aussi belle ;
Il est vrai qu'elle est immortelle
Mais votre nom ne périra jamais.
ESSAIS sur la necessité et sur les
moyens de plaire , 2. Extrait.
La seconde partie de cet Ouvrage ;
plein d'aménité , et de reflexions également
justes , délicates , et solides , est divisée
en trois Chapitres. Le 1. contient
des refléxions préliminaires sur les Principes
qui nous sont imprimés par l'éducation.
Dans le 2. on propose des moyens
pour
pour faire naître , dans les enfans , avec
le désir de plaire , les qualités de l'ame
par lesquelles on plaît davantage. Dans
le 3. on examine les connoissances et les
talens auxquels il paroît plus à propos
d'apliquer l'esprit des enfans pour leur
donner les moyens de plaire.
Dans le Chapitre préliminaire l'Auteur
remonte aux sources de l'éducation .
» L'éducation , dit-il , est l'art d'employer
E ij »> l'enteng
394 MERCURE DE FRANCE
»l'entendement des enfans dans ses dif
» ferens dévelopemens , de maniere à I
» imprimer fortement et par préference ;
» les principes vertueux et sociables. Et
yoici comment il définit ces mêmes principes,
» Ils consistent dans la liaison des
a idées relatives qui condourent à former
» complettement telle vertu , ou telle
» qualités ce qu'il explique ensuite par
un exemple. Et plus loin , donnant plus
d'extension à ses vûës , il dit , » Le secret
» de l'éducation consiste donc , en pre-
» mier lieu , dans le choix et dans la liai-
» son des idées principales qui doivent
» nous conduire pendant la durée de notre
Etre , par raport à notre bonheur
» concilié avec celui des autres hommes ;
neten second lieu ,à s'oposer à l'union de
» celles qui produiroient des effets con-
» traires,
2.
De ces differens principes , l'Auteur
tire differens exemples des abus de l'édu
cation commune , par raport aux premieres
années de notre enfance. » Il sem-
» ble ,remarque t'il , que l'enfance soit con-
» tagieuse, car y a -t'il une cause raisonable
» d'imiter comme on fait communément,
»-la foiblesse de leurs organes, les sons ai
gus de leur voix , et le désordre deleurs
» idées ? Au lieu de leur montrer en mous
» le
FEVRIER : 1738 293
' le modele de ce qu'il faut qu'ils devien
» nent , nous ne leur offrons sans cesse
» qu'une ressemblance Pantomime de ce
» qu'ils sont eux- mêmes .... on se fait
un jeu de ne leur débiter que des chi-
» meres badines . On les trompe sur le
» nom des choses ; on les abuse sur leurs
usages les premieres operations de cet
» entendement, si importantes pour le res
te de leur vie , sont le doute , l'erreur ,
la confusion , et cette confusion est no
ز
tre ouvrage.
>
L'Auteur fait voir les inconve
niens de cette éducation , et propose
d'après les vûës de M. Loke , qu'il cite ,'
des routes plus raisonables pour em
ployer les premieres années de l'enfance.
Il pense que la véritable éducation con-
» siste dans le raport continuel des exem
ples qui frapent les enfans , et des dis-
» cours qu'ils entendent au hazard , avec
» les préceptes qu'on leur donne , et ce
» pouroit être du moins celle de tous les
>> enfans nés avec une fortune qui per-
» met de n'épargner rien de tout ce qui
» peut contribuer à les bien élever . » Ce
Chapitre est terminé, par cette reflexion .
» Estel d'occupation qui mérite d'avanta-
» ge toute notre émulation , d'étude plus
interessante pour la raison que d'ob
E iij server
297 MERCURE DE FRANCE
» server et de favorifer ces premiers éclats
de lumiere qui se combattent , s'unis-
» sent , se divisent , se multiplient ; et
>> ces dévelopemens , quelquefois si sur-
» prenans , d'un esprit qui commence à
» se connoître ? Est-il , enfin , de specta-
» cle plus digne de l'homme , que l'hom
» me qui attend son secours , pour ac
» querir la saine raison ?
Le second Chapitre traite des moyens
de faire naître dans les enfans le désir de
plaire,et les qualités de l'ame par lesquel
les on plaît davantage , et dont l'effet est
de leur faire employer les moyens qu'ils
ont d'être heureux , en s'occupant du bonheur
des autres. Pour suivre ce plan , on
doit les louer sur quelques avantages , et
ne jamais les entretenir de quelques au
tres.
» On peut loüer
dans un enfant
les qualités
que sa volonté
et son émula- » tion concourent
à lui donner
, comme » les vertus
de l'ame , et les connoissances
» qui étendent
l'esprit
. C'est une manic- >> re de l'encourager
à lesporter
à leur per- » fection
. Mais il faut bien se garder
de » le flater
sur les distinctions
... qu'il a » reçûës
gratuitement
de sa naissance
»> ...
Ces précautions
ne sont encore
que la moitié
de l'ouvrage
, » Il est essentiel
de
อ
» les
FEVRIER 1738 : 297
»
les engager à profiter de ces mêmes
» avantages pour plaire et pour se faire
» aimer,et dans cette vûë , n'apeller devant
>> eux tous les avantages qu'ils possedent,
que du nom des vertus qui en peuvent
≫ naître .
le
Trois défauts ordinaires à l'enfance
sont , à ce que remarque l'Auteur ,
germe de plusieurs inclinations dangereuses
qui varient dans leurs effets , selon
la difference des caracteres. Ces défauts
sont 1. L'attention à relever les fautes
d'autrui , qui produit dans la suite la severité
dans les jugemens sur autrui , la
sincerité indiscrete , et l'esprit caustique.
2º. L'empressement qu'ont les enfans de
faire valoir ce qu'ils se croyent de bonnes
qualités , source vraisemblable de la préocupation
de son propre mérite , de l'habitude
de parler de soi , et de plusieurs
autres foibles. 3 ° . L'oposition opiniâtre
à la volonté d'autrui, dans les choses qui
par elles mêmes n'ont rien qui doive ré
pugner , Cause dangereuse de l'humeur
imperieuse, de l'esprit de contradiction
et des autres défauts qui forment l'attachement
à notre propre volonté. L'Au
teur propose quelques moyens pour déraciner
ces défauts.
Le 3. Chapitre contient des reflexions
E iiij SUR
298 MERCURE DE FRANCE
sur les connoissances de l'esprit , et les
talens qui doivent entrer dans l'éducation
des enfans pour leur donner les moyens
de plaire.
Les instructions indiquées regardent
l'étude de leur Langue naturelle et de
quelques autres Langues vivantes , les
regles générales de l'Histoire universelle,
l'Histoire de notre nation , les exercicesqui
, en formant le corps , peuvent lui
donner de la grace. L'Auteur au sujet
de l'impression subite que notre exterieur
fait en notre faveur ou à notre désavantage
, dit , » Il y a dans le pouvoir
» qu'a sur nous le de nos yeux à
» cet égard , quelque chose qui me paroît
avilir beaucoup notre jugement .
» On se sent communément moins de ré-
» pugnance pour une personne qui se
» produit avec une étourderie confiante
» et qui donne lieu de soupçonner qu'el-
» le a peu de raison , que pour une autre
qui se présente avec un air grossier
ignoble,quoique sensé. » et
»
raport
Les talens entrent aussi dans l'éducation
proposée , et l'Auteur remarque,
qu'il y a une convenance entre le rang
>> des personnes qu'on éleve , leur desti-
»> nation et les talens qu'elles peuvent
»`avoir avec bienséance , qu'il est indispensable
FEVRIER . 1738 . 299
» ,
pensable de consulter. » Il fait encore
d'autres observations sur les talens ; l'Au
teur recommande ensuite la connoise
sance des Ouvrages d'esprit , parce que ,
» être instruit, produit deux avantages ; on
décide moins et on décide mieux . » Il recommande
aussi de donner aux jeunes
gens une idée assés étendue des Arts
agréables , et particulierement de ceux
qui dépendent autant du goût que des.
regles : il propose ensuite , en parlant
des jeunes gens , doués d'une certaine
intelligence , » de leur faire connoître le
» terme , autant qu'il paroît déterminé ,
où l'esprit de leur siécle est parvenu, par
raport aux sciences , aux connoissances
sublimes et aux grands talens , afin
qu'ils évitent de tomber dans de cer
» taines extrémités , qui marquent de la
>> petitesse dans l'esprit.
On doit aussi exercer les jeunes gens
au stile Epistolaire , » parce que le talent
»de bien écrire est , en quelque sorte, une
autre maniere de vivre avec les person
>> nes qu'on aime et à qui on veut plaire ;,
" ce talent tient à une quantité de nuances
qu'il faut saisir , soit dans le ton
soit dans l'attention à éviter l'esprit ,
ouà en mettre jusqu'à un certain point...
Ce sont les convenances particulieres
É. v
» do
300 MERCURE DE FRANCE
»de personne à personne qui forment au
» tant de regles délicates , qu'on observe
» mieux à mesure qu'on a plus de sens et
d'esprit ; mais cette habitude des bienséances
ne s'acquiert à un certain
» point , que par la connoissance des usa
» ges du monde.
2.L'Auteur explique ensuite ce qu'il
entend par ces usages. » Ce qu'on apelle
les usagés du monde , dit- il , consiste ,
» si je ne me trompe , dans la précision
avec laquelle on employe le sçavoir vi
vre , la politesse , l'empressementou la
» retenuë , la familiarité ou le respect ,
» l'enjouëment ou le sérieux , le refus
» ou la complaisance , enfin tous les témoignages
de devoir ou d'égards qui
» forment le commerce de la societé. » Il
peint les inconveniens qui naissent du
manque d'habitude de ces mêmes usages.
Il ajoûte que c'est encore peu que d'être
Instruit des usages de la societé, si l'on n'y
joint la connoissance du caractere des
hommes de son siècle. » On trouve , ditil
, assés communément des gens rem-
≫ plis de beaucoup de lecture , qui con-
» noissent tous les Portraits qui ont été
» faits des hommes, et qui ne connoissent
» pas les hommes mêmes.
L'Auteur remarque qu'on peut penser
que
FEVRIER . 1738. 301
que cette connoissance des hommes de
son siecle combatroit peut-être dans bien,
des gens le desir de leur plaire. Il répond
ainsi à cette objection : » L'éducation doit
>> faire concourir ces deux principes. Les
>> hommes sont assujetis à bien des dé-
» fauts & c. ... mais celui qui est le plus
> en droit de les condamner , a besoin
» lui- même de leur indulgence ... avec
➡de tels principes , la connoissance des
» hommes de son siecle ne deviendroit
» pas plus dangereuse que la sincerité et
quelques autres qualités qui sont des
» vertus en elles - mêmes , mais dont on
» peut abuser.
On trouve ensuite plusieurs Remarques
sur des Maximes de Morale rebatuës
, sur des Antitheses , enfin sur des
Lieux communs , que les jeunes gens
sont sujets à adopter. Il indique le genre
de ces differens Lieux communs par quelques
exemples ; mais sentant que rien ne
doit être banni de la Conversation , il a
soin de faire cette restriction . » Je ne
» prétends pas conclure de ce que je viens
» de dire , ni de ce que j'ajoûterai sur
» les Lieux communs , qu'il faille les ex-
» clure de la Conversation ; une aten-
» tion réfléchie à n'y produire que des
traits recherchés , seroit une autre ex-
> E vj tremic
302 MERCURE DE FRANCE.
» tremité plus à charge peut-être encore.
» Je demande seulement qu'on y donne
» les Lieux communs pour ce qu'ils sont,
» ils n'y déplaisent que quand ils sont
» amenés sotement , comme des décou-
» vertes , ou qu'on paroît y entendre une
finesse, que peut - être ils ont euë, mais
» que l'usage vulgaire où ils sont tom
» bés leur a fait perdre.
Il parle ensuite des Lieux communs
qui consistent dans des opinions fausses,
telles que de regarder les songes comme
des présages , ou de croire que l'Astrologie
est la science de l'avenir.. Il recommande
qu'on prévienne les jeunes gens
sur la chimere de ces mêmes opinions ;
et pour ne pas laisser douter que c'est
aux jeunes gens uniquement et non aux
gens du monde qui sont éclairés , qu'il
adresse ces observations sur les différens
genres de Lieux communs il s'explique
ainsi : » Ce n'est pas qu'on ne puisse
» être d'une Conversation agréable, quoi
» qu'on ait toutes les craintes frivoles ,
» et les opinions chimeriques ; c'est la
» Philosophie de presque toutes les femmes.
Mais la, Nature a donné à celles-
» qu'elle a destinées à plaire , un charme
qui se répand sur tout ce qu'elles pensent.
Leur imagination, telle qu'on nous
peint
FEVRIER: 1738. 305
peint cet Art de Féerie, qui fait naître
des Palais et des Jardins , où l'instant
» d'auparavant on ne voyoit que des ro-
» chers et des ronces , embellit tout ce
» qu'elle nous présente. C:
Cette Refléxion termine cette seconde
Partie. » Pour faire connoître dans toute
son étendue , la necessité de s'assujetir'
>> aux usages du monde , et de s'apliquer
» à connoître le caractere des personnes
quicomposent la societé, afin de pouvoir
s'en faire aimer ; on ne peut trop prépas
»rer les jeunes gens à la severité avec
laquelle on les examinera , quand ils
» paroîtront sur cette grande scene ; ils
doivent être prévenus qu'ils trouve
Pront deux Juges dans chaque Spectala
Raison et l'Amour propre.
L'une équitable , rend justice gratuite
ment ; l'autre n'est jamais favorable:
" qu'à de certaines conditions : l'Amour"
propre veut qu'on le flate , qu'on ne
perde point de vûë ses interêts : et dans
la plupart des jugemens , où il semble
que ce soit la raison qui prononce , il
» se trouve que l'Amour propre a pres
» qu'entierement dicté l'arrêt.
»
teur
»
>:
Pour donner l'idée de la troisiéme:
Partie de ces Essais , il ne faut que ra-
Porter ce que l'Auteur expose dans un
court
304 MERCURE DE FRANCÊ
Court Avertissement. » Les Contes dé
» Fées qu'on va trouver à la suite de cet
Ouvrage , seroient , sans doute déplacés
,s'ils ne faisoient partie de l'Ouvrage
» même. Mais on feconnoîtra que les
» Idées , les Evenemens qui constituent
» chaque Conte , servent à prouver l'utilité
de quelques uns des principes ré
» pandus dans ces Essais , & c.
Le premier Conté est intitulé les Dons
des Fées , ou le pouvoir de l'Education.
L'action consiste dans la conduite diffe
rente de deux Freres qui regnent sur un
mêmeThrone. L'un a reçu d'une Fée dés
le berceau, l'Esprit, la Valeur et la Probité
, et ce Prince abandonné à lui-mêet
privé d'éducation , ne tire aucun
me ,
des Dons de la Fée ; ses vertus,
avantage
sans être altérées , prennent un caracteré
qui ne sert qu'à le rendre malheureux
.
Le second Prince , secouru d'une éducation
heureuse , acquiert toutes les quali
rés qui font un bon Maître et d'heureux
Sujets.
Le second Conte est intitulé l'Isle de la
Liberté. L'action se passe dans une Isle ,
où un Enchanteur ayant reçu des hommes
qui ont bien des défauts contre la
societé , trouve le moyen de leur en
faire sentir l'inconvenient , en ne les fai-
Sant
FEVRIER. 1738. 305.
sant vivre chacun qu'avec des gens qui
leur ressemblent.
Le troisiéme Conte , intitulé les A'yeux
ou leMérite perſonnel, représente un Personage
rempli d'orgueil , parce qu'il a
d'illustres Ancêtres , et dont la présomp
tion est confondue par ces mêmes Ayeux,
dont le souvenir faisoit naître sa confiance.
Evoqués par un Charme , ses
Ayeux qu'il ne reconnoît point , le już
-gent et le condamnent.
•
Le quatriéme Conte est intitulé Alidor
et Thersandre . Ce sont deux Jumeaux
, se ressemblant parfaitement par
la figure , et ayant beaucoup d'esprit
tous deux , mais étant très- differens par
le caractere. L'un rempli de son Amour
propre , le montre à découvert : l'autre
ne laissant paroître le sien qu'à ce degrá
raisonable , qui est apellé Modestie, parvient
seul à un degré de gloire où son
Frere auroit pû également prétendre.
Le cinquième a pour titre les Voyageuses.
Ce sont trois Niéces d'une Fée ; Pune
est belle , la seconde jolie , et la troisiéme
laide. Les deux aînées qui passent
ainsi
que leur cadette par differens Etats,
tels que d'être tantôt Keines , tantôt Ber-
&c. trouvent le moyen de tou
geres ,
jours déplaire , parce qu'elles ne sont
occupées
IER CURE DE FRANCE
es que d'elles -mêmes: Cette Cas
qui n'employe son Esprit et ses
que pour la satisfaction des auoublier
qu'elle est laide , et finit
par être heureuse , tandis que la Fée est
réduite à punir la présomption des deux
aînées qu'elle abandonne.
les
La premiere Edition de cet Ouvrage
est déja enlevée , et l'on travaille actuellement
à une seconde. Ceux qui en connoisent
le mérite n'en seront pas surpris.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC ,
&c. Par un Religieux Bénédictin de la
Congrégation de S. Maur. Tome III.
A Paris , chés Jacques Vincent , 1738 .
Ce Volume qui est d'une grosseur
égale aux précédens , commence par
premiers progrès de l'Hérésie , qui fit tant
de bruit dans le Languedoc , sous le
nom d'Hérésie des Albigeois , quoi
qu'elle n'eût pas ce nom dans son ori
gine ; le sçavant Auteur donne dès la
seconde page une idée des moeurs de ces
Hérétiques , qu'il tire d'un Ecrivain con
temporain , ( c'est- à dire d'environ l'an
163.) en ces termes : » Ils prêchent
sans cesse, marchent nuds pieds, prient
wà genoux sept fois par jour , et autant
pendant la nuit , ils ne veulent recevoir
FEVRIER 1738 307
voir d'argent de personne , ne mar
gent point de viande , et ne boivent
» pas de vin , et se contentent de rece
» voir leur simple nouriture. » Ce té
moignage m'a fait ressouvenir d'une
Lettre que j'ai vûë dans un Manuscrit
de Sorbonne du treiziéme siecle , dans
laquelle le nommé Heribert , qui entre
prend de dépeindre le caractere de ces
faux Apôtres qu'il dit sortis l'an 1163 .
du Perigord , parle de leur abstinence
avec une restriction qui change un'
peu le sens de ce qui vient d'être ra
porté : Carnem , dit - il , non comedunt
vinum non bibunt nisi tertio die ; et hoc
parum ; centies flectunt genua in die. Gloria
Patri non dicunt , sed ejus loco , quia tuum
est Regnum ; le même Heribert ajoûte
qu'ils enseignent toute la Bible en sept
jours de temps , que d'une goute de vin'
qui sera dans un vase , ils font
an
que le'
lendemain le vase se trouvera plein . Il
n'est pas étonnant que le sçavant Historien
n'ait point raporté les circonstan
ces de ce Manuscrit , dès qu'il convient
que les differences qui se trouvent
dans les informations , comme dans les
Historiens au sujet de ces Hérétiqués ,
sont si grandes , qu'il eût été fort.ennuyeux
de les raporter : il s'est borné à
се
308 MERCURE DE FRANCE
ce qu'on en trouve dans les Imprimés.
DomVaissete raportant leur condam
ñation faite au Concile de Lombers de
l'an 1165 , observe que ce Lieu est du
Diocèse d'Alby , et qu'il ne faut pas le
confondre avec Lombez. Après avoir
traité de differentes affaires des Seigneurs,
temporels du Languedoc, l'Historien revient
à l'an 1178. sur ces Hérétiques , et
donne l'Extrait d'une belle Lettre que
Raymond,Comte de Toulouse écrivit au
Chapitre Général de l'Ordre de Citeaux,
qui étoit alors très- florissant , pour en ob
tenir du secours contre cette Hérésie , en
continuation de celui que saint Bernard
avoit donné ; Guarin , ancien Abbé de
Pontigny, alors Archevêque de Bourges,
tur un des Sçavans de cet Ordre, qui alla
avec Henry , Abbé de Clairvaux , pour
travailler à l'instruction des peuples sé
duits. La conversion et la penitence de
Pierre Mauran , laïque notable de Tou
louse , est un morceau à lire. Le dernier
Article du premier Livre est aussi trèsdigne
d'attention par le récit qu'il contient
de l'origine de l'Association faite en
1182. au Puy en Velay , contre les bri
gands qui ravageoient le Royaume. Elle
vint d'une révélation faite à un Charpensier
de cette Ville et delà prit naissance
0 Cette
FEVRIER . 1738.
309
cette fameuse Confrérie de Notre- Dame
du Puy , dont les Confréres étoient dis
tingués par un capuchon.
Ce qui est très digne d'attention dans
le second Livre de ce Volume, est laNotice
des Poëtes Provençaux , que l'Auteur
donne à l'Article 42. et celle d'un Abbé-
Chevalier de l'Abbaye de Moissac avec
ses Privileges, Article 52. Il revient enco
re sur ces Anciens Poëtes toutes les fois
que l'occasion se presente d'en parler.
Le commencement du treizième siecle
vit pulluler l'Héresie qui avoit été combattue
dans le siecle précédent. On les apelloit
alors Vaudois et ce fut sous ce nom
que Bernard Abbé de Fonteaude, Ordre
de Prémontré, Diocèse de Narbonne, les
combattit. L'Auteur observe que ces
Hérétiques se répandirent jusque dans
leNivernois, où il y en eut deux de brulés.
Innocent III. nomma des Commissairescontre
ces Sectaires ; deux Religieux de
l'Ordre de Citeaux exercerent les pre
miers dans le Languedoc les fonctions de
ceux qu'on nomma depuis Inquisiteurs.
Ces Hérétiques se firent adorer dans le
Toulousain , dans une cérémonie qu'ils
apellerent du nom de Consolation . Il y
en cut qui reconnoissoient une vertu
singuliere
2
310 MERCURE DEFRANCE
singuliere dans leurs sandales.
Les progrès de l'Hérésie firent créef
par le Pape , desLegats , à l'occasion des
quels il s'éleva des, contestations avec les
Evêques. Un des Prélats , qui devint cele
bre,dans l'affaire des Albigeois fut Foulques
de Marseille , qui originairement
avoit été Jongleur , et qui embrassa depuis
l'Ordre de Citeaux . Le meurtre de
Pierre de Castelnau l'un des' Legats ;
eut des suites fâcheuses pour le Comte
de Toulouse que le Pape soupçonna d'y
avoir participé , c'est ce qui est raporte
assés au long avec des circonstances curieuses
au sujet de la satisfaction qu'en
fit ce Comte. L'Histoire de la premiere
Croisade contre les Albigeois , est aussi
remplie d'une infinité de varietés , et sur
tout des actions du fameux Simon de
Montfort. On lit à la page 207. qu'un
jour de Vendredi Saint , Roger de Comminges
étoit sur le point de lui faire
» hommage pour tous ses domaines ,
» quand Simon vint à éternuer une
» fols , que Roger prit à mauvais augure
cet unique éternuement, et s'étant retiş
ré à l'écart avec ses gens , il les con
sulta sur ce qu'il devoit faire et refusa
de rendre l'hommage qu'il avoit proa
» mis , mais on le tourna tant en ridicu
» le
FEVRIER.. 1738. 3.1X
S
le , qu'enfin il eut honte de sa supersti
» tion et rendit cet hommage, Il n'est
pas possible de suivre l'Auteur dans le
recit du reste des Evenemens de la vie de
ceSeigneur . Il semble à la page 290.qu'on
trouve mentionnée dans les guerres de ce
Comte , une espece de poudre qui a pû
disposer à trouver celle qu'on a depuis
apellée la poudre à Canon,
Après la mort du Comte Simon de
Montfort et les campagnes d'Amauri son
Fils ,l'Historien s'étend sur les voyages
de Louis VIII. dans le Languedoc pour
Soumettre cette Province , les Traités de
Paix faits sous S. Louis , l'origine de
l'Université de Toulouse , l'Assemblée
de Lorris en Gâtinois , où le Roy reçut
l'hommage de Raymond Comte de Toulouse
l'an 1243. Ce Comte sur lequel
roule une bonne partie de l'Histoire contenuë
en ce Volume , mourut le 27 Septembre
1249. âgé de 52 ans , et eut pour
successeur Alphonse , qui s'embarqua.en
1270. pour le voyage de la Terre Sainte
La fin du dernier Livre de ce Volumé
est très interessante, Elle traite des Serfs,
des Affranchis , des Hommes de corps , des
Francs aleus du Commerce du Languedoc
qui y attiroit beaucoup de Juifs ,outre les
Genois , les Lombards , les Florentins ,
Les
312 MERCURE DE FRANCE
les Pisans & c. des Monnoyes du Pays. Il
observe sur ce dernier Chef que Berenger
Evêque de Maguelone fit fraper dans son
Diocèse une Monnoye Etrangere qu'on
apelloit des Milarets, qui avoit cours par
mi les Sarrazins , et étoit marquée au
coin de Mahomet. Clement IV. reprit
severement ce Prélat et lui défendit de
continuer.Les Etudes , concluënt ce Livre;
la PoësieProvençale y est encore celebrée,
comme ayant toujours été en honneur ,
dans le Languedoc ; l'Auteur continue
ici son Catalogue des Poëtes, qui s'y rendirent
celebres au XIII . siecle, et finit pat
de courtes remarques sur les habits , les
nocés et les funerailles.
Mais il ne fautpas oublier ici les sçavantes
Notes qui suivent les huit Livres de
cette Histoire, et qui sont au nombre de
quarante- cinq. On peut dire qu'elles sont
autant de petits Traités agréables à lire
par l'exactitude des discussions dont elles
sont remplies.La treizième qui est sur l'origine
du nom d'Albigeois , donné aux
Hérétiques qui font le sujet d'une grande
partie de ce Volume , est des plus intéressantes
: ily réfute doctement le sen
timent de M. l'Abbé Fleury , qui donne
à ce nom une origine plus ancienne qu'el
le n'est. Tout l'Ordre de S. Dominique
doit
FEVRIER: 1738, 383
doit s'interesser à la 15. Note qui est sur
l'Epoque de la Mission de ce S. Fondateur
pour la conversion des mêmes Hé
rétiques. Le Sçavant Auteur fournit dans
sa seizième, vingt huitiéme et trentiéme
Notes ,de quoi rectifier plusieurs endroits
des Conciles du P.Labbe: dans la 17. sont
des discussions sur la Bataille de Muret de
l'an 1213. Les Genealogistes trouveront
aussi beaucoup à profiter dans plusieurs
de ces Notes . La 20. sur S, Pierre Nolasque
est fort curieuse. La 26. sur la Pairie
des Comtes de Toulouse l'est encore
davantage , la 36, sur l'origine de la
Ville et du Port d'Aigues- mortes , la 38.
sur les Actes de S. Geri , Pelerin , natif
de Lunel au Diocese de Montpelier, Il y
en a quatre ou cinq qui regardent la vie
ou le Regne de S. Louis , la derniere roule
sur les Grands Officiers de la Maison
des Comtes de Toulouse.
Les preuves font un tiers de ce Volu
me,mais on ne doit pas les regarder indif
feremment. On lit à la tête une Histoire
de la guerre des Albigeois , écrite en Langue
Languedocienne par un Auteur qui
vivoit environ sous le Regne du RoyJean
ou de Charles V. Elle est suivie d'un
Glossaire pour l'intelligence du langage,
Parmi les 371. pieces qui suivent, il y en
$ 14 MERCURE DE FRANCE
a un très grand nombre qui exciteront
la curiosité du Lecteur , les unes donnent
Connoissance de quelques Conciles , les
autres sont des Hommages , ou des Donations
, des Traités, des Testamens , des
Sentences , des Sermens de fidelité . Il y a
des Lettres de Papes , de Rois , de Comtes
& c. Au nombre 242. est la Monition.
du Chapitre de Narbonne à son Archevêque
de l'an 1241 .
Gissey, Libraire et Imprimeur ruë de
la vieille Bouclerie , continuë de distribuer
toutes les semaines une feuille intitulée
Réflexions sur les Ouvrages de Litterature.
Il en a déja imprimé soixante
feuilles , qui composent quatre Volumes
, et il va commencer le cinquième.
Afin que les Personnes , qui achetent cet
Ouvrage n'ayent pas la peine d'envoyer
inutilement chés lui , il nous prie d'a
vertir que la feüille paroîtra exactement
tous les Lundis. Il a pris ses mesures
pour ne jamais manquer à l'avenir.
Cet Ouvrage , dit-il est d'un goût different
des autres Ouvrages Périodiques ;
le but des Auteurs n'est point de donner
des Extraits ; si quelquefois ils donnent
une idée générale d'un Livre c'est , pour
lier plus facilement leurs réflexions, mais
pour
THE NEW Y
PUBLICALIERARY
.ALASENTNDOORX
TF. IOLUDNEDNATIONS
pour
rom
eler
aritio
on le
Volu
blic
xact
R
O
adeur de la
pierre
Puc
d'Evonshyne.
65
FEVRIER. 1738 315
pour l'ordinaire , ils s'attachent à examiner
des endroits importans , dont ils démélent
les beautés ou les défauts : leur
critique réunit ce double objet , comme
on le voit distinctement dans le second
Volume. Ce plan, qui a été goûté du Public,
ajoûte le Libraire , sera encore plusexactement
suivi à l'avenir.
REFLEXIONS POLITIQUES Sur
les Finances et le Commerce, où l'on examine
quelles ont été sur les Revenus , les
Denrées , le Change Etranger , et con
sequemment sur notre Commerce , les
influences des augmentations et des diminutions
des valeurs numeraires des
Monnoyes. A la Haye , 1738. 2. vol .
in - 12. et A Paris , chés Rollin , Fils ,
Quai des Augustins .
Paro-
CYBELE AMOUREUSE
die nouvelle d'Aris , par M. Sticotti , Comédien
Italien ordinaire du Roy . A Paris
, chés Prault Pere , Quai de Gêvres ,
au Paradis , 1738. in- 8.
Vers pour être gravés sur le piedestal d'une
Statue de la Sainte Vierge.
J
'Ai porté dans mon sein le Maître du Tonnerre
;
J'ai fait naître mon Dieu, mon Sauveur, et mon
Roi, E Rica
316 MERCURE
DE FRANCE
Rien ne poura jamais m'égaler sur la Terre ,
Et Dieu seul , dans les Cieux , est au dessus de
moi.
Chrétiens , vous , dont mon Fils est devenu le
Frere ,
Voyez quel est le prix de mon humilité ;
Imitez mes vertus, imitez vôtre Mere,
Si vous voulez jouir de ma felicité.
Par M. P.
QUESTION
à résoudre.
On demande si l'honneur et la gloire
sont une même chose , et lequel des deux
a le plus d'empire sur le coeur de l'hom
me.
On écrit de Venise que le III. Volume du
Dictionaire Géographique de M. de la Martiniere
, dont le Libraire Pasqualy a entrepris une
Edition , paroît déja et qu'on travaille à force
au IV. Le même Libraire va donner aussi une
magnifique Edition de l'Histoire de Guichardin
ca deux Volumes in-fol.
Le Sr. Jean Neaulme Libraire à la Haye ; a
imprimé dans une petite feuille volante un Avig
Public sur le Projet d'une nouvelle Edition des
Actes Publics d'Angleterre recueillis par M.
RYMER.
Cet Avis porte en substance qu'après que le
Sr. Neaulme a cû publié un Projet de souscrip
tion pour une nouvelle Edition de cet excellent
Recueil
FEVRIER: 1738 . 317
Recueil , en X. Vol . fol . à 112. florins to sols
l'Exemplaire , il a été traversé par M. Tonson
Libraire de Londres , qui a imprimé ces Actes ,
ce qui a produit plusieurs inconveniens , et fair
diminuer les souscriptions , qui auparavant alloient
à souhait. Dans ces circonstances , afin
que l'entreprise puisse s'éxécuter sans que le Public
ni le Libraire courent aucun risque , ce
dernier propose ce qui suit.
Je ne prendrai point , dit-il , d'argent d'avance
je rendrai même à ceux qui le souhai➡
teront celui que j'ai déja reçû. Je demande
seulement , suposé qu'on souhaite que je continue
, que l'on s'engage par écrit à prendre
le Livre à mesure que les Volumes paroîtront ,
sur le pié de 9.Dutes la feuille suivant, le Pro
jet je me flate même de pouvoir donner tout
l'Ouvrage au prorata , à moins de 112. florins
10. sols PExemplaire. Je m'engage de plus ,
» ainsi que je l'ai déja promis , à n'en imprimer
» que 550. Exemplaires , et pas un au de là ; et
je donnerai caution pour l'éxécution du Projet
aux Personnes qui ne se fieront pas
» parole : par là le Public peut aisément se convaincre
que le prix ne sçauroit s'en avilir
» comme il arrive très souvent dans les Impres
» sions dont le nombre n'est pas fixé. Ceux qui
voudront souscrire sur ce pié là , pouront se
» déclarer , et si le nombre des souscriptions se
trouve suffisant pour entreprendre l'Edition
elle ira grand train , car je la mettrai sous plusieurs
Presses &c.
à ma
Jean - François Jolly Libraire à Amsterdam,
avertit qu'il donnera deux fois par semaine à
Commencer du Jeudy 6 Fév. L'OBSERVATEUR
Litteraire, Eij
38 MERCURE DE FRANCE
Litteraire , Historique , Philosophique , Politique,
Galant , Moral , et Critique.
On aprend par les Lettres de Portugal que le
27 Décembre ,Fête de S. Jean l'Evangeliste dont
le Roy porte
le nom l'Académie de Poësie et
d'Eloquence , établie à Guimaraens , avoit tenu
une Séance Publique , dans laquelle le Pere Joseph
de Pasos , Abbé de l'Abbaye de S. Faustin,
et le Pere Manuel de S. Jerôme , de l'Ordre des
Freres Mineurs de l'Observance , avoient lu , le
premier un Panegyrique de S. Jean , et le second
un Eloge de S. M.
On aprend aussi de Lisbonne , que le 13. Jan
vier , la nommée Therese de Juses , Epouse de
Jean de Maras - Torres, accoucha de quatre enfans
, qui jouissent tous , ainsi que la Mere, d'une
parfaite santé.
On mande encore de Lisbonne que les Lettres
écrites de Faro marquent , que le 16. Décembre
dernier on y avoit aperçu une Aurore Boréale .
qui occupoit toute la partie du Ciel entre le
Nord-Est et le Nord- Ouest,
On a apris de Vienne , que le Pere François
Schmelzer , de la Compagnie de Jesus , Astronôme
celebre , y mourut le 28. Janvier dernier
dans la 6o. année de son âge,
Comme la Musette est un instrument fort à la
mode aujourd'hui , et qu'il le devient tous les
jours de plus en plus . M. Hotteterre, Ordinaire de
la Musique de la Chambre du Roy , vient de
donner une Méthode par le moyen de laquelle
FEVRIER. 1738. 319
on poura s'instruire de ses principes , et , au dé
faut de Maîre , aprendre à en jouer de soi- mê
me. Elle ne poura aussi qu'être fort utile à tous
ceux qui pratiquent cet Instrument , attendu
qu'elle contient tout ce qui le concerne , soit
pour le toucher, le doigter , la conduite du sou-j
fet , la connoissance des notes et de leurs vad
leurs , les differens modes , les agrémens pour
la propreté du jeu , et enfin la maniere de l'entre
tenir et de le conserver en bon état . Il y a joint
un Recueil gravé d'Airs choisis , dans les tons
les plus convenables , et d'une exécution progressive
, avec des Préludes dans ces mêmes
tons. C'est son dixiéme Oeuvre . On le trouvé
à Paris , chés l'Auteur , ruë de Seine , à l'Hôtel
d'Arras. Chés Balard , au Mont Parnasse . Chés
Boivin , rue S. Honoré , àla Regle d'or , et chés
Leclerc , rue du Roule , à la Croix d'or , in -4
de plus de 120 pages. Prix 4. liv. 10 sols bro
ché.
La suite des Portraits des Grands Hommes ;
et des Personnes Illustres dans les Arts et dans
les Sciences continue de paroître avec succès
chez Odieuvre , Marchand d'Estampes , Quai
de l'Ecole ; il vient de mettre en vente, de la'
même grandeur .
-
CHARLES FRANÇOIS D'AUTRICHE , Empereur
, né le 1. Octobre 1685. dessiné par Fort"
Pasqueti, et gravé par F. S. Ravenet.
GASPARD DUCHANGE , Graveur du Roy , et
Conseiller en son Académie Royale de Peinture
et Sculpture , né à Paris le 9. Avril 1662. peint
par Vanloo , le Pere , et gravé par N. Dupuis.
Le Chevalier Servandoni , Peintre et Architecte
Fiij da
320 MERCURE DE FRANCE
du Roy , dont les Ouvrages ont déja cû l'apro
bation da Public en tant d'occafions differentes ,
et sur les desseins duquel on éleve actuellement le
grand Portail de S. Sulpice, ainsi que l'Eglise Paroissiale
deCoulanges la vineuse, Ville deBourgo
gne,travalle depuis six mois et employe quantité
d'Ouvriers de toute espece, comme on l'a déja
dit , pour tonner la représentation de l'Eglise de
S. Pierre de Rome , qui est le plus grand et le
plus magnifique Edifice de l'Univers . La voute
de la Nef aura réellement 70 pieds de haut , et
le Dôme à proportion ; cette representation sera
partie en Relief et partie en Perspective , et rien
n'y sera obmis de tout ce qui compose ou de ce
qui orne cette superbe Eglise.
On verra cette representation dans la grande
Salle des Machines du Palais des Thuileries ,
pendant les trois semaines du temps Paschal
selon la permission que le Roy a bien voulu lua
en accorder.
Cette Salle est d'une grandeur immense , elle
a 250. pieds de long , sur 72. de large et 100. de
haut.
Le Sieur Servandoni fera imprimer une Des
cription exacte et détaillée de l'Eglise de S. Pier
re de Rome , avec le Plan gravé de cette Basi
lique .
M. Chedel , vient de donner au Public une sui→
te d'Estampes en six feuilles , elle a pour titre ,
Fantaisies nouvelles , et se vend à Paris , chés la
Veuve Chereau , rue S. Jacques aux deux Piliers
d'or . Cet Ouvrage paroît singulier par le
choix et la varieté des coquillages,fruits , et fleurs
dont il est composé. Il peut servir, à divers usages
, tels que les desseins d'étofes , les découpares
FEVRIER : 1738. 321
tés , &c. L'Auteur compte donner plusieurs sui
tes en ce genre.
- Le I. Janvier Pierre Hilaire Danès
Prêtre , Docteur en Théologie de la Faculté de
Paris , Maison et Societé de Sorbonne , du 21.
Avril 1698. ancien Lecteur et Professeur en
Théologie , Abbé Commandataire de l'Abbaye
de S. Michel de Pessan , Ordre de S. Benoît ,
Diocèse d'Auch , depuis le mois de Novembre
1725. et Conseiller en la Grand'Chambre du
Parlement de Paris , mourut sur les dix heures
du matin , en la Maison de Sorbonne , d'une apoplexie
dont il avoit été attaqué la nuit précedente
, âgé d'environ 66 ans , étant né en 1671 .
il avoit été reçû Conseiller le 31. Août 1714. ét
étoit monté à la Grand'Chambre le S. Mars
1733. Il étoit fils de Jean Danès , Seigneur de la
Mairie , de Chavenay , mort Doyen des Avocats
du Parlement de Paris ,
le 20. Octobre
1688. âgé de 76 ans , et de Louise Hebert ,
son épouse. Il laisse pour héritier Antoine-
Pierre- Hilaire Danès , son neveu , reçû Conseiller
au Parlement de Paris au mois d'Août
dernier. Il avoit donné au Public en 1731. l'a
bregé de la vie de Pierre Danès,Evêque deLavaur ,
Ambassadeur de France au Concile de Trente,
& c. mort le 23. Avril 1577 , avec les differens
éloges de ce Prélat , ses Opuscules , & c. volume
in-4. de 184. pages , imprimé à Paris , chés
Quillau. On trouve dans ce volume un Mémoire
sur la Généalogie de la Famille de Danès ,
mais il est très superficiel et peu exact.
Les Beaux Arts ont fait une perte considerable
en la personne de Ferdinand de S. Urbain ,
Chevalier de l'Ordre de Christ , Graveur des
F iiij Médailles
322 MERCURE DE FRANCE
Médailles et Monnoyes de S. A. R. de Loraine ;
Grand Duc de Toscane , son premier Architec
e, Académicien Honoraire des principales Académies
de l'Europe. Il mourut à Nancy le 10.
Janvier.
Le sieur Chrétien Dufour , Marchand à Paris,
donne avis qu'il a fait construire une Machine
extraordinaire , pareille à celle d'Utrech , propre
pour gaufer des velours , tant sur soye que
façon d'Utrech , Moires , Draps , Pluches , Moquettes
, Camelots , Satins de Bruges , et autres ;
Rubans et toutes autres Etofes , tant pour C1-
rosses et Meubles , que pour habits d'hommes et
de femmes , avec des Desseins nouveaux qui
imitent les Velours cizelés et les Velours de Venise.
Il demeure au milieu de la rue des Fossés de
Monsieur le Prince , vis- à -vis l'Hôtel de Condé
L'Aprobation que les Medecins de la Faculté
de Paris ont donné à un Remede de Mlle de
Rezé , aujourd'hui Mde de Lestrade , après avoir
vú la guérison des Dartres d'une Princesse qui
avoit employé quantité de Remedes , sans en
avoir reçû de soulagement , et d'une infinité de
Personnes attaquées de la maladie , qui ont été
guéries depuis , jusques dans les Pays les plus
éloignés, les Colonies et les Ports de Mer , étant
tout remplis de dartres , &c. M. Chicoyneau ,
Conseiller d'Etat , et Premier Medecin du Roy ,
ayant vû la guérison d'un grand Prélat , des
Rougeurs , Boutons et Dartres qu'il avoit an
visage depuis plus de huit ans ; et ayant apris
qu'elle traitoit ces maladies depuis plus de quarante
ans avec succès et aplaudissement , a bien
voulu donner son Aprobation à la bonté de ces
Remedes
FEVRIER : 1738. 323
Remedes , et la liberté de les débiter : C'est une
Eau qui guérit les Dartres vives et farineuses ,
Boutons , Rougeurs
Rougeurs , Taches de rousseur
et autres Maladies de la Peau ; et un Baume
blanc , en consistance de Pomade , qui ôte
les Cavités et les Rougeurs après la petite Verole,
les Taches jaunes et le Hâle unit et blanchic
*le tein d'une maniere visible et naturelle. Ces
Remedes se gardent tant que l'on veut , et peuvent
se transporter par tout , Les Bouteilles de
cette Eau sont du prix de 2 , 3 , 4 , 6 , liv . et au
dessus , selon la grandeur. Les Pots de Baume
blanc sont de 3. liv . 1o . s. et les demi Pots de
35. sols.
Mde de Lestrade demeure à Paris , ruë de la Comédie
Françoise , chés un Grainetier , au premier
Apartement. Il y a une Affiche au dessus de la
Porte.
,
Le sieur Lyvernette , Maître Chirurgien Juré
de Paris , dont il a été parlé plusieurs fois dans
ce Journal , à l'occasion de l'efficacité de ses
Remedes dans les suppressions d'urine , carno
sités, &c. les guérissant radicalement, sans dou
leur et sans inflammation avertit le Public
qu'il a été long-temps malade , et que delà on a
pris occasion de répandre le bruit de sa
mort que cependant malgré sa maladie il a
traité chés lui , avec tout le succès possible ,
plus de 120. Personnes , tant Gens de qualité ,
qu'Officiers , et bons Bourgeois connus enfin
qu'il y a environ trois mois qu'on lui amena un
Officier ayant plusieurs abscès au Scrotum , deux
fistules , par où passoient les urines &c . lequel
a été parfaitement guéri. Le Public a en
effet interêt d'être instruit de pareilles Cures ,
Ev et que
324 MERCURE DE FRANCE
et que le sieur Lyvernette est toujours et ace
tuellement en état de les entreprendre , & c.
AIR .
Pour m'attirer dans tes chaînes ,
Amour , tu m'as fait faire un choix
Mais que tes douces loix
Vont me causer de peines /
La Fortune cruelle ,
Pour traverser mes jours ,
Eloigne pour toujours
Mon Amante fidelle.
Par M. D.. V. *. T. *.
La Musique en Sarabande est de M.
Fremeaux , Organiste de Melun .
L
SPECTACLES.
E 7. Janvier , l'Académie Royale
a de Musique remit au Théatre la
Tragédie d'Aus . Les premieres Représentations
ont fait craindre un mauvais
sort pour cet Opera ; mais enfin la beauté
de la Musique et celle du Poëme , ont
dissipé
THE NEW
PUBLIC LIE AM
ACTOR, LENOX ..)
TILDEN F
1
324 MERCURE DE FRANCE
et que le sieur Lyvernette est toujours et ace
tuellement en état de les entreprendre , &c.
P
AIR .
Our m'attirer dans tes chaînes ,
Amour , tu m'as fait faire un choix ;
Mais que tes douces loix
Vont me causer de peines /
La Fortune cruelle
Pour traverser mes jours ,
Eloigne pour toujours
Mon Amante fidelle.
Par M. D. *. V. *. T. *;
La Musique en Sarabande est de M.
Fremeaux , Organiste de Melun .
SPECTACLES.
Lde
E 7. Janvier , l'Académie Royale
de Musique remit au Théatre la
Tragédie d'Atis. Les premieres Représentations
ont fait craindre un mauvais
sort pour cet Opera ; mais enfin la beauté
de la Musique et celle du Poëme , ont
dissipé
THE NEW YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
THE
NEW
YORK FUDIJC
LIBRARY
.
ASTOR
LENOX
AN
TILDEN
FOUNDAT
FEVRIER. 1738. 325
dissipé ces vaines terreurs ; on a rendu
au génie de Lully et de Quinault toute
la justice qu'ils méritent ; les Partisans
outrés de la nouvelle Musique , ont perdu
l'esperance dont ils s'étoient flatés
et le succès de ce magnifique Opera est
une preuve certaine que le bon goût
n'est pas encore détruit en France. Nous
abregerons , autant qu'il nous sera possible
, un Extrait qui pouroit devenir
ennuyeux , s'il s'étendoit hors de saison
sur des beautés qui ne sont presque ignorées
de personne .
Le Théatre représente au Prologue le
Palais du Temps.Ce Dieu y paroît au milieu
des douze heures du jour et des
douze heures de la nuit. Le Temps commence
l'Action du Prologue par ces Vers,
En vain j'ai respecté la celebre memoire
Des Héros des siecles passés ;
C'est en vain que leurs noms si fameux dans
l'Histoire ,
Du sort des noms communs ont été dispensés ;
Nous voyons un Héros dont la brillante gloire
Les a presque tous effacés .
Après les justes éloges que les Chours
donnent à Louis le Grand , Flore s'avanconduite
par un Zéphir et par une
F vj troupe
cé ,
326 MERCURE DE FRANCE
troupe de Nymphes ; le Temps paroît
surpris de la voir ramener si -tôt la saison
des fleurs ; Flore lui répond :
Quand j'atends les beaux jours , je viens tou
jours trop tard ;
Plus le Printemps s'avance et plus il m'est
contraire ;
Son retour presse le départ
Du Héros à qui je veux plaire ;
Pour lui faire ma cour , mes soins ont entrepris
De braver désormais l'hyver le plus terrible ;
Dans l'ardeur de lui plaire , on a bien-tôt aprís
A ne rien trouver d'impossible.
Ces Vers sont suivis d'un Duo gene
talement aplaudi . Melpomene vient reprocher
à Flore le soin qu'elle prend
de prévenir le Temps ; elle annonce le
Sujet de la Tragédie par ces Vers :
La puissante Cybele ,
Pour honorer Atis qu'elle a privé du jour
Veut que je renouvelle
Dans une illustre Cour
Le souvenir de son amour.
Iris vient terminer la petite contes
tation qui est survenue entre Melpome
ne et Flore , et les réunit en faveur de
la Tragédie qu'on va représenter .
La
FEVRIER. 1738. 327
La Scene de la Tragédie est en Phrygie.
Au premier Acte , le Théatre repre
sente une montagne consacrée à Cybele
Atis invite les Phrygiens à venir célé
brer la descente de Cybele. Idas, Confident
d'Atis fait avouer à ce Prince , parent
de Sangaride et favori de Calenus ;
Roy de Phrygie , que malgré l'indiffe
rence dont il fait vanité , il aime en se◄
cret. Sangaride -vient joindre Atis avec
qui elle doit ordonner la fête qui se prépare
en l'honneur de Cybele ; Atis est
prêt à lui déclarer son Amour, mais, crafgrant
d'en trop dire , il se retire pour
aller assembler ceux qui doivent célibrer
cette grande fête. Sangaride confesse
à Doris sa confidente , qu'elle aime
Atis en secret , mais qu'elle obéira aux
ordres du Fleuve Sangar , son pere , qui
la destine à Colenus . Atis revient et déclare
enfin son amour à Sangaride : cetté
Scene est une des plus interessantes du
Théatre lyrique. La déclaration d'amour
est réciproque , ces deux Amans finissent
par ce Duo :
Si l'Himen unissoit mon destin et le vôtre
Que ces noeuds auroient eû d'atraits !
L'Amour fit nos coeurs l'un pour l'autre,
Faut- il que le deyoir les sépare à jamais ?
Le
328 MERCURE DE FRANCE
Les Phrygiens s'assemblent , Cybele
descend au bruit des instrumens et des
acclamations des Peuples qui l'attendent :
elle parle ainsi :
Venez tous dans mon Temple , et que chacun
revere ,
Le Sacrificateur dont je vais faire choix , &c,
que
On a trouvé ce premier Acte trop chara
gé de belles Scenes ;on auroit souhaité
la déclaration d'amour réciproque eût
pû être placée dans le second Acte; mais
cela n'empêche pas que celui- ci ne soit
un des plus beaux qu'on ait encore vûs.
Le Théatre représente au second Acte
le Temple de Cybele. Calenus se plaint
à Atis du peu d'empressement de Sangaride
pour un Himen qui doit le rendre
le plus heureux des mortels , il fait
même entrer de la jalousie dans sa plainte
; Atis n'oublie rien pour le rassurer .
Calenus lui ordonne d'aller tout prépa
rer pour son bonheur ; Cybele vient.
>
Elle dit à Calenus qu'elle pe nom
meroit point d'autre Sacrificateur que
lui , si elle avoit à choisir entre les. es plus
grands Rois , et lui fait connoître que
son choix s'arrête sur Atis , le plus cher
de ses favoris.Cælenus aprend avec beau
coup de joye la gloire que Cybele va
répandre
FEVRIER.
1738. 329
répandre sur un parent de Sangaride et
sur un sujet qui lui est très- cher.
Cybele ouvre son coeur à Melisse , sa
Grande Prêtresse et sa confidente , et luk
aprend son amour pour Atis par ces Vers
d'exposition :
Ce fut au jour fatal de ma derniere Fête ,
Que de l'aimable Atis je devins la conquête
Je partis à regret pour retourner aux Cieux :
Tout m'y parut changé , ` rien n'y plut à mes
yeux.
Et sur le sincere aveu que lui fait Melisse
, de la surprise où elle est de la voir
descendre si bas , elle lui répond .
Quel plus haut rang ai - je à prétendre ?
Et de quoi mon pouvoir ne vient - il point à bout?
Lorsqu'on est au dessus de tout ,
On se fait pour aimer un plaisir de descendre,&c.
Fais venir le sommeil , que lui - même , en ce
jour ,
Prenne soin ici de conduire
Les songes qui lui font la cour ;
Atis ne sçait point mon amour ,
Par un moyen nouveau je prétends l'en instru
re , &c.
Est- il rien de plus beau que cette imajination
du Poëte, et rien de plus théatral
330 MERCURE DE FRANCE
tral que l'effet qu'elle va produir dans
l'Acte suivant? La Fête de celui-ci a pour
objet le choix que Cybele a fait d'Atis
pour dispenser ses Loix ; à la fin de la
Fête , Atis promet aux Phrygiens de ne
rien négliger auprès de Cybele , pour
les rendre heureux.
Le Theatre represente au troisiéme
Acte le Palais du Grand Sacrificateur de
Cybele .
Atis se plaint des faveurs de la fortunej
tandis que l'Amour le rend malheureux ;
Idas et Doris viennent lui annoncer que
Sangaride en pleurs veut venir se jetter
aux pieds de Cybele pour la garantir de
la violence qu'on lui fait , et pour luf
declarer l'amour mutuel qui les unit ;
Atis n'ose manquer de reconnoissance en
versCalenussil céde enfin aux prieres d'Idas
et de Doris , ou plûtôt à l'interêt de
son amour , et dit à ces deux Confidens :
Allez , prenez soin de mon sort ;
Que Sangaride ici se rende en diligence.
Atis continue à se livrer à ses remords ;
l'agitation où il se trouve , le plonge dans
un profond sommeil , pendant lequet
des songes heureux et des songes funes
tes lui declarent l'amour de Cybele et
les suites qu'il peut avoir. Morphée lut
parle ainsi
Ecoute
:
FÉVRIER. 1738. 33
•
Ecoute , écoute , Atis ,.la gloire qui t'apelle ;
Sois sensible à l'honneur d'être aimé de Cybele ji
Jouis , heureux Atis de ta felicité.
Phobetor et Phantase se joignent à Mor
phée et lui disent :
Mais souviens toi que la Beauté ,
Quand elle est immortelle ,-
Demande la fidelité
D'une Amour éternelle.
Les Danses répondent parfaitement à
la fin que l'ingénieux et élegant Auteur '
s'est proposée ; Atis s'éveille tout épou
vanté ; Cybele vient le rassurer et lu
aprend que les Songes ont parlé par son
ordre. Atis ne répond à tant d'amour ,
que par des assurances de respect , dont
Cybelle n'est pas trop satisfaite.
Sangaride vient implorer la protection !
de Cybele contre Colenus .
Atis lui coupe toujours la parole de
peur qu'elle ne fasse connoître leurs
amours . Cybele déclare hautement cé
qu'elle sent pour Aris ; elle promet son
secours à Sangaride , et dit à Atis qu'elle
prétend l'armer de sa toute puissance.
Ces deux Amans étant sortis , Cybele
se plaint à Melisse de la froideur aveo
laquelle
332 MERCURE DE FRANCE
laquelle Atis a reçû l'aveu qu'elle lui a
fait de son amour ; elle conçoit de la
jalousie contre Sangaride ; elle ordonne
à Melisse d'aller dire de sa part à Zephire
d'exécuter tout ce qu'Atis exigera de
lui. Cet Acte finit par un très beau Mo
nologue, dans lequel la jalousie de Cybe
le paroît de plus en plus .
Sangaride, Idas, et Doris commencent
le quatriéme Acte. Sangaride se plaint
de l'infidelité dout elle soupçonne Atis ;
Idas et Doris la rassurent autant qu'ils'
peuvent, mais elle persiste dans ses soupçons,
et pour se venger , elle consent à
épouser le Roy; Calenus la trouvant dans
des dispositions si favorables se croit le
plus heureux des Amans ; il en témoigne
sa joye à Atis qui arrive , et sort
pour aller presser le Fleuve Sangar de
combler ses voeux ; Atis déplore la cré
dulité de Coelenus ; Sangaride lui répond
que l'Amour de ce Rival dont il plaint
le sort, obtiendra ce qu'il a merité; après
des plaintes reciproques , Atis se justifie
auprès de Sangaride ; il lui rend rai
son du silence qu'il a gardé et du soin
qu'il a pris de l'empêcher elle même de
parler en présence d'une Rivale aussi redoutable
que Cybele. Cette Scene est
des plus interessantes
Le
FEVRIER. 1738. 333
Le Fleuve Sangar , suivi de plusieurs
Fleuves, Ruisseaux et Fontaines, déclare
à ses Parens le choix qu'il a fait du Roy
de Phrygie pour Sangaride sa Fille ; ce
choix est généralement aprouvé ; la Fête
est très gaye , mais elle ne finit pas de
même qu'elle a commencé ; Atis vient
déclarer que Cybele défend qu'on ache
ve cet Hymen , et que Sangaride est une
Nymphe qu'elle reserve pour ses Autels ;
Calenus , et le Fleuve Sangar ", et leur
Suite veulent s'oposer à cette violence 鹭
Atis leur dit :
Aprenez , Audacieux ;
Qu'il n'est rien qui n'obeisse
Aux souveraines Loix de la Reine des Cieur
Puis , s'adressant aux Zephirs , il con
tinue ainsi :
Qu'on nous enleve de ces Lieux ;
Zephirs que sans tarder mon ordre s'accom
plisse.
Les Zephirs enlevent Atis et Sangaride
et le choeur s'écrie :
Quelle injustice , &c.
Le dernier Acte est des plus tragiquess
Cybele et Calenus le commencent ; Cy
bele
334 MERCURE DE FRANCE
bele aprend à Calenus , que les Zéphirs
ayant laissé Atis et Sangaride dans un
lieu , où il ne croyoient pas être entendus
, elle a été témoin de leurs tendrest
sermens, et des outrages qui s'adressoien:
à leurs communs Tyrans ; elle lui dit qu'il
ne sera que trop vengé. Atis et Sangaride
sont amenés devant leurs Juges ;
tout ce qu'ils disent pour les attendrir
ne sert qu'à les irriter davantage , parce
qu'il ne leur est dicté que par l'amour
qu'ils ont l'un pour l'autre. Cybelle évoque
Alecton et lui ordonne d'inspirer ses
plus noires fureurs dans le coeur d'Atis;
la Furie obéit , Atis furieux prend San
garide pour un Monstre, qui en veut aux
jours de ce qu'il aime ; il court à elle c
Aui perce le sein ; Cybele lui rend sa raison
pour lui faire mieux sentir son mal
heurs Atis trop instruit du cruel sacrifice
qu'il vient de faire se tuë lui-même
et dit à Cybele en expirant.
Je meurs ; l'Amour me guide
Dans la nuit du trépas ;
Je vais où sera Sangaride's"
Inhumaine , je vais ad vous ne serez pasa
Cybele métamorphose Atis en Pin
arbre favori de cette Déesse . On a rétran
che
FEVRIER. 1738. 335
ché la Fête qu'on celebre pour cette espece
d'Apothéose , comme superfluë ,
après une Catastrophe si horrible.
Voilà quel est cet Opera dont le suc
cès a d'abord paru équivoque, quoi qu'il
so un des plus parfaits qui soient sortis
du genie de Lully et de Quinault ; on
y a veritablement. trouvé quelques longueurs
, mais par combien de beautés
n'en a- t'on pas été dédommagé ?
On continue toujours , avec un très
grand concours concours , les représentations
Atis , qu'on donne trois fois la semai
ne , et les Jeudis le Triomphe de l'Har
monie.
Le 13. Février , on ajouta à la fin de
cette derniere Piéce un divertissement
tiré d'une ancienne Pastorale intitulée
les Fêtes de l'Amour et de Bacchus , dont
let paroles sont de M. Quinault , et la
Musique de M.de Lully, représentée dans
sa nouveauté en 1672. par l'Académie
Royale , et de premier Ouvrage de ces
celebres Auteurs , représenté en Public ;
excepté toute fois Psiché Tragédie, Ballet
représenté sur le Theatre de la grande
Salle des Machines du Palais des Thuilleries
en 1670. dont toutes les paroles
qui se chantent sont de Quinault ; elles
Parurent excellentes et firent trouver insuportable
336 MERCURE DE FRANCE
suportables celles de l'Abbé Perrin et de
Gilbert , qui avoient travaillé avec Cambert
aux deux premieres Pastorales
Opera , qui avoient paru peu auparavant
sous les titres de Pomone , et les Peines
et lesplaisirs de l'Amour
En ce temps-la , pendant que cette
derniere Piéce de Gilbert avoit du succès,
Lully , profitant de la division qui s'é
toit mise entre les Associés de l'Opera ,
obtint par le crédit de Madame de Montespan
, que l'Abbé Perrin , moyenant
une somme d'argent , lui cederoit son
privilege . Ce changement obligea Cam
bert de passer en Angleterre , où il mourut
en 1677. sur - Intendant de la Musi
que de Charles II . Selon S. Evremond
Cambert avoit un fort beau genie , propre
à cent Musiques differentes , et
routes bien menagées avec une juste économie
des voix et des Instrumens. Il n'y
a point de récitatif mieux entendu ni
mieux varié que le sien , mais pour la
nature des passions et pour la qualité des
sentimens qu'il faut exprimer , Lully la
laissé bien loin deriere lui.
Lully s'associa Vigarani , Machiniste
du Roy , et plaça d'abord son Theatre
au Jeu de Paume de Bel Air , ruë de
Vaugirard près le Luxembourg , où il
donna
FEVRIER 1738.
337
donna en 1672. les Fêtes de l'Amour et de
Bachus,Pastorale , composée des fragmens
de differens Ballets dont il avoit fait la
Musique sur les paroles de Quinault.
Entre autres beautés de cet Opera , le
trio : Dorme , dormez beaux yeux &c. fut
admiré de tout le Monde,
Selon M. de Freneuse il y eut une rea
présentation celebre de cet Opera , tanɛ
par la présence du Roy qui y assista , que
par quatre Seigneurs de la Cour qui vous
furent bien y danser avec quatre autres
Danseurs. C'étoient M. le Grand , le Duc
de Monmouth , le Duc de Villeroy et le
Marquis de Rassen .
Ce qu'on vient de donner sur le Thea
tre de l'Opera , est pris du Prologue et
du second Acte des Fêtes de l'Amour et
de Bacchus , dont l'exécution a fait plai
sir autant que la singularité, car les goûts
sont bien changés.
55.8
Philipe Quinault, de Parfs , Auditeur
de la Chambre des Comptes de l'Académie
Françoise , et mort âgé de
ans en 1688. fut illustre par la beauté et
la fécondité de son génie , et par le tour
heureux et naturel de ses productions. Il
merita l'estime des honnêtes gens par
sa douceur, par sa probité et sa droiture
aussi bien que par sa politesse.
Dès
538 MERCURE DE FRANCE
Dès l'âge de 18. ans il donna des Piéces
de Théatre dont quelques-unes eurent du
succès , mais où il excella le plus , ce fut
dans les Opera,qui malgré les traits de la
Satyre, lui acquirent la réputation du plus
grand Poëte Lyrique que son siecle aid
produit; on ne connut même bien le talent
qu'il avoit en ce genre , qu'après sa
mort.
l'Amour
G
Après la Pastorale des Fêtes de l'Amour
et de Bacchus , Quinault composa
la Tragédie de Cadmus, Alceste , Thesée ;
Atis , Isis , Proserpine , le Triomphe de
Persée Phaeton , Amadis
Roland , le Triomphe de la Paix et Armide
Le Sieur Feliote à la seconde entrée du
Triomphe de l'Harmonie chante le rôle
d'Hylas , d'une maniere inimitable ; sa
voix n'a jamais parû plus belle , ni plus
étenduë.
On va cesser les représentations de ce
Ballet pour donner à la place le 4 du
mois prochain, Jephté , Tragédie qu'on
remet ordinairement dans ce temps - ci et
que le Public attend avec beaucoup d'im
patience.
Le vendredi 28. de ce mois les Comé
diens François donnerent la premiere représentation
de Maximien Tragédie nouvelle
FEVRIER : 1738. 339
•
velle , qui fut généralement aplaudie parune
très nombreuse assemblée . C'est un
Poëme très interessant et conduit avec um
art admirable. Nous ne manquerons pas
de rendre un compte exact de cet Ou
vrage qui promet un très grand succès.
Le 10. Février , les Comédiens Italiens
remirent au, Theatre la Comédie de la
Surprise de la Haine , dans laquelle la
Dlle Lalande , jeune Personne très ben
faite , fille de la Dle Lalande , Actrice
du même Theatre , débuta par
par le princi
pal Kolle de la Piece , qu'elle soüa avec
beaucoup d'intelligence ; on lui trouve
beaucoup de disposition à devenir un
très bon Sujer ; il y a tour lieu de l'esperer,
étant Eleve de la Dlle Silvia , si généralement
connue par ses grands talens .
La même Actrice a joué differens Rolles
dans d'autres Pieces , dans lesquels elle a
été également aplaudie.
A Mile Therese ...... débutant à la
Comédie Italienne , dans la Surprise
de la Haine.
PATAr la Surprise de la Haine
Invam vous avez cru débuter en ce jour ;
G
Non
340 MERCURE DE FRANCE
Non , non , pour qui vous voit paroître sur la
Scene ,
C'est la Surprise de l'Amour,
Le 27. Février , les mêmes Comédiens
donnerent la premiere Représentation de
deux Pieces nouvelles , d'un Acte chacune
; la premiere en Prose , sous le titre
de l'Esprit de Divorce , dont M. Morand
est l'Auteur ; c'est son premier
Ouvrage pour le Théatre Italien . On
en parlera plus au long. L'autre Piece
est intitulée Atis , Parodie de l'Opera
qu'on joue actuellement ; elle est de la
composition des sieurs Romagnesi et Riccoboni
, ornée d'un très beau Divertisse
ment ; on parlera plus au long de certe
ingénieuse Nouveauté , ayant été reçuë
très favorablement du Public.
Le 4 Février , le Lieutenant Général
de Police fit l'Ouverture de la Foire saint
• Germain avec les Cérémonies accoûtumées.
Ce Magistrat avoit rendu son Ordonnance
le mois précedent , concernant
ce qui doit être observé par les Marchands
qui y sont établis , et qui renouvelle la
défense des Jeux , &c.
Le 6, l'Opera Cómique fit aussi l'Ouverture
FEVRIER 1 . 1738. 341
werture de son Theatre , situé dans le cul
de sac de la rue des Quatre Vents , par une
Piece nouvelle qui a pour titre la Comédie
à deux Acteurs , dont le Sujet qui a paru
très- singulier , a fait beaucoup de plaisir.
Cette Piece est précedée de la Pantomime,
Piece en Vaudevilles joüés par la Simphonie
, et d'un Prologue nouveau dont
le titre est le Carnaval , et fort bien exé
cuté. Le sieur Roberti , Danseur étranger
, a dansé deux Entrées de caractere
avec beaucoup d'aplaudissement .
Le 15 , on donna une Piece nou.
velle d'un Acte, avec un Divertissement
, intitulée le Rêve : on parlera plus
au long de ces Nouveautés.
Le 22 , on donna une autre Piece
nouvelle d'un Acte , qui a pour titre les
Ombres Modernes : on en parlera aussi.
NOUVELLES ETRANGERES
DE
TURQUIE.
Na apris de Constantinople qu'un Rebelle
nommé Dely Regheb , natif des environs
de Bender , s'étant mis à la tête de 2000. hommes
, et ayant commis plusieurs brigandage
dans les Provinces voisines , le Grand Visirs
Gij quelque
342 MERCURE DE FRANCE
quelque temps avant que de partir de l'at
mée pour retourner à Constantinople , l'avoit
attire au Camp par des promesses avantageuses
; que comme ce Rebelle s'y étoit rendu avec
rcoo. de ses gens bien armés , le Grand Visi
avoit d'abord hesité sur la conduite qu'il tiendroit
, parce qu'il avoit été informé que Regheb
avoit disposé ses gens de sorte qu'ils pussent
venir à son secours , si on vouloit lui faire violence
quand il iroir à l'audience de ce Ministre ,
mais qu'ayant sçu que Regheb étoit convenu
avec ses gens de tirer un coup de pistolet pour
Jes avertir s'il couroit quelque danger , il avoir
pris le parti de rendre inutiles les précautions de
ce Rebelle , en le faisant étrangler dans le moment
même qu'il fut introduit auprès de lui sans
1ui laisser le temps de donner le signal que ses gens
attendoient.fo.Brigands qui avoient suivi Regheb
jusqu'à la porte de la chambre du Grand Visir ,
ayant apris que leur Chef avoit été étranglé avant
qu'ils se fussent mis en état de le defendre ,
prirent la fui e , et etant remontés sur le cham
à cheval avec leurs Compagnons , ils ont rega
gné les bois où l'on craint qu'ils ne continuent
leurs brigandages.
D'ALLEMAGNE.
ils
E Commandant de Belgrade a mandé que
L de puis la dernière tentative que les Turcs one
faite pour s'emparer d'Uzitza , ils avoient rui
né tout le Pays des environs à quatre lieuës à la
ronde, et qu'ils avoient posté deux détachemens
à quelque distance de cette Place , pour empêcher
qu'il n'y entrât du secours.
On a apris par les mêmes Lettres , que les En
Bemis
FEVRIER. 1738. 343
hémis constraisoient à Widdin et à Nicopolis un
grand nombre de Praames , dont ils avoient desséin
de se servir sur le Danube.
Le Comte Sereni , dont on étoit fort inquier ,
a écrit qu'il avoir été pris par les Turcs et condait
à Séraglio dans la Bosnie ; que le Pacha de
Seraglio , ayant été informé de son rang et de
sa naissance , le traitoit avec beaucoup d'égards,
et qu'il lui avoit donné pour compagnons deux
autres prisonniers de guerre , dont un étoit Ca →
pitaine dans le Régiment du Prince Charles de
Lorraine.
Le Pacha de Séraglio , à qui le Comte Sereni
a offert mille ducats pour sa rançon , a refusé de
le mettre en liberté à prix d'argent , et il se propose
de l'échanger contre quelque Officier Turc
de même rang.
Le Feldt-Maréchal Comte de Wallis , s'est excasé
d'être un des Juges du Comte de Sekendorf.
On mande de Stuttgard , que les Commissai
res chargés par le Duc de Wirtemberg d'instrui
re le procès du Juif Suss , ci- devant Conseiller
Privé et Président de la Chambre des Finances
du feu Duc de Wirtemberg , avoient condamné
ce Juif à être pendu , et que cette Sentence avois
été executée le 4. de ce mois.
On écrit de Dresde , que le désir de prendre
part aux Réjouissances qu'on y prépare à l'occasion
du Mariage de la Princesse Marie Amelie,
ayant attiré un grand nombre d'Etrangers en
cette Ville , le Roy fait souvent l'honneur aux
principaux d'entre eux de les admettre à sa table, '
er que S. M. donne de temps en temps des Fêtes
qui contribuent à rendre la Cour très- brillante..
Le 8. de ce mois , il y eut une course de bague
& G iij
344 MERCURE DE FRANCE
gue , qui commença à 9. heures du matin et dura
Jusqu'à onze. La Lice étoit gardée par 100. Grenadiers
, et 200. Fusiliers formoient une double
haye depuis le Château jusqu'aux Ecuries . 28.
Gardes du Corps à cheval , ayant à leur têre un
Capitaine des Gardes , ouvroient la marche qui
se fit dans l'ordre suivant : le Fourier de la Cour
suivi d'un Timbalier et de 8. Trompettes ; un
Ecuyer du Roy, 12. chevaux de main , conduits
chacun par un Palefrenier , le Grand - Ecuyer ,
précedé de 4. Coureurs du Roy , de 8. Valets de
pied et de 12. Heyduques. Le Roy venoit en
suire , et derriere S. M. étoient le Prince de
Holstein seul , et les vingt six Seigneurs nommés
pour avoir l'honneur de courir la bague
avec elle , lesquels marchoient deux à deux . Chacun
de ces Seigneurs faisoit conduire en main
par des Palfreniers plusieurs chevaux de selle ,
magnifiquement harnachés. La marche étoit
fermée par un détachement des Gardes du Corps,
à la tête duquel étoient huit Trompettes , et un
Timbalier. Le Prince Lubomiski remporta le
premier Prix , qu'il reçut des mains de la Reine.
On a apris en dernier lieu d'Allemagne , que
le Comte de Colloredo , Ministre de l'Empereur ,
M. Blondel , Ministre du Roy de France , le
Ministre de S. M. Br. et M. Burmania , qui réside
à Manheim de la part des Etats Generaux
des Provinces Unies , eurent le 10. de ce mois
une audience de l'Electeur Palatin , et qu'ils don
nèrent part à ce Prince des arrangemens concer
tés par leurs Majestés Impériale et très- Chrétienne
avec le Roy de la Grande Bretagne et la
République de Hollande , par raport à la succession
éventuelle des Etats de Bergue et de Juliers.
Le
FEVRIER. 1738. 345
Le 13. P'Electeur Palatin leur envoya sa ré
ponse , qui porte qu'il accepte avec une entiere
déférence la Médiation de l'Empereur et du Roy
de France , et celle de S. M. Br . et des Etats Generaux
; que se conformant aux arrangemens
proposés par les quatre Puissances , il promet
qu'en cas qu'il vienne à mourir , le Prince de
Sultzbach n'employera aucune voye de fait et
ne fera aucun changement dans l'administration
Civile et Militaire des Etats de Bergue et de Ju-
Jiers , pendant les deux années qui seront em
ployées aux Négociations pour parvenir à un
accommodement ; que de plus il consent que
cette continuation de possession ne soit au préjudice
ni en faveur d'aucun des prétendans , pour
ce qui regarde le Possessoire ou le Peritoire , à
condition qué le Roy de Prusse s'engage à ne
point troubler cette possession , et que les Puissances
Médiatrices s'en rendront garantes.
Il paroît à Manheim des copies d'un Ecrit qui
a été distribué dans diverses Cours, et dans lequel
'Auteur prétend prouver que le Roy de Pologne
Electeur de Saxe , a interêt à l'affaire de
Bergue er de fuliers. Il s'apuye sur le Traité de
Juterbock , par lequel le Roy de Prusse a admis
la Maison de Saxe à posseder plusieurs des Fiefs
qui sont en dispute , et il ajoûte que cette pos-
Session auroit eû son effet , si la Maison Palatine
regnante ne s'y fût oposée , et que cette Maison
'étant prête à s'éteindre en la personne de l'Electeur
Palatin , l'opositon formée tombe d'ellemême
, ce qui remet en vigueur le Traité de Juterbock
, et oblige S. M. Pr. à remplir les conditions
G iiij D'ITALIE
346 MERCURE DE FRANCE
M
D'ITALIE.
R Cavalieri , Nonce du Pape à Lisbonne,
a écrit à Sa Sainteté que le Roy de Portu
gal lui avoit temoigne beaucoup de satisfaction
de voir ses differends terminés avec 1 Saint Sie.
ge et que Sa Majesté Portugaise avoit donné
ordre au Cardinal Motta de se disposer à se rendre
à Rome , où l'on prétend qu'il sera chargé
des affaires de Portugal. L'Agent du Roy de
Portugal a déposé au Banc du S. Esprit 22000.
sequins dont le Pere d'Evora , Ministre de S. M.
Portugaise doit disposer , selon les instructions
qu'il a reçues de Lisbonne.
D'ESPAGNE.
E 9. de ce mois, les Religieux de S. Jean de
Dicu , cincent à Madrid un Chapitre general
auquel assista le Nonce du Pape , et dans lequel
ils élurent pour General le Pere François - Alphonse
d'Ortega , Secretaire du dernier Géneral,
Provincial d'Andalousie , Vicaire General de
l'Ordre et Protonotaire Apostolique .
Les dernieres Lettres qu'on a reçûës du Pérou
marquent que les Missionnaires qu'on a envoyés
dans quelques Contrées situées à l'Orient de ce
Pays , avoient converti à la Religion Chrétienne
un grand nombre d'habitans de ces Contrées,
mais que les Peuples du Pays de Cerro de la Sat,
continuoient d'exercer beaucoup de cruautés
contre ces Missionnaires , et que le 10. du mois
d'Avril de l'année derniere ils avoient fait mourir
les Peres Alphonse du Saint Esprit , Manuel
Baxo et Christophe Pacheco , Religieux - Capucins
FEVRIER. 1738. 347.
> cins et deux Freres Lais du même Ordre.
On a reçû avis de Saint Domingue , que le 9
du mois de Septembre dernier, il y avoit eû un
violent Ouragan dans l'Isle à Vache , située sur
la côte de l'Isle de Saint Domingue et habitée
par les François . Toutes les Maisons du Bourg
Saint Louis, à l'exception de deux , et de l'Eglise
ont été renversées . La plupart des Vaisseaux ,
qui mouilloient sous le Fort , ont été jettés
contre la Côte , et quelques- uns ont été considerablement
endommagés. Le vent a déraciné
tous les Cotonniers , et la Terre est tellement
-jonchée d'arbres, qu'à peine peut - on trouver
quelques vestiges de chemins. Le mauvais temps
duroit encore au moment du départ du Bâtiment
par lequel on a apris cette nouvelle .
2
DE LA GRANDE - BRETAGNE.
E Parlement s'étant assemblé le 4. Janvier ,
Lsuivant ce qui étoit porté par la prociamation
donnée le 18. Décembre de l'année pas
sée , le Roy se rendit à la Chambre des Pairs
avec les cérémonies accoûtumées , et sa M,
ayant mandé la Chambre des Communes , fit
aux deux Chambres le Discours suivant.
MYLORDS ET MESSIEURS.
Je vous ai fait assembler pour travailler aux
affaires publiques , que j'espere que vous expedie
rez avec la prudence et la promptitude qui con→
viennent à la sagesse d'un Parlement .
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES.'
J'ai donné ordre qu'on vous remit les Etats pour
le service de l'année courante , et la diligence avec
laquelle vous avez toujours pris les résolutions convenables
pour procurer le bonheur et la tranquilité
GY
318 MERCURE DE FRANCE
de mes sujets et la sûreté de ma Couronne et de mes
Etats , ne me permet pas de douter que vous ne
montriez le même zele et la même affection pour le
soutien de mon Gouvernement et pour la sûreté
publique.
MYLORDS ET MESSIEURS.
Je compte que vous vous êtes assemblés dans la
disposition de renoncer aux animosités que pon.
roient prolonger inutilement cette Séance , et je suis
déterminé àfaire ensorte que les affaires publiques
ne souffrent aucun delaı ni même aucune interrup
tion de ma part , sur quelque sujet que'ce puisse
are.
Le cinq les Seigneurs présenterent__au
» Roy deur adresse , » qui porte qu'ils profitent
avec empressement de la premiere occasion d'a
procher de sa Personne Royale , pour lui mare
» quer la doul . ur dont leurs coeur sont éré pene-
» trés par la mort d'une Reine , que ses grandes.
qualités rendoient si , chere à S. M. et à la
» Nation , et qui , par le rare assemblage des
22
vertus les plus respectables , étoit en même
s temps l'Epouse , la Mere et la Reine , la plus
» propre à rendre un Epoux , des Enfans et unÐ:
» Peuple heureux , qu'ils n'osent s'étendre , aus
» tantis le désueroient , sur l'éloge de cette
» Princesse , dans la crainte d'augmenter la
juste affliction du Roy , et de l'ouvrir des
plaves qu'ils doivent,pour leur propre interêt ,
» s'efforcer de guérit que, si le souvenir d'une
perte si sen ble et si irreparab e jette une telle
» consternation dans tous les coeurs des▲ng ois,
ce souvenir do être encore bien plus „Migeant
pour S. M. qui é'oit liée à la Reine par
des liens beaucoup plus étroits , et qui étoit le
» témoin continuer de ses discours et de ses ac-
» tions;,
FEVRIER. 1738. 349
tions ; que dans le temps qu'ils déposent aux
pieds du Throne les foibles expressions de
leurs vifs regrets , ils se sentent engagés à re-
5 mercier Dieu de ce qu'il veut bien prolonger
les jours précieux du Roy , dont dépend le
» bonheur de la Nation , et qu'ils suplient instamment
S. M. de vouloir moderer sa dou-
» leur , et de mettre en usage dans cette uiste
» circonstance cette force d'esprit , qui scule
peut la soutenit , et tirer ses Sujets de l'abatte
» ment où un malheur si imprévû les a jettés.
ט
Ils ajoutent que le Roy , en déclarant quede
son côté les affaires publiques ne souffrirone
» aucun retardement , pour quelque sujet que
» ce puisse être , donne une nouvelle preuve que
le bonheur de son Peuple est le principal de ses
soins dans toutes sortes de circonstances ; que
» ce seroit pour eux un puissant motif , s'ils en
avoient besoin , d'éviter toutes les contesta
» tions qui pouroient prolonger inutilement la
Séance du Parlement, et que S. M. ayant établi
sa gloire sur le maintien des Droits Civils
» et Ecclesiastiques de ses Sujets, ils feront aussi,
par un juste retour , consister leur bonheur
dans la sûreté de la Personne du Roy et dans
» celle de son Gouvernement.
Le Roy leur fit la réponse suivante.
MYLORDS. je vous remercie de votre adresse
pleine de marques de fidelité et d'affection , et de
votre z le pour ma Personne et pour mon Gouver
nement. La maniere dont vous exprimez votre juste
douleur de la grande perte que j'ai faite , est une
des preuves les plus évidentes de votre amour since--
repour moi et pour ma Famille:
Le 7. la Chambre des Communes présenta arssi
au Roy son adresse , dans laquelle après
G› vj,
» avois
350 MERCURE DE FRANCE
ג כ
"
•
5
avoir fait l'éloge des vertus de la Reine , par-
» ticulierement de sa Justice et de sa bonté , de
» sa complaisance constante pour les volontés
du Roy , et de son talent pour gouverner
elle suplie S. M. de vouloir bien recevoir les
témoignages sinceres de la vive affliction que
» cause à toute la Nation la mort d'une Reine
qui pouvoit également servir d'exemple aux
» Souverains , lorsqu'elle exerçoit l'éminent emploi
de Regente de la Grande- Bretagne et aux
» Sujets , lorsqu'ayant remis au Roy le timon
des affaires , elle se bornoit à remplir fidelement
les devoirs de sage Mere et de tendre
Epouse. La Chambre des Communes assure
» le Roy dans la même adresse , qu'elle levera
efficacement les subsides necessaires pour le
service de cette année , et qu'elle pourvoira
» avec le zele et l'affection que doivent avoir des
Sujets reconnoissans , à toutes les dépenses qui
> pouront contribuer à l'honneur, à la tranquili
» té et à la sûreté de la Nation .
"
55
S. M. repondit à l'Adresse de la Chambre des
Communes.
Cette Adresse , dont je vous remercie , me
prouve votre respect et votre affection . Je suis si sensiblement
touché des marques que vous me donnez
de votre zele pour ma Personne , que je ne me
sens pas capable d'exprimer le juste sentiment que
J'ai de vos égards pour moi en cette occasion.
MORTS
FEVRIER . 35r 1738.
akakakakakakakak aik aikakkaikaiksik
MORT'S DES PATS ETRANGERS :
A nommée Antoinette Dos Prazeros , est
L
morte le premier de ce mois , dans le Village
de Palaes près Lisbonne , âgée de 111. ans.
Le Cardinal Olivieri mourut à Rome d'une
inflammation de poitrine le neuf , et le onze >
on fit dans l'Eglise de Saint Vito , dont - il por
toit le titre , ses obseques auxquelles 19. Cardinaux
assisterent. Ce Cardinal étoit âgé de 79 .
ans 9. mois et 12. jours , étant né le 9. Avril
1658. et il avoit été crée Cardinal en 1713. par
Clement XI . qui l'avoit nommé dans la suite
Secretaire des Brefs.
BOUQUET ,
Pour une jeune Demoiselle prête à marier
'Ai vú , belle Philis , dans un fonge agréa
ble
Dont je suis encor enchanté ,
Une jeune et tendre beauté
Bien au dessus des Beautés que la Fable,
Ou l'Histoire consacre à l'Immortalité.
Quelle taille quel port ! quel air de dignité !
Fuyez, disois-je alors , vaine témerité ;
Si cet objet vous paroît adorable ,
Fuyeż
352 MERCURE DE FRANCE
Buyez ; encore un coup une douce fierté ,
Le rend encor plus respectable..
Enfic , belle Philis , ces differens apas
M'ont fait juger de ceux que je ne voyois pass
L'Amour conduifoit cette Belle ;
Le Dieu d'Hymen fuivoit les pas ;
Je découvrois encor une troupe fidelle
Qui s'avançoit un peu plus bas.
Pour qui donc ces aprêts
Fête ?
pour qui done cene
Ai-je demandé promptement ;
C'eft une nôce qui s'aprête ,
M'a répondu le Dien charmant.
Mais toi-même , Mortel , connois tu la Déeffe
Que tu vois me suivre en ces lieux f
Amour , si j'en crois à mes yeux ,
C'eft ici la Reine des Cieux ,
Ou votre Mere ou la Jeunesse ,
Qui quitte le séjour des Dieux....
Non , non , m'a dit l'Amour , celle qu'on voit
paroître
Et que l'Hymen suit , c'est Philis.
Ah , me suis-je écrié,je n'en suis pas surpris;
A tant d'a traits j'aurois dû ¡la connoître.
En ce jour de sol mnité ,
Four un Bouquet,je vous fais part d'un Songe
Mais p aise au Ciel que cè mensonge
Devienne incessamment une réalité.
FRANCE,
FEVRIER. 1738. 383
*****:**********
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris ,
L
E premier de ce mois M. Piat
Recteur de l'Université , accompa
gué des Doyens des Facultés , et des
Procureurs des Nations , se rendit à
Versailles er il eut l'honneur , suivant
l'ancien usage , de presenter un Cierge
au Roy , à la Reine et à Monseigneur
Je Dauphin.
›
Le même jour ,le P. Duverney , Com
mandeur du Convent du Marais , des
Religieux de la Mercy , accompagné de
trois Religieux de cette Maison , eut l'honneur
de presenter un Cierge à la Reine ,,
pour satisfaire à une des conditions de
leur établissement fait à Paris en 1615 .
par la eine Marie de Medicis.
pour
Le Roy a accordé à M. Potocki , Ar
chevêque de Gnesne , et Primat du
koyaume de Pologne ,. l'Abbaye de Cer
camp , Ordre de Câteaux , Diocèse d'A
miens.
Le
354 MERCURE DE FRANCE
Le deux de ce mois , jour de la
Fête de la Purification de la Sainte
Vierge , les Chevaliers , Commandeurs,
et Officiers de l'Ordre du S. Esprit , s'étant
assemblés vers les onze heures du
matin dans le Cabinet de S. M. le Roy se
rendit à la Chapelle , S. M. étoit précedée
du Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon ,
du Comte de Clermont , du Prince de
Conty , du Prince de Dombes , du Com
te d'Eu , et des Chevaliers , Commandeurs
, et Officiers de l'Ordre. Le Roy,
devant lequel les deux Huissiers de la
Chambre portoient leurs Masses , étoit
en Manteau , le Collier de l'Ordre par
dessus , ainsi que les Chevaliers. S. M.
assista à la bénédiction des Cierges , à la
Procession qui se fit dans la Chapelle , et
à la grande Messe célebrée par l'Abbé
Brosseau , Chapelain de la Chapelle de
Musique , et chantée par la Musique . La
Reine , Madame , et Madame Henriette ,
entendirent la même Messe dans la Tribune.
L'après midi , la Reyne assista à la
Prédication du P. Segaud , de la Compagnie
de Jesus , et ensuite aux Vêpres
qui furent chantées par la Musique.
Le 3. le Roy accompagné comme le
jour
FEVRIER. 1738. 359
jour précédent , se rendit à la Chapelle
du Château , et Sa Maiesté assis
ta au Service qui fut célebré pour le
repos des Ames des Chevaliers de l'Ordre
du S Esprit , morts pendant le cours
de l'année derniere . L'Abbé Brosseau
Chapelain de la Chapelle de Musique ,
célebra la Messe.
Le 1. la Reine entendit la Messe dans
Ia même Chapelle , et S. M. communia
par les mains de l'Abbé de Chevrieres ,
son Aumônier de quartier.
Le Roy a nommé Mestre de Camp
Lieutenant du Régiment Royal , le Mar
quis de Beuvron , Brigadier des Armées
de S. M. et le Régiment dont le Mar
quis de Beuvron étoit Mestre de Camp .
a été accordé par le Roy au Marquis
de Perignan de Fleury.
tion
Le deuxième Fête de la Purifica-
و
on executa au Concert Spirituel
du Château des Thuilleries, trois Motets ,
à grand Choeur ,de feu M. de la Lande
une Sonate à deux violons , de la composition
du sieur Aubert , qui fit beaucoup
de plaisir , et deux perits Motets , à
voix seule , de la composition de M.
Mouret.
Le
356 MERCURE DE FRANCE
Le Roy a fait une Promotion d'Officie
Generaux,par laquelle S.M. a nominé 36,
Lieutenans Generaux , et 55. Maréchaux
de Camp . On en donnera la Liste .
Le troisiéme , la Reine entendit en
Concert les deux derniers Actes de l'Opera
d'Omphale , dont les précedens
avoient été donnés le mois dernier , et
le 8. on chanta devant S. M. le Prologue
et le premier Acte de Marthesie , de la
composition de M. Destouches , Sur- Intendant
de la Musique de la Chambre ,
et en semestre. La Dile Antier remplic
les Rôles de Cybele au Prologue et de
la Prêtresse du Soleil dans le premier Acte,
celui de Talestris , qui fut chanté par la
Dile Abec , jeune personne âgée de 15
ans , qui parut un prodige du côté de la
science et du goût ; elle a des cadences
admirables , beaucoup d'expression dans
tous les genres , et une très jolie voix ,
dont le volume doit augmenter naturellement
avec l'âge . Elle est Eleve du sieur
Mathieu , Ordinaire de la Musique du
Roy , qui ayant retiré chés lui cette jeune
personne orpheline à l'âge de seps
la portée au degré de perfection
où elle se trouve aujourd'hui .
Le 10. La Reine entendit le Prologue
ct
FEVRIER: 1738. 357
et le premier Acte du Ballet du Carna
val et de la Folie , qu'on continua le 15.
et le 17. Les Rôles du Carnaval et de
Momus furent chantés par les sieurs
d'Angerville et du Bourg , et celui de
la Folie , par la Dlle Pélissier , avec tou
te la vivacité dont ce Rôle est suscepti
ble. Les sieurs le Prince et Bertrand .
executerent ceux du Professeur de Folie et
de l'Ecolier. La Symphonie et les Choeurs
de ce Divertissement furent rendus d'une
façon très - brillante , et à la satisfaction
de la Reine.
Le même jour le Roy entendit dans la
Chapelle du Château la Messe , pendant
laquelle l'Evêque de Luçon , l'Evêque de
Nimes et l'Evêque de Meaux , prêterent
serment de fidelité entre les mains de S.Mi
Leurs Majestés entendirent le 12. la
Messe de Requiem , pendant laquelle le
De profundis fut chanté par la Musique
pour l'anniversaire de Madame la Dauphine
, Mere du Koy.
Le 19. le Roy entendit la Messe dans
la même Chapelle , après avoir reçu les
Cendres des mains du Cardinal de Rohan
, Grand Aumônier de France.
La Reine reçut les Cendres des mains
de
358 MERCURE DE FRANCE
de l'Archevêque de Rouen , son Premier
Aumônier , er S M. assista ensuite à la
Messe dans la même Chapelle.
Le 23. premier Dimanche de Carême,
leurs Majestés entendirent dans la Cha
pelle du Château la Messe chantée par la
Musique L'après midy le Roy assista à la
Prédication du Pere Segaud , de la Compagnie
de Jesus .
Le Roy entendit le 26. dans la même
Chapelle la Messe , pendant laquelle l'Evêque
de Mirepoix prêta serment de f
delité entre les mains de S. M. L'après
midy la Reine assista au Sermon du
Pere Segaud.
L'Edit que le Roy a donné au sujet de
la supression des Charges de Premier
Président et de Presidens au Grand Conseil
,
,y ayant été reçû avec beaucoup de
satisfaction , lorsque le Chancelier de
France l'y porta le 25. du mois dernier ,
les Députés que cette Compagnie a nommés
depuis , avec l'agrément du Roy, pour
témoigner sa reconnoissance à S. M. allerent
à Versailles le premier de ce mois ,
et ils eurent Audience du Roy , qui les
reçut avec bonté.
Le 4 de ce mois les Comédiens François
représenterent
FEVRIER . 1738.
359
représenterent à la Cour la Comédie de
la Metromanie, suivie des trois Cousines.
Le 6 , la Tragédie de Britannicus et le
Legs.
Le 11. le Préjugé à la mode et l' Etourderie
, Piéce d'un Acte , tirée des Caracteres
de Thalie.
•
Le 13 , Cinna , et l'Inquiet , Comédie
d'un Acte, tirée de la méme Piéce.
Le 18. le Distrait et l'Eté des Coquettes.
Le 25 , Cinna et l'Inquiet.
Et le 27 , le Curieux impertinent et le
Mari retrouvé.
Le 5. les Comédiens Italiens représenterent
aussi à la Cour la Comédie
du Petit Maître Amoureux¸et lesMascara
des Amoureuses.
2
Le 12 , les Contre- temps et la Parodie
de l'Opera de Castor et Polluxe.
Le 26. la Surprise de la Haine , et le
Bouquets la nouvelle Actrice , dont on a
parlé, joüa dans la premiere Piéce le prinipal
rôle avec les mêmes aplaudissemens
Hont le Public l'a déja honorée surle
Theatre de l'Hôtel de
Bourgogne.
BOUQUET
360 MERCURE DE FRANCE
BOUQUET
A Mile de B.... pour le jour de sa fête,
par M. J... ... de Paris .
A
U milieu d'un parterre , où l'Art et la Nature
Offroient un coup d'oeil merveilleux ,
Je formois avec soin, mais d'une main peu sûre ,
Pour vous, Philis , un Bouquet gracieux ;
Les fleurs m'en paroissoient de riante Peinture,
Et je le croyois même à sa perfection ,
Quand l'Amour , qui veilloit sous une tendre
Rose,
Et qui me regardoit avec attention,
Trouva qu'à mon bouquet il manquoit une
chose,
Qui pouvoit seule en faire tout le prix.
ɔɔ Oüi , me dit- il , je suis surpris
» De n'y pas voir la Aeur que l'on nomme immortelle
;
> A cet oubli je méconnois ton zele.
23
3
Crains un couroux bien merité ,
Ajoute cette Aeur ; si Philis est mortelle ,
Elle a droit de prétendre à l'immortalité.
On a reçû d'Antibes le détail suivant ,
touchant l'embarquement des Troupes
Françoises
FEVRIER. 1738 361
Françoises destinées a passer dans l'Isle de
Corse.
Le 21. Janvier, le Comte de Boissieux ,
nommé par le Roy de France pour commander
ces Troupes , se rendit à Antibes
, et le même jour il visita les Bâtimens
de transport sur lesquels elles doi
vent s'embarquer.
Le Marquis de Pardaillan , Commandant
de l'Escadre , donna le lendemain ,à
bord de la Fregate, la Flore , un magnifique
repas au Comte de Boissieux , au
Commandant d'Antibes , et aux princi
paux Officiers des Régimens d'Auver
gne , de la Sarre , de Bassigny , d'Outoy
et de Nivernois. Pendant le repas , la
Fregate la Flore , et la Fregate la Legere ,
firent plusieurs décharges de leur Artil
lerie , ainsi que les autres Vaisseaux qui
étoient à l'ancre dans le Golfe Jean.
Le 23. on célébra dans l'Eglise des
Cordeliers , une Messe solemnelle à l'oc
'casion de l'embarquement des Troupes.
Les Régimens d'Auvergne , de la Sarre
, de Bassigny , d'Ouroy er de Niver
nois , lesquels composent ensemble six
Bataillons , s'embarquerent le 24. sur
l'Escadre qui partit l'après midi pour se
rendre au Golfe Jean. Cette Escadre consiste
en 25. Bâtimens,sans y comprendre
deux
352 MERCURE DE FRANCE
deux Tartanes , sur lesquelles on a emẻ
barqué 180. barils de Poudre , 335 quintaux
de Bales , 12. pieces de Canon de
huit , et des Chevaux pour les Officiers
de débarquement.
4
Les mêmes Lettres marquent que de
puis l'arrivée du Courier , par lequel on
a été informé de l'embarquement des
Troupes , on a apris par un autre Cou
rier que l'Escadre qui devoit mettre à
la voile le 25. n'avoit pû sortir du Golfe
Jean , à cause des vents contraires ,
mais que le temps étant devenu plus favorable
le 29. on comptoir qu'elle auroit
mis à la voile le 30. pour la Bastie.
On a reçû avis depuis , que la Flotte
Françoise , sur laquelle les six Bataillons
que le Roy a envoyés dans l'Isle de
Corse , sous les ordres du Comte de
Boissieux , Lieutenant General , se sont
embarqués , étant partie du Golfe Jean
près d'Antibes , le premier de ce mois
est arrivée en Corse le S. Une
tie des Troupes a débarqué à la Bastie ;
celles qui sont arrivées au Golfe Saint
Laurent , y sont restées jusqu'au 8. et
elles ont dû se rendre le lendemain à la
Bastic.
•
par-
VERS
FEVRIER. 1738 363
VER·S de M. de Voltaire.
ON disoit que l'Hymen a l'interêt pour frere,
Qu'il est traître, sans choix, aveugle, mercenaire;
Ce n'est point- là l'Hymen , on le connoît bien
mal ;
Ce Dieu des coeurs heureux , est chés vous
d'Argental ;
La vertu le conduit , la tendresse l'anime ,
Le bonheur sur ses pas est fixé sans retour;
Le veritable Hymen est le fils de l'estime
Et le frere du tendre amour.
ET AT des Officiers nommés pour remplir
differentes Places vacantes dans l'État
Major , du 16. Février 1738 .
E Roy a accordé à M. de Fiennes
Lieutenant Colonel de son Régiment
Royal , Infanterie , le Commande
ment de la Citadelle de Strasbourg.
A M. de Saint Martin de Rougeat , Major
de Maubeuge , la Lieutenance de Roy
de la même Ville.
A M. de Barjetton , Capitaine au Ré
giment de Santerre , la Majorité de
Maubeuge.
A M. de la Grange , Brigadier Lieute-
H nant
364 MERCURE DE FRANCE
nant Colonel du Regiment d'Eu , la Lieutenance
de Roy du Mont Dauphin .
A M. Du Lau , ci -devant Major de
Tréves , la Lieutenance de Roy à Sarrelouis.
A M. Le Brun,Commandant un Batail,
lon du Régiment de Poitou , la Lieutenance
de Roy à Saint Venant.
A M. de Monfort , Commandant le
ttoisiéme Bataillon du Régiment de
Champagne , le Commandement du
Fort Mortier.
A M. de Garsin , Lieutenant en second
des Grenadiers du Régiment de Provence,
la Capitainerie des Portes de Bouchain ,
A M. de Bremond , Commandant un
Bataillon du Régiment de Tallard , la
Lieutenance de Roy à Phalsbourg.
A M. de Prat, Capitaine des Grenadiers
au Régiment de la Reine , le Commandement
du Fort François d'Aire .
ADAMON, qui m'a écrit que je
ne lui avois point d'obligation.
UN jour , Damon , je songcois à dresser
Epitre en Vers , que voulois t'adresser ,
Quand tout à coup le Maître du Parnasse
M'apostropha , non sans forte menace .
( Juge
3
FEVRIER.
365 1738.
Juge si lors prompte frayeur me prit ! )
Quoi , me dit-il , rude et chétif esprit ,
De rimailler tu sens donc la manie !
Qui t'a reçû dans notre Confrairie ?__
Cerveau fêlé , laisse-là ton papier ;
Onc ne feras fortune en ce métier ,
C
Et de tes Vers de grossiere structure
Nut sans bâiller n'entendroit la lecture ,
Ne rimes donc , ou sentiras mes coups.
Me prosternant soudain à ses genoux ,
Plus mort que vif, j'alleguai cette excuse.
Que de m'quin ta bonté ne refuse,
Grand Apollon , verras que n'ai grand tort.
Je n'écris point pour vivre après ma mort ;
Pour ce d'esprit faut posseder richesse
Dont à très peu Nature faic largesse.
Ne suis du tas de ces hommes falots ,
Lesquels croyant tenir les premiers lots,
De haut sçavoir , de grace , de justesse ,
Tout charmés d'eux , malgré leur petitesse ,
Sont occupés à courir jour et nuit
Après un nom qui nuit et jour les fuit.
Mais te dirai la raison qui m'engage
Hij A
366 MERCURE DE FRANCE
Y
A recourir au celeste Langage ,
Dont sur le Pinde on donne la leçon.
Voudrois louer de gentille façon
$
Un homme docte , ingénieux , aimable ;
Un homme enfin d'un prix inestimable
Qui , m'honorant de son affection
M'a régalé de mainte instruction ;
Veux lui prouver qu'il a tort , quand il pense
Que ne lui dois nulle reconnoissance ;
Ne puis souffrir qu'il traite ainsi que riep
Ce gracieux , ce sçavant entretien ,
Dont j'ai joüi durant une semaine ;
Et cet Ecrit de beauté plus qu'humaine ,
Que pour moi seul il a daigné tracer ;
Non , tels bienfaits ne pouront s'effacer
De mon esprit ... lors le Dieu de la Lyre
Me dit , je sçais tout ce que tu veux dire ;
Mais tiens pour sûr qu'à Damon sied trés- bieg
De soûtenir que tu ne lui dois rien ;
Car c'étoit moi , qui , par fine imposture,
T'entretenois sous sa propre figure.
A. X. Harduin.
MORTS
FEVRIER." 1738. 377
MORTS ET NAISSANCE.
L&
E 8. Janvier , mourut à Paris , âgéd
de deux ans , Marie- Louise- Jose
phine , fille de Joseph Joachim Tho
mas de Coborne , Marquis de la Palun ,"
Gouverneur de la Principauté d'Orange
et de Bourbon-l'Archambault , cy- devant
Capitaine des Gardes de S. A. S. M. le
Comte de Charolois , et de D. Marie
Louise - Elisabeth Hénequin- de - Charmont.
Lo16. lè Reverend Pere François Hu
guin , Général des Chanoines Réguliers
de la Congrégation de notre Sauveur ,
Abbé de Chaumousey en Loraine Diocé
sé de Toul , mourut dans son Abbaye.
Le 2. Février D. Geneviève Hinselin ;
Epouse de Joseph- Jean- Baptiste de la
Boissière de Chambors , ci -devant Capi
taine au Régiment d'Iufanterie de Bretagne
, et Ecuyer du Roy , mourut subite
ment à Paris , sans laisser d'enfans , et
dans la 61. année de son âge , étant née le
24 Juillet 1677: elle avoit été mariée par
dispense de Rome le 3. Janvier 1730
avec le Sieur de la Boissière de Cham-
Hiij bors ,
368 MERCURE DE FRANCE
bors , son parent , qui étoit veuf de D.
Marie Anne Angelique de la Fontaine
de la Boissière , sa Cousine Germaine ,
morte le premier Janvier 1729 , dont il a
eû des Enfans , qui sont raportés dans
PHistoire desGrands Officiers de la Cou
ronneT VIII. p. 856 , à l'article de la Généalogie
de la Fontaine. La Dame dont on
raporte la mort , étoit Fille de Joseph
Hinselin , Seigneur des Ternes , et des
Carriéres , Correcteur en la Chambre des
Comptes de Paris , et de Genevieve
Cappe.
>
Le 3. Pierre François de la Guillaumye
Conseiller au Parlement de Paris , de la
premiere Chambre des Enquêtes , où il
avoit reçu le 19. Janvier 1724. et aupara
yant Conseiller au Châtelet , mourut
dans la 43. année de son âge , étant né le
25: Novembre 1695. Il avoit épousé de
puis peu d'années la Dlle Butler , soeur
de Marie Butler , Comtesse de Roussil
lon - Chatte , Il l'a laisse grosse d'un posthume
; le défunt étoit fils aîné de Nicolas
Pierre de la Guillaumye , Conseiller
en la Grand Chambre du même Parlement
, et de feuë D. Anne Charlotte
Neret , dont la mort est raportée dans
le Mercure de May 1736. p. 1030.
Le 5. mourut Gabriel - Pierre Tauxier
ancien
·
FEVRIER 1938. $69
*
ancien Trésorier - Receveur et Payeur des
gages des Officiers de la Cour des Aides
de Paris , laissant de Marie Magdelaine
Roussel de Charost , sa Femme , Gabriel-
Nicolas Tauxier , reçu Conseiller en la
même Cour des Aides le 27. Avril 1732 .
au lieu et place du feu PierreTauxier, son
frere aîné mort le 26. Décembre 1731.
Le 6. D. Antoinette Jourdaine de Pellevé
, Comtesse de Flers , Baronne de
Larchamp , Châtelaine de la Lande , Patty
, Dame de la Frenaye , Chanu , Belle-
Fontaine , Hemérez , Riou , &c . veuve
de Philipe René Ango , Seigneur de
la Motte , et de Ville-Badin , Baron d'Ecouché
, près d'Argentan , Conseiller au
Parlement de Normandie , mourut à Pa
ris , dans la 40. année de son âge , laissant
des enfans. Elle étoit la derniere de
la Maison de Pellevé en Normandie
dont la Généalogie est raportée dans
l'Histoire des Grands Officiers de la Couronne
To. 2. p. 76. elle étoit devenuë
héritière par la mort sans enfans d'Hiacinte
Louis de Pellevé , son frere , Comte
de Flers , Gouverneur de Meudon ,
que l'on a raportée dans le Mercure de
May 1736. p. 1032.
Le 9. Beatrix Hieronime de Loraine
Abbesse et Dame de Remiremont , Dio-
Hiiij cése
370 MERCURE DEFRANCE
་
cése de Toul en Loraine , depuis 1711.
mourut à Paris , dans la 76. année de son
âge , étant née le premier Juillet 1662 .
elle étoit soeur aînée d'Elisabeth de Loraine
Princesse Douairiere d'Espinoy , et
fille de François- Marie de Loraine Prince
de l'Islebonne , Damoiseau de Commercy
, Lieutenant Général des Armées
du Roy , mort le 11. Janvier 1694. dans ·
la 67 année de son âge, et d'Anne de Loraine
sa seconde femme , morte le 19.-
Fevrier 1720. en la 81. année de son âge,
laquelle étoit fille légitimée de Charles
IV. du nom , Duc de Loraine , et de Bar,
et de Beatrix de Cusance , Princesse de
Cantecroix.
Le 12. Dame Marguerite- Françoise Le
Secq , veuve sans enfans depuis le 2. Août
1711. de Pierre- Louis de Reich , Sr. de
Penautier en Languedoc , Trésorier Général
de la Bourse des Etats du Pays de
Languedoc , et Receveur Général du
Clergé de France , mourut à Paris , âgée
de 86. ans , elle étoit fille de François le
Secq , Conseiller , Secretaire du Roy ,
Maison , Couronne de France , et de ses
Finances , et Trésorier Général de la
Bourse des Etats de Languedoc , mort le
. Mai 1671. er de Simonne de Laune ,
morte le. 13. Fevrier.1681 ..
L'a:
FEVRIER . 1738. 371
Le 14. D. Françoise - Susanne Bignon ,
Epouse depuis le mois d'Août 1715. de
Gilles Brunet , Seigneur d'Esvri , Maître
des Requêtes Honoraire de l'Hôtel du'
Roy , ci - devant Intendant successivement
en Auvergne , et à Moulins en
Bourbonnois , mourut à Paris d'un Colera
morbus , enpeu d'heures de temps , dans
dans la 39. année de son âge , étant née
au mois de Juillet 1699. Elle laisse des
enfans. Elle étoit fille de feu Armand
Rolland Bignon , Seigneur de Blanzy , "
Conseiller d'Etat ordinaire , et Intendant
de la Généralité de Paris , auparavant Intendant
des Finances , mort le 11. Fevrier
1724. et de D. Agnès - Françoise Hebert
du Buc , à présent sa veuve .
Le 16. Pierre Margeret , Seigneur de
Pontault , Longvillier , &c. Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis , Maréchal
des Camps et Armées du Roy , mourut
à Paris , âgé d'environ 70. ans , dont il
en avoit servi 38. dans le Régiment des
Gardes Françoises , où il étoit entré en
1689. en qualité d'Enseigne. Il monta en
1691. à une Lieutenance , et il obrint une
Compagnie en 1696. H fut fait Brigadier
le 29. Mars 1710. et Maréchal de Campi
le 1. Fevrier 1719. Il se retira du Service
au mois de May 1727, et fut récompensé
Hv d'une
372 MERCURE DE FRANCE.
d'une Pension de 6000. liv. Il étoit fils:
aîné de Pierre Margeret , Seigneur de
Pontault , et Longvillier , Grand Audiancier
de France , mort le 2. Octobre
1682. et de Catherine Picot. Il avoic
épousé au mois de Novembre 1709. Ans
ne Therese Zylof , de Bergue- S. Vinox ,
en Flandres , morte le 15. Janvier 1725.
âgée de 41. ans. Elle étoit fille de Jacques
Zylof , Seigneur de Stenbourg , et
de Marie de Floris de Bos -herol. Il laissed'elle
Pierre Margeret , âgé de 27. ans ,
Capitaine de Cavalerie dans le Régiment
de Bretagnes
Marie - Anne - Therese
Margeret , âgée de 22. ans , qui vient
d'être mariée avec le Sieur de Pertiere ,
Gentilhomme de Poitou ; Claude Ade
laïde Margeret , âgée de 16. ans , qui se
fair Religieuse et Charles Auguste
Margerer , âgé de 14 ans , destiné à l'é
tat Ecclesiastique.
{
•
Le 21. Armand de Madaillan de Lesparre,
Marquis de Lassay, au Maine, Che
valier des Ordres du Roy, de la Promotion
du 2. Eevrier 1724. et Lieutenant
Géneral pour S. M. au Gouvernement
de Bourgogne dans le département de
Bresse Bugei , Gex et Valromei ,
mourut à Paris , à l'âge de 86. ans. Il
avoit été autrefois Guidon, puis Enseigne
•
de
FEVRIER. 1738. 373
>
·
de la Compagnie des Gendarmes de la
Garde du Koy. Il étoit fils de Louis de
Madaillan de Lesparre , Marquis de Montataire
, et de Lassay , Comte de Manicamp
, et de Cully , mort âgé de 79. ans ,
le 17. Mars 1708. et de Susanne de Vipart
de Silly , Dame de Ste Croix - Grántonne
sa premiere femme , morte âgée
de 47. ans , le 22. Fevrier 1676. Le Marquis
de Lassay , qui vient de mourir
avoit été marié 3. fois , la premiere le 12.
Fevrier 1674. avec Marie Marthe Sibourg
, fille de Jean Sibourg , Seigneur
des Brosses , ci - devant Conseiller au Parlement
de Rouen , et de Marie Anne de
Bressou ; la 2. avec Marie Pajot , fille de
Claude Pajot , et d'Elizabeth Soüart ; et
la 3. le 6. Mars 1696. avec Julie , légigitimée
de Bourbon , Fille naturelle de
Henri -Jules deBourbon , Prince de Condé,
premier Prince du Sang , Pair et Grand
Maître de France , Gouverneur de Bourgogne
, et de Françoise de Montalais
Comtesse Doüairiere de Marans . Cette
dernière mourut le ro. Mars 1710.. âgée
de 43. ans , et mere d'Anne- Louise de
Madaillan de Lesparre , de Lassay , née:
le 26. Juin 1697. mariée le 21. Fevrier
1715. avec Gabriel Simon , Comte d'O „
Colonel , Lieutenant du Régiment de
Hvj Toulouse
374 MERCURE DE FRANCE
Toulouse Infantanterie , et morte le 2
Octobre 1723. ne laissant que deux filles,
dont l'aînée Adelaïde - Genevieve - Felicité
d'O , mariée le 27. Août 1731. avec:
Louis de Brancas , Duc de Lauraguais ,
Colonel du Régiment d'Artois , mourut
le 26. Août 1735. en couches d'un fils , à
l'âge de 19. ans . Le Marquis de Lassay
avoit eû de sa 1. femme , Marie- Constance-
Adelaïde de Madaillan de Lesparre ,,
née le 25. Décembre 1674. mariée le s
Mars 1690. avec Gaspard Alexandre ,
Comte de Coligny , Mestre de Camp du
Régiment de Cavalerie de Condé , restée
veuve sans enfans le 14. Mai 1694. et´
morte le 28. Fevrier 1725. et de sa 2 .
femme , il laisse Leon de Madaillan de
Lesparre , Comte de Lassay , âgé d'environ
55. ans , Brigadier des Armées du
Roy , ci devant Colonel Lieutenant dù
Régiment d'Enguien Infanterie. Celuici
a été marié en vertu de dispense le 3
Avril 1731. avec Reine de Madaillan de
Lesparre de Montataire , sa tante pater
nelle , fille de Louis de Madaillan de Lesparre
, Marquis de Montataire , et de Las
say ,. et d'Anne - Marie- Therese de Rabutin
de Bussy , sa 2. femme. Il n'y a
point d'enfans de ce mariage.
Le 24, D. Françoise Dorson , veuve
sans :
?
FEVRIER: 1738 375
Sans enfans , depuis le 11. Fevrier 1720.
de Claude Huguet de Lhémerillon , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis
et Capitaine de Grenadiers au Régiment
de Bourbonnois , son Cousin ger
main , qu'elle avoit épousé le 31. Octo
bre 1705. mourut à Paris , dans la 82 .
année de son âge , étant née le 8. Juillet
1656. elle étoit fille de Nicolas Dorson
Receveur Général des Finances de Riom
en Auvergne , et de Marie Huguet , et
steur de feuë Marie Dorson , femme de
Jean Romanet , Secretaire du Roy , et
Fermier Général , morte le 30. Mars 1717.
âgée de 72. ans.
Le premier Fevrier , fut baptisée à S
Eustache , Catherine- Luce , née le même
jour , fille de Chrétien Guillaume de Lamoignon
, Marquis de Bäville , et de
Milhars , Baron de S. Yon , et de Noail
Kes Seigneur du Broc , Hauterive , la
Queilhe , de Cannes , et de Lamoignon,
Président du Parlement de Paris , et de
Dame Louise Henrictte Magdeleine Bernard
, qui ont été mariés le 27. Septem
bre 1732. Elle a eu pour Parain et Maraine,
Samuel- Jacques Bernard , Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du
Roy, Sur Intendant des Domaines, Mai
sony
MERCURE DE FRANCE
son , et Finances de la Reine , Grand
Prevôt et Maître des Cérémonies de l'Or
dre Royal et Militaire de S. Louis , son
Ayeul maternel , et D. Catherine Louise
de la Moignon , épouse de François-
Louis Dauvet , Marquis des Marets ,
Grand Fauconnier de France , sa Tante
paternelle . C'est leur 2. enfant. Ils ont
un fils , né le 18. Decembre 1735.
1
SUPLEMENT.
ID ILLE.
A Mad, la Duchesse de R *** sur son
séjour au Château de B *** , situé
dans la Forêt de Chinon en Touraine.
MAteilly ,
Forêts !
Montbrison , 8 ! Plaines de
Vos beaux jours sont passés , vous n'avez plus
d'atraits ,
Depuis l'heureux moment qu'une aimable Duchesse
Vient répandre en vos Bois la joie , & l'alle
gresse ;
Et que fixant les jeux, et les ris à sa Cout ,,
FEVRIER . 1738 377
.
Elle guide leurs pas dans ce riant séjour.
Nos tranquiles plaisirs dans ce réduit cham
pêtre
L'amusent , où tout au moins elle le fait pa
roître s
Les Faunes , les Sylvains , Habitans de nos
Bois ,
Charmés de ses bontés , enchantés de sa voix ,
S'unissent aux Bergers , aux timides Bergeres ,
Et forment sous ses yeux mille danses légeres
Qu'elle daigne animer des sons vifs , & touchans
Que sa main sçait tirer de divers Instrumens.
Vivez heureux , Bergers , dit - elle , et sans al
larmes ,
Vos plaisirs ont pour moi des atraits pleins de
charmes ,
Je veux les partager , jusque dans vos Forêts
Sur le Cerf, et le Daim je lancerai mes traits.
Mes vigoureux Limiers , pleins d'ardeur et de
force
Me feront débauger le Sanglier féroces
Puis traquant dans le Bois le Chevreuil bon+
dissant
Vous le verrez bien tôt à mes pieds expirant.
Le Faisan sentira l'effet prpmpt et rapide ,
D'un plomb que lancera le salpêtre homicide
MERCURE DE FRANCE '
Et sortant quelquefois du sein de vos Forêts ,
Je ferai traverser vos plus vastes Guerets
Au Liévre dégité , que d'une course agile
Suivra sans s'arrêter le Lévrier docile.
Ainsi parloit Olimpe à nos Bergers heureux ;
Qui s'exprimant alors par Acante , l'un d'eux';
Regnez , lui disoit-il , Olimpe , en ces retraites ,
Et nous y goûterons mille douceurs parfaites ;
Si , sensible à nos voeux , si, sensible à ma voir;
Yous daignez pour long - tems vous fixer dang
nos Bois' ,
Où chaque jour verra vous rendre notre hom
mage ,
Il'est sincere , et pur , du coeur c'est le langage
Et vous , heureux Pasteurs , dessus vos chalu´
meaux
Chantez , chantez son nom , que par tout les '
échos
Le répetent cent fois ; gravez-le sur les Hêtres ?
ir croîtra chaque jour dans ces réduits champê
tres ,
Pour être am monument à la Posterité ,
De celie d'où vous vient votre félicité
Réunissez vos voix , que vos tendres Musettes
Célebrent ce beau nom dans vos douces regˆ
traites ;
Dites , qu'en épuisant sur les Cerfs son card^
quois ,
C'est
FEVRIER 1738- ang'
C'est , à n'en point douter , la Déesse des Bois ;
C'est Pâlès dans vos Champs , dans vos Jardins
c'est Flore ,
Que de nouvelles fleurs sous ses pas¨vont´
éclore !
C'est elle qui regnant sur vos Prés , vos Ver
gers
Préservant vos Troupeaux , trop fortunés Béra
gers ,
Vous offre chaque jour sous ses toits respectables
,
Des Jeux toujours nouveaux ', et des Mets dé
lectables.
Elle ne borne pas encor là ses plaisirs ,
Et le Ciel est bien plus l'objet de ses desirs :
Mere de l'indigent , sensible au misérable ,
Elle adoucit ses maux d'une main secourable
Olimpe , vous n'offrez vos voeux qu'aux ime
mortels ,
Vous adorez leur nom , encensez leurs Autels
Pour vous les rendre encor chaque jour plus
propices ,
Votre coeur pur leur fait les plus purs sacrifi ,
ces i
Et , pour tout dire enfin , vous imitez les Dieu
Vous êtes sécourable , et faites des heureux.
V. D. D.
LETTRE
380 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M. Cipiere , à M. l'Abbé
Bellet , de l'Académie Royale des Belles
Lettres , Sciences , et Aris de la Ville de
Bordeaux , sur des Monumens Antiques.
Oici , Monsieur , les Etrennes que
je vous avois destinées , et que je
ne pus vous envoyer dans le temps : ce
sont des Antiques qui ne le sont que depuis
l'année passée. Car tout ce qui est
caché sous la terre , et que nous ignorons
y être , ne peut passer pour Antique , ni
même pour Moderne . Il est bien vrai ,
ce que l'Ecriture dir , qu'il n'y a rien de
si caché , qui ne soit un jour découvert ,
et c'est ce que pensent ceux qui élevant
de grands et de solides Edifices , cachent
dans les Fondemens , des Médailles ,
des
Monnoyes ' , er des Inscriptions pour
aprendre à la Posterité les noms , et les
temps de leurs Auteurs. Ils n'ont pas
prétendu que ces Edifices durassent aus
tant que les hommes sur la Terre , et que
ces Monumens écrits , fussent reservés
pour les Anges , ou pour les hommes rese
suscités.
Tout ce qui est caché dans la Terre, ou
par la volonté des hommes , ou par le
changement
FEVRIER . 1738. 3-81
changement de la surface de la terre , our
par la Nature même , se découvre peu à
peu ,et dans son temps ,par les mêmes causes.
On creuse la Terre pour y faire des
Fondemens d'un nouvel Edifice . On remue
les Terres pour les porter ailleurs ,
ou pour les éloigner. Un tremblement de
Terre fait écrouler lesMontagnes . Un débordement
de riviere abîme les Villes et
les Châteaux. La Mer entre dans les Terres
, et les couvre . Ailleurs elle s'en éloigne.
Qui fait les Villes et les Edifices que
la Mer Noire couvrit, quand elle inonda
toutes ces Terres qui étoient entre la
Grece et l'Asie , et forma ainsi l'Archipela
Que n'ont pas couvert les Eaux de l'Océan
, quand , forçant les digues du Détroit
de Gibraltar , elles entrerent dans
ce Pays qui s'étend entre l'Europe et
Affrique c'est ainsi que s'est formée la
Méditerannée , selon Diodore de Sicile.
Ce sont là , direz - vous , des Fables
Grecques , pour fonder l'Histoire des Dé-
Juges de Deucalion et d'Ogygés . Mais on
ne poura se refuser au systême de l'ingénieux
Pere Castel, de la Compagnie de
Jesus , qui croit la circulation de toutes
les parties de la Terre entr'elles. Ainsi
les cailloux sortent sur la surface de la
Terre,dans des Lieux , où vous n'en aviez
pas
382 MERCURE DE FRANCE
pas vu. Ainsi des entrailles des Monta
gnés ou des Volcans , sortent dès roches
du soufre , du fer. Ainsi lés Métaux s'élevent
de leurs Minieres jusque près de
la surface de la Terre , et y laissent sou
vent des marques de leurs qualités . Il en
sort d'autres avec les eaux des Fontaines"
et des rivieres. Les Montagnes s'abais
sent par les plufes ; même la Mer enfante
des Isles , et ailleurs couvre des Terres ,
dans le temps qu'elle en donne aux hom
mes d'autres à cultiver. Mais ce n'est pas
ici mon systême vous l'avez vú ci - dessus.
C'est que tout ce qui est caché par la vol
lonté des hommes , ou par le changement
de la surface de la Terre , ou par la Na- ,
ture même , se découvre peu à peu , et'
en son temps, par les mêmes causes.
Ce seroit un grand plaisir pour moi', '
Monsieur , de vous envoyer l'explication
des Antiqués déterrées l'année passée en
Italie:je vous le donnerai ce plaisir ,quand
j'aurai reçu la réponse que j'atends de
Rome , où j'ai écrit pour sçavoir ce que
les Sçavans en auront publié . Il faut espérer
que M. le Cardinal Ottoboni fera
travailler là- dessus d'habiles Gèns. C'est
dans sa Terre de Sitto , dépendante de
son Abbaye d'Albano près de la Torre di
Mezza , et au mois de May de l'année
1734
FEVRLER.
1738. 383
32. que des Ouvriers creusant la Terre
, découvrirent une Statuë de Venus
plus belle et plus haute que la Venus
de Medicis , qu'on voit dans le Cabinet
du.Grand , Duc , à Florence. Vous sçavez
que cette Venus , și connue des Sculpteurs
, n'a que cinq pieds de hauteur , et
qu'elle est de la main de Cléomene , fils
d'Apollodore, Athénien ; vous en avez vû
souvent des figures en plâtre ; nous verrons
à quel Sculpteur Grec , on donnera,
celle- ci , et si on dira dans la suite ,
Venus d'Ottoboni.
J'atends aussi l'explication de ces Antiques
qui furent déouvertes au mois de
Juillet suivant , aux environs de la Chapelle
de la Maison Corsini , dans l'Eglise
de S. Jean de Latrans on y déterra quatre
Statues , trois Colonnes , dont une est
de Jaspe antiques des Urnes sépulchrales
, des Lampes de terre cuite ; plusieurs
Médailles d'Empereurs Romains , et diverses
autres Antiquités. Nous verons și
ce ne sont point les ruines de quelqu'un
de ces Tombeaux que les Romains éleverent
à leurs Grands Hommes , et qu'ils
conserverent même à leurs Familles . Ces
Urnes sépulchrales , et ces Lampes , ne
servoient qu'aux Morts , et aux Tombeaux
; ces Statues en ornoient l'intérieur,
384 MERCURE DE FRANCE
ces Colonnes en soûtenoient les voutes.
Ce Jaspe antique est une sorte de Jaspe,
estimé dans l'Antiquité. S. Jerôme sur
Isaïe,liv. 15. chap. 54. parle de plusieurs
sortes de Jaspe ; celui qu'on apelle antique
, est d'un verd de Mer , et semble
être peint. Il vient du fond des carrieres
de Marbre qu'on trouve dans le Mont
Ida , en Phrygie . Nous avons en France ,
vers Bagnietes aux Pyrenées , des Marbres
avec de grandes veines d'un verd clair ;
mais ce n'est point à la façon du Jaspe
antique , dont le verd couvre toute la
surface de la pierre. Les Anciens l'esti
moient beaucoup pour la vertu qu'ils lui
atribuoient de chasser de l'imagination les
vains phantômes ,de préserver de mauvaises
rencontres , et d'accidens . Galien lui
trouve une vertu stomachique,dans le Livre
9. des vertus des Simples ; mais Isidore
traite tout cela de superstition . Pour ces
vertus , on peut voir Saumaise sur Solin .
On ne fait plus d'état du Jaspe qu'on
apelle Héliotrope , qui teint en couleur
de sang , l'eau exposée dans un vase au soleil
. Pline s'en est déja mocqué au Livre
37. de son Histoire . On a trouvé un bloc
de ce dernier Jaspe , assés grand pour en
faire des Tombeaux entiers. Il y en a un
à Bruges en Flandres dans l'Eglise de S.
Donátien. De
FEVRIER.
1738. 385
De ces autres Antiquités trouvées avec
les Statues et les Colonnes , on en a détourné
quelques - unes que les Maçons
avoient aportées chés un fameux Antiquaire
M. Figaroni ; mais M. le Cardinal
de S. Agnez , fit faire des perquisitions:
fort exactes chés l'Abbé Herpini , autre
célebre Antiquaire , accusé d'avoir envoyé
de ces Antiques dans les Pays Etrangers.
Sur quoi j'observerai avec vous
Monsieur , que Mrs les Romains , sont
plus jaloux de leurs Antiques que les
François, qui n'ont pas eu la même ardeur
dorsqu'ils ont vû passer dans le Cabinet du
Duc de Parme, celui des Médailles de M.
Foucaut Coseiller d'Etat. Dans ce dernier
étoit le Medailler de M. Colbert,
qui avoit acquis celui de Charles Patin
et il avoit été augmenté par M. de Sei
gnelay fils aîné de M. Colbert , des Mé
dailles de l'Abbé Bracei de Rome , et du
Comte Lazzara , de Padouë , qui avoit
acquis celui du celebre Angeloni , Auteur
de l'Histoire d'Auguste. N'en voilà t'il
pas assés, pour rendre les Romains et les
Italiens, plus reconnoissans ?
Il faut que je rapelle ici , Monsieur , ce
que l'on découvrit en Angleterre au mois
de Novembre dernier. Des Ouvriers
ocupés à aplanir une Montagne près de
la
MERCURE DE FRANCE
la Ville de Kengsweston dans le Comté de
Sommerset, trouverent dans la Terre plusieurs
corps humains embaumés , avec des
Inscriptions qui font voir près de deur
mille ans d'ancienneté . Nous voilà transportés
hors de l'Ere Chrétienne. Mais les
Barbares n'embaumerent pas leurs corps,
avant que d'avoir reçû les coûtumes des
Romains , et celles des Egyptiens : et les
Romains ne les embaumerent point . N'y
aura t'il pas quelque méprise dans la maniere
de lire ces Inscriptions ? c'étoit as
sés la coutume des Peuples anciens de
mettre leurs morts dans les Montagnes ;
ce sont des Mausolés tout faits . Je me
souviens ici de ce que vous m'écrivîtes
il y a six ou sept ans , de cette quantité
d'ossemens d'animaux , et d'hommes
qu'on avoit trouvés à cinq lieuës de Bordeaux
, dans le penchant d'une colline ,
dont les Terres s'étoient écroulées , et
qu'on n'avoit point de mémoire d'aucune
Bataille , qui eût été donnée dans ce
Canton.
Mais passons en Portugal , et jusqu'à
la Ville de Brague , une des plus anciennes
de l'Espagne , qui apartenoit autrefois
à la Galice . N'est- ce pas la Braceara
de Prolomée et celle que notre Poëte
Ausone a mise parmi ses Villes Illustres
elle
FEVRIER.
1738 387
elle étoit grande et considerable du temps
des Romains : mais les Goths la renversetent
, et c'est aujourd'hui ses anciennes
ruines qu'on découvre en creusant la
Terre. Des Ouvriers travaillant au mois
de Juillet dernier auprès des fondemens
de l'ancienne Eglise de S. Martin de Dume
, y découvrirent les ruines d'un Edifice
du temps des Romains , lequel paroît
avoir été un Temple de Jupiter. Les
Inscriptions qu'on lit sur plusieurs pierres
, qui ont formé les Colonnes , le font
croire. Sur une Colonne bien conservée ,
on lit cette Inscription . Jovi EXTULSORI
ARMIA LUSSINA EX VOTO POSUIT. C'est
ainsi qu'on lit dans la copie qu'on a envoyée
en France ; mais en Hollande , on
l'a reçûë un peu diferente. Jovi EPULSORI
ARMIA LUSINNA EX VOTO POSUIT .
Je ne sçais s'il n'y a point quelque faute
dans ces deux leçons. 1. Dans le Stile
Lapidaire , on n'a point dit Expulsori ;
Epulsori , mais Depulsori , ainsi qu'on lic
dans les Inscriptions de Gruther. Ce
Depulsor est synonime d'Aversuncus des
anciens Romains et d'Apomnios des
Grecs . Je n'entre pas plus avant dans
cette explication . 2. Armia est le nom
de la Dame qui avoit sans doute voué
d'ériger cette Colonne dans le Temple ,
I
et
388 MERCURE DE FRANCE
·
et il seroit inutile de rechercher s'il est
Latin , ou Grec , ou un nom usité dans
la Nation même de cette Dame, 3º . Celui
de Lussina , ou Lusinna , est formé
peut être de Lusus fils de Bacchus , qui a
donné son nom à la Lusitanie . Car le
Peuple suit volontiers l'Histoire mystique
de sa Nation . Ne seroit- ce point un
nom mal écrit pour Luscinia , qui est
tout Latin , et que plusieurs femmes ont
porté ? Attendons ce que nous en diront
les Sçavans de l'Académie de l'Histoire
de Lisbonne.
Près de cette Colonne qui porte l'Inscription
, on a découvert un Tombeau
de Marbre blanc , d'onze palmes de contour
, et de trois de largeur. Il renferme
les ossemens d'un corps humain qu'on
croit être celui de Theodomir , un de ces
Kois Goths ou Sueves , qui ont regné en
Galice. Sous ce Prince Arien fut tenu un
Concile à Brague , en l'année 561. Il
mourut après douze ans de Regne en l'an
$ 70 . Ce Prince fut inhumé dans le Monastere
de S. Martin de Dume qu'il avoit
bâti je ne sçais si c'est avant ou après
que le Prince son fils eut été guéri de sa
maladie l'intercession de ce Saint. Ce
Monastere fut bâti sur les ruines du Tempar
ple de Jupiter. Les Sarrazins vinrent et
confondirent
FEVRIER.
1738. 389
confondirent les ruines Chrétiennes avec
les Payennes.
Quand j'aurai reçû des nouvelles sug
toutes ces Antiquités , je vous en ferai
part, Monsieur , et je les atends de vous ,
si vous en recevez plûtôt que moi.
+
Après ma Lettre écrite , il m'est venu
un homme qui m'a demandé la racine de
1739. qui est le nombre de l'Ere Chrétienne
d'aujourd'hui ,comme je sçais qu'il
n'y en peut avoir que d'aprochante ,
voici ce que je lui ai répondu par plaisanterie.
Ces quarre nombres font 14 , et
quatorze repetés 114 fois fait 2735. qui
est le plus aprochant du quarré demandé.
La réponse a mis mon homme de belle
humeur , il a joué sur les quarrés . J'ai
craint qu'il ne jouât aussi sur nos Antiques
, si je lui montrois ma Lettre , et
que lui aurois je répond ? les Antiques
découvertes sont un bien qui nous apartient
, et qui pous avoit été destiné. Mais
les quarrés de l'Arithmétique , ne sont
que des êtres métaphysiques ,dont on ne
tire gueres que des utilités métaphysiques.
Je suis cette année- ci encore plus
que l'autre , Monsieur , Votre très -humble
, &c. C .....
A Paris , le 15 Janvier 1733 .
Iij LE RUISSEAU
39 MERCURE
DE FRANCE
R
LE RUISSEAU ,
Caniate.
Uisseau , dont la brillante Flore
Embellit les bords gracieux ,
Ah ! que tu charmerois mes yeux
Si mon Berger m'aimoit encore !
Mais , loin d'adoucir mon tourment ;
Tes flots précipités , dans leur course paisible,
Sont une image trop sensible
!
De l'inconstance d'un Amant,
Les tendres chansonettes
Des volages Oiseaux ,
Dans ces belles retraittes ,
N'arrêtent point tes caux.
Mes soupirs et mes larmes
N'ont på fixer le coeur
Du Berger , dont les charmes
Faisoient seuls mon bonheur,
To
FEVRIER:
1758. 392
Ton onde toujours fugitive ,
Pour enrichir tes autres bords ,
Roule les précieux Trésors ,
Qui devoient orner cette rive :
Philéne en ce moment plus coupable que toi
Prodigue à cent autres Bergeres'
Ces baisers tendres et sinceres ,
Qui n'étoient destinés qu'à mof.
Dans les déserts où la nature
Laisse en paix regner les échos ;
Ton onde tranquille murmure , `
Commie elle fait sous les ormeaux!
Jaloux d'une nouvelle chaine ,
L'ingrat qui cause mes tourmens ,
Fait entendre à quelque inhumainet
Ses accords tendres et touchants !
Las d'arroser enfin les riantes prairies ,
Où l'Aurore en naissant étale ses rubis ,
Tu quitte tes rives fleuries ,
Pour te perdre à jamais dans le sein de Thétis .
Ah ! que je crains qu'un sort semblable
Litj
M'enlèves
1
392 MERCURE DE FRANCE
M'enleve mon tendre Berger ,
Et que las de traîner un amour misérable ,'
Dans les noeuds de l'Himen il n'aille s'engager!
Ruisseau, quand la Loi naturelle
Entraîne tes flots dans les Mers ,
Une onde plus vive et plus belle ,
Succede à celle que tu perds.
7
Rarement un Berger volage
Rejoint ses premieres amours ,
Quand une fois il s'en dégage
.
Il s'en dégage pour toujours.
B. D. M.
Une fluxion survenue à Monseigneur
le Dauphin , lui a causé une tumeur sur
la machoire droite , et comme il a été ju
gé necessaire de l'ouvrir , l'operation en
a été faite le 7. de ce mois avec beaucoup
de succès . Depuis ce moment , Monseigneur
le Dauphin s'est trouvé très soula
gé , et dès le 1. il étoit dans un si bon
état, que les Médecins et les Chirurgiens,
qu'on avoit fait venir à Versailles avant
l'opération , pour les consulter , ont eû
permission de revenir à Paris.
IMITA
FEVRIER. 1738. 393
IMITATION de la III . Ode du
premier Livre d'Horace Sic te Diva
potens Cypri
Puissante Uissante Reine de Cythere ,
Et vous , brillans Gémeaux , protecteurs des Nochers
,
Tracez à ce Navire un chemin salutaire
A l'abri des Rochers?
Que vers le Rivage d'Athénes
Il porte sans danger mon ami vertueux.
Eole , retenez sous de pesantes
Les vents impetueux .
*
chaînes
Maudit celui dont l'industrie
Mit le premier Vaisseau sur le moite Element
Sans craindre les écueils , ni des flots en furie
L'horrible mouvement !
*
Si les farouches Euménides
D'impenetrable airain n'avoient armé son coeur,
Ce Mortel auroit-il des Pleiades humides
Affronté la rigueur ?
*
Non , les plus terribles suplices
Liiij Ne
394 MERCURE DE FRANCE
Ne pouvoient t'effrayer , Pilote audacieux ,
Qui, d'un front assûré , vis mille précipices-
Entr'ouverts sous tes yeux.
*
En vain l'arbitre du Tonnerre
Par d'abondantes eaux divisa l'Univers :
Les Coupables humains , pour voir toute la
Terre ,
Sçavent franchir les mers.
*
L'homme aufrein toujours indocile ,
Ne prête ses esprits qu'à d'indignes transports
Il ose tout tenter , et rien n'est difficile
A ses fougueux efforts.
*
Promethée aux plages Célestes
Alla ravir un feu non destiné pour nous :
Delà ces promptes morts , delà ces maux funes
tes ,
Qui nous accablent tous.
።
Epris d'une ardeur criminelle ,
Hercule a penetré jusqu'au fond des Enfers :
Dédale a sçû trouver une route nouvelle
Dans le vuide des airs.
*
Notre
FEVRIER. 1938. 395
Notre ame en malices féconde
Ose attaquer le Ciel par ses desseins jaloux ;
Et nous ne souffrons pas que le Maître du Mondé
Suspende son courroux®
A. X. Harduin
tatutut at
ARRESTS NOTABLES.
ORDONNANCE DUROY,concer nant le Faux Principal et Faux Incident ;
et la Reconnoissance des Ecritures et Signatures
en matiere criminelle . Donnée à Versailles aut
mois de Juillet 1737. Registrée en Parlement
le 11. Décembre .
AUTRE , concernant les Evocations et les
Reglemens de Juges . Donnée à Versailles au
mois d'Août 1737. Registrée en Parlement le
II. Décembre.
EDIT DU ROY , pörtant supression
de partie des Charges de la Grande Venerie du
Roy. Donné à Versailles au mois de Décembre
1737. Registré en la Cour des Aydes le 8. Janvier
suivant:
ARREST du 17. Décembre , qui fixe à
trois livres du cent pesant , les droits d'entrée
du Royaume sur les Huiles d'Olive venant de la
Côte d'Italie 2. non compris celui de la Ferme
des Huiles , qui continuëra d'être perçu à l'or-
Iy dinaire
396 MERCURE DE FRANCE
dinaire , avec les quatre sols pour livre dudis
droit.
AUTRE du même jour , qui ordonne une
nouvelle Marque aux Carosses de Place , et tour
ce qui doit être observé au sujet des Voitures
publiques.
AUTRE du 22. qui ordonne que les Rentés
sur les Tailles seront reçûës à la Loterie
Royale.
AUTRE du 7. Janvier , pour la modération
des Doits de Marc d'or , de Sceau, d'enregistrément
chés les Gardés des Rôles,et autres frais de
provisions des Offices qui seront levés vacant
aux Revenus casuels ,pendant le courant de l'année
1738.
AUTRE et Lettres Patentes sur icelui , des
-1 et 24 Janvier , qui commet le sieur Tarcarin
Contrôleur General des Restes de la Chambre
des Comptes de Paris , aux fonctions de
-Contrôleur des Bons d'Etats du Conseil , au lieu
et place du feu sieur Pigné.
DECLARATION DU ROY , du 21 .
qui transfere les séances de la Chambre des
Comptes dans l'enceinte du Convent des Grands
Augustins de Paris jusqu'au dernier Mars 1740,
pour donner le temps de faire les réparationsconvenables,
causées par le dernier Incendie.Registrée
en la Chambre des Comptes le 4.Février
suivant.
*
ARRETS
FEVRIER . 1738. 397
a
ARREST du même jour , servant de Reglement
pour le recouvrement des droits d'Amortissemens
et francs- fiefs.
AUTRE du même jour , qui proroge jusqu'au
premier Janvier 1739. Pexemption des
droits d'entrée sur les Bestiaux venant des Pays
Etrangers dans le Royaume.
>
AUTRE du Conseil du vingt -deux • au
sujet de la Bulle de Canonisation de S. Vincent
de Paul. Vû au Conseil d'Etat du Roy, Sa Majesté
y étant , la Requête presentée par le Superieur
general et les Prêtres de la Congregation
de Saint Lazare, contenant que l'arrêt rendu par
le Parlement de Paris au sujet de la Bulle de
Canonisation de Saint Vincent de Paul , ayant
ordonné la supression des exemplaires imprimés
de ladice Bulle , avee deffenses de l'imprimer ,
vendre et débiter ; ils ne peuvent que representer
au Roy, qu'il s'agit d'une Bulle demandée par Sa
Majesté même , qui consacré la memoire et publie
les vertus d'un Saint digne de la veneration
Ides fideles , comme on le reconnoît dans l'arrêt:
du Parlement ; supliant Sa Majesté de vouloir
bien regler la conduite qu'i's doivent tenir en
cette occasion , sur quoi Sa Majesté ayant consideré
que si le Parlement a craint qu'on n'abusât
de quelques expressions répandues dans certe
Bulle , en les prenant dans la plus étroite rigueur
, il auroit été facile de prévenir cet incon--
venient, par des précautions generales et souvent
usitées en pareille matiere, sans se porter jusqu'à
deffendre l'impression d'une Bulle de la nature
de celle dont il s'agit , en la laissant dans un
état capable de diminuer dans l'esprit des peu-
I wj ples
398 MER CURE DE FRANCE
à
ples , le respect qu'ils doivent à un Sairt que
l'Eglise a mis au nombre de ceux à qui elle décerne
un culte public ; Sa Majesté auroit jugé
propos d'expliquer ses intentions sur ce sujet
pour le bien et l'honneur de la Religion ; à quoi
étant nécessaire de pourvoir , le Roy étant en
son Conseil , a perinis et permet aux suplians ,
de faire imprimer et distribuer ladite Bulle , ainsi
qu'ils l'auroient pû faire avant l'arrêt rendu au
Parlement de Paris le 4. du présent mois , que Sa
Majesté veut être regardé comme non advenu,
ce qui concerne les deffenses d'imprimer et de
distribuer ladite Bulle ; sans néanmoins que ladire
impression et publication , ni les énonciations
contenues dans ladite Bulle , puissent être tirées
à consequence directement ou indirectement ,
contre les maximes du Royaume , libertés et
usages de l'Eglise Gallicane , que Sa Majesté
veut etjentend être toujours conservées en leur
entier . Et sera le present arrêt lû , &c .
EDIT DU ROY , portant supression de
la Charge de Premier Président , et de celles des
huit Présidens au Grand-Conseil. Donné à Ver
sailles au mois de Janvier . 4
Louis , & c, Notre Grand - Conseil ayant éré
originairement établi à la suite des Rois nos
prédécesseurs, pour vacquer à'Instruction et au
Jug ment des affaires qui étoient d'une trop
longue discussion , pour pouvoir être expediée
dans nos autres Consei's , il a été fait successi
vement plusieurs créations de Charges de Con
seillers , pour y rendre la justice conjointement
avec les Maîtres des Requêtes de notre Hôtel ,
qui étant alors en très petit nombre , et souvert
changes de Commissions importantes pour
bien
FEVRIER. 7738 399
bien de l'Etat , ne pouvoient rendre un service
assidu et continuel en notredit Grand- Conseil,
Et quoique les Chanceliers de France ayent toûjours
été regardés comme les seuls Chefs et les
Présidens nés de cette Compagnie , des considérations
particulieres engagerent le Roy François
Premier , à y créer en l'année 1541 un Office
de Président , pour y avoir rang et séance audessus
des Maîtres des Requêtes , et y présider
en l'absence du Chancelier de France. Mais
-ayant depuis consideré , que ce nouvel établissement
étoit contraire à l'ancienne forme et à
Pinstitution primitive de notr dit Grand- Conseil,
il
revoqua bientôt ' ui même par un Edit de l'année
1543. la création qu'il avoit faite , et rétablit
les Maîtres des Requêtes de notre Hôtel
dans le même état où ils étoient avant cette céation
. Si depuis le Regne de François Premier , ily
a eu des Présidens établis en notredit Grand-
Conseil , leurs places ont été tellement considé
rées comme affectées aux seuls Maîtres des Requêtes
de notre Hôtel , qu'elles ne pouvoient être
emplies que par ceux qui étoient revêtus de cette
dignité : Tel a été l'état de cette Compagnie jusqu'en
l'année 1690. & il y avoit alors huit desdits
Maîtres des Requêtes de notre Hôtel , sçavoir ,
quatre dans un semestre , et quatre dans l'autre
qui y exerçoient la fonction de Président , lorsque
les besoins de l'Etat , et la necessité de trouver
les moyens de soûtenir une longue guerre ,
obligerent le feu Roy notte très honoré Seigueur
et bisiyul , à faire un changement consi--
dérable , dans notredit Grand Conseil , en y
créant par son Edit du mois de Fevrier 1690.un
office de Premier Président , et huit offices de
Présidens , dont il regla la finance , les gages , les
droits
400 MERCURE DE FRANCE
•
droits et les privileges par le même Edit , sans
que ceux qui en seroient revêtus , fussent obligés
d'être pourvûs de charges de Maîtres des Requê
tes , comme il avoit été observé jusqu'alors .
Mais l'expérience ayant fait connoître que ce
changement n'avoit pas été aussi avantageur à
notredit Grand - Conseil , qu'on avoit paru l'esperer
en le faisant , et le préjudice qu'il a fait
aux Maîtrès des Requêtes de notre Hôtel étant
devenu encore plus sensible , par la diminution
considérable du prix de leurs charges , Nous
avons jugé à propos de leur donner des marqués
de la grande satisfaction que Nous avons de la
maniére dont ils les remplissent , en profitant
d'un temps de paix , pour faire cesser un chan-
.gement , dont la guerre avoit été la véritable
cause , et pour rétablir les Maîtres des Requêtes
dans l'exercice d'une de leurs plus anciennes
fonctions , suivant l'usage observé pendant plus
de deux siècles dans notre Grand Conseil , en y
adjoûtant seulement ce qui peut le perfectionner
encore , et le rendre plus utile pour le bien de
notre service. La vacance actuelle de la charge
de Premir Président en cette Compagnie , nous
a paru même une occasion naturelle de ramener
les choses à leur premiere origine . Et quoique
nous avons lieu d'être pleinement satisfait des
·services que ceux qui remplissent actuellement
les places de Présidens en notredit Grand- Conseil
nous y ont ren lus avec toute a fidelité et
tout le zele que nou pouvions en attendre , nous
devons présumer qu'ils sentiront eux- mêmes que
la considération persnelle qu'ils méritent
doit ceder en cette occasion, à elle du bien pu-,
blic et de l'interêt commun de leur Compagnie :
Nous chercherons d'ailleurs à leur donner de
nouvelles
FEVRIER : 173 : 401
4
nouvelles marques de notre protection , soit par
les agrémens que nous leur accorderons très- volontiers
, pour entrer dans d'autres charges qui
Jeur conviennent , soit par notre attention à leur
assûrer la possession des honneurs et des privileges
attribués par l'Edit de 1690. à ceux des Présidens
créés par cet Edit qui se démettroient de
leurs charges , afin qu'ils puissent au moins joüir
de la distinction qu'ils ont acquise par leurs services
, en conservant toutes les marques et les
prérogatives de leur premiere dignité À ces causes
et autres considerations à ce Nous mouvan-
' tes , de l'avis de notre Conseil , et de notre cerraine
science , pleine puissance et autorité Royale
, nous avons par ces Présentes , signées de
notre main , dit et ordonné , disons et ordonnons
, voulons et nous plaît ce qui suit.
ART. I. La Charge de Premier Président en
notre Grand- Conseil , dont le feu sieur de Verthamon
est mort revêtu , sera et demeurera
éteinte et suprimée , comme Nous l'éteignons
et suprimons par notre présent Edit , et le prix
en sera remboursé comptant , en notre Trésor
Royal , aux héritiers successeurs et ayant
cause dudit sicur de Verthamon , ou autres
ayant droit à la proprieté de ladite Charge , et
ce , sur le pied de la finance payée lors de la
création de ladite Charge , même de l'augmen
tation accordée depuis audit sieur de Verthamon
, par Lettres Patentes du 4 May 1704
laquelle augmentation de finance sera pareillement
payée à ceux desdits héritiers successeurs
et avant cause ou droit , à qui il apartiendra
; lsquels , à l'effet de ce que dessus
seront tenus de remettre incessamment leurs
Quittances de finance , et desdites Lettres , enwe
02 MERCURE DE FRANCE
tre les mains du sieur Controlleur Général de
Hos Finances , pour être pourvû à la liquidation
, et remboursement dudit Office , ainsi
qu'il est marqué cy- dessus.
II. Eteignons pareillement , et suprimons
par ces Présentes , les huit Charges de Prési
dens en notre Grand- Conseil , créées par Edit
du mois de Fevrier 1690. voulant qu'il soit
procedé incessamment à la liquidation du prix
desdites Charges , et ce , sur le pied de l'acquisition
qui en a été faite ; à l'effet de quoi , les
titulaires ou proprietaires dèsdits Offices seront
tenus de remettre leurs Quittances de finance ,
et leurs Contrats d'acquisition , entre les mains
du sieur Controlleur Général de nos Finances ,
pour recevoir , par eux , leur remboursement
comptant , en notre Trésor Royal , sur les deniers
que Nous destinerons à cet effet , en conséquence
du présent Article , et du précedent.
·
III. Ordonnons que conformément à l'Édit´
du mois de Fevrier 1690. ceux qui sont actuel
lement pourvûs des Charges de Présidens , que
Nous suprimons par ces Présentes , comme
aussi les veuves de ceux qui en sont morts révêtus
, jouissent des mêmes privilèges et exemptions
que nos Maîtres des Requêtes veterans , et
leurs veuves ; et que lesdits Presidens ayent entrée
et voix déliberative dans notre Conseil ,
entrée , séance et voix déliberative dans nos autres
Cours , ainsi que les Maîtres des Requêtes
honoraires Voulant aussi que dans toutes A'ssemblées
publiques et particulieres , ils ayent le
même rang que les Maîtres des Requêtes de
notre Hôtel , suivant l'ordre de leur réception ;
le tout conformé nent à l'Edit du mois de Fevrier
1690, et à la Déclaration du 20 Août des
::
Ja
FEVRIER. 1738. 405
la même année : à l'effet de quoi seront expe
diées en leur faveur , des Lettres de Maîtres des
Requêtes honoraires ; ce que Nous entendons
avoir lieu , même à l'égard de ceux desdits
Présidens qui n'auroient pas encore exercé
leurs Charges pendant le temps et espace de
vingt années. Ordonnons pareillement que les
veuves de ceux d'entr'eux qui viendront à déce
der dans la suite , jouissent des mêmes privile
ges que celles des Maîtres des Requêtes ordie
naires de notre Hôtel.
IV . Au moyen des supressions et remboursemens
cy dessus ordonnés , voulons que
suivant l'ordre anciennement établi en notre
Grand Conseil , la fonction de Président y soit
toujours exercée à l'avenir par les Maîtres des
Requêtes ordinaires de notre Hôtel à l'effet de
quoi Nous ferons expedier , sans aucune finan
ce , nos Lettres de Commissions à huit desdits
sieurs Maîtres des Requêtes , que Nous juge
rons à propos de choisir entre les titulaires
pour exercer par Semestre , la fonction ordi
naire de Présidens en notredit Grand - Conseil
à l'ancien desquels apartiendra , dans chaque
Semestre , le droit d'y présider , et de faire les
fonctions attachées à la qualité d'ancien Prési
dent , comme il se pratiquoit avant ledit Edit
Voulant que lesdites Commissions leur tiennent
lieu d'accroissement , d'honneur et de dignité ,
sans les empêcher de continuer de Nous rendre
leurs services en notre Conseil , de la même
maniere qu'ils l'ont fait jusqu'à présent , et
aussi assidûëment qu'il leur sera possible , pendant
le temps que durera leur Commission de
Président au Grand - Conseil.
y. Outre lesquels Présidens , Nous nous ré
sérvon
404 MERCURE DE FRANCE
servons de commettre en même temps , un de
nos Conseillers en notre Conseil d'Etat , pour
présider audit Grand - Conseil , ce qui n'aura
lieu qu'autant que Nous l'estimerons convena-
Ble pour le bien de notre service . Et afin que
ceux desdits sieurs Conseillers d'Etat , qui sefont
par Nous commis à cet effet , ne soient pas
trop long-temps détournés de l'assiduité qu'erigent
leurs fonctions auprès de notre Personne
, Nous voulons que lesdites Commissions ne
puissent être données que pour une année seulement
; et qu'après l'expiration dudit terme , il
soit choisi par Nous un autre Conseiller en notre
Conseil d'Etat , pour remplir lesdites fonctions
de Président audit Grand-Conseil , en la
place du précedent : ce qui sera observé succes
sivement , tant que Nous jugerons à propos de
commettre un Conseiller d'Etat pour présider à
Jadite Compagnie .
VI. Voulons au sarplus , qu'il soit rendu
compte de tout ce qui poura concerner le bon
ordre , la discipline et la dignité de notredie
Grand - Conseil , à notre très-cher et féal Chancelier
de France , comme étant , par sa dignité ,
le seul Chef de cette Compagnie , pour y être
par Nous pourvû , sur son avis , ainsi qu'il apartiendra.
Et sera le présent Edit execuré selon
sa forme et teneur , à compter du jour qu'il
aura été enregistré audit Grand Conseil , à
Peffer de quoi Nous avons révoqué et révoquons
l'Edit du mois de Fevrier 1690. en ce
qui concerne la création de Charges faite par
ledit Edit, dérogeant pareillement à toutes Loix
er usages qui pouroient être contraires à ces
Présentes. Si donnons en Mandement , & c .
Registré ès Registres de l'Audiance de France ,
FEVRIER: 1738.
405
et au Grand Conseil les 24 & 25. Janvier
1738.
ORDONNANCE du Roy , du 4. Fevrier
pour la conservation des Digues et autres
Ouvrages faits et à faire dans la Riviere de
l'Adour , et pour rétablir l'ouverture de la Barre
de Bayonne.
ARREST du 11. pour le remboursement en
Assignations sur la Loterie , des Taxations sur
le Trésor Royal.
MANDEMENT de M. l'Archevêque de
Paris , du 12. portant permission de manger des
Oeufs pendant le Carême prochain , depuis le
Mercredy des Cendres inclusivement , jusqu'au
Vendredy de la Semaine de la Passion exclusive
ment.
ARREST du Parlement ; du 14. qui permes.
d'exposer et vendre des Oeufs dans les Marchés
et Places publiques de la Ville et Fauxbourgs de
Paris , pendant le Carême prochain.
IMITATION de l'Ode IV. du Iz
Livre d'Horace : Solvitur acris Hyems
L
& c .
Es flots sont chargés de Navires ,
Tout renaît dans nos champs ;
L'Aquilon fuit , et kes Zephires
Ramenent le Printemps,
267
MERCURE DE
FRANCE
Be Laboureur infatigable
Quite un triste repos ,
Et déja loin de leur étable
Bondissent les Troupeaux.
*
Un beau Soleil dissoud les glaces
De la froide Saison à
Venus folâtre avec les graces
Sur un tendre gazon.
*
Cette Belle vient de la Terre
Admirer les attraits ,
Tandis qu'au mattre du Tonnerie
Vulcain forge des traits."
*
Ceignons aujourd'hui notre tête '
Des festons les plus beaux' ;'
Au Dieu Faune dans cette Fête
Immolons des Agneaux.
*
Cher Sestius , que la tristesse
Ne trouble point vos jours ;'
FEVRIER.
译
1738.
Lux momens que le sort vous laisse
Donnez un heureux cours,
*
Trop insensé qui s'embarasse
En de vastes projets
La mort du même pied terrasse
Les Rois et les Sujets.
Tôt ou tard la Parque fatale
Tranchera vos Destins ;
Ami , sur la rive infernale
Il n'est plns de Festins,
A. X. Harduin
APROBATION.
lû par ordre de Monseigneur le Chan
J'eclier ,le Mercure de France des mois de Faprier,
et j'ai crû qu'on pouvoit en permettre l'imi
pression. A Paris , le 14. Mars 1738.
HARDION.
TABLE.
> IECES FUGITIVES . Ode Sacrée , 197
Question importante nouvellement jugée Po
202
La vanité des Plaisirs , Qde traduire de l'An-
215
glois ,
Extrait d'une Lettre au sujet de la Ville de Troye,
Epitre en Vers à M. l'Abbé . .
220
223
Eclaircissemens sur les Pierres gravées et fig.
Le Coq et les Poulettes , Fable ,
226
243
Extrait de Lettre sur une Tragédie nouvelle de
Germanicus
Avis sur le Cabestan ,
Le Mois de Février , Vers
246
254
258
Extrait de Lettre au sujet de la Vieillesse et
Réponse , &c.
259
Epitre de M. Saurin , sur la mort de son Pere ,
262
Solution de la Question proposée dans le Mercure
du mois de Décembre dernier ,
Epitre
265
de M. Graisset à M. le Contrôleur Gene-
2 ral ,
265
Lettre écrite de Pezenas , à un Médecin , 267
Reflexions sur la Pauvreté ,
Enigmé et Logogryphes & c.
Sonnet en Réponse à une Question ,
Epithalame Spirituel ,
273
274
278
280
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX ARTS ,ว
&c.
284
Dissertation sur la force de l'imagination des
286
femmes enceintes ,
Amusemens du coeur et de l'esprit ; la Rose et
le
Je Papillon , Fable , 298
A Mlle Dangeville , Vers , 292
E sais sur la nécessité et sur les moyens de
plaire ,
293
306 Histoire Generale de Languedoc ,
Refléxions sur les Ouvrages de Litterature , 314
Vers pour être mis au bas d'une Image de la
sainte Vierge
Question à résoudre ,
Nouvelle Edition des Actes de Rymer , &c. ibid.
Méthode pour aprendre à jouer de la Muzette ,
315
316
3 18
Suite des Portraits des Grands Hommes , &c.
319
Représentation de l'Eglise de S. Pierre de Roine
,
Nouvelle Suite d'Estampes ,
Morts de Personnes Illustres ,
Air noté ,
Spectacles. L'Opera d'Atis ,
Fêtes de l'Amour et de Bacchus , &c.
320
ibid
321
324
ibid.
335
Nouvelle Actrice au Théatre Italien , et Vers sur
339
Deux Pieces nouvelles sur le même Théatre. Le
son début ,
Divorce et la Parodie d'Atis , 340
Nouvelles Etrangeres , Turquie , &c, 341
D'Allemagne et Italic , 342
D'Espagne et Grande- Bretagne , 346-
Morts des Pays Etrangers , 350
Bouquet , ibid.
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
Bouquet ,
353
360
Embarquement et arrivée des Troupes Françoises
en Corse ,
Vers de M. de Voltaire ,
361
363
Etat
Etat des Officiers nommés pour remplir diffe
rentes places vacantes des Etats Majors , ibid,
Vers à Damon , 364
Morts , Naissance
366
Suplément , Idille ,
376
Lettre sur les Monumens antiques , &c, 389
Le Ruisseau , Cantate , 390
d'Horace
Imitation de l'Ode III, du premier Livre
'Arrêts Notables
393
395
Imitation de l'Ode 1V. du premier Livre d'Horace
, 409
Errata de Janvier.
Page 186. ligne 26. de Girautot , lisez des
Girautots.
Ibid. ligne 30. 68. 1. 78.
En parlant de la mort de M. Sevin de Quincy,
page 176. on a oublié de dire qu'il est Auteur
de l'Histoire Militaire du Regne de Louis le
Grand , avec un Traité particulier de pratique
et de maxime de l'Art Militaire , imprimé ches
Denis Mariette en 1726. en 7. vol . in 4.
P
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 27. ligne 15. Conocerto , lisez Conos
ceilo
Ikil. 1. 18. perta , lisez pesta.
P. 309. 1. 16. Font:aude , . Fontecaude.
La Planche gravée doit retgarder la page
La Chanson notée doit regarder la page
226
324
Qualité de la reconnaissance optique de caractères